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Full text of "Messager des sciences historiques, ou, Archives des arts et de la bibliographie de Belgique"

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DES SCIENCES HISTORIQUES 

ou 
ARCHIVES 

DES ARTS ET DE LA BIBLIOGRAPHIE 

DE BELGIQUE. 



LISTE DES COLLABORATEURS. 



MM. Beer^aerts, avocat, à Malines. 

R. Chalon, membre de l'Acatlémie tle Belgique, à Bruxelles. 

C'« E. DE Barthélémy, membre ilu conseil général de la Marne, à 

Courmelois. 
Emile de BoncuGBAVE. conseiller de légation, à Bruxelles. 
I/Abbé Hyacinthe De Bruyn, ù Bruxelles. 

Chevalier L. de Bdrbcre, membre de l'Acadcmie de Belgique, à Anvers. 
Edm. De Bcsscher, membre de l'Académie de Belgique, à Gand. 

E. De Cocssemaker, correspondant de rinstitul de France, à Lille. 
A. Dejardin, capitaine du génie, à Liège. 

Le Clian. .1. .1. De Smet, membre de la Comm. royale d'hist., à Gand. 
L. Devillers, conservateur des Archives de lEtat, à Mons. 

A. Dti Bois, avocat et conseillei- communal, à Gand. 

B. C. Du Mortier, membre de la Chambre des Représenlanis, à Tournay. 
J. Felsenhart, docteur en philosophie cl lettres, à Bruxelles. 

L. Galesloot, chef de section aux Archives du royaume, à Bruxelles, 

P. GÉRARD, archiviste de la ville d'Anvers. 

H. Helbig, bibliographe, à Liège. 

H. HvaA>s, attaché à la Bibliothèque royale, à Bruxelles. 

Baron Kervtn de Lettenhove, membre de l'Académie de Belgique, à 
Bruxelles. 

L'Abbé J. B. Lavaut, directeur des Sœurs de Notre-Dame, à Zèle. 

S. Le Grand de Reclandt, secrétaire perpétuel de l'Académie d'Archéo- 
logie, à Anvers. 

Emm. Neeffs, docteur en sciences politiques et administratives, à Malines. 

F. Nève, professeur à l'Université de Louvain. 

Alex. Pinchart, chef de section aux Archives du royaume, à Bruxelles. 

J. J. E. Proost, docteur en sciences poliliq. et administ., à Bruxelles. 

Ch. Rahlenbeek, à Metz. 

F. J. Raymaekers, chanoine de l'abbaye de Parc, près de Louvain. 

J. E. G. Roulez, membre de l'Académie de Belgique, à Gand. 

A. Siret, membre de l'Académie de Belgique, à S'-Nicolas. 

C. Van der Elst, à Roux. 

Edw. Van Even, archiviste de la ville de Louvain. 



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DIS semis fllSTORIÇUES 



ov 



ARCHIVES 

hcB ^rt0 et it la i3ibli0grapt)ic 

DE BELGIQUE. 

Recueil publié par le Baron Kertyi« de Tolkaersbeke, Membre de la 
Chambre des Représentants; le Comle de LiMBrRG-SxiRrai, Docteur 
en droit, et Monsieur Ferdi^taivd Vaxderhaegheiv, Bibliothécaire de 
rUniversité de Gand. 

Monsieur Emile Tarbkbergh, Secrétaire du Comité. 



:^ttnf'e 1874. 



GAND , 

IMPRIMERIE ET LITHOGRAPHIE DE LEONARD HEBBELYNCK, 

Rue des Baguettes. 



ATLAS HISTORIQUE ET TOPOGRAPHIQUE 

DE LA VILLE DE GAND, 

FORMÉ PAR AL'GISTE VAN LOKEREN. 



Il n'y a pas que les peintres, les musiciens et les 
poêles qui soient créateurs : réunir, coordonner et classer, 
de manière à en faire un ensemble déterminé, des élé- 
ments qui puissent servir à Thistoire des sciences et des 
arts, c'est aussi créer une œuvre. On regarde parfois avec 
trop d'indifférence ces modestes travailleurs qui passent 
leur vie à ce qu'on appelle collectiomier. Sans doute 
ils constituent un type qui prête à la gausserie, et l'esprit 
français ne s'est pas fait faute de s'exercer à leurs dépens; 
dans sa spirituelle galerie d'originaux, l'auteur des Carac- 
tères les place même dans la catégorie des gens à manie, 
et en trace un portrait piquant, sinon bien équitable. Il 
est vrai, qu'on rencontre dans ce monde-là, comme par- 
tout ailleurs du reste, des bommes sans discernement et 
sans goùl, qui entassent pêle-mêle, au basard de leurs 
découvertes, tout ce qui leur tombe sous la main. C'est 
riiisloire ordinaire de ces risibles musées de bric-à-brac, 
où, comme dans une foire grotesque, on rencontre les 
objets les plus hétéroclites et parfois les moins dignes 
d'attention. 

iMais, comme nous venons de le dire, celui qui, en vue 
d'apporter quelque lumière sur une question sérieuse non 
encore élucidée, en rassemble les matériaux épars et cepen- 
dant indispensables, celui-là crée réellement quelque chose. 

J874. I 



2 

Sa collerlion o.«t son œuvre, il y dépose une partie de son 
lunc, il h» marque du sceau de son individualilé : la dé- 
iruire après sa mort, c'est porter une atteinte sacrilège à 
sa mémoire, c'est, en quelque sorte, jeter ses cendres au 
vent. 

Hélas! bien souvent des exigences de famille, le besoin ou 
l'ignorance des héritiers commandent ces tristes sacrifices, 
et le travail d'une existence entière se disperse et se perd 
en quelques heures, au feu des enchères, sur une table de 
vente. Mais voyez avec quel sentiment pénible le public 
instruit assiste à la destruction de cet être moral qu'on 
appelle une collection ! 

Heureusement, tel n'est pas le sort réservé à toutes les 
collections : quelques-unes sont gardées avec une sorte 
de vénération; parfois même la famille du défunt, s'in- 
spirant des sentiments les plus élevés et les plus généreux, 
cherche à assurer à jamais la conservation de l'œuvre, et, 
pénétrée de son importance, la dédie à quelque dépôt 
public, où elle va enrichir les sources du savoir humain. 

C'est par l'effet d'une de ces munificences intelligentes 
et désintéressées que la Bibliothèque de la ville de Gand 
doit d'avoir été mise en possession de l'Atlas topographi- 
que et historique de la ville de Gand d'Aug. Van Lokeren, 
ancien échevin de la ville et auteur de VHisloire de Vnb- 
baye de Saint-Bavon et du Cartulaire de Vabbaye de Saint- 
Pierre et d'autres travaux remarquables. Cédant à un noble 
sentiment de piété conjugale, et encouragée par l'assenti- 
ment spontané de la famille. Madame Van Lokeren a fait 
hommage à notre dépôt public de celte œuvre capitale. 

Travailleur infatigable, écrivain instruit, artiste modeste 
et cependant plein de talent, Auguste Van Lokeren a con- 
sacré une partie de son existence à sauver du naufrage 
des temps un nombre considérable de documents qui se 
rapportent à l'histoire architcctonique de notre ville. Son 



œuvre se compose irau-ilelà COO pièces; dessins à la 
plume et au crayon, aquarelles, sépias, lilhographies et 
gravures. Celui qui entreprendra un jour d'écrire Tliis- 
toire des monuments de Gand (et qui ne sait combien 
intimement s'y rattache Pliisloire des événements et des 
institutions), trouvera là une mine féconde d'indications 
précieuses. 

C'est d'abord, dans le premier volume, l'antique abbaye 
de Saint-Bavon, avec son enceinte et ses dépendances 
scrupuleusement délimitées, et qui en faisaient un terri- 
toire ou plutôt une ville à part; la chapelle de Saint- 
Macaire, les cryptes de Saint-Gérard et de la Vierge. El 
avec quel soin, quelle patience, quelle sincérité, tout cela 
a été recueilli, et réédifié par l'esprit! Il n'y a pas une 
pierre détachée de ces vénérables monuments qui n'ait été, 
de la part de l'inlelligenl collectionneur, l'objet d'une élude 
attentive. Ici ce sont des fùls et des chapiteaux de colonne; 
là des cintres de voùle ou des dallages; et à l'aide de ces 
éléments dont la physionomie est presque perdue, guidé 
par la science et par son merveilleux instinct des conve- 
nances architecturales, l'auteur est parvenu à reconstruire, 
jusque dans leurs moindres détails, ces lieux si pleins de 
souvenirs. Voulez-vous voir ressusciter la crypte de l'église 
de la Vierge, ouvrez l'Album de Van Lokeren, et la voilà 
devant vous,^avec ses épaisses et solides murailles, avec 
ses trois autels et ses voûtes surbaissées! 

Le même travail a été fait pour le château des Comtes, 
la Biloke, l'abbaye de Saint-Pierre et la Cour des Princes. 
Mais là ne se sont pas bornées les investigations de l'au- 
teur : les églises, les couvents, les établissements publics, 
et jusqu'aux portes et aux rues de la ville, tout a son 
histoire monumentale dans ce vaste compendium. 

Convaincu que tout ce que nous pourrions en dire ne 
donnerait qu'une idée imparfaite de l'importance de 



_ 4 — 

l'œuvrp, el désiranl copendanl faire comprendre toutes les 
ressources qu'elle offre à l'archéologue, nous croyons ne 
pouvoir mieux faire que d'en publier ici un inventaire 
sommaire, en suivant l'ordre dans lequel nous avons 
trouvé les pièces rangées. 

La collection se compose de plusieurs albums et d'une 
suite de pièces détachées. La plupart des dessins sont de 
la main de Van Lokeren. Nous disions plus haut, en par- 
lant de lui, que c'était un artiste aussi habile que mo- 
deste : la planche ci-jointe, représentant un de ses dessins 
pris au hasard, servira de preuve à notre jugement. Un 
autre artiste, qui de son vivant n'a pas été apprécié à 
sa juste valeur, P. F. De Noter, y est représenté par un 
nombreux contingent d'aquarelles, véritables œuvres d'art, 
esquissées rapidement et sans prétention, mais avec un 
réalisme saisissant et du meilleur aloi. On y rencontre 
aussi quelques pages moins réussies du même peintre; 
celles-ci ont été achevées avec un soin minutieux, el c'est 
ce qui probablement en a constitué le mérite aux yeux 
des amateurs peu intelligents de l'époque; mais on n'y 
retrouve ni sa hardiesse, ni sa désinvolture, ni ses inspi- 
rations de coloriste, en un mol rien de ce qui constituait 
sa nalure artistique. Dans ces compositions, caressées 
comme des miniatures, il tombe dans le détail microsco- 
pique, et ne parvient plus à retrouver aucun de ces puis- 
sants effets de lumière qui font le charme de ses esquisses. 

L'atlas Van Lokeren est donc, dans son ensemble, une 
collection formée avec autant de science (jue de goût, où 
l'art se trouve partout associé à l'histoire, el qui restera 
comme un objet d'admiration et de reconnaissance pour 
tous ceux qui s'intéressent à nos souvenirs nationaux. 

3. E. Van dhr V^in. 



— 5 — 

Inventaire des dociimeuls {plans, dessins, aquarelles, gra- 
vures et liihograjjhies) destinés à fixer l'histoire des 
momiments de la ville de Gand, et rassemblés par 
M^ A. Van Lokeren, a?icieu échevin de la ville de 
Gand. 

f ATLAiS. — Abbaye de SniuUBavon (Vue») '. 

\. Plan (Je la ville de Sainl-Bavon avant 1540. 

2. Vue (le la ville de Gand, prise hors des portes d'Anvers 
et (le Termonde en 1540. P. F. De Noter (d'après le ta- 
bleau de Ijucas d'fleere). 

5. Porte de VHôpital ou d'Anvers. Dessin à la plume du XVI^ 
siècle. 

A. Porte de Termonde. Idem, à la plume, XVI* siècle. 

5. Eglise de l'abbaye de Saint-Bavon, sud. D'après une a(iua- 

relle d'Areni Van Wyneudaele, n° 10. 

6. Hôpital de Sainl-Bavon. Copie d'un dessin d'Areni Van 

Wynendaele, n" 9, avec la note : Dit was inghesteit tôt 
bospitacl van Sinl-Baefs dat stond teynde den damme 
int jaer 1577, de parochiale kerk van Sint-Amaudus 
wesende. 

7. Ruines de l'église de Snini-Saiiveur à Saint-Bavon (d'après 

Arent Van Wynendaele, 1580). 

8. Vue extérieure de l'abbaye de Sainl-Bavon en 1790. Dessin 

à la plume légèrement lavé. 

9. Vue de l'ancienue cour intérieure de l'abbaye de Sainl- 

Bavon en 1835. 

10. Cave sous le réfectoire, c'est-à-dire sous l'église actuelle. 

11. Plan de la crypte de Saint- Gérard. Van Lokercn. 

12. Edicule de Saiui-Gérard, à l'extérieur des ruines de Saint- 

Bavon. Van Lokcren. 



' On remarquera que les lilrcs des allas ne répondeiil pas cxacteiuciil 
aux pièces qu'ils renferment; il y a sous ec rapport à faire nu léger travail 
«le récoicment que i*!'' A. Van Lokcren se proposait sans tloule d'e^éeuler 
plus tard. 



— 6 — 

13. M(ir exléiieur de l'abbaye de Saini-Bavon. Ruines de 

l'édiciile de Saint-Gérard. Van Lokeren. 

14. Extérieur (mur de l'ancienne église abbatiale du côté de 

l'abattoir). Van l.okeren. 
i5. Plan "énéral des ruines de Saint Bavon.Xan Lokeren. 

16. Cloître restauré. Van Lokeren. 

17. Cinq planches (détails d'architecture, portes, châpilaux, 

colonnes). Van Lokeren. 

18. Portes et fenêtres de l'édicule de Saini-Gcrard. Van Lo- 

keren. 

19. Vue générale des ruines de Snini-Bavon en 1831. Van 

Lokeren. 

20. Entrée du cellier, 1837. Van Lokeren. 

21. Chapelle de Saint-Macnire.yan Lokeren, 1831. 

22. Porte du cloître. Van Lokeren. 

23. Autre partie du cloître, 1809. De Noter. 

24. Ancien escalier menant du cloître à l'église actuelle, 1808. 

De Noter. 
23. Partie du cloître avec escalier. Lithographie. Voir 24. 

26. Mur auquel le cloître a été adossé. 

27. Dessin original de De Noter, d'après lequel a été faite la 

lithographie n" 23. Voir aussi 24. 

28. Vue générale des ruines en 1840. 

29. Deux planches; coupe et détails d'architecture de la cha- 

pelle de Saint-Macnire. 

30. Vue intérieure de la chapelle de Sainl-Macaire, 1833. 

Van Lokeren. 

31. Intérieur de la chapelle de Saint-Macaire. Wan Lokeren. 

32. Fragments de sculpture découverts dans les ruines. 1837. 

Van Lokeren. 

33. La ruine du couvent dans la vieille citadelle de Gand, 

1836. Petite eauforte. 

34. Cloître et chapelle de Saiui-Macaire. Van Lokeren. 
33. Une partie du cloître (photographie). 

56. Cloître et entrée de la crypte de Sainte-Marie. Van 

Lokeren. 

57. Partie du cloiHe, porte et fcuelici de la cr\plc de la 

Vierge. Van Lokeren. 



38. Aiicicniio porle du cloître et supports dos arcatuics. 

59. Partie du cloître, 1836. Van Lokereu. 

40. Partie du cloître, 1830. Van Lokereu. 

41. Plau du carrelage de la chapelle de la Vierge. Vau 

Lokeren. 

42. Crypte de la Vierge restaurée. FJlhographie. 

43. Idem, autre exemplaire. Dessin. 

44. Crypte de la Vierge restaurée. Dessin à la plume. Van 

Lokeren. 

45. Porte du cloître. Peinture à Thuile. 

46. Partie du cloître. Dessin sur papier huilé. 

47. Chapelle de la Vierge en 1830. P. De Noter. 

48. Trois planches plans. Coupes de colonnes et épures. V. d. K. 

49. Chapelle de la Vierge, 1829. Van Lokeren. 

50. Ruines de la chapelle de la Vierge, 1831. Van Lokeren. 
31. Ruines idem, 1831. Van Lokeren. 

52. Epures de la chapelle de la Vierge. 

53. Ruines du cloître. Van Lokeren. 

54. Ruines du cloître. Van Lokeren. 

55. Grande vue des ruines du cloître. Van Lokeren. 

56. Epures, colonnes. 

57. Etat de la crypte en 1830. Van Lokeren. 

58. Epures. Entrée de la crypte. 

59. Idem. 

00. État de la crypte en 1834. Van Lokeren. 

61. Carrelage de la crypte. 

62. Intérieur de la crypte avec le carrelage. Van Lokeren. 

63. Trois planches. Chapiteaux de colonnes. 

64. Chapelle de Sainl-ilacaire. 
63. Déhris de colonnes. 

66. Pignon de la brasserie. 

67. Bâtiment nommé la brasserie. Van Lokorou. 

68. Vue intérieure du cloître. Van Lokeren. 

69. Idem. 

70. Clef de voûte du cloître. 

71. Plan au-dessus du cellier. 

72. Pignon de Téglise actuelle du côté du cellier. Van Lokeren. 

73. Epure. 



— 8 — 

lA. Epure. 

75. Le cellier de l'abbaye. Van Lokeren. 

76. Hôtel de la Prévôté, aujourd'hui hôtel du gouvernement. 

77. Moulin à eau derrière la Braempoorte. 

78. Vue du quai près du Moulin à eau (derrière de l'hôtel de 

la Prévôté). 

79. Porte dite Braempoorte et l'hôtel de la Prévôté, 

80. Porte à' Anvers. 

81. Porte de Termonde. 

82. La Pêcherie en 1820. De Noter. 

83. Minnemeersch-brugge. De Noter. 

84. Photographie d'après les ruines du cloître. 

85. Photographie d'après une partie de l'entrée de la crypte. 

86. Photographie idem. 

87. Plan de la chapelle de Saint-Jean, dans la crypte de la 

cathédrale de Saint-Bavon. Van Lokeren. 

88. Mausolée de Geeraert De Vileijn. D'après une aquarelle 

d'Arent van Wynendaele. 

89. Mausolée de sa femme, Margriete van Sini-Pol. (Idem.) 

90. Mausolée de Margriete van Ghislcle, (Idem.) 

91. Vue de la chapelle de Saint-Jean-Baptiste. 

92. Deux épures, colonnes et voûtes. 

93. Plan de l'édicule de Suint-Liévin à Saint-Liévin-Hauthetn, 

1846, Van Lokeren, 

94. Eglise de Saint-Michel à Saint-Liévin-Hauthera. Van 

Lokeren, 1846. 

95. Porte ancienne de l'église de Sainl-Liévin-Hautem. 

Aquarelle. 

96. Eglise de Velsicque, partie ancienne. 

97. Saint-Michel à Saint-Liévin-Hauthem, côté droit de l'église. 

Van Lokeren. 

98. Edicule de Saini-Liévin. Van Lokeren. 

99. Edicule de Saini-Liévin-Hautem. Plan intérieur. 

100. Edicule del'église deSainl-Michel à Saint-Liévin-IIauthcm. 

Van Lokeren. 

101. Croix élevée à Sainl-Licvin-IIaulhem en commémoration 

de la paix survenue entre les confiéiies van biiutcn et 
van binnen. 



— 9 — 

102. Ancienne maison échcvinale à Saint-Liévin—Haulhem. 

105. Chapelle de Sainl-Liévin à Haulhem. Van Lokeren. 
104. Tombeau de Sainl-Liévin à Haulliem. Van Lokeren. 
■105. Moulin à Sainl-Liévin-Haiilhem. Van Lokeren. 

106. Eglise abbatiale de la Bilocke en 1820. De Noter. 

107. Plan du couvent des Dominicains. 

108. Couvent des Dominicains du côté de la Lys, 1820. 

109. Idem du côté de la rue de la Vallée. 

110. Couvent des Dominicains. 

111. Neuf dalles tumulaires en cuivre, gravées d'après Arciil 

Vau Wynendaele. 

112. Coupe de l'église des Dominicains. Yaa Lokeren. 

1 13. Intérieur de l'église des Dominicains (d'après De Baets). 

114. Porte d'entrée de l'église des Dominicains (photographie). 

115. Église des Dominicains (photographie). 

116. Église des Carmes Chaussés à (iand (plan). Van Lokeren. 

117. Façade de l'église des Carmes Chaussés. \an Lokeren. 

118. Église des Carmes Chaussés. \an Lokeren. 

119. Église des Augustins à Gand, après l'incendie de 1858. 

120. Ancienne église du couvent des Autjustins. Copie d'un 

dessin d'Arent V'an Wynendaele, n" 5. 

121. Armes de Simon de Mirabelle, fondateur du couvent du 

Groenen Briele. Ce Simon avait épousé Elisabeth, fille 
naturelle de Louis de Nevers; il mourut en 1546. 

122. Couvent du Groenen Briele, en 1S80 (Copie d'un dessin 

d'Arent Van Wynendaele). 

123. Voorgevel der parochiale kerk van Sini-Salvalor le Cent, 

en oxael en verciering des orgels in de zelfde kerk. 

124. Coupe transversale de l'église de Saini-Sauveur. 

125. Ancienne chapelle dite van den JSood Gods. D'après Arent 

Van Wynendaele. 
120. Ancienne Porte du Sas. 

127. Tour de l'église du couvent Ryckc-Gasihuijs à Gand, dé- 

molie en 1861. 

128. Église et cloître du couvent Ryckc-Gasthuys. 

129. Église de Saint-Michel, en 1820. 

150. Église du Grand-Béguinage. 

151. Couvent des Chartreux. 



— 10 — 

132. Schepene-Vyvere on Koey-poorljen. 

133. Tour de l'église du Nouveau-Bois. De Noter. 
154. De Hoije el le Nouveau -Bois. 

133. Chapelle des Tailleurs à Gaiid. 
136. Plan de la chapelle des Tailleurs. 
157. Eglise de Gonirode. 

138. Idem. Autre vue. 

139. Église de Wondelyhem démolie par les Iconoclastes. 

Copie d'un dessin d'Arent van Wynendaele. 

140. Église de Deurle. 

141. Église de Laelhcni-Sainl-Marlin. 

142. Ruines du château de Maldeghem. 

143. Église de Maldeghem en 1831. 

144. Château de Maldeghem. Ruines. De Noter. 

145. Id , idem. 

146. Id., idem. 

147. Id., idem. 

148. Chapitre de Saini-Bavon. 

149. Intérieur de l'église (h SainlBavon. 



«e ATLAS. — Ablmje de Salnt-Bavou (plans). 

1. Copie d'une carte reposant aux Archives de la ville de 

Cand. Voisinage de la porte d Anvers et du Château 
des Espagnols. 

2. Une pièce manuscrite de 13 feuillets, intitulée : « Copie 

van de explicalie onde noliiicn stacndc ondcr, cnz,., n 
1729. 

3. Pièce en trois feuillets. « Explicalie van de cacrie figura- 

tive gemaccl tôt jacrc 1730, daer uyt geformcerl is cen 
getroncqueert cxlract, ghccotccrt met de lettcr A, by 
laslen van myn Edel Ileeren Schepenen van de Keure 
der stadt Gheudt. » 

4. Grand plan de la ville de Saint-Bavon. Plan n" 1. Le 

dessin original se trouve aux Archives de l'Etat, à Gand. 
.'■). Vue de la Vccrslrnclc et de la Prchcrie. 



6. Église abbatiale de Saînt-Bavon. 

7. Vieille carte des possessions de l'abbaye. 

8. Plan des environs de l'abbaye de Saint-Bavon. 

9. Grand plan de l'église de Saiitt-Macaire, de la cry()te de 

la Vierge, etc., etc. 
10. Chapiteaux trouvés dans les fouilles des ruines de SaitH- 

Bavon. 
H. Murs extérieurs du côté du jardin vers la Pêcherie. 

12. Chapiteaux et bases trouvées dans les ruines de l'abbaye; 

2 planches. 

13. Côté des cloîtres primitifs. 

14. Coupes de la chapelle de Saini-Macaire. 

15. Colonnes de la chapelle de Sainl-Macaire. 

i6. Porte de la chapelle de Saini-Macahe, donnant dans les 

cloîtres. 
17. Vue extérieure de la chapelle de Sainl-Macaire, par J. Bou- 



langer. 



18. Plan général des ruines de Saitit-Bavon, 

19. Chapelle de Sainl-Macaire, pavement et disposition des 

tombes. 

20. Colonnes de la fenêtre à l'entrée de la crypte de la 

Vierge, etc. 

21. Entrée de la crypte de la Vierge. 

22. Fenêtre de la crypte de la Vierge. 

25. Elévation de l'are triomphal de la crypte de la Vierge. 

24. Fenêtres du fond de la crypte. 

25. Grand plan de la ville de Gund. 

20. Plan des cours de la Lieve, de la Mocrvucrdl et de la Lys, 
en ville. 

27. Plan du nord-ouest de la ville. 

28. Environs de la ville : Oostackcr, etc. 

29. Plan de Gand. XV1« siècle. 

30. Plan d'une partie de la ville. 

51. Idem au nord de la Citadelle des Espagnols. 

32. Plan des environs de la Porte du Sas. 

55. Citadelle et environs. Copie d'une carte qui se trouve aux 

Archives de la ville de (Jand. 
54. IMan des environs de la Citadelle. 



— 12 — 

35 Cinq feuillets, explications du plan tic Gand. 

36. Plan de la Citadelle et environs. 

37. Plan des environs de la porte du Sas. 

38. Plan du territoire compris entre la rue du Sas et le Rict- 

yracht. 

39. Copie d'une carte déposée aux archives provinciales, 

intitulée « Carte figurative van de Heernesse tegen Cend, 
regarde d'Aehnoescnye en Sinte-Anne hospitael. Oost. » 

40. Plan d'une partie de la Pêcherie, etc. 

l\. Terrains donnés en location à Oosiacher par l'abbaye. 

42. Citadelle, porte du Sas, Meulestede. 

43. Citadelle, etc. 

44. Carte des possessions de l'abbaye de Sainl-Bavon^ 1585. 

45. Château de Loochrisii. 

46. Carte de l'enclos, jardin, drèves, et une ferme, etc., 

du ci-devani évêque de Gand, situés dans la commune 
de Loochrisly , tous conformément à la description 
ci-jointe. 

47. Plan du cours de VEscaul (porte Saint-Ij'évin). 

48. Idem de la Lijs (porte de Courtrai). 

49. Plan du champ de la Biloque. 

50. Plan des environs de l'église {\c Saint-Martin (Sint-Martcns- 

Ekkerghem). 

51. Plan d'une partie des remparts de la ville. 

52. Plan d'une partie do la ville. Hue des Meuniers. 

53. Plan etc. 

54. Idem. 

55. Idem. 

56. Idem, 

57. Plan du château des Espagnols. 

58. Plan du château des Espagnols (plus complet). 

59. Plan du château des Espagnols. 

60. Idem. 

61. Grand plan de l'abbaye de Srtjn(-Brt!;on. 

62. Projet d'embranchement de la station du chemin de fer 

do l'Etat au nouvel entrepôt du Ook. 
65. Plan de l'abattoir présenté en séance du Conseil com- 
munal du 20 déccnibre 1852, 



— 13 — 

G4. Cliiipileaux de la chapelle de Sainl-Jean-Baplisle. 

05. Plan de la chapelle de Saini-Jeun-Bapiisle. 

66. Colonnes de la chapelle de Sainl-Jean-Bapiiste. Idem, 

67. Coupes Iransversales de la chapelle de Sainl-Jean-Bapiiste. 

68. Plan du couvent des Carmes. 

69. Plan du couvent dit Groenen briele. 

70. Plan du couvent des Carmes-déchaussés, rue de Bruges. 
7i. Plan du couvent des Chartreux à Gand. 

72. Vue du Bas-Escaut du côté du moulin à foulon, à la 

Pêcherie. Dessin au crayon. 

73. Porte du château des Espagnols. 

74. Bastion du côté de la porte iV Anvers. De Noter. 

75. Ancienne maison du XVI^siècle, au château des Espagnols. 

76. Porte d'entrée du château, démolie eu 1828. 

77. Vue d'une partie des remparts. 

78. Idem. 

79. Poterne démolie par la mine en 1851. 

80. Bastion à gauche de la poterne datant du temps de 

Charles V, démolie en 1851. 

81. Vue de la porte d'Anvers, démolie en 1828. 

82. Vue des anciens remparts de la porte cV Anvers on 1828. 
85. Nouvelle porte (V Anvers, démolie en 1866. 

84. Den Ham en 1835. 

85. De Volnieulcn. (Pashrugge). De Noter. 

86. De Volmeulen. De Noter. 

87. Vue de la pmrohse de Saint-Jacques a Gand, en 1789. 

88. Pas-brugge, 1789. 

89. Ruines causées par l'incendie du 14, 15 et 16 novembre 

1789, entre les ponts du Sas et de Saint-Georges. 

90. Ruines etc. entre les deux ponts du château. 

91. Château espagnol. Sieene peerd. De Noter. 

92. Steene peerd. De Noter. 

95. Het bisdom van Cent. (Diocèse.) 

94. Ruines etc. Voir u° 90. 

95. Ruines etc. Voir n° 89. 



— 14 — 



3e ATL.%9. — Conr du Prince et Château de.*» Comtes. 

i. Partie du plan tle Gand, par Ilondiiis. 

2. Plan tle l'enclos de la Biloke avani le creusement de la 

Coupure. 

3. Histoire de Tliôpiial de la Biloke et de l'abbaye de la 

Vierge Marie à Gand. Notice par Van Lokeren. 

4. Copie d'une carte reposant nux archives des hospices de 

Gand, de la Biloke, 169(3. 

5. Porte aux Vaches, démolie en iSôG. 

6. Ancienne porte d'entrée de la Biloke du côlé des rem- 

parts, démolie en 1560. 

7. Vue de l'hôpital de la Biloke en 1808. De Noter. 

8. Porte d'entrée de la Biloke. 

9. Idem, en 1853. 

10. Chapelle ancienne de la Biloke (ancien moulin). 

a. Carte de la façade de la Biloke (Pignon de la grande salle). 

12. Pignon de la grande salle. 

i3. Vue de la grande salle. 

14. Peinture murale sur le pignon sud de la grande salle. 

15. Peinture murale sur le pignon nord de la grande salle. 

16. La Cour du Prince à Gand, 1251 à 1855. Notice de Van 

Lokeren. 

17. Plan du palais de Charles-Quinl, dit Cour du prince, Mil. 

18. V'ue de la Cour du Prince du côté des remparts. De Noter. 

19. Ingankpoort van het Princenhof ten jaere 1549. 

20. Porte d'entrée de la Cour du Prince, 1349. 

21. Cour du Prince du côlé des remparts. 

22. Porte d'entrée de la Cour du Prince du côté des remparts. 

De Noter. 

23. Plan des bâtiments et terrain de la Cour du Prince h Gand. 

24. Vue de la halle, de la chapelle et de la cour d'honneur 

en 1500. 

25. Vue de la halle et du palais. Van Lokeren. 

26. Vue de la Cour du Prince (côté des remparts) 1852, avec 

une partie de la tourelle où naquit Charics-Quint. Van 
Lokeren. 



îo 



27. Vdo (le la Cour du Prince du côté des reinparis, 

28. Cabinet (à droite) où naquit CIiarles-Qdint. 

29. Cour du Prince à Gand. De Wasme. 

30. Fenêtre donnant sur la conr intérieure. 

31. Plan d'une partie de la façade du Chàleau des Comtes, 

1835. 

32. Petite cour du Château des Comtes. 1831. Van Lokereii. 

33. Petite cour du Cliâlean des Comtes. 1855. De Noter. 

34. Grande conr du Château des Comtes. 1832. 

35. Conr intérieure du Château des Comtes. De Noter. 
30. Idem (autre point de vue). De Noter. 

37. Grande cour intérieure du Château des Comtes. 1832. 

Van Lokeren. 

38. Ancien mur intérieur du Château des Comtes. 1832. 

Van Lokeren. 

39. Cour d'entrée du Château des Comtes el vue de la châtcl- 

lenic du Vieux-Bourg. Van Lokeren. 

40. Entrée du Château des Comtes. Van Lokeren. 

41. Entrée du Château des Espagnols. Dessin à l'encre de 

Chine. De Noter. 

42. Vue du Cliâteau des Confies, du côté de la place Sainte- 

Pharaïlde, 1832. 

43. Vue des anciens murs et tours du Château des Comtes, du 

côté de la rue de la Monnaie, 1832. Van Lokeren. 

44. Copie du plan figuratif démontrant la construction du 

vieux conseil en Flandre et bâtiments en dépendant, 
ainsi que les prisons civiles et criminelles, le logement 
du geôlier, les caves et souterrains, le logement du 
concierge et autres, le tout compétant à sa Majesté, et 
dont les places respectives sont plus amplement ren- 
seignées par le renvoi ci-joint, etc. 

45. Gravure représentant l'épisode du fils bourreau de son 

père. 

Ae Gandl le enfandt fraepe sae perc se taele desuu 
Maeis se heppe Rompe si grâce de Dieu. MCCCLXXl, 

46. Fond du chœur de l'église Sainie-Phara'ilde. 

47. Église de Sainlc-Phnraïlde. 

48. Vue intérieure de l'église de Saint-Bavon. 



— 16 — 
PIÈCES DÉTACHÉES. 

i" SÉRIE. 

\. Place d'Armes en 1790. Aquarelle. 

2, Zant'poorie (Zottepoorie), démolie en 186-2. Aquarelle. 

5. Zant-poorte ou porle des Folles, 1832. Dessin. 

4. Anciens murs d'enceinie entre la porle d'Assaut et la 

Zantpoorte. Dessin, 1831. Van Lokeren. 

5. Porle d'Assaut, vue latérale, 1852. Dessin. Van Lokeren. 

6. Cour des gâteux, au.x 4/ea;iens, 1857 (Dessin). Van [.okeren. 

7. Cour des déments, aux Alexiens, 1857 (Dessin). Van 

F.okeren. 

8. Conr intérieure aux Alexiens, 1857. Dessin. 

9. Rempart des Alexiens. Aquarelle. 

10. Plan du Beffroi. Orthographia turris horologii Gandaven- 

sis, vulgo het Belfort. IJv. Cruyl, pbr, fecit 1684. 

11. Plan du Séminaire épiscopal. 

12. Pont aux Herbes et ancien Entrepôt aux Grains (Dessin 

lavé). 

13. Idem. Dessin, mine de plomb, repassé à la plume. 

14. Restes de l'église de Sa/»ae-P/jarrti7(/e, 1853. Dessin. 
15 Quai aux 'filleuls, 1840. Dessin repassé à la plume. 

16. Eglise de Baudeloo avant la consiruciion du péristyle de la 

Bibliothèque. Aquarelle. 

17. Predicaressen te Cent. Dessin de la façade. 

18. Bassin de la L/ei>e (1825). Dessin. Van Lokeren. 

19. Vue de l'établissement du gaz au Dok. Lithographie. 

20. Vue de l'ancienne halle aux draps (écoled'escrimc). Hélio- 

graphie. 

21. Idem. Lithographie. 

22. Place Sainte-Pharaïlde. Aquarelle. De Noter. 

23. Carte de Meidcstede, copiée d'après une carte de Gand ci 

de SCS dépendances, déposée à l'Hôtel-de-VilIe. 

24. Chapelle du refuge de Tronchiennes. Dessin. Van Lokeren. 
23. Petite-Boucherie (1820) (Coin de la rue Courte du Jour). 
26. Plan du Beffroi soumis au Conseil communal et adopté 

en 1845. Gravure. 



— 17 — 

27. llôiel-de-Ville. Dessin à la pliirnc k'g{:rcmeiu lavé de st'pia. 

De Noter. 

28. Ancienne maison échcvinaie à Gand, près du Beffroi. 

29. Sous-sol de l'ancienne maison échcvinaie, démolie en 18Ô2. 

30. Ancienne maison échcvinaie, rez-de-chaussée. 

31. Hôtel de Saini-Georges. Copie d'un dessin de Liéviu Van 

der Schelde. 

32. Deux gravures représentant des dalles tiimulaires en cui- 

vre, et plan des fortifications de Caud, 1043. 

33. Le cloître des Conceplionnisles à Gand. IMan. 

34. Couvent de Galilée. Plan. 
33. Id., idem. 

36. Vue du Moulin h eau près du Toquet, 1820. De Noter. 

37. Statue de Charles-Quint, marché du Vendredi. Gravure. 

38. Château à Destelbergen. Dessin. 
59. Lieve-Ganck. Dessin. 

40. Vue de la fabrique de Vooriman. Peitilnre à l'huile. 

41. Chapelle de l'abbaye de ^YaersdlooL Van I>okeren. 

42. Quai aux Herbes (1835). Dessin au crayon et à l'encre. 
45. L'étape aux grains et la maison des mesureurs de grains. 

Gravure. 

44. Quai aux Herbes. Lithographie. 

45. Incendie de l'église de Saint-Davon à Gand, 11 septem- 

bre 1822. Liihogra|»hie. 

46. Maison des Bateliers, quai aux Herbes. Photographie, 

47. Pont Saint-Michel, 1855. Dessin au crayon et à la plume. 

48. Quai aux Herbes (1854). Mine de plomb el encre. 

49. Eglise Saint-Jacques à Gand. Dessin. Van Lokereu. 

50. Id., façade. Dessin (Projet de reconstruction). 

51. Chevet de l'église de Saini-JSicolas à Gand, 1856. Dessin. 

Van Lokeren. 

52. Vue latérale de l'église de Saini-Mcolas à Gand. A la 

plume et sépia. De Noter. 

53. Eglise de Saint-Nicolas et rue de la Catalogne. Au crayon 

et à la plume. De Noter. 

54. Façade latérale de l'église de Saint-Nicolas au \\V siècle; 

la flèche en fut foudroyée le 9 janvier 1624. Dessin. Van 
Lokeren. 

2 



— 18 — 

55. Idcn». Dessin. Van Lokeieu. 

56. Eglise (io Saini-Xicolas à Gaod , 1856. A la plume et 

sépia. De Noter. 

57. I.a salle de la Sodalité des Jésuites, dans la rue Courte 

du Marais. Lavis. De Noter. 

58. Maison de la rue Longue Monnaie, démolie en 1839. 

59. Vue du Cuypgai à Gand, 1797. Gravure. 

60. Vue du pont de Meulesiede près de Gand. Gravure par 

ïrachez. 1789. 

61. La même, reproduite par Rousseau. 

62. Idem, de Trachez. 

63. Vue du Kuypgal à Gand. Trachez. 

64. Idem, de ïrachez. 

65 Vue de Meulesiede, de Trachez, épreuve avant la lettre. 

66. Cession du château dMm'crsaux patriotes. Trachez, 1790. 

67. Groupe de maisons au Minuemeersch. A l'encre cl au 

crayon de De Noter. 

68. Façade d'une maison rue des Champs, démolie ea 1844. 

69. Plan du couvent des Jésuites. 

70. Façade de la maison Schamp rue des Champs. Dessin. 

71. Croquis divers, sur papier à décalquer. 

72. Façade d'une maison rue de Bruges. Dessin. 

73. Façade latérale de la salle Saint-Michel. Dessin. 

74. Façade 'd'une maison au Bcgynengracht. Dessin. 

75. Maison Van Artevelde, démolie en 1834. Dessin. 

76. Vue de ville. Dessin. 

77. Maisons situées rue Saint-Liévin et appartenant aux Uiches- 

Claires , dont l'abbaye se trouvait dans la même rue, 
démolie en 1839. Dessin De Noter. 

78. Porte d'entrée du Petit-Béguinage à Gand, 1815. Dessin. 

De Noter. 

79. Trap af, Coupure. Huys ter Coolen, oii se trouve mainte- 

nant la sucrerie Clans, démolie en 1836. 

80. Façade du Sieen de la rue aux Vaches. Plan. 

81. Idem. 

82. Maison de la rue Haut-Port, 19. Dessin. Van Lokeren. 
85, Id., Bogaerdstrael, quai aux Oignons, démolie en 1835, 



— 19 - 

fief qui a[)porlenaii au vicomte (rOombergen. Dessin. De 
Noier. 

84. Maison, Schepcnhiiysstraetje, 28. Dessin au lavis. De Noier. 

85. II!., rue Haui-Port, 1. Lavis. De Noter. 

86. 1(1., Donkerslege. Au crayon et à la plume. Van Lokeren. 

87. Rue de Bruxelles, Keijzenlraet, démolie en 1835. Dessin. 

88. Roodhuijs, Drapstraat. A Tencre et au crayon. De Noter. 

89. Restes de Tanlique Wiiiocx-hospilael, au coin de la rue 

des Champs, abattus en 1859. Lavis à l'encre. De Noter. 

90. Maison, Marché aux drains. Van Lokeren. 

91. Id., rue Basse, démolie en 1835, peut-être l'ancienne 

maison des Brasseurs. Dessin. De Noter. 

