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Full text of "Messager des sciences historiques, ou, Archives des arts et de la bibliographie de Belgique"

MESSAGER 

DES SCIENCES HISTORIQUES 

ou 

ARCHIVES 

DES ARTS ET DE LA BIBLIOGRAPHIE 

DE BELGIQUE. 



LISTE DES COLLABORATEURS. 

M. Emile Vakenbergh, secrétaire du Comité de Rédaction, à 
Gand. 



MM. Pfi. Dlommaert, membre correspondant de l'Académie, à Gand. 
J. BoncMET, arcliiviste de l'État cl de la province, à Namur. 
Ul. Capitaine, bililiograplie, à Liège. 
R. CiiALON, président des Bibliopiiiles belges, à Bruxelles. 
HvAciNTUE De BnuY!v, à Bruxelles. 

Chevalier L. de BuRBunc, niemljre de l'Académie de Belgique, à Anvers. 
Edh. De Bussciier, membre de l'Académie de Belgique, à Gand. 

E. De Coussemaker, correspondant de l'Institut de France, à Lille. 
A. Dejardin, commandant du génie, à Diest. 

Baron M*'" de Ring, antiquaire, à Strasbourg. 

Le Clian. J. J. De Smet, membre de la Comm. royale d'hist., à Gand. 

L. Devillers, conservatenr-a<ljoinl des Archives de l'Etat, à Mons. 

A. Du Bois, avocat et conseiller communal, à Gand. 

B. C. Du Mortier, membre de la Chambre des Représentants, à Tournay. 
J. Felsenuart, attaché aux Archives du royaume, à Bruxelles. 

L. Galesloot, clief de section aux Archives du royaume, à Bruxelles. 

P. GÉfiARD, archivisie de la ville d'Anvers. 

A. GiiELDOi.F, membre de la Comm. p. la publ. des anciennes lois,ù Gand. 

II. IIklbig, bibliographe, à Liège. 

Fr. Hennebert, avocat, à Gand. 

H. IIvJIA^s, attaché à la Bibliothèque royale, à Bruxelles. 

Ed. Jolv, archéologue, à Renaix. 

Baron Kervyn de Lettenhove, membre de l'Acad. de Belgique, à Bruxelles, 

J. B. Lavaut, professeur au collège philologique, à Louvain. 

F. NÈVE, professeur à l'Université de Louvain. 

Alex. Pinchart, chef de section aux Archives du royaume, h Bruxelles. 

J. J. E. Proost, allaché aux Archives du royaume, à Bruxelles. 

Henry Raepsaet, juge-de-iiaix, à Lokeren. 

Ch. Rahlenbeck, consul de Saxe-Wcimar, à Bruxelles. 

F. 3. Raymaekers, chanoine de l'abbaye de Parc, près de Louvain. 

J. E. G. Roulez, administrateur-inspecteur de l'Université de Gand, 

Arn. ScnAEPKENS, dcssinalcur, à Bruxelles. 

A. SiRET, membre de l'Académie de Belgique, à S'-Nicolas. 

GusT. Van Coetsesi, avocat, à Gand. 

Pu. Van der IIaegiien, à Bruxelles. 

Edm. Vander Straeten, attaché aux Archives du royaume, à Bruxelles. 

J. Van de Velde, archivisie, à Audenarde. 

Edw. Van Even, archiviste de la ville de Louvain. 

C. Vervier, président de la Commission des monuments, à Gand. 

W. H. James Weale, archéologue, à Bruges. 



MESSAGER 



DIS SCIICES HISTORIQUES 



on 



ARCHIVES 

htB ^rts et àe la i3tbU0grapl)ie 

DE BELGIQUE. 



Recueil publié par MM. A. Van liOKEREiv, Avocat et Archiviste honoraire 
de la ville; B" de Saint-Gekois, Professeur-Bibliothécaire à rUni- 
vcrsité ; P. C. Van der lIlEERScn, Conservateur des Archives de 
l'État et de la Flandre orientale, et Kervyn de Volkaersdeke; 

ancien membre de la Chambre des Représentants, à Gand. 



^nnéc 1867. 



--îS>C >©®<SB- 



GAND , 

IMPRIMERIE ET LITHOGRAPHIE DE LÉONARD HEBBELYNCK, 

Rue des Baguettes. 



ÎHEGETÎYCENTIR 
liBR^RY 



DE LA FIN DU XIV^ OU DU COMMENCEMENT DU XV^ SIÈCLE. 



^ t * 



C'est de la Grèce que paraît avoir été portée à Rome la 
coulumedese servirde diplyques(i), c'est-à-dire de tablettes 
réunies par une charnière au nombre de deux panneaux, 
pouvant être maintenus l'un contre l'autre par un fermoir. 
On les appelait triptyques ou polyptyques (2), lorsqu'il y 
avait trois panneaux ou plusieurs réunis. 

Ces tablettes, d'ivoire, de bois, parfois même d'ardoise, 
quelquefois d'or ou d'argent, étaient destinées, dans l'ori- 
gine, à recevoir à l'intérieur les notes écrites, comme au- 
jourd'hui nos agenda. Il était de bon ton de les porter à 
la ceinture. De là la richesse de la matière dont on les 
recouvrait à l'extérieur. On se faisait un plaisir de les 
offrir pour élrennes; et les magistrats, les consuls, les 
empereurs même ne dédaignaient pas de les donner ou de 
les recevoir à l'époque du renouvellement de l'année, comme 
marques de souvenir, d'amitié ou de déférence. Dans quel- 
ques cas, scellées et envoyées par un esclave, elles servaient 
à une correspondance intime. On y gravait les noms de 
ceux auxquels on les offrait. Souvent les motifs les plus 
gracieux de la fable ou de la vie privée recouvraient leurs 
panneaux. La matière et l'art étaient réunis pour celles 
qui ornaient la ceinture de la femme du monde. Des des- 
sins plus austères, le plus souvent de simples ciselures, 

(1) Afirtup^a, d"où le latin Diptychum. 
(2j TpiKTuya, TtoX'jitTuya. 

<867. 1 



o _ 

étaient empreints sur le diptyque de l'homme d'état ou du 
magistral. Ils faisaient eux-mêmes souvent inscrire leurs 
noms sur ceux de ces petits meubles que leur munificence 
faisait distribuer dans le cirque à l'occasion des jeux pu- 
blics. Le plus ancien qui nous ait été conservé d'un per- 
sonnage consulaire, est attribué à Slilicon, en l'an 405 de 
notre ère. 

Quand de l'Orient, où il prit naissance, le Christianisme, 
spiritualisant l'ancien culte de la nature dans la personne 
du Christ, représenté par l'agneau mystique, se fut ré- 
pandu jusqu'à Rome, les adhérents au nouveau culte, tout 
en conservant l'ancienne coutume de ces sortes de bijoux, 
les mirent à profit pour y consacrer les fastes de la religion 
nouvelle. Dès que l'Église se fut formée, elle eut les dip- 
tyques des baptisés qui contenaient les noms de ceux qu'elle 
reconnaissait pour ses enfants, à l'imitation des fastes civils 
où les noms des citoyens nouveaux étaient inscrits. Elle 
eut les diptyques des vivants et ceux des morts; les pre- 
miers contenaient les noms des hauts personnages que la 
nouvelle initiation reconnaissait pour ses bienfaiteurs; les 
seconds recelaient ceux des anciens qui avaient présidé l'as- 
semblée, et dont ces tablettes étaient consacrées à conserver 
la mémoire. Ce sont ceux des morts qui ont plus tard donné 
naissance aux Nécrologes ou Obituaires, où les plus anciens 
hagiographes du V* et du VI* siècle ont souvent puisé pour 
écrire leurs légendes sacrées. 

Mais, indépendamment de ces diptyques, adaptés, dès 
les premiers temps du Christianisme, au service de l'Eglise, 
et dont quelques-uns sont parvenus jusqu'à nous, conservés 
à Fulde, à Amiens, au monastère de Rambona, à Trêves, 
à Arles, on en trouve dans les trésors de plusieurs chapi- 
tres, qui, ayant servi à d'autres usages, ont conservé leurs 
bas-reliefs profanes. Tels sont ceux qui se trouvent en 
entier ou en partie à Liège, dans l'église de Saint-Lambert 



et clans la basilique tic Saiiil-lMarlin; ceux de Bourges, de 
Lucques, de LNovare et d'autres villes. Quelques-uns même 
ont été enclavés dans les couvertures des évangeliaires. 
Tous sont des images dévotes qui, pendant les persécu- 
tions que le Christianisme naissant eut à souffrir, servirent 
aux fidèles, qui les portaient avec eux comme de petits 
oratoires. 

Là, néanmoins, ce ne sont encore la plupart du temps 
que des représentations de personnages ou de scènes bibli- 
ques. Car, ce n'est qu'au VP siècle que la personne du 
Christ sur la croix, que celle de la Vierge, telle que le 
moyen-âge nous en a conservé le type, devinrent les prin- 
cipaux motifs de ces petits meubles mystiques. 

Le Christ, d'après les Évangiles, ayant été mis à mort 
au phase ou passage du soleil aux régions supérieures, 
époque dont les Juifs célébraient l'anniversaire en mémoire 
de leur fameux passage de la mer Rouge sous la conduite 
de Moïse, et où se mangeait l'agneau qu'on immolait chez 
les Égyptiens en l'honneur du dieu qui en prenait les attri- 
buts, ce fut sous cette figure que les premiers chrétiens 
symbolisèrent le Dieu immolé pour leur salut. C'est la plus 
ancienne représentation sous laquelle le rédempteur est dé- 
signé dans les livres saints, et c'est la plus ancienne dont 
s'est servi l'Église en Orient et en Occident. Comme le 
nouveau culte, tout en conservant les signes des cultes an- 
tiques, les spirilualisa, l'agneau qui, d'abord, était repré- 
senté seul, couché, comme symbole de la victime immolée, 
tel qu'on le représente encore communément sur les taber- 
nacles de nos autels, fut par la suite, placé comme attribut, 
sur les épaules du pasteur spirituel. Tel, dans le Paga- 
nisme, on avait représenté Apollon pasteur, d'après la 
légende qui le préposait à la garde des troupeaux d'Admète. 
Un bronze antique du Musée de Berlin, le figure ainsi, 
tout nu, et tenant sur ses épaules le mouton. Celle repré- 



— 4 



senlalion fut imitée par le Christianisme naissant; seule- 
ment il y mit plus de décence et donna au pasteur des âmes 
sa longue robe traditionnelle. Quelquefois l'agneau fut placé 
à ses pieds; c'était lui qui symbolisait la victime. Ce ne fut 
que lorsque le culte nouveau fut enfin assez fort pour ne 
plus redouter la persécution, que, au VI* siècle, l'agneau 
lui-même, portant une croix haslée, prépara la transition 
de l'un à l'autre de ces deux symboles. A cette croix, vers 
la fin du même siècle, fut attaché l'agneau qui, bientôt 
après, disparaissant à son tour, n'y fut plus que rarement 
représenté au revers, tandis que sur la face antérieure fut 
suspendu le bon pasteur, les bras étendus. 

Ce n'est pas qu'avant cette époque la croix symbolique 
n'ait été d'un usage commun, puisque déjà on trouve la 
croix sur les petits bronzes de Constantin, frappés à Aqui- 
lée et à Trêves, et sur les médailles de Valentinien I". 
D'après les écrivains anciens, la croix à laquelle le Christ 
aurait été attaché avait la forme du tau (f }, qui, chez les 
gentils était le symbole de la vie éternelle. C'est la croix 
primitive, la croix commissa ou patibutata, différente de la 
croix immissa (-Y) qui, plus tard, fut adoptée dans les re- 
présentations du Christ en Occident, et qui, dès l'origine 
du christianisme en Orient, servait au monogramme du 
Christ (-f), par l'affinité que ce signe offrait avec la croix 
ansée égyptienne. Dans presque tous les monuments du 
moyen-âge, c'est ce type qui fut adopté. 

Cependant ce ne fut guère qu'après le concile quinisexte, 
tenu en 692, que les représentations du Christ sur la croix 
se multiplièrent, ce concile ayant ordonné de préférer la 
peinture historique aux emblèmes jusqu'alors adoptés. 
C'est, du moins, à cette époque que les Grecs le reprodui- 
sirent pour la première fois; et nous savons que Jean Vif, 
Grec de naissance, élu pape en 705, consacra le premier 
crucifix dans l'église de Saint-Pierre. Aussi est-ce au 



moyen-âge qu'appartiennent ces nombreux diptyques que 
possèdent nos collections, provenant en grande partie des 
monastères, et qui, pour motif principal, montrent presque 
toujours le Christ sur la croix. Ils servaient d'oraloires, à 
l'imitation des autels d'églises, qui, eux-mêmes, comme des 
armoires, s'ouvraient et se fermaient à volonté, et dont 
plusieurs spécimens, précieux pour l'art et pour l'icono- 
graphie, se voient encore dans quelques-uns de nos tem- 
ples. Ces diptyques, quelquefois, sortent du trésor des 
princes qui les firent exécuter. Celui qui nous a inspiré 
cette petite dissertation faisait partie autrefois de la col- 
lection de Krotzingen, prévôté de la célèbre abbaye de 
Saint-Biaise dans la Forêt-Noire, dont sortit le bas-relief 
de Saint-Martin, que nous avons fait connaître par une 
notice, insérée dans le Messager des Sciences hisloriques 
de Belgique, en 1864. La pose des personnages, le faire 
des draperies, les motifs de l'ogive formant le cadre, accu- 
sent pour ce diptyque la fju du XI V« siècle, ou le commen- 
cement du XV^ C'est un type que nous retrouvons en 
grand sur plusieurs portails de nos cathédrales. Les saintes 
femmes, au pied de la croix basse où Jésus vient d'expirer, 
expriment bien, par leur geste, la douleur dont leur âme 
est saisie. Avant le XI* siècle, tous les monuments connus, 
exprimant le grand drame de la passion, montrent le Sau- 
veur encore vivant, les yeux ouverts, et, debout sur la 
croix, comme pour exprimer son immortalité. Les artistes 
des temps postérieurs ont rendu cette scène de douleur 
plus palpable, en choisissant le moment suprême où le 
Christ s'affaisse sur lui-même. IMarie, à la droite de la 
croix, détourne la vue, en se tordant les mains; Marie- 
Madeleine semble, par son geste, ne s'occuper que de la 
douleur de la divine Mère. L'artiste a placé dans sa main 
gauche soit un livre fermé, soit une boite oblongue à 
parfums. 



— 6 — 

Le second panneau esl d'une exquise délicatesse. La 
Vierge, debout entre deux anges, tenant chacun un flam- 
beau, est couronnée par un troisième dont on ne voit que 
le haut du corps sortant de l'ogive. Elle tient sur le bras 
gauche le divin enfant, et de l'autre main une rose épa- 
nouie, symbole à la fois de sa virginité et de l'immacula- 
lion de sa naissance. Cette portion du diptyque est précieuse 
dans tous ses détails; elle respire cette naïve candeur qui 
forme l'attribut le plus particulier des conceptions artisti- 
ques de l'époque à laquelle il appartient. 

Le culte de la Vierge ne fut répandu en Occident que 
vers la fin du V« siècle. Ce culte, né à Ephèse, où on pré- 
tendait posséder son tombeau, fut, de cette ville, transporté 
à Constantinople, et, de là, à Rome, où une église lui fut 
consacrée pour la première fois en 440. La représentation 
primitive, fut celle de l'Isis Égyptienne, ayant l'Enfanl- 
Dieu sur les genoux. A Constantinople, consacrée à Diane, 
lui fut donné le croissant lunaire, placé sous les pieds, et 
écrasant le dragon du pôle, comme le génie du mal. Une 
fois son culte établi en Occident, on lui consacra le feu 
éternel et les temples de Vesta. Elle devint enfin la Reine 
du ciel et la médiatrice des hommes auprès de son fils. 
C'est sous cette figure, si souvent reproduite au moyeo- 
àge, que nous la voyons sur l'un des panneaux de notre 
diptyque qui, déployé devant son heureux possesseur, lui 
offrait les deux motifs les plus sacrés de son culte, son 
Dieu, né de la Vierge à laquelle il adressait ses vœux et 
ses prières, et son martyr, qui ouvrait les portes du ciel 
à l'humanité. 

Tous ces diptyques, aujourd'hui conservés dans les col- 
lections, ont eu un jour celte destination pieuse, que le 
mysticisme de l'époque à laquelle ils appartiennent avait 
consacrée. Quel intérêt ne présenterait pas, comme points 
de comparaison, la collection complète de ces nombreux 



monuments de Tari, depuis les temps les plus reculés î 
Déjà le Messager des Sciences historiques de Belgique a 
publié, dans le volume de 18G0, le superbe diptyque du 
XVl^ siècle, représenUinl VAdoration des Bergers, qui ap- 
partient à la famille gantoise des Rockelfing de Nazareth. 
Nous avons cru devoir publier celui qui fait partie de notre 
collection, heureux, si cet exemple peut être suivi par ceux 
qui en possèdent. 

Max. de Ring. 



— 8 — 



CARTES 



DB 



LA FLANDRE ANCIENNE ET MODERNE, 

PLANS DE LA VILLE DE GAND (i). 



DEUXIEME PARTIE. 



Plans et Vues gravés. 



Il n'y a pas lieu de partager les plans el vues en plu- 
sieurs catégories par rapport aux agrandissements ou aux 
modiGcations que la ville a pu subir, car presque tous, 
excepté deux, représentent la ville telle qu'elle se trouve 
encore maintenant avec l'enceinte actuelle. Tous les agran- 
dissements successifs ont eu lieu avant 1299, et il n'y a 
que deux plans Actifs qui représentent la ville avant cette 
époque : ils ont paru dans la Belgique monumenlale. 

Je me bornerai donc ici à faire une énumération des 
plans et vues compris dans cette deuxième partie, en les 
envisageant sous le rapport de la manière dont ils repré- 
sentent la ville, soit à vol d'oiseau, soit en vue, soit en 
plan, dans son ensemble ou par partie. Cela donnera lieu 
à cinq catégories, qui sont les suivantes : 

()) Suite. Voir année 1865, pp. 329 el 405, et année I86«, p. 177. 



— 9 — 

l. Plans à vol d'oiseau. 

II. Vues générales. 

III. Vues partielles. 

IV. Croquis. 

V. Plans géométriques généraux. 
VI. Plans géométriques partiels. 

I. Plans a vol d'oiseau. 

Dans les vues ou plans à vol d'oiseau de la ville entière, 
les édifices et les maisons sont vus en élévation : on y voit 
également les rues, mais les proportions ne sont pas gar- 
dées. Cette manière de représenter la ville fut la plus gé- 
néralement employée dans le commencement. Il est vrai 
que les premiers de ces plans (n" I avant 1 100 et n° 2 en 
1274-) ne sont pas de l'époque; mais les suivants sont 
plus anciens. Il y en a d'abord deux qui sont des copies 
d'un tableau (n^^ 7 et 8 de 1534), puis un, le n" 12 de 
1550, qui est de l'époque et dont les trois suivants sont 
des copies : ce sont les n"^ 13, 14 et 16 de 1567, 1572 
et 1581. Le n" 18 de 1595 est un fort petit plan. Les 
n°s 23 et 26 de 1612 et 1635 se trouvent dans deux édi- 
tions de GuicHARDiN. Le n" 29 de 1637 est le plus beau 
plan à vol d'oiseau qui ait été fait de la ville de Gand : il 
est très-grand et très-exact. Le n» 32 de 1641 en est une 
copie réduite pour l'ouvrage de Sanderus et de Blaeu. Le 
n° 70 de 1725 est également une copie encore plus réduite 
pour les Forces de fEiirope. Une autre copie se trouve 
dans les éditions de 1732 et 1735 de Sanderus (n° 73) et 
une dernière a été faite par Probsl en 1780 (n" 78). Enfin 
le n" 47 de 1652 se trouve dans Guichardin. 

Ces plans sont donc au nombre de dix-sept. 

II. Vues générales. 
Dans ces vues on ne voit plus le tracé des rues : c'est 



— 10 — 

une perspective prise d'un point à rexlérieur et représen- 
tant toute la ville, quoique la plupart du temps cela se 
borne à une série de clochers, tellement mal représentés, 
qu'il est souvent difficile de préciser l'endroit où le dessi- 
nateur a dû se placer. Je vais en faire l'énuméralion en les 
distribuant d'après l'endroit d'où elles sont prises : 

1" Celles prises hors de la porte d'Anvers, sont : les n°' S 
et 6 de 1 524, le n» 1 de 1 539, le n° 53 de i 678, le n° 72 
de 1750 et le n" 79 de 1780. La première est très-curieuse, 
la seconde en est une copie faite exprès pour cette notice; 
la troisième est la copie d'un ancien tableau (t). 

2° Celles prises du côté de Gentbriigghe, sont : le n° 21 
de 1608, le n" 24 de 1613, le n" 25 de 1633, le n" 45 de 
1649 et le n" 71 de 1729. 

3° Celles prises en avant du Rabot, sont : le n° 22 de 
1608, le n" 28 de 1635, le n° 31 de 1637 et le n" 61 de 
1708. 

4" Celles prises de la route de Tronchîennes, sont : le 
n° 48 de 1654, le n« 84 de 1789, le n" 85 de 1792, le 
n° 88 de 1 799, le n" 1 08 de 1 833, et le n° 1 1 1 de 1 836 : 
elles sont plus modernes que les autres. 

5° Celles prises entre les portes de Cour irai et de la 
Colline portent les n°' 50 et 51 et ont la date de 1678. 

6" Celles prises du rempart Saint Liévin et qui portent 
lesn"^ 121, 142et li3sont de 1837, 1844 et 1845. 

7" Enfin d'autres sont prises d'un point que l'on ne peut 
pas bien déterminer : ce sont les n"* 19, 20, 130 et 141 
de 1600, 1607, 1840 et 1844. 

Ces vues sont au nombre de trente. 



(t) Ces copies sont Irès-fidéles et font honneur au talent de l'artiste, 
M"" Ch. Onghena, à qui on est redevable d'un grand nombre d'autres plans et 
de vues de la ville de Gand. 



— 11 — 

III. Vues partielles. 

Viennent ensuite les vues de Tinlérieur de la ville, dont 
un grand notnbre se trouve dans Sanderus, pour lesquelles 
la collection de feu M. Goetghebuer m'a été d'un grand se- 
cours. Je n'ai cependant pris dans celte collection que les 
vues embrassant une assez grande agglomération de mai- 
sons et formant un quartier. Elles comprennent : 

1°Une vue de l'ancienne Abbaye de Saint-Bavon avant 
la construction du Château des Espagnols, qui eut lieu en 
1.^)40 : c'est une copie d'une partie du même tableau dont 
les n"' 6 et 7 sont une reproduction (n» 9 de 1534). 

2° Après cela viennent deux vues de cette Citadelle, de 
1576 et 1641 (n»^ 15 et 44). 

3° Deux vues de la Place d'Armes, en 1615 et 1641 
(n«^ 27 et 42). 

4" Deux vues de la Cour du Prince, en 1641 et 1732 
(u''^ 33 et 75). 

5° Sept vues de la Place Sainte-Pharaïlde et de l'ancien 
Château des comtes: n°^ 34 et 35 de 1641, n° 74 de 1732, 
11° 102 de 1830, n° 113 de 1836, n» 140 de 1843, et 
n" 151 de 1847. 

6° Deux vues du Marché du Vendredi: n»" 36 et 49 de 
1641 et 1666. 

7° Deux vues du Quai des Dominicains, en 1641 et 
1715 (no' 38 et 67). 

8° Deux vues de l'ancienne Abbaye de Saint-Pierre, en 
1641 et 1690 (n" 39 et 57). 

9° Une vue du Couvent des Chartreux, en 1641 (n^ 40). 

10° Deux vues du Marché au Beurre, en 1641 et 1847 
(n°^ 41 et 150). 

1 1° Une vue du Marché aux Légumes, en 1641 (n°43). 



— i^ — 

12" Six vues du Grand Béguinage, moins anciennes que 
les précédentes : n» 82 de 1781, n» 94 de 1825, nM17 
de 1836, n° 128 de 1839, n" 144 de 184o, el n° 156 de 
1850. 

13° Sept vues du Marché aux Grains, presque toutes 
assez modernes : n° 57 de 1641, n° 99 de 1829, n» 104 
de 1830, n» 115 de 1836, n° 146 de 1845, n» 148 de 
1847, el n° 160 de 1856. 

14" Quatre vues du Quai des Moines, en 1823, 1827, 
1836 et 1847 (n°^ 90, 92, 118 et 149). 

15" Une vue du Bas-Escaut, près de la Pêcherie : n» 1 12 
de 1836. 

1 6" Deux vues de la Plaine Saint-Bavon, où se trouve 
Tévèché, en 1836 et 1843 (n°^ 114 et 139). 

17° Deux vues du Quai aux Herbes, en 1836 et 1838 
(n« 116 et 126). 

18° Et enfin sept vues du Petit Marché aux Grains: 
n° 89 de 1815, n" 93 de 1825, n» 98 de 1829, n"^ 101 
et 103 de 1830, n" 136 de 1841, et n° 145 de 1845. 

Ces vues sont au nombre de cinquante-trois. 

IV. Croquis. 

Après les vues viennent les croquis, qui ne donnent 
que le périmètre de la ville, l'enceinte fortifiée, quelque- 
fois avec les cours d'eau. 

Ce sont : le n° 30 de 1637, le n» 46 de 1650, le n° 52 
de 1678, le n" 56 de 1690, le n" 58 de 1692, le n» 59 
de 1693, le n" 66 de 1709, le n° 68 de 1716, le n» 69 
de 1720, le n° 77 de 1750, le n" 83 de 1786, et le n" 168 
de 1862. 

lis sont au nombre de douze. 



~ 13 — 
V. Plans géométriques généraux. 

Les plans géométriques sont Texpression la plus exacte 
de la configuration de la ville; ils sont faits simplement 
au trait, mais les rues y ont leur véritable direction, les 
édifices leur emplacement exact, enfin toutes les dimen- 
sions sont rapportées à la même échelle. 

Examinons d'abord les plans géométriques de la ville 
entière. 

Les deux premiers n''^ 3 et 4, de 1300 et de 14-00, sont 
des plans fictifs; il en est de même du n" 17 de 1590. 
Les n°' 55, de 1678, et 60, de 1697, sont fort petits. 
Ceux que l'on peut donc considérer comme les premiers 
plans géométriques de la ville, sont les u"^ 62, 63, 64 el 
65 de 1708, quoiqu'ils laissent encore à désirer sous le 
rapport de l'exactitude. Le n° 76 de 1745 est dans le même 
cas. Les plans réellement exacts commencent aux n"* 86 
el 87 de 1796 el 1799. Viennent ensuite les n^^ 91 de 
1825, 95 de 1826, 97 de 1829, 100 el 105 de 1830, 106 
de 1831, 107 de 1832, 109 de 1854, 110 de 1835, 120 
de 1837, 123, 124 el 125 de 1838, 127 de 1839, 129, 
131, 132, 133 et 134 de 1840, 135 de 1841, 138 de 
1843, 147 et 152 de 1847, 153 de 1849, 154 de 1850, 
157 de 1851, 158 de 1854, 161 de 1857, 162 de 1858, 
163 et 164 de 1859, 165 et 166 de 1860, 167 de 1862, 
169 de 1863, el 170 de 1864. 

Dans tous ces plans, il n'y a qu'un plan parcellaire, 
c'est celui de 1857 (n" 161), dû à M. Gérard; il serait à 
désirer que l'on en fit bientôt un nouveau avec les chan- 
gements survenus depuis cette époque. 

Le nombre de plans géométriques est de quarante-huit, 
dont seize seulement avant l'invention de la gravure sur 
pierre, vers 1830, el trente-deux depuis lors. 



— 14 — 

VI. Plans géométriquks partiels. 

Ces plans ne comprennent qu'une partie de la ville, 
qu'un quartier. Les premiers, qui sont assez anciens, sont 
joints à des notices descriptives de la partie qu'ils repré- 
sentent : ainsi, il y en a deux de l'ancien Château des 
Espagnols en 1545 et 1678 {n°' 11 et 54) et deux de 
l'ancienne Abbaye de Saint- Pievre, en 1781 (n°^ 80 et 81). 
Les autres, qui sont plus modernes, sont faits pour la plu- 
part dans un but d'amélioration. Il y en a un des envi- 
rons du A^outeoît Bassin, en 18^28 (n° 96), trois des envi- 
rons de la Place d'Armes, en 18Â6, 1838 et 1850 (n° 1 19, 
122 et 155); un de la Nouvelle Citadelle en 1843 (n" 137), 
et un des environs du Jardin Zoologique en 1854 (n" 159). 

Ces plans sont au nombre de dix. 



— J5 



PLANS. 



Avant 1100. 

N" \. Croquis de l'cmplacemenl entre la Lys et l'Escaut 
occupé par la ville tie Gand, avant le premier agrandisse- 
ment par l'addition du quartier Saint-Michel, opéré au 
XI« siècle. 

C'était la ville militaire, ou Beerehem, qui devint plus 
lard le port de Gand. 

On y voit l'abbaye de Saint-Pierre et celle de Sainl- 
Bavon, ainsi que le Château des Comtes el celui de l'em- 
pereur Olhon. 

Avec une légende de A à L pour les cours d'eau, édi- 
fices, etc., dans le texte. 

Les rues ne sont pas indiquées. 

0,095 sur 0,06. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : La Belgique monu- 
mentale, historique et pittoresque, par MM. H. G. Moke, etc. 
Bruxelles, 1844. Deux volumes in-S", tome I", page 21. 

Après 1274. 

N" 2. Croquis de l'emplacement occupé par la ville de 
Gand après l'agrandissement jusqu'au Quai au Bois, au 
XI^ siècle, la cession du terrain entre le Haut et le Bas- 
Escaut, en 1254, et l'incorporation du Vieux-Bourg, en 
1274. La partie acquise en 1254 n'est pas encore fortifiée : 
elle ne le fut qu'en 1290. Les abbayes de Saint-Pierre et 
de Saint-Bavon sont encore en dehors de l'enceinte. 

Avec une légende de A à M pour les cours d'eau, édi- 



— 16 — 

fices, elc, et une de sept numéros pour les portes, dans le 
texte. 

Les rues ne sont pas indiquées. 

0,10 sur 0,07. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : La Belgique monumen- 
tale, historique et pittoresque, par MM. H. G. Moke, elc. 
Bruxelles, 1844. Deux volumes in-8°. Tome P', pag. 42. 

El dans celui intitulé : Histoire de Belgique par Théo- 
dore Juste, Z" édition. Bruxelles, Jamar, 1850. Deux vo- 
lumes in-8°. Tome \'', page 125. 

1300? 

N° 3. Plan intitulé : Plan topographique de l'ancienne 
ville ou port de Gand et des terrains contigus. 
C. L. D. (Diericx) inv. P. J. Goelghebuer del. 

Avec des lellres de A à L, B", B'", E", E'", et H" pour 
indiquer l'origine des divers agrandissements de la ville, 
et cent trente-quatre numéros pour les ponts, les tours, elc. 
Le renvoi à ces différentes indications est dans le texte. 

On n'a indiqué sur ce plan que les cours d'eau et 
quelques rues principales. 

Il n'y a en fait d'inscriptions que les noms des quartiers, 
des porles et des églises paroissiales. 

0,275 sur 0,215. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : Appendice aux mé- 
moires sur la ville de Gand avec un plan topographique de 
ladite ville et des explications relatives à des objets particu- 
liers qu'on y trouve, etc., par C. L. Diericx. Gand, Snoeck- 
Ducaju, 1816. Un volume in-8°. 



— il — 

1400. 

N" 4. Plan inlilulé : Plan de la ville de Gand en 1400 
dressé par- A. M. Perrot pour servir à la lecture de lliis- 
toire des ducs de Bourgogne par M' de Barante. 1826. 
Gravé par Pierre Tardieu. 

Avec une rose des vents, une légende de A à V pour 
les églises el les couvenls, et une de neuf numéros pour 
les portes. 

Ce plan représente assez exactement l'état de la ville de 
Gand vers 1400, à part quelques erreurs. Ainsi la cita- 
delle y figure, quoiqu'elle n'ait été construite qu'en 1540 : 
dans la légende, le n° 2, intitulé : Porte de Bruges, est le 
Rabot, qui n'a cependant été construit qu'en 1489, et le 
n° 3, intitulé : Waspoort, est la porte de Bruges, qui por- 
tait alors le nom de Walpoort. 

0,17 sur 0,20. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : Histoire des Ducs de 
Bourgogne de la maison de Valois, 1364-1477. Par de 
Barante, 3"= édition. Paris, Ladvocat, 1825. Onze volumes 
u\-S° el un atlas. 

1524. 

N" 5. Vue sans litre de la ville de Gand : une banderole 
traverse le haut de la vue d'un bout à l'autre, avec celte 
inscription : Nisi dus cuslodierit civitalem : frustra vigilat 
qui custodit eam. Psalmo. C.XXVI {\). Au-dessus de cette 
banderole est la figure de Dieu le Père à gaucbe, de Dieu 
le Fils à droite, et du Saint-Esprit au milieu. 

C'est une vue de la ville prise en avant de la porte 
d'Anvers. 

(1) David. 



— 18 — 

Les clochers des églises y ont des dimensions exagérées : 
les noms sont inscrits à côté dans Tordre suivant : S. Pétri, 
Nre Due, S. Quter, S. Bavo, S. Ch...ophori {\), Frm(i), 
S. Joa. bap., Capitoliu (Beffroi), S. Micliael, S. Nicola, 
S. Jacobi, Arx Julii (Château des Comtes), Auguslini, 
Têplari (les Templiers). 

Celte vue fait partie d'un grand tahleau très-curieux 
ayant 0™,74 de longueur sur O^'.oO de hauteur. En dessous 
de la vue est assise la pucelle de Gand dans son hastion, 
s'appuyant d'une main sur le lion de Flandre et tenant de 
l'autre son étendard. 

Cent et un écussons des nobles bourgeois de Gand 
forment l'encadrement avec cette inscription : Dese voor- 
gaende wapenen zyn die wapenë van den Edelen porlers 
van Ghendt, alzo zy van hautstydê in schepenen boitck staen. 

Hier naer volghen die wapenë van den neeringhë van 
Ghendt ende die ambachten (au nombre de cinquante-cinq 
et quatre blasons en blanc). 

Ce tableau a pour souscription : 

Gheprêt te Glièdt by Pieter de Keysere by Sinte Veerhilde 
plaetse by der cranen anno MCCCCCXXIIIJ. 

Gravure sur bois en feuilles. 

0,275 sur 0,095. 

Cet exemplaire, probablement le seul qui existe encore 
de cette gravure, fait partie de la collection de feu M"" 
P.-J. Goelghebuer, à Gand. Il avait toujours appartenu à 
la famille Van Lede, dont le blason figure dans les armoi- 
ries du tableau. M. Goelghebuer en est devenu propriétaire 
quelques jours avant la mort du vénérable Pierre Van Lede, 
archiviste de la province de la Flandre occidentale (s). 

(1) La chapelle des Foulons, située vis-à-vis des Capucins, temple protes- 
tant acluel, était dédiée à saint Ciirislophe. 

(2) Les Frères mineurs ou Récollets, où est maintenant le Palais de Justice. 

(3) Voisin, Histoire des bibliothèques, 1840. 



— 19 — 

1S24. 

N« 6. Vue intitulée : Gand en MDXXIV. 
D'après une gravure de ta coll"^ de P. Goetghebuer. 
Cil. Onghena se. 
C'est une copie de la vue précédente. 

0,27S sur 0,107. 

Celte planche est jointe à la présente notice. 

1554. 

N" 7. Plan intitulé : Ganda GalUe Belgice civitas maxi- 
ma. 1554. 

Avec une légende de 196 numéros dans le texte, ayant 
pour titre : Aenwyzings-tafel der kerken, klooslers, gods- 
huyzen, openbuere gebouwen en gesliglen, voornaemste 6e- 
zondere gebouwen, poorten, bruggen enz. enz. begrepen 
in het plan van Gend, zoo als die slad in heljaer 1554 
beslond, voor het afbreken der S. Baefs-stede. 

C'est une vue à vol d'oiseau, prise en avant de l'abbaye 
de Saint-Bavon. 

Les objets placés au premier plan sont bien détaillés, 
tandis que ceux placés au dernier sont plus confus. Ainsi 
les portes d'Anvers (Spitael of Anne poort), de Termonde 
(qui n'existe plus), et de Bruxelles {de l'Empereur) sont 
représentées en détail et paraissent très-importantes. Toute 
l'abbaye de Saint-Bavon, sur l'emplacement de laquelle 
Charles-Quint construisit en 1540 le Château des Espa- 
gnols, est bien dessinée aussi : tandis que le quartier 
d'Akkergem, les environs de la porte de Bruges et du 
Rabot jusqu'à la porte du Sas (Muydepoorl) sont assez 
mal indiquées. 

Dans l'intérieur de la ville, on voit encore un grand 



— 20 — 

nombre de portes qui ont été démolies, entre autres, la 
Koeipoorte (porte aux Vaches) et la Steenpoorle (porte des 
Pierres), situées Tune sur le Quai aux Vaches et l'autre à 
Textrémilé de la rue Digue de Brabant, près du temple 
actuel des prolestants, que Charles-Quint fit démolir en 
1540. On y voit aussi la Tour Rouge ei la Tour aux Cra- 
pauds, qu'il fit démolir en 1541, ainsi que la poterne dite 
de Cunppoorte, placée en face de la rue de la Vallée, qu'il 
fit démolir en 1542 (le pont sur la Lys, vis-à-vis de celte 
poterne, n'existe déjà plus sur ce plan). L'écluse du Cmip- 
gate ou Groolen spey y est encore; elle n'a été démolie 
qu'en 1780. La Zandpoorte, la Beslormpoorte el la Torrc- 
poorte, situées toutes trois sur la Lys au bois, s'y voient 
encore; la première a seulement été démolie en 1863, la 
seconde l'a été en 1842, et la troisième l'est depuis 1561. 
On voit aussi la Braempoorte sur le pont du Moulin à eau; 
elle fut démolie en 1562. 

L'oratoire de Saint-Pierre est représenté tel qu'il était 
avant sa démolition par les iconoclastes de 1566 à 1580. 
La tour de l'église Saint-Nicolas est surmontée d'une 
flèche. L'hôtel-(le-ville était en construction, de sorte que 
ce qu'on en voit doit être la tourelle à trois fenêtres où est 
maintenant l'escalier, et qui devait être la seule partie 
achevée alors. 

Le Cailler (Place d'Armes) paraît être une vaste prairie. 

On voit encore beaucoup de maisons fortifiées, et, entre 
autres, celle appelée Château de Gérard le diable, sur le 
Bas-Escaul, près du pont de la Vigne, et celle appelée 
Hoog-huys, rue aux Vaches : toutes deux existent encore. 

Les bâtiments de la Cour du Prince, qui devaient en- 
core être alors au complet, n'y sont pas représentés, pro- 
bablement à cause de l'éloigiiement. 

L'enceinte n'est pas fortifiée : on n'y voit un mur avec 



— 21 — 

des lours qu'autour de la ville de Saint-Bavon : de là jus- 
qu'à la porte du Sas et la porte de Bruges, il n'y a que 
des fossés. De la porte de Bruges au saillant dit 't Einde 
Weere, il y a un mur crénelé avec tours, puis jusqu'à 
la porte de Courtrai plus rien. De celte porte à celle de la 
Colline, des palissades. Puis la place est encore tout-à-fait 
sans défense, excepté entre la porte Saint-Liévin et la 
porte de Bruxelles, où il y a aussi des palissades. 

Ce plan a été gravé eu 1825 par M"" Ch. Onghena 
d'après un tableau peint en 1334, appartenant à M"" P.-J. 
Goetghebuer. Il est gravé au trait et colorié à la main. 

0,595 sur 0,435. 

Ce plan a d'abord été vendu par souscription chez 
P. -F. de Goesin-Verhaeghe, au prix de 10 florins des 
Pays-Bas. Il a ensuite été joint à l'ouvrage intitulé : De 
historié van Belgis, of kronyke der Nederlandsche oud- 
heyd, etc., par Marcus van Vaernewyck. Gand, D. J. Van 
der Haeghen, 1829. Deux volumes in-8». 

1534. 

N" 8. Plan intitulé : Kaert van het onde Gent. 
Naer eene schildery van 1 534 ontworpen voor het iverk 
Jacob va?i Artevelde door H. Conscience. 

/. Hemeleer scP . Drukkery van J. E. Buschmann. 
Avec une légende de cent trois numéros dans le texte. 
C'est une copie du plan précédent. 
0,595 sur 0,43. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : Jacob van Artevelde. 
door Hendrik Conscience. Anvers, Buschmann, 1849. 
Trois volumes in-8''. Le plan est à la fin du troisième 
volume. 



— 22 — 



1534. 



N» 9. Vue intitulée : Abbaye de S^-Bavon à Gand. 

Fac-similé du plan de 1 534. Collection de 3P P. J. Goet- 
ghebiter. Gand. Lilh. de De Bussclier frères. 

C'est une copie d'une partie du tableau de M. Goelghe- 
buer, à une échelle plus grande que les pliins précédents, 
représentant seulement l'abbaye de Saint-Bavon. 

0,4S sur 0,20. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : Les ruines de r abbaye 
de Saint-Bavon, à Gand, par Edmond De Bnsscher. Gand, 
De Busscher, 18S3, l'^^ édition. Un volume in-S" et 2« édi- 
tion, un volume in-4'', 18S4, 3« édition, un volume in-S*. 

1539. 

N° 10. Vue de la ville de Gand, sans titre, prise entre 
la porte de Termonde et la porte d'Anvers. 

Au premier plan, on voit la première de ces portes à 
gauche, et la seconde à l'extrême droite : elles sont reliées 
par un mur crénelé avec tours, qui entoure également 
toute la ville de Saint-Bavon. Au second plan, se trouve 
l'église de Saint-Bavon, dont la représentation paraît avoir 
été le but du tableau. Au-dessus coule le Bas-Escaut et la 
Lys, sur lesquels on voit le pont de bois qui communiquait 
au quartier de Saint-Bavon, ainsi que les ponts de la Tour 
Rouge et de Saint-Georges, avec les portes qui en défen- 
daient le passage. 

Enfin, au dernier plan s'élèvent les clochers des églises 
Saint-Pierre et Notre-Dame d'abord, puis Saint-Jean (Saint- 
Bavon), Saint-Nicolas et Saint-Jacques avec ses trois 
flèches. 

Cette vue a été gravée par Constant Onghena en 1827, 



— 25 — 

d'après un tableau du chapitre de la cathédrale de Gand, 
peint par L. D'IIeere en 1564, ayant environ 3 m. de 
largeur et 2 m. de hauteur (i). 

Fait partie de la collection de feu M"" P. J. Goetghebuer, 
à Gand. 

1545. 

iV** 11. Plan sans titre des terrains situés entre la porte 
du Sas et l'ancienne porte de Sainl-Bavon. PL III. 

Avec une légende de cinquante-sept numéros. 

Ce plan donne le Château des Espagnols et les terrains 
environnants, limités au canal du Sas, à la Lys, à l'Escaut 
et au Rielgracht. 

Le plan du Château, construit par Charles-Quint de 
1540 à 1545, a été copié d'après un plan manuscrit qui 
se trouve aux archives de la ville. 

0,665 sur 0,265. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : Château des Espagnols, 
à Gand, par A. Van Lokeren. (Extrait du Messager des 
Sciences historiques, Gand, L. Hebbelynck, 1848). 

1550-1552. 

N° 12. Plan intitulé : Topographîa ac chorographia iir- 
bis Gandensis. 

Avec les armes de Flandre à la partie supérieure à 
gauche et celles de Gand à droite, et une rose des vents. 

C'est un plan à vol d'oiseau : les maisons et les édifices 
y sont vus en élévation et toutes les rues sont parfaitement 
indiquées. Le Château des Espagnols, construit en 1540, 



(1) Il y avait autrefois trois copies d'après ce tableau, dont une aux armes 
de Viglius de Zuichem, président du conseil d'état, prévôt de Saint-Bavon, à. 
Gand; celle-ci se trouve maintenant à riiôlel-de-ville de Gand. 



— 24 - 

occupe le haut du plan. Les églises sont presque toutes 
entourées d'un cimetière. La ville n'est pas encore forti- 
fiée : on n'y voit, comme sur le plan de 1534, qu'un mur 
avec des tours entre la porte de Bruges et l'endroit nommé 
U Einde Weere, et une espèce de rempart en terre entre 
la porte de Courlrai et la porte de la Colline, entre la 
porte Saint-Liévin et la porte de Bruxelles, et entre la 
porte du Sas et une porte située à l'extrémité de la rue des 
Meuniers, qui a été supprimée dans la suite et où il y a 
maintenant un passage d'eau. Sur ces remparts sont con- 
struites des petites tours ou des guérites en briques. On 
voit aussi sur ce plan, aux environs de la ville, le hameau 
de Kerkstraet, et le couvent des Chartreux, qui n'a été 
transféré en ville qu'en 1586. 

Ce plan a été levé par Jan Otho (i), par ordre des éche- 
vins et a été gravé sur bois. Il a été reproduit plusieurs 
fois depuis, en 1567, 1575, 1581. 

0,54 sur 0,245. 

Fait partie de la collection de feu M"" P. J. Goetghebuer, 
à Gand. 

1567. 

N" 15. Plan intitulé : Giianto. 

Avec une rose des vents, les armes de Flandre et de 
Gand, et une légende de 59 numéros en italien. 
C'est une copie du plan de 1550 (N" 12). 

0,54 sur 0,245. 
Se trouve dans l'ouvrage intitulé : Descrittione di M. Lu- 



(1) Otho ou Oste (Jean), né à Bruges el mort à Duisbourgen 1581. Ulustre 
professeur de langues grecque el latine, auteur de plusieurs ouvrages, entre 
autres : Drevis descriplio ecor, quac à S. P. Q Gand, Philippo Austri. 
Caro. V. Caesar. Princip. Flandriar. filio, haeredi et fuluro Principi Flan- 
driar. exibila Gandavi, tertio Idus, Jul. An. MDXXXXVIUJ. Gand, C. Ma- 
nilius. Un volume in-i». 



o 



lio 



dovico Guicciardini patritio Fiorentino, di tiiUi paesi, altri- 
menli detti Germania inferiore. Con phi carte di geographia 
del paese, et col rilralo naturale di piit terre principaii al 
gran re cattolico Filippo d'Aulria con amplissimo indice 
di lutte le cose pin memorabili scrutamini. In Anverca. 
1567. Appresso Gnlgielmo Silvio, stampalore regio. Ud 
volume pelil iii-folio; pp. 199 el 200. 

El dans l'édition française du même ouvrage, ayant pour 
titre : Description de tout le Païs Bas autrement dict la 
Germanie inférieure ou Basse- Allemaigne, par Messire 
Ludovico Guicciardini. Anvers, Guillaume Silvius, 1567. 
(Jn volume petit in-folio; pp. 300 el 301 (i)- 

Ainsi que dans Tédilion française de 1568, qui a le 
même litre. 

1575. 

IV" 14. Plan intitulé : Gandamim, amplissima Flandriae 
urbs, à Julio Caesare condita, et à suo nomine Caio, ut 

chronici Brabantini loquuntur, etc et annuos provitus 

amplissimos. Carolo V. Aug. vilae principium dédit. Ha- 
dria : Barl. Cum privilegio. 

Avec les armes de Flandre et de la ville de Gand à la 
partie supérieure, el une légende de 103 numéros pour les 
églises, couvents, etc. 

Ce plan a été fait avec les mêmes matériaux que celui de 
1550(n° 12), mais il est beaucoup plus complet. Il me sera 
donc plus facile d'en donner la description, et de noter les 
particularités que l'on rencontre dans l'intérieur de la ville. 

On y remarque d'abord un grand nombre de couvents 
qui n'existent plus maintenant. Le Château des Comtes, 
ainsi que la Cour du Prince, y sont fidèlement représen- 

(1) Dans celte édition le litre est Gandt, cl la légende est en français. 



— 26 — 

lés : à rentrée de celle-ci, du côté de la ville, il y a un 
passage portant le no 90, intitulé : S. Wide. L'hôtel-de-ville 
n'est pas encore achevé. L'église de Saint-Sauveur est peu 
importante : elle n'a été reconstruite qu'en 1560. Le cou- 
vent des Chartreux est encore hors de la ville : il a été 
transféré, en 1584, dans son enceinte. La Tour Rouge, 
démolie en 1541, n'y est plus, tandis que les autres portes 
qui n'ont été démolies qu'en 1561 et 1562 et plus lard, 
telles que le Torrepoorte, Posterne et Zimdpoorle, sur la 
Lys au Bois, et Braempoorle, y figurent encore. On y voit 
cependant encore la Steenpoorte, qui doit avoir été démolie 
en 1540. La porte Saint-Georges existe encore, ainsi que la 
porte Grise, à côté de laquelle est l'écluse {Sluzekin), où 
est encore maintenant le pont des Écluses et la place du 
même nom. 

Le Marché au fil est appelé Tplaetsekin, la Place de la 
Calandre, Calandberg, la rue des Violettes, Groenhoye, la 
rue du Repentir, Tberau. 

On voit encore des restes de fortifications à l'intérieur 
de la ville entre le pont de Turnhoul et le pont de la Po- 
terne, et à la hauteur du pont des Cinq Vannes. Le châ- 
teau appelé Wandelaertkasteel , existe encore. On y voit 
deux tirs à l'arc, l'un sur le Cauter et l'autre près du pont 
du Pré d'Amour. 

Nous avons déjà vu quel était l'étal des fortificalions à 
celle époque à propos du plan de 1550 (n^ 12). 

C'est une gravure sur cuivre, exécutée en 1575, par 
Philippe Galle, tellement bien exécutée qu'on y aperçoit 
le groupe qui se trouvait sur le pont aux Exécutions, 
ainsi que d'autres petits détails très-intéressants. 

0,465 sur 0,32. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : Thealrum urbium et 
civilatum orbis terrarum, par Georgius Braun et Francis- 



— 27 ~ 

eus Hohenbergius (i). Cologne, 1572-1 CI 6. Six volumes 
in-folio. 

Le premier volume, dans lequel se trouve ce plan, a 
pour litre : Civitates oi^bis terrarum. Liber primiis. N» 15. 

Il se trouve aussi dans l'ouvrage intitulé : Urbhtm tothis 
Belgii seii Germaniae inferioris nobilioriim et illuslriorum 
tabulae antiquae et novae accuraiissimi elaborulae. A Am- 
stetodami apiid Johannem Janssonitim. 1657. Trois vol. 
in-folio. Première partie. 

1576. 

N° 15. Vue intitulée : Gendt. 

C'est une scène de la reddition de la citadelle de Gand 
qui eut lieu le 1 1 novembre 1576 : elle était défendue par 
cent cinquante hommes de troupes espagnoles, ayant à leur 
télé IM'"^ Mondragon. 

La vue représente la citadelle à vol d'oiseau; le pont 
est couvert de monde. 

Au premier plan, en avant de la citadelle, on voit le 
comte de Roeulx, gouverneur de Flandre, et iM'"^ Mon- 
dragon. 

0,28 sur 0,185. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : De leone Belgico, 
ejusq. topographica alq. historica descrtptione liber qiiinq. 

(1) HoGEMBERG (Fpaiiçois), dessinateur et gi'aveiir au burin, né à Malines 
vers 1533, travailla à Cologne, où il mourut en 1390. C'élail le frère puiné 
de Rémi, qui grava le premier au burin en Angleterre. Ils sont probablement 
fils de Jean Nicolas, peintre et graveur, né à Munich en 1300, qui se fixa 
dans la ville de Malines, où il mourut en 1334. Cliarles Leblanc cile de lui 
une suite de soixante-deux gravures et dit qu'il a fait les cartes de France et 
de Belgique de l'atlas de Daxton, celles pour CivUales orbis terrarum de 
G. Braus, Cologne, 1572, et celles pour Theatrum orbis terrarum de A. Orte- 
Lius, Anvers, 1370. Quant à ce dernier ouvrage il est dans l'erreur; le Leone 
Belgico, de Aïtsinger, n'est pas cité par contre. — Manuel de l'amateur d'estam- 
pes, t. I", p. 369, et Notice sur François Hogenberg, par Félix Goethals [^Mes- 
sager des Sciences, 1829-1850, t. VI, p. 143). 



— 28 — 

parlibus giibernalonim Philippi régis Hispaniarum ordine 
dislmctîts, insuper eleganlissimi illius artiflcis Francisci 
Hogeiibergii, 208 figuris ornatus; rerumque in Belgio 
maxime gestarum inde ab anno Chrisli 1 579 iisque ad an- 
num \dS7 perpétua narralione continuatus. Michaele Ait- 
singero Auslriaco auclore . Cum privilégia Caesareo, Fran- 
cisco Hogenberg. concesso, elc. 1587. Uu volume in-i", 
page 195. 

Et dans l'édition allemande du même ouvrage, qui a 
pour titre : Eistoria unnd ab contra feylungh fiirnemlich 
der Niderlendischer geschichten und kriegshendelen mit 
hochstem fleisz beshrieben durch Merten von Mancucl. 
1593. Un volume in-4°. Page 

1581. 

N" 16. Plan intitulé : Gandavum. 48. 

Les armes de Flandre se trouvent à la partie supérieure 
à gauche, et celles de à droite. 

On ne voit plus qu'un front de la Citadelle des Espagnols, 
les fronts du côté de la ville ayant été démolis par les 
bourgeois en 1577. Celle-ci occupe le haut du plan. Les 
édifices et les maisons sont vus en élévation. 

L'enceinte de la ville est bastionnée : ces fortifications 
ont été construites de 1571 à 1579. 

Le canal du Sas s'y trouve; mais le canal de Bruges 
creusé en 1613 n'y est pas encore. 

Ce plan est aussi une copie de celui de 1550 (N° 12). 

0,31 sur 0,23. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : Descrittione de M^ Lu- 
dovico Guicciardino patritio Florentino, di tutti i Paesi 
Bassi, altrimenti detti Germania inferiore. Anvers, Guil- 
laume Silvius. 1581. Un volume petit in-folio. Pages 396 
cl 397. 



— 29 — 

El dans rédilion française du même ouvrage ayant 
pour litre : Description de toiits les Païs-Bas, autrement 
appelés la Germanie inférieure ou Basse- Allemagne, par 
Messire Louis Guicciardin, gentilhomme Florentin. Anvers, 
Christophe Plantin. 1382. Un volume petit in-folio, pag. 504. 

Et dans l'édition italienne du même ouvrage : Anvers, 
Christophe Plantin. 1588. Un volume petit in-folio. 

1390. 

N" 17. Plan intitulé : Enceinte fortifiée de la ville de 
Gand, en 1590, par Jean de Buck, d'après un plan con- 
servé aux archives de la ville de Gand. 

Lilh. Simonau et Toovey. 

Mémoires couronnés et mémoires des savants étrangers. 
Tome XXV. Mémoire de M. Van der Meersch. 

Avec une légende de trente numéros. 

On ne voit sur ce plan que les ouvrages de fortification 
construits en 1577 el 1578; la Citadelle des Espagnols est 
en entier : elle avait été reconstruite de 1584 à 1588. On 
y voit aussi les cours d'eau qui traversent la ville, c'est-à- 
dire l'Escaut, la Lys et la Lieve et une quantité de petits 
embranchements qui existent encore tous. 

0,47 sur 0,55. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : Mémoire sur la ville 
de Gand, considérée comme place de guerre; par P. C. Van 
der Meersch, conservateur des archives de CÊtat et de la 
Flandre orientale . [Présenté à la séance du 7 mars 1855j. 
Académie royale de Belgique. {Extrait du T. XXV des 
mémoires couronnés et mémoires des savants étrangers.) 
Bruxelles, 1855. Un volume in-i". 



— 50 — 

1595. 

N° 18. Plan intilulé : Gandavum. 

Les édifices sont vus en élévation. 

La Citadelle des Espagnols est entière et occupe le haut 
du plan. Les environs y sont aussi représentés. Ce plan 
est peu exact. 

Gravure sur bois dans le texte. 

0,095 sur 0,07. 

Se trouve dans l'ouvrage inlilulé : Parviim thealrtim 
urbium site urbiiim praecipiiarum tolius orbîs brevis et 
melhodica descriptio. Aulhore Adriano Romano. E. A. 
Cum gralia et privilégia Cesareœ majestatis speciuli ad de- 
cennium. Francoforti ex ojjîcina typogruphica Nicolai Bas- 
sœi. Anno 1595. Un volume petit in-i". Pag. 

1600. 

N" 19. Vue sans titre de la ville de Gand, prise d'un 
point qu'on ne peut pas bien définir, tellement le tout est 
confus. 

Le devant de la vue est occupé par deux figures de 
fleuves. Au-dessus volent deux amours avec des bande- 
roles. La vue de la ville est très-insignifiante en elle-même 
et n'occupe qu'une très-pelite partie de la planche. 

Cette vue se trouve sur un frontispice ayant l'inscription 
suivante : 

Descriptio pompas et gratulalionis publicae, serenissimis 
paient issi mi sq. principibus Alberto Maxaemyliani II . Imp. 
filio, et Isabellae Clarae Eugeniae Philippi II, catholici 
régis filiae, etc. 

0,205 sur 0,08. 

Se trouve dans l'ouvrage inlilulé : Historica narralio 



— 51 — 

profectionis et inauguralionîs serenissimorum Belgii prin- 
cipum Alberli et Isabellae, Austiiae archidiiciim . 

1G07. 

N" 20. Vue intitulée : Ghendt. 

Cette vue est prise d'un endroit que l'on ne peut pas 
bien préciser. 

0,047 sur 0,055. 

Se trouve sur la carte intitulée : Germaniae inferioris 
omnium accw^itissima et nova descriplio auclore Pelro 
Kaerio. Pelrus Kœrius coelavit et excudit Amstelodami. 
1607. 

Celte carte fait partie de la collection de M. le chanoine 
Henrolle, à Liège. 

1608. 

]V° 21. Vue intitulée : Ghendt. 

Cette vue parait être prise du côté de Genibrugglie : ou 
voit à gauche la porte Saint-Liévin, puis la porte de Bruxel- 
les, et à droite la porte d'Anvers au-delà de la citadelle des 
Espagnols. Au-dessus des remparts s'élèvent les églises de 
la ville. Au premier plan coule le Bas-Escaut qui sort de 
la ville près de la porte de Bruxelles. Sur ses bords sont 
des moulins à vent et des potences. 

Les bords du cadre sont arrondis. Cette vue a été repro- 
duite dans l'ouvrage de Guichardin (N'^ 24 de 1613). 

0,185 sur 0,10. 

Se trouve sur la carte intitulée : Nova et accurata totius 
XVII provinciae. 1608. 

Ghedruckt l" Amsterdam bij Willem Janssoon op't water 
in de zonnewijser. 

Il se trouve encore sur celle carte dix-neuf autres vues 



— 3^2 — 

formant rencadremenl sur les deux côtés : elles sont ce- 
pendant sur des feuilles séparés. 

1608. 

N° 22. Vue intitulée : Gandavum. 

Celte vue parait élre prise entre la porte du Sas et la 
porte de Bruges : le Rabot serait au milieu. On y voit 
I église Saint-Jean (Saint-Bavon), le Beffroi, etc. 

0,08 sur 0,043. 

Se trouve sur la carte du comté de Flandre (N" 14 des 
cartes) qui fait partie de l'ouvrage intitulé : Pelri Kœrii 
Germania inferior, etc. Un volume in-folio, p. 57. 

1612. 

N° 23. Plan intitulé : Gandavum 67. 

Les armes de Flandre se trouvent à la partie supérieure 
à gauche et celles de à droite. 

C'est une copie du n° 1 6 de 1 58 1 . 
0,31 sur 0,23. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : Beschryvinghe van 
aile de Nederlanden anderssins ghenoemt Neder-Duyldandt, 
door M. Lowys Guicciardijn edelman van Florencen : etc. 
Amsterdam. Willem Jansz. 1612. Un volume in-folio, 
pag. 288. 

El dans l'édition laline du même. Amsterdam, Jansso- 
nius, 1613. Un volume in-folio, pag. 

El dans l'édition laline du même : Amsterdam, J. Jans- 
sonhis, 1624. Un volume in-folio, pag. 253. 

Et dans l'édition française du même : Amsterdam, Jean 
Janssonhis, 1625. Un volume in-folio, pag. 330. 



— 00 — 

El dans l'édition laliiie du même : Amsterdam, J. Jans- 
sonhts, 1646. Un volihji^e in-folio, pag. 130. 

El dans Tédilion hollandaise du même : Amsterdam, 
Jean Janssonius, 1648. Un volume in-folio, pag. 285. 

1613. 

N" 24. Vue inlilulée : Ghendt. 

Avec les armes de Flandre. 

C'esl une copie du n" 21 de 1608. 

0,20 sur 0,145. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : Description de touts 
les Pays-Bas par Messire Loys Gidcciardin G. H. Floren- 
tin, avec toutes les cartes géographiques desdits pays, et 
plusieurs pourtraicts de villes nouvellement tierez en belle 
perspective, par M. Pierre du Keere : de rechef illustrée de 
plusieurs additions remarquables, par Pierre du Mont. 
L'an 1613. Arnhemi apud Joannem Janssoni et Petrum 
Koerium. Amslerodamum. Un vol. in-4° oblong. pag. 428. 

El dans l'édition latine du même : Arnhemii, ex offîcina 
Joannis Janszonii, 1616. Un volume in-4° oblong. p. 375. 

Et dans l'édition hollandaise du même ; Amsterdam, bij 
W.Jantz, 1612; in-fol., fig. vél., pag. 553. 

El dans l'édition française du même : Réimprimé à 
Campen chez Arnoud Benier pour Henry Laurenls liberaire 
demeurant à Amsterdam sur Veau. 1 641 . Un volume in-4'* 
oblong. Pag. 428. 

1633. 

N" 25. Vue intitulée : Ghendt. 

Celte vue est prise du même point que le n" 21 de 1608 
et en est une copie. 

0,063 sur 0,045. 

3 



— 34 — 

Se trouve sur la carie inlilulée : Comitatits Flandrîa, etc. 
(û" 23 des caries), qui fait partie de l'ouvrage intitulé : 
Belgtum sive Germania inferior, etc., par N.-J. Piscator, 
1634. Un volume in-folio. 

1635. 

N° 26. Plan inlitulé : Gent. 

Avec un écusson en blanc el une légende de 28 numéros 
pour les édlGces remarquables. 

On ne voit plus dans ce plan qu'un front de la citadelle 
des Espagnols, qui occupe le haut du plan. Le canal de 
Bruges, construit en 1613, n'y est pas encore. 

Les édifices et les maisons sont vus en élévation. 

Ce plan est une copie réduite du n° 16 de 1581. 

0,135 sur 0,11. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : Belgîcae, sîvemferîo- 
ris Germaniae descriptio : auctore Liidovico Guicciardino. 
Amsterdam, G. Blaeu, 1635. Trois parties en deux volu- 
mes petit ia-12. Tom. I, pag. 313. 

1635. 

j\o 27. Vue intitulée : Sur gère quae rulilo spectas incen- 
dia coelo Fernandi succendit amor. 41. 

C'est une vue de la place d'Armes (Cauter) prise vis-à- 
vis de l'hôtel Vanden Hecke (n° 15 actuel). On voit Tarchi- 
duc Ferdinand d'Autriche au balcon de cet hôtel; sur la 
place sont diverses pièces d'artifice. On aperçoit au-dessus 
des maisons les clochers de l'église des Jésuites, le Beffroi 
et l'église de Sainl-Bavon. 

0,425 sur 0,30. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : Introdus Ferdinandi. 
Antverpia, 1636. lin volume in-folio, pag. 61. 



— 35 — 

1655. 

N" 28. Vue intitulée : Gand. Capitale du comté de Flandre. 

Cette vue est prise en avant du Rabot et de la porte de 
Bruges. On voit au premier plan la Lieve et le canal de 
Bruges. Derrière les remparts s'élèvent les clochers des 
églises de Saint-Sauveur à gauche, puis celles des Char- 
treux, de l'abbaye de Groenenbril et de Baudeloo; au 
centre, l'église Saint-Jacques, de Saint-Bavon, le Beffroi, 
l'église Saint-Nicolas, de Saint-Michel, et tout-à-fait à 
droite, celles de Notre-Dame et de Saint-Pierre, dont le 
chœur et le clocher seuls sont finis : ils avaient été com- 
mencés en 1629; le dôme n'a été achevé qu'eu 1726. 

0,26 sur 0,20. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : Histoire générale de 
la guerre de Flandre. Divisée en deux parties, etc., par 
Gabriel Chappuys. Paris, 1635. Deux volumes in-folio. 
Tom. I, pag. 

1637. 

N" 29. Plan intitulé : Gandavum iirbs antiqua, potens, 
lotiusq. Europae amptissima ac amoenissima. 

Avec une échelle, une légende de A à Z, plus 82 nu- 
méros, intitulée : Aenwysingen der vornamste gebouwen, 
plaetsen, kercken, kloosters, etc., der stadt Ghendt; et une 
dédicace ainsi conçue : Prœnobilibus, Magnificis, Amplis- 
simis, Prudenlissimisq. viris D. D. senatoribus ac Magis- 
tratui inclytœ reipiiblicœ Gandavensis. D. D. dedicatq. 
Henricus Hondius (i). 



(1) HoNDiDS (Henri) le vieux, dessinateur et graveur au burin, né à Duffel, 
en IS73, élève de Uans Vredeman et de Johann Wiericx, mourut en 1610 (il 
y a là erreur), Charles Leblanc fait élever son œuvre à 27 numéros. Il ne 
parle pas de cartes. — Manuel de l'amalcur, etc., tom. Il, pag. 381. 



— 36 — 

Au-dessus de la légende on a représenté la pucelle de 
Gand de la manière ordinaire, et entre autres comme elle 
l'est sur le plan de 1524, et à ses deux côtés, les armoiries 
de Flandre et celles d'Espagne, tenues par des amours. 

Sur ce plan il y a en outre, à la partie supérieure, une 
vue de la ville, intitulée : Gandaviim, décrite au n° 31, et 
un plan de la ville avec les environs, décrit au n° 30. 

Il est à remarquer qu'il y a eu deux dédicaces sur le 
même plan : celle du grand plan au sénat et au magistrat, 
et celle du plan des environs au magistral seul. 

Dans ce plan, les édifices et les maisons sont vus en élé- 
vation. Le château des Espagnols occupe le bas : il est eu 
entier. Le canal de Bruges, construit en 1613, y figure. 
Toutes les portes à l'intérieur de la ville sont démolies. Le 
dôme de l'oratoire de Saint-Pierre y est représenté, quoi- 
que n'étant pas encore achevé : il aura probablement été 
dessiné d'après le plan en relief, comme on en faisait ordi- 
nairement à cette époque pour les grands édifices en con- 
struction. 

Il n'y a aucune inscription sur ce plan, sinon pour les 
rivières et les canaux. 

Ce plan est très-détaillé et très-bien fait. Il a été réduit 
à une échelle moindre pour l'ouvrage de Sanderus et de 
Blaeu (Voir n° 52). 

A ce plan est jointe une explication en latin, en sept 
feuilles, avec la souscription suivante : Compendiaria 
Gandavi dcscriptio, auctore Antonio Sandero, Gandavensi, 
Iprensis ecclesiae canonico, ad nobilissimum virum Dom. 
Guil. Blaserium equitem dominnm de Hellibm, Castere, etc. 
Patrithim considarem Gandavensem. 

Le texte de la note a donc été fait par Sanderus; mais 
il paraît que c'est lui qui aurait aussi fait les dépenses de 
la publication, et qu'il aurait ainsi obtenu le droit de ré- 



— 37 — 

(luire ce plan pour sa Flandria illustrata. Le travail ma- 
nuel sérail de H. Hondius (i). 
C'est une gravure sur cuivre, en huit feuilles. 

1,45 sur 1,05. 

Ce plan se trouve au cabinet des estampes, cartes et plans 
topographiques de la Bibliothèque impériale de Paris, dans 
un volume in-folio qui porte au dos : 1881, Belgique. II. 
Flandre or. 2 ar. Gand. V. C. Il fait aussi partie de la 
collection de M, Bodel Nyenhuis, à Leyde. J'ai pu en faire 
la description, grâce à un calque pris par M. Goetghebuer, 
en 1838, sur le plan qui se trouve à Paris. 

1637. 

N<*30. Plan intitulé : Gandaviim. Ghendt. 

Avec une dédicace ainsi conçue : Praenobili magni/ico 
amplissimoq. magislratui inditae civitatis Gandavensis 
hanc terrilorij ejiisdem accuratam tabiilam dedicat, dicalq. 
Henricus Hondius. 

Avec une échelle et une rose des vents. 

Ce plan est entouré de treize vues de maisons de cam- 
pagne, situées dans les environs de la ville, et en outre, 
dans deux compartiments, se trouvent les armes de Flan- 
dre et la pucelle de Gand. 

Dans ce plan, la ville est seulement indiquée par son en- 
ceinte fortifiée et par les cours d'eau qui se trouvent dans 
son intérieur. Dans les environs on a indiqué les routes, 
les châteaux, etc. 



(1) La description de ce plan et les discussions sur son auteur se trouvent 
dans le Messager des Sciences historiques, année 1853, pag. 498 et 499, et an- 
née 1854, pag. 343. 



— 38 — 

Nous avons vu au n° 29 que ce plan a été gravé pour élre 
placé sur le grand plan de la ville en huit feuilles. 

0,32 sur 0,26. 

Fait partie de la collection de feu M. Goetghebuer, à 
Gand. 

1637. 

N" 31. Vue intitulée : Gandavum. 

Cette vue est prise entre le Rabot et la porte de Bruges; 
on voit la Lieve et le canal de Bruges au premier plan. 
Au-delà des fortifications de la ville s'élèvent les clochers 
des églises, d'abord à gauche, l'église Saint-Sauveur, l'ab- 
baye de Groenen briele, celle de Baudeloo, l'église Saint- 
Jacques, celle de Saint-Bavon, le Beffroi, les églises de 
Saint-Nicolas, Saint-Michel, Notre-Dame et Saint-Pierre. 

Cette vue a beaucoup d'analogie avec celle de 1 635 (n''28); 
cependant sur celle-ci le dôme de l'oratoire de Saint-Pierre 
est représenté, probablement pour le motif qui a été donné 
dans la description du plan. 

0,59 sur 0,103. 

Se trouve sur le grand plan de la ville de Gand dont il 
a été question précédemment. 

1641. 

N" 32. Plan intitulé : Gandavum vulgo Gent. 

Avec les armes d'Espagne à la partie supérieure à gauche, 
et celles de Flandre à droite au-dessus du titre : en outre 
celle de et de se trouvent à droite 

et à gauche de celui-ci. A la partie inférieure à gauche est 
représentée la Pucelle de Gand à la manière ordinaire, et 
au centre, est une légende de quatre-vingt-un numéros pour 
les églises, couvents, ponis, etc. 



— 39 — 

Ce plan est une copie réduite de "celui de 1637 (n° 29). 
La légende est absolument la même, sauf que celle de ce 
plan n'a que quatre-vingt-un numéros, parce que sur le plan 
même on a inscrit quelques indications qui se trouvaient 
dans la légende du plan de 1637, telles que les noms des 
portes, des places, etc. 

Ce plan a été gravé de nouveau pour les ouvrages de San- 
derus, de 1732 et 1735 (n" 73). Il a aussi été reproduit à 
une échelle plus petite en 1725 (n° 70) et à la même échelle 
en 1780 (n" 78). 

0,54 sur 0,425. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : Flandria illustrala 
sive descriptio comîtatus islius per lotum terrarum orbem 
celeberrimi. III tomis absolula ab Antonio Sandero Gan- 
davensi, eccl. Iprensis canonico grad. ajfecto. Cologne, 
C. d'Egmont et O^ (i). 1641. Deux volumes in-folio. 
Tom. I, pag. 82 et 83. 

El dans l'ouvrage intitulé : Noviim ac magnum theatrum 
urbium Belgicœ regiœ ad prœsentis temporis faciem exprès- 
sum a Joanne Blaeii, Amstelœdamensi. 1649. Deux volu- 
mes grand in-folio. Tom. I, PI. 309 (2). 

Et dans l'édition hollandaise du même ouvrage, ayant 
pour titre ; Tonneel der steden van s konings Nederlanden, 
met hare beschryvingen, uitgegeven by Joan Blaeu. Am- 
sterdam, 1649. Deux volumes grand in-folio. 

1641. 

N° 33. Vue intitulée : Aulaprîncipis Gandavi. 
C'est une vue à vol d'oiseau du palais appelé ancienne- 
ment Cour du Prince. 



{{) Gel ouvrage a été réellement imprimé à Amsterdam, chez Blaeu. 

(2) Cet ouvrage fait partie du grand allas ou Cosmographie Blaviane, publiée 
de 1G4-9 à 1663 en douze volumes grand in-folio. Presque tous les plans de 
cet ouvrage ont élé copiés sur ceux du Théâtre des cités du monde. 



— 40 — 

Les bèlimenls de ce palais étaient situés entre Timpasse 
du Prince, qui est maintenant une rue aboutissant à la nou- 
velle rue du Rabot, l'impasse de la Cour, ou deuxième im- 
passe du Prince et la rue Cour du Prince. Ils étaient 
entourés de fossés très-larges et au-delà étaient les jardins 
et la Cour des lions (maisons n"^ 31, 53 et 5o actuelles de 
la rue Cour du Prince). Sur le fossé étaient jetés deux 
ponts. 

On voit encore maintenant une des portes d'entrée près 
de la maison n° 57; l'autre était située entre les maisons 
n"^ 10 et 11 de la rue Cour du Prince. 

Cette vue a été copiée à une plus petite échelle dans les 
éditions suivantes de Sanderus. Voir n° 75 de 1 732 (i). 

0,23 sur 0,21. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : Flandria ilhislrata, etc. 
par A. Sanderus. Cologne, C. d'Egmondt et C'% 1641. 
Trois volumes in-folio. Tom, I, pag. 147. 

A. Dejardin. 
{Pour être continué). 



(1) On a d'autres vues d'une partie delà Cour du Prince, dans la Colleclion 
historique des principales vues des Pays-Bas, publiée en 1824 à Tournai chez 
Dewasme (6™'= livraison, n" 3), et dans le Messager des Sciences historiques, 
1841, pag. 36. Elles ne peuvent pas figurer ici, parce qu'elles ne représentent 
que des parties isolées. 



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— 41 — 



C'ancien fjotel-be-DiUe it iîlae6tncl)t 



Conspiration de 463S ; instruction, torture et exécution. 
Amnistie accordée en 1039, par les États généraux de 
Hollande, aux habitants émigrés. 



L'ancien hôlel-de-ville (i), tel que le représente noire des- 
sin, s'élève en face de la rue du Grand-État {Groote Staet) et 
forme l'angle de la rue dite des Juifs. Sa façade principale, 
toute en pierres de taille, est percée de neuf fenêtres, dis- 
posées sur trois rangs, et surmontées chacune d'un tympan 
en plein cintre, qui est tiercé par des arcatures, et ornées 
d'écussons qui se détachent sur un fond rouge. 11 y a quel- 
ques années, on a barbouillé de différentes couleurs toutes 
ces sculptures, sous la direction d'un piqueur ou conduc- 
teur d'ouvriers, qui remplissait alors les fonctions d'archi- 
tecte voyer des bâtiments de la ville. La petite porte carrée 
à fleur de terre, aujourd'hui entrée principale de l'édifice, 
était anciennement surmontée d'un balcon auquel on mon- 
tait par un double escalier de pierre. Quatre lions de 
bronze, qui avaient servi à décorer le perron liégeois qui 

(I) Nous donnons en têle de la description une vue complète des deux 
façades de rancienne maison communale; elle est indispensable pour suivre 
le texte descriptif du monument, dont un croquis a paru dans le Messager 
des Sciences historiques, en 1849. Celte planche rappelle le monument, des- 
tiné, comme tant de spécimens de Tari civil du moyen âge, à tomber sous 
le marteau des démolisseurs. 

4 



— 42 — 

s'élevait sur la Place d'Armes, el en face duquel fut décapité 
le cruel et sanguinaire Guillaume de la Marck, ornait en- 
core, avant 1749, cette partie de Tancien hôtel municipal. 
Herbenus, qui a écrit sur les antiquités de la ville, a con- 
servé la date de sa construction, qui eut lieu vers 1475. 
La majeure partie de la première construction existe donc 
encore de nos jours. Sa façade septentrionale était ancien- 
nement en bois, et ses divers étages s'avançaient en encor- 
bellement. Cette partie fut démolie au commencement du 
XVII^ siècle et remplacée par de la maçonnerie. C'est 
en 1749 qu'on démolit le balcon de pierre, qui dans la 
façade principale donnait accès au premier étage; c'est 
dans la même année qu'on transféra l'entrée principale 
dans la partie donnant dans la rue des Juifs. 

La tourelle qui surmonte le toit, renferme la cloche ou 
tocsin qui marque les heures, et une seconde clochette 
qu'on sonnait anciennement pour annoncer l'arrivée des 
bateaux de service entre Liège et Maestricht. La tourelle, 
construite sur un plan plus élevé, fut détruite en 1795, 
ainsi qu'une partie du toit par le feu des assiégeants fran- 
çais. Sa reconstruction, dans de moindres dimensions, eut 
lieu quelques années plus tard. Cette tourelle sert encore de 
demeure au veilleur qui, à chaque heure de la nuit, sonne 
de la trompette, ou signale les incendies en faisant retentir 
le tocsin (i). 

On ne sait rien sur l'origine de l'édiOce ou sur sa desti- 
nation primitive. Ses formes hautes et élancées, dans le 
style ogival, rappellent encore les befïrois de nos vieilles 
cités flamandes. Il est, comme nous le disons plus loin, 
situé dans la partie ancienne de la ville, près de la Meuse, 
et dans un endroit où se prélevaient les péages sur les ba- 
teaux nombreux qui déchargaient à l'ancienne porte d'Eau, 

(1) Anciennement il y avait deux veilleurs la nuit. 



— 43 — 

aujourd'hui démolie. Herbeuus, dans ses opuscules, appelle 
le monumenl Praelorhim, mais il était plus connu sous le 
nom populaire de Ding-Huis, maison des plaids. Il paraît 
que le nom de Praetorium lui fut donné en mémoire du 
tribunal de paix que Henri 1", évéque de Liège, institua 
dans tout son diocèse au XI« siècle et auquel il présidait 
en personne, ayant à côté de lui un magistrat armé ou 
Praelor (i). 

Le monument est érigé en tête des anciennes maisons des 
corporations ou métiers de la ville, qui étaient dans les 
deux rues appelées Grand et petit Etat [Groole et kleine 
Staet). C'est dans la première de ces rues que se trou- 
vaient, entre autres, la chambre des bouchers, qui était 
au-dessus de la Halle aux viandes, près de l'hôtel de la 
Couronne de la Patrie (de Landskroon), celle des tourneurs 
en bois, des boulangers et des brasseurs, etc. La halle 
des drapiers, la plus puissante corporation de la ville, 
était aussi presque au milieu de la rue du Grand-Staet, 
en face de la chapelle de la Mense du Saint-Esprit. Plu- 
sieurs maisons dans ces deux rues ont encore conservé 
leurs anciennes enseignes. Sur celle de la corporation des 
brasseurs, on lisait l'inscription suivante, qui ne date pas 
de très-loin (BraXatorUM in DIVIso CoLLegio). Le mé- 
tier des boulangers avait pour enseigne les Rois Mages; 
celui des quincailliers, la Barbe d'or; d'autres portent encore 
pour enseignes : la Montagne des aigles (Àrendberg), le 
Champ des dragons, la Toison d'or, l'Ange, le Cygne, etc. 
Ces cor|)s de métiers faisaient partie de la milice urbaine 
de la cité. 

L'administration de la ville exigeant des locaux plus 
spacieux, la régence installa une partie des bureaux et le 
dépôt des archives dans un hôtel voisin, que nous avons 

(I) Messager des Sciences historiques de Belgique, Gaiid, annce 1849. 



_ 44 — 

déjà mentionné comme portant l'enseigne de la Couronne 
de la Patrie, représentée par une couronne fermée, d'où 
sortaient deux sceptres, symbole de l'autorité indivise 
sur la ville, du prince évéque de Liège et du duc de Bra- 
bant (i). Dans cet hôtel, qui était entre la halle des bou- 
chers et la grande maison à l'enseigne du Léopard, 
anciennes armes de l'Angleterre, se trouvaient les prisons 
de la commune. Dans l'hôtel du Léopard couronné, on 
établit la justice inférieure (2). 

Au XVP siècle, l'hôtel de la Couronne de la Patrie et 
l'ancien hôtel-de-ville furent les témoins d'une scène san- 
glante. Le 22 septembre 1559, lorsque la commune (3) était 
sur le point de se réunir dans le premier de ces édifices, 
le peuple, en armes, envahit la salle des séances et blessa 
mortellement le bourgmestre, Rémi Printe. L'écoulète, 
messire Gérard van Goir, s'enfuit et se cacha dans la tou- 
relle de l'ancien hôtel-de-ville; il y fut découvert par le 
peuple, qui le fit descendre, lui promettant de le protéger; 
mais dès qu'il fut entre les mains des émeutiers, ceux-ci 
le traînèrent au marché, où ils lui lardèrent le corps à 
coups d'épées. L'infortuné resta exposé dans ce triste état 
et abandonné jusqu'au lendemain à midi, lorsqu'on le 
porta à la Maison des Seigneurs (4), où il succomba à ses 
blessures. 



(1) Il y avait également dans le Limbourg une famille Lanscroen, qui por- 
tait pour blason, d'or aux trois couronnes de sable. Ces armes figurent dans 
le Wapenboek du roi d'armes Henry Prévost de le Val, à la bibliothèque de 
Bourgogne, à Bruxelles, sous le n» 19,194. 

(2; Il parait que cet hôtel servait primitivement de demeure ou résidence 
aux avoués ou gouverneurs de la ville. 

(5) La note manuscrite dit gemeynde, les choisis, les désignés, pour signi- 
fier les membres du conseil communal , dont on a fait plus lard gemeen, 
gemeente, commun, commune. 

(i) Op dcr Heere Huys, à la Maison des Seigneurs. Aujourd'hui, \'élu par 
le peuple de la commune porte le titre de conseiller, au lieu de seigneur. La 
populace de la ville avait baptisé une rue du nom de 's Heeren Grilltn slraet. 



— 45 — 

Au moyen âge, nos hôlels-de-ville avaient des décora- 
lions en peinture, destinées à inspirer aux magistrats l'hor- 
reur du crime et l'amour de l'équité. C'est ainsi qu'au 
salon doré de l'hôlel-de-ville de Bruxelles étaient suspen- 
dus quatre tableaux du peintre Rogier Vander Weyden ou 
Rogier de la Pasture, de Tournai. Ces représentations des 
châtiments du ciel et des sévérités populaires qui atten- 
dent les mauvais magistrats, ne parvenaient pas à faire 
disparaître les sujets de mésintelligence, les discordes, les 
émeutes, ni la soif des honneurs. Tous ces déplorables 
débats entre les différentes autorités, les droits de pré- 
séance, l'arrogance des bourgeois, la sévérité des souve- 
rains, tenaient le peuple dans une servitude dont il ne 
sortait ordinairement que pour servir les desseins de quel- 
que souverain ambitieux qui les groupait sur le champ de 
bataille pour les faire écraser sous le poids du nombre. 

A Maestricht, la souveraineté indivise, exercée par l'é- 
vêque de Liège et le duc de Brabant, rendait les différends 
plus fréquents encore que dans les autres villes des Pays- 
Bas. Les deux souverains, pour se concilier l'affection des 
bourgeois, leur octroyaient des privilèges, chacun de son 
côté, et ils se réfugiaient dans les murs de la ville, quand 
le peuple ou l'ennemi les chassaient de leur capitale. C'est 
ainsi que les évêques de Liège y soutinrent des sièges 
formidables contre leurs sujets révoltés, et que Jeanne et 
Wenceslas, accompagnés de leur fidèle Éverard T'Scerclaes, 
y trouvèrent asile quand les Flamands les eurent contraints 
à quitter leur capitale. 

La devise arrogante de ces fiers bourgeois : Trajectum 

NEUTRI DOMLNO, SED PARET UTRIQUE (i), CXpliqUC bicn la 

la rue des Caprices des Seigneurs. Sur un vieux tableau de l'école ogivale, 
de 1499, dont nous parlerons plus loin, on lit encore : Gy die sijl heere, 
Icerl rechl verkeeren, prescription qui n'est pas toujours suivie à la lettre. 
(1) En flamand : Ecn Heer, geen flcer. — Tivec Hecren, een Hecr. 



— 46 — 

liberté dont ils jouissaieot parmi les autres villes; car elle 
dit Irès-clairenient que leurs deux seigneurs n'en font 
qu'un, qu'ils considèrent comme nul. 

Les harangues, les exemples en peinture des châtiments 
qui attendent les coupables et des récompenses que reçoi- 
vent les justes, se déroulaient sous les yeux des magistrats 
municipaux et des justiciers, grâce à celte puissante école de 
peinture des XIV* et XV* siècles, et le panneau qui décore 
encore une des salles du nouvel hôlel-de-ville est un curieux 
souvenir du rôle que les artistes, par leurs productions, 
jouaient dans les affaires civiles au moyen âge. Sur ce 
tableau d'assez grande dimension, dans le sens de la hau- 
teur, le peintre a représenté les échevins, jurés ou com- 
missaires brabançons et liégeois, au nombre de huit, assis 
dans une tribune, et ayant le clerc ou secrétaire debout 
derrière eux; un de ces graves magistrats a devant lui, sur 
la table, un chapelet en corail. Un pauvre diable, tout 
tremblant, est amené devant ce tribunal par un homme en 
longue robe rouge, portant un couteau poignard sur la 
hanche. Le contrevenant a l'air des plus misérables; son 
costume indique un homme du peuple, il porte sur l'oreille 
le petit feutre fendu. Son introducteur, l'homme à la robe 
rouge, le conduit devant les magistrats et prend la parole. 
Derrière le dossier de la tribune, dominant les magistrats, 
on voit l'Esprit des ténèbres sous l'aspect le plus infernal. 
Il tient des pièces d'or avec lesquelles il cherche à cor- 
rompre les juges qui sont devant lui, ainsi que l'indique 
cette inscription railleuse : 

ffig Uif ggi f}«nc. Uni uî^t fjnSccwn. v.un^t %uî m g«Iî 
Mit gg Iclî !«gt. Sw 0gl Itwgî. U ^mn g«todî 

Le tableau est divisé en deux parties; le côté opposé à 
celui que nous venons de décrire, représente les réprouvés 



— 47 — 

livrés aux flammes. Pour séparer ces deux scènes ou sujets, 
l'artiste a placé au milieu de sa compositiou un génie ailé 
à la chevelure blonde, à la figure céleste, aux chairs trans- 
parentes et colorées; sa tunique blanche, symbole de la 
pureté, est recouverte de la chape verte, agrafée sur la 
poitrine et semée de fleurs d'or. De la main gauche repous- 
sant les réprouvés vers les flammes infernales, il lève la 
droite et montre le Christ, qui trône au ciel comme juge, 
entouré de saints et d'anges qui embouchent la trompette 
pour ressusciter les morts. Au-dessus de cette figure, on 
lit cette inscription en vieux flamand : 

©g ^ic ^z^t raient .m. oiigc o^ gïaei am ^$M ifigMW 
Ht èaiEem îjn^teieî. mil geu^j; wBtL hmi utïjî ffll i^mt 
hs^ n^îi m Imt am gutnigt off lacî, n@t^ om %^sm lire 
mmx^ g^2 prt. Us vn^U ^imU tm ^ûUt'^sx tture. 

Ce tableau est un beau monument de l'art civil du moyen 
âge. Les détails, curieux pour l'archéologue, instructifs 
pour rhistorieo, abondent dans cette compositiou, qui se 
recommande par une couleur vigoureuse, un dessin ample, 
libre et large, plus ou moins paralysé toutefois par le tra- 
vail d'une brosse lourde et peu facile. Dans le fond se dé- 
roule la vue d'une partie de la ville, et dans l'air planent 
des génies ailés, qui emportent des âmes vers le ciel; d'au- 
tres, avant de reprendre leur vol, se reposent avec leurs 
précieux fardeaux sur les crêtes des toits ou les pignons 
des maisons. 

L'ensemble de la composition, c'est donc le démon cor- 
rupteur travaillant à séduire les justiciers, tandis que le 
génie du bien leur montre le Juge éternel, qui les voit, et 
en même temps les tourments qui les attendent s'ils dévient 
du droit chemin et cèdent aux séductions. 

Parmi les détails d'architecture du tableau, nous voyons 
encore les armes de la ville, portées par une jeune fille, ou 
vierge, en robe bleue, aux cheveux blonds tombant en li- 



— 48 — 

berlé sur les deux épaules et serrés au front par le bandeau 
perlé ou diadème. Des deux mains elle lient Técusson au 
champde gueules où brille l'étoile d'argent à cinq pointes(i). 
Cette peinture porte sur le cadre la date de 1499, qu'un 
maladroit restaurateur a changée, en en couvrant également 
les plus belles parties sous des retouches d'une couleur 
fausse et criarde. 

A quel maître attribuer ce tableau? Il lient de l'école de 
Rogier Vander Weydcn, quoiqu'il n'en approche que par 
les grandes lignes de la composition et du dessin. Il semble 
que l'arlisle qui l'a exécuté, n'a pas travaillé alors au centre 
d'une grande école, et que son talent, formé sous un habile 
maitre, a défailli dans l'isolement. 

Dans le cours de nos études sur la maison des plaids 
ou Dinghuis, nous nous sommes arrêté à faire la descrip- 
tion de celle peinture de l'école ogivale, à cause de l'impor- 
tance qu'elle présente comme œuvre archéologique, comme 
souvenir artistique des usages de nos ancêtres, objets dont 
le nombre est si réduit de nos jours, surtout ceux qui re- 
présentent des scènes historiques, des allégories se rappor- 
tant à notre histoire civile. Encore est-il très-probable que 
ce tableau, qui décorait l'une des salles de l'ancien hôlel- 
de-ville ou de l'hôtel de la Couronne de la Patrie, faisait 
partie d'une série de peintures que le temps ou la négli- 
gence de ceux auxquels était confié le soin de leur conser- 



(1) Bachiene, dans sa Géographie ou Nouvel Élat présent ou actuel des Pays- 
Bas, d'il qu'il croit que les premières armes de la ville ont été une Vierge. Ceci 
s'explique par le plus antique édifice de la ville, l'église de Notre-Dame, et 
Je cuite voué à la Mère de Dieu dès les temps les plus reculés. A l'endroit où 
s'élève l'ancienne église des Augustins, se trouvait sur le rivage une chapelle 
antique, nommée Maria ad littus, Noire-Dame au rivage, où les bateliers et 
les riverains allaient implorer l'intercession de la sainte Vierge, pour les 
protéger dans leurs voyages. Plus lard, les armes de la ville furent changées, 
et la Vierge fut remplacée par un génie ailé, tenant l'écu de gueules avec 
l'étoile d'argent, comme elles figurent encore sur le cachet communal actuel. 



— 49 — 

valion, ont laissé périr, et qui se complétaient mutuellement 
par les sujets qu'ils représentaient. 

L'érection, au XVII'' siècle, du nouvel hôlel-de-ville au 
centre du marché, sur les dessins de l'architecte hollandais 
Post, changea entièrement la destination de l'ancien édiGce, 
profondément déchu de son rang. La maison des plaids ou 
l'ancien Praelorium fut transformé en prison, et la plupart 
de ses pièces, divisées par des cloisons, servirent de cachots. 
Le professeur Bachiene, dans sa Géographie ou Nouvel 
État présent ou actuel des Pays-Bas, dit que ces chambres 
furent transformées en cachots {hokken), et que du vestibule 
où se trouve actuellement le bureau pour l'essayage des 
métaux précieux, on fit une salle pour les réunions des 
échevins de la ville et des justices extra muros (i), quand 
ils avaient à traiter des affaires criminelles. 

Les crimes étaient jugés très-fréquemment, au XVIII* 
siècle, à l'ancien hôlel-de-ville, où l'on avait incarcéré alors 
les individus faisant partie de la bande connue sous le nom 
de Cavaliers de Vert Bouc, qu'on avait arrêtés sur le terri- 
toire de la commune et dans les villages limitrophes (2). 



(1) Parmi ceux-ci il cite Berg, Heer, Bemelen, Geul, aussi Reckheim 
Stein, etc. 

(2) On écrit Bokryders ou Bokkenrydcrs. Dans le courant des années 1774 
et 1773, vingt habitants de Wellen, dans le Linibourg, furent mis à mort, 
roués ou brûlés vifs, comme faisant partie de cette bande de brigands. Leur 
condamnation fut prononcée au nom de la justice seigneuriale de l'abbesse 
de Mûnster-Bilsen. Nous faisons suivre un spécimen des dépositions faites 
par les personnes appelées en témoignage, ce qui donnera une idée des cou- 
tumes barbares de cette époque en matière de justice. 

« Le deuxième jour de Noël, — c'est un témoin qui parle, — je me suis 
» rendu avec mon voisin N. L., vers les huit heures du soir, à la prairie 
» nommée le Meer, dans la campagne de Houtappelteen sous Abswelkn, où 
» se trouvait aussi L. J. N. 

» A l'instant j'entendis un sifflement très-aigu et sentis le souffle d'un vent 
» qui semblait sortir d'un nuage noir. Aussitôt apparut devant moi un animal 
» ayant la forme d'un bouc. Ses yeux lançaient des éclairs. L'épouvante 
«s'empara de mon esprit, mes jambes fléchirent, je tombai. Je vis alors 



— 50 — 

Les criminels, détenus dans Thôlel même, ayant subi leur 
jugement, furent conduits en charrette au lieu du supplice, 
et on les exécuta près du faubourg deVVyck, dans un champ 
encore connu de nos jours sous le nom de Galgenveld ou 
champ des potences. Beaucoup de ces malheureux périrent 
par la main du bourreau, sur une simple dénonciation des 
vrais coupables, qui croyaient sauver leur vie en signalant 
de nouveaux complices. Les habitants des environs de la 
ville rencontrèrent souvent leurs anciens camarades, con- 
damnés et conduits en charrette au lieu du supplice, le 
chapelet à la main et récitant leurs prières; ces infortunés 



» les quatre personnes que je viens de nommer, témoins avec moi de cette 
» scène, monter sur le dos du bouc. S. articula quelques mots, en latin je 
» pense. Aussitôt l'animal prit son essor vers le ciel et se perdit dans les 
o airs ('). » 

C'était sur de semblables déclarations que se fondaient les sentences de 
mort. D'après la croyance généralement répandue, ces brigands étaient en 
connivence avec l'esprit infernal; ils en obtenaient le pouvoir de se trans- 
porter invisibiement et avec la rapidité de l'éclair vers l'endroit où ils vou- 
laient commettre leurs crimes. M. Ecrevisse, un des romanciers les plus 
féconds de notre époque, a publié un ouvrage flamand fort estimé sur les 
Vcrls Boucs. D'après lui, le siège principal de la bande était dans les com- 
munes rurales voisines de Maeseyk , et il ne croit pas qu'ils aient franchi 
la rive gauche de la Meuse. Un de leurs chefs fut pendu près de Rolduc. Ce 
misérable s'était présenté un soir, habillé en religieux, chez un curé de la 
campagne et avait demandé l'hospitalité. Conduit dans sa chambre à cou- 
cher, il en sortit pour intimer au curé l'ordre de lui remettre tout ce qu'il 
possédait en métaux précieux, sinon, dit-il en tirant un pistolet de dessous 
ses vêtements, il lui brûlerait la cervelle; il ajouta qu'il ferait dévaliser le 
presbytère par sa bande, qui entourait la maison. Ayant obtenu ce qu'il de- 
mandait, il ouvrit une des fenêtres et tira un coup de pistolet, pour avertir 
ses complices qu'ils pouvaient se retirer. M. André Van Hasselt a publié, 
dans une des premières années de l'Émancipalion belge, des détails histo- 
riques sur ces brigands. Il existe également une brochure en flamand, qui 
donne la liste de ceux, innocents ou coupables, qui ont été exécutés. 

(*) Nous empruntons ces détails au Bulletin de la Sociélé scicnli/ique et 
littéraire du Limbourg, publié à Tongres, vol. V, p. 380-81, 1862. M. Ecre- 
visse pense que les Verts Boucs, qui s'étaient réunis à Wellen , étaient des 
brigands de la bande principale. 



— 51 — 

appelaient par leur 'nom leurs amis el connaissances, en 
leur disant un adieu éternel. 

Le dernier prisonnier qui fut détenu à l'ancien hôtel- 
de-ville, et exécuté en 1807 ou 1808, était un habitant de 
Val-Pont. En marchant à Téchafaud, il portait la che- 
mise rouge des parricides, qui, par une singulière coïnci- 
dence, avait été arborée comme drapeau à la tourelle, sous 
la République française, une et indivisible. Le bonnet phry- 
gien, qui surmontait la hampe du drapeau, a été aussi long- 
temps conservé par le veilleur de la tour du monument. 

Bruxelles, décembre 1866. 

Arnaud Schaepkens. 



CONSPIRATION DE 1658. 



Au XVIP siècle, l'ancienne maison communale el l'hôtel 
de la Couronne de la Patrie furent encore témoins des tour- 
ments atroces et des cruautés qu'on exerça sur plusieurs 
bourgeois et sur des religieux de JMaestricht (i), accusés 
d'avoir trempé dans un complot ayant pour but de livrer aux 
Espagnols, la ville, qui à cette époque appartenait aux Hol- 
landais. La principale victime de cette scène lyrannique et 
lugubre, fut le Franciscain Servatius Vinck, de Maestricht, 

(1) Les Récollets de Maastricht prirent part à la défense de la ville, pen- 
dant le siège de 1G32, par Fréderic-Henry prince d'Orange-Nassau. L'auteur 
du journal de ce siège, un Rècollet, dit : « Nous avons élevé une demi-lune 
dont l'ennemi n'a jamais pu se rendre maître. » [Publications de la Société 
historique et archéologique, à Maestricht, volume de 1857.] 



— 52 — 

qui, comme dit le récit, élail accusé d'avoir reçu, par la 
confession, connaissance du projet des conspirateurs. 

Une brocimre écrite en flamand, par le frère de Serva- 
tius Vinck et tirée à un petit nombre d'exemplaires, a 
donné un grand retentissement à ce déplorable fait et a 
répandu à cette époque, surtout dans le Brabant, toutes 
les cruaués dont les religieux ont été l'objet de la part des 
bourreaux et des inquisiteurs du temps (i). Voici le récil 
de la découverte de la conspiration et des tortures qu'on Gt 
endurer aux accusés. 

arrestation, torture et exécution du Récollet Servatiits 

Vinck. 

Le 3 mars de l'année \6ù8 (2), à dix heures du matin, 
le religieux Servatius Vinck se promenait avec son frère, 
sous les portiques du cloître, après avoir terminé son ser- 
mon, lorsque le commandant de la ville, Golstein, se pré- 
senta à l'entrée du couvent et demanda Servatius Vinck au 
portier. Celui-ci ayant répondu que le religieux se prome- 
nait sous le portique avec son frère, Golstein se rendit 
auprès de lui et, en le saluant, lui demanda des nouvelles 
de sa santé; Servatius Vinck lui répondit qu'il était souf- 
frant, ayant passé une mauvaise nuit. Golstein lui objecta 
qu'il étudiait trop et lui demanda s'il avait des nouvelles 
du cardinal. Puis il s'informa s'il savait quelque chose de 



(1) Au XVIe siècle déjà, les catholiques subirent de cruelles tortures en 
Angleterre, comme on peut le voir dans l'ouvrage : Tliealrum criidclilalum 
haerclicorum nostri temporis, 1587, avec des gravures où sont représentées 
les scènes de tortures endurées par les catholiques. 

(2) Le récit de la conspiration porte erronément la date de 1636, au lieu 
de 1G38. Une planche gravée à l'eau forte, représentant l'exécution des 
condamnés et les portraits des quatre religieux, a été publiée en Hollande; 
mais elle n'offre aucun intérêt comme vérité historique : tout y est de pure 
fantaisie. 



— 53 - 

particulier du Brabanl; sur quoi le religieux répliqua qu'il 
s'occupait de ses offices et qu'il n'avait pas de nouvelles 
du tout. Ils se rendirent ensuite au jardin, où ils restè- 
rent environ une demi-heure. A la porte, le commandant 
intima au religieux l'ordre de l'accompagner à sa de- 
meure, ce à quoi celui-ci obtempéra immédiatement, 
demandant seulement le temps d'obtenir du père gardien 
l'autorisation de sortir et de demander un religieux pour 
l'accompagner. 

Il se rendit ensuite avec le commandant à la maison de 
celui-ci, où était réuni le conseil de guerre, qui l'interrogea 
jusqu'à onze heures de la nuit sur la conspiration qui ve- 
nait d'être découverte; mais Servalius Vinck se défendit 
énergiquement d'y avoir trempé. 

Après celte première audition, on le conduisit sous bonne 
garde à la maison du capitaine auditeur [kapitein geweldi- 
ger), où on l'interrogea fréquemment et presque toutes les 
nuits. Le capitaine lui ayant demandé s'il ne serait pas 
permis de révéler un secret qui aurait été confié sous le 
sceau de la confession et qui aurait rapport à une conspi- 
ration pouvant coûter la vie à quinze mille personnes, le 
religieux répondit qu'il ne violerait pas le secret de la con- 
fession, dût-il en coûter la vie à deux fois plus de monde. 
Sur ce le capitaine lui cria : Brigand, on devrait te faire 
ecarteler à quatre chevaux. — Le religieux répliqua 
qu'il pouvait en prendre un nombre double. 

Le 21 mars 1658, durant la nuit du dimanche de la Pas- 
sion, Servatius Vinck fut mis à la torture, dans l'ancienne 
maison communale, de la manière suivante. Il y avait une 
chaise en forme de trépied et un collier en fer, garni de 
pointes très-aiguës. Un capitaine était présent, ainsi qu'un 
clerc ou écrivain, nommé Hofmeyer, secrétaire du comte 
de la Moterie et son porte-drapeau, pour tenir note des 
révélations que ferait le religieux. On commença par cher- 



54 



cher à lui arracher des aveux, en lui montrant les instru- 
ments de torture, en le menaçant, s'il s'obstinait à garder 
le silence, de l'exposer devant un grand feu qui brûlait 
dans Tàlre, en lui mettant le collier de fer à pointes et en 
le plaçant sur la chaise pour lui faire rôtir les membres. 
A ce moment Servaiius Vinck se mit en prières devant ces 
instruments de martyre et invoqua Dieu, en disant : Sei- 
gneur, laissez-moi aider à porter votre croix et donnez-moi 
force et courage pour supporter ces douleurs. Puis, embras- 
sant un des instruments, il se livra à l'exécuteur, qui le 
déshabilla, lui banda les yeux et le plaça ensuite sur la 
chaise devant le feu. 

Le capitaine Iloogendorp lui arracha sa cordelière pour 
l'employer, disait-il, à attacher son cheval; l'exécuteur 
s'étant éloigné un instant, l'écrivain Hofmeyer serra davan- 
tage le collier à pointes (i) autour du cou, et l'exécuteur, 
à son retour, en fit l'observation, disant qu'il lui parais- 
sait n'être pas seul à exercer ses fonctions. Au milieu de 
ses souffrances, Servatius Vinck ne cessait d'implorer le 
Ciel, en disant : Seigneur, pardonnez-leur; car ils ne savent 
pas ce qu'ils font. 

On le détacha ensuite, et on l'étendit sur un matelas, 
d'où il adressa de pieuses exhortations aux soldats chargés 
de le garder. 

L'auditeur (ou kapitein geweldiger) se rendit auprès de 
lui, le S juin au soir, pour lui donner lecture de sa sen- 
tence de mort, qu'il écouta avec calme et impassibilité; il 
le chargea d'informer le commandant qu'il se soumettait 
volontiers à sa condamnation. Il lui rappela le conseil 
qu'on lui avait donné, trois jours auparavant, d'écrire à la 



(I) Un (le ces colliers de lorUire est encore conservé au musée de la porte 
de l'ancienne prison de Hal , à Bruxelles. Mous en avons publié un dessin 
dans le Trésor de l'art ancien en lielgique. 



— 55 — 

duchesse de Boulogne el d'implorer sa proleclion, ajoutant 
qu'on lui en avait beaucoup voulu et qu'on lui en voulait 
encore (i). Ayant passé toute la nuit en prières et en mé- 
ditations, il demanda un confesseur au conseil de guerre, 
par l'intermédiaire du pasteur réformé qu'on avait placé 
près de lui; mais il ne put l'obtenir. Il adressa ensuite au 
père gardien et à ses confrères en religion une lettre d'a- 
dieu, dans laquelle il leur demandait pardon de ses fautes, 
les conjurant de regarder sa mort comme un sacrifice ex- 
piatoire. Il écrivit ses dernières volontés et chargea le pas- 
teur réformé de porter ses adieux à son frère, mission dont 
celui-ci s'acquitta. 

Le jour de son exécution, Servatius sortit de la prison 
vers les onze heures du malin (2); la femme du prévôt 
lui présenta un verre de vin, qu'il refusa, préférant mou- 
rir à jeun. Il réitéra ses remercîmenls à celte femme. A 
sa sortie de la prison pour marcher à l'échafaud , il vit 
dans la rue les Pères Dominicains et pria l'un d'entre eux. 
Chrétien Valle, de lui donner l'absolution. Arrivé au mar- 
ché, il gravit l'échafaud, calme et courageux, et adressa 
trois fois la parole au peuple, comme s'il avait été en 
chaire. Après la lecture de la sentence, qu'il écouta avec 
sang-froid, il protesta qu'il était innocent du crime dans 
lequel on l'accusait d'avoir trempé. Soudain le bruit du 
tambour retentit; Servatius s'inclina devant le peuple et 
rabattit lui-même son capuchon. Alors on lui banda les 
yeux, et le bourreau lui trancha la tête, qui fut plantée 



(1) Celte lettre ne fut pas remise. La duchesse de Boulogne était la femme 
du gouverneur de la ville, qui était alors à La Haye. 

(2)Aïtzema dit: «Pendant qu'on était occupé à lui lier les mains pour aller 
à l'échafaud, il prononça ces mots : Nunc abjura et rcniincio omnibus crea- 
luris quae Christo adversanlur. » Cet auteur ajoute qu'il était très-aimé et 
Irès-eslimé des catholiqnes romains, mais il l'appelle à tort gardien des Rc- 
collels. Les catholiques, dit-il, le considèrent comme un martyr. 



— 56 — 

sur une pointe de fer et exposée sur le rempart, derrière 
le couvent de son ordre (i). 

Le corps fut enterré à l'église de Saint-Hilaire, rue Saint- 
Pierre, qui appartient aujourd'hui au culte réformé wallon 
ou français. L'exécution eut lieu le 7 juin 1638, jour de 
la Translation de saint Servais, patron de la ville (2). 

Découverte de la conspiration. 

Une conspiration ayant pour but de livrer la ville au roi 
d'Espagne, le \" mars 1638, fui découverte de la manière 
suivante. Un bourgeois de la ville et un soldat bourguignon 
nommé Lacourt (3), en étaient les principaux instruments. 
Lacourt, ayant été trouvé au fort d'Elven nanti d'une forte 
somme d'argent, son capitaine Debullrine fit part de ses 
soupçons au commandant Golslein, à Maestrichl; Lacourt 
fut arrêté le 26 février, conduit à Maestrichl et traduit de- 
vant le conseil de guerre, auquel il déclara, sans avoir 
subi la question (4), qu'il existait une conspiration pour 
livrer la ville à l'ennemi; il croyait ainsi sauver sa vie. En 
ce moment, tous les villages d'alentour étaient occupés par 
des troupes impériales et espagnoles, cavalerie et infante- 
rie, avec un nombreux matériel de guerre. Les habitants 
de la ville et les militaires s'étonnaient de ce mouvement 
inaccoutumé; mais dès que l'ennemi se douta que le com- 
plot était découvert, les troupes retournèrent dans leurs 
campements. 



(1) L'endroit sur le rempart ou bastion où furent hissées les (êtes sur des 
pointes de fer (op yzere pcnncn) , s'appelle encore de nos jours Aux cinq 
têtes {Aen de vyf koppcn). 

(2) Aïlzema dit que le corps a été enterré à une place honorable, mais 
ignorée, pour empêcher les catholiques de venir lui rendre honneur, ce qu'ils 
ont fait cependant à la tête. 

(3) Dans sa confession, on nomme le soldat bourguignon Claude de la 
Court. 

(4) Sans avoir subi la question, veut dire ; sans avoir élé torturé. 



— 57 — 

Le soldai Lacourl (i) dénonça comme complice un riche 
bourgeois de la ville, le brasseur Landsman, qui demeurait 
près de l'ancien couvent des Franciscains, à l'enseigne du 
Croissant. Celui-ci avait fait pratiquer derrière sa demeu- 
re, dans le mur d'enceinle de la ville, une petite porte, 
qu'il avait ensuite remplie avec des pierres calcaires, dans 
l'intention de livrer par là passage aux Espagnols, lorsqu'on 
sonnerait l'alarme, et que la garnison se serait rendue aux 
différents endroits de la ville, à l'approche de l'ennemi. 
Landsman fut arrêté le 27 février 1638, le lendemain de 
l'arrestation de son complice Lacourt, et par conséquent il 
était informé de la découverte de la conspiration, et il avait 
tout le temps de prendre la fuite. 

Dans l'instruction devant le conseil de guerre, qui dura 
toute la nuit, Landsman, sans attendre qu'on le mit à la 
question, déclara qu'il aurait reçu, en cas de réussite, une 
pension de 2,200 florins, somme sur laquelle il avait déjà 
louché 600 florins. 11 dénonça en même temps le prédica- 
teur des Frères Mineurs, Servatius Vinck, qui fut également 
arrêté le 3 mars, et auquel il déclara avoir, sous le sceau 
de la confession, révélé la conspiration. 

Le même jour, on arrêta le maçon Léonard Calers; un 
de ses compagnons, Jean Pompen, ayant appris cette ar- 
restation, prit la fuite. Ces deux ouvriers avaient mission 
d'ouvrir l'entrée ménagée derrière la maison du brasseur 
Landsman, pour livrer la ville à l'ennemi. 

On arrêta encore, le 8 mars, Henri Graven, accusé de 
complicité parce qu'on l'avait trouvé lisant une lettre de 
commerce de Landsman. Ce dernier dénonça, dans son in- 



(1) On verra plus loin qu'on écrit le nom du solilal bourguignon : Claude 
de la Court. Aïlzcma dit que de la Court était un noljle bourguignon, qui 
avait quitté le service de l'Espagne pour iiistiguer la conspiration à Maes- 
triclil. 



— 58 — 

lerrogatoire, Jean Boddens (i), recleur des Jésuites; Gérard 
Pasman, religieux du même ordre, et le frère lai Philippe 
Nalling, portier du couvent. 

Le 30 mars, on arrêta encore le curé de Saint-iNicolas, 
Arnold van Hulberk; Joseph Sylvius ou Selvius, chapelain 
de Notre-Dame; Jean Couwenberg, ancien bourgmestre; 
André van Slokhem, éclievin et payeur de la ville; Téchevin 
de Saint-Pierre et de Maeslricht, François Gratie, et un 
maçon qui fut dénoncé par haine par son confrère Calers; 
trouvé innocent, il fut mis en liberté le 9 mai suivant, sa 
libération ayant cependant exigé beaucoup de frais. 

Lacourt fut torturé à l'ancienne maison-de-ville, et le pré- 
dicateur des Récollets, Servatius Vinck, à la Couronne de 
la Patrie (2). 

Le 29 mars, on y mit encore à la question le Jésuite Pas- 
man; le 30 mars, le frère lai Jésuite Natting, et le 1" avril, 
le chapelain de Notre-Dame, Sylvius. Le 7 avril, on ap- 
pliqua de nouveau à la torture Philippe Natting, et le 9 du 
même mois, on martyrisa pendant vingt-quatre heures le 
recleur des Jésuites, Jean Boddens. L'échevin de la ville, 
François Gratie, fut trouvé innocent et mis eu liberté le 
7 avril. 



Voici comment l'auteur de la description des églises el 
des couvents des Récollets, à IMaestricht, rend compte dans 
VA7uniaire du Limbourg de 1830, de la découverte de la 
conspiration. 

(1) Le recleur Boddens était de Bruges et d'une des premières familles de 
celte ville. 

(2) Dans la relation, on voit que ce religieux fut torturé à l'ancienne 
maison-de-ville; peut-être a-t-il subi son supplice, à différentes reprises, 
dans ces deux édiflces ? Nous avons déjà dit que l'Iiôtel de la Lancls Kroone 
ou Couronne de la Patrie se trouvait entre la halle aux viandes et la maison 
portant pour enseigne le Léopard, occupée aujourd'hui par un quincaillier. 



— 59 — 

« En 1G38, une accusation de tentative de trahison con- 
• duisit à réchafaud un moine de cet ordre (Récollets), ainsi 
» que d'autres religieux. 

» Les Espagnols, après la reddition de la ville de iMaes- 
» tricht aux Hollandais, s'étaient retirés eu partie au fort 
» d'Elve, près de Navaigne, sur la Meuse, et tenaient con- 
» linuellement la ville en échec. N'ayant pas réussi à la 
» reprendre à la clarté du jour, par quelque coup de main 
» hardi et loyal, ils eurent recours à un stratagème désa- 
» voué par l'honneur. Un brasseur, dont la maison était 
» située rue d'Enfer, y répondit. Il flt pratiquer, sous le 
» rempart, une issue par où les ennemis devaient être in- 
» troduils dans la ville. Déjà ceux-ci s'en approchaient 
» à la lueur d'un fanal, placé sur une tourelle, lorsque le 
» projet des traîtres fut déjoué. Le gardien (sic) des Ré- 
» collets, trois Jésuites (sic) el un prélre séculier furent 
» accusés de complicité pour non-révélation, traduits devant 
» le conseil de guerre de la garnison, el condamnés à mort. 
» Ils furent décapités sur la place du Marché, et les têtes 
» de deux d'entre eux, ainsi que celles de trois laïcs, en- 
» veloppés dans la même trahison, furent exposées sur des 
» piques, près du rempart, derrière le couvent des Récollets, 
» au haut d'un bastion, qui a conservé jusqu'aujourd'hui 
» la dénomination : Aen de vyf koppen (aux cinq têtes). 
» Beaucoup de personnes sensées ont eu de la peine à 
» ajouter foi à la culpabilité (sic) de ces ecclésiastiques. On 
» peut voir ce qu'en ont pensé les auteurs contemporains, 
» que certainement on n'accusera pas de partialité. Voyez 
» Aïlzema, à l'année 1658, elB\'}nkevs\\oek,Quesiionesjwis 
n privait, lib. I, cap. 15. — Quoi qu'il en soit, il est cer- 
» tain que, même suivant le cours de la justice de ce temps- 
» là, on a usé de trop de sévérité à leur égard. » 

Nous croyons que l'auteur de cet article n'est pas seul 
de celte opinion et qu'il confond singulièrement la justice 



— 00 — 

de ce temps-là avec les torlionnaires du conseil de guerre 
de Maeslrichl, en 1658. 

Louis XIII, roi de France, inlercéda par écrit auprès des 
Élals en faveur des religieux, et son ambassadeur appuya 
cette demande. V^oici comment Aïlzema mentionne celle 
demande et la réponse qu'y firent les Etats : 

De Coning van Franknjck schreef in faveur van de ge- 
melde Religieusen, ende versocht dalse mochten voorden 
geslelt voor PoUlijcque Rechters : sidcx deszetfs Ambassa- 
deur alhier by monde ende by geschrifte heeft gesecundeert, 
verzoeckende by provisie Surseance van executie. De keur- 
furst van Keulen als prins van Luyck, ende lot Maeslrichl 
de halve juridictie hebbende, liet desgelycx veel devoir doen. 
Men nam hel advys des Rueds van state : 7 welck was, dal 
deselve niel en twyfelde of de Religieusen souden groote de- 
voiren ende instantien in Vrankryck hebben gedaen, omde 
voorsz. intercessie le verkrygen. Maer dal H aère Ho: Mog: 
wislen na haer wysheyl te oordeelen dal hel stuk vande 
voorschreve ghevangens eene saecke was, dewelcke len 
hooghsten raeckte, niel alleen hel welvaren van desen Slaet, 
maer dat oock de Repntatie vaii de Regeeringe van dien, seer 
veel daeraen gelegen was, dat daerinne goede justicie werde 
gheadminislreerl, waervan, om de Proceduren, die daerinne 
gehouden wierden, deur intercessien niel te laten inlerum- 
peren, ende evenwel wecli te nemen, de quaede impressien 
diemen nemen wilden, van dal in de saecke onordentelyck 
tegen de geestelycke soude worden gheprocedeert; hadden 
haer Ho: Mog: aenden gemelden heer Ambassadeur corn- 
municalie ghegeven vande stucken van hel Procès (i). 

Les Etats ajoutèrent à cette réponse que le procès n'était 



(Ij Historié of vcrhael van sakcn van stact en oorlogh, door Liecwe van 
AïTZEMA, IV<*« decl, IS^'' boek. 



— 6f — 

Lullemenl fait par haine de religion, mais seulement pour 
punir les conspirateurs. Quant à la demande de surseoir à 
l'exécution, les États la repoussèrent également comme pou- 
vant conduire à être importunés par ces prêtres et ensuite 
à une demande de pardon. Ils approuvèrent la rigueur du 
conseil de guerre de Maestricht, parce que la conspira- 
tion avait pour instigateur (aenlegger) un militaire, le sol- 
dat Claude de Lacourt. Les tortures infligées aux accusés 
sont pleinement approuvées dans cette pièce par les mots, 
quil est nécessaire qiiil soit fait bonne Justice dans cette 
affaire. 

Relation des tourments quon a fait subir au religieux 
Servatius Vinck, au chapelain Silvius, au frère lai Nat- 
ting, au Père Pasman et au recteur Jean Boddens. 

On les a d'abord entièrement déshabillés, on leur a bandé 
les yeux, puis assis sur un siège ou chaise, sur lequel était 
fixée une croix de bois. On leur taillada jusqu'aux os les 
chairs des membres inférieurs, et on leur attacha les pouces 
aux orteils avec tant de violence que les cordes leur cou- 
paient les chairs. On les exposa ensuite devant un feu 
ardent. Autour du cou ils avaient un collier en fer, dont 
les deux bords étaient garnis de soixante-deux pointes très- 
aiguës, et chaque pointe était longue d'un demi-pouce. 
Quatre cordes, attachées au collier, étaient tendues aux 
quatre coins de la place, de sorte que les accusés ne pou- 
vaient faire le moindre mouvement sans que les pointes 
pénétrassent plus profondément dans les chairs. Ils ont 
beaucoup pleuré, prié et invoqué la sainte Vierge pendant 
leurs tortures. Le capitaine auditeur, ainsi que les autres 
militaires buvaient et chantaient, en battant la mesure sur 
le chandelier; d'autres sortaient de la chambre, ne pouvant 
supporter la vue des affreux tourments qu'on faisait endurer 



— 6>2 — 

aux accusés; un aulrc frappait sur les cordes qui élaienl 
attachées aux colliers. 

Le conseil de guerre, ne pouvant tirer aucun aveu des 
accusés, ordonna au bourreau de couper avec des ciseaux 
les ampoules qui couvraient leurs corps, d'y verser du vinai- 
gre mêlé de soufre, de sable et de salpêtre, et de les appro- 
cher davantage du feu. Le frère lai Nalting ne prononça 
pas un seul mot. Le conseil de guerre lui demanda s'il était 
possédé du démon du silence, ajoutant qu'on saurait bien 
l'en délivrer. On lui fit subir les mêmes tourments qu'aux 
autres. 

Alors vint un certain Jean Van Duren, qui prenant le 
frère lai par derrière, le souleva et le rejeta avec tant de 
violence sur son siège qu'il lui rompit l'épine dorsale. Tous 
ces tourments ne purent ébranler la foi et la constance du 
patient, qui ne proféra aucune parole, ne poussa aucune 
plainte et se renferma clans un silence absolu. Le conseil de 
guerre ordonna alors de déposer sur un matelas son corps 
tout brûlé, et on lui demanda de nouveau la cause de son 
silence. Il déclara qu'il était innocent du crime dont on l'ac- 
cusait et qu'il souffrait avec résignation toutes ces douleurs 
en invoquant Dieu. 

Exécution de ceux qui prirent part à la conspiration. 

Le 30 avril, la femme du soldat Lacourt, nommée Agnès 
Bontin, fut mise à mort parce qu'elle avait eu connaissance 
de la conspiration. Le même jour, le soldat Lacourt fut 
écartelé, et les quartiers de son corps exposés à chacune 
des portes de la ville. Le même jour encore, fut exécuté le 
maçon Caters, dont le corps, avec celui de la femme La- 
court, fut enterré sous la potence. Le 1" mai, on livra à 
l'exécuteur le brasseur Jean Landsman, qui sur l'échafaud 
même, croyant ainsi sauver sa vie, déclara que Servatius 



— G5 — 

Vinck l'avait poussé au crime. Ce malheureux fut aussi tiré 
en quartiers, qui furent exposés aux différentes portes de la 
ville. 

Relation concernant les prêtres accusés, et leur comparution 

devant la justice. 

Le 7 juin, fut exécuté, comme nous avons dit, le P. Ser- 
valius Vinck. Le 11, on arrêta André Gink et Guillaume 
Solis, de Meersen; le vicaire de Notre-Dame et M. Jean 
Olieslagers, curé de Saint-Martin, à Wyck. Deux religieux 
Croissiers furent également arrêtés, mais seulement comme 
soupçonnés. Les deux bourgeois, après avoir subi l'instruc- 
tion, furent mis en liberté. 

Le 6 juin, on mil le Jésuite Pasman à la torture, et on 
l'exécuta le 21; le P. Pasman était de noble extraction et, 
avant d'entrer dans l'ordre, il avait servi comme capitaine 
d'infanterie. Il protesta de son innocence jusqu'à son der- 
nier soupir. Son enterrement eut lieu dans l'église des 
Jésuites. 

Le 14 du même mois, on mena au supplice le frère lai 
Natling, qui, comme les autres, protesta de son innocence 
jusqu'au dernier moment, et harangua le peuple du haut 
de l'échafaud. Le corps et la télé furent enterrés sous la 
potence (i). 

Le vicaire Sylvius fut exécuté le 24 juin. Après avoir 
entendu sur l'échafaud la lecture de sa sentence, il prolesta 
de nouveau de son innocence; mais on l'empêcha de con- 
tinuer à parler, on lui banda les yeux, et on lui ordonna 
de s'agenouiller. En ce moment, un tremblement nerveux 
agita ses membres. Le bourreau, soulevant alors le glaive, 
lui asséna un coup sur les épaules, puis dans le cou, et 

(1) On se rappelle que, pendant l'inlerrogaloire, ce religieux avail gardé le 
silence le plus absolu. 



— 64 — 

acheva (le détacher la léie avec un couteau. Le corps et la 
tête furent enterrés à l'église de Notre-Dame (i). 

Les tortionnaires continuèrent leur sanglant office, et le 
16 juin, ils exposèrent devant le feu, durant vingt-quatre 
heures, le recteur des Jésuites, Boddens; celui-ci ayant 
demandé à boire pendant qu'on le torturait ainsi, on lui 
offrit du vin mêlé de vinaigre. On le força d'adresser au 
duc de Bouillon (2) une lettre qu'il dicta au capitaine rap- 
porteur et qu'on rédigea en français (3). 

Le 20 juillet il fut mis à mort : quatre frères Cellites le 
portèrent sur une petite chaise au lieu de l'exécution, et là, 
eu présence du peuple, il protesta encore une fois de son 
innocence, priant avec ferveur jusqu'au moment de son exé- 
cution et engageant le bourreau à faire son devoir. Son corps 
fut porté à la maison du capitaine geweldiger, d'où il fut 
enlevé pendant la nuit, sans que l'on sache où il fut enterré. 

L'auteur de la brochure où sont décrits tous les tour- 
ments qu'on a fait subir aux accusés, le frère du Récollet 
Servalius Vinck, termine son récit par la preuve suivante, 
qu'il invoque pour établir que les religieux n'avaient pas 
trempé dans la conspiration : 

Lorsqu'on appliquait la question au brasseur Landsman, 
c'est-à-dire au moment où on le torturait, on lui demanda si 
les Jésuites avaient eu connaissance du complot, il répondit 
qu'il n'avait rien à révéler contre ces religieux; mais lors- 
qu'on lui promit de le mettre en liberté s'il voulait déclarer 
quels étaient ses complices, c'est alors seulement qu'il dit 

(1) Aïizema dit que Sylvius était très-calme : on ne put remarquer en lui 
aucune émotion; il avait la conviclion de mourir en martyr. 

(2) Frédéric Maurice de la Tour, duc de Bouillon, prince souverain de 
Sedan et de Raucourt, vicomte de Turenne, en 1638, gouverneur de la ville 
pour les Étals généraux des Provinces-Unies. 

(3) Le texte de cette lettre, en français et en flamand, se trouve aux Annexes, 
à la fin de cette notice. 



— 65 — 

que le recleur, le P. Pasman et le frère IValling avaient 
eu connaissance du fait. 

On commença aussitôt rinstruclion contre ces trois reli- 
gieux; le recleur prit la parole pour réclamer du comman- 
dant Golstein sa confrontation avec Landsman. Ayant 
demandé alors à ce dernier s'il lui avait jamais parlé de 
la conspiration, Landsman répondit affirmativement. Le 
recteur lui demandant ensuite s'il lui avait donné d'avance 
quelque connaissance de la conspiration, il répondit néga- 
tivement. Le recteur lui demanda encore à quelle heure il 
lui avait parlé et où avait eu lieu leur entrevue. A la pre- 
mière porte dans le collège, sous le toit an côté droit, répon- 
dit Landsman, ajoutant que le P. Pasman et le frère Natting 
parlaient ensemble dans le collège près du parterre des 
fleurs (bloemhof). Il disait encore qu'il lui avait parlé le 
soir dans la plus profonde obscurité. Le recteur lui ayant 
démontré la fausseté de ses déclarations, puisqu'il disait 
avoir vu le frère lai et le P. Pasmans près du jardin, qui 
était à quarante pas de l'endroit où il lui aurait parlé dans 
la plus grande obscurité, Landsman se renferma dans le 
silence. Le commandant Golstein ajouta immédiatement : 
«Père recteur, ces discussions sont inutiles ici; il suffît 
que Jean Landsman ait déclaré que vous étiez informé du 
fait. » Puis on reconduisit le recteur en prison. 



annexes. 

Le pasteur protestant Ludovicus, le même qui, en 1642, 
établit sa demeure et l'orphelinat protestant dans le couvent 
des Récollets, après leur bannissement de la ville, a publié 
en flamand, sans nom d'auteur, les pièces suivantes, qui 
sont devenues très-rares. Ce sont les aveux ou confessions 
des conspirateurs, le soldat bourguignon Claude de laCourt, 



— 66 — 

sa femme Agnès van Boury, le brasseur Landsman el le 
maçon Caters. Celle pièce a été imprimée en 1658 (i). 

CONFESSIE OFTE DE LESTE BEKENTENISSE 

Van de vier conspirateurs, le welen : Agnes van Boury (2), 
Claude de la Court, Leenaert Caters, Jan Lantsman, 
dewelck binnen Maestricht gejusticeert zyn op den 
oO april, en den 1 mey 1658 (3). 

De leste ende principaelsle woorden ende discoursen 
van de vrouwe van den soldaet Claude de la Court, Agnes 
van Bourry : 

Nae dat de voorsz. Vrouwe de goede vermaningë eiule ver- 
troostingen van den Heere Predicant Ludoviciis by t' aenseggen 
van de sententie des dools hadde aengehoori, so heeftse van 
hem versocht te willen seggen wie hy was? Den Predicant ant- 
woorde : [ck ben een Leeraer van de Gereformeerde Kercke 
deser stede. Waer op de voorsz. Vrouwe repliceerde : My is 
verbode van onse Priesteren niet te troden ineenige conferentie 
met de ministers van de gereformeerde kercken, daerom en be- 
geere ik metU. L. in t' stuck van de Religie niet te confereren. 
Ick en ben niet alleen een Leeraer, antwoorde d'Heer Ludovicus, 
maer oock eenen Borger van Maeniricht; daerom en wilt ghy my 
niet hooren als eenen Leeraer, soo laet my doch met u spreken 
als een Borger die uyt goeder harten U. L. komt besoecken, 
ende tôt een saligh eynde te bereyden. Op dese woorden heeft 
de voorsz. vrouwe beginnë te luysteren, ende den Heer Predi- 
cant is in syn voornemen voorts gevaren, haer voor oogen stei- 



(1) Les noms du soldai et de sa femme sont indiqués d'une manière toute 
dififérenle dans cette pièce, comme nous l'avons déjà fait observer précé- 
demment. 

(2) Dans le récit précédent, on nomme la femme Agnès Bonlin, et son mari 
le soldat l.acourt. 

(3j Ghedruckl ende te koop by J. Burchoorn, Boeck-Dnicker op de wesl-zyde 
van l' Speuij inde niciiwe Druckery, 1C38. Sans nom de la ville où elle a été 
imprimée. 



— 67 — , 

lende het abominabele verracdf, ende andere hare sonden; 
doch siende de groote alteratie, dewclcke dese vrouwe kreegh 
over dese voor-stellinge, soo heeft hy haer gevraegt, ofte haer 
deselve nevens hare andere sonden oock van harie leet warê, 
ende ofse oock begeerde genade ende vergevinghe van Godt 
door Christum? antwoorde sy jae, soo heeft hy haer de Leere 
van Chrisfo, ende van t' Gcloove voorgestelt, al het welcke sy 
met een bysondere atteniie heeft aengehoort, vragende, oft men 
in aile Ghercformeerde Kercken oock soo leerde? seyde dacr 
beneffens, dalse by dese Leere gheresolveert was te leven ende 
te sterven. Hier op wierde haer van de Predicant verscheyde 
vragen voor ghesteit, ende onder andere, watse hieit van het 
vaghevyer? Die gheene die Christi bloet niet en houden voor 
haer vaghevyer, gafse (ot antwoort, die soecken een ander va- 
ghevyer, maer ick geloove dat ick door Christi bloet gereynigt 
ben van aile myne sonden, daeromme soo geloove ick dat myn 
ziele, als sy desen dagh sal scheydë uyt dit lichaem, tersiont sal 
op-genomen werden in den Hemel. Doch naderhant doë sy ghing 
naer de justicie, versochtse van een vrouwpersoon, datse wilde 
sorghe draghen, dat een Misse voor hare ziele niochte gedaen 
worden; maer den Predicant dede haer gedencken aen haere 
woorden, seggende : Byaldien gy gelooft dat nwe ziele desen 
dagh sal by Christo wesen, waertoe dan de zielmisse? Ghy bebt 
ghelyck, seyde sy, ick en sal geen Misse van doen hebben. Op 
haer kamer vraeghde haer d'Heere Ludovicus watse in de handen 
hadde? Sy seyde een Pater noster. Wederora ghevraegt synde 
waertoe sy die gebruyckte? gafse voor antwoort : Ick bidde aen 
hetselve het Ave Maria. Den Predicant antwoorde, dat sulx niet 
en konde wesen, om dat tusschen die twee dingen, te weten 
tusschen Pater nosier ende Ave Maria, een groote onderscheyt 
waere; dat het eene was een gebedt ons van Christo bevolen, 
het ander was een salutatie van den Enghel, die de H. RIagci 
Maria niet meer van noode en hadde. Voorts seyde hy dat hy 
met de paepsche Pater Nosiers wilde bewysen, dat men anders 
niemant als onsen Vader die in de Hemelen is moeste aenbidden, 
omdat de paepsche Leeraers door de gantsche wereit aen aile 
hare Paus-gesinde tê hoogsten recomraanderen deselve Pater 
Nosier : waer door sy onwetende moeten lecrcn ende le kenneu 



— 68 — 

geven, dat men niemant anders als Patrem noslriim, dat is on- 
sen Vader in den Hcmel moet aen-roepen; byaldien sy (syde 
hy) konden bewysen, dat Christiis bevolen hadde de Sancten 
ende Sanctinnen, als Petriim, Annam, Marcum, Franciscum, 
ende andere moeste aen-roepen, gelyck hy bevolê heeft dat men 
Patrem nostrum sal aenroepen, so soudense hare dévote catho- 
lyckë niet alleen doen hebben Pater nosters, maer oock Peter 
nosters, Anna nosters, Marca nosters. Francisai nosters, etc. 

Dit heeft de voorsz. vrouwe bevvogen, dat.se niet alleen haeren 
Pater noster niet meer en heeft gebriiyckt, maer sy heeft oock 
van die uyre af hare gebeden alleen tôt Godt gedaen, ende van 
het voick op straet versocht te willen voor haer bidden, altyts 
seggende : Bidt Godt voor my; doë haer de oogen verbonden 
waren, heeft se haere schult bekent, ende dese woorden deu 
Heere Predicant naer-ghesproken, Heere Jesu , in uw handt 
bevele ick mynen geest, ghy hebt my verlost, Heere, ghy ge- 
trouwe Godt! Ende daer mede heeft sy haer leven besloten. 

De leste ende principaeisle woorden van Claude de la 
Court : 

Heeft voor eerst begeert eenen Capucyn om te mogen biech- 
ten; doch soo haest hy de vertroostinghe vande Fransche Predi- 
cant De la Grève, ende synen collega, heeft ontfangen, soo heeft 
hy van geenen Biechtvader meer gesproken, noch de Sancten 
in syne gebeden aengheroepen, ghelyck hy te vooren gewoon 
was te doen. Op het schavot heeft hy syn schult bekendt, God 
ende het gantsche garnisoen, neffens de présente spectateurs, 
om vergiffenisse gebeden van t' gène dat hy heeft meenen te 
doen, ende heeft oock neffens den voorn. Predicant syn ziele 
in de handt van synen Zaligmaeker bevolen. 

De leste ende principaeisle woorden van Leenaert Calers, 
melselaer. 

Eenige wekcn voor syn doot heeft hy van selfs de Predi- 
canten ontboden, om van haer veriroostingh t' ontfangen; die 
by hem gekomen synde, sulck een bescheyt van hem hebben 
ontfanghen, datse haer ton hooghsten daer over hebben verwon- 



— 69 — 

dert. Naedai hem de sententie des dools vvas acn-geseyf, heeft 
hy in de legenwoordigheit van don Predicant Johan Brelius vêle 
schriftuer plaetsen, endc andcre Iroostelycke senlentie uii an- 
dere goede boeckon, die hy gelesen hadde, verhaeit, noyt 
mentie makende van eenig Priesler, noch van biechten, noch 
van ziel mis, noch van Sancten, slennende alleen op de ver- 
diensten Clirisli, ende de ghenaede Gods, seyde verwondert te 
zyn, dat sulcke luyden, gelyck Pater Vinck, Paler Hector, ende 
andere Monicken soo groote sonden soude kuiinen begaen, ende 
andere eenvoiidige Borgerë te verieyden, die nogians meer wys- 
heit behoorden te hebhen om andere wat goets te leeren, ende 
van t' qiiaet af te raden. Op t' schavot heeft hy syn schult be- 
kendt, ende heeft syn leven met een vast vertrouwen op Godes 
barmhertigheyl in Chrislo geeyndigt. 

De lesle ciide principaelsle woordcn van Johan Lantsman. 

Naer dai hem de sententie des dools vvas aen-geseyt, en heeft 
hy anders niet begeert, aïs dat syn doode lichaem in syns vaders 
graff mochte begraven werden. Al eenighe weken te voren heeft 
hy versocht by hem te mogen hebhen de Predicanten van de 
gereformeerde Religie. Op de tvvee leste dagen heeft hy conti- 
nuelycken gedoleert over Paler Vinck ende de geesielyckheyt 
van de Panselycke kerken, die hem so jamnierlyck hadden ver- 
leyt. Ende heeft syne sonden menigmael, ende met een gantsch 
beweeghelycke stemme beweent, Godt ende de Menschcn om 
vergiffenisse biddende. Hy heeft cens eenen Priester begeert om 
te mogé biechtë, maer doe hy de vertroostinghen van de Pre- 
dicanten ghehoort hadde, heeft daer in suick een contentement 
gehadt, dat hy geenen Priester meer begeert heeft. In don tyt 
van de dry leste dagen en heeft hy niet gegheten noch ge- 
droncken. Voor den Heere Predicant Brelius heeft hy eene 
schoone belydenisse des Geloofs gedaen , een iiyre te voren al 
eer mem hem iiyt de ghevangenisse geleyt heeft. Op t' schavot 
heeft hem Ludovicus al het volck, t' welck met diiyscnden by die 
jiisticie waren verscheenen, vcrihoonl, seggende : Siet! soo vêle 
duysent zielen soudet ghy om den hais gebracht hebbë, hadde 
Godt u qnaet voornemen willen laien gelucken : Wacr over hy 



— 70 — 

seer ghesucht heefi. Syue bekentenisse wicrcle liem voorgelesen, 
en hy wierde tôt dry reysen afgevraeght oft hem eyt tôt synen 
laste was op-gheleydt, t' welck hy niet ghedaen en hadde? Doch 
hy seyde altydt : Neen. Naer het gebedt badt hy het volck om 
vergiffenisse, syn schult bekennendë, klagende over Pater Vinck, 
dat hy hem soo schandelycken bcdroghen hadde; ende hoewel 
hy door onderwysinge va» de Predicanten te voren so verre ge- 
bracht was, dat hy alleen wilde vertroiiwen op Christi verdien- 
steu ende voor-biddinge, ende daer door syn saligheytvervvachten, 
so heeft hy nochtans in 't knielen voor t' swaert Godt biddende 
syne ziele te wille otitfangen, oock aen de mocder Gods wederom 
gedacht, moer uit gewoonte van soo te voren te bidden, als uyt 
meeninge; daeroni van de Heer Predicanl Brelius vermaent 
zynde te willen gedencken dat hy belooft hadde van Godi alleen 
door Christum genade te begeeren, soo heeft hy daer op geant- 
woort ; Weldan, Heere zyt my genadigh om Christi verdieuslen; 
Ende dat ivaren sijne lesle woorden. 

Kort verhael van de jnslîde, geschiet binnen Maeslricht. 

Op den 50 april 1658 zyn melien swaerde geexecuteert drie 
conspirateurs; namenllytk jufvrouw Agnea Bourij, huys vrouwe 
van den Bourgoignon Claude de la Court, welcke vrouwe wiert 
onthooft, en haer lichaem begraven. 

Daer op volgde haeren Man Claude de la Court, dewelcke, 
naer dat hy onthalst was, wiert ghevierendeelt, ende de stucken 
aen de vjer hooft-poorten op ghehangen. 

Terstont daeraen volgde Leenaert Caiers, metselaer, dewelcke 
onthalst, ende syn hool't op een siaeck gesteit wiert. 

Des andercn daeghs, zynde den i Mey, wiert den Brouvver, 
in de Mane, genaemt Jan Lanisman, mede onthalst; ende syn 
lichaem gevicrendeelt, ende daer nae begraven. 



La pièce suivante est le pardon général accordé par les 
Étais généraux de Hollande à ceux qui ont pris part, soit 
directement soit indirectement, à la conspiration de 1658, 



— 71 — 

el qui leur permet de rentrer en ville el de recouvrer leurs 
biens confisqués, sous condition de prêter serment de fidé- 
lité à l'Etat. Cette pièce est imprimée à La Haye en grands 
caractères gothiques et porte la date du \G mai 1639. 

ADOLITIE GENEHAEL 

Van de Ho: Mo: Heeren Slaten Generael der vereenighde 

Nederlanden voor de uijlgeweeckene, oock gheblevene 

Persoonen, beticht, suspect ende schuldigh respective, 

aen het verraet op de stad Maestricht, hier bevorens 

ontdeckt. 

1639. 

