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Messager des sciences historiques, ou, 
Archives des arts et de la bibliographie de 



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MESSAGER 

DES SCIENCES HISTORIQUES 

OU 

ARCHIVES 

DES ARTS ET DE LA BIBUOGRAf HIE 
DE BELGIQUE 



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LISTE DES COLLABORATEURS. 



HM. D' P. P. M. ALBRRDirfGK Thijm, prof, à rUniversilé de Louvain 
J. Béthdiib-db ViLLKRS, à Gand. 

R. Ghalon, membre de rAcadémie de Belgique, à Bruxelles. 
G^*" E. DB Barthélémy, conseil). Gén. de la Marne, à Gourmelois. 
ÊMiLR DB BoRCHGRAVB, minislre de Belgique, à Gonslantinople. 
Gh** L. DR BuRBDRB, membre de l'Acad. de Belgique, à Anvers. 
V** DB Grocghy, à Paris. 
Ghanoine db Habrub, membre de la Ghambredes Représentants, 

à Bruxelles. 
G^« DR Marsy, à Gompiègne. 
Fr. Dr Pottbr, homme de lettres, à Gand. 
L. Drvillbrs, conservateur des Archives de TÉlat, à Mons. 
Alph. Db VLAMifTCK, archéologue, à Malines. 
A. Du Bois, avocat et conseiller communal , à Gand. 
J. Frlsbtihart, docteur en philosophie et lettres, à Bruxelles. { 

P. G^NARD, archiviste de la ville d*Ànvers. [\ 

H. Hblbiq, bibliographe, à Liège. i 

H. Hymans, attaché à la Bibliothèque royale, à Bruxelles. { 

Baron Rbr^yn dr LBTTBifHOVB, membre de l'Académie de Belgi- 
que, à Bruxelles. 
Le chanoine J. B. Lavaut, secret, et archiv. de révêché,à Gand. 
F. Nèvb, professeur à TUniversité de Louvain. 
J. J. E. Proost, docteur eu sciences pol. et adm., à Bruxelles 
Gh. Rahlbubrbr, à Bruxelles. 

Max. Roosbs, conservateur du Musée Plantin, à Anvers. 
A. SiRBT, membre de l'Académie de Belgique, à S^-Nicolas. 
Van Bastblabr, président de la Société archéol. de Gharleroi, à 
Marcinelie. 

R. Van dbn Bbrghb, attaché à la Bibliothèque, à Gand. 
Eow- Van Evisn, archiviste de la ville de Louvain. 



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MESSAGER 

DBS 

SCIENCES HISTORIQUES 

ou 

AHOEŒVBS 
DES ARTS ET DE LA BIBLIOGRAPHIE 

DE BELGIQUE 

Recueil publié par MM. le Comte db Limburo-Stirum, Sénateur, 
Docteur en droit, etc.; Ferdinand Vandbrhabohbn, Bibliothécaire 
de rUniversité, etc.; Baron Bbthunb, archéologue. 

Ébhlb VARBNBERaH, Membre de la Commission de statistique, etc.. 
Secrétaire du Comité, à Gand. 



ANNÉE 1885. 



GAND 

IMPRIMERIE ET LITHOOR, EUO. VANDERHAEOHEN 
me des ObsmpB, 62 

1885. 

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I 



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THE NEW YORK 
PUBLIC LIBRARY 

720377A 

ASTOR, LENOX AND 

TILDEN FOUNDATION» 

R 1034 L 



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Jacques de Thiennes 

(ÉMAIL DE LÉONARD LIMOSIN — XVl^ SIÈCLE) 



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— 1 — 



LE PORTRAIT DE JACQUES DE THIËNNES. 



y 



La planche qui accompagne cette notice, est 
la reproduction en phototypie d'un splendide 
émail de Limoges, appartenant aujourd'hui au 
comte Thierry de Limburg-Stirum. H nous re- 
présente un des ancêtres de la comtesse, noble 
homme Jacques de Thiennes, dit de Lombise, 
seigneur de Rumbeke , etc. , plus connu sous 
le nom de seigneur de Castre, qui joua un 
rôle politique important, fut magistrat du franc 
de Bruges, plus longtemps qu'il ïie l'eût voulu, 
grand bailli, ambassadeur, conseiller, cham- 
bellan , et mourut comblé d'honneurs , en l'an 
de grâce 1543, le 28 août. Nous parlerons plus 
tard de ce personnage qui en vaut bien la peine; 
pour le moment, occupons nous de l'émail. 
Cette pièce mesure 0"',35 de haut sur 0™,25 de 
large; le portrait ressort admirablement sur un 
fond bleu violacé d'une grande limpidité, la 
toque et le vêtement sont en velours noir. Elle 
est l'œuvre du fameux émailleur limousin Léonard 
Limosin, qui vivait au seizième siècle. Bien que 
nous n'y trouvions ni la signature ni le mono- 



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— 2 - 

gramme de l'auteur, il est impossible d'attribuer 
cette plaque à un autre qu'à lui ; elle a tous les 
caractères de ses œuvres à la meilleure époque 
de sa carrière. Nous y trouvons cet effet général 
éclatant, clair, harmonieux, ce ton jaune serin 
qu'il employait dans l'es cheveux et la barbe, et 
qui lui était particulier, cette carnation rosée et 
limpide, tout cet ensemble séduisant qui distingue 
les portraits sortis de ses mains. 

Bien des émaux de cet artiste ne sont du 
reste pas signés; la plupart de ceux que possède 
le musée de Limoges sont dans ce cas; ce qui ne les 
empêche nullement, tout conune le portrait qui 
nous occupe, de porter le cachet indéniable qui 
caractérise le faire de Léonard. 

Ce Léonard fut un grand artiste, peintre, gra- 
veur et émailleur, célèbre comme émailleur sur- 
tout, et le premier dans ce genre. Avant lui, la 
dynastie desPénicaud avait déjà fait merveille dans 
l'émaillerie. Il mit de son côté au service de cet 
art délicat toutes les ressources d'un talent rempli 
de souplesse, et lui fit prendre un essor d'un carac- 
tère tout nouveau. 

Alexandre Lenoir, après avoir décrit certains 
chefs d'œuvre de cet artiste, s'exprime ainsi sur 
son compte : « Il a réuni dans ses tableaux que 
» l'on place à côté des chefs d'œuvre de nos plus 
» grands maîtres, deux choses extrêmement rares 
» à allier dans les arts dépendant du dessin : 
» c'est l'art d'unir à une conception vraiment 
» sentimentale, un dessin gracieux et expressif, 
)) un travail correct et soigné. » 



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Léonard n'avait pas plus de vingt ans, quand 
vers 1525, il quitta sa province pour entrer à 
Técole de Fontainebleau; cinq ans plus tard il 
devenait émailleur. Ses premiers émaux datent de 
1532; ses derniers, de 1574, accusent la vieillesse 
par le tremblement de la main, et les couleurs 
pâlissantes des émaux témoignent que le feu 
s'éteint dans le cerveau de l'artiste; nous pou- 
vons donc dire qu'il naquit vers 1505 et mourut 
en 1575. 

S'appelait-il Limosin, de son vrai nom? nous 
sonmies peu tentés de le croire, car à cette époque 
les noms de famille n'étaient pas encore régula- 
risés comme ils le furent plus tard ; il s'appelait 
sans doute tout simplement Léonard, et en s'éta- 
blissant à Paris, il ajouta à ce nom, celui de sa 
province pour se distinguer de bien d'autres 
Léonard. Les actes dans lesquels il intervint, 
certaines pièces émanées de François I son pro- 
tecteur, le désignent sous le nom de Limosin; 
tout cela cependant, ne prouve pas qu'il s'appelât 
ainsi. Mais quelque fut son nom véritable, c'est 
celui de Limosin qu'il illustra, c'est sous celui-là 
qu'il est connu, c'est celui qu'il légua à ses enfants 
et à ses neveux, émailleurs coname lui, mais moins 
renommés. 

Le genre d'émail de Léonard n'est ni celui qu'on 
appelle en taille d^épargne, ou le cloisonné, fort rare- 
ment pratiqué en France, mais V émail peint qui est 
le plus connu parmi les émaux de Limoges. Ce n'est 
pas que dans son genre et pendant sa longue car- 
rière, il n'ait pas varié de manière dans l'emploi du 



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même procédé; une vie artistique si remplie, une 
activité aussi féconde, impliquent évidemment des 
variations. Non seulement il a essayé diverse- 
ment et a toujours réussi, mais il ne s'est pas 
borné à être émailleur; il a été peintre, il a 
fait de la gravure; c'est en 1544 qu'il eut l'idée 
de reproduire ses œuvres par le burin, afin 
d'étendre davantage et plus loin sa renommée; 
il est vrai qu'il n'a pas pratiqué longtemps ce 
dernier art, soit que le produit ne lui en parut 
pas de nature à compenser ses peines, soit que la 
patience qu'exige ce travail, et l'absence de cou- 
leur, le rebuta ; mais il fit longtemps de la pein- 
ture à l'huile et non sans succès. On a conservé 
et on connaît encore surtout de lui un tableau 
qui est à la mairie de Limoges ; cette œuvre de 
grande dimension représente l'incrédulité de saint 
Thomas. Il est impossible de douter de l'identité de 
l'auteur qui a inscrit sur le livre placé entre les 
mains d'un des apôtres : Léonard Limosm, esmail- 
leur^ peintre, valet de chambre du Roy. 1551. Mais 
c'est l'émail surtout qui a fait sa gloire et sa 
renommée; en 1551 il était à l'apogée de son 
talent; c'est alors qu'il exécuta les émaux de la 
Sainte Chapelle, dans lesquels, à tous les mérites 
de l'artiste, se joignent les progrès que lui doit 
l'exécution de l'émail. 

n fut novateur dans son art; nul ne mania 
mieux la pointe dans les ombres, cette pointe 
qui s'emploie pour dessiner dans la couche d'émail 
en poudre placée à froid sur une autre couche 
déjà fixée par la cuisson; il adoucissait encore 



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— 5 — 

parfois le travail de la pointe en étendant par 
dessus un glacis d'émail blanc : plus que tout 
autre il trouva de nombreuses ressources dans les 
grisailles sur noir et sur bleu, aussi bien que dans 
les grisailles teintées, vivantes comme des pein- 
tures. Quand il varie les couleurs, son coloris 
est vif, léger, clair, brillant; ses tons sont mieux 
nuancés que ceux de tous les autres peintres 
d'émail ; il emploie l'or avec grâce, et ses figures 
ont le cachet tout spécial que nous avons signalé 
plus haut. Il pratiqua l'émail miniature que Toutin 
et Petitot après lui ont à peine perfectionné. 

Le plus grand nombre de ses ouvrages est signé 
de deux LL avec la date ; ces deux L sont séparés 
parfois par une fleur de lis, parfois surmontés 
d'une couronne; d'autres fois il met Léonard L, 
d'autres fois encore L. Limosin; plus souvent 
Léonard Limosin. Dans les émaux de la Sainte 
chapelle, il signe Léonard Limosin, esmailleur 

ET PEINCTRE OBDINATRB DE LA ChAMBRE DV 

Roy. m. F. 

François I fit venir Léonard à Paris, lui com- 
manda des vases, des coupes, des plateaux, lui 
fit exécuter un grand nombre de travaux pour les 
résidences royales, et fonda à Limoges une manu- 
facture d'émaux dont il lui confia la direction. 
Les honneurs ne manquèrent pas à notre artiste, 
le roi le nomma son peintre, le fit qualifier de 
messire et lui donna le titre de valet de chambre. 
Cette dernière qualité, il est vrai, se prodiguait 
assez fréquemment, et n'impliquait pas la néces- 
sité d'aider le roi à sa toilette. C'est ce titre de 



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— 6 - 

peintre du roi, qui explique la présence de la 
fleur de lis placée souvent entre les têtes des 
deux LL dont il marqua beaucoup de ses tra- 
vaux, et la couronne qui les surmonte d'autres 
fois. Dans les actes on voit que Léonard se pré- 
valait de ses titres et n'oubliait pas celui de mes- 
sire. Il possédait à Limoges, rue Basse-Manique, 
une maison formant le coin, composée de cave 
haute et basse, cuisine basse , porche, bas de maison, 
chambres à divers étages^ degrés et greniers. Après 
la mort de François I, la faveur de Léonard pâlit 
un peu. L^état des officiers domestiques du roy 
Henri IT porte parmi les valets de chambre : 
Léonard Limosin en 1548, hors en 1551; il fut 
donc un moment rayé des cadres, mais cela ne 
dura pas, car nous le retrouvons plus tard avec 
son titre. 

Mais qu'est-ce donc que cet émail dont nous 
parlons, et dont nous voyons tant et de si 
beaux produits ? Certains disent (^' émail vient de 
l'hébreu; nous le contesterons d'autant moins que 
notre compétence ne va pas jusque là. Mais dès 
le neuvième siècle on disait esmailt, et la basse 
latinité disait smalthum. Or, les romains avaient 
reçu des gaulois le procédé de l'émail ; il venait 
donc du nord et son nom doit en venir aussi. 
L'émail est bien le résultat d'une fusion, et 
notre bonne vieille langue flamande nVt-elle pas 
encore aujourd'hui le mot smelten, fondre, le 
saxon n'avait-il pas smaltan ? Sans aller jusqu'à 
dire que nos respectables premiers pères parlaient 



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— 7 — 

le flamand, et que la confusion des langues n'était 
qu'un afireux babil (notre habbel^ bavardage, d'où 
est venu assurément le mot français) il faut avouer 
que la langue flamande, celle des langues du nord 
qui a le mieux conservé ses formes primitives, se 
retrouve un peu partout. 

Nous n'avons pas la prétention d'aller faire ici 
un cours d'émaillerie, n'ayant aucune qualité pour 
cela, simple amateur, nous n'osons même pas 
dire connaisseur; mais nous croyons qu'il n'est 
pas hors de propos de dire quelque chose de la 
manière dont procédaient les émailleurs en géné- 
ral, et en particulier surtout, le fameux Léonard 
Limosin, auquel nous devons l'occasion de pou- 
voir parler d'émailleries d'abord, et ensuite, et 
surtout, de messire Jacques de Thiennes, sire de 
Rumbeke, de Castres, etc. 

On donne le nom d'^émail à des masses vitreuses 
diversement colorées par des oxydes métalliques, 
mêlés à leur substance dans de très faibles pro- 
portions. Nous empruntons cette définition con- 
cise et précise au catalogue de l'Exposition 
Nationale de 1880, à Bruxelles, section des 
industries d'art antérieures au XIX* siècle, où, 
aux pages 3 à 10 se trouve un petit traité d'émail- 
lerie, que nous recommandons aux amateurs. 

« Tout le faict de l'émaillerie, » dit un vieil 
auteur, « despend des métaux et du verre. » 
Les Anciens, Etrusques, Grecs, Romains, Gaulois 
surtout, et en Asie, les Arabes, les Babyloniens, 
bien d'autres encore, et les Chinois aussi, ont 
fait de l'émail : mais ces anciens émaux étaient 



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— 8 - 

dans le genre de rémail incrusté ou cloisonné; 
l'émail peint, dont le portrait de Jacques de 
Thiennes est un spécimen si bien réussi, est 
d'origine relativement récente ; le travail des ma- 
tières, toutefois, est au fond le même. Voyons 
donc comment on procédait, cela n'est peut-être 
pas sans intérêt; nous le trouvons dans un petit 
manuscrit émané de Dominique Mouret en tête 
duquel on lit : « Le présent pappier est à morj de 
» Dommicgne Mouret orfeure fils de feu Domi- 
)) nicgue Mouret. Qui/ le nioy trouuera le moy 
» randra, Quy le présent pappier trouuera à Do- 
» minicgue le randra, gui se nomme par son nont 
» Dominiegue de bon re^iont. A esté faict le pré- 
» sent pappier Van 1583. w 

Dans le portrait nous trouvons les couleurs 
bleu, noir, carnation. Dominique Mouret dit que 
pour obtenir ces couleurs, on procède comme suit : 

« Pour faire Vémail d'azur. Prenez du verre 
» blanc une livre et trois onces de safre {prépa- 
» ration de cobalt) et les faites fondre ensemble, et 
» fera beau, » 

» Pour faire du noir. Prenez une livre verre et 
» un quart de liv7^e de pierre de couleur, ou autre- 
» ment noynmée pierre de Périgord, bien passés 
» finement, faites fond7^e le tout, et fera beau. » 

(( Pour faire émail d'incarnation. Prenez six 
» livres de verre blanc, lequel soit bien purifié^ et 
» un quart de chaux accoutumée, et un quart de 
» couleur de Périgord calcinée^ et mêler tout en- 
» semble : puis mettez le fondre et faites comme 
» dessus. » 



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— 9 — 

Si, pour faire beau, il suffit de cela, il faut 
croire que ceux qui n'ont pas réussi à produire 
des œuvres comme celles qui nous occupent, y 
ont mis de l'obstination. 

Les procédés que nous venons d'énoncer étaient 
ceux des émailleurs Limousins ; c'étaient ceux aussi 
dont fit usage Léonard. 

Jacques deThiennes naquit vers 1470 ou 1475; 
il était fils de Robert de Thiennes, dit de Lombise, 
chevalier, baron de Brouck, vicomte et châtelain 
héréditaire de Bailleul, seigneur de Castre, de 
Berthe, de la cour d'Hazebrouck, de S**^-Marie- 
Capelle, Lindeque, Gauchie, Car vent. Le Delft, 
Sart, des Prés, amman héréditaire des onze pa- 
roisses de la châtellenie de Cassel, et de Marie de 
Langhemeersch, dame de Rumbeke et de Claer- 
hout. Robert était né du second mariage de Jean 
de Thiennes et de Félicité van Delft, dame de 
Castre; sa femme, Marie de Langhemeersch, était 
fille de Jean et de Marie, dame de Claerhout. Il fut 
conseiller et chambellan des ducs de Bourgogne, 
Philippe le Bon et Charles le Téméraire, de l'em- 
pereur Maximilien et de Philippe le Beau, bailli 
de Bailleul, capitaine du quartier d'Ypres en 1480, 
échevin du Franc de Bruges de 1468 à 1503, année 
de sa mort. 

Jacques était le cinquième de huit enfants et 
l'aîné des fils; il fut par sa mère le premier 
seigneur de Rumbeke du nom de Thiennes. A ce 
fait se rattache un détail historique qu'il est bon 
de noter. Il n'hérita pas de la seigneurie à la mort 



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-io- 
de sa mère, et ce ne fut pas son père qui en était 
seigneur, mais Marie de Langhemeersch ou de 
Longpré, fit reconnaître son fils, encore enfant, 
comme son héritier et successeur. Un tableau qui 
existe au château de Rumbeke, exécuté en gravure 
pour le volume de l'année 1835, du Messager des 
Sciences historiques, reproduit la scène où Marie 
présente à ses vassaux son jeune fils. Cette céré- 
monie a lieu dans le parc, devant le grand étang 
et en vue des tourelles du château. 

Le nouveau seigneur fit le dénombrement de sa 
seigneurie en 1497. 

Jacques de Thiennes servit d'abord Maximilien, 
pour lequel il leva des troupes. Pendant la paix 
il fit le pèlerinage de Compostelle; dans ce but, il 
obtint de l'empereur des lettres de sauf conduit, 
qui réclamaient pour lui aide et assistance à tous 
les princes et seigneurs; d'un autre côté, l'évêque 
de Salzbourg lui permit de se faire accompagner 
d'un prêtre qui fut autorisé à dire la messe 
dans n'importe quel endroit. Revenu de ce pieux 
voyage, le sire de Castre épousa à Gand, le 
11 février 1500, Isabeau de Plaines, veuve de 
Charles de Halewyn, seigneur de Maldegem, fille 
de Thomas, grand chancelier de Bourgogne et 
des Pays-Bas, seigneur de Maigny, baron de 
la Roche, et de Jeanne de Gavre. Par acte du 
27 septembre 1501, l'empereur Maximilien l'in- 
vestit de la dignité de bailli de la ville de Gand ; 
en 1504, le 13 septembre, il fut nommé échevin du 
Franc de Bruges en remplacement de son père et 
prêta de ce chef le serment requis, entre les mains 



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— 11 — 

de Messire Jean de Claerhout, seigneur de Pithem, 
bailli de Bruges et du Franc. Ici se place un inci- 
dent fort singulier, que Molière aurait pu fort 
bien exploiter, s'il en avait eu connaissance, c'est 
l'histoire d'un magistrat malgré lui, incident qui 
prouve , que si c'était un grand honneur de 
devenir échevin du Franc, il était encore plus 
facile d'entrer dans le noble corps que d'en sortir; 
les hauts personnages qui le composaient, étant 
tellement jaloux les uns des autres, qu'une fois 
parmi eux, il n'était plus permis de les quitter, 
surtout pour échanger sa position pour une autre 
meilleure. 

Jacques de Thiennes, tout honoré qu'il fut de 
se voir échevin du Franc, se mit peu d'années 
après sa nomination, à lorgner la succession de 
son parent, Messire de Claerhout, grand bailli de 
Bruges et du Franc; comme il était dans les 
bonnes grâces du souverain, on prétendit, à tort 
ou à raison, peut-être plutôt à raison qu'à tort, 
qu'il avait obtenu à cet endroit la promesse de 
Maximilien. Ces projets éveillèrent la jalousie des 
autres échevins; ils tinrent conseil et décidèrent, 
le 7 octobre 1508, qu'une fois échevin, on était 
obligé, bon gré mal gré, de le rester toute sa vie ; 
dans ce but, ils ajoutèrent à la formule du serment 
la clause suivante : « Je jure de rester échevin ma 
» vie durant, conformément à la teneur de ma 
» commission. » Us ne cachèrent du reste pas le 
motif de cette détermination, car dans le registre 
aux délibérations on trouve : « Laquelle clause 
» fut ajoutée parce que Jacques de Thiennes, 



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— 12 — 

» seigneur de Castre, étant échevin, voulut se 
» défaire de son échevinat pour trouver mieux en 
» devenant bailli de Bruges et du Franc, etc. » 

Voilà donc les échevins condamnés à perpé- 
tuité. Cette sentence ne devait pas sortir son 
effet tout à fait immédiatement. Messire de Claer- 
hout vivait encore et Jacques de Thiennes restait 
échevin. Mais deux ans plus tard , Messire de 
Claerhout étant passé de vie à trépas, l'affaire 
entra dans une phase nouvelle. 

La gouvernante manda aussitôt la mort du 
bailli à l'empereur, et l'informa qu'elle avait par 
provision, pourvu de l'office, un sien maître 
d'hôtel appelé Jérôme Vent, requérant l'empe- 
reur «. de vouloir agréer et conserver la dite 
w provision. » Mais Maximilien répondit le 
19 juillet 1510, à « sa très chère et très amée 
» fille; despieça nous avons fait promesses à notre 
» amé et féal chevalier, le seigneur de Castres, 
» de le pouvoir dudit office. » Il n'entendait 
donc pas que Jérôme, qui du reste, n'était pas 
du pays et n'en savait pas la langue, bien qu'il 
fût bon serviteur, obtint le bailliage : v Vou- 
» lant entretenir notre dite promesse et dési- 
» rant aussi bien pourvoir au dit office pour le 
» profit de nous et du pays , nous avons pré- 
» sentement fait don audit seigneur de Castres 
» d'icelui office et lui en avons fait dépêcher 
» nos lettres patentes » moyennant d'indemniser 
Jérôme Vent de la somme de mille livres, une fois 
données. 

Mais il était survenu dans l'intervalle une com- 



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— 13 - 

plication nouvelle. Ce n'étaient pas les échevins, 
cette fois, qui faisaient opposition, mais le seigneur 
de Fiennes, gouverneur et capitaine général de 
Flandi'e; profitant de ce que les magistrats du 
Franc ne voulaient pas lâcher leur collègue, il solli- 
cita de leur part une recommandation en faveur de 
Jean de Praet, seigneur d'Oelende. Ceux-ci toute- 
fois se tinrent sur la réserve, n'appuyèrent ostensi- 
blement personne , et décidèrent qu'une dépu- 
tation serait envoyée à la gouvernante pour la 
prier d'intervenir afin que le nouveau bailli fut un 
personnage né sur le territoire du Franc. C'était 
assez clairement désigner Jean de Praet, et exclure 
Jacques de Thiennes. D'un autre côté, le seigneur 
de Fiennes avait réussi, parait-il, à intéresser la 
gouvernante en faveur de son protégé, si bien que 
Maximilien répondit le 29 juillet : « Vu et consi- 
» déré que vous nous écrivez que ledit de Castres 
» n'est capable de tenir ledit bailliage, à cause 
» qu'il est échevin du Franc, si ainsi est » il con- 
sent à ce que Jean de Praet en soit investi, à la 
condition de payer douze cent livres à Jérôme 
Vent. Il ajoutait toutefois que si « ledit de Castre 
» fut capable de tenir ledit office, » il voulait qu'il 
en fut pourvu. 

Afin de couper court à ces difficultés, l'empe- 
reur manda Jacques de Thiennes auprès de lui 
à Inspruck, et vu l'incompabilité entre les fonc- 
tions d'échevin et celles de bailli, lui laissa 
l'option. Le sire de Castre, qui désirait vivement 
le baillage, opta naturellement pour celui-ci, 
et Maximilien écrivit le 19 août 1511 à sa fille : 



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— 14 — 

« Nous avons mandé ici le sienr de Castre et 
» nous sommes enquis de lui auquel il voulait se 
» tenir.... lequel nous a instamment requis de 
» lui maintenir notre dit dudit bailliage... A 
» cette cause désirons et vous requérons que, 
» au cas que ceux dudit Franc ne vous fassent 
» dûment apparoir des privilèges au contraire, 
)) vous fassiez sceller audit sieur de Castres nos 
» lettres de don que nous avons envoyées.... » 
Ceux de Bruges firent valoir leurs raisons, mais 
l'empereur déclara le 30 août « que vu mesmement 
» que les dits de Bruges et du Franc n'ont fait 
w aparoir des privilèges en vertu desquels il 
» (Jacques de Thiennes) soit incapable de des- 
» servir ledit office, et vu que de l'échevinage du 
» Franc qu'il a autrefois tenu, l'avons déporté au 
» profit d'autres..., » il déclare sa volonté que les 
lettres soient délivrées, « nous vous avertissons 
» que notre vouloir est que vous fassiez sceller 
» nos lettres. » 

Les aimables collègues du Franc ne se tin- 
rent pas encore pour battus ; ils envoyèrent le 
14 septembre à la gouvernante à Bruxelles, une 
députation composée de deux bourgmestres, mes- 
sires de Mouscron et de la Motte, d'un échevin, 
M* Jean de Plumcoopere, et d'un pensionnaire, 
M® Jean Luucx, pour remontrer que « Jacop 
van Castre scepene svoors. lands » était inca- 
pable de se démettre de ses fonctions, que par 
conséquent il lui était impossible d'accepter celles 
de bailli. 

L'empereur, de son côté, avec une conviction 



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— 15 — 

arrêtée sur cette question, écrivit le 14 novembre 
à la gouvernante, disant entre autres, que malgré 
tout, il se réservait le droit de délier le sire de Castre 
de son serment, puisque celui-ci en exprimait le 
désir. Les magistrats du Franc apprirent ces détails 
par le seigneur de Tiennes, gouverneur de Flandre 
et d'Artois, qui les informa en même temps de for- 
muler officiellement leur opposition. Ils adressèrent 
donc à la Reine gouvernante une requête tendante 
à ce qu'elle voulut bien surseoir à remettre au sire 
de Castre ses lettres de commission jusqu'à ce qu'ils 
eussent pu faire prévaloir leurs observations. Une 
députation fut envoyée à la chambre des comptes, 
une autre à la gouvernante, la première vers Lille, 
la seconde vers Bruxelles ; celle-ci partit le 24 no- 
vembre. Le cheval de bataille des échevins était 
toujours l'impossibilité dans laquelle étaient tous 
les membres de leur corps de se démettre de leurs 
fonctions. Le 6 décembre, le collège donna com- 
munication des lettres de l'empereur du 14 no- 
vembre, parvenues le 5 décembre, dans lesquelles 
Maximilien ordonnait que le sire de Castre fut 
investi de sa charge de bailli, vu qu'il avait résilié 
ses fonctions d'échevins en faveur de Jacques du 
Sellier. 

A la suite de cela, il fut décidé qu'une nouvelle 
députation, composée du bourgmestre Antoine de 
la Barre, seigneur de Mouscron, Jean de Ghistelles, 
seigneur de la Motte, des échevins Martin de 
Plumcoopere et Jérôme van der Beke, avec le 
pensionnaire Luucx, irait à Bruxelles pour mettre 
en œuvre tous les moyens possibles afin d'empê- 



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— 16 

cher rexécution des volontés de l'empereur, tou- 
jours en soutenant que la dignité d'échevin étant 
inhérente à la personne qui l'avait acceptée, et 
étant conférée à vie, il était impossible qu'un 
d'entre eux acceptât les fonctions de bailli, vu 
l'incompatibilité entre ces deux offices. 

Le 30 décembre, les échevins se réunirent au 
grand complet, pour deviser de la situation. Ils 
décidèrent que Jean de Ghistelles, Nicaise Han- 
neron et Jean Luucx partiraient pour Malines 
afin de représenter le collège à la citation faite 
devant le Grand Conseil par le sire de Castre, en 
l'audience qui suivrait le jour des Rois, et faire 
valoir tous les motifs d'opposition. Après les con- 
clusions de la partie adverse, on prendrait jour 
pour la réplique. Le 15 janvier ils étaient de re- 
tour, et ils se mirent à rédiger un mémoire qui fut 
prêt le 17 et présenté à l'examen de l'assemblée 
générale des échevins; il fut résolu d'y joindre 
copie de tous les privilèges et documents qui pou- 
vaient être utiles dans la cause. On s'adressa 
en même temps au chancelier de Brabant, afin 
qu'il fit en sorte d'obtenir de la gouvernante un 
délai pour l'exécution des ordres de l'empereur : 
en cas de réussite, le chancelier devait recevoir 
cent florins, de quarante gros chacun. La question 
d'argent a de tout temps joué un grand rôle. 

Le 30 janvier, tous les échevins se réunirent 
de nouveau. Ils avaient peu de confiance dans 
l'issue de leur procès devant le grand conseil de 
Malines, aussi crurent-ils que le plus rationnel 
était de s'adresser directement à Terapereur; ils 



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— 17 — 

se déterminèrent donc à envoyer à celui-ci une 
députation composée du seigneur de la Motte, 
bourgmestre, et de Jean Luucx ; ceux-ci avaient 
pour mission d'arracher à Maximilien la concession 
qu'au moins pendant la minorité de l'archiduc 
Charles, nul échevin ne pourrait résigner ses fonc- 
tions, et que tous seraient obligés de prêter le 
serment d'après la formule nouvellement réglée. Le 
nerf de la guerre, qui a toujours été la corruption en 
tout, n'était pas oublié ; les députés avaient mission 
de se rendre favorables les personnes de l'entou- 
rage de l'empereur, en leur distribuant des deniers 
s'élevant jusqu'à deux cents florins du Rhin. 

Le seigneur de la Motte et son collègue, trou- 
vèrent Maximilien à Fribourg en Brisgau. Ils me- 
nèrent si bien les affaires, qu'ils obtinrent gain de 
cause, grâce sans doute aux florins du Rhin, et à la 
crainte qu'avait l'empereur de s'aliéner un corps 
aussi puissant que celui des échevins du Franc. Ils 
revinrent après une absence de soixante-douze 
jours, et furent immédiatement envoyés à Gand 
vers la gouvernante , pour lui transmettre les 
instructions de Maximilien, d'après les ordres du- 
quel, elle avait à nommer un bailli et à enjoindre au 
sire de Castre de rester échevin. Il fut entendu à la 
suite de cela, qu'un échevin du Franc, après avoir 
prononcé son serment, n'était plus admis à résigner 
ses fonctions, ou à y renoncer pour en accepter 
d'autres. Sur l'ordre de l'empereur, le procès in- 
tenté devant le grand conseil fut arrêté. La haute 
assemblée ne voulut pas tout d'abord faire droit à 
cette injonction avant d'avoir entendu Jacques de 

2 



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— 18 — 

Thienues, et ne se résigna que lorsque les magis- 
trats du Franc eurent exhibé les lettres de la 
gouvernante. 

A la suite de cela, Jean de Praet, seigneur 
d'Oelende, fut nommé bailli, et prêta serment 
le 2 mai 1511. 

Le résultat obtenu était tellement important 
aux yeux des échevins, qu'ils se montrèrent géné- 
reux envers ceux qui les avaient appuyés de leur 
crédit : ils ofiPrirent au sire de Chièvres un cheval 
de deux cents florins, à Jean le Sauvage, chance- 
lier de Brabant, deux cents livres parisis, à Hans 
Renner, secrétaire de Tempereur, cent quarante 
livres; le nouveau bailli, Jean de Praet, reçut en 
témoignage de satisfaction cent livres de gros. 

La cause était donc entendue, l'affaire jugée ; 
la partie succombante se soumit, faute de mieux, 
sans doute, mais Tanimosité qu'avait allumé dans 
l'esprit de Jacques de Thiennes l'acharnement de 
ses collègues contre lui, ne s'effaça pas; il prit 
plus tard sa revanche. 

Maximilien, voulant le dédommager sans doute, 
le créa depuis conseiller et grand chambellan ; il 
fut chargé de 1503 à 1534 des fonctions de com- 
missaire au renouvellement du magistrat; nous 
le voyons figurer comme tel au Memorieboeck de 
Gand. 

Il fut ensuite envoyé, concurremment avec 
Jean de Wassenaar, vicomte de Leyden, pour 
commander l'armée que l'empereur avait équipée 
contre les Frisons. La province fut soumise et 
Gorcum pris d'assaut. 



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— 19 - 

De retour de cette expédition le sire de Castre 
fut investi du souverain baillage de Flandre par 
institution du 4 octobre 1512. 

C'est seulement par commission du 23 avril 
1515 qu'il fut remplacé dans l'échevinage du 
Franc par Josse Thibaut. L'acte porte que 
Thibaut est nommé « au lieu de nostre amé et 
» féal chevalier, conseiller, chambellan, et sou- 
)) verain bailli de Flandres, Jacques de Lombise, 
» seigneur de Castres , lequel a son gré et consente. 
» ment nous en avons déchargé, déporté, déchar- 
» geons, et déportons par ces dites présentes. » 

Jacques de Thiennes fut encore chargé de 
missions diplomatiques importantes. En 1514 
il fut envoyé en Angleterre pour contrebalancer 
l'influence française représentée par le duc de 
Longue ville, prisonnier d'Henri VIII depuis la 
bataille du Guinegate, et qui jouissait à la cour 
anglaise de beaucoup de crédit. 

Anne de Bretagne, femme de Louis XII était 
morte, et le duc de Longueville afin de détacher 
le roi Henri de son alliance avec l'Espagne, dont, 
d'après lui, l'Angleterre n'avait jamais eu à s'ap- 
plaudir, cherchait à négocier le mariage de Louis 
avec Marie, fille d'Henri, âgée de seize ans. Le 
sire de Castre partit avec le seigneur de 
Lalaing, le prévôt de Cassel, Antoine de Watri- 
pont et une suite nombreuse. 

Il ne resta pas longtemps absent, et rentra 
dans son pays pour assister au mariage de la 
sœur de Charles Quint, Isabelle, avec Christiern II, 
roi de Danemarck. A la suite de la cérémonie 



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- 20 - 

le sire de Castre fut chargé avec un certain 
nombre de seigneurs et de dames belges, entre 
autres la princesse deChimay, Baudouin de Lille, 
bâtard de Bourgogne, lo sieur de Cortgene, 
d'accompagner la jeune reine jusqu'à Copen- 
hague. 

Ces missions diverses n'empêchèrent pas Jacques 
de Thiennes de remplir ses fonctions de souverain 
bailli; pas, il est vrai, à la satisfaction générale, 
car d'aucuns trouvaient qu'il y mettait trop de 
sévérité. Le magistrat du Franc formula plusieurs 
plaintes à sa charge du chef d'abus de pouvoir, et 
d'arrestations arbitraires opérées plutôt dans le 
but de satisfaire sa vengeance que les besoins 
de la justice. Ces accusations étaient-elles, de 
la part des magistrats du Franc, l'effet d'un 
ancien ressentiment, ou étaient-elles fondées? 
C'est ce qu'il est difficile de définir ; le fait est 
que les échevins prirent à son égard une me- 
sure rigoureuse, en décidant que dorénavant 
le grand bailli ne toucherait plus la somme de 
cent vingt livres parisis d'indemnité ordinaire, 
qu'ils porteraient à sa charge plainte devant la 
Cour, et que tous les procès intentés pour délits 
commis dans l'exercice de ses fonctions seraient 
poursuivis avec la plus grande rigueur. Plus tard 
les cent vingt livres lui furent rendues. 

Ces difficultés n'avaient pas fait perdre à 
Jacques de Thiennes la faveur ni de Maximilien 
ni de Charles. Celui-ci parvenu en âge de gou- 
verneur, le confirma dans toutes ses charges, 
ainsi que dans celle de conseiller d'État, et le 
nomma son grand chambellan. 



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— 21 — 

Il avait une telle foi dans les talents et la 
valeur militaire du sire de Castre, que ce fut 
lui qu'il chargea bientôt après, d'aller conquérir 
la Gueldre et de mettre fin par là aux tristes 
démêlés des d'Egmont. 

En 1518 Charles lui confia une mission diplo- 
matique importante auprès de son beau-frère 
le roi de Danemark. Celui-ci avait fait arrê- 
ter les navires appartenant aux marchands des 
Pays-Bas, dans tous les ports de ses royaumes, 
et menaçait de leur interdire tout trafic. De 
pareilles mesures pouvaient avoir des consé- 
quences désastreuses pour le commerce de nos 
provinces; l'empereur chargea Jacques de Thiennes 
de le faire comprendre à Christiern, et de lui ex- 
poser que si ces ordres n'étaient pas retirés, il se 
verrait obligé d'user des représailles. Après de 
nombreuses négociations et de longs débats, un 
traité fut conclu ; il fut signé à Bruxelles le 
22 février 1519 par Charles, et sa tante la gou- 
vernante , Marguerite d'Autriche , d'un côté , 
et de l'autre , Antoine de Metz , camérier de 
Christiern et Herman Willems, son chargé de 
pouvoirs. Ces envoyés et leur suite reçurent de 
riches présents^ avant de retourner dans leur 
pays. Plus tard Jacques de Thiennes alla de- 
mander la ratification du traité à Christiern ; 
cet acte eut lieu le 6 décembre au château 
de Copenhague. A cette occasion il oflrit entre 
autres présents une coupe en vermeil à la sœur 
d'Herman Willems qui passait pour avoir une fort 
grande influence sur le roi. Les archives men- 



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- 22 — 

tionnent ce fait : « Pour une coupe d'argent, 
» dorée dedans et dehors, pesant cinq marcs 
» deux- onces, qui a été délivrée au seigneur de 
>> Castre pour la présenter à la sœur dudit 
» Herman, ayant crédit vers le dit seigneur 
» roi » *. 

L'année suivante Jacques de Thiennes fut de 
nouveau chargé d'une mission toute de confiance 
auprès du roi de Danemark. Les lettres de 
créances sont datées du 8 avril 1520. Christiem 
s'embarquant pour la Suède avec la reine et toute 
sa cour pour aller se faire couronner solonnelle- 
ment, trouva en débarquant, le sire de Castre, 
accompagné d'un brillant cortège de chevaliers 
des Pays-Bas, qui venait lui remettre de la part 
de l'empereur, le collier de la Toison d'Or et 
le féliciter sur ses conquêtes. Mais cette gra- 
cieuseté de Charles Quint, et cet empressement 
à épouser les intérêts de son beau-frère avait, 
paraît-il un but caché. On dit que Charles n'avait 
accordé sa sœur au roi de Danemark qu'à la 
condition, de le reconnaître pour son successeur 
dans les États du Nord, dans le cas où lui, Chris- 
tiem, mourrait sans enfants. Charles rêvait la 
constitution d'un empire plus vaste encore que 
celui de Charlemagne. 

En 1521, Jacques de Thiennes fut une seconde 
fois envoyé en Angleterre ; l'empereur ne pouvait 



» Voir pour ces détails, Altmeyer, Histoire des relations commer- 
ciales et diplomatiques des Pays-Bas, etc. — J. de S* Génois, dans 
ses Feuillets détachés, a consacré une notice à Duiveke Willems. 



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— 23 — 

pas faire de meilleui' choix, le sire de Castre ayant 
laissé au-delà du détroit d'excellents souvenirs. 
Il s'agissait cette fois de conserver à l'empereur 
l'alliance d'Henri, de maintenir la paix de ce côté, 
et d'obtenir un secours de quelques centaines de 
mille écus. 

La première ambassade du sire de Castre avait 
réussi; il était parvenu à enrayer l'influence du 
duc de Longue ville, et Henri, étant à Calais, alla 
rendre visite à l'empereur et à Marguerite de 
Savoie à Gra vélines; il invita même Charles à 
l'accompagner à Calais et y passer quelques jours, 
l'empereur profita de la circonstance pour déta- 
cher le plus possible le roi d'Angleterre de toute 
alliance avec François P^; il s'offrit comme mé- 
diateur entre Henri et le roi de France pour tous 
les différends qui pourraient surgir entre eux; 
François P"^ dut subir cette situation, Henri ayant 
accepté ces propositions sur les conseils de Wolsey , 
que l'empereur avait réussi à mettre complètement 
dans ses intérêts, en lui faisant de riches cadeaux, 
entr'autres les revenus des évêchés de Badajoz et 
de Palencia en Espagne, et lui promettant son 
aide pour lui faire obtenir la tiare. 

Peu après, Philippe de Lalaing, comte d'Hoog- 
straeten, stadhouder de Hollande, obtint de la 
gouvernante qu'elle nommât Jacques de Thiennes 
son lieutenant. Mais cette position suscita à celui-ci 
des difficultés et des travaux qui n'étaient plus en 
rapport avec son grand âge, il demanda à être 
déchargé de cette lieutenance, afin de pouvoir 
se consacrer entièrement aux devoirs de sa charge 



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- 24 — 

de grand bailli de Flandre. Marguerite accéda à 
cette requête, nomma à sa place le fils du comte 
d'Hoogstraeten, Antoine de Lalaing, comte de 
Rennebourg, et écrivit au sire de Castre la lettre 
suivante : 

« Très cher et bien amé. Sur ce que nous 
» avons entendu du comte d'Hoogstraeten que, 
» tant à l'occasion de votre indisposition que 
» pour entendre à l'exercice de vos états en 
» Flandre et à vos affaires, vous désirez vous 
» retirer en Flandre, et à ce nous requérez de 
» notre consentement : le tout considéré, nous 
» y consentons ; et de la part de l'empereur vous 
» savons bon gré et vous mercyons du service 
»> que vous lui avez fait en Hollande, et avec ce, 
» qu'il n'en sera ingrat : vous aurons pour recom- 
») mandé où ce nous sera 

» Ecrit à Malines, le xxv** jour d'avril après 
» Pasques. » 

Charles-Quint accorda plusieurs faveurs au sire 
de Castre, tant en récompense de ses nombreux 
et loyaux services, que pour le dédommager en 
même temps des frais qu'il avait subis pour obtenir 
l'office de bailli de Bruges et du Franc, et de la 
perte de. cet office dont il s'était désisté à la de- 
mande de Maximilien. Entr'autres avantages, il 
lui concéda par patentes, datées de Malines le 
7 décembre 1533, la somme de six cents livres 
de gros sur la caisse du receveur général; en 
même temps il lui fut garanti que ses enfants 
à sa mort pourraient réclamer sur le grand 
baillage de Gand tout ce qui pourrait lui être dû. 



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— 25 — 

et l'empereur s'engagea à le présenter à la pro- 
chaine élection des chevaliers de la Toison d'Or. 

Mais Jacques de Thiennes mourut avant que 
ce dernier honneur fut venu couronner sa vie si 
active : il décéda, comme nous l'avons dit, le 
28 août 1534, laissant trois enfants, après avoir 
été marié deux fois. 

Sa première femme, Isabeau de Plaines, fut 
inhumée à Malines dans le chœur de l'église des 
Carmes; la seconde, Catherine d'Ongnyes, qui 
décéda le 5 janvier 1545, fut inhumée à Rum- 
beke auprès de son époux. Elle était fille de 
Jean, seigneur d'Ongnyes et de Watene, et de 
Marie de GhisteUes, dame de Wispenhof. 

Du second lit, Jacques de Thiennes laissa 
Marie, mariée à Ferdinand de la Barre, seigneur 
de Mouscron, souverain bailli de Flandre, grand 
bailli de Gand, et Anne, mariée à Philippe de 
St-Omer, seigneur de Hollebecque. 

Le fils de Jacques et d'Isabeau de Plaines, 
nommé Thomas, sire de Rumbeke, Castre, Berthe, 
Claerhout, de la cour d'Iseghem, de Sart, de Les- 
cage, de la cour d'Hazebrouck, de Bostraete, 
Oostelaer, amman héréditaire des onze paroisses 
de la chatellenie de Cassel et de S^*-Marie-Capelle, 
gentilhomme de la maison de Philippe II, fut chef 
et capitaine d'une compagnie de cinq cents fan- 
tassins wallons, conseiller de guerre pour le ser- 
vice de l'Espagne; il accompagna le roi à la 
célèbre bataille de S^-Quentin. En 1552, il fut 
choisi pour commander la noblesse du Franc de 
Bruges en prévision de la guerre. Il av^it épousé 



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— 26 — 

Marguerite de Hamericourt, dont il eut quatre 
enfants et mourut en 1558. 

La postérité de Jacques de Thiennes s'est per- 
pétuée jusqu'à nos jours, mais elle n'est plus 
représentée aujourd'hui que par des femmes, la 
comtesse de Limburg-Stirum et la comtesse de 
Ribaucourt*. 

EMILE VaKENBERGH. 



Nous avons consulté pour la rédaction de cette notice 
entre autres ouvrages * 

DE Laborde, Notice des émaux bijoux et objets divers 
exposés dans les galeries du Louvre.' 

Maurice Ardant, Émailleurs et Émaillerie de Limoges, 

Exposition nationale de 1880, — Industries dart anté- 
rieures au XI X^ siècle; Catalogue officiel. 

GoETHALS, Histoire généalogique de la maison de 
Thiennes f etc. 

CoLENS, Un magistrat perpétuel malgré lui. Ce dernier 
travail nous a été extrêmement utile pour une des parties 
les plus intéressantes de notre opuscule. 



* Voir Messager des Sciences historiques, a° 1856, p. 246. Le der- 
nier comte de Thiennes, par Krrvyn de Volkarrsbekb, et a» 1882, 
p. 125, La grande Faucille, par L.-St. 



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— 27 — 



ANALOGIES HIBERNO-FLAMANOES 



Réponse à l'article critique publié dans le 
« Gaelic Journal » de Dublin. 



A Monsieur V Éditeur du « Gaelic Journal, » de Dublin, 

Monsieur, 

Je vous remercie de Fenvoi des deux exemplaires du 
Oaelic Journal, contenant un article quelque peu sévère 
quoique marqué au coin d'une sympathique sincérité, sur 
mon travail intitulé : Les analogies Hiberno-Flamandes, 
Vous dites à la fin de votre article, que vos opinions 
doivent paraître désagréables. Soyez persuadé, Monsieur, 
qu'elles n'ont pas produit cet effet sur moi; car votre ton, 
loin de me paraître désobligeant, est tel que, si j'avais pu 
prévoir cette critique, je n'en aurais pas moins publié mon 
étude hiberno-flamande, ne fût-ce que pour entamer avec 
vous une discussion, qui me paraît utile au point de vue 
de la linguistique en général, et de l'étude de la langue 
irlandaise si originale et si peu appréciée, même de la 
plupart des Irlandais. Du reste, vous applaudissez aux 
efforts que je fais en faveur de votre langue nationale. Je 
ne désire rien de plus *. 

^ Les objections que je me suis naturellement attirées, en me 
plaçant, dans cette publication, sur un terrain tout nouveau quant 



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- 28 - 

Après cela, Monsieur, vous me permettrez de vous répon- 
dre avec la franchise, dont vous faites preuve vous-même. 

à la comparaison du flamand avec l'irlandais, s'adressent également 
en grande partie à Dom Pezron, que j'ai suivi dans les Analogies, 
qu'il a publiées entre le flamand et le bas-breton, langue celtique 
parlée exclusivement aujourd'hui encore par plus de 600,000 Français 
et qui ne diffère de l'irlandais que comme dialecte. C'est cet ouvrage 
qui m'a servi de guide dans mon étude flamande : De Keltische tong- 
vallen in verband met de Nederduitsche taal, Gent, 1880. La faute 
qu'on me reproche même en Belgique, devrait donc être imputée 
aussi à cet auteur français, qui n'a pas rougi de se montrer, par 
amour de la science, plus belge que quelques-uns de mes compa- 
triotes, qui, je dois le dire ouvertement, ne m'ont pas compris, si 
tant est qu'ils m'aient lu. 

Cette observation s'applique, à certains égards, au Oaelic Journal, 
qui, comme organe des Irlandais de la vieille roche, ne peut ignorer 
le bas-breton, idiome similaire et congénère à l'irlandais. 

Dans mon ouvrage flamand de 1880, j'ai soutenu par rapport aux 
trois idiomes vivants de la langue celtique, la thèse exposée dans 
mes Analogies hiberno- flamandes , à savoir que les communications 
entre ces idiomes et le flamand ont été réciproques, et je cite à ce 
sujet le dictionnaire allemand d'Obermùller , où l'on voit que le 
celtique a été en usage au cœur de l'Allemagne jusqu'au milieu du 
moyen-âge, et qu'il a devancé toutes les autres langues de l'Europe. 

C'est donc une erreur assez généralement répandue que d'attribuer 
au latin, par exemple, l'origine des mots d'autres langues à cause de 
la ressemblance qu'ils ont avec la langue des Romains. La science 
moderne rejette cette conclusion et se borne en général à constater 
V analogie, Qn laissant dans l'ombre la question de Vétymologie, comme 
je l'ai fait pour les neuf dixièmes des termes de mon glossaire. Ainsi, 
Kaltschmidt, dans son Sprachvergleichendes Wârterbuch, donne pour 
chaque mot dix à vingt formes similaires, appartenant à autant de 
langues diflTérentes, sans déterminer la source commune de ces mots, 
qu'il cherche cependant avec raison généralement dans le sanscrit. 
ObermûUer, de son côté, fait voir ce qu'il y a souvent de vague dans 
les affinités indo-européennes, etîpenche en général pour les commu- 
nications réciproques entre les langues vivantes de l'Europe. C'est 
la thèse que j'ai adoptée dans mes études sur les langues celtiques 
en rapport avet: le flamand. 

Dans la plupart des dictionnaires philologitiues, le bas-allemand 
ou flamand et l'irlandais ne figurent guère. J'ai voulu suppléer à cette 
lacune, en m'attachant surtout à faire ressortir par la comparaison 
la haute antiquité de ces langues. 



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— 29 — 

Je vous dirai d'abord que je ne puis admettre que deux 
races, qui, dans l'antiquité préhistorique, ont eu, comme 
les Irlandais et les Belges, des rapports incontestables entre 
elles, n'en aient pas laissé des traces reconnaissables dans 
leurs langages. Telle est l'opinion d'un savant, dont vous 
ne contesterez pas la compétence, M. Blackie, professeur 
à l'Université d'Edimbourg, qui m'écrit, au sujet de mon 
ouvrage que je lui ai envoyé : « Accept my best thanks 
for your leamt paper on the connexion of the Flemish 
and Irish languages. I hâve not the least douht, that such 
a connexion eœists, and you hâve done great service by 
starting ground in this field » *. 

D'après la correspondance que j'ai eue précédemment 
avec ce savant, je vous ferai remarquer qu'il se place, comme 
moi, sur un terrain historique antérieur à l'époque du 
moyen-âge, que vous supposez par eiTeur être celle que j'ai 
choisie; c'est à celle dont César a fait mention en parlant des 
invasions des Belges en Grande-Bretagne, que j'ai fait allu- 
sion dans mes Analogies hiberno- flamandes, p. 2, où je cite 
les Ménapiens, résidant en Irlande, qui ont joué un rôle 
important dans la Grande-Bretagne du temps de Dioclétien, 
et dont le chef Carausius fut proclamé empereur romain, 
à York. Il résulte de là que le dialecte teutonique dont se 
servaient ces Belges, était connu chez les Bretons avant l'ar- 
rivée des Saxons. C'est ce qu'atteste Palgrave en ces termes: 
« The main body of the population of England is derived 
from the belgic nation^ one of the three teutonic families. 
Voir : The rise and progress of the english common wealth, 
by Fr. Palgrave, part. I, p. 27 *. 

« « Recevez mes meilleurs remercîments pour votre savant écrit 
sur la connexion dee langues flamande et irlandaise. Je n'ai pas le 
moindre doute que cette connexion existe; et vous avez rendu un 
véritable service en vous avançant sur ce terrain . » 

• « Le gros de la population d'Angleterre est issu de la nation 
belge, l'une des trois familles teutoniques. « 

Pinkerton s'énonce dans le même sens dans ses Eecherdies sur 



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— 30 — 

J'en tire la conclusion que l'infiltration linguistique en 
Irlande, que vous attribuez aux Anglais, c'est-à-dire aux 
Anglo-Saxons, successeurs des Belges, selon cet auteur et 
d'autres, et qui n'ont jamais été vos amis, revient en partie 
aux Belges teutons ou flamands qui d'après vos traditions 
et vos curieuses fables, basées, comme la fable en général, 
sur un fonds de vérité, ont été chassés d'Irlande et se sont 
répandus dans les îles écossaises. Voilà, Monsieur, le point 
de vue où je me suis placé dans mes Analogies, Les mots 
flamands greffes sur le tronc irlandais, n'ont rien de plus 
extraordinaire que ceux qu'on a découverts en Crimée, 
comme l'a prouvé l'ambassadeur flamand Boesbeke au 
X\l« siècle. J'avoue, Monsieur, que je ne parle et n'écris 
pas votre intéressante langue, pas plus que le gallois et le 
bas-breton. Cependant, je crois avoir assez étudié ces 
dialectes celtiques, à l'exemple des philologues qui com- 
parent des centaines de langues entre elles, sans les pos- 
séder grammaticalement, pour en faire l'objet de travaux 
linguistiques. D'après votre langage, je dois croire que vous 
n'êtes pas au courant des dialectes germaniques. Je vous 
dirai que dans une brochure flamande que j'ai eu l'honneur 
d'envoyer à l'auteur présumé de Tarticle auquel je réponds, 
j'embrasse les divers idiomes celtiques, en les mettant en 
rapport avec le flamand, d'après plusieurs écrivains tels que 
M. P. Pezron, Bas-Breton, qui a fait un travail, cité dans 
celui que j'ai publié en 1880, et où cet auteur fait ressortir 
les analogies existantes entre le flamand et le bas-breton. 
J'ai fait un pas de plus que cet auteur français,et j'ai étendu 



Vhistoire de V Ecosse, traduites en français. Voir aussi Oaelic etymo- 
logy of the english language, par Ch. Mackay, qui comprend à la 
page IX de la préface de ce dictionnaire, le flamand ou nederduitsch 
{low'dutch) parmi les éléments constitutifs de la langue anglaise, 
à côté du saxon, qui, comme les autres dialectes teutoniques de la 
Grande-Bretagne, a eu de l'influence sur l'irlandais. 



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— Si- 
mon étude au gallois et au gaélique ou irlandais, en y ajou- 
tant le sanscrit, lorsqu'il me paraissait présenter une analo- 
gie suffisante avec les plus anciennes langues occidentales. 
Mais je dois avouer que cette analogie m'a semblé souvent 
plus vague, plus indirecte et moins concluante que celle 
que je trouvais entre le flamand et les susdits dialectes. On 
dirait, d'après certains philologues, qu'en dehors du sanscrit 
on n'a pu introduire des mots nouveaux dans les langues 
européennes. Ces savants devraient se pénétrer du vers sui- 
vant d'Horace : « Dabiturque licentia sumpta pudenter, et 
nova factaqite nuper habebunt verba fidem, » etc. 

Le savant auteur de l'article inséré à mon sujet, dans 
The Gaelic Journal^ fait grand état de la source sanscrite 
ou aryane de nos langues. Je l'admets avec lui ; mais il me 
ferait grand plaisir de m'indiquer, parmi les mots irlandais 
que j'ai choisis, surtout dans le dictionnaire d'Oreilly, ceux 
qui auraient plus de rapport avec le sanscrit qu'avec le fla- 
mand. Je me suis livré à cet examen, et je suis arrivé à cette 
conclusion que, si les analogies hibemo-sanscrites doivent 
être admises à cause de t affinité qu'elles présentent entre 
elles, à plus forte raison il faut admettre mes analogies, 
lorsqu'elles offrent une plus forte ressemblance linguistique. 
Quant à la liaison de l'irlandais avec les langues orien- 
tales, plusieurs auteurs préfèrent rattacher partiellement 
votre vieil idiome à l'hébreu plutôt qu'au sanscrit. C'est ce 
que fait surtout M. Yeatman dans son ouvrage : The Shemish 
origin of the nations of Western Europe, que j'ai lu avec 
intérêt, et où il soutient une thèse contraire à celle du rév. 
chanoine Ulic J. Bourke : The aryan origin of the gaelic 
race and language, que j'ai lu également D résulte, Mon- 
sieur, de mes études que, quoique le sanscrit paraisse avoir 
eu plus d'influence sur votre langue nationale que l'hébreu * , 

• Je trouve dans O'Relly environ une vingtaine de mots hébreux 
cités comme analogues à l'irlandais. 



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— 32 — 

ce que j'admets, on ne peut pas cependant contester cer- 
tains rapports entre cette dernière langue et l'irlandais. 
Je confonds l'hébreu avec son homogène le phénicien, que 
les navigateurs de la Phénicie, auxquels l'histoire des temps 
primitifs donne parfois pour compagnons des marins belges, 
ont introduit en Irlande, où des colonies hébraïques pa- 
raissent s'être établies également. Je repousse complètement 
les analogies purement phonétiques et je n'admets comme 
probables que celles qui présentent en même temps, outre 
une similitude de sons, une signiâcation identique ou clai- 
rement dérivée. Je me range du côté des partisans de la 
nouvelle école linguistique, tout en rejetant les idées systé- 
matiques qu'ils admettent souvent, en négligeant trop, par 
exemple, l'influence sémitique sur les langues européennes. 
Cette école voit dans les analogies une source d éclaircisse- 
ments réciproques entre les langues comparées, en laissant 
les étymologies dans le vague, sans les nier. 

Je me bornerai à un seul exemple, pour ne pas abuser 
de votre complaisance dans la polémique, que je désire 
engager avec vous dans votre journal. Le mot irlandais 
Cenel (pron. Kenel)^ que je mets en rapport avec le mot 
flamand kind, ne présente certes pas une analogie claire 
entre l'irlandais et le flamand. Néanmoins, quand je con- 
sulte le dictionnaire étymologique allemand de Kaltschmidt, 
j'y trouve cette analogie imparfaite, mais digne d'attention, 
à cause de l'idée de naissance que l'auteur y rattache en 
la rapprochant du mot sanscrit jan^ enfanter. Quant à 
l'hébreu * que plusieurs auteurs, tels que O'Reilly, M. Alpine 



* Le mot irlandais «tV (voir O'Reilly, M. Alpine, etc.), par 
exemple, doit être mis en rapport avec le sanscrit ira et le grec i/sa, 
terre ; et comme ces deux mots figurent dans tous les dictionnaires 
étymologiques, comme analogues à l'allemand erde, au flamand eerde 
ou aarde, à l'anglais earth et au bas-saxon eer, on doit admettre 
l'analogie du flamand eerde avec l'irlandais uir. Il en est de même de 



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— 33 - 

et John Mackensie ont découvert dans l'irlandais, on le 
trouve souvent par l'analyse. 

Du reste, le trait d'union que Kaltschmidt admet entre 
le sanscrit et les similaires cenel et kind, se fortifie d'après 
le philologue hollandais J. L. Terwen (Etymologhch hand- 
tooordenboek), en ce que le mot kind qui, en anglais, signifie 
espèce, se rapporte à la production ou à la génération, 
comme le mot enfant, répond à l'idée d'allaitement, en 
hébreu. J'ai donc admis une affinité entre cenel et kind, 
plutôt qu'entre cenel et le sanscrit ^*an. 

Pour ce qui regarde le rapprochement que vous faites 
entre l'anglais et le russe, comme ne pouvant s'expliquer 
que par le sanscrit, je vous ferai remarquer qu'un savant 
auteur belge, Raepsaet, a fait voir à l'évidence que la race 

ITiébreu arets ou erets, par rapport à earth, erde et aarde. L'irlandais 
uir doit y être assimilé aussi bien que le bas-saxon eer. Mais quelle 
est la source primitive à laquelle il faut faire remonter l'irlandais et 
le flamand, qui font l'objet de cette étude? Est-ce à l'hébreu arets ou 
RU sanscrit iraî La lettre caractéristique rest commune à ces divers 
termes, mais la dentale (d, th ou ts) disparaît dans le sanscrit, Vir- 
landais, le grec et le bas-saxon, tandis qu'on la trouve dans l'hébreu, 
l'allemand, l'anglais et le flamand. Néanmoins, comme l'analogie est 
admise entre tous ces termes d'après la science philologique, ils nous 
ramènent à l'existence probable d'une langue qui doit avoir renfermé 
ces divers éléments soit sémitiques, soit japhétiques, et qu'on peut 
regarder comme la langue primitive ou du moins antérieure à toutes 
les langues connues. C'est ce qui résulte d'ailleurs de l'étude appro- 
fondie des langues originales, parmi lesquelles le celtique et particu- 
lièrement l'irlandais, figurent au premier rang. L'origine commune 
de certain ■* termes n'empêche pas que d'autres termes n'aient été 
transmis réciproquement de l'une langue à l'autre, dans le mouve- 
ment international des peuples, c'est ce qui résulte de mon catalogue 
analogique quant à l'irlandais et au flamand. C'est ainsi qu'Horace 
admettait dans le latin des mots empruntés au grec avec discrétion 
(si grœco fonte cadant, parce deprompta). La manie de faire remonter 
tous les éléments linguistiques au sanscrit tendrait à faire considérer, 
par exemple, les mots spleen, waggon, whist, rail, etc. admis en fran- 
çais, comme dérivés du sanscrit et non de l'anglais. 



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— 34 — 

teutonne, à laquelle appartient certaineraen la flamande, 
a parcouru, en longeant les fleuves, le continent européen 
entre la Mer Noire et la Baltique, et s'est trouvée en contact 
avec la race slave, à laquelle appartiennent les Russes, en 
laissant des traces de son passage dans les noms des loca- 
lités traversées et dans les dialectes slaves, tels que le 
letton. On ne doit donc pas rejeter ces analogies comme si 
on voulait les expliquer par des rapprochements des russes 
avec les anglais. Ces analogies russo-teutoniques ou russo- 
flamandes n'empêchent pas cependant de rattacher les deux 
races dont il s'agit à une origine orientale, bien que les 
analogies indo-slaves et indo-flamandes soient en général 
beaucoup moins claires que celles qu'on découvre souvent 
entre les langues européennes, par l'analyse philologique, 
à laquelle j'ai eu recours dans mon étude sur l'irlandais. 
Sans cette analyse, les rapprochements admis en philo- 
logie semblent souvent absurdes. C'est ainsi que le mot 
français jour paraît tout à fait étranger au latin, et 
cependant il est incontestable qu'il découle de cette 
source. Du mot diés^ qui provient du sanscrit divas^ on 
a formé diurnus, de diumus les italiens ont fait giorno, 
(prononcez djomo)^ que les français ont traduit par 
journée; et, en tronquant ce dernier mot, ils ont formé le 
mot : jour. Cela prouve qu'on ne doit point rejeter 
sans examen tous les rapprochements linguistiques qui, 
au premier abord, paraissent absurdes, quant aux em- 
prunts que les langues européennes ont faits les unes 
aux autres*. 



• L'illustre professeur de philologie d'Oxford, Max-Muller, n'a 
pas craint de dire que souveat des termes évidemment dérivés, ne 
conservent pas une lettre de leurs racines. C'est l'analyse linguis- 
tique qui décide de l'origine, comme dans le mot français^our. Il en 
est de même de certains mots irlandais par rapport au flamand. 



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— 35 — 

Le mot jour, auquel on pourrait en ajouter d'autres 
aussi étrangement transformés \ prouve qu'on ne peut pas 
toujours nier la transformation de premier, deuxième ou 
troisième jet de mots qui ressemblent en quelque sorte aux 
produits de formation géologique. L'analyse établit souvent 
cette transformation d'une manière évidente, alors même 
qu'au premier abord on la croirait inadmissible et même, 
contraire au génie de la langue, dans laquelle les mots 
étrangers se trouvent incrustés, comme ces coquillages 
qu'on découvre au haut de certaines montagnes, où ils 
attestent le séjour des eaux à une époque préhistorique. 

Aucune langue quelqu'originale qu'elle soit, fût-elle de 
première ou de deuxième formation comme l'irlandais et le 
flamand, ne peut être regardée comme n'ayant admis aucun 
élément étranger. La langue grecque elle-même, qu'on 
regarde généralement comme une des plus pures, n'a pas été 
à l'abri d'une immixtion considérable d'éléments étrangers, 
mais tellement transformés dans le laboratoire linguistique, 
que leur origine est tout à fait méconnaissable. C'est ce 
qu'a fait voir un savant philologue allemand, Pott, dans 
son Leœiqtie, où il examine 11,633 mots grecs, auxquels il 
rapporte 2,055 mots sanscrits, 138 zends, 36 arméniens, 
648 latins, 2f)2 gothiques, 728 allemands, 526 slavons, 
40 russes, 800 lithuaniens et 327 celtiques, mots qui presque 
tous ont perdu leur forme primitive en passant par le 
creuset hellénique. Il n'est donc pas impossible que des 
mots flamands aient passé de la même manière par l'alambic 
irlandais, ou des mots irlandais par l'alambic flamand, à 
une époque inconnue *. Sans rejeter cette dernière suppo- 

* Tels que joie, dérivé de gaudium, rossignol, de Lucus, selon 
Foumier {Encycl. du XIX^ siècle, au mot étymologie), etc. 

■ Lorsque les affinités se présentent respectivement entre plu- 
sieurs mots et leurs dérivés dans deux langues, l'analogie devient 
évidente. 

n en est ainsi des mots suivants irlandais et flamands, auxquels 



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— 36 — 

sition, je crois la première plus probable, parce que l'his- 
toire mentionne la présence en Irlande des Teuto -Belges 
ou Flamands, tels que les Ménapiens et les Chauci, cités par 
Ptolémée, tandis qu'elle n'indique pas la moindre trace 
d'Irlandais en Belgique, quoique parmi ceux-ci il y en eût 
qui certainement ont passé par ce pays, pour se rendre 
dans l'île des destinées, à laquelle ils ont donné leur nom. 
L'histoire et la linguistique se prêtent souvent un mutuel 
secours et fournissent ainsi des résultats que la science 
admet comme approchant de la certitude, sinon comme 
absolument certains. 

Il est vrai qu'on ne peut pas tirer une conclusion certaine 
d'un très petit nombre d'analogies; mais à mesure que ce 
nombre augmente, la probabilité s'accroît aussi, et s'élève 
parfois à la hauteur d'une certitude morale. Ainsi, l'argu- 
ment relatif au dialecte slave-letton, invoqué p. 53 de mes 
Analogies hibemo- flamandes, présente une probabilité des 
rapports, que l'auteur cité, Jehan, signale comme ayant 



j'aurais pu en 


ajouter bien d'autres 


omis dans mon catalogue 


d'analogies. 








IRLANDAIS 


FLAMAND 




FRANÇAIS 


Bogh; 


Buigen ; 




Fléchir. 


Bogha; 


Buiging, Boog; 




Inflexion, Arc. 


Deanadh ; 


Doende ; 




Actif. 


Deanadoir ; 


Doender ; 




Facteur, Faiseur. 


Deanadas ; 


Doenings ; 




Actions. 


Sgriobaim ; 


Schrijven; 




Écrire. 


Sgriobaire, 
Sgriobhnoir ; 


j Schrijver; 




Écrivain. 


Sgriobtuir ; 


Schriftuur : 




Écriture. 


Sgriobhtha ; * 


Schrift, Geschreven ; 


; Écrit. 



♦ Cette affinité oflfre un exemple remarquable d'analyse phJlologiqne : sg ae pro- 
nonce à peu près comme sch on flamand, et non comme le sch allemand ; bh a le sou 
de V ou f, les aspirées des muettes labiales; et comme les voyelles ne comptent guèrn 
en étymologie on en affinité, on peut dire que sgriobhtha équivaut parfaitement 
à schrift, mot qui existe aun^i en allemand, mais s'éloigne énormément de Tanglaif. 



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— 37 

existé entre les Lettons et les Allemands, quant à la civili- 
sation, dont les premiers sont redevables aux derniers. 
Je ferai une remarque, que j'avais jugée inutile, mais qui 
paraîtra opportune, vu les objections qu'on oppose à mon 
travail, à savoir que les mots allemands allégués pour 
prouver l'influence civilisatrice de la race allemande sur 
la lettonne sont, à l'exception du mot plinte ou plutôt flinte, 
fusil, également flamands, sauf quelques légères nuances 
orthographiques, par lesquelles le flamand se rapproche 
plus que l'allemand de l'irlandais. 

Ces nuances, qui militent en faveur des rapports du fla- 
mand avec la langue de la Verte-Erin, ont été effleurées 
dans mes Analogies^ p. 3. C'est ce que l'auteur de l'article 
du Oaelic Journal^ auquel je réponds, a perdu de vue, 
lorsqu'il dit que plusieurs mots flamands, cités comme 
analogues à l'irlandais, appartiennent également à la 
langue allemande. Cela est vrai, mais outre les nuances, 
que je viens de rappeler, on doit se demander s'il est 
conforme à une saine critique de donner à cet égard la pré- 
férence à l'allemand sur le flamand, vu la grande différence 
qui existe entre la nation allemande et la flamande, quant 
à la distance qui les sépare de l'Irlande, et vu les facilités 
qui en ont été la conséquence pour cette dernière, par rap- 
port à l'immigration et aux communications avec l'Irlande. 

L'orthographe des langues comparées milite aussi en 
faveur de ma thèse, ainsi que je l'ai démontré (voir pp. 8-9 de 
mes A ncdogies). On ne cherche nullement à la transformer 
en Irlande ni en Flandre, comme cela se voit, aujourd'hui 
en Allemagne, où l'on s'efforce d'éliminer de la langue 
écrite les lettres qui paraissent inutiles, et les majuscules 
initiales des noms communs, qui se présentent à la lecture 
comme une surcharge de signes arbitraires, réforme qui ap- 
pelle aussi le remplacement des caractères tortueux appelés 
gothiques, par des formes latines. Il s'agit d'une véritable 



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— 38 — 

révolution orthographique, que beaucoup d'instituteurs 
allemands réclament comme nécessaire pour préserver la 
vue des enfants trop fatiguée par l'orthographie actuelle, et 
surtout pour éviter la perte de temps, qui résulte, selon 
eux, de l'enseignement d'un double alphabet et de la lec- 
ture de mots hérissée de signes inutiles ou compliqués. 
Rien de pareil ne se présente ni en Irlande ni en Flandre; 
quoique l'écriture irlandaise soit moins simple que la 
flamande, elle l'emporte en simplicité sur l'allemande. Ce 
qui est remarquable sous ce rapport, c'est l'uniformité de 
prononciation des lettres irlandaises, parfaitement exposée 
dans les grammaires du docteur O'Donovan et du chanoine 
Bourke, et par laquelle l'irlandais se distingue, comme le 
flamand, de beaucoup d'autres langues et notamment de 
l'anglais *, circonstance qui donne à mes -4 nalogies un carac- 
tère particulier de vraisemblance. L'étude de l'irlandais en 
rapport avec le flamand, présente à ce point de vue un 
véritable intérêt philologique, qui a échappé à mon anta- 
goniste. 

Ce qu'on peut surtout invoquer en faveur de ma thèse, 
c'est l'histoire qui signale de nombreuses immigi'ations 
belges dans les îles britanniques *, mais qui est silencieuse 
sur celles qu'on voudrait attribuer aux Allemands. Il n'y 
a qu'une voix là-dessus parmi les historiens et autres 
auteurs britanniques qui s'occupent de ces questions. Re- 
marquons aussi à ce su^jet que les meilleurs écrivains 
allemands reconnaissent dans le bas-allemand, qui com- 



» Un critique un peu léger n'a pas craint de dire que la seule règle 
de prononciation des Anglais, c'est de ne pas en avoir du tout, et de 
s'en remettre uniquement à l'usage, dont Horace a dit : v< Quem pênes 
arbitrium est et jus norma loquendi. » 

* Il en est fait mention dans V Histoire des relations diplomatiques 
entre le comté de Flandre et l'Angleterre, par Emile Vabbnbbroh, 
livre I. 



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— 39 — 

prend le flamand \ une langue sœur et non une fille du 
haut-allemand. Mes Analogies hibemoflamandes ne peuvent 
donc être confondues avec de prétendues analogies hibemo- 
allemandes. Mais par quelle voie l'élément flamand a-t-il 
été introduit dans l'irlandais? Probablement par plusieurs 
voies, mais surtout par les rapports de la Grande-Bretagne 
avec l'Irlande. On en a une preuve dans le fait que j'ai 
cité dans mes Analogies, d'après O'Reilly, qui s'appuie 
à cet égard sur l'ancien philologue Baxter, à savoir l'intro- 
duction dans rirlandais de la lettre P par les Belges- 
Bretons (BelgiC'Britains). Cela nexclut nullement les 
communications directes par la mer, ayant eu leurs points 
de départ sur les côtes belges ou gauloises, et que les tra- 
ditions irlandaises rendent probables. 

Voilà pour la transfusion du flamand dans l'irlandais, 
qui paraît l'avoir emporté sur le mouvement inverse auquel 
on ne peut pas cependant refuser une certaine vraisem- 
blance, surtout si l'on considère les noms de plusieurs loca- 
lités belges, mentionnées dans mes Analogies, telles que 
Ath, Knocke, Huy, Londerzeele, etc., qu'on trouve en tout 
ou en partie dans l'irlandais, soit comme noms propres de 
lieux, soit comme noms appellatifs, dont j'ai donné l'expli- 
cation dans mon vocabulaire hiberno-flamand et que le dic- 
tionnaire allemand historique géographique d'ObermuUer 
fait connaître aussi *. 



* C'est dans le même sens que les philologues anglais distinguent 
entre le flamand ou nederduitsch qu'ils appellent dutch,Çii l'allemand. 

• Le celtique, qui est sans contredit une des plus anciennes langues 
du monde, a laissé des traces parmi les peuplades du Mexique (voir 
mon ouvrage : De Keltische tongvallen). 

Le cardinal Newman, cité dans le même ouvrage flamand, p. 30, 
énumère vingt-un mots de lajlangue sabine, une des sources du latin, 
et qu'il regarde comme d'origine celtique. Il est donc probable que 
la race teutonique, à laquelle appartient la flamande, a été, comme 
bien d'autres, en partie tributaire de la celtique et vraisembla- 
blement de l'irlandaise. 



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— 40 — 

L'auteur qui fait de mon travail une critique raisonnée, 
dont je lui sais gré, surtout au point de vue de la langue 
irlandaise, dans laquelle je reconnais sa parfaite compé- 
tence, trouve que plusieurs mots que j'ai cités n'appar- 
tiennent pas, à proprement parler, à cette langue, mais 
ont plutôt une origine anglaise. Je passerai volontiers 
condamnation sur ce point; mais pour lui prouver que je 
n'ai pas fait ces citations sans pouvoir invoquer des motifs 
de probabilité, je lui dirai que ce sont des termes que 
j'ai recueillis dans quatre voyages d'Ecosse et dans deux 
visites que j'ai faites à l'Irlande. Ils m'ont été signalés 
comme des provincialismes * gaélic-écossais ou irlandais 
qui, sans être généralement compris dans les deux pays, 
doivent être néanmoins considérés comme appartenant 
à la langue celtique de l'Ecosse et de l'Irlande. Du reste, 
les mots dont on ne saurait raisonnablement contester 
l'analogie hiberno-flamande, sont assez nombreux pour 



* Voici ce que dit des provincialismes ou dialectes irlandais Teighe 
O'Rody, auteur du XVIIIe siècle : u L'irlandais est la langue la plus 
difficile et la plus riche (copious) du monde, ayant, outre l'irlandais 
commun, cinq dialectes, savoir : le poétique, le judiciaire, puis les 
dialectes abstrait (abstractive) et sépara tif {separative) , dialectes 
qui, pris chacun à part, ont la même richesse qu'une langue quel- 
conque, de telle sorte qu'on peut être parfaitement versé dans l'un 
d'entre eux sans comprendre certains mots des autres, et qu'aujour- 
d'hui on peut rencontrer tel individu en Irlande qui possède à fond 
un, deux ou trois de ces dialectes, mais personne qui soit au courant 
de tous. » Il faudrait ajouter à ces dialectes les provincialismes de la 
haute Ecosse, qui appartiennent, comme l'irlandais, à la langue 
commune qu'on appelle la gaélique. Il n'est donc pas étonnant que 
j'aie pu comprendre quelques formes ou termes idiomatiques dans 
mes recherches sur les analogies, que j'y découvrais avec le flamaud, 
d'autant plus que c'est souvent dans les dialectes, ou langages popu- 
laires, qu'on trouve le génie d'une langue. C'est aussi l'idée qui a 
présidé à mon étude sur les Dialectes germaniques de la Grrande- 
Bretagne, que j'ai publiés dans la Revue catholique, étude qui n'est 
pas encore achevée. 



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- 41 - 

donner à ma thèse une valeur probante suffisante en phi- 
lologie, et prouver la haute antiquité du flamand par ses 
rapports avec une des langues les plus anciennes. 

A lire certains passages de la dissertation critique qu'on 
m'oppose et que je me félicite d'avoir provoquée, on dirait 
que Fauteur a voulu m'attribuer l'idée de représenter l'in- 
fluence du flamand sur l'irlandais, comme ayant altéré 
cette dernière langue et comme l'ayant dénaturée en quelque 
sorte. Mais je n'ai eu aucunement cette intention et je n'ai 
rien avancé qui paraisse justifier son allégation. Je consi- 
dère avec O'Reilly et Mackay (Gaelic Etymology of the 
english languagé)^ votre langue comme une des plus pures 
du monde, quoique je croie avoir démontré qu'elle a admis 
certains éléments étrangers, et, entre autres des mots fla- 
mands, mais qui n'y figurent que comme des exceptions 
et font ressortir l'originalité de la langue sur laquelle ils 
sont greffés. J'ai fait voir dans mon ouvrage flamand : De 
KeUische tonçvallen, la même chose pour le bas-breton 
et l'idiome de la principauté de Galles. 

L'histoire de l'Irlande par Beating, et surtout celle qu'a 
publiée Standisch O'Grady (celle-ci enrichie d'une carte 
indiquant le territoire des Firbolgs ou anciens belges, 
comme l'admet le chanoine Bourke), exposent les légendes, 
traditions et fables, qui concernent les rapports des Belges 
avec l'EIrin. Ces auteurs ne distinguent pas entre les Celto- 
Belges et les Teuto-Belges. Aussi, ces deux fractions de la 
nation paraissent avoir été généralement unies, même 
dans leurs expéditions, à l'instar des Cimbres et des 
Teutons dans leur marche vers l'Italie, et comme le sont 
encore aujourd'hui les Flamands et les Wallons. C'est ce 
qu'a parfaitement exposé le général Renard dans son 
Histoire 'politique et militaire de la Belgique, et c'est faute 
de connaître cette particularité, que beaucoup d'auteurs 
se sont égarés dans l'histoire des migrations des Belges 



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~ 42 — 

dans divers pays de l'Europe. La différence de langage qui 
existe en Belgique comme en Suisse et ailleurs, a fait croire 
qu'il s'agissait de deux peuples différents. Ainsi, dans leurs 
immigrations en Irlande, les Celto-Belges ont certainement 
été les premiers, y étant attirés par des Celtes qui y étaient 
déjà établis, et ils doivent avoir été suivis par des Teuto- 
Belges; puis il est probable qu'ils se sont ralliés, sur le sol 
étranger, par un effet naturel de leurs relations précé- 
dentes. Au premier courant belge, il en a succédé d'autres, 
comme la fait voir Yeatman [Shemish Origin, etc., p. 156), 
dans le mouvement général des migrations qui poussaient 
anciennement les peuples vers des destinées nouvelles. 
L'histoire signale des migrations de Belges sous le nom de 
Volcœ, que Cicéron a appelé Belgœ dans son discours pour 
Fonteius, et qui sont probablement les mêmes que les 
Fir-Bolgs de l'Irlande, où ils ont joué un rôle qui a laissé 
des traces dans le langage, comme le celtique en a laissé 
dans d'autres langues, même dans le latin et dans le grec. 
De là l'intérêt qu'offre votre langue pour mon pays. 

Ce qui ma paru particulièrement intéressant dans l'étude 
du celtique et notamment de l'irlandais, c'est que de toutes 
les langues les plus connues en Europe, il n'y en a pas qui 
présentent un plus grand mélange de racines sémitiques et 
japhétiques, mélange qui semble ouvrir la voie à la décou- 
verte de la langue primitive, objet constant des travaux 
linguistiques. 

On doit également admettre l'infusion de l'élément cel- 
tique dans la plupart des langues européennes, parmi 
lesquelles je compte les dialectes teutoniques, tels que le 
flamand. L'influence du celtique a été particulièrement 
mise en lumière par Dieffenbach dans ses Celtica, par Zeus 
dans sa grande grammaire celtique, ainsi que dans les 
savants écrits des Pictet, des Blackie, des Bourke, etc. 
Cette influence n'exclut pas une certaine réciprocité dans 



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— 43 — 

les communications linguistiques. Un peuple ne transmet 
les éléments de sa langue à un autre peuple que par suite 
des relations internationales. Les emprunts sont toujours 
réciproques comme le prouve l'expérience de tous les jours, 
quant aux langues vivantes. C'est ainsi que j'explique 
l'infiltration de l'élément flamand dans l'Irlandais, qui, 
comme dialecte de la grande langue celtique, ne peut être 
séparé de celle-ci dans l'influence qu'elle a eue, d'après 
les philologues les plus renommés, sur la plupart des 
langues européennes. C'est ce qui fait, à mes yeux, l'hon- 
neur de l'Irlande. Je m'étonne que dans ce pays on ûié- 
connaisse ce mouvement de réciprocité, qu'on devrait 
considérer comme une distinction honorable pour le peuple 
irlandais, qui peut incontestablement se flatter d'avoir 
exercé dans le monde, conjointement avec les autres 
branches de la famille celtique, une domination aussi 
glorieuse que pacifique. On semble regarder comme une 
humiliation nationale d'avoir fait des emprunts à un petit 
pays, tel que la Flandre, comme si la Grèce qui, si petite 
qu'elle fût, avait répandu sa langue dans tout le monde 
ancien, n'avait pas payé un pareil tribut à d'autres langues, 
même barbares. 

Au surplus, les traces rares mais réelles que le fla- 
mand a laissées dans l'irlandais, ne tendent qu'à constater 
les rapports de deux peuples. Ce sont des espèces de 
médailles qui consacrent ces relations et font ressortir 
l'antiquité de la langue flamande, but principal de mon 
ouvrage; ce sont des débris linguistiques, semblables à des 
fossiles nimiismatiques enfouis dans le sol irlandais et qui 
portent l'empreinte de l'union de deux nations faites pour 
s'entendre, en conservant comme dans un sanctuaire les 
reliques vivantes du génie de leurs races. 

Tel est le sentiment qui m'a dominé dans ce travail et qui 
m'a été inspiré particulièrement par les rapports que j'ai 



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— 44 — 

eus dans le temps avec le grand O'Connel, notamment à 
Toccasion de l'entrevue que voulait bien m'accorder l'illustre 
agitateur dans son hôtel de Marien-Square. à Dublin, où il 
m'accueillit avec une sympathie dont je conserve toujours 
le souvenir, en me disant : J'aime beaucoup les Belges, parce 
qu'il n'y a pas de peuple qui ressemble plus au peuple irlan- 
dais, quant à la religion et à l'amour de la liberté. 

Agréez, Monsieur, l'assurance de ma parfaite considé- 
ration, 

D. De Haebne, 

Représentant belge. 

S*^-Josse-tenNoode-lez-Bruxelles, 14, rue de la (Commune, 
le 31 mars 1885. 



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— 45 - 



UN ADMINISTRATEUR AU TEMPS DE LOUIS XIV '. 

XI {Suite). 

Lange, au moment de sa maladie, avait reçu 
des fonds dont le Cardinal se disait inquiet. 

Il (Lange) (lisons-nous dans une lettre du 29 octobre 1658) 
avoit aussi l'argent pour payer le vaisseau que j'ai achepté 
à Dunkerque et pour le faire achever. Comme je ne sais 
pas ce qui a été fait là-dessus, vous vous en informerez et 
donnerez ordre que tout soit exécuté suivant ce que j'écrivis 
au S' Lange. 

Trois semaines plus tard, le 22 novembre, 
Robertot annonce que Lange, rétabli, est arrivé 
la veille de Dunkerque où il s'était rendu pour 
régler l'affaire du vaisseau. 

Il a consigné 14 mille livres entre les mains de l'intendant 
de Mr Lockhart, en exécution de son ordinaire, pour paie- 
ment du vaisseau, dont il s'est fait mettre en possession. 
Il a donné 50 pistoles à un charpentier pour l'achever. 
M' Lockhart n'a pas voulu consentir qu'il acheptât quelques 
pièces de canon, qui sont à des particuliers de Dunquerque. 

» Suite. Voir Messager des sciences historiques, 4* livraison, 1884, 
p. 460. 



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" 46 — 

Lange avait-il donné ou seulement promis les 
50 pistoles? Au commencement de janvier, Ro- 
bertot les réclamait à Mazarin, qui le renvoyait 
à Talon, lequel les paiera « sur le fonds qui a 
esté envoyé et au delà, pour les despenses néces- 
saires. » 

Talon, du reste, faisait l'éloge de ce bâtiment, 
dans une lettre du 1 janvier 1659. 

Le S^ ADgelo m'est venu dematider quelqu'argent, pour 
faire travailler au vaisseau que V. E. a achepté à Dun- 
querque. Je le lui ai aussitôt preste. J'ai veu ledit vaisseau 
à Dunquerque, à mon dernier voyage, avec. les personnes 
de la mer qui s'y cognoissent le mieux. Chacun assure 
que ce doit estre le meilleur voilier de toute la mer. 

Néanmoins, la frégate n'était pas encore à la 
veille de prendre la mer. Robertot, qui était allé 
à Dunkerque, au commencement de janvier 1659, 
en entretient longuement le Cardinal, dans une 
lettre du 10 janvier : 

La frégate s'avance peu. Le charpentier, avec qui le 
S"" Lange a fait marché, a esté malheureux. Il avoit fait 
achepter 525 grandes planches en Zélande, le navire qui 
les apportoit s'est eschoué à la coste de Boulongne. J'ai 
escript à M^ le Mareschal d'Aumont* pour tascher de 
sauver ces planches. 

J'ai visité la frégate, l'ouvrage de charpenterie qui reste 
à y faire est un ouvrage de huit à dix jours au plus. Ce qui 
presse davantage, c'est un fonds pour achepter des voiles, 

* Antoine d'Aumont de Rochelmron, duc d'Aumont, maréchal de 
France, né en 1601, mort en 1669. 



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— 47 — 

cables, ancres et du canon. Le S"^ Van Nelle, marchant de 
Dunquerque, à qui j'ay donné 50 pistoles que ledit S*^ Lange 
m'avoit baillées, en partant d' Ypres, lui a envoyé un mémoire 
de ce que cousteront à peu près les choses nécessaires pour 
mettre à la mer ladite frégate 

Dans la même lettre, Robertot raconte qu'ayant 
eu à se faire rembourser par Lockhart, d'une 
quantité de foin évaluée cent pistoles et consom- 
mée par la garnison anglaise, il n'a pas voulu 
recevoir d'argent et a demandé des agrès, ancres, 
cables, voiles, ainsi que de l'artiUerie pour la fré- 
gate et que l'ambassadeur lui a promis de lui 
donner des canons. 

Dans un billet en italien du 15 janvier, Lange 
entretient aussi le Cardinal du retard apporté à 
l'achèvement de la frégate. 

Puis, c'est au tour de Robertot. 

Robertot à MazaHn, 

28 janvier 1659. 

Je n'écrirai pas à V. E. par ce courrier le dernier prix 
de la toile pour les voiles de la frégate, pour les cordages 
et pour les ancres. Je trouve encore meilleur marché que 
M** Fly, mais je ne suis pas satisfait et je manderai à V. E. 
le dernier mot des marchants, en lui envoyant les eschan- 
tillons des toilles. 

Mazarin répond de Paris à Lange, le 4 février 
1659: 

J'ai été surpris du mémoire que vous m'avez envoyé ces 
jours passés de la dépense qu'il falloit pour mettre le vaib- 



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— 48 — 

seau en état. C'est pourquoi je vous prie de porter tous vos 
soins, et de dire la mesme chose à M^ de Robertot, afin de 
ménager cette dépense en sorte qu'elle diminue autant que 
faire se pourra. 

Le 22 février, Lange annonce par un billet 
encore en italien que l'on s'occupe du gréement 
de la frégate : 

Ypres, 22 fev. 1659. 

Si travaglia tuttavia aile vêle e cordaggi per la fregata^ 
Sul prezzo fatto da M' Robertot, ho scritto al S' Colbert. 
Ma bisogna inviare l'argento per pagare i prezzi fatti da 
M' Robertot. 

Le Cardinal adresse de nouvelles lettres, le 
7 mars 1659, à Robertot et à Lange. Il dit au 
premier : 

Quoique vous m ayez écrit amplement, je n'ai rien à vous 
respondre, si ce n'est pour ce qui regarde le vaisseau que 
j'ai faitachepter à Dunquerque. J'ai donné charge à Lange 
d'en prendre soin et c*est à lui que vous pourrez dire ce que 
vous jugerez utile là-dessus. 

La lettre au second témoigne de son désir d'en 
voir presser l'armement. 

Je ne vous dis rien à l'égard du soing que vous devez 
avoir du biscuit pour le vaisseau. Entendez-vous là-dessus 
avec le S' de Robertot. Je m'assure qu'à présent cette affaire 
sera achevée d'une manière ou d'une autre. 

Lockhart, au concours duquel Robertot avait 
fait appel, ne paraît pas y avoir répondu favo- 
rablement. 



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— 49 — 
Lange à Mazarin. 

Ypres, 11 mars 1659. 

Non so corne Mons. Robertot habbia fatto sperare a V. E. 
che il Sign. s. Ajnbasciatore aveva promesso di darle 
qualche numéro di pezzi per la fregata, mentre me li 
rifiutô e ha rifiutato di nuovo... 

Le 27 mars, Lange annonce que le vaisseau va 
pouvoir enfin sortir : 

Ho fatto una altra rimessa di mille lire al Sign. Robertot 
per il vascello, e, cpn la piu grande pressa che cho potuto, 
rho pregato fare in sorte che il vascello sorta dal Havra.... 
Mi responde che non puo sortire che a plenilunio. 

C'est, du reste, la dernière mention que nous 
trouvions dans la correspondance au sujet de la 
frégate, sur laquelle Jal nous donne quelques ren- 
seignements que nous croyons devoir analyser. 

A la fin de 1660, ce bâtiment devait faire partie 
de l'escadre confiée au chevalier Paul et qui était 
destinée à faire la course dans la Méditerranée. 
Le chevalier de Buons avait le conamandement de 
ce navire que, dans une lettre du 24 décembre 
1660, le Cardinal appelle ma frégate *. 

Une note d'un officier de marine, chargé de 
l'inspection de l'escadre, donne sur les transfor- 
mations qu'elle avait subies des renseignements 
assez peu satisfaisants : 

La frégate VÉminente est des moindres, quoiqu'elle fut 
autrefois très bonne à Dunquerque, mais on lui a fait faire 

* Jal. Abraham Du Quesne, t. I, p. 224. 4 



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— 50 — 

un château et une galerie. Elle était qualifiée précédem- 
ment de « légère et forte dans ses fonds. » 

Les débuts de VÊminente ne furent pas heureux, 
un rapport de Du Quesne à Colbert, du 19 no- 
vembre 1661, fait ainsi mention d'un accident qui 
lui était arrivé : 

J'oubliais à vous dire que la frégate de Dunquerque 
VÊminente, commandée par le chevalier de Buons, ayant 
rompu tous ses mats par tempête, a relâché en Angleterre, 
où le Duc d'York lui a fait bailler des mats gratis. Cela 
mérite un mot de remerciment. Nous n'aurions garde à 
présent de leur pouvoir rendre la pareille, car il n'y a pas 
wn seul mat dans nos magasins de la marine *. 

h^Ltainente disparaît des contrôles vers cette 
époque ; fut-elle débaptisée après la mort du Car- 
dinal, ou bien les modifications apportées à sa 
construction l'avaient-eUes rendue impropre à la 
marine de guerre? C'est ce que nous ignorons; en 
1665 son ancien commandement, M. de Buons, se 
trouve à la tête de la Ville de Rouen, dans l'escadre 
du Levant placée sous les ordres du duc de 
Beaufort. 

Dans la lettre du 10 janvier, ainsi que dans une 
autre du 28, dont nous rapprocherons les passages, 
nous trouvons un curieux récit des circonstances 
qui ont accompagné la prestation du serment de 
fidélité auquel les ecclésiastiques de Dunkerque 

< Jal. Abraham Du Quesne, t. I, p. 244. 



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— 51 — 

étaient obligés envers le Protecteur, aux termes 
du traité qui réunissait cette ville à l'Angleterre 
et des difficultés que ne pouvait manquer de sou- 
lever cette marque de fidélité exigée envers un 
souverain protestant * . 

Âiant jugé à propos de m^informer au vrai des raisons 
qui ont empesché les ecclésiastiques réguliers de prêter le 
serment de fidélité, j'ai veu que tous les supérieurs des 
couvents et les prêtres séculiers de l'église paroichiale de 
Dunquerque ont preste le serment de fidélité entre les 
mains de Son Excellance, qui a consenti que Messieurs du 
Magistrat, en particulier, leur donnassent des certificats, 
comme la déclaration du secret de la confession et du port 
d'armes n'estoit pas entendu ni compris dans leur serment; 
ce que les dits Sieurs du Magistrat ont fait. Le curé de 
Dunquerque, qui avait été exilé sur le refus de prêter le dit 
serment, a fait prier Son Excellance pour revenir; il s'est 
offert de prester le dit serment, mais il n'a rien pu obtenir. 
Le serment des prêtres séculiers a été consenti et agréé 
par les grands vicaires de l'Évesque d'Ypres. Les réguliers 
se sont opiniâtres pour ne pas prester le serment, ils ont 
invoqué à cet effet des défenses de leurs supérieurs qui 
sont à Brusselles, ils ont demandé l'advis de quelques 
évêques de France et même à Rome. Ils ont treuvé des 
advis conformes à la résolution qu'ils ont prise dans l'as- 
semblée qu'ils ont fait par trois fois diverses à Dunquerque, 
de ne point prêter de serment, que, dans le même acte la 
résolution du secret de confession et du port d'armes ne 
fut excepté. Les raisons que m'ont dit les supérieurs des 
Capucins, Récolets, Minimes et Carmes deschaussés, est la 



* l\ existe sur ce sujet une intéressante lettre du P. Canaye, du 
7 août 1658, conservée aux Affaires Étrangères^ vol. 46. Pays-Bas 



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— 52 — 

deffense qu'ils ont de leurs supérieurs et le peu d'omosne 
qu'ils reçoibvent, qu'ils voudroient qu'on les eust chassés. 
Le recteur des Pères Jésuites a poussé plus avant. Il m'a dit 
que le Roi estoit engagé de les maintenir dans Dunquerque, 
qu'ils n'estoient obligés, envers la République d'Angleterre 
et M"" le Protecteur, qu'à ne rien entreprendre contre le 
gouvernement, qu'ils avoient fait un quatriesme vœu d'obé- 
dience au Pape qui les empeschoit de pouvoir prester le 
serment de fidélité aux Princes étrangers et de contraire 
religion à Sa Sainteté. Aiant représenté à tous les supé- 
rieurs qu'ils s'exposoient à se faire chasser, et qu'ils dé- 
voient avoir plus de charité pour les non-catholiques, les 
supérieurs des Récolets, Minimes et Carmes deschaussés 
m'ont fait connaître que, hors de l'engagement qu'ils ont 
envers les Pères Jésuites, ils auroient volontiers fait un 
serment que les prêtres séculiers, les gardiens des Pères 
Capucins les plus opiniastres, ainsi que le magistrat de la 
ville de Dunquerque n'eussent point blasmé. Son Excellance, 
que j'ai mis sur ce discours, m'a fait congnoistre qu'il avoit 
patience et ne les presseroit pas. U fait dresser des procès- 
verbaux de leurs refus de prester le serment de fidélité, ce 
qui me fait apréhender, dans la suite du tems, l'expulsion 
de tous les religieux de Dunquerque. 

28 janvier 1659. 

J'ai escript à V. E. ce qui s'étoit paasé entre Son Excel- 
lance et les ecclésiastiques de Dunquerque, touchant le 
serment de fidélité qu'y ont preste les prêtres séculiers et 
le refus qu'ont fait les réguliers de le prester. Un chapelain 
de l'église paroichiale de Dunquerque, qui avoit été exilé 
dès le mois de novembre sur le refus de prêter le serment, 
a fait prier Son Excellanc-e pour qu'il puisse retourner. 
Cela lui fut permis, en prestant le serment. Le 17 de ce 



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— 53 — 

mois, le dit chapelain a preste le serm^t de fidélité entre 
les mains des magistrats, mais il a mis au dessous de sa 
signature « salvo suo statu. » Les magistrats, aiant consi- 
déré cette procédure extraordinaire, lui dirent qu'ils ne 
porteroient pas l'acte à Son Excellance et qu'au contraire 
ils lui diroient le refus qu'il fesoit de prester le serment. 
Ce chapelain prit alors la plume et raya ces trois mots, et 
adjouta : qu'il les avoit rayés pour avoir esté mis par erreur 
et abus. Il dit que les Pères Jésuites lui avoiont conseillé 
d'en agir ainsi. 

En 1163, Henri Deuxième, Roy d'Angleterre, aiant de- 
mandé le serment des évesques de son roiaume, sur l'obser- 
servation de quelques coustumes anciennes touchant la 
cognoissance des crimes d'hérésie, des crimes commis par 
les gens d'Eglise, du temporel et du possessoire des béné- 
fices et de l'inexécution des contrats civils quoique avec 
addition du serment, dont le dit Seigneur Roy attribuoit 
la juridiction aux juges laïcs, privativement des juges ecclé- 
siastiques; Saint Thomas, Archevesque de Cantorbery, 
s'interposa pour faire emploier, dans les actes publics, que 
le Roi demandoit au sujet de l'observation de ses coustumes 
qu'il avoit réduit en seize articles, les trois mots « salve 
ordine suo. » Ces trois mots offensèrent si considérablement 
le Roy, qu'il en cousta la vie à Saint Thomas, sans avoir 
esgard à leur accomodement, à quoi le Pape Alexandre ^ et 
I^uis *, Roy de France, avoient travaillé pendant les sept 
ans que Saint Thomas avoit été absent du Roiaume d'An- 
gleterre. Les Pfees Jésuites se servent des mesmes raisons 
qu'alléguoit Saint Thomas pour ne pas signer le serment 
de fidélité que la République et Monsieur le Protecteur 
demandent, bien que la véritable raison qui leur empesche 

« Alexandre III 1 1 159-1181). 
« Louia VII (1137-lieO). 



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- 54 — 

de prester le serment soit leur quatrième vœu d'obéissance 
au Pape. Ce qui choque le plus les dits Pères Jésuites, est 
que, dans l'acte du serment demandé, il est mis que les 
ennemis de la République seront les leurs. 

Les Pères Jésuistes disent que les Anglois n'ont pas de 
plus grand ennemi que le Pape quand il veut les obliger de 
prester serment contre leur Souverain. Je répète à V. E. 
Monseigneur, les raisons que le Prorecteur de Dunquerque 
m'a dites. Je m'étois entremis pour terminer cette affaire, 
qui aura une mauvaise suite; les Récolets, les Minimes et 
les Carmes deschaussés sont faschés du refus qu'ont fait les 
Pères Jésuites, et ils voudroient avoir preste le même 
serment que les prêtres séculiers. Le gardien des Capucins 
est plus opiniastre, mais comme ils ont tous un engagement 
avec les dits Pères Jésuites, que d'ailleurs M. l'Ambassadeur 
ne leur parle plus de prester serment, ils n'osent se pré- 
senter pour prester le dit serment. Quelques magistrats 
m'ont dit qu'on avoit tenu des conférences à Brusselles sur 
la proposition de serment, qu'on avoit treuvé à propos, 
pour le service d'Espagne, de ne pas faire, pour obliger les 
Anglois à chasser quelques religieux et par là faire tort 
aux armes de France, si l'on ne pou voit pas nous amener 
à une rupture. J'enverrai à V. E. la copie du procès verbal 
qu'on a dressé sur le refus du curé de Dunquerque de 
prester le serment et sur son exil *. 

Faulconnier nous donne, dans son Histoù^e de 
Dunkerque (t. II, p. 33), les termes de ce serment 
qui avait été prêté, le 6 août 1658, par le Magistrat 
et les bourgeois entre les mains de Lockhart. 

» Jacques Vandercruyce, pasteur de l'église paroissiale, se retira 
à Bergues et ce fut son vicaire Van Woenstwinckel qui desservit 
l'église pendant le temps de la domination anglaise. (Faulconnier, 
Op, cit,, II, p. 54.) 



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— 00 — 

Nous promettons et jurons en présence et au nom de 
Dieu Tout Puissant, que dorénavant nous serons fidels à 
S. A. S. Olivier, Seigneur Protecteur de la République 
d'Angleterre, d'Ecosse et dlrlande et à ses successeurs, que 
nous ne ferons et n'attenterons rien contre la personne ou 
dignité du Serenissime Protecteur, ni contre le bien et la 
conservation de cette ville de Dunkerque; mais que nous 
assisterons et défenderons, selon nôtre pouvoir, sa personne, 
son autorité, comme aussi cette ville sous le gouvernement 
du Sérénissime Seigneur Protecteur et ses successeurs, 
contre toutes sortes de conspirations et attentats, tels qu'ils 
pourront être, et que nous ferons tout notre possible pour 
découvrir et faire connaître au Sérénissime Seigneur Pro- 
tecteur, ses successeurs, et à leurs gouverneurs et comman- 
dants de cette place, toutes les trahisons, conspirations et 
entreprises qui pourront venir à notre connaissance, et qui 
seront contre sa personne, son autorité etc. 

Nous terminerons l'historique du séjour de 
Robertot à Dunkerque, pendant le mois de jan- 
vier 1659, en réunissant les nouvelles politiques 
ou autres qu'il croyait devoir adresser au Cardi- 
nal, dans ses lettres. 

10 janvier 1659. 

Estant à Gra vélines, j'apris de M^ d'Avignon le dessin des 
ennemis de se jeter dans Bourgbourg et j'en donnai advis 
à Mr de Turenne. S. A. me manda qu'il avoit eu la confir- 
mation de ce mesme advis, et qu'il escrivoit à M»" de 
Schomberg de l'empescher. Je jugeai à propos d'en parler 
à M** l'Ambassadeur, je lui demanday quelques trouppes 
afin qu'on put raser en sûreté Bourgbourg. Il me promit 
600 hommes, pour huit jours. J'en donnai aussitôt advis 
à M' de Turenne et à M»" de Schomberg qui n en ont pas eu 



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— 56 - 

besoin. Il y a huit jours qu'on travaille à raser Bourbourg 
et le fort S* Nicolas. 

Mr Long escript de Londres à M' Dane, lieutenant-colonel 
de son régiment, que M"" le Protecteur lui a promis des 
recrues pour mettre à 3000 hommes les trois règimens 
escossois levés Tannée dernière. M»" Dane m'a dit de prier 
V. E. de lui faire paier les appointements de colonel. Le dit 
Sf Long, étant des mieux auprès de M»* le Protecteur, ne 
reviendra pas servir au dit régiment. M»" l'Ambassadeur 
a fort bien usé envers le dit S' Dane; il a fait rendre tous 
les soldats qui avoient quitté et pris parti à Dunquerque, 
il y trois mois, lorsque les trois régiments écossois y 
passèrent. 

J'envoie à V. E. le procès verbal touchant les trois tonnes 
de poudre venues à la porte d'Ypres. 

n y a bruit que les vingt huit vaisseaux de guerre d'An- 
gleterre sont arrivés en Danemarc. 

Des marchants de Zelande ont escript à leurs corres- 
pondants de Dunquerque de terminer leurs navires. Us 
apréhendent une rupture entre les Estats et l'Angleterre. 
La Hollande arme quantité de vaisseaux. 

Son Excelance doit renommer les magistrats à Dun- 
querque, après quoi ils enverront des députés à Ixindres ; 
l'on parle que l'on donnera à quelques uns l'ordre de 
chevalerie. 

Estant à Ypres, j'escrivis à V. E. que je travaillois pour 
avoir les advis de ce qui se passoit à Bruges, par un homme 
du Magistrat de Bruges, qui est parent d'un notable bour- 
geois d'Ypres, auquel j'ai fait offrir une pension, s'il vouloit 
s'engager à donner de bons advis. V. E. me fera savoir ce 
que j'aurai à faire sur ce subjet. Un Père Jésuite, qui a de 
bonnes correspondances dans Anvers, m'a tesmoigné avoir 
beaucoup plus d'inclination pour la France que pour l'Es- 
pagne, je crois que je pourrai négocier quelque chose avec 



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— 57 — 

lui, car il m'a prié de ne pas tesmoigner l'ouverture qu'il 
me fesoit de son oflfre. 



28 janyier. 

Deux frégates d'Ostende ont pris depuis dix jours un 
vaisseau anglois chargé de vin de Canarie, de la valeur de 
300 mille livres. 

A la fin de ce mois, le bruit d'une maladie de 
Mazarin s'étant répandu à Dunkerque, l'ambassa- 
deur Lockhart lui adressa une lettre intéressante 
par les protestations d'amitié qu'elle contient : 

Lockhart à Mazarin. 

Dunkerque, 31 janvier 1659. 

On vient de me dire icy que V. E. est indisposée, avec un 
peu de danger; mais j'espère que ce sont des contes plustot 
de ceux qui veulent mal à la France et qui parlent à leur 
fantaisie que de véritables nouvelles. 

Je prie le bon Dieu, de toute l'affection de mon âme, qu'il 
veuille conserver la santé de V. E. pour le bien de la France 
et de ses alliez, et qu'il ne gratifie pas nos ennemis d'un 
accident si funeste. J'ai voué à V. E. mes très humbles ser- 
vices que je lui voudrois rendre pour longues années. 

Robertot dut faire pendant le mois de février 
1659 une tournée dans les différentes villes de 
Flandre, car nous ne le voyons plus à Dunkerque 
et nous savons par quelques passages de la cor- 
respondance de Lange qu'il n'était pas encore de 
retour à Ypres, où nous ne le retrouvons qu'au 
milieu de mars. 



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— 58 — 



XII. 



Xous reviendrons ici de quelques jours en 
arrière, pour examiner les événements accomplis 
à Ypres, depuis la fin de l'année 1658 jusqu'à 
l'armistice qui précéda la signature du traité des 
Pyrénées. 

L'occupation de la Flandre semblait devenue 
définitive, et les Français cherchaient à y établir un 
système d'impositions permettant au conquérant 
de s'indemniser, sur les ressources du pays, d'une 
partie des dépenses nécessitées par la garde et 
l'administration de la nouvelle province. 

Ainsi que cela a généralement lieu, ce fut avant 
tout sur les contributions indirectes que durent 
peser les nouvelles charges. Ce moyen est, du 
reste, le plus commode à mettre en usage pour 
obtenir une base équitable et, en même temps, 
une rentrée facile des impôts, tandis que les 
contributions directes ou personnelles sont à 
grand'peine recouvrées sur des gens qui s'y déro- 
bent le plus souvent par la fuite. Les denrées, les 
boissons principalement, étaient frappées, soit à 
l'entrée de la ville, par la perception d'un droit 
de quotité, soit encore au moment de leur mise 
en vente, par rétablissement d'une taxe sur les 
boutiques des corps de métiers et sur les échoppes 
des revendeurs et marchands forains. La circula- 
tion des personnes et celle des marchandises 
étaient aussi le motif d'un impôt aisé à percevoir, 
par l'octroi de passeports signés de Turenne ou de 



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— 59 — 

ses lieutenants, passeports d'une durée limitée et 
dont le renouvellement donnait lieu au paiement 
d'une autre taxe. 

Mais, il faut le reconnaître, si ces principes 
étaient bons en eux-mêmes, leur application 
laissait souvent à désirer dans la pratique et Ton 
ne vit que trop fréquemment, ainsi que nous en 
avons déjà eu la preuve en parlant de Metz, des 
fonctionnaires, des officiers, même de l'ordre le 
plus élevé, ne pas craindre soit de s'attribuer une 
partie des fonds touchés au nom du Roi, soit de 
prélever pour leur compte des taxes illégales. 

Les grandes dépenses faites par les généraux 
et les charges nombreuses pesant sur la plupart 
des chefs de corps et des fonctionnaires, étaient 
les prétextes qu'ils alléguaient pour s'excuser 
lorsque de semblables fraudes venaient à être 
découvertes; mais, sans vouloir nous livrer à une 
critique exagérée de ces excuses, nous croyons 
ne pas devoir les admettre avec la facilité appor- 
tée par certains hauts fonctionnaires qui auraient 
dû, jusqu'à un certain point, être appelés à par- 
tager , dans ces circonstances , la responsabilité 
de leurs subordonnés. 

Tour à tour, nous allons voir le gouverneur- 
Marquis d'Humières, le lieutenant de Roi de 
Chevigny, le Major de la Ribertière et Angelo 
Sanvitani, receveur des contributions, réclamer 
chacun le droit d'encaisser différents impôts. 
Les trop nombreux dissentiments qui éclatent 
entre eux nous amèneront forcément à constater 
que, plus d'une fois, ils ne se firent pas faute de 
les lever pour leur propre compte. 



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— 60 — 

C est par une lettre de Talon à Mazarin que 
débute cette curieuse et peu édifiante corres- 
pondance *. 

Le 26 novembre 1658, il expose au Ministre les 
moyens à employer pour tirer des contributions 
sur le pays, et insiste sur le revenu que peut 
donner la vente des passeports, faite jusqu'alors 
pour le compte de Turenne, mais à l'occasion de 
laquelle de telles fraudes avaient été commises 
par ses secrétaires, en trafiquant à leur propre 
bénéfice et à l'insu du Maréchal, que ce dernier 
avait dû prendre une mesure énergique et les 
révoquer tous à la fois. 

V. E., continue Talon, me faict un reproche au sujet des 
contributions que je n'ay pas mérité, puisqu'il est vray 
qu'il n'y a encores aulcun habitant retourné au logis, 
l'armée ayant tout faict déserter jusques à Bruxelles, 
depuis six semaines qu'elle a esté postée sur les eaulx de 
la Dendre. De sorte. Monseigneur, que n'ayant pas esté de 
la prudence d'envoyer des mandats à des lieux déshabités, 
j'ay esté contrainct d'attendre le départ de la dicte armée 
et d'accorder un temps pour le retour des peuples, affin de 
tirer d'eulx le plus d'argent qu'il se pourra pour les des- 
penses à faire de deçà. V. E. peult croire qu'oultre l'intérêt 
du Roy et l'obéissance que je dois à V. E., le mien pareille- 
ment s'y rencontrant pour ne me pas engager à tant 
d'advances pour les places, je n'aurois pas manqué le 
temps de tirer de ce pays ces sortes de secours, qui vont 
venir dans leur temps, et qui ne diminueront en rien pour 



* Les lettres citées dans ce chapitre sont empruntées aux Archives 
des Affaires Étrangères, Pays-Bas, vol. 46 à 49. 



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— 61 - 

Fattente, puisque je feray payer la contribution depuis le 
l«r octobre. 

Les Espagnolz ont eu raison de dire, il y a quelque 
temps, qu'on pouvoit tirer près de quatre millions de con- 
tribution de la Flandre, puisqu'il est vray que, depuis deux 
mois, l'arn^ée a pillé plus de ces quatre millions. 



Talon apporte de nombreux exemples à l'appui 
de ses assertions; il insiste sur les levées que 
faisaient pour leur compte les ofiSciers généraux 
et les lieutenants de Roi, et cite notanmient 
Turenne qui a imposé 36,000 livi'es pour son régi- 
ment sur le pays d'Audenarde ; mais la désertion 
des habitants était telle que, malgré le délai de 
deux mois écoulé depuis l'ordre donné pour cette 
levée, et quoique ayant la force en mains, il n avait 
pu encore recueillir que 14,000 livres *. 



* La vente des charges municipales, qui devint générale à la fin du 
règne de Louis XIV, était aussi un des moyens que les agents du 
gouvernement mettaient en œuvre pour se créer des ressources dans 
les pays nouvellement conquis. Schomberg le signale en ces termes 
dans une lettre du 6 janvier 1659 : 

« Mon" Talon, en passant icy (à Bergues), a dit au Magistrat avoir 
commission du Roy pour renouveler le Magistrat. Je luy ay dit que 
je croyois qu'il ne voudroit pas le faire d'une autre manière qu'on 
l'avoit praticqué du temps de M' d'Estrade, que V. E. m'avoit faict 
la gi^ac-e de me dire icy qu'elle l'entendoit ainsy. Mais, comme il m'a 
faict cognoistre qu'Elle luy a voit donné cela comme une récompense 
d'en tirer les avantages, qu'il en pouvoit tirer quatre ou cinq mille 
livres, je luy ai faict cognoistre que M"" d'Estrade en avoit eu deux 
cents pistolles, mais que, pour l'argent, que j'y relacherois fort 
volontiers, espérant qu'il ne voudroit pas me mettre en estât icy d'y 
estre pas plus considéré qu'un simple officier dans un fort.... « 

Nous ne savons qui l'emporta, dans cette lutte, du Maréchal ou 
de l'Intendant. 