92. Vue de la ville, au crayon et à l'encre. De Noter. 

93. Bibliothèque et église de Bandeloo. A l'encre et au 

crayon. De Noter. 

94. Maison, Begynengracht, n° 40. Dessin. Van Lokeren. 

95. Id., Oudburg. Dessin à l'encre. Van Lokeren. 

96. Id., Overschelde, démolie en 184t. Van Lokeren. 

97. Id., Overschelde, u° 116. Van Lokeren. 

98. Id., Sluyzeken, n' 2, démolie en 1834 Vau Lokeren. 

99. Id., Slypstraat, Muyde. Van Lokeren. 

100. Rue Saint-Licviu, maison L. Sybillc. Dessin. Van Lo- 

keren. 

101. Maison, rue Sainl-Liévin, en face des casernes, démolie 

en 1858. De Noter. 

102. Maison, rue de la Monnaie, démolie en 1837. Dessin. 

De Noter. 

103. Canal de Terneuzen. Au irait à l'encre. De Noter. 

104. Idem. Autre vue. De Noter. 

105. Eglise de Saiul-Pierre à Gand. Gravure. 

106. Carte figurative des limites de Saint-Pierre et de Gnud. 

107. Autre, idem. 

108. L'estaminet les Trois Clefs, Saint-Pierre, démoli en 1840. 

Dessin. Van Lokeren. 

109. L'église de Saini-Pierre. A la plume et sépia. De Noter, 

1808. 

1 10. Esquisse, idem. 

111. l'glisc de ^'otre-Dnmc, à Saint-Pierre. 



— 20 — 

-11:2. Vue de l'église de Koire-Dume, de roraloire cl du quar- 
tier de l'abbé en 1785, Saint-Pierre. 

113. Plan van Onze Lteve Vrouwekerk van Sint-Pieters. 

114. Partie du cloître de l'église abbatiale. 
Ho. Idem. 

116. Idem. 

117. Idem. 

118. Bâtiments de la prévôté de Sainl-Pierre. Dessin. Van Lo- 

keren. 
H9. Double croix argent doré, provenant de l'abbaye de 

Sainl-Pierre. 
420. Cloître de l'abbaye de Sainl-Pierre. Van Lokeren. 

121. Cloître de l'abbaye de Sainl-Pierre. Van Lokeren. 

122. Ancien oratoire de l'abbaye de Saint Pierre, à l'ouest, 

démoli en 1579, d'après Arent Van Wynendacle. 

123. Ancien oratoire de l'abbaye consacré en 975. Copie 

d'une aquarelle d'Arent Van Wynendaele, n° 14. 

124. Ancienne porte, dite Petercellopoort. Dessin. Van Lo- 

keren. 

125. Ancienne porte de la Colline. Dessin. Van Lokeren. 

126. Porte de la (.olline, sud. Aquarelle. De Noter. 

127. Porte de la Colline, est. 

128. Ancienne porte de Courirai. Aquarelle. De Noter. 

129. Porte de Courirai, 1820. Aquarelle. De Noter. 

130. f^eiercellepoort. Aquarelle. De Noter. 

131. Ancienne porte du rempart ^e. Sainl-Pierre. 

132. Image de Dayoberi, fondateur du couvent, dans la cba- 

pelle de Saint-Laurent, et 10 gravures de pierres tu- 
mulaires de l'église de l'abbaye (armoiries) avec notices 
manuscrites (Baudouin le Chauve et sa femme Elstrude; 
Luigardis , fille d'Arnould le Vieux; Arnould II et sa 
femme Susanne; Oigive lille de Gislebert, comte de 
Luxembourg; Baudouin II le Barbu). 

133. Intérieur de l'église de Sainl-Pierre. Plan, — Petite 

photographie de l'abbaye de Sainl-Pierre. — Cahier 
manuscrit et notes diverses relatives à l'abbaye de 
Sainl-Pierre. 
loi. Triangulation de la ville de Garni. Manuscrit. 



— 21 — 

135. FaçaJe de l'église de Sainl-Pierre et coiislriiclions envi- 

ronnantes. — Tombe avec armoiries et encadrement 
dans l'église de Saint-Pierre. 

136. Maison rue de Sainte-Pierre, abatue en 1871. — Deux 

dessins. 

157. Plan du château et dépendances de Zivijnaerdc. Colorié. 

138. F.e couvent des i4/exfens. Sepia. 

139. Idem, dessin. 

140. Maison coin de la rue de Bruges. Dessin. Van Lokercn. 

141. Porte d'Assaut en 1832. Van Lokeren, 

142. Vue du couvent des Alexiens. Encre de Chine. De 

Noter. 

143. Turrepoorte et Turrebrugge, démolies en 1852. — 

Ancienne porte de Tliourout. Deux dessins. 

144. Toorrebrugge. Dessin, crayon et encre. 

145. Rabot et rempart du Béguinage. Dessin. 

146. Idem. Lavis. De Noter. 

147. Raboi. Idem. De Noter, 

148. Rabot avant la restauration de 1861. Lavis. De Noter. 

149. Rabot, idem. De Noter. 
130. Rabot. De Noter. 

151. Rabot. Petit dessin. Façade postérieure. 

152. Porte de Saint-Liévin. De Noter. 

133. Tour d'enceinte au pont des Cinq-Vannes. 
154. Intérieur d'une tour d'enceinte aux Cinq-Vannes. Dessin. 
Van Lokeren. 

153. Souterrain du château de Gérard Vilain, dit le Diable. 

Dessin. Van Lokeren. 
156. Vue du château de Gérard Vilain, dit le Diable. Dessin. 
Van Lokeren, 

137. Plan du château de Gérard Vilain, dit le Diable. L'origi- 

nal se trouve aux archives de Gand, 

158. Vue du Pont-Neuf. A l'encre de Chine. De Noter. 

159. Idem. 

160. Idem. Sépia. 

161. Hôtel Rtjhove, du côté de la cour. Dessin. Van Lokeren. 

162. Keijzcrpoort. Sépia. 

103. Idem. Dessin à l'encre sur papier, à décalquer. 



<2'-2 

164. Place iVArmes en 1818. Au crayon et à l'encre. 

165. Porte du Sas. Dessin. Van Lokeren. 

166. Lievebrngge. Aquarelle. 

167. Porte tin Sas (Lithographie coloriée). 

168. Carte de Meirelbeke. 

169. De groote straete van aen Sinl-Quinlinus capolle naer 

d'Heuverpoorte. Plan. 

170. Plan de l'abbaye de Saint-Pierre en 1730. 

171. Plan du couvent de Sainte-Barbe. 

172. Plan de la campagne hors la porte Saint-Liévin. 

173. Abbaye de Saint-Pierre et ses dépendances. 

174. Meirhem. Lavis. De Noter. 

173. Vue de l'ancien canal du Sas. De Noter. 

176. Plan des dépendances de Saint-Pierre. 

177. Idem, plus grand. 

178. Plan de l'abbaye de Saint-Pierre en 1751. Extrait du 

IVIS. de l'avocat Lecat. 

179. Pian du couvent des Pénitentes, rue Basse des Champs. 

180. Plan de l'abbaye de Saint-Pierre, 1820. 

181. pjcclesia per S. Eucharisliam iriumphans. Cravure de 

Galle. 

182. Ilof Van Waesberghc, rue Neuvc-Saint-Picrre, 1859. 

V^an Lokeren. 
J83. Idem, du côté de l'Escaut, 1839. Dessin. Van Lokeren. 

184. Débris de fondation d'un ancien château, du côté de 

l'église de Notre-Dame à Saint-Pierre. Dessin. Van Lo- 
keren. 

185. Hof Van Waesberghe. Dessin. Van Lokeren. 

186. Sepultureu van de suster van Carolus van Rommingem. 

Sur papier à décalquer. — L'ancien tonjbeau de la 
reine de Danemarck dans l'église abbatiale de Saint- 
Pierre, détruit en 1378. 

187. Église de Notre-Dame, à Saint-Pierre. Au crayon et à 

l'encre. Van Fjokeren. 

188. Château de Crombnigge, à Meirelbeke. Dessin. Van 

Lokeren. 

189. Armoiries de l'abbé de Saint-Pierre. 



— 23 — 

190. Façade d'une maison rue de la Colline, n° 50. Dessin. 

Van Lokeren. 

191. Cliâteau hors de la perle de Courtrai. Dessin. Van Lo- 

keren. 

192. Vrouweuhof à Tamise, démoli en 1772. Voir Van den Bo- 

gaerde. 

193. Porte de Saint-Liévin, 1823. Dessin d'Eug. V'erboeck- 

hoven. 

194. Château de Wisseherk, à Basele. 

195. Maison de la fin du XVI* siècle (Heuvelpoort, In den 

groenen Vehijnger). 

196. Petcrcellepoort. Lavis, encre de Chine. 

197. iMarehé aux Herbes. Lavis, encre de Chine. De Noter. 

1835. 

198. Façade de la Boucherie. Van Lokeren. 

199. Boucherie. Van Lokeren. 

200. Château de Znnjnaerde. 1853. Dessin. Van l^okeren. 

201. Hospice Ebbrcchts, du côté de la Lys. 1828. Aquarelle. 

De Noter. 

202. Vue extérieure de la ville hors la porte de la Colline. 

Lavis. De Noter. 

203. Tombeaux des comtes de Flandre à Saint-Pierre {6 pièces). 

204. Pian du couvent des Récollcts. 

205. Canal au (juai des (chaudronniers. 1830. Van Lokeren. 

206. Pont iMadou. Aquarelle. De Noter. 

DESSINS ISOLÉS. 

2" Série. 

1. Rue de la Vallée, façade de l'église et d'une partie du 

couvent dos Dominicains. Sur papier à décalquer. 

2. Porte de Bruxelles. Dessin au lavis. 

3. Eglise de Saiui-Jacques. Photographie. 

4. Ancien hôtel Saint-Georges. 

5. Les Volnieulens à l'Overzet, et au revers. Vue du pont 

des Moines. Encre et lavis. 

6. Eglise de Bacliic-Maria-Leeme, démolie en 1845. 

7. Maele-lez-Bruges, — Jabbehe, sud-est. Dessins. 



— u — 

8. Weslercli. Dessin, cravon. 

9. Damme. Dessin, crayon. 

10. Église de Silleghem. Crayon. Adrien Tourelle. 

11. Maison de ville de Damme. — Église de Cokeluere. 
42. Ghisielles, 1811. 

13. Lisseweghe, Flandre occidentale. 

iA. Sainl-Denis-Weslrem . 

15. Église des Augustins à Gand en 1580. Lithographie. 

16. Recollelienkerk, 1730. Lithographie. 

17. Plan des terrains dépendant de la chapelle àeSchreiboom, 

18. Idem. 

19. Détails de la chapelle de Schreiboom. A l'encre sur papier 

à décalquer. 

20. Église de Saini-Pierre, à Gand. Gravure. 

21. Vue du Kmjpgat, à Gand. Trachez, 1783. Gravure. 

22. Vue du pont de Meulestecle. Gravure. 

23. Cession du château d'Anvers aux patriotes. Gravure. 

Trachez. 

24. Vue du pont de Meideslede. Trachez pinxit et sculp. 

25. Idem. Rousseau, d'après Trachez. 

26. Vue du Kuypgai. Trachez. 

27. Vue du pont de Meulesledc. Trachez. 

28. Vue du Kuypgat. Rousseau, d'après Trachez. 

29. Église de Sainl-Jean-Baptisle d'.\fsné. 3 plans. 

30. Église de Saint- Denis-Wesirem. Dessin au crayon. 

31. Idem. 

32. Idem. Gravure d'Onghcna. 

33. Plan de l'église de Sainl-Denis-Weslrem. 

34. Église Sainl-Chris:ophe à Schehlewind^ke. Dessin. 
33. Église Saini-Mariin à Baclegem. Dessin au crayon. 

36. Intérieur de l'église de Baelcgem. Id. 

37. Château iVOplinier (Ter Lake), lief de l'ahbaye de Saint- 

Pierre. Dessin. 

38. Château de Meirclbeke (Sanderus). Dessin. Fief de l'ah- 

baye de Saint-Pierre. Dessin. 

39. Château à'Avchjhem. Fief de l'abbaye de Saint-Pierre. 

Dessin. 

40. Château de Tamise, du côté de l'Escaut. Dessin, 



— 2S -- 

^1. Pignon lie l'église de Mecrkerke (.Maiiakerke). 

42. Église d'Eecke. La partie aniérieure bâtie en 1771. Dessin 

au lavis. 

43. Cliâtcaii d^Eecke. Dessin au lavis. 

44. Eglise (Je Semmerzaeke, 1840. Dessin. 

45. Eglise de Seeverghem. Id. 

46. Eglise de Saiul-Boniface à Muntc. Id. 

47. Église de Munie. Id. 

48. Château de Bonshem, sur l'Escaut. Id. 

49. Abbaye de Tronchienncs. De Noter. Aquarelle. 

50. Église d'Asiene, près de Deynze. Dessin. 

51. Intérieur de l'église AWnene. 

52. Ancien château de Mère, à Vosselaere, 1547. Dessin. 

53. Eglise de Vosselaere. Dessin. 

54. Idem (1845). 

55. Église de Celles. Dessin. 

56. Idem. 

57. Intérieur de l'église de Sainl-Denis-W estrem. Dessin. 

58. Intérieur de l'église d'Afsné. Dessin. 

59. Idem, en gravure. 

60. L'église iVAfsné. Dessin. 

61. Ruines de l'église de l'abbaye iVAfftighem. Aquarelle. 

Plusieurs dessins et aquarelles représentant des vues de 
Gand et des environs. 

Plans divers ne se rapportant pas à la sille de Gand. 

Le dessin qui figure en tête de cette notice représente la 
deuxième cour intérieure du château des Comtes. 



2G — 



NOS VILLAS BELGO-ROMAINES. 



Causes probables de leur oeeiipntiou pnr len Frank** 



Les subslruclioiis que les fouilles conduites en Belgique 
ont mises à découvert, nous apprennent par des indices 
nombreux que leur établissement appartient non seule- 
ment à l'époque de la domination romaine, mais aux 
Romains eux-mêmes. En effet, sans nous arrêter à la |>ré- 
sence des baignoires ou au mode de chauffage, les Lararia ' 
ne peuvent se rapporter à une construction indigène; nos 
pères n'avaient point d'idée de semblables divinités do- 
mestiques et ne considéraient point leurs dieux sous le 
même aspect que les méridionaux. Si le Romain consacra 
chez nous des monuments à Jovi, Minrrvae, Fortunae ou 
Martf, le Nervien les consacrait à ses déesses mères, 
Matribl's Mop(r)ATiBL'S ^; le Tongrois, à Vrihadesti ou à 
Vagdavera. 

Les substructions cependant se montrent en général 
comme ayant subi un remanimeut postérieur à leur éta- 
blissement, et c'est en conséquence des modifications 
subséquentes, que l'on rencontre des objets et des frag- 
ments divers, d'origine évidemment franke; tandis qu'autre 
part ^ le cimetière romain, Ustrinum, Woerde, est contigu 



' Ex Gr. GEnpi>MES. Fouilles de 1872. 

' Monuracnls trouvés {° à Nyniègue , 2° à Vechten (L), et Birrcns en 
Ecosse (W), et 5» à Selten (B). 

* A Strée, entre autres. Fouilles de 1872. 



à un cimetière il'mi caractère fraiik bien prononcé. Nous 
savons par rhisloire que la souveraineté des Franks a 
succédé à celle de Rome; mais si pour la Gaule-Celtif|ue 
celle substitution fui le résultai de la conquête, il n'en a 
pas été de même pour nous qui étions partie constituante 
du peuple frank, comme nous l'avons exposé autre pari *, 

Les résultats divers qu'ont amené les fouilles ont fait 
naître la question de savoir comment des Franks oui rem- 
placé des Romains dans tant de villas de notre territoire. 
Nous allons exposer quelques faits préalables qui nous 
aideront à la solution de ce problème. 

Voyons d'abord quelle peut avoir été la qualité ou pro- 
fession des Romains constructeurs des villas éparpillées 
sur notre territoire? Nous ne pouvons aucunement nous 
baser sur les usages du monde moderne, qui causent des 
émigrations de ce genre par les relations commerciales ou 
industrielles, pour expliquer celles de tant de Romains 
sur notre sol : ce peuple juriste el guerrier méprisait ces 
branches de l'activité humaine. L'émigration n'avait lieu 
pour eux que dans un but stratégique ou administratif. 

Les peuplades de notre pays avaient conservé leurs 
magistrats, leurs lois et leurs coutumes, bien qu'assujé- 
ties à Rome. C'est à cause de cette dernière condition 
qu'elles étaient Iribulaires -, el de là résultait le besoin 
d'instituer parmi ces tribus, des collecteurs d'impôts el 
des directeurs des postes; fonctionnaires qui très-proba- 
blement remplissaient aussi l'office de recruteurs des 
contingents. Ces dispositions remontent à César-Auguste; 
ces officiers étaient exclusivement Romains. On les quali- 
fiait de Frlmemaru, parce qu'ils soignaient la rentrée des 



* Cfr. Les Franks avant l'an 418 {Messager des Sciences historiques, 1871) 
el Premières Rencontres (Revue trimestrielle, t. 34, p. 290], 

* Cfr. A. Troisfomaines, Aniiquilc.i romaines envisagées sous le point de 
vue politique, p. 145 à I4S. 



— 28 — 

blés dans h\s magasins publics et les cx|H'cliaipnl vers les 
camps qui on avaient besoin '. On sait que les Iribufs se 
percevaient en nature '^. 

On divisait ces fonctionnaires en quatre classes; ceux 
qui, allacbés aux légions, répondaient à nos intendants 
militaires, étaient nommés SiATiONARir; les messagers et 
courriers de cabinet du gouvernement césarien se nom- 
maient Speculatores. Mais les Opimatores, placés dans les 
provinces de distance en distance, veillaient à la sûreté 
publique, au recouvrement des impôts, aux transports des 
denrées. I>eurs cbefs résidaient dans les relais de poste 
sur la grande voie romaine; on les nommait Irènarques ou 
gardiens de la paix. Les Ci'Rmsi recbercbaienl les retar- 
dataires, les signalaient et remplissaient d'autres fonctions 
de basse police. 

Les contributions à faire renirer consistaient en dîmes 
des récolles des terres du fisc à titre de fermage, en cin- 
quièmes du produit des arbres à fruit, en un taux fixe 
par tète de bétail^; enfin en la capilation qui pesait sur 
tous les babitants, et en la sabelle *. C'est donc aux 
Fri'mentarm Opimatores que nous attribuons la fondation 
des premières villas dispersées sur notre territoire. El 
comme la splendeur de la domination romaine brilla entre 
Vespasien el Commode, sous les règnes de Domitien, 
Néron, Trajan, Hadrien, Antonin et iMarc-Aurèle, la 
période entre Tan 77 el 168 ^ nous paraît l'époque de la 

' " Horren , — Cell.ie, Armamenlaria agricoi.; » en luJesqiie : Spik, 
Spyker el Maehelen, aujourd'hui Schitur. 

^ StiiAEVES, La Hrl/fiquc el les Pai/s-niis, elp., t. II, p. 13 cl 14. 

•'' Il se réglait aussi on nature; de là des enclos, Septa, Berses ou Parcs; 
Slahula, Slaules, Sleis. Les troupeaux peu nombreux acquillaienl leur côte 
au moyen d'agneaux, de porcelets, ou de poules. De lit les redevances féo- 
dales d'autant de chapons. 

* Des Roches, ///*/. des Pays-Bas autrirh., t. II, p. 299, c. 8. — 
Citant Appianus, lib. I. 

* Ont clé gouverneurs de la Germanie inférieure dans celle période : Do- 



— 29 — 

conslruclioii de ces villas. Il est probable en oulrc que les 
lîomains, nés dans les colonies ' de Soissons, Sainl-Quenlin, 
Trêves el Cologne, élablirenl des exploitations agricoles sur 
divers points de notre pays; mais par la nature même de 
leur destination spéciale^ ces fermes, ou villulœ, ne pré- 
sentaient pas la même munificence que celles signalées par 
nos récentes découvertes. 

Une première dévastation atteignit ces villas sous Marc- 
Aurèle. Perlinax dut repousser une attaque des Catles en 
176 ; Didius-Julianus s'opposer à une irruption des Cbau- 
ques en 178; Clodius-Albinus résister à une invasion des 
Frisons en 192. Cet état perpétuel de guerres et de 
dévastations suflît à expliquer l'abstention des fonction- 
naires italiens et provençaux, de venir briguer des offices 
dans un climat que Tacite déclarait « attrister les regards 
de tous ceux dont ce n'était pas la patrie. » Les Romains 
de celte époque étaient devenus plus avides que jamais des 
enchantements et de la mollesse de l'Orient. Mais il y avait 
peut-être un motif d'éloignement de plus que les invasions 
réitérées des Germains : des insurrections d'indigènes, 
qu'on suppose les avoir favorisées 2. Nos auteurs légen- 
daires du moyen âge vont plus loin; ils affirment l'insur- 
rection qui aurait eu pour premier effet le massacre de 
tous les officiers romains répandus dans le pays^. 

Pendant seize ou dix-sept lustres, Tliistoire ne signale 
rien de spécial à notre contrée. Ce laps de temps, de 19*2 



niilien, Anlonius, L. Mnximus, U. Tr;ij:iii, Aul. P. iNejios, Juliiis Paslor 
H Pci-linnx (ALTl^G el Roulez, passim) 

' Cff. Wauters, Quelques villes de ta Gaule belgir/ue, 2 [Revue li imettlrielle , 
I. XIV, p. 193 ei 196). 

* Cfr. Peppe, Dis. Franhs Saliens, |). 16. — Verhoeven, Inleyding, enz , 
p 76 — Des Rocues, IIUl. «ne, l. Il, p. 317. — GÉRAno, Uisl. des 
Francs d'Ans'., l. I, p. 91. 

° De Civst, Annntes de Ilainani, t V, p. 23 ù 43. — Cfr. A Troisfon- 
Ti\xï.s, Andquiiés tomaincs, p. JOOà 105. 



— 50 — 

à 270, est ('galemeiil muel dans nos écM'ils fabuleux qui, 
confoiulanl en une seule les trois guerres d'invasion, lient, 
sans lacunes, les actes de Pertinax à ceux de Carausius '. 
La terrible pesie qui sévit dans tout rKmpire en 250^, 
peut avoir contribué à amener la confusion dans les sou- 
venirs. 

Indiquons en passant que c'est à la seconde moitié de ce 
troisième siècle que les antiquaires Scandinaves attribuent 
l'arrivée chez eux de monnaies impériales, de statuettes et 
même de Romains, dont ils trouvèrent les sépultures avec 
inscriptions latines ". 

Quoi qu'il en ait été, dès le règne de Clodius-Albinus 
on peut supposer que les fonctions d'Opinialores ne furent 
plus remplies ici par des Romains pur sang, mais par des 
Romains des colonies que nous avons citées. Si sous Marc- 
Aurèle les hommes manquaient déjà aux armées en Italie 
et qu'il fallait enrôler des barbares, sous Septime-Sévère 
les hommes d'Italie manquaient aux offices des provinces 
d'Occident , où par suile des guerres les contribuables 
citoyens-romains élaient en décroissance*. En 213, Cara- 
calla rendit un édil, qui donnait la qualité de citoyen 
romaii» à tout habitant libre des provinces de l'Empire. 
Dès lors, rien ne s'opposait plus à ce que des indigènes 
briguassent les fonctions de Frdmentarii. 

En même temps la ligue franke resserrait ses alliances 
sur les deux rives du Bas-Rhin, et toutes les terres fiscales 
privées de culture par suile des dévastations antérieures, 

• M. VAN Vaernewvk, llinl. van Belgis , h IV, kap. 10 (l. Il, p. 52). — 
ÎIamcomls Fci.ïîrt, p. I;J, 1G cl 17. 

' V. Orose VII, cilé pai- Sciiaeyes, lib. cil. 

' G. EiNUELiiAROT, Slulucltcs romuinvs cl autres objets d'art du premier âge 
de fer (en Danemark). Copcnlingue, 1872, p. 52 à 55. 

^ Le fisc y porilail Icb droits tic succession cl île coiifiscalioii, auxuucls les 
jietiplades Iribiilaires iréluieill pus soumises. Cfi'. A. Thoisfo.maines, livre 
cilé, p. 170 cl 171. 



furenl convoilées par les Germains, qui furenl accueillis 
dans les limites de l'Empire en qualité de Laeti, Lalen, 
ou cultivateurs libres, mais non propriétaires. Rome trou- 
vait en eux des soldats et comptait en faire une souche de 
contribuables. Tout porte à croire que pendant les hosti- 
lités qui se renouvellèrent entre 255 et 271, les Franks 
usèrent de violence pour s'emparer de certaines villas, dont 
ils convoitaient les terres arables, car en 289 l'empereur 
Maximien leur confirma la possession, non seulement des 
terres qu'ils occupaient actuellement, mais encore de celles 
dont il les avait récemment dépouillés. En 342, les 
Romains, quoique se prétendant toujours vainqueurs, 
cimentent la paix en abandonnant un nouveau territoire 
aux Franks. C'est là probablement le traité qu'Ammien- 
iMarcellin a nommé Pax Limitum •. Nonobstant ces luttes 
incessantes, l'influence politique des Franks n'avait fait 
que s'accroître. Déjà sous Constantin, leur commandant 
Bonicius s'était illustré sous les drapeaux de l'Empire. Son 
fils Sylvanus, puis Mellobald, Merobaudes, Baudon, Kik- 
himer, Carietlo, Arbogast etc., sous les titres de Comes 
Do.MESTicus el de Magister Militum, étaient en réalité pre- 
miers minisires de l'empereur. Ces hautes fonctions furent 
remplies par des princes franks jusqu'à l'avénemenl 
d'IIonorius en 596. « Les Franks, écrivait plus lard Aga- 
ihias, ne ressemblent guère aux autres baibares; ils sont 
soumis aux lois, polis, et ne diflèrent de nous que par la 
langue el le vêlement -. » Or, si dans les villes-colonies 
comme Soissons, Sainl-Quenlin, Trêves et Cologne, les 
offices restaient toujours réservés aux Romains de l'en- 
droil, il en était autrement pour les campagnes, où des 

• GÉRARD, Francs irAiistrasie, I, p. 4G. — Cfr. Cu. Duvivier, Pagus liai' 
noensis, p. 68. 

- « Niliilo a iiobis iliircire qiiuiii soUiiii modo burbarico veslilu el liiiguuo 
» proiiriclalc. » 



— 32 — 

indigènes frauks enlrèrenl en partage des fondions d'Opi- 
NiATORES. Ammien-Marceiiin laisse entrevoir cet état de 
choses, que Scipion Dupleix expose en disant que « les 
» François esloienl en très-bonne odeur et très-erand crédit 
» en la Cour impériale et tenoient dèsja les plus belles 
» charges des armées; et les plus importantes commissions 
» pour le faict des armes leur esloienl décernées '. » 

Mais, nous dira-l-on, si dans ces conditions des Franks 
ont été investis des fondions d'OpiNiATORES, quel titre 
avaient-ils pour se loger dans les villas appartenant à des 
Romains? Le genre de propriété des fonctionnaires pro- 
vinciaux l'explique fort bien. Les Romains eux-mêmes ne 
possédaient la propriété pleine ou quiritaire, que dans les 
limites de certaines villes-colonies '^; hors de là, ils ne 
jouissaient que de la propriété p?'éfone»ne, qui n'était point 
incommulable ^; l'autorité pouvait toujours en disposer. 

Une invasion d'Alains amena partiellement une seconde 
destruction des villas en o7o *. Celle-ci fut suivie de la 
plus violente de toutes en 407, en conséquence de l'aggres- 
sion victorieuse des Goths, des V^andales et des Alains, qui 
frappa de destruction la plupart des édifices élevés sur 
notre territoire pendant la période romaine. Toutefois, 
quelques villas ont pu échapper alors et n'avoir péri qu'ul- 
térieurement dans nos luttes intestines. 

Nous ne terminerons pas cette notice sans appeler l'at- 
tention sur certaines dénominations locales voisines des 
domiciles des Opimatores. Les noms topiques de Celles, 



• Mémoires des Gaules, p. 323. 

' Lyon, Vienne, Cologne. — Voyez Marculfe, Form., I, 17, cité par 
GÉRARD, Francs d' A uslrasie, l. Il, p. ôGj, et aussi p. 533; — et aussi Essai 
sur les rcvolulions sociales, par le même (p. 16 du t. XI, Revue Iriin., 
2« série). 

' Gérard, Francs d'Auslrasie, f. I, p. 172 u 173. 

♦ Dewez, Diction, gcogr., p. 382. 



35 



Horrée, Hornie, rappellent les granges ou greniers où ils 
gardaient les réserves des revenus publics, qui dans les 
Annonariae regiones • se percevaient en nature; les noms 
de Berse, Parc, etc., rappellent les enclos où l'on par- 
quait le bélail; et ceux de Tombais, les lumulus où les 
cendres de ces officiers sont confiées à la terre. L'existence 
d'une de ces dénominations est un indice qui peut mettre 
sur la voie de toute la série, y compris les Caslra, se pré- 
sentant sous les formes de Chessiu, C/iession, Castres, 
Cassel, Castel, Caslellin^ etc., etc. Kessel, Kaster, etc. 

Indubitablement, bien des substructions sont encore 
cachées sous notre sol; et il n'est pas impossible que plu- 
sieurs servent de fondations à des bâtiments rajeunis plus 
d'une fois, mais se présentant aujourd'hui comme grandes 
fermes. Peut-être s'en trouve-t-il parmi celles-là qui étaient 
originairement fiscales^ et dont disposèrent par la suite 
les rois mérovingiens? C'est là une question que des fouilles 
ou des découvertes futures pourront résoudre. 

C. Van der Elst. 



' SisMOSDi, Histoire des Français, t. I, p. 3G el 37. 

^ Cfr. WAr,>KOEMG el Gérard, Histoire des Carolingiens, t. Il, p. loi à 140, 
cl 168 à 184. 



;-i — 



LA PEINTURE ET LA SCULPTURE A MALINES. 



PREMIERE PARTIE. 



LES PEINTRES JMALINOIS. 



Les Terbeeck on Verbeke. 

§ 1 . François Verbeeck ' . 

Ce peintre esl cilé par V^an Mander, qui relaie qne 
\'erbeeck profita des enseignements de François Minne- 
broer et qu'il travailla en détrempe dans la manière de 
Jérôme Bos. 

On admirait autrefois à Malines de notre artiste un ta- 
bleau, représentant Saint-Chrislophe cheminant dans une 
nier houleuse et mouvementée. Pour l'église de Saiule- 
Calherine de celte ville, il exécuta une composition ingé- 
nieusement traitée, dont le sujet était la Parabole de la 
vigne; plusieurs personnages s'y occupaient à soigner les 
plants. Enfin , l'on cite encore une Vite dliiver, nature 
inanimée, sans neige ni glace, mais d'une frappante vérité. 

Il fut revêtu de la franclie-mailrise de son art dans la 
gilde de Malines le 25 août 153); en 1363, il devint 

' Manuscrits de De Miever, Smeyers cl De Briyîik. 



oo 



doyen de son mélier, el il mourut dans sa ville natale le 
24 juillet 1570. 

Dans le registre de la corporation de Saint-Luc, Fran- 
çois Verheeck est désigné « fils de Cliarles, » pour le (iis- 
tinguer d'un homonyme qui avait été reconnu franc-maitre 
en 1518; ce second François Verdeeck mourut à Malines 
au mois de mars 1555. 

Lorsque Verbeeck abandonna les leçons du peintre à 
l'huile, François Crabbe dit Minnebroer, il changea de 
procédé et il entreprit la détrempe, qui était alors plus 
goûtée et plus lucrative. En même temps il laissa la pein- 
ture historique et religieuse pour le genre de Bos, très- 
recherché; dans ces nouveaux essais il eut un succès 
réel, grâce à son originalité et à son esprit. Sa féconde 
imagination créa dans ses tableaux les êtres les plus 
étranges et les plus fantastiques; cette spécialité de son 
talent le poussa à traiter souvent des épisodes de la légende 
de saint Antoine et de celle de saint Christophe. Au refuge 
de l'abbaye d'Averbode à Malines était conser\ée une Ten- 
tation de saint Antoine, par Fr. Verbeeck; les religieux 
faisaient tant de cas de cette œuvre, que dans la suite ils 
la transportèrent à l'abbaye même. Les scènes burlesques, 
telles que danses rustiques et kermesses de village, de ce 
précurseur de Breugel et de Teniers, étaient fort estimées. 
Il affectionnait beaucoup les sujets de la morte saison, 
s'attachant alors surtout à ne laisser paraître dans ses 
compositions ni neige ni givre, mais cherchant par son 
ton à saisir l'aspect d'hiver. Parfois aussi il s'exerça à 
peindre des poissons ou d'autres animaux inconnus dans 
son pays. 

François Verbeeck eut deux fils, Charles et Jean '; il 
avait un frère aine, Philippe Verbeeck, également peintre, 

• Prolocoles du notaire Hildernisse, U mai 1574. 



— 56 — 

reçu clans le luélier de Sainl-Luc à Malines en 1521). 
Les élèves que nous connaissions de François sont Cor- 
neille VAN MuscoM, admis à son atelier eu 1559, et Jean 

VlNCKX. 

Les matricules de la nation des artistes de Malines men- 
tionnent plusieurs membres de la famille Verbceck, qui 
s'appliquèrent à la peinture; ce sont : 

Jean Verbeeck ; reçu apprenti en 15.., décédé le 
23 août 1519. 

Jean Verdeeck « laymaker » et peintre, admis au métier 
eu 1555. 

Enfin le 20 août 1648, un peintre Guillaume V^erbeeck, 
de Malines, habitait avec sa jeune femme, Constance Pee- 
lers, âgée alors de vingt et un ans, à Anvers '. 

Le Ligrjere d'Anvers révèle le nom d'un Rombaut Ver- 
deke, élève de Gommaire van Erenbroeck eu 1523; de- 
venu franc-maître en 1535, il avait pour apprenti François 
Reniers. Le prénom Rombaut nous porte à croire que cet 
artiste n'était pas étranger aux Verbeeck de Malines. 

Charles Verbeeck, fils de François et frère de Jean, 
était franc-maiire peintre à Malines, et donnait ses leçons 
le 1" novembre 1591 à Nicolas Lapostolle. 

§ 2. H ans Verbeeck ou Bans de Malines. 

Jean Verbeeck, peintre de genre, que nous croyons être 
fils de François (voir § 1), prit rang parmi les fraucs- 
maitres pratiquant à Malines, le 19 janvier 1569; en 
1599, il devint doyen de sa corporation. Pendant son 
décanal, il contribua à la décoration des arcs de triomphe 
qui furent dressés dans les rues de Malines, le 5 décem- 
bre 1599, à l'occasion de l'entrée d'Albert et d'Isabelle. 

■ Cliumbre pupillaire de Malines. 



— 37 — 

A celle effol il peignit deux pièces, Tune rcprésentaiU 
Bacchus, l'aulre Cérès, au prix lolal de 24 florius'. En 
IGOO, cet artiste déjà revêtu du tilre de « peintre de leurs 
Altesses, » obtint exemption du service du guet et de 
garde, par lettres dont voici les termes ; 

« l^cs Arcliidiicqs 

» Chers et amés. Pour ce que Hans Verbeke, bourgeois de 
nostre ville de Malines, peintre de son stil, a esté et est encore 
icy employé en clioscs de sa profession conlenant nostre ser- 
vice, désirant lui gratifier, nous vous ordonnons qu'ayez à le 
tenir franq et exempt de faire guet et garde pour lui donner 
moyen de pouvoir tant plus commodément vaquer à ce que de 
nostre part lui sera euehargé davantage, et ce sans pouvoir 
estre lire en conséquence pour aultres; et n'y faites fautes, 
chers et bien amez, Nostre Seigneur vous ait en sa garde. De 
Bruxelles, le xxiii de décembre 1600. 

» Signé : Albei\t. 

B Par ordonnances de leurs Ahesscs, 
B Vereycken. 

» A nos chers et bien amez les commune maistres, eschevins 
et conseil de nostre ville de Malines. s 

Hans Verbeke vivait encore en 1619, car à cette date 
il apposa son nom sur une requête émanée de l'association 
des artistes 2. 

M. Sirel ne passe point Jean Verbeeck sous silence, 
comme tant de biographes l'ont fait; il le nomme Jean 
Verbeeck ou Hans de Malines ^. 

M. van den Wiele-van den iVieuwenhuizen possède dans 
sa galerie de lableaux un intérieur d'appartement orné de 
livres, dans lequel est assis un personnage vêtu de noir. 



' De MixcK, GcdenctiSfhriflen van den II. liumoldus. 
* La gilde de Saint-Luc, à Malines, p. 29. 
•* Dictionnaire historique des peintres. 



— 58 — 

Celle œuvre, délicatement traitée, passe pour une protluc- 
lion de Jean Verbeeck, qui s'y serait représenté lui-mèaie. 
Fussiy cite de Hans Verbeeck quelques estampes datées 
de 1609 ; d'autres lui contestent ces gravures. 



Les VInckboons. 

La famille Vinckboons, de Vertryck, fixa son siège à 
Malinesen 1489, lorsque Gilles, fils d'Arnould Vinckoons, 
fut admis en qualité de citoyen de cette ville : 

« Gielis V^ncboons filius quondam Aerts van Veertryck 
» in Haspengouwe is poirter, ejus plegius Wouter van 
K Voosdonc XXIX marlii lxxxix '. 

Cette race fournit à l'art divers adeptes ; nous connais- 
sons parmi ceux-ci, Arnould , Josse , François, Henri, 
Gilles, Jean, Philippe et David Vinckboons, mais le dernier 
seul acquit quelque renom comme paysagiste. Faute de 
documents suffisants, nous n'avons pu établir positivement 
la parenté de ces artistes entre eux ; il nous parait cepen- 
dant hors de doute, qu'ils étaient liés les uns aux autres, 
par les relations du sang les plus proches et dont aucune 
ne dépassait le degré de cousin germain. 

Arnould Vinckboons prit rang parmi les peintres de 
Malinesen 151G. Il avait épousé Anne Daps, morte avant, 
le 4 mai 1540, laissant son mari veuf avec une fille et 
cinq fils, dont l'ainé avait nom Jean -. Arnould, se conso- 
lant rapidement de la perte de sa femme, se remaria dans 
le courant de la même année avec Jeanne van Iloricke ^. 



' Registre de la poorlcrye de Malines. 

* Cliaiiibre pupillairr, 4 nuii lo40. 

^ Indicateur chronologique. Anhivcs Je Mulines. 



— 39 — 

En 1350, nous relrouvons maître Arnoulil cliargé de la 
tulelle (les enfants de Henri Vinckboons et de Marguerite 
Laderrière, sa veuve; mais le 28 mars 1So9, le tuteur 
étant venu à mourir fut remplacé dans sa fonction par 
Jean Vinckboons ^ 

Heîsri Vinckboons, dont nous venons de parler, prati- 
quait la peinture à JMalines ; à ce titre il fut agrégé à la 
gilde de Saint-Luc le 25 mars 1545 ; d'après le registre 
aux inscriptions du métier, cet artiste rendit Pâme le 
29 novembre 1550. Il avait eu de son épouse, Marguerite 
Laderrière, deux enfants, encore en minorité à l'heure du 
décès de leur auteur; leur tutelle fut confiée à Arnouid, 
qui précède ^. 

JossE Vinckboons fut enrôlé en 1550 dans l'association 
malinoise des artistes. De son mariage avec Jeanne van 
den Riele naquit une fille, parvenue à l'âge de dix-liuil 
ans le 30 janvier 1571, et dont la tutelle était alors 
confiée à Jean Vinckboons ^. 

François Vinckboons, associé à la jurande depuis le 
le 17 août 1559, avait contracté mariage avec Hélène 
Vastenael ; il expira avant le 10 janvier 1570*. Jean 
Vinckboons fut chargé de la gestion des biens des deux 
enfants mineurs qui survécurent à François, leur père; 
mais ces jeunes gens, Antoine et Jean, étant décédés en 
1577, leur succession passa à Catherine Vinckboons, 
conjointe de l'artiste Jean van Avonl ^. 

Gilles ou Egide Vinckboons, entré dans la corporation 
artistique en 1550, mourut le 21 janvier 1560. Anne 



* Chambre pupillaire 

* idem, 10 décembre 15bO. 
' Idem, 30 janvier 1571. 

* Idem. 

' Registre intitulé : Vounisbocck. Archives de Malines. 



— 40 — 

\'eiliiU le laissa veuf avec un enfant, dont Josse et Fran- 
çois Vinckboons furent les tuteurs. 

Gilles ou Egide était fils de Jean et de Jeanne Dunepeper 
(ou aussi Dumpeper) '; il avait un frère appelé Jean ^. 

Jean V^inckboons, fils d'Arnoud et d'Anne Daps, fut 
agrégé au métier de son père en 1540. Selon une note, son 
immatriculation dans la gilde eut lieu le 20 janvier; selon 
une autre, le 2 juin. 