De Stateii Generael der vereenighde Nederlanden, Doen te 
ueeien, aen allen den gheenen die dese sullen sien ofte hooren 
lesen. Allioewel liet veraedt op de goede stadt van Maestricht 
over eenighen tydt ontdeckt, een stuck is van sodanigen gedach- 
tenisse ende van soo qiiaden gevolge, om niel lichtelyck vergeten 
te worden, ten regarde van allen den gheenen die sich daer met 
eenichtsins dierectelyck of indierectelyck hebben vermenght, of 
daer van wetenschap of kennisse gehadt. So hebben VVy ons 
nochtans naer onse gewoonlycke goederiierentheyt laten bewc- 
ghen met medoogen tôt aile de gheene die over suspicie van het 
voorsz, verraedt in apprehensie gheweest ende ontslaghen zyn, 
welckers goederen om redenen geannoteert zyn, als oock tôt 
diegheene die haer ter oorsaecke van dien noch buyten de selve 
stadt zjn onthoudende ende dien volgens als oock uyt andere 
goede redeneu ende consideratien goet-gevonden te vergeven 
aen aile de voorsz, persoonen, ghelyck Wy aen de selve ver- 
geven mits desen t' geene sy in het stuck van het voorsz. ver- 
raet metter daet , met kennisse of wetenschap daer van te 
hebben, of andersints soude moghen hebben misdaen, consen- 
lerende de abscnlen of(e gevliichlichde wederom vryelyck binnen 
de voorsz. siadt van Maestricht te mochen komen ende aldaer 
gerustelyck te woonen, gelyck VVy oock accorderen dengeenen 
die aldaer woonen ende betucht syn gheweest, of kennisse van 
bel voorsz. verraedt hebben gehadt, te niiM^hen verblyven, 



m 



sonder dat hiin respectievelyck ter saecke van dien eenich hin- 
der in heure persoonen ofte goederen sal aenghedaen worden, 
mits dat sy heur sullen dragen soo als getrouwe ondersaten vaa 
desen staet belaemt, doende tôt dien eijnde den behoorlycken 
Eedt van getrouwicheydt naer by yder een van henluyden 
sweeren ende verkiareu sal dat sy vrywilliclihjck, ende sonder 
eenighe mentale reserve, equivocalie of andere exceplie gehomv ende 
getrouw sullen wesen aen desen staet, dat sy niet en sullen onder- 
nemen eeniyhe saecken die nadelich soude mochen zyn aen de rustc 
van desen staet ende goede stadl van Maestriclu, ende dat sy respec- 
tivelyck heur nerghens anders en sullen inlalen, als in C gheene 
concerneert heurlieder ampt, oeffeninghe van heure bedieninghe, 
ofte der selver neeringe ende hanteringe respective een ijder nne 
syne geleggenheidi ende beroep, voorts dat sy oock sullen aenbren- 
ghen ailes wat toi heure kennisse in toekomende tyde soude moghen 
komen van eenighe machinatie jeghens de voorsz. sladt of desen 
Staet, welcken Eedt by yder een vande voorsz. respective per- 
soonen ghedaen zynde in handen vanden Heeren Gedeputeerden 
van desen Staet daer zynde, of by vertreck vande selve, in 
handen van den Hoogh-Schoudt van de sladt, die daer toe in soo- 
danigen cas midis desen geauihoriseert wordi. Ontbieden ende 
bevelen Wy aen den Gouverneur, Commandeur ende Officieren 
ende gemeene soldaien van het garnisoen der voorsz, sladt 
Maestricht, ende aen aile anderen dien het aengaen mach, de 
vooruoemde wedergekomene, als oock vcrblyvende ende voor 
desen in achterdencken gewesene personen, ende yder een vande 
selve het voikomen effect van dese onse ghenerale abolitie te 
doen ende laten gevveten, sonder daer teghen int niinste ijet te 
doen, op pêne van daer over gecorrigeert te worden. Ende op 
dat niemandt hier van eenighe ignorantie en preiendere, ont- 
bieden ende bevelen Wyden Hoogh-Schoutelten ende Magistraet 
onser sladt Maesiricht, dat sy dese abolitie ende gratie doen 
openbaerlyck verkondighen, uyiroepen ende aenplacken alomme 
daer men gewoon is dusdanige verkondinge, uytroepinghe ende 
aenpieckinghe te doen procederende ende doende procederen 
teghens de contraventeurs ende overireders van dese, sonder 
ooghiuyckinghe, gunste, dissimulaiie ofte verdracht, want Wy 
sullcx ten dienste van de Lande hcbben gevonden te bchooren. 



— lu 

Gegevcn iu S. Graveu Hage, in onse Vergaderinge, onder ons 
Cachet, Paiaphiire, eiule signature van onsen Griffier, op den 
seslliienden may sesthien-hondert negen-en-dertich. Was ghe- 
parapheert, A. van Raniwyck vi. Onder stont, ter ordonnantie 
van de Hoogh-gemelte Heeren Siaten Generael. Geteeckent, 
Cornélius Musch. Zynde op l' spatiuni gedriickt het cachet der 
selver Heeren Staien, in rooden wassche. 



Lettt^e écrite au duc de Bouillon par le recteur Boddens. 

Nous faisons suivre le texte français de cette lettre, ainsi 
que la traduction eu hollandais qu'en donne AKzema, qui 
en diffère sensiblement. 

Monsieur ! 

Etant maintenant sententié (jugé) pour la teste tranchée, j'ai 
pris la hardiesse de vous remercier très humblement de l'hon- 
neur et bonne volonté que vous m'avez témoigné pendant votre 
séjour à Maestrichi, je vous ai à la vérité satisfait en serviteur 
très humble et très fidèle, et pour ma consolation, je vous prie 
très humblement de croire chose véritable, qu'elle je vous as- 
sure du salut de mon ame, et comme je vais être sententié pour 
toute l'éternité de mon juge souverain, devant la trahison, Jean 
Landsman fait la couverture par la prise de son corps. Je n'ai 
aucune connaissance ni directe ni indirecte, je suis beaucoup 
moins trompé par une chose, que je vous ai toujours protesté 
d'être si éloignée de notre vocation; sur ce je vous baise très 
humblement les mains, je demeure comme juste innocent, je fais 
profession ouverte, d'être avec tout respect et sincérité 

Monseigneur, 

(le voire très humble, très obéissant, très 
fidèle et obligé serviteur, Johan.nes Bap- 
TiSTA Boddens, j(fsu/te, contraint de crier 
par la main de la violence de la torture. 

Maestricht, le 20 juillet 1638. 



_ 74 — 
Traduction de la lellre qui précède. 

Sijnde nu ter doodt verwesen, hebbe my verstout dese wey- 
nigc letteren aen U Excellentie te schryven, oni die te bedancken 
voor aile jonst eiuie eere, die ick hier te Maestricht van haer 
ontfangeii hebbe. Ick verkiaerc dat ick alloos eenen seer getrou- 
wen ende seer onderdanighen Dienaer van U Excellentie ge- 
weest ben, ende dioshalve bidde deselve datse gedient sij voor 
eene gewisse waerheyt dese saecke te gelooven, die ick op myne 
salicheyt, ende op de genadige seutentie Cods (die my binnen 
liittel uren te verwachten staet) vastelyck verseeckere dat ick 
voor d'onldeckitige van t verraet [t ivelck Jan Lansman alreerde met 
de doodt belaelt heeft) in 't minste noch direclelyck ijet daer af ge- 
ivelen hebbe, veel minder dat icker mede soude genioeyt geweest 
hebben, dat ick soo menichwerven aen U Excellentie niondeling 
verklaert hebbe hoe eijgentlyck sulcx met onseconstitutien stryt, 
en van deselve vervreemt is, hier op ga ick sterven, ende tôt 
oorkonde der waerlieyt kusse met aile rechtsinnigheyt ende eer- 
biedinge de handen van U Excellentie, den aldergetrouwsten 
ende meest verbonden Dienaer Johatines Bapiista Boddens. 

Ick ben genooisaack door de handt van den cippier te schry- 
ven, nademael de myne door t' pijnigen ongebruickelijck ge- 
worden is. Uit Maestricht den twintichsten july sestien-hondert 
acht-en-dertich ^638j. 



75 



3rfl)toe9 ^C3 3rtô, ^cs Sciences et its Cettres. 

^ 95. Ménestrels, musiciens, fabricants d'orgues et de 
trompes, écoles de musique, etc. 

Soîntnaire : Écoles de musique aux Pays-Bas (Cambrai, Malines, Valenciennes 
et Yprcs) el en Allemagne , aux X\« et XVI« siècles. — Faiseurs de trom- 
pes, à Tournai, aux XV"^ et XVIe siècles. — Vers du XV<' siècle, relatifs 
à la musique, par M. Franc. — Notes biographiques sur G. Bincliois et 
G. du Fay. — Ménestrels aveugles de la cour de Bourgogne. — Harpistes 
célèbres de la cour de Philippe le Bon : P. Thierry, — Jean d'Arras, — et 
Jean de la Court. — Harpes données à Charles, comte de Charolais. — 
Sceaux de J. Van Helen et de J. Hanclel, ménestrels du XIV» et du XV« 
siècle. — Ad. Van Helen, fabricant d'orgues. — Orgue dans la chapelle 
des Clercs, à Louvain. — J. Van Sleenren, dit Van Aren ou Van der Areu, 
fabricant d'orgues, à Arscliot. — Rob. Morlon. — Blaximilien, archiduc 
d'Autriche, amateur de musique. — Notes sur divers musiciens de sa cha- 
pelle : P. Bourse, Q. de Crâne, A. Busnois, P. de la Rue, etc. — Musiciens 
de l'église de N.-D , à Anvers. — J. Barbireau. — A. Van Hove. — Chr. 
(Je Vos. — Adrien Piètre, facteur d'orgues, à Tournai. — Jér. de Clibano. 

— Ph. de Boemingen. — J. de Gruyier. — Hellin de la Croix. — Gil. 
Reyngot. — P. Lescornet. — P. de Paix, organiste du comte de Roggen- 
jorfT. — A. Turschaens. — Maître de chant de Max. de Bourgogne, 
marquis de Terveere. — P. Moseno. — Roland de Lassus. — Rodolphe 
de Lassus.— Montano. — G. de la Hèle. — Jean, Gér. et Dan. Turnliout. 

— Dan. Van Roy. — P. Ruymonle. — Den. Guissano. — G. -A. Teniers. 

— Recrutement de chanteurs aux Pays-Bas, pour les chapelles du vice- 
roi de Naples, de Cliarles-Quint , de Maxiniilien P"", roi de Bohême, et 
d'Albert 111, duc de Bavière. 

Écoles de musique aux Pays-Bas et en Allemagne, aux 
XIV^ ET XV" SIÈCLES. — Noire pays est la patrie des trou- 
vères : on peut assurer que dans les derniers siècles du 
moyen âge ce fut aussi le pays de production par excellence 
des ménestrels ou joueurs d'instruments de toute espèce. 
On les voit figurer dans toutes les fêtes el cérémonies pu- 



— 76 — 

bliques, telles que tournois, concours, cortèges, processions, 
noces, etc. Les souverains, les grands seigneurs, les évêques, 
et même beaucoup de nos villes en avaient à leurs gages, 
et ils en portaient les couleurs ou les armoiries. Ils s'impo- 
saient en quelque sorte à tout le monde, et c'est ainsi que 
l'on peut s'expliquer pourquoi la keure faite par le magis- 
trat d'Ypres, le 18 mars 1295 (n. st.) (i), dans le but de 
régler les dépenses des mariages, qui étaient devenues trop 
onéreuses, contient plusieurs dispositions qui regardent les 
ménestrels. En voici quelques-unes : Les ménestrels qui 
veulent participer au repas de noces doivent payer leur 
écot. — Ils ne peuvent s'avancer vers les gens de la noce 
en jouant de leur instrument que jusqu'à la cour (âtrié). 
— Les mariés ne doivent donner aux ménestrels venant du 
dehors, à cheval que 2 sous, et 12 deniers à ceux venus 
à pied. — Deux ménestrels seulement, hommes ou femmes 
demeurant dans le territoire de l'échevinage d'Ypres, peu- 
vent assister au repas des fiançailles. Chaque contraven- 
tion était passible d'une amende. Lors de l'arrivée à Bruges 
de la princesse Isabelle de Portugal, la nouvelle épouse 
de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, — c'était le 8 jan- 
vier 1430, — une relation contemporaine s'exprime en 
ces termes (2) : « Aussi ne fait à demander s'il y avoit hé- 
» raulx, trompettes et ménestrelz, car tant y en avoit que 
» longtemps avant n'en avoient tant esté ensemble, et y ot 
» trompettes d'argent bien vj"" ou plus, et d'autres trom- 
» pettes, ménestrels, joueurs d'orgues, de harpes et d'aultres 
» instrumens sans nombre, que de force de jouer faisoienl 
» tel noise [bruit] que toute la ville en résonoit. » 

Des écoles s'étaient formées ca et là dans différentes 



(1) GuEiDOLF, Histoire de la Flandre et de scx institutions, t. V, pièces jus- 
tificatives, p. il 1. 

(2) GACHàno, Collection de documents inédits concernant l'histoire de la Bel- 
gique, t. H, p. 84. 



— 77 — 

localités du Nord de la France el des Pays-Bas, pour l'in- 
slruclion de ces ménestrels, aux XIV* el XV^ siècles : 
c'étaient les conservatoires de musique du temps. Nous 
avons groupé ici quelques notes concernant les écoles de 
Cambrai, de Malines, de Valenciennes et dTpres, et d'au- 
tres qui prouvent que les ménestrels du duc de Bourgogne 
s'en allèrent, en 1378, aux écoles en Allemagne. 

On trouve dans le chapitre : Poètes et musiciens de notre 
notice ayant pour titre: la Cour de Jeanne et de Wenceslas, 
et les arts à la cour de Brabant au XP siècle, des notes 
constatant que ces princes el d'autres illustres seigneurs de 
leur temps envoyaient leurs ménestrels aux écoles. 

Quoique cette expression d'éco/es semble assez positive, 
nous croyons devoir émettre ici le doute qui nous est venu 
sur le véritable sens de ce mot dans les documents où on 
le rencontre : ne signifierait-il pas plutôt des réunions de 
musiciens qui se tenaient tantôt dans une localité, tantôt 
dans une autre? 

Malines. — Les comptes de cette ville (i) font mention 
d'une école de joueurs de viole qui y existait déjà en 1528 
el dont il esl encore question en 1363 (2). 

a Item, dat men den vedeleren gaf te hulpe te liaere scoele doen hi de 
vedelerscoele was. » (Compte de 1328-1329.) 

« llem, allen den vedeleren in hovesclieiden doe si te Mechelen horc scole 
quamen houde » (Compte de 1365-1366.) 

Ypres. — Dans les comptes communaux d' Ypres de 1 429 
et de 14-32, on trouve des présents de vins offerts par le ma- 
gistrat aux ménestrels qui avaient une école dans cette ville. 

a Den meneslreulen houdendehare scole hier binnen derstede : viij kannen. » 
a Den meneslreulen Lier blnncn der steide huerlieden scoole lioudende : 
iiij kannen (3). » 

(1) Archives communales de Malines. 

(2) Voy. la Revue trimestrielle, t. XIII (1857). 

(3) Comptes de la ville d'Ypres, aux Archives du royaume. 



— 78 — 

Valencietines. — D'après un compte de celle localilé, 
cité par Pierre Baudry, dans ses Annales de Vabbuye de 
Saint-Ghislain, il y avail à Vaienciennes, en 1452, une 
école célèbre de ménestrels (i). 

Cambrai. — M. de la Fons-Mélicocq, dans son article 
intitulé: les Ménestrels de Lille, etc., qui a été imprimé 
dans les Archives du Nord de la France (2), nous apprend 
qu'en 1436 ou 1437, le magistrat fil donner quelque gra- 
tification « à aucuns ménestrelz de Lille, pour aider à sus- 
» porter leurs despens en allant aux escolles à Cambray, 
» pour apprendre des nouvelles cbanchons. » Il a rappelée 
ce propos que M. Brun-Lavaine a publié dans la Revue du 
Nord de la France, t. III, un document d'où il résulte que 
les échevins de Douai accordèrent, en 1390, 40 sous au 
gardien du beffroi de cette ville « et à plusieurs autres 
» compagnons ménestrels, » pour les aider à supporter les 
frais qu'ils devaient faire « à aller à Beauvais à escole. » 

Écoles d'Allemagne. — Les extraits qui suivent sont re- 
latifs à deux gratifications, de 100 francs chacune, faite 
par Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, à ses ménestrels, 
pour se rendre aux écoles en Allemagne, en 1578. 

« Aux ménestriers de Monseigneur, pour don fait à eulx par Monsei- 
gneur cesle foiz, de grâce espécial, pour aler de Gand en Allemaine aux 
escoles, et retourner dever Monseigneur, et pour supporter les frcz et mis- 
sions que il feront oudit voïaige, par mandement de Monseigneur donné à 
Paris, vj de mars m ccc Ixxvij [1378, n. st.] : c frans. » 

« Aux ménestriers de Monseigneur, pour don à eulx par Monseigneur 
ceste foiz, de grâce espécial, pour aler aux escoles, par mandement de Mon- 
seigneur, donné xxv mars m ccc Ixxvij [1378, n. st ] : c fr. (3j. » 

(1) De P.eiffe>berg, Slonumenis pour servir à l'histoire des provinces de 
Natnur, de Hainaul et de Luxembourg, t. VIII, p. 561. 

(2) T. V, p. 57, 5e série. 

(3) Registre n" B. 1452, fol. Ixv r», de la chambre des comptes, aux Ar- 
chives du département de la Côte-dOr, à Dijon. 



— 79 — 

Faiseurs de trompes, a Tournai et a Bruxelles. — Nous 
avons recueilli dans les archives communales cleTournai les 
noms suivants de personnes qui exerçaient la profession 
de faiseurs de trompes (de vénerie). 

Henri {Hayne) Ricque, cité dans des actes des mois de 
novembre 1459 et de septembre 1460. 

Gui Compains, cité dans un acte du mois d'avril 1480. 

Jean Hellebault, natif de Tournai, fils de feu Adrien, 
admis à la bourgeoisie, le 24 janvier 1504 (n. st.). 

Jean Hellebault, fils de Jean, admis à la bourgeoisie, le 
26 avril 1537 (i). 

Dans un compte de la recette générale des finances de 
Tannée 1444 (2) figure Jean de Thouraine, facteur de trom- 
pes, à Bruxelles. 

Vers du XV'' siècle relatifs a la musique. — Notes bio- 
graphiques SUR G. BiNCHOIS et g. du FaY. 3IÉNESTRELS 

aveugles de la cour de Bourgogne. — Les strophes qui sui- 
vent ont été bien des fois citées et reproduites en partie par 
divers auteurs : elles l'ont toujours été d'une manière in- 
correcte. Nous les avons copiées sur l'exemplaire du livre 
d'oij elles sont extraites, lequel existe à la Bibliothèque 
impériale, à Paris, sous le n" Y. 4388. Il fut imprimé pour 
la première fois en France dans les dernières années du XV" 
siècle, et a pour litre : le Champion des Daines. Martin 
Franc, qui en est Tauleur, et que l'on croit natif d'Arras, 
l'a dédié à Philippe le Bon, duc de Bourgogne : il s'y qua- 
lifie de a indigne secrétaire de nostre-sainct père le pape 
» Félix cinquième, « c'est-à-dire d'Amédée VIH, duc de 
Savoie, élu au mois de novembre 1439, et qui renonça au 
pontificat en avril 1449. Il était déjà au service de ce prince 

(1) Les deux premiers noms sont extraits des journaux des prévôts, et tes 
deux aulres des registres à loi. 

(2) Registre n" F. 139, fol. ij<: xiij r», de la chambre des comptes, aux Ar- 
eliives du département du Nord, à Lille. 



— 80 - 



en 1436. Dans VEstrif de fortune, autre ouvrage de Martin 
P'ranc, également dédié au duc de Bourgogne, on lit qu'il 
était alors prévôt de Lausanne et secrétaire du pape Ni- 
colas V, mort en 145S : ce livre a été aussi publié en 
France vers la fin du XV« siècle (i). 

Les vers que nous imprimons se trouvent dans le cha- 
pitre où « le champion œuvre et desclaire que la légiéreté 
» des engins de maintenant argue [démontre] la fin du 
» monde, et sur ce parle de la perfection des ars présentes. » 



« Pour le temps du maulvais Gain 
Quant lubal trouva la pratique 
En escoiîtant Tubalcaïn 
Accorder les sons de musique, 
L'art ne fut pas si auctcntique 
Qu'elle est au temps de maintenanl; 
Aussi ne fust la réthorique 
Ne le parler si advenant. 

» Tapissier, Carmen, Cesaris, 



» Des bas et des haulx inslrumens 
On a joué le temps passé, 
Doubter n'en fault très-doulcement 
Chescun selon son pourpensé; 
Mais jamais on n'a compassé 
N'en doulseine n'en flajolet. 
Ce q'ung naguères trespassé 
Faisoit, appelé Verdelet. 

» Ne face-on mencion d'Orphée 



N'a paslongteraps (si?) bien chantèrent Dont les poëtes tant descripvent. 



Qu'ilz esbahirent tout Paris 

Et tous ceulx qui les fréquentèrent 

Mais oncques jour ne deschantèrent 

En mélodie de tel chois 

(Ce m'ont dit qui les escoutèrent) 

Que Guillaume du Fay et Binchois. 

» Car il ont nouvelle pratique 
De faire frisque (2) concordance 
En haulte et en basse musique, 
En fainte, en pause et en muance. 
Et ont pris de la contenance 
Angloise, et ensuivy Dunstable; 
Pour quoy merveilleuse plaissance 
Rend leur chant joyeulx et notable. 



Ce n'est q'une droicte fafîée (3) 
Au regard des harpeurs qui vivent, 
Que si parfaictement avivent 
Leurs accors et leurs armonies. 
Qu'il semble de fait qu'ilz escripvent 
Aux angéliques mélodies. 

» Tu as bien les Anglois ouy 
Jouer à la court de Bourgongne 
N'a pas? Certainement ouy. 
Fu-il jamais telle besongne? 
J'ay veu Binchois avoir vergongne 
El soy taire emprès leurs rebelles (4-), 
Et du Fay despilé et frongne 
Qu'il n'a mélodie si belle. 



(1) Brunet, Manuel du libraire, au mot Franc. 

(2) Agréable. - (3) Bagatelle. — (4) Pour : rcbccs. 



— 81 — 

» Se lu parles d'art de painirie, » On a cronicqué liaultcment 

D'istoriens, d'eiilumineurs, De prouesse chevalereuse, 
D'enlailleurs, par leur grant mestrie El lil-on qu'anciennement 

En fut-il oncques de meilleurs? Esloil chose moult merveilleuse, 

Va veoir Arras ou ailleurs Mais par la Vierge glorieuse 

L'ouvrage de tapisserie, Oncques ne fut si dure guerre, 

Puis laisse parler les tailleurs Si aspre ne si furieuse 

De l'ancienne pèlelerie. Qu'elle est ores par loule terre. 

Voici les noms des musiciens cités dans les strophes qui 
précèdent : Tapissier, Carmen, Cesaris, Guillaume du Fay, 
Binchois, Dunstable et Verdelet. Les trois premiers sont 
restés inconnus, dit M"" Fétis, à tous les historiens de la 
musique. Le dernier ne Test pas davantage très-probable- 
ment, puisqu'il n'a pas d'article dans la Biographie univer- 
selle des Musiciens, qui parle longuement des trois autres. 

Si nous n'avons pas été assez heureux pour recueillir 
quelques renseignements nouveaux sur J. Dunstable, nos 
recherches ont été couronnées de succès à l'égard de Gilles 
Binchois et G. du Fay. Nous pouvons ajouter considérable- 
ment à ce que nous avions découvert sur le premier de ces 
musiciens lorsque M. Fétis a publié, en 1860, le t. I" de la 
nouvelle édition de son remarquable ouvrage, travail co- 
lossal dont l'entreprise effrayerait bien des gens au début 
de la carrière et dans la force de l'âge. Dans la plupart des 
pièces où figure le nom du grand musicien du XV^ siècle, 
il est appelé Gilles de Bins, dit Binchois, et cette double 
appellation ne peut laisser aucun doute sur la localité qui 
lui a donné naissance. Dans les documents du XIV^ et du 
XV^ siècle on trouve le nom de Bins, au lieu de Binche, 
fréquemment employé pour désigner cette petite ville du 
Hainaut. Nous avons relevé dans les comptes les noms 
de Galehault de Bins, chevaucheur d'écurie, en 1428 (i); 



(!) Registre n» F. 120, de la chambre des comptes, aux Archives du dépar- 
Icuienl du Nord, à Lille. 



— 82 — 

Jean de Bins, changeur, à Bruges, en U41 (i); Jean Cla- 
baul, tlil Binclioiz, archer de corps et artilleur de Philippe 
le Bon, en 1442 (2), etc. 

La plus ancienne mention de Gilles Binchois se ren- 
contre dans deux curieux documents qui viennent de voir 
récemment le jour (3), et dont nous n'avons pas à nous 
occuper davantage ici : il suffît de dire qu'ils existent en 
original à Lille, et datent de 1427. Nous sommes à l'époque 
de la régence du duc de Bedfort, alors que la plus grande 
partie de la France était occupée par les Anglais. On y 
apprend que Guillaume Poole, comte de Sufîolk, au retour 
des fêles de joute que Philippe le Bon, duc de Bourgogne, 
avait données à Saint-Pol, en Artois, au mois de novem- 
bre 1424, fit une chute qui le retint à Paris, pendant quel- 
que temps, et que, pour le distraire, Guillaume Benoit, son 
intendant, lui lisait les œuvres du poëte de Garencières et 
autres dits amoureux. « Pour alégier son dueil, — écrit 
» Benoit, car c'est lui l'auteur des documents en question, 
» — je lui fey venir Binchoiz, qui, par son command, fist 
» ce rondel : Ainsi que à la foiz m y souvient, et ot ledit 
» Binchoiz, pour ce, ij'= aunes d'écarîate que je lui délivray. » 
On lit ailleurs, dans une pièce qui se rapporte à un évé- 
nement arrivé vers le mois d'avril 142a, au temps où le 
comte de Suffolk se rendait en Hainaut, sous le prétexte 
d'arranger la querelle entre le duc de Glocester et sa femme 
Jacqueline de Bavière, d'une part, Philippe le Bon et 
Jean IV, duc de Brabant, de l'autre. « Et en ce voyage, 
» — dit Benoit, — eurent des Normans nommez Desquay, 

(1) Registre n" F. 136, de la chambre des comptes, aux Archives du dépar- 
tement du Nord, à Lille. 

(2) Registre n» 137, fol. Ij v, ibidem. 

(3) A. Desplanque, Projet d'assassinat de Philippe le Bon par les Anglais 
(14.24-U26), p. 70, mémoire qui est imprimé dans le t. XXXIII des Mémoires 
couronnés, etc., de PAcadcmie royale de Belgique, et qui a paru à la fin de 
janvier 1867. 



— 85 — 

» frères, (rès-grans débaz avecquesBinchoiz, pour le fail de 
» la guerre de Monseigneur de Bourgoingne el de Gloxes- 
') tre, car lesdits Normans, serviteurs dudit Suiïolk, par- 
» loient contre monseigneur de Bourgoigne, elBinchoiz le 
» porloil, » c'est-à-dire qu'il soutenait ce dernier prince. 
Celle révélation d'un contemporain nous semble confirmer 
à la fois ce que nous apprend un document découvert par 
M"" Morelot, à la Bibliothèque de Dijon (i), que Binchois 
« fui soudart en sa jeunesse, » el entra ensuite dans les 
ordres, et qu'il était natif du Hainaul, puisqu'à propos de 
la guerre qui désolait ce pays, il prend la défense de Phi- 
lippe le Bon, lequel s'opposait à l'invasion des étrangers 
venus à la suite du duc de Glocester, et il s'emporte contre 
les Normands qui parlent mal du duc de Bourgogne. Quoi 
qu'il en soit de notre interprétation, une particularité im- 
portante pour la biographie de Gilles Binchois resle néan- 
moins acquise, c'est qu'en 1424 el l42o, il était au service 
du comte de Suffolk, peut-être en qualité d'archer de corps, 
el que ce célèbre capitaine connaissait le talent musical de 
Binchois. 

D'après un état des gages dus aux vingt-quatre person- 
nes qui faisaient partie de la chapelle de Philippe le Bon à 
la date du 1" mars 1456, nous voyons que Gilles Binchois 
y fîgure en cinquième ligne, comme chapelain. Il était le 
quatrième en 1441; le troisième en 144o el le deuxième 
en 1449. Si Binchois ne parvint pas aux fonctions de con- 
seiller et de premier chapelain, c'est que Nicaise Dupuis, 
qui occupait alors celte charge, lui survécut. La date du 
décès de Binchois nous est maintenant connue: il mourut à 
la fin de septembre ou au commencement d'octobre 1400(2). 

H) De ta musique au XV^ siècle. Notice sur un manuscrit de la Biblio- 
thèque de Dijon; Paris, 185G, p. 20. 

(2) « Ohiit en la fin de septembre ou au commencemenl d'octobre [mj ccce 
» Ix. » Annotation niai'ginale du registre n" F. 132, de la chambre des comp- 
tes, aux Archives du déparlement du Nord, à Lille. 



— 84 — 

Le compte de la recette générale des finances de Uo8 (i) 
renferme une note relative aux travaux du célèbre musi- 
cien; elle est ainsi conçue, et en en mettant le texte sous les 
yeux de ceux qui s'occupent plus spécialement que nous 
de l'histoire de la musique, elle donnera peut-être lieu à 
quelque découverte : 

« A Gilles de Bins, dit Binchois, chappellaiii de la cliappclle de Monsei- 
gneur, la somme de xxiiij libvres, de xl gros de Flandres, pour ung livre 
qu'il avoit fait et composé par l'ordonnance de Mondilseigneur, des Passions, 
en nouvelle manière, et icellui mis en ladicte cliappellc; pour ce, par man- 
dement de icellui seigneur sur ce fait et donné en sa ville de Douay , le 
xxixe jour de may l'an mil iiijc trente-huit (1). » 

C'est, croyons-nous, entre les années 1438 et 1440, que 
Binchois fut nommé secrétaire aux honneurs, et reçut une 
des prébendes qui étaient à la collation du duc de Bour- 
gagne dans l'église de Sainte- Waudru, à Mons, ainsi que 
le témoigne la pièce suivante que nous reproduisons : 

a Maistre Jehan Hiberl ou son clerc, délivrez à Binchois, nostre chappe- 
lain, une retenue de secrétaire aux honneurs et une lettre de la prébende de 
Saincle-Wauldrut de Mons, que lui avons nouvellement donné, sanz de tout 
ce prendre droit de séel (2). » 

Nous avons dit plus haut que Binchois s'en alla à Mons, 
en 1449, en compagnie de G. du Fay et autres chanoines 
non résidents, pour décider l'emplacement de la nouvelle 
église de Sainte-Waudru. 

Passons à Guillaume du Fay. La personnalité de cet ar- 
tiste est restée inconnue jusqu'ici, malgré les recherches de 
tous ceux qui se sont occupés de l'histoire de la musique. 
Son épilaphe a été publiée, en 1866, dans le Bulletin de 

(1) Aux Archives du royaume, fol. ij" xlix r». C'est le double du registre 
n" F. 130, de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, 
à Lille : il provient de ce dernier dépôt. 

(2) Collection des acquits des comptes du grand sceau, aux Archives du 
royaume. 



— 85 — 

la Commission historique du dêparlement du Nord (i). 
Elle est gravée au bas d'une pierre lumulaire mesurant 
quatre-vingts centimètres de hauteur sur quatre-vingt-dix 
de largeur, et représentant, à droite, la Résurrection du 
Christ, et, à gauche, le défunt agenouillé, en costume de 
chanoine, avec l'aumuse sur le bras; derrière lui on voit 
sainte Waudru et ses deux filles. Aux angles de la pierre 
sont quatre écussons, sur lesquels se lit en rébus le nom 
de G. du Fay (2). Ce petit monument commémoratif se 
trouvait anciennement placé dans la métropole de Cambrai, 
sous le portail de Saint-Gangulphe, non loin de la sépul- 
ture du défunt : il appartient aujourd'hui à W V. Delatlre, 
amateur cambraisien, qui possède chez lui un véritable 
musée, dont il nous fit les honneurs avec la plus grande 
courtoisie, en 1862, lors de notre voyage en compagnie de 
M. Alphonse Wauters. 31. Delatlre a joint au dessin de 
la pierre lumulaire quelques réflexions sur la biographie 
de l'artiste à laquelle elle est consacrée, à l'aide de do- 
cuments imprimés qui nous étaient aussi connus. Voici 
les nôtres. 

Nous croyons d'abord utile de reproduire ici l'épilaphe : 

^tc (itiifeïiu-g \zuX lirawaWt^ hït imgï gmiilkKinniiijg ïiiufag 
miyiM£% ibaicaîariu^ m ÛMWife ©Ito |ii^ ecilegk cljonali^ 

Imi milk^imo qttaldm ii°. ^w. sthi\^ mm$ï$ nsÊutmld^. 

L'élat de dégradation du monument ne permet plus de 
lire l'année de la mort. Il ressort de celle inscription que 
le musicien G. du Fay était bachelier en droit canon, qu'il 
fut d'abord enfant de chœur et devint ensuite chanoine de 
l'église cathédrale de Cambrai, et qu'il jouissait en outre 



(1) T. IX, p. 349. 

(2) Ce rébus a fail l'objel d'une notice que M' Lefebvre a insérée dans les 
Mémoires de la Société d'émutaliou de Cambrai, t. XXVI, l^* partie, p. 381 • 
Il se compose d'un ^ dans lequel on lit : ÎIIU (la note fa) et gi. 



— 86 — 

cFune prébende à réglise de Saiule-Waudru, à iMons. Ces 
reuseigiiemeuls se complèleiil par un extrait des registres 
aux actes capituiaires du chapitre de Notre-Dame, à Cam- 
brai, conservés à la bibliothèque de cette ville, qu'a publié 
M"" Lefebvre, en 1859, dans les Mémoires de la Société 
d'émulation de Cambrai (i), et qui nous fait connaître 
que G. du Fay fut admis chanoine en remplacement de 
Jean Vivien, évéque de Nevers, le 12 novembre 1456 (2). 
N'ayant pas trouvé son nom dans les registres aux promo- 
tions de l'université de Louvain, qui remontent aux premiè- 
res années de la fondation de cet établissement (1428), 
on peut supposer qu'il alla achever ses études théologi- 
ques à Paris. 

JM"" L. Devillers a eu l'obligeance de nous envoyer la 
copie du passage inédit d'un registre aux résolutions du 
chapitre, que nous reproduisons plus bas, lequel constate 
qu'à la suite d'une convocation, divers chanoines non rési- 
dents et qui se trouvaient alors à Bruxelles, arrivèrent à 
Mons, le 5 mars 1449 (n. st.), afin de participer à la dé- 
cision que l'on devait prendre sur l'emplacement où allait 
être construite cette magnifique église de Sainte-Waudru 
que l'on voit aujourd'hui (3). Parmi eux figurent Gilles de 
Binche ou Binchois et Guillaume du Fay, et cette rencontre 
des deux noms ne peut laisser aucun doute qu'il ne s'agisse 
ici du grand musicien. Les vers de IMartin Franc confirment 
cette assertion, puisque l'époque de 1449 se rapproche de 
celle où il écrivait. Nous mettrons la note de M. Devillers 
sous les yeux des lecteurs : 

« Premiers, pour les despens de messires tlenry de Jauche, prebu-e, cl 



(!) ï. XXVI, 1« parlie. 

(2) u Recrplus, \1 novembris 1436, pcr resignalionem Joannis Viviani, 
M cpiscopi Nivernensis. » 

(5) Mr Devillers avait déjà cité le fait dans son intéressant Mémoire sur 
l'église de Saiiile-Waudru; Mons, 1857, p. 14. 



— 87 — 

Jehan, le niessagier, envoyez à Broussellcz pour convocquer une grande partie 
de chanoinez d'icelle églize lu estans, pour venir à Mons à visiter le place et 
avoir advis de le manière de réédification, comme il fiscnt. En quoi faisant 
il misent depuis le xix^ jour de febvricr jusque au xxv« jour d'icelluy 
mois [xiiij<; xiviij], c'est pour le terme de vij jours, despendirent xj libvres 
vj solz vj deniers. 

» Le lundy enssuivant, qui fu le iij^ jour de mardi, vinrent à ladiclc convo- 
cation maisire Franchois de Gand, maistre Émond Musiner, Gilles de Binch et 
maistre Guillaume du Fay, lesquelz despendirent de bouche avec leurs servi- 
teurs ce lundy et mardy : xiiij libvres. » 

Nous avons en vain compulsé les comptes de la receUc 
générale des flnances pour découvrir la date précise où 
noire poêle vint à la cour de Bourgogne et nous assurer 
s'il ne fut pas chargé d'une mission quelconque auprès de 
Philippe le Bon par les papes Félix V ou Nicolas V. 

G. du Fay était donc à Bruxelles en 1449. En quelle 
qualité, c'est ce que nous avons cherché à savoir. Avait-il 
alors quitté sa résidence de Cambrai? Comme il n'a jamais 
fait partie de la chapelle ducale, notre première pensée fut 
de porter nos investigations dans les archives du chapitre de 
Sainle-Gudule, qui existent tant aux Archives du royaume 
qu'à l'église elle-même. Nous y avons acquis la certitude 
qu'il n'y occupa aucune fonction et n'était attaché à aucune 
des églises ou chapelles de Bruxelles. Cette particularité 
que du Fay était chanoine de Sainle-Waudru nous fit alors 
supposer qu'il était peut-être au service de Jean de Croy, 
seigneur de Tour-sur-!Marne et de Chimai (i), lequel occu- 
pait la charge de grand bailli de Hainaut, et que ce pouvait 
bien avoir été à l'influence de ce personnage important que 
du Fay avait obtenu un bénéfice à Mons, d'autant plus que 
Chimai paraît être la patrie de notre musicien (2). Cepen- 



(1) J. de Croy avait acheté la seigneurie de Chimai en 1418. Voy. IIagemans, 
Histoire du pays de CItimay, t. l^'', p. 183. 

(2) FÉTis, Biographie universelle des musiciens, t. II!, p. 71. 



— 88 — 

(lanl en réfléchissant qu'il avait été enfant de chœur à 
l'église calliédrale de Cambrai, et que selon l'usage adopté 
dans les chapitres, les choraux qui embrassaient la pré- 
irise étaient généralement élus de préférence aux prébendes 
vacantes, et en tenant compte de documents constatant le 
décès de la mère de du Fay à Cambrai en 1444, et sa 
présence dans cette ville en 1445 (i) et 14S1, nous nous 
sommes arrêté à celle idée qu'il ne se trouvait à Bruxel- 
les, au mois de mars 1449, qu'accidentellement, et qu'il 
y avait été appelé par son évéque, Jean de Bourgogne. On 
sait que ce prélat, au lieu de demeurer dans sa ville épis- 
copale, préférait jouir des plaisirs que lui offrait la cour de 
Philippe le Bon (2). 

D'autre part, le nombre considérable d'œuvres musicales 
du grand maître du XV* siècle trouvées par M. de Cousse- 
maeker dans la Bibliothèque de Cambrai et provenant de 
l'église de Noire-Dame (3), prouve surabondamment que le 
chanoine du Fay y a vécu fort longtemps : son épilaphe 
apprend qu'il y mourut. Il y a même grande apparence 
qu'il y dirigeait la musique de la métropole; c'est pour avoir 
doté l'église de ses compositions, et, de plus, à cause de 
ses qualités ainsi que de ses mérites, que ses confrères lui 
volèrent une gratification de 60 écus, le 21 avril 14ol (4), 
au lieu des revenus ordinaires de sa prébende, pour l'an- 
née suivante. 



(1) Voy. la notice de Mr Lefebvre, citée. 

(2) A. Le Glay, Cameracum christianum, p. XLIV. 

(5) iXolice sur les collections musicales de la Bibliothèque de Cambrai; 1843. 

(4) « Uomini raei, propter qualilates et mérita magistri Guillelnii du Fay, 
» canonici, qui nosiram ecelesiam canlibus musicl decoravit, dant sibi {sic), 
" loco frucluum grossorum prœbendœ suae, pro anno futuro, 60 scula quœ 
>■ acceptavit idem magisler Guillelmus. » Voy. la notice de M-- Lefebvre. Ce 
texte est tiré des registres aux Acia capilularia que possède la Bibliothèque de 
celte ville, comme nous Pavons dit, et qui sont décrits par A. Le Glaï dans 
son Catalogue des manuscrits de ce dépôt, n»» 944-987. 



— 89 - 

Une autre preuve pour nous que G. du Fay habitait 
Cambrai, c'est que sa mère y décéda le 23 avril 1444. 
L'épitaphe de celle-ci, qui se trouvait aussi sous le portail 
de Saint-Gangulphe à la cathédrale, a été conservée; elle 
est ainsi conçue, et semble, par la forme de sa rédaction, 
dire que son fils était un enfant naturel : 

@ï)i 'Uîhmî %Ul îiiemi^dle J^sïw Pufag, mue ^2 ra* ®EiI= 
lîimia Muhv, tnnm$ Sue am^, hqudh îu$sMu hu mÛ iiil" ci 

Près de cette inscription, on en voyait encore une où le 
nom de ce musicien est également cité; elle était consacrée 
au souvenir d'Alexandre Bouillart, lequel y est qualifié de 
chapelain de Guillaume du Fay (i). La voici : 

@lîi gi^l ^ïxs ^hxaïàxs lisiuilkïi fwïu v.uM "Ui WîRnhuii^ 

hx&i îî tr?ipa^-ga hn rail aa, hxiu]. h x% loiuï îiaoïî^t. Mun m 

La forme du pluriel employée ici semblerait indiquer 
que du Fay avait précédé dans la tombe son chapelain, 
c'est-à-dire le coadjuleur qui lui aura été donné pour le 
remplacer aux offices, à cause de son grand âge. Et ce- 
pendant s'il faut se rapporter à une note consignée dans un 
manuscrit de la Bibliothèque de Cambrai (2), intitulé : In- 
dex copiosits omnium cUfjnilarioriim et canonicorum ecclesiœ 
Cameracensis, Guillaume du Fay serait mort le 28 novem- 
bre 1474, et aurait reçu la sépulture dans la cha|)elle de 
Saint-Etienne (3). Il y a donc un jour de différence avec 
l'épitaphe. Ceci est peu important, mais si l'on veut attacher 

(1) Ces deux inscriptions funéraires ont élé publiées, en 1825, par A. Le 
Glay, dans ses Recherches sur l'église métropolitaine de Cambrai, pp. 199 et 
200, d'après le recueil de Tabbé Fr.-D. Tka>ciunt, qui perle le n» 941 de lu 
BiblioUièque de Cambrai. 

(2i I\« 958. 

(5} >< Obiit 28 novembris 1474; jacci in capellania [sic) saneli Slepliani. » 

7 



— 90 — 

quelque valeur à Temploi du pluriel dans rinvocalion 
finale de l'inscription du chapelain Bouillarl qui a été copiée 
par l'abbé Tranchant au siècle dernier, il est évident qu'il 
y a une erreur d'un côlé ou de l'autre. Faut-il lire ici 1475, 
ou bien admettre que ce savant investigateur a commis 
quelque méprise en transcrivant la date du décès de du Fay 
d'après les registres du chapitre qu'il a eus à sa disposi- 
tion, et faut-il changer le dernier chiffre du millésime qu'il 
rapporte? Quoi qu'il en soit, il est toujours constaté que le 
célèbre musicien est mort en 1475 ou 1474, et qu'il n'a 
par conséquent aucun rapport avec le chantre du nom de 
du Fay qui fut attaché à la chapelle papale depuis 1580 
jusqu'en 1452. 

Dans un autre endroit de son poëme du Champion des 
Dames, Martin Franc consacre encore une strophe à célé- 
brer le talent de certains instrumentistes aveugles qu'il avait 
entendus jouer à la cour de Bourgogne, et qui y firent 
grande sensation. Le nom de Binchois est encore cité dans 
ces vers que voici : 

a Tu as les aveugles ouy 
Jouer à la court de Bourgogne ; 
N'a pas certainement ouy 
Qu'il fust jamais telle besongne. 
J'ay veu Binchois avoir vergongne 
Et soy taire emprez leur rebelle, 
El du Fay despité et frongne 
Qu'il n'a mélodie si belle. » 

Quels étaient ces aveugles qui émerveillèrent Binchois 
et du Fay à la cour de Bourgogne? Nous sommes à même 
de pouvoir citer leurs noms : ils s'appelaient Jean de Cor- 
donval et Jean Ferrandès. Les comptes les désignent tantôt 
comme joueurs de vielles, tantôt comme joueurs de « bas 
» instrumenis. » Ils étaient au service d'Isabelle de Portugal, 
duchesse de Bourgogne, et Philippe le Bon leur avait ac- 
cordé en cette qualité, un franc, de 52 gros, à chacun, de 



— 91 — 

gages journaliers, par lettres patentes du 3 janvier 1 455 (n. 
st.). La forme de ces noms nous fait croire qu'ils étaient 
originaires d'au-delà des Pyrénées (i). 

« A Jehan Ferrandès pl Jehan de Cordonval, aveugles, joueurs de vielles, 
lesquelz Monseigneur, par ses lettres patentes, données en sa ville de Dijon, 
k iij" jour de janvier Tan mil iiij" xxxiiij, a retenus pour servir devers ma- 
dame la ducesse, et par icelles lettres leur a ordonné prendre et avoir de luy 
ung franc, de xxxij gros, de gaiges par jour, etc. (2). » 

« A Jehan de Cordonval et Jehan Ferrandès joueurs de vielles, servans 
dMceuIx instrumens devers madame la duchesse de Bourgoingne, pour leurs 
gaiges, etc. (3). » 

Dans un autre article nous donnerons la liste des mé- 
nestrels des ducs de Bourgogne, c'est-à-dire de ces joueurs 
de hauts et de bas instruments, ainsi que les appelle Martin 
Franc, depuis le XIV'' siècle jusqu'à la fin du XV% liste 
que nous avons dressée d'après une foule de documents 
existant à Lille, à Dijon et à Bruxelles. 

Nous consignerons ici quelques renseignements relatifs 
à ces harpeurs qui vivaient au temps où écrivait notre 
poète (entre i440 et 1449), et dont il fait un si brillant 
éloge. Voici les noms de ceux que nous avons recueillis 
dans les comptes des ducs de Bourgogne existant à Bruxel- 
les, à Lille et à Dijon, et auxquels l'auteur du Champion 
des Dames a pu faire allusion. 

Pierre (Perenet, Perrin) Thierry, harpiste de Philippe 
le Bon, duc de Bourgogne, et de Charles, son fils. Il est 
mentionné plusieurs fois dans un compte de l'année 1459, 
d'abord avec la simple qualification de harpeur, puis sous 
les appellations suivantes : varlel de chambre et joueur de 



(1) Voy. aussi De Laborde, les Dhc.i de Bourgogne,- prea\es, t. I", p. 33S, 
no 1206, et p. 470, n»' 1819 et 1820. 

(2) Registre n» F. 128, fol. Ixxij ro, de la chamhre des comptes, aux Ar- 
chives du département du Nord, à Lille. 

(3) Registre n" F. 133, fol. Ixviij r", ibidem. 



— 92 — 

harpe de Monseigneur te duc de Bourgogne, ou varlet de 
chambre et harpeur de Monseigneur, à Toccasion de diffé- 
reules gratifications qu'il reçut de son souverain, l'une au 
mois d'août « pour baillier à sa femme estant en Bour- 
» goingne, pour vivre elle et ses enffans durant et pendant 
» ce qu'il est au service de monseigneur de Charrolois, » 
l'autre, au mois de novembre, « pour les bons et agréables 
» services qu'il a faiz devers monseigneur le comte de 
» Cbarrolois, par l'espace de sept mois, et pour luy aidier 
» à porter ses fraiz audit service, et pourveoir au vivre et 
» nécessité de lui, sa femme et son mesnaige, » etc. (i). 
Au mois de décembre de la même année, Pierre Tliierry 
reçoit encore 30 francs du duc : il est alors qualifié de 
harpeur de monseigneur de Charrolois (-2). Il était donc 
passé au service de ce jeune prince, qui, selon le témoi- 
gnage d'un chroniqueur du temps, « apprit l'art de musique 
» si perfectement qu'il mectoil sus chansons et motets, et 
» avoit l'art perfectement en soi (3). » 

Jean {Jehannin) d'Arras, harpiste d'Isabelle de Portugal, 
duchesse de Bourgogne. Philippe le Bon lui donne, en 1435, 
G livres de Flandre pour acheter une harpe (4). Une note 
du mois de juin 1437 est conçue ainsi ; « A Jehan d'Arras, 



(1) Registres n» F. 133, fol. ij'' ij V et ij^ xviij r», de la chambre des comp- 
tes, aux Arcliives du déparlement du Nord, à Lille. Voij. aussi De Laborde, 
les Ducs de Bourgogne; preuves, t. I", p. 358, n° 1251, et p. 561, n» 1250. 

(2) Registre n» B. 1673, fol. xl v", de la chambre des comptes, aux Ar- 
chives du département de la Côle-d'Or, à Dijon. 

Il est encore mentionné en la même qualité dans un compte de liiO (re- 
gistre n» F. 135, fol. ijc Iv, de la chambre des compics, aux Archives du dépar- 
tement du Nord, à Lille) : « A Pcrrenet Thierry, harpeur de monseigneur de 
» Charrolois, que Monseigneur [le duc] a ordonné luy estre baillié pour soy 
>> deffraïer et aler aux nopces de Thiébault monseigneur à Tournay en la com- 
» paingnie de monseigneur de Clùves : 1 s. » 

(3) 0. DE LA Marcue, Mémoires, p. 408; éd. de Bruxelles, 1616. 

(4) Registre no F. 125, fol. vjxx viij r", de la chambre des comptes, aux 
Archives du département du Nord, à Lille. 



— 93 — 

» harpeur de madame la diicesse, pour don à lui fait pai- 
» Monseigneur pour soy aidier à garir de cerlaine maladie 
» qui lui csl nagaires survenue : Ix s. (i)- » H est encore cilé 
dans un compte de l'année 1442, en ces termes : « à Jehan- 
» nin, le harpeur, pour une petit harpe par luy vendue et 
» délivrée pour monseigneur le conte de Charroloiz (2). » 

Jean (Jehan) de la Court, harpiste de Catherine de 
France, comtesse de Charolais. Celte princesse lui acheta, 
en 1441, une harpe qu'elle donna à son mari « pour soy 
j) jouer et prendre son esbalement. » L'instrument coûta 
12 francs, et c'est le duc de Bourgogne qui paya cette 
dépense (3). 

Ces deux mentions démontrent que la harpe était l'in- 
strument favori du comte de Charolais. 

Nous devons borner nos citations aux contemporains de 
Martin Franc que l'on peut supposer avoir acquis quelque 
célébrité, puisqu'ils occupèrent un emploi à la cour de 
Bourgogne à la suite de laquelle ils voyageaient, par con- 
séquent l'écrivain a pu avoir l'occasion de constater leur 
talent. A cette même époque vivait Jean Hanelet, qui avait 
été au service de Guillaume IV, père de Jacqueline do 
Bavière, mort en 1417. Ce prince lui avait fait une pen- 
sion annuelle de SO couronnes d'or de France, pour a la 
» sustension de son povre vivre en ses anciens jours durant 
» le cours de sa vie. » C'est bien de lui, croyons-nous, qu'il 
est question dans des lettres patentes de Jacqueline, datées 
du 22 février 1421 (n. st.) (4), où il est dit : « Nous avons 
» donné à noslre amé Johannes, noslre harpeur, en récom- 



(1) Registre n» F. 128, fol. vijxx viij v», de la chambre des comptes, aux 
Archives du département du Nord, à Lille. 

(2) Registre n» F. 137, fol. ij« ix r", de la chambre des comptes, ibidem. 

(3) De Laborde, les Dues de Bourgogne; preuves, t. I'^. p. 580, n" 1344.. 

(4) Ces lettres patentes ont été publiées dans les Bulletins de la Commisnioti 
royale d histoire, 2« série, t. VIII, p. 552. 



94 — 



w pcnsalion des agréablez services qu'il nous puel avoir fait, 
» la somme de douze couronnes d'or, pour faire un voyage 
» vers Sainl-Jaque, en Galisse. » Jean Hanelet se qualifie, 
dans une quillance de l'année 1424, de roi des ménestreux 
don pays de Umjnnau, et, dans une autre, postérieure de 
deux ans, de ménestreux à monseicjneur le duc de Brabant: 
on sait que Jacqueline était alors l'épouse de Jean IV, sou- 
verain de ce dernier pays. Lorsque le duc de Bourgogne 
se fut mis en possession du comté de Hainaut, il continua 
à faire payer la pension de Hanelet, qui mourut en 1 444 (i). 
Dans les comptes, il figure sous le nom de Jean Hannelel 
ou Hannelez, mais sur son sceau, qui est attaché à plu- 
sieurs quittances existant aux Archives de l'Étal, à Mons, 
on lit : 0: \t^d.u, laMkL Le sceau représente trois canettes 
ou hanaps, dont deux sans anse, et une à deux anses, dis- 
posées deux et une. Hanelet est probablement le diminutif 
de hanas ou hanap (2). 





Van Halen (Jean). — A côté du sceau de J. Hanelet nous 
avons dessiné celui d'un joueur de viole flamand du XIV^" 



(1) En marge du registre n° H. 288, fol. liij r», de la chambre des comptes, 
aux Archives du déparlement du Nord, à Lille, on lit à pi-opos de la pension 
de Hanelet, cette annotation : « Ne soit plus mis en compte pour ce qu'il est 
» depuis trespassé. »0n trouve les payements de celle pension dans les comptes 
de la recelte générale de Flainaul qui sont conservés au dépôt de Lille et aux 
Archives du royaume. 

(2) Mr Lacroix nous a communiqué une empreinte originale de ce sceau 
pour en faire le dessin. 



— 95 — 

siècle, à en juger par Tinscriplion qu'il porte : s. ian van 
HALEN DE vEDELLEER. Il représente une viole et une flûte. 
La matrice de ce sceau existe au Musée royal d'antiquités, 
à Bruxelles. 

Van IIelen (Adam). — Le 23 février 1446 (n. st.), entre 
les marguilliers et proviseurs de la chapelle des Clercs, à 
Louvain, et maître Adam Van Helen, fabricant d'orgues, 
fut passé un contrat pour la livraison d'un nouvel orgue. 
Le texte de cet acte nous a été conservé; nous en rapporte- 
rons les principales dispositions. 

Le tuyau principal devait avoir quatre pieds de longueur, 
avec doubles principaux derrière et devant. Ces derniers 
devaient être en élain fin, et non en plomb. Sur la première 
clé, qui sera en bfabemi, il y aura au moins cinq tuyaux, 
dont deux principaux et trois autres au milieu. Le reste 
sera réglé d'après cela. Van Helen promit de livrer l'orgue 
entièrement achevé à Louvain avant le o1 août suivant, et 
s'engagea à en répondre pendant douze ans. Il ne peut 
faire audit orgue plus de travaux qu'il ne convient à un 
instrument de ce genre à trois soufflets. Il prend l'enga- 
gement, lorsque le nouvel orgue sera placé, de réparer et 
d'accorder l'ancien qui se trouve dans l'église. Si quelque 
chose vient à manquer à l'instrument qu'il doit livrer, 
Van Helen promet d'y pourvoir à ses frais. Toutefois, 
dans le cas où une détérioration quelconque arrive, et que 
ce ne soit pas de sa faute, la réparation sera à la charge 
des marguilliers et proviseurs de la chapelle. Ceux-ci, de 
leur côté, promettent de payer pour le nouvel orgue à 
Van Helen 58 florins du Rhin, et de le solder intégrale- 
ment dès que la livraison en aura été faite. 

Parmi les témoins de ce contrat figure Pierre Ysebeele, 
organiste de l'église de Saint-Pierre, à Louvain. 

La chapelle des Clercs, qui avait été fondée au XIV' 



— 96 — 

siècle par les étucliaiils en théologie, fut, après la fonda- 
lion de l'université de Louvain, attribuée à la faculté des 
arts. L'édifice actuel ne remonte qu'au XV^ siècle : il sert 
aujourd'hui de chapelle pour le culte anglican. En 1559, 
on lui donna le nom de chapelle de Saint-Antoine: la place 
où il est situé en a retenu le nom. 

La faculté des arts accorda pour la construction de l'or- 
gue par Adrien Van Helen un subside de 100 griffons (i). 

« In "l jaer der glieboerten 0ns Hceren dusenl cccc" vive ende vierlich, den 
xxiijen dach in februario,in die sacristie der Ciereken capellen, le Lovenne,soe 
hebben ghemaect voorwaerden ende composicien [de] monboers ende provi- 
sors der voirscbreve capellen met meester Adam Van Helen, orgelmaker, ende 
verdinct een nyuwe orgel te makene, in deser naevolghendc nianiren : 

Item, in den eerslen, soe heeft meester Adam aenglienomen ende gheloefl te 
makene een neywe orgele die staen sal in die voorschreve capeile, dais te we- 
tene dal die prineipael ende eerste pipe sal lanc wesen iiij voete, ende met 
dobbelen principalen, voere ende achter, ende die principaien voere selen 
wesen van finen tinne ende niet van loe. Ende op dien eerstcn slotel die wesen 
sal bfabcmij sal liy setten te minsten vyf pipen, twe principalen ende drie in 
midden; ende alzoe voopt opgaende sal hyl ghetrouwelic wt maken na den 
eysch van den werki?, ende lieeft voort gheloeft die selve meester Adam dat hi 
dese voerschreve orghele leveren sal te Lovenne al volmaect binnen den 
laelsten dach van augusto naesltoecomcnde ende als't volmaect is, soe sal bise 
houwen staende xij jaer. Ende meester Adam en sal niet mcer aen die orghele 
maken dandatdiesubslancien des orghelen toebehoort met drie blaesbalghen, 
ende als hi dese nyeuwe orgele volghemaecl Iiceft ende gheset, als daer toe- 
behoort, soe sal hie die ouwe orghele die nu in die voerschreve capeile slaet 
van gracien rcformeren ende accorderen op siiien cost, ende waer dat zake 
nae dat die orghele volmaect ware ende dat daer naemaels yet aen ghebrake 
ende dat dan alzulc ghebrect toequame bi sculden of verswimenisse meester 
Adams, soe lieeft hi gheloeft dal te harmakene op sinen cost : maer grebreke 
yet aen die orghele ende dal ghebrect niet toe en comt by meester Adam scult, 

(1) On lit sur un des feuillets où le contrat est transcrit l'annotation sui- 
vante :« Facullas subsidium dédit eis centos grififones pcncs rcceplorem 
» exeuntes qui recepli erant ex illis qui non delerminaverant tempore debilo, 
» et cura hoc, tantum ut fieret, medietas prelii quod constarent dicta organa. » 



— 97 — 

soe sal liise iiiake op die cosl van der voorsclirevc capelleii ende die ca|)elle- 
meesters seleii liem gheven van Iwe daglien sinon locn die sal syn cencn 
nyewen guUien. Oc voort soe liebben dese voorsclireve capelle-meesicrs, pro- 
visoers ende monboren gheloeft voor die orgliele den voorsehreven meesler 
Adam te glievenne xxxviij rynsclie guldene als't volmaect is, behouwelic dat 
si binnen drie dagen in verniindernisse der voorsclirevcn summe v rynsche 
gulden ende voorl soe bebben si gheloeft meesteren Adam vorsclireven ter- 
stont als hi die orgele volmaect heeft, als't voorsehreven is, syn gelt te glie- 
venne, sonder sloel of kalaenghe. Ende waert dat meesler Adam slorve eer 
hi dit werc volmake, soe heeft gheloest Pieler Ysebecle dese vorschreven 
v rynsche gulden weder te ghevcnne den voorsehreven capelie-meeslers dese 
voorwaerden ende composicien waren ghemaect aist voorsehreven is. Ende 
daer waren over: meesler Jan Van Hassell, licenciaet in Icgibus, ende raeester 
Jan de le Loghe, van Berghen, in Henegoiiwen, ende Pieter Ysebeele, orga- 
nist le Sinte-Pielers in Lovene, als ghelughen, ende in preseneien myii 
meesler Jan Van Wemeldeinghen als nolarius iiierover gheropen (1). » 

Van Steenren, tlil Vain Aren ou Van der Aren (Jean), — 
élail maître des orgues de. Philippe le Bon, duc de Bour- 
gogne. Ce prince lui assigna sur la recelle générale du 
Brabant, par lettres patentes, datées de Bruges, le 28 
mars 1458 (n. st.), une pension annuelle de 50 florins du 
Rhin, qui lui fut payée jusqu'au 2 avril 1467 (2). Dans 
ces lettres il est qualiûé de « maître des orgues qui se 
» jouent d'elles-mêmes. » La pension lui fut accordée pour 
les services qu'il avait rendus au duc, et qu'il était appelé 
à lui rendre, avec cette restriction importante que s'il ve- 
nait à confectionner quelque ouvrage, orgue ou autre, 
qui pût faire plaisir au prince, il devait lui en donner 
connaissance, afin que celui-ci eût la faculté de le garder 
si bon lui semblait. 

« Janne Van Sleenreen, geheelen Van Aren, meesler van orgelen speleode 
by henselven, denwelken myn genedige lieere die Iierloge, oni die goede 

(1) Liber aelorum (facultalis arlîum)a6 anno 1441 ad annitin 1447, fol. 98 
\o, archives de Tuniversité de Louvain, aux Archives du royaume. 

(2) « Dairom hier zyn peusie van ecnengeheele jaire cyndende den ij*"" dach 
» van aprillc xiiij^ Ixvij jair, na Paesschcn. « (Registre n" 2422, S^, ibidem.) 



— 98 — 

cnile geneme diensten die hy liera gedacii hecfl, hopcnde dal liy nocli in loc- 
comciulen lyden doen sal, endc soe verre liera ennige wcrcken gebuerden te 
maken lict waeren orgcle ofl andere, dairynne myn voirsclireven gciiedigeii 
lieere gennechte nemcn raoclite, dairaf sal liy denselven mynen genedigeii 
lieere d'yersle kennisse laten liebben, oni die te behouden also verre alsl liera 
belieft van sunderlinger gracien gcgeven ende verleent heeft jairlicx van le 
hebbende die somme van 1 Rynssclien guldcnen, le xl grooten Vlenis, 
'l stuck, etc., alst van ailes meer in 'l lange verclairt staet in myns voir- 
scbreven gencdichs heeren openen besegelden brieven gegeven in dcn slad 
van Brugge, xxviij dage in merle anno xiiij<: Ivij, voere Paessclien (1). » 

Dans les comples suivants, où figure le payement de sa 
pension, son nom est toujours écrit : Van Steenren, dit 
Van Aren. Un compte d'une autre catégorie de l'année 1439, 
qui existe à Lille, l'appelle Jean Van der Aren, et dit qu'il 
habitait la petite ville d'Arschot. En celle année, l'artiste 
fut envoyé de Bruxelles à Bruges pour surveiller l'embar- 
quement des orgues qu'il avait faites pour le duc de Bour- 
gogne, et offertes en don à son souverain. Ces orgues fu- 
rent amenées à Bruxelles, et de là conduites à Dijon sous 
la surveillance de Jean Van Aren et d'un de ses ouvriers. 

" A Jehan Van der Aren, faiseur d'orgues, demeurant à Arscot, pour les 
causes qui s'ensuit, c'est assavoir : pour xiiij jours entiers, commancnans le 
viij<^ et finissans le xxje jour d'avril derrainement passé, lesquelz jours incluz 
il a vacqué estre aie de la ville de Bruxelles par le commandement et ordon- 
nance de monseigneur le duc de Bourgogne en la ville de Bruges, et illec fait 
cbargier et amener par-devers Monditscigneur audit Bruxelles unes orgues 
qu'il a nagaires faictes et icellcs présentées qn don à Mondilseigncur, qui, au 
pris de xij solz, de ij gros, monnoie de Flandres, le soU, que Mondilseigncur 
lui a tauxé et ordonné prandre de luy par jour pour ses salaires et despens 
de bouche, ensemble d'un sien serviteur qui lui a aidié à conduire lesdicles 
orgues par lesdis xiiij jours entiers, valent : viij livres viij solz, et qu'il a paie 
pour faire mener lesdicles orgues de l'oslel de Mondilseigncur audit Bruges, 
où elles esloienl mises en garde jusques ou havre de ladicle ville, pour illec 



(1) Regislrc no2419, 2«, fol. lij r", dé la chambre des comples, aux Archives 
du royaume. 



— 99 — 

esire cliargeez et mises dedeans le batteau pour les amener audil Bruxelles • 
X solz. Item, pour les avoir fait mener tant par eaue comme par (erre duilit 
havre jusques au havre de iadicle ville de Drouxelles : vj livres. Et si a encore 
payé pour faire deschargier lesdictes orgues hors du batteau de devant ledit 
havre de Bruxelles, et les mener jusques dedeans l'oslel d'ung nommé Lance- 
ment, demeurant en icelle ville, pour par luy estre menées et eonduiltes par 
charroy jusques en la ville de Dijon, auquel lieu Monditseigneur les a or- 
donnée d'estre mises et assises : xij solz. Toutes lesquelles parties montent : 
XV livres x solz, du pris de xl gros, monnoie de Flandres, la livre, sur quoy 
lui fut fait paiement au commancemeni de son voïaige de vj livres; restent icy 
par sa quittance et affirmation d'avoir païées les parties dcssusdictes du ij« 
jour dudit mois de may oudit an lix : ix livres x solz, de xl gros. » 

« Audit Jean Van der Aren, pour, le ij« jour de may, de Iadicle ville de 
Brouxelles aler lui et ung sien serviteur, ouvrier de son meslier, jusques en 
la ville de Dijon, auquel lieu Monditseigneur a envoie les orgues dcssusdictes 
attin de les conduire seurement et sans rompre, et pour son retour et de sondit 
varlet, par quiclance dudit jour : xxiiij livres, de xl gros (1). » 

MoRTON (Robert). — Les renseignements qui suivent, 
relatifs à ce musicien, complètent et rectifient ceux que 
nous avons communiqués à M. Fétis, pour la nouvelle 
Biographie universelle des musiciens. 

Un passage du compte de la recelte générale des finances 
de Tannée 1457 nous apprend que Robert Morlon était un 
chapelain anglais : il reçut du duc Philippe le Bon, au ser- 
vice duquel il entra vers cette époque, 72 livres de Flan- 
dre pour se « monter et habillier, et pour soy entretenir 
» avec les chantres de la chappelle de Monseigneur, » 
somme qui lui fut payée entre les mois d'août et de no- 
vembre de Tannée citée. Morton ne faisait pas encore cepen- 
dant partie de la chapelle ducale à cette date, car son nom 
ne figure point dans le personnel de14o7. Nous l'avons 
rencontré pour la première fois dans le compte du 1" oc- 
tobre 1460 au 50 septembre 1461 : il y est mentionné 

(1) Registre n» F. 346, fol. vjxxj v», de la chambre des comptes, aux Archives 
du déparlement du Nord, à Lille. 



— 100 — 

comme cinquième clerc. Nous dirons, pour êlre compris, 
que la chapelle du duc de Bourgogne se composait de cha- 
pelains, de clercs, de sommeliers dont le nomhre a varié, et 
d'un fourrier. En 1466, Morton était deuxième clerc, et ce 
n'est que postérieurement à 1470 qu'il fut élevé à la dignité 
de chapelain. Dans le tableau du personnel de 1474, Mor- 
ton occupe le sixième rang parmi ceux qui étaient revêtus 
de ces dernières fonctions. Il est certain que ce musicien, 
qui fut célèbre de son temps, vivait encore au mois 
d'août 1474 et qu'il n'était plus en charge au commence- 
ment d'avril 1475, ce qui nous porte à croire qu'il mou- 
rut entre ces deux dates. Un document nous confirme 
qu'il décéda vers cette époque, c'est l'état des dettes de 
Charles le Téméraire, dans lequel on lit qu'il était dû 
à Morton le quart environ de son traitement annuel de 
l'année 1475. 

Ce n'est que momenlanément, de juin à novembre 1463, 
que Philippe le Bon autorisa Robert Morton à servir le 
comte de Charolais, son fils (i). 

La nationalité de ce musicien était restée inconnue jus- 
qu'ici, voici le texte qui la prouve : 

« A Robert Morlon, chappellaia angloix, la somme de Ixxij libvres, pour 
don à lui fait par Monseigneur, pour soy aiJier à monter et habillier à son 
dernier partement de ladicte ville de Bruxelles, et pour soy entretenir avec 
les chantres de la cliappelle de Mondilseigneur (2). « 

Maximilien, archiduc d'Autriche, amateur de musique. — 
Notes sur divers musiciens de sa chapelle : P. Beurse, 
G. de Crâne, A. Busnois, P. de la Rue, etc. — J. Barbi- 
REAU. — Les comptes de la recette générale des finances 



(1) Registre n» 1922, fol. cxxx r», de la chambre des comptes, aux Archives 
du royaume. 

(2) Registre n« F. 152, fol. iijc lix v», de la chambre des compics, aux Ar- 
chives du département du Nord, à Lille. 



— 101 — 

des années 1480 à 1482 renferment bon nombre de témoi- 
gnages qui prouvent combien Tarebiduc Maximilien, le 
jeune époux de l'héritière des ducs de Bourgogne, était 
amateur de musique. Nous les avons réunis afin d'établir 
le fait d'une manière irréfragable. 

Au printemps de l'année 1480, ce prince fut pendant 
assez longtemps malade à La Haye. Le personnel qui com- 
posait la chapelle archiducale avait suivi la cour et se 
trouvait avec elle en Hollande. Pour se distraire JMaximi- 
lien avait souvent recours aux chantres qui en faisaient 
partie, parmi lesquels nous citerons en première ligne 
le célèbre Antoine Busnois, dont ses contemporains font 
l'éloge (i); Philippe du Passaige, ténorisle, selon l'expres- 
sion du temps, auquel l'archiduc accorda de fréquentes 
gratifications h); Jean Cordier(3)et Martin Colin (4), autres 
ténoristes; Pierre Bazin (s), Jean Sampain (e), Pierre 
Duwez (7), qui tous se ressentirent de la générosité de 
leur souverain. C'est ainsi que ceux qui avaient le titre 
de chapelain s'en vinrent, le 24 du mois d'avril, «par 
» son commandement et ordonnance, chanter devant lui 
» à sa plaisanche en sa cbambre (s). » Mais il aimait par- 
ticulièrement à entendre Pierre Beurse, l'organiste de la 
chapelle, déjà sous le règne de Charles le Téméraire, au- 
quel M. Fétis a consacré quelques lignes dans sa seconde 
édition de la Biographie universelle des musiciens, d'après 



(1) Voij. FÉTIS, Biographie universelle des musiciens (nouvelle édition), 
l. I[. 

(2) Registre n» F. 3i8 (compte de 1480), passirn, de la chambre des comp- 
tes, aux Archives du département du Nord, à Lille. 

(3) Registre ii» F. 348, cité, et registre n" F. 172 (compte de 1482), 
fol. ijc xxiij V», ibidem. 

(4) Registre n» F. 348, cité, fol. iijo iiijxx xij r^. 

(5) Ibidem, fol. iij'= iiijxx xv r". 

(6) Registre n» F. 172, cité. 
(7j Ibidem. 



— 102 — 

les noies que nous lui avons communiquées. Les détails 
qui suivent compléleront les renseignements déjà publiés 
par cet éminent écrivain. Vers l'époque dont nous parlons, 
Beurse apprenait à Marie de Bourgogne à jouer du cla- 
vicorde (i). Il avait un talent varié : pour amuser son 
maître pendant sa maladie, il jouait tantôt de l'orgue, 
tantôt de la flûte, tanlôt du lutli, etc. (2). En US^, Maxi- 
milien lui donna une somme de 24 livres de Flandre, 
pour s'être désisté de sa charge de clerc de Ziericzee, en 
Zélande (3), bénéfice que le prince lui avait accordé, et 
pour l'oblenlion duquel il figure déjà sur un rôle des digni- 
tés et bénéfices à la collation du duc, dont la rédaction 
nous paraît remonter aux dernières années du règne de 
Philippe le Bon. Sur ce rôle, qui est des plus curieux, et 
que nous publierons dans notre Histoire de la chapelle mu- 
sicale des souverains et des gouverneurs généraux des Pays- 
Bas, se trouve en différents endroits le nom de Busnois. 
David de Bourgogne, évéque d'UtrechI, qui, au dire 

(1) [Décembre]. « A Piètre Beurse, organiste de la cliappelle dommeslicque 
» de Monseigneur, la somme de x livres que icellui seigneur lui a de sa grâce 
» donnée pour une fois, à la requesie de madame la duciiesse, sa compaigne, 
» en faveur des grans et continuelz services qu'il fait journèiement en appre- 
» nant icelle dame h jouer du clavicordion et ce oultre et par-dessus la somme 
» de XX lihvres que icellui seigneur lui a aussi nagaires paravant donné ou 
n mois de juillet oudil an iiijxx. » (Registre n" F. 34-8, cilé, fol. iiij'' xxxvij y»). 

(2) [.luilictj. n A Picltre Buerse, organiste de la chappelle dommesticque de 
» Monseigneur, la somme de x livres, que icellui seigneur lui a de sa grâce espé- 
» cial donnée pour une fois en considération des bons et aggréables services 
» qu'il lui a faiz quant durant sa maladie il a par pluiseurs fois et par son or- 
>' doniiance esté devers lui en sa chambre jouer tant des orglies comme des 
•' fleutes, du leul et autrement, à sa plaisance. » {Ibidem, iij« iiijxx xiij r».) 

(3) n A maistre Pierre Buersse, organiste de la cliappelle domesticque de Mon- 
» seigneur, la somme de xxiiij livres que icellui seigneur lui a de sa grâce 
» espccial donnée, en considéracion des bons et agréables services qu'il lui 
»avoit faiz et faisoit journèiement, mesmcment de ce qu'il esloit désisté et 
w déporté de la cousterie de Ziericxée que icellui seigneur lui avoit autresfoiz 
» donnée, et affin qu'il eust de tant mieulx de quoy s'entretenir audit ser- 
» vice. » (Registre n" F. 172, cilé, foi. ij^' xx V). 



~ H)ù — 

d'un chroniqueur, enlrelcnait uno ccnlaine de musiciens à 
ses gages (i), sacliant le plaisir que l'arcliiduc d'Autriche 
prenait à entendre de la musique, envoya à La Haye les 
deux meilleurs chantres de sa chapelle domestique, Jean 
Keysere et Pasquier Blideman. Le prince les retint (\{i 1" 
au 18 mai (1480), et il les renvoya en les gratifiant cha- 
cun de 12 livres (-2). 

Au mois de mai de Tannée suivante, Maximilien tint un 
chapitre de Tordre de la Toison d'or dans l'église de Saint- 
Jean TÉvangelisle, à Bois-le-Duc. A cette occasion, trois 
chantres de l'église de Notre-Dame, à Anvers, vinrent 
prêter le concours de leur talent musical aux chantres de 
la chapelle archiducale (3). Trois musiciens attachés à la 
même église, savoir: Jean Cappron, Jean du Passaige el 
Arnould (Nonlet) Comilis, reçurent 1 livres du prince ama- 
teur « en considéracion de ce que par pluiseurs foiz ilz ont 
» chanté devant lui audit lieu [d'Anvers] pour sa plai- 
» sance (4). » Deux autres musiciens étrangers à la chapelle 
sont cités vers le même temps : l'un, Adrien Van Flove, 
qualifié de « chantre de musique, » auquel l'archiduc donne 

(1) Heda, Hisloria episcopatus Trajeclcnsia, édit. de 1392, p. 393. 

(2) « A mcssire Jehan Keysere, prebstre, et Piisqnin Blideman, chantres de 
» la chappclle dommesticque de révérend père en Dieu révoque d'Ulreclit, la 
«somme de xxiiij livres, pour don que ieellui seigneur leur en a fait pour 
» une foiz, en considéracion de ce que par Tordonnatice dudit évesque d'U- 
» trecht, leur maistre, ilz sont venuz par-devers Mondilseigneur en son lioslel 
.) à La Haye, pour, durant sa maladie et tant qu'il lui plairoil, séjourner par- 
«devers lui; pour chanter de musique à son plaisir et autrement le resjoyr, 
» en quoy faisant ilz ont séjourné devers lui xviij jours entiers finissaiis le 
« xviij« jour du mois de may [xiiijc Ixxx]. » (Registre n» F. 348, cité, fol. iijc 
iiijxx XV \°.) 

(3) « A trois chantres de l'église de Nostre-Dame, en Anvers, la somme de 
» vj livres, pour don à culx fait par Monseigneur, en considéracion de ce 
oqu'llz ont chanté avec les autres ehanlres de sa chappelle à la feste de son 
» ordre de la Thoison d'or, tenue en sa ville de Bois-le-Duc, le vj" jour du 
» mois de may [xiiij-^] Ixxxj. » (Registre n" F. 171, fol. ij^ vj r", de la chambre 
des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.) 

(4) Registre n" F. 172, cité, fol. ij" xiij r". 



— 104 — 

6 livres « quant, le ix'= jour du mois de mars [1481] il 
» a chanté de musicque avec sa femme et deux ses filles 
» devant lui à son disner pour sa plaisance (i); » l'autre, 
Chrétien de Vos, ténoriste de l'église de Notre-Dame, à 
Louvain, qui, par ordre du prince, en 1482, « a chanté 
» en sa chapelle domesticque en sadicte ville de Louvain, 
» durant le temps que Cordier, thénorisle d'icelle cha- 
i> pelle a esté malade (2). » 

Maximilien prit grand soin de pourvoir la chapelle de 
bons musiciens. En 1480, il engage Quentin de Crâne, qui 
avait une position à Dunkerque, à abandonner cette ville 
avec sa famille, pour entrer comme chantre à son service (0). 
Une perte bien sensible fut celle d'Antoine Busnois, qui 
mourut la même année que Marie de Bourgogne, et posté- 
rieurement à celte princesse, attendu qu'il en porta le 
deuil (4). Peu de temps après, |)uisqu'il figure déjà dans 
un état de la chapelle du 2 avril 1485, fut admis Pierre 
de la Rue, qui fut aussi un des plus célèbres compositeurs 
de son temps (5). Un peu plus lard, on lit dans un compte 
de l'année 1488, que Maximilien, devenu roi des Ro- 
mains, payait de ses deniers la pension d'un enfant naturel 



(1) Registre n" 172, cite, fol. c iiijxx xvj r". 

(2) Ibidem, fol. ij" xxv v". 

(ô) « AQuenliiiCrane, clinnlre de la chappelle domcsIicquedcMonscigneup, 
» la somme de xix livres iiij solz, pour el en considéracion de ce que puis 
1) naguères, par son commandement et ordonnance il est venu par-devers lui 
" pour le servir en sadicle chappelle en liabnndonnantet délaissant l'eslal qu'il 
» avoit en sa ville de Dunkerke, ensemble ses femme et enffans, meismement 
» afin qu'il ail tant raieiilx de quoy soy de tant plus honnestement entretenir 
» en sondict service. « {Registre n» F. 548, cité, fol. iijf^ iiijxx xvij v.) 

(4) Registre n» F. 172, cité, fol, iij" xiiij v». Nous avons trouvé ce rensei- 
gnement depuis la publication de Tarticle de Mf Fétis, où l'auteur de la 
Dioi/rapliie universelle des musiciens a utilisé les quelques notes que nous 
avions pu recueillir alors. 

(3) Foy FÉTIS, Biographie universelle des tnusiciens (2« édition), t. V, 
p 200. 



— 105 — 

(l'un de ses serviteurs décédés, qu'il avait placé pour faire 
son éducation musicale auprès de Jacques Barbireau, maître 
de chant el des enfants de chœur de l'église de Notre- 
Dame, à Anvers (i), et l'un des musiciens les plus renom- 
més du XV'= siècle, lequel mourut en 1491 (2). 
Nous bornerons là nos citations. 

Piètre (Adrien), — facteur d'orgues, à Tournai, fut 
consulté, en 1472, à propos de la réparation des orgues 
de l'église de Saint-Pierre, à Lille. Nous avons trouvé ce 
nom mentionné par Du Gange, dans son Glossarhini, au 
mot orrjanifex. 

Clibano (Jérôme de), — La Biographie universelle des 
musiciens (3) consacre un article à ce musicien, dont il 
existe un motel dans un recueil publié à Venise, eu 1505. 
Dans le compte communal de Bruges du 2 septembre 1495 
au 2 septembre 1494 (4), on trouve le nom de ce Jérôme 



(1) Voici le texte fidèlement reproduit, qui mentionne cette curieuse par- 
ticularité : 

« A maistres Jaques Barbireau, maistre du chant el des enffiins de coir de 
» l'église [sic] en la ville d'Anvers, la somme de Ixx livres, de Ix gros, que le 
» roy, par ses lettres patentes, données le xxiiij« jour de janvier [xiiij-^] 
» iiijxx et sept [1488, n. st.], lui a ordonné prendre el avoir de lui pour une 
» fois pour la despence, nourriture, table, vivres et cnlrelènemenl de Guil- 
»lamme de Ternay, filz naturel de feu Guillamme de Ternay, en son vivant 
» escuïer d'escuierie du roy, pour deux ans entiers, coramenclianl tanlost 
.. après le trespns dudit feu Guillamme de Ternay, pendant lequel temps il a 
Bconlinuèlement entretenu et nourry en sa maison, cl endoctriné comme les 
«autres josnes enfans qu'il nourrit journèlement. «(Registre n" 1926, 
fol. cxviij v", de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.) 

Le scribe, auquel M. Fétis aura donné cette note à transcrire d'après notre 
manuscrit, a dû la tronquer el Ta mal copiée; il a été ainsi cause des erreurs 
qui se trouvent dans Tarticle que le savant académicien a consacré à Jacques 
Barbireau. dans la seconde édition de la Biographie xiniversclle des musiciens, 
t. 1er, p. 243. 

(2) Voy. l'article de M' L de Burbure, dans la Biographie nationale. 

(3) 2>^ édil., t. II, p. 324. 

(4) Fol. clxxj v«. Ce compte existe aux Archives du royaume. 

8 



— 106 — 

de Clibano, avec la qualificalion de maître de chant des 
enfants de chœur de Téglise de Saint-Donatien (meester van 
der kynderen siiccentor). Il reçoit 20 livres de Flandre 
pour avoir, dans cette église, avec les enfants dont il avait 
la direction et d'autres musiciens, et cela par ordre du ma- 
gistrat de la ville, chanté tous les soirs des motets en l'hon- 
neur de la vierge Marie, pendant le cours d'une année 
expirée le 51 mai 1494. Les comptes antérieurs et ceux 
qui suivent ne contiennent plus de pareille mention. 

J. de Clibano était prêtre : il figure au nombre des mu- 
siciens qui devaient faire partie de la chapelle de Philippe 
le Beau, et dont la liste fut dressée au mois de novembre 
1501, au moment où ce prince se préparait à partir pour 
l'Espagne avec tout le personnel de sa cour. C'est alors 
qu'il entra au service de l'archiduc. Comme nous n'avons 
pas rencontré son nom dans d'autres états de la chapelle 
postérieurs à cette date, nous avons tout lieu de croire que 
le magister Hîeronymus de Clybano, musicus antverpiensis, 
qui se trouve inscrit dans le registre des membres de la 
confrérie de Notre-Dame de Bois-le-Duc, avec la date de 
1501 (i)» comme étant celle de sa mort, est le même que 
l'artiste qui nous occupe. Nous croyons devoir faire remar- 
quer toutefois que la date de 1501 doit s'appliquer aux 
premiers mois de l'année suivante, en tenant compte de la 
note citée plus haut, et de la manière de commencer l'année 
à Bois-le-Duc, au jour des Pâques. 

Le véritable nom de Jérôme de Clibano pourrait bien 
être Van den Hove, qui en est la traduction flamande. 

« Belaell Jeronimus de Clibano, meester van der kynderen succentor van 
Sinle-Donaes in Brugglie, ter causen van der love ende selve met zinen kyn- 
deren ende ghezellen ghezongen binnen der voorsclireven keerke, 1er eeren 

(1) Des extraits de ce registre ont été publiés à Bois-le-Duc, en 1841, par 
M"" C.-R. Hermans, dans son Gcschiedkundig menr/elwcrk over de provincie 
Noord-Braband, t. II. 



— 107 — 

van der glorieuser magliel Maryen , aile avonde, ende dit by ordonnanlie 
cnde welene van niyncn Iiccren van der wet, liooflmannen ende dekenen van 
der slede, hierin begrepen 'l oorghele, 'l luden ende eluniinaris, ende dil van 
't jaer gheexpireirdt ende glievallen, den laelslen dacli van meyc anno [xiHj»;] 
xciiij : xx liv. » 

BoEMiNGEN (Ph. de)- — Gruyter (J. de). — Daiis le re- 
gistre de la confrérie de Noire-Dame de Bois-Ie-Duc, dont 
il vient d'être question, figurent encore les noms de deux 
des organistes de celle association, savoir : Philippe de 
Boemingen, mort en 145S, et Jean de Gruyter, décédé en 
1539. La confrérie, qui était fort importante, avait sa 
chapelle dans l'église collégiale de Sainl-Jean rÉvangéliste. 

« Dominas Philippus de Boemingen, nolarius capellœ el organisla confra- 
ternitalis. » 

De la Croix (Hellin). — Charles de Lannoy, qui, en 
1521, fut nommé vice-roi de Naples, chargea alors Hellin 
de la Croix, un de ses chantres, de conduire à Naples di- 
vers musiciens pour le service de sa chapelle. C'est ce que 
prouve la pièce suivante dans laquelle H. de la Croix dé- 
clare avoir reçu de l'argent de Charles de Clercq, commis- 
saire général du roi Charles dans les royaumes de Naples 
et de Sicile. 

« Le 8 d'aoust 1S2I je Hellin de la Croix, natif de la chastelerie de Lille, 
en Flandres, et chantre du illustrissime seigneur le vice-roy de IVaples, con- 
fesse avoir reclieupt du très-noble segneur messire Charles de Clercq la somme 
de cincquante ducas d'or, lesquelz m'a preste pour conduire aulcuns chantres 
à Naples, pour [sic, au lieu de : par] le commandement faict à moy par ledict 
seigneur vice-roy; lesquelz eincquanleducaspromès faire rendre audit seigneur 
messire Charles, moy estre arivé à Naples, ou à celuy qui me rendra ceste 
police; et en mémoire de che ay faict cesl oblige de ma propre main. Tesmoing 
mon signe manuel chi-dcssoubz mys. Helin de la Croix (I). » 



(1) L'original de cette pièce nous a élé communiqué par M. le baron Jules 

DE SilNT-GENOIS. 



— 108 — 

Reyngot (Gilles), — musicien, dont M. Félis, dans sa 
Biographie universelle, signale une composition, imprimée 
en 1505, fit, en 1S26 ou 1327, un voyage à Rome dont le 
motif ne nous est pas connu : il était à cette époque chantre 
delà chapelle domestique de Charles-Quint. En 1S29 et 
1530, il lui fut payé diverses sommes pour avoir parcouru 
la Flandre, l'Artois, le Hainaut et le Brabanf, à la re- 
cherche de chantres destinés à la chapelle impériale, et 
qu'il envoya en Espagne et en Allemagne. Ces particularités 
sont constatées par les extraits suivants : 

« A maistre Gilles Reyngot, ehanire de la ehappelle dommeslique de l'em- 
pereur, pour par l'espace de xviij mois avoir sollicité à Anvers, Bruxelles, 
Malines et Louvain les instructions servans sur ung voyaige qu'il debvoil faire 
à Rome : Ixxv livres. » 

« A luy, en prest, pour le xxe de septembre (sic) aller en Flandres, Artois, 
Haynnau et Brabant cherchier chantres pour envoyer en Espaigne : xxv livres. 

» A luy, pour la parpaye dudicl voyage : xxv livres ij solz. 

» A luy, pour la parpaye de plussieurs voïaiges par luy faiz pour les causes 
dessusdicles : xxv livres. 

» A luy, en prest, le xj« de mars xxix, pour aller cherchier chantres pour 
l'empereur j iiij»x xix livres. 

» A luy, en prest, pour envoyer trois chantres vers l'empereur en Allemaigne 
par-dessus lesdicts iiijxx xix livres .- vjsx livres (1). » 

Lescornet (Pierre). — Nous avons décrit, dans le | 42, 
un recueil de chansons publié à Anvers, en 15a6, par 
Tylman de Susato, et qui renferme un morceau de la com- 
position de Pierre Lescornet. La note suivante nous apprend 
que ce musicien était, en 1526, maître de chant de l'église 
collégiale de Saint-Amé, à Douai. 

« A messire Henry Brunel, pour plusieurs livres, x quaïers de rausicque, 
comme plusieurs messes et motès : xij livres. 

» A messire Sohié le Grou, pour plusieurs aullres livres de musicque, 
comme messes : vj livres. 



(1) Volume intitulé : Revenus et dépenses de Charles-Quint, de 1520 à 1530, 
fol. iiij« xxxviij vo, et dans la copie, fol. ij» xlj v, aux Archives du royaume. 



— 109 — 

» A maistre Pierre Lescornel, maistre de chant, pour avoir faicl relier les- 
dicls quayers et livres de musicques, avecque ce pour avoir livré plusieurs 
mains, x quayers de papier riglé : vj livres v solz vj deniers (1). « 

Les deux noms mentionnés dans les lexles qui précèdent, 
Henri Brunel et Sohier le Grou, ne peuvent qu'indiquer 
deux chanoines de la collégiale de Saint-Amé, ce que prouve 
la qualiûcation de messire employée dans ce sens au siècle 
où ils vivaient, et peut-être deux compositeurs de musique 
restés inconnus jusqu'ici. 

De Paix (Pierre), — était l'organiste de Christophe, 
comte de Roggendorff et Gunderstorff, seigneur de Condé, 
Renaix, etc., capitaine de la garde des hallebardiers alle- 
mands de Charles-Quint, et recevait annuellement 12 du- 
cats de gages par an. Il fit à la suite de ce puissant seigneur 
divers voyages en Allemagne et en Italie, en 1541 et an- 
nées suivantes, notamment en 1544, à Vienne, Spire, Nu- 
remberg, Passau, Gunderstorff, etc. Dans les papiers (2) 
dont nous avons extrait ces détails, on cite le nom d'une 
basse-contre, du nom d'Arnould Turschaens, qui fut, avant 
l'année 1548, au service du comte de Roggendorff, et qui 
était à cette époque attaché à la chapelle de madame de 
Berghes (Jacqueline de Croy, veuve d'Antoine, marquis de 
Berg-op-Zoom). 

Ce Pierre de Paix ne serait-il pas le même que le Pierre 
Paix, organiste de l'église de Sainte-Anne, à Augsbourg, 
mort en 1557, qui fut le père de Jacques, musicien distin- 
gué, auquel M. Fétis a consacré un long article dans sa 
Biographie universelle des musiciens (3) ? 



(1) Compte de l'église de Saint-Amé, de la Saint-Jean-Baplisle 1326-1527, 
aux Archives du département du Nord, à Lille. 

(2) Comples des deniers payés et reçus par la comtesse de Roggendorff, 
pour les dettes de son mari, aux Archives du royaume (chambre des comptes). 

(5) 2e édil., t. \'I, p. 426. 



— 110 — 

En 1472, un Louis de Paix était au service de Margue- 
rite d'York, duchesse de Bourgogne, veuve de Charles le 
Téméraire (i). 

Maître de chant de Maximilien de Bourgogne, marquis 
DE Terveere. — Dans le codicile de ce seigneur, qui est 
daté du !"■ juin 1558, on lit le passage suivant dans lequel 
il est question du maître de chant de sa chapelle : « Item, 
» Monseigneur veult que madame la marquise gardera la 
» chappelle de Haudembourg, si elle veult avoir la maison, 
» et que pour i'entretènementd'icelle, elle donnera à maistre 
» Jehan, maistre des chants, xij livres de gros par an de 
» pension, à condition que ledict maistre Jehan n'aban- 
» donnera la maison (2). » 

MosENO (Pierre). — En 1553, Maximilien I", roi de 
Bohême, chargea Pierre Moseno, son maître de chapelle, 
d'aller aux Pays-Bas à la recherche de quelques chantres, 
et l'adressa à sa sœur Marie, reine douairière de Hongrie, 
et gouvernante générale de nos provinces. Ces faits nous 
sont attestés par une lettre (3) que cette princesse écrivit, 
le 9 avril, à Marie, femme de Maximilien, son neveu. Six 
jours après, la reine de Hongrie annonce à ce prince 
qu'elle a envoyé Pierre Moseno dans les localités où il y a 
le plus de chantres, et qu'il a réussi à s'y procurer les 
musiciens nécessaires pour monter une chapelle entière. 

1. «Madame, ayant par ce porteur le maistre de la chapelle du roy mon 
seigneur et frère receu la lettre qu'il vous a pieu m'escripre, je luy ay incon- 
tinent fait donner adresse affin qu'il puist recouvrer les chantres qu'il sçavoit 
estre propices pour le service et au désir dudict seigneur roy, chose en quoy 
me suis très-voulenliers employée pour l'entière affection que j'ay de luy 



(1) Archives du royaume. 

(2) Archives du grand conseil de Malines, ibidem. 

(3) La minute existe aux Archives du royaume. 



— m — 

povoir faire service, et à vous, Madame, tout plesir et amylié, à quoy vous 
prie estre certaine que me trouverez tousjours preste continuer en tout ce 
dont il vous plaira m'avertir et de très-bon cucur, comme congnoist le Créateur, 
auquel je prie. Madame, qu'il vous doinl bonne vie et longue. Cest de Bruxel- 
les, le ixe d'avril 1S53. » 

2. « Wir Maria, etc. unnser Lieb unnd Freunndischafft zuvor; durclileich- 
tige, liochgebornner Fursl, besunder geliebter Vetter, E. L. schreiben, unns 
unianngst bey rômisclier zu Hungern unnd Beliaim kunigliche Wirde, etc., 
unnsers freundllichen liebslen Hcrrn und Brueders Cappelmaislcr Peiro 
Moseno, von wegenBefurderung ellicher Singer zu Aufrichlung einer Cappeln, 
ubergeschicht haben wir inhalts freundllich vernomen; unnd darauf E. L. 
zu freundilicher Wilfarung derselben Begern nach ermelllen Mosenum an 
die Ennde unnd Orlte da furncmblich die Singer diser Zeit zu bekhunien 
gewest, mit beharlichen bevelichs Brieven unnd sonnst aller Nolturfft der- 
massen befnrdert unnd Anlailtung geben, das er volgenndt durch sein selbst 
Abhanndiung unnd furgewenndten Vleis ain gannze Cappeln mit Personen 
unnd Stimen zimblicher Massen versehen, seincm liabennden Bevelich nach 
aufgebrocht, beslelt unnd dieselbigen albereit E. L. zuegeferltigt; soliches 
wolllen wir E. L. zu freundtlicher Wideranndtwurt nicht verhalllen mitdeni 
Erbieten worinnen wir E. L. sonnst weilter angeneme Freundschaffl zu erzai- 
gen wuslen, soUen unss E. L. aller Gebur unnd Muglicheit ieder Zeit zu 
derselben beslen berait unnd willig haben. Geben zu Brussel, in Brabanndt, 
dem 15"» Tag Aprilis anno [15]33 (1). » 

De Lassus (Roland). — Le document qui suit est un des 
plus curieux que nous ayons rencontré dans les archi- 
ves pour l'histoire de la musique. C'est une lettre écrite 
par la duchesse de Parme à Roland de Lassus, ou comme 
le porte la suscription, « à Orlando, maistre de la chapelle 
» du duc de Bavière. » Ce prince avait chargé de Lassus 
d'aller aux Pays-Bas à la recherche de quelques chantres 
et enfants de chœur dont il avait besoin pour sa chapelle. 
La missive de la gouvernante des Pays-Bas, qui est datée 
du 8 avril 1560, nous apprend que le grand artiste était 



(i) Volume de correspondance de 15i)0-13o3, fol 295 v", de la secrétai- 
reric d'Élat allemande, aux Archives du royaume. 



— 112 — 

venu dans nos provinces, où il s'occupail de la mission 
que le duc Albert III, son maître, lui avait confiée. Margue- 
rite enjoint à Roland de suspendre ses démarches parce 
qu'on faisait à la même époque, par ordre de Philippe II, 
des enrôlements pour fournir de chanteurs la chapelle 
royale en Espagne. 

La date de ce voyage de R. de Lassus aux Pays-Bas est 
importante pour sa biographie, en ce qu'elle permet de re- 
culer à l'année 1560, très-probablement, l'époque de sa 
nomination comme maître de chapelle du duc de Bavière, 
que Samuel Van Quickelberg, le plus ancien biographe de 
l'artiste, fixe à l'année 1562 (i). 

« Marguerite, etc. Très-chier et bien amé, nous avons entendu que mon- 
seigneur le duc de Bavière, vostre maistre, vous auroit donné charge et com- 
mission de lever es pays de par-deçà aucuns chantres et enffans de coeur pour 
faire chapelle. Et pour ce que le roy mon seigneur, a aussi naguaires enchargé 
à aucuns de par-deçà de, pour furnir la sienne en Espaigne, chercher quel- 
ques-ungs desdis chantres et enffans, nous vous en avons bien voulu donner 
cestuy advertissement, vous requérant et de par Sa Majesté ordonnant, que, 
qu'il est bien juste et raisonnable que Sadicte Majesté soit servye la première, 
vous avez à surceoir vostre charge jusques à ce qu'icelle Sadicte Majesté sera 
servye en ceste endroit; que lors vous serons volontiers donné toute assis- 
tence, à l'effect de vostre commission, et n'y voulez faire faulte. Alant, etc. De 
Bruxelles, le viij« de apvril 1360, après Pasques (2]. » 

Tout ce qui rappelle un nom aussi célèbre que celui de 
Roland de Lassus nous semble devoir être recueilli avec 
soin. C'est à ce titre que nous publions des documents ori- 
ginaux, tirés des archives de la secrétairerie d'État alle- 
mande, aux Archives du royaume, et relatifs à son fils 
Rodolphe, qui servait alors Maximilien I", duc de Bavière, 
en qualité de maître de chapelle. La première est une lettre 



(!) Vo\j. FÉTis, Biographie universelle des musiciens, t. V, p 209. 

(2j Collection des papiers d'État et de l'audience, aux Archives du royaume. 



— 113 — 

de Rodolphe de Lassus écrite au duc, dans laquelle il lui 
annonce qu'il est décidé à envoyer au plus tôt son fils 
Maximilien à Bruxelles, pour lui faire acquérir plus d'ex- 
périence, et il le prie de recommander le jeune homme par 
une missive particulière à l'archiduc Albert, au service du- 
quel il le verrait volontiers attaché en quelque qualité que 
ce lût. « Que Votre Altesse daigne m'accorder cette grâce, 
ajoute-il, au nom des services que mon irès-aimé père, 
Roland de Lasso, el moi, avons rendus pendant tant d'an- 
nées à l'illustre maison de Bavière. » Le duc Maximilien 
accueillit cette requête avec la plus grande bienveillance, 
et envoya, le 29 mars 1612, peu de temps après l'avoir 
reçue, une lettre à l'archiduc Albert pour lui demander 
d'accorder sa protection au fils de son musicien de cour 
et organiste [Hof-Miisico unnd Organisten). « Nous n'avons 
pu lui refuser notre intervention, — écrivait-il au souverain 
des Pays-Bas, — et nous insistons fortement auprès de vous 
comme étant votre ami et votre bon cousin. » 

1. « Dui'chleuchtigister Furst, genedigisler Herr, ich bin gentzlich enl- 
chlossen meinen gelieblen Sohn Maximilianuni de Lasso elc, umb mehrer 
Erfahrnheit sonnderlich aber umbderUrsach willen damit Eur ertzher Durch- 
laucht, etc., er ins KhenfTig ein unndertheinigister tauglichci" Dienner abgeben 
môge an frembde Ort bervorab uaher Prussel ins Niderlanndt, aida er sich 
ain zeiUanng ufhalten soUe eheistens zu verschickben ; so ich aber vorders 
gern sehe das er aida bey dem auch durchleuchtigisten Fursten unnd Heri-, 
Herrn Albrechten Erzherzogen zue OEssterreich, Herzogen zue Burgiindien, 
meinen genedigisten Herrn mil solchen Diennsten, dar zue er qualificiert, 
genedigisten, befiirdert, unnd angenommen wurde : alsz gelanngt an eur 
ertz. DU. mein ganntz unnderlhenigistes Biiten sie wollen mir umb meiner 
seibs unnd zuvorders meines in Gott rhiienden geliebten Valters Orlando 
de Lasso den bocbloblichen Hauss Bayrn so vil Jahr unndertheinigisten 
threu gelaislen Dienst willen die Gnad erzaigen unnd zue Erlangung gedachis 
meines Sohns Intent an obheclislernannte Ire ertz. DU. Erzherzog Albrech- 
ten etc., genedigisles wolmainendes Intercession sehreiben erlhaillen dass 
will umb eur erlzhertz, DU. unnd aile dero angehôrige ich die Zeit meines 



— H4 — 

Lebens unnderthenigist zuverdiennen beflissen sein. Eur furstliche Durch- 
lauclit, unndertheinigister unnd gehorsambister Dienner, 

» Rudolplius DE Lasso. » 

2. « Unnser freundilich willig Dienst, auch was wir liebs und guets ver- 
miigen zuvor; durclileuchliger Fùrst, freundlliclier lieber Veltcr, Aus dem 
Einschlus gerhuen E. L. unbeschwerdi mil mehrerm zu vernemmcn, welicher 
Gestall wir von unnserm Hof-Musico unnd Organislen, Rudolphen de Lasso, 
umb unnser Inlercession an E. L. undcrthenigist gebelten worden. Wann 
wir ime dann umb angezogner Ursachen willen gnedigst wol vergonnten, 
da bey E. L. sein Sohn mil solehen Dienstcn dauzue er qualificirl, gnedigst 
befiirdert unnd angenommen wurde. Also baben wir ime die gebettne Fiir- 
sebrifft nit miigen verwaigern, besynnen daruf an E. L. freund-vellerlicli, sie 
wollten ine derselben auch von unnserntwegen, sovil sein iilian im Werckb 
selbs empfùndtlich geniessen lassen. Daran erweisen unns E, L. sonderbares 
angenemmes Gefalien, unndl wir seindl derselben bingegen in dergleichen 
unnd anderm zue freundl-velleriicher beliebender Dienslerzaigung vorders 
genaigt. Datum in unnser Stalt Muncben, den 29 Marlii 1612 (1). 

» Maxi.uililn. » 

Celle aulre lettre de Rodolphe de Lassus à l'archiduc 
Albert, que nous reproduisons également, ne porte pas 
de date. 11 envoie à ce prince les œuvres posthumes de son 
père, dont il lui fait hommage pour des motifs exprimés 
dans répîlre dédicatoire. Il s'excuse de ne pas avoir entre- 
pris, pour les lui offrir en personne, le voyage des Pays- 
Bas, qui présente de grands dangers en ces temps de guerre. 
Cette phrase nous dit assez que la date de la lettre de 
R. de Lassus doit se rapprocher de celle des documents 
qui précèdent. 

3. « Durchleuchtigister Erlzbertzog, aliergenedigister Fûrst, unnd Herr, 
was Ewer Ilochfursllicben Durchlaucht neben Dero geliebsten Fraw Gemaciicl 
dise gegenwerlige Posluma parenlis underllienigist zu Dedicicren mich fiir- 
nemblicli verui-sacht, werden, dieselben ex cpislola dedicalona allergnedigist 
zu Genuegen khonncn abncmmen mil disem underthenigistem Remiss, will 



(i) Ces deux lettres se trouvent dans le volume inlitulé : « Correspondance 
de Maximilien /", duc de Bavière, avec l'archiduc Albert, 1596-1GI9. 



— H5 — 

alcin, das bey E. H. D. ich mich mil discm wenigem offcrlo pcrsolinlicli nit 
eiiigeslelt, uniid dero durclileucliligisle Fiicss gekhust iiiicli geliorsaniist ent- 
scluiUligel liabcn, den E. H. D. allergiicdigist leiclilicli zu cracliten, dasz ich 
oliii soiulere Leibs, iind Lebensgefar, bey disen sctiwercn Khrùegslaulïen mir 
nit getrauet hinunder zu khommen, langl dcm nacli an E H. D. wie auch dero 
geliebslen Fraw Gomacliel, mein underlbcnigist geliorsamisl Aiilangen die 
geruehcn disz gegcnwerlige gleich vvoll gegeii der Grossnieclitiklieil gering- 
fuegige Opus, mit allcn Gnaden an unnd auf zu nemmen. E. H. D. sambt dero 
geliebsten Fraw Gemachel zu beharliclien H. Gn. mich unnd die meinigen 
underthenigist bcfelhendt. E. H. FI. DU. Underlhenigisl gehorsamisler 

» Rudolphus DE Lasso. » 

MoNTANO. — Une lettre qui fait partie des archives de 
la secrétairerie d'Etal ailemaiule, aux Archives du royaume, 
nous apprend qu'un maître de chant, nommé Monlano, fut 
chargé par Ferdinand I" de recruter aux Pays-Bas des 
chantres pour la chapelle impériale, et qu'après en avoir 
engagé un certain nombre, ils furent dirigés sur l'Alle- 
magne. Cette lettre est datée de Bruxelles, le 10 février 
1566 (n. st.) : elle est écrite par l'hôtelier du Casque ronge, 
où furent hébergés et nourris pendant quelques jours ceux 
qui allaient s'expatrier pour des années. A celte date, notre 
aubergiste n'était pas encore payé de son hospitalité, malgré 
plusieurs réclamations : il attribue ce retard en partie au 
départ de Monlano pour l'Espagne, où il était entré au ser- 
vice de Philippe II. 

Jusqu'à ce jour nous ne savons rien de plus de ce mu- 
sicien. 

De la Hèle (George). — (Voy. | 77.) — Ce célèbre mu- 
sicien entra dans la chapelle de Philippe II, en Espagne, 
en 1560, en qualité d'enfant de chœur: il y resta pendant 
une dizaine d'années, et revint aux Pays-Bas vers la fin 
de 1569 ou au commencement de janvier 1570. 

G. de la Hèle demanda, au mois d'octobre 1579, à être 
nommé à la place de Jean de Rosa, archidiacre d'Ostrevant 



— 116 — 

et chanoine d'Anderleclu, qui jouissait également du béné- 
fice de la chapelle caslrale de Lens, en Artois. Celle faveur 
lui fut accordée par Alexandre Farnese, duc de Parme, qui 
aposlilla sa requête le 29 mars 1580. George de la Hèle 
occupait alors les fonctions de maître de chant à l'église 
cathédrale de Tournai. C'est à peu près vers celte époque 
qu'il fut appelé à remplir celles de maître de chapelle de 
Philippe II, en Espagne. Six ans plus tard, son tour de rôle 
étant arrivé pour la jouissance d'une prébende de l'église 
de Notre-Dame, à Courtrai, il parvint à y faire nommer un 
de ses neveux, le 5 juillet 1586. 

Aux deux documents d'où sont extraits les détails qui 
précèdent, nous avons joint une lettre du duc de Parme 
écrite au gouverneur d'Anvers, pour lui donner l'ordre 
d'exempter de logement militaire la maison qu'habitaient 
dans celte ville, rue duV^ieux-Lombard, la mère et les sœurs 
de G. de la Hèle, où elles tenaient une école de jeunes filles: 
cette lettre est datée du 5 février 1588. Une autre adressée 
par Philippe H au duc de Parme, fait connaître le nom de 
la mère du musicien qui nous occupe, et établit la date du 
décès en Espagne de ce dernier, que l'on peut fixer au com- 
mencement de l'année 1589. Le roi recommande à son lieu- 
tenant, dans les termes les plus chaleureux, de pourvoir 
aux nécessités de la pauvre femme, appelée Anne Van Schut- 
teput, à qui la mort de son fils avait enlevé tout soutien. 

1. « Au roy, reraonslre en toulle humilité George de la Hèle, maistre du 
clianl de l'église cathédrale de Tournay, que passé dix-neuf ou vint ans il 
at esté enffant de la chapelle de Vostre Majesté en Espaigne par l'espace de 
dix ans ou environ, en contemplation de quoy il auroit pieu à Vostre Majesté 
le coUoqner sur le rolle sur les chapelles d'Artoys estantz à la disposition de 
Vostre Majesté, et comme ainsy soit que la chapelle castrale de Lens, en Ar- 
tois, est présentement vacante par le trespas de feu maistre Jan de Rosa, ar- 
chidiacre d'Oslrevent et chanoine d'Arras, etc. (1). » 

(1) Collection des papiers d'État et de l'audience, liasses, aux Archives du 
royaume. 



— 117 — 

2. « A monseigneur le président, etc., Michiel de Bocq, pcnsionaire de Sa 
Majesté et comme commis de maisire George de le Hèle, maistre de la chapelle 
de Sa Majesté, remonslre bien humblement qu'estant ledicl de le Hèle premier 
en lour sur le nouveau roUe aux prébendes de Pcglise collégiale Noslre-Dame, 
en Courtray, luy est dévolue par la mort de feu maistre Jean Codt la prébende 
que ledict défunctpossessoit auparavant en ladicle église, à laquelle prébende 
ledict de le Hèle a dénommé Pierre Bruynseels, son nepveu, ainsy qu'il appert 
par l'inslrument notarial aussy signé dudict de le Hèle icy-joint, etc. (1). » 

3. « Monsieur de Champaigney. Je n'ay peu laisser à l'instance et recom- 
mandation que m'en a esté faite de la part de maisire George de la Hèle, 
maistre de la chappelle du roy en Espaigne, de vous réquérir vouloir, en fa- 
veur de l'actuel service qu'il rend par-delà à Sa Majesté, faire affranchir et 
exempter de logcmens de soldatz la maison où demeurent ses mère et soeur 
tenans escolle de jeusnes filles en la ville d'Anvers, en la rue dite de Oude- 
Lombarde slrale; si avant que le temps et la nécessité le permet, et l'auray 
pour aggréable, etc. De Bruxelles, le v« de février 1588 (2). » 

■4. « Mon bon nepveu, je vous ay escript le 4« de mars passé, de poufvueoir 
à la pauvreté et nécessité de Anne Van Schutleput, mère de feu George de la 
Hèle, en son vivant maistre des chantres de ma chappelle. Et comme je suis 
informée qu'elle est réduicte à bien pouvre estât par deffault de secours qu'elle 
avoit desondict filz, je tiendray pour service pieux et de charité que vous la 
faicles assister et soulaiger de quelque aulmosne, selon que mieulx trouverez 
convenir, et me sera aggréable ce que pour elle sera faict audict regard. 
Atant, etc. De Saînct-Laurenl, le lô^ de septembre 1589 (3). » 

De TuRNHouT (Jean, Gérard el Daniel). — La parenté 
de ces musiciens est parfaitement établie par les trois 
lettres des années 1S95 et 1396 que nous publions, et qui 
concernent l'augmentation des gages de Jean de Turnhout, 
maître de chant de la chapelle de la cour, à Bruxelles, et 
l'entretien de Daniel, son fils, pendant quatre ans, aux frais 
de Philippe II, dans le collège du roi, à Douai. Deux de ces 
lettres sont adressées par ce prince au cardinal Albert, gou- 



(1) Collection des papiers d'État et de l'audience, liasses, aux Archives du 
royaume. 

(2) Ibidem 

(5) Archives du royaume. 



— H8 — 

verneur général des Pays-Bas; la deuxième est écrite par 
celui-ci au roi pour lui recommander le jeune Daniel, en 
considération des services rendus par son père et par Gé- 
rard, son oncle, lequel avait été maître de la chapelle de 
Philippe II. 

Déjà à la fin de l'année 1593, Jean deTurnhoul avait 
adressé au comte de Mansfeit, gouverneur général des Pays- 
Bas intérimaire, une requête dans laquelle il représentait 
combien son traitement était peu élevé (il ne touchait que 
6 patards par jour), et combien il lui était difficile de vivre 
dans un temps où tout était excessivement cher, avec la 
charge de l'entretien de six enfants de chœur. Ce document 
nous apprend que Jean de Turnhout occupait alors les fonc- 
tions de maître de chapelle de la cour, à Bruxelles, depuis 
huit ans. Par apostille du 7 janvier 1 594, le comte de Mans- 
feit lui accorda une gratification de 100 livres, de 40 gros, 
la livre (i). Gérard et Jean de Turnhout ont leur article 
dans la Biographie universelle des Musiciens. 

1. «A Son Excellence, remonslrelrès-liumblement le maistre delà cliappelle 
de Vosire Excellence Jehan Turnhout, comme desjà l'espace de huict ans il a 
déservyledict eslal avecq la charge de six enfans de chœur, et ce sur vj patards 
chascun par jour, qu'est ung bien petit traictement au respect du cher temps 
passé et qui court encores, cause qu'il se trouve fort engaigé et endeblé, ne luy 
estant possible plus longuement se pouvoir maintenir sans la faveur et assis- 
tence de Vosire Excellence, par où se relire vers icelle, elc. » 

Apostille : « Son Excellence ayant oy rapport de cesle rcqueste el désirant 
aulcunement subvenir à l'enlrelènement des enfans cy-menlionnez, accorde 
en don à l'effecl que dessus la somme de cent livres, de xl gros, la livre, etc. 
Faicl à Bruxelles, le vije de janvier xv: nonanle-qualre. Mansfelt (2). » 

2. « Mon bon frère, neveu el cousin. Par Jehan de Turnhout, maistre du 

(1) M' E. Vanderstraeten a publié, dans le Messager des Sciences hisforiques 
de 186G, § XXXVIII {la Musique aux Pays-Bas avant le XIX« siècle), deux 
documents du même genre qui se rapportent à une autre gralification accor- 
dée, en 1596, à Jean de Turnhoul, pour les mêmes motifs. 

(2) Collection des papiers d'État et de l'audience, liasses, aux Archives du 
royaume. 



— 119 — 

clianl de lu cliappclle en ma court, ù Bruxelles, m'est faicte la suppliealion 
que contient sa requeste cy-joinctc, pour luy eslre augmenté son traictement 
de xiiij pattars par jour, comme aussy que à son fils Daniel de Turnhout soit 
accordé l'estude en mon collège à Douay, pour l'espace de quatre années en 
la mesme manière que y sont entretenuz les enfans et aultres de ma cliappclle 
par-deçà, comme le tout est reprins par la mesme requeste que j'ay trouvé 
bon de vous remettre à ce que me rendez vostre advis sur les deux poinctz,afin 
que, après l'avoir entendu, je y prègne la résolution que trouveray convenir. 
Alanl, etc. De Madrid, le xxix" de décembre 1395. » 

5. « Monseigneur, Jehan Turnhout, maistre du chant en la chappelle de la 
court de Vostre Majesté en cesle ville, m'a exhibé les lettres, lesquelles icelle 
me renvoie sa requeste présentée à Vostre Majesté pour augmentation de son 
traictement de xiiij pattars par jour, et afin que à son fils Daniel seroil 
accordé l'estude en son collège de Douay pour quatre années; sur laquelle 
requeste aïant consulté ceulx des finances, et entendu d'iceulx que le traicte- 
ment dudicl maistre seroit à ma charge, j'ay prins à moy d'y pourveoir, mais 
dépendant le second poinct et la nourriture de sondicl filz aux estudes de la 
libéralité de Voslredicte Majesté, j'ay bien voulu dire à icelle que je tiens que 
tel bénéfice seroit bien coliocqué à sondicl filz, tant en respect des services 
de son père que ceulx de son oncle Gérard de Turnhout, maistre de la chap- 
pelle de Vostre Majesté, et, renvoïant partant à Vostre Majesté la requeste du- 
dict suppliant, prieray le Créateur, Monseigneur, octroïer à Vostre Majesté en 
santé longue et heureuse vie, etc. De Bruxelles, le xxviij* de mars 1596. » 

4, n Mon bon frère, nepveu et cousin, comme suis adverty par une de voz 
lettres du xxviije de mars que le bénéfice de faire nourir aux estudes par-delà 
Daniel Turnhout, filz de Jehan Turnhout, maistre de chant en ma chappelle à 
Bruxelles, sera bien colloque tant en considération des services d'icelluy que 
de son oncle Gérard de Turnhout, en son vivant maistre du chant de ma chap- 
pelle par-deçà, me sera agréable que donnez ordre que ledict Daniel soit 
receu et entretenu en mon collège à Douay pour le temps de quatre années, 
comme faict a esté pour aultres enfans, et que ordonnez à tel effect à ceulx 
de mes finances de respondre de l'escollaige dont sera convenu, y pourvoïant 
de sorte que ledict enfant ne soit constrainct de laisser l'estude par défault de 
paiement, comme est advenu aullresfoiz; et pour ce que votre susdlcte lettre 
contient que par advis de ceulx de mes finances prenez à vostre charge le traic- 
tement dudict maistre Jehan Turnhout, je n'en diray aultre chose. Atant, etc. 
De Toledo, le x* de juillet 1396 (1). » 

(1) Copies du temps, aux Archives du royaume. 



— 1-20 — 

Van Roy (Daniel). — Dans une requêle au duc île Parme, 
Daniel Van Roy déclare qu'il a élé enfant de la cliapelle 
royale, sans nous dire si c'est aux Pays-Bas ou en Espagne. 
et demande que Henri Wibaull, autre chantre de ladite 
chapelle, soit pourvu à sa place de la prébende de Saint- 
Michel à l'église de Sainte-Waudru, à Mons : celui-ci y fut 
effectivement nommé le 11 octobre 1S86. Un acte notarié 
qui accompagne cette requête, constate que Van Roy habi- 
tait alors cette ville (i). 

Un autre document, qui émane également de Van Roy, 
fournit pour sa biographie des données précieuses. C'est 
une lettre qu'il adresse à Ferdinand, archiduc de Gralz; 
elle n'est pas datée. On y lit qu'il fit partie de la chapelle 
du roi Philippe II pendant sept ans; puis il se rendit eu 
Allemagne, où il fut admis, comme musicien de chambre, 
par l'archiduc Ferdinand, comte de Tyrol, qui mourut en 
1595. Il passa ensuite au service du duc de Bavière. Étant 
à Gralz et en chemin pour retourner en Flandre, D. Van Roy 
voulut faire hommage à l'archiduc d'un recueil de monu- 
ments divers de la ville de Rome. Ayant appris, dit-il, que 
les Pays-Bas allaient être cédés en toute propriété à l'archi- 
duc Albert et à l'infante Isabelle, et dans l'espoir de trouver 
quelque emploi à la cour, il demande à l'archiduc Ferdi- 
nand une lettre de recommandation pour son cousin, afin 
qu'il puisse être attaché au service de ce dernier, soit 
comme musicien, soit en toute autre qualité, car il sait les 
langues espagnole, italienne, française et allemande, et con- 
naît quelques mots d'autres langues. Van Roy fait en même 
temps hommage au prince dont il invoque la protection, 
d'un recueil, accompagné d'un texte, dans lequel il a réuni 
les vues des temples et des obélisques, ainsi que d'autres 



(1) Collection des papiers d'Étal et de l'audience, liasses, aux Archives du 
royaume. 



— 121 — 

moiiumeuls remar(|ual)lp.s de Rome, avec les noms de ceux 
qui les oui fait élever. 

L'arcliiduc de Gralz accueiilil favorablemcnl la requcle 

de Van Roy, et envoya, le 8 février 1599, la lellre même 

qu'il avait reçue du pélilionnaire avec quelques mois de 

recommandalion. N'omellons pas de faire remarquer que 

. Van Roy se déclare natif de la ville d'Anvers. 

« Serenissirao principe. La taiila benignilîi et clemenza che ho inleso régnai- 
in Voslra Alteza Serenissima mi lia dalo campo di ricorrer alli piedi di Voslra 
Alleza Serenissima con ogni luimiltà a farli inleuder qualmente sono stalo 
putlo di cappella del rey Philippe buona raemoria, per espalio di celte anni, 
et poi parlilo con buona licenlia e salisfalione délia délia Mageslà sono ve- 
nuto in Germania, dove fu ricevulo del serenissimo artciduca Fcrdinando, 
buona memoria, per musico di caméra, cioè falcetto, et poi del duca di Baviera. 
corne ne saranno testimonianza alcuni musici di Voslra Alteza Serenissima, 
Et essendo quà di passagio per rilornar alla patria in Fiandra, ho volulo 
far présente a Voslra Alleza Serenissima queslo libretlo, insieme con queslo 
dialogo, dove si vede tutti li templi el guglie, e chi l'a fatto fabricare, insieme 
con allre cose sancte e notabile dell' aima ciltà di Ronia, suplicando che 
Voslra Alteza Serenissima voglia pigliare queslo picciolo dono in buona parle. 

» Serenissimo principe, vedendo che il serenissimo artciduca Alberto ha di 

hereditar con la infanta di Spagnia, in Paes-Basso, per patron absolulo, el io 

corne di sopra detto, havendo servito a Sua Mageslà Calholica, corne si sa 

molto bene in quella corte, supplico a Voslra Alleza Serenissima humilmente 

mi faccia tanta grazia d'una litera buona di ricomandacione al dello principe, 

accioch' io posso con il favore et gralia di Voslra Alteza Serenissima rilrovar 

servilio in quella corle,non per musico sinon per quelc' allro servilio honesto, 

la causa vedendo che io so la lengua spagnuola, ilaliana, franceza, germana 

et qualche parole di altre lengue, assiguralo dunque dtlla grandezza di Voslra 

Alteza Serenissima starô aspellando grala risposta, dove poi ne reslarô io 

obligalissimo, pregar Noslro Signor Iddio per il suo fclice successo, et alla 

grandezza sua humilmente faccio riverenza, prcgando il Signore Iddio con- 

servi a Voslra Alleza Serenissima in sanilà longo tempo e felice. Di Voslra 

Alteza Serenissima humilissimo servilor. 

» Daniel Van Roy, 

» délia citlà d'Anversa (I). •> 

(1) Original, dans les archives de la secrélairerie d'Élat allemande, aux 
Archives du royaume. 

9 



— 422 — 

RuYMOME (Pierre). — D'après un ouvrage publié par 
lui à Anvers, eu 1614, et dont le titre a été donné par 
M. Fétis, ce musicien était espagnol de naissance. Peut- 
être sera-l-il venu aux Pays-Bas avec l'infante Isabelle, 
en 1398. On le qualifie de maître de chapelle dans des 
lettres patentes datées de Bruxelles, le 18 septembre 1G05, 
par lesquelles les archiducs lui accordèrent 100 livres de 
Flandre de pension annuelle, à titre d'indemnité pour son 
logement, pendant tout le temps qu'il aurait occupé ses 
fonctions. Les comptes où figurent cette dépense (i), nous 
apprennent que lors de l'échéance de l'année commençant 
au 19 juin 1605, celte somme fut payée à Géri de Ger- 
sem (2), qui avait remplacé P. Ruymonte eu qualité de 
maître de chapelle. Celui-ci avait été nommé maître de la 
musique de chambre des archiducs (maestro musko de ca- 
méra), et il figure avec ce titre dans l'état du personnel de 
leur chapelle. 

« Nous avons donné el accordé à Pedro Rimonte, maistre de nostre chap- 
pelle, c livres, du pris de xl gros, monncie de Flandre, la livre, de pension, 
par chascun an, à commencer avoir cours doiz ce jour d"liui, et à en estre 
payé de demy an en demy an, par les mains de Émanuel Van den Hecke, re- 
ceveur des biens annotez au quartier de ceste ville, tant qu'il nous servira en 
icelle charge, afBn qu'il aye tout meillieur moyen pour louer maison conve- 
nable et proche de nostre palais pour luy et les enfans de noslredicte chap- 
pelle, etc. Faict à Bruxelles, le xviije de septembre xvj« trois (3). » 

Ruymonte obtint encore des archiducs une gratification 
de 1,000 livres de Flandre, par lettres patentes du 17 sep- 
tembre 1611, et une somme de 1,500 livres, par d'autres 
lettres du 18 mars 1614, « pour retourner à son pays. » 



(i) Registre n" 18420, fol. iiijxx ix r», et n^ 18421, fol. iiijxx iiij r», de la 
cliambre des comptes, aux Archives du royaume. Le nom y est écrit : Remouli 
ou Rimonti. 

(2) Registre n" 18422, fol. iiijxï iiij r", ibidem. 

(3) Collection des papiers d'État et de l'audience, aux Archives du royaume. 



— 1-23 — 

Voici l'ordre donné à l'audiencier de délivrer ces dernières. 
Nous ferons suivre ce document d'une Icllre du confesseur 
de l'infante à l'audiencier Verreyckcn, qui s'y rapporte et 
dans laquelle il est question du vif désir que Uuymonte 
avait de retourner en Espagne. 

1. <■ Audiencier, nous avons par advis de ceulx de nez finances accordé et 
accordons de grâce espécialle par cesles à Pedro Ruimonte la somme de 
xvc livres, du prix de xl groz, nostre monnoye de Flandres, la livre, en don 
et adjuda de cos<a pour une foiz, mesnies pour retourner à son pays, à en 
eslre payé par les mains de Cliristophre Godin, conseillier et receveur général 
de nosdictes finances, vous ordonnans en dépescher lettres patentes. Faicl à 
Bruxelles, le xvij« de mars xvj<= xiiij {!). » 

2. « Ruymonte, maestro de miisica de la câraera de Sus Altezas, me ha dicho 

que eslo en nianos de Vmd. un negocio que tiene, pidiendome suplique à 

Vmd. le despaclie con brevedad, por que no querria dilalar su jornada â Es- 

pana. Jo se lo suplico â Vmd. â quien Nuestro Senor muchos anos como 

desseo. Brusselas, 14 de marzo. 

» Fray Inigo de Brisuela. » 

GuissANO (Denis). — En 1620, ce musicien avait été 
appelé de iMilan pour faire partie de la chapelle des archi- 
ducs. Il fut pourvu, par lettres patentes d'Isabelle, datées 
de Bruxelles, le 9 septembre 1624, d'un canonicat dans 
l'église de Saint-Vincent, à Soignies, vacant alors par le 
décès de Gérard Alebay, chapelain de l'infante. Voici un 
extrait de la requête qu'il adressa à la gouvernante pour 
obtenir ce bénéfice. 

« Serenissima senora, Dionisio Guissano, musico de la real eapilla de 
Vueslra Alleza Serenissima, dice que ban por quatros anos, que le llamaron 
de Milan por servir â Vucstra Alteza, y en lodo esse tiempo â sieuipre accu- 
dido con muclia pontualidad en su scrvicio, etc. » 

Teniers (G. -A.), — adressa une requête au gouverne- 
ment, le 1" octobre 1791, pour obtenir une place vacante 

(1) CoUcclion des papiers d'Etat et de l'audience, ibidem. 



— 124 — 

alors de musicien à la cour (i). Il s'exprime en ces termes: 
u Guillaume-Albert Teniers, né à Louvain, arrière-petil-fils 
» du célèbre peintre David Teniers [deuxième de ce nom], 
» expose avec le plus profond respect, qu'après avoir voïagé 
i> pendant plusieurs années en Hollande, en Angleterre et 
» en France pour se perfectionner dans l'art de musique, il 
» vient de se fixer dans sa patrie, où il est placé en qualité 
» de premier violon, dirigeant l'orcheslre du théâtre de 
)> Bruxelles, etc. » Teniers n'a jamais fait partie de la cha- 
pelle des archiducs gouverneurs, Marie-Christine, archi- 
duchesse d'Autriche, et Albert-Casimir, duc de Saxe- 
Teschen. 

Alexandre Pinchart. 



(1) Archives du royaume. 




Ch.OruJhena Se. 

EECLOO'-lSeS 



— 425 — 



Itlonnincut funèbre à Eecloo. 



Le Messager des Sciences a toujours regardé comme un 
devoir de mentionner les encouragements accordés aux 
artistes et les honneurs rendus à leur mémoire; c'est pour- 
quoi nous donnons ici le dessin du monument funèbre 
élevé dans le cimetière d'EecIoo, au mois d'avril 18G3, 
aux mânes des hommes de lettres et des artistes que cette 
ville a vus naître, ainsi que des célébrités qui y ont passé 
une partie de leur vie. Ce cénotaphe, dû à la sollicitude 
de IVP Ed. Van Damme-Bernier, ancien conseiller provin- 
cial, natif d'Eecloo, est fort simple et ne pèche pas par une 
surcharge d'ornements de mauvais goût. Sur l'une des faces 
figurent les noms de Ledeganck, l'auteur des De dryZuster- 
steden, dont la lyre, trop tôt brisée, fil entendre de si doux 
et de si majestueux accords; de Geirnaert, le gracieux 
peintre de genre; de De Vlieger, lauréat dans plusieurs 
grands concours de peinture à Bruxelles, à Gand et à Gro- 
ningue; de Cornelis, qui mourut architecte de la ville 
d'Alost. La seconde face est destinée aux élèves de Geir- 
naert. La troisième rappelle le souvenir du séjour à Eecloo 
de célébrités littéraires ou artistiques, en tête desquelles 
est inscrit le nom du regretté VVillems, qui imprima un si 
vigoureux élan à la littérature flamande et auquel Eecloo 
doit sa Société littéraire. La quatrième face est destinée à 
recevoir les noms d'autres habitants d'Eecloo que leurs 
mérites recommandent au souvenir de leurs concitoyens. 

Eecloo, on le voit, a fourni son contingent à la galerie 

des célébrités du pays, et l'obole que cette petite ville 

verse dans le trésor artistique et littéraire de la Belgique, 

est loin d'être l'obole du pauvre. 

Emile V. 



— 126 — 



J|3ubltCûtion5 rccentciî 

DE QUELQUES ACADÉMICIENS BELGES. 



Gachard. — Don Carlos et Philippe 11. — Des circon- 
stances plus ou moins fortuites sont souvent pour beaucoup 
dans les destinées des hommes comme dans celles de leurs 
travaux; c'est ainsi que le bel ouvrage dont nous allons dire 
quelques mots ici, doit sa naissance à un heureux con- 
cours d'événements qui mit M. Gachard à même de décou- 
vrir le mystère qui, jusqu'à ce jour, voilait les détails et les 
causes de la mort de Don Carlos. 

Il est dans l'histoire moderne peu de faits plus intéres- 
sants que ceux qui se rattachent à l'arrestation et à la mort 
de ce jeune prince, petit-fils de Charles-Quint, héritier de 
la monarchie espagnole, auquel les Cortès avaient déjà prêté 
serment, et qui, sur un ordre royal, se vil soudainement 
enfermé dans une tour du palais de Madrid, gardé à vue 
comme un criminel de lèse-majesté, et qui, après une cap- 
tivité de six mois, mourut en quelques heures d'une mort 
quasi-violente, à laquelle, dit-on, le roi son père ne fut 
pas étranger. 

La curiosité dont cet événement a été l'objet dès le mo- 
ment où il se produisit, s'est soutenue jusqu'à nos jours. 
Pendant ces trois siècles, on n'est pas parvenu à soulever 
le voile qui couvrait la vérité : d'un côté, les historiens es- 
pagnols contemporains qui parlèrent de ce fait, en surent 
peu de chose, ou n'osèrent pas dire tout ce qu'ils en sa- 
vaient, leur plume étant enchaînée par la censure; d'un 



— 127 — 

autre côlé, les historiens étrangers, qui presque tous se 
croyaient obligés de lancer une pierre à la politique de Phi- 
lippe II, se firent l'écho des versions les plus absurdes ou 
se plurent à les accréditer. Pour arriver à un résultat sa- 
tisfaisant, il fallait donc s'écarter des sentiers battus et 
aller puiser des renseignements à d'autres sources. 

Telle était la situation de la question à l'époque où 
M. Gachard, il y a quelque vingt ans, fut envoyé en Es- 
pagne pour rechercher dans les archives et les bibliothèques 
de la Péninsule les actes relatifs à la domination espagnole 
dans les Pays-Bas. 

Il commença ses investigations par la Bibliothèque na- 
tionale de Madrid, qui renferme une fort belle collection 
de manuscrits : c'est là qu'un heureux hasard lui fit mettre 
la main sur un manuscrit contenant deux recueils intitulés: 

El despacho gênerai que se hizo para el rey sobre el rc- 
cogimiento del principe Don Carlos; 

El despacho gênerai que se hizo para los perludos gran- 
des etc.. sobre lo de la miierle del principe noslro Senor. 

Le premier recueil renfermait la lettre de Philippe II 
aux autorités religieuses et civiles de Castille sur l'arres- 
tation de son fils; dans le second, étaient les missives par 
lesquelles le monarque annonçait aux mêmes autorités la 
mort de Don Carlos; ainsi qu'une lettre à ce sujet d'Erasso, 
secrétaire particulier du roi. 

La fin mystérieuse et prématurée de Don Carlos avait 
excité en M. Gachard un intérêt d'autant plus grand que 
ce prince était soupçonné d'avoir eu des rapports avec les 
Flamands pendant la révolution des Pays-Bas, qui marqua 
les derniers temps de sa vie. Son sort en était donc plus 
intimement lié à l'histoire de la Belgique. Le manuscrit 
que M. Gachard venait de découvrir, posait ainsi les pre- 
miers jalons de la route qui pouvait le conduire à des dé- 
couvertes importantes. Enhardi par ce premier succès, il 



— 128 — 

poursuivit le cours de ses invesligalions et trouva dans un 
autre manuscrit la lettre de Philippe II à la reine douairière 
de Portugal et au pape Pie V, et dans un autre volume éga- 
lement manuscrit, la lettre de Tarchevéque de Rossano, 
nonce apostolique en Espagne à celle époque, dans laquelle 
se trouve le récit détaillé de circonstances relatives à cet 
événement tragique. 

Plus lard, il fut autorisé à consulter le dépôt des archives 
du château de Simancas, dont l'accès élait fort difficile à 
obtenir alors (1843), et où se trouvent les renseignements 
les plus précieux sur la vie privée des rois d'Espagne. 

Après avoir pris copie de toutes les pièces qui pouvaient 
l'intéresser, M. Gachard revint en Belgique, chargé d'une 
abondante moisson. Il publia successivement, pendant une 
période de dix années, la Correspondance de Philippe IF 
sur les affaires des Pays-Bas, en quatre volumes, tirée des 
dépôts de Simancas; les actes des Etais généraux en 1G00; 
les actes des États généraux en 1652; la correspondance de 
Guillaume le Taciturne; les lettres sur la retraite de Charles 
Quint à Yuste. 

Pendant tout ce temps il laissait reposer dans ses carions 
les documents relatifs à Don Carlos, indécis sur l'usage 
qu'il en ferait; s'étant enfin arrêté à l'idée d'en faire une 
composition historique à part, il alla glaner de nouveaux 
matériaux dans les Archives impériales de Paris, à la Bi- 
bliothèque impériale, aux Archives de cour et d'étal à 
Vienne, au State paper office et au British Muséum, à Lon- 
dres, ainsi qu'aux archives de Bruxelles; il présenta enfin 
son travail à la Commission d'histoire, qui lui accorda les 
honneurs de l'impression. 

N'était-ce la tournure moderne du style, on croirait, en 
le lisant, tenir une de ces vieilles chroniques où l'auteur 
narre sans prétention les événements dont il a été témoin, 
nous présente les princes avec leurs qualités et leurs dé- 



— 129 — 

fauls, nous les montre agissant et parlant, les suit pas à 
pas, nous introduit dans les palais, nous dévoile les secrets 
des antichambres, et tout cela, avec un accent de vérité qui 
attache, et transporte pour un moment le lecteur et le fait 
vivre dans le siècle dont il lit l'histoire. Ici c'est le tableau 
de la cour d'Espagne pendant une période de vingt années, 
ce sont le roi et les grands posant devant nous dépouillés 
de leur manteau de grandesse; c'est Philippe II, ce père de 
la dissimulation, comme l'appelait le diplomate Antonio 
Tiépolo en 1567, dont le principe était « que les grands 
princes qui dient ouvertement qu'ils feroient quelque chose 
concernant leur service, que c'est en intention de ne le faire 
point (i); » c'est ce monarque despote qui, en parlant à l'ar- 
chevêque de Séville, disait qu'il convenait « que ses peuples 
eussent les mains liées, puisque c'était bien assez de leur 
laisser la langue libre; » nous savons aujourd'hui ce que 
valait cette liberté! C'est lui qui, sous cette apparente vo- 
lonté de fer, cachait la plus grande irrésolution. « Quant 
à notre maître, écrivait Perrenot au cardinal de Granvelle, 
tout va de demain à demain, et sa principale résolution, 
en toutes choses, est de demeurer perpétuellement irré- 
solu (2). » C'est Don Carlos qui n'avait de force que dans 
les dents, et dont un des premiers actes, en entrant dans 
la vie, fut de dévorer le sein de sa nourrice (3); c'est ce 
jeune prince malheureux, mais aussi méchant et fantasque, 
allant ribler le pavé pendant la nuit, selon l'expression de 
Brantôme (4), ou s'enfermant seul dans un de ses accès de 
manie furieuse, pour couper le jarret à tous les chevaux 
de son écurie. 

Les historiens, ainsi que je l'ai dit plus haut, ont beau- 
coup conjecturé au sujet de Don Carlos, mais c'est surtout 
en ce qui regarde son procès qu'ils se sont donné le champ 

(1) Page 264. — (2) Page 225. — (5) Page d. — (4) Page 1C.4. 



— 130 — 

libre. Cabrera, enlre autres, raconte que Philippe II avait 
fait faire à son fils un procès en règle, et que tous les actes 
en étaient déposés aux Archives de Simancas; LIorente, dans 
son Histoire de r Inquisition, écrite en espagnol, dit que 
Napoléon 1" avait fait enlever ces pièces; M. Lafuente (His- 
toria gênerai de Espana) avance que Napoléon avait ordonné 
qu'on les lui remit : enfin, il y a quelques années, on a forgé 
un nouveau conte, d'après lequel ces pièces, dont se serait 
emparé un général allemand au service de la France, au- 
raient été censées exister dans un château d'Allemagne. 

Écoutons à ce sujet M. Gachard (i) : « Il y avait à la vérité 
aux Archives de Simancas, un coffre où, selon l'opinion 
généralement reçue en Espagne, devait se garder le procès 
de Don Carlos. A en croire la tradition, il était défendu à 
l'archiviste d'y toucher sous peine de mort. Pendant la 
guerre de l'indépendance, le général Kellerman, (jui com- 
mandait à Valladolid, le fit ouvrir, et qu'y trouva-l-on? le 
procès de Don Rodrigo Calderon, l'ancienne créature du 
duc de Lerme, un des personnages de Gil Blas! » « On voit 
donc, ajoule-t-il, qu'il faut reléguer parmi les fables le pro- 
cès de Don Carlos et tout ce qui a été brodé là-dessus. » 

On peut juger, d'après ce qui précède, de l'importancf! 
des travaux et de la portée des recherches de M. Gachard. 
Peu d'ouvrages historiques ont exigé que l'écrivain rassem- 
blât autant et de si notables documents; peu d'ouvrages non 
plus, par conséquent, n'ont exigé un travail aussi long, 
aussi opiniâtre, aussi consciencieux. M. Gachard ne cite 
pas un fait, ne raconte pas un événement, ne donne pas un 
détail sans invoquer un texte à l'appui, sans renvoyer aux 
documents originaux. 

Cet ouvrage, qui est un des plus beaux monuments his- 
toriques de notre époque, en est aussi un des plus curieux, 

(1) Page 319. 



— 131 — 

à un double point de vue : d'abord, il nous fait connaître 
la vérité sur un point fort obscur de Thisloire, en nous 
donnant à ce sujet tous les éclaircissements désirables; en- 
suite il nous fait connaître, mieux que personne ne l'avait 
fait jusqu'à ce jour, le caractère et la vie intime de Phi- 
lippe II. En publiant ce travail, M. Gachard a immensément 
mérité du pays et des sciences historiques. 