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— 62 — 

Peu de jours après, le V décembre, Talon écrit 
de nouveau au Cardinal, pour le tenir au courant 
de ce qui se fait à cet égard : 

Je fais ce que je puis pour les contributions, et les 
créatures de V. E. en sont tesmoings, puisque le S"* Angelo 
fera la recepte du costé d'Ypres. 

Le lieutenant de Roy d'Ypres, M. de Chevigny, 
fut, à la fin de 1658, l'objet de plaintes pour avoir 
appliqué à son usage particulier des fonds qu'il 
aurait dû toucher pour le Roi. 

Robertot que nous avons déjà vu, dans une 
circonstance analogue, prendre la défense, à Metz, 
de M. de la Contour, cherche aussi à excuser Che- 
vigny auprès du Cardinal et lui écrit à ce sujet : 

Gravelines, l^i^ janvier 1659. 

V. E. m'a escript avoir été satisfait de la conduite de 
M. de Chevigny lorsqu'on lui a rendu un mauvois service 
auprès de V. E. à qui j'en ai escript quelque chose, mais 
à qui j'ai mandé, en mesme tems, les grandes dépenses 
qu'il étoit obligé de soutenir par l'abord continuel d'un 
grand nombre d'officiers qui venoient aux convois ou pas- 
soient pour France. L'on estoit à la fin d'une longue 
campagne, il n'avoit pas d'argent, les hosteliers refusoient 
de donner à boire et à manger aux François; il fallut 
venir à la force pour les contraindre à loger. Il a mis sa 
compagnie à cent vingt hommes effectifs, il les a tous fait 
habiller des pieds à la teste. Si tous ceux qui prennent 
l'appliquoient aussi utilement, le Roy en seroit mieux servi. 
Je ne prétends pas, Monseigneur, le justifier par cette 
dernière raison, je sçai qu'il ne faut jamais rien prendre que 
ce que le Roy donne. Je ne crois pas, dans la vérité, que, 



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— 63 — 

pendant deux mois, le commandement d'Ypres lui ait valu 
250 pistoles. Si j'avois recogneu les exactions que l'on a 
escript à V. E., je Taurois advertie. M>* de Chevigny est 
inconsolable, il voudroit estre mort plutôt que d'avoir 
despieu à V. E., à laquelle il a la dernière obligation. 
Je serai, etc. 

ROBEBTOT. 

Mais Mazarin ne parait pas avoir accepté les 
motifs que Robertot croyait devoir faire valoir 
pour justifier les irrégularités qui étaient repro- 
chées à Chevigny, et, le 18 janvier, il lui adresse, 
ainsi qu'à Talon, deux lettres, dont nous extrayons 
les passages suivants : 

Mazarin à Robertot, 

Pour ce qui est du sieur de Chevigny, il a voulu justifier 
les exactions qu'il a faites sur ce que vous lui aviez dit que 
je n'y trouverois rien à redire. Je ne sçay pas ce qui vous 
a porté à faire juger ainsi de mes sentiments, particulière- 
ment après ce que j'ai tant de fois réplicqué dans la néces- 
sité où sont les finances. U falloit au moins les soulager, 
en employant tout ce qui se pourroit tirer des contri- 
butions, ou autrement, au soutien des places conquises, 
mais quand cela ne seroit pas, je ne vous avois donné 
aucun ordre et vous vous êtes trop avancé en cela, ce que 
je serois bien aise qui n'arrive plus dorénavant. 

Mazarin à Talon. 

Roanne, 18 janvier 1659. 
Je ne sais pas ce que M' de Robertot a dit au S"^ de Che- 
vigny, mais je sais que je ne lui ai donné nul ordre là 
dessus, et que je ne puis jamais approuver que personne 
applique à son usage particulier les deniers qui sont desti- 
nés pour les choses qui regardent le service du Roy. 



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— 64 — 

Le récit des faits relatifs à radministration 
d'Ypres, nous oblige à parler souvent d'un colla- 
borateur de Robertot, que nous avons déjà eu 
depuis longtemps l'occasion de citer, Angelo San- 
vitani, plus souvent désigné sous le nom de Lange. 
C'était un romain qui, ayant le titre de valet de 
chambre du Cardinal, jouissait auprès de lui d'une 
grande confiance fort peu justifiée. 

Quel était ce compatriote, qui, protégé de la 
Comtesse de Soissons, traitait le Cardinal à'Emi- 
nentissime patron, et cherchait à flatter ses 
goûts en réunissant pour lui des objets d'art? 
Nous l'ignorons, n'ayant rencontré le nom de 
Lange dans aucun des ouvrages sur le XVIP siècle, 
ni dans les archives de la maison Colonna, à 
Rome, et ne le trouvant mentionné qu'une fois 
dans la Correspondance de Colbert, avec une note 
de P. Clément, qui rappelle seulement sa qualité 
de valet de chambre du Cardinal. 

Xous avons pu cependant, à la suite de minu- 
tieuses recherches dans les riches archives de 
plusieurs notaires de Paris *, réunir quelques ren- 
seignements sur son mariage. 

Angelo Sanvitani avait épousé à Paris, le 23 dé- 
cembre 1657, Marie du Couldray, et leur contrat 
avait été reçu par Le Bœuf et Roussel, notaires 
au Châtelet. Nous n'avons pu nous procurer l'ori- 
ginal de ce document, le minutier dans lequel il 
aurait dû se trouver ayant été bouleversé par un 
obus pendant la Commune, mais nous savons, et 

» Nous sommes heureux de pouvoir les remercier ici hautement 
de la bonne grâce avec laquelle ils ont facilité nos investigations. 



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— 65 — 

la précaution n'était pas inutile, que le régime 
de la séparation de biens avait été adopté. 

En 1663, quatre enfants étaient nés de cette 
union et Marie du Couldray qui, en 1661, habitait 
rue de Richelieu, paroisse Saint-Eustache, était 
venue se fixer auprès de son beau-frère Anne 
Guillebault, bourgeois de Paris, demeurant rue 
de la Pelleterie, paroisse Saint-Barthélémy». 

A Dunkerque d'abord, à Ypres ensuite, nous 
voyons Angelo donné comme adjoint à Robertot «. 



» Par suite d'une transaction du !•' décembre 1661, une partie de 
la dot de Marie du Couldray, comprenant 20,000 livres, était déposée 
entre les mains de Biaise Champeaux, bourgeois de Paris, dans un 
cofire à trois serrures, dont Champeaux, Sanvitani et Guillebault 
possédaient chacun une clef difierente ; cette somme devait être em- 
ployée par Madame Sanvitani à l'acquisition et à l'amélioration d'une 
terre ou maison dans le royaume. On avait jeté d'abord les yeux sur 
le château de Voizages, mais nous voyons que le 27 novembre 1663, 
Madame Sanvitani accepta par échange de Madeleine Piau, veuve de 
Messire Pierre Gosseau, vivant conseiller de Roy, maison et couronne 
de France et maître d'hôtel ordinaire de Sa Majesté, et de Louis 
Gosseau, son fils, sieur de Rochebrune, le fief de Rochebrune, rele- 
vant de la baronnie du Plessis, à cause du fief de Fontaine, sis au 
hameau de Bretigny, près Montlhéry. 

* Parmi les auxiliaires de Robertot à Ypres, nous trouvons aussi un 
personnage du nom de La Tour, qui paraît avoir été l'un des écuyers 
du Cardinal, ou qui, du moins, prenait soin de ses chevaux. Il avait 
été blessé grièvement à la fin de la campagne et était resté à Ypres 
où il mourut dans le courant de l'hiver. 

Robertot en donne plusieurs fois des nouvelles au ministre et 
l'entretient aussi des chevaux qui étaient confiés à sa garde et sur 
lesquels, malgré ses occupations multipliées, il trouvait encore le 
temps de veiller : 

a ....Le &■ de La Tour a la fiebvre. Je le trouve assez mal de sa 
blessure. Je prends soin des chevaux de V. E., je leur fais donner le 
fourrage, je leur vois le plus souvent manger l'avoine et, quand je n'y 
puis aller, j'y envoie un de mes vallets... » (25 oct. 1668.) 

A deux ou trois reprises, Robertot annonce que l'état de La Tour 



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— 66 — 

Tombé malade dans cette dernière ville, au 
mois d'octobre, il est l'objet de la sollicitude du 
Cardinal, qui s'inquiète de ce serviteur fidèle et 
affectionné y dont il demande, en ces termes, des 
nouvelles : 

Mazarin à Robert ot. 

Sens, 29 octobre 1658. 

J'ai receu vostre lettre du 19*"® de ce mois, je suis bien 
marry du mauvais état où est réduit Lange; quoi qu'il 
parût désespéré, peut-être que sa jeunesse le pourra faire 
revenir. Je le souhaite de tout mon cœur, comme estant un 
serviteur fidèle et affectionné. Je ne doute pas que vous 
n'ayez pris seing de tout ce qu'il devoit faire et que vous 
n'ayez ouvert les lettres que je lui adressois afin d'exécuter 
toutes choses... 

Cette maladie n'avait du reste été que de peu 
de durée, et le 31 octobre le Cardinal se félicitait 
de son rétablissement annoncé, le 25, par Robertot. 

J'ai receu vostre lettre du 25 et j'ai esté très ayse de 
voir que Lange soit hors le danger, je vous prie d'en avoir 

a empiré et que sa blessure s'est envenimée. Nous ne savons pas 
à quelle date il mourut, mais, le 21 mars 1659, le Cardinal, qui avait 
appris son décès, envoie des instructions à Lange pour prendre soin 
deR effets qu'il a laissés. 

a 21 mars 1659. 
» Je m'asseure que vous avez pris soin de faire conserver tout ce 
qui «toit à La Tour, lorsqu'il est mort, mais, si vous ne l'aviez pas 
fait si exactement que je le désire, je vous recommande de faire toute 
la diligence qui sera nécessaire pour cela et de dire au S' de Robertot 
que je serai bien aise qu'il s'emploie de son côté pour le mesme effet, 
voulant, comme il est bien juste, que tout soit remis à son frère, que 
vous savez qui me sert. Prenez donc bien garde que rien ne se perde 
et mandez moi en quoy consiste ce qu'a laissé le dit de La Tour. » 



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— 67 — 

grand soing et de me mander si, estant entièrement guéri, 
il fait estât de servir de delà dans l'employ que je lui ay 
destiné, car s'il est obligé de revenir pour changer d'air, je 
mettrai quelqu'un en sa place. 

Avant sa maladie, Lange avait été chargé de 
s'occuper de la frégate, mais Robertot, appelé à 
Dunkerque et qui était en rapports fréquents 
avec Lord Lockhart, prit la direction des travaux 
d'appropriation et Lange ne s'en occupa qu'en 
sous-ordre. En revanche, il prit sa revanche sur le 
chapitre des objets d'art. 

On sait quelle était la passion du Cardinal pour 
les tableaux, les statues, les tapisseries et surtout 
les diamants et les bijoux. Le Comte de Brienne, 
dans ses Mémoires, a raconté comment, peu de 
jours avant sa mort, le grand ministre, se traînant 
péniblement dans ses galeries, poussait ce cri de 
désespoir, peu digne d'un prince de l'Église : « Il 
va donc falloir quitter ces objets dart que j aimais 
tard et qui m'ont coûté si cher, » 

Par suite de cette passion, nous ne nous éton- 
nerons donc pas de voir Lange annoncer à Mazarin 
les acquisitions qu'il vient de faire pour lui, à la 
fin de mars 1659 : 

V. E. havra ricevuto digia il quadro di Giansenio, con 
un originale di Comelio di Vos che ho avuto per strata- 
gemma. Aspetto il mercante d'Anversa con le tapisserie 
d'oro, con quatro cuadri e gabinetti. 

Il n'est malheureusement pas possible de déter- 



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— 68 — 

miner exactement de qui était ce portrait de Jan 
senius*. 

Quant aux tapisseries à fond d'or, le Cardinal 
en fit-il l'acquisition? Cela dépendit évidemment 
du prix, et il n'était pas plus large sur ce cha- 
pitre que sur les autres, sans quoi la France lui 
devrait les cartons de Raphaël qui sont déposés 
à Kensington et qu'il laissa aller pour 300 livres 
sterling *. 

Les lettres de Lange au Cardinal, très nom- 
breuses dans les volumes 46 et 47 (Pays-Bas) des 
Archives des Affaires Étrangères, sont encore plus 
longues et plus prolixes que celles de Robertot ; 
celles qui sont écrites en italien remplissent sou- 
vent quinze ou vingt grandes pages. Les détails 
qu'il y donne sont souvent spirituels, et c'est sans 



» Le tableau de Corneille de Vos pourrait être celui qui figure, 
dans l'inventaire de 1661 , sous la désignation suivante : « Un autre 
[tableau] fait par Corneille, sur cuivre, représentant V Adoration des 
trois roys, avec un peu de paysage, haut d'un pied quatre poulces 
et large d'un pied dix poulces, pareille bordure, prisé la somme de 
quatre cents livres » (p. 278). 

* Deux inventaires font connaître les richesses artistiques de Ma- 
zarin. Le premier, dressé en 1663 et qui, par suite, ne peut com- 
prendre les objets dont il est ici question, a été donné par Mgr le duc 
d'Aumale, en 1861. {Inventaire de tous les meubles du Cardûiai 
Mazarin, dressé en l65Sy publié d'après les Archives de Condé. 
Londres, 1861, in-4°, 404 p.) Le second, rédigé après la mort du 
(Jardinai, en 1661, est conservé à la Bibliothèque nationale, (MS. 
franc. Mélanges de Colbert, n**75.)Le baron de Boyer de Sainte- 
Suzanne en a fait une analyse, dans les Comptes-Vendus de la Société 
de numismatique française, de 1874; mais les origines ne sont pas 
indiquées et les tapisseries à fond d'or y figurent eu assez grand 
nombre pour qu'il ne nous soit pas possible de dire si Lange a 
procuré au Cardinal les tentures qu'il avait en vue. 



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— 69 - 

doute grâce à cet esprit naturel qu'il avait réussi 
à capter la confiance de Mazarin. 

Laissé, à peu près seul, à la tête de l'hôpital 
d'Ypres, dès le commencement de l'année 1659, 
Lange le dirige fort mal, comme nous l'avons vu 
précédemment, mais ces fonctions ne lui suffisent 
pas et surtout ne lui permettent pas de faire d'assez 
gros bénéfices. Le Cardinal ne l'a point oublié 
dans la distribution de ses bienfaits, et si Robertot 
n'a pu obtenir la recette d'Audenarde, Lange 
a été assez habile pour se faire donner celle 
d'Ypres. Jusqu'à la paix, on ne parait pas avoir 
eu de soupçons trop réels sur la manière dont 
Lange entendait la gestion des finances et la comp- 
tabilité, et on semblait n'avoir à lui reprocher que 
des négligences; mais, lorsqu'à cette époque. Talon 
et Robertot, qui lui avait été adjoint, revinrent en 
Flandre pour s'occuper de la liquidation générale 
des dépenses de l'occupation, il fallut apurer tous 
les comptes, et ce fut une tâche difficile qui 
demanda plusieurs mois de travail à Talon, à 
Robertot et à Van der Metz , Vhomme le plus 
honnête de la Flandre, au dire de Talon. 

Si Lange cherchait à se créer de nombreuses 
ressources par des moyens illégitimes , il n'en 
était pas moins acharné à poursuivre chez les 
autres les fraudes et les détournements dont il 
aurait voulu se réserver le monopole. 

Sa lettre au Cardinal, du 21 décembre 1658, 
nous fournit à cet égard de très curieux détails, 
ce qui nous décide à la citer, malgré son étendue, 
en conservant, comme ailleurs, son orthographe 
souvent originale. 



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— 70 - 
Lange à Mazarin, 

Monseigneur, 

Depuis ma dernière, je me suis donné Thonneur d'escrire 
à V. E. par le Si^ lieutenant Fœlix. Je n'ai d'adjuster autre 
chose, si non que Mons' le Marquis de Belefons a faict 
défence à tous les villages et habitants du vieux bourg de 
Gand de venir à apporter icy des fourrages dont y sont 
taxées par raoy, suivant Tordre de S. A. de Tureine, lequel 
luy a escrit de rechef. V. E. sera aussi adverty qu'il con- 
traing touts au delà la Lys, outre la Chastellenie de Lille, 
dont il a gran démeslée avec ceux de la Bassée; St-Menin, 
St- Venant, Dixmunde, et semblables lieux qu'il n'ont que 
des petites garnisons, veulent tout attraper, à dommage de 
ceste place, il faut que Ypre et toute la garnison périsse; 
et si Ypre (comme il est apparence) doit estre le siège de 
tout le pays, il faut au moins luy rendre ce que luy appar- 
tient, é que ces lieux là y dépendent d'icy comme aupa- 
ravant, é que V. E. fasse une seule recepte pour trouver 
bon son compte, é subvenir à toutes les garnisons. Je, pour 
moy, non souhaitte autre chose, si non que V. E. fust un 
peu icy, qu'auroit pitié de nous, é de la place, é nous feroit 
bonne justice, é si les autres rapprésentent à V. E. le con- 
traire, [i] sont attirez du propre intérest. 

Pour ce qui regardent les revenues de la ville, qui sont 
70 mille livres environ présentement, consistants en droits 
et gabelles^ je supplie très humblement V. E. de prendre 
information de W le Mareschal de Clarembeau, lequel 
prennoit 2 tierces pour la garnison et le reste fésoit appli- 
quer pour les corps des gardes et réparations. Présentement 
la ville prand tout, é, lorsque on a traitté de faire couler 
les revenues entre les mains du Receveur du Roy, n'y 
veulent pas souffrir que quoyqu'on ait faict leur offre de 
payer les debtes et rentes de la ville, comme ça seroit osté 



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- 71 - 

les gaudeamus qu'il se font à la ville à la despence 
du Roy. 

Je attend Mons' Talon de moment que vient, avec le 
convoy de la poudre é de Tavoyne, pour faire mes plainctes 
Mons'^ le Gouverneur avec le Major commandent, par eux 
mesmes, aux villages, des travailleurs é des palissades, 
é les font recevoir, sans le mettre dans le magasin, é font 
travailler, sans que tout passe par les mains du Receveur. 
Outre cela, le Major impose des droits, prennant, pour 
chaque fois que un brasseur de bierre ou bourgeois brasse, 
une pistolle, é comme icy dans la ville y sont 35 brasseries, 
é brassent trois et quatre fois la semmaine, V. E. considère 
comme tire en avant. Cest affaire de la bierre comprennant 
les villages, i (est) la mellieur revenue. Outre cela, le Major 
prend 4 eskelins, pour chasque pièce de vin, qui entre dans 
la ville, qui est un demy-escu monnoye de France, tire 
aussi, de touts les bestailles que on tue, une langue en 
espèce, ou une eskelin qui est 7 soulz é demy, les entrées et 
sortyes des postes, bois é fagots ô beaucoup des autres. Je 
non voudrois rompre c>es interetz, mais, pourquoy Mons"" 
le Gouverneur il souffre, je non puis, si non espérer que la 
moyndre partye soit celle du Receveur, puisque un parti- 
culier s'approprie des impostz qui sont au Roy. Je supplie 
très humblement V. E. d'en escrire un mot à M' Talon, sur 
ce sujet, é sur les rentes de la ville, puisque cela est l'argent 
plus prompt et plus seur. 

Les imposts du vin sont icy à 24 livres la pièce de gabelle, 
il tire bien loin, é ça va, je n'en sçay rien. Mons' le Gouver- 
neur non veult que je tire autre que ce qui appartient au 
Roy, dont je non trouve que luy rien appartient, quoy que 
tout soit au Roy. La taxe qu'on imposoit à Ypre touts les 
années dans les assemblées des 4 membres, il n'y a poinct, 
é je dis à V. E., de rechef, avec tout le respect que dois, 
que les nostres 36 villagges (qui est tout le gouvernement 



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— 72 — 

dTpre) non se peuvent résoudre à donner plus de 16 mille 
livres par an. V. E. considère comme Ton peut tenir ceste 
garnison. Je trouve que le franc de Brugges a payé à Dix- 
mude, plus de 150 mille livres depuis la prise, é lorsque les 
villages viennent aporter les fourrages, je prand la mémoire 
du tout ce qui ont payé, se plaignant fort que M^ Blondot 
non a leurs voulu faire les acquittes de ce qu'il reçoit. 



La Ribertière était, comme nous le montre la 
lettre précédente, un des fonctionnaires que Lange 
attaquait avec le plus de vivacité. Près de trois 
mois après sa dénonciation, il entreprit de se 
rendre un compte exact des agissements du major, 
et, le 17 mars 1659, entouré de témoins, il se 
livrait à une enquête minutieuse. Nous en avons 
sous les yeux l'original, écrit de sa main en italien 
et signé par les gens qui l'avaient accompagné ou 
qu'il avait fait comparsutre, et auquel est annexée 
une traduction française. 

Ce document complète sur un certain nombre 
de points les renseignements qui précèdent et 
montre que les abus signalés n'avaient pas cessé. 
La Ribertière prêtait la main à la contrebande, en 
laissant la nuit les portes ouvertes ; il percevait 
sur les marchands des impôts qui n'avaient jamais 
été prélevés avant le mois de janvier, ni par les 
Français ni par les Espagnols, et qui n'avaient 
pas été ordonnés par le Magistrat. Les avertisse- 
ments qu'il faisait délivrer, imprimés en français 
et en flamand, étaient au nom de M. d'Humières, 
et la crainte qu'il inspirait était telle, que les 
contribuables demandaient qu'il n'en fut rien dit, 



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— 73 — 

de peur d'être maltraités ou foulés de logement 
par les gens de guerre, etc. *. 

Les Français , du reste , ne cherchaient pas 
seuls à percevoir des contributions dans les nou- 
veaux pays conquis, Lockhart s'efforçait de se pro- 
curer de cette manière des ressources pour payer 
ses troupes, dont la solde, nous l'avons vu plus 
haut, n'était pas toujours régulièrement réglée. 
Schomberg s'en émeut et croit devoir en prévenir 
le Cardinal. 



* Cette curieuse pièce nous fournit les renseignements suivants 
sur l'importance des métiers d'Ypres ; on y voit figurer : 

30 petites boutiques de pauvres chandeliers , payant. 30 écus par mois ; 

1,200 boutiques, payant un écu par mois, soit 43,200 livr. par an; 

300 petites boutiques en planche, et toutes composées de petites 
gens, savoir herbiers, savetiers, vendeuses de beurre et autres, sur 
la grande place et le marché, imposées à 2 ou 3 escalins par semaine, 
soit par mois 337 liv. 10 s. 

Les gouverneurs du métier des bouchers, Jean Fontaine et Marcq 
le Vieux, déclarent que le major exige des trente boutiques de bou- 
chers qui sont dans la ville, 10 écus par mois, monnaie de France. 
Ceux du métier des boulangers, Jacques Coucou et François Camus, 
font une déclaration analogue pour la somme de 24 florins. 

Un autre témoin dépose des perceptions faites aux portes par le 
Major, les jours de marché : « Le sieur major tient un député à 
chaque porte, lequel tire pour l'entrée et sortie dans la ville de 
chacune vasche un scalin et quelquefois deux ; un scalin pour chaque 
mouton ; un scalin pour chaque petit tonneau de bière, lorsque les 
paysans la mènent dans leurs villages, mais désormais il tire fort peu, 
car la plus grande partie des villages ont affermé pour une certaine 
somme ; un scalin par petit tonneau, pour le lait qui entre, en grande 
quantité ; deux ou trois scalins pour des charriots chargés de denrées 
suivant la force; un scalin pour les pourceaux, etc. » Le témoin 
ajouta qu'en un jour, à une seule porte, il a vu percevoir ainsi plus 
de 60 scalins qui font plus de sept écus et demi de France. 

Le Major percevait aussi un escalin peur semaine pour les vaches 
appartenant aux habitants, qui voulaient les mener pâturer hors 
de la ville. 



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— 74 - 

6 janvier 1659, 

Je m'informeray de Mons»" Lange Sanvitani comme V. E. 
veut qu'on en use avec Mons»" l'Ambassadeur Lockart, sur 
le subject des contributions qu'il exige des chattelenies de 
Cassell, Bergue et Fume. 

Je l'ai vu, depuis son retour de Londre, et le trouve plus 
pressant qu'auparavant, n'aj^ant pas apporté une somme 
suffisante pour le payement des soldats qui demandent leurs 
arriérages, ce qui ne peut estre réglé que quand le Parle- 
ment sera assemblé. 

Les députés des trois Chattelenies en sont revenus pré- 
sentement. Il les presse fort pour de l'avoëne qu'il veut 
qu on luy livre dans huit jours. 

Ces grandes prétentions, avec celles d'Espagne, est cause 
que, quand je fais exécuter les habitans qui manquent au 
payement, ils désertent tous. Tout ce qu'on a pu faire 
jusqu'icy est d'avoir pu tirer de quoy faire subsister l'in- 
fanterie, sans que j'y aie pu prendre un sol pour mes 
appointements. 

La Gazette de France nous fournit aussi quelques 
détails sur les mesures prises par Turenne pour la 
sûreté d'Ypres et des places conquises pendant 
rhiver. 

D'Ypres, 26 novembre 1658. 

Dans peu de jours, il (le Maréchal de Turenne) fera le 
détachement des troupes qui doivent hyverner ailleurs, 
ayant suffisamment pourvu les places conquises en Flandre. 
Cependant, il a résolu de demeurer à Ypres jusques au 
retour du Roy à Paris, pour veiller sur les ennemis et les 
empêcher de rien entreprendre sur les mêmes places. 

D'Ypres, 21 décembre 1658. 
11 ne se passe rien de considérable en ces quartiers que 
les soins que le Maréchal de Turenne y donne toujours pour 



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— 75 — 

la seurté des places conquises, les ennemis se tenant res- 
serrés le plus qu'ils peuvent pour oster aux nostres l'occa- 
sion d'augmenter les grands avantages qu'ils ont remportés 
sur eux, pendant cette dernière campagne. 

On voit encore que de grandes précautions 
étaient prises pour la sûreté des convois d'ar- 
gent. Le 16 février 1659, en effet, le sieur de 
Vins, commandant de Bethune en l'absence de 
son chef, faisait accompagner celui qu'il en- 
voyait à Ypres par le régiment de cavalerie de 
Créqui. 

Tout en s'occupant de préférence, conune les 
autres de ses affaires personnelles, le gouverneur 
d'Ypres prenait cependant l'initiative de travaux 
de défense qui devaient augmenter la force de la 
place et, toujours courtisan, il en profitait pour 
faire installer une glacière, en vue d'une visite 
du Cardinal. 

UHumièrez à Mazarin * . 

A Ypres, le 31 de janvier (1659). 

Monseigneur, 

n ne me faut point d'autres raisons pour m'obliger à 
bien vivre avec M"" de la Prugne * que de savoir qu'il est 
à V. E. Nous l'attendons icy avec impatience pour aprendre 
ce qu'elle aura ordoné pour les dépendances de cete place 
qui ont besoin d'estre considérables, atendu la quantité de 
travaux et de réparations qu'il y faut faire. Ce n'est pas, 
Monseigneur, qu'on n'y aporte toute l'économie qu'il se 

* Cette lettre est autographe. 

* La Prugne avait été, en 1649, major de Dunkerque, mais i 1 n'avait 
exercé que peu de temps ces fonctions. 



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- 76 - 

peut. Je feray faire pour cela la brique des redoutes sur le 
lieu, selon le dessein que le chevalier de Clerville doit avoir 
présenté à V. E., et on achètera la chaut, de manière qu'il 
y aura beaucoup à gagner sur chaque toise. L'on travaille, 
en toute diligence, à la digue pour ramasser les eaux durant 
l'hiver; en suite de quoy, si Elle le trouve bon, je feray 
mectre plus de gens à l'ouvrage de la hauteur. 

J'en ay fait faire un autre, duquel j'espère que V. E. ne 
sera pas scandalisée, quoique ce soit sans sa participation, 
qui est une glacière dans l'espérance que j'ay d'avoir l'hon- 
neur de la recevoir icy. 

En finissant sa lettre, Humières, sans doute en 
échange de la glacière, demande à Mazarin de lui 
faire obtenir la levée d'un régiment d'infanterie, 
dont il réunirait les éléments avec les débris de 
celui d'Huxelles. 

C'est la chose du monde la plus nécessaire pour la 

conservation de*cete vile, à laquele je m'apliqueray encore 
avec plus de soin, puisque V. E. m'a fait la grâce de me la 
confier et que je ne veux rechercher, en toute ma vie, que 
les ocasions de lui pouvoir tesmoigner que je suis, sans 
aucune réserve. 

Monseigneur, 

Votre très humble et très obéissant serviteur, 

HUMIEREB. 

A côté des grosses fraudes s'en produisaient de 
petites et Robertot était aussi sévère, pour les 
unes que pour les autres. 

Au mois d'avril, ayant constaté une diminu- 
tion dans les approvisionnements de fourrages, il 
reconnaît qu'elle est l'œuvre d'un garde-magasin 



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— 77 — 

qui le revendait au boucher, et, après l'avoir 
interrogé, il l'envoie en prison, ainsi que nous 
le fait connaître Lange dans un billlet à Mazarin. 

Ypres, 11 aprill659. 

Mons. di Robertot ha fatto Tinterrogatorio al commisso 
di magazeni, nominato Lavigne, messo dal Sig. Blondot, 
che si trova ancor carcerato, e confessa la converzione del 
forragio in argento, ma non mostra la verzione del denaro. 
Confessa Taccordo fatto col macellaio. 

Peu de jours après, Robertot va à Dixmude, en 
revenant de Dunkerque, et s'enquiert de l'état des 
vivres et des munitions qui s'y trouvent. Delbos, 
major de cette ville, annonce au Cardinal le 
résultat de cette inspection, et cherche à se dé- 
fendre contre les imputations qui pourraient être 
faites à ce sujet. 

Delbos à Mazarin, 

Dixmude, 13 avril 1659. 

M' de Robertot passa ici, en retournant de Dunquerque, 
pour voir l'état des magasins de bled.et de la fourniture du 
pain, n en a trouvé quatre en entier, et quant à celui qui est 
dans la ville, j'ai toujours eu un soin extrême de le conser- 
ver, et je continuerai puisque c'est la volonté de V. E. Je dis à 
ce propos à M^ de Robertot que j'avois su qu'on avoit écrit 
à V. E. que j'avois fait sortir d'ici douze bateaux de blé pour 
Neuport, moyennant dix pistoles pour chacun, je le prie de 
s'enquérir de la chose pour la faire savoir à V. E. 

A la fin du mois, Robertot se rend à Dunkerque. 
à Bergues et à Bourbourg, avec Lange et La Prugne, 



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— 78 — 

pour donner ordre à toutes les affaires et il trouve 
encore le moyen de corriger certains abus. 

A Audenarde, une mutinerie semble avoir eu 
lieu, à cette époque, dans le régiment de cavalerie 
qui y tenait garnison, et Talon avait condamné 
l'un des soldats à la peine capitale; aussi se 
plaint-il de ce que Robertot, appréciant sans doute 
mieux les nécessités de la situation, a cru devoir 
solliciter du Maréchal de Bellefonds la grâce du 
condamné : 

Talon à Mazarin. 

Ypres, 17 avril 1659. 

Je n'ai pas encore écrit touchant ce qui est arrivé dans 
la cavalerie d' Audenarde. J'avais prononcé la mort, et n'ai 
pas quitté ce sentiment, mais M. de Robertot, à la tête de 
tous les cavaliers révoltés, a demandé grâce à M"* de Belle- 
fonds pour celui que j'allais faire pendre. Il y a assez 
longtems, Monseigneur, que je sais qu'il faut, dans ces ren- 
contres, des remèdes violents et une justice rigoureuse. 



Robertot eut, pendant tout le temps de l'occu- 
pation française d' Ypres, la haute direction de 
l'hôpital militaire, mais ses travaux multiples 
ne lui permettaient plus de s'y consacrer exclusi- 
vement, comme il l'avait fait devant Dunkerque; 
cependant, il ne cessait de correspondre à ce sujet 
avec le Cardinal. 

Ypres ayant dans sa garnison des détache- 
ments de deux régiments anglais, les blessés et 
les malades des deux nations étaient soignés dans 



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— 79 — 

ITiôpital, mais, chaque fois qu'il y avait un convoi 
à destination de Dunkerque, on cherchait à faire 
partir pour cette dernière place les malades 
étrangers. 

Voici quelques extraits des dépêches de Mazarin 
relatives à l'hôpital dTpres. Nous les citerons le 
plus souvent, ainsi que les réponses, sans y ajouter 
un commentaire qui serait superflu. Elles conti- 
nuent à témoigner de la sollicitude que le Cardinal 
éprouvait pour les blessés. 

Mazarin à Rohertot. 

Paris, 9 octobre 1658. 

On a envoyé de l'argent pour l'hôpital, et Lange, 

devant être à présent retourné à Ypres, soulagera fort la 
peine que vous aviez pour la quantité de malades qui arri- 
voient tous les jours. 

Mazarin à Lange, 

[Même jour.J 

Vous donnerez part de tout ce que je vous mande 

au S' de Robertot. Vous n'exécuterez rien, sans avoir au 
préalable ses sentiments sur toute chose 

Le 10. 

n faut, comme je le mande au sieur de Robertot, 

avoir, avant tout, soin des blessez et malades. 

Mazarin d Rohertot, 

17 octobre. 
J'ai veu tout ce que vous me mandez à l'esgard des 
malades, ayant escript là-dessus à Lange avec ordre de 
vous le communiquer, et de faire ce que vous lui direz. 



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— 80 ~ 

Je ne vous répliquerai autre chose si ce n'est qu'il me 
semble qu'on pourroit obliger les officiers anglois et ecos- 
sois à assister les soldats malades qui sont à l'hospital, de 
l'argent que le Roy leur a fait payer ponctuellement tous 
les jours. A l'égard du pain, il seroit à propos que quel- 
qu'un prit soing d'avertir le S*" Jacquier de ce qui se dis- 
tribue dans l'hospital, afin d'en diminuer la mesme quantité 
aux corps anglois et autres régiments dont les soldats 
malades 3ont entretenus à Ypres. 

J'ai envoyé par le sieur Talon 6,000 livres pour l'hospital, 
et je vous resplique ce que j'escris à Lange, c'est-à-dire que 
si vous estes pressé d'argent, vous pourrez tirer quelques 
lettres icy, qui seront acquittées en même tems 

Robertot à Mazarin. 

Ypres, 25 octobre 1658. 

Le sieur Berthier, ayant receu des lettres de Dun- 

querque que le convoi devoit partir jeudy dernier, M. de 
Chevigny a envoyé 80 mousquetaires au devant. J'ay pris 
l'occasion pour renvoyer à Dunquerque les 275 soldats 
anglois malades, suivant l'ordre de M' Morgan. J'ai fait 
donner huit chevaux de V. E. pour faire tirer quatre 
bellandes qui portent les malades 

Mazarin à Robertot. 

Sens, 29 octobre 1658. 

L'on a fait partir Donnarel avec l'argent pour payer 

les Anglois et vous ne manquerez pas de retirer ce que 
vous avez preste à l'officier qui a pris soing des malades 
à Ypres 

Je n'ay rien à respliquer du mesnage que vous ap- 
portez pour les despenses de l'hospital. Il faut continuer 



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— 81 — 

de mesme, prenant soing que les malades ne manquent de 
quoy que ce soit qui peut servir à leur guérison 

Lyon, 10 décembre 1658. 

Je me remets à ce que j'écris à liange touchant 

rhôpital. Je vous dirai seulement que si on le continue, 
comme je le crois nécessaire, il faudra prendre soin des 
malades et les faire bien traicter, retenant les six solz par 
jour, qu'ils doivent avoir pour le quartier d'hiver, pendant 
le temps qu'ils seront à Fhospital. Et, cela ne suffisant 
pas pour les nourrir et les médicamenter, on suppléera 
au surplus. Sur quoi, vous vous entendrez avec le sieur 
Talon. 

Dans un billet du l*''^ décembre, Talon insistait 
auprès du Cardinal pour le maintien de l'hôpital. 

J'ay dit aux S"^ de Robertot et Lange qu'il falloit refor- 
mer l'hospital de ceste place. J'y ai plus de 80 malades. 

Le 17 décembre 1658, Mazarin écrit à Lange 
quelques lignes, annonçant seulement qu'il répon- 
dra avec ponctualité à ses lettres, et qu'il n'a rien 
à ajouter à ce qu'il écrit à Robertot. 

Le 3 janvier 1659, Lange se plaint au Cardinal, 
dans un billet en italien fort peu lisible, des cri- 
tiques qui ont été faites, probablement par Talon, 
sur la gestion de l'hôpital. 

Ha cercato di attaccar il S' Robertot e me, nella mala 
condotta degli ospedali, e ha predicato ch'erano morti 
600 huomini. 

Ho veduto col Sign. Talon gli ospedali; pel l'anno 1659 
ne resta la carica al S' Robertot e a me. 



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— 82 — 

Robertot étant parti pour remplir une mission 
politique à Dunkerque et pour s'occuper de l'or- 
ganisation du service de fourniture du pain des 
troupes, Lange se trouvait, au mois de février, 
chargé seul du soin de l'hôpital, et voyait Talon 
admettre difl5cilement les explications qu'il lui 
donnait sur la comptabilité de cet établissement. 
x\ussi écrivait-il au Cardinal le 11 février 1659, 
pour lui exposer ses doléances et lui dire comment 
tout le monde se tournait contre lui. Ce n'est que 
le commencement et nous verrons que la gestion 
de Lange finit aussi tristement que possible pour 
lui. 

Lange à Mazarin, 

Ypres, 11 febbraio 1659. 

Ho saldato i niiei conti con M^ Talon di X*"^ e gennaio. 
Non mi ha voluto far buone le somme spese per quietare 
in paese gli crediti del ospedale del armata, dove V' Em* 
ricordera che m' ho havuto in tutto 6,000 1. e che il S"^ Ro- 
bertot n'ebbe 3,5000, e tutto il mondo m'èvenuto a dosso. 

Et au dessous, en chiffre : 

Siamo maie di grano, attende di momento Mons. Rober- 
tot, per il cambio di raoneta. 

Lange veut surtout faire partager sa respon- 
sabilité à Robertot. Le 15 mars, il écrit au Car- 
dinal deux lettres le même jour; dans la première, 
où il le traite d^Eminentissime patron, il dit qu'il 
n'ose plus se présenter devant lui; dans la seconde, 
il promet d'envoyer bientôt des comptes clairs et 
l'état du matériel qui lui était réclamé. 



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— 83 — 

Em™o Padrone, 

Mr Robei-tot non ha passato Menin. 

Uho scongiurato di darmi i suoi conti per la spesa dello 
spedale. Confesso il vero, non ho piu fronte présentai mi 
avanti Vostra Eminenza. Sanyitani. 

Je n'ai pas eu le loisir d'envoier à V. E. Testât de ce 
qu'il faut pour l'ospital. Il faut 600 paires de drap, 600 cou- 
vertures, 1000 paillasses, 600 chemises, cela est le plus 
pressé... M' de Robertot a tout le reste des hardes entre 
ses mains. Je luy attends ce soir é nous envoyerons tout, 
avec les comptes clairs de toute la despense, é je mettrai 
aussi ce qui reste à paier ici, car l'argent [manque] depuis 
le siège de Dunquerque. 

Plusieurs mois se passent sans que l'on entende 
parler de nouveau de l'hôpital; Robertot appelé 
à de plus importantes fonctions et n'étant plus 
que rarement à Ypres, par^dt en avoir abandonné 
le soin à ses auxiliaires et particulièrement à 
Lange ; mais celui-ci, qui remplit les fonctions de 
receveur des contributions et qui s'applique sur- 
tout à les percevoir pour son compte, laisse tout 
en soufiÉrance. Des réclamations se produisent 
parmi les officiers qui sont à l'hôpital d'Ypres et 
à celui de Bourbourg, et le Père Canaye s'en fait 
l'écho auprès du Cardinal, dans une lettre où il 
rend, du reste, hommage aux qualités de Robertot, 
ainsi qu'à ses sentiments pieux. 

Le Père Canaye d Mazarin, 

Dunquerque, 28 octobre 1659. 

Je n'ai pas mandé à V. E., dans ma dernière, ce que 
je ne puis oublier dans celle-ci, que les officiers qui sont 



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— 84 — 

à rhôpital à Ypres et à Bourbourg, se plaignent fort de 
n'être pas satisfaits. Je leur ai fait entendre que ce n'étoit 
nullement l'intention de V. E. et qu'elle avoit commandé 
qu'on n'épargnât rien pour le bon ordre. J'avois les assu- 
rances de la justice, charité et piété recueillies de la bouche 
de la Reine, à qui j'avois découvert quelque chose du mau- 
vois traitement des malades. Je veux croire que l'argent 
aura manqué à M^ de Robertot, il est plein de bonne volonté 
et de zèle pour l'exécution des commandemens et il a beau- 
coup de piété; mais, de quelque part que viennent les 
fautes, il en est ainsi. 

La dernière lettre que nous puissions citer sur 
l'administration des hôpitaux de Flandre est de 
Talon elle a trait aux manœuvres de Lange et à 
sa mauvaise foi. C'est une pièce de plus à ajouter 
au procès de ce dernier, bien que ses procodés de 
gestion n'aient été que de peu de conséquence 
à côté des vols qui lui étaient reprochés dans la 
perception des contributions. 

Talon à Mazarin, 

Audenarde, le 23^ de mars, l'an 1660. 

Sur ce que M^ de Robertot m'a dit de la part de V. E. 
touchant les comptes du S^ Lange et des dépenses des 
hôpitaux de Dunquerque et de Gravelines, je les lui ai 
demandés. Il m'a dit n'en avoir plus que les fragments et 
qu'il en avoit rendu compte à V. E. Comme il a tiré des 
blancs d'un chacun, sans payer personne, c'est en partie 
par là qu'il peut envoyer de l'argent à Paris. Ces sortes de 
dépenses bien ménagées sont fort indiquées, puisque celles 
de l'hôpital de Pont-à-Mousson, qui subsista un mois après 
le siège, n'ont monté qu'à six mille livres, et, pour le siège 
de Montmédy, à onze mille 



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— 85 — 

Dans sa défense, Lange employé tous les moyens, 
c'est ainsi qu'il reproche à Robertot d'avoir vendu 
les confitures et les rafradchissements que le Roi 
envoyait à Bourbourg aux officiers blessés. 

De même que nous l'avons fait pour l'hôpital 
d'Ypres, nous réunirons ici les renseignements 
que nous avons pu nous procurer sur les soins 
donnés par Robertot au Régiment italien de Ma- 
zarin, pendant son séjour en Flandre, rappelant 
qu'il avait déjà eu à s'en occuper à Metz. 

Nous avons déjà remarqué les attentions que 
le Cardinal ne cessait d'avoir pour les corps dont 
il était propriétaire, mais ce n'est rien à côté 
des nouvelles prescriptions qu'il va adresser tour 
à tour à Robertot et à Lange. 

Le 29 octobre 1658, Lange est malade et Ro- 
bertot reçoit une lettre où le Cardinal lui rappelle 
qu'il envoyé à celui-ci de l'argent « pour donner 
une monstre au Régiment italien, et si cela n'es- 
toit pas fait, il ne faudra pas perdre un moment 
à la donner. » 

Dans la même lettre, Mazarin se préoccupe de 
la question de savoir s'il vaut mieux conserver les 
italiens à Ypres, ou les renvoyer en Lorraine, et, 
dans le premier cas, s'il n'y aurait pas lieu de 
faire venir les fenmies des soldats pour y passer 
l'hiver avec eux. 

J'avois escript à Lange de bien examiner s'il seroit à 
propos de laisser le Régiment italien à Ypres, et je lui 
avois mesme proposé de donner la route et de l'argent 



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— se- 
aux femmes des soldats pour aller à Ypres. J'attends 
réponse là-dessus et peut-être il seroit plus aisé de donner 
la route aux soldats qui sont mariés, pour aller trouver 
leurs femmes et demeurer avec elles cet hyver et venir 
ensuite rejoindre le régiment. Vous conférerez de tout ceci 
avec le sieur Magalotti* qui commande le régiment, et 
vous prendrez garde que le dit Magalotti auroit envie 
lui-même de retourner à Metz, parce qu'il s'y veut marier, 
mais on pourroit luy donner congé pour y faire un tour, 
s'il le souhaite ainsy, et lorsqu'on aura pris la résolution 
de ce que le régiment devra faire, je donnerai Tordre aux 
cent soldats qui sont à la Fère de le joindre. 

Robertot n'avait pas attendu les instructions du 
Cardinal pour s'en occuper, et, dans une lettre 
du 25 octobre, il transmettait, en ces termes, au 
premier ministre les représentations des officiers : 

Ayant communiqué à M*" de Magalotti ce qui con- 
cerne le régiment italien, il a jugé à propos d'assembler 
chez moy tous les officiers. Tous unanimement ont opiné 
que le corps suplieroit humblement V. E. de renoncer à 
renvoyer à Metz le régiment. M' de Magalotti en escript 
les raisons à V. £. Tous les officiers ont tesmoigné de grands 
ressentimens de la manière que V. E. traite avec eux. Ils lui 
en sont infiniment obligés. 

* Bardo Bardi, comte de Magalotti, appartenait à une famille 
patricienne de Florence et servit, pendant de longues années au 
régiment des Gardes Françaises, dont il devint lieutenant-colonel 
en 1676. L'année suivante, Louis XIV récompensa ses services par 
un brevet de lieutenant-général; il fut nommé plus tard gouver- 
neur de Valenciennes et mourut dans cette ville au commencement 
du XVIII* siècle. Le Pippre de Nœufville, qui lui consacre une fort 
longue notice (Op. cit,, t. III, p. 66-69), dit « qu'il se fit tellement 
aimer et estimer tant des soldats que des bourgeois par ses manières 
douces et affables, qu'il n'y avoit pas une maison bourgeoise qui n'eut 
son portrait. • 



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— 87 — 

Avant d'avoir reçu cette lettre Mazarin écrivait, 
de Sens, le 31 octobre : 

Puisque tous les officiers de mon régiment italien 

sont d'avis que pour conserver ce corps, il faut le laisser 
retourner à Metz, je vous en ferai adresser la route et 
lorsque l'on envoyera les expéditions du quartier d'hiver 
et vous vous en servirez, en cas que vous voyez qu'ils per- 
sistent dans la mesme pensée, et après que vous aurez veu 
ce que je vous en ai escript, il y a deux jours, par le frère 
du S*^ d'Elbos, qui commande à Dixmude. Il sera bon que 
vous confériez là-dessus avec Lange, parce qu'il m'avoit 
mandé que, hors l'interest particulier de quelques-uns, 
le régiment aurait bien peu demeurer à Ypres. 

Enfin, si on pouvoit ajourner la chose, en sorte qu'en 
renvoyant une partie des officiers avec cent ou six-vingt 
soldats à Metz, les autres pussent demeurer à Ypres, j'en 
serois très aise, car ils seroient très bons pour le service. 
En ce cas, je ferai marcher les cent soldats qui sont à la Fère 
et les deux cents qui ont été levez en Italie et doivent partir 
dans trois ou quatre jours de Pignerol. Mais, après tout, 
si on juge qu'il soit mieux que tout le régiment aille à 
Metz, vous n'aurez qu'à vous servir des expéditions qu'on 
vous adressera pour cela. 

Le même jour, le Cardinal, comprenant que 
Magalotti est le premier à désirer le retour du 
régiment à Metz, s'adresse directement à lui : 

Il faut pratiquer tous les moyens imaginables pour faire 
demeurer mon régiment à Ypres, pourvu qu'il n'y en ait 
de possibles. Je vous prie de vous y appliquer et de bien 
examiner la chose avec M^ de Robertot. 

Le mois suivant, le maintien du régiment à 



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— 88 - 

Ypres paraît décidé et la solde, qui était toujours 
un peu arriérée, va être payée, grâce à un emprunt 
de 7,000 livres, fait à Dunkerque par les soins de 
Lange. 

Le régiment, écrit Robertot, le 22 novembre, a con- 
senti de demeurer à Ypres, en garnison cet hiver, à la 
réserve de 40 à 50 soldats, auxquels il plaira à V. E. de 
donner congé. 

Lange, dans une dépêche à Mazarin dont nous 
avons déjà donné des extraits, l'entretient à son 
tour du régiment italien : 

Le Régiment italien se conserve tojours bien. Dieu Mercy, 
é Monsf Tureine, que, tous les soirs, se trouve à veoir monter 
la garde, dit qu'il n'a jamais veu plus belle gents dans tous 
les armées. Il n'est pas fuy un ome, é je leurs pense donner 
une monstre d'ustencilles pour ces festes, é trouveray à em- 
prumpter 100 pistoUes, autrement, je non sçay comme les 
appaiser. 

Je faisse travailler tojours à crédit pour les 600 juste- 
corps, é baas e ne scay que me dire d'avvantagge à V. E., 
sinon que cest garnison est comme les petits meneaux qui 
attendent à bouche ouverte la nouriture de leur mère. 



Pour tracer un tableau à peu près suivi de 
roccupation française à Ypres, nous avons du 
négliger bien des points de détail traités dans 
les papiers du quai d'Orsay que nous venons 
d'analyser. 

L'un d'entre eux est relatif à la correspondance 



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— 89 — 

et aux moyens de la faire parvenir sûrement. 
Dès le 17 octobre 1658, le Cardinal demande à Ro- 
bertot « de bien adjuster le chemin que l'on tien- 
dra pour envoyer et recevoir les lettres on seureté, 
et, si vous me confirmez que celui de Lisle est le 
meilleur, ajoute-t'il je m'en serviray à l'advenir. » 

Le 25, Robertot répond que le courrier de la 
ville n'a pas encore obtenu de passeports pour 
assurer le transport des lettres qui doivent passer 
à Lille et qu'il indiquera par le premier ordinaire 
la voie à suivre, « car, pour les nostres, dit-il un 
peu d'argent les faict tenir en sûreté aux maistres 
de poste de Lisle et de Calais. M. Berthier, m'a 
dit qu'il se sert d'un marchand de Lisle, qui lui 
envoie les lettres qui viennent de Pai'is, auquel il 
les fait adresser. » 

Le 21 décembre Lange fait la proposition sui- 
vante au Cardinal : 

Le maistre de la Poste, qui est à la suitte de l'armée près 
Mons*" Tureine, voudroit que, la poste establie icy par 
Aras é S^ Venant, avoir quelque somme sur les contri- 
butions pour continuer, disant avoir grands frais é périls 
sans utilité. Je luy ei dit que je non ai de quoy fournir, 
mais que je Tavois mandé à V. E., laquelle sera adverty, 
que la voye de Lille n'est pas trop seure, qui descaschettent 
les lettres é les paquets. 

Citons encore ici un billet, qui se rapporte à 
des faits antérieurs, mais qui nous montre la part 
que le Père Canaye prenait aux affaires, ainsi 
que les efforts qu'il faisait dans le but d'améliorer 
le sort des religieux des ordres mendiants. 



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— 90 ~ 
Le Père Canaye à Mazarin. 

18 janvier 1659. 

Pendant que M^ Lange estoit à Dixmude, V. E. lui 

disoit qu'il advisat avec M"^ de Robertot et moi si Ton 
pouvoit donner du pain aux Minimes et aux Capucins et, 
au cas qu'il y eut difficulté pour le pain, qu'on leur donnât 
de largent. Ce dernier fut résolu entre M. de Robertot 
et moi. On dressa les quittances que je joins ici, puisque 
les ayant depuis présentées à M. Lange, il m'a répondu 
n'avoir point d'ordre de V. E. de les acquitter. 

Au printemps de 1659, on commença à parler 
sérieusement de la paix entre la France et l'Es- 
pagne et, le 8 mai, une suspension d'armes fut 
décidée, en attendant l'issue des négociations qui 
se poursuivirent pendant tout l'été et aboutirent 
au traité des Pyrénées du 7 novembre 1659. 

Durant ce temps, les préparatifs de guerre 
furent naturellement suspendus, et l'on continua 
seulement à occuper la partie des Pays-Bas, qui 
avait été conquise, sans donner toutefois suite aux 
travaux de défense projetés. 

La correspondance de Robertot devient en 
conséquence beaucoup plus rare, et nous ne 
pouvons citer pour cette période que quelques 
dépêches relatives aux hôpitaux et une lettre de 
Mazarin à Robertot concernant de la demande que 
celui-ci lui faisait, au mois de juillet 1659, 
d'une charge possédée par un de ses parents, 
François de Monsures, S*" d'Auvilliers, qui venait 
de mourir. 



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- 91 — 
Mazarin à Robertot, 

26 juillet 1659. 

J'ai été fort étonné de ce que vous me mandez de la 
charge qu'avait le feu sieur d'Auvilliers, car je ne savois 
point qu'il fut vostre parent, ni que vous eussiez en cela 
aucun intérest. Le Roy la donna, aussitôt après sa mort, et 
les expéditions en étant délivrées, c'est une afifaire con- 
sommée qui ne se peut renvoyer, de sorte qu'il faut, pour 
ce qui vous est deub, que vous ayez vostre recours sur ses 
autres biens. Si je puis, en cela, vous donner quelque 
assistance, je le ferai très volontiers. 

Il est aisé d'établir les liens de parenté des 
familles de Grouchy et de Monsures, Robertot 
ayant eu pour aïeule comme nous l'avons vu en 
commençant, Françoise de Monsures, fille du sieur 
d'Auvilliers * ; mais il n'est pas aussi facile de 
préciser quel est ce sieur d'Auvilliers, et surtout 
quelle était la charge qu'il occupait et sur la 
valeur de laquelle des revendications pouvaient 
être exercées par Robertot. Est-ce François de 
Monsures, sieur d'Auvilliers, successivement 
mestre de camp d'un régiment de cavalerie de 
son nom* et de celui d'Armagnac, et plus tard 
maréchal de camp, qui possédait un brevet de 

» Il y anrait encore une autre alliance rapprochée, Marie de Grouchy, 
tante de Robertot, ayant épousé, en 1601 , Jean de Monsures, seigneur 
de Villers. La famille de Monsures s*est éteinte à la Révolution, après 
être restée toujours très unie à celle de Grouchy. Ses armes étaient 
de sable à la croix d'argent, chargée de cinq fermeaux de gueules. 
11 existe encore aujourd'hui des d'Auvilliers, en Normandie, mais ils 
n'ont rien de commun avec les Monsures. 

• SuSANE, Op, cit., n" 210. Carrés D'Hozier, verbo Monsures. 



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— 92 — 

capitaine de chiens d'Ecosse y courant le lièvre * , il 
est permis de le supposer. 

Bien que nous n'ayons aucune preuve autre 
à en fournir, nous croyons pouvoir inférer d'une 
lettre du Cardinal, datée de Toulouse, du 16 dé- 
cembre 1659, et que nous reproduisons ci-dessous, 
que Robertot dût être appelé auprès du Ministre, 
dans les Pyrénées, sans doute afin de donner des 
renseignements sur l'état des places de Flandre, 
au moment des conférences qui précédèrent le 
traité de paix. 

La phrase de Mazarin à l'intendant Talon, « je 
vous envoie votre frère avec M. de Robertot, » 
nous semble bien indiquer que tous les deux 
étaient auprès de lui à ce moment, et l'avaient 
sans doute accompagné. 

Mazarin à Talon, 

Toulouse, 16 décembre 1659. 

Je vous envoie votre frère avec M»* de Robertot, afin que 
vous puissiez vous servir d'eux, dans ce qu'il y aura à faire 
dans la remise des places qui se doit faire de part et d'autre 
en exécution de la paix; et je crois nécessaire qu'il y ait en 
chacune des places que l'on rendra une personne fidèle qui 
ait l'œil à tout ce qui intéresse le service du Roy. 

En revenant du Midi, Robertot était chargé, 
pour Madame de Venelle, gouvernante des nièces 

' Carrés D'HoziBE, Brevet du Roi du 25 mars 1655. [Bibliothèque 
nationale, cabinet des titres), 

François de Monsures, qualifié seigneur d'Auvilliers, avait reçu 
aussi, le 8 février 1651, un brevet de lieutenant garde -côtes en 
Picardie, mais nous ne croyons pas que ce soit le même person- 
nage. {Même source.) 



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— 93 — 

du Cardinal, de commissions spéciales, commis- 
sions données par le Ministre à la fois par écrit, 
et verbalement, ainsi que le prouve le passage 
suivant d'une lettre de Mazarin, dont nous devons 
la communication obligeante à M. Chéruel, qui se 
propose de la publier in extenso : 

Mazarin à Madame de Venelle, 

D'Aix, le 28 janvier 1660. 

J'avois remis quelque chose à la vive voix de Robertot, 

mais je n'avois pas laissé de marquer, dans la lettre dont je 
le chargeois, tout ce que vous aviez à faire touchant le pas- 
sage de mes nièces à Blois, je ne sçay pourquoi il ne vous 
Ta pas envolée et peut-être que il l'aura faict depuis*. 

L'histoire de la liquidation des comptes d'Ypres 
d'après les documents que nous possédons, serait 
plus justement intitulée : Compte-rendu du procès 
de Lange. 

Dès le 11 février 1659, ce dernier, dans une 
lettre que nous citons, à propos de l'administra- 
tion de l'hôpital, se plaint de manquer d'argent; 
il attend Robertot ainsi que Talon, et se montre 
exigeant. Un mois après, le 15 mars, il annonce 
l'envoi prochain de ses comptes; sa lettre est 

* « Je n'ai jamais pu savoir ce que Robertot eut à dire à Madame 
de Venelle, lorsqu'il fut chargé de l'aller rencontrer de la part de 
M*" le Cardinal à l'époque oii Son fîminence préparait le traité des 
Pyrénées. La dite dame de Venelle était alors chargée du soin des 
nièces de M' de Mazarin, et si je ne fais confusion, M"" de Robertot 
dut rencontrer l'aimable compagnie du côté de Blois et s'arrêter 
même quelques heures chez Monsieur, qui, déjà, ne faisait pas 
trop bonne figure et commençait à tirer sur sa fin. •> (M' Armand 
Bascrbt, lettre du 23 août i884.) 



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— 94 — 

signée de son titre de receveur des contributions 
dCYpres. Le 29 avril, il cherche à se mettre encore 
en relief auprès du Cardinal, il parle d'un voyage 
qu'il doit faire avec La Prugne et Robertot, à 
Bergues, à Dunkerque et à Bourbourg, « pour 
donner ordre à toutes les affaires. » Mais il se 
sent menacé, et cherche à écarter les dangers 
suspendus sur sa tête en manifestant son étonne- 
ment des précautions que Robertot veut prendre 
à son égard : « M'" de Robertot me presse fort 
étrangement pour avoir de l'argent des contribu- 
tions et pour avoir des blés. » 

Jusqu'à la fin de 1659, les choses restent dans 
le même état, mais Robertot, comme nous l'avons 
vu plus haut, revient auprès de Talon, accom- 
pagné du frère de celui-ci. Talon du Quesnoy, et, 
avant la remise de la place d'Ypres à l'Espagne, 
toutes les dépenses de la comptabilité seront sou- 
mises à un contrôle sévère. 

Un premier rapport à Mazarin, Robertot 
passe en revue les principaux méfaits de Lange : 
impositions perçues à tort et fraudes commises 
dans les fournitures des troupes et surtout dans 
l'habillement du Régiment italien, ce qui touche 
doublement le Cardinal. 

Robertot à Mazarin, 

Ypres, 17 février 1660. 
Monseigneur, 

Aiant examiné les comptes du S*" Lange, je trouve pour 
environ 30,000 livres de plus grande recette que ce à quoi 
les communautés étaient imposées, de double emploi et de 



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— 95 - 

profit sur les achats et dépenses, qu'il emploie pour plus 
qu'il n'a payé. Si le dit S»^ Lange donne le reste de ses 
comptes à M^ Talion, et que celui-ci me les mette entre les 
mains, je les verrai fort exactement, et informerai V. E. des 
défauts que j'y remarquerai. 

V. E. trouvera bon que je lui fasse rapport de quelques 
articles pour lui faire voir les moyens dont s'est servi le 
S' Lange pour profiter de son emploi. Le dit S' Lange a fait 
faire quatorze habits de livrée aux tambours du régiment 
italien, qu'il emploie dans ses comptes pour 700 livres. Le 
S»^ Lange a profité sur ces habits de 200 livres, savoir 
117 livres qu'il a rabattu aux tambours, sur leurs monstres, 
pour leur avoir fait faire de plus grands bas aux uns qu'aux 
autres, et leur avoir donné des haut de chausses, et le sur- 
plus sur les façons. J'ai les dépositions de celui qui a fourni 
le drap des tambours et du tailleur. 

M^ de Turenne ayant fait marché avec le S' Halluin de 
fournir 200 juste-au-corps et autant de bas, à une pistole 
le juste-au-corps et les bas, le S"" Lange emploie dans ses 
comptes la délivrance des dits 200 juste-au-corps. I^ dit 
Halluin a déposé n'avoir fourni que 175 justes-au-corps, et 
avoir restitué au dit S' Lange vingt-cinq pistoles pour les 
vingt-cinq juste-au-corps qu'il n'a pas livrés, et, à l'égard 
des 175 juste-au-corps délivrés, il a dit en avoir donné 
environ trente à des soldats du régiment italien, auxquels 
le S' Lange a rabattu une pistole, sur leurs monstres, pour 
le payement des dits juste-au-corps. En sorte que, sur cet 
article emploie dans ses comptes pour 200 pistoles, le dit 
S"" Lange se trouve avoir profité de plus de cinquante pistoles. 

Une communauté du Franc de Bruges, entre autres, se 
trouve avoir paie au S' Lange 2000 florins plus que sa cotte, 
cela justifié par les quittances du dit S' Lange. Comme le 
dit S' Lange ne m'a pas mis entre les mains le rôle d'im- 
position des villages, quelqu'instance que je lui en aie 



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— 96 — 

faite, je suis obligé d'entendre tous les bourgmaistres, pour 
savoir à quoi chaque communauté a été imposée et ce qu'ils 
ont payé. Je n*ai pas encore pris la déposition de la moitié 
des communautés. On les presse de venir, afin d'informer 
V. E. de la vérité de toutes choses. 
Nous pourrons sortir d'Ypres environ le U jour de mars. 

ROBEBTOT. 

Lange ne connaissait certainement pas ce rap- 
port, quand il demandait à Mazarin, le 20 fé- 
vrier 1660, de confier l'examen de ses comptes 
à Robertot, à M. d'Humières et au Major : 

Prego V. E. che permetta al M' Robertot d'essaminare 
i miei conti giuntamente col Maggiore e con M' d'Humières. 

Les billets suivants de Talon nous montrent 
avec quel soin la comptabilité de Lange était 
vérifiée par les deux commissaires aux soins 
desquels elle avait été remise : 

Talon à Mazarin. 

Audenarde, 22 février 1660. 

Quant aux comptes du S' Lange, V. E. pourra voir par 
les lettres que je lui envoie encore de M" de Robertot et 
Vandremetz, qui est le plus honneste homme de Flandre, 
tout ce qui en est. En un mot, V. E. a été très mal servie 
de ce personnage.... Je viens d'apprendre de lui des choses 
à faire dresser les cheveux.... 

Ypres, 27 février 1660. 

Dans l'ei^men des comptes du S** Lange, faits ici en mon 
absence par les S" de Robertot et Vandremetz, hommes sans 
reproche, je trouve beaucoup d'abus et de confusion.... 



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— 97 — 

Robertot est mandé à Paris, dans le courant 
de mars, et après avoir vu Colbert, il écrit au 
Cardinal, qui lui donne l'ordre de retourner en 
Flandre, afin de lui demander des instructions 
pour examiner, non seulement la comptabilité de 
Lange, mais encore celle des autres receveurs, et 
il lui fait remarquer à cette occasion que la véri- 
fication qu'il est question de lui confier ne peut 
être efficace et complète, que s'il est pourvu d'une 
commission spéciale lui permettant de se faire 
remettre les comptes. 

A cette date, les Français ont quitté Ypres 
depuis le 3 mars, aussi Robertot termine-t-il son 
rapport, en demandant une lettre de recomman- 
dation auprès du Marquis de Caracena, qui était 
chargé par le Roi d'Espagne, de l'administration 
des territoires restitués. 

Robertot à Mazarin, 

Paris, 21 mars 1660. 
Monseigneur, 

J'ai vu M*" Colbert qui m'a dit que V. E. désire que je 
retourne en Flandre. Jusqu'à ce qu'elle m'ordonne d'en 
partir, je m'en retourne à Arras, où j'attendrai les ordres 
de V. E. 

V. E. m'avoit ordonné de prendre le plus d'éclaircisse- 
ments que je pourrais des impositions des Flandres; je sais, 
Monseigneur, en gros, les leyées qu'on y a fait, mais je ne 
puis pas founiir au vrai, si les receveurs tiennent compte 
de toutes, et à moins que V. E. m'envoie un ordre du Roi 
pour obliger tous les dits receveurs de me mettre entre les 
mains leurs comptes, je ne pourrai pas la satisfaire de ce 
qu'elle désire savoir. 



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- 98 — 

De quoi je puis présentement assurer V. E., c'est un 
double emploi de 6000 livres à mon égard, que je lui indi- 
querai quand il lui plaira. 

Comme je suis sans qualité pour arrêter les comptes 
des receveurs, il est nécessaire, pour m'autoriser dans 
l'exécution des ordres de V. E., de me faire commettre, 
par un ordre du Roi, pour examiner, conjointement avec 
M"* Talion, les comptes de tous les receveurs, et séparément 
pendant son absence, avec pouvoir de contraindre tous les 
dits receveurs de me mettre entre les mains leurs comptes, 
quoiqu'arrêtés par le dit S^ Talion. Car, en ce cas, je ferai 
la revision des dits comptes en mon particulier, et je ferai 
des notes des doubles emplois, comme j'ai fait sur les 
comptes du S*" Lange. 

Si V. E. juge à propos, après (^ue les receveurs m'auront 
mis entre les mains leurs comptes, que je retourne en 
Flandre iK)ur un plus grand éclaircissement d'iceux, il 
plaira à V. E. m'envoyer une lettre de créance et de recom- 
mandation pour le Marquis de Caracene. 

ROBEBTOT. 

Le 15 mars 1660, un nommé Marchisio plaide 
auprès du Cardinal la cause de Lange, qu'il 
cherche à défendre contre Talon et Robertot, ses 
ennemis. Dans la lettre adressée par lui à Mazarin, 
se trouve le passage suivant : 

La Signera Olimpiae le due nepoti, venute ultimamente 
di Roma, tutte afflictissime per l'oppressione manifesta che 
soffre il Sig. Sanvitani, loro zio, supplicano con humiltà 
V. E. di non abandonarlo alla discrezione degli suoi fieri 
inimici e al rabbioso arbitrio degli simili. 

En lisant ces lignes, nous nous demandions s'il 
ne s'agissait pas d'Olympe Mancini, la Comtesse 



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- 99 — 

de Soissons, la nièce du Cardinal, mais comment 
pouvait-elle considérer, comme son oncle, Lange, 
dont, un an auparavant, Mazarin allègue la jeu- 
nesse coname devant être la cause prochaine de 
son rétablissement? Il y a là un mystère que nous 
n'avons pu parvenir à éclaircir. 

Talon, dans deux dernières lettres du mois de 
mai 1660, achève de nous fournir des preuves de 
la fourberie de Lange. 

Talon à Mazarin, 

Arras, 1«' mai 1660. 

Depuis mon retour de Bruxelles, ma seule application 
est celle des comptes du S»^ Angelo, et il peut témoigner 
à V. E. que j'y emploie des journées entières, sans sortir 
de la chambre, avec toute la patience qu'il peut souhaiter, 
entendant toutes ses raisons, l'examen se faisant en la pré- 
sence de M' de Robertot, qui m'a assuré que V. E. l'avoit 
renvoyé en Flandre, pour l'examen de ces comptes et de 
ceux des autres receveurs des contributions. J'attends la 
fin de tout, pour faire connaître la vérité de toute chose 
à V. E., sans aucune partialité ni animosité, ce dont je 
prendrai fort volontiers le S"" Angelo pour témoing. 

\. E. sait par le détail tout ce que M'' de Robertot a 
avancé contre lui. Sur quoi j'entends aussi les raisons qu'a 
portées au contraire le S*" Angelo, lesquelles même j'inscris 
dans ses comptes. 

Arras, 23 mai. 

J'ai déjà eu l'honneur de rendre compte à V. E. des 
affaires du S^ Lange. J'y ai employé quinze jours entiers, 
de 6 heures du matin à 6 heures du soir, pour développer 
la confusion dans laquelle il avoit mis ses comptes, en 



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— 100 - 

présence de toutes les personnes qu'il a voulu choisir et 
lui ai arrêté pour plus de 300,000 livres de dépense. Je ne 
romprai plus la teste à V. E. de ces affaires, mais V. E. 
a été bien mal servie. M. de Robertot qui, sur la lettre de 
créance de V. E., m'avoit assuré qu'EUe ordonnoit qu'il 
examinât les comptes du S' Lange, a été présent à tout et 
a travaillé durant trois mois; il dit avoir des mémoires 
bien justifiés pour plus de 50,000 livres. Je n'en croirai 
rien que ce que je vérifierai moi-même. Lange et lui s'étant 
dit des choses misérables, en présence de plusieurs per- 
sonnes, dans ma chambre; aiant été reproché à M. de 
Robertot qu'il avoit vendu les confitures et rafraichisse- 
ments que V. E. envoyoit aux blessés à Bourbourg, aussi 
bien que [pris] les chemises et les souliers, dont il se sert 
présentement tous les jours. Je n'avois pas cru. Monseigneur, 
ce que Messieurs de Schomberg et du Fresne m'en avoient 
dit, mais c'est une chose publique et qui crie vengeance 
contre la fidélité et l'honneur que nous devons au service 
de V. E. Je ferai voir au retour de V. E. un état de dépense 
pour ses affaires par le S' Lange, de 30,000 livres, écrit de 
sa main, dans lequel il y a plus de mensonge que de véri- 
table dépense. 

Tels sont les derniers renseignements que nous 
possédons sur le séjour des Français à Ypres. 
On voit que, dans sa lettre du 23 mai, Talon 
nous montre Lange, ne craignant pas, pour se 
défendre, de d'incriminer Robertot. De semblables 
accusations ne peuvent que nous sembler ridi- 
cules et misérables, et celui-ci n'eut même pas à 
se justifier, à moins que ce ne soit dans une lettre 
du 20 avril 1660, qui, bien que figurant à la table, 
manque dans le volume 49 des Pays-Bas. 



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— 101 -- 

Que devint Lange? Les recommandations qu'il 
faisait agir auprès du Cardinal, sa qualité de 
compatriote, et peut-être de parent, lui épar- 
gnèrent les galères qu'il aurait pourtant bien 
méritées. Nous lisons, dans les actes notariés 
indiqués au commencement de ce chapitre, qu'en 
1 663 il continuait à s'intituler cy-devant receveur 
général pour le Roy des contributions de Flandre^ 
et était à la veille de prendre du chef de sa femme 
le titre de sieur de Rochebrune. Depuis lors nous 
n'en entendons plus parler. 

(A continuer,) 

Y^ DE Grouchy et C** de Mabsy. 



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- 102 — 



VARIÉTÉS. 



Documents concernant Pierre de Keyser, imprimeur 
A Gand. — I. Établissement cTun moulin à papier à la 
porte de V Empereur (1527)*. — AUe den ghonen die deze 
présente lettren zuUen sien ofte hooren lesen, scepenen 
ende raedt van der stede van Ghendt, saluit, met ken- 
nissen der waerheden doen te wetene, dat wy ouer ende 
vute name van der voornomder stede, omme den mees- 
ten orbuer der zeluen, ende upde conditien hier onder 
ghenomt, gheconsenteert ende vutghegheuen hebben in 
eeuwelicken ende eerflicken cheynse Pieter De Keysere, 
boucbindere, eene plaetse buten der Keyserpoorte , ande 
zyde S^ Cl are waerts, buten den vutei-sten wintgate vander 
zeluen Keyserpoirte, omme aldaer te stellene eene papier 
muelene, omme hem, zyne hoyrs ende naercommers teeu- 
weghen daghen, welcke plaetse lancx den muere lanc es 
entrent 't zestich voeten, naest der poorte vierentwintich 
voeten wyt, ende an dhende sente Clare waert, vieren- 
veertich voeten wyt. Dies vermach de zelve Pîeter weercken 
ende anckeren in den muer ende zyn huus ende muelene 
daer anne maken, ende insghelycx maecken een conduit 
onder de eerde twee voeten wyt, ende viere of vyf voeten 
hooghe, daer duere leedende twater van den zeluen mue- 
lene. Ende ditte voôr ende mids der somme van twee 

» Archives communales de Gand ; Otiden rooden boeh, D, f> 71 r*. 



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— 103 — 

scellynghen grooten tsjaers eerflicken ohainsrenten, val- 
lende ende verschinende te bamesse in elc jaer, danof 
deerste jaerschare vallen zal te bamesse xv*' achtentwintich 
eerstcommende. Behoudens ende met conditien, dat indient 
zo ghebuerde (twelcke God verden wille), dat in naer- 
commenden tyden by orloghen ofte andere nooden de 
voomomde stede, de zelue plaetse van doeiie hadde ende 
die oirbueren moeste, zo zoude in dat gheual de voornomde 
Pieter, zyn hoyrs ende naercommers de voorseide muelene 
moeten van daer doen ende die weeren, ende zo langhe als 
dien tyt ghedueren zoude onghehouden zyn den vooi-seiden 
cheyns te betalen, nemaer den zeluen cheins in tyde van 
paeise altyts wederomme andueerden zonder dat men de 
voornomde plaetse ende cheins yemende el dan den voor- 
seiden Pieter, zynen hoyrs ende naercommers, upde condi- 
tien voorscreuen, zal moghen laten. Ghegheven in kennessen 
der waerheden onder den zeghele van zaken der voorseider 
stede van Ghendt, den tweesten dach van octobre int jaer 
duust vyf hondert zeuenentwintich ende gheteeckent P. Rym. 
Nota. Ghelyc contrat van der voornomde papier muelene, 
ghenouch van ghelycken inhoudene, staet gheregistreert 
inden hauden gheluwen bouck, folio xcii. 

n. Location de la pêcherie des remparts, entre la porte 
S^'Liévin et la porte de l'Empereur (1531). — Scepenen 
van der Kuere in Ghendt, vut zekere consideratien hem- 
Ueden daer toe mouerende, hebben gheconsenteert ende 
consenteren by dezen Pieter De Keysere, boucbindere, de 
visscherie in de veste tusschen sente Lieuinspoorte ende 
der Keyserpoorte totter grooter Schelden, bouen Leysen 
huusekin, den termyn gheduerende vander verpachtinghe 
die de zelue Keysere noch heeft ande zelue Keyserpoorte. 
Ter conditie dat de zelue Pieter ghehouden wert twater te 
haudene ende onderhaudene, up zulcken peghele alsmen 



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- 104 — 

hem daertoe stellen ende ordonneren zal, ten fyne dat hy 
de gaten in de zelue poorte zo inlegghe ende trecke tzynen 
coste, dat de ghelande, bleeckers noch insetenen der leluer 
stede, daerby negheen grief noch interest en nemen, ende up 
zulcke andere restrinctien ende conditien als mynheere de 
voorschepene jeghenwordigh Dher Philips Vanden KethuUe 
als borghe ouer den zeluen Keyser, ende toesiender vander 
zake ter commoditeit, nutscepe ende oirbuer vanden zeluen 
insetenen hem Keysere concipieren, stellen ende ordon- 
neren zal. Actum xxiiij*^" octobris xY eenendertich. 



Les Êchbvins de Gand AUToaisés a avoir foubches 

PATLBULAIBES A QUATBE PILIEBS, 1692. Le jurisconsulte 

Bacquet, en son Traité des droits de justice (Paris, 1664), 
enseigne qu'on ne peut ériger fourches patibulaires ni les 
faire réédifier après an et jour depuis qu'elles sont tombées, 
sans avoir obtenu autorisation préalable du Roi : < La 
raison est apparente, dit-il, tant pour la conséquence que 
pour empescher les entreprises qu'on pourroit facilement 
faire sur les droits du Roy et justices appartenantes à 
Sa Majesté si un Seigneur, de son autorité privée, pouvoit 
de nouveau faire ériger ou réédifier fourches patibulaires, 
lesquelles sont signes et marques non seulement de droit 
de Haute Justice, mais de possession et exercice d'icelle. » 
Il ajoute qu'il en est de même pour « les Pilloris, Eschelles, 
Posteaux à mettre carquans, » et enfin que « les fourches 
patibulaires se doivent eslever et ériger selon la coustume 
des lieux et qualités des hauts justiciers, car par aucunes 
coustumes, comme de Touraine, Anjou et le Maine, les 
comtes peuvent ériger fourches patibulaires à six pilliers ; 
les barons peuvent avoir justice patibulaire à quatre 
pilliers; les seigneurs chastelains qui n'ont de comté ou 



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— 105 - 

baronnie peuvent avoir justice patibulaire à deux pilliers » 
p. 32. (Comparez Bouchel, Thrésor du droit français, II, 
p. 184, v° Gibbet, et Belgique judiciaire, 1874, p. 449.) 

Nous trouvons une application de ces principes du droit 
ancien dans la pièce suivante qui est, croyons-nous, inédite 
et qui nous a paru mériter d'être conservée : 

« Charles, par la Grâce de Dieu Roy de Castille, etc. 

» Sçavoir faisons à tous presens et à venir, que nous 
avons receu l'humble supplication et requeste des Esche- 
vins de la Keure de nostre ville de Gand, contenant qu'en 
exécution de la justice criminelle, ils se seroient servis 
jusques à présent du gibet de bois à deux pilliers, des 
roues et poteaux scitués hors de nostre ditte ville aux 
environs de Meulestede, où l'on est accoustumé de mettre 
ou pendre des delinquans condemnez par sentence des 
remonstrans; et comme il seroit besoing de les refaire 
fort souvent à grands frayx de la ville pour estre exposés 
à la pluye et à la pourriture, ils nous supplicient très 
humblement de leur permettre de construire audict lieu 
une fourche à quatre pilliers dé pierre avec ses dépen- 
dances, considérant la multitude des delinquans qui y 
doivent estre justiciés de tems en tems, et que le marquis 
de Rhodes, baron de Nevele et aultres seigneurs de villages 
scituez à l'entour de nottre ditte ville de Gand, se trouve- 
roient (avoir) des fourches à trois pilliers : pour ce est-il 
que nous, les choses susdites considéré, et sur icelles eu 
l'advis de nos ohers et feaulx conseil en Flandres, et 
attendu l'importance de nostre ditte ville de Gand, capitale 
de la province, inclinant favorablement à la requête desdits 
suppliants, leur avons octroyé, consenty et accordé, oc- 
troyons, consentons et accordons, en leur donnant congé 
et licence de grâce espéciale, par ces présentes, qu'ils 
pui88ent,et pourrout,sans pour ce aucunement mesprendre, 
ériger au lieu cidessus mentionné, gibets ou signes patibu- 



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— 106 — 

laires de pierre à quatre pilliers, pour en user quand le 
bien de la justice le requerera et ce endedans un an pro- 
chain à peine d'estre descheu de nostre présente grâce; 
si donnons en mandement à nostres chers et feaulx les 
chef présidens et gens de nostre privé et grand conseil, 
ceux de nostre conseil en Flandres et à tous autres nos 
justiciers et officiers et subjects auxquels se peut ou pourra 
touscher et regarder, que cette nostre [)ré8ente grâce, octroy 
et accord ils fassent et souffrent et laissent les supplians 
et leurs successeurs pleinement, perpétuellement, paysi- 
blement jouir et user sans en ce leur faire mettre ou 
donner ny souffrir estre fait, mis ou donné, ores ny en tenis 
H venir, aucun trouble et tourbie ou empeschement au con- 
traire, car ainsy nous plait-il, et afin que ce soit chose 
ferme et stable à tousjours, nous avons fait metti*e nostre 
grand scel à ces présentes, sauf en aultres choses nostre 
droit et Tautruy en tout. Donné en nostre ville de Bruxelles 
au mois de mars, l'an de grâce 1692 et de nos règnes le 2T. 

Il estoit paraphé blou v*' et sur le ply estoit escrit : Par 
le roy en son conseil; et estoit soubsigné : C. Vander 
Beugghen * . » 

L'on possède aux Archives de la ville une requête 
des échevins avec apostille du conseil de Flandre, du 
f) août 1692, permettant de commencer les travaux, et à cet 
effet, de détacher du gibet les corps des suppliciés et de les 
enterrer (n** 1991 de l'Inventaire imprimé). 



Le graveur Norbert HEYLBRoacK, condamné pour 
FAUX -MONNAYAGE. — Il y a cu en Flandre quatre graveurs 

' Registre intitulé : Eerste Bouck. — Secrète resolutien van den 
Raede in Vlaenderen van anno I5ft4 tôt 1700, p. 52 (au parquet de 
la Cour d'appel de Gand). 



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— 107 — 

du nom de Heylbrouck, dont deux portaient le prénom 
de Norbert. Us forment quatre générations d'artistes qui 
se distinguèrent par un talent peu ordinaire. 

Norbert, l'aîné de son nom, était graveur du Roi à 
Bruges, où il était venu demeurer avec sa famille en 1749. 
Avant cette époque, fixé à Gand, il y fut poursuivi pour 
crime de faux-monnayage et condamné à mort, mais il 
obtint grâce. Voici quelques détails relatifs à son procès 
devant le Conseil de Flandre, et dont aucune biographie 
ne fait mention. 

Déjà avant sa condamnation, sa femme Petronille 
van de Vyvere adressa à la régente, l'archiduchesse Marie- 
Elisabeth, une supplique tendante à obtenir pour son mari 
une peine moins infamante que celle de l'échafaud, à 
laquelle ses juges auraient pu le condamner. « Enfermé 
» depuis le 29 Novembre 1730 'écrit-elle) dans un cul de 
» fosse, les fers aux pieds et aux mains, » son mari n'a 
pas eu l'intention de commettre le crime qu'on lui impute. 
S'il est vrai qu'il a fait des estampes ou coins, munis du 
portrait du Roi de France, il ne savait nullement qu'ils 
devaient servir pour la fabrication de fausse monnaie, ces 
coins lui ayant été commandés par un certain Pierre Baele, 
qui avait un complice, nommé Pierre Lievens. — La femme 
de Norbert Heylbrouck prie la régente de vouloir changer, 
le cas échéant, la peine de mort en un emprisonnement 
pour la vie, « afin de permettre à l'artiste d'y travailler 
» à tout ce que Son Altesse aura la bonté de luy ordonner 
» sa vie durante. » 

Le gouvernement ayant demandé sur cette requête Tavis 
du Conseil de Flandre, celui-ci donna une réponse défa- 
vorable, basé sur le fait que l'accusé non-seulement avait 
reconnu d'avoir gravé les lettres et revers de trois ou quatre 
couples de coins pour battre des pièces d'or {vertugadins), 
mais qu'en outre il avait déclaré avoir fait un égal nombre 



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— 108 — 

de coins pour la fabrication de ducats hollandais, ainsi 
qu'un couple d'autres pour des pièces de 17 Vt sous. — 
De son côté, le Conseil Privé émit également l'avis qu'il 
n'y avait pas lieu de gracier l'inculpé *. 

Une fois Taccusation reconnue fondée, il n'y avait pas 
moyen d'échapper à une sentence entraînant la peine capi- 
tale. Cependant, l'artiste ne fut pas condamné < au chau- 
dron, peine ordinaire des faux-monnoyers et rongeurs, > 
mais à la potence, avec confiscation de tous ses biens au 
profit de Sa Majesté '. 

Aussitôt après la condamnation de son mari, Petronille 
van de Vyvere envoya une nouvelle requête à la régente 
pour obtenir un adoucissement de peine, et cette fois le 
Conseil de Flandre donna un avis favorable, disant 
» que la longue et pénible prison, qui est souvent plus 
» affreuse que la mort, et dont le supplice fait aussi 
» quelquefois aux priminels expier une partie de leur 
» crime, » pouvait être prise en considération. Le Conseil 
Privé, cependant, resta inflexible : par son second avis, 
daté du 12 Janvier 1732, il crut devoir demander l'appli- 
cation de la sentence. 

Ce ne fut qu'environ quatre années après, c'est-à-dire 
le 21 Novembre 1735, qu'un décret de la régente mit fin 



« Avis du Conseil Privé, du 30 juillet 1731. — Archives générales 
du Royaume, à Bruxelles. 

« « ... 't Hof, recht doende, condemneert u op 8*« Pharaildeplaetse 
binnen dese stadt gheëxecuteert te worden met de coorde, aen eene 
potence, tôt datter de doot naer volght, ende u doodt lichaem 
ghevoert ende ghehanghen te worden ter plaetse patibulaire ghe- 
costumeert, verclaerende voorts al u goet, tsy leen, erfve ofte 
cattheylen, waer tselve gheleghen ofte ghestaen is, gheconfisqueert 
s'keysers ende s'conincx ons ghenadichs heeren proffyte, de costen 
ende misen van justitie ghededuceert. » 

(Copie de la sentence^ prononcée par le Conseil de Flandre, 
— Archives du Conseil Privé.) 



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- 109 — 

aux angoisses du malheureux artiste et de sa famille. Voici 
ce qu'on lit en marge du dernier avis du Conseil Privé : 
t Résolution de S. A, R, — J'accorde grâce à Norbert 

> Heylbrouck, à charge et condition néanmoins qu*il tienne 
» la ville de Qand et sa banlieu 'pour prison perpétuelle, 

> et qu'il instruise trois orphelins dans son art de graver, 
» lesquels trois orphelins lui seront désignez par ceux 
» du Magistrat 4e Gand. 

> Venise, le 21 Novembre 1735. » 

Nous avons dit plus haut que Norbert Heylbrouck se 
fixa à Bruges en 1749, ayant été nommé graveur de la 
monnaie. — Son fils Norbert paraît avoir habité Paris, 
Bruxelles et Gand et revint à Bruges, où il mourut le 
8 Décembre 1785. 

Gand. Fe. D. 

Chabte de Mabguebite comtesse de Flandee, 1245 
(n. st.). — Les archives nationales de Paris possèdent un 
document bien intéressant pour l'histoire de la Flandre 
qui prouve l'importance que l'on attachait jadis à l'ap- 
position du sceau des parties contractantes, et le soin que 
mettait le roi Louis IX de France à prendre toutes ses 
précautions dans le traité qu'il concluait. C'est une charte 
par laquelle la comtesse Marguerite, épouse de Guillaume 
de Dampierre, s'engage à munir les traités qu'elle avait 
conclus avec le roi, du nouveau sceau qu'elle avait fait 
faire lors de son avènement au comté de Flandre, à la 
mort de sa sœur. Vredius, dans son ouvrage sur les sceaux 
du comté de Flandre, a publié le sceau employé par Mar- 
guerite de C. P. avant le décès de sa sœur; ce sceau porte 
la légende suivante : S, Margarete : sororis comitisse 
Flandrensis, et au revers on lit : filie cormtis Flandrie. 
Vi-edius dit qu'à dater de 1245 la comtesse employa un 
autre sceau sur lequel elle s'iatitnle comtesse de Flandre 



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— 110 — 

et Hainaut : S, Margarete, comitisse Flandrie et Hainoie; 
c'est à ce dernier sceau qu'il est fait allusion dans le docu- 
ment dont il est ici question. 

Ego Margareta Flandrie et Hannonie comitissa, notum 
facio universis ad quos littere présentes pervenerint quod 
quando ego ftdelitatem feci karissimo domino meo Ludo- 
vico régi Francie illustri pro comitatu Flandrie, conven- 
tiones quas habui cum eo, cum adhuc sigillura novura non 
haberem, sigillo meo quod ante factam fidelitatem 
habebam sigillavi, illas autem litteras omnes quas sigillo 
predicto sigillavi teueor infra instantem Purificationem 
Béate Marie sigillo novo comitatus Flandrie sigillare. In 
cujus testimonium présentes litteras dicti sigilli mei muni- 
mine roboravi. 

Datum Pont : Anno Domini M** CC^ quadragesimo 
quarto, die maitis post Epiphaniam Domini. 

(Archives Nationales de Paris. Layettes du trésor des 
chartes de Flandre fo 538. Boite b*ab«', n*^ 3224). 



L'art chez les Grecs il y a trois mille ans. — Dans 
une récente séance de l'Académie des inscriptions, à Paris 
il a été question de deux curieuses lames de poignard. 

Ces lames ont été trouvées dans les sépultures de My- 
cènes, explorées par M. Schliemann; mais, comme elles 
étaient recouvertes d'une gangue épaisse, on n'y fit point 
grande attention. Elles furent placées avec les autres objets 
de la collection dans le musée d'Athènes. Il y a quelque 
temps, on songea à enlever cette gangue ; quelle ne fut pas 
la surprise de ceux qui procédaient à l'opération en trou- 
vant sous cette patine, de fines incrustations représentant 
des combats de guerriers, des scènes de chasse où figurent 
des lions, des antilopes, des oiseaux s'envolant à travers les 
roseaux d'un marécage, etc. ! 



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— 111 - 

Ces objets remontent très probablement au XII® ou au 
Xnie siècle avant notre ère, c'est-à-dire à une époque où 
l'influence de l'art asiatique ne s'était pas encore manifesté 
en Grèce. Ils sont contemporains, sans aucun doute, des 
autres objets recueillis dans les sépultures de Mycènes. Ils 
n'ont pas été fabriqués en Grèce et trahissent de la ma- 
nière la plus certaine l'influence de l'Egypte; dans la pose 
des figures, dans la forme des poissons, des plantes aqua- 
tiques, de la fleur de lotus, on retrouve les mêmes dessins 
que sur certaines coupes égyptiennes. Les incrustations sont 
faites avec un métal dont la nature reste à déterminer. 

Sur l'une des lames, toutefois, on reconnaît qu'elles ont 
été exécutées avec des feuilles d'or et d'argent; celles-ci 
n'ont pas de relief. En d'autres endroits, l'incrustation 
surgit du champ de la lame et accuse un peu de relief. Ce 
qu'on ne saurait assez admirer ici, c'est la finesse et l'élé- 
gance du travail. Les descriptions d'objets d'art et d'armes 
que les poèmes homériques nous ont conservées paraissent 
avoir été inspirées par des œuvres du même genre, qui 
semblent en dernière analyse des pastiches de l'art égyptien. 
Les lames sont ornées des clous d'or à fortes têtes dont 
parle Homère dans ses descriptions. 

On remarquera que, plusieurs siècles avant l'époque où 
l'on place la guerre de Troie, l'influence de l'Egypte était 
prédominante dans la partie orientale du bassin méditer- 
ranéen. Ainsi se trouve vérifiée la vieille tradition qui 
nous montre les premiers éléments de la civilisation ap- 
portés en Grèce par des colonies égyptiennes. La parole 
d'Hérodote parait de plus en plus profonde *• L'Egypte est 
la mère des nations; c'est l'Egypte, dit-il, qui a appris aux 
hommes les noms des dieux et la manière de les honorer. 

Certains archéologues croient reconnaître dans ces objets 
l'œuvre de l'école de Mycènes. 



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112 



CHRONIQUE 



Rapport de M. l'Archiviste général du Royaume. — Le 
Moniteur Belge du 27 février a publié le rapport de M. T Archiviste 
général sur la situation des archives du Royaume; il y constate les 
accroissements de ce dépôt, pendant l'année 1884; ce dépôt s'est 
surtout enrichi de copies de documents, relatifs à l'histoire de la 
Belgique, qui se trouvaient aux archives de Paris et de Lille, 
entr'autres documents on a fait prendre copie de la correspondance 
de Claude de Gilly, ambassadeur de l'archiduchesse Marguerite 
auprès de Fei-dinand le Catholique, et de celle de Mercurino Gatti- 
nara, que l'archiduchesse envoya en ambassade extraordinaire à 
l'empereui» Maxirailien, cette correspondance relate un fait d'un 
grand intérêt qui n'avait pas encore été relevé par les historiens de 
Maximilien. 

Le 3 février 1508, Maximilien avait fait son entrée à Trente. Le 4 
l'envoyé de Marguerite lui mande : < Aiyoui-d'huy sont venus devant 
le chasteau en procession l'évesque de ceste ville, ensemble touts 
les chanoines et religieux, apportant, desoubz le pale, le corps de 
sainct Innocent, qui, XXXIII ans passés, fu martii*izé, en ceste 
ville, des juyfz, et est ancoi-es tout entier, et sa mère vivante. Et, 
incontinent estre la procession arrivée, le Roy sortist du chasteau 
à cheval, accompagné des princes et conseillers, et toutz les aultres 
à pié, accompagnant la procession et le corps sainct Jusques à la 
grande église; et illecques le Roy, agenoillié et havoir faict ses 
oraisons, se tira devei*s l'autel, visita et toucha le sainct corps, et 
après, se retournant devers le peuple, aiantz illecques ses héraultz 
avecque leurs cottes d'ai*mes et le mareschal de l'Empire pourtant 
l'espée, déclaira, en présence de tout le peuple, que combien que 
pai* les électeui*s de rËmpii*e il fust esleu empereur et qu'il eust peu 



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— 113 — 

prendre le tiltre d'empereur esleu incontinent après la mort de son 
père, néantmoyns teïidant tousjours à la coronacion, il havoit différé, 
et que à ceste cause le roy de France havoit pourchassé de usurper 
icelle coronne, et que ancores maintenant les Françoys et Véniciens 
s'estoyent joinctz pour luy empeschier sa dicte coronacion; et 
combien qu'il fust délibéré, k l'ayde de Dieu et de monseigneur 
sainct Georges, passer oultre pour prendre sa dicte coronne, néant- 
mojms, afin que, s'il y advenoit quelque infortune qu'il ne puist 
venir à ladltte coronacion, et afin que par telle infortune ne fust en 
luy eztainct le tiltre d'empereur, il havoit proposé, pour son 
honneur et le bien de toute la Germanie, prendre le tiltre d'empe- 
reur esleu, avecque le consentement des électeurs et aultres princes 
de l'Empire. Et illecques luy fu un, de la part des électeurs et 
princes, qui le remercia de ce qu'il havoit eu si bonne considéracion, 
en le priant de aynsi le fère. Et fu illecques crié publiquemant, et à 
son de trompes, empereur, et fist, au nom de sainct Georges, bien 
XX chevaliers à la Croix rogie, qui vouèrent de passer avecque luy ; 
et havoit en cestuy acte solempnel en son col le colier de l'ordre 
d'Angleterre de la Jaretière. Et aynsi s'en retourna au chasteau, 
nommé de toutz empereur, à protestacion néantmoyns d'aller 
prendi*e sa coronne du pape s'il y sera possible, et ha oi*donné que 
en toutes ses lettres il soit nommé Imperator electus. Et ce mesme 
jour ha laissé le tiltre de roy des Romains, et ha-l'on commencé 
escripre son tiltre Maximilianics, Dei gratta, electus Imperator 
semper augustus. 

M. r Archiviste-général rend hommage k la mémoire des deux 
fonctionnaires que les archives ont perdu, MM. Pinchart et 
Galesloot, et il annonce que l'on s'occupe d'un inventaire raisonné 
des registres et des cartons de la secrétaii*erie d'État et de la 
guerre, que le public sera bien charmé de voir paraitre, car on 
ignore assez généralement les richesses que contiennent les archives 
générales du Royaume. L. St. 

Ëtudb sur Olivier de la Marche *. — La brochure que nous 
avons sous les yeux est le plan d'une étude complète sur Olivier de 

A Étude biographique, littéraire et bibliographique sur Olivier de 
la Marche (1425-1502). Position de la thèse soutenue a l'école na- 
tionale des chai-tes par Henri Stein, ancien élève de l'école des 
chartes et de l'école pratique des hautes études. Paris, Cerf, 13, rue 
Medicis, 1885. y 



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— 114 — 

la Marche. Cet écrivain n'a pas été étudié jusqu'ici au point de vue 
biographique, ni au point de vue littéraire, et M. Stein, a le dessein 
de combler cette lacune. Le travail sera divisé en trois parties. Dans 
la première qui sera la partie biographique de l'œuvre, les divers 
chapitres seront consacrés à la famille d'Olivier, à sa jeunesse, à ses 
premiei*s exploits, à sa situation comme chambellan du duc de 
Bourgogne, puis de maitre d'hôtel de Maximilien et de précepteur 
de Philippe le beau. I.a seconde pai'tie, traitera des œuvres d'Olivier, 
ses chroniques, ses poésies. La troisième partie, la bibliographie 
classera les manuscrits et les imprimés et renseignera le lecteur sur 
les œuvi'es encore inédites. 

Cette Étud^ sera longue, compliquée et remplie d'intérêt; nous 
l'attendrons afln de la juger; le plan fait bien augurer de l'œuvre 
entière. 

Emile V... 

Vestiges du Burg, a Anvers. — Nous lisons dans les journaux 
d'Anvers : Ces jours derniers, en démolissant les murs de l'antique 
Burg, pour livrer passage au chemin de fer le long des quais, les 
ouvriers ont retrouvé des anneaux d'amarrage en fer forgé, solide- 
ment ancrés dans la muraille. 

Ces anneaux indiquent l'emplacement où déjà aux temps des 
premiers ducs de Brabant, les navires venaient aborder. Ces restes 
vénérables, soigneusement recueillis, ont été déposés au Steen, 
dernier vestige de l'antique château féodal, berceau de la ville, 
grâce aux bons soins de M. le chevalier Léon de Burbure, qui n'a 
cessé de se dévouer poui* recueillir tous les objets d'antiquité in- 
téressants, découverts pendant les fouilles des quais. 

L'esprit se prend à rêver en regardant ces muets témoins d'un 
passé glorieux. Ce fut à ces anneaux que vinrent s'amarrer les 
vaisseaux du roi Edouard d'Angleterre en 1323, lors du séjour qu'il 
tit à Anvei*s, pendant' lequel la reine Philippine lui donna un fils 
qui reçut le nom de Lionel d'Anvers, duc de Clarence. C'est là 
encore que vinrent aborder les galères vénitiennes du seigneur 
Dardo Bembo en 1319 qui, parfaitement accueilli pai* nos magistrats, 
contribua à fonder l'important commerce d'Anvers avec Venise et 
le Levant au moyen âge, ainsi que l'ont rappelé les peintures de 
Swerts et Guffens dans la salle de la Chambre de Commerce, 
peintures aujourd'hui disparues. 



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— 115 — 

Anciens ivoires sculptés. Le triptyque byzantin de la 
COLLECTION Harbaville A Arras, par M. DE LiNAS. Revue de 
VArt chrétien. Janvier 1885. — Dans ce nouveau travail M. de 
Linas appelle Tattention sur un bien précieux monument de Tai't 
byzantin conservé dans une collection particulière à Arras et qui 
était pour ainsi dire inconnu jusqu'ici. 

En examinant les planches jointes à l'étude de M. de Linas, on se 
rend compte de la préférence que les sculpteurs ont de tout temps 
accordée à l'ivoire pour les travaux qui demandaient une certaine 
délicatesse dans l'exécution, tous les détails de ce triptyque, datant 
de plusieurs siècles, ont pu êti*e reproduits avec une exactitude telle 
qu'aucun ne nous échappe, inscriptions, caractère des figures, tout 
se distingue encore parfaitement ; l'ivoire ne doit craindre non plus 
ni le creuset de l'orfèvre, ni les destructeurs qui se partagent d'une 
manière lente, mais sûre, les débris de nos vieux meubles de bois. 

M. de Linas a cherché à poser des étapes pour remonter à l'origine 
de cet objet d'art, k rechercher l'établissement religieux qui le pos- 
sédait ; mais sans point de départ précis, il ne faut pas être surpris 
que cette origine lui échappe, d'ailleurs qu'importe puisque l'objet 
porte son mérite en lui. 

Ce triptyque est orné de sculptures sur les deux faces, les volets 
sont également sculptés. Le panneau central de la face antérieure 
est divisé en deux registres par un bandeau horizontal : dans le haut, 
le Sauveur assis sur une cathedra bénit k la manière grecque, la 
Vierge et saint Jean se tiennent debout à ses côtés; le registre 
inférieur contient les figures de cinq apôtres, leur nom est inscrit 
k côté de chacun d'eux. Les volets sont partagés en trois registres 
d'inégale hauteur, celui du milieu porte des médaillons avec des 
têtes de saints, sur les deux autres il y a deux personnages, qui se 
tiennent debout comme tous ceux qui y sont représentés. 

Les volets de la face postérieure sont, pour le genre de décora- 
tion, à peu près identiques à ceux de l'autre face, mais le panneau 
central est d'un autre caractère. Au centre se dresse une croix à 
longue hampe, ornée de renoncules doubles, elle est accostée de 
deux cyprès ; un cep de vigne enveloppe l'un et un lieiTe grimpe 
autour de l'autre. L'inscription, qui s'y lit parfaitement, explique 
ridée de ce tableau, qui représente le Triomphe de la croix. 

Dans la description que M. de Linas fait de ce précieux objet de 
piété, il entre dans des détails précis et intéressants sur les person- 



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— 116 — 

nages qui y sont représentés, qui étaient tous honorés dans Téglise 
grecque. Les études de l'auteur, les richesses de ses portefeuilles 
archéologiques lui ont permis de faire des rapprochements avec 
d'autres ivoires de même natui'e, qui l'ont aidé à déterminer la 
date de ce triptyque et à mettre en lumière les transformations que 
les artistes byzantins ont apportées dans la manière de représenter 
les personnages qui y figurent. 

On reconnaît, dit Fauteur, dans ce précieux objet d'art, la finesse, 
la douceur, la sénérité, l'harmonie qui caractérisent les œuvres 
byzantines du milieu du X® siècle ; c'est la date qu'il lui assigne. 

Ces simples notes suffiront pour faire appi'écier tout l'intérêt de 
la notice que nous devons à cet infatigable travailleur. 

L. St. 

La Tapisserie a Arras. — Nous avons reçu dans ces derniers 
temps plusieurs brochures de M. Van Drivai et de M. Guesnon sur 
ce si^et. Nous ne saurions faire un meilleur examen de ces travaux 
que celui qui a été publié dans le Polyhiblion (n° de décembre 1884) 
aussi le reproduisons nous dans son entier. 

< On a soutenu récemment que la manufacture des hautelisses 
d' Arras avait persisté jusqu'au siège de cette ville en 1640, époque 
où elle aurait encore compté 1,500 métiers de tapisserie (Van Drivai, 
Les tapisseries d* Arras 1864, in-8o) et tout récemment deux bro- 
chures du même auteur ont essayé la justification de cette opinion. 
Les tapisseries d* Arras, in-8o 1879, 2« fascicule, p. 81-154; Des tapis- 
series de hautelisse à Arras après Louis X/, question historique, 
1884, in-8°, 19 p.). — M. Guesnon, professeur au lycée de Lille, qui 
durant un long séjour à Arras a pu approfondir un certain nombre 
de questions d'histoii*e locale, vient d'entreprendre de son côté le 
procès de cette théorie qu'il regarde comme absolument erronée 
(Décadence de la Tapisserie à Arras depuis la seconde moitié du 
quinzième siècle, par A. Guesnon, Lille, 1884, grand in-8o de 36 p.). 
Pour lui, le drap de hautelisse, présenté au maréchal d'Esquerdes en 
1491 a pu être acheté à Tournai où le vendeur Jehan de Villers avait 
des relations commerciales, et dans tous les cas la présence d'un 
hautelisseur isolé à Arras pendant la période de l'occupation ft*an- 
çaise ne prouverait rien contre la décadence in*émédiable de cette 
industrie; 2° les maixibands d' Arras, qui en 1553 obtiennent des 
saufconduits pour transporter 200 paquets de tapisseries ne sont pas 



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- 117 — 

des hautelisseurs; mais des marchands de vin faisant la messagerie 
et s'approvisionnant de tapisseries k Bruges, Anvers, Malines, etc. ; 
30 les Arazzi du Vatican ont été faits à Bruxelles et non à Arras, 
comme tout le monde le sait ; 40 la requête, présentée par les haute- 
lisseurs tournaisiens à des villes non tapissières pour arriver à une 
entente commune contre les tisseurs de la campagne, ne peut con- 
cerner que les sayetteurs d'Arras qui fabriquaient certaines étoffes 
comprises dans le métier des hautelisseurs de Tournai ; 5® l'arrivée 
à Arras du tapissier Van Quikelberghe en 1618 coïncide avec les 
efforts tentés par l'échevinage pour le rétablissement d'une industrie 
disparue, ainsi que le constate une pièce officielle; 6° enfin, le docu- 
ment constatant l'existence à Arras de 1,500 métiers de tissage en 
1640 ne dit pas un seul mot de la tapisserie. Après avoii* ainsi réduit 
à néant les principales preuves présentées, M. Guesnon apporte 
d'auti*es arguments : 1» les i*écits des pillages systématiques des 
bandes allemandes chez les bourgeois d' Arras en 1492 mentionnent 
des drapie^, des sayetteurs, des lingiers, et gardent le silence sur 
les hautelisseurs ; 2® le contrôle officiel du commerce des hautelisses 
disparaît dès 1530 à Arras, et le fisc trouve à peine preneur pour le 
tonlieu de cet article; 3» la grande oi*donnance de Gharles-Quint 
sur la tapisserie (1544) ne mentionne pas Arras au nombre des onze 
villes tapissières; 4^ les tapisseries ne figurent pas comme objets 
imposés pour subvenir en 1561 et plus tard en 1590 aux besoins de la 
caisse municipale ; 5<> enfin, le seul examen des registres aux bour- 
geois prouve la décroissance marquée de l'industrie de la hautelisse; 
sur quatre-vingt-dix noms de hautelisseurs reçus à la bourgeoisie, 
cinquante-deux se pincent entre 1423 et 1442, vingt-un entre 1443 
et 1462, huit entre 1463 et 1482, les neufs derniers sont répartis sur 
tout un demi-siècle : 1483-1534. M. Ouesnon tire même de ce fait 
une autre conclusion, à savoir que si c'est bien Louis XI qui a 
donné le coup de grâce aux hantelisses d' Arras, il y avait déjà dès la 
deuxième moitié du quinzième siècle, des symptômes graves de la 
chute prochaine ; les nombreuses commandes faites au dehors, dès 
cette époque, le prouveraient seules si une plainte de l'échevinage 
en 1456 ne venait également nous montrer que l'émigration des 
hautelisseurs vers les villes flamandes est déjà menaçante à cette 
date. — Nous pensons avec M. Guesnon que l'affaire est entendue, 
et que la survivance des hautelisses à la destruction de la ville 
d' Arras par Louis XI est un paradoxe historique. » 



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— 118 — 

Chronique de Oand *. — M. Frans De Potter vient de publier une 
nouvelle chronique relative à la ville de Gand ; elle commence au 
milieu du XV© siècle pour finir en 1632, et a pour auteur principal 
un certain Jean Vande Vivere, sur lequel on n'a pas d'autres rensei- 
gnements. L'éditeur a découvert le manuscrit de ce journal, qui est 
dans le genre du Memorieboeck de la ville de Gand, au château de 
Basel, chez le vicomte Vilain XI III. Cette chi^onique renferme 
certains faits nan'és avec beaucoup plus de détails que dans le 
Memorieboeck, et que dans l'œuvre de Van Campene; d'un autre 
côté, certains récits ont une analogie fort grande avec ceux des 
Qhendtsche geschiedenissen, attribuées généralement à Pater l>e 
Jonghe, mais qui n'ont été de sa part qu'une espèce de compilation, 
composée d'extraits tirés des Archives et de divers manuscrits, ainsi 
qu'il a soin de le dii'e lui-même. 

C'est l'un des écrits, consultés tant par le dominicain De Jonghe 
que par son continuateur Routhaese, que M. De Potter a retrouvé 
et qu'il publie. On y trouve entr'autres particularités un nouveau 
texte du Orîoog ofte Adieu vanjonchheer Jan t^n Hembijse, publié 
par les Bibliophiles flamands sous le titre de Beclach vanjonckheer 
Jan van Hembijse, puis l'histoire légendaire de Charles Quint et du 
paysan de Berchem, qu'on n'avait trouvé imprimée jusqu'ici que 
dans les Heerelyche ende vrolycke daeden van Keystr Karel 
den y, ainsi que beaucoup de détails supplémentaires sur des 
faits connus. 

Le nouveau volume de M. De Potter compte 446 pages de texte, 
y compris la table, et X pages de préface ; il est d'une typographie 
soignée, et fait honneur tant à l'éditeur qu'à l'imprimeur. 

Emile V. 

« In BfBMORiAM > J. P. J. Hbrbmans. — Le beau volume publié 
sous ce titre, comprend les principaux articles nécrologiques qui 
ont été consacrés au regretté professeur, ainsi que les discoui*s pro- 
noncés sur sa tombe. 

Tout le monde se rappelle encore les remarquables discours de 
MM. Lippens, Callier, Wagener, Paul Frédéricq et des autres 



^ Chronijche van Ghendi door Jan Vande Vivere en eenige andere 
aanteehenaars der XVI^ en XV JI^ eeuw, in 't licht gegeven door 
Frans De Potier. Gent, drukkerij S. Leliaert, A. Siffer en C>°, 1885. 



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- 119 - 

orateurs qui ont pris la parole en cette circonstance, au nom de la 
ville, de T Université, de T Académie, de la Faculté de philosophie. 
Ce qu'on connaissait moins, c*étaient les notices qui avaient paru 
sur Heremans, dans les journaux hollandais — parfois si sévères 
à l'égard de nos littérateurs — notamment dans le Nederîandsche 
Speciator, de La Haye, le Portefeuille, d'Amsterdam, et la feuille 
du dimanche du Nieuws van den Bag. Tous ces articles portent 
l'empreinte d'une vive admiration pour le talent, aussi bien que 
pour le caractère du professeur gantois. Heremans, en effet, n'était 
pas seulement connu en Hollande par ses écrits, il Tétait aussi pai* 
sa participation à toutes les solennités littéraires néerlandaises. N'y 
eut-il eu qu'un seul néerlandais du Sud aux Congrès tenus dans 
les provinces septentrionales — ce qui n'est jamais arrivé — c'aurait 
cei-ies été Heremans. La remarque est de Jan ten Brink, l'écrivain 
bien connu. 

C'est à une union intellectuelle plus intime avec la Hollande 
que Heremans voulait ramener nos populations flamandes, et rien 
ne lui coûtait quand il s'agissait de travailler au succès de la 
cause qui lui était chère. Depuis sa jeunesse Jusqu'à la dernière 
l>ériode de sa vie, toute son intelligence, toute son énergie ont été 
vouées à la défense de ses principes. 

Son talent le portait spécialement vers les études grammaticales 
et philologiques, et ainsi il n*a pu dans ses écrits s'adresser au peuple 
tout entier. Il n'en occupe pas moins, comme homme d'action, un 
rang à part parmi les promoteurs du mouvement flamand, et c'est 
à ce titre surtout que son souvenir vivra : le nom de Heremans a 
par lui-même une signification trop nette et trop bien déterminée 
pour qu'il ne serve pas un jour de cri de ralliement. 

ViCT. V. H. 

Liste chronologique des édits et ordonnances des Pats-Bas. 
Règne de Cbarles-Quint, 1506-1555. (Brux., 1885, un vol. in-8o. 
449 pp.) — La Commission royale pour la publication des anciennes 
lois et ordonnances de la Belgique, créée par arrêté royal du 
18 avril 1846, a, avant de commencer la publication de la seconde 
série des oi*donnanccs, qui doit embrasser le règne de Charles- 
Quint et s'étendre jusqu'à l'avènement de la branche allemande de 
la Maison d'Autriche, publié une liste des ordonnances que le 
recueil doit comprendre, comme il a été fait précédemment pour les 



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— 120 — 

les ordonnances du XYIII» siècle. Des exemplaires de cette liste, 
dressée par les soins du laborieux et regretté M. Oalesloot, sont 
envoyés à tous les archivistes, bibliothécaires et conservateurs de 
dépôts de la Belgique, aux tins qu'ils en signalent les lacunes et 
facilitent la tâche de la Commission. L'on se plaint parfois de la 
rapide production des lois dans les temps modernes et de la difficulté 
de se retrouver dans cet amas considérable de textes législatifs. 
Combien Tactivité k légiférer était plus grande encore ancienne- 
ment et les lois plus multipliées qu'elles ne le sont aujourd'hui ! Les 
Placards de Flandre donnent pour la période de 1506 k 1555 moins 
de trois cents oi-donnances ; la Liste chronologique en mentionne 
dans ses résumés près de deux mille, parmi lesquelles il en est de la 
plus grande importance. C'est là surtout qu'apparaît le vrai cai*actèi^ 
du gouvernement de Charles-Quint. La liste chronologique forme 
déjà à elle seule un excellent livre d'histoire; mais elle s'adresse 
surtout aux personnes qui connaissent des documents omis dans ce 
premier travail, et qui se feront sans doute un devoir de les signaler 
à la Commission. 

Vbntb db livres. — On vient de vendre à Londres un livre 
4,950 livres ou 123,750 fr. C'est le plus haut prix qu'ait jamais 
atteint un livre. L'acquéi*eur est M. Quaritsch, et le titre du livre 
est Psahnorum codex, latine, cum Hymnis, oratione dominica, 
symbolis et Notis musicis. Folio Moguntias 1449. — Fust et Schœfler. 

Procédé db la pbinturb ancienne. — Le procédé célèbre de la 
peinture gi*ecque : la peinture à la cire et au feu, ou l'encaustique, 
a été perdu et recherché par bien des esprits, sans que l'on y fXit 
parvenu. Il parait a\]^ourd'hui découvert à nouveau par un artiste, 
M. Cros, et un savant, M. Charles Henry, connu par de nombi*eux 
travaux se rapportant à l'histoire des sciences. 

MM. Ci'os et Henry ont publié à ce si^et un volume intitulé : 
V Encaustique et les autres procédés de peinture chez les anciens. 
Les auteurs suivent scrupuleusement les indications données par les 
textes anciens; ils en monti'ent l'application sur un petit nombre 
de peintures anciennes ; tels sont, par exemple, deux portraits de la 
fiuniUe égypto-romaine des Soter, au Louvre, et la célèbi-e Muse 
de Coi*tone. 