En iSo9, maître Jean était doyen de la corporation de 
Saint-Luc; en 1o61, il dressa les comptes de la compagnie 
avec François V^erbeecke. 

D'après une pièce, reposant aux arcliives de Malines 
et sur laquelle nous aurons l'occasion de revenir, il consle 
que Jean Vinckboons avait exécuté des tableaux pour un 
brocanteur, Félix van Kessele, dont la veuve reconnaissait 
le 5 octobre Î567, devoir les arriérés à plusieurs peintres, 
notamment à Jean Vinckboons, qui avait livré à feu son 
mari des peintures pour la somme de v florins Carolus, 
xix sous. Longtemps après la mort de cet artiste, nous 
retrouvons son homonyme, qui était membre de la gilde 
de la vieille-arbalète le 22 septembre 1637, et qui fut 
remplacé le 6 février 1643 par Antoine de Dryvcre. 

§ 1 . Philippe Vinckboons. 

Philippe Vinckboons était un des nombreux peintres à 
lîi-colle et à la gomme, qui travaillaient à Malines à la 
décoration des toiles d'ameublement. L'ofl're étant supé- 
rieure à la demande, il en résultait que les artistes de 
cette catégorie étaient peu payés ; Vinckboons, partageant 
ainsi la mauvaise fortune de ses confrères, se décida à 



* Protocoles du nolaire Uililernisse, 24 scplenibre 1573. 

^ Rfgistres de la Vierschaer, 18 fcvrirr 1574. Archives de Malints. 



— 41 — 

pratiquer son art à Anvers. Les biographes qui se sont 
occupés (le ce peintre, affirment qu'il (juilta sa ville natale 
vers 158o; cette assertion n'est pas admissible, puisque ce 
fut en I08O que Philippe fut revêtu de la franche-maîtrise 
à Anvers. En I08I, il y donnait Tinstruclion à un élève, 
Nicolas Dosyn; en lo84, il enseignait l'arl à Jacques 
Crieckenbeeck Des comptes du doyen Philippe Calle, com- 
prenant l'exercice depuis le 26 septembre 1 080 jusqu'au 
30 septembre 1586, il ressort que Vinckboons était 
encore à ces dates à Anvers '. Cependant il quitta bientôt 
ce séjour, car vers 1586 il se rendit à Amsterdam, où il 
resta jusqu'à son décès, survenu en 1601. 

Philippe Vinckboons avait épousé, avant 1579, Cornélie 
Querrez, veuve du peintre Philippe Loemans, décédé à 
Leipzig. I/élat des biens du défunt, présenté par la sur- 
vivante à ses enfants, est entre nos mains. Il porte pour 
suscriplion : 

« Declaralie van den slact der goederen vvyien Philips 
M Loemans, gestorven tôt Lepsich, die overgeeft Coruelia 
» Querrez, zyne weduwe, en nu ter lyt gehuwet met 
» Philips V'inckbooms, aen Jan van A vent en Jan Meer- 
» lens, wellighe momboirs van de tvvee kinderen by de 
» voorsc. Cornelia achter den selven Philips Loomans 
» behouden. En dit len effecte omme te comene lot schey- 
» dinge en deyiinge van de versterfenisse der selver weesen 
» vader in de manière naervolgende. » 

On lit sur le revers : « Déclaratie van slaet Philips 
» Loemans, schildere, 24 martij 1579. » Cette pièce n'offre 
aucun intérêt pour l'histoire de l'art. 



' RoMDiCTS et ViN LrRiis, Le Liggere d'Anvers. 



— /p2 — 

I 2. David Vinckboons. 

Uu grand nombre d'écrivains ont célébré le lalenl de 
David Vinckboons. Les éditeurs de Charles van Mander 
ont illustré d'un porlrail la nolicc biographique consacrée 
à cet artiste. 

David, fils de Philippe qui précède, vint au monde à 
Malines en 1578. Lorsque ses parents choisirent Anvers 
comme résidence, il les accompagna en cette ville vers 
1580; plus tard, quand le jeune David allait atteindre sa 
septième année, son père se transporta avec sa famille à 
Amsterdam. 

Les études artistiques de l'enfant furent dirigées con- 
stamment par Philippe Vinckboons; ce fut donc tout na- 
turellement que le jeune liomme se mit à la peinture en 
détrempe que pratiquait son auteur; mais dans la suite, 
quand il fut de force à travailler sans aide, il s'essaya à 
l'huile; celle manière lui plut, il s'y attacha el abandonna 
pour ainsi dire son premier procédé. 

Toutefois, il ne voulut pas limiter son pinceau à un 
seul genre, puisqu'il l'appliqua encore tantôt à la minia- 
ture, tantôt à des compositions en gouache sur verre '. 
Son burin, aussi productif que son crayon, a laissé à la 
postérité diverses épreuves signées D. Vboons ou D. V. B. ^. 
Van Mander ajoute qu'il s'exerça à reproduire en petit, 
d'après nature, des quadrupèdes, des poissons et des 
oiseaux. 

David Vinckboons est un agréable paysagiste; sans avoir 
les qualités poétiques qui font le charme de ce genre, il 
ne manquait pas de vérité; souvent l'ensemble de ses forêts 



' Descamps, La vie des peintres. 

* Descamps évalue le nombre de ses gravures à vingt-dcux; Nagler n'en 
nomme que cinq. 



k> — 



csl lourd, (|tioiqno (rniio innalilé exacte. iM. Waagon ne 
craint pas de dire que D. Vinckboons se rapproclie de Jean 
Breugel (de Velours), bien que se mouvant dans un cercle 
plus étroit. Dans le paysage et dans le genre, il recberche 
les scènes de la vie du peuple, les fêles, les foires ou des 
épisodes moins gais, tels que des attaques de brigands. Les 
tons de ses cliairs sont rouges et criards; Tarlisle, à ce 
qu'il parail, s'évouait à lui-même ce défaut, puisqu'il eut 
recours, en différentes occasions, pour ces parties, à la 
collaboration de Rollenhamer et de Jean van Coniiixloo. 

Un fait connu est le caractère distinctif des vues de 
campagnes de Vinckboons; elles portent presque toutes, en 
guise de signature, des pinsons voltigeant dans les arbres; 
c'était dans sa pensée une sorte de rébus, fondé sur un 
léger cbangement que le peintre introduisit dans sou nom 
de famille, dont il faisait pour la circonstance Vinck- 
booms, c'est-à-dire pinson-arbre. 

Inspiré par celte analogie, il ne se faisait faute de cou- 
vrir, dans ses paysages, les arbres de pinsons, sur les 
petits corps desquels sont nettement tracées leurs couleurs 
naturelles. 

Malgré cette altération que l'artiste prenait un malin 
plaisir à faire subir à son nom patronymique, et en dépit 
des formes diverses qu'a revêtues l'orlbograpbe de son ap- 
pellation, l'on doit s'arrêter à celle de Vinckboons, qui est, 
selon les archives de Malincs, la plus ancienne et la plus 
commune. 

Divers graveurs ont tenu à reproduire les œuvres de 
Vinckboons; les principaux artistes qui travaillèrent 
d'après le maître malinois sont Nicolas de Bruyn, fîols- 
wert, J. Malbam, G. llcssel, Guil. Swanenburg, Londer- 
seel. Nagler fournil à ce sujet des éclaircissements assez 
complets. 

iNous pouvons supposer que la famille Vinckboons jela 



_ 44 — 

un rameau vn IloIlanJo, après rétablisscmonl (h; Philippe, 
car J. Immerzeel cile un archilecle d'Amsterdam, Philippe 
V^iNGBOOMs, qui publia, en 1715, un ouvrage d'archileclure 
avec planches, en deux volumes in-folio *. 

Vinckboons mourut â Amsterdam en 1629. Voici ses 
tableaux principaux : 

Musée d'Anvers : Kermesse flamande; gravée par N. de 
Bruyn. 

Berlin : Moines distribuanl du pain aux pauvres. Tobie 
guidé par range. La Fuile en Egypte. Paysage, kermesse. 

Amsterdam : le prince Maurice allant à la chasse, avec 
une suite nombreuse; paysage. 

La Haye : Paysage. 

Vienne (Belvédère) : le Crucifiement du Sauveur; cuivre, 
signé David Vincbooms f. 1011. Le repos de la Sainte 
Famille en Egypte; paysage sur bois. Le repos en Egypte; 
paysage avec figures de Rollenhamer; cuivre. Saint Ful- 
gence devant une grotte; cuivre. 

Dresde : Kermesse; Distribution d'aumônes. 

Munich : Jésus-Christ marchant au Culinaire; bois avec 
une infinité de figures. David Vinckbooms fec. 1611. — 
Des habitants masqués s'amusant sur la glace des fossés 
d'une ville; bois. 

Indépendamment de ces œuvres, il y en a de Vinckboons 
aux musées de Florence; de Brunswick, 1608; de Valen- 
ciennes; de Lille et dans la galerie d'Aremberg à Bruxel- 
les ^. Le Musée britanique possède quatre dessins de ce 
maître : Scènes de la vie du fils prodigue. 

Les plus compliquées et les plus remarquables composi- 
tions de David sont le Portement de la croix, de la Pina- 
cothèque, et le tableau qui est à Thospice des vieillards à 
Amsterdam. 



' De levens en werlten der kunslscliilders, clc. 
' W. Bonr.Kn, La galerie d'Arcnberg. 



Le premier de ces deux panneaux mesure en liauleur 
3 pieds 6 pouces el en largeur 5 pieds 2 pouces. 

Un peuple innombrable, dans le coslume du temps de 
l'artiste, accompagne TIIomme-Dieu sur le chemin du 
Golgolha. Sainte Véronique Lui présente le voile, tandis 
que la Sainte Vierge tombe évanouie. Dans le lointain, on 
découvre la silhouette de la ville de Jérusalem. 

Ce tableau, d'après de Pigage, est le chef-d'œuvre du 
peintre; il y trouve « un détail infini, un pinceau pré- 
cieux, une louche spirituelle el une frappante perspective 
aérienne '. » Van Mander avait déjà été frappé de ce ta- 
bleau, lorsqu'il le vil à Amsterdam chez J. de Bruin. 

Le tableau d'Amsterdam représente la Façade exlérieitre 
de l'hospice des vieillards. Bois. Largeur, 14 pieds. Hau- 
teur, 8 pieds. Devant la construction se passe une scène 
nocturne de loterie, éclairée par des torches el des lanter- 
nes; une foule d'assistants prennent part à la réjouissance. 
Celte production, si vivante el si animée, porte la dale 
de 1603. 

Charles Van Mander nous fait connaitre diverses des 
meilleures peintures de Vinckboons; entre autres deux ta- 
bleaux qu'il exécuta pour le peintre Jean van Coninxioo : 
la Prédication du Sauveur el une Noce villageoise '. 

A Francfort, il y avait un tableau du même sujet que le 
dernier et un Paysage oii le Christ (jiiérit un aveugle. 



niarc Yl^illcius '. 

Né à Malines vers 1527 ^, ce peintre passa, fort jeune, 
dans les ateliers de Michel Coxie, le V^ieux. Il devint bon 



• La galerie électorale de DussclUor/f, 1781. 

' Van MA^DE[^. 

' .innoloiions de M. de Servais. MS. 



— 40 — 

peintre el protluisil de nombreux morceaux. On signalait 
comme une ele ses meilleurs œuvres, la Décollalion de Saint 
Jean, dans Téglise de Sainl-Rombaut; il y avait, parait-il, 
dans cette composition tant de vérité que le bras du bour- 
reau, qui présentait la tète du martyr, semblait sortir du 
tableau, bien que ce bras fut pris en raccourci et vu de 
dessous. Il peignit encore une toile dont la réputation seule 
a survécue; elle figurait en grandeur naturelle, Judith tran- 
chant ta tète à Holopherncs. 

Pour la joyeuse entrée de Pbilippe II à Malines, le 6 sep- 
tembre 1549, Willems prépara deux arcs de triompbe; sur 
l'un on découvrait divers Épisodes de l'histoire de Didon, 
notamment celui d'après lequel elle découpa une peau de 
bœuf. Cette dernière assertion, qui est de Van Mander, se 
trouve confirmée en partie par les comptes communaux, 
où on lit : « Betaeit Marck de scbildere, voer die patroo- 
» uen van tvvee arcken Iriumpbal, die ghemaect en gesel 
» waeren dien aent bof by sinte Pielers kerck, ende daudere 
» op de boude Viscbmercl by den Draeck ^. » 

D'après des passages ultérieurs de la même source, 
nous voyons que le collaborateur principal de Willems, 
dans cette besogne, fut Géhard Schoofs. 

Marc Willems mit son crayon et son pinceau à la dis- 
position des verriers, des peintres décorateurs et des tapis- 
siers de baute-lisse, qui eurent souvent le bonheur d'obtenir 
de lui des patrons ou des modèles. 

Son caractère privé a laissé une excellente réputation; 
il était aimable et droit el se prodiguait chaque fois qu'il 
avait l'occasion de se rendre utile. 

Marc Willems mourut en loGl. 



» Comptes Je la ville, 1548-1349. 



47 — 



Les Suellinck. 



La famille Snellinck se fixa à Malines au XV^ siècle, 
quand Daniel Snellinck, lonnelier, (ils de Jean, originaire 
de Wechlcr, acquit la poorterye en celle ville le 12 juil- 
let 1475 : 

« Daniel Snelling, cuypere, filius Johannis van Wcch- 
lere, es poirlere. » — xii july lxxv *. 

Les Snellinck portaient d'argent à une quinlefeuille per- 
cée de gueules, au chef de sable chargé de trois sautoirs 
d'argent 2. INous ne pouvons admeltre entièrement la gé- 
néalogie qui a été publiée dans le Théâtre de la noblesse de 
Brabant, bien que cet ouvrage s'occupe surtout de la bran- 
che des seigneurs de Betecum, qui jouissait de la noblesse. 
V Annuaire de la noblesse belge, par le B"" de Stein, 1862, 
donne également un long aperçu sur la famille Snellinck; 
mais le rameau des peintres manque aussi dans ce travail. 

Danirl Snellinck fut immatriculé dans la gilde des pein- 
tres à Malines, le 7 avril 1531; après lui, un autre Daniel 
fut associé à la jurande le 7 mai 1544. Cette conformité 
de noms entre deux peintres ne nous permettra guère 
d'attribuer à qui de droit les détails qui vont suivre. 

L'un de ces deux Daniel devint doyen de son métier 
en 1581; lorsque Malines fut tombée entre les mains du 
prince d'Orange, Daniel Snellinck fut appelé en 1582 aux 
fonctions échevinales, qu'il remplit en qualité de membre 
de la corporation des merciers ^. 

Il trépassa dans la paroisse de Saint-Rombaul, où il 



• Registre de la poorterye. 

' Van den Leene, Le Théâtre de la noblesse de Brabant, Liège, 1703, in-i». 
^ o Daniel Snellinck, schililer en cramer, is schepen gcwordcn 1582, 
mensc uugusli. » 



— 48 — 

(Icmemail aux Bails Je IVr, dans la maison « hel Papegay- 
ken » (le Pelil Perroquel). Voici son extrait mortuaire : 

« 3 Juny lo87. Daniel Snellinck, aen d'ysere leeue, int 
Papegayken, seJiikier. » 

Nous connaissons, mais de mémoire seulement, une 
seule œuvre de maître Daniel, c'est la Bataille de Grave- 
Unes, qu'il peignit pour la ville en 1571-1572. A ce sujet, 
nous lisons dans les comptes communaux : 

« Betaeit Daniel Snellincx, schildere, voor zekere groot 
stuck schilderye van den slagli van Grevelingen, by hem 
voor de sladl gemaect, per ordonnanlie, lxxx libri. » 

Les registres matrimoniaux de Saint-Rombaut constatent, 
au 28 juin 1579, l'union de Daniel Snellinck et de Cathe- 
rine van Vuyihem, et les registres de la chambre pupillaire 
apprennent que le 18 février 15G1, Anne van Flaechl était 
veuve avec cinq enfants de Daniel Snellinck. Il est, on le 
voit, fort difficile de rapporter à chacun de ces artistes 
contemporains, porteurs de mêmes noms et prénoms, les 
détails biographiques qui leur reviennent. 

Le plus important des peintres de cette race est Jean 
Snelllnck ou Snellinckx, né à Malines vers 1544 selon 
son épiiaphe, ou vers 1549 selon Van iMander. Nous 
savons que son père se nommait Daniel et était décédé 
avant 1G18; ce dcrniei- avait deux frères, l'un appelé Jean ', 
l'autre fleuri, et une sœur, Anne, qui épousa Rombaut 
U'uyliers. 

La plupart des auteurs qui se sont occupés des vies des 
peintres, ont consacré un article à Jean Snellinck. Ainsi 
on retrouve notre artiste dans Van Mander, Houbrakcn, 
Weyerman, De Bie, Descamps, A. Michiels 2, Immcrseel 
et Kramm; enfin M. Van der Meersch a publié, dans le 



' AJhcriiaiiee,, 16IS, 2 luars; 1607, 17 oclobre. CoQiples de lu ville, lo7i. 
- IJisloire tlv la juiiilttrc f amande, cliiii). XXX, t. VI. 



- 49 — 

Messager des Sciences hislon'ques (1845), une inléressaiile 
el nouvelle biographie de ce maître. 

La (laie de naissance de Snellinck nous est fournie par 
Van Mander, qui assure que de son temps (1G04) maître 
Jean était âgé de cinquante-cinq ans : il aurait donc vu le 
jour vers 1d49. Cet auteur dit avoir connu à Anvers Jean 
Snellinck, « fort bon peintre d'histoire el de bataille, » dont 
le pinceau fut fréquenimenl réclamé par les grands sei- 
gneurs et les princes. 

Il peignit beaucoup de combats qui avaient été livrés 
aux Pays-Bas, et dans ce genre il rendait avec un naturel 
étonnant les effets de la fumée el l'ardeur de l'action. Cor- 
neille De Bie ' complète cet aperçu sur le peintre, en ajou- 
tant qu'il travailla pour les manufactures de haute-lisse. 
A celte occasion, nous puisons dans l'article de M. Van der 
iMeersch les détails suivants : En 1608, Snellinck était à 
Audenarde, qui avait le monopole de la tapisserie décora- 
tive, au service de Georges Ghuys, pour lequel il peignit, 
comme carton, en détrempe, un épisode de la vie de Zéno- 
bie, reine de Puimyre, en huil patrons. — En 1G15 se 
trouvant encore dans cette ville, il fui prié par plusieurs, 
confréries de peindre des tableaux religieux pour leurs 
autels. Tels sont ; la Transfiguration du Sauveur, pour la 
confrérie de Saint-Jacques. Bois. On y lit : in dekendom vax 

PlETERVA.N DEN BaESE, F* JaNS. JoAN. S.^ELLINCK F. 161G. 

VAssomption, pour la nation des merciers. Bois. Ce 
tableau, qui était autrefois un triptyque, valut à son au- 
teur 480 livres parisis, payables en quatres termes, plus 
une gratitication de 4 livres 10 escalins pour son fils. 

A l'église de i\otre-Dame à Pamele, Ton admire un trip- 
tyque, qui coûta 272 livres, signé Jean Snelli.nck, 1608. 
Le sujet central est la création de l'homme; on voit sur le 

' Gutden Cabinet van de edele vnjc schilderconst. Anlv., 1661, ji. lOi. 



— 50 — 

volel (le gauche, Adam el Eve près de l'arbre de la science; 
sur celui de droite, Adam et Eve chassés du paradis. 
L'extérieur des vantaux est traité en grisaille. Ton y dé- 
couvre Adam bêchant la terre; Eve assise avec son enfant, 
reçoit d'Adam le fruit de son labeur. 

Toutes ces pièces sont consciencieusement décrites par 
M. Van der iMeersch. 

Le Musée d'Anvers renferme de ce maître : le Christ entre 
les deux larrons, jvan snellinck 1.5.9.7. 

Kramm cite également deux tableaux de Jean Snellinck, 
l'un sur bois, à l'église de Sainte-Catherine (?), à Anvers, et 
marqué Joannes Snellinck fecit 1606; l'autre, Noé sortant 
de iarcfie avec sa famille, fut vendu à La Haye, en 1762. 

La ville de Malines possède actuellement encore plusieurs 
morceaux de ce peintre. 

L'église métropolitaine renferme un triptyque, que le 
métier des merciers lit exécuter par Jean Snellinck, en 1601 , 
au prix de 500 florins. Le panneau principal, détaché mal- 
heureusement de ses portes, figure la Résurrection de Jésus- 
Christ. Le Sauveur sort glorieusement de sa tombe, saint 
Pierre el saint Paul sont frappés d'étonnement à la vue du 
miracle; dans le fond, les trois Marie visitent le sépulcre 
du Seigneur el un ange leur annonce la résurrection. Celte 
peinture, d'une nuance douce et suave, rappelle la manière 
de Martin de Vos. Le premier volet représente VAmwncia- 
tion; l'ange Gabriel s'adresse à Marie en prières; dans le 
ciel flotte une nuée, dans laquelle apparaît le Père céleste 
entouré de petits anges. Le revers du vantail offre en 
grisaille saint Rombaut, debout. Sur le second volel esl 
dépeint V Adoration des Berçjers, avec grand nombre de 
figures. La sainte Famille occupe Pavant-plan : tout autour 
d'elle se pressent les pasteurs. Un groupe angélique plane 
dans le ciel. Sur le côté opposé du panneau, on découvre 
une grisaille, saint Nicolas avec les trois enfants. 



— ol — 

La pièce centriile de ce Iriplyque esl inlininieiil siipé- 
licure aux parties secondaires, qui sont d'un coloris plus 
sombre et plus lourd, et dont le dessin est plus iiasardé. 
Dans la seconde porte il semble que le peintre a voulu 
rapj)rocher les deux grandes épisodes de la vie de Jésus, 
sa naissance et sa mort; car autour du berceau sont placés 
divers chérubins, l'un d'eux montre au nouveau-né le voile 
de la Véronique; près de la crèche est renversée le lanterne 
du Jardin des Oliviers. 

Le grand tableau est signé : Joan, Snellinck f. IGOl. 

Dans l'église de Sainte-Catherine, à Malines, l'on trouve 
encore un fragment d'une œuvre du peintre malinois. 
Dans la cloison qui est placée au fond de la nef méri- 
dionale, est enchâssée une Descente du saint, Esprit sur 
les apôtres. Ce panneau porte : Joan Snellinck ft Hî06. 
L'artiste reçut en rémunération de cette pièce seule, autre- 
fois le corps d'un Iriplyque, 152 florins. La tradition et 
certaines annotations rapportent que le triptyque complet 
fut payé à son auteur 600 florins. Snellinck exécuta ce 
travail à Anvers, et le transport des trois parties jusqu'à 
Malines coûta 1 florin 9 sous. 

Malheureusement ce tableau est tellement repeint, qu'il 
ne reste guère de son véritable auteur que la composition ', 

Nous citerons parmi les tableaux perdus de Snellinck 
un triptyque, V Adoration des Mages, avec les trois petits 
tableaux inférieurs à Saint-Jacques, à Anvers (1G04) 2; 
des fresques qu'il exécuta dans la chapelle de la Sodalité, 
chez les Jésuites de cette ville en 1610, besogne qui lui 
prit, dit-on, trois jours. Enfin, dans celle même chapelle, 
furent placés, en 1611, sept scènes de la Passion; dans 



' EMJiiMEL .NuEFFS, liivciUaivc historique des tuhUaxtx cl des scitipluns a» 
Irouvatit à Malines. Louvaiii, 1869. 

' RoxBAi'Ts cl Va> LLnu<. Le Liggcrc d Anvers. 



— 52 — 

le courant des années 1615 el 1GI4, furent ajoutées en- 
core deux peintures de la même catégorie; toutes étaient 
de Snellinek. 

Jean Snellinek passa une partie de sa vie dans sa ville 
natale; une autre à Anvers. Il s'établit assez tôt dans cette 
dernière ville, bien qu'il continuât à demeurer poorler 
nialinois; car ce n'est qu'en 1617-1618 qu'il paya le 
droit d'issue, dernier lien qui le rattachait au lieu de sa 
naissance ; 

« Issuwe van W Jan Snellinek, schilder tôt Antwcrpen, 
vercocht bebbende syn paerl en gedeelte in een huys in 
de O.-L.-V. straet, tegen over de Ravenberch straet '. » 

Cependant il avait acquis le droit de cité à Anvers le 
27 juin 1574; c'est là qu'il forma ses élèves: Artus 
DE MooR, reçu dans son atelier en 1577; Adrien Vrancx, 
y admis en 1582; le célèbre Abraham Janssens, qui vint 
travailler sous sa direction en 1585. Ses autres apprentis 
furent Corneille van de Sande (1586); Antoine van de 
Steen (1596) ; Jean de Celstere (1599) ; Gauthier Ver- 
vooRT (1600); Machabée Bommaert (1601); Jean Wiets; 
François Symons; Jean de Kiersmaker et Edouard Caymocx, 
tous quatre en 1602 2. 

Jean Snellinek jouissait de l'estime d'Antoine van Dyck, 
qui tint à peindre lui-même le |)ortrait de son ami et qui 
le burina ensuite^. Ce portrait orne la tombe de Snellinek 
dans l'église de Saint-Georges ^. L'inscription tumulairc 
du peinire malinois, placée près des fonis baptismaux, est 
ainsi conçue : 



• Comples de Mnlincs, 1617-1018. 

' Ro.MBAurs el van Lerius, Le Liggere d'Anvers. 

■' Icônes principum virorum doclorum, piclorum, chalcographorum, etc., 
ah Antonio van Dijck, ud vivtiin exprcssuc ejtisijuc sumpli'ju^ acre inciaac. 
Aniverp., Ilnidiiik, in-folio. 

* C'est par erreur que Dcscainps ilit Sainl-.lufqups. 



— r>3 -^ 
D. O. iM. 

MO.MMENTllM 

JOHANMS SNELLLNCK 

QL'ONDAM PICTORIS 

PERITI ET 

PAULINAE CUYPERS 

EJUS LXORIS , OBIERUM 

ILLE 1 H.VEC VERO 6 

0CT015. A" 1638. 

TU EIS LECTOR 

REQUIEM PRECARE. 

Contre le mur, au-dessus des fonls baptismaux, est un 
monumeni en marbre blanc avec lellres d'or, orné du pér- 
irait de Snellinck par Anl. van Dyck. 

D. 0. M. 

GRAFGEDENCKENIS. VAN. DE. KUNSTRVCK" . 

JOANNES. SNELLINCK. 

SCHILDER. VAN. DEN. ARTSIIERTOCH. 

ALBERTUS. EN. ISABELLA. S. M. 

ALS. DOCK. VAN. SYi\. EXCEL\ DEN. GRAVE. VAN. MANSVELT. ETC. 

GAF. ZYNE. ZIELE. WEDEROM. AEN. DEN. SCHEPPER. 

INT. JAER. MVI<^ XXXVIII. DEN. I. OCTO. OUDT. XCIIII. JAER. 

ENDE. DE. DEUGDERVCKE. 

JOUFFER. PAULINA. CUYPERS. 

SYN. WETTIGHE. HUYSVROUWE. 

STERF. A". MDCXXXVIIl. DEN. VI. OCTOBER. 

ENDE. HAERLIEDER. SONE. 

ANDREAS. SNELLINCK. STERF. 

A". MDCLIII, DEN. XII. SEPTEMB. 

BIDT. VOOR. DE. ZIELEN. ' 



' Inscriptions ntoniimentales el funci-aires de la province d'Anvers. Église 
Je Sainl-Georges. 



- o4 — 

P. De Jotlc grava aussi rcfligic de Siiolliiuk d'après la 
peinture de van Dyck; ce tableau fut encore reproduit par 
Suzanne Sylvestre. 

Snellinck jouissait du titre de peintre des arcliiducs 
Albert et Isabelle, et de celui du comte de Mansfelt. Dans 
Van Mander, la biographie de notre artiste est accompagnée 
d'nn portrait. 

D'après les extraits fournis par les auteurs du Ligrjere 
d'Anvers, il consle que Jean Snellinck épousa à Notre 
Dame, le 10 juillet 1374, Hélène de Jode, et que son père 
Daniel assista au mariage en qualité de témoin. Il eut 
trois fils de ce mariage : Jean, Daniel et Gérard, tous 
associés à la jurande artistique. Ayant perdu sa femme, 
Snellinck se remaria avec Pauline Cuypers qui, le 26 jan- 
vier 1o86, lui donna un fils, André suivi dans la suite de 
neuf autres enfants. Cet André peignit également, ainsi 
qu'un de ses frères, Abraham. Nous passons les fils artistes 
de maître Jean Snellinck sous silence, parce qu'ils appar- 
tiennent à la phalange des peintres anversois. 



Les Stevens. 

Karel Van Mander dit que de son temps séjournait à 
Prague un excellent peintre de Malines, bon dessinateur, 
nommé Pierre Stevens, lequel était au service de l'empe- 
reur Rodolphe II. L'édition illustrée de van Mander 
accompagne celte mention d'un portrait. Descamps ajoute 
que cet artiste, grand peintre d'histoire, vit le jour en 
1530. Nagler et Biyan placent sa naissance dans l'année 
1340. Kramm observe que Stevens revint dans sa ville 
natale en 1600, qu'il y prit quatre vues de campagnes, 
que Egide Sadcicr burina en 1620 sous le nom de quatre 
Saisons; Kramm, pour de bons motifs, révoque en doute 






raullienlicité du porlrail que les éditeurs de van IMaïuIer 
ont joint à la biographie; nous partageons celle opinion et 
nous pensons que celle eflîgie se rapporte plutôt à Maur 
Moreels, parent et compagnon d'art de Slevens. 

Pierre Slevens mourul à Prague en 1604; d'après le 
docteur Herman Roskoschny, il habitait cette ville depuis 
1590*. 

Il était graveur et peintre d'histoire, de portrait et de 
paysages. La galerie du Belvédère à Vienne renferme de 
ce maître un tableau représentant un Bois avec chasse au 
cerf. Dans l'ancienne galerie de Salzlhalum, brûlée en 
1830 à Brunswick où elle avait été transportée, on remar- 
quait de notre compatriote une composition sur cuivre, 
la Bataille des Israélites et des Amalécites. Hauteur 
8 pouces, largeur 1 pied 3 pouces. Signé Peter Slephani. 
Au milieu du premier plan se dressait une colline rocail- 
leuse et ombragée, près de laquelle un Israélite à cheval 
démontait d'un coup de lance le roi des Amalécites. Der- 
rière la montagne s'étendait nne vaste plaine où se livrait 
le combat. Sur une haute élévation, iMoïse dominait la 
scène ; Hur et Aaron lui soutenaient les bras. 

Comme on le voit par la signature de ce tableau, le 
maître flamand avait latinisé son nom. Il signait ses 
œuvres, gravures ou peintures : Pet. Slephani; P. S. 
invent.; P. S.; Pe. S. in.; Pet. Steph. invent.; Pelrus 
Stephanus, mais ordinairement P. Slephani. 

Les gravures connues de Slevens sont '^ : 

1° Six paysages avec rochers, bâtiments et figures. 
Eg. Sadeler exe. petit in-folio. 



' Dclrachlungen ûbcr PrngcrUunsl und hunslhandwerk in bcilallcr Rii- 
dolph II (Beilage zur Bolieiiiia, n" 267; 1873, 8 novembcr). 

^ Voir De Luka, Gelehrtes Ocslcrrcich, I, 2, p. 421. — Fussifs AUgeineinrs 
KunsUcr Lcxicon. — Gottfried Wimcler, Hislorische erklarung der historit 
schen gemalden, 1768. 



— r)0 — 

2° Paijsafje avec moulin; avanl-plan un pêcheur à la 
ligne. E. Sadeler, cxc, gr. iii-folio. 

5" L'adoration des Mages. Anl. Lafrery. form. romœ. 
1566. Winkler se fonde sur celle dale pour rapportera 
1540 la naissance de Slevens, contrairemenl à Fussli, qui 
assigne celle de 1550. 

4° Jésus dans une barque préchant au peuple. 
II. Hondius. 

5° Les quatre saisons avec animaux. J. Barra. 

6° Les quatre saisons. Autres sujels de paysages. 
II. Hondius, 1601. 

7° Les heures de la journée. Quatre paysages dédiés à 
V. d. Wiele. 

8" Une planche salyrique avec Tinscriplion flamande : 
« Vervuling van wyn baerl Iwist en pyn. » Arrière-plan, 
un paysage. Suscriplion : Mollo. 

9° Douze paysages de Bohême. J. Major. 

IQo Une quarantaine de payages montagneux avec villes, 
ponts et rivières par les quatre Sadeler (Egide, Jean, Marc, 
Raphaël), les uns gravés par eux, les autres avec leur exe; 
ainsi, Tobie et l'ange aux bords d'un canal. M. Sadeler 
cxc. Plusieurs de ces vues se suivent par séries de six à 
douze feuillets. 

11° Les quatre saisons, par Egide et iMarc Sadeler. 
Vues avec flgures des environs de Malines. 1620. Ces 
planches sont ses cliefs-d'œuvre. 

12" Les douze mois, par E. Sadeler, mais sans nom. 
Fonds de paysage avec figures caractérisant la vie flamande, 

A ces gravures le catalogue de Orandes ajoute : 

13" Une suite de frises ou décors avec volaille, grand 
in-S" oblong. Editeur de Jonghe, gravés la plupart par 
H. Liefrink à l'usage des peintres et des orfèvres. 

14" Un couple amoureux sur lequel vise la mort. Jean 
Sadeler, fond montagneux. 



— .) / 



13" Deux |»l;iiiclios iii-4'' avec cignos, oies i-l ciinards. 
Le Lexiœu observe que l'on trouve, d'une IreiHaine 
d'années antérieures, une coHeclion d'oiseaux par un 
G. A. Stepliani. 

16° Les portraits suivants portent P. St. se. : Le comle 
honcjrois Tekely, d'après D. van der Plass; Le duc Phi- 
lippe cV Orléans; Jean III, roi de Pologne; la duchesse de 
Mazarin; Horlense Manzini ; Louis, marquis de Brande- 
bourg; d'autres portraits anonymes portent également le 
monogramme de P. Stevens, 

Paignon-Dijonval, à Paris, possédait au dernier siècle 
trois aquarelles de P. Stephani; c'étaient : la tonde d'un 
mouton; une vendange; une halte militaire dans un bois, 

Ayant parlé de Pierre Steevens, le Lexicon parle d'un 
Benedetto Slepliani, mais ce dernier était de Vérone, et 
étranger à notre artiste. Mais il nomme ensuite un second 
Pierre Steevens. Celui-ci était fils du |)eintre malinois; il 
produisit de bonnes gravures sur cuivre, qu'il signa Pieter 
Sieevensz *. On connail de lui seize portraits équestres de 
rois et de princes, in -8. On lui a attribué aussi la frise 
citée ci-dessus au n" 15. 

C'est probablement le même qui grava avec Hondius et 
P. Vriese les planches dans la deuxième édiiion de Maro- 
lois. Opéra mathernalica. Amsterdam, 1647. 

Pierre I était fils de peintre ; son père, Antoine Stkvens, 
fut incorporé dans la gilde de Saint-Luc, à iMalines, en 
1560; il habitait dans la rue des Béguines. Antoine 
Stevens, vetif de Catherine Daems déjà depuis le 26 sep- 
tembre 1549 -, avait plusieurs enfants. Sa fille Jeanne 
épousa vers 1580 le peintre iMaur Moreels ; leur fils, éga- 
lement appelé Maur el également peintre, visita l'atelier de 



' Pieter Slevenszone. 
* Chambre pupillaire. 



— 58 — 

son oncle Pierre Slevens, à Prague. Jeanne habita long- 
temps à côlé de la demeure de sou père, lorsque celui-ci 
eul quille la rue des Béguines pour en choisir une autre 
dans la rue du Poivre, contre la rivière Corle Hairgracht. 

Jacques Stevens, autre fils d'Antoine, était peintre de 
son métier. Sa ville l'employa, lors de l'entrée des archi- 
ducs, à peindre pour les arcs de triomphe placés devant 
le Grand-Conseil une Flore et une Pomone, qui coiilèrenl 
ensemble vingt-huit florins '. Le seul élève que nous con- 
naissions de Jacques Stevens esl Jacques van der Meulen, 
reçu dans son atelier en 1614. J. Stevens acquit la franche- 
mailrise à Anvers, en 1589. Le 21 novembre 1389, fut bé- 
nie, à Saint-Rombaul à Malines, son union avec Anne van 
Mechelen, fille de Jean. Notre peintre mourut à Malines 
dans la rue du Poivre, à côté de l'hôtel de Chièvres, 
avant 1G30^. Neuf enfants provinrent de son mariage; 
tous furent baptisés à Sainte-Catherine à Malines, entre les 
années 1390 et 1609. L'un d'entre eux, Jacques, baptisé 
le 13 août 1393, succéda à son père dans l'art. Il se 
maria avec Guillemelte Verwyen, dont il eut, depuis 1620 
jusqu'à 1626, trois descendants inscrits aux registres 
baptistaires de Saini-Rombaul. Guillemelte fut enlevée 
par la peste le 1" février 1626, étant en couches. Stevens 
entouré d'enfants en bas-âge, se hâta de reconstituer son 
ménage; dès le 2 juillet 1626 il conduisit à l'autel à 
Sainte-Catherine, Agnès Bisschops, fille unique et orphe- 
line de Henri, peintre, et d'Klisabeth Coppens. Maître 
Jacques connaissait de longue date les mérites de sa jeune 
épouse, dont il avait géré les intérêts en qualité de tuteur '. 
Il mourut à Malines le 23 février 1662. 



' De MrvcK, GeJcncksihriflcn... van Mcchdtn, p 121. 
^ Adliérilnnces, 24 septembre 1G30. 
•' Chambre pupillaiie, 25 mai 1626. 



- .^9 — 

Jean Steyf.ns, frère de Jacques H qui piécècle, fut l»;ip 
lise à Sainle-Calheiiiie le 1" novembre 1595. Membre de 
la gilde de SaitU-Luc, il apposa son nom à la requête pré- 
sentée par le métier à la ville en 1G19. Il épousa Claire 
van Woluwe, qui était veuve avec deux enfants mineurs, 
le 14 janvier 1G27*. Ce peintre habitait à Anvers, lors 
du décès de son père. 

Antoine Stevens, dit Stephani, petit-fils de Pierre Ste- 
vens 1, était un habile peintre à l'huile, (|ui se fixa, en 1 644, 
à Prague, où il mourut en 1672 2. Antoine est aussi connu 
sous le nom d'Antoine Stevens de Steinfels. 

Kilian grava, d'après son dessin, une thèse : Promotio 
magistralis in universilale Pragensi, 69 Baccalaureorum , 
anno 1661; et une planche représentant un Prêtre et te 
saint Sacrement, grand in-folio, 1665. 

Son fils, peintre de fresques, mourut au commencement 
du XVIII^ siècle ^. Paul Stephens, excellent peintre à 
Prague, y peignit, en 1674, un Saint Norbert, pour le 
séminaire des Prémontrés, à raison de 50 florins, et deux 
saints du même ordre. Saint Jacques et Saint Adrien, que 
Jérôme von Ibirnheim, abbé de Strakow, donna au sé- 
minaire *. 

Jea.n Jacques Steinfels peignit, en 1695-1698, dans le 
couvent de Waldsassen ^. Il parait être le même que le 
graveur sur cuivre Jean Jacques Stevens, qui produisit une 
grande colonne expiatoire, érigée après la peste de Prague 
sous Charles VI. On lit sur la gravure ; alibrandi inv. 



' Cliainbre pupillaire. 
^ Fi'SSLis Algemeine Kniisllcr Ltxicon. 

' A'eite Bibliolluk dir schuncn Wixsensclinflcn und frcic Kunsle, vol. XX, 
p. \i9, et D'Obrowsky, Bôhm lilleralur, I, p 228. 

* Annales coUcgii Norbcrtini Praf/ensis, l. I. 

* Dlabacz, Altgemcincs hislorhckes Kunslel lexicon far Bôltmeu, 2 vul. 
in 8». Prague, 1815. 



— GO — 

j. j. STEVENS. se. S. GR. Oiî Ic cpoil fils (lu peiiilrc de fres- 
ques. En 1694, il fil baptiser dans l'église de Sainl- 
Wenceslas, à Prague, une fille sous le nom de Calherine 
Constance. Kn 1695, il s'engagea par contrat à peindre de 
grands tableaux dans le chœur de l'abbaye deWaldsassen, 
en Bavière. Les grands tableaux représentent l'histoire du 
couvent, fondé, d'après la légende, par saint Jean l'Évan- 
gélisle. Il y exécuta aussi des tableaux de moins d'impor- 
tance. En 1696, il peignit les saints de l'ordre et prit l'en- 
gagement de décorer l'église, au prix de 1500 florins et 
6 ducats. L'œuvre fui achevée en 1698 ^ Un acte de 
Prague l'intitule « Consul Pragensis. » 

Les annales artistiques de l'Allemagne mentionnent 
plusieurs personnages du nom de Slephani : Georges Iler- 
man Stephani, graveur, né à Ansbach en 1579; Chrétien 
Abraham Stephani, mort à Dresde en 1764, graveur de 
médailles du roi de Pologne; Jean Chrétien Stephani, tail- 
leur de pierres précieuses de l'électeur de Saxe, mort à 
Leipzig en 1784; Jean Michel Chrétien Stephani, peintre 
à Leipzig en 1720. Peter Stephens, probablement d'origine 
anglaise, l'auteur du portrait de la reine Marie Déatrice 
d'Angleterre. 