J. Van Praet. — Essais sur rhistoire politique des 
derniers siècles. — Composer un ouvrage qui réponde 
convenablement à un tel titre, n'est pas chose facile. On a 
beaucoup écrit sur l'histoire politique, mais, à part quel- 
ques productions d'élite, bien peu sont à la hauteur de 
l'idée qu'on est en droit de se former d'une œuvre afTubiéo 
de celte prétentieuse suscription. Faire l'histoire politique, 
ce n'est pas ébaucher froidement les faits, les parquer par 
ordre de dates, citer les traités de paix ou d'alliance et 
broder sur le tout un certain nombre de remarques que 
tout homme de quelque élude est en état de faire. Non : 
l'histoire politique exige des considérations d'un ordre plus 
élevé; elle n'est pas un travail de mémoire, mais une œuvre 
de comparaison, d'appréciation, de jugement. L'histoire 
politique ne doit présenter dans son ensemble que le tableau 
des variations dans les institutions du pays au point de vue 
duquel on écrit, ainsi que celui de ses relations tant inté- 
rieures qu'extérieures. C'est surtout à ce dernier point de 
vue que l'ouvrage de M. Van Praet présente un grand in- 
térêt et des qualités vraiment sérieuses; c'est surtout quant 
aux relations d'état à étal, relations qui traduisent toute la 
politique d'une époque, et ont pour conséquence immédiate 
les solutions pacifiques ou violentes, qui elles-mêmes amè- 
nent les changements territoriaux ou même dynastiques, 
que l'auteur a le mieux répondu au litre de son livre. 
«Quand on raconte celle vie de tous les jours, dit-il (i), 

(1) Pi'élace, p. 7. 



— i32 — 

» qu'on fail connaître les lois d'intérêt général et ces insti- 
» tulions, ces relations des peuples avec leur gouvernement, 
» ces relations du gouvernement avec l'étranger, on écrit 
» l'histoire politique. » 

Mais faisons ici, en passant, une remarque qui nous est 
propre : donner le tableau de l'histoire politique d'un seul 
pays est chose impossible; depuis la fin du moyen âge et 
même dans les dernières années de cette période, les des- 
tinées d'une nation sont tellement rattachées aux destinées 
des autres, qu'on ne peut s'occuper de l'une sans parler 
de l'autre; l'exposé des institutions demande une compa- 
raison; les rapports d'un pays avec son souverain ne con- 
stituent pas à elles seules l'histoire politique, et les relations 
extérieures d'un état sont du domaine de l'histoire géné- 
rale. On est donc fatalement entraîné, en traçant l'histoire 
politique d'un pays, à s'occuper des pays voisins, à étudier 
leur situation intérieure, leurs affaires de ménage, à déve- 
lopper le mobile de leurs actes; de plus, certains événe- 
ments dominent toute une époque, influent sur son carac- 
tère général, et certains hommes mènent tous ces événe- 
ments; chaque pays a son tour dans cette distribution de 
célébrités, chaque pays a été à son tour le théâtre où se sont 
donné rendez-vous toutes les grandes figures du siècle pour 
jouer un rôle tantôt grand, tantôt odieux. Sous ce rapport, 
la Belgique a été malheureusement le mieux partagé des 
pays. Heureux, a-t-on dit, les peuples qui n'ont pas d'his- 
toire ! la Belgique n'est pas de ce nombre; sans cesse champ 
de bataille de l'Europe, point de mire d'ambitions rivales, 
riche enjeu de royales querelles, en racontant son histoire 
on fait celle de la politique européenne pendant plusieurs 
siècles. « On ne peut pas ranger les Pays-Bas (i) parmi les 
» grands états de l'Europe, mais on peut dire qu'ils ont été 
»> en cause dans tous les grands procès. » — « Il serait inté- 

(1) Van PiubT, }). 21. 



— 435 — 

» ressaiU (i) de voir, en iiilerrogeaiU de près les souverains 
» de l'Europe et les actes de leurs gouvernements, en quoi, 
» pourquoi, dans quelles circonstances et dans quelles me- 
w sures l'incertitude du sort de la Belgique intéresse ou 
» menace l'équilibre européen dans ses conditions fonda- 
» mentales, nécessaires, éternelles. » 

Pour établir les démarcations entre les différentes périodes 
de l'histoire politique, M. Van Praet prend pour base la 
nature des relations extérieures des grands états de l'Eu- 
rope occidentale depuis la fin du moyen âge : 

1° Période féodale, qui a pour signe distinctif la guerre 
de revendication; 

2° XV* siècle, période des guerres de famille, de la ligue 
du Bien public, et de la guerre des deux Boses; 

3° Le morcellement du territoire ayant fait place à 
l'Unité, et les grands feudataires ayant presque disparu, 
l'Étal les a remplacés, et dans cette période, les relations 
sont caractérisées par la guerre d'État à État; Charles VIH 
et Louis XII en Italie, la rivalité entre la France et l'Es- 
pagne, la France et l'Autriche; 

4° Guerres de suprématie; depuis Charles V jusqu'à 
Louis XVI; 

5" Période révolutionnaire. 

Ce tableau général n'est pas développé d'une manière 
complète dans ce premier volume; l'auteur s'est borné dans 
les cinq chapitres de ce travail à mettre en relief les prin- 
cipaux personnages qui se sont partagé l'attention de 
l'époque et sont en quelque sorte le pivot autour duquel 
se meut toute la politique. 

Dans son introduction, il s'occupe du XV'' siècle, « qui 
» n'est ni du moyen âge, ni du monde moderne, ni féodal, 
» ni monarchique; » ce siècle qui a vu la grandeur et la 

(1) Id., p 20. 



— 154 — 

décadence de la puissanle maison de Bourgogne, ce siècle 
témoin de la lutte gigantesque de la force aveugle contre 
l'astuce, où est née la politique moderne, en commençant 
par une exagération. Voici comment M. V^an Prael parle de 
Louis XI, ce précurseur de la diplomatie, la plus singu- 
lière physionomie de roi de toute la galerie historique. 

a Louis XI n'était point possédé de la passion des grandes 
choses, que sa puissance, ses facultés et les circonstances 
où il se trouvait, eussent autorisées chez lui. Il n'y préten- 
dit ni pour la France, ni pour lui-même. Il vit la maison 
de Bourgogne périr sous ses yeux, sans chercher à tirer de 

sa chute tout le profit qu'elle pouvait offrir 

.... De la part de Louis XI, c'était système. Il voulait 
gagner, à condition de ne rien risquer, conserver avant 
d'agrandir, éviter les batailles, non pas par manque de 
courage, mais parce qu'il est insensé, croyait-il, de mettre 
sur un coup de dés d'aussi gros enjeux que sa fortune cl 

sa vie 

. . Il se rendit impopulaire chez la noblesse et dans les 
villes, parce qu'il entrait dans ses projets d'écraser la no- 
blesse et qu'il ne prenait pas garde s'il accablait les villes 
d'impôts; enfin il pratiqua une poli- 
tique qui ressemblait à son propre caractère, une politique 

éloignée de toute intention morale 

Ne croyant jamais chez les autres aux bons sentiments, ni 
même aux bons mouvements qui n'étaient pas en lui, il 
prenait invariablement les hommes par leurs côtés mépri- 
sables, les menaçant du cachot ou de la torture, les mar- 
chandant à prix d'argent ou leur promettant sa faveur, 
suivant qu'il se figurait avoir affaire à des esprits craintifs, 
avides ou orgueilleux, préférant toujours la force réelle 
aux dehors de la grandeur, ce qui sert à ce qui brille, la 
substance à la forme (i). » 

(1) rage 81. 



— 155 — 

La première notice est consacrée à Cliarics-Quint. C'est 
ce monarque, portant majestueusement le poids de nom- 
breuses couronnes, qui clol, d'après l'auteur, le plus défî- 
uilivemenl la période longue, confuse et romanesque du 
moyen âge, et inaugure la guerre et la politique modernes. 
« Il fut (i) dans tout le cours de sa vie d'un tempérament 
où la tète l'emporte eu autorité sur le cœur, et lui com- 
munique sa froideur; d'une volonté forte mais tardive, 
d'une intelligence plus profonde qu'elle n'est vive, où domi- 
nent la patience, la ténacité, une prudence qui devient 
parfois minutieuse, où un grand empire sur soi-même dans 
la prospérité, dans le malheur, dans le péril ne dément 

que rarement 

Mais ce qui marque le caractère de Charles-Quint comme 
représentant de son époque, comme ayant inauguré la po- 
litique de l'ère nouvelle, c'est que partout où il fut vain- 
queur, il le fut pour comprimer les derniers élans de l'es- 
prit du moyen âge, et de l'indépendance des nations. En 
Italie, en Espagne, en Allemagne et dans les Pays-Bas, il 
triompha au profit de la royauté absolue, au détriment de 
la liberté des vieilles sociétés. Charles-Quint est assurément 
un de ceux qui ont le plus contribué à fonder et à conso- 
lider le régime des gouvernements modernes. » 

Quant au chevaleresque rival de l'empereur, iM. Van Praet 
éprouve pour lui un certain penchant, et s'il juge Charles- 
Quint avec justice, il juge François I" avec indulgence, 
surtout quand il s'agit du parjure de Madrid. 

Nous n'avons pas vu sans plaisir la manière dont l'auteur 
parle de Philippe II : au lieu de suivre l'allure moutonnière 
de la plupart des écrivains, il se plait à rendre hommage 
aux qualités du successeur de Charles-Quint, tout en dé- 
voilant ses défauts, et nous montre ce monarque irrésolu 

(1) Page 189. 



— 156 — 

et froid Ici que le dépeignenl les récentes trouvailles histo- 
riques de quelques savants belges. 

Nous croyons avoir donné une idée suffisante du travail 
de M. Van Prael, et nous ne voulons pas nous arrêter à 
discuter des points historiques plus ou moins en litige, que 
d'autres sont plus autorisés que nous à examiner. L'œuvre 
de M. Van Praet est conçue dans le grand genre historique; 
elle est écrite avec la précision qu'exige le sujet : l'auteur 
y a revêtu sa pensée d'un style souple et nerveux, qui donne 
de l'autorité à ses paroles; les vues sur l'ensemble des évé- 
nements y dénotent chez lui une grande sûreté de coup- 
d'œil, une grande lucidité dans les idées; pour écrire ces 
exposés de situation, trouver ces rapprochements ingénieux, 
résumer en peu de mots, comme il le fait, de nombreuses 
complications, il faut avoir vu de près les affaires, avoir 
étudié par soi-même le mouvement de va et vient de la di- 
plomatie. Peu d'hommes mieux que M. Van Praet étaient 
capables d'aborder la lâche qu'il a entreprise: mêlé pendant 
un grand nombre d'années à la politique, et confident et ami 
d'un monarque qui passa longtemps pour l'arbitre (h l'Eu- 
rope, il connaît les détours du labyrinthe de la diplomatie, 
et peut juger par la vie d'aujourd'hui de la vie d'autrefois. 

QuETELET. — En publiant en 1864 V Histoire des sciences 
physiques et mathématiques chez les Belges, et en 1866, 
les Sciences mathématiques et physiques chez les Belges, au 
commencement du XIX^ siècle, le savant directeur de l'Ob- 
servatoire a commencé à mettre au jour une série de tra- 
vaux, fruit de longues années d'études, dont ces deux 
ouvrages ne sont que l'introduction; ils doivent être suivis 
successivement de trois autres, sur l'astronomie, la météo- 
rologie et la physique. 

Autre chose est de faire de Thisloire proprement dite, 
c'est-à-dire la narration des événements dignes de mémoire, 



— 157 — 

el de faire riiisloriquc des sciences, de donner un tableau 
de la marche des connaissances humaines pendant une 
série de siècles. Celte dernière tâche présente, ce me sem- 
ble, des difficultés que ne rencontre pas l'auteur de Thisloire 
politique. Tout d'abord pour ce dernier, les documents 
sont beaucoup plus nombreux, les événements étant à la 
portée de plus de monde, les personnages sont nécessaire- 
ment plus en vue, puisqu'ils mènent l'époque; leurs faits 
el gestes sont, en général, plus connus el se trouvent, par 
conséquent, relatés dans des écrits plus nombreux; il peut, 
du reste, puiser dans les dépôts d'archives, où, en s'aidant 
de patience, il parvient presque toujours à découvrir les 
ressorts cachés des gouvernements. Au contraire, les docu- 
ments où l'historien des sciences doit puiser la matière de 
son ouvrage, se bornent aux écritsdes savants, hommes par- 
fois choyés par le pouvoir, mais souvent modestes el sans 
ambition, vivant oubliés du monde, et dont les travaux ne 
sont pas toujours nombreux. Beaucoup d'entre ces travaux, 
du reste, publiés à des époques où l'instruction était moins 
répandue qu'aujourd'hui, se sont égarés ou ont servi plus 
d'une fois à des auto-da-fé, de ce que le vulgaire appelle 
de vieux bouquins, de vieilles paperasses el que des savants 
seraient heureux de payer au poids de l'or, assurés qu'ils 
sont d'y découvrir toujours quelque point intéressant. 

Un autre écueil que présente celte matière, c'est la sé- 
cheresse, Taridité : l'auteur est presque à chaque pas arrêté, 
d'une part, par l'obligation d'entrer dans des détails tech- 
niques, d'une autre, par la crainte de donner à son ouvrage 
une teinte scientifique capable d'effrayer tout lecteur qui 
n'est pas initié au secret de la matière qu'il traite; ayant 
en vue une histoire et non un traité raisonné, approfondi, 
des variations subies par les connaissances humaines, il se 
trouve constamment en face de ces deux écueils, prêt à 
tomber de Charybde en Scylla. 

10 



— 138 - 

Pour composer ces deux volumes, M. Quelelel a élé 
obligé, comme il le dit lui-même, d'en recueillir pénible- 
ment les documents dans des ouvrages anciens et modernes, 
ainsi que dans de vieux manuscrits dont plusieurs appar- 
tenaient à des bibliothèques particulières. A force de pa- 
tience, de persistance opiniâtre, il est parvenu à rassembler 
les matériaux de son ouvrage et à vaincre ainsi la première 
des deux difficultés que je viens de signaler. 

Après avoir rappelé les premiers événements de l'his- 
toire de la Belgique, M. Quetelel, arrivant à l'époque de 
Charlemagne, aborde son sujet; il suit jusqu'au XIX^ siècle 
les diverses phases de la marche des sciences, en tenant 
sans cesse le regard attaché sur les événements politiques 
inséparables du développement de la civilisation, dont les 
sciences conduisent le char. 

Afin de rendre sensibles les différents états par lesquels 
ont passé les sciences en Belgique, l'auteur donne à la fin du 
1" volume une figure quasi mathématique, représentant ces 
étals : c'est une courbe, placée en regard d'une perpendicu- 
laire censée représenter l'ignorance, dont elle s'écarte da- 
vantage à mesure que les sciences firent des progrès, et 
dont elle se rapproche lorsque les connaissances déclinent. 

La période pendant laquelle les sciences furent le plus 
florissantes en Belgique, fut celle qui s'écoula depuis 
Charles-Quint jusqu'à Marie-Thérèse. C'est alors que pa- 
rurent Vésale, Mercator, Romain, Simon Slevin, Philippe 
Lansberg, Rubens, Van Helmont et de tant d'autres dont 
M. Quetelet passe successivement les travaux en revue. 

« Sous le règne de Charles-Quint, dit-il, la Belgique 
dans la plénitude de sa force, brillait parmi les nations les 
plus avancées. Sa prospérité était élevée au plus haut point; 
son commerce et ses richesses étaient immenses relativement 
à son étendue; ses fils se distinguaient dans les armées; 
ses intrépides voyageurs prenaient part aux recherches qui 



— 139 — 

se faisaient de toute part. Ses grands géograplies décrivaient 
les pays nouvellement découvertes : Vésale posait les bases 
de la chirurgie et de l'analoniie; la musique et la peinture 
étalaient leurs merveilles dans toutes les cours, qui tenaient 
à honneur de recevoir les artistes belges; ses savants n'é- 
taient pas accueillis avec moins d'empressement; ils hono- 
raient également le pays qui les avait vus naître (i). » 

Au sujet de Ph. Van Lansberg, le savant astronome gan- 
tois (2), M. Quetelet relève une erreur qui a rapport à 
l'almanach de Liège connu sous le nom d'Almanach de 
Mathieu Lansberg. Ce nom, dit-il, ne peut être qu'un pseu- 
donyme, car il n'y eut jamais de savant qui portât celui 
de Mathieu Lansberg. 

Quant au deuxième écueil dont j'ai parlé, la sécheresse, 
M. Quetelet l'a évité avec beaucoup de bonheur; son ou- 
vrage est d'une lecture facile, agréable; c'est un guide à 
travers le dédale de l'histoire des sciences, que tout le 
monde est à même de lire et de comprendre. Son second 
volume. Des Sciences mathémaliques et physiques chez les 
Belges, au commencement da X/X= siècle, a ajouté à l'inlé- 
rêt du premier le charme de l'actualité, car il nous montre 
des progrès dont nous sommes contemporains et que nous 
avons vu se produire en quelque sorte sous nos yeux. 

Après avoir énuméré les principaux travaux scienti- 
fiques de l'époque qu'il traite, et esquissé l'existence des 
savants qui les ont publiés, M. Quetelet consacre une par- 
tie de ce deuxième volume à quelques notices sur des savants 
qui ont cultivé d'autres branches et sur quelques hommes 
de lettres, « car, dit-il, dans nos provinces, ils se sont 
relevés en même emps que les savants dont ils avaient 
partagé les habitudes et les pensées. Il eût été difficile de 
séparer les uns des autres : dans un pays qui, comme le 

[V] Page 372, vol. I, 1844. — (2) Page 168. 



— 140 — 

nôtre, recommençait en quelque sorte sa vie intellectuelle, 
ces rapprociiements étaient nécessaires (i). » 

Dans cette dernière partie, M. Quetelet s'est fait conteur; 
abandonnant la gravité de Thistorien, il a reproduit avec 
grâce quelques traits de la physionomie de ces hommes, 
qui, pour la plupart, ont été ses camarades d'études, ses 
collègues, et qui tous ont été ou sont encore ses amis; 
il a écrit celte partie avec cette fraîcheur de souvenir, 
que tout homme parvenu à l'âge mùr conserve pour les 
impressions, pour les moindres incidents de sa jeunesse, 
dont il caresse avec amour toute réminiscence. Citons un 
seul trait. Le baron de Reifîenberg habita longtemps porte 
à porte avec l'auteur, sur le même palier; c'était un esprit 
d'une facilité de travail surprenante; à la fois mathémati- 
cien, historien, philosophe, poète, dramaturge, occupations 
qui jurent plus ou moins de se trouver ensemble, Reiffen- 
berg était par-dessus tout le plus grand farceur qu'ait ja- 
mais compté dans son sein n'importe quel corps professoral. 
« En société, et dans des circonstances solennelles même, 
il n'était pas toujours maître de lui; il donnait carrière à 
la gaîlé la plus bruyante, ou se permettait de véritables 
tours d'écolier. Ainsi, dans un conseil de professeurs, à la 
suited'une discussion assez longue, ses plaisanteries avaient 
provoqué une hilarité générale; son ancien camarade d'étu- 
des, le sévère Vautier seul, ne riait pas; il lui adressait au 
contraire les plus vifs reproches. Pendant sa mercuriale, 
de ReifTenberg se leva doucement, passa derrière sa chaise, 
enleva l'abat-jour du quinquet, et en coifFa subitement son 
rigide censeur. Vautier, sans se déconcerter, continua sa 
harangue, pendant qwe son collègue, derrière lui, trépignait, 
se frottait les mains et pouffait de rire. On conçoit l'effet 
que dut produire sur le docte aréopage cette scène impro- 
visée (2). » 

(1) Vol. 186G. Préface. — (2) Pag. 441, vol. 1866. 



— 141 — 

Baron de Saint-Genois. — Les Flamands d'autrefois^ 
nouvelles historiqiies : lel est le litre du recueil que le baron 
Jules de Saint-Genois, professeur-bibliothécaire à l'Univer- 
sité de Gand, a publié en juillet 18G6. Ce petit volume se 
compose d'une série de récits historiques, tous tirés des 
annales ou des chroniques de la Flandre, et déjà publiés 
séparément, il y a bien des années, dans les écrits périodi- 
ques du temps. Ces récits sont au nombre de sept, qui se 
rapportent à différentes époques et peignent quelque fait 
saillant de notre histoire, depuis les premiers temps jus- 
qu'à Charles le Téméraire. Dans le Missionnaire Liévin, 
l'auteur raconte la pieuse légende du pali-on de Gand, 
assassiné par les païens à Haulhem; M. de Saint-Genois a 
su donner à ce récit, avec un style pur et coulant, une 
teinte de simplicité, de naïveté, qui convient bien à l'époque 
primitive où se passe la scène. Dans Louis de Nevers, une 
liistoire du XIV'^ siècle, alors que la Flandre était riche et 
puissante, la narration s'élève à la hauteur du drame. Les 
Matines de Bruges sont la mise en scène de la révolte des 
Flamands conduits par Brcydel et deConinck contre Phi- 
lippe le Bel, et dont la journée des Éperons d'or fut l'évé- 
nement le plus émouvant et le plus glorieux. Jeati Yoens. 
un épisode de l'histoire des Chaperons blancs, prouve une 
fois de plus que la faveur des princes capricieux et despo- 
tes, ne s'obtient et ne se conserve malheureusement, qu'en 
pliant devant toutes leurs exigences, en sacrifiant même 
Phonneur et le devoir. Louis de Maie et les Gantois est la 
narration du soulèvement de ceux-ci sous Philippe van 
Artevelde; dans cette nouvelle, M. de Saint-Genois a déve- 
loppé le récit de Froissarl, d'après lequel le comte, pour- 
suivi, se serait sauvé chez une mendiante et caché dans tin 
pauvre literon où les en fans de la pauvre femme gisoient. 
Le louable but que M. de Saint-Genois s'est proposé, en 
publiant ce recueil, a été « de composer pour la jeunesse 



— lAît — 

des écoles un livre sans prélenlion, où les notions histori- 
ques vraies, présentées sous une forme aussi attrayante 
que possible, ne se trouvassent pas mêlées à des aventures 
amoureuses ou à des scènes trop romanesques. » 

PoLAiN. — M. Polain, professeur à l'université de Liège, 
dans ses Récits historiques de l' ancien paijs de Liège, a 
voulu, comme M. de Sainl-Genois, rendre agréable la 
matière souvent aride de Thistoire; comme lui, il a puisé 
le fond de tous ses récils dans les chroniques et les mé- 
moires du temps. Cet ouvrage curieux comme élude des 
mœurs de la chevalerie au pays de Liège, Test encore bien 
davantage au point de vue des rapports qui existaient alors 
dans celle contrée entre la noblesse et le peuple. C'esl 
surtout dans le récit intitulé : Henri de Dinani on la ré- 
volution communale de Liège de 1252 à 1257, que nous 
apprenons à connailre les détails de rexislence politique 
intérieure de la cité et du |>ays. Tout comme les peuples 
de Flandre et de Brabanl, celui de Liège était fier et jaloux 
de ses privilèges et de ses franchises, cl comme toute la 
magistrature de la cité étail prise dans la noblesse, ces 
privilèges et ces franchises étaient souvent méconnus; 
c'esl seulement à dater de la révolution provoquée par 
Henri de Dinani, que le peuple devint réellement un pou- 
voir dans Tétat, après qu'il eut forcé la noblesse à lui 
reconnaître le droit de nommer ses maîtres à temps (qui 
plus lard prirent le nom de bourgmestres), en dehors du 
corps échevinal. 

Ijn autre récit fort intéressant est celui de la Joyeuse 
Entrée de Ferdinand de Bavière, évèque de Liège, le 
25 janvier 1GI3. Les historiens imprimés, dit M. Polain, 
ont donné peu de détails sur ces fêtes; heureusemenl qu'il 
a trouvé dans un manuscrit de la IJibliolhè(|ue de l'Uni- 
versité de Liège la deicription qui paraît avoir été faite par 



— 145 — 

un léinoin oculaire, et qui oflVe des détails qu'on est fort 
heureux de connaître. Les cérémonies de la Joyeuse En- 
trée des autres contrées de l'ancienne Belgique sont plus 
connues; IM. de Saint-Génois, dans l'ouvrage cité plus 
haut, nous donne une relation de celle de Charles le Té- 
méraire à Gand, entrée qui n'eut malheureusement de 
joyeuse que le nom, et qui, au lieu d'être le signal des 
réjouissances, fut celui des troubles et de la révolte. Celle 
de Ferdinand de Bavière ne fut signalée par aucun méfait, 
le peuple de Liège ne pensa qu'à s'amuser et à fêter le 
nouvel élu; il est vrai que ce jour de fête fut presque le 
seul du règne de Ferdinand; la concorde entre lui et ses 
sujets ne dura pas longtemps; les dissensions recommen- 
cèrent bientôt sur le terrain des franchises communales, et 
le bon droit ne fut pas toujours du côté du prince, témoin 
le meurtre de Sébastien la Ruelle. 

A propos de l'histoire du pays de Liège, j'espère analy- 
ser prochainement l'ouvrage de M. Borgnet, que je n'ai 
pas encore eu l'occasion d'examiner. 

Edmond De Busscher. — L'ouvrage de M"" Edmond 
De Busscher, Recherches sur les peintres el sculpteurs à 
Gand, aux XVI% XVIP et XVIH^ siècles, est un travail 
fort remarquable. Pour rassembler les matériaux qui ont 
fourni la matière de son volume, il a dû, lui aussi, se 
livrer à de longues et fastidieuses recherches; compulser 
les registres des archives et de l'ètal-civil, revoir les comp- 
tes des villes, les registres des états de biens, les minutes 
notariales, faire en un mol, ce qu'on appelle un vrai travail 
de Bénédictin. Il a heureusement triomphé de toutes les 
dilTicullés et est parvenu à faire pour les arts aux XVI% 
XVII* elXVIlI" siècles, à Gand, ce que M. Quetelel a fait 
pour les sciences mathématiques et physiques. 

M. De Busscher est, du reste, depuis longtemps a van- 



— 144 — 

tagcusemcnt connu pour la persévérancfi avec laquelle il 
se livre aux recherches sur l'hisloire de l'art et les artistes 
de la Flandre. 

Entre autres particularités intéressantes, l'auteur cite 
celles-ci : que dans presque tous les contrats que les pein- 
tres passaient soit avec les particuliers, soit avec les corps 
de métiers ou les villes, pour l'exéculion d'une œuvre d'art, 
ils stipulaient certaines immunités pour leurs femmes, soit 
un voile ou couvre-téte, quelque bijou ou quelque pièce 
d'argenterie. 

Un autre point, est que les plus grands artistes de ces 
époques tenaient boutique (winkel), et ne dédaignaient en 
aucune façon de peindre ou d'exécuter les travaux les plus 
modestes, ainsi qu'il ressort des comptes des villes. Pierre 
Fourbus, par exemple, livra des accessoires et des costu- 
mes pour une représentation de mystères lors de l'inaugu- 
ration de Philippe II; Hugues Vander Goes peignit de petits 
écussons blasonnés pour le service funèbre de Philippe 
le Bon. 

Une particularité qui a une plus grande portée histori- 
que, est celle-ci ; on s'est souvent demandé pourquoi aucun 
artiste ne fit jamais partie de l'échevinage gantois; M. De 
Busscher a trouvé le clef de cette énigme dans une requête 
présentée à Philippe IV, par le magistrat de Gand en 1653, 
d'après laquelle il est constaté, que d'après l'usage établi 
et consacré, aucun boutiquier, — et les artistes tenaient 
boutique de leurs œuvres, — aucun avocat, aucun procu- 
reur postulant au Conseil de Flandre ne pouvait être élu 
aux fonctions scabinales, s'il n'avait renoncé à son négoce, 
à sa profession, à son office, au moins pour un an. 

M. De Busscher rapporte dans son livre beaucoup de 
détails minutieux, qui n'ont pas en eux-mêmes une portée 
bien définie, ou dont l'importance peut paraître très-secon- 
daire; mais en agissant ainsi, il est guidé par un mobile 



— 145 — 

qui n'esl pas ù dédaigiier : « Les petites découverles mènent 
aux grandes, dit-il, et les seuls faits majeurs ne donnent 
pas assez exactement la physionomie d'une époque; du 
reste, ce qui est ou semble insignifiant aujourd'hui, peut 
être essentiel demain; » et en cela nous ne pouvons que lui 
donner raison; son œuvre, en un mot, présente un grand 
intérêt national, et nous souhaitons qu'il ne s'arrête pas là. 

GGGG. — Avant de terminer cet article, je me permet- 
trai de mentionner un petit livre, qui certes ne peut trouver 
sa place dans le cadre des travaux historiques, mais dont 
la portée philosophique est incontestable : je veux parler 
du 3'= volume du Congrès de Spa, par Justin***, dont les 
trois étoiles servent fort bien d'auréole au pseudonyme du 
président Grandgagnage. Ce petit livre, sous une forme 
badine, cache un fond éminemment sérieux; il est d'un 
bout à l'autre la satire de certains faux progrès de notre 
époque, de l'ambition des individus qui veulent sortir de 
leur sphère, malgré leur ineptie, et des gens qui, courant 
après le bonheur, se laissent prendre aux apparences bril- 
lantes. Comme dans ses volumes précédents, Justin *** a 
intercalé dans celui-ci quelques-unes de ces wallonnades 
qu'il écrit si bien, avec tant de fraîcheur et de simplicité 
dans le style, et où un certain reflet de couleur locale 
n'empêche pas la pensée de s'élever dans les régions de la 
haute poésie. Ce volume-ci est le troisième du Congrès de 
Spa; mais, comme l'auteur ne nous dit pas qu'il est le 
dernier, nous attendrons le quatrième avec impatience. 

D'après ce rapide aperçu de quelques ouvrages natio- 
naux, on pourra se convaincre que la science historique en 
Belgique fait constamment des progrès sensibles. Nos his- 
toriens belges sont des chercheurs infatigables; ils tiennent 
à justifier leur origine, moitié germanique, moitié gauloise, 
en mettant au service de la science, le calme, la patience de 

• <i 



— 146 — 

la race germanique, et Taclivité incessante qui pousse tou- 
jours en avant tout ce qui a du sang gaulois dans les veines. 
Le champ qu'ils se sont chargés de défricher est vaste; ce 
n'est pas trop de beaucoup de bras pour faire avancer la 
besogne, et on pourrait à ce sujet répéter les vers de La- 
fontaine : 

Travaillez, prenez de la peine, 
C'est le fonds qui manque le moins. 

Ce fonds est inépuisable, chaque coup de pioche met au 
jour de nouveaux placers, souvent fort riches, qui condui- 
sent infailliblement à un enchaînement de découvertes nou- 
velles. Seulement toutes les sciences, les sciences historiques 
comme les autres, ne peuvent trouver à se développer que 
pendant les loisirs de la paix; c'est alors que les hommes 
qui se vouent aux études difficiles et longues que nécessite 
le progrès des connaissances humaines, peuvent à l'aise se 
livrer à leurs travaux de prédilection. Ce n'est pas au bruit 
du canon, au roulement du tambour, qu'il est possible de 
fouiller dans les archives, de fureter dans les poudreux in- 
folios, de déchiffrer l'écriture souvent hiéroglyphique de 
nos pères; il faut aux pionniers de la science le repos et la 
tranquillité que, seule, la paix peut donner. 

Emile V. 



147 — 



Cjjrottiquc Îïcô 5(mu(B et îrcB 2lm, et t^axUUB. 



Les engiks et l'artillerie des croisés au siège de Je'rusallm, décrits par 
UN ANONYME DU xv« SIÈCLE. — 1099. Eii IcuT Venir à Jhérusalem les pèlerins 
prendrenl toutes les barbaquennes, qui esloient contre eulx et rembatirenl 
les turcs dedens les grans murs. 

Pour ce siège les croisés firent parières (pierricrs), mangonneaux (1), 
escLielles, carioz et voies couvertes à grant plenté. 

De tous les barons n'en y avoit nul qui peut ses ouvriers paier, fors le conte 
de Toulouze; mais cil les paioit de sa bourse. 

Les clievalliers et le menu peuple alloienl par les buissons et par les hayes, 
cueiilans vcTges pour faire cloyes. 

Les nolonniers de Gennes esloient bons charpentiers, si aidèrent aux engins 
vigoreusement. Parmi ces engins on remarquait trois chasleaux de fust, qui 
esloient endroit la ville, qui esloient tous quarrez, et esloient les costez d'en- 
vers la ville doubles, si que ung des pans qui estoit dehors, povoit eslre avalez 
sur le mnr, et lors fut ainsy comme un pont; mais, pour ce, ne demoroil mie 
descioz de celle part, ains y demoroil le costé pour deffendre ceulx qui ou 
chaste! esloient (2). 

Ceulx de la villenefinoientde traire grant plenlèdesaieltes et de quarreaux; 
pierres gectoient, les grosses à leurs engins et les moindres aux mains. Les 
croisés se couvroient de leurs larges et de leurs escuz, et feneslres et huys 
mecloient devant eulx et autres uisses, pour eulx garantir de pierres et de 

(1) Au siège de Nicée, les chrétiens, pour faire plus grant vergoingne à ceulx 
de la ville, firent gecler grant plenlé de testes de turcz laiens (dedans) à tout 
mangonneaux. — Après la défaite des turcs devant Anlioche, les chrétiens 
rapportèrent cincq cens testes de turcs, desquelles ylz en gectèrent à mangon- 
neaulx, dedens la ville, deux cens, pour faire leurs ennemis certains de la vic- 
toire, et trois cens en fichèrent en pez devant la porte (fol. clxix r", lxxvi v°). 

(2) Au siège du château de Beherval, un charpentier inventa une nouvelle 
machine (1093), portée sur roulettes (employée depuis au siège de Jérusalem) 
pour jeter des quartiers de pierres dans la place. — Voy. Vllisl. de Gcnghis- 
Klian, p. 392; — Roquefort, Glos., bu mot arlillement. 



— 148 — 

saieltes. Les autres gectoienl à machfôdes grante plenté de pierres. — Il y 
avoit ung granl fossé et parfont devant la barbequenne. — Les cops des en- 
gins n'y faisoient pas grammentde mal; car les turcz avoientgrans sacz, plains 
de foing, et grosses cueltes plaines de colhon (1), lesquelles choses ilz avoient 
pendues à grandes cordes, conlreval les murs, et, quant pierres des engins 
attaindoient ycelles choses, les cops estoient tous perduz, et ne faisoieut point 
de dommaige. 

L'assaull fut moult grant et moult périlleux, depuis le matin jusques après 
vespre, et ne treuve-on point que plus espessement volassent oneques pierres, 
ne saiettes, qu'à celle foiz; car souvent, veoil-on les pierres huerter les unes 
contre les autres, tant qu'elles débrisoient et envoloit le feu. 

Ceulx de Jhérusalem gectoient dans les fossez feu, à grant plenté, comme 
saiettes ardans, tisons embrasez, potz, plains de souffre (2), d"oille et de har- 
poy, et de toutes choses qui nécessaires sont pour feu alumer. Les pierres fer- 
roient souvent si grans cops parmy les chasteaux, que les pièces voloient 
parmy les costez, et ne povoit estre que moult ne bleschassenl de ceulx qui sur 
les chasieaulx estoient; mais ylz avoient cloies appareillées pour esloupper les 
trous que les engins faisoient; vinaygre et autres choses avoient pour estain- 
dre le feu (3). 

Noz gens avoient ung engin, qu'on claime chaable (chèvre), si forte et si 
bien failequ'elle gectoil pierres moult grosses et moult faisoit grantdommaige. 



(1) Un pèlerin du XV* siècle (Jean de Tournai) dit que le colon croist en- 
thour de Hiérusalem, et s'en font beaucop de fort fines toilles, comme on 
diroit une bien fine toille à laver, et sy a beaucop de roies, lesquelles sont de 
soye rouge et perse, noire et verde, lesquelles servent en ce pays ychy es égli- 
ses cathédralles, et aussi es monastères, à tenir les platines, tant devant ce 
qu'on ayt levé Nostre Seigneur en la messe, comme après. (MS. n» 4.35, de la 
bibliothèque de Valenciennes, fol. 217 r"). — En 1397, une livre de coton 
coûtait iii s. monn. royale. — 1391. Pour demy livre de cotlon â ens (dedans) 
mettre aucuns des privilegez de le ville (Lille), iiii s. 

(2) Au chapitre intitulé comment la bataille commença entre le due Godefroy 
de Buillon, les autres pèlerins et le sarrasin Corbadas, il dit : les turcz avoient 
appareiilié feu grigoiz, si le gectèrent sur l'erbe et les pèlerins se partirent 
de là pour la granl fumière (fol. CLXxxim V). — Au chapitre intitulé comment 
Pierre Lermite fut envoyé en ambassade vers le sarrasin Corbadas, il avait dit: 
Quant Corbadas eut entendue la parolle Pierron par son latinlcr, grant despit 
en eust (fol. clxxxIii r"). 

(3) Consult. É.^ÉE, Traité de toleranda obsidione; — Ammie^-Mabcei.liîï et, 
surtout, FoLARD dans Polvbe, tom. V, liv. IV, ch. XH, p. 83. — Voy. aussi 
BizOT, Uisl métallique de Hollande, tom. III, p. 2G, éd. de 1690. 



— \Ad — 

là où elle altaingnoil. Les turcz visrent qu'ilz ne le povoient despecliier, car 
elle gectoil de si loings, que leurs engins n'y povoient advenir, pour ce flrent- 
ylz venir sur leurs murs deux vielles enchanleresses, qui dévoient gasler celle 
chaable, et avoient avec elles trois pucelles. L'engin de la cliaable gecla si 
justement que toutes par pièces furent abattues les enchanteresses juz du mur. 

Lors levèrent les pèlerins ung moult grant cry; car ylz avoient si grant 
joyc que cliascun d'eulx fut rafrescliy de ce beau cop. — Toutesfois, les pèle- 
rins estoicnt cheuz en une désespérance de laissier le chaslel de fust qui esloit 
près tout desfroissez de pierres et de mangonneaux, et vouloient les engins 
traire arrière, qui fumoienl ja du feu, que les turcz y avoient gecté, par ce 
convint Tassault prolongier jusques à lendemain (c'était le second jour du 
siège) et de ce avoient bonne voulenlé. 

Lors les ennemis se perceurent que les pèlerins estoient durement lassez, 
si en montèrept eu grant orgueil, en cifflnnt après eulx et disant laides pa- 
rolles, plus asprement s'en deffendoient vers eulx et dommaigoient les engins. 

(Puis, il parle encore des trastres et cutifz moult longs, que les turcz 
avoient pendu contreval les murs). 

Godefroy de Buillon commanda à ses gens, qui estoient au pié du mnr, qu'ilz 
boutassent le feu es quieultes de colhon et es sacz, plains de fain, qui pen- 
doient aux meurs; ceulx firent son commandement. Lors leva une fumière si 
noirre et si espesse, que nul ne povoit veoir goutte. Bise ventoit, qui boutoit 
la fumée sur ceulx qui estoient aux deffenses des murs, si qu'ilz ne povoient 
ouvrir leurs bouches, ne leurs yeulx, et leur convint par force guerpir des 
lieux qu'on leur avait bailliez pour deffendre. 

Laissons-le maintenant décrire le massacre qui eut lieu, après la prise de 
la ville sainte. 

Tant y eust nioi-s des turcz que les rieux de sang courroient parmy les 
rues, et tant en gisoienl de mors, que pitié en eust-ou peut avoir, se n'eussent 
esté des ennemis de Nostre Seigneur. 

Parlant du massacre dans le temple (1), où Tancré trouva grant avoir d'or, 
d'argent, de pierres précieuses et de draps de soye, il dit : bien esloit droit 
que les desloyaux mcscréans, qui le saincl temple Nostre Seigneur avaient or- 
doyé de leurs mahommezies, le comparussent yllec mesmes, et que leur sang fust 
là espanduz. 

(1) Salhadins, qui avoit pris Jhérusalem, envoia à Damas pour yaue rose, 

et en fist porter quatre quevaulx carchiez. Si en fisl moult bien le temple 

laver; mais ains fisl oster une grant crois dorée qui estoit sour le temple; 

puis entra ens (dedans) et fist ses orisons (Thrésor des histoires, MS. n" 494, 

Bibliothèque de Yalenciennes, fol. cxxxv r"). 

11. 



— 150 — 

On trouva que dedens la closlure du temple en avolt oceiz plus de dix mil- 
liers. Les barrons avoient devisé, aincoiz que la ville fusl prinse, que chascun 
auroit la maison qu'il prendroit, et seroient siennes toutes les appendances, 
dont il advenoit que cliascun mccloil son enseigne à celle qu'il prendoil (1). 

De la ForiS-iMÉi-icoco. 

Geschiedenis der Gemeenten van OosT-VLàANDEnEN. — MM. Frans De Potier 
et Jean Broeckaert continuent avec la plus louable persévérance la publica- 
tion de l'histoire des communes de la Flandre orientale. Livrés à leurs propres 
ressources, sans autre encouragement officiel qu'un léger subside accordé 
par la province, ces zélés et laborieux jeunes gens fouilitnl les archives, 
parcourent à pied les villages qu'ils se proposent de décrire, recueillent con- 
sciencieusement tous les renseiguements qui peuvent éclaircir des points de 
topographie, d'histoire ou de biographie, ne négligent ni les traditions ni les 
légendes, et édifient, sans bruit et sans emphase, un véritable monument 
national. Le quatrième volume de cet ouvrage que nous avons sous les yeux, 
renferme les communes de Cluyzen, de Desteldonck, d'Erlvelde, dOoslacker, 
de Waersehoot et de Zeveneeken. Fidèles au vaste plan qu'ils se sont tracé, 
les auteurs consacrent à chacune de ces communes une description complète, 
qu'on lit avec un véritable intérêt. Nous faisons des vœux pour que ce vaste 
ouvrage puisse se continuer pour tous les villages de notre province. 
MM. De Potier et Broeckaert sont jeunes et courageux; ils méritent toutes 
les sympathies du public, pour avoir osé aborder une entreprise d'une telle 
étendue. La Flandre orientale n'a pas moins de 94- communes; déjà vingt-six 
d'entre elles ont leur monographie détaillée. On le voit, c'est une œuvre 
difficile et considérable, qui est bien digne d'être soutenue. 

J. D. S. G. 

Un tableau de Vaîi Dyck. — La tour de l'église de Calevoet, charmant 
petit village entre Uccle et Beersel, se trouvait depuis longtemps dans un état 
de vétusté déplorable. 

Le conseil de fabrique, à différentes reprises, s'était adressé ù la Commission 
des monuments, afin d'obtenir un subside pour pouvoir exécuter les restau- 

(1) Bibl. de Yaleneiennes, no 4.90, fol. cxciiii v» à cxcix r». — En 12C0, in- 
junctum est (dans une assemblée tenue ù Paris) quod non luderelur aliis ludis, 
nisi quod homines exercèrent se in arcubus et halhlis {Chronique de Guillaume 
de Nangis, édition de la Société de l'histoire de France, t. I, p. 222). — En 
I2G1. selon VArlde vérifier les dates, éd. in-S», t. III, p. 183. — Pour le prix 
des vaisseaux à Venise, sous saint Louis, voy. Liber secretorum fidelium crucis. 



— loi — 

rations nécessaires. Aucune suite n'ayant ('lé donnée h ces sollicitations réi- 
térées, le (ligne pasteur qui dessert riiumble pure de Calevoct depuis plus de 
trente ans, prit le parti de s'adresser à ses ouailles, qui se cotisèrent et réu- 
nirent une somme dépassant même le prix des réparations. 

Mais quelle surprise!... En restaurant une partie du jubé, on découvrit, 
entre deux planches, un magnifique (alileau de Van Dyc(<. représentant une 
sainte Cécile. 

C'est, de l'avis des artistes, une des plus belles œuvres de rillustre peintre. 
Ce tableau est aussi bien conservé que s'il sortait d'une galerie. Plusieurs per- 
sonnes distinguées, entre autres iM. le Ministre de l'Intérieur, se sont rendus 
ù Calevoet pour y admirer ce clief-d'œuvre et aussi, dit-on, pour l'aequérir; 
mais le brave curé ne veut s'en dessaisir à aucun prix. Ce tableau est déposé 
provisoirement au presbytère où les amateurs pourront le voir Ions les joars, 
moyennant une légère rétribution, perçue au bénéfice des pauvres de la 

localité. 

(Extrait du Journal des Beaux-Arts). 

Origine des peuples de l/l Gaule TnA.vsALPiNR et de leurs institutions 

POLITIQUES AVANT LA DOMINATION ROMAINE, PAR M. VaLENTIN SmITH, Paris, 186G, 

in-8o. — Le Cosmos, dans sa partie bibliographique, publie un comple-rendu 
de M. Flœfer sur cet ouvrage qui intéresse notre pays tout autant que la 
France, si pas davantage. Pour point de départ l'auteur a pris le commence- 
ment des commentaires de César : « Tonte la Gaule est divisée en trois régions; 
les Belges habitent Tune, les Aquitains l'antre; la troisième est occupée par 
ceux qui s'appellent Celles dans leur langue et que nous appelons Gaulois. •> 

L'origine des Belges est aussi incertaine que celle des Aquitains. Emprun- 
tons ici un passage ù l'article du Cosmos .• « Ce qu'il y a de certain, c'est que 
les Belges sont des étrangers qui ont envahi le i\ord-Est de la Gaule à une 
époque indéterminée, et qu'au temps de César on les trouve tellement fondus 
avec les Gaulois, qu'ils en ont le culte et l'organisation politique. 

» D'où vient le nom de Belge? Cette question présente plus qn'uu simple 
intérêt étymologique. Les uns le font dériver de la racine celtique hel, tumulte, 
guerre; les autres de l'armoricain belg, envahisseur. A cette racine se rattache 
sans doute Belus, nom d'une des premières divinités gauloises. Adelung 
trouve l'étymologie du mot belge dans les mots celtiques bolg, marais, cl gai, 
forêt. Quelques savants ont mieux aimé le rapprocher du bulg ou bolch (le fort 
ou terrible) des Irlandais, et du balcon des Bretons. Enfin il y en a qui veulent 
que Belges signifie des hommes armés de flèches et de carquois. 

» Si nous avions une opinion à émettre là-dessus, nous dirions que belge 
se retrouve dans le mot leutonique welsch, le b et le u ou tu étant confondus 



— 152 — 

dans toutes les langues indo-européennes. Or, welsch signifie ordinairement 
étranger ou ennemi; il a exaclemenl la même significalion que celui de hoslis 
ou pâp6apoî. Et aucun peuple ne s'est jamais décerné à lui-même un pareil 
nom; il n'a pu le recevoir que d'un peuple voisin, plus sédentaire ou plus ci- 
vilisé. Belge, c'est-à-dire Barbare, est donc l'étymologie d'un peuple envahis- 
seur ou conquérant. » 

Quant à rétymologie du nom de ces Gaulois qui, d'après les paroles de César, 
se donnaient à eux-mêmes le nom de Celles, elle est tout aussi controversée. 
Et d'abord Celtes et Gaulois serait-il la même chose, ainsi que l'élit César? 
Sans s'arrêter à l'opinion déjà condamnée de ceux qui font descendre les Celtes 
d'un Cellus ou K;^?/); ou à celle qui fait dériver Galales (Gaulois) d u roi Galalès, 
ou le nom des Francs de Francus, princes venus de Troie, ainsi qu'on le trouve 
dans quelques anciens historiens, Jacques de Guyze, Le Maire de Belges, 
Marcus Van Vacrnewyck et bien d'autres, qui fondent leurs systèmes sur les 
fausses assertions de Denis, de Diodore de Sicile, etc., on peut jjoser en fait 
pour les Celles comme pour les Belges, qu'ils étaient des envahisseurs. 

L'ouvrage de M. Valentin Smilh doit être sans contredit considéré comme 
un des beaux monuments historiques de notre époque. Vouloir, en remuant 
la poussière des siècles, découvrir les origines des peuples appartenant à la 
branche aryenne ou caucasienne, est une œuvre ardue qui exige la plus grande 
érudition et un travail capable de faire reculer un grand nombre d'historiens. 

Emile V. 

Peintures murales découvertes e?( Hollasde. — On vient de découvrir dans 
deux petites villes de Hollande, Groenlo et Lochem, des restes de peintures 
murales qui avaient clé recouvertes par le badigeon. Elles sont, malheureu- 
sement, fort détériorées, mais ce qu'on peut encore eu voir, témoigne, qu'en 
partie du moins, elles sont dues à un artiste d'un mérite au-dessus de l'ordi- 
naire. Celles de Groenlo paraissent dater des environs de l'année 1470, époque 
à laquelle un autel fut érigé à la Vierge dans cette église et béni par l'évéque 
de .Munster. C'est à M. Vander Kellen Jf, que l'on doit les renseignements 
fort intéressants que publie à ce sujet Te Nederlandschc Spectator, du l" et 
(lu 8 décembre 18G6. Ce savant, par l'élude des figures, pense que deux des 
compositions représentaient peut-être l'Adoration des Mages et la Fuite en 
Egypte. Les deux autres étaient la Résurrection et le Dernier Jugement. Le 
procédé est le blanc d'œuf mêlé au vinaigre. .M. Vander Kellen ne pense pas 
que rien d'aussi complet ait encore été découvert en Hollande. 

A Lochem, une de ces peintures représente saint Christophe, que l'on re- 
trouve si souvent dans des représentations identiques. La figure colossale a, 
y compris l'Enfant Jésus, quinze pieds de haut. Elle est encore petite en com- 



— 153 — 

paraison du saint Christophe d'Erfurt, qui a trente-cinq pieds de hauteur. 
Les proportions sont bonnes, le dessin n'est pas maniéré cl le eoloris est 
léger; sans être excellente, cette peinture est au-dessus du médiocre. On trouve 
encore un saint Sébastien avec un personnage agenouillé et représenté comme 
donateur. La figure du saint est dépourvue de talent. Ces peintures sont en- 
cadrées de façon à représenter des tapisseries telles qu'on en exposait autre- 
fois dans les églises les jours de fête, et comme on le fait encore à Bruxelles, 
à la collégiale de Sainte- Gudule, pour les beaux tapis représentant le miracle 
des hosties consacrées. M. Vander Kellen tire des différentes découvertes 
faites jusqu'ici une conclusion qui ne sourira guère aux adversaires quand 
même de la peinture murale, à ceux qui prétendent que ce genre est d'inven- 
tion moderne pour nos contrées du Nord. « 11 n'y a pas encore longtemps, 
dit l'honorable auteur, qu'une découverte de peintures murales dans notre 
pays était considérée comme un objet d'étonnement. En général, on croyait, 
aussi bien ici qu'à l'étranger, que l'humidité de notre climat rendait la pein- 
ture dans ou sur la chaux, superflue, sans but, et incapable de résister au 
temps, ou que dans le moyen âge les arts n'étaient que peu ou point cultivés 
chez nous. De plus en plus, cependant, on est obligé de revenir de cette 
croyance et d'en adopter précisément une entièrement opposée. Et qui, 
comme moi, faisant ça et là des recherches dans les églises, rencontrera un 
vieux sacristain communicatif, apprendra de lui lorsqu'il s'aperçoit que vous 
attachez de l'importance à son église, qu'il se rappelle encore très-bien com- 
ment, par telle ou telle circonstance, des couleurs apparurent sous le badi- 
geon S'il m'était donc jamais accordé de mettre au jour une histoire de l'art 
néerlandais, j'y écrirais avec une ferme conviction : Nos églises ont loiUcs 
été peintes. » 

Ajoutons que nous pourrions donner la même assurance pour la Belgique. 

(Extrait du Journal des Beaux- Arts). 

Les chefs-d'oeuvre des arts industriels, par Ph. Burty. — Tel est le 
titre d'un volume qui vient de paraître à Paris. Cet ouvrage, du plus haut in- 
térêt au point de vue de l'histoire de l'art, est un grand in-S", imprimé avec 
luxe et illustré de deux cents gravures sur bois, reproduisant avec exactitude 
et élégance les merveilles de l'industrie artistique de tous les pays et de tous 
les temps,- les beautés et les délicatesses du bronze antique, des porcelaines 
de la Chine, de l'émail de Limoges et des tapis de Perse, passent tour à tour 
sous les yeux; le volume lui-même est un véritable objet d'art. La cénamique, 
le plus ancien des arts, qui a dû être l'inspiration de la nécessité, la pre- 
mière invention humaine, ouvre le livre. C'est d'abord l'histoire des terres 
cuites dont les plus beaux spécimens, fort rares, se trouvent au Louvre 



— 154 — 

dans la collection Canipana, représentés par les bas-reliefs qu'on incruslail 
dans la façade ou dans l'intérieur des maisons romaines; ce sont ensuite ces 
ficurines grecques dites de la Cyrénaïque, naïves el folâtres, qui représentent 
toutes les expressions du visage humain. Puis la faïence antique émaillée dé- 
roule à nos yeux ses nombreuses richesses, ses beaux produits à dessins écar- 
lates sur fond noir, sévères créations qu'on cherche à imiter aujourd'hui. Le 
moyen âge y trouve également sa place, les potiers maures d'Espagne, el l'Italie 
apportent tour à tour leur écot; puis la Chine, dont M. Burly parait fort en- 
thousiaste, le vieux Saxe et enfin Sèvres dont les porcelaines atteignent par- 
fois des prix fabuleux. M. Burty consacre une partie de son livre à la verrerie, 
cet art délicat, que l'antiquité cultivait avec amour, et à laquelle Murano, 
cette modeste lagune vénitienne, doit sa célébrité. De la verrerie aux vitraux, 
cet accompagnement nécessaire du temple gothique, il n'y a qu'un pas. Le 
bronze et le fer occupent ensuite l'auteur, qui passe en revue les collections 
d'armes du musée d'artillerie, les monnaies antiques, et termine son livre par 
l'orfèvrerie, la plus magnifique des magnificences dont il a entretenu le lec- 
teur. Ce livre, qui dénote une érudition profonde, est une œuvre de science en 
même temps que de goût; l'auteur a écrit en homme convaincu, en véritable 
connaisseur, et évite de donner à son style et à ses descriptions le ton d'un 

travail technique. 

Emile V. 

La propriété littéraire jigée a Genève. — Les partisans de la propriété 
littéraire, dont le nombre augmente chaque jour en Belgique, liront avec in- 
térêt l'extrait suivant que nous empruntons à la chronique du Journal des 
économistes, 13 février 1867 : 

« La question de la propriété littéraire vient d'être à Genève l'objet d'uu 
débat solennel et d'un remarquable jugement. 

» Une action était intentée devant le tribunal civil par la Société des gens 
de lettres de Paris à l'imprimeur responsable de la Nation Suisse (laquelle a 
depuis lors disparu comme journal), en raison de la reproduction par ce jour- 
nal d'un feuilleton publié par M. Henri Angu, et considéré par la Société des 
gens de lettres comme une violation des conventions intervenues en matière 
de propriété littéraire entre la Suisse et la France. 

» Le jugement rendu, sans s'appuyer sur aucun texte de loi suisse ou gene- 
voise, reconnaît dans l'œuvre lillcraire les caractères constitutifs du droit de 
propriété, et cela suffît pour qu'il donne gain de cause à ceux qui revendiquent 
ce droit. Voici ce jugement : 

« Considérant que dans les numéros des 19, 21, 24 et 27 janvier, et 2 el 
3 février 18G6, le journal la Psation Suisse a reproduit un roman qui avait 



— 155 — 

paru en feuilleton dans le journal français le Siècle, sous le titre : Un homme 
qui ne croit en rien, et sous la signature de .M. Henri Angu; 

» Considérant que dans le numéro du Siècle du 9 octobre 1865, qui contient 
le commencement du roman de M. Angu, une note explicite, mise au bas du 
feuilleton, déclare que celle nouvelle ne peut être reproduite que par des 
journaux ayant traité avec la Société des gens de lettres; 

» Considérant que l'auteur d'une œuvre litléraire a un droit de propriété 
sur celle œuvre; 

» Que le travail est la cause efficiente de ce di'oil; 

» Que la propriété est le prix du travail; 

» Que ce droit qui laisse toute publicité à la pensée, assure à l'auteur une 
juste indemnité ; 

» Considérant que si par la publication, le public acquiert un droit de 
jouissance intellectuelle, l'auteur n'en conserve pas moins la propriété de 
l'œuvre qui est sa chose ; 

» Que dans la forme qu'il lui a donnée, l'œuvre lui appartient, et qu'il a 
droit aux profils matériels que la publication peut procurer, profils qui sont 
la juste rénumération d'un travail personnel; 

» Considérant qu'il est de règle générale, dans le droit des gens, que chaque 
État doit sa protection à toutes les choses qui se trouvent dans son territoire, 
qu'elles soient la propriélé d'un de ses ressortissants, ou la propriété d'un 
étranger; 

» Considérant que la réimpression dans le journal la Nation Suisse, du ro- 
man de M. Angu, malgré la défense formelle de ce dernier, constitue une 
violation du droit de propriélé de l'auteur; 

» Que cette reproduction que l'auteur avait interdite rend le défendeur pas- 
sible de dommages-intérêts; 

» Considérant toutefois que vu le peu de gravité du préjudice causé, il y a 
lieu de réduire notablement les dommages-intérêls réclamés; 

» Par ces motiis, 

» Le tribunal, jugeant en premier ressort, 

» Condamne le sieur Favre, en qualilé d'éditeur responsable du journal la 
Nation Suisse, défendeur, à payer au demandeur la somme de cinquante francs 
à titre de dommages-intérêts, 

» Condamne le défendeur aux dépens. » 

[Economiste belge). 

Gravures. — Il vient de paraître à Chàlillon-sur-Marne, chez E. Cornillac, 
un Paroissien romain, genre moyen âge, qui fait autant d'honneur à l'impri- 
meur qu'à l'arliste charge des dessins. Ces dessins sont dus à M. Jules Jacque- 



— 156 - 

mard, aquaforliste distingué, qui, dans la composilion de ses planches est 
parvenu à imiter avec une grande finesse de louche les naïves compositions 
qui enrichissaienl les célèbres livres d'Heures fabriqués à Lyon au X1V« siècle. 
Ces planches témoignent d'une étude approfondie de l'art gothique dans ses 
nombreux détails, et leur facture toute entière les met en rapport avec 
l'impression du texte. Outre les dessins insérés dans le teste, M. Jacquemard 
a donné le plan des motifs qui couvrent la reliure. L'Illustration, de Paris, a 
publié deux gravures tirées de cette publication : V Adoration des Mages et la 
Résurrection. 

EsiLE V. 

Vertes de tableaux. — La vente des tableaux et des dessins d'Hippolyte 
Bellangé a eu lieu en mars 1867, à Paris, à l'Iiôtel Drouot. Le public était 
très-nombreux; mais les enchères n'ont pas donné ce qu'on attendait. La 
plupart des toiles ont été adjugées à des sommes inférieures à l'estimation. 
Ainsi, VEpisode de la retraite de Russie, qui a figuré à notre dernière exposi- 
tion, estimée à 18,000 francs, n'a pas été au-delà de 6000. Les fameux 
Cuirassiers de Waterloo sont restés à 12,230 fr., on les avait estimés 20,000. 
Les dessins ont trouvé peu d'amateurs et beaucoup ont été laissés pour des 
prix dérisoires. Cette indifférence est faite pour étonner. Bellangé était de son 
vivant le peintre populaire par excellence, et on s'arrachait ses productions. 
Le fait est surtout curieux à l'hôtel Drouot, la patrie des folles enchères, où 
l'on voit chaque semaine couvrir d'or les croûtes les plus effroyables. 

Nécrologie : Domi:<iqce Dccajc. — Cet excellent peintre en miniature est 
mort à Saint-Josse-ten->'oode . le 12 mars 1867, à l'âge d'environ soixante- 
cinq ans. — M. Ducaju était né à Melsele, dans l'arrondissement de Saint- 
Nicolas. Il reçut sa première éducation artistique à l'Académie de Termonde, 
fondée en 1802 par son aïeul, professeur d'algèbre et de géométrie. Sous le 
gouvernement de Guillaume I, M. Ducaju, qui était alors établi à Gand, eut 
l'honneur de faire le portrait de la première reine des Pays-Bas; celte sou- 
veraine remit en personne à l'artiste, comme gage de sa vive galisfaclion, 
une bague en brillants de grande valeur. 

En 1866, Ducaju exposa, à l'hôtel-de-ville de Termonde, au profit des 
pauvres de la commune, un beau portrait de LéopolJ !«'', qui lui valut les 
suffrages de tons les amateurs. L'.^cadémie de Termonde possède de lui un 
saint Jean l'Evangeliste, fort belle miniature, offerte en 1830 par l'auteur à 
cet établissement comme gage d'un affectueux souvenir. 

M. Ducaju était décoré de l'ordre du Mérite de la branche Ernestine de 
Saxe. 



— 157 — 



DU 

DEOIT D'ASILE RELIGIEUX EN BELGIQUE. 



CHAPITRE IV. 

Restrictioui^ iiitrodiiiteis par l'autorité ecclcsin<iti4|iie et le 
pouvoir séculier lians la jouissance du droit d'asile, peu» 
dant les XIII<', IKIVe et lK.Ye siècles. 

Somtnaire : Justice régulière substituée à la vengeance individuelle. — Les 
principes du droit romain sont remis en honneur par les princes de la 
maison de Bourgogne. — Leur influence sur le droit d'asile. — Scan- 
daleux abus. — Excès commis dans les églises et sur les cimetières de 
Bruges et de Gand. — Ils sont réprimés par l'ofiicial de l'évêque de 
Tournai. — Martin V accorde à Jean iV, duc de Brabaut, et au magistrat 
de Bruxelles, une bulle restrictive du droit d'asile. — Le privilège de l'im- 
munité locale cause de grands embarras aux frères prêcheurs d'Anvers. 
— Intervention de Philippe le Bon. — Les carmes de Bruxelles sont punis 
pour avoir donné refuge à un aventurier. — L'offlcial de Cambrai permet 
au magistrat d'Anvers de retirer les malfaiteurs du cimetière de l'église de 



^D 



Notre-Dame. — Les Anversois obtiennent du pape Pie II une bulle qui 
apporte de nouvelles restrictions à la jouissance du droit d'asile. — Acquies- 
cement de l'évêque de Cambrai. — Les sacrilèges se multiplient à Anvers. 
— Acte curieux émané de Giselbert, officiai de l'évêque de Cambrai. — 
L'autorité séculière réserve sa juridiction sur les héritages qu'il donne à 
cens aux corporations religieuses. — Privilège des échevins de Douai. — 
Crimes privant de la jouissance du droit d'asile. — Nombreux exemples de 
criminels arrêtés sur les places franches. — Le parlement de .Malines in- 
troduit une nouvelle restriclion à la jouissance du privilège de rimmunilé 
locale. — Examen de la question si Philippe-Auguste, roi de France, en 
vertu de la charte de commune, a aboli le droit d'asile dont jouissaient les 
meurtriers à Tournai. 

La protection du faible et de ropprimé, l'humanité qui 
doit tempérer la répression du mal, ayant été les motifs prin- 

1867. 12 



— 158 — 

cipaux que les législateurs s'élaient proposés en élablissanl 
ces immunités, les mêmes raisons devaient déterminer Pau- 
torité publique à en diminuer l'importance lorsque l'action 
d'une justice régulière commença à se substituera la ven- 
geance individuelle. Mais ce fut surtout la réforme profonde, 
opérée dans la législation et l'administration de la justice 
sous les princes de la maison de Bourgogne, qui exerça la 
plus grande influence sur le droit d'asile et lui fit subir 
les restrictions introduites par le code de Justinien. En 
eff'et, les principes du droit romain, que l'opinion publique 
regardait comme un droit qui valait de soi-même et sans 
autre conflrmation, étant remis en honneur, l'asile désor- 
mais devait, d'après la novelle XVII de cet empereur, pro- 
téger l'innocent et non le coupable (i). 

Il importait, du reste, de circonscrire dans certaines 
limites un droit qui donnait lieu à de si scandaleux abus, 
que souvent le repos public en était troublé. Dans les églises 
et sur les cimetières, les criminels se livraient aux baccha- 
nales les plus éliontées, et l'autorité ecclésiastique était sou- 
vent impuissante à les réprimer, car ce serait une erreur 
de croire que les réfugiés montraient toujours de la sou- 
mission ou simplement des égards envers les ministres de 
la religion auprès desquels ils étaient en sûreté. Considé- 
rant les temples comme des hôtels publics, ils s'y mettaient 
à leur aise et se procuraient toutes les jouissances de la vie. 

En 1318, plusieurs individus, afin de se soustraire à la 
punition due à leurs crimes, s'étaient sauvés dans quelques 
églises du diocèse de Tournai, surtout à Bruges, où ils se 
tenaient sur les cimetières, qu'ils profanaient par une vie 
déréglée. Parfois ils sortaient de leur refuge et après avoir 
commis de nouveaux délits, ils bravaient les poursuites de 



(!)«.... Deinde lemplorum caulela non nocenlibus sed laesis dalur à lege : 
» et non erit possibile lueri caulela sacrorum locorum et laedenlem et 
» iaesum. » 



— 159 — 

la justice el se letiraicnl en asile. Cependant rofticial de 
révêque crut devoir mettre des bornes à leurs turpitudes, 
el à cet effet il prescrivit au doyen de chrétienté de Bruges 
d'ordonner aux coupables, par trois sommations succes- 
sives, de s'abstenir de toute infraction aux lois el de 
se soumettre à un juste châtiment, sous peine d'excommu- 
nication (t). 

Quelques années après, l'official de Tournai, pour faire 
droit aux plaintes que lui avaient adressées les échevins de 
Gand, retira la protection de l'église à tous ceux qui s'en 
seraient rendus indignes par leur conduite et les chassa 
des lieux saints. Cette sévérité s'explique quand on consi- 
dère le mauvais usage que les bannis de Flandre ou de la 
ville de Gand faisaient du privilège de l'immunité locale; 
en effet, ils ne craignaient pas de troubler les offices divins 
el de recevoir des femmes de mauvaise vie jusqu'au pied 
du sanctuaire; ils avaient, d'après l'énergique expression 
de l'official, converti les églises en cavernes de voleurs (2). 

Vers la même époque, des ordonnances sévères furent 
faites à Valenciennes contre ceux qui abusaient du droit 
d'asile. Le magistrat défendait à leurs complices de leur 
porter à manger (3). 

Au commencement du XV^ siècle, les gens de sac el de 
corde étaient devenus d'une audace extrême à Bruxelles et 
dans les environs, grâce à l'impunité qu'ils obtenaient par 
les nombreux lieux d'asile. Ils y étaient à l'abri de toute 

(1) L A DiEGCRicE, Inventaire analytique et chronologique des chartes cl 
documents appartenant atix archives de ta ville d'Ypres, t. I, p. 261. 

(2) DiERicx, Mémoire sur les lois, les coutumes et les privilèges des Gantois, 
t. I, p. 59. 

(5,1 M Et fu bans fait que nuls ne nulle ne le alast visiter, ne compagner, ni 
>i porter à boire, ne à manger en église ni en mouslier, sûr y estre contre le 
» dist des jurés » (bannissement de 1369). — Cette disposition, qui semble 
être calquée sur le capilulaire de Charleniagne de 779, est citée par M. Caf- 
fiaux dons sa brochure intitulée .- Xicole de Dury, p. 128. 



— 160 — 

poursuite, car la menace d'excommunication en faisait des 
jardins des Hespérides et, mieux que le dragon de la fable, 
les défendait contre les entreprises des officiers du duc et 
de la ville. Ces abus, il est aisé de se le figurer, devinrent 
trop préjudiciables à la sécurité publique; aussi Jean IV 
et le magistrat de Bruxelles demandèrent-ils au pape une 
bulle restrictive du droit d'asile. Martin V, qui occupait 
alors le siège de saint Pierre, accueillit favorablement leur 
supplique, et par une bulle du 3 janvier 1418, déclara 
indignes du privilège de l'immunité locale : 

1" Les voleurs et les larrons de grand chemin; 
2° Ceux qui ravageaient les champs; 
3° Ceux qui dressaient des embûches aux voyageurs; 
4" Ceux qui commettaient un vol dans une église; 
S° Ceux qui se rendaient coupables d'homicide dans 
l'espoir de se réfugier en une église. 

Martin V décida ensuite que la connaissance de la ques- 
tion d'asile devait toujours appartenir à l'ordinaire du 
diocèse, à son vicaire-général ou à son officiai; mais si ces 
dignitaires refusaient de s'enquérir de la qualité du crime, 
ou s'ils tardaient au-delà de huit jours avant de procéder 
à cet examen, le magistrat pouvait s'arroger le droit et 
arrêter les malfaiteurs sur les places privilégiées. Il devait 
s'en saisir sans causer ni effusion de sang, ni blessure. 

Le pape termine en disant que les églises et les cime- 
tières ne sont pas profanés par des arrestations et que le 
magistrat n'encourt aucune censure. Pour le reste, il or- 
donne le maintien de ce qui existe et il veut que les infrac- 
tions au droit d'asile soient punies d'excommunication 
ipso facto (i). 

Sous le règne de Philippe le Bon, les frères prêcheurs, 

(1) MiBAEUS, Opéra diplornatica, l. IIF, p, 181. 



— 161 — 

à Anvers, fureut en bulle à toules sorles de vexalions. Les 
assassins, les voleurs, les incendiaires s'élablissaient sur 
le lerrain du couvent, d'où ils allaienl piller le voisinage et 
faire main basse sur tout ce qu'ils rencontraient. Telle était 
leur audace, qu'ils introduisaient des femmes de mauvaise 
vie au milieu des cloîtres et qu'ils enlevaient de force les 
cellules des pauvres religieux. Philippe le Bon, par une 
ordonnance du M juillet 14-35, mit un frein à ces honteu- 
ses bacchanales et défendit aux fugitifs de demeurer au-delà 
de trois jours dans le couvent, après quoi les officiers de 
justice avaient plein droit de les y arrêter (i). 

Le même prince, qui cherchait à restreindre un droit, 
dont les gens d'église faisaient abus en mainte occasion, 
punit sévèrement la communauté des carmes de Bruxelles 
pour avoir donné asile à un aventurier. Voici en quels 
termes les auteurs de l'histoire de Bruxelles racontent le 
fait : « Un prêtre, nommé Jean Bolle, était parvenu à s'in- 
troduire à la cour de Bourgogne, sous le nom de Louis de 
Torréant, chevalier catalan, et parcourait le pays faisant 
grand train et grandes dépenses. Sa fourberie ayant été 
découverte, il fut emprisonné à la Vroente, d'où il parvint 
à s'échapper au moyen d'outils qu'il s'était procurés; repris 
et enfermé à la Steenporte, il réussit de nouveau à briser 
ses fers et se réfugia dans le couvent des carmes. Quand 
\e Steenwachter, ou gardien de la prison, vint, accompagné 
de quelques sergents de l'amman et d'autres personnes, le 
réclamer, les religieux refusèrent énergiquement de le livrer 
et se portèrent même à des voies de fait. Le duc punit la 
communauté en l'obligeant à dire tous les ans, le jour de 
la Saint-Philippe, une messe du Saint-Esprit pour le repos 
de son âme (2 janvier 1450, 14SI n. s.), et exigea l'expul- 
sion de deux religieux, Jean Vrancx, l'organiste, et René 

(1) PArEBROCHics, Annale: Aniwerpicnscs, t. I, p. .'Î79. 



— 162 — 

V^aniler Linden, qui s'élaieiU montrés les plus violents dans 
cette affaire; toutefois, après avoir posé cet acte d'autorité, 
il fit grâce à ces deux derniers (i). » 

Le 18 août 1449, l'oflicial de l'évêque de Cambrai per- 
mit au magistrat d'Anvers de retirer les malfaiteurs du 
cimetière de Notre-Dame, et quelques jours après, il l'au- 
torisa à faire saisir sur tous les cimetières de la ville les 
coupables m alrocibus delictis (2). 

En 1459, Pie II accorda aux Anversois une bulle ana- 
logue à celle que les habitants de Bruxelles avaient obtenue 
de Martin V. En vertu de cette concession papale, ils pou- 
vaient, pendant les foires de la ville, faire appréhender, par 
leur écoulète, en lieu d'immunité, les malfaiteurs qui ap- 
partenaient à une des catégories suivantes : 

1° Les incendiaires; 

2° Les voleurs de grand chemin; 

3" Les homicides volontaires; 

4° Ceux qui ravageaient les cliamps; 

5° Ceux qui enfreignaient la paix; 

6° Les conspirateurs contre la liberté de l'église ou contre 
les statuts de la ville. 

L'évêque de Cambrai donna son acquiescement à cette 
bulle, mais il voulut que le pouvoir d'arrêter les coupables 
fut demandé au doyen, au pléban, au vice-pléban, aux- 
quels il ordonnait de les faire expulser, endéans les vingt- 
quatre heures, des lieux saints, chaque fois qu'il y aurait 
réquisition de la part du magistrat. 

Celle bulle fut encore renouvelée en 1461, à cause de la 
fréquence des incendies (3). 

Et cependant, quelques années plus lard, les violations 

(J) Henme et WAUTEns, Histoire delà ville de Bruxelles, t. IM. p. 153. 

(2) Veraciiter, Inventaire des anciens eliartes et privilèges d'Anvers. 
i3) PAPLEROcriMS, Annules Anltoerpienses. l. Il, p. ào et ii. 



— 163 — 

et les sacrilèges se multiplièrent tellement à Anvers, grâce 
à l'impunité acquise dans les asiles, que l'autorité ecclé- 
siastique elle-même s'en alarma et prit des mesures rigou- 
reuses pour y mettre un terme. Ghiselbert, officiai de 
j'évéque de Cambrai, loin d'exiger en faveur des coupables 
le bénéfice de l'immunité locale, ordonna le 12 septem- 
bre 1472, au magistral, sous peine d'excommunication et 
d'une amende de cent marcs d'argent, de les expulser des 
lieux sacrés. Il laissait donc au juge séculier le pouvoir 
de sévir et déclarait les criminels indignes de la protection 
de l'église. Ces dispositions prises par Gbiselbert nous 
montrent quel était l'état de nos grandes villes au moyen 
âge et combien les mœurs étaient encore grossières. C'est 
ainsi que l'offîcial ordonna au magistrat de cbasser des 
cimetières et de l'église de la Vierge tous ceux qui se per- 
mettraient d'y venir exploiter des jeux illicites, scandaleux 
et malhonnêtes, ou d'y lire des chansons, de s'y livrer à 
l'ivrognerie et à d'autres vices (i). 

Parfois le magistrat réservait sa juridiction sur les ter- 
rains qu'il donnait à cens à des corps ecclésiastiques. 

Haquinel Barbieur dit Bernet, condamné à un pèlerinage 
à Saint-Gilles, en Provence, pour avoir blessé Simonnel 
Miquelet, s'était retiré en l'église des croisiers de Tournai 
et y réclamait la jouissance du droit d'asile. Mais les pré- 
vôts et jurés de cette ville, qui prétendaient pouvoir exercer 
« toute justice et seigneurie » dans le couvent, envoyèrent 
plusieurs sergents à la poursuite du coupable. Celui-ci 
s'étant blotti au sommet du clocher, personne n'osa entre- 
prendre de l'en retirer et on dut se borner à le surveiller. 
Cependant Haquinet se fatigua bientôt d'une situalion qui 
n'avait rien de récréatif, et il descendit de son refuge à la 
prière d'un des prévôts, du prieur et de plusieurs religieux. 

(1) VEnAciiTER, [nveiiluire dis auciciis chnrtcs et privilèges. 



— 164 — 

Les sergents s'emparèrent aussitôt de lui et le conduisirent 
en prison (i). 

Les éclievins de Douai avaient un privilège non nfioins 
important : ils pouvaient faire garder les criminels qui 
s'étaient sauvés en lieu saint. Vers la fin du XV" siècle, ce 
droit leur fut contesté par l'évéque d'Arras, pendant un 
conflit dont nous allons raconter l'origine. Jacques et Phi- 
lippe du Millon, aidés de Drouet Ghimatle, homme de 
guerre, après avoir guetté dans un cabaret près du Marché 
aux Bêles, Simon Le Maire, l'avaient mortellement blessé 
et s'étaient ensuite mis sous la protection de l'autorité 
ecclésiastique, à l'église de Notre-Dame. Par ordre des 
échevins, un blocus fut organisé autour de ce temple, de 
manière à surveiller les coupables; mais l'évéque d'Arras 
ordonna aussitôt, sous peine d'excommunication, de cesser 
toute poursuite et cita le magistrat de Douai devant son 
tribunal. Les échevins furent cependant maintenus dans la 
jouissance de leurs droits et privilèges, par sentence du 
lieutenant du bailli d'Amiens, prononcée le 26 mai 1472. 
Cet officier déclara qu'ils avaient le pouvoir de garder les 
églises, cimetières et autres lieux d'asile, pour que les cri- 
minels, accusés de guet-à-pens et d'assassinat, ne pussent 
pas en sortir (a). 

Le droit d'asile n'était déjà plus le droit à l'impunité, et 
l'autorité ecclésiastique savait concilier le maintien de ses 
franchises avec les exigences d'une juste répression. Ainsi, 
quand les circonstances du crime révélaient une perversité 
peu commune, la cour spirituelle, loin d'exiger en faveur 
de l'accusé le bénéfice de l'immunité locale, laissait, au 
contraire, au juge séculier le pouvoir de sévir; dans ce cas, 
elle déclarait le coupable indigne de la jouissance du droit 



(1) Registre n» 3513 (U mars 14-63 [14G4 n. st ]) au 11 janvier U72 [1475 
II. st.]) des Archives de l'État, à Tournai. 

(2) Layclle n" 7! des Arcliivcs municipales de la ville de Douai. 



— 163 — 

(l'asile. C'est ainsi que les principes émis plus haut trou- 
vaient généralement leur application, et que le clergé per- 
mettait l'arrestation îles malfaiteurs coupables de l'un des 
crimes suivants : 

\° L'homicide volontaire (i); 

2" Le vol de grand chemin; 

3° Le sacrilège; 

4-° La conspiration contre Tordre établi. 

Les exemples suivants viennent à l'appui de notre as- 
sertion. 

Homicides volonlaîres. — Un nommé Laukin Spranke, 
de Saint-Omer, soutint, en 1415, une lutte vigoureuse 
contre les gens du bailli de Courtrai, qui voulaient l'enlever 
de la tour de l'église de cette ville, et il fallut l'en arracher 
de force. Le droit d'asile ne le sauva donc pas de la vin- 
dicte de la justice. Il fut mis, par les échevins, à la dispo- 
sition du bailli, qui le flt exécuter par l'épée. Des débats qui 
eurent lieu devant le magistrat, il résultait qu'il s'était rendu 
coupable d'un homicide volontaire en tuant Jean Stogghe. 
La cause en était des plus futiles. Jean Stogghe s'était per- 
mis, paraît-il, d'adresser quelques mots à une o fillette de 
vie criminelle, » avec laquelle Laukin Spranke se dirigeait 
vers un hôtel dans l'intention d'y passer la nuit. 

L'autorité ecclésiastique se rendit, en 1420, au désir du 
souverain bailli de Flandre, qui demandait l'autorisation 
d'arrêter dix malfaiteurs en l'église Saint-Martin, à Cour- 
trai. Ils étaient accusés d'un homicide commis sur la per- 
sonne d'un nommé Pierre Nion, les autres de complicité dans 
le même crime, et tous furent convaincus, en outre, d'avoir 
tenté de mettre le trouble et le désordre parmi la population. 

(1) L'évéque de Tournai, Philippe d'Arbois, dans un synode, lenu en 1368, 
les priva de la jouissance du droit d'asile. Hoverlant, Essai chronologique 
))our servir à lliistoire de Tournai, t. XIV, p. 28! et 282. 



— 160 — 

C'élail (Jonc des conspiraleurs qui ne méritaienl aucune 
|)ilié, et on les (laila comme tels. Après avoir été jelés en 
prison, ils eurent la léle tranchée; leurs corps furent éten- 
ilus sur (les roues et exposés aux portes de la ville de 
Courlrai (i). 

Jean Wyls, triiwand et homme vagabond, après avoir 
par ses mauvais traitements causé la mort d'une femme de 
la paroisse de Gremberglie, s'était réfugié dans l'église de 
celte localité. Dès que l'événement fut venu à la connais- 
sance du bailli de Termonde, des mesures rigoureuses 
furent prises pour ne pas laisser échapper le coupable, et 
soixante compagnons, sous les ordres de cet officier, se 
mirent à entourer le cimetière. Mais Jean Wyts n'eut garde 
de sortir de sa retraite, et en cela il ne faisait que suivre 
le conseil du curé et d'autres personnes attachées à l'église. 
Cette tactique lassa le bailli. Il écrivit donc des lettres 
closes au duc Charles le Téméraire, lettres dans lesquelles 
il exposait toutes les circonstances qui avaient accompagné 
et suivi le crime. La réponse ne se fit pasiongtemps attendre : 
Engelbert de Valeton, un des écuyers tranchants du prince, 
vint signifier au bailli qu'il avait à employer tous les moyens 
de persuasion pour prendre Jean Wyts, et en cas de non 
réussite, de s'en saisir par force. Ou suivit ponctuellement 
la volonté du duc. Cependant toutes les voies diplomatiques 
devaient échouer devant l'obstination du curé, qui refusa 
de livrer les clés. Il fallut bien en venir à l'emploi de la 
force : des échelles furent dressées contre l'église, et le 
coupable ne tarda pas à tomber entre les mains du bailli 
et de ses compagnons. Le blocus du cimetière avait duré 
trois jours et deux nuits. Au milieu des tortures de la 
question, Jean Wyts avoua d'autres méfaits encore. Il se 



(1) negisli-e no 13309 (G mai au IG septembre 1420) de la (■liambie des 
comptes, aux Archives du royaume. 



— 167 — 

reconnut coupable d'avoir dressé des embûches aux « bonnes 
gens » sur les chemins publics et de les avoir détroussées, et 
au moyen de menaces d'incendie avoir extorqué de Targenl 
aux habitants du plat pays. Trois jours après son arresta- 
tion, Jean Wyts subit le dernier supplice (i). 

Vers 1474-, Téglise du village de Leest, dans la province 
de Malines, donna refuge à un homicide nommé Jean le 
Cupere. Après s'être retiré sur la tour, il soutint un véri- 
table siège contre des archers envoyés par le grand conseil. 



(1) «Premiers de ung nommé Jehan Wyts, IruwanI et liommc vagabond, 
» avoit balii et fort navré une femme en la paroiche de Grenibcrglie, ou ter- 
» roir de Denremonde, tellement qu'elle en morut. Lequel malfaiteur emprint 
•• la franchise et s'en ala rendre à l'église dudit Gremberghe. Ledit bailli, in- 
>> continent ce venu à sa cognoissance.ala assiéger l'église en personne atout 
» Ix compaignons, veu le grant lour et compris du cymilière, et là guellèrent 
» le malfaiteur pour le prendre prisonnier ou cas qu'il feusl venu hors ladite 
» franchise, mais, par informacion et conseil du curé et d'autres gens de l'église, 
» il se lenoit en ladite église. Ce considérant par ledit bailli qu'icellui malfai- 
" leur ne voulloit vuyder ladilte franchise, il envoya unes lettres closes à mon 
M très redoublé seigneur Monseigneur de Charollois, en lui escripvant le fait 
» pour en ce faire par l'advis de monseigneur. Lequel fist savoir au bailli et 
» manda de bouche par ung de ses escuiers Irenchans, assavoir par Ingelbert 
» de Valeton, que le bailli enquerroit toutes les voyes et manières que mieulx 
» pourroit pour le appréhender hors laditle franchise et lieu saint, et sinon 
» qu'il le prcndroit à force et puissance de l'église. Et par faute que le curé 
» ne voulloit baillier les clefs, après que le bailli avoit assayé tous les plus 
» doulces voyes qu'il povoit de le faire venir hors lieu saint, le malfaiteur 
» n'en fist compte et pour ce il fisl dréchier eschielles et le fist prendre dedens 
» l'église, là où le bailli et les compaignons furent par trois jours et deux 
» nuits. Despendu illec : xii l. 

» Item à Adriaen, boureau de Gand, pour avoir examiné et géhiné ung 
n nommé Jehan Wyts, lequel confessoit et estoit trouvé coulpable d'avoir 
■1 espié sur les chemins les bonnes gens et les avoir derrobés du leur, et mc- 
» nasse de brûler et ardoir les gens du plat pays quant ne lui voulloienl 
» bailler de l'argent. Lequel fut prins ou terroir de Tenremonde dedens 
« l'église de Gremberghe et en prison par l'espace de trois jours. El au bout 
» desdis trois jours ledit bailli le fist justicier. De ce payet audit Adriaen pour 
» l'exame, Ix sous parisis, et pour la justice double salaire, sont vi /. p. 
» Ainsi payel pour tout : ix l. p. » Registre n» liô62 (l" mai au 20 sep- 
tembre I iG7) de la chambre des comptes, aux Archives du royaume. 



— 168 — 

en leur jetant de grosses pierres. Plusieurs d'entre eux 
furent blessés, ce qui refroidit tellement le zèle de ces 
pauvres soldats qu'ils retournèrent à Malines, et déclarè- 
rent ne plus vouloir se charger d'une seuiblable mission. 
On ne pouvait pas cependant laisser sans punition le crime 
de Jean le Cupere. Aussi le grand conseil envoya-t-il à 
Leesl l'écoutète de Malines, à la tète de vingt-quatre per- 
sonnes, avec ordre de le tirer de son asile. Cet officier fut 
plus heureux que les archers; il réussit là où ils avaient 
échoué et parvint, après deux jours de siège, à s'emparer 
du coupable, qu'il incarcéra dans la prison de la ville. Jean 
le Cupere fut condamné à mort par le grand conseil et eut 
la léte tranchée (i). 

Dans les dernières années du XV^ siècle, le bailli d'Au- 
denarde traqua aussi des criminels sur une place jouissant 
de l'immunité locale. Accompagné du sous-bailli, de son 
clerc, d'archers et de sergents, en tout au nombre de vingt- 
cinq personnes, il sortit de la ville pendant la nuit pour 
aller investir l'église de Nazareth, où se trouvaient trois 
homicides, nommés Jean Vanden Leyen, André de Cucke- 
laer et Guillaume de Meyere. Dès son arrivée il fit prison- 
nier André de Cuckelaer, mais Jean Vanden Leyen se sauva 

(1) « Premiers pour ledit escoutète et xxiiii personnes avec luy, la somme 
» de vi coronnes pour avoir esté, par expresse charge et commandement à 
» luy fait de bouclie par Messirs les président et gens de parlement de mon- 
» seigneur le duc à Malines, en la paroisse de Leesl, là où se tenoit sur la tour 
» illec de Téglise, ung nommé Jehan le Cupere, qui cstoil de mort d'homme. 
» Lequel le jour précédent avoit jeclé de grosses pierres et navré certains 
» archiers, qui là esloient envoyés par mesdits sirs de parlement pour le 
» prendre et lever d'illecq et ammener prisonnier à Malines pour souffrir 
» droit. Lesquels archiers s'en partirent sans riens faire et ne s'en vouloient 
» plus retourner. Et a esté levé ledit Jehan le Cupere par ledit escoutète et 
» ammené à Malines es prisons, là où il a après esté jugé à mort par mesdits 
» sirs et couppé la tête. Auquel voyaige ledit escoutète et lesdits gens ont 
» vacquié ii jours et despendu ladicte somme, qui vault en monnoie de ce 
» compte : xxi /. xii s. » Registre n" ISfiGa (31 août liT/» au j1 août 1473) 
de la chambre des comptes, aux Archives du royaume. 



— 169 - 

sur la lour. En habile slralégisle, le bailli ne vouliU poinl 
l'y poursuivre; il retourna, avec sa capture, à Audenarde, 
d'où il envoya aussitôt de nouveaux archers qui devaient 
renforcer ceux qui entouraient déjà l'église, de sorte qu'ils 
s'y trouvèrent réunis au nombre de trente-deux personnes. 
Enfin, après un siège de deux jours, nos deux malfaiteurs 
tombèrent entre leurs mains et furent dirigés sur Aude- 
narde (t). 

Le meurtrier d'Élie Vander Erlbruggen s'était réfugie 
sur le cimetière de Termonde; mais comme ses antécédents 
étaient déplorables, le bailli l'y fit arrêter sans la permis- 
sion du clergé. C'était agir avec précipitation et s'exposer 
à l'excommunication qui, véritable épée de Damoclès, res- 
tait toujours suspendue à celte époque sur la tète des viola- 
teurs des droits de l'église. [Notre bailli le reconnut, aussi 
voulut-il mettre sa responsabilité à couvert, en envoyant 
demander à la dame douairière de Termonde, Marguerite 
d'I'ork, veuve de Charles le Téméraire, ce qu'il fallait faire 
du prisonnier. Entre temps arrivèrent le promoteur de 
l'évêquede Cambrai et un autre commissaire pour instruire 
l'affaire en litige. Ils exigèrent de suite le rétablissement 
du coupable en lieu d'immunité, sous peine d'excommu- 
nication. Peu de temps après la cour spirituelle de Cambrai 
porta la sentence par laquelle il était déclaré déchu du 
privilège d'asile, et le livra au bras séculier (2). 



(1) Registre n» 13G07 (12 décembre 1495 au 31 octobre 1496) de la 
chambre des comptes, aux Arcliives du royaume. 

(2) u Pour le prinse d'uiig nommé Hcyne Coolens, bannis de Gand, lequel 
» fut prins sur le Tàtre (sic) de Tenremonde pour rhoraicliide par luy commis 
» à la personne de feu de Else Vander Eertbruggen, payé ; iii /. p. 

» Item, envoyé Jacques de Wine incontineul que ledit Fleyne fut prins de- 
» vers madame la duchesse douagière de Tenremonde pour savoir que ma- 
» dame en vouldroil avoir fait dudil prisonnier. Payé pour les quatre jours 
1) qui fut dehors • iiii /. vi s. 

» llem, le ii« jour de mars est venu en la ville de Tenremonde le promoteur 
» de monseigneur de Cambray avec ung autre commissaire avec luy et ont 



— 170 — 

L'exéciilion de Josse Iii de Slene, réfugié dans le cloître 
d'IIanswyck, exigea, delà part de récoiitètede Malines,deux 
ou trois voyages à Anvers et à Bruxelles, afin d'obtenir de 
Toffieial de Cambrai la levée des défenses qu'il avait faites à 
ce sujet. Tout porte à croire cependant que l'autorité ecclé- 
siastique se laissa tléchir, car le coupable eut la tète tran- 
chée, sans que rexconiinunication vint frapper les auteurs 
de cet acte de justice. Josse In de Stene ne méritait pas du 
reste la jouissance du droit d'asile. Il était convaincu, en 
effet, d'avoir tué une pauvre vieille femme, appelée Lyne. Il 
avait fallu le guetter pendant un jour et une nuit, et les dé- 
penses s'élevèrent de ce chef à dix-huit livres, de quarante 
grosdeFlandre, pour viande et vin distribués aux gardes(i). 

Voleurs de grand chemin. — Aucune arrestation n'occa- 
sionna autant de frais et de diffîcullés que celle de Philippe 
de Vos, natif de Leysele, qui passait pour un voleur de 
grand chemin des plus redoutables. Affilié à une bande de 
brigands, soutenu par elle, il inspirait partout un légitime 
effroi. Dans l'intérêt de la sécurité publique, le bailli de 
Furnes mit à sa poursuite plusieurs compagnons, qui le 
traquèrent tant et si bien qu'ils parvinrent à découvrir sa 
retraite. Cette retraite, inaccessible aux gens du bailli, 



» chargié et ordonné audit bailly, sur paine d'eslre csconiniunié et sur le ban, 
« que il feisl mener ledit prisonnier sur l'àlre, là où il avoil esté prins, à quoy 
>) fut furny. Mais ledit promoteur bailla ledil Heyne en garde jusques la sen- 
» lence en seroit baillié entre monseigneur de Cambray et madilte dame se 
» l'église luy proulliteroit ou non, veu que le cas estoit si mauvais, où tant fut 
u procédé que ledit lleyne a esté jugié par la court de Cambray en la main de 
u maditte dame pour en faire justice. Pourquoy ledit bailli a poursuivi ladite 
» sentence à la charge de maditte dame, comme il appert par les lettres dessus 
» déclarées. Ainsy alant et venant trois jours à quatre chevaulx, chacun che- 
» vaul à xii patars, valent à livres parisis : ix /. xii s. p » Registre n" 14364 
(24 juin 1498 — 24 juin 1499) de la chambre des comptes, aux Archives du 
royaume. 

(1) Registre n» 15666 (14 janvier 1.")0j [1304 n. si ] au 14 janvier 1504 
[1305 n. st.]) de la chambre des comptes, aux Archives du royaume. 



~ ni — 

irélail autre que Téglise de l.eysele, prolégée par les fou- 
dres spirituelles. Ou se eonteiila doue de le faire garder 
à vue. C'est alors qu'uu concert de malcdiclious s'éleva 
contre le coupable, et l'opinion publique semblait récla- 
mer une éclatante justice. Dès lors le bailli redoubla de 
vigilance et demanda par lettres closes l'avis du conseil 
à Ipres, tandis qu'il s'adressait à l'official de Térouane 
pour pouvoir arrêter ce dangereux malfaiteur. Mais comme 
il était clerc, l'oflicial voulut prendre connaissance de 
l'affaire et le fit amener devant son tribunal. Il resta pri- 
sonnier de la cour ecclésiastique pendant un laps de temps 
considérable, malgré les réclamations réitérées du bailli, 
qui n'obtint sa demande qu'en payant les frais d'entretien. 
Huit compagnons à cbeval l'escortèrent de Térouane à 
Furnes, afin d'empêcber toute tentative de délivrance de 
la pari de ses amis. Arrivé dans cette dernière ville, il fut 
soumis à une nouvelle procédure et il subit la torture de- 
vant le tribunal de la keure de la cbàtellenie. Celui-ci se 
déclara incompétent à cause de l'énormité des crimes et 
renvoya le procès aux hommes de fief, qui portèrent une 
sentence d'acquittement en faveur de Philippe de Vos. Les 
frais de cette affaire s'élevèrent à la somme de deux cents 
livres, dont le bailli n'obtint que la moitié (i). 

Sacrilèges. — Au mois de mars 1312, un homme fut 
trouvé pendant la nuit en l'église Saint-Brice, à Tournai, 
ce qui donna lieu à soupçonner, non sans motifs, qu'il 
avait l'intention d'y commettre un vol. Les paroissiens 
s'en emparèrent et le retinrent lié au carnier (2) durant 
dix jours. Pendant ce temps les consaux envoyèrent signi- 



(1) Registre n» liOii (9 mai au 18 septembre I4Î57) de la chambre ilcs 
comptes, aux Archives du royaume. 

(2) Carnier, cliarnier, endroit couvert auprès ou autour des églises, où 
Ton met les os des morts. Dictionnaire de Trévoux. 



— 172 — 

fier l'arieslalion à révéque de Cambrai et le supplièrent, 
au nom de la ville, de chasser le voleur du lieu saint. Le 
prélat ne resta pas sourd à celle demande et voulut que son 
bailli se rendit à Tournai pour prendre connaissance de 
l'événement. Celui-ci fit mellre le prisonnier hors de Téglise 
et du cimetière, après quoi les sergents de la ville s'en sai- 
sirent. Reconnu coupable, notre voleur d'église fut mis au 
carcan; il fut en outre condamné à la perle d'une oreille et 
à un bannissement perpétuel (i). 

En 1390, le curé et les maîtresses du béguinage de Diesl 
eurent recours à l'olïicial de l'évêque contre des malfai- 
teurs qui étaient venus s'élablir dans leur église avec 
femmes et enfants. Non contents de jouir du droit d'asile, 
ils avaient transformé celle maison de prières en une ta- 
verne, en se livrant à des excès de tout genre. Le jeu y 
alternait avec les orgies les plus éboulées et telle était leur 
audace qu'ils y alimentaient un brasier au moyen de débris 
de meubles. La fumée abimait les livres et les tableaux et 
troublait même le service divin. En présence de ces profa- 
nations, l'évêque les priva de l'immunité locale et leur fit 
intimer l'ordre de quitter au plus tôt l'église, sous peine 
d'en être expulsés {2}. 

Vers la fin du XV^ siècle, le chancelier de Brabant donna 
ordre à l'écoutèted'ilérenlhals d'arrêter Michel Van Heerle, 
accusé de complicité dans un vol d'église par Henri Brème, 
qui lui-même avait été exécuté pour ce crime. Mais Michel 
s'étant réfugié à l'église d'Hérentals, l'écoulète Godefroid 
Van Doirue, en homme prudent, le fit surveiller et se ren- 
dit à Bruxelles afin de consulter le chancelier. Celui-ci 
l'envoya auprès de l'évêque de Cambrai, pour qu'il lui 



(1) Vanden Broeck, Exirails analytiques des anciens registres def consaux 
de la ville de Tournai, l. I, p. 277. 

(2) F. J. RiYMACEERS, Nolice historique sur le béguinage de sainte Catherine, 
à Diest. 



— 17Ô — 

demandai la permission de mcllre Micliel sous les venoux. 
Aussitôt qu'il l'eut obtenue, notre officier de justice re- 
tourna à Hérentlials et arracha de son asile l'accusé, qui 
était resté quatre jours dans l'église. Cependant l'évéque 
de Cambrai ou son suffragant, de passage dans cette ville, 
exigea de l'écoutète la remise de l'accusé, sous prétexte 
qu'il portait la tonsure, et, qu'à ce titre, il ressorlissait à 
sa juridiction. Goilefroid Van Doirne ne voulut pas tran- 
cher cette nouvelle difficulté, aussi s'empressa-t-il d'en 
informer le conseil de Brabant, qui lui prescrivit immé- 
diatement la ligne de conduite à tenir (i). 

Perturbateurs de Cordre public. — En 1420, les éche- 
vins de iMalines firent enlever d'un cimetière et exécuter 
par le glaive Henri et Laukin Henesins. Ils étaient cou- 
pables d'un crime qui attentait directement à la sécurité 
publique. Fervents adorateurs de Bacchus, nos héros par- 
couraient les rues après l'heure du couvre-feu, cherchant 
querelle au premier venu. Malheureusement pour eux, l'oc- 
casion ne tarda pas à se présenter : ils attaquèrent comme 
des forcenés deux sergents du guet, qui leur avaient sans 
doute fait des représentations sur leur équipée nocturne, 
et les maltraitèrent si cruellement qu'ils moururent huit 
jours après des suites de celte rixe. De leur côté, Henri 
et Laukin Henesins n'étaient pas sortis sains et saufs de 
l'échauffourée et avaient reçu des blessures graves. Épuisés 
par la lulle, ils se traînèrent jusque sur un cimetière, qui, 
on vient de le voir, ne leur servit pas d'asile, car ils y 
lurent arrêtés le lendemain (2). 

Une bande de brigands jetait, en 1 457, la désolation dans 



(1) Registre n» 12952 (9 juin 1477 au 22 septembre 1478) de la chambre 
des comptes, aux Archives du royaume. 

(-2) Registre n" 13662 (6 mai au 16 septembre 1420) de la chambre des 
comptes, aux Arcliives du royaume. 

13 



— 174 — 

la ehàlellenie d'Ypres, par le nombre et la hardiesse de 
leurs crimes, et loule sécurilé y avait disparu, à telle en- 
seigne qu'on n'osait plus s'approcher de la ville, dont les 
abords étaient infestés de scélérats. Et cependant le bailli de 
la salle d'Ypres ne dormait pas sur les deux oreilles; bien 
au contraire, ce vaillant officier payait de sa personne et 
s'efTorçail de tout son pouvoir d'extirper le brigandage 
qui désolait la ehàlellenie. Mais ce n'était pas une besogne 
facile, car les malfaiteurs déjouaient toutes les poursuites 
et se réfugiaient sur les places franches. Ainsi agissaient, 
entre autres, Charles et Hannin de Courcelles qui se tenaient 
en l'église de Zellebeke. Leurs méfaits étaient si énormes 
que le bailli crut ne pas devoir respecter leur asile et qu'il 
les fit prendre sur le cimetière de ce village. Il en rendit 
immédiatement compte au duc Philippe le Bon, qui lui 
donna des lettres de créance pour les vicaires et l'official 
de Térouane. Ceux-ci, en présence des faits reprochés aux 
coupables, furent de bonne composition et renoncèrent à 
toute poursuite du chef de violation de l'immunité ecclé- 
siastique. Comme Charles et Hannin de Courcelles étaient 
bannis d'Ypres, on les tint en prison en dehors de celte 
ville jusqu'au moment de leur supplice (i). 

L'épisode suivant démontre quelle était l'audace des 
criminels au moyen âge et met en évidence l'impunité dont 
ils jouissaient au milieu de nos cités. Qu'on en juge : 

Le bâtard Jean de Torlequenne, Evrard l'Escripvant, 
Pierre Laury et un bâtard étranger, se livraient aux plus 
grands excès dans la ville de Douai en 1461. Dévaliser les 
gens après les avoir maltraités, fréquenter les éluves (2) et 
bourdeaux (3) et exploiter les pauvres filles qui s'y trou- 



(1) Registre n" 14611 (8 mai au 18 septembre lio?) de la ciiambre des 
comptes, aux Arciiives du royaume. 

(2) Etuves, slovcn, slnpliae, établissements de bains. 

(5) BoHvdcaulx, bords ou bordels, du mot saxon bord, signifient petites 



— 173 — 

vaicnl, menacer quiconque osait s'approclier d'elles, afin 
d'en tirer de l'argent, attaquer sans motif les bourgeois 
qui allaient dans les tavernes, assaillir, battre et injurier 
pendant la nuit, cl malgré la paix faite, les particuliers 
compris dans une alliance de paix : tels étaient leurs exploits 
de tous les jours, pour ne pas dire de tous les instants. 
L'église des frères Mineurs et les autres églises de la ville 
leur servaient de refuge, et cet asile ils le profanaient encore 
par les violences qu'ils y commettaient. Douai subissait les 
angoisses d'une véritable terreur, lorsque le duc Pbilippe 
le Bon ordonna d'arrêter les coupables et d'ouvrir une en- 
quête sur leurs excès (i). 

Ceux qui se retiraient en asile pour y commettre des 
crimes étaient aussi inhabiles à jouir de l'immunité locale. 
Trois bourgeois de Gand qui avaient fait des menaces de 
mort contre des habitants de Malines, avec lesquels ils 
étaient en contestation au sujet de certains biens, étant 
venus dans cette dernière ville avec un nommé de Kempe- 
neer, prirent leur refuge au cloître des Auguslins pour 
échapper aux poursuites dirigées contre eux. Dès que les 
Malinois s'en furent aperçus, ils allèrent trouver l'écoutète 
et le commune-maître, afin de leur signaler le danger 
qu'entraînait la présence de ces individus dans les murs de 
la cité. Ces représentations ne restèrent pas sans efïet, et 
nos hommes furent immédialement tirés du couvent des 
augustins et mis en prison. Cette violation de l'immunité 
n'attira aucune censure sur le magistrat, car l'église, en 
couvrant de son égide le coupable, n'a pas voulu leur assu- 
rer un repaire, d'où il pourrait sortir pour commettre des 
excès, l'asile était un lieu de pénilence et non une caverne 

loges. Les femmes publiques ne pouvaient pas linbiter des maisons parti- 
culières, elles devaient se relirer dans des endroils auxquels on donna un 
nom odieux. 

(1) Layelle n» 131 des Archives municipales de Douai. 



— 176 — 

de brigands. Le tribunal scabinal prit ensuite connaissance 
des faits qu'on reprochait aux Gantois et les condamna 
chacun à une amende de deux livres de gros et à se tenir 
hors de la ville pendant l'espace de deux ans, sous peine 
de perdre la phalange du premier doigt (t). 

Le 26 septembre 1460, le grand conseil deMalines porta 
une sentence qui introduisait une nouvelle exception à la 
jouissance du droit d'asile : les criminels qui s'échappaient 
par force de prison, ne purent plus désormais invoquer ce 
privilège (a). 

M. Chotin, en rapportant un conflit entre le chapitre 
de Notre-Dame de Tournai et les prévôts et jurés de cette 
ville, raconte que ces derniers réclamèrent le coupable en 
vertu d'un article de la charte accordée aux Tournaisiens 
par Philippe-Auguste, roi de France. Cet article, qui porte 
abolition du droit d'asile en faveur des meurtriers, est 
évidemment apocryphe; il ne se trouve pas dans l'original 
de la charte, mais bien dans le Recueil des ordonnances 
des rois de France. Ce serait déjà une présomption en fa- 
veur de notre opinion, mais nous pouvons l'étayer en outre 
d'une preuve que nul ne récusera et qui démontre que le 
droit d'asile n'a été ni aboli ni restreint par Philippe- 
Auguste. Deux siècles et demi après le fait raconté par 
M. Chotin, l'évêque et le chapitre de Tournai ayant pris 
leur recours au roi de France, Louis XI, contre les prévôts 
et jurés qui avaient de nouveau enfreint l'immunité ecclé- 
siastique, ce monarque, par une ordonnance en date du 
16 janvier 1466 (n. st.), loin de considérer le droit d'asile 
comme un abus d'un autre âge, l'affirme, au contraire, 
dans toute sa plénitude. Qu'on en juge : 



(1) Registre n» 13663 (21 septembre 1433 au 11 mai 1434) de la chambre 
des comptes, aux Archives du royaume. 

(2j Do Laury, Jurisprudence des Pays-Bas Autrichiens, l. I, p. 181. 



— 177 — 

« Loys, par la grâce de Dieu, roy de France, au pre- 
» mier huissier de noire parlement ou noire sergenl qui sur 
>• ce sera requis, salut. De la partie de noire amé el féal 
» conseiller, Tévesque de Tournay et de noz bien amés les 
» doïen et chappilre de l'église dudit Tournai nous a esté 
» exposé, disant que les prévosls et jurez de ladille ville, 
» après leur nouvelle esleclion ou création de leurs offices 
" au gouvernement de la justice d'icelle ville, sont tenus et 
» onl acoustume eulx présenter et faire serment solennel 
» ausdis exposans, avant que exercer leursdis offices, de 
«garder fidélité, seurté et loyaullé ausdis exposans, et 
» qu'ils garderont l'immunilé d'icelle église de Tournay 
» el de toutes les églises d'icelle ville, et ne les enfraindront 
» en aucune manière, ne ne prendront ou feront prendre 
» quelque personne que ce soit en V église ou cymetiere ou en 
» sai7it lieu, el ne extrairont ne feront extraire par force 
>• aucune personne, quele qu'elle soit, desdilles églises, cy- 
melières ou saints lieux, ne ne jugeront es dis lieux au- 
» cune personne à mort ne à peine de sang. El s'il avenoil 
» que lesdis prévols et jurez, ladille communaullé de Tour- 
» nay ou aucuns de ladille loy enfraignissent ladille ini- 
» munilé en prenant en l'église ou en saint lieu aucune 
» personne, ou d'iceulx le exlraissent par force, lesdis pré- 
» vols el jurez et ladille communaullé encherroienl envers 
» lesdis exposans en mille mars d'argent et autres peines 
B de droit. Et il soit ainsi que combien que en ensuivant le 
» droit et usage dessusdis, ung nommé Lyon Hacquarl, 
)> après que nagaires il a esté esleu et créé second prévôt de 
» ladille ville de Tournay, ail fait ledit serement pardevant 
» lesdis exposans, ainsi que dessus est déclaré, néanlmoins 
» icellui Lyon au mois d'oclobre derrenier passé a exlrait 
» et fait extraire par Jehan Desprez et IMichel Du iMolin, 
» sergens de ladille ville de Tournay, à force hors du cyme- 
» lière et sainl lieu de l'église de la Magdaleine en ladille 



— 178 — 

» ville de Tournay, un nommé Laurens Poitevin, parmen- 
» lier, qui se y esloit reirait et mis en franchise, en encou- 
» rant par ce par ledit Lyon en ladilte peine de mil mars 
» d'argent, crime de parjure et autres peines de droit, en 
» enfreignant notre sauvegarde, en laquelle sont notoire- 
» ment et de tonte ancienneté lesdis exposans et lesdittes 
» églises et lieux saints. El semblablement par le moien 
» dudit délit et faulle dcssusdis, ainsi commis par ledit 
» Lyon, lesdis prévôts et jurez, leurdis sergens et la com- 
» munauUé d'icelle ville sont aussi encheus en icelle peine 
» de mil mars d'argent et autres peines de droit. Pour avoir 
» réparation duquel cas et déclaration desditles peines, en 
» ensuivant la teneur de certain arrest autrefois par iceulx 
» exposans obtenu en notre court dudit parlement pour 
» infraction à l'encontre desdis prévôts et jurez, est besoing 
» ausdis exposans faire adjourner iceulx prévôts et jurez, 
» ledit Lyon Hacquart et sergens dessusdis, ce qu'ils ne 
>> pourroient faire sans avoir iceulx exposans mandement 
» de nous sur ce, si comme ils dient, humblement requérir 
» icelui. Pourquoi nous, ce considéré, voulons lesdis expo- 
» sans estre entretenus et gardez en leurs drois, ce man- 
» dons et commettons, par ces présentes, que de et sur l'in- 
» fraction de laditle immunité et excès dessusdis, tu te 
» informes bien et diligemment; appelle avec toy sergent, 
» ung notaire ou tabellion de court laye. Et se par laditte 
» information il t'en appert, adjourne lesdis prévôts et jurez, 
» et lesdis Lyon et sergens et autres coulpables d'iceulx 
» excès, à certain et compétant jour ordinaire ou extraor- 
» dinaire de notre présent parlement non obstant qu'il 
» sied; et que par avanture les parties ne soient pas des 
>' jours dont l'en plaidera, lors pour eulx veoir déclarer 
B estre encourus en laditte peine de mil mars d'argent 
» et autres peines de droit, et aussi ledit Lyon avoir en- 
» fraint sondit serement, recevoir punigcion de parjure et 



— 179 — 

» réparer lesditles enlrepriiises, à rordonuance de notre 
» dille court, respondre ausdis exposons et à notre procu- 
" reur général, se partie se veult faire, chacun à telz tins 
» qu'ils vouldronl, pour se prendre et eslire et procéder en 
» oultre selon raison, en certifiant sur ce souffisamment 
» audit jour noz amés et féaulx conseillers les gens tenans 
» noire parlement et en leur renvoyant laditte information 
» féablement close et scellée; ausquels nous mandons, et 
» pour ce qu'il est question de grant chose et dont désià a 
« esté discuté autrefois par arrest de notre dite court, et 
» aussi lesdis prévôt et jurez ne sont tenus de plaider s'il 
» ne leur plaist ailleurs que en notre dite court et que eu 
» icelle et sans faveur la matière sera mieulx traittée que 
)' ailleurs, expressément enjoignons que aux parties oyes 
» facent bon et brief droit, car ainsi nous plaist estre fait 
» et ausdis exposans l'avons oltroyé et ottroions, de grâce 
» espéciale, par ces présentes, non obstant quelconques 
» lettres surreptices à ce contraires. Mandons et comman- 
» dons à tous nos justiciers, officiers et subgez que à toy 
» eu ce faisant soit obéy. Donné à Paris le xvj« jour de 
» janvier l'an de grâce mil iv« soixante et cinq et de notre 
» règne le quint (i). » 

J. J. E. Proost. 
{Pour être continué). 



(I) N" 932 lies archives de l'évêclié de Tournai, aux Archives du royaume. 



~ 180 — 



notices 



SUR 



DES LIVRES RARES DU \W SIÈCLE. 



Secoude série. 



Les notices sur des livres rares du XVI^ siècle, publiées 
dans le Messager (années 1858-1864), ont reçu un accueil 
très-favorable. De divers côtés et à diflFérenles reprises, 
des bibliophiles m'ont engagé à les continuer. Ainsi en- 
couragé, je me décide à commencer une nouvelle série, 
espérant qu'elle rencontrera autant d'indulgence que celle 
qui Ta précédée. On y trouvera un certain nombre de livres 
qui paraissent avoir échappé à raltenlion de tous les biblio- 
graphes et des éditions non mentionnées dans le Manuel 
de Brunet, de livres qui sont fort recherchés des amateurs; 
éditions au moins aussi précieuses que celles indiquées, 
soit par leur rareté, leur ancienneté, ou bien parce qu'elles 
sont plus amples. 



181 — 



I. 



Le Liiire des / oemires et com/mentaires de Juliiis Cejsar 
sur le fait de la conjqaesle du pays de Gaule j f aide et mise 
en langaiqe j françoys et nomiellement / imprimé à Paris. 

On les vend rue neuffiie noslre-dame à l'enseigne de 
l'es/cu de France). Sans date (vers lo20), pelit in-4" go- 
thique à longues lignes, de 162 ff. non chiffrés. 

Ce litre, dans un encadrement gravé représentant des 
scènes du martyre de saint Jean-Baptisie , est imprimé 
alternativement en lettres rouges et noires. 

Le volume a des signatures, mais qui sont irrégulières, 
a-y et A-Q. Il n'y a pas de signatures n ni z, mais par 
contre deux feuilles et demie ne sont pas signées. Tune 
après la signature m, l'autre après la signature B, puis la 
demie-feuille à la fin. 

Au verso du quatrième feuillet de la signature P, avant 
la table, se trouve cette souscription : 

Cy finist la translation des oemires et commentaires de 
Julius César sur le faict de la conqueste du pays de Gaule, 
faicte et mise en françoys et présentée au roy de France. 
Imprimé nomiellement à Paris. Par Philippe le Noir, lung 
des deux relieurs de Hures iurez en Vuniversilé de Paris, 
demourant en la grant rue Jacques a renseigne de la Roze 
blanche couronnée. 

Sous celte souscription, on lit les vers singuliers suivants : 

Lisez liseurs attrait et entendez 

El ne jugez a cerveau esloiirdy, 

Soit bien, soit mal, que avant regard et 

L'oeuvre en latin dont ce livre est parly. 

Vous trouverez que je l'atj converty 

Selon le sens des motz et de la lettre 

Et mon françoys en latin assorty, 

Le plus au hrief que le tout se peult faire. 



— 18-2 — 

Pourtant s'il est de briefve exposition, 
Retenez bien, nobles hommes françoys, 
Comment césar en grant succession, 
Fut doulx, becjnin, humble, saige et courloijs, 
Jamais ne (ist oultraige aux gauloxjs. 
Mais aux maulvais fut tousiours cordial, 
Leur pardonnant tous h chascune fois. 
De bonne amour, comme ung prince royal. 

Le verso du dernier feuillet offre la marque de Denis 
Janot. C'est celle des deux marques de ce libraire que 
Brunet reproduit t. II de son Manuel, col. 303. 

Au-dessus de celle marque se trouvent les chiffres 
XXXVIII, qui indiquent, non pas le nombre des feuilles, 
mais seulement celui des feuilles avec signatures. 

Ainsi voilà, pour le même livre, trois adresses différen- 
tes; d'abord celle du tilre, rue Neuve Notre-Dame, puis 
celle de Lenoir et enfin celle de Denis Janot. 

La présente édition, qui doit être fort rare, n'a jamais 
été décrite que je sache. Je ne pourrais même affirmer 
qu'elle ait élé citée dans le Manuel, où M. Brunet men- 
tionne, à la vérité, une édition sans date de Michel Lenoir, 
petit in-4o, d'après le XIX'^ catalogue de Tross, n" 2143, 
où elle est portée à 50 fr. — Mais il dit qu'elle porte le 
litre de : Les oeuvres et brefues expositions, tandis que 
celle-ci offre un titre différent. 

Les gravures de cette édition, qui me semble avoir été 
une édition populaire et à bon marché, mais qui ne se 
vendrait pas à bas prix aujourd'hui, sont assez grossières 
et n'ont que peu ou point de rapport avec les événements 
racontés dans le livre. 

Sauf le tilre, on ne trouve aucune lettre imprimée en 
rouge dans tout le volume, à l'exception des mots Chapi- 
tre III et de la lettre initiale L de ce troisième chapitre. 

Celte édition ne mentionne pas le nom du traducteur, 



183 



comme les autres le font. C'est Robert Gagiiiii qui est 
l'auteur de cette traduction et qui la présenta au roi 
Charles VIII. 

J'ai sous les yeux un très-bel exemplaire de celte édition, 
fort bien conservé et avec de nombreux témoins. 



II. 

Erklerung des newen Instriimenls, / durch Sebastianum 
Moensler (sic), ueber den j Mon, gemacfit im Jar Chrisli j 
iMDXXIX. Ce titre se trouve au-dessus d'une jolie gravure 
sur bois. — Au recto du dernier feuillet se lit cette sous- 
cription : Gedruckl zu Wormbs bei Peler Schoeffern, vnd 
volendet im jar m. d. xxix, am crsten tag Herbstmondes. 
En-dessous la marque de l'imprimeur, avec les bergers. 
Petit in-4-°, de 24 ff. non chiffrés, signât. : A ij — F iij, 
avec figures sur bois. 

Le verso du titre est occupé par un avis de l'auteur 
adressé à tous les amateurs du noble art des mathématiques. 
Les gravures sur bois dont ce livret, fort joliment exécuté, 
est orné, sont très-curieuses. 

Je possède un superbe exemplaire, lavé et réglé, et avec 
de nombreux témoins, de cet ouvrage du fameux Sébastien 
Miinsler, imprimé par Pierre Schoeffer. Je ne l'ai trouvé 
mentionné par aucun bibliographe. Sébastien Munster avait 
fait précéder la publication de cet ouvrage, par un travail 
semblable sur le soleil, qui sert de pendant à celui sur la 
lune, sous ce titre : 

Erklerung des newen Instriiments der Sunnen, nach 
allenseinen Schegben vnd Circkeln. — Item eijn vernianiing 
an aile liebhaber der kuensten, im hilff zu thun zu warer 
vnnd rechler beschreybung Teutscher nation (Land). A la 
fin on lit : Gedruckt durch Jacob Kobel, stalschregber zu 



— 484 — 

Oppenheim im jar 1528, petit in-4° de 16 (T., avec un plan 
des environs de Heidelberg. 

Ce livret est également de la plus grande rareté et fort 
curieux, en ce qu'il prouve que l'auteur, dès l'année 1528, 
s'occupait à recueillir des matériaux pour sa célèbre Cosmo- 
graphie, qui ne parut pour la première fois en allemand, 
qu'en 1541, et en latin qu'en 1550, et fut si souvent réim- 
primée et traduite en plusieurs langues. 

m. 

Mvndvs I Ein schoens neives / kiirtzes spiel von der / 
Welt I art vnd natur, diirch / Joachimum Greff j ziisamen 
(jebracht, nuelziich / vnd fast kiirtzweilich / zu lesen. / 

Wiltu wissn der Welt art vnd sin 
Bas magslu genlzlich lernen hîerin, 
Inn dicscm buch, wiervol riicht gros 
Doch wird dirs gfallen vber die mas, 
Kaitffs nur vnd lies darnach mit vleis 
Sol dich nicht rewen vorivar ich iveis. 

Witlenberg, 1557, pet. in-8° de 28 ff. non chiffrés, dont 
le verso de l'avant-dernier et le dernier en blanc, signa- 
tures A II — D u. 

Le verso du litre est en blanc. La dédicace, en langue 
latine, est adressée : Clarissimo viro D. Georgio Sabino 
juris utriusque Doctori, Poelae encellentissimo, domino 
atque amico suo observando. Elle occupe le second cl troi- 
sième feuillet et le haut du recto du quatrième; elle est 
datée de Wittemberg, Anno Christo nalo 1537. En-dessous 
se trouve la liste des personnages, également en latin. 

La comédie finit au verso du vingt-quatrième feuillet. 
Le recto du vingt-cinquième feuillet porte en gros carac- 
tères : Fulgel ein schoenes Lied von der Welt sitlcn. Celte 
chanson est accompagnée de la musique gravée. 



— 185 — 

Au bas du reclo du viugt-seplième feuillet se trouve 
celle souscription : Gedritckt zu Witlcnberg diirch Georgen 
Rhaw. 

Celle comédie, en vers allemands, est extrêmement rare. 
Le Manuel de Brunct ne cite du même auteur que la tra- 
gédie de J«c?<7/i. Witlcnberg, G. Rhaw, 1556, petit in-8°, 
vendue 28 fr. — Soleinne. 

On peut consulter sur les ouvrages de Grefî la dernière 
édition de Gervinus, Geschic/ite der Deiitschen Dichtung, 
t. H, p. 346, et t. III, p. 79, 89 et 9f. 

Un très-joli exemplaire de la Comédie du « Cours de ce 
monde » fail partie de ma collection. Celle comédie a pour 
base la fable : Le Meunier, son fils et Cane, que Lafon- 
taine dit tenir de Malherbe, mais qui est infiniment plus 
ancienne, 

iV. 

Le Calalogve des antiqves érections des villes et citez, 
assises es trois Gaules, c'est à sçaiioir Celtique, Belgique et 
Aquitaine, contenant deux livres. Le premier fait par 
Gilles Corrozet Parisien. Le second par Claude Champier 
Lyonnois. Plus vn petit traité des Fleuves et fontaines 
admirables , estans esdictes Gaules. Histoire très vtile et 
délectable, nouuellement mise en lumière. A Paris en l'im- 
primerie d'Eslienne Groulleau, demourant en la rue neuiie 
nostre Dame, à l'enseigne saint Jan-Baptiste, 1551, in-16, 
de 8 ff. prélim., 82 fF. chiffrés, plus 4 ff. de table, avec 
gravures en bois. 

Parmi les nombreuses éditions de ce petit livre, celle-ci 
n'est pas citée par le Manuel, bien qu'elle soit l'une des 
plus jolies. J'en ai sous les yeux un bel exemplaire. 

Cet opuscule, si souvent réimprimé, jouit depuis quelque 
temps d'une grande faveur auprès des bibliophiles français. 



— 180 - 

qui en paient les exemplaires qui se présentent en vente à 
des prix très-élevés. Quel peut être le motif de la vogue 
de ce petit livre, rempli de fables des plus naïves? Serait-ce 
parce qu'il semble appuyer la théorie des frontières natu- 
relles de la France? Et cependant le bon Corrozet ne son- 
geait certainement pas à les revendiquer. 



V. 



// nvovo Testamento di Giesv Christo salvalore nosiro, 
nuovamente dal-r original foule Greco in lingua Toscana 
tradotlo (marque de l'imprimeur). In Lyone, appresso 
GulielmoRouiUio MDLIII (Iboo), in-16, de 5o2 et 574 pp. 
et 16 ff. non chiffrés pour la souscription et la table, avec 
nombreuses gravures en bois. 

Au verso du litre se trouve une petite table des chapi- 
tres et des épîlres. 

Celte version italienne est adressée par Guillaume Rouille 
ou Roville au cardinal de Tournon, archevêque de Lyon. 
Dans celte dédicace, qui occupe les pag. 3 et 4, l'éditeur 
assure que c'est d'après le conseil d'amis prudents et expé- 
rimentés, parmi lesquels beaucoup d'Italiens savants et 
prudents, qu'il s'est décidé à imprimer une nouvelle version 
du Nouveau Testament, traduit fidèlement de l'original 
grec en langue toscane. 11 ajoute que celle version vaut 
beaucoup mieux que celles qui avaient été imprimées en 
Italie. 

La pagination recommence aux épitres de saint Paul. 

Avant la table se trouve, sur le recto d'un feuillet dont 
le verso est en blanc, la souscription suivante : 

Il fine del nuovo testamenlo di Giesu Christo, nclquale 
liavemo aggiunto alli piccioli capituli A, B, C, D, alli pin 
grandi A, B, C, D, E, F, G, dore poltrete piu facilmenle 



— 187 — 

conoscere e trovar il principio e il fine délie Epistole e degli 
Evangeli signati. 

Stampato in Lyone per Philiberto RoUello. 

CeKe jolie édition doil être d'une très-grande rareté. 
Une main du siècle dernier a inscrit ces mots sur le feuillet 
de garde : « Édition avec fig. en bois, inconnue des biblio- 
graphes. » Celte note est encore exacte aujourd'hui ; ni 
Brunel ni d'autres bibliographes n'en font mention. 

Les figures sur bois dont elle est ornée sont nombreuses, 
assez belles, mais fort naïves. 

Le Manuel indique deux autres éditions de Lyon, de 
deux versions italiennes du Nouveau Testament; l'une par 
P. Roletto et B. Freno, 1549, in-16, fjg. sur bois, traduc- 
tion d'Anlonio Brucioli; l'autre par Giov. Ternes et G. Ga- 
zeio, 1oo6, in-16, fjg. sur bois, traduction de Massinio 
Theofilo. 

VI. 

Testamenti novi editio vulgata (marque de l'imprimeur). 
Lugdunï apud GuUelmum Rouillium, sub scuto Venelo 1 So7, 
in-16, de 496 et 336 pp., plus 8 If. non chiffrés pour la 
table, fig. en bois. 

Cette version latine du Nouveau Testament, rare égale- 
ment, mais moins précieuse que la version italienne qui 
précède, est imprimée dans le même genre et ornée des 
mêmes gravures en bois. Je ne l'ai pas trouvée indiquée 
par les bibliographes. En comparant ces deux versions du 
Nouveau Testament, imprimées avec les mêmes caractères, 
on peut remarquer combien le latin l'emporte en concision 
sur l'italien, puisque pour cette dernière version, il a fallu 
près de 200 pages de plus. 



— 188 — 



VII. 



Les raisons naturelles, et morales, de toutes choses qui 
tombent en deviz familiers. Traicté fort récréatif aux ama- 
teurs de bonnes lettres (marque de rimprimeur avec Télé- 
phaiU). A Paris, pour Barbe Regnault, demourant à la rue 
S. Jacques, à l'enseiyne de f éléphant. 1561, iii-16, de 
96 ff. non chiffrés, signatures A-M. 

Ce petit livre piquant et curieux commence brusque- 
ment, sans préface ni introduction, au recto du second 
feuillet, par : Les Raisons naturelles, ou sont comprins 
plusieurs responces morales. 

Au feuillet GUI commencent les : Raisons des choses, 
morales et politiques. Au verso du quatrième feuillet celle 
partie flnit, et le mol : Fin semble annoncer celle du vo- 
lume. Mais il se trouve encore trois feuillets « d'autres 
enseignemens de bons autheurs, tant anciens que tnodernes 
traictant d''amitié. De Vamitié et des amyz. » Puis enfin le 
dernier feuillet, dont le verso est en blanc, porte au reclo 
un avis donl il va être question. 

Brunel, Manuel, t. IV, col. 1090-91, ne connaît de ce 
livre qu'une réimpression de Lyon, Ben. Rigaud, 1586, 
in-16, de 95 ff. Il ajoute : livre peu commun, vendu 
fr. 21-50 en 1843 et fr. 12-50 Coste. 

Or, l'édition de Paris de 156Î, plus ancienne d'un quart 
de siècle, doit être beaucoup plus rare encore. Mais celle-ci, 
dont je possède un exemplaire bien conservé, dans sa pre- 
mière reliure en veau fauve, n'est pas non plus la première. 
L'avis au lecteur, dont je viens de parler, est en effet conçu 
en ces termes : 

« Amy lecteur, tu as icy les questions et responces des 
choses et raisons naturelles, recueillies de plusieurs et divers 
autheurs, par un aulheur incertain, lesquelles néantmoins 
qu'elles soient couchées confusément et sans ordre, toute- 




I.iH', "if î M'»,'-,:>!f.-r].cJr .;. 'tin' 



'ÇS^ Anciennes fsirltu^€S /^' 




L&s1)u C fi 0? u R^ . ^i)i:^o"N^ ^ 



C.ThU dtl. 



— 189 — 

fois de lel friiicl cl ulililé, qu'il n'y a homme de bon juge- 
menl qui n'en puisse prendre grande commodité. IMais 
|)OUi" ce que ce dicl livre a par cy devant esté imprimé, 
lanl mal el incorrect, il a esté diflicile de le remettre en 
son entier, pourtant te prie l'avoir pour agréable el ce que 
lu trouvera mal ordonné, l'excuser. Adieu. » 

Où et quand parut celle première édition si mal impri- 
mée? Mais il serait, ce me semble, plus intéressant de con- 
naître quel esl Vautheur incertain de ce livre. Bien qu'au 
milieu du XVP siècle on prétendit l'ignorer, il n'est pas 
peut-être si difficile de le découvrir aujourd'hui. 

Je n'ai pas le moindre doute que cet écrivain bizarre, 
Hortensio Lando ou Landi, ne soit cet unUieur incertain. 

En effet, l'original parul d'abord en latin, sous le litre 
de Miscellaneae questioncs, à Venise, chez Gabriel Gioloto, 
en IS.^0, petit in-8°. 

Il reparut ensuite augmenté el en langue italienne, ainsi 
intitulé : Quattro libri di dubbj con le soktzioni a ciasciin 
diibbio, Vinerjia, Giolito 155S, petit in-8°. — Malgré le 
litre, celte édition ne contient que trois livres : Dubbj natii- 
rali, morali e religiosi. Les dubbj amorosi se trouvent pour 
la première fois dans l'édition de Giolito de 1 536, pel. in-S". 

Ce livre eut du succès, car il fut traduit en diverses 
langues. V^oici le litre de la première traduction française : 
Questions diverses et responses d'icelles, divisées en trois 
livres, savoir questions dhunour, naturelles, morales et 
politiques, Lyon, Gabriel Cotier, 1558, in-8°. 

Serait-ce là cette édition qui aurait été imprimée tant 
mal et incorrecte? Qiio'\ qu'il en soit, celte traduction fut 
réimprimée assez souvent. 

Les Raisons naturelles et morales sont donc une partie 
des Questions diverses. Comme on peut le présumer d'un 
livre de ce genre el de cette époque, ces questions sont 
souvent fort naturelles, mais elle ne sont pas toujours dos 
plus morales. u 



— -190 



VIII. 



Premier Iwre des procès tragiques, conlenanl cinquante- 
cinq histoires, avec les accusations, demandes et deffences 
d'icelles. Ensemble quelque poésie morale. Le tout par 
Alexandre Vanden Bussche Flandrois, dit le Sylvain. Dé- 
dié au Duc de Lorraine. A Anvers, par Guillaume le 
Niergue, 1579, in-16, de 8 ff. non chiffrés et 198 ff. 
chiffrés. — Les poésies commencent au verso du cent 
soixante-quinzième feuillet. 

La première édition de ce livre parut à Paris, Bonfons, 
1573, in-i6. Quant à cette réimpression d'Anvers, tous les 
bibliographes, depuis Du Verdier jusqu'à nos jours, la 
citent sous la date de 1580. Je possède, sous cette dernière 
date, l'exemplaire de Méon, cité par le Manuel, relié en 
maroquin rouge ancien, et qui avait passé de la collection 
Coste, à Lyon, dans celle de l'EIzeviriophile Pielers. Mais 
j'ai eu sous les yeux un exemplaire daté de 1579, semblable 
en tout à l'autre, et avec la même disposition du titre, sauf 
les deux chiffres de 79 au lieu de 80. — Cette réimpression, 
extrêmement rare, aura sans doute paru vers la fin de 1579, 
puis on aura rafraîchi la date l'année suivante. 

IX. 

Cinquante Aenigmes francoises, d'Alexandre Sylvain, 
avec les expositions d'icelles. Ensemble quelques aenigmes 
Espagnolles dudict autheur, et d'autres. Le tout dédié à la 
Royne Elisabeth Douairière de France (Marque de l'impri- 
meur). A Paris, chez Gilles Beys, rue S. Jacques, au Lis 
blanc. M.D.LXXXI (1581), avec privilège du Roy, petit 
in-8°, de 4 ff. pour la dédicace et table, et 54 ff. chiffrés 
pour la première partie, — puis 4 ff. non chiffrés, 26 ff. 
chiffrés, et 2 ff. non chiffrés pour la seconde partie. 



— 191 — 

Kdiliou originale, exlrèmemenl rare, île celle (lernière 
pnblicalion de Sylvain de Flandre. Tons les bibliographes 
ne la citent que sous la date de 1582. Elle fut réimprimée 
à Rouen en lOOl . 

Dans la dédicace, Sylvain dit qu'il avait composé ces 
énigmes pendant qu'il était au service de Charles IX, mais 
qu'à la mort de ce monarque il fut toujours employé à 
voyager, ce qui a retardé la publication. 

La seconde partie porte ce titre : 

Ouarenta Aenirjmas en lengiia Espannola, dirùjidas à la 
Magestad délia Serenissima Régna Donna Ysabelde Auslria, 
liinda del rey de Francia, Don Carlos Noveno (Marque de 
l'imprimeur). En Paris, en la casa de Giles Beijs, calle 
S. Jur/o, al Lirio blanco MDLXXXl. cou privilégie del rey. 
Le second feuillet est occupé par la dédicace, signée : Miiy 
humilde Servidor, Alexandro Sylvano. 

La table occupe le troisième feuillet. Le quatrième, dont 
le verso est en blanc, contient le privilège du roi, daté du 
26 août 1581. 

Les neuf premières énigmes espagnoles ont Sylvain pour 
auteur. Les autres de varias aulhores, commencent au 
feuillet 10. 

Au bas du verso du dernier feuillet imprimé se trouve 
la divise de Sylvain : Fortis fraenat forlunam. 

Je possède un bel exemplaire de cette édition originale, 
sous la date de 1581. — Un second exemplaire sous cette 
même date, relié en maroquin rouge (Hardy), est offert au 
prix de 55 fr., dans le catalogue de la librairie J. Miard, 
à Paris, n° 2, p. 6, n" 183. C'est un assez beau prix, mais 
ce livre est d'une rareté extraordinaire. 



— 19^2 



X. 



Le miroir de vertu et chemin de bien vivre, contenant 
plusieurs belles histoires, par quatrains et distiques moraux, 
le tout par alphabet, avec le stile de composer toutes sortes 
de lettres tnissives, quittances et promesses, la ponctuation 
et accens de la langue françoyse, l'instruction et secret de 
fart d'escriture. Reveu et augmenté de nouveau par Vau- 
theur (Pierre Habert). A Rouen, chez Romain de Beauvais, 
tenant sa boutique prez le grand Portail noslre Dame. Sans 
date (fin du XVI^ siècle), 2 parties in-12, de 167 et 96 pp. 

Aux pages 5 et S se lit la dédicace : Au très chrestien 
roy de France et de Poloigne Henry III. L'auteur y prend 
les titres de secrétaire de la chambre de ses finances, maison 
et couronne de France, baillif de son artillerie et garde du 
scel d'icelle. 

La seconde partie porte ce litre : 

Le stile de composer et dicter toutes sortes de lettres mis- 
sives, avec la ponctuation des accents de la langue française, 
par Pierre Hubert, conseiller et secrétaire du roy. A Rouen, 
chez Romain de Beauvais (sans date). 

La prose de cette partie finit page 63. A la page 64 
commencent les vers. La page 96 contient la table. 

La première édition de ce livre parut à Paris, en 1559, 
in-16. Le Manuel cite deux éditions de Rouen, l'une 
de 1574 et une autre sans date (vers 1580), chez Thomas 
Reinsaut, petit in-12 (Vendue 27 fr. — Veinant). 

La présente édition, non citée, contient aussi p. 91-93, 
une Epistre de Francoys Habert frère de l'autheur, aux 
lecteurs, sur V excellence et utilité de l'escriture, et p. 94-95 : 
La civilité quun chacun doit tenir et principallement les 
jeunes en fans, en prenant le repas des viandes crées de 
Dieu pour notre usage. 



— 195 — 

Celle dernière pièce, où l'on voil ce que Ton exigeait des 
jeunes gens en fail de politesse, est passablement curieuse. 
Elle fera sourire le lecteur moderne. La voici intégralement : 

Avant manger et boire en chacnn lieu, 

Lave les mains et puis vien prier Dieu, 

Aux apparens, vieux, sages et rassis, 

Est deu l'honneur d'estre premier assis; 

Et si, comme eux à table te faut rendre, 

Tes bras ne faut eslargir ny estendre, 

Ne te coucher : car droit te faut tenir 

El de fouiller en ton nez l'abstenir; 

Graller ton chef est tant laid que merveilles. 

Estant à table et fouiller aux aureilles; 

Salle est aussi les ongles longs avoir 

Et regarder ça et là pour tout voir. 

Estant requis de parler, il te faut, 

Car sans cela, si l'enfant parle, il faut. 

Couper du pain auprès de la poictrine 

Répugne fort à la civille doctrine. 

Prendre du sel au eousteau tellement 

Il te convient; fay-le donc sagement; 

Ne guctle au plat longuement la viande, 

Prens la plus près, sans choisir la friande. 

Si liberté et congé on te donne 

La prendre au plat, comme aux grands on l'ordonne; 

Sinon, reçoy ce qu'on te donnera, 

Tant humblement que faire se pourra. 

De ton Cousteau tes morceaux dois couper 

El le mordu au plat ne faut tremper. 

Ronger les os, lécher les doigts n'appelé, 

Ains, torche les à nappe ou serviette. 

Ne mets jamais premier la main au plat. 

Car lu serois dit gourmand tout à plal; 

Boire et manger tu dois honneslement. 

Torche ta bouche aussi soigneusement. 

Avant que boire et après aussi bien, 

Usant toujours d'un honneste maintien; 

Ce lieu le soit entre autre place honneslc. 

N'y commels donc rien qui soit deshonncsic. 



— iU — 

(juaiid Ion repas sobrement pris auras. 

Les assistans saluant, t'osteras 

En desservant ce qui est dessus table, 

Car cela est lionneste et convenable 

Aux jeunes gens csloigncz de tout vice. 

De s'employer à faire tout service, 

Si d'adventurc il n'y a, pour ce faire 

De serviteurs, afin d'y satisfaire; 

Puis à la fin, surtout aye mémoire 

De rendre à Dieu honneur et toute gloire. 

Les vers île Pierre Haherl senlenl un peu leur cuistre et 
on est étonné de lui voir prendre les litres pompeux de 
conseiller et secrétaire du roi. Mais Pierre avait d'abord 
été tout simplement : « maislre écrivain, » c'est-à-dire 
maître d'écriture. 

Pierre Haberl s'est souvenu de son ancien métier; il 
consacre plus d'un quatrain à la manière de tenir la plume, 
de choisir son encre, etc. 

Son frère François écrivait mieux que Pierre ; mais 
Pierre calligraphiait mieux que François. Ce fut le calli- 
graphe et non l'écrivain que choisit Sa Majesté Henri IH, 
pour en faire son secrétaire et son conseiller. 

H. Helbig. 



— 195 



notice 



SUR 

LES ANCIENNES ET LES NOUVELLES PEINTURES MURALES 

DE L'ÉGLISE 

DE NOTRE-DAME, AU SABLON, 

A. BRUXELLES. 



L'église de Notre-Dame, au Sablon, a toujours été l'objet 
des sympathies spéciales de la population bruxelloise. Con- 
struite avec les deniers provenant des offrandes particulières 
des fidèles (i), elle a toujours rappelé aux générations suc- 
cessives la piété et la générosité de leurs ancêtres, et ce 
souvenir n'a cessé d'inspirer au peuple cette émulation de 
contribuer à son ornementation par des libéralités dont l'his- 
toire nous fournit de nombreux exemples. Mais ce fut sur- 
tout au puissant patronage des corporations civiles que le 
sanctuaire de Notre-Dame fut redevable de la sympathie 
populaire dont elle jouit constamment depuis son origine. 
Tandis que les autres églises de Bruxelles étaient admi- 
nistrées par des chapitres ou des membres du clergé, 
l'église de Notre-Dame, au Sablon, n'eu4, jamais avant le 
XIX'^ siècle d'autres préposés que les membres de la grande 



(1) Aile de aelmoessen cnde offeranJen tollen gesliclite der voirscrevene 

kerckeii ochle capelle ende lollen andereii, die liaere noeldorslicli zyn 

Extrait de l'acte de cession de 1304. 



— 196 — 

gilde de l'arbalèle ou de Noire-Dame. C'était encore sous 
les voûtes de ce temple que se réunissaient pour les divins 
offices toutes les compagnies de la milice bourgeoise et plu- 
sieurs corps de métiers de la ville (i). 