Aux documents positifs s'sjoute la découverte faite en 1847, à 



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— 121 — 

Saini-Médard-des-Prés, de tout l'outillage d'une femme peintre, con- 
tenant des substances et des instruments qui se rapportent indubi- 
tablement aux procédés de l'encaustique. Enfin pour emporter la 
conviction, il fallait une condition dernière : la mise en pratique du 
procédé. M. Gros a fait fabriquer des cauteria, sortes de spatules 
ou d'ébauchoirs, parmi lesquels le fameux cestum dentelé en feuilles 
de bétone. 

Il a présenté à l'Académie des inscriptions et beUes-lettres une 
charmante tête de femme, peinte par lui à l'encaustique, où l'on 
remarque, à la fois, la franchise du coloris et l'habile mélange des 
tons, qui passent les uns dans les autres avec la même souplesse que 
dans la peinture à l'huile. 

La peinture k la cire donne un coloris où la transparence et on ne 
sait quelle vie particulière s'unissent k la solidité de la pâte; ses 
couleurs ne changent pas ; elles ne sont pas exposées au danger de 
la décomposition chimique ; enfin, le procédé est à la fois d'une rapi- 
dité et d'une souplesse remarquable. A ces divers titres, la peinture 
à l'encaustique se recommande aux artistes contemporains. 

DÉCOUVERTE INTÉRESSANTE. — On a découvert, en février dernier, 
dans la maison située au coin de la rue de la Vallée, n<> 16, et de la 
rue des Sœurs Noires, à Gand, un quatrième échantillon des beaux 
pavements du XIII« siècle. 

Le premier se trouvait dans la chapelle appelée Leughemeete, 
devant l'autel, le second, dans une salle de l'abbaye de Baudeloo» 
actuellement l'athénée. Le troisième a été rencontré en faisant des 
fouilles dans la cour de l'ancien hôpital de S*«-Gatherine, au Quai 
de la Grue. 

Ce sont des pavements en petites briques, cuites et vernissées, de 
divei*8es couleurs, et marquées de certains dessins fantaisistes. 

La ville s'est entendue avec le propriétaire de la maison de la rue 
de la Vallée, et elle fait enlever soigneusement cette nouvelle preuve 
de notre ancienne activité industrielle et artistique. 

Pour ne rien exagérer, il faut reconnaître que ce troisième échan- 
tillon est beaucoup moins bien conservé que les deux autres. 

ACADÉlflB R0TA1.B DES SCIENCES, DES LETTRES ET DES BeAUX-ArTS. 

— Classe des Beaux-Arts. — Concours pour 1885. — Première 
question : < Faire l'histoire de l'architecture qui florissait en Bel- 



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— 122 - 

giqiie pendant le cours du XV« siècle et au commencement du XVI», 
architecture qui a donné naissance à tant d'édifices civils remar- 
quables, tels que halles, hAtels de ville, beffrois, sièges de corpora- 
tions, de justices, etc. 

> Décrire le caractère et l'origine de l'architecture de cette 
période. »» 

Deuxième question : < On demande la biographie de Théodore- 
Victor Van Berckel, graveur des monnaies belges au siècle dernier, 
avec la liste et la description de ses principales œuvres, ainsi que 
l'appréciation de l'influence que cet éminent artiste a pu exercer sur 
les graveurs de son époque. » 

Troisième question : « Quel est le rôle réservé à la peinture dans 
son association avec l'architecture et la sculpture comme éléments de 
la décoration des édifices t 

> Déterminer l'influence de cette association sur le développement 
général des arts plastiques. > 

Quatrième question : t Faire l'histoire de la musique dans l'ancien 
comté de Flandre jusqu'à la fin du XV1« siècle, et particulièi'ement 
des institutions musicales religieuses et civiles (chapelles et musiques 
particulières, princières, maîtrises, confréries, etc., etc.). > 

La valeur des médailles d'or sera de mille francs pour la première 
question, de huit cents francs pour la troisième et pour la quatrième, 
et de siœ cents francs pour la deuxième. 

Les mémoires peuvent être rédigés en français, en flamand ou en 
latin. Ils devront être adi'essés francs de port, avant le 4^ juin 188^, 
à M. Liagre, secrétaire perpétuel, au Palais des Académies. 

Architecture. — € On demande un projet de cimetière pour une 
ville de 100,000 âmes. > 

Le projet comportera : 1° une entrée monumentale ; 2° une cha- 
pelle : 3° des galeries, etc. 

Le plan général sera dressé à l'échelle de 0™0025 ; l'élévation géné- 
rale de 0™005; les plans, coupes et élévations de l'entrée et de la 
chapelle de 0™02 par mètre. 

Le choix du style est laissé aux concurrents. 

Musique. — «On demande un quatuor pour instruments à cordes. > 

Par mesuiv exceptionnelle, ce concours est limité exclusivement 
aux musiciens belges. 



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— 123 — 

Un prix de mille francs est attribué à chacun des sujets précités. 

Les compositions musicales devront être remises au secrétariat de 
TAcadémie, avant le 4^ septembre i885; les plans (sur châssis) 
devront être i*emis avant le 4^^ octobre suivant. 

Concours pour 1886. — Première question : < Quelle était la 
composition instrumentale des bandes de musiciens employées par 
les magistrats des villes, par les souverains et par les corporations 
de métiers, principalement dans les provinces belges, depuis le 
XVe siècle jusqu'à la fin de la domination espagnole ? Quel était le 
genre de musique qu'exécutaient ces bandes? Quelles sont les causes 
de la disparition presque totale des morceaux composés à leur 
usage? » 

Deuxième question : t Faire l'histoire de la céi*amique au point 
de vue de l'art, dans nos provinces, depuis le XVo jusqu'à la fin du 
XVIIIe siècle. > 

Troisième question : t Quelle influence ont exercée en France les 
sculpteurs nés, depuis le XV^ siècle, dans les provinces méridionales 
qui ont fait partie des Pays-Bas ? Citer les œuvres qu'ils y ont laissées 
et les élèves qu'ils ont formés. > 

QvMirième question : t Déterminer les caractèi'es de l'architecture 
flamande du XVI« et du XVII« siècle. Indiquer les édifices des Pays- 
Bas dans lesquels ces caractères se rencontrent. Donner l'analyse de 
ces édifices. > 

La valeur des médailles d'or est de mille francs pour la première, 
pour la troisième et pour la quatrième question, et de huit cents 
francs pour la deuxième. 

Les mémoires envoyés en réponse devront être adressés, fï*ancs de 
port, avant le 4^ juin 4886, à M. Liagre, secrétaire perpétuel, au 
Palais des Académies. 

Peinture. — < On demande un projet de diplôme, destiné aux lau- 
réats des différents concours ouverts par l'Académie royale des 
sciences, des lettres et des beaux-arts. » 

Ce projet (sur châssis), qui devra mesurer 1"»08 sur 95 centimètres, 
est destiné à être réduit de moitié pour l'exécution graphique. 

Un prix de six cents francs sera décerné à l'auteu* du projet 
couronné. 



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— 124 — 

Sculpture. — € On demande une statue représentant un guerrier 
nervien devant Tennemi. > 

La figure aura 1"*25 de hauteur. 

Un prix de huit cents francs sera décerné à l'auteur du projet 
couronné. 

Les cartons et les statues devront être i*emis au secrétariat de 
l'Académie avant le /•*' octobre 4886. 



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125 



y 

DES VARIATIONS DU COURS DE LESCAUT 

DEPUIS LES TEMPS PRIMITIFS 

Ce fut en 1842 que M. l'Inspecteur des ponts 
et chaussées Vifquain, dans son remarquable tra- 
vail : Des voies navigables en Belgique, hasarda, le 
premier, l'hypothèse que l'Escaut pouvait bien 
n'avoir pas eu de tout temps la direction que 
nous lui voyons prendre aujourd'hui à la sortie de 
Gand. Il pensait que, au lieu de se diriger à l'Est, 
vers Termonde , le fleuve gardait primitivement la 
direction Sud-Nord et se jetait dans la Mer du 
Nord par le Braakman, cette avancée du Kont 
dans les Polders, qui se termine à PhOippine. 
Voici ce que disait M. Vifquain : 

« On voyait alors l'Escaut se diriger, au moins 
en partie, directement vers le Braakman, dont les 
anfractuosités arrivaient encore, au temps de 
Charlemagne, jusqu'au bourg de Gand. 

» Pourquoi la Dendre n'aurait-elle pas couru 
directement à la mer avant que l'Escaut, se tour- 
nant vers Anvers, ne soit venu couper ce cours 
d'eau, ainsi que ceux de la Senne, de la Dyle et 
des Nèthes? 9 



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— 126 - 

» L'homme qui aura attentivement considéré 
la direction et la marche de ces cours d'eau qui 
descendent de la crête à laquelle se trouvent 
adossés, au midi, l'Oise, la Sambre et la Meuse, 
et qui les aura vus s'arrêtant tout court vis-à-vis 
l'immense plaine maintenant placée entre l'Escaut 
supérieur, qui coule à l'Est vers Anvers, et l'Es- 
caut inférieur, qui se dirige vers l'Ouest, plaine 
autrefois occupée par la mer et formée d'alluvions 
et d'ensablement arrivés du haut pays et de la 
mer elle-même, cet homme, disons-nous, ne trou- 
vera pas notre supposition de la formation de 
l'Escaut si dénuée de fondement. 

» N'est-O pas, en effet, très probable que l'Es- 
caut, gonflé des eaux de quelque déluge et de 
celles de la Lys , se trouvant subitement arrêté, 
par défaut de débouché, vis-à-vis l'antique bourg 
de Gand, se sera rejeté à droite, et, recoupant 
tous les petits fleuves descendant du Hainaut, du 
Brabant et du Limbourg, les aura entraînés avec 
lui à la conquête de son nouveau lit. » 

Et M. Vifquain cite l'opinion de plusieurs 
auteurs anciens, de Pline notamment, qui, dit-il, 
« semble indiquer clairement que l'Escaut se ren- 
dait directement à la mer. » 

Cette hypothèse de M. Vifquain fut reprise en 
1849 par M. le chanoine David : celui-ci, dans le 
tome XVI des Bulletins de l'Académie royale de 
Belgique, a publié une note intitulée : Recherches 
sur le cours primitif de VEscaïU. 

M. David s'appuie sur des documents historiques 
pour établir son opinion, et il se base principale- 



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- 127 — 

ment sur la controverse qui a surgi au sujet des 
limites respectives de l'ancienne Austrasie et de 
l'ancienne Neustrie. « L'Escaut, dit-il, a servi de 
tout temps de limite dans les grandes divisions 
de territoires. Cette limite était suivie aveo une 
extrême rigueur, même à travers les villes situées 
sur le fleuve et en occupant les deux rives. »> 

L'Escaut servit de limite à la Lotharingie : 
il fut désigné comme ligne de séparation entre 
l'Austrasie et la Neustrie ; mais ce n'est que depuis 
cette époque, entre le X** et le XP siècle, alors que 
ces qualifications n'avaient plus de raison d'être, 
qu'il a pris résolument la direction de Termonde. 
Cette limite, cette ligne de séparation allait depuis 
Gand et à travers tout le pays de Waes jusqu'au 
Braakman actuel. 

n en existe d'ailleurs une preuve historique dans 
le fameux fossé que l'empereur Othon fit con- 
struire au X** siècle pour fixer les limites de ses 
possessions. 

Warnkoenig le premier, dans son Histoire de 
Flandre, a établi l'existence et fixé le parcours 
de ce canal d'Othon. Avant lui, Dierickx, dans 
ses Mémoires sur la ville de Gand, ne pouvant 
d'ailleurs nier son existence qui est attestée par 
de nombreux chroniqueurs, se bornait à décla- 
rer que le fossé d'Othon allait « de Gand à la 
mer ». 

Mais, ni Dierickx, ni Warnkoenig, ni même 
Gheldolf (qui traduisit Warnkoenig, tout en n'ad- 
mettant pas l'opinion d'après laquelle l'adjonction 
des Quatre-métiers à l'Empire jusqu'au fossé 



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— 128 — 

d'Othon soit le résultat d'une conquête «), aucun 
de ces auteurs, disons-nous, ne songea à émettre 
l'hypothèse que ce canal d'Othon pouvait bien 
avoir été creusé le long de l'ancien Escaut. 

Nous avons dit que Tabbé David a démontré 
l'existence de l'ancien cours du fleuve par de multi- 
ples preuves historiques. Les diplômes les plus an- 
ciens du X** siècle, en parlant de Gand, lui donnent 
toujours la qualification de porttiSy et le Liber 
Miraculorum Sancti Bavonis, le plus ancien légen- 
daire qui s'occupe de Gand et de ses traditions 
locales affirme que « ce qui fait fleurir Gand, c'est 
l'apport des marchandises et le produit des pêche- 
ries » , et il ajoute que la baleine se trouvait par- 
fois au milieu de ces produits. Or, comment 
admettre que Gand eut pu être un port fréquenté 
par des pêcheurs et des marchands, si ceux-ci 
avaient dû remonter tout le cours du fleuve en 
passant par Anvers. Pourquoi ne se seraient-ils 
pas arrêtés dans cette ville? 

Les récits qui nous sont parvenus des invasions 
des Normands démontrent mieux encore la néces- 
sité d'admettre que l'Escaut se jetait primitive- 
ment à la mer sans suivre tout le circuit actuel. 
Les Annales des Francs, rapportent qu' « en 811, 
Charlemagne vint vers l'Escaut, au lieu nommé 
Gand, afin d'inspecter les vaisseaux construits 

» En effet, Wamkoenig peuse que l'Empire cessait primitivement 
à l'Escaut devant Termonde et Anvers, et que ce n'est qu'à la suite 
d'une conquête que les Quatre-Métiers y furent compris. C'était 
pour fixer cet état de choses que, d'après Wamkoenig, le fossé 
d'Othon aurait été creusé. 



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— 129 — 

pour faire partie de la flotte » qu'il préparait 
contre les Normands. Et ceux-ci mêmes, plus tard, 
avaient choisi cette ville comme lieu de refuge et 
comme lieu d'hivernage. C'est là qu'ils vinrent 
trois années durant, en 879, en 880 et en 881 
réparer leurs vaisseaux et passer l'hiver. 

Ces hommes du Nord qui devaient leurs vic- 
toires à leur audace et à la rapidité de leur allure 
auraient-ils choisi pour s'y refaire un lieu situé 
bien avant dans les terres et qu'ils n'auraient 
atteint qu'après avoir suivi de longs circuits? Cela 
ne peut-être. 

C'est en s'appuyant de ces considérations histo- 
riques que M. le chanoine David conclut de la 
manière suivante : « Il n'est pas étonnant que nous 
en soyons réduits à former de simples conjectures 
sur l'époque où l'Escaut a pris sa nouvelle direc- 
tion. Toutefois on peut poser en fait qu'au VF 
siècle, alors que le fleuve servit de ligne de démar- 
cation entre l'Austrasie et la Neustrie, il suivait 
encore son ancien cours. On peut affirmer en 
second lieu, qu'au temps de Charlemagne et jusqu'à 
la fin du IX^ siècle, le lit primitif existait encore 
et était encore navigable; mais il n'en résulte 
point qu'à cette époque la rivière ne se fut déjà 
ouvert un lit secondaire, qui soit devenu bientôt 
après le principal, entraînant les masses d'eau vers 
Termonde et abandonnant l'ancien lit à l'action 
envasante de la mer. » 

n semble donc établi par les faits de l'histoire, 
que jadis l'Escaut, après avoir passé à l'endroit où 
se trouvait Gand se dirigeait droit vers le Nord. 



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— 130 — 

Cette déduction tirée de l'histoire est appuyée de 
preuves géologiques que nous trouvons énumérées 
dans une brochure des plus intéressantes due à 
la plume de M. Eugène Van Overloop et qui est 
dédiée à la Société d'Anthropologie de Bruxelles*. 
Ce n'est qu'incidemment que M. Van Overloop 
traite la question qui nous occupe; il s'attache 
spécialement à rechercher l'ethnologie des popu- 
lations qui habitaient le pays de Waes avant la 
conquête romaine. Mais, dans ces recherches, il a 
été conduit à étudier le sous-sol du Nord de la 
Flandre et il y a trouvé des preuves de la direc- 
tion sud-nord primitive du cours de l'Escaut. 

Après s'être occupé du régime des eaux de la 
Durme et du Moervaei-t aux environs de Mendonck 
et de Wachtebeke, M. Van Overloop constate que 
la section du canal de Temeuzen comprise entre 
Roodenhuyze et Langerbrugge a jadis servi de lit à 
un cours d'eau naturel d'une certaine importance. 
D'autre part, la section du canal de Temeuzen 
comprise entre Langerbrugge et Gand occupe 
également le lit d'un ancien cours d'eau. On trouve 
en effet, au Nord de la ville une large zone de 
prairies dirigée dans le sens de la rivière présu- 
mée et s'étendant plus qu'à mi-chemin de Langer- 
brugge. « Ces prairies feraient conclure à l'exis- 
tence d'un lit naturel de ce côté. Mais il y a mieux 
que cela. Des témoignages incontestables établis- 
sent que la rivière existait )> , et il est à croire 
qu'après que le souvenir même du fossé d'Othon 

* Librairie européenne C. Muquardt, Bruxelles. 1884. Sur une 
méthode à suivre dans les études préhistoriques. 



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— 131 - 

se fut éteint, on se mit à considérer cette rivière 
comme un ancien bras de la Lys. 

M. Demaere-Limnander, dans le travail qu'il a 
publié en 1863 sur le système hydrographique du 
bassin de Gand, rappelle que le canal du Meerhem, 
autrefois appelé le fossé des bateliers, était con- 
sidéré comme un affluent de la Lys que les auteurs 
appelaient la Moere, et dont ils plaçaient l'origine 
à rOverslag au delà de Moerbeke au pays de Waes. 

« Or, continue M. Van Overloop, on n'expli- 
querait point ce fait d'une rivière prenant nais- 
sance à la frontière hollandaise pour venir se jeter 
dans la Lys aux portes de Gand, » si l'on n'avait 
la preuve que cette rivière n'était autre qu'un der- 
nier vestige du cours primitif de l'Escaut. Et c'est 
par suite d'une erreur de jugement qu'on croyait 
que cette rivière aurait remonté l'ancien lit. 

Wamkoenig, en s'efforçant de retrouver l'ancien 
tracé du fossé d'Othon, a examiné les documents 
et les Keuren qui fixaient les limites du territoire 
des Quatre Métiers et il a pu ainsi fixer, presqu'à 
coup sûr, ce tracé. 

Au sortir de Gand, le fossé a pris plus tard le nom 
de Fossé aux Bateaux, puis celui de Burggraven- 
strootn onPêcheriedes Châtelains, et il était navigable 
jusqu'à Cluysen-Terdonck. A partir de Cluysen, 
le fossé proprement dit, n'était plus navigable et 
ne servait plus que de simple marque de frontière. 
n inclinait à gauche et passait entre la commune 
d'Oost-Eecloo, qui faisait partie du métier de 
Bouchante et celle de Lembeke, qui en était ex- 
clue. Le fossé séparait enfin Caprycke de Basse- 



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— 132 — 

velde, laissait Watervliet à gaucho, ainsi que la 
seigneurie particulière de Biervliet, et se jetait 
dans le Hont par un bras de mer qui, d'après les 
plus anciennes cartes et notamment celle de 1288, 
se prolongeait jusqu'au-dessous de Biervliet *. 

Nous avons été curieux d'examiner jusqu'à quel 
point ce tracé, fixé par Warnkoenig d'après des 
données sérieuses, se trouverait encore vérifié par la 
topographie actuelle de cette contrée et nous avons 
trouvé, sur la carte de Belgique au 20000'* publiée 
par le dépôt de la guerre, qu'il existe encore un 
fossé, ruisseau ou watergang {Isabelle -water gang 
ou strooniy Moerwalergang) qui, depuis le Burg- 
gravenstroom , au-dessus de Cluysen , jusqu'à la 
frontière hollandaise, suit assez exactement les 



* La carte annexée à ce travail représente le nord de la Flandre 
et la Zélande dans leur état actuel. On a indiqué par un grisé les 
endroits qui, d'après des cartes de différentes dates, se trouvaient 
jadis recouverts par les eaux. Voici quelques cartes que Ton pourra 
utilement consulter : 1° Carte de la Ménapie, dressée par M. Vander 
Elst pour la topographie de la Ménapie à Vépoque de Jules César. 
(Ann, arch, de Belgique, t. XXVI, 1870). — 2<» La Flandre aux temps 
des Francs; Vredius, Hist, comm, Flandriœ. — 3® Cartes de la 
Zélande en 1274; Smallegange, Zeel. verheerlykt. — 4» Carte de la 
Flandre vers Tan 1300; Wamkœnig, Hist. de FI. — 5° Carte de Tan- 
cien diocèse de Tournai, d'après un pouillé de Tannée 1330, repro- 
duite pour la Ménapie et les contrées limitrophes de M. Alph. de 
Vlaminck {Ann. arch. de Belg., t. XXXIV, 1878). — 6o Carte du 
cours de l'Escaut, dressée en 1468, reproduite dans Willems, Men- 
gelingen van Vaderlandschen inhoud. — 7^ Carte de la Flandre dans 
Guicchardin, 1566. — 8° Flandriœ comitatus pars orientalis, par 
Nicolas Visscher (16 ?j, Bibl. Oand. Atlas. — 9« Carte de la Zélande 
en 1696; Smallegange, Zeel. verh. — lO® La Flandre en 1732, dans 
Sanderus. — 11° Nieuwe caerte der diocèse van Gend, 1789. Bibl. 
Gand. Atlas. — 12** Carte topographique des rives de l'Escaut, par 
Vander Maelen, 1832. — Cartes du dépôt de la guerre au 20000*. 



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— 133 — 

indications de Warnkoenig. Mais ce qui surtout 
corrobore ces indications, ce sont les noms de 
quelques hameaux et villages situés dans cette 
région. Nous y trouvons mentionnés notamment 
des endroits nommés Gendstraet (sur la chaussée 
d'Ysendyke à Gand), Rykstraet, 's Gravenstraet et, 
à la frontière belgo-hoUandaise, à l'est de Water- 
vliet, un lieu appelé Maegd van Gend ou la Pucelle 
de Gand. Le mot de Rykstraet spécialement nous 
paraît caractéristique : il indique un chemin ap- 
partenant à l'empire ou y menant. 

Ce serait donc là le tracé de l'ancien fossé 
d'Othon qui, dans notre système, aurait suivi la 
direction de l'ancien lit de l'Escaut. 

Le chanoine David soutient Warnkoenig dans 
ses recherches sur l'embouchure probable du canal 
d'Othon; il indique les environs de Biervliet. 
Mais il combat l'hypothèse de M. Vifquain, d'après 
laquelle le Braakman, qui s'avance dans les terres 
au sud-est de Biervliet, serait l'ancienne embou- 
chure du fleuve. « En effet, dit-il, on ne peut 
admettre que l'Escaut ait eu un autre lit (que le 
fossé d'Othon) entre Gand et Biervliet, puisque 
le Braakman a longtemps parcouru les Quatre- 
Métiers, dont il confondait les limites et n'a jamais 
pu servir de séparation entre la Flandre royale et 
la Flandre impériale. » 

M. Van Overloop, lui, appuie de données géolo- 
giques la manière de voir de Vifquain, et pense 
aussi que l'Escaut possédait son embouchure prin- 
cipale dans le Braakman. Voici ce qu'il en dit : 
« Par quels endroits passait-il (l'Escaut) avant 



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— 134 — 

d'arriver à la mer, dont la côte, on le sait, suivait 
à cette époque (?) une ligne correspondant assez 
exactement à la frontière hollandaise actuelle : 
Aardenburg, St-Laurent, Bouchante, Sas-de-Gand, 
Selzaete, Overslag, etc.? Deux directions peuvent 
être mises en avant à partir de Langerbrugge : 
1" l'ancien Biirggravenstroom, passant par Cluy- 
sen, Ertvelde et Bouchante; 2** le canal de Ter- 
neuzen, dans la section de Langerbrugge au 
Sas-de-Gand. 

« n est certain que le 'fleuve a passé jadis à 
l'endroit du canal entre Roodenhuyze et Selzaete. 
Le caractère du tracé, tel qu'il existait avant les 
rectifications montre bien que l'on avait utilisé 
l'ancien lit d'un cours d'eau. Les silex roulés, 
découverts dans les sables provenant des derniers 
travaux, le prouvent également. Ces pierres, à 
juger d'après leur nombre et leurs dimensions ne 
seraient jamais parvenues jusque là, si elles n'y 
avaient été portées par un courant considérable. 
De plus leur examen révèle, comme origine, des 
terrains traversés par des affluents de l'Escaut 
dans le Hainaut. 

« Quand au Burggraven-stroom , je ne veux 
point nier qu'il ait emprunté dans certaines par- 
ties, le lit d'ancien cours d'eau, mais son origine 
parait relativement artificielle. Quelques fouilles 
seraient fort utiles pour établir jusqu'à quel point 
l'on trouverait également là des silex et autres 
substances caractéristiques de l'ancien fleuve. Pro- 
visoirement je considère comme probable que 
l'Escaut avait son embouchure principale vers 



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— 135 — 

Selzaete et le Sas-de-Gand, et que les ensablements 
survenus de ce côté ont amené les Gantois à se 
créer vers la mer un autre débouché par le Burg- 
graven-stroom ». 

La question de savoir si le fossé d'Othon ou le 
Burggraven-stroom qui lui succéda suivait exac- 
tement à partir de Langerbrugge l'ancien lit de 
FEscaut, ou non, importe peu. L'opinion de M. 
Van Overloop nous paraît la plus probable et il 
est à supposer que les ingénieurs-géographes du 
temps de l'empereur Othon qui eurent la charge 
de tracer le fossé, le firent en empiétant le plus 
qu'ils purent sur le territoire de la Flandre royale. 
Mais rien n'empêche aussi d'admettre qu'il n'y 
eut par là ime branche moins importante de 
l'Escaut. 

Ouvrons ici une parenthèse. 

En étudiant l'ancien cours de l'Escaut, M. Vif- 
quain a été amené assez naturellement à s'occuper 
également de la Lys, et il a émis l'hypothèse que 
cette rivière, arrivant à l'ouest jusqu'aux portes 
mêmes de la ville de Gand, aurait eu comme lit, 
en aval de cette dernière l'ancien tracé de la 
Lieve, par Everghem, Somerghem, Eecloo, Mid- 
delburg et se serait jeté dans le Zwyn, aux envi- 
rons de Damme. 

M. Van Overloop fait remarquer fort justement 
que cette hypothèse, dans les termes où elle est 
proposée peut difi&cilement être admise : pourquoi 
la Lys qui venait presque toucher l'Escaut se serait 
elle brusquement détournée? 

Nous n'avons pas pour cette recherche, ce ren- 



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- 136 - 

seignenient précieux de l'histoire que nous avons 
trouvé pour l'Escaut : la limite de partage de 
la Neustrie et de l'Austrasie et le fossé d'Othon. 
Aussi faut-il s'adresser immédiatement à la topo- 
graphie et à la géologie. C'est ce que fait M. Van 
Overloop, et il est d'avis que la Lys, à la sortie de 
Deynze empruntait immédiatement le lit actuel 
de la vieille Caele jusqu'à Meerendré, puis, au lieu 
de se diriger vers Langerbrugghe, montait direc- 
tement vers Eecloo par Somerghem pour se rendre 
à la mer. « Lorsque survint l'ensablement de la 
section de Vinderhaute à la mer, les eaux prolon- 
gèrent leur cours dans le lit actuel de la vieille 
Caele jusqu'à Langerbrugghe et s'y jetèrent dans 
l'Escaut. » 

L'opinion de M. Van Overloop est d'autant plus 
admissible, que c'est en grande partie à l'influence 
des eaux de la Lys que sont dus les changements 
successifs survenus au cours de l'Escaut. Un rap- 
port publié en 1845 sur les inondations de l'Escaut 
et de la Lys constate que « sauf, dans quelques 
cas très exceptionnels, les eaux de l'Escaut sont 
toujours à Gand dominées par celles de la Lys, 
ou de niveau avec elles. » 

Si donc nous admettons sans hésiter l'opinion 
d'après laquelle l'Escaut se dirigeait vers le nord 
et la mer, après avoir passé par Gand, nous ne 
pouvons pas oublier que le sol du Nord de la 
Flandre Orientale et du Pays-de-Waes était, aux 
époques anciennes, extrêmement bas, et nous 
devons constater que le fleuve, tout en ayant une 
branche principale, alimentait aussi les marécages 



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- 137 - 

de rancienne Ménapie. Le delta de l'Escaut devait 
donc être assez développé et ses issues vers l'Océan 
étaient nombreuses. 

L'embouchure du Braakman était la principale, 
mais on peut facilement admettre l'existence d'un 
bras secondaire situé plus à l'ouest, et ayant son 
issue à Biervliet. Enfin, il n'est pas contestable 
qu'un autre bras ne se soit dirigé depuis Rooden- 
huyze jusqu'à Mendonck, Moerbeke, Stekene, et 
peut-être ensuite, revenant sur lui-même, jusqu'à 
Axel et ïaœelsche gat du Braakman*. 

Le grand nombre des bouches de l'Escaut, 
dit M. Van Overloop, favorisait leur ensablement. 
Activé peut-être aussi par de moindres venues 
d'eau, ce dernier devint bientôt tel que les eaux 
durent chercher une nouvelle issue. C'est de cette 
époque que date l'importance de la zone alluviale 
comprise entre le Moerxmeri et la Zuidlede. Toutes 
les eaux d'amont affluèrent par là et le courant, 
intercepté du coté de Selzaete, se dessina davan- 
tage vers l'Est à travers l'ancien delta. Peut-être 
le bras de Stekene résista-t-il un peu plus long- 
temps, mais finalement il se boucha comme les 
autres et les eaux prirent leur cours vers Lokeren 
pour aller rejoindre la vallée de la Dendre, soit 
à Thielrode, soit plutôt à Tamise, ainsi qu'il résul- 
terait d'une étude très sérieuse entreprise sur ce 
point par M. le D*^ J. Van Raemdonck *. » 

* On a constaté à Mendonck la présence de silex noirs roulés 
analogues à ceux qu'on a trouvés dans le creusement du canal de 
Temeuzen. 

• D^ J. Van Raemdonck. Le Pays de Waes préhistorique, pag. 13. 



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— 138 - 

Ce qui causa sans doute, comme nous l'avons dit 
plus haut, les changements successifs du cours de 
l'Escaut, ce fut, outre l'ensablement continu de 
ses bouches, aussi Finfluence des eaux de la Lys. 
Cette rivière vit, comme l'Escaut, son embouchure 
s'obstruer, elle se détourna vers Langerbrugge, 
et vint se jeter dans le fleuve, ce qui détermina 
celui-ci à obliquer également à droite et à occuper 
la vallée actuelle de la Durme. 

« Plus tard, enfin, quand se produisirent dans 
le cours de TEscaut septentrional les obstacles 
dont nous avons parlé, la Lys ne trouvant plus 
par là de débouché suffisant se fraya de Deynze à 
Gand son lit actuel, » et accentua le détours de 
l'Escaut de Gand à Termonde, où le fleuve rencon- 
tra de nouveau le lit de la Dendre. 

n est resté aux environs de Gand des traces 
décisives des hésitations du fleuve et de son affluent 
à prendre définitivement la direction de l'Est : ce 
sont les prairies qui entourent encore la ville et 
surtout les prairies de Tronchiennes et de Won- 
delghem. La Lys d'abord, ne trouvant pas d'issue 
suffisante dans l'Escaut, dut se répandre souvent 
sur les terrains qui devinrent les prairies de 
Tronchiennes; l'Escaut ensuite, dont les bouches 
situées au Nord étaient déjà ensablées, et dont 
le cours sinueux par Moerbeke, Lokeren et la 
Durme ralentissait considérablement la vitesse, 
se répandit lui aussi et forma les prairies de 
Wondelghem. 

Le D*^ J. Van Raemdonck, dans son étude si 
intéressante pour l'histoire des origines de notre 



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— 139 — 

province, adopte entièrement l'opinion de M. Vif- 
quain que nous avons rapportée, c'est à dire que 
l'Escaut trouvait son débouché principal dans le 
Braakman. Et il défend cette manière de voir à 
la fois contre l'ingénieur Belpaire et contre le 
général Renard. 

Le premier, dans un mémoire couronné par 
l'Académie de Belgique, publié en 1827 et portant 
ce titre : Sm^ les changements subis par la côte 
(ï Anvers à Boulogne et le second, dans son His- 
toire politique et militaire de la Belgique, sou- 
tiennent tous deux que l'existence d'une crête 
ininterrompue de dunes depuis Eecloo, par Ert- 
velde, Wachtebeke, Stekene, Saint-Nicolas vers 
Burght s'opposent à l'adoption de la thèse suivant 
laquelle l'Escaut se serait jeté par là dans la 
mer. « Un fleuve comme l'Escaut, dit le général 
Renard, qui durant des milliers d'années, aurait 
coulé à travers la Flandre septentrionale, aurait 
laissé une trace à jamais indestructible de sa pré- 
sence, et pourtant l'on en trouve nul vestige * ». 

Le D^ Van Raemdonck combat sans peine cette 
manière de voir en établissant que cette ligne de 
crêtes qui n'est formée que par des « monticules 
de sable » est encore traversée par un grand 
nombre de ruisseaux et par trois canaux (Gand- 
Terneuzen, Langeleede, Gand-Bruges). 

Mais, si le D" Van Raemdonck adopte l'opinion 

« Rappelons que M. Van Overloop attribue les silex noirs, que l'on 
a trouvés en approfondissant le canal de Terneuzen, au passage d'un 
fleuve puissant qui aurait traversé certains terrains du Hainaut, 
l'Escaut par conséquent. 



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— 140 - 

de Vifquain, il combat celle du chanoine David e 

il n'admet pas que la ville de Gand, « à l'aide di 

l'Escaut, communiquait directement avec la mey 

du Nord dans un temps si peu reculé que les pre- 4L> 

miers siècles de l'ère chrétienne ». Il incline plutôt 

à croire que cet état de choses n existait qu'à ^ 

l'époque quaternaire des temps préhistoriques. 

Ceci nous amène à parler de la question, assez 
ardue et d'ailleurs sans solution définitive, de V t^ 
savoir vers quelle époque l'Escaut, abandonnant)! 
la direction sud-nord vers le Braakman, s'est jeté ^"^^^ 
vers l'est. Les documents historiques nous man- "V>v 
quent ici, ou du moins leurs données sont insuffi- 
santes. Hâtons-nous d'ajouter cependant que nous ^^-^ 
croyons, avec le chanoine David, que ce change- ^^^^ 
ment re s'est opéré décisivement qu'au X** ou au 
XP siècle. J 

Le premier ecrivam de 1 antiquité qui, après .-.v^ 
avoir parcouru la Belgique, nous ait laissé un récit ^^ ^ 
de son voyage ou plutôt de ses expéditions, c'est 
Jules César (58 à 50 ans avant notre ère). Or, c'est 
dans ses Commentaires que nous trouvons une 
déclaration qui, à première vue, combat tout 
l'édifice des hypothèses ou des constatations que ^ 
nous avons pu faire jusqu'ici. y"^ 

César, dans son de Bello Gallico, cite quelques — - 
rivières du pays qu'il avait traversé, mais, chose i 
bien étrange, c'est précisément sur ces noms géo- 
graphiques que les commentateurs se disputent 
le plus. On rencontre dans César les mots Sabim 
et Scaldim que l'on traduit par : la Sambre et 
TEscaut; mais, aux endroits où l'écrivain latin a 



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il 



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- 141 — 

mis Sabim, certains commentateurs veulent voir 
Scaldim, et à l'endroit où l'on trouve Scaldim ou 
Scaldem on veut, (et d'après nous on doit) lire 
Sabim. 

Pour rendre ceci intelligible, il faut donc bien 
que nous nous livrions actuellement à une courte 
critique des passages des Commentaires où ces 
noms se rencontrent. 

Au livre II, chapitre XVI, César qui se dispose 
à attaquer les Nerviens apprend que cette peuplade 
l'attend derrière un fleuve qui n'est pas à plus de 
mille pas de son camp : ce fleuve c'est la Sambre 
(Sabim), Et en eflfet plus loin, au chap. XVIII, le 
grand capitaine en décrivant la position de son 
camp rappelle qu'il confine à la Sambre (ad /lumen 
Sabim, quod supra nominavimus), M. Victor Gan- 
tier qui a publié une œuvre savante sur la con- 
quête de la Belgique par Jules César prouve que 
l'endroit que celui-ci choisit pour son camp était 
Presles (près de Charleroi), et que c'est là qu'eut 
lieu la bataille où les Nerviens furent défaits. Il y a 
eu un historien, M. Leglay, qui a cru pouvoir sou- 
tenir au contraire que ce champ de bataille s'est 
trouvé sur l'Escaut (Scaldim) entre Bonavis et 
VauceUes, mais M. Leglay n'a persuadé personne. 

Arrivons maintenant au passage de César qui 
nous ramène dans notre sujet.' 

Nous sommes en l'an 53 avant notre ère ; Am- 
biorix à la tête de ses Eburons avait, à Aduatuca, 
infligé une défaite sanglante à un des lieutenants 
de César, à Cicéron. Le conquérant était venu au 
secours de son ofiBcier et l'avait délivré ; mais il 

10 



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— 142 — 

avait résolu en même temps de s'emparer à tout 
prix du grand patriote. 

C'est alors qu'il entreprit, mais sans succès, les 
expéditions que, M. Gantier appelle la Chasse à 
AmbioriXy et ce sont les préparatifs de la seconde 
de ces expéditions que César nous raconte au 
chapitre XXXIII du Livre VI de ses Commentaires. 
Il se trouve de nouveau à Aduatuca (Tongres) et 
c'est devant cette ville qu'il divise son armée en 
trois colonnes. Il envoie le premier de ses lieute- 
nants, Labienus, avec l'aile droite ad Oceanum 
mrsus, du coté de l'Océan vers le pays des Ména- 
piens; il expédie Tautre lieutenant, Trebonius, sur 
les frontières des Aduatiques vers l'ouest, et lui- 
même se çend aux limites des Ardennes où on lui 
avait dit qu'Ambiorix s'était réfugié. Le texte du 
chapitre XXXIII porte : « ipse {Caesar) cum reliquis 
tribus (legionibus) ad /lumen scaldeyn, quod influit 
IN MOSAM, eœtremasque Arduennae partes ire con- 
stituit quo cum paucis equilibus profedum Ambio- 
rigem audiebat. 

Ce sont les mots Scaldem quod influit in Mosam 
qui ont excité la sagacité de tous les auteurs qui 
ont déjà traité de la question du cours primitif de 
l'Escaut Tous, ou à peu près, ont admis que César 
entendait bien ici parler de l'Escaut et il aurait 
marqué que de son temps ce fleuve se jetait dans 
la Meuse. Et le docteiu* Van Raemdonck, qui, 
comme nous l'avons vu, soutient que l'ensable- 
ment du Braakman était déjà opéré aux époques 
historiques, que, par conséquent, l'Escaut coulait 
déjà devant Anvers, croit que César en parlant du 



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— 143 — 

confluent de TEscaut et de la Meuse a en vue la 
branche orientale ou droite du premier fleuve, qui 
aurait pu communiquer à cette époque avec la 
vieille Meuse. 

Mais, outre que nous ne pouvons admettre que 
le prolongement du Braakman vers Gand ne fut 
plus navigable déjà à cette époque, nous n'ad- 
mettons pas non plus que César en écrivant ici 
Scaldem (car il est certain, dit Dûbner, qu'il a écrit 
Scaldem) ait bien voulu parler de TEscaut. 

En ettet, que veut-il? Pourchasser Ambiorix et 
en finir avec ce (c rebelle » . Pour cela , il parcourra 
autant que possible tout le pays des Eburons et 
ce, en quelques jours, afin de le surprendre. Il 
divise donc son armée en trois corps, l'un mar- 
chant vers le nord-ouest, l'autre courant vers 
l'ouest, le troisième enfin se dirigeant sous son 
commandement vers le sud-ouest. 

César le dit clairement : ad extremas arduennae 
partes et il ajoute qu'il a pris lui-même cette direc- 
tion parce qu'il était, sur la foi de quelques on-dit, 
à peu près sûr de trouver Ambiorix dans cette 
contrée * . 

Nous croyons donc que César a mis par erreur 
dans ce passage Scaldem, pour Sabim, (Sambre); 
cette dernière rivière, nul ne l'ignore, influit in 
mosam, se jette dans la Meuse *. 



' Voir, dans le même sens, la Afénapie et la Flandre, par M. Alph. 
De Vlaminck {Ann. arch. de Belg., t. XXXIV, 1878, p. 391). 

* Au chapitre suivant, pour expliquer l'avortement de ses expé- 
ditions, César s'étend sur les difficultés que ses troupes rencontrèrent 
dans la disposition naturelle du pays, et il parle des ahdita vallis, 



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— 144 — 

Maintenant, le conquérant ou quelqu'un de ses 
lieutenants ont-ils jamais pu pénétrer assez avant 
dans le pays des Ménapiens pour avoir même pu 
constater ce qui fait l'objet de cette étude? 

Non, César dans sa première expédition contre 
les Morins et les Ménapiens est arrivé à peine jus- 
qu'à Deynze, et ses lieutenants, Labienus notam- 
ment, n'ont pas dépassé Eecloo. S'ils se sont ap- 
prochés d'Anvers, c'est de l'autre côté en venant 
du pays des Aduatiques et des Eburons. 

Nous ne pouvons donc en aucune façon utiliser 
le témoignage de César et de ses Commentaires, 

Un siècle après lui, Pline, dans ses Annales, s'est 
également occupé de l'Escaut. Il constate qu'il 
se rendait directement à la mer, et cette con- 
statation, qui d'ailleurs ne combat pas notre thèse, 
ne peut pas non plus nous servir comme étant une 
preuve irrécusable de son exactitude. 

Deux siècles après César, Ptolémée nous parle, 
en termes, bien vagues malheureusement, d'une 
nouvelle embouchure de l'Escaut, et son assertion 
vaut qu'on l'examine. 

L'ingénieur Belpaire, dans son mémoire sur les 
changements de la côte d Anvers à Boulogne établit 
que, pendant la période romaine, la mer du Nord 
a eu une tendance très prononcée à empiéter de 
nouveau à l'est sur les terres du continent qu'elle 



des retraites, des cachettes des vallées où les Éburons se réfugiaient. 
Or, on ne peut trouver de vallées et de cavernes qu'au sud de Tong^s, 
et non point au nord-ouest du côté de T Escaut. Ailleurs encore, 
au chapitre XXXI, il est dit que des Éburons, les uns étaient réfugiés 
dans la forêt des Ardennes, les autres dans les marais. 



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- 145 - 

avait abandonnées depuis les temps quaternaires. 
« Ce n'est, dit-il, que pendant la dernière moitié du 
in** siècle, que la mer semble avoir atteint cette 
partie du continent qui forme maintenant l'île de 
Walcheren. C'est en effet ce que rendent probable 
les antiquités et les médailles romaines que l'on a 
trouvées près de Domburg et de Westkappelle. 
Les médailles qu'on y a découvertes et dont les 
plus récentes sont de Tétricus et datent de 268, 
font présumer que c'est peu après son règne que 
cet événement (la submersion d'une partie de ter- 
ritoire à l'ouest de Domburg et de Westkappelle) 
est arrivé » . 

D'autres historiens placent en l'année 365, l'en- 
gloutissement d'un temple consacré à la déesse Ne- 
halennia, et situé également à l'ouest de Domburg. 

Voici donc comment nous nous représentons les 
changements qui doivent être survenus à cette 
époque au cours inférieur de l'Escaut. Le fleuve, 
au sortir du Braakman moderne continuait sa 
course sensiblement vers le nord et aurait eu pour 
Ut le bras de mer qu'on nomme aujourd'hui het 
Sloe, et qui sépare l'île de Walcheren des deux 
Beveland. L'Escaut aurait eu ainsi dans la mer du 
Nord une embouchure commune avec la Dendre 
qui, après avoir passé par Tamise, Anvers, suivait 
le bras aujourd'hui entièrement ensablé : De Geule, 
à l'est de l'île de Sud-Beveland, et atteignait la 
mer du Nord par le bras qu'on nomme encore 
l'Escaut Oriental. 

Dans cette hypothèse, l'embouchure de l'Escaut 
se serait assez bien rapprochée des embouchures 



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- 146 — 

de la Meuse et du Rhin et les partisans quand 
même du Scaldem quod infliiit in Mosam de César, 
y trouveraient leur compte. 

On doit remarquer que, en donnant à l'Escaut 
et à la Dendre le cours que nous avons indiqué, 
nous supprimons le Hont ou Escaut occidental. 
C'est qu en effet les plus anciennes cartes ne le 
signalent pas comme navigable. Ce ne pouvait être 
qu'une crique ou ramification faisant pai^tie du ré- 
seau de marécages qui couvrait alors tout le pays. 

Rien n'est d'ailleurs plus difficile que de fixer, 
mieux qu'approximativement, la configuration des 
côtes et du pays dans ces temps éloignés où la 
mer, qui n'était retenue par aucune digue, venait 
tous les jours exhausser le niveau général de toutes 
les rivières et des moindres criques. 

Si donc nous devions prendre pour de l'argent 
comptant l'affirmation de Ptolémée qui parle d'une 
nouvelle embouchure du fleuve nonmaé Tabuda, 
nous dirions que cette nouvelle embouchure était 
précisément l'extrémité du Hont qui s'était élargi 
en bras de mer. 

La Mer du Nord dut empiéter fortement à cette 
époque sur le littoral de la Zélande, car elle sépara 
de la terre ferme non seulement l'île de Walcheren, 
mais aussi le banc de sable qu on nomme banc de 
Lisseweghe et qui était encore au XIU'^ siècle une 
île habitée, l'île de Schooneveld, dépendant de la 
Flandre. 

L'échancrure qui se fit alors dans les terres 
fut énorme, car c'est aussi vers cette époque, 
« vers la fin de la domination romaine, » dit 



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— 147 - 

Belpaire, que se forma le Zwin*, Mais alors, le 
Zwin, Tancien Zwin, se trouvait presqu'à côté du 
Braakraan, à Test de Cadsand et de Breskens, et 
ses ramifications s'étendaient au midi de ces deux 
communes et jusqu'à la mer : le Zwin actuel 
en est la dernière trace. En sorte que Cadsand 
se trouvait à certains moments complètement isolé 
de la terre ferme : c'est le cas que prévoit une 
charte du Franc de Bruges de l'an 1190, citée par 
Wamkoenig*. 

Cette large baie, depuis le banc de Lisse weghe 
jusqu'au Braakman, s'est maintenue jusqu'à nos 
jours, mais elle a subi naturellement de grands 
changements. Peu à peu le Braakman, qui se 
trouvait directement exposé aux vents du nord- 
ouest, s'ensabla '. Il resta néanmoins navigable 
jusqu'à la fin du IX'' siècle. Les Normands, comme 
nous l'avons vu dans la première partie de cette 
étude, vinrent pendant les années 879, 880 et 881 
hiverner à Gand, où ils arrivaient par le Braakman. 

Si l'on nous demande pourquoi ces hardis marins 
s'aventuraient si avant dans les terres et préfé- 



' Notons que Tembouchure de l'Escaut occidental est connue des 
marins sous le nom flamand de SpUet, f^nte. 

« Histoire de Flandre, trad. Gheldolf, II, p. 9. 

' Les effets du vent nord-ouest se constatent encore aujourd'hui 
dans PEscaut occidental, devant le Braakman, Les atterrissements, 
80U8 le nom de Hooge Platen, de Hooge Springer, se multiplient 
devant ce golfe et y prennent sensiblement une direction courbe. 
Tout au fond de Tespèi^e de golfe formé par l'embouchure de l'Escau 
et vis-à-vis de Temeuzen, on constate pour ainsi dire tous les jours 
l'accroissement de l'énorme banc dit ; Suikerplaat, Ajoutons cepen- 
dant que le courant de l'Escaut, à marée descendante, suffit ample- 
ment à maintenir et à entretenir les passes qui séparent ces bancs. 



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— 148 — 

raient remonter l'Escaut plutôt que Tancien Zwin 
qui, à cette époque, avait une importance bien 
plus considérable que le Braakman même et qui, 
en outre, pouvait les mener très rapidement à un 
port de refuge, à Bruges; nous répondrons : 
d'abord, que Bruges était déjà fortifié par le 
Burg, que Baudouin Bras-de-Fer y avait construit 
vers le milieu du IX* siècle, tandis qu'à Gand, il 
n'y avait qu'une abbaye facile à prendre et à 
détruire * ; ensuite, que Gand était un endroit des 
mieux choisis pour rayonner sur tout le pays. 
Les Normands pouvaient, en eflFet, sur leurs ba- 
teaux plats, remonter l'Escaut jusqu'à Audenarde, 
la Lys jusqu'à Deinze, descendre le Bas-Escaut par 
Melle jusqu'à Termonde * et Anvers (car nous 
devons admettre que la coupure de Gand à Ter- 
monde existait déjà à cette époque), remonter la 
Dendre jusqu'à Grammont, le Rupel enfin et même 
la Senne. 

Nous venons de dire que la coupure de Gand 
à Termonde devait exister déjà à cette époque : 
nous savons en effet que l'ensablement progressif 
du Braakman força l'Escaut à s étendre et à se 
frayer un nouveau passage vers l'est. 

C'est donc vers le X* siècle que Gand perdit 
définitivement sa communication facile et directe 



* Mbykrus et Sandbbus mentionnent que la (chapelle du Château 
des Comtes à Gand (église S*«-Pharaïlde) existait déjà en 912. On 
pense que c'est le successeur de Baudouin Bras-de-Fer qui fortifia la 
ville après le départ des Normands et pour empêcher leur retour. 

* Termonde (Denre-mund) fut fondé par les Normands et Anvers 
fut relevé par eux (Belgique illustrée). 



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— 149 — 

par l'Escaut vers la mer, et que de ville de com- 
merçants et de pêcheurs, elle devint une ville 
de manufacturiers. 

L'ancien Zwin s'ensabla moins vite que le 
Braakman et il resta encore pendant plusieurs 
siècles, jusqu'en 1377, un des grands estuaires du 
nord-ouest de l'Europe. Ce fut la cause de la pros- 
périté commerciale de Bruges. 

Lorsque, vers la fin du X* siècle, l'empereur 
Othon ?>• (936-980) voulut fixer les limites de ses 
possessions, il eut encore soin de comprendre dans 
la Lorraine les deux rives de l'ancien Escaut et 
il creusa son fameux fossé sur la rive gauche, 
avec Biervliet comme point terminus, he comté 
de Flandre ne fit dès lors que prospérer; son 
territoire s'agrandit, le fossé d'Othon n'eut plus 
d'utilité et son souvenir s'effaça. 

Gand, cependant, qui, avec le cours des siècles, 
avait modifié les sources de sa prospérité, n'oublia 
jamais qu'elle avait été en relation directe avec la 
mer, autrement que par le grand coude de l'Es- 
caut au long d'Anvers, et à diverses reprises 
nous la voyons faire des efforts pour se créer une 
nouvelle issue dans la Mer du Nord «. 

« Le premier effort, disent MM. Bruneel et 



■ MarcQS van Vaemewyck, dans son Historié van Belgis, se fait 
l'écho de cette tradition qui existait encore, vivace, de son temps. 
« Sommige schrijven dat de zee, gemengeld met de Schelde, voorbij 
Gend plagt te stroomen, gelijk op heden nog uijtwijzen de lege 
beemden of meerschen, langs welke het water henen geloopen heet't, 
en die men nog spaeland noerod omdat zij met de spae moeten 
gehouden worden. » Hist, van Belgis, Lib. IV, cap. 26 (Th. Sthel- 
linck, p. 116). 



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150 — 

Braun dans la partie historique de leur notice sur 
le Canal de Terneuzen, le premier eflfort que les 
Gantois tentèrent pour reconquérir les avantages 
que la nature leur avait donnés et qu'elle leur 
reprenait insensiblement, date de cette époque 
(Xlir* siècle). Ils demandèrent et obtinrent, le 
24 octobre 1251, de Marguerite de Constanti- 
nople, comtesse de Flandre, Tautorisation de 
relier la ville au Swyn et de creuser le canal de 
la Lieve qui aboutit à Damme. » 

On avait donc renoncé complètement à lutter 
contre l'ensablement du Braakman, et, d'ailleurs, 
le mouvement énorme de la navigation à Damme 
devait pousser les Gantois au désir d'en détourner 
une partie vers leur ville, au détriment de Bruges. 

« Pendant deux ou trois siècles, le port de 
Damme, alimenté par les ressources des deux 
Flandres, et où, selon la chronique du temps, 
1700 vaisseaux pouvaient se réfugier à Taise, 
resta l'un des plus considérables de l'Europe 
occidentale. 

» La mer, qui continuait à se retirer len- 
tement, laissa bientôt s'envaser le Swyn, tout 
comme elle l'avait fait pour le Braakman. Malgré 
le canal du Rye que les Brugeois cherchaient à 
prolonger au fur et à mesure des besoins, le port 
de Damme perdit toute son importance et s'en- 
sabla complètement. 

» Les Gantois n'avaient aucun intérêt à créer 
ou à améliorer une voie maritime dont leurs 
rivaux, les Brugeois, auraient pu profiter. Us 
reportèrent leurs vues vers le nord. 



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151 — 

» La Pêcherie des châtelains se dessinait encore 
dans le terrain par un faible pli et par le lit 
ensablé d'un bras de la Lys. Charles-Quint permit 
en 1547 de la canaliser, de la rectifier et de la 
prolonger par un canal nouveau tracé de Rooden- 
huyze au Sas-de-Gand. Le travail fut poussé avec 
vigueur et, en 1562, le premier navire de mer, 
qui venait directement de Dordrecht par le canal 
du Sas, entra dans le port de Gand '. 

» Les espérances que notre ville avait fondées 
sur sa nouvelle communication maritime, ne se 
réalisèrent pas. Les guerres de religion vinrent 
briser cruellement les illusions de nos ancêtres et 
furent pour eux une source de mécomptes. On 
les empêcha d'utiliser le canal, et les Hollan- 
dais incendièrent les écluses du Sas-de-Gand, 
reconstruites aussitôt, mais infructueusement. 
Pendant toute la durée de la guerre de 80 ans, 
la navigation resta interrompue sur le canal du 
Sas et le canal lui-même totalement négligé. 

» Les Gantois furent forcés de se tourner de 
nouveau vers leur rivale en industrie et commerce. 
Les archiducs Albert et Isabelle leur octroyèrent 
en 1613 l'autorisation de créer le canal de Gand à 
Bruges, et de mettre ainsi à profit le canal reliant 
cette dernière ville à l'Ecluse, qui avait hérité de 
la prospérité de Damme et fut elle-même aban- 
donnée plus tard lors du prolongement direct du 
canal de Bruges sur Ostende. 

» Le nouveau travail ne ramena point dans 

' Alors situé au quai de la Lieve. 



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152 — 

notre ville cette prospérité maritime et commer- 
ciale dont elle s'était autrefois si enorgueillie. 

» Gand ne put réellement espérer de voir re- 
naître son importance maritime, que lorsque le 
traité de 1814 qui réunit la Belgique à la Hol- 
lande, eut fait cesser tout antagonisme entre ces 
deux pays. 

» Le canal du Sas offrait à cette époque un 
spectacle des plus tristes. Il ne servait plus guère 
que de voie de navigation locale, et son chenal 
d'accès au Braakman était insuffisant même pour 
assurer l'écoulement des eaux. » 

Le canal de Temeuzen mit fin à cette situation : 
la yille de Gand fonde sur lui de grandes espé- 
rances pour une nouvelle prospérité commerciale. 

Cette digression, qu'on nous pardonnera aisé- 
ment en faveur de son intérêt, nous a éloignés 
quelque peu de notre sujet. 

Nous en sommes restés au moment où la 
branche de l'Elscaut de Gand à la mer par Ter- 
monde et Anvers, est devenue la branche princi- 
pale. L'Escaut emprunta l'ancien lit de la Dendre, 
en l'élargissant, et la branche orientale fut, encore 
longtemps, la branche principale pour l'écoule- 
ment des eaux. 

Déjà cependant, la branche occidentale, ou le 
Hont actuel, se dessinait. Une des nombreuses 
ramifications qui formaient primitivement le 
réseau des marécages de la Ménapie, avait sur^ 
vécu aux nombreuses digues que les habitants 



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— 153 — 

de ces pays avaient élevées peu à peu, et elle 
reliait l'Escaut oriental, depuis Saeftinghe, au 
Braakman et au Zwin. 

Cette branche, qui offrait de nombreux détours, 
n'était pas large et portait encore au XIV*^ siècle 
des noms divers queWamkoenig nous a conservés. 
A l'embouchure du Zwin, ces eaux portaient les 
noms d'Heydensee et de Wielingen; plus loin, au 
midi de Borsele, ceux de Kille (crique) et de 
Diepenhee (eau profonde) ; enfin jusqu'à leur jonc- 
tion avec l'Escaut oriental au nord d'Anvers, celui 
de Hont. 

Le nom de Wielingen s'est conservé à une passe 
de l'embouchure de l'Escaut, mais cette passe ne 
semble plus être la même que celle qui portait 
primitivement ce nom. On appelait autrefois 
Wielingen l'étranglement qui, reliant l'ancien 
Zwin au Braakman, séparait le pays d'Oostburg 
de l'île de Walcheren; et ce nom lui venait des 
tournants d'eau et des remous qu'il offrait. 

Cet état de choses subsista plus ou moins jusqu'à 
la fin du XIV*" siècle. La grande inondation du 
16 novembre 1377 vint bouleverser tout le pays. 
L'ancien Zwin fut comblé, et le Hont actuel se 
forma : l'ancienne passe s'élargit considérablement 
et le fleuve prit une nouvelle direction en aban- 
donnant peu à peu TEscaut oriental. De nombreux 
villages furent ensevelis à jamais. 

Le fait de l'élargissement et de l'approfondis- 
sement du Hont à la suite des inondations de la 
fin du XJV** siècle est consigné dans une pièce 
authentique du XV^ On lit en eflfet dans une 



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— 154 — 

ordonnance de 1469 concernant la prise d'un 
navire de Gérard Pels, « navienr » d'Anvers : « au 
temps passé l'eau de la Honte était si petite que 
nulz ou bien peu de navires, venant de la ville 
d'Anvers, pouvaient passer par ladicte rivière et 
que tous les navires passaient par le pais de la 
Zélande, » 

Le rôle des inondations qui désolaient pério- 
diquement la Zélande et le nord de la Flandre, 
a été grand dans tous les changements du cours 
de TEscaut que nous venons d'esquisser. L'histoire 
de notre pays a conservé le souvenir de ces grands 
cataclysmes et les anciennes cartes géographiques, 
que possèdent nos archives, ont retenu de ces 
événements des contradictions et des variations 
parfois très grandes pour un court espace de 
temps. 

(' Il ne parait pas qu'il y ait eu beaucoup 
d'inondations dans les premiers siècles de l'ère 
chrétienne, dit Belpaire; du moins n'en voit-on 
pas beaucoup rapportées même jusqu'au IX* siècle. 
En 820, la mer rompit les digues, et quelques 
autres inondations, parmi lesquelles celle de 860, 
furent tout aussi funestes. » 

Mais ce fut surtout au conunencement du XI" et 
jusqu'au Xir siècle que notre pays fut ravagé, au 
point que beaucoup de ses habitants se prirent 
à désespérer de la stabilité du sol natal et émi- 
grèrent en Allemagne et en Angleterre. 

Nous avons placé l'ensablement définitif du 
Braakman au X'- ou au XP siècle : s'imagine-t-on 
l'efiet que durent produire sur les côtes septen- 



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— 155 — 

trionales de la Flandre des inondations qui se 
représentaient pour ainsi dire tous les ans. Ainsi, 
pour ne citer que les plus formidables, nous rap- 
pellerons celles des années 1003, 1014, 1015, 
1016, 1017, 1020, 1041, 1042, 1086, 1100, 1105, 
1109, 1112. 

Aussi comprendrart-on que, tout en adoptant 
l'opinion d'après laquelle l'Escaut coulait primi- 
tivement du sud au nord à la sortie de Gand, 
opinion que l'histoire, la tradition, la topographie 
et la géologie s'accordent à appuyer, nous ne nous 
chargions pas de fixer l'époque précise où cette 
situation s'est définitivement modifiée. 

Maurice Heins. 



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— 156 — 



LA DANSE A GAND AU XVIIT SIECLE. 



/ 



ROBERT DAUBAT. 

Robert Daubât, qui fut maître à danser à Gand 
au XVIIP siècle, est une figure intéressante sous 
plus d'un rapport, et cependant peu connue. 
M. Ferd. Vanderhaeghen, le savant bibliothécaire 
de l'Université de Gand, dit, dans sa Bibliographie 
gantoise, qu'il n'a rencontré le nom de l'auteur 
dans aucun ouvrage biographique. Je voudrais 
combler cette lacune, et je vais essayer de faire 
sa biographie aussi complètement que possible. 

Robert Daubât naquit à S^-Flour (Cantal), le 
8 février 1714, et fut baptisé le lendemain; il 
était fils de Jacques, qui exerçait la profession 
de sellier, et de Delphine Bar es. 

n arriva à Gand en 1752, avec sa femme 
Michelle Le Quay, née à Mons, et il fut inscrit 
comme bourgeois de la ville le 28 juillet, sous le 
nom de d'Aubat\ En ville, il se faisait appeler 
Jean- Baptiste-Robert d'Aubat S*-Flour ou de 

• Archives de la ville de Gand. — Poortn^-hoeck (1739-1782), fo 31 . 



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— 157 - 

S'-Flour. n ne faut pas s'étonner de l'aspect 
noble qu'il avait donné à son «lom, car les maîtres 
à danser de cette époque étaient des person- 
nages vaniteux, s'efforçant de singer les grands 
seigneurs qui composaient leur clientèle, et le 
faisant souvent avec la dernière impertinence. 

Dès son arrivée il s'occupa de se faire connaître, 
et fit jouer une pantomime de sa composition à 
la suite de la tragédie : Het goddeloos en heymelyk 
bedrog voorsien door Limella dochter van Olaus 
koning van Denemerken, volbraché door de doodt 
van Sigrida, ende gestraft door O^vnigerinus {La 
trahison secrète et impie conçue par Limella, fille 
d^Olatis roi de Danemarck, mise à exécviion par 
la mort de Sigrida, et punie par Ormigerinus). 
Cette pièce fut représentée le 29 juin, le 2, le 9, 
le 16 et le 17 juillet 1752, sur le théâtre de 
S^-Sébastien, par des membres de la confrérie des 
bouchers de la Grande-Boucherie, au profit de la 
chapelle de cette confrérie. 

Divers pa^ de grand caractère furent dansés en 
guise d'intermèdes par Mathieu van Loo et Adrien 
Deynoot, et trois jeunes enfants exécutèrent un 
pas de jalousie. La représentation se termina par 
la pantomime de Daubât : De liefde van Arlequin 
{L amour d Arlequin)^ dont le principal rôle était 
confié à un enfant de neuf ans, et par un grand 
Ballet turc, aussi composé par Daubât * . 

* Sr. Matthys van Loo en Adriaen Deynoot, zullen verseheyde 
Dansen executeren van orootb Caractères ; alsmede zal door dry 
kleyne kinderen gedanst worden een Jalousbn Dans. 

Naer het eynde van het groot spel, zal vertoont worden deHet'de 

11 



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— 158 — 

En 1757, il fit paraître chez Jean Meyer : 
Honderd uytgelesen Conùredansen, op aile soorten 
van Toonen, en die konnen op aile Instru7nenten 
gespeeU worden; de Figuren zyn daer by gegra- 
veert, en den Bas met Cyffers geteekent voor de Cla- 
vecine, door Sr. cTAubat de S^-Flour, dans-meester 
binnen de stadt Gend. — Te behomen lot Gend by 
Jan Meyer*. Mais on ne connaît pas d'exem- 
plaire de cet ouvrage. En revanche, on en pos- 
sède de la traduction française parue à Gand sans 
nom d'imprimeur et sans date, mais, selon toutes 
probabilités, aussi chez Jean Meyer et en 1757, 
sous le titre suivant : Cent Contredanses En Rond 
Propres à exécuter sur toutes sortes d'Instrumens, 
acec les Basses chiffrées pour le Clavecin Et une 
explication raisonée de chaque Contredanse Dédiées 
A M^ Le Vi-comte de Nieulant Chambellan de 
LL, M. I et R, grand Bailly de la ville de Gand, 
Seign"^ de Ruddervoorde &c. &c, Recuillies par 
Dkubat St'Flour, Màitre à datiser dans la ville de 
Gand Gravé par P, Wauters, graveur à gand; le 
prix est un Ducat *. 

Le titre de ce volume in-4" oblong, est encadré 
dans une bordure allégorique dont les motifs 

van AfiLEQUiK nleuwe Pantomimb, waer iu een kindt van negeu 
jaeren, zal de principaelste RoUe executeren, ende ailes zal eyndigen 
door een groot Turcks-Ballbt ailes gecomponeert door Sr. Daubat- 

S. FLOUB. 

(Het goddeloos en heytnelyk bedrog voorsien door Liniella.,,. Gand, 
Jean Meyer, s. d. [1762], in-4« de 2 feuillets.) 

' F. Vandbbhabohen. Bibliographie gantoise, t. lïl, p. 34<). 

* L'orthographe fantaisiste de ce titre a été scrupuleusement 
reproduite, comme, d'ailleurs, celle de toutes les autres citations. 



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— 159 -- 

principaux sont des instruments de musique ; 
au-dessous les initiales J. P. et V. D. H. ; au verso 
les armoiries du vicomte de Nieulant. Puis six 
feuillets liminaires contenant la dédicace * , la liste 
des souscripteurs, un avertissement, la table des 
contredanses et deux airs gravés : Les Victoires 
Autrichiennes du 18. et du 20. Juin 1757 ., et La 
Charte Lorraine. Ensuite nouante -huit contre- 



' Voici ceite curieuse dédicace : 
Monsieur, 

Je voiidrois qu'il me fut possible de vous dépouiller pour un moment 
de vos digtiités; V hommage publiq que vous rends aujourd'hui^ ne 
seroit pas au moins suspect d'Idolâtrie. Des titres, un grand nom, en 
faut-il d^ avantage j pour être l'objet du culte de tous ceux que la for^ 
tune n'a pas mis à même de remplir la voracité de leurs désirs ! mais 
que sont-ils i des sacrilèges & des usuriers. Pour moi. Monsieur, que 
l'hypocrisie & le sordide interest n'ont encore pu gâter, je suis bien 
sur que je ne me fais point illusion, lorsque mon cœur me dit. Oui, 
rien de plus vrai ; le Nom dont je décore ce petit recueil, est illustre ; 
il est cher à la Patrie ; mais celui qui le porte aujourd'hui efface la 
gloire de ses Ayeux, & fait craindre pour sa postérité. On le respecte 
beaucoup, cpla n'est rien : mais on Taime encore plus qu'on ne le 
respecte, voilà le Phénomène. 

Toutes ces vérités prononcent contre moi; à iiaprecier les choses, 
que ce qu^elles sont effectivement : quoi; dira-t-on; est-ce sous un tel 
abri qu'il falloit tnettre un misérable recueil de Contredanses? Apre- 
nés, Censeur indiscret, que si les hommes s'en étoient tenus au 
simple nécessaire ; vous ne connoitriés pas même la pudeur ; par 
conséquent, bien peu de plaisirs ; & que vous coucheriés encore sous 
le chaume. 

Je sçais, Monsieur quHl vous siéroit mieux d^étre cité à la tête de 
quelque bon traité de la bonté du cœur ; ce seroit là votre place : 
cependant si ce que j^ose vous présenter, ne vous semble, à la première 
vue, qu'une bagatelle; rapellés-vous , sHl vous plait, que David à 
dansé devant V Arche. 

Oest avec un très profond respect que j^ai Vhonneur d'être 
Monsieur, 

Votre très-humble & très obéissant serviteur 
D'Auliat S. Flour. 



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— 160 — 

danses, dont chacune est suivie de l'explication 
des figures. A la fin de l'exemplaire que possède 
la bibliothèque de l'Université de Gand, se trouve 
un supplément de six feuillets, comprenant douze 
contredanses. Il doit y avoir eu encore d'autres 
suppléments; car, d'après un avis de la Gazette 
van Gend du 23 et du 25 juin 1767, l'ouvrage 
av^ait été augmenté de dix-huit, puis de six 
contredanses, ces dernières composées à l'occa- 
sion du rétablissement de l'impératrice Marie- 
Thérèse*. 

Ces contredanses sont écrites pour clavecin. 
Celles des Victoires Autrichiennes^ sont gravées en 
trio pour deux violons et basse, et celles du 
supplément le sont pour deux violons, deux 
clarinettes et basse, à l'exception de la 8" écrite 
pour clavecin. Parmi celles qui se distinguent par 
la grâce de la mélodie, je citerai la Ra?nbert (18), 
la Barbari}ie (23), la Chercheuse doiseaiuv (25), 
les Ssavoyards (26), la Bien aimée (39), les Ven- 
danges{4:0), ÏAlbertine (4:4:), le Carnaval Anglois{4t9), 
la Danseuse (1 (S) Ja Marchande (85), la Faille (94), et 
parmi celles à cinq parties, la PastoreUa (suppl^, 9). 
Remarquons le titre de la 50*", la Flaraubadelou, 
qui donne, à peu près, le nom de l'auteur en 
anagramme. 



• By Sr. Daubât S. Flour, Dansmeester binnen de Stad Gend, 
woouende nevens d' Opéra, zyn alsnoch te bekomen de Boeken pje- 
intituleert honderd Contredanssen, gegraveert in koper, met de 
accompagnementen om te danssen in Kolonnen en in Qu-wlrillen, 
met de vermeerderinge van 18., alsmede noch geaugmenteert met 
zes nieuwe, dienende tôt Vreugdebedryven over de hersieltenisse 
der keyzerinne koninginne, en de Triumphe der Stad Gend. 



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— 161 — 

La contredanse, qui avait été longtemps oubliée, 
était alors en grande faveur, depuis qu'elle avait 
reparu en 1745 dans un ballet de Rameau : les 
Fêtes de Polymnie. Peu de temps après l'impression 
des Cent Contredanses de Daubât, parut à Paris, 
chez Cailleau, le Répertoire des Bals y ou Théorie 
pratique des contredanses décrites d'une ynanière 
aisée j avec des figures démonstratives pour les 
pouvoir danser facilement, au^qicelles on a ajouté 
les airs notés, par de La Cuisse et Robert (1762- 
1765, 4 parties in-8^). 

J'ai dit un peu plus haut qu'au point de vue 
musical, l'œuvre de Daubât n'était pas sans 
valeur. Il devait d'ailleurs être assez bon musi- 
cien, puisque nous le voyons diriger les chœurs 
chantés pendant les intermèdes des tragédies 
suivantes, représentées par les élèves du collège 
des jésuites, à l'occasion des distributions de 
prix : Nabuchodonosor 7^egno restitiUus (1 septem- 
bre 1758), Lapsus angelorum (4 septembre 1759), 
Jacobus Machabœorum natu-minimus (3 septem- 
bre 1760), Su^anna (2 septembre 1762)*; mais 
après 1762, son nom ne figure plus sur les 



* Dans cette pièce il dirigea les danses et non les chœurs ; car le 
programme dit que les élèves « tripudiabunt « et non pas, comme 
d'ordinaire, que « choreas agent. « — Tous les programmes de ces 
représentations ont été imprimés chez Pierre de Goesin ; la biblio- 
thèque de l'Université de Gand en a une collection déjà fort belle. 
Notons qu'avant 1762, c'est-à-dire avant l'arrivée de Daubât à Gand, 
ces programmes ne contiennent psks d'indication relative à la 
musique. Serait-ce Daubât qui fit ajouter une partie musicale 
à ces solennités? La chose est fort possible, mais difficile à prouver 
car les pièces de 1763 à 1757 manquent précisément dans la collec- 
tion gantoise. 



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— 162 — 

programmes, quoiqu'il ait probablement continué 
à être mêlé à ces représentations. En outre, il est 
inscrit, en 1768, comme second violon dans la 
liste des musiciens de l'orchestre du théâtre de 
Gand qui a été publiée dans la seconde partie du 
Spectacle français à Bruxelles de 1768, à la suite 
de Y État des acteurs et actrices qui composent le 
Spectacle de Gand, 

En 1762, Daubât édita chez Jean Meyer trois 
motets italiens sous le titre suivant : Mtcsicq 
stukken van de grootste ende voornaemste Meesters 
van Italien^ bestaende in dry Mottetten, zeer dienstig 
om te zingen zoo in de Kercken als in de Concerten, 
hebbende onder de Musiqu de Latynsche en Italiaen- 
sche woorden en bestaende in 56. kopere Plaeten in 
Folio ^ aile de Partyen afgezondert van de Simphonie 
waer van het eerste Motet behelst een Récit, een Duo 
en een Trio; het tweede een Air, een Duo en een 
Trio; en het derde een Air^ een Napelsche Duo en 
een Quinto. Uitgegeven door Sieur DAubat de 
St. Flour. Prys 6 litres fransch geld ' {ilforceaujc' 
de musique des principaux maîtres d'Italie^ consis- 
tant en 3 motets, en 56 feuilles, gravées sur 

cuivre, etc.). On ne connaît pas d'exemplaires de 
ce recueil, dont le titre semble indiquer le projet 
de publier une collection d 'œuvres choisies des 
principaux maîtres italiens. 

Non seulement il éditait de la musique, mais il 
s'occupait aussi de vendre des instruments; en 
effet, il fît annoncer dans la Gazette van Gend du 

» F. Vakdbbhaeghen. Bibliographie gantoise, t. III, p. 347. 



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— 163 - 

5 septembre 1771, qu'il désirait vendre une basse 
et un violon d'Hoffmann, ainsi qu'une mandoline 
italienne * . 

En 1776, il régla les danses d'une pantomime 
en trois parties, intitulée : Den Zegenprael de?' 
Toover-konste {Le Triomphe de la Magie)^ dont 
la musique avait été composée par Schmid, ancien 
directeur de l'orchestre du comte de Salm, évêque 
de Toui'nai, et qui fut représentée sur le théâtre 
de S^-Sébastien par la confrérie des bouchers, le 
dimanche 14 avril 1776 *. Cette pantomime eut 
un tel succès qu'on en donna une seconde repré- 
sentation le 18 avril 3. 

Le Nieuwen Almanach curietis en util. ... o/le 



» Sr. Daubât de St. Flour, Dansmeester, woonachtipf binnen deze 
Stad Gend op den Kauter nevens het Gilden-Huys van den U-Sebas- 
tiaen, bied uyt'er hand te vckoopen eenen Bas en eene Viole van 
Hoffmann, als 00k eene Mandoline van eenen van de beste Meesters 
van Italien. 

* Voici l'annonce insérée dans la Gazette van Qend du 11 avril 1776: 

Men laet weten, dat eenige Lief hebbers van de vrye Neiringe der 
Vleeschhouwers binnen deze Stad de eere zullen hebben van te geven 
op den Theater van het Gilden van den H. Sebastiaen voorde eerste 
vertooninge,Zondag den 14. AprU 1776, DEN ZEGENPRAEL DER 
TOOVER-KONSTE, nieuwe Pantomime in dry deelen, noyt binnen 
deze Stad Gend vertoond, welke Stuk zal verçierd zyn met ver- 
scheyde nieuwe Decoratien, aile nieuwelings uytgevonden. Het 
Musicq is opgesteld door den vermaerden Schmid, die voor dezen de 
eere heeft gehad van Musique-Lessen te geven aen H. K. H. de 
Ards-Hertoginne Marie-Anne, Abdisse van het kapittel van Praeg; 
als ook voor dezen Directeur van het Orchester van wylent den 
Graeye van Salm, Bisschop van Doornyk. De Decoratien zyn ge- 
Bchildert door Sr. van Reysschoot, en de dansen gemaekt door 
Sr. Davbat St, Flour, De Pryzen zyn na gewoonte. Men zal beginnen 
' s naer-middags, ten vyf uren. 

' Voir la Gazette van Gend du 15 avril 1776. 



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-- 164 - 

den getrauwen weg-wyser der Stad Gend (Gand, 
Ph. Gimblet), mentionne depuis 1771, année de 
sa fondation, jusqu'en 1780, Daubât comme 
maître de danse des collèges et des couvents à 
pensionnats * ; et c'est à cette qualité qu'il dût 
sans doute de diriger les chœurs dans les repré- 
sentations dramatiques données par ces établisse- 
ments. 

n décéda à Gand le 15 décembre 1782, âgé 
de 68 ans; et il fut enterré le 17, comme l'indique 
le Registrum Baptizatorum matrimonio junctorum 
et septdtorum de la paroisse de S^-Nicolas, pour 
l'année 1782. 

Paul Bebgmans. 



> Une Daubât, probablement fille de Robert, est mentionnée dans 
le même ouvrage comme buraliste du théâtre, jusqu'en 1808. 



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165 — 



UN ADMINISTRATEUR AU TEMPS DE LOUIS XIV '. 

xni. 

Nous perdons de vue Robert ot jusqu'en 1662, 
époque à laquelle il lui arriva une fâcheuse aven- 
ture; il fut mis à la Bastille, ce que nous savons 
seulement par la lettre de cachet adressée au 
gouverneur appelé à le recevoir *. 

Le Roi à M. de Besmaus, 

Mons. de Besmaus, ayant ordoané au sieur de Robertot 
de se rendre prisonnier à mon château de la Bastille, je 
vous fais cette lettre pour vous dire que vous ayez à le 
recevoir en mondit château et à Ty tenir en bonne et sûre 
garde, jusqu'à ce que vous receviez un autre ordre de 
moi, etc. 

A Paris, le 5« de mai 1662 '. 

Contresigné Le Tellier. 

• Saite. Voir Messager des sciences historiques, 1" livraison, 1885, 
p. 45. 

• Dans une lettre du 18 avril 1666 à Colbert, Robertot fait allusion, 
sans entrer dans aucun détail, à un fait survenu pendant sa captivité. 

• Minute du British Muséum, publiée par Ravaisson, Archives de 
la BasHlle, t. III, p. 318. 



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16G — 

Quand les portes de la terrible prison d'État se 
refermaient sur un sujet du Roi, incarcéré à la 
suite d'un soupçon, d'une dénonciation justifiée 
ou non, ou même d'un caprice ministériel, il 
était oublié, pour ainsi dire retranché du nombre 
des vivants, sans grand espoir de faire rapporter 
l'ordre d'écrou ; il n'avait, le plus souvent, d'autres 
faveurs à attendre qu'une chambre plus saine et 
mieux éclairée, quelques livres à lire, mais rare- 
ment du papier et des plumes pour rédiger des 
lettres ou des mémoires, qui du reste, n'arrivaient 
jamais à ceux auxquels ils étaient destinés. Aussi 
ne pouvons-nous que faire des suppositions sur les 
motifs qui amenèrent la détention de Robertot. 

Le Cardinal était mort le 9 mars 1661, et l'on 
peut conjecturer que Robertot, l'un de ses agents 
les plus actifs et de ses coopérateurs les plus 
dévoués, possédait des papiers que l'on voulait 
s'approprier, des secrets dont il y avait lieu d'em- 
pêcher la divulgation, au moins pendant un certain 
temps; telle est, à notre avis, la raison qui le fit 
envoyer à la Bastille, à moins que l'on ne se range 
à l'opinion de Ravaisson, rattachant cette incarcé- 
ration aux difficultés causées par l'acquisition du 
château de Liancourt. Nous aurons bientôt à revenir 
sur ce point '. Quoi qu'il en soit, au bout de moins 



* Nous avions d*abord pensé que l'arrestation de Robertot se 
rapportait au procès de Fcmquet, mais rien ne nous révèle les 
rapports qui auraient pu exister entre eux. De plus aucune des 
charges mises en avant contre Fouquet, ne semble viser Robertot, 
qui, d'autre part, était sorti de la Bastille longtemps avant le 
jugement du surintendant. 



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— 167 - 

d'un an, le 2 mars 1663, un nouvel ordre égale- 
ment contresigné de Le Tellier, rendait le conseiller 
à la liberté \ 

Aucune tache, d'ailleurs, ne demeurait de ces 
détentions arbitraires et, pour n'en citer qu'un 
exemple, nous rappelerons ici qu'en 1726 Le Blanc 
fut tiré du château de Vincennes, pour recevoir 
le portefeuille de la guerre. 

Bien que longuement exposées dans plusieurs 
arrêts du parlement de Paris, les difficultés qui 
surgirent entre Robertot et le marquis de Crève- 
cœur sont loin d'être claires à nos yeux. Elles 
remontaient à 1658; le 28 avril de cette année, 
il avait acheté le château et la terre de Liancourt- 
Fosse, en Picardie *. 

Ce domaine avait longtemps appartenu à la 
famille d'Amerval, dont un des membres, Nicolas, 
n'est que trop connu par son mariage avec Gabrielle 
d'Estrées et par le procès scandaleux qui suivit 
cette union, lorsque la duchesse de Vendôme, 
rêvant de devenir reine de France, en poursuivit 
avec succès l'annulation'. Plus tard, Liancourt 



• Ravaisson. Jd., ibid, 

« Bailliage de Roye, aujourtl'hui canton de Roye (Somme). Voir 
dans Lbroy-Morel, Recherches généalogiques sur les familles nobles 
des environs de Nesle {Picardie), l'* série, t. VIT, 1861, p. 117 et 
suiv., la liste des seigneurs de Liancourt. Aucun des détails que 
nous donnons ici sur IVquisition faite par Robertot n'y figure, et 
son nom n'y est même pas mentionné. 

' On voit encore au château de Liancourt la tour qui servait de 
chambre à Gabrielle et où son lit a été conservé. Une allée du parc 
porte le nom .à^allée des soupirs, qui lui aurait été donné par 
Henri IV ; et, au nord du village, se trouve une grange que l'on 



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— 168 - 

avait appartenu aux Rouvroy-Saint-Simon , et 
Marie-Anne de Rouvroy lavait apporté en dot 
à Charles-François Gouffier, marquis de Crève- 
cœur. Ce dernier étant mort sans enfants en 
1651, son frère puiné, Nicolas Alexandre, avait 
hérité de ses biens \ 

Bien que n'ayant pas été l'objet d'une érec- 
tion régulière, Liancourt a été parfois considéré 
comme constituant un marquisat et, dans deux 
aveux qui lui sont rendus comme seigneur de La 
Chaussée, les 3 et 5 juillet 1658, Robertot est 
qualifié de marquis de Liancourt, mais nous ne 
croyons pas qu'il ait pris jamais lui-même ce titre 
qui lui était donné par un tabellion de village, 
dans des actes où on le voit également gratifié de 
celui de Conseille}^ du Roi en ses conseils d'^Etat, 
privé et de ses fifiances, qui ne lui avait jamais 
appartenu, ainsi que nous avons pu nous en 
assurer *. 



nomme toujours le Quartier du Roi, {Promenade dans les environs 
de Roye, par un Bibliomanb boyen). 

^ Titré après la mort de son frère, comte de Gouffier, marquis de 
Crèvecœur, comte d'Engoudesens, seigneur de Liancourt, etc. 
Nicolas Alexandre Gouffier avait épousé, antérieurement à 1659, 
Elisabeth du Faur de la Roderie, fille d*un capitaine au régiment des 
Gardes. 11 mourut le 17 mars 1705, âgé de 85 ans. 

C'est par erreur que Ravaisson a cru qu'il s'agissait ici de Louis de 
Leisquevin de Crèvecœur, lieutenant colonel au régiment de Schulem- 
berg et commandant d'Arras. Tous les documents que nous avons 
sous les yeux établissent qu'il est bien question d'Alexandre Gouffier. 

• Archives de la Seine -Inférieure. Fonds de Saint-Amand, non 
inventorié. 

C'est, sans doute, par suite d'une indication puisée dans un docu- 
ment analogue, que l'é<liteur des Mémoires du Maréchal de Grouchy 
a attribué également à Robertot cette qualité de conseiller d'État. 



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— 169 — 

Cette acquisition avait eu lieu vraisemblablement 
à la suite d'une adjudication sur saisie contre le 
marquis de Crèvecœur., On voit, en effet, qu'un 
arrêt du 14 juillet 1663 avait ordonné la réinté- 
gration de Robertot en la possession et puissance 
de la terre de Liancourt, à la charge d'exécuter 
le contrat de vente et de payer, suivant leur ordre 
de priorité, les créanciers de Gouffier, qui était, 
à cause de ses dettes, enfermé au Fort TEvêque en 
février 1663, à Tépoque où, de son côté, Robertot 
était détenu à la Bastille ^ 

C'est, fort de cet arrêt, qu'au commencement 
d'octobre , Robertot avait cherché à prendre pos- 
session d'un domaine dont la valeur était considé- 
rable , puisqu'il devait encore payer douze mille 
livres d'intérêts, sur le restant du prix d'acqui- 
sition. Cette tentative prit la tournure d'une véri- 
table expédition militaire. Le récit nous en a 
été conservé dans une enquête faite par Pierre 
Pithou, conseiller au parlement, et dont l'une des 



* Plusieurs proches pareuts de Gouffier, Georges de Monchy, 
marquis d'Hoequincourt, René Gouffier, chevalier, marquis d'Epa 
gny et François des Essarts, marquis de Lignières, se déclarent par 
• acte notarié du 11 février 1663, passé au Fort TEvêque, cautions de 
Nicolas Alexandre Gouffier, chevalier, marquis de Crèvecœur, 
demeurant à Paris, rue des Poullyes, à l'hôtel de Provence, paroisse 
Saint^Germain-PAuxerrois, pour les dettes contractées par celui-ci 
envers plusieurs mandataires de Nicolas Jamin, huissier en la cour 
de parlement, chargé, par arrêt du 26 janvier 1663, de la personne 
dudit marquis. Environ dix-huit mois plus tard, le 10 janvier 1664, 
les cautions demandent à être déchargées par Jamin de leur garantie 
et réclament au notaire Mounier un acquit que celui-ci refuse de leur 
délivrer sans la permission du lieutenant civil. (Minutes de Vétude 
Mounier, aujourd'hui Bourin.) 



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— 170 — 

dépositions les plus importantes a été publiée par 
Ravaisson *. 

Après son retour de Paris (fin d'août 1663), 
Robertot avait quitté sa terre de La Chaussée, 
dans les derniers jours de septembre, accom- 
pagné de deux de ses frères, Adrien et Jacques *, 
et de quelques serviteurs'; prévoyant une résis- 
tance, il ne voulait venir à Liancourt qu'avec 
une escorte. 

C'est ainsi que nous le trouvons, à son passage 
par Forestmontiers, s'assurer d'un guide, Mathieu 
Guillebert, manouvrier, âgé de 79 ans, et choisir 
parmi les ouvriers du pays un sergier, Florimond 
Poire, âgé de 21 ans, qui est un des principaux 
témoins de l'enquête. Un tireur de sable, Nicolas 
Carbonnier, âgé de 30 ans, fut engagé pour huit 
jours parce qu'il était adroit chasseur. 

La petite troupe se composait en tout de onze 
personnes. 

Elle arriva au château de Liancourt le l*""* oc- 
tobre, sur les 9 ou 10 heures du matin, et s'y 



^ Archives de ta Bastille, t. 111, p. 318, d'après l'original conservé 
aUX Archives nationales, X^», 1263. 

Cette enquête, qui fonne un petit cahier, est d'une écriture presque 
illisible, et nous comprenons facilement que Ravaisson ait commis 
quelques erreurs dans sa transcription; c'est ainsi qu'il a lu sergent, 
au lieu de sergier, Faremoutiers, au lieu de Forestmontiers. 

* Le plus jeune, Mathieu, sieur de Bressy, devait probablement, 
à cette époque, se trouver prisonnier à la conciergerie du palais, par 
suite de la non exécution par lui d'un arrêt de la chambre des vaca- 
tions du parlement de Paris du 17 août 1663, rendu, sur la requête 
de Nicolas de Verton, grênetier du grenier à sel d'Ault, à la suite de 
contestations financières. 

^ Et notamment de son domestique, Jean Coquin, âgé de 27 ans. 



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— 171 — 

établit. Le premier acte de Robertot fut de se 
faire remettre par Marie Flamand, femme de Louis 
Boistel, receveur, le registre des revenus des 
terres, ce à quoi celle-ci ne consentit qu'à la con- 
dition d'en retirer un reçu. Boistel et sa femme 
étaient encore au service du marquis de Crève- 
cœur; aussi pouvons-nous les compter au nombre 
des ennemis du conseiller, qui ne manqua pas 
de les comprendre dans la plainte qu'il porta 
contre eux. 

Crèvecœur rôdait dans le pays, et deux 
heures ne s'étaient pas écoulées depuis l'arrivée 
du nouveau propriétaire, qu'on vit apparaître 
deux hommes armés, envoyés par le marquis 
et chargés d'interdire l'accès du château. L'un 
d'eux était le tavernier du village : la promesse 
de quelques pots de cidre ne tarda pas à décider 
un certain nombre d'habitants à se joindre à lui, 
pour faire le siège de Liancourt. Bientôt, trente 
à trent.e-quatre hommes en armes vinrent jeter 
des échelles dans les fossés du château, du côté 
de Nesle, et les dressèrent le long des murailles 
pour en tenter l'escalade. 

Un charpentier du village, âgé de trente à 
trente-cinq ans, vêtu de toile, entra le premier, 
pénétra par une fenêtre dans le logement de 
la Flamand , eut avec elle un entretien assez 
long, qui avait eu d'abord l'apparence d'une dis- 
pute, mais qui devait être seulement un prétexte 
d'entente entre les assiégeants et leurs complices 
de l'intérieur, car la femme du receveur obtint 
de Robertot de lui ouvrir la porte et de le faire 
sortir du château. 



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— 172 — 

La nuit et la journée suivante [le mardi], 
Robertot et ses compagnons restèrent en quelque 
sorte prisonniers, mais rien ne fut tenté contre 
eux , on se -borna à empêcher que des vivres 
leur fussent délivrés, et le meunier, ayant voulu 
apporter trois setiers de farine provenant de 
blé fourni par le receveur, les paysans lui bar- 
rèrent l'entrée et sonnèrent le tocsin, ce qui 
amassa un grand nombre de gens sur le théâtre 
de la lutte. Dans la nuit, plus de cent coups 
de feu furent tirés contre les fenêtres et les 
portes. 

Enfin, le 3 octobre, Crèvecœur, en personne, se 
voyant à la tête de forces suffisantes, commença 
Tattaque sur trois points à la fois. Au milieu de la 
journée, il y eut une suspension d'armes d'une 
heure, car tout se passait comme dans un siège 
en règle. Un sieur Danfoy vint en parlemen- 
taire conférer avec Robertot ou plutôt lui faire 
des menaces qui restèrent sans résultat. Pendant 
cette suspension, ajoute le témoin, le sieur de 
Crèvecœur se présenta au bord du fossé et pro- 
féra des injures contre les assiégés, les menaçant, 
si la place n'était pas rendue, de ne leur faire 
aucun quartier. 

Dans la nuit du mercredi au jeudi, l'affaire prit 
une tournure encore plus sérieuse. L'attaque se 
produisit simultanément en quatre endroits, et 
plus de cinq cents coups de fusil furent tirés. 

Le jeudi et dans la nuit suivante, le siège con- 
tinua et plusieurs assauts furent tentés à deux 
brèches pratiquées du côté des bois. Robertot 



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N 



- 178 - 

y fut blessé à la jambe, ce qui ne l'arrêta pas et 
ne lempêcha pas de s occuper activement de 
réparer les murs; il barricada les fenêtres, con- 
struisit des traverses dans la cour, utilisant dans 
ce but les portes des chambres, ainsi que des 
planches et des coffres. 

Profitant d'un moment de répit, il écrivit à 
Le Tellier, pour lui demander de mettre le Roi au 
courant de ce qui se passait et lui annoncer com- 
ment le sieur de Crèvecœur le tenait assiégé avec 
trois cents personnes, gentilshommes, soldats et 
paysans. Malheureusement, cette lettre, accom- 
pagnée d'un don de quatorze livres, somme élevée 
pour l'époque, fut confiée à la plus jeune des 
servantes de la Flamand, avec ordre de la porter 
au courrier de Roye ; mais grâce à la fourberie de 
cette fille, eUe fut remise directement aux mains 
de Crèvecœur. 

Enfin, le vendredi, à la suite de près de cinq 
jours de siège, les forces étant par trop inégales, 
les assiégés durent entrer en accommodement et 
signer une capitulation. 

Danfoy en fut le négociateur. On décida que 
Robertot et ses compagnons sortiraient le len- 
demain du château sans être inquiétés, mais, 
presque aussitôt, le receveur Boistel arriva avec 
plusieurs personnes et fit signer par force au 
véritable propriétaire un acte par lequel il renon- 
çait à la plainte qu'il avait envoyée à la Cour; 
non content de cet acte de violence, il fit fouiller 
toutes les valises et équipages du conseiller et 
en enleva le registre du revenu de la terre 

12 



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— 174 — 

de Liancoiirt, ainsi que plusieurs autres papiers, 
sans restituer le récépissé qui lui avait été 
remis précédemment. Enfin, le vendredi, vers 
quatre heures de l'après-midi, le château fut 
abandonné à Crèvecœur, qui sy réinstalla et 
le fit garder par ses tenanciers. 

Il résulte, du reste, des dépositions de plusieurs 
témoins que, pendant tout le temps de cette 
opération, le marquis ne cessait de diriger les 
mouvements des paysans qu'il avait ameutés, 
ainsi qu'il était facile de le voir, grâce à la lueur 
produite par des bottes de paille, allumées sur 
ordre de Robertot, pour observer les mouvements 
de ses ennemis. 

Nous devons penser qu'à la suite de cette expé- 
dition malheureuse, Robertot, ses frères et leurs 
compagnons se rendirent immédiatement à Paris, 
où ils devaient se trouver du 8 au 10 octobre au 
plus tard. 

Battu et peu résigné, Robertot évoqua immé- 
diatement l'affaire au parlement de Paris, deman- 
dant qu'il lui fut permis de faire informer par un 
conseiller, pour les personnes présentes dans la 
capitale, et par le premier juge royal du lieu, pour 
les autres, à l'exception des magistrats du bailliage 
de Roye, « suspects au suppliant et à la dévotion 
du sieur (îouffier. » Il réclamait, en outre, sa 
réintégration dans le château de Liancourt, avec 
défense de le troubler à l'avenir dans sa posses- 
sion, sous peine de mille livres d'amende et de 
la perte de la vie pour les contrevenants. 

Un arrêt du 12 octobre, rendu par la chambre 



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— 175 - 

(les vacations*, lui donna gain de cause, le mit 
sous la sauvegarde de la cour, l'autorisa à faire 
publier des monitoires en forme et désigna 
Pierre Pithou, l'un de ses membres les plus 
distingués, qui, dès le 17 octobre 1663, appelait 
devant lui les témoins, en la chambre de la 
Tournelle, et procédait à l'information dont nous 
venons de résumer les principaux éléments. 

Quant au juge royal délégué pour poursuivre 
l'enquête à Liancourt, nous n'en connaissons pas 
le nom, mais nous trouvons, dans la Correspon- 
dance administrative, publiée par Depping, des 
détails qui nous semblent indiquer que les soup- 
çons de Robertot sur la moralité des membres du 
bailliage de Roye étaient parfaitement justifiés. 

En effet, l'année suivante on voit Courtin, in- 
tendant de Picardie, et Nacquart, venus à Roye, 
promettre dans leurs rapports à Colbert de faire 
un exemple qui serait d'un grand éclat dans toute 
la Picardie, en poursuivant les magistrats de 
Roye et notamment le lieutenant-général et l'un 
des élus. « L'information que j'ai envoyée au 
parlement composée de plus de cinquante té- 
moignages, écrit Courtin, est remplie de tant de 
faits qui prouvent la concussion des officiers de ce 
siège que je peux vous répondre, par advance, 
que le moins qu'il puisse arriver au prévôt de 
la ville et au lieutenant-général *, c'est d'estre 



* Archives nationales, X'-^a^ 332. 

• ("était alors Jacques Roussel, pourvu, depuis 1643, des deux 
offices de lieutenant général civil et criminel. Grégoire d'Essiony 



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— 176 — 

déclarés indignes d'exercer à l'advenir aucune 
charge de judicature. Je ne sçai si on n'ira 
point plus avant pour ce dernier et s'il ne court 
point fortune de la vie * . » 

Nous ne voyons pas au juste, avons-nous dit, 
quelle fut la solution de cett^ affaire. Tout ce 
que nous remarquons c'est que, vers 1667, la 
seigneurie de Liancourt paraît cesser d'appar- 
tenir à la famille de Gouffier et qu'elle devient 
la propriété de Charles CoUin, secrétaire du 
Roi *, dont une fille, Françoise Geneviève, l'ap- 
porta en dot à Gérard de Lescalopier, conseiller 
au parlement, 

Liancourt, depuis cette époque, n'a cessé d'ap- 
partenir à cette famille et est encore aujourd'hui 
la propriété de M'"** la comtesse Charles de Lesca- 
lopier, veuve du savant conservateur de la Biblio- 
thèque de l'Arsenal. 

XIV. 

Par le résumé que nous venons de présenter 
de la vie de Robertot pendant son séjour en 
Lorraine, en Flandre et dans les Pays-Bas, enfin 
dans le cours de l'année presque entière qu'il 

dit, dans son Histoire de Roye, qu'il cessa ces fonctions en 1665, sans 
en dire le motif. Ce fut là probablement le résultat des menaces de 
rintendant Courtin. 

• Corresp. admin,, t. II. p. 136, 11 juin 1664. 

* La famille Collin paraît n'avoir séjourné que peu de temps en 
Picardie. Uaudicqubr de Blancour la fait figurer dans son iVo6f- 
liaire de Picardie, sans indiquer ses armoiries» et on ne la trouve 
pas au nombre de celles qui furent maintenues lors de la recherche 
faite par Tintendant Bignon. 



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- 177 — 

passa à la Bastille, il est facile de conjecturer 
que, durant dix ans, il ne vint que fort rarement 
en Normandie et que ses intérêts, ayant pris de 
l'importance, devaient fort souffrir de son absence. 
Aussi ne s'étonnera-t-on pas de le voir désormais 
demeurer une partie de son temps dans le domaine 
de la Chaussée, où il devait finir ses jours. 

Pourtant, avant de retracer ce que nous appel- 
lerons sa vie intime, « Robertot chez lui, » nous 
avons à le suivre dans une mission qui lui fut 
confiée par Colbert et à dire quelques mots de 
son projet de retraite dans une maison religieuse, 
projet qui paraît avoir reçu à peine un conunen- 
cement d'exécution. 

Dans les premières années du règne de Louis XTV, 
à rissue de la Fronde principalement, la justice en 
France était dans un état d'abaissement réel. Il 
suffirait, pour s'en convaincre, de relire les lettres 
que nous avons déjà publiées, de rappeler ces épi- 
sodes de Dieppe, de Vie, de Liancourt et d'autres 
encore, sans même avoir besoin d'invoquer Tauto- 
rité du nom de Fléchier et le souvenir des Grands- 
Jours d'Auvergne. On était, d'ailleurs, à pou près 
unanime à constater l'urgence d'une réforme judi- 
ciaire complète, d'une refonte des lois et des 
règlements, et aussi d'un changement dans le 
personnel, toutes mesures de nature à amener 
l'unité dans la justice et à offrir tant aux plai- 
deurs, en matière civile, qu'aux inculpés, en 
matière criminelle, des garanties d'impartialité 
qui leur faisaient trop souvent défaut. 

Telle est la grande œuvre que tenta Colbert et 



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— 178 — 

qu'il réussit à réaliser en partie, mais qui ne 
devait être complétée en France que plus d'un 
siècle plus tard, lors de la promulgation des Codes 
Xapoléon. 

Le 15 mai 1665, Colbert remettait à Louis XIV 
un mémoire dans lequel il insistait sur la gloire 
attachée à une réforme générale, établissant dans 
toute la France une même loi, un même poids et une 
même mesure. Il proposait de constituer ainsi un 
corps d'ordonnances aussi complet que celui de 
Justinien pour le droit romain. « Ce serait assu- 
rément, écrivait-il à Louis XIV, un dessein digne 
de la grandeur de Votre Majesté, digne de son 
esprit et de son âge. » Malheureusement ces 
idées, dit M. Chéruel*, étaient trop absolues pour 
l'époque. Forcé de se restreindre aux réformes 
possibles, Colbert dut se borner à conseiller au 
Roi de nommer une commission chargée d'étudier 
et de préparer les modifications législatives*. 

» Journal d'Olivier d'Ormesson, Introduction, t. II, p. CXlll. 

* M. Jal, un des écrivains qui, avec Pierre Clément, a le mieux 
connu répoque de Louis XIV, au point de vue administratif, donne, 
à ce propos, une appréciation des efforts de Colbert qui nous semble 
si judicieuse, que nous croyons devoir la transcrire : 

u M. Colbert ne pouvait tout faire d'un coup ; il accordait d'aiUeurs 
aux usages du temps les concessions nécessaires pour ne pas tout 
désorganiser. II refit lentement, et cependant cette lenteur n'était 
pas sans une certaine hâte. II pressait partout ses agents, mais il se 
heurtait partout à des habitudes anciennes, à des préjugés, à des 
routines; il obtenait souvent sans convaincre, et ne parvenait à 
triompher des difficultés qui lui étaient opposées qu'en employant 
l'indiscutable autorité du Roi. Louis XIV soutenait son ministre, et 
pour marquer combien il appréciait les services qu'il lui rendait, 
saisissait toutes les occasions de lui donner d'éclatantes récom- 
penses. » [Abraham Du Queme, t. I, p. 835.) 



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— 179 — 

Robertot avait été au courant des projets de 
Colbert avant leur divulgation, et s efforça de 
mettre à la disposition du ministre les lumières 
que lui donnait une expérience acquise par plus 
de vingt années de pratique judiciaire et de ser- 
vices administratifs. 

Une fois de plus, nous croyons devoir revenir 
sur quelques-uns des chapitres précédents, et 
tout, en indiquant les motifs qui autorisaient 
Robertot à offrir son concours au ministre, nous 
donnerons quelques nouveaux renseignements , 
propres à mettre en lumière les raisons qui 
l'avaient engagé à quitter le métier des armes 
pour la carrière judiciaire. 

Ce ne sont pas, du reste, les seuls points dont 
nous aurons à entretenir le lecteur dans l'ap- 
pendice qui devra compléter ce travail ; des 
documents qui nous ont été gracieusement com- 
muniqués depuis l'impression des premiers cha- 
pitres, ainsi que des pièces puisées pai' nous à des 
sources qui semblaient ne devoir rien produire 
tout d'abord, nous forceront à entrer dans de 
nouveaux détails sur la vie de Robertot et à 
parler de son mariage, de sa mission à Mantoue 
et de quelques autres aventures de sa vie. Toute- 
fois, nous ajouterons que, si des faits non encore 
cités viennent compléter la biographie du per- 
sonnage que nous étudions, aucun des documents 
retrouvés par nous ne modifie dans le fond le 
récit que nous avons donné jusqu'ici. 

Dans la Généalogie de la maison de Tonstain, 
publiée à Paris, en 1799, par Charles-Gaspard de 



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— 180 - - 

Toustain-Richebourg, on lit ce qui suit : « Beau- 
coup de noblesse ancienne et militaire de Nor- 
mandie, à qui je ne connais pas de charge dans 
la magistrature et judicature de cette province, 
est entrée dans celle des autres, comme le fit 
Thomas de Grouchy, sieur de Robertot, qui fut 
conseiller au parlement de Metz » 

Sans chercher ailleurs, examinons parmi les 
proches de Robertot, les exemples qu'il trouva. 
Son grand-père maternel, Adrien de Toustain, 
après avoir été homme d'armes dans la compagnie 
du Maréchal de Retz, quitta le service en 1570 et 
entra dans le parlement de Normandie ; il mourut 
conseiller honoraire et doyen de grande chambre, 
le 3 mars 1606. 

n eut, de son mariage avec Françoise de Han- 
nivel, entre autres enfants, Marie de Grouchy, 
mère de Robertot, puis Robert de Toustain, qui, 
après avoir quelque temps porté les armes comme 
son père et ses frères, devint, en 1601, conseiller 
au parlement de Rouen par la résignation de son 
père. Lui-même eut un fils, Charles, cousin 
germain de Robertot, qui mourut le 29 septem- 
bre 1652, conseiller au parlement de Normandie. 

Un autre oncle de Robertot, Nicolas de Toustain, 
né en 1590, passa ses premières années à l'armée, 
puis endossa la robe et fut pourvu en 1636 de la 
charge de garde des sceaux de la chancellerie de 
Normandie, qui avait été exercée par les cardi- 
naux d'Amboise et dans laquelle il n'y avait eu 
que des gentilshommes. Ce Nicolas épousa, le 
27 avi'il 1627, Renée de Fergeol, veuve de son 



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^ 181 — 

cousin, Guillaume de Toustain ; il en eut François, 
né en 1628, nommé le 3 décembre de la même 
année en la paroisse du Boscgonet par son allié, 
François de Canonville, et par sa tante, Marie de 
Toustain, femme de François de Grouchy. Il fut 
lieutenant d'infanterie dans les dernières années 
de Louis XIII, puis entra dans la magistrature. 
Sur la résignation de son père, il fut pourvu de 
FoflBce de garde des sceaux de la province de Nor- 
mandie, par lettres données à Paris le 31 mai 1651 . 

Dès le 20 mai 1665, cinq jours seulement après 
la présentation du mémoire de Colbert au Roi, 
Robertot soumettait au ministre un premier projet 
sur le moyen d'obtenir l'équité dans les jugements. 

Nous ne pouvons reproduire ici ce travail ni 
donner davantage en entier les divers rapports 
adressés par Robertot à Colbert leur longueur et 
leur aridité s'y opposent. Nous nous bornerons à 
en indiquer l'esprit et à en citer quelques passages 
importants. Celui dont il s'agit était accompagné 
de la lettre suivante : 

Monseigneur, 
Comme vous estes dans un continuel travail pour remé- 
dier aux désordres de FEstat, et que Dieu vous a donné des 
lumières toutes particulières pour seconder les intentions 
du plus juste et du plus esclairé de tous les Roys, j'ai creu, 
Monseigneur, m'estant, depuis quinze ans, entièrement 
dévoué à vostre service, que vous ne treuveriés pas mauvais, 
dans le soin, que l'on dit que vous prenés de remédier aux 
abus qui se commettent dans la judicature, que je vous 
présentasse un petit projet, sur le subjet des jugemens que 
Ton peut rendre fort équitables en toutes matières. Si le 



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182 — 

mémoire cy-joint vous agrée, j'en dresseray un autre pour 
labbréviation des procès dans toutes les cours et juridic- 
tions du Royaume, que vous ne treuverés pas plus difficile, 
puisqu'il n'y a que peu de chose à changer dans la procé- 
dure. Mais, comme toutes les choses de ce monde ont deux 
faces et que l'escripture est sans repartie, si l'on vous 
oppose quelques inconvéniens k mon projet, me le fésant 
scavoir, je me rendray. Monseigneur, auprès de vostre per- 
sonne et vous feray connoistre que mes propositions ont 
des conséquences encore plus importantes pour le soula- 
gement des subjets du Roy que celles contenues dans mon 
mémoire, et que mon second projet emporte dans son exé- 
cution Tabbréviation des procès, comme la signature du 
contre tenant fera, humainement parlant, l'infaillibilité des 
jugemens équitables. 

Je suis, avec tous les respect» que je vous dois, 
Monseigneur, 

Vostre très humble, très obéissant et très 
fidèle serviteur, 

ROBERTOT. 

A Paris, ce 20 mai 1665 *. 
Au dos : 

Monseigneur, 
Monseigneur Colbert, Con^»* du Roy en tous ses Conseils. 
Près la personne de Sa Maj^. — A Saint-Germain-en-Lay. 

• Bibliothèque nationale^ Ms, fonds Colbert, Mélanges., Vol. 129i>'», 
{'^ 596. Les lettres et tous les mémoires de Robertot que nous citons 
dans ce chapitre sont inédits à ^exception de la lettre du 9 août 1665. 
Nous extrayons du mémoire les lignes suivantes qui méritent d'être 
rappelles : 

« Sans dessein d'offenser aucun juge en particulier, on peut dire 
que la faveur, la recommandation ou la surprise font aujourd'hui une 
bonne partie de la judicature du Royaume, et qu'il y a peu d'exemples 
qu'un particulier absent puisse gaigner une bonne cause*. » 

^ Bibl. nat., même volume, fo 597. 



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- 183 — 

L'ordonnance d'avril 1667 fit faire un grand pas 
à cette question. Son préambule exposait qu'elle 
avait surtout pour but u de rendre lexpédition 
des aflfaires plus prompte, plus facile et plus sûre, 
par le retranchement des délais et des actes inu- 
tiles et par l'établissement d'un style uniforme 
dans toutes les cours et dans tous les sièges du 
royaume. » 

« Mais, disait M. de Royer, dans un discours où, 
avec la hauteur de vues qui caractérise cet éminent 
magistrat, il exposait les réformes judiciaires et 
législatives de Louis XIV *, « ces premiers actes, 
» malgré les importants progrès qu'ils réalisaient, 
» n'avaient pas pu résoudre toutes les questions, 
» ni triompher, en une seule fois, d'abus anciens 
» et invétérés. » D'Aguesseau nous apprend que 
l'industrie des plaideurs s'était promptement ap- 
pliquée soit à éluder les dispositions de l'ordon- 
nance, soit à y puiser de nouvelles ressources de 
procédure et d'incidents. » 

Si nous avions des exemples à chercher à l'appui 
de cette opinion, nous les trouvrions facilement 
dans divers épisodes de la vie de Robertot. Son 
procès lors de la suppression du Présidial de 
Dieppe, durait encore au moment de sa mort; 
celui qu'il soutenait contre les dames de Saint- 
Amand fit partie de son héritage et, mieux que 
tout autre, il aurait pu confirmer ce que disait 



' Discours prononcé à l'audience de rentrée de la Cour de Cassa- 
tion du 4 novembre 1866. 



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184 ~ 

Montesquieu au parlement de Bordeaux en 1725 : 
« C'est un état que d'être plaideur. On porte ce 
titre jusqu'à son dernier âge ; il va à la postérité, 
il passe de neveux en neveux jusqu'à la lin d'une 
malheureuse famille. » 

Le testament de Robertot nous montrera que, 
comme le plaideur de Montesquieu, il léguait, 
entre autres biens, deux procès à ses héritiers. 

Dans une autre lettre du 20 juin 1665, le con- 
seiller s'excuse, sur l'attaque de goutte qu'il a au 
pied et à la main droite, de ce qu'il ne peut aller 
porter lui-même un troisième mémoire au ministre 
et lui expliquer, en même temps, « les raisons 
particulières de chaque article. » Ce nouveau 
projet avait pour but d'appliquer aux jugements 
ordinaires les principes qui régissaient déjà les 
matières commerciales, et d'obtenir ainsi cette 
économie de temps et d'argent qui est réalisée 
seulement dans les matières sommaires. Ici, 
nous devons le dire, Robertot nous paraît avoir 
devancé son siècle, car on en est encore à récla- 
mer chaque jour la réforme qu'il proposait à si 
juste titre. 

L'abréviation des procès et l'économie dans les 
frais qu'ils entraînent, tels sont les deux buts que 
poursuit, avant tout, Robertot, dans ses différents 
projets, en même temps qu'il s'efforce, par un 
contrôle vigilant, d'assurer de plus grandes ga- 
ranties aux justiciables. 

C'est ainsi que nous trouvons dans les rapports 
qu'il adresse à Colbert, et qui sont conservés dans 
cette collection si précieuse des travaux prépa- 



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— 185 — 

ratoires de la commission de réformation, des 
avis pour l'abréviation des procès : devant les 
cours de parlement (20 articles et une note 
additionnelle); devant le conseil privé du Roi 
(9 articles) * , et même d'autres les élections et 
greniers à sel : 

Monseigneur, 

Je m'estois proposé de vous porter mon troisième projet 
touschant Tabbréviation des procès dans les parlements et 
vous dire en mesme temps les raisons particulières de 
chasque article, mesme de mes deux premiers projects, 
mais je me suis treuvé attaqué de gouste au pied et à la 
main droite, ce quy m'empesche, Monseigneur, de vous 
pouvoir aller rendre mes très humbles respects. J'ay pris 
pour modelle et pour fondement de mes projects les 4' et 
5® articles de Tédit d'establissement des juges consuls de 
Tan 1 563 *, par le moien desquels les juges consuls ont jugé 
sommairement touttes les causes qui se sont présentées 
devant eux jusques à ce jour. Oi-, il n'est pas plus difficille 



* Pour éviter les frais, Robertot propose de régler à 40 sols le rôle 
d'écriture en grand papier lorsque l'inventaire ne contiendra que 
10 rôles, et de le baisser jusqu'à 15 sols, si le nombre des rôles 
dépasse 25. 

Ailleurs, nous le voyons, afin de mettre fin « aux divers incidents, 
chicannes et fuittes qu'inventent et forment journellement les pro- 
cureurs pour se donner de la pratique, pour grossir leurs inventaires 
et escritures et enfler leurs déclarations de frais et despens, estant 
les véritables causes de la longueur des procès et de la ruine de la 
pluspart de nos sujets, » proposer aux juges d'examiner la procé- 
dure, avant le fond, et si elle est rec^onnue irrégulière, de condamner 
les procureurs en leurs propres et privés noms, en de grosses amen- 
des, sans recours contre les parties. 

• Ordonnance sur l'établissement des justices consulaires. Cf. De- 
NIÈRB, La Jurisprudence consulaire de Paris, Pion, 1872, in-8°. 



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— 186 — 

aux juges ordinaires et souverains, déjuger sommairement 
les causes qui naissent des actions réelles et pétitoires, 
quant une fois les demandes et les deflFenses desparties 
sont bien establies, qu'aux consuls de juger des lettres 
de change entre lesquelles il s'en treuvent souvent de fort 
intriquées. 