LouSs Toepiit. 

Cet artiste, que recommande Van Mander, vit le jour à 
Malines vers 1550. Pendant que l'écrivain rédigeait ses 
biographies d'artistes, en 1604, Toepul travaillait à Tré- 
vise, mais il habita aussi Venise. 

• Noies tirées di- VHisloirc de Waldsassen, par Brknner. 



— 61 — 

Sa spécialilé élail le paysage, toul en s'essayanl égalc- 
meiil dans les sujets d'archilecturc, les scènes de marché 
el de cuisine. Toepul semble s'être occupé avec succès de 
lilléralure flamande. Ses productions artistiques se distin- 
guaient autant par le dessin que par le coloris, malheu- 
reusement elle ne sont pas parvenues jusqu'à nous. 

{Pour élrc conlhwé). 

EMMANUEL NeFFFS. 



6Î> - 



LA FLANDRE AU XW SIÈCLE. 



Pendant le XIV* siècle, la situation politique de la Flan- 
dre resta au fond la même que dans le siècle précédent, 
surtout au point de vue de la politique extérieure; le pays 
continua à être gouverné par ses comtes par la grâce de 
Dieu, relevant partie de la couronne de France, partie de 
l'empire d'Allemagne. 

Le lien féodal entre les comtes et les rois d'Angleterre, 
dont il a été si souvent question dans les deux siècles pré- 
cédents, et qui avait alors compliqué si singulièrement les 
devoirs féodaux des comtes, s'efface; nous en perdons com- 
plètement la trace sous Gui de Dampierre, et il n'en est 
plus fait mention qu'une seule fois d'une manière assez 
vague en iôoO sous Louis de Nevers *. 

Quant à la situation intérieure du pays, ce siècle fut 
une période de luttes continuelles entre deux principes, le 
principe démocratique cl le principe aristocratique; le 
peuple d'un côté, le comte et l'aristocratie de l'autre, des- 
cendirent dans l'arène, s'épuisant en luttes sanglantes et 
déplorables avec des alternatives de succès et de revers, 
au grand préjudice du pays, dont ils finirent par compro- 
mettre la prospérité. 

Nous avons assisté, dans le siècle précédent, au commen- 
cement de ces luttes. Le peuple rassemblé dans les villes (et 



' Voir noire Histoire des relations diplumaliqucs entre le comte de Flandre 
et l'Angk terre au moyen âge, ji. 297, noie 3. 



— 03 — 

par le peuple nous enlentlons la bourgeoisie cl les métiers), 
avait taiilôl acheté, tantôt obtenu du prince des conces- 
sions de privilèges qui, joints aux richesses acquises dans 
le commerce, avaient fait de lui une puissance redoutable; 
la noblesse, jalouse de cette suprématie, devint Tadver- 
saire du peuple; accoutumée à avoir le dessus, elle ne 
pouvait souffrir sans dépit ce pouvoir d'hier devenu rival 
et qui pouvait finir par arriver à une supériorité réelle. 

Le comte, dont Tautorilé se trouvait souvent enrayée 
par la puissance de la noblesse, fit longtemps cause com- 
mune avec le peuple, afin de l'élever comme une barrière 
devant les empiétements des grands seigneurs. Le peuple 
était l'allié naturel du souverain, le principal soutien de 
sa couronne; aussi longtemps que le souverain eut la masse 
de la nation pour lui, il ne dut craindre ni pour sa per- 
sonne ni pour sa puissance; le dévouement des masses est 
toujours et plus intelligent et d'une utilité plus grande 
pour l'autorité supérieure que celui des fractions ambi- 
tieuses ou réactionnaires. Quant à l'aristocratie, elle voulut 
avoir l'appui d'une force redoutable, et le trouva dans le 
roi de France, suzerain despote et jaloux de la grandeur 
et de la puissance du comte de Flandre. 

Cette complication d'intérêts, qui devait être la source 
de bien des difficultés, de bien des conflits, se prolongea 
jusqu'aux premières années du XIV^ siècle. 

Les comtes changèrent alors de conduite et compliquè- 
rent encore la situation, en la rendant plus tendue et plus 
dangereuse. Fux dont l'intérêt était de chercher leur force 
dans le peuple, ils se rangèrent du côté du roi de France, 
dont la politique avait réussi au moyen d'alliances bien 
combinées et de services habilement rendus, à les attirer 
complètement dans leur parti. 

Le peuple, se voyant abandonné par son appui naturel, 
et ayant toujours en vue ses intérêts immédiats et les 



— 6i — 

besoins de son commerce, se lourna davantage vers TAn- 
glelerre, sa vieille alliée, tout en s'cfTorçant de conserver 
sa neutralilé, mais une neulralilé armée, dans les gran- 
des qnerelles enlre ses deux puissants voisins, querelles 
qui furent un des épisodes les plus marquants de tout le 
XIV* siècle. 

Jusqu'ici les divisions politiques de la Flandre n'avaient 
eu qu'une importance restreinte dans les limites de son 
territoire; elles acquirent dès ce moment un intérêt tout-à- 
fait international, et l'alliance comme la neutralité de nos 
puissantes communes fut l'appoint dans la balance de 
l'équilibre de l'Kurope occidentale. 

('etle situation dura pendant la plus grande partie du 
XIV'* siècle, aussi longtemps que le comté eut ses souve- 
rains particuliers; quand la fille du dernier comte eut 
épousé le duc de Bourgogne, la face des choses changea et 
la puissance populaire n'eut plus que quelques réveils 
quasi galvaniques, après lesquels elle tomba dans l'im- 
puissance; l'aristocratie partagea son sort : dans les pre- 
miers temps de l'âge moderne, on ne voit plus agir qu'un 
seul pouvoir, le souverain, qui a tout centralisé, tout 
réuni en lui. 



La tendance générale des esprits vers l'indépendance 
démocratique, pendant toute celte période, n'est pas parti- 
culière à la Flandre, elle est un signe du temps. Seule- 
ment le mot d'ordre partit de nos communes et fil le tour 
de TFurope occidentale. Chez nos pères, cet esprit d'in- 
dépendance s'était manifesté depuis longtemps, je dirai 
même depuis le commencement de la formation des villes; 
mais il n'eut pas l'occasion de se montrer avant que les 
comtes ne prissent une voie opposée à celte tendance et à 
l'intérêt de leurs sujets. 



— G5 — 

C'est à rtivcnemciil de Philippe de \'alois au Irône de 
France cl sous Louis de Nevcrs que le lorrenl populaire 
déborda. Depuis (renie ans la Flandre avait comballu pour 
le mainlien de ses privilèges; la conduite imprudente et 
impolititjue de Guy de Dampierre l'avait la première 
poussée dans la voie des révoltes : depuis ce temps le 
mécontentement et le désordre passèrent en quelque sorte 
à l'étal chronique, tandis qu'ailleurs des symplômes ana- 
lo2;ues se manifestèrent : les communes du Brabant s'étaient 
confédérées, celles de France étaient prêtes, le feu y cou- 
vait, et celles d'Angleterre n'attendaient que le moment 
propice pour agir. 

Sous nos trois derniers comtes, il y eut des soulève- 
ments presque continuels, tantôt parce que le prince vio- 
lait les privilèges, établissait des impôts illégaux, c'est- 
à-dire qu'il n'avait pas le droit d'établir de sa propre 
autorité, ou parce qu'il voulait entraîner le pays dans une 
politique contraire à l'intérêt général. 

Ces insurrections si souvent répétées donnèrent à penser 
à la démocratie de la France et de l'Angleterre; dans ces 
deux pays, le peuple avait toujours compté pour beau- 
coup moins qu'en Flandre; mais un jour il se crut fort et 
la réaction fut violente. La France s'était déjà émue sous 
Philippe le Bel, et à la voix du sire de Joinville, avait 
réclamé ses privilèges tels qu'ils étaient sous saint Louis, 
ensuite Paris, sous Charles VI, se souleva comme l'Angle- 
terre; mais entre ces commotions populaires et celles de la 
Flandre il y eut cette différence, c'est que les Flamands, 
jaloux de leurs privilèges, avaient eu la force de les main- 
tenir et de les défendre, tandis qu'en France et en Angle- 
terre la royauté eut toujours le dessus : en Flandre, les 
villes étaient bien autrement fortes et puissantes qu'ail- 
leurs; Gand seul avait 80,000 hommes en étal de porter 
les armes, d'après le témoignage de Froissarl; de pareilles 



— 66 — 

aggloniéralioDs élaieiit presque iinpienubles à une époque 
où l'art (les sièges n'élail pas parvenu au degré de perfec- 
lioii qu'il a alteinl aujourd'hui. 

Nous conslalerons ici en passant un fait remarquable : 
c'est que les Flamands, et surtout les Gantois, souvent 
battus quand ils paraissaient en rase campagne, obtenaient 
malgré cela des conditions qu'on pourrait appeler avan- 
tageuses pour des vaincus, et cela parce que leurs sei- 
gneurs savaient bien qu'il y avait pour eux grand danger 
à les réduire à une résistance désespérée. 

Après la défaite infligée aux Flamands à Rooscbcke, 
le roi de France alla châtier le peuple de Paris ; la ville 
était trop faible pour résister à l'armée royale; elle fut 
traitée en place conquise, ses privilèges furent mutilés, les 
chefs de la révolte mis à mort et de fortes contributions 
infligées en vertu de la prérogative arbitraire du monarque. 

Si Charles VI, au lieu d'être vainqueur à Roosebeke, 
avait été vaincu, l'insurrection des Parisiens, comme dit 
Fi'oissart, se fut répandue par toute la France, et toute 
gentillesse et noblesse eut été morte et perdue ; jamais la 
Jacquerie n'eut été si grande et si forte ; le roi vaincu à 
Roosebeke, c'était l'abaissement de l'autorité comlale en 
Flandre, en France, l'anéantissement de la puissance 
royale et de la prépondérance des seigneurs; l'insurrection 
de la Flandre, qui eut pour conséquence celle de France et 
celle d'Angleterre, eut pu, si la chance des armes ne lui 
avait pas été contraire, changer complètement la face de 
l'Europe occidentale : la défaite de Roosebeke eut l'clTel 
littéralement contraire, elle rendit la force à l'autorité du 
seigneur, fut la fin de la liberté turbulente des communes, 
et à quelques épisodes près, le dernier acte de cette longue 
suite de révoltes qui commença avec le XIV"" siècle. 

Il est bon de faire observer que les rois d'Angleterre, 
qui en d'autres occasions aidèrent les mécontents de la 



— 07 — 

Flandre, ne fireiil riei» dans celle circonstance : Tinsur- 
reclion des Flamands eul à coup sûr eu des résullals beau- 
coup plus sérieux, si le gouvernement anglais avait con- 
senti à la soutenir efficacement ; mais celle fois il y avait 
pour Richard II un danger réel à venir en aide aux 
Flamands; leur fournir des secours, c'était implicilemenl 
encourager l'esprit démocratique, qui dominait déjà en 
Angleterre parmi les communes ; il était trop chanceux 
pour l'Angleterre de soulever la démocratie contre la 
royauté, et de créer ainsi le même danger dans son sein, 
et cela dans le seul but d'inquiéter la France. Cependant, 
pour ne pas abandonner complètement ses anciens alliés, 
le roi Richard fit quelques tentatives après coup, et les 
villes de Flandre le reconnurent comme roi de France. 

L'insurrection de Paris sous Charles VI el les diverses 
guerres civiles de Flandre sous les trois derniers comtes, 
sont des événements dont on ne peut négliger l'étude : 
ce sont les leçons de l'histoire, des signes du lemps qui 
déterminent la marche de l'esprit humain : les princes 
ont beau guerroyer de l'orient à l'occident, les grands 
coups d'épée qui tiennent d'ordinaire le plus de place dans 
les récits de l'histoire, ne sont pas les faits les plus instruc- 
tifs; ils reculent parfois les limites, mais ne font pas dévier 
les tendances donl ils ne sont bien souvent que les consé- 
quences. 

Il est à remarquer qu'en Flandre, le développemenl 
outre mesure du principe démocratique, conséquence de 
la puissance commerciale des communes et partant des 
métiers, ne servit qu'à entraîner en fin de compte la déca- 
dence d'un pays qui se trouvait, dans la seconde moitié du 
XIII= siècle et pendant une grande partie du XIV% à la 
tête de l'Europe par ses richesses, son commerce et son 
industrie. La liberté, chez nous, dans ces siècles encore 
rudes, ne se montrait généraieinent pas sous des dehors ^ 



— 68 — 

foi-l attrayants: le peuple, était-il mécoiitenl de ses ma- 
gistrats, il les massacrait ; cela s'est vu dans les villes en 
plus d'une circonstance. 

Sous Guy de Dampierre, les révoltes partielles aux- 
quelles le comte par son peu de caractère avait donné 
occasion, développèrent la force de l'élément populaire, 
dont la victoire de Courtrai fut le triomphe et auquel le 
pays dut alors son indépendance. Dans la suite, si les 
comtes avaient eu plus de prudence, s'étaient identifiés 
davantage avec la vie et les aspirations de leurs sujets, et 
avaient eu en un mot plus de sens politique, ils n'auraient 
probablement pas été obligés par deux fois de se retirer 
devant cet élément, tandis que par deux fois l'opposition 
triomphait et se voyait organisée comme un état légitime- 
ment constitué. 

En France comme en Anglelerre, la position du souve- 
rain vis-à-vis du peuple était toute autre : c'est ce qui évita 
ad pays les longues guerres civiles, ainsi que les excès de 
la démocratie, et lui épargna la décadence qui, malgré des 
dehors brillants, commença pour la Flandre sous les ducs 
de Bourgogne. 



La conséquence des tendances démocratiques, fut de 
donner à répo(|ue que nous traitons un caractère nouveau, 
de (diangcr la n)arche des affaires, en déplaçant la force 
agissante. Cette force jusqu'ici avait été le seigneur, tout 
se faisait par lui et se passait en son nom; c'était le ré- 



gime féodal 



Après la bataille de Croeninge, cette force agissante est 
le peuple; celui-ci a appris à connaître sa puissance; c'est 
lui qui a sauvé le pays, quand l'absence ou le mauvais 
vouloir ont mis ses maîtres hors d'étal d'agir, et il vient 
réclamer le prix de son intervention, |)Ius (|iie cela, il 



— G9 — 

s'impose. L'clémenl démocralique doinine la silualion; le 
prince n'a plus le pouvoir d'im|)oser sa volonlé cl de la 
faire respecter quand même. Ce n'est plus lui, du reste, 
qui, la plupart du temps, comme il l'avait fait avant, défend 
la question du droit et de la justice; il a dévié de sa voie. 

Dans le siècle précédent, les villes ont acquis une telle 
importance, sont arrivées à un tel degré de prospérité, 
grâce à l'industrie et à leurs corporations de métiers, que 
ce sont elles qui forment dorénavant le centre de tout 
mouvement politique. Quand il est question de la Flandre, 
on dit les bonnes villes de Gand, Bruges, Ypres et le 
Franc, le reste est passé sous silence; les communes 
rurales, bien que possédant pour la plupart leurs keures 
comme les grandes villes, sont comptées pour rien dans 
les affaires du pays; c'est l'aristocratie dans la démocratie. 
C'est la véritable période de liberté communale. Ce clian- 
gement détermina en même temps une révolution dans l'art 
militaire, en remplaçant la milice chevaleresque par celle 
des métiers, la cavalerie par l'infanterie. 

La cause du déplacement que nous indiquons, est facile 
à démêler pour qui veut suivre avec attention le cours des 
événements; elle réside dans le changement de conduite 
des comtes de Flandre; aussi longtemps qu'ils agirent 
avec le peuple et pour le peuple, ils furent puissants par 
le peuple et en imposèrent à leurs ennemis et à leurs 
suzerains jaloux : mais à partir de l'instant où ils ne de- 
vinrent plus qu'un instrument de la politique française, 
abandonnant la cause de leurs sujets pour des avantages 
plus qu'hypothétiques, ils reculent au second plan et le 
peuple prend leur place au premier. 

Deux éléments, puissants tous deux, s'étaient trouvés 
en présence, deux éléments contradictoires, deux tendances 
incompatibles : le comte avec la France d'un côté, les 
communes riches et populeuses de l'autre; le comte, lou- 



— 70 — 

jours absent, iiiféoJé à la politique française qui élail 
complélemenl anlij)alliique au peuple, et celui-ci, puissant 
cl bien organisé, dont les sympathies étaient pour ceux 
qui lui faisaient gagner de l'argent et lui procuraient le 
bien-être. Dans cette lutte, le comte, qui n'avait pour lui 
qu'une partie de la noblesse, se heurtant contre les com- 
munes, qui formaient autant de républiques, devait ne 
pas avoir toujours le dessus. 

Ici se place naturellement une remarque qui n'est pas 
sans importance : c'est qu'il ne faut pas considérer les 
révoltes et les soulèvement de la Flandre au XW" siècle 
comme des séditions fomentées uniquement par des 
brouillons ou des ambitieux, ou résultant de l'esprit mu- 
tin des populations; il faut au contraire en rechercher la 
cause dans un appel au droit et à la justice. Les comtes 
de Flandre n'avaient nullement le pouvoir de gouverner 
d'après leur bon plaisir; il existait entre eux et leur peuple 
un contrat synalagmatique pareil à celui qui existe de nos 
jours dans les états constitutionnels; à son avènement, le 
comte devait jurer de maintenir les libertés et privilèges 
du peuple, et celui-ci, de son côté, promettait obéissance à 
celte condition. Si le comte refusait de ratifier les chartes 
de privilèges, le peuple refusait de son côté de le recon- 
naître, et du moment que le prince promettait, il était lié 
et ne pouvait violer sa promesse sans se parjurer. Or, s'il 
se parjurait, quel était le recours du peuple? vers le roi de 
France, qui ne demandait pas mieux que de s'ingérer dans 
les affaires du pays pour tout s'approprier et réduire tous 
les pouvoirs sous sa domination? Les Flamands n'y étaieol 
point disposés; il ne leur restait donc que VuUima ratio, 
le recours à la force. Tel est le caractère des soulèvements 
du XIV^ siècle en Flandre; ils furent le résultat de l'union 
des communes contre le despotisme du comte insligué par 
le roi de France, qui profitait de la faiblesse et de la pusil- 



— 71 — 

lanimilé ilu seigneur pour opprimer les sujets; ils ne furent 
autre cliose que la guerre de celui qui exige le respect du 
droit contre celui qui le viole; ils furent faits par les com- 
munes qui, voyant qu'on ne voulait pas les gouverner 
d'après leurs chartes, où se trouvaient consignés leurs 
droits et libertés, s'unirent en république fédéralive pour 
se gouverner elles-mêmes d'après ces chartes, ne repous- 
sant le souverain qu'en tant qu'il voulait attenter à ces liber- 
lés, et prêtes à le recevoir et à se soumettre s'il consentait 
à gouverner sagement et à ménager les intérêts du peuple. 

Nous ne voulons pas avancer toutefois que tous les in- 
cidents de ce drame civil et sanglant eurent pour mobile 
l'indépendance constitutionnelle; non, il y eut là des excès 
comme dans toute guerre de ce genre, et plus d'une fois 
des hommes malintentionnés profitèrent du cahos pour 
faire durer les troubles plus longtemps qu'il ne fallait et 
se livrer à toute espèce de débordements. 

La puissance communale fut telle à celte époque qu'elle 
fil avorter une partie des plans de Philippe le Bel. Ce roi, 
devancier de la politique de Louis XI, voulait asservir tous 
les pouvoirs, les grands seigneurs, le peuple, la religion; 
pour ce dernier point, il réussit en attirant à Avignon un 
pape qui était sa créature; pour le premier, il réussit en- 
core en grande partie, en ce qu'il mit le comte de Flandre, 
premier pair du royaume, tellement bas, qu'il en faisait 
presqu'à son bon plaisir; quant au peuple, à la puissance 
communale, elle se leva plus forte, obligée qu'elle était de 
s'appuyer sur elle-même et opposa au roi une barrière que, 
pendant toute cette période, aucune autorité ne renversa. 
Tout ce que Philippe le Bel parvint à faire, ce fui d'appau- 
vrir la Flandre en la livrant aux usuriers. 

Ce qui faisait en partie la force de nos communes, 
c'était leur organisation puissante, tant civile que militaire. 
Les franchises de leur échevinage en faisaient de vérila- 



— n — 

hlest'lals populaires, pouvant se gouverner eux-mêmes, se 
passer les uns des autres et même du prince; la rigueur 
des pénalités entretenait l'ordre au-dedans , autant que 
cela se pouvait à une époque aussi reculée; la division des 
villes en circonscriptions militaires et l'organisation des 
métiers, ainsi que leur hiérarchie, donnaient à nos cités 
marchandes et industrieuses l'apparence d'un camp où tous 
les soldats courent aux armes au premier son du clairon. 

La commune jouissait, dans certaines mesures, du pou- 
voir législatif et exécutif, d'une autorité judiciaire et mili- 
taire; ses armées défendaient les droits de la commune et 
ceux du prince, mais n'étaient pas levées par celui-ci. 

Quant aux institutions juridiques, les sources du droit 
furent les mêmes au XIV"' siècle que dans le siècle précé- 
dent; elles résidèrent dans les keures et le droit coutumier 
non écrit. Seulement pendant cette époque, on réunit dans 
quelques villes les dispositions de ce droit, en y joignant 
certaines décisions judiciaires; ces annotations, qui furent 
conservées et augmentées peu à peu, servirent en partie à 
la rédaction des coutumes homologuées du XVI^ siècle. 



Nous avons dit qu'une des conséquences de la situation 
des partis en Flandre, fut de rapprocher le peuple, c'est-à- 
dire les masses, de l'Angleterre, leur ancienne alliée. Au 
point de vue de la politique européenne, cette conséquence 
fui à coup sûr la plus grave. 

C'est surtout depuis le règne d'Edouard I" que les inté- 
rêts des rois anglais sur le continent augmentèrent d'im- 
portance, et que ces princes cherchèrent davantage à 
s'attacher chez nous le seigneur et le peuple. Ils ne négli- 
geaient aucune occasion pour tâcher de contracter des 
alliances matrimoniales entre leur maison et celle des com- 



~ 75 — 

les de Flaiulre; la politique française cl sa prépoiuléraiice 
sur le coiiliiient firent toujours échouer ces projets. Des 
tentatives de ce genre avaient déjà été faites sous Jeanne 
de Conslantinople, puis sous Guy de Dampierre; plus lard, 
sous Louis de Nevers, Edouard III voulut mettre sa fille 
sur le trône de Flandre en la mariant à Louis de Maie ; 
ce projet fut agité plusieurs fois et n'aboutit pas. Enfin 
le même roi tenta l'impossible afin d'obtenir la main de 
l'héritière de Louis de Maie pour un de ses fils, et faire 
passer ainsi le comté de Flandre dans la maison des Plan- 
lagenets; ce projet, s'il eût réussi, eut pu changer toute la 
situation de l'Europe occidentale, mais la politique fran- 
çaise en empêcha de nouveau la réalisation. 

La Flandre était un joyau si tentant, que la France et 
l'Angleterre se la disputèrent souvent, et son alliance était 
tellement précieuse dans la situation où étaient ces deux 
grands pays, que tous deux mettaienl tout en œuvre pour 
l'obtenir. Le roi de France, qui disposait de tous les 
moyens de coercition et ne se faisait pas faute d'en user, 
lorsque la persuasion ne réussissait pas, ne parvint jamais, 
pendant le XIV^ siècle, qu'à avoir le comte de son côté ; 
les communes, la force vitale du pays, se séparèrent de lui 
du moment que le comte voulut suivre une voie contraire à 
leurs vues. 

Edouard, lui qui n'avait aucun moyen de droit à sa dis- 
position, eut toujours les masses pour lui, par la raison 
que dans l'alliance anglaise il y avait pour la Flandre une 
question vitale qui dominait toutes les autres, celle de la 
prospérité commerciale du pays. C'était moins l'alliance 
avec l'Angleterre pour l'Angleterre elle-même que deman- 
daient les communes, que les moyens d'alimenter leur 
commerce et leur industrie, en même temps que le main- 
lien de leurs privilèges, menacés sans cesse par le roi de 
France. Ce n'était pas non plus afin d'aller guerroyer sous 

6 



74 — 



les bamiièros anglaises, el comballrc suzerain el comle; 
mais ce qu'elles ne cessaient de demander aussi, c'élail le 
maintien el le respect de leur neutralité. 

Quant au comte, homme-lige du roi de France, il devait 
combattre avec lui, el n'eùt-il pas dû le faire en vertu de 
son lien féodal, il l'eut peut-être fait par sympathie; pour 
les communes, elles ne descendirent dans l'arène qu'à la 
dernière cxlrèmité. 

Ce fut la politique de Jacques van Artevelde seule, qui 
parvint à faire changer leur altitude dans le conflit entre 
la France et l'Angleterre. Sentant que son pays avait plus 
d'intérêt à se concilier cette dernière puissance, el voyant 
dans Edouard III le défenseur des libertés communales, 
le sage-homme engagea le roi anglais à se déclarer roi de 
France; dès lors ce n'était plus Philippe de Valois qui était 
le suzerain de la Flandre et du comte, mais Edouard, el du 
moment que le comte ne lui rendait pas hommage, le suze- 
rain avait le droit de confisquer sa seigneurie et de délier 
ses sujets de leur serment. 

Il est étonnant seulement que l'empereur d'Allemagne, 
suzerain d'une partie du comté de Flandre, se contenta 
d'assister toujours de loin et en simple spectateur à toutes 
ces luttes sanglantes, car il est fort rare qu'on voie poindre 
la plus simple intervention de sa part. 

Comme nous avons dessein de nous occuper dans un 
ouvrage spécial de l'histoire des institutions politiques el 
juridiques de la Flandre pendant le XIV'= siècle, ces re- 
marques sur la situation politique du pays peuvent en quel- 
que sorte servir d'introduction à la matière, qui est forl 
étendue. Warnkœnig cl son savant traducteur Gheldolf, ont 
traité ce sujet dans cinq volumes, et se sont arrêtés à l'an- 
née 1505; notre matière est relativement moins vaste, en 
ce qu'elle embrasse une époque moins étendue, qu'il y a 



/;> 



des parties Irailces par nos devanciers que nous pouvons 
négliger, enfin que nous n'avons à faire l'Iiisloire que des 
Iransformalioiis ou des changements de détail survenus 
dans la conslilulion du pays, au lieu de raconter les origines 
de toutes les institutions. Seulement, nous avons à parler 
de l'époque la plus tourmentée, la plus dramatique de notre 
histoire. IVous n'aurions peut être pas osé aborder cette 
tâciïe, sur laquelle nous avons depuis longtemps de nom- 
breuses notes, si nos plus savants amis ne nous avaient 
vivement engagé à le faire. 



É.MH.E VaRENBERGH. 



— 76 — 



NOTICE 



SDR 



L'ÉGLISE DE L'ANCIENNE ABBAYE DES PRÉMONTRÉS, 



A NINOVE. 



L'église de l'ancienne abbaye des Prémonlrés de Ninove 
a été jusqu'ici à peu près complélemenl oubliée par ceux 
qui s'occupent de l'histoire des beaux-arts en Belgique; à 
peine quelques lignes lui ont été consacrées dans les 
Délices des Pays-Bas; cependant elle ne mérite pas cet 
oubli, car elle est remarquable par la richesse de son 
ameublement et les nombreuses œuvres d'art qu'elle con- 
tient; à l'étranger, elle est peut-être mieux connue qu'en 
Belgique, se trouvant mentionnée avec éloge dans les 
Guides anglais, vade-mecum des touristes. 

Le but de cette notice n'est pas d'en donner une des- 
cription détaillée; je me suis borné à reproduire quelques 
notes, relatives à sa construction et aux œuvres d'art 
qu'elle contient, que j'ai trouvées parmi les chartes de 
l'abbaye. Ces notes, qui ont été prises au milieu du siècle 
passé, sont écrites en flamand et d'une manière assez 
obscure, je les ai traduites et j'ai tâché de les rendre plus 
claires, mais sans rien changer à ce qu'on y disait relati- 
vement au nom des peintres et des sculpteurs qui ont été 
employés dans les travaux de l'église; c'est ce qui en 
forme la partie la plus intéressante. 



— 77 — 

L'extérieur de l'église n'a rien de remarquable, surtout 
quand on la voit du chemin de fer, que Ton a eu la mal- 
heureuse idée de faire passer pour ainsi dire à ses pieds; 
l'aspect n'en est pas heureux; le plan général ressemble 
à celui adopté pour la construction de la belle église de 
l'abbaye de Grimberghe, qui appartenait au même ordre 
monastique, mais celle-ci la surpasse de beaucoup par son 
aspect imposant; la tour est placée également derrière le 
chœur de l'église, ainsi qu'un dôme au milieu du transept. 
Le portail de l'église de Ninove est très-simple *, et l'on 
est surpris, en pénétrant à l'intérieur du bâtiment, de la 
richesse et de la profusion des ornements qui l'embellis- 
sent. L'église à l'intérieur ofîre de belles proportions; le 
chœur, comme dans la plupart des églises de Prémontrés, 
est très-grand, il est éclairé par trois fenêtres latérales; il 
y a en outre une fausse fenêtre, qui donne dans de petites 
chapelles bâties à côté du chœur, mais qui ont leur entrée 
dans le transept; celui-ci est un peu plus large que l'église. 
Quatre colonnes carrées soutiennent le dôme, elles se trou- 
vent sur la ligne des colonnes qui séparent la grande nef 
des nefs latérales; les colonnes de la nef sont rondes, en 
pierre blanche et elles supportent des arceaux en plein 
cintre; les voûtes de l'église sont aussi en pierre. Toute 
l'église est ornée de boiseries, servant de cadres aux bas- 
reliefs et aux tableaux qui la décorent. Quoiqu'on ne 
puisse se garder d'admirer le riche et harmonieux ensem- 
ble de l'ameublement, on ne peut nier que cette décoration 
ne soit un peu théâtrale; c'est un défaut de l'époque; il ne 
choquait pas nos pères. 

L'abbaye de Saint-Corneille et de Saint-Cyprien , à 
ISinove, a été fondée, en 1137, par Gérard, dit le Coué- 

* Le portail donne dans la cour d'une brasserie, et l'on se sert mainte- 
nant d'une porte latéialc pour entrer à l'église. 



— 78 — 

lable, seigneur de Ninove; l'église primitive, bàlie au 
XII^ siècle, avait subi diverses modifications, notamment 
au XV* siècle; la vue en a été reproduite dans Tœuvre de 
Sanderus, mais il est difficile de s'en rendre compte d'après 
le dessin qu'il en donne '. Sanderus dit que ce fut l'abbé 
Jean David, mort en 1636, qui posa les fondations de la 
nouvelle église, ceci est conforme à la date donnée par la 
notice que je publie ici; mais la chronique de Ninove ^ 
dit que ce fut Tabbé Chrétien Roelofs qui fit poser les 
fondations du chœur, du transept et du commencement 
de la grande nef de la nouvelle église, le jour de Saint 
Norbert, en l'année 1640; ces premiers travaux étaient 
terminés en 1642. Comme on le verra plus loin, les tra- 
vaux furent interrompus à différentes reprises, car l'édifice 
ne fut achevé qu'en 1718. 

L'abbaye se trouvait anciennement en dehors de la 
ville, plus lard elle fut incorporée dans ses murs. Il y 
avait avant la révolution française une autre église, dédiée 
à la Sainte Vierge, qui servait de paroisse aux habitants 
de la ville; elle n'existe plus maintenant. 



Le Révérend Seigneur Jean David, trente-neuvième pré- 
lat de l'abbaye de SS. Corneille et Cyprien, près de Ninove, 
ayant été nommé syndic de l'ordre des Prémontrés, la 
vingt-troisième année de son gouvernement, se rendit à 
Rome en 1626, pour aplanir les difficultés qui s'étaient 



• Dans l'étlilion de la Flandria illusirnla, imprimée à La Haye, en 1735, 
on a reproduit la vue de l'ancienne église; on n'y dil rien de la nouvelle 
église, sauf que ce fui l'abbé Jean David qui en posa les fondalions. Dans 
l'édition flamande du même ouvrage, imprimée la même année à La Haye, 
on dit que l'église a élé rebâtie en 1718. Dans celte édition on a supprimé 
la description de labbaye, ainsi que celle des autres abbayes de la Flandre. 

^ V. Dt Smut, Corput chronicorum Flandriae, t. II. 



— 79 — 

élevées au sein de l'onlre '; il rapporta de Home, en IG28, 
le plan de l'église abbatiale acluelle, dont il commença les 
fondations en 1635; il mourut l'année suivante. Son suc- 
cesseur, Chrétien Roelofs, reprit ce travail en 1640, et 
en 1654 les murs de l'église avaient atteint une hauteur 
de 20 pieds. En 1660, le prélat Jean Nevius passa un 
contrat avec maître Egide V^an Waesberghe pour l'achè- 
vcmenl du chœur et des nefs; mais le travail fut inter- 
rompu 2 et ne fut repris qu'en 1718, sous la prélature de 
Ferdinand Van der Ilaege, et continué sans interruption 
jusqu'à son achèvement. En 1724, l'église fut bénite par 
le prélat de Ninove, et elle fut consacrée en 1727 par 
S. E. l'archevêque de Malines. 

Le dessinateur ou architecte du maître-autel est Van 
der Haegen, né à Bruxelles, sculpteur renommé ^; il le 
décora de deux petits bas-reliefs, en forme de médaillons, 
dont l'un représente hSamarilaine, l'autre le Prophète Elle 
dans le désert, nourri par nn corbeau. Le maitre-autel, 
ainsi que les sculptures, furent marbrés par Tournair, de 
Malines. Aux deux côtés de l'autel, dans le sanctuaire, 
on plaça deux grands bas-reliefs en marbre; l'un, celui de 
droite, représente la Sainte-Cène, l'autre les Pâques des 
Juifs; c'est une œuvre de Berge, de Bruxelles, sculpteur 
renommé *. A côté de ces bas-reliefs il y a une autre 

' C'est ainsi que commence la nolice intilulée : Beschryvinge der abba- 
tiale kerek van de HII . Cornélius en Ctjprianus, nevcns Ninove. 

' Celle longue inlerruplion est due sans tloate aux embarras financiers, 
causés par ia mauvaise administration du lemporel de l'abbaye, sous la 
prélature de l'abbé Nevius ou de Neve (De Smei, loco citalo). 

* 11 ne peut être question ici de Charles G. Van der Ilaeghcn, fils de J.-B , 
qui est né en 1735. Pcul-élie est-ce son père? 

* Jacques Berge, né à Bruxelles le 15 mai 1693, a beaucoup travaillé 
pour l'église de Mnove, mais il est fort inégal dans ses travaux; à côté 
d'œuvrcs très-remarquables il a produit quelques travaux très-faibles, 
comme, par exemple, les statues de femmes couchées sur les sarcophages 
du chœur de l'église; on peut dire lu même chose du bas-relief que ce sculp- 
teur a fait pour le fronton de la cour du Palais de Justice à Rru«es. 



— 80 — 

œuvre de Fiergé : deux grands sarcophages en bois sculplé, 
sous une arcade. Une femme à moitié couchée sur cha- 
cune des lombes, accompagnée de génies qui se tiennent 
debout à ses pieds, symbolise, l'une le Temps, l'autre 
rÈlernilé. L'arcade a pour couronnement un Saturne, 
image de la mort; au-dessus se trouvent les armoiries de 
l'abbé d'un côté et celles de l'abbave de l'autre. Le chœur 
tout entier est lambrissé de marbre. On descend ensuite 
deux marches et on trouve, d'un côté, la porte qui servait 
aux chanoines quand ils venaient au chœur, et de l'autre 
côté, une porte devant laquelle était placée la lampe du 
Saint-Sacrement. Le chœur des chanoines est placé deux 
marches plus bas; on y a remis les stalles de l'ancienne 
église, elles sont en bois sculpté. Ces stalles ont sans 
doute été faites sous l'administration de l'abbé David, qui 
s'occupa beaucoup de l'embellissement de son église. 

Au bas de ces dernières marches se trouve un lutrin 
fixe en marbre; cette œuvre de sculpture remarquable 
est due également au ciseau de Berge; le pupitre est sur- 
monté de deux anges portant les emblèmes des vertus 
théologales '. 

A l'entrée du chœur on voit les statues, de grandeur 
naturelle, d'Adrien Peckan et Jacob Lacop, deux des 
martyrs de Gorcum; elles ont été sculptées par Bouchet, 
d'Anvers ^. On a placé récemment dans le chœur un 
lutrin mobile, retrouvé dans les combles et qui ne manque 
pas d'un certain mérite : un ange, en bois sculpté, à 
peu près de grandeur naturelle, soutient le pupitre pour 
le livre de l'Évangile. Celte œuvre date du siècle passé. 

De chaque côté du chœur on trouve deux petites cha- 

' On attribue ce luUin à Duqucsnoy, ilonl il est tiigne. Il est nmlheureu- 
semenl endommagé. 

* La Biographie nalionalc mentionne trois graveurs auversois du nom de 
Bouchet, mais pas le sculpteur. 



- 81 — 

pelles latérales, qui onl leur entrée dans le transept; elles 
ont été décorées d'après les dessins de V-'an der Haegen, 
de Bruxelles. L'autel de la chapelle de la Vierge est 
orné d'un tableau de la Nativité, peint par Van Orley; 
les murs sont recouverts d'une belle boiserie, dans la- 
quelle sont enchâssés deux tableaux; celui de droite re- 
présente le Mariage de la Vierge, celui de gauche la 
Présentation de Noire-Seigneur au temple. Le tableau 
d'autel de la seconde chapelle, peint par De Crayer, re- 
présente le Martyre de saint Janvier, les tableaux qui gar- 
nissent le mur, ont pour sujet l'un, la Présentation de la 
Sainte Vierge au temple, et l'autre, la Vierge venant pleurer 
an temple la mort de son divin Fils. 

En descendant dans le transept, on retrouve encore une 
boiserie du même genre que celle des petites chapelles; 
au-dessus de l'autel qui occupe de chaque côté le fonds 
du transept, on a élevé un grand portique, dessiné et 
sculpté par Verhaegen, de Malines *; l'un représente le 
Triomphe de la Vierge, l'autre Saint Norbert triomphant 
de Vhérésiarque Tanchelin; au sommet du portique on 
voit deux anciens tableaux, attribués à Antonio Van den 
Heuvel; l'un représente le Christ en croix, au moment 
où Longin le perce de sa lance; aux pieds de la croix se 
tiennent la sainte Vierge, saint Jean et la Madeleine; 
l'autre, Jésus-Christ au Jardin des oliviers. Cette descrip- 
tion, que j'emprunte à la notice sur l'église, n'est pas 
lout-à-fait exacte; les tableaux y sont, mais le haut de 
l'autel est formé d'une grande pyramide, sur laquelle se 
trouvent, d'un côté, deux anges soutenant la croix, l'un 
des deux anges porte sur les bras l'Enfant Jésus qui veut 
embrasser la croix; de l'autre côté, deux anges portent la 
croix sur laquelle est attaché le Christ. 



' Voyez sur le peintre Vcrliaegen 17«i'e»i<aire hi^lorique 'les tableaux de 
Malinrs, pnr E Neeffs. 



— 82 — 

La Ijuisen't' du Irausept seil Je caditj j ([ualre luLIciiiix 
de la Passion, peints par Anluuio \"au den Heuvel; le 
premier, du cuié de l'Évangile, represeiiie le Chri<i cou- 
ché sur la croix, [jeudant qu'on lui [leice les membres 
|)Our l'y clouer; le second, le Christ succombant som la 
croix; du cô[6 de TEpitrc, les sujets des tableaux -ont : 
le Couronnement d'épines et un Ecce horno '. Dans le 
transept, il y a encore deux tableaux [lendus du cote du 
chœur, mais dont on ne dit rien dans les notes citées, un 
Saint Corneille et un Sainl Cyprien. A l'intersection du 
transept et de la grande nef on trouve deux confession- 
naux sans grande importance. 

Le transept était fermé anciennement piar un banc de 
comniunion en bois, sculpté par \'an der Haegen; il était 
orné de huit bas-reiiefs, retraçant des sujets tirés de 
l'Ancien Testament; le premier, du cùté de la Cliaire de 
véiilé, représente l'Offrande de Melchisedech, puis le 
Sacrifice d/ Abraham, la Manducation de l'Agneau pascal, 
la Pluie de manne dans le désert, l'Érection du serpent 
d'airain, le Propliete Êiie encùurarjé et nourri dans le 
désert par un ange, les Pains de proposition poses par 
Mo'i'se dans le tabernacle; le liuilieme représente le Retour 
de rArc/ie d'alliance dans le pajs d'Israël. L'église de 
IVinove ne possède plus que la moitié du banc de com- 
munion, l'autre moitié a été transférée dans l'église de 
Lennick-Saint-Martin. Le banc de communion se trouve 
maintenant placé dans le clueur. 