Ainsi construite, administrée par le peuple et devenue 
l'objet de ses affections, Téglise de Notre-Dame, au Sablon, 
ne pouvait manquer de participer à toutes ses libéralités. 
Aussi voyons-nous la généralité des babilants de la ville 
s'imposer le devoir d'apporter leur tribut pour l'orner et 
l'embellir; et il semble que l'on a toujours eu en vue de 
lui procurer par la beauté et la richesse de sa décoration 
la première place parmi les édifices de la ville consacrés au 
culte. C'est ainsi que l'on y voyait figurer avec profusion 
les objets qui constituent tant l'ameublement que l'orne- 
mentation d'une église: un grand nombre d'autels formant 
des cbapellenies ornaient, comme des lambris, les parois et 
les piliers, et les cachaient aux yeux des fidèles (2). Des 
figures du Christ, des statues de saints et de saintes, des 
sculptures de tout genre y abondaient. Un grand nombre 
de tableaux des plus grands maîtres y avaient trouvé une 
place. Toutes les fenêtres étaient ornées de magnifiques 
verrières (3). En un mot, il n'y avait pas un coin de l'église 
où l'on ne trouvait quelque trace de la libéralité des fidèles 

(1) La pclile gilde de l'arbalète, les serments des archers, des arquebusiers 
et des escrimeurs, la corporation des menuisiers, etc., avaient tous dans 
Téglise de Notre-Dame, au Sablon, leur autel particulier, dédie respectivement 
à saint George, à saint Antoine, à saint Christophe, à saint Michel et à saint 
Joseph. Toutes ces corporations concourraient également à rehausser par 
leur présence réclal de Vommeganok et des autres solennités en usage dans 
cette chapelle de la milice bourgeoise. 

(2) Au commencement du XV^ siècle, nous comptons déjà onze ehapellrnies 
pourvues de revenus qui y avaient été affectés pour rexonéralion de certains 
ofTices, conformément aux désirs de ceux qui les avaient fondées. Archives de 
Sainte-Gudulc. 

(â) Notice nur les anciennes et les nouvelles vcrril^res de l'église de Nolrc- 
Dame, au Sablon, par Hv.icrîtTiiE De Bruys. Bruxelles, 1866, in-4». 



— 197 -- 

et de leur sollicitiitle pour rornemonlalion du temple que 
leurs ancêtres avaient déilic à la reine des cieux. 

Objet d'une si vive sympahie, l'église de Noire-Dame, 
au Sablon, ne pouvait manquer de prendre part au mou- 
vement extraordinaire qui se produisit en Belgique eu 
faveur des peintures murales. 

D'un autre côté, la structure architccluralp de l'église, 
et principalement du chœur, réclamait ce genre de déco- 
ration comme complément de rornementation produite par 
la coloration des vitraux. 

Le chœur, véritable lanterne percée à jour de tous côtés 
par des hautes fenêtres lancéolées, rapprochées les unes 
des autres, reçoit la lumière avec une telle profusion et 
offre des surfaces si favorables à l'établissement de ver- 
rières, que dès son origine on comprit la nécessité d'en 
établir (i). Aussi, dès la seconde moitié du XV^ siècle, 
trouvons-nous toutes les fenêtres du sanctuaire ornées de 
superbes vitraux coloriés, dont l'éclat et la richesse de tons 
devait contraster avec les tons clairs de l'appareil lapidaire 
intérieur. Il fallait nécessairement se résoudre à laisser 
dominer l'éclat des verrières, ou à opposer à la lumière 
tamisée et diffuse produite intérieurement par leur inter- 
position une coloration architecturale participant à l'éclat 
des vitraux et le complétant par l'harmonie et l'ensemble 
des tons. Le moyen âge avait déjà résolu cette question et 
l'usage avait prévalu d'accentuer nettement, au moyen d'une 

(I) Ces verrières ayant été détriiiles par les malheurs des temps et à In 
suile (le certaines circonstances, l'administration de l'église crut devoir, au 
siècle dernier, diminuer la trop grande diffusion de la lumière en bouchant 
au moyen de briques d'argile les deux fenêtres du milieu de l'abside heptagone 
du chœur. La fenêtre du milieu avait été clôturée de la même manière, au 
XVII« siècle, et on y avait substitué à l'intérieur la statue de la Sainte Vierge, 
placée sur un socle. Notice prccitcc sur les anciennes et les nouvelles verrières 
de l'église, et n» 340 3» de la collection des corps des métiers cl serments de 
Bruxelles, ntix Archives du royaume. 



— 198 — 

décoralion picturale, les formes de coiislruclion et les dif- 
férentes parties sculpturales des édifices. 

L'aspect de dégradation que présentait le chœur éveilla, 
en l'année 1851 , la sollicitude des nnembres préposés à l'ad- 
ministration de l'église. Voulant rétablir cette partie dans 
son caractère primitif et lui réimprimer le cachet de lé- 
gèreté et de pureté de style qui le distinguait autrefois, le 
conseil de fabrique prit la résolution de faire enlever d'a- 
bord les clôtures en briques, qui masquaient d'une manière 
si regrettable les belles fenêtres du sanctuaire, pour leur 
substituer des verrières. Mais ce dernier travail exigeait 
comme complément l'exécution de peintures murales. Les 
membres du conseil comprirent cette nécessité, et bien 
qu'ils ignorassent qu'un travail de ce genre eût déjà été 
exécuté par leurs prédécesseurs dans l'administration de 
l'église, ils en décidèrent l'exécution. 

Mais l'état de vétusté et de dégradation dans lequel se 
trouvait cette partie de l'église, réclamait préalablement une 
restauration complète, ce qui nécessita l'ajournement des 
travaux d'ornementation. 

Celle restauration fut mise à l'étude et entamée en 1859 
sur le rapport de la Commission royale des monuments. 

Au mois de mai de la même année, en enlevant les dos- 
siers des stalles en bois qui déparaient les côtés latéraux 
du chœur, tout en en cachant les beautés aux yeux des 
fidèles, on découvrit des traces de peintures murales cou- 
vertes d'une couche épaisse de badigeon. Ces couches de 
chaux, grattées avec le plus grand soin, mirent à nu des 
nombreuses figures polychromées du XV"" siècle. 

Le chœur proprement dit, c'est-à-dire la partie qui s'é- 
tend du banc de communion jusqu'au sanctuaire, dont il 
est séparé par trois marches en marbre, se compose de 
chaque côté de deux grandes travées. Chacune de ces tra- 
vées est subdivisée en cinq compartiments à ogives Irilo- 



— 199 — 

bées, dont les divisions correspondenl aux meneaux des 
fenêtres qui les surnionlenl. L'abside qui termine le chœur, 
revêt une forme heptagone et se compose de sept travées 
plus étroites que les premières, subdivisées chacune en 
deux compartiments correspondant également aux divisions 
des sept fenêtres du sanctuaire. 

C'est dans ces compartiments et dans les ogives trilobées 
qui les surmontent, et qui mesurent ensemble trois mètres 
de hauteur sur cinquante centimètres de largeur, que l'on 
découvrit les peintures que nous allons chercher à décrire 
d'une manière aussi complète qu'il nous sera possible. Mais 
avant d'entamer cette description, qu'il nous soit permis 
de nous livrer à quelques considérations générales sur 
l'ensemble des peintures découvertes dans l'église et prin- 
cipalement dans le chœur de l'église de Notre-Dame, au 
Sablon, à l'effet d'en rechercher le caractère, le mérite et 
l'époque. 

En nous livrant à des considérations de ce genre, nous 
marchons à l'aventure comme le voyageur qui parcourt un 
chemin qui lui est inconnu et nous nous exposons à nous 
égarer. La question des peintures murales offre en effet 
certaines difficultés dont il serait prudent d'abandonner la 
solution à des hommes plus autorisés et plus compétents 
dans la matière; mais confiants dans l'indulgence du lec- 
teur, nous osons nous flatter qu'il nous pardonnera en vue 
de nos intentions, qui n'ont d'autre but que de payer à l'art 
un faible tribut et de concourir par des essais à jeter quel- 
que lueur sur cette grande manifestation du génie de 
l'homme. 

Ce n'est pas à dire cependant que la peinture architec- 
turale soit un genre nouveau, un sanctuaire mystérieux, 
dont l'intelligence humaine n'a pas encore pénétré les se- 
crets. Non, car la peinture murale ou monumentale, im- 
proprement appelée la peinture à fresque, loin d'être une 



— -200 — 

créalioi) nouvelle, une innovalion du XIX'^ siècle, élait la 
peinture primitive des peuples. Elle élait le seul genre 
connu dans Tanliquité, el l'on peut affirmer que ce genre 
de décoration est aussi ancien que la statuaire et que l'ar- 
chitecture même (i). 

En Belgique également, nous trouvons des traces de ce 
genre de peinture dès les siècles les plus reculés (2). Il est 



(1) Pour en découvrir l'origine, il faudrait remonter au berceau du genre 
hnmain. Dieu prescrivit k Moïse d"eniluire l'arche et l'autel de proposition de 
l'or le plus pur (Ex. XXV, Il et 24). L'Inde septentrionale, ce berceau de 
l'art, rÉtrurie et l'Asie >lineure connurent la peinture murale. Les Égyptiens 
et les Chaldéens la cultivèrent; les fouilles pratiquées à Ninive, à Pompéï et 
à Hercnlanum nous en fournissent des exemples. Déjà à l'époque de Périclès, 
c'est-à-dire cinq siècles environ avant la venue du Messie, lorsque Athènes 
étalait aux yeux de sa rivale et du monde entier les prodiges du génie de ses 
enfants, les Grecs ornaient de peintures les statues de leurs dieux et les mar- 
bres de leurs temples. Bien plus, ils se servaient à cette fin de l'aclion du feu, 
c'est-à-dire du procédé de l'encaustique, longtemps perdu mais aujourd'hui 
retrouvé. Ils connaissaient également, au rapport du moine Theophilus, le 
procédé connu en Italie sous le nom de fresco secco. Tous les peuples prati- 
quèrent ce genre d'ornementation, et il n'est pas jusqu'aux peuples les plus 
barbares qui ne revêlaient leurs temples, leurs idoles de bois ou de pierre, et 
même leurs habitations, des peintures les plus variées et parfois les plus bril- 
lantes. Et cet usage de marier la peinture avec rarcliitecture pour se compléter 
mutuellement, était devenu si général, que c'est avec raison que l'on consi- 
dère les Romains comme ayant les premiers opéré, sous l'Empire, une sépa- 
ration entre ces deux sœurs, en conservant des statues de marbre et de pierre 
sans les couvir d'une décoration picturale quelconque. 

(2) Les Celtes, le premier peuple qui, au témoignage de César, occupa la 
contrée connue sous le nom de Belgique, et les Germains qui, par leur fusion 
avec les premiers, constituèrent la race germanique, n'étaient point, malgré 
la rudesse de leurs mœurs, dépourvus de toute notion de la culture des arts. 
Les quelques débris d'urnes et de poteries qui nous ont été conservés de ces 
deux époques, nous fournissent des traces d'une décoration formée de l'assem- 
blage incohérent de différentes couleurs. Au rapport de Tacite, les Germano- 
Belges enduisaient d'une terre pure et luisante un certain nombre de leurs 
habilalions, et cet enduit produisait une véritable ornementation. Après la 
conquête des Gaules par les Romains, une nouvelle ère s'ouvrit pour les arts 
comme pour la civilisation. A celle époque déjà, nous voyons naître la pein- 
ture murale proprement dite. Le plus grand nombre des peintures que Ion 
exéculail alor.« ne consistaient cependant quVn de larges bandes verticales, 



— -201 — 

il remarquer toiilcfois que ce ne lui qu'après l'iiilroduclioii 
du clu'islianisme dans nos conlrces que Ton y vil s'ouvrir 
pour la peinlure murale une ère de progrès, au dévelop- 
pement duquel contribua puissamment l'impulsion impri- 
mée à celle branche de l'art sous le règne de Cliarlomagne. 

INous n'entrerons pas dans l'élude approfondie des diffé- 
rentes phases que subit la peinture monumentale en Bel- 
gique. Cependant, que le lecteur veuille bien nous permettre 
de les déterminer d'une manière concise et générale, et de 
jeter également un coup-d'œil rapide sur certaines questions 
qui se rattachent à cette manifestation de l'art. 

Nous commencerons par établir avant tout l'origine des 
peintures découvertes dans l'église de Notre-Dame, au 
Sablon. 

Il est un fait eénéralement admis de nos jours et con- 
firme par les découvertes récentes : c'est que les peintres, 
au moyen âge, appliquaient le plus souvent leur coloration 
sur l'appareil lapidaire immédiatement après l'achèvement 
des travaux de l'architecte (i). Cet usage provenait de ce 
que la décoration picturale était considérée comme le com- 
plément indispensable de rarchiteclure, dont elle relevait 
le mérite en accentuant ses moindres détails. Les pein- 
tures murales découvertes dans l'église de Notre-Dame, au 
Sablon, viennent également corroborer cette opinion. La 
couslruction du chœur de celle église fut achevée vers 
l'an 1455 (2). Or, c'est précisément cette date que nous 



rouges, jaunes, bleues el blanches, (racées sur un enduit dont on recouvrait 
les parties planes des parois. Tacite, De mor. Gcrm.; A. G. B. Schayes, La 
Belgique avant et pendant la domination romaine; De Caumom, Cours Wanti- 
quités monumentales. 

(1) Celte remarque s'applique également à la pose des verrières. 

(2j Les travaux de bâtisse auxquels ou se livrait en l'année 1451, au rapport 
de MM. Henné et VVauters, se rapportent à la construction de cette partie de 
l'église. Hyaci.vthe De Bruvn, Nottce sur l'origine de l'église de Noire-Dame, 
au Sablon Analcctcs, 1867, 3« livraison. 



— ^202 ~ 

trouvons assignée comme époque de rcxéculion des pein- 
tures que l'on y a découvertes. Un des petits panneaux 
inférieurs de la première travée de gauche porte en effet 
Tinscription flamande qui suit : 

Dit heeft doen maken Willem Clulinck inl jaer ons Heercu 

iMCCCCXXXV. 

Nous trouvons dans la famille patricienne des Clu- 
tinck (i), Irois membres désignés par le prénom de Guillau- 
me. Le premier fut échevin de Bruxelles en l'année 1332 
et mourut en 1348. Il ne peut en être question. Le deuxiè- 
me, doyen de la gilde de la draperie, mourut en célibat 
vers l'année 1459. Il fut, avec plusieurs autres membres 
de la même famille, un défenseur zélé de la caste féodale 
et l'un des plus chauds partisans du duc Jean IV. Le der- 
nier, neveu du précédent, était fils d'Henri, qui remplit les 
fonctions d'échevin de la ville pendant les années 1413 et 
1418. C'est à ce dernier que nous croyons devoir attribuer 
l'exécution des peintures qui nous occupent, ou plutôt d'une 
partie de ces peintures seulement. En effet, l'absence com- 
plète de symétrie dans la disposition des grandes figures el 
principalement l'existence de plusieurs personnages diffé- 
rents, représentés en prière dans les panneaux inférieurs 
des compartiments, nous permettent d'assurer que plusieurs 
bienfaiteurs ont contribué à l'exécution de ces peintures, et 
même que chacune des figures exécutées a eu son donateur 
particulier. Cette assertion est encore confirmée par l'exi- 
stence de plusieurs écussons que l'on a retrouvés dans les 
retombées des ogives supérieures des compartiments el qui 

(1) Plusieurs membres de celte famille porlèrenl un vif intérêt au bien-être 
de Tcglise de Notre-Dame, au Sablon. Quelques années plus tard, Égide Clu- 
tinck, qui rempUt les fonctions d'échevin en l'année U44, fonda dans cette 
église la seconde ehapellenie de la Sainte Vierge, el la dota d"une messe par 
semaine. Capcllaniarum fnndatioue.i et dulnliones, cap. o2. Archives de Saiulc- 
Gudiile. 



— '203 — 

appartenaient à dilïérenles familles. Les maisons auxquelles 
se rapportaient ces écussons étaient celles des de Herloghe 
et des Boole, alliées Tune et l'autre à celle des Clulinck et 
dont plusieurs membres furent, avec les van Gronsfeli et 
les Schonvorst, les partisans les plus dévoués de la cause 
de Jean IV. Les blasons de ces deux familles figuraient éga- 
lement dans les ogives supérieures (i). 

Il importe cependantde faire remarquer que Tannée 145o, 
qui détermine, d'après l'inscription flamande, l'époque de 
l'exécution des peintures qui nous occupent, ne se rapporte 
qu'aux figures qui ornaient les deux grandes travées au côté 
gaucbe du chœur. Quant à celles de droite et de l'abside 
heptagone du sanctuaire, il est certain, et un simple examen 
suffît pour s'en convaincre, que non seulement elles ont été 
exécutées environ cinquante ans après les premières, mais 
encore qu'elles sont dues à un artiste différent et d'un mé- 
rite bien inférieur à celui du premier. 

Quelles raisons ont pu motiver celte suspension des tra- 
vaux de peinture? Nous l'ignorons. Nous ferons cependant 
remarquer que les fers d'attache et les poutrelles entaillés 
dans la paroi des travées de droite, nous permettent de sup- 
poser que des stalles, ou plutôt des bancs d'œuvre destinés 
aux doyens de la grande gilde de l'arbalète, auront été éta- 
blis primitivement de ce côté. Leur dossier enlevant à l'ar- 
tiste peintre une partie de la surface destinée à ses travaux, 
il se sera vu contraint d'exécuter des figures de moindre 
dimension que celles qui existaient déjà. C'est ce que nous 
avons retrouvé. Les figures représentées à gauche du chœur 
mesuraient en moyenne l"s6o de hauteur, tandis que celles 
qui leur étaient opposées ne comptaient que 1™,25. De plus, 



(1) Voir le précieux ouvrage du savant généalogiste M. Goethals, Diction- 
naire généalogiqtte et héraldique, article consacré à la famille T'Serciaes, dans 
lequel sont également décrites les ramifications des Clutinckci des de Hertoghe. 



— 204 — 

ces dernières n'élaient pas accompagnées de pelils lableaux 
de donateurs placés sous les comparlimeuls. 

Mais ce qui élablil surtout une distinction essentielle 
entre ces deux genres de peinture, c'est le cachet, le carac- 
tère particulier de chacune d'elles. Que le lecteur nous 
permette de l'établir, en jetant un coup-d'œil rapide et 
rétrospectif sur les caractères dislinclifs des peintures des 
époques antérieures. 

L'art, comme l'intelligence qui le crée, suit des voies 
graduées pour atteindre progressivement un point que nous 
appelons son apogée. Pour bien déterminer les différentes 
phases des peintures murales, nous devons tenir compte 
des influences qu'elles subissent aux différentes époques. 

Déjà dès le IV" siècle, l'usage était généralement établi 
de peindre les édifices sur toutes leurs surfaces tant inté- 
rieure qu'extérieure (i). Mais ces décorations se bornaient 
ordinairement au simple tracé de lignes et de filets sur un 
enduit de badigeon de différentes nuances, que l'on appli- 
quait sur les parois des édifices et même sur les statues. 
L'impulsion que reçut la peinture murale sous le règne de 
Charlemagne, dut nécessairement opérer une influence sa- 
lutaire sur celte branche de l'art {2). Voici le tableau que 
M. Waagen nous a fait des peintures de celte époque : 
« Quoiqu'il ne reste aucun vestige de ces fresques, les 
miniatures exécutées à celte époque, par l'ordre de l'em- 
pereur, nous fournissent une idée de leur style. On retrouve 
dans les sujets religieux les types de Tari chrétien primi- 



(1) ViOLLET LE Duc, Dictionnaire, arl. peinture; Alfred Micuiels, Histoire 
de la peinture flamande et liollandaise; Emeric David, Histoire de la peinture 
au moyen âge. 

(2) Ce prince eonfirma par une loi l'usage établi de peindre tous les édifices 
el prescrivit des règlements pour en déterminer le mode. Il fil également 
appel aux artistes de Tllalie el de rOricnl, pour concourir à Pexéculion de 
ses desseins. 



— 2o:i — 

lif, mais la roideur du dessin, la gaucherie de la eom|)0- 
silion el la crudilé de la couleur Iraliisseul le travail d'une 

époque encore à demi barbare La façon d'étendre la 

lumière et les ombres à l'aide du pinceau, en gros traits, 
sur le même ton général, comme dans les miniatures, est 
empruntée à la peinture antique. Le type de certaines 
physionomies, les plis étriqués et maigres des draperies, 
les dorures descoslumes, le ton vert des ombres el l'usage 
fréquent du vermillon el du bleu pur révèlent l'influence 
de l'art byzantin (i). » 

Différentes circonstances, parmi lesquelles nous citerons 
la terrible invasion des Normands à la Jin du L\« siècle, 
nous ont enlevé jusqu'aux traces des peintures architectu- 
rales exécutées à celle époque. 

Nous n'avons également retrouvé aucun vestige de pein- 
tures murales exécutées en Belgique pendant le cours des 
deux siècles suivants. Le peu de solidité qu'offraient les 
édifices abrégeait la durée de leur existence, el avec eux 
ont disparu également les spécimens de décoration pictu- 
rale qui les ornait. 11 nous faut remonter au XII' siècle 
pour en retrouver les premières traces. Ce n'est pas à dire 
cependant que la peinture arcinteclurale ail perdu son 
prestige au X« et au XI' siècle. Comme pour toutes les 
autres branches de l'art, il y aura eu pour la peinture 
murale un moment de stagnation à la fin du X' siècle; mais 
il est certain qu'elle continua à jouir, pendant cet inter- 
valle de temps, de la considération qu'elle s'était acquise 
pendant les siècles précédents. Nous en avons du reste des 
preuves, parmi lesquelles nous citerons les peintures que 
firent exécuter au X' siècle Kverard el Notger, tous deux 
évéques de Liège (2). 

(1) Manuel de l'histoire de la peinture, par G. F. Waagen, Iraduclion par 
MM. Hymaks el PtTiT, l. I. 

(2) FioniLLO, Gcschichte der zeirhnenden Kunsle in DculscMand und Nic- 
derlanden. Iî5 



— 206 — 

A eu juger par quelques manuscrits à miniatures qui 
nous ont été conservés de celle époque, nous voyons la 
peinture s'engager dans une voie de progrès. L'influence 
de l'école byzantine se révèle encore dans toute sa force. 
On y retrouve toujours les plis parallèles et étriqués des 
draperies et beaucoup de roideur dans les poses. La com- 
position ou l'arrangement général est quelquefois empreint 
d'une certaine originalité. Malgré la rudesse de l'exécution 
et l'épaisseur des contours, le dessin accuse au XI^ siècle 
une certaine connaissance de la structure anatomique du 
corps humain. Les physionomies maigres et sévères, les 
cheveux et les mayis empruntent toutes les couleurs. Au- 
cune ordonnance dans la variété des couleurs. Les orne- 
ments portent le cachet du style de l'époque. 

Au XII« siècle, nous voyons l'influence de l'art byzantin 
s'effacer insensiblement et faire place à l'ampleur de la 
forme, à une certaine grâce dans les physionomies et dans 
les attitudes. C'est à cette époque que la peinture décora- 
tive atteignit son apogée. Harmonie des tons entre eux, se 
combinant avec les formes architecturales. Cette harmonie 
était principalement produite par l'emploi pour ainsi dire 
exclusif de terres. Le caractère des peintures du XIP siècle 
consiste dans une tonalité claire et tranquille. Le coloris 
excluant toutes les couleurs tranchantes, n'admettait que le 
jaune, le gris, le blanc, le brun rouge, etc., relevés par de 
simple filets de même nuance. L'emploi de ces tons ternes, 
conforme aux traditions de l'époque, doit être évidemment 
attribué à l'absence de vitraux colorés. On se contentait 
généralement alors d'orner les fenêtres de nos édifices de 
pièces très-petites de verre blanc. Les plombs qui en réu- 
nissait les difîérentes parties, formaient un dessin toujours 
varié. L'emploi de la grisaille était également adopté (i). 

(1) Histoire de la peinture sur verre, par Tablé Tcxier, in-8», 1847; lUem, 
par Levy et CArnoNKiEH, pp. 71 et suiv. 



— 207 — 

Ce genre de vitraux incolores permeltail l'usage de ces 
tons clairs. Mais à la fin du \II'= siècle et surtout au com- 
mencement du siècle suivant, nous voyons une réaction 
complète s'opérer dans l'art de la peinture monumentale. 
Les artistes abandonnent ce genre de décoration pour se 
livrer à l'exécution de la peinture translucide des vitraux. 
D'un autre côté, la métamorphose qui se produisit dans 
le style architectural inauguré pour les édifices, contribua 
puissamment à faire entrer la peinture murale dans une 
voie nouvelle. Les vastes surfaces sur lesquelles l'artiste 
peintre pouvait autrefois exercer son talent, n'existent plus. 
Il ne trouve dans nos édifices que des baies étroites et 
élancées, des colonnes cylindriques sveltes et effilées, des 
parois traversées dans toutes les directions, des arcatures, 
des faisceaux de colonueltes, des ornements à l'infini, n'of- 
frant partout que des ouvertures et des reliefs. Ces circon- 
stances auraient suffi pour faire oublier la peinture murale, 
si elle n'avait été profondément enracinée dans le goùl et 
les usages de l'époque. Aussi, loin de voir celte branche 
de l'art perdre son ancien prestige, nous la voyons se re- 
dresser forte et décidée à entrer en lice contre les obstacles 
qui menaçaient d'assurer sa ruine. 

Ne pouvant arrêter la marche du style nouvellement 
inauguré, les artistes peintres se plièrent à ses exigences 
et s'efforcèrent de tirer le meilleur parti possible de la 
situation qui leur était faite. Les grandes compositions sont 
abandonnées et remplacées par des figures isolées, s'adap- 
tant au caractère et à la disposition architecturale des 
édifices. Les ornements et les détails de l'architecture se 
trouvant multipliés, les peintres cherchèrent à retrouver 
dans leur décoration les avantages que leur avait enlevé la 
suppression des surfaces planes. Plus encore qu'autrefois, 
nous voyons le peintre prêter le concours de son art pour 
compléter l'œuvre de l'architecte. LIne décoration picturale 



— 208 — 

brillaule fui appliquée sur les moimlres motifs d'arcliitec- 
lure et de sculpture, sur les fleurons, les trèfles, les feuilles, 
les crochets et jusque sur les plus légers lilets des profils et 
des nervures. 

Pour vaincre Téclat et la puissance des tons translucides 
des vitraux coloriés, on renonça aux tons clairs et ternes 
pour leur substituer des couleurs franches et éclalanles, 
comme les laques, les oxides de plomb, etc. L'emploi de 
ces procédés ne suffisant pas pour contrebalancer la puis- 
sante coloration des verrières, on eut recours au glacis. 
Le bleu et le rouge furent employés comme couleurs do- 
minantes. Le bleu appliqué en grande surface exerçait par 
sa vertu de rayonnement une influence délétère sur les tons 
qui lui étaient juxtaposés. Pour maintenir l'harmonie entre 
les différentes couleurs, il fallut recourir à l'or qui par 
ses reflets métalliques tranche la vigueur et l'intensité du 
bleu, tout en empêchant qu'il n'altère les autres couleurs. 
Nous croyons pouvoir citer comme exemple la peinture 
découverte à l'autel de la Sainte Vierge, dans la cathédrale 
de Tournai, et représentant la Jérusalem céleste (i). 

Des mesures d'économie nécessitées par le manque de 
ressources, empêchant bien souvent l'emploi de l'or et con- 
séquemment celui du bleu d'azur ou d'outre-mer, égale- 
ment rare et coûteux, les peintres eurent recours à un 
autre procédé. Dans ces circonstances, on substitua quel- 
quefois le jaune à l'or; mais le plus souvent, les artistes 
se contentèrent d'une harmonie plus simple, produite par 
l'emploi du rouge, comme couleur dominante, du jaune, 
du noir, du blanc et de quelques dérivés. Les peintures 
.découvertes dans l'ancienne chapelle de la Biloque, à Gand, 



(1) Voir rexeellenle notice publiée pai- M. Voisin, vicaire général du diocèse 
de Tournai, el relative aux anciennes peintures murales découvertes dans la 
cathédrale de celte ville. Bulletin d'art el d'archéologie, t IV, année 1865. 



— 209 — 

nous fournissent un exemple de l'un et de l'autre de ces 
deux procédés (i). 

Au XIV*" siècle, l'usage de la peinture murale continua 
à être généralement pratiqué en Belgique (2). 

(Pour être continué). 

Hyacinthe De Bruyn. 



(1) Voir rintéressanl travail de M. Van Lokeren sur ces peintures. IHessager 
des Sciences et des Arts, t. II. Nous trouvons également un spéciraen du der- 
nier de ces procédés dans les peintures récemment découvertes dans l'église 
de l'ancienne abbaye de Florcffe. 

(2) Nous croj'ons utile de citer les édifices du pays dans lesquels on a décou- 
vert (les traces de ce genre de peinture. Cette liste, toute incomplète qu'elle 
est, nous démontre que la peinture décorative a toujours été d'un usage gé- 
néral en Belgique, et nous permet d'assurer que des découvertes de ce genre 
auraient lieu pour tous nos édifices, si l'on enlevait les couches de badigeon 
qui les recouvrent encore. Ces édifices sont : les anciennes abbayes d'Afllighem, 
de Florcffe (Xllle siècle), de Saint-Gérard (XlIIe siècle), d'Hastière (XVI« siè- 
cle), de Parc (1297) et de Villers; les églises de Sainte-Gudule (XV« siècle), de 
Notre-Dame de la Chapelle (XV*" siècle), de Notre-Dame, au Sablon {XV<= siècle), 
à Bruxelles; celles de Sainte-Croix (1343), de Saint-Jacques (XVI^ siècle), de 
Saint-Paul (1537-1 57 9) et de Saint-Martin, ù Liège; celles de Notre-Dame (XII k 
et XlVe siècle), de Saint-Jacques (XV« siècle) et de Saint-Quentin, à Tournai; 
les églises de Notre-Dame, de Saint-Martin et du Béguinage (XVI« siècle), à 
Saint-Trond; celles de Saint-Pierre et des Dominicains (X1V« siècle), à Lou- 
vain; les églises de Sainte-Gertrude, à Nivelles; de Noire-Dame, à Tongres; 
des Dominicains, à Gand; de Saint-Martin, à Ypres; de Sainl-Sulpice, à Dicst; 
de Saint-Sauveur (XV^ siècle) et de Notre-Dame (id.), à Bruges; de Notre- 
Dame, à Tirlemont; de Saint-Martin, à Meysse; l'église primaire de Wer- 
vicq (XYe siècle); l'église cathédrale d'Anvers; l'ancienne église des Domini- 
cains {X\\'<^ siècle), àMaeslricht; celles de Braine-le-Comte, de Leau, de liai, 
de Nieuport, de Melsele, de Ncroeteren (XVI« siècle), de Harlebeke, de Wiers, 
de Lisseweghe et de Soignics; les chapelles de Sainte-Catherine, dite des 
comtes, à Courtrai (XIV" ou XV« siècle), de Notre-Dame aux Hirondelles, des 
saints Jean et Paul, dite de Lcugemecle (XIII^ siècle), à Gand; l'ancien oratoire 
des Carmes chaussés, antérieurement refuge de l'abbaye de Cambron (XV« 
siècle), et l'hospice de la Biloque (Xllh siècle), tous deux à Gand. Édifices 
civils : Salle des magistrats à rhôtel-de-ville d'Ypres, Chambre de commerce 
d'Anvers, .Monldc piété (XVI» siècle), à Malines, grande Boucherie, à Gand (XV* 
siècle), et l'ancien Château de Nieupoil 'XIII'' siècle). 



— 210 — 



Jpl)tltppe be Commincô 

DANS SES RAPPOETS AVEC LA MAISON d'aLBUET. 



Aux yeux de noire célèbre chroniqueur flarnanri, Charles 
le Téméraire ne valait pas le diable, Louis XI pas grand 
chose, et s'il passa en Tan 1472 du service de Tun au ser- 
vice de l'autre, ce fut tout simplement pour aller du pis au 
mieux. Eut-il raison ou eul-il tort? On comprendrait, on 
excuserait peut-être sa conduite de nos jours, où Vubi 
bene ibi patria des anciens est passé au rang d'axiome, 
quelle que soit la langue vivante dans laquelle on le. tra- 
duit. Mais à l'époque où il nous restait quelque chose de 
notre grande fierté communale, on pensait autrement. Com- 
mines fut jugé d'autant plus sévèrement qu'il était homme 
de haute science et de fort bon conseil, et qu'il devait sa- 
voir mieux que personne de quel œil d'envie le souverain 
de la France, son protecteur et son maître, guignait nos 
riches campagnes flamandes. Ses amis inventèrent bien 
l'histoire de « la tête bottée » pour le disculper. Vaine ten- 
tative! il n'en resta à Commines qu'un surnom qui ne 
prouve rien. Le duc de Bourgogne avait la loi pour lui, 
et pouvait se tiroire l'écho du sentiment public, en ordon- 
nant la saisie et confiscation de tous les biens meubles et 
immeubles de son ancien conseiller. A cet acte de rigueur, 
Louis XI répondit en donnant coup sur coup à Commines 
la principauté de Talmont, Bran et Brandon, deux vilains 
noms, mais deux bonnes terres du Poitou, et les seigneuries 



— 211 — 

de Curson, Auloniie, Château Gonlhier et la Chèvre. Maî- 
heureusemeut le rusé prince a dit pourquoi il s'est montré 
si généreux, et ce pourquoi, mal interprété sans doute, gâte 
tout. Commines, parait-il, lui avait en certaine circon- 
stance sauvé l'honneur et la vie, avec grand péril pour 
lui-même. Les suppositions mal sonnantes de tant d'histo- 
riens et de chroniqueurs restent donc debout et jetenl leur 
ombre sur une des grandes figures de notre histoire. IXous 
imiterons ici la réserve observée par Commines, et n'en di- 
rons rien de plus, pour arriver d'autant plus tôt à l'examen 
de certains documents inédits qui reposent aux archives du 
département des Basses-Pyrénées (i). Trois layettes, por- 
tant au dos Avesnes ou Dreux, les renferment. Nous les 
avons lus avec ce recueillement particulier que les vieux 
parchemins ont le pouvoir d'éveiller en nous, et nous n'a- 
vons pas tardé à y voir que Commines a poursuivi à ses 
risques et périls le triomphe de l'une des dernières idées 
de Louis XI : sauver la Navarre, c'est-à-dire étendre au- 
delà des Pyrénées l'influence française. Or la Navarre était 
en ce moment-là menacée d'un grand danger. Ferdinand 
le Catholique la convoitait avec une ardeur d'autant plus 
redoutable qu'il avait hâte de donner les Pyrénées pour 
bornes à son empire. Ce prince à la recherche de ses 
frontières naturelles — mots nouveaux, mais très-vieille 
chose en réalité, — avait déjà pour lui le Pape et l'Inqui- 
sition, les deux meilleurs pouvoirs de l'époque, et cepen- 
dant on l'accuse d'avoir eu recours au poison ! Ce qui est 
certain, c'est qu'un moine espagnol, ayant été reçu au châ- 
teau de Pau, avait fait hommage à Gaston Phébus d'une 
flûte de marbre blanc : le roi voulut essayer ce singulier 
instrument, tomba malade et mourut bientôt après, sans 



(1) V. dans le catalogue dressé par M. Raymond les fardes : E 120, E 137 el 
E 158. Ce catalogue est sous presse. 



— 212 — 

qu'il eût été possible de rcconiiaitre la Dature de son mal. 
Sa sœur lui succéda. Ferdinand le Catholique n'était pas 
content. Il aurait voulu une révolution ou tout autre pré- 
texte à intervention armée. Ne voyant venir rien de pareil, 
il s'empressa de demander pour son fds, qui était en nour- 
rice, la main de la jeune reine de Navarre, Catherine de 
Foix. Mais, quoique mourant, Louis XI était encore là 
pour dicter à la cour de Pau, en qualité de plus proche 
parent, une réponse évasive. Cependant, comme il était 
nécessaire, pour assurer l'indépendance des pays pyrénéens 
vis-à-vis de l'Espagne, de donner à leur souveraine un 
époux, on convoqua les États, les priant de choisir devant 
Dieu et leur conscience parmi les quatre partis proposés 
par le très-puissant et très-redouté roi de France : Jean 
d'Albrel, vicomte de Tarlas, obtint le plus grand nombre 
de suffrages (i). Rien ne recommandait d'une façon parti- 
culière ce candidat matrimonial, à moins de prendre au 
sérieux sa qualité de Gascon, son extrême jeunesse et sa 
bonne mine. Son père avait voulu faire de lui un roi, voilà 
tout! C'était un seigneur magnifique qu'Alain d'Albret dit 
le Grand. Le sang des d'Armagnac et des comtes de Foix ne 
coulait point pour rien dans ses veines. Il était venu à la 
cour de France et y avait poursuivi en personne le triomphe 
de ses projets ambitieux. Ce fut sans doute à cette occasion 
qu'il se rencontra pour la première fois avec Philippe de 
Commines. Leur liaison, au rebours des amitiés ordinaires, 
débuta par une affaire d'argent et n'eut point à en souffrir. 
Il est vrai de dire que Commines donne toujours, ne reçoit 
rien qui vaille en échange, s'attire une foule de désagré- 
ments et ne se plaint jamais. Que voulait donc le plus fin 
conseiller du plus madré des rois? Joue t-il là de gaité de 



(I) Faget de Baure, Essais historiques sur le Uéarn. Paris, 1818, pp. ôa7- 
363. — (Gabriel Chapiis), Histoire de la Navarre. Paris, 1596, p. 580. 



— 215 — 

cœur un rôle de dupe? Tout nous défend de le croire. Sa 
prudence était grande et allait loin. Il s'efface à tel point 
dans ses mémoires que nous comprenons parfaitement que 
Mézerai ait pu s'écrier : « Pourquoi lui qui raisonne si bien 
sur le compte d'autrui, nous entretient-il si peu de ses 
propres affaires? » 

Nous avons aujourd'hui le procédé contraire. On fait des 
mémoires pour parler de soi. JMais au XV'= siècle il fallait 
savoir se taire à propos. Commines, par exemple, après 
avoir servi fidèlement Louis XI, tomba en disgrâce sous le 
règne de Charles VIII, et fut enfermé, en 1488, d'abord au 
château de Loches, puis à la Conciergerie de Paris. Eh bien, 
de tout cela, de certaine cage de fer incommode à habiter, 
de ses relations avec le duc d'Orléans, plus tard Louis XII, 
et du dévouement de sa femme, pas un mot; à peine dans 
la préface de ses Mémoires, une allusion à l'ingratitude des 
rois, «auxquels pourtant il faut pardonner, parce qu'ils sont 
«autant que nous-mêmes, enclins au mal et aveuglés par 
>» leurs passions (i). » Cette philosophie résignée n'est plus 
la nôtre, fort heureusement. Mais Commines, eùt-il eu cent 
fois plus d'esprit qu'il n'en avait, ce qui n'est pas peu dire, 
il n'en serait pas moins resté l'enfant de son siècle. L'au- 
teur de son article dans la l'^ édition de la Biographie uni- 
verselle de Michaud (1818) l'a jugé mieux que personne, 
nous semblet-il. 

« Ce n'est point par vanité, nous dit M.Weiss, que Com- 
» mines a écrit des mémoires, ni par cette espèce de plaisir 
» qu'ont trouvé beaucoup de vieux narrateurs à faire des 
» récits où ils étaient pour quelque chose. En cela les mé- 
» moires de Commines n'ont pas le caractère français, il 
» avait la dextérité et la facilité aux affaires de notre na- 



(1) On snit que la lacune qui existe entre le Vie et VII<= livre des Mémoires 
tic Commines est de onze années, qu'elle va (le 1483 à liOi. 



— 214 — 

» lion, mais un calme et une dignité qui s'y voyenl rare- 
» ment; il se plait moins à raconter qu'à observer, et une 
» imagination plus vive se montre dans beaucoup d'histo- 
» riens du vieux temps. » 

La morale, qu'il est peut-être permis de tirer d'un por- 
trait tracé d'une main aussi entendue qu'impartiale, n'est- 
elle point qu'un Flamand peut abandonner sa patrie, vivre 
de longues années à l'étranger, sans que l'on cesse de re- 
trouver en lui les traits distinctifs de sa race — la modes- 
tie, la droiture et le respect ou, tout au moins, le souvenir 
du sol natal. Nous le voulons d'autant plus que Com- 
mines ne fit point exception à cette règle. Il songea très- 
sérieusement à reprendre son rang dans la noblesse des 
Pays-Bas. Les événements qui suivirent la mort de Louis XI 
ne pouvaient que le confirmer dans cette résolution. Il sié- 
geait avec Alain d'Albret au conseil d'État (i). Ce que 
celui-ci raconte dans une charte de ses très-grandes et 
honorables dettes, de la poursuite de ses créanciers et de 
l'argent qu'il lui faudrait encore pour faire célébrer con- 
venablement le mariage de son fils avec la reine de Navarre 
et reconquérir sur l'ennemi plusieurs villes, places et châ- 
teaux, notre compatriote le savait de reste, et s'il lui ouvre 
sa bourse, ce n'est qu'à bon escient (2). La cour était à 
Amboise; on y fit venir de la ville impériale de Cambrai un 
notaire, M"-'^ Nicolas Pingret, et le 7 avrilUSô (1484 n. s.) 
on passa devant lui un acte par lequel Alain d'Albret ven- 
dait, cédait et transportait à Philippe de Commines, pour 
une somme de 23,000 écus à la couronne, les terres et 
seigneuries d'Avesnes et de Landrecies, au pays de Hai- 
naut (ô). 



(J) n. JlAniiN, Histoire de France. Paris, 1839, VIII, passim. 

(2) (Gabriel Ciupuisj, Histoire de la Navarre, éd. citée, p. bSi-Sli. 

(ô) V. pièces à l'appui N» 1 . 



— 215 — 

Avesnes n'était rien moins qu'une baronnie, donnant la 
qualité de pair du comté de Hainaut. En 1410, cette terre 
avait passé, par testament de Guy de Chaslilion, comte de 
Blois, dans la maison de Bretagne, d'où elle vint aux d'Al- 
bret, par suite du mariage de Françoise, fille de Guillaume 
de Bretagne, comte de Penlhièvre et de Périgord, vicomte 
de Limoges et seigneur d'Avesnes, et d'Isabeau de la Tour, 
dame d'Orval et de Lespare, avec Alain d'Albret (t). Un an, 
jour pour jour après la passation du susdit acte de vente 
des seigneuries d'Avesnes et de Landrecies, le vendeur était 
tenu d'en bailler à l'acheteur la possession et jouissance. 
Cette clause ne put être remplie malgré les précautions 
prises et les demandes les plus actives, faites dans ce but. 
D'oîi vint l'obstacle? Était-il bien, comme nous le donne à 
entendre le sire d'Albret dans les lois et coutumes du pays 
de Hainaut? Nous croyons devoir le chercher dans la riva- 
lité qui divise Alain d'Albret et Maximilien d'Autriche, roi 
des Romains et souverain des Pays-Bas. L'un et l'autre 
ambitionnent la main d'Anne de Bretagne, âgée alors de 
six ans, et mettent l'épée à la main contre le roi de France 
pour la conquérir. L'histoire de cette compétition vaut un 
roman et encore un roman des plus amusants. Nous en 



(1) Nous avons clierché à rétablir d'après les chartes des noms trop souvent 
défigurés dans les nobiliaires et les dictionnaires biographiques. Les archives 
départementales des Basses-Pyrénées renferment beaucoup de documents 
qui ont rapport à Avesnes et à Landrecies. On y voit qu'en 1493 Gabriel 
d'Albret invoque le traité de Senlis, «par lequel avoit esté décidé que chascun 
rclourneroil au sien, >■ et veut tenir en fief et hommage de Maximilien d'Au- 
triche la terre et seigneurie d'Avesnes; mais déjà l'année suivante, sa sœur 
Louise est devenue l'épouse de Charles de Croy, prince de Cliimay, et celui-ci 
prèle serment de foi et d'hommage pour la terre d'Avesnes au roi des Romains. 
L'abandon de celle terre à la maison de Chimay est confirmée par une charte 
d'Alain, qui porte la date du 28 avril 1515. Cela nous explique pourquoi, 
dès le mois d'août 1494-, Philippe de Commincs, qui craint de nouveaux pro- 
cès, demande à Alain d'Albret d'être décharge de tout engagement ou obliga- 
tion touchant Avesnes et Landrecies. 



— 216 — 

(lirons seulement que la fillette si ardemment convoitée se 
moqua du sire d'Albret; que Maximilien d'Auriche se laissa 
ballre; que son ambassadeur, le prince d'Orange, fui fait 
prisonnier par les Français, et que Philippe de Commines, 
qui, sans élre prince, avait conspiré ou correspondu avec 
des princes, paya pour eux. Les biographes de notre cé- 
lèbre chroniqueur n'ont pas fait allenlion à ce fait que le 
lendemain de la bataille de Saint-Aubin du Cormier, où la 
ligue bretonne fut écrasée, il fut envoyé sous bonne escorte 
au château de Loches. La Bretagne a donc pu être pour 
beaucoup dans son malheur, comme son argent a été pour 
beaucoup dans les troubles de ce pays. Sans ceux-ci, il 
nous semble qu'Anne de Baiijeu, qui gouvernail Charles VIII 
et la France, n'aurait point su comment perdre Commines 
qui la détestait, comme il nous semble aussi que, sans eux, 
Commines se serait gardé de répondre à toutes les deman- 
des d'argent que lui fait Alain d'Albret, toujours à court, 
malgré les trente ou quarante seigneuries qu'il possède. 
Il lui compte 16,000 écus d'or le jour de la signature de 
l'acte de vente des terres d'Avesnes et de Landrecies, puis 
le 23 août ÎS85, étant à JMontsoreau auprès de son beau- 
frère Jean de Chambes, baron du lieu, 4000 écus d'or, 
enfin quinze jours plus tard, 1000 autres écus d'or; or le 
comté de Dreux, que Commines avait reçu en garantie (i), 
ne valant en tout et pour tout que 20,000 écus d'or, « la 
manifeste erreur du surplus » — c'est ainsi que s'exprime 
Alain d'Albret — ne lui fut point rendue, mais portée 

(1) Nous n'avons point rencontré aux archives départementales îles Basses- 
Pyrénées l'acte de vente du comté de Dreux, portant la date du 3 septem- 
bre H85, mais on en retrouvera les dispositions principales aux pièces à 
l'appui Nos 11^ V, VI, VIII, XI et XII. Nous croyons qu'il importait d'autant 
plus de publier ces documents, que le comté de Dreux joue un grand rôle 
dans la vie de Commines, et qu'ils n'ont pas été connus par les éditeurs du 
Dictionnaire de la noblesse de la Chesnai/e des Rois, qui est en voie de publi- 
cation V. le vol VII, p. 25 à 25. 



— 217 — 

en compte, aiusi qu'une somme de 1000 francs, prêtée de 
la main à la main à Moulins le 17 février 1586 (1o8o v. s.) 
et 2000 écus payés par complaisance à Jacques de Beaune, . 
marchanil à Tours, dont la quillance originale existe aux 
archives de Pau et porte la date du 5 avril 1491 (i). 

Le procès de Commines, son emprisonnement de près 
de dix-huit mois, et la confiscation du quart de ses biens, 
le décidèrent sans doute à renoncer à son rêve d'être un 
jour baron d'Avesnes et seigneur de Landrecies, car, étant 
en 1494 à V^ienne en même temps que le sire d'Albrel, il 
se fit donner par lui un acte par lequel il s'engageait à ne 
jamais le forcer ni le contraindre à prendre la terre d'A- 
vesnes ou à rendre le comté de Dreux. Jusqu'en 1490, 
Commines s'appelle le sire d'Argenlon; mais, à partir de 
celle date, Charles VIII lui donne le titre de comte de 
Dreux, et les courtisans sans doute suivirent cet exem- 
ple (a). Alain d'Albrel s'en abstient. Il n'en est pas moins 
i'ami intime de notre compatriote. Il lui coulait ses petites 
affaires; ce qui le prouve, c'est qu'il lui emprunte l'argent 
nécessaire pour équiper sou fils Gabriel, qui veut aller en 
Italie gagner ses éperons (ô); ce qui le prouve encore, c'est 
qu'étant chez lui à Vienne, où Commines était descendu 
chez l'archevêque, ce même prélat qui lui conseilla d'écrire 
ses Mémoires, il vil trois grosses perles et voulut les avoir. 
Commines les lui céda à raison de 1000 livres tournois 
chacune; mais le jour même, Alain les lui rapportait, et 
noire compatriote, qui n'était point un marchand, les reprit 
sans difficulté et lui en donna un conlre-scellé, qui porte la 
dale du 22 août 1494 (i). 

(1) V. aux pièces à l'appui les n"^ II, III, IV, V el VII. 

(2) V. ordonnance de Charles VIII en faveur de Pli. de Commines. — 
Pièces à Tappui N» VI. 

(3) Alain d'Albrel el son fils Gabriel eniprunlenl de nouvelles sommes de 
deniers à Th. de Commines. — Pièces à l'appui iN» X. 

(4) Alain d'Albrel achète trois perles à Philippe de Commines. — Pièces à 
l'appui N" IX. 



— 218 — 

Ce sont là, si l'on veut, des minuties; mais nous sommes 
persuadé qu'elles intéresseront les lecteurs du Messager des 
Sciences historiques, et qu'elles feront plaisir à M. Kervyn 
de Lettenhove, qui, par la voie de V Intermédiaire, a de- 
mandé à tous les échos des renseignements sur notre célèbre 
chroniqueur. 

Nous avons dit que Commines était et voulait rester 
comte de Dreux. 11 plaide en conséquence contre Jacques 
d'Estouleville, baron d'Ivry, en sa qualité de tuteur des 
enfants de feue sa femme, sœur d'Alain d'Albrel, et contre 
Jean d'Albret, comte de Nevers et seigneur d'Orval, qui 
agissait autant pour son compte que pour celui de sa sœur, 
Françoise d'Albret, duchesse de Brabant, litre qu'elle de- 
vait à son mariage avec Jean de Bourgogne. Le l^"" avril 
1498 (1497 v. s.), Commines est obligé de céder contre 
argent la moitié du comté de Dreux au comte de Nevers; 
mais le procès continue pour le reste (i). Dreux sortait de 
la maison de Bretagne, de cette branche ainée représentée 
par Jean de Brosse, comte de Penthièvre, et Nicole de Blois, 
sa femme, qui transportèrent successivement leurs droits 
sur le duché de Bretagne à Louis XI et à Charles VIII; or, 
dans les instruments de cette cession, il n'avait point été 
question de Dreux, et Commines a pu se dire qu'en mettant 
le comte de Penthièvre dans ses intérêts, il pouvait décider 
la cause pendante en sa faveur et contre les prétentions des 
d'Albret et des Nevers. Le mariage de Jeanne, sa fille uni- 
que, ne nous semble pas pouvoir s'expliquer autrement. 
Elle épousa, le 15 août 1504, René de Brosse, dit de Bre- 
tagne, fils aîné du comte de Penthièvre, et devint ainsi nièce 
de la duchesse Claudine de Savoie et cousine d'Anne de Bre- 
tagne, femme de Louis XII, roi de France, et proche parente 
d'Alain d'Albrel, l'ancien confident de son père. Il n'y a 

(1) V. aux pièces à l'appui le K» XII. 



__ 219 — 

rieu d'étonnant après cela si, comme l'a dit le P. Jacques 
Leiong, le sang de Philippe de Commincs passa dans les 
maisons souveraines de France, d'Espagne, de Portugal et 
de Savoie. Voilà comment, par une sorte de justice, l'ombre 
d'un grand homme fut consolée d'avoir eu tant à se plaindre 
des rois ! 

Charles Rahlenbeck. 



ANNEXES. 



N" 1. 



1484. Alain d'Albret vend à Philippe de Commines les 
villes, terres et seigneuries d'Avesnes et de Landrecies. 

Alain seigneur d'Albret, de Dreux, de Gavre, de Penthièvre 
et de Périgord, viconie de Tartas, de Lymoges, captan de Buch, 
à tous ceidx qui ces présentes lettres verront ou oront, salut. 
Savoir faisons et pour vérité recongnoissons que pour le prouf- 
fit et utilité évident et apparent, tant de nous comme aussi de 
nos très chiers et bien araez fils Jehan, viconte de Tartes, Ga- 
briel, Pierre et Amanieu (i), que avons euz de feue nostre très 
chiere et très amée compaigne et espouse, Francoyse de Bre- 
taigne, en son vivant coniesse, vicontesse et dame desd. lieux, 
en Dieu absoille, et nous acquiter et décharger de plusieurs très 
grandes et honnoraibles debies et charges, en quoy nous et nos 
dict enffans sommes tenuz, obligez et reddevables envers plu- 
sieurs nos crédicteurs, qui très griefvement nous contraignent 
mesmement pour subvenir aux très grans frais, missions et des- 
pens que pourter et soustenir nous convenablement pour par- 

(1) Pierre el Amanieu d'Albret étaient voués à l'église par le testament de 
leur mère. 



2^0 

venir à raliencc tle mariage, qui au plaisir de Dieu cl révérence 
de noslre mère saiiicte Eglise brief se fera ei solempnisera de 
et entre nostre d. fils Jehan et madame Katherine, royne de 
Navarre et principallement pour reconquérir, recouvrer et ravoir 
plusieurs villes, chasteaux et places substraictes de l'obéissance 
d'icelle dame, et les réduire en ses mains, afin que icelluy 
royaume de Navarre, ensembles les antres seigneuries par vraye 
succession héréditaire à lad, dame appartenans, puissent cy après 
eschoir et appartenir aux enffaus de noslre d. filz et de lad. dame 
durant led. mariage seront procréez et produits à Tonneur et 
exaltation de nous et de nos successeurs; à quoy mieulx plus 
commodibiement ne à moindre dommaige pour nous nosd. 
enffans, nos hoirs et les leurs ne poyons pourvoyer et eu sur 
ce Tadvis, délibéracion et conseil de plusieurs de nos seigneurs, 
parens et amys, aussi de ceulx de nos enffans et entre autres de 
Jehan d'Albret, seigneur d'Orval, et Gabriel d'Albret, seigneur 
de Lesparre, oncles et plus propres parens maternez de nosd. 
enffans, Nous avons vendu, ceddé et transporté et par la teneur 
de ces présentes lettres vendons, ceddons et transportons bien 
justement et léaument, sans fraude, à messire IMiilippes de Co- 
mynes, chevalier, seigneur d'Argenlon, et pour par luy ses hoirs, 
successeurs et ayans cause, du jourd'hui en avant tenir, joyr 
et posséder comme son bon et propre héritage perpétuellement 
et àtousjours toutes les villes, terres et seigneuries, appendances 
et appartenances de Avennes, en Haynault, et de Landrechies, 
ainsi qu'elles se comportent et extendent de tontes parts, tout 
en justice et juridicion haulto, moyenne et basse, hommes, hom- 
maiges, fiefs et arrière-fiefs, fonrets, prez, boys, cens, renies, 
loys, amendes, collations de béneffices, rachatz et eschéances 
de obanilé, de avoirs et bâtards, adventices, revenues, domai- 
aes et possessions quelconques, à quelque valeur et estimation 
que elles soient ou puissent eslre et généralement tout et en- 
tièrement, sans rien excepter, retenir ou mectre hors que noslre 
d. très chière et très amée compaigne en son vivant avoit, et 
nous à cause d'elle avons au pays et conté de Haynault, et qui 
de sa subcession est advenu et escheu à nosd. enffans. Mesme- 
ment nostre droit du bail et gouvernement durant la mynorité 
d'iceulx, comment que le tout soit et puist estre tenu du conte 



— 2^21 — 

de Ilaynaiill ou d'aultruy en un seul fief, houiuiaigc et tenoment, 
ou en plusieurs avec les octrois, uysines(i), terres et liéritaiges 
(le main ferme que y peuvent estre se aucunes en y a, à la 
charge de mil livres touru. ou environ, monnoye connossable 
audit pays de Haynault, du pris de vingt gros monnoie de 
Flandres la livre, tant de rente ancienne, foncière et héritière, 
comme aussy de rente viagère chascun an, que doivent et sont 
sont tenues et chargées lesd. villes, terres et seigneuries de 
Avennes et de Landrechies, pour touttes rentes et charges quel- 
conques une fois paier chascun an tout seulement, car se oultre 
lesd. mil livres tourn. de rente annuelle, assavoir héritière et 
viagère, icelles terres estoient chargées. Nous aud. cas de 
loultre plus devons et sommes tenuz recompenser mond. seig. 
d'Argentou, et aussi acquitter et paier à nos despends ions les 
arrérages et termes escheuz desd. rentes et de chascune d'icelles 
jusques à ce joiird'huy inclusivement, et ce parmy et moyen le 
pris et somme de vingt-cinq mil escuz d'or, monnoye commu- 
nément connossable au royaulme de Franche, du coing forgé et 
enseigné du Roy Charles pénultième, que nous en avons eu et 
receu dud. seig. d'Argenton, en dit espèce de escuz d'or comp- 
tans, bien nombrez et dont nous nous sommes tenuz et tenons 
pour solz contans et bien paiez, et d'icelle somme de vingt-cinq 
mil escuz d'or monnoye et du coing que dessus à nous quicte et 
quictons led, seig. d'Argenton, ses hoirs, successeurs et ayans- 
cause, ensemble tous autres à qui ou ausquelz quictance en 
peut et doit, pourra ou devra ores ou en temps advenir com- 
pecter et appartenir. Pour laquelle vente conduire demeurer 
vallable et afin qu'elle puisse sortir son plain efîect au droit 
et prouffit de mond. seig. d'Argenion, et de sesd. hoirs, suc- 
cesseurs et ayans-cause. Nous, léaument et de bonne foy, nous 
sommes comprins, submiz et avons promis mesme par la teneur 
de ces présentes lectres, nous comprenons, submectons et ité- 
rativement |)romeclons audict seig. d'Argenton, de à nos cousts, 
frais et despens faire souffisamment et par telz devoirs et solemp- 
nitez que il appartiendra pourveoir nosd. cnffans de tuteurs 
et curateurs en nombre compectant, tant de nostre coustel 



(\) Usines, pour ussine — bien de campagne. 

16 



— i^2 — 

comme du couslé matartiel. Aussi faire tlioiturcr, relever et 
appréhender lesd. villes, terres et seigneuries de Avennes et 
Landrechies, leurs appendances et appartenances, et de, en tant 
que de besoing seroit, faire par plainte et par loy préalable- 
ment vériÛîer le trépas de noslre compaigne, advenu hors dud. 
pays de Haynault, ainsi qu'il appartiendra selon la loy et 
coustume d'iceluy pays, mesmes par lesd. tuteurs et curateurs 
de nosd. enffans, pour et au nom d'iceulx nosd. enffaus faire 
recongnoistre et passer la vendicion dessusd. et en faire tous 
debvoirs et léaulx commens en justice, à la seurté dud. seign. 
d'Argenton et de ses hoirs, ainsi qu'il appartient selon lad. loy 
et coustume et de raison jusques au los du conseil d'iceluy 
seig. d'Argentou, et de sur ce poursuivre et obtenir le décret, 
octorisacion et consentement tant du Roy, comme nostre 
seigneur souverain, et de nosd. enffans, comme aussi des contez, 
viscontez, terres et seigneuries que nous avons soubz luy et 
pour la conservacion desquelles en acte (?) et en ligne, et 
eschiver l'aliénnacion d'icelles se est faicte ceste vente, comme 
aussi du conte de Haynault et de sa haulte court de Mons, qui 
est la court souveraine d'iceluy pays et conté de Haynault où 
sortissent lesd, terres de Avennes et Landrechies, tellement que 
led. seign. d'Argenton ait desd. terres de Avennes et Landre- 
chies et des appendances d'icelles bons et léaulx convens et 
seure adhéritance, selon la loy et coustume d'iceluy pays, et ce 
au dedans du terme et espace de ung an à compter de ce jour 
duy d'acte de cestes, sans quelque defCault, opposition, contre- 
dit ou empescheraent, et au surplus, de par tous nosd. enffans 
et chascun d'eulx promptement que il sera ou seront parvenuz 
à leur aige, faire louer, gréer, ratifier, approuver et d'abondant 
passer lad. vente, ainsi en la manière et par telz devoirs que 
besoing sera pour la seurté dud. seig. d'Argenton, de sesd. 
hoirs, successeurs et ayans-cause, selon lad. loy et coustume 
d'iceluy pays de Haynault, sauf pour nous, nosd. enffans et 
leurs successeurs, que lesd. villes, terres et seigneuries de 
Avennes et Landrechies nous pourrons et pourront ravoir, 
rachapter et ratraire au dedans le terme et espace de quinze 
ans, prochain venant, Parmy rendent, payant et rambourssant 
aud. seig. d'Ar^onlon, sesd. hoirs et ayans-cause, que lesd. 



— ^^5 — 

villes, leires et seigneuries au jour dutl. racliapl possesseiont, 
lout en une foiz et en deniers conlans lad. somme de viny-ciiiq 
mil escuz d'or, du coing que dessus, avec telle somme de deniers, 
à qtioy nos gens et dépputez traicieront et appointeront avec 
le prince conte de Ilaynault ou son grant hailly, pour le (juint 
denier et droitz seigneuriaulx de cesle vante, dont led. seig. 
d'Argenton doit Taire payement à ma requeste, aussi des dcspens 
qui s'en ensuivront en lad. ville de iMons ou en la ville de 
Paris, en certain et sûr lieu, assavoir est auquel desd. lieux 
que mieulx plaira aud. seign. d'Argenton, à sesd. hoirs ou 
ayans-cause, lors choisir et eslire, sauf que se au jour desd. 
rachapt et ratraicte le temps n'estoit en paix et honne tran- 
quillité, et que à cause des guerres ou partis des princes, led. 
seig. d'Argenton, sesd, hoirs et ayans-cause estoient en obéis- 
sance là ou seurement à leur commodité ne se peussent à eulx 
porter ne délivrer lesd. xxv mil escuz d'or. Audict cas en ville 
neutre ou par sauf-conduit oblenu d'une part ou d'autre, se 
délivreront et payeront iceulx deniers tellement que led. seig. 
d'Argenton et sesd. hoirs ne y auront intérest ne dommaige. 
Et par convenance expresse, led. seig. d'Argenton, ses succes- 
seurs et ayans-cause ne pourra ou pourront lesd. seigneuries 
d'Avenues et Laudrechies mectre par vendaige ou autre aliéna- 
cion en main de prince qui soit duc de lîrabant, conte de 
Flandres ou de Hayuau, ne mesmes aussi les vendre ne meclie 
hors de ses mains au proulfit d'aulruy, autrement que sur la 
dicte action de retraicte, par rendant ladicte somme de xxv mil 
escuz d'or, lesd. droitz seigneuriaulx et despeus, avec quatre 
mil livres monnoye dud. pays de Haynau, que led. seigneur 
d'Argenton peut, s'il luy plaist, en)ployer en nouvel édiffice 
auquel desd. lieux d'Avenues et de Laniirechies que mieulx luy 
plaira pour la résidence dud. seig. d'Argenton et de sesd. suc- 
cesseurs, et dont par expresse devise et condicion conclute et 
accordée en faisant ce présent marché, led. seig. d'Argenton si 
avant que lad. somme employée y auroit doit esire franchement 
ramboursée, aussi de tous les deniers, fraiz, mises, despens et 
léaulx coustends qu'il aura soiistenuz et desbourssez pour le 
rediflîcacion, retenue et entretiennement des moulins, uysi- 
nes, halles, censés, mesiairies et autres édiffices nécessaires 



— 2-24 — 

à entretenir pour le bien et commodité desd. terres et seigneu- 
ries, et semblableniens de tons les amendeniens et ineillenres 
fâchons qui se pourront faire et auront esté faites avant et au 
jour dud. rachapt, pour accroissement de la revenue, domaines 
et possessions desd. terres et seigneuries, jusqnes à la somme 
et monfance de huit mille livres, monnoie dud. pays de Haynau, 
pour une foiz et au dessoubz si avant que led. seig. d'Argenton. 
sesd. hoirs et ayant cause desboursée, mise et employé le y au- 
roient léalement, sans estre tenu aux retenues ordinaires aucunes 
depuis le reédifficacion desquelles led. seig. d'Argen doit de là 
en avant entretenir et tenir sans récompense, mais des despens 
des procès soustenuz pour deffendre le droit, autorité, justice 
et revenus d'icelles terres et seigneuries ou d'aucunes d'elles se 
aucuns en sourdent ou adviennent avant led. rachapt, ensemble 
des autres choses dessusd. léalment, pleinement et entièrement 
doit estre remboursé avant led. rachapt ou en faisant iceluy par 
taxacion, prisée et exlimacion raisonnable au contentement dud. 
seig. d'Argenton, sesd. hoirs, successeurs et ayans cause, som- 
merairement et amablement ou aultrement, par justice et de 
tout ce restitucion, paiement, satisffacion et ramboursement 
doivent estre faiz avec lad. somme de ving-cinq mil escus d'or, 
à quoy monte le pris de lad. vente conjoincienient et à une 
mesme foiz, et aussy lors se pour lad. ratraicte et rachapt es- 
toient deux aucuns droiz seigneuriaux ou s'en suyvoient aucuns 
despens. Nous, nosd. enflans et leursd. hoirs qui lad. ratraitle 
et rachapt vouidroient faire payer, le devons ou doivent et en 
acquitter et descharger du tout led. seig. d'Argenton, sesd. 
hoirs, successeurs et ayans cause, et est assavoir que led. seig. 
d'Argenton, sesd. hoirs, successeurs et ayans cause, durant le 
temps lyraité et accord pour lad. ratraicte pourra pour tous les 
ouvrages nécessaires pour reédifficacion et entretiennement des 
loges, ussines, mestairies, censés et autres édifficies prospisses 
esd. seigneuries, mesniement pour son logis soy aider et faire 
couper des chaignes, des bois et fouretz desd. seigneuries, ce 
dont il aura besoing; mais à condicion que durant led. temps et 
terme d'iceltiy rachapt, ne doit lesd. fouretz et boys faire ne 
laisser fourtailler et frigler, mais les entretenir et délaisser es 
coupes ordinaires et aiusy que parcy devant a esté acconsinmé, 



-r225 — 



toutes lesquelles choses oy devant escriptes et contenues et 
chacune d'icelles, Nous Alain seigneur d'Alhret, dessus nommé, 
pour nous, nosd. enfTans, noz hoirs et les leurs, avons promis 
et par la teneur de cesd. présentes lettres proniectons léahnent 
par devant le notaire et tabellion publicque cy dessoubz soubz- 
script et en la présence des témoings cy après nommez, à ce 
faire espécialement par nous évocquez soubz nostre honneur et 
par la foy et service de nostre propre corps, pour ce solemp- 
nellement jurée la main en sus en parolle de prince entretenir, 
fournir, garantir et accomplir de point en point, sans quelque 
dcffaulte, aussi à rendre, refonder et ramplir tous coutz, frais, 
despens, dommaiges et intéretz qu'à deffaulte de enlretennenient 
des convens et autres choses dessusd. ou d'aucunes d'icelles faiz, 
mis ou encourus seroient, comment que soit ou puist estre léal- 
ment et sans fraude, et ce sur à paiue de encourir aucun denier 
de toute la deffaulte, en quôy nous en charrions soit du four- 
nissement, entretennement, livraison et garantissement de la 
vente et marché principal cy devant touchez ou de l'entreten- 
nement des devises et condicions cy dessus contenues, et aussi 
de tous dommaiges, despens et intérests qui s'en pourroient en- 
suyvre, et duquel qnint led. seig. d'Argenton, ses hoirs et suc- 
cesseurs ou ayans cause ou le porteur de cesies pouvront ou 
pouvra servir et le donner sur nous, sur nosd. enffans, nosd. 
hoirs et successeurs et rémanans et sur les leurs à quelque sei- 
gneur ou justice espécialle ou temporelle que mieux leur plaira 
prendre et eslire, car quant à ce nous serons soubgmis pt 
obligé, et par la teneur de cesd. présentes sougmectons et obli- 
geons tous nos biens meubles, immeubles, capteulx et hérilaiges 
quelconques avecques ceulx de nosd. hoirs, successeurs et rama- 
nans présens et avenir, partout ou qu'ilz soient ou puissent estre 
sceuz ou trouvez, lesquels dès maintenant pour lors avons mis 
et mecioiis en droit, loy et abandon envers tous seigneurs et 
ofïiciers de justice, de quelque estât on condicion et de quelque 
autorité qu'ilz usent ou soient fondez, tant aud. pays de Haynau 
que dehors. Pour en tant prendre, vendre, mesvendre, exécuter 
et adenever réalement et de fait que jusques au plain acomplisse- 
ment, fournissement et intimement de tous les convens dessusd. 
Ensemble aud. quint de mer de la faulle et do tous despens, 



— 2-26 — 

(lom maîtres et intéretz qui léalment encourrnz et ensuiviz se- 
ront, (lezqiiels voulons et consentons que le porteur de cestcs 
soit creu par son simple dire, sans autre preuve, guerre ou taxa- 
cion de juge sur ce requérir, obtenir ne avoir renonçant, quant 
à tout ce que dict est autrement par nostre foy et serment pour 
nous, nosd. hoirs, successeurs et ayans cause, à toutes excep- 
cions, décepcions, fraudes, baratz, cautelles et caveUacions et 
toutes lettres de reliefvement, soit de l'Empereur, du Roy nostre 
souverain seign , du conte de Ilaynau ou d'autres princes quel- 
ronqries, à la dispensacion de notre serment, aussi à l'excepcion 
de décepcion, et que l'aydvis de lad. vendicion desd. terres et 
seigneuries d'Avesnes et de Landrecies ne soit raisonnable ou 
correspondante à sa valeur, ensemble à l'excepcion de monnoie 
non eue ou reçue, bien nombrée ou quarculée et non toute 
remployée à l'évident proufïit et utilité de nosd. enffans, et 
généralement et espéciallement à tout ce entièrement qu'à nous, 
nosd. enffans, nosd. hoirs et les leurs aider, servir et valoir 
pourront directement oti indirectement pour faire aler ou venir 
à l'enconstre du contenu en cesd. présentes et qui pouvroit estre 
fait, dit, escript et allégué à l'encontre dud. seig. d'Argenton, de 
sesd. hoirs et ayans cause pour aucunement contre la teneur et 
effect de cesd. présentes les grever, empescher ou nuyre, Mes- 
niementau droit reprochant générale renonciation de l'espécialle 
ne procède et au parfait avons solempnellement juré et affir.mé 
et d'abondant jurons et affermons que la vendicion, obligacion 
et renonciacion dessus dicte est bonne, juste et léalle et que 
faicte ne l'avons pour personne vouloir frauder, barater, ne de 
son droit eslongier. Et en tesmoing de ce, nous avons cesd. 
présentes lectres signées de nostre seing manuel et à icelles fait 
mcctre et appendre nostre scel, avec le seing du notaire impérial 
à ce par nous appelé, et sa subscripcion, où sont nommez les 
tesmoings à ce requis et évocquez. Ce fut fait en la ville de 
Amboise le septiesme jour du moys d'avril l'an mil cccc quatre 
vings et troys avant Pasques. Alain. 

Je Nicolas Pingret, clerc de la cité de Cambray, de l'auctorité 
du sanctissime empire romain notaire juré et tabellion publicque, 
que les jour, mois et an dcssusd. aux recognoissance, contract, 
vcndagc, cession, transport, quittance, remisses, convenances, 



227 

subiuccissious , consentement, obligacioiis , rendecliiacions et 
aultres choses cy dessus en ces présentes lettres contenues et 
déclarées, faire, ainsy et par le manière et sur les devises et con- 
d\<ins et spécificacions y déclarées par très hault et très puissant 
priace et mou très redoublé seign. Monseig. d'Albret cy dessus 
nommé, a esté présent et espéciallement appelé comme notaire, 
avec révérend père en Dieu Monseign. Clément du Brulat, éves- 
que de Saint-Papoul, noble et honorable seign. Charles, seign. 
de Monipesac, vénérable et discret seign. maistre V'ande Calloen 
et honorable homme Anthoine Mellin, marchand florentin, les- 
moius à ce évoquez et qui ont esté icy receuz et mis en note. 
Pour tout à ces préseules lettres sur ce par moy scellées et 
minutées, d'autruy main féallement greff"ées, et de plus scellées 
du scel dud. seigneur et saignées de son saing manuel, je ay 
mis mon saing et ceste subscription de ma propre main. En 
grigneur, approbation et tesmoignage de vérité de toutes les 
choses dessusd. et de chacune d'icelios, approuvans les entrc- 
lignemens fais de ma main cy dessus en visitant ces prés, lettres 
et les collacionnant contre la minute, assavoir est entre les V et 
VI ligues ces mots : nostre fils Jehan et, — et entre les Vil à 
Vlir lignes ce mot : nous. N. Pingret. 

N° II. 

Philippes de Comynes, chevalier, seigneur d'Argeuton et de 
Tallemont, conseiller et chambellan du Roy nostre sire, à tous 
ceulx qui ces présentes lettres verront, salut. 

Comme ja pieca et dès le vij* jour d'avril l'an mil cccc iiijxx 
et troys avant Pasques, très hault et très puissant seigneur 
Alain d'Allebret, comme ayant le bail, gouvernement et admi- 
nistration et curature donnée par justice de Jehan viconte de 
Tartas, Gabriel, Pierre et Amenyeu, ses enffans mineurs, et de 
feu dame Francoyse de Bretaigne, pour le bien et évident 
prouflît et utilité de sesdicts eufTans, et pour leurs affaires 
reformer en mieulx, nous eust vendu et transporté à tousjours 
les terres et seigneuries d'Avennes et Landresies et leurs ap- 
partenances assises au pays de Heynault, pour certain pris et 
somme de deniers à plain avccqucs plusieurs aultres choses, 



228 

(loclairées es lettres et coutractz quy sur ce furent passez et 
célébrez entre nous. Et pour ce que lors mondict seig. d'Alle- 
brel ne nous peult faire joyr de ladicte seig. d'Avenues, ne 
nous eu bailler la joyssance et possession vuide et délivre. Nous 
cnst pour seurté de ladicte vendicion et sans icelle en aucun 
poinct ne article innover, mais en icelle approuvant, louant et 
confermant, baillé, cédé et transporté par autre contract appart, 
la conté de Dreiiz et ses appartenances, qu'il nous promist 
fournir et faire valloir la somme de xij' livres t., toutes charges, 
tant de fiefs, aulmosncs, gaiges d'offices que autres en ce non 
comprinse, mais desduitz et rabattuz, les premiers sur le re- 
venu de lad"' conté et certaines autres convenances et pactions 
au long déclairées par le dernier contract narratif et faisant 
mencion de l'autre, et en iceluy ensuyvant sans innovation 
d'autre ni nouvel contract faict. Et depuis nous ait mondict 
seig. d'Allebret fait part, que oiiltre la somme de xv™ escuz 
d'or, des escuz appelez les escuz à la couronne du coing du 
Roy Charles VIl% qui parmy le dernier contract faisant luy 
faveur par nous payez, baillez et livrez contant, nous luy 
veuillons bailler la somme de iiij mille escuz d'or de semblable 
coing, quoique soit les payer pour luy à certains receveurs, 
ausquels il en est redevable et l'en acquitter et rendre quitte 
envers eulx. Sur quoy pour ce qu'il nous a fait dire par aucun 
de ses officiers il avoit nécessairement et hastivement à besoigner 
en Perigort, tellement qu'il ne povoit avoir faulte ne espace 
de sur ce présentement traitter, conclurer et mectre fin. Luy 
avons promis envoyer devers luy à Montignac le conte audict 
pays de Perigort aucuns de par nous, pour sur ce conclurer 
avecque luy ou avecq de par luy. Savoir faisons que nous ce 
considérer voulans entretenir nos promesse et parolle, désirans 
à nos pouvoir tant en ce qui ausdites choses ensuit les vouloir 
de mondict seig. dAllebret, et luy secorir en ses affaires selon 
nostre povoir et faculté. Confians à plain des sens et diligence 
des personnes de nos bien amez maistre Regnault du Noyer, 
procureur du Roy en Poictou, et Olivier de Vendel, escuyer, 
seig. de la Menardière, lieutenant du chastel de Poictiers, que 
présanlement envoyons pour la cause que dessus audict lieu 
do .Montignac. Icculx avons fait, constitué, ordonné et cstably. 



229 

faisous, consiitiions, ordoiiuons et establissons nos prociireurs 
et messagiers espéciaiilx quant à ce et chascun d'enlx pour le 
tout ainsi que la condicion du présent et occupant pour nous 
ne soit pas la meill% mais que tout ce que Tung d'enlx fera 
puisse par l'aultre esire resous, poursuivy, parachevé et mis à 
fin deue. El leur avons donné et donnons plain pouvoir, man- 
dement et commission expresse et espécialc par lesdictes pré- 
sentes de traitter, promectre et convenir avecques mond. seig. 
d'Allebret ou ses desputez, ayant sur ce de luy puissance et 
faculté de l'acquitter et faire quitte avec messire Michel Gaillart, 
chevalier, général conseiller du Roy nostre sire, sur le faict et 
gouvernement de ses finances, de la somme de iiij" escuz diid. 
coing, en quoy il dict luy estre redevable, et de luy en rendre 
et restituer dedens tel temps et en tel lieu qu'ilz ou celuy 
d'eulx deux quy à ce vacquera, adviseront ou advisera les lettres 
ou cédulles faisant menciou dudit deu comme solves et acquit- 
tées. El avecques et oultre lesd. iiij'" escuz, de promectre pour 
nous à mondict seig. d'Allebret, de luy payer, bailler et livrer 
dedens tel temps que semblablement il advisera la somme d'au- 
tres mille escuz dud. coing, ou l'en acquitter envers toutes 
telles personnes qu'il luy plaira nommer et ordonner. En com- 
fessant toutesvoyes par mondict seig. d'Allebret avoir eu et 
receu sur ce du payement de lad vendicion lad. somme de 
cinq mille escuz, oultre ce par dessus ladicte somme de xv"' escuz 
que au moyen et en suyvant le contract de vendicion de la 
terre d'Avesnes et icelluy faisant et célébrant, quoique soit en 
nous baillant pour seurié d'iceluy lad. conté de Dreux, nous 
luy baillasmcs et payasmes conians et nous en donner quittance 
bonne et vaillable, soit par contract à part ou sur cerlaine 
contrcleltrc que mondict seig. d'Allebret a de nous de la somme 
de deux mille escuz d'or qui luy restaient luy cslre par nous 
payez du résidu du contract de vendicion d'Avesnes, nonobslant 
que par iceluy il ait confessé avoir eu total et final paiement 
de la somme de xxv" escuz d'or dudit coing pour lad. vendi- 
cion d'Avesnes, et tout sans innovaciou desd. contracts et de 
sur ce autant que de besoing sera obligé nous, nos hoirs et suc- 
cesseurs et tous nos biens et chevance. Et générallemeni de 
faire sur ce que dict est selon leur sens et diligence... En 



— 2Ô0 — 

témoignage de quoy nous avons signé ces présentes de nostre 
main et à icelles fait niccrre et apposé nostre scel. 

A Montsereau , en Anjou, le xxv* jour d'aonst l'an mil 
cccc iiij^^ cinq. Pii" Comynes. 

N" III. 

1485. Quiltance pour le seigneur iVAi^genton. 

Je Jacques de Beaune, marchant, demourant à Tours, promets 
randre et bailler à monseig. d'Argenton certains obligez de la 
somme de quatre mille escuz d'or, en quoy est tenu monseig. 
d'Albret à mons. le général Gaillart, ou luy bailler acquit suffi- 
sant de mondict seig. d'Albret de pareille somme, poiirveu que 
je recoyve les dicts iiij™ escuz d'or de mons. du Bouchage, 
tosmoing mon seing manuel cy mis le xxix jour de septembre 
mil iiij"^ iiij^'' et cinq. J.v. de Beaune (i). 

N" IV. 
1483. Quittance d'Alain d'Albret pour Commines. 

Alain sire d'Albret, conte de Dreuz, seigneur de Périgort, etc. 
A tous ceulx qui les présentes verront, salut. Savoir faisons que 
pour aucun grant affaire en quoy nous sommes, aujourd'huy 
date de ces présentes, nostre très cher et amé cousin messire 
Philippes de Comynes, chevalier, seig. d'Argenton et sénéchal 
du Poictou, nous a prestez la somme de mille livres tournois, 
laquelle somme de mil livres tournois nous avons receue et pro- 
mectons par la foy et serment de nostre corps et soubz l'obliga- 
tion de tous nos biens présens et advenir, lui payer et rendre 
lad. somme dedens le jour de Quasimodo prochain venant. En 
tesmoing de ce nous avons signées ces présentes de nostre main 
et à icelles faict mectre le sceau de nos armes, le xviij' jour de 
février mil cccc iiij"^ et cin(|. Alain. 



(I) Ce marcliaiid toiirangeaii faisait la banque et tenait les soieries et autres 
tissus riches. Il fut fait par Charles Yill receveur géuciMl des liuaiiees et 
trésorier de la Reine. 



— 251 — 

N" V. 

1 490. Alain (TAlbrel dit pourquoi les seigneuries cl' À vesnes 
et de Landrecies nont pu être délivrées à Philippe de 
Commines; il signale une erreur de compte, fait le relevé 
des sommes de deniers reçues du susdit Commines et le 
confirme dans la possession du comté de Dreux qu'il lui 
a vendu le 5 septembre 1485. 

Alain, sire d'Alebret, conte de Gavre, de Penthièvre et de 
Périgort, viconte de Limoges et de Taiias, etc. A tous ceulx qui 
CCS présentes lettres verront, saint. Comme par certain contrat 
fait entre nous et nosire très chier et amé cousin messirc Phi- 
lippe de Commines, chevalier, seigneur d'Argenton, nous eus- 
sions vendu, ccddé et transporté audict seigneur d'Argenton les 
terres d'Avannes et Landrecis et autres terres assises au pays 
de Henault, lesquelles appartcnoient à nos enffans, à cause que 
nostre très chière et très amée compaigne leur feue mère, et 
eussions fait ladite vendue pour le pris et somme de vingt-cinq 
mille escuz d'or à la couronne, du coing du Roy nostre sire, 
que en confessâmes lors dudict contract avoir enz et receuz 
dudict seig. d'Argenton et dont nous nous fcussions tenu pour 
content, nonobstant totitesvoyes que nous en receumes que 
seize mille escuz d'or. Et du résidu qui se montoit noeiif mille 
escuz d'or, nous en bailla le seig. d'Argenton son scellé. Et 
pour ce que lesdictes terres d'Avannes et de Landrecis et autres 
dessus dictes, appartenant à nos enfTans, n'avions pu bailler la 
possession et joyssance au seig. d'Argenton, obstant aucunes 
couslumes dudict pays de Henault; Et pour oster toutes diffîcul- 
tez, par nu autre contract fait entre nous et les procurez dudit 
seig. d'Argenton à Montignac le conte, ayons vendu, ceddé et 
transporté purement et absolument au seig. d'Argenton la conté 
de Dreux, avec ses appartenances et appendances, pour en joyir 
et user par ce dict soig. d'Argenton et les siens ou ayans-cause, 
en tous prouffîis, revenues, émoluemens, avec ce deux cens livres 
tourn. de rente sur tous et chascun nos biens et une maison 
assise à Paris près les tournelles, à certain temps de rivière, et 
avons fait icelle vendicion pour le pris et somme do vingt mille 



esciiz d'or à la couronne du coing dn Roy. C'est assavoir ainsi 
que contient le texte d'icelliij contract quinze mille esciiz d'or, 
que ledict seig. d'Argenlon nous en paya, en faisant lediot con- 
tract d'A vannes, et quatre mille esciiz d'or que ledict seig. d'Ar- 
genton estoit tenu paier pour nous et en nostre acquit à Jacques 
de Beaune, marchand, demourant à Tours, et Michelet Gaillart, 
général de P>ancc, et le résidu qui estoit de mille escuz d'or, 
que nous estoit tenu paier à la quinzaine cnsuyvant ledict seig. 
d'Argenton, ce que loyaument pour luy a esté fait et accomply, 
et nous a fait rendre nostre scellé que nous avions baillé desdits 
quatre mille escuz ausd. de Beaune et Gaillart, et aussi que les 
autres mille escuz que est la somme et parpaye desd. xx"' escuz 
dont fait mention led. traiclé fait aud. Montignac. Et pour ce 
que en faisant icelluy dernier contract, led. seig. d'Argenton 
avait esté déçu par erreur de compte de la somme de mil escuz 
d'or, parce que, comme dessus est dit, il nous avoit payé léaii - 
ment la somme de seize mil escuz d'or, en faisant le premier 
contract d'Avanncs, et avoit esté son scellé à nous baillé du 
reste, c'est assavoir est de neuf mille escuz, et toutesvoyes par 
led. dernier contract ne luy comptâmes que quinze mille escuz 
d'or de ce qu'il avoit payé aud. contract d'Avannes, auquel il 
en avoit seize mille, et disions que le scellé à nous baillé estoit 
de dix mille escuz d'or, ainsi manifeste erreur de mille escuz 
d'or sur led. seig. d'Argenton, dont sommes tenuz de lui faire 
restilucinn, comme clerement peut apparoir par led. contract 
d'Avannes et par led. scellé à nous baillé, le(|uel n'est que de 
neuf mille escuz d'or. Pourquoy savoir faisons que en recognois- 
sant bonne foy, lui confessons devoir et estre tenuz à luy en 
lad. somme de mille escuz d'or, pour la cause que dessus de 
l'erreur faicte en faisant led. darenier contract de IMontignac, 
comme dit est. Aussy lui confessons devoir mille francs, qui 
vallent à escuz cinq cens soixante et unzc escuz d'or à la cou- 
ronne et quinze sols tourn., qu'il nous presta C()m|Hanl à Mou- 
lins, le xvii" jour de février mil cccc iiii"'' et cinq, desquelles 
mille livres il dit avoir perdu la recognoissance de nostre main, 
en oiiltrc confessons devoir et loyaument estre tenuz aud. seig. 
d'Argonlon en la somme de deux mille escuz d'or à la couroiine 
qu'il nous a presicz, lescjuellcs sommes, c'est assavoir pour les 



— ^2"> — 

raisons dcssiisd. avec v' cxxi esciiz d'or et xv s' loiirn. à nous 
prcstez à Moulins, comme dict est. Et lesd. deux mille eseuz 
d'or qu'en payement nous a presiez comptaiis, recongnoissons 
luy estre due loyaument, que est en somme toute trois mille cinq 
cens soixante et unze escuz d'or à la couronne et xv s. tourn., 
avons consenti et accordé aud. seig. d'Argenion, que quant 
dedans le temps de terme apposé en faisant lad. vcndicion de 
la conté de Dreux par led. traicté de Moutignac, nous rachapions 
icelle conté et ses appartenances et autres choses dessus dictes 
et conienues audict contract. En icelluy cas, led. seig. d'Argon- 
ton pourra user de retenue de lad. conté de Dreux, jiisques ad 
ce que par nous ait esté remboursé par entier des parties dessus 
dictes, et pour ceste cause advenant led. rachapt, en avons 
obligé et obligeons aud. seig. d'Argenion lad. conté de Dreux 
et tous et chascun nos biens et nos hoirs, membres et hériiaiges 
présens et advenir. Et aussi lui avons consenty bastir et réparer 
de neuf en tel lieu et endroit dud. Dreux que vouidra, jusques 
à la somme de trois cens livres tourn., et ce pour une foys 
tout seulement. En tesmoing des choses dessus dictes avons 
signé ceste présente lettre de nostre main et à icelle fait mectre 
le scel de nos armes. Donné à Nantes, le scgond jour d'avril 
l'an de grâce mil cccc quatre-vingt et dix, avant Pasques. 

Alain. II. Duiund. 

N" VI. 

1490. Ordonnance du roi Charles VI H en faveur de 
Philippe de Commines. 

Charles, par la grâce de Dieu roy de France, au bailly de 
Touraine ou à son lieuten. et au premier enquestcur aud. pays, 
et au premier huissier de nostre parlement ou nostre sergent 
sur ce requis, et à chascun d'eulx, salut. De la part de nostre 
amé et féal chevalier, conseiller et chambellan Ph*^ de Comynes, 
seigneur d'Argenion, conte de Dreux, nous a esté exposé que 
pour monstrer du bon droit qu'il a en certaine cause meue ou 
espérée à mouvoir, tant en nostre dicte court de parlement que 
ailleurs, entre luy et le seigneur d'Allebret, le seigneur d'Esiou- 
leville, nostre amé et féal le roy de Navarre et autres, en plu- 



— 234 — 

sieurs et divers lieux, luy est bcsoing et nécessité de moustrer 
et faire apparoir de plusieurs lettres, tiltres, actes extraicts de 
registres, munimens et autres enseignemens , lesquels pour 
doubte de les perdre ne les oseroit bonnement envoyer ou pro- 
duire par devers nostre d. court, et aussi doubte que ceulx en 
possession desquelx sont aucunes desd. lettres facent difiiculté 
de les luy bailler pour soy en aider, que seroit en son très 
grand préjudice et domniaige, humblement requérant sur ce 
nostre provision. Pourquoy nous, ces choses considérées, vous 
mandons et commectons par ces présentes que à la requeste 
dudit exposant, appeliez ceulx que feront à appeller, vous faictes 
collation des vidimus extraicts ou coppies de toutes les lettres, 
tiltres et autres enseignemens dont de par luy serez requis, et 
conlraingnez ou faictes contraindre toutes les personnes dont 
par led. exposant serez requis vous bailler et mecire en voz 
mains toutes les lettres, tiltres et autres enseignements qu'ilz 
ont par devers eulx servans aud. exposant, pour en faire ou 
faire faire lesd. vidimus, extraitz ou coppies et les collationner 
aux originaux, et avec ce tous les notaires, scribes, tabellions 
et personnes publicques, à bailler et délivrer aud. exposant 
toutes les lettres, tiltres et enseignemens qu'ilz ont par devers 
eulx servans aud. exposant suivant les noctes et proihocolles 
d'icelles, le tout à ses despcns raisonnables, et en cas d'opposi- 
tion, refuz ou delay, adjournez ou faictes adjourner les opposaus, 
refusans ou delayans, à certain et compectant jour en nostre d. 
court pour dire les causes de leurs oppositions, refuz ou delay 
respondre et procéder que de raison, et par ces mesnies pré- 
sentes mandons et commectons aud. huissier ou sergent, que à 
la requeste dud. exposant, il adjourne tous ceulx qui pour ce 
seront à adjourner à certain et compectant jour ou autres jours 
ensuyvans par devant vous es villes et lieux que mestier sera et 
où vous serez logez pour voir faire coUacion desd. vidimus, 
extraits ou coppies ausd. originaulx, avec intimacion que y 
voysent ou non, et non obstaut leur absence vous procéderez 
en lad. besoiigne ainsy que de raison, en vous justifiant sur ce 
souflisammenl ausd. jour ou jours par led. huissier ou sergent. 
De ce faire à vous et à luy donnons povoir, mandons et com- 
mandons à tous nos justiciers, officiers et subgects que à vous 



— -^.î 



200 



et ausd. huissier ou sergent eu ce faisant soit obéy. Donné à 
Paris le xviii™* jour de novembre l'an de grâce mil cccc quatre 
vings et dix et de nostre règne le huitième. 

Par le conseil : J. Daquestre. 

N" VII. 

1491. Quittance pour le seigneur (VArrjenton, 

Je' Jacques de Beaune, marchant, demourani à Tours, con- 
fesse avoir eu et receu de messire Phiiippes de Comynes, che- 
valier, conseiller et chambellan du Roy nostre sire et seigneur 
d'Argenton, la somme de deux mil escuz d'or à la couronne, 
que led. seign. m'a payez pour et au nom de mouseig. d'Al- 
bret, de laquelle somme de ii"" escuz d'or à la couronne je me 
tiens coulent et bien payez, et en quille mondict seig. d'Ar- 
genton, tesmoing mon seing manuel y mis ce v'= jour d'avril 
l'an mil iiij" iiij" et unze, après Pasques. 

J,\. UE Beauxe. 

N" vm. 

1494. Alain d'Albret autorise Philippe de Commines d\iser 
à son plaisir du comté de Dreux. 

Alain, sire d'Alebret, conte de Périgort, de Gavre, de Pen- 
thièvre et d'Armagnac, viconle de Tartas et IJmoges, seigneur 
d'Avesnes, etc. Savoir faisons que nous avons accordé à nostre 
1res cher et amé cousin Phiiippes de Comynes, chevalier, seig. 
d'Argenton, conseiller et chambellan du Roy nostre sire, de 
povoir bastir en la conté de Dreux à son plaisir jusques à la 
somme de xii" livres tourn., soit aux meslairies encommeucées 
ou au chasteau pour son logis, ou à repparer halles, prinsons 
et molins, et rachapter terres labourables, prez ou vignes qui 
aient esté aliénées par icy devant à ladicte conté de Dreitx, 
le tout à son plaisir et aussy qu'il verra pour le mieulx esire à 
faire, en rapportant certiticaciou des officiers de lad. conté de 
ce qu'il y aura mis et employé; aussi luy avons promis que 
nous ne le contraindrons point à prendre noslre terre d'Avesnes 
en Henault et nous rendre lad. conté. De ces choses font men- 



— "lôÙ — 

tiou certains coiiiracls pieça passés entre nous et nostre cousin, 
lesquels contracts nous entendons demeurer en leur force et 
vertu sans rien innover jusques à Teure que retirerons lad, 
conté, et par dessus luy aurons paie et remboursé les aultres 
deniers que luy devons ou qu'il auroit employé en rapport et 
certificacion comme dicl est, aulirement le seig. d'Argenton 
pourra user de rétention de lad, conté. En tesmoing de ce nous 
avons signé ces présentes de nostre main et fait sceller de nostre 
scel, à Vienne, le ix' jour d'aoust mil cccc quatre vingts et 
quatorze. (S'ë*) • Alain. 

N° IX. 

1494. Alain d'Albret achète trois perles à Philippe de 

Commines. 

Aloin, sire d'Alebret, conte de Périgort, de Gavre, de Pen- 
thièvre et d'Armagnac, viconte de Tartas et Limoges, captai de 
Buch, seigneur d'Avesnes, etc., confessons d'avoir et loyaul- 
nient estre tenu à nostre très cher et amé cousin messire Phi- 
lippes de Comynes, chevalier, seigneur d'Argenton, conseiller 
et chambellan du Roy, la somme de troys mille livres tourn., 
c'est assavoir pour troys grosses perles, poisans soixante nnze 
karatz et demy aux karatz de Paris, poisées par Pierre Davril, 
orfèvre de Paris, que nous avons cejourd'huy prises de luy, la 
somme de quatorze cens livres tourn. qu'il a payez pour nous 
en nostre acquit, à sire Néry Chappou, marchand florentin, 
demourant à I^yon, dont nous tenons pour coniens, montant 
Icsdictes deux parties à la somme de iii*" livres touru., laquelle 
luy promettons payer à l'eure que retirerons et mettrons en nos 
mains la conté de Dreux, en dcffault de payement de laquelle 
somme pourra user de restancion de lad. conté, en tesmoing 
de ce nous avons signé ces présentes de nostre main et fait 
sceller de nostre scel, à Vienne, le vingt deuxiesme jour d'aoust 
l'an mil cccc quatre vingts et quatorze. Alain, 

(Plus bas) Dupuv. 
(Au dos de la charte, on lit ces mots) : 

Le seigneur d'Argenton certifie avoir reprins les troys perles 
et par aiusy ce scellé ne luy doit que mille livres tourn., b^quel 
fut donné à Vienne, le xxii d'aoust m cccc lili^^iv. 



— 237 — 

N» X, 

Alain d'Albret el son fils Gabriel empruntent de nouvelles 
sommes à Philippe de Comnrines. 

Nous Alain d'Albret, conte de Gavrc, de Penihièvre, de 
Pcrigort el de Castres, viconte de Tartas et de IJmoges, seigneur 
d'Avesnes; Informé bien et duement de nos droitz, confessons 
devoir et lojaulnient estre tenu à noble et puissant seigneur, 
messire Pbilippes de Coinmynes, chevalier, seigneur d'Argemon, 
c'est assavoir la somme de six cens vingt-cinq escuz d'or au 
soleil, laquelle somme il a prestcz à nostre tilz Gabriel, seigneur 
d'Avesnes, en son voyage qu'il a fait dernièrement avec le Roy 
à Napples d'une part, et d'autre |)art, la somme de mille escuz 
d'or à la couronne, et ce à cause des mises qu'il a faictes pour 
la conlé de Dreuz que luy vendismes l'an mil cccc iiii^^ et cinq 
et le iii"^ septembre avec deux cens livres tourn. de rente et 
la maison de Picquemuse, assise à Paris, près les Tournelles, 
desquelles mises nous ne luy avons teuuz aucun compte ne 
fait payement jusques à présent, lesquelles mises ont estez 
faicies par ledict mess. Pbilippes de Commynes, seig d'Ar- 
genton, premièrement en deux cens escuz ou environ qu'il a 
déboursé pour préserver le droit des offices royaulx vaccans 
aud. conté, desqiielz nous avons la nominacion, desquelz deux 
cens escuz en furent baillé, cent à ung appelé Tourout, qui estoii 
en l'échansonnerie du Roy et lequel avoit demandé l'office de 
grenetier dud. lieu lors vacant, duquel il avoit heu le don du 
Roy, et pour éviter procès et préserver led. droit de nominacion 
luy donna lad. somme, et semblablemeni donna cinquante escuz 
au conlrerollcur des chevauchcurs de l'escurie du Roy, pour 
l'office du contrerole de guerre dud. lieu, qui lors vaccoit et 
duquel il avoit eu le don du Roy, el oultre donna et bailla 
cinquante escuz d'or, taut pour contenter les secrétaires que 
pour les voyaiges qui furent faiz pour poursuyvres lesd. offices. 
Ilem, pour ce que luy eust peu valloir le voyaige de lad. maison 
appelée Picquemuse depuis dix ans en ça, laquelle luy avons 
vendue en luy vendant la conté de Dreuz, et laquelle depuis 
donnasmes à madame la duchesse de Bourbon; Item, pour ce 

17 



— 258 — 

que en faisant plusieurs réparacions, tant aud. chastel de 
Dreuz que ailleurs aud. conté, il a fait faire des despens de 
bouche à plusieurs ouvriers et manoeuvres desqiielx il n'a riens 
mis es comptes qu'il a baillé desd. réparacions. hem, a fait 
aucuns voyaiges à Paris pour soustcnir le procès de lad. conté, 
qui sont grans, tant contre feu Monseig. d'Alençon que contre 
mad. d'Alençon, qui est aujourd'huy pour iing droit appelé la 
vitelle, qu'il prétend avoir en lad. conté de Dreuz, quy doit 
abolir de tous points la prévosté dud. lieu, et aussi contre 
mad. de Boutteville, nostre seur, laquelle prétendait avoir 
l'argent de son mari.aige sur lad. conté, et laquelle luy avons 
promis garantir, en faisant lad. vendicion, et promectons de 
nouveau et aussy contre ceulx de la ville de Dreuz, lesquels 
ont tousjours voulu usurper sur les droitz de lad. seigneurie, 
et aussi pour les peines qu'il a prises pour amender lad. conté 
et deffendre les droits d'icelle, laquelle vault de présent troys 
cens livres de revenue par an plus que ne faisoit au temps que 
la luy vendismes, lesquelles sommes de mille escuz d'or à la 
couronne d'un costé, et six cens vingt cinq escuz au soleil 
d'autre part, à luy deus pour les causes dessus dictes, luy pro- 
mectons paier à l'eure que nous retirerons lad. conté de Dreux 
de ses mains, et ce oultre et pardessus toutes aultres sommes 
que luy pouvons devoir. Et en cas que ne les luy paions, con- 
sentons qu'il puisse user de rétention de lad. conté jusques à ce 
que l'ayons payé et remboursé desd. sommes, et pour seurté 
desquelles choses desssusdits et de l'accomplissement de chas- 
cune d'icelle, nous avons signé ces présentes de nostre main et 
à icelles mis et apposé le scel de nos armes, le xxiii™^ jour de 
février l'an mil quatre cens quatre vingt et quinze. 

Alain. 

N" XI. 

1496. Déclaration de deux notaires au Châtelet de Paris 
en faveur de Philippe de Commines. 

A tous ceulx qui les présentes verront. Jaques d'EstoiitevilIe, 
chevalier, seig. de Beyne, baron d'ivry et de Saint-Andry en la 
Marche, conseiller, chambellan du Roy nostre sire et garde de 



- 239 — 

la prévosté de Paris, salut. Savoir faisons que pardevant Michel 
Pileur et Loys Berihclemy, notaires du Roy nostre sire, de par 
luy establis en son chastelet de Paris, fut présent en sa per- 
sonne hault et puissant seigneur monseigneur Alain, seigneur 
d'Allebrel, conte de Penthièvre et de Gavre, viconte de l.y- 
nioges et de Tartas, lequel de sa pure et franche volonté, sans 
contraiucte, recongnut et confessa en la présence desd. notaires, 
comme en jugement par devant nous, que le tiers jours de 
septembre Tan mil cccc quatre vins et cinq, il vendit, céda, 
transporta et délaissa à toujours, et promist garantir de tous 
empeschemens quelconques le noble et puissant seigneur mes- 
sire Philippe de Comyncs, chevalier, seigneur d'Argenlon, pour 
luy, ses hoirs et ayans cause : Entre autres choses la conté, terre 
et seigneurie de Dreux et ses appartenances, pour le pris et 
ainsy qu'il est contenu es livres de lad. vendicion et transport 
faictes et passées à Monlignac le Conte, en Périgort, depuis 
laquelle vendicion, feue madame d'Estouteville, senr dudit 
seigneur d'Allebret, ou madame de Bourbon, comme ayant la 
tutelle des enfans de lad. feue dame d'Estouteville, a mis en 
procès et requestes du palais à Paris, led. seig. d'Argenton, 
comme détenteur de lad. conté de Dreux pour raison de la reste 
de son mariage, sur quoy led. seig. d'Argenton a sommé à 
garand iceliuy seigneur d'Allebret, qui en prins la garantie pour 
luy, lequel seigneur d'Allebret, considérant et cognoissant qu'il 
a fait lad. vendicion aud. seig. d'Argenton d'icelle conté de 
Dreux et ses appartenances sans lad. charge, et qu'il a promis 
icelle conté garantir de tous empeschemens quelconques aud. 
seig. d'Argenton, comme dit est, en usant de bonne foy envers 
led. seig. d'Argenton, ainsi que raison est, a voulu, conscnty et 
accordé, veuit, consent et accorde que au cas que led. seig. 
d'Argenton seroit condampné envers les enfans et héritiers de 
lad. dame d'Estouteville, seur dud. seig. d'Allebret, ou lad. 
dame de Bourbon, en leur nom eu la demande que lad. feue 
dame d'Estouteville faisoit pour la reste de sond. mariage, pour 
lequel elle avoit mis en procès led. seigneur d'Argenlon à cause 
d'icelle conté de Dreux, en ce cas estre condampné et dès 
maintenant pour lors de fait passa et passe led. seigneur d'Alle- 
bret condampnacion aud. seig. d'Argenton de la garante, en 



— 240 — 

quoy il est tenu et obligé envers icelluy seig. d'Argenlon de 
lad. conté de Dreux et ses appartenances. Promectant led. 
seigneur d'Allebret par la foy et serment de son corps, pour ce 
jurez es mains desd. notaires, lad. condampnacion et tous le 
contenu en ces présentes avoir agréable, tenir ferme et estably 
à tousjours, sans jamais par luy ne par aulire à les venir faire 
ou dire contre en aucune manière, an cois a promis rendre et 
paier à plain et sans aucun plait ou procès, tous coutz, frais, 
miss, despends, dommages, intérêts que fais et soustenuz seroient 
par défault de ce que dit est non tenu et non accomply. Soubz 
l'obligation de tous ses biens meubles et immeubles, présens et 
avenir, et de ses hoirs qu'ilz en a soubzmis et soubmect à la 
juridicion et contraincte de lad. prévosté de Paris et de tontes 
aullres justices et juridictions où trouvez seront pour ces lettres 
et leur contenu garder, tenir, entretenir et accomplir, et renonça 
en ce faict expressément par sesd. foy et serment à toutes lettres, 
grâces, reliefs, franchyses, libertez, privilèges, impétracions, 
dispensacions, absolucions et généralement à toutes autres cho- 
ses quelconques, que tant de faict comme de droit pourroient 
estre dictes contre ces lettres, leur effect et contenu et au droit 
disant général renonciacion non valoir. En lesmoing de ce, nous 
à la relacion desd. notaires, avons mis le scel de lad. prévosté 
de Paris à ces lettres, qui furent faicles et passées double, le 
samedi vint troisième jour de juillet l'an mil cccc quatre vins 
et seize. 

M. PiLEUR. L. BARTHELEMY. 

N" XII. 

1498. Acte constalanl le rachat du comté de Dreux. 

Je Kegnault de Saint-Chamont, chevalier, seig. de Lisac, 
conseiller et chambellan du Roy et sénéchal des Lannes, certifie 
que monseigneur de la Uomagières a receu de monseign. le 
conte de Nevers d'Orval quinze mille livres et du trésorier 
Pierre Morin et de Jehan Quetier l'aisné vingt mille, et de 
manans et hubitaus de la ville de Dreux mille livres, lesquelles 
parties se montent trenle-six mille livres, sur laquelle somme 
en a baillé à monseig. d'Argenton, pour racheter la conté de 



— 241 — 

Dreux, trente et quatre mille huit cens huit livres quinze soul)Z. 
Aussi a paie pour le change de dix mil neuf cens escuz soulail 
à nng escu le cent montant la tare, neuf vings dix huit livres 
neuf soubz quatre deniers, et pareillement a paie au trésorier 

Pierre Morin six cens livres et à moy deux cens livres les 

parties par le même contenant vingt trois articles ci-dessus dé- 
clarés de despansce par le menu faicte montant Ixxiii^- neuf 
soubz dix deniers, certifie comme dessus a esté mise et faicte, 
aussi certifie que le dict de la Romagière a baillé au trésorier 
Jehan Eschynault nng scellé en parchemin, signé de la main 
de monseig. et scellé du scel de ses armes, par lequel niond, 
seig. estoit obligé aud. Pierre Morin en la somme de deux 
mille quatre vings six livres. Fait à Tours, le premier jour 
d'avril l'an mil iiii" iiii^^et dix sept, avant Pasques. 

N» XIII. 

1500. Pierre de Labat, prévôt de Lombrièrt;, agissant au nom 
et pour le compte d'Alain d'Albref, vend, cède et transporte à 
Philippe de Commines une rente de deux cents écus d'or, 
hypothéquée sur la chàtellenie de Montignac. Cet acte, dont la 
mauvaise conservation nous a empêché de prendre copie, porte 
la date du 19 février 1499 (v. s.). 

N" XIV. 

1502. Philippe de Commines proroge le délai qu'il avait 
accordé à Alain d'Albret pour le rachat de la renie de 
200 écus d'or sur la terre de Montignac. 

Noble et puissant seigneur monseig. Phelippes de Commynes, 
chevalier, seigneur d'Argenion et de Villentras, lequel de sa 
grâce et courtoisie a prolongé et prolonge à hault et puissant 
prince monseig. Alain, seigneur d'Albret, la faculté de réméré 
que led. monss. d'Albret avoit de povoir racheter deux cens 
escuz d'or de rente que mond. seig. d'Argenton prant chascun 
an sur la terre et seigneurie de Montignac, et dont le paiement 
s'est accoustumé de faire chascun an en la ville de Dreux, aux 
termes déclarez au contract sur ce fait du jour d'huy en deux 



— '242 — 

ans prouchains veiians, pourveii que si niond. seign. d'Albret 
deffaiilt du paiement de lad. renie à chascun desd. fermes ou 
huit jours après. En ce cas sera tenu mond. seig. d'Albret de 
paier pour chascun jour de deffault, dix sols tournois pour le 
sallaire, vaccacion et despence de celuy qui va quérir lad. rente 
à chascun terme. Et s'il est trouvé que mond. seign. d'Argenton 
ait baillé aucunes lettres missives faisant mencion de lad. faculté 
de réméré. En ce cas lesd. lettres missives et ces présentes ne 
feront, ne vaudront ensemble que pour une raesme chose. Car 
ainsi a esté promis en obligation respective. Fait et passé double 
le lundi xiii= jour de juing mil v"^ et deux. 

J. Crozon. h. Chigandeau. 

N» XV. 

1 533. Le lieutenant civil de Mesmes, procureur de Henri II, 
roi de Navarre (i), et Jean, comte de Penthièvre (2), 
seigneur de l'Aigle et de Boussac, en sa qualité d'héri- 
tier de Philippe de Commines et d' Hélène de Chambes, 
sa femme, transigent au sujet d'une rente de 200 écus 
d'or assignée sur la seigneurie de Monlignac. 

Par devant Gabriel Le Fevre et François Basfonneau, clercs 
notaires du Roy nostre sire en son chastellet de Paris, furent 
présens en leurs personnes noble homme et saige maistre Jehan 
Jacques de Mesmes, conseiller du Roy et lieutenant civil de la 
prévosté de Paris, au nom et comme soy faisant fort de très-hault 
et très-puissant prince Henry, par la grâce de Dieu roy de 
Navarre, pour lequel il promect et sera tenu faire ratifier et 
avoir pour agréable le contenu en ces présentes dedans un mois 
prouchain venant, d'une part, et hanh et puissant seigneur Jehan, 



(1) Henri II de Navarre était le petit-fils d'Alain d'Albret, qui l'avait 
institué son héritier universel. Arcli. départ, de Pau, série E, doc. n" 112. 

f2) Jean IV de Brosse, dit de Brelagne, comte de Penthièvre, était le |)ctit- 
fils de Philippe de Commines. Celait un homme sans principes. Pour rentrer 
en possession de ses terres de Bretagne, il épousa la duchesse d'I^lampes, 
Anne de Pisselcu, la célèbre maîtresse de Fi-ançois I". Son père au moins 
était mort à Pavic, les armes à la main. 



- 245 — 

comte de Penthièvre, seigneur de Legle et de Boussac, héritier 
de fetiz messire Philippe de Conimiiies, en son vivant chevalier, 
seigneur d'Argentoo, et de dame Ilelayne de Chamhes, aycul 
et ayeulle naiurelz dud. seigneur conte, d'autre part, disans 
lesd. parties, mesmement que led, seigneur conte de Penthièvre, 
que dès le IP de février 1499, nohie homme Pierre de Labat, 
pour et au nom et comme procureur de très-hault et puissant 
prince nions. Alain sire d'Albret, conte de Dreux, auroit vendu 
et constitué and. feu messire Philippe de Comniines deux cens 
escuz d'or à la couronne, lors ayans cours, de rente annuelle 
et perpétuelle, payables chascun an à deux termes par moitié, 
c'est assavoir : le ix' jour de juillet et de février, tant en et sur 
la terre de Monlignac-le-Conte, appartenant aud. sire d'Albret, 
comme "énérallement sur tous et chascuns les autres biens dud. 
sire d'Albret, laquelle vente faite à la faculté du réméré à deux 
ans ensuyvans et oultre moyennant et parmy troys mil escuz 
d'or à la couronue que led. sire d'Albret ou autre pour luy en 
receust, ainsi que ces choses et aultres plus à plain peuvent 
apparoir par les lettres de constitution de ce faictes et passées 
les an et jour dessusditz sous les sceaux royaix de Poicliers, 
par devant Rectoor et Guervry, notaires aud. lieu et en présence 
de tesmoings, lesquelles lettres de constitution, ainsi que le 
disoit led. seign. de Penthièvre, depuis auront esté ratiffiées 
par led. sire d'Albret, Jehan d'Albret, en son vivant roy de 
Navarre, Amanyon, cardinal d'Albret, et depuis par led. Henry, 
à présent roy de Navarre, et au contraire disoit led. de Mesmes 
aud. nom que lad. rente n'estoit telle que pour raison d'icelle 
led. roy de Navarre ne peult estre obligé pour plusieurs causes 
et raisons, et néanimoings que là où lad. rente seroit deue, 
toutesfoys depuis deux ou trois ans, led. Henry, roy de Na- 
varre, et lad. feue Helayne de Chambes auroient accordé et 
chevy pour lad. rente et arréraiges qui en estoient deubz à la 
somme de huit mille livres tourn. , comme maintenoit led. 
Henry, à présent roi de Navarre, et led. seign. conte disoit que 
c'estoit pour quatre mille escuz soleil, et que depuis led. accord, 
qui n'esioit que verbal, d'icelle renie scroient escheuz deux an- 
nées d'arréraiges, ainsi que pour raison de lad. renie et paiement 
des arréraiges d'icelle procès esioit pendant entre lesd. parties 



— 244 — 

au parlement de Bordeaux, et sur ce et les déppendaiices, icelles 
parties estoient en voye d'entrer en grant involution de procès, 
fraiz et mises, finablement lesd. parties comparens devers nous 
pour obvier à procès, nourrir paix et amour ensemble, ont faict 
les accords, transactions et appoinctemens que s'ensuivent, c'est 
assavoir que tant pour le doibt principal de lad. rente que 
pour tous les arrérages qui en sont deus et escheuz depuis la 
création d'icelle jusques à présent, fraiz et mises de procès 
icelles parties en ont chevy à la somme de viii™ livres tourn. 
pour toutes choses; surquoy led. seigneur conte en confesse 
avoir eu et receu dud. roy de Navarre la somme de troys mille 
liv. tourn. et laquelle somme de iii™ liv. tourn. luy a esté payée, 
comptée et nombrée, présents les notaires soubscriptz, par les 
mains de maistre Jehan Bossiguet, secrétaire dud. roy de Na- 
varre, en or et monnaye ayant à présent cours, dont et de 
laquelle somme de iii" livres tourn. icelluy de Bretaigne se 
tient pour autant et en quitte le roy de Navarre, led. Bossiguet 
et tous autres qu'il apparfiendra et promect acquitter envers et 
contre tous, et des v" liv. tourn. qui restent à payer led. de 
Mesmes aud. nom sera tenu, promect et gaige rendre et paier 
aud. seigneur conle de Penthièvre ou au porteur en ceste ma- 
nière, c'est assavoir ii" livres tourn. à Pasques et iii" livres 
tourn., faisant le reste, à la Toussaint prouchainement venans 
et entresuyvant, et (tartant lesd. parties es dits noms se désis- 
tent et déportent de tous procès meuz et à mouvoir pour raison 
de ce sans despens, dommaiges et intérests d'une pan et d'autre, 
et eu faisant le dernier paiement desdits viii™ livres tourn.. le 
seigneur conte sera tenu et promet de rendre aud. de Navarre 
les lettres de constitution et de ratiilication cy-dessus, le tout 
comme cassé, solui et acquité, et où led. roy de Navarre seroit 
déclarant et deffaillant de paiement à chascun desd. termes, 
aud. cas ces présentes seront et demeureront nulles si bon 
semble aud. seign. conte, et en icellny cas lesd. parties revien- 
dront à leurs droits et led. seigneur conte à sa d. rente et arré- 
rages, el poursuyie de procès recommancé aud. parlement de 
Bordeaux comme auparavant ces présentes, sans ce que aud. 
cas pour raison dud. accord et modération faite par lad. de 
Chambes, led. roy de Navarre s'en puisse aucunement ayder et 



— 245 — 

en iceHuy cas lecl. seign. conle ne sera tenu rendre and roy de 
Navarre lesd. iii"' livres lourn. par liiy présantenient recetiz, ny 
ce qu'il en recevra par cy-après sur les viii'" liv. foiirn., ainsi 
sera seuilement tenu de déduire et rabattre lesd. iii'" liv. tourn. 
et ce qu'il en recevray après, sur ce en quoy led. seign. roy de 
Navarre pourroit estre condamné par l'issue dud. procès pen- 
dant aud. parlement de Bordeaux, car ainsy a esté convenu 
et accordé entre lesd. parties. Promesse oblige èsd. noms icy 
renomés. Faict et passé double l'an MCCCCCXXXII le samedy 
onzièsme jour de janvier (1533 n. s.), 

Le FeVRE. B.VSTOiNINEAU. 



18 



— 54G 



Chronique Îrc5 0cienrc3 et îïc5 Tixts, n bavïctés. 



Salaires ou roi des ribaux de Lille pour expulser de la cité les fois dak- 

CEREUX, ou les CONDUIRE A DIVERS PÈLERINAGES (XlVe, XV» ET XVIe SlÈCLES). — 

Parler des pauvres insensés que le magistrat des villes du moyen âge expulsait 
sans pitié delà cité, alors qu'ils y troublaient le repos public ou y faisaient 
naître de redoutables dangers, c'est plaider la cause de notre époque qui, tou- 
jours, les protège et les considère en quelque sorte comme les martyrs de la 
pensée. 

Mais avant de parler des terribles fonctions du roi des ribaux et de ses 
aides, toujours chargés de mettre à exécution ces sentences d'exécrable mé- 
moire, empruntons à quelques auteurs du temps certains passages propres à 
nous faire connaître le profond mépris qu'inspiraient alors ces infortunés si 
dignes toutefois de compassion, nous allions dire si dignes d'une respectueuse 
sympathie. 

Parlant des mauvais traitements que firent endurer les juifs aux envoyés 
de Vespasien, alors devant Jérusalem, un auteur du XIV« siècle dit : « Lors 
» pristrent les mesages Vaspasien et leur firent rezer leur barbes et leurs 
» testes, et puis les menèrent par toute la cité, et leur monstrèrenl leur ar- 
M meures, et leur garnisons, et leurs chastians, et leur cliamiex (chameaux), 
» et leurs destriés, et leur olifans (éléphants). Puis pristrent xii grans bastons, 
» et firent despoullier les xii chevaliers Vaspasien tous nus, en braies; puis 
» lièrent à chascun les mains derrière le dos à ces gros bastons; puis les misl- 
» rent hors de la cité de Iherlm, et leur norcièrent les iex de charbon,- puis 
» pendirent à chascun i fromaQe au col, et leur distrent : aies à Vaspasien, et 
» li dites que nous ne ferons riens de son quemandement, et, pour ce, vous 
» envoion-nous à li mains liées, et atourncs comme fol que nous tenons li, et 
» son conseil et tout son ost. — Ces xii chevaliers, moult dolens, passèrent 
» les pons levés et les fausses barbacanes de la cité, et toutes les eschangeetcs 
» des juifs et toutes les fauses poslernes, puis entrèrent en langarde «(J). 

(1) MS. no 1 1 de la Bibliothèque de Lille, fol. IG r«. — En Perse, la fête des 
fous tombait au \" ader, environ la mi-novembre : elle coïncide avec les fêtes 
de la vendange chez les Grecs, rappelle les Bacchanales et l'àne de Silène (Rel. 
de l'antiquité de Crcuzer, trad. Guigniant, t. I, liv. 2, notes, p. 71 1). 



— Ul ~ 

De son côlé, l'abbé de Verlol dit que le moine irAiigoulème, auteur de la 
Vie de Cliarlemagne, n'a point eu lionle de dire, pour faire sa cour à la maison 
dominante, que les derniers rois du sang de Clovis étaient tous « folz et in- 
» sensez, père, eufuns, cousins; » la démence, à en croire cet historien pas- 
sionné, était également héréditaire dans la ligne directe et dans la collaté- 
rale (1). 

Les argentiers de Lille vont maintenant nous raconter les longues 
souffrances et les infâmes humiliations subies par ces infortunés. 

En 1359, Robiert Agier reçoit xxxix s., pour i dervé (2) warder, et le roi 
des ribaux obtient x s. pour Penfierer et pour autres objets fournis. 

En 13i5, il reçoit v s. pour enfierer Caleline de Chisoing, le sote (3). 

Trois ans après, il mené une sole hors de le ville par ii fois. Même mention, 
en 1346. 

En 1357, on mentionne uns fiers d'Espaingne à enfierer une sole as frères 
meneurs. 

Longtemps après (13G3), le roi des ribaux demanda viii gros Val. v s., 
pour, au command d'eschevins, mener hors de le ville un dervet et une 
dervée [i). 

(1) Mém. de TAcad. des Inscript., t. VI, éd. in-12, p. 324. 

(2/ Artalus (*), le frère Emenius, roy d'Aise la meneure, quant son frère 
fut mort, il saisy le royaume et fist moult de desloyaullcs au pays et d'occi- 
sions et de ses plus prouchains; mais en la fin il rassola, si qu'il vestit une 
grosse veslure et alloit essevelés, ainsy comme ung dervé, pourquoy le peuple 
disoit qu'il souffroit ceste paine pour les maux qu'il avoit fais. Aristonius 
(Aristonicus) qui avoit esté filz du roy Emenius d'Aise, de la fille d'ung jon- 
gleur d'Ephèse, quant il sceut que le roy Artalus, son oncle, esloit ainz deve- 
nus sotz, yl envahy prestement le royaulme d'Aise, ainsy comme son liérilaige 
et, pour plus légièrement acquérir aulctorilé entre les hommes simples et 
ynocens, yl faignoit qu'il parloit à ungne déesse, appelée Cerere, et qu'il avoit 
responce des dieulx sur les choses dont il ilemandoit conseil. Yl pourloit sou- 
ventes fois ungne noix en la bouche el, moyennant ycelle noix wuide el 
percée, il sou01oit du feu hors de sa bouche pour montrer qu'il recevoit l'in- 
spiratioii des dieulx {le Trésor des histoires, MS. n" 493 de la bibliothèque de 
Valencienues, fol. cxc V-cxci r<>). 

(3) Voy. V Annuaire-Bulletin de la Sociélé de l'histoire de France, 1864, 
p. 89; — Fleckv, Histoire ccilésiasliqiie, liv. 146, § 54. 

(4j 1387. On expulse (après l'avoir battu de verges à deux reprises diffé- 
rentes), un sot contrefaisant le dervé. 

(') Allale III, surnommé Philométor (fils d'Eumènes) à cause de son atta- 
chement à sa mèi-e Slralonice, étant monté sur le trône par l'empoisonnement 
d'Attale, son oncle, rendit son règne mémorable par le meurtre de ses parenis 
et de ses amis [Art de vérifier les dates, t. III, p. 60, éd. in-S»), 



— 248 — 

En 136a, il fait mener par deux valiés (1) une sotie en le porle S< l'ierre. 

A Jehan de Polter, qui avait mené battant hors de le ville (1370) i sot, 
nommé Ami Gay, pour aucuns inconvéniens et excès pcrilleuz que fet il avoit, 
on accorde xii gros, parmi iii gros pour corde, dont il fu loyés. 

En 1386, i mauvais sol qui faisoit pluseurs excès et maiscres, éprouve le 
même sort; aloi's que, en 1389, EngherranI d'Abeville mène hors de le ville 
un sol qui faisoit pluseurs excès et desrieùtes. 

Deux ans après, Lambert Oullrezune se rend à Tiell, pour le cause d'un 
vallel, nommé Jehan de Hœbecque, estant hors de son sens et mémoire t2) à 
Lille, que on disoit estre de le ville de Tielt, adfin que si proisme et amy carnel 
heussent le warde et querque de lui (3). 

Les trois variés qui le wardèrent durant vingt quatre jours, reçurent 
xxi L xii s., à raison de vi gros par jour. 

Quant à la lettre que eschevins de Lille obtinrent de nos seigneurs du con- 
seil, adrechans à le loy de Tielt, adfin que les proixmes et amis carnels de ce 
malheureux fussent constrains de luy warder, elle coula iiii s. 

L'argentier ajoute que le louage de la maison, où il fut gardé, s'éleva à 
LX s. et ses dépens à XL s. 

A ceux qui le reconduisirent sur i kar par devers ses proimes et ami car- 
nels, on accorda xviii L. xvi s. (4). 

Cette même année, xii s. sont donnés as iiii valiés qui, au command d'esche- 
vins, firent une appellée la sotte Sale vuidier du logich que, de jour et de nuit, 
elle faisoit près des privées du rivage, et avoit asdites privées fait grand et 

(1) On réclame et on obtient l'élargissement d'un valet de le raspailte de 
S' Lcgier, que le gouverneur avait fait mettre en prison. — Pour prévenir de 
graves désordres, le magistral avait envoyé vers le chancelier de Bourgliongne, 
pour Im remonstrer certaine ordenance faite et avisée, pour cause des cari- 
varis, adfin que par license bans fusl fais de par le ville que, desoremais, nuls 
ne se entreraist de faire aucuns carivaris (Voy. La Picardie, année 1860, 
pp. 315-521), 

(2) Montaigne dit {Essais, ch. IX, des menteurs, liv. l"^"") : Si en mon pais 
on veut dire qu'un homme n'a point de sens, ils disent qu'il n'a point de mé- 
moire; et quant je me plains du défaut de la mienne, ils me raescroienl, comme 
si je m'accuse d'estre insensé : ils ne voient pas le choix entre mémoire et en- 
tendement. — 1510. On fait une gayoUc à ungjesne homme furieux et hors 
de sa mémoire, pour garder qu'il ne feist aucun mal, ne dangier. 

(3) En 1410, on faisait mener à Béthune Mariette de Le Mazure, son père, 
y demeurant, elle fust gardée. On porle en dépenses iii s. febles pour ses dé- 
pens et pour corde (une bougelte de corde xii d.), pour le loyer : à celui qui la 
mené sur se carelle, on alloue xxxii s. febles. 

(4) On envoya à Amiens pour avoir le conseil de auttins sages. 



— 2-40 — 

Irès-orl cmpescenicnt de fins, par quoi les communes gens ne si povicnt aisier. 
Liqucis fiens fu auilit commund oslés. 

En 1398, Jehan Mille, roi des ribaux (1), assisté du sergent de la prévôté, 
pour le garandir de ineonvéniens et de la presse, expulsa de la ville une folle 
esraglé, appellée Feronnc d'Eslpaigny, qui se ordonnoll de faire pluiseurs 
excès en la ville, et par laquelle pluiseurs ineonvéniens esloit apparans de 
cnsir. 

En 1400, il reconduit ù Wei'zy une autre solte, laquelle faisoil pluiseurs 
noises de niiyt cl de jour, et avoec, se maintenoit très-déshonnestement. 

En 1415, les sergens de la prévoslé reçoivent x s. febles, pour leur peine 
et travail qu'ilz heurent à prendre et mener prisonnier, au command d'esclie- 
vins, Leurin Coutriel, insensible, pour le punir de ses maléfices. Le roi des 
ribaux leur remit en outre, le 6 septembre, xviii s. febles, de la part du ma- 
gistrat, pour mener hors de le ville, et taille ledit Leurin Coutriel, lequel, par 
avant, y avoiteslé menés et batus, et en ycelle estoit retournés. 

RogierCrombet, roi des ribaux, reçoit encore xxvi s. febles pour son sallaire 
d'avoir par deux journées, du command d'eschevins balrc de verghes et en- 
voyé hors de le ville ce malheureux insensible, pour lui donner et baillier 

(1) Dans la Passion d'Arres (MS. n» 625, XV« siècle, de la Bibliothèque de 
celle ville, fol. ce v"), le m» juif de Sidou dit à J -C, au moment où il tombe 
sous la croix : 

Passez avant, passez, ribault! 

11 veult faire le caymant. 

Fol cLxxx v°, Ânnas dit aux soldats ; 

Il le fault lier hault et bas, 
Sus, ribaulx, eslraindiez le fort ; 
Gardez qu'il ne jeune de soi't. 

Et pourvéez-vous d'cscorics 

Et qu'elles soient affaitiés 

D'aguillons d'acier bien Irenchans. 

Jhus monta en Jlirlm et trouva el temple les vendans brebis, bues et cou- 
Ions, et lescangcurs cangans. Et, quant il ol fait de cordelle une escorgie, il 
les cacha tous hors du temple, les oelles et buef, et espandi les deniers des 
cangeurs et tourna les taubles et dislàceux qui vendoient les coulons : ôslés 
ces coses de chi et ne voelliés faire de la maison mon père maison de be- 
songnes (MS. n» 230, XV'e siècle, Bibliolh. de Valenciennes, fol. 203 r". — 
Joan , c. 11, v. liet suiv.). Quant Ihus ol ploré (sur Jérusalem), il entra ou 
temple Dieu et en gela tous ceux quy y vendoient et acutoieni, et tourua ce 
que desoubz deseure, et list tresbuchier les tables des cangeurs, et les kayèrcs 
de ceulx qui vendoient les coulons, el leur disl : yl est escript ma maison sera 
appellée maison d'orison, cl vous l'aves faille fosse à larons. Lors vinrent à 
lui cl temple li avcule etii clop (boileux), et il les sana (ibid., fol. 227 r"). 



— 250 — 

caslor des iiKiléfices qu'il C-iisoil, parmi verghes el fordcille, tlonl on le loya. 

A celle même dale, Walicr Descanipuch, insensible, de Sainl-Lienarl em- 
près Bruges, est battu de verges el chassé de la cité (1 ). 

Ces malheureux étaient alors fort nombreux, car le comptable porte encore 
en dépenses xvi s., accordés au même roi des ribaux (2), pour avoir mené 
sur son kar hors de le ville un nommé Jehan Carelle, lequel estoit hors de se 
niémore, el faisoit pluiscurs excès en ledille ville (3). 

Les échevins, désireux qu'ils étaient de se débarrasser des fous (4) des villes 
voisines qui, incessamment, venaient troubler le repos public et imposer à 
la cité des charges toujours nouvelles, ne manquaient pas de faire prendre 
toutes les informations jugées nécessaires pour connaître leur famille et leurs 
moyens d'existence. 

Ainsi, en 1450, le messager Ernoul Despret porte et rapporte lettres 
closes touchans une femme insensible, nommée Estouvillon, devers ses pa- 
rents et amis emprès Tournay, pour ce que l'on maintenoit ladite Escouvillon 
avoir de patrimoine aucune chevanche pour vivre. 

En 1441, ces magistrats, qui venaient d'envoyer à Mons-en-Pewle, par 
devers les parens et amis d'un homme damoniaclc estant es prison de le pré- 
vosté, afin de sur ce pourveoir, faisaient remettre xii s. à Pierre Bourlinet, 
Willeaume de le Bove et Pasquier le Bouk, sergens de le prévostc, pour a\oir 

(1) En 1447, on donne xii s. au roi des ribaux, pour avoir mené jusques 
à Commisnes une femme insensée qui, de nouvel, estoit venue en ceste ville, 
el qui en icelle faisoit moult de maulx. En 1438, on faisoit emmener jusques 
au plus près de Carabray, ung homme furieux, faisant autour de la ville maux 
inuumérables el on remcttoit xx s. à Theryon Tricquart pour aucuns vesle- 
ments délivrés audicl furieux, obstanl ce qu'il avoit desrompu tous les siens. 
— On parle d'un autre furieux, lequel, à cause de sa furiosilé, commeuchoit 
à tuer qui ensavaiil la ville. 

(2) Dans la Passion d'Arras, le premier prince de SiJon dit au moment de 
la flagellation : 

Je te vuel mon hommage faire; 

Car envers toy me sens tenus. 

J'aras de par moy une paire 

De beaux pinchons el de cacus, 

Tcn ton giron : les as-tu reclius? 

Ne les laisse pas envoller. 

Avise du fol cocquibus, 

il les a laissiel eschapper. (Fol. clxxxiii r"). 

(3) Eu 1451, le roi des ribaux de Valencienncs, pour les insolences qui se 
faisoient en sa maison par le jeu de delz et autrement, dont sourdoient divers 
mouvemens, est changé en soldat. 

(i) Parmi ces infortunés nous voyons figurer (1463) un artiste, Georges, 
graveur de scaulx, qui faisoit pluiseurs desrisions avant la ville, pour les- 
quelles il fu congyé, ce qui valut aux sergens x s, de courloisie. 



- 251 — 

prins, aiTcsté et enfieni; île piiis el Je mains ung liommu insensible et démo- 
niacle, lequel falsoit moult de excès. 

Nous voyons ailleurs que Pasquier le Cat, fèvre, avait fait à cet effet une 
caisne de trois pies de long, une couche et ung fort crampon, payés xviii s., 
pour un autre insensé, nommé Madame. 

En 1447, le chepier des prisons de la prévôté, qui avait gardé durant 
trois mois Guyot Pasquier, poure homme insensé, reçoit viii s. 

Quant aux cliapperon, cauches, pourpoint brodés, qui lui furent donnés, 
ils coûtèrent \i L x s. Toutefois la ville ne paya que vii L viii s., aucunes 
bonnes personnes aians fait leur aumoesne et donné iiil L ii s. 

En 1449, on solde les sommes suivantes au serrurier qui avait fait les fers 
de Guiot : xiil s. pour deux loques à fermer les fers; xxviii s. pour unes 
buises de 6er atout une kaisne de deux pies et demi de long pour l'enferrer; 
xii s. pour ungs pignes atout ung loquet pour fremer les mains (1). 

En 1453, Me Jehan Regnare (2), carpenlier sermcnté de la ville, fait une 
gayotle trailliée pour mettre une sotie, appelée Perolle. 

En 14C4, J. Baude, carpentier, en fait une autre pour la porte S' Pierre (âj. 

L'année suivante on enfermoit el on enferi'oil dans une quenonnière près 
de la porte de Fives Piètre de Perenchies, homme furieux, lequel usoit de 
manachier de bouler feux avant la ville (4). 

Dès 1463, Piètre avoit été battu de verges, les aucuns disant qu'il esloit 
furieux et les autres non, et néantmoins pour dissipliner et veoir s'il prenroit 
h lui aucuns amendemens, il fut batu. 

Pour éviter tout danger on enlevait à ces malheureux, ponchons, coutiaulx 
cl caillyaux. 

Nous avons parlé ailleurs (3) des divers pèlerinages où ils étaient conduits; 
mentionnons seulement ici les xxxvi s. accordés (1451) à Piètre Le Vasseur (6) 

(1) En 1458, le cordier Thomas Hanicque fait payer vi d. ung loye col pour 
loger une femme insensée. 

(2) Voy. la Revue universelle des arts, t. XIX, p. 298, ou mieux p. 208. 

(3) Nommée ailleurs maison et demeure des gens insensés. — 1359. Tous- 
sains Mas. febvre, fait, moyennant xxx s., une grande et forte escuelle de fer, 
une chaîne el ung fort crampon pour une gaiolle à le porte de .Mollinel. — On 
parle d'une autre gaiolle en la rue des prestres (Voy. Furetière, Dicliounaire, 
au mot Geôlier). 

(4, Ou acheta pour vi s. d'estrain (paille). — Pour une gayolle il faut deux 
aisselles (planches) d'ommiel de vii pies de long et ciiiixx de roille. 

(5) Voy. ce Recueil, année 1858, p. 561. 

(6) En 1433, on accorda xvi s à.Moterre le Vasseur, sieur de Jehan Vasseur, 
roy del amoureuse vie (roi des ribaux), pour ce qu'elle faisoitla solempnité de 
ses noches, et que ledict roy en avoit instamment prié csclievins, ses maistres. 



— 252 — 

pour lui aidier à paier ses coiUrepoix et oflVandes à Monseigneur Saincl 
Acquarre de Flaspre (1). 

Il fallut en outre donner viii s. à deux sergens et vi s. à trois brouleurs 
qui l'avoicnt rattrapé, quand il eut brisé ses fers. 

En 1481 et 1490, deux autres fous sont conduits à S' Nazaire près Lens (2). 

De mauvais garnemens simulant la folie, pour commettre impunément les 
plus exécrables excès, le magistrat se voyait contraint de les livrer au roi 
des ribaux. Ainsi, en 1433, il faisait donner xii s. en aumoesne à Corageux 
Cuvelier qui, pour ses démérites, meismement qu'il contrefait le fol, pour 
soubz umbre de ce commettre pluiseurs mesuz, avoit esté batu de vergbes. 

Nous avons décrit ailleurs (3) le costume que la ville de Bétbune avait 
adopté pour ses fous, l'argentier de Lille va nous faire connaître celui que 
les échevins de celle cité avaient choisi. II nous dit, en effet (1466) que les 
V aunes de drap moitié bleu et l'autre moitié gris, duquel on a fait une robe, 
donnée pour Dieu et en aumoesne à ung poure insensé, nommé Hacquin Le- 
fèvre, dit Pavillon, ont coûte Ixv s., en ce non compris xxxv s. pour v aunes 
de doublure. 

Quant à la faction d'icelle robe, comme pour le broudure d'une Heur de lys 
mise sur ieelle robe avuec certaine quantité de pel de cheval dont on a garny 
les manches, ils coûtèrent xxiiii s. 

Longtemps auparavant (1458), il avait fallu cinq aunes de gris et cinq 
aunes de blanquet pour revestir une appelée Vieretle, poure insensée, qui 
estoit à le charge de la ville. 

On lui accorda aussi deux queraises, une houppelande, ung chapperon, 
une paire de cauches et une paire de solers. 

Celui qui la gardait reçut viii s. 

En 1453, l'argentier avait mentionné les dépenses qu'à la requête de la 
duchesse de Bourgogne il avait faites pour une pauvre femme insensée. 

Quant au fou en tilre d'office (4) il fal'ait (1 586) pour l'accouslrer à la pro- 
cession de N. D. de la Treille ung quartier de drap rouge à xliiii s. et cincq 
autres quartiers de cxii s.; pour doubler des cauches trois quartiers de quin- 
piernctle (5) de xlv s. et enfin ung chappeau de xxiiii s. 

De la Foks-Mélicocq 

(I) En 1488. parmi les dépenses faites pour un autre, conduit à Renaix, à 
monseigneur Saint Hermès, nous remarquons le sallerre des femmes qui le 
paignèrent. 

(2j Voy. la Picardie, 1856, p. 509, note, et M. DANCOrsNE, Commission his- 
torique du pays de Calais, 1836, 

(3) Mélanges i\(i iM CiUMPOLiroiv-FiGEAc, l. IV, p. 343. 

(4) Voy. Brantôme, Mhn , t. II, p. 126, éd. de 1722. 

(5j Eu 1598, trois quui'liers de quinpierncllc blanche coûtent, iiii /., x s. 



— 255 — 

Projet d'assassinat de Philippe le Bon par les Anglais (1424- 1-426).— M. Dcs- 
planqiic,arcliiviste du doparlcment du Nord, a présenic à ce sujet à rAcadéinic 
royale de Belgique un mémoire que celle-ci vient de livrer à la publicité. 

M. Michelet fut le premier à attirer l'attention sur le point historique qui 
occupe l'auteur de ce travail; mais dépourvu qu'il était, de pièces sur les- 
quelles il put appuyer son opinion, le savant professeur était obligé d'en 
rester aux suppositions. A une seule phrase découverte dans VInvcntaire des 
litres de la Chambre des comptes de Lille, par le dernier des Godefroi, se 
bornaient ses données à ce sujet. Voici ce passage : « Le duc de Bourgogne 
avait dans ses archives un gage touchant de l'amitié anglaise, savoir : les 
lettres secrètes de GJocesler et de Bcdforl, où ces deux princes agitaient en- 
semble le moyen de l'arrêter ou de le tuer. » 

Ces pièces, considérées comme perdues, furent, par le plus grand des ha- 
sards, trouvées par M. Kervyn de Lettenhove dans un cumulus aux Archives 
du département du Nord, où il eut le bonheur entre mille de mettre la main 
sur celte liasse, la seule intéressante au milieu du tas. Il y a dans ces archives 
six ou sept pièces se rapportant à la question; il y en a d'autres à Dijon. 
S'appuyant sur ces documents, M. Uesplanque s'est chargé de discuter le fait 
et d'examiner la valeur des pièces. Voici comment il formule la question : 

("Y a-t-il eu à l'époque indiquée, un complot tramé entre Glocester, Suffolk, 
Salisbury et autres adhérents, dans le but de perdre le duc de Bourgogne en 
l'attirant dans un guel-à-pens? 

2» Bedfort a-t-il trempé dans ce complot? 

Les conclusions de M. Desplanques sur ces deux points sont affirmatives; 
mais malheureusement il ne lui est permis de les présenter que comme pro- 
visoires, élant dans l'impossibilité de les baser autrement que sur un calcul 
de probabilités, dont les premiers éléments sont les pièces citées. Ce qu'il 
manque pour conclure avec certitude, c'est l'exislence d'un document qui 
pnisse parler avec la brutale éloquence d'un fait, et écarter jusqu'au moindre 
doute. La découverte d'une seule pièce peut jeter la lumière sur le débat, 
corroborer les conclusions de l'auteur ou les réduire à néant. Les documents 
qu'on possède ne sont pas tous authentiques, il en est qui ne sont que des 
copies, auxquelles même il manque certaines parties. Le plus intéressant et 
aussi celui qui jette le plus de clarté sur le point en discussion, est la déposi- 
tion de Guillaume Benoit, ancien intendant du duc de Suffolk, un des agents 
du complot. 