Je sçay, Monseigneur, qu'il y a des causes qui requièrent 
des veues, des descentes et des enquestes, et par conséquent 
des délais; mais, elles sont fort rares et de cent l'une- 
Ainsy, Monseigneur, de tous les advis que l'on vous don- 
nera, ceux qui enseigneront le chemin le plus court pour 
terminer les procès, seront les meilleurs. 

I^ seul inconvénient qu'on peut alléguer contre les juge- 
ments sommaires, est de dire qu'ils peuvent estre précipités 
et qu'il y a des causes qui méritent dans la fonne une plus 
grande discution, je n'en disconviens pas. Aussy, l'intention 
du Roy ne sera-t-elle pas de lier si fortement les mains aux 
juges qu'ils ne puissent quelquefois se dispenser de la 
rigueur de l'ordonnance; ils ne le feront que trop : c'est 
pourquoy je u'ay pas jugé à propos de les expliquer dans 
le mémoire cy-joint. 

Ce qui est le plus important, c'est d'empescher les sur- 
prises et les injustices dans le fonds; cette troisième signa- 
ture d'un contretenant, de laquelle j'ay parlé dans mon 
premier projet, est un admirable secret pour faire rendre 
des jugements éi|uitables, et pour faire le discernement 
des bons et meschantz juges dans tous les lieux du 
Royaume. 

Sy je suis assez heureux, Monseigneur, pour que mon 
travail vous agrée, je continueray séparément mes mémoires 
pour toutes les juridictions du Royaume. 

Toute mon ambition, Monseigneur, est de vous plaire, et 
de tascher de mériter auprès de vous d'estre du nombre 
des commissaires que le Roy nommera pour dresser le 



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— 1S7 

règlement de rabbréviation des procès. Je suis, avec tous 
les respects que je vous dois, 
Monseigneur, 

Vostre très humble, très obéissant et très 
fidelle serviteur, 

ROBERTOT*. 

A Paris, ce 22 juin lfi65. 

Une lettre du 5 juillet 1665, à laquelle nous ne 
ferons que quelques emprunts dans la crainte de 
donner une trop grande étendue à ce chapitre, 
motive les réformes proposées pour les procès de 
surtaux , c'est-à-dire de contributions, dont le 
jugement par les élus durait souvent huit ou 
neuf mois, temps pendant lequel « les contri- 
buables abandonnent leur trafic, leur travail et 
le plus souvent la culture des terres. » 

Le mémoire (quatrième) joint à cette lettre 
a pour titre : « Advis pour l'abbréviation des 
procès dans les élections et greniers à sel, et 
pour remédier aux surcharges des paroisses et 
des particuliers habitants. » 

Après avoir examiné les meilleurs moyens pour 
fixer régulièrement la charge de tailles et d'autres 
contributions que peuvent supporter les paroisses, 
l'auteur indique les mesures qui doivent permettre 
de juger, avec le moins de frais possible, les 
contestations auxquelles cette répartition pourra 



* Bibliothèque nationale, fonrîs Colbert, Mélanges, v. 180, i« 334. 
— Sur la réforme des codes, voir Clément, Histoire de Colbert^ 
Paris, Didier, 1874; Lettres et instr. de Colbert, i. VI; Nrymarck, 
Colbert et son tems^ Paris, Dentu, 1877. 



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— 188 — 

donner lieu et en attribue la connaissance aux 
intendants ; et afin d'éviter des frais et des dépla- 
cements aux contribuables, il demande que les 
fonctionnaires soient obligés de rester quinze 
jours ou trois semaines dans chacjue élection pour 
juger les procès; à Tappui de cette demande, il 
fait valoir qu'ils auront aussi sous la main les 
éléments nécessaires pour connaître la force et la 
faiblesse des terres et pour apprécier la bonté et 
la malice des terroirs * . 

Le projet, daté du 26 juillet, est relatif aux 
procédures de saisies et de décrets; il comprend 
quarante-cinq articles. 

« J'ai relu, avant de le rédiger, dit Robertot, les ordon- 
nances et la plus grande partie des coustumes qui en 
parlent; sur lesquelles et sur celle de Normandie *, qui a 
mieux préveu les inconvénients auxquels il est à propos de 
remédier, j'ay dressé nombre darticles que je prends la 
liberté, Monseigneur, de vous envoyer. » 

La principale amélioration qu'il présente, est 
le droit attribué aux assemblées de créanciers, de 
faire l'adjudication des biens saisis qui leur seront 
abandonnés par les créanciers et Tordre, et dis- 
tribution de deniers entre eux. 

Un autre article stipule le droit pour le décrété, 



' Bm, Nat. MS. Mélanges Colbert. Vol. 33. 

* Un membre de la branche jersiaise de la famille de Grouchy, 
M. L. W. (le Gruchy, juré justicier de File, a donné dernièrement 
une remarquable édition de l'ancienne coutume de Normandie, qui 
est, on le sait, encore presque complètement en vigueur dans les 
lies Normandes (Jersey, Charles Leleuvre, IbSl). 



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— 189 — 

ses enfants ou héritiers, de pouvoir, dans le délai 
de trois ans, reprendre ou faire retirer par leurs 
amis, les choses sur eux vendues ou décrétées, 
en remboursant à l'acquéreur le prix de l'adju- 
dication, tous les loyaux coûts et les impenses 
absolument nécessaires ; cette mesure a pour but 
d'apporter quelques empêchements à ce que des 
étrangei's ne profitent du malheur d'un misérable. 
Une disposition analogue, applicable aux meubles, 
mais dans le délai de huit jours, se trouve dans 
l'article 30, « parce qu'il est du devoir d'un bon 
prince de secourir, autant qu'il peut, ses sujets 
endettés. » 

Nous remarquons à la fin d'une de ces lettres, 
que Robertot sollicitait l'honneur de faire partie 
de la Commission chargée du règlement à pré- 
parer pour l'abréviation des procès. Colbert aurait 
peut-être cédé à son désir, et, sans aucun doute, 
l'ancien président de Dieppe se serait efforcé de 
faire prédominer les idées pratiques et les senti- 
ments généreux qui se retrouvent dans ses diffé- 
rents projets, si la constitution même de la 
Commission n'y avait mis obstacle. Elle ne fut, 
en effet, composée d'abord que de huit conseillers 
d'État et de six maîtres des requêtes, auxquels 
furent adjoints plus tard six avocats*. Tout au 
moins, pouvons-nous croire que ces rapports 



» Voir, sur les conférences pour le code, le Journal d^Ol. d^Ch-^ 
tnesson, t. II, p. 501 et suiv ; le ms. 613 du fonds Clairaml)ault, à la 
Bibl. nat.; P. ClÉMBNT, Lettres et instructions de Colbert, t. VI; 
Nbymarck, Colbert et son temps ^ Paris, 1877, in-8", et nombre d'autres 
sour<;e8 qu'il serait trop long de rappeler ici. 

13 



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- 190 - 

furent lus et examinés dans ces conférences aux- 
quelles prirent part Séguier, Le Tellier, Pussort, 
de Lyonne, d'Aligre, Machault, Barillon, Bou- 
cherat, etc. Parmi les avocats figuraient Auzanet, 
Gomont et Foucaut. 

M. Forcade de la Roquette, qui devait plus tard 
devenir ministre de Napoléon III et présider aux 
travaux législatifs du conseil d'État, a exposé 
dans un remarquable discours, œuvre de sa jeu- 
nesse, la grande part prise par les avocats à la 
préparation des ordonnances * . 

Robertot, du reste, ne cessa pas de poursuivre 
son œuvre de prédilection, et tout nous porte 
à croire qu'il y fut sérieusement encouragé par 
Colbert. 

Ne faudrait-il pas même voir dans le séjour 
qu'il fit en Berry, et dont il est question dans 
la lettre citée plus loin, une mission analogue à 
celles qui furent confiées à un certain nombre de 
maîtres des requêtes et de magistrats, et qui 
consistaient à étudier les abus nombreux régnant 
alors dans l'administration judiciaire des pro- 
vinces *. 

La goutte n'empêchait, parait-il, Robertot ni 
de travailler, ni même de voyager, car c'est, au 
retour d'un séjour de quatre mois' dans le Berry, 



* Le barreau sous LouU XIV, Discours prononcé à l'ouverture 
des conférences de Tordre des avocats, le 13 décembre 1845, par 

Adolphe DB FORCADB LA ROQUBTTB. 

* Voir Lettres et instructions de Colbert. 

' Séjour interrompu sans doute, car nous avons de lui des lettres 
datées de Paris de juin et de juillet. 



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— 191 -^ 

qu'il adresse le 9 août à Colbert une lettre qui a 
déjà attiré avec raison l'attention de Depping, 
et à laquelle il a donné place dans la Corres- 
pondance administrative. 

C est un tableau vivant, et, nous devons le dire, 
plus que jamais peut-être exact, de la situation 
dans laquelle se trouvent les petits cultivateurs de 
la campagne, réduits à recourir à des emprun- 
teurs empressés à doubler le montant de leur 
créance par des renouvellements constants et par 
des frais sans cesse renaissants. 

Monseigneur, 

La réformatioa de la judicature estant un des plus im- 
portants et des plus difficiles ouvrages du temps, j'ay creu. 
Monseigneur, que vous ne treuveriés pas mauvais que je 
continuasse à vous escrire mes petits sentiments sur ce 
subjet. 

Après avoir fait diverses réflections sur la misère des 
peuples qui continue après la paix, j'ay jugé que les usures 
reprouvées et les condamnations aux intérêts estants ex- 
cessifs, cela faisoit la ruine et Taccablement de la pluspart 
des subjets du Roy, en leur causant plus de procès, et qu'à 
moins de mettre les constitutions de rente à un plus haut 
prix, il y avoit peu d'apparence. Monseigneur, que vous 
peussiés faire cesser le mal, et restablir le Royaume dans 
sa première splendeur. 

Mes raisons sont que rien ne rend les hommes si oisife 
et si fénéants que les constitutions de rente, et les prests 
à intérêts, qu'un créancier prétexte toujours d'une condam- 
nation pour s'en faire paier, et en retour le capital, lorsque 
le débiteur y songe le moins, ce qui l'oblige souvent de 
recourir aux longueurs du procès, pour gaigner du temps; 



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— 192 — 

d'où naist sa ruine par une accumulation de frais sur frais, 
et, à la fin, la vente de ses biens à vil prix. 

Treuvés bon, Monseigneur, que je vous face la preuve de 
ma proposition, par la comparaison de la province de Nor- 
mandie, à toutes les autres du Royaume et particulièrement 
aux provinces de Berry, Tourraine et Anjou : dans la pre- 
mière de ses provinces. Ton n'y condamne jamais aux 
intérêts des prests et des sommes pécuniaires, pour le retar- 
dement du paiement après la condamnation; Tédit des 
quatre-mois n'y a pas mesme lieu, sinon pour cause de 
marchandise de marchant à marchant, ce qui fait que les 
habitans n'y sont pas si malheureux, quoy que depuis long- 
temps cette province soit surchargée d'impositions à com- 
paraison des autres, car, pour les terrotters, ils n'y sont pas 
meilleurs. Dans la province de Berry et les circonvoisines» 
tous les habitans et particulièrement les laboureurs qui 
cultivent les terres, sont plus malheureux que les esclaves 
de Turquie et les païsans de Pologne qui n'ont rien en 
propre, par cette seule raison qu'ils sont journellement 
exposés à la mercy d'une douzaine d'usuriers et de presteurs 
à intérêts qui se rencontrent dans chasque ville, lesquels 
leur font vendre leurs bestiaux quatre fois l'année, et 
leurs grains incontinent après la récolte et souvent en 
vert, au prix du premier marché d'après la Saint-Remy, 
qu'il est au plus vil prix. Ces presteurs à intérêts acheptent 
les bestiaux et les grains de ces laboureurs, et leur reven- 
dent le double et à nouveaux intérêts, et non contents de ce, 
ils les font emprisonner pour faciliter, par un consentement 
à leurs eslargissements, ces compositions honteuses. 

Voilà, Monseigneur, le récit, au vray, de ce que j'ai veu 
depuis quatre mois dans le Berry, d'où j'ai conclu, que ce 
qui causoit une si grande misère dans cette province, ne 
pouvoit provenir que des condamnations par corps après 
les quatre mois, et des intérêts excessifs des prests, qu'on y 



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— 193 — 

a permis par des déclarations particulières vérifiées en 
parlement '. 

Ce qui se pratique publiquement en la province de Berry 
et les circonvoisines, se fait indirectement dans le reste de 
la France, par le moien des condamnations aux intérêts 
des prests et des sommes pécuniaires pour le retardement 
du paiement après la condamnation, d'où naist la fénéan- 



• Malgré son étendue, nous croyons devoir reproduire ici, en son 
entier une lettre intéressante relative à la situation du Berry, et 
que vient confirmer ce que disait Rol>ertot sur le triste état de cette 
province. 

Arjçentou en Berry, 5 juin 1665. 
Monseigneur, 

Sa Majesté ayant cogueu ma fidélité et les services que j'avois 
rendu en ses années en qualité d^officier de cavalerie, m'avoit 
retiré auprès d'elle et donné une charge de garde de son corps avec 
ordre de lui donner advis, et à son conseil, de tout ce qui se pas- 
seroit contre son estât, et d'en faire l'adresse à feu Mgr le Cardinal 
Mazarin, ce que j'avois fait. Je. en ay les responses de feu Mgr le 
cardinal ; voici la troisième, Monseigneur que j'ai l'honneur de 
vous escrire touchant les usurpateurs de noblesse, les gens de la 
Religion, les recepveurs dos taille^, aydes et gabelles et aussy contre 
les juges et lieutenants des petites justices ordinaires. Vous saurez 
donc, Monseigneur, que cette province est celle du Royaume la plus 
infectée pour la noblesse, la plupart ayant usurpé cette qualité, non 
seulement pour s'exempter, mais aussi exempter une partie des 
habitants des paroisses où ils demeurent, au grand préjudice des 
pauvres contribuables, ce qui cause la ruine des paroisses. 

A l'égard des recepveurs des tailles et gabelles et aydes, ils sont 
presque tous de la Religion ainsi que ceux qui travaillent sous eux; 
en outre, ils tiennent à baux à ferme les meilleures terres de la 
province, notament celles d'Esglise, ce qu'on croit estre la cause des 
grelles qui sont toml)ez depuis huit ans en Bt rry. 

Pour ce qui est des juges et lieutenants, je vous asseure, Mon- 
seigneur, que la plus grande partie s'exempte pareillement des 
tailles et gabelles, à cause de leur authorité ; on ne voit que des 
acquisitions faites par eux et des bâtiment superbes. Cette province 
n'a aucun commerce, n'ayant point de rivière navigable, mais a de 
fort bons pacages et de lionnes terres pour les bledz. Les trois quarts 
des terres et pacages demeurent inutiles à cause qu'il n'y a plus 



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— 194 — 

tise dans le Royaume et ce grand nombre de procès clans 
toutes les Cours, et la misère universelle des peuples, et, à 
la fin, la ruine entière d'un très grand nombre de familles. 
Les politiques du temps passé qui ont donné Tadvis des 
condamnations aux intérêts des prests du jour de la 
demande, et des sommes )>écuniaires pour le retardement 
du paiement après la condamnation, se sont mescomptés, 
ayant insensiblement réduit le Royaume dans l'extrémité 
où il se trouve, parce que l'expérience fait voir que les 
prests qui avoient autrefois esté inventés pour faciliter le 
traffic et le commerce de la marchandise, les manufactures 
et l'agriculture en sont aujourd'huy la destruction et la 
ruine, au moien des intérêts excessifs qu'ils produisent et 
des procès qu'ils engendrent. Je me suis souvent estonné, 

presques de bestiaux, ayant été vendus pour les tailles et gabelles 
en vertu des arrests de Sa Majesté; c'est pourquoi, Monseigneur, il 
est de la plus haute importance de pourvooir à cela, d'autant que 
les terres demeurent incultes, faute de bestiaux. 

Je vous écris toutes ces choses avec honneur, et n'ai d'autre 
intérêt que celui du Roy, mon maistre, je suis sans femme et sans 
enfants, je n'ai pas pour un sou de fondz, j'ai huit cent livres de 
rente, compris les bienfaits de Sa Majesté, laquelle se peut asseurer 
qu'elle n'a jamais eu un plus fidèle serviteur que moy. Elle peut 
savoir comme j'ai soutenu contre l'armée de Monseigneur le Prince 
pendant la guerre de Mouzon et en d'aultres rencontres. Je soiterois 
Monseigneur, qu'il se présentât (juelque occasion où je vous puisse 
témoigner combien je suis votre très humble et très obéissant 
serviteur. 

Latoub, 

garde du corps de Sa Majesté, de la compagnie commandée 
par M. le comte de Charost. 
Il y a 22 ans que j'ay l'honneur d'estre au Roy. 
(Bib. nat, MSc. Mélanges Coll)ert, Vol. 130, p. 83, 84. 
Ce La Tour est probablement le frère de celui qui élait attaché 
à la personne de Mazann. On se rappelle que le Cardinal recom- 
manda à Robertot de mettre à part les effets qui appartenaient à 
la Tour et de les faire parvenir à son frère, après sa mort à Ypres, 
le 21 mars 1659, (chap. XII). 



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— 195 — 

comme il a peu entrer dans la pensée des bons juges, de 
condamner un misérable fermier, qui est en arrière par 
une mauvaise année, à paier les intérêts du prix de son 
fermage, pour le retardement, et néantmoins, Monseigneur, 
voila ce que des condamnations aux intérêts des sommes 
pécuniaires produisent en tous rencontres dans le Royaume, 
suivant l'ordonnance de Moulins art. 48 * , 

J'estime, Monseigneur, sauf vostre ad vis, que pour resta- 
blir le traific et le commerce de la marchandise, les manu- 
factures et la culture des terres, qui manquent de bestail, 
il est à propos de retrancher le proffit excessif des rentes 
constituées et des intérêts réprouvés des prests et des 
condamnations des sommes pécuniaires, afin d'obliger les 
particuliers à emploier leur argent en ces usages, et cela, 
avec d'autant plus de raison, que les rentes et les prests 
sont exemptés de toutes contributions, soit à l'esgard du 
Roy pour le tribut soit à Tesgard des particuliers pour les 
réparations; et que tôt ou tard ces rentes et prests à 
intérests se terminent en un gros et long procès. 

I^es créanciers et les débiteurs qui sont opposés dans les 
rencontres présentes demandent, savoir les premiers qu'on 
leur souffre d'user des dernières rigueurs et d'accumuler 
contraintes sur contraintes sur tous les biens et les person- 
nes de leurs débiteurs, et ces misérables, au contraire, 
vous demandent. Monseigneur, les moiens de se restablir 
après une si longue guerre. 

Comme le Roy, tousjours très équitable et très judicieux, 
se repose, Monseigneur, sur vostre personne de ses plus 
importants affaires, que vous estes le plus intelligent et 
le mieux intentionné de ses ministres, et le seul, qui 
penchant le plujs avant, pouvés apporter un tempérament à 
toutes choses, je prends la liberté de vous présenter, Mon- 

« 1566. 



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— 196 

seigneur, ces nouveaux articles qui vont non seulement à 
retrancher la longueur des procès, mais, ce qui est le plus 
essentiel, à les prévenir et les éviter. 

ROBERTOT *. 
9 Août 1665. 

Tout en s'occupant de la réforme de la justice, 
Robertot ne négligeait de s'appliquer à l'étude 
des questions économiques. C'est ainsi que, dans 
une lettre du 26 juillet, après avoir annoncé l'en- 
voi de son mémoire sur l'abréviation des procès, 
il entretient Colbert d'un projet d'établissement 
de fontaines publiques à Paris. 

n commence son exposé en faisant un éloge du 
Roi et du Ministre, et développe, en ces termes sa 
proposition : 

« Si ce n'estoit trop entreprendre et vous importuner, je 
vous dirois, Monseigneur, que, comme Dieu a, entre autres, 
prédestiné, de toute éternité, de grands princes, pour faire, 
pendant leur règne, des choses rares et admirables, ce 
mesme et unique Dieu a fait naître, dans leur tems, des 
personnes importantes et esclairées pour les seconder dans 
leur hauts desseins. 

» Le Roy, Monseigneur, qui ne se trompe point en ses 
jugemens, aiant fait choix de vostre personne pour luy 
servir de conseil dans toutes les rencontres et particulière- 
ment dans les occasions qui peuvent apporter quelque 
commodité à ses subjects, j'ai creu que vous n'auriez pas 
désagréable que je vous fisse l'ouverture de la construction 
de cent fontaines publiques dans Paris, pour éterniser la 

• BibL Nat, Fds. Colbert. Mélanges. Vol. 131, fol. 288, lettre 
publiée, avec quelques variantes orthographiques, par Deppiug, dans 
la Correspondance administrative, t. III, p. 144-147. 



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- 197 

mémoire de ce Prince, tousjours auguste, comme ont fait 
par les acqueducs, celle des premiers empereurs de Rome. 

» J'establis ma proposition sur l'exemple de la pompe de 
la Samaritaine : faites faire douze pareilles pompes les unes 
sous les principales arches de la rivière, les autres attenant 
les moulins du Pont-Notre-Dame L'eau que feront monter 
les douze pompes peut s'envoyer par des canaux de plomb 
dans tous les quartiers de Paris et former une fontaine en 
chaque carrefour, qui jettera un poulce d'eau le jour et la 
nuit, car l'eau ne leur manquera jamais. 

» L'on ne peut pas disconvenir que les fonteines qui sont 
dans Paris ne soient trois mois de l'année sans eau et 
qu'elles en jettent si peu l'esté qu'à peine peuvent-elles 
fournir aux bonnes maisons et à double prix; et, ce qui 
est de pis, les règlements de police qui ordonnent aux 
porteurs d'eau de l'aller puiser dans la rivière font con- 
noistre que la pluspart des maladies ne sont causées que 
par ceste meschante eau fangeuse que les porteurs prennent 
au bord de la rivière. 

» Pour remédier à ces inconvénients et obliger sensible- 
ment jusqu'au plus petit bourgeois, faites construire douze 
ou quinze pompes, vous aurez et des fontaines et des tuyaux 
de plomb en plusieurs endroits qui n'en ont que la marque, 
lesquelles vous pourront servir; et l'eau des pompes se treu- 
vera par la suite plus saine que la véritable eau des fon- 
taines, laquelle ne manquera jamais. 

» Vous pouvez encore faire faire de grands réservoirs de 
pierre, proche les fontaines, pour y abreuver les chevaux, 
n y aura peu à refaire à ces fontaines parce que les tuyaux 
se treuvant tousjours remplis de l'eau qui ne leur manquera 
pas, l'air n'y entrera que très peu, ce qui les empeschera de 
crever. 

» Vous espargnerez, par ce moyen, aux particuliers de 
ceste grande ville, quatre ou cinq cent mille livres, que 



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— 198 — 

leur couste par an Tachapt de Teau. Vous emploierez le 
grand nombre des porteurs d'eau en d'autres ouvrages qui 
rapporteront quelques fruits, sinon une partie de ces gens- 
là, se voyant sans occupation, prendra le parti d'aller aux 
Indes sur vos vaisseaux, les porteurs d'eau n'estant que des 
fénéants des provinces, qui en sortent pour se venir establir 
en porteurs d'eau à I*aris. » 

(Bibl. nat. MS. Mél Colbert, vol. 33.) 

Depuis 1392, la ville de Paris possédait un 
certain nombre de fontaines, trois d'abord, puis 
quelques autres, dont Teau était fournie par dif- 
férentes sources. Des princes du sang et quelques 
seigneurs et bourgeois avaient greffé des regards 
sur les conduites qui amenaient les eaux aux 
fontaines des Innocents, Maubué et des Halles, 
et des ordonnances royales furent rendues en 
1554 et, depuis, à plusieurs reprises, pour inter- 
dire l'établissement de ces fontaines particulières. 
Ce n'est pas ici le lieu de la distribution de l'eau 
dans Paris. Nous rappellerons seulement qu'après 
avoir capté les sources de Rungis pour établir de 
nouvelles de fontaines, en 1034, on dut, en 1651, 
adopter le projet présenté par Bocquet, pour aug- 
menter la quantité des eaux à distribuer. Cette 
mesure fut cependant encore insuffisante, et peu 
de temps après le moment où Robertot présentait 
son projet à Colbert, un arrêt du roi du 26 novem- 
bre 1666, prohibait encore une fois rétablissement 
des fontaines particulières et donnait ordre de 
couper les tuyaux qui les alimentaient. 

L'idée émise par Robertot et qu'il offrait gra- 
tuitement à l'Etat, ne tarda pas à être adoptée. 



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- 199 — 

Elle fut d'abord reprise peu de temps après, en 
juillet 1668, par Périnet, mousquetaire de la pre- 
mière compagnie, qui, cherchant à en tirer profit, 
présenta un placet à Louis XIV afin d'obtenir le 
privilège de pouvoir, « pendant quatre ans, à 
l'exclusion de tous autres, construire des fontaines 
dans tous les carrefours des rues de Paris, mesme 
dans les maisons des particuliers qui en désireront, 
et ce, à un prix fort modique, par le moyen d'une 
machine de laquelle ou se servira pour tirer l'eau 
de la rivière de Seine. Après lexpiration des 
quatre années, le Roi, ajoute Périnet, aurait retiré 
un revenu considérable de cet établissement, en 
prenant seulement le tiers de ce que les bourgeois 
ont accoutumé de payer pour les eaux qu'ils em- 
ploient, pour chacun an, dans leurs maisons *. » 

Les grandes sécheresses des années 1658 et 
1659, dit de La Mare», diminuèrent extraordinai- 
rement les sources qui approvisionnaient les fon- 
taines publiques, et, sur la proposition du prévôt 
des marchands, le conseil de la ville adopta un 
projet qui se rapproche beaucoup de celui de 
Robertot : c'était l'élévation des eaux par des 
pompes semblables à celles de la Samaritaine, 
moyen qui parut le plus assuré, le plus prorapt 
et le moins dispendieux. 

« Je ne ferai point ici, dit Le Cler du Brillet, 
continuateur de la Mare ', la description de ces 
machines. Elles sont connues de tout le monde; 



» Lettres et inshnictions de Colbert, t. V, p. 619. 
• Traité de la police, t. IV, p. 383-386. 
' T. IV, p. 875(1738). 



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- 200 - 

mais j'observerai, par rapport à mon sujet, que 
leur utilité en fait leloge, que, depuis leur éta- 
blissement. Ton a construit un plus grand nombre 
de fontaines qu'il n'y en avait au paravant; que l'on 
s'est vu en état d'en bâtir dans les quartiers les 
plus reculés et de donner plus facilement de leau 
aux communautés et aux particuliers trop éloignés 
de la rivière et des fontaines publiques. » 

Les travaux de Robertot sur la réforme judi- 
ciaire semblent prendre fin avec lautomne de 
1665; pendant plus de six mois il disparaît, pour 
ainsi dire, mais une lettre du 18 avril 1666 à 
Colbert, la dernière que nous possédions de lui, 
nous le représente, découragé par la mort de la 
Reine Anne d'Autriche, sa protectrice, ruiné en 
partie par ses procès, enfin ayant cherché le repos 
dans une maison religieuse. 

Monseigneur, 

J'avois pris la hardiesse de vous présenter un placet tou- 
chant le legs qu'il a pieu à la Reine-Mère deffuncte, de faire 
en faveur de ses petits otiiciers, du nombre desquels j'avois 
Thonneur d'estre, en qualité de son secrétaire-interprète, 
qui est un office de la Chambre et non pas du Conseil, où 
j'apprends qu'on m'a placé dans le rooUe qu'on vous a pré- 
senté de tous les officiers de la maison de Sa Majesté. 
Je sçay, Monseigneur, que vous avés déclaré, avec Mes- 
sieurs les exécuteurs testamentaires, que l'intention de 
Sa Majesté, dans son testament, n'estoit pas que les gens 
de son conseil eussent part à son legs, mais bien tous ceux 
de sa chambre, du nombre desquels j ose espérer, Mon- 
seigneur, que vous me jugerés par l'institution et fonction 



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- 201 — 

des charges de secrétaire-interprète *. J'ay achepté ma 
charge 8,000 livres. J'avois 400 livres de gages et 800 livres 
pour l'ordinaire que Sa Majesté avoit trouvé bon qu'on me 
paiat en argent *. 

S'il m'estoit permis de dire que j'ay eu quelque part au 
plus important service que l'on ait rendu à Sa Majesté et 
à deflfunct Monseigneur le Cardinal, dans le commencement 
de la Régence*, je suis asseuré. Monseigneur, que vous 
m auriés en quelque considératitm, particulièrement dans 
les mauvaises fortunes et les ruines que j'ai receu de tous 
costés *. J'avois traité du vivant du Roy deflfunct des offices 
de président et lieutenants généraux du présidial de Dieppe, 
qui ont esté supprimés dans les premières guerres civilles '', 
j'avois payé comptant H7,300 livres au sieur Borand, traitant 
dudit office, lequel m'a fait condamner pendant ma prison ^, 
en cent quarante mil livres pour le restant de mon traité ^ 

J'ay esté réduit, après la mort de la Reine Mère, qui 
seule me donnoit ma subsistance* de me jetter dans le 

» Le testament d'Anne d'Autriche, du 3 août 1665, porte « qu'Elle 

donne et lécfue aux petits officiers de sa chambre, de ses écuries 

et de ses offices, la somme de deux cens mille livres, dont la distri- 
bution sera faite par les exécuteurs du présent testament, ainsi qu'ils 
aviseront être à faire par raison. » — Les exécuteurs étaient Colbert. 
d'Argouges, Tubeuf et Le Tellier {Mém. de Mad. de Motteville, 1733, 
t. V,p. 364-366;. 

« Ces chiffires sont exacts. Ils figurent sur un état de 1649 que nous 
citerons plus loin. 

' Voir chapitre III, le rôle joué par Robertot pendant la Fronde. 
Peut-être vèut-il parler d'autres faits antérieurs, dont nous n'avons 
pu encore trouver la trace. 

* Il fait sans doute allusion à sa détention à la Bastille et à ses 
procès pour Dieppe, Liancourt, La chaussée, etc. 

* Voir chapitre II. 

*= Voir chapitre XIII, le séjour à la Bastille. 
' Ce procès n'était pas encore terminé au moment de la mort de 
Robertot ; nous en reparlerons à l'occasion de son testament. 

* 11 y a ici un peu d'exagération, car, malgré ses charges, Robertot 



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- 202 — 

séminaire de la mission, près la porte de Saint- Victor, 
d'où je prends, Monseigneur, la liberté de vous escrire que 
j'ay besoin^ de quelque omosne, pour m'establir avec quel- 
que sûreté un tiltre pour me faire promouvoir aux ordres 
sacrés, n'ayant point de bénéfice qui m'en puisse servir. 

J'offriray, Monseigneur, mes prières à Dieu, pour la con- 
tinuation de vostre prospérité et santé dans ses importants 
emplois, qui ne vous donnent aucune relasche ni repos; je 
seray toute ma vie, avec tous les respects que je vous dois, 

Monseigneur, 
vostre très humble, très obéissant et très fidèle serviteur, 

ROBERTOT. 

Ce 18 d'avril 1666. 

{BihL Nat., MS. Mél. Colbert, vol. 137, f. 330.) 

Les divers faits auxquels se rapporte cett^ 
lettre, nous fourniront Foccasion de revenir sur 
quelques détails que nous n'avions pu nous pro- 
curer lors de la publication des premiers chapitres 
de ce travail. 

C'est ainsi que nous nous étions demandé pour 
quelle langue Robertot était secrétaire-intei'prète 
de la Reine*: Or, un état de la maison d'Anne 
d'Autriche, de 1649 «, nous montre qu'on lui 
attribuait des connaissances linguistiques presque 
universelles, puisque « Messire Thomas de Grou- 
chy, sieur de Robertot, » était seul investi de 
cette charge. 

Nous devons croire Robertot lorsqu'il nous 

n'en avait pas moins conservé, dans le pays de Caux, de fort belles 
propriétés qui augmentaient d'importance presque chaque année. 

• Voir chapitre II. 

* Arch. nat., Z '*>, 511. 



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- 203 -- 

entretient de son intention d'entrer chez les 
Lazaristes et de terminer sa vie dans quelque 
« bénéfice » obscur. Au milieu du XVIF siècle, 
les solitaires de Port-Royal avaient eu de nom- 
breux imitateurs, dont il serait trop long de 
donner les noms et parmi lesquels nous nous 
bornerons à rappeler l'ancien ministre, Loménie 
de Brienne, et Chevigny, cet officier des Gardes- 
Françaises dont Robertot avait pris la défense 
devant Mazarin. Mais la vocation du conseiller 
au parlement de Metz ne fut que de courte durée ; 
quelques mois après le moment où il rédigeait la 
lettre que nous venons de transcrire, il était re- 
tourné dans son domaine de la Chaussée, où il 
devait passer les dernières années de sa vie, 
faisant valoir ses titres de noblesse devant les 
commissaires de la réformation, administrant ses 
biens et s'occupant de ses neveux, ses héritiers. 
Deux ou trois fois encore, nous le retrouverons 
à Paris, défendant les intérêts des membres de 
sa famille, ainsi que ceux de ses alliés, et soute- 
nant quelques-uns de ces fameux procès, que 
nous rencontrons aujourd'hui dans leurs sacs 
poudreux * aux archives de la Seine-Inférieure. 

(A continuer.) 

V* DE Grouchy et C** DE Mars Y. 



* I/usage de placer les procédures dans des sacs est encore en 
vigueur dans le ressort de Rouen. La charge de Contrôlettr des 
gardf'sacs était importante et cVst d'elle, sans doute, qu'il est 
question dans la demande, que faisait Roliertot au Cardinal, de la 
charge possédée par M. d'Auvilliers, contrôleur des garde-sacs du 
parlement de Normandie (voir chapitre XII^. 



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— 204 — 



LE FUSIL A AIGUILLE 

INVENTÉ 

EN BELGIQUE, VERS 1624, PAR UN COMTE DE BORNES « 



Le proverbe vulgaire : rien de nouveau sous le 
soleil, trouvera encore ici son application. Il s'agit 
de prouver qu'une espèce de fusil à aiguille ou à 
tige fut inventé en Belgique il y a environ deux 
siècles et demi. 

Avant d'exhiber nos pièces probantes, qu'on 
nous permette d'entrer dans quelques explications 
préalables. 

Au mois de juillet 1863, nous avons publié 
dans la Revue tnmestrielle, qui paraissait alors à 
Bruxelles, un article très détaillé sur le meurtre 
de Charles- Alexandre , duc de Croy, marquis 
d'Havre, l'un des plus grands seigneurs du pays 
et qui a laissé des mémoires militaires. Ce crime 
mystérieux eut lieu à Bruxelles, dans la nuit du 
9 novembre 1524. Nous parlâmes dans notre 
article de l'instrument qui servit à le perpétrer. 
C'était, d'après l'enquête judiciaire, une carabine 



' Cette notice trouvée dans les papiers de feu M. Galesloot nous 
a été communiquée par le beau frère de celui-ci M. StAllaert. 



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— 205 — 

d'un nouveau système, ayant un secret dont un 
comte de Homes se déclara l'inventeur. Cette 
arme, au perfectionnement de laquelle les guerres 
incessantes de l'époque ne seront pas restées 
étrangères, portait à cinq cents pas. La justesse 
du tir ne laissait guère à désirer, et chose digne 
d'attention, la charge consistait en une petite 
balle et fort peu de poudre. 

Plusieurs hommes compétents ayant lu ce pas- 
sage de l'article en question, depuis que le fusil 
prussien est venu révéler d'une façon si terrible 
sa puissance comme engin de destruction, nous 
affirmèrent que la carabine à secret, puisque tel 
était son nom, contenait le germe de l'invention 
de M. Dreyse. 

Ils nous engagèrent à rechercher dans le dos- 
sier du procès criminel relatif à l'assassinat du 
duc de Croy * , les pièces de l'enquête qui en font 
mention, afin de les livrer à la publicité. Nous 
acquiesçons d'autant plus volontiers à leur désir, 
qu'il est juste de revendiquer pour la Belgique, et 
particulièrement pour le comte de Hornes, l'hon- 
neur, au point de vue de l'art militaire, d'avoir 
découvert le moyen de faire porter les armes à 
feu à une distance extraordinaire. Fort heureuse- 
ment pour l'humanité, nous semble-t-il, la décou- 
verte du gentilhomme belge, quoique tombée dans 
le domaine public, fut négligée et finit par être 
oubliée. Ceci sauf erreur et meilleur avis des 



* Archives du Conseil souverain de Brabant aux Archives du 
royaume. 

14 



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— 2or) — 

personnes qui sont au courant de l'histoire de la 
fabrication des armes de guerre. 

Quant aux pièces dont nous venons de parler, 
nous avons d'abord à signaler ce que dans le vieux 
langage du palais on nommait une désignation ^ 
c'est-à-dire l'acte de la production au juge-com- 
missaire ou instructeur, d'un canon de carabine et 
de balles, celles-ci comme corps du délit, celui-là 
comme modèle. 

Ultérieure désignation pour le S^ conseiller et procureur 
général de BraJbant, acteur *, 
contre 
Jérôme d' Her fontaine, prisonnier et deffendeur *. 

L'acteur désigne certain canon de carrabine long de 
deux pieds et.... portant une balle de demy once et ayant 
dedans la vize de derrière certaine concavité qui est le 
secret ' par moyen duquel il tire fort droict, asseurement, 
et la longueur bien de 500 pas et n'en doibt estre charger 
que d'un quart d'once de pouldre, lequel canon et aulcuns 
aultres semblables ont esté laicts par maistre Adrien De Ry, 
maistre arquebusier*, à lexeniple, imitation et en mesme 
forme et grandeur de canon pour porter une et semblable 
balle que portoit le canon de la carrabine qu'avoit le paige ^ 
de la dame de Severailles ^, fort mal habillé d'un accouste- 



* Ou qui poursuit. 

• Ce gentilhomme fut poursuivi comme a^ant été sinon l'auteur, 
du moins Tinstigateur du crime. On ne put le convaincre. 

=• On verra plus loin par la déposition d'un vieux armurier que le 
secret consistait dans la vis raême.Quelle était la destination de cette 
vis? Là est la question. Nous la soumettons aux hommes du métier. 

^ On trouvera plus loin sa déposition. 

» Ce page, nommé Pastural, fut soupçonné dWoir tué le duc 
Voir l'article de la Revue trimestrielle), 

^ ^adame Cheverailles belle-mère de Jérôme d'Herfontaine (Ibid,), 



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— 207 — 

ment verd passementé d'orange, lequel canon de carra- 
bine ledict paige, à cest effect, at preste à maistre Isacq 
Van der Perck*. 

Désigne ' aussi une des balles dont le marquis d'Havre at 
esté tiré, lequel sert justement au canon contrefaict par 
ledict maistre Adrien, et est de mesme grandeur qu'aultres 
balles servantes audict canon contrefaict. 

Désigne aussy la balle dont ledict marquis fut tiré^ 
laquelle pèse bien un peu moings qu'une nouvelle servante 
audict canon contrefaict, mais que cela est à cause qu'elle 
at esté tirée, et qu'en deux divers endroicts il y at des 
troux ou le plomb est osté, lesquels troux ont apparem- 
ment servy pour recepvoir du venin ', ayant ladicte balle 
esté couppée pour joindre une autre qu'est monstre aux 
commissaires *. 

Désignant aussy que les balles ainsi joincts ne se peuvent 
tirer l'une de l'aultre par force de mains et chargez un 
canon disparent l'une de l'aultre un demy pied peu plus ou 
moings, de sorte qu'en tirant on ne peut faillir de toucher 
ce à quoy on veult tirer. 

Désigne encorres la mesure de pouldre de blanc fer que 
ledict maistre Isacq at faict faire après celle qu'avoit ledict 
paige pour servir à sadicte carrabine, et que c'est la vraye 
mesure pour tirer avec carrabine qui ont le mesme secret. 

Le comte de Hornes, qui demeurait à Bruxelles 
près du Béguinage, fut entendu également. Sa 
déposition, en date du 9 avril 1625, figure au 
dossier dans les termes suivants : 



' Voy, sa déposition. 

* Le procureur général. 

' Ces trous n'auraient-ils pas servi au système inventé par le 
comte de Homes V 

* Ije juge instructeur du procès assisté d'un secrétaire. 



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— 208 — 

« Monsieur le comte de Homes *, eagé de 45 ans environ, 
se tenant pour adjourné, sermenté en mes mains, dict qu'il 
y a bien un an ou environ, que Herfontaine luy at prié en 
la maison de Hellincx, où pour lors estoit logé le duc de 
Saxe*, de lui vouloir faire accommoder deux carabines 
d'un secret que le déposant at inventé et par moyen duquel 
ilz tirent cinq cent pas ou environ de loing, et par le mesme 
secret ilz tirent quattre, cincq, six et davantage de pas et 
tousiours droict, ce que le déclarant at consenty audict 
Herfontaine, et ce suivant Fat addressé à maistre Martin, 
arquebusier, demeurant à la main gauche, par delà de la 
Steenporte ', joignant un quinqualier, lequel en fist audict 
Herfontaine accommoder deux carrabines dudict secret, 
dont Tune pou voit porter 15 ou 16 balles à la livre et Taul- 
tre 13 et quatorze, et que Tune avoit la longueur de deux 
pieds et demy ou environ, l'aultre estoit plus longue, la- 
quelle il fist coupper pour estre esgale avecq la plus courtte, 
et depuis dict le déclairant l'en avoir veu et eschayé Tune 
d'iceux aux ramparts, laquelle tiroit/ort droict. 

Dict avoir ouy de Flamicourt, Picard, bastard de la 
maison de Flamicourt, que Herfontaine avoit eu d'un 
de la Forge qui at esté maistre d'hostel du comte de 
Mansffelt *, et seroit asteur capitaine de Walons, une car- 
rabine dont le canon n'avoit que dix ou onze poulces, 
laquelle portoit la balle de huict à la livre ou environ, et 



' Nous ne savons pas trop quel est ce comte, car malheureuse- 
ment il n*est pas qualifié. Peut-être était-ce Lamoral, comte de 
Homes et de Houtkercke, colonel au service de PEspagne. ou Phi- 
lippe Lamoral, grand-veneur héréditaire de l'empire, son fils {Voj/. 
au surplus la généalogie de la maison de Homes par M. F.-V. Goethals 
dans son Dictionnaire généalogique et héraldique, t. HI). 

• S'agirait-il de Jean -Georges, duc de Saxe, qui prit une part 
active aux guerres de son temps? 

=» Rue haute, à Bmxelles (Voir plus loin). 

* Probablement Charles, comte de Mansleld. fils de Pierre-Ernest, 



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— 209 — 

que Flamicourt luy at dict que le dict de la Forge en avoit 
donné une pareille au comte d'Argil '. 

» Dict qu'il recoignestra fort bien et maistre Martin 
aussy les carrabines qu'il at accommodé pour Herfontaine. 

• Nec aliter, etc. 

» Le Conte de Hoornes. » 

Passons à la déposition de ce maître Martin 
dont vient de parler le comte de Bornes. Elle est 
en flamand; mais nous la faisons suivre d'une 
traduction française aussi textuelle que possible. 

« Meester Marten Van Schoren, busmaecker, woonende 
binnen deser stadt van Brussele, by de Steen poirte, oudt 
76 jaren, gedaecht ende geedt, heeft verclaert dat eenen 
genoempt den grave van Homes hem heeft doen maecken 
ontrent october 1624 diversche carabynen die schoten over 
de drye hondert passen, ende het daemaer tsynen huyse 
ontrent Kersmisse is^ gebroecht geweest een roer lanck 
wesende 4 Vt voeten ende een carabyne lanck wesende 
3 voeten by eenen persoon hem onbekent, seggende te 
commen van weghen den voors. grave, anders niet wetende 
voor wyen het was, ende dat hy het voors. lanck roer heeft 
gecort ander haltiven voet ende daer oif gemaeckt een 
carabyne ende daer aen verandert de steert vt/se, waerinne 
gelegen is de cracht van veer te schieten. Seeght oick aen 
andere carabyne gemaeckt te hebben een gelycke steert 
vyse, schietende de voors. carabyne, over syn best onthout, 

» Seigneur écossais. Peut-être Archibald Mac-Callum-More, mar- 
quis d'Argyl, que Walter Scott a mis en scène dans V officier de 
fortune, à moins qu'il ne s'agisse de quelque comte d'Argyl au ser- 
vice de FËspagne. 11 est à remarquer que le célèbre romancier arme 
son officier de fortune, le major Dalgetty, d'iuie paire de pistolets 
d'une longueur peu ordinaire et dont le calibre était fait pour des 
balles de vingt à la livre. 



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— 210 - 

20 logers int pont. Seeght oick dat iiaer dyen die voors. 
carabynen t'synen huyse hadden gehanghen outrent een 
maendt, die gehaelt syu geweest by den selven persoen die 
deselve daer hadde gebrocht. Gevraeght by den déponent 
waeromme hy die niet eerder en hadde gehaelt, seyde 
geweest te hebben in HoUandt. Seeght oick t'synen huyse 
geweest te hebben eenen jonckman van sesthien jaeren, 
raeynende denselven te wesen eenen paige *, met een cara- 
byne lanck wesende drye voeten, schietende 15 logers int 
pont naer syn besten onthout, den weicken dede de steert 
vyse van de voors. carabyne vuyt doen, welcke steert vyse 
oick hadde het voors. secret, maer en was by den déponent 
nyet gemaeckt. Ende is mette seive doorgegaen, sonder die 
te doen inné vysen, ende dat acht oft thien daeghen voor 
het massacre van den Hertoghe van Croy. Seeght oick by 
syn selven gepeyst te hebben oft dyen paige mette voors. 
carabyne soude gedaen hebben het feyt van den voors. 
hertoghe. Voorts gedraeght hy hem tôt het segghen van 
Hendrik Poelmans, sweertveger, die de hellicht van synen 
winckel huert, die hy meynt beter memorie te hebben van 
den persoen die de carabynen daer hadde gebrocht ende 
gehaelt als oock van den paigen. Seeght oick dat hy de 
carabynen wel soude kennen, als men hem die soude 
thoonen. Gevraeght oft hy nyet en kent eenen genoempt 
Herfontaine. Seeght neen, maer meynt dat den voors. Poel- 
mans hem wel soude kennen, als hebbende meer acht ge- 
slaeghen op den gaenden man als hy déponent, mits syn 
ouderdom. 

» Habita lectura persistit et signavit. 
Il 



II 
Van Shoren. » 



C'était Pastural. 



dit is het marck van den voors. Meuten 



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— 211 



Traduction. 



Maître Martin Van Schoren, arquebusier, demeurant en 
cette ville de Bruxelles, près de la Steenporte. âgé de 76 ans, 
ajourné et assermenté ', a déclaré qu'un nommé le comte 
de Homes lui a fait faire, vers le mois d'octobre 1624, 
différentes carabines portant au-delà de trois cents pas, et 
qu'après, vers la Noël, un individu qu'il ne connaît pas, 
apporta chez lui un mousquet de quatre pieds et demi de 
longueur et une carabine de trois pieds, en disant qu'il 
venait de la part dudit comte, ne sachant pas autrement 
pour qui c'était; que lui, témoin, raccourcit le mousquet 
d'un pied et demi; qu'il en lit une carabine et y changea 
la vis de derrière, dans laquelle consiste la force de tirer 
à une longue portée. Il dit, en outre, d'avoir confectionné 
une vis semblable de derrière pour d'autres carabines, 
tirant lesdites carabines, d'après son souvenir le plus exact, 
vingt balles à la livres. Dit, de plus, que les carabines 
étant restées chez lui un mois ou à peu près, le même 
individu vint les reprendre. Le témoin lui ayant demandé 
pourquoi il avait tardé si longtemps, il répondit qu'il avait 
été en Hollande. Dit encore qu'il arriva en sa maison un 
jeune homme de seize ans, qu'il supposa être un page, 
porteur d'une carabine longue de trois pieds, tirant, s'il se 
le rappelle bien, quinze balles à la livre, lequel fit ôter la 
vis de derrière de ladite carabine. Cette vis avait aussi le 
secret dont il s'agit, mais elle n'avait pas été confectionnée 
par le témoin. L'individu emporta la vis, sans la faire assu- 
jettir. C était huit ou dix jours avant le meurtre du duc 
de Croy. Le témoin se demanda si ce n'était pas ce page 
qui l'avait commis avec la carabine susdite. Au surplus, 
il se réfère au témoignage de Henri Poelmans, fourbisseur 

* <j'ét;iit le terme dont ou se sei-vait en transis. 



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— 212 — 

d'épées, qui loue la moitié de sa boutique, et qu'il suppose 
avoir gardé un souvenir plus net de l'individu qui apporta 
et vint reprendre les carabines, ainsi que du page. Déclare 
encore qu'il reconnaîtrait ces carabines si on les lui mon- 
trait. Interrogé s'il connaît un certain Herfontaine. Répond 
que non, mais il croit que Poelmans pourrait le recon- 
naître, parce qu'il fit plus que lui, témoin, attention aux 
personnes qui entraient et sortaient, à cause de son âge 
avancé. 
Et ayant eu lecture^ a persisté et signé. 

Quant au fourbisseur Poelmans, il fut entendu 
le lendemain, 10 avril. Il donna le signalement 
du personnage qui était venu porter les deux 
carabines et que le comte de Hornes déclara 
ensuite avoir été Flamicourt, ancien serviteur de 
Herfontaine. Le témoin ajouta qu'il vit venir 
aussi le page de M""* de Cheverailles. Il était muni 
d'une carabine longue de deux pieds et demi, 
à ce qu'il supposa. Le page en fit ôter le steertvyse 
et l'emporta avec le canon, laissant là la platine 
et le bois de l'arme. 

Voici le témoignage du maître d'armes Isaac 
Vander Parck et de l'armurier Adrien Dury. Ces 
témoins avaient déposé le 30 mars précédent : 

« Maistre Isaacq Van der Perck, maistre escrimeur, 
eagé de 63 ans, sermenté en mes mains, se tenant pour 
adjoumé, dict avoir fort bien cognu le page de Madame 
de Cheverailles, fort mal habillé d'une livrei verde, passe- 
menté d'orange, lequel fort souvent vint accompagner 
Bancquier * en la sale du déclairant, où ledict Bancquier 

* C'était un peintre Irançais soupçonné d'avoir trempé dans le 
crime (Voi/» l'article en question). 



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- 213 — 

tira des armes, et que ledict paige fort souvent porta une 
carrabine longue de deux pieds et trois poulces portant une 
balle de demi-once, et la mesure de la pouldre fut seule- 
ment de la moictié, dont il tira 500 pas, et aussy avecq le 
pareil plomb et mesure 40 pas ou environ et ce par moyen 
de certain secret, qui fut depuis veu et recognu par maistre 
Adrien De Ry, eaigé 53 ans ou environ, demeurant en la 
Draefttraet, à l'enseigne du Canon cTor, et en a le mesme 
maistre depuis faict diverses carabines semblables comme 
il at déclairé sur mesme serment que ledict maistre Isacq. 
Et aliter, etc. 

ISAAC Van den Parce. 
Adriaen *. 

€ Estants ausdicts maistre Isacq Van den Perck et 
maistre Adrien Du Ry monstrée une des balles dont le 
marquis d'Havre at esté tiré, et ayant deux troux l'un 
plus grand que Taultre et icelle balle mise en déans le 
canon d'une carrabine que ledict maistre Adrien at faict 
guerès plus grand qu'une pistole' ordinaire et si légère 
qu'un enfant la pourroit descharger, du tout conform à 
la carrabine dudict paige, at esté trouvé en nostre présence 
que ladicte balle est justement de la grandeur pour servir 
au canon de ladicte carrabine et pareille aux balles dont 
le canon de ladicte carrabine at esté chargé et deschargé 
en nostre présence. 

» Ayants veu tirer diverses fois avecq ladicte carrabine 
pareille à celle dudict paige bien droictement à certain 
blancq la distance d'environ trente-un pas. Déclairants 
lesdicts maistres que ladicte balle est de demy once et qu'il 
ne fault que la moictié, sçavoir un quart d'once de pouldre 



■ Signature illigrible de Du Ry. Elle ne ressemble pas tout-à fait 
à ce nom. 
« Pistolets. 



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— 214 

et qu'avecq ceste charge on tirera aussy bien 500 pas que 
trente-un. 

» Bien est vray que le canon de la carrabine dont nous 
avons veu tirer estoit environ quatre doigts de largeur 
plus long que celluy dudict paige, mais ledict niaistre 
Adrien déclaire que cela n'apporte rien à la force de la 
carrabine. 

» Ledict niaistre Isacq dict encoires c|ue ledict paige luy 
at déclairé que ladicte carrabine dont il tira, appartenoit 
à son maistre, sans avoir déclairé qui estoit son maistre. 

• J. Van ('rae8B£K£, Isaac Van deb Parce, 
• Jean Burnet, (t. D Windt, Adrian Du Ry. » 

Pour compléter autant que possible les ren- 
seignements qui précèdent, nous donnerons en- 
core la déposition d'un tailleur nommé Labus. 
Comme elle est en âamand nous y ajoutons une 
traduction française. 

« Gillis Labus, cleennaecker, oudt eenen tzestich jaeren, 
vercleert op zyne manne waerheyt in plaetse van eede, dat 
hy in woonende tegen over het huys van den secretaris 
Van Heymbeke, alwaer hy heeft sien logeren die vrouwe 
van Zeveraille met haer dochter, die van daer zyn ver- 
trocken eenighen tyt voor die afflyvicheyt van den hertoghe 
van Croy, heeft oyck aldaer sien woonen by de voors. 
vrouwe eenen pagie in groen gecleedt, wesende te groot 
ora pagie te wesen, die welcke wel drye maenden voor 
de voors. aflSyvicheyt van den voors. hertoghe, soo des 
daeghs als oyck somtyden des avonts eenen carabyn heeft 
gedraegen daer mede hy leerde schieten, hçbbende hy, 
déponent, den voors. pagie daer mede dicwils sien schieten, 
ende seeght, dat hy seer recht daer mede was schietende. 
Seeght meer, dat den loope van den voors. carabyn over 



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— 215 — 

die twee voeten nyet lanck en was ende dat den voors 
pagie vercleerde dat daer een secreet inue was, dVelcke 
doorsaeckc was dat hy daermede soo verre ende zoo recht 
was schietende. Noch seeght hy dat den voors. carabyn wel 
rechte zoude gedraeghen hebben recht over die groote 
merckt deser stadt, te weten : van aen de Borsse tôt aan den 
sack, seeght oyck dat hen voors. pagie seer curieux was 
om den voors. carabyn schoen te houden, mits den selven 
laeyde van het stoff van t' poeyer als hy daer vier oft vyif 
mael mede geschoeten hadde, ende gonck alsdan somtyd 
en vysen ende instrumenten daer toe haelen totten bus- 
raaecker, neflfens teu voors. secretaris Van Hymbeke. 

» Verclerende voorts dat den voors. pagie seer qualyck 
was gecleedt, soo dat men zyn bloot lichaem door zijn 
coussen was siende. 

» Item, seeght oyck dat den vooi-s. carabyn droegh een 
loot gelyck een cleyn musquet loot. 

» GiELis Labus. * 

Tradicction.. 

Gilles Labus, tailleur, âgé de soixante-un ans, déclare 
sur sa parole d'homme, au lieu de serment qu'il demeure 
en face de la maison du secrétaire Van Heymbeke, où il 
a vu loger la dame de Cheverailles et sa fille, lesquelles 
partirent de là quelque temps avant le décès du duc de 
Croy. Il a vu aussi habiter chez cette dame un page, habillé 
de vert, trop grand de taille pour être page. Depuis au 
moins trois mois avant le décès susdit, ce page portait 
le jour et parfois le soir une carabine avec laquelle il 
apprenait à tirer, lui, témoin, l'ayant vu tirer souvent et 

' Le reste de la déposition est étrangère à notre sujet. 



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— 216 — 

fort juste. Dit en outre que le canon de la carabine n'avait 
pas au-delà de deux pieds et que le page déclarait qu'il 
y avait dans Tarme un secret qui était la cause qu'il tirait 
à une si grande distance et avec tant de précision. 

Le témoin ajoute que cette carabine aurait bien pu 
porter d'un bout à l'autre du grand marché de cette ville, 
savoir : de la bourse jusqu'au sac; que le page était très- 
soigneux à entretenir proprement la carabine, attendu 
qu'elle s'encrassait après quatre ou cinq coups. A cet effet 
il cherchait souvent des vis et des instruments chez l'armu- 
rier, près du secrétaire Van Heymbeke. Le page était fort 
mal habillé, à ce point qu'on apercevait son corps nu à 
travers ses hauts de chausse. 

Item^ le témoin dépose que la carabine se chargait d'une 
balle pareille à celle d'un petit mousquet. 

Le secrétaire de la ville, Van Hymbeke, chez 
qui avait logé la dame de Cheverailles, entendu 
également, déclara entre autres choses que le 
page Pastoral sortait souvent de chez lui, témoin, 
avec un gentilhomme et qu'il était muni de deux 
épées « pour apprendre l'escrime et pour s'exer- 
» citer à tirer des armes, ce qu'ayants quelque 
» temps continué chez maistre Isacq Vanden 
» Perck, selon ce que delors il luy semble avoir 
» entendu d'eux. Il aveu que quelque bon espace 
» de temps ambedeux ilz se sont exercitez d'ap- 
» prendre à tirer avecq des pistoles, sortants 
» fort fréquent, chascun portant une {sic) ung 
» deux pistoles soubs leurs manteaux publique- 
» ment et a la veue de luy, déposant, et de ses 
» voisins et par plusieurs fois refera ledict paige 
» qu'il avoit quelque secret par où il avait moyen 



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- 217 - 

d'en tirer avecq ses dicts pistoles mieulx adroict 
et plusieurs pas plus avant qu'aultres ignorants 
ce secret en sçauroyent tirer, tesmoigniant 
mesmes ausxy à la maison deluy, déposant, 
qu'il se délecta a cestuy exercice et disant que 
s'étoit il seroit de retour en son pays qu'il se 
transporteroit vers la Valtelina en intention de 

s'y employer à la guerre » 

L. G. 



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— 218 



VARIÉTÉS. 



C )NTRAT8 PASHÉ8 PAR JeAN GroIONABT, FILS DE W AL- 
TERE, FONDEUJt DE CLOCHES A GaND, POUR FOURNIR : 1° SIX 
CLOCHES A l'abbaye DE MaLONNE, 2^ UNE CLOCHE A l'ÉGLISE 

DE Jahbe *. — Aujourdhuy xxiii d'octobre 1618, paxdevant 
inoy notaire soubsigné, comparurent personnellement sire 
(iille Leiargo, prieur de Tabbaye et monastère de Malonne, 
et sire Pierre Hincelin, curé dudit Malonne, partie faisant 
pour ladite abbaye et couvent de Malonne, d'une part, et 
niaitre Jan ( îroignart, marchant fondeur de cloche, demeu- 
rant à Gand, d'aultre; lesqueiz nous ont dict avoir faict 
tel marché et contract que s'ensuit : 

Sçavoir «lue ledict maistre Jan at entreprins et promis, 
comme par ceste il proraect, de faire et livrer pour 
ladite abbaye six cloches. La première de quinze centz 
libvres de pesanlteur ou environ, et les autres en dimi- 
nuant à Tadvenant selon l'art et règle de la musicque 
Entendu touttesfois que, pour subvenir aux matériaux, lui 
seront livrées trois vieilles cloches, qui sont estimées, et ledit 
maistre les receoipt, à dix sols la libvre; et au regard des 
nouvelles leur pesanlteur se debveront paier au pris de 
de treize pattars moings un liart chacune libvre, au pois de 
Namur où le livrement se doibt faire. Entendu que ledit 

' l'es documents sont extraits des Archives de PÉtat à Namur. 



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— 219 — 

maistre Jan serat tenu de livrer tous et fidelz materiaulx 
de mesme bonté que celles quHl at faict pour neste ville, et 
bauldir et entretenir lesdites cloches bonnes le terme et 
espace de trois ans; de manière que sy faulte sy retrouyoit 
pendant ledit temps, soit par cassure ou changement de 
ton, ledit maistre Jan serat obligé les refaire à ses fraiz 
et despens siavant quil soit encore vivant, sinon ses vefve 
et héritiers en seront deschargez. Conditionné que le tout 
debvera estre faict et achevé endedans trois sepmaines ou 
ung mois prochain. Quant au paiement il se ferat seans, 
au jour du livrement des cloches, la somme de mx centz 
florins, et le surplus en trois ans après ensuivant, scavoir, 
par chacune année ung tiers. Promectans lesdis premiers 
coraparantz, au nom et partie faisant comme de sus, de 
furnir au contenu de cestui appoinctement, sans aller au 
contraire directement ou indirectement, soubz obligation 
des biens de leurdit monastère, et ledit Groignart at de son 
costé obligé les siens. Ainsy faict et passé à Namur, présens : 
Philippe Gourdinnes marchant bourgeois dudit Namur et 
les sieurs Walthier et Jan Baptiste Chaboteau tesmoins 
requis etc. 

(Signé) GiLLE Le Large, prieur susdit; Petrur 
Hanslin; Philippe Gokdine; J. Gron- 
GNARD fils Walter, 1618; Walthere 
Chabotteaux; J. Bap^ Chabotteaux. 
Moy présent: Berthou, notaire 1618; J. Deloffe, 
notaire admis 1618 *. 

AujourdTiuy xxiii® d'octobre xvi* dix-huict, pardevant 
moy notaire soubsigné, comparut personnellement maistre 
Jan Groignart, marchant fondeur de cloche demourant à 
Gand, d'une part, et le S^ Jan Baptiste Chabotteau, mar- 
chand résident à Bovignes, d'aultrepart, lesquels nous ont 

« Extrait du protoiole J. Delofle, 1618 à 1621, N» 690. 



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220 

déclaré avoir faict tel contract qui sensuit : sçavoir que ledit 
Jan Baptiste s'acheminerat jour après aultre vers le lieu de 
Rouppet, terre de Ferette, appartenant à la Serenissime 
Maison d'Autriche, pour illecque en nom des deux com- 
parants faire achepte des cuivrer, qui se thirent au dit lieu 
jusques à la quantité de vingte quattre milles libvres par 
an à aultre, telle endesoubz quil poldroit obtenir pour lesdis 
cuivres estre ameunez par deçà aux communs pertes ou 
proffitz desdis deux associez, à la charge convenue; desquelz 
seront tous fraictz, tant d achapt, voictures qu*aultrement, 
estantz amennez en la ville de Namur, ledit Grongnart 
serat tenuz les recepvoir entièrement et dez à l'instant 
le livrement en réception, soit à luy ou ses commis, lesdis 
cuivres demeureront à sa charge, et serat tenu les paier 
entièrement, sçavoir la moictié part compétente au mesme 
pris de l'achapt, ensembles des fraictz quil aurait convenu 
exposé pour icelles faire venir par deçà. Et quant à Taultre 
moictié icelle au pris de cincquante florins chascun cent à 

Namur, nettement et pour toutes charges. Et au cas il • 

entre les parties trouvée que pour profitz desdis asso- 
ciez, comodité et pour de leur pour paiement desdits 

cuivres les deniers domaine de Leurs Altezes au 

comte de Bourgoigne, leurs viendroient à comoditez; ce 
advenant ledit Grongnart serat tenuz de donner ou faire 
donner la caution nécessair pardeça, au contentement de 
leur dites Altezes, et pour asseurance desdis deniers et 
jusques à la somme de deux mil cincque centz florins à 
la fois. Et au cas que Ton ne pouroit obtenir Tusage de 
ceste comodité, chacune desdites parties sera subjet de 
furnir son contingent. Quant aux dépens et vacations du 
voiaige dudit Chabotteau, ledit Groignart en supporterat 
la moictié selon Testât que fidellement il en donnerat. 

* Le présent document est endommagé en plusieurs endroits. 



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— 221 — 

Promettants les dites parties furnir et accomplir le présent 
contract en tous ses poinctz sans aller au contraire direc- 
tement ou indirectement, soubs obligation etc. Ainsy faict 
et passé audit Namur en présence de Jan Lefebve demeu- 
rant à Dinant et Thoussaint CoUinet tesmoins. 

{Signé) J. Grongnabt fils Waulterus, 1618; Bap^*^ 
Chabotteaux; Jan Lefebve; [marque 
dudit] Thoussaint Collinet, et J. De- 
LOFFE, notaire admis, 1618 *. 

Aujourdhuy xxv® d'octobre 1618, pardevant moy notaire 
soubsigné, et présents les tesmoins cy-après nommez, est 
comparu Jean Baptiste Chabotteau marchand résident en 
la ville de Bouvignes, d'une part, et maistre Jean Grongnart 
aussi marchant fondeur de cloches en la ville de Ghand, 
déclarant ledit premier comparant avoir audit Grongnart 
vendu, come il vend par ceste, et promis livrer au lieu de 
Bouvignes prédit en illec tout le cuivre quil recevra pro- 
venant de la portion par luy vendue par Messeigneurs des 
Finances pour et au nom de Leurs Altezes Serenissimes par 

contract du xvi'' dix sept, estant présentement 

en cours, jusquez au cinquiesme d'octobre que l'on comp- 
tera 1620. Lequel cuivre polra estre de quattre mil libvres 
par chascun quart d'an, à autre telle portion envers lesdits 
quattre mil que polra compéter audit Jean Baptiste par 
vertu dudit contract, mais pas moins de trois mille cincque 
cents, par chascun terme, dont ledit Grognart sera tenu et 
obligé à faire par luy ou ses commis réception, et icelle 
quantité pager au prix de cincqante florins pour chacun 
cent de libvres pesans, poid dudit Bouvignes, deux mois 
demi après ladite réception, et ce en main de Monsieur 
Simon de Gosée, conseiller et receveur général du pays et 

* Extrait du protocole du notaire J. Deloffe, 1618 à 1621, N» 690. 

15 



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— 222 — 

comté de Namur ou à son command, et de se donner à 
icelluy bonne et suffisante caution, pour audit paiement 
satisfaire, en sorte que ledit contract faict avec mesdits 
Seigneurs des Finances, ne polrat en estre retardé. Pro- 
mettent lesdis partis fumir et accomplir le présent contract 
en tous ses poincts, sans aller au contraire en façon aucune, 
soubz obligation de tous et quelconcques leurs biens présens 
et futurs. Ainsy faict et passé en présence de Nicolas Caria, 
hoste de TOrange, à Namur, et Jehan Dohey tesmoins 
requis et appelés, les jour, mois et ans que dessus. 

(Signé) J. B. Chabotteau; Gkongnart filz Wal- 
ther; marque de Nicolas Carlo; Jehan 
Dohey et J.Deloffe, notaire admis 1618*. 

Aujourdhuy xxiii® d'octobre xvi'^ dix-huit, pardevant moy 
notaire soubsigné, comparurent personnellement messire 
Bertholomé Lambotz, curé de Jambes, ensemble Jacques 
de Ronnet et Franchois Goblet, seigneur de Roeux, esche- 
vins de la hault cour dudit Jambes, partie faisant pour 
toute la communaulté dudit lieu, d'une part, et maistre 
Jan Grognart, marchant fondeur de cloche demeurant à 
Gand, d'aultre, lesquelles parties nous ont dict et déclairé 
avoir faict tel marché que s'ensuit : Sçavoir que ledit 
Grognart at promis et serat tenu de faire et livrer pour 
l'église dudit Jambes une cloche de la pesanteur de six 
centz libvres ou environ, et livrer tous bons et fidelz mate- 
riaulx, si bien que la .cloche debvererat estie aussy bonne 
qu'aultre de mesme pesanteur qu'il y ayt à Namur, et au 
dire de gens cogiioissantz; et la faire bonne l'espace de deux 
ans, de manière qu'advenant deffecte soit pour cassure ou 
changement de ton, ledit maistre serat tenu la refondre 
à ses fraictz et despens, siavant toutte[fois] quil soit encor 

» Extrait du protocole du notaire J. Deloffe, 1618 à Wh, N^ 690. 



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— 223 — 

vivant, si non ses vefve et héritiers en s[oient] deschargez. 
Et ce au moien et parmy payant, pour chacun libvre, treize 
sols, à paier scavoir : ung tiers ou plus si [faire se] peult, un 
autre tiers au Noël prochain ensuivant, le ni^ ung an après. 
Promettantz lesdits parties fumir et accomplir ce présent 
contract en tous ses poincts, [sans] aller au contraire 
directement ou indirectement. Obligeant lesdits premiers 
com[parant8], Tung pour l'autre et ung pour tous, leurs 
biens en général [et] ledit Groignart de son costé les siens. 
Ainsy faict et pa[s8é] à Namur, présens les S" Walther et 
Jehan Batiste Chaboteaux, tesmoins requis etc. 

(Signé) Bartholomé Lambotz, pasteur de Jambe; 
Jacques de Bonnet; Bap*® Chabot- 
TEAUx; J. Gron[gnabt]; Walthere 
Chabotteaux; J. Deloffe, notaire ad- 
mis, 1618. 

Aujourd'hui douziesme de mars mil six cent dix nœuf, 
pardevant le S"" Gilles Polchet maijeur de Bouvignes, Jean 
de Godines et Lambert Bocqueau, eschevins de la haute 
cour de ladite ville, est comparu Michel de Villenfaigne, 
bourgeois audit lieu, lequel pour fumir à la caution de 
mil vingt florins une fois, monnoie des archiducques Sere- 
nissimes, que le sieur Jean Groingnart maitre fondeur de 
cloches en la ville de Gaud est ou sera obligé païer à 
Monsieur Simon de Gosée, conseiller et receveur général 
de Leurs Altesses en cestui pays et conté de Namur, pour 
pris et valleur de deux mil libvres de cuivre, provenans des 
mynes de Bourgogne, à lui Groingnart renduz par Jean 
Baptiste Chabotteaux à raison de cinquante florins le 
cent, par contract faict et passé en octobre 1618 pardevant 
De LoflFe notaire audit Namur, et présentement remis du 
consentement dudit Groingnart (come il a confessé) à 
cincquante un florins, à cause de la patience qu'icellui 



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- 224 - 

Chabotteau at eu en son endroit et qu'icellui a peu 
faire plus grand prouflSt de sondit cuivre; et ledit de Villen- 
faigne a obligé et oblige tous et quelconcques ses biens 
meubles et immeubles, et entre autres la juste tierce por- 
tion d'une censé lui appartenante en propriété au lieu de 
Haillée, allencontre de Jean et André de Hallée, ses beau- 
frères, ensemble telz hérittages, gisantz en trois maisons 
et quattre jardins, cens et rentes qu'il a et possède audit 
Bouvignes. 

Tous lesquelz biens et herittages les susnomer majeur 
et eschevins attestent estre suifissantz pour lesdis mil et 
vingt florins, et a ledit Villenfaignes promis ratiflier par 
werpe ladite présente obligation pardevant ceste mesme 
court, ainsy qu'il a passé pour le regard desdis biens 
mou vans d'icelle et touttes autres qu'il appartiendra, et 
autrement au contentement dudit seigneur receveur géné- 
ral, mesme de faire le confirmer par telz quil conviendra 
au regard de ceulx non dépendans de ladite cour. Consti- 
tuant à cet eflFect tous porteurs de la présente. Promectans 
soubz la mesme obligation etc. Ainsy fait et passé les jour 
et an susdis. 

(Signé) PoLCHET, 1619; Bocqueau, 1G19; J. De Gtchhnen, 

(Echevinages, — Bouvignes, — Archives de VÉtat, 
d Namur,) 

D. V. D. C. 



N. B. — A la page 22*2, mention est faite de cloches fondues 
pour la ville de Namur. Il s'agit des dix-sept cloches du carillon de 
la porte du Hoyoul livrées par Jean Oroignart le 22 juin 1618. De 
ces 17 cloches, 16 furent vendues au 18 mai 1744, mais la cloche 
principale, transportée d'abord dans la tour du Beffroi, fut placée, 
vers 1834, dans le carapanille de Thôtel de ville, oii elle se trouve 
encore aujourd'hui {Annales de la Société archéologique de Namur, 
t. III, pp. 477 et 483). 



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— 225 — 

Éphémérides Gantoises. — Menu du festin donné a 
l'occasion du sacre de l'abbé Willocqueau, avec la 
LISTE DES INVITÉS. — Copte. — Dits dordonnantie van de 
Tafel van den Eeno. heere Mynheere den prelaet Rohertus 
Willicquieau in syne myteringe op den 4 meye 16 8 i 
(155 couverts). 

Eerste gherechte. — Groote Schotele^i. 

9 schottelen visquens. 

9 schottelen, te weten engelsche cotteletten ende kieke 

pasteyen. 
9 gigoten met ghespronghe vlees tsamen. 
9 schottelen soupe de santé ghefarseert (?). 
9 schauwers, calf busten ende rebben tsamen. 
9 schottelen haenne, calcoenen ghepoirdreert. 

Port ackeetten, 

13 acheetten oraengine tourten. 

18 acheetten met braet verkens ingelay in roulliaede. 

13 acheetten, te weten 6 gigoten in ragoeende 7 met 

calvere billekens. 
13 acheetten metfranssche fricasse, te weten van duyve 

ende kiekens. 
13 acheetten met sweemkens en potaige. 
13 acheetten met aelsterche ope. 
13 acheetten met spaensche cappers, gheenst cappers 

ende comcommers. 
13 acheetten met spenciege ende sausitsens. 

Txjoeede gherechte. — Groote Schottelen. 

9 schottelen met cappoenen ; 5 in een schottel. 
12 pasteyen te weten 2 van swaenen, 4 pauwen, 4 fu- 

santen ende 2 van calcoenen. 
9 schottelen te weten, 5 van oostersche hammen, 2 in 
een schottel, ende 4 verkens hoofden. 



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— 226 - 

9 schottelen braetverkens, 2 in een schottel. 

9 schottelen te weten 4 van venesoen ofte calf vlees, 

ende 5 met haeskens ende conynen. 
9 schottelen caweretten ofte lommers. 

Port acheetteri. 

13 acheetten met cleene kiskens, 10 in een schottel. 
13 met waeter sneppen, 12 in een acheet. 

13 acheetten met 

13 acheetten met oraengene, citroeuen ende chinappelen. 

13 acheetten quackels, 12 in een acheet. 

13 acheetten met ritsiole van 6 gr. het stuk; 10 iu een 

acheet. 
13 acheetten oostersche tonghen met sausitsen de Boul- 

loingnie. 

13 acheetten met supieren. 

Bancquet. 
Oroote schottelen. 

9 schottelen massepeynen. 

45 pond pasta van genua, boven noch 90 stucken die 
commen van Effrau (juffrouw) Boschman. 

9 schottelen met sneeuwe ende obli. 
54 ponden spaensche sucaede. 
36 ponden citroenaden roo ende witte. 
54 ponden cundissuigre {sucre candi), 
45 ponden gheheele oraengnie, boven noch 125 stucke 

die commen van Effrau {juffrouw) Boschman. 
36 ponden latuwe. 

Port acheetten. 

14 ponden canneel de romeyn. 

12 ponden witte amandele ende 6 ponden van siculati. 
12 ponden musbollen ende 6 ponden framboosen. 



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— 227 — 

7 acheeten met uotten ende 6 met parmisan. 
20 ponden pruymen de Tours, ghemengelt met fransche 

pruymen. 
18 ponden epistacen (pistaches), 
18 ponden crieke gheconfyt. 
24 ponden peerkels ofte peeren. 
18 acheetten met confitueren. 



Noms des personnes invitées au Banquet susdit 
Alrooretis den refter wcl te doen versekeren ende ondersteunen . 



Brussel, 

1. D. loternoncius. 

2. D. Morel, gecretarius. 
0. D. Prseses De Pape. 

0. D. D'oudenhove Bloadel. 

3. D. Ghristyn cura filio. 

4. D. Lefret, lator litterarum. 

5. D. Bardé. 

7. Pater Rentier cum priore. 

8. Monsieur Thielens. 

0. D. Brouchove Bergheyck. 

Mèche len. 
0. D. Frazin. 

0. De Vice-prœses Van der Zype. 
0. D. Schoorman. 
0. D. Lamotte. 

9. D. Milan. 
0. D. Schorre. 

10. Adv* Verhaghe procureur. 

Brugghe et in vicinià. 

11. Monsieur L'espée. 

12. S»" Steelant. 



13. S»" Meulenaere. 
0. R. D. prelatu» Audeubur- 

gensis. 
0. DeheereQuickelberghe,reken- 

meester. 

Cortryck en Casselreye, 

15. S»* Neerynck cum filio. 

16. D. Leloup presbiter. 

17. D. Hooghballiu Van Meenene. 

18. D. Van der Beken T'Ysseghem. 

19. D. Meulenaere, grefier Rous- 

sel aère. 

20. D. Vander Marien. 

21. D. Dumarez cum tllio, t^ 

Machelen. 

Doornyksche. 

23. D. Canonicus Rogier cum 
fratre. 

25. Madame Delrue cum fllio. 

RysseUche. 

26. Monsieur Bisscop, Waterlos. 



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228 — 





A udenaerschf. 


53. 


27. 


R. D. Prelatus Enameosis 


57. 




cum duobus assistentibus. 


58. 
59. 




Lant van Waes. 


60. 


28. 


Monsieur Ooethera, S. Gilles. 


61. 


29. 


M' D'hanins. 


62. 


30. 


MrZeghere cumfllio,Tem8che. 


63. 
64. 




Ghent. 


0. 


0. 


m. D. Episcopus cum duobus 


65. 




assistentibus, vel Brugensis 


66. 




etiam cum duobus assisten- 


67. 




tibus et ceremoDiario. 


68. 


31. 


D. Decanus. 


69. 


32. 


D. Archipresbiter. 


70. 


33. 


D. ArchidiacoDUS. 


71. 


34. 


D. Ganonicus d'Aubremont. 


72. 


35. 


D. Ganonicus Schoorman. 




36. 


D. Ganonicus Van Weghtere. 


0. 


0. 


D. Ganonicus De Paepe. 


0. 


37. 


D. Ganonicus Parmentier. 


73. 


0. 


D. AUio, si episcopus Brugen- 






sis veniat. 


74. 


0. 


R. D. prelatus de Baudeloo. 


0. 


40. 


R. D. prelatus Tronchiniensis 


75. 




cum duobus assistentibus. 


76. 



41. D. pastores D. Virginis. 

43. S. Jacobi, uterque. 77. 

44. S. Nicolai. 

46. S. Michaelis, uterque. 78. 

47. S. Martini. 79. 

48. Pastor Minoris Beginagii. 80. 

49. D. Van de Perre, sacellanus. 81. 
0. R. pater de Nonenbossche. 0. 

51. R. Pater Boschraan cum priore 82. 



Eximîus pater D'aubremont. 

Twee assistenten E>chaut. 

Triche. 

De Goronel Gayat. 

De Goronel Pères. 

Den Gornel. 

Den Goronel. 

Pater Byl. 

Prelaat Eechaute. 

Vroylant. 

Maior de la Place. 

Van de Voorde. 

Procureur Beydens. 

Avocaet Beydens. 

Advocaet Melder. 

Rector Jesuiten. 

Schellebroot. 

21 Domini consiliarii cum 

Préside. 
D. Acosta Gastellanus. 
Den heere Hoogballiu. 
De heere Van Willecommi» 

als Voorschepene. 
Den heere van Meirelbeke. 
Den heere van Weldene. 
Den heere pensionaris Mavauz. 
De Voorschepene van Ohe- 

deele. 
Den pensionnaris van ghe- 

deele. 
D'heer Frans Matton. 
Dlieer Jooris VanSasseghem. 
Den heere van Martenslierde. 
Prelaetvan Gheeraertsberghe. 
Proost van AfTelghem. 
Secretaris Schoorman. 



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— 229 — 



83. 


Pastor Calloo. 


139. 


84. 


Mr Pieter Beydens, procureur 


140. 


85. 


Ml" Jean Beydens, advocaet. 


141. 


86. 


D*heer en M»" Hieronymus 


142. 




Massau. 


143. 


87. 


J. Jacques Vanderheyden, advt 


144. 


0. 


D'heer Juste Billet. 


0. 


88. 


Joncheer Gaude Maes, onder 


0. 




balliu. 


145. 


90. 


S»"... Boschman, coopman. 


146. 




cum fllio. 


147. 


91. 


S'... PoUyn, coopman, hoogh- 






poorte. 


148. 


92. 


S»"... Goppenolle by het sluy- 






seken. 


149. 


93. 


Den adv' Ingelbyn. 


150. 


107. 


16 religiosi huius conventus. 


151. 


116. 


9 d'beeren van *t leenhof. 




132. 


16 collegie S. Pieters. 


152. 


ia3. 


Den ouden heere Van der 






Gamere. 


153. 


134. 


Jonch»" Stoppelaere Belle- 


154. 




verge. 


153. 


135. 


Joncha Lambert de Lonneuz. 




136. 


De heere Macs Noortvelde. 




137. 


Don Rodriguez. 




138. 


Jonch»" Meulenaere. 






(A rchiv, de VÉtat à 




de St-Pierre.) 



Jonker Denys Van der Saren. 
Onfanger Rycquaert. 
Jonchr Vanden Berghe. 
Jonch»" Theodor Triest. 
Den heere GomysSersanders. 
Sr Loys Gollage. 
Den heere Baron de Boulers. 
M»" Oillis Parraentier. 
M' den abl Steelant (Jacet). 
M*" Nicolas Hauweel, greffier. 
Den heere docteur Vander- 

heyden. 
Den heere docteur Goetghe- 

luck. 
Jonch' Allegarabe Mortaigne, 
Joncker Gaperycke. 
Den Grave van Gruyshau- 

them. 
Jonch"* Alexander Vander- 

beken. 
JonckrBaee8(fi«Mf)Tenhulie. 
Joncker Sanderlynck. 
Joncker Stuyperaert. 
D. Bieselynge. 
D. Wychuys. 
D'heer Seghers. 
D'heer Neeryncx. 

Gand, Fonds de Vahhaye 



RÈGLEMENT POUR LE SERVICE DES DOMESTIQUES DE 

l'abbaye DE St-Pierre. ~ Chpie, — Art. 1. Voor eerst sal 
M"" den Ceuckemeester goede sorghe draeghen opdat onse 



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- 230 - 

dienaeren ofte knechten behoorelyck en ghetrauwelyck hun 
werck volbrenghen daer zy in ghestelt zyn. Hy sal oock wel 
toesien of sy ter ghestelder uure naer slaepen vertreckeu, en 
of zy 's morgens vrough aile gader tegenwordigh syn in 
O.L. V. misse, die Wy hun expresselyck ghebieden te hooi-en 
en byaldien iemant van haerlieden in deselve misse niet 
tegenwordigh en wîiere, sal dien dagh syn imbyt moeten 
derven; welcke misse ghedaen zynde, suUen zy stil sonder 
spreken of ramoer te maken den pant passeren , en een 
ieder sal hem vertrecken naer zyn werck, ofte naer het 
werck, dat hem opgeleyt sal worden (maer niet naer de 
brandewynhuyse); 

Art. 2. Zy zullen ter ghestelder uure commen inbyten 
ter plaetse haerlieden bekent, gelyck hun noemnael en 
avontmael komen nemen. En die ter ghestelder uure t'zy 
s' noenens, ofte s' avonts aen taefel niet en sal compa- 
reeren, sal dien keer zyn noenmael ofte avontmael ver- 
liesen; dienvolghens verbieden aen den rifterknecht, cock 
en bottelier, van aen eenighe onser dienaeren int particulier 
te eten te geven die aen de gemeene tafel niet geweest en 
zullen hebben, ten waere dat zy goede reden hadden van 
hun te laet komen, en dat die reden voor goet ghehauden 
wierde van den heer keuckemeester. Ende aen tafel ge- 
schickt ende gemaniert, etc. En na aen de taefel haeren 
nootdruf genomen hebbende, sullen naer vertrecken, en 
wel wachten van eenigh broot, boter, vleesch ofte eenighe 
ander etelycke waere mede te draeghen om te geven aen 
supposten of ander vremde lieden van buyten huyse. — 
En niemant en sal hem vervoorderen van eenighe vrienden 
ofte kennisse ten inbyte, noenmael ofte avontmael aen 
tafel te brenghen ofte in ons clooster te laeten logieren 
sonder exprès consent van den heer ceuckemeester. 

Art. 3. Vervolgens wordt straffelyck verboden, dat nie- 
mant hem en sal vervoorderen van eenighe supposten, 
jonghers ofte vremde knechten aen te treckene, of eenigh 



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— 231 — 

werck te geven, naementlyck in den stal. Daerom gebieden 
VVy, dat elcke dienaer zyne fonctie ofte werck selve soude 
volbreynghen en geen vremde supposten daertoe gebniy- 
cken by manier van hulpe, hun doende water haelen, water 
putten, haut haelen, uytsenden in commissieofanderdier- 
gelycke dinghen. 

Art. 4. En opdat niemant van onse knechten en saude 
klaeghen, al of hem meer last opgeleyt wierde, als dat 
besproken is, soo dickwils alser eenighe nieuwe knechten 
suUen aenveert worden, sal den h' ceuckemeester haer 
vermaenene, dat zy niet alleen aenveert en worden tôt dit 
of dat werck, maer tôt aile wercken daer zy toe bequaem 
syn, ofte haer gecommandeert zullen worden. Insghelyckx 
suUen oock als dienaeren deser abdye besonderlyck moeten 
dienen, en volgen de H'*"" Religieusen t'zy in de stadt, 
buyten ofte op andere plaetsen, als sy daer toe gestelt 
zullen worden. 

Art. 5. Wy verbieden oock, dat hem niemant en sal 
laeten scheeren in eenige plaetsen van onse abdye, ofte 
couvent, dan alleen die haer willen laeten scheeren, sullen 
dat moghen doen in het huyseken van den poortier, by 
onze middelpoorte. 

Art. 6. Insgelyckx verbieden Wy seer straffelyck, dat 
een ider hem sal te wachten hebben van zynen mededienaer 
te misnaemen,vau tweedragt te maken tusschen malkander, 
van ongheschickte worden te spreken, op pyne van gestraft 
te worden, en by soo verre, dat hem iemant soo quaem te 
vergeten, en soo staut waere van synen mededienaer te 
slaen, ofte eenighe bevonden vrierden onder malkander 
ghevochten te hebben, sullen sonder eenigh remis wegh 
ghesonden worden tôt exempel van andere. 

Art. 7. Daer en sal oock niemant vermeughen in den 
winter op eenighe particulière camers vier te maken, maer 
sullen moeten te vreden zyn met het vier, het-gene daghe- 



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— 232 — 

lyckx gestocken wort by de middelpoorte in het poortier- 
huyseken, alwaer zy te saemen synde suUen wachten van 
te schimpen ofte te laechen met malkandere, vuylen clap uyt 
te slaen, met de kaerte te spelen, toeback te smooren, &c. 
Maer suUen daer stil en ghemanierelyck hun draeghen, 
indachtig zynde, dat zy in een clooster woonen, alwaer dier- 
gelycke ongestichticheden en abuysen niet en moghen ge- 
tolereert worden. 

Abt. 8. Niemant en sal de sleuters van syne fonctie 
vermeughen te geven aen een ander sonder orlof en 
expresse wille van den h"^ ceuckemeester. Maer ist dat 
iemant in de stadt moet gaen, ofte belet is in eenige ander 
affairens, dat hy syne belanghe te kennen geve aen den 
h"" ceuckemeester, gelyck oock niemant en sal presumeren 
carossen, wagens of peerden te leenen sonder de wete, en 
expressen orlof van Zyn Eerw. den heer Prelaet. 

Art. 9. Verbieden insgelyckx aen aile onse dienaeren te 
hantiéren ofte ghemeensaemheyt te hauden met dochters 
ofte vrauwpersoone, op pretext van vryage, en andersins, 
op pyne van degene die dit ons gebodt suUen bevonden 
worden te buyten te gaen, uytgesonden te worden. 

Art. 10. Ende gelyck ons obligatie is, sorghe te draghen 
voor onse Dienaers (soo lanck sy in onsen dienst syn) op 
dat zy godvruchtelyck en chiistelyck leven, soo bevelen 
Wy haer aile sondaghen en mestdaghen in onsen choor te 
komen ten tyde van de hoogmisse, en bereet te zyn tôt het 
dieneii der niissen van de heeren religieusen, en op de 
werckdaghen sullen altyt bereet zyn tôt het dienen der 
missen, den rifterknecht, coster, bottelier en fermerye- 
kneclit en andere knechten die niet belet en zyn. 

Art. 11. ZuUen oock Sondaghs en S'heylighs daghs 
s'avonts haer laeten vinden in de completen ofte lof om de 
benedictie en wywaeter te ontfanghen van den Eerweer- 
dighen Heer Prelaet, prior ofte andere oversten, die in den 
çhoor sal presideren. 



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— 233 — 

Abt. 12. Voorder sullen aile sondaghs s'avonts naer de 
compléter!, niemand uytghenomen, komen naer de nieuwe 
kamer, om aldaer ghesaemdelyck te lesen de litanie van 
0. L. V. en te aenhooren alser eenige nieuwe ordens ge- 
geven moeten worden, die sy promi)telyck zullen moeten 
onderhauden. 

Art. 13. Zullen oock ghehauden syn allô Hoogtyden van 
het jaer, als wesende Paeschen, Sinxen, 0. L. V. half ougst, 
Alderheylighen ende Kerstmisse'te bichte en te communie 
te gaen, en sullen de heylige communie ontfangen in de 
kercke van onse abdye, uytghenomen den hooghtyt van 
Paesschen, alsviranneer zy verobligeert syn te communieren 
in de parochialie kercke van 0. L. V. Den heer ceucke- 
meester sal oock toesien of onse dienaeren gestichtigh en 
gemaniert zyn, als sy aen tafel dienen, t'zy in den rifter, 
als het recreatie is, t'zy in d'abdye de tafel dienende, ver- 
bieden haer te verhaelen onder malkander de propoosten 
die sy over onser tafelzaken gehoort hebben. 

Art. 15. Daerenboven sal den h' ceuckemeester onder- 
tusschen gaen sien in den stal en het waghenhuys, of de 
peerden, carossen, waghens en hamassuren wel onder- 
hauden viTorden; insgelyckx in de voorpoorte, of de meu- 
belen en huysraedt wel gaede gheslaghen wort; of de 
camers dienende tôt de gasten, wel en betamelyck opghe- 
schickt worden. Hy zal oock toesien naer het poortiers- 
huyseken, loochtynck en andere plaetsen, of aldaer geen 
onbehoorelycke vergaderinghe en braspotteryen en ghe- 
schieden. 

Art. 16. En alser eenige haut moet opgedaen worden 
of eenigh ander werck te doen is, daer veel knechten te 
saemen moeten wercken, sal den heer ceuckemeester eenen 
dagh ofte twee te vooren haer vermaenen, op dat een ieder 
syn werck daemaer soude connen schicken, en hem niemant 
en saude connen excuseren op eenig pretext. 



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- 234 - 

Art. 17. Ten lesten wort stratfelyck verboden aen onse 
(lienaeren buyten het beluyck van het clooster te gaen naer 
de completen, 't zy naer de herberghen of ergens in de 
gebeurte. Insgelyckx op aile andere tyden van den dagh, 
en zal niemant vermeughen buyten het beluyck van ons 
clooster te gaen zonder exprès cousent en wete van den 
h"" ceuckemeester. En waer het saecke dat iemant soo staut 
bevonden wierde van gheslapen te hebben buyten het 
clooster, sal sonder eenigh remis uytgesonden worden. 
Daer om die het hem uiet aenstaet sich te voeghen en 
te schicken naer dese onse constitutie, magh hem aen- 
stonts vertrecken, want onse wille is, dat dese ordinantien 
promptelycke suUen onderhauden worden. — 

De sleutels van de voorpoorte suUen in den winter inge- 
brocht worden ten 8 huren, in den somer ten half negen, 
aen den h»" Hofmeester, ten zy datter merckelyck belet is. 

De bailde sal gesloten worden naer de completen, soo 
winter als somer. De bailde sal gehopent worden in den 
somer, gelyck oock de voorpoorte, door de kledermakers, 
voor dat de werck clocke luydt, op dat de wercklieden op 
hunnen tydt sauden aen het werck wesen; gelycker wys de 
bailde ten 6 huren in den winter smorgens voor de heeren 
die vroeghmisse leesen, de borgers sauden connen misse 
horen. 



FÊTE A Gand s )US la RÉPUBLIQUE *. — Ordre et marche 
des cérémonies qui seront observées à la fête de la Réunion 
et de la Paix, qui doit être célébrée à Gand, le 30 Bru- 
maire an F/«. 

La fête sera annoncée par une salve d'artillerie; à huit 
heures la grande cloche de la commune donnera le signal 

» L'orthographe a été strictement respectée. 



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— 235 - 

du rassemblement des députés des cantons, tireurs, cou- 
reurs, employés, professeui^s et élèves qui doivent faire 
partie du cortège, et qui se réuniront tous dans le local de 
la ci-devant abbaye de S*^ Pierre. 

A neuf heures précises, le cortège se mettra en marche 
dans Tordre suivant : 

Un piquet de cavalerie précédé de trompettes ouvrira 
la marche. 

Suivront les tambours de la garnison et une compagnie 
d'infanterie. 

Les employés des administrations civiles et militaires 
décorés d un nœud tricolore au bras gauche. 

Les professeurs et élèves de l'école centrale. 

Un corps de musique. 

Les députés des cantons dans l'ordre alphabétique, pré- 
cédés de leur drapeau respectif, et des six citoyens choisis 
pour concourir au jeu de l'arc. 

Tous les citoyens désignés par les cantons pour concourir 
au jeu de l'arc. 

Un groupe de défenseurs de la patrie, blessés dans les 
combats pour la cause de la liberté ; ils porteront des tro- 
phées représentant les principaux exploits des armées 
républicaines. 

Un char à l'antique, précédé de trompettes et cymbales, 
figurant la réunion des neuf départemens à la République, 
cimentée par le glorieux traité conclu avec l'empereur; 
en avant et autour du char des grouppes d'enfants portant 
des devises et inscriptions analogues à la fête. 

Un corps d'infanterie et un piquet de cavalerie fermeront 
la marche. 

Le cortège descendra par la rue neuve S^-Pierre, le Pont- 
Madou, la petite Boucherie, la rue du Département, où il 
s'ouvrira pour faire place à la musique militaire, à l'état- 
major du département et de la place, aux tribunaux correc- 



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— 236 - 

tionnels, civil et criminel, et à TadmiDistratioii centrale. 
Au milieu des autorités constituées sera porté l'acte 
constitutionnel. 

Le cortège ainsi completté prendra la rue d'Orange, le 
Kalanderberg, la Place d'Armes, la Veld-straete, le Marché 
aux Grains, le Marché aux Herbes, la I^ange-Munte, le 
Marché au Vendredy, où en face de la statue de la Liberté 
et en présence des autorités constituées, il sera exécuté un 
chant civique. 

Le cortège défilera ensuite par la rue ci-devant Royale, 
le Zandberg, la Haute Porte, le Marché au Beurre, et se 
rendra par la rue S^-Jean en l'église dite S*^Bavon. 

Les employés et citoyens appelés à concourir aux jeux, 
se placeront dans la partie de l'édifice qui leur sera assignée. 
Les fonctionnaires publics seuls seront admis au Théâtre. 
Ils se placeront sur les sièges qui leur seront assignés par 
les maîtres des cérémonies. 

La musique ayant exécuté quelques-uns des airs chéris 
de tous les Français, il sera fait TEcture du traité de paix 
conclu entre la République française et l'Empereur, après 
quoi le Président du département prononcera un discours 
analogue à la fête. 

Un himne à la paix sera ensuite exécuté. 

IjC Président invitera les membres des autorités consti- 
tuées, les députés des cantons et tous les citoyens à se lever 
et renouveller avec lui le serment de fidélité à la République 
et à la Constitution de l'an UI, sauvées par l'heureux événe.- 
ment du 18 fructidor. Cette déclaration sera suivie de chants 
républicains. 

Le cortège sortira du temple dans le même ordre qu'il y 
sera entré. 

Il prendra la rue de la Croix, la Calanderberg et se rendra 
sur la Place d'Armes où se fera la course à pied. 

Toutes les personnes attachées au cortège se placeront 
au milieu, dans l'enceinte qui leur sera destinée. 



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— 237 - 

Les couleurs courront par pelotons. Ceux qui dans chaque 
peloton, auront les premiers atteint le but, concourrons seuls 
pour les prix. 

Les prix étant distribués et l'exercice de la course fini, le 
cortège se rendra dans le même ordre que devant par la 
rue du SoIjBil, celle dite S^-Pieters-Neder-Cauter sur la 
plaine dite S*- Pierre, où se célébreront les autres jeux. 

Les autorités constituées, Tétat major et les députés des 
cantons seront seuls placés sur le théâtre, aux extrémités 
seront placés les prix. En avant du théâtre et autour de 
la perche où seront attachés les oiseaux, il sera formé une 
enceinte où seront seuls admis les tireurs et les employés 
civils et militaires. 

Les noms des cantons seront tous placés dans une urne 
sur le théâtre. Le sort décidera du rang des tireurs. 

Les exercices commenceront par Tespadon. A cet effet, les 
concurrens de la cavalerie entreront en lice dans l'arène 
qui leur sera destinée. 

Vers la gauche du théâtre s'escrimeront ensuite les con- 
currens de l'infanterie; pendant le dernier exercice on 
tirera l'oiseau. 

Les jeux cesseront à cinq heures précise, pour reprendre 
le landemain à dix heures du matin, si tous les prix n'ont 
pas été remportés. 

Le cortège retournera ensuite par la rue dite S*-Rerre, 
le Pont-Madou et la petite Boucherie à la maison dépar- 
tementale, où il se séparira. 

Les vainqueurs seront sur un char. 

Tous les habitants de la commune de Gand sont invités 
à concourir à la célébration de la fête, en décorant leurs 
maisons de bannières tricolores et en les illuminant le jour 
et le landemain de la fête. 

Les défenseurs de la patrie qui ont été blessés et les vain- 
queurs des jeux auront au spectacle une place distinguée. 



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— 238 — 

Les autorités constituées qui auront assisté à la fête, se 
réuniront à la maison commune en un banquet fraternel, 
pour lequel il sera distribué des cartes d'entrée. 

La fête se terminera par un bal au Grand Théâtre auquel 
tous les citoyens et citoyennes seront admis. 

Fait en séance départementale, le 26 Brumaire an VI^ de 
la République française. Présents les citoyens J. G. Meyer, 
Présid*; Hopsomere, Vanderheeren, Troisœufs, Forcade fils 
aîné, administrateurs; Du Bosch, commissaire du directoire 
exécutif; Em. Peers, SeC^® en chef. 

Pour expédition conforme . 
Signé : J. G. Meyer, Présid', 

Em. Peers, Sec* en chef. 



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— 239 — 



CHRONIQUE 



Les Juifs en Belgique sous l'ancien régime (*). — Voici un 
opuscule extrêmement cuneux et qui emprunte une grande pai'tie 
de sa valeur à la rareté des documents sur la matière. M. Ouver- 
leaux a divisé ses Notes et documents en onze chapitres que nous 
allons citer, aûn de donner du coup une idée complète de son travail : 
Transaction des juifs. — Sépultures des juifs. — Serments des 
juifs. — Tentatives faites par les juifs pour s*établir aux Pays-Bas 
catholiques. — Taxe sur les juifs. — Admission des juifs dans la 
bourgeoisie. — Projet d'édit contre les juifs (1786). — Exemption 
des droits de tonlieu accordée aux juifs bourgeois de Bruxelles ou 
domiciliés dans cette ville. — Arrêté du représentant du peuple 
Laurent contre les juifs. — Patente de mendiants accordée à des juifs 
convertis. — Baptême des juifs à Liège et à Binixelles. 

Nous appelons l'attention sur certains détails : les documents 
hébreux des Archives (p. 5), les sépultures juives, entr'autres celle 
qui se trouvait au cimetière de la porte d'Anvers à Gand (p. 18), 
cimetière aujourd'hui supprimé. 11 est étonnant que l'ère de soi- 
disant liberté inaugurée par la République française du siècle 
dernier, n'ait pas lui pour les juifs, car ils furent proscrits des 
armées françaises. 

En terminant, nous recommandons de nouveau cet opuscule qui 
dans ses pages peu nombreuses renferme une matière considérable et 
intéressante. Emile V... 

(*) Notes et documents sur les juifs en Belgique sous Vancien 
régim^y recueillies par Emile Ouverleaux, conservateur-adjoint à la 
Bibliothèque royale de Bruxelles. — Paris 1885, p. 98 (Extrait de la 
Revue des études juives). 



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— 240 — 

DÉCOUVERTE DK 8UB8TRUCTION8 DU MOYEN-AGE. — On a fait récem- 
ment une découverte à Donk près de Maldegem (Flandre Orient.). 
Des fouilles avaient été entreprises à l'endroit où l'Abbaye de Zoe- 
tendaele avait dû exister encoi-e en 1578. Mais au lieu de trouver les 
restes de l'abbaj'e, on mit à nu les ruines d*un ancien castel du 
moyen-âge. Le développement des fondations qui ont i™,40 d'épais- 
seur, indiquent que les bâtiments avaient 27 mètres de long sur 
12 mètres de large. Au coin, sur une légèi*e élévation était une 
tour triangulaire, chose fort rare dans l'architecture militaire de 
nos contrées. On a trouvé un souterrain dans lequel étaient des 
tronçons de chaînes en fer et une monnaie presque usée. 



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— 241 



UN ADMINISTRATEUR AU TEMPS DE LOUIS XIV '. 



-«.-e^5i(»>3o- 



XV. 

Après avoir suivi Robertot dans les différentes 
phases de sa carrière judiciaire et administrative, 
nous demanderons au lecteur la permission de le 
lui montrer dans sa terre de La Chaussée, où il 
naquit et où il acheva son existence. Ce chapitre 
sera donc, en quelque sorte, le court abrégé de 
la vie privée du personnage auquel est consacré 
ce travail. 

La Chaussée-sur-Longue ville % située sur une 
hauteur entre Arques, Dieppe et Longue ville, tire 
son nom d'une voie romaine qui allait de Dieppe 
à Radepont et sur les bas côtés de laquelle on a 
découvert de nombreuses traces des conquérants 
des Gaules'. L'église, placée sous le vocable de 
S*- Jean-Baptiste, a appartenu de très bonne heure 
à l'abbaye de S'-Amand de Rouen, à laquelle une 



« Suite. Voir Messager des sciences historiques, 2« livraison, 1886, 
p. 165. 

• Ou « La Cauchië, » canton de Longueville, arrondissement de 
Dieppe (Seine-Inférieure). 

' L'abbé Cochbt, Guilmbth, etc. 

16 



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— 242 - 

bulle de Célestin HI en confirma la possession, 
après qu'elle l'eut échangée contre Manéhou ville, 
lieu voisin, qu'elle possédait antérieurement*. 

La partie de la terre qui tendait vers Longue- 
ville était la propriété de l'abbaye, mais celle qui 
descendait vers Arques comprenait le château et 
formait une seigneurie particulière. Les terres 
étaient tellement enchevêtrées qu'il n'est pas facile 
de se reconnaître dans les nombreux aveux que 
nous avons relevés aux archives de la Seine-Infé- 
rieure, et que les difficultés entre les deux co- 
seigneurs du lieu furent incessantes. 

Le domaine de La Chaussée fut d'abord la 
propriété de la famille Le Febvre, qui possé- 
dait aussi Anneville * et Escorchebœuf ' dont 
eUe portait le nom. Le mariage de Catherine 
Le Febvre avec Jean de Grouchy, à la fin du 
XrV® siècle amena ces biens dans la famille de ce 
dernier, et ils y restèrent jusqu'en 1752, époque 
à laquelle François-Jacques de Grouchy, père du 
Maréchal, les céda à M. Blondel, dont les descen- 
dants possèdent, encore aujourd'hui, La Chaussée. 

Le village est tout en longueur, s'étendant de 

* L'abbaye de Saint- Amand, de Tordre de Saint-Benoit, était située 
près de Saint-Ouen et est aajourd'hai presque complètement détruite. 
Elle avait été fondée vers 1040 par Gosselin, vicomte de Rouen, et 
Emmeline, sa femme. On compte quarante-trois abbesses jusqu'en 
1790 ; celle qui vendit les bois de La Chaussée à François de Grouchy 
était Anne d'Arcona (1630-1651). Les trois abbesses qui soutinrent 
après elle le procès, appartenant à la maison de Souvré, étaient alliées 
de très près à Louvois et fort bien en cour. 

En 1432, Emmeline de Grouchy était religieuse à Saint- Amand. 

• Station du chemin de fer de Rouen k Dieppe. 
' Aujourd'hui à M. Reiset. 



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hglise de La Chaussée (Semé Jnf.y rrance^. 



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— 243 ~ 

chaque côté de la route, sans agglomération; il 
se compose de maisons, de fermes et de bâtiments 
espacés, et de ces champs, clos de murs en terre 
et plantés d'arbres, que, dans le pays de Caux, 
on nomme « masures. » 

L'église fort ancienne, et classée comme monu- 
ment historique départemental, est intéressante, 
quoique fort petite et à une seule nef. Sur son 
fronton, on lit cette inscription : « Ce porche neuf 
fiU ici fait Pan 1545. » Au-dessus avaient été sculptés 
trois écussons; quoique martelés à la Révolution, 
on distingue encore sur deux d'entre eux les armes 
des Grouchy et celles de Saint-Amand de Rouen. 
L'intérieur a été habilement restauré par les soins 
du curé actuel, M. l'abbé Fresnes. Les Grouchy, 
pendant près de quatre siècles, ont été ensevelis en 
ce lieu, mais il ne reste pas trace de leur sépulture 
et, sans la piété d'une femme qui a tenu à rétablir 
leurs aimoiries sur les vitraux^ rien ne rappellerait 
la mémoire de Robertot ni celle des siens, si ce 
n'est les trèfles presque eflfacés qui se voient au 
dessus de la porte et des fragments d'obit encastrés 
dans le mur. Une petite entrée, aujourd'hui bou- 
chée, mais dont l'encadrement est encore visible, 
servait aux religieuses à pénétrer dans le chœur ; 
les fonds baptismaux sont anciens ; le clocher ne 
manque pas d'originalité; la cloche est moderne. 

Rien non plus dans le château, maintenant pro- 
priété de M"*® la baronne Lucas, ne perpétue le sou- 
venir des anciens seigneurs, si ce n'est une tour 
portant une dalle au millésime de 1565, et deux 
bustes de philosophes grecs, qui durent y être 



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- 244 — 

posés par Nicolas de Grouchy, le savant commen- 
tateur d'Aristote, dont la vie a été retracée ailleurs. 
Nous avons lieu de croire que le château a été 
démoli en partie ou diminué depuis la Révo- 
lution, car, tel qu'il est, il n'eût pu abriter 
une famille aussi nombreuse que le fut celle de 
Grouchy à la lin du règne de Louis XIV, et on 
ne retrouve plus trace d'une chapelle, dont les 
archives de la famille donnent la description. 

C'est là, et non dans son fief de Robertot, que 
demeura Thomas de Grouchy. Il n'y a que des 
fermes et une curiejise église dans ce dernier en- 
droit, mais point d'habitation seigneuriale. Les 
actes paroissiaux ne contiennent aucune mention 
du nom des Grouchy, et si quelqu'un d'eux s'y 
rendit, ce ne dut guère être que pour toucher ses 
fermages. 

n nous faut donc revenir à de longues années en 
arrière, pour retracer la vie privée de Robertot. 

Le 20 octobre 1631, Thomas de Grouchy, 
qualifié alors de sieur de Greny, fut, avec Lia De- 
lamarre *, parrain d'Anne, fille d'Adrien Sibille, 
habitant La Chaussée '. 



Le 13 octobre 1637, ainsi que nous l'avons vu, 
François de Grouchy fit une donation sous seing 
privé à ses trois fils puînés, pour éviter toute 



* Pierre Delamarrei vicomte de Longueyille, était l'ami de Nicolas 
de Grouchy. 

* Registres paroissiaux de La Chaussée, 



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— 245 — 

contestation entre eux et leur frère aîné Thomas. 
Il leur céda la ferme de Soquentot, sise en la 
paroisse de Beaunay, contenant 90 acres, avec 
diverses rentes dues par des particuliers de Hugle- 
ville, Bellemesnil, St-Mards, etc. ; il s'en réserva 
FusufiTiit sa vie durant, et les nu-propriétaires 
s'engagèrent à faire 400 1. de rente à leur frère 
aîné, dès leur entrée en jouissance *. 

Cet acte est important, car il nous donne la 
position de la ferme de Soquentot, autant que 
l'extrême division du lieu, situé sur plusieurs 
communes, le peut comporter. 



Robertot était dans son droit lorsque, comme 
nous l'avons dit au chapitre V% à la tête du pré- 
sidial de Dieppe, il appelait devant ce tribunal 
Nicolas Duplix, car, le 16 juin 1638, ce dernier 
avait vendu à François de Grouchy, 64 acres sis à 



» Preuves de la noblesse de François Jacques de Grouchy. Bibl, 
Nat., carrés d'Hozier, etc. 

Ce partage est complété par Pacte suivant : 

M Partage sous seing privé en trois lots des biens de feu François 
de Grouchi, Es**, S' de Robertot, donné le !•• mars de Tan 1643 par 
Mathieu de Grouchi, Es*', S' de Bressy, fils puisné dudit feu François 
de Grouchi, à Adrien et Jacques de Grouchi, Es*»*"», ses frères ainez. 
Ce partage dont le 3« lot était composé du fief de Greni, dit liamotte, 
ci-devant laissé par non choix auxdits Mathieu, Adrien et Jacques 
de Grouchi, par Thomas de Grouchi, Es*', S' de Robertot, leur frère 
aîné et signé de Grouchi, Es^^, est produit par copie collationnée le 
jeudi 6* de juillet de Pan 1690 par le Forgeur, notaire et tabellion à 
Long^eville, sur une autre copie collationnée le mardi 26 de mai de 
l'an 1671 par Nicolas des Biens, Tabellion-Juré au Baillage et Duché 
de Longueville , Sergenterie de Bell encombre , Branche de Torcy 
Vicarville, sur l'original représenté et retiré par le S' de Greni. » 



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— 246 - 

La Chaussée, moyennant 240 1. par acre, soit 
15,489 livres payées comptant *. Nous voyons 
ailleurs* que, parmi ces biens, se trouvait une 
maison « jouxtant le cimetière de l'église, qui 
est un noble tènement relevant des dames de 
St-Amand de Rouen ', » Ce sont ces ventes qui 
amenèrent le fameux procès avec l'Abbaye. 

En 1639 (la date n'est pas lisible aux registres 
paroissiaux de La Chaussée), Thomas de Grouchy, 
seigneur de Greny, fut encore parrain d'une jeune 
villageoise, Anne Dragie. La marraine était 
M"® Ledoulx, bourgeoise de Dieppe. 



François de Grouchy étant mort *, un partage 
noble intervint entre ses fils; il fut passé le 14 sep- 
tembre 1643, sous le scel du duché de Longue- 
ville, devant Charles de Barville, tabellion juré en 
la sergenterie de Bacqueville, et Martin Leroux, 
son adjoint. Cet acte contenait une transaction au 
sujet de la donation de la seigneurie de Soquentot 
que Thomas voulait attaquer sous différents pré- 
textes. Le fils aîné reçut de ce chef La Chaussée, 
le manoir et ses dépendances, avec une partie des 
terres. Les puînés gardèrent Greny et Soquentot 
indivis *. 



* Archives de la Seine-Inférieure. (Voir à l'appendice.) 

* Archives de ViUette, Archives de La Chavissêe. 

* Cette maison existe encore. 

* Nous n'avons pu retrouver son acte mortuaire. 

» Archives de lamille. Bibi, Nat,, Mb. Carrés d'Hozier. 



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- 247 — 

Thomas de Grouchy prit dès lors le titre de 
« Sieur de Robertot, » c'est sous ce nom, porté 
avant lui par son père, que nous le voyons com- 
mencer ses longues querelles avec l'abbaye de 
S*-Amand. 



Le récit de l'interminable procès que Robertot 
eut à soutenir contre ce couvent, nous a été 
laissé par un de ses frères, Jacques, dans un 
mémoire du 16 octobre 1677 * qu'il nous dit avoir 
été rédigé « sans artifice, tout sincère et de bonne 
foi. » C'est ce récit que nous allons analyser pour 
donner l'idée d'une cause qui, remontant à deux 
siècles en arrière par ses prémisses, dura quarante 
ans. En disant au chapitre précédent, que ce 
genre de procès se transmettait de père en fils, 
comme un héritage fatal, nous ne croyons pas 
avoir exagéré. 

Nous avons sous les yeux d'innombrables pièces 
sur les différends entre les Grouchy et leurs co- 
propriétaires de La Chaussée; leur publication 
suffirait, à elle seule, à faire un gros volume. 
On y rencontre les plus étranges imputations, on y 
voit la guerre acharnée que se faisaient les deux 
voisins, qui allaient jusqu'aux voies de fait. 

L'abbaye, quand elle avait besoin d'argent, 



• Mémoire instructif que baille devant les arbitres dont les parties 
sont convenues, Jacques de Grouchy.... contre Madeleine de Souvré, 
abbesse, etc. Archives de la Seine-Inférieure, fonds de S*-Amand, 
non inventorié. — Nous devons la communication de cet intéressant 
document à Tobligeance du savant archiviste du département, 
M. Charles de Beaurepaire, correspondant de llnstitnt. 



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— 248 — 

vendait ses terres; les Grouchy, qui voulaient 
s'agrandir, devenaient acquéreurs et plus tard les 
dames de S'-Amand, redevenues riches, tâchaient 
ou de racheter à vil prix, ou d'exproprier leurs 
acquéreurs. La haute situation de famille des 
Abbesses faisait souvent pencher en leur faveur 
la balance de la justice, ainsi qu'on pourra s'en 
convaincre. 

Voici donc ce qu'expose Jacques de Grouchy : 

Par deux anciens baux emphythéotiques des 8 octo- 
bre 1460 * et 5 février 1484', les dames de S*^-Amand de 
Rouen, donnèrent à fief à un nommé Jean Sequaire, habi- 
tant de la paroisse de La Chaussée, plusieurs terres, dont 
la plupart étaient en bruyères, avec un manoir et tènement 
noble qu'elles possédaient dans cette même paroisse, où 
elles avaient droit de colombier, tor et ver, corvées et 
redevances, à charge de leur payer 20 livres par an. 