Les murs des nefs latérales sont lambrissés d'une belle 
boiserie, sculptée par Verhaegen, de Malines; elle contient 
alterna(i\ement un bas-relief et un tabb-au; ceux-ci sont 
aux nombre de quatre; il y a troi; bas-reliefs entiers, |ilu- 



' Antonio Van den Ileuvcl, dil Don Anlonio, né à Gand, élail un élève de 
G. De Graver. 



— 83 — 

deux à chaque exlrémilé, à moilié engagés dans le mur ; 
on y a représenlé des épisodes de la vie des deux patrons 
de l'église, saint Corneille, pape et martyr, et saint Cyprien, 
martyr et évéque de Carthage'. La vie de ce dernier est 
reproduite du côté droit de l'église, qui était le côté don- 
nant sur l'abbaye. L'élection de saint Corneille au trône 
pontifical est reproduite dans le demi-bas-relief qui se 
trouve au fond de l'église contre le grand confessionnal. 
— Puis le sacre de saint Corneille par seize évêques 
(tableau). — Le second bas-relief représente une assem- 
blée de prêtres, parmi lesquels se trouvent cinq évêques, 
convoquée par saint Corneille pour recevoir l'abjuration 
de Novatius, ou bien sa réconciliation avec l'évêque Tro- 
phime, qui avait sacrifié aux idoles, — Saint Corneille, 
aidé de Liccina, fait enlever des Catacombes les corps de 
saint Pierre et de saint Paul, et les fait déposer dans un 
endroit plus convenable. — Saint Corneille, appelé devant 
le juge pour témoigner de sa foi, est condamné à l'exil. — 
Bannissement de saint Corneille. — Saint Corneille, rap- 
pelé de l'exil, est battu de verges garnies de boules de 
plomb. — Il est décapité. — Le dernier bas-relief repré- 
sente l'ensevelissement du corps de saint Corneille par les 
prêtres, aidés de Liccina. 

Dans le premier bas-relief, au fond de l'église de la 
série en face, on a représenlé saint Cyprien distribuant 
ses biens aux pauvres, après qu'il avait été reçu cathécu- 
mène. — Ensuite son élection au siège épiscopal de Car- 
thage et son sacre. — Son exil en Thrace. — A son retour 
à Carthage, saint Cyprien est arrêté dans son jardin par 
deux officiers. — Saint Cyprien est visité par des chré- 
tiens, qui se disputent ses reliques. — 11 est condamné à 



' SiSDEnus dit qu'en l'honneur de ces deux patrons on avait bâti deux tours 
à l'ancienne église. 



— 84 — 

avoir la léle Iranehée. — Il se rend au lieu de Texéeulion 
au milieu d'une foule de fidèles. — Décapitation de 
saint Cyprien. — Son enterrement. 

Ces tableaux sont de différents maîtres, malheureuse- 
ment on n'indique que leurs noms, sans mentionner 
l'œuvre de chacun. Smeyers, de Malines, en a peint deux; 
Mille et D'Honl, de Bruxelles, chacun deux également; 
on n'indique pas l'auteur des deux autres tableaux '. 

La tribune et les orgues sont placées au fond de l'église, 
au-dessus de l'ancienne porte d'entrée; le portique et le 
buffet d'orgue richement sculptés, sont l'œuvre de Van 
der Haeghen, de Bruxelles, qui en a fourni les dessins. 
Les orgues ont été faites par Forceville, de Bruxelles. De 
chaque côté de la porte il y a deux confessionnaux d'un 
dessin monumental, ornés de statues ; l'un, celui de 
gauche, a été sculpté par Verhaeghe, de Malines, et l'autre 
par Konincks, de Bruxelles^. 

L'église de Ninove a perdu, en 1797, un de ses plus 
beaux ornements, la Chaire de vérité, qui se trouve 
maintenant dans l'église de Saint-Pierre, à Louvain; c'est 
encore une œuvre de Berge ^. Dans le bas, le sculpteur 
a représenté saint Norbert, terrassé par la foudre; cet 
objet d'art est trop connu et a été trop souvent décrit 
pour que je m'y arrête. Celle Chaire de vérité a été rem- 
placée par une autre en bois de chêne, qui n'offre que 
très-peu d'intérêt. 

Après avoir examiné chaque objet en détail, en jetant 



• GiMfs-Joseph Smeyers, le jeune (1C94-177I). Ce peintre s'esl occupé 
c^galemenl d'œuvres liltéraircs. Il y a eu plusieurs peintres du nom de Mille 
ou Millet, je ne sais duquel il s'agit ici; je ferai la même observation pour 
les D'IIoul ou De Hont. 

^ Konincks ou Konincx était un clcve de Berge. 

' Voy. Van Even, Louvain monumental. — L'article de M. De Bussuoer 
sur Berge, dans la Uiographic nationale. 



— 85 — 

un coup-d'œil général sur Tinlérieur de l'église, on ne peut 
se garder d'admirer le plan qui a présidé à sa décoration 
et l'harmonie que présente la réunion de ces objets d'art. 
Aussi peut-on dire que sous ce rapport l'église de Ninove 
est une des plus remarquables de la Flandre. 

Les bâtiments de l'abbaye n'existent plus qu'en petite 
partie; ils avaient été rebâtis en entier vers 1780 par l'ar- 
chitecte Simoens, de Gand, sur les plans de Dewez '. 



T. 0« DE Limburg-Stiri'm. 



' Il y a une vue de ces bâtiments dans VAllas Goetghebuer, à la Biblio- 
thèque de Gand. 



— 86 



Ces quesliong y^nl)C0logic 

DEVANT LE PARLEMENT BELGE. 



Il est assez rare de voir les asscmbiécs poliliques et 
législatives s'occuper de questions scientifiques, pour con- 
stater dans une Ilevue les occasions où de pareils faits se 
sont présentés. Nous croyons donc être agréables aux 
lecteurs du Messager des Sciences en rapportant ce qui 
s'est dit dans le sein de la Chambre des iteprésentants 
tant au sujet de l'emplacement des Archives de l'Elat à 
Gand, qu'à propos de la restauration de THôtel-de-ville 
et de la vente des dalles de cuivre portant les efiîgies des 
fondalenrs de l'hospice Wenemaer. i\o!re recueil rendra 
ainsi un légitime hommage à ceux de nos députés qui ont 
montré au sein de la représentation nationale leur sollici- 
tude pour la conservation des souvenirs qui nous restent 
de l'histoire des temps passés. 

H APPORT fait au nom de la Commission spéciale par M. le 
baron Kervvn de Volkaersueke , en séance du 4 fé- 
vrier 1874, au sujet de rachat à faire par le Gouver- 
nement de r/iospicc des Orpiwlins à Gand, pour y établir 
le dépôt des Archives '. 

Messieurs, 

Votre commission spéciale a examiné le projet de loi 
dé|)osé par >I. le Ministre île l'Intérieur dans la séance 

' L:i discussion ilc celle proposiiioii a pu lieu dans la séance du U février 
el elle a ('lé adoplée à l'tinaniniilc. 



— 87 — 

du 20 jaiivior 1874, îtyaul pour objet d'ouvrir à sou 
déparlemcnl uu crédit de fr. 133, 535-29 pour l'acqui- 
silioii d'un local desliné au dépôt des archives de TElal 
à Gand. 

L'Exposé des motifs signale d'abord que ces archives 
sont conservées dans deux locaux différents a assez éloignés 
» l'un de l'autre, et que cette division, incommode pour 
» le public comme pour l'administration, offre en outre des 
» inconvénients plus graves encore. » 

En effet, une partie du dépôt est conservée au Palais 
de Justice, tandis que l'autre remplit plusieurs salles de 
l'hôtel du Gouvernement provincial. C'est à ce dernier 
local que s'applique le paragraphe de l'Exposé des mo- 
tifs, où il est dit que les collections de titres y sont en 
quelque sorte confondues avec les archives modernes de 
l'administration de la province à partir de 1794, el, ({u'à 
défaut d'un espace suffisant, on a été obligé d'empiler une 
partie de ces archives sur le sol el de reléguer l'autre 
dans les combles. 

Cette déplorable situation a été signalée à diverses re- 
prises au Gouvernement par M. l'archiviste général du 
royaume, à la Chambre pendant la discussion du budget 
de rinlérieur de 1871 et par une pétition de feu M. Van 
Lokeren, archiviste honoraire de la ville de Gand, qui 
déclare que « ce local est tellement encombré, que la cir- 
I) culalion y devient impossible, la voie intermédiaire 
f entre les casiers étant obstruée par les liasses el les 
.) registres que l'on y dépose journellement, faute d'autre 
» emplacement, el qui proviennent des anciens greffes cl 
» justices du plat pays, et donl on réclame la réinlégra- 
j) tion dans un but d'utilité publique incontestable *. » 

Le défaut d'espace el l'accroissement incessant des ar- 

' Celle pélilion csl lialée du 21 février 1871. 



— 88 — 

cliivcs modernes amènent nécessairement un désordre, 
que les inlelligenls fonctionnaires préposés à la garde 
de ce vaste dépôt ne parviennent pas à surmonter. 

Le travail du récoiemcnt et du classement ne pou- 
vant se faire, les richesses historiques, enfouies sous 
d'énormes masses de documents dont le triage est im- 
possible, sont perdues pour la science et exposées à une 
destruction inévitable. 

Il est donc urgent, comme le dit l'Exposé des motifs, 
de remédier à une situation nuisible aux. recherches el 
qui met obstacle à ce que l'un de nos plus précieux dé- 
pôts de titres soit consulté par les amis de riiisloire, si 
nombreux dans nos Flandres. 

Afin de mieux faire ressortir l'impérieuse nécessité 
d'apporter sans relard un remède au mal, qui s'aggrave 
de jour en jour, jetons un regard sur l'histoire de ce 
dépôl, qui compte à juste titre parmi les plus remar- 
quables et les plus riches du pays, tant sous le rap- 
port du nombre des pièces qu'il renferme, que sous 
celui de la haute antiquité qui en caractérise une grande 
partie. 

■ Les Archives de la Flandre orientale, dit le baron 
de Saint-Génois, dans la préface de son Inventaire analy- 
tique des chartes des comtes de Flandre, qui se composent 
pour la plupart des dépouilles d'institutions religieuses 
supprimées, sont peut-être plus précieuses encore que 
d'autres dépôts de la Belgique. En effet, nous ne sachions 
pas qu'ailleurs existe, par exemple, comme dans notre 
collection, un nombre aussi considérable de pièces ori- 
ginales antérieures à l'an 1100, Pour la seule abbaye de 
Saint-Pierre, il y en a quatre-vingt-quatorze, parmi les- 
quelles deux lettres d'Éginard, secrétaire el ami de 
Charlemagne, des années 829 et 840, et un diplôme du 
comte de Flandre, Arnoud le Vieux, de l'an 939. Parmi 



— 89 — 

les docuiuenls de Tiibbaye de Saiiil-Berliii existe un lesla- 
ment aulogiaplie d'un prèlre appelé Félix, daté du 
24- juillet 1744; parmi ceux de Sainl-Bavon, se trouve 
la vie de saint Amnnd, écrite en 980, de la main de 
Nolger, évcque de l.iége •. » 

Cette citation atteste l'importance des archives provin- 
ciales de la Flandre et démontre quelle lumière elles 
répandent sur l'histoire de ces temps reculés. 

Le fonds le plus précieux de ce dépôt est le chartrier 
de Rupelmonde ou trésorerie des chartes des comtes de 
Flandre. De tout temps, ces princes attachèrent un haut 
prix à la conservation de ces litres, dont ils invoquaient 
souvent le témoignage pour soutenir leurs droits mécon- 
nus. Ce trésor était soigneusement conservé dans deux 
châteaux forts situés, l'un à Rupelmonde sur l'Escaut, et 
l'autre à Lille. 

Lorsque le duc Philippe le Hardi institua par lettres 
patentes du la février 1586 (n. s. 1^ une chambre des 
comptes à Lille, il fil retirer du château de Rupelmonde un 
grand nombre de documents qui allèrent rejoindre ceux 
que le château de Lille possédait déjà. 

Pendant l'espace de deux siècles aucun changement 
n'eut lieu. Le Trésor des chartes installé à Rupelmonde et 
confié à la garde de personnages considérables, demeura 
intact; mais, vers la fin du XV^ siècle, à l'époque des 
troubles, il souffrit beaucoup des translations continuelles 
qu'on lui fil faire. Pour le mettre autant que possible en 
sùrelé au milieu des dévastations qui désolaient le pays, 
les Étals de Flandre le firent transférer à Anvers. Le pré- 
cieux dépôt n'y resta pas longtemps. V^ers 1578, il fut 



' hmnitaire aniili/liqne dex (harirs clr.t comlrs de Flandrr, avant /'ot'PHf- 
»icnl des prinrcx de la maison de liourtjogne, par le bai'Oii ni. Saint-Gehois. 
- Gachabd, Inventaire det ardiives dv la Belgique, I. I, p. i. 

7 



— 90 — 

transporté à Gand et confié à la garde des magistrats de 
la ville. Ceux-ci riûstaiièrenl au Beffroi, puis à l'Hôlel- 
de-ville. 

On comprend que pendant ces translations successives 
le Trésor des chartes essuya des pertes, qui furent sans 
doute assez considérables, puisque les communes du pays 
de Waes informèrent les Etats de Flandre que les privi- 
lèges, archives, carlulaires et mimiments se trouvaient à 
Anvers entre les mains de particuliers. 

Les Etats, prenant en considération que d'après les 
anciens privilèges il était défendu de transporter ou de 
laisser dans une autre province les archives qui inté- 
ressaient le comté, déclarèrent se joindre aux com- 
munes du pays de Wacs et au magistral de Gand, pour 
revendiquer la restitution des documents enlevés. Comme 
on devait s'y attendre, ces réclamations demeurèrent sans 
résultat. 

Cependant, le local qu'on avait assigné au trésor de 
Rupelmonde laissait beaucoup à désirer. Comme de nos 
nos jours, l'espace qui lui était nécessaire faisait défaut. 
Il fallut le diviser. Trois locaux différents, la cathédrale, 
l'Hôtel-de-ville et le Beffroi lui servirent de refuge. C'est 
alors que le roi intervint et ordonna que le trésor des 
chartes serait conservé désormais dans la nouvelle cita- 
delle bâtie par Charles-Quint. A peine Philippe II eut-il 
donné l'ordre d'y transférer les archives, qu'on reconnut 
que ce local, d'ailleurs provisoire, ne convenait pas à un 
dépôt de cette nature, et les documents reprirent encore 
une fois le chemin de l'Hôtel-de ville et du Beffroi. 

Ce ne fut qu'en 1G00 que les chartes de Flandre furent 
réintégrées à la citadelle dans un local approprié à cette 
destination. 

Les Français s'ctant emparés de la forteresse en 1678, 
les archives eurent de nouveau à souffrir. Les vainqueurs 



— 91 — 

enlcvèi'OiU du Irésor plusieurs elinrlcs dont ils eiiricliirciil 
le dépôt de Lille. 

En 1716, les archives furent déposées dans Tune des 
salles du Vieux-Bourg ; mais, ce vieil édifice, ancienne 
résidence des souverains du pays, ayant été vendu, pour 
cause de vétusté, à un particulier, elles passèrent par 
décret du prince Charles de Lorraine, daté du 1" septem- 
bre 1777, dans le couvent des jésuites, dont l'Ordre avait 
été supprimé en 1775. 

Sous le premier empire, en 1806, la trésorerie de 
Rupelmonde fut définitivement installée à l'hôtel de la 
préfecture, où elle est encore aujourd'hui. 

L'Inventaire analytique constate que , « malgré les 
s pertes successives éprouvées par la trésorerie des char- 
B les, la seule inspection des pièces analysées prouve 
» l'utilité qu'on peut tirer de ces documents pour l'his- 
>' loire de la Flandre en particulier et de la Belgique en 
» général. » 

Les archives de la Flandre orientale possèdent encore 
d'autres collections non moins importantes pour l'histoire : 
elles se divisent en deux grandes catégories, à savoir : les 
archives ecclésiasliquqs et les archives civiles. Les pre- 
mières se composent de cartulaires, de chartes, de ma- 
nuscrits et d'autres documents ayant appartenu à l'évéché 
de Gand, aux anciennes abbayes, aux chapitres, aux col- 
légiales, aux prieurés, aux couvents, aux hôpitaux et aux 
congrégations religieuses. C'est à cette division qu'appar- 
tient le recueil de chartes et documents de V Abbaye de 
Saint-Pierre au mont Blandin à Gand, dont un savant 
écrivain, feu M. A. V^an Lokeren, avait entrepris la publi- 
cation que la mort ne lui a pas permis d'achever. C'est là 
encore que l'on rencontre d'utiles renseignements pour 
l'histoire des sciences et des arts. 

Dans la seconde catégorie il faut ranger les archives 



— 92 — 

civiles, qui comprennent les documenls provenant des 
Étals de Flandre, des cliatelleuies, des seigneuries, des 
métiers et des corporations si puissantes au moyen-âge. 
Elles possèdent en outre une grande quantité de ma- 
nuscrits, de comptes, de lettres, de pièces de toute espèce, 
et une belle collection de cartes et de plans dont l'inven- 
taire a été publié en 1850 '. 

Quant aux arcbives du conseil de Flandre déposées au 
palais de Justice, elles ont une valeur bistorique qu'on ne 
soupçonnait guère, il y a vingt ans ; elle fut révélée en 
1835 par feu M. Victor Gaillard, chargé du classement 
de ce dépôt. Ces arcbives abondent en renseignements sur 
l'bisloire politique et sur des institutions peu connues, 
telles que l'audience du comte, la chambre légale, les tri- 
bunaux et le conseil suprême de l'amirauté, la lieutenauce 
civile de Gand et sur le conseil lui-même, dont la juri- 
diction s'étendait non-seulement sur le pays flamand, mais 
encore, dès 1521, sur le Tournaisis. 

Cet aperçu bistorique sur les deux dépôts d'archives de 
l'Etal à Gand était nécessaire pour justifier le crédit qui 
nous est demandé. Il démontre, à toute évidence, qu'il 
serait imprudent de ne pas saisir l'occasion, d'ailleurs 
très-avantageuse, qui se présente, de mettre un terme 
aux innombrables translations et aux voyages que celte 
magnifique collection de titres subit depuis des siècles. 

L'ancien orphelinat des KulderSy connu également sous 
le nom de Daivel-Geeraerlsleen, chàlcau de Gérard le 
Diable, où les arcbives seront réunies sous une même 
administration, est un bâtiment du XIIl'' siècle, isolé des 
autres habitations et dont la façade la mieux conservée 
donne sur le Bas-Escaut. Ses salles spacieuses, voûtées 



' p. G. Van der Mecrsch, Inventaire des caries et des plans conservés aux 
archives de la Flandre orientale. 



— 03 — 

el y l'iibri de riiicendie, coiiviciincnl purfailemcnl à leur 
nouvelle destination K 

Par celle acquisition le Gouvernement assurera non 
seulement la conservation de ses Archives provinciales, 
mais encore celle d'un monument intéressant pour This- 
loire de rarchileclure, qui échappera ainsi au marteau, 
toujours levé, des démolisseurs modernes. 

Votre commission, Messieurs, approuve le projet de 
loi à l'unanimité de ses membres el a l'honneur de vous 
en proposer l'adoption. 

Le Président, 
Le Rapporteur, T. Vander Donckt. 

B"" Kervyn de Volkaersbeke. 



Annexe. 



Lettre de M. Gachard, archiviste général du royaume, 
à M. te Ministre de C Intérieur. 

« Bruxelles, 28 mars 1873. 

» Monsieur le Ministre, 

» J'ai appris, avec une vive satisfaction, par les procès- 
verbaux de la Chambre des Représentants, que l'acquisi- 
tion d'une partie des bâtiments de l'orphelinat des Kul- 
ders, à Gand, pour y déposer les Archives provinciales 
de l'État, est une affaire terminée. 

» Il serait fort à souhaiter. Monsieur le Ministre, pour 
les raisons qui sont à votre connaissance, que l'installa- 
tion des Archives dans ce nouveau local put s'effectuer 



' V. l'annexe. 



— 1)4 — 

hieiilôl. Pour cela il faudrait qu'on ne tardai pas à y 
faire exéculer les travaux d'appropriation et d'ameuble- 
ment nécessaires. J'ignore si l'administration des ponts 
et chaussées a été chargée déjà de dresser les plans et les 
devis de ces travaux; si elle ne l'avait pas été encore, il 
me semble qu'il serait à propos d'en écrire à M. le 
Ministre des Travaux publics. 

B Dès que je saurai qu'un ingénieur a été désigné pour 
tout ce qui concerne la nouvelle installation des Archives, 
je pourrai aller à Gand concerter, avec lui et M. d'IIoop, 
l'arrangement qu'il sera le plus convenable d'adopter. 

» L'archiviste général du royaume, 

» GACHAni). i) 



Restauration de môtel-dc-Tillc de Gand 

(Séance du 14 février 1874-). 

M. Drubbel. — Personne assurément ne contestera l'uti- 
lité et la nécessité même des dépenses qui ont pour objet 
la conservation et la restauration des monuments dans le 
pays. 

Le chiffre de 44,000 francs alloué tous les ans pour 
permettre au Gouvernement de subsidier à cette fin les 
provinces, les villes et les communes, est réellement in- 
suffisant; toujours est-il que le Gouvernement en prend 
souvent prétexte pour refuser une sérieuse et équitable 
intervention dans des dépenses de cette nature. Il en est 
ainsi notamment des justes réclamations de la ville de 
Gand en obtention de subsides en rapport avec l'impor- 
tance des travaux de restauration exécutés et à exéculer 
à son anti(|ue Ilôtel-de-villc, réclamations dont, à plu- 



— 95 — 

sieurs reprises, j'ai déjà eu riionneur d'enlrclcnir verba- 
lement M. le Ministre. 

Ces travaux sont d'une importance exceptionnelle, tant 
au point de vue de l'art qu'au point de vue de la conser- 
vation d'un des plus beaux monuments anciens du pays; 
aujourd'hui que ceux de restauration et d'appropriation 
intérieure sont achevés, on est émerveillé du splendide 
résultat auquel ou est parvenu; l'honorable Ministre lui- 
même a pu s'en assurer de visu lors de son séjour à Gand 
au mois de septembre 1872. 

Voici, du reste, comment la Commission royale des 
monuments résume son appréciation dans un rapport au 
Ministre, du mois de février de l'année dernière : 

« En résumé et malgré quelques critiques de détails 
auxquelles ne manquent jamais de donner lieu des ouvra- 
ges aussi importants, on doit constater la pleine réussite 
de celte grande entreprise achevée en moins de deux ans, 
et menée avec une célérité et une sûreté des plus remar- 
quables. 

» Parmi nos monuments civils, // n'en est pas jusquà 
nos jours qui aient donné lieu à des travaux aussi consi- 
dérables ni aussi réussis. Par ces motifs, nous ne pouvons, 
M. le Ministre, qu'engager le Gouvernement à intervenir 
largement dans la dépense, qui se monte jusqu'à ce jour à 
380,000 francs, sur laquelle la ville de Gand n'a encore 
reçu que 27,000 francs de subside. » 

Voilà, Messieurs, l'appréciation d'hommes compétents. 

Lorsqu'il y a quelques années, la restauration de l'Hôtel- 
de-ville fut décidée, les premiers travaux entrepris, d'ac- 
cord avec le Gouvernement, sous le ministère de l'honorable 
M. Vandenpeereboom, ont consisté dans le rétablissement 
de deux cheminées monumentales et la dépense fut sup- 
portée pour moitié par le Gouvernement. 

L'administration communale devait naturellement croire, 



— 96 — 

pouvait au moins espérer que celte même proportion aurait 
été admise pour riulerveiilion du Gouvernement dans les 
travaux ultérieurs de restauration. Cette proportion, du 
reste, ne s'écartait pas notablement de celle qui a été adop- 
tée pour d'autres villes, alors surtout qu'on tient compte 
de la situation financière particulière de la ville de Gaud, 
dont les charges sont énormes par suite du chiffre élevé de 
sa population ouvrière. 

C'est ainsi qu'à Anvers, Bruges et Ypres, si je ne me 
trompe, l'État est intervenu pour un tiers de la dépense 
payable par annuités; qu'AudenardC; sur une dépense de 
158,596 fr., a obtenu un subside de l'État de 68,S00 fr., 
soit moitié de la dépense. Et tout récemment, dans la dis- 
cussion de ce budget, iM. le Minisire nous a appris lui- 
même que le gouvernement avait déjà payé de 1840 à 1872, 
pour la restauration de rHôlel-de-ville de Bruxelles, une 
somme de 273,000 francs, et qu'actuellement l'État inter- 
vient dans la dépense de restauration de l'aile droite du 
même monument pour 18,000 fr. par an jusqu'en 1877. 

L'administration communale de la ville de Gand pouvait 
donc légitimement compter sur une large subvention an- 
nuelle de l'État. 

Aussi, dès que l'emprunt contracté en 1868 le lui per- 
mit, n'hésitait-elle pas à imprimer la plus grande activité 
à ces travaux, comme le constate le rapport dont je viens 
de rappeler la conclusion. 

A l'heure qu'il est, la ville y a dépensé plus de 400,000 
francs. 

Cependant elle a été singulièrement déçue dans son 
allente en ce qui concerne l'intervention de l'État. Le 
Gouvernement, il faut bien le dire, ne l'a guère encouragée 
qu'en paroles cl a fait preuve vis-à-vis d'elle de la plus 
grande parcimonie, car il n'a contribué jusqu'ici dans 
cette dépense, en y comprenant le subside que je rappe- 



— i)7 — 

lais (oui à riicure, accordé par riionorable M. V^aïuieii- 
peereboom, ainsi que celui de 16,400 francs accordé par 
riionorable M. Delcour, que pour 44,900 francs. Dans ce 
cliiiïre est compris une subside de 23,000 francs accordé 
par l'honorable M. Kervyn de Lellenhove qui reconnaissait 
toute l'importance de ces travaux et se montrait disposé à 
intervenir généreusement; s'il ne prenait pas immédiate- 
ment d'engagement formel quant au chiffre des subsides à 
allouer ultérieurement, c'est qu'il était, à cette époque, 
impossible, disait-il, d'apprécier l'importance des travaux 
que la restauration nécessiterait et surtout d'en préciser 
les frais. 

Mais aujourd'hui, cette raison n'existe plus. Comme j'ai 
eu l'honneur de le dire, la dépense déjà effectuée par la 
ville comporte plus de 400,000 francs; et en ce qui con- 
cerne les travaux ultérieurs, c'esl-à-dire la restauration 
extérieure ou de la façade gothique, on peut, en compa- 
rant la surface qui reste à renouveler avec celle qui est 
faite et dont on connaît le coùl exact, dès à présent, pré- 
voir un chiffre de dépenses de 4o0,000 francs. 

Or, pour avancer résolument dans l'exécution de ces 
importants travaux, il importe que la ville de Gand soit 
fixée sur le chiffre, payable par annuités, pour lequel le 
Gouvernement entend intervenir dans la dépense déjà effec- 
tuée et dans celle à faire ultérieurement, pour qu'elle 
puisse inscrire ce subside comme une ressource assurée 
dans son budget. 

J'engage donc instamment M. le Ministre à intervenir 
généreusement dans ces utiles dépenses, et c'est pour le 
mettre mieux à même de le faire que j'ai l'honneur de pro- 
poser mon amendement, auquel la Chambre voudra bien, 
j'espère, réserver un bon accueil. 



— 98 — 
Le» CuiTre» de rhospice Wciiemaer 

(Suilc (Je la même séance). 

M. Kervyn de V^olkaersbeke. — Je crois de mon devoir 
d'appuyer ramendemenlqiie mon honoiabie ami, M. Drub- 
bel, vient de présenter. 

L'Hôlel-de-vilIe de Gand compte bien certainement 
parmi les monuments les plus remarquables du pays; de- 
puis longtemps il est dans un état qui nécessite de gran- 
des réparations, et j'espère bien que, cette fois, grâce à 
l'amendement qui vous est proposé et que la Cbambre 
accueillera, je l'espère du moins, on pourra parvenir à 
sauver ce splendide édifice d'une ruine certaine. 

iMessieurs, la Chambre est impatiente de clore ce débat. 

Mais, avant de me rasseoir, je voudrais dire quelques 
mots d'un autre objet et revenir dans une certaine mesure 
sur une partie de la discussion qui a eu lieu hier... (Inter- 
ruption). Je n'abuserai pas des moments de la Chambre. 

On a parlé hier soir de centralisation; on a cité diffé- 
rents faits. Eh bien, il se passe en ce moment quelque 
chose qui doit nécessairement élre signalé à votre attention. 

On s'émeut, à Gand, d'une négociation ouverte entre le 
Gouvernement et la Commission des hospices pour l'achat 
de deux plaques de cuivre qui ont une grande importance 
archéologique cl dont la valeur n'est pas moins grande au 
point de vue de l'histoire de l'art. 

Ce sont les deux dalles tumulaires portant l'efligie de 
Guillaume de Wenemaer, noble et valeureux chevalier du 
moyen âge, qui a laissé des traces de sa munificence et de 
sa charité, en fondant un hospice admirable pour la vieil- 
lesse, qui vient de tomber, hélas ! et dont ces cuivres, qu'on 
offre de vendre à l'État, sont les seuls souvenirs qui nous 
restent de son généreux fondateur. Il est de la plus haute 



— 90 — 

importance cl dans l'iiilcièl de l'art de consciver ces pla- 
ques de cuivre non dans les musées de l'Elal, mais dans 
celui de Gand. 

Je désirerais donc avoir une explication catégorique à 
ce sujet. 

Ce qu'il y a de certain, c'est que, le 10 septembre der- 
nier, la Commission nommée pour la conservation des 
monuments de la ville, et dont j'ai l'honneur de faire par- 
tie, adressa à l'administration communale une protestation 
assez longue que je ne lirai pas, mais dont je vous demande 
la permission de citer un passage qui vous indiquera tout 
le prix qu'on attache à la conservation de ces deux dalles 
lumulaires. 

Voici ce passage : 

« Les dalles tumulaires en cuivre, portant les portraits 
de Wenemaer et de sa femme, comptent certainement 
dans leur genre parmi les monuments les plus anciens et 
les plus précieux que possède la Belgique : elles datent 
du commencement du XIV* siècle. Outre l'intérêt histo- 
rique qui s'y rattache, ces lames de laiton ciselées, d'une 
admirable conservation, peuvent être considérées comme 
le prototype, disons mieux, comme une production même 
de l'art précurseur de la typographie. Elles ont servi de 
modèle aux monuments du même genre qui, depuis, ont 
été exécutés en Angleterre et qu'on cite, à juste litre, 
comme des pièces de la plus haute valeur, tant au point 
de vue de l'art, qu'à celui de l'intérêt historique. 

» Le portrait de Laurent du Bois dit van den Haute, un 
autre bienfaiteur des hospices, est un bijou de la Renais- 
sance, d'une forme exquise. Le lustre d'église en cuivre, 
qui date du XV^ siècle et qui a été fait aussi pour l'hos- 
pice Wenemaer, est encore une œuvre remarquable qui a 
été maintes fois imitée comme un des types complets de 
l'art de cette époque. » 



— 100 — 

Celle prolestation fut renouvelée le 4 janvier 1874. 

Vous le voyez : j'ai eu l'honneur de vous le dire loul à 
l'heure, la Commission des hospices est en négociation 
avec le directeur du Musée de la porte de Hal, qui a l'in- 
tention d'acquérir ces deux cuivres. 

Loin de moi la pensée de vouloir accuser l'administra- 
tion communale de Bruxelles de chercher à amener dans 
la capitale les œuvres d'art de toute la Belgique, comme 
on le disait hier. 

La protestation que l'honorable !VF. Orts a faite hier à 
cet égard suffit pour calmer nos inquiétudes. 

Mais il n'en est pas de même des administrateurs et des 
directeurs des musées, au talent desquels je rends un juste 
hommage, mais dont je redoute parfois le zèle. 

A aucun prix, Gand ne voudra laisser partir ces œuvres 
d'art et nous serions tentés de dire, comme l'honorable 
M. Van Wambeke le disait dans la séance d'hier : Qu'on 
vienne les prendre ! 

Il faut qu'on laisse aux villes leurs œuvres d'art. 

Prenons-y garde. Messieurs ! Si loul ce qu'il y a de re- 
marquable dans les villes de province devait être transporté 
à Bruxelles, — Anvers, Liège, iNamur, Alost, Ypres, 
Bruges seraient bientôt dépouillés. {Interruption.) 

Si Bruges attire aujourd'hui de nombreux visiteurs, 
c'est grâce aux œuvres d'art qu'elle possède encore. 

M. Hagemans. — Personne ne dit le contraire. 

M. Kervyn de Volkaersbeke. — Hier vous avez déve- 
loppé très-longuement cette idée, M. Hagemans. 

M. Hagemans. — Je n'ai pas parlé de centralisation. 

M. CooMANS. — Vous avez même dit que les tableaux de 
la calliédralc d'Anvers appartenaient à VVam. 



— lOi — 

AI. KnavYN de Volkaersbeke. — Pour notre pari, nous 
ne voulons pas que les œuvres tl'art qui apparliennenl à 
la ville (le Gand soient transportées à Bruxelles. 

Je demande donc à M. le iMinistre de rinlérieur s'il est 
vrai que des négoeialions sont ouvertes en ce moment, 
entre la Commission des hospices civils et son départe- 
ment, pour l'acquisition de ces œuvres. S'il en était ainsi 
et si les négociations avaient abouti, je prierais l'honora- 
ble chef du département de l'Intérieur, de prendre immé- 
diatement les mesures nécessaires afin que celles-ci soient 
rompues et que la ville de Gand puisse conserver ces 
dalles qui rappellent encore la mémoire de Wenemaer. 

Je demande à M. le Ministre de bien vouloir nous 
donner des renseignements à cet égard. 

M. Delcol'R, ministre de l'Intérieur. — l/honorable 
M. Drubbel a présenté des observations fort justes au 
sujet des travaux qui se font à rHôtel-de-vi!le de Gand. 
Ce monument a subi depuis quelques années des restau- 
rations considérables dont le chiffre s'élève à plus de 
380,000 francs. 

Ainsi que l'honorable membre l'a dit, le Gouvernement 
est intervenu jusqu'à présent dans ces frais pour une 
somme de 44,900 francs. Le dernier subside accordé sur 
l'exercice 1873 s'élève à 16,400 francs. 

La ville de Gand sollicite de nouveau le concours de 
l'État, mais le crédit de 44,000 francs porté au budget 
étant engagé pour l'année 1874, ce concours doit être re- 
fusé si l'allocation budgétaire n'est pas augmentée. 

L'honorable M. Drubbel propose donc un amendement 
ayant pour objet d'élever de 20,000 francs le crédit de 
44,000 francs qui figure au budget, pour mettre le Gou- 
vernement à même de venir en aide à la ville de Gand, 
tant pour les travaux faits que pour ceux qui sont encore 
à exécuter à son Hôtel-de-ville. 



— 102 — 

Messieurs, jo crois qu'il n'est pas nécessaire d'augmeu- 
1er, à tilre perinaneul, le chiffre de 44,000 francs, parce 
qu'il répond en général aux besoins couranls. 

iMais je recoiwiais que la ville de Gand n'a pas élé 
traitée, dans la répartition des subsides, avec la même 
faveur que d'autres villes du pays; je crois donc devoir 
me rallier à l'amendement de l'honorable membre sous 
les deux conditions suivantes : la première, c'est qu'il 
soit réduit à 10,000 francs, et la seconde, qu'il figure 
dans la colonne des charges extraordinaires. 

Il sera satisfait par là au vœu de l'honorable membre 
dans une mesure convenable, et la Chambre aura à juger, 
l'année prochaine, si et dans quelles proportions ce sub- 
side extraordinaire peut être maintenu. 

Un mot. Messieurs, en réponse à la question posée par 
M. le baron Kervyn de Volkaersbeke. 

L'honorable membre m'a demandé à quel point en est 
la négociation engagée entre le Gouvernement et la Com- 
mission des hospices de Gand au sujet de l'achat de 
certaines œuvres d'art qui sont mises en vente, ou du 
moins dont l'achat a élé en quelque sorte proposé au 
Gouvernement. 

JMessieurs, il est exact que M. le conservateur du 
Musée d'antiquités s'est mis en rapport avec la Commis- 
sion des hospices de Gand, au sujet de cette acquisition. 

Le prix même a été débattu, mais rien n'est décidé. 
Lorsque j'ai eu connaissance de rop[)osilion que fait la 
ville de Gand à la vente de ces objets d'art, j'ai pensé 
qu'il y aurait lieu d'examiner celte affaire Irès-altenli- 
vement. 

Le Conseil communal de Gand a dû émettre son avis... 

M. Kervyn de Volkaersbeke. — Qui est défavorable. 
M. Delcol'r, ministre de l'Intérieur. — Le Gouverne- 



— 103 — 

menl ne pourra se prononcer que lorsque l'affuire aura 
élé instruite par le déparlement de l'Inlérieur et de celui 
de la Justice, car ce dernier département doit intervenir 
aussi pour autoriser, le cas échéant, la Commission ad- 
ministrative des hospices à faire la cession. 

Jusqu'à présent aucune résolution n'a été prise. L'ho- 
norahle baron Kervyn peut être rassuré; le Gouvernement 
est seulement saisi d'une proposition et il aura soin d'exa- 
miner cette proposition au double point de vue auquel 
s'est placé l'honorable membre. 

M. Drubbel. — J'avoue franchement que je m'atten- 
dais à plus de satisfaction de la part du Gouvernement 
après les observations que j'ai eu l'honneur de présenter. 

Je constate tout d'abord que l'honorable Ministre de 
l'Intérieur reconnaît l'importance exceptionnelle des ira- 
vaux déjà exécutés et de ceux restant à faire. Il reconnaît 
en outre, au point de vue des subsides de cette nature, 
que la ville de Gand a été jusqu'ici traitée avec beau- 
coup moins de bienveillance que les autres villes du pays. 

C'est là un fait important; j'ai eu effectivement l'hon- 
neur de vous exposer que tandis que les autres villes 
recevaient un tiers et même la moitié des dépenses effec- 
tuées, la ville de Gand n'avait guère reçu jusqu'ici qu'un 
dixième de la dépense faite. 

C'est après ces justes observations que M. le IMinislre 
répond que le crédit de 44,000 francs, porté au budget, 
est suffisant et permettra de pourvoir aux besoins du 
pays entier. 

Or, c'est précisément sur la modicité de ce crédit et 
sur les besoins d'autres localités, que le Gouvernement 
s'est basé pour refuser, deux ans de suite, un subside à 
la ville de Gand. 

C'est dans de pareilles circonstances qu'on me convie 
à transférer la légère augmentation de 20,000 francs, 



— 104 — 

qu(! je demande, de la colonne des charges pcrmaneules 
à celle des charges exlraordinaires. 

Je puis, à la rigueur, consentir à la réduction de 
moitié de la somme que j'ai proposée; mais je ne puis 
consentir qu'à regret au transfert de ces 10,000 francs 
à la colonne des charges extraordinaires, car je demeure 
persuadé que le crédit ordinaire est insufllsant. 

Quoi qu'il en soit, j'espère que l'honorable Ministre ne 
prétextera plus de cette insuffisance quand il s'agira d'in- 
tervenir équitablement et généralement cha(|ue année dans 
les dépenses que la restauration de notre Hôtel-de-ville 
occasionne, l^ncore une fois, il voudra bien ne pas perdre 
de vue que la ville de Gand, pendant deux ans, n'a ob- 
tenu à celte fin aucun subside, car celui accordé par 
l'honorable i\I. Kervyn de Lettenhove l'a été sur l'exer- 
cice de 1870, et le dernier crédit, celui octroyé par l'ho- 
norable M. Delcour, se rapportait à l'exercice de 1873. 

Je ne puis donc qu'insister de nouveau et recommander 
vivivement à la bienveillance du Gouvernement tout ce 
qu'il y a de juste et d'équitable dans les réclamations de 
la ville de Gand. 

iM. Kervyn de Volkaersbeke. — Mon honorable ami 
vient d'exprimer ses regrets de ne pas voir accueillir son 
amendement par le Gouvernement comme il l'eût désiré; 
l'honorable membre est bien forcé de se résigner. Je sui- 
vrai son exemple. 

J'en viens maintenant à la réponse que l'honorable 
Ministre de l'intérieur a faite à l'interpellation que je lui 
ai adressée. 

Le Gouvernement est en négociation avec la Commission 
des hospices civils de Gand pour l'achat des cuivres de 
Wenemaer ; il est donc bien vrai que le (Gouvernement fait 
des efforts pour acquérir les oeuvres d'art qui sont la pro- 



— 105 — 

priélé tic la ville de Ganil. Eh bien, je dois dire que le 
Conseil communal deGand, — el certes quand je fais son 
éloge, je ne dois pas élre suspect... 