Le travail de M. Desplanque mérite à juste titre d'attirer l'attention, et 
l'Académie royale, en lui accordant les honneurs de l'impression, n'a fait que 
rendre hommage au travail consciencieux de noire savant voisin de France. 

Emile V... 



— 254 — 

GÉRAiiD (P.), Histoire des Francs d'Austrasie. Bruxelles, 18G5, 2 vol. 
iii-8". — Essayer d'établir que roccupation des conquérants romains et 
rétablissement du clirislianisrae, loin de favoriser la civilisation des Francs 
qui s'étaient établis dans la Gaule, aurait arrêté le développement moral 
et matériel des peuples germaniques, tel est le système à la défense du- 
quel M. Gérard a consacré ces deux volumes. D'après lui, les populations 
de nos contrées seraient parvenues beaucoup plus tôt à la conquête des 
libertés poliliques, consacrées par l'ordre actuel, si la civilisation romaine et 
l'Église catiiolique, avec l'esprit oriental qui la distingue, n'étaient venues 
entraver l'action de l'élément barbare pour lui substituer le despotisme et la 
féodalité qui en fut plus tard la conséquence. « Je ne crois pas, dit-il, dans 
son prologue, que l'héritage de Rome ait exercé une influence heureuse sur 
les destinées des peuples : je pense, au contraire, que si, après la chute de 
l'empire, la civilisation des Barbares avait pu se développer librement, en 
prenant pour base les institutions des Francs, la société serait entrée depuis 
longtemps dans la voie du progrès qu'elle parcourt anjourd'hui. » Celte thèse, 
qui est peu d'accord avec les idées généralement admises en histoire, et peut 
paraître à juste titre paradoxale, est défendue avec beaucoup d'érudition : 
l'auteur a mis au service de ses sentiments personnels une grande science et 
un talent incontestables; malheureusement, dans celte accumulation de plai- 
doyers et de pièces à l'appui, on voit trop clairement percer les antipathies 
de l'écrivain pour une cause dont les ennemis sont aujourd'hui nombreux, et 
l'on est forcé de se dire que tout ce grand travail n'est qu'un réquisitoire de 
jilus à charge, à la fois de la civilisation romaine et du christianisme. Toute- 
fois, nous devons reconnaître que, lorsque l'auleur abandonne son rôle d'ac- 
cusateur public pour redevenir historien et s'effacer, pour laisser parler les 
événements, son ouvrage présente des mérites incontestables et un grand 
talent d'exposition. Ainsi les chapitres du 2« livre, consacrés à l'examen de 
l'organisation sociale, des institutions et des mœurs des Francs, sont traités 
avec clarté et attestent des recherches solides et judicieuses, en même temps 
que des connaissances étendues. 

Mais M. Gérard se dégage difficilement de son aversion pour l'Eglise, et 
s'écartani en cela de l'opinion des écrivains les plus en renom, nie l'influence 
salutaire des premiers fondateurs de monastères sur les populations. Il attri- 
bue leur établissement exclusivement à un but de lucre et accuse le christia- 
nisme d'avoir conservé le servage et maintenu les populations dans l'ignorance, 
bien loin d'avoir sauvé l'instruction et restauré les lettres. « Les Francs, en 
acceptant les croyances catholiques, dit-il (p. 411, t. 1), ont subi le joug ro- 
main. Toutes les conquêtes de la religion ont élé exploitées au détriment de 
leurs inslidilions nationales. Sous prclcxtc de détruire le culte des idoles, ce 



— 255 — 

sont les Iraditioiis germaniques, c'est la libcrlé individuelle, c'est la propriété 
libre, que les rois, d'accord avec les conciles et les synodes, se sont efforcés 
de mettre ù néant. Ils ne se sont occupés de convertir les peuples barbares 
que pour se rendre maîtres de leur esprit, enchaîner leur volonté, étouffer 
leurs instincts libéraux. » Cette attaque eatégoriquenienl formulée, caracté- 
rise suflisamment les opinions de l'auteur, et découvre assez que son école 
est celle qui nie l'autorité monarchique et l'influence religieuse. Les mis- 
sionnaires ne sont pas épargnes non plus; M. Gérard oublie quels prodiges 
d'abnégation il fallait alors, tout comme aujourd'hui, pour aller dans les 
contrées les plus inaccessibles catéchiser et instruire les tribus sauvages. 
Pour étayer ses assertions, il prend dans les auteurs profanes et sacrés des 
premiers siècles de notre ère. dans les chartes et les pièces authentiques, 
des phrases qui servent à confirmer sa thèse, mais qui, isolées de leur cor- 
rectif, n'ont plus qu'une valeur incomplète. 

La prépondérance de l'Église dans nos contrées fut, d'après lui, un em- 
prunt fait à la Gaule romaine, et l'absorption de l'élément barbare ou ger- 
manique par l'élément gallo-romain, fut consommée par Charlemagne. Ces 
deux causes réunies implantèrent chez les Francs le despotisme oriental qui 
leur était inconnu; ce n'est qu'en 1789 que l'Occident parvint à secouer ce 
joug, par la résurrection des principes empruntés à la barbarie, entre autres 
la liberté individuelle et la liberté des cultes. Son Charlemagne à lui, est 
celui « qui, marchant sur les traces de ses aïeux (p, 251, t. II), trahit la cause 
des Francs pour s'élever à l'empire, celui qui dans ses actions de guerre 
comme dans sa politique intérieure, se fit l'instrument de l'Église romaine, 
tout en ayant la prétention de la faire servir à ses desseins. » Bien que 
M. Gérard reconnaisse ses qualités, le grand empereur d'Occident ne mérite 
pas, d'après lui, l'hommage qu'on rend à son génie; l'éclat dont brille son 
nom est faux en grande partie, et son action s'est bornée à suivre les tradi- 
tions gallo-romaines, oppressives des peuples autochtones. On nous permettra 
de dire que cette proposition est assez hasardée : les Capitulaires sont là pour 
l'attester. 

Malgré tout ce que l'œuvre de M. Gérard présente de remarquable, tant 
sous le rapport de la forme que sous celui du fond, il faut reconnaître qu'à 
cette grande érudition ne correspondent ni l'impartialité, ni la sobriété qui 
sont l'apanage du véritable historien. Il y a là un système trop complet d'ex- 
clusivisme, un espèce de parti pris de dénit'i'emenl, je dirais même de l'into- 
lérance, si ce mot n'était usé par un emploi trop fréquent aujourd'hui. 

Nous n'avons pas l'intention de discuter les opinions de M. Gérard; cela 
nous demanderait trop de temps, et le cadre de ce compte rendu, du reste, 
nous l'interdit. Toutefois, nous nous pcrnielirous une observation, fort itn- 



— 236 — 

partiale, car notre position même dans le Messager nous fait un devoir de 
celte qualité. 

Si les Francs n'avaient pas subi l'influence romaine, ils auraient conservé 
leurs institutions, au nombre desquelles il y en avait, il est vrai, d'exeel- 
lentes; mais qui peut nous assurer, que leurs descendants, nous, par consé- 
quent, serions arrivés plus tôt au degré de civilisation auquel nous sommes 
parvenus aujourd'hui? Ne serions-nous peut-être pas plutôt encore, à peu 
de chose près, là où en étaient au temps de Clovis, les peuples dont la bar- 
barie fait l'admiration de M. Gérard? Et si au lieu de cela, les Francs avaient 
fait dans la suite des temps quelques progrès, qui nous dira si c'eut été par 
leurs propres lumières, et non par suite de l'influence étrangère? L'auteur, 
cependant, tranche celte question : « Sans cette altération, dit-il (t. I, p. 168), 
la féodalité n'aurait jamais vu le jour. L'ordre social des Francs se serait 
développé dans le sens du progrès moderne, et sous la forme fédéralive, de 
la même manière à peu près qu'aux Étals-Unis d'Amérique. » Du reste, met- 
tant de côté la discussion scientifique, nous ferons observer que pour se don- 
ner le droit de dire que si tel événement n'était pas survenu, il y a mille ans, 
il s'en serait produit tel autre qu'on indique, il faut préjuger beaucoup de 
la perspicacité humaine. 

Quant à la féodalité que l'auteur fait dériver uniquement du système ro- 
main, un grand nombre d'auteurs recommandables sont d'avis qu'elle est 
plutôt le fait de la conquête des Francs qui firent toutefois certains emprunts 
anx institutions romaines. Un système politique, du reste, ne s'établit pas 
généralement ex abrupto,- il ne peut donc pas être considéré comme emprunté 
exclusivement à l'un ou à l'autre peuple; mais se formant petit à petit, il 
passe graduellement par des changemenis, des transformations, l'une fois, 
nées fatalement des circonstances, d'autres fois empruntées ailleurs, jusqu'au 
moment où il puisse être considéré comme réunissant les éléments d'un 
système complètement organisé. 

Emile V... 

PoRTRiiTS ÉMiiLLÉs DU XVl^ SIÈCLE. — Dans une généalogie de la famille de 
Brade, .MS. reposant aux archives de la ville de Gand, on lit la mention sui- 
vante : << Erasme de Brade, s^ de Varcmbeke, etc., a encore pour le jourd'huy, 
» anno 1369, les pourtraitures de ce dit Jean de Brade et DamoiscUe Marga- 
» rela de Vaernewyek, sa dite femme, faiets en argent à l'antique où que l'on 
» voit leurs armoyries et accoustremens en coleurs. Ce qui est beau à veoir 
» pour la dextérité de l'antiquité y représentée. » 

Ces portraits dataient vraisemblablement de la fin du XIV"^ siècle, car Mar- 
guerite de Vaernewyek clait veuve eu 1402. Ils devaient être émaillcs d'après 



la description que Ton en donne, el il faut supposer qu'ils étaient remarqua- 
bles, pour qu'à celte époque Ton en fasse un pareil éloge. 

Le manuscrit dont nous extrayons celle note, est du reste un des plus inté- 
ressants des areiiives communales de Gand. C'est une sorte de mémorandum 
de famille dans lequel on trouve enire autres la relation du voyage de J. de 
Brade, qui accompagna l'ambassadeur Guillaume Rym, seigneur de Bellem, 
à Constanlinople en 1345, et une nomenclature liéralilique de loules les fa- 
milles nobles qui existaient au XVI« siècle en Flandre, avec la description 
détaillée de leurs armoiries. C'est un document précieux rédigé par Erasme 
de Brade et au moyen duquel on peut blasonner bien des écussons qu'il est 

impossible de déchiffrer aujourd'hui. 

Stm. 

Etudes généalogiques. — M. le chevalier Schoutlieete de Tervarent, qui s'oc- 
cupe spécialement de cette branche des études historiques, vient de mettre 
la main, en quelque sorte par liasard , sur une découverte fort inléres- 
sante. Jusqu'à ce jour on n'était pas encore fixé sur le nom véritable de 
l'auteur des ouvrages intitulés : « Quartiers généalogiques des familles nobles 
des Pays-Bas, » et « Fragments généalogiques. » On atlribuait le premier au 
comte Joseph de Saint-Génois, ou à l'oflicial DumonI; le second élait généra- 
lement considéré comme l'œuvre de ce dernier el catalogué comme tel. Les 
initiales L. J. P. C. D. S. ne se rapportaient cependant aucunement à l'un ou 
à l'autre de ces deux auteurs. 

« Voici notre document el le mot de celte énigme, dit M. de Schoutlieete dans 
le 26 vol. du Bibliophile belge. Ouvrons un excellent manuscrit d'Emmanuel- 
Marie-Jean vander Vynckt, haut-échevin du Pays deWaes. » C'est dans ce MS., 
écrit de 1770 à 1818, que notre savant ami s'occupe de publier, qu'il a trouvé 
les citations suivantes à propos de François-Joseph de Castro y Toledo, haut 
écbevin du Pays de Waes de 1719 à 1763 : 

« Pendant ses loisirs il composa plusieurs manuscrits en matière héraldique 
et généalogique, imprimés après sa mort par ses beaux-fils, mais pas sous son 
nom. ■> Ce sont : « Quartiers généalogiques des Pays-Bas, 1776; Généalogie 
de quelques familles des Pays-Bas, 1774; Fragments généalogiques, 1774, 
Genève; Recueil généalogique des familles originaires des Pays-Ras, 1778. » 

Voilà donc un état-civil parfaitement régularisé, et cela par un homme 
que personne, à coup sûr, n'osera taxer d'imposture. Nous nous hâtons de 
remercier M. le chevalier de Schoulheete de son empressement à mettre le pu- 
blic dans la confidence de sa découverte et de lui présenter nos félicitations. 

Emile V... 



— 258 — 

CARiCTÉfliSTiQUE DES ARMOIRIES. — Le P. Cailler et le R. M"- Husebelh (!) ont 
publié, l'an en français, l'autre en anglais, un Caractéristique des Saints, c'est- 
à-dire, le premier, une nomenclature des altributs qui caractérisent les saints, 
le second, une liste même de saints, groupés dans l'ordre des attributs qui s'y 
rapportent. Ces deux ouvTages sont aujourd'hui indispensables à tous ceux 
qui entreprennent des recherches sur les sujets d'anciens tableaux sacrés, de 
miniatures, de gravures sur bois, de sculptures et de motifs d'ornements de 
toute espèce. 

Des recherches semblables, mais dans un autre ordre d'idées, ne seraient 
pas moins précieuses pour l'art du blason. Que de fois le savant a pu, à laide 
de la connaissance des meubles d'un écusson, préciser la date d'exécution ou la 
nationalité d'une peinture, d'un monument, d'une tombe presque fruste ou 
d'un objet d'art quelconque. M. le Baron Surmont et son fils. M' A. Surmont, 
ont depuis longtemps réuni des matériaux pour dresser une liste des pièces 
héraldiques que l'on rencontre, surtout aux Pays-Bas, dans la formation des 
armoiries. Tous ces mots techniques, patiemment recueillis, seront réunis 
dans l'ordre alphabétique, et à la suite de chacun d'eux seront placés les noms 
des familles dont le blason porte la pièce indiquée. Il n'est pas nécessaire 
d'insister sur l'utilité d'un pareil travail. Aussi faisons-nous des vœux pour 
que M.M Surmont réalisent le plus tôt possible leur projet de publication. 

J. D. S. G. 

Nedvième Congrès littéraire Néerlandais. — C'est en 1849 qu'eut lieu le 
premier Congrès littéraire Néerlandais. Gand fut choisi alors pour le lieu de 
réunion de cette assemblée pacifique, où, pour la première fois depuis 1850, 
se trouvèrent en contact les représentants de la littérature des deux fractions 
des Pays-Bas, pour lesquelles la langue des Maerlant, des Vondel et des Cats 
est demeurée un puissant élément de nationalité. C'est encore à Gand que vien- 
dront se rencontrer cette année sur le terrain littéraire les hommes distingués 
de deux royaumes voisins et amis. Le neuvième Congrès tiendra ses séances 
les lundi 19, mardi 20 et mercredi 21 août prochain. Les principaux sujets 
qui figureront à son programme se rapportent : 

l» A la langue et à la littérature néerlandaise; 

2" A l'histoire et aux antiquités; 

3" Au théâtre et au chant; 

4" A la librairie et à ses intérêts divers. 

La Commission directrice est composée de .MM. De Maere-Limnander, pré- 

(1) Emblèmes of Saints, London, in-18. 



— 2o9 - 

sidenl, Heremans et Rolin-Jaeqiiemyns, vicc-présiJciiIs, Jul. Vuylslckc cl 
Max. Rooses, secrétaires- 

iNous engageons toutes les personnes qni prennent intérêt au développe- 
ment de la liltéraliire et de la langue flainaïuie à se faii'e inscrire au nombre 
des membres de ce Congrès. Les adhésions doivent être adressées à M Rooses, 
l'un des secrétaires. 

Académie royale de Belgique. — La classe des letlrcs do rAcadcmie royale 
de Belgique a tenu le 9 mai 1867 sa séance publique annuelle dans la grande 
salle du Musée. 

La séance était présidée par M. Roulez, assisté de M. Quelelet, secrétaire 
perpétuel, et de M. le Baron Kervyn de Lettenliove. 

M. Mathieu a lu une poésie inédite à S. A. R. le Comte de Flandre et M. Tho- 
nissen un travail intéressant inlilulé : Une Bibliothèque belge. 

Après que M. Quelelet eût donné connaissance des résultats des élections et 
des divers concours, il a été procédé à la distributioii des médailles. Une mé- 
daille d'or a été remise ù M. Poulet, professeur à Louvain, pour son mémoire 
sur VHisloire du droit pénal dans Cancien duché de Brabanl. Une médaille 
d'argent a été décernée à M. Camille Picqué, auteur du mémoire en réponse 
à la question : Apprécier le lalenl cl le rôle politique de Chastelain; ce travail 
n'ayant pas été jugé digne de la médaille d'or. 

Quant au prix de Stassart et au concours triennal de littérature drama- 
tique, aucun des ouvrages présentés n'a mérité de remporter une distinction. 

CoNcocRS DE 1867-1868. — Dans sa séance du 5 juin, la classe des lettres 
de l'Académie royale de Belgique a arrêté comme suit son programme de 
concours pour 1868 : 

Première question. — « Déterminer rinduence que l'élablissement des co- 
lonies saxonnes sur le littoral a exercée sur les mœurs et les institutions de 
la Flaadre. » 

Deuxième question. — « Faire l'histoire des relations politiques et admi- 
nistratives qui *nt existé entre la Belgique et le comté de Bourgogne, jusqu'à 
la conquête de ce dernier pays par la France. » 

Troisième question. — « On demande un essai sur la vie et le règne de 
Septime Sévère. » 

Quatrième question — «Jean Lemaire (de Belges) considéré comme poëlc 
et comme prosateur. » 

Cinquième question. — « Exposer les divers systèmes électoraux qui ont été 
successivement iniroduits chez les peuples anciens et modernes. Faire, en 
même temps, ressortir l'esprit dans lequel ces sysièraes ont été conçus et en 



— 260 — 

apprécier les résultats pour la liberté civile et politique, pour Tordre cl la 
prospérité chez ces peuples. » 

Sixième question — « Faire le tableau de l'état de la philosophie au moment 
où out éclaté les mouvements révolutionnaires qui ont agile l'Europe en 1848. 
Faire ressortir l'influence qu'elle a pu exercer sur ces mouvements et récipro- 
quement. Compléter ce tableau par l'histoire de la philosophie depuis 1848 
jusqu'aujourd'hui. » 

Les prix réservés à ces diverses questions seront : pour la première, de 
mille francs; pour la cinquième, de douze cenls francs; pour la sixième, de 
mille francs; et de six cenls francs pour chacune des trois autres. 

Arts, Sciences et Lettres. — La classe des lettres et des sciences morales 
et politiques de l'Académie royale de Belgique a inscrit, dans son programme 
de concours de 1869, les questions suivantes : 

Première question. — Faire l'appréciation du talent de Chastellain, de son 
influence, de ses idées politiques et de ses tendances littéraires. 

Deuxième question. — Faire l'histoire du droit pénal dans le duché de 
Brabant, depuis l'avènement de Charles-Quint jusqu'à la réunion de la Bel- 
gique à la France à la fin du XVIlle siècle. 

Troisième question. — Faire une description statistique d'une commune du 
centre des Flandres, de 2,000 habitants au moins, propre à faire apprécier, 
en les comparant, la condition piiysique, morale et intellectuelle des cultiva- 
teurs flamands, ainsi que l'état de l'agriculture au siècle passé et même anté- 
rieurement et aujourd'hui. 

Quatrième question. — Traiter de l'histoire politique de la Flandre depuis 
l'an 1305 jusqu'à l'avénemenl de la maison de Bourgogne (1382), en s'atta- 
chant principalement aux modifications qu'ont subies, à celte époque, les 
institutions générales du comté et les institutions particulières de ses grandes 
communes. '^ 

Cinquième question. — Quelles ont été les tendances politiques et sociales 
des hérésies, depuis l'origine du christianisme jusqu'à la fin du XV« siècle? 

Le programme fait, au sujet de celle dernière question, la recommandation 
suivante : 

« L'auteur devra écarter la discussion des doctrines religieuses des sectes 
cl se borner, autant que possible, à signaler leurs tendances sociales et po- 
litiques. » 



— 261 — 
MONOGRAPHIE 

DR 

L'ANCIENNE ÉCOLE DE PEINTURE 

DE LOUVAIN (I). 



IX. 
Thierry Dont»». — Ses ociiTpes. 

Au commencement du XIX* siècle, les œuvres de 
Thierry Bouts fuient tour à tour attribuées à Rogier 
vander Weyden, Josse de Gand, Memlinc, Hoibein, et, 
ce qui est plus étonnant sans doute, à Quentin Metsys. 
En 1853, un de ces hasards qui sont des bonnes fortunes 
pour ceux qui s'occupent de l'histoire de Tart, permit de 
faire connaître, d'une manière certaine, deux peintures 
sorties de son pinceau. M. Gusiave Waagen, le savant di- 
recteur du Musée de Berlin, avait, en 1824, appelé l'atten- 
tion des amateurs belges sur un passage du livre de Karel 
van Mander relatif aux vieux peintres de Haarlem, en les 
engageant à faire de nouvelles investigations sur l'ancienne 
école de cette commune hollandaise, ainsi que sur la simi- 
litude qui la rattache à celle des van Eyck. Depuis lors 
on n'épargna ni peines ni veilles pour parvenir à trouver 
quelques détails sur ces artistes. Or, feu M. le conseiller 
Cannaert rencontra, en 1833, dans un manuscrit appar- 

{{) Suite, voir année 1866, pp. 1 cl 241. 

1867. 19 



— 262 — 

tenant à M. Aug. van Hoorebeke, de Gand, quelques ren- 
seignements sur Thierry Bouts , et ces renseignements 
avaient justement rapport aux deux tableaux que l'artiste 
exécuta pour rHôlel-de-ville de Louvain, et que le temps a 
épargné. Il ne tarda point à communiquer le manuscrit à 
M. Liévin de Bast, l'investigateur patient de l'histoire de 
l'art national. M. de Bast trouva les détails fort intéres- 
sants et s'empressa de les faire insérer dans le Messager 
des Sciences et des Arts de la Belgique (i). Nous allons tra- 
duire du flamand le premier passage : « En l'an 1 4G8, furent 
exécutées deux peintures par Maître Thierry Stuerbolt, 
qui se trouvent dans la chambre du Conseil, l'une où l'em- 
pereur fait faire justice d'un comte de sa cour, accusé par 
l'impératrice d'avoir voulu attenter à son honneur; l'autre 
où l'empereur fait faire justice par le feu, de son impéra- 
trice, parce que l'accusation fut trouvée fausse; ces deux 
peintures furent estimées 2G0 couronnes de 62 plecken la 
pièce (2). » 

La découverte de M. Cannaerl avait une valeur réelle : 
elle faisait connaître d'une manière exacte deux produc- 
tions de ce Thierry de Haarlem, dont Karel van Mander 
nous avait laissé un si grand éloge, et comblait une lacune 
considérable dans l'histoire de la peinture aux Pays-Bas. 

La notice de M. de Bast fut accueillie avec intérêt. 



(1) Année 1833, t. J, pp. 17 à 22. 

(2) « Anno 1468 worden ii slucken scliildereyen gemaeckt by M^ Dierick 
Stierbodt, die in de Raelcamere slaen, d'eene daer de Keysere juslilie doel 
doen over eenen Grave van hove, voerl belichlen van de Keyserinne, van dat 
hy haer oneerbaerheyl te voren gelecht hadde; ende d'andere daer de Keysere 
over zyne Keyserinne justitie doel, metten brande, daert voirseyde belichlen, 
vaisch bevonden wirt; die geexstimeert waeren op il" xxx (250) croonen le 
Ixii plecken "t stuck. » Annales el antiquités de Louvain. 

B Le manuscrit contient eu grande partie, dit M. De Bast, des extraits des 
comptes de la ville de Louvain; en plusieurs endroits il cite la rubrique sous 
laquelle est porté l'objet qu'il transcrit et il finit à l'année 1489. La copie' en 
est faile vers le milieu du XV11« siècle, » Messager, 1833, p. 18. 



— ^265 — 

Noire ami Charles Piol en parla, en 1839, dans une noie 
de son Histoire de Louvain (i). De noire côté, nous appe- 
lâmes l'allenlion de nos concitoyens sur Thierry Bouts 
dans un écrit publié en 1846(2). Depuis lors nous n'avons 
cessé de faire des efforts pour rétablir, dans notre ville, la 
mémoire de ce grand artiste. C'est d'après nos indications 
que les premières recherches sur Bouts furent entreprises 
à Louvain. A la fin de 1846, nous remîmes à l'employé, 
alors chargé de nos archives communales, une note extraite 
du travail de M. de Basl, en le priant de vouloir parcourir 
attentivement les comptes de la ville des années mention- 
nées dans ce travail. Il essaya quelques recherches et trouva 
des renseignements précieux. M. Schayes, en visitant, en 
1847, nos archives, s'empara de ces détails et s'empressa 
de les communiquer à la classe des Beaux-Arts de l'Aca- 
démie royale de Belgique, qui en vota la publication dans 
le bulletin de ses séances (s). En 1849, nous publiâmes 
notre première notice sur Bouts. Elle était, nous aimons 
à le reconnaître, très-incomplète. Nous avions été obligé 
de suppléer, au moyen de conjectures plus ou moins heu- 
reuses, plus ou moins hasardées, à ce qui nous faisait 
défaut pour établir certains points de cette biographie (4). 
Un passage concernant l'artiste dans le manuscrit de Mo- 
lanus, retrouvé, en 1853, à la Bibliothèque de Bourgogne, 
nous engagea à entreprendre de nouvelles recherches, tant 
dans les archives de la ville que dans celles de la collégiale 
de Saint-Pierre. Nous en publiâmes le résultat en I808 (rj). 



(1) Pag 230, noie 1. 

(2) Notice sur le peintre Quentin Melsys, Louvain, 1846, in-S". 
(5) Bulli'lin de l'Académie royale de Belgique, t. XIII, p. 354. 

(4) /.es Artistes de l' H ùlel-de-ville de /.ouvain, in-12, pp 101-193. 

(5) Nedcrlandsehe kunslenaars vermeld in de onuilgegevene Geschiedcnis 
van Leuven van J. Molanus, dans la Dielsche Warunde de M"" J.-A. Albeb- 
DrNCK Thijm, Amslerdam, 1858, t. IV, pp. 15-43; voyez aussi noire Louvain 
monumental, pp. 139 à 142. 



— 264 — 

M. Nieuvvenhuys (0 et moi nous avions attribué à Bouts 
les deux admirables peintures qui ornent l'église de Saint- 
Pierre et qui représentent le Martyre de saint Érasme et 
la Cène. Mais les connaisseurs les plus expérimentés se 
prononcèrent contre notre opinion. On. continua de recon- 
naître dans ces deux pages ravissantes le pinceau de 
Memlinc. Or, elles appartiennent positivement à notre ar- 
tiste. En compulsant les comptes de la confrérie du Saint- 
Sacrement, établie à Saint-Pierre, nous fumes assez heureux 
pour retrouver la quittance autographe, délivrée, en 1468, 
par Bouts, lors du paiement du rétable qui représente 
la Cène. A partir de ce moment, le doute n'était plus pos- 
sible : deux glorieux chefs-d'œuvre de notre école primi- 
tive étaient restitués à leur véritable auteur. Ces diverses 
découvertes nous flrent songer à rédiger une nouvelle notice 
sur Bouts. Mais comme il était à notre connaissance que les 
registres aux réalisations de l'ancien échevinage de Louvain, 
déposés au Greffe du tribunal de notre ville, renfermaient 
des renseignements généalogiques sur l'artiste, nous réso- 
lûmes de les compulser avant de publier notre nouveau 
travail. Par lettre du 5 février 1861, nous nous adressâmes 
à l'honorable M. Prosper Poullet, président du tribunal de 
Louvain, à l'effet d'obtenir l'autorisation de compulser quel- 
ques-uns des registres dont nous venons de parler. Ce ma- 
gistrat nous fit connaître, par sa lettre du 9 du même mois, 
que les registres se trouvaient à notre disposition. Nous 
en examinâmes immédiatement quelques volumes; mais 
chargé d'autres travaux, nous nous vîmes, bien malgré 
nous, forcé de renoncer à cette tâche. En attendant, nous 
publiâmes sur Bouts une nouvelle notice (a), qui, bien que 
fort incomplète au point de vue généalogique, fut accueillie 



(1) C.-J. NrEUWENiiuvs, Description de la galerie de tableaux de S. M. le roi 
des Pays-Bas, Bruxelles, 1843, in-S", p. 10. 

(2) Revue belge el étrangère, t. XI, p. 306 et 728. 



— 2G5 — 

avec faveur. Ce ne fut qu'en juin 1 863 que nous avons repris 
nos recherches dans les registres de i'éclievinage pour élu- 
cider les points encore obscurs de la vie de Bouts (i). Nous 
en avons publié les résultats dans le précédent paragraphe. 

En compulsant les protocoles dont nous venons de par- 
ler, nous avions constaté que Bouts dicta son testament, le 
27 avril 1475, devant le notaire public Jean Amelen, clerc 
du diocèse de Cambrai; mais nous n'étions pas parvenu à 
découvrir le texte de ce document, dans lequel nous espé- 
rions rencontrer des renseignements tout-à-fait nouveaux 
sur la vie de l'artiste. M. Alphonse VVauters a trouvé ail- 
leurs une copie de cet acte, et il vient de la communiquer, 
accompagnée d'une notice, à l'Académie royale de Belgique, 
classe des Beaux-Arts (séance du 6 juin 1867). D'après 
l'analyse qui en a été insérée dans les journaux, cette pièce 
confirme les renseignements sur Bouts que nous avons fait 
connaître dans le paragraphe précédent. Le testament, ré- 
digé, du consentement de sa seconde femme, dans son habi- 
tation, rue des Récollets, ne mentionne pas sa ville natale, 
que nous connaissions du reste. 11 n'y est qualifié que de 
bourgeois de Louvain ou oppidanus Lovaniensis. L'artiste 
lègue les biens provenant de sa première femme, Catherine 
vander Brugghen, dite Mellen Gelde, à ses deux fils, 
Thierry et Albert, et n'assigne qu'une redevance annuelle 
en grains, ainsi que quelques meubles, à ses deux filles, 
Catherine et Gertrude, qui avaient pris le voile au couvent 
de Dommelen. Il laisse, en outre, à ses fils une lasse d'ar- 
gent provenant de ses parents, ses créances à charge de 
la viile de Louvain, les objets dont il se servait pour pein- 
dre et ses tableaux non-achevés. A sa seconde femme, 
Elisabeth van Voshem, il donne ses autres créances et 



(1) Thierry Bouls dit de Haarlcm, peintre en titre de la ville de Louvain. 
Louvain, 18G4, iii-S». 



— 266 — 

celles (le ses œuvres qui claient complélement terminées (i). 
Celle pièce, bien qu'elle ne conlienne, d'après ce qui pré- 
cède, que peu des renseignements qui nous étaient restés 
inconnus, offre cependant un intérêt réel pour l'histoire de 
l'art, par le motif qu'elle se rapporte à l'un des plus grands 
coloristes du XV^ siècle. 

JNous allons nous occuper maintenant des travaux de 
Thierry Bouts. 

On ne connaît pas les œuvres de la première époque 
de Bouts. Nous pensons que ces peintures existent encore, 
au moins en partie; mais qu'elles sont attribuées à d'autres 
coloristes du XV* siècle. On parviendra un jour à les res- 
tituer à leur véritable auteur, en les confrontant avec les 
pages connues du grand artiste. C'est une recherche que 
nous recommandons vivement aux investigateurs de l'his- 
toire de notre école primitive. L'entreprise est moins difficile 
qu'on ne le suppose. Quand devant des pages authentiques 
on s'est profondément imbu des qualités et des défauts, 
de la manière et du caractère d'un maître, on marche d'un 
pas ferme dans la recherche de ses autres productions, et 
devant chaque nouvelle œuvre on affermit son jugement. 
Mais pour exécuter un pareil projet, il faut être en position 
de voir beaucoup. Peu de bojis tableaux anciens ont été 
détruits; mais beaucoup se trouvent hors du pays. Si nous 
avions assez de fortune et de loisir pour visiter tous les 
musées de l'Europe, nous retournerions assurément de ce 
voyage avec l'inventaire complet des tableaux de Thierry 
Bouts. 

Selon Pierre du iMont, l'un des commentateurs de 
Guicciardini, Bouts avait exécuté, pour le couvent des 
Réguliers, à Haarlem, un tableau représentant la vie de 

(1) Écho du Parlement, n» du 12 juin 1867. 



— 267 - 

mint Bavon. Ce tableau, qui était « exquis, labouré avec 
toute patience, » se trouvait, en 1G09, à Ilaarlem, chez un 
amateur, T. Blin. Depuis lors il n'est plus mentionné dans 
les publications sur l'histoire de l'art, et notre collègue à 
Ilaarlem, M. Enschedée, n'a pu nous donner des ren- 
seignements sur son sort ultérieur. Cependant cette pein- 
ture doit encore exister. Une œuvre qui jouissait d'une 
réputation aussi éclatante, et qui se trouvait entre les 
mains d'un homme éclairé, n'a pu se perdre. Si un accident 
l'eût détruite, il nous semble qu'il en serait fait mention 
dans l'un ou l'autre écrit. 

En 1462, Thierry Bouts termina, à Louvain, le trip- 
tyque dont parle van Mander dans le passage de son livre 
que nous avons traduit plus haut. Le panneau central 
offrait, ainsi qu'il a été dit, la Tète du Sauveur, et les 
volets, celles des apôlres SS. Pierre et Paul. En 1607, ce 
triptyque se trouvait dans le cabinet de Jean Buytenweg, 
à Leiden. Depuis lors on n'en trouve malheureusement 
plus mention dans l'histoire. 

L'église du Saint-Sauveur, à Bruges, possède un trip- 
tyque, qui passa longtemps pour une production de 
Memlinc et qui appartient positivement au pinceau de 
Bouts. Ce qui le prouve d'une manière incontestable, c'est 
qu'on y retrouve les types des personnages, les vêlements 
et les fonds qu'on observe dans le Martyre de saint Érasme, 
de notre artiste. Ce triptyque, qui appartenait autrefois au 
métier des porteurs de chaux, se trouve dans le bas côté 
sud de l'église. C'est une œuvre d'une grande beauté de 
couleur et d'une extrême délicatesse d'exécution. Le panneau 
central représente le Martyre de saint Hippolyte au mo- 
ment où on va l'écarteler. Le saint est dépouillé de ses 
vêtements et se trouve étendu par terre. Quatre chevaux 
sont attachés à ses membres; deux à ses mains et deux à 
ses pieds. Ces chevaux sont montés, à l'exception de celui 



— 268 — 

qui se trouve attelé au pied gauche, et dont le conducteur 
marche à côté de l'animal en le fouettant. Trois juges sont 
assis au second plan; un quatrième remet une branche d'ar- 
bre à l'un des conducteurs, pour exciter son cheval. Le 
saint est encore intact, mais il ressent les premières secous- 
ses. Il a le corps maigre et nerveux, sa physionomie se con- 
tracte; il ouvre la bouche et jette un cri en regardant le ciel. 
Le fond offre une vue prise dans les environs de Louvain. 

Le volet gauche représente un épisode de la vie de 
saint Hippolyte. La scène se passe au pied d'une montagne 
sur laquelle s'élève un manoir féodal, qui n'est autre que 
le Château César, à Louvain. Le personnage qui parle au 
saint, se reproduit, d'une manière identique, dans le mar- 
tyre de saint Érasme. Le volet droit représente les dona- 
teurs Hippolyte de Berlhoz et Elisabeth de Kerverwyck, 
sa femme. Les revers des vantaux offrent, en grisaille, 
saint Hippolyte, sainte Elisabeth de Hongrie, saint Char- 
les et sainte Marguerite, patrons des donateurs, leur fils 
et sa femme; on y observe aussi leurs armoiries. La sainte 
Marguerite est d'un type très-grâcieux. « Ce tableau, dit 
M"" James Weale, a été restauré et retouché, de sorte que 
peut-être le ton et le coloris sont changés en certains en- 
droits; les volets à l'intérieur sont le mieux conservés; 
le volet droit, froid de tons par sjuile de l'enlèvement des 
glacis, est tendre et délicat dans ses contours; l'extérieur 
a beaucoup souffert (i). » 

Le chapitre de Saint-Pierre, à Louvain, céda, en 1433, 
à la Confrérie alors nouvellement instituée du Saint-Sacre- 
ment, deux chapelles absidales, au nord de léglise, pour 
y ériger des autels, ainsi qu'un endroit sous une arcade 
des piliers du chœur, pour y établir un tabernacle (2). 



(I) M"" W -H. James Weale, Bruges et ses environs, Bruges 1862, p. 67. 
(2j On lit ce qui suit dans Tacle du chapitre en date du 7 janvier 1453 : 
« De eersie en Iweede ronde Capellen naer den noord kant van den omloop 



— 269 — 

Cette association fll élever dans la première chapelle, qui 
était très-petite, un autel en Tlionneur de saint Erasme, 
évéque et martyr, et dans la seconde, qui était plus spa- 
cieuse; un autel en l'honneur du Saint Sacrement. Au 
Fnilieu du XV* siècle, la confrérie, qui nous occupe, élait 
devenue Tune des associations pieuses les plus nombreuses 
et les plus importantes de la commune. C'est à cette époque 
aussi qu'elle fil orner ses deux chapelles d'une manière 
splendide. Bouts exécuta deux rétables pour les oratoires 
de la confrérie. Molanus, en parlant, en 1575, de notre 
artiste, dit que ses travaux se trouvaient à l'église de Saint- 
Pierre, savoir» deux autels du Saint-Sacrement qui se re- 
commandent beaucoup sous le rapport de l'art (i). » Ces 



van onze nieuwe clioor, gelegcn in het opgaen van de Capelle (.sic), ontrint 
vierkantig aenraekende aen ons Kapillel-liuys, naer don ooslen, met de plaels 
of grond van den omloop van onze gezeyde nieuwe coor, op de wyse gelyck 
zy in 't lang en breede uylgestrykl en beslolen is, lusschen de uyterste païen 
van de zes pilaeren, te weten : van de dry van de gezeyde Iwee ronde capellen, 
en van de dry van onze choor, legens over de voorzeyde pilaeren, en die mel 
deze saemen werken : en ecne plaetse in den muer, van onze gezeyde nieuwe 
choor tegens over eene van de gezeyde Ronde Capellen, in de welke ecrbiede- 
lyk zullen gestell worden de ciborien van dit Alderweerdigste en Alderhey- 
ligsle Sacrament, ten onkosie des zelve Broedersclinp. » Voyez Broederschap 
van het Aid. Sacrament, opgcregt in de Parochiale en Collégiale kerk van 
Sle Peeter, le Loven, in lieljaer 1433. Tôt Lovcn, 1783, in-12, p. 12; Lou- 
vain monumental, p. 180. 

(1) D'après le texte de Molanus, édité par feu Jlgr De Ram, ces deux tableaux 
seraient l'œuvre de Thierry Bouts fils, ce qui est inexact. Nous avons examiné 
le passage dans le manuscrit autographe du savant docteur de Louvain. A l'ai-- 
licle Thtodoricus Bouts ulerr/ue, il y a une longue phrase omise, mais ajoutée 
après coup par Molanus lui-même, qui annotait au fur et à mesure qu'il dé- 
couvrait des renseignements utiles. Or, la rédaction primitive attribue les deux 
tableaux de la Confrérie du Saint-Sacrement à Thierry Bouts père. Voici la 
disposiliou du passage dans le manuscrit : 

l Mortuus anno a;tatis7S,dominilW0, Cubiut isventob in descbibi-udo hiibb 
die 6 niait Ejus et filiorum ejus Theodo- 1 opcs sdst is Ecclesia Divi Petbi uuo 
rici et Alberti effigies extant apud Mi- alt.vbia Venebabilis Sacruifuti, qu« mui- 
nores, e regione suggestus. 2 Theodorici tum ex akte co»»eiidai<tdb. 
filii. 

On sait que l'hisloire de Louvain de Molanus n'est pas un travail achevé, 



- 270 — 

deux Iriplyques sont parvenus jusqu'à nous. L'un repré- 
sente le Martyre de saint Érasme, l'autre la Cène, deux 
chefs-d'œuvre dont nous allons nous occuper. 

Bouts exécuta, avant 1 466, le plus petit de ces deux trip- 
tyques, celui dont le panneau central offre h Martyre de saint 
Érasme et dont les volets représentent saint Jérôme et saint 
Bernard. Ce qui le prouve d'une manière incontestable, 
c'est que le registre aux comptes de la confrérie du Saint- 
Sacrement, de cette année, le plus ancien qui soit parvenu 
jusqu'à nous, ne mentionne aucune dépense pour le tableau, 
non plus que pour l'établissement de l'autel sur lequel il a 
été placé. Gérard de Smet ou Fabri, maître des écoles de 
Louvain, qui avait sa demeure rue des V^aches, près le coin 
de la rue des Augustins (i), et qui mourut en 1469, éri- 
gea à cet autel une fondation de messes en l'honneur des 
55. Érasme, Jérôme et Bernard, qui sont représentés dans 

c'est lin vnste recueil de notes distribuées par chapitres, revêtus quelquefois 
d'un commencement de rédaction, mais le plus souvent jetées sèchement sur 
le papier. Le savant auteur devait peut-être ajouter d'autres renseignements 
après les mots « Thcodorici plii, ■» renseignements qu'il n'avait pas encore 
sous la main. 

Nous pensons que le passage qui nous occupe peut se traduire comme 
suit : 

« Il excellait dans la peinture des paysages. Ses œuvres se trouvent à l'église 
de Saint-Pierre, savoir deux autels (de la confrérie) du Saint-Sacrement, qui 
se recommandent beaucoup sous le rapport de l'art. II est mort la soixante- 
quinzième année de son âge, l'an du Seigneur Hoo, le 6 mai. Son portrait et 
ceux de ses deux fils, Thierry et Albert, se trouvent chez les Récollets, près 
de la chaire de vérité. Thierry son fils.... » II est probable que Molanus, en 
écrivant ce passage, ne se rappelait plus l'année exacte de la mort de l'artiste, 
et qu'il remplaça provisoirement les deux derniers chiffres du millésime par 
deux zéros. Du reste. Bouts doit être né en liOO, et non en lAlO, ainsi qu'on 
l'a prétendu. Son portrait qu'on voit dans la Cène, tableau achevé en 1468, 
annonce positivement un homme de soixante-huit ans. 

(1) « Op den hoeck van der Auguslynslrale, tussehen den selven hoeck en 
den goede Meesters Gheerts de Smet, scoclmeesler 'l Sinle-Pelers. » Acte du 
7 wat 1434, l^e ch. éch. — « Magisler Gerardîjs Fabri, niagister scolarum in 
Lovanio. » Arte du 2'^ Juin 1458, l'^ cli. éch. 



— 271 — 

le tableau de Bouts (i). Il en fut peut-être le donateur. 
Ce fut, à n'en pas douter, la beauté du triptyque dont 
nous venons de parler, qui engagea les maîtres de la con- 
frérie du Saint-Sacrement à confier à Bouts Texéculion d'une 
œuvre capitale destinée à être placée sur l'autel de leur cba- 
pelle principale. Le panneau central de ce triptyque devait 
représenter la Cène, et les quatre volets devaient porter 
quatre scènes de la Bible, se rapportant symboliquement 
à l'institution du saint Sacrement. L'artiste en fut chargé 
avant 1466 et y consacra plusieurs années. C'est avec un 
touchant intérêt que nous avons lu le compte qui se rapporte 
à l'exécution de ce chef-d'œuvre. Il prouve une fois de plus, 
combien le goût de la belle peinture était alors populaire à 
Louvain. La confrérie n'était pas en mesure de payer à elle 
seule le triptyque; mais elle comptait sur le concours des 
fidèles, et, au premier appel, le public lui vint en aide. On 
vivait dans une atmosphère artistique. Si pauvres qu'ils 
fussent, les gens du peuple avaient une obole à donner pour 
encourager les artistes. On reçut en outre des dons spé- 
ciaux. Un citoyen donna un florin du Rhin; une bonne 
femme, qui ne déclina pas son nom, offrit un demi-écu d'or 
pour l'achèvement du tableau (2). Bouts fut payé en à-comp- 
les. Le 4 juillet 1466, il reçut 13 florins du Rhin (3). L'ar- 



(1) Le regislre aux comples de la confrérie, de 14-66 à 1 321, renferme l'an- 
notation suivante : « Item, voer nicesler Giiert, dy scholcmees/er, sal men aile 
jaer iij messen senglien : ilem, op Sente- Jhcronimus ej'n; item, op Sent Ber- 
nart dach eyn; item, op Sent- fier asmus dach eyn. » 

(2) « Item, ontfaen eenen rynsguldcn die ons ghegeven es loi onser Tafelen, 
10 seplember 1466. — Item, ontfaen 8 stuvers voer 1/2 scilt, die een goede 
vroitw ghegeven heefl toeter Tacfele. » Comples de la confrérie du Saint-Sacrc- 
mcnt. Il est à regretter que les registres de 14-33 à 1463 sont perdus. Celle 
circonslance nous empêche de recueillir des renseignements sur les premières 
dépenses faites pour le triptyque. 

(3) « Item, betaelt meester Diereken Bouts, op 'l werck van onser Taefelen, 
13 rynsguldcn, sluck te 20 stuyvers, 4 daghe in julio 1466. — flem,... op 
den 6 dach van auguslo, meester Diereken Boutss, op 't werck van onser Tac- 



27"2 

lisle acheva son œuvre en 14G8. On lui paya alors une 
dernière somme de 29 florins du Rhin. Bouts délivra, à 
cette occasion, une quittance que nous eûmes le bonheur 
de retrouver. Elle est écrite de sa propre main sur une 
feuille du compte de la confrérie du Saint-Sacremenl de 
1468. Nous allons la traduire littéralement, tout en re- 
produisant le texte original au bas de celte page : 

« Je Thierry Bouts, me déclare satisfait et entièrement 

PAYÉ de l'oeuvre QUE j'aI EXÉCUTÉE POUR LA CONFRÉRIE DU 

Saint-Sacrement (i). » 

Après ces lignes, que nous avons fait reproduire en fac- 
similé, au bas du portrait du peintre, dans notre Lonvain 
monumental, on lit l'annotation suivante : « Cette cédule est 
la quittance écrite de la propre main de Maître Thierry, 
par laquelle il reconnaît et déclare être entièrement payé 
par les quatre directeurs de la confrérie du Saint-Sacrement, 
savoir : Jean Audenrogrje, Gérard Redemans, Erasme van 
Baiissele et Piéride Heykens (2). » 

Le triptyque de Bouts fut posé sur l'autel du Saint-Sacre- 
ment. Maître Josse Metsys, père de Quentin Metsys qui 
devait se signaler d'une manière si éclatante dans le do- 
maine de l'art, y plaça une serrure. Celte serrure devait 
être ouvragée avec goût, attendu qu'on la paya 29 sols (3). 



fcten 8 rynsgulden, stock te 20 st. — Belaelt aen messier Diebic van der 
Tafelen, 29 rynsgulden, van 20 sluvers. » Comptes cités. 

(1) « le DiERic Bouts KEN^E mi vermucht en vol betielt als van den werc 

DAT IC GHEMAECT BEBBE DEN IIeILICUEN SacRAMENT. » 

(2) « Item, dit is die sele van messter Dryeric, kent en lyt dat hy es voel 
'volj betaelt, en selve gheschreven met synder liant, van den iiij messiers van 
den Scakermenle, te Loven, dat was Jan Ouwe Rogge, en Groet Relemans, 
en Raes van Bausselle en Pieter Heykens. » Voyez : Doude Boeck van den 
Mcycrien van den Bruederscap van den hcyligen Sacraments van Ste-Peelers, te 
Lovcn, beghinnende in denjare ons lleren xiiiJ<= en lxvj, aprilis xxja (21 avril 
1466). La quitlancese trouve folio H r», après la date du 9 février 1468. 

(3) « Item, betaelt meester Joes van cncn sloete aen ons Tacfcle, 20 slu- 
vers. » Compte cité, 1468. 



— 275 — 

Eii 1470, le triptyque fut entouré d'orncuients en cuivre 
coulé par Henri van Henegauwe, de Malines. C'était un 
travail remarquable. Il fut surmonté, en 1478, d'une ni- 
che, couronnée d'une tourelle à jour, le tout exécuté d'après 
les dessins de Mathieu de l.ayens, par les sculpteurs André 
et Antoine Keldermans, de Malines. La niche était garnie 
d'une statue de la sainte Vierge (i). 

La confrérie tenait les deux triptyques de Bouts en 
grande estime. Nous avons vu plus haut, que les h'Is du 
grand artiste enluminèrent, en 1487, les volets de la Cène. 
En 1555, le peintre Pierre Willems fut chargé de nettoyer 
le saint Erasme et d'en dorer le cadre. On lui paya ce tra- 
vail 2 florins du Rhin (2). Pendant tout le XVI'' siècle, les 
deux tableaux furent l'objet de l'admiration des connais- 
seurs, ainsi qu'il résulte des paroles de Molanus. Mais au 
siècle suivant, ils furent compris dans la proscription que 
l'école de Rubens promulga contre les œuvres de notre école 
primitive. Les autels, qui portaient les triptyques, furent 
démolis. Celui de Saint-Erasme resta supprimé, et celui 
du Saint-Sacrement fut remplacé par un autel moderne, 
orné d'une toile représentant la Cène, par Victor-Honoré 
Janssens, de Bruxelles. Mais, tout en donnant satisfaction 
au goùl du jour, les maîtres de la confrérie n'aliénèrent 
point les deux chefs-d'œuvre de Bouts. On les réunit, à 
l'exception des quatre volets de la Cène, dans un seul et 
même cadre, et on les plaça à la chapelle de Saint-Érasme, 
au-dessus de l'entrée de la sacristie de la confrérie du Saint- 
Sacrement. C'est là que Descamps les trouva en 17G0. 
« Au-dessus de la porte de la sacristie, dit-il, est placé le 
meilleur tableau que j'ai vu de Quentin Messis(s?c). Il repré- 



(1) Comptes cités. — Louvain monumental, p. 205. 

(2} o Belaelt (aen Pieter Willems) de Tafele van Sinte-Erasmus au(aer 
schoen le maken, en liet Taverncel le vergulden, 2 rinsguldens. » Compte de 
1535. 



— 274 — 

sente la Cène. Il y a beaucoup de vérilé dans les détails, les 
têtes sont jolies, mais toujours avec une sécheresse aride (i). I) 
Ce passage prouve que Descamps n'avait pas de notions 
certaines sur les œuvres de Tancienne École flamande. Dans 
le cadre dont nous avons parlé, le saint Érasme et les volets 
se trouvaient au bas, la Cène au milieu, et Ton voyait au haut 
les Disciples d'Emails, une composition du XVI" siècle, et 
deux petits panneaux représenlant des portraits de famille. 
Nous les avons souvent admirés à cet endroit après 1830. 
Ils étaient alors dans un état déplorable. Des plaques de 
couleur s'en détachaient dans certains endroits, et la fumée 
des chandelles les avait fortement noircis. Grâce aux pres- 
santes démarches de notre regretté ami le sculpteur Charles 
Geerts, la fabrique résolut de les faire restaurer. En 1840, 
les deux tableaux de Bouts furent transposés sur de nou- 
veaux panneaux par L. Morlemard, et ils furent retouchés, 
en 1843, par Charles de Cauvver, de Gand. Cette restau- 
ration occasionna une dépense de 2,249 francs, supportée 
en partie par l'État, en partie par la ville et la fabrique. 

A celte époque les deux peintures passaient encore pour 
des productions de Memlinc, et la phrase : Opiis Johannis 
Eemling fut inscrite en lettres d'or sur le cadre de chacune 
de ces œuvres. On inscrivit également à la même époque 
sur le revers du volet représentant saint Jérôme : « Hem- 
lingh picluram novœ tabtilœ ab L. Morlemard inductam. 
3IDCCCXXXX. » Et sur le revers du volet représenlant 
saint Bernard : « Colorîbus acciirate inlerpolavit Carolus 
de Cauwer. MDCCCXXXXIII. » 

Le tableau représentant ta Cène, qui a 1 mètre 79 cen- 
timètres de hauteur et 1 mètre 50 centimètres de largeur, 
fut placé à la chapelle de la Sainte-Trinité, et le triptyque 



(1) DEsciMPS, Voyage pittoresque de la Flandre et du BrabanI, édition de 
1838, p. 98. 



— 27o — 

qui offre le Martyre de saint Érasme fui suspendu dans la 
chapelle de Noire-Dame des Douleurs. Ce Iriplyque a 
82 cenlimèlres de hauteur sur 80 cenlimclres de largeur; 
chaque volet a 82 cenlimèlres de haul et 34 cenlimèlres 
de large. 

Depuis leur restauration, ces peintures sont continuelle- 
ment couvertes de rideaux. Le manque d'air semhie cepen- 
dant leur être nuisible. Nous fûmes chargé par missive 
de Padminislration communale, du 28 août 1865, de les 
faire transporter dans la cour de rHôtel-de-ville, pour 
permettre à M"" Ed. Fierlanis de les photographier. Celle 
circonstance nous mil à même d'examiner au grand jour les 
deux pages ravissantes. Nous avons observé, avec peine, des 
lâches de moisissure dans plusieurs endroits des tableaux. 
C'est surtout dans les noirs que ces taches sont apparen- 
tes, à tel point que M. Fierlants a été dans l'impossibilité 
de faire une bonne photographie du volet représentant saint 
Bernard. 

Nous avons également constaté que ces deux tableaux 
sont attachés outre mesure. Il nous a fallu une demi-heure 
pour détacher la Cène. Si un incendie éclatait dans l'une 
des chapelles qui les renferment, ces œuvres inappréciables 
périraient infailliblement. Un grand nombre de chapelles 
de l'église de Saint-Pierre renferment des autels qui n'ont 
aucun rapport avec le style de l'édifice. Il nous semble 
qu'on ferait chose utile en démolissant deux de ces autels 
pour les remplacer par les deux peintures dont nous nous 
occupons; ces tableaux ont été peints pour être posés dans 
des rétables. Pourquoi ne pas les rendre à leur destination 
primitive'^ C'est, du reste, le seul moyen de les placer con- 
venablement. Il serait également équitable qu'on remplaçât 
le nom de Memlinc par celui de Bouts. Dans l'intérêt de 
la gloire artistique du pays, nous recommandons ces points 
à la sollicitude de ceux dont la voix est plus écoulée que 
la nôtre. 



— 276 — 

Nous allons décrire les deux peintures de Bouts. 

Le premier tableau forme un triptyque. Le panneau 
central offre aux regards le Martyre de saint Érasme. Le 
supplice a lieu sur une pelouse située près d'un groupe de 
rochers. Un agréable paysage fleurit et verdoie dans la 
perspective; une abondante lumière environne les divers 
personnages. Le saint évéque, entièrement dépouillé de 
ses vêtements, gil sur la planche d'un tourniquet; des 
cordes retiennent ses mains et ses jambes. Son corps est 
remarquable sous le rapport du dessin; il possède des 
formes pleines de souplesse. On lui a ouvert la peau du 
ventre afin de pouvoir saisir l'extrémité du long inteslin 
et de l'attacher à l'axe de l'instrument fatal. Deux bour- 
reaux fout aller le tourniquet et dévident de la sorte les 
entrailles du martyr. Ce sont des hommes de condition 
vulgaire : ils en ont du moins l'apparence. Le premier, 
celui à léte chauve, a pourtant l'air d'être un brave homme. 
On aurait tort de le prendre en haine pour la fonction qu'il 
exerce, car il ne montre aucun signe de rudesse. Le second, 
au contraire, est un vrai bourreau. 11 annonce un carac- 
tère cruel et inflexible. La nature lui a donné un cœur 
glacial. Il grince les dents et se donne un mouvement ter- 
rible pour faire manœuvrer l'instrument de supplice. 
Quatre spectateurs assistent à l'exécution; ce sont autant 
d'assesseurs sans doute. Les deux spectateurs qui se tien- 
nent par derrière détournent la tête pour ne point être 
témoins de ce qui se passe près d'eux, et causent tout bas. 
Ils y assistent non par goût, mais par devoir; leurs figures 
douces et tranquilles témoignent assez de leurs sentiments. 
Les deux autres assesseurs observent la scène tragique. Un 
d'eux semble commander aux bourreaux. C'est un homme 
d'un âge mûr; son visage expressif, d'un type fort remar- 
quable, est entouré d'une chevelure noire et d'une longue 
barbe. Ce juge, richement vêtu, porte une longue robe 




TheodorLcus Bouts Piruc 



CK.On^}ijeAa. 3c 



— 277 — 

de damas fourrée de pelleterie, qui lui sied à merveille. 
Sa Icle est couverte d'une espèce de turban garni de four- 
rure brune. Ce n'est pas un bomnie méchant; sa physio- 
nomie le prouve assez. 11 possède à peine la force de 
maîtriser son émotion. Sa main droite repose sur une 
canne; il lève la gauche et en fait un geste comme pour 
exprimer sa compassion. Son collègue a également un air 
bon et tranquille. Il est drapé avec grâce dans ses splendi- 
des vêlements. La scène n'effraie pas autant qu'on pourrait 
le supposer : l'artiste a tâché d'éloigner des regards toutes 
les circonstances tragiques qui pourraient accompagner un 
aussi affreux supplice. Saint Érasme ne bouge pas sur 
la planche fatale : il garde la tranquillité d'un homme qui 
est plongé dans un doux sommeil. Son visage régulier, 
candide et impassible, annonce un calme qui louche le 
cœur. Il ne semble rien sentir des tourments qu'on lui 
cause. Il respire la félicité d'une âme heureuse de pou- 
voir mourir pour la gloire d'une religion qu'il n'a cessé 
de prêcher aux inGdèles. 

Un ciel d'un bleu sans tache baigne la perspective. On y 
découvre d'agréables campagnes, soigneusement cultivées, 
traversées par un ruisseau et entrecoupées de chemins 
en zig-zag. Une chaîne de monts bleuâtres, plantés d'ar- 
bres, domine l'horizon. Celle perspective est pleine de 
vie : on dirait qu'un venl léger y souffle et tire des accords 
doux et harmonieux des arbres et des plantes. 

L'arlisle a voulu nous laisser dans ce tableau un souvenir 
de sa résidence dans la capitale du Brabant. Dans le fond 
du paysage, il nous a retracé les Kessel- Bergen, collines 
pittoresques qui environnent noire cité, et qu'il dut admi- 
rer bien des fois durant ses promenades solitaires, tantôt 
lorsqu'il respirait sur nos vieux remparts la fraîcheur 
d'un air chargé de parfums, pendant les beaux jours du 
printemps, et qu'un horizon serein lui permettait d'en saisir 

20 



— 278 — 

les différents charmes, tanlùt lorsqu'il errait d'un pas in- 
souciant par les chemins tortueux de notre banlieue. Dans 
le vallon on aperçoit une pièce d'eau, un château féodal et 
un homme monté sur un cheval blanc. Les rochers qu'on y 
observe de chaque côté sont bien les rochers du Roessel- 
berg près de Louvain. Des corbeaux voltigent dans l'air 
et se reposent sur les arbres. Les broussailles, qu'on ap- 
perçoit sur les hauteurs, bien que fort petites, sont d'une 
finesse vraiment admirable. 

Le volet de droite représente saint Jérôme en habit de car- 
dinal. C'est une peinture d'un mérite supérieur, La télé de 
l'anachorète, qui est légèrement baissée, annonce la médi- 
tation. Son front ridé, ses traits mâles et expressifs, ses 
cheveux que le temps commence à blanchir, lui donnent 
un caractère de mélancolique grandeur en harmonie avec 
l'histoire de son existence. Il ne serait guère possible de 
mieux rendre la physionomie du grand penseur. C'est bien 
l'homme qui a cherché le Seigneur loin des voies d'un 
monde frivole, sur les bords des lacs, au fond des forêts, 
sur les pentes des montagnes de la Palestine ou dans l'âpre 
et incommensurable désert de la Syrie. 11 tient un livre 
dans sa main gauche et en médite attentivement les paro- 
les; dans sa droite brille une crosse à manche de cristal 
qui captive les regards par l'extrême délicatesse de l'exé- 
cution. Cn vaste manteau rouge l'habille de ses plis ma- 
jestueux et ajoute encore à la gravité de son attitude. Le 
chapeau de cardinal couvre sa tête intelligente. Un lion, 
compagnon fidèle de sa solitude, gît à ses pieds. Le fond 
du panneau offre un paysage agréable où on reconnaît 
au loin les environs de Louvain. Devant une forêt de 
chênes l'on voit une prairie au milieu de laquelle se trouve 
un lac. Une plante aquatique, qui croît sur le bord, se re- 
flète dans l'eau avec une étonnante vérité. 

Le volet de gauche figure saint Bernard, le grand pro- 





Theodorlcus Bouls, Pinx: 



Ch.On(§hena.Sc- 



— ^279 — 

pagaleur du culle de sainl Érasme. Il porte riiahit noir de 
son ordre. Sa lèle, qui esl couverte d'une calotte rouge, 
ne vaut pas celle de sainl Jérôme; elle n'est cependant 
pas sans mérite, La physionomie du moine respire une 
dignité sérieuse et une profonde tranquillité. Sa main 
gauche est chargée d'un livre, sa droite d'une crosse ab- 
batiale, qui est un chef-d'œuvre d'orfèvrerie. Le démon, 
qu'il a glorieusement vaincu, rampe à ses pieds sous les 
formes d'un monstre effroyable. La perspective offre éga- 
lement un paysage. 

Le second tableau nous place sous les yeux la Cè7ie. 
L'action se passe dans une salle éclairée de deux grandes 
fenêtres. Une mosaïque remarquable en forme le sol. Dans 
le fond, au milieu de la pièce, on voit une porte de chêne 
à battants. Par une petite porte ouverte à gauche, la vue 
plonge dans un jardin soigneusement planté. Du même côté, 
on observe une partie de galerie, séparée de l'appartement 
par des arcades ogivales, qui reposent sur des colonnetles 
cylindriques. Un plafond de chêne, dont les poutrelles 
reposent sur deux énormes poutres carrées, couronne le 
tout; ce plafond, noirci par le temps, communique à la 
salle un air mystérieux. Un superbe lustre en cuivre coulé 
pend au milieu de la pièce. Une table de forme oblongue 
en occupe le milieu et va servir à la célébration de la der- 
nière Pâque. Une nappe blanche la couvre régulièrement. 
Devant chaque convive, on voit un petit pain, un couteau 
et un verre. Ces détails sont traités avec un soin admirable. 
Le Seigneur est assis derrière la table et au milieu de 
quatre apôtres; aux extrémités de la table se trouvent trois 
disciples; les deux autres se trouvent au-devant. Ils sont 
assis sur des escabeaux en bois de chêne d'une forme gra- 
cieuse. Le groupe est sagement combiné : sa disposition 
laisse apercevoir tous les personnages, sans qu'un seul des 
côtés de la table demeure vide. Derrière le prince des Apôtres 



— 280 — 

se trouve un serviteur qui a une physionomie d'une pieuse 
expression; il est en costume du XV^ siècle. Un autre per- 
sonnage se tient debout dans le pourtour. C'est un homme 
d'environ soixante-dix ans : des rides nombreuses sillonnent 
son front; son visage est fort expressif. Ce personnage 
porte une longue robe ourlée de fourrure brune; un 
mortier de drap rouge couvre sa tète. Il tient la main 
droite à sa ceinture, la gauche repose sur une espèce de 
buffet de style ogival. C'est évidemment le peintre du ta- 
bleau. Une ouverture, pratiquée dans le mur du fond et 
destinée à passer les mets, nous laisse apercevoir deux 
spectateurs. Le premier, celui de gauche, a une physio- 
nomie remarquable : une vive intelligence rayonne sur sa 
figure. Il porte une robe verte; le second, qui a égale- 
ment une physionomie distinguée, porte une cotte noire. 
Ils ont la tête couverte de mortiers rouges. Ce sont sans 
nul doute les portraits de deux maîtres de la confrérie du 
Saint-Sacrement. 

Le Christ excite une souveraine admiration; c'est à coup 
sur l'homme décrit dans l'épitre du consul Lentulus : « Il 
est beau de corps, grand de taille et d'une telle apparence 
que chacun l'aime et le craint. Il a des cheveux bruns 
comme la couleur d'une aveline mûre, lisses et foncés sur 
la tête, mais un peu plus clairs au bout et légèrement bou- 
clés sur les épaules. Il les porte séparés au-dessus du front, 
à la mode des Nazaréens. Il a le front ouvert et le visage 
pénétrant sans ride ni tache, orné d'une légère rougeur. 
Sou nez et sa bouche sont sans reproche. Sa barbe, pleine, 
et pareille pour la couleur à sa chevelure, n'est pas longue 
et est partagée par le milieu. Son regard est plein de 
fermeté et de sincérité; ses yeux grands et vifs sont terri- 
bles quand il punit, doux et pleins d'amour quand il en- 
seigne, gais sans cesser d'être graves... Sa figure est 
distinguée parmi toutes celles des enfants des hommes. » 



— 281 — 

Le peinlre a donné au Sauveur une expression grave el 
réflécliie, qui captive et impressionne. Il lient le pain de 
la vie dans la main gauche au-dessus d'un calice gothi- 
que, lève la droite pour le bénir et semble articuler les 
paroles sacramentelles : « Hoc est enim corpus meum. «Ces 
paroles plongent les convives dans un profond recueille- 
ment. Saint Pierre et saint Jacques, qui se trouvent à la 
droite de Jésus, paraissent fortement émus. Les autres 
apôtres ne le sont pas moins. Les uns pressent leurs mains 
sur leur poitrine, les autres les joignent pour montrer leur 
adoration. Deux disciples, qui sont assis à la droite de la 
table et semblent se parler, cessent soudain leur causerie afin 
de prêter leur attention aux paroles qui sortent de la bouche 
de leur divin maître. L'apôlre saint Jean qui se trouve à 
la gauche du Christ, enchante les regards par la majesté 
d'une céleste expression. Rien n'est charmant comme la 
placide et noble léte de ce disciple. Une douce pâleur, une 
pâleur angélique est empreinte sur son visage. Sa physio- 
nomie noble, tranquille et régulière, exprime l'innocence 
et la bonté. De blonds cheveux, crêpés et arrangés en éven- 
tail avec une apparente négligence, l'entourent comme une 
auréole sacrée. Il baisse modestement les yeux et joint les 
mains avec une profonde dévotion. Le bien-aimé du Sau- 
veur porte un costume rouge par-dessus lequel se déroule 
un petit manteau blanc doublé de vert, signes de chasteté 
et d'espérance. Toutes les têtes des apôtres se distinguent 
par une expression attentive, calme et bienveillante. La 
tête de Judas fait exception : elle contraste avec celles des 
autres. L'Iscariote, qui est assis devant la table, déploie 
une nonchalance révoltante. Sa tête très-expressive est 
couverte d'une chevelure noire, qui forme des boucles 
naturelles. L'artiste s'est efforcé d'exposer son caractère 
moral par son caractère physique : sa physionomie décèle 
bien un traître. Un sourire moqueur (lotte autour de sa 



— 282 — 

bouche. Il semble tramer son horrible forfait, là, en face 
de son maître, au milieu de ses amis. 

Le panneau dont nous nous occupons a quelque chose 
d'enchanteur; il prouve une fois de plus la puissance du 
langage plastique. La candeur, la bonté, peintes sur les 
visages des apôtres, la simplicité de leurs vêtements et de 
leurs attitudes, la régularité et la propreté qui régnent dans 
tous les endroits de l'appartement, vous montrent d'une 
manière exacte la vie naïve et paisible de nos pères au 
XV^ siècle, et vous remplissent de saintes et salutaires émo- 
tions. On oublie, à l'aspect de ce panneau radieux, qu'on 
végète à une époque de matérialisme et de passions. Un 
heureux anachronisme vous tourne un instant la tète : on 
se croit au milieu d'une autre génération, d'une génération 
droite et heureuse. On laisse choir le fardeau de ses souve- 
nirs; on oublie les haines, les intrigues, les perfidies, en 
un mot, les méchancetés de toute nature qui vous affligent 
journellement, car l'on goûte les béatitudes de la paix, de 
la paix avec les hommes, de la paix avec Dieu. 

Au point de vue de l'art, ce tableau est l'un des joyaux 
les plus admirables de l'école néerlandaise. On dirait que 
le génie de l'artiste a rassemblé toutes ses forces pour se 
signaler par la création de ce chef-d'œuvre. La plus fran- 
che imitation de la vie réelle s'y montre embellie de toutes 
les magnificences de la couleur. Chaque tête est un por- 
trait étudié et reproduit avec une sollicitude sans égaie. 
On ne peut rendre par des paroles l'expression du Sau- 
veur. Avant de créer ce type, le peintre a dû voir quel- 
que cénobite consacrant l'hostie, et, tout entier à son 
impression, librement, sans réminiscence d'école, il a 
exprimé son sentiment. Ce sont ces créations spontanées 
qui font d'une œuvre d'art une chose éternelle. Elles par- 
lent, et on les entend à travers quatre siècles aussi nette- 
ment qu'au premier jour, parce qu'elles émanent d'une âme 



— 283 — 

indépendanlc el complète, parce qu'elles sont le produit du 
génie ! 

Le 51 aoùl 18G5, tandis que la Cène se trouvait dans la 
cour de riiôtel-de-ville pour être photographiée, nous griffo- 
uâmes dans notre calepin les lignes suivantes : « C'est seu- 
lement au grand jour qu'il est permis d'apprécier les qua- 
lités incomparables de ce glorieux chef-d'œuvre. C'est la 
nature prise sur le fait, daguerréotypée, et le grand artiste 
est arrivé sans efforts à ce résultat. On n'y trouve rien de 
tourmenté, rien de léché. Tout est modelé et fondu avec une 
habileté telle qu'on n'en aperçoit pas l'artifice. Le parterre 
de fleurs dans le petit jardin est admirable; quoiqu'il se 
trouve sur l'arrière-plan, on y dislingue facilement cha- 
que plante, chaque fleur, presque chaque brin d'herbe. 
Comme tous les artistes vraiment supérieurs, Bouts a appli- 
qué sou talent jusqu'aux moindres détails de son œuvre; 
il avait alors soixante-huit ans! » 

Le rétable aura été démonté vers 1707, lors du dépla- 
cement de l'autel du Saint-Sacrement. 

iM. C.-J. INieuwenhuys, en parlant, en 1843, de deux 
grandes peintures de notre artiste qui ornent actuellement 
le Musée de Bruxelles, disait : « Monuments de l'art natio- 
nal, ils peuvent en même temps servir de termes de com- 
paraison, pour nous convaincre que les deux tableaux qui 
ornent l'église collégiale de Saint-Pierre, à Louvain, repré- 
sentant l'un, la Cène, et l'autre, à deux volets, le Supplice 
de saint Erasme, bien qu'on les attribue à Hemling, sont 
réellement l'œuvre de Dirck de Haarlem, surnommé Sluer- 
boul. » Sans avoir vu le livre de ce connaisseur dis- 
tingué, nous arrivions au même résultat. Notre opinion fut 
confirmée, en 18oo, par la découverte du manuscrit de 
Molanus et en 1858, par celle de la quittance délivrée 
par Bouts, lors du paiement du tableau représentant la 
Cène. 



— 284 — 

iNous avons fail observer que ce lableau formait pri- 
mitivement un triptyque. M. Waagen en a retrouvé les 
volets (i). Ce sont des tableaux d'un grand mérite. Ils 
sont divisés en deux parties, dans le sens de la hauteur, 
et offrent quatre épisodes qui se rapportent symbolique- 
ment au motif principal. Deux de ces vantaux ornent le 
Musée royal de Berlin; les deux autres la Pinacothèque de 
Munich. Les deux volets qui se trouvent à Berlin, repré- 
sentent : \° Le prophète Êlie éveillé dans le désert par l'ange 
du Seigneur; 2° Une famille juive célébrant la Pâque avant 
de fuir la servitude égyptienne. Les deux volets qui sont 
à Munich, représentent : 1° La récolte de la manne, et 
2° Le grand prêtre Melchisédec apportant à Abraham le 
pain et le vin consacrés. Ce sont des peintures très-remar- 
quables et qui offrent une analogie frappante avec les deux 
tableaux de Louvain. Le prophète qui dort est le même 
personnage que celui qui remplit le rôle d'assesseur dans 
le martyre de saint Érasme. « La famille juive célébrant la 
Pàque a une telle ressemblance, dit M. Michiels, avec le 
magnifique ouvrage de l'église de Saint-Pierre, à Louvain, 
qu'il persuaderait les plus incrédules. Ici l'on voit repa- 
raître le talent architectonique du grand tableau. Six per- 
sonnages, portant des souliers à la poulaine, sont debout 
devant une table où est placé l'agneau pascal. La nappe, 
l'ombre des convives qui s'y projette, le pain, les vases à 
boire, Texéculion du parquet, les moindres détails rap- 
pellent fidèlement la Cène. Le ton, le caractère, la facture 
sont les mêmes (2). » Il est vivement à regretter que le 
pays ait perdu ces quatre oeuvres importantes. 

Nous avons transcrit plus haut un passage du manus- 



(1} \ oyez \e Kunsthladl, de 1840, n» 45. 

(2) M"" Alfrkd MiciirELS, Histoire de la peinture flamande depuis ses débuts 
jusqu'en 1846. Bruxelles, 186(5, I. 111, p 2o8. 



— 285 - 

dit trouvé, en 1853, par feu M. Canuaert, concernant les 
trois peintures que liouls exécuta pour notre palais com- 
munal. Le même volume contient un second paragraphe 
qui résume les conditions, stipulées par l'autorité, pour 
l'exécution de ces tableaux. On y lit ce qui suit : « Le 20 mai 
de la même année (1468), la ville de Louvain fit un pacte 
avec ledit mailre Thierry Stuerbout (i) pour une peinture 
de vingt-six pieds de large sur douze de haut, et pour un 
autre tableau figurant le Jugement de Notre Seigneur, de 
six pieds de haut et quatre de large, pour le prix de cinq 
cents couronnes; lequel Jugement est suspendu dans la 
chambre des échevins à l'hôtel de ville de Louvain (a). » 
Le premier de ces tableaux devait être divisé en quatre 
compartiments et était destiné à être placé dans une espèce 
de Musée de peintures que le conseil venait de créer dans 
une chambre de l'Hôlel-de-ville, au-dessus du bureau de 
comptabilité; le second devait former un triptyque. L'admi- 
nistration communale, dans le désir de doter le palais mu- 
nicipal d'œuvres durables, résolut de faire acheter par un 
homme entendu, les panneaux nécessaires à ces peintures. 
Renier Cocx, menuisier de la commune, fut en conséquence 
chargé de se rendre à la foire de la Saint-Bavon, à Anvers, 
à l'effet d'acquérir le meilleur bois de chêne (schrynhont) 
qu'il y trouverait pour la confection des panneaux. Cet ou- 
vrier consacra trois jours à celte mission. Il acheta le bois au 
prix de 20 florins du Rhin. Après avoir payé le marchand, 
il fit placer les planches dans le bateau qui devait les 



(1) Lisez : B Thieriy Bouts, n 

(2) « Annoeodem xx may, lieefl de stadt van Lovcn verdinghl, Icgeii den 
voirseyden M^ DiERrcK Stuerbout, sekere lafereel ofl schilderye van xxvi voclen 
lanck en xii voclen hooglie, met nog een lafereel van oris Heeren Oordeelc 
van vi voeten hooglie en iv voelen breet, cm endc voor V"^ (500) croonen, 
hetwelcke Oordeel lianchl in de schepeiie Camerc opl Stadlliuys le Loven. « 
Messager, p. 10. 



— 286 — 

Iransporler à Louvain (i). Les panneaux furent confection- 
nés par Cocx, assisté de ses ouvriers (2). Le serrurier Jean 

(1) « Item, totter reparacien van den vorsc. welftelen en zalen te makene 
gecochl by Reyneren 'Skocx, scrynmakere, tôt Antwerpen, ijc scrynliouls, 
xvjuny, costethondertxiiij 1/2 r., tstuck texsst. val. xxxij gulden, xij plecken. » 

« Den selven Reyneren (Coix) omme de twee tn/felcn le makene die de slad 
verdinet heeft tegen Hi:brechte Stdebbout (sic), schildere, daeraff de meesle 
syn sal van xxvj voele breet en xij voete hoeglie, liangen sal boven op de Zale, 
en d'ander van vj voelen viercanl; geeoclil aïs voere, xlv groote knorhoule 
van xij voelen lanck, daeraff tstuck cosle viij stuvers, valent Isamen xx guldens. 

» Den selven Reyneren van den voirsc. boule te sceepene te doen vueren, 
omme te Loeven le brengliene, Isamen daervoer vergouwen xxij 4/2 plecken. 

» Janne Slryne, scepman, en de Prince, oie scepman, vanden voors. boute 
Isamen te Loven te brengen, vanden liondert vergouwen xxxvj stuvers, en 
tknorlioul gescat oie voir een hondert, valet tsamen de vracht van desen 
scepen, in gulden le liiij plecken, vj gulden. Vergouwen hen beide en vol 
betaelt, prima julij Ixviij en quyte. 

» Den selven Reynere gecocht totten vorsc. wercke ij<^ lyms, coste thonderl 
v stuvers, valent tsamen xxx pi. 

» Den selven Reyneren van iij dagen dat hy wt was omme tvorscli. bout te 
coepene en te scepe le bestellene, van elken dage ben vergouwen vj stuvers, 
valent le samen liiij plecken. » Voyez Dboeck van nuwen wercken, 14G8- 
14.88, fo 4. 

(2) » Van eender Tafelen te maken, van scrynhoute, die Meesler Dierick 
verdincht lieeft te maken van Porlcraturcn, en van meer andere clelnen re- 
feelien daer 'l Regisler stont. 

» By Reyneren Colx overbracbl, liem selven daer aen gewracht, 1 dage, 
iij vierendeel van i dage. Item, Ilenrick Versannen, van gelyken, xliiij dage 
iij vierendeel van j dage, die maken Isamen xciiij dage, vj vierendeel 'sdaecbs, 
xij plecken, xc<= xlvj plecken. Item, Ard. Wellens, xxj dage. iij vierendeel 
dacbs, 's daechs ix plecken, maken cxcv plecken, xviij .<tuyvers payements, 
gedragen al tsamen xiij^ xl gulden xviij stuvers payements, valent xliiij gul- 
den, xlv plecken xviij stuvers p. Item, Jan de Kempencre, seegere, van scryn- 
houte te scorpen, xij plecken vj stuvers p. « Compte du \" mai au dernier 
juillet 14G8 (69), folio 93 v. 

« Refeclie vander Tafelen te makene die hangen sal boven op de Zale, die 
meesler Diehicke, de schildere, verdinet lieefl te schildene, etc. 

» Ilem, Reyneren sKoex, scrynmakere, overbraclit hem selve daer aen 
gewracht. vj mai Ixix, iiij dage. Ilem, xiij may Ixix, iiij dagen. Ilem, xx in 
mey, v dagen. Item, xxvij in meye Ixix, iij dagen. Ilem, iij juny — Item, 
X juny, v dagen. Ilem, xvij v dagen. Item, xxiiij juny, v dagen. Ilem, prima 
july, iij dagen. Item, viij july, v dagen. Item, xv july, vj dagen. Item, 
XX july, ij dagen, etc. •> Voyez Hoec vav vuwe iverckcn, I4fi9-I477, n" 1652, 
Colio i v». 



— 287 — 

(le Jonglie fournil quatre doubles charnières pour attaclier 
les volets du triptyque (i). 

Bouts commença par le triptyque qui devait représenter 
le Jugement dernier. A la fin de 1469, l'œuvre était déjà 
très-avancée. En janvier 1470, maître Mathieu de Layens 
fit poser, à la salle du conseil, l'encadrement en pierre 
dans lequel on avait résolu de fixer la peinture. Cet enca- 
drement devait être ornementé, attendu que deux praticiens, 
les frères Olivier et François van Ilombergen, y avaient 
travaillé pendant quinze jours (2). Le conseil se montra 
très-satisfait de l'œuvre de Bouts et ordonna de la conserver 
avec soin. Pour que rien n'altérât les couleurs brillantes 
du triptyque, on l'enchâssa dans une espèce d'armoire 
couverte de toile qui se fermait à clef. Cette armoire devait 
avoir une apparence élégante : ses portes avaient été peintes 
par Hubert Stuerbout et les ferrures en avaient été exécu- 
tées par Josse Metsys (3), Le même ferronnier y fixa une 



(i;« Janne de Jongen, by Reyneren overbrachl, xiij october Ixviij, gemaect 
aen een Taverncel ilal Mcester Dierick sal maken van Porleraluren, iiij dobbel 
leen en een slolken, coste xiiij stiivers. » Voyez Dboeck van nuwcn wercke, 
1468-U88, folio 5. 

(2) o Van eender lysten te maken in de Raelcamere onder een Taverneel 
van den Ordeele, etc. By mecsler Mallieus (de Layens) overgebragt Olyvier 
van Hombergcn, sleenhouwere, daer aen gewracht, in winlerdachucren, 
xvij dagrn, 's daeghs viij plecken, maken cxxxvj plecken. liera, Vranck van 
Homboi'gcn van gelykcn xv dagen, 's daeglis vij plecken, samen maken ex pi. 
Item, Jan van Wildere, cnape, van xiiij dagen, 'sdaghs iiij plecken, Ivj plecken; 
valent tsamen v gulden xxxij plecken. » Compte du \" novembre au dernier 
janvier 14-G9, folio 38 v». 

(5) « Van eender r^me te maken, die met lywaet gecleel es, en gehangen 
voeretegen de Tafcle van Portralueren, by meester Dierick Bodt gemaect. 

» By Reyneren Coix overbraclit, liem selve daeraen gewraclil vj dage, 
s<laeglis xij pleken, maken Ixxij plecken. Jan Ysebeele iiij dage, sdaechs 
X plecken, maken xl plecken. Gielen Reyniers, cnape, vj dage, 's daeclis 
iij plecken, xviij stiivers payements, maken xxij 1/2 plecken, maken tsamen 
de vorsc. dachuren cxxxiiij 1/2 plecken. 

>' Reyneren voirscreven van xij voelen weeck berts loller ramen geievei-l, 
iiij 1/2 plecken. Ilcm, Katrynen Bollens van x ellen lynens lakens daer de 



— 288 — 

nouvelle serrure en 1481 (i). Pendant la même année, le 
conseil fit placer devant le triptyque un candélabre en fer, 
à branche mobile. L'objet avait également été exécuté par 
Metsys (2). Ces détails prouvent combien on estimait alors 
ce tableau. En lo45, Jean Willems, peintre de la ville, le 
restaura, et loucha de ce chef 2 livres (3). Au XVII" siècle, 
la peinture se trouvait encore à la chambre du conseil, 
ainsi que le prouve l'extrait du manuscrit que nous avons 
transcrit plus haut. Depuis lors elle n'est plus mentionnée 
dans les pièces que nous avons parcourues. Est-elle dé- 
truite? Orne-t-elle quelque collection particulière à l'étran- 
ger? Nous l'ignorons complètement. 

Bouts aborda ensuite l'œuvre qui devait être divisée 
eu quatre compartiments et dont il n'acheva malheu- 
reusement que deux parties, lesquelles sont parvenues 
jusqu'à nous. Les sujets lui en furent indiqués, à la 
prière de l'autorité communale, par maître Jean van 



rame met gecleel es, metten nagele Ij plecken, maect tsamen Iv 1/2 plecken. 
HuDRECHTS DE SciiiLDERE (Sluerbout) vandcr selver ramen en 't clect te promu- 
nercn, xij pi. 

» JoESE Metsys van iij erocleeden, daer de rame met hanct, en een bussiol 
daerop le maken en le leveren, xviij pi. 

» Geerdt van Dueringen, van ij houvaslen en nagelen tolten werke voîr- 
screven, xviij pi. » Compte du l<"' mai au dernier juillet 1472 (1473 n. st ), 
folio 97 vo. 

(1) « Ilem, JoES Metsys, sloelmakere, van eender kerspypen die gesleit sal 
worden in de Raelcamere, vore Taverneel, oni wt ende inné le doen, te vcr- 
linnen van nuws en wederom in een te vuegene en t^e stellene en le bruneren, 
en desgelycx eenen yseren Iioren dcr stadl tocbehoerende oick te vcriinncn 
en le bruynerene, 1 gulden xxiiij plecken, » Compte du !'■' février au dernier 
avril 1481, fol. 179 v. 

(2) « JoESE Metsys, sloolmaker, van eenen yzeren bussloote, met synrn 
sleutelen, crammen en yseren gelieerden, daer aen dienende, op de Ta/fde 
van den Oirdcele, in de Ractcatnere, l'samen hem vergouwen, 13 martii 1481, 
Ix pi. » .Manuscrit, n" 1G3I, fol. 13. 

(3) « Belaell i\y Willems, scliilder, van hct Oordeel, in île Raelcamer, gc- 
repareert le hcbbcti, by den manuale en synder quilanlic, geteekend xvii juiiy 
anno 1543, 2 lib. •> Comptes de la ville, fol 208 v». 



— 280 — 

Haeclit, professeur de théologie à l'Universilé. Le savant 
docteur les puisa dans d'anciens gestes {mit ouden zeesten), 
ainsi qu'il résulte d'un texte contemporain. Les sujets de 
deux compartiments que l'artiste parvint à achever, furent 
empruntés à une légende qu'on trouve dans la clironiquc 
de Godefroid de Vilerbe, et qui a trait à l'empereur 
Olhon III (i). C'est une légende à la fois tragique et mer- 
veilleuse, qui a été fort répandue pendant le moyen-âge. 
L'évéque de Vilerbe l'a rédigée en vers latins; mais il en 
existe bon nombre de traductions {2). Nous allons la résu- 
mer : Pendant un voyage de l'empereur en Italie, sa 
femme s'éprit d'un chevalier de la cour qui, marié lui- 
même à une femme qu'il aimait, repoussa les avances 
de rim|)ératrice. Au retour du monarque, l'impératrice 
accusa, pour se venger, le chevalier d'avoir voulu la sé- 
duire. L'empereur crut sa femme et, dans sa colère, il 
fit immédiatement décapiter ce gentilhomme. Mais sa veuve 
vint en appeler à l'empereur de sa propre sentence. Elle 
ofTrit de démontrer l'innocence de son époux par l'épreuve 
du feu. Ayant été admise à subir cette épreuve, elle se 
présenta devant le monarque et tint dans la main une 
barre de fer rouge, sans en ressentir le moindre mal. Con- 
vaincu à celte vue, le souverain prononça un arrêt de 
mon contre sa femme qui fut brûlée vive. 

(1) Godefroid, évéque de Vilerbe, mourul en 1 19i. 11 laissa une Chronique 
universelle depuis le commencement du monde jusqu'en H8G. Elle fui éditée 
par J. Hérold, en 1569. On la retrouve dans la collection des Scrjpl07-cs 
Rerum Germanicarum de J. Pistorius, éd. de Ratisboune, 1726, in-fol , l. II. 
Notre légende s'y trouve pp. 528-550. 

(2) Le savant Pertz en fournil des preuves dans VArchiv dcr gcsclschafl fur 
allcre ileut.iche GesehiclUskunde, t. VI, p. 612. Elle se trouvait aussi dans une 
ancienne clironique de Louvain ayant pour litre Guide Légende (Légende 
dorée). M. le bai'on de Keverberg de Kessel en a publié des extraits dans son 
Ursula, princesse Britannique (Gand, 1818; notes, p. 145). Ce fut peut-être 
dans ce manusci-il que l'on puisa les sujets de nos tableaux. Nous ignorons 
ce qu'il est devenu. 



— 290 — 

Celle légende, relracée par le pinceau de Bonis, avait 
pour bul (l'inspirer aussi bien aux membres du conseil de 
la commune qu'aux citoyens, la hainp de l'injuslice et 
l'amour de l'équilé. Elle était en effet de nature à éveiller 
dans leurs âmes des émotions salutaires : la conscience de 
cette veuve dans la justice, qu'elle pense inflexible même 
pour un monarque, est fort significative et l'équité de 
l'empereur renferme un exemple d'une grande élévation. 
On souhaiterait peut-être que cet événement eût un fonde- 
ment réel. Par malheur l'histoire nous enseigne qu'il est 
apocryphe. Olhon III, dont il s'agit dans la légende, 
u'affronta point les périls de l'état matrimonial. Il mourut 
célibataire en 1002 et n'eut par conséquent jamais pour 
épouse une princesse qu'il aurait condamnée aux flammes, 
après avoir eu la preuve de sa culpabilité. 

Les panneaux, après avoir été essayés à l'endroit destiné 
aux peintures, furent, en 1470, descendus et transportés 
chez l'arlisle, par trois ouvriers tailleurs de pierres. On 
leur paya cette besogne 9 plccken (i). L'année suivante, 
Fautorité communale fit oflVir à maître Jean van Haecht 
une somme de 6 florins pour l'indication des sujets, ainsi 
que pour d'autres services rendus à la ville (2). 

Pendant que Bouts travaillait à ces tableaux, il fut 
l'objet d'une ovation à laquelle il dut être fort sensible. 

(i) « Item, Jacoppe Celle, sleenhouwere, raet ij gesellen toi hem, van der 
Taffelen, die meesler Dierick, de schildere der stad niaken sal, van der zalen 
toe doene en lot meester Dierix te vueren, te samen hem daer voer vergouwcn 
ix plecken. » Compte du \<^^ novembre au dernier janvier 14-70, fol. 39. 

(2j « Item, om alsulken dienst en arbcidl als meester Jan van Haeght, doc- 
toir in llieologien, Augustyn, gedaen en gehadtheeft in 'l vinden der malerien 
en personagien van den Tafelen, die de stad heeft doen maken Diericke 
Stl'erboudt, schildere, en noch om andere diversche diensie die de selve 
meester Jan dicwile en menlcliwerven gedaen heeft der stad in diverse andere 
zaken en noch doen moclile, es hem daer om, by overdraglie van der stad, 
wlen Registere, ghegeven eens, in gulden le 54 plecken, 6 gulden. » Comptes 
de la ville de 1471, fol. 79. 



- 291 — 

Le conseil communal, dans le dessein sans doule de lui 
exprimer l'admiration qu'il éprouvait pour son talent, se 
rendit en corps à son atelier et lui fit oflVir, au nom de la 
ville, un panier de vin d'une valeur de 90 plecken; il ac- 
corda à la même occasion un cadeau de vin au docteur 
Jean van Haeclit (i). Celte démonstration honorait l'auto- 
rité autant que l'artiste. Elle nous prouve que les manda- 
taires de la commune gardaient au milieu de la pompe 
magistrale une idée exacle de la vraie grandeur humaine, 
qu'ils reconnaissaient que le don du génie élève et transforme 
l'homme, qu'il constitue une noblesse naturelle éminem- 
ment supérieure à l'aristocratie de la race ou de la politique. 

Le 23 juin 1475, le menuisier Renier Cocx monta l'un 
des panneaux, au moyen d'une poulie, et le posa au ^lusée. 
Il descendit, à la même occasion, les panneaux destinés 
à recevoir les autres peintures (2). 

Bouts était sur le point de terminer le second tableau 
de la légende de l'Épouse d'Olhon U\, lorsqu'il fut em- 
porté par la mort. C'était le 6 mai 1475. 

Nous avons vu que le conseil avait volé une somme de 
500 couronnes pour l'exécution du triptyque représentant 
le Jugement dernier et pour la grande peinture à quatre 
compartiments. Comme l'artiste n'avait pu achever que 



(1) « Ileui, len lyde doen meester Diebick (Bouts) voerscreven dit werck 
roacte ende de slad dat visenteerde, tôt synen huj's, wordt hem ghescinckl 
tenbevelevanden Burgeraeester en den Heeren van den Rade, in wyne, lopende 
xc plecken. Ende des ghelycx gescinckt meestere Ja^ne van Haeght, docloir 
inder Godheit, die der stad de matei-ie gaff, wt ouden Zeeslen, diemen scilden 
soude, was liera gescinct tôt synen liuyse in wyne xcix plecken, valent tsanien 
in gulden voerscreven iij gulden, xxvij plecken. » Compte du l^r 7nai au der- 
nier juillet 1480 (vol. de 1479), fol. I(i0. 

(2) « Reineren Colx, .scrynnaakere, etc., xxv juny Ixxiij. De selve, met 
synen gesellen, een windaes te stellene op de zale boven daer nien de Tuffelle 
van schilderien met op want, en d'ander stucken met afifwanl, Isamen hem 
selven i dach daer aen gewracht. » Dboec van nuwe werken, 1469-1477, 
fol. 89 vo (n» 1632 de Pinv.). 



— 292 — 

deux comparlirnenls de celle dernière œuvre, ses enfanls 
n'avaient droit qu'à un paiement partiel. H importait donc 
de faire arbitrer leurs droits par un artiste entendu. Les 
peintres ne manquaient pas à Louvain ; mais raulorilé 
communale, mue par un sentiment d'équité qui l'honore, 
résolut de recourir à un artiste étranger. Elle s'adressa à 
Hugo vander Goes, qui, après avoir été regardé comme le 
premier peintre de l'Europe en deçà des Alpes, vivait alors 
sous la bure au prieuré de Rouge-Cloîlre, dans la forêt de 
Soigne. C'était un peintre de grand talent. Affilié à la 
corporation des peintres de Gand, sa ville natale, à partir 
de 1465, il en fui doyen pendant deux années, de 1473 à 
la fin de 1475. Il avait beaucoup travaillé dans la grande 
commune flamande (i). Une de ses peintures les plus re- 
marquables se trouvait autrefois sur le devant d'une che- 
minée dans une maison de Gand, entourée d'eau et située 
près du pont nommé het Muiderbrugsken. C'était l'une des 
perles de la peinture néerlandaise. Elle figurait la rencontre 
d'Abigaïl et de David. Une circonstance de la vie du colo- 
riste en augmentait l'intérêt. Le propriétaire de cette mai- 
son, Jacques Weytens, avait une fille d'une rare beauté, 
dont vander Goes ne tarda point à s'éprendre. Pour cap- 
tiver son affection, il avait tâché de reproduire l'image de 
la gracieuse personne sous les traits d'Abigaïl, et il y avait 
parfaitement réussi. L'extrême délicatesse de celle œuvre 
enchantait les artistes autant que les curieux. Luc de Heere, 
au XVI'' siècle, la trouvait tellement remarquable, qu'il 
écrivit un sonnet pour la louer (2). Malgré son talent, il 
n'obtint pas la main de la jouvencelle. Bientôt le dégoût 
du monde s'empara de l'artiste cl lui fil prendre la résolu- 
tion d'embrasser la vie claustrale dans cette communauté 



(1) M"" En Di; Dusschiïr, Recherches sur les peintres gaulois des XI V^ et 
XV« siècles. Giiiul, 18o9, p. Hl. 
(2j Karel va!« Mander, I. I. 



— -293 — 

de Rouge-Cloilre où les lellres el les ails lurenl loujours 
eu honneur. H était frère couvers à ce couvent lorsque 
le magistrat le fit prier d'arbitrer les productions de Bouts. 
Le solitaire s'empressa d'accomplir cette mission de con- 
fiance. Il se rendit à Louvain, examina les peintures, tant 
le Jugement dernier que la Légende de réponse d'Olhon III, 
et fixa les droits des fils de son glorieux contemporain à 
306 florins (i). Le conseil, satisfait des procédés du frère 
Hugo, lui fit offrir, à l'auberge l'Ange, à la Grand'Place, 
un cruchon de vin du Rhin. C'était en 1480 (2). Deux ans 
après, Hugo vander Goes mourut, atteint de folie. Son 

(1) « Ilem, niecsler Dierick Boudts, scildere, die tcgen iler slad verdinglil 
liadde le scildcne viere slucken van eender grooler lafelcn, die aeii eeii dienen 
soudcn, op een Sale oft Caiiicre le setlen van poleraluren ende scildcrien, endc 
noch eenen cleinen Tafdnelktne niel synen dueren van den Ordele eu daer 
d'Ocrdel inné gheslill es, bangende in de Ractcaniere, daire aff de voirscreveii 
Mcesler Uiericii, soe verre liy die volmackl Iiadde gcliadl, souden liebben 
vander slad de somme van v^ cronen, dweick alsoe niel gliebuerl en es, want 
by binnen middclen lyde geslorveu es, alsoe dat de selve binnen synen lyde 
niel meer volmaect en beefl, van den grooten Tafeien, dan een stuck ende 
tweesle bynae volmaecl, ende dat clein sluck van den Ordele, bangende in de 
Raeleamere, volmaecl, dair voere de slad bem ende synen kinderen vergou- 
wen en belaeil lieefl, 1er csturaacien ende seallingen van eenen den nolabel- 
sten scildere diemen binnen den landen bier omlrinl wisle le vindene, die 
geboren es van der slad van Ghent en nu wooneclitieb es in den Rooden 
Cloeslere, in Zuenien, de somme van guldcn voerscreven iij<= vj gulden, 
xxxvj plecken. « Compte du 1'='' mai au dernier Juillet 1480, f» 139 (vol. 1479). 

Nous lisons dans le Nuwe Leenbocc (1466-1482), n» 1636, fol. 2 v, ce qui 
suit : 

« Int boec van dyvers, mellen roeden couverluren van bare, stael van 
Meenter Dierick de Porlratucrdere, int blat geteckent met xvj. » Les parlicu- 
larilés que conlenail ce registre devaient se rapporter aux peintures qui nous 
occupent en ce moment; maibeureuscineul le volume n'existe plus à nos ar- 
chives. 

(2) « Den Cancellier van Brabant, xxv february Ixxx, alhier 1er dachvaerl 
gescliinkl, ten bevele van der slaf, le Jaunes, in den Hase, iiij slocpe rynscli... 
Eenen Monck vandcn Roeden Cloeslere gescliincl, als boven, die de Tafele van 
porlratueren visiteerde, boven 't Registcre, en in de Raeleamere iVOirdeel, te 
Jaunes (in den Ingel) vorscreveii, i stoep rynseli. » Voyez Scitincken, compte 
des dépenses résultées de dom et présents fails pai' la ville, 1469-1495, iiiv. 
no 1642, fol. 128 vo. 21 



— 294 — 

confrère Gaspard Ofhuys lui a consacré, dans sa Chronique 
du Rouge-Cloître (i), une notice inléressanle, qui a été tra- 
duite et publiée par M"" Alphonse Wauters, archiviste de la 
ville de Bruxelles. Comme le récit de ce moine nous prouve 
de nouveau que l'autorité communale de Louvain avait 
recouru, pour faire abriter les œuvres de Bouts, aux lumiè- 
res d'un artiste d'une grande réputation, nous allons trans- 
crire quelques passages de la traduction de M. Wauters : 

« L'an du Seigneur \ 482 mourut le frère convers Hugues, 
qui avait fait ici profession. Il était si renommé dans l'art 
de la peinture, qu'en deçà des montagnes, disait-on, on 
n'aurait pu trouver son pareil. Nous avous été novices en- 
semble, lui, et moi qui écris ces choses. Lors de sa récep- 
tion et pendant son noviciat, comme il avait été bon, plutôt 
que grand dans le siècle, le Prieur Thomas (de Vessem) lui 
permit maints délassements se rapprochant des joies ter- 
restres, plus propres à rappeler la pompe du monde qu'à 
exciter à la pénitence et à l'humilité. Cette tolérance plai- 
sait peu à quelques moines, qui disaient : on ne doit pas 
exalter les novices, mais les humilier. Comme Hugues 
excellait à peindre, nombre de grands et d'autres, et même 
le très-illustre archiduc Maximilien, venaient le voir, pous- 
sés par un ardent désir de contempler ses œuvres. Les vi- 
siteurs lui firent obtenir du prieur la permission de fré- 
quenter la chambre des hôtes et d'y banqueter avec eux. 

» Quelques années, cinq ou six environ, après sa profes- 
sion, notre frère convers, si je me rappelle bien, partit pour 
Cologne, accompagné de son frère utérin, Nicolas, qui était 
ici profès et donat, de Pierre, frère régulier du Trône (2), 



(1) Ce manuscrit, écrit vers l'an 1500, appartient à M' le chevalier Cam- 
berlyn, de Bruxelles. 11 porte le titre suivant : Originale Cenobii Rubeœ Vallis 
in Zonia prope Bruxcllam, in Brabantia. L'auteur Gaspard Ofhuys, qui était 
natif de Tournai, mourut le 1er novembre 1523, à l'âge de soixante-sept ans. 

(2) PlERllE StORM. 



— 295 — 

demeuranl alors à Jéricho, à Bruxelles, el de quel(|ues 
autres. Ainsi que je l'appris du donal Nicolas, le frère 
Hugues, à sou retour, fut attaqué pendant la nuit d'une 
maladie mentale; il se disait sans cesse damné el voué à la 
damnation éternelle, et il se serait nui corporellement et 
mortellement, s'il n'en avait été empêché de force, grâce à 
l'assistance des personnes présentes. Cette infirmité singu- 
gulière jeta une profonde tristesse sur la fin du voyage. 
Cependant on parvint à ramener Hugues à Bruxelles, où 
le prieur Thomas fut immédiatement appelé. Le prieur, 
après avoir tout vu el examiné, soupçonna Hugues d'être 
atteint de la maladie qui avait jadis frappé le roi Saiil, et se 
rappelant le soulagement qu'éprouvait ce prince lorsque 
David jouait de la cithare, il permit d'exécuter devant le 
malade de la musique et d'y joindre d'autres spectacles de 
nature à récréer Hugues el à dissiper les ténèbres de son 
intelligence. 

» Tous ces efforts restèrent impuissants, et le malheu- 
reux, abandonné à d'autres pensées, se proclamait un fils 
de perdition. C'est dans cet état funeste qu'il rentra au 
couvent. » 

Ofhuys fait encore observer ce qui suit : « Pour ce qui 
concerne les passions de l'âme, je sais de source certaine 
que ce frère leur était grandement livré. 11 se préoccupait 
à un point excessif de savoir comment il terminerait ce 
qu'il avait à peindre; car, à ce que l'on disait alors, il 
n'aurait pu que difficilement achever le tout en neuf années. 
Il lisait très-fréquemment dans un livre flamand (i). » 

Le chroniqueur termine sa notice par cette phrase : 
«Il (Hugues) est enterré dans noire cimetière, en plein air. » 



(1) M<" Alph. VVauters, l'Histoire de notre première école de peinture cherchée 
dans les meilleures sources, dans les liulklins de l'Académie royale de Belgique, 
2« série, t. XV, n» 3. 



— 290 — 

Il résulle de ce qui piécède que le conseil communal 
de Louvain s'était adressé au plus grand peintre connu 
dans le Brabant pour fixer les droits des fils de Bouts. 

Le second tableau de la légende de l'épouse d'Olhon III, 
fut placé à côté du premier en 1481. On l'attacha au 
moyen de crampons scellés dans le mur. Ces crampons 
avaient été forgés par le ferronnier Arnould van Meche- 
len (<). Le conseil attachait un si grand prix à ces tableaux, 
qu'il les fit couvrir de toiles tendues sur des châssis pour 
les préserver autant que possible de la poussière. Le châssis 
destiné au second tableau fut garni de toile et peint en 
rouge, en 1481, par Hubert Stuerbout (2). 

Les deux magnifiques peintures furent pendant près de 
quatre siècles l'objet de l'admiration de nos pères. Louvain 
montrait avec orgueil ses tableaux de Bouts, comme 



(1) « Meesler Arndt van Mechelen, smet. — Item, de selve noch gemaect 
twee houvasten, die gegolen zyn inden muer op de Camcre, boven den Regis- 
tere, daer de Iweeste lafele van Porlerattiren met vast gliemaect es, hem daer 
voer vergouwcn vj plccken. » Compte de 1481, fol. 123. 

(2) .« Reyneren Colcx, der stad scrynmakere, overbracht, hem selven eu syn 
knapen, ix«° february Ixxxjtich,.. Ende eene rame voere de Tafele slaende op 
de camere, boven den regislere, gemaect dat de scilderie niet beslieven en 
soude, etc... xlij plecken. 

» Item, by Janne Bocxhoren aen de voersc. rame gelevert Iwee denen 
sperren, costen tsamen ix plecken. 

» Item, Peeterede Kempeneere, en syn gheselle, seghers, aen voers. werck 
ghesaeghl eenen dach, valet xvj pleeken. 

« Item, Anthonys Bruynick, smet op de Groole Merckt, aen voersc. werck 
gelevert dyverse nagelen, om xxiij plecken (fol. 124 et verso). 

» Item, meesler Holbrecht dev slad scildcre, vander ramen staende op de 
camere, boven den RegUtere, le cleedene met lynen lakene, ende dat roet 
gbeprumeert, dwelck men gehangen heeft vore de Iweeste Tabernakele oft 
lafele van Poleratueren, boven Registre, om dat sy niet bederven en soude van 
den ghesluewe, dair loe gecocht x^e ellen lynes lakens, cosle d'elle iiij 1/2 
plecken, syn tsamen xlv plecken. Item, van j l/2<: spannagele vergauwen, 
j 1/2 |)leckeu. Hem, vore 't prumueren ende op te slane t voirsc. lynen laken, 
vergouwen xviij plecken, syn altsamen Ixiiij 1/2 plecken.» Compte du i^^ fé- 
vrier au dernier avril 1481, foi. 123. 



— 297 — 

Bruxelles ses tableaux de vander Weyden et Bruges ceux de 
David Gérard, d'Oudewaler. Tout prouve qu'on les tenait 
en grande estime (i). En 1S78, le magistral chargea Henri 
de Muyser, poêle en titre de la chambre de rhétorique la 
Rose, de mettre en vers flamands la légende représentée 
par Bouts (2). Ces vers furent ensuite inscrits en lettre d'or 
sur deux panneaux, qu'on plaça à côté des peintures. 
Notre historien Guillaume Boonen nous a conservé ces 
inscriptions. Nous les transcrivons de son manuscrit, 
achevé en 1594 : 

Als men necjen hondert Jaer gescrcvcn — heefl. 

En LXXXV, naer scrifls oirconden — ivaer, 

Men Otto den dcrden keijser sien leven — heefl. 

Toi Roomen seer wonderlijck bevonden — daer; 

Het is een spiegel toi allen slanden — clacr, 

Voer aile richters, hoort ivat hij bedreven ■ — heefl, 

Doer sijn vaische vrouive, ivilt dit doergrotiden — swaei\ 



(1) M"" Alph. Wauters a démontré d'une manière incontestable, selon nous, 
que les deux tableaux représentant la Légende de l'épouse d'Othon III doivent 
èlre considérés comme deux parties de la grande peinture commandée, en 
1468, par la ville de Louvain à Bouts, peinture qui devait être divisée en 
quatre compartiments et avoir douze pieds de haut sur vingt-six de large. 
« ils ont en effet, dit-il, 3m,23 (1 1 1/2 pieds plus une légère fraction) de haut 
sur 1°>,83 (6 1/2 pieds, soit s'il y en avait quatre, 20 pieds) de large. » 

En parlant des deux annotations trouvées en 1835, par M. Cannaerl, le 
même auteur fait remarquer ce qui suit : « En rappelant les grandes com- 
mandes faites à Bouts par la ville de Louvain, elles en ont à tort doublé l'im- 
portance par la distinction qui y est établie entre les deux tableaux de la 
Légende d'Othon, et qui furent évaluées, y est-il dit, à 230 couronnes d'or, 
et les deux compositions : le Jugement dernier et le grand quadriplyquc que 
la ville commanda la même année 1408, le 20 mai, au prix de 300 couronnes 
d'or. Celte commande seule repose sur une donnée incontestable; les enfants 
de l'artiste reçurent de ce chef 306 couronnes, somme dont il suffît de défal- 
quer 76 couronnes, qui sera la valeur vénale du Jugement dernier, pour re- 
trouver le chiffre de 230 couronnes mentionné plus haut. » Voyez Wauters, 
Thierry Bouts ou de Harlem, Bruxelles, 1863, pp. 24-25. 

(2) « Betaell Henrick de Muyser, facteur van de Roose, voer 't compo- 
neren van sekere xxii regulen om te doen schilderen ofle schryven op twee 
dorcn van den Taferecle in de Haelcamcre, nader blyckende, by d'acte getce- 
kent : DE LA Hailt, en quitantic, 5 in oct. 1378. » 



— 298 — 

Hij 't rccht mishandelt ende seer doen sncven — hceft, 
Wnnt hij haer te vêle geloofs gegeven — heeft, 
Soo dm hij sijn ivijsheil heel cosl verdooven. 
Een smeeckende vrouwe en will niel gelooven. 

Dese vrouwe in liefde onlsleken — was, 
Op eenen Grave int Hoff, vermaert — seere, 
Van Venus wercken dat allen haer spreken — ivas, 
Segghende : U ionsle le mijwaerls baert — heere. 
Hij refuseerde haeren valschen aerl — leere, 
Dinckende dat sij van quaeden ireken — tvas; 
Dus heeft sij hem bijden Keiser besivaerl — meere, 
Van forisen, dwelck scheen aen haer gebleken — icas. 
Dus die Keiser haeslich daer aent vreken — was, 
Ende dede hem onthoofden en slortten sijn — bloet; 
Een groole saecke verhaesl en was noijl — goet. 

Doen die Keijser te redite geselen — ivas, 

Quamp de vrouwe en bracht huers mans hoot — daer, 

En seide : blust mijn begeerte om welen — ras; 

Wal verbuerl die een ontschuldich bringhl 1er dool — swaer ? 

Lijff en goet, sprack hij, ofl hij cleijn oft groot — mier ! 

Ghij hebt dat ghedaen, en vreesdij der schanden — niel, 

Want ick sal hier maecken u quaet exploot — claer; 

Met een geloijende ijser in mijn handen — siet, 

Swoer sij bij den levenden Godt, sonder verbranden, — iet; 

Dies hij allen verwondert waeren mans en vrouwen. 

Wij salse beschaemen die op Godt betroniven ? 

Den Keiser dee sijn ivijff examineren — ivel, 

Op dat sij de waerheijt le rechle belijden — sau. 

En dede haer metten hranl executeren — snel, 

Soo dat hij sijn eere, daer met bevrijden — wau : 

En sprack : ick sal voer mijn bruit noch verhlijden — au; 

Muer sij bleeff in haers mans liefde constant vroel. 

Doen sprack hij lot haer : will mij caslijden, nau! 

Sijn heeren verbaeden aen huer voer igeheel lant — goet, 

En gaven haer vîer sloten slerck en plaisant — soet, 

Om sijn wijsheijt wille vermaert seer loffelijck; 

Als die wijsc dolen, dolen sij groffclijck. 



— ^299 — 

Au XVII'' siècle, les deux grands lableaux de Bouts 
farciil déplacés. On les fixa dans la boiserie du prétoire 
des échevins (i). A cette époque, les peintures commen- 
çaieiU à soulFrir des ravages du temps. Mais le conseil 
communal, qui comprenait la valeur de ces œuvres, résolut 
de les faire retoucher avec soin. On s'adressa à cet eiïet 
à Daniel Mobiliers, de Bruxelles, qui jouissait d'une cer- 
taine réputation conjme restaurateur. Il était fils de Pierre 
Nobiliers, attaché au service des archiducs pour veiller à 
la conservation des tableaux qui garnissaient les palais de 
Bruxelles et de Tervueren. Cet artiste se présenta devant 
le conseil, à la séance du 6 novembre 1628, et offrit de 
remettre à neuf tant les tableaux qui ornaient la chambre 
du conseil que ceux qui se trouvaient au prétoire des 
échevins, moyennant une somme de 600 florins. Le con- 
seil, après mûre délibération, lui proposa une somme de 
450 florins et cette proposition fut acceptée (2). 

(1) Une éliquelte rédigée au XVIIle siècle, qui se Irouve dans le compte de 
1479, porte ce qui suit : « Vide l'ciiciiinge 1479, f" 159 verso, meester Dieuick 
BouDTS, schilder, die de schilderye van de bougeringhe gescliilderl lieeft voor 
de somme van 500 croonen. « 

(2) « Daernaer is verliacll dat alliier, binnen dese stadi, by occasie was 
gecomen sekeren seer constigen en vermaerdcn schilder, hy naeme Danill 
Nobiliers, die welcke hem hadde vermelcn te beleren en le versien die schil- 
deryendeser sladl, slaende soe inde Raedt caemer als in de Schepenen camere, 
en deselve te stellen in aisulken slaet gelyck oft die nyeuwl svaren, Waer op 
gelet wesende en considerende de weerde der voorsc. schilderyen is geseght 
den voorsc. meester schilder te hooren. Die welcke innegecomen wesende, en 
hem voergehouden synde l gène voers. is, heeft die selve l synen lasle geno- 
men die voers. schilderyen te beteren en die in slaele te steilen en le levcreu 
gelyck oft die selvc nyeuwl waeren en sonder lelscl, hebbende dacr voer ge- 
heysl die somme van sesse hondert guiden cens. 

» Dan, ten leslcn, en naer lange discourssen ende propositien, is hem 
finaelycken van sladis wegen geboden die somme van vier hondert en vyftich 
guldens cens, waer voer hy de voersc. belernisse alsboven heeft aenveerl te 
doene, binnen dese stadt, ailes op visilalie van meeslers hun des verstaende 
over l voersc. loffelyck werck, enz. in forma. Hebbende die selve Nobiliei's le 
dyen eynde, onder die minute vande resolulien dcser sladt, daer over gehoii- 
den, geslelt synen naeme en was onderleekenl Damei. Nobiliers. » RnoUtlimi 
(lu magistral du 6 novembre 1628, fol. 171 v". 



— 300 — 

Ail commencement lie noire siècle, les deux tableaux de 
Bouts se trouvaient toujours à la salle des échevins « fixt^ 
dans une boiserie; à côté de cbaque tableau étaient lies 
panneaux contenant une inscription flamande explicmrice 
de chaque sujet et écrite en lettres gothiques et dorées. » 
Cette place ayant été convertie, en 1814, en salle de réu- 
nion de la garde bourgeoise, on cloua souvent l'ordre du 
jour au bas de l'un de ces tableaux. On conçoit que celte 
circonstance contribua à les détériorer. Un auteur qui les 
vit en 1826 en parle en ces termes : « Dans les derniers 
temps, l'entretien de ces deux beaux morceaux avait été 
négligé, et ils menaçaient de tomber en ruine; la couleur 
commençait à s'écailler en divers endroits, et le vieux vernis 
était décomposé par l'humidité des murs contre lesquels 
ils étaient placés; de plus, ils étaient couverts d'une crasse 
tellement noirâtre, qu'on pouvait à peine distinguer l'effet 
des couleurs (i). » 

On sait que le prince d'Orange, depuis Guillaume II, 
roi des Pays-Bas, avait un goût prononcé pour les beaux- 
arts. Lorsqu'il n'était que simple prince héréditaire, il se 
forma une collection de peintures sans pareille dans la 
Néerlan(^e. 11 encouragea nos de Keyzer, nos Gallaif, nos 
Geefs, nos Geerts, aussitôt qu'il fut assis sur le trône. Or, 
le prince visita notre Hôlel-de-ville en 1 826. En parcourant 
les différentes salles de l'admirable monument, il s'arrêta 
devant les tableaux de Bouts. Il les trouva fort remarquables 
et regretta vivement qu'on les laissât périr. En amateur 
éclairé, il résolut d'essayer de les soustraire à une perte 
presque certaine et d'en enrichir sa collection. A la demande 
du prince, le roi Guillaume I" s'adressa au magistrat avec 
prière de vouloir bien lui céder les deux vieux tableaux. 
Le monarque en offrit une somme assez ronde. En 1817 

(1) )I. NitiwEMii^s, ouvriiirc tilt', |i. ii. 



— 501 — 

on avait démoli le local de la Table-Ronde, qui occupait 
le côlé méridional de la Grand' Place. A plusieurs reprises 
déjà l'adminislralion communale avait essayé de vendre 
l'emplacement qu'avait occupe le vieil édifice, à la condi- 
tion, pour l'acquéreur, d'y élever des habitations d'après 
un plan déterminé; mais on ne trouvait pas d'amateur. Il 
fallait cependant combler le vide. Le conseil prit donc la 
résolution de faire construire, aux frais de la commune, un 
édifice monumental sur l'emplacement de la Table-Ronde. 
Malheureusement les ressources manquaient. On ne dis- 
posait que de 18,522 florins. Dans le désir d'augmenter 
ce fonds, le conseil résolut, en séance du 9 décembre 1826, 
d'offrir au roi les deux tableaux de Bouts, moyennant la 
somme de 10,000 florins des Pays-Bas. Le roi, avant de 
statuer sur la demande de la commune, exprima le désir 
de connaître l'avis de la commission locale pour la conser- 
vation des objets d'art, alors composée de Joseph de Bare, 
curé de Sainl-Quenlin, Martin Hensmans, architecte, Jean 
van Dorne, peintre, J.-P. Gecdts, directeur de l'Académie 
des Beaux-Arts, J.-B. Slappaerts, amateur de tableaux, et 
Ph. Verheyden, architecte. Dans sa lettre à la régence, eu 
date du 8 février 1827, la commission disait : « Voir en- 
lever les deux tableaux les plus rares qu'elle possède, ne 
pourrait jamais avoir l'assentiment de la commission, si 
ce n'était dans l'intérêt même des arts; en efl'et, elle croit 
qu'il est impossible à la ville de faire une collection de 
tableaux antiques qui puisse dignement figurer à côlé des 
deux tableaux en question qui certes peuvent tenir le 
premier rang dans le plus beau cabinet de ce genre. Une 
autre considération, qui ne lui permet pas de balancer sur 
ce qu'elle a à faire, c'est l'emploi des fonds qui provien- 
draient de celle vente; et si la commission a le vif regret 
de ne plus pouvoir admirer ce chef-d'œuvre de l'art, elle 
a la douce satisfaction d'apprendre que le produit en sera 



— 302 — 

employé à l'éreclioii d'un monument sur remplacement de 
l'ancienne Table-Ronde et qui, elle ose l'espérer, sera digne 
de figurer à côté de noire superbe Hôlel-de-ville. » Le roi, 
après avoir pris connaissance des pièces, approuva l'acquisi- 
tion des tableaux, au prix de 10,000 florins, par son arrêté 
du 13 avril 1827. Celte somme fut payée sur les fonds 
votés pour la construction du palais du prince d'Orange, 
maintenant Palais ducal, à Bruxelles (i). La régence adressa 
une lettre de remerciments au souverain, le 4 mai 1827, 
et le 4 octobre suivant les deux admirables peintures furent 
déposées sur une charelle, en présence de M"" C.-J. JNieu- 
wenhuys, et transportées à Bruxelles (2). Elles furent im- 



(1) M. NiEL'WENHUYS, dans ses Remarques sur quelques tableaux historiques et 
sur les circonstances qui ont amené la desiruclion des uns et le déplacement des 
autres, qu'il a fait imprimer en 18GI, pense que nous nous sommes trompé. 
« M. Edward van Even. n'est pas exact, observe-t-il, lorsqu'il dît que le paie- 
ment de ces tableaux a été fait sur les fonds votés par la Nation pour la con- 
struction du palais du prince d'Orange, maintenant le Palais Ducal. Ils ont 
été, comme nous venons de le dire, acquis des propres deniers de S. M. Guil- 
laume l"-'', pour la somme de 10,000 florins des Pays-Bas. Les membres de la 
Famille royale étaient alors dans l'usage, aux jours anniversaires de la nais- 
sance de chacun d'eux, de se faire mutuellement des présents de tableaux, et 
la généralité de tous les objets d'art qui composaient la galerie du prince 
d'Orange, depuis S. M. Guillaume II, fut payée avec libéralité de ses fonds 
privés. » 

Les allégations de M. Nieuwenhuvs, en ce qui concerne les peintures de 
Louvain, tombent devant l'art. 2 de l'arrêté royal d'acquisition, en date du 
13 avril 1827, qui porte ce qui suit : << Onze Hlinister van binnenlandsclie 
Zaken le magtigen, om van liet Stedelyk Bestuur van Leuven, voor eene som 
van 10,000 guld., aan te koopen de twee evengemelde schilderyen van Hem- 
meling, en zulks ten behoeve van het Paleis van onzen beminden zoon den 
Prins van Oranje, te Brussel; zullende die gelden worden aangcvoezen op de 
fondsen voor den opbouw van het zelvn paleis beslemd. » 11 resulle du dossier 
que l'ordonnance de paiement, mandatée sur les fonds votés pour la construc- 
tion du Palais Ducal, fut transmise ù la régence par .M. Ewyck, administrateur 
du Walerstaat, par dépèche du 14 novembre 1827, n» 39, émargée « Gebou- 
wen te Brussel, Paleis van den Prins van Oranje. » L'iniporl en fut encaissé, 
le 7 décembre suivant, par le receveur de la ville. 

(1) Voici le texte de l'altestalion délivrée par .M. Nieuwenhuys lors du trans- 
fert des tableaux de Louvain à Bruxelles : 

« J'ai reçu de .Monsieur le Bourgmestre de la ville de Louvain deux grands 



— 503 — 

médialcment restaurées avec le plus grand soin. On les 
plaça ensuite dans la galerie du prince d'Orange. Elles y 
excitèrent la plus vive admiration et attirèrent une foule 
d'amateurs. Les deux peintures y captivèrent les regards 
des curieux jusqu'en 1859. En 1841 elles furent placées 
dans la galerie royale de La Haye. Le 15 août 18150, lors 
de la vente de la colleclion du roi des Pays-Bas, les enchères 
montèrent à 9,000 florins, mais les tableaux furent retenus. 
M' C.-J. Nieuwenliuys les acheta, en 1 856, de la Reine-Mère 
et les garda pendant cinq ans. Il les céda, en janvier 1861 , 
moyennant une somme de 28,000 fr., au gouvernement 
belge, pour être placées au Musée royal de Bruxelles, où 
elles occupent actuellement la place d'honneur dans le salon 
consacré aux peintures flamandes du XV« siècle. 

Les deux tableaux de Bouts ont une dimension extraor- 
dinaire pour l'époque. Chaque panneau a 3 mètres 23 cen- 
timètres de hauteur sur 1 mètre 83 centimètres de largueur. 
Les figures sont à peu près de grandeur naturelle. Le pre- 
mier tableau représente le supplice du comte. Les scènes 
se passent dans un beau paysage. Sur le devant foisonnent 
des plantes et des fleurs. Le lointain figure une ville du 
moyen âge, au milieu de laquelle s'élève une tour ogivale 
travaillée à jour. Un horizon lumineux couronne ce site 
charmant. Sur le second plan, on remarque le patient 
conduit à la mort. Sa physionomie exprime le calme et 
l'innocence. Il porte une longue chemise et a les mains 
liées de cordes. Sa femme le suit de près. Elle a les mains 
jointes et semble profondément aflligée. Le comte se tourne 



Jableaux peints par Hemmeling, que j'ai amenés à Bruxelles pour être remis à 

Monseigneur le Prince dOrange, ayant été chargé de sa part de les recevoir à 

Louvain et de les lui faire parvenir à Bruxelles. 

» Louvain, le 4 octobre 1827. 

'> Signée : C -J. Nieuwenhuys. » 

Inutile de faire observer que ces tableaux passaient alors pour des œuvres 

de Memlinc. 



— 504 — 

vers sn fidèle compagne el lui recommande sa jnslification. 
Un moine de Tordre de Saint-François Texiiorle à subir 
d'une manière chrétienne cette injuste condamnation. Sur 
le premier plan, le sacrifice est consommé : le corps ina- 
nimé du malheureux gît sur le sol. Le bourreau qui a 
tranché la télé du comte la remet à sa veuve. Celle-ci la 
reçoit dans un morceau d'étoffe. Six juges assistent à ce 
triste spectacle. Un second bourreau complète le groupe. 
L'empereur et l'impératrice observent la scène du haut de 
la terrasse d'un château de style ogival. Le monarque porte 
les insignes impériaux. Il se tient calme et fier. L'impéra- 
trice lui adresse la parole, le sourire à la bouche; elle a 
l'air de se réjouir du triomphe de sa calomnie. 

Le second tableau figure la justification du comte. Elle 
a lieu dans un appartement magnifique. Une mosaïque de 
carreaux en forme le sol; des vitres en losanges maintenues 
par des châssis de plomb en ornent les fenêtres. Par une 
grande porte ouverte, la vue plonge dans le lointain : on 
y observe un paysage tranquille; au fond de ce paysage se 
trouve une ville considérable. L'empereur est assis sur un 
Irône modeste, placé sous un dais orné de riches étoffes. 
Une splendide houppelande de damas l'enveloppe de ses plis; 
la martre en ourle richement les bords. Sa tête, légèrement 
inclinée, est ceinte d'une couronne impériale. Sa main 
droite tient un sceptre, sa gauche repose indolemment sur 
sa poitrine. A ses pieds sommeille un petit chien. La veuve 
du comte est agenouillée devant le monarque. Sa physio- 
nomie est noble et tranquille; elle a la conviction de l'in- 
nocence de son mari. Nous ne sommes pas éloignés de 
croire que cette tète offre les traits d'Elisabeth van Vos- 
hem, la seconde épouse du coloriste; elle est incontesta- 
blement peinte d'après nature. La femme porte une robe 
à larges manches ornée de petits gris et dont les plis se 
développent harmonieusement. Un bonnet d'étoffe épaisse. 



— 305 — 

surmonté d'une sorte de ruche brodée, couvre sa télé. 
Dans la main droite, elle porte la tête de son époux, envelop- 
pée dans les pans d'une espèce de voile attaché à sa ruche; 
dans la gauche, elle lient un fer rouge. Sur le sol se trouve 
un brasier allumé monté sur des roulelles pour le pro- 
mener autour de l'apparlement (i). L'empereur regarde la 
détermination de la comtesse d'un œil scrutateur; ses traits 
portent l'empreinte d'une vive émotion. Six hommes de la 
cour observent la scène avec une profonde surprise. Ils 
sont richement velus, les deux premiers surtout. Ceux-ci 
portent de courtes jaquettes d'éloiïe précieuse à manches 
bouffantes, fourrées de pelleterie, des justaucorps de drap 
rouge et des souliers à la poulaine. Les quatre autres spec- 
tateurs ont des robes longues; leurs télés sont couvertes 
de mortiers rouges. Le fond de la perspective représente 
le supplice de l'impératrice : il a lieu sur une belle pelouse 
en pente douce. La séductrice est liée à un poteau qui 
se trouve au milieu d'un bûcher; les flammes la dévorent 
déjà. Plusieurs bourreaux attisent l'élément destructeur. 
Deux groupes de spectateurs assistent à l'exécution. Ces 
petites figures sont traitées avec une adresse merveilleuse. 
Dans le lointain on observe une ville entourée de murs à 
bastions et dominée par une tour de style ogival, qui rap- 
pelle tant soit peu celle de l'église de Haarlem. 

Le grand artiste nous a révélé d'une manière frappante 
dans ces deux peintures la rectitude de son esprit et l'in- 
génuité de son cœur. On y remarque aisément qu'il n'a 
jamais aimé à reproduire des scènes cruelles, et qu'elles 
répugnaient à son âme candide. Ce qui prouve qu'il les a 



(1) En 1470, Tadminislralion communale fil exéciiler un brasier à lusage 
du bureau de comptabilité. On lit dans le compte communal, fol. 59, ce qui 
suit : « Antlionysse Bruyninckx, smit, van eenen cleinen vierwagen te makeu 
vanysere,om op 'tRegister teorboren, hem daervoor vergouwen 36 plecken.» 
C'est sans nul doute ce brasier que Tartiste a reproduit dans son tableau. 



— 506 — 

traitées non par goût, mais par devoir, c'est qu'il a eu soin 
d'en éluder les circonstances les plus repoussantes. L'hon- 
nête homme avait peur, il faut bien le croire, d'affliger ses 
spectateurs ou de leur inspirer des sentiments ignobles. 
Il n'a point voulu qu'on assistât à l'exécution du comte 
innocent; c'eût été un spectacle trop navrant pour les 
âmes tendres et généreuses. Elle est donc terminée sur 
l'avant-plan du premier tableau. Le second tableau offre, 
il est vrai, le supplice de l'impératrice, mais dans le lointain 
seulement. Nul sentiment odieux n'anime les figures de ses 
personnages. Les assesseurs semblent être des hommes 
doux et tranquilles; le calme de l'esprit et l'amour du bien 
sont peints sur leurs visages. Les bourreaux eux-mêmes 
n'effrayent point : on les prendrait pour des gens compa- 
tissants, tant ils ont des physionomies inoffensives. 

Les deux tableaux, dont nous venons de parler, sont 
deux chefs-d'œuvre. Les attitudes, les gestes, les expres- 
sions et la couleur sont dignes des plus grands éloges. Ce 
qui étonne le plus, c'est que ces œuvres sont sorties du 
pinceau d'un homme âgé de soixante-quinze ans! 

Bouts laissa, on le comprend, d'autres travaux à Louvain. 
Jean van den VVinckele, notaire de notre Université, qui 
avait épousé une fille de Hubert Stuerbout, possédait plu- 
sieurs tableaux de cet artiste. Deux de ces peintures sont 
mentionnées dans son testament, en date du 10 juin 150S. 
L'une représentait V Adoration des Mages, l'autre VEjfîgie 
du Sauveur (i). Son fils, Jean van den Winckele, maître es 
arts et docteur en médecine, possédait trois œuvres de 
Bouts, ainsi qu'une production de son fils Albert Bouts. 
Ces tableaux représentaient : \° SS. Jacques et Joss€;'2° la 



(l) <■ Ileni, liibella trium regiim, quain fecil Magisler Theouoricus, piclor. 
Ilem, fncics Salvaloris, quam fecil iiieiii Theodoricus. » Testament du 
10 juin lîJOi). V. Proloroles du notaire Jean van Wamel, t. I, f» 206. 



— 307 — 

Sainte Vierge, et 3° le Sauveur. Par son leslamenl, du 
11 septembre 1554, il K^giia le premier à Jean van der 
Moeren, abbé de Sainte-Gertrude; le second à maître Micbel 
Driieux, officiai de révèclié de Liège, à Louvain, et le 
troisième à Elisabeth de Berges, ancienne abbesse de la 
Cambre. Il disposa du tableau d'Albert Bouts, qui repré- 
sentait la Sainte Vierge, et qui était plus grand que celui 
qui offrait le même sujet, par le père Bouts, en faveur de 
maître Jean Wouters, chirurgien, à Louvain (i). En men- 



(1) Nous transcrivons du testament de vanden Winckele, du 11 septembre 
1354, tous les passages qui se rapporlenl à des objets d'art : 

« Reverendissimo in Christo palri et domino Episcopo Calcedonensi ac suf- 
fraganco Cameracensi, D» Marlino de Cupere, Imagincm Jesu, opère vulgo 
tegwerck, lego pro memoria. 

» Reverendo in Christo patri et domino abbali Sancle Gerlrudis lego Ima- 
gities Sancloriim Jacobi cl Judoci, dcpictas, ut pulo, opéra quoiidum Tiieodo- 
Rici, quos habuit pater meus a quodani predecessore cjus. 

» Item, domino et magistro noslro Rewardo ab Encliusia (Tapper), decano 
ecclesie collégiale Saneti Pétri Lovaniensis, patri meo spirituali amatis- 
simo, lego Imaginem SancH Hicronymi quam dono habui à magistro Egidio 
Busiidio... 

» Item, consullissimo utriusque juris doclori domino Micliaeli Drulio, reve- 
rendissimi domini Leodiensis offîciali, domino et ainico meo unico, lego Ima- 
ginem béate Virginis dcpictam />cr Tueodoricum, arle sua excellrntem, que est 
minor ea qunm fecit Albertus Bouts, ejus filius, et duas lagenas parvas ex 
vitro Venetiano, varii coloris, argento deaurato et aque rosatici aplatas. 

» Item, nobili et generoso domino Roberto de Bergis, sancli sedis aposto- 
lice Prolonolario , lego petiam unam parvam ex filo aurco lexlam opéra 
vulgo legwerck, in qua sunl rose diverse, miro artificio contexte, et posset 
aptari ad coopertorium calicis misse deservientis. 

» Item, nobili et generose domine Elisabetlie de Bergis, aniiquc domine de 
Caméra, lego Imaginem Salvatoris coroiialam, quam habui legatara ù pie me- 
morie magistro nosti-o Godschalco, cum ornatu illi per me annexo, et Imagi- 
nem beale Virginis, opéra vulgo legwerck conlextam, et duas lagenas cristalli- 
nas cum suis custodiis de coreo, prout illas habui ab execuloribus quondam 
domini Nicolai Coppj'n, decani ecclesie Sancli Pétri. 

» Item, abbalisse Monasterii de Caméra predicti lego Imaginem Susanne, 
similiter opéra legwerck texta, pro memoria. 

» Ilem, Marie Heyms, malri et gubernatriei liospitalis magni, in Lovanio, 
lego Imaginem Salvatoris, non coronalam, quam dono habui ab antiqua do- 



— 508 — 

tioiuianl rime de ces peintures, le lestaleur fait observer 
que Thierry Bouts était uu homme qui excellait dans son 
art, circonstance qui prouve que ses œuvres étaient encore 
appréciées dans notre ville au milieu du XVI^ siècle. 

Une autre particularité nous prouve combien on esti- 
mait ailleurs les œuvres de notre artiste; nous ne pouvons 
nous empêcher de la rapporter ici. On sait que Marguerite 
d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas, avait un goût pro- 
noncé pour les arts et les lettres. Cette princesse cultivait 
elle-même la poésie et la musique avec grand succès. Elle 
avait fixé près d'elle des peintres, des sculpteurs, des musi- 
ciens et des savants. C'était au milieu de ces hommes d'élite 
qu'elle se plaisait à passer les loisirs que lui laissait l'admi- 
nistration difficile de nos provinces. Mais si la gente demoi- 
selle aimait passionément les arts et les lettres, elle avait 
une prédilection toute particulière pour la peinture. Elle se 



mina de Caméra suprascripla, et est minor ea quam fecil Theodobicus, piclor 
supruiiominatus. 

» Ilem, magislri Johannis de Ravescliol, compatri et amico meo earissimo, 
Imagincm Salvaloris coronalam, opéra vulgo borduerwtrck, sublili arle faetam 
et annulum meum cum lapide camaliu in quo sculpta est imago capilis puei'i. 

» Ilem, niagistro Jolianni Walteri, cyrurgico, compatri meo earissimo, 
Itnaginem beale Virginis, quam fecit Albertds Bodts, pictor, et est major ea 
quam supra legavi domino Drucio, et filio suo Jolianni, pelrino meo, peram 
unam parvam auream cum diamanle parvo et aliis iili annexis, quam dono 
habui a relicla quoudam magistri Ludovici Scribaens. 

» Item, Danieli van Voshem, amico meo, Imaginem beale Virginis, sculp- 
tam ex ligno. 

» Ilem, Joliauue Boels, nepti mee, et uxori Pauli de Cupere, Mechlinie, 
Imagine!' Ade et Eve, arlificiosc ex ligno sculpte, cum custodia in qua suut, 
pro memoria. 

•) Item, Jolianni van Couwenlioven alias vander Goes, lego Imaginem liomi- 
nis mortuis salis arlificiose sculptam ex ligno buxino, etc. 

»... in Capella Tabulam in qua depicta est conversio Béate Marie Mag- 
dalcne. » 

Liber lestamenlortim codicillorum el aliovum Magistri Johannis de Wamel, 
nolarii curie conserriatoris aime universilatis Lovaniensis, 1557-1571, f" 184- 
185. 



— 309 — 

forma une colleclion de tableaux composée de ceul licnte- 
qualre pièces. Dans ce nombre figuraient plusieurs pro- 
duclions de Jean van Eyck, de Rogier vander VVeyden, 
de Jean Memlinc, de Bernard van Orley elde Micbel Coxie. 
Parmi les morceaux les plus remarquables de sa colleclion 
se trouvait une œuvre deThierry Bouts : « une petite nostre- 
Dame, fait de la main de Dirick, » comme le rapporle une 
pièce officielle (i). Ce tableau devait être d'une éclatante 
beauté, puisqu'il inspira des vers en l'bonneur de l'artiste 
à un amateur éclairé des beaux-arts de cette époque. Cet 
amateur éclairé était Jean Lemaire de Belges, le poêle de 
dame iMarguerite. La princesse avait su apprécier le goût 
délicat de cet écrivain : elle lui avait confié une mission 
artistique près de l'habile sculpteur iMichel Colombe, de 
Tours, et l'inspection de ses constructions magnifiques à 
Brou en Bresse. Le travail de Bouts le captiva tellement 
qu'il accorda à l'artiste un éloge un peu entaché d'hyper- 
bole. Il le rangea hardiment à côté de Jean van Eyck. 
Voici ce qu'il en dit dans sa composition en vers, intitulée : 
la Couronne marcjaritique; il le nomme Dicric de Loiivain, 
du lieu de sa résidence : 

Hugues de Gand qui tant eu les Iretz nclz, 

Y fut aussi, et DiEnic de Louvaiin 

Avec le roy des peintres Johannes, 
Duquel les faits parfaits cl inignonnelz 
Ne tomberont jamais en oublj' vain (2j. 

Ne tomberont jamais en oubhj! Celte prédiction ne s'est 
réalisée qu'à moitié : tous les travaux du chef de l'école 
néerlandaise n'existent plus, et plusieurs de ceux de Bouts 



(1) Comte DE Laborde, les Ducs de Bourgogne, t. I, p. 44. 

{2) La Couronne niargarilique. Ce livre fut composé vers ISH. L'édition 
originale est fort rare; il en existe un exemplaire à la Bibliothèque royale, 
fonds Van Ilullliera, n» 11901. 



— 510 — 

sont également perdus. Si ledeslrucleur universel a épargné 
quelques-uns de ceux-ci, ils demeurent sans nom de mailre 
ou passent pour des œuvres d'autres peintres. Cette cir- 
constance a inspiré à deux savants du Nord, MM. Waagen 
et Passavant, le désir d'essayer, sur l'autorité de l'analogie, 
de lui restituer quelques tableaux. 

Le triptyque de la collection Vallardi, qui a été acheté 
par le Musée du Louvre, à Paris, et que l'on croyait de 
Memlinc, doit, de l'avis de bons connaisseurs, être resti- 
tué au talent de Bouts. 

Le gouvernement belge a acquis, en même temps que les 
grands panneaux de Bouts, un admirable portrait, qui 
passe pour être celui de Charles le Téméraire, mais qui, 
selon nous, est celui d'un grand personnage de la seconde 
moitié du XV^ siècle. Il porte le collier de la Toison d'Or 
et tient une flèche à la main, pour indiquer sans doute qu'il 
est président ou Chef Homme d'un Serment d'Archers. Ce 
portrait, qui figure au Musée de Bruxelles, est attribué à 
Rogier vander Weyden. JNous pensons qu'il est postérieur 
à l'époque de ce grand coloriste et qu'il appartient au pin- 
ceau de l'homme remarquable qui nous occupe. Il est assez 
possible qu'il représente un personnage de Louvain du 
XV« siècle. 

Ainsi que nous l'avons fait observer plus haut, le temps 
a dû respecter d'autres travaux de Bouts, et nous espérons 
qu'on les retrouvera. 

M"" Alfred Michiels attribue à notre artiste un grand pan- 
neau représentant la Marche au Calvaire, qui fut mis en 
vente à Paris, le 13 mai 18S8, Le même auteur pense que 
le célèbre tableau qui orne la Chambre de la Cour impé- 
riale de Paris, appartient aussi au pinceau de notre ar- 
tiste (i). 

(1) MrcHiELS, Op. cit., 1. Iir, p. 282, 



— 511 — 

L'inslitul Slœdel, à Francfort, possède un superbe ta- 
bleau, qui passe pour une production de Uogier vander 
Wcyden, et que nous envisageons, également comme une 
œuvre de Thierry Bouts. Celle peinture représente la 
Sainte Vierge debout. Elle porte l'Enfant Jésus et se trouve 
sous un dais richement orné. A gauche, on voit saint Jean- 
Baptiste et saint Pierre; à droite, saints Cosme et Damien, 
patrons de la corporation des chirurgiens de Louvain. Au 
bas se trouvent trois blasons, dont l'un porte les armoiries 
de la famille patricienne Liesensone. Ce qui nous a fait 
attribuer ce lableau à Bouts, c'est qu'on y retrouve d'une 
manière à peu près identique les têtes de saint Jean et de 
saint Pierre de la Cène, de notre ville. Il provient peut- 
être de l'autel de la corporation des chirurgiens de Lou- 
vain, laquelle avait son oratoire à la collégiale de Saint- 
Pierre (i). 