Le premier de ces baux porte que Teraphythéose aura 
lieu seulement pour la postérité masculine de Sequaire, et 
que la rente pourra être amortie. Le second étend Tem- 
phythéose à la postérité féminine, rend la rente du fief 
irraquitable^ l'augmente de cent sols par an, et stipule 
que la postérité masculine et féminine de Sequaire venant 
à manquer, les dames de S*-Amand rentreront en la pos- 
session de leurs biens sans être obligées de faire aucun 
remboursement '. 

Par un autre contrat du 15 juillet 1608, Adrien et Robert 
Sequaire, descendants de Jean Sequaire, vendirent ce do- 



Marie de Bréauté étant abbesse. 
Dame Yolette Sochon, abbesse. 
Archives de Villette, Titres de propi^iété de La Chaussée, 



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— 249 — 

maine à Hubert Duplix * comme un bien qui leur était 
propre, mais sans donner à leur acheteur aucune connais- 
sance de ces baux emphythéotiques. 

Après trente ans de possession paisible, M^s Nicolas et 
Robert Duplix, avocats, héritiers d'Hubert Duplix, cédèrent, 
par contrat du 5 juin 1638*, les mêmes terres, comme un 
propre qui leur appartenait, à François de Grouchy, père 



* Nicolas Duplix, sieur de Boscménil, épousa Jeanne du Tôt. Leur 
fille, Louise, s'allia à Charles Daniel, dont il sera question ailleurs. 
Marguerite Duplix, fille d'Hubert, se maria avec Aymar de Connain, 
écuyer, sieur de Radiolles, dont elle eut Marie, qui épousa René- 
Alexandre le Danois, écuyer, seigneur de Sahurs et de Gallemagne : 
leur fils, Charles Alexandre, s'allia à Louise Marie Daniel, fille de 
Charles Daniel. Les familles Daniel et buplix, restées en rapports 
constants avec les Grouchy, sont représentées aujourd'hui par le 
colonel de Mesnil-Gaillard. 

Nous avons pu recueillir, aux Archives de la Seine-Inférieure, 
une sentence du présidial de Dieppe, où Robertot est à la fois juge 
et partie, et comme elle nous explique bien des faits qui, sans elle, 
pourraient rester obscurs au sujet des diffi(;ultés que le conseiller 
eut avec les Duplix et avec les dames de Saint-Amand , nous l'ana- 
lyserons ici : 

« Le samedi 18 février 1646, à Dieppe, au palais Royal, devant 
Jean Panger, conseiller, commissaire au baillage et siège présidial..., 
à l'instance de Monsieur Maistre Thomas de Grouchy, S»" de Robertot, 
conseiller du Roi en sa court de Parlement de Metz, président et 
lieutenant général en ce siège, fils aine de François de Grouchy...., 
a fait appeler Jacques Duplix, fils de Nicolas Duplix, escuier, S^* de 
Boscménil...., remontrer qu'iceux ont, en juin 1638, vendu au S"" de 
Robertot plusieurs héritages sis à La Chaussée, qu'ils disaient avoir 
acquis de divers particuliers, dont ils promettoient de livrer les titres 
concernant la propriété..., mais depuis, ayant eu la congnoissance 
que ceux qui les ont vendus aux S" Duplix, n'en pouvoient disposer 
pour ne les posséder que par baux emphitéo tiques faits par les dames 
de Saint-Amand...., demande la résiliation du coutract. » 

a Par ledit Duplix a esté dit qu'il décline le sien à cause de la 
qualité et auctorité du S' de Robertot. » 

Le présidial accorda la résiliation, à moins que Duplix ne consentit 
à donner 4,000 livres d'indemnité à Robertot. 

■ Inventaire des titres de La Chaussée. 



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— 250 — 

de Robertot, sans non plus parler aucunement de Temphy- 
théose '. Le prix de la vente fut de 15,489 livres qui demeu- 
rèrent entre les mains de Tacquèreur, à la charge par lui 
d^acquitter plusieurs parties de rente, qui furent soldées 
ponctuellement aux créanciers des vendeurs. En consé- 
quence de cette transaction, François de Grouchy paya 
le treizième et rendit aveu aux dames de S^Amand *, qui 
les reçurent de ses mains et, ce faisant, agréèrent tout ce 
qui avait été conclu avec lui, toujours sans parler aucune- 
ment de Femphythéose. 

D'autre part, dès 1660 ', l'abbaye avait donné à fief per- 
pétuel, pour deux lapins de rente foncière et seigneuriale, 
six à sept acres de bois taillis qu'elle possédait à La 
Chaussée, à Jean de Grouchy, père de François, et en 
avait pris relèvement. Une transaction intervint entre les 
parties le 5 septembre 1615, par laquelle les religieuses. 



* ....Parmi ces biens (64 acres) une maison jouxtant le cimetière 
de l'Eglise, qui est un noble tèuement relevant des dames de 
S*-Amand, avec droit de colombier, tor et ver, corvées, thérages 
dues par les hommes de la Seigneurie, moyennant 240 livres par an, 
au capital de 15,489 livres. D'après cet acte, passé devant Alain, 
notaire à Longueville, M' de Grouchy devait rembourser à 
M' Chauvel, bourgeois, de Dieppe, une rente de 250 livres, au 
capital de 4,300 livres, et une rente de 214 livres 5 sous 10 deniers, 
due à Jacques Suzanne de TËspinay. Le 4 octobre suivant, cette 
rente était rachetée 3,178 livres 5 sous, et François de Grouchy 
remboursait encore 1 ,550 livres dues au sieur de Grosmenil pour une 
rente de 100 livres; 90 livres à M»^ Philastre de Rouen ; 71 livres 
à Catherine Etienne; 490 livres à Aymar de Connin. {Archives de 
La Chaussée, à la Baronne Lucas.) François de Grouchy tenait donc 
loyalement tous ses engagements en payant les dettes de Duplix. 

■ 19 novembre 1640. Inventaire des titres de La Chaussée. 

' 11 y avait dans cette Seigneurie une pièce de bois contenant 

11 arpents et 20 perches donnée à l'abbaye par Babel, chambellan 
de Tancarville, le 22 mars 1391 . » 

(Archives de la Seine-Inférieure, fonds de Manneville, 
Marquisat de Charlemesnil.) 



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- 251 - 

pour éviter un remboursement de 600 livres, qu'elles avaient 
été condamnées de faire au preneur du fief pour les augmen- 
tations qu'il y avait apportées, abandonnèrent le bois à ce 
dernier, à charge de leur faire servir dorénavant 8 livres 
de rente foncière et non rachetable. Si bien que, lors du 
contrat de vente fait par les Duplix à François de Grouchy, 
il y avait trente ans que le bois taillis était dans la famille 
de Tacquéreur. 

En 1640, les bâtiments de l'abbaye de S*-Amand mena- 
çant ruine de toutes parts, Tabbesse, qui était alors Madame 
de Souvré, et les religieuses furent obligées d'emprunter, 
et prirent 16,000 livres aux dames de la Visitation de 
Dieppe, moyennant 1,000 livres de rente. Mais ces inté- 
rêts s'étant trouvés onéreux, elles obtinrent du Roi, le 
4 août 1641, des lettres patentes leur permettant d'aliéner 
leurs terres de Varenne, Herbouville, Lamberville et La 
Chaussée, qui toutes ensemble ne leur produisaient que 
« huit vingt » livres de revenu. Ces lettres, portées au 
Parlement, furent enregistrées le 25 octobre 1641 , et 
Robertot se présenta pour acheter les fermes que l'abbaye 
possédait à La Chaussée. 

n y eut de ce fait un contrat en forme passé devant 
Froment et Bonnaire, tabellions à Rouen, le 9 novem- 
bre 1641, et collationné par Picard, notaire de la cour de 
Parlement, par lequel lesdites dames vendirent à Robertot 
leur fief de La Chaussée, « en toutes ses circonstances et 
dépendances avec censives, redevances, rentes seigneuriales 
et foncières qu'elles pouvoient avoir tant à cause dudit fief 
que des fiefs et autres aliénations en quelque temps qu'elles 
eussent été faites, les formalités gardées ou non .gardées, 
baux emphythéotiques à vie de mâle ou femelle, coiijoin- 
tement ou séparément, et généralement tous leurs autres 
droits, sans en rien réserver que leurs dixmes. Ladite vente 
faite pour 13,000 livres franchement venant en leurs 
mains. » 



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— 252 

De cette somme, 6,000 livres furent payées comptant aux 
ouvriers qui travaillaient au rétablissement des bâtiments 
de l'abbaye, et, quant aux 7,000 livres restantes, les reli- 
gieuses les laissèrent aux mains de Robertot « pour les 
acquitter à Tavenir de pareille somme et de l'intérêt 
d'icelle, sur et en déduction des 1,000 livres de rente qu'elles 
devaient aux reb'gieuses de la Visitation de Dieppe » K 

Mais, comme du propre avis des vendeurs, le fief < con- 
sistait plus en honneur qu'en profit, » qu'il ne rapportait 
pas plus de 150 livres par an, qu'il était plus onéreux 
que profitable à l'abbaye et que le prix de 13,000 livres 
excédait de beaucoup sa valeur, elles renoncèrent à rentrer 
en sa possession « par lettres du Prince ou autrement, » 
avant que Robertot et ses héritiers ne fussent remboursés 
tant du capital que de l'intérêt des 13,000 livres, que le 
rachat de la rente ait eu lieu ou non; sur quoi il serait 
déduit seulement la jouissance du fief à raison de 150 livres 
par an. Les religieuses reconnaissaient en outre que, sans 
ces clauses et stipulations, Robertot n'aurait pas traité 
avec elles. Telles furent les conditions essentielles de ce 
contrat, en exécution duquel Robertot se mit en possession 
du fief et paya l'intérêt des 7,000 livres au denier seize, 
c'est-à-dire 437 livres 10 sols. 

Le l^r novembre 1663, les dames de Saint- Amand ayant 
fait le rachat des 1,000 livres de rente qu'elles devaient aux 
religieuses de la Visitation de Dieppe, elles leur payèrent 
1,750 livres 1 sol 5 deniers pour reste d'arrérages sur les 
comptes de ces dernières, à condition qu'elles pourraient 
les réclamer au cas qu'il en eut été moins dû, car on ne 
leur avait pas présenté les quittances des payements que 
Robertot et ses fermiers avaient faits sur les arrérages 



• Archives de la Seine-Inférieure y fonds de S*- Amand. — Arc?Uvet 
de La Chaussée, — Papiers de famille, etc. 



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— 253 — 

des 437 livres 10 sob dont il était chargé, sauf à elles 
d'avoir recours contre lui. 

D eut été dans l'ordre que l'abbaye fit intervenir Robertot 
à ce rachat, à Teffet du moins de produire les acquits dont 
il était saisi ; néanmoins les religieuses ne le firent pas, ce 
qui donna lieu â diverses brouilleries qui ne seraient pas 
arrivées, si elles avaient pris envers lui cette mesure de 
convenance. Ces dames, quoique ne pouvant former une 
demande certaine, citèrent bientôt Robertot en justice tan- 
tôt pour le contraindre à leur payer les 7,000 livres qui 
étaient demeurées en ses mains avec l'intérêt, et tantôt pour 
les rembourser de 6,725 livres qu'elles disaient avoir payé 
aux religieuses de la Visitation sur l'intérêt des 7,000 livres ; 
et alors commença devant le Parlement de Rouenle curieux 
procès que nous allons analyser brièvement. 

L'incertitude des demandes faites par les religieuses 
donna lieu à diverses sentences des Requêtes du Palais 
à Rouen, dont l'une, du 2 août 1662, est la plus importante. 
U fut, en eflfet, ordonné à Robertot de remettre aux mains 
des dames de S*-Amand les acquits des payements que lui 
ou ses fermiers avaient faits aux religieuses de Dieppe sur 
les arrérages de la partie de 437 livres 10 sols dont il s'était 
chargé, sinon de rembourser 6,725 livres 4 sols 6 deniers, 
que les dames de S^Amand prétendaient avoir avancé pour 
les arrérages de cette rente. 

En exécution de cette sentence, les religieuses ayant fait 
diverses saisies entre les mains des débiteurs de Robertot, 
il y eut instance formée aux Requêtes de l'Hôtel entre lui 
et elles. Pendant que l'on procédait sur cette instance, les 
dames de S*-Amand, par exploit du 29 novembre 1641, 
firent citer Robertot aux requêtes du Palais à Rouen pour 
qu'il leur restituât non seulement les acquisitions de 1641, 
mais encore les bois taillis qui avaient été fieffés à ses 
prédécesseurs. Robertot tacha d'évoquer cette nouvelle 



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— 254 - 

instance aux Requêtes de THôtel, se fondant sur sa qualité 
de commensal de la feue Reine-Mère, qui lui donnait droit 
de Commitimtn en cette Cour, là et sur ce qu'elle était déjà 
saisie. Il obtint en effet une commission des requêtes le 
11 décembre 1644, où il offrit la restitution des terres à 
Tabbaye moyennant le « remboursement du prix principal, 
intérêts, frais et loyaux coûts, » ce qui lui fut accordé par 
sentence du 15 mai 1665. 

Si ceux qui avaient alors la conduite des affaires de 
l'abbaye avaient voulu abréger la matière, il leur aurait 
été facile d'arrêter le cours du procès, puisque Robertot 
acquiesçait aux demandes des religieuses et qu'il ne restait 
plus qu'à liquider ce qui restait a rembourser, soit aux 
Requêtes de l'Hôtel, soit devant des arbitres, soit encore 
devant un ami commun. On ne prit pas cette voie, on con- 
tinua la procédure, et une sentence des Requêtes de l'Hôtel 
du 27 septembre 1666 renvoya les parties aux Requêtes du 
Palais à Rouen, dépens réservés *. 

Après ce renvoi, Robertot, ayant, par contrat du 27 dé- 
cembre de la même année 1 666, fait donation à Thomas 
Adrien de Grouchy, son neveu et filleul, de tous les deniers 
qui pouvaient être à recouvrer sur les dames de S^^Amand, 
Adrien de Grouchy, père du bénéficiaire, accepta cette 
donation pour son fils, la fit insinuer et présenta requête 
au Palais à Rouen le 28 février 1669, pour y être reçu 
partie comme tuteur de son fils. Le 11 mars suivant, Rober- 
tot fit renouveler aux religieuses ses offres de résiliation, 
et il n'y aurait plus eu de procès si les agents de l'abbaye 
avaient voulu recevoir ces propositions. Elles ne furent 
pas acceptées, et, au contraire, les dames de S*-Amand 
présentèrent, le 4 septembre 1669, une requête qui pro- 
longea le procès. Par cette requête elles offraient de rem- 

» Archives nationales, X, 5959. Page 97. R». 



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- 255 — 

bourser à Robertot et à Thomas Adrien le prix du contrat 
de vente qui aurait dû être de 13,000 livres, mais elles 
firent la liquidation de ce remboursement de telle manière 
qu'elles le réduisirent à 1,986 livres 1 sol 6 deniers. Robertot 
et son frère eurent beau crier contre cette liquidation, elle 
ne laissa point d'avoir lieu par provision, les religieuses 
ayant fait prononcer, le 27 mars 1670, une sentence par 
laquelle acte leur fut donné de l'exhibition de 1,986 livres 
1 sol 6 deniers, et les parties renvoyées devant Messieurs 
Paulmier et Duval, commissaires à ce députés*. 

Le lendemain du prononcé de cette sentence, les dames 
de S*-Amand firent rappeler la cause pour voir dire que, 
faute par Messieurs de Grouchy de convenir d'un dépo- 
sitaire, elles pourraient consigner les 1,986 Kvres 1 s. 6 d. 
aux mains du receveur des consignations et que les titres 
du fief leur seraient restitués. Sur quoi intervint une 
seconde sentence par laquelle, suivant le consentement 
d'Adrien de Grouchy, il fut ordonné que les deniers offerts 
demeureraient aux mains de l'abbesse de S^Amand. Aux 
termes de ces sentences, le fief devait être rendu à l'abbaye 
dans le même état qu'avant la vente, et rien de plus, mais 
ses agents voulurent aussi prendre possession des héritages 
que les Duplix avaient vendus à François de Grouchy en 
1638, et qui avaient été achetés par eux à Noël Poyer et 
à Jean Dragie, ils entreprirent même de faire labourer 
une pièce de terre de dix acres qui était de l'ancien patri- 
moine des Sieurs de Grouchy, et y ayant trouvé une oppo- 
sition bien naturelle, ils en vinrent aux voies de fait 

Cela donna lieu à diverses plaintes : Messieurs de 

» Thomas Paulmier, esc, sieur de la Bucailie et de Bois Déranger, 
conseiller aux Requêtes du Parlement, président de la Cour des Aides 
en 1684. 

Jacques Duval, esc, S' de L'Escande, conseiller aux Requêtes 
en 1644, mort en 1678. 



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— 256 — 

Grouchy adressèrent les leurs au magistrat d'Arqués, juge 
naturel du lieu, au siyet des attentats et violences commis 
contre eux; les Dames de S^ Amand firent la même chose 
aux Requêtes du Palais, mais, voyant que Robertot et 
son frère faisaient informer sur place, elles furent bien 
obligées de se pourvoir en la Chambre des Vacations. 
Elles obtinrent le 20 septembre 1673, un arrêt qui leur 
accorda mandement en règlements de juges et cependant 
députa M. de Brèvedent *, conseiller, pour informer sur les 
lieux. Mais, comme la plainte présentée au nom des dames 
ne pouvait passer que pour une pure récrimination, 
Messieurs de Grouchy présentèrent requête à la même 
Chambre des Vacations le 6 octobre 1673, pour faire rap- 
porter la commission comme surprise. Il y eut sommation 
d'audience sur cette requête, les informations faites par les 
juges locaux furent apportées au greffe de la Cour et la 
Chambre des Vacations étant finie, cette instance criminelle 
fut attachée à la Tournelle où elle était encore pendante et 
indécise en 1 677. Les préposés de S*-Amand s'opiniatrèrent 
à jouir par force des terres en litige, il ne se passa pas 
d'année qu'il n'y eût quelqu'entreprise de leur part, et 
leurs voies de fait ont tellement occupé les parties que l'on 
ne put procéder à la liquidation du remboursement dû à 
Messieurs de Grouchy, quoique l'abbaye ait joui du fief 
depuis la S* Michel 1669. 

Robertot et son frère Adrien étant morts, Hélène de 
Darapierre, veuve de ce dernier, reprit le procès en l'état 
où son mari l'avait laissé. Après son décès, Jacques de 



* Marc Antoine de Brèvedent, S' de la Houssaye, marié à Marie 
Catherine Le Roux, fille de Claude Le Roux, S' de Saint- Aubin, pré- 
sident à Mortier au Parlement; maître des Comptes du 11 mai 1632 
au 4 août 1637, conseiller au Parlement de 1637 à 1650, lieutenant 
général au Bailliage de 1650 jusqu'à sa mort en août 1679. 



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— 257 — 

Grouchy, troisième frère, continua la lutte et en 1677, 
ayant trouvé les dames de S*-Amand disposées à transiger, 
accepta l'arbitrage de M"^ d'Arqueville et de S^-Paul, con- 
seillers à la Cour *. 

A cette époque, les héritiers de Robertot pouvaient justi- 
fier avoir payé à leurs adversaires 31,686 1. 3 s. 6 d. en tout : 
relativement aux intérêts, ils avaient des reçus pour 
15,516 1. 8 8. 6 d., dont 4,337 1. 14 s. 6 d. aux dames de la 
Visitation et le reste, tant par les mains de Robertot que 
par celles de Nicolas Robert, son fermier, à l'abbaye de 
S*-Amand, tandis qu'il ne fallait que 12,230 1. pour remplir 
les 28 années de la partie de rente dont ils étaient chargés, 
si bien que, lorsque les dames eurent repris leur fief, ils 
avaient payé pour les intérêts 3,286 1. 8 s. 6 d. de plus qu'ils 
ne devaient. Il ne faut pas s'en étonner parce que, pendant 
les débats, les préposés de l'abbaye faisaient exécuter et 
vendre les fermiers qui, se voyant traités avec la dernière 
rigueur, payaient tout ce qu'on leur demandait pour tâcher 
d'acquérir leur repos sans s'inquiéter s'ils avaient trop ou 
trop peu versé. De là vient encore que Robertot, qui ne 
demeurait pas sur les lieux, n'a pu représenter les dits 
acquits quand on les lui a demandés. Ils étaient entre les 
mains de divers fermiers et de leurs héritiers et on a eu 
toutes les peines imaginables à les recueillir. 

Les pourparlers n'aboutirent pas, car ce n'est 
qu'à la date du 21 janvier 1682 que nous trou- 
vons reconnaissance devant les notaires de Rouen =i 
d'une transaction passée, le 5 janvier précédent, 
entre les Dames de S'^-Amand, d'une part, Jacques 

» Jean Tyrennois, sieur d'Arqueville, conBeiller au Parlement 
en 1662. 

Louis Voisin, sieur de S*-Paul, conseiller au Parlement en 1663. 
• Archives de la Chaussée à la Baronne Lucas. 

17 



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— 258 — 

et Thomas Adrien de Grouchy de Tautre, aux 
termes de la quelle les religieuses ont été main- 
tenues en la propriété de leur fief à La Chaussée 
aliéné par contrat du 4 novembre 1641, ainsi 
que de la pièce de bois cédée en 1600 et 1601. 

Ailleurs, nous voyons que Messieurs de Grouchy 
acceptèrent une somme de 6,000 livres, et s'enga- 
gèrent à faire remettre en l'état un chemin qu'ils 
avaient changé, ainsi qu'à délivrer aux préposés 
de l'abbaye tous les titres qu'ils pouvaient avoir 
concernant les biens en litige et à faire ratifier cet 
acte par Mathieu de Grouchy. Madeleine de 
Souvré était alors abbesse *. 

Le procès eut donc une fin désastreuse pour 
les héritiers de Robertot. 

Dom Toussaint Duplessis ajoute à ce qui précède 
un curieux détail '. 

Selon une bulle du Pape Célestin III, en 1 193, l'église de 
La Chaussée appartenait alors à Tabbaie de S^-Amand de 
Rouen, on croit qu'elle en a eu le patronage'; cependant, il 
parait dépendre du fief même de La Chaussée, que les reli- 
gieuses de ce monastère aliénèrent en 1641, et qu'elles ont 
retiré depuis. Par le contrat de vente du 4 novembre, l'acqué* 
rear, Thomas de Grouchy, sieur de Robertot, avait promis 
de donner à l'abbaye l'alternative du patronage lorsqu'il 
en serait requis par les religieuses; il en fut requis en 1651 



* Archives de la Seine^Infétneure, fonds de S^-Âmand. 

* Description delà Haute-Normandie, Paris, 1760, 2 vol. in-4o. 

* ....Les abbesses de S^-Âmand confèrent alternativement avec le 
Seigneur du lieu, la cure de La Chaussée, au doyenné de Longueville. 
(Histoire de S^Amand de Rouen, par un religieux bénédictin de la 
congré^tion de S'-Maur [Pommbrats]. Rouen, 1662.) 



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— 259 — 

et le refusa, ce qui donna lieu à un grand procès, qui s'est 
enfin terminé en un retrait de la terre ou du fief, de la part 
de l'abbaye, faute d'hoirs mâles. 

Ce fait nous est confirmé par plusieurs actes 
du fonds de S'-Amand *. 

Le 22 mars 1752, d'après un contrat passé 
devant Guérin, notaire à Arques, François Jacques 
de Grouchy vendit La Chaussée à M. Blondel, 
moyennant 64^000 1., et en 1880 cette terre était 
mise à prix par licitation entre mineurs pour 
734,000 francs*. 



Comme nous le disions dans un passage du 
dernier chapitre, de nouveaux renseignements 
recueillis pendant l'impression de ce travail, nous 
peimettent de supposer que Robertot fut marié. 
Si nous n'avons pas retrouvé son act« de mariage, 
nous avons découvert, du moins, trois mentions 
dans les registres de La Chaussée, qui nous 
donnent le nom de Madame de Robertot, Anne 
Mustel, ainsi que la date de sa mort. 

Les deux premières indications sont contenues 
dans des actes de baptême », la troisième consiste 
en cette simple phrase : 

Le 6 octobre 1644^ inhumation de Madame de Robertot. 

» Archives de la Seine- Inférieure, 

■ Annonces judiciaires, 

» « Novembre 1641. Anne de Mustel, femme de M. de Robertot, 
est marraine. » 

« 26 avril 1642. Anne de Mustel, femme de M. de Robertot, et 
Adrien Dragie, S"^ de Gaillardbois, tiennent sur les fonds une fille 
à François Grenet et à Marie Grouve. » 



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— 260 — 

L'indication deux fois répétée au nom d'Anne 
Mustel, comme femme de Robertot, ne peut laisser 
croire à une confusion avec la mère de celui-ci, 
Marie de Toustain, qui mourut à une date que 
nous ignorons, mais qui avait dû précéder dans la 
tombe François de Grouchy, son époux. 

L'union de Thomas de Robertot et d'Anne 
Mustel ne dût être que de courte durée, deux ou 
trois ans, au plus. Nous n'avons pu, malgré de 
minutieuses recherches, établir exactement l'ori- 
gine de cette dernière, dont la famille, de bonne 
noblesse de Normandie, possédait le fief de 
Boscroger * . 



Peu de temps après la mort de sa femme, 
Robertot fut l'objet d'une libéralité, de la part 
d'une de ses cousines, Madeleine de Roussy, 
femme de Jean de Monsurres, qui lui donna « la 
propriété des droits de champart qui lui appar- 
tenaient sur le territoire de Wacmolins * et de 
Neufvi ', par indivis, avec le seigneur de la 
Taulle *, au moyen de l'échange que son mari 
en avait fait avec le baron d'Orvillers, contre un 



* Bibliothèque de Rouen, Fonds Maxtainville, et Biblioth. Nat. 
D'Hozier, 907. 

Les Mustel de Boscroger portaient d'azur à trois herses d*or, le 
champ semé de fleurs de lys de même. 

* Wacquemoulin, canton de Maignelay (Oise). 
» Neufvy, canton de Ressons (Oise). 

* La Taule, canton de Ressons (Oise}. Lf seigneur de la Taule était 
alors Julien du Fos, seigneur de Méry, conseiller au parlement 
de Paris. 



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— 261 — 



autre droit que ladite demoiselle avait, comme 
représentant dame Anne de Chantelon, sa mère*. » 



En 1641, Robertot et ses frères sollicitèrent 
une décharge de franc-tief pour les droits qu'ils 
avaient à payer à l'occasion de la mort de leur 
père. Elle leur fut accordée, par Claude Paris et 
Etienne Pascal, conamissaires généraux députés 
à cet effet, et l'ordonnance rendue par ceux-ci vise 
les conclusions de la requête suivante : 

Vu la requête présentée par Thomas de Grouchy, S'' de 
Robei-tot, conseiller du Roi au Parlement de Metz, et 
Secrétaire de la Reine, Adrien, Jacques et Mathieu de 
Grouchy, frères puinés du dit Thomas, tendante à ce que, 
pour les causes y contenues, attendu leur qualité et ancienne 
extraction de noble race, il nous plut faire main-levée des 
dits fiefs de Robertot et Greni-la-Motte, saisis à la requête 
du Sieur Paleologo, commis à la recette des taxes de con- 
firmation et d'exemption du dit droit de franc-fief, et ce 
faisant, les commissaires déchargés, réponses de M^ Eloi 
Foili, procureur du dit Sieur Paleologo, du 29 mai dernier*. 



On a vu quel était le désordre apporté dans 
l'administration française, pendant la première 
moitié du XVII^ siècle , nous avons eu sou- 
vent l'occasion d'y faire allusion; à la suite de 



» Acte passé à Villers-Vermont, par devant Guillotte, notaire. 
Bibl. nai. Carrés d'Hoziei*, 441, dossier Monsurres. 
* Bibliothèque de Rouen, id., et Bibl. nat. Carrés d^ilozier. 



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— 262 — 

la ligue, des guerres des Princes et de la Fronde, 
la désorganisation était en quelque sorte com- 
plète et les impôts non seulement rentraient mal, 
mais souvent ne rentraient plus, chacun cher- 
chant à faire valoir des droits, des privilèges, 
dm soit à sa naissance, soit aux charges qu^il 
occupait. C'est ainsi que l'étabUssement de la 
taille motiva des poursuites tant contre les faux 
nobles, que contre les nobles non privilégiés, et 
que l'exécution des mesures fiscales amena la 
nécessité d'examiner les titres des intéressés; tel 
fut le but des recherches ou maintenues, dans 
lesquelles les agents des traitants, qui avaient 
soumissionné d'avance la recette, se montraient 
des plus rigoureux dans les poursuites qu'ils 
exerçaient ; ils épluchaient les titres produits par 
les intéressés devant les conunissaires, avec une 
minutie telle qu'il est des familles, en Picardie, 
par exemple, qui durent faire jusqu'à cinq pro- 
ductions devant l'intendant Bignon, avant d'ob- 
tenir la reconnaissance de leurs droits et la 
décharge des poursuites. 

On ne s'étonnera donc pas de voir les Grouchy 
se présenter à diverses reprises devant les gens 
du Roi en Normandie, pour fournir la preuve de 
leur noblesse, afin de satisfaire aux ordres sévères 
et reitérés donnés par Louis XTV, pour éviter le 
renouvellement des abus dont Boileau nous à 
laissé une si piquante peinture * . 

* Voir dans Chérin, Abrégé chronologique de* Edits concernant le 
fait de noblesse, Paris, 1788, la liste des arrêts du Conseil et des dis- 
positions successives prescrites sous Louis XIV. 



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— 263 — 

Assignés, une première fois, au commencement 
de 1665, devant les commissaires généraux dépu- 
tés par le Roi à la Cour des Aides de Normandie, 
pour justifier de leur possession centenaire du 
titre de noble, ils produisirent leurs pièces, et un 
jugement, intervenu le 14 février, les déchargea 
de l'assignation * . 

Mais, prévoyant que de nouvelles réclamations 
seraient adressées dans un bref délai, et pour satis- 
faire à la déclaration du Roi du 10 mars 1665, 
sur la recherche de la noblesse en Normandie, 
ils firent, le 23 janvier 1667, constater par les 
trésoriers, chantres et chanoines de FégUse de 
Charlemesnil % leur filiation comme descendant 
directement au ^cinquième degré de Thomas de 
Grouchy, écuyer, et établir, par acte de notoriété, 
que le V mai 1479, ce Thomas de Grouchy et sa 
femme, Jeanne de Vazouie, avaient fondé un obit 
dans cette église et y avaient été inhumés ; qu'en 
outre leurs armes figuraient sur une des grandes 
vitres du chœur et que, de plus, Jean et Christophe 
de Grouchy y avaient fondé un autre obit le 
14 janvier 1537 (1538 n. s.)'. 

Cette pièce, qui établissait la filiation noble des 
Grouchy jusqu'au cinquième degré, fut produite 
par eux simultanément à Paris, le 9 août 1667 
et à Vernon, devant Barin de la Galissonnière, le 
lendemain, pour satisfaire aux arrêts du conseil, 

1 Preuves de noblesse de François- Jacques de Grouchy. 
* Collégiale située dans la vallée de la Scie, non loin de La Chaussée, 
et détruite à la Révolution. 
' Preuves de noblesse de François -Jacques de Grouchy. 



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- 204 - 

du 22 mars 1666 et 19 mars 1667. Conformément 
aux conclusions données par le procureur du Roi, 
à Rouen, le 29 juillet précédent, la maintenue leur 
fut accordée *. 

Toutefois, afin de pouvoir prouver la noblesse 
de sa famille antérieurement à 1400, date exigée 
pour l'admission à certaines charges de cour, Ro- 
bertot adressa, le 24 janvier 1668, une requête au 
Parlement de Paris, demandant qu'à l'occasion 
d'un procès pendant entre le Roi et 1 evêque-comte 
de Beau vais, il lui fut délivré un acte constatant 
que lui, Robertot, avait parmi ses prédécesseurs 
Louis de Grouchy, sieur de Monterolier et de 
Fontaine-Lavagannes, lequel avait, le 21 septembre 
1359, rendu aveu de cette terre à l'évêque de 
Beauvais, comime vidame de Gerberoy. 

Cette demande lui fut accordée et l'extrait dé- 
livré avec cette mention significative : 

CoUationaé par le greffier de la dite Cour, attendu qu'il 
avoit plu à Sa Majesté de faire rechercher Tancienne 
noblesse de son Royaume, pour en estre fait un rôle et 

* Les oommissaires royaux ne demandaient que cinq degrés ; aussi 
ceux mêmes qui en auraient pu prouver le double, se bornèrent-ils 
presque toujours à réduire la production au strict exigé ; c'est ce qui 
a souvent contribué à faire assigner à certaines familles une origine 
assez récente, parce qu'elles n'avaient, disait-on, prouvé dans les 
maintenues du dix-septième siècle que cinq degrés. Il est certain que 
les poursuites, dirigées par des intendants ou des financiers, dont la 
roture ne cessait souvent qu'à eux, et qui avaient surtout pour 
but d'amoindrir et de vexer la Noblesse, furent un grand sujet de 
mécontentement et que les anciennes familles ne s'y soumirent que 
de mauvaise grâce et seulement en tant qu'il était nécessaire pour 
se défendre contre les impôts et les chai-ges dont on les menaçait. 



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\ 






♦ ♦) 




Vv 




ANCIENNES ARMES DES GROUCHY. 


ARMES 


DES GBOUCHY DEPUIS 


1671. 



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THE Hr^*^*' ; 



^«"rS^-^- 



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— 265 — 

catalogue, sur lequel exposé, du consentement du Procureur 
. général, il est ordonné que ladite copie lui sera délivrée. 

{Signé ;) DuTiLLET, greflSer *. 

Enfin, à la suite des édita très nombreux, 
rendus de 1668 à 1670 et qu'il serait trop long de 
rappeler, Louis XTV, accorda en décembre 1671, 
à Robertot et à ses frères les lettres-patentes 
suivantes, que nous demandons la permission de 
citer en entier, parce que les termes dans lesquels 
elles sont rédigées constituent la plus belle récom- 
pense que le Roi pût donner à ses vieux et fidèles 
serviteurs : 

Louis, par la grâce de Dieu, Roy de France et de Navarre, 
à tous, présents et à venir. Salut : 

Nos chers et amez Thomas de Grouchy, Adrien de 
Grouchy, sieur de Greny, capitaine au régiment d'Artois, 
Jacques de Grouchy, lieutenant au régiment d'infanterie 
de la Marine, Mathieu de Grouchy, sieur de Bressy, cy- 
devant cornette au régiment de feu notre cousin, le Cardinal 
Mazarin, frères, nous ont très humblement fait représenter 
qu'il y a trois cents ans, ou environ, que de Louis de 
Grouchy, chevalier, sont issus Louis 2™®, son fils aîné, Jean 
et autres enfants puinés, que le dit Louis 2™^, aîné de ses 
frères, avait pris les armes de son père, qui étaient d'or, 
fretté de six pièces d'azur, et que le dit Jean puisné, ayant 
espouzé l'héritière d'Escorchebœuf et de La Chaussée, avait 
pris les armes de sa femme, qui étoient d*argent à trois 
trèfles de sinople, deux en chef, un en pointe, et d'autant 
que la branche du dit Louis 2me est éteinte, et que les dits 

« Btbl, nat. Carrés d'Hozier; Archives de la famille. 



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— 2(»6 — 

exposants, ainsi que leurs prédécesseurs, dans toutes les 
recherches qui ont été faites de la véritable noblesse, ont, 
non seulement toujours été jugés et réputés nobles d'an- 
cienne race, mais qu'aussy, en Tannée 1522, ils ont justifié 
que Jean 2^% leur trisaïeul, descendoit du l®^ puiné. Ils 
nous ont très humblement supplié de leur permettre de 
reprendre les anciennes armes de la branche de Louis 2™«, 
Taisné, et d'ajouter en icelles un écusson intérieur chargé 
de trois trèfles, qui sont les armes que le dit Jean 1®^ 
duquel les exposants sont issus, avait pris de sa dite femme. 
Ce à quoi ayant égard, et désirant gratifier et traiter 
favorablement les dits exposants, en considération des 
services qu'ils nous ont rendus dans nos troupes et armées 
en plusieurs occasions importantes, sçavoir faisons, que, 
pour ces causes, et de notre grâce spéciale, pleine et entière 
puissance et aucthorité Royalle, nous avons, aux dits 
Thomas, Adrien, Jacques et Mathieu de Grouchy, frères, 
permis et accordé, permettons et accordons par ces pré- 
sentes, signées de notre main, de reprendre et porter 
dorénavant les armes du dit Louis 2™«, qui sont, comme 
ci-dessus, d'or fretté de six pièces d'azur, et d'tyouter en 
icelles un écusson intérieur d'argent, chargé de trois trèfles 
de sinople, deux en chef, un en pointe, qui sont les armes 
que le dit Jean !«•' avait pris de l'héritière d'Escorchebœuf 
et de La Chaussée, avec pouvoir aux dits exposants, et 
leurs enfants, mâles et femelles, nés et à naître en loyal 
mariage, de les faire graver, peindre et imprimer, non 
seulement dans leurs titres, mais aussi dans leurs maisons 
et autres biens à eux appartenant, sans qu'ils y puissent 
être troublés ni inquiétés d'aucune manière. Ci, donnons 
en mandement à nos amez et féaulx les gens tenant notre 
cour de Parlement de Paris et cour de Parlement de Rouen, 
chambre des Comptes et cour des Aydes au dit lieu, prési- 
dents et trésoriers généraux de finances, que ces lettres 



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- 267 — 

présentes, ils ayent à les faire enregistrer: et du contenu 
d'icelles jouir et user pleinement, paisiblement et perpé- 
tuellement les dits exposants et leurs enfants et descen- 
dants cessans et faisant cesser tous troubles et 

empeschements à ce contraires, car tel est nostre plaisir. 
Et, afin que ce soit chose ferme et stable, nous avons fait 
mettre nostre scel aux présentes, sauf en autre chose notre 
droit. 

Donné à S*-Germain-en-Laye, au mois de décembre 1671 
et de nostre règne le 29™®. 

Louis. 
Par le Roi : 

Le Tellier*. 



* Bibl. de Roiten, fonds Martainville. — Bibl, nat. carrés d'Hozier, 
grande et petite écurie, St-Cyr, Ecole militaire, cahiers biens, etc. 
Archives de famille. — Archives nationales, etc. 

M. Hellot, notaire honoraire à Rouen, auteur d'un Essai sur les 
Martel, éditeur des Chroniques de Normandie, etc., a contesté cette 
descendance dans de récents ouvrages, publiés à grands frais et 
conçus dans un esprit de dénigrement systématique ; il ne se base, 
du reste, pour cette contestation, que sur son propre raisonnement, 
sans examiner les pièces qu'il lui serait facile de consulter. 11 
faudrait, suivant lui, (jue Robertot, par une vaine gloriole, se fut 
forgé des alliances de fantaisie ; que d'Hozier, Chérin, Berthier, 
La Galissonnière et autres eussent été assez complaisants pour les 
admettre; que le Parlement de Paris les eut sanctionnées, et que les 
nombreux documents déposés aux Archives Nationales, à celles de 
la Seine-Inférieure, au Cabinet des Titres, etc., fussent falsifiés. 

Nous ne suivrons pas, du reste, M. Hellot dans ses soi-disant 
recherches sur l'histoire de Normandie, dont la valeur et l'autorité 
ont été appréciées avec une juste sévérité par M. l'abbé Sauvage, qui 
s'est chargé de ce soin avec une plume plus autorisée que la nôtre. Le 
savant érudit nous a montré, avec une critique impitoyable, ce qu'il 
fallait penser des 98 erreurs de ses devanciers, relevées par l'auteur 
de VEssai sur les Martel, la confiance qu'on pouvait avoir dans ses 
recherches généalogiques et aussi la manière absolument nouvelle 
avec laquelle il compulsait et interprétait les textes anciens. 



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— 268 — 

L'année 1659, vit s'accomplir le mariage de 
deux des frères de Robertot, Adrien et Jacques. 

Adrien de Grouchy épousa le 5 mai Hélène 
de Dampierre, fille de Jacques de Dampierre, 
écuyer, sieur des Iles et de Brémontier, gouver- 
neur de la ville et du château de Grournay et de 
Madeleine de Chaudet de Lazenay*. Le contrat, 
dont nous possédons plusieurs expéditions, fut 
reçu par Langlois et Mathève, tabellions à Gour- 
nay, en présence de divers parents. Dans cet acte, 
Adrien prend le titre de capitaine au régiment 
de Hocquincourt. 

Adrien de Grouchy et Hélène de Dampierre 
étaient parents, puisque Lia de Grouchy, sœur de 
François, et veuve de Jean Lemoyne d'Auber- 
raesnil, avait épousé Isaac de Dampierre. Aussi 
ce mariage fut-il cassé et renouvelé dix ans plus 
tard, après des dispenses, ainsi que nous avons 
la preuve par un acte tout maculé trouvé dans 
les registres paroissiaux de La Chaussée : 

1669 
Je soussigné, Prêtre, Curé de La Chaussée, certifie qu'en 
exécution de la sentence donnée de M. TOfficial de Rouen 
du XV°»« jour d'Apvril, nous avons procédé à la nouvelle 
célébration et bénédiction du mariage d'entre Adrien de 
Grouchy, Sieur de Greny et d"® Hélène de Dampierre, 

en la forme prescrite par notre manuel 

vingt cinq jours .... (UlUible) .... 

Le 20 janvier en 1661, ils avaient eu un fils, 

*■ Les Dampierre habitaient le château de Bellozane, près Gournay. 



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— 269 — 

nommé Thomas- Adrien *, filleul et héritier de 
Robertot, dont la marraine fut Madame de Man- 
ne ville «, et qui avait huit ans lorsque ses parents 
se remarièrent. 



Le 1 juillet 1659, Jacques de Grouchy, veuf 
d'Anne de Bethencourt, épousa, en l'église de 
Rou ville ', Jeanne le Roux de Fresles. La future 
appartenait, par sa mère, à la famille Puchot dont 
un des membres, M. des Alleurs, fut un diplo- 
mate célèbre, et à laquelle était alliée M*^*' de La 
Grange d'Arquien, femme de Jean Sobieski, roi de 
Pologne \ 

De ce mariage, naquit, à La Chaussée, le 8 juin 
1673, un fils nonmaé Nicolas ; il fut tenu sur les 
fonds par Nicolas Maze, écuyer, sieur de Berange- 
ville, et par M"* Anne-Marie de Toustain-Ecrennes. 
Ce Nicolas de Grouchy continua la descendance. 



Pendant la plus grande partie de sa vie, nous 
voyons Robertot mettre fréquemment à la dispo- 

» Né le 20 janvier 1661, Thomas- Adrien fut ondoyé le 28, comme 
étant en danger de mort. Le baptême n'eut lieu que le 29 décem- 
bre 1664. Ce détail, en apparence insignifiant, nous permet de sup- 
poser que Robertot ne séjourna que très peu à La Chaussée de 1661 
à 1665. 

* Marguerite d'Aligre, fille puinée d'Etienne d'Aligre, Chancelier 
de France, et de Jeanne Lhnilier, mariée en 1668 à François-fionaven- 
iure de Manneville, pour qui la terre de Charlesmenil fut érigée 
en 1668 en marquisat. Veuve en 1684, elle se remaria avec Charles 
d'Albert, duc de Lnynes, Pair de France. 

* Registres paroissiaux de Rouville (Seine Inférieure). 

* Bibl. nat. Cabinet des titres, dossier Puchot. 



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~ 270 — 

sition de ses proches et au service de ses amis, 
son crédit à la Cour, son expérience des affaires 
et sa connaissance du droit. 

Toutes les fois qu'il s'agit d'une mission difficile 
à remplir, lorsqu'il y a lieu de représenter un 
chef de famille au mariage de son fils, de servir 
d'arbitre dans un partage ou d'assurer l'exécution 
de dispositions dernières, c'est à l'autorité incon- 
testée du conseiller au Parlement, vrai chef de 
la famille, que l'on fait appel. 

C'est ainsi que le 8 août 1645, il remplace ses 
cousins Jacques de Monsurres, seigneur d'Au- 
villiers, et Charlotte de Fautereau *, sa femme, au 
mariage de François de Monsurres, leur fils aine, 
avec Marguerite de La Lane, veuve de M. Claude 
du Blaisel, seigneur du Moulinet, mestre de camp 
d'un régiment de cavalerie entretenu pour le ser- 
vice de Sa Majesté, et demeurant rue des Prou- 
vaires, paroisse Saint-Eustache *. 

Nous pourrions citer bien des exemples de ce 
que nous disons, nous nous bornerons à en 
choisir quelques uns parmi les derniers en date : 

Les châtelains de Bacqueville étaient liés depuis 



' Fille de Nicolas de Faaiereau et de Clémence de Hesdin, et tante 
de Loais de Faatereau, dont il sera question plus loin. 

* BibL nat. Carrés d*Hozier, 441. Dossier Monsurres. Dans cet 
acte, Robertot s'intitule : « Thomas de Gruchi, écuyer, seigneur du 
dit lieu et de Robertot, châtelain de La Chaussée et de Bressi, 
conseiller du Roi au parlement de Metz. » 

Parmi les clauses du contrat, la nouvelle épouse s'engage à entre- 
tenir aux études ses fils Louis et René du Blaisel jusqu'à ce qu'ils 
aient atteint leur dix-huitième année. Ce contrat fut reçu par 
Le Cat, notaire au Châtelet de Paris. 



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— 271 — 

plusieurs généi'ations avec ceux de La Chaussée, 
dont ils étaient voisins, ainsi que le montre la 
dédicace que Nicolas de Grouchy faisait en 1553 
de sa traduction de V Histoire de la découverte des 
Indes, de Castanheda, à Charles Martel de Bacque- 
villeV 

En 1671, Henri Martel, descendant de celui-ci, 
sentant sa fin approcher et voulant régler ses 
dernières dispositions, chargea Robertot d'en assu- 
rer l'exécution. Par cet acte, daté du 14 avril 
1671, il reconnaissait pour son seul héritier 
Charles-Etienne du Fay, baron de Saint- Jean 
d'Ambournes *, fils de sa sœur, Diane Martel, et 
l'autorisait à prendre son nom et ses armes, lui 
donnant en outre sa terre de Bacqueville, à l'oc- 
casion de son mariage avec Marie Masquerel, fille 
du seigneur de Castellier \ 

La charge de veiller au testament d'Henri 



* Le Premier Liure de VHUtoire de Vinde, contenant comment 
Vfnde a esté descouuerte par le commandement du Roy EmanUel 
et la guerre que les capitaines Portugalois ont menée contre Samorin, 
Roy de Calecut, faict par Fernand Lopes de Castagneda et traduit du 
Portugalois en François par Nicolas de Grouchy. De Vimprimei'ie de 
Michel de Vascosan, demourant à V enseigne de la Fontaine, rue 
S^'Iacques. M.D.L.IU. 

• M. Hellot. Peut-être vaudrait-il mieux lire Claude-Etienne du 
Fay, seigneur de Saint-Jouin et de Vergetot. 

» Dans cet acte, fait remarquer M. Hellot, Henry Martel prend, 
pour la première fois, le titre de Marquis de Bacqueville. Si M. Pabbé 
Sauvage ne faisait pas remarquer que Séguing parlait déjà, e»! 1662, 
des Marquis de Bacqueville et des Comtes de Fontaine-Martel, nous 
dirions qu'il ne faut pas attacher grande importance à cette quali- 
fication donnée par un tabellion du pays de Caux, le même peut-être 
• iui, quinze ans auparavant, érigeait Liancourt en marquisat en laveur 
de Robertot, et le gratifiait d'un titre de Conseiller d'Etat. 

18 



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— 272 — 



Martel ne fut pas une sinécure, car, si nous en 
croyons l'auteur de V Histoire populaire de Bacque- 
ville, la succession, bien que fort obérée, fut 
contestée par une cousine du légataire, qui la lui 
disputa jusqu'à sa mort (1683). 



Le 26 février 1672, son frère Adrien et la femme 
de celui-ci donnèrent à Robertot une procuration 
pour régler la succession de Philippe de Dam- 
pierre, frère de Madame de Grouchy, et, le 7 sep- 
tembre suivant, étant à Paris, où il habitait la 
Cour du Palais, chez un sieur Aubry, le conseiller 
termina à l'amiable des partages, qui semblaient 
passablement embrouillés *. 



Sachant qu'il se trouvait à cette époque à Paris 
un de ses vieux amis, son voisin et presque son 
parent, le propriétaire du beau château de Mais- 
nières, entre Arques et Neufchâtel *, <( hault et 
puissant seigneur Messire Louis de Fautereau, 
chevalier, marquis de Maisnières et de Vatan, 
baron de Villers et de Monchy, maréchal de camp 
des armées du Roy », le chargea de faire des 
représentations sur sa conduite à sa fille, Louise- 
Catherine- Angélique % fille d'honneur de Madame, 

» Minutier de M« Bourin, notaire à Paris. 

• Notice sur Maisnières, par Tabbé Pabis, Rouen, 1884, et Bibl. 
nat,, dossier Fautereau. 

' Louis de Fautereau avait épousé en 1648, Catherine de Manne- 
ville, fille de Jacques, seigneur du lieu, et de Catherine Guil>ert, 



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- 273 - 

et lui donnait une procuration Fautorisant à em- 
prunter 3,000 livres à l'effet de régler les dettes 
de la jeune fille. 

Ce ne fut que quelque temps après que Robertot 
put mettre ordre aux affaires de la jeune demoiselle 
d'honneur; le 27 mars, il était dans la capitale, 
logé, comme nous l'avons vu plus haut, cour du 
Palais, paroisse de la S*"' Chapelle, et par devant 
les notaires Billot et Mounier, il empruntait à 
Charles Collas, bourgeois de Paris, demeurant rue 
des Saints-Pères, 3,000 livres, dont 2,804 livres 
5 sols furent versés entre les mains de dame Marie- 
Antoinette de Loménie de Brienne, marquise de 
Gamaches, femme de Nicolas Rouault, marquis de 
Gamaches, chevalier des Ordres du Roi, pour 
acquitter une note d'ajustements qui nous a été 
conservée. Le restant devait être remis entre 
les mains de M'^*" de Mainières pour ses dépenses 
personnelles. Madame de Gamaches ne réclamant 
pas une somme de 1,200 livres « à elle deub, 
pour autres dépenses pendant cinq ans, pour 



dame de Charlemesnil, fille d'honneur de la Reine Régente, Anne 
d'Autriche. Né en 1621, marquis de Mainières en 1650, il mourut 
en 1691 après s'être remarié à 68 ans, à Françoise de Martainville, 
veuve de Jacques de Ferry. 

Louise-Catherine- Angélique de Fautereau avait été élevée, avec ses 
sœurs, par les religieuses de l'abbaye royale deNeufchâtel .Elle devint 
fille d'honneur de S. A. R. Elisabeth-Charlotte de Bavière, duchesse 
d'Orléans , et épousa le 10 septembre 1678 , Louis-François de 
Brancas, duc de Villars, fils de Georges, marquis, puis duc de Villars, 
et de Julienne-Hippolite d'Estrées. Après un an de mariage, elle resta 
veuve, enceinte d'une fille, qui, plus tard, épousa Louis de Brancas, 
marquis de Céreste» comte de Forcah^uier. Elle mourut à Paris le 
21 février 1701 à 51 ans. 



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— 274 

l'instruction de la dite demoiselle, avant son 
entrée chea Madame, desquelles le mémoire a été 
délivi'é *. M 

Dans cette curieuse énumération de dépenses 
que dut régler le grave magistrat, figure entre 
autres : « En avril 1673, une jupe de brocard 
d'or, et une dentelle d'argent au bas, 106 livres » 

Mademoiselle de Fautereau aurait-elle cherché, 
elle aussi, à attirer les regards du grand Roi et 
se serait-elle rappelé que c'était dans l'escadron 
des demoiselles d'honneur de la duchesse d'Or- 
léans que Louis XIV avait distingué Louise de 
La Vallière? 

En tout cas, ce passage nous donne, sur la 
situation des demoiselles d'honneur, des rensei- 
gnements bien difi'érents de ceux que fournit le 
livre si intéressant de M. Jules Lair sur Louise 
de La Vallière *. « La place de demoiselle d'hon- 
neur, dit-il, comportait de sérieux avantages. Une 
petite pension de cent livres, c'est-à-dire cinq ou 
six cents francs de nos jours, permettait à peine 
d'entretenir la toilette, mais la vie était assurée, 
et l'on trouvait là plus de chance qu'ailleurs, pour 
une personne sans dot, de rencontrer un mari, 
mais, comme ajoute l'auteur de V Amante convertie, 
si ces places sont belles, ont de l'éclat et sont 
désirées parce qu'elles promettent des secours 
prompts et favorables à une fortune médiocre, 
qui ne peut se soutenii' ailleurs, il faut avouer 

* Minutier de M* Bourin, à Paris. 

• Louise de La Vallière et la jeunesse de Louis XIV. Paris, Pion, 
1882, 2" éd., p. 46. 



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— 275 — 

que ce rang d'élévation et de gloire expose celle 
qui y arrive à de grands dangers. » 

Tel n'est pas le fait de mademoiselle de Faute- 
reau, qui trouva, en 1678, une couronne ducale, 
en épousant M** de Villars. 



Nous rencontrons encore, en l'étude de M^ Mou- 
nier, une pièce curieuse, que nous croyons devoir 
citer m extenso, car elle prouve une fois de plus 
l'intimité qui régnait entre les Grouchy et les 
Monsurres, dont la parenté est bien connue : 

2 septembre 1673. 
« Fut présent, Nicolas d'Avesnes *, écuyer, sieur du dit 
lieu, lieutenant du Roi au gouvernement des ville et 
château de CoUioure, pays de Roussillon, demeurant à 
Paris, rue du Piastre, paroisse S*«-Genevieve, lequel, en 
reconnaissance de Talliance qu'il a prise en la maison du 
sieur de Brassy, ci après nommé et pour la bonne amitié 

qu'il lui porte fait donation à Girault-Florimont de 

Monsurres, escuier, servant en la compagnie de cavalerie 
du Marquis de Gouflier, au régiment Colonel Général de 
l'armée du Roy, Florimont, Jean-Baptiste, et Nicolas de 
Monsurres, escuiers, tous quatre frères, et demoiselles 
Marie, Anne, Angélique, Calixte, Madeleine et Suzanne, 
sœurs, tous enfants de Anne-Florimont de Monsurres, 
escuier, sieur de Brassy, demeurant à Brassy en Picardie, 
étant de présent logé rue Pain Mollet, à l'enseigne des 
Armes d'Orléans, paroisse S^Jacques La Boucherie, et leur 
laisse la moitié des fruits et revenus de la terre de Brassy, 

» Avesnes-en-Bray, canton de Neufchâtel (Seine-Inférieure). 



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— 276 — 

relevant du Marquisat de Conty, baillage de Clermont en 
Beauvaisis..., le dit donateur ayant épousé Anne de Mon- 
surres, sœur du dit de Brassy... à la charge que tous les 
fruits cy dessus seront liquidez incessamment à l'amiable 
par Monsieur de Robertot, cousin des partyes, sur le pied 
des baux qu'en a faits icelui sieur de Brassy. » 



Nous avons recueilli un certain nombre d'actes 
relatifs à l'administration de la terre de La 
Chaussée et à ses agrandissements par Robertot, 
depuis 1643 jusqu'à l'époque de sa mort, mais 
nous en ferons grâce au lecteur, nous contentant de 
signaler la vente faite le 9 août 1644, par Charles 
Daniel*, capitaine de navire, à Robertot, de ses 
biens à La Chaussée, moyennant 9,100 livres. 

Pour le surplus *, ce sont, pendant trente 
ans, des acquisitions, des échanges, des baux, 
des aveux et autres actes qui nous permettent 
seulement de reconnaître que la préoccupation 
constante du seigneur de La Chaussée fut d'aug- 
menter et d'améliorer l'héritage paternel. 



* Charles Daniel ,hié à Dieppe, est Fauteur d'un Voyage à la Floride f 
récemment réédité par la Société des Bibliophiles normands. Il se 
maria deux l'ois ; la première fois, en 1620, avec Hélène LamaiTe, la 
seconde, en 1632, avec Louise Duplix, fille de Nicolas Duplix, sieur 
de Boscmenil. L'un de ses frères, missionnaire, fut martyrisé le 
4 juillet 1648 par les Iroquois. 

• Signalons encore les démarches couronnées de succès que Rober- 
tot fit en 1641 , au Bureau des Finances de Rouen, pour empêcher 
les chasse-marées et autres, passant avec des charriots lourdement 
chargés, de suivre le petit sentier des gens de pied d'Aubermesnil 
à Longneville, pour éviter le mauvais chemin de la grande rue de 
La Chaussée, tendant de Dieppe au Bois-Hiillin. {Archives de la Seine- 
Inférieure. Série C, 1259.) 



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— 277 - 

Le dernier acte, une acquisition de cinq vergées 
de terre, qui est du 2 novembre 1675, nous 
montre que, six semaines avant de mourir, le vieux 
magistrat veillait encore avec soin à ses intérêts * . 



La mort de son frère Adrien, son cadet de deux 
ans, survenue au commencement de janvier 1675, 
vint attrister la dernière année de la vie de Rober- 
tot. Le sieur de Greny fut inhumé le 4, dans 
l'église de La Chaussée, et l'acte est signé par 
J. de RauUin, Grouchy, Gruchy et Greny*. Le 
31, la garde noble de ses enfants fut donnée à 
Robertot '. 

Peu de jours après avoir perdu son père, 
Thomas Adrien fut reçu page de la Grande-Écurie 
du Roi et faisait devant d'Hozier des preuves 
qui nous ont été conservées *. 



* Nous nous bornerons à citer : 

Deux aveux du 5 juillet 1658, rendus, Pun par Martin d'Epinay, 
l'autre, par Jacques Rolland, à Mademoiselle de Gkdllardbois, en 
l'absence de Robertot. 

19 juillet 1662. Un aveu d'Adrien de Grouchy, sieur de Greny, à 
son frère Thomas, pour deux pièces de terre sises à La Chaussée. 

23 novembre 1663. Défense faite par le Grand Maître des eaux et 
forêts de Normandie à M. de Grouchy, de couper une lisière de bois 
de cinq vergées, appartenant à M. de Robertot, son frère, contigue 
au bois du Quesnoy, appartenant à Son Altesse Madame la Duchesse 
de Longueville. 

16 juin 1675. Décharge accordée par le Parlement de Normandie, à 
Robertot, du droit de tiers et danger dû par lui sur 18 arpents de bois. 

{Archives de La Chaussée à Madame la B""* Lucas.) 

* Registres paroisseaux de la Chaussée. 
» Archives nationales, 0* 19, 1^ 32 vo. 

* Bibl. nat. — Arch. nat, — Arch. de famille. 



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— 278 - 

Bien que n'ayant que soixante-cinq ans, Rober- 
tot devait se trouver, en quelque sorte, vieilli avant 
l'âge, épuisé par les fatigues et les luttes, atteint 
de diverses maladies et notamment de la goutte et 
nous voyons qu'il pressentait sa fin, car le 18 sep- 
tembre 1675, se trouvant à Paris, il renouvelait son 
testeunent, par lequel, après avoir fait acte de bon 
chrétien, il disposait en faveur de ses proches de 
sa fortune patrimoniale. 

' Nous avons été assez heureux pour retrouver, 
dans le minutier de M** Bourin, à Paris, où nous 
avons déjà rencontré tant d'actes intéressants, l'in- 
strument autographe, dont nous reproduisons ici 
le texte et dont nous donnons en partie le fac-similé : 

Je recommande particulièrement mon âme à la très 
Sainte Trinité, et à mon Dieu, que j'adore et aime du phis 
profond de mon cœur, et que je proteste d'adorer et aimer 
jusqu'au dernier soupir de ma vie, moiennant Sa Sainte 
grâce, luy demandant très humblement pardon de mes 
péchés. Je recommande en second Heu mon âme à la 
gte Vierge, à S^ Anne, que j'ai choisie pour ma patronne, 
à S* Michel-Archange, à mon bon Ange, à S* Thomas 
apostre, â tous les Saints et Saintes du paradis. 

Je veux et entends qu'il soit pris par préférence sur tous 
mes biens la somme de mil livres, pour faire prier Dieu 
pour moy et pour donner aux pauvres. 

Je donne et lègue tous mes biens meubles, réputés et 
censés meubles, à Thomas de Grouchy, escuier, mon filleul, 
page du Roi en sa grande écurie, fils aisné d'Adrien de 
Grouchy, escuier, sieur de Greny, vivant capitaine au 
régiment d'Artois, mon frère, et au cas où mon dit filleul 
viendrait à mourir avant moi, je donne tous mes dits biens 



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Au/tèen.'^ le/eut. 

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— 279 — 

meubles à Philippe de Grouchy, son frère puisné *, escuier, 
mon nepveu, et, au cas où il viendrait encore à mourir 
avant moi, je donne les dits biens meubles à leur sœur 
aisnée, ma niepce *. Je révoque tous autres testamens et 
donations à cause de mort, que j'ai faits cy devant et 
nomément un certain acte' que j'ai fait en faveur de 
Jacques de Grouchy, escuier, mon frère, dans lequel j'ai 
employé quelques mots et termes dont je ne me souviens 
pas, et bien que, par iceluy, j'aie déclaré que le dit acte ne 
serait pas censé être révoqué que mon dernier testament 
ne contint les dits mots. Comme je ne me souviens pas des 
dits termes et mots et que je ne peux les employer, je veux 
et entends que le présent mien dernier testament, vaille, 
subsiste et soit plainement exécuté, non-obstant le dit pre- 
mier testament * fait en faveur de mon dit frère de Grouchy 
et autres personnes y dénommées, que je révoque et annuUe. 
Je ne veux point qu'il subsiste en aucune manière et telle 
est ma dernière volonté. 

Je nomme pour exécuteur du présent mien testament 
Me Bâton, advocat au parlement, lequel je supplie vouloir 
accepter pour cet effet, la somme de mille livres, une fois 
payées, qui seront prises aussi par préférence sur mes dits 
meubles et biens censés meubles, et le supplie très humble- 
ment de vouloir assister le dit Thomas de Grouchy, mon 
nepveu et son frère ou sœur dénommés, dans les pour- 
suittes et jugement des procès que j'ai, l'un contre les sieurs 
Borand ', traitant de l'édit de création du présidial de 
Dieppe, et Sau vat, son cessionnaire, au rapport de M"* Bonard 

» Philippe- Adrien, né en 1666, mort en 1729, lieutenant colonel 
du Régiment Dauphin-Infanterie, chevalier de Saint-Louis. 

* Jeanne, née le 8 mars 1660, morte sans alliance. 

' Nous ne savons pas à quel acte Robertot fait ici allusion. 

* Nous n'avons pas trouvé trace de ce testament, probablement fait 
chez un notaire de Normandie. 

* Ainsi cette affaire n'était pas terminée depuis 1648. 



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— 280 — 

de Rèze, conseiller en la grande chambre du Parlement, et 
l'autre contre le sieur de Fleurval, advocat au conseil, la 
dame Marquise de Talanne et autres, au rapport de M^ de 
La Reynie, maitre des Requestes ordinaire de THostel du 
Roy, et de leur vouloir servir de père, dans la rencontre de 
ces deux procès, auquels il a travaillé et fait les escriptures. 
Je ne veux point qu'il soit fait aucun inventaire de mes 
meubles ni de mes escriptures ' et en descharge le dit sieur 
Bâton. Je veux et entends que mes dits nepveux et niepce 
prennent la mesme confiance en la personne du sieur Haiez, 
que j'ai eue et ai encore, l'aiant toujours reconnu comme une 
personne intègre et pour un homme de bien, auquel je me 
suis confié, et veux que mes dits nepveux et nièpce, leurs 
tuteurs et curateurs, s'y confient pareillement Au cas où l'un 
d'entre eux irait au contraire de ma dite volonté, je déclare 
que je révoque à son égard le legs universel fait par le mien 
présent testament, et prie les juges de n'y avoir aucun égard. 
Si Thomas, Philippe, ou leur sœur, alloit au contraire de 
mes intentions, mes biens appartiendroient à mes autres 
héritiers et j'augmenterois le legs de mil livres fait au sieur 
Bâton d'autres mil livres. 

(Signé) DE Grouohy, sieur de Robertot. 

Au dos est écrit: 

Aujourd'hui, dix-huitième jour de septembre 1675, avant 
midy, est comparu, devant les conseillers du Roi, notaires 
au chastelet de Paris, soussignés, M' Thomas de Grouchy, 
chevalier, Seigneur de Robertot, demeurant ordinairement 
en son chasteau de La Chaussée, viconté d'Arck (sic), estant 
de présent en ceste ville de Paris, logé Cour du Palais, lequel 
a reconnu avoir escript et signé son testament ci devant et 



* Cette clause est déplorable, car elle nous prive de Pindication et 
peut-être de la couservation des papiers de Robertot. 



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281 " 

de Tautre part escript, contenant trois pages, cette présente 
non comprise, lequel testament il veult et entend sortir son 
plain et entier effet selon sa forme et teneur. Faict et passé 
en estudes des dits notaires, les dicts jour et an et a signé : 
DE GRoacHY, sieur de Robertot. 
Lesecq de Launay. Mounier ^ 

» En voyant ce docament et les autres, retrouvés dans les études 
des notaires de Paris, nous ne pouvons nons empêcher de déplorer 
qu'une mine aussi riche soit ainsi éparpillée, exposée aux injures 
du temps et des déménagements, aux risques des révolutions et des 
incendies. Les minutiers des notaires de Paris sont presque inacces- 
sibles au public, relégués dans des greniers ou dans des caves, oii ils 
se détruisent; cependant, ils contiennent l'histoire inédite d'une 
grande partie des familles. Pour nous procurer quelques rares pièces, 
il nous a fallu l'indulgence et la complaisance de beaucoup de ces 
Messieurs. Cette situation déjà précaire n'est rien à côté de celle que 
présentent le plus souvent les minutes de provinces et où, faute de 
pouvoir les déchiffrer, il est même impossible aux notaires de les 
consulter et d'en délivrer des expéditions. On s'est beaucoup occupé 
en France de cette question depuis quelques années; elle a été mise 
à l'ordre du jour des réunions des Sociétés savantes, et discutée par 
MM. L. Delisle, Seré-Depoin, Jadart, Saint-Johanny, etc.; deux 
moyens sont proposés, ou réunir les minutes des notaires aux 
archives départementales, ou les conserver dans leurs domiciles 
particuliers. Il serait possible, croyons-nous, d'arriver, sans dépense 
extraordinaire, à une solution qui, sauvegardant la responsabilité des 
notaires, conserverait ces documents aux érudits et aux intéressés. 
Ce serait de créer, comme en Italie, un Archiino wotertï^, par dépar- 
tement. Chaque notaire contribuerait pour une part qui n'excéderait 
pas la somme que lui coûte l'entretien de son minutier, à la location 
dans chaque chef-lieu de département, d'un bâtiment où les actes 
ayant plus de cent ans seraient centralisés ; un employé (ou plusieurs, 
si cela était nécessaire), au courant de la paléographie des trois der- 
niers siècles, serait chargé du classement et de la transcription des 
actes. Ceux-ci ne seraient communiqués que sur l'autorisation d'un 
notaire délégué des chambres du département, et les extraits délivrés 
sous sa signature. Les droits perçus viendraient en déduction de la 
contribution annuelle que chaque notaire aurait à payer pour l'en- 
tretien de son minutier. Nous n'évaluons pas la dépense à plus de 
10 ou 20,000 francs, au maximum, dans les départements ordinaires 
où le nombre des notaires est d'une centaine, ce qui fait 100 à 
200 francs par an et par étude. 



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— 282 — 

Trois mois, presque jour pour jour après la 
rédaction de ses dernières dispositions, Robertot 
mourait, et la dernière mention de son nom se 
trouve sur les registres paroissiaux de la Chaussée, 
du 17 décembre 1675 : 

« Fut inhumé Thomas de Grouchy, écuyer, sieur de 

Robertot, trois heures après midi, en présence des parents 

soussignés. 

M. DE Grouchy. Grouchy. » 

L'acte est écrit en entier de la main de l'abbé 
Guillotin, curé de La Chaussée pendant plus 
d'un demi -siècle et mêlé à toutes les affaires de la 
famille de Grouchy, comme le prouvent les nom- 
breux actes que nous avons recueillis. 

C'est ainsi que mourut, avant soixante-six ans, 
l'homme dont nous venons de retracer l'existence 
agitée. Et en mourant, le gentilhomme normand 
put voir la Monarchie, à la gloire de laquelle il 
avait voué sa vie, arrivée « si haut qu'elle ne pou- 
vait plus que descendre, » suivant l'expression 
d'un historien philosophe. 



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— 283 — 

XVI 

APPENDICE 

Nous avons dit précédemment que nous donnerions, en 
terminant, quelques pièces découvertes depuis Tirapression 
des premiers chapitres. Nous prenons la liberté de les offrir 
au lecteur, dans cet appendice, en réclamant toute son indul- 
gence pour ce supplément d'informations. 



Les actes relatifs au présidial de Dieppe ayant 
été presque entièrement brûlés dans l'incendie 
de 1694, nous ne possédons que peu de docu- 
ments sur cette juridiction. 

Nous pouvons citer cependant l'acte d'acquisi- 
tion des charges de prévôt des maréchaux et des 
dix archers du prévôt, ainsi que celle de contrôleur 
des consignations de ce siège, faite le 31 mai 1641, 
moyennant 25,000 livres par Mathieu de Grouchy, 
écuyer, S*^ de Bressy*. Le paiement de cette 
somme, qui devait avoir lieu en deux fois, dont 
16,000 livres huit jours après l'acquisition, et le 
reste au bout de six mois, était cautionné par 
Robertot. L'office de conseiller du Roi, lieutenant 
du prévôt des maréchaux et gardes de la séné- 
chaussée, était acquis également le 2 janvier 1640, 

* Bibl. nat. Pièces originales, 1419. Dossier, 32,058. 



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— 284 — 

par Charles Jourdain, écuyer, sieur de Martin- 
bosc, ami du nouveau président *. 

On voit par ces pièces jusqu'à quel point Ro- 
bertot tenait à être maitre de la situation à Dieppe 
et on s'expliquerait difficilement comment il pou- 
vait exercer à la fois ses fonctions judiciaires en 
Lorraine et en Normandie, si nous n'avions acquis 
la preuve par une mention du registre secret du 
Parlement de Metz, que, pendant plus de dix ans, 
Robertot, préférant partager son temps entre la 
vie de Paris et le séjour de La Chaussée, ne vint 
jamais siéger à ïoul. On lit, en effet, à la date du 
V avril 1653 : 

M»* de Gruchy, ancien conseiller, rend compte de son 
absence pendant dix ans '. 

Une sentence rendue par Robertot, comme pré- 
sident et lieutenant général de Dieppe, au sujet de 
la propriété de dix acres de terre contestée entre 
catholique et protestant, mérite d'être men- 
tionnée à cause du dispositif, par lequel, ne pou- 
vant connaître des procès ot différends de gens 
faisant profession de la Religion prétendue réfor- 
mée, il renvoie les parties devant le Parlement 
de Paris. 

Ce document se trouvait dans les archives du 
château de Villette, que Madame la comtesse de La 
Barthe-Thermes, née Fouché d'Otrante, nous a 



* Archives de Villette. 
* Bibl. nat, Ms. Fonds Oolbert. Mélanges, vol. 32. 



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— 285 - 

gracieusement remises * , et que nous avons offertes 
à la Bibliothèque Nationale. Le chartrier de Villette 
renfermait en effet une partie des papiers prove- 
nant de La Chaussée et laissés par le Maréchal de 
Grouchy, au moment où il vendit sa terre, pendant 
qu'il était exilé aux Etats-Unis (1818) ; le surplus 
a malheureusement été porté au château de la 
Perrière et y a été détruit en 1840, dans un 
incendie '. 



Les Etats de Normandie s'étaient montrés fort 
hostiles à l'établissement du présidial de Dieppe 
et le parlement, ainsi que les autres juridictions 
du pays de Caux, ainsi que nous l'avons dit au 
chapitre II, ne lui avait été guère plus favorable. 
Dans leurs cahiers, rédigés en 1646, les Etats 
réclament, en ces termes, contre la nouvelle 
institution : 

« La ville de Dieppe est la partie la plus considérable 
du domaine de l'archevêché de Rouen, la justice s'y rend 
par des officiers qui font corps du baillage enclavé dans 
la Vicomte d'Arqués, l'un des quatre qui composent vostre 
baillage de Caux. Néantmoins, dans le désordre du tems qui 
a fait esclore une infinité d'offices à la charge du peuple, 
depuis trois ans, il s'est formé dans la dite ville un troisième 
baillage qui s'appelle Royal, une maréchaussée et un pré- 
sidial qui, bien esloignés du but de la justice, qui n'est 

* Villette-Sagy-Condecourt, canton de Marines (Seine et Oise) . 

Cette terre avait été apportée dans la famille de Qrouchy, par 
le mariage de Nicolas de Grouchy avec Nicole-Ursule -Elisabeth 
Cousin, en 1710. 

« La Ferrière-du-Val, près Aulnay-sur-Odon (Calvados). 



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— 286 - 

autre que de rendre à chacun ce qui lui appartient, ne 
peuvent avoir la moindre fonction qu'ils ne l'usurpent sur 
les autres corps de justice. » 

Et plus loin : 

« En 1634, nous avons obtenu que toutes les jurisdictions 
Royales d'Arqués y seroient restablies.... M. de Miromesnil 
en opéra le rétablissement, mais aujourd'hui les officiers 
s'étiiblissent aux faubourg de Dieppe, ce qui cause une 
grande désolation à Arques. 

.... Novembre 1643 .... Un particulier a osé pour- 
suivre, en la ville de Dieppe, rétablissement d'un siège 
présidial qui comprend vingt-cinq à trente paroisses; on 
demande la suppression de ce bailliage et présidial *. 

Le motif d'hostilité qu'avait eu le Parlement de 
Normandie contre le présidial de Dieppe était , du 
reste, assez naturel et il nous est expliqué dans 
des conclusions développées par le Procureur 
Général, à l'audience du 14 décembre 1648 : 

Sur ce qui a été représenté par le Procureur Général du 
Uoy, qu'encor que Sa Majesté eust révoqué par un édict 
du mois d'aoust dernier, la création du bailliage, pré- 
sidial et maréchaussée de Dieppe, néantmoins plusieurs 
subjets de Sa Majesté, se fondant sur ce que les appella- 
tions des juges de Montivillier, Caudebec, Arques, Neuf- 
cliastel et Rotien estoient évoquéez au Grand Conseil, ne 
délaissent d'y rellever leurs appellations ainsy qu'ilz 
faisoient auparavant la dite révocation, ce qui tend à la 



^ Cahiers des Etats de Normandie, pnbMéa par Ch.db Bbaurbpaibb, 
pour la Société de V Histoire de Normandie. Rouen, Mètérie, 1880, 
in-8. 



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— 287 — 

ruiue et oppression de ces subjectz qui ne peuvent estre 
tirez de Testendue de ce ressort qu'au moyen de la sup- 
pression desdits bailliage, présidial et maréchaussée de 
Dieppe. Requérons y estre pourveu. 

La Cour, bien entendu, rend un arrêt qui s'at- 
tribue la connaissance des appels du « prétendu 
présidial de Dieppe » et les enlève à la juridiction 
du Grand Conseil. En somme, toute la question est 
là et cela suffit pour nous expliquer l'hostilité, 
dont, pendant dix ans, le Parlement poursuivit 
le présidial * . 

C'est au mois d'août, 1648, dans l'audience du 
27, que le Parlement de Normandie fut appelé à 
délibérer sur les lettres patentes du Roi portant 
suppression du présidial de Dieppe. Les registres 
secrets ' nous ont conservé le brouillon des déli- 
bérations, mais les nombreux blancs qui ont été 
réservés par le greffier semblent montrer que c'est 
simplement un cadre préparé d'avance et insuffi- 
samment rempli. 

Toutefois, le 31 août, après le dictum dressé, 
les chambres se séparèrent. Messieurs de la 
Grand'Chambre montèrent à la salle du plaidoyé, 
et les portes ouvertes, le greffiier donna lecture 
et publication de la déclaration royale et de 
l'arrêt de vérification. Le lendemain, 1*''' sep- 
tembre, comme nous l'avons rappelé d'après 
Asseline, le parquet était démoli et le présidial de 
Dieppe avait vécu. 



* Registre des arrêts {Archives du Parlement de Normandie). 

• Registre secret du K mars au 16 octobre 1648 (Archives du Par- 
lement de Nommndie), 1^ 



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~- 288 - 

Quant au rachat des charges du présidial, bien 
que cette question ait été assez souvent traitée 
dans ces pages pour qu'il puisse paraître inutile 
d y revenir une fois de plus, nous résumerons un 
arrêt du Conseil d'Etat du 14 janvier 1655, qui, 
en présence de Tallégatiou produite par Robertot 
de l'existence d'une contre-lettre, en cas de sup- 
pression des ofiSces, ordonne une enquête devant 
un commissaire spécial et déclare que, par manière 
de provision, Robertot sera payé « des gages de 
ces offices, si fait n'a déjà été, sur le fonds laissé 
dans les caisses de Sa Majesté, depuis le 1**"* oc- 
tobre 1642, à proportion des 36,000 livres, payées 
par lui * . » A cette époque, on lui réclamait encore 
44,700 livres; dix ans plus tard, c'était 140,000, 
dont il parlait dans sa lettre à Colbert ; au moment 
de sa mort, à quel chiffre pouvait monter ce 
compte avec Borand, qui durait depuis trente- 
trois ans et dont il abandonnait la discussion à ses 
héritiers? 

Puisque nous sommes sur le chapitre de la 
justice, revenons sur l'office au sujet duquel 
Robertot avait élevé des prétentions à la mort de 
François de Monsurres, et qui, plus tard, entra 
dans sa famille. Il s'agit de celui de contrôleur- 
garde-sac. 

Deux actes recueillis à ce sujet* éclaircissent 
la question : le premier est une procuration, 

• Archives nationales. Registres du CoDseil d'État 1655. 

* Minotier de Mo Bourin, notaire à Paris, successeur de Mounier. 



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— 289 — 

signée à Longueville le 14. septembre 1669, par 
Adrien de Grouchy, dans laquelle il est dit que, 
pour prévenir la perte de Toffice de contrôleurs- 
garde-sacqs du Conseil du Roi, valant 34,000 liv. 
v(uidu par François de Monsurres, seigneur d'Au- 
villiers, premier titulaire, à Pierre de Hannivel 
et par celui-ci à Adrien de Grouchy, ce dernier 
donne ses pouvoirs à M*' Michel Guillotin. Le curé 
de La Chaussée, se rendit à Paris, et, par un acte 
du 26 septembre, dressé en présence de Robertot, 
fit passer le dit ofiSce sur la tête de Thomas- 
Adrien de Grouchy, usant ainsi de son droit « de 
présenter un Tiomme au Roi. » 



En rédigeant le commencement du chapitre V, 
nous avions rapporté le voyage de Robertot à 
Rome, signalé dans la Biographie du Parlement 
de Metz, et, en l'absence de toute indication venant 
confirmer cette mission, nous avions cherché une 
autre expUcation au fait indiqué par Michel. Une 
découverte de M. Armand Baschet aux Archives 
des AiFaires Étrangères, nous a mis sur la voie 
de cette négociation qui eut bien lieu en Italie , 
mais à Casai, et non pas à Rome, et dont le 
double but n'avait rien de commun avec ce 
que supposait l'historien messin. Du reste, il n'est 
pas étonnant qu'il ne soit resté que peu de traces 
des commissions confiées à Robertot, car elles 
paraissent avoir été tenues absolument secrètes. 

Le Cardinal avait envoyé le Conseiller auprès 
du duc de Mantoue, afin d'acquérir de lui les 
duchés de Nevers et de Mayenne. 



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— 290 — 

Charles III de Gonzague était né en 1629 et 
avait commencé par embrasser le parti de la 
France, qu'il avait quitté en 1652 pour s'attacher 
à celui de l'Espagne. Il possédait en Italie les 
duchés de Mantoue et de Montferrat ; en France, 
ceux de Nevers, de Rethélois et de Mayenne, 
la souveraineté d'Arches et la principauté de 
Charle ville, ainsi que « beaucoup d'autres terres, 
dit Sanson, qui ne luy rendent pas moins que 
le tiers de ce qu'il tient en Italie *. » Seulement, 
ajoute le même auteur, « le plus grand mal de 
ce prince est que ses Estats sont esloignés l'un 
de l'autre ; et le Roy d'Espagne tenant l'Estat de 
Milan entre deux, il a eu desjà beaucoup et aura 
encor souvent à desmesler avec ce voisin. » 

Marié à la fille de l'Archiduc Léopold, et devenu 
l'allié des Espagnols, le duc de Mantoue ne devait 
plus attacher grande importance à conserver en 
France ces seigneuries qui pouvaient, à un mo- 
ment donné, exciter la convoitise du Roi. Aussi 
avait-il fait faire des ouvertures au Cardinal, et 
celui-ci pensait, avec raison, qu'une négociation 
bien conduite pourrait l'amener à se rendre acqué- 
reur des biens que le prince possédait en France. 
Un autre motif, indiqué par un auteur auquel 
nous n'accordons qu'une médiocre confiance «, 



• Princes souverains de P Italie, p. 71. 

^ Fbbaabis. Histoire généalogique de la maison impériale et royale 
de Oonzaga, Paris et Turiu, 1851, in-8", p. 72. — Cette publication 
a été inspirée par le faux prince Alexandre de Gk>nzaga, dont les 
démêlés avec les chancelleries et surtout avec les justices de diffé- 
rents pays, pendant plus d'un demi-siècle, sont demeurés célèbres. 
Cependant, la partie de ce livre consacrée à l'historique de la 



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— 291 — 

mais qui semble cependant plausible, était la 
nécessité où se trouvait le duc Charles de satis- 
faire aux exigences de ses tantes, qui lui récla- 
maient le paiement de leurs dots. 

Tel était le but de la mission donnée par le 
Cardinal à Robertot. 

La lettre que nous publions plus loin de Priandi, 
du 13 novembre 1654, confirme parfaitement cette 
assertion et montre la Princesse palatine mettant 
la condition du paiement d'une partie de sa dot à 
la ratification qui lui était demandée et à sa renon- 
ciation à l'exercice du droit de retrait lignager, 

A cette mission, qui aurait paru déjà suffisante 
à tout autre, notre négociateur résolut d'en ajouter 
une seconde, que commandait l'intérêt du Roi et, 
profitant des entretiens qu'il pouvait avoir avec 
le duc de Mantoue ou ses ministres, il chercha 
à faire mettre de nouveau la France en possession 
de cette place de Casai, considérée alors comme 
l'une des clefs des Alpes, et qui fut, pendant plus 
d'un siècle, l'objet de nombreuses luttes et de 
négociations constantes qu'il est indispensable de 
rappeler sommairement, pour faire comprendre 
le but poursuivi par Robertot. 

En 1629, le duc de Mantoue *, alors notre allié, 
avait confié aux troupes françaises la défense de 

maison de Gonzague, paraît être un résumé fait d'après de bons 
auteurs. Ferraris ajoute que, sur le prix qui lui iiit payé par Mazarin 
pour l'acquisition des duchés de Nevers, de Réthel et de Mayenne, le 
duc Charles fit compter 500,000 couronnes à sa tante Marie-Louise, 
reine de Pologne, et 400,000 à la princesse Anne, femme d'Edouard 
de Bavière. 

* Chai'les I^, mort en 1637, grand-père de Charles lll. 



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— 292 — 

Casai, assiégé par les Espagnols sous la conduite 
du Marquis de Spinola. Malgré la courageuse 
résistance qui devait valoir à Thoiras le bâton de 
Maréchal, la place, vivement pressée, était à la 
veille de succomber, dans l'incertitude où se trou- 
vaient les assiégés de savoir si le secours commandé 
par La Force et Montmorency arriverait encore à 
temps, lorsque fut signée une suspension d'armes, 
du 8 septembre au 31 octobre 1630. La trêve, 
pendant laquelle Spinola mourut, touchait à son 
terme et les armées allaient de nouveau se trouver 
aux prises, lorsqu'un cavalier, agitant une feuille 
de papier, s'élança entre les Français et les Espa- 
gnols en criant : la Paix! « L'action, dit un écri- 
vain, était si vivement engagée, que le cavalier 
faillit être tué : c'était Mazarin, qui faisait ainsi 
son apparition sur la scène politique, porteur d'un 
projet de convention en vertu de laquelle les géné- 
raux espagnols devaient abandonner le siège de 
Casai. » 

En mai 1638, les Espagnols, de concert avec le 
comte Ottavio Monteglio, gouverneur particulier 
du château, et d'autres conjurés *, cherchèrent à 



* Les détails de cette surprise avortée étant à peu près com- 
plètement inconnus jusqu'ici, nous les reproduisons d'après des 
documents encore inédits. 

Le sieur Gaya, ofiBcier au^giment italien de Mercurino au service 
de France, était major de Casai et refusa de tremper dans ce complot 
qu'il raconte en ces termes dans un mémoire à Louis XIII : 

« Comme, par la surprise de cette place, le Roi perdoit tontes ses 
conquestes du Montferrat et du Piémont et son armée qui n'avoit 
point de retraite , les conjurés firent leur possible pour mettre de 
leur complot le sieur Gaya, qui étoit italien comme eux et qui 
faisoit le détail de la place, et lui ofl'rirent cent mille écus d'argent 



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— 293 - 

s'emparer par ruse de la citadelle, dont ils n'avaient 
pu se rendre maîtres par la force. 

Mais cette tentative resta sans résultat. En 
1640, nouveau siège, par les Espagnols, sous les 
ordres du marquis de Leganès, qui en furent 
chassés par le comte d'Harcourt et perdirent 
leurs étendards, leur artillerie et eurent plus de 
2,000 hommes hors de combat. Mais, en 1652, 
profitant des troubles de la Fronde, ils furent 
plus heureux et réussirent à s'emparer de Casai, 
qu'ils remirent au duc de Mantoue, devenu 
alors depuis peu leur allié, comme on l'a vu 
plus haut. 

On comprend que, dès lors, toute l'attention 
de Louis XIV et de ses ministres se soit portée 
sur la possibilité de reprendre Casai, que Ton 
estiinait « la meilleure forteresse de l'Italie, » et 

et des terres considérables dans le Milanais; mais le sieur Gaya, 
fidèle au Roy et à son légitime souverain (le duc de Mantoue et de 
Montferrat), fit avertir les ministres et les généraux du Roy qui pré- 
vinrent la surprise en Taisant arrester ledit comte Ottavio Monteglio 
et autre partie de ses complices qui n'auroient pu s'échapper, 
lesquels furent décapités au bout du Pont de Casai. » 

On comprend qu'à la suite de cette dénonciation, la situation de 
Gaya dans le Montferrat soit devenue difficile; les ennemis de la 
France et aussi, il faut bien ajouter,, les parents des coupables firent 
mettre sa t«te à prix et ravager ses propriétés, et Louis XIII dût le 
faii-e venir en France sous bonne escorte. Il lui accorda la charge de 
Major héréditaire de Compiègne et \me pension de deux mille livres. 
Cette charge fut conservée plus d'un siècle par ses descendants. 
On voit, par la valeur de cette récompense, le prix que la France 
attachait à la possession de Casai. 

(L'histoire de cette famille, rédigée depuis quelques années, 
paraîtra dans le prochain volume du Bulletin de la Société historique 
de Compiègne, sous le titre de : Messieurs de Gaya, par le comte 

DB MaBST.) 



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— 294 — 

l'on s'explique quelle aurait été la satisfaction du 
Cardinal de pouvoir, comme l'écrit son corres- 
pondant, « après avoir une fois sauvé Casai à la 
France, estre le maistre pour la lui redonner une 
seconde. » 

Malheureusement, malgré son habileté, Rober- 
tot ne put, cette fois, réussir, et, pendant près de 
vingt-cinq ans encore, les diplomates français 
échouèrent dans les négociations tentées dans le 
même but. C'est seulement en 1681 que Charles IV, 
sur le conseil de son secrétaire Mathioli, céda à 
Louis XIV la fameuse citadelle, qui fut rasée en 
1695 du consentement des alliés, cette condition 
étant considérée comme indispensable à la paix 
avec la Savoie *. 

Nous n'avons pas à rappeler que la cession 
de 1681, qui amena la disgrâce et l'emprisonne- 
ment de Mathioli, a été la base d'un système 
peu vraisemblable, soutenu dans ces dernières 
années par M. Topin, et qui veut faire du secré- 
taire du duc de Mantoue V Homme au Masque- 
de-Fer. 

Mais c'est assez nous attarder à ces prolégo- 
mènes et nous arriverons enfin aux documents 
relatifs au voyage de Robertot à Casai et à Turin. 
Ce sont d'abord deux minutes de lettres de Ma- 
zarin à Charles III et une lettre de Robertot, 



' Cette négociation traîna en longueur et Ton trouve dans le t. II , 
271, France, des Affaires Etrangères (tome XXXII des lettres de 
Mazarin), les articles du traité proposé par le Cardinal au duc de 
Mantoue. Ces démarches n'aboutirent pas, et le duc se borna à la 
neutmlité. 



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- 295 — 

adressée à un secrétaire du Cardinal, soit Colbert, 
soit ce Brachy, sous le nom duquel il correspon- 
dait pendant la Fronde, mais destinée à Mazarin 
et rendant compte non seulement de la négo- 
ciation dont il était chargé, mais aussi des ouver- 
tures qu'il croyait devoir faire au sujet de Casai, 
de la part du Duc. A ces pièces nous pouvons, 
grâce à l'obligeance de M. A. Bertolotti, archiviste 
d'Etat à Mantoue, ajouter deux lettres adressées 
de Paris à son souverain par Priandi, ministre 
résident de la Principauté. 

La première lettre de Mazarin est une réponse 
à des propositions faites par Charles III, au sujet 
de la cession du duché de Mayenne, dont il paraît 
avoir d'abord seulement été question. 

Cette lettre, écrite en italien et que nous tra- 
duisons ici, doit avoir été confiée à l'envoyé du 
Cardinal, qui, comme nous le verrons par les deux 
pièces suivantes, n'était autre que Robertot : 

22 août 1654. 

Au Duc de Mantoue, 

La disposition dans la quelle j'ai trouvé Votre Altesse 
de me céder le duché de Nevers m'engage à lui en rendre 
les grâces les plus vives et à lui envoyer une personne 
expresse pour la ratification du contrat. De vive voix, Votre 
Altesse pourra mieux s'entendre que par écrit. 

(Affaires étrangères. Lettres de Mazarin, vol. 270, 
traduction.) 

Robertot était parti de Paris avec l'auditeur 
Bellinzani, le 7 septembre; ils se trouvaient 



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— 296 — 

tous deux à Turin le 7 octobre, et, dès le 12 no- 
vembre, ils rentraient à Paris, rapportant le 
traité signé. 

Dans une lettre du 30 octobre, Robertot écri- 
vait de Turin que le traité était conclu et il 
donnait des détails sur la manière dont il avait 
payé au duc le prix stipulé. La négociation avait 
eu lieu à Casai, puisque c'est là que devaient 
être envoyées les lettres de change et que Ro- 
bertot dit dans le post-scriptum de sa lettre qu'il 
est allé à Turin, pour éviter de faire connaître 
ce voyage. 

A Turin, ce dernier jour [31] d'octobre 1654. 

Monsieur 

Je vous envoie dans ce paquet la ratification de M. le 
duc de Mantoue. J'ai payé les cinquante mil livres por- 
tées par le contract, et poiu* cet efifect, j'ai emprunté mil 
soixante seize pistoles et demie à Casai. M. le capitaine 
Esprit me les fit trouver; il m'a mesme preste son nom 
et je me suis obligé de les rendre à Casai dans huit jours, 
à un tiers pour cent, sinon de les rendre à Lyon à quatre 
pour cent. 

A mon arrivée à Turin, M. l'ambassadeur Servien • m'a 
dit avoir reçu mil louis d'or, lesquels il m'avoit envoyé à 
Casai, par une lettre de change, mais comme il n'y avoit 
pas de certitude conmie cette lettre seroit acquittée, j'ai 
retiré ma première promesse que j'avois donnée à M. le 
capitaine Esprit; je lui en ai donné une seconde, par 
laquelle je m'engage aux risques des mil louis d'or, en cas 

* Ënnemond Servien, frère d'Abel. 



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— 297 — 

que la lettre de change qui m'estoit adressée à Casai ne 
seroit pas acquittée. Il doit envoyer à Casai douze cents 
pistoles de l'argent de M. le comte de Broglio. J'ai [pensé], 
ne pouvant trouver de lettre de change pour Casai, que je 
pourrais prendre et courir le môme hasard pour Son 
Eminence que ledit capitaine Esprit fait pour mondit sieur 
le comte de Broglio. 

Pour les soixante seize pistoles, je déduis pistoles qui 

me manquent pour m'en retourner. J'ai envoyé ma promesse 
à M. de Bellinzani payable à son arrivée à Paris, qui sera à 
la fin du mois prochain. Je vous rendrai un fidel compte de 
ce que j'aurai fait. 

Je n'ai point rendu vos dernières lettres à M. l'ambassa- 
deur, mais j'ai donné charge à son secrétaire de les lui 
envoyer, parce que je pars demain au matin pour retourner 
auprès de Monseigneur lui rendre compte d'une autre négo- 
ciation, dont je porte le secret. 

Je vous supplie de dire à Monseigneur par advance que 
s'il a une fois sauvé Casai à la France, il est le maistre pour 
la lui redonner une seconde fois. 

J'espère que Monseigneur sera satisfait de ma conduite; 
je ferai le plus de diligence qu'il me sera possible pour me 
rendre auprès de lui. 

Je suis, de tout mon cœur. Monsieur, 

Votre très humble et très obéissant serviteur, 

DE ROBERTOT. 

Je prendray la poste si tôt que j'aurai passé le Mont- 
Senis. 

J'arrivai hier à la porte fermante à Turin, j'ai séjourné 
aujourd'huy croyant que je pourrais ravoir les dernières 
lettres que vous m'avez escript et pour ôter le soupçon que 
l'on pouvoit avoir de mon voyage de Casai. 

(Affaires Étrangères^ Turin, vol. 48, 1654, suppl.) 



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— 298 — 
Priandi, de son côté, écrivait à son souverain * : 

Paris, le 13 novembre 1654. 
Sérénissime Prince, mon Seigneur et Maitre, toujours 
très respecté, 

Monsieur de Robertot, gentilhomme de M' le Cardinal, 
arriva l'autre jour de Casai avec les conventions et rati- 
fications de Votre Altesse, ainsi qu'il m'a dit, pour l'acqui- 
sition du duché de Nevers, sauf la convention, aussi ratifiée, 
qui est restée entre les mains de l'auditeur Bellinzani. Il la 
rapportera à son retour, cette pièce lui étant nécessaire 
pour justifier l'indemnité qui lui est due, ainsi qu'à tous les 
les autres officiers et employés. Le dit gentilhomme m'as- 
sure aussi qu'il a fait ample rapport et donné bon témoi- 
gnage des honneurs et bons traitements qu'il a reçus de 
Votre Altesse, de ses ministres et de toute la Cour, en 
considération de Son Eminence, qui est demeurée très satis- 
faite et tout à fait disposée à lui marquer son obligation 
dans toutes occasions et rencontres. Madame la princesse 
Palatine ne s'est pas encore bien rétablie de sa dernière 
indisposition, elle a aussi donné sa ratification et consen- 
tement en ce qui concerne le retrait lignager, moyennant le 
payement stipulé d'une partie de sa dot sur cette dite vente, 
voulant ainsi en employer le produit avec d'autres ressources, 
à retirer Senonches * des mains du comte de Broglio : elle 
ne peut en eflfet se faire à l'idée qu'une partie aussi considé- 
rable des biens de sa sérénissime maison et de l'ancienne suc- 
cession paternelle soit en mains étrangères ou Piémontaises. 

De Votre Altesse 
Le très humble, très dévoué et très fidèle serviteur, 
G. Priandi. 

^ Les deux lettres de Priandi sont écrites en italien. 

» La terre et la forêt de Senonches et de Brezolle (Eure-et-Loir), 
urent au même moment vendues par le duc de Mantoue à Marie 
Bouhier, veuve de Charles, duc de la Vieuville {Arch. de Mantoue). 



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— 299 — 

L'afiaire est donc conclue et Robertot a égale- 
ment rendu compte au Cardinal de sa double 
mission avant le 20 novembre, date de la lettre 
suivante de Mazaiîn au duc : 

Pans le 20 novembre 1654. 
A Monsieur le Duc de Mantoue. 

La ratification que Votre Altesse a presque s[)ontané- 
ment faite du duché de Nevers me fait lui renouveler 
l'obligation que je lui en ai, ainsi que l'assurance de ma 
gratitude et de mon désir d'obliger Votre Altesse si 
quelqu'occasion se présentait de la servir. 

Robertot m'a rendu compte des faveurs qu'il a reçues 
de Votre Altesse et m'a pleinement exposé les commissions 
dont elle l'a chargé. Je vous rends grâces très afifeotueuse- 
ment de l'une et j'attends de plus grands éclaircissements 
sur l'autre avant de pouvoir exprimer en toute sincérité 
mes sentiments à Votre Altesse à qui je baise les mains de 
cœur. 

[Affaires Étrangères, Lettres de Maaarin, vol. 270, 
traduction.) 

Une dernière lettre de Priandi à son souverain 
vient donner im témoignage de plus de la satis- 
faction du Cardinal au sujet de cette rapide et 
heureuse négociation et de ses bonnes dispositions 
pour la conservation des possessions du duc de 
Mantoue en Italie : 

Après le retour de Casai du conseiller Robertot, M. le 
Cardinal, pour autant que m'a encore assuré son inten- 
dant (Colbert), est demeuré très satisfait de la prompte et 
favorable expédition que Votre Altesse a donnée à la 



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— 300 - 

ratification du contrat concernant le duché de Nevers. Son 

Eminence s'en est montré fort obligée, et dans Toccasion 

de l'audience que l'ambassadeur de Venise a eue l'autre jour 

de M. le Cardinal, Son Eminence lui a dit, tout en parlant 

des aflFaires d'Italie que le Roi traiterait toujours avec tous 

ménagements et attentions Votre Altesse, et que, tant que le 

Montferrat serait dans la situation où il est, c'est-à-dire 

avec les Espagnols en pays Mantouan, on ne pouvait 

espérer d'exiger de Votre Altesse ce qu'on voudrait. C'est là 

un propos bien diflférent de celui qu'on nous avait mandé de 

Turin fort artificieusement. 

G. Priandi 

(Archives cTÉtat, à Mantoue.) 

Les négociations pour Tachât du duché de 
Nevers, qui fut suivi de celui des autres biens de 
la maison de Gonzague en France, paraissent avoir 
été conservées secrètes pendant plusieurs années * , 
car ce n'est qu'en 1659 que Mazarin les fit con- 
naître. C'est seulement, par exemple, en octo- 
bre 1660, peu de mois avant sa mort, qu'il sollicita 
de Louis XIV des lettres d'érection pour ce duché- 
pairie. 

Quant à Mayenne et Réthel, le Père Anselme, 
dans son Histoire généalogique *, ne donne aucune 
date et se borne à rappeler que le duc Charles III 
vendit ces possessions au Cardinal. 

Mazarin craignait-il de faire connaître trop rapi- 
dement ces acquisitions, ou bien la conclusion 



» Nous trouvons cependant dans les minutes de Le Tellier un 
projet de lettres patentes pour le duché de Mayenne de janvier 1656. 
{An^h. de la Guerre, vol. 159.) 

« 3« édition, t. UI, p. 779, 194 et 852. 



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— 301 — 

définitive en fut-elle retardée jusqu'au moment où, 
les Français, étant venus en 1658 occuper le Man- 
touan, le duc, qui, dans l'intervalle avait cherché, 
sans succès, à se faire reconnaître comme vicaire 
de l'Empereur en Italie, se vit forcé de solliciter de 
nouveau l'alliance de Louis XIV*? Nous l'ignorons. 

V**" DE Grouchy et C*** de Mars y. 

(A continuer.) 



* Voici comment M*" Chéruel, dans une lettre du 7 janvier 1885, 
apprécie les faits que nous venons de relater : o Je ne puis que vous 
proposer des conjectures sur la mission de Robertot auprès du Duc 
de Mantoue, mais je les crois vraisemblables ; il avait un double but : 
P obtenir la ratification de la vente d'un duché que le Cardinal avait 
acheté ; 2^ conclure un traité dont il portait le secret. 

Sur le premier point, toute la difficulté consiste dans le nom du 
Duché. Les copies italiennes portent Umena et Vinema. Il n'y a pas, 
à ma connaissance, de duché de ce nom. Dans une des lettres 
italiennes, il remercie le duc d'avoir ratifié la vente du duché de 
Vinema. Ce dernier mot me semble une altération du mot Nevers 
ou Nivernais. Mazarin, auquel la Reine de Pologne, Marie de 
Gonzague-Nevers devait depuis longtems des sommes considérables, 
en avait obtenu en échange le duché de Nevers. Colbert écrivait au 
Cardinal le 18 juillet 1654 : u L'on m'a donné avis de la maladie de 

l'abbé de S* Martin de Nevers dans le dessein que V. Em. 

a de prendre ce duché. •» Pour que la vente fut régulière, il fallait 
que le chef de la maison de Gonzague-Nevers la ratifiât. Tel était 
très probablement le premier objet de la mission de Robertot. 



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— 302 



OOUP-D'CEIIj 

HISTORlCO-LINGlISTipË SIR LE FLÂMAiXD 



DANS SBS 



RAPPORTS AVEC LES IDIOMES CELTIQUES 



BT LES 



DIALECTES GERMANIQUES DE LA GRANDE-BRETAGNE 



Cette publication a été commencée dans la 
livraison d'avril 1883 de la Revue catholique de 
Louvain, et continuée dans plusieurs livraisons 
de ce recueil, jusqu'en novembre 1884. Mais cette 
Revue ayant cessé de paraître, l'auteur de ce 
travail a eu recours à l'hospitalité du Messager 
des Sciences pour la suite à y donner. Cela 
paraîtra d'autant plus rationnel que le titre ci- 
dessus, qui avait paru déjà en tète des articles 
de la Revue de Louvain, embrasse dans sa géné- 
ralité, ceux qui ont été publiés dans le Message^' 
sous le titre à! A.nalogies Hiberno- flamandes. Ces 
analogies sont prises aussi dans les dialectes du 
Royaume-Uni, tout comme celles qui appartien- 
nent aux dialectes germaniqiœs de la Grande- 



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— 303 — 

Bretagne, dont il est question, et qui paraîtront 
comme continuation de l'étude publiée par la 
Reçue catholique. 

Les dialectes germaniques mentionnés dans 
cette Rer^ice sont au nombre de cinq, savoir : Les 
dialectes 1'* de rEast-Yorkshire ; 2^ de l'East- 
S"* du riding; WjBst-riding; 4'* du North-riding ; 
5" du Cleveland. Nous devons cette explication aux 
lecteurs du Messager. 

Il reste plusieurs dialectes à ajouter et notam- 
ment celui du Teesdale, qui fait l'objet du glossaire 
suivant composé des vieux mots usités dans cette 
contrée, enclavée dans le comté de Durham. 

Les termes flamands mis en regard des Tees- 
daliens doivent être regardés généralement comme 
les racines de ces derniers, dont la 3** colonne 
traduit le sens en mots français, sans rapport 
analogique avec le Teesdalien ou le flamand. 

Termes : 

TBBSDALIRN * FLAMAND FRANÇAIS 

Aud; |0«d(l)««etangl. |yj^^ 



• Johnson, le célèbre lexicographe anglais, a dit en parlant du 
dialecte du Teesdale, qu'en le publiant, M. Atkinson, à qui est due 
principalement cette publication, a rendu un véritable service à 
l'histoire linguistique; car, dit-il d'après d'Israëli, le peuple en 
conservant ses idiomes avec ses traditions, est un archéologue, en 
ce qu'il enrichit la science de l'antiquité, qui est elle-même un 
auxiliaire de la science historique, éclairée par les expressions 
idiomatiques, miroir de l'âme du peuple. 

L'histoire de la langue comprend évidemment les étymologies 
des mots et les analogies de ces mots avec les autres idiomes. C'est 
le cas pour ceux dont nous nous occupons au point de vue du 

20 



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— 304 -- 

TRBSDALIBN FLAMAND FRANÇAIS 

Bakhus; Bakhuis; Boulangerie, visage. 

flamand dans ses rapports avec le celtique et avec les dialectes 
germaniques de la Grande-Bretagne. 

Le Teesdale est assex étendu pour que ses locutions idiomati<)ueft 
constituent des provincialismes, qui diffèrent essentiellement des 
patois, en ce que ceux-ci sont généralement resserrés dans un petit 
espace et renferment des termes provenant de la corruption de la 
langue classique aussi bien que des éléments d'une langue anté- 
rieurement usitée. Cette langue dans le Teesdale est surtout le 
I^^amand ou Nederduitsch comme on en trouvera la preuve dans 
ce glossaire. 

Il est à remarquer que bien des termes idiomatiques du dialecte 
teesdalien analogues au flamand, dont ils dérivent, se rencontrent 
également dans plusieurs autres dialectes de la Grande-Bretagne, 
exposés dans mes articles de la Revue Catholique, ce qui vient 
à Pappui de la diffusion de l'élément flamand dans les îles bri- 
tanniques. Ces mots seront énumérés à la suite de notre exposé 
linguistique avec les termes analogues celtiques (irl andais -écossais- 
gallois ou bas-bretons), pris comme dérivés ou comme racines. 

Sir E. W. Head^ cité dans le glossaire anglo-Teesdalien, a émis 
dans son classical muséum l'idée qu'on ne peut apprécier a priori 
le champ de spéculation et de réflexion, que peut nous ouvrir la 
conservation d'un seul provincialisme tel que ceux du Teesdale, si 
obscur qu'il paraisse aux yeux du vulgaire. 

Citons un exemple à l'appui de cette assertion. On a le mot 
anglais to decoy, qui fait le désespoir des étymologistes anglais. 
Tous sont d'accord sur la signification, tous le traduisent par leurrer, 
attirer dans un piège. Mais pour l'expliquer on a recours aux sup- 
positions les plus bizarres, les plus plaisantes. Chambers en cherche 
l'explication dans le latin, qu'il décompose dans la préposition de 
et le mot coy, qu'il abandonne aux conjectures des savants : Mackay 
le rapporte au celtique ; enfin Forby en saisit l'idée sans expliquer 
le mot, qu'il suppose avoir été importé des marais de Hollande 
avec la chose. Mais si ces linguistes connaissaient les détails his- 
toriques relatifs à Guillaume de Loo, ils se seraient expliqué 
l'énigme par le fait que ce fameux Guillaume, qui joua un grand 
rôle en Angleterre, venait de Loo, village qui touche à Merckera, 
oii se trouve depuis un temps immémorial, une canardière dont il 
est parlé d'après l'histoire, et qui est restée fameuse dans toute la 
contrée. 
£n flamand on l'appelle de Kooi, le mot de étant tout simplement 



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— 305 



TKB8DAL1BN 


FLAMAND 


FRANÇAIS 


Balke»; 


Balk; 


Poutre. 


Beck»; 


Beek; 


Ruisseau. 


Brak; 


(Ik)brak; 
Breedte (breede 


Je cassais. 


Brede; 


dans certains en- 


Largeur. 




droits flamands) ; 




Brig; 


Brug; 


Pont. 


Caud; 


Koud;(Dan.CoW.) 


Froid. 

Ouvrir la coque de 


ToChip»; 


Kippen; 


rœuf comme fait la 






poule. 


Chow; 


Kau wen ; 


Mâcher (du tabac). 


Clawer; 


Klaveren; 


Grimper. 


Clavver; 


Klaver; 


Trèfle. 


Corf*; 


Korf; 


Panier. 


Crag*; 


Kraag; 


CoUet. 


Kranky; 


Erank, ziekelijk; 


Maladif, faible. 


Crap; 


(Ik)Kroop; 


Je rampais. 


Craw; 


Kraai; 


Corneille. 


Craw (verbe); 


Kraaijen; 


Croasser. 



l'article défini qui détermine Kooi, canardière, et non une prépo- 
sition latine ou une autre particule incomprise des anglais. On voit 
par là que de ce mot découle toute une histoire et bien des 
spéculations, comme sir E. W. Head en a découvert dans l'étude 
des étymologies. Ce qu'il y a de plus piquant dans ce» spéculations 
c'est que le mot de Kooi, parfaitement compris dos simples paysans 
flamands, est devenu un verbe anglais to decoy, leurrer, qu'on 
trouve dans les meilleurs dictionnaires. 

■ Balhâ, poutre, se trouve dans la plupart des dictionnaires 
anglais-français; mais ^owr poutre les dictionnaires français-anglais 
donnent : beam, girder. 11 faut conclure de là que Balk, quoique 
usité dans le dialecte du Teesdale, ne l'est guère dans l'anglais 
classique. C'est une remarque qui se rapporte à bien d'autres mots 
du Teesdale et d'autres contrées. 

• Même observation que pour Balke, 

' To chip existe en langue classique ; mais dans un sens différent ; 
La particule to devant l'infinitif anglais répond au flamand te, mais 
n'y figure que dans certains cas, comme en Teesdalien. En irlan- 
dais on 9k do pour l'anglais to et le flamand te. 

* Mots qui se trouvent dans l'anglais classique, mais pris dans une 
signification différente. 



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TBBSDALIBK 

Cropen • ; 
Cnme • ; 

Decoy; 

Ding; 

Dodder; 

DoflF ^ ; (expression 
usitée dans Shakes- 
pear, comme verbe, 
pour remettre) ; 

Door-stanes ; 

Dow; 

Dreep * ; 

Droot; 

Edder; 

Een»; 

Eller; 

Elsen (anglais, JtrO | 

Esh; 

Fore-elder»; 

Girse; 



— 306 — 

FLAMAND 

Gekropen; 

Kreunen ; 

In de Kooi (in het 
net) lokken. (Voir 
Texplication du 
mot plus haut.) 

Dingen; 

Touteren; 

Daaraf, en flamand 
vulgaire, daarof. 

Deur-steenen; 

Deugen; 
Druipen ; 
Droogt; 
Adder; 
Oogen ; 

Els, Elzen(hout); 
Else (shoonmakers 
werktuig); 
Esche; 
Voorouders; 
Gers, gras ; 



FRANÇAIS 

Qui s'est traîné. 
Gémir. 

Attirer dans le filet 
ou le piège. 

Marchander. 
Balancer. 

De cela. 

Pavement devant la 
porte. 

Valoir, prospérer. 
Dégoutter, découler. 
Sécheresse. 
Vipère. 
Yeux. 
Auhïe (Alnus en lat.) 

Alêne. 

Frêne. 

Ancêtres. 

Herbe. 



* Terme familier à Chaucer, pour crept, dont il diffère par Vo et 
la désinence flamande en. 

* Mot qu^Atkinson appelle dutch, c. a. d. nederduitsch ou flamand ; 
il signifie aujourd'hui hollandcds^ mais autrefois dutch s'appliquait 
également au flamand, de même que le mot Belgic language, 

' Peut être pris comme contraction du flamand daaraf, de même 
qu'on a 6* dock pour of the dock, 

* En anglais classique drip, dont, selon Mackay, la racine est le 
gaélique Druabach, goutte. 

^ En anglais on a eyes; Shakespear a eyne et Spencer eyen. Ces 
deux derniers mots, de même que een, se rapprochent du flamand par 
la lettre n, comme signe du pluriel. 

« Dans Fore-elder la première syllabe répond à celle du mot 
flamand; la se^ionde elder au mot flamand elde (âge), qu'on peut 
prendre pour la racine du mot eWer : Seulement la syllabe el du 
Teesdale est remplacée par ou dans voorouders. 



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TBBSDALIEN 

Glishy ; 

Graffc'; 

Gr*yap; 
Haud«; 
Hauden^; 

Haver-Cake; 

llaver-meal ; 

Hear-tell * ; 

Het (angl. Uot.) 
High time; 
Uood (angl. clas- 
sique, capuchon) ; 
Housen * ; 
Howl; 

Husy; 



i , neuvième lettre 
de Talphabet *. 



Inkling^; 



— 307 — 

FLAMAND 

Glinsterig ; 

Gracht; 

Grijpen; 
Houden ; 
Gehouden ; 

Haver-Koek; 

Haver-meel ; 
Hooren vertellen , 
hooren zeggen; 
Heet; 
HoDg tijd; 

Hoed; 

Huizen; 

Hol; 

aan hoest zeer onder- 
worpen, hoester\ 

i, comme dans nieif 
riet, tme, etc., ou 
comme mijn, zijn 
dans laWest-Flan- 
dre. 

Inklinken; 



FaAMÇAIS 

Brillant, luisant. 

Fossé; terre légère- 
ment creusée. 

Tâtonner. 

Tenir. 

Tenu. 

Gâteau ou pain 
d'avoine. 

Farine d'avoine. 

Entendre raconter 
ou dire. 

Chaud, ardent. 

Plus que temps. 

Chapeau. 

Maisons. 
Creux. 

Qui tousse beaucoup, 
tousseur. 

i, comme dans dix^ 
mine, vice, etc. 

Sonner dans..., aver- 
tir par un léger son. 



« Graft dans l'anglais classique signifie greffe, mais non fossé. 

* et ' pour hold et held, 

* En anglais classique on a hearsay hooren zeggen ; mais hear- 
tell est Teesdalien. 

^ Analogie complète y compris la terminaison flamande en. 

* Cette lettre se prononce souvent comme ie en flamand, et non 
comme i anglais p. ex. dans time et night. De là de nombreuses ana- 
logies de son, entre le teesdalien et le flamand, lesquelles ne se 
présentent pas entre le teesdalien et l'anglais. La prononciation 
est un élément important d'analogie, surtout lorsqu'elle est générale 
et jointe à d'autres éléments. 

' « O'which, when I gie you an inhling, It will set baith your lugs 
a tinkling • (Shakespeare, Ramsay the three bonnets, canto III). 
Traduct. ; Si je vous avertis par un léger son, je ferai tinter vos 
deux oreilles. 