M. VANDEiNPEEREBOOM. — Du tOUl. 

M. Kervy.n de V'olkaersbeke. — ... je dois dire que le 
Conseil communal de Gand ne se montre nullement favo- 
rable à ce projet; la ville entière verrait avec regret le 
Gouvernement entrer dans celle voie, et puisque rien n'est 
fait, j'espère que l'honorable Ministre ne donnera pas suite 
aux négociations et qu'elles en resteront là. 

M. MuLLER, — Que la ville achète les objets d'arl. 

iM. De Lehaye, rapporteur. — Il doit y avoir un 
malentendu. 

Je ne comprendrais pas que la Commission des hospices 
se permît de vendre un objet d'arl quelconque sans l'as- 
sentiment du Conseil communal et du Gouvernement. 

Or, d'après ce que vient de dire mon honorable ami, 
M. Kervyn, le Conseil communal s'est ému des négocia- 
lions entamées et, si je ne me trompe, le Conseil comnuinal 
est si bien d'avis que la vente ne doit pas se faire, qu'il a 
même émis une proposition tendante à engager le gouver- 
nemenl à ne pas y consentir. 

iM. CooMANS. — 11 ne fallait pas négocier l'achat éven- 
tuel avant l'assentiment du Conseil communal. 

M. De Lehaye, rapporteur. — Il est incontestable (|ue 
le Gouvernemcnl ne peut faire celte acquisition, parce que 
le Conseil communal a le droit de s'y opposer et qu il s'y 
opposera. Toutes les crainlcs que l'on peut avoir de ce 
côté doivent donc disparaître ; les objets resteront donc 
dans la ville. 

J'en viens à la proposition qui a été faite par mon hono- 



— 106 — 

raljlc ami, M. Drubbel. Il a demandé au Gouvernemenl de 
porter au budget une somme de 20,000 francs pour la 
restauration de rHôtel-de-ville de Gand. Il est certain que 
la dépense faite jusqu'ici par la ville de Gand pour la 
restauration de cet édifice dépasse de beaucoup les prévi- 
sions que ces travaux semblaient devoir entraîner. 

Si on compare les sacrifices que la ville de Gand s'est 
imposés en cette circonstance, avec ceux que d'autres loca- 
lités ont faits, il est évident que le Gouvernement n'a pas 
accordé le crédit auquel nous avions droit. 

Je comprends l'observation qui a été faite par mon 
bonorable ami ; mais je crois que par la proposition du 
Gouvernemenl nous pouvons atteindre le but que nous 
avons en vue et recevoir la somme qui nous est due. 

Le Gouvernement consent à accorder une somme de 
10,000 francs, à la condition qu'elle figure aux charges 
extraordinaires. 

Rien n'empêchera que nous n'obtenions encore une part 
dans les charges ordinaires. 

Au budget figure une somme de 4o,000 francs pour les 
charges ordinaires. Evidemment cette somme doit être 
répartie entre toutes les localités intéressées du pays. 

J'espère donc que le Gouvernement, faisant droit à une 
demande d'augmentation très-juste et très-fondée, voudra 
bien nous accorder ces 10,000 sur le chapitre des charges 
extraordinaires, et que nous recevrons encore, sur le mon- 
tant des charges ordinaires, de quoi faire droit à la de- 
mande présentée par mon honorable ami, M. Drubbel. 

En ce sens, je donne mon adhésion à la proposition. 

On me fait observer que d'autres localités pourraient 
avoir à souffrir de celte répartition des subsides du Gou- 
vernement. Je répondrai que nous pourrons incontestable- 
ment revenir l'année prochaine à la charge. Si la somme 
de 45,000 francs inscrite aux charges ordinaires était 



— 107 — 

iiisumsanlo, j'esptM'C que le Gouverneinenl eonsenliiail 
néanmoins à nous donner le reslant de la somme de 
20,000 que nous n'aurions pas reçue. 

— L'article est adopté. 

Dans la séance du 13 mars, le Sénat a adopté à son 
tour cet article. La ville de Gand conservera donc ces 
cuivres précieux, derniers souvenirs des fondateurs d'un 
hospice élevé pour la vieillesse, au commencement du 
XII^ siècle '. 



' Voir sur l'iiospice Weneniaer : Messager des Sciences hislorirfties, an 
née 1833, p. 6i : Cuivres ciselés du lombean de Gitillaume Wenctiiaer et de 
sa femme, par Jules de Saikt-Genois, et année 1854, p. 1C9 : Hospice Weue- 
maer, dit Saint-Laurent, pur le même. — Dueuments relatifs à l'hospice 
Saint-Laurent, à Gand; Gand el Bruxelles, 1868. — 1vi:iivy\ m. Volk,*ers- 
BrKF., Les Kfjlises de Gand, t. Il, 



— lOH — 



VARIETES. 



Octave Pirmez. — Pensées et maxùnes. — Jours de soliluile. — Heures de 
philosophie. — Ce jeuue écrivain qui s'annonçuil il y a quelques années par 
un premier ess;ii pliilosopliiqiie, intitulé : Pensées et maximes, fixa aussitôt 
l'attention du monde savant. Ce premier fruit de ses méditations fut accueilli 
avec une faveur marquée par la presse belge et française. Depuis lors, 
M. Pirmez a livré à la publicité d'autres ouvrages non moins remarquables 
au point de vue de la pensée, du sentiment et du style. Les Jours de soli- 
tude, qui parurent peu de temps après les Pensées et maximes, portent 
rcmpreinte d'une philosopliie douce, parfois mélancolique, mais toujours 
pleine de consolation. Les œuvres d'art que l'auteur rencontre en grand 
nombre dans son voyage en Italie, lui inspirent des pages cliarmanles. Il 
contemple les vastes et sublimes conceptions des grands maîtres de l'Ecole 
italienne avec les yeux de l'àme, les décrit en poêle et les juge en connaisseur. 

Heures de philosophie. Une grande netteté dans l'expression de la pensée, 
toujours marquée au coin du bon sens et de la loyauté, tel est le cachet de 
ce dernier ouvrage de M. Pirmez. Citons un passage où l'auteur condamne 
la tendance qui se manifeste de plus en plus à s'éloigner de la nature et 
de la vie cliampètrc, pour se jeter inconsidérément dans le tourbillon de la 
vie artificielle des grandes cités. 

<■ Il semble, écrit-il, qu'en nous civilisant, nous soyons forcés de nous dé- 
» tourner des objets champêtres. Des spectacles dune beauté douteuse, qui 
>■ attirent aux villes les hommes indépendants par la fortune, font sacrifier la 
» sincérité à l'artifice. De là, la perle de génies originaux. L'ambition, la 
» vanité, pénètrent jusqu'en l'enfance pour s'accroître dans Tàge viril, et les 
•> vieillards eux-mêmes, sur le bord de leur fosse, se divertissent à des ho- 
» chc!s mondains. Le jour doit venir où l'on craindra l'inslruclion liàlive, 
» et où l'on tournera les enfants vers la nature, en faisant briller à leurs 
•' yeux la franchise et la liberté. On y gagnera peut-être quelque poète, 
» quelque artiste, et surtout des honnêtes gens, c'esl-à-dire de saines intel- 
» ligences. Au lieu d'applaudir à des pâleurs artificielles, on mettra en gloire 
>• de véritables rameaux à la sève vivifiante; au lieu de créer des œuvres 



— 109 — 

•• pour ne rien dire, des loiles i)our ne pas éraouvoii-, des pages pour ne 
«rien appi-eiidre, on produira quelques clier»-d"œuvrc qui contiendront 
• toute la sublime loi de l'amour, et qui se feront à la fois admirer et clié- 
•1 rir; on aura remplacé le pâle reflet par la flamme originelle, la copie pur 
» le modèle, le simulacre par la vérité. On aura quitté le masque et le fan- 
" lôme pour la réalité de la vie. •> 

On ne saurait mieux dire. Ce tableau retrace avec une effrayante fidélité, 
la funeste passion qui pousse la génération actuelle vers les villes pour s'y 
livrer avec une ardeur dévorante aux joies factices et pernicieuses qui 
l'éloignenl de Dieu et de la nature. 

En terminant ce compte-rendu, que les limites qui nous sont tracées ne 

nous permettent pas détendre davantage, nous dirons que la lecture des 

œuvres de M. Octave Pirmez console le cœur en même temps qu'elle charme 

et repose l'esprit. 

B<"> K DE V. 

François Sterbeeck. — Sous le tableau du grand autel dans l'église Saint- 
Paul, à Anvers, élevée en 1670, on voit cette inscription : 

IN AEBE INCISUM AD PROTOTVPUM 

FR D. FRA.>CISCI STERBEECK, 4RCHITECTI. 

Le naturaliste Fr. Sterbeeck, né à Anvers, chanoine d'Hoogslratcn, au- 
teur du Thealrum fungorum et de la Citriniliura et en outre peintre, |)ortc 
le même nom et vivait à la même époque. Celle coïncidence pourrait faire 
supposer que l'architecte et le naturaliste-peintre ne sont qu'un même 
personnage. 

Vente de tableaux a Paris. — Dans une vente de tableaux, le 5 mars, à 
l'hôtel Drouot, à Paris, la Noce de village, de Van Steen, a été adjugée 
15,600 fr.; l'Aurore, de Bercherg, 0,000 fr. ; la Politique de cabaret, de 
Craesbeck, G. 000 fr. ; Animaux à l'abreuvoir, de Van dcn Veldc, 6,800 fr.; 
la Vierge de Paîiso, 6,000 fr. et deux Van Steen, 6,100 fr. chacun; un 
I.ingelbach, la Halle de chasse, 9,250 fr. 

DÉCOUVERTES ARCHÉOLOGIQUES A EpuÈSE. — Daus Une lettre adressée an 
Times par .M"" J.-T. Wood , nous trouvons d'intéressants détails sur les 
résultats des fouilles opérées à E|diè.se, cl qui ont amené la découverte 
ilu grand temple de Diane. Ces fouilles oui commencé, pour la saison 
actuelle, au mois d'octobre dernier pai- ordre des directeurs du Brilisli 
Muséum. 

Le sol, dit M. Wood, a été déblayé et complètement exploré de tous le» 



— 110 — 

tôles, sur une clentliic d'environ 50 pieds, à partir du degré le plus bas de 
la piale-formc sur laquelle le temple était élevé. Sur une grande longueur, 
ce premier degré lui-même a été retrouvé dans sa position primitive. J'ai 
donc pu déterminer l'élendue exacte de la plate-forme; j'ai aussi constaté 
les dimensions du temple lui-même avec une plus grande exactitude, ayant 
trouvé dans la partie récemment ouverte les restes des culées se rattachant 
aux fondations des colonnes du péristyle. 

II est à regretter que les premiers chrétiens, auxquels on attribue la 
desiruclion du temple, vers la fin du troisième siècle, aient si complètement 
achevé leur œuvre et qu'ils aient laissé subsister si peu de choses pour 
témoigner de la splendeur de son architecture et de ses sculptures. Nous 
avons encore été fort heureux, relativement à cet état de destruction si 
avancée, d'avoir pu retrouver ce que nous possédons, pour notre collection 
d'antiquités, et d'avoir tant ajouté à nos connaissances sui- le style de l'ar- 
chitecture ionique dans lequel le temple était construit. 

La base, les chapiteaux et les tambours sculptés des colonnes qui sont 
maintenant au British Muséum, à l'extrémité de la galerie de lord Elgin, 
forment un objet d'études plein d'intérêt pour les architectes et les sculp- 
teurs. Mais il faut les examiner avec le plus grand soin, surtout placées 
comme elles le sont, le grand lion de Guide, qui était par lui-même un 
monument et non un simple accessoire, faisant paraître plus petites les 
figures humaines de grandeur naturelle, sculptées sur les tambours des 
colonnes du temple. 

Le temple mesurait exactement 163 pieds 9 pouces et demi (mesures 
anglaises) sur 342 pieds 6 pouces et demi. La plalc-fornie sur laquelle il 
s'élevait était de 259 pieds 4 pouces et demi sur -418 pieds 1 pouce et demi, 
mesurés sur le plus bas degré. La longueur que nous donnons ici s'accorde 
à peu près avec celle qu'a donnée Pline ■• 42a pieds romains; la largeur 
constatée excède la dimension donnée par Pline de 220 pieds ; celle dimen- 
sion doit donc avoir été altérée dans la transci-iplion de l'original. 

Les pluies ayant été longlemps retardées celte saison, et la saison der- 
nière ayant été d'une sécheresse inusitée, jai pu continuer mon exploration 
du sile tout entier à une plus grande profondeur que précédemment. J'ai 
trouvé, par suite, outre les fondations dont je viens de parler, beaucoup de 
j)arlicuhirilés qui manquaient pour rendre possible un plan général. 

Un élément de grande beauté, qui avait presque échappé aux découvertes 
antérieures, c'est l'usage de lor en profusion pour la décoration du temple. 
On a très-heureusement trouvé un fragment composé de deux astragales, 
fntre lesquelles était posée une élroilc bande de plomb redoublée, avec uni 



— ni — 

élroilc baiulo d'or, qui lorniail un filet il'oi' entre les aslrngalcs. Je suppose 
que les trois nuigs lie doubles astragales de la hase des colonnes, dont l'une 
csl au Britisli Muséum, étaient tous enrichis de (ilels d'or, comme je viens 
de le déerirc. 

La beauté du temple était, en outre, rehaussée par l'emploi de brillantes 
couleurs, dont on retrouve les restes sur de nombreux fragments; on 
dislingue surloul facilement le bleu, le rouge et le jaune. Le bleu servait 
à l'ornement des arrière-plans et de la sculpture en relief; le rouge et le 
jaune étaient réservés pour les parties qui devaient ressortir davantage. 

Un grand nombre de colonnes, portant des inscriptions sur leur base, 
indiquent qu'elles avaient été consacrées à Diane par difl'ércntes personnes 
ou |)ar des communautés. 

La question douteuse : le pronaos ctait-il séparé du péristyle par des 
grilles? a été tranchée [lar la découverte de quelques-unes des mortaises 
destinées aux barreaux de fer. 

Les fondations du grand aulel dans la cella ont été explorées aussi coni- 
plélemenl, et la position de la statue de la déesse a été reconnue. On a 
retrouvé les restes d'un vaste portique qui entourait le temple sur trois côtés. 

A une dislance de 70 pieds, du côté sud, on a récemment découvci'l un 
autre temple, ou du moins un autre bâtiment, en style dorique, qu'on est 
en train d'explorer. 

ÉpiTAPHL d'un Belge mort a L'ÉTRANGEn. — Voici une inscri|ilion assez cu- 
rieuse, par sa prolixité surfont. Nous croyons pouvoir la reproduire, 
principalement par ce qu'elle a rapport à un de nos compatriotes inhume 
loin de son pays. Nous la donnons avec l'en-tclc telle que nous l'avons 

copiée : 

Epitaphiuni 

Amplissimi ac Nobilissimi Domini Joannis Martini Ilerloch de Berlhout. J. C. 

equilis Sancti Sepulehri consiliarii et audiloris Icgionis equestris illustris- 

simi ac nobilissimi Domini .Martini P'ernandez de Cordova cliiliarcbae pro 

rege Catliolico, qui scpultus est Compostellœ in Basilica Sancti Jacobi in 

Belgarum sacello. 2a Octobris 1705. 

Hic jaccl in lumulu vialorum 

Qui docerc deberet in calhedris doclorum 

Ilic jacel in sepulchi'O murtuorum 

Qui jure mciilo sederel in subselliis senalorum 

Omnc eniin genus scientiaruin prie oculis cl in corde habuit 



— IH — 

Fainiliares ei fucrunt pro grammatica 
Plaulus el Terentius, 
Pro pocsi Virgilius et Ovidius, 
Demoslhenes et Cicero pro rliclorica eloquentia, 
Pro pliilosopliia scholaslica Arisloleles, 
Pro stoica Plalo, 
Pro ethica Seneca, 
Pro Malhesi Euclydes, 
Pro polilica Arniseus, 
Pro liisloria Tacitus et Sallustitis, 
Pro cosraographia Apolonius, 
Hidrographia Columbus, 
Astronomia Plolomeus, 
Geographia Ortelius, 
Pro scientia cliimica Paracelsus, 
Pro pronosticis Noslradamus. 
Pro jurisprudenlia 
Papinianus, Cujacius, Mornacius et Argciilreus, 

Pro tlieologia 
Sauclus Augusiinus et Sanclus Thomas Aqiiinus. 
El ut verbo plura comprcliciidam 
llertocli latine dux 
Origine fut magntis 
Doctrina major 
Virtule maximum 
Arridente cœio nalus 
Fortuna favente vixit 
Invidenle fato defunclus est 
Quœ omnia ut orbi palefiant 
Ortus nicridies el occasus vitœ e jus 

Hic enarralur 
Natale solum ipsi Anlvcrpia fuil 
Patrcm habuil Pelrum Hertoch deBerlIioul, 
Cnjus prosapia ex ducibus Brabantis 
El Mechliniœ toparcliis origincm sumpsil 
Malrem vero i^lariani de Koninck, 
Ex nobilioribus emporii Antvcrpiensis familiis orlam 
Primani liane lutem aspexil in vlgilia S. Joannis, 
Anno MDCLIV. 



— 115 — 

Cum piimos pucriliic aunos adliuc ilecuricrcl 
Tolus ad sapienliam natus videbalui' 
Jam adolcscens lanlo animo Anlverpiœ 
In liumaniorum studiorum arênam desceiidil 
Ul quani prirauni ingenio el docliina 
Inicr œqualcs cxcellere sit visiis 
Et proposila variis in conversalionibus prœuiia 

Reporlarit 
El indolcs in ampliori tlicalro conspici 
In majori campo excurrere desiderabal 
Itaquc ad illusli'issimam Lovanienseni 
Academiani se Iranstulit 
In caque absoiiilo cloquenliae studio 
In philosophise spalia ita se imniisil 
Non minus philosophi nomen 
Quam diserli oraloris laudem sibi vindicaret. 
Cumque islse scienliœ ejus ingenii capacitulcm 
Explere non posse viderenlur 
Ethicara, maihesim, historiam cl politicam 
lis adjecil, et ad majora respexit 
Jurisprudentiam ingressus primiini 
Baccaiaurci tilulum, poslea juris 
Utriusquc lauream est conseculus 
Quibus omnibus theoiogiam addidit 
Ul animum terienis implicalum divinis rcficcrcl 
Quem ut lantis studiis faligatun) 

Tanlis per rccrearet 
Ad sanclam prosolimorum ui'bcm 
Nec non alia terrae sanclœ loca se transiuiil 
Gloriosissimum resurrcctionis Domini nostii 

Jcsu Chrisli sepulcbrum visilavit 
Simililer sacratissimos montes Calvaria? 
Ubi Salvalor propria morte 
Nos redemit in cruee 
El Oliveli unde in cœium mirabiliter conscendit ad patrem 
Sion auguslissiniPc eucbarisliae sacramcuti inslilulionc 

Spiritus Sancii missione 
Compluriumquc nostrœ salutis myslcriorum cckbralionf 
Insigncm 



11 i 



Tliabor naliira el gloriosa Iransfiguralioiie 

Patrum Icsliinoiiio vcnuslaliini 
El beati(ui)iniiin adniirabili earunulem 

Dotnini scrmonc decoratum 
l'iœterea sacratissimiiin nalivilatis Doniiiii iioslri prœsepe 

In Bellchcin civilatc David 
Sacrain ilem Nazareth doniuiu annunliatione Deipaiw 
El œlerni verbi iiicarnationc celeberriaiani 
Valemqiie Josaphal pluribus dominicœ 
Passioiiis myslciiis ac vcncrabili assuniplioiiis 
Dei genilricis Mariae monumenlo exornalam 
Bclhaiiiain quoque hospilio domiiii 
Et Lazari suscitalioiic boneslalam 
El monlana Jiidcœ sanctissinia; genilricis visilalioiie 
El prœcursoris nalivilalc, ejiisqiie dcserlo nobilitate 
Tiberiadis mare quorumdam aposlolorum 
Vocalione Palrique in Ecclesiœ capul 
Dictione clarum ac demum cœlera 
Quœdain in Judca quani in Gaiilea 
A (idclibus pcregrcnis visilari solenl 
Sancla oninia piaque loca humiiiler 
Ac devolc frequenlavit. 
Ul omnia tcslimonio revcrendissinii fralris 
Anlonii Grassus guardiani convenlus sancii 
Salvaloris civitalis sanclœ Jcrusalem conl'eclo 
Die 29 julii 1683 coniprobanliir 
Quibus omnibus perluslralis 
Adiiraina SS. aposlolorum Pelri cl Pauii 

Se Iranstulit 
Considci'atisque cunelis quiu aniiqua 
El nova Roma prodiixil niirabiliu 
Per Ilaliam el Germaniam 
lu Bclgiuni patriam suam rcdiil 

El Lovaiiitim venit 
Vilaniquc ibi pcr aliquolannos doccndo 

El scriiiendo Iranscgil 
Efenini niliil iili anliquiiis oral 
Quam bcnc de slurtiosa juvcnlute mereri 
iVcc quidquam charius quam ici publiccc 



Stiis scriplis cl coiisiliis prodcssc 

Mulla in luccni cdidil 
Qiiie poslea in acium el praclicani rcdcgil 
l'riniuni qualilatc viduarum cl pupillarnin [lalroni 
El poslea dignilaîc rcgii consiliarii cl audiloris 

Lcgionis cqucsiris insignibiis 
Quo Icmporc coniposuil dignuni auclorc suo 
Libriini inscriplum : 
Dux ad universum jus 
Insigni comprobans documenio 
Non solum se esse ducem noniiiic 

Sed el re ipsa 
Cumque in urbe Biixellensi perliislralis 
Tanlis isiœ el Europae regnis 
Sedem sibi firmavisset 
In meridie îelatis el forlunœ constilulus 

De uxorc eligenda cogitavil 
El anno 1693 conjugio junxil slabili 

Propriamquc sibi dicavit 
Doniinam Emerenlianam Anloniam de PoUicim 
Quœ palrcm liabuil Anionium 
Ex iliiislrioribus Burgundioriim familiis 

Orlum ducenlem : 
Et matrem dominnm Mariam de Bric 
E prœcipuis Gnlliarun) prosapiis progcnitam 
llla curaruni socia ac domus suae firnianicnltim cxislenic 

Dux noslcr ad altiora respexil 
Maximiliani Emmanuelis serenissinii ulriusque 
Bavariae ducis obsequio se primuni devovil 
Deinde impcralorum Lcopoldum 
El palatiniim elcclorem 
In lanliim sibi devinxil 
Ul prinuis scriplis ad Caroluni secinidum 
llispaniarum cl Indianum monarchum 

Et secundus ad rcginam filiam epislolis 
Ulerquc opcram et officia inlcrposucrit 
Ul dux nostcr ad consiliarii dignilaleni 
In suprcmo Brabanlia; concilie proniovcielur 
Scd invida obslaule soric 



— M6 — 

Auguslo i!lo monurcha prematutu inorle dcfuncto 
ïn taillas propler verilalem el jusliliam 
Incidit dux noster molestias 
Ul merilo de ipso dici possit 
Quod de se ipso dixil 
Anicius, Maiilius, Torquatus, Severinus Boelius 
In sua consoialione philosophia; 

His verbis : 
Tu milii, philosophia ! 
Et qui te sapientium mentibus inseruit dcus 

Estis conscii 
IVullum me ad magistratuni 

Nisi commune bonorum omnium sludium detulissc 
Inde niihi cum improbis graves incxorabilcsque discordia- 
Et quod concienlis libcrlas habel 
Proluendo jure sprela potenliorum seuiper offensio 
Nunquam a jure ad injuriam me quisquam delraxil 
Provinci dium fortunas privalis rapinis 
Tuni publiais vecligalibus pessumdari 
Nonalitcr quam qui paliebalur indolui 
Hac dux noster imbu tus doclrina 
Uli cervus ad fontes aquarum 
Sic virlule comité concurrit in via jusloiimi 
In materia scandalorum fuil accrrinuis censor 
Vigorosus viduarum el pupiliorum oppressoiiim defensoi- 
Miserorum omnium prolrclor 
Nulli pai-ccns ubi de causa Dci et fjdei agebalur 
Justitiee el leligionis usque ad morlem propugnalor 
El ut brevis sim amicos non in forluna 
Sed in virlule numerabul 
Quibus modis mullos sibi ininiicos suscitavit 

Veritas cnim odiuni paril 
Cumquc iili Socralico decrelo 0[>us non fucrit 
Vcl occuluisse verilalem 
Vel conccssissc mendaciuni 
Inicr opliraam conscienliani et pcssiniain forlunam 
Conslitutus, extrcma passus esl 
Idcoquc patriam parentes el amicos descruit 
Ad pedes Philippi Quinli 
.Solalium quaisilnrii? 



— 117 — 

Sed econlrn Inmquam nller Pauliis exposilus fuit 
rericulus in via 
Periculus ialronum 
Pei-iculus in mari 
Periculus e falsis fralribiis 
El laniicni ab armaloribus marilimis capUis 

Rcbus omnibus sjjolialus et ail nudilalem reiluclus 
In Gnlliciam appulil 
Inter ignolos gnolus 
Omnique deslitulus liumano 
Auxilio nulhim qui sucurreret invenil 
Donec regia benevolenlia alimenta accepil 
Ibi per quatuordecim mensps delenlus 
In ipsa pauperlale charilatcm exercuil 
Et Marlinuni se prœbens, iMariiniim 
Ipsum superavit, quippe cum ille 
Parlem tantuni pallii nudo concederet 
Dux nosler inicgrum largitus est 
Summa infelicilas ejiis el Iristiliae fuil 
Quod lolo illo lempore Philippum V non licuit 

Postea non poluit 
Si ul Paulus feliceni aul fcsium inveuissrl 
Ad Caesarem missus fuissel 
Sed aliler fuil in falis 
Posl acerbam qualuordecim menlîum 
Dclenlionem a prorege dimissus Compostclla 
Se Iranstulil, ubi laedio confeclus 
Panlorum dienini spatio morbo correptus obiil 
EiTO, non obiil sed abiit 
Quippe a vila pietale moricns 
Indigni probavil documenlo 
Eliam eos qui se virlulis el erudilionis magniludine 
Imraorlales fecerunt 
Morlalitalis legibus esse obligatos 
Vilamque et morlem, omnibus a nalura œqualem 
Sola virlulc el fama apud posleros dislingui 
Ulramque non solum amplissiinc conseculus est 
Sed insuper onine geniis morlificationem in aniore 
Habuil divilias ambitionem el delilias in contempla 
Ulramque fortunam semper acquali anima Iulit 



— 118 — 

Non clnlus in prosperis 
Non ilepressus in aiJversis 
In magnanimitale Fabricius 
In pauperlate Mœnenius Agrippa 
In imUgenlia Scipio 
Dignas meliercule ! 
Ul regia mnnificentia in nxoi-eni 
Ul romana in indolalas Scipionis filias 

Rcdundet 
Hac spe morluus est 
Hac ipsa vivit ejus vidua 
Quœ non solum niarili sed propria liabol 
Parenlum cl pro avoruni obsequia 
Summo ipsi solalio fuit 
Quod ubicnniqiie locoriim babucrit conjugem 
Ilinerum, curaruni laboriimque socium 
In illii invcnit ut Ovidius Periliam 
Ul Sencca Paiiiinam 
Et ul Boëlius rusiicianan» 
In illa vivel, duni vixerit 
Rt post ejus morlcni 
In propriis scriplis suis 
Quae illa imprinii rurat 
Et nierilo 
Si enim posicrilaîi scripsit 
Por poslcrilak'ni vi\al in Irinpore 

Propler scripla 
Et proptcr virlules et niei-ila 
In CElei-nilaleni. 

lia vovcns lanicun amico posnit '. 

Société des Sciences, dls Ahts et des Lettres du Haidaut. — Concours 
de 187i. — I. Liticraturc. — Une pièce de vers sur un sujet puisé dans 
ihisloire de Belgique. 

II. — Une pièce de vers sur un sujet d'aclualilé. 

III. -=- Une nouvelle en prose. 



< Bibl. Gand Ms, n» 516. 



— 119 — 

IV. Biographie. — Biographie d'un liomnie rcninrqiKible par ses lalrtits 
ou par les services qu'il a rendus el apparlenanl au Ilainaut. 

V. Biaiix-Arls. — Architecture. — Étudier rarcliitecture dans les monu- 
ments el les maisons particulières de la ville de Mous, aux deux derniers 
siècles. 

VI. flistoire. — Écrire l'Iiisloire d'une des anciennes villes du Hainaul, 
excepté Soignics, Péruwelz el Saint-Ghislain. 

VII. — Faire riiislorique de l'exploitation delà houille dans le Hainaul. 

VIII. Enseignement — Examen critique de nos lois et de nos règlemenls 
l'enseignement primaire. 

IX — Même question en ce qui concerne renseignemenl moyen. 

X. — Même question en ce qui concerne renseignement supérieur. 

XI. Sciences. — Géologie. — Exposer l'état des connaissances actuelles 
au sujet des terrains quaternaires du Hainaul, situés sur la rive droite de la 
Sambre. 

XII. — Indiquer dune manière précise les matières ulilesdes terrains ter- 
tiaires el quaternaires du Hainaul, au point de vue industriel el agricole, on 
désignant les lieux de gisement et leurs usages économiques. 

XIII. Médecine. — Comparer les avantages et les inconvénients du Iraile- 
menl des malades pauvres dans les hôpitaux de différents systèmes et à domi- 
cile. 

XIV. Agriculture cl Horlieullure. — Rechercher les causes naturelles ou 
physiques de la dégénérescence des graines dans les végétaux cultivés. 

XV. — Rechercher el discuter l'effet utile des divers engrais artificiels ou 
f himiqucs, suivant la nature du sol ou des cultures. 

XVI. — Comment la cuscute apparaît-elle dans la grande luzerne? Par 
quels moyens peut-on prévenir son invasion? Comment peul-on la faire dis- 
paraître il'iine luzerne infectée? 

XVII. — De la séleclion des graines el des résultats avantageux qu'on peut 
en attendre dans l'agriculture et la culture maraîchère. 

Questions proposées : XVIII. a. Par le Gouvernement. — Une apréciation 
raisonnée des ouvrages de J.-F. Le Poivre, géomèlre montois. 

XIX. — Discuter à fond la question de la translation (descente el remonte) 
des ouvriers dans les mines profondes. Dans quelles conditions doit-elle se 
faire pour sauvegarder la vie des ouvriers? 

XX. b. Par la Dépulation permanente du Conseil provincial. — Indiquer 
el décrire, d'une manière générale, le gisement, les caraclères el les ti-aile- 
ments des divers minerais de fer exploités dans la province de Hainaul. 



— 120 — 

Éniiinércr les caraclères géognostiqiics qui doivent servir de guide dans la 
reclierclie des gîtes de minerais <ie fer qui peuvent exister dans la province 
de Ilainaut, et discuter leur valeur. 

XXI. — Indiquer et décrire les réactifs chimiques les moins coûteux et les 
manipulations les plus simples pour précipiter tous les corps dissous dans les 
eaux sortant des fabriques de sucre, de noir animal, des divers produits chi- 
miques et des tcinlureries, de manière qu'il suffise de filtrer les eaux ainsi 
traitées, pour les obtenir limpides et ne contenant aucune matière organique 
ou inorganique en dissolution. 

Le prix pour chacun de ces sujets est une médaille d'or. — Les .Mémoires 
devront cire remis franco, avant le 3i décembre 1874, chez M. le Président 
de la Société, rue des Compagnons, n° 21, à Mons. 

Les concurrents ne signent pas leurs ouvrages : ils y mettent une devise 
qu'ils répètent sur un billet cacheté renfermant leur nom et leur adresse. 

NÉCROLOGIE. — M. Adolphe Quelelet, secrétaire perpétuel de l'Académie 
royale des Sciences, des Letires et des Arts de Belgique, est décédé à Bruxel- 
les le 17 février, après, une maladie de quelques jours. Il était né à Gand le 
22 février 1796. Travailleur infatigable, il a conservé jusqu'au dernier 
moment l'activité scientifique qui lui a permis de produire un nombre con- 
sidérable d'ouvrages de la plus haute porlée el du plus grand mérite. 

Quetelet n'élail pas seulement une célébrité nationale: sa notoriété était 
européenne. Ses travaux dans le domaine des sciences mathématiques, dans 
celui de l'aslronomie, dans celui de la statistique, lui ont fait au dehors une 
renommée dont l'éclat réjaillit sur la Belgique. Il n'y a pas en Europe el en 
Amérique nue seule société savante qui n'ait tenu à honneur d'inscrire son 
nom parmi ceux de ses membres. 

L'Aca<lén)ie royale de Belgique lui est incontestablement redevable d'une 
partie de la considération dont elle jouit ù l'étranger. Dans les nombreuses 
missions scientifiques qu'il est allé remplir, comme représentant de la 
Belgique, en Angleterre, en Italie, en France, en Allemagne, en Russie, der- 
nièrement encore, il a été comblé d'honneurs qui témoignent assez de la 
haute estime qu'on avait pour son mérite. De tels hommes sont rares : leni- 
perle est un sujet de deuil public. Ce n'est pas le moment de passer en revue 
la glorieuse carrière de Quetelet et de donner le détail de ses immenses Ira- 
vaux. Nous le ferons plus lard. Nous nous bornons aujourd'hui à payer à 
l'illustre défunt le légitime tribut des regrets que sa morl inspirera ù qui- 
conque a souci de la gloire scienlifique de la Belgique. 



— 12! — 

(fflluelques sccaiu* 

DU DIOCÈSE DE OAISTD «. 



IX. 



PAROISSE SAINT-MARTIN. 



Le vaste territoire, s'étendant sur la rive gauche de la 
Lys depuis les remparts de la cuve de Gand jusqu'à la 
Calene, formait au X'^ siècle un quartier suburbain, livré 
de bonne heure à l'agriculture et appelé pour cette raison 
Eckerghem ou Akkergem. D'après Sanderus, une église 
y fut consacrée à saint Martin en 94i, par Transmare, 
évêque de Tournai. La possession de cet oratoire et de ses 
dépendances fut confirmée à l'abbaye de Saint-Bavon, par 
le diplôme du roi Lothaire, daté d'Arras, le 5 mai 967 '^ 
et vidimé par Philippe le Hardi, roi de France, au mois 
de juin 1282 ^ 

Du territoire primitif d'Eckerghem furent démembrés, 
en 1199, la paroisse de Wondelgem, et le 9 juin 1569 
celle de Saint-Michel '*. A cette dernière date, la cure de 
Saint-Martin, ainsi réduite, fut confiée par l'évêque Jan- 
senius au zèle éclairé et prudent de Pierre Van de Pulte. 



• Voir année 1873, pp. 371 el suiv. 

' Archives de la cathédrale, fonds de l'abbaye, caVton 2, n" 2. 
^ Ibid., carton 2, n» 4. 

* Voir année 1872, p. 319. 

1874. 9 



122 

La matrice de l'ancien sceau paroissial de Saint-Marlin 
a disparu avec tant d'autres chefs-d'œuvre de l'art flamand. 
Nous en avons retrouvé une empreinte dans le beau cabi- 
net de ^K Charles Onghena. Pour le travail, ce scel appar- 
tient à la même école et sort peut-être des mêmes mains 
que celui de Saint-Jacques ', mais il surpasse ce dernier 
pour la richesse des détails. Sous un dais à triple gable 
fleuronné et trilobé, reposant sur deux contreforts à clo- 
chetons posés sur une console à trilobé ajouré, nous voyons 
saint Martin, chevauchant à droite, mais se tournant vers 
la gauche et coupant son manteau pour couvrir la nudité 
d'un pauvre, placé sur l'avant-plan devant le support 
gauche. Le saint guerrier a la têle nimbée et coiffée d'un 
simple heaume sans visière ni cimier. Les éperons de sa 
chaussure sont garnies de molettes à six pointes. Son 
destrier est bridé et sanglé. Le fond de la scène, dont le 
haut est bordé de redents et parsemé d'étoiles, présente en 
perspective dans la partie inférieure un terrain accidenié 
et fleuri. Des redenis encadrent également l'exergue du 
champ. La légende comprise entre deux grenetis, porte en 
minuscules gothiques les mots suivants, séparés par un 
-^double globule : SigiUum : Eccl : prochialis : sancli : Mar- 
tini : in : Ackerghem. Trois branches fleuries encadrent le 
haut du dais. Le module est de 0"%062 sur 0"\040 (Plan- 
che XXI, fig. 1). 

Ce scel fut remplacé, il y a quelques années, par un 
timbre orbiculaire au diamètre de 0"\042. Le champ est 
occupé par un écusson échancré à bordure rustique, por- 
tant la même sujet que le sceau primitif. Toutefois ici le 
pauvre est accroupi devant le cavalier, que vient éclairer 
un rayon de soleil, symbole de la Grâce. A la légende an- 
cienne, reproduite dans les mêmes caractères et encadrée 
de filets globules, est ajouté le mot : Gandae. 

» Voir année 1871, p. 261. 





3 




— 125 — 

Prieuré de Sainte-Agnès. Quelques sœurs de la congré- 
gation de Sion, à Audenarde, vinrent en 1434 s'établir 
dans une maisonnette que leur céda gratuitement un prêtre 
pieux et zélé, nommé Gillis Spierinck. Le 7 juin 1452, 
elles adoptèrent la règle de Saint-Augustin, et deux ans 
plus tard, par l'entremise de Jean Cheverot, évéque de 
Tournai, elles acquirent un bâtiment spacieux, situé près 
du Pré aux oies. L'établissement ne tarda pas à prospérer, 
grâce surtout aux libéralités de Julie ou Juditb Rym, veuve 
de Messire Gilbert de Gruulere. Cette pieuse matrone, que 
sa générosité fit regarder à juste titre comme la principale 
fondatrice du couvent, mourut le 1" mai 1468. Margue- 
rite d'York, femme de Cbarles le Téméraire, favorisa 
puissamment les sœurs de Sainte-Agnès, et en 1472 posa 
solennellement la première pierre de l'église conventuelle, 
dont la dédicace eut lieu à la Pentecôte de 1482. La même 
princesse assista en 1478, avec toute sa cour, à la prise 
d'habit de Jeanne de Luxembourg, fille du fameux comte 
de Saint-Pol. En 1545, Jean Carondelet, archevêque de 
Palerme, érigea chez les sœurs de Sainte- Agnès une insti- 
tution de jeunes demoiselles, encore renommée du temps 
de Sanderus K 

Parmi les supérieures de cette maison, nous citerons 
Josine des Planques, que son talent poétique place parmi 
les meilleurs littérateurs de son siècle ^. Josine décéda 
le 30 octobre 1535, après une sage administration de dix- 
sept années, vouée à l'embellissement de sa maison et à 
l'édification de ses consœurs. 

Chassées par les Gueux le 6 août 1578, les religieuses 
de Sainte-Agnès revinrent avec foi et résignation occuper 
leur monastère dévasté et en partie détruit. Il fallut en- 



* Flandria itluslrata, I, p. 328, 

^ Delgisch Muséum, VI, pp. 153 et suiv. 



„ iU — 

durer bien des privations avant que la prieure Anne Cabe- 
liau, secondée par le généreux évéque Antoine Triest, put 
en 1624 reconstruire les bâtiments et rétablir la clôture. 
A cette même époque, le Bréviaire romain fut adopté pour 
l'office choral. 

Le prieuré fut définitivement supprimé par Joseph II 
en 1783. Une partie des bâtiments servit en 178S de bu- 
reau des domaines et des douanes. En 1828, M. Feyerick 
y érigea la première raffinerie de sucre établie à Gand. 
Dans d'autres locaux du même couvent, on transféra la 
boulangerie militaire, le manège, l'école industrielle et 
l'atelier de charité. 

Le scel primitif du prieuré de Sainte-Agnès est peu re- 
marquable sous le rapport du travail. Sous un dais à quatre 
gables, soutenu par deux supports à clochetons fleuronnés 
et à contreforts ajourés, se présente sur une console ornée 
d'une quintefeuille, le patron saint Augustin, debout, en 
chape, la tête mitrée, tenant de la main droite le cœur, 
symbole de l'amour divin, et de la gauche, en sens oblique, 
la crosse à volute tournée à l'extérieur. Le champ de la 
légende, coupé par les cinq clochetons du dais et par le 
pied arrondi de la console, porte entre deux filets et en 
minuscules gothiques les mots suivants : Sigiir : covelus, 
domus -J- 5*. Agnelis. i. Nazaret. i-gandavo. Le module 
est de 0"',032 sur 0"S047 (Planche XXI, fig. 2). 