M. Waagen a cru reconnaître le pinceau de Bouts dans 
deux pièces appartenant à un grand lableau d'autel. « L'une, 
dit il, représente Judas et sa troupe arrêtant le Seigneur, 
et figure à Munich (cabinet, n" 58). La composition en est 
riche et animée, mais par la maigreur des formes, l'angu- 
leux des altitudes et la rudesse du contour, elle appartient 
à la première période de la carrière de l'artiste. On retrouve 
déjà dans cette œuvre son admirable sentiment des physio- 
nomies, la variété des carnations, ainsi que la puissance et 
la profondeur du coloris. L'autre morceau, VAscension, 
attribué erronément à Memlinc, orne la chapelle de Saint- 
Maurice, à INuremberg (n° 23). Ce tableau plait encore par 
l'expression de dignité de la tète du Sauveur, mais il a été 
dénaturé par trop de restaurations (2). » 



(1) Le Messager de 1838, p. H3, renferme une gravure de ce lableau, due 
au burin de M^ Cli. Ongliena. 

(2j G. -F. Wa.vcem, Manuel de l'hisluire de la peinlurei écoles allemande, fla- 
mande cl hollandaise, Bruxelles, 1865, 1. I, p. 122. 



— 31^2 — 

Un tableau, observe M. Waagen, qui a beaucoup d'ana- 
logie avec celui dont il vient d'être parlé, se trouve dans la 
collection de TAcadéniie des Beaux-Arts à Vienne, où il 
figure, par erreur, sous le nom de iMemlinc. Il représente, 
assis sous une construction de style ogival, Dieu le Père, 
sur son Irène, et Jésus-Chrisl, couronnant la Sainte Vierge 
comme reine des deux. Derrière ces figures se déroule un 
lapis de brocart. De chaque côté, trois anges entonnent des 
cantiques. C'est un tableau d'une grande beauté. 

Dans la collection de sir Charles Eastlake, président de 
l'Académie des Beaux-Arts, à Londres, se trouve un tableau 
qu'on attribue à Bouts. Il a trois pieds et denji de hauteur 
et autant de largeur. Ce tableau représente les Funérailles 
d'un évêque dans la grande nef d'une église de style ogival. 
« Au point de vue de la distribution ingénieuse de la corn-, 
position, de la variété de l'expression des têtes et du fini de 
l'exécution, ce tableau doit être rangé, dit M. Waagen, 
parmi les œuvres les plus remarquables du maître »(i). 

La chapelle du couvent des Sœurs-Noires, à Bruges, 
renferme huit panneaux que M. Waagen envisage comme 
des productions de Bouts. Ils représentent des Scènes de la 
vie de sainte Ursule. Les revers sont ornés de grisailles, 
figurant les quatre Évangélistes, les quatre Pères de l'Église 
elV Annonciation, Nous avons attentivement examiné ces 
intéressants panneaux, et nous pensons qu'ils appartien- 
nent, non à Bouts, mais à l'un de ses disciples. 

Bouts doit être considéré comme l'un des plus grands 
peintres des Pays-Bas du XV" siècle. Il laissa des œuvres 
qui ne pâlissent ni devant celles de vander Weyden, ni 
même devant celles des frères van Eyck. C'est un artiste 
qui est lui-même, qui se place devant la nature et qui ob- 
serve et reproduit les particularités de la vie réelle avec 

{)) G. -F. Waagen, loco cil. 



— 315 — 

une sincérité de sentiment et une fécondité de génie que 
notre érudition académique ne peut plus atteindre aujour- 
d'hui. On l'a comparé à tort à Memlinc. Il est avant tout 
un imitateur de la nature. On voit dans ses œuvres que la 
nature lui plait, que la vie lui suflil, que la poésie de la 
vérité lui paraît assez grande, et qu'il ne cherche pas au- 
delà. Memlinc est un esprit méditatif, un rêveur, qui 
crée un monde idéal et abstrait; Bouts aime le monde 
réel et le reproduit en l'embellissant, sans le refondre ni 
le changer. L'artiste est vrai jusque dans ses moindres 
détails. Dans ses productions tout est en harmonie comme 
dans la nature. On n'y trouve jamais de personnages créés 
selon la fantaisie du peintre. Ce sont toujours des hommes 
et des femmes étudiés les uns après les autres. Après avoir 
exprimé la physionomie de son modèle, il copie de point en 
point son chapeau, sa redingote, son justaucorps, ses sou- 
liers. Il reproduit la nature telle quelle, sans mensonge et 
sans ornements. En imitant l'homme physique, il ne néglige 
pas l'homme moral. Le dedans lui semble aussi important 
que le dehors. Ses personnages sentent et pensent par tous 
les traits de leur visage et de leur physionomie. Sa couleur 
est toujours vive, harmonieuse et forte. Elle n'est jamais 
fatiguée ni refroidie par le travail. Tout est transparent et 
fini, sans cesser d'être vigoureux. 

Molanus fait observer que Bouts excellait dans les pay- 
sages, qu'il y relevait un génie créateur. Cette observation 
est incontestable. L'artiste aime la nature rustique et la 
reproduit avec bonheur. Les fonds de ses œuvres offrent 
toujours de magnifiques paysages exécutés d'après nature. 
Un air léger et Iransparanl y laisse apercevoir, à une dis- 
tance parfois énorme, les formes des constructions champê- 
tres et des arbres. Le soleil dore les chaînes de montagnes, 
qui s etagent les uns au-dessus des autres, plus claires, 
plus éclatantes à mesure qu'elles s'approchent de l'horizon, 



- 514 — 

et produit une illusion complète. Le coloriste répand uu 
charme infini dans ses horizons bleuâtres, une fraîcheur 
éclatante sur ses gazons vigoureux et émaillés de fleurs. 
Bouts a un mérite tout spécial pour nous. Il nous laissa, 
en caraclères plastiques, une grande page de l'histoire de 
Louvain. Dans ses œuvres chaque personnage est un por^ 
trait. C'est Peffigie d'un ami, d'un voisin ou d'un serviteur. 
Nos pères du XV^ siècle sont là : les doyens des métiers et 
les bons bourgeois dans la Cène, les magistrats et les patri- 
ciens dans la Légende de l'épouse d'Otfion III. C'est dans 
les productions de Bouts qu'il nous est donné de voir la 
physionomie que faisaient nos aïeux il y a quatre siècles. 
Elles prouvent de nouveau que les œuvres d'art sont une 
partie nécessaire, indispensable de l'histoire proprement 
dite. 

« L'influence de ce grand peintre, dit VVaagen, sans être 
aussi générale que celle de Rogier vander Weyden l'aîné, 
dut être considérable. Elle se retrouve de la façon la plus 
positive dans les œuvres de Hans Memlinc. Celui-ci a dû à 
Bouts, non seulement la profondeur et la clarté du coloris, 
mais encore cette douceur, ce velouté par lequel il est supé- 
rieur à son propre maître, Rogier vander Weyden l'aîné. 
C'est pour cela que la plupart des tableaux de Bouts ont 
été attribués à Memlinc (i). » C'est surtout à Louvain, où 
l'artiste vivait et travaillait, où ses œuvres étaient admirées, 
qu'il exerça une action profonde sur le progrès de l'art. 
C'est lui qui enseigna à nos artistes le style, la perspective, 
la force, la fraîcheur et l'harmonie de la couleur. On 
observe les efl'ets de son influence dans les œuvres de nos 
peintres jusqu'à la fin du XVI'' siècle. L'école dont il fut le 
chef produisit, outre un nombre assez considérable de pein- 
tres secondaires, un artiste hors ligne, Quentin Metsys. Les 

(I) Ibid., loco cil., p. 126. 



— 5f5 — 

artistes secondaires, dont nous venons de parler, peuplè- 
rent nos monuments de tableaux et de verrières. Malheu- 
reusement le temps a anéanti ou déplacé leurs œuvres et 
effacé leur souvenir. Nous avons fait des recherches pour 
retrouver leurs noms; mais on sait que les archives de cette 
période ressemblent assez ces vieilles cryptes où tout se 
brouille et vacille sous un pâle rayon de jour, et où l'on 
n'entrevoit souvent que des formes flottantes et vagues. 
Cependant nos recherches ne sont pas restées sans résultat. 
Nous avons découvert, outre des renseignements sur la 
situation de l'art à Louvain, à cette époque, les noms d'un 
grand nombre de nos artistes. Nous allons publier les dé- 
tails que nous avons réuni sur ces coloristes, avant de nous 
occuper de Quentin Metsys. 

Enw. Van Even. 
(Pour être continué). 



— 316 — 



CARTES 



DE 



LA FLANDRE ANCIENNE ET MODERNE, 

PLANS DE LA VILLE DE GAND (t). 



i6i\ 



No o4. Vue inlilulée : Ecclesia collegiala divi Phara- 
hildis Petra comités vulcjo hel graven casteeL 

C'est une vue à vol d'oiseau des bàJimenls entourant la 
place Sainle-Pharaïlde : à droite le Chàleau des comtes de 
Flandre ('s Gravensleen) et la Cour féodale ou Vieux-Bourg, 
à gauche l'église de Sainte-Pharaïlde, dont l'emplacement 
est occupé actuellement par le marché aux Poissons ; au 
fond l'hôpital de Weenemaere. La rue de la Monnaie où 
se trouve l'hôtel de la Monnaie, qui communiquait avec 
le château, occupe le premier plan. Il n'existe plus guère 
maintenant du Château des comtes, construit en 867 et 
réparé en 949, que la porte d'entrée, construite en 1180, 
et quelques tours. 

0,445 sur 0,24. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : Flandria illmtra- 
ta, etc., par A. Sanderus. Cologne, C. d'Egmondt et O^, 
1641. Trois volumes in-folio. T. I, pag. 100. 

(1) Suite. Voir année 1863, pp. 329 et 403; année 1866, p. 177, cl an- 
née 1867, p. 8. 



— 317 — 

1641. 

N" 35. Vue inlilulée : Petra comills, vulcjo het cjraven 
casleel. Domus prœtoria Caslellaniœ Auderburgensis. Ec- 
clesia collegîala D. Pharahildis. 

C'esl une copie réduite de la vue précédenle (i). 

0,245 sur 0,123. 

Se trouve sur la carte de la Châlellenie du Vieux-Bourg 
de G and (n" 2 des cartes). 

1641. 

N» 36. Vue intitulée : Forum veneris vulgo de Vrydacli- 
maert, et ecclesia S. Jucobi. 

C'est une vue à vol d'oiseau des bâtiments entourant le 
marché du Vendredi. Au premier plan, à droite, se trouve 
l'église Saint-Jacques : dans le haut on voit le gros canon 
et le marché au Fil. Au milieu de la place est la colonne 
supportant la statue de Charles-Quint, élevée en 1600 et 
abattue en 1792. 

0,225 sur 0,155. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : Flandria illustra- 
ta, etc., par Sanderus. Cologne, C. d'Egmondt, 1641. 
Deux volumes in-folio. T. I, pag. 127; 

Et dans l'édition inlilulée : Antonii Sanderî, etc. Flan- 
dria illustrata, elc, Lahaye, C. Van Lom, 1752. Trois 
volumes in-folio. T. I, pag. 239; 

Ainsi que dans la troisième édition qui a le même titre. 
Lahaye, C. et J. B. De Vos, 1735. Trois volumes in-folio. 
T. I, pag. 239. 



(1) Il se trouve tians les autres éditions de Sanderus une vue du Giiàtenu 
des comtes, qui est aussi une copie de la précédente, mais où Téglise de 
Sainte-Pharaïlde ne se trouve pas (Voyez n" 74 de 1732). 



— 518 - 

1641. 

N° 37. Vue iiililulée : Ecclesia parochîalis 5" Nicotai 
jiixta forum frumentarium Gandavi. 

Avec une légende de A à H. 

C'est une vue à vol d'oiseau des bàliments entourant le 
marché aux Grains. L'église Saint-Nicolas est à droite au 
premier plan. La tour est surmontée d'une flèche pointue, 
qui a été enlevée par un ouragan, le 1" octobre 1673. 
L'ancien cimetière, où se trouvait la chapelle de la confré- 
rie de Saint-Georges, est à droite. A gauche, on a la Lys 
avec les ponts de la Boucherie et aux Herbes. Dans le 
fond on voit le Château des comtes et l'église Sainle- 
Pharaïlde. 

0,23 sur 0,15. 

Se trouve dans les trois éditions de Sanderus citées pré- 
cédemment. T. I, pag. 127, 248 et 248. 

1641. 

N°38. Vue intitulée : Ecclesia parochialis divi Micluiëiis 
simili ciim monast. Dominicanorum. 

C'est une vue à vol d'oiseau de la partie de la ville com- 
prise entre l'église Saint-Michel et le couvent des Domini- 
cains. La première se trouve au premier plan à droite, et 
la seconde au dernier plan à gauche. La Lys coule de l'une 
à l'autre, et on y voit aussi les ponts qui portent le nom 
de ces deux monuments, et qui sont vis-à-vis. 

0,23 sur 0,155. 

Se trouve dans les trois éditions de Sanderus citées pré- 
cédemment. T. I, pag. 128, 248 et 248. 

1641. 

N" 39. Vue intitulée : Abbatia S. Pétri in moule Blan- 
dinio ordinis S. Benedicli, 



— 519 — 

Avec une légende de A à P et les armes de Tabbé 
cl de l'abbaye. 

Celle vue s'élend assez loin : on voil à droite l'Escaut 
et dans le lointain la citadelle des Espagnols, l'église de 
Sainl-Bavon el le Beffroi. I.es bâtiments de l'abbaye cou- 
vrent loute la plaine Saint-Pierre actuelle. Quoique l'ora- 
toire y figure comme étant acbevé, il est certain cependant 
que la construction de l'avanl-nef et de la façade n'était 
pas encore commencée. Il est probable que celte vue aura 
été faite d'après le modèle en relief. — La partie de la 
maison conventuelle où furent établis plus tard les parloirs 
et le quartier du prieur, n'existe pas encore. L'église de 
Notre-Dame et les bâtiments de l'abbé ont été démolis 
depuis. 11 n'y a plus que l'oratoire et les cloilres qui existent. 
Le bâtiment à droite dans la cour a été construit après, 
de 1759 à 1789. 

0,41 sur 0,18. 

Se trouve dans 1 ouvrage intitulé : Flandria illus- 
trala. etc., par A. Sanderus. Cologne, C. d'Egmondt elC'«. 
1641. Trois volumes in-folio. Tom. I, pag. 114 et 115. 

Et dans la deuxième édition de cet ouvrage. Labaye, 
C. Van LoRi, 1752. Trois vol. in-folio. T. I, p. 250 (i). 

1641. , 

N° 40. Vue intitulée : Nova Cartimœ vallis regalis inira 
terniinos civitatis Gandavensis delin. 

Avec une légende de A à K et les armes de l'abbaye. 

C'est une vue à vol d'oiseau du cloître des Chartreux el 
des jardins. 

Au premier plan est le canal du Meerhem (vl/oere /?Mm«s) 
et la rue des Chartreux, dont toutes les maisons étaient 

(i) La vue qui su trouve dans celle édilioii porte : R. nioliliuy.se fccil. 



— 520 — 

contre le couvent. Sur le canal on voit les ponts des Char- 
treux et le pont Saint-Gilles. 

A gauche est un cours d'eau existant encore, sur lequel 
est jeté le pont du Râteau. A droite on voit la rue du 
Repentir, au bout de laquelle se trouve le pont du Repentir. 

0, sur 0, 

Se trouve dans les trois éditions de Sanderus citées pré- 
cédemment. Tom. F, pp. 192, 313 et 313 (i). 

1641. 

1S° il. Vue intitulée : Domus Gildœ S. Georgii vulgo 
S. Joris ho/f. 

C'est une vue à vol d'oiseau des bâtiments environnant 
le marché au Beurre. A gauche est la maison de la Gilde 
Saint-Georges, qui porte encore ce nom aujourd'hui, et 
qui sert de salle de ventes. Le Beffroi est dans le fond et 
l'hôlel-de-ville est à droite. Les jardins vont jusqu'au 
Beffroi. 

0,15 sur 0,11. 

Se trouve dans les trois éditions latines de Sanderus 
citées précédemment. Tom. I, pp. 145, 203 et 203. Kt 
dans l'édition flamande. Leyde , Rotterdam et Lahaye. 
Trois volumes in-folio. Tom. I, pag. 139. 

1641. 

N" 42. Vue intitulée : Hippodromtis Gandavensis cum 
udjacenlibiis œdificiis et aula S'' SebastianL 

C'est une vue à vol d'oiseau des bâtiments environnant 
la place d'Armes actuelle : l'Escaut est à droite et on y 



(i) La vue qui se trouve dans les éditions de 1732 et de 1733 porte 
lî. Blokh. f. 



— 5-21 — 

voit le pont IMailou. La cour Sainl-Sébastien est cuire 
TEseaul el la place, à Tendroil où sont aujourd'hui la 
Graud'garde, riiôlel de la Posle cl les sociélcs des IMélo- 
manes, elc. Au milieu de la place est un mal avec un 
oiseau, entouré d'un grand nombre de lireurs. 

0,215 sur 0,15. 

Se trouve dans les quatre éditions de Sanderus citées 
plus haul, sur la même feuille que la vue qui précède. 

1641. 

N°43. Vue intitulée : Macellum majuscuinforopîscario. 

C'est une vue du marché aux Légumes actuel : à droite 
on voit la grande Boucherie el la Lys, depuis le ponl de 
la Boucherie jusqu'au ponl aux Herbes. 

0,145 sur 0,115. 
Se trouve dans les mêmes ouvrages que les vues précé- 
dentes. Tom. I, pp. 97, 200, 200 el 138 (i). 

1641. 

N" 44. Plan intitulé : Castrum novimi Gandavense. 

Avec une échelle. 

Ce plan ne donne absolument que la citadelle construite 

par Charles-Quint en 1540 el l'ancienne porte d'Anvers 

en dehors. Les ponts n'occupent plus l'emplacement qu'ils 

avaient primitivement : ils ont été changés en 1586. Toutes 

les constructions à l'intérieur de la citadelle sont figurées 

en élévation. 

0,21 sur 0,19. 

Se trouve dans les quatre éditions de Sanderus cilées 
précédemment. Tom. I, pp. 148, 201, 201 el 128. 

(1) Dans les éditions de 1732 cl 1735, les mots cum for o pis car io sont 
supprimés. 



— 3^2-2 — 
1649. 

N°45. Vue intitulée : Ghendt. 

C'est une copie réduite de la vue de 1615 (No24). 

Les angles sont arrondis. 

0,09o sur 0,045. 

Se trouve sur la carte intitulée : Comitatiis Flandria 
(N" 41). 

1650? 

No 46. Plan intitulé : Gent. 

Avec une rose des vents. 

Les fortifications seules sont représentées. 

Ce plan se trouve sur la même feuille que plusieurs 
autres plans avec le litre commun : 

D'fortresse der tien Spaansche provintien of Belgii regii, 
{Amsterdam niemvelyks uytgegeven door Reyriier en Jostta 
Ottens, in de Kalverstraat, in de Warelt kaart. 

0,14 sur 0,8o. 

Se trouve à la Bibliothèque royale à Bruxelles. 

1652. 

N° 47. Plan intitulé : Gent. 

Avec les armes de Flandre et une légende de dix-neuf 
numéros pour les édifices remarquables. 

Le château des Espagnols y est en entier et occupe le 
bas du plan. Le canal de Bruges, construit en 1613, y 
fii'ure. Les édifices et les maisons sont vus en élévation. 

0,15 sur 0,11. 

Se trouve dans Pouvrage intitulé : Belgiœ, sive inferioris 
Germaniœ descriptio : aiictore Liidovico Giiicciardino, no- 
bili Florenlino. Amstelodami. Apiid Johannem Jansoniiim 



— 523 — 

juniorem, lCo2. Trois parties en deux volumes pel, in-12. 
Tom. I, pag. 555. 

El dans le même ouvrage, ayanl le même lilre. Amster- 
dam, Jacob Meiirsius, 1660. Deux volumes pelil in-12. 
Tom. I, pag. 537. 

1654. 

N" 48. Vue intitulée : Gent. 

Avec une légende de six numéros. 

Celte vue parait être prise des prairies sur les bords de 
la Lys, en avant du rempart d'Akkerghem. On voit la Lys 
à gauche : puis les fossés de la place, avec trois portes, 
dans lesquelles doivent se trouver celles- de Bruges et de 
Courtrai. Au-dessus des remparts s'élèvent les églises in- 
diquées dans la légende : Saint-Michel, Saint-Bavon, l'Hôtel- 
de-ville, le Beffroi, Notre-Dame et Saint-Pierre. 

Ou voit des fourches patibulaires à l'extrême droite, au 
premier plan. 

Il y a d'ailleurs peu d'exactitude dans celle vue. 

0,53 sur 0,125. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : Topographia circuU 
Burgundici. dus ist beschreibung desz Burgitndisch. imd 
Niedetiandiscfien croises, etc., par Martin Zeillern. Franc- 
forl-sur-le-Mein, Caspar xMérian, 1654. Un volume in-4°. 
Pag. 196. 

El dans celui intitulé : M. Z. Topographia Germaniœ 
inferioris dasz ist beschreibung und abbildung der vor- 
nehmslen slàllen vôstungen und ohrler so wohl in grund 
als in prospect in den XVII Aiederlàndischer provintien 
liegend ails Brabant, Limburch, Mechelen, Geldern, Z'ùt- 
phen, Ocerissel, Fristland, Groningen, Rolland, Utrecht, 
Zeeland, Flandern, Artois, Hennegàw, Camerich, Ltitzen- 
burg, Namur und Burgund. 



— 524 — 
Franckfurt am Mayn beij Caspar Merian, 1G59. Un 



volume in-4°. Pag. 172. 



1666. 



N" 49. Vue inlilulée : Inauguration de Charles II, roi 
d'Espagne, 5o* comte de Flandre, le 2 mai 1666. 

F. du Cliastel del. L. Voslerman se. 1667. 

C'esl une vue du marché du V^endredi prise à Tenlrée de 
la rue du Lailage. 

Un théâtre est dressé sur la face opposée de la place. 
Celle-ci est couverte de monde et on voit défiler le cortège. 
La statue de Charles-Quint est au milieu de la place. On 
voit à droite de Testrade la tour qui existe au coin de la 
maison où se rassemhiail la collace tumultueuse avant 1 540. 
Au-dessus des maisons, on voit, à droite, l'église Sainl- 
Bavon et celle du Nouveau-Bois, et, à gauche, l'église 
Saint-Nicolas et la Citadelle des Espagnols avec la porte 
d'entrée primitive démolie en 1852. La campagne se dé- 
couvre aussi au loin à une grande distance (i). 

Gravure en six feuilles. 

0,94 sur 0,525. 
Fait partie de la collection de feu M"" P. J. Goelghebuer. 

1678. 

N° 50. Vue intitulée : La ville de Gand. Pris par les 
François le 9 31art 1678. 

Jan Lwjken invcnit et fecit. 

Cette vue est prise entre la porte de Courtrai et la porte 
de la Colline. Au premier plan on voit l'armée française, 



(1) Le tableau d'après lequel a été faite cette gravure se trouve au Musée de 
la ville de Gand. La description et les noms de tous les personnages du cor- 
tège sont donnés dans la Notice des tableaux de ce musée, imprimée en 1853. 



— 5:>5 



qui occupe la hauteur où a été plus tard construite la cita- 
delle moderne : les colonnes se forment pour rattatjuer, 
les bombes pleuvenl sur la ville. On ne voit de celle-ci que 
quelques clochers entre les nuages de luniée. 

0,15b sur 0,115. 

Se trouve dans l'ouvrage inlilulé : Mercure hollandais. 
Amsterdam, 1680. Pag. 99. 

1678. 

N° 51. Vue intitulée : Garni, Capitale du comté de 
Flandres et la plus grande ville des Pais Bas, fameuse 
par les guerres qu'elle a soustcnues contre plusieurs de ses 
princes et par les puissantes armées quelle mettoit autre- 
fois sur pié. Elle est située sur l'Escaut, et sur la Lys, et 
sur deux autres petites rivières, sans conter le canal de 
Bruges, et le canal du Sas. Il n'y avoil dans cette grande 
ville et dans la citadelle que sept cens hommes de garnison^ 
tant le Roy avoit sceu tromper les ennemis, et leur dérober 
la connoissance de son dessein. Il est incroyable combien 
en deux Jours il fit dresser de ponts et de digues sur ces 
rivières, et sur ces canaux, et à travers une inondation 
qui couvroit presque toute la campagne. La ville et la cita- 
delle n'arreslèrent le Roy que huict jours, et il y entra le 
douzième mars \678. . 

Ce litre est inscrit sur une banderole, et à côlé du titre 
est un plan intitulé : Gand, décrit au numéro suivant. 

La vue qui nous occupe est prise d'une hauteur entre la 
porte de Courtrai et la porte de la Colline : on voit Louis XIV 
et tout son élat-major au premier plan. La porte de la Col- 
line est en avant : à gauche est une poterne et puis la porte 
de Courtrai, vis-à-vis de laquelle on a construit un ouvrage 
à cornes; à droite, on voit TEscaut et le pont des Moines. 
Au-dessus de la porte de la Colline, on voit très-bien l'église 

23 



— 326 — 

de Noire-Dame el réélise Sainl-Pierre, doul le dôme n'est 
pas encore construit : il ne l'a été qu'en 1726. Plus loin, 
vers la droite, est la caihédrale, puis le Beffroi, Saint- 
Nicolas, Sainl-iMicliel, el, à l'exlréme gauche, Saint-Martin. 
Au-delà de la ville on aperçoit les environs à une assez 
grande distance. 

0,325 sur 0,56. 

Setrouvedansl'ouvrage intitulé : Conquêtes deLoiiisXIV. 
1683. Vingt-neuf volumes in-folio. 

1678. 

N° 52. Plan intitulé : Gand. 

On ne voit que le tracé des fortifications et les inonda- 
lions. Un ouvrage à cornes est construit devant la porte de 
Courlrai et un autre devant la porte de Bruges. 

0,13 sur 0,105. 

Se trouve dans le même ouvrage que le plan précédent. 

1678. 

N" 53. Vue intitulée : Sortie de la garnison de Gand. 

Dali (e. 

Au-dessus de celte vue est un plan du Château des 
Espagnols, cité au numéro suivant. 

Celle vue est prise en avant de celte citadelle. Au pre- 
mier plan on voit le défilé des troupes espagnoles qui en 
sortent et passent à travers l'armée française. Toutes les 
maisons de ce côté ont été démolies par le canon. Au-delà 
de la citadelle on dislingue parfaitement toutes les églises : 
à gauche celles de Saint-Pierre, sans dôme, et de Noire- 
Dame; au centre Saint-Bavon, le Beffroi, Saint-Nicolas, 
l'hôiel-de-ville, les Chartreux, Saint-Jacques. L'enceinte 
fortifiée est indiquée par une rangée d'arbres. Dans son 



— 527 — 

iuléi'ieur il y a encore de grands espaces non Itàlis, entre 
autres le pré des IMoines et Akkergem. 

0,32 sur 0,34. 

Se trouve dans le même ouvrage que les deux numéros 
précédents. 

1678. 

N" 54. Plan sans litre de la citadelle bâtie par Charles- 
Quint en 1540 et de ses environs : les inondations y sont 
indiquées; on y voit aussi les travaux d'attaque. 

0,09 sur 0,07. 

Se trouve dans le même ouvrage que les trois numéros 
précédents. 

1678. 

JV" 53. Cent soo alst by de Coningh van Vranckryck is 
gewonnen op den 9 maerl 1678. FoL 44. 

Avec une rose des vents. 

Quelques édifices sont vus en élévation. 

Ce plan est d'ailleurs peu exact. Le canal de Bruges, 
creusé en 1613, n'y est pas figuré. La citadelle des 
Espagnols est dans le haut. 

0,12 sur 0,155. 

Se trouve dans l'ouvrase intitulé : 

1690. 

N° 56. Plan intitulé : Gand ville des Païs-Bas capitale 
du comté de Flandre l'une des plus grandes ville de l'Eu- 
rope située au confiant du Lis dan C Escaut a 5 1 . degrez 
8 minutes de latitude et a 24 degrez 58 minutes de longit. 
au Roy d'Espagne. 

A Paris chez le S^ De Fer dans lisle du Palais à la 
sphère avec privilège du Roy. Inselin sculps. 



— 328 — 

Avec une échelle el une rose des vents. 

On n'a indiqué à rinlérieur de la ville que les cours 
d'eau; on ne voit que les forlificalions qui entourent la 
ville, et à l'extérieur les chemins et les roules. 

La citadelle des Espagnols est dans le bas du plan. 

0,22 sur 0,165. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé ; Les forces de rEii- 
ro/)e,etc.,parDeFer. Paris, 1090. Un volume in-4°oblong. 
Première édition. 

Ainsi que dans l'édition sans titre dont la table est in- 
titulée : Table des forces de r Europe, avec un introduction 
à la fortification, composé de 1 94 plans des villes les plus 
considérables du monde, augmenté de onze plans depuis 
l'année ] 7^20 jusqu'à 1723. Divisés selon l'ordre qu'on a 
jugé le plus convenable, par N. de Fer, géographe de sa 
majesté catholique. 

A\Paris chez I. F. Benar gendre de F auteur dans fisle 
du palais sur le quaij de l'orloge à la sphère royale, 1723. 
Un volume in-i" oblong. PI. 55. 

1690. 

N" 57. Plan intitulé : La plaine de S^-Pierre avant la 
démolition de l'abbaye et de l'église de Notre-Dame. 

Lith. de G. Jacqmain, Gand. 

C'est une vue à vol d'oiseau de tous les bâtiments de 
l'abbaye, faite assez grossièrement. Le cimetière entoure 
encore toute l'église paroissiale. 

0,235 sur 0,20. 

Ce plan est la partie supérieure d'un plan manuscrit qui 
se trouve aux Archives de la province, à Gand, sous le 
n° 263, et qui a pour titre : Kaerte figurative van Sinte 
Pieters tusschen Schelde en Leye, gernaekt door Gudwalus 
Van der Marien, proosl van 5'« Pieters. 



— 329 — 

Se trouve dans l'ouvrage inlilulé : De Vandenne abbaye 
de Saint-Pierre à G and, et des actes administratifs qui ont 
précédé sa démolition, par P. C. Vander Meersch. Gantl, 
L. Uebbelynck, 1847. Un volume in-S" (Extrait du Mes- 
sager des Sciences historiques, année 1 846, pag. 503). 

1692. 

N° 58. Plan intitulé : La ville de Gand. 
Harrewyn fecit. 
Avec les armes de Flandre. 

L'enceinte fortifiée est seule indiquée dans ce plan, ainsi 
que les cours d'eau à l'intérieur de la ville. 

La Citadelle des Espagnols occupe le bas du plan. 

0,15 sur 0,12. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : L'atlas en abrégé, 
ou nouvelle description du monde, tirée des meilleurs aii- 
teiirs de ce siècle, par Jaques Peeters. A Anvers, chez 
l'auteur, aux quatre parties du monde. 1692. Un volume 
in-12. Pag. 

Et dans celui intitulé : Les délices des Pays-Bas ou 
description générale de ses dix-sept provinces, de ses prin- 
cipales villes, etc. Première édition. Bruxelles, 1698. Un 
volume in-12. Pag. 

Ainsi que dans la deuxième édition qui a le même titre. 
Bruxelles, 1700. Un volume in-12. Pag. 

Et dans la troisième édition qui a aussi le même titre, 
Bruxelles, 1711. Trois volumes in-12. T , pag. 

1695. 

N" 59. Plan intitulé : Gand, ville des Pais Bas, capitale 
du comté de Flandre, l'une des plus grandes villes de l'Eu- 
rope, située au confiant du Lis dans l'Escaut, a 51 degrcz 
8 minutes de latitude et a 24 degr. 58 min. de longitude, 
au Roy d'Espagne. 



— 350 — 

Avec une échelle et une rose des vents. 

C'est une copie du n'' 5G à une échelle plus grande. 

0,28o sur 0,22. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : Les forces de l'Eu- 
rope, ou description des principales villes; avec leurs forti- 
fications, dessinées par les meilleurs ingénieurs, etc. Recueilli 
par les soins du S" de Fer, Beaulieu, etc., géographes du 
Roy. Pour l'usage de Monseigneur le duc de Bourgogne. 
A Paris, chez l'auteur, dans l'isle du Palais, sur le Quay 
de rOrloge. 1G95. Un volume in-^" ohlong. Sixième par- 
tie. N° 5. 

Et dans une autre édition du même ouvrage, qui a le 
même titre, mais qui n'a que huit parties au lieu de dix. 
1695. Sixième partie, n" ^. 

Ainsi que dans celui intitulé : Le théâtre de la guerre 
dans les Pays-Bas ou représentation des principales villes 
qui sont en Flandre, Hainaut, Brabant, etc., avec leurs 
fortifications, etc. Le tout recueilli par les soins du sieur 
de Fer, géographe du Roy. Paris, 1696. Deux volumes 
in-V. PI. 40. 

1695. 

N" 60. Plan intitulé : Plan de la ville et citadelle de 
Gand. 

Avec une légende de A à L pour les portes de la ville. 
La Citadelle des Espagnols occupe le haut du plan. 

0,15 sur 0,105. 
Se trouve dans le premier des ouvrages cités précédem- 
ment. Septième partie, feuille A. 

1708. 

N" 61. Vue intitulée : Gandavuni. 
Uarrewyn fecit. 



— 331 — 

Celle vue esl prise en avant du Rabot cl de la porte de 
Bruges : c'est une copie de celle de 1G35 (n" 28). 
Elle sert d'enlèle au chapitre sur Gand, 

0,1 8S sur 0,07. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : /. B. Grammje Ant- 
verpiensis antiqnitates Belgicœ emcndaliones, et anctœ an- 
tiquitalibns Bredanis mine primum editis. Dans le volume 
qui a pour litre : Joan. Bapt. Gratiiaye anliquilates illus- 
trissimi comifatus Flandrien in quibus singularum iirbium 
initia, etc. Louvain, vEgidium Denique. Bruxelles, Fralres 
Tserslevens, 1708, Un volume in-folio. 

Et dans celui intitulé : De erlevende Belgica onder hnmie 
ouverwinnelijkste en triumpherende keyserlijcke ende ko- 
nincklij'cke majesteyt Maria-Tlieresa ende Francisciis denl. 
Roo7ns keyser, behelsende eene beschryvinge van aile de 
wondere victorien, etc., par M. F. Vermeren, 1749. Un 
volume in-12 oblong. Pag.. 21 (i). 

1708. 

N" 62. Plan intitulé : Plan de la ville et citadelle de 
Gand qui fut assiégée par les hauts alliés le 1 8 Décembre 
1708. où l'on ouvrit la tranchée aux trois attaques le 24 
et qui capitula la nuit du 50 au 51 du même mois. 

Bruckman. A Bruxelles, chez E. H. Fricx. 

Harrewyn fecit. 

Avec une échelle, une rose des vents et une légende 
de 82 numéros pour les édifices remarquables, places, 
ponts, etc., en flamand, et une liste de renvois de A à M 
pour les trois attaques, en français. 

Les armes d'Espagne se trouvent au centre de la partie 



(\) FjU vue qui se trouve dans cet ouvrage ne porte plus la mention : 
Harreivyn fccil. On y a ajouté la prise de la ville dans la nuit du H juil- 
let 174S. 



— 332 — 

supérieure, el les armes de Flandre à gauche. La citadelle 
des Espagnols est dans le bas. Dans ce plan, les édifices 
sont vus en élévation. L'église Saint-Pierre a un dôme, 
quoiqu'il ne doit avoir été achevé qu'en 1726. Le fort 
Monlerey, construit en 169.o, y figure. Les inondations 
sont indiquées. Presque toutes les indications sur le plan 
sont en français el en flamand. 

0,395 sur 0,46. 

Fait partie de l'atlas intitulé : Table des cartes des Pays- 
Bas et des frontières de France, avec un recueil des plans 
des villes, sièges et battailles données entre les hauts alliés el 
la France. A Bruxelles ches Eugène Henry Fricx, impri- 
meur du Roy, rue de la Madeleine. 1712. 

Î708. 

N" 65. Plan intitulé : Plan du siège et des attaques de la 
ville et cittadelle de Gand assiégée par l'armée des alliez 
le 25 Décembre 1708 sous la conduite du prince et duc de 
Marlboroug, etc., et rendue le 29 du même mois et an. 

A La Haye chez Pierre Husson. 1709. P. V. C. (Call). 

Avec une échelle, une rose des vents et une légende de 
A à O pour les attaques devant la porte Saint-Pierre, la 
porte de l'Empereur et la citadelle. Ce plan est fait pour 
les attaques simplement : l'intérieur de la ville, les rues, 
monuments, sont représentés assez inexactement. Le fort 
Monlerey y figure. 

0,54 sur 0,45. 

Fait partie de la collection de feu M' P. J. Goetghebuer. 

1708. 

N" 64. Plan intitulé : Plan du siège et des attaques de la 
ville et citadelle de Gand assiégée par les armées des alliez 
le 22 décem^ 1 708 sous la conduite du prince et duc de 
Marlborough et rendue le 29 du même mois. 



— ooo 



Le même litre est reproduit en hollandais. 

Tom. If. N" 40. 

Avec une échelle, une rose des vents et une légende de 
A à Z pour les trois attaques, en français e( en hollandais. 

Les inondations sont indiquées. Le fort iMonlerey égale- 
ment. 

0, GO sur 0,485. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : Histoire mililaire du 
prince Eugène de Savoie, du prince et duc de Marlborough, 
et du prince de Nassau-Frise, etc., par Dumont, augmen- 
tée d'un supplément par Rousset. La Haye, Vander Kloot, 
17'29. Trois volumes in-folio. Tom. H, pag. 271. 

Et dans l'édition hollandaise du même ouvrage, qui a 
pour titre : Oorlogskundige beschrgving van de veldslagen, 
en belegeringen, der drie doorluchlige, eic, beschreven door. 
Monsieur Roussel. La Haye, Vander Kloot, 1729 à 1747. 
Trois volumes in-folio. Tom. H, pag. 

1708. 

N" 65. Plan inlilulé : Plan du siège et des attaques de la 
ville et citadelle de Gand, assiégée par les armées des alliés, 
le 22 Déceni^ 1708, sous la conduite du prince et duc de 
Marlborough et rendue le 29 du même mois. 

J. Van den Daelen F. Lith. Simonau et Toovey. 

Mémoire de M. Vander Meersch. 

Mémoires couronnés et mémoires des savants étrangers. 

Tome XX F. 
Avec une rose des vents et une légende de A à Z, pour 

les trois attaques. 

Les inondations sont indiquées. 

C'est une copie du plan précédent. 
0,43 sur 0,545. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : Mémoire sur la ville 
de Gand considérée £omme place de guerre, -par P. C. Van 
der Meersch. Bruxelles, 1855. Un volume in-4". 



— 334 — 

1709. 

N°66. Pian inlilulé : Gent. 

Avec l'inscription suivante en dessous : 

Verradery, voor slraf, bedugl, 

Geefl zich hier anystig op de vingt; 

Terivyl de vrees, voor dapperheijd, 

Zich smeeckende ter neder vleyd. I : G. 

Sous le pian, dans i'intérieur du cadre, on voit ia ville 
de Gand qui remet les ciefs à deux guerriers (le prince 
Eugène et Marlborougli). Il n'y a aucunes rues indiquées 
dans l'intérieur de la ville : on ne voit que les cours d'eau 
et les fortifications. 

C'est une copie du plan de 1690 (n^ S6). 
0,113 sur 0,15. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : Kleijne en beknople 
allas, of tooneel des oorlogs in Europa, etc. Amsterdam, 
David Weege, 1753. Un volume in-8° oblong. PI. 157. 

1715. 

No 67. Vue intitulée : Conventus FF. Prœdicalonim 
Gandavi. 1715. 

F. Bern. de Joncjhe ej'ud. conv. delin. in loco. 

Harrewïjn fecil. 

Avec une légende de A à X. La légende par laquelle 
les anges apportaient des vivres au couvent, est reproduite 
sur les bords du cadre avec la date de 1481. 

C'est une vue à vol d'oiseau du couvent des Dominicains. 
Elle représente au premier plan la façade qui longe la Lys, 
depuis l'église Saint-Micbel, qui n'est pas représentée, 
Jusqu'au pont des Dominicains. 

0,17 sur 0,135. 

Se trouve dans l'ouvraue inlitiilé : 



— 335 — 

1716. 

N°68. Plan inlilulé : Gent, in Vlaandercn, aau het zaa- 
menvloeijen van Schclde en Lise : de geboorleplaals van 
keiser Karel; behoorende onder Spanje. 

Gandnvum, Flandria, ad Scaldis ac Lisœ concursiis^ 
Caroli Quinli palria; Hispanis subjecla. 

Pet. Schenck exe. Amst. C. P. 

Avec une rose des venls. 

rVe donne que l'enceinle forlifiée el les cours d'eau à 
Tintérieur de la ville. 

0,185 sur 0,145. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : Theatrum belgicum, 
incipiens a Carolo II Hispaniariim recje ad Carolum III. 
conlinensqm noiem hisloricas figuras, in magna char (a 
expressas, prœcipiiarum, obsidionum tam mari qnani terra 
prœcipuorum nmnimenloriim nd Rlienum, Mosam, Mosel- 
lam, uli et in Hispania et Ilalia silorum. Ktc. Delineavit et 
edidit Petriis Schenk. Amstelœdami, apud Petruni Sc/ienk, 
siib signo atlantis Sansonis. Anno 1716. Ctim privilegio 
illustriss. ordinum HoUandiœ et West-Frisiœ. 

Le même litre en hollandais : Schoiavburg van den oor- 
log, etc. Un volume in-folio. 

1720. 

N" 69. Plan intitulé : La ville de Gand. 

Harrewyn fecit. 

Dans le coin inférieur, à gauche, se trouvent représen- 
tés des attributs guerriers, des canons, des drapeaux, etc. 

Les ouvrages de fortification sont seuls indi(|ués dans 
ce plan, ainsi que les cours d'eau à l'intérieur de la ville. 

0,18 sur 0,155. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : Histoire générale des 



— 556 — 

Pais-Bas, contenant la description des XVII provinces. 
Quatrième édition, Bruxelles, 1720. Quatre volumes in- 
12. Tom. II, pag. 31. 

Et dans la cinquième édition qui a le même litre. 
Bruxelles, 1743. Quatre vol. in-12. Tom. II, pag. 

Ainsi que dans la sixième édition intitulée : Les délices 
des Pays-Bas ou description historique et géographique 
des 17 provinces belgiques. Liège. Bassompierre, 1769, 
Cinq volumes in-12. Tom. II, page 

1725? 

N° 70. Plan intitulé : Gandaviim. Gent. 

Avec les armes d'Espagne à la partie supérieure, à 
gauche, et, à droite, celles de Flandre au-dessus d'un 
cartouche vide entouré comme au plan de 1641 (n^ 32) 
Il y a en outre une légende ûe, a k z pour les églises, 
couvents, etc., dans l'intérieur du plan, et de 39 numéros 
sur le côté. Les édifices publics seuls sont vus en élévation. 

La citadelle des Espagnols occupe le bas du plan. 

C'est une copie réduite du plan de 1641 (n° 32); la lé- 
gende elle-même est une reproduction de celle de ce plan, 

0,18 sur 0,14. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : Force d'Europe, oder 
die Merchwiïrdigst und Fïihrnehmste, meistentheils auch 
ihrer fortification ivegen berûhmteste stœtte, vestungen, schœ- 
fen, passe, camps de bataille, in Europa, etc., par Gabriel 
Bodenehr. Augsbourg. Un volume in-4" oblong. N" 74. 

1729. 

No 71. Vue intitulée : Gand. 

Celle vue est une copie réduite du n° 24 de 1613. Les 
armes de Flandre sont à la partie supérieure à gauche, 

0,065 sur 0,04. 



— ÙOi — 



Se trouve sur la Nouvelle carte du comté de Flandre C^" 11 
des cartes), qui fait partie de l'ouvrage intitulé : Les ta- 
blettes guerrières, etc. Amsterdam. De la F'euille. Ua 
volume in-S". N" 32; et de l'ouvrage intitulé : Kleyne en 
beknople atlas, of tooneel des oorlogs in Europa, etc. 
Amsterdam. David Weege. 1755. Un volume in-S" oblong. 
PI. 142 0). 

1730? 

N° 72. Vue intitulée : Cent in Flandern. N" 88. 

F. B. Werner Siles. delin. Georg. Balthasar Probst 
hœres Jeremiœ Wolffy excud. Aug. Vind. Cnm gratia et 
privilegio Sac. Cœs. Majestatis, 

Avec les armes de Flandre à la partie supérieure, à 
droite, entourées comme dans le plan de 1641 (n° 32), et 
une légende de 63 numéros qui occupe tout le bas de la 
planche. 

Celte vue est prise en avant de la porte d'Anvers : à 
gauche on voit la citadelle des Espagnols. Au-delà des for- 
tifications s'élèvent les clochers des églises et des couvents : 
leurs dimensions sont outrées, mais ils sont représentés 
assez exactement. Le clocher de Saint-Michel y figure 
comme s'il était achevé : il aura probablement été repré- 
senté d'après le modèle en bois qui se trouve dans l'église. 

Cette vue fait partie d'une collection de vues de villes, 
publiées à Augsbourg. J'ai déjà eu l'occasion de parler de 
celles de Tournai, de Liège et d'Anvers, du même auteur. 

Gravure sur cuivre en deux feuilles. 

1,10 sur 0,31. 
Fait partie de la collection de feu M"" P. J. Goelghebucr. 



(1) La vue qui se trouve dans cet ouvrage a en outre pour titre : Gcnt. 



— 558 — 

1752. 

N° 73. Plan inlilulé : Gandavum vnlgo Gent. 

Blokiiyseu fecit. 

Avec les armes el la légemle comme dans le plan de 
1641 (no 32). 

Il y a en oulre sur celui-ci une échelle et une rose des 
vents. 

Ce plan est une copie de celui de 1641, qui se trouve 
dans les ouvrages de Sanderus et de Blaru (i). 

0,505 sur 0,40. 

Se tr^ouve dans l'ouvrage inlilulé : Antonii Sanderi prea- 
byteri S. T. L. canonici, etc. Flandria ilhislrala, sive pro- 
vinciœ ac comitatus huj'us descriptio. Comilum usque ad 
Caroluni VI Cœsarem séries chronologica, etc. Lahaye, 
C. Van Lom, 1732. Trois vol. in-folio, tom. I, pag. 138. 

Et dans l'édition suivante qui a le même titre. Lahaye, 
C. et J. B. De Vos, 1735. Trois volumes in-folio. Tom. 1, 
pag. 139. 

Ainsi que dans Tédilion hollandaise intitulée : Verheer- 
lykt Vlaandere behelzende eene algemeene en nauwkeiirige 
bescliryving van dat Graafschap en van zyne algemeene en 
byzondere ivelten; etc. Leyden, J. Vander Deister. Rotter- 
dam, J. D. Bcman. Lahaye, C. et F. Boucquet, 1735. 
Deux volumes in-folio. Tom. I, pag. 124. 

1732. 

N" 74. Vue inlilulée : Petra comitis Gandavî. Tom. J, 
page 134. 

J. Harrewyn sculp. 



(1) L'imprimerie de Bleau ayant été incendiée en IG73 avec tous les exem- 
plaires qui restaient de ces deux ouvrages, les plans ont été gravés de nouveau. 



— 359 — 

Avec les armes d'Espagne el celles de Flandre à la partie 
supérieure. 

C'est une vue prise à vol d'oiseau de l'ancien château des 
comtes (le Flandre. La rue de la Monnaie est au premier 
plan el la place Sainte-Pharaïlde est à gauche. 

0,20 sur 0,115. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : Antonii Sanderi, etc. 
Flandria iUustrala. Lahaye, C. V^an Lom, 1752. Trois 
volumes in-folio. Tom. I, pag. 168. 

Et dans la troisième édition. Lahaye. C. et J. B. De 
Vos, 1733. Trois volumes in-folio. Tom. I, page 168. 

Et dans l'édition flamande. Leyde, Rotterdam et La- 
haye, 1753. Trois volumes in-folio. Tom. I, pag. 134. 

1752. 

N** 73. Vue intitulée ; Palalium comitis Flandriœ Gan~ 
davi. 

J. Harrewyn sculp. 

Avec les armes d'Espagne el de Flandre. 

C'est une copie du N° 33 de 1641. Seulement dans 
celle-ci ou ne voit que deux ponts jetés sur les fossés. 

0,20 sur 0,13. 

Se trouve dans les mêmes éditions de Sanderus que la 
vue précédente. Tom. I, pp. 168, 168 et 134, sur la 
même feuille. 

1743. 

N° 76. Plan intitulé : Plan de la ville de Gand. 
A Paris par et chez le 5'' Le Rouge, rue des Grands- 
Auguslins. 1743. 

Échelle de 1 à 10,800. 

Avec une échelle et une rose des vents. 
Les inondations sont indiquées. 



— 540 — 

La citadelle des Espagnols est dans le bus du plan. Les 
noms des couvents et des églises sont écrits à côté. 

0,46 sur 0,31. 

Se trouve dans l'atlas intitulé : Recueil contenant des 
cartes nouvelles dressées sur des morceaux levés sur les lieux 
et les mémoires les plus nouveaux dédié à Monseigneur le 
comte d'Argençon minisire de la guerre. A Paris par et 
chez le s'' Le Rouge ingénieur géographe du Roy, rue des 
grands Augustins, vis-à-vis le panier fleuri. Avec appro- 
bation et privilège du Roy. 174-2. Un vol. in-fol. N" 15. 

1750. 

N" 77. Plan intitulé : Carte hydrographique de Gand, de 
Ton 1750. 

Annexée au Rapport du Collège des Bourgmestre et 
Êchevins. du 24 décembre 1862, L' B. 

Lilh. C. Annool- Braeckman. 

Avec une échelle. 

Ce plan ne donne que Tenceinle fortifiée de la ville et les 
cours d'eau dans son intérieur. On y voit le projet de deux 
coupures, dû à l'ingénieur Spalarl, en 1750. La première 
seule a été exécutée. 

Un grand nombre de cours d'eau qui existaient alors 
n'ont pas cependant été indiqués sur ce plan. 

0,50 sur 0,36. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : Établissement d'un 
barrage écluse sur le Bas-Escaut en aval de la ville de 
Gand. 

Rapport du Collège des Bourgmestre et Êchevins concer- 
nant l'établissement d\m barrage écluse sur le Bas-Escaut 
en aval de la ville de Gand, (signé) Véchevin rapporteur, 
De Maere. 

Gand, Annoot-Braeckman, 1863. Un volume in-S". 



— 341 — 

1780. 

N" 78. Plan inlilulé : Nouveau et exact dessein de la 
ville de G eut par Jean Michel Probst, graveur à Augsbourg, 
Van MDCCLXXX, 

Avec une légende de 81 numéros et les armes de Flandre 
au-dessus du lilre, qui est entouré comme celui du plan 
de 1C41 (n" 52). La Pucelle de Gand est représentée à la 
partie inférieure à gauche comme dans le même plan. 

En dessous est une vue de la ville intitulée : Gent, dé- 
crite au numéro suivant. 

Ce plan est une copie de celui de 1641 (n" 32); la lé- 
gende est aussi la même. 

0,55 sur 0,58. 

Fait partie de la collection de feu M"" P. J. Goeighebuer. 

1780. 

N" 79. Vue intitulée : Gent. 

C'est une copie réduite de la vue de 1730? (n" 72). 

0,55 sur 0,125. 

Se trouve en dessous du plan qui précède. 

1781. 

1\° 80. Plan intitulé : Plan général de f abbaye de 5*- 
Pierre à Gand. 

Avec une rose des vents et une légende de a à p pour 
les différents bâtiments. 

Ce plan comprend tous les bâtiments qui couvraient à 
cette époque la plaine Saint-Pierre actuelle, et va jusqu'à 

l'Escaut. 

0,12 sur 0,175. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : Notice sur l'abbaye de 

34 



— 342 — 

Saint-Pierre, à Garni, par Edmond De Busscher. Guiul, 
De Busscher, 1847. Un volume in-S». Pag. 23. 

1781. 

N° 81 . Plan intitulé : Plan du rez-de-chaussée des pavil- 
lons de fabbé et prévôt de la ci-devant abbaye de Saint- 
Pierre, à G and. 

Lilh. de G. Jacqmain, à Gand. 

Échelle de 1 à 666,66. 

Avec une échelle. 

Ce plan donne le détail d'une partie des bâtiments du 
plan précédent, à une plus grande échelle. 
0,245 sur 0,195. 

Se trouve dans Pouvrage intitulé : De Vancienne abbaye 
de Saint-Pierre, à Gand, etc., par Vander Meersch. Gaud, 
L. Ilebbelynck, 1846. Un volume in-8°. 

1781. 

N" 82. Vue intitulée : Begginasium S. Elisabethœ snb 
cura fratrum Prœdicatorum. Gandavi ab anno 1234. 

Adm. Rev. Patri F. Ferdinando van Bevere conv. Gand. 
priori dign"^'" et Begginasii direclori, etc. Dicabat F. Ant. 
de Meester, ejusd. ord. 

P. Wauters del. et fc. Gand. 

In hoc begginasio reperiiintur duœ ecclesiœ, octodecim 
conventus, centum et ires domus braxatorium et iina 
infirmaria. 

C'est une vue à vol d'oiseau du Grand Béguinage, prise 
du côté de la rue actuelle du Rabot. 

Elle a été faite à l'occasion de la visite de l'empereur 
Joseph II au Grand Béguinage, en 1781. 

Cette vue a été reproduite plusieurs fois en 1825 (n" 94), 
1856 (n" 117), 1839 01" 128) et 1845 (n» 144). 

0,305 sur 0,255. 



— 343 — 

Fait partie de la collection de feu l\r P. J. Goetgliebuer, 
qui possédait également tontes les antres copies de la 
même vue. 

178G. 

N" 83. Plan intitulé : La ville de Gand. De stad Gent. 
C'est une copie du plan de 1720 (n" 69) avec la même 
vignette. 

0,18 sur 0,135. 

Se trouve dans l'ouvrage intitulé : Les délices des Pays 
Bas ou description historicjite el géocjraphiqtie des XVII 
provinces belgiques. Septième édition. Anvers, Spanoghe, 
1786. Cinq volumes in-12. Tom. II, pag. 508. 

Et dans l'édition flamande qui a pour titre : Het schouw- 
burg der Nederlandcn of te gcographische en historische 
beschryvinge der XVII Nederlandsche provintien. Anvers, 
Spanoghe, 1785. Tom. II, pag. 362. 

1789. 

No 84. Vue intitulée : Gend. 

Avec une légende de A à G pour les églises el de quatre 
numéros pour les édifices (abbaye Saint-Pierre, hôpital de 
la Byloque, le Befl"roi el la Maison de correction). 

Cette vue est prise des bords de la Lys, entre Akker- 

ghem el la Byloque. 

0,355 sur 0,07. 

Se trouve sur la carte intitulée : Niemve caerle der dio- 
cèse des bisdoms van Gend, etc. (n" 91 des caries). 

1792. 

N" 85. Vue intitulée : Gand, capitale de la Flandre. 
Avec une légende de A à H pour les églises, etc. 
C'est une copie réduite du numéro précédent. 

0,145 sur 0,04. 



— 544 — 

Se trouve sur la Nouvelle carte de la province de Flan- 
dre (N" 9o des caries), par L. de Vrccse. 

1796. 

N" 86. Plan intitulé : Plan van Gend genieétend en ge- 
gravcérd in ( jaer 1796. Door G. Goethals. Te Gend by 
P. F. De Goesin-Verhaeghe op d' Hoogpoort. N°229. 

Échelle de 1 à 6,646, 

Avec trois échelles, une rose des vents, une table alpha- 
bétique des rues, une légende de « à ^ et de aa à gg des 
rues dont les noms n'ont pas pu être écrits dans le plan, 
une légende de A à Z et de AB à AP des marchés et places, 
une légende de 1 à 83 des églises, couvents, hospices, etc., 
une de 84 à 127 des édifices remarquables, une de 128 à 
194 des ponts (au nombre de 67) et une de 193 à 199 des 
tribunaux, comptoirs, etc.: le tout en flamand. 

Le plan est divisé en carrés avec des lettres et des chiffres 
servant à y renvoyer dans les divers articles des légendes. 

Le titre du plan est écrit sur le piédestal d'une colonne 
qui forme probablement cheminée, et à gauche dans le fond 
on découvre l'entrepôt, situé au commencement de la Cou- 
pure, et la grue. 

Une partie des fortifications est démolie; le fort de 
Monterey, élevé en 1695 à l'emplacement de la citadelle 
actuelle, ne s'y trouve plus. Il a été démoli en 1782 avec 
les autres ouvrages avancés. La citadelle des Espagnols est 
encore en entier, quoique la face regardant la ville a dû 
être démolie en 1787, 

L'abbaye de Saint-Pierre est encore entière : on y voit 
encore la maison civile et la prison de Saint-Pierre, qui for- 
mail une juridiction à pari. Ce n'est qu'en 1799 que l'église 
paroissiale de Notre-Dame a été démolie. 

L'abbaye de Baudeloo est convertie en école centrale. 



— 345 — 

avec la Bibliollièque publique et les Musées d'hisloire natu- 
relle; le jardin est converti en Jardin botanique. 

L'évèché est remplacé par Tbôtel du gouvernement. 

Le canal de la Coupure est creusé et renlrepôl construit : 
ils datent, la premier de 1758 et le second de 1779. 

La Maison de force est construite en partie : elle avait 
été commencée en 1 774 (les 5/8) et continuée en 1 824 (2/8), 
et achevée en 1859. 

0,72 sur 0,51. 

Fait partie de la collection de feu M-" P. J. Goetghebuer, 
à Gand, et de M. le capitaine Dejardin, et se trouve à la 
Bibliothèque du dépôt de la guerre, à Bruxelles. 

1799. 

N" 87. Plan intitulé : Plan roulier de la ville et commune 
de Gand, an 8'"% divisé en six sections par L. de Vreese, 
géomètre et géographe dans cette dite ville. 

N. B. Ce plan topographiq'' est fait tel que la ville se 
trouve maintenant, les rues et autres places, sont écrites en 
français et en flamand, pour le rendre plus utile, et aug- 
menté de beaucoup d'objets qui ne sont dans aucun plan 
antéri^. 

Fecit et sculp^ en l'an 7 par L. de Vreese, géomètre, etc, 
à Gand, rue d' Hébert.... Schrc\jboom. N" 159. 
Échelle de 1 à 5,400. 

Avec deux échelles, une rose des vents et un Renvois 
des rues qui sont dans le plan, par ordre alphabétique; 
une Nouvelle dénomination des rues, places, ponts, etc., 
conformément à l'arrêté de l'administration centrale et de 
la municipalité de cette commune du 17 Germinal an 7% 
renfermant soixante-huit numéros; une liste des portes, 
des églises, des abbayes, des hospices, etc., des ponts de 



— 346 — 

bois et de pierre, au nombre de 68, des marchés et places 
publiques; une des séminaires de 69 à 72, une des refuges 
de 73 à 76; et une des bâtiments remarquables, tribunaux, 
bureaux, de 77 à 111. 

Ce plan est partagé en carrés désignés par des lettres et 
des chiffres et tous les articles des légendes ont des renvois 
à ces carrés. 

Tous les remparis sont démolis et serveiit de promenades. 

Les lieux sont tout-à-fait dans le même étal que dans le 
plan de 1796 (n" 86), mais celui-ci est beaucoup plus 
complet (i). 

Sur la même feuille est un Plan supplémentaire de la 
ville et commune de Gand (n" 100 des cartes) et une Per- 
spective de celle ville du côté d'ouest, décrite au numéro 
suivant. 

0,83 sur 0,65. 

Fait partie de la collection de feu M"" P. J. Goelghebuer 
et de M. le capitaine Dejardin, et se trouve aussi à la 
Bibliothèque du dépôt de la guerre, à Bruxelles. 

1799. 

N" 88. Vue intitulée : Perspective de cette ville du côté 
d'Ouest. 

Avec une légende de A à H pour les églises qui y sont 
représentées. 

Cette vue est prise de la route de Tronchiennes. 

0,145 sur 0,042. 
Se trouve sur le plan précédent. 



(I) Il y a quelques varianles dans les écrilures de l'un à Taulre : sur Tua 
on écrit préries, sur d'autres prairies. 



— 347 — 

18Id. 

1\° 89. Vue iiililulée : Vne de l' cytise de 5' Nicolas, 
à Gand. 

Celte vue est prise de l'entrée de la rue des Champs : 
l'église Saint-Nicolas est à gauche. La rue île la Catalogne 
est vue dans sa longueur : elle était alors fort étroite à son 
extrémité; à gauche, contre l'église Saint-Nicolas, près du 
petit portail, était un magasin de comestibles, la sacristie, 
le dépôt des morts et la maison du curé; dans le fond est 
le Beffroi et l'église Saint-Davon. 

Cette vue a été gravée au trait par P. F. de Noter, 
peintre, en 1815, et coloriée. Elle a ensuite été ombrée 
à l'aquatinta, avec changement, par F. Aubertin, gra- 
veur (i), en 1817. 

Elle a été copiée un grand nombre de fois depuis, dans 

des dimensions réduites, entre autres en 1 825 et 1 829 (n"* 93 

et 98). 

0,455 sur 0,515. 

Fait partie de la collection de feu iM"" P. J. Goeighebuer. 

{Pour être conlinué). 

A. Dejardin. 



(I) Aubertin (rrançois), graveur, né à Melz en 1773, niorl à Garni, le 
26 aoùl 1821. 



— 348 



Crotîf pectorale îre IVoèque '^rteôt. 



Dans le domaine de l'archéologie, peu de sujets ont été 
moins explorés que les croix pectorales; ce fait s'explique 
par la rareté relative des spécimens et par la difficulté des 
problèmes à résoudre, touchant l'origine et le caractère de 
cet ornement. Sans prétendre trancher la question, résu- 
mons quelques renseignements généraux, avant de décrire 
le joyau précieux que nous annonçons. 

La croix pectorale peut èlre considérée comme ornement 
et comme objet de dévotion. A ce double point de vue cor- 
respondent deux origines bien distinctes. L'ornement ne 
remonte qu'à l'époque où, sans crainte des persécutions, 
les chrétiens, laïcs, prêtres ou pontifes, professaient à la 
face du soleil leur vénération pour celle croix, si long- 
temps bafouée par le paganisme et enfin plantée triom- 
phalement au sommet du Capilole par les Césars convertis. 
Bientôt les Barbares, maîtres de l'empire romain, mais dis- 
ciples du Christ, remplacèrent le pectorale à emblèmes 
païens par le phylactère cruciforme , et après quinze 
siècles de révolutions dans les modes et les idées, nous 
voyons encore la croix pectorale briller au cou des bour- 
geoises de nos villes et des pieuses filles de nos campagnes. 

De tout temps, les hommes aimèrent à porter sur eux 
l'image de l'objet de leur culte et de leur amour. Tous les 
peuples et toutes les générations ont voulu vivre de souve- 
nirs. Ce fait se constate chez les Egyptiens et les Arabes, 
les Grecs et les Romains, les Juifs, les Chrétiens et les Ido- 
lâtres, sans excepter les hommes du Nord au moyen âge. 







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— 349 — 

les Turcs el les Bédouins d'aujourd'hui. Dès l'origine du 
chrislianisme, de petites custodes, suspendues au cou des 
fidèles, contenaient soit des reliques, soit le livre des Evan- 
giles, soit la sainte hostie. Sous les formes diverses de 
boîtes, de tubes ou de croix, ces custodes s'appelaient phy- 
lactères, nom commun aux amulettes employées par l'enfant 
d'Israël, comme par le citoyen de Rome ou d'Athènes. Leur 
usage servait à extirper l'emploi des talismans superstitieux 
portés par les Juifs et les Gnosliques, el sévèrement con- 
damnés, dès le principe, par les Pères et les Conciles. 

Par respect pour le trésor caché, ces reliquaires étaient 
de matière très-précieuse, et le plus souvent ornés de cise- 
lures ou d'émaux. En 1571, lors des premières fouilles au 
cimetière antique du \'atican, on trouva deux custodes en 
or, de forme carrée, munies d'une boucle et ornées sur la 
face antérieure, du monogramme du Christ accosté de Val- 
pha et de Voméga. Les savants explorateurs des catacombes, 
Bosio, Aringhi, Ciampini, Botlari, ont reproduit un de ces 
reliquaires, semblant dater du IV« siècle (i). Saint Grégoire 
de Nysse nous apprend que sainte Macrine, sa sœur, avait 
coutume de porter au cou une croix reliquaire renfermant 
un fragment du bois sacré. Saint Jean Chrysoslôme men- 
tionne des objets semblables dans divers endroits de ses 
œuvres et spécialement dans sa dix-neuvième homélie sur 
les statues. Dans son traité des clous du Seigneur (a), livre 
curieux et rare, l'Augustin bruxellois Curtius donne le des- 
sin d'une croix pectorale, conservée au trésor du Vatican, 
el envoyée en 450 au pape saint Léon le Grand par Juvé- 
nal, évéque de Jérusalem. Cette pièce vénérable consistait 
en un morceau de la vraie croix, taillé en crucifix et orné 
des figures du Christ au Calvaire, de Marie et des disciples. 



(1) V. Martig:vy, Dicliomiairc des anliquilis chrétiennes, p. 255. 

(2) De clavis Domiiiiris. Anvei-s, 1C70, A, Frisii; p. 51. 



— 350 — 

Le savant archéologue romain, DeRossi, publia dans son 
Bulletin d'archéologie (i), la plus ancienne croix pectorale 
que Ton connaisse aujourd'hui. Elle est reproduite par 
l'abbé Martigny dans son Dictionnaire. Les deux faces de 
ce joyau portent une inscription en forme de croix. Sur la 
première, on lit en travers Emanouèl, et verticalement la 
traduction latine de ce mot biblique, Nobiscum Deiis. Le 
revers porte : Cruxest vUa mi; mors, inimice, tibi: La croix 
est ma vie; à toi, ennemi, la mort. Ces inscriptions s'enca- 
drent dans des rinceaux niellés d'une exécution remarqua- 
ble. La croix est munie d'une vis fermant une cavité, où 
se trouvaient jadis des reliques. Comme cet objet fut déposé 
sur la poitrine d'un cadavre, retrouvé dans la basilique de 
Saint-Laurent hors des murs, il est très-probable que par 
respect on aura retiré les reliques au moment de l'inhu- 
ma lion. 

Traitant de la gloire des martyrs (lib. I, c. M), saint 
Grégoire de Tours raconte qu'il portait suspendue au cou, 
une croix d'or, contenant les reliques de la sainte Vierge, 
des saints apôtres et du bienheureux Martin, son prédé- 
cesseur. Saint Grégoire le Grand, dans ses lettrés, fait sou- 
vent mention des phylactères en forme de croix. Excellen- 
tissimo autem filio nostro Adidwaldo régi transmittere 
curavimus Plujlateria, id est, criicem ciim ligno S. Criicis 
Domini, écrit-il à la reine Thcodelinde. Une croix sem- 
blable, envoyée à cette princesse par le même pontife, se 
conserve encore dans le célèbre trésor de Mouza, et se porte 
par le prévôt de l'antique église de cette ville, quand il of- 
ficie pontificalement. Dans un autre passage de ses épltres, 
saint Grégoire nous apprend qu'il gratifia Dinamius, illustre 
Gaulois, d'une petite croix contenant de la limaille des chaî- 
nes de saint Pierre. Il avait envoyé à Childeberl, roi des 

(1) Aprik I86Ô. 



— 351 — 

Francs, de semblables reliques dans de petites clefs d'or, 
et à Récarède, roi des Visigolhs, ainsi qu'au roi lombard 
Adulwald, un morceau de la vraie croix enchâssé dans un 
reliquaire cruciforme. En 81 1, saint iNiccphore, patriarche 
de Constantinople, dans sa réfutation des Iconoclastes, as- 
sure que depuis longtemps la terre est pleine des croix 
pectorales, sur lesquelles étaient représentées la Passion et 
la Résurrection de Jésus Christ. Anastase le Bibliothé- 
caire (i), qui assistait au huitième concile général en 869, 
attribue aux Grecs la coutume de porter au cou une croix 
renfermant des reliques. 

Le musée du Vatican possède une croix pectorale du 
Vll^ ou 1X'= siècle, décrite et dessinée par iM. Grimouard 
de Saint-Laurent dans la Revue de l'art chrétien (2). Cinq 
médaillons représentent sur Tune des faces le Christ, la 
Vierge et saint Jean aux côtés, et deux têtes d'anges aux 
extrémités verticales; au revers, le Sauveur entre la Vierge 
et saint Jean, saint Pierre au sommet et saint Paul à l'ex- 
trémité inférieure. A l'exception de saint Paul, remplacé 
par sainte Hélène, les mêmes personnages figurent sur la 
face principale de la croix de Velletri, également décrite 
par M. Grimouard. Celle-ci est émaillée à fond d'or, et 
contient une parcelle de la vraie croix. Elle fut donnée par 
le pape Alexandre IV, évéque de Velletri de 1231 à 1254, 
et fut enfermée dans une autre croix très-précieuse, exis- 
tant encore aujourd'hui. La face postérieure représente en 
cinq médaillons le Christ et les quatre Evangélistes. 

D'autres croix pectorales sont décrites par Arringhi dans 
sa Rome souterraine, et par Borgia dans ses mémoires sur 
la croix de Velletri, et sur celle donnée par un empereur 
grec du V\^ siècle à la basilique Vaticane (0). Ajoutons 



(1) Inlerpr. synodi Vlll gcncr. ex epislola Nicolaï I ad Pliotium. 

(2) Janvier 186C. 

(3) De crucc Valicana. Rome, 1779. 



— 3o2 — 

qu'une monnaie pontificale d'Anaslase III (911 à 915) re- 
présenle le prince îles apôtres avec la croix pectorale. 

Les savants ne sont nullement d'accord pour préciser 
l'époque où la croix pectorale devint l'insigne distinctif de 
l'épiscopat. Cependant, d'après Innocent Coronius, au hui- 
tième concile général tenu en 809, le port de la croix pec- 
torale fit désigner les évéques sous le nom de Slaiiropatas. 
D'un autre côté, le silence des sacramentaires et des an- 
ciens livres liturgiques semble confirmer l'opinion de ceux 
qui ne font remonter qu'au XIII'' siècle, l'adoption générale 
du reliquaire cruciforme comme attribut pontifical. Le pape 
Innocent III (i) énumère la croix pectorale parmi les orne- 
ments spéciaux du souverain Pontife, et prétend qu'elle fut 
adoptée pour remplacer h Rationale ou la lame d'or que le 
grand-prélre avait seul le droit de porter chez les Juifs. 
La croix, suspendue au cou par des chaînettes, rappelait 
au successeur de Pierre que toute force et toute dignité lui 
venaient par le signe sacré de la Rédemption, comme jadis 
la croix lumineuse de Trêves fut un gage de victoire pour 
Constantin, Les ministres de l'Église, bien plus que les 
autres fidèles, étaient appelés à porter la croix, ce joug 
suave du Seigneur, symbole de la charité et des travaux du 
divin maître. Il était donc bien naturel que la croix figurât, 
comme souvenir de leurs obligations, sur leur poitrine et 
leurs vêtements. Aussi l'ornement principal des pontifes 
était-il le pohjslaurion ou vêtement à nombreuses croix, 
dont l'idée nous est rappelée encore par les croix du Pal- 
lium archiépiscopal. Voici en quels termes Durand exprime 
les mêmes idées (2) : 

« Il (le pontife romain) prend aussi une croix suspendue 
» à une chaîne à petits anneaux qu'il met à son cou et se 



(I) Mysler. Mlssœ, lib. I, ciip. .)3. 

(2j Ralionatc divi officii, lib. III, rap. IX. Traduction de Cii. BARTiiÉLii.MY . 



ÙHt) 



» place (levant la poitrine. Le pontife de Tancienne loi aussi 
» portait sur le front une lame d'or, au lieu de laquelle le 
» pontife de la nouvelle loi porte une croix sur sa poitrine; 
» et ainsi la lame d'or a cédé la place au signe de la croix, 
« car le mystère que contenait en quatre lettres la lame 
» d'or, la forme de la croix l'a expliqué dans ses quatre 
» parties, selon ce que dit l'apôtre : A/iii que vous compre- 
» niez avec tous les saints quelle est la largeur et la longueur, 
» la hauteur et la profondeur de ce mystère. Donc le mystère 
» que l'un (par la lame) portait sur le front, l'autre main- 
» tenant le porte caché dans son cœur (par la croix); car, 
n par le cœur on a foi en la justice, et par la bouche a lieu la 
» confession qui mène au salut. Selon (saint) Jérôme : le sang 
» de l'Êvans^ile est plus précieux que for de la /o? (ancienne). 
» Il place aussi la croix sur sa poitrine et devant lui, pour 
» montrer ce que dit l'apôtre : Glorifiez et portez Dieu sur 
votre corps. En se mettant et en s'ôlanl la croix, il la baise 
» pour montrer qu'il croit et qu'il confesse la passion du 
» Christ qu'elle représente, et qu'il se prépare à retracer 
» lui-même en célébrant la messe. » 

La croix pectorale des évéques, appelée quelquefois par 
les Grecs periapta, chose suspendue, est désignée sous le 
nom d'Encolpium par saint Nicéphore de Constantinople, 
en 811. VEncolpium, du grec en, dans, et kolpos, sein, 
s'appelait ainsi à cause de la place qu'il occupait. La même 
raison le fait appeler cro/x pectorale par Innocent IH. Sous 
le nom de rational, il est cité parmi les ornements pontifi- 
.caux par Honorius d'Aulun, au commencement du XIP 
siècle (i). 

En dernière analyse, il semble constaté que même au 
XIII'' siècle, l'usage de la croix pectorale était facultatif 
pour les évêques. Durand le dit assez explicitement, lorsque 

(1) Gemma aiiimœ, lil). I, cap. 20î). 



— 354 — 

en énuméranl la croix parmi les insignes du pontife célc- 
Iji'anl, il ajoute : S'il veut l'employer; crux pecloralis, si 
qiiis ea nti velil. Peut-être la croix pectorale, d'abord orne- 
ment exclusif (lu souverain pontife, passa-t-elle à l'usage 
des évêques, primitivement par privilège, et enfin par pres- 
cription et tolérance. Le Pontifical Romain cite la croix 
pectorale parmi les insignes que l'évéque ou l'abbé élu revêt 
avant la cérémonie de la consécration. Aucune formule spé- 
ciale n'est indiquée, mais le Pontifical donne la faculté d'em- 
ployer pour la croix pectorale la même prière que pour la 
croix des croisades (i). 

Vers le milieu du XI'= siècle, les abbés commencèrent à 
porter quelques insignes pontificaux. Alexandre JI concéda 
le premier l'usage de la mitre, et sous ses successeurs les 
privilèges se multiplièrent, au point que les abbés au XV® 
siècle possédaient tous les ornements épiscopaux. Dans 
quelques diocèses, le privilège de la croix pectorale passe 
aux chanoines des cathédrales; et les membres du chapitre 
de Saint-Bavon obtinrent celle distinction honorifique en 
18S3, au retour de l'évéque de Gand de sa visite au tom- 
beau des apôtres. 

L'examen des archives paroissiales de Loochristi nous fit 
découvrir un acte authentique, constatant le legs d'une 
croix pectorale de l'évéque Triest à l'église de cette loca- 
lité. Muni de cette pièce, nous parvînmes, après de lon- 
gues recherches, à découvrir ce joyau enchâssé dans une 
autre croix en écaille rouge, ornant jadis le maître-autel 
et exposée maintenant à la vénération des fidèles dans les 
solennités de la Sainte-Croix. 

Simple dans sa forme, mais remarquable par le fini et la 
délicatesse des gravures qui couvrent tous les côtés, notre 
croix présente sur la face pleine cinq médaillons, figurant 

(1) Poutipcalv Uomanum. Briix , 1753, I, II, pp. 436 cl 4(i2. 



— 355 — 

autant d'épisodes de la passion du Sauveur. L'agonie au 
jardin des Olives, les scènes infâmes du Soufflet, de la Fla- 
gellation, du Couronnement d'épines et de VEcce homo, sont 
reproduites avec une saisissante vérité par l'habile burin de 
l'artiste, dont le talent déploie toute sa souplesse dans les 
gracieux rinceaux de la face oj)posée. Celle-ci renferme 
deux cases; la plus grande, au centre, contient le précieux 
fragment de la sainte Croix. La case plus petite est vide; 
assurément elle aura enchâssé une autre relique, peut-être 
celle de saint Antoine, patron du prélat possesseur. A l'ex- 
trémité inférieure, un gentil écureuil se blottit malicieuse- 
ment dans le rinceau et semble désigner énigmatiquemenl 
le nom du graveur. Les dix côtés latéraux représentent les 
instruments de la Passion; les trente deniers symétrique- 
ment placés en deux files, la lanterne et le flambeau éclai- 
rant la scène lugubre du jardin des Olives, le glaive de 
Pierre et le gantelet du valet pontifical, le fouet et les ver- 
ges, la colonne d'ignominie surmontée du coq traditionnel, 
l'aiguière et le bassin de Pilale, la couronne d'épines, l'é- 
chelle, la lance et l'éponge, les tenailles et le marteau, trois 
dés et trois clous. 

L'on sait combien les savants disputent sur le nombre 
des clous de la vraie croix. Il paraît cependant certain que 
toute l'antiquité chrétienne représenta le divin crucifié avec 
quatre clous, chifl"re réduit à trois par les artistes de la 
Renaissance, sans doute pour donner plus de mouvement 
au torse, si souvent exagéré dans les crucifix des temps . 
modernes. 

La croix pectorale, reproduite ici en grandeur natu- 
relle, est en cuivre doré. La longueur totale est de 0,106; 
la traverse mesure 5 centimètres; la largeur est de 0,016, 
l'épaisseur de 0,008. Le côté présentant la relique, fut 
probablement couvert d'une plaque s'adaptanl au sommet 



— 556 — 

par deux volules formant cliarnière avec les entailles per- 
forées qu'on remarque dans la croix même. 

Pour compléter celle notice, nous transcrivons le texte 
de l'acte déposé aux archives de l'église. Dans celle pièce, 
les vicaires-généraux, administrateurs du siège vacant, con- 
statent l'aulhenticité de la relique et accordent à tous les 
fidèles une indulgence de quarante jours, sous condition de 
vénérer ce précieux souvenir et de prier pour les intérêts 
de l'Église et le salut de la pairie affligée. Ces sentiments 
patriotiques font allusion aux malheurs qui menaçaient la 
Flandre, envahie par la France et l'Angleterre en consé- 
quence du traité du 9 mai 1657. Noire acte date du 14 sep- 
tembre de la même année. 

« Vicarii générales in spirilualibus et temporalibus Epis- 
» copalus Gandavensis vacantis. 

« Omnibus has visuris aut lecluris, nolum facimus et les- 
» tificamur exhibitam nobis fuisse crucem quamdam pecto- 
» ralem ex sere deauralo illuslrissimi ac reverendissimi 
» Domini Triest, Episcopi Gandavensis piœ mémorise, in 
» qua continebatur particula aliqua ex vera cruce Domini 
» Nostri Jesu Chrisli quam prsefalus illuslrissimus Dominus 
» ut authenticam habuit et venerabatur, modo autem donala 
» erat Ecclesise parochiali de Loochrisli, hujus diœcesis per 
» Paschasium Adenelle, prsefati illuslrissimi Domini dum 
» viverel cubicularium : de quibus omnibus cum Nobis suf- 
» ficienler conslel permisimus, proùt permillimus per prœ- 
» sentes ad requisitionem Domini Pastoris dicti loci, ut 
» preefata particula Sanclœ Crucis publicœ veneralioni 
» exponi possil; atque ad augendam erga Passionem Domi- 
I) nicam cullum et devotionem , concedimus omnibus et 
» singulis Chrisli fidelibus ulriusque sexus quœ prafalam 
» sanclœ Crucis parliculam dévote venerati fuerint et coram 
» eadem de peccalis suis conlrili, prcces aliquas fuderint 
i> pro paceet Iranquillitate Ecclesipe catholicT, propagalione 



— 357 — 

» fidei, et afflictœ palriœ nostrœ defensione, indulgenlias 
» quadraginla dierum in forma ordinaria. In quorum om- 
» nium fidem, lias per secrelariiim noslrum expediri et 
» sigillo nostro muniri jussimus, Gandavi in vicarialu. 
» Anne Domini millésime sexcenlesimo quinquagesimo sep- 
» timo, mensis seplembris die décima quarla. 

» De mandalo RR. Domînorum Vicariorum gen., 

» J. GrLLEMANS, secret. » 

Combien de documenis semblables ont été livrés aux ra- 
vages de rhumidilé ou dispersés par Tincurie et l'ignorance! 
Combien de chefs-d'œuvre vendus à vil prix, ou refoulés 
dans les greniers, échappent aux patientes recherches de 
l'archéologue et de l'archiviste! 

J. B. L. 



23 



- 358 — 



notice 



SUR 

LES ANCIENNES ET LES NOUVELLES PEINTURES MURALES 

DE I/ÉGLISE 

DE NOTRE-DAME, AU SABLON, 

J^ BRUXELLES. 



II. 

Elle révèle, pendant celte période, une tendance pro- 
gressive qui ne se ralentit que vers le milieu du siècle 
suivant. La composition est empreinte d'un cachet de vé- 
rité et dénote Tavénement d'une ère nouvelle. La forme 
complètement dégagée des principes de l'art byzantin, 
revêt plus d'ampleur que pendant les siècles précédents. 
Les types des physionomies, leur charme, l'expression des 
traits, des yeux, du nez et de la bouche, jointe à l'élégance 
de l'ovale, constituent, croyons-nous, le caractère distinctif 
des peintures de cette époque. Le dessin est plus correct 
et accuse une plus grande connaissance de la structure 
anatomique du corps humain. Les contours, moins larges 
et dessinés avec plus de soin, contribuent puissamment à 
trancher les différentes couleurs et à les harmoniser entre 
elles. Le coloris rivalise toujours avec l'éclat de la pein- 
ture sur verre. Les couleurs franches continuent à dominer 
pour les figures, comme pour l'ornementation des motifs 
de l'architecture. Les fonds changent de tonalité. Nous y 



— 359 — 

voyons apparaître, dès la seconde moilié du XW" siècle, 
les couleurs les plus variées, le rouge, le bleu, le jaune; 
tantôt ils représentent des mosaïques, tantôt des damas- 
quinages ou des étoffes de cette époque, très-souvent des 
fruits et des fleurs. L'or continue également à être employé 
comme fonds, mais moins généralement qu'aux siècles an- 
térieurs. Presque toujours nous le trouvons gauffré. Il sert 
encore à rehausser les draperies et les divers ornements 
des figures. On a découvert un curieux spécimen des pein- 
tures de cette époque, dans l'ancienne église des Domini- 
cains, à Maestricht. 

Ce sont ces mêmes caractères que nous voyons encore 
se développer dans le cours de la première moitié du 
XV^ siècle, et que nous retrouvons dans les peintures de 
Notre-Dame, au Sablon. 

Comme.nous l'avons dit plus haut, les peintures les plus 
anciennes, que l'on ait découvert dans cette église, sont 
celles des deux grandes travées, au côté gauche du chœur. 
Elles comprennent dix compartiments ou arcatures à ogives 
trilobées. Chacun de ces cofnparlimenls était orné d'une 
figure représentant un saint personnage. Aucune symétrie 
n'existait dans la disposition de ces figures. Comme com- 
position, ces peintures sont conformes aux traditions de 
l'époque et trahissent les sentiments religieux de l'artiste 
qui les exécuta. Le mysticisme du moyen âge y apparait dans 
toute sa naïveté. Les formes sont maintenues dans de justes 
proportions. Les attitudes n'expriment aucun mouvement, 
aucune roideur, ni aucune violence. Les physionomies sont 
caractéristiques et expriment tour à tour la dignité virile 
et la douceur féminine. L'ordonnance des draperies est 
rendue avec celte ampleur, ce moelleux et cette souplesse 
qui distinguent l'époque. On ne retrouve aucune recherche 
dans l'agencement des plis, qui, en se contournant, déter- 
minent la forme du corps, la rotule des genoux, les coudes 



— 560 — 

des bras, la poitrine, les épaules, etc. Les traits, qui re- 
champissent les contours et le mouvement des détails, 
comptent environ deux millimètres d'épaisseur et con- 
courent admirablement à produire un ensemble des plus 
harmonieux (i). Quant au coloris, nous retrouvons dans 
les peintures, qui nous occupent, les mêmes caractères que 
ceux que nous avons indiqués pour l'époque précédente. 
Elles ne nous offrent pas des combinaisons très-variées de 
couleurs. Le rouge et le bleu dominent. La prédominance 
de ces deux couleurs, relevées par l'appoint de l'or, employé 
pour les nimbes et pour les fonds, nous démontre que jus- 
qu'au XV^ siècle encore, les artistes cherchaient à contre- 
balancer, par leur décoration architeclonique, la coloration 
puissante et translucide des vitraux et à maintenir entre 
ces deux sœurs un équilibre harmonieux. 

Les fonds des grandes figures étaient tantôt dorés et 
tantôt rouges. L'or employé comme fond était toujours 
gauffré. La même remarque s'applique également aux nim- 
bes, qui étaient tous dorés. Les gauffrures des fonds repré- 
sentaient alternativement, en forme d'échiquier, un écusson 
écartelé du lion de Brabant et deux oiseaux de perche à tir. 

Les faisceaux de colonnettes engagées et les autres motifs 
d'architecture, qui séparaient les travées et les arcades en- 
tre elles, étaient ornés d'une décoration à la fois tranchante 
et harmonieuse, dans laquelle le rouge, le jaune d'ocre, le 
brun et la terre d'ombre jouaient le rôle principal (2). 



(1) Ces traits tiennent lieu de ligne obscure et remplacent dans la peinture 
architectonique la sertissure dont les peintres verriers du moyen âge, mieux 
inspirés que ceux de nos jours, garnissaient leurs pièces de verre de très-petite 
dimension. L'existence de ce Irait empêche les teintes vives et de valeur égale 
d'être criardes et de produire par leur juxtaposition un désaccord, qui frappe 
désagréablement la vue. 

(2) A défaut de planche chromolithographiée, nous croyons utile de décrire 
rornementation de chacune des nervures et moulures, dont se composent les 
faisceaux des colonnettes engagées du chœur. — Boudin à fîlel d'arête du 



— 361 — 

Nous ferons remarquer, en passant, que les artistes du 
moyen-âge allachaienl une grande importance à ne pas 
confondre, par une même ornementation, différents motifs 
d'architecture. Par contre, nous n'avons jamais trouvé sur 
le même membre architectural deux motifs différents d'or- 
nementation. Cette remarque s'applique généralement à 
toutes les peintures murales découvertes jusqu'à ce jour. 
Cet usage trouvait sa raison dans le but que poursuivait 
le peintre. Il ne cherchait jamais à modifier l'œuvre de 
l'architecte, mais uniquement à le compléter pour en mieux 
faire ressortir l'élégance et le mérite. 

L'importance que reçurent à partir du XIII* siècle les 
formes de construction des édifices, engagea les artistes dé- 
corateurs à diriger tous leurs efforts sur rornemenlation 
de ces formes. Pour détacher les membres de l'architecture 
entre eux et pour leur imprimer un cachet de légèreté, ils 
consacrèrent l'usage de relever chaque motif architectural, 
par un liseré dans les champ-freins et les creux. Cet usage 
offrait encore l'avantage de maintenir une douce harmonie 
dans la combinaison des couleurs. On employait pour ces 



milieu, double chevroné noir surmonlé de trois feuilles de IrèBc, le tout sur 
fond rouge, l'arête pourpre foncé — ereux terre d'ombre. — Boudin à filet 
d'arête, simple chevroné d'ocre brun foncé sur un fond jaune pâle, filet d'arête 
pourpre rouge. — Boudin sans filet d'arête formant avec les deux motifs pré- 
cédents la partie saillante du faisceau, losange alternativement ocre brun el 
jaune. — Champ-parois ou listel rouge vif. Sur ce fond se détachaient des pe- 
tits dessins varies, des figurines et des croix de consécration. — Ctiamp-frcius, 
terre d'ombre. — Boudin blanc à torsades rouges. — Cavet ou gorge pourpre 
orné d'ornements rouges entrelacés. — Petit boudin jaune — Boudin à filet 
d'arêle double chevroné noir surmonté de trois feuilles de trèfle de même cou- 
leur, le tout sur fond rouge, larêle pourpre foncé. — Petit cavet ou gorge 
pourpre. — Petit chanip-lVein rouge. — Petit boudin blanc à torsades rouges. 
-- Champ-frein rechampi au milieu de noir. La moitié de ce dernier motif est 
rouge. L'autre moitié se compose de parallélogrammes allernalivcment blancs 
et noirs. Les neufs derniers membres d'architecture, répétés de part et d'autre, 
forment la partie rentrante du faisceau. Les colonnelles engagées à bases oc- 
togones, qui forment l'encadrement des figures, étaient ornées de torsades 
allernalivcment blanches et rouges. 



— 362 — 

liserés le blanc, le jaune d'ocre, le rouge foncé el le noir. 

L'ornementation architecturale du chœur de l'église de 
Notre-Dame, au Sablon, offrait un ensemble des plus har- 
monieux et d'une grande puissance de tons; elle tranchait 
d'une manière admirable avec la décoration des flgures. 

A partir de la seconde moitié du XV^ siècle, nous voyons 
une ère nouvelle s'ouvrir pour la peinture murale, comme 
aussi pour les verrières et pour toutes les branches de l'art 
en général : les anciennes traditions de la peinture murale 
commencent à se perdre; les principes d'unité, qui avaient 
présidé jusqu'alors à la décoration de nos édifices, sont aban- 
donnés; le désaccord s'établit entre les artistes, qui ne sui- 
vent plus que leurs inspirations particulières, ou plutôt 
celles de leurs opulents ordonnateurs. Les peintures décou- 
vertes dans l'abside et au côté droit du chœur de l'église 
de Notre-Dame, au Sablon, nous fournissent un spécimen 
des plus curieux des tendances de celte époque : les couleurs 
composées ont envahi le terrain artistique; la variété des 
teintes, que l'on y retrouve, offre l'aspect le plus négligé; 
peu ou point d'harmonie dans les couleurs. Celte absence 
d'harmonie provenait de la difficulté que les artistes ren- 
contraient pour la maintenir au milieu de l'assemblage de 
tant de couleurs variées. Le vert, le noir, le rouge, le gris, 
le jaune et le brun sont juxtaposés, sans tenir compte de la 
valeur de leur tonalité. Les fonds étaient rouges. Les traits 
qui déterminent les contours et les plis des draperies sub- 
sistent toujours, mais ils sont plus arrondis que dans les 
deux travées de gauche et laissent parfois entrevoir une 
grande indécision. Les figures n'ont rien de gothique et 
sont moins expressives; elles laissent beaucoup à désirer, 
sous le rapport du dessin; les draperies sont plus ou moins 
étriquées. Une des figures, représentant saint Quentin, 
trahit une recherche du nu, que ne connaissaient pas les 
artistes du moyen-âge. On ne retrouve pas encore, il est 



— 363 — 

vrai, (les fonds de perspective aérienne, mais déjà cepen- 
dant on entrevoit une perspective linéaire, produisant une 
apparence réelle, sans arrière-plan. Un seul des saints per- 
sonnages, que nous y trouvons représenté, porte un phylac- 
tère, avec une inscription flamande. 

Il est à remarquer que presque toutes les figures de 
l'abside et des deux grandes travées du chœur, au côté de 
l'épitre, laissaient entrevoir un repentir que nous ne re- 
trouvons pas dans les deux grandes travées opposées à ces 
dernières. L'existence de ces relouches nous démontre que 
l'artiste s'est contenté d'exécuter ses peintures sans l'auxi- 
liaire de calques ou de carions. 

A partir des dernières années du XV"^ siècle, l'art de la 
peinture murale marche d'un pas rapide vers sa décadence. 

Une des principales causes de la décadence de la pein- 
ture murale en Belgique fut l'engouement qui se manifesta 
pour la peinture pittoresque, qui avait introduit le réalisme 
dans l'art. Un des caractères distinctifs de la peinture ar- 
chilectonique consiste à ne pas reproduire la nature telle 
qu'elle se présente à nos yeux. Elle arrête les contours 
par des traits. Or, l'école flamande, basée sur l'imitation 
de la nature, sur le réalisme, ignore l'usage de ces traits, 
qu'elle ne retrouve pas dans la vie réelle. Un autre carac- 
tère essentiel de la peinture murale est de n'offrir toujours 
qu'une surface plane et solide, destinée à produire non des 
successions de plans, des perspectives factices, des illu- 
sions qui traversent l'appareil lapidaire, mais à conserver 
à l'archilecture la planimétrie des parois et toutes ses pro- 
priétés, sans en dérober aucune par le prestige et la magie 
de la peinture. L'art pittoresque, au contraire, recherche 
les perspectives et reproduit la nature avec toutes ses suc- 
cessions de plans et d'arrière-plans. De plus, la peinture 
murale est par sa nature même anlicoloriste. Elle ne souflVe 
pas l'éclat des tons, elle ne recherche pas le luisant dans 



— 36-i — 

ses teintes, elle n'aspire pas à des effets séduisants. Desti- 
née à être vue obliquement et de face, elle n'admet pas les 
effets de lumière, les ombres, les clairs-obscurs. Elle n'ad- 
met que les tons mais, les teintes simples, et veut que le 
moindre détail soit tout autant dans la lumière que le 
sujet principal. La peinture de cbevalet, qui est propre- 
ment la peinture des cabinets, des musées et des salons, 
trouve sa perfection dans l'éclat et le prestige du modelé, 
dont elle relève encore la puissance, au moyen du glacis. 
L'importance, qu'obtint l'art belge au XV'' siècle, dut donc 
nécessairement exercer une influence fatale sur la peinture 
arcbilectonique. Aussi voyons-nous, dès le XV* siècle et 
surtout au siècle suivant, la peinture de chevalet envahir 
nos églises et y prendre la place qu'avait si longtemps 
occupée la peinture murale. 

Une autre cause non moins fatale à toute peinture, mais 
pritKiipalement à la peinture religieuse, fut l'esprit qui do- 
minait répo(|ue : la pompe des souverains, la vanité des 
grands, le caprice des riches et l'amour-propre des autres 
entravèrent toutes les idées de liberté, sans lesquelles toute 
œuvre d'art devient impossible. Il est vrai, qu'à l'exemple 
de Charles le Téméraire, Marguerite d'Autriche et Charles- 
Quint comblèrent de faveur les arts, les belles-lettres et les 
sciences; mais, par contre, nous voyons la foi simple et 
fervente des époques antérieures s'effacer et faire place à 
des idées d'amour-propre et de vanité. Les artistes obéirent 
à des tendances auxquelles ils se sentaient impuissants à 
résister. C'est alors que nous les voyons déserter les pré- 
cieuses traditions et les principes salutaires de l'art au 
moyen âge, et s'empresser d'aller demander leurs inspi- 
rations aux divinités payennes de Rome et d'Athènes (i). 



(I) Les peintures exécutées, dans le cours du XV!" siècle, aux voiilcs de 
réglisc de Saint-Paul, à Liège, nous dénionlrcnl jusqu'à quel point Icspril 
de l'époque a pu entraîner les artistes. 



— 565 — 

C'est alors que nous voyons une hiérarchie puissante ex- 
ploiter nos temples et nos édifices religieux, pour y élaler 
à l'envi les insignes de leur grandeur, les lilres de leur 
noblesse et la preuve de leur vaine opulence (i). 

Une troisième cause ne contribua pas moins puissam- 
ment à provoquer la décadence de la peinture murale. La 
révolution, qui s'opéra dans le style architectural, dut né- 
cessairement exercer son influence sur celle branche de 
l'art, en développant le goût pour l'antiquité classique des 
Romains et des Grecs. Celte innovation de style produisit, 
en même temps, les grands rétables, les autels à propor- 
tions démesurées, les boiseries et tous les ornements de 
mauvais goût, qui rendirent inutiles et, de plus, impossibles 
les décorations architecturales de nos édifices religieux. 

Ces causes provoquèrent la décadence de la peinture 
murale, et la réforme la consomma. Le protestantisme rom- 
pit avec toutes les traditions religieuses et artistiques. Ses 
partisans proscrivirent les images et les statues des saints 
partout où leur fanatisme parvenait à les faire triompher. 
Le vandalisme impie, que les sectaires du XV!*" siècle exer- 
cèrent dans nos édifices religieux, et spécialement les excès 
sacrilèges, que leur haine aveugle pour la religion leur fit 
commettre dans l'église de Notre-Dame, au Sablon (2), nous 
permettent de supposer que les peintures de cette église 
en furent également l'objet. Cette opinion est de plus con- 
firmée par un passage d'un acte, en date du 15 mars iG08 
et conservé aux Archives du royaume (3). Il conste, en effet, 
par celte pièce, que ce fut après les troubles religieux, que 

(1) On ne saurait douter que ce fut à cette époque que furent peintes les 
armoiries que Ton a trouvé sur la belle peinture découverte dans la cathé- 
drale de Tournay. Cette peinture représentait la Jérusalem céleste. Voir la 
notice de M. Voisin, Bulletin d'art et d'archéologie, t. IV, année 18G3. 

(2) L'église de Noire-Dame, an Sahlon, pendant les troubles religieux du 
XVI^ siècle. Anatectes ecclésiastiques, 1867, 3e livraison, p. 317. 

(3) Archives de l'audience Carton n" 1574. 



— Ô66 — 

Toi) couvrit les peinlures d'une couche de badigeon et que 
l'on établit les stalles qui garnirent les côtés latéraux du 
chœur jusqu'en l'année 1859. 

Les recherches auxquelles nous nous sommes livré, pour 
découvrir les noms des artistes, qui exécutèrent les pein- 
tures découvertes dans l'église de Notre-Dame, au Sablon, 
ne nous ont rien appris. Ce que nous pouvons dire, c'est 
qu'elles portent toutes le cachet de l'école flamande, et que 
celles que l'on découvrit dans les deux travées, au côté 
gauche du chœur, révélaient un artiste d'un mérite su- 
périeur. 

Quand nous étudions les anciens restes des peintures 
exécutées, pendant le moyen âge, nous sommes souvent 
frappés de la grandeur de leur composition, de la perfec- 
tion de leur style et de l'harmonie qui règne dans les cou- 
leurs. Cela n'a rien cependant qui doive nous étonner : les 
corporations, qui existaient autrefois dans notre pays, im- 
primaient à tous les travaux de ce genre un cachet d'unité 
et d'entente, que nous chercherions en vain de nos jours. 
Les puissantes corporations de Saint-Luc, à Anvers et à 
Bruges, dont des ramifications existaient dans toutes les 
parties du pays, fournissaient aux artistes des règles et des 
données communes, au moyen desquelles ils ne pouvaient 
s'égarer. Les peintres du moyen âge connaissaient parfaite- 
ment la valeur et la puissance des tons et savaient les mé- 
nager, pour obtenir, dans leur juxtaposition, l'harmonie 
indispensable à toute peinture en général. Ils observaient 
également, pour le dessin, des lois géométriques, qui leur 
étaient transmises et qui se conservaient par esprit de 
corps et même sous la religion du serment (i). Avec ces 
données, l'arlisle quelque peu expérimenté pouvait excel- 



(1) Voira ce sujet le travail publié par M. Tabbé comte di; Houia^o et iiili- 
lulc : Du principe scrrcl des arlislcs aulifiues. Bruxelles, 184(i. 



— 367 — 

1er. II pouvait, en eflet, combiner les ressources du dessin 
el de la couleur, dans l'union desquels consiste la perfection 
de l'art de la peinture. 

Outre la galerie à figures du lambris inférieur du chœur, 
on découvrit encore dans l'église de Notre-Dame, au Sablon, 
des peintures aux clefs des voûtes du transept, à celles de 
la nef centrale et aux chapiteaux des colonnes cylindriques 
de cette dernière. Un écussoii polychrome existait à chacune 
des clefs des voûtes du transept (i). Auloui' de chacun de 
ces écussons, entre les nervures qui viennent s'y raccor- 
der, étaient peints des motifs représentant des rinceaux à 
liges et à feuilles, dont les couleurs étaient jaunes, rouges 
et bleues. Les feuilles de choux frisées des chapiteaux de 
la nef principale étaient dorées. La gorge et les tailloirs 
offraient des traces de polychromie. Les clefs des voûtes 
de cette partie étaient peintes comme celles du transept, 
mais on n'y découvrit tout autour aucune trace de motif ou 
de lambrequin formant un rinceau. 

Il est à remarquer que les peintures d'ornementation 
dans l'église de Notre-Dame, au Sablon, comme celles des 
figures, s'arrêtaient à la naissance des fenêtres. Les fais- 
ceaux des colonneltes engagées du chœur, malgré leur 
absence de chapiteaux el leur continuité, jusqu'à leur rac- 
cordement aux clefs des voûtes, n'étaient peintes qu'à la 
hauteur du glacis des fenêtres. A la partie supérieure, au- 
dessus de ce lambris, on ne découvrit plus aucune trace de 
peinture. Néanmoins tous les auteurs sont unanimes à re- 
connaître que les artistes du moyen âge, comme ceux de 
l'antiquité, n'ont pas admis une coloration partielle. Cette 
assertion ne saurait être révoquée en doute; seulement, il 
est à remarquer que presque toujours les peintures de nos 



(1) Hyacinthe De Bruyn, Notice sur rorigine de l'église de Notre-Dame, au 
Sablon. 



— 368 — 

églises ne consislaient, pour les parties au-dessus du lam- 
bris inférieur, qu'en une sorte de badigeon blanc, ou plus 
souvent encore blanc jaunâtre, formé par le mélange du 
blanc de chaux avec Tocre jaune. Nous trouvons que l'em- 
ploi de ce badigeon était déjà en usage au XI« siècle (i). 
Jl faut toutefois ajouter que ce badigeon ne consistait pas 
en un simple et affreux blanchiment au lait de chaux, 
comme on le comprend malheureusement aujourd'hui; il 
faisait toujours l'objet d'un véritable travail artistique. Ce 
badigeon était, en effet, toujours relevé soit par des traits 
imitant l'appareil lapidaire, comme dans l'église de Notre- 
Dame de la Chapelle, à Bruxelles, dans la chapelle des 
saints Jean et Paul, à Gand, etc., soit par des simples 
lisérés, comme dans la cathédrale de Tournay, soit enOn 
par des motifs de différentes couleurs rehaussés de points, 
de croix, de feuilles, de fleurs ou d'autres ornements variés 
d'une grande simplicité, mais d'un effet d'ensemble majes- 
tueux. On ne saurait douter que l'un ou l'autre de ces 
systèmes de décoration n'ait été également employé dans 
l'église de Notre-Dame, au Sablon. 

Plusieurs systèmes furent également adoptés, au moyen- 
âge, pour la décoration des voûtes des églises. Quelques- 
unes, parmi lesquelles nous citerons les églises de Saint- 
Paul et de Saint-Jacques, à Liège, etc., avaient les voûtes 
blanches pour le fond, et sur ce fond se détachait, tantôt 
une arabesque de feuilles, de fleurs ou de fruits (2), tantôt 
un rinceau formant un entrelacement. Les peintures autour 
des clefs des voûtes du transept de l'église de Notre-Dame, 



(1) Voir sur celte question les observations émises, le la janvier ISGi, 
dans rassemblée des Commissions d'art et d'archéologie. Bulletin des Commis- 
sions d'art et d'archéologie, l. III, pp. 177 et suiv. Voir aussi la petite bro- 
chure inlilulée : Du badigeon décoratif des églises. Bruxelles, 1860. 

(2) Le fruit appelé ananas est un molif que Pou rclrouvc sowveni diins li-s 
peintures, à partir du XVf siècle. 



— 5(30 — 

au Sablon, se rapporlent égalemenl à ce genre de décora- 
tion. Les voùles des églises de Noire-Dame de la Chapelle, 
à Bruxelles, de Noire-Dame, à Tirlemonl, elc, représen- 
taient un dessin d'appareil lapidaire. Dans la cathédrale de 
Tournay, les voûtes ont été conservées dans leur état na- 
turel de pierre, sans aucune décoration picturale. A l'hos- 
pice de la Biloque, à Gand, on avait conservé dans son état 
naturel le bois dont sont formés les voûtes. Les nervures 
seules étaient peintes en rouge, blanc et noir. Nous avons 
retrouvé des voûtes bleues dans les églises de Wervicq, 
de Neer-Oeteren, de Sainte-Croix, à Liège et dans quelques 
autres. Toutefois, le système le plus généralement adopté 
était de conserver les voûtes blanches, et l'on se conten- 
tait, dans ce cas, de peindre les clefs des voûtes et une 
partie des nervures qui viennent s'y raccorder. C'est ce 
système que nous trouvons avoir été adopté pour la nef 
centrale de l'église de Notre-Dame, au Sablon. 

Dans un grand nombre d'églises, nous retrouvons en- 
dessous des peintures une couleur ordinairement rougeàtre, 
appliquée directement sur l'appareil lapidaire. Cet enduit 
très-adhérent servait de préparation au mur. Une analyse 
de cette couleur nous apprend qu'elle était composée d'un 
mélange de plomb, de fer, et de terre. On y découvre, en 
effet, le minium de plomb, l'ocre jaune, rouge et brun et 
la terre d'ombre. 

Comme nous l'avons dit plus haut, l'art de la peinture 
murale fut pratiqué en Belgique, dès les siècles les plus 
reculés. Les découvertes, faites récemment par M. Galesloot, 
de débris de deux habitations de l'époque romaine, viennent 
encore corroborer cette assertion (i). La peinture à cette 
époque était appliquée, tantôt sur la pierre même, tantôt 

(1) Notice sur des débris de peintures antiques sur ciment, etc., Bulletin de 
l'Académie royale de Belgique, (• XVIII et t. XXII. 



— 370 — 

sur un enduil, dont on la revêlait. Cet enduit était formé 
de terre ou de schiste argileux de différentes couleurs. 
L'un des procédés employés par les Romains, pour la dé- 
coration de leurs constructions, était Tencaustique. Ce 
procédé consistait dans l'emploi de la cire délayée avec 
d'autres matières. La couleur détrempée dans ce mélange 
était étendue à chaud et quelquefois à froid sur les murs, 
ou sur l'enduit qui les recouvrait. Les débris découverts 
par M. Galesloot nous fournissent également la preuve de 
l'emploi de la cire, comme procédé des anciennes peintures 
romaines. La fresque proprement dite paraît avoir été 
également connue dès les siècles les plus reculés. Ce pro- 
cédé consiste, comme ledit fort bien iM. Helbig, à peindre 
sur un enduit frais, qui, absorbant la couleur, la fixe en 
se séchant (i). La fresque cependant ne fut guère beaucoup 
pratiquée dans notre pays. Les plus anciens exemples que 
nous connaissions de l'application de ce procédé sont les an- 
ciennes peintures de l'hospice de la Biloque, à Gand, de la 
chapelle des saints Jean et Paul, dans la même ville, et celles 
de l'église de Sainte-Croix, à Liège. Les difficultés que 
présente cette méthode dans son application n'auront pas 
peu contribué, croyons-nous, à la faire négliger (2). Les 
tons étant absorbés par l'enduit, avec lequel ils se fon- 
daient, offraient toujours une harmonie douce et tranquille 
et très-favorable au genre de peinture architectonique. 
Jamais dans la fresque, on ne trouve de ces tons secs et 
criards, ni de ces couleurs éclatantes si peu en harmonie 
avec le caractère sombre de nos édifices religieux. Un autre 
procédé plus généralement pratiqué en Belgique pendant 
le moyen âge, était le procédé à la détrempe. C'est de ce 



{[) La peinture à fresque sur les bords du Rhin. 

(2) Voir, pour Tcmploi de ce procédé et les diffîcullés qu'il présente 
VioLLET LE Duc, Dirliounaire, c.\c . , article Peinture. 



- 571 — 

dernier que parle le moine Tliéopiiile dans le chapitre XV 
de son précieux travail intitulé : Diversarum ariium sche- 
dula. Ce procédé consiste à appliquer des peintures sur 
un enduit sec, au moyen d'un liant adiiérant à l'enduit. 
Différents liants furent employés. Les plus communs étaient 
le blanc ou le jaune d'œuf, le lait, la colle de peau, la 
colle d'os et la colle de parchemin, le lait de chaux et 
quelquefois la gomme. Ces divers procédés offraient tous 
des garanties de solidité pour les édifices qui étaient à l'abri 
de l'humidité. Nous retrouvons des spécimens de ces divers 
procédés dans l'ancienne abbaye de Villers et dans les égli- 
ses de Lisseweghe, de Léau, de Sainl-Trond, de Liège, de 
Tournay, etc. Au XII^ siècle, la métamorphose qui s'in- 
troduisit dans le style architectural, nécessita l'adoption 
des procédés, qui pouvaient se passer d'un enduit quelcon- 
que, et permettre l'application immédiate de la couleur sur 
l'appareil lapidaire. Plusieurs des procédés que nous venons 
d'énumérer, continuèrent à être employés, mais le procédé 
à l'encaustique que l'on appelle encore procédé à la cire 
et à la résine, prévalut : à part les tons agréables qu'il 
produisait et la pureté qu'il conservait à la pierre, il offrait 
encore, d'un côté, la solidité nécessaire à la bonne conser- 
vation de la peinture et, de l'autre, l'avantage de contre- 
balancer, par la vigueur qu'il conserve aux tons, la puis- 
sante coloration des verrières (i). Les exemples de l'emploi 
de ce procédé sont très-nombreux en Belgique. Nous nous 
contenterons de citer les églises de Notre-Dame, à Tongres, 
du Béguinage, à Saint-Trond, de Saint-Martin, à Liège, etc. 
Les peintures découvertes dans l'église de Notre-Dame, au 
Sablon, ont été également exécutées au moyen de ce pro- 
cédé. La peinture à l'huile ne fut employée pour la déco- 



(1) Voir, pour l'emploi de ce procède, De Caumont, Cours d'anliquiléi mo- 
nutneulalcs, l. II. 



— 572 — 

ration de nos édifices, qu'à la fin du XV* siècle, lorsque déjà 
les peintres commençaient à abandonner les bonnes tradi- 
tions et les principes de l'art de la peinture murale. Nous 
trouvons des spécimens de ce procédé dans les peintures 
découvertes au IMont-de-piété, à Malines, et dans une des 
chapelles latérales de Téglise de Sainte-Croix, à Liège. 
Mais l'une et l'autre de ces peintures ne datent que du 
XVI'^ siècle. Les petits panneaux des donateurs, dans les 
travées, au côté gauche du chœur de l'église de Notre- 
Dame, au Sablon, avaient également été retouchés à l'huile 
au commencement du XVP siècle. Plusieurs autres procé- 
dés ont été réceinment découverts et employés par les 
peintres. Nous nous contenterons de mentionner les pro- 
cédés au Wasserglass, au schiste et au gulla-percha. 

Hyacinthe De Bruyn. 

{Pour être continué). 



— 373 — 



VOL DE TABLEAUX 

DE JL,A. a^LERIE DE L'ARCHIDUC ALBERT, 

AU CHATEAU DE TERVUEREN, 

EN MARS 1624. 



L'ancien château deTervueren, celle belle résidence des 
ducs de Brabant de la maison de Louvain, plus ou moins 
négligée après l'exlinction de leur race, renfermait une 
magnifique galerie de tableaux, dont l'époux de l'infante 
Isabelle avait été le créateur. L archiduc Albert, dit M. de 
Reiffenberg (i), fut le premier qui réunit un grand cabinet 
de tableaux où chaque école était classée avec ordre. On en 
voyait àTervueren plus de deux cents, et il en plaça d'au- 
tres encore dans ses palais de Bruxelles et de Marimont. 
Quentin Melzys, Jean de Maubeuge, Jérôme Bosch, Albert 
Diirer, Holbein, Lucas de Leyde, Franc Floris y figuraient 
à côté de maîtres plus récents : Otto Venins, Rubens, Coe- 
berger et Pierre Breugel. Qu'est devenue cette collection 
véritablement royale? Elle a eu le sort de toutes les galeries 
formées par nos princes : l'étranger s'en est enrichi (2). 

La galerie deTervueren existait donc dans toute sa splen- 
deur, lorsque le 19 mars 1624 et les jours suivants, elle 
devint le théâtre d'un vol des plus audacieux, d'un acte de 

[i] Cilé par M^ A. Wauters, Hist. des environs de Bruxelles, t. III, p. 389. 
(2) M. Wauters a publié le catalogue des tableaux qui se trouvaient au châ- 
teau de Tervueicn en 1746. — M^ A. Pincharl en possède un plus ancien. 

-m 



— 374 — 

vandalisme inoui (i). Un des jardiniers découvrit (25 mars) 
dans un réservoir à sec, établi au milieu de l'étang qui 
baignait les épaisses murailles du château (2), au-delà de 
cinquante toiles découpées de leurs cadres et roulées les 
unes dans les autres, apparemment pour être emportées 
en temps opportun, plus une superbe glace de l'Infante. Le 
voleur ou les voleurs avaient fait leur choix parmi les chefs- 
d'œuvre de la collection. 

Grande fut la stupeur de la cour et de la ville, en pré- 
sence d'un pareil coup, accompli d'une manière à la fois 
si sûre et si mystérieuse. Mais on ne se perdit pas long- 
temps en vaines conjectures sur les auteurs du vol. Des 
soupçons s'élevèrent spontanément contre l'ancien châte- 
lain, Frédéric Vander Haeghen, gentilhomme d'une bonne 
famille de Bruxelles et de plus licencié en droit. Il habitait 
le village. 

Ses antécédents étaient mauvais, il faut le dire, et ils ne 
justifiaient que trop les préventions du public à son égard. 
Il avait détourné des meubles du château dont la garde lui 
était confiée, un tableau entre autres, et les avait engagés 
au mont-de-piété, à Bruxelles et à Louvain. L'Infante lui 
avait pardonné cet acte de mauvaise foi, mais à la condition 
qu'il se démit de sa charge (3), charge honorable et hono- 
rée avant lui par Jean Vander Haeghen, son père. Aussi, 



(1) Les détails qu'on va lire sont tirés d'un dossier de procédure faisant 
partie des archives de l'office fiscal ou parquet de l'ancien conseil de Brabant. 
Il est inutile de rappeler, à ce propos, qu'autrefois les débats judiciaires avaient 
lieu par écrit. 

(2) L'étang était alors également sans eau. 

(3) Vander Haeghen avait été nommé châtelain du château de Tervueren 
par lettres patentes des Archiducs, du 20 mars 1616. En cette qualité, il devait 
garder le château et ses dépendances. Le châtelain prêtait serment entre les 
mains du chancelier de Brabant, qui le mettait en possession de sa charge en 
lui faisant délivrer les clefs du château, sous inventaire des meubles qui s'y 
trouvaient. 



— 375 — 

Isabelle, indignée, n'avait pas liésilc à signer roidre d'ar- 
reslalion que voici : 

La Sérénissime Infante a ordonné et ordonne par ceste aux 
majeurs et gens de la loy des villages de Ruysbroeck, Isque, 
Overes (i) et Tervueren de faire tous debvoirs possibles pour 
descouvrir tous ceux qui ont trempé au larcin des peintures 
enlevées du château dudict Tervueren, et mcsme d'appréhender 
Frédericq V'ander Ilaghen, son frère, Philippe Vander Haghen, 
comme aussy Abraham Paris (2), ayant autrefois servy ledict 
Frédericq et esté hoste audict Tervueren, en la maison dite le 
Petit Renard onVosken, et, au surplus, de donner tonte ayde et 
assistence requise à Jean Ortis, ayde de la furrerie de Son Al- 
teze, qu'icelle a trouvé bon de commectre pour tenir la main 
à l'exécution de ce que dessus et à la recherche desdictes pein- 
tures. 

Faict à Bruxelles, le 25 mars 1624. 

ÎSABKL. 

[Original). 

Muni de cet ordre, l'aide-fourrier de la cour, Jean Ortis, 
accompagné de plusieurs alguazils, se rendit promptement 
à Tervueren, pénétra pendant la nuit dans la maison où 
logeait le ci-devant châtelain, l'arracha de son lit et le fit 
garrotter d'une manière cruelle, en attendant le jour, pour 
le conduire à la prison la Vrunte, à Bruxelles. Ce n'étaient 
là, pour ainsi parler, que les prémices de l'infortune ré- 
servée au prévenu. 

En effet, à peine était-il incarcéré, que le procureur 
général de Brabant, Jean Van Craesbeck, le poursuivit cri- 
minellement devant le conseil de Brabant. L'affaire fut in- 
struite, selon l'usage, dans la prison même, par un conseiller 
de cette cour souveraine, Jean Maes, en qualité de juge- 
commissaire, assisté d'un secrétaire. 

Comme il s'agit ici d'une cause remarquable et qui pré- 



(1) Overyssche. 

(2) Lise: : Par} s. 



— 576 — 

sente même un inlérèt dramatique, je crois devoir l'exposer 
dans ses principaux détails. 

A la première audience (l*"" avril), le procurenr général 
conclut à ce que le prisonnier fût puni selon la gravité du 
délit qui lui était imputé, et, en cas de nécessité, qu'on 
l'appliquât à la torture pour le faire entrer en aveu, car 
Vander Haeghen protestait de son innocence. La cour ne 
jugea pas à propos de consentir à l'admission immédiate 
de ces deux demandes, dont la seconde était au moins pré- 
maturée. Elle voulut d'abord que le ministère public épuisât 
toutes les autres ressources de la procédure, et, constatons- 
le en passant, elles étaient nécessaires, tant les preuves à 
charge étaient faibles et incertaines. D'autre part, elle laissa 
à l'inculpé une latitude pleine et entière de se défendre, soit 
par lui-même, soit par l'organe d'un conseil, ce qui n'ar- 
rivait pas toujours (i). 

Dans l'acte d'accusation (faits de charge), le procureur 
général disait que le prisonnier jouissait d'une mauvaise 
réputation; qu'il avait dissipé ses biens et ceux de feu sa 
femme; qu'il avait détourné des meubles du château deTer- 
vueren, en 1621 et en 1623, et finalement, chose grave, 
comme on le conçoit, qu'il était l'auteur du fameux vol dont 
il s'agit. Pour accomplir ce délit, prétendait le procureur 
général, Vander Haeghen était entré, le mardi matin, 
19 mars, dans le château, sous prétexte d'entendre la 
messe qui se disait habituellement à la chapelle de Saint- 
Hubert; puis il s'était laissé enfermer, ayant sur lui des 
chandelles, un morceau de bois dit vonckhoul (2), un bri- 
quet et du pain, car il prévoyait bien que l'opération à 
laquelle il allait se livrer serait longue et difficile. Il devait 
avoir des complices. 



(1) Il y avait des cas, tels que les crimes d'Élal ou cas royaux, où les lois 
perraellaient de refuser un avocat à l'accusé. L'édil criminel de 1370 était 
très-rigoureux sous ce rapport. 

(2; Bois consommé, qui brûle comme de Tamadou. 



— 377 — 

Inlerrogé pcde ligalo (i) sur ces points, Vander Ilaegljen 
se vantait, au contraire, d'avoir une bonne réputation, 
comme il le prouverait, disait-il; il soutenait qu'il n'avait 
pas pu dissiper son patrimoine, n'ayant rien hérité; seule- 
ment, il avait dû lever de l'argent sur les biens de sa femme, 
pour établir ses enfants (2); il reconnaissait qu'il s'était per- 
mis d'engager des meubles du château; mais, selon lui, il l'a- 
vait fait pour payer les frais des funérailles de sadite épouse; 
il comptait dégager ces objets et les remettre à leur place; 
du reste, il avait obtenu son pardon de l'Infante, et il ne 
pouvait plus être poursuivi de ce chef (3). Quant au point 
capital de l'accusation, il le repoussait avec énergie, et 
ajoutait dans sa réponse écrite au procureur général, que 
cela devait suffire pour faire tomber l'action intentée contre 
lui, cum adore non probante rens absolvendiis sit. Toute- 
fois, Vander Haeghen convint qu'au jour indiqué, 19 mars, 
il s'était rendu au château de Tervueren pour assister à la 
messe, mais ayant aperçu, disait-il, des personnes à qui il 
devait de l'argent, et craignant d'en être importuné, il s'é- 
tait esquivé et avait pris le chemin du village de Hulden- 
berg; là il avait diné chez le curé, était resté avec lui 
jusqu'au soir, avait repris le chemin de Tervueren et était 
allé coucher chez un cabaretier, nommé Denis Despontin. 
Comment donc aurait-il pu se trouver en même temps au 
château? D'ailleurs, il n'en avait plus les clefs, et la serrure 
de la grande porte avait été changée depuis qu'il les avait 
restituées; partant il lui eût été impossible de sortir du 
bâtiment. Et comme cette porte avait été trouvée fermée le 
jour du vol, c'était injustement qu'on l'accusait. En outre, 
le mercredi et le jeudi suivants, il avait de nouveau couché 
chez Despontin, 

(1) Selon l'usage, en malière criminelle. 

(2) Plusieurs de ces enfants étaient entrés dans des couvents. 

(3) Le procureur général répliqua qu'il ne lui consiait pas de ce pardon. 



— 578 — 

L'alibi était pour l'accusé une chose de la plus haute 
importance. Aussi la partie publique s'efforça-t-elle de l'at- 
ténuer. Elle prétendit que Vander Haeghen avait pu sortir 
pendant la nuit et rentrer avant le jour. Dans ce cas, ré- 
pliquait l'accusé, que devenait le stratagème dont on le 
soupçonnait d'avoir fait usage? Cette contradiction dans 
l'accusation n'a pas laissé que de me frapper également. 
De plus, Vander Haeghen protesta contre la manière illé- 
gale dont il avait été arrêté : sans informations préalables 
et sans décret de prise de corps, contrairement au pacte 
fondamental du Brabant (i). Il disait que les présomptions 
ne suffisaient pas pour mettre en état d'arrestation des ha- 
bitants de ce pays. 

Un point assez délicat pour lui, ce fut la production, par 
le procureur général, d'une paire de souliers trouvée dans 
l'étable de la maison où Vander Haeghen avait logé. Ces 
souliers étaient alors remplis de boue. Le magistral accu- 
sateur prétendit que le prisonnier les portait quand il com- 
mit le vol des tableaux, et qu'il les avait cachés pour ne pas 
se trahir; il soutenait que la semelle correspondait à l'em- 
preinte des pas laissée dans la vase de l'étang et se diri- 
geant des murs du château vers le réservoir en question. 
L'accusé, qui eut soin de faire remarquer combien cette 
expérience, faite après coup, devait être incertaine, pra- 
tiquée dans un fond boueux, ne crut pas devoir reconnaître 
d'abord ces chaussures pour les siennes, car elles étaient 
vieilles et éculées, et d'autres devaient avoir été faites sur 
la même forme. Il les reconnut ensuite, mais en soutenant 
avec raison qu'il n'y avait rien d'étonnant qu'elles fussent 
couvertes de boue, attendu qu'il s'en était servi par un 
temps neigeux; que la vase des étangs exhalait une odeur 
particulière (ce qui est vrai), et que si ces souliers avaient 

(1) On sait que la Joyeuse-Entrée garantissait la liberté individuelle. 



— 579 — 

été irouvés dans le jardin par la femme ou la servante de 
la maison el portés dans retable, c'est qu'il les avait jetés 
comme ne pouvant plus en faire usage; qu'ils avaient été 
nettoyés depuis, etc. Bref, cet incident, assez embrouillé, 
donna lieu de la part du procureur général el du juge- 
commissaire à des investigations et à des interpellations 
très-miniiticuses, et cependant on ne put rien en tirer de 
concluant au préjudice de l'accusé. Comme circonstances 
aggravantes, le procureur général rappelait encore que ce- 
lui-ci avait gardé parmi ses effets une serrure royale (sic), 
appartenant au château, el une clef rouillée du quartier de 
rinfante; qu'il avait acheté un quarteron de chandelles, 
qu'il était rentré un soir chez lui avec un bout de chan- 
delle à la main; que la veille du jour du vol, il s'était en- 
tretenu d'une manière mystérieuse avec son frère, dans un 
cabaret de l'endroit; qu'il s'était informé, à Bruxelles, si 
le nouveau châtelain, Louis Van Couwenhove, qui habitait 
cette ville, allait bientôt se fixer à Tervueren. Or, Vander 
Haeghen s'expliqua ici de manière à laisser toujours planer 
la plus grande incertitude quant à sa culpabilité, alors sur- 
tout qu'il donnait de bonnes raisons pour sa défense. Ainsi, 
tout en insistant vivement sur son alibi, qui en était le point 
capital, il disait que plusieurs personnes à Tervueren avaient 
des clefs du château, entre autres, un certain Ferdinand 
Poteau, lequel devait se rendre deux fois par jour à la vo- 
lière, pour soigner les petits oiseaux, traverser les salles, 
passer par le quartier de l'Infante el le jardin; qu'on avait 
surpris le valet de Poteau, pendant qu'il ouvrait des portes 
du quartier du camérier major, etc. 

L'affaire ayant été réglée à preuves, comme on disait, 
Vander Haeghen produisit divers témoins, dont les plus 
importants, sans contredit, étaient l'aubergiste Despontin 
el sa femme. Ils ne purent disconvenir que l'accusé n'eût 
logé chez eux les jours pendant lesquels, selon le ministère 



— 580 — 

public, le vol avait été commis. En ce qui concernait les 
souliers, ils expliquèrent le fait dans un sens plutôt favo- 
rable que défavorable pour le prisonnier. Ils ajoutèrent que 
celui-ci avait protesté avec vivacité de son innocence, lors- 
que la rumeur publique l'eut désigné comme étant le cou- 
pable, et qu'il avait refusé de prendre la fuite. C'est ce que 
déclarèrent aussi divers autres témoins à décharge. Le vi- 
caire d'Overyssche, qui avait été longtemps chapelain à 
Tervueren, attesta que l'incriminé s'était toujours conduit 
en homme d'honneur et que le dimanche avant le jour du 
vol il avait diné au presbytère. Un ancien valet de Van 
der Haeghen reconnut que celui-ci avait remis toutes les 
clefs du château au maïeur de Tervueren, délégué par l'In- 
fante pour les recevoir des mains de ce châtelain infidèle; 
il dit encore que la serrure de la grande porte avait été 
changée et qu'il était impossible de fermer cette porte du 
dehors, chose qui fut certifiée par d'autres personnes; que 
Poteau, déjà nommé, avait l'accès libre à l'intérieur du 
château, etc. L'échevin du lieu, le sieur Claes, déposa éga- 
lement en faveur de la moralité de Vander Haeghen. Il 
expliqua le résultat de son examen des lieux, où il avait 
dû se rendre en sa qualité susdite; selon lui, les tableaux 
avaient été enlevés et descendus au milieu de la nuit par une 
fenêtre et portés dans le réservoir, ainsi que l'attestaient les 
traces des pas dans la vase de l'étang, traces dont il décrivit 
la direction. L'échevin De Becker fut du même sentiment. 
La déposition du maïeur Lilliers, qui se rendit sur les lieux, 
ne présenta rien de significatif, du moins pour la justifica- 
tion de l'accusé. Il parla, comme d'autres témoins, de Poteau, 
qui joua dans cette épineuse affaire un rôle sinon suspect, 
tout au moins fort étrange. Ainsi un jour, se trouvant en 
état d'ivresse dans un cabaret du village, il s'était mis à 
quereller les personnes présentes, à propos des tableaux 
volés, et, ayant été se munir précipitamment d'une rapière, 



— 381 — 

ii élall revenu en brandissant celle arme, el loul en voci- 
féranl, il avail défié quiconque osait soutenir que Vander 
Haeghen ne fût pas le vrai coupable. Il avait même lâché 
des coups de mousquet, autre arme que ce forcené s'était 
procurée. Celle scène avait eu lieu devant la porte du ca- 
baret, en présence des peintres Quentin Symon el Salomon 
Noveliers, chargés par l'Infante de la restauration des pein- 
tures mutilées et cités par la défense. Quel intérêt Poteau, 
l'homme qui retrouva ces peintures, avait-il donc à accuser 
si chaudement Vander Haeghen? C'est là un point resté 
obscur dans ce difficile procès. 

La défense fit encore comparaître quelques témoins dont 
je m'abstiens de parler, attendu qu'il ne ressort rien de 
positif de leurs dépositions. Mais, chose digne de remarque, 
si on se rappelle la destitution récente de Vander Haeghen 
pour malversation, elle produisit six attestations écrites, 
faisant foi de la moralité ou plutôt de l'extrême dévotion de 
ce dernier. Ces attestations étaient des curés de Tervueren, 
d'Huldenberg et de Duysbourg, des vicaires d'Overyssche ^ 
et de Duysbourg, des frères gardiens des capucins, à Lou- 
vain et à Bois- le Duc, et enfin des bourgmestre et échevins 
mêmes de Tervueren. Un plan des lieux (i) et d'autres pièces 
y furent ajoutées. 

Je n'ai pas trouvé la déposition des témoins dont s'aida 
la partie publique (a). Seulement, j'ai pu constater que, 
parmi eux, plusieurs avaient déjà déposé pour l'accusé; tels 
étaient le valet de ce dernier, le cabaretier Despontin el sa 
femme, le maïeur Lilliers et l'échevin De Bccker, etc., ce 
qui mit la défense dans la nécessité d'user de reproches 
envers eux comme envers les autres témoins du procureur 
général. 



(1) Il manque au dossier. 

(2) Il y en avail une vingtaine. 



— 382 — 

La femme du nouveau châtelain el la sœur de cette dame 
furent aussi entendues au sujet des informations que Van 
der Haeghen, au dire du procureur général, avait fait 
prendre chez elles touchant le départ de cet officier pour 
sa destination. Il fut aussi question d'une femme qui de- 
meurait en face du mont-de-piété, à Bruxelles, où elle 
faisait le métier de mettre des objets en gage et avec la- 
quelle l'accusé s'était mis en relation. A ce propos, il est 
piquant de rappeler que le procureur général récusa le 
témoignage à décharge du curé de Huldenberg (i), parce 
que l'accusé Abraham Parys (2), sur le compte duquel je 
serai obligé de revenir, ayant engagé au lombard, à Lou- 
vain, un des tableaux du château et craignant, faute d'ar- 
gent, de ne pouvoir le restituer, avant l'arrivée de l'Infante, 
ledit curé, pour venir en aide aux coupables, s'était décidé 
à lever de l'argent sur des ornements de son église. Voilà 
du moins ce que déclara l'accusateur public. 

Une phase également palpitante de cette cause, où il y 
allait, je n'en doute pas, de la vie du prévenu, fut la des- 
cente sur les lieux, sollicitée par l'une et l'autre partie, 
toutes deux y ayant un égal intérêt. Elle se fil par le juge- 
commissaire, accompagné d'un secrétaire. Je ne connais 
que le résultat de celle opérée à la demande de la défense, 
car le procès-verbal de la visite contraire a disparu du dos- 
sier. Or, dans celle que j'ai eue sous les yeux, je ne vois 
encore rien de préjudiciable à l'incriminé. L'avocat de Van- 
der Haeghen désigna au juge le château de Tervuercn (s), 
ceint de hautes murailles, entouré d'eau et d'un accès tel 



(1) Il déclara que Vaiidcr Haeghen avait effectivement dîné chez lui, le jour 
du vol. 

(2) Comme on Ta vu, il était compris dans l'ordre d'arrestation délivré au 
nom de llnfanle. 

(3) Il y a des vues de celte ancienne résidence royale dans différenls ouvra- 
ges, entre autres dans la Chorograpliia sacra C»-rt6aii/iœ de SA^DER^Js. 



— Ô83 — 

qu'on ne pouvait y entrer ni en sortir ckuulestinement, sans 
escalade; il désigna aussi les différentes salles et chambres 
où l'on avait découpé les peintures; les grandes dimensions 
de quelques-unes de ces toiles; les portes dont on avait en- 
levé les serrures; une porte forcée du quartier de feu l'ar- 
chiduc, etc., etc., le tout pour démontrer que le vol avait 
dû être une opération longue et difficile, trop difficile pour 
qu'elle eût été entreprise par une seule personne. Ailleurs, 
je remarque qu'il est question d'une corde qui aurait été 
suspendue à une fenêtre (i) et à propos de laquelle l'accu- 
sation et la défense disputèrent vivement, celle-là soutenant 
qu'elle était assez longue et assez solide pour aider un 
homme à se laisser choir, celle-ci prétendant le contraire. 
Telle était alors la lenteur habituelle des tribunaux dans 
l'expédition de la justice criminelle (2), bien que les édits 
la voulussent prompte et sommaire, que les plaidoiries qui 
nous occupent s'étaient prolongées du commencement du 
mois d'avril 1624 jusqu'au mois de novembre 1625. Au 
bout de ce long terme, on était tout aussi avancé que le 
premier jour et rien ne transpirait sur les véritables auteurs 
du vol, ce qui n'empêchait pas le malheureux inculpé de lan- 
guir dans la prison dite de Treurenborg, où on l'avait trans- 
porté. Ne sachant plus à quels expédients recourir pour 
lui arracher un aveu, le procureur général, qui, en répli- 
quant, persistait fermement dans l'accusation, telle qu'il 
l'avait formulée et aggravée, avait de nouveau demandé 
qu'on recourût à la torture. La défense lui avait objecté 
que les indices à charge étaient loin d'être suffisants; que 



(1) Il paraît qu'elle avait été retrouvée par Poteau, qui n'en fit pas d'abord 
la déclaration. 

(2) Celui qui désire se faire une idée exacte de notre ancienne jurispru- 
dence criminelle et de tous ses abus, n'a qu'à lire le discours prononcé par 
M. le procureur général de Bavay, à l'audience de rentrée de la cour d'appel 
de Bruxelles, le 15 octobre 1856. Cet opuscule, pour être fort sonimnii-e, 
n'en est pas moins intéressant 



— 384 — 

d'ailleurs Vander Haeghen, étant bourgeois de Bruxelles et 
membre des lignages, il fallait des preuves accomplies (i) 
avant qu'on put lui faire subir la question. Cependant les 
préventions contre l'accusé étaient si fortes, je dirai si vé- 
hémentes, que les indices aidant, les juges crurent devoir 
passer sur ces exigences de la loi, supposé qu'elles fussent 
fondées à leurs yeux dans le cas dont il s'agissait. De sorte 
qu'ils délibérèrent une première fois sur le parti qu'il y 
avait à prendre (2). La majorité, le rapporteur en tête, 
opina pour la condamnation à la torture, et la cour prit 
une résolution dans ce sens. Toutefois, cette condamnation, 
qui paraîtra bien cruelle aujourd'hui, ne reçut pas d'exé- 
cution immédiate, car je vois que, le 2 décembre 1625, 
les juges la soumirent à un nouvel examen in recollectione. 
La majorité, elle était grande, hélas! [sept voix sur dix(3)] 
persista, et Vander Haeghen fut mis incontinent entre les 
mains du bourreau, le conseiller-rapporteur et le conseiller 
de Viron ayant été délégués par la cour pour présider à 
cette triste séance (4). Vander Haeghen fut torturé pen- 
dant une heure au moyen de la poulie, genre de supplice 
qui consistait, je crois, à suspendre le patient (s). Il se la- 
menta grandement au milieu de ses souffrances, mais il 
continua néanmoins à protester de son innocence. Ainsi, 

(1) Selon IVdit criminel île Pliilippe II, de 11)70, une demi-preuve suflisail 
(Voy. l'appendice à celte notice). 

(2) Je n'ai pas trouve le procès-verbal de cette première délibération. 

(3) Je ne me rends bas bien compte de ce nombre pair. 

(4) Le lecleur ne sera pas fâché sans doute de savoir comment et dans 
quelles circonstances le conseil de Brabant faisait usage de la torture. Un de 
ses membres, le conseiller G. deWynanls, a écrit sur ce sujet un petit commen- 
taire très-curieux, qui se trouve dans ses remarques sur le Code de procédure 
dudit conseil, homologué par les Archiducs, le 15 avril 1604 (Voy. l'appen- 
dice à celle noiice). 

(5) Pour les différentes espèces de torture en usage dans nos anciens tri- 
bunaux, voy. noire jurisconsulte Damiiouder, Praxis rerum criminalhim, avec 
figures, cliap. XXXVIII, De qmslionc sive tortura. W me semble que le genre 
de sup|>licc que subit Vander Haeghen y cil représenté. 



— 385 — 

après celle terrible épreuve, on en élail encore au même 
point el la cause restait indécise. 

Cependant, il fallait bien finir par lui donner une solu- 
tion. Peu de jours après, le conseil délibéra sur la sentence 
définitive. Voici l'opinion de chacun des juges présents (i). 
C'est un détail qui a, ce me semble, son mérite et son côté 
édifiant. 

Le conseiller Jean Macs, rapporteur. — Il absoudrait 
l'accusé du dernier délit (vol de tableaux), à cause de la 
torture qu'il a endurée, mais le bannirait du chef des dé- 
lits précédents (détournement et engagement de meubles). 

Le conseiller Charles Ponlanus. — Il ferait réitérer 
l'épreuve de la torture ou appliquerait la peine de mort, 
tant pour les indices du dernier délit que pour les délits 
reconnus, ou tout au moins bannirait l'accusé. 

Le conseiller Jean Van Craesbeck (2). — Il conviendrait 
avant tout d'informer l'Infante de la résolution qui sera 
prise; il croit qu'il y a lieu de condamner l'accusé à la 
hart ou tout au moins au bannissement. 

Le conseiller Maximilien de Viron. — Il informerait 
également l'Infante et bannirait l'accusé. 

Le conseiller Nicolas de Weerdt. — Il est du même avis. 

Le conseiller Josse de Herloghe. — Il ne trouve pas de 
matière à condamner l'accusé à la peine de mort, mais 
bien à celle du bannissement. 



(1) Ceux d'entre eux qui n'oplèrent pas pour la lorlure furent les conseillers 
De Herloghe, Malineus et Fannius, dont les noms suivent. Il est à remarquer 
que cinq autres conseillers ne prirent pas part à la condamnation de Yander 
Hapghen, d'où il faut conclure qu'elle fut prononcée par une seule chambre, 
quoique le conseil, dans un rapport qu'on trouvera plus loin, dise en pleine 
assemblée. En 1025, le conseil de Brabant se composait de quatorze conseil- 
lers, répartis en deux chambres, dont le chancelier (ou président) réglait la 
composition. 

(2) Jean Van Craesbeek était procureur général, et comme tel il n'avait 
que voix consultative au conseil. Je crois qu'il remplissait en même temps les 
fonctions de conseiller avocat fiscal, mais provisoirement. Mes recherches 
pour vérifier ce fait n'ont pas abouti. 



— 386 — 

Le conseiller Aurèle-Augusliii Malineus ou Van Maie. — 
Il absoudrait enlièremenl le prisonnier du dernier délit qui 
lui est imputé (i); il ne peut souscrire à la peine du ban- 
nissement pour les délits précédents. Selon lui, il convient 
avant tout de consulter l'Infante. 

Le conseiller Jean P'annius. — Il tient V^ander Haeghen 
pour purgé du dernier délit et l'absoudrait de ce chef. 
Quant aux délits précédents, il voudrait savoir si l'Infante 
les a pardonnes; dans le cas négatif, il bannirait l'accusé, 
tout en informant S. A. que la cour tient Vander lîaeghen 
pour purgé, comme dessus. 

Le conseiller Georges Uwens. — Il partage l'avis qui 
précède. 

Le conseiller Théodore de Fourneau de Cruykeobourg. 
— Son opinion est qu'on informe l'Infante du cas : il ne 
peut se résoudre à voter pour le bannissement avant d'avoir 
reçu des éclaircissements de celte princesse sur le pardon 
qu'elle aurait accordé à l'accusé. 