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— 308 — 



TBB8DALIBN 



FLAMAND 



Joggle; 



Schokken (met den 
elboog aanraken). 



Karoe (en angl. comb); Kam ; 
Kame, v. ; Kammen ; 

Ken'; Kennen; 

Kidnappera * ; Kindsnappers ; 

King-Cough '; Kink-hoest; 



FRANÇAIS 

Secouer (dans le sens 
d^agîter ou de se 
coudoyer) comme 
font les écoliers, dit 
Aikinson, qui cite 
le mot teutonique 
Schocheîen comme 
analogique av. Jog- 
(/Ze.L' Allemand pro- 
nonçant le sch com- 
me le ch ft'ançais, 
d'où l'on peut con- 
clure Tanalogie du 
flamand sckokken. 
Toutefois ce n'est 
qu'une analogie va- 
gue et faible. 

Peigne. 

Peigner. 

Connutre. 

(îobeurs d'enfants. 

Coqueluche. 



Outre le mot Inhling, on a ici tinhling (chatouillement ; voir west- 
vlaamsch Idioticon^ De Boo; ; on a aussi gie pour le flamand geef, 
baith en flamand beide et lugs en flamand luw ou luid (Db Boo), ce 
qui sonne aux oreilles. En vérité, Shakespeare se montre ici comme 
souvent, quasi flamand. A. Reichensperger l'appelle le plus grand 
poète du monde. 

*■ Mot anglais inusité, sinon dans plusieurs dialectes et en poésie. 
Shakespeare a dit : « and jar as I could Km thy Chalky cliflfs, » Tra- 
duct.: autant que je pourrais connaître vos roches calcaires. 2 Hen. 
VI, act. III, se. 2. On rencontre dans ce poète comme on vient de le 
voir, et dans d'autres, beaucoup d'analogies semblables, qui militent 
en faveur de l'influence flamande sur la langue anglaise. 

• Un ancien usage, dit Atkinson, consistait à dire aux enfantsi 
qui se conduisaient mal, que Kidnappera viendrait les enlever. Cet 
usage rend l'étymologie flamande évidente. 

=* King dans King-cougk est évidemment une corruption de hink 
ou Kind. 



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._ 309 — 




TBB8DALIEN 


FLAMAND 


PBANÇAIB 


Kim-milk; 


Kern-melk; 


Lait battu. 


Kit; 


Kit; 


Grande cruche. 


Knakkers; 


Klakkers; 


GroBBières casta- 
gnettes. 


KDodden-Cake ; 


Geknede koek; 


Gâteau pétri. 


Kursin'd; 


Gekemstend ; 


Baptisé. 
■ Ventre(enteesdalien) 


Kyte»; 


Kyt, Kiiit; 


^ mollet ou frai (de 
poisson) en flamand . 


Lang; 


Lang; 


Long. 


Langsettle; 


Lange zetel; 


Long siège. 


Learn*; 


Leeren; 


Enseigner. 


Leck; 


Leken; 


Couler. 


Len; 


Leenen; 


Prêter. 


Let wit; 


Laten weten ; 


Faire savoir. 


Liever'; 


Liever; 


Plutôt. 


Mack; 


Maken; 


Faire. 


Mare (pron. meer); 


Meer; 


Plus. 


Maw; 


Maa^jen; 


Faucher. 


Meer; 


Merrie; 


Jument. 


Moot; 


Muiten ; 


Muer. 


Nare; 


Naar; 


Près. 


Neb*; 


Sneb; 


Bec. 


Ousen*; 


Ossen ; 


Bœufs. 


Oxter»; 


Oksel; 


Aisselle. 



^ Analogie éloignée, fondée sur certaines parties charnues ou 
grasses des corps, qui ont de la ressemblance entre elles. Biirns, 
le poète écossais, emploie aussi ce mot pour ventre en bas-écossais. 

• Leam en anglais signifie apprendre, mais non enseigner, comme 
en Teesdalien. Le mot flamand leeren a la double signification d'en- 
seigner et d'apprendre. Dans la première acception, il est évidem- 
ment analogue au Teesdalien. 

^ Mot peu usité au comparatif; le positif lieve, volontiers, est 
plus en usage. 

• Shakespeare. « Winter Taie, » 

^ La terminaison flamande en est à remarquer comme analogique, 
de même que dans l'anglais oxen. On a aussi wessen pour west en 
Teesdalien. 

• En anglais classique on dit : arm-pit. Le mot Oxter est peu 
usité en dehors des dialectes. Cette observation s'applique à beau- 
coup d'autres mots de ce catalogue. 



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- 310 — 



TRE80ALIBN 



Plote; 

Ploter; 
Plum»; 
ProBs; 
Piile; 

Queen-Cat; 

Queen-Cake"; 
Rablement * ; 

Rack^ 



RacklenesB, i*ack- 

less; 



FLAHANO 

Ploten; | 

Ploter, vellenploter; 

Plompen ; 

Praten; 

Poel; 

Eween-Eat • of i 

kattin. } 

Eweene-Eoek, ) 

(zoete-koek) ; i 

Rabbelend (grauw) ; 
Rak (strekking); j 

rak in den wind ; ? 

rak der wolken ; ; 
Roekeloosheid, on- 

gebondheid, onbe- 

dacht; 



FRANÇAIS 

Oter la laine (des 
brebis). 
Celui qui ôte la laine. 
Plonger. 
Jaser. 
Marais. 

Chatte. 

Pain d'épice. 

Populace qui patoise* 

Tendance, mouve- 
ment des nuages. 

Dérèglement, incon- 
sidéré. 



* Mot dont la racine est le gaélique : Plum, perpendiculaire, 
d'après Mackay, {Qaelic étymology ofthe english and Western euro- 
pean languages), 

* Le mot kween, appliqué à kat, koe, schaap, eU:., comporte eu 
flamand l'idée de stérilité; pris en général, il signifie rrowM?, femme, 
selon Tbrwen, Etymologisck Woordenboek; dans le langage de la 
Westflandre, il signifie une femme ennuyeuse (Db Boo, West- 
Vlaamsch Idioticon). Kn teesdalien, le mot queen a une signification 
plus étendue encore, par exemple dans queen^cake, mot qui suit 
dans notre vocabulaire. On sait qu'en anglais queen signifie reine ; 
et, par une bizarrerie de langage, kween en flamand, et dans le 
dialecte du Lancashire quean, signifient également femme perdue. 

' Dans queen-cake, le mot queen semble avoir un sens ironique et 
signifier un gâteau assez doux pour la femme. 

* Proprement populace ou peuple qui patoise, d'après le mot 
flamand rabbelen ou brabbelen. Comme la langue de la populace est 
un patois, en prenant le langage pour le peuple qui le parle, ou a une 
analogie métaphorique par métonymie. Ce mot, peu usité, se trouve 
dans Shakespbarb et Spbnceb. 

« Shakespeare a dit en parlant de la tendance des vents : « The 
rach rides, » c'est-à-dire : la tendance des nuages marche (Hen. VI, 
part. 111, sonnet XXXIII). Rides est flamand aussi bien que Rack, 



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— 311 



TBESDÂLIBN 

Rade, (pron. Rede)-^ 

Rock»; 

Sali, pour/ 5/?aZZ; 

Sape (pron. Sepe) ; 

Saut; 

Saw; 

Scraffle; 

Shag; 

Shank»; 

Shill; 

Sipe 

Shelly; 

Shep; 

Slot; 

Slot; 

Smittle; 

Snotty-nosed; 

Stane pron. Sténe, 

(usité dans divers 

dialectes). 

Steek; 

Steer (le mot ordi- i 
naire en anglais 
classique est hull) 



FLAMAND 

Reed(ik); 

Rok (spinrokken) ; 

Zal(ik); 

Zeep; 

Zout; 

Zaaien ; 

Schrafifelen ; 

Saai; 

Schinkel; 

Schellen ; 

Suipen; 

Scheél zien ; 



Schep ; 

Slot (grendelj; 
Sluiten; 
Smet; 
Snot-neus; 

Steen; 



FRANÇAIS 

J'allai à cheval. 

Quenouille. 

Signe du futur. 

Savon. 

Sel. 

Semer. 

Amasser (sans succès) 

Sayette. 

Os de la jambe. 
Jambe. 

Peler. 

Boire (avec excès) 
Filtrer. 

Loucher. 

Cuillerée (petit réci- 
pient surtout en 
paille). 

Verrou. 

Fermer. 

Souillure. 

Morveux. 

Pierre. 



Steken (een deur Pousser (une porte 
toesteken); qu*on ferme). 

Stier;(eenjongeos); TaureaiL 



Storken ^ 



Sterken (of ver- 
sterken al stij- 
vend) Stollen; 



Sud (pour 1 Should); Zoud (ik); 



Durcir en se figeant, 
j Signe du condition- 



nel. 



» En anglais classique on a le mot destaff pour quenouille. 
^ En anglais classique, leg. 

» Analogie éloignée, empruntée à la consistance que prennent 
certains liquides, qui durcissent en se figeant. 



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- 312 - 



TBB8DALIBN 

Swerd; 
Teah; 

Temse (Steve en an- 
glais ordinaire), 
Tengs; 
Theeker; 
Thoom; 
Threde; 
Timmer *; 
Tite; 



Treddles»; 



Unkend; 

Unraakly; 

Uphaud; 

Uwerleather; 

Wake (pron. weke); 

Wame; 

Wankle; 

Ware^ 



Zweerd; 
Teen; 

! Tems; 

Tange; 

Dekker; 

Daim; 

Treden; 

Timmerhout. ; 

Tydig; 

(Treden, geterden, 
elechts in het 
meervoudig ge- 
Ibruikt (Debo, 
West'Vlaamsch 
. idioticon). 
Onbekend; 

Ongemakkeiyk; 

Ophouden; 

Overleder; 

Week; 

Wam; 

Wankel; 

Waardrgven; 



FBAKÇAIB 

GlaiTe. 

Doigt de pied. 

Tamis. 

Pincettes. 

Couvreur. 

Pouce. 

Marcher. 

Bois. 

A temps, bientôt. 

Pédales du métier à 
tisser, (le mot est 
au pluriel en tees- 
dalien comme en 
flamand). 

Inconnu. 

Difficilement, péni- 
blement. 

Retenir, soutenir. 
Empeigne. 
Faible. 
Ventre. 
Incertain. 
Négocier. 



» Timmer pour bois ou forêt, comme dans Burnb IV, 58, où on lit : 
« The wind blaws thro the leafless timmer, «» de wind blaast door 
het loofloos woud. Cette phrase est toute flamande. Les mots fla- 
mands timmerhout, timmeren, timmermjan, sont analogues au tees- 
dalien et au bas-écossais, comme on le voit dans le passage précédent 
de Bums, auteur écossais, que nous aurous à citer souvent dans le 
glossaire bas-écossais, qui fera suite à celui du teesdale. 

• Ce mot se rapporte à l'industrie favorite des Flandres : le tissage, 
introduit en Angleterre. En anglais classique, on écrit treadle, 
pédale, dans un sens générique. 

' Ce mot n'existe pas comme verbe en flamand, mais comme sub- 
stantif, et entre en composition dans le verbe waardrijven pour 
kandel drijven. 



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— 313 



TEBSDÂLIBN 

Wark-folk«; 
Weer; 
Wheezle; 
Wig«; 

Wind-egg; 

Wrang; 

Wraut; 

Yeuk^ 

Toyoul*; 

Yure; 



FLAMAND 

Werkvolk; 
Weer; 
Vezelen; 
Wegge; 

Wind-ei; 

Wrang; 

Wrat; 

Jeuken; 



FBANÇAJS 

Ouvriers. 

Digue ou rempart. 
Chuchotter. 
Petit pain blanc. 
Œuf imparfait (sans 
coque). 
Apre, rude (mauvais) 
Verrue. 
Chatouiller. 



Huilen (Als een hond); Hurler. 
Uyer; Pis de vache. 



Aux cent vingt termes du teesdale, analysés 
dans le catalogue ci-dessus, nous aurions pu en 
ajouter bien d'autres, qui appartiennent soit à 
ce dialecte, soit à ceux qui ont été exposés dans 
la Revue catholique. Nous ferons remarquer qu'il 
y a un grand nombre de termes communs à ces 
divers dialectes, ou à la plupart d'entre eux, et 
qui portent l'empreinte de l'origine flamande, d'où 
résulte la preuve déjà énoncée dans cette étude 
quant à l'élément flamand. Nous nous bornerons à 



» En anglais on a le mot toork-folks, au pluriel. 

* Ce mot existe en anglais classique, mais dans le sens de perruque. 

* Yeuk, d'après Mackay, dérive du gaélique eucail, malaise: Le 
flamand jeuken aurait la même origine. Mais ici se présente la 
question que nous avons discutée dans nos Analogies hibertio- 
flamandes, celle de savoir si la dérivation ne doit pas être prise dans 
un sens inverse. Nous y reviendrons à la fin de notre travail. Le mot 
jeuk a été ennobli par Bums.j 

* Le verbe à l'infinitif dans ce dialecte, comme dans la plupart de 
ceux de la Grande Bretagne, est généralement précédé de la parti- 
cule tOy en flamand te et en irlandais do. Mais il y a de nombreuses 
exceptions sous ce rapport dans les susdits dialectes, de même qu'on 
en trouve en flamand, ce qui vient à l'appui de nos analogies. 



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— 314 — 

énumérer les plus répandus, qui sont : Beck, ruis- 
seau; besom, balai; bit, morceau; blain, ampoule; 
blether, crier; boddum, fond; clocking, glousse- 
ment; cope, échanger; frenid, étranger; gae, gang, 
aller; glore, regarder, fixement; grave, creuser; 
grow'day, jour favorable à la végétation ; grtfap, 
grijpen; Aen, connaissance, connaître; maist, le 
plus; maistennan, l'homme maître; neeze, éter- 
nuer; paste-eggs, œufs de pâques; pick, poix; 
ratten, rats; reek, fumée, fumer; riff-raff, popu- 
lace ; sali, signe du futur; seeing-glass, miroir; 
seek, malade ; s^nit, infecter ; smoor. suffoquer ; 
spane, sevrer; tummel, tomber ; tweah, deux; wa^, 
croître; weah, douleur; whemle, balancer; wilk, 
lequel. Cette répétition nous a semblé réclamée 
par les lecteurs du Messager. 

Ces mots, dont la traduction flamande se 
trouve, d'après l'ordre alphabétique, dans l'ex- 
posé des susdits dialectes, différent notablement, 
dans leur ensemble, de l'anglo-saxon et du danois, 
deux langues qui ont concouru incontestablement 
à la formation de la langue anglaise ; mais les mots 
ci-dessus énumérés donnent, par l'empreinte fla- 
mande qui les distingue, la preuve que l'idiome 
flamand avait pris, dès la plus hante antiquité, 
une grande extension dans la Grande-Bretagne. 
Les termes nombreux appartenant exclusivement 
à chacun des dialectes analysés, font voir l'in- 
fluence de l'élément flamand dans les contrées 
auxquelles se rapportent ces dialectes, de même 
que les mots communs aux divers dialectes vien- 
nent à l'appui de la dissémination de cet élément. 



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— 315 — 

On ne peut certes pas attribuer la similitude do 
ces derniers mots au hasard ou à une bizarrerie de 
prononciation, puisque le hasard ou la pronon- 
ciation arbitraire ne peuvent avoir .produit le 
même effet partout. Il faut donc remonter à une 
commune origine, savoir la flamande, pour expli- 
quer ce phénomène linguistique. C'est ce qui 
paraîtra plus clair encore à la suite des analogies 
que nous aurons à signaler dans le Low-land 
Scotch, ou le langage de la Basse-Ecosse, dont 
il nous reste à nous occuper. Après avoir résumé, 
en les fortifiant, nos arguments tirés des analogies 
hibemchflamandes ^ nous aboutirons à la conclusion 
de notre coup-d'œil historico -linguistique sur le fla- 
mand dans ses rapports avec les idiomes celtiques 
et avec les dialectes germaniques de la Grande- 
Bretagne. Cette conclusion mettra en évidence la 
haute antiquité de la langue flamande et sa grande 
influence sur la formation de la langue anglaise. 

Chanoine de Haerne 

Membre de la Chambre des Représentants. 
(A suivre,) 



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— 316 — 



LA GESTION D'EXTRADITION DEVANT LES ÉTATS DE BRADANT 

1716 et 17ia. 

En lisant les documents qui vont suivre, on 
verra avec quel zèle, avec quelle indépendance 
de caractère, nos ancêtres, s'appuyant sur des lois 
fondamentales auxquelles ils tenaient énergique- 
ment, savaient au besoin prendre en main la cause 
des étrangers qui venaient chercher un refuge sur 
leur territoire, sans se mettre en peine du motif 
de leur arrivée, ou des faits que ces étrangers 
pouvaient avoir à leur charge. 

Il s'agit dans ces documents de cinq gentils- 
hommes anglais ou écossais, qui s'étaient pro- 
bablement compromis dans le soulèvement qui 
eut lieu en Ecosse en faveur du prétendant 
(Jacques III), et qui, après leur défaite, se seront 
hâtés de s'expatrier tandis qu'ils le pouvaient 
encore. Ce soulèvement, si promptement ré- 
primé, eut lieu en 1715, peu de temps après 
l'avènement de Georges P"", le chef d'une nouvelle 
dynastie. 

Quelle que fût la cause de l'arrivée de ces 
gentilshommes, il est certain que leur liberté 
personnelle ayant été menacée à Bruxelles, ils 



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— 317 — 

trouvèrent immédiatement des défenseurs dans 
les états de Brabant, les corps de métiers de la 
ville, et le conseil souverain de Brabant; c'est ce 
que les documents suivants vont suffisamment 
prouver, sans qu'il soit besoin d'y ajouter des 
commentaires. 

I. 

LETTRE DU CONBEHi d'ÉTAT AU CONSEIL DE BRABANT. 
UEm'pereur et Roi en son conseil. 

Très-chers et féaux, les députés des états de notre pays et 
duché de Brabant nous ayant fait la représentation ci- 
jointe, au sujet du privilège dont jouiroit ce notre dit pays, 
qu'aucune personne y arrêtée ne puisse être menée hors 
d'icellui, nous vous l'envoyons, vous ordonnant de nous y 
reservir de votre avis, ouïs ceux qu'il appartient. 
A tant, etc. 

Bruxelles, le 15 d'octobre 1715. 

U. 

REQUÊTE DES DÉPUTÉS DES ÉTATS DE BRABANT. 

A t Empereur et Roi en son conseil d'État commis au 
gouvernement général des Pays-Bas, 

Sire, la requête ci-jointe en copie authentique nous ayant 
été présentée par milord North et Grey, nous jugeons être 
notre devoir de représenter à Votre Msyesté Impériale et 
Catholique, avec un très-humble respect, que la franchise 
attachée au territoire de Brabant, ne souffre en aucune 
manière que personne, de quelque nation, qualité ou condi- 
tion, ou pour quelque crime ou sujet que ce puisse être, 
soit mené ou conduit hore de ce pays de Brabant, confor- 



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— 318 — 

moment à la teneur expresse de Tart. 17 de la joyeuse 
entrée de Brabant*, ne fût de consentement unanime des 
trois états de ce pays. C'est, Sire, un droit et privilège si 
ancien et si considérable, que, jusques à présent, il a été 
observé et gardé inviolablement dans tous les cas qui, de 
temps à autre, se sont présentés. Jusques-là que, lorsqu'au- 
trefois, ou voulut entreprendre quelque chose contre ce 
privilège, les nations • de cette ville de Bruxelles s'y sont 
fortement opposées. Raisons pourquoi nous supplions ce 
conseil, avec une très-humble et très-sérieuse instance, qu'il 
lui plaise de donner une attention particulière à la 
demande faite par la requête ci-jointe dudit milord, et de 
pourvoir à ce que rien ne soit entrepris sur sa personne, 
en préjudice du droit et privilèges ci-dessus réclamés. 

Bruxelles, 14 octobre 1715. 

m. 

REQUÊTE DE LOBD NORTH ET GREY. 

A Messeigneurs les députés des seigneurs états de 
Brabant, 

Remontre très-hiunblement milord North et Grey que 
le 8** de ce mois il a eu le déplaisir d'être arrêté, venant 
de Hollande, en cette ville et détenu par quelques mili- 
taires à l'hôtel de Flandres, de la part du sieur Lauwes *, 
jusques à ce qu'il a donné sa parole d'honneur de ne 
pas sortir de cette ville, lorsqu'ils se sont retirés. Et 



* Cet article portait : « Item, si quelque personne que ce soit, est 
appréhendée dans le pays de Brabant et d'Outre-Meuse de sadite 
Majesté, qu'elle ne le fera mener ni laissera mener prisonnière hors 
de sondit pays. » 

• Les corps de métiers. 

^ Ou LavNS, résident d'Angleterre. 



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— 319 - 

comme après cette violence faite en temps de paix, il a 
sujet de craindre que Ton ne passe à celle de le mener, 
malgré lui, hors de cette ville et du Brabant, c'est ce qui 
est absolument illicite en ce pays libre, rapport au 17* 
article des lois fondamentales de l'empereur Charles V, 
conforme à toutes les antérieures et postérieures, et que 
vos Révérences et Seigneuries ont toujours conservé et 
maintenu depuis des siècles jusques à présent, même au 
regard des criminels étrangers, cause qu'il se trouve con- 
seillé d'y prendre son recours, les suppliant très-humble- 
ment d'être servies de déclarer qu'il doit jouir et jouira 
du droit d'asile, et que de suite, il ne peut en aucune 
manière, être transporté, contre son gré, hors de cette 
ville, ni hors de ce duché de Brabant, sans consentement 
préalable de la noblesse, des ecclésiastiques et des villes 
de Brabant composant l'Etat, en défendant à tous sujets 
d'y coopérer ni consentir et tous autres d'attenter au dit 
transport, ou qu'autrement, etc. 

IV. 

AVIS DU CONSEIL DE BRABANT. 

Sire, la demande faite par la remontrance des députés 
des états de Brabant qu'il a plu à Votre Majesté de 
remettre à notre avis par lettre de son conseil d'Etat du 
15 courant, est conforme aux lois et privilèges de ce pays, 
suivant lesquels il n'est permis d'emmener ou laisser 
emmener personne, de quelque nation ou condition, et 
sous quelque prétexte que ce puisse être, contre son gré, 
hors de ce duché de Brabant. Les états du pays en général 
et tous les membres qui les composent en particulier, ont 
toujours eu un soin particulier de conserver ce droit 
ancien, et les glorieux prédécesseurs de Votre Majesté 
n'ont aussi jamais souffert qu'il y fut donné quelque 

21 



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— 320 — 

atteinte. Il y a si peu d*^ temps que le cas s'est présenté à 
l'égard de certain Livens ', que ceux d'Amsterdam deman- 
dèrent leur être amené hors de cette ville de Bruxell^, et 
à l'égard du nommé Bucquoy •, que ceux de Bruges deman- 
dèrent de pouvoir chercher et transporter auasi hors de 
cette ville, qu'il n'y a personne qui puisse douter que ce 
droit a toujours été maintenu inviolablement. 

C'est pourquoi, Sire, comme milord North et Grey a 
juste sujet de se plaindre de l'arrêt fait sur sa personne 
par des gens militaires, à l'instance du ministre du roi 
d'Angleterre, apparamment dans le dessein de le faire 
transporter dans ce royaume-là, nous ne pouvons pas nous 
dispenser de joindre nos très-humbles prières à celles 
des dits députés, afin qu'il plaise à Votre Majesté de 
donner les ordres qu'il convient pour faire cesser une 
entreprise de cette nature. 

Nous avons l'honneur, etc. 

Bruxelles, 17 octobre 1715. 

La suite de cette affaire se trouve dans les 
registres aux délibérations des députés des états 
de Brabant * où à la date du 19 octobre 1715, on 
lit ceci : Nous traduisons du flamand, langue 
dans laquelle les procès-verbaux étaient tenus. 

Le sieur Leits, nouveau résident de Sa Majesté 
le roi de la Grande-Bretagne, ayant comparu 
dans la salle des conférences. MM. les députés 

» C'était un faux-monnayeur. 

■ Sébastien Bucquoy, de Bruges, emprisonné pour banqueroute. 
Les corps de métiers de Bruxelles s'opposèrent à son extradition. 

■ Dans leur séance du 14 octobre, ils avaient résolu d'appuyer la 
requête de lord North. Delà leur représentation dont nous avons 
publié le texte. 



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— 321 — 

présents ont jugé nécessaire de se rendre en 
corps auprès de lui, vu Timportance de cette 
affaire, pour lui exposer les difiGicultés et les suites 
fâcheuses qui résulteraient du transport, hors de 
cette ville, de milord North et Grey, lequel se 
trouve de nouveau en état d'arrêt dans son loge- 
ment, et gardé par quelques soldats de la gar- 
nison. 

En conséquence, ces Messieurs étant allés dans 
ladite salle, le résident les complimentant et leur 
offrant ses services, avec l'assurance de bonnes 
relations, les informe que Sa Majesté Britannique 
avait jugé convenable de le nommer son résident 
à la cour de Bruxelles, à la place de M. le secré- 
taire Laws. A quoi le grefiGier au nom de ces 
Messieurs, ayant aussi répondu par un compli- 
ment, ledit résident fit savoir que milord North et 
Grey avait été arrêté à Bruxelles, à la demande 
dudit sieur Laws, pour des raisons graves d'Etat, 
et sur sa promesse formelle et parole d'honneur 
de ne pas quitter la ville ; que cette promesse il 
l'avait faite, non-seulement de bouche; mais par 
une lettre adressée au premier secrétaire d'Etat, 
à Londres, que néanmoins messieurs les députés 
pouvaient être assurés que dans le cas dont il 
s'agissait il ne serait porté aucune atteinte aux 
lois fondamentales et privilèges du pays, ni que 
le même lord ne serait pas transporté, contre son 
gré, hors du Brabant. En présence de cette 
déclaration, MM. les députés ont répliqué qu'ils 
s'y fieraient d'autant plus qu'il ne conviendrait 
nullement, dans l'intérêt de la tranquillité pu- 



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— 322 — 

blique, et vu les conjonctures du temps, d'user 
ou de laisser user de moyens violents et illégaux 
à l'égard de milord North et Grey, au mépris 
des franchises et du droit d'asile de ce pays. 

Sur cela le sieur résident ayant pris congé, de 
messieurs les Députés, ceux-ci sont retournés 
dans la salle des délibérations et ont reçu la 
lettre suivante du conseil d'Etat. Après en avoir 
entendu sur le champ la lecture, de même que 
d'une nouvelle requête de l'avocat Symon, au 
nom dudit lord, il a été décidé que le greffier, 
sans perte de temps, irait faire part, tant au 
seigneur chancelier et au conseiller fiscal de 
Brabant, qu'à l'avocat susdit, de tout ce que le 
sieur résident Leits avait traité avec MM. les 
Députés relativement à la sûreté de la personne 
de milord North et Grey. 

l'empeeeur et roi en son conseil. 

Très-révérends, etc., le secrétaire de ce conseil, le Roy 
ayant envoyé par notre ordre à M. Leits, résident de Sa 
Majesté Britannique, copie de la requête de milord North 
et Grey, copie de votre représentation et copie de l'avis de 
notre conseil de Brabant, en lui faisant connoître qu'il 
convient qu'il ne soit donné aucune atteinte aux privilèges 
de ces nos pays que les deux Puissances * ont promis de 
garder et de conserver bien exactement à leur avènement 
à cesdits pays, et qu'en conséquence de ce nous trouvons 
que ledit milord ne doit ni ne peut être transporté de 

• L* Angleterre et les Provinces- Unies. 



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— 323 - 

cette notre province, nous vous faisons cette pour vous en 
avertir. 

A tant, etc. 
De Bruxelles, le 19 d'octobre 1715. 

Dans la soirée de ce jour, le comte de Wrangel, 
commandant militaire de Bruxelles, vint trouver 
le greffier des états de Brabant, pour lui déclarer 
1" qu'il avait fait doubler la garde qui se trouvait 
au logis de milord North et Grey, et cela afin 
d'empêcher que celui-ci ne partît, au mépris de 
sa promesse et aussi pour protéger sa personne ; 
2° qu'il avait ordonné au commandant de cette 
garde de ne pas permettre qu'on enlevât le détenu, 
et 3" qu'il était disposé à retirer la garde, si 
on voulait la remplacer. Le comte de Wrangel 
ajouta que son intention n'avait pas été, ni n'était 
pas d'enfreindre ou de laisser enfreindre les pri- 
vilèges du pays. Le greffier répondit que comme 
il s'agissait ici d'une affaire qui intéressait et 
l'autorité souveraine et les lois fondamentales du 
Brabant il ferait part de cette déclaration à M. de 
Coriache, président du conseil d'Etat. C'est ce 
qu'il fit en effet le lendemain, après quoi il reçut 
la visite de lord North, qui lui annonça sa mise 
en liberté. Le seigneur anglais lui dit, en même 
temps, qu'il se proposait de partir, pour la 
Hollande avec l'intention de revenir dans une 
quinzaine <ie jours et de fixer définitivement à 
Bruxelles, lui et toute sa famille. « Je ne man- 
» querai pas alors, ajouta-t-il, d'aller témoigner 
» ma reconnaissance aux seigneurs députés pour 

leurs bons offices en ma faveur. » 



»> 



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— 324 — 



LETTRE DU COMTE DE KINIG8EGG AU CONSEIL DE 
BRADANT. 

Joseph-Lothaire, comte de Kinigsegg, Chambellan, etc., 
ministre plénipotentiaire aux Pays-Bas, 

Messieurs, la représentation ci-jointe nous ayant été 
faite par les députés des états du pays et duché de Brabant 
au sujet de Tasile que les députés des neuf nations de cette 
ville demandent pour quatre seigneurs anglais arrivés en 
cette dite ville, nous vous l'envoyons, vous requérant et 
néanmoins, au nom de Sa Majesté, vous enchargeant de 
nous réservir de votre avis sur ce qui requiert. 
A tant, etc. 

Bruxelles, le 3 avril 1716. 

VI. 

REPRÉSENTATION DES DÉPUTÉS DES ÉTATS DE BRABANT. 

Monseigneur, la requête ci-jointe nous ayant été présen- 
tée de la part des neuf nations de cette ville à Bruxelles, 
nous jugeons qu'il est de notre devoir d'en donner part à 
Votre Excellence et de l'informer, en même temps, avec un 
très-humble respect, en premier lieu, que, conformément 
à la teneur expresse de lart. 17 de la joyeuse entrée de 
Brabant, personne de quelque nation, qualité, condition, 
ou pour quelque crime ou sujet que ce soit, ne peut être 
mené ou conduit hors de ce pays de Brabant, et qu'en 
second lieu, ce même pays, suivant ses anciennes coutumes, 
usances et libertés a de tout temps servi d'un lieu de 
surêté et d'asile à tous les étrangers qui s'y sont retirés, 
singulièrement en temps de paix, lorsqu'il n'y a rien à 



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- 325 — 

craindre du côté de l'eimemi. Raisons pourquoi nous sup- 
plions très-humblement Votre Excellence qu'il lui plaise 
de déclarer que quatre gentils hommes anglais, nommés 
dans la requête ci-dessus, doivent jouir paisiblement du 
bénifice de cet asile et surête publique, à condition de 
rien entreprendre ni attenter soit contre le service de Sa 
Majesté Impériale et Catholique, soit au préjudice du roi 
de la Grande-Bretagne. 
Nous sommes, etc. 

Bruxelles, le 26 mars 1716. 

vn. 

REQUETE DES DÉPUTÉS DES NATIONS DE BRUXELLES. 
A Messeigneurs les députés des Seigneurs états de Brahant. 

Remontrent en tout respect les députés des neufs nations 
de la ville de Bruxelles qu'en cette ville seroient arrivés 
les seigneurs Hopburn, Wilmisthu*, Smith et Nairn', 
lesquels se seroient adressés à Son Excellence le seigneur 
comte de Kinigsegg pour demander asile et surêté de 
leurs personnes et familles en cette ville, et qui seroit 
arrivé que Son Excellence auroit fait quelque difficulté, 
en fin leur auroit déclaré de ne pouvoir donner aucune 
assurance ou sûreté d'asile. 

C'est ce qui, sous correction très-humble, paroît répu- 
gner aux lois et privilèges de ces pays, tandis que les 
princes, nos souverains, toujours pleins de clémence, 
ensuite de leur joyeuse-entrée, n'ont jamais refusé dans 
leurs pays et duché de Brabant, l'asile à des personnes 

< Ailleurs il est nommé Walmisth. 

• Uu seigneur de ce nom perdit la vie en combattant pour la 
oause du prétendant, en septembre 1716. 



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326 - 

semblables venant d'un pays qui n*est pas ennemi, d'autant 
qu'il y a plusieurs exemples, entre autres le duc de Yorck * 
ayant eu en ces pays l'asile libre, qui lui a été accordé 
par deux fois, comme aussi le duc de Mammouth, le rési- 
dent de Jacques second, roi d'Angleterre, et plusieurs 
autres. Tellement, que les remontrants espèrent que Vos 
Seigneuries feront telle putation (sic) que l'asile soit accordé 
auxdits seigneurs et à toutes autres personnes semblables 
qui pourroient le demander, par où le peu de commerce 
restant en cette ville seroit notablement bénéficié, et la 
consomption» augmentée, non-seulement par les susdits 
quatre seigneurs, mais par une infinité de bonnes et 
illustres familles d'Angleterre qui viendroieut s'établir en 
cette ville. Les remontrants osent se flatter que Vos 
Seigneuries, comme pères et protecteurs du public, n'ont 
rien de plus à cœur que la charité vers le prochain, 
rhospitalité vers l'étranger, le bénéfice du peu de com- 
merce, l'augmentation de la consomption, qui est l'unique 
bien et avantage du pays. 

Sujets que les remontrants se retirent vers icelles, les 
suppliant en toute humilité être servies de faire telle 
représentation à Son Excellence que Vos Seigoeuries trou- 
veront convenir, afin que l'asile soit accordé aux dits 
quatre Seigneurs, et à toutes personnes semblables qui 
pourroient le demander, comme suivant la clémence ordi- 
naire de nos souverains et de leur joyeuse-entrée l'asile a 
toujours été accordé, d'autant plus que par ledit asile, 
tant de braves et illustres familles s'établiront en cette 
ville, le peu de commerce restant sera bénéficié et la con- 
somption augmentée, y atjoutant telles autres raisons que 

» Un des fils de Charles l*' voy, V Histoire de Bruxelles, par MM. 
Hbnnb et Wautees, t. 11. p. 67). 
* Consommation. 



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— 327 

Vos Seigneuries, comme protecteurs du public, trouveront 
convenir pour leur plus grande utilité. 
Ce faisant, etc. 

vm. 

AVIS DU CONSEIL DE BRABANT. 

Monseigneur, le duché de Brabant a de tout temps été 
un lieu d'asile pour les étrangers. Les peuples ont toujours 
eu tant de soin de conserver ce droit qu'ils en ont fait un 
article particulier dans les joyeuses-entrées, par lequel les 
princes souverains leur ont promis qu'il ne souffriront pas 
qu'aucune personne, de quelque nation et qualité, et pour 
quelque crime ou sujet que ce pourroit être, sera mené ou 
conduit hors de Brabant. Ce point est passé en force de 
loi fondamentale du pays, sur l'appui de laquelle, et 
l'ancien usage y ensuivi et inviolablement observé, l'on a 
vu se retirer ici de temps en temps des personnes de la 
première qualité, et autres de toutes sortes de nations, et 
jouir de l'asile contre les persécutions qu'ils souftroient ou 
croignoient de souffrir dans leur lieu natal ou de demeure. 
C'est pourquoi. Monseigneur il nous paroît que la demande 
des députés des états de Brabant et des neuf nations de 
cette ville de Bruxelles, faite par les requêtes qu'il a plu 
à Votre Excellence de nous remettre le 3® du courant, est 
très-juste, que, pour cette raison le bon plaisir de Votre 
Excellence pourroit être de déclarer que les Anglois et 
autres y réclamés doivent jouir du droit d'asile et de la 
surêté publique, conformément aux anciennes coutumes, 
libertés et usages de ce pays. 

Nous avons l'honneur, etc. 

Bruxelles, le 6 avril 1716. 

L'intervention dea États de Brabant en faveur 
de nos exilés fut couronné de succès, puisque, le 



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— 328 - 

25 avril suivant, le comte de Kinigsegg rendit 
l'importante déclaration que voici : 

« Son excellence, ayant eu rappprt du contenu 
de la remontrance lui faite par les députés des 
États du pays et duché de Brabant, avec la requête 
y jointe des députés des neuf nations de cette 
ville de Bruxelles, et de l'avis y rendu par ceux 
du conseil de Brabant, concernant la surêté et 
asile des étrangers en icelui pays, a déclaré et 
déclare par cette, son intention n'avoir pas été ni 
être de porter aucune atteinte à la teneur du 17® 
article de la joyeuse-entrée de la province dudit 
Brabant, ni d'empêcher que, suivant les anciennes 
usances et libertés de ladite province, les étran- 
gers s'y puissent retirer pour y jouir du bénéfice 
d'asile et surêté publique, pourvu qu'ils n'y entre- 
prennent rien contre le service de Sa Majesté ni 
en préjudice des puissances qui lui sont amies, 
et que Sa Majesté, pour des raisons supérieures 
et d'Etat, ne jugeât autrement convenir. 
>> Fait à Bruxelles, le 25 d'avril 1716. » 
Pour tirer tout le fruit possible de cette décla- 
ration qui contenait, comme on le voit, une 
restriction très-notable en faveur de l'autorité 
souveraine, les états de Brabant résolurent de la 
rendre publique en la faisant imprimer (Séance 
du 4 mai). Elle reçut une nouvelle sanction en 
prenant place sans le Recueil de nos anciennes 
lois, connu sous le nom de Placards de Brabant \ 



« Tome V, p. 142. 

L. Galesloot. 



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329 



ARTISTES DES PAYS-B4S 

AYAHT 

HABITÉ TOURS OU Y AYANT TRAVAILLÉ 



M. le D*" E. Giraudet, qui a consacré de longues 
années à dépouiller les registres municipaux de 
la ville de Tours, les actes de l'état civil et 
surtout les minutes des notiiires, ces richesses 
encore si peu explorées, vient de donner à la 
Société archéologique de Touraine, le résultat de 
ses recherches sur les artistes tourangeaux, dans 
un travail qui remplit le trente-troisième volume 
des Mémoires de cette société * . Une introduction 
de plus de cent pages résume les données acquises 
sur l'histoire des arts en Touraine; puis viennent, 
sous forme de dictionnaire alphabétique, des 
notices sur près de douze cents artistes exclusi- 
vement rédigées d'après des documents originaux; 
enfin deux tables, la première classant les artistes 
d'après la nature de leurs travaux, la seconde 
indiquant les monuments et les objets cités, com- 

* Mémoires de la Société archéologique de Touraine, t. XXXIII. 
Les artistes tourangeaux. Architectes — armuriers - brodeurs — 
émailleurs — graveurs — musiciens — orfèvres — peintres — sculp- 
teurs — tapissiers de haute lisse. Notes et dotumciits inédits. Tours, 
imp. Rouillé-Ladevèze, 1886, gr. in-S», civ-419 pp. 



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— H30 — 

plètent ce livre qui a sa place marquée à côté de 
celui de M. Célestin Port, sur les Artistes angevins, 
et que nous voudrions posséder pour chacune de 
nos provinces. 

Tours a été, depuis Louis XI, un centre ar- 
tistique très important, aussi ne doit-on pas 
s étonner de voir de nombreux artistes étrangers 
non seulement venir y travailler, mais s'y fixer, 
y obtenir la naturalisation, acquérir le droit de 
bourgeoisie, souvent enfin s'y élever même à la 
noblesse par les charges échevinales. 

Le dépouillement du livre de M. Giraudet est 
long et difi&cile et nous avons pensé rendre service 
à nos amis de Belgique et de Hollande, en rele- 
vant à leur intention les noms des artistes qui les 
intéressent dans ce recueil et en leur signalant les 
faits les plus importants pour leur biographie ou 
l'histoire de leurs oeuvres contenus dans les docu- 
ments qu'il renferme. Mais, nous ne faisons qu'un 
acte de vulgarisation et nous tenons à rendre à M. le 
D*" Giraudet, notre confrère de la Société française 
d'Archéologie, tout le mérite de cette œuvre impor- 
tante et consciencieuse, espérant qu'elle pourra ap- 
porter quelques éléments nouveaux aux recherches 
sur les artiste flamands poursuivies avec tant de 
succès par le regretté Pinchart et par MM. de Bur- 
bure, Siret, Génart, Hymans, A. Bertolotti*, etc. 

Comte de Mars y. 

Compiègne, 12 septembre 1885. 

• Le travail du savant Directeur des archives de Mantoue, Artisti 
Belgi ed Olandesi a Roma net secoli XVI e XVII (Florence, 1880), 



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— 331 - 

Les Clouet. — Leur histoire est trop connue 
pour que nous nous étendions à ce sujet et pour- 
tant leur filiation a encore soulevé de récentes 
difficultés. Jehan Clouet était originaire de Flandre 
et habitait encore Bruxelles en 1475. Il serait venu 
s'établir à Tours vers 1485, époque de la nais- 
sance de son fils Jehannet; mais ni l'un ni l'autre 
n'étaient devenus français et c'est François, fils de 
ce dernier, qui à l'âge de 25 ou 26 ans obtint de 
François 1 '' des lettres de naturalisation *. 

De Coomans (Marc), tapissier, est cité comme 
l'un des associés de Delaplanche * et Motheron de 
1613 à 1628. {Verb. Motheron). 

Delfs (Coppin) , maître peintre des roisLouis XI , 
Charles VIII et René d'Anjou (1456-1488), est 
mandé à Tours en 1482, pour décorer de fresques 
une chapelle de la collégiale de Saint Martin. 

On rencontre aussi le nom de Ricard Delfs, 
maître fontainier de Catherine de Médicis, en 
1577 et en 1587. 



in-12o, mériterait d'être plus connu et traduit eu français. M. Berto- 
lotli, après avoir complété sa publication des artistes du nord de 
l'Italie ayant travaillé à Rome, par un dernier volume sur les artistes 
de Bologne et des villes des Etats-Pontificaux, Bologne, 1886, in -80, 
vient de nous donner un supplément aux artistes des Pays-Bas. 

* M. Guiffrey a publié dans la Revue de VArt français d'août 1884, 
le testament de cet artiste, accompagné de renseignements nouveaux 
qui modifient la généalogie de sa famille. 

* Voir plus loin la note sur Delaplanche. 

n est fâcheux que, pour plusieurs de ces artistes, les documents 
recueillis portent seulement cette mention vague flamand, ou de 
Flandre. 



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— 332 — 

Bien que M. Giraudet ne le fasse pas remarquer, 
nous croyons que ces artistes sont originaires de 
la ville de Delft, en Hollande *. 

Daspeevyn ou Despeevyn (Jacques), maître 
peintre flamand en résidence à Tours. Il est 
nommé dans l'état des frais et dépens du joyeux 
avènement du duc d'Anjou et de Touraine (28 mars 
1576 n. s.), comme ayant exécuté « la peinture 
d'un grand tableau de la ligure et représentation 
de Monseigneur » destiné à être placé sur la porte 
du carroi des Arcis. 

Delaplanche (François), originaire de la 
Flandre, maître tapissier de haute lisse, contracte 
à Tours, en février 1613, une association avec 
iUexandre Motheron,pour installer dans cette ville 
une manufacture de tapisserie de haute lisse, sub- 
ventionnée par le roi et la ville et qui subsista 
jusqu'en 1630. M. Giraudet donne d'intéressants 
détails sur cet établissement {verb. Delaplanche et 
Motheron)*. 

De Voss ou de Vouss, famille d'orfèvres pro- 
testants, originalité d'Anvers. 

» Je signalerai à ce propoB la présence à Abbeville (Somme), en 
1462, d'Emoul Dblp, de Delft en Hollande, qui fut reçu bourgeois, 
avec Marguerite Dubos, sa femme. Ernoul Delf fit la même année 
une image de la Vierge, pour être mise à la chapelle d'Espagnette. 
Ce sculpteur, qui parait avoir occupé de suite une certaine position 
dans la ville, car en 1467 il donna un dîner au corps échevinal, tailla 
en 1469 une Vierge pour le chartrier de l'église Saint- Vulfran. 
(PiiAROND, Quelques faits de V Echevinage cf Abbeville y 1867, p. 8f)-95.) 
La famille Delf a continua à existera Abbeville jusqu'à ces dernières 
années. 

■ Voir plus haut la note sur Marc de Coomans. 



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— 333 — 

On cite Henri, qualifié, de 1552 à 1562, du titre 
de maître orfèvre du roi de Xavarre, et Jehan, 
orfèvre et graveur, qui, par un marché passé en 
1582, avec Nicolas Ferrier, maître lapidaire à 
Tours, s'engage à travailler exclusivement pour 
sa maison pendant deux ans. 

DuBOYS (François), maître tapissier de haute et 
basse lisse, originaire de la Flandre, se fixa à 
Tours en 1575 et y exécuta de nombreux travaux 
jusqu'en 1596. M. Giraudet qui donne la marque 
de cet artiste, nous fait connaître les difficultés 
qu'il eut à s'établir, les secours qu'il reçut de la 
ville, etc. (p. 129-131). 

Empden (Hans Mattheus von), msutre orfèvre, 
à Tours, passe, en mars 1557, un marché avec 
Pierre Séguin, pour faire « une enchassure de 
mirouer en argent avec son pied. » 

Frank (Hémery), peintre enlumineur d'Anvers, 
se trouvant à Tours, y passe, en 1522, deux 
marchés avec Didier François, mgdtre teinturier, 
pour l'exécution de plusieurs tableaux. 

Voici, d'après les minutes d'Etienne Viau, 
notaire royal à Tours, le texte de l'un d'eux que 
donne M. Giraudet : 

« Le sabmedy septième jour de juing 1522, en 
» la court de M. l'official de l'église de Tours, 
» Didier Francoys, maître teinturier, demeurant 
» en la paroisse Saint-Etienne, d'une part, et 



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— 334 — 

» Héraery Frank, paintre, natif d'Anvers, en 
» Brebant, de présent demeurant à Tours, d'autre 
» part, lequel Hémery Frank a promis et promet 
» faire et parfaire de painturer ainsi qu'il est 
» eommancé, ung tableau; c'est assavoir : sur 
» l'huisserie qui ferme, l'ymaige de la conception 
)) de Notre-Dame, et :r.ir lautre huisserie, les 
» ymaiges de Saint-Estienne et de Saint-Gérosme 
» et par dessus, deux ymaiges, telles que le dict 
» Françoys lui devisera en un petit tableau de la 
» passion, auquel il n'y a point d'huisserie, et le 
» tout fera bien et honnestement comme il appar- 
» tient, en luy faisant ses despens et le logeant 
» en sa maison et lui fournissant de couleurs et 
» tout ce qu'il appartient ad ce faire, dedans six 
» sepmaines prochain venant, pour le prix de 
» sept livres dix sols, sur quoi il a confessé avoir 
» eu et reçeu dudict Françoys par ci-devant la 
» somme de quatre livres, et le reste, montant 
» à soixante-dix sols, lui paiera ledict François 
» au parfaict de la dicte besogne. » 

GouLiFAET ou GouLLiFA» (Rémi), maître bro- 
deur, originaire d'Anvers, s'établit à Tours dans 
les premières années du XV!*" siècle, et reçut en 
août 1528 des lettres de naturalisation. H vivait 
encore en 1543. 

Lallemant, dit le Liégeois, maître peintre en- 
lumineur, à Tours, exécute de 1480 à 1498 un cer- 
tain nombre de travaux de peinture décorative 
à l'occasion de plusieurs entrées de souverains. 



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— 335 - 

Mangot ou Mangolt *. André, Hans, Pierre I, 
orfèvres, au XV® et XVI'' siècle, Pierre II, archi- 
tecte et contrôleur des bâtiments d'Amboise , 
étaient d'origine étrangère , mais appartenaient-ils 
à l'Allemagne ou à la Hollande? 

OcKEGHEM (Jehan de), premier chapelain, chan- 
tre de la chapelle de Louis XI et de Charles VIII, 
et trésorier de Saint-Martin de Tours. Indiqué par 
Fétis comme né à Bavai, vers 1430, mourut peu 
avant 1513. M. Giraudet donne le fac-similé de 
sa signature, qui permet de fixer l'orthographe 
de son nom (p. 312). 

RiDBLLAB ou RiDELLEB (Victor), msdtre orfèvre, 
« originaire de la ville de Harlem, pays de 
Gueldres en Flandre, fils de défunt Jehan Ridellar, 
en son vivant peintre enlumineur, » vint se fixer 
à Tours, où il épousa le 3 mai 1579, Marie 
Ferrier, fille de Nicolas Ferrier, joaillier lapidaire. 



Ce nom est défiguré et l'est souvent davantage dans les actes. 

22 



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— 336 — 



VARIETES. 



François Pilsen, peintre et graveur. — Cet artiste 
eut pour maître son compatriote Robert Van Audenard. Il 
naquit à Gand en 1676 et pratiqua les deux arts de la 
peinture et de la gravure. 

On connaît de lui les gravures qui suivent : 

1» Un Saint François d'Assises, recevant les stigmates, 
d'après P. P. Rubens. 

2^ La Vierge donnant le sein à l'enfant Jésus, gravure en 
ovule, d'après le même. 

3« Le même sujet, gravé à l'eau forte. 

4" Portrait de D. A. Schokart, chancelier du Brabant. 

5» J. Comes de Wynants, conseiller au Conseil souverain 
des Pays-Bas, 1748. 

6® Portrait de Nicolas Lemdus. 

7® Son portrait d'après R. Van Audenard et gravé par 
lui-même. 

8® L'évêque de S met, de Gand. 

90 Jacques, marquis de Castelnau, maréchal de France 

IQo Antoine Meranda. 

11* Jean Vander Stricht de Gand. 

120 Guillaume Delvaux, évêque d'Ypres. 

13« J.-Bte de Castillon, Abbé de S^ Pharaïlde de Gand. 

1739. 

140 Le portrait de l'impératrice Marie-Thérèse. 

1 50 Le portrait de Jean Van Stenberghe, amateur. — 1 77( ). 

I60 Le jugement de Midas d'après P. P. Rubens. 



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- 337 — 

17<» Le martyre de saint Biaise d'après De Crayer. 

\S^ La Conversion de saint Bavon, d'après le tableau 
de P. P. Rubens, qui se trouve à Téglise de Saint-Bavon 
à Gand. D. M. 



Le Collège de Gand sous la République * . — Liberté, 
Fraternité^ Égalité, -~ L'administration centrale et supé- 
rieure de la Belgique, ayant ouï le rapport du commissaire 
de son bureau d*instruction publique, relativement aux 
professeurs d'humanité du Collège de Gand ; 

Considérant, que comme ils travaillent tous égallement 
pour le service public, il convient qu'ils soient tous égalle- 
ment payés ainsi qu'on l'a arrêté relativement aux profes- 
seurs de Bruxelles, 

L'agent national entendu, 

Arrête ce qui suit : 

10 Les gages de chacun des professeurs sont çrôvisoi- 
rement et à commencer du 1®' vendémiaire de l'an IV™®, 
fixés pour tous à la somme qui avoit été déterminée par 
l'arrêté du 5 fructidor dernier pour les professeurs de 
rétorique et de poésie, c'est à dire à cent quinze livres 
par mois. 

20 Les examens sur les droits et devoirs de l'homme et 
du citoyen qui dévoient avoir lieu chaque mois d'après les 
arrêtés antérieurs, n'auront dorénavant lieu que pendant la 
dernière décade de frimaire, ventôse, prairial, et lors des 
exercices qui se font sur toutes les matières; on donnera 
à cette importante matière tout le relief et l'encouragement 
qu'elle mérite. 

30 L'administration d'arrondissement de la Flandre- 



• Extrait d'un registre aux arrêtés de radministration centrale et 
supérieure de la Belgique. 



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— 338 — 

Orientale est autorisée à statuer sur la place et les gages 
du portier, au sujet de qui elle a écrit à cette administration 
le 29 fructidor dernier; elle fera cependant attention aux 
règles d'économie indispensables dans les circonstances 
actuelles, et ne pourra, dans aucun cas, excéder les gages 
de 200 florins, qui avoit lieu avant l'entrée des troupes 
républicaines. 

4*» L'arrêté du 5 fructidor, ainsi que les arrêtés antérieurs, 
seront observés pour autant qu'il n'y est pas dérogé par le 
présent. 

L'administration d'arrondissement est chargée de faire 
parvenir une expédition du présent arrêté à la municipalité 
de Gand et aux professeurs d'humanité de cette commune. 

Fait à Bruxelles à la séance de l'adm. centrale de la 
Belgique. 

Présens les cit. Chapel, prés*; Bonavanture, Delabriesse, 
Delneufcour, Delval la Gâche, D'Outrepont, A. Lambrechts, 
Delcroix, ag* général; et Corfs, sec^e adjoint, pour copie 
conforme signé 

Jac. J. Chapel, présid*; Dupondt, secrétaire général 

provisoire. 

Pour copie conforme : 

Devaux, ex-présid*^; 
Teoisœufs, secreadj. 



Documents relatifs a l'abbaye de St-Pierre. 

îOîi^ 8 février. — Décision des échevins de Saint-Pierre 
concernant le vin à distribuer aux convives le jour des 
repas obligés *. - Gheresolueert in Collegie dat upe de 
daghen van maeltyden, schepenen aengaende, twee van 

» Archives de TÉtat à Gand. — Fonds de Tabbaye de S. Pierre. 
Cart. n» 527, p. 166. 



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- 339 — 

de wethauders van voren en achter zuUen by ordre gade 
slaen wat wyn en hoevele datter gedroncken zal worden, 
dien doen halen met eenen keerf, ende dat naar dat de 
selve ghecommitteerde ofte toesinders zuUen naer de gratie 
lasten voor al noch eenighe quantiteyt van wyn thaelen, 
ende daemaer gheenen anderen ghehaelt te worden dan 
ten coste van den gonen die den selven sullen doen haelen, 
ende dat de selve toesienders an Joos belasten sullen 
gheenen wyn ten laste van tcoUegie buten keerfven te 
tappen, belastende den seluen Joos iemant van zynen 
volcke te zenden telcker regte om te keerfven. 

1612^ 9 février, — L'abbé autorise Josse Van Auden- 
huyze à établir une sonnerie rue basse des champs à Saint- 
Pierre, dans la maison nommée Oostlandt, à condition de 
donner à l'abbaye le quart d'un sac de sel *. - Cet individu 
n'ayant obtenu un octroi du gouvernement pour l'établis- 
sement de son industrie, qu'à la condition de payer an- 
nuellement 50 florins à l'état, l'abbé soumit à des juriscon- 
sultes la question de savoir, si le gouvernement était fondé 
d'imposer une pareille redevance en sa seigneurie? Ils 
répondirent que l'abbaye seule y avait le droit, en vertu 
de ses privilèges et notamment de la concession, qui lui 
avait été accordée de pouvoir exiger quidquid fiscus spe- 
rare pot est. 

16 i4, 1 janvier. — Ordonnance au sujet de vols de fruits 
ou de meubles dans des jardins ou maisons *. — Alzoo ter 
kennisse van Heere en wet dezer heerelichede van S. Pieters 
neffens Ghendt gecommen is, dat niet jeghenstaende di- 
versche haerlieder voortgaende voorgheboden statuten en 
ordonnantien, eenighe heml. vervoorderen zo by daeghe 
als by nachte te gaene ofte commen, inte breken in des 

» M8.no 569, p. 81. 
• Ms. n" 627, p. 168. 



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— 340 — 

lieden hoven, lochtynghen, bogaerden en huysen, omme 
te trecken, snyden ofte nemen de vruchten ofte andere 
goedynghen aldaer wesende, ende de goede lieden thuer- 
lieder tontvyndene tôt groote misachtinghe van de justitie 
en intreste zoo van particulière, als van ghemeene sake, 
soo yst dat men ghebiedt van heere en wets weghe, dat 
niemant wie hy zy, oudt ofte jonck, hem en vervoordere 
in de hoven, lochtynghen, bogaerden ofte huusen van 
goede lieden te breken ofte buyten huerlieder wete daer 
inné ofte daer anne te gaene, ofte eenige poorten, dueren, 
haeghen ofte andere beheyminghen ofte partyen van dien, 
te breeken, schenden ofte weeren, ofte der lieden vruchten 
te trecken ofte snyden ofte nemen, ofte hemlieden ander- 
sins schadelyck te zyne, up peyne van gheesselynghe, ban- 
nissement ofte andere arbitraire correctie. 

Vers i617. Les Échevins de Saint-Pierre destituent trois 
échevins de Tamise, qui avaient refusé de siéger en justice, 
parce qu'on ne leur avait pas donné à diner, selon l'usage'. 

1618^9 mars, - L'abbé remplace par une rémunération 
en argent les repas et le vin que l'abbaye avait coutume de 
donner à ses fonctionnaires dans certaines circonstances *. 

Acte van schepenen van S. Pieters, 9 maerte Î6Î8, — 
Alsoo Eerweerdig heere en de vader in Gode Mynheere 
Arsenius, by der gratie Gods prelaet van de kercke ende 
clooster van S. Pieters neflFens Ghent, omme seker goede 
consideratien en de respecten, niet goet ghevonden en 
hadde te continueren de MaeUyden en de leveryngen van 
wynen jaerlycks op diversche tyden, soo ten laste van de 
abdye als van de proostye van den selven clooster, ghecom- 
peteerdhebben schepenen van de heerlycheid van S. Pieters 
soo eyst dat op den 9 maerte 1618 m3mheere den proost 



* Zwaerten bouck, p. 191 et 192. 

« Cart. n» 627, p. 6. Zwarten boek, p. 70*>»». 



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— 341 — 

by autorisatie en de consente van den voorn. heere 
prelaet voor de redemptie van haer lieder ordinaire mael- 
tyden,imbytenenderastoelen,midts gaders de heerlakenen 
en de wynen die voorn. schepenen ghewoone syn thebben, 
onder andere naemelyck als sy waeren ghevende ten laste 
van delinquanten,sententien van honorable amende, bannis- 
sementen, ende van publicatie van dien, mitsgaders van 
gheesselingen, ende van condemnatie ter doot, ofte ander- 
sints in wat manieren dat zy belooft heeft ende belooft by 
desen jaerlycks te betaelen te weten aen den voorschepenen 
de somme van 12 »? gr. ende aen elc van de andere schepenen 
8 ' gr.ingaende Palm-Sondach 1618, bly vende alleenelyck in 
wesen jaerlycks de maeltyden naar de misse en goddelycken 
dienst van Palm Sondach, mitsgaders de ghone naar den 
ghehaelden en de gheresolveerden prys van den graene, 
ende innynghe van Sheerenrente, ende zal, naer costume, 
den voorschepenen ghehauden syn telcken berechtdaeghe 
ter vierschaere te cx)mpareeren op de boete van 18 grooten 
ende elk van dander schepenen op de boeten van 12 groo- 
ten ter cause dat den selven voorschepenen een derde 
meer by ghelegt wordt dan dandere toorconden deser 
gheteekent by den voorn. heere prelaat en proost mits- 
gaders by den greffier van den voorn. heerlyckheden by 
laste van de voorsch. schepenen tinhauden over danckelyck 
gheaccepteerd hebben. 

1619^ 19 janvier. — Le Conseil de Flandre décide que le 
curé de S*-Nicolas est tenu, les jours de la grande proces- 
sion du S*-Sacrement, de se rendre en grand appareil à 
l'église abbatiale pour aller y prendre le prélat *. 

1625^ 22 mai. — L'abbé autorise Lucie KnatchbuU, ab- 
besse des bénédictines anglaises résidant dans la maison de 

> Ms. n« 527, p. 64. 



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- 342 — 

Pierre Van den Bemd, dans la rue S*-Etienne (Savaen- 
straete), à y construire une chapelle, pour célébrer le 
service divin, à condition qu'elle ne pourra y faire ensevelir 
que ses religieuses et qu'elle payera à l'abbaye, comme 
patron, la redevance ordinaire *. 

i647j 16 mars. Avis de jurisconsultes de Louvain 
estimant : 1® que des pensions ne peuvent être assignées 
sur les abbayes par le Roi, sans l'approbation du Pape; 
2<> que dans le for intérieur et sans commettre de simonie, 
ces pensions ne doivent pas être payées; 3o que le Roi ne 
peut forcer les abbayes à payer les pensions non autorisées 
par le Pape, ni délivrer des lettres exécutoriales pour saisir 
les biens des abbayes et les contraindre au paiement des 
dites pensions; 4<> que le Roi, quoiq n'ayant l'habitude de 
délivrer des exécutoriales pour des pensions non autorisées, 
n'est pas en droit de persévérer dans cette marche; fp que 
les pensions payées en vertu de ces exécutoriales doivent 
être restituées •. 

i65S^ 20 mars. Sur la plainte des chefe, jurés et sup- 
pôts de la corporation des peintres de Gand, que depuis 
quelques années des étrangers présentaient en vente pu- 
blique des tableaux, soit à Gand, soit à S*- Pierre, au grand 
préjudice des habitants, les échevins de ces deux localités 
arrêtent qu'ils ne permettront plus, d'ici à 4 ans, que des 
étrangers ou autres, en présentent en vente publique, et que 
les contrevenants seront punis d'une amende de 50 florins 
au profit des pauvres '. 

1658, 20 août, — Le curé de l'église de S*^-Nicolas, cha- 
noine de S*®-Pharaïlde, reconnaît qu'il doit se rendre tous 
les ans à l'abbaye le jour des rogations et de la fête du 



» Cart. n» 61, p. 3. 

• Copie. 

' Zwaerte'hoxjtck,^, 128. 



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— 343 — 

Christ, pour accompagner l'abbé à la cathédrale de S^^Bavon 
ou aux autres églises dans lesquelles la station des rogations 
devait se faire, et qu'il n'a pas rempli cette obligation dans 
le courant de cette année, à cause de quelques difficultés 
qui s'étaient élevées entre l'abbaye et les chanoines de 
Ste.Pharaïlde. 

1666^ iô août. — Avis de jurisconsultes et de professeurs 
de Louvain sur les questions suivantes : 1<> si le Souverain 
peut imposer à l'abbaye des pensions et si l'abbé peut y 
acquiescer sans l'autorisation du Pape? 2^ si le Souverain, 
par suite du serment qu'il a prêté à l'abbé, lors de sa 
joyeuse entrée, n'est pas obligé à refuser des lettres exécu- 
toriales à toute personne pensionnée voulant saisir les 
biens de l'abbaye pour obtenir le paiement de sa pension ? 
La première question résolue négativement, la seconde 
affirmativement. 
{Louvain; Original, rédigé par V. Dubois, régi us professer.) 
Ont acquiescé : 

P. J. LoYENS, J. U., doctor et professer primarius. 

Hugo Bkady, J. U., doctor, professer primarius. 

A. Perez, j. u., doctor et professer ordinarius. 

J. LiTEB, J. U., doctor et professer ordinarius. 

D. Hugo, J. U., doctor et professer reg. 

Andréas Laurent, J. U., doctor et professer regius. 

F. Athanasius. 

Margretius, j. u., doctor et professer. 

Fr. Christianus Lussus, supra theol. doctor et professer. 

Hb. Scaille, supra theol. doctor et professer. 

Simon Servath, s. theol. doctor. 

Th. Stapletonus, J. U., doctor et professer ordinarius. 

J. B. Blanche, J. U., d. professor et rector. 

« Ms. n*> 6, 390. 



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— 344 — 

1667^ 16 septembre.— Sentence prononcée par le conseil 
de Flandre à la requête de l'abbé de S. Pierre, à charge de 
J. Liedts, officier de la ville do Gand, qui 8*étoit permis de 
faire saisir le 13 août 1667 dans la cave du cabaret Picardie 
divers meubles, quoique cette maison ressortît de la jus- 
tice de la Seigneurie de S. Pierre. Le susdit liedts est 
condamné à une amende de 300 fl. pour avoir agi arbi- 
trairement*. 

1695^ 23 juin, — Le conseil de Flandre décide que 
l'abbaye est en droit de placer des échoppes, des bancs et 
des boutiques sur le terrain de l'ancien marché au poisson 
aussi loin que s'étend sa Seigneurie, comme le font 1^ 
échevins de la ville de Gand sur Tautre partie de la place 
qui leur appartient, à condition toutefois qu'elle aura à se 
conformer aux ordonnances politiques, « naer de generaele 
ordonnantie politicque » et qu'elle n'empêchera pas la 
circulation du côté des maisons qui lui appartiennent 
par la construction des susdites échoppes et, ce conformé- 
ment à la convention arrêtée en 1481 •. 



Pierre le Grand a Bruxelles en 1717. — liors de son 
second voyage en Europe, Pierre le Grand, en allant de 
Hollande en France, passa par Bruxelles et s'y arrêta 
quelques jours. Voici sur son séjour dans cette ville quel- 
ques renseignements inédits, tirés de lettres adressées au 
Magistrat de Gand par A. De la Tour, son agent auprès du 
gouvernement. Les originaux de ces lettres se trouvent aux 
archives de la ville de Gand (On^t?. brteven^ 1717). 



> OriginaL 

« Ms. no 531, p. 82«. 



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— 345 — 

[Bruxelles, le 9 avril 1717.] 
Messieurs, 

Sa Ma** czarienne n'est encore arrivée icy; on disoit hier 
qu'elle tarderois encore quelques jours; cependant hier 
sont partis quelques seigneurs en caresse à six chevaux 
qui vont l'attendre en Anvers pour l'y recepvoir de la part 
de Son Ex<^« *, au nom de Sa Ma** S. et Cath*, scavoir les 
Princes de la Tour et de Holstein; on ne m*a nommé les 
autres. Et quoyque l'on meuble la Cour, il est incertain si 
elle y prendra son logement ; c'est ce que mandrais lors- 
qu'elle sera icy, avec ce que j'apprendrais d'aillieurs 

[Bruxelles, le 11 avril 1717.] 

Le Czar de Mouscovie arrive ce jourd'huy à 4 heures 

en Anvers. Il pouroit bien estre demain icy; l'on ne scais 
encore rien du cérémonial.... 

[Bruxelles, le 14 avril 1717.] 

Le Czar de Mouscovie estoit hier attendu en cette 

ville chez le Prince de la Tour, nonobstans qu'on luy a pré- 
paré l'hostel de Boumonville et celuy ou milord Orery a 
logé; mais il n'a voulu sortir de son jacht, et est resté 
à Willebrouck, pour veoire cejourd'huy à loisir la scituation 
du Pays, et examiner les sases ou retenues d'eaues. On tiens 
que ce midy il arrivera près dud* seig"" Prince de la Tour, 
et que sa suite ira dans les susd» deux hostels. Elle consiste 
(à ce que l'on dit) en 40 personnes; la Czarinne n'est pas 
du voyage. La Garnison est sur pied 

[Bruxelles, le 15 avril 1717.] 

Le Czar de Mouscovie est icy hier arrivé sur les 8 heures 
du soire à la brune pour éviter d'estre veu de la fouUe du 
monde qui s'empresse. Il est allé droit à la maison de 

* Le Marquis de Prié. 



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— 346 — 

Charles-Quint au Parcq, ou il a souppé et couché; ainsi 
tout le mangé y a deu estre transporté de chez le Prince 
de la Tour, où il étoit préparé. Le Prince de Kurakin, son 
ambassadeur en Hollande, est venu hier après midy à 
4 heures à la Cour, s'aboucher avec son Ex^ qui ensuite 
a envoyé trois de ses caroses au Pont de Lacke, et led* 
Prince s'est mis dans un à six chevaux dans lequel Sa Ma*^ a 
fait son entrée, et étant arrivé au Parcq, on a tiré les salves 
du canon des remparts. Ses gens sont logés dans différents 
auberges ou on les a addressé et sont defraiez aux dépens 
de nos finances. Ce matin, Sad® Ma^^ a esté sur pied de bon 
matin, est sortie dans un carosse de louage, est allé aux 
chartreux, aiant ouy qu'il y avoit un religieux qui tourne 
parfaitement, et ainsi va d'un endroit à l'autre, veoire tout 
ce qu'il y at icy. Le m^® fontainier de la cour se tiens prest 
et ainsy aillieurs, ou on scais qu'il doit venir aiant eu de 
ses gens icy qui savent luy dire tout ce qu'il y at. Je ne scais 
où II ira disner; Il est fort variable et peu façonnier, aiant 
mangé sur une demie heure de temps, fort sobre, et dans la 
boison, mais curieux en tout. Il parle l'allemand sur le hol- 
landois, le latin et un peu de françois. L'on ne croit pas qu'il 
faira long séjour icy, qui est tout ce que j'en peu dire jusques 
ài n résent 

[Bruxelles, le 15 avril 1717.] 

Son Ex*^« a complimenté Sa Ma** czarienne envers 

les 11 heures, puis s'est mis à table avec elle, ou il y avoit 

18 couverts 

[BruxeUes, le 16 avril 1717.1 

Le Czar de Mouscovie veoit tout ce qu'il y at icy; 

Il mange ce soire prez son ExP^. On ne parle encore de son 
départ.... 

Pierre le Grand se mit, peu de temps après, en route pour 
la France, et arriva à Paris le 7 mai 1717. 

Paul Bebgmans. 



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— 347 — 

Musée historique belge, fondé a Gand. La for- 
mation encore récente du Musée archéologique communal 
à Grand, nous remet en mémoire le projet de fondation 
d'un Musée historique, élaboré par une partie des membres 
de la Commission directrice du Messager des Sciences his- 
toriques, en 1833. 

A cette époque notre publication était dirigée par 
MM. de Reiflfenberg, Jacquemyns, Serrure, Van Lokeren, 
Voisin, Warnkœnig. 

Trois d'entre eux, Serrure, Voisin et Warnkœnig, qui 
faisaient en même temps partie du Comité provincial des 
monuments, prirent l'initiative de la constitution de ce 
Musée historique, sous le patronage de ce Comité, qui de- 
vait composer le conseil administratif; quant à eux, ils 
formèrent la direction du futur Musée et s'adjoignirent 
Ph. Blommaert, également membre du Comité, en qualité 
de caissier. Ils lancèrent la circulaire suivante que nous 
reproduisons, bien qu'elle ait déjà paru en 1833. 

Musée Historique belge^ fondé à Oand. — Depuis 
longtems les amis de l'histoire de notre pays, ont remai*qué 
avec peine; que quantité de monumens historiques et 
d'objets d'arts, auxquels se rattachaient des souvenirs 
intéressans, disparaissent insensiblement, soit par incurie, 
soit par insouciance. Malheureusement ce n'est qu'au- 
jourd'hui que l'on apprécie la valeur d'une foule de ces 
objets, qui sont passés en d'autres pays et surtout en 
Angleterre, où ils font l'ornement des principaux cabinets. 
n est donc urgent de fixer promptement l'attention de nos 
concitoyens sur ce point, de stimuler leur zèle, et de former 
une espèce d'association, dont le but serait de conserver, 
autant que possible, les Monumens Historiques que nous 
possédons encore. 

Ce n'est pas que la Belgique manque de personnes qui 
se plaisent à recueillir les Antiquités et Raretés du pays; 



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— 348 — 

mais les collections privées n'ont guères que Texistence 
de la vie de Thomme, et après la mort de celui qui les a 
formées, elles se dispersent et sont ordinairement perdues 
pour le pays. 

Souvent encore des personnes possèdent des objets dont 
elles n'apprécient pas la valeur, parce qu'isolés ils offrent 
en effet peu d'intérêt. Cependant si on les réunissait dans 
un Musée National ils formeraient alors, pour ainsi dire, 
un cours plus ou moins complet pour l'histoire des mœurs 
et des beaux-arts et serviraient de sujets d'étude à l'artiste 
comme à l'écrivain. 

L'exemple de plusieurs villes, telles que Douai, Boulogne, 
S*Omer en France, Nuremberg, Francfort, Cologne et 
Trêves en Allemagne, où l'on a créé de semblables institu- 
tions, qui se sont élevées rapidement à un très-haut degré 
de prospérité, prouve combien serait utile un établissement 
tel que celui que l'on a l'intention d'ériger à Gand ; car, 
c'est dans ces collections que les personnes qui forment 
elles-même des cabinets vont déposer avec une louable 
émulation leurs doubles ou les curiosités qui entrent moins 
dans le cercle de leurs recherches. De plus les particuliers 
qui sont possesseurs d'un petit nombre d'objets souvent 
ignorés et inutiles chez eux aiment à en faire hommage à 
la galerie publique, où ils sont certains de leur conserva- 
tion et où ils ont le plaisir de les voir servir à l'instruction 
et à l'agrément de leurs concitoyens. 

Statuts du Musée Historique. 

8 1. — On s'efforcera de rassembler à Gand, soit en 
originaux, soit en copies, tous les objets dont la conserva- 
tion peut offrir quelqu'intérêt pour l'Histoire, les Sciences 
et les Arts de la Belgique. 

§ 2. — La Collection se composera : 
1» De Manuscrits, d'Incunabula et anciennes Editions. 



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• -- 349 — 

2° d'Ouvrages modernes qui ont rapport à l'histoire ou 

aux arts. 
30 De Chartes, Diplômes et autres anciens documens. 
40 De Compositions Musicales, surtout du moyen-âge. 
50 De Cartes et Plans. 
6^ d'Autographes, Miniatures ou Dessins. 
70 De Gravures en bois, en ciiivre, en acier, à l'eau forte. 
8^ De Tableaux, Peintures sur verre et Emaux. 
9« De Sculptures, Ciselures, objets en Fonte. 
100 De Dessins et modèles, d'ouvrages remarquables. 
11" De Pierres sépulchrales. Urnes et autres monumens 

funéraires. 
12» De Monnaies, Médailles, Sceaux, Empreintes de 

sceaux et Cachets. 
1 H'' d'Armures anciennes, Ustensiles, Instrumens, 

Curiosités. 
14'^ De Portraits historiques de personnages remar- 
quables, principalement de la Province. 
150 d'Antiquités Romaines ou autres, pourvu quelles 
aient été déterrées dans le pays ou qu'elles aient 
quelque rapport à son histoire. 
Lorsque les fonds de la société le permettront : 
160 On fera exécuter des fouilles dans les endroits où 
l'on espère découvrir des antiquités, médailles, etc. 
170 On songera également alors aux moyens de faire 
imprimer les Chroniques de la Flandre qui sont 
encore inédites. 
8 3. — On invite tous les citoyens à concourir par les 
moyens qui sont à leur disposition à la formation 
et au développement du Musée Historique. 
Cette Collection se formera et s'augmentera en partie 
de présens, en parties d'objets acquis avec les fonds qui 
seront mis à la disposition de la commission. 
Les moindres présens seront reçus avec reconnaissance 



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— 350 — 

et le nom des DoiuitaiFes sera inscrit sar un registre par- 
ticulier ainsi que sur l'objet donné. 

n sera ouvert à cet effet une souscription annuelle dont 
le minimum est fixé à trois francs. 

§ 4. — Le Musée sera établi au Palais de l'Université, 
dans le local des séances de la Commission pour la Conser- 
vation des Monumens et Objets cTArts. 

§ 5. — Les personnes de la ville inscrites comme dona- 
taires ainsi que les étrangers, auront seuls accès au Musée 
aux jours et heures à fixer ultérieurement 

§ 6. — Tous les objets donnés deviennent propriété de la 
ville de Gand. 

§ 7. —La Commission pour la Conservation des Monu- 
mens et Objets (tArts formera de droit le conseil admi- 
nistratif du Musée. Elle a choisi dans son sein les membres 
suivants pour former la direction : 

MM. L. A. Wamkœnig, professeur à TUniversité, Président. 
Aug. Voisin, Professeur à l'Athénée et à PUni- i 

versité, > Secrétaires ». 

et C. P. Serrure, Archiviste de la Province ) 
Ph. Blommaert, Avocat, Caissier, 



* Les Lettres ou autres Objets pour le Musée Historique, doivent 
êti'e adressés à l'un ou l'autre des Secrétaires. 



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— 351 — 



CHRONIQUE 



Archéologie. — En 01*608801 une citerne dans la cour de Thôtel 
du Gouvernement provincial, à Namur, les ouvriei*s ont mis à 
découvert les restes de la sépulture d*un guerrier ft*anc. Des travaux 
antérieurs l'avaient en partie bouleversée, cependant on trouva 
encore en place Vumbo, ou partie centrale du bouclier, et quelques 
vases dont une Jolie tasse en verre d'une excellente conservation. 

Il y a quelques années, lors de la construction du grand égout 
de la place St-Aubain, on rencontra dans la tranchée, vis-à-vis du 
même h^tel, de nombreux débris antiques, parmi lesquels se trou- 
vait une coupe en verre moulé portant à sa partie inférieure le 
chri^me, ou monogramme du Christ. On peut voir à Rome, dans le 
musée chrétien du Vatican, plusieui*s de ces coupes décorées de 
symboles chrétiens et provenant des catacombes. 

La collection des vendes antiques du musée de Namur possède 
trois vases, ornés du chrisme, qui ont été recueillis dans la pro- 
vince. Il est assez probable qu'ils Airent fabriqués dans le pays, 
sous les premiers mérovingiens, à l'imitation des verres symbo- 
liques en usage à Rome chez les premiers chrétiens. 

On sait que lors des invasions des barbares à la fin du IV« siècle, 
les Francs ravagèrent complètement le pays de Namur. Cette ville, 
naissante alors, ne parait pas avoir échappé au désastre, et c'est au 
milieu des débris romains que l'on rencontre sous le pavé de nos 
rues les sépultures des guerriers ft^ancs. 

— A S^ Cécile (Vaucluse, France) au quartier St-Martin, on a 
trouvé un groupe de sépultures remontant à la plus haute antiquité. 

Dans un espace d'environ 100 mètres carrés, on a constaté, à 
12 endroits différents, la présence d'ossements humains incinérés, 

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— 352 — 

mélangés à des cendres et du charbon, sans aucune trace de poterie 
ou de métal. Chaque dépôt était protégé par 4 ou 5 pierres brutes 
de moyenne grosseur. 

Vers le milieu se trouvait une sépulture construite en pierres 
sèches, recouverte par deux longues dalles ; celles-ci, s'étant affoîs- 
sées d'un côté, avaient depuis longtemps réduit en morceaux un 
grand vase en teiTe noire, mais elles avaient assuré la conservation 
d'une longue épée de bronze ne mesurant pas moins de 78 centi- 
mètres de longueur. Cette belle ai*me, dont la poignée porte sept 
trous dans lesquels six rivets de bronze sont encore adhérents, est 
pai'faitement intacte et revêtue d'une belle patine. Le Bout du four- 
reau, appelé bouterolle, était en place, aussi en bronze, à ailles 
horizontales, mesurant 15 centimètres de largeur. 

Les ossements du guerrier étaient détruits par le temps, à l'excep- 
tion de quelques portions du ci*àne assez épais. Un mince bracelet 
de bronze, dont une partie manquait, complétait le mobilier funé- 
raire de cette intéressante sépulture. 

Le département de Vaucluse a été, dans l'antiquité, le théâtre 
d'importants événements militaires et, notamment, les vaillantes 
populations d'alors ne purent, malgré leurs efforts, défendre sur 
leur propre territoire le passage du Rhône par Annibal. 

Si les sépultui*es qui viennent d'être si heureusement remises au 
Jour ne datent que de cette époque, on pourrait déjà, grâce aux 
découvertes archéologiques, suivre la marche du conquérant sur 
le sol des Cavarres et des Voconces, mais elles paraissent devoir 
remonter à une époque beaucoup plus reculée. 

— Les journaux des Vosges donnent de curieux détails sur 
une découverte archéologique faite en juin et juillet derniers par 
M. Voulot, conservateur du musée départemental, dans un tumulus 
situé au bois de Trusey, territoire de Chamouzey de quantité de 
débris i*emontant à l'époque préromaine. Ce tumulus avait vingt 
mètres de diamètre sur deux mètres de haut; il renfermait une 
trentaine de sépultures, recouvei*tes par un mur épais en calcaire, 
pieiTe qui ne se rencontre pas à trois kilomètres aux alentours. La 
composition de la terre du terti*e a démontré que des repas funérai- 
res avaient eu lieu en cet endroit. Les crânes, dont plusieurs très 
épais, semblent brachycéphales et avoir appartenu à la race cel- 
tique ; les dents sont saines. Les personnages inhumés se servaient 
d'ustensiles en calcaire, grossièrrement taillés. De l'ares outils en 
silex ont été aussi retrouvés, avec un percuteur de granit. 



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— 353 — 

Les objets en fer découverts sont peu nombreux ; ceux de bronze 
abondent, au contraii*e. On remarque, entre autres, des anneaux 
creux, entourant encore soit le bas des jambes, soit les poignets des 
squelettes; des flbules gauloises, les premières rencontrées dans les 
Vosges ; des bracelets pleins de divers modèles, des boucles d'oi'eilles, 
des espèces de pendeloques et trois torques, dont deux pai'faitement 
conservés. Mentionnons également des débris da vases d'un profil 
assez élégant. L*un d'eux, de terre fine, noire, formait un large plat, 
à fond très petit ; il était décoré de rangées de cercles concentriques, 
de bâtons rompus et autres figures d'un bel effet. 

Un trésor fort intéressant a été découvert à Mauves, près Tournon. 
11 ne s'agirait de rien moins que d'un triptyque des Tan Eyck, ces 
créateurs de l'art flamand. Les trois panneaux dont se compose ce 
curieux objet d'art sont en chêne vieux. Le panneau principal mesure 
0.69 de haut sur 0.40 de large; les volets ont 0.63 sur 0.26. Une 
inscription est écrite au revers du panneau central ; elle est ainsi 
conçue ; 

TRIPTYQUE DE LOUIS XI 

PORTRAIT DE CHARLES VI 

VAN BTCK. 

Cette inscription n'est pas en lettres gothiques ; elle est certaine- 
ment postérieure à Louis XI ; cependant elle a un caractère indé- 
niable de vétusté. Ce triptyque représente : l® l'Annonciation; 
2» Jésus à la crèche adoré pai' les anges ; S® l'Adoration des mages ; 
4» la Circoncision. Les cai*actèi*es de cette peinture sont bien ceux 
du maitre flamand, au moins de son école ; on y remarque encore 
beaucoup de réminiscences des vieux maîtres du moyen âge; l'ordon- 
nance iconographique, la façon de grouper les têtes presque côte 
à cAte, joue à joue, surtout l'intelligente et naïve sentimentalité 
des physionomies. 

— On peut reconstituer aujourd'hui, d'une façon authentique, 
le plus fameux des temples dédiés à Esculape, celui d'Epidaure. 

Ce temple recevait encore, à l'époque des Antonins, d'innom- 
brables visiteurs, que les maladies ou la curiosité attiraient de tous 
les coins du monde. Bâti dans un des plus gracieux sites de la 
Grèce, au fond d'une vallée close du Péloponèse, le sanctuaire 
d'Ksculape était entouré d'un bois saci*é où se trouvaient les établis- 



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— 354 — 

sements thérapeutiques, des piscines, une fontaine, des chapeUes 
dédiées à Diane, à Thémis, à Vénus, et les logements des malades 
qui venaient implorer du dieu la santé. 

En dehors du bois s'élevait une maison spécialement destinée aux 
moribonds et aux accouchées, car dans Tenceinte sacrée, délimita 
par de grosses bornes, il n'était permis ni d'entrer dans la vie, ni 
d'en sortir. La masse des ruines qui subsistent encore prouve l'im- 
portance et l'étendue de toutes ces constructions. 

On a découvert des stèles ou colonnes qu'on consei*vait dans une 
rotonde en marbre blanc, appelée < tholos, > et sur lesquelles 
étaient inscrits les noms, décrites les infirmités et célébrées les 
guérisons des favoris d'Esculape. 

— On ne connaissait jusqu'ici en Egypte que les sépultures 
luxueuses de la période pharaonique, tombeaux de familles prin- 
cières, caveaux réservés aux grands prêtres. M. Maspero a découvert 
à Akhmin un véritable cimetière; il cherchait depuis longtemps 
l'emplacement de cette nécropole, que lui avaient vaguement 
désigné les traditions populaires, lorsqu'on parcourant les villages 
placés à l'est du fleuve, il observa que les auges placées devant la 
porte des maisons, à l'usage des bestiaux, étaient des sacrophages 
en pierre blanche, les uns carrés, les autres taillés en forme humaine. 

Quand les fellahs avaient besoin d'une auge neuve. Us allaient à 
la montagne et ne tardaient pas à en retirar ce qui leur convenait. 

M. Maspero a exploré la colline sur une longueur de trois kilo- 
mètres, et partout il l'a trouvée remplie de i*estes humains. Toutes 
les Assures ont été utilisées pour y déposer des cadavres ; il y a des 
puits de quinze à vingt mètres à plusieurs étages ; tel d'entre eux 
a huit ou dix petites chambres supei-posées, et dans chaque chambre 
une douzaine de cercueils. 

Les grottes sui*tout ont l'aspect de fosses communes. Les simples 
momies, emmaillotées mais sans cercueil sont empilées sur le sol 
par lits réguliers, comme le bois dans les chantiers. 

Par-dessus, on a entassé jusqu'au plafond des momies à carton- 
nage et à gaine de bois ; tous les objets qui leur appartenaient sont 
jetés au hasard dans l'épaisseur des couches, tabourets, chevets, 
souliers, boites à parfums, vases à collyre, et, pour ne rien perdre 
de l'espace, on a enfoncé de force les derniers cercueils entre le 
plafond ot la masse accumulée, sans s'inquiéter de savoir si on les 
endommageait ou non. 



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— 355 — 

A mesure que le champ des fouilles s'élargit, on rencontre des 
tombes de plus en plus anciennes, une de la VI« dynastie, plusieurs 
de la XVIII». 

La plupart des chambres ont dû changer dix fois de maître avant 
de recevoir ceux que nous y trouvons aiyourd'hui. 

M. Maspero a découvert dans le cimetière d'Akhmin des momies 
d'un type particulièrement neuf. Elles sont comme un moulage du 
mort, et le représentent vêtu de ses habits de fête. Les hommes sont 
drapés, les femmes ont le péplum et la tunique brodée, les souliers 
en cuir lacés sur le devant, le fard aux joues, le noir à l'œil ; les 
moindres détails du corps se modèlent rous le vêtement. 

La matière de ces figures n'est ni le bois, ni la toile, mais une 
sorte de carton fait de feuilles de papyrus agglutiné et recouvert 
d'une couche d'argile stuquée et peinte. 

La découverte de Naucratis. — La Saiurday Review, dit le 
Temps, donne sur la découverte, en Egypte, par M. Flinders Pétrie, 
de la ville grecque de Naucratis, des détails fort curieux et qui 
rappellent jusqu'à un certain point les circonstances de la découverte 
de Sérapéum, faite il y a un quart de siècle par M. Mariette. 

Tout le monde sait comment l'archéologue ft*ançais, logé en 1851 
chez un Grec d'Alexandrie, remarqua dans le jardin de son hôte 
deux petits sphinx de pierre blanche ; comment, ayant eu plus tard 
l'occasion de voir au Caire deux sphinx tout pareils, puis deux 
autres encore a Bredeehayn, il s'enquit de leur origine et finit par 
savoir qu'ils provenaient des sables de Sakkara. Cette circonstance, 
jointe au souvenir d'un passage de Strabon où il est fait mention 
d'une avenue de sphinx conduisant à la porte du Sérapéum, décida 
M. Maiâette à enti*epi*endre les fouilles qui le conduisirent à sa 
découverte et vinrent subitement changer toutes les idées reçues 
en matière d'histoire ou de chronologie égyptiennes. L'histoire de 
M. Pétrie est la même. 

11 attendait au Caire, l'automne dernier, que la baisse des eaux 
du Nil lui permit de reprendre ses fouilles à San, quand on vint 
lui proposer l'achat d'une petite statuette d'albâtre ancienne, de 
type égyptien, mais de « sentiment > absolument grec. Frappé du 
caractère tout à fait particulier de cette statuette, il s'enquit de sa 
provenance et put s'assurer qu'elle avait été exti'aite d'un monticule 
situé dans le delta, près de la station du chemin de fer appelée Tel- 
el-Baroud. Ce monticule porte le nom de Komel-Gaïef. M. Pétrie se 



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356 — 

dit aussitôt qu'il pouvait bien indiquer l'emplacement de la cité 
de Naucratis, antique colonie grecque signalée par les historiens 
comme florissant au sixième siècle avant notre ère sur la branche 
canopique du Nil, tombée en décadence après la fondation d'Alexan- 
drie et finalement disparue au point que les auteurs de nos jours 
disent tout uniment : « L'emplacement de Naucratis est inconnu. > 

L'archéologue anglais s'empressa d'aller voir si l'aspect général 
des lieux confirmait son hypothèse. Il trouva à la place indiquée, 
non pas un monticule unique, mais une série de petites collines 
séparées par des canaux d'irrigation, et où de nombreux fellahs 
étaient activement occupés à creuser des excavations pour extraire 
les terres nitreuses. Un simple coup d'œil sur ces excavations lui 
révéla les signes reconnaissables d'une importante cité antique. 
Aussitôt il fit entreprendi*e des fouilles raisonnées, et ces fouilles ne 
tardèrent pas a amener à la surface des débris de poterie, des 
monnaies athéniennes, et enfin des inscriptions qui ne permettaient 
pas de conserver le moindre doute sur le caractère entièi-ement 
grec de la cité rendue au jour. Cette cité était-elle Naucratis î II n'y 
avait point encore de preuves absolues pennettant de l'affirmer; mais 
les probabilités étaient toutes en faveur de cette opinion et l'em- 
placement répondait mieux que tout autre à celui qui est indiqué 
dans les documents antiques comme celui de Naucratis, sur la route 
du désert de Lybie. 

Les fouilles ultérieures ont pleinement confirmé cette conclusion, 
en amenant d'aboixl au jour un temple d'Apollon de la période 
grecque archaïque, puis un temple de Minerve et un temple de 
Jupiter, une palaistra, et enfin une sorte de citadelle. Toutes ces 
ruines se trouvent groupées sur une superficie de huit cents mètres 
carrés environ. Un des temples est l'emai'quable par des colonnes 
d'ancien style ionique, dont on ne connaissait jusqu'à ce jour qu'un 
spécimen, provenant de VErechtéon d'Athènes, et qui sont caracté- 
risées par un enroulement de chèvre-féuille dont les détails rappel- 
lent un peu le lotus égyptien. Ce temple a probablement été détruit 
à l'époque de l'invasion pei*se. Phanès, qui ti»ahit Amasis et appela 
Gambyse en Egypte, était un renégat de Naucratis. Un autre temple, 
tout en marbre blanc, a fourni les fragments d'une centaine de 
vases gravés d'inscriptions dédicatoires à Apollon Milésien. L'un de 
ces vases, dont on a pu réunir les nombreux û'agments, porte en 
caractères grecs très anciens, mais très lisibles, la dédicace de 
Phanès à Apollon. 



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-357 - 

Vers le sud de la ville, M. Pétrie a pu reconnaître l'emplacement 
de l'Hellenium, qui parait avoir été à la fois une bourse de com- 
merce et un temple. D'après le témoignage d'Hérodote, cet édifice, 
élevé par souscription aux frais de plusieurs cités gi-ecques, conte- 
nait un sanctuaire dédié à Jupiter, un autre dédié à Héra; près 
de la porte ouest se trouve une chappelle élevée à Jupiter par 
Ptolémée II. Sur un autre point de l'enceinte, formée de briques 
crues d'une dureté extraordinaire, un établissement qui parait avoir 
été une forteresse et un magasin général. Chose curieuse; un 
modèle en pierre de l'édifice a été retrouvé dans ces ruines. 

Le mélange des deux styles égyptien et grec, l'abondance d'une 
foule d'objets ordinairement classés comme très rares et très 
anciens ; le nombre des poids et mesures caractéristiques d'une ville 
de commerce ; la quantité d'outils de fer, de lingots de fonte et de 
moules qu'on retire de ces fouilles ; la découverte d'une manufac- 
ture d'amulettes et de scarabées bleus dont l'aspect à demi grec 
étonnait jusqu'à ce jour les collectionneurs ; enfin, la trouvaille 
sans précédent de plusieurs hameçons de fer et de coquilles d'œufs 
gravées, tout confirme l'opinion qui fait de la cité découverte par 
M. Pétrie l'antique Naucratis, et de son exhumation une des plus 
intéressantes de ce siècle. 

— Une importante trouvaille littéraire a été faite au château de 
Belvoir, en Angleterre, résidence des ducs de Rutland. C'est une 
collection de lettres des rois Edouard IV et Henry VII, ainsi qu'une 
correspondance du fameux Talbot, comte de Shrewsbury. Dans les 
archives du château se trouvent, en outre, des documents d'un 
haut intérêt, se rapportant k l'exécution de la reine Marie-Stuart ; 
ils ont été envoyés aux archives de l'État à Londres. 

ACADÉBIIB ROYALE DBS SCIBNGBS, DBS LbTTRES BT DBS BbAUX-ARTS 

DB Bblgiqub. — Classe des Lettrbs. — Concours pour 1887. — 
Première question : < Quelle fut l'attitude dés souverains des Pays- 
Bas à l'égard du pays de Liège au XVI^ siècle? > 

Deuanème question : t Quelle a été en Flandre, avant l'avènement 
de Guy de Dampierre, l'influence politique des grandes villes, et de 
quelle manière s'est-elle exercée Y > 

Troisième question : •* Faire l'histoire de la littérature française 
en Belgique de 1800 à 1830. > 



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— 358 - 

(Les concurrents consulteront utilement la bibliothèque léguée 
à TAcadémie par le baron de Stassart). 

Quatrième question : < On demande sur Jean Van Boendaele un 
travail analogue à celui du IK J. Te Winkel sur Maerlant {Maerlant's 
ioerhen, enz.)- > 

< Men Traagt over Jan Van Boendaele eene verhandeling in dan 
aard van het boek van W J. Te Winkel : Maerlant*$ werken be- 
schoud als spiegel van de dertiende eeuw fLeiden, 1877). 

Cinquième question : < Quel est Feffet des impôts de consomma- 
tion sur la valeur vénale des produits taxés? En d'autres termes, 
dans quelle mesure cet impôt pèse-t-il sur le consommateur? 

> Exposer et discuter, à Taide de documents statistiques, les 
résultats des expériences récemment faites à cet égard dans les 
divers pays et plus spécialement en Belgique). > 

La valeur des médailles sera de 800 fi ancs pour la deuxième et la 
ti*oisième question, et de 600 francs pour les autres. 

Les mémoires devront être adressés, francs de port, avant le 
1 février 1886, à M. J. Liagre, secrétaire perpétuel, au palais des 
Académies. 

La Classe adopte le sujet suivant pour le concours de 1888 : 

< Faire le tableau des institutions civiles et politiques de la Bel- 
gique pendant la période qui s'étend depuis le coui'onnement de 
Pépin le Bref jusqu'à la confirmation de l'hérédité des fiefe par 
Hugues Gapet en France et par Conrad le Salique en Allemagne. 



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— 359 — 



L'ADORATION DES MAGES DE MEMLING 

AU MUSÉE DE MADRID. 

Le précieux Musée du Prado à Madrid pos- 
sède un triptyque attribué à Memling, qui offre 
une grande analogie avec le tableau de l'Adora- 
tion, conservé à l'hôpital Saint- Jean, à Bruges, 
peint par le même peintre pour le frère Jean 
Floreins. 

D'après le catalogue du Musée, ce tableau se 
trouvait dans l'oratoire de Charles-Quint, et il 
est connu sous le nom de ce pritice ; après avoir 
été longtemps conservé au château d'Aranjuez, 
il fut transporté au Musée par les soins du 
directeur José de Madraza*, c^st le seul ren- 
seignement que le catalogue donne sur l'origine 
de ce tableau. Il est toutefois à remarquer qu'il 
n'est pas renseigné dans l'inventaire de la vaisselle 
d'argent, des livres, des tableaux et des autres 
meubles que l'empereur emporta en Espagne, 
quand il quitta la Belgique pour se retirer au 
monastère de Yuste. M. Gachard a publié cet 



* Catalogue du Muté9. n» 1424. 



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— 360 — 

inventaire, qui fut dressé à Bruxelles le 18 août 
1556 «. 

Crowe et Cavalcaselle se sont occupés de ce 
tableau dans leur travail sur les anciens peintres 
flamands; c'est, disent-ils, à quelques légères 
différences près, une copie de celui peint par 
Memling, pour l'hôpital de Bruges; et ce dernier 
tableau est lui-même la reproduction du rétable de 
Van der Weyden, du Musée de Munich, que Mem- 
ling copia en substituant l'Adoration des Mages à 
l'Annonciation*. Ces auteurs font au sujet de ce 
tableau différentes observations, dont quelques 
unes sont fondées ; la plus grande partie rappelle 
le style et le coloris de Memling, mais les figures 
qui sont derrière les Mages oflfrent des draperies 
et un ton d'un autre goût, les anges du volet de 
gauche sont très inférieurs à ceux de Memhng ; ils 
auraient pu ajouter que l'exécution des mains de 
la Vierge laisse à désirer. Il paraît, ajoutent-ils, 
que ces panneaux ont été commencés par Memling 
et achevés par un de ses élèves ; aussi le point le 
plus curieux est le nombre de mains diverses 
qui ont contribué à l'exécution de cette œuvre. 

La critique de Crowe et Cavalcaselle est assez 
sévère, trop peut-être. Le tableau de Bruges est 
supérieur par l'heureuse disposition des groupes 
et l'exécution; les ajoutes, un nettoyage màla- 



* Gachard, Retraite et mort de Charles-Quint^ au Monastère de 
Yuste. Tome II, p. 80. 

» Les anciens peintres flamands, par Crowb et Cavaloasblle, 
ouvrage traduit de l'anglais par 0. Delepierre, et publié par A. 
Pinchart et Ruelens. Bruxelles 1863. Tome II, p. 46 



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— 361 — 

droit ont gâté celui de Madrid, mais on retrouve 
cependant dans l'ensemble du tableau plusieurs 
des belles qualités du maître. Les figures prin- 
cipales valent à peu de chose près celles du 
tableau de Bruges. Memling, dans le tableau de 
Madrid, a représenté les mêmes personnages, que 
sur celui de Bruges ; ce sont les mêmes têtes qu'il 
a peintes; on y reconnait notamment les Rois 
mages, qui, d'après l'opinion conunune, offrent 
le portrait des membres de la famille du frère 
Jean Floreins, l'ami et le protecteur du peintre. 
Jean Floreins représente le Roi mage placé à la 
droite du tableau; et l'autre Roi mage est peut- 
être le portrait de son père ; la ressemblance du 
moins y est telle que l'on n'hésite pas à les y 
reconnaître. Il serait, sous ce rapport, intéressant 
de comparer ces deux tableaux avec celui que la 
comtesse Duchâtel a légué au Musée du Louvre, 
sur lequel le peintre a représenté la famille du 
frère Floreins. 

Le tableau du Musée de Madrid étant plus large, 
le peintre a dû écarter les personnages, modifier 
leur attitude, ce qui nuit à l'ensemble ; sauf cela 
la composition est la même, avec quelques diffé- 
rences qu'il importe de signaler. 

Le panneau central du triptyque de Madrid 
représente, comme celui de Bruges, l'Adoration 
des Mages ; la Vierge assise et tenant l'enfant 
Jésus sur les genoux , occupe le centre de la 
composition, un des Rois mages à genoux baise 
les pieds de l'enfant Jésus, qui le regarde, au 
lieu d'avoir la tête tournée vers le spectateur, 



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— 362 — 

saint Joseph se tient debout un peu en arrière, 
il regarde cette scène avec un grand air de 
recueillement ; à droite de la Vierge un des Rois 
mages à genoux s'apprête à faire son ofrande, 
derrière lui se tient un homme portant un tur- 
ban et vêtu de blanc, il est suivi de quel- 
ques autres personnes avec des trophées et une 
bannière ; à la gauche du tableau derrière le 
roi nègre, il y a également quelques personnes 
avec des bannières *. Le lieu dans lequel se passe 
cette scène diflPère un peu : au lieu de l'étable 
rustique du tableau de Bruges, le bâtiment du 
tableau de Madrid est soutenu par des colonnes 
et des piliers de maçonnerie, qui supportent des 
arcs, il est arrondi dans le fond. Entre les co- 
lonnes on aperçoit dans le lointain les édifices 
d'une ville. A une croisée on remarque la tête 
d'un spectateur; c'est le pendant de celle du 
tableau de Bruges, le portrait du peintre *. 

La Présentation au temple forme le sujet du 
volet de droite, les mêmes personnages se retrou- 
vent dans les deux tableaux, sauf que dans celui 
de Madrid on voit derrière le prophète Siméon, 
un lévite, en qui l'on pourrait peut-être recon- 
naître Jacques Floreins, qui se trouve agenouillé 
derrière son frère Jean dans le tableau de Bruges ; 
les personnages se trouvent à peu près dans la 



» Ce sont ces personnages que Crowe et Cavalcaselle attribuent 
à une main étrangère. 

• M. Weale a publié un portrait de Meralinc d'après Van Oost, 
dans son travail intitulé : Hans Memlinc, zyn leven en zyne schilder^ 
werken. 



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— 363 — 

même position; dans le. tableau de Madrid le 
peintre a pu donner plus de développement à 
l'architecture du temple, il Ta aussi un peu 
modifiée, et il a caché en grande partie la table 
couverte d'une nappe blanche qui se trouve au 
premier plan dans le tableau de Bruges; ceux 
qui connaissent ce dernier se rendront facile- 
ment compte des diflFérences qui existent entre les 
deux volets, en examinant la planche ajoutée à 
cet article. 

Le volet de gauche représente la Vierge en 
adoration devant l'enfant Jésus dans la crèche de 
Bethléem ; saint Joseph debout vers la droite du 
tableau contemple cette scène; deux anges à 
genoux adorent le nouveau-né; ils sont, comme 
le remarquent, avec raison, Crowe et Cavalcaselle, 
bien inférieurs au reste de la composition. La 
Vierge est habillée de blanc dans le tableau de 
Madrid ; au lieu d'avancer les mains comme dans 
le tableau de Bruges, elle les tient un peu 
relevées, comme si elle faisait un geste d'ad- 
miration. 

Au revers des volets Memling a peint deux 
figures en grisaille, je le suppose d'après la 
description du catalogue : a claro oscuro, de pincel 
adocenado; mais le catalogue ne les désigne pas, 
et comme le triptyque est constamment ouvert 
on ne peut pas les voir. 

Au Musée des Uffizi à Florence, il y a un 
tableau représentant la Vierge avec l'enfant Jésus 
sur les genoux, adoré par deux anges, que l'on 
attribue à Mômling; mais cette attribution est 



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— 364 — 

évidemment erronée, le tableau doit être d'une date 
bien postérieure. Il est d'ailleurs à observer que 
les catalogues italiens donnent en général des 
attributions un peu hasardées pour les peintres 
flamands de l'ancienne école. Cela n'est pas éton- 
nant, les peintres italiens, leurs contemporains, 
avaient déjà abandonné les traditions gothiques, 
et on peut dire qu'ils étaient d'à peu près un 
siècle en avance sur les peintres du Nord. 

Les Annales de la Société (VEmidation de 
Bruges \ ont publié, il n'y a pas longtemps, des 
documents relatifs au frère Jean Floreins, si in- 
timement lié à la biographie de Memling; ces 
documents donnent des détails sur ses démêlés 
avec le personnel de l'hôpital Saint-Jean, très 
imprudemment recruté après l'épidémie qui avait 
enlevé tous les frères de l'hôpital ; lui seul avait 
échappé; se trouvant sans aides pour soigner 
les malades, il avait admis comme frères des 
convalescents et des domestiques de l'hôpital. 
Floreins , appelé aux fonctions de maître spirituel 
de cet établissement, ne tarda pas à avoir des 
différends avec les frères; il voulut introduire une 
réforme en établissant un nouveau règlement. 
Mécontents de ces mesures, les frères suscitèrent 
à Floreins des difficultés de toute nature, sur 
lesquelles ces documents donnent de longs détails, 
et ils finirent par lui intenter un procès, dont on 
trouve des traces dans les registres du Conseil de 



» Annales de la Société d'Emulation de la Flandre^ Tome XXXI, 
Bruges, 1880. 



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— 365 — 

Flandre. Mais soit que ce procès ait été terminé 
devant une autre juridiction, soit qu'une transac- 
tion ait été conclue, on n'en trouve pas la solu- 
tion dans les registres du Conseil. Un passage 
d'une lettre publiée par M. Flamen semble devoir 
expliquer la nature des revendications du frère 
De Ceuninck et consors contre leur ancien maître 
spirituel; ils l'accusaient d'avoir dissipé le bien 
des pauvres , de lostel * . Ce document contient 
un passage très curieux, qui explique l'absence 
de renseignements dans les registres de l'hôpi- 
tal, sur le séjour de Memling et sur ses rapports 
avec le frère Floreins : « Toutes fois ils (les 
frères) n'ont oncques peu monstrer par eflfect 
(leurs accusations) et luy ont retenu les princi- 
paulx livres, manuels et autres sur lesquels il 
avoit fait ses comptes, affin qu'il n'eust de quoy 
soy deflfendre ne renvergier contre ceulx, et 
peult-être les ont mis au feu, affin que jamais 
n'en soit mémoire et qu'ils ne soient rattains 
de contraire. » Si cette assertion est vraie, il 
faut désespérer de jamais rien découvrir sur les 
relations entre le peintre et le donateur des ta- 
bleaux, qui ont répandu au loin la réputation 
du Musée de l'hôpital et qui font encore une des 
gloires de la ville de Bruges. 

J'ai cru pouvoir revenir sur ces documents 
parce que l'auteur avait inséré dans son article 
quelques notes sur l'origine du frère Floreins que 
je lui avais fournies et dont il n'avait pas bien 



1 Annales de la Société <V Emulation de la Flandre, Tome XXXI, 
p. 84. firugeB, 1880. 



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— 366 - 

saisi la portée. Sans avoir trouvé la solution de 
la question, il était nécessaire de compléter ce 
que cet auteur avait dit sur l'origine probable 
du frère Floreins. 

Sur les volets du tableau se trouvent peints 
deux écussons, celui de droite est de sable à trois 
chevrons d'or, le second d'argent à trois barres 
d'or et à un lion de sable brochant sur le tout, 
que je prends pour les armoiries de la mère de 
Floreins. Cet écusson contient une erreur au point 
de vue de la science héraldique, qui n'admet, 
que par rare exception, que l'on mette métal sur 
métal, il a été évidemment retouché ; mais tel qu'il 
est, en faisant la part des modifications qu'il a su- 
bies, il rappelle suffisamment les armoiries de la 
famille des seigneurs de Ryst ou de Risoir, qui ap- 
partenaient à la famille de Silly, pour que l'on ait 
cherché à le rattacher à cette famille plutôt qu'à 
toute autre du même nom. La famille de Silly, 
qui était une branche des Trazegnies, portait : 
bandé (Tor et cCazur de six pièces à une ombre de 
lion brochant sur le tout ; il n'est pas étonnant qu'un 
peintre peu au courant de la science héraldique, 
n'ait pas connu ces armoires, et qu'il ait cru bien 
faire en mettant un lion de sable, au lieu de 
l'ombre, qui n'aurait dû être que faiblement accu- 
sée. La famille de Silly portait, il est vrai, 
des bandes dans ses armoiries et non des barres, 
mais cette différence peut provenir soit d'une 
erreur, soit d'une modification dont on voit 
des exemples sur les sceaux de la famille de 
Trazegnies, publiés récemment par M. le comte 



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— 367 — 

van der Straten-Ponthoz *, à moins d'admettre 
que Faïenle du frère Floreins, dont il avait pris 
le nom, appartenait à une branche bâtarde de la 
famille de Silly. 

D'après les documents publiés par M. Flamen 
on peut rattacher parfaitement le frère Floreins à 
une famille distinguée, parce qu'on le dit parent 
de l'évêque de Cambray, Jean de Berghes, fils de 
Jean, seigneur de Glymes et de Berg-op-Zoom, et 
de Marguerite de Saint-Simon , qui appartenait à 
une des familles les plus distinguées du Brabant. 
Au reste l'origine brabançonne du frère Floreins 
est d'autant plus probable, que l'on trouve au XV 
siècle, un personnage du même nom à Lennick, en 
Brabant, village qui n'est pas fort éloigné de la 
seigneurie de Ryst ou Risoir, située à Haute-Croix, 
dans le canton de Lennick. De nouveaux renseigne- 
ments viendront peut-être détruire ces conjectures, 
mais j'ai cru devoir donner ces explications un peu 
arides, pour suppléer à ce que l'auteur de l'intéres- 
sant article sur le frère Floreins avait dit du lien 
de parenté qui aurait pu le rattacher aux seigneurs 
de Ryst. 

L.-St. 



» V Ombre de lion des Trasegnies, par M. le comte van dbk 
Straten-Ponthoz. Mons, 1884. V. Planche I, n^ 4 et 8. PI. II, 
no 16 VI, no 17 VI«. 



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— 368 - 



V 

NOTICE BIOGRAPHIQUE 



SUB 



HBISTUI TV^^ELFXJT. 



L'art musical belge a été récemment plongé 
dans le deuil par la mort d'un de nos meilleurs 
compositeurs, Henri Waelput, frappé subitement, 
dans toute la force de la vie, au moment où son 
génie mûri par l'âge, aurait pu donner les œuvres 
qui assurent définitivement l'immortalité. Cepen- 
dant les productions qu'il laisse suffisent déjà 
pour conserver son nom et le faire inscrire au 
premier rang dans notre histoire artistique. Car 
comme le disait le grand compositeur hollandais 
Verhulst dans une de ses lettres, celui qu'on avait 
appelé V enfant de Gand était devenu un homme, 
et l'homme un maître. 

Henri Waelput naquit à Gand le 26 octobre 1845. 
Dès son jeune âge il reçut des leçons de musique, 
mais il ne tarda pas à révéler des dispositions peu 
communes pour cet art, et voici comment on s'en 
aperçut : il s'était mis très jeune à composer, 
sans en avoir jamais soufflé mot à personne. 



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quand, un jour, sa mère découvrit dans le tiroir 
d'une commode un immense paquet de musique 
manuscrite, où il y avait toutes sortes de choses 
et même une ouverture pour orchestre, alors qu'il 
ne connaissait pas d'autre instrument que le 
piano! Le premier moment de surprise passé, on 
résolut de demander l'avis d'un juge compétent et 
l'on s'adressa à M. Charles Miry. Notre populaire 
compositeur gantois, après avoir parcouru ces pro- 
ductions et y avoir remarqué les indices d'un réel 
talent, demanda aussitôt aux parents l'autorisa- 
tion d'enseigner l'harmonie à leur fils ; ils le lui 
accordèrent, mais à la condition qu'il ne donnerait 
que deux leçons par semaine, car ils destinaient 
l'enfant au barreau et ne voulaient pas lui laisser 
abandonner ses études. 

Waelput fit de rapides progrès; dès l'âge de 
quatorze ans il transcrivit Y Ouverture martiale de 
Mengal pour piano à six mains. Il écrivit aussi à 
cette époque , ou bien un peu plus tard : Aimons 
toujours, romance; Ida, redowa de salon (Gand, 
Gevaert, 1861); La plus jolie, romance (ibid.); 
Y Hirondelle envolée, rêverie (ibid., 1862) ; Sij^étais 
fleur, mélodie (ibid., 1863) et une Marche triom- 
phale composée à [occasion des fêtes de Vinaugura- 
tion de la statue de Jacques Van Artevelde (ibid.). 
Les cinq derniers morceaux furent publiés sous le 
nom de H. Lùbner, anagramme du nom de la 
famille maternelle du compositeur : Lebrun. Ce 
sont là des œuvres de première jeunesse et qu'il 
suffit de mentionner. 

Après avoir suivi les cours de l'Athénée et ceux 



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— 370 — 

du collège de S'^-Barbe, — où il alla à la suite 
d'un différend qu'il avait eu avec un professeur du 
premier établissement, — il entra à l'Université , 
et passa l'examen de candidat en philosophie et 
lettres. Dès lors, cédant à une vocation irrésistible, 
il résolut de se consacrer définitivement à son art 
et il alla compléter son éducation musicale au 
Conservatoire de Bruxelles, auprès de Fétis et 
plus tard sous la direction de Ch.-L. Hanssens*. 
Ces études ne furent qu'un simple jeu pour lui, au 
témoignage d'un de ses compagnons de classe au 
Conservatoire : « La science du contrepoint et de 
la fugue lui coûta à peine quelques mois d'études 
et nous lui avons vu résoudre souvent à l'heure 
même où il allait se rendre au cours de composi- 
tion, des problèmes compliqués de polyphonie 
musicale, qui étaient jugés parfaits quand ils 
étaient présentés à l'illustre fondateur du Conser- 
vatoire de Bruxelles. D connut d'intuition, pour 
ainsi dire, l'art d'orchestrer; rien de ce qui touche 
à l'instrumentation ne lui semblait étranger. 
Waelput avait alors l'enthousiasme et la foi dans 
son art. Il admirait les maîtres. Bach, Beethoven, 
Weber, Berlioz, Wagner étaient le sujet constant 
de ses méditations; et il sut puiser dans la con- 
templation de leurs œuvres, ce souffle puissant 
qui anima plus tard certaines pages où se révèle 
chez lui l'aurore d'un génie. » Aussi remporta-t-il 
d'emblée, le 20 juillet 1867, le premier prix au 



* En effet, quoi qu'on en ait dit, Waelput n'a jamais été élève du 
Conservatoire de Gand. 



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— 371 — 

concours dit de Rome, avec une cantate flamande, 
après avoir eu l'année précédente le premier prix 
de composition au Conservatoire. Quand le jeune 
compositeur revint le surlendemain dans sa ville 
natale, on lui fit une entrée triomphale : les 
Sociétés de musique allèrent le recevoir à la 
gare; puis, après les allocutions des présidents 
des diverses Sociétés, le lauréat fut conduit à 
l'Hôtel de Ville pour y recevoir les félicitations 
de l'autorité communale, et de là au local de 
la Société royale des Mélomanes où l'attendait 
l'accueil le plus chaleureux. 