Annonciades. En face de l'ancien couvent des Domini- 
cains, au coin de la ruelle jadis Vromv Malleslraet, s'éta- 
blirent au XIV'' siècle des sœurs de Sainte-Catherine. 
Chassées en 1578 par les Calvinistes, mais rétablies 
en 1586, malgré l'aliénation de leur maison, la supérieure 
Catherine Stevenin et ses neuf compagnes obtinrent, le 
17 janvier 1624, leur fusion avec les Annonciades fondées 
par Jeanne de Valois. Celte réorganisation réussit parfai- 



- 125 — 

lement par les soins du fameux père Marchant, du célèbre 
Récollel espagnol André de Solo el de Grégoire Breydol, le 
zélé curé de Sainl-Michel *. Parmi les généreux bienfaileurs 
de la maison se dislingnèrenl Messires Georges délia Faille 
el Horace Brelel. Ce dernier élail Italien d'origine, mais 
Gaulois d'adoplion. En janvier 1627, les Annonciades se 
transférèrent près de la rue du Chaume, où elles fureut 
supprimées par Joseph II. La dernière supérieure survécut 
à ses anciennes consœurs et décéda à Gand en 1856. 

Ces religieuses portaient l'anneau de profession en argent 
el avaient d'abord pour costume une robe grise, un scapu- 
laire écarlate, une simarre bleue el un manteau blanc. 
Depuis la simarre fut remplacée par un ruban bleu d'où 
pendait une médaille d'argent, représentant l'Annoncialion. 

Nos Annonciades se servirent du modeste cachet que 
nous reproduisons (PI. XXF, fig. 3). Il ne mesure que 
0",020 sur 0'",016 et exprime le même sujet que la mé- 
daille. Nous y remarquons le monogramme du Christ dans 
une auréole radiée, tel que les disciples de saint Ignace 
l'adoptèrent pour leurs marques sigillaires. 

Grand Béguinage. Nos historiens ont singulièrement 
exagéré la part que prirent les comlesses Jeanne et Mar- 
guerite de Conslanliiiople aux fondations pieuses du XIII^ 
siècle. Sans doute, les deux filles de Baudouin favorisèrent 
de tout leur pouvoir le développement des institulions re- 
ligieuses, mais leur rôle se borna d'ordinaire à approuver 
les statuts, à confirmer l'acquisition d'immeubles el l'ac- 
ceptation de legs pieux ou à fonder des anniversaires pour 
elles, leurs parents ou leurs descendants. Ce fait, que 
nous avons déjà constaté dans la fondation de l'hôpital de 

* Sur Grégoire Brcydel, voyez la curieuse nolice publiée dans le Mes- 
sager des Sciences (année 1872, pp. 175 el suiv.), par noire savant colla- 
borateur, M. Emile Vabenbergh. 



— 126 — 

Sainle-Murie et des abbayes de Bodelo et du Nouveau-Bois, 
est également patent pour Torigine de nos Béguinages. 

Quelques femmes pieuses, dont plusieurs avaient perdu 
un époux, un fiancé ou un parent dans la quatrième croi- 
sade, résolurent de passer le reste de leurs jours dans la 
retraite, sans toutefois s'astreindre aux rigueurs de la 
clôture et de l'abstinence monastiques. A cette fin, elles se 
réunirent sous la règle de sainte Beggue et bâtirent une 
cour ou enclos, dédié plus tard à sainte Elisabeth de Hon- 
grie, patronne et modèle des âmes charitables. 

Par acte de juillet 12'27, Messire Jean, fils d'Alexandre, 
de concert avec ses fils Jean et Jourdain, donna aux Bé- 
guines en pleine propriété le fossé longeant leur enclos de 
l'Est au Nord, à charge d'un anniversaire à son intention 
et à celle de son épouse défunte, Elisabeth de Rym. Celle 
fondation, acceptée par Elisabeth, Grande Dame du Bé- 
guinage, eut pour témoins le prieur des Dominicains, ses 
confrères Laurent, Siger de Sotleghem et Siger d'Alost, le 
notable Thierri Uutenramen avec Gilles et Jean, chape- 
lains de l'établissement '. 

Le premier règlement de la cour fut approuvé par la 
comlesse en Î234, confirmé par elle en 1242, légèrement 
modifié par sa sœur Marguerite en 1261, enfin pleinement 
ratifié le 3 décembre 1280 par l'évèque de Tournai 2. 

D'après un manuscrit du Dominicain Fabri ou Temmer- 
mans, cité par le Père Moulaert dans sa savante Notice 
sur le Grand Béguinage, l'infirmerie fut fondée par Fer- 
rand de Portugal, avec les revenus de l'ancien hôpital 
Witlockx. Le même prince légua également une somme de 
300 livres parisis pour l'achèvement des bâtiments. 

Les trois sceaux que nous reproduisons (PI. XXII, 



* MiR/EUS, Op. diplotn., IV, pp. 541 el suiv. 

* Arthives de la cathédrale, abbaye de Sainl-Bavon, carton 9bis, n" 159, 









■S. £ . LoLVOLltt, (XCl 



— 127 — 

fig. 1 à 5) furent à l'usage de l'Infirmerie et représenlenl 
des circonstances de la vie de sainte Elisabeth. Dans le 
premier, nous voyons la patronne, en costume de veuve, 
agenouillée, les mains jointes devant la crèche de l'étable, 
où ses ennemis la forcèrent de chercher un abri après la 
mort de son époux. Au-dessus de cette crèche en pierres, 
flanquée d'une colonelte à fût annelé et ornée de trilobés, 
se dressent les léles de deux chevaux. Un ange sort des 
nuages et de la main droite anime la veuve persécutée à 
espérer dans la Providence. Derrière Elisabeth sont assises 
ses deux suivantes consternées. La légende, précédée d'une 
croix grecque, retrace entre le filet intérieur et le grénetis 
extérieur les mots suivants, en belles majuscules gothi- 
ques : s' JNFIRMARIE BEGHINAr' SCE ELISABETH. IN. GAND. Le 

module est de 0"%0o8 sur 0'",035. 

Le second sceau, dessiné d'après une empreinte en cire 
rouge, figure la charitable reine debout, la tète coiffée de 
la guimpe des veuves, le corps drapé dans une robe longue 
sans traîne, couverte d'un manteau à larges plis, ouvert et 
relevé sous le bras droit, lequel tient un livre fermé. De 
la gauche, Elisabeth donne l'aumône à un pauvre, nu et 
debout, levant la jambe droite dans les contorsions de la 
souffrance. L'inscription, comprise entre deux grénetis, 
porte en majuscules du XIV^^ siècle : s' volcwifi.rus we 
DEWE BoiDiNS DVLLARTS. Lc modulc cst dc 0'",04'2 sur 
0'",023. 

Probablement ce scel provient de la fondatrice d'une 
prébende, retirée au Béguinage après la mort de son mari, 
Baudouin Dullart. 

Celte opinion nous semble confirmée par l'inscription 
du troisième sceau. L'empreinte en cire verte est appendue 
à un acte du 18 avril 1381, par lequel Àgneete van den 
Wuighe, grole meesterigghe va sente Lysbetlen liove, ac- 
cepte un legs de 9 livres parisis, fait à l'infirmerie et une 



— 128 — 

autre donation de 3 livres en faveur de la mense du Saint- 
Esprit au Béguinage. Le scel est orbiculaire au diamètre 
de 0'",024. fiC sujet représenté est le même que dans la 
figure 2, mais ici le pauvre a perdu la jambe gauche et 
s'appuie sur une béquille. De plus, dans le haut du champ 
est posé un écu triangulaire, dont la pointe inférieure sé- 
pare les deux tètes. La légende en partie effacée n'a con- 
servé que les mots : wiferu.... va st. lysbt. Ce fragment 
suffît toutefois pour établir la relation entre Volwiferus et 
rinfîrmerie. 

Carmes déchaussés. M. Kervyn, dans son bel ouvrage 
sur les Églises de Gand ', a reproduit le sceau qu'adop- 
tèrent les Carmes en 1649. La lithographie jointe au texte 
donne un module de 0"S087 sur 0'",067, mais une em- 
preinte en cire rouge, que nous avons sous les yeux, ne 
mesure que O'^jOi? sur 0'",038. Le champ porte 1 ecusson 
des Carmes, surmonté d'une couronne comlale et tenu par 
le saint patriarche Joseph et le bienheureux Léopold 
d'Autriche, l'un tenant le lis symbolique, l'autre la ban- 
nière souveraine. Par un caprice injustifiable, le graveur 
du sceau a posé sur la tête du pieux archiduc une couronne 
impériale. Entre le grénetis intérieur et la guirlande de 
feuilles de chêne formant l'encadrement extérieur, se lit 
eu majuscules romaines : convent : gand, carmel. discal. 

SS. JOSEPH ET LEOPOL : D. 1649. 

Dans leurs cachets respectifs, le prieur et le vicaire de 
la maison de Gand ne reproduisirent que le blason. Toute- 
fois le vicaire plaça une tête d'ange ailée entre l'écu et la 
couronne comtale. De plus, dans ces deux scels la pointe 
du tertre de sable, figurant le mont Carmel, ne se termine 
pas en croix, mais se prolonge jusqu'au bord supérieur, 

» Tome II, p. 336. 



— 129 — 

comme dans les anciennes armoiries des Carmes. Celle 
croix fut inlrodiiile après la réforme de l'ordre par allu- 
sion à Saint-Jean de la Croix, principal propagateur des 
idées de sainte Thérèse. 

Le premier de ces cachets mesure 0'^,0ô'2 sur CsO^ô 
et porte entre deux grénetis les mots : f sic. prioris carme- 
lit : GAiSDAvi. Le second, au module de 0™,023 sur O'^jO 1 8, 
a pour légende, entre Técusson et le grénetis : sic. vicary. 
carmel. gandens. 

Enfin nous avons trouvé un cachet, ne mesurant que 
0'",0I8 sur 0'",013 et figurant simplement l'écusson, mais 
avec le tertre à croix et la couronne comlale pour cimier, 
d'où sort un bras armé d'une épée nue ou glaive flam- 
boyant entre six étoiles à six raies, posées sur une ligne 
au-dessus des fleurons de la couronne. Ce scel appartient 
à l'ancienne observance, dont le blason a pour devise : 
Zelo Zelatus siim pro Domino Deo exercituum. Nous re- 
trouvons cette devise sur un plomb des Carmes de Gand au 
millésime de 1717. Elle fait allusion au zèle extraordinaire 
du prophète Elle regardé comme le fondateur de l'ordre. 

Unis par les mêmes intérêts dans le maintien de leurs 
privilèges, les quatre ordres mendiants, c'esl-à-dire les 
Carmes, les Frères Prêcheurs, les Augustins et les Fran- 
ciscains, adoptèrent le sceau commun que nous reprodui- 
sons (Planche XXII, fig. 4). 

Dans ce scel, le champ tout entier est écartelé et pré- 
sente le blason des Dominicains au premier, celui des 
Carmes au second, celui des Augustins au troisième et 
enfin celui des Franciscains. Un chapelet de cinq dizaines 
à croix pendante encadre l'écusson commun, mais la bor- 
dure extérieure se compose d'un grénetis doublé d'une 
guirlande de feuilles de chêne. La légende, précédée d'une 
étoile à six raies, porte : sigillum convocat : 4. ord : men- 
DicANT : GAND : L'cmprcinte, de forme ovale, mesure 0™,048 
sur 0'",055. 



— 130 — 

CoLETTiNEs. Établies de 1427 à 1442 dans le couvent de 
Bethléem, rue d'Or, les Pauvres Claires, appelées Colet- 
tines du iioni de leur sainte réformatrice, furent successi- 
vement chassées par les Gueux, par Joseph II et par les 
républicains français. Elles revinrent vers 1807 et trou- 
vant leur ancien couvent démoli, elles s'établirent près du 
Grand Béguinage, dans l'ancien refuge de l'abbaye de 
Saint-Adrien de Granimonl, habité peu avant par IM. Van 
Larebeke. 

Le scel des Coletlines symbolise parfaitement la simpli- 
cité et l'ascétisme de leur vie. Il représente un avant-bras 
tenant en faisceau une croix à longue hampe et trois clous. 
A gauche est posée la sainte Lance. La légende porte, entre 
deux filets, une croix suivie des mots en minuscules go- 
thiques : Mes sœurs pensez à la mort, il faut, moitr' . C'est 
le conseil du sage, hélas ! trop souvent oublié par l'homme 
du monde. La forme du scel est ogivale au module de 
0'",034 sur O'»,0lo (Planche XXII, fig. 5). Une pieuse 
tradition prétend que le sujet et la devise du sceau furent 
indiqués par la sainte fondatrice. 

L'abbé J.-B. Lavaut. 
{Pour être continué). 



iZ\ -' 



Ccsi ®bitron0 et les 2ltualique6. 



I. 

liCur nationalité. 

Quelle est la nationalité de ces deux peuples? César 
répond : Condrusi, Ebiirones, Caeraesi, Paemani nno no- 
mine Germani appellantiir ', Ipsi (Atualici) erant ex 
Cimbris Tenlonisque prorjnali-. Ils appartenaient dono à 
la race germanique, de l'aveu même du général romain. 

A l'appui de ces citations, nous rappellerons ici le pas- 
sage des Commentaires, constalant que les Eburons par- 
laient sinon une langue identique à celle des Sicambres, 
peuplade germanique, du moins un idiome qu'ils compre- 
naient parfaitement. Au moment de la dévastation de 
l'Eburonie par les Romains, les Sicambres y parurent 
dans le but de prendre pari au sac de ce pays. Un Ebu- 
ron, arrêté par les envahisseurs, leur dit : « Pourquoi 
» pourchassez-vous une proie si mince et si misérable, 
» quand vous pouvez à l'instant même être dans l'opu- 
» ience? Vous seriez dans trois heures à Atuatuca; là 
» l'armée romaine a toutes ses richesses ^. » Parfaitement 
comprises par les assaillants, ces paroles produisirent leur 



1 Liv. II, e. 4. 

2 Ibid., c. 29. V. au sujel de la nalioiialilc des Cimbres el des Teutons, 
Zedss, Die Dentschen und die Nàchbarslàmmc, pp. 141 el suiv. 

3 Liv. VI, c. 35. 



— i32 - 

eflfel. Les Germains, guidés par les Eburons, se dirigèrent 
vers l'endroit désiané. 

Un autre fait non moins significalif rapporté par César 
prouve à l'évidence l'origine germanique des Nerviens et 
de leurs clients (les Centrons, les Levaques, les Giudiens, 
les Plumosiens), des Eburons et des Aluatiques. Le pro- 
consul constate d'abord que les Gaulois se servaient de 
caractères grecs. Dans le camp des Helvéïiens, Gaulois 
de race, il trouva des registres rédigés en caractères 
grecs *. Les Druides, dit-il, se servent des mêmes lettres 
dans presque tous les actes publics et les conventions 
particulières^. Les Gaulois connaissaient donc les carac- 
tères grecs. Lorsque le camp de Cicéron est attaqué par 
les Nerviens et leurs clients, par les Eburons et les Atua- 
tiques, le proconsul charge un cavalier gaulois de porter 
à son lieutenant une lettre écrite en grec, afin, dil-il, que 
l'ennemi, s'il l'intercepte, ne découvre pas ses projets '. 
Pour agir ainsi. César devait être convaincu que ces peu- 
ples ignoraient complètement les caractères des Hellènes. 
S'ils avaient été Gaulois, eux ou leurs Druides auraient 
pu lire la lettre précitée, et la précaution était inutile. 

A l'époque de César, dit-on, la dénomination de Ger- 
mantis n'avait pas encore de désignation ethnogra[)liique. 
Cette thèse semble très-peu fondée en présence du texte 
des Commentaires. Lorsque dans son livre le conquérant 
romain décrit les qualités physiques et morales des Ger- 
mains et des Celtes, les différences entre les deux races 
sautent aux yeux du lecteur. Ce sont deux peuples telle- 
ment différents, que César ne peut s'empêcher de dire : 
Galliae Germaniaeque mores differunt eue nationes *. Si 



» Liv. I, c. 29. 
2 Liv. VI, c. U. 
« Liv. V, c. 48. 
* Liv. VI, c. H. 



— 133 — 

les Romains ne connaissaient généralement pas la déno- 
mination de Germain, elle n'existait pas moins. Les Gaulois 
désignaient ainsi la race germanique, et les Germains eux- 
mêmes se donnaient ce nom, comme César le constate 
lors de l'arrivée d'une tribu tudesque dans l'Eburonie et 
dans le Condroz '. 

L'auteur des Commentaires ne se borne pas à faire 
d'une manière générale une distinction entre les Germains 
et les Gaulois. Il dit spécialement à propos des habitants 
de notre pays, que la plupart sont de la race germanique. 
Ils s'en vantaient eux-mêmes. 

En ouvrant le livre de Tacite, De moribus Germanorum, 
les nuances entre les deux races deviennent encore plus 
saillantes. Le célèbre historien dit, il est vrai : Ceterum 
Germaniae vocabuhmi recens et niiper additnm; en con- 
tinuant la phrase, on voit que celte observation s'applique 
aux Tongrois : quoniam, qui primi Rhemun trnnsgressi 
Gallos expulerint, ac mine Titngri, tune Germani vocati 
sint ^. Plus loin, le même auteur dit : Suevorum non 
unae, ut Cattorum Tencterorumve gens : mujorem enini 
Germaniae partem obtinent, propriis adhuc nationibus 
nominibusque discreli, quamquam in commune Suevi vo- 
centur ^. 

Malgré ces textes, des auteurs modernes voient une 
identité complète entre les Germains et les Gaulois, et 
concluent par des faits particuliers à un fait général. Ils 
s'appuient entre autres sur la qualification de Gaulois qui 
leur est donnée. 

A notre avis, cette dénomination des populations ger- 
maniques ne prouve nullement qu'elles appartenaient à 
la race celtique; elle indique simplement des populations 

• Liv. IV, c. 6, 7. 
« Chapitre 2. 
« Ibid., c. 38. 



— 1.54 - 

habilant les Gaules ou des pays que les écrivains anciens 
faisaieul passer pour tels. Ainsi les Flamands du départe- 
ment du jNord sont Français de nom, parce qu'ils habi- 
tent la France. Si les Anglo-Saxons et les Allemands de 
l'Amérique sont Américains, ils n'appartiennent pas moins 
à la race germanique. 

M. Hollzman i, entre autres, veut que les Germains 
sont Gaulois, parce que des géographes et des historiens, 
soit par ignorance, soit par suite de renseignements er- 
ronnés, ont donné à la Germanie le nom de Celtique. 
Toutes ces erreurs de dénominations proviennent des 
confusions faites par les Grecs entre les Cimbres, les 
Cimériens et les Celtes. Aux yeux d'un grand nombre 
d'écrivains de l'antiquité, les Cimbres étaient des Celtes 
ou des Celto-Scylhes, assimilation établie sur une erreur 
des géographes. Ils s'imaginaient que tous les pays sep- 
tentrionaux étaient occupés par une seule et même race, le 
peuple gaulois. Par conséquent, ils donnaient à ces pays 
le nom de Celtique. C'est seulement à partir de l'époque 
pendant laquelle les Romains faisaient la guerre aux po- 
pulations germaniques, que des notions plus précises ont 
commencé à se faire jour au sujet des pays occupés par 
les Germains et les Gaulois. 

Néanmoins, des géographes ignorants ne continuèrent 
pas moins de répéter les erreurs anciennes, dont des au- 
teurs modernes se sont faits les échos peut-être avec trop 
de confiance. 

Nous croyons donc devoir nous ranger du côté de 
César et considérer les Eburons et les Alualiques comme 
Germains. 

Aux faits allégués par l'auteur des Commentaires, on 
objecte les dénominations celtiques données à ces peuples. 

' KeUen und Germanen. 



— l3o — 

Nous ne nierons pas Torigine gauloise de ces noms. La 
Grammatica celtica de Zeuss et mieux encore les racines 
des noms d'un grand nombre de localités situées dans les 
Gaules le prouvent. Nous allons plus loin encore, et nous 
posons en thèse générale que la plupart des dénominations 
données par César aux populations germaniques sont 
d'origine celtique. Il y aurait lieu de s'étonner si le con- 
traire s'était passé. 

Où César cherche-t-il les renseignements sur les popu- 
lations du nord des Gaules? Il le dit lui-même : c'est chez 
les Sénonais et autres peuples voisins des Belges et chez 
les Rémois S Gaulois d'origine, Gaulois par le fait, Gau- 
lois par le langage. A ce litre, ils devaient donner aux 
populations voisines des noms tels qu'ils les prononçaient, 
tels qu'ils les comprenaient ou les composaient. Ces noms 
étaient le plus souvent des sobriquets que les Gaulois tra- 
duisaient ou forgeaient. La dénomination de Germain 
elle-même est d'origine celtique -. D'après Tacite, les 
Tongrois n'étaient pas toujours nommés ainsi : mine 
Timgri, tune Germani, dit-il. Si par exemple on allait 
demander en France des renseienements concernant les 
habitants du royaume des Pays-Bas, au lieu de les appe- 
ler Néerlandais, le Français les désignera par le nom de 
Hollandais. Dans plusieurs parties de la France et en 
Espagne, les Belges sont connus sous le nom de Fla- 
mands, tandis que dans le Limbourg néerlandais on les 
appelle Brabançons (Brabanders). Le Français ne dira 
pas Scolchman, mais Ecossais. Zwei-Brucken est pour 
lui Deux-Ponts ; Wales devient Galles dans sa bouche. 
Cependant personne ne conclura de ces dénominations 
que les peuples et les lieux ainsi nommés soient d'origine 

' Liv. Il, c. 2, 3. 

* Zecss, Die Deuischen ttnd die Nâchbarstàmme, p. 39. 



- 136 — 

française. Dans les classes inférieures, les habitants d'un 
pays et de certaines localités sont très-souvent désignés par 
des sobriquets qui varient suivant les lieux. 

Les Gaulois ont probablement agi de même à l'égard 
de leurs voisins. En leur donnant des noms ou des sobri- 
quets, ceux-ci sont devenus des noms propres de peu- 
plades et de lieux. Isidor avait déjà fait observer à propos 
des Alpes : Gallorum lingiia alpes montes alli vocantur, et 
en annotant celte remarque, Zeuss ajoute : Àlba, Albainn 
hei'sst noch den Galen ihr sleiles Gebirgsland '. Le nom 
de Suèves (cruels ou vagabonds) fut donné à plusieurs 
peuplades qui portaient en outre des dénominations parti- 
culières 2. Ne se tromperait-on pas singulièrement si, pour 
établir la nationalité des Indiens du Nouveau-Monde, on 
s'en rapportait seulement aux dénominations anglaises ou 
espagnoles doni»ées à ces tribus par les Anglo-Saxons el 
les Espagnols de l'Amérique? Aux yeux de l'Egyptien, 
tout Européen est un Franc, peu importe s'il appartient à 
la race latine ou à la race germanique. 

Il y aurait donc grande hardiesse de vouloir détermi- 
ner, uniquement et sans autre preuve, la nationalité d'un 
peuple au moyen d'une dénomination donnée par des 
étrangers. 

II. 

lies limites du pays des Ebiirons. 

Avant de déterminer ces limites, examinons ce que 
César en dit dans ses Commentaires. 

Selon le conquérant romain , la majeure partie des 
Eburons habitait entre la iMeuse et le Rhin 5; leurs limites 



• Die Deulsehen tind die Adrhbar.itdmme, p. 2. 

* Ibid., pp. 55, 36. 

^« Eburones quorum pars mnxima esl inler .Mosam el Rlienum » (L. V, 
c. 24). 



— 137 — 

touchaient au second de ces deux fleuves*, aux Seignes 
et aux Condruses, peuplades qui les séparaient des Tré- 
viriens^. Ensuite le pays des Eburons s'étendait jusqu'aux 
Ménapiens ^ confinait à des îles de la mer^, aux Atuati- 
ques ^, à l'Escaut, qui se jetait vers cette époque dans la 
Meuse ^, et aux Nerviens^. 

Telle était la position du pays des Eburons, que nous 
allons déterminer, d'une manière plus précise, au moyen 
de ces données. 

Les limites du Condroz, pays encore très-connu de nos 
jours, suivaient dans la direction du nord-ouest la rive 
droite de la Meuse, à partir de rembouchure de la Lesse 
jusqu'à Liège, ainsi que le démontrent les frontières du 
pagus Condroslensis. Quant aux Seignes, leurs limites 
septentrionales étaient formées par la Vesdre. Si les Ebu- 
rons étaient voisins des JNerviens , ils devaient en être 
séparés par la Dyle, et les cours d'eau et vallons, qui 
formaient entre Marche-les-Dames et Cour-Saint-Etienne, 
les frontières orientales de la Nervie. Comment les Eburons 
pouvaient-ils occuper les contrées qui touchaient aux 
Ménapiens? La réponse à cette question est facile. Les 



» « Sigambri qui sunt proxirai Rlieno... Iranscuntes Rhenuni... primos 
Eburoniim fines adeunt. » (L. VI, c. 55). 

2 « Segni, Condrusique ex génie Germanorum, qui sunt inter Eburones 
Trevirosque. » (L. VI, e. 32). 

2 « Ei-ant Menapii propinqui Eburonum finibus. » (L. VI, c. 5). 

■• « (Eburones) qui proximi Oceano fuerunt, ii in insulis sese occnllave- 
runt. » (L. VI, c. 31). 

5 « C. Trebonium... ad regionem (Eburonum) quae Alualicis aJjacet depo- 
pulandam » (L. VI, c. 33). 

^ « Ipse cum reliquis tribus ad flumen Scaldim, quod influit in Mosam, 
exlreraasque Arduennae partes ire conslituil, que cum paucis equilibus 
profectum Ambiorigem audiebat, » (Ibid). 

' « Oranes Eburonum et Nerviorum, quae convenerunt, copiae disce- 
dunt. »(L. V, c. 38). Dion Cassius, i. XXXIX, constate que la partie de 
TEburonie, dont les Aluatiques s'étaient comparés, était voisine de la Nervie. 



— 138 — 

Ménapiens habilaient entre le Rhin et la Meuse, fleuve 
dont le lit passait, avant l'inonclalion de 1421, par 
Balenbourg, Heusden, Waaiwijk et Gerlruidenberg, en 
suivant le tracé d'un cours d'eau, dit Oude-Maasje, dans 
la province du Bridiant septentrional. Dans ces parages ils 
confinaient au Hélium, golfe immense dont les eaux, pen- 
dant la marée moulante, formaient des ilots à l'intérieur 
du pays éburon. L'Escaut, auquel il touchait, traçait 
aussi la limite orientale de la iMénapie'. 

Après avoir suivi le cours de la Vesdre, les limites 
méridionales des Eburons se dirigeaient vers le Rhin, et 
au nord elles suivaient les rives du Waal jusqu'au Rhin. 

L'Eburonie avait, comme on le voit, une étendue im- 
mense. Cependant elle renfermait une population peu 
considérable et tellement minime, que César qualifie le 
pays de civitas ignobilis et humilis^. Ce peuple pouvait 
seulement mettre sur pied, en y comprenant les Condruses, 
les Pémanes et les Cérésiens, une armée de 40,000 hom- 
mes^. Une pareille pénurie d'habitants s'explique facile- 
ment. Au témoignage de Strabon *, le pays des Eburons 
ressemblait à ceux des Ménapiens, des Morins et des 
Atrébales; en d'autres termes, des marécages nombreux, 
des forêts impénétrables couvraient le sol de cette contrée 
à peu près dans toute son étendue^, sauf dans la contrée 
sise entre la Meuse et le Rhin. Là se trouvait, selon César, 
la majeure partie de la population éburoiine. Du côté de 
l'embouchure de la Meuse, les eaux de la mer formaient 
des îlots comme dans la Ménapie^. Plus tard, lorsque 

* V. noire travail, inlilulé : La flénapie. 

* CÉSAR, liv. V, c. 28. 
«L. II, c. 4. 

* Liv. IV. 

5 Liv. VI, c. 31. 

^ » Quorum (Eburonurn) pars in Arduennam silvani, pars in continentes 
paludes profiigil. » (L. VI, c. 31). 



— 439 — 

saint Lambert allait convertir à la foi nouvelle les Toxan- 
dres, qui avaient remplacé en partie les Eburons, ce mis- 
sionnaire constate encore la grande étendue des marécages 
dans leur pays '. Selon l'hagiographe de saint Lambert, 
la Toxandrie n'était pour ainsi dire qu'un vaste marais. 

Une autre cause contribuait à la dépopulation de l'Ebu- 
ronie. Dans le territoire, dont nous venons d'indiquer les 
limites, étaient établis, soutient-on, les Ambivarites, peu- 
plade dont César fait une mention très-laconique, en disant 
qu'ils babitaient au-delà de la Meuse {trans Mosam), sans 
autre détail. Par suite d'une indication aussi vague, des 
auteurs modernes ont placé les Ambivarites tantôt dans la 
province d'Anvers, tantôt dans celle du Brabant septen- 
trional, sans qu'il soit possible de décider lequel de ces 
deux emplacements doive être préféré-. 

Les Eburons eurent en outre à souffrir de l'invasion 
d'une tribu cimbrique. César nous apprend qu'après la 
défaite des Cimbres par Marius (l'an 101 av. J.-Cb.), un 
détachement de ce peuple, composé de 6,000 hommes 



• n Haec siquidem regio (Taxandria) vastis et fere conlinuis paludibus 
obsila, » (Chapeavilie, t. I, p. 389). 

^ Après avoir parlé de l'envaliissement de TEburonie et du Condroz par 
des Germains, César rapporte que la plus grande partie de leur cavalerie 
alla piller les Ambivarites au-delà de la Meuse. Il semble résulter de ces 
termes que, pour faire leur expédition chez cette peuplade, les Germains 
passèrent la Meuse dans les environs du Condroz et de TEburonie, et que 
pour revenir de leur expédition, ils avaient besoin de plusieurs jours (liv. IV, 
c. 6, 7, 8 et 9). D'où on peut conclure que les Ambivarites ne devaient pas 
habiter les rives de ce fleuve, du moins dans les environs du Condroz et de 
l'Eburonie, puisque César chassa les envahisseurs restés sur la droite de la 
Meuse, du midi vers le nord, où il en fit un grand carnage au confluent de 
ce fleuve et du Rhin. En rapportant une partie de ces faits, Dion Cassius 
ne mentionne que l'envahissement des Germains dans le pays des Trévi- 
riens (1. XXXIX). Toutes ces circonstances ont sans doute engagé M. von 
GôLER {Cttsar's t/allischer Krieg, p. 105) à placer les Ambivarites entre Givet 
et Marienbourg, c'esl-à-dire dans le pays des Lavaques, en Servie; ce qui est 
difficile à admettre. 



— 140 — 

chargés de la garde des bagages, campa sur la rive 
gauche du Rhin. Harcelés par les peuplades voisines, ces 
6,000 Cimbres, appelés Alualiques, parvinrent, après 
une lulle acharnée de plusieurs années, à imposer un 
Irihut aux Eburons, et les forcèrent de leur abandonner 
une partie considérable de territoire. A titre d'otages, ils 
gardaient, chargés de chaînes, le fils et un neveu d'Am- 
biorix, l'un des chefs des Eburons. En vue de s'attacher 
ce peuple, les Romains délivrèrent les prisonniers et 
affranchirent les Eburons du tribut exigé par les Atua- 
liques. Ceux-ci furent en grande partie vendus à litre 
d'esclaves par César, après la prise de V oppidum Atuali- 
coriim par les armées romaines, comme nous le dirons 
plus loin. A la suite de cet événement, la plus grande 
partie du pays occupé par les Atualiques retourna aux 
Eburons. Ceux-ci continuèrent de donner leur nom à toute 
l'Eburonie, et aussi à la partie occupée par les Aluatiques. 
Il n'est pas même établi par le témoignage des auteurs 
anciens, que cette dénomination ait été mise hors d'usage 
pour cette partie. Malgré les conquêtes des Atuatiques, 
toute l'ancienne Eburonie est désignée sous le norn de 
pays des Eburons, sans doute parce qu'ils n'avaient pas 
été entièrement expulsés par les Atualiques, qui les te- 
naient sous leur domination seulement. 

Les termes dont César se sert, démontrent que le pro- 
consul fait une distinction entre l'Eburonie proprement 
dite et l'Eburonie occupée par les Atualiques. Ainsi il 
dit qu'Ambiorix et Cativulcus, chefs des Eburons, allè- 
rent vers les confins de leur domination {ad fines regni sui) 
en se rendant vers Sabinus el Colta, dans le but de leur 
livrer du blé^. Ces deux lieutenants étaient établis à 
Aluatuca, que César indique quelques pages plus loin, 

« Liv. V, c. 26. 



— Ul — 

à peu près en plein pays des Eburons {fere in mcdiis 
Eburonum finibus) *. Alualuca élait donc dans TEbu- 
ronie, et hors des limites de la juridiction attribuée aux 
chefs des Eburons. 



m. 

Atuatnca. 

Trois ans après la prise de Voppidnm Àtiiatkoriim, 
César fit établir dans l'Ebiironie, et spécialement à 
Atuatuca, un camp commandé par Tilurius Sabinus et 
L. Arunculeins Colla 2. Ce fort, dit le proconsul, est siiué 
à peu près en plein pays des Eburons 2. La dénomination 
A' Alualuca, donnée à ce camp, rappelle celle des AUiali- 
ques. Elle démonire qu'il faut chercher ce lieu au pays 
occupé ci-devanl par cette population et non dans l'Ebu- 
ronie à proprement parler, qui selon César n'avait ni forts 
ou oppida, ni garnisons*. Dans la partie occupée par les 
Atualiques se trouvait, après la deslruclion des Eburons 
et au moment de leur remplacement par les Tongrois, une 
localité appelée Aduuca Tongrorum , aujourd'hui Ton- 
gres. Le camp d'Altiatuca était par conséquent situé sur 
ou près de l'emplacement actuel de Tongres, où se trou- 
vent des restes considérables de murs appartenant à la pé- 
riode romaine. Jaloux de leur indépendance, les Eburons 
résolurent de faire déloger les Romains du camp. A cet 



« Liv. VI, c. 32. 

« Liv. V, c. 24; liv. Vr, c. 32. 

* « Tum copiis in très parles liislribiilis, impedimenta omnium lc{?ionum 
AdiiaUieain conlulit : id caslellum nomen esl. Hoc fere est in mediis Eburo- 
num finibus. » Liv. VI, c. 32. 

* « Erat manus cerla nulla, non praesidium, non oppidum, quod se armis 
dcfenderet. » Liv. VI, c. 54. 



— 142 — 

effet, Ambiorix, leur chef, employa la ruse dont César 
raconte tous les détails dans son cinquième livre. A peine 
sortis d'Atuatuca, les Romains, après avoir marché pen- 
dant deux milles, furent assaillis par les Eburons dans un 
grand bas-fond {magnam convallem, iniquissimo loco) , 
bas-fond qui était situé au sud de Tongres. 

Cette thèse, nous ne l'ignorons pas, est très-contro- 
versée. Ne Test-elle pas à tort? César avait établi, pour 
faire passer l'hiver à ses troupes, différents campements : 
l'un, commandé par Fabius, chez les Morins; le second, par 
Cicéron, chez les Nerviens; le troisième, par Roscius, chez 
les Essuens; le quatrième, par Labiénus, chez les Rémois, 
sur les frontières des Tréviriens; trois dans le Belgium 
et un sous les ordres de Sabinus et de Cotta, chez les 
Eburons, c'est-à-dire à Atuatuca, comme le général le dit 
plus loin (1. VI, c. 52). Ces camps, dit-il, sauf celui 
commandé par Roscius, occupaient un pays d'environ cent 
milles d'étendue. En sortant d'Atualuca, les Romains 
avaient l'intention de rejoindre la légion la plus rappro- 
chée {ad iiroximam lerjioneia perveniuros). La légion la 
plus rapprochée de Tongres était, dit-on, non pas celle 
de Labiénus, mais de Cicéron *. Si, comme le dit César, 
le campement de Labiénus était sis sur les frontières des 
Tréviriens et des Rémois, et si Cicéron occupait Assche 
ou Caester, il n'y a guère de différence entre les deux 
distances. Seulement le passage vers Cicéron , dans la 
direction de l'occident, présentait de grandes difficultés à 
travers les bois, les marécages et les peuplades ennemies. 
Tout, dans la relation de César, semble indiquer au con- 
traire l'intention des Romains de se rendre vers le campe- 
ment de Labiénus, c'est-à-dire vers le sud de Tongres. 
Quelle est la direction prise par les fuyards? Précisément 

* GRA^•CAG^'AGE, Bulletin de l'Académie, 1862, p. 403. 



— 143 — 

celle du campement de Labiéiius, où arrivèrent quelques 
hommes qui, échappés au massacre, instruisirent leurs 
compatriotes du désastre d'Atuatuca. Cicéron resta même 
longtemps dans l'ignorance la plus complète de ce qui 
s'était passé, tant les communications avec Alualuca étaient 
difficiles. 

Une autre question a surgi au sujet de l'endroit dans 
lequel le corps d'armée romain fut détruit par les Eburons. 
La vallée, dans laquelle il périt, est qualifiée par César 
de magnam convallern. Comment faut-il comprendre ce 
passage? S'agit-il d'une vallée grande par sa longueur ou 
grande par sa largeur? A notre avis c'est dans le sens de 
longueur qu'il faut l'entendre. Voici les motifs qui nous 
font penser ainsi. César dit que le corps d'armée marcha 
en colonne très-alIongée {longisshno agmine). Lorsque les 
Romains eurent fait deux milles, les Eburons parurent 
tout-à-coup sur les deux versants du bas- fond {ex ulraque 
parle ejiis vallis), empêchèrent les Romains de prendre 
position sur les hauteurs, les accablèrent par les deux ver- 
sants et assaillirent l'avant-garde et l'arrière-garde de la 
longue colonne placée dans le bas-fond. Si celui-ci avait 
été large, cette attaque était impossible. Il fallait, pour 
que les Eburons pussent atteindre les Romains des deux 
côtés à la fois, que le vallon fût étroit et long. Sinon les 
Romains auraient pu se masser et culbuter le corps ébu- 
ron qui occupait l'un des versants de la vallée. 

Nous insistons sur ce point seulement en vue de pouvoir 
déterminer l'emplacement de la bataille. Un bas-fond très- 
long et peu large, par lequel passe le vieux chemin de 
Tongres à Otrenge, convient parfaitement à la description 
de César. Si l'embuscade avait été établie sur les bords du 
Jaar, comme on l'a supposé, il est probable que l'auteur 
des Commentaires aurait fait mention de celle rivière. 
Celle-ci passe par un vallon très-large, dans lequel les 



— 144 — 

Romains auraient pu se masser, el où il n'était guère pos- 
sible d'attaquer, du haut des collines, les deux gardes de 
la longue colonne formée par les soldats sortis d'Alualuca. 

IV. 

Destruction des Ebiirons. 

A la suite de cette catastrophe, le proconsul et ses 
lieutenants arrivèrent sur place. Après avoir appelé les 
peuples voisins à prendre part au sac de l'Eburonie, ils 
commencèrent leur horrible expédilion contre ce pays : 
« Omnes vici, dit César, alque omnia aedificia, quae 
» qiiisqiie conspexeral, incendebantur ; praeda ex omni- 
1) bus locis agebalur : frumenta non solum a lanla mulli- 
» ludine jumenlorum alque hominum consumebanlur, sed 
B etiam anni tempore alque imbribus procubuerant : ut si 
» qui etiam in praescnlia se occultassent, tamen iis, deducto 
» exerciln, rerum omnium inopia pereundum videretur '. » 

Mc»lgré les paroles si formelles du conquérant romain, 
des auteurs modernes nient Texaclilude de son récit. Selon 
leur manière de voir, il n'a pas dit la vérité; il a exagéré 
les faits; les Eburons n'ont pas été com|)lélement exter- 
minés. A l'appui de cette thèse, ils citent la mention faite 
de ce peuple par Slrabon, et une inscription reproduite 
par Abel, dans son travail intitulé : César dans le nord des 
Gaules ^. 

Strabon ne parle nullement des Eburons, mais de leur 
pays, ce qui est toute autre chose : EjjKpepviî 6' éaH t^ wv 

MevaTttwv ï) re twv Mopivûv, xal ^ tûv ÂxpEêâtwv xal 'Eêoupwvwv ^. Parler 

d'un peuple et mentionner le pays de ce peu{)le, sont deux 



» Liv. VI, c. i3. 

* WArjTEds, Nouvelles éludes sur la géographie ancienne, pp. 60, 61. 

• Strabon, liv. IV. 