La résolution, prise ensuite de celle délibération, fui de 
bannir le prisonnier et de le condamner aux frais du procès 
et de la prison. Cependant le conseil ne voulut pas pro- 
noncer l'arrél avant d'en avoir référé à l'Infante. En consé- 
quence il envoya à cette princesse l'intéressant rapport 
que voici : 

Madame , 

Nous avons en pleine assemblée du conseil bien particulière- 
ment examiné le procès criminel y ayant esté intenté par le 
conseiller et procureur général de Brabant contre Frédéric Van 
der Haghen, prisonnier, à cause du grand miroir et peinctures 
couppées et emportées au mois de mars 1624 au chasteau de 
Voire Altesse, à Tervuercn, et pour les grandes présumptions, 
conjectures et indices qui de ce délict ont milité contre ledict 
prisonnier, par pluralité de voix il a esté condeniné le 2 de ce 

(1) Il avait déjà manifesté la même opinion. 



~ 387 — 

mois de décembre à la question et examen rigoureux, comme 
le mesme jour il y a aussi esté appiicqué et esté torturé par la 
poulie, environ une heure de long, en la présence dudict pro- 
cureur général et de deux atiltres conseillers de ce conseil, mais 
ce nonobstant il n'a rien voulu confesser. Au contraire, a con- 
tinuellement soustenu d'estre innocent de ce qu'on lui voulloit 
imposer et qu'on luy faisoit grand tort, au moyen de quoy il a 
esté relaxé de ladicte torture. Et conviendiait esire élargy (i), 
comme estant de droict purgé de toutes les présumptions et in- 
dices desquelz il a esté chargé par ledict procureur général, 
saulf qu'avons trouvé matière assez souffisante pour ce néant- 
moins le bannir des provinces de l'obéissance de Sa Majesté, à 
cause de deux ou trois aultres mesuz et délicis par luy commis, 
au mesme chasteau de Tervucren, es années 1621 et 16':23 par 
la levée et engaigement de plusieurs meubles de grande impor- 
tance, tant au monl-de-piété de ceste ville qu'aultre part, dont 
il est plainement convaincu, du moins des deux desdits délicts, 
mais prétend en estre déchargé et avoir obtenu pardon général 
de Vostre Altesse Sérénissime, ou bien qu'elle auroit esté sy 
bénigne d'avoir déclaré qu'on luy laisseroit passer parmy dé- 
portement et privation de son office de chastelain audict Ter- 
vueren et la cédule et obligation qu'il dict avoir donné et livré 
es mains du fourrier Monfort à l'indemnité de Votre Altesse des 
deniers qu'il avait sur lesdicts meubles faict lever. Et comme 
de l'ung ny de l'aultre rien nous est apparu, n'avons peu ny 
voulhi sur ce prendre aucune finale résolution, sans première- 
ment en adviser à Vostre Altesse Sérénissime et la supplier 
très-humblement qu'icelle soit servie sur ce nous mander sa 
royale volonté et sy elle entend que ledict prisonnier, à cause 
desdicts mesuz et delicts ne debvra estre recerché ny puny par 
ledict bannissement pour selon ce, nous en pouvoir régler. 

Et sur ce, baisant en toute humiliation les mains de Votre 
Altesse, prions le Créateur, etc. 

[Minute, von datée). 

.... Décembre 1625. 



(1) Cela était prescrit par Parlicle 463 du Code de procédure du Conseil, 
de raiinée 1604, 



— 388 — 

Je n'ai pas découvert la lettre que la fille de Philippe II 
écrivit eu réponse à ce rapport. Ce qu'il y a de certain, c'est 
qu'Isabelle, malgré sa piété, écouta la voix de la rigueur 
et non celle de la clémence, car le 23 janvier 1626, le con- 
seil de Brabanl rendit le jugement qu'il tenait en surscance 
par un sentiment bien légitime d'équité. 

Pour compléter les détails qui précèdent, il me reste à 
mettre sous les yeux du lecteur le texte de ce jugement, 
tel que je l'ai traduit littéralement du flamand, langue dans 
laquelle les débals avaient eu lieu. 

Le conseiller et procureur général de Brabant, en vertu de 
son office, acteur, 

Frédéric Vander Haeghen, prisonnier. 

Vu au conseil du Roi, notre souverain, ordonné en son pays 
et duché de Brabant, le procès criminel tel qu'il a été instruit 
devant commissaires dudit conseil, par faits et faits nouveau.\ 
de charge et de décharge, preuves, désignation, reproches par 
écrit et salvations (i) des parties, de même que les solutions (2) 
du prisonnier contre quelques pièces produites par l'acteur; 

Vu également la sentence interlocutoire du 2 décembre der- 
nier, par laquelle, avant de faire droit au définitif, ledit pri- 
sonnier a été condamné à l'examen rigoureux sur quelques 
faits à sa charge formulés par l'acteur, ensuite de laquelle il a 
été effectivement appliqué à la question, en présence de com- 
missaires du conseil; 

Vu, en outre, les verbaux de cet examen (3) : 

La cour, le tout mûrement considéré, et après rapport fait à 
Son Altesse, bannit le prisonnier, à cause de ses niésus (4) et 
excès, pour toujours des pays et provinces de l'obéissance de Sa 



(1) Les salvations servaient à réfuter les objections faites contre la personne 
et les dépositions des témoins. 

(2) Par les solutions on combattait les salvations. Dans ce procès on les 
employa contre des preuves écrites (Voy. le texte). 

(5j Ou procès-verbal. Il est fâcheux que cette pièce manque au dossier. 

(4) Mcstiscn. 



— 589 — 

Majesté, le coiulamnaiii, eu sus, aux frais tant de sa ilcientiou 
que de ce procès. 

Ainsi fait au conseil de Brabant et prononcé au détenu, dans 
la prison de Treurenberg, le 23 janvier 1626. 

Qu'on ne croie pas que cet arrêl, donl on appréciera 
(ouïe la rigueur, si Ton considère qu'il ne punissait pas un 
dclil avoué ou prouvé, mais des fautes pardonnces, qu'oti 
ne croie pas, dis-je, qu'il procura immédiatemenl la liberté 
au malheureux Vander Haeghen. Encore tout meurtri des 
tourments qu'il avait endurés, il adressa à l'Infante diverses 
requêtes pour être déchargé des frais qu'il avait à payer et 
qui s'élevaient à la somme, très-considérable pour le temps, 
de 1914 florins. En cas de non-paiement, le condamné 
qui, disait-il, était ruiné et discrédité, avait en perspective 
une réclusion perpétuelle. Ces demandes restèrent sans ré- 
ponse. A la fin, son frère Philippe Vander Haeghen, qui 
était au service militaire depuis trente ans, terme pendant 
lequel il n'avait presque pas touché de solde, comme il ar- 
rivait souvent dans ce bon vieux temps, lui céda le mon- 
tant de ses arrérages (3,800 florins), pour l'aider à sortir 
de prison. Le détenu supplia l'Infante d'agréer cet arrange- 
ment. Elle y donna son consentement, à condition qu'il 
sortit immédiatement du pays (apostille du 12 avril 1626). 
Cependant, au mois de décembre, loin d'être sorti du pays, 
Vander Haeghen n'avait pas même été élargi. Il fallut que 
le conseil de Brabant, désireux de toucher ses honorai- 
res, s'adressât lui-même à l'Infante pour la prier de faire 
liquider cette dette. Dès lors le condamné put prendre le 
chemin de l'exil. IMais une particularité qui m'a frappé, 
c'est que le 1.^ septembre 1627, il délivra au procureur 
général un reçu des papiers saisis chez lui après son arres- 
tation, en mars 1024. Avait-il été gracié? Avait-on décou- 
vert le vrai coupable? L'était-il lui-même et avait-il fait 
des aveux et obtenu sa grâce? C'est ce que je n'ai pu 
découvrir, malgré des recherches suivies. -27 



— 390 — 

Ou soupçonnait à Valider Haegheu des complices, entre 
autres cet Abraham Parys qui figure plus haut. Cet homme 
était, en effet, bien capable de tremper dans le vol qui nous 
occupe, puisqu'il s'était chargé de mettre en gage les objets 
que Vander Haeghen avait enlevés du château. Le procu- 
reur général le fit donc arrêter à Louvain, où il s'était 
réfugié, et le poursuivit devant le conseil de Brabant, mais 
il ne recueillit pas plus de preuves de sa culpabilité que de 
celle de l'ancien châtelain, et Parys échappa à une condam- 
nation. Cependant un fait significatif, c'est que le prévenu 
confessa qu'il avait logé dans la maison vide de ce dernier 
quand le vol fut commis. Je ne vois pas qu'il ait été puni 
pour sa complicité dans l'engagement de meubles. 

Outre l'arrestation d'Abraham Parys, suspect à si juste 
litre, le procureur général jugea prudent de réclamer celle 
de Poteau et d'un serrurier, nommé Van Winghe, qui 
habitait aussi le village et qui travaillait fréquemment dans 
le château. Mais ici encore cette mesure n'eut aucun résul- 
tat, attendu que les comptes relatifs à l'entretien du domaine 
de Tervueren témoignent que Poteau ne fut pas privé de 
son emploi, ni Van Winghe de son ouvrage. Quant à Phi- 
lippe Vander Haeghen, que l'Infante avait prescrit d'ar- 
rêter en même temps que son fière et Parys, il ne lui 
arriva rien de fâcheux. 

Je terminerai cette notice par une réflexion pénible, sur- 
tout si l'on songe au nombre et à la valeur des tableaux 
qui ornaient la résidence princière dont il a été si souvent 
question dans ce récit : c'est que la spoliation criminelle 
de 1624, pour avoir été déjouée, n'a pas empêché ces 
œuvres de nos grands artistes d'aller enrichir les collections 
étrangères au pays. 

L. Galesloot, 

chef de section aux Archives du royaume. 



— 591 — 
Appendice. 

Commentaire du conseiller de Wynanls sur l'usage de la 
torture au conseil de Brubant, à propos de Varl. 404 
du Code de procédure de celle cour souveraine (i). 

Art. 464. 

Si la matière est disposée pour procéder à la torture ou 
examen extraordinaire, nous voulons que la sentence soit pro- 
noncée au prisonnier et mise immédiatement à exécution (s). 

Cet article parle de la torture ou question extraordinaire.» 
Comme cette matière est délicate, j'en dirai quelque chose de 
plus que l'explication de l'article ne demande. 

Les auteurs en ont parlé diversement. II y en a plusieurs 
qui ont condamné un mojen aussi dangereux et aussi incertain 
pour parvenir à la vérité. Les raisons qu'ils donnent pour sou- 
tenir leur opinion, sont très -fortes et l'expérience a fait voir 
plus d'une fois que les tourments ont obligé des misérables à 
avouer des crimes commis par d'autres et auxquels ils n'avaient 
pris aucune part, et que les juges, s'attachant à telles confessions, 
les ont condamnés aux supplices, malgré leur innocence. 

On peut voir cette matière plus amplement discutée chez 
plusieurs de nos auteurs, me paraissant qu'il est inutile d'en 
rapporter les raisons, puique la torture étant reçue chez nous 
et prescrite par plusieurs édits et ordonnances, nous n'avons 
qu'à nous conformer aux règles établies par le prince, sans 
nous rompre la tète à examiner si ces lois sont justes ou non, 
l'honneur d'obéir étant le partage des sujets et des ministres 



(1) Les commentaires du conseiller de Wynanls sur ce Code sont restés 
manuscrits. Ce savant jurisconsuilc, qui avait le tort de partager les préjugés 
de son temps, s'est encore occupé de la torture dans un ouvrage imprimé qui 
porte pour titre : De publicis judiciis, lit. XVIII, De qticcsliombns. J'y renvoie 
le lecteur. 

(2) Traduit du flamand. 



— 392 — 

des souverains. Manel eis obsequendi ijloriu, non auctorilas im- 
perandi, comme dit quelque part un pape. D'ailleurs, l'usage 
non-seulement de tous les princes séculiers, mais aussi celui 
du prince suprême de l'Eglise, dans les terres de sa souve- 
raineté, doit mettre en repos l'esprit des plus scrupuleux. Et 
tout ce qu'on doit tirer des auteurs de l'opinion contraire et 
de quelques exemples où ce moyen a mal réussi, est de s'en 
servir avec grande précaution, et de gouverner ce rasoir, boa 
en effet, mais extrêmemeni tranchant, d'une main ferme et dé- 
licate qui n'en mésuse pas. 

C'est aux juges qui l'ordonnent à peser mûrement toutes les 
circonstances et la force des preuves de l'acteur, et quoique 
le . . . article de l'édit criminel (i), ainsi que plusieurs auteurs 
semblent se contenter d'une demi-preuve, j'aurais de la peine 
à acquiescer à ce sentiment, qui n'agrée aussi à notre conseil, 
où j'ai vu en toutes rencontres, qu'on ne s'est pas contenté du 
dire d'un seul témoin, quoique irréprochable et très-digne de 
foi, lorsque son témoignage n'était pas soutenu d'autres preuves 
et indices de poids. 

11 est vrai qu'il y a des crimes où l'on penche plus facilement 
pour la torture, et comme cette matière est de si grande étendue 
que plusieurs auteurs ont faits des traités entiers pour l'éclair- 
cir, j'y renvoie ceux qui en auront besoin, afin que je ne 
m'écarte pas trop de noire ordonnance qui n'en parle qu'en 
passant. 

On ne l'ordonne pas chez nous que par rapport, les deux 
chambres assemblées. Au grand conseil (2) et ailleurs une 
chambre suffit. 

Dès qu'elle est ordonnée, on ajoute un second commissaire 
ou rapporteur, au lieu du secrétaire; le greffier intervient, les 
officiers fiscaux (5) y sont présents et on y appelle un médecin 
et un chirurgien, qui sont obligés de veiller sur l'état du pri- 
sonnier, pendant qu'il est sur la sellette. 



(1) Arl. 42 du célèbre cdit du 9 juillet 1570 [Plue. île Flandre, liv IV, 
p. 153). 

(2) Il s'agit du grand conseil de Malines. 

(3) C'est-à-dire le conseiller avocat fiscal et le procureur général. 



— 393 — 

Régulièrement, on commence vers les 5 heures du soir, mais 
rien n'empêche qu'on ne prenne une autre heure, cela dépon- 
dant de la direction des commissaires, auxquels les fiscaux 
peuvent dire ce qu'ils trouvent bon pour la préfmition de l'heure. 

Etant arrivés en prison, où le maître des hautes œuvres est 
prêt avec son attirail, le greffier, de l'ordonnance des commis- 
saires, fait lecture de la sentence au prisonnier, ensuite de quoi 
le premier commissaire lui fait une admonition de dire la vé- 
rité et d'éviter par là les tourments préparés. S'il persiste à 
dénier les faits et crimes, on ordonne au maître des hautes 
œuvres d'appliquer le prisonnier à la question rigoureuse et on 
en fait un procès-verbal. 

« Formule, 

i> Question rigoureuse. 

» Le conseiller et procureur général, acteur, impé- 
» trant, 

» Jean Le Ronx, prisonnier. 

» Le = . du mois de . . . 1713, sur la Steenporte (i). 

ï L'impétrant, ensuite de la sentence du . . de ce 
» mois, dont lecture vient d'être faite au prisonnier, 
» requiert que ledit prisonnier soit appliqué à la ques- 
» tion rigoureuse, pour, etc. 

î) Ensuite de la susdite sentence, le prisonnier a été 
i> appliqué à ladite question, en notre présence, ce jour- 
B d'hui, à 5 et 1/2 heures et 3 minutes de l'après-midi. » 

Après quoi les commissaires lui rafraîchissent derechef la 
mémoire de dire la vérité. 

Si longtemps que le prisonnier se tait, on garde le silence. 
S'il dit quelque chose qui se rapporte au fait, les commissaires 
en tiennent noie dans le procès-verbal, comme suit ; 

« A 6 heures 9 minutes, le prisonnier a dit ... . (Il 
» faut ici insérer son dire). » 

S'il confesse le crime, on lui ordonne de le dire avec toutes 
(1) Une des prisons de Bruxelles. 



— 594 — 

les circonstances et on lui recommande de ne pas le déguiser 
par des circonstances fausses. 

On prend cette précaution atin de pouvoir d'autant plus 
facilement discerner dans la suite si le dire du prisonnier se 
rapporte et convient avec celui des témoins, ou s'il y a des 
contrariétés ou des contradictions, car le prisonnier se sert sou- 
venj de cette ruse pour faire cesser la torture. 

Le nommé Snel, faux monnayeur, lâcha de m'amuser ainsi, 
aussi bien que mon collègue, le sieur de L'Escornet. Il avoua 
le crime, mais il y ajouta tant de fausses circonstances, que 
nous le convainquîmes sur-le-champ de mensonge, et ainsi nous 
laissâmes continuer la torture, ayant néanmoins tenu note de 
tout au procès-verbal. Après quoi, s'étant convaincu que sa 
ruse n'avait porté coup, il persista en son aveu, et nous dit la 
chose comme elle était, avec des circonstances qui se rappor- 
taient entièrement au dire des témoins et outils servant à la 
preuve. Mais ayant demandé, après l'aveu, qu'on l'eût ôfé de 
la sellette, cela lui fut refusé jusques à ce qu'on eût eu le loisir 
de rédiger ses réponses en écrit, après quoi on le fit ôter. 

On laisse après cela les prisonniers quelque temps en repos; 
on leur donne du vin ou autre confortatif qu'ils demandent, 
on fait retirer le maître des hautes œuvres avec la sellette et 
tout le reste de cet appareil désagréable, et après que le prison- 
nier a reposé quelque temps et assez pour avoir une entière 
liberté d'esprit, on lui demande s'il persiste. S'il répond qu'oui, 
on l'interpelle de signer, faisant mention de tous ces devoirs 
dans le procès-verbal, et il signe le tout, après quoi il est ra- 
mené dans son cachot. S'il se dédit, le procureur général re- 
quiert qu'il soit réappliqué et les commissaires peuvent l'ordon- 
ner, sans nouvel ordre de la cour, jusques à la troisième fois, 
après laquelle je leur conseille d'en faire rapport, afin que le 
conseil entier ordonne ce qu'il y a à faire. Feu iM. d'Ardenne (i), 
rapporteur (2) et commissaire du faux monnayeur Moska, et 
d'un autre Italien, nommé . . . . , en usèrent ainsi à l'égard du 

(1) Guillaume-Joseph d'Ardenne, conseiller au conseil de DiMbanf, de 
1708 à 17)1. 
^2) Du procès. 



— 393 — 

dernier, non pour son dire et dédire, mais parce qu'il tombait 
toujours en faiblesse. 

II y a question ordinaire et extraordinaire. La dernière est 
plus rude que la première; mais je n'en ai vu qu'une sorte 
chez nous. C'est un trépied. On asseoit le prisonnier sur une 
croix de Bourgogne de fer, les mains liées sur le dos et les pieds 
attachés à la sellette, qui est plus ou moins rude selon qu'on 
retire les pieds plus ou moins vers le haut où on les attache. 
Jl y a un collier garni de pointes -autour du col du prisonnier, 
attaché par quatre cordes tendues aux quatre coins de la cham- 
bre. Ce collier oblige le prisonnier à se tenir droit, et si la force 
dn mal le met dans une espèce d'assoupissement, le maître des 
hautes œuvres a soin de l'en tirer par un coup ou deux donnés 
sur les cordes tendues, qui, par leur mouvement, serrent le 
collier et font entrer les pointes si avant dans le col du patient, 
que l'assoupissement lui passe d'abord. On le met eu certaine 
distance d'un petit feu qui TafTaiblit et diminue la force et le 
courage, il n'a sur son corps que sa chemise, étant assis sur la 
croix, et le maître des hautes œuvres le couvre de son manteau. 

Cette question semble n'avoir rien de rude. Sa force et son 
tourment consistent en la situation contrainte et difficile en la- 
quelle le prisonnier se trouve, sans la pouvoir changer. Cette 
situation n'empêche pas la circulation du sang, mais l'embar- 
rasse fort, et il faut que le prisonnier soit bien résolu et bien 
déterminé à souffrir, pour ne pas confesser. 

L'on peut voir au code Louis (t), tit. id, des jugements et 
procès-verbaux de question, des règles dont quelques-unes 
s'accordent avec notre usage, et d'autres qui s'en éloignent en 
tout ou en partie. 



(1) Édit lie Louis XIV sur la jiislice criminelle. 



— 396 — 



Cljrouiquc ics 0cicnccô et Uâ 3rtô, et iDariétcô. 



Guerre civile et rébellion des Pays-Bas sous Maximlien D'AuTRrciiR et Phi- 
lippe-le-Beau. — H8Ô-1306. — Le magistral de Lille voyait avec une inquié- 
tude extrême la nouvelle révolte de ses voisins, qui, cette fois, avaient 
l'immense avantage d'avoir en leur pouvoir le fils de Maximilien (Philippe-le- 
Beau), alors âgé de cinq ans. 

Pour conjurer autant que possible ce danger, le mayeur Wallerand Le 
Prévost, Jehan de Tenremonde, échevin, Mathieu Raimbault, procureur, et 
Jehan le Bouchicr, dit Le Beghc, messager de la ville, vont en janvier avec 
Mons. de Berletics, par devers MS. le duc d'Austrice, qui estoit en chemin 
pour venir de Douay à Lille (1), afïîn de lui supplier et requerre que sou 
plaisir fuist de retourner, sans venir dans la ville; car, veu les deffences 
faites de par MS. le duc Phlës, l'on ne lui laisseroit point entrer. Lequel S"" de 
Berlettes et autres dessus nommez besongnèrent tellement par humbles re- 
monstrances el vrayes raisons, que ycelluy MS. d'Austrice se contenta aucu- 
nement et retourna à tout sa compaignic, sans venir jusques à ycclle ville. 

En février, toutefois, on envoie prévenir Philippe-le-Beau que M. d'Austrice, 
à tout grant compaignie de gens de gherre, estoit venu logier es fauxbours de 
la ville, du quartier de le Magdelaine. 

Le 4. décembre 1484, nouveau message, adressé à Philippe, aux princes de 
son sang, à son grand conseil et aux membres de Flandres pour les avertir 
que Maximilien faisoit amas de grant nombre de gens de guerre entour 
Nivelle, en Brabant. 

Quelques mois après (avril 1483), Philippe-le-Beau, averti par les échevins 
d'aucuns langaiges semez avant la ville el venant du quartier de France, lan- 
gaiges qui povoient causer grant murmure entre le peuple, répondait à ce 
sujet à ces magistrats, pour leur apaisement. 

En mai, les liabilans de Seclin reçoivent ordre de fournir des vivres aux 
gens de guerre de la compagnie de Mons. Desquerdes, alors à Carvin, el l'on 

(1) Il coucha le ôO janvier à Seclin. 



— 397 — 

apprend que MS. l'archiduc élail campé à Audenarde, à demi lieue près de 
l'armée des Franchois. 

Puis, il faut prévenir MS. que Mous. Despierres, devenu suspect aux bour- 
geois, a mis dans le cliâtcau des soldats étrangers, et que Mons. Desqucrdcs 
est descendu à Béthune et environ, à tout grant nombre de gens de guerre, 
ce qui ferait craindre quelque trahison. 

On lit même garder dans le couvent des frères mineurs par cinq sergens et 
quatre archers Pollet Cleutrin, soldoyer du château et ancien serviteur do- 
mesticque du S"" Despierre, qui avait accusé ce dernier d'avoir eu et prlns 
gaiges du roy de France et meismes d'avoir promis, au cas que la gherre se 
mevisl entre le roy et ceulx de Flandres, de servir ledict roy et tenir son 
party. 

La Flandre était en pleine révolle, el, en juin 1485, les échevins recevaient 
lettres des trois membres et communautés de Gand, qui lors estoient assem- 
blez en grant nombre et en armes, sur le marché. 

Désireux de mettre un terme aux rapines et aux courses des soldats, le 
magistral faisait partir pour Douai (où devaient se trouver les délégués de 
cette dernière ville et de Valenciennes), Martin Raimbaut, que voulurent bien 
accompagner Mons. d'Avelin et Phlë de Pontrewart, lieutenant du gouverneur, 
afin d'y conférer avec l'abbé d Hennin-Liétart sur aucunes ouvertures faites 
par ce dernier, à l'effect de trouver fachon que les labouriers du party de par 
decha et aussi du party de Franche, labourassent paisiblement, sans ce que 
les gens de guerre d'un party ned'aultre leur baillassent empeschement (1428. 
Ban des pillages des gens de guerre non acalez à Lille). 

La conférence terminée (1), on envoya vers Maximilien, devenu roi des 
Romains. 

Observons que Mons. Duvelin reçut de la ville deux piètres de xxxvi s. cha- 
que par jour, el les deux compagnons qui guidèrent les délégués lillois, xxiiii s. 
chacun, par jour. 

Longtemps après (i486), cette mesure parut compromellante, puisque, le 
21 septembre, on faisait remarquer au roi des Romains (à Valenciennes), les 
graves inconvénients qui pourront avenir, se on accordoit aux gens des vil- 
laiges de la chastellenie la neutralité qu'ilz poursuivoient d'avoir, pour de- 
mourer paisibles en leurs maisons. 

Grâce à ses espions, Desquerdes, dont on avait annoncé la mort (2), il y 
avait plus d'un an (3), savait éventer tous les projets de l'ennemi. Ainsi, 

(1) Le comptable nous en laisse ignorer le résultat. 

(2) Il mourut en 1494. 

(3) Fin mars 1485. On envoya à Bapaume à ce sujet. 

28 



— 398 — 

quelque temps après l'avis donné (19 juin) par le roi des Romains, de faire 
bon ghet et garde à ceste ville (Lille), attendu la prinse de Tlierewane, on 
remettait x s. à une femme (1) qui avait apporté (21 juillet) du quartier d'Ar- 
tois certaines secrètes nouvelles touchant aucunes emprinses qué'le S"" Des- 
querdes avoit soubz main. Telle, peut-être, que la surprise de S'-Omer; car, 
à cette date, les échevins de Lille faisaient prévenir ceux de celle cité que Je 
S' Desquerdes avoit aucuns entendemens dans leur ville. 

Puis, au moment où le magistrat apprend la nouvelle tentative de l'ennemi 
sur Douai, ses espions lui dénoncent ung personnaige, tjtii avoil fait faire à 
ung cordetvcinier une paire de sollers à double senimelle, et y fait laissier l'es- 
pace pour y enclore unes leltres. 

Le malheureux est à l'instant même constitué prisonnier. .Maximilien par- 
courait alors la province d'Artois dans tous les sens; car, tandis que le mes- 
sager allait trouver le gouverneur de Lille (juillet), alors dans l'ost du roi des 
Romains (2), pour le advertir comment on pooit oster les eauwes à Bélliune; 
à peine de retour, un mois après, il allait trouver ce prince en son camp lez 
Lens, en Artois (2G août). 

Les intrigues de Desquerdes inspiraient, il est vrai, les plus vives inquié- 
tudes, puisque nous voyons que le héraut de l'Espinette dut se transporter à 
Yppre, vers le roi des Romains, pour le prévenir que se trouvant dernière- 
ment à Bétliune, il y avoit remarqué un personnage de la cour de France, 
lequel s'était rendu ensuite à S'-Omer. 

La guerre sévissant toujours dans les environs de Lille, un exprès se rendait 
à Arras (23 oct.), pour faire connaître au sénéchal de Toulouse la course faite 
par les gens du party du roy de France es villaiges de Santés, Wavrin et 
Marquillies (3). 

On s'empresse aussi de fournir un clievnl au ehevauclieur du Souverain de 
Flandre, qui se rendait en toute liàle à Valenciennes, pour ordonner à Mons. 
de aïontigny de baillier ayde au cappitaine Salazaert, pour entrer dedens 
Thercwane. 

L'argentier n'oublie pas de porter en dépense les xïvii L. xii s., prix de 
Ixix sappins employés à faire esquclles pour le roy des Rommains, lesquelles 
il fisl emmener avecq luy, lorsqu'il s'en alla vers Saint-Quentin. 

(I) 1483. On envoie des femmes en Artois, pour savoir des nouvelles. 

(2j Sans doute à Thcrewane. 

(â) Longtemps après, Baudouin, bâtard de Bourgogne, capitaine du château, 
acceptait les viiic L. que lui faisaient présenter les échevins, alors qu'il venait 
d'obtenir que les gens d'armes de la garde du roi, devenus la terreur des vil- 
lages voisins et des faubourgs, s'éloigneraient. 



— 309 - 

Quelques mois après (mars), les liabitanis de Terewane claieiil averlis que 
Desqucriles enlreteniiit de nombreux espions dans leur ville. 

Inimédiatcment après le premier ravilaillemenl de celle cité, on faisait de- 
mander (fin octobre) au capitaine Alvaradc, qui s'y trouvait, s'il était vrai 
que deux de ses gens, qu'on venait d'y excculer, avaient déclaré avant leur 
supplice, que les François avoient entendement sur caste ville (Lille) et sur le 
cliaslel, ainsi que l'on lavoit escripl a aucuns gens de guerre de la compaignie 
de Mons. de Clianlerarae, estant en ccstc ditlc ville. 

En 1487 lavril), le magisiral profilait du séjour de Maxiniilien à Bruges, 
pour le faire supplier de révoquer et de mettre au néant les neulralitez el 
appalissemens des villages de la cliatellenie; demande déjà ancienne qu'ils 
croyenl devoir renouveler. (Les apperlisscracns furent révoqués). 

Les éelievins demandèrent aussi la démolition du chàleau de llulucli près 
La Basse, ouquel se Ireuvoit certain nombre de laquais, qui font journelle- 
ment graut dommaige en la chastclcnie. 

Les Français étaient aussi venus faire effroy à Esquermes et à la porte du 
Molliniel, ainsi qu'au pont de Canleleu, puisqu'on allouait xviil s. à deux 
compagnons qui, dans ce dernier poste, avaient alloué (usé) une douzaine et 
demie de flèches, lorsque les Franchois furent au pont de Canteleu. 

A la fin de mai, le clievaucheur se dirigeait vers Yppre, pour savoir la vrayc 
vérilé louclianl la prinse de Saint-Omer, pourtant que nouvelles esloicnl que 
cculx du commun s'estoient receuilliz en ung quartier de la ville, et lenoieiil 
contre les Franchois. 

Peu de temps après, Desquerdcs faisait subir aux troupes de Maximilien 
un nouvel échec auprès de Béthune(l), dont un espion, envoyé par Desquerdes 
lui-même au gouverneur de Lille, avait fait envisager la prise comme des 
plus faciles. 

Le magistrat, qui comptait dans les troupes du prince plusieurs Lillois, 
envoie immédialement au quartier dYppre (28 juillet) pour savoir des nou- 
velles de la mauvaise fortune qui, ledict jour, estoit tournée sur MS. Phlës de 
Clèves et ceulx de sa compaignie sur le (luarlier de Béthune : meismes pour 
savoir se Mds. Phlë esloit saulvc. 

A son relour le messager fait connaître quau Qucsnoy il avait trouvé 
Mons. dEstrées, qui lui avait certifié que WS. de Clèves estoit arrivé à 
Comisnes. 

La ville se vil aussi forcée de débourser xxxvi L. pour el en avanchement 
de la raenchon de Loys de Le Molle et de Jacquemart Le Clercq, cullevriniers 
du serment de Lille, qui avoyeni esté prius à la journée qui advint auprès de 

(1) Ce combat est nommé rencontre dHinges, dans les comptes de Béthune. 



— 400 — 

Bélhune, en considération à ce qu'ilz csloienl allez à la requeste des esche- 
vins, pour complaire à Mons. le gouverneur de Lille. 

Quant à Olivier Segon, aussi cullevrenier, il reçoit viii L. pour et en 
avanchement de soy reveslir. pour ce que, à ladilte journée de Bélhune, il 
avoit esté prins et, depuis, escliappez en sa chemise. 

D'autres cullevriniers, aussi prisonniers, obtiennent, qui xii L., qui 
xxiii L. 

Le comptable nomme même les chirurgiens qui pansèrent les blessés trans- 
portés f» l'hôpilal Comtesse, car il porte en dépense Ix s., accordés aux chi- 
rurgiens Jehan de Hollande le Josne, Piat de le Renelle, Jehan Dassonneville 
et autres, pour avoir visité, sané et gary pluiseurs compaignons, qui uvoient 
esté navrez au rencontre qui se fist auprès de Bélhune. 

Comme jadis, c'est à des femmes que l'on confie le soin d'aller observer 
les mouvements de l'ennemi et pénétrer ses projets. 

Ainsi, à celle qu'on envoie à Carvin, afin de savoir si les Franchois avoyent 
passé le Pont-à-Wendin, on accorde viii s., alors que xxi s. sont alloués aux 
deux autres envoyées à Berclau près La Bassée. 

On fait aussi vérifier sur les lieux, s'il était vrai que l'ennemi avoit fait 
deschendre artillerie à Estaires. 

De son côté, le franciscain lillois Micquiel Le Bay allait par ordre du ma- 
gistrat, à Bruges, ponr y entendre Poly Bullant, lequel avoit escriptà aucuns 
de la loy, que on luy envoyast homme discret, pour lui déclarer aucunes 
choses qui, grandement, touchoient le bien et utilité de la ville, lesquelles il 
ne voulloit escripre. 

Toutefois, Le Bay fit un voyage inutile, n'ayant peu avoir audience de Poly 
Bullant, qui esloit lors mal disposé de sa personne. 

Pour faire acte de bou voisinage, les échevins d'Yppre faisaient partir pour 
Lille un manant de leur cité, lequel ayant été prisonnier des Français à 
Hesdin, pourrait les avertir d'aucunes choses qu'il y avoit veu et oy. 

Satisfaits de son rapport, messieurs lui faisaient remettre xxii s. 

A un homme du pays d'Artois, qui avoit apporté nouvelles de la convenue 
des Franchois, on accordait une maille d'Utrecht de Ixii s., afin qu'il fuist 
plus enclin de encoires raporter autres nouvelles, quant il les pourroit savoir, 
ce qu'il promisl faire. 

Quant à Pierre de Lobel, il obtenait Ix s., pour, au commandement d'esche- 
vins, avoir esté par pluiseurs fois sur la rivière de le Dieusle et jusques à 
IMarquelte, faire visitacion es navires venant à Lille, savoir s'il n'y avoit 
aucuns personnaiges ou choses préiudiciables à la dille ville, à cause des nou- 
velles qui sourvenoient journcllemeul , que les Franchois avoienl aucun 
entendement. 



— 401 — 

Le 16 février 1488 (n. s.), le magistrat, voulant pourvoir à la sûreté de la 
ville, cl prévoyant d'ailleurs les immenses dangers que les troubles des 
Pays-Bas et la prise de Courtrai venaient de faire surgir, s'empressait de re- 
tenir à Lille par une haute paye sept compaignons, jueurs du traict à pouldre, 
bien expers (1). 

Durant ces troubles, au sujet desquels les archives de Saint-Bertin nous 
ont fourni de précieux documents (2), l'échevin lillois, Jehan de Lattre, resta 
longtemps à Gand (où se trouvaient les députés des autres villes) au nom et 
comme député de Lille. S'étant enfin évadé, il se réfugia à Audenarde, où 
Mons. de Ligne le retint quelque temps, puis l'envoya vers Maximilien, lequel 
lui permit de retourner à Lille. 

Voulant toujours être instruits à temps de ces graves événements, les offi- 
ciers municipaux expédient de nombreux messagers dans les Flandres 

De la Fons-Mélicocq. 

HisTORiA pROviNci-E Flandbo-Belgicb societatis Jesc; par le R. p. Waldack. 
— L'impartialité nous fait un devoir de signaler à l'attention de nos lecteurs 
un ouvrage sérieux dont il vient de paraître un spécimen sous le titre de : 
« Historia provinciae Flaudro-Belgicae societatis Jesu, quam e veleribus docu- 
mentis colligit C.-F. Waldack, ejusdem societatis. — Annus unus speciminis 
causa 1638"*. » Nous ne pouvons qu'applaudir hautement au noble mobile 
qui a engagé son autour à prendre la plume : i-echercher par des labeurs 
soutenus et réunir les documents épars, propres à mettre en évidence d'une 
manière incontestable les faits et gestes des hommes, qui ont concouru à 
établir une puissante institution, c'est rendre un service à l'histoire d'autant 
plus signalé, que l'auteur n'hésite pas à déclarer avec une indépendance de 
caractère, qui ne peut lui être contestée, qu'il est historien avant tout et non 
panégyriste, Causidiciis non sum, sed scriplor. 11 donne d'ailleurs une autre 
preuve de son impartialité et de sa véracité, en annonçant qu'il ne peut en- 
core s'occuper de la Province Gallo-Belge, parce que les documents lui font 
défaut. Ces déclarations franches et loyales sont un garant, à quelque poiut de 
vue qu'on se place, de la rigoureuse et impartiale exactitude de la biographie 
des hommes de son ordre, qui se sont signalés par leur dévouement, leur 
savoir et leurs travaux, dans les divers établissements qu'ils ont aidé à fonder. 

L'auteur, pour entrer eu matière, fait un narré succint de la défaite de 

(1) Le maître dût recevoir v patars par jour; les autres iiii patars, aussi 
par jour. 

(2) Ces documents ont été publiés, en 1830, dans le Biiilelin des Comités 
liistoriques, pp. 210, 224, 226, 233, etc. 



— 402 — 

Guillaume de Nassau à Calloo et Verrebrouck, où il s'était retranché pour 
menacer Anvers; il raconte les services rendus par les pères de son ordre, tant 
aux habitants de cette ville, soucieux à bon droit du résultat de celte collision, 
qu'aux soldats espagnols et hollandais. Il passe en revue tous les hommes 
de la Société établis à Audenarde, Alost, Bréda, Bruges, Belœuil, Bergues, 
Calais, Bruxelles et les missions à Saint-Omer, Béthune, Bourbourg, etc. Il 
donne des détails curieux sur la conduite de Henri Jamblenne, ancien ar- 
tilleur, qui après avoir pris les ordres et s'être affilié à la Société, suivit l'armée 
espagnole à Mons, Valenciennes, Douai, Cliàtelet, VValines et Saint-Omer, 
dont il raconte le siège avec certaines particularités peu connues. Cet ecclé- 
siastique rendit des services importants à ses anciens compagnons d'armes, 
tant sur les champs de bataille et dans les tranchées, que dans les villes, les 
hôpitaux et les ambulances. Tout ce récit est puisé dans le journal même du 
père Jamblenne, déjà signalé en 1832, dans le bulletin des antiquaires de 
la Morinie, 5™<ï livraison. 

La narration la plus émouvante de l'histoire qui nous occupe, est celle de 
l'horrible torture que des ecclésiastiques, jésuites et autres, eurent à endurer 
à Maestrieht, pour avoir trempé dans une conspiration ourdie pour livrer 
cette ville aux Espagnols; complicité qui fut loin d'être prouvée. Parmi les 
nombreuses pièces que l'auteur invoque à l'appui de cet épouvantable procès, 
aucune n'est plus navrante que le procès-verbal des médecins appelés par 
l'autorité pour constater l'état physique des torturés. Il en résulte que deux 
des inculpés, Toussaint Sylvius, chapelain de Notre-Dame, et Philippe Not- 
tyn, jésuite, avaient subi la torture le 31 mai 1638, de dix heures et demie 
du soir jusqu'au lendemain malin à dix heures; que pendant tout ce temps 
ces malheureux avaient été exposés à un feu ardent, qui leur calcina les 
chairs et les couvrit d'horribles blessures, dont les ampoules avaient été 
ouvertes pour y verser du vinaigre et d'autres matières corrosives, et aug- 
menter ainsi leurs tourments.' 

Après avoir narré toutes les phases horribles, et presqu'incroyables, de 
celte barbare poursuite, l'auteur continue Ihistoire chronologique des stations 
en Hollande et en Zélande, à Bois-le-Duc, Utrecht, dans la Gueldre, en Frise 
et à Groningue. Ici, comme toujours, les documents ne lui font pas défaut, 
pour étayer les actes qu'il signale; l'auteur pousse même l'impartialité au 
point de donner in cxle7iso le décret, promulgué par les Étals-généraux de 
Hollande le 3 novembre 1638, ordonnant l'expulsion des Jésuites de ce pays. 

H signale aussi les travaux de Pierre Iluyssens, frère coadjuteur et archi- 
tecte-construcleur, qui eut la gloire d'élever l'oratoire de l'abbaye de Saint- 
Pierre, a Gand, et de construire des églises pour son ordre à Namur, Bruxelles, 
.Maestrieht et Anvers. 



— 403 — 

Nous aimons à le dire encore : dans rouvrage du Père Waldack, aucun fait 
n'est cité à la légère, tout est déduit de documents originaux, qu'il se plait 
souvent à reproduire dans les annexes. Nous ne pouvons que l'engager vive- 
ment à continuer des recherches ardues, mais dignes d'un Bollandisle. C'est 
un monument qu'il élèvera à l'histoire vraie des hommes, qui ont aide par 
leurs œuvres à l'établissement d'une formidable institution dans toutes les 
parties de l'univers, abattue parfois, mais qui s'est toujours relevée de ses 
cendres plus puissante que jamais. 

A. V. L. 

Biographie de saint Servais, évêque. — André Bouwens est l'auteur d'une 
biographie de saint Servais, publiée par lui, divisée en soixante-deux chapi- 
tres et suivie de pclils oflices du jour. C'est un petit in-io, imprimé en ca- 
ractères gothiques à Maestricht , en 1672, chez l'imprimeur de la ville, 
P. van Outvcn. Il compte soixante-dix-neuf pages de texte et treize de sup- 
plément et porte le litre suivant : Cort begrijp des levons van den H. Ser- 
valius , eersien btsschop ende Palroon van Maestricht. Uyt d'onde handt- 
geschreven boccken der kcrcke van den sclven Iwijlighen. GhetrocUen ende 
vergaedcrl door Andries Bouwens , Maesirichlenacr. Der rechten Ucentiael, 
ende oui schepen der selver stadt. — André Bouwens s'intitule licencié (1) 
et ancien échevin de sa ville natale de Maestricht. Dans les soixante-deux 
chapitres de son abrégé de la vie de saint Servais, il décrit ou relate nom- 
bre de miracles qui témoignent de sa ferveur pour le culte du saint dont 
il se montre un zélé biographe, chanlrc et panégyriste (2). A la fin d'une 
des prières qu'il adresse au patron de Maesiricht, il fournit quelques lignes 
de vers à sa louange, et termine son livre par la dédicace suivante en vers 
flamands .- 



(1) Grade précédant immédiatement le doctorat. 

(2) Voici encore quelques titres d'ouvrages qu'on peut consulter pour la 
biographie de saint Servais, quoiqu'ils aient déjà été mis à profit par les au- 
leurs des Acta Sanclorum : 

Explicil sanclissimi Servacij Tungrensis ccclesie prejubis et consangvei 
Xprisli legêda , de novo slilo claro ac élégante compilala, Colonienqz. im- 
f.ressa pcr me Arnoldnm ther Hoijrnen, finica anno Domini iH<>ececolxxiio, 
die mercurij quarta mensis marcij. 

Synopsis vitae sancti Servatii, Trajeclensium ad Mosam Episcopi, mclrice 
îîi-i", forte aulhore Heymbachio. 

La Vie de sainct Servais, évcsque et patron de Maestrecht. Liège, 1609. 

Hamerstede, pasteur réformé, a publié une vie de saint Servais en flamand; 
clic est sans mérite. 



_ 404 — 

Op-draginge. 

Siet wij schrijven 

en bedrijven 

Vreughd, en singen t'uwer eer» 

Siet wij cieren 

u en vieren, 

Bidt ghij voor ons ail' den Heer. 

2. 

Conit in lijden 

Ons verblijden, 
Comt, versoet ons sniert en piju, 

Toont genaeden 

en lier daeden 
Acn air die uw dienaers siju. 

5. 

Bidt den Heere 
dat liij keere 
Tôt ons sijn genaede oogli, 
Bidt hem mede 
Om slel viede, 
Bidt dat hij ons traenen droogh. 

La dédicace est faite au doyen du chapitre de S'- Servais, Guillaume Lipsen. 

Bouwens est l'auteur d'un nombre assez considérable d'autres ouvrages, 
dont nous n'avons pu nous procurer les titres jusqu'à présent, et ce nest 
pas sans regret que nous nous trouvons réduit à ne mentionner de cet au- 
teur qu'un petit opuscule qui ne donne pas une haute idée de son érudition, 
mais plutôt une preuve de sa foi ardente et de son zèle pour le culte de saint 
Servais (I). 

AnN. ScHAEPKENS. 



{■[) Bouwens appartient à ce grand nombre d'auteurs modestes restés dans 
l'oubli et que l'on ferait bien de tirer de leur obscurité, au lieu de confisquer 
toutes les louanges et les recherches biographiques au profit de quelques 
individualités. Cela vaudrait mieux, que denlourer quelques fronts d'une 
auréole éblouissante, aux dépens de ceux qui ont mis leur intelligence au 
service de la nation pour produire quelques travaux utiles, mais ù la gloire 
desquels il a manqué, au gré de certaines gens, d'être des politiques haineux 
et vindicatifs ou des assommeurs, bons seulement à soulever les populations 
les unes contre les autres pour les faire s'enlr'égorger. 



-- 405 — 

La Musique aux Pays-Bas avast le xix^ stÊciE, pau Edmond Vajioer Straeten. 
— Ce travail, qui a paru par fragments dans le Mesnager des Sciences, de 
1863 à 1SG7, vient d'être réuni en volume. ■< On rééilific de fond en comble 
riiistoire de la peinture, de la sculpture, de l'arcliitecture, dit M Vander 
Slraelen; pourquoi la musique serait-elle laissée à l'écart?» Guidé par cette 
considération, l'auteur qui possède les connaissances pratiques indispensa- 
bles à qui veut traiter un sujet spécial, s'est mis à rechercher avec une 
patience digne d'éloges, tous les documents, toutes les pièces inédites qui se 
rattachent aux compositeurs, aux virtuoses, aux théoriciens, aux opéras, aux 
airs nationaux, aux académies, aux maîtrises des Pays-Bas avant le XIX« siè- 
cle. Un premier essai intitulé : Recherches sur la musique à Audenarde avant 
le XIX^ siècle, fut par lui publié il y a quelques dix ans Attaché en 1862 
aux Archives générales du royaume à Bruxelles, il comprit aussitôt combien 
ce précieux dépôt pouvait lui être utile, et élargissant le cercle de son tra- 
vail, il retendit à l'histoire musicale des Pays-Bas tout entiers. Le zèle qu'il 
avait commencé ù mettre au service de son œuvre, s'accrut à la vue de la 
grandeur de la tâche qu'il s'était imposée volontairement. 

Dans le volume qui vient de paraître, l'auteur ne s'en lient pas aux bio- 
graphies; il présente surtout des renseignements précieux sur les institu- 
tions musicales, telles que maîtrises, académies, associations de Sainte- 
Cécile, Saint-Job, etc., dont l'histoire est le complément nécessaire de celle 
des institutions analogues entre les littérateurs et les artistes des autres 
catégories. Ce serait une élude intéressante à faire que celle de cet esprit 
d'association, de corporation, s'étendant dans les contrées germaniques à 
tout ce qui louche aux travaux de l'esprit et du corps. En somme, l'ouvrage 
de M. Vander Slraelen qui a cela de commun avec tous les travaux composés 
d'une combinaison de documents, de n'être pas d'une lecture allrayante pour 
tous, renferme des documents de grand intérêt pour les spccialilés auxquelles 

nous le recommandons vivement. 

Emile V... 

OosTERLiNCEN. — Vcrklarendc lijst der Nederlandsehe woorden die uit het 
Arabisch, Hebreeuwseh, Chaldeeuwsch, Perzisch en Turksch afkomslig zijn, 
door K. Dozv, hoogleeraar te Leiden. 

Ou sait que les différentes langues de l'Europe renferment un certain 
nombre de mois empruntés aux langues orientales. Ce sont principalement 
les nations de race latine qui, en raison de leurs relations plus fréquentes 
avec les peuples de l'Asie occidentale, et de la domination arabe en Espagne, 
ont reçu dans leurs idiomes une quantité assez considérable de mots arabes, 
persans et turcs. Nous possédons plusieurs ouvrages dans lesquels on a dressé 



— 40G — 

lies listes plus ou moins exactes de ces mois. Quant aux langues germaniques, 
les quelques mois orientaux qu'elles renferment, y sont presque tous entrés 
par linlermédiaire des langues romanes, et le hollandais spécialement n'en 
a point qui ne se trouvent aussi dans d'autres langues européennes. Néan- 
moins, ce petit travail de M. Dozy n'est pas sans apporter quelques faits 
nouveaux à la science, en établissant l'étymologie de plusieurs mots et en 
signalant les erreurs des lexicographes antérieurs. 

(Extrait de la Revue critique d'histoire el de lillérature). 

DrcTiONNAiRE CRITIQUE DE BIOGRAPHIE ET d'histoire. — C'est appès « plus de 
quinze années de patientes recherelies et de rudes fatigues, » que M, Jal, 
croyant « qu'on ne saurait trop purger les biographies des erreurs qui les 
déshonorent, »a fait pour beaucoup de gens, hommes d'église, artistes, liom- 
mes de lettres, hommes de guerre, hommes du monde et femmes célèbres, 
mal connus jusqu'à ce jour, ce que Bayle, d'après le Menagiana, avait eu le 
projet de faire pour les savants, au sujet desquels tant de fautes ont été com- 
mises par les biographes. 

Grâce à son admirable patience, secondée par une rare sagacité, nous pos- 
sédons des milliers de renseignements nouveaux, souvent Irès-imporlants, 
soit sur des personnages célèbres, soit sur des hommes qui ne méritaient pas 
tous d'être les victimes de l'oubli. .le ne crois pas aller trop loin en déclarant 
que Mf J , par la publication de son Dictionnaire critique, « qui porte à toutes 
les pages la marque du soin le plus minutieux, » comme il le dit avec vérité, 
a rendu à l'érudition un des plus grands services qu'on put attendre d'un 
clierclieur habile et zélé. 

L'encyclopédique recueil de M^ J. est presque entièrement formé d'extraits 
do manuscrits conservés aux archives de l'Empire, des affaires étrangères, 
de la guerre, de la marine, de la ville de Paris, de la préfecture de police, de 
la Comédie française, de la Bibliothèque impériale et aux autres bibliothè- 
ques de Paris, à quelques bibliothèques de province, notamment à la biblio- 
thèquede Rouen, ainsi qued'extraits appartenant ùdes collections particulières 
et surtout de vieilles minutes des notaires de Paris. Cette dernière source, 
pour la première fois mise à profil, est celle qui a fourni les plus nombreux 
renseignements à l'intrépide chercheur. Espérons que M^ J. vivra assez long- 
temps et que son livre aura un assez grand succès, pour que, dans la seconde 
édition qu'il nous laisse entrevoir, viennent se ranger de nouvelles indications 
empruntées, soit à ces documents, soit aux documents qui lui seront encore 

signalés par d'autres lecteurs reconnaissants. 

{fd.). 



— -407 — 

Van STEEnBKECK, François, AncniTECTE. — L'illustre bolanislc belge, l'auleiir 
du Thealrum fungorum cl de la Cihictiltura, étail né Ji Anvers et avait uii ea- 
nonicat dans l'église de lloogstraelen; on lui a souvent attribué la qualilé 
d'orchilecle, sans qu'on ail pu ciler des ])lans arcliilccloniiiucs qui lui seraient 
dus. II ne sera donc pas sans intérêt de citer une j)reuve à l'appui de celle 
assertion. Sous les ornements du niaître-aulel de l'église de Saint-Paul, ù An- 
vers, en 1G70, on trouva Pinscriplion suivante : in wrc incl.suin ad protoltjpum 
R. D. Francisci Sicrbeeck, AnciiiTrxTE M. 

Tableau de Van Ori-f.y. — Le gouvernement vient de faire, pour le Musée 
royal de peinture, une acquisition importante, tant sous le rapport histori- 
que qu'au point de vue de l'art; elle se compose de cinq tableaux , représentant 
l'histoire de Job, et qui ont toujours passé pour l'œuvre capitale de Van Orley. 
L'artiste lui-même, du reste, s'était chargé de témoigner du cas qu'il faisait 
de cette production, en la signant, jusqu'à quatre fois, de son monogramme, 
de sou nom, de sa devise et enfin de son portrait, qui (igure dans un des 
cinq panneaux. Celte peinture est la seule qui présente ces particularités 
réunies. L'aullienlicilé peut tlouc en éli'e considérée comme iuconleslable. 
Elles sorlenl de la célèbre galerie du roi des Pays-Bas Guillaume III, où elles 
étaient cataloguées au nombre des chefs-d'œuvre. 

Les cinq tableaux qui composent cette peinture formaient précédemment 
un triptyque. Les deux volets qui se reployaienl sur le panneau du milieu, 
étaient, comme toujours, peints des deux cotés, ce qui empêchait de jouir 
d'un seul coup d'œil Je l'ensemble de l'œuvre. Pour obvier à cet inconvé- 
nient, le dernier propriétaire de l'histoire de Job a fait scier ces panneaux 
dans le sens de l'épaisseur. Celle opération, qui a enlevé au triptyque son 
caractère, a toutefois l'avantage de permettre de |ilacer la peinture toute 

entière sur un même plan. 

Emile V 

Société royale des Beaix-Arts et de Littératdre de Ga>d. — Concours de 
1867-1808. — |o Écrire l'histoire de la littérature flamande et française au 
comté de Flandre depuis la fin du XV« siècle (époque où se tern)iue le mé- 
moire couronné par la Société en 1853) jusqu'au XVI l«. 

En présentant la marche complète de cette double littérature, l'auteur pas- 
sera en revue, s'il y a lieu, et en y joignant ses propres appréciations, les 
jugements contemporains émis sur les ouvrages cités dans son œuvre; il don- 
nera des notions biographiques sur les écrivains. — Prix, une médaille d'or 
de quatre cents francs. 

2» Donner l'historique et la description des fêtes urbaines en Flandre, 



— 408 — 

nommément décolles où figurèrent des cortèges, des cavalcades, des exercices 
el des entrées solennelles de confréries, des concours et des représentations 
de sociétés de rhétorique. — Prix, une médaille d'or de deux cents francs. 

30 Faire l'Iiisloire de l'orfèverie el de la ciselure dans les anciens Pays-Bas 
(provinces hollandaises et belges), jusqu'à la fin du XYIII* siècle Le mé- 
moire sera accompagné d'au moins dix dessins. — Prix, une médaille d'or 
de quatre cents francs. 

4.0 Tracer un aperçu de l'origine, de la marche et des progrès de la gravure 
sur bois, dans les Pays-Bas et la Belgique, jusqu'aujourd'hui. — Prix, une 
médaille d'or de deux cents francs. 

Les ouvrages doivent être rédigés en français ou en flamand. 

Les concurrents mentionneront en note les auleurs et les documents qu'ils 
auront consultés ou suivis. Les citations devront être soigneusement indiquées, 

Les ouvrages couronnés deviennent la propriété de la Société; lorsqu'ils 
seront imprimés dans ses Annales, les auteurs en recevront 50 exemplaires 
tirés à part. 

Les manuscrits envoyés au concours restent à la Sociélé; les concurrents 
peuvent en faire prendre des copies, à leurs frais. 

Si aucun des ouvrages reçus n'est jugé digne de la médaille, le jury sta- 
tuera sur l'encouragement à donner à celui qu'il pourrait avoir distingué. 

Chaque concurrent doit joindre à son manuscrit une devise, qu'il répétera 
sur un billet cacheté contenant son nom et son adresse. 

L'auteur qui se fera connaître de toute autre manière, ou qui aura envoyé 
son travail après le terme prescrit, sera exclu du concours. — Le billet de 
l'ouvrage couronné n'est ouvert qu'en séance de la Sociélé; les autres billets 
sont brûlés, sans avoir été décachetés. 

L'envoi des mémoires destinés au concours devra avoir lieu avant le 
15 juillet 1868, au secrétaire de la Société et franc de port. 

NÉCROLOGIE : M. DE LA Fo>s-MÉLicocQ. — Le âîessoger des Sciences a perdu 
en lui un des plus zélés collaborateurs. François-Joseph de la Fons, baron 
de Mélicocq, est mort à Raismes, près de Valenciennes, le l^ juin dernier, à 
l'âge de soixante-quatre ans. Il était un de ces chercheurs infatigables pour 
lesquels les coins les plus obscurs et les plus poudreux des archives cherchent 
en vain à cacher leurs précieux secrets. Depuis de longues années il s'occu- 
pait avec succès à rechercher les vieux documents relatifs à l'histoire de l'an- 
cienne Flandre, et l'absence de ses intéressantes communications laissera 

dans le Messager une lacune bien diflicile à combler. 

Emile V.... 







^^ 



L\ftv.Fiiïc\vnotià ^înVno.ùiTVii.. 




LE BARON DE SAINT-GENOIS. 



Roué d'une grande activité, d'un espi it proni|it, 
d'une conception facile, il a laissé un grand nombre 
d'écrits où dominent toujours un inaltérable respect 
et un profond amour pour le pays. 

15"" oB S.u^T-GENOls, Notice biographique sur 
Auguste Voisin. 



I. 

Ce D'est pas sans éprouver un serrement de cœur que 
nous traçons le nom de cet homme de bien. Que de sou- 
venirs u'évoque-t-il pas pour ceux qui ont eu le bonheur 
de vivre dans son intimité pendant de longues années, et 
d'apprécier l'inépuisable bonté de celle âme d'élite qui ne 
pouvait contempler la douleur d'autrui sans se sentir émue 
et attristée? Le vide que le baron de Saint-Génois laisse 
dans le monde savant et dans le cœur de ses nombreux 
amis, et personne n'en avait plus que lui, ne sera comblé 
que lorsque le temps, qui calme toutes les douleurs, aura 
aussi calmé les nôtres. Nos regrets sont profonds et amers, 
mais les larmes qu'ils font verser se sécheront à la pensée 
que celui que nous pleurons jouit peut-être déjà de la féli- 
cité éternelle. Pensée consolante et sublime, qui permet au 
chrétien d'entrevoir au travers des ténèbres du tombeau, les 
splendeurs célestes de la vie future. C'est l'espérance d'être 
uni un jour dans le sein de Dieu, à ceux qu'on a aimé ici- 

1807. 29 



— ilO —, 

bas qui cicatrise les plaies de l'âme. « La grandeur de la foi 
éclale — a dit Pascal — lorsque l'on tend à l'immortalité 
par les ombres de la mort. » Tels étaient aussi les sentiments 
de celui qui nous a été trop promptement ravi, mais dont 
nous lionorerons la mémoire, en « retrempant dans les sou- 
» venirs et les exemples qu'il nous laisse, notre dévouement 
») aux intérêts sacrés de la famille et de la patrie (i). » 

Jules -LuDGER- Dominique -Ghislain, baron de SAINT- 
GENOIS DES MOTTES (2), chevalier des ordres de Léopold 
et du Lion néerlandais, naquit à Lennick-S^-Quenlin (Bra- 
bant), le 22 mars 1813, mourut à sa résidence d'été à 
Royghem (Gand), le 10 septembre 1867, et est inhumé au 
cimetière de Saint-Amand dans le caveau de sa famille. Il 
était fils d'Édouard-Jean-NicoIas, baron de Saint-Génois 
(ks flottes, et de Jeanne-Françoise-Ghislaine van der Gole 



(1) Taroles prononcées par M. De Decker, ancien ministre de l'Inlérieur, 
sur la tombe du baron de Saint-Génois. L'inhumation cul lieu le 13 septem- 
bre I8G7, au cimetière de Sainl-Amand. Huit discours ont été prononcés dans 
cette circonstance: 1» par M. Haus, recteur de TUniversilé, au nom de cet 
établissement; 2» M-- P. De Decker, ancien ministre de l'Intérieur, au nom de 
l'Académie royale de Belgique; 5° M. le docteur Snellaert, au nom du mou- 
vement flamand ; 4» M. le chevalier de Schoutheete de Tervarent, au nom 
de l'Académie d'arciiéologie; 3o Mr J. Bernard, au nom du personnel de la 
Bibliothèque; 6» M^ Ed. De Bussciier, au nom de la Société des Beaux-Arts 
et de Littérature de Gand; 7» M. REivs,au nom de la Société de Taal is gansch 
hel volIc; 8» M. De Laet, en son nom personnel. 

Ces discours seront publiés par Ak É.'uile Schoorsun, neveu du défunt. 
Les coins du poële étaient tenus par MM. Haus, De Decker, A. Yan Loke- 
BEN, archiviste honoraire de la ville, et Skellaert, homme de lettres. 

(2) DE SAIM-GEAOIS porte : de gueules au sautoir d'azur, bordé d'argent, 
chargé de cinq quiitlcfettillcs de mùme, boulonnées d'or. L'écu timbré d'une cou- 
ronne surmontée d'un heaume assorli de ses lambrequins, à dcxtre d'or et 
d'azur, à senestre d'argent cl de gueules. Cimier : H«e quintefeuillc de l'écu 
feudlée de deux feuilles de sinople entre un vol d'azur et de gueules. 

Supports : Deux griffons d'or, les têtes contournées, lampassés de gueules, 
celui à dcxtre portant une bannière armoriée aux armes de l'écu el celui à 
senestre une bannière à celles de Bcrnernicourt. Devise : moribus avitis. 



— 411 — 

de Melz-Blanc-Blois, et avait épousé à Wieisbeke (Flandre 
occidentale), le 2G avril 1857, Albine-IIenriclte van der 
Bruggcn, fille de Charles-Jean-Élienne et de .Marie-Jose- 
pliine-Colelte van Pottelsberglie de la Pollerie. De ce mariage 
sont issus plusieurs enfants. 

Le baron de Saint-Génois était, depuis 1843, professeur 
bibliothécaire de TUnivcrsilé de Gand lorsque la mort vint 
le surprendre, et nous savons tous quels services il a ren- 
dus pendant les vingt-quatre années qu'il a vécu dans ce 
sanctuaire de la science. Jetons un coup-d'œil sur cette 
existence si tôt moissonnée, mais si complètement, si no- 
blement remplie. 

En 1856, peu de temps après avoir terminé de brillantes 
études, de Saint-Génois fut nommé archiviste de la Flandre 
orientale. Dans ce vaste dépôt, dont toutes les richesses 
n'ont pas encore été explorées, il se livra avec non moins 
d'ardeur que d'amour aux investigations les plus persis- 
tantes, et un an après son entrée en fonctions, il livrait à 
la presse, VHisloire des avoueries en Belgique (i). Ce mé- 
moire, plein d'érudition, fut couronné par l'Académie 
royale, qui décerna à son auteur la médaille d'argent. 
Mais ce travail n'était que le prélude d'une œuvre plus 
imj)ortante : V Inventaire analytique des chartes des comtes 
de Flandre, avant r avènement des princes de la maison de 
Bourgogne, depuis l'année 1086 jusqu'en 1580. Cet ou- 
vrage, précédé d'une notice historique sur l'ancienne tréso- 
rerie des chartes de Rupelmonde, est justement apprécié 
par les écrivains qui se font un devoir de chercher la 
vérité aux sources authentiques de l'histoire. 

En 1 843, la place de bibliothécaire étant devenue vacante 
par la mort d'Auguste Voisin, de Saint-Génois fut designé 

(1) Bruxelles, 1837, chez Hauman. 



— 412 — 

pour succéder à ce savant, dont il devint aussi le bio- 
graphe (0- 

Dans celte position il voulut suivre les traces de son 
prédécesseur, en maintenant la réputation d'hospitalité 
que la Bibliothèque s'était acquise à l'étranger. Aujour- 
d'hui on peut dire que la courtoisie, l'affabilité et l'em- 
pressemeul à venir en aide aux visiteurs, sont des qualités 
devenues héréditaires chez les conservateurs de la Biblio- 
thèque de Gand. 

Voisin avait commencé le triage des livres et la publi- 
cation des catalogues, de Saint-Génois acheva cette difficile 
entreprise. En 1852, il fit paraître le Catalogue méthodique 
et raisonné des manuscrits (2), collection nombreuse formée 
des dépouilles des anciennes maisons religieuses de la 
Belgique, supprimées à l'époque de la Révolution française 
du siècle dernier. La partie classée sous la rubrique, Vies 
de Saints, n'est pas la moins intéressante du volume. 

Il agrandit considérablement les locaux et construisit, 
en 18o6, le beau cabinet affecté à la conservation des 
manuscrits et des incunables (3). 

Laborieux et fécond, il collabora à un grand nombre de 



(1) Messager des Sciences historiques, 1843, p. 443. 

(2) Gand, 1849-1832. 

(3) Les belles boiseries en chêne qui couvrent les trois panneaux de ce 
cabinet proviennent de l'ancienne bibliothèque des Jésuites, affectée plus 
tard au grefïe du Conseil de Flandre. Sur la frise qui règne au-dessus de ces 
armoires, on lit .- 

VTI- ItVIVS BiELI0TIlEC:E- âCADEMIC*- LIBRI- MiNVSCniPTI. NECKON- 

ET- INCVMBVLA- TVTIVS. ADSEn VARK^TVR. 

S- J- DELEHAYE- BVnCI MAGISTER- 

E : VAN POTTELSBERGHE DE LA POTTERIE 

JACOBVS DVBOIS 

SCABIKIS- 
JVL: DE SAlJiT-GENOIS- BARO. 

PH KERVYN DE VOIKAERSBEKE 

C WAELBROECK- COLLEGII- A. SECRETIS. 

HOC COXCLAVE- LIGXEIS- ARMARIIS- ELEGAMirORIBVS. INSTRVENDVM CVRAVEEVM. 

ASNO M- DCCC- LVl. 



— 415 — 

Revues nationales et étrangères, mais aucune ne lui était 
aussi chère que le Messager des Sciences, dont Torigine 
remonte à l'année 1823. Ce fut en 1856 que de Saint- 
Génois remplaça M. Warnkœnig, appelé à l'Université de 
Fribourg (Bade), dans la direction de la plus ancienne des 
revues périodiques de la Belgique. Son infatigable activité, 
jointe à des relations étendues avec tous les savants de TEu- 
rope, lui permirent non seulement de maintenir le Messager 
au rang où il s'était placé, mais d'augmenter encore le nom- 
bre de ses collaborateurs. Laissons ce regretté collègue nous 
dire ce qu'il pensait de la mission de ce journal scientifique, 
qui compte aujourd'hui presqu'un demi-siècle d'existence. 
« Défenseurs réfléchis des deux langues nationales parlées 
» aujourd'hui en Belgique — écrit-il — nous avons saisi 
» toutes les occasions pour démontrer à nos frères des pro- 
» vinces wallonnes, que la langue flamande est chez nous à 
» la fois un élément de nationalité politique et un instrument 
» utile pour nous approprier la connaissance de langues 
» congénères. Jamais nous n'avons souffert que l'étranger 
» se glorifiât de noms qui appartiennent au sol belge; leur 
D acte de naissance en main, nous avons réclamé comme 
» Belges des hommes de talent dont la mère-patrie avait 
') perdu la trace. Gi;andes et petites choses, quand elles 
» avaient pour but d'honorer le pays qui nous a vu naître, 
» nous les avons enregistrées avec zèle et empressement. 
» Critiques impartiaux et sans fiel, nous avons tendu une 
» main amie à tous les hommes de lettres, flamands ou wal- 
» Ions, qui depuis trente ans ont surgi sur la scène. Les ar- 
» tistesde mérite ont toujours trouvé en nous des défenseurs 
» bienveillants et éclairés; ceux qui parcoureront notre re- 
» cueil, y trouveront plus lard de précieux renseignements 
» pour l'histoire des lettres et des arts de nos provinces (i). » 



(1) Tables générales du Messager. — Quelques mois sur le Messager des 
Sciences historiques en Belgique, p. 2. Gand, ISb-i. 



— 414 — 

Dans ces lignes, empreintes de palriolisme, le baron de 
Sainl-Genois trace la voie que le Messager doit suivre pour 
rester fidèle à son passé. Depuis cette époque (1854) ce 
programme a été scrupuleusement exécuté et, avec l'aide 
de Dieu, il en sera encore ainsi à l'avenir. C'est le meilleur 
moyen de rendre hommage à la mémoire de l'éminent 
écrivain que nous avons perdu. 

Le Messager des Sciences était pour lui l'objet d'une 
sollicitude constante. Il lui confiait les meilleurs produits 
de sa plume, et personne n'a jamais payé dans ce recueil 
un plus large tribut à l'histoire, aux arts, à l'archéologie, 
à la philologie, à la biographie, à la bibliographie, à la 
littérature et à la linguistique. Soumettre à l'analyse tous 
ces travaux, embrassant une période de trente et un ans, 
serait une tâche très-longue à remplir (i). 

Les nombreux services que de Saint-Génois ne cessait 
de rendre aux sciences et à la littérature, lui ouvrirent 
bientôt les portes du premier corps savant du pays. Le 
7 mai 1838, il fut élu membre correspondant, et le 10 jan- 
vier 1846, membre eiïoclif de l'Académie royale de Bel- 
gique. Là encore il se distingua par sa prodigieuse fécondité. 
Indépendamment des mémoires, des notices et des rapports, 
dont il enrichit les publications académiques, il fut le pro- 
moteur de la Biographie nationale, « œuvre de science et 
» de patriotisme à peine commencée, dont il sera malheu- 
» reusement impossible de détacher désormais le souvenir 
» du décès prématuré de son fondateur (-2). » 



(1) Voyez à la suite de celle notice la table par ordre chronologique de 
tous les articles publiés par le baron de Saint-Génois, dans le Messager des 
Sciences historiques, depuis 1854 jusqu'en 1867. Cette liste fait suite à celle 
qui se trouve dans les Tables générales du Messager des Sciences histori- 
ques, p. 158. On sait que ces Tables sonl dues à M'' Léonard Ilebbclynek, et 
nous aimons ù lui témoigner ici notre gratitude pour le service qu'il a rendu 
aux sciences, eu facilitant les recherches dans une collection aussi nombreuse. 

(2) Discours de M. De Decklr. 



— 415 — 

En effet, une Biographie nationale, largement conçue, 
répondait admirablement à ce désir ardent de glorifier la 
patrie, qui se manifestait dans toutes les œuvres auxquelles 
le baron de Saint-Génois accordait son concours. 

Cependant, gardons- nous de croire que toutes ces fon- 
dations se soient maintenues dans les bornes qui leur étaient 
primitivement assignées. Parfois elles les ont francbies pour 
se lancer dans des voies où leurs fondateurs ne devaient 
plus les suivre. Le baron de Saint-Génois le déplorait, mais 
il ne regrettait pas d'avoir participé à l'établissement de 
ces associations, o car — nous écrivait-il de Blankenberglie, 
» le 18 août 1867 — nous ne pouvons nous dissimuler qu'en 
» somme de compte, il en est résulté, après bien des années 
» de lutte, la reconnaissance officielle des droits légitimes 
» de la littérature flamande et un attachement plus vif à 
» notre nationalité. L'élément flamand a conquis sa place 
» dans la vie de la Belgique actuelle; c'est le but auquel 
» nous aspirons tous, pour faire contrepoids aux idées 
» françaises. Si tout cela est devenu, au second plan, un 
» instrument dans les mains de nos adversaires, un jour 
» viendra où nous aurons notre revanche, tout choit bien à 
» qui sait attendre, comme nous le disons souvent. » 

Cette lettre, écrite peu de temps avant sa mort, reflète 
bien la pensée dominante de son auteur, pensée qui le 
préoccupait sans cesse : la revendication des droits des 
Flamands, dans la littérature, dans l'administralion civile 
et devant la justice. Sa foi dans l'avenir était inébranlable, 
parce qu'elle était basée sur une cause juste, et qu'il 
savait qu'au moment du danger les Flamands se montre- 
raient, comme leurs aïeux, les défenseurs intrépides de 
cette cause sacrée, si intimement liée à l'indépendance de 
la pairie. De Saint-Génois jouissait d'une grande influence 
sur cette phalange connue sous le nom de « mouvement 



— 416 — 

flamand, » et ce n'est pas sans raison qu'un poëte a dil sur 
sa tombe : 

Alweêr een graf, de rustplaats voor 't gebeente 
Eens strijders, roem der Vlaamsehe Taalgemeente, 
Een schrijvers, groot in geest en werkzaamheid. 



Treur! Vlaandren, treur ! een Hoofdmau is bezweken 
Van 'l dapper heir dat slout de lans durft Lreken; 
Een steunpilaar der Vaderlandsche zaak; 
Met woord en schrift streed liij voor uwe rechten, 
Mocht aan de spils de zegepraal bevechten, 
Terwijl zijn geest ons liclUlc als heldre baak. 



En nu, eilaas ! nu hij de vrueht mocht plukken, 

Komt, onverwachts, de dood Iiem ons ontrukken ; 

Als Willems, vall liij kloek op 't veld van eer; 

Gewapend nog, de strijdpen opgelieven, 

Voôr op de bres, doet een beroert' hem sneven.... 

En Ylaanderen weent : « Onz' Hoofdman is niet meer ! » 

G JuLius ! ons dierbre Letterbroeder ! 
Uw ziel ontvangt reeds 't loon bij d'Albehoeder, 
Den palm voor deugd en chrislenmin bereid; 
Van daàr ziet ge ook onz' zilte (rancn vlieten; 
Daàr zullen we eens met U de rust genieten : 
Vaarwèl, o Vriend ! toi ginds in de eeuvvigheid ! (1). 



(1) C. H. Van Boi:kll, Bcurzencoiiranl, n° 236, 18G7. 



— 4J7 — 



II. 



Jetons un regard sur les principaux écrits qni ont valu 
au baron de Saint-Génois le rang distingué qu'il occupe 
parmi les écrivains belges. 

Le premier ouvrage qui se présente à nos souvenirs est 
un roman historique, Uembyse, histoire gantoise de la fin 
du XF/« siècle (i). 

A l'époque où ce livre parut, l'école romantique exerçait 
une influence universelle, mais funeste, sur la littérature 
française. Les grands écrivains classiques n'avaient plus le 
don de plaire à une société infectée de sensualisme et avide 
d'émotions. Le roman et le théâtre s'étaient mis à la tête 
de ce mouvement désordonné, qui entraînait insensiblement 
la société vers l'abîme. Nonobstant ce danger imminent, le 
public, ce corps sans àme, capricieux et versatile, persistait 
à n'accorder ses faveurs qu'aux ouvrages qui répondaient 
le mieux à ses goûts. Les auteurs, avides d'une fausse gloire 
et de faux lauriers, choisirent dans l'histoire les pages les 
plus hideuses, tachées de sang et de boue, et couvertes d'in- 
famie, pour les offrir à leurs admirateurs sous la forme de 
romans ou de drames, dans lesquels la morale était géné- 
ralement outragée. Cette littérature malsaine ne règne plus 
en reine absolue. De nobles accents, inspirés par un esprit 
plus chrétien, plus catholique, se sont fait entendre, et on a 
osé les applaudir. C'est un progrès dont il faut se féliciter. 
Hàtons-nous de dire, que si l'auteur A'Hembijse adopta la 
forme romantique, à laquelle il eût été difficile de se sous- 

(i) Bruxelles, 1833, 5 vol. in-18. 



— 418 — 

traire; s'il se servit du vieux français parlé au XVP siècle, 
à l'imitalioti des auteurs en vogue, il ne subit cependant 
pas riiifluence délétère que l'école romantique exerçait sur 
la jeunesse. Dans Hembyse, de Saint-Génois se montre 
plulôt historien et même historien consciencieux, que ro- 
mancier. Les portraits qu'il trace d'Hembyse, de Ryhove, 
de Dathenus, de Mieghem et d'autres ambitieux, fauteurs 
de troubles, de meurtre et de pillage, ennemis de leur pa- 
trie autant que de l'Eglise, sont d'une ressemblance parfaite, 
que les documents contemporains découverts depuis, n'ont 
point démentie. Les diverses scènes sont agencées avec 
art et soigneusement décrites; elles dénotent une habileté 
qu'on ne rencontre que rarement dans une première œu- 
vre. L'aclion est bien conduite, quoique certaines parties, 
que l'on pourrait appeler des hors-d'œuvres, embarrassent 
parfois sa marche. 

Malheureusement pour leurs auteurs, les romans et 
même ceux qu'on qualifie é" historiques, ne vivent dans 
notre pays que l'espace... de quelques mois, et il est dou- 
teux que les meilleurs aient contribué à faire la fortune de 
leurs éditeurs (i). 

La Cour du duc Jean IV, chronique brabançonne, 1418- 
1421 (-2), parut deux ans après Hembijse. Ce roman, ou 
plulôt cette chronique comme l'auteur l'intitule lui-même, 
est le fidèle tableau des mœurs et des intrigues de la cour 
de ce prince jeune, valétudinaire et débauché, qui avait 
épousé la trop célèbre Jacqueline de Bavière, dont les 
amours ont servi de canevas aux élucubrations des poêles 
et des dramaturges. Il y aurait beaucoup à dire sur le choix 
d'un pareil sujet; mais le temps, l'espace et le désir de ne 



(1) Voyez l'analyse critique de cet ouvrage dans le Messager des Sciences 
lilsloriqiics, année 1836, p. 2G8. 

(2) Bruxelles, 1857. 



— 410 — 

pas être sévère, ne le permcllent pas. Quoi qu'il en soit, 
la Cour du duc Jean IV esl écrite clans un style coloré et 
les situations sont naturellement amenées. 

Le faux Baudouin (Flandre et Hainuut), 1225 (i), suivit 
de près les deux ouvrages précédents. Nous avons dit que 
le baron de Saint-Génois était plutôt historien que roman- 
cier. Il l'atteste lui-même dans la préface de ce livre, dont 
le sujet est tiré de la légende de Baudouin IX, empereur de 
Constantinople. A ceux qui prétendent que le romancier est 
tenu de s'écarter de la vérité historique pour émouvoir ses 
lecteurs, de Saint-Génois répond : « Que devraient penser 
» de tant de légèreté, nos bons et vénérables ancêtres qui se 
» trouvent ainsi vêtus en arlequins méconnaissables par la 
«postérité? Quel jugement pourraient-ils porter sur une 
» génération qui traite si cavalièrement la vérité? Ne fau- 
» dra-l-il pas s'attendre à voir sortir, l'un de ces malins, 
» d'un tombeau violé, la main décharnée d'un preux che- 
» valier ou d'une belle châtelaine d'autrefois, qui viendra 
«briser la plume entre les doigts des impudents menteurs 
» du XIX" siècle? On voit bien que nous ne croyons plus 
» aux revenants. ■» 

Il ne reste rien à ajouter à ces réflexions. L'écrivain qui 
emprunte les noms de personnages appartenant à l'histoire, 
pour les travestir à sa guise et leur faire jouer des rôles 
qu'ils n'ont point rempli, méconnaît sa mission et donne 
à la critique le droit de lui en demander compte. Le faux 
Baudouin esl écrit avec verve. Le dialogue est vif et naturel 
et la composition entière atteste que l'auteur a su éviter les 
défauts qui déparent Hembijse et la Cour du duc Jean IV. 

Désireux de prendre place parmi les écrivains flamands, 
le baron de Saint-Génois publia, en 1844, Anna, liistorisch 

(1) Bruxelles, 1840. 



— 420 — 

tafcreel uit de vlaemsche geschiedenis, tydens Maria van 
Bourrjonje, \A77 (i). Ici encore, les annales de la Flandre 
ont fourni le sujet : la mort des conseillers de Marie de 
Bourgogne, le chancelier Hugonet et le sire d'Himber- 
courf, décapités à Gand en 1477, sujet connu, que les 
poètes, les romanciers, les peintres et les graveurs ont 
traité à satiété. 

La Bibliothèque nationale fit paraître à son tour un ou- 
vrage d'un incontestable mérite : les Voyageurs belges, dû 
également à la plume du baron de Sainl-Genois. On y 
trouve sous une forme élégante, les relations les plus cu- 
rieuses sur les voyages entrepris au moyen âge, par nos 
compatriotes, dans les pays lointains, en Asie, en Afrique, 
mais surtout en Terre-Sainte, où k plus d'un courageux 
» pèlerin parti des Pays-Bas, de la France, de l'Angleterre 
» et de l'Allemagne était allé pieusement visiter le tombeau 
» du Sauveur du monde, le Saint-Sé|)ulcre, cette ville sainte, 
» en un mot, où toutes les traditions de la Passion de Jésus- 
» Christ étaient restées intactes, imposantes, sans altération, 
n comme un témoignage vivant des hautes vérités d'une re- 
» ligion vraiment divine «(a). 

La lecture de ces relations de voyages est aussi instruc- 
tive qu'attachante; et après l'avoir terminée, on demeure 
convaincu que notre pays a fourni sa part d'explorateurs 
aventureux et surtout de pèlerins illustres. 

Le Château de Wildenborg, ou les Mutinés du siège d'Os- 
tende, Î(J04 (3). Dans ce roman, l'auteur a voulu peindre 
trois faits principaux : les derniers événements du fameux 
siège d'Ostende, qui dura de 1601 à 1604; les excès d'une 



(1) Gand-Rolterdam, 1844. 

(2) Les Voyageurs belges, t. F, p. 13. 

(3) Bruxelles, 1846. 



— 421 — 

troupe de rebelles, qui, sous le nom de Mulinés, désolèrent 
une partie de nos provinces; la vie et les mœurs d'une po- 
pulation presque barbare, dont les derniers vestiges n'ont 
pas encore disparu. Ou doit reconnailre qu'il a parfaite- 
ment réussi. Les scènes qu'il décrit intéressent cl ne man- 
quent ni d'originalité, ni de grâce, ni de couleur locale; 
mais on regrette d'y rencontrer des longueurs et des hors- 
d'œuvres, qui nuisent à l'ensemble et gênent la lecture. 
Telle est la nomenclature des ouvrages qui composaient la 
bibliotbèque de l'Archiduc. Ce catalogue, très-intéressant 
pour un bibliophile, arrête le lecteur ordinaire, qui ne lit 
l'histoire qu'a condition qu'elle lui soit racontée sous une 
forme agréable et dramatique. Celle fois encore, l'auteur 
du Château de Wildenborg n'a eu d'autre but que « d'attirer 
l'attention de ses lecteurs sur l'importance de notre propre 
histoire, )> comme il le dit lui-même dans la lellre d'envoi 
qu'il adresse à son ami M. Pierre De Decker, imprimée à 
la suite du roman. Puis, développant celle idée, il continue 
de la sorte : « Tâcher de peindre ce qui est en nous, ce qui 
» est sous nos yeux, ce qui appartient à notre sol; mon- 
» trer que nous pouvons aimer notre ciel, quoiqu'il soit 
» gris et brumeux; prouver que nous devons nous atta- 
« cher à celte terre natale, où il y a tant de beaux souvenirs 
» à recueillir; raviver par le récit des choses d'autrefois 
» l'amour d'une patrie commune; essayer de secouer dans 
» leur indifférence moqueuse ces hommes qui s'obstinent 
n à ne point comprendre que nous avons une nalionalilé 
9 à nous; établir par des faits la nécessité de rattacher le 
» passé au présent, si nous voulons asseoir sur des bases 
y> solides les éléments de noire existence de peuple; voilà la 

» pensée-mère de tout ce que j'ai écrit jusqu'ici Non, 

» la patrie n'est pas un mot vide de sens pour la Belgique; 
» s'il en élait ainsi, il faudrait se voiler la face et déchirer ses 
» vêlements en signe de deuil, car alors nous aurions perdu 



— 422 — 

» le droit de prendre rang parmi les nations civilisées. » 
Que ces paroles expriment bien tout Tamour que ce grand 
cœur éprouvait pour son pays! Dans ces lignes le patrio- 
tisme déborde. On sent que le sincère et loyal défenseur 
des droits des Flamands a foi dans l'avenir. Il faudrait citer 
la pièce tout entière, ce qui n'est guère possible, pour se 
rendre compte de l'intensité de ce noble sentiment. Cepen- 
dant comment résister au plaisir de reproduire encore un 
dernier passage de cette lettre, qui ne manque pas d'ac- 
tualité? « Je sais bien qu'avec des idées Immanitaires — 
» ajoute-t-il — dont quelques beaux génies se plaisent à faire 
» parade, tout semble tendre à faire disparaître les barrières 
qui ont longtemps séparé les peuples; que l'humanité, 
» dans sa course progressive et providentielle, marche vers 
» l'unité; qu'à une époque plus ou moins éloignée, elle est 
» destinée à ne plus former qu'une seule et même famille, 
» dont un amour immense doit cimenter l'union. Des vues 
» aussi grandes se réaliseront peut-être pour les idées; mais 
» je ne saurais me convaincre que le saint nom de patrie, 
» ce levier des grandes choses dans tous les temps, dans tous 
1' les lieux, puisse finir par ne plus être un jour que le mot 
" d'ordre d'une pâle et ridicule utopie, digne des temps 
» barbares. » 

Qu'on veuille bien remarquer que cette leltre d'envoi est 
datée du 1'^' janvier 1846. Les événements qui se sont 
passés depuis, ne justifient que trop les tristes pressenti- 
ments de l'honorable défunt. 

Passons aux autres productions que cet écrivain a 
léguées à la postérité. Les Feuillets détachés parurent 
en 1832. Sous ce litre se trouvent réunies sept nouvelles : 
Duveke Willems, histoire danoise du XVP siècle; Comment 
Pierre de Pipenpoy devint frère de charité; La Perruque de 
mon oncle; Un grand écrivain; Le manuscrit providentiel; 



— 42Ô — 

Kleudde, conte fantastique; cl Vue conspirallon en 15G8. 
Une préface tlialoguée accompagne ces récits, et il faut 
reconnaître que ce n'est pas la j)ièce la moins réussie du 
recueil. 

Missions diplomatiques de Corneille Duplicius de Schep- 
per, dit Scepperus, ambassadeur de Christiern II, de Char- 
les V, de Ferdinand /" et de Marie, reine de Uonrjrie, 
gouvernante des Pays-Bas, de 1522 à 1555 (i). Ce titre dit 
assez que nous sommes en présence d'un ouvrage impor- 
tant, qu'on ne peut analyser dans un cadre restreint. Le 
Messager des Sciences, année 1856, contient un article 
sur Schepperus, dû également au baron de Saint-Génois. 
L'édition in-4° dont il est question ici, a été publiée par 
l'Académie royale, avec la collaboration de M-" G. A. Yssel 
de Schepper d'Overyssel. 

Profils et Portraits (2) forme un joli volume contenant 
douze nouvelles. Si elles ne sont pas exemptes de défauts, 
elles dénotent chez l'auteur un esprit d'observation très- 
remarquable. L'Anneau de l'archevêque est une pièce d'une 
morale bien douce, bien consolante. Ce que Dieu fait est 
bien fait, est le tableau gracieux de la vie de famille. Cette 
pièce nous paraît supérieure aux autres, peut-être à cause 
de sa grande simplicité. On se sent heureux au milieu de 
ces honnêtes gens, qui ne remplissent pas le monde du bruit 
de leurs faits et gestes. 

Antoine Sanderus et ses écrits. Une page de notre histoire 
littéraire au XVII^ siècle (3). C'est la vie de « l'historio- 
» graphe le plus fécond , le plus savant que notre pays 
»ait produit, il appartint par ses nombreux écrits, à cette 



(1) Bruxelles, 18^6. 
(2] Paris, 1860. 
(3) Gand, 1861. 



— 424 — 

» pléiade d'auleurs néo-lalins qui, après la renaissance des 
» lettres, se distinguèrent chez nous à la fois dans la prose 
« et dans la poésie. Contemporain ou à peu près du jésuite 
') Meyer, d'Herman Hugo, de Rycquius, de Sidronius Hos- 
') schius et de tant d'autres qui, dans nos provinces, ma- 
» niaient habilement la langue de Cicéron et de Virgile, 
» Sanderus ne leur cède ni en élégance, ni en richesse de 
» style (i). » Tels sont les titres que le baron de Saiut- 
Genois invoque en faveur de Sanderus, mais il a soin de 
prévenir le lecteur que le chanoine, auteur de la Flandria 
ilhistrata, « se plaisait à louer outre mesure, pour se con- 
» cilier les bonnes grâces du public et vendre ses écrits, ce 
» qui explique l'exagération de ses panégyriques. » D'où il 
résulte qu'il convient « de se défier un peu de la véracité 
» de ses pièces détachées, » attendu que a son encens avait 
» souvent un but intéressé (2). » 

Personne, que nous sachions, n'a mis plus complètement 
en lumière la vie de l'un des plus grands écrivains dont la 
Belgique s'honore. 

La Bataille de Roosebcke, 1582, que de Saint-Génois 
écrivit et fît imprimer pour l'exposition industrielle des 
Flandres, qui s'ouvrit à Gand, en 1849, est la description 
consciencieuse d'un des plus grands désastres dont les 
annales de la Flandre fassent mention, mais où nos aïeux 
firent des prodiges de valeur, sous la conduite de l'illustre 
Philippe d'Arlevelde, qui trouva une mort glorieuse sur le 
champ de bataille. 

Ce livre, plein d'érudition, sobrement écrit, est une 
rareté bibliographique tirée à vingt-cinq exemplaires nu- 
mérotés à la presse (s). 



(1) De Saint-Genois, Antoine Sanderus, p. 6. Gand, 18G1. 

(2) Ibid., p. 33. 

(3) Sur le verso du faux tilre sonl désignes les possesseurs des six exem- 
plaires sur papier fort de Ilollunde, ce soûl : 



— -i25 — 

Terminons celte revue bibliograpliique par un coup-d'œil 
sur les Flamands if autrefois (i). Ce recueil de nouvelles 
historiques fut en quelque sorte le clianl du cygne de l'écri- 
vain qui nous occupe, et nous laissons bien volontiers la 
parole à ^I"" Emile Varenbergh, notre collaborateur, pour 
nous dire tout le bien qu'il pense de ce tableau de mœurs 
si correctement dessiné. « Ce petit volume — dit M. Varen- 
'■> bergh — se compose d'une série de récits historiques, tous 
» tirés des annales ou des chroniques de la Flandre, et déjà 
» publiés séparément, il y a bien des années, dans les écrits 
» périodiques du temps. Ces récits sont au nombre de sept, 
» qui se rapportent à différentes époques et peignent quelque 
» fait saillant de notre histoire, depuis les premiers temps 
"jusqu'à Charles le Téméraire. Dans le Missionnaire Lié- 
» vin, l'auteur raconte la pieuse légende du patron de Gand, 
» assassiné par les païens à Hauthem. M. de Sainl-Genois 
t' a su donner à ce récit, avec un style pur et coulant, une 
» teinte de simplicité, de naïveté, qui convient bien à l'épo- 
» que primitive où se passe la scène. Dans Louis de Nevers, 
» une histoire du XIV*^ siècle, alors que la Flandre était 
)) riche et puissante, la narration s'élève à la hauteur du 
» drame. Les Matines de Bruges sont la mise en scène de 
» la révolte des Flamands conduits par Breydel et de Coninck 
» contre Philippe le Bel, et dont la journée des Éperons d'or 
» fut l'événement le plus émouvant et le plus glorieux. 
» Jean Yoens, un épisode de l'histoire des Chaperons blancs, 
» prouve une fois de plus que la faveur des princes capri- 



N» 1. L'exposition induslricUe des Flandres. 

N" 2. Sa Grandeur Mgr Tévêque de Gand. 

N» 3. L'auteur. 

N» i. M. De Decker. 

N" 5. M. Kervyn de Voliiaersbeke. 

N" 6. La Bibliothèque de la ville de Gand. 

(1) Gand, 18G6. 

SO 



— 426 — 

» cieux et despotes, ne s'oblient et ne se conserve malheu- 
» reusemenl, qu'en pliant devant toutes leurs exigences, en 
» sacrifiant même l'honneur et le devoir. Louis de Maie et 
» les Gantois est la narration du soulèvement de ceux-ci 
» sous Philippe van Artevcide; dans cette nouvelle, M. de 
.. Saint-Génois a développé le récit de Froissarl, d'après 
» lequel le comte, poursuivi, se serait 5auvé chez une men- 
» diante et caché dans %m pauvre liieron où les enfans de 
» la pauvre femme gisoient. 

» Le louable but que M. de Saint-Génois s'est proposé, 
» en publiant ce recueil, a été de composer pour la jeu- 
» nesse des écoles un livre sans prétention, où les notions 
» historiques vraies, présentées sous une forme aussi at- 
» trayante que possible, ne se trouvassent pas mêlées à 
» des aventures amoureuses ou à des scènes trop romanes- 
» ques (i). » 

On ne peut mentionner tous les ouvrages dus à la plume 
intarissable de l'auteur de tant d'écrits divers, mais qui 
affectionnait particulièrement la forme romantique comme 
la mieux appropriée, selon lui, à l'enseignement popu- 
laire. C'est là une erreur. Pourquoi recourir à une forme 
dont le moindre défaut est de tronquer la vérité? Le roman 
historique n'a pas produit d'heureux résultats. Au con- 
traire, il a presque toujours faussé l'histoire. Au lieu de 
servir d'enseignement, il n'a que trop réussi à confondre 
des faits, à travestir les personnages ou à les calomnier. 
Au point de vue moral, il n'a produit que peu de bien, 
tandis qu'il a merveilleusement servi ceux qui s'évertuent 
à propager le mal. 

Le baron de Saint-Génois était un bibliophile distingué. 
Il avait une connaissance parfaite des livres et se trompait 

(J) Mcsnager des Sciences historiques, 1867, p. 141. 



— 427 — 

rarement sur leur valeur bibliographique. Il savait les 
choisir avec un tact exquis. Il les aimait non en biblio- 
mane pour leur rareté, leurs fautes typographiques ou 
leurs marges plus ou moins rognées, mais pour eux-mêmes, 
pour leurs qualités essentielles, pour les choses utiles qu'ils 
renferment, comme l'attestent les deux devises qu'il avait 
prises pour sa bibliothèque personnelle : 

CUM LIDRIS LIDER, 

et 

BON LIVRE d'ennui DÉLIVRE (l). 



III. 



Nous avons suivi le baron de Saint-Genois dans sa vie 
d'écrivain, aux Archives, à la Bibliothèque et dans le mou- 
vement flamand. Nous avons examiné, très-rapidement, il 
est vrai, mais avec toute l'impartialité due à un homme de 
cette valeur, les principaux ouvrages qu'il a publiés. Il ne 
nous reste plus qu'à le dépeindre tel qu'il était dans les 
relations ordinaires de la vie. Les liens de parenté, mais 
surtout ceux d'une longue et constante amitié qui m'unis- 
saient à lui, faciliteront cette dernière tâche. Ce sera surtout 
à son Mémorandum qu'il laisse, et que son fils, le baron 
Georges de Saint-Genois nous a gracieusement commu- 
niqué, que nous emprunterons les traits les plus saillants 
qui caractérisaient le savant Bibliothécaire de l'Université. 

De Saint-Genois avait la physionomie agréable, ouverte 
et d'une douceur où se reflétait la bonté de son àme : ceux 



(1) Désirant reproduire un fac-similé de récriture ilu Itiiroii de Saint- 
Genois, je joins à sa biographie un billet qu'il m'adressa et qui acconi[)agnail 
un album conicnani des vignelle? de lijldiotbrqiies renomiiices. 



— 4^28 — 

qui le connaissaient seulement d'après le portrait exécuté 
par M. BilloiUjily a quelques années, se disaient en conlem- 
plant ce visage souriant, plein de bonhomie et de finesse : 
«Voilà une figure qui me plait, elle respire la bienveillance 
cl l'on doit se sentir à l'aise dans la compagnie de cet hom- 
me. » Et l'on disait vrai. Celle bienveillance ne se peignait 
pas seulement sur ses traits, elle lui était naturelle, et son 
ijonheur consistait à la mettre en pratique. 11 aimait à faire 
le bien, parce que la douce quiétude qu'il éprouvait après 
l'avoir fait, était sa récompense; mais, selon les préceptes 
de l'Évangile, il le faisait en secret. Il jouissait du bonheur 
des autres; car jamais l'Envie à l'œil louche ne glissa son 
venin dans ce cœur droit, généreux, compatissant et ac- 
cessible à tous les bons sentiments. De Saint-Génois était 
sincèrement modeste, et nous ne croyons pas que personne 
l'ait jamais vu tirer vanité de ses mérites. Il confirme la 
justesse de la définition que La Bruyère donne de celte 
belle et rare qualité : « La modestie est au mérite ce que 
» les ombres sont aux figures dans un tableau: elle lui donne 
» de la force et du relief. » 

Esclave du devoir, le baron de Saint-Génois n'acceptait 
pas légèrement les charges les plus honorables. Il réflé- 
chissait sérieusement et longuement aux obligations qu'elles 
imposaient, en mesurait l'importance et n'en assumait la 
responsabilité qu'après un mùr et conscienceux examen. 
Aussi a-l-il consigné dans son Mémorandum celle pensée 
pleine de sagesse : « Ne soyez rien plutôt que d'avoir à re- 
» grelter un jour d'avoir été quelque chose. » D'après celle 
maxime, il faudrait croire que le baron de Saint-Génois 
resta étranger aux luîtes politiques. Ses goùls studieux 
semblaient devoir lui interdire ce terrain brûlant, où les 
mécomptes, les soucis et les chagrins sont presque toujours 
le prix du dévouement et de l'abnégation de soi-même. 

Eh bien! malgré celte perspective chargée de sombres 



— /r29 — 

nuages, ii se laissa élire conseiller communal en 1848, el 
six ans après, le 26 décembre 1854, il fut nommé éclicvin 
de la ville de Gand. 

Telle élail la haine des partis, que de Sainl-Genois, si 
universellement aimé, tomba dans Téleclion qui eut lieu 
le 10 décembre 1857. Il succomba en laissant des regrets 
même parmi ses adversaires, qui ne lui ont jamais refusé 
leur estime. Sa carrière politique fut courte, mais elle fut 
exempte de défaillances. Fidèle à ses convictions, il ne les 
sacrilia jamais pour s'élever sur leurs ruines. Il savait con- 
templer le soleil levant des faveurs, sans se laisser éblouir 
par ses rayons; mais il n'ignorait pas non plus que si on 
respecte les vaincus qui tombent honorablement, on mé- 
prise toujours les traîtres. 

Rendu à lui-même, de Saint-Génois se consacra tout en- 
tier et avec une nouvelle ardeur à ses études favorites, à ses 
labeurs d'autrefois. Hélas! ce besoin d'occuper sans cesse 
son esprit, qu'il croyait infatigable, le conduisit au tom- 
beau, à l'àge où sa belle intelligence semblait devoir jeter 
le plus d'éclat. Ses forces physiques l'abandonnaient et il 
ne s'en doutait pas! « J'irai passer samedi et dimanche 
» prochains au sein de ma famille qui est à Blankenberghe 
» — nous écrivit-il de Bruxelles, le 7 août 1867 — Puis, 
» je reprendrai mes pérégrinations pour le jury d'examen. 
» Vous voyez que la vie paisible et exempte de préoccupa- 
» tions étrangères au foyer domestique, n'est réalisable 
» que pour ceux qui ont renoncé à se rendre utiles à leurs 
» semblables. J'avoue qu'il est plus agréable d'échapper aux 
» obligations du dehors; mais celui qui aime le travail el 
» qui l'a pratiqué depuis sa jeunesse, ne saurait raisonner 
» ainsi. Heureusement la santé me revient de plus en plus, 
» et j'espère, Dieu aidant, pouvoir encore satisfaire long- 
» temps à mes trop laborieux penchants, sans excès toule- 
» fois, car j'ai eu une rude leçon cette année, et j'en ressens 
» encore tous les effets. » 



— 450 — 

On le voit, il ne se croyait pas si près de la tombe où 
quelques jours plus tard il allait descendre. 

L'élude, qui primail tous ses autres plaisirs, 

]\e lui laissait de temps que pour ces doux loisirs; 

Le reste de sa vie, hélas! si tôt passée, 

Il reprenait sa tâche en naissant commencée, 

Etudiait sans cesse et sans cesse écrivait (1). 

Combien ne devons-nous pas regretter « qu'un homme 
» doué de tant d'initiative et de persévérance — comme l'a 
» dit un honorable orateur — ait gaspillé ainsi des trésors 
» de savoir et d'érudition, sans qu'il ait songé, dans l'inté- 
» rét de la nation plus encore que dans le sien, à élever un 
» monument historique ou littérairedigne d'elle etde lui (a)?» 

Cependant de Saint-Gcnois avait formé le projet de doter 
son pays d'une œuvre capitale. Depuis plusieurs années il 
réunissait les matériaux d'une Histoire de Gand. S'il tar- 
dait de mettre la première main à ce vaste travail, on doit 
l'attribuer au désir qu'il avait de s'entourer de toutes les 
lumières qu'une telle entreprise réclame. Il est à remarquer 
que de Saint-Génois éprouva les mêmes regrets à l'égard 
du célèbre polygraphe VVillems, qui rendit le dernier sou- 
pir sans avoir donné le jour à un travail de longue haleine 
qui ei^it immortalisé son nom. « Il est à jamais à regretter 
» — disait-il — que ce savant n'ait pas exécuté son plan 
» d'écrire en flamand une grande histoire de son pays (3). » 

Le nom de Wiilems nous rappelle que son biographe, 
dont nous esquissons le portrait, après avoir énuméré les 
éminentes qualités du cœur et de l'esprit de ce père de la 
littérature flamande, s'exprime ainsi : « Doué d'une exquise 
» sensibilité, il (Wiilems) était quelque peu sensualiste, 

(1) Adolphe Mathieu, Sur la tombe du baron de Reiffenbcrg. 

(2) Discours de Jl. De Decker. 

(5) Messager des Sciences hlslorifjuc.s, auuce 184G, p. 419. 



— 431 — 

') aimait la bonne chère, le bon vin, les coinmoililés de la 
» vie et loutes les jouissances inlelicctucllcs qui émeuvcnl 
» agréablement; une bonne musique le faisait pleurer, un 
» beau morceau de poésie, un tableau remarquable le rem- 
» plissait d'émolion. Religieux par conviction, il savait 
» remplir tous les devoirs que la religion impose, sans être 
» ni bigot ni intolérant. Sa piété était douce comme l'âme 
» d'un homme vertueux. » 

Ne dirait-on pas que de Saint-Génois semblable à ces 
artistes des anciennes écoles qui donnaient leurs propres 
traits à certains personnages de leurs compositions, s'est 
peint lui-même dans ces lignes? Comme Willems il aimait 
à savourer les jouissances d'une vie paisible, s'écoulant 
sans bruit au sein d'une nombreuse et charmante famille 
qu'il aimait tendrement et qui lui rendait sou amour avec 
usure. Comme il était heureux lorsqu'il recevait ses vieux 
amis, avec lesquels il devisait des choses passées! Dans ces 
entretiens on retrouvait encore ce ton de bonne compagnie, 
celte politesse bienveillante, qui faisait le charme de la 
société d'autrefois. On y était poli sans affectation et spi- 
rituel sans méchanceté. On n'y cultivait pas l'art de lancer 
des traits dont les pointes acérées par la malignité, pou- 
vaient blesser le cœur. L'ironie y était peu goûtée, mais 
seulement tolérée. La médisance et le sarcasme étaient 
naturellement écartés de ces joyeux entretiens présidés par 
l'amitié. On s'y souvenait de ces vers de Gresset : 

De la joie et du eœur on perd l'heureux langage, 
Pour l'absurde talent d'un Irisle persiflage. 

Puis on se quittait le cœur léger, satisfaits les uns des 
autres. 

De Saint-Génois était profondément religieux. Il obser- 
vait ses devoirs de chrétien avec une exactitude qui ne 
s'est jamais démentie, et nous éprouvons un véritable bon- 



— 432 — 

heur de pouvoir en fournir la preuve dans le morceau 
suivant extrait de son Mémorandum. Écoulons ces accents 
d'une âme qui cherche son Créateur : 

Foi. — « J'éprouve depuis quelque temps un grand désir 
1) de m'inslruire dans ma religion, dans tout ce qui touche 
» à l'existence de mon âme. Je lis avec avidité ce qui peut 
» m'expliquer les dogmes auxquels j'ai cru jusqu'ici par 
» une foi plus maciiinale que raisonnée. Dieu et ses mys- 
» tères préoccupent mon esprit; j'ai soif de vérités et de 
» convictions fermes. Malgré mon éducation toute chré- 
9 tienne, je sens que cette partie de mon éducation intel- 
» lecluclle est à faire et que j'ai encore bien des choses à 
» apprendre. Les moralistes m'ont toujours plu. J'ai lu 
» Montaigne, La Bruyère et le colonel Weiss. IMais qu'est-ce 
» que ces philosophes rationalistes en présence des plus 
» simples vérités de la foi. La lecture des Pensées du Chris- 
» tianisme, par Droz, m'ont beaucoup plus satisfait que 
» tous les raisonnements de ces penseurs modernes. Je veux 
» aujourd'hui réunir sur un seul rayon de ma bibliothèque, 
» tous les livres que je possède dans celte partie; je m'aper- 
» cois avec tristesse que, sauf Vlmilaiion de Jésus-Christ 
» et une dizaine d'autres volumes, je ne possède rien sur 
» cette branche essentielle. 

» Je ne veux pas de polémique, rien qui détourne mes 
» convictions religieuses du chemin qu'elles ont suivi de- 
» puis mon enfance. Ce qu'il me faut, ce sont des livres 
» qui fortifient ma foi, qui me permettent de rendre compte 
» de ce que je crois. » — Gand, 17 juin 1850. 

Ces dernières paroles sont véritablement un acte de foi. 
De Saint-Génois avait « soif de vérité; » il avait encore tant 
de « choses à apprendre, malgré son éducation toute chré- 
tienne. » Il voulait s'affermir dans sa foi, cl pour atteindre 



453 



ce but, il eut recours aux moralistes les plus renommes. 
Que ne choisit-il tout d'abord le plus éclairé, le plus sur, 
le plus célèbre de tous, le comte Joseph de Maistre? il lui 
aurait dit : « Ne vous laissez point séduire par les théories 
» modernes sur l'immensité de Dieu, sur noire petitesse et 
» sur la folie que nous commettons en voulant le juger 
» d'après nous-mêmes, belles phrases qui ne tendent point 
» à exaller Dieu, mais à dégrader Thomme... Ne craignons 
«jamais de nous élever trop, et d'affaiblir les idées que 
» nous devions avoir de l'immensité divine. Pour mettre 
» l'infini entre deux termes, il n'est pas nécessaire d'en 
» abaisser un; il sufïit d'élever l'autre sans limites. Images 
» de Dieu sur la terre, tout ce que nous avons de beau lui 
» ressemble ; et vous ne sauriez croire combien cette 
» sublime ressemblance est propre à éclaircir une foule de 
» questions (i). » 

Depuis quelques années, le baron de Sainl-Genois médi- 
tait profondément sur les grandes vérités du Christianisme. 
Ces méditations consolaient son âme, en même temps 
qu'elles l'afTermissaient dans la foi. 

Il cherchait à s'expliquer la puissance que certains mois 
exercent, de nos jours, sur les masses, et au moyen des- 
quels on croit résoudre toutes les questions, dont ils pa- 
raissent être Vnltima ralîo. C'est ainsi qu'il médita sur : 
LE PROGRÈS, et voici ce qu'il en pensait : 

Le Progrès. — « Pour démontrer que l'homme, quoi- 
» qu'il fasse, revient fatalement au point d'où il est parti, 
» le paganisme avait deux symboles également frappants de 
» vérité : le Rocher de Sisyphe et le Tonneau des Danaï- 
» des. La perfection indéfinie de l'humanité est une utopie 
» dangereuse, qui, poussée dans ses dernières limites, 

(1) Comte DE MAisTP.r:, Les soirées de Saint-Pelerxhourg. 



» aboutit à la négation de Dieu, ou tout au moins à l'assi- 
» milalion de l'homme à l'Être suprême. 

» Le monde, depuis dix-huit siècles, possède la formule 
» la plus complète, la plus imprégnée du caractère divin : 
» LE CHRISTIANISME. Tous Ics progrès moraux dont l'espèce 
» mortelle est susceptible, se trouvent dans VÉvangile, et 
» le Christ, en donnant sa grande loi au monde, a seul 
» réalisé ce qui est possible à l'homme en face de Dieu. » 
— Gand, 1865. 

Dans ce peu de mots que de vérités! La clef de voûte 
de notre édifice social, c'est l'Évangile; s'en éloigner, c'est 
s'exposer à une ruine certaine et terrible, qui rejetterait le 
monde dans les horreurs du paganisme et de la barbarie. 
C'est la loi des lois, donnée à l'homme par Dieu lui-même. 

JVe laissons pas échapper cette occasion de citer encore 
une charmante pièce inscrite dans ce Mémorandum, où de 
Saint-Génois consignait ses pensées intimes. En les inscri- 
vant, il leur donnait une forme gracieuse, qui en doublait 
le prix. Qu'on en juge par cette apologue : 

Les trois Souhaits. — « Il y a trois rêves que je ne 
» cesse de faire depuis de longues années, trois souhaits 
» que je désire voir se réaliser, mais hélas! jusqu'ici en 
» vain. Je voudrais posséder : 

» 1° Une horloge sur ma maison de campagne; 

» 2" Un arpent de terre baigné par la mer; 

» 3" Un grand et vieux chêne croissant sur mes pro- 
» priétés. 

» Ce sont là certainement des vœux bien modestes. 

» 1" Une horloge, c'est la vie qui s'écoule minute par 
» minute, enseignement toujours vivant à nos yeux; tan- 
» tôt allant juste et représentant la régularité de notre 
«existence, tantôt avançant foilemenl et vous montrant 
» alors l'homme anticipant sur l'avenir par la vivacité de 



— 4ùO 



» ses désirs, tantôt enfin retardant, en offrant ainsi le la- 
» bleaii de ces mouvements de recul qui signalent qnelque- 
» fois les phases de notre vie et contre lesquels on lutterait 
» en vain. 

» 2° Un arpent de terre baigne par la mer, voilà un 
» souhait moins explicable. L'Océan a toujours eu pour 
» moi un attrait irrésistible; impossible de rester inditfé- 
» rent à l'aspect de ces flots qui monlenl cl descendent sans 
» cesse comme le flot de Texistence. C'est bien l'image de 
» la vie. 

» 3" Un grand et vieux chêne est pour moi l'emblème 
» de ce que Dieu a créé de plus majestueux dans la nature. 
» Je n'ai jamais vu un arbre séculaire sans me sentir ému. 
« Quand je vois un géant des forêts avec son tronc moussu, 
» ses branches dont chacune égale un arbre ordinaire, son 
» feuillage vert sombre qui atteste la force et la vigueur, 
» je m'incline comme devant une puissance supérieure. » 
— Gand, 1849. 

Ici se termine notre tâche. Nous avons laissé au baron 
de Saint-Génois, aussi souvent que nous l'avons pu faire, 
le soin de se peindre lui-même. Cette biographie est sans 
doute bien incomplète, bien insuflisante, mais nous espé- 
rons que ceux qui daigneront la lire y verront néanmoins 
un hommage rendu à la mémoire d'un citoyen vertueux, 
qui a conquis des droits à la reconnaissance de sa patrie. 

Sa belle àme est entrée dans l'éternité; que Dieu, dans 
sa bonté infinie, lui accorde la récompense réservée aux 
justes! 

Kervyn de Volkaersbeke. 



— 450 — 

Table des articles et notices publiés da7is le iMessager des 
Sciences par le 6°" de Saint-Génois depuis 1854; pour 
faire suite à celle des années précédentes dressée par 
3P L. Bebbebjnck. 



An. 1834, p. 169. Hospice de Wenemaer, dit de Saint-Laurent, à Gand. 
» p. 341. Travaux de la Commission royale d'iiistoire. 
» p. 401. Ciironique bibliograpliique. 
» p. 4-08. Cheminée de riiôlel-de-ville de Courtrai, etc. 
An. 1833, p. 93. Monument de Godefroid de Bouillon à Baisy. 
» p. 103. Nécrologie. Philippe Lesbroussart. 
» p. 231. OEuvres d'art de l'église de Saint-Jacques, à Anvers. 
>> p. 238. Concours historiques académiques. 

p. 244. Nécrologie. L. Van de Walle. 
» p. 381. Thomas à Kenipis mentionné dans les comptes de la ville 

d'Eecloo. 
» p. 382. Sur la description des tombeaux de Godefroid de Bouillon 

et des rois latins, à Jérusalem, du baron Ilody. 
» p. 460. Jean van Berchera, voyageur brabançon au XV<= siècle. 
An. 1836, p. 1. Recherches sur le véritable nom, le lieu de naissance, la 

famille, les armoiries, la sépulture et les écrits de Cor- 

nille de Schepper, dit Sceppcrus. 
» p. 132. Histoire de l'abbaye de Saint-Bavon, de A Van Lokeren. 
>' p. 133. Nouvelle édition des œuvres complètes de Bilderdyck. 
» p. 134. Nécrologie. Th. de Valcnzi. 

» p. 283. Sur le guidedes voyageurs en Ardennes, de J. Pirapurniaux. 
' " p. 286. Nécrologie. Jules Kelele. 

» p. 597. Mémoire sur Froissart de Kervyn de Lettenhove (couronné). 
» p. 402. Nécrologie. Victor Gaillard. 
An. 1837, p. 93. De l'union des arts et de l'industrie, de Ch. de Laborde. 

(Comple-rcndu). 
>• p. 130. Sur la Revue de l'art chrétien. 
» p. 139. Nécrologie. Emile Cachet. 
" p. 233. Cuivre ciselé de la tombe de Marguerite Suanders, femme 

de Gérard Horenbout, peintre gantois. 
» p. 506. Tombe de la famille de Lichlervelde, à Coolscamp. 

p. 307. Archives de Courtray, de .Musely. 
" p. >> Histoire du pays de Liège, de Henaux. 
') p. 508. Vie et travaux des artistes hollandais et fla.mands, de 

Kramm. 



— 457 — 

An. 1838, p. 48. De la culture de la langue flamamie dans le Nord de la 
France. 

» p. 170. Rcstauralion du monument de Sceppcrus, à Eecke. 

» p. 490. Les Églises de G;ind, de Pli Kervyn de Volkaersbeke. 

•> p. 500. Bibliograpliie gantoise, de Vander H.ieglien. 

» p 501. .4nnales des Eizevirs, de Cil. Piclers. 

» p. » Publications du Willcms-Fonds. 

» p. 502. Journal des Beaux-Aris, fondé en 1858. 

» p. 303. Dictionnaire universel des conl<;m[)orains, de Vapcreau. 
An. 1839, p. 588. Notice nécrologique sur .M. NVoltcrs. 

>> p. 396. Tapisserie représentant la balaille de Nieuporl (Musée 
royal). 

» p. 398. Histoire d'Eecloo, de Nelemans. 

» p. 405. Notice sjir Luc-Joseph Vander Vynckt. 
An. 1860. p. 161. Deuxième volume delà Bibliographie gantoise, de Vander 
Haegben. 

» p. 164. Nécrologie. Aug. Van Hoorebeke. 

» p. 165. Nécrologie. Jo>epli Guislain. 

» p. 282. Vêtements sacerdotaux. 

» p. 285. Brabanlscli Muséum, de Van Even. 

» p. 579. Rapport sur les moyens de mettre à exécution l'arrèlé 
de 1843, concernant une Biographie nationale. 
An. 1861, p. 121. Société historique et archéologique fomlée à Ypres. 

» p. 262. Histoire du commerce et de la marine, de Van Brussel. 

» p. 295. Essai d'un catalogue méthodique de livres relatifs à l'his- 

t.. 

toire nationale. 

» p. 582. Les drapeaux de voisinage. 

» p. >. Tombes celtiques en .Alsace, par .Max. De Ring. 

» p. 383. Annales de la Société archéologique d'Ypres. 
An. 1862, p. 110. La Belgique bibliographiquement annexée à la France par 
la Bibliotlièque'*liéraldique. 

» p. 114. Erreurs sur le compte de J. Van Eyck, redressées par 
J. Weale. 

» p. 117. Nécrologie. Van Alslein. 

M p. 165. Les peintures murales de M. Canneel en Téglise de Saint- 
Sauveur, à Gand. 

» p. 285. Histoire de Wetleren, de J. Broeckaert. 

» p. » Les commentaires de Cliarles-Quint. 

•> p. 287. Comptes de la ville de Bois-le-Duc, publiés par .M. Van 
Zuylen. 

» p. 327. Bibliolheca historiœ medii aevi, de Polhast. 
An. 1863, p. 75. .Mémoires sur les troubles de Gand, par llalewyn, publiés 
par Kervyn de Volkaersbeke. 

» p. 101. Geschiedenis van hertog Jan den Eerslen, de Stallaert. 

•■ p. 104. Carlulaire de Bouvines. 



-> 458 — 

Ali. 1863, p. ni. Nécrologie. Le Dr Le Glay. 

« p. 251. Inventaire de la Chambre des comptes de Lille, 

» p. 2-35. Les frères Pierre et Jean de Launoy, faussaires diploma- 
tiques au XVII I" siècle. 

>i p. 393. Histoire des Etats-Généraux, de Th. Juste. 

» p. 399. Inventaire des actes du Parlement de Paris. 

« p. 407. Léopold-Auguste Warnkœnig. 

» p 300. Mémoires et notices de J. J. De Smet. 

'■ p. 301. Revue continentale. 
An. 1804-, p. 304. Anonymes et pseudonymes, de Jules Delecourt, 

» p. 303. Geschiedcnis der gemeenten van Oosl-Vlaenderen, de 
De Polter et Broeckarl. 
p. 508. Les poètes belges, de Van Hollebeke, 

•> p. 400. Histoire d'Ypres dans Gheldoff (traduction de Warkœnig). 

» p. 302. Cartulaircs et chartiers du Ilainaut, de De Villers. 

» p. 303. Bibliographie de l'histoire du Hainaut, de Jul. Delecourt. 

n p. 504. Belgian Episodes, de Alice W'ilmere. 

» p. 503. Histoire de la ville et du duché de Bouillon, par Ozeray. 
An 1865, p. 506. Le livre des feudataires de Jean III, duc de Brabant, de 
Galesloot. 

» p. » Geschiedcnis van Deynse, de Van den Abeele. 

» p. 507. La révolution liégeoise, de Borgnet. 

» p. » Nécrologe liégeois, de Ulysse Capitaine. 
An. 18CG, p. 237. La langue flamande en France, de Coussemaker. 

» p. 413. Correspondance du Taciturne, de Gachard. 

i> p. 414. Les frontières de la Belgique, de Th. JustêT 

» p. » Table chronologique des chartes, de Wauters. 
An. 1867, p. loO. Geschiedcnis der gemeenten van Oost-Vlaenderen, de 
De Potier et Broeckart. 

» p. 258. Caractéristique des armoiries. 




/ 




./^J^. 




— 439 — 



MONOGRAPHIE 

DE 

L'ANCIENNE ÉCOLE DE PEINTURE 

DE LOUVAIN (1). 



X. 

Les peintres» secondnirei» de la fin dn \y isiècle. 

Za confrérie de Saint-Luc. — Louis Boriten. — Arnonld 
vaucler Phalizen, dit In den Meynaert. — Arnoîdd vander 
Waeyere. — Henri van Mansdale, dit Keldermans. — 
Jea7i van Poddegkem. — Jean Stevens. — Antoine vander 
Wolfshaghen, dit Pasteyken. — Pierre van Daelheni. — 
Edmond Leemans. — Jean van Vorsjjoele. — Josej^h 
Valx. — Rodolphe van Vel])en. — Barthélémy van Kessel. 

— Arnoîdd Crauwel. — Conrard Slenack. — Romhaut van 
Neylen. — Jean llaes. — Jean Ackermans. — Jean 
Motion. — Erasme de G ans. — Ronihaut van Berlair. 

— Godefroid de Cuypere. — Jean Somers. — Jean Dillen. 

— Égide Thni/s. — Godefroid Henrion. — Jean van den 
Berghe, père. — Jean van den Berghe, fils. — Thierry de 
Eemstede. — Jean ItomMuts, dit Scaeldeken, père. — 
Jean B-omhauts, fils. — Jean JFillems, père. — Pierre 
et Jean Willems, fils. 

Nous avons vu qu'au milieu du règne prospère de Philippe 
le Bon les Louvanisles, fiers de leurs ancélres, entassèrent 
des pierres pour symboliser leurs franchises communales et 

(1) Suite, voir année 1860, pp. 1 el Vi\; année 1867, p. 261. 



— 440 — 

que ces pierres devinrent un chef-d'œuvre, le plus pur 
rayon de la gloire ariislique de la cilé. Lorsque THôtel-de- 
ville fut complélemenl achevé, les trois grands artistes qui 
avaient contribué à son édification, s'endormirent dans la 
paix d'une sainte obscurité. Les cendres du peintre Bouts 
disparurent, en 1475, sous une dalle aujourd'hui détruite 
de l'église des Ilécollets, et huit ans après, le clergé de 
Saint-Jacques priait autour des restes inanimés de l'archi- 
tecte de Layens; le sculpteur Josse Beyaert mourut vers la 
même époque. Nul annaliste, ainsi que nous l'avons vu, 
n'enregistra les noms de ces maîtres, dont la mort effaça la 
réputation. Mais ils laissèrent mieux qu'une renommée que 
le vent, au dire du poêle, emporte comme un peu de fumée; 
après eux, les monuments de leur génie et de leur art, ainsi 
qu'une nombreuse postérité d'artistes, continuèrent la mis- 
sion civilisatrice qu'ils avaient si noblement inaugurée. 

Dans les arts, de même que dans les lettres, les jeunes 
talents ne se manifestent, ne se développent et ne se perfec- 
tionnent qu'au moyen d'observations, d'inductions et de 
comparaisons sur les œuvres des grands maîtres. Là est 
la source, non seulement du goût, mais aussi de la pratique, 
la première et principale condition pour réussir dans les 
arts plastiques. 

Nous avons constaté qu'à l'époque où Thierry Bouts se 
fixa à Louvain, la peinture y était cultivée avec éclat; mais 
c'était encore la peinture qui dérivait par tradition de 
l'Orient : l'art de l'esprit et non l'art des yeux. En dotant 
la ville d'une série d'œuvres magistrales, le grand artiste 
donna à notre école une direction nouvelle. Ses pages ravis- 
santes engagèrent nos peintres à renoncer aux figures tra- 
ditionnelles, à la routine, pour recourir au modèle vivant. 
L'art s'émancipa et s'éleva par le progrès du dessin, de la 
couleur et du modelé. Les figures qu'on reproduisait n'étaient 
plus des modèles conventionnels; c'étaient des êtres pen- 




iA A'kiYBuu.iu 



iiri-iMit-^ JbaAt^' 



— 4il - 

san(s el agissants par rimilalion exacle de la nature, par 
la vivacité, la force el riianiioiiie du coloris. 

Les circonstances étaient d'ailleurs très-favorables à Tari. 
Les patriciens louvanistes, enrichis par l'agriculture, l'in- 
dustrie et le commerce, étaient alors puissants el nombreux. 
Heymbach affirme qu'en 1470 on comptait dans noire 
ville sept cents gentilhommcs et quatre cenls chevaliers (i). 
Des faits nombreux prouvent que ces hommes recher- 
chaient le faste en tout, qu'ils aimaient à jouir noblement, 
grandement, par l'esprit, par tous les sens, par les yeux 
surtout. On comprendra facilement qu'ils faisaient bâtir, 
sculpter el peindre. Lear exemple était suivi par la bour- 
geoisie, les artisans, les gens du peuple, si bien que les 
familles d'artistes, si variées et si fécondes, étaient entourées 
d'une multitude de protecteurs el d'acheteurs, el que la cité 
tout entière contribuait par sa sympathie el son intelligence 
à la production des œuvres de nos maîtres. 

Les travaux de Bouts, en répandant dans toutes les 
classes de la population le goût de la belle peinture, pro- 
filèrent de la manière la plus immédiate à tous ceux qui 
maniaient le pinceau. L'art devint de plus en plus en hon- 
neur. Le peintre n'était plus un simple travailleur en figures. 
On l'envisageait comme un homme remplissant une haule 
mission sociale, ayant une large pari à l'inslrulion des mas- 
ses. Ce qui le prouve d'une manière incontestable, c'est 
que plus d'une fille de patricien, oubliant le blason de sa 
famille, donna sa main au jeune homme dont le talent d'ar- 
tiste était la seule recommandation. 

Par malheur, les circonstances politiques contrarièrent 
ce beau mouvement. Au pacifique Philippe le Bon succéda, 
en 1467, le belliqueux Charles le Téméraire. Le règne de 
ce prince ne fut qu'une suite de guerres et de malheurs. 



(1) V. B. Heymbachii Divn Lovaniensis. Lovanii, 1665, in-4", p. 2. 

51 



— 442 — 

L'insurrection des Louvanistes à la mort du duc (1477), 
leur soumission forcée à son gendre Maximilien d'Autriche 
el la guerre de Liège, en 1482, furent très-funestes à notre 
cité. Pendant plusieurs années il ne s'exécuta aux frais de 
la commune aucune œuvre artistique digne de remarque. 
L'érection du local de la Table Ronde, commencée en 
1484, ranima le goùl des arts. Bientôt la construction d'au- 
tres monuments se poursuivit avec activité. On travailla de 
nouveau à Saint-Pierre, à Sainte-Gertrude, à Parc; on 
éleva le magnifique couvent des Chartreux, où l'art eut 
une part si large. C'est à celte époque aussi que les pein- 
tres louvanistes se réunirent de nouveau en association, 
sous la dénomination de Confrérie de Saint-Luc. La nou- 
velle confrérie rencontra la sympathie de l'autorité com- 
munale el du clergé. Le conseil de fabrique de l'église de 
Saint-Pierre lui abandonna, dans le pourtour du chœur, 
une chapelle qu'on plaça sous l'invocation du patron de la 
Gilde. Quant au magistrat, il lui accorda des statuts en 
séance du 23 octobre 1494. Nous avons retrouvé une copie 
de ces statuts dans un registre de nos archives. C'est une 
pièce fort intéressante. On y voit que la confrérie était 
administrée par quatre commissaires (JMeesters) élus par 
les membres; que nul ne pouvait pratiquer l'art de la pein- 
ture sans être admis dans la confrérie et avoir payé préa- 
lablement une somme de 12 sous; que personne ne pouvait 
introduire en ville une œuvre de peinture, sans avoir payé 
deux florins du Rhin; que chaque élève devait donner 
à l'autel de Saint-Luc une livre de cire, et qu'il devait 
rester pendant l'espace de trois ans sous la direction de 
son maître, avant de pouvoir exercer son art et être admis 
comme membre de la confrérie, etc.; que chaque confrère 
devait assister à la messe solennelle de la confrérie, le 
jour de Saint-Luc (18 octobre), sous peine d'une amende 
de deux plecken; que chaque membre était tenu d'assister 



— 445 — 

aux funérailles d'un confrère décédé, sous une amende 
d'une pleck (i). 



(1) Voici le Icxte des statuts : 

« Nae dien comen zyn byden Raide vande sladl ciiige goede mannrn lion 
generende metlcii scildci'icn, indcii name der sclver persocne, liiur byniici) 
woenende, te kennen glieven, lioe dal zy de selve geselscap gherne in ereii 
houden souden, ende maniercu vinden dal die vermeerdert werdde, 1er cren 
ende welvaerl vande sladt, ende oni die alsoc te bat te gadere te houden, be- 
geeden zy consent een Bruerscap alliier te mogen opstellen, geheelen de 
Brticrscap van Sinte-l.ucas, als palroon der zelver; ende dat hen alsoe enige 
manieren, ordinanlicn ende stalulen werdden verlecnt ende geconsenteerl, 
dair nae zy, ende de regeerders der selver ende die daer inné souden inoegen 
comen, hen souden liebben te vuegen, soc syn overdragen ende geconsentecrt, 
den selven suppllanten, inden name als boven, byden voirscreven Raide, de 
poenten navolgende, behalven altyl der stadt huer meerderenendcmynderen : 

» I. Ende eerst dat de voirscreven scliildcrs, hier bynnen woenende, een 
Bruerscap zulien moegen hcbben ende onderlioudcn ter eren van Sinte Lucas, 
cm den selven huercn patroon, inder kerken van Si'n/c-Pe/er* alliier, jairlycx 
te eren ende den outair aldair, in allen tameliken syrate van dicnsie, van 
messen, liechte ende anderssins te niogcn onderlioudcn, op den dacli van 
den selven hueren patroon ende anderssins, als huer devotie gedragen sal 
moegen, soe zy bevindeu zulien moegen belioerende. 

M 11. Uem, dat aile de ghcne die nu eglieen schilders en zyn noch lien dair- 
mede beholpen en hebben, ende van nyeuws dese hanteringe willen beghinnen 
ende hen dairmede geneeren alhier inder stadt, zy waeren van bynnen oft 
van buten, inde vorscreve Bruerscap zulien moeten comen, eer zy hen dair- 
mede suUen moegen geneeren, ende bclalen der sclver Bruerscap lotlcn on- 
derhouden der selver ende hueren lasten, ele van hen twaelf stuvers cens, 
hier inné uutgenomen goede mannen vandcn geslcchten van descr sladt ge- 
comen oft andersins vanden scilde gcbuerlich, die uul recrealien oft synlic- 
heyden tselve souden moegen hanleren oft neeringe dairmede docn, opdat 
hen niet en belicflde voirscreve Bruerscap t'aenvcerden, nid bcdwongcn nocli 
begrepen en sullen wescn, noch in eniger manieren gecalengeei'l moegen 
werden. 

» 111. Item, oft hier ycmant van buten quame eenich werc verdingcn, ende 
tselve werc alsoe verdingt zynde uuler sladt dragen woude, ende buten 
wercken ende dan hier bynnen neder setten, dat alsulke persoenen seuldich 
zulien zyn der selver Bruerscap, tôt onderhouden als boven, te betalen Iwee 
Rinsgulden, te twinlich stuvers tsuck, locpender munlen, alsoe dicwille yls 
dat in diversen wercke soude moegen gebueren. Eude de ghene die van buten 
hier bynnen alsoe zulien comen wercken, sonder hucre werk buten le dragen, 
dat die seuldich zulien zyn te belalenen eenen Rinsgulden, inder weerven als 
boven, toi beliorfl'dcr selver Bruerscap, zonder meer, ende dairmede gcsiaen, 



— 444 — 



On concevra facilement que la confrérie de Sainl-Luc, 
dont les statuts furent renouvelés le 17 octobre 15G5, dut 
exercer, au profil de l'art, une certaine influence. 



endealsdan los ende vry Iselve werk moegcn werken ende volraaken, zonder 
begrip der selver Braerscap ofl hueren regeerders. 

» IV. Item, dat ghene die nu voirtane sullen willen leren scildcren aen 
eenige deselve neeringe hier bynne doeiide, dat die sullen mo'.en glievcn toi 
hueren nyeuwen aencomenen ende entreen Sinte Lucas te bâte ende synen 
Bruerscap ecn pont was. Ende dat sal de meesler van dien IcerKinde nioleu 
veranlwerden ende die jonghe oft wie dat zy, sal drie jair moeten lecren eer 
hy deselve neeringe op liera selvcn als brueder, oft genoech in dien geleert 
wesende, sal moegen doen, belialven de kinders van den ghenen die in de 
selve Bruerscap zullen wesen, diet vry ende los zuUen moegen doen, ende oie 
inde voirscreven Bruerscap comen, om een pont was. 

» V. Item, oft gebuerde, dat eenich leerkinl synen meester onlginglie eer 
zynen tyt voldaen waer, ende niet voldoen en quame bynnen sesse weken tyts, 
des vermaent zynde, dat die sal moten gheven des Bruerscaps tôt behoeff, al- 
tyt als voer gebuerde, dat binuen den ierstcn jaer, twee Rinsguldens, ende 
binnen den tweesten jaer, op dat int selve gebuerde, vier Rinsguldens, ende 
daerenboven zyns meesters moet moelen hebben, eer hy ergens sal moegen 
wercken. 

u VI. Ilem, dat nyemant in knaepscape en sal moegen wercken bynnen 
der selver stat, hy en sal moeten gheven 's iaers Sinte Lucas een pont was, 
ende dair moet de meesler voer spreken. 

» VII. Item, om de voirscreven Bruerscap ende geselscap te bat te rcgeren 
ende in state ende goeden wesen tamelic tonderliouden, soe es geordineert 
byder selver stadt, dat vuter selver Bruerscap viere persoenen alsnu gecoren 
ende genoraen zullen wordden , byder meester eendrechticheyt, diemen 
heelen sal Mceslers van Sinte Lucas Bruerscap, om deselve Bruerscap in al 
le regeren, op goede rekeninghe van jaer te jaer denselven te doene. Ende 
dat de twee dairaff jaerlycx afgaen zullen, ende dandcr twee aenbliven, alsoe 
dat lotten twee nyeuwen, die van jaer te jaer gecoren sullen wordden, de twee 
leslen aengecomen metten selven regerende zullen bliven. Ende dat die Re- 
geerders als dat behoeft ende van noede es de Bruerscap zullen moegen 
daghen op ynkel boete , te wetene een plecke oft op dobbel boete, van twee 
plecken, soe lien dat sal dincken van noode wesende, nae gelegenllieyt der 
saken. Ende wie ter uer geset, niet en quame ende hem dair en vondc, dat 
die sal vallen inde gesette baete dairt op gedaiglit zal wesen by den selven 
Regeerders. Ende op Sinte Lucasdach sal elc ter messen moten comen, op 
dobbel boete, ende in tyls dair zyn. Ende insgelycx ter maellyl, op alsulcken 
kuer oft boete inder maten de brueders van den heyligen Sacramente van 
Sincle Peters alhier dat lioudende zyn. 

» Item, als eenich bruer sterft sullen de voirscreven meesters moegen doen 



— 445 — 

La peinlure avait repris dans les goùls et les liabiUides 
la place qui lui revenait. On trouvait des tableaux non 
seulement dans les églises, les chapelles et les couvents, 
mais jusque dans les rues. Nous avons constaté, en parlant 
de Hubert Sluerboul, que la commune avait fait placer 
des panneaux historiés dans les portes urbaines. On en 
remarquait également aux coins des rues. Chaque homme 
de métier avait au-dessus de la porte de son habitation 
une enseigne peinte ou sculptée; chaque artiste indiquait 
sa demeure en faisant placer sur sa façade un morceau 
de peinture ou de sculpture. 

Les appartements des dignitaires ecclésiastiques, des 
professeurs de l'Université, des patriciens et des bourgeois 
aisés étaient généralement ornés de peintures. On en ren- 
contrait jusque dans les auberges. En 1489, on dressa 
l'inventaire du mobilier de l'auberge VHomme sauvage, 
qui s'élevait alors à la Place Marguerite. Or, le document 
mentionne, dans la salle à manger, un autel orné d'un 
triptyque. Dans la Willemscamere, on observait un tableau 
couvert d'un rideau de soie, représentant la sainte Vierge. 
La chambre de Floreffe renfermait un tableau. Dans la 
chambre haute, le ciel du lit était orné de personnages; il 
s'y trouvait également un triptyque. La chambre du IVIayeur 



dagen de bruers om 1er vulvart fe comen, vanden gheiien die alsoe allivicli 
sal moegen weseii, op ynkel boete lot belioefi' de selve boete als voer. 

» Ftem, ende voer de boetcii sullen de selve meeslers treclit versuckende 
op de gebrekelike, by consente vanden Borgemeester, by pandingen, nioegcn 
procederen oft anderssins, inder maten aïs boven de voirscreven Bruerscap 
vanden beyligen Sacramenle dat in gelyckcn stucken userende ende onder- 
houdende es. — Dit gesciedde inden Raide vande sladt, ten bysyne van Joose 
Uuterhcllichl ende Lodewycke Baels, Borgcmeesters; Goirde vanden Berghe, 
Henricke vander Borcht, scepcnen; Roelove Lombart, Goirde vanden Bcrglie 
Peterssone, Jannc vanden Vekene, Janne van Bulsele, gesworenen; ende meer 
anderen vanden Raide. Int jair ons Heren duysenl vierhonderl vive en negen- 
tich, opten drientwintiebsten dach der miieiil van Octobri. » Archives de la 
ville, farde lill. L, n" îiO. 



— 446 — 

était ornée d'un tableau représentant saint Christophe. Huit 
autres peintures étaient dispersées dans les autres pièces 
de Tauherge. Elles représentaient la sainte Vierge, sainte 
Véronique, V Annonciation, sainte Marguerite, etc. (i). 

En 1509 mourut à Louvain, rue du Mayeur, Amélie 
Cockeroels, épouse d'Arnould Hankart; elle était fille de 
Quentin Cockeroels, jadis bourgmestre de Louvain. L'in- 
ventaire du mobilier de cette mortuaire renseigne, dans la 
chambre verte, un triptyque représentant la sainte Trinité, 
sainte Anne et la sainte Vierge, orné des armoiries de la 
famille. Dans la chambre basse, de la maison de derrière, 
contre la rue des Chats, se trouvait une sainte Amelberge 
et une Adoration à Bethléem, en sculpture polychromée(2). 

On exécuta, en 1507, à Louvain, pour crime de sodomie, 
un prêtre nommé Arnould Boom, et on confisqua ses biens 
au profit de TÉtat. Parmi les meubles de ce malheureux, 
se trouvaient quatre représentations de la sainte Vierge, 
deux peintures, les autres en sculpture et en tapisserie. La 



(1) «... In (le eelcamere . . . een laefferncd, met 2 doren, staende op den 
oulaer aldair. — Op Willems camere 1 Tacffcrneel van Onser Vronwen, met 
1 sangwynnen cledeken staende opt tristsoer. — ftem, in de Florefcamere 
1 laverneel. — Ileni, op de lioglie camere 3 rode rycleedercn en ronde omlope, 
1 hemcl daerboven met gcscildcrde personagicn, 1 gescliilt cleel 0ns Iheren 
int graff, aenden want neven dbedde, i scrynhoulten trilsoer open, daerop 
1 taeverncel met 2 doren staende op 1 banxken. — In 's Mcyers camerken 
1 rondt trilsoer geslool daerop i tavcrnecl van Sinle Christoffel. — Item, int 
donckerkeemerken ... 1 taverneel van onser Vrouwen, 1 Veronica, l gescilt 
berdekcn met ous Hceren acnschyne ... 1 taverneelkcn vander Doetscap', met 
zyne gordynkens. — 6 taverneelen — l laverneel vander Hoetscap onzer 
Vrouwen, 1 taverneelken van Sinle Margrieten, elc. » Acte du 23 c/e'c. 1489, 
5« eh. éch. 

(2) « . . Op de vorsle camere gclieeten de Groencamere . . . een taftct van- 
der Drievtildicheit, Sinte Annen en Onser Vrouwen mellen wapenen; noch een 
half dozyn ctissen mellen wapenen van Quinlcn Cokerocls; een balf dozyn 
cussenen mellen duyven mellen ryskcn in de-i beek. — In de nedercamere 
aen de strate... een Sinte Amelbcrghc , een Beddelccm, gestolTeert van 
sneede, etc. » Acte du 28 juin 1309, 2e cb. éch. — Arnould Hanckart avait 
déjà épousé Amelberge Cockeroels, le i juillet 1486, l^e cb. éch. 



— 447 — 

plus importante des deux peintures fut adjugée, au prix de 
24 florins d'or, à maître Jean van Binckem, avocat au con- 
seil de Brabant. Elle représentait les tètes du Sauveur et 
de la sainte Vierge (i). La somme relativement élevée à la- 
quelle elle fut adjugée, prouve qu'elle était duc au pinceau 
de l'un de nos bons artistes. 

Un fait digne de remarque, c'est que nos peintres ne 
travaillaient pas seulement pour la ville, mais aussi pour 
l'extérieur. Le commerce de tableaux prenait de jour en 
jour plus d'importance, comme le prouvent plusieurs docu- 
ments de l'époque. On n'ignore pas, qu'en Espagne et en 
Portugal, l'art fut pendant le XV* siècle et presque tout le 
XVI% exclusivement entre les mains des artistes flamands. 
Dès 1460, l'influence flamande est si prononcée, si exclu- 
sive dans toute la Péninsule, et se continue pendant toute 
la première moitié du XVI* siècle avec une telle persistance, 
qu'il faut admettre une émigration incessante des œuvres 
et des artistes des Pays-Bas en Espagne et en Portugal, 
favorisée par les relations politiques de ces pays (2). 