La cantate couronnée : Het Woud {La Forêt) ^ 
fut exécutée le 23 septembre dans la séance 
publique annuelle de l'Académie royale; voici à 
ce sujet un fragment d'article du Journal de 
Gand : « La partition de M. H. Waelput révèle 
un talent précoce pour qui l'art musical n'a plus 
de secrets, et qui à cette science réunit l'inspira- 
tion et la vigueur. Son introduction, d'un style 
large et solennel, pleine de mélodie et de distinc- 
tion, est vraiment magistrale. Plus loin, le chœur : 
Waar ï schuchter wild vol vreeze schuilt, la fin du 
duo et le trio, le récitatif qui précède le chœur 
final, et ce chœur lui-même sont également fort 
remarquables. Dans le trio, l'air du ténor, fort 
bien dit, du reste, par M. Lefèvre, est d'une suavité 
parfaite et a provoqué les applaudissements du 
public. Quant au chœur final, il témoigne de 
beaucoup d'originalité et de hardiesse. Habituelle- 
ment les compositeurs se réservent pour finir un 
effet qu'ils s'efforcent d'obtenir par le concours de 



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— 372 — 

toutes les forœs, voix et orchestre, dont ils dis- 
posent; s'écartant complètement des sentiers 
battus, M. Waelput impose, dans cette partie de 
son œuvre, un silence absolu à l'orchestre, et la 
voix de ses chanteurs n'est accompagnée que par 
la harpe... Qu'il nous soit permis de terminer ce 
rapide compte-rendu par une observation que nous 
croyons fondée. Il nous a paru que M. Waelput, 
entraîné par le développement de ses idées musi- 
cales, s'écarte parfois un peu trop du poème... Ce 
manque d'union de sentiments entre les paroles et 
la musique, ne nuit pas à la valeur purement 
musicale de sa composition, mais à notre avis il 
vaudrait mieux l'éviter. » 

Waelput s'était déjà fait connaître comme com- 
positeur avant son prix de Rome. Le 24 mars 1865, 
il avait fait représenter au Grand-Théâtre de Gand, 
un opéra-comique en deux actes : la Ferme du 
diable, paroles de Victor Wilder et Ernest Houdet. 
La pièce n'eut pas grand succès malgré les jolies 
choses qu'elle contenait; et elle n'eut même, à 
moins d'erreur, qu'une seule représentation. 

Voici encore l'appréciation du Journal de Gand : 
« Cet opéra, qui a deux actes et pourrait être 
réduit à un seul, a pour titre : la Ferme du diable. 
Un mari jaloux, une femme innocemment coquette 
et un séducteur de viUage sont en lutte; tous les 
trois sont corrigés sans efforts par un vieux pâtre, 
et cette donnée toute morale est le sujet de la 
pièce qu'essaie d'égayer un garde-champêtre 
ivrogne et poltron. On a surtout remarqué, dans 
cet opéra, les couplets de la jeune fermière, un 



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— 373 — 

duo des deux époux, un trio et quelques grâces 
de l'orchestration. Mais c'est une forêt vierge qui 
doit être élaguée. L'auteur est plein d'avenir, 
mais il cherche encore sa voie. » Le 11 janvier 1866, 
dans un concert de la Société royale des Chœurs 
on exécuta de lui une ouverture d'Agneessens, qui 
fut aussi donnée à Bruxelles le 13 mars 1866, dans 
un concert organisé par un jeune violoncelliste, 
M. Jacquier, pour se libérer du service militaire. 
« L'ouverture d'Agneessens, dit VÉcho du Parle- 
ment, est l'œuvre d'un jeune musicien, si l'on 
considère la richesse un peu exubérante des effets 
d'instrumentation qui s'y étalent ; elle est l'ouvrage 
d'un artiste consonuné, si l'on tient compte des 
hardiesses harmoniques qui s'y font jour, presque 
à chaque mesure, et j'oserai ajouter, presqu'à 
chaque note. » 

En 1866-1867, il dirigea l'orchestre du Théâtre 
flamand à Bruxelles, où l'on monta sous sa direc- 
tion des œuvres de Peter Benoit, de Ch. Miry, etc. 
H encourut même une amende pour avoir manqué 
à une répétition, le jour de l'exécution de sa can- 
tate de concours : Het Woud! On y reconnaissait 
cependant pleinement ses mérites, car le jour de 
son bénéfice, le 14 février 1867, on lui fit, dit 
VÉcho du Parlement « une de ces ovations qui 
marquent dans la carrière d'un artiste. Mais le 
jeune musicien tenait beaucoup moins, paraît-il, 
à quelques avantages pécuniaires et à certaines 
manifestations devenues banales à force d'être 
prodiguées, qu'à initier le public à la connaissance 
de ses ouvrages. Aussi a-t-il cru devoir saisir avec 



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— 374 — 

empressement roccasion qui s'oftrait pour cette 
exhibition. D a donc fait interprêter, en guise 
d^anteludium, une série de morceaux de sa compo- 
sition : une ouverture, un quintette, un concerto 
et un divertimento. L'ouverture d^Agneessens, je 
l'ai jugée l'an dernier en la taxant de coup de 
maître. Le quintette, je le placerai bien au-dessus 
de la plupart des essais qui ont été faits en ce 
genre parmi nous, et je constaterai surtout que 
l'adagio, par les deux motifs qui s'enchevêtrent et 
s'entrecroisent, est combiné avec un art réeUement 
exquis. C'est cette page que je voudrais voir dé- 
rouler aux concerts de M. Samuel * avec la préface 
instrumentale d'Agneessens. Pour le concerto de 
flûte, une vraie symphonie, je n'ai pu l'apprécier 
dans tous les détails, l'orchestre ayant écrasé 
presque constanunent les parties concertantes, 
mais le travail m'en a semblé ingénieux, bien que 
fondé en grande partie sur des imitations. J'ai 
appelé ailleurs ces artifices, les concetti de la 
musique. Je maintiens ma définition. H faut par- 
donner -à l'auteur une petite réminiscence du 
deuxième acte de Guillaume Tell, en faveur de 
l'excellent parti qu'il a su en tirer. Le divertimento 
est d'une tournure piquante et allègre. L'enchaîne- 
ment est parfait. Somme toute, M. Waelput a 
réalisé des progrès immenses depuis deux ans. 
Son horreur instinctive du lieu commun le pré- 
serve d'une foule de banalités creuses qu'il peine 



^ Concerts popalaires de musique classique qui se donnaient alors 
à Bruxelles. —P. B. 



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— 375 — 

d'entendre, et son extrême hardiesse en fait d'har- 
monie le sert parfois admirablement. Il peut, sous 
ce rapport, être classé dans la catégorie des 
avancés. Audaces fortuna juvat. Si le proverbe 
tant de fois vérifié à la lettre, se réalise pour 
M. Waelput, il devra surtout cette bonne chance 
à la qualité progressive, s'il m'est permis de 
m'exprimer ainsi, de ses combinaisons har- 
moniques. » 

Quelques temps après l'exécution de sa cantate, 
Waelput se mit en route pour le voyage qui est le 
prix du concours de Rome. Il avait choisi l' Alle- 
magne, pays dont il comprenait le mieux le génie 
musical ; mais il n'y resta guères qu'un an et demi. 
En effet on lui écrivit pour lui offrir la place de 
directeur de l'École de musique de Bruges * ; il se 
laissa séduire par des flatteuses promesses et il 
accepta : au moment de sa nomination (16 jan- 
vier 1869), il n'avait pas vingt quatre ans. 
Voulant se faire connaître des Brugeois, il donna 
le 16 février, un concert composé exclusivement 
de ses œuvres et où celles-ci furent très bien 
accueillies. 

Le 24 janvier 1870, il inaugura des concerts 
populaires de musique classique avec un pro- 
gramme composé d'oeuvres allemandes et belges, 
et où à côté des noms de Beethoven, Weber, 
Schumann et Wagner, se lisaient ceux de Hanssens, 
de Gevaert et de Waelput lui-même. « Malgré tous 



» Cette école de musique est devenue conservatoire en 1879. 



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— 376 — 

les obstacles semés sur leur chemin, dit le Guide 
musical du 3 février 1870, le succès a été immense. 
Avant toute autre ville de province, Bruges a osé 
tenter et réalisera progressivement ce qui, il y a 
quelques années, était considéré par des hommes 
jugés compétents une entreprise téméraire, chimé- 
rique, même dans la capitale. 

.... L'exécution a été des plus parfaites non 
seulement sous le rapport de la précision, mais 
encore sous le rapport de l'interprétation, fruit 
des études profondes d'esthétique qui constituent 
la supériorité de M. Waelput. » 

n fut aussi chef d'orchestre du Théâtre de 
Bruges, et les ovations qu'on lui décerna à chacun 
de ses bénéfices furent bien méritées; voici en 
effet ce qu'écrit le Journal de Bruges^ le 2 avril 
1870 : « A force de travail et de soins constants, 
cet habile chef est parvenu à former une pha- 
lange de musiciens capables d'aider au succès 
des ouvrages lyriques. L'art de lire les partitions 
et surtout l'art d'accompagner ne sont pas choses 
faciles, et il faut une aptitude spéciale pour 
dresser un orchestre. La besogne est souvent 
ardue, et c'était d'autant plus le cas à Bruges, 
puisque quelques rares artistes seulement avaient 
eu l'occasion de s'exercer à jouer dans un orchestre 
avant l'ouverture de notre Théâtre. » Il n'y a rien 
de trop dans ces éloges ; Waelput était réeUement 
un chef d'orchestre hors ligne, et il parvenait 
quelquefois à accomplir de véritables tours de 
force; pour ne citer qu'un exemple, — à son 
bénéfice, en 1885, au Théâtre de Gand, les musi- 



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— 377 — 

ciens exécutèrent non pas sotts^ mais sans sa 
direction, l'ouverture de Guillaume Tell^ et cela 
avec une rare perfection et sans le moindre acci- 
dent. N'est-ce pas le cas de dire avec Berlioz qu'ils 
doivent être fiers les musiciens qui voient en 
pareille occasion leur chef se croiser les bras? 

Mais revenons à Bruges. Malgré la grande 
impulsion qu'il avait donnée à la musique dans 
cette ville, malgré tout son talent et tout son 
mérite, la position du jeune compositeur y était 
devenue presque insoutenable. La politique s'était 
introduite dans son entreprise des concerts popu- 
laires, et l'envie de médiocrités prétentieuses lui 
faisait une opposition constante. Waelput n'y 
résista pas longtemps et il envoya bientôt sa 
démission au Conseil communal de Bruges, par 
la lettre suivante : 

Bruges, le P juillet 1871. 
Messieurs, 

Ma dignité et ma conscience d'artiste me font un devoir 
de renoncer à la direction de votre École de musique. 

Dès les premiers jours de mon installation, j'ai senti que 
je n'aurais pas la souplesse de caractère nécessaire pour 
être l'instrument flexible de petits cénacles politiques, et 
que je ne trouverais pas l'appui voulu pour faire sortir l'art 
musical de la vieille ornière, le faire renoncer aux puéri- 
lités de l'école romantique et accepter les leçons sévères 
des grands maîtres. L'hostilité injustifiable qu'ont ren- 
contré les concerts populaires de musique classique m'a 
enlevé la dernière illusion au sujet des tendances qui 
dominent dans votre ville. 



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— 378 — 

Je quitte mon poste sans regret, parce que je le juge sans 
utilité dans la situation servile qui lui est faite. Malgré 
cette décision, j'offre mes services à la commission de l'école 
de musique pour faire la besogne des concours et achever 
mes cours d'harmonie, de contrepoint et de fugue. 

Agréez, Messieurs, mes civilités, 

H. Waelput. 

Le 11 septembre 1871 il fit encore exécuter à 
Bruges sa Memlinc-cantate ; puis, après un court 
séjour dans sa famille, il se mit à voyager comme 
capeU-meister; il est impossible de le suivre pas à 
pas dans cette carrière errante. Tour à tour à 
La Haye (1872-1873), à Dijon (1873-1874), à 
Gand (1875-1876), à Liège, à Anvers (1879-1880), 
enfin à Gand (1882-1885), il se fit toujours applau- 
dir pour ses grandes et sérieuses qualités de 
directeur; car il possédait sous ce rapport une 
remarquable habileté et, grâce à l'ascendant qu'il 
savait acquérir sur ses musiciens, il transformait 
en peu de temps tout un orchestre. 

Pendant cette longue période, il n'oublia pas la 
composition et il s'y livra même avec une grande 
ardeur. En 1872, après son départ de Bruges, il 
fit jouer à Bruxelles sa première symphonie en 
ré mineur, à laquelle le critique musical de VÉcho 
du Parlement consacra les lignes suivantes : « Qui 
écrit aujourd'hui des symphonies? Qui est capable 
d'en produire? Un jeune musicien victorieux, il 
y a quelques années, au concours de Rome, 
M. Waelput, de Gand, a eu cette audace rare, 
et actuellement son nom retentit, accompagné 



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- 379 — 

d'éloges aussi brillants que spontanés, aux quatre 
coins de la capitale; peut-être même ce nom sera- 
t-il populaire, sous peu, dans le monde musical 
entier. C'est que M. Waelput vient de faire un 
vrai coup de maître dans un domaine où de 
grandes individualités ont laissé leurs empreintes 
de génie et qui a été profané tant de fois par 
d'absurdes tentatives. Une symphonie écrite dans 
la bonne portée des instruments; avec une élé- 
gante clarté, avec une ordonnance logique dans 
toutes les parties, avec une vigueur d'allures qui 
vous impose et un intérêt qui ne décroit point 
jusqu'au bout; une symphonie renfermant des 
idées fines et distinguées, vigoureuses et émou- 
vantes et toutes remplies de l'imprévu le plus 
charmant; une symphonie tissée avec une éton- 
nante habileté, où les harmonies riches, hardies 
et variées, surgissent de la façon la plus naturelle 
et où la sonorité la plus exquise préside aux 
moindres groupes de la masse orchestrale, voilà, 
sans contredit, un rara avis^ par le temps de 
pastiches musicaux qui court, et à un moment où 
le plus piètre musicien parvient à se faire une 
réputation au moyen de tronçons mélodiques em- 
pruntés péniblement ça et là et juxtaposées avec 
un soin qui vous déroute et vous confond. Un 
amateur, ébloui par cette œuvre virile et forte, 
disait autour de moi que Beethoven eut signé des 
deux mains le larghetto adorable qui se déploie 
dans la deuxième partie avec tant d'accents nobles 
et passionnés. Je souscris à ce verdict si juste et 
si sensé, et j'ajoute que les autres parties de cet 



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— 380 — 

ouvrage ont un droit presque égal à l'admiration. 
Je citerai notamment Fallegro final, remarquable 
par les combinaisons savantes qui s'y déroulent 
sans amener la moindre confusion, et où une verve 
endiablée, un rythme incisif, une ampleur magis- 
trale, une émotion chaleureuse et frémissante 
circulant dans les trois groupes principaux de 
l'orchestre, vous mènent d'étonnement en étonne- 
ment et font de cette péroraison quelque chose 
d'immense et d'irrésistible, qu'on ne rencontre 
dans aucun des nombreux essais de symphonies 
qui ont été tentés depuis le génie tourbillonnant 
et vertigineux de Beethoven. » 

Quelques jours après l'exécution de cette sym- 
phonie à Bruxelles, elle fut jouée aussi à Gand 
dans un concert dont les œuvres de Waelput 
faisaient les seuls frais. A côté de la symphonie, 
se trouvaient la marche de Hans Memlinc, un air 
de Berken de Diamantslijper {Robert, le Tailleur de 
diamants)^ le menuet de la seconde symphonie en 
mi bémol, le concerto symphonique pour flûte 
et la cantate : Het Woud. Voici l'analyse que 
M. E. Evenopoel a donnée du concerto sympho- 
nique : « L'œuvre, de grande allure et de dimen- 
sion peu commune, doit être l'une des plus 
importantes, sinon la plus considérable qui ait 
été écrite pour flûte. La partie principale offre 
de grandes difficultés et une surabondance de 
notes que l'orchestre, toujours militant, étouffe 
parfois. Les thèmes de l'allégro moderato, procé- 
dant d'une même essence, prêtent à d'ingénieuses 
combinaisons, à des rentrées de motifs habilement 



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— 381 — 

ménagées. Le quatuor de violoncelles avec les 
reparties du cor solo est d'un charmant effet dans 
Tandante. Pourquoi faut-il que ces quatre notes 
rappellent l'accompagnement d'un chœur de 
Guillaume-TeU? M. Waelput n'a-t-il pas cru qu'il 
suffit d'une ressemblance puérile en elle-même, 
pour exciter la critique chatouilleuse? Si non, il 
a eu tort; il est toujours possible de dissimuler 
des réminiscences presqu'inévitables, avec un 
instrument dont les ressources sont restreintes; 
la dissimulation s'impose lorsque le passage est 
souligné comme c'est ici le cas. Le finale du con- 
certo, vigoureusement traité, n'en est pas le 
fragment le moins intéressant. M. Waelput y a 
introduit une cadence très habilement conçue, 
rappelant les divers épisodes des autres parties. » 
A l'occasion d'une visite des riflemen anglais à 
la Ville de Gand, lors du grand tir international 
de 1872, Waelput composa une nouvelle cantate : 
de Zegen der Wapens {la Bénédiction des Armes) ^ 
où il introduisit une combinaison originale de la 
Brabançonne et du God save the Queen, et qui fut 
exécutée le 15 septembre 1872 : « Il y a dans cette 
œuvre de M. Waelput, dit le Journal de Gand, de 
l'imagination, de la puissance et une science pro- 
fonde de l'orchestration. Un musicien éminent, 
assis près de nous au concert, et dont l'opinion fait 
autorité, nous disait à ce propos : « M. Waelput 
» joue de l'orchestre comme M. Jaëll joue du 
» piano. Variété de timbres, sonorité, maniement 
» des masses, il sait tout ; il développe à merveille 
» toutes les énergies orchestrales, il nuance avec 



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- 382 — 

» un grand art, et c'est en maître qu'il emploie 
» toutes les ressources de l'instrumentation. » 
Nous n'avons rien à ajouter à un tel éloge, sinon 
pour faire la part de la fécondité et de la richesse 
des motifs mélodiques qui surabondent dans sa 
composition. ... M. Waelput est encore à l'âge où 
l'on se prodigue; plus tard, il se ménagera davan- 
tage, parce qu'il n'aura plus à faire ses preuves. 
Nous les tenons pour faites dès aujourd'hui et 
d'une manière éclatante. » Il composa encore à 
la même occasion un chœur Broedergroet (SaliU 
fraternel)^ sur des paroles de N. Destanberg, et 
fit un arrangement d'airs nationaux hollandais 
sous le titre de Nederlandsche hymnen, 

La même année parut à Bruges son premier 
recueil de Iteder dans lequel il faut surtout remar- 
quer : OrUtoovering {Désillusion), Afscheid {Sépara- 
tion) et Aan U (A Toi)\ cette dernière mélodie, 
d'une ampleur et d'une profondeur admirables est 
certainement une des plus belles inspirations de 
l'auteur. 

Puis il se fait connaître à l'étranger : à La Haye, 
en 1872, il remporte un très grand succès avec 
sa première symphonie. A Dijon, c'est dans sa 
seconde symphonie en mi bémol, sa Danse des 
Quartes, sa Marche de Memlinc et dans un entr'acte 
de Berken qu'il se fait applaudir. Voici en quels 
termes la Côte dor analyse la symphonie : 
« L'allégro débute par les cuivres, et l'idée mu- 
sicale est d'abord développée par les instnunents 
d'harmonie, puis par les instruments à archet. 



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— 383 - 

L'andante avec solo de hautbois et de violon, est 
un petit bouquet mélodique encadré d'un accom- 
pagnement imitatif fort bien réuni. Le menuet 
est surtout remarquable par la grâce due à l'em- 
ploi très intelligent du contrepoint fugué et des 
modulations enharmoniques. Le finale, écrit avec 
une grande vigueur, est traité en fugue et contre- 
point fleuri; il se termine par le rappel très heu- 
reusement amené de l'idée première. » 

Le 9 janvier 1876, nouveau concert de ses 
œuvres au Palais-Ducal à Bruxelles; le pro- 
granune en comportait la symphonie n"* 2 en mi 
bémol, composée à la mémoire de Ch.-L. Hanssens 
et qui rappelle tout à fait la manière de ce maître, 
— des fragments de l'opéra inédit Berken de 
Diamantslyper (prélude, entr'acte et chœur), des 
fragments symphoniques {Andante sosteniUo et 
Allegro) et la cantate de Zegen der Wapens. « Sans 
prétendre rester tout à fait dans le cadre du 
genre, dit le Guide musical, la symphonie est une 
œuvre entièrement originale, ne rappelant, ni 
les grands maîtres, ni les contemporains. Tout 
au plus pourrait-on dire que par sa tonalité 
générale, elle se rapproche des œuvres analogues 
de Joachim RaflF, mais avec une couleur et un 
dessin tout personnels. L'on y trouve de la 
largeur dans le style, de la suite et de l'élévation 
dans les idées, le tout uni à une instrumentation 
soignée, ingénieuse, avec un emploi intelligent 
et souvent fort heureux des cuivres et des instru- 
ments à percussion. Citons particulièrement l'an- 
dante cantabile d'un sentiment très fin et qui 



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— 384 — 

s'ouvre sur une phrase large et magnifique, dite 
par les violoncelles; le menuet, motif vraiment 
beau et fort piquant et l'allégro des fragmenta 
symphoniques, plein de mouvement, de distinc- 
tion et de couleur. Mais où brillent l'énergie, 
l'éclat et la vigueur du compositeur, c'est dans 
sa musique dramatique et dans sa cantate. Le 
prélude et le chœur se distinguent par une 
ampleur et une majesté pleines de puissance. Le 
style en est mouvementé, dramatique. L'auteur 
s'y rapproche des procédés de la nouvelle école. 
La cantate est surtout remarquable par son éclat 
et sa sonorité grandiose. La partie chorale en 
est très belle et captive immédiatement l'atten- 
tion. C'est une œuvre ayant un cachet sui generis, 
où rien de banal et de conventionnel n'est entré, 
si ce n'est que l'auteur y a fait habilement in- 
tervenir les principaux hymnes nationaux de 
l'Europe, ce qui était de rigueur dans un mor- 
ceau de cette nature. C'est en ce genre une des 
plus belles choses que nous ayons entendues. 
M. Waelput est un musicien doué d'un vrai 
tempérament. Outre la science qu'il possède, 
mais que nous trouvons encore chez d'autres, 
il a ce qui fait surtout défaut à nos jeunes 
artistes, c'est-à-dire des idées, et des idées à lui, 
l'originalité grefiee sur l'inspiration. » 

Le 15 janvier, sa symphonie h° 4, en ut majeur, 
dédiée à S. M. Léopold II (symphonie nationale), 
déjà exécutée au Grand Théâtre de Gand le 15 no- 
vembre 1875, obtenait de nouveau un très grand 
succès au concert de la Société royale des Chœurs. 



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— 385 — 

Cette œuvre, qui ne le cède en rien à ses aînées, 
fait briller comme elles, la remarquable alliance 
de la science et de l'inspiration mélodique qui 
distinguait Waelput. On y remarque surtout Tal- 
legro,randante et le menuet qui est un petit chef- 
d'œuvre de finesse et d'orchestration. 

C'est alors que la ville de Gand vint demander 
au compositeur une œuvre destinée à être exécutée 
pendant les fêtes du trois-centième anniversaire 
de la Pacification de Gand. Celui-ci la promit et se 
mit aussitôt à l'œuvre avec une grande ardeur; 
il composa son chef-d'œuvre : De Pacificahe van 
Gent (La Pacification de Gand)^ vaste cantate 
historique pour chœurs et orchestre, exécutée le 
4 septembre 1876 au grand concert organisé par 
la Société royale des Mélomanes. Voici comment 
s'exprime à ce sujet la Flandre libérale : 

« Cette œuvre, écrite sur un poôme d'Emmanuel 
Hiel — une très excellente page du plus grand de 
nos poètes contemporains, — est un ouvrage de 
tout point réussi, et, à mon sens, le meilleur qu'ait 
produit jusqu'ici le jeune maître. Entre la musique 
si simple de M. Miry et celle de M. Waelput, il 
y a un monde ; il y a plus qu'un monde, il y a une 
révolution accomplie, tout un abîme. Aussi, la 
musique de M. Waelput est-elle de hautes visées ; 
elle nage en plein dans les eaux de l'art actuel, 
elle subit toutes les influences de cet art, elle en 
recherche les efiets violents, les sonorités stri- 
dentes, les harmonies accommodées au vitriol, 
pour me servir de l'expression d'Hector Berlioz. 
Ceci n'est point une critique; car, si c'en était 



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— 386 — 

une, elle s'adresserait, non pas au comiKwiteur, 
mais au temps présent, qui exige des mets assai- 
sonnés de forts condiments. M. Waelput a raison 
d'être de son époque; et, d'ailleurs, ses ouvrages 
ont un avantage marqué sur beaucoup d'autres 
qui sont dans la même tendance; ils montrent un 
compositeur dont l'intelligence est essentiellement 
musicale, un vrai musicien qui possède toutes les 
ressources, tous les procédés, toute la technique 

de son art, et qui en dispose à sa guise 

M. Waelput a introduit dans son œuvre plusieurs 
anciens airs flamands, le Tiende Penning, l'iné- 
vitable WtlhelmuS'liedy la chanson du tabac, ainsi 
qu'un vieux cantique protestant. Il les a parfaite- 
ment fondus dans la forme générale, de manière 
à ne point nuire à l'unité de l'ouvrage et à ne point 
reléguer au second plan la pensée dominante. Il 
y a là un talent de facture d'une haute valeur. 
D'autre part, l'habileté dans le maniement des 
sonorités vocales et instrumentales est extrême. 
Pour louer les bons endroits, il faudrait citer 
presque tout. Obligé de me restreindre, je veux 
du moins mentionner le principal épisode : Gent, 
volschoone stede! parce qu'il témoigne d'un sens 
mélodique très intense. La période musicale, bien 
large, bien chantante, bien déclamée, passe aux 
différentes voix, se développant sans cesse, s'en- 
tourant de sonorités toujours nouvelles et s'épa- 
nouissant enfin dans une conclusion. La mélodie 
n'est peut-être pas absolument originale, et l'épi- 
sode même semble un peu étendu. Mais comme 
l'ensemble est parfaitement en situation, et qu'il 



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— 887 — 

est construit avec un art extrême, l'effet quren 
résulte est tout à fait saisissant. En somme, la 
cantate de M. Waelput est l'œuvre d'un maître 
arrivé à la complète possession de son talent. Son 
succès a été très grand, très mérité, et l'immense 
auditoire de la grande salle du Casino a acclamé 
l'auteur d'un cri unanime. » 

La même année, il publia dans la cinquième 
série des Nederlandsche Zangstukken, édités par le 
Willems-Fonds à Gand, deux mélodies : Verre 
(Loin)^ et De droefheid kwam {La tristesse vint) y 
la première empreinte d'un sentiment très étrange 
et la seconde d'une pénétrante mélancolie. 

Mentionnons encore en 1878 la première exé- 
cution de sa troisième symphonie en si mineur, 
le 2 février, au grand concert organisé par le 
corps des étudiants de l'Université de Gand. 
« Cette nouvelle symphonie, dit la Flandre libé- 
rale, écrite avec le même talent que ses précé- 
dentes productions, révèle en outre des qualités 
d'un ordre plus élevé. Ainsi, il y a de la fantaisie 
et de l'imagination dans le scherzo du sentiment 
et de la poésie dans l'andante : et cette fantaisie, 
cette imagination, ce sentiment appartiennent en 
propre à M. Waelput, ce qui n'est pas peu de 
chose. Comme aucun procédé ne gêne le jeune 
maître, il peut, lorsqu'il écrit, s'abandonner abso- 
lument à sa pensée, à son sentiment; et, pour 
peu qu'ils s'éveillent, ils sont alors exprimés avec 
la fraîcheur, la naïveté, sans lesquelles il n'est 
point d'œuvre d'art. J'aime moins le premier 
allegro qui n'est qu'un morceau bien fait, et 



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moins encore le finale qui n'a pas même ce mé- 
rite. L'œuvre n'en est pas moins fort distinguée 
dans son ensemble, et gagnerait beaucoup à être 
entendue de nouveau, mais alors dans de meilleures 
conditions d'exécution. » 

La seconde symphonie, en mi bémol, remporte 
au festival de Bruges, où elle est exécutée la même 
année, un succès colossal. 

En 1879, il publia chez H. Possoz à Anvers, 
une seconde série de Zes gedichten {Six poésies) 
d'Eugène van Oye, ainsi que : Minne- en Wiegelied 
{Chant dC amour et Berceuse), aussi sur des paroles 
d'Eug. van Oye. Ce nouveau recueil, composé de 
six joyaux mélodiques, est peut-être le plus bel 
aJbum de mélodies flamandes de cette époque. 
On ne sait laquelle préférer : et la naïveté char- 
mante du Jeugd en Liefde {Jeunesse et Am^ur)^ 
l'élan superbe du In de Duinen {Dans les Dunes) ^ 
l'amère et poignante douleur du Stàbat Mater, 
captivent tour à tour l'auditeur. L'éminent musi- 
cologue belge, Edmond Vanderstraeten, leur a 
consacré un article extrêmement élogieux dans 
le Guide Musical du 20 février 1879. 

Le 27 avril 1879, Waelput offrit encore à ses 
concitoyens un concert dont le programme ne 
comportait que des œuvres de sa composition. 
La Flandre libérale en rendit compte comme 
suit : « La plupart des morceaux exécutés avaient 
déjà pu être appréciés par notre public ; le 
programme portait en effet la Feest-Ouverture , 
jouée dernièrement au concert donnée par la 
Fraternité, le concerto de flûte exécuté à notre 



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— 389 — 

Conservatoire *, enfin les fragments de l'opéra 
Berken de Diamanislijper, et le charmant cantabile 
de la symphonie en si mineur, que M. Waelput nous 
avait déjà fait entendre dans une précédente audi- 
tion de ses œuvres. Les morceaux nouveaux pour 
nous étaient une série de mélodies avec accom- 
pagnement d'orchestre, qui ont été interprétées 
par M™® De Give-Ledeleer. Ces œuvres nouvelles 
ont fait une vive impression sur le public, et il nous 
a semblé qu'elles ne le cédaient en rien aux pré- 
cédentes compositions de M. Waelput. Elles sont 
évidemment mieux écrites pour la voix que les 
deux airs de son opéra. On y remarque aussi une 
orchestration habile, remplie de couleur, n'écra- 
sant jamais la voix, ainsi qu'une grande origi- 
nalité. La romance pour cor était aussi nouvelle 

pour nous; elle a été jouée par M. Merckx 

Tous les morceaux ont été applaudis comme ils le 
méritaient par le public qui assistait à cette inté- 
ressante séance. » 

Le 12 novembre, il se rendit à La Haye pour 
y diriger sa seconde symphonie et il y remporte 
un très grand succès. « Les journaux hollandais, 
dit le Guide Musical, reconnaissent en M. Waelput 
un musicien du plus grand mérite, sachant à fond 
les secrets de son art, cherchant et développant 
les motifs avec une véritable maestria. » 

Le 19 novembre de cette même année 1879, 
il fut nommé professeur d'harmonie à l'Ecole de 
Musique d'Anvers, position qu'il occupa jusqu'à 

> Comme morceau de concours. — P. B. 



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— 390 — 

sa mort, et qu'il ne quitta jamais, quoi qu'en aient 
dit certains journaux. Son enseignement clair et 
méthodique y produisit les meilleurs fruits, grâce 
surtout à la faculté qu'il possédait d'exposer les 
difficultés les plus arides de l'harmonie, sans 
exiger de ses auditeurs une trop grande tension 
d'esprit. Aussi ses élèves lui portaient-ils un grand 
respect en même temps qu'une grande affection ; 
et ils lui en donnèrent de nombreuses preuves. 

n dirigea à Bruxelles en 1879 le Concert 
national^ entreprise intéressante qui avait pour 
but de fournir aux compositeurs belges l'occa- 
sion de faire entendre leurs œuvres au public, 
et dont il y eut quatre séances. Waelput y fit 
notamment exécuter son concerto symphonique 
pour flûte et le cantabile de sa symphonie en 
si mineur. 

Le 14 mars 1881 eut lieu au Théâtre national 
flamand de Bruxelles, la première représentation 
du drame lyrique Stella^ en cinq actes, paroles de 
MM. Teirlinck-Styns et musique de Waelput. Voici 
le compte-rendu qu'en donne le Guide musical : 
« La pièce n'a pas grand intérêt. Elle est fort naïve, 
bien que la naïveté, quand elle a sa raison d'être, 
est une qualité précieuse ; mais ici la naïveté est 
plutôt l'absence de ce qui constitue une bonne 
pièce. Cela ne veut pas dire que Stella soit sans 
mérite; au contraire : elle est touchante, sincère 
et mêle agréablement le patriotisme à l'amour, la 
vengeance à la reconnaissance. M. Waelput a pu 
profiter de ce mérite. Les scènes patriotiques lui 
ont inspiré les meilleures pages de sa partition^ 



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— 391 - 

celles qui, par l'intervention du choeur ont quelque 
importance. 

n est regrettable qu'il s'en soit tenu là et qu'il 
ait, d'autre part, étendu si longuement le mélo- 
drame qui accompagne les différentes péripéties 
de la pièce. On voudrait par-ci par-là quelque 
chose de plus développé, et l'on sacrifierait volon- 
tiers, pour l'avoir, une bonne partie du reste. 
Celui-ci pourtant est, en tant que mélodrame, 
très habilement et très discrètement écrit, et il 
renferme même des détails remarquables comme 
forme et comme expression. M. Waelput est, 
d'ailleurs, une vraie « nature » ; son instrumen- 
tation est riche, puissante, et certaines rémi- 
niscences un peu accusées ne l'empêchent pas 
de dire toujours ce qu'elle veut dire, et de le dire 
bien. En somme œuvre intéressante à plus d'un 
titre. Le succès n'a pas été marchandé ni à 
l'auteur, qui a dirigé lui-même son orchestre et 
qui en a reçu des ovations enthousiastes, ni aux 
interprêtes qui ont chanté et joué de leur mieux 
le drame lyrique de nos compatriotes. » Les prin- 
cipaux morceaux de cette œuvre sont : l'ouver- 
ture, le chant d'amour de Stella, la chanson 
d'Otfried et le chant des patriotes au premier 
acte, le prélude et la scène du rêve de Stella au 
second, le récitatif de Stella et le chœur des 
patriotes au quatrième, enfin la ballade de Stella 
et la complainte d'Otfried au cinquième. « L'ou- 
verture, qui s'attache surtout à peindre le côté 
historique de l'œuvre, dit un critique musical 
français, est d'une belle facture, ferme et con- 

26 



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- 392 — 

cise; les principaux motifs auxquels M. Waelput 
assigne pour ainsi dire, un rôle dans la pièce, 
s'y trouvent résumés. EUe est de plus, orchestrée 
de main de maître. Le deuxième acte de Stella 
présente une succession de petits tableaux sym- 
phoniques soulignant les péripéties du drame. 
M. Waelput a pu y donner carrière à des sonorités 
fantastiques, à de bizarres harmonies. Il faut citer, 
en première ligne, le Thème du Rêve, poétique 
mélodie d'un charme pénétrant, surtout quand le 
violon solo le fait entendre en sourdine pendant 
le récit de Stella racontant sa vision. » 

Il composa vers la même époque pour le con- 
cours de chant d'ensemble organisé par la ville 
de Gand, un chœur à quatre voix, qui fiit imposé 
en première division (section étrangère) : De Eik 
{Le Chêne)^ œuvre ardue et remplie de difficultés 
vocales. Il dirigea encore en 1881 plusieurs 
concerts au Waux-Hall à Bruxelles où il fit 
exécuter entre autres des fragments de Stella, 

A l'occasion des fêtes que l'on célébra au mois 
de septembre 1881 en l'honneur du romancier 
populaire flamand Henri Conscience, Waelput 
composa une ouverture : Hulde aan Conscience 
{Ho7nmage à Conscience), que V Étoile belge apprécie 
en ces termes : « L'auteur, passé maître en l'art 
de tisser les sonorités orchestrales, est parvenu 
à grouper dans un cadre relativement restreint, 
une série de thèmes, reliés entre eux par des liens 
extrêmement habiles et qui tour à tour s'ali- 
mentent, chemin faisant, d'affluents divers, jusqu'à 
la péroraison, dont l'explosion a lieu à l'aide du 



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- 393 - 

motif générateur appuyé, cette fois, fragmentaire- 
ment par les motifs en sous ordre, et aboutit à 
une puissance inimaginable. Un orchestre formi- 
dable est mis en ligne. La conception néanmoins 
prime tout ici; et un esprit éminent a seul pu 
ordonnancer un aussi vaste déploiement de res- 
sources instrumentales : « Voici à côté de cela, 
l'analyse qu'en donne le National : « Elle (l'œuvre) 
débute par une phrase mélodique très ample et 
d'un mouvement remarquable. Parfois, à certains 
passages, elle rappelle les chants du XIP et du 
XUI® siècle. Elle se termine par un crescendo 
d'une grande envolée, par une attaque générale 
des instruments de cuivre mêlés aux instruments 
à cordes, retraçant la grandeur de la journée et 
peignant d'une façon très colorée l'admiration 
populaire, la joie de tous. » Cette œuvre fut 
exécutée à Gand, le 28 janvier 1882, avec des 
morceaux de Stella, dans un concert de V Associa- 
tion des artistes micsiciens; et le 11 mars 1882 à 
Anvers, au troisième concert de l'École de 
musique. 

Citons encore parmi les concerts dont les pro- 
grammes portèrent le nom de Waelput, ceux de 
Strasbourg, Ostende, Boulogne-sur-Mer *, etc., où 
ses œuvres remportèrent toujours un éclatant 
succès. 

En 1883, Waelput fut chargé de diriger le 
grand festival de musique nationale et étrangère, 



* Henri Waelput était Vice-Président d'honneur de la société des 
concerts populaires de cette ville. 



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— 394 — 

organisé à Gand par la Société royale des Mélo- 
manes, et qui eut lieu le 1^*^ et le 2 juillet. Dans 
cette importante solennité musicale, où l'on exé- 
cuta notamment la neuvième symphonie de Beet- 
hoven, on entendit de Waelput même la cantate 
de la Pacification et un chœur final ; les journaux 
ne surent ce qu'il fallait louer le plus : du com- 
positeur de génie ou du chef d'orchestre qui avait 
su mener à bon port cette gigantesque entreprise. 
Cependant, la récompense officielle que Waelput 
ambitionnait, ne lui fut point accordée ; et, malgré 
tous les honneurs qu'on lui rendit dans sa ville 
natale pour essayer de lui faire oublier cet échec, 
le compositeur en fut vivement afiecté. Cette dé- 
ception, jointe aux fatigues occasionnées par les 
répétitions du festival, ne tarda pas à le rendre 
malade ; quand il se releva, sa belle humeur, qui en 
faisait un tempérament si vraiment flamand, avait 
disparu pour faire place à une noire mélancolie. 
C'est alors qu'il écrivit dans un album les lignes 
suivantes : « Cette langue divine, qu'on appelle 
la Musique, est parlée par tous et connue de i>eu. 
Heureux ceux qui la possèdent à fond et la peuvent 
enseigner; car j'estime que si elle procure des joies 
indicibles, elle console en même temps de toutes 
les infortunes, de toutes les déceptions, de toutes 
les injustices. » Mais ce fut en vain qu'il chercha 
des consolations dans la musique et dans la philo- 
sophie, à laquelle il s'adonna quelque temps ; rien 
n'y fit : tous les jours il était plus accablé. Les 
fatigues de Tannée théâtrale 1884-1885, pendant 
laquelle il fut chef-d'orchestre au Théâtre de 



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— 395 — 

Gand, achevèrent de l'abattre. H s'apercevait, 
d'ailleurs, lui-même qu'il était condamné, et il ne 
se faisait aucune illusion sur son état de santé. 
« Je sens bien que je m'en vais tout doucement, » 
disait-il souvent à l'auteur de cette notice. Et le 
9 juillet 1885, à 3 heures du matin, il mourut 
des suites d'une pleurésie qu'il avait depuis 
peu. Quelques heures avant sa mort, il fut pris 
d'un transport au cerveau; et, se croyant à la 
tête de ses musiciens, il dirigea jusqu'au matin cet 
orchestre imaginaire. Il n'avait pas 40 ans «. 

Voilà comment finit cet artiste qui donnait à 
bon droit les plus hautes espérances, et en qui 
sa ville natale voyait avec fierté un noble émule 
de son maître Ch.-L. Hanssens, celui que Mendels- 
sohn appelait le Beethoven de la Belgique. 

Une étude esthétique et complète de l'œuvre 
d'Henri Waelput était impossible en ce moment. 
Aussi cette notice a-t-elle été écrite, non pour en 
tenir lieu, mais seulement pour rappeler la métrioire 
du grand compositeur que la Belgique a perdu, et 
cela en esquissant les principales étapes de cette 
vie errante et agitée; j'y ai ajouté les apprécia- 
tions que les critiques ont formulées sur ses œuvres 
à leur apparition, et je crois que ce ne sera pas 
la partie la moins intéressante de mon travail. 

Paul Bebgmans. 



* Peu de temps avant sa mort, Waelput eut encore la satisfaction 
de voir ses œuvres exécutées à l'étranger : en France, à deux concerts 
de )a Sooiété des Concerts populaires de Boulogne-sur-Mer (3 et 
18 mai 1886), et en Hollande, à Dordrecbt, à la fin du même mois de 
mai, lors de la dixième réunion de l'Association des compositeurs 
néerlandais. 



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— 396 — 



APPENDICE 



I. 

Funérailles d'Henri Waelpat. 

Le vendredi 10 juillet 1885 eurent lieu les funérailles 
'Henri Waelput, au milieu d'un grand concours de musi- 
ciens qui avaient tenu à rendre ce dernier hommage au 
compositeur et au chef-d'orchestre. Au cimetière furent 
prononcés plusieurs discours : par M. Peter Benoit, direc- 
teur de l'École de Musique d'Anvers; par M. Bniyneel, 
président de la Société royale des Mélomanes; par M. \ an- 
dersyppen, violon-solo de l'orchestre du Grand-Théâtre; 
par M. François, secrétaire de V Association des Artistes- 
Musiciens; par M. Van Gheluwe, directeur du Conservatoire 
de Bruges; enfin par M. Paul Fredericq, professeur à l'Uni- 
versité de Gand. 

Voici les paroles de M. Peter Benoit : 

c MuNE Heeben, 

» Hendrik Waelput, de wakkere stryder, is niet meer. 
Het was een man van wil en van karakter en, als dusdanig, 
van grondbegin. Hjj bleef bg zgne zangcompositiën zgne 
moedertaal getrouw. 

» Waelput hielp ons verwezenljiken wat Mendelssohn in 
een zgner brieven verklaarde het verhevenste doel te wezen 
welk een toondichter zich kan voorstellen, namelyk : eene 
muziek aan de moedertaal te schenken. 

» Waelput was zooals ik daareven zegde, een man van 
wil, en spgts aile tegenkantingen, dreef hg zgnen vdl door. 



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— 397 — 

» Hg is niet meer, het is waar. Den vrieud zeggen wij 
hier vaarwel, vaarwel aan den uitmuntenden leeraar die 
tôt zijne laatste dagen bg de vlaamsche Muziekschool van 
Antwerpen werkzaam is geweest. 

» Doch zgn geest, zgne géniale scheppingen bl^ven ons. 

» Voor eenige dagen schreef hg ons nog welgemoed by 
het afzenden zigner compositiën, bestemd om op de con- 
certen der Wereldtentoonstelling uitgevoerd te worden, dat 
hij ze zelf zou komen besturen. 

» Welnu, heden zgn wij in rouw. Doch zyne werken 
zullen blgven, en morgen zuUen w^j de verrgzenis be- 
groeten. Vaarwel, Hendrik! » 



II. 

Catalogne systématique des œnvres de H. Waelpat '. 

a — CANTATES. 

1. Het Woud {La Forêt) ^ couronné au concours de com- 
position musicale pour le prix de Rome, et exécutée au 
Temple des Augustins à Bruxelles, le 23 septembre 1867, 
dans la séance publique annuelle de l'Académie royale des 
Sciences, des Lettres et des Beaux- Arts de Belgique. Poésie 
de Charles Versnayen. 

2. MemlinC'Cantate, exécutée à Bruges le 11 septem- 
bre 1871. Poésie d'Eugène van Oye. 

3. De Zegen der Wapens (La Bénédiction des Armes\ 
composée pour les fêtes du grand tir international de 1872 
à G^d, et exécutée à Gand le 15 septembre 1872. Poésie 
d'Eugène van Oye. 

4. De Pacificatie van Oent (La Pacification de Gand)^ 

* A moins d'indication contraire, ces œuvres sont inédites. 



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— 398 — 

composée pour les fêtes du troisième centenaire de la Paci- 
fication de Gand (1576), et exécutée à Gand, dans la grande 
salle du Casino, le 4 septembre 1876. Poésie d^Emm. Hiel. 

b — ŒUVRES DRAMATIQUES. 

1. La Ferme du Diable, opéra-comique en deux actes, 
représenté pour la première fois au Grand Théâtre de Gand, 
le 24 mars 1865. Paroles de Victor Wilder et Em. Houdet 

2. Stella, drame lyrique en cinq actes, représenté pour 
la première fois au Théâtre National flamand de Bruxelles, 
le 14 mars 1881. Paroles de Teirlinck-Styns. 

3. Berken de Diamantslijper (Robert le Tailleur de Dia- 
mants)^ opéra inédit. Paroles de Charles Versnayen. Com- 
posé vers 1868. 

C — COMPOSITIONS POUR UNE VOIX AVEC AOOOMPAONEMENT 
DE PIANO. 

Aimons toi^'ours, romance. La plus jolie, romance (Gand, 
Gevaert, 1861), publiée sous le pseudonyme d'H. Lûbner, 
ainsi que les deux suivantes : ^Hirondelle envolée^ rcTerie, 
paroles d'A. du Camp (Gand, Gevaert, 1862), et Si fêtais 
fleur, paroles d'A. du Camp (Gand, Gevaert, 1863). 

De groote Maaiers (Les Moissonneurs), Vooruit {En 
Avant), QondeUied [Chanson de Gondole) et Droomen en 
Minnen (Rêver et Aimer), paroles de Charles Versnayen. 

Zes gedichten van Eugeen van Oye (Six Poésies cT Eugène 
van Oye)\ Bruges, Edw. Gailliard & C«, 1872. — Ce recueil 
comprend : I. Onttoovering (Désillusion); H. Afscheid (Sépa- 
ration); m. Op het Strand (Sur le Rivage); IV. ***; V. Fan- 
tazij (Fantaisie); VI. Aan U (A Toi), 

Verre (Loin), poésie de Th. Coopman (Gand, W. Eogghé, 
1876), et De Droefheid kwam {La Tristesse vint), poésie 
d'E. van Oye (Gand, W. Rogghé, 1876). Ces deux lieder 
forment les n^^ 4 et 14 de la 5® série de morceaux de chant 
néerlandais édités par le Willems-Fonds. 



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— 399 — 

Zes gedichten (ttoeede reehs) van Eitgeen van Oye (Siœ 
poésies [deitœiême série] (ÏEitgône van Oye); Anvers, 
H. Possoz, 1878. — Ce second recueil comprend : I. Stabat 
Mater; IL 'A Héb gedroomd,,. (fat rêvé.,,); III. Jeicgd en 
Lie f de (Jeunesse et Amour); IV. De Zonne blonk (Le Soleil 
brillait); V. De bloemen bloeien [Les fleurs fleurissent); 
VI. In de duinen (Dans les dunes), 

Minnen- en Wiegelied (Chant d'Amour et Berceuse)^ 
poésies d'Eugène van Oye (Anvers, H. Possoz, 1878). 

Un lied sur des paroles d'Eugène van Oye, dans la 
2« année de la Nederlandsche dicht- en kunsthalle, n9 1. 
Bruxelles. 

Il s'était aussi proposé de publier une série de romances 
sur des paroles de Charles Versnayen. Toutes les gravures 
étaient préparées, mais la correction en est restée en souf- 
france. M. Edw. Gailliard en a heureusement conservé une 
épreuve. Voici les titres de ces mélodies : Ailes zingt (Tout 
chante) ; Verlangen (Désir) ; Waarom die traan (Pourquoi 
ce pleur); Minnen (Aimer); Vooruit! (En Avant!); Hoep- 
sasa; Qrijsaardslied (Chanson de vieillard); Lofzang aan 
de vrouw (Cantique à la femme) ; Ween niet meer (Ne pleurez 
plus); Hulde aan de Kunst (Hommage à VArt); Liefken 
kom weder (Reviens^ mignonne) ; De groote Maaiers (Les 
Moissonneurs); Het Knaap^'e (Le petit Oarçon); Droomen 
en Minnen (Rêver et Aimer); De drie vriendekens [Les 
trois petits amis); *s Avonds (le Soir); Schild en Vrind; 
Het Brugsch Katoenije; Qond^Uied (Chant de gondole), 
(Note de M. Edw. Gaillard). 

d — CHŒURS POUR QUATRE VOIX D'HOMMES SANB 
AOœMPAONEMENT. 

1. Wees man (Sois homme), poésie d'Eugène van Oye 
(Bruges, Edw. Gaillard & C^, 1871)* 

2. Lentelied (Chanson de Printemps), poésie d'Eugène 
van Oye (Bruges, 1877). 



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- 400 — 

3. De Zang der xee [Le Chant de la mer), poésie 
d'Eugène Van Oye (Gand, J. Pauwels, 1878). 

4. De Eik (Le Chêne), poésie de Théophile Ck>opiDan. 
(Gand, 1881). 

e — OHŒUB AYEO AOOOMPAGNEMENT d'hABMONIE. 

Broedergroet {SaltU fraternel), poésie de N. Destanberg, 
1872. 

f — COMPOSinONS POUB OBOHESTBE. 

1. Symphonies : Symphonie n<> 1, en ré mineur. 

» no 2, en mi bémol. 
» n^ 3, en si mineur. 
» no 4, en nt majeur (sympho^ 

nie nationale). 
» n^ 5, en la (Inachevée). 

2. Ouvertures ; Ouverture d'Agneessens, en ut majeur, 

1869. 
Feest-^uverture {Ouverture fèstivale), 

en ré. 
Ouverture de concert, en ut mineur. 

3. Morceaux divers : Kwartentanz {Danse des Quartes); 

composée à Berlin en 1868. 

Intermezzo. 

Menuetto. 

Sérénade, avec solo de flûte. 

Nederlandsche Hymnen {Hymnes 
néerlandais), en si bémol majeur, 
1872. 

Marche des Gueux. 

Suite pour orchestre, en ré\ com- 
posée à Dunkerque en 1874. 

Hulde aan Conscience {Hommage 
à Conscience), 1882. 



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- 401 — 

g — COMPOSITION POUB FANFAKES. 

Un morceau composé en 1874 pour la fanfare de la ville 
de Dijon. 

h - MUSIQUE DE CHAMBRE. 

Quintette en ut mineur, pour deux violons, deux altos et 
violoncelle. 

i — COMPOSITIONS POUR PIANO. 

1. Ouverture martiale^ de Mengal, arrangée pour piano à 
six mains. 

2. Ida, redowa de salon (Gand, Gevaert, 1861). Publiée 
sous le pseudonyme d'H. Lûbner ainsi que : 

3. Marche triomphale composée à Voccasion des fêtes de 
r inauguration de la statue de Jacques Van Artevelde 
(Gand, Gevaert, 1863). 

4. Transcription de la partition de Ch. Miry : Bouchard 
dAvesnes (Bruxelles, Schott, 1864). 

j — COMPOSITIONS POUR D'AUTRES INSTRUMENTS AVEC 
ACCOMPAGNEMENT d'ORCHESTRE. 

1. Ckmcêrto spmphonique, en mi majeur, pour flûte, 1866. 

2. Romance pour cor en fa^ 1879. 



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— 402 



UN ADMINISTRATEUR AU TEMPS DE LOUIS XIV '. 

De récentes recherches dans les archives du 
château de La Perrière ont permis à M. le Marquis 
de Grouchy, son propriétaire, de retrouver les ori- 
ginaux de quelques lettres adressées par Mazarin 
à Robertot et échappées par miracle à l'incendie 
de 1840. 

Nous en donnerons ici le texte, sans qu'il soit 
nécessaire de l'accompagner d'un commentaire; 
ces lettres datent de 1655 à 1657 et se rapportent, 
comme celles qui ont été publiées précédemment, 
aux affaires relatives à l'administration de Metz 
et aux difficultés qu'elle présentait, à la paie du 
Régiment-Italien et à quelques autres questions, 
dont nous avons déjà eu l'occasion de parler. 
Aussi, nous bornerons-nous à les compléter à l'aide 
d'un petit nombre de notes et à indiquer les pages 
où elles auraient dû figurer, si nous les avions 
connues quand nous avons fait paraître en 1883, 
les chapitres VI, VH et Vm. 



* Suite. Voir Messager des sciences historiques, 8* livraison, 1885, 
p. 241. 



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— 403 ~ 

Profitons de cette circonstance pour ajouter 
qu'indépendamment des minutes de la correspon- 
dance de Mazarin, conservées aux Archives des 
AflFaires Étrangères, et qui sont des copies faites 
au jour le jour par ses secrétaires, une collection 
considérable de minutes autographes des dépêches 
du Cardinal existe à la Bibliothèque Nationale, 
dans le fonds Colbert, volumes 44 et suivants, où 
elles nous ont été signalées par M. le colonel 
Bourelly, l'auteur de la remarquable Vie de Fàbert. 
Mais nous devons ajouter que ces brouillons ne 
nous ont pas fait connaître d'autres pièces que 
celles que nous avons relevées au quai d'Orsay *. 

La première dépêche de Mazarin, datée du 
30 octobre 1655, est une réponse à la lettre de 
Robertot du 19 octobre 1655 {Messager, 1883, 
p. 185) » : 

De Vincennes, le 30 octobre 1655. 

J'ay reçu quattre de vos lettres des 9, 12, 19 et 23°»o de 
ce mois, ou j'ay veu ce que vous aviez desja fait pour la 
contribution, je ne doubte point que vous ne trouviez faci- 
lité à retirer ce qui avoit de^a esté estably du tems de 
M' de Marolles, et il faut la faire payer par demye année, 
comme il fesoit Je m'asseure aussy que vous praticquez 
tous les moyens possibles pour Festendre et Testablir, s'il 
se peut, dans tous les pays de Limbourg, Gueldre et Juliers. 
Le sieur Hottin ', qui doit travailler sous vous à la recepte 

* 11 existe, du reste, encore d'autres copies anciennes des corres- 
pondances de Mazarin, notamment à la Bibliothèque Mazarine. 

* Pour les noms de personnages et de lieux déjà identifiés, nous 
prierons le lecteur de se reporter aux réponses que nous citons, afin 
d'éviter de nouveaux renvois. 

' La Roche-Hullin (voir lettre du 24 décembre 1655). 



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— 404 — 

des contributions, vous pourra assister utilement, et comme 
il est fort esclairé et fidelle, vous devez faire cas de ses 
sentiments. 

Pour ce qui est des chasteaux que vous me mandez qu'il 
seroit à propos d avoir sur les passages desd. pays, afin de 
servir de retraite à nos partys, concertez avec M' du 
Bosquet ce qui se doit faire, et escrivez en vostre advis 
à M»" de Fabert, afin qu'il l'examine et vous fasse sçavoir 
le sien, auquel l'intention du Roy est que vous vous con- 
formiez entièrement. Je vous dirai seulement à Tesgard du 
chasteau de Traerbach qu'il vous seroit inutille d'en parler 
au Marquis de Baden, filz, puisqu'il n'a aucun pouvoir; et 
pour c^lui de Kerpens, comme il appartient présentement 
à Mf l'Electeur de Cologne, il ne faut pas songer à y rien 
entreprendre. 

Vous informerez aussy M^" de Fabert des propositions 
qu'on vous a faictes, ou qu'on vous pourroit faire aprez 
d'entreprises sur quelques places, et il sera même bon que 
vous obligiez le S' Geysen à l'aller trouver pour l'entretenir 
à fond de ses pensées, qu'il examinera; et s'il les trouve 
bonnes, il pourra donner les assistances qu'on pourra 
désirer de luy pour les exécuter. 

Mandez luy encore ce que vous m'escrivez touchant le 
chasteau de Chambourg, afin qu'il voye par quel moyen on 
le pourroit retirer des mains du sieur de Seteme. Si nous 
le reprenons, il faut le faire bien garder, et je prendrai 
seing de le faire exempter des quartiers d'hiver comme 
il estoit auparavant, mais ce seroit un grand bien si nous 
pouvions loger cinq cents chevaux dans les autres terres 
du baron de Seteme, et j'escris à M' de Fabert de voir si 
cela se pourra faire avec justice. 

Vous n'avez aussi qu'à vous adi'esser au S' de Fabert 
pour ce qu'il y aura à traicter avec les gouverneurs de 
Mézières et de Charleville, touchant les contributions qu'ils 



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— 405 -~ 

prennent dans quelques villages du pays de Limbourg et 
pour empescher les courses qu'ils envoyent faire dans les 
dicts pays et dans ceux de Gueldre et de Juliers. 

Je juge assez combien il seroit utile d'avoir une forte 
garnison dans Thionville, mais estant difficile de trouver 
de l'infanterie, je vous prie de voir si vous ne pourriez lever 
mil ou douze cents hommes de pied des environs de Thion- 
ville, de Trêves et des frontières de Lorraine. Je croy qu'on 
les pourroit avoir à bon marché, et, en ce cas, il faudroit 
commencer à y travailler dès à présent. On en pourroit 
former un seul régiment, ou faire des compagnies séparées, 
dont on mettrait une partie à Thionville et les autres 
ailleurs. 

Il ne faut pas donner de passeports en particulier aux 
habitants des pays de Limbourg, Gueldre et Juliers, ny 
de la ville de Luxembourg, parce que cela empescheroit 
Testablissement d'une contribution générale. J'en escris 
dans ce sens au S>^ du Bosquet. 

Le Sr de Champagne est un homme dont je connais le 
mérite, et que j'estime fort. Si ce que vous me proposez 
pour luy peut se faire, je le luy procureray très volontiers, 
mais en tout cas, dites lui qu'il continue à servir et que 
je le destine à quelque chose que je luy feray sçavoir en 
tems et lieu. 

Pour ce qui regarde la connoissance que le S' du Bosquet 
prétend prendre de diverses matières que vous croyez estre 
de vostre commission et la forme du payement de la gar- 
nison de Thionville, addressez-vous à M' de Fabert et 
suyvez le règlement qu'il fera. Cependant, agissez en tout 
de concert avec le S' du Bosquet et vivez dans une parfaite 
intelligence avec luy. 

n faut payer ponctuellement la garnison préférablement 
à tout, mais comme ce que vous aurez reçu des contribu- 
tions excédera de beaucoup ce qui est nécessaire pour cela, 



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— 406 - 

je désire que, du surplus, vous envoyez au plustot deux mil 
pistoUes à M"" de Fabert, tant pour le remboursement de 
quelques advances qu'il a faites dans la dite place, que 
pour d'autres despenses dont je lui escris. 

Mandez-moi si l'on pourroit faire faire de la poudre en 
vos quartiers, la quantité, le tems et ce qu'elle cousteroit. 

Le Card. Mazarinij. 

Les deux lettres suivantes, datées du 10 mars 
et du 8 décembre 1656, sont relatives aux faveurs 
à accorder au duc de Wurtemberg que Mazarin 
considère tout particulièrement comme fort affec- 
tionné à la France. Nous avons déjà cité (1883, 
p. 252) une dépêche du Cardinal concernant éga- 
lement ce prince. Celles-ci doivent se placer à la 
suite, ou mieux Tune avant et l'autre après 
celle du 12 mars 1656. 

Paris, le 10 mars 1656. 

M*" le Duc de Wirtemberg * a obtenu, à ma recomman- 
dation, une sauvegarde du Roy, pour son village de Helsse- 
dauge, situé dans TEvesché de Metz. 

Il a eu ensuite Tattache de il^ le Maréchal de Schomberg. 
M' Le Jay, intendant de Lorraine, a eu ordre d'apporter ce 
qui dépendroit de luj pour le faire jouir de Feffet de cette 
sauvegarde. Celle-cy est pour vous recommander et prier 
qu'il trouve en vous la mesme facilité et pour la mesme fin, 
Sa Majesté entendant que la grâce qu'il luy a accordée, ne 

» Eberhard III, duc de Wurtemberg, de 1628 à 1674. Ce prince 
avait pris part à la guerre de Trente-Ans avec les Suédois, et avait 
vu plusieurs fois ses États envahis par les Impériaux. Le traité de 
Westphalie de 1648 le remit en possession de la plus grande partie 
de sa souveraineté et il donna tous ses soins pour y réparer les maux 
d'une lon^e guerre. Sous son règne, le Wurtemberg redevint une 
des plus puissantes parties de l'Allemagne. 



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— 407 — 

luy demeure point inutile. Faites donc, s'il vous plaist, en 
sorte de vostre costé qu'elle ait son effect depuis le tems 
qu'elle luy a esté accordée. Je vous en sçaurai gré en mon 
particulier m'intéressant bien fort aux choses qui regardent 
M' le Duc de Wirtemberg, comme à celles d'un prince fort 
affectionné à la France. 

Paris, ce 8 décembre 1656. 
Je vous ai desja escript de vous employer à ce que la 
sauvegarde que le Roy a accordée à M' le Duc de Wirtem- 
berg pour sa terre de Heissedange, tant pour le logement 
des gens de guerre que pour d'autres contributions, soit 
ponctuellement observée. Je vous reitère par celle-ci les 
mesmes ordres et pour les mesmes raisons, c'est-à-dire 
pour ce que M^ le Duc de Wirtemberg est un prince que le 
Roy considère beaucoup, qui a toujours été fort affectionné 
pour la France et pour lequel j'ay, de mon chef, une estime 
toute particulière. Je croy vous en dire assez pour vous 
obliger à apporter tout ce qui dépendra de vous pour faire 
recevoir au dit Seigneur Prince la satisfaction qu'il désire 

pour ce fait 

Le Gard. Mazabinij. 

La quatrième lettre doit suivre immédiatement 
celle que nous avons donnée (1883, p. 273), et 
dont il est question dans celle-ci. Là encore, nous 
trouvons des questions qui nous sont familières, 
la paie du Régiment italien, la promesse d'ac- 
quitter les lettres de change, à condition de ne 
plus en tirer, les recommandations aux officiers, 
les promesses au sieur de Cromberg * , les obser- 
vations sur la conduite de La Contour et la néces- 
sité de le ménager, enfin le prix du pain, qui 
préoccupe toujours beaucoup Mazarin. 

^ Coniia aussi sous le nom de baron de Seterne. 1888, p. 186 et 191. 

87 



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— 408 — 

De Paris, le 20 janvier 1657. 

Je vous escrivis hier par le S*" du Mas, et à présent, je 
feray response à vostre lettre du 13™« de ce mois. Il ne 
faut point toucher au premier payement que vous avez fait 
à mon Régiment italien, quoique vous n'ayez donné les pis- 
tolles qu'à unze livres et mon intention est qu'on agisse 
comme on a fait à l'égard de celui de Gontery, c'est-à-dire 
qu'on leur donne pour la moitié du quartier d'hiver les 
espèces au prix qu'elles [se] débitent ici, et pour l'autre 
moitié pour ce qu'elles valent de là, mais puisqu'ils me 
doibvent députer un officier sur ce subject, je luy expli- 
querai la manière dont vous avez ordre d'en user, de sorte 
qu'ils n'auront pas ensuite lieu de s'en plaindre, si vous 
exécutez le règlement qui en aura esté faict 

On acquittera les lettres de change que vous avez tirées 
sur le Sr Colbert, mais il ne faut plus que vous en tiriez 
doresnavant, parce qu'on pourveoira d'ailleurs au paye- 
ment du régiment, et si les officiers vous pressent, vous 
leur ferez comprendre qu'il est plus de leur inthérest de 
recevoir deux quartiers tout d'un coup, entrant en cam- 
pagne, que de les avoir par advance, estant bien difficile 
qu'ils puissent s'empescher de les despenser. Il ne faut 
point aussy prendre quittance d'eux, mais seulement le 
certificat du Commandant. Pour vos appointements, il est 
juste que vous soyez payé et j'en prendrai seing. 

Vous pouvez asseurer le S' de Cromberg qu'en s'appli- 
quant à mettre en bon estât le Régiment qu'il commande, 
je lui procureray quelque gratification particulière, et vous 
déclarerez nettement à tous les officiers de cavalerie que 
[les compagnies qui] ne seront pas de trente [hommes] 
effectives au commencement de la Champagne, seront cas- 
sées sans aucune exception. 

J'ay beaucoup de créance de ce que vous me mandez du 
S^ de La Contour, mais comme il faict despence dans la 



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— 409 - 

charge où il est, il faut fermer les yeux sur de certains 
advautages qu'il tire, et il y a encore d'autres raisons plus 
essentielles qui obligent à dissimuler avec lui, de sorte 
qu'au lieu de tesmoigner que j'improuve sa conduite, je 
souhaite que vous vous entendiez à le confirmer dans l'opi- 
nion qu'il a que j'en suis fort satisfait et que j'ay toute 
confiance en luy, et quand les Trois Ordres de la ville 
croiront avoir subject de se plaindre des impositions extra- 
ordinaires ou de quelque autre chose que ce soit, ils n'au- 
ront qu'à s'adresser ici et on leur rendra justice. 

Je trouve que le pain est bien cher sur le pied que vous 
me marquez, car la ration ne vaut pas davantage à Verdun 
et le bled est à beaucoup meilleur marché à Metz. Néant- 
moins, je suis persuadé que vous faites en cela le meilleur 

ménage possible. 

Le Gard. Mazarinij. 
Au bas: 

W Robertot. 

Au dos : 

A Monsieur 

Monsieur de Robertot, conseiller du Roy, estant pour son 

service à Metz. 

Ici, il s'agit encore du Régiment italien et des 
faveurs dont il doit être l'objet, des devoirs des 
ofl&ciers, de deux paires de pistolets, et, pour 
finir, de la recommandation de bien vivre avec 
La Contour (1883, p. 274), 

A Paris, ce 10 feburier 1657. 

Pour rosponse à vostre lettre du 27 du passé, je demeure 
d^avis que vous payez mon régiment italien sur le pied de 
12 1. la pistole, ainsi que M"" Le Tellier Ta ordonné pour les 
autres troupes. Le S' du Mas estant arrivé à Metz avec la 



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— 410 — 

voiture qu'il conduisoit, vous aurez & présent des fonds 
pour payer les 167 pistoUes que vous aviez empruntées pour 
achever de payer les mois de novembre et de décembre et 
pour le payement du mois de janvier, sur lequel je désire 
que vous observiez ce que je vous ai cy devant escript. 

Je suis bien satisfait du mesnage que vous avez apporté 
pour la fourniture du pain de munition à mon dit Régiment, 
et je désire que vous continuiez le traicté que vous avez 
faict, jusqu'à ce qu'il sorte pour aller ii l'armée. 

Je vous recommande toujours de presser incessamment 
les officiers de toutes les troupes, qui sont sous vostre charge, 
de bien faire leur debvoir pour remettre leurs compagnies 
et me donner soigneusement advis des diligences que chacun 
d'eux y apportera. 

Je seray bien ayse de recevoir au plustot les deux paires 
de pistolets qui restent des six paires que je vous avois 
demandées. 

Je vous recommande toigours de bien vivre avec le Sieur 

de La Contour, et soyez assuré de la continuation de mon 

aflFection. 

Le Gard. Mazamnu. 

De la main de Son Eminence : 

Je vous envoie tous les ordres pour le payement de mon 
Régiment par le retour du S' Beneti que je despêcheray 
demain. Cependant ayez soing de faire donner quelques 
escus à chaque soldat de ceux qui sont venus en dernier 
lieu d'Italie, afin qu'ils puissent achepter ce qui leur faut 
pour s'accomoder. Cela, surtout, sans préjudice de la 
montre, qui doit être complète, de ceux qui sont arrivés 
à Metz. 

La dernière des six lettres, appartenant à M. le 
Marquis de Grouchy, est la plus intéressante; car 
elle touche aux derniers temps du séjour de 
Robertot à Metz. 



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— 411 — 

Après les explications ordinaires sur son régi- 
ment et sur la répartition des contributions, 
viennent de sérieux conseils du Cardinal à son 
auxiliaire; il a appris l'affaire du carnaval, et 
engage Robertot à vivre en bonne intelligence 
avec tout le monde ; ce ne sera pas malheureuse- 
ment la seule fois qu'il aura à calmer ainsi le trop 
bouillant conseiller (1883, p. 276 et 394). 

De Vincennes, le 28 février 1657. 

Je n'avois pas veu Tordre que M. Le Tellier avoit donné 
au commis de TExtraordinaire pour la distribution de 
l'argent qu'il a porté à Metz et je suis fasché que vous 
n'ayez pu rien prendre sur ce fonds là, pour mon Régiment 
italien. Je vous prie de trouver sur vostre crédit de quoy luy 
payer tout d'un coup, si vous pouvez, les mois de janvier 
et de febvrier, car je prendray seing de vous envoyer au 
premier jour de quoy rendre ce que vous avez emprunté ; 
et ensuite de faire payer le régiment, de mois en mois, avec 
ponctualité. 

Je croy que le S' Magalotti aura eu raison en ce qu'il 
a fait à l'égard de Bucca. Cette action, néantmoins, parois- 
sant avoir quelque chose de cruel, il est bon d'en informer 
et de faire voir que tout se fait avec justice. 

J'approuve la pensée que vous avez de comprendre dans 
la contribution pour le quartier d'hiver les terres de Mailly 
et de BoulastroflF, et vous les pourrez exempter de logement, 
puisque M. de La Contour tesmoigne le désirer. U faudra 
seulement que vous mesnagiez sur ce qui reviendra de 
ladite contribution le supplément qu'il faut faire pour le 
payement de mon Régiment italien, parce qu'on ne lui 
donne les espèces que sur le pied qu'elles se débitent icy. 

Pour ce qui regarde le différend que vous avez eu avec 



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- 412 — 

quelques oonseiUers du Parlement de Metz et lee plaintes 
que Ton fait sur les surtaxes et autres choses qui regardent 
le quartier d'hiver, écrivez-en à M" Le Tellier et de 
Brienne, qui vous manderont la conduite que vous aurez 
à tenir. Je veux seulement vous advertir qu'il ne suffit pas 
que vous serviez avec zèle et fidélité, mais qu'il faut que 
vous agissiez avec douceur en sorte qu'un chacun soit satis- 
fait de vous, car quoy que je sois persuadé que vous ne 
faites rien qui ne soit très raisonnable, c'est un malheur 
que tout le monde s'en plaigne et vous jugerez bien que ces 
plaintes rejaillissent souvent sur ceux qui vous ont procuré 
l'emploi que vous avez. 

Le S' Delliodi me mande que vous lui avez déclaré qu'il 
ne devoit plus attendre aucun argent de la Cour, et que 
cela pouvoit faire dissiper tout son régiment. Je ne sçay ce 
que vous avez entendu par là, mais mon intention est qu'il 
soit payé comme les autres, de tout ce qui lui appartiendra 

légitimement 

Le Gard. Mâzabinu. 

Vous direz au Sieur de Corombert que s'il prend soing 
de mettre en bon estât le régiment qu'il commande, pour 
la campagne prochaine, je me souviendray de luy; sur ce 
qu'il demande qu'on luy donne les pistoles à unze livres, 
vous luy ferez comprendre que, si l'on en use ainsi à l'esgard 
de mon régiment italien, c'est une gratification particulière 
que je luy fais en fournissant le supplément de ma bourse 
et non le Roy, et que cela ne doit pas tirer à conséquence 
pour les autres troupes. 
Adresse : 

Monsieur de Robertot, à Metz. 

Une dernière visite aux Archives du Ministère 
de la Guerre nous permet également de compléter 
et de rectifier quelques citations. 



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— 413 — 

L'ordre du 25 octobre 1656 (1883, p. 268) doit 
être complété par les lignes suivantes : 

Que pour faire que lesd. troupes et celles qui seront en 
quartier d'hiver dans les Villes et Evêchés de Metz et 
Thoul, lieu et terre de Gorze, soient ponctuellement payées 
et qu'en cas de non valeur ou autre nécessité, il y soit 
remédié et que les gens de guerre et le peuple satisfassent 
à l'intention de S. M., contenue en la présente, elle a commis 
et ordonné le S' de Robertot, conseiller en sa Court et Par- 
lement de Metz pour avoir la direction de leur subsistance 
et police, et elle entend qu'il lui soit donné connaissance de 
tout ce qui aura été fait pour l'établissement du logement 
et du payement des gens de guerre qui seront en garnison 
pendant l'hiver prochain es Trois Évêchés et lieux en dépen- 
dant, lui enjoignant S. M. de s'y employer soigneusement 
et de lui en rendre compte *. 

La lettre du Roi que nous avons donnée comme 
étant du 3 novembre 1656 ', doit porter la date 
du 22 décembre. Voici celle du 3 novembre : 

Et comme S. M. a fait expédier une ordonnance portant 
règlement général de ce qui concerne les troupes de ses 
armées, qui seront en quartier d'hiver dans la généralité de 
Chaâlons et autres, par laquelle ses intentions sont plus 
particulièrement expliquées sur la demeure des chefs et 
près des troupes, et en leurs quartiers pendant l'hiver, sur 
les defifenses de payer les places des capitaines absents de 
de leurs charges, et autres points concernant la police et 

• Cette pièce, ainsi que les deux suivantes, est empruntée aux 
minutes du ministre Le Tellier, vol. 159 et non 149, comme il a été 
imprimé par erreur. 

« 1883, p. 269. 



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— 414 — 

rétablissement des troupes pendant lliiver; S. M. veut et 
entend qu'icelle ordonnance soit gardée et observée selon 
la teneur et forme par toutes les troupes estant dans les 
dits Esvêchés et pays de Gorze, tout ainsi que si elles 
étaient spécifiées. Mande et ordonne S. M. aux gouverneurs 
et lieutenants généraux desdites villes, pays des Elsvêchés 
de Metz, Thoul et Verdun, gouverneurs des places et com- 
mandants en icelles et au sieur de Robertot, conseiller de 
S. M. en sa Court de Parlement de Metz, ayant la direction 
de la subsistance et police des troupes, de tenir la main à 
Texécution et publication de la présente, sans permettre 
qu^il y soit aucunement contrevenu. 



En terminant ce travail trop long, quoique 
forcément incomplet, qu'il nous soit permis de 
remercier les Directeurs du Messager des Sciences 
historiques de la généreuse hospitalité qu'ils ont 
bien voulu nous accorder. Nous témoignerons 
aussi, une fois de plus, notre vive gratitude à 
toutes les personnes qui nous ont prêté le plus 
bienveillant concours dans nos investigations et 
nous ont aidés à résoudre bien des problèmes. 
Qu'elles veuillent bien ne pas oublier le Conseiller 
au Parlement de Metz, et, si elles le rencontrent 
encore dans leurs recherches, ne pas douter de la 
reconnaissance avec laquelle nous accueillerons 
toute commimication sur Robertot et sur les siens. 

V^ DE Gbouchy et C** de Mars y. 



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— 415 — 



OOTJP-D'CBIIi 

HISTORICOLINGUISTIQUË SUR LE FLAMAND 

DANS 8BS 

RAPPORTS AVEC LES IDIOMES CELTIQUES 

BT LIS 

DIALECTES GERMANIQUES DE U GRANDE-BRETAGNE*. 



VOCABULAIRE SCOTO-TEUTONIQUE 

comprenant surtout les termes analogues au flamand, 
usités dans la Basse-É cosse •. 

Parmi les idiomes et les dialectes provinciaux 
du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et de 
l'Irlande, le scottish, ou langage de la Basse- 



* Suite. Voir Meuager dês Sciences hietor.^ 3< livr., 1885, p. 302. 

* Les auteurs, auxquels nous empruntons nos citations, sont les 
suivants : 1^ Le grand dictionnaire écossais (Scottish dictianary) de 
Jamieton, 2 vol. in-4<> et 2 vol. suppl. in-4<*, Edimbourg, 1841; 
2*» Johnstone, abréviateur de Jamieson, 1886 ; 3» Quelques Idiotica 
provinciaux, entre autres celui qui a paru en 1818 à Edimbourg 
sans nom d'auteur et que nous citons sous le nom de l'éditeur 
J. Sawers, pour quelques expressions provinciales, comme celles 
que nous avons empruntées à De Bo, Schuermans et Terwen (neder- 
duitsch) pour le flamand. U n'est pas question dans cet article 
du gaélique-irlandais ou haut- écossais, dont nous nous sommes 
occupé dans nos Analogies hibemo- flamandes. 



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— 416 — 

Ecosse, est un des plus intéressants, surtout an 
point de vue des analogies qu'il présente avec le 
Belgic langicage, comme on appelle en Ecosse et 
en Angleterre, le nederduitsch ou flamand, langue 
sœur de Tancien bas-saxon et de l'allemand tant 
ancien que moderne. 

L'importance du scoUish ou bas-écossais a été 
appréciée par les linguistes écossais, anglais, 
belges, et particulièrement par les allemands, qui 
on ont fait une étude spéciale dans leurs écrits, 
comme nous l'avons fait voir dans plusieurs de 
nos publications et particulièrement dans notre 
opuscule flamand : « De Tongvallen van Groot- 
Brittanje in verband met de nederduitsche tael » 
(Gent, 1852). 

Cet idiome a sa littérature et ses auteurs, dont 
plusieurs ont une véritable valeur littéraire ; tels 
sont : AUan Ramsay, Robert Fergusson et surtout 
Robert Bums, trois écrivains dont P. Lebrocquy 
a donné dans ses Analogies linguistiques des cita- 
tions qui ne sont pas sans mérite. Mais l'écrivain 
belge n'a fait qu'effleurer cette matière, en indi- 
quant quelques rares rapports du flamand avec 
Yécossais, nom que nous donnerons avec lui au 
scottish, ou bas-écossais par abréviation; il n'a pas 
traité de l'origine de cet idiome ou dialecte, 
comme nous nous proposons de le faire, d'après 
les auteurs écossais, et surtout d'après les lexico- 
graphes. C'est le point de vue où nous nous 
sommes placé dans nos Analogies hibemo-fla- 
mandes^ et dans celles que nous avons exposées 
dans plusieurs écrits, entre le flamand et les 
principaux dialectes germaniques de l'Angleterre, 



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Gpogk — i 



— 417 — 

dans lesquels nous avons considéré le flamand 
non pas comme la source unique, mais comme un 
élément important de ces dialectes. 

L'origine de l'écossais, comme celle des autres 
dialectes de la Grande-Bretagne, est un problème 
compliqué; et parmi les sources dont il paraît 
dériver, le nederduitsch ou flamand tient un rang 
apprécié en Angleterre et en Ecosse*. 

C'est la conclusion qui découle du tableau des 
analogies, que nous allons exposer pour établir 
les nombreux rapports, que présente l'idiome 
écossais avec le flamand et avec les principales 
anciennes langues teutoniques, telles que le 
gothique et l'anglo-saxon, auxquels on a assigné 
souvent une influence trop considérable et en 
quelque sorte exclusive sur la formation de l'écos- 
sais et même en partie de l'anglais. C'est un 
reproche que nous devons particulièrement faire 
à Jamieson et à Johnstone, quant à l'importance 
exagérée qu'ils attachent au gothique dans ses 
rapports avec l'écossais, comme nous croyons le 
démontrer dans le présent travail, pour lequel, 
toutefois, l'érudition de ces auteurs nous a été 
d'un grand secours, non seulement par leurs dic- 
tionnaires, mais aussi par la dissertation qu'ils 
y ont jointe oomme préambule sur l'origine de 
l'écossais. 

La comparaison entre ces divers éléments con- 

* Nous invoquons les meilleurs écrivains de ces pays contre cer- 
tains auteurs français et même allemands, qui ne voient dans le 
flamand qu'une langue non cultivée, une espèce de patois. C'est une 
ignorance impardo^able chez des écrivains sérieux, auxquels nous 
opposons les faits consignés dans nos études philologiques. 



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— 418 - 

stitutifs de l'écossais, jette une grande lumière sur 
la question de savoir auquel d'entre eux revient la 
prépondérance dans leur analogie avec cet idiome. 
On ne peut nier la physionomie anglo-saxonne de 
la langue de la Basse-Ècosse, quant à ses éléments 
lexicologiques et grammaticaux ; elle est reconnue 
par Jaînieson et Johnstone mêmes, qui regardent 
le gothique ou l'ancien suédois dérivé du gothique, 
comme la source de l'écossais ; mais l'élément fla- 
mand, même d'après ceux-ci, en constitue aussi 
un des traits caractéristiques. L'influence flionande 
sur cet idiome remonte à une époque très ancienne 
que l'histoire n'a pu déterminer exactement, et 
que la linguistique tend surtout 11 éclaircir. Elle 
rentre, comme on le verra par la suite de ce 
travail, dans notre thèse relative à l'antiquité de 
la langue flamande, qui a fait l'objet de notre étude 
précédente, exposée dans le Messager, dans la Revue 
caiholiqvs de Louvain et dans nos écrits flamands 
sur la même matière. Du reste, quelle qu'ait été 
l'action du gothique et de l'anglo-saxon sur l'écos- 
sais, elle n'exclut pas celle du flamand. Un auteur 
anglais, non suspect de partialité en faveur du 
flamand, Pelgrave, va même jusqu'à affirmer que 
la base de l'anglo-saxon est belge, et il ajoute 
« qu'aussi loin que s'étendaient, dans les temps 
anciens, les limites des Angles, des Jutes et des 
Saxons, on parlait la langue belge (the Belgic 
language), » qui, évidemment, n'était autre que 
le nederduitsch ou flamand*. A l'appui de cette 



* Voir Pblobavb, The origin atid progress ofthe english common- 
wealth, 1852, p. 27. 



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— 419 — 

assertion, nous invoquons les analogies exposées 
dans nos catalogues précédents et dans le suivant 
relatif à l'écossais, ainsi que les conclusions que 
nous en tirerons. Un bon nombre de termes fla- 
mands analogues à l'écossais, présentent la même 
analogie avec les expressions correspondantes de 
plusieurs dialectes du Royaume-Uni, exposées pré- 
cédemment. C'est ce qui corrobore l'assertion de 
Pelgrave citée plus haut, relativement à l'anté- 
riorité du flamand à l'anglo-saxon, formé en An- 
gleterre aux VHP et IX® siècles, par suite de la 
fusion des Angles avec les Saxons. 

L'étude du scottish présente un avantage que 
nous n'avons pas rencontré dans celle qui a fait 
l'objet de notre travail précédent, relatif aux 
autres idiomes et dialectes des îles britanniques; 
c'est que les nombreuses analogies scoto-flamandes 
sont reconnues comme telles par la plupart des 
auteurs écossais eux-mêmes. Aussi Jamieson et 
Johnstone l'abréviateur de son grand dictionnaire, 
en signalent expressément un bon nombre, sous 
la désignation do termes qui appartiennent à la 
langue belge. Ceux qu'ils classent sous la dénomi- 
nation de teutonique, sans dire à quel peuple teuton 
ils les attribuent, sont aussi généralement fla- 
mands; ils n'ont pu leur donner cette dernière 
appellation, faute de bien connaître notre langue, 
surtout dans ses expressions idiotiques, qu'on 
trouve dans De Bo (Westvlaamsch idioticon) et 
dans VAlgemeen Vlaamsch Idioticon, élaboré par 
L. W. Schuermans, au nom de la Société flamande 
de Louvain : Met tijd en vlijt. U est vrai que ces 



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— 420 — 

auteurs regardent la langue des Pietés comme 
germanique, quoique cette opinion soit combattue 
par plusieurs écrivains renommés, par le savant 
Camden entre autres, lesquels donnent à ce peuple 
une origine bretonne ou celtique, surtout à cause 
de ses nombreux rapports avec les Scots qui, 
certes, étaient des Celtes. Les auteurs dont nous 
parlons ci-dessus assimilent la langue des Pietés 
au gothique, et recourent à l'ancien suédois mêlé 
de gothique , pour trouver un nombre notable 
d'analogies entre l'écossais et l'ancienne langue 
suédo-gothique , mais ils n'ont pu découvrir un 
nombre sulfisant de ces analogies dans le gothique 
proprement dit*. C'est ainsi qu'ils cherchent à 
soutenir leur thèse en faveur de la langue des 
Pietés. Quoi qu'il en soit, il résultera de notre 
tableau comparatif, que les analogies entre l'écos- 
sais et le flamand paraîtront évidemment plus 
nombreuses aux yeux de ceux qui sont au courant 
des idiomes comparés, que celles que Johnstone 
établit, après Jamieson, entre l'écossais et le 
suédo-gothique. Il reconnaît, au surplus, que 
l'origine de l'écossais présente pour les savants 
un problème difficile à résoudre. C'est aussi l'opi- 
nion de Diefenbach *, qui y trouve une véritable 
énigme, tout en énumérant les systèmes qui ont 
qui ont été mis en avant pour résoudre ce pro- 



* Pinkertone mêle les Picques aux Norwégiens et donne les Goths 
comme affiliés aux Suédois seulement, ce qui s'accorde avec les 
anciennes délimitations géographiques. 

* La germanisation de l'écossais, dit celui-ci, demeure une ques- 
tion énigmatique, eine rdthselhafte Frage (Diefenbach, Celtica). 



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— 421 — 

blême * , dont nous n'avons pas besoin de nous occu- 
per, attendu que nous n'envisageons pas le flamand 
comme la langue-mère de l'écossais, mais comme 
un élément qui a concouru à la formation de cet 
idiome dans une proportion remarquable. C'est 
l'opinion que nous avons émise en 1852 dans nos 
Tongvallen van Groot-Brittanje, etc. Nous ajoute- 
rons que les termes écossais, que jusqu'ici on n'a pu 
déchifeer étymologiquement dans l'écossais, l'em- 
portent à tel point sur ceux qui n'ont pas échappé 
à la sagacité des philologues, que le doute exprimé 
à cet égard par les auteurs les plus compétents, 
est parfaitement justifié *. 

L'intérêt qui nous guide dans ce travail scoto- 
flamand n'a rien d'exclusif; il consiste à prouver, 
comme nous croyons l'avoir fait dans nos ana- 
logies flamandes précédentes, que notre langue 
nationale a eu une large part dans la formation 
des idiomes du Royaume-Uni antérieurement à 
l'invasion saxonne, ce qui démontre sa haute anti- 
quité et l'absence de mélange du ^amand avec 
d'autres langues, et prouve par conséquent sa 
pureté linguistique. 



* Pour expliquer cette énigme, on a supposé que les Pietés étaient 
une nation composée de deux races parlant des langues dififêrentes, 
comme en Belgique on parle le flamand et le wallon ; en France, le 
bas-breton, Pallemand, le flamand et le français ; en Suisse, l'alle- 
mand, l'italien et le français. L'on doit en dire autant des Belges de 
l'ancienne Grande-Bretagne. 

* U y a des savants qui ont fait intervenir dans cette étude étymo- 
logique le finnois, et, par conséquent, le magyare analogue au 
finnois, et même la langue presque inconnue des Ibères (voir le 
Muséon de Louvain, août 1885), qu'on a incorporée au basque et au 
cimbrique. Bien hardi paraîtrait celui qui voudrait trancher ces 
questions épineuses. 



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— 422 — 

Sous ces divers rapports, notre étude sur Técos- 
sais se rapporte avant tout aux termes analogues, 
dont la nomenclature est assez développée pour 
faire voir, par la comparaison de l'élément fla- 
mand avec ceux des autres idiomes, cités égale- 
ment dans notre catalogue alphabétique, que 
l'élément flamand si répandu dans la Grande- 
Bretagne, n'est pas dérivé de l'anglo-saxon, comme 
l'ont prétendu certains auteurs, ni d'aucun autre 
dialecte usité dans ce pays, mais qu'il a été intro- 
duit en Ecosse comme en Angleterre, à une époque 
très reculée, comme le soutient Pelgrave, et qu'il 
est resté, quant à la partie lexicologique, pur de 
tout alliage exotique, à peu près comme les termes 
de la langue vivante qu'on parle aujourd'hui en 
Flandre. C'est ce qui sautera aux yeux à l'inspec- 
tion de notre tableau comparatif. On verra que 
la langue flamande compte bien des sœurs, quoi- 
que le nom de sa mère se perde dans la nuit des 
temps. Quoiqu'elle n'ait pas donné naissance à 
d'autres langues connues, il en est plusieurs qui 
en sont tributaires ; telles sont les langues anglaise 
et écossaise, qui ont subi sa féconde influence à 
plusieurs époques, comme on en trouve la preuve 
dans l'histoire. 

n résulte, en effet, de l'ensemble des faits que 
nous allons citer pour rester fidèle à notre titre 
de Coujhdœil historico4inguistique, que le neder- 
duitsch ou flamand a été introduit en Ecosse 
depuis un temps immémorial à plusieurs époques 
et par différentes voies. 

Mais avant d'entrer dans les détails de cet 
exposé historique, nous avons à répondre aux 



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— 423 — 

objections puisées dans les dictionnaires écossais 
de Jamieson et de Johnstone, deux auteurs dont 
l'impartialité incontestable a été mise en défaut 
en ce qui concerne l'influence flamande en Ecosse, 
par suite de la connaissance très superficielle 
qu'ils avaient de notre langue nationale, et de 
l'histoire primitive de la Flandre. Cette fausse 
appréciation provient aussi de ce qu'ils considèrent 
la langue gothique comme la souche de la plupart 
des langues germaniques. Mais elle ne peut être 
regardée, d'après les grands linguistes allemands, 
tels que Grimm, Adelung, Kaltschmidt, que comme 
un dialecte de la grande famille germanique ou 
teutonique primitive, qui parait avoir été, dès son 
origine*, divisée en cinq branches principales, 
savoir : l'ancienne teutonne *, la saxonne, l'an- 
glaise, la Scandinave et la gothique. L'objection 
que nous avons à réfuter, consiste à soutenir que, 



* Voir J. H. Kaltschmidt, Sprachvergleichendes Wôrterbuch, in- 
troduction, p. 13. 

* Nous rattachons, avec Renard, Moke et d'autres auteurs belges, 
à cette branche le nederduitsch, bas-teuton ou flamand, que les 
Anglais et Écossais appellent la langue belge (Belgic language), l\ est 
vrai que depuis un temps immémorial les Belges doivent avoir eu 
deux langues, Tune d'origine teutonne (d'après César, \sl plupart (pie- 
rique) des Belges étaient issus de la Oermanie), l'autre d'origine cel- 
tique. Obermûller, dans son dictionnaire allemand-celtique (Deutsch- 
Kelisches Wôrterbuch), donne le secret de cette division par Pétymo- 
logie du nom de Belge, qui, selon lui, se trouve dans celui de Phaleg 
(en hébreu, division), descendant de Noë au cinquième degré en ligne 
directe et dont l'Écriture Sainte explique le sens en disant qu'il fut 
appelé ainsi parce que c'est de son temps qu'eut lieu la division des 
peuples. Comme Phaleg personnifiait cette grande division ou dis- 
persion des peuples, d'oii sont dérivées toutes les langues du monde, 
il n'est pas étonnant que ses descendants immédiats aient parlé 
plusieurs langues, notamment la langue celtique avec ses dialectes, et 
la langue teutonne avec ses subdivisions. Issus d'un même père, dont 

fis 



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— 424 — 

d'après plusieurs philologues, les dialectes germa- 
niques se ressemblent tellement dans l'antiquité 
qu'on peut facilement les confondre et que, par 
conséquent, les arguments que nous tirons des 
termes flamands en favevu* de la grande impor- 
tance qu'a notre langue nationale pour celle de 

le nom Phaleg se contracte, d'après les règles de la science phflolo- 
gique, en celui de Belge, ils ont formé entre autres sons le même 
nom patronymique deux branches, savoir celles de Celto-Belge et de 
Teuto-Belge» qui se sont dirigées presque exclusivement, Tune vers 
le Sud-Ouest, et dont on a, selon Obermùller, l'étymologie dans le 
nom de Pelasges ; Vautre vers le Nord-Ouest, dont ce célèbre philo- 
logue allemand non suspect trouve, d'accord avec les lin^çuistcs 
slaves, le nom dans celui de Polowz. Cette ville est située sur la 
Dwina, près de la Livonie, où l'historien belge Raepsaet, a décou- 
vert un bon nombre de noms propres, qui accusent d'une manière 
évidente une origine bas-allemande ou flamande. On peut citer aussi 
les mots flamands qu'on trouve dans le letton (voir notre lettre au 
Oaelic Journal, dans le Messager, t. LIX, année 1885), ainsi que les 
traces de la langue teutonique, découvertes en Crimée par les 
Flamands Van Ruysbroek et Boesbeke, et dont nous nous occu- 
perons plus loin. Ces dénominations étymologiques qui se rap- 
portent aux Belges, n'excluent pas le même mélange de ceux-ci 
avec d'autres tribus teutonnes, et, quoique assez nombreuses, ces dé- 
nominations n'ont de force probante, comme le reconnaît Raepsaet, 
que par l'ensemble des termes, des initiales ou des désinences sem- 
blables. Nous y reviendrons dans notre épilogue. Qu'il suffise de 
nous appuyer ici sur le témoignage du géographe Pomponius Mêla, 
qui corrobore l'argument philologique d'Obermiiller, en ce qui 
concerne les Teuto-Belges, en disant qu'ils descendaient de ces 
peuples qui, trois siècles avant son temps, celui du commencement 
de l'ère chrétienne, demeuraient entre le Danube et les terres du 
Nord. H les appelle des Scythes, du nom générique d'un grand peuple 
répandu en Asie et en Europe, et qui étaient connus, dit-il, sous I« 
nom de Belcœ (ou Belges), qu'il considère comme étant une tribu 
scythique. Arrivés sur les bords de la Baltique, ces Belges s'avan- 
cèrent de là, le long de la mer du Nord, jusqu'à la Belgique actuelle, 
qu'ils occupèrent avec une partie du nord de la Gaule, et pénétrèrent 
jusqu'à la Seine d'abord, selon César, et puis dans la Grande- 
Bretagne méridionale et septentrionale, y compris l'Ecosse. 



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— 425 — 

rÉcosse, peuvent également s'appliquer à un autre 
idiome teutonique, au gothique, par exemple. 

Nous admettons que les divers peuples parlant 
ces dialectes, se comprenaient suffisamment entre 
eux pour les affaires qu'ils avaient à traiter en 
commun; mais il n'en est pas moins vrai que 
chaque peuple avait son langage à part, qu'on 
peut facilement reconnaître même aujourd'hui. 
Il se passait en cela quelque chose de semblable 
à ce qu'on remarque aujourd'hui dans plusieurs 
pays , notamment en Angleterre , où , comme 
nous l'avons dit dans nos études linguistiques 
relatives à ce pays, on distingue la plupart 
des comtés par leurs provincialismes, quoiqu'on 
y comprenne suffisamment en général la langue 
commune, émanée des divers langages particu- 
liers, savoir l'anglais, pour entretenir les relations 
qu'exige la vie sociale. Pour avoir la preuve en 
détail de ce fait, en ce qui concerne l'Ecosse, il 
suffira d'examiner avec attention les termes appar- 
tenant aux diverses langues qui Ont concouru à la 
formation de l'écossais, dans le tableau que nous 
allons mettre sous les yeux du lecteur. C'est ainsi 
qu'on distingue les membres d'une même famille, 
quoiqu'ils aient souvent des traits communs indé- 
niables, d'après l'expression du poète : 

« Faciès non omnibus una, 
Sed diversa parum, quaUs solet esse sororum. » 

Après avoir écarté cette objection, venons-en 
aux faits historiques, qui expliquent la diversité 
des éléments qui entrent dans l'écossais et parmi 



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— 426 — 

lesquels nous donnons la prépondérance au fla- 
mand. Toutefois nous maintenons l'opinion ex- 
primée par Diefenbach, que l'origine du caractère 
germanique dominant dans la langue de la Basse- 
Écosse demeure une véritable énigme, les langues 
qui ont concouru à ce résultat, ne pouvant fournir 
l'explication de la transformation de l'ensemble. 
Ce qui parait certain c'est que, comme l'a sou- 
tenu Hume, il y a eu dans ce pays des invasions 
teutoniques successives, même avant l'occupation 
saxonne, quoique l'histoire n'en fasse pas mention. 
Parmi ces invasions, celles des Teuto-Belges ont 
eu incontestablement une grande importance et 
ont eu lieu à diverses époques et par des voies 
différentes, qui trouvent leur explication com- 
plète dans l'histoire sur laquelle nous reviendrons, 
n sufi&ra d'en donner une idée partielle ici pour 
répondre aux allégations faites en sens contraire 
par Jamieson et Johnstone. Ces savants auteurs, 
tout en admettant l'influence du génie flamand 
sur l'écossais, cherchent à en diminuer l'impor- 
tance d'après le système exclusif qu'ils ont adopté 
surtout le dernier, en faveur du gothique comme 
langue génératrice du Bas-Écossais. 

Ainsi ils reconnaissent que les immigrations fla- 
mandes en Ecosse ont été très nombreuses dans 
les temps anciens ; mais comme elles avaient lieu, 
disent-ils, dans les villes, à cause des industries 
qu'elles y apportaient, elles n'ont pas eu assez 
d'effet sur la population totale du pays, pour 
métamorphoser la langue qui y était en usage. 
Que ces immigrants n'aient pas opéré un chan- 
gement radical et général sur la langue, noua 



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- 427 — 

l'admettons ; mais dire que leur présence dans les 
villes ne se soit pas fait sentir sur l'ensemble de 
la nation, cela est inadmissible, puisqu'il faudrait 
en conclure que les populations rurales n'eurent 
pas de relations assez suivies avec les villes, pour 
adopter, au moins partiellement, la langue qu'y 
avaient introduite les Flamands. Puis il y a villes 
et villes. Ainsi, d'après Macpherson, une fabrique 
flamande (a flemish factory) fut établie en Ecosse, 
dès 1268, à Berwick qui, certes, à cette époque, 
n'était qu'un village ordinaire ; d'où l'on doit con- 
clure que l'influence de la langue flamande s'éten- 
dait avec l'industrie à la campagne. D'ailleurs, 
comme nous l'avons fait voir précédemment*, c'est 
surtout aux guerres continuelles qui avaient ravagé 
l'Ecosse, que l'historien écossais Buchanan attri- 
bue l'appel fait par Jacques P*" aux Flamands, qui 
affluèrent en très grand nombre dans ce pays, dit-il, 
et en remplirent les villes. Or, ces ravages n'avaient 
pas seulement dépeuplé les villes, mais étendu 
la dévastation aux campagnes. Et comme les 
Belges, d'après César, avaient introduit* l'agri- 
culture en Bretagne, ou ils se trouvaient, dit-il, 
en nombre considérable {infinita muUitvdo) dans 
cinq provinces, ne doit-on pas supposer qu'ils 
furent appelés à exercer cette industrie, la pre- 
mière de toutes, en Ecosse? 

Il est vrai que l'histoire n'en parle guère sous 
ce dernier rapport; mais il est à remarquer que 



* Voir mon Coujh^œil hUtorico-Unguistique^ etc., p. 22 (Extrait 
de la Revue catholique), et Buchavaf, HUtory of Scotland,.Y, 1, 
p. 379-80, vii« étlit. 

« Bell. GalL, V, cap. 12. 



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— 428 — 

rimmigration flamande en Ecosse avait été paci- 
fique, et que les conquêtes de cette nature ne font 
pas, en général, assez de bruit dans le monde pour 
attirer l'attention des historiens. 

Ce que César et d'autres historiens rapportent 
des Belges de la Bretagne, d'origine germanique 
pour la plupart (plerique Germaniâ orti)^ prouve 
qu'ils étaient très avancés dans les diverses bran- 
ches de la civilisation de l'époque, y compris la 
navigation. MM. Jamieson et Johnstone admettent 
tout cela ; mais toujours préoccupés de l'influence 
exclusive des Pietés et des Goths Scandinaves sur 
leur pays, ils pensent que ces Belges, établis au 
Sud de la Bretagne, n'y avaient pas résidé assez 
longtemps (ils y étaient depuis environ 300 ans 
à l'époque de Ptolémée, qui parle de leur séjour 
en Bretagne et même en Calédonie) pour avoir pu 
s'étendre de là jusqu'en Ecosse et y répandre leur 
langage. Mais en supposant qu'ils ne pouvaient 
effectuer cette pérégrination par terre, faute de 
routes praticables, ne pouvaient-ils pas y être 
arrivés par cabotage à ti'avers la mer du Nord 
ou la mer d'Irlande, pays où Ptolémée signale leur 
présence, en même temps qu'il parle des colonies 
qu'ils avaient établies en Ecosse, ce que nos 
savants antagonistes reconnaissent sans hésiter. 
Ds vont même jusqu'à dire qu'on peut admettre 
qu'un peuple, aussi entreprenant {interprizing peo- 
pie) que les Belges, s'était rendu directement en 
Ecosse des bords de la Baltique, d'où il était parti. 
Nous répondons que cela n'est pas in^probable ; 
mais il n'en résulte nullement que ce fut là l'unique 
voie par laquelle il avait passé. 



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— 429 — 

Pour soutenir leur thèse en faveur de la trans- 
formation exclusive de Técossais par les Pietés, 
qu'ils font venir de la Scandinavie, Jamieson et 
Johnstone invoquent les dénominations géogra- 
phiques, dont ils trouvent les racines dans l'ancien 
suédois greflfé sur le gothique. Ils citent surtout 
les termes Scandinaves qu'on rencontre dans les 
Orcades, par lesquelles ils admettent cependant que 
les Belges ont pu passer. Mais ici encore, ce sont 
les Pietés qui, selon eux, l'emportent sur ces der- 
niers. Que les Pietés y aient laissé des traces, nous 
ne le contestons pas; mais la plupart des mots 
que ces auteurs font valoir en faveur de leur thèse, 
appartiennent à la langue vivante * de la Flandre, 
aussi bien qu'aux langues mortes du Nord. Ainsi 
les termes Dale, Ness {Nis ou Nes)^ Wick (ou Wijk)^ 
Head (ou Hoofd)^ Ton (Tuin ou Duin)^ Burgh^ etc., 
que MM. Jamieson et Johnstone appellent Scan- 
dinaves, sont également flamands ; mais il y a plus, 
et puisqu'ils cherchent surtout ces racines dans 
les Orcades, nous croyons pouvoir dire que nous 
trouvons dans ce nom même une racine flamande, 
savoir; Or A, nom du poisson qui abonde sur les 
côtes de ces îles, et que ces auteurs n'ont pas dé- 



• Bien qoe les dialectes conservent les vieux mots qui appar- 
tiennent à la langue, on doit préférer en général les racines des 
langues vivantes à celles des langues mortes du nord dans la matière 
qui nous occupe. Car ces dernières ne nous sont connues, pour la 
plupart, que par des dialectes qui n'étaient pas généralement usités 
dans l'Antiquité, tandis qu'on peut vérifier les premières par la 
lexicographie, en usage aujourd'hui, qui embrasse l'ensemble de la 
langue et qui est devenue une véritable science pour le Flamand, 
comme pour les autres langues vivantes. 



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- 430 - 

couvert dans la langue qu'ils cherchent à faire 
prévaloir sur le flamand. 

Une autre allégation à laquelle ils attachent de 
l'importance, c'est que dans beaucx:)up de mots 
écossais le th est remplacé par le rf, ce qui, selon 
eux, indique aussi une origine Scandinave, et par- 
ticulièrement islandaise, attendu que dans cette 
île on prononce souvent le th comme rf. Mais ce 
raisonnement ne tient pas devant la critique; car 
s'ils avaient eu une connaissance parfaite de la 
langue flamande, ils se seraient persuadé que le 
th n'est pas seulement étranger à cette langue, 
mais que ceux qui la parlent ne savent pas même 
prononcer convenablement le t aspiré d'origine 
saxonne, et qui appartient également aux langues 
Scandinaves aussi bien qu'à la langue grecque. 

Les auteurs auxquels nous répondons, ne men- 
tionnent pas d'émigration islandaise en Ecosse, 
quoiqu'il y en ait eu de Norwège en 872 vers 
l'Islande, les Iles Fœroë, les Iles Shetland, les 
Orcades et les Hébrides, à la suite de la centra- 
lisation introduite par Harald Haarfager, contre 
laquelle les Islandais indépendants s'étaient ré- 
voltés; mais cette époque est bien postérieure à 
celle de l'arrivée en Ecosse des colons belges dont 
parle Ptolémée, et qui ont pu substituer le d au th^ 
avant que les Scandinaves en eussent eu l'occa- 
sion. Il se présente ici un rapprochement entre 
ces Belges et ceux d'Irlande, qui introduisirent 
dans l'irlandais la lettre p, conmae l'atteste Edouard 
O'Reilly dans son dictionnaire irlandais-anglais, 
ce qui prouve que ces Belges n'étaient pas tout 



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~ 431 — 

à fait illettrés*. Quant à l'argument tiré de la 
substitution du d au thy il vient évidemment à 
l'appui de notre thèse. 

Nous pourrions avancer ici d'autres arguments 
du même genre, tirés de la géographie, de l'ortho- 
graphe, de la grammaire, de la prononciation, etc. , 
pour corroborer cette thèse ; mais ils trouveront 
mieux leur place à la suite du vocabulaire étymo- 
logique qui suit, et auquel se rattachent ces argu- 
ments basés sur les modifications lexicographiques 
des langues comparées au point de vue analogique. 

Voici les abréviations adoptées dans ce voca- 
bulaire, afin d'éviter les trop longues répétitions 
des mêmes termes : 



AUem, 


Allemand. 


A. -S. 
An.fl. 


Anglo-Saxon. 

Analogie flamande ou* belge reconnue par les 
rec. , . 
auteurs écossais. 


Ane. 


Ancien. 


Belg. 

aB. 

Celt 
A. 

Corr. 
Dan. 


Belge (langue du peuple). 

Cimbrique-breton ou gallois. 

Celtique. 

Anglais. 

Corruption (de termes). 

Danois. 


Dériv. 
Ec. 


Dérivé. 
Écossais. 


M. 


Flamand. 


Finn. 


Finnois. 



• Voir ce que nous en avons dit dans le Messager des Sciences histo- 
riques de Belgique, t. LVIlI, 1884, et dans le tiré à part de cette 
Revue, p. 37. 



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432 — 



Fr, 

Oerm, 

Oo, 

Or, 

Héb. 

Ir, 

IsL 

L, 

Norw. 
S. 

Su-g, 
T. 



Français; abrèTiation du mot français, qui, 
sans avoir nécessairement de rapport ana- 
logique avec les termes désignés comme 
analogues, en donne la traduction. 

Germanique. 

Gothique. 

Grec. 

Hébreu. 

Irlandais. 

Islandais. 

Latin. 

Mœso-Gothique. 

Norwégien. 

Sanscrit. 

Suédo-Gothique ou ancien suédois. 

Teutonique. 



VOCABULAIRE SCOTO-TEUTONIQUE 

comprenant surtoiU les mots flamands analogues 
au bOrS'écossais. 



Acker-dale * ; fl. Akker-deel; /V. Division agraire. 
Acre-braid; fl. Akker-breedte ; fr. Largeur d'un champ. 
Affset; fl. Aizetten'; mceso-g. Afsat-jan; l, Amovere; 
fr. Déposer, mettre de côté. 
After ane '; fl. Achtereen *; /^. consécutivement 

< Dale se prononce comme le flamand dans deel, ou à pea près 
comme l'allemand Deil. 

* Le z flamand se prononce comme s doux. 
■ Ane, prononcez een comme en flamand. 

* After en vieux teuton (Terwen, Etym, Woordenboek), Achterei 
After se ressemblent tellement qu^aucun Flamand ne s'y tromperait 
(Voir Schuermans et De Bo, idiot). 



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— 433 - 

After-clap; fl, Aohterklap; /V. Méchanceté secrète ; mé- 
disance. En anglais, événement inattendu, mot anglais 
postérieur au flamand. 

Aftercome; fl, Achterkomen; /V. Ce qui vient après, 
conséquence, découverte. 

Aftercummer; fl, Achterkomer; />•. Successeur. 

Afward; fl. Afwaarts; fr. Séparé, en bas. 

Aik;/Î.Eik;/^. Chêne. 

Aiken; fl, Eiken; fr. De chêne (désinence d'adjectif tout 
à fait flamande). 

Air; fl, Eer; fr. Avant, plus tôt. 

Alane ; fl, Alleen ; an, rec, ; fr. Seul. 

Aldag; fl, et t. Aile dage *. 

Alangys; fl, Aleens; /^. La même chose, ensemble. 

AUein; fl. Alleen ;^er m. Allein; fr. Seul. 

Als; fl. Als: fr. Comme. 

Alsame; fl. Al te samen; allem, Alsamen; fr. Tous en- 
semble. 

Amptman; fl. Ambtman; fr. Employé, officier. 

An; fl, en, end, ende (vieux fl.); su-g. Aen; isl. end; fr. Et. 

Ane; fl. an. rec. Een; mceso-g. Ain; a.-s. An, ane; su-g. 
En ;^«rm. Ein*; fr. Un. 

To ane (verbe neutre); fl, an. rec. Eenigen; su-g. En-a; 
l. Firmiter proponere; fr. Unir, accorder. 

Anelie; fl. Eenlgk; fr. Seul. 

Anens; fl, Aaneen; fr. L'un avec l'autre. 

Anys; fl. Eens; fr. D'un seul. 

* Aile dage cité seulement comme teutonique dans les dictionnaires 
écossais, est évidemment flamand. 

* Le mot flamand een est un de ceux que Jamieson et Johnstone 
reconnaissent formellement comme belges ou flamands ; mais l'ana- 
logie avec l'écossais, de ceux que nous analysons comme fl., sans que 
ces auteurs fassent mention de cette analogie, est tout aussi forte et 
souvent plus significative, en comparaison avec les termes similaires 
d'autres langues. L'inspection de nos analogies en donne la preuve. 



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— 434 — 

To ar, are, ère; fl, Arenen; hébr. Arets (terre); /. Arare; 
a.-*. Er-ian ; s. Arv; gr, a/)fiv; /v. Cultiver la terre. 

Arselins; fl. Aazelings *; /V. A reculons. 

To assemble; fl. Zamelen {an, fl, r€c.)\ su-ç. Samla; 
çerm, Samlen ; /V. Assembler, pris dans le sens restreint de 
concentration de troupes dans le combat 

Atweesh; fl, Tusschen (an. fl, rec); fir. Entre, parmi, dans* 

Awin, awyn, awne; fl. Eigen (an, rec.); mcss.-g. Aigin; 
su-g. Egen ; a.-s, Agen ; germ, Eigen ; a, Own ; /V. Propre, 
ce qu'on possède. 

Awittins; fl. Onwetens; flr. Par ignorance {mot fl. em- 
ployé en conjonction avec les prénoms personnels et possessifs 
en écossais comme en certains dialectes flamands : him, her, 
mijns, jsifns, etc.). 

To ax; /î. Eischen; a.-«. Axian; a. To ask; /V. Demander. 



Back; fl. Bak (an. fl. rec); fr. Bassin. 

Back; fl. Bachten •; fr. Derrière. 

Backet ; fl. Bak (of trog) '; fr. Pétrin, baquet. 

Bare ; fl, Baar ; fr. Nu. 

Barefit; fl, Barvoets; fr. Nu-pieds. 

Bathe, baith, baid: fl. Beide; mœs.-g. Ba, bac, bagoth; 
a.'S. Ba, bâta; su-g. Bade; dan, Baide; germ, Beide; 
l. Ambo; fr. Tous deux. 

Bawme; fl. Balsemen ; />•. Embaumer. 

Beck; fl. Beek; t. Beke; s. {analogie éloignée mais citée 



*■ On a aussi aarzeling. irrésolotion, qui est plus usité, eiaarseltn, 
reculer, qui est reconnu comme analogie au flamand par les Ecossais. 
(Voir D^ Jamieson's Scottish dictionary.) 

• Voir De Bo (West-Vlaamsch Idioticon) sur l'usage du mot 
hachten et Schuermanb {Algemeen Vlaamsch Idioticon). 

' Analogie reconnue par les auteurs écossais cités dans le sens de 
trog, pétrin. 



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— 435 " 

par plusieurs philologues) Mih (verser, boire); hébr, Beki 
(fluctua rivorum) ; fl*. Ruisseau. 

Befom * ; /î. Te voren (Debo et Sohuermans, Idiotica). 

Begeek; fi, Beguigen {an. fl. rec.) ou plutôt begekken; 
fr, railler, tromper. 

Behad; /î. Behebt (sujet à); a. s. Behabban (contenir) ; 
fr. Ce qu'on tient. 

Beik,byke ;/î. an, rec, Buik, bie-buik; fr. Ruche d'abeilles. 

Beik;/Î. Bek«;/V. Bec. 

To beil, beal; /î. an, rec, Builen ou puilen ^; fr. S'enfler 
de douleur ou de remors. 

Bein; /î. Been; fr. Os. 

Bekend; /î. Bekend; fr. Connu. 

Ben; /î. Binnen; fr, an, rec. *. Dedans, dans Tintérieur de 
la maison. 

Benwart; /î. Binnen waarts, naar binnen; fr. Vers Tin- 
térieur. 

Chanoine de Haebne. 

(A continuer^ 



■ L'n final différencie ce mot, comme en en flamand. 

• Le mot heik est parfois employé en écossais comme beh en fla- 
mand et en français, métaphoriquement par mépris, quand on dit : 
tiens ton bec, pour dire tais-toi. (Observation de Jamieson quant à 
l'écossais.) 

3 Ces mots flamands sont peu usités et prouvent que notre étude 
philologique a de Timportance même au point de vue de la connais- 
sance approfondie du flamand. Il en est de même de bien d'antres 
mots contenus dans notre catalogue. 

* Cette frappante analogie flamande, rapprochée de celle de But, 
qu'on verra plus loin, est du nombre de celles reconm*es dans le 
grand dictionnaire de Jamieson, mais que son abréviateur, 
Johnstone, ne mentionne pas comme flamande, mais simplement 
comme tetitoniquef probablement parce qu'il a moins approfondi le 
flamand que son savant prédécesseur. Johnstone d'un autre côté, 
a un petit nombre de mots qu'on ne trouve pas dans Jamieson. L'un 
et l'autre doivent être consultés. 