L'archiduc Philippe le Beau épousa, en 149G, l'infante 
Jeanne, fille d'Isabelle, reine de Castille, et de Ferdinand, 
roi d'Aragon. Sous le règne prospère de ce prince (1494- 
IS06), plusieurs artistes flamands se fixèrent dans la Pé- 
ninsule. Un peintre louvanisle, Rodolphe van Velpen, par- 



(1) «... D'bcelde van onser licver Vrouwen, in cen bert, nieller nuillen 
gliewraclit : 10 st. gr. — Een beelde van Onscr lievcr Vrouwoi, in een ber- 
deken gemaeit : 2 st. 6 den. gr. — Een albaslen beelde van Onser Liever 
Vrouwen : 5 st. gr. — Een tavcrneel van ons Ilecren endc Liever Vrouwen 
acnsichtc, dal conslelie van poinleraturen geniaict was; want 'l principael 
ende d'besle van den voirschreven anderen slucken was, soe heeft den Meyer 
(van Loeven) dat gelalcn voere d'alrelioigbslen daller voere geboden was, 
meesteren Janne van Binckem, liceneiael ende advocact postulerende in den 
raide van Braband, te welenc voer 24 gouden Pliilippus guldenen. » Acte 
cité par M"" Pinciiart, Archives des arts, t. I, p. 278. 

(2) M. RAczYNSKt, Les arts en Portugal, Paris, *84G, in-S"; M. le conile 
Léon de Laborde, Les ducs de Bourgogne, t. I, p. 120. 



— 448 - 

lit pour le Portugal avec plusieurs compagnons, ainsi que 
nous le verrons plus loin. 

La peinture, qui déployait alors à Louvain une activité 
vraiment extraordinaire, trouva une ressource nouvelle 
dans la sculpture. C'est à la un du XV^ siècle qu'on com- 
mença à exécuter, dans notre ville, ces magnifiques contre- 
rétables d'autel, dont le temps en a respecté quelques-uns. 
Au commencement du siècle suivant, la cité comptait plu- 
sieurs artistes qui s'occupaient presqu'exclusivemenl de 
celte spécialité de la sculpture religieuse; c'étaient Jean 
van Kessele, Henri iMouwe, Jean et Lancelot Beyaert, 
Henri Rose, Guillaume Hessels, Ghilain Lenaert, etc. Ces 
rétables, toujours exécutés en bois de chêne, avaient or- 
dinairement la forme d'une arcade trilobée, chargée d'une 
profusion d'ornements. L'arcade était divisée en trois com- 
partiments encadrant des groupes en haut-relief, disposés 
sur plusieurs rangs superposés. La riche fantaisie ogivale 
s'épanouissait dans les fleurons et les rosaces des dais qui 
abritaient ces groupes, dont les plus grands artistes four- 
nissaient les dessins-modèles. Or, le sculpteur avait com- 
pris qu'il ne pouvait trouver dans le bois la mollesse des 
chairs, l'élasticité des muscles, la légèreté des formes, les 
sentiments de l'âme. Pour éclairer son œuvre, il recourut 
au talent du coloriste. Le peintre y donna l'aspect de la 
réalité, l'activité de la vie. L'union de la couleur et du 
relief produisait les effets les plus heureux. Par l'abon- 
dance des personnages, par l'intérêt des scènes, par la 
variété des plans, ces rétables étaient des tableaux dont 
l'efïet total était admirable. Nos meilleurs artistes s'occu- 
paient à polychromer ces sculptures. 

Lfn fait qui nous a frappé en compulsant nos archives, 
et qui n'est pas des moins intéressants à observer, c'est 
le respect, la vénération, dont les œuvres d'art étaient 
entourées. Alors la garde des édifices religieux n'était pas 



— -419 — 

confiée, comme cela n'arrive que trop souvent de nos jours, 
à des sacristains ignares, mais à des hommes ayant reçu 
une éducation artistique, et là où il n'y avait pas de gardien 
artiste, l'on était sur de trouver un peintre ou un sculpteur 
dans l'administration. Le peintre Barthélémy van Kessele 
était sacristain à Saint-Pierre, Arnould vander Phalizen, 
mayeur de la chapelle de Saiiite-Bari)e, François Stuerbout 
gardien de la chapelle des Clercs, Albert Bouts de celle de 
i\otre-Dame-hors-ville, ÉgideSluerbout marguiller àSainte- 
Gerlrude; Jean Rombouts était échevin de la commune. 

Nous avons déjà constaté que Thierry Bouts avait large- 
ment contribué au mouvement artistique dont nous venons 
de parler. Une école féconde s'était formée autour de lui, 
et on conçoit que tout ce qu'il y avait alors de peintres dans 
notre ville emprunta un rayon à l'auréole de ce magnifique 
et robuste génie. i\ous allons faire connaître les renseigne- 
ments que nous avons tirés des archives sur nos coloristes 
secondaires de cette époque. 

Un peintre louvaniste, du nom de Louis Bomen, est 
désigné comme mai l re d-dns un acte de 14o0, qui repose 
aux archives de l'abbaye de Parc (i). La qualification de 
maître dans un document de cette époque, prouve qu'il s'a- 
git d'un artiste de talent. Vasari, dans la première édition 
de sa biographie des peintres, qui parut, en looO, chez 
Lorenzo Torrentino, imprimeur flamand établi à Florence, 
mentionne, parmi les successeurs de Van Eyck, un Louis de 
Louvain, qu'il classe entre Memlinc et Pierre Christen, de 
Gand. C'est peut-être Louis Bonten. On a pensé que l'au- 
teur italien s'est trompé de prénom, qu'il a écrit Litclovico 
pour Diderico, et qu'il ne s'agit de personne autre que de 



(1) « Magisler Lldovicus ^oisTfs, piclor « Ac'p dctaclié de 1430, aux Arcliivcs 
de l"abbaye de Parc. 



— 450 — 

Thierry Bouts. Mais cela n'est point. Guicciardini, dans 
la nomenclature d'anciens peintres flamands qu'il publia, 
en îo67, dans sa Deslritlione di tutti i Paesi Bassi, men- 
tionne d'abord « Ludovico da Lovanio, » et puis « Dirick 
DA Lovanio (Bouts), grandissimo artifice. » Or, ce passage 
a été maintenu dans toutes les éditions de ce livre « revues, 
corrigées et augmentées par l'auteur. » Un Louvaniste, du 
prénom de Louis, fut donc grand peintre dans la seconde 
moitié du XV^ siècle. Il est à regretter que les renseigne- 
ments de toute nature nous manquent sur cet artiste qui 
a dû jouir jadis d'une brillante réputation. 

Nous avons parlé plus haut d'AaNOULo vander Phalizen, 
dit Aert in den Meynaert, qualifié de peintre de figures 
dans un acte du 23 décembre 1476. Révoqué de ses fonc- 
tions de directeur du matériel de VOmgang, il vécut long- 
temps en mésintelligence avec l'administration urbaine. 
Ses appointements pour l'année 1500 ne lui furent payés 
qu'en 1503 (i). Cet artiste, qui exécuta beaucoup de pein- 
tures décoratives, était, en 1500, l'un des administrateurs 
de la confrérie de Saint-Luc (2). En 1510 il était mayeur 
de la chapelle de Sainte-Barbe, au Wiering (3). Nous avons 
dit qu'il appartenait à une famille honorable. Il était fils 
de Jean vander Phalizen et d'Agnès Laps (4). L'artiste 
avait trois sœurs, Ide, Mathilde et Marguerite. Mathilde 
épousa Guillaume de Weert, dont elle eut un fils Louis de 
Weert, qui était, en 14-99, religieux au monastère de 



(1) « Belaell Aert Meynart, 1er cause van IG rinsgiilden en i sluvers, die 
men hem scbuldicli bleven was a" xv^, doen hy der Sladi schildcre was, van 
synen arbeyl, ende van sekere stoffen by hera der selve stadi geleverdt, 
15 july a» xv^xiij, 12 lib. » Compte de la ville de 1513, f" 242 v». 

(2) Acie du 2 septembre 1300, 3^ cli. écli. 

(3) « Arî(t VA^DER I'halisen, aïs meyerc, Jan van Ovcrbeke, Jan Yden en 
Henrick Rose, als regeerders van Sinte Bcrbelen Capellc. » Acte du 16 juilkl 
1510, Ire ch. éch. 

(4) Acte du l" mam 1481, 2" ch. cch. 



— 451 — 

Bethléem, près de Louvain (i). Arnould vandcr Plializen 
mourut en 1515. De sa femme Catherine IIombouts, il 
laissa trois filles : Catherine, Claire et Elisabeth. Les deux 
dernières étaient mineures à la mort de leur père. Le 
\\ juillet 1515, le conseil communal leur accorda Taulo- 
risation de vendre la maison de leurs parents, située rue 
Sainte-Barbe (2). 

Nous avons peu de renseignements sur Arnould vander 
Waeyere ou vander Wydere, qualifié de peintre dans un 
document de 1469. En 14-71 il se prit de querelle avec son 
frère Michel vander Wydere, qu'il roua de coups. Traduit 
de ce fait devant la justice échevinale, il fut condamné, 
le 23 novembre de la même année, à faire un pèlerinage à 
Strasbourg (3). L'artiste était marié. Le oO décembre 1486 



(1) o Arnoldus VANDER PuALYSEN, filius quondiim Johannis, Kalherina Rom- 
bouls, ejus uxor, Margareta vander Phalisen, soror dicti Arnoldi, ac frater 
Ludovicus de Wcert, filius quondani Willelmi, quem habuil à Hlaclitelde quon- 
dam vander Phalisen, ejus uxorc, sorore dum vixit dicti Arnoldi, commorans 
in monasterio de Bethléem. » Acte du 5 nov. 1499, l''e ch. éch. 

(2) « Nae dien Claere vander Phalisen, dochter wylen Arnts vander Pha- 
lisen, die hy hadde van Kallijne Rombouls, met Katlynen vander Phalisen, 
huer zuster, den Raide der stadt van Loeven le kynnen gegeven hadde hoc dal 
zy Cleere en Lysken vander Phalisen, huere zuesler, waren onmondige en on- 
bejaerdc kinderen, en hadden een huys gelegen in de Clcynslrale, te Loeven, 
dwelck zy geerne vercoepen soude, etc. » Acte du il juillet 1515, l^e ch. éch. 

(3) o Item, vander aenspraken die de Meyere van Loven, Hughe van Udekem, 
gedaen heeft, tôt Arnde vander Wyden, scildere, van dat de selve Arnt met 
meesler Mychiele vander Wyden, zynen brueder, zekere ombehoirlike hante- 
ringen ghehadl heeft, en den selven met quaden woirden bynnen Loven over- 
vallen, boven dien dat de selve Arnt vanden voirsc. zynen brucdcr te redite 
cm zyn kynsgedeelte te cryghen beirokken was, gelyc die waerheit gedragen 
héeft, die by scepenen van Loeven gehoert wert, was gewyst byden heeren 
scepenen van Loven, 1er manesse van 's Meycrs, dat de voirsc. Arnt vander 
Wydere den vorsc. Meyere van Loven, in den name van mynen gcncdigen 
Heeren en der stadt, van desen ter beternisse doen sal een bedevaert le Straes- 
borch, derweert te porren. bynnen iOdagen naesicomendc, en goede waerheit 
daer afte bringen, na der sladt rechl. lu scampvo. ■■■■ Acte dn 23 »ioi> 14-71, 
Ire ch. éch. 



— 452 — 

il émancipa ses fils Louis cl Jean (i). Nous n'avons pas dé- 
couvert d'autres détails sur lui. 

Henri van Mansdale, dit Keldermans, appartenait à la 
famille artistique de ce nom. Il était fils de Mathieu Kel- 
dermans, architecte et sculpteur à Louvain {2). L'artiste 
tenait atelier. Le 13 octobre 1483, il accepta comme élève 
un jeune homme du nom de Jean van Oudreghem, frère de 
Denis de Walsche, dit van Oudrec/hem. Selon le contrat, 
rédigé devant les échevins, il était tenu d'enseigner au 
disciple, pendant trois années, toutes les parties de l'art de 
peindre, moyennant une rénumération de 9 florins du 
Rhin (5). L'artiste figure comme peintre dans un acte du 
9 février 1484. En 1486 il s'était enfui de Louvain, sans 
que nous sachions pour quel motif (4). Un Henri Kelder- 
mans fut, en 1490, inscrit dans la corporation de Sainl- 

(1) « Arxoldus de WiEYERE, pielor, in presencia emancipavit Ludovicum et 
Johannem à pane suo, modo debito et consueto. » Acte du 50 décembre i486, 
Ire eli, éch'. 

(2) Il Hexricus Keloerha^s, filius quondain Malliei, scildere. » Acte du 
9 février 1483, 3e cli. éeh. 

(3)« He?îrick van Mansdale geheelen Kelderman, ter eenre, Desys de Walsche 
geheeten va:^ Oldreghem, 1er andere zydeii, zyn met malcanderen overcomen 
aise van Janne van Ondreghem, brueder des voirsc. Denys, die de voirsc. 
Henrick aengenomen hecft zyn ambachl van schilderien le leercn. lerst, dal 
de vorsc. Henrick deselve Janne zyn ambacht van schilderien wel en getrou- 
welic leeren sal, van aile wercke toi schilderien belioerende, eenen termyn van 
iij j'iren duerende, ingaende en uutgaende Sinte Denysdage, en dal hy daghe- 
licx le wercke comen sa) en altoos le maellyde thays eeten gaen, des sulien 
de voirsc. moeder ende huer kinderen den selven Henricke dair voer gheven 
neghen rynsguklen le 60 pi. 'Isluc cens, de drie rinsch gulden daeraf gereel, 
twee dairaf van desen daghe voir! over een jair en alsoe lotlcn 3 jaren loe... 
behalve oft.ecn van lien beide aflivich worde bynnen middelen tyde, elc. >• 
Acte du 13 octobre 1483, 2» eh. éeh. 

(4) « !Vae dien dal Jaoop van Musene voir sekcre sciilt van 30 stuvers ende 
eenen halven met behoirlyken rastemente gevolchl heefl,op sekere penningen 
wesende onder Merlen Gielijs, toebehoirende Henrix Kelderman, die den selven 
Jacoppe de voirs. scliull wcltichlyc sculdich was . . . . desscifs Jacope die le 
kynnen galT dat de voirsc. Henrick Kelderman vlnclilicli was ende niel le 
vindcn, etc. » Acte du 23 janvier 1486 (87), 1" ch. éch. 



— 455 — 

Luc, à Anvers (i). C'était peut-être notre compalriole. 
Henri Keldermans, peintre, devint, en loOo, propriétaire 
d'une maison située à Malines, marché au Bétail, entre 
la chapelle de Saint-Éloi et l'auhcrge la Tèle d'or. Il se 
fixa dans cette demeure et y héhergoa , en 1521, Albert 
Durer (2). L'artiste allemand l'appelle dans son journal de 
voyage : « Maister Ileinrich, maler. i> Nous ignorons si ce 
maître Henri était notre Keldermans, celte famille ayant 
produit un nombre considérable d'artistes. 

Jean van Poddeghcm est mentionné dans un acte du 
18 mars 147G(3). Il épousa Catherine van den Dale, fille 
de feu Arnould van den Dale et de Marguerite vander 
Leeps, ainsi qu'il résulte d'un acte du 11 janvier 1486, 
dans lequel il est qualifié de peintre de figures (4). Nous 
n'avons pas trouvé d'autres détails sur cet artiste. 

Jean Stevens, fils de Denis Stevens, travailla à Louvain 
en 1477 (0). Il avait épousé Catherine yan Berthem, fille 
de Hubert van Berthem et de Catherine vander Nat. Cette 
femme appartenait à une famille aisée, ainsi qu'il conste 
d'un acte de partage du io décembre 1481. Elle avait une 
sœur, Gertrude, religieuse au couvent de Sainte-Agnès, à 
Tirlemont, et une autre sœur, Ide, qui avait épousé le 
peintre Antoine vander Wolfshagen, dit Pasteijken (e). 

Stevens est mentionné, comme peintre de figures, dans 



(1) Les liggcrcn de la confrérie de Saint-Luc, à Anvers, publiés par MM. Pu. 
RoMBAUTs et Th. Van Lerius, p. 42. 

(2j Mf Alex. Pincbart, Additions à Croive, p. 290. 

(3) «Janne vam Poddegiiem, scitderc. » Acte du J8 mars 1476, Irccli. éch. 

(4) « JoHANiVES DE PoDDEGUEM, piclor ymaginuni, el Katherina vanden Dale, 
ejus uxor, filia quondain Ariioldi, quem retiiiuit à Margareta quondam van- 
der Leeps, ejus uxore. » Acte du 1 1 janvier 1485, 5« cli. écli. 

(5) « Jan Stevens, schilUere, en Kallynvn van Bcrlhem, syn wyve. » Acte du 
9 tnars 1477, 5« eh. éch. 

(6) Acte du IS décembre 1481, 2« ch. éch. 



— 454 — 

un acte du 10 septembre 1481 (i). Par contrai, passé le 
29 mars 1481, il s'engagea à exécuter un retable pour 
rëglise d'Avernas-le-Baudouin, moyennant une somme de 
26 1/2 florins du Rhin. La livraison de ce travail eut lieu 
pendant la même année , et le paiement en fut eff"ectué 
en 1484(2). 

Il paraît que Stevens était également marchand de ta- 
bleaux. Ce qui semble le prouver, c'est qu'il promit, le 
14 juillet 1481, devant les échevins de Louvain, de payer 
à Laurent de NVitte, fils de Gérard, à Anvers, 71 1/2 florins 
du Rhin, dès que celui-ci aurait fait livraison des tableaux 
que notre concitoyen lui avait achetés. Cette afl'aire devait 
avoir une certaine importance, attendu que les époux Sle- 
vens s'engagèrent, par contrat, à ne vendre ou grever aucune 
de leurs propriétés, à l'exception du taillis d'une forél à 
Blanden, tant que la somme stipulée n'aurait pas été liqui- 
dée (3). Laurent de Witte avait été reçu franc-maître à la 



(1) « JoHANNES Stevens, piclor ymaginum. >• Acte du 10 septembre liSI, 
2e ch. éch. 

(2) o Godfroit van Avernas, woenenJe 't Evernas le Baudewin, die mel 
zekeren zynen ruedeplegers verdinght hebben tegen Janne Stevens, schilUcre, 
te stofferene ende le scliilderen een lafele, gelyc hem die bewesen es, lieeft ge- 
looft, inden name van iiem selven en in den name Gheerds van Avernas, zyns 
broeders, den voirsc. Janne Slevens xxvi 1/2 rinsch gulden, te Ix plecken tstucii, 
tvierendeel daerafif Sl-Jansniesse naistcomende, 't vicrendeei xiiij nacht na 
St-Reymymisse daernae, 't vierendeel te Kersmisse daernae, en 't vierendeel te 
Vasteiavonde daernae volgende te betalen. De voirsc. Jan Stevens heeft ge- 
looft 'l voirsc. werck wel eiide loflick le maken en le voldoene, nae iniioudt 
den verdinghe voirsc. zonder argelist. 

Arnoul de Buele, woenende l'Evernas voirsc., die een vanden verdingliers 
der voirsc lafelen es, heeft gelooft den voirsc. Janne Slevens, wl saken van 
den voirsc. \vercke,aclit rinsch gulden en xv stuvers, te Ix plecken den gulden, 
ten voirsc, termyne te belalen. Jan heeft gelooft 'l voirsc. werck wel en loflic 
te maken en le voldoen, nae inhoudt van den verdinghe. » Acte du 29 mars 
U8I, 2e ch. éch. 

(5) n Item, Jan Slevens, schildere, soen wilen Denys, ende Katlïne van 
Bertiie.m, zyn wyf, docbler Ilubrechls wilen van Berihera, hebben gelooft, in- 
divisuni, Laurcyse de Witte, socn wilen Glieerds, woenende t'Antwerpcn, 
eeneutseventicli ende ecncn halven rinschgulden, le Iwinlich stuvers 'Isluek, 



— 4oo — 

confrérie de Sainl-Luc, à Anvers, en 1464. Nos époux sont 
encore mentionnés dans un acte du 8 mars 1485 (i). 

Le peintre Antol-se vander Wolfshagen, dit Pasteyken, 
travailla à Louvain en 1483 (2). 11 avait épousé Ide van 
Berthem, sœur de la femme du peintre Stevens, ainsi que 
nous l'avons vu plus haut (3). L'artiste, qui s'occupait 
beaucoup de peinture décorative, avait un frère, Jean 
vander Wolfshagen, qui était propriétaire d'une maison 
appelée de Vyf-boeken, rue de Malines, près de la Grand'- 
Place (4). 

Pierre van Daelhem paraît avoir été un artiste de talent. 



iij plecken den stuver, le weten aclit rinsche giildens ter stont, 20 wanneer 
de voersc. Laureys den vorsc. Jaune leveringe gedaen sali heblien van al- 
sulker schilderien aise de voirsc. Jan tegeu den voirsc. Laureyse gecoclit 
heeft, dairaffdese schout spruyiende compt, en dairaf zy der slucken en per- 
clieelen cens zyn, thien rinsch guldens te Bamisse naistcomendc, xij rinsch 
guldens in de Sinxen meerl van Antwerpen, dair nae xij rinsch gulden inde 
Bamisse merci van Anlwerpen, dairnae vervolgcnde, ende alsoe voert l'allen 
merclen van Anlwerpen xij rinsch guldens le betalen, toi ail belaelt sali 
zyn, elc. Julij xiiij. 

» Item, loi des voirsc. es Iiebben de voors. gehuyschen den voirsc. Lau- 
reysen in eedslat en op heuren beider Irouwe geloofl ende toegeseeght, dat 
zy bynnen den voirsc. termynen gheene van heuren goeden beruerlike noch 
omberuerlike, hel zy tsysgoede, egghen of leengoede, wair die gelegen zyn, 
vercopen, verlhieren noch belasten en selen, wtgescheiden tscaerhoul van- 
den bossche gehelen Schillelbercit, te Belanden gelegen, dair mede zy hen be- 
hulpen selen moeghen, ende oie mel 'Isgheens des hueren ambachte aengaet, 
nieltegenstaende der geluften voirsc. » Acle du 14 juillet 1481, 2<= ch. éch. 

(1) « Kathelynen, huysvrouwe van Jan Stevens, scilUere. » Aclc du 8 mars 
1483, l«ch. éeh. 

(2) « Item, Antonys vander Wolfiiagen, die men lieet Paslcyken, scildcre. » 
1483. Dleenboeck, n» 1657, f» 73. — Acle du oO juillet 1483, 2* ch. éch. 

(3) « Janne Stevens ende Anthonise vander Wolfshaghen, inden name en 
van weghen en ten bysyne ende mel consente Katlïnens en Ydens van Bert- 
BEM, huerer beyder werdynnen, wellighe dochleren des voirsc. wilen Hu- 
brechts. » Acte du Ib décembre 1481, 2^ ch. éch. 

(4j « Johannes vander Wolfshagen, diclus Pusleyken, filius quondam Wil- 
lelmi, supporlavil domum nuncipatam de Vijf-boecken, sitam juxla cymeterium 
ecclesie beali Pelri Lovauiensis, inler domum dictam Fonleyne et domum 
den Heim. » Acte du i janvier 1481, l^e ch. éch. 



— 456 — 

Il épousa Marguerite yan den Eynde, qui apparteuail à une 
famille honorable. Sa lanle, Catherine van Meenssele, élait 
béguine au grand Béguinage, et sa tante Madeleine van 
Meenssele avait épousé Hugues d'Udekem (i). 

En 1483, van Daelhem fut chargé de copier pour l'église 
du village de Binkeni , un tableau à cinq personnages, qui 
ornait alors Téglise de Saint-Michel, à Louvain. Le prix 
de ce travail avait été fixé à 10 florins du Rhin. Mais 
lorsque le tableau fut achevé, l'artiste sollicita un supplé- 
ment de solde, alléguant que l'œuvre avait exigé un travail 
beaucoup plus important qu'il ne l'avait prévu. Comme les 
marguilliers n'accédaient pas à sa demande, l'afTaire fut 
portée devant le conseil communal, qui, par sentence du 
15 juin 1484, fixa les honoraires du peintre à 14 florins 
du Rhin (2). Pierre van Daelhem exécuta, en 1498, les 

(1) « Peeter van Daelhem cnde mel hem jouffrouw Kalljne van Meenssele, 
moeye van MaryrieUn van den Eynde, liuysvrouwe des voirsc. Pelers, 1er 
eendere, en Huyghe van Udekem, als man van jouflfrouwe Jlagdaleene van 
Meenssele, zynder huysvi'ouwen, susler der voirsc. Jouffrouwe Kallyne^ ■> 
Acte du 29 août 1488, Ire ch. écii. 

(2) « Na dieu diverse questien, voere den Raids vandcr stadt geweest syn 
tussciien de kerckmeeslers van Dynckem, die aen Peti.ren van Daelhem beslaedt 
liadden te scliilderen en le slofferen eene Tafcle vun vyf beelden, nae de Tafele 
van S'e-Machlels, te Loven, 1er eender, en den selven Peeteren, ter andere, 
om den solaris die Peler daeraf meyiule le hebben, 1er laxacien van den mees- 
ters van den ambaclite ofl ncringen dies lien verslonden, dair van de kerck- 
meeslers hem presenteerden xij rinsguldens, seggende dal d'iersle verdinge 
van deser lafele geschiedde voir x rinsgulden, ende als den dach quam dal die 
volniaect soude hebben geweest, navolgende der vorwierden dair niels nict 
afgedaen en was, en dat zy dacrom Peleren onboden bydcn Borgemeeslere ende 
datdair, by lussclienspreken van goeden mannen, want Peler hem beclaechde 
vanden soberen looiie, de selve Peler yesch le hebben ij rinsgulden meer en 
liy soudl daerop maken van allen den welken zy hem den eedl deylen, ende 
oie dat daeraff glieene andere vorweerde gemaict eu wairi, zoe verre dat zy 
dien aengenomen hebben, en gestaefi wesen by tusschenspreken van den 
Borgemeeslere en eenige van den Rade, geappointeerl en vutgespreken es, by 
middele, om den eedt te schauwen, dat de kercmeesters hem dair voer betalen 
xiiij rinsgulden ende dair mede gcstaen, ende dat dair op hen de Tafele volgen 
soude behoirlyck gemaict. In consilio oppidi » Acte du 13 Janvier 1484, 

l" fil. Cl'll. 



— 457 — 

armoiries de Louvain sur les pièces de vin que hi com- 
mune offrit alors à l'empereur Maximilien (i). Il retraça 
aussi les armoiries de la ville sur les trois pièces de vin 
qui furent présentées à IMargucrile d'Autriche, le 9 octo- 
bre loOO (i). L'artiste laissa une fille, Barbe van Daelhem, 
qui épousa le sculpteur Georges van Schutlepultc, ainsi 
qu'il résulte d'un acte du 11 juin 1534 (s). 

Edmond Leemans est mentionné comme peintre de figures 
dans un acte du 20 novembre 14-86. Il s'était marié avec 
Catherine van Bollenborne , et était propriélaire d'une 
maison située rue de Malines, à côté de la brasserie le Per- 
roquet (4). 

Jean van Vorspoele, fils de Guillaume, apparaît comme 
peintre de figures dans un acte de l'échevinage. Il avait 
épousé Catherine van Belle, fille de feu Jacques van Belle, 
de Lille, et veuve de Jean Zoetmans, ainsi qu'il résulte d'un 
acte du 9 février 1485 (5). Nous ignorons s'il était parent 
d'Arnould van V'orspoele dont nous avons parlé plus haut. 

Un peintre du nom de Josse V^alcx, fils d'un peintre de 
Haarlem, fut assasiné, en 1487, par Henri van den Voerde, 



(!) « Belaelt Peteren van Daelhem van drie oft vier schildekens te malien 
vander wapenen dep sladt van Loven, omnie te worden geset op die valen 
vanden wyne die geschonken waert den Roemsch Coninck, en hem nagevoert 
ter Vueren, 27 ocl. a" li98, de somme van ij stuvers. » Compte de la ville de 
1498, fo43l v». 

(2) Comptes de la ville de 1500, f» 274. 

(3) Acte inscrit au 13 mars 1357, 3<; cli. écli. 

(i) « Ejiondus Leemans, piclor ymaginum, et Kalherina de Bollenborne, cjus 
uxor, supportavil domum el curtem sila in Castristrata inter domum reliete 
Ilenrici quondam Lorijs et cammam dictam Papegay. » Acte du 20 novem- 
bre i486, 2e ch. éch. 

(3) a JoHASNES DE VoRSPOEiE, piclor ymaginum, filius quondam Willelmi et 
Katherina de Belle, ejus uxop, lîlia quondam Jacobi de Belle, de Lille, ex 
Campana, relicla Joliannis quondam Zoclmans. <> Acte du 9 février 1483, 
5e ch. écli. 

32 



— 458 — 

dit Scepmun, de Louvaiii. Nous ignorons s'il lutbilait noire 
ville. Mais il résuite d'un acte éclievinal que l'assasin 
composa avec les parents de la victime en s'engageanl : 
1" à injplorer immédiatement le pardon du crime commis; 
2" à solliciter des prières dans 250 couvents; 5" à payer 
une amende de 18 florins du Rhin; i° à visiter le jour du 
Vendredi-Saint, en chemise et pieds nus, nos cinq églises 
paroissiales, ainsi que les chapelles du Mont-César et de 
Sainte-Catherine, et 5° à jeûner tous les vendredis de celle 
année. Nous publions en note le texte original de cetîe 
pièce intéressante (i). 

Au g V, nous avons parlé de Rodolphe van Velpen, qui 

(1) « Dm te comen loller zoene vanden doolslage die Hemiick vanden Voerde 

geheeten Scepman, gedaen heefl in den persoen Joes wiieii Valcx geheelen, 

Scildere, sone wilen Valex, scildere, van Haerlem, zyn de voirsc. Henrick en 

Arndt Syraoens, sone wilen Symoens Arnts, die hy hadde van Claren Valcx, 

susler des voirsc. wilen Joes, als naiste oir van manspersone nu Icrlyl Icvende 

des voirsc. wilen Joes, hoe wel hy van vrouwen persocnen was, ende alsoe 

van dier zyde bestont, want alsoe hy verduerde niemant van des zweeris zyden 

livich of levende waren, in wederzyden overcomen, overmils den conditien 

hier nae volgende : Inden yersten sal de voirsc. Henrick, terstont den voelval 

gedaen zynde, doen doen 't gebet van 250 cloosteren. Item, sal de voirsc. 

Henrick oick, terslont de soene gedaen zynde, den voirsc. Arnde geven 

18 rinschgulden, te 60 plecken tsiuck. Item, sal de voirsc. Henrick, In goedcn 

Vrydagh naistcomende besoeken de 7 naebescrevene kercken, inder stadt van 

Loven slacnde, wullen en bervoet, ter salieheit en voir de ziele van den aflivi- 

gen, te weten de 5 Procliie Kercken, de Borch en Sle-Katline, en dat doen 

bliken met gocder waerheit, alst gedaen sal zyn. Item, sal hy noch des yersten 

vrydaichs, nae de zoene, vasten en soe voirtaen alsoe menigen vrydach als dair 

inl jair comen, en soe verre hy dat bynnen jairs niet voldoen en can, sal hy 

dat nae djair moegen verhalen, ende voir de gracie van dien dat hy dat 

bynnen jairs niet voldaen, en des sal hy wullen en bervoet gaen in Sacra- 

ments daghe naistcomende, soe 'Iheylich Sacraraenl gaet, en voir 't voldoen 

van dien sal hy hem selven daeraf cleeren met eede. Item, heeft geloeft de 

voirsc. Arndl rekeninge den voirsc. Henrick soe verre hy naemaels van 

yemande anders gepraeratoft bescadicht wordde, vuyt sakcn van desen onge- 

valle, dat liy hem den voirsc. penningen sal weder restitueren en den voirsc. 

Henrick van aile lasten oft scaden, die hy vuyt saken van desen ongcvalle 

soude moegen lyden, etc. » Acte du 8 déc. 1487, 2e ch. éch. 



— -45U — 

avail épousé Catfierine Clarissen. Ccl artiste fut cliurgé, 
en 1478, d'exécuter un tableau destiné à élre placé sur la 
cheminée de la chambre à côlé du prétoire des échevins, à 
i'ilôlel-de-villc. Le peintre mourut pendant la même an- 
née. Sa veuve reçut le dernier [)aiemenl du tableau, dont 
nous venons de parler, le 19 avril 1489 (i). 

Son fils, également appelé Rodolphe van Velpen, est cité 
comme peintre de figures dans un acte du 7 juillet 1487 (a). 
il épousa Anne Cops, fille de Jean Cops, musicien (s), et 
sœur de Jean Cops, qui habitait Anvers (4). En 1488, il 
occupait une maison appartenant au peintre Conrard Sle- 
nack (s); mais en 1489 il habitait, rue de Namur, une 
maison qu'il tenait en location de Thierry Ileye, prêtre, 
moyennant un loyer annuel de 10 florins du Rhin. Selon 
le contrat, cette somme devait cire payée moitié en espèces, 



(1) <i RoELOVE VAN Velpe, 6'ci7rferf , gclendl op ecii sliick wercks dal hy oiidur 
lianden heeft, dwelck slaen sal voer de scouwe, neven de dingîibanck, ô ja- 
nuary 1478, 2 assys gulden. — Item, 6 february, 2 ass. guld. — llcm, 
13 feb. sinen wivc, 3 ass. guld. llem, 7 marlii gegeven HENnicH van Sconen- 
DERGHE, gelaesmakere, loi Roeloofs beliocf, o ass. guld. llem, der weduwe vcr- 
gouwen 4 aprilis, 3 ass. guld. llem, der weduwe vergouwen 19 aprilis 14-79, 
3 ass. guld. •) Leenboec, f» 2.ï0 

(2) « RoDDLPHi'S DE Velpe, filius quoiidaii) Rodulplii, Piclor ymaghnim. •> 
Acte du 7 juillet 1487, 2- ch. éch. 

(3) o RoELOVE VAN Velpe, scildere , en Anna, zynder luiysvrouwe, docliler 
meester Jan de lAiytslaghere. » Acle du l" décembre 1301, If cii. écli. — 
« Roelove van Velpe, als man van Annen Cops, syiider liuysvrouwe. » Acle du 
20 janvier 1301, 2e ch. éch. 

(4) « Tusselien Roelove van Velpe, schildcre, die voir den Raide vandcr 
stadt liadde doen onlbieden eenen gcheelen Hacquel, dienere myiis hcercn 
van Cliantraine, en Coenrarde . . . scliildere, oni de liaeffelyken goedcn «ille 
Hanssen Cops, sweer des voirsc. Roelof. . . dien woenaclilich was en zyne resi- 
dentie hielt lot Anlwerpen, etc » Acte du 17 fcv. 1487, 2« ch éch. 

{3j « RoELOF VAN Velpe, schildere, heeft geloeft Conrarde de Schildere 
(Slenacli) drie rinsgulden te GO plecken . . . als van zekeren liuysluieren » 
Acle du 17 février 1488, Ir^cli. rcli. 



— 400 — 

moitié en livraison de tableaux (i). Rodolphe van VYdpen 
parait avoir été un homme de peu d'ordre. Les actes de 
réchevinage nous le montrent criblé de dettes. Son beau- 
frère Jean Oege, maitre maçon, qui avait épousé sa sœur 
Elisabeth van Velpen,se porta, en 1490, caution pour le 
loyer de sa maison, alors fixé à 8 florins du Rhin (a), et 
se vit plus lard obligé de le payer. Vers cette époque, 
l'artiste, d'accord avec plusieurs autres peintres louvanis- 
les, résolut de se rendre en Portugal, où les artistes fla- 
mands, ainsi que nous l'avons constaté, commençaient à 
avoir du succès. Mais, comme il avait à rembourser à Jean 
van Lier, bourgeois de Louvain, une rente d'un cavalier et 
demi d'or, ce créancier, ayant appris que le coloriste était 
sur le point de s'expatrier, jugea prudent de le faire arrê- 
ter. Van Velpen paya une grande partie de cette créance. 



(1) <i Ilcm, RoELOF VAN Velpe, scildere, heefl bekinl scuhlicli te syne Heercn 
Diercke Ueye, priestere, vanden Iiueren van zynen liuyse in Sinte Quintens 
strate, onbelaelt uutslaende ende gevallen des nu onilrint drie weken geleden 
syn, de somme van thien rinsguldenen zwairs ghells, die hy geloeft heefl le 
betalen lialf 1er manissen heeren Diericx voirsc, ende voir d'ander helliclit 
sal hy heercn Diericke werck leveren van scilderien, soe vêle werl synde als 
de gène die hen des verstaen sullen taxeren, binnen vyf weken ten lancxlen 
twee slueken, suie als hem heer Dierick sal last geven te maken, ende al 
d'ander lusschen dan ende Alderheyligemisse dair nae, ende heefl Roelant 
bekinl dal syn hueringe aende voirsc. goede noch duerl noch twee jair lanck, 
inné gacnde des nu drie weken ledcn, mach syn oft dair omtrinl elcx jaii's 
om achl rinsguldens, zwaers ghelts, t'allen halven jare, half le betalen, 
behalven daeraen le corllen jaerlycx half en half twee rinsgulden, dair voer 
hem Roclaat oie gelyc vore wcre van scilderien dal hem heer Dierick sal 
doen maken, leveren sal mocten, ten pryse als voere, dair voere veroblige- 
rende hem selven ende aile syn goede hoedanieh die syn, wair die gelegen 
syn oft bevonden sullen moegen wordden. Coram Rerghe, Hove, junii 21 
1489. » 1" eh. éch. 

(2) o Item .lan Ocghe, metsere, heefl geloeft Heeren Diericke Hey, priestere, 
inné te slane van der hueren van desselfs heeren Diericx huyse, in Sinle 
Quintens Strate gelegen, dwelck Roelof van Velpe, de voirsc. Jans zwagers, 
tcgen den sclven heeren Diericke gehuert heefl, 't sjaers om achl rinssche 
guldenen. » Acte du 25 aoiit 1490, l" ch. éch. 



— 461 — 

fut élargi et partit pour le Portugal (i). De retour dans le 
pays en loOl, van Lier le (il de nouveau incarcérer pour 
obtenir le paiement de la somme restante (2). L'alTaire fut 
portée devant le conseil communal, qui décida, le 9 juil- 
let loOl, que l'artiste serait élargi moyennant un caution- 
nement de G Pelers et 2 sols. Mais à peine eut-il quitté la 
Vroente, qu'à la l'équisilion d'un autre créancier, son beau- 
frère Jean Oege, il fut arrêté de nouveau. Pendant qu'il se 
trouvait en prison, sa sœur, l'épouse Oege, lança une ca- 
lomnie atroce sur le coqipte de sa femme, l'accusant d'adul- 
tère avec le procureur Corneille van Schoenvorst, défenseur 
du mari. Aussitôt que l'artiste eût reconquis sa liberté, 
il intenta à sa sœur une action civile, exigeant d'elle un 
pèlerinage à Saint-Jacques, en Galice, ou à Saint-Pierre, 
à Rome. Traduite devant les échevins, elle fut condamnée 
à un pèlerinage à Notre-Dame d'Aix-la-Chapelle (0). Oege 



(1) « Inder sukcii gecomcn byden Rade vander sladt lusschcii Roelovc van 
Velpe, le wetene by nicestercn Conelyse Scoeiivorst, zynen procureur, 1er 
eenre, en Janne van Lyere, ter anderc, aldaer de voirsc. procureur des vorsc. 
Roelofs, alliier in hachten ziltende, ten versuecke des vorsc. Jans, en dat voer 
't gebreck der lossingen mellen verlopene paclitcn van 1 1/2 Ryder lyfpensien, 
dair voer deselve Rocloff, le welene uutcn voirsc. apart des voirsc. Jans in 
hacliten was comen, te kynnea gaff dat liy woude thoenen dal de vorsc. Roe- 
loff in dese sladt van Loven, a\s schildere coincn was, om met meer anderrn 
Consleneers eeneti tyt ovcrlcdcii le Ireckcn in Portegale, en dat de voirsc. Jan 
hem hadde doen houden ende vangen om vanden vorsc. 1 1/2 Ryder, anno 
1487bekant, gclost te zyne, by eenen dieiieer gciieeten Joes Pcysman, dan 
wesende, aiso dal de vorsc. Roeloff den vorsc. Janne le vreden slelle moisle, 
en den selven 1 l/'2 Ryder moisle lossen en quyten, eer hy vanden gevanke- 
nissen ontsiaen soude syn geweesl, om mellen andei'en te Porlegale te reysen, 
en dat hy hem soe vêle penuingen gafl' dat hy vanden vorsc. onderhalvcn 
ryder le vreden was, en dal hy den selven Roelove onlsloech en le Porlegale 
liel reysen, etc. » Acte du dernier juin liiOl, !■■« eh. écli. 

(2) « Fn der sakcn gccomen byden Raide van der slad tusschen Janne van 
Lyere, ter eenre, en Uoelove van Velpe, in hachlcn wesende, ter andere. » 
Acte dit 9 juillet 1501, l'» ch. éch. 

(3; « Vanden gedingc dat geweest is inde banek, voer Meyerc en Sccpenen 
van Loven, lusschen Roelove van Velpe, als nian en momboir Anncn Copa, 



— 46i> — 

usa de représailles. Nous avons fait observer que le colo- 
riste était son débiteur. Il avait payé le loyer de sa maison 
et lui avait, en outre, avancé une somme de 20 Peiers d'or. 
En partant pour le Portugal, Tarlisle avait placé sa femme 
chez son beau-frère et y avait déposé plusieurs meubles 
comme gage de l'argent prêté. Un beau matin, pendant que 
Jean Ocge et sa femme s'amusaient à la kermesse de Mali- 
nes, l'épouse van Velpen fit enlever ses meubles et alla 
rejoindre son mari, qui s'était fixé à Anvers (i). Oege, irrité 



synder liuysvrouwe, aenleggere, ter eenre zyde, ende Janne Ooge, als man en 
momboir Lysbcllen van Vclpe, synder huysvronwen, verweerdere, ter andere, 
aldair de voirsc. Roclof dede seggen, met zynen geleverden voirsprake, dat 
hy ontrint Sinxen leslleden in liachlen was ten versuecke des voirsc. Jans 
Ooghe, ende alsoo inder hachlen zynde, de huysvrouwe desselfs Jans Ooglie 
zeyde loi Janne van Leyre : « Jan van Lyere, myne swagerinne, meynende 
de huysvrouwe des vors. Roelofs, sait nu goet te dinghen liebben, waut zy 
heeft meesleren Cornelyse Scboonvorst lot hueren procureur, en dien en 
derven zy gheen gelt geven, want hy zeerlse en betaell hcni melten warcn 
die achter huyse gaet, » zeggende dat zy die woirden sprack in fellcn en 
graninien nioede, ende afnemingen vander eercn vander huysvrouwe des 
voirsc. Roelofs, die, soe seyde, altyt gestaen heeft ende alnoch stonde lot 
goeder namen en famen, aile dwelck de voirs. Roelof presenieerde te thoonen, 
soe verre de voirsc. Jan dat ontkinde, sustinerende voir zyne conclusie dat 
by de selve Janne bekint ofle by zynen selven Roelove gethoont, de voirsc. 
huysvrouwe des voirsc Jans den voirsc. Roelove en synder huysvrouwcn, ter 
beternisse en reparalien van hueren eeren, scbuldicb sal syn le doenc eene 
bedevaert St-Jacops, in Galissien, St-Pecters, te Roome, of alsulken beternisse 
als de lieercn scepenen van Loven wysen souden; daerop de voirsc. Jan, als 
momboir van synder huysvrouwcn, hem anlwoerden onlkende geheelic d'aen- 
sprake des voirsc Roelofs, en dcde seggen dat de voirsc. Roelof, die over hem 
of zyner huysvrouwcn nemniermeer en soude connen gheloonen, soe hy die 
by geleet liadde, sustinerende mits dien vandcn selven acnspraken ongehou- 
den te zyne, daerop, enz. es gewesen by Scepenen van Loven, 1er manisse 
's Meyers, dat de huysvrouwe des vorsc. Jans sculdich sal zyn den aenleggere 
ende synder huysvrouwcn, ter belernesse, le doen eene bedevaert tonser lie- 
ver Vrouwen l'Akcn, le porren bynncn iO dagen naislcomende ofle daeraf 
le hebben hueren goeden moel; iu Scarapno. » Acte du 2^ Janvier lîiOl, 
2= ch. ceh. 

(1) «... Jan Oeghe seyde dal hy borglie ware des voirsc. Roelofs, voer 
.»(ekere lyfriulen, dal de selve Roelof hem oie schuldich was van een huyshuren 
en dat de selve Roelof lieni bewesen liadde l"Antwerpcn 20 gouden gulden, 



— 403 — 

d'une (elle coiiduile, l'y suivit iinmédialcmenl pour nicllre 
la main sur une somme de 20 florins que l'arlisle avait à 
toucher. Mais il ne réussit pas dans son projet. Rappelé 
devant les échevins, vanVelpcn fut simplement condamné 
à payer la somme qu'il devait à son beau-frère. 

Nous ignorons si cet artiste passa le reste de sa vie à 
Anvers ou ailleurs. 

Molanus nous a conservé le nom d'un peintre louvaniste 
de cette époque, Barthélémy van Kessel (i), connusous la 
dénomination de Barthélémy le Sacristain ou Berlel de Cos- 
ter, en souvenir de ce qu'il avait été appelé, en 1495, aux 
fonctions de sacristain de la collégiale de Saint-Pierre, poste 
qui fut desservi par des membres de sa famille pendant plus 
d'un siècle (2). Ce n'était pas un artiste d'un grand mérite. 



ende dal de huysvrouwe van Roelove, bynnen den tyde dat hy te Porlegale 
was, omtrinf drie vierendeel jairs was, ten liuyse des voirsc. Jans, le welen 
van inganck oigst toi Paessclien dair nae, en gelach aldair bynnen middelen 
lyde van kinde, die liy en syn huysvrouwe suecoereerde van penningen en 
glielt te leenen, lot liueren nootdorst. Ende ten voirsc. Paesschen den voirsc. 
Janne en synder huysvrouwe, loi Mechelen, ter kermlsse wcsende, dal de 
huysvrouwe des voirsc. Roelofs daer bynnen, en niel boven drie weken out 
zynde van kinde, es heymelyck gegaen vuyten liuyse des voirsc. Jans en 
vuyter sladl gelogen, en heeft vuyt zynen huyse gedaen, sonder zynen welen, 
bynae aile de goedcn die de voirsc. Roelof l'zynen huyse gelaten hadde . . ende 
de voirsc. Roelof, van Porlingale gecomen, toech hy l'Antwerpen, aldair zyne 
huysvrouwe was, etc. » Acte du 27 avril 1501, 2« ch. éch. 

(1) « Rerti;l vas Kessele, ondcrkosler dcr kercke van Sinte-Peelers, le 
Loevcn » Acte du {9 janvier 1510, t^e ch. éch. — « BartuolomjEUs de Kessele, 
vice-cuslos ecclesiœ S. Pelri Lovaniensis. » Arle du 19 fcv. 1521, Ire ch. éch. 
— « BART1I0L0.MEUS VAN Kesslle, costcr van Sinte Peeters. » Acte du 10 juillet 
1523, Ire ch. éch. 

(2) a Bartiiolom.eus VAN Kessei., vulgo Berlel die Costcr, supr.n inoduin ada- 
mavit Ecclesiam divi Pelri quo ad ornaluni et pias cœremonias. El in ea ccclc- 
sià cum parenlibus suis ultra centum annos cuslos fuit. Ipse enim suà manu 
annolavit anno 1535, Joliannetn van Kessele, caJicarium, seniorern, factum 
esse custodcni anno 1432, Joannem van Kessele, juniorem, anno 1458 Iriduo 
ante exustionem ecclesiœ, qui anno U84 faclus est sacerdos, eique morienli 
se Barlholomceum, Pictorcm, anno i4n5 successisse. » Molanks, Hist. Lov , 
t. Il, p. 727. 



— 464 — 

Ses œuvres, d'après ce que Molanus donne à entendre, 
témoignaient plus en faveur de sa piété que de son talent. 
li s'occupait aussi de sculpture, moulant sur des corps 
morts des statues en plâtre, qu'il faisait servir d'images 
du Christ au tombeau. On en voyait jadis de sa façon à la 
chapelle du Mont Calvaire, hors la porte de Bruxelles, et 
dans plusieurs autres églises de Louvain (i). Au rapport de 
Molanus, van Kessel savait orner l'église de Saint-Pierre 
avec un goùl parfait. Il prenait annuellement part à l'orga- 
nisation de VOmgang, ainsi qu'il résulte des comptes de 
la ville. Souvent il dirigeait à cheval les groupes des corps 
de métiers, conjointement avec le prieur des Carmes 
chaussés. 

Barthélémy van Kessel, qui épousa Marie vander Haghen, 
fille de François vander Haghen (2), laissa à l'église de 
Saint-Pierre un registre renfermant des annotations histo- 
riques d'un grand intérêt. Molanus le cite souvent sous la 
dénomination de Dlarhim Barlholomœi Cuslodis. Il était 
encore en fonctions à la date du 11 septembre 1557 (3). 

Arnouf.d Crauwel est un peintre louvaniste de la même 
époque. Il est mentionné dans un acte de 1490. En 149G, 
il enlumina le chœur de la Sainte-Vierge, à l'église de l'ab- 
baye de Parc. Ce travail ne pouvait être fort important, 
attendu qu'il ne toucha de ce fait que 4 florins du Rhin (4). 



(1) « Bartholom.eus van Kessel, pictor et ecclesiœ Divi Pelri cusios, fudit 
super mortuis hominibus corpus Cbrisll mortuum, proul cernitur in sepulcro 
Montis Calvariœ, et in variis urbis noslrre ecclesiÎE. Funclcbat eliam formas 
viventium liominum, dans eis aliquid in ore ad respirandum. Hujas nientio- 
nem ingero, non ob arlificium, sed ob pietatem. Sepulcra eim liaec a niullis 
religiose invisuntur. » Moia^cs, t. I, p. 611. 

(2) « Bartholomeus vax Kessele en Marie va.\der Hagucn, zyne huysvi-ouwe, 
dochler wylen Vranckx vander llaglien. » Acte du 1" oct. 1532, 2'" cli. coll. 

(3) « Bartholomeus va« Kessele, cosler der kercke van S. Peelers, te Loven. >> 
Acte du 1 1 sept. 1Î537, 3" eh. éch . 

(4) « llcru, Ar\oldo Crauwel, pro piclura in clioro béate Marie Virginis 
ac aliis per euindem faclis, iv renenses. >; Compte de l'abbaye de Parc, de 1496. 



— 465 — 

Un peintre du prénom de Conrard a})pai'ail dans un acte 
éclievinal du 17 février 1488 (i). L'arlislc ainsi désigné 
n'est autre, sans doute, que Conrard Slrnack, qui devint, 
en 1497, propriétaire d'une maison avec jardin, rue de 
Tirlemont, près de l'église Saint-Michel (2). 

RoMBÂDT VAN Nyelen, peintre, habitait, en 1488, une 
maison située près la chapelle de Sainte-lMarguerite, rue 
des Brasseurs. Cette demeure était la propriété de l'artiste. 
Un certain Jean M kES, peintre, demeurait, en 1496, dans 
une maison située rue de Paris, qui appartenait à l'abbaye 
de Parc; il l'habitait encore en 1512. Jean Ackermans, 
peintre, demeurait, en 1496, rue Kraekhoven, dans une 
maison qui appartenait également à l'abbaye de Parc (3). 
Jean Motton, peintre, est mentionné dans un acte du 20 no- 
vembre 1499 (4). Erasme ou Rase de Gans dans un autre 
du 19 janvier 1500 (s). 

Nous avons à entrenir nos lecteur d'un peintre louvaniste 
de cette époque qui jouissait d'une certaine réputation. Il 
portait le nom de Rombaut van Berlair, et était fils de 
lîombaut et d'Adélaïde van Binckem. Sa sœur du pre- 
mier lit, Marguerite van Berlair, avait épousé Thierry 
Bouts jeune (e). Son père vivait encore à la date du 



(1) Acte du 17 février 1488, l'e cli. éch. 

(2) « CoNRAnous Slenack, piclor. « Acte du 2 août 14.97, \re eh. éch. 

(3) Renseignements puisés dans les archives de l'abbaye du Parc. 

(4) « JAJi Motton, seildere. « Acte du 20 nov. 1499, l^e eh éch. 

(5) n Rase de Gans, schildere. » Acte du 19 janv 1300, l^e ch. cch. 

(6) « llem, RoMBOLDus de Berlair, filius quondam Romboldi, el Aleydis de 
Bynckem, ejus secundaria uxor, Franco de Berlair, filins dic!i Romboldi; Rom- 
boldusWilleniair, junior, el Elisabeth de Rerlair, ejus uxor, soror dicii Fran- 
conis, ac filia dieti Romboldi, Theodortccs Bouts, Marcareta de Berlair, ejus 
uxor, similiter soror diclornm Franronis et Elisabethe, filia dicti Romboldi, 
de primo thoro, Romboldus et Katherina de Berlair, liberi dicti Romboldi, de 

secundo thoro, prius emancipati conlnlerunl duas domos conliguas cum 

curlibus in vico dicio Petercelstralc. » Acte du 22 février 1478, 2c ch. éch. 



— 4G6 — 

7 août U81 (i). L'arlisle esl qualifié de peintre de figures 
dans un acle du 12 décembre 14-85 (2). Il épousa Catherine 
VAN ThieiNen, fille de Jean van Thienen et de x\Iarguerite 
Beicx (3). En 1496, il remplaça Gilles Stuerbout en qualité 
de peintre de la ville et de directeur du matériel de VOm- 
gang. iVous avons vu plus baut qu'il fut révoqué, en 1497, 
et remplacé par Arnould vander Phalizen, mais qu'il fut 
rétabli dans ses fondions en 1500 (4). Il conserva ce poste 



(1) « Franco van Berlair, filius légitimas Romboldi de Berlair, prius eman- 
cipatus; supporlavit quinque solidos et quinque caponos supra domum et 
curlem relicle Henrici quondara 's Briiynen, sila in Percksirata, inlev slratw 
lam versus lombam, ah una, et bona hereditum Everardi quondam de Wynghe, 
imposito Tlwodoricus Bouts, filius quondam Theodorici, etc. » Acte du 
7 août 1/^81, 2e ch. éch. 

(2) « RoMiîOLDus DE Berlair, piclor ymaginum, filius quondam Romboldi, 
et Kallierina de Berlair, ejus soror. » Acle du 12 décembre U83, ôe ch. écb. 

(3) « Katlyke van Thienen, liuysvrouwe meesler Rombouts van Berlair; 
Margriete van Thienen, huysvrouwe van Joris Lobbe, dochleren wylen Jans 
van Tliiencn en van .Vargrieten wylen Belcx. » Acte du 2 avril 1318, 2e ch. éch. 

(i) « Na dien by den Raide vander stadl van Loeven hier voirmaels zyn ge- 
comparecrl Rombout van Berlair, 1er eendero, en Arndt inden Weynart, ter 
andere, qucstie en dilTercntie underlinghe hebbende acngaende der ofTicie die 
de stadt te geven heeft, te weten vander schildcrien van den proecssien van 
deserstadt en des dien acncleeft, pretenderendedeselve Romboul onbehoirlyck, 
huyien redenen en reclit vuyt zynder possessien hem, byden Raide geondt, 
inden jaere 14-96, by den wethoudcren doen ter tyt zynde, gesedt te zyne, nae 
de doot en aflivicheit raeesfer Gielis wylen Sluerboul, doen ter tyt de selve 
offîeie vaccrende, seggende als voere dat d'ombehoirlyke possessie en ghifle 
der selver oflicien Arnde voirsc. verleent, nae gebuert by de wethoudcren 
anni U99 niet schuldich en ware te gripen, maer 1er contrarien hy Romboul 
sculdich ware gestelt te wordden vry en pasibelyc om die te profiteren en te 
gebruycken navolgende zynder voirsc. ghiften, hem des gedragende totten 
heeren en rechte. Dair tegen de voirsc. Arndt gesnstineerl heeft, met zynen 
vrienden, de contrarie, hopende in zyn possessie en gebruycke in dien te 
bliven, le voirdere, soe hy seydl, hoewel de voirsc. Romboul de voirsc. ghifle 
gehadt mocht hebben, 3 jaren oft daeromtrint, nae daflivicheit des voirsc. 
meester Gielis, doenlerlyt byde wet loegeseet geweest, soe verre die vaceerdc, 
dalmen hem in dien alsdan versien soude, als dal de wethouderen voirsc. siende 
de voirsc. altercalie en in dien diverse bricven en bevelen Myns Genedigen 
Heeren hebben gehadt, om den voirsc. Roniboule in zyn possessie len vorsie 
ghifle eu gebruycke te liouden, daer inné le slcllen ende oie niundeliuge bevel 



— 407 — 

jusqu'en 1327. L'arlis(e est cité dans les actes de Téelie- 
vinage sous ia qualification de maîlre peintre juré de la ville 
de Louvain (i). 

Notre van Berlair était un artiste habile. Il coloriait des 
statues, brossait des ornements et des blasons, enluminait 
des retables, produisait des tableaux. Les registres de 
comptabilité que nois avons compulsés le mentionnent très- 
fréquemment pour ce genre de travaux. 

L'artiste se trouvait dans une position aisée. Le 2 avril 
lois eut lieu, devant les échevins de Louvain, le partage 
des biens délaissés par les parents de sa femme. Il eut pour 
sa part une maison au Corlen-Bruel et neuf rentes hypo- 
théquées sur des propriétés sises en ville (2). En 1.320, il 
recueillit l'héritage de son beau-frère Guillaume van Thie- 
nen, qui avait épousé Adélaïde van Langrode (3). Une sœur 
de sa femme, Marguerite van Thienen, avait épousé Georges 
Lobbe, brasseur; une autre sœur, Elisabelh van Thienen, 
était frappée d'aliénation mentale. A la prière de l'artiste, 
le conseil la plaça sous curatelle, le 12 mars 1317 (4). 



liebben de selve welhoiideren, op al int lange geledi, des in desen van voere 
totaehter gebuerl mochl zyn, vuyigesproken en getermineert ilat de vorsc. 
officie seuldicli soude zj-n den voirsc.Romboule pe.vsselyc en vredelyctevolgen, 
en dal hy daerinne wederom soude wordden gestell en geinlegreert, endc de 
voirs. Arndt hem in dien le verdragen, verclairende alsoe genoecli de voirsc. 
vorsie ghifte Romboulc gebuert van weerden te zyne, in desen den selven 
Romboule raerckelyck bevolcn en gelast dal hy die officie liebben sal endc 
exerceren op de maniercn soe de voirsc Arndl, navolgende den slaet en wesen 
van den Register, hem die gelast es le doenc In consilio oppidi, etc. » Acte 
du 16 septembre 1500, Ire eh. éch. 

(1) « RoMBO'JT VAN BERLAin, gesworeii meesicr werchnan vande sladl. » Acte 
du 17 nov. 1518, 2" ch éch. — « Rumboldus van BEniAiiî, magister Juratus 
oppidi Lovaiiiensis. » Acte du 5 oct. 131!), ^'= cii. éch. — « Rombalt van Ber- 
LAr«, schddere, deser stadl geswortn mecslcre » Acte du G judlel 1520, 
2e ch. éch. 

(2) Acte du 2 avril 1518, 2^ ch. éch. 
(5) Arle du G Juillet 1520, 2e ch. éch. 

(4) « !Vae dien, op heden, byden Raide van drr sladt gecomparecri meesler 
RoMBOiT YAK BenLAiR, meesler scildere, van dcscr stadl, den sclvcn Raide le 



— 4G8 ~ 

Le peintre élail, en 1517, propriétaire d'une maison 
située rue de Bruxelles, au-delà du premier pont. Le 
jardin touchait à la Dyle (i). Il habitait cette demeure 
en 1521 (2). 

Notre artiste eut de sa femme, Catherine van Thienen, 
neuf enfants, savoir : 1° Jean, 2° François, ô° Rombaut, 
4.0 Georges, 5° Pierre, 6° Grégoire, 7° Adrien, 8° Elza, 
9° Égide. Ces enfants furent émancipés le 2 octobre 1 508 (3). 
Son fils Egide, entra comme élève, dans l'atelier du sculp- 
teur Guillaume Hessels; il devait y passer cinq années 
d'apprentissage, ainsi qu'il conste du contrat rédigé de- 
vant les échevins, le II mars 1519(4). 

Rombout van Berlair vivait encore le 3 juin 1550 (k). 



kynnen gegeven hoe dat Lysbelli van Thienen, zynilcr liuysvrouwen ziisler, 
onTiOsel, sympel, cleyn ende ydel van synnen gewordden was, soe dal zy 
liueren selven, noch liuercn goeden niel geregeren en soude connen, etc. » 
Acte du 12 mars 1517, l'ecli. éeli. 

(1) « RoMBOLDUs DE Beriair, fïlius quondam Romboldi, et Katherina de 
Tlienis, ejus uxor, in presenlia contulerunt . . . domum unam in Lapidea- 
slrattt, inlei- bona Egidii de Netlienis, ab una, el bona Anioldi Corbeels, ab 
alia partibus, extendens retrorsum usque ad Diliam ibidem labentem. » Acte 
du \" février 1317, Ue ch. ccli. 

(2) « RoMBOLDUs DE Berlair, filius quondam Romboldi, piclor ymaginum, et 
Katherina van Thienen, ejus uxor, commoranles Lovanii, in Lupideaslrala. k 
Acte du 14 décembre 1321, l^e ch. éch. 

(3) a RoMBOLDUs DE Berlair, pictor ijmaginum, in presenlia, cmancipavil 
Johannem, Francisrum, Uomboldnm, Gcorr/ium, Pclrum, Gregorium, Adria- 
num, Elzam el Egidium de Berlair, suos liberos, à pane. » Acte du 2 oclo- 
bre 1308, 3e ch. éch. 

(4.) « Nae dien Willem Hessele, beelsnydere, comeii es bydcn Raide vander 
sladt tegen Romboule van Berlair, scildere, te kynnen gevende hoe dat Rom- 
bout van Berlair aen hem bestaet hadde Gielyse van Berlair, zynen sone, om 
le leeren d'ambacht van Bcelsnijdcn, eenen tyl van vyf jaren, daeraf nu, tderde 
jair loepende was, op sckeron vorwerdcn en couditicn indcr ccdullcn vanden 
bcstaden dair aff lusschen hcni Romboule ende Willem in presencien van 
goeden mannen gehanleekent. » Acte du 1 1 mars 1522, l>-« cli. éch 

(5) « Romboldus van Berlair, filius quondam Romboldi, cl Kallirriiia de 
Thenis, ejus uxor. » Acte du ô juin 1530, 2«- ch. éch. 



— 409 — 

Il mourut le 13 novembre 1531 (i). Quant à son épouse, 
elle vivait encore à la date du 13 mars 1554 {i), 

GoDEFROiD ou Gt'ool DE CuvPKRE était à la fois architecte 
et peintre de figures (s). Il élail (ils de Paul de Cuypere et 
neveu de Grégoire de Cuypere, architecte (4). En 1500 il 
était l'un des administrateurs de la confrérie de Saint- 
Luc (5), A la date du 18 octobre 1504, il demeurait rue 
de Paris (g); mais le 4 juillet 1505, il habitait rue de Parc, 
coin de la rue de Notre-Dame des Frères. 

Un certain Jean Zomers, fds de Gautier, est qualifié de 
peintre de figures dans un acte du 3 janvier 1508 (7), Nous 
n'avons pas trouvé d'autres renseignements sur lui. 

Jean Dillen est mentionné comme peintre, dans un acte 
du 21 août 1504 (s). Il est encore cité dans un acte du 
21 janvier 1508, par lequel un fils naturel du patricien 



(1) « Allen, dat Kallynen vanTliienen,\veiluwe Rombouls wylenvan Berlair, 
cum tutore, heeft geconsliliieerl Jeroemen en Franssen vaii Berlair, hueren 
kinderen, bruederen Jorys Nuyts, pater der Cellebruederen, te Ludick, cnz , 
om aile huere saken. » Acte du 13 nov. 1531, 2» ch. éch. 

(2) « Cmherina van Tuienen, relicla Romboloi quondam de BEniAin. » Acte 
du 13 mars 1334, 2'-cl]. éch. 

(3) » GoDEFRiDus Cdypere, lalhomus el piclor ymaginum, in vieo Parcliensi, 
supra conum vici Vlaminckslrale. » Acte du i juillet 1303, 3^ eh. éch. — 
« GoERT DE Cuypere, scilderc. » Acte du 10 février 1301, 2e ch. éch. 

(4) «Godefridus de Cdypere, filius quondam Pauli, piclor ymuginum, et 
Gregorius Cuypere, ejus aviinculus, lathomus, ambo coramorantes Lovanii. » 
Acte du 28 sept. 1302, cité dans une pièce du 19 février 1311, 2c ch. éch. 

(6) Acte du 2 septembre 1300, 5e ch. éch. 

(3) o GooRT de Cdypere, schildere, woenende in de Ledigeslrale. » Acte du 
18 octobre 1304, 3e ch. éch. 

(7) «Johannes Zomers, piclor ymaginum, filius quondam Walteri. » i4c/e 
du Z janvier 1308, 3^ ch. éch. 

(8) « Jan Dillen, scildere, heeft geloeft Heeren Anlhoenisse Coeninxloe, 
prieslere, een en vicrtich sluvers. » Adc du'i\ noûl 1504, 2» ch, éch. 



— 470 — 

Jean Blanckail réclame de lui une somme de 7 florins du 
Rhin, pour livraison de tableaux (i). 

Égide Thuys, peintre, était, en 1507, gardien de la 
chapelle de Nolre-Dame-hors-Ville. En 1508, il accepta 
comme élève Pierre Zeyssemakers, fils d'une veuve. L'élève 
devait servir le maître pendant cinq années. Celui-ci s'o- 
bligeait à l'instruire et à le nourrir gratuitement; mais si 
Pierre abandonnait son atelier avant l'expiration du terme 
stipulé dans le contrat, l'artiste avait droit à une rénuméra- 
lion à dire d'experts (a). Il semble qu'il eut une femme d'un 
caractère violent. En 1507, elle fui incarcérée pour avoir 
blessé, au moyen d'une pierre, Henri Steeckmans, suppôt 
de l'Université (5). 

GoDEFROiD Henrion était un peintre louvaniste qui tra- 
vaillait à la même époque. En 1510, il demeurait momen- 



(1) « Tiisschen Janne Blanckart, naluerlyck, die eysschende was Janne 
DiLLEN, scitildere, ter saken van waren van scliilderien, die liy tegen hem ge- 
eoclit hadile, de somme van zevcn rinsgulden, die de selve Jan Dillen liera 
bekende scliuldich te wesen, es getermineert dal hy hem die sal betalen half 
te Liciilemisse en half te Paessclien. » Acte du 21 Janvier 1508, 2e eh. éch. 

(2j « Item, GiELis Tuuvs, Scitildere, woeneiide in de Capelle van onscr liever 
Vrouwen Ghinderbuyten, heeft aengenomen Pelerken. zone der weduwen 
Zeyssemakers, eenen termynvan vylTjaren, beginnende teKersmesse leslleden, 
om hem te leeren de consle van scitderen; dies moel Ghielis vorsc. hem den 
cost geven tamelyck soe dat behoirt, cnde oft gebuerde dat de voirsc. Peler- 
ken hem onigink voir d'uytganek vanden voirsc. termyne oft dat hy hem oick 
eenigiie onrecht dede, genoech blyckende, soe hebben de moeder des vorsc. 
Peterkens, ende met haer Everart Leysens en Lyebrecht van Dyon, gcloeft 
indivisum, den voirsc. Gielyse daeraffte voldoen, ten seggen van den ghenen 
hen des verstaende, nae gelegentheyd vander saken, etc. » Acte du 17 août 
1508, Ire ch. éch. 

(3} « Item, belaelt Willeme van Assche, luetenant 's Meyers van Loven, 
van te hebben gedaeri diligcntie, omme in hachten ende gevangen te cryghen 
de huysvrousve van Gielys de Sciiildere, woonende in de Cappclie van Onscr 
liever Vrouwen gkinder bmjten, die met eenen sieene geworpen en gequetst 
hadde llenriciim Steeckmans, supposl dcr Universiteyt 11 martii 1507. « 
Compte de lu ville, f" ô-iO V. 



471 — 



tanémenl à Parc (i). Il est probable qu'il exécuta alors des 
peintures à l'abbaye qui existe dans cette localité. 

Nous avons recueilli des renseignements sur un peintre 
de cette époque, qui appartenait à l'une des familles les 
plus opulentes des lignages de Louvain. Il portait le nom de 
Jean van den Berghe et était fils de Mariin van den Berghe 
et d'Elisabeth van Hoboken {2). L'artiste avait trois frères, 
Gautier, Josse et Gaspard. Ses parents se trouvaient dans 
une position aisée. Son père avait bérité de dame Jeanne 
van Grave, première femme de Libert, sire de Melderl (3). 
Martin van den Bergbe vivait encore le 25 mars 1494; mais 
il mourut quelque temps après, car sa veuve épousa en 
secondes noces, avant le 6 juillet 1490, Jeaii van Wesen- 
hagen, dont elle eut des enfants (4). 



(1) « GoiRDT Henriok, Scliildcre, nu 1er lyl woencnde te Percke. » Acte clic 
l'2juin 1510, Ir^ ch. écli. 

(2) « Ja>ne van DEM Berche, sone wylen Merlcns, Scliildere. » Acte dit 
27 juin 1498, 2e ch. éch. — « Johannes vaîi den Beugue, picior, filius quondam 
Martini, comniorans Lovanii. » Acte du 12 février 1518, i""ecli. éch. 

(3) «... vanden goeden die Merten w)len van den Berghe, hueren vader, 
in deyliijgen vielen legen d'andere niede erfgcnamen, wylen jouflVouwe 
Jannen van Graven, yerstemedegeselline wylen Lyebrcchts, heere loi Melderl. » 
Acle du 6 juillet 1496, 2« ch. éch. 

(4) « JoufTrouweLïsntTU Hoeboken, weduwe Mertens wylen van den Berghe, 
nu h uysvrouwe /ans uan Wesenhagen, met consente, wille en oversiane des- 
selfs Jans, huers mans, Jan en Wocier van den Berghe, hueren kinderen, die 
zy behouden heeft vanden vorsc. wylen Merten, hueren yersten man, met 
consente der selver moeder en huers mans en met consente Goirts vanden 
Berghe, Peeters sone, maechs der selver kinderen, van huers vadcrs wegen, 
hebben gekint en gelyt dal hen jouÉfrouwe Katlyne tan den Berghe, weduwe 
Lodewycx wylen van Schore, en heer Jan Peyders, priestere, huere neve, vol- 
coraelyck gelost en afgekweten hebben vyf rynsgulden . . . die de voersc. we- 
duwe en hueren kinderen hebben en nae de doot Wouters wylen vanden 
Berghe, huers ooms, aencomen ende verslorven syn, aen ende op diverse 
goeden en onderpanden bynncn Loeven, te Rou.vmiroir en elswair. . . en voirts 
hier in te vervangen, ende in dien te hebben/oese en Jasperen van den Berghe, 
oie kinderen der voirse. wylen Merlcns en jouITrouw Lysbell), ondcr hueren 
dagen zynde, elc. » Avlc du 6 juillet 1490, S*" cli. cch. — « De kinderen der 



— 472 — 

Jean van den Berghe, qui élait propriétaire d'une de- 
meure avec jardin, situés rue de Bruxelles ou Bicststrale (i), 
est qualifié de peintre dans un acte du 27 juin 1498. 
Dans un acte du 1o novembre 1531, il est désigné comme 
peintre de figures (2). En 1529, il remplissait les fonc- 
tions de maître de la confrérie de Saint-Luc (0). L'artiste 
avait épousé Pétronille Mommaerts , dont il eut cinq 
enfants. 

Le temps, ainsi que nous allons le voir, nous a épargné 
quelques productions de Jean van den Berghe. 

Louvain comptait alors parmi ses artistes un sculpteur 
tout-à-fait distingué. Il portail le nom de Guillaume Hessels 
et élait fils de Gisbert Ilessels, maître es arts, chirurgien 
en titre de la ville. Sa sœur Marie avait épousé, avant le 
23 décembre 1490, le menuisier .Jean Petercels (4), et son 
frère était chirurgien juré de la ville d'Anvers (s). L'artiste 
avait épousé Marthe 's Conlncx, dont il eut trois fils, Martin, 
Jean et Augustin. Guillaume Ilessels, qui demeurait rue 



voirsc. Jans van Wesenliagen, die liy nu heeft of namaels vercrigen sal moegen 
vander voirsc. jouffrouwe Lysdetten IIoboken ...» Acte du 6 juillet 1496, 
Ire ch. éch. 

(1) « Een huys, mettcn liove ende andere zynen toebehoirten, gelegen in 
de Bieslslrale, tusschen de goede Jans de Moldere, ter eenre, en de goeden 
der weduwe Gielis van Giieele, 1er andere zyden. » Acle du 29 mai 1532, 
Ire ch. éch., à la fin du volume. 

(2) « JoHiKMES VAN DEN Berche, fiiius quoudam Martini, piclor ymaginum. » 
Acle du l."} nov. loôl, 3e ch. éch. 

(3) Acle du 20 nov. 1529, 2» ch. éch. 

(4) « Domus cum coquinia, caméra bassa et suis pertinentiis, nuncupata 
Creeft sita juxla Sccpslralam, inler vicum dictum de Juedeslrate, ab una, et 
domum liberorum Pétri quondam de Bexhem, ab alia partibus.. Exposito, 
imposito JoHANNES Petercels, scrinifcx, et Maria Hessels, cjus uxor. » Acle 
du 23 déc. 1490, 2c ch. écli. — « Johannes Peetercels, fiiius quondam Gode- 
fridi, scrinifcx, Maria Ilessels, cjus uxor, et Magisler Ghiselberlus Hessels, 
artium magisler. » Acle du 7 juin 1491, 2e ch. éch. 

(5) MoLANi's, Hist. Lov., t, 2, p 723. 



— 473 — 



des Écrenicrs, mourul jeune. 11 était décédé à la date du 
20 novembre 1 531 . Les tuteurs de ses enfants furent Pierre 
de Voclit, artiste peintre, Vincent de Costre, Pierre van 
Sinte-Marienberglie et Etienne de Coninck (i). Sa veuve 
épousa en secondes noces, avant le 3 octobre 1533, Jérôme 
van Raveschot, de Louvain (a). Son fils Jean Hessels, après 
avoir été proclamé premier au concours annuel de la faculté 
des arts, en 1540, embrassa l'étal ecclésiastique et enseigna 
pendant huit ans la théologie à Tabbaye de Parc. Proclamé 
docteur en théologie, en 1556, l'Université l'envoya en qua- 
lité de député au concile de Trente, où il se fil remarquer par 
sa vaste érudition. Ce savant, qui laissa des" travaux remar- 
quables, mourul à l'âge de quarante-quatre ans, en 1561, 



(1; « Item, Petrus de Vocht, piclor ymaginum, commoraiis Lovanii, Vin- 
centius de Costere, Petrus van Sinle Maiicnberghe, ncc non Stephanus de 
Coninck, omnes très tamquam tulores et nioniburni Martini Jobannis et Accus- 
TiNi Hessels, filiorum quondara Willelmi, qiios procreavit ex corpore Marthe 
's Conincx, ejus diim vixit uxore, per consilium Liijus oppidi Lovaniensis, uti 
asserunt deputati, in presentia, contulerunt et se contulisse recognoverunl 
predictus Pelrus de Voecht, nominc et aulorilale procuralionis et speciali 
mandati irrevocabilis sibi per magislruni MART1^UM Hessels, cirurgum jura- 
tum oppidi Antiverpiensis, fratrein predicti quondani Wilklmi. . . dati a» 1531 , 
octobris 26, ex parle predicti magisiri Martini et predictos tulores et niom- 
burni nomine et ex parle prediclorum liberorum . . . Gregorio Crabbe, vinca- 
tori, et Katherine vander Heyden, ejus uxori, unam peliam vinee conlinenleiii 
18 virgas, sitam extra Portam Bruxcllense, ad locuni dictum Bultcslaglic, 
inter bona .lacobi van den Calsleren, ab una, et bona monasierii de Parco 
dominarum ab altéra parlibus, etc. » Acte du 20 nov. 1331, 5e eh. écb. 

(2) « Nae dien Martha 's Coenincx, voerlyden weduwe Willems wylen Hes- 
sels, metJerocni van Ravescliot, nu 1er tyl man endc niomboir, ende met lieni 
Sleven de Coninck, als niomboir voerlyden geordoniieert vander welliglien 
kinderen der voirsc. Marthen, die zy van des voirse. wylen Willem Hessels, 
beliouden liadde. . . te kynnen gaven lioe zy vocr den raide deser stadt te 
recble belrokkcn liadde der weduwen M. Gysbrechts wylen Hessels, dervoirs. 
kinderen (7»-oo/»ioerfc»c, ter zaken'van den parle ende partie der voirsc. kin- 
deren compelerende inde vliegende erve by den vorsc. wylen Meesicr Gys- 
brechteachtergelaten . . . d"anderemomboirs als Vincent de Costere en Peetcre 
van Sinte-Marienberglie, wczende d'een de zwagere en d'andere de bruedere 
der voirsc. weduwen.. . • Acle du 3 octobre (."iSo, ôecli. éth. 



— Ali — 

el fui cnlerré à réglise de Saint-Pierre, devant la chapelle 
du Saint-Sacrement (i). 

Guillaume IIessels taillait le chêne avec une habileté 
parfaite. Il exécuta un magnifique rélahle d'autel pour la 
chapelle que le Serment des arquebusiers deSaint-Christophe 
avait jadis à l'église de Saint-Pierre, à Louvain. C'était un 
travail en chêne, orné de bas-reliefs et de volets portant des 
peintures. De chaque côté du retable se trouvait une statue 
d'une élévation de 5 pieds. Ces statues représentaient saint 
Jérôme et saint Guidon. L'artiste livra ce rétable à raison 
de 50 1/2 florins du Rhin (a). Il exécuta, en outre, pour 

(1) Val. Andréas, Fasli acadonici, p. 1 14. 

(2) « Item, Willem Hessels, sone meester Ghyshrechls Hcssels, in presentia, 
lieeft genomen en bekinl genomen le hebben v.in Jaune Ynylen Hove, geheelen 
Zcdetere, in den name en van wegcn en als ileken van der Gulden der Coleu- 
veiiers, bynnen deser stadt, te maken, op den oulair der voirse. Coleuveriers, 
slaende in de kercke van S'<= Peelers, te Loven, een Taferneel, mellen voetc, 
Iwee doercn mellen creslcn, reprysen en twee beelden, le weten : d'een van 
S'^ Jeronhnus en d'anderc van S^" Wijdcn, boven 'Iselve Taferneel; nae in- 
lioudt en vuytwysens despalroens, byden voirs. Janne Vuyten Hove den voirse. 
Wlllemme gelevert, en gelekent mellerhand van liem Willeme en Janne voirs., 
soe de voirse. partyeu bekenden, opde conditien en voirwcrdcn naebescreven, 
te welen : dal de voirs. Willem geliouden sal zyn 'tvoirs. Taferneel te maken 
van droogen scrynhoute, inder hooghden van acht voeten, en den voet, onder 
bel Taferneel, onderhalven voet breet den selvcn voet innctrecken, nae 't con- 
cept van den wercke, en de lysten van den selven Taferneel drie duymen dicke 
en eenen lialven voet breet, en Iselve taferneel le maken inder breydden van 
zcsse voeleii, en de doeren van den selven taferneele, vervolgende opde selve 
dicte, breydde, langlide en Iiooghde van den selven Taferneele en voirts liet 
rugglieberl van den selven Taferneele le maken eenen duym dicke; cnde dit al 
van drooglien scrynlioule, ende de voirse. creslcn en reprysen, en beyde de 
beelden voirs. van goeden eycken lioute, nyet ryschellich, speck oft vouw, en 
deselve creslcn maken onverscbielcnde aen elcke zyde eenen balven voet, en 
elcke van den voirs. beelden le maken inder langbden van vyf voelen, ende 
dat de voirs. Willem 't voirs. werck geliouden sal wesen wel en wcrckclyck le 
maken en te wereken soe 't beboirl en 't selve werck vol gelevert en geslelt le 
hebben S'e ChristoiTeisdach, naistcomcnde, op de pêne van eenen Angelot, 
behalven dal de voirs. Willem eglieensinls geliouden en sal wesen inl yser- 
werck ofl lool dwclck behoerende sal wesen in 't slellen van den voirs. wercke, 



— 475 — 

noire collégiale le retable de raiitcl de Saiiite-\\ igeloile, 
cil flamand Shile Omcommere. ainsi que nous l'apprend 
Molanus (i). Par malheur, ces deux œuvres d'clile onl 
disparu. 

En 1524, on confia à Hessels rexécution d'un réiable 
d'autel desliné à l'église de l'abbaye de Maagdendalc, à 
Opiinler, à une lieue de Tirlemonl. Ce travail devait ren- 
fermer, dans une arcade en chêne, quatre grands sujets en 
haut-relief: \° la Naissance du Sauveur, 2° le Portement 
de la Croix, 5° le Calvaire et 4° la Descente de Croix. Il 
devait contenir, en outre, huit groupes de moindre dimen- 
sion, et les montants devaient être ornés de quinze sujets 



mair dat 't selve yserwerck, de voirs, Jan golioudcn sal wesen den voirsc. 
Willeme te leveren, en 'Isclve yserwerck in den muer lolîelyck te docn 
hecliten, lyts genoech soe dal hy Willem dair Ly aen zyn werck nyel belet en 
wordde; ende dil om en voer de somme van derlicli ende eenen halveii ryns- 
gulden, te xx st. 'Isliick, wair af de voirsc. Willem bckendc de lliien rins- 
gulden gereet van de voirs. Janne Zedeleere ontfangen le liebben, ent surplus 
sal devoirs. Jan Vuyicn Ilove gehouden wesen den voirs. Willeme vol te be- 
talen 't voirs. werck geslelt wesende; met conditien soe verre tvoirs. werck 
ten lyde voirs., by gebreke der voirs. Willems, nyet gestelt en ware, dat, in 
dien gcvalle, de voirs. Jan Zedelere den voirs. Willeme aen de voirs. somme 
en surplus, alnoch onbetaelt vuytslaende, sal raocgen corlen eenen gouden 
Angelot en soe verre oick de voirs. Jan Vuyten Hove in gebreke ware van 
belalen, oft hem Willeme 'l voirs. yserwerck metten loole in tyls le leveren 
en Iselve yserwerck tyls genoech in den muer, dair't voirsc. werck slaen sal, 
te hecliten, dat in dien gevalle, de voirs Jan Zedelere den voirs. Willeme, 
boven de voirsc. somme, gehouden sal wesen, te geven eenen Angelot; ende 
es oick tussclien de voirs. parlyen bevoirwert dal, in soe verre de voirs 
beelden, by den voirs. Willeme gelevert wesende, splcten gecregen, dat de 
voirsc. Willeme die gehouden sal wesen, wederomme 'l synen cosie le slop- 
pen; ende aile dese condilien geloven Adriaen vander RoosI, conncsiable, 
Bernaerdt Clacs, de Scheymakere, en Jacop van Zassen, scliullers van der 
voirs. Gulden, den voirs. Janne Zedelere te lalen volgen, aile Ighene des 
S'e Chrisloffels oulaer voirsc. toebehoirt en dal lolter lyl loe 'l voirs. werck 
betaell sal wesen. Coram Duffele. .Mcys, januarii \. « Acte du 10 jauvicr 
1524.(23), 2e ch. éch. 

(1) " Willelmus llcssels, ejus paler (Joli. Hessels) ïncidit allare Sanclœ Wil- 
gcll'optis sive Oaicommerœ, quod est in navi pcclosi» S. Pelri. ■> .MoL.i.Nrs, 
t II, p. 72j. 



— 476 — 

accessoires. Hessels termina ce travail en 152o. Lorsque 
le rétable fut achevé, il fallait un artiste capable de l'enlu- 
miner. Jean van den Berghe était cousin subgermain d'Éli- 
sabelh van den Derghe, abbesse de Maagdendale, et l'une 
de ses fliles y avait pris le voile (i). C'est à lui qu'on 
s'adressa pour polychromer l'œuvre du sculpteur louva- 
niste et, par bonheur, il était à la hauteur de cette mis- 
sion. Le 10 septembre 1525, Henri vander Beken, prêtre, 
trésorier de l'abbaye, conclut, devant les échevins de Lou- 
vain, avec Jean van den Berghe un marché pour enluminer 
le retable. Selon le contrat, les physionomies des person- 
nages devaient être en couleurs naturelles, les vêtements 
en or bruni et les revers en azur ou en autre couleur fine. 
Les parties qu'il était difficile de brunir, pouvaient rester en 
or mat. Les ornements et accessoires devaient également 
être enluminés en or. L'or à employer à ce travail devait 
être de première qualité. Quant aux volets, ils devaient 
être préparés pour recevoir des peintures. Jean van den 
Berghe s'engagea à livrer le rétable à la Saint-Jean 1526, 
moyennant une somme de 120 florins du Rhin. I^e jour de 
la réception de l'acte, Henri vander Beken lui donna un 
à-compte de 21 florins du Rhin. Nous publions en note le 
texte de ce contrat. Il prouve les grandes précautions que 
prenaient nos pères lorsqu'il s'agissait d'une œuvre desti- 
née à passer à la postérité (2). 



(1) Elle fat nommée, en 1322, à la mort de Jeanne van Baussele, et tré- 
passa en 1359. — Le coloriste comptait deux cousines à Maegdendale : 
« Domicelle Kathertna et Machtildis van des Berghe, sorores, filii Pelri vaii 
den Berghe, moniales Monaslerii Vallis Virginum d"0plynlere. » Acte du 
11 mars 1473, Ire ch. éeh. Ces religieuses étaient filles de Pierre van den 
Berghe et de Warie vander Brugghen. Voy. Généalogie imprimée de la famille 
van don Berghe. Voir aussi acte du 29 t?iai 1332, Ire ch. éch. 

(2) M Condt zy allen liedcn dat Jan van den Beiighe; scildere, in prcsenlien 
lieeft aengenomen ende verdinct tegen heeren Henricx vander Beken, pries- 
tere, rinlmeeslere des Godsliuys van Meeghdendale, by Opiyntherc, le sloflfe- 
ren een Oulaer Tafet, sluende int voirsc. Godshuys, en die volmaicl (e zyne 



— 477 — 

Une étoile heureuse a plané sur l'œuvre qui nous occupe. 
Lors de la suppression de l'abbaye de Maagdendale, en 1 783, 

SinlJansmesse naistcomende of onbegrepen le Loevcnkerinesse naislvolgenile, 
om en voer... » Commencement d'un projet de conlracl inscrit au 17 amit 
1525, Ire ch. écli. 

« Hem, Jan van den Bergue, scildcrc, iii prescntia, lieefl aengcnomen eu 
verdinct tegen hecren Hcnricx vander Bckeii, priestere, procureur van 
't Godshuys van Meeghdendale, by Oplynlhere, le stofl'eren een Tafel, breel 
zynde elf voeten en negen voeten hoege oft dair omlrint, slaende in't voirsc. 
Godsliuys, omme en voere de somme van hondert en twinlich rinsguldcn, le 
20 sluvers "tstuck, en die le leveren en volmaict le zync Sinl Jansmisse naist- 
comende, oft onbegrepen te Loevenkermesse daer nae volgende, op condi- 
cien en voirwcrden nae volgende, te welen : eerst dat de voirsc. Jan sculdicli 
sa] zyn de vier principael poenlen le welen, dair 0ns lief Heere het cruys 
draegh, \ andere in de middel dair Hy aen 'î Cruys hanghl, V derde dair men 
Ilern vanden Cruyse doet, 'tvierde dair ans Heeren gehoren wordt. . . item, 
vier andere poenlen die onder inde voet vander lafelen slaen.. . » 

« Van den verdingcn vander scliilderien van eender lafele, by Janne van den 
Berghe aengenoiuen tegen den procureur 's Godshuys van Oplynlhere. » 
Projet de contrat inscrit au 2 septembre id. 

n Opter vueghen, manière ende conditien navolgende sal men 
scilderen eener Tafelen, ghesneden ende gemaeckt by mecsler 
Willem Hessels, in die Schrynsirule, broet synde xj voeten oft 
daer omirent, en ix voeten liooghe ofl dair ontrent. 

» Item, Jan van den Bekche, sone wylen Mertens, Schildere, heeft aengc- 
nomen te scilderen, eene Tafcle, by Willem Hessele bereel zynde, van heeren 
Henricken vander Beken, priestere, procureur des Goidshuysen van .Mcecli- 
deudale, by Oplynlhere, die aen hem Janne verdinct heeft, inden name 
voirsc, de selve te scilderen, op de manieren, conditien, vorwerden nae- 
bescreven ; 

» Inden iersten, dat de voirsc. Jan dair in sculdich sal zyn iiij principael 
poenlen, dats te wetene : daer 0ns Heere nyn Cruys draechl, d'andere en 
middel poent daer 0ns Heere aenden Cruyse hanct, derde daer men Hem van- 
den Cruysche doet, dat vierde daer 0ns Heere geboren iverdl. 

» Item, noch iiij poinlen die soe groot niet en syn, die onder in die voet 
vander tafelen staen. 

» Item, noch synder iiij cleynen parcke, die welcke staen in die melselrye. 

» Item, noch synder xv parcskens, met haren labernakele daer toc die- 
nende, ronls ora die crosen. 

» Item, noch es daer een creste met loveren ronls omme den baick en 
voerls aire melselrye, van crose tôt crose, gelyck een yegiielyck dat besien 
mach. 

1) Item, yersten dcse voirsc. acht poinlen, die suUcn behooreu le syuc gc- 



— 4T8 — 



il fut Iraiisporté à l'église paroissiale de Sainte-Geneviève 
d'Opiinler. Placé dans la chapelle latérale à gauche du 



sloffeert van fynen gebruyneerden goude, rechien ende oick averechten, die 
rechten lysiercn en die avereclilen aflialen van soender asuren oft andei- 
schoen verwe daer toe dienende, naer den eysch op dat goût. 

» Ilem, die sommcge onderrocken en manlels van fynen gebruyneerden 
goude daer guiden laken melter liant, mel olie verwen, daei- opgelrocken, 
elck naer syn werck eysschende. 

» Ilem, aile brisiele, bel sy schoen, cousen, mutsen, die 't eyschende syn, 
die sal men gelalseren met fynen lacken op ghebruyneert goudl. 

» Ilem, die paniseren sal men maken die borden goul en d'ander silver. 

» Ilem, die yngbclen dwalen oft d'oexkens sullen syn al van fynen goude 
ende afgehacll mel diversche eoloren, dat daer wit blyvcn sal, dat moet syn 
Veneets wit afgebaell op 't goût. 

» Item, ende al dat niel mogelyc en es le bruynen, van fynen goude, dat 
sal men maken van fynen malien goude. 

» Ilem, aile liaren, diet eysscbcnde syn, van fynen goutle en anderc co- 
lueren. 

» Item, aile nacckten gestoffecrl soe sy behoeren, wcrekelyc. 

» Ilem, aile andere eleyne poenlen stacnde in die metselrye, oick geslof- 
feert in aider manieren gbelyck die groote. 

» liera, aile die metselrye fyn goul, ende die cleyn croeskens fyii azuere. 

« Ilem, aile die eerlrycke fyn goul en daer op gclaxeerl mel groene, dat 
niel en vcrsterft. 

M Item, die lyste ronlomme metlen croese en bolseelen tabernakelkens en 
capeleelen, in die croesen liangende, sullen wesen al fyn goût, ende die 
pontkens dair inné slaende, gesloffeert als vore gelyc die groote pointen. 

» Item, den platlen cant van den lysten buylen sal wcsen swart van colore. 

» Item, die locvereu buylen der lafele stacnde sullen oick weseu fyn goul. 

» Item, allen die verwe, die in dit werck verwracht sullen weerden, sullen 
nioeten goel en fyn syn, als dat sy niel en verslerven, weel gewreven en 
reynlyck geleet, soe dal behoiri, en al werckelyck. 

» Ilem, in dit werck en mach gheen parlyl goul in gewrocht werden, allyt 
lot mecslers pryse, sonder fraude en argelist. 

» Ilem, die doren sullen nioelcn gheplaesleerl syn om daer op bovcn le 
schilderen en die canlen ronsomme vergull, mel fynen goude, binnen en 
buylen. 

■> Item, onder den voel vander tafelen moet syn merbel. 

» Dus sal de voirse. heer Ilcnric vander Bckeu, procureur voirsc , scul- 
dich zyn den voirsc. Janne, voer 'tvoldoen van desen geven bondert twinlieh 
rinschgulden, de hclliclit te Paessclien naisicomende, en 't surplus als de 
vorsc. Jan H voirsc. werck volmaicl en gclevert sal hcbben, dwelck by Jan 
sculdicb sal syn te lovcreu volmaecl tussclien dil en Sint Jansmisse naest- 



— 479 — 

maitre-aulel, il y traversa inaperçu la lourmente révolu- 
lioimaire qui marqua la fin du siècle dernier, el arriva 
jusqu'à nous dans un élat relalivement satisfaisant. 

Le retable d'Opiinler se compose d'une arcade trilobée, 
divisée en trois compartiments. Ces compartiments renfer- 
ment, sur trois rangs superposés, les groupes en baut-relief 
suivants : premier rang au bas : 1" hNaissaiice du Seigneur, 
2° la Circoncision, ù° VAdoration; deuxième rang : 4° le 
Couronnement d'épines, 5" VEcce liomo, G" Pilate renvoie 
le Chrisl; troisième rang : 7° le Portement de la Croix, 
8" le Calvaire (en deux groupes superposés), 9° la Descente 
de Croix. Le rétable a subi des modifications graves. On 
y a introduit, à la fin du XVP siècle, une cornicbe en style 
de la Renaissance. C'est à la même époque qu'on y a placé 
quatre petits volets, ornés de peintures médiocres, qui 
couvrent les groupes du bas. Ces peintures furent exécutées 
sur le revers des tableaux, qu'on a lacérés à cette fin et dont 
les parties qui restent font vivement regretter cet acte de 
vandalisme. Les volets proprement dits du rétable plient en 
deux et ofTrentdes peintures que nous allons faire connaître. 
Le volet à gaucbe du spectateur porte, à l'intérieur : 
1» V Entrée du Christ à Jérusalem, 2" Judas et le rjrand- 
prètre, 3" le Jardin des Olives, 4" Pilate se lavant les mains; 
à l'extérieur : 5" Lazare ressuscité, G° la Multiplication des 



comemle oft onbegrepcn te Loeven kermesse, a» xv<: xxvj naisteomende, en 
aile dese vorwenlcn en condllieii voerscreven hebbeii de volrsc. pcriien mal- 
candei-en gelodt le voldoen. Corain Doxhorcn, Hermeys seplembris x. « 
1323, Ire cli. éch. 

En marge se liouve : « Jan van den Berglie heeft op dese commerscap van 
IFeeien lleniicke vander Beken bekent onlfangen le licbben de somme van 
xxj rynsgulden, seplembris x a» xv xxv. » 

Les conditions stipulées dans ce contrai sont de Ja main d'une personne 
élrangère à l'adminislration communale; le premier article cl la lin sonl de 
la main de l'un des greffiers de l'échevinage. la pièce a souffert dans sa 
|)arlic supérieure. 



- 480 — 

pains. Le volet gauclie porte à l'intérieur : 1° La Descente 
de Croix, 2° VIncrèdulilé de saint Thomas, o" Vlnhiuna- 
tion, 4." la Résurrection; à rextérieur : o° les Douze cor- 
beilles des restes de pain, G° la Piscine miraculeuse. Les 
deux dernières peintures sont les plus remarquables de 
toute l'œuvre, tant sous le rapport de la composition que 
sous celui de la facture. 

Guillaume Hessels nous a laissé dans le rétable d'Oplinter 
une œuvre tout-à-fait remarquable. Nous connaissons peu 
d'exemples d'une telle réussite d'invention. Devant ce tra- 
vail, on sent qu'il est le produit d'un élan sur et soudain, 
qui aboutit sans préoccupation des règles, qui crée comme 
l'oiseau vole et le cbeval court. Ce qui étonne, c'est la 
facilité et la bardiesse avec lesquelles les groupes sont 
composés. On doit y admirer la disposition des ligures, 
la simplicité des draperies et l'énergie des mouvements. 
Rien d'aussi finement naturel que ces pbysionomies. Elles 
sont aussi diversifiées et aussi originales que dans la nature. 
L'artiste les a senties et exprimées avec sincérité : c'est la 
vie qui a produit la vie. Les groupes se trouvent sous des 
dais ornés d'une broderie aux formes élancées et entre- 
croisées, qui s'enclievètrent comme une œuvre de fée. 

Le travail de van den Berche contribue largement à 
augmenter la valeur artistique de l'œuvre de Hessels. Il 
atteste que noire artiste avait un talent remarquable comme 
enlumineur, et a beureusemeut peu souffert, grâce aux 
excellents matériaux qui ont été employés. Là où le bois 
est intact, son or et ses couleurs le sont également. L'or 
est appliqué sur ces statuettes avec une adresse et une unité 
vraiment étonnantes. Les ornements ciselés sur certains 
vêtements témoignent d'une fantaisie de bon goût. 

L'exécution des peintures qui ornent les volets du retable 
n'était pas comprise dans le contrat du 10 septembre 1.j2.d. 
r"(''tnif ini IrnvMÏI a>soz rniiv'Kh'piiMe pour on f;iire l'objet 



— 481 — 

d'un second accord, dont malheureusemcnl nous n'avons 
pas relrouvé le texte. Mais les deux petites scènes que 
van den Berglie retraça sur le retable même, indiquent sufii- 
samment que les peintures des volets sont également sorties 
de son pinceau. 

Les vantaux qui nous occupent attestent que Jean van 
deu Berghe était un artiste d'une imagination vive et qu'il 
savait grouper avec adresse. Mais c'était un peintre qui 
avait un pied dans le moyen âge et un autre dans la renais- 
sance. Tout prouve que dans sa jeunesse il avait étudié les 
œuvres de Bouts; on rencontre ça et là dans les volets du 
retable d'Oplinler un type créé par le cbef de noire école. 
Mais van den Bergbe avait marché avec le temps. Il a connu 
et consulté les œuvres des artistes qui sont allés en Italie 
secouer les traditions de l'école maternelle et perdre le 
génie flamand. Un grand nombre de ses costumes et tous 
ses édiûces sont de style moderne. Ses travaux montrent 
aussi qu'il allait vite en besogne. Sa peinture est d'une 
largeur que ne comporte pas la dimension de ses figures. 
Sa touche est assourdie et son coloris manque de fran- 
chise, de force et de fermeté. Malgré ces défauts, il s'élève, 
comme conception, au-dessus des artistes secondaires de 
son temps, qui ne vivaient que par l'imitation des Italiens, 
et mérite une place dans l'histoire de l'art. 

Le temps a lézardé le rétable d'Oplinter dans ses détails; 
plusieurs statuettes en ont été enlevées; des ornementa- 
tions en ont disparu. Mais l'esprit refait facilement ce qui 
n'existe plus pour l'œil, et revoit le magnifique travail tel 
qu'il y a trois siècles il s'étala pour la première fois de- 
vant les regards étonnés des religieuses cistertiennes de 
Maagdendale. 

Le musée de l'Ilôlel-de-vilie de Louvain possède une 
œuvre de Jean van den Berghe. C'est un panneau à double 
face qui servait jadis de volet à un retable d'autel, à Saint- 



— 482 — 

Pierre. Il offre d'un côlé la MulUplicalîon des pains et de 
l'autre le Christ chez la Madeleine, Cette dernière compo- 
sition n'est pas sans mérite. 

Jean van den Berghe eut de son épouse Petromlle Mom- 
MAERTS cinq enfants, savoir : Jean, Jeanne, Anne, Josine et 
Barbe. Il vivait encore le 13 novembre 1531 (i). Nos époux 
étaient morts à la date du 29 mai lo53. Anne van den 
Berghe épousa Jacques Bodden , Josine fut religieuse à 
Oplinter, et Barbe entra en religion au couvent de Notre- 
Dame de la Vignette, dit sous le Château, à Louvain. Quant 
au fils, il suivit la carrière paternelle. 

Nous possédons peu de renseignements sur Jean van den 
Berghe fils. Il travaillait à Louvain en même temps que 
son père (2). En 1529, l'artiste se mit en opposition avec 
les administrateurs de la confrérie de Saint-Luc. On sait 
que la Gilde avait l'habitude de faire figurer annuellement, 
dans le cortège historique de la kermesse, un groupe d'adul- 
tes, représentant Susanne et Anne, l'épouse du vieux Tobie. 
Chaque confrère était tenu de payer deux blancs pour aider 
à couvrir les frais de cette représentation. Comme van den 
Berghe refusait de payer sa quote-part, les administrateurs 
de la confrérie, Barthélémy van Kessel, Pierre de Voeght, 
Laurent van Valkenborch et Josse van der Baict, le firent 
comparaître devant le conseil communal. L'artiste se pré- 
senta au jour indiqué et déclara qu'il ne pensait pas être 
tenu de payer la rétribution, attendu qu'il appartenait 
aux lignages et que les patriciens qui pratiquaient la pein- 

(1) " JonA^^ES vAJi DE.\- Berghe, filiiis quondam Martini, piilor ymaginum, et 
Petronell* MoMituERTS, cjus uxoT, commoi'antcs Lovanii, recognoveriinl se 
debcre indivisiim soi'ori Barbare van den Derf/hc, corum fille, professe in 
moiiaslerio Nostre Domine, djclo len Wyngacrdcn, siiblus castruni Lovanii, 
duos (lorcnos renenses pcnsionuui ad vitam dicte sororis Barbare. » Acte du 
13 nov. 1331, 5e cli. ecli. 

(2) « Ja.-v.xe v,vn DEiv Bekoiie, deii joiiglie, sono Jaiis. " Adc du 10 uuv. l.'iill 
2c cil. éch. 



— 485 



lure par agrément, étaient exempts des obligations de la 
Gilde (i). Mais, les administrateurs ayant démontré qu'il 



(1) « Nae dicn op hcJcn byilen Raule iler staiU van Loevcn conun eiule 
gecomparccrl zyn I3AiiTiiELE»iEi;us van Kussemî, Peter pe Voeght, Lauhevs van 
Valckenborch en Joes vander Balct, regeerders van dcn Bruederscap van Sinle 
Lucas der neringcn vander svhildcrien, binncii dcscr stadt, 1er eendcre, cnde 
Jan van den Berche, de jonglie, ler andere zyden, aldair de voirsc. van dcn 
Bruederscap seyde Iioe dat zy, vuyt overdrage ende ordinanlien vander sladi, 
fer eeren vander proccssien van Loeven , jairlycx moelen becostigen ende 
vuylslcllcn twee personagien en figueren le wetcn, van Zuzanna en van Anna, 
hmjswonioc vanden ouden Tobias, om welcke lasten te vervoUen, zy eglieenen 
vei'vallen en haddcn van den glienen die hen métier voirsc. neringcn van den 
sciblerien geneerden, dan allcene dat elck van den glicnen hem generendc 
métier selver neringen jairlycx, lot bebulp van den vuyislellen van den voirsc. 
Iwee personaigcn, gbevendc was twee blancken, die de voirie. Jan oick ge- 
geven liadde, gelyck aile d'andere lien daer mede generendc gevende warcn, 
ende wantde voirsc Jan van den Berglia nu lolter lester processien, in d'uyt- 
stelle vander voirsc. personaigen, hen weygeringe gedaen liadde die voirsc, 
twee blancken te belalen, hoc wcl iiy openbairlyck neringe doendc was meltcr 
voirsc. scilderien, cenicQcbjrke gcrievendc, en nu tcgen de lesle processie ge- 
slofTeert hadde de kersse van den ambachie van den. .. (deesl) binnen deser 
sladi, soe hadden zy den selven Janne vanden Berghe oniboden voer den 
Borgemeester vander stadt; aise de Borgemeesler lien gelioirt hebbende legcn 
den voirsc. Janne van den Berghe overdroech en ordineerde, nielten goeden 
niannen vander stadt raide, by hem wesendc, dat de voirsc Jan van den Berghe 
sculdich soude syn de voirsc. twee blancken te belalen, en wanl hy Jan 
'Iselve weygerde te doene, soe hadde de voirsc. Borgemeester den selven 
vander Bruederscap voirsc. geconsenlecrt dat zy dcn selven Janne dair voere 
soude mocgen docn slellen inder Yrocuten, welcken niet legenstaende de 
voirsc. Jan hem oniboden hadde voir den raide voirsc. om desen saken wille, 
sustinerende ende persisterende dat hy achlei'volgcnde den overdrage en ap- 
pointementen voirsc. lien sculdicli soude zyn te voldoen, van den voirsc. twee 
blancken met allen coslen dacrommc gedaen, dair op ende legen de voirsc. 
Jan, nae dien hy hem beclaeghde van dat de Borgemeesler hem eglieenen 
voirspreke en hadde willen laten hebben, dics liem de voirsc. Borgemeesler 
niet en gestoni, seyde, met zynen voirspreke, dat die vander voirsc. Brueiier- 
scap hadde een relie, hen byden Raide vander stadt t'anderen tyde geconsen- 
leert, inhoudende inden ijte articule der selver rollen, onder anderen, dat de 
goeden mannen vanden geslechlen van Loevcn, die vuyt recrcatien ofl synlyc- 
licyl de voirsc. neringe soudcn moegen lianteren ofl ncringc daer mede doet:, 
op dat hen niet en bcliefde inde voirsc. Bruederscap l'aenveerden, niel be- 
dwongen nocli begrepen en souden wcscn, noeh in eeniger manieren moegen 
geniolesleerl woi-dden, en gemerct hy Jan van den Berghe wus van dcn go- 



— 484 — 

gagnait sa vie au moyen de son pinceau, le conseil lui 
enjoignit, par sentence du 24 septembre 1S29, de payer 
les deux blancs ainsi que les frais de Tinslance. Le 10 no- 
vembre de la même année, les administrateurs lui inten- 
tèrent une action pour le paiement d'un demi-sou pour 
l'entretien de l'autel de Saint-Luc, et obtinrent également 
gain de cause (i). 

slechlen van Loeven, dwelck, in gevalle van onlkynnen, wel tboencn soude, 
soe susteneerde hy dat zy met hueren voiriiemen op licm verdoell waren; op 
d'welck die voirsc. van den Bruederscap genoecli bckynnen dat hy van den 
gesleclite van Loeven was, sustineerende nochtans, mils den reden voirsc. en 
oick wanl hy voirbert vicrjlghinck en hem dagelycx métier scilderien geneerde 
en een egelyck beriefde, en hy oick de Ivvee blancken t'andcren tyden bctaell 
hadde, gelyck zy voir gesustineert hadde, den voirsc. Janne 1er contrarien 
persisterende en seyde al mociit Iiy de twce blancken cens belaelt hebben, 
dat hy d"inhoudt van den rollen doen niel en wiste, versueckende de voirsc. 
pertien daerop recbt en lerminatie. Soe heeft den Raidt vander stadt, ierst 
op des voirs. es behoirlyck gelel hebbende, bemerkende dat de voirsc. Jan 
voirt vynstcr vuylhanght en hem dagelycx geneert melter voirsc. neringen 
den voirsc. pertien getermineert ende vuytgcsproken voer recht, dat de voirsc. 
Jan van den Berghe, achlervolgende den voirs. appointemcntcn, sciildich sal 
zyne de voirsc. Iwee blancken te belalen, met allen den costen daer onime 
gebucrt. In consilio oppidi, Septembris 24. » 1S29, l^e eh. éch. 

(1) « Van des différente en gescilie gebuert voir den raide vander sladl 
tusschen den oulairmecslcrs van Sinle Lucas, inder kcrcken van Sinle Peters, 
te Loeven, 1er eendere, ende Janne van den Beiigiiu, denjonghe, sone Jans, ter 
andere zyden, aldair de voirsc. oulairmecslcrs le kynnen gaven hoc datmen 
van outs onderhouden hadde, dat aile die ghenc hanterende tpinseel als van 
scilders ende glacsmakers binnen deser stadt en sunderlinge hcn dair mede 
generende, liadden van ouïs over 20, 50, 40, 60 jaren en meer en van soe 
langen lyde dat nyemand die contrarie dairaff en gcdachie, jairlycx gegeveii 
elck, van hen lotler messen, die men jairlycx dade op Sinle Lucas dach, 
1/2 sluver, ende hoe wel zy outairmeesters den voirsc. Janne van den Berghe 
geeyscht hadde, gemercl hy hem melter piiiceel geneerde en neringe daer 
mede dede, gelyck eenen yegelycke kinlyck was, soe en hadde hy den voirsc. 
i/2 sluver nu niet willen betalen, mair dien geweygerl le belalen, contrarie 
der ou<ler gewocnle en onderhouden indien, wair omme zy oulairmceslers 
hem Janne alliier voei'c den raide vander sladl onlboden hadde, suslinerende 
en concluderende des voirsc. es byden voirsc. Janne bekint oft mils zynen 
onlkynnen by hem gelhocnl, dal de voirs. Jan met uwer hccrcn terminalien 
gcduempt soude wordden den voirsc. halven sluver te belalen, gelyck aile 
andere hen nieller penseel alhier, binnen Loeven, generende, en 't selve 



— 485 



Nous sommes sans rcnseigiiemciils sur le sort ulléricur 



de Jean van den Dcrgiie fils. 



Vers la même époque vivait an couvent des Chartreux, 
à Louvain, un cénobite qui excellait dans la peinture et la 
calligraphie. On le désignait indinéreninient sous le nom de 
Thierry de Haarlem et de Thieruv de Eemstede, parce qu'il 
avait reçu le jour au hameau de Eemslede, près de Ilaai- 



lianteei-ende, dair op ende tegen de voirsc. Jan van don Bcrglic, de jonglic, 

aniwoerdende, seyde dat wel zyn moclile dat do glione die lien métier pinseel 

gencerde, ende oick van don gesleclile van Loevon niel en \varen,dcn l/2sliivcr 

belaeldcn; niair seyde dalmen nictbevindcn en soude dat die glicne die van- 

den geslechten wareii en 'tpinsoel iiantecrden dat die den voirsc. 1/2 stuver 

sculdich waren, want aclitervolgens den rollcn van den scilders moehten die 

goede lieden van den gesleclite van deser sladt 'l pinseel lianleren, sonder in 

de Bruederscap van Sinte Lucas le comen oft in eeniglie lasten verbonden te 

zyn, seggende alsoc wairt soc dat by 't pinseel van te scilderen hanleerde dal 

by nochtans was van den gocdcn mannen van den geslecble van Loeveii, dwelck 

in gevalle van onlkynnen, by presenleerde le Iboenen, ontkynnende dal men 

dlcn balven stuver van redits wegen sculdich «as jaiilycx te geven, suslinee- 

rende ende concludercnde 't selve bekint ofl glieloent dat de voirsc. outair- 

meeslers, met bueren voirnenien op hem, verdoclt waren; dair op de voirsc. 

oulairmeeslers repliccreiule, seyde dat zy persisteerdeii in bueren feytcn, be- 

kynnende genoech dat by Jan was van de gesleehle van Loeven, mair susli- 

neerden, als voerc, want hy hem melter penseel geneerde, dal by achtervol- 

gende bueren ouden coslumen ende onderhouden in dien den voirsc. 1/2 stuver 

soude zyne te betalen, te vordere, want Jan van de.n Bliighe, zxjnen vadcr, den 

selven 1/2 stuver jairlycx betalende, gelyck by selve oick betaeit badde, dair 

op de voirsc. Jan van den Berghe duplicerende seyde persislcerde als voerc, 

en al mocht syn vader den balven stuver andertydcn gegeven bebben, dat 

tselve was van gralien en niel dal by dien sculdich was, gelyck by Jan 

verwerdere oick es versueckende, de voirsc. pcriion in wedcrsyden redit en 

lerminatie aïs dal den voirsc. raidi den voii'sc. pertien termineerde, want de 

voirsc. outairnieesters hen Ihoenisse vermalen dal zy dien begeerde l'aen- 

boercn, welker achlervolgende de voirsc. outairnieesters geproduccerl ende 

gelcydt bebben bueren tlioen, zyn perlien voirls in den saken geconcludeert, 

elck buerer lenderende tôt zynder conclusien voirsc. soe heefl den Raidi 

vander stadi, ierst den Ihocn by den outairmceslei'S geleydt hebbcnde, en 

oick op den bekynne des voirsc. Jans den voirsc. perlien geterinineerl ende 

vuytgesproken dat de voirsc. Jan sculdich sal zyn den voirsc. outairnieesters 

den voirsc. halven sluver le betalen, niet tegenslaende dcr calangicn. In 

consilio oppidi, iiovcmbris 10. » 1529, l>o eli. cch. 



— 486 - 

lem. Il clait étiidianl en droit lorsqu'il entra au couvent 
des Chartreux. Le jeune liomme fut admis à Taccolade fra- 
ternelle, le 17 janvier 1505. L'anonyme, qui nous laissa 
des renseignements sur les premières années de la Char- 
treuse de Louvain, nous apprend qu'il était bon peintre et 
bon professeur (i). Théodore de Eemstede devint d'abord 
vicaire, puis professeur des novices et mérita par ses 
nobles qualités l'aflection de ses confrères. Elu quatrième 
prieur de sa communauté, il mourut dans celte dignité, le 
5 avril 1542. En 1529 avait été reçu à la Chartreuse sou 
frère Jean Simons, de Eemstede, maître es arts, qui fut 
plus tard économe du couvent (a). 

Jean Rombauts, dit Scaeldeken, est un peintre louvaniste 
de la même époque. Il était fils de Jean Rombaut, frère de 
Nicolas Rombauts, peintre sur verre, dont nous parlerons 
plus loin. L'artiste, qui apparaît pour la première fois dans 
un acte du 26 juillet 1485 (ô), épousa Barbe Roelants, 
autrement van Compenrode (4). Il était propriétaire de 
la maison La Main bleue, rue de Diest, qu'il habitait 
en 1523 (s). En 1509, il était l'un des administrateurs de 



(1) M Hic etiani fuit bonus pictor et diUgens formater lillerarura indusU'ius 
vaille. » Manuscrit n» 1S043 de la Bibliothèque de Bourgogne; M. NVautehs, 
Thierri Boicls, p 53. 

(2) « Tiir.oDORicus de Emstede, nalus in Emstede, viculô prope Harlemum, 
Studiosus juris, anno 1303 ad stalum monaclii et ad osculum receplus est. 
Fuit indiistrins Piiior et Scriplor, nuillo tcmpore vicarius Domus et novitio- 
rum inslilutor omnibus obsequiosissimus, et vcrus pacis amator : ac tandem 
quartus Prior obiit 1342, 3 aprilis. Accessit, anno 1329, fraler ejus Joannes 
SiMONis DE Emstede, arlium niagisler, qui fuit hujus domus Procurator. » 
MOLANUS, t. I, p. 502. 

(3) Acte du "26 juillet 1483, 2e ch. éch. 

(4) « Jan Rombauts, geheeten Scitaille, en Barbelé Roelants alias van Com- 
penrode, zyn huysvrouwe. » Acte du 3 oet. 1526, If" ch. éch. 

(5) « JouANNES Rombauts, alias Scaille, et Barbera van Compenrode, ejus 
uxor, in Dorpsirala. » Acte du l'ijanv. 1523, l^e ch. éch. 



— 487 — 

la chapelle des Clercs, place SaiiU-Aiiloiiie. L'un de ses 
collègues était le peintre Albert Bouts (i). Le conseil com- 
munal le nomma, en loi 1, tuteur des enfants de feu Jean 
Iloelofs, dit Blaiiwe Jan (2). Dans un acte du 1G mars 
1518, il est qualilié de peintre de figures ou pictor yma- 
ghium (3). 

L'artiste jouissait d'une certaine réputation. Il travaillait 
pour les églises, les couvents et les particuliers. Il semble 
que ses œuvres étaient très-estimées. Un patricien, Antoine 
vander Beken, légua à son fils, par testament, un petit ta- 
bleau de notre coloriste, représentant un épisode de la vie 
de saint Antoine (4). 

Rombauts doit être considéré comme élève de Thierry 
Bouts père. Le seul panneau que nous connaissons de lui 
le prouve suffisamment. L'artiste avait exécuté les peintu- 
res des volets de l'ancien autel de Saint-Pierre, à notre 
collégiale, ainsi qu'il résulte d'un acte du 7 mars 155.'), 
que nous publions plus loin en note. Détérioré par le 
temps, le vieux rétable fut démoli, en 1740, et remplacé 
par un autel en style moderne, qui existe encore. Les 
volets, après avoir occupé plusieurs endroits, furent alié- 
nés, en 1802, avec une partie d'objets de rebut. L'un de 
ces vantaux tomba entre les mains de l'un des rares ama- 



(1) Acte du 10 Janvier 1311, i^c cli. éch. 

(2) « Allen dat Macliiel van Espent, geheelen Berix, ende Jan Rombauts, 
schildere, als momboircn van de weltige kinderen Jans wylen Roelofs, ge- 
heeten Blatiw Jan. » Acle du lijuiltel 1311, 2t eh. éch 

(3) « Item, JoiiANKES Rombauts diclus Scaeldvken, pictor ymaginum, filins 
quondam Johannis, nomine siio proprio, item Johannes Rombauts, Jlychacl 
Berincx et Judociis Zcdelere, laraquam tulores et mamburni Yngelberti, Ju- 
doei, iMargarete, Marie Roelof, libei-oruin legilimonini Johannis quondum 
Roelofs, dicti Blau-Jan. » Acte du 16 mars 13!8, Ire eh. éch. 

(4) «... Item, maict Anthonyse vander Beken /ynen sone een lavernecl' 
ken van Sinl Anlhonys , by Janive wylen Rombouts gemaiet. » Acte du 
17 juillet 1333, 2c ch éch. 



— 488 — 

leurs que complail alors noire ville. Malheureusement cel 
amateur possédait un cadre, style Louis XV, qui avait tout 
juste la largeur du volet, mais qui n'en avait pas Téléva- 
lion. Dans le désir de pouvoir y placer la vieille peinture, 
il en fit enlever le ciel et commit ainsi un acte de vanda- 
lisme que nous déplorons vivement. Ce volet, après avoir 
fait partie de plusieurs collections, nous appartient actuel- 
lement et nous permet de dire un mot sur le talent de 
Jean Uombauls. Il figure deux scènes de l'Évangile de la 
Pèche miraculeuse. Dans le lointain l'on voit le Christ, sur 
les bords de la mer de Tihériadc, regardant la barque des 
pécheurs. La suite de l'épisode se déroule sur le premier 
plan. A droite du spectateur, l'on remarque la nacelle 
dans laquelle se trouvent Thomas et Nathanaël, les fils de 
Zébédée et les autres disciples. Le Sauveur, portant les 
stigmates de la passion, se trouve à gauche. A ses pieds 
on observe un pain blanc et de la braise, sur laquelle se 
trouve un poisson. Saint Pierre, ayant encore les pieds 
dans la mer, s'avance vers le Seigneur et l'écoute avec une 
profonde vénération. C'est le moment où le Christ disait 
, aux disciples : « V^enez et mangez. » (Saint Jean, XXI, 12). 
L'artiste a conçu et exprimé ce sujet d'une manière tout-à- 
fait remarquable. On y voit qu'il n'a consulté que la nature 
de son pays; mais il l'a animée d'un rayon biblique. Les 
disciples qui se trouvent dans la nacelle, sont groupés avec 
adresse. La tète du Christ est pleine d'élévation et de bonté, 
et celle de saint Pierre est digne du pinceau de Bouts. Les 
draperies ne manquent pas de caractère, et les rochers, 
les piaules et les fleurs sont rendus avec une vive sollici- 
tude. Le coloris a de la vigueur et de l'éclat. Il reflète une 
nuance verdàtre qui illumine poétiquement l'œuvre qui 
nous occupe. 

Rombauls venait de terminer le carton d'un rétable des- 
tiné à l'autel que possédait, à Saint-Pierre, le grand Métier 



— 489 — 

des tisserands, lorsqu'il fut enlevé par la inorl. C'élail 
en 1534 (<). La maison qu'il avait occupée appartenait 
encore à ses enfants en 1557 (2). 

3ïarie Rombauls, sa fille, épousa le peintre Jean VVillenis, 
et son fils suivit la carrière palernelle. 

Jean Ro.mbauts, fils, épousa, en 1526, Elisabeth van 
MoNTENAKEN, autrement Coels, fille mineure d'Eustache 
Coels (5). Il était peintre à Thuile en même temps que 
peintre sur verre. En 1534, il réclama du verrier Josse 
vander Balct une somme de 10 florins du Rhin, pour 
Texécution de peintures sur verre (4). L'artiste se trouvait 
dans une position favorable. En 1543, il occupait les 



(1) Acte du 7 mars 1535, Ire ch. cch. 

(2) « Condt zy allen lieden dat Jan Rombauts, sone wylen Jans, en Marie 
Rombouls, zuster des voirsc. Jans, liuysvrouwe Jans Willems, scildere, als 
possesseurs en erflieden van eenen huyse metter scaelgien en allen underen 
zynen loebelioirten, gelegen le Loeven, in de Dorpsîrale. . . comende acliter 
aenden goeden Heeren en meesteren Claes Coppyn, dekens, als liy leefde, 
der kercken van Sinte Peelers, le Loeven, etc. » Acte du 9 novembre ISôfi, 
Ire eh. éch. 

(5) « Jam Rombouts, gelieefen Schaillc, ende Barbelé Roelants, alias van 
Conipenrode, zyn huysvrouwe, en Jan Rombouts, liueren sone, met zekeren 
liueren vrienden, in d'cen zyde, en Golyn van Cavcrciion, meester Willem 
van Kessele met Lysbetten van Montenaken, alias Coels, dochter wylen Eusias 
van Montenaken, geheeten Coels, met zekeren hiieren vrienden... huwelycke 
te gescliien tusschen de voirsc. Janne Rojibacts, den jonghe, en Lysbellen van 
Slonlenalicn, etc. >• Acte du 5 ocl. 1526, Ire eh. éch — <■ Jan Romboits, soene 
Jans, scildere, en Lysbeth van Montenaken alias Coels, dochter Eustas, zyn 
huysvrouwe, woonende te Loeven, meester Willem van Caverson, Eustaesse 
Swillen en Barlliolomees van Kessele, nioraboeren der voirsc. Lysbetten. » 
Acte du 4 avril 1526 (27), 3e ch. éch. 

(4) « Nae dyen Jan Rombadts, de jonghe, voer Raese vander Linden en 
Claese vander Heyden, beyde borgemeesters der stadt van Loeven, oniboden 
hadde Joosen vander Balct, gelaesmakere, dyen hy Jan eysschende was, Ihien 
rynsgulden, te 20 stuvers 'tstuck, en tliien gelyeke stuvers, ter causen van 
pyne en arbeyde en scriven op gelas, die hy Jan RoMbauts hem Joesen ge- 
daen en gewroclit hadde, elc » A<le du '28 <'.eptctnbre i55i, 3c ch. éch. 

54 



— 490 — 

fonctions d'échevin de Louvain (i). Jean Rombauls tnourut 
en 15o9 (2). 

Jean Willems, fils d'Arnoidd Willems, était, en 1500, 
l'un des maîtres de la confrérie de Saint-Luc. 11 est qualifié 
de peintre de figures dans un acte du 25 août 1512. L'ar- 
tiste épousa Gertrude vander Heyden, dont il eut trois 
enfants. Il occupait une maison qui lui appartenait et qui 
se trouvait rue de l'Abreuvoir, à côté de la brasserie le 
Tamis (ô). Sa fille, Marie Willems, épousa Henri Bouwens, 
mort avant le 28 janvier 1529 (4). Ses fils, Pierre et Jean 
Willems, s'adonnèrent également à la peinture. 

Pierre Willems, qui continuait d'habiter la maison de 
son père, paraît avoir été un artiste de talent. Il résulte 
d'une pièce, du 12 octobre 1524, qu'il comptait parfois 
douze élèves (s). Le peintre s'occupait également de la gra- 



(1) « JoHANNES Willems, filius quonJam Johannis, et Maria Ronibouls, ejus 
uxor, et JodANNES RoMBOurs. fi-aler dicle Marie, ac pronune Srabinus Lova- 
niensis. » Acte du 'i% ju'dlel 1343, 2e cli. éch. 

(2) « Meester Jeronimus van Winglie eiide Aert Willems, beyde als exé- 
cuteurs van den lestamenle JA^s wylen Rombolts. » Aclc du 20 janv. 1539, 

2e ch. éch. 

(31 « Henricus Carbeel, filius quondam Johannis, pronune comraorans 
Bruxelle, supportavit domum unam cum stabulo, planilie, curie et suis per- 
linenllis universis . . . prout dicta bona sita sunt in vice diclo Langenwicrinck, 
inter bona Peti-i vander Contheren, barbitonsoris, et Petronelle Coslei-e, 
ejus uxoris, ab una, et bona Amelrici van den Velde, ab alia partibus, exposito, 
iraposito est Johannes Willems, senior, pictor ymaginum, filius Arnoldi Wil- 
lems, nomine et ad opus sui et ad opus Gertrudis vander Heyden, ejus uxo- 
ris, etc. » Acte du 23 aoùl 1312, 3e ch. éch. 

(4) « Jan en Peeter Willems, Sclnlderen, momboren van de onbejairde 
kynderen Marien Willems, behouden van Henrick wylen Bocwens.- » Acte du 
^Sj'anv. 1329, 2e ch éch. 

(5) « Item, die nieesters van den Bruederscap van Sinte Lucas allaer, in 
der kercken van Sinte Peelers, le Loeven, hebben dach van thoone genomen, 
op vrydage naeslcomende, tegen Pceteren de Scliildere, in den Wyerinck, en 
dal om le bewysen dat eick knape werkende in de schitderye geven moet, 



— 191 — 

vure sur bois, comme l'atlesle une pièce du 9 noul l.jôl (i). 

Jean Willems épousa Marie Kombalts , (ille de Jean 
Rombauls, peinire, ainsi que nous l'avons dil (->) Ccl 
arlisle remplaça, en 1527, llomboul van lierlair en 
qualité de peinire de la ville, chargé du matériel de 
VOmrjang (5). C'était un homme d'un certain talent. Le 
7 mars 1555, il s'engagea, devant les échcvins, conjoin- 



lot belioefî van Sinlc Lucas, een pont was ... en dut dicn aclilt'rvol"cn(le 
bynnen synen lyde hy 13 knapen gehadl lieefl, die elck van lien "t vocrsc. 
ponl was sculdich zyn geweest. » Acte du 12 août 1524, ôe ch. écli. 

(1) « Inder questie gewcesl tusselien de geswoiren van den di-ugors, scryn- 
makers en cuypcrs anibachte, die acngesprokcn hadde Peetf.hi.v Wille.ws, 
schitdere, van zekeren prinlen, die hy gemaict liadde, waer aen zy meyndcn 
dal liy hucren ambaclite le nae gegaen hadde, mils dien de selve geschaiff 
warcn geweest, en hy de selve gebruyet hadde in zyn ambachte, ter eenren, en 
den voirsc. Peeleren die geseet hadde, dat hy de selve nyet gemaict en hadde 
om te vercoopen, mair om selve te gcbruycken, en oick selve nyet geschailt 
en hadde mair doen schavcn, meynende dal hem 't selve wel geoirloeft was le 
doene, en dat de geswoiren op hem verdoilt waren, ter andere zyden, suslu- 
neerende nu de selve Peeter gemerct, 26 july leslleden, hy Peelere hem de 
selve geswoirenen gepresenteert hadde, en zy alsdoen nyet en waren gecom- 
pareert, soe dat hem alsdoen geordineert was zyne composilie te doen lekenen, 
en zy de sake alsoe lieten leggen en alnoch nyet en compareerden, dat hy be- 
hoirde van liueren eyssche onlslagen te zyne om zynen costen te mogen ge- 
crygen, en dair tegen Jooris Moons, die de voii'sc. geswoiren gedienl hadde, 
seyde dat de geswoiren de saken lieten liggen, meynende dair omme dat 
Peeter dair mede wel behoirde te vrede te zyn, es byden Raide op des voir.-c. 
es, geledt zynde, gelermineert achtervolgende den voirs. aclen, dat mils dcr 
non comparilien vanden selven geswoiren, de selve Peeter vander aenspraken 
die zy te hemwaerts gedaen hebben, sal ongeliouden zyn, en dat hy zyne 
costen sal raoegen in gescrifte overgeven, om dair al' gedaen le wei-di.cn soe 
behoiren sal. In consilio oppidi. » Acte du 9 aoùl 1531, 2e ch. cch. 

(2) « Jou.ix.NEs RojjBOL'TS, alias Scaille, Joh.4>nes Willems, picior, .Muni 
R0.MBOUTS, ejus uxor. » Acte du 1 1 mai 1535, lie ch. éch. — « Joiia>sls Rom- 
bouts, filius quondam Johannis, et Maria Rombouts, soror dicli Johannis, 
uxor légitima Jouanms Willems, filii quondam Johannis, omncs commorunles 
Lovanii. Acte du 9 nov. 153G, li-c ch. éch. 

(3) L'Omgang de Louvain, p. 51. — « Mcester Ja.\ Wille.ms, staJlmeeslcrc, 
Erasmus Willems en Peeleren Willems, zyn bruederc. » Adc du Ifi sejtivmbre 
1530, Ire ch. éch. 



— 492 — 

temeut avec son betui-frère Jean Piombauls, à exéculer, 
au prix de 165 florins du Hliin, le rétable destiné à l'autel 
du grand Métier, à l'église de Saint-Pierre, et dont son 
beau-père avait laissé le carton. C'était une entreprise 
considérable. Le triptyque devait offrir la légende de saint 
Séverin,et les revers des volets devaient représenter SS. Sé- 
verin et Gomare, au milieu de paysages. Les deux artistes 
entamèrent le travail et le terminèrent à l'époque flxée 
dans le contrat, dont nous publions le texte en noie (i). 



(1) n Conilt zy allen lieden dal Jan Wiliems ende Jan Rojibocts aenveert en 
vei'dingt hebben ende aengcngenomen tegcn de gesworenen raelten gemeyneii 
geselleii van den grooten anibaclite, binnen Loevcn, nietten Oulairmeesters, 
te welen : Pauwelscn Roegiers, Peteren Marions, Peleren van Brcsem ende 
Clase vander Slock, als geswoirenen desselfs anibachls, le werckenen hen 
Tafele, mellcn dueren en niellen voete,en oick die creslere nielle nolen le ver- 
guldene van fynen gouwe, soe dat behoirt, slaende opden oalaer van Sinle 
Severyn, in Sinte Pelers kerck, binnen Loven, en dair inné le maken die 
légende van Sinle Severyn, nae diiylwyscn van cenen patroon ofl vidimus 
gemaect en gelalen by M'ylcn Jan Rombouts, saliger gedachlen, ende buyien 
op de dueren Iwee personaigien le wclen : Siitle Scverns en Sinle Gommaer, 
soe goet ofl bcter ende niel arger van ordonnancien, melselrien, persouaigen 
en lantscapen, alsoe men dat werckende werckelycxst ordineren sal, ende 
onsen patroen binnen der tafelen (sic), dair aen te wercken met goeden 
blauwen lasueren daer die behoeren sal, le welen dat in dese lafele verwraclit 
sal wordden op bueren eedt, alsoe verre dat noot waren, allet lasure dat zy 
vonden hebben int sterfhuys van Jan Rombouts, saliger gedachlen, ende 
voiris van goeder olieverwen, senopele, lacken ende aile andere verwen, die 
men behoirt lot goeder ecrlyck lafelen te nemene en te verwerkene, en die 
te permuerene te grondene alsoe dat behoirt, gelycker wys dat die dueren 
van den oulair van Sinte Pelers, binnen der selver kercken, gewrocht zyn, 
die welcke dat Jan Rombouts d'oude gemaict hecft, niel arger maer bêler be- 
lialven dat die voirsc- aenemers niet gehouden en sullen zyn inde gelycheyt 
vander liant van Jan Rombouts, saliger gedachlen, vvani Iselve niel moegelycx 
en es, ende voiris dal die lysten van den tafelen niellen dueren binnen zullen 
zyn verguld met fynen gouwen, en dat selve goût wel ende werckelyck le 
wercken, nae hueren conscienlien en nae hun besie maken sullen, en hen 
eêre dair inné le bewaren, en als dat werck gemaict es, ende den ambachle 
dochte dat hen niel genoech gedaen en waren, soe sal men mogen halen twee 
meeslers die den ambachle believen sal, ende desgelyck oick die anenemers 
twee meeslers die hun believen sal, cm al alsulcken werck te visileren, ende 



_ 41)3 — 

Le triptyque se trouvait placé à la date du 20 scplcn»- 
bre 1537 (i). Malheureusement il n'existe plus à Saint- 
Pierre. 

Jean Willenis travailla beaucoup pour la ville et pour les 
églises et monastères de Louvain. En 1354, Tabbaye de 
Parc lui paya le reste d'une somme due pour l'exécution 
de plusieurs tableaux. Il exécuta également les blasons pour 
les funérailles d'Ambroise van Engelen, abbé de Parc, mort 
le 16 mars lo43 (i). 

En 1338, les membres de la confrérie de Saint-Quentin, 
qui existait alors à l'église dédiée à ce saint martyr, con- 
fièrent à maître Georges Asselyns, sculpteur à Bruxelles, 



wal die meesters seggen dat miii verdienl es dan hondert en 65 karolus 
guldens, dat salmen liun corttcn le 20 s. sluck, en dat met termynen hiernae 
volgende, te weten datd'anibachtcden voirsc. aenncniers allejaren geveii zullen 
vyflhien karolus gulden totten ynde vander betalingen, dairaffdal nu Sinte 
Jansraisse naislconiendc a» 1336 vallen sal den iersten lermyn, en alsoe voirl 
totten ynde dat de voirsc. somme belaelt sal zyn, aen welke somme dat die 
voirsc. aennemers cortten en afslaen zuUen, inde leste paya, twinticli rinsgul- 
d^n, die Jan Ronibouls, hun vader, op 't voirsc. werck ontfangen iiadde, 
ende nocli zullen die aennemers den ambaclil korlten, ten eynde vande beta- 
lingen, drie rinschgulden , ais voere, den weerdere van deser comerschap 
van welcken dingen en vorwerden de voirsc. parlicn, soe ter eendere oft 1er 
andere zyden, aldus maleanderen gelooft liadden allessins te voldoene, 
sonder argelist. Ende wairt dat sake dat dese tafele van nu Sint Severyns 
dacli naistcomeiide, over een Jair niet voldacn en ware op eencn buuduyn 
van thien karolus guldens, die te verbueren lot bebocff, te weten : terden- 
deel daeraff onsen genadegen lleere, lerdendeel Sinle Peters kercke, le Loe- 
ven, en d'ander derdendeel lot behoef van den voirsc. outair, gelovende de 
voirsc. partien liun inde de voirsc. conditien t'onderhouden ende te voldocn, 
te welen de voirsc. gesworenen inden name van den voirsc, ambachlc en de 
voirsc. Jan en Jan in den name van hen selven.. . . Corani llcrmeys, Lom- 
barls. » Acte du 7 mars 1333, Ire cli. écli. 

(1) « Pauwel Rogiers, Jan Baten, Peeter .Marien en Claes vander Stock, als 
gesworenen van den wulienwevers, hebben vercieert, inden name van den 
ambachte, dat Jan Willems en Jan Rombouts d'werek, in dczcn coniracle be- 
grepen, in lyts en ure voldaen bebbcn, le vrcde zynde inden name voirsc. 
daeraf eglieen visitalie doen doen. Acluni 20 sept. 1337. » Acte inucrii m 
marge de l'acte du 7 mars 1553, \'« cli. éi'ii. 

(2) .M. Riv.MAEKEns, op. cit., p. 32. 



— 494 — 

l'exécution d'un rélable destiné à être placé dans leur cha- 
pelle particulière. Ce retable, qui déroulait, en bas-reliefs, 
la légende du patron de l'association, occasionna une dé- 
pense de 200 florins du Rhin, ainsi qu'il résulte de la 
quittance du sculpteur, datée du dernier février 1559. 
Trois ans après, les confrères s'adressèrent à Jean Wil- 
lems pour faire poiychromer leur rélable et pour en faire 
orner les volets de peintures, dont les sujets devaient 
également être puisés dans la légende de saint Quentin. 
Le 20 mars 1542, notre peintre s'engagea envers la con- 
frérie louvaniste à exécuter ce double travail, moyennant 
une somme de 125 florins Carolus. Dans ce marché était 
également compris l'exécution d'un an(e-penclium, qui de- 
vait offrir les effigies de saint Quentin et des frères et sœurs 
de la confrérie. Nous venons de trouver dans un registre 
de l'église de Saint-Quentin, le contrat de celte entreprise, 
entièrement écrit de la propre main de l'artiste. Celle pièce, 
dont nous publions le texte en noie, prouve que Willems 
avait reçu une bonne éducation littéraire. Le travail était 
entièrement terminé, le 9 mars 1545 (i). Par malheur, 
l'église de Saint-Quentin n'en renferme plus le moindre 
fragment. 

(I)« Dil is die ordinancien na den welcken ick Jam Willems, schUdcrc en 
werrinnan dcr slaclt van Loeven, maken en stoerfferen en vergulden sal, van 
fynen gotide, die Creosie en die Iwee ducren, malien voel, van der taffelcn 
van den oiitaer van Sinle Quinlens, binnen Loeven. 

» Hem, in den eerstcn sal men vergulden, van fynen goiide, die groole 
Creesle, Loven die taffele van Sinle Quinlen; te welen dat cappeteelen daer 
Sinle Qiiinten en die twee preraulen op slacn, sal men vergulden van fynen 
goude, gebruyneerl, en die croosen schocn fyn blaw en voort die gliehecl 
Creesle sal men vergulden, tôt op den back ofl leyste van den taffelen, en dat 
groole croes sal men maken van fyn blaw en die looffkens, die daer in liggen, 
sal nicn vergulden van fyne goude, alsoe dat behoorl, en die twee preraulkcns 
sal men stoerfl'eren alsoe dat zyn behoorte is. 

» En voort sal men die dueren van der selver taffelen maken van poulcr- 
tueren in fynen olye verve : in de ieeste duere binnen sal men bcgliinnen de 
leegende van Sintc Quinlru; puenlen icesten : daer liy preckte en daer hy 



- 495 — 

Jean Willems dicta son leslament le 2 décembre \lj'^7, 
el le 1G février 1548 il avait cessé de vivre. Il laissa un fils 



voer den rechter glicbraclil en gelcyl wert, en ilacr liy iii den kerckcre gcdacn 
wert; voert soe dat belioert. 

» En op d'ander iluei-e sal men maken daer dallycliaem van Sintc Quinlen 
vonden wert van Sinle Loy, Biisscliop, en voort daer liy vcrschcenen is, in 
een casse ofl ffeertere, en daer by den coninck Lodevvycus, en daer die siecken 
en crucpelen gesont ghenesen gemaeckt werden, alsoe men dat werckelycks 
noch ordinercn sal. 

» En bouten (builen) op die dueren, sal men maken, doer een, daer Sinle 
Quinlen ter doot geleyt wert, met die treckers en richter, nae volghende, en 
daer een vrouwken comt by Sinte Quinlen, met een hemdc voer liaren man, 
die sieck was, alsoe dat men besle maken macli. 

» En dese poenten voorsclireven sal men maken van olye verven, alsoe men 
scliuldich is al siilcke goeden eerlycke le maken, te gronden te prumueren en 
te dootverven en oock te vernissen en al le docne als een meeslere van eere 
scliuldicii is te doen; en die lyslen vander binnen dueren sal men vergulden 
met fynen malien gouden, in d'oiye en d'ander merbelle, in olye, verniesl, 

» En buyien die duere sal men dat muesken verguld