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— 436 



y 

LES TONNELIERS DE BRUGES ET DE UÉCLUSE 
EN U61. 



En vertu d'un privilège, dont on ne connaît 
pas l'origine, la corporation ou métier des ton- 
neliers ou cuveliers de l'Ecluse était obligée 
d'oflfrir chaque année, le 3 Mai, jour de la Proces- 
sion du Saint-Sang, aux tonneliers de Bruges 
4 lots de vin du Rhin, de la même qualité que 
celui que les bourgmestres et échevins de Bruges 
offraient aux prélats et aux dignitaires ecclé- 
siastiques invités à assister à la procession. Ce 
privilège avait été confirmé par un arrêt du Par- 
lement de Paris, devant lequel le diflférend relatif 
à cette redevance avait été porté. Les gens de 
l'Ecluse se soumettant à l'arrêt qui avait décidé 
contr'eux, avaient envoyé à Bruges en 1469, pour 
s'acquitter de cett« obligation, le clerc de la 
ville, nommé Richard Janssuene de Zot, person- 
nage assez naïf, qui parait s'être s'acquitte très ma- 
ladroitement de sa mission. Au lieu de commander 
le vin destiné au métier dans la taverne où les 
échevins s'étaient rendus, comme on le lui avait 
indiqué, il se rendit à la taverne où les tonneliers 



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— 437 — 

prenaient ce jour là leur repas de corps, déposa 
sur le comptoir le prix de 3 lots de vin seulement, 
et sans plus de soucis il retourna chez lui. 

Les tonneliers de l'Ecluse ayant eu connaissance 
de la conduite équivoque de leur messager, en- 
voyèrent une députation aux doyen, jurés, clerc et 
notables du métier des tonneliers de Bruges pour 
leur faire des excuses du manque d'égards que 
leur avait témoigné leur messager. Ils alléguèrent 
que leur envoyé, qui venait d'être nommé à ces 
fonctions, n'était pas au courant des anciens 
usages, ils protestèrent de leurs bonnes inten- 
tions, assurant qu'à l'avenir ils comptaient remplir 
fidèlement leurs obligations. 
. Les tonneliers de Bruges, charmés d'avoir une 
occasion de faire confirmer leur privilège par une 
déclaration de leurs confrères de l'Ecluse, se 
montrèrent bons princes, ils se contentèrent de 
ces excuses et de l'oflEre qu'on leur faisait de leur 
servir 8 lots de vin en guise de réparation et de 
payer le salaire du notaire Donatien Béer, qui 
fut chargé de dresser l'acte de cette reconnais- 
sance * . Us se rendirent à la maison que Jean de 
Nieuwenhove venait de faire reconstruire dans 
la rue S'heere Lodewycx Dopstrate, où il habitait 
et où l'acte fut dressé, le 15 Mai 1469 «. 

Ce privilège doit avoir pris son origine pendant 
la longue lutte engagée entre les deux villes de 
Bruges et de l'Ecluse, lutte, dans laquelle la ville 



» V. Ce document plus loin. 

« Gaillabd, (lans son ouvrage : De Ambachten en Neringen van 
Brugghe, ne parle pas de ce privilège. V. il Partie, p, 121 etc. 



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— 438 — 

de Bruges a toujours chei'ché avec un opiniâtre 
égoïsme à empêcher le développement de sa 
rivale. 

La ville de Bruges avait imposé antérieurement 
à celle de l'Ecluse (le 5 X^"* 1366) une redevance 
de même nature, en se fondant sur des privilèges, 
qu'à l'aide de la politique, elle avait obtenus de 
nos anciens souverains. 

Le comte Guy de Dampierre en octroyant à la 
ville de l'Ecluse les mêmes lois que la ville de 
Bruges avait stipulé que celle-ci serait son chef 
de sens, la ville de l'Ecluse avait reconnu cette 
autorité en 1290, mais à diverses reprises, elle 
avait refusé de s'y soumettre ; il en était résulté 
de graves abus dans l'administration de la justice*, 
des appels étaient restés sans suite, des crimes 
sans châtiment. La ville do Bruges, voyant sa 
dignité compromise, infligea au magistrat rebelle 
une correction exemplaire, elle ordonna que la ville 
de l'Ecluse, en punition de son méfait, devrait 
payer chaque année aux bourgmestres et échevins 
de Bruges, la veille de l'Epiphanie — up elcken 
dertiendach in elc jaer — une redevance consistant 
en un quart d'une verge de vin de Rhin rouge, 
du meilleur que l'on pourrait se procurer à Bruges, 
sous peine de cinquante enforchies \ valant cha- 
cune 10 sols de gros monnaie de Flandres, si elle 
manquait de s'acquitter de son obligation. 



* Lo terme d'enfourchie ou enforchie implique une peine ou 
augmentation de peine, pour non-exécution de stipulations déter- 
minées (V. Gaillabd, Glossaire Flamand, p. 380). 



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— 439 — 

Les gens de l'Ecluse cherchèrent par tous les 
moyens de se délivrer de cette redevance humi- 
liante ; après s'être adressés vainement à tous les 
tribunaux de Flandre, ils en appelèrent, mais sans 
plus de succès, au Parlement de Paris en 1447*. 

La ville de Bruges exerçait, en ce qui concer- 
nait les métiers, une véritable suprématie sur celle 
de l'Ecluse. 

En 1323, Louis de Crécy, comte de Flandre, 
avait statué que les petits métiers de l'Ecluse 
seraient soimais aux ordonnances sur les métiers 
de Bruges, et il avait en outre défendu « de lever 
nul mestier, ne faire lequel l'on ne souloit mie 
faire avant ce temps » à l'Ecluse. Cette prohibition 
d'établir de nouveaux métiers dans cette dernière 
ville, ne pouvait s'appliquer aux tonneliers ou 
cuveliers, leur industrie, intimement liée à celle de 
la pêche jadis si florissante sur nos côtes, devait 
être antérieure à cette ordonnance. D'ailleurs, 
dans la charte donnée par le duc Philippe, en 1441 , 
pour terminer les contestations entre les deux 
villes, le métier des cuveliers est pleinement au- 
torisé à l'Ecluse avec un certain nombre d'autres, 
tels que ceux des bouchers, charpentiers etc., et 
il n'est pas compris parmi ceux pour lesquels il 
était dû une redevance particulière. 

n était stipulé dans la charte du duc Philippe, 
que les métiers de l'Ecluse useront de leurs métiers 
selon les keures de Bruges et sous certaines limi- 
tations. Ces keures devront être faites en la 

* QiLLiOTS, Inventaire des archives de Bruges, t. lll, p. 361 eî. s. 

29 



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— 440 — 

manière accoutumée, et en les faisant, disait la 
charte, on aura égard au bien de la chose pu- 
blique et non au bien particulier des métiers; 
elles devront être envoyées à l'Ecluse dans un 
délai déterminé, sans les modifier en rien, sauf que 
dans les keures des métiers dont les doyens à 
Bruges ont plusieurs métiers sous eux, on devait 
retrancher les articles faisant mention des mé- 
tiers autorisés à l'Ecluse. Il n'y a rien dans ces 
stipulations qui puisse expliquer l'origine du 
privilège prétendu par les tonneliers de Bruges 
sur ceux de l'Ecluse; peut-être cette obligation 
avait-elle été imposée à titre d'amende ou de 
réparation pour infractions commises aux ordon- 
nances ou aux keures, car à d'autres points de 
vue les métiers de Bruges prétendaient à une 
vraie juridiction sur ceux de l'Ecluse. 

Les doyens, chefs et jurés des métiers de 
Bruges avaient anciennement le droit de vérifier 
l'exécution des ordonnances sur les métiers à 
l'Ecluse, et de frapper les contrevenants d'une 
amende; ce droit avait été reconnu en 1353 par 
ceux de l'Eculse, mais le duc Philippe dans le 
pardon qu'il avait accordé à la ville de Bruges 
en 1437 avait supprimé le droit de faire visiter 
les keures des métiers de l'Ecluse ; et il fixa la 
procédure à suivre en cas « de faulte ou mesfez 
commis es dis mestiers de l'Ecluse. » Le bailli et 
l'écoutète de Bruges auront encore le droit d'en 
connaître, mais avec un officier du duc, et ils 
devront faire juger des infractions par les éche- 
vins de l'Ecluse. 



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— 441 — 

Les Brugeois prétendaient, en outre, avoir le 
droit d'exercer leurs métiers aussi franchement 
à l'Ecluse que dans leur propre ville, mais ceux 
de l'Ecluse répondaient que pour exercer un 
métier dans leur ville il fallait y être bourgeois, 
et que le droit d'entrée à payer par les membres 
du métier, ne devait nullement appartenir à ceux 
de Bruges, comme ceux-ci le prétendaient. 

Dans la charte donnée par le duc Philippe, de 
l'année 1441, pour mettre fin aux dissensions 
entre les deux villes, se trouvent reproduits les 
mémoires produits par les deux partis dans la 
longue et minutieuse instruction qui avait été 
faite par les membres du grand conseil*. 

L'histoire des métiers de nos anciennes villes 
de Flandre est féconde en conflits de cette nature, 
qui dépeignent parfaitement les mœurs et l'état 
social des classes commerçantes de l'époque. 

L. St. 

In nomine Domini, amen. Per hoc presens publicum 
instrumentam cunctis pateat evidenter et sit notum, quod 
anno ab Incamatione ejusdem Domini millesimo quadrin- 
gentesimo sexagesimo nono, die vero quinta mensis majj, 
Pontificatus sanctissimi in Christo patris ac domini nostri, 
domini Pauli Divina providentia pape secundi, anno quinto, 
indictione quarta, in presentia honorabilium virorum 
Johannis de Nieuwenhove et magistri Donatiani Béer, 



• V. GniLiODTS, Inventaire des archives de Bruges. — Pour con- 
sulter avec fruit les documents reproduits dans cet inventaire, il 
faut avoir recours à la Table analytique dressée par M. Gaillard — 
V. v« L'Écluse. 



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— 442 — 

secretarii ville Brugensis, patris mei, atqne etiam mei 
notarii publici, testiumque infrascriptorum, personaliter 
constitutis honestis viris, Waltero Mayngheer tanquam 
decano, Bernardo Mersman, Johanne Andries, Johanne 
Hebboud, juratis, Paulo Heynricx, gubernatore, Donatiano 
Woulters, clerico ministerii cupificum seu tonnellarioniin 
predicte ville Brugensis, Henrico vanden Keldre, Johanne 
Michèle, Johanne Beerhoud, Thoma Routier, Cîomelio 
vander Eeke, et Georgio van Bochoute, tanquam cupifid- 
bus ejusdem ville Brugensis, eisdem decano et juratis astan- 
tibus, ex una parte, et Jacobo Janssuene tanquam decano, 
Petro Hemels, Michaele ScoUeboone, Johanne de Corte, 
Georgio Blomme, Johanne Ghiselin, juratis, et Bicardo 
Janssuene de Zot, clerico ministerii cupificum seu tonnel- 
lariorum ville Slusensis, ex alia parte; predicti decanus, 
jurati et clericus ministerii cupificum seu tonnellariorum 
predicte ville Slusensis de sua mera et libéra voluntate, 
ut asseruerunt, recognoverunt et publiée confessi fuerunt, 
quod, secundum tenorem et continentiam certi arresti seu 
sententie curie parlementi Parisiensis, dati et pronunciati 
inter predictas partes, ipsi cupifices Slusenses obligati 
existunt singulis annis tertia die mag, que est festum 
processionis Sacratissimi Sanguinis Domini nostri Jhesu 
Christi, in predicta villa Brugensi résidentes, presentare 
seu propinare eisdem cupificibus Brugensibus quatuor Iota 
vini Renensis, consimilis illi quod, ex parte burgimagis- 
trorum et scabinorum ejusdem ville Brugensis, eadem die 
presentatur prelatis et aliis viris ecclesiasticis, qui ad 
predictam processionem venire rogati sunt, prout ipsi per 
plures annos citra pronunciationem predicti arresti fece- 
runt et adimpleverunt sine conti'adictione quacunque, 
quodque circa festum processionis ejusdem Sacratissimi 
Sanguinis Domini nostri Jhesu Christi ultime preteritum, 
ipsi miserunt predictum Ricardum Janssuene de Zot, 



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- 443 — 

eorum clericum, versus predictam villam Brugensem, ad 
ibidem in ipso festo predictam presentationem, ipsis cupi- 
ficibus Brugensis faciendam modo consueto, prout pe 
predictum arrestum obligati erant. Quiquidem Ricardus 
Janssuene de Zot, ut ipsi intellexerunt, non fecit predictam 
presentationem, prout consuetum fuit, sed solum venit in 
ipso die processionis ad aliquos cupifices dicti ministerii 
Brugensis, et eos interrogavit in qua domo vel tabema 
ipsi volebant habere eorum vinum, quod ipse ex parte 
dictorum cupificum Slusensium esset presentaturus, qui 
sibi responderunt, quod ipsi volebant illud habere in 
taberna, in qua Burgimagistri et scabini predicte ville 
Brugensis capiebant tune eorum vinum presentandum pre- 
latis et aliis rogatis, secundum antiquam consuetudinem, 
et predictus clericus Slusensis, absque aliquam aliam pre- 
sentationem faciendo de predictis quatuor lotis vini Renensis 
ad mensam, ubi predieti cupifices Brugenses ea die prande- 
bant, prout moris erat, recessit ad predictam villam Slu- 
sensem in predicta taberna pecunias pro tribus lotis vini 
Renensis solummodo dimittendo, que predicta predictus 
Ricardus de Zot recognovit fore et esse vera. Quoquidem 
defectu per predictum eorum clericum commisso ad eorum 
notitiam pervento, ipsi ad predictam villam Brugensem 
modo venerunt, et predictos decanum, juratos, guberna- 
torem, clericum, etc., et notabiles dicti ministerii cupificum 
Brugensium convocare et congregare fecerunt, ad seipsos de 
predicto defectu per eorum clericum commisso erga eosdem 
cupifices Brugenses excusandum, dicentes et asserentes, 
tanquam viri probi et fide digni, predictum defectum per 
eorum clericum fuisse commissum, et non de eorum con- 
silio, vel mandate, tanquam per hoc volentes prejudicare 
vel derogatum in predicto arresto aliquo modo, sed per 
neggligentiam predieti clerici, qui in dicto officio noviter 
per eos fuerat institutus, et modum predicta quatuor Iota 



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— 444 — 

vini presentandi in ipsa die observatum et consaetmn 
ignoravit. Sicqae preterea recognoverunt predicti cupifices 
Slusenses se nichilominus fuisse defectuosos et neggligentes 
in hoc, quod ipsi predictum eorum clericum de modo pre- 
sentandi predicti quatuor Iota vini non instruxerunt, et 
sic etiam predictum defectum eorum intercessisse culpa 
et neggligentia, rogantes predictos cupifices Brugenses, 
omni qua decuit reverencia, quatenus predictis consideratis 
ipsi dignarentur et vellent eis predictum defectum remit- 
tere et indulgere, sperantes se fuluris annis taliter provi- 
suros ut talis defectus amplius non continget, seipsos de 
predicto defectu, tam neggligentia et culpa eorum, quod 
eorum clerici predicti commisso, in ordinationem et arbi- 
trium predictorum Johannis de Nieuwenhove, magistri 
Donatiani Béer, decani, juratorura et aliorum cupificum 
Brugensium, ibidem presentium submittendo. Et predicti 
Johannes de Nieuwenhove, magister Donatianus Béer, 
decanus et jurati cupificum Brugensium, audita predicta 
recognitione et excusatione sepedictorum cupificum Slu- 
sensium, et specialiter predicti Ric^rdi Janssuene de 2k)t, 
asserentis et affirmantis predictum defectum fuisse com- 
missum per suam neggligentiam, quia noviter in dicto 
officio fuerat institutus et modum presentandi consuetum 
ignoravit. Ac etiam considerato, quod predicti cupifices 
Slusenses asseruerunt et dixerunt, tanquam viri probi et 
fide digni, predictum defectum fuisse commissum modo et 
forma predictis, et non per aliquam eorum malitiam ad 
predicto arresto curie parlamenti in aliquo prejudican- 
dum aut derogandum, postquam fecissent predictos cupi- 
fices Slusenses retrahere, et de predicta materia bene et 
ad longum invicem communicassent et mature délibé- 
rassent, volentes predictos cupifices Slusenses favorabiliter 
tractare et erga eos potius uti gratia quam rigore, eorum 
precibus annuentes, ipsis predictum defectum per eos et 



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— 445 — 

eorum clericum ut supra commissum fuisse recognitum, 
remiserunt et induixerunt; ac de omnibus et singulis pénis 
et mulctis, in quibus per defectum predictum vigore pre- 
dicti arresti inciderunt et incurrerunt, quantum ad ipsos 
cupifices Brugenses spectat et pertinet spectare et perti- 
nere posset tantura et non ulterius, et pro ista vice tantum, 
per traditionem hujus presentis publiei instrument quitos 
et libères in perpetuum fecerunt et proclamaverunt ; et 
hoc absque aliquo prejudicio et derogatione predicti 
arresti. Et tamen, mediante quod ipsi cupifices Slusenses 
presentabunt hoc sero predictis cupificubus Brugensibus 
in cena, nomine pêne et emende, octo Iota vini Renensis, 
pro dictis quatuor lotis in quibus fuerunt in ultima pro- 
cessione predicti preciosissimi Sanguinis Domini Nostri 
Jhesu Christi defectuosi et neggligentes. Et eo etiam 
mediante, quod ipsi solverent salarium mei notarii publiei 
subscripti, qui ad predictas recognitionem et gratie seu 
remissionis concessionem vocatus extiti et presens publi- 
cum instrumentum exinde confeci. Et predicti cupifices 
Slusenses, audita gratia et remissione eis ut supra factis, 
predictis cupificibus Brugensibus gratiarum actiones mul- 
tipliées reddiderunt, ac etiam quod ipsi predicta octo Iota 
vini ipsis cupificibus Brugensibus presentare et etiam 
salarium predictum solvere erant contenti et parati. De 
et supra quibus omnibus et singulis, predicti cupifices 
Brugenses petiverunt a me notarié publiée subscripto, ad 
futuram rei memoriam, sibi fieri et tradi unum vel plura 
publicum vel publica unius tenons instrumentum vel 
instrumenta, subastantium testimonio. Acta fuerunt hec 
in predicta villa Brugensi, in domo predicti Johannis de 
Nieuwenhove, sita in vico vocato vulgariter sheere Lode- 
wycx Dopstrate, quam ipse de novo refici et reedificari 
fecerat, anno, die, mense, pontificatu, indictione predictis, 
presentibus ibidem honestis vins Comelio Hughenssuene, 



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- 446 — 

sartore, escalwettrio * ejusdem. Johannis de Nieuwenhove, 
et Paschario Lelye, carpentatore, oppidanis predicte ville 
Brugensis, testibus ad premissa vocatis specialiter et 
Yocatis. 

Ego Donatianos Béer, 
filius Donatiani, dericus 
Tomacensis diocesis, artium 
magister et in jure civili 
baccalarias, premissis omni- 
bus et singulis unacum pre- 
nominatis testibus interfui ; 
ideo hoc presens pùblicum 
instrumentum desuper con- 
fectum, et manu mea pro- 
pria scriptum, signo et no- 
mine meis solitis publicavi 
requisitus et rogatus, in tes- 
timonium permissorum. 

L. St. 




* Le mot escalwettrio n'est pas mentionné dans le glossaire de 
Du Cange; il correspond au mot d'eschangoetter, eschangieter, 
auquel Roquefort donne le sens d'observer, épier, guetter, faire ou 
être sentinelle. La fonction de veilleur devait convenir à un homme 
exerçant le métier sédentaire de tailleur, comme le faisait G. Hu- 
ghensuene. Le mot échanguette, dont on se sert pour désigner les 
tours de guetteurs dans les anciennes constructions militaires, 
est resté. 



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447 — 



VARIÉTÉS. 



Frais de processions. — Afin de donner plus de relief 
à la solennité des processions (ommegangen)^ les paroisses, 
même les plus modestes, avaient l'habitude, il y a 
plusieurs siècles déjà, de faire accompagner le pieux 
cortège par des joueurs de tambours, des musiciens, des 
chantres, des archers, etc. Voici quelques extraits de 
comptes qui ont rapport aux dépenses faites de ce chef. 

Baeygem. 

i< Item betaelt aen de ygolons, trommelslaeghers ende 
vaenedraeghers over twee jaeren, xix sch. gr. » 

« Item betaelt den derden Sinxendag aen de Costers 
ende Speellieden die den ommeganck van Onze Liev Vrouwe 
vereerden, elk iiii schell. groote. » 

(Kerkrekeningen 1616 en 1620.) 

Dikkélvenne, 

c Item nog betaelt op de kermesdach dezer prochije 1664 
an die van Baeyghem, voor het draeghen van den standaert 
in den ommeganck, ii s. viii d.; noch an dry tambourins ii s. 
vi d., noch iiii s. grooten an de speellieden, noch viii s. betaelt 
an Pr Algoet over verteerde gedaen by de sanghers ende 
noch V. s. betaelt aen P^ Ziens, over verteerde ghedaon by 
de officieren. » (Kerkrekeningen 1662 en 1664.) 



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— 448 — 
Ouvre, 

« Item betaelt de speellieden, vereert hebbende den 
ommeganck op H. Sacramentsdach ten jaere 1662 en 
1663, xiiii sch. g. » (Kerkreheningen,) 

Meerelhehe. 

< Item betaelt van luijene bejjaerden op helich Sacra- 
mentsdach mitsgaders ook een speelman, 't samen xi p. » 

(Kerkrekeninge 1556.) 

« Item betaelt an den Speelman ende de Vaendraghers 
voor tspelen van den ommeganck ende tdragen van de 
Vanen in den ommeganck, iii s. iv gr. » [id, 1608.) 

Munte. 

c Item betaelt speellieden, vaendragers, trommelaers, 
fluyters mitsg", zangers en pijpere, die de onmiegangers 
(]uamen vereeren, 8 s. g. » 

« Item noch betaelt aen twee speellieden ende eenen 
taraboneryn die den ommeganck vereerden, by Consent van 
den heer pastoor op de kerkewydinghe, te weten over de 
jaeren 1672 ende 1673, tsamen de somme van 4 sch. 6 gr. » 

{Kerckrekeninghe 1672.) 

Schelderode, 

t Item, betaelt op Schelderode Kerckwydinge aen de 
speellieden om den ommeganck te vereeren ende de vaen- 
draegers, tôt iii s. 4 gr. > 

(Kerckrekeninge 1644. Kerckarchief.) 

Scheldetoindeke . 

« Item, betaelt aen de costers, speellieden, trommelaers, 
vaendragers, belledraegers, enz., die den ommegang van 
0. L. V. van den H. roosecrans vereert hebben, xi sch. x. gr. » 

(Kerkrekening 1660.) 



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— 449 — 

Semmersache, 

« Item, betaelt aen Maximiliaen de Mulder ende 
Guillaume Vandermeeren, op de kermyse, ten jaere 1679, 
over theeringe van de schutters, costers en de speelemans, 
de somme van xvi schell. ii d. p. » 

(Kerhrekening 1679.) 

Vurste, 

De rekening van 1669 vermeld eene uytgaaf van 
1 schelling 8 groote voor 't gène « betaelt aen Jan Van 
Houdenhuyse voor zijnen dienst van met de Vehole (viool) 
te spelen te kermis te Vurste. » Emile V.... 



ECHEVINS DE LA VILLE DE GaND ANTÉRIEUREMENT AU 

XrV® SIÈCLE. — M. Fr. de Potter a donné dans son petit 
cartulaire de Gand, les noms de quelques échevins de cette 
ville antérieui-s à Tannée 1300; il n'est pas possible de 
donner la liste complète de ces magistrats pour une époque 
aussi reculée, cependant on peut ajouter grand nombre de 
noms à ceux que cet auteur a indiqués. 

M. de Potter a donné deux échevins pour l'année 1 147. 
1147.E. deCuria. 

G. • (de P.) 

1162. Symon, scabinus de Gandavo. 

1163. Symon, scabinus Gandensis, nommé dans une charte 

de l'époque avec son fils Guillaume. 

* Nous avons combiné la liste donnée par M. de Potter avec la 
nôtre; les noms indiqués par cet écrivain sont marqués de ses 
initiales (d. P.). Cette mention, mise après le nom du dernier échevin 
de Tannée, indique qu'elle se rapporte à tous les magistrats de la 
même année. 



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- 450 — 

1218. On trouve pour cette année la liste complète des 
échevins de chacune des quatre paroisses de la 
ville. 
Gérard de Zotteghem, bailli de la ville. 

Echevins de la paroisse Sainte Jean, 

Ser Lennoot Damman. 
Boudin ser Hughes sone. 
Gerolf van der Scelt (de Scalda). 
Boidin de Vos (Vulpes). 

Echevins de la paroisse Saint-Nicolas. 

Philippe ver Wivenen zone. 
Salomon Rynvisch. 
Jordaen de Jonghe (Juvenis). 
Symon Saphyr. 

Echevins de la paroisse Saint- Jacques, 

Boidin Mule. 
Everard Rynvisch. 
Willem ou Wautier Brusch. 

Echevins de la paroisse Saint-Michel, 

Boidin Utenhove. 

Gherelin ser Roejoffs zone. 
1227.Balduinus de Papa. 
1228. Wasselin van den Spiegel. 

Henri Ruysch. 

Godefroid, fils de Mathieu de Saint-Bavon (?). 

Henri Haec. 

Alexandre, fils de Baudouin Sersanders 

Alexandre Simoens. 

Simon Alin. 

Philippe du Val. 



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— 451 — 

Simon Van de Putte. 
Philippe Ruysche. 
Jean Utenhove. 
Jean Willebaert. 
Baudouin de le Court. 
Henri Ruysche. 
Baudouin de Swinaerde. 
Sohier, fils de Jurdaen (Uter Volderstraete (?) 
C'est en 1228 que les XXXIX furent institués. 
1274. Philippe de Walle (d. P.). 

1276. Baudouin de Meram. 
Baudouin don Miroir. 
Thierry li Rikes. 

1277. Jean Sersanders ser Jans Sone (d. P.) 

1277. Guillebert Polham. 

Simon Alnuch (Aelvisch) chevalier. 

Guillaume de Gruutere. 

Guillaume de Mas. 

Alidom de Gavere. 

Henri Hac et 

Wesselinc Brucq, furent, d'après d'Oudegherst, démis 

de leurs fonctions d'échevins par les commissaires 

du roi de France. 

1278. Sander Cranekin. 
Gherelm uter Volderstraten. 
Boidin ser Pieters sone. 
Grodevaert ser Ydiers (d. P.) 

1280. Willem Utenhove. 

Ghiselbrecht uten Dale. 

Diederic s' Riken (d. P.) 

Un document des archives de l'état à Gand, contient 

une liste complète des XXXIX échevins qui furent destitués 

pendant les troubles qui agitèrent la ville de Gand à la fin 

du Xin* siècle; cette liste ne porte pas de date, mais elle 



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— 452 — 

se rapporte sans doute aux troubles des années 1280 à 
1284 : • vers 1284, dit Warnkœnig, le comte saisit la 
plupart d'entre les échevins et les jeta dans les cachots du 
Vieuxbourg; les autres se sauvèrent par la fuite * », il est 
probable que cette liste se rai)porte à cet événement, car 
à la suite des noms des XXXIX suit une liste des détenus 
et des kostes. 

Che sont les noms des vies XXXIX 
Philippe dou Val. 
Simons dou Puch. 
Geralmes de le Volrestrate. 
Philippes Ruusch. 
Henris dou Miroir. 
Jacques del Atre. 
Godefrois, fiels Ydier. 
Clais, fiels dame Cecille. 
Hughes Maes. 
Wasselins dou Miroir. 
Jehans dou Oardin. 
Mathis de Saint-Bavon. 
Ghilebers, fiels Jehan de le Court. 
Sohiers de Lovelst. 
Ghilebers, fils Fouke fil dame Marie. 
Gillebers Brus. 
Jehans Bette (?). 
Jehans de Meerem. 
Willaumes, fiels Wasselin. 
Boydins, fiels Willaume de le Court. 
Boydins, fiels singneur Pieron. 
Godefrois de Meerem. 



* \VABtiK<BNia. Documents inédits sur Us Trente-Neuf de Gandy 
41. 



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— 453 — 

Boidins le Paepe. 

Jehans Willebard. 

Henris Rymne. 

Jehans dou Puch. 

Rike Pieter del Atre. 

Baudouin de le Lake. 

Henris Ruusch. 

Bauduins le Vos. 

Jehans, fiels Bauduin fil Geramme. 

Anthone, fil dame Cécile. 

Henris Brus. 

Symons Allin. 

Bauduin de Zuinarde. 

Hannoet de le Vellestrate. 

Henris Haec. 

Boydins Haec. 

Philippes dou Val de le Vuldenstrate. 

Dans un relevé des biens que les XXXIX posédaient à 
Gtetnd, dressé par Alart et Ghiselin, vers la même époque, 
on cite les noms suivants des membres de la magistrature 
de cette ville : 

Foukes, fils dame Marie. 

Mathieu de Saint-Bavon. 

Baudouin^ Braem. 

Foukes, fix dame Margriete. 

Clais, fix dame Celien. 

Gillebert de le Court. 

Jakemes Rinvisch. 

Tones, fix dame Celien. 

Philippe, fix dame Aghaet. 

Jurdaen Bue. 

Ogier de le Camerstrate. 

Baudouin, fix Pirron. 

Baudouin de le Court au Hudevetterstege hoec. 



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— 454 — 

Williames d'Outre le Lis. 

Pierre li Rike. 
1286. Philippe uten Dale (d. P.). 

Jean Masch. 

Ghelnoet Damman. 
1288. J. de le Volrestraete (d. P.). Cet échevin s'appelait 

Jérôme. 
1291. Jean Rynvisch. 

Jean Sersanders (d. P.) 

1293, 8 février. Sohiers, fins Jordaen. 

Wasselin don Mirouer. 

Henri Rinvisch. 

Godefroys, fins Ydier. 

Mathies de Saint Bavon. 

Henri Haec. 

Alexandre, fins Bauduin Alexandres. 

Symon Alin. 

Philippes dou Val. 

Simon dou Puth. 

Philippe Rinvisch. 

Jean don Gardin. 

Jean 'Willebars. 

Bauduin de le Court. 

Bauduin de Zuinarde. 

Henri Brusch (d. P.). 
1298. Dans une charte du Cartulaire du Béguinage de 
Gand, on lit les noms de quatre échevins, sans 
indiquer le lieu où ils exerçaient leurs fonctions. 

Pieter van der Meere, scepene. 

Wauter van S (uin) art, scepene. 

Amout van Riemersch, scepene, ende 

Seghere van den Drietse, scepene. (C'étaient sans 
doute des échevins de la ville.) 



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— 465 — 

En 1245, on trouve comme échevinsdu Vieux-Bourg, de 
Veteri Urbe. 

Lambert FuUo. 

Henri, fils de Franke. 

Yderus. 

Wilbardus. L. St. 



Le Pape ordonne l'incorporation de l'église de 
Notre Dame, a l'abbaye de St-Pierre (5 Février 1589). — 
Sixte-quint considérant que l'abbaye avait subi des pertes 
énormes depuis les dernières guerres de religion, que 
l'église abbatiale et la plupart de ses édifices avaient été 
ruinés et démolis « dictum monasterium olim suâ anti- 
quitate et structurée magnificentia conspicuum et celeberri- 
mum a sectariis et aliis orthodoxe fidei et charissimi in 
christo filii nostri Philippi Hispaniarum régis catholici 
inimi ac rebellibus, sacra et prophanâ suppellectili 
aliisque preciosioribus et ad divinum cultum confectis rébus, 
quibus loculenter instructum erat, prorsus spoliatum atque 
expilatum, et proprietates ac bona illius ob continuas 
ipsorum sectariorum et aliorum militum ultro citroque 
excursiones et direptiones depopulata ejusdem ecclesia, 
cum dormitorio et claustro ac aliis edificiis suis (refectorio 
cum aliis quibusdam edibus a claustro separatis duxtaxat 
exceptis) miseranda clade prostrata et eversa ac penitus 
deleta, nec non tune existentes abbas et monachi dicti 
monasterii inde expulsi, et vi exulare variasque erumnas 
et miserias subire coacti fuerint, et licet postmodum, 
rébus ut cunque ad tranquilliorem statum reductis, prefati 
abbas et monachi hue atque illuc antea profugi ad mo- 
nasterium prefatum redierint, tamen cum monasterium 
ipsum ecclesia et dormitorio destitutum sit, ipsi in circum- 
vicinis edificiis que alioquin intra septa dicti monasterii 

30 



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— 456 — 

consistunt, plerique immédiate sub tectis ipsis habitare 
ac divina officia in prefato refectorio celebrare ac ad illud 
ex locis ubi habitant satis longe ab eo et inter se distan- 
tibus non sine magna difficultate et incommodo propter 
pluTias et frigora aliasque cœli injurias diu noctuque 
accedere coguntur, stantibus vero calamitatibus et ruinis 
prœfatis, ipsiusque monasterii egestate et presenti remm 
perturbationenullarestituendae ejusdem monasterii dirute 
ecclesiœ spes modo supersit » et attendu qu'il existe dans le 
voisinage de Tabbaye une église paroissiale sous Tinvoca- 
tion de Notre Dame, ne jouissant que d'un revenu de 
24 ducats, appartenant au patronage de Tabbaye et dont 
rétendue est suffisante tant pour le service divin de la paroisse 
que celui à célébrer par les religieux de Tabbaye, charge son 
nonce d'incorporer la susdite église avec tous ses acces- 
soires, meubles, joyaux, vases Sacré etc., sous l'invocation 
de Notre Dame et de Saint-Pierre de Gand, à Tabbaye, 
autorisant celle-ci a y célébrer tous les offices auxquels les 
religieux sont tenus, à condition que l'un des religieux, y soit 
chargé du soin des âmes et d'y remplir toutes les obliga- 
tions auxquelles l'ancienne église était astreinte; trans- 
férant à la susdite église tous les privilèges, immunités, 
exemptions, franchises et indulgences dont jouissait l'église 
abbatiale antérieure. 

[Arch, de Vétat d Oand, fonds de VaJbbaye de St-Pierre,) 

Copie coUationnée *. 

1602, 50 Afat. — L'abbaye de Baudeloo ayant été démolie 
en 1577, et les matériaux transportés par les réformés dans 
un autre endroit, l'abbé de St-Pierre autorise celui de 
Baudeloo à faire construire un nouveau monastère à l'en- 
droit où se trouvait son refuge, au quai d'Othon, à y 

» Cfr. Van Lokbbbn, Chartre de l'abb. de St-Pierre, t. II, p. 445. 



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— 457 — 

consacrer une chapelle à clocher et un cimetière où ne 
pourront être ensevelis que les religieux de son ordre, 
à condition qu'il lui offrira un cierge du poids d'une 
demi livre avec une pièce de monnaie d'argent et fera célé- 
brer un service funèbre au décès des abbés de St- Pierre. 
Original, copie collationnée. Cart. n<» 63, p. 31 *. 

1615, i4 Juillet. — Ordonnance deséchevins de St-Pierre 
défendant aux marchands forains d'ouvrir leurs échoppes 
à certains jours fériés *. 

Schepene van de heerlicheden ende vierschaere van 
S. Pieters, up vertooch an heml. by J. Bertholomeus Zoete, 
bailliu der selve heerlichede ghedaen, hebben gheordon- 
neerd ende ordonneren by desen an een yeghelick die dese 
anstaende keermesse van S. Pieters, met haerl. craemen op 
de selve keermesse staen zuUen, die niet open te doene op 
den feestdach van S. Maria Madeleene ende op andere 
heylichdaeghen, dan naer het celebreeren van den hoogh- 
messe in 0. L. Vrouv^e kercke, nemaer die te laeten toe 
ghesloten, ghelyck die in den nacht toeghesloten zyn 
ghev^eest, nochte yet te loven ofte vercoopen dan de voors. 
hoochmesse ghedaen zynde up peyne van te verbueren by 
elcken 3 pond. par. sheeren proffite midts by den voom. 
bailliu an elcken van heml. hier van doende doen din- 
formatie. 

1616, 3i Janvier. — Le Prévôt, le Bailli et les échevins 
de S. Pierre prononcent une peine contre les parents, qui 
n'envoyent pas leurs enfants au service divin et au 
cathéchisme '. 

» DiEBicx, Mémoire de Oand, t. 2, p. 193. — Mikjbus, t. 3, p. 706. 
« ManuscHts, n<> 527, p. 169. 
» Manuscrits, n« 527, p. 170. 



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— 458 - 

Alsoomen by expérientie bevint dat zondaegben ende 
heylichdaeghen de auders huerlieder kinderen ghe- 
duerende het sermoen ende goddelicken dienst van de 
messe, midts gaders de cathechisatie die men alhier in dese 
kercke van onse L. V. is doende naer den voors. godde- 
lycken dienst, up de straete laeten loopen ende speelen, in 
plaetse van heml. de keercke te doen frequenteeren omme 
te hooren den voors. dienst, ende in de selve cathédiisatie 
in de christelieke religie onderwesen en gheinstrueert te 
worden, tenderende alleenlyck in VUipendentie van den 
voors. dienst ende cathechisatie, zoo ist dat men ghebiedt 
van weghen Mynsheeren Sprooets, Bailliu en de Schepenen 
deser heerlichede dat een yeghelick zyne kinderen sondags 
en sheylichdaeghs, neerstelich ter keercke sende, omme te 
hooren den voors. goddelicken dienst ende cathechisatie 
zonder hemlieden den zelven dienst ende cathechisatie 
gheduerende op de straete te laeten loopen ende spelen, 
np peyne van telckens en voor elck kindt te verbeuren de 
boete van 3 pond. par. Sheeren profite te verhaelen tôt laste 
van de ouders ende van degone in wiens aet ofte dranck 
dezelve kinderen bevonden zuUen te wesen. 

1616, 9 Août. — Lettre comminatoire des archiducs 
adressée à Tabbaye au sujet de son commerce de vin, écrite 
par De Berti. 

Les archiducqs. 
Vénérable cher et bien amé. Nous vous envoyons en 
encluse la requeste avec la copie y joincte présentée en 
notre conseil, privé de la part de ceulx du Magistrat de 
notre ville de Gand, et eu égard aux raisons y reprinses 
et afin d'obvier aux fraudes et désordres dont les dits 
suppliants se plaindent, vous ordonnons par ceste^ d^ob- 
server et faire observer punctuellement par vos manans 



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— 459 — 

en la jurisdiction de votre abbaye illecque, le règlement 
décrété et ordonné par la sentence du 28 d'apvril men- 
tionné en la dite requeste et y joincte par copie mesmes par 
ceulx y vendans vins et cervoises a débit, sans y faire 
faulte, a peine de en cas de continuation de ces contraven- 
tions dont on se plainct, d'y estre aultrement pourveu 
selon qu'appartiendra en justice. A tant vénérable, cher et 
bien amé Notre Seigneur soit gardé de vous. 
De notre ville de Bruxelles, le 9 d'aoust 1616. 

De Bebti. 

1616. 2 Octobre — Ordonnance sur le débit du vin *. 

Men ghebiedt van weghen heere ende wet van deser 
heerlichede van S. Pieters durp, neffens Ghendt, datghune 
weerden nochte tappers hemlieden ghenerende met wyn 
ofte bier te tappen ende vercoopen, hun en vervoorderen 
eenighe wynen ofte bieren te haelen utten vryen kelder 
deser heerlichede, omme deselve wynen voort te vercoopen 
ofte uut te leveren ter slete, telkens up de boete van 
6 carolus guldenen. 

Soomen ooc van weghen alsvooren wel expresselyk ver- 
biedt dezelve weerden oft tappers huerl. wynen ende bieren 
te ventene ofte uut te leveren ten tappe tôt minderen pryze 
dan die in de heerberghen en taveernen der stede van 
Ghendt ghemeenlick verkocht worden. Emmers zou die 
van weghen heere ende wet deser heerlickhede te pryse 
gestelt zuUen worden naer exhibitie ende affirmatie van 
waerachtigen incoop van dien, ende van lasten daerup 
staende, dan af de voom. weerden en de tappers sculdigh 
zuUen zyn voor huerl. huusen oft kelders behoorlicken 
blecken uut te steken oftehangen up de boete van 60 ponden 
par. ende verbuerte van de wynen ende bieren aldaer 

» Cart. n» 627, p. 170«. 



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— 460 — 

bevonden voor deerste reyse, voor de tweede rejse ap 
dubbel boete ende verbeurte alsvoeren met suspentie van 
huerl. neerynglie voor den tyt van een jaere, ende de 
3** reyse op peyne van boven de voors. boete en verbuerte 
ten gheenen tyden up dese voorn. heerlichede meer wyn ofte 
bier te moghen tappen, nochte vercoopen. 

1618, 29 Mai. — Le prix des vins dans les celliers de 
Fabbaye doit être arrêté par les échevins, avec le concours 
du bailli et de son greffier, qui sont chargés de vérifier les 
mesures*. 

Gheresolveert de wynen in den kelder deser heerlichede 
te stellen ten sulcken pryze aïs schepenen bevinden zullen, 
regaert nemende op den incoop van dien, en lasten die den 
voorn. Aiuienhutise by eede schuldich zal wesen te ver- 
claeren, ende zal int stellen van de voors. wynen, interve- 
nieren den Bailliu ende greffier, ende voor den tyt van de 
toecommende maent juny, july en ougste, als schepenen, 
Mr Fransois Bossier, ende J. Jaques Van Laeke, ende 
dander dry naervolghende maenden d'heer Robbert Van 
Poucke ende Fransois de Waele, en de alsoo successivelyck 
twee en twee, elk voor den tyt van ghelycke 3 maenden, 
ende zal den voorn. Joos Van Âudenhuuse an den Bailliu 
ofte greffier ghehauden wesen telcken nieuwe wynen kel- 
derende, advertentie te doene up de boete by schepenen 
tarbitreren, ende een van de voorn. schepenen daertoe niet 
commende vacheren, zal een anderen in zyn plaetse moghen 
substitueren, welcken voorn. schepenen oock sullen moghen 
visiteren de potten ende maeten, die hy in den voors. kelder 
is besighende, zoo wanneer dat heml. goet dunckt 

1651, 5 Août, — Sentence du Conseil de Flandre qui 

» ManuscfHtSy n» 627, p. 173. 



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— 461 — 

déclare les celliers de Tabbaye exemptes du droit d'accise 
sur les bières et vins *. 

Justices relevant de la cour féodale de S. Pierre, et qui 
sont renouvelées par le prévôt de l'abbaye *. 

Subalterne wetthen van den opperleenhove van S.Pieters, 
nevens Ghendt, van welkers sententien immediatelyk geap- 
pelleert wordt tôt denselven opperleenhove, ende dewelcke 
vermaeckt worden door den heer Proost van voomoemde 
S. Pieters. 

Bailliu, Meyer ende Schepenen der heerlyckhede, roede 
ende vierschaere van S. Pieters, nevens Ghendt. 

Burgemeester ende schepenen der heerlyckh. ende vier- 
schaere van S. Pieters-lede, gesegt Ledebergh, haer 
bestrekkende buyten de keyser- en St-Lievenspoorten der 
stede van Ghendt. 

Burgemeester en Schepenen der heerlyckheyd ende 
prochie van Destelberghe. 

Burgemeester en Schepenen der prochie en heerlyckh. 
van Zeeverghem. 

Burgemeester en schepenen der prochie en heerlykh. van 
Desselghem en Beveren, haer bestreckende in Waerghem, 
Deerlick enz. 

Burgemeester en Schepene der heerlyckh. en gemeene 
vierschaere van Overmeersch, haer bestreckende in 
S. Denys, Afsné, Nazareth en Dronghen. 

Burgemeester en schepenen der prochie en heerlych. van 
Swynaerde. 

Burgemeester en schepenen der prochie en heerlych. van 
Letterhouthem en heerlyckh. van Camphen en maekende 
eene weth. 



Manuscrits^ n» 526, p. 186. 
Cart. n» 17. 



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— 462 — 

Burgemeester en schepene der heerlyckh. ende vier- 
schaere van S. Pieters, geinclaveert binnen de prochie van 
Sommerghem. 

Burgemeester en schepenen der heerlyckh. ende vier- 
schaere van Wallem, bestreckende binnen de prochie van 
Worteghem, Oycke, Asper en Singhem. 

Burgemeester en schepenen der prochie en heerlyckh. 
van Saffelaere. 

Burgemeester en schepenen der prochie en heerlyckh. 
van Dickele met datter toebehoort 

Burgemeester en schepenen der prochie en heerlych. van 
Hilleghem. 

Burgemeesta: en schepenen der prochie van S. Denys 
ende Afsné. 

La loy de Camphin et Arthois (sic). 

Schepenen der heerlyckh. van Kekelhede in Wervicque, 
d'une autre main : ten jaere 1708 vernieuwt in de fransche 
taele anno 1732 int vlaems. 

La loy du village et Seigneurie de Boeseghem (sic). 

Burgemeester en schepenen der heerlyckh. van S. Pieters, 
in Ousselghem te Zulte. 

Burgemeester en schepenen der prochie en heerlyckh. van 
Baerle. 

Burgemeester en schepenen der prochie en heerlyckh. 
van Wyteghem. 

Burgemeester en schepenen der heerlyckh. van Crom- 
brugge tôt Meirelbeke. 

Burgemeester en schepenen der prochie van Anseghem, 

Burgemeester en schepenen der heerlyckh. van S. Pieters 
in Meeren, gezeyt Mariakercke. 

Burgemeester en schepenen der heerlyckh. ende vier- 
schaere van ter Herpen, met datter toebehoort, geincla- 
veert binnen S. Lievensessche en Herzele. 

La loi de la paroisse et Seigneurie dHollaîng et 



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— 463 - 

Delemotte à Jollaiii, renouvelée par le prévôt Coppens en 
1734, dans la maison ou halles de la dite paroisse — Item 
anno 1736 par le dit prévôt - item le 10 juillet 1748 par le 
prévôt Pauwels. — I-a loy de Buus en Herseaux (sic). 

Synde de voorenstaende wetthen getrocken uyt het 
registre van vernieuwinghen der wetthen berustende onder 
den heere Proost Pauwels tsedert 1 juny 1649 tôt heden 
17* novembre 1756. 



Une correspondanoe de Joseph IL — Réponse envoyée 
par l'Empereur Joseph II à Tévêque et Electeur de Trêves, 
qui lui avait adressé des remontrances touchant les 
édits qu'il avait publiés sur la suppression de quelques 
couvents etc. 

Je reçois votre lettre au camp de. . . . et j'y répond 
parce qu'il pleut, je n'ai pas de bibliothèque, non plus que 
Febronius, je n'ai que deux livres philosophes, et je vous 
répond eu philosophe : vous pouvez être fort tranquille 
sur les édits que j'ai publiés, parce que j'ai pris tous les 
arrangements nécessaires sur cet article. Le beau tems 
revient et je m'en vais exercer mes bataillons. 

Je suis etc. (Signé) Joseph. 

Réponse de Vévéque d S. M, VEmpereur et Roi. 

Sire, 
Ce n'est qu'après avoir mûrement réfléchi devant Dieu 
sur les obligations de mon état, que je me suis déterminé 
à faire à V. M. mes très respectueuses remontrances 
touchant les Edits qu'elle a fait publier; l'objet étoit trop 
important pour être traité légèrement. Ce n'est pas un 
reproche que j'ai à me faire, et quelque soit l'idée que 
V. M. paroisse s'être faite de moi, je suis très convaincu 
que je sçavais ce que j'avais eu l'honneur de lui écrire; 
quoi qu'il en soit, en lisant la lettre dont V. M. m'a honoré, 



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— 464 — 

je me suis réjoui très sincèrement à l'exemple des apôtres 
d'avoir été trouvé digne de souffrir quelques mépris pour 
le nom de J. C; ma joie eût été complète, si j'avais pu me 
cacher dans le moment, les maux extrêmes dont l'église est 
menacée et les regrets amers que V. M. se prépare. Oui 
Sire, je le dis avec toute la liberté du ministère qui m'est 
confié, quelque soit maintenant la fermeté avec laquelle 
V. M. paroisse décidée à soutenir ses démarches, un jour 
viendra qu elle en sera inconsolable; puisse ce jour n'être 
par celui de l'éternité. 
Je suis etc. *. 



Compte de l'Epargne de 1552. — La collection des 
comptes de l'Epargne, conservée aux archives générales 
du royaume présente des lacunes considérables. Le compte 
de Tannée 1552 notamment fait complètement défaut. 

Les archives de la ville de Gand possèdent un fragment 
assez étendu de cette "dernière année, comprenant les 
folios XXXn à XL. L'article le plus intéressant qu'on y 
trouve est relatif aux « inquisiteurs de la foy * : Pierre 
Titelmans et Jehan PoUet. 

t A m® Hector Claissone, receveur des explois du conseil 
en Flandres, la somme de sept cens douze livres douze solz 
six deniers dudict pris, pour dicelle en faire paiement à 
mes Pierre Ttitelman, doyen de Renaix, Jehan PoUet^ 
chanoisne de St Pierre a Lille, inquisiteurs de la foy 
ordonnez aux pays de Flandres, et aux notaire et promo- 
teur de la dicte inquisition, tant pour plasieurs vacations 
par eulx faictes audict pays pour le faict dicelle inquisi- 
tion durant les mois de juillet, aoust, septembre, octobre, 
novembre et décembre, XV'' cincquante ung, que aussy 

* Archives de Vétat à Gand, fonds de TAbb. de S. Pierre, oopie. 



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.- 465 — 

pour parties extraordinaires par eulx desbourssees. Pour 
ce icy par sa lettre absolute en date du vingt cincquiesme 
jour de janvier XC* cincquante ung, veriflSée de messieurs 
des finances, cy rendue la dicte somme de Vil* XII livres, 
Xn s. VI d. » 

L'on sait combien sont rares les renseignements de cette 
nature. 

Les autres articles relatent des payements faits à Jehan 
Guilgoot et consors pour livraison de t plusieurs et divers 
ouvrages de pierres blanches » destinés à une chapelle; — 
à Symon de Parenty, « ayde de la tapisserie de Lempereur 
et aiant charge davoir le regard sur la tapisserie de Thunes 
que Sa Majesté a faict faire en la ville de Bruxelles et 
tenir compte de la despence dicelle » . . . « Et ce pour 
faire paiement à Guillaume de Pannemakere et aultres 
ouvriers ouvrans et besoingnans en ladicte tapisserie * ; » 
— à Robert de BouUoingne, conseiller général des finances 
de Tempereur; à Jacques Mazureel « receveur commis à la 
superintendance et garde des entretenemen et dicques 
estans a. la charge de Lempereur au quartier de la Neuze 
et ailleurs es quatre mestiers. » 

Un chapitre spécial est intitulé : 

t Aultre despense faicte par ledict trésorier de 
lespargne sur les dix mil livres de quarante groz ordonnez 
par ledict testament de feu roy domp Philippe estre 
convertiz et emploiez à lavanchement de cent pucelles 
quest a chacune dicelles cent desdictes livres. » 

On y relève les noms suivants : Marie, fille de Jehan 
Oultremans; Marguerite, fille de feu Ambrosius Walschars; 
Jeunette, fille de feu Loys Voicture; Anne, fille de Simon 
Renard t par ci devant ayde de la chambre de feue 
madame Marguerite, archiducesse dAutrice que Dieu 

* Fea M. Pinchabt a pris note de ces renseignements pour ses 
travaux sur les tapissiers. 



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— 466 — 

absolve » ; Catherine, fille de Jehan de Tutelaire; Jennette, 
fille de t Simonet de Parenti ayde au garde joyaulx de 
Leinpereur • et Marie de Zanberghe, fille de Amoal de 
Zanberghe. — Chacune de ces jeunes filles reçoit, en sa 
qualité de t jeusne honneste pucelle a marier • Cent livres 
« pour don et en aulmoisne que Sa Majesté luy a faict de 
grâce especiale pour une foiz en avanchement de son 
mariaige. » 

Ce document sera remis prochainement à M. Piot, 
archiviste général du royaume, en échange de pièces in- 
téressantes pour la ville de Gand, et qui ont conservées 
dans un dépôt II serait à souhaiter que des mesures fussent 
prises pour faciliter les échanges de ce genre entre les 
diverses archives du pays. 

ViCT. V. H. 



Banquets du collège de Médecine de Gand au 
SIÈCLE DERNIER. Le Collège de Médecine de Gand comme 
toutes les associations tant dans les siècles passés que dans 
le nôtre se réunissait de temps en temps; chaque fois 
c'était un repas de corps, mais on a fait du progrès 
depuis. Nous possédons quelques comptes où est détaillée 
la dépense de ces agapes fraternelles, voici : 

» Dépense faits par Messieurs du collège de la médecine 
de cette orde, scavoir : 
» Pour la table de 12 personnes a raison 

de 2 escalins 1/2 argent de change . 30 
» 11 bouteilles de vin bland .... 22 
» 2 bouteilles de vin rouge .... 8 
» Pour sucre canelle et citron. ... 6 
» Feu, bière, cartes etc 5 

escalins 71 

« Reçue le continue du mémoire cy dessus dont quittance 
a Gand le 3 avril 1777 (Signé) Wieme. 



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— 467 — 

» Den 12 september 1777 vertiert door de heeren van 
het Colese medecom het naervolgede : 

• Voor de tafel L, 2. 8. 

» Voor 18 botels torsen (vins de Tours) 

waaronder zeven roowyn 2. 6. 

» Voor zes poten hier 0. 1. 7 

Wisselgeld L, 4. 15. 7 
» Onfaen den inhaut deser, achton (actum) den 
23 1^"^ \ni. 

(Signé) wed van Mac. Fieraert *. 

Emile V. 



» Une quittance de Mabtin Joseph Geeraerts. — 
» Reçue de Monsieur Geelhand de Mercxem pour compte 
» de Monsieur Du Bois à Gand l'import de deux tableaux, 
» peint au Bas-Relieff par le soussigné à quators ducats 
» de la pièce ordres susdit monte ensemble avec l'em- 
» ballage cent quarante deux florins et douze sols argent 

I de change et dessou spécifié. 

» Pour deux Bas-Relieff a 14 ducats 

pièces f. 141. 8 

» dito. 17 juin 1751, pour TEmballage 1. 4 

total f. 142. 11 '" 

L 23. 15.4 de 
change. 

Cel ci est double un seul est pour acquit 

Anvers le 4 août 1755 

(Signé) Martin Jos. Geeraerts. 

Geeraerts naquit à Anvers in 1707 et y mourut en 1796. 

II était élève d'Abraham Godyn et acquit une très grande 
renommée dans la peinture des bas-relief en camaïeu. 

• Archives personelles. 



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— 468 — 

n fut un des six artistes qui s'engagèrent à remplir gra- 
tuitement les fonctions de directeur-professeur à Taca- 
démie d'Anvers, qui se trouvait alors dans un état fort 
précaire. 
(Consulter, biographie nationale, t VII. p. 550) * 

Emile V. 



Reconstruction par un certain Fr. Verburght de 

LA petite chapelle SITUÉE PRÈS DU MOULIN A l'EAU. — 

I^e moulin à Peau, construit par Vauban, a disparu, démoli 
en 1881, et le bras de l'Escaut, ou Bas-Escaut, sur la rive 
duquel il se trouvait, est aujourd'hui voûté. Quant à la petite 
chapelle, elle existe encore a côté du n^ 24, à l'endroit où 
la maison suivante fait une saillie sur la voie publique; 
seulement à peu près vers le même temps où le moulin 
a été démoli, on en a enlevé les emblèmes religieux; il 
ne reste plus qu'une niche grillée. Cette petite chapelle 
qui doit être fort ancienne a été reconstruite en 1771, à 
la suite de la correspondance suivante : 

Aen den eerweirdigsten heere Prelaat van de Exempte 
abdye van S*^ Pieters nevens Gendt enz. 

Supplierende vertoont reverentel^ck S' Frans Verburght 
dat hy van sin is te veranderen volgens model hierby geex- 
hibeert seker van audts cappelleken van Onze L. Vrauwe 
haudende den hoeck van syn huys omtrent de waetermeu- 
lenbrugge hem alreede van wegens de stadt, als ook de 
vicarissen generaal van het openstaande bisdom van Gendt 
geconsenteert ; waartoe h\] insgelyks is versoekende het 
voorgaande consent en de agreatie van den eerweirdigsten 
heer Prelaet van S. Pieters als patroon der selve het 

» Archives personnelles. 



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— 469 — 

selve believe te accordeeren. Actum desen 7 julii 1771. 

François Verburght. 

Al gezien etc. wy Guldwalus abt der exempte abdye van 
S. Pieters en als Patroon buyten de kercke van eertyts 
S. Jan, nu S. Baefs, consenteren aen suppliant syn versoeck 
tôt de veranderinge alhier geroert volgens de modelle 
alhier by ons geparapheert ende geapprobeei-t, op condisie 
nochtans dat den suppliant ende syne successeurs in pro- 
prieteyt van het huys hier gementionneert jarelyckx ge- 
durende de solemnele hooghmis op S. Pieters dagh in onse 
abdye suUen comen ofiFeren ofte doen offeren eene keirsse 
van wit wass wegende ten minste een half pondt tôt reco- 
gnitie van ons recht van patronaetschap ende wat aengaet 
dofferande die aan cappelleken hier vermeldt nu ofte naer- 
mals soude comraen worden gedaen, sullen die moeten 
worden geadministreert, gebruyckt ende gereparticeert 
volgens trecht ons diesaengaende competerende ende sal 
door den voors. proprietaris jarelyckx daer over : (in cas 
den valeur der oflFers het meriteert) : gehouden wesen rek® 
bewys ende reliqua te doen aen den heer oppercoster onser 
abdye. Actum desen 20 july 1700 eene seventigh. 

GuDWALUS abt van S* Pieters*. 
Emile V. 



AlGEMEINES fflSTORISCHESPOBTRÂTWERK.— EiNE SaMM- 
LUNO VON 600 PORTRATS DER BERUHM8TEN PeRSONEN ALLER 
VôLKER UND StANDE SEIT 1300 NAOH AUSWAHL VON D' WoL- 
DEMAR VON SeIDLITZ, MIT BI0GRAPHI80HEN DATEN. — PhO- 
TOTYPIEN NAOH DEN BESTEN GLEIOHZEITIGEN ORIGINALEN. - 

Tel est le titre d'une publication d'admirables portraits, 

* Archives de l'État à Gand, fond, de Tabb. de S^ Pierre. Le plan 
est annexé à la demande* 



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— 470 — 

paraissant par séries à Munich, chez Fr. Brackmann, édi- 
teur, et où figureront successivement les souverains, les 
hommes d'état, les artistes célèbres, les écrivains. 

Les Pays-Bas ont une trop large part dans cette publica- 
tion pour que nous ne la signalions point à nos lecteurs. 
A chaque livraison Ton rencontre ou les traits d un de nos 
souverains, Charles-Quint, Philippe H, Marie-Thérèse ou 
Joseph II, ou les reproductions de portraits peints par 
Van Dyck ou Rubens, ou bien celle de gravures de l'an- 
cienne école flamande. A quelque point de vue qu'on 
examine ce recueil, celui de l'histoire ou celui de l'art, on 
le trouve plein d'intérêt pour notre pays et faisant honneur 
à ses artistes. La série des hommes d'état est en cours de 
publication. La variété y est grande, depuis les portraits 
du XVIe siècle comme ceux de Coligny, du duc d'Albe, de 
Don Juan d'Autriche, jusqu'à ceux de Talleyrand, de Ktt 
et de Nelson. La série des portraits des peintres et sculp- 
teurs les plus célèbres de ces derniers siècles promet de 
n'être pas moins intéressante. 



Une lettre inédite de portalis. — Récemment, dans 
un procès, a été produite la lettre ci-jointe de Portalis, 
laquelle était restée inédite et mérite d'être conservée : 

PortcUif au Ministre de V Intérieur, 

23 frimaire an XI. 

Le maire d'Aix va réclamer vos bons offices contre un 
arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône, qui ordonne de 
replacer dans leur ancien dépôt les tableaux qui en avaient 
été retirés pour être rendus à leur première desti- 
nation. 

Ces tableaux avaient appartenu aux églises, ils étaient 



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- 471 - 

aujourd'hui dans Tédifice consacré à Técole centrale. 
L'archevêque et les habitants avaient demandé qu'ils 
fussent restitués aux églises ; l'archevêque avait assuré le 
maire que le préfet y consentait. 

On -le crut sans peine, puisque ce magistrat avait déjà 
rendu à un hospice un tableau qui lui avait appartenu et 
qui était placé dans le même dépôt. 

Je n'ai pu dissimuler au maire que sa marche eût été 
plus sage et plus régulière, s'il avait, avant tout, demandé 
et obtenu votre autorisation ; mais, dans ce moment, l'opé- 
ration est faite. Serait -il prudent, serait-il juste d'arracher 
une seconde fois aux églises des tableaux qui en ont été 
constamment la décoration, et que la piété des habitants 
a réclamée de la justice des magistrats? 

Pour être placés dans les églises, les tableaux ne cessent 
pas pour cela d'être un bien national, car les églises elles- 
mêmes sont une propriété publique. Mais chaque bien 
national a une destination qui lui est propre ; lui conserver 
cette destination, ce n'est point dénaturer le titre de pro- 
priété, c'est seulement en diriger l'usage vers le plus grand 
bien public. 

Les inquiétudes du préfet sur les droits de la nation ne 
me paraissent donc, ni raisonnables, ni fondées. 

La justice que vous avez rendue aux églises de Paris 
garantit celle que la ville d'Aix réclame pour ses églises. 
J'ai dit au maire qu'il pouvait avec confiance s'en rapporter 
à votre sagesse*. 



Le Palais royal a Paris. — Les promeneurs qui 
fréquentent le jardin du Palais-Royal sont loin de se 
douter, qu'ils marchent non pas tout à fait sur un volcan, 



* RegUt'i^e de correspondance, aa ministère de l'instruction pu- 
blique et des cultes, à Paris. 

31 



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— 472 — 

mais qu'ils ont au moins sous les pieds un gouffre immense. 

La surface plantée de cette vaste enceinte s'étend sur 
des cavités profondes et repose sur des voûtes heureuse- 
ment épaisses et solides. C'est en 1791 que, dans une pensée 
de spéculation, Louis-Philippe Egalité, propriétaire du 
palais, fit excaver le sol du jardin et y fit pratiquer des 
galeries souterraines occupant principalement la partie 
centrale du sous-sol du jardin. On sait que, cinq ans au- 
paravant, le duc d'Orléans avait fait construire les maisons 
avec arcades encadrant et limitant le jardin, et les célèbres 
galeries de bois qu'on appelait le Camp des Tartares. 

On construisit dans ce vaste souterrain un cirque, une 
salle de spectacle, des bazars, des boutiques au nombre de 
vingt-deux. On pénétrait dans les cavaux par un escalier 
contournant une rotonde à ciel ouvert pratiquée sur l'em- 
placement où l'on voit aujourd'hui la grande pièce d'eau. 
Les soirées de ce caphamaûm étaient féeriques; les spec- 
tacles des plus variés. Des salles de bal étaient installées à 
côté de ménageries, d'ombres chinoises, d'hercules et de 
saltimbanques. Au centre était un cirque avec une vaste 
piste sur laquelle étaient représentées des pièces à grand 
spectacle. 

On comprend l'attraction que dut avoir sur les parisiens 
un pareil ensemble scénique. Il y eut foule et la vogue ne 
se ralentit guère malgré les événements de la période 
révolutionnaire. L'originalité des spectacles renouvelés 
presque tous les soirs, l'étrangeté du lieu, l'illumination 
éblouissante de ces voûtes profondes avaient fasciné les 
esprits et ce ne fut pas le peuple seulement, mais bien les 
sommités qui assiégèrent le cirque du Palais-Royal. Le 
beau sexe n'eut garde de manquer à ces extravagances 
nocturnes et ce ne fut pas un des moindres éléments de 
succès de cette entreprise grotesque qui ne fournit pas 
d'ailleurs une longue carrière. 



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— 473 — 

Un soir du mois de novembre 1798, à la fin d^un spectacle 
féerique, le feu prit aux décors, envahit et consuma le 
bâtiment entier. Ce qui tgouta à la terreur de ce désastre, 
ce furent les rugissements des bêtes féroces de la ména- 
gerie, qui périrent toutes dans les flammes. Le spectacle 
étant près de finir, les rares spectateurs qui se trouvaient 
dans la salle purent en sortir sains et saufs. 

Après cette catastrophe on voûta l'orifice de la grande 
rotonde centrale et en 1817 on construisit sur l'emplace- 
ment même de la rotonde la grande pièce d'eau circulaire 
que l'on voit aujourd'hui. 

(Journal des Arts, Paris.) 



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— 474 



CHRONIQUE 



Petit gartulairb de Oand recueilli par Pr. de Potter. Un 
vol. ln-8« de 411 pp. Gand, typ. de Leliaert, Siffer et G'«, 1885. 

< .... Nous publions aujourd'hui, dit l'auteur, un premier recueil 
composé de plus de 200 pièces, dont la plus grande pai'tie a été copiée 
à l'Hôtel-de- Ville. L'on y trouvera des documents d'intérêt difiTérenl, 
les uns remarquables sous le rapport de l'histoii^, les autres curieux 
au point de vue de notre ancienne typographie, ou donnant des 
renseignements sur quelques-uns de nos monuments publics, sur 
l'industrie, sur les mœurs et usages de nos ancêtres, etc. Trois 
collections du dépôt de Gand ont été particulièrement utilisées : 
celle des Ontvangen brieven (lettres adressées au Magistrat) ; celle 
des Oeschreven brieven (lettres écrites au nom des échevins, soit au 
gouvernement, soit à d'autres communes, soit à des particuliers), 
et la collection des Decreten en Adoertentiën (décrets et avis du 
gouvernement). Ces trois sources, particulièrement intéressantes, 
ont été rarement consultées. Nous publions aussi un certain nombre 
de pièces dont on ne possède à Gand ni les originaux, ni les copies ; 
nous les avons recherchées aux Archives départementales du Nord, 
à Lille (si extrêmement intéressantes pour toute la Flandi^e), et aux 
Archives générales du royaume, à Bruxelles. ...Dans l'appendice, 
on trouvera quelques documents relatifs à cei'taines industries 
introduites chez nous pendant les deux demies siècles ; l'on y verra 
que Gand a eu sa faïencerie, ainsi que ses verreries à la vénitienne, 
aussi bien que d'autres villes de la Néerlande, et que nos fabriques 
ne datent pas précisément du temps de Liévin Bauwens. > 

Nous transcrivons ces lignes parce qu'elles donnent une assez 
juste idée du recueil auquel elles seiTcnt d'introduction. Le PetU 



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— 475 — 

Cartulaire de Oand est une suite de documents intéressant l'histoire 
de Gand à divers points de vue, et dont le plus ancien est du XII« siècle 
et le plus récent du XVIII«. Aucun n'est, à vrai dire, insignifiant. 
Quelques-uns sont du plus haut intérêt. Ils sont précédés de résumés, 
reproduits dans la table chronologique, et qui permettent à tout 
lecteur de recourir directement, sans longues recherches, aux pièces 
qui le doivent particulièrement intéresser. Grand nombre de ces 
documents sont relatifs à des troubles ou des faits de guerre, à réta- 
blissement de couvents, à l'enseignement, à l'introduction d'indus- 
tries nouvelles, à des travaux d'utilité publique, à des mesures de 
rigueur contre les dissidents, etc. Nous recommandons sur ce dernier 
objet une lettre des échevins de Gand de 1589, concernant certains 
prisonniers anabaptistes que le conseil de Flandre leur proposait de 
condamner à mort, « seggende nyetemin dat men de vroutoen soude 
tnueghen bewaren twee zoe drie tnaenden omme, hangende desen 
tt/dt, te prouven oft men hœr soude konnen beheeren ende doen 
afstaen txin haere valsche opinie. > Dans l'entretemps l'on devait 
brûler les autres inculpés. 

Le recueil publié par M. de Potter est des plus variés, les docu- 
ments sont choisis avec discernement. Grand nombre n'existent 
qu'en un exemplaire, et c'est rendre un véritable service aux sciences 
historiques, que d'en soustraire le texte à toute perte. Presque tous 
sont inédits. Quelques-uns cependant ont paru dans des recueils que 
l'auteur n'indique point. (Le n» XXXIV a été publié dans l'édition 
de la Coutume de Gand, de M. Gheldolf ; les no» XXXIX au sijet du 
canal du Sas, et II de l'appendice, au siget du pont de Brabant, ont 
été insérés dans le Recueil des lois et arrêtés, règlements, ^,, 
coiwemant l'administration des eaux, de M. Wolters; le décret 
de 1623, partageant les biens du Biche-Hôpital qui n'avait point 
de malades, entre les religieuses de cet hôpital et les écoles pauvres 
à ériger à Gand, a été publié dans le Mémorial administratif de la 
tille de Gand, t. XX, p. 291, etc.) 

L'on ne pourra se rendre compte exactement de ce qui est imprimé, 
que lorsque la Table chronologique des chartes et diplômes im- 
primés, qui se publie sous la direction de l'Académie royale de 
Belgique, sera complétée, et seulement pour les siècles que cette 
publication embrassera ; pour les temps plus rapprochés, tout auteur 
d'un recueil du genre de celui de M. de Potter, sera toi^ours exposé 
à réimprimer comme inédits bon nombre dedocuments déjà publiés. 



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— 47G - 

Dans les proportions modestes que Tauteur a données à son livre, 
des publications semblables pourraient se multiplier. U n'est pas 
d'archiviste de quelque ville importante qui ne puisse réunir bon 
nombre de documents intéressants, soit pour notre histoire poli- 
tique, soit pour celle de nos institutions, de nos établissements 
publics, des arts et des sciences, etc. £n voulant des œuvres trop 
développées ou trop complètes, on projette souvent plus qu'on ne 
peut réaliser. L'exemple de M. de Potter est bon à imiter, et jusqu'à 
la disposition typographique du livre mérite des éloges. 

Anciennes tapisseries de l'abbatb de Saint-Pierre. — On lit 
dans une chronique manuscrite « van het voorgevallen binnen de 
stad Gend te beginnen van den 19 Januari 1813 tôt in de maend 
augusti 1815, » qui a été transcrite de la main de M. de Laval et se 
conserve à la Bibliothèque de l'Université de Gand : 

« Aiyourd'hui (7 Juillet 1813), à trois heui*es de l'après midi, on 
vendit dans une des cours de la pi*éfecture, par le ministère de 
M' Gravier, receveur des domaines en cette ville, en présence de 
M' Verhegghe, adjoint-maire, délégué à cet effet, dix tapis provenant 
de l'église de Saint-Pierre et qui s'y trouvaient dans celle de l'abbaye, 
à laquelle ils appartenaient, exposés sous les fenêtres de chaque 
c6té des bas côtés du chœur. Ils étaient renfermés sous des espèces 
d'armoires garnis de tableaux. On les avait sauvés et ils furent 
découvei*ts en 1813, chez le sieur Angelet, sur Saint-Pierre, orga- 
niste de l'abbaye, par suite de l'affaire de M. Alison, ancien rece- 
veur de l'abbaye. Ils furent acquis pour 1650 fi'ancs par M. Thomas 
Hebbeljmck, rafflneur de sucre, demeurant près de la Porte des 
Fous, à Gand. Ils représentaient l'histoire (sic) et passaient pour 
des chefs^'œuvre. C'étaient des plus anciennes productions connues 
de nos fabriques indigènes. On les dit provenir des manufactures 
d'Audenarde. » 

M. Edmond De Busscher, dans L'abbaye de ^-Pierre à Grand, 
p. 93, parle longuement de ses célèbres tapisseries ; elles représen- 
taient, d'après lui, divers épisodes de la vie des apôtres saint Pierre 
et saint Paul, qu'il indique, en reproduisant les distiques latins des 
bordures. Il rappelle qu'elles furent exposées en 1820 dans la salle 
de Saint-Georges à Gand, et en 1821 dans une des salles du Musée 
à Bruxelles, et qu'elles passèrent depuis en AngleteiTe. Il ne parle 
point de la vente de 1813. 



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— 477 — 

ŒUVRBS DB LIMO6B8 CONSERVÉES A L'ÉTRANGER, OU DOCUMENTS 

RELATIFS A l'émaillerie LIMOUSINE, par Gh. DE LiNAS. Paris, 
MDCGGLXXXV. — Ge nouveau travail de M. de Llnas sur rémaille- 
rîe limousine, fait suite à une étude du même auteur dont nous avons 
rendu" compte dans une précédente livraison du Messager; dans une 
lettre qu'il adresse à M. Rupin, 11 lui fait part de ce qu'il appelle sa 
récolte de l'année 1884 ; c'est le complément de la troisième lettre 
qu'il adressait à son correspondant, dans laquelle il faisait la descrip- 
tion des émaux limousins conservés hors de la France. Il résume ce 
qu'il a découvert sur la matière spéciale qu'il traite dans les diffé- 
rents ouvrages qu'il a pu consulter, et il décrit les émaux de l'Ex- 
position nationale de 1880. 

Il conmience par donner ce qu'il appelle le supplément au cata- 
logue des émaux, c'est la description et l'étude critique de ces objets 
conservés dans les musées ou trésors d'églises de Norwège, de Suède, 
de Berlin, de Neuenbeken, de Nurenberg, de Suisse et d'Italie; 
M. de Llnas suit dans cette description la même méthode que dans 
ses travaux antérieurs, il compare les objets qu'il décrit avec d'autres 
de même nature; c'est la méthode la plus rationnelle pour déterminer 
la provenance et la date des émaux dont il s'occupe, et pour former 
la collection la plus complète possible de ce qui forme l'œuvre des 
célèbres ateliers de Limoges. Ici aussi, il «youte à son texte de nom- 
bi'euses gravures des œuvres les plus Intéressantes. Mais M. de Llnas 
ne s'occupe que de ce qu'on peut appeler la grande époque de l'émaiUe- 
rie de Limoges. 

La partie la plus Importante de son travail est l'étude qu'il fait de 
deux émaux remai*quables conservés en France ; l'un est la tombe 
émaillée de l'évêque Fulger dans la cathédrale d'Amiens, et l'autre 
la plaque de Oeoffï'oy Plantagenet conservée au Mans. 

Il donne, d'après un travail de M. de Farcy, la description des 
fï^gments récemment découverts de la tombe de l'évêque Fulger, 
Il discute la date de ce monument avec une rare sagacité, et il appuie 
son opinion sur un essaim de pi^uves qui ont nécessité de longues 
et pénibles recherches; il en étudie aussi la provenance, cette 
question, au point de vue où se place l'auteur, était du plus haut 
intérêt pour un objet de cette importance, il la résout sans réserve 
en faveur de Limoges. 

Dans un dernier chapitre, il reprend ce qu'il avait écrit antérieu- 
rement sur les pèlerinages, ce chapitre est consacré entièrement 



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— 478 — 

à la Belgique. Il avait été amené à s'occuper de cette question pour 
expliquer la présence d'émaux allemands du X« et du XI« siècle en 
Rouergue et notamment dans le trésor de Conques ; il avait attri- 
bué aux pèlerinages d'habitants de notre pays dans les localités 
du Midi de l'Europe, les nombreux rapports qui avaient existé 
entre les contrées voisines de la Meuse et le Sud de la France. 
M. de Linas cite une séné de documents, dont plusieurs sont inédits, 
pour prouver la fréquence de ces pèlerinages, qui n'étaient pas tou- 
jours faits volontairement, mais étaient imposés par suite de con- 
danmations ou pour d'autres causes ; ainsi en fùt-il de celui auquel 
se soumit Robert de Béthune, comte de Flandre, dans le traité de 
paix qu'il conclut en 1316 avec Philippe de Poitiers, régent du 
royaume de France. 

On retrouve toujours en M. de Linas le travailleur infatigable, 
il ne recule devant aucune recherche, quand il peut ajouter un 
nouveau fleuron à la couronne artistique du Limousin. Espérons, 
avec tous les amis de l'art, qu'il pourra encore longtemps poursuivre 

son œuvre. 

L. St. 

Lbs Garolinbs. — Le groupe d'Iles qui est venu subitement 
occuper l'attention du monde civilisé, et qui porte depuis ti*ois 
siècles le nom de Garolines, semble plus important au point de vue 
archéologique qu'au point de vue stratégique. Une mission hollan- 
daise qui y débarqua il y a quelque vingt-cinq ans tut la première 
à signaler l'existence dans ces lies de ruines colossales et de monu- 
ments analogues à ceux qui ont fait depuis longtemps la célébrité 
de l'Ile de Pâques. En 1883, le navire anglais VEspiègle visita le 
groupe, y releva un certain nombre d'observations et confirma au 
si^jet de ces monuments préhistoriques le rapport de la mission 
hollandaise. 

< Les plus intéressantes de ces ruines se trouvent au port de 
Métalanine, à Ponapé et au poi*t Chabrol, dans l'Ue de Rusay Un 
fait donnera une idée de leur importance : les pierres de taille dont 
elles se composent ne mesurent pas moins de douze mètres de long 
sur six de large et sept à huit d'épaisseur. L'emploi seul de pareils 
matériaux suppose une civilisation avancée et la connaissance de 
moyens mécaniques ti*ès puissants. Ces pierres sont fréquemment 
ornées de sculptures dont le style rappelle de très près celles de 
l'Ile de Pâques : enfin, il parait qu'on y trouve aussi des traces 



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— 479 — 

d'une écriture inconnue. Si le feit est confirmé, et surtout si cette 
écriture se trouve conforme à celle des tablettes de bois recueillies 
dans rile de Pâques, il aurait une grande importance, et pourrait 
jeter un certain jour sur rhistoii*e si mystérieuse de ces régions. 
Peut-être viendrait-il confirmer la théorie qui fait de l'Ile de Pâques 
le dernier vestige d'nn continent jadis placé entre l'Australie et 
l'Amérique et dont les actions volcaniques sous marines auraient 
déterminé l'immersion. Les Garolines se trouvant séparées de l'île 
de Pâques par plus de deux milles lieues marines, et étant d'ailleurs 
de formation coraline, il est peu vraisemblable qu'elles aient jamais 
appartenu à ce continent ; mais il n'en serait que plus intéressant 
de retrouver à pareille distance des traces de la même race d'hom- 
mes qui jadis peupla < l'Océanide >. 

< L'attention du monde savant s'est récemment porté sur ces 
problèmes. Une mission française est allée recueillir des collections 
archéologiques à l'Ile de Pâques; un navire allemand portant le 
pavillon de l'amiral Uspshur, commandant la station du Pacifique, 
s'y est également rendu ; le capitaine américain Churchill a publié 
un mémoire fort curieux sur les monuments qu'on y observe et sur 
les tablettes hiéroglyphiques en bois de fer qu'il y a recueillies. 
Il serait curieux que l'affaire des lies Garolines aboutit simplement 
à faire explorer plus sérieusement ce groupe, et la chose n'est pas 
tout à fait invraisemblable. > (Temps, Paris.) 

DÉCOUVERTES AnGHâoLOGiQUES. — En faisant des fouilles aux 
environs de Nantes, on a découvert les fondations d'un vaste hip- 
podrome et une voie romaine conduisant à la Loire. 

Là, on a trouvé quantité de villas prouvant l'existence d'une 
ville, un théâtre contenant 4,000 places, de nombi*eux bijoux, des 
poteries. 

— Les archéologues suivent avec le plus grand intérêt les fouilles 
entreprises depuis quelques mois sur le bord du lac de Nemi, 
fouilles qui ont amené la découverte d'un temple de Diane et de 
plusieurs autres édifices qui étaient annexés à ce temple. 

Ces fouilles ont permis non-seulement d'établir d'une façon cer- 
taine la topographie de ce temple, mais encore d'élucider certains 
points historiques sur lesquels les savants n'étaient pas d'accord. 

Nous n'entrerons pas dans la description détaiUée de ces décou- 
vertes, parce qu'elles sortent du cadre qui nous est fixé; nous 



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— 480 - 

devons nous borner k donner les indications sommaires que nous 
croyons de nature à intéresser nos lecteurs. 

Depuis que les fouilles ont été entreprises, on a découvert plus de 
5000 objets, dont quelques-uns ont une grande importance. 

Ainsi, on a découvert un grand nombre de présents offerts à la 
déesse : ce sont des statuettes en bronze, des terres cuites repré- 
sentant des dieux et plusieurs centaines de monnaies et d'inscrip- 
tions relatives au culte de Diane. 

Quelques-unes des statuettes en bronze sont exécutées avec un 
talent et un goût exquis. 

On connaissait Texistenoe de ce temple parce qu'on avait déjà 
entrepris des fouilles en cet endroit au siècle dernier et au com- 
mencement de celui-ci, mais soit qu'elles n'aient pas été poussées 
assez loin, soit qu'elles n'aient pas été entreprises avec l'ordre qui 
préside aux fouilles d'ai^ourd'hui, le fait est qu'elles n'avaient pas 
donné lieu à des découvertes bien intéressantes. (Italie.) 

— Une découverte archéologique, importante par elle-même et 
plus encore par celles qu'elle permet d'espérer, vient d'être faite à 
Rome, dans le Tibre. Elle semble, écrit un correspondant des 
Débats, donner raison au savant italien qui disait, il y a quelques 
années : < Quand nous aurons bouleversé de fond en comble le sol 
de l'ancienne Rome, il restera à explorer le Tibre, qui nous réserve 
des surprises. Après avoir fouillé la terre, nous fouillerons l'eau. » 
En effet, sans compter les œuvres d'ai*t qu'on sait avoir été enfouies 
dans le Tibre, comme, par exemple la statue de Vitellius, ti*alnée 
la corde au cou par le peuple furieux, et précipitée du haut du 
pont, que de trésors inconnus recèle peut-être la vase épaisse du 
Tibre, qui serait alors infiniment plus riche que l'antique Pactole I 

Il faut dire peut-être, parce que tout le monde à Rome ne partage 
pas cette opinion. Lorsque Oaribaldi, pour obtenir qu'on modifiât 
le cours du Tibre, fit, entre autre raisons, valoir qu'on ^trouverait 
dans l'ancien lit desséché toutes les richesses accumulées depuis 
des siècles et conservées dans la vase, des archéologues, se Joignant 
à ceux qui objectaient des dépenses excessives nécessitées par cette 
colossale entreprise, affirmèrent qu'on n'avait aucun espoir de rien 
découvrir au fond du Tibre, vu que les eaux, rapides comme on 
sait, devaient avoir depuis longtemps entraîné vers Ostie et la mer 
tout ce qu'elles avaient pu recevoir autrefois. 



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— 481 — 

Ce ne sont pas des fouilles régullèi*ement entreprises, mais le 
hasard seul qui vient de réfuter cette opinion et de montrer que la 
vase du Tibre est une excellente et fidèle receleuse. 

Ces jours-ci, en travaillant à l'un des nouveaux ponts de Rome, 
au moment où ils posaient les fondations d'un des piliers, celui du 
milieu, des ouvriers heurtèrent, à deux mètres environ de profondeur, 
un corps dur et métallique. Quelques instants après, ils retiraient 
du fleuve et apportaient sur la rive une magnifique statue de bronze. 
Haute de 1°*65; cette statue représente un homme, un esclave, 
semble-t-il, qui se dispose à frapper. 

La commission archéologique s'est immédiatement réunie autour 
du noyé de bronze. On ne connait pas encore l'avis des savants ; 
mais tous ceux qui ont vu la statue sont d'accord sur sa haute 
valeur artistique. Et qui sait combien d'œuvres semblables le Tibre 
nous tient en réserve ! Peut-être l'eau du fleuve est-elle un aussi 
sûr dépositaire des trésors antiques que la cendre du Vésuve. 

Société d'émulation pour l'étude de l'histoire et des anti- 
quités DE LA Flandre. — A l'occasion des fêtes de l'inauguration 
des statues de Breydel et de de Goninc, qui auront lieu à Biniges, 
au mois de Juillet 1887, la Société d'Emulation pour Vétude de 
rhistoire et des antiquités de la Flandre ouvi*e un concours 
public pour la rédaction d'un Eloge des héros brugeois Breydel 
et de Coninc. 

La Société d'Emulation demande un travail en prose, où l'auteur, 
s'appuyant sur les faits historiques, aura soin de mettre en relief 
tout ce qui caractérise le mouvement patriotique du commencement 
du XrVo siècle. Les citations seront faites avec sobriété et enchâs- 
sées dans le texte, afin de ne pas entraver la marche du récit. Les 
sources et les auteurs cités seront indiqués en note avec une grande 
exactitude. 

Les manuscrits, rédigés en langue flamande, d'une étendue d'en- 
viron 200 pages d'impression in-S® (format et caractères des 
Annales de la Société), seront adressés, francs de port, avant le 
l" Décembre 1886, à M. le Président de la Société d'Emulation, 
à Bruges. Les auteurs ne peuvent se faire connaître d'aucune 
manière ; chaque manuscrit doit porter une devise reproduite sur 
une enveloppe cachetée, contenant le nom et l'adresse de l'auteur. 
Un Jury appréciera les écrits parvenus en temps opportun et pro- 
noncera sa décision avant le 1^ Mars 1887. 



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— 482 - 

Un prix, consistant en une médaille d*or d'une ▼aleur de 
cent francs et une prime de cinq cents francs, sera décerné k Tauteur 
couronné. 

L'ouvrage primé restera la propriété de M. le Chanoine Andries 
et de M. Léon de Foere, respectivement président et secrétaire- 
trésorier de la Société d'Ëmulation. Cette Société, r^résentée par 
son président et par son seci*étaire-trésorier, fera imprimer, à ses 
frais, dans ses Annales et publiera l'ouvrage couronné, avant le 
l*" Juillet 1887. L'auteur en recevra cinquante exemplaires. 

Les manusciits non primés pourront être réclamés endéans le 
mois qui suivra la décision du jury. Ce délai expiré, les enveloppes 
cachetées seront brûlées et les manuscrits ne pourront plus être 
restitués. 

Académie rotalb db Beloiqub. — Classb dbs Bbaux-Arts. — 
Concours pour 1887. — Première question : € Faire l'histoire de 
l'architecture qui florissait en Belgigue pendant le cours du XY<^ siècle 
et au commencement du XYI», architectiu^e qui a donné naissance 
à tant d'édifices civils remarquables, telles que halles, hôtels de ville, 
beflTrois, sièges de corporations, de justices, etc. 

> Décrire le caractère et l'origine de l'architecture de cette 
période. > 

Deuxième question : « On demande la biographie de Théodore- 
Victor Van Berckel, graveur des monnaies belges au siècle dernier, 
ainsi que Pappréciation de l'influeuce que cet éminent artiste a pu 
exercer sur les graveurs de son époque. > 

Troisième question : < Quel est le rôle réservé à la peinture dans 
son association avec l'architecture et la sculpture comme éléments 
de la décoration des édifices î 

> Déterminer l'influence de cette association sur le développement 
des arts plastiques. > 

Quatrième question : < Faire l'histoire de la musique dans l'ancien 
comté de Flandre jusqu'à la fin du XVI« siècle, et particulièrement des 
institutions musicales religieuses et civiles (chapelles et musiques 
particulières, princières, maîtrises, confréries, etc., etc.). 

La médaille d'or sera de mille francs pour la première question, 
de huit cents francs poui* la troisième et pour la quatrième, et de 
siœ cents francs pour la deuxième question. 



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— 483 - 

Les mémoires devront être adressés, avant le i^' juin 4887, à 
M. J. liiagre, secrétaire perpétuel, au palais des Académies. 

Peinture. — On demande le carton d'une frise décorative, à placer 
à 5 mètres d'élévation, et repi^ésentant : < Les Nations du globe 
apportant à la Belgique les produits de leurs sciences, de leui*s arts 
et de leur industrie. > 

Les cartons (sur châssis) devront avoir 0«75 de haut sur 2™25 de 
développement. 
Prix : mille francs, (Ce concours sera national.) 

Chratmre en médailles. — «On demande le médaDlon préalable 
à une médaille destinée aux lauréats des concours ouverts par 
l'Académie. > 

Le médaillon aura un diamètre de 0»50. 
Les concurrents fourniront la face et le revers. 
Prix : six cents francs. 

Les cartons (sur châssis) et les médailles devront être remis au 
secrétariat de l'Académie avant le y^ octobre 1887. 

Académie d'arghéolooie de Belgique. — Concours pour 1887 
ET 1888. — Première question : < Traiter un sujet archéologique 
concernant la province du Limbourg belge ou une de ses localités. > 

Un prix de 250 ft^ancs et une médaille en vermeil. 

Deuxième question : t Étude sur l'invasion des Francs en Bel- 
gique. > 

Déterminer, au moyen des données archéologiques, et subsidiaire- 
ment, par des témoignages historiques, quels furent en Belgique les 
lieux habités par les Francs salions et ripuaires ; quels étaient les 
peuples existant dans nos provinces au moment de l'invasion des 
Francs et quel a été leur sort. 

Un prix de 600 ft*ancs et une médaille en vermeil. 

Troisième question (prix fondé par M. le chevalier Gustave 
van Havre) : < Faire l'histoire de l'orfèvrerie en Belgique jusqu'à 
la fin du XVIIIo siècle. > 

Un prix de 500 fi.*ancs et une médaille en vermeil. 

Les mémoires devront être adressés : poiu* la première question, 
avant le 1' février 1887; pour les deuxième et troisième questions, 
avant le l"* février 1888, à M. le Secrétaire de l'Académie d'Ai-chéo- 
logie de Belgique, rue Oounod, 23, à Anvers. 



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— 484 — 



NECROLOGIE. 



FÉLIX Stappakrts, membre de TAcadémie royale de Belgique, 
est mort à Bruxelles, le 3 mars, à l'âge de 73 ans. 

Le chevalier Alfred de Kntfp, peintre de talent, est mort à Paris 
le 23 mars 1885, à Tâge de 67 ans. 11 appartenait à une famille anver- 
soise de bonne noblesse. Il est ajuste titre considéré comme le prin- 
cipal initiateur de notre école moderne de paysage. 

Hippolyte-Gharles-Louis Klutsrens, docteur en médecine et 
chirurgie, professeur émérite à TUniversité de Oand, ancien chi- 
rurgien de l'hôpital civil, membre fondateur de la Société de Méde- 
cine, Président du comité central de vaccine, né à Gand le 23 mai 1807, 
et décédé le 28 mars 1885. Il collabora à la Revue belge de Numis- 
matique et publia : Des Tiommes célèbres dans les Sciences et les 
Arts et des Médailles qui consacrent leur souvenir (Gand, 1860, 2 vol. 
avec pi.), et Numismatique médicale belge (Gand, 1884). 

MÉLOT, sculpteur, est mort à Schaerbeek le 19 avril 1885, à Tâge 
de 68 ans. Il était né à Anvers le 16 août 1817. 

Charles Rogibr, un des fondateurs de Tindépendance de la Bel- 
gique, plusieurs fois ministre, membre de la Chambre des Repré- 
sentants, est mort à Bruxelles le 27 mai 1885, à Tâge de 85 ans. Il fût 
littérateur et poète à ses heures, et voua constamment à Tart et aux 
lettres un culte réel et une sollicitude éclairée. 

"WrrTKABip, peintre de genre, est mort à Anvei-s au mois de Juin 
à l'âge de 65 ans; il était né en Westphalie. 

Isidore Diegerigk, né à Gand le 28 mars 1812, décédé le 
14 juin 1885. D'abord officier d'artillerie, puis professeur des athé- 



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— 485 — 

nées royaux de Bruges et d'Anvers ; il ftit Vice-Président de la 
Commission provinciale de Statistique de la Flandre-Occidentale, 
archiviste et bibliothécaire de la ville d' Ypi-es, chevalier de l'Ordre de 
Léopold et de celui de la Couronne de Chêne, chevalier de i^^ classe 
de l'ordre de Philippe le Magnanime, membre de plusieurs Sociétés 
savantes de la Belgique et de l'étranger. 

Ses principaux ouvrages sont : Inventaire analytique et chrono- 
logique des chartes et documents appartenant aux Archives de la 
ville d*Ypres, 7 vol. in-8o; Documents du XV/« siècle, faisant suite 
à V Inventaire des Archives d* Ypres, 4 vol. in-S» ; Inventaire des 
chartes et documents appartenant aux Archives de Vancienne 
abbaye de Messines, 1 vol. in-S® ; Analectes yprois, ou Recueil de 
documents inédits concernant la ville d* Y-pres, 1 vol. in-S® ; Corres- 
pondance des magistrats d* Ypres, députés à Oand et à Bruges 
pendant les troubles de Flandre sous Maximilien (1488), in-S»; 
Documents historiques inédits concernant les troubles des Pays- 
Bas (1577-1584) (avec la collaboration de M. Kervyn de Volkaers- 
beke), 2 v. in-8» ; Correspondance de Valentin de Pardieu, seigneur 
de la Motte, gouverneur de Chravelines (1577-1594), 1 vol. in-8o; 
Histoire du château et des seigneurs d*Esquelbecq, en Flandre (avec 
la collaboration de M. Bergerol), 1 vol. in-8o. 

En outre, un grand nombre de notices (quarante à cinquante), 
publiées dans diverses Revues belges et étrangères, telles que : 
Annales de la Société historique d* Ypres, de la Société d'Émulation 
de Bruges, de l'Académie d'Archéologie de Belgique, de la Société 
historique de Tournai, Historisch Genootschap d' Utrecht, Comité 
flamand de France, etc., etc. 

Paul Van Bibrvlibt, avocat au barreau de Gand, est mort le 
31 août; il publia quelques études de droit, entr'autres ; Mémoire 
sur les donations faites en contrat de mariage. 

EDOUARD Aqnbbssens, peintre de talent, est mort au mois d'août, 
succombant à la maladie qui le minait depuis longtemps. C'est une 
grande perte pour rai*t belge. 

Victor Luc Sghabfbls, peintre, professeur à l'Académie d'Anvers, 
est décédé le 17 septembre 1885, à l'âge de 61 ans. C'est un des 
derniers champions de l'art romantique. 

Gbrmain Josbph Gbefs, statuaire, directeur Intérimaire et pro- 
fesseur à l'Académie royale des Beaux-Arts d'Anvers, membre de 



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l'Académie royale de Belgique, membre du corps académique de 
TAcadémie royale d'Anvers, membre correspondant de Tlnstitut de 
France, commandeur de TOrdre de Léopold, décoré d'un gi*and 
nombre d'Ordres, né à Anvers le 23 décembre 1808, y est décédé le 
vendredi 9 octobre 1885. < Il forma, dit le Journal des Beatix-Arts, 
avec son frère Guillaume et Eugène Simonis, la trilogie des statuaires 
qui accapara en Belgique la gloire, le succès et les travaux, grâce 
au génie particulier à chacun d'eux. Simonis avait pour objectif la 
Nature, Guillaume Geefs la Grâce, Joseph la Force. > Ses travaux 
sont considérables ; citons sa plus belle œuvre, la statue de Vésale, 
à Bruxelles. C'était un artiste d'un talent véritable et un excellent 
professeur. 

Mathieu Nisbn, professeur à l'Académie des Beaux-Arts, à Liège, 
est mort au commencement d'octobre. M. Nisen naquit en 1819, 
à Ster, près de Francorchamps. 11 étudia à Anvers, puis à Rome. 
Revenu à Liège, il s'y établit définitivement. Bruxelles, Anvers, 
Gand, Paris, l'Allemagne aussi, lui accordèrent des distinctions et 
des médailles. Le gouvernement le créa successivement chevalier et 
officier de l'Ordre de Léopold. Liège le nomma professeur des cours 
supérieurs de dessin et de peinture à son Académie des Beaux- Arts. 

Auguste Schoy, architecte, écrivain et critique artistique de 
talent, professeur à l'Académie des Beaux- Arts d'Anvers, né à 
Bruxelles le 17 janvier 1838, y est décédé le 4 novembre 1885. 

Sevbrin Guillaume van Aerschot, sculpteur, est mort à Louvain, 
au mois de novembre 1885, âgé de 65 ans. Élève d'Itex, à Paris, 
il est l'auteur du bas-relief du tombeau de Napoléon V, des princi- 
pales statues de l'Hôtel de Ville de Louvain restaurée, etc. Par sa 
mère, il appartenait à la célèbre famille des fondeurs de cloches 
Van den Gheyn, de Louvain et de Malines. 

Henri-Maris-Golette de Kbrchove, ancien membre de la Cham- 
bre des Représentants, ancien commissaire des arrondissements de 
Neufchâteau, de Bruxelles et de Louvain, etc., né à Gand le 
9 mai*s 1810, est décédé en cette ville le 29 novembre 1885. On a de 
lui une dissertation De usu calculi analytici in quœstionibus fort 
(Gand, 1830) ; la Statistique administrative des lois, décrets, arrêtés 
et autres actes généraux de l* administration provinciale et commu- 
nale dans la Belgique (Gand, 1834), avec Supplément (Gand, 1836) ; 



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— 487 — 

un Essai sur les besognes pérHodiqices de l* administration provin- 
ciale et communale en Belgique (1835); Des Éléments de juris- 
prudence administrative sur la propriété des biens affectés au 
culte (Louvain, 1845) ; la Législation et culte de la bienfaisance en 
Belgique (Louvain, 1852). Tous ces ouvrages, sauf le premier, ne 
sont signés que des initiales de Tauteur. Membre de la Chambre 
des Représentants, M. H. de Kerchove pi*ononça dans les séances 
des 23 et 24 avril 1857, un discours sur la bienfaisance publique qui 
est tout un livre. (Voir le recueil Documents parlementaires et 
discussions concernant la révision de la législation sur les établis- 
sements de bienfaisance, t. III, p. 280 à 328.) 

Louis-Prosper Gaghârd, né à Paris, le 20 ventôse an VII 
(12 mars 1800), est mort à Bruxelles le 23 décembre. Il était archi- 
viste général du royaume depuis le 20 juillet 1831; membre de 
de la commission royale d'histoire depuis le 22 juillet 1834 ; secré- 
taire de la même commission depuis le 7 mai 1850 ; membre secrétaire 
de la commission royale poui* la publication des anciennes lois et 
ordonnances; président du conseil héraldique ; élu correspondant de 
l'Académie le 15 décembre 1837; membre le 9 mai 1842; directeur de la 
classe des lettres en 1860 et en 1864 ; pi*ésident de T Académie en 1860. 

Quant à ses travaux, ils rempliraient à eux seuls une vaste biblio- 
thèque. Chacun de ces ouvrages représente une somme de travail 
considérable, dont seuls les chercheurs, bibliophiles, historiographes 
et archivistes peuvent se faire une idée ; citons : Analectes belges 
(1830); Documents politiques et diplomatiques sur la Révolution 
belge de 1790 (1843); Documents inédits (1845); Extrait des registres 
des consaux de Tournai/ (1856) ; Relation des troubles de Gand sous 
Charles-Quint (1846) ; Mémoires sur les Bollandistes et leurs tra- 
vaux, depuis 4773 jusqu*en 4789 (1847); Inventaire des Archives 
du royaume (1849); Correspondance de Guillaume le Taciturne 
(1851-1859); Correspondance de Charles-Quint et d* Adrien VI (1859); 
Don Carlos et Philippe II (Paris, 1863) ; Actes des États-Généraux 
des Pays-Bas de 4576 à 4588 (1866); Correspondance de Margue- 
rite d'Autriche avec Philippe II (1867) ; Rapport sur Vindustrie 
belge (1835). 

Ces ouvrages forment à eux seuls d^à 122 volumes. 

Gachard eut d'humbles débuts ; il ftit porteur de copie à l'impri- 
merie Ducessois, à Pari», puis typographe et correcteur. 

32 



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— 488 — 

Il n'avait pas vingt ans quand il quitta Paris pour prendre ii 
Tournai un emploi à Tadministration communale et bientôt aux 
archives de la ville. 

Il apprit le latin tout seul, sans professeur. Sa remarquable faci- 
lité, son activité amenèrent ses supérieurs à le recommander à 
M. Qobbelschoy, ministre de Guillaume 1*^, roi des Pays-Bas, qui 
le prit en amitié. 

Grâce à cette haute protection et à celle du comte Lehon, il fut 
nommé archiviste adjoint du royaume. 

A la suite de la Révolution de 1830, Gachard fut nommé provisoi- 
rement secrétaire du département des finances. U se fit naturaliser 
Belge, en 1831. Gomme on tardait à le nommer définitivement, il se 
décida à reprendre son poste aux archives. 

Le 30 juillet 1831, sur le refUs de son prédécesseur de se rallier au 
nouveau régime, Gachard fut nonuné archiviste général du royaume* 
fonction qu'il a remplie avec une énergie, un tact et un zèle dont le 
pays ne saurait lui être trop reconnaissant, pendant plus de cinquante 
cinq ans. 

Auguste Grtmàns, paysagiste, est mort au mois de décembre 1885; 
il habitait Fontainebleau depuis un grand nombre d'années. 

Louis Haghb, peintre touinaisien, vient de mourir en Angleterre. 
Né à Tournai en 1806, il était fils d'un charpentier. U dessina beau- 
coup de vues intérieures de monuments pour la lithographie; le 
succès de leçons données à un anglais l'engagea à s'établir en Angle- 
terre où il fonda et dirigea longtemps le premier établissement 
lithographique de Londres. Il n'avait pas tardé à prendre sa place 
au premier rang parmi les dessinateurs et les aquarellistes les plus 
renommés. Devenu dessinateur de la reine d'Angleterre, il occupait 
à Londres une magnifique position. 

PiERRB Pascal Duprat, ancien député, ministre de France au 
Chili, né le 24 mars 1816, est mort en mer le 17 août 1885. Il laisse 
un grand nombre d'ouvrages historiques et politiques. Forcé plu- 
sieurs fois de s'expatrier, il fonda à Bruxelles, en 1856, la Revue phi- 
losophique 0t littéraire. 

Vigtor-Maru Hu«o, qui Ait sans contredit on des grands noms 
de la littérature fï^nçaise, né k Besançon le 86 février 1802, est mort 
à Paris le 22 mai 1885. Membre de l'Académie depuis 1841, d^uté et 



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— 489 — 

pair de France. Ses principaux ouvrages sont : Han d'Islande 
(4 vol., 1823); Littérature et philosophie (2 vol., 1824); Les Châti- 
ments (1852); Les Contemplations (2 vol., 1856-1857); La Légende 
des siècles (2 vol. 1859 et 1877); Les Misérables (10 vol., 1862); Les 
Travailleurs de la mer (3 vol., 1866) ; Uhomme qui rit (4 vol., 1869) ; 
Quatre-vingt'treiie (3 vol. 1874), sans compter les pièces de théâtre, 
et un grand nombre d'autres publications moins importantes. 

Idrag, sculpteur, est mort à Paris fin décembre 1885, à Tftge de 
35 ans. Ses principales œuvres sont Salambo et Mercure inventant 
le caducée. 

Edmond Du Sobimbrard, fils du fondateur du Musée de Gluny à 
Pans et conservateur de ce Musée, est mort le 6 février 1885; il était 
né le 27 avril 1817.11 a rendu de grands services à rétablissements qu'il 
dirigeait et comme commissaire et organisateur des expositions d'art 
ancien. On lui doit : les Arts au moyen-âge en 5 volumes et un 
catalogue du Musée de duny, 

François Wurth-Paquet, président honoraire et vice-président 
du Conseil d'état du Grand duché de Luxembourg, président de 
l'institut historique de Luxembourg, est mort le 4 février 1885. U a 
publié une Table chronologique des Chartres et diplômes relatifs à 
l'histoire de l'ancien pays de Liucembourg, un Cartulaire des 
documents politiques et administratifs de la ville de Lutcembourg et 
VInventaire des archives de Clervaux, 

Edmond About, hommes de lettres, membre de l'Académie fran- 
çaise. Né le 14 février 1829, est mort à Paris le 16 Janvier 1885. 
U fit ses études à Athènes et publia plusieurs travaux d'érudition ; 
mais il est surtout connu par ses nombreux écrits politiques. U fut 
l'auteur entr'autres de Germaine, Madelon, les Mariages de Paris, 
le Roi des Montagnes, la Question romaine, etc., et dirigea en 
dernier lieu le journal le XIX'^ siècle, 

Marc Monnibr, écrivain français de beaucoup de talent, est mort 
à Berne au mois d'avril 1885. Il a touché à tous les genres de litté- 
rature : histoire, roman, poésie, récits de voyages. Il était né à Flo- 
rence de parents français, et a passé une grande partie de sa vie en 
Suisse. Il a été professeur de littérature étrangère, puis recteur de 
l'Université de Genève. Voici quelques-unes de ses principales 



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- 490 — 

œuvres : Étude historique de la conquête de Sicile par les Sarrasins; 
L'Italie est-elle la terre des morts f Garibaldi; Histoire de la con- 
quête des Deua>Sicile; La Camorra ou Mystères de Naples; Le Protes- 
tantisme en France; Genève et ses poètes; La Vie de Jésus, poème, etc. 

Théodorb Ballu, Tarchitecte des églises de la Trinité à Paris, de 
St-Ambroise, dirigea la restauration de la tour de SWacques, de 
Téglise de St-Oermain-l'Auxerrois, de THôtel de Ville, etc., est mort 
à Paris le 22 mai 1885, à Page de 68 ans. 

Lb duc de Noailles, membre de l'Académie firançaise, né le 
4 Janvier 1802 et décédé le 31 mai 1885. 

Ernest Hello, né à Lorient en 1828 y est mort au mois de 
Juillet 1885, il laisse plusieurs œuvres de valeur. 

HEfmi Baron, peintre de talent, né à Besançon en 1816 est mort à 
Genève, au mois de septembre 1885. Parmi ses tableaux citons : 
Un atelier de sculpteur. Le Pays latin, L* Enfance de Ribeira, La 
sieste en Italie, Sarto peignant la Madone, etc. 

Le R. P. Gavrucci, un des plus illustres archéologues de Tltalie, 
né à Naples le 23 Janvier 1812, est mort à Rome le 5 mai 1885. 

Andréa Mafpbi, écrivain distingué, est mort à Milan, le 27 no- 
vembre, sénateur du royaume, poète peu connu hors de la pénin- 
sule, mais traducteur et interpi*étateur distingué de Schiller et de 
Shakespeare. 

Jules de Vionon, peintre d'histoire et portraitiste de talent, enlevé 
en trois Jours par une angine de poitrine. Né à Belfort, élève de 
Léon Goignet, médaillé en 1847 et en 1861 au Salon, professeur de 
dessin de la ville de Paris, M. de Vignon était âgé de 70 ans. 

ASBJŒRNSBN, écrivain norwégien qui s'est fait un nom par la 
publication d'un très intéressant i*ecueil de contes populaires de son 
pays, est mort à Christiania. Il était né en 1812. Ses fonctions d'in- 
specteur des forêts lui avaient donné l'occasion de parcourir toute 
la Norwège et de recueillir de la bouche du peuple les charmants 
récits qui l'ont fait connaître non seulement dans sa patrie, mais en 
Allemagne et en Angleterre, où ils ont été traduits. 



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491 — 



TABLE DES MATIÈRES. 



ANNÉE 1885. 



NOTICES ET DISSERTATIONS. 

Le portrait de Jacques de Thiennes. Par Emile Varenbergh . 1 

Analogies Hibemo-flamandes. — Réponse à l'article critique 
publié dans le « Gaelic Journal » de Dublin. Par le Cha- 
noine De Haeme 27 

Un administrateur au temps de Louis XIV. Par le V*« de 
Grouchy et le C*« de Marsy (Suite et fin) . . 45, 165, 241, 402 

Des variations du cours de l'Escaut depuis les temps primitifs. 
Par Maurice Heins 125 

La danse à Grand au XYIII^ siècle. Par Paul Bergmans ... 156 

Le fusil à aiguille inventé en Belgique, vers 1624, par un comte 
de Homes. Par L. G 204 

Goup-d'œil historico-linguistique sur le flamand dans ses rap- 
ports avec les idiomes celtiques et les ditdectes germaniques 
de la Grande-Bretagne. Par le Chan"« De Haeme (suite) 802, 415 

La question d'extradition devant les États de Brabant; 1715 
et 1716. Par L. Galesloot 316 

Artistes des Pays-Bas ayant habité Tours ou y ayant travaillé. 
Par le C*« de Marsy 329 

L'adoration des Mages de Memling, au Musée de Madrid. Par 
le C*« de Limburg-Stimm 359 

Notice biographique sur Henri Waelput. Par Paul Bergmans . 368 

Les tonneliers de Bmges et de l'Écluse en 1461. Par le C*« de 
Limburg-Stirum 436 

YABIÉTÉS. 

Documents concernant Pierre de Keyser, imprimeur à Grand . 102 
Les Échevins de Gand autorisés à avoir fourches patibulaires à 
quatre piliers, 1692 104 



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— 492 — 

Le graveur Norbert Heylbroack, condamné pour faux-mon- 
nayage. — Fr. D 106 

Charte de Marguerite comtesse de Flandre, 1246 (n. st.) . . 109 

L'art chez les Grecs il y a trois mille ans 110 

Contrats passés par Jean Groignart, fils de Waltère, fondeur 

de cloches à Gand, pour fournir : I^ six cloches à l'abbaye 

de Malonne, 2» une cloche à l'église de Jambe. V. D. C. . 281 

Éphémérides (Gantoises. — Menu du festin donné à l'abbaye 

de Saint-Pierre à l'occasion du sacre de l'abbé Willocqueau, 

avec la liste des invités. — Emile Y 225 

Règlement pour le service des. domestiques de l'abbaye de 

SaintrPierre. — Id 229 

Fête à Gand sous la République. ~ Id 234 

François Pilsen, peintre et graveur. — D. M 336 

Le Collège de Gand sous la République. — Id 337 

Documents relatifs à l'abbaye de Saint- Pierre. — Emile Y... . 338 
Pierre le Grand à Bruxelles en 1717. — Paul Bergpnans . . . 344 

Musée historique belge fondé à Gand. — Id 347 

Frais de procession. — Id 447 

Échevins de la ville de Gkmd antérieurement au XYI* siècle. 

— L. St 449 

Le Pape ordonne l'incorporation de l'église de Notre-Dame 

à l'abbaye de Saint-Pierre. — Emile Y 465 

Une correspondance de Joseph U. — Id 463 

Compte de l'Épargne de 1662. — Yict. Y. H 464 

Banquets du Collège de Médecine de Gand au siècle dernier. — 

Emile Y , . 466 

Une quittance de Martin Joseph Geeraerts. — Id 467 

Reconstruction par un certain Fr. Yerburght, de la petite cha- 
pelle située près du moulin à l'eau. — Id 468 

Algemeines historisches Portratswerk. — Eine Sommlung von 
600 Portr&ts der beruhmsten Personen aller Yôlker und 
Stande seit 1300, nach Auswahl von D' Woldemar von 
Seidlitz, mit biographischen daten. — Phototypien nach den 

besten gleichzeitigen Originalen 469 

Une lettre inédite de Portalis 470 

Le Palais Royal à Paris • ... 471 

CHRONIQUE. 

Rapport de M. l'archiviste général du royaume. — L. St. . . 112 

Étude sur Olivier de la marche. — Emile Y 113 

Yestiges du Buig, à Anvers 114 



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~ 493 — 

Anciens ivoires sculptés. Le triptyque byzantin de la collection 

Harbaville, à Arras, par M. de Linas 116 

La tapisserie à Arras 116 

Chronique de Gand .— Emile V 118 

« In Memoriam » J.F. J. Heremans. — Vict. V. H 118 

Liste chronologique aes édits et ordonnances des Pays-Bas. 

Règne de Charles-Quint, 1506-1666 119 

Vente de livres 120 

Procédé de la peinture ancienne 120 

Découverte intéressante 121 

Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts. — 

Classe des beaux-arts. — Concours pour 1886 121 

Les juifs en Belgique sous l'ancien régime. — Emile Y 239 

Découverte de substructions du moyen-âge 240 

Archéologie 361, 362, 363, 864 

La découverte de Nauoiatis 366 

Académie royale des Sciences, dos Liettres et des Beaux- Arts 

de Belgique. — Classe des Lettres. — Concours pour 1887. 367 

Petit cartulaire de Oand recueilli par Fr. de Potter .... 474 

Anciennes tapisseries de Vabbaye de Saint-Pierre 476 

Œuvres de Limoges conservées à l'étranger, ou documents rela- 
tifs à l'émaillerie limousine, par Ch. de Linas. — C*« de Lim- 

burg-Stirum 477 

Les Carolines 478 

Découvertes archéologiques 479 

Société d'émulation pour l'étude de l'histoire et des antiquités 

de la Flandre 481 

Académie royale de Belgique. — Classe des Beaux- Arts. — 

Concours pour 1887 482 

Académie d'Archéologie de Belgique. — Concours pour 1887 

et 1888 483 

KÉGBOLOGIE. 

Félix Stappaerts 484 

Alfred de Knyf 484 

Hippolyte-Charles-Louis-Kluyskens 484 

Mélot 484 

Charles Rogier 484 

Wittkamp 484 

Isidore Diegerick • . 484 

Paul Van Biervliet 486 

Edouard Agneessens 486 



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— 494 — 

Victor Luc Schaefifels 485 

Germain Joseph Geefs 486 

Mathieu Nisen 486 

Auguste Schoy 486 

Severin Guillaume van Aerschot 486 

Henri Marie Colette de Kerchove 486 

Louis Prosper Gachard 487 

Auguste Ortmans 488 

Louis Haghe • 488 

Pierre Pascal Duprat 488 

Victor Marie Hugo 488 

Idrac 489 

Edmond de Sommerard 489 

François Wurth-Paquet 489 

Edmond About 489 

Marc Monnier 489 

Théodore Ballu , . 490 

Le duc de Noailles 490 

Ernest Hello 490 

Henri Baron .' 490 

Le R. P. Gavrucci 490 

Andréa Maffei 490 

Jules de Vignon 490 

Asbjœmsen 490 

Planches. 

Jacques de Thiennes (Émail du XVI* siècle) 1 

Carte des changements survenus au cours inférieur de PEscaut. 125 

Château de La Chaussée (Seine-Inférieure) France .... 241 

Église de La Chaussée 243 

Sceaux de Robertot 264 

Testament de Robertot 278 

. La ]2^entation au temple 859 



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