— U5 — 

fails dislincls. Comment Strabori aurail-il pu désigner 
autrement le pays habile ci-devant par les Kburons? Au 
moment où il écrivit, ceux-ci n'avaient pas encore été rem- 
placés par les Tongrois et les Toxandres. Ces populations 
étaient complètement inconnues au géographe grec. Par 
conséquent, il ne pouvait donner aux pays, dont ils s'em- 
parèrent plus tard, d'autre nom que celui des Eburons. 
Quand un écrivain moderne parle du pays des Ménapiens, 
il n'entend nullement faire vivre ce peuple de nos jours : 
il veut simplement désigner la contrée habitée autrefois 
par les Ménapier)s. N'oublions pas que si Slrabon a voyagé 
beaucoup dans les pays méridionaux, il n'a jamais vu les 
Gaules. Rome, où il résidait sous le règne d'Auguste, était 
le but principal de son voyage. Par suite de ses relalions 
dans la capitale du monde, il recueillit un grand nom- 
bre de renseignements puisés dans des mémoires et chez 
les hommes d'éial el de guerre de celle époque. Ceux-ci 
ont dû nécessairement lui fournir des renseifi;nemenls au 
sujet du nord des Gaules, et lui indiquer le pays des Ebu- 
rons tel qu'ils le connaissaienl eux-mêmes. Du vivant de 
Strabon, il n'avait pas encore changé de nom. Plus lard, il 
recul le nom de Tongrie el de Toxandrie, ou de pays des 
Tongrois et Toxandres, lorsque ces peuples vinrent s'y 
fixer. Pline qui visita les Gaules du nord vers le milieu 
du premier siècle, Ploléinée, géographe du second siècle, 
el Tacite, qui composa son Traité des mœurs des Germains 
vers l'an 98, sonl les premiers à mentionner les Tongrois. 
Pline cite aussi les Toxandres. Par conséquent, le pays 
des Eburons devait continuer à porter son ancien nom 
jusqu'au moment où l'invasion des Tongrois était généra- 
lement connue. 

Reste à examiner l'inscription reproduite par Abel el 
portant : 



— 446 - 

D. M. 

M. TERENTI. M. F: 

SOSIO. 

Iiiiil VIR 

EBVRON 

SOTER. 

On dit que Soter signifie protecleur *. Si ce mot a été 
employé comme allribut dans le sens de sauveur, conser- 
vateur et libérateur par Cicéron et Verrius Flaccus, a-t-il 
dans l'espèce la même signification? N'est-ce pas ici un 
nom propre d'homme? A ce titre, on le voit figurer dans 
plusieurs inscriptions reproduites par Momsen 2. Ordinai- 
rement, c'était, comme le nom de Sosius, celui d'un esclave 
ou d'un affranchi. 

Dans l'inscription reproduite ci-dessus, le mot Soter 
n'indique-t-il pas le nom de l'auteur de la pierre votive? 
C'est, dit-on, un Sexvir des Eburons, S'agit-il ici des 
Eburons établis près de la Meuse? Rien n'est moins cer- 
tain. César cite les Aulerci Eburones et désigne ainsi les 
habitants d'Kvreux^, appelés par d'autres écrivains Ebu- 
rovices, et par Plolémée EpwpaVxot, A Eburum, actuelle- 
ment Eboli, se rapportent des inscriptions qui désignent 
des Sexviri de celle localité, et offrent une certaine ana- 
logie avec celle rapportée par Abel *. 

Du reste, si quelques Eburons ont échappé au massacre 
générai, il n'y aurait rien d'étonnant. César constate lui- 
même qu'au moment des poursuites dirigées contre Am- 
biorix, 1 des Eburons s'enfuirent dans la forêt des Ardeniies, 
d'autres dans des marais conligus; les plus voisins de 



• Wauters, IVouvelles études sur la f/éographie ancienne, p. 61. 

' Inscripiiones regni Neopolilani lalinae, n»» 2383, 2479, 3169, 6769. 
î Liv. VII, c 75. 

* V. OnELLiDS, Inscripiiones, t. !, p. 99, n» 190, el Momsem, 1. c, verbo 
Eburum. 



— 147 — 

rOcéan se cachèrent dans les îles formées par la marée, et 
beaucoup, abandonnant leur pays, se livrèrent à leurs plus 
grands ennemis'. » Les Eburons qui restèrent dans leur 
pays ont probablement péri pendant le sac ; ceux qui 
s'étaient expatriés en se livrant à leurs plus cruels enne- 
mis, ont sans doute échappé au désastre. Mais ont-ils pu 
former de nouveau un peuple, ou même une tribu? Depuis 
le sac de l'Eburonie, plus aucun écrivain ne fait mention 
de celte peuplade. 

Il y a donc lieu d'admettre qu'elle avait complètement 
disparu, comme César le constate et le dit en termes 
formels. 

V. 

lia prétendue monnaie des Eburons. 

Après avoir appelé l'attention du lecteur sur la natio- 
nalité des Eburons et la disparition de ce peuple, nous 
allons examiner une autre question, celle du numéraire 
qui lui est attribué. 

Ces monnaies sont imitées de celles de la famille Mar- 
cia, et figurent à l'avers la tète de Pallas, entourée des 
légendes dvrnacos ou dvrnacvs ou dvrxac, et au revers 
un cavalier courant à droite, et portant : avscro ou donnvs 
ou ebvro ou ebvron. 

Sans examiner la question au point de vue historique, 
des numismates concluent de ces légendes à l'existence 
d'une monnaie frappée par les Eburons. H en est qui, 
emportés par leur imagination, interprètent la légende 
Ditrnaco par Tournai, et regardent ces monnaies comme 
des pièces frappées en vertu d'une convention spéciale 

* Liv. VI, c. 31. 



— 148 — 

pendant l'alliance des Eburons er des Nerviens. Ils ou- 
blient sans doule que Tournai, localité sise dans la Ména- 
pie, ne pouvait faire partie de la Xervie. 

Peut-on attribuer à des populations germaniques de 
cette époque, telles que les Eburons, un numéraire natio- 
nal ou de contrefaçon? En présence des faits avancés par 
César et par Tacile, la réponse à cette question doit élre 
négative. Le conquérant romain constate d'abord qu'en 
général les Belges ne sont pas visités par les marchands, 
à cause de l'état sauvage de ces populations '. Ces visites 
devaient être plus rares encore chez les Eburons, peu- 
plade pauvre et misérable de son propre aveu et de celui 
de César 2. Le général romain ajoute encore en parlant de 
leurs compatriotes : « i\ul n'a une |)orlion de terre en 
propre chez les Germains. Ils allèguent pour raison que 
de celle manière ils em[)échent la formation de vastes 
possessions et l'amour tie l'argent ^. » A ces faits. Tacite 
en ajoute d'autres plus signih'caiifs encore. Après avoir 
dit (|u'il ignore si les Germains avaient des mines d'or ou 
d'argent, le célèbre historien ajoute dans son langage à la 
fois si concis et si élégant : « Quamquam proximi, ob usum 
» commerciorum, aurum et argentum in pretio habent, 
» formasque quasdam nostrae pecuniae agnoscunt atque 
» eligunt : inleriores simplicius et aniiquius permutatione • 
» mercium utunlur. Pecuniam probant veterem et diu 
» notam ^. » Ce passage constate formellement que les 



' « Beigne a cultu atque liumaailale proviiiciae Jongissime absuni, niiiiime- 
que ad eos mercalores s;iepe cotnmennl, alque ea, quae ad cffeiuinandos 
aiiiinos ()cilinei)I, inipi'oianl. » (Liv. 1, c. 1). 

^ Liv. V, c. 28. « Haiic miseram ac lenueram praedam, » dit un Eburoii 
en parl;inl de son pays. Ibid , liv. VI, c. 35. 

* « .N'eqiic quisqiiam agri nioduni cerlum aul fines proprios habct... Ejus 
rei mulias afTerunt caussas... ne lalos fines parare sludeant... ne qua orialur 
pecuniae cupidilas. »(L. VI, c. 22). 

* De moribus Germati., c 5. 



— 149 — 

Germains n'avaient pas de monnaies nationales et qu'ils 
se servaient de numéraire étranger. Un peuple, qui ignore 
la propriété immobilière, se sert de monnaies étrangères 
dans ses relations extérieures a recours aux échanges et 
prend des mesures contre l'amour de l'argent, pouvait-il 
avoir un numéraire national? II lui était aussi inutile qu'à 
l'Egyptien, vivant des biens de l'Etat ' et à l'Indien qui 
trouve son existence dans la chasse. 

La science fixe l'âge des monnaies gauloises à légendes 
ou inscriptions en caractères romains. Celles-ci sont pos- 
térieures à l'invasion de César. Vers cette époque, tout le 
système monétaire des Gaules fut changé, sauf chez les 
Grecs établis dans ces pays. Il est également reconnu, 
par une suite d'observations certaines, que l'introduction 
du type romain dans les Gaules date de la même époque. 
Antérieurement, les Celtes, peuple imitateur s'il eu fut, 
contrefaisaient les monnaies étrusques et grecques. Elles 
étaient ou anépigraphes ou à légendes, imitant tant bien 
que mal des lettres grecques ou étrusques dégénérées. 
Selon Cavedoni, le type le plus ancien, à la léte de Pallas 
et au cavalier, de la monnaie frappée par la famille 
Marcia, ne remonte pas au-delà de l'an 124 avant J.-C. 
Le type le plus moderne de cette famille, celui à la tête 
du roi Philippe, et qui fut également imité dans les 
Gaules, date, d'après cet auteur, de l'an 91 de la même 
ère. Tous ces faits établissent à l'évidence que le numé- 
raire gaulois aux légendes citées ci-dessus sont d'une 
époque postérieure à la destruction du peuple éburon par 
les armées romaines. Il ne peut donc l'avoir fait frapper. 
Nous ferons observer en outre que ces monnaies ont été 

"S 

* On a alli'ibué aux Nerviens des monnaies à l'inscription Boduo... 
Celles-ci appnrliennent à une peuplade gauloise de l'Angleterre, comme Ta 
fait voir M. Evans, et non au chef des Nerviens, nommé Boduognac. 



— ibO — 

toujours découvertes en abondance dans le midi des Gau- 
les, jamais dans noire pays *. Sur le territoire éburon, 
on trouve des monnaies gauloises au clieval dégénéré du 
bige et au profil également défiguré d'Apollon, contrefaçons 
maladroites du stalère de Philippe, roi de Macédoine. 
Celles-ci n'appartenaient pas plus aux Eburons que le 
numéraire imité de la famille Marcia. 

On nous demandera sans doute si les légendes Eburo et 
Eburon n'indiquent pas l'Eburonie? A cette question, nous 
répondrons par une autre : Est-il établi que Eburo ou 
Eburon n'est pas un nom d'homme? Faut-il y voir forcé- 
ment celui d'un peuple? Pendant le haut moyen-âge, 
Eburon était encore un nom propre d'homme 2; un fait bien 
significatif semble confirmer cette thèse : c'est qu'au lieu 
û'Ebiiro ou d'Eburon, on lit parfois sur ces monnaies 
Auscro et Donniis, légendes qu'il est impossible d'inter- 
préter par un nom de peuple. Au surplus, César lui- 
même, en parlant des habitants d'Evreux, les nomme 
Aiilerci Eburones ^. 

Quant à la légende Durnacos, Diirnaciis ou Durnaco, 
elle désigne probablement un autre nom d'homme. Les po- 
pulations gauloises avaient, selon Strabon, deux chefs, l'un 
préposé à la direction des affaires civiles, l'autre à celle 
des affaires militaires. Cet usage paraît avoir été suivi 
par plusieurs populations germaniques de notre pays, 
et entre autres par les Eburons. A l'époque de l'inva- 
sion romaine, ils avaient à titre de chefs : Ambiorix et 
Cativulcus. 



* A Valence, on en n trouvé 300 à la fois. M. Ilucher, en rapportant ce 
fait, ajoute : * On les trouve en grandes niasses dans le Midi. » {Revue 
numism., 1853). 

* Wacters, loc. cil., p. 61. 
*Liv. VII, c. 75. 



— ihi — 

VII. 

liCS Atuatiques. 

Nous venons d'indiquer dans l'Eburonie la situation du 
territoire occupé par les Aluatiques. Quelle était la posi- 
tion de ce territoire? C'est une question dont nous allons 
faire l'examen. 

Sans vouloir discuter tout ce qui a été dit à ce sujet, 
ouvrons les écrits des anciens. ISous y trouvons, pour 
résoudre celle question, des éléments qui, combinés avec 
l'indication des limites assignées plus haut aux Eburons 
et du Pagus Hasbaniensis, permettent de fixer d'une ma- 
nière précise la position des Alualiques. 

Comme ils avaient conquis les lieux de leur séjour à 
la gauche du Rhin et sur les Eburons, il faut forcément 
admettre qu'ils occupaient une partie de l'Eburonie occi- 
dentale, et spécialement celle sise à la gauche de la 
Meuse '. S'ils avaient été établis à la gauche de ce fleuve, 
César n'aurait pas pu dire que la population la plus 
dense de l'Eburonie se trouvait entre le Rhin et la Meuse. 
En outre, si les Aluatiques avaient leur siège à la droite 
de la Meuse , César n'aurait pas dit que la population 
éburonne n'avait pas de forteresses ou d'oppida. point 
de garnisons; tandis qu'il constate chez les Aluatiques 
l'existence de plusieurs oppida ^. Aux renseignements 
fournis par le conquérant romain, Dion Cassius en ajoute 
un autre plus précis encore. Selon cet écrivain, les Alua- 
tiques étaient les voisins des Nerviens ^. Il y avait, en 
effet, dans le pays éburon une partie de territoire sise à 



* <• Atuaticis finilimis suis (Ambiorigis). » (Liv. V, c. 27). « In Alualicos 
qui eranl ejiis (Ambiorigis) regno finilimi. » (L. V, c. 38;. 

* Liv. II, c. 29. 

i' Dio Cissius, I. XXXIX. 



— 152 - 

côté de la Nervie et par conséquent à ia gauche de la 
Meuse. De plus, César constate qu'après avoir écrasé les 
Nerviens et leurs alliés sur les bords de la Sambre, il 
se rendit dans le pays des Atuatiques. Ceux-ci étant arri- 
vés trop tard au secours des Nerviens, s'en retournèrent 
immédiatement chez eux. Les Atuatiques devaient par 
conséquent habiter un pays non loin de la Sambre, rivière 
située dans la Nervie. Si les frontières des Atuatiques 
touchaient à ce pays, ils devaient occuper la partie de 
i'Eburonie sise entre la Meuse, les cours d'eau à partir 
de Marche-les-Dames jusqu'à Cour-Saint-Elienne, la Dyle 
et le Demer. Ces cours d'eau et la Dyle formaient les 
frontières des Nerviens. Au nord du Demer, se trouvaient 
les Eburons, dont le pays était situé, comme le dit César, 
au midi de la Meuse. Nul autre emplacement ne peut être 
assigné aux Atuatiques, à moins de récuser les témoigna- 
ges des écrivains anciens '. 

Cette peuplade est mentionnée une dernière fois au mo- 
ment du soulèvement des Eburons. A partir de cette 
époque, son nom n'est plus mentionné par aucun historien 
ni par aucun géographe. Les faibles restes de cette popu- 
lation, échappées à la destruction de Voppidum Attiatico- 
rinn, ont été comprises sans doute dans la proscription 
des Eburons. Elles ont probablement péri pendant le sac 
de ce pays. 



' V. plus haul, p. 141, ce que nous disons d'Alualuca et de la différence 
établie par César enlre le pays éburon el celui sur lequel ses chefs 



régnaient. 



— 153 — 
VII. 

I/'oppIdani Atnatlcoram. 

César nous apprend qu'en approchant du pays des Atua- 
liques, ceux-ci quitlèrent leurs oppida et se réfugièrent avec 
tout leur avoir dans un seul oppidum. Celle forteresse de- 
vait donc être située dans le pays tel que nous venons de 
le déterminer, ou bien il faudrait admettre qu'ils allèrent à 
Tétranger chercher un refuge, thèse contraire au dire de 
César. Il ne faut par conséquent pas la chercher ni à 
Beaumont, ni à INamur, ni à Ilastedon, ni à Bavai, ni à 
Binche, ni à Philippeville, dont les emplacements étaient 
sis dans la Nervie, ni à Anvers, ni à Bois-le-Duc, ni à 
iMonlaigu, où il n'y a pas de rochers, ni dans les endroits 
suivants, sis à la droite de la Meuse et par conséquent 
dans TEburonie à proprement parler, savoir : Limbourg, 
Juliers, Aix-la-Chapelle, Rolduc, Fauquemont, >yiltem et 
Wandre. 

De cet oppidum, César donne la description suivante, 
sans en faire connaître le nom : « Oppidum egregie na- 
» tura munilum, quod quum ex omnibus in circuitu par- 
» libus altissimas rupes despeclusque haberet, una ex parte 
» leniter acclivis adilus, in laliludinem non amplius ec 
» pedum relinquebalur ; quem locuni duplici allissimo 
» muro munierant : tum magni ponderis saxa etpraeacutas 
» trabes eis muro collocarant '. » 

Dans cette forteresse se trouvait réunie la partie la plus 
nombreuse du peuple atuatique. Les guerriers en tirent 
une sortie contre les Romains. Quatre mille des leurs 
trouvèrent la mort sur le champ de bataille. Le reste fut 
rejeté dans Voppidum. Le lendemain, les Romains en bri- 

» Liv. Il, c. 29, 

il 



— 154 — 

sèrent les portes, y entrèrent et vendirent tout ce qui s'y 
trouvait. Les acheteurs comptèrent 53,000 tètes ou escla- 
ves *. Ainsi disparut la plus grande partie de la race 
atuatique. La fraction du pays qui avait été ainsi dépeu- 
plée devait, par suite de cette circonstance, reprendre son 
ancien nom d'Eburonie. 

Quand nous disons que la plus grande partie des Atua- 
tiques s'était réfugiée dans Voppidtim précité, nous le 
disons avec intention. C'était la population habitant la 
partie orientale du pays. Les Atuatiques occidentaux ne 
s'y étaient pas probablement réfugiés ou bien ils s'en 
étaient retirés à temps. 

Voici les motifs qui nous font penser ainsi. Après la 
bataille de la Sambre, César se rendit immédiatement dans 
le pays des Atuatiques ^. Pour y arriver, il devait prendre 
le chemin le plus court et suivre à peu près la direction 
admise plus tard pour la route romaine de Bavai vers 
Maastricht, en passant par les parties méridionale et 
orientale du pays des Atuatiques. Toute la partie occi- 
dentale resta probablement intacte. Les preuves de ce fait, 
nous les trouvons dans les Commentaires. Lorsqu'Ario- 
viste, chef des Eburons, avait détruit dans les environs de 
Tongres les troupes romaines sorties d'Aluatuca et com- 
mandées par Titurius Sabinus et Arunculeius Cotta, que 
se passait-il? Le chef éburon partit sans retard avec sa 
cavalerie, ordonna à l'infanterie de le suivre, et chevau- 
chant toute la nuit, il arriva chez les Atuatiques ^. Cette 
course pendant une nuit entière fait supposer à bon droit 
que de Tongres il s'était dirigé vers l'occident, c'est-à-dire 
vers la partie de la population atuatique habitant à l'ouest 



» Liv. M, c. 33. 
2 Ibid., c. 29, 30. 
» Liv. V, c. 38. 



— 155 — 

de leur pays, et qui n'avait pas été vendue lors de la prise 
de V oppidum. 

Si toute la partie orientale de TAtuatique n'avait pas 
été dépeuplée par suite de la prise de Voppklum, Ambiorix 
n'aurait pas dû se déplacer et faire une course à cheval 
pendant une nuit entière pour rejoindre cette population. 
Près d'Aluatuca, où il venait d'écraser les Romains, il était 
dans le pays des Atuatiques, bien entendu dans la partie 
orientale. 

Un fait cité par le proconsul corrobore entièrement notre 
thèse. Ambiorix, dit-il, se trouva le lendemain dans la 
Nervie. Lorsque le chef éburon était arrivé pendant la 
nuit dans l'Atuatique occidentale, il devait seulement tra- 
verser le lendemain la Dyle pour arriver en plein pays 
nervien. Là il excite les populations à se soulever contre 
les Romains. Toutes se réunissent. Elles vont attaquer le 
camp de Cicéron, placé soit à Assche, soit à Caester, et 
par conséquent à l'occident d'Atuatuca. 

De tous ces faits il résulte clairement que Voppidiim 
Atuuliconim était situé dans la partie orientale de leur 
pays. Celle-ci possède en effet plusieurs sites et plateaux, 
soutenus par des hauts rochers à nu, qu'on ne retrouve 
pas dans la partie occidentale. Parlant il ne faut pas le 
chercher à Kessel-Loo *, colline dépourvue des rochers 
dont parle César, et sise dans la partie occidentale de 
l'Atuatique. Cette forteresse ne pouvait se trouver ni dans 
la JVervie, ni dans l'Eburonie à proprement parler. Elle ne 
pouvait être celle d'Atuatuca, opinion que nous avions 
partagée avec plusieurs auteurs modernes, mais à laquelle 
il faut renoncer en présence du texte de César. Sans doute 
Atuaca, aujourd'hui Tongres, était une position militaire 
remarquable; mais aucun des détails, donnés par César, 

• WiUTERS, loc. cit., p. 103. 



— 156 — 

ne convient à cet ancien camp. Si l'emplacement en est 
grand, il n'a pas les hauts rochers mentionnés par César, 
et qui l'entouraient de toutes parts, sauf d'un côté seule- 
ment. A Tongres, il n'y a pas de rochers, ni grands ni 
petits, pas même de précipice. La place n'est pas fortifiée 
par la nature, comme le général romain le dit à propos de 
Voppidian Atuaticorum. A Tongres, tout est dû à la main 
de l'homme. 

C'est donc dans la partie orientale de l'Atuatique que se 
trouvait Voppidum précité. Un emplacement semblahle a 
été indiqué par M. von Goler au Mont-Falise, près de 
Huy. La description de celte localité concorde assez bien 
avec celle de César. Un seul point y manque : le Mont- 
Falise est situé près de la Meuse et César ne fait pas men- 
tion du fleuve, qu'il aurait dû traverser par les travaux de 
circonvallation dont il avait entouré Voppidum. 

Mais le proconsul disait-il tout? Asinius PoUio lui re- 
prochait, d'après Suétone, certaines négligences que l'on 
comprend facilement. Il décrivait un pays inconnu, tou- 
jours agité par les soulèvements des populations. Constam- 
ment assailli par des ennemis redoutables, il devait se 
préoccuper plus de la guerre que de détails lopographiques. 

Nous n'avons cependant pas la prélenlion de faire passer 
le Mont-Falise pour Voppidum Atuaticorum. Il reste en- 
core à examiner si ce plateau pouvait recevoir une popu- 
lation de 57,000 âmes avec ses chariots, sou bétail, ses 
provisions, etc. Assurément une population d'un chiffre 
aussi élevé, ne pouvait trouver place avec tout son avoir 
sur le plateau de Voppidum sis à Ilastedon, qui comprend 
seulement trois hectares. Il nous suffit d'avoir circonscrit 
le pays dans lequel se trouvait la forteresse. 

Ch. Piot. 

« Liv. n, c. 29. 



137 — 



LA PEINTURE ET LA SCULPTURE A MALINES. 



PEEMIERE PABTIE. 



LES PEIN'TRES ]VX^LI]SrOIS, 



notice Biiv la fûmille ^cs petntrca ^ais et sixx 
celle îreô i;rottcl)ogô. 

Les Hais. 

Au XVII^ siècle, la peinture revêtit un caractère neuf et 
diamélralenienl opposé à celui qui avait jusqu'ici disliiigué 
les productions des siècles précédents; les types svelies 
el idéaux de l'époque ogivale disparurent devant des figures 
amples, malérieiles el plus réalistes; les touches finies et 
délicates des pinceaux de l'ancienne école cédèrent le pas 
aux coups de brosse larges el vigoureux des enfants de la 
Renaissance et des iniiialeurs de Rubens. Cependant cette 
phase nouvelle, dans laquelle était entré notre art national, 
n'interrompit point la période qu'il avait inaugurée depuis 
van Eyck; au contraire, un autre ère de gloire allait com- 
mencer, elle devait même devenir plus brillante que la 
première, grâces aux grands maîtres qui commandaient 
le mouvement el à la foule d'artistes secondaires qui leur 
obéissaient. Dans la pléiade de ces peintres de l'école mo- 



— 458 — 

derne, la ville de Maiines, soutenant son renom artistique, 
apporta un précieux contingent, car c'est elle qui fournit, 
outre les descendants de iMichel Coxie dont nous avons 
déjà parlé, des maîtres habiles et nombreux, parmi les- 
quels nous devons citer en premier lieu les Hais, les 
Franchoys, les Moreels et d'autres d'un mérite moins 
transcendant. 

Celte révolution dans le style pictural ne fut évidem- 
ment, pas plus ici que dans la sculpture et dans l'archi- 
tecture, l'œuvre d'un jour; mais elle s'était préparée peu 
à peu et elle n'éclata ouvertement qu'après avoir passé 
par des transformations graduées. Ces phénomènes de 
moiliflcations lentes peuvent surtout être observés dans les 
œuvres des trois Franchoys que nous nous proposons 
d'étudier; car le premier Franchoys appartenait encore 
par son éducation au XVI^ siècle, dont il conserva, quoi- 
que avec des altérations, les allures distinctives, tandis 
que son fils, disciple de Rubens, avait adopté sans réserve 
la manière nouvelle. 

Avant de parler des Franchoys, nous ne pouvons nous 
défendre de dire un mot d'un peintre plus important qu'eux, 
de Frans Hais, dont la renommée grandit encore chaque 
jour. 

Frans Hais est, sans contredit, comme talent le chef de 
cette famille, qui produisit François Hais H, Thierry ou 
Dirik Hais, Guillaume Hais, Jean Hais et Nicolas Hais. 
Jusqu'à ces derniers temps, Frans Hais et les siens ont été 
considérés comme Malinois; mais aujourd'hui non seule- 
ment on conteste à la ville de Maiines l'honneur d'avoir 
donné naissance au premier, mais on tend même à enlever 
la nationalité belge aux seconds. Ces tentatives faites par 
des auteurs recommandables sont de bonne guerre et par- 
lent d'un louable sentiment de patriotisme ou d'amour du 
clocher. Nous regrettons infiniment ne pouvoir ici, à dé- 



— 159 — 

faut d'espace, entreprendre une élude approfondie sur celte 
race éminenle, car Frans surtout est une figure trop im- 
portante pour être appréciée en quelques lignes. Nous nous 
bornerons donc aujourd'hui à émettre quelques considé- 
rations sur la famille Hais en général; nous prouverons 
qu'elle est de souche malinoise, voulant ainsi, pour le 
moment, poser acte de propriété et pour ainsi dire inter- 
rompre une prescription, dont le résultat serait de nous 
enlever un de nos plus illustres concitoyens. 

Frans Hais naquit, semble-l-il, accidentellement à An- 
vers. Si ce fait est vrai, le grand peintre est Belge par la 
circonstance de sa naissance; et si sa famille est malinoise, 
ce que nous ne douions pas, cet artiste ne nous est pas 
plus étranger que P. P. Rubens, qui vit le jour à Siegen 
d'un père et d'une mère flamands et anversois. 

M. van der Willigen, dans son ouvrage : Geschiedkun- 
dige aanteekeningen over de haarlemsche Schilders, p. 1 16 
et suivantes, s'est proposé d'établir que les Hais sont d'une 
famille connue à Haarlem depuis le XIV^ siècle. Cette 
objection est très-sérieuse et nous ne pouvons mieux y ré- 
pondre qu'en établissant par pièces authentiques, de notre 
côté, que les Hais résidaient à Malines au XVI^ siècle, vers 
l'époque de la naissance des peintres qu'elle produisit. 

Quant à la remarque qui consiste à dire que Frans 
Hais est nommé tantôt Frans de Haarlem, tantôt Frans 
d'Anvers, elle nous paraît peu sérieuse, car les qualifica- 
tions de cette nature sont communes et il en a été fait 
justice. Même dans ce cas-ci, cette appeiation aurait d'au- 
tant moins d'importance, qu'entre les deux surnoms il ne 
pourrait y en avoir qu'un seul qui soit dans les termes 
de la vérité. 

Nous constatons la présence de la famille Hais à iMalines 
non seulement vers le moment critique, qui est celui de la 
naissance de Frans (1384), mais encore longtemps avant 



- 160 — 

celte époque. Nous pouvons donc parfailement tenir les 
Hais comme issus de sang malinois. 

Dès 1528 habitait à Malines Pierre Hais, lequel reçut 
en sa demeure, probablement une auberge, Severin Norby, 
un des serviteurs dévoués à Chrisliern H de Danemarck '. 

Quand nous ouvrons les registres aux adhérilances de 
Malines, nous y trouvons à Tannée 1487 la mention d'un 
Jacques Hais, lequel avait pour épouse Catherine Gheraerts. 

Plus loin, à la date du 25 mai 1560, nous recueillons 
le passage suivant : Franchois Hais, Pester Hais elck over 
hen selven ende de voirscrevene Peeler vervangende Maria 

Hais zyn siister als erfgenamen onder bénéficie van 

invenlaris van wylen Peeler Hais.,.. 

Dans ce dernier acte, nous relevons déjà un personnage 
porteur des mêmes nom et prénom que le grand artiste. 
Ce fait pourrait faire croire qu'il existait en ces deux ho- 
monymes un lien de parenté des plus étroits. 

Le registre aux décès de la paroisse de Saint-Jean à 
Malines, porte les annotations funèbres suivantes : 

1549. Peeter Hais, xxvi january. Gegraven op viii li- 
bers exsequie ghecelebreert xxii augusty op ii libers want 
daer niet en was. 

1559. Jan Hais, m" May. viii libers. 

1563. Peeter Hais, jonge gheselle. xif July. viii libers. 

1570. Franssen Hais, gestorven viii May. iv libers. 

Les extraits qui précèdent prouvent à l'évidence que la 
famille Hais était fixée à Malines; ils corroborent singulière- 
ment l'asserlion de tous les anciens auteurs, qui assurent 
que Frans Hais vit le jour à Malines, opinion que l'on ne 
peut point traiter de gratuite et pour laquelle ceux-ci doi- 
vent avoir eu d'excellents témoignages contemporains. 



' Comple (ie ce que Sëverin Norby a dépensé à M;ilines niiez Pierre Unis 
en 1528. Voir Altmever, Isabelle d'Autriche et Chrisliern II, article inséré 
dans ie Trésor nalional. 



161 — 



Les Franchoys <. 

Bien qu'inférieurs à Frans Hais, les deux Lucas et 
Pierre Franclioys n'en tiennent pas moins un rang hono- 
rable dans la série de nos meilleurs artistes. Confondus 
dans la foule des grands peintres du XVII* siècle, les 
Franchoys ne furent point appréciés comme ils auraient 
dû Têlre, ni comme ils l'auraient été s'ils eussent apparu en 
tout autre temps. Ainsi le hasard, qui favorisait nos artistes 
en les rendant contemporains de Rubens et de van Dyck, 
fui cause aussi que le renom des chefs de lécole éclipsa 
quelque peu les mérites de ceux qui vivaient autour d'eux. 

§ 1. Luc Franchoys, dit le Vieux. 

Luc Franchoys, dit le Vieux, naquit à Matines le 
23 janvier 1574, d'une honorable famille qui s'était flxée 
à iMalines en 14-G8 : 

Cornélius Franchoys, filius quondam Johannis van 
» Anlwerpen eflfeclus est subditus. xii oclobris lxviii 2. » 

Il élait fils de Corneille, qui eut aussi une fille, Cornélie 
Franchois, née en 1582 : celle-ci épousa d'abord Henri 
Fayd'herbe, sculpleur; de celte union naquit le célèbre 
statuaire Luc Fayd'herbe. Elle convola en secondes noces 
avec un autre artiste, enlumineur et sculpleur, Maximi- 
lien L'Abbé. 

Luc Franchoys fil ses premières éludes d'art dans sa 
ville naiale, où il fui admis dans l'association de Saint-Luc 
en 1599. Plus lard il quitta sa patrie pour parcourir les 
pays méridionaux. Nous le retrouvons aux cours souve- 



* Les biographies du Francho5's ont été Irailées par Hoiibraken, Weyer- 
man, De Bie, Deseamps, Kramm, Immerseel, Micliiels, etc. 

* Registre de la Poorlerye. Archives de Matines. 



— 162 — 

raines de France et d'Espagne, investi dans l'une et dans 
l'autre des fonctions de peintre du roi. 

Pendant ces voyages, l'artiste travailla activement et 
réunit des sommes relativement considérables; mais malgré 
ses succès, son cœur le rappelait au sol natal et après six 
années d'absence il rentra à Malines. Ici de nouveau Fran- 
cboys s'appliqua à cultiver son art, et peignait surtout 
pour les chambres des métiers et pour les bôlels privés. 

La peinture du portrait fut le genre principal auquel 
Luc se consacrait; cependant, mais moins souvent, il trai- 
tait les sujets d'histoire ou de religion. 

Le î 3 janvier I6O.0, il épousa dans l'église métropoli- 
taine de Malines Catherine du Pont, dont il eut trois filles 
et deux flis. Ces derniers marchèrent sur les traces de leur 
père. Notre peintre, qui avait été choisi, le 24 janvier 1616, 
comme proviseur de la nouvelle confrérie du Rosaire à 
Saint-Jean, sa paroisse, fut aussi doyen de la gilde de 
Saint-Luc en 1615, 1623, 1652, 1654, 1657 et en 1640. 

D'après le poële-biographe de Bie, Franchoys serait dé- 
cédé le 16 septembre 1654; cette date est erronée et résulte 
probablement d'une transposition de chiffres, car L. Fran- 
choys mourut dans la paroisse de Saint-Jean à Malines, le 
16 septembre 1643, et il fut enterré dans celte église le 
18 suivant. 

L'année même de son décès, le 20 juillet, il légua à ses 
deux fils ses esquisses, ses dessins, les œuvres d'art, gra- 
vures et livres qu'il possédait *. 



* Comp M. Lucas Franchois en jiiffr. Catharisa Dcpom man en vrouw my 
noiaris bekeni , hcbben verclaerl dat Peeter en Lccas luinne sonen elck 
besoiiderlyck syn liebbende sckere sluckken, scliilJeryen, schelsen en leec- 
keningcn by liun soo hier als elders buyten tyds gedaen oft vercregen, de 
welcke hun ooek sullen volgcn sonder tegensefjgen van iemanden, ende om 
eenichsins de selve le bcloonen van de goede en proCielyck dienslen by de 
selven aen liun gedaen, soo liebben de coinparanlen mellen levende lyve 
âon'Jer eenig wederroepen en gegevcn aen de selve Peeler en Lucas Fran- 



— 163 — 

Luc Fraiiclioys, au témoignage unanime de ses contem- 
porains, avait une manière de peindre fort agréable et un 
dessin correct. Sa couleur et son style portent la trace de 
la fin (lu XVI^ siècle; il apparlietit à la période de transi- 
tion. Ces qualités peuvent être observées dans la Descente 
du saint Esprit sur les apôtres, tableau placé à Saint-Jean 
à Malines, dans la chapelle du Saint-Esprit. Ce panneau, 
d'un ton assez fin mais froid, est la pièce centrale d'un 
triptyque, auquel Luc le Jeune, son fils, ajouta en 1671 
deux volets. 

Le musée d'Anvers, n°^ 2S9 et 260, possède deux ta- 
bleaux que le catalogue attribue à Luc le Vieux, mais ces 
productions sont de la main de Luc le Jeune, comme nous 
le verrons plus loin. 

L'église de Saint-Bavon à Gand, croil-on, possède des 
peintures de ce peintre. Voici ce que dit à ce sujet 
M. Kervyn de Volkaersbeke (Les Églises de Gand, t. I, 
p. 1 15) : « Sacristie de Saint-Bavon : tableau sur panneau 
» représentant le Christ mort sur les genoux de sa mère. 
» Cette œuvre, dont le faire accuse une main habile, est 
» signée L^ 1610; ce qui a fait supposer qu'elle est de 
» Lucas Franchoys le Vieux. Il serait difficile de dire si 
» cette supposition peut être considérée comme une certi- 
» tude, attendu que les travaux de ce peintre sont rares. 
» Dans ce tableau, le donateur est agenouillé devant un 
» prie-Dieu. » 

Le musée de Malines, n° 29, renferme de Luc le Vieux 



chois elck voor de elfl aile de prinlen, leekeningen en schelsen op papier 
gedaen, geen geresservcerl, oock l' scbililorboeck, s' landjuwee! van Ant- 
werpen, V caerl boeckjen van den wereld en V boeck gcheelen Tonneel van 
Keysers en Koninghen die sy coraparanten syn bebbende om duar niede te 
doen liunne libère en vrye belieflc sonder dal sy daci' voren aen hunne 
susiers iets suiien nioelen goed doen, welcke voorsc. Peeter en Lucas liier 
mede zyn gecompareert en hebben de voorsc. gunste dauckelyck geac- 
cepleerl. 



— 164 — 

un excellent portrait à mi-corps de Philippe Snoy, com- 
mune-maître de Malines, ciief-homme des hallebardiers. 
Anno 1619. /Etat. 47. H. 1,10 m. L. 0,78 m. Bois. 
^Indicateur chronologique (\6'20), p. 31, nous apprend 
que L. Franchoys peignit le portrait de ce bourgmestre et 
celui de Marie van der Dilft, sa femme, au prix de 60 flo- 
rins, mais qu'à cette date le second de ces tableaux n'était 
pas achevé '. 

Autrefois il existait dans l'église de Saint-Jean une 
Sainte Agathe du même artiste. 

L. Franchoys reçut de l'église de i\otre-Dame à Malines 
77 florins et 1:2 sous pour peinture et dorure appliquées à 
de nouvelles bannières ^. 

Luc le Vieux eut pour élèves ses deux fils Luc et Pierre, 
et Antoine Lmbrechts, qui entra dans son atelier le 2o dé- 
cembre 1604. 

Catherine du Pont, femme de Luc Franchoys, fut en- 
terrée dans l'église paroissiale de Saint-Jean le 3 septem- 
bre 1654. L'une des tilles de Franchoys, Martine, épousa 
Eloi Bonnejonne, assez bon dessinateur, peintre et caril- 
loiieur de la ville de Malines. Ce personnage, natif de 
Chàtelel, apprit à dessiner sous la direction de son beau- 
père; il entra dans le métier des peintres en 1650, et en 
1637 il dirigeait lui-même un élève, nommé Guillaume 
VAN Hooi. 

Lorsque Bonnejonne était carilloiieur de Sainl-Rombaul, 
il surveilla la refonte de la plupart des cloches du carillon, 
opéraiion qui fut l'aile par Pierre Heinony, d'Amsterdam, 
en 1674. 

Après le décès de Martine Franchoys, survenu le 



* Arrhivex de Matines. 

* Compies lie la confrérie de Nolre-Darae à l'église de Noire-Dame au- 
delà de la Dyle, I65()-IG43. 



— 165 — 

23 mai 1653, Luc Franchoys le Jeune el Jean Berincx 
procédèrent, en 1663, à Tévaluation des tableaux, gra- 
vures et dessins que possédait Bonnejonne; ces œuvres 
d'art furent estimées par eux à 1318 florins. Peu de temps 
après, le 26 avril 1663 le peintre-musicien fut fiancé, à 
Saint-Rombaut, avec Elisabeth Claes; le curé de Bon- 
heyden bénit leur union le 3 mai 1663. La mariée était 
veuve de Gaspar Bessemers, drapier. 

Bonnejonne mourut à Maliues, rue de Beffer, le 21 oc- 
tobre 1695. Il possédait la maison où il mourut et en avait 
une autre à Châlelet. De son premier mariage il eut un fils 
et deux filles. 

§ 2. Pieire Fratichoys. 

Pierre, fils de Luc Franchoys et de Catherine du Pont, 
vint au monde à Malines le 20 octobre 1606; il fut baptisé 
le lendemain à Saint-Rombaut. 11 décéda célibataire, dans 
la paroisse de Saint-Jean, le 11 août 1654 et fut inhumé 
dans l'église. 

Cet artiste reçut les principes de l'art de son père, et il 
ne tarda pas à faire des progrès rapides sous une direction 
aussi dévouée. Le jeune peintre s'appliqua naturellement 
au genre qu'il voyait cultiver sous le toit paternel. Il 
était déjà très-avancé dans la peinture du portrait et dans 
celle de l'histoire, lorsqu'il quitta Malines pour suivre les 
leçons de Gérard Seghers, à Anvers. 

Cependant dès 1655, Pierre était revenu à Malines, car 
le 28 juillet de cette année il présenta avec son père une 
requête au Magistrat pour demander la libération de la 
garde qu'exigeaient d'eux les doyens de l'arc, malgré une 
exemption accordée à Luc le Vieux et à sa famille le 
26 juillet 1605. 

A dater de son séjour à Anvers, Pierre Franchoys mo- 



— 166 — 

difia son genre et s'appliqua davantage à traiter les petits 
sujets. Ses talents furent bientôt appréciés dans la métro- 
pole de l'art flamand, et plusieurs paysagistes de renom 
confièrent à l'élève de Seghers l'exécution des figures de 
leurs tableaux. Néanmoins Franchoys continuait à tra- 
vailler pour son compte et il produisit différentes petites 
compositions qui lui valurent les félicitations des amateurs. 

Peintre infatigable et désireux de se perfectionner, Pierre 
abordait tous les genres : il s'acquit une grande célébrité 
dans la peinture du portrait de toute dimension, si bien 
que quelques anciens auteurs ne craignent point de com- 
parer son savoir-faire à celui de Gonzalès Coques. Le 
genre auquel il fut le moins fidèle est le paysage avec figu- 
res, qu'il abandonna bientôt, 

La renommée de Francboys grandissant chaque jour, 
différents princes et hauts personnages se firent portraire 
par le maiire malinois : l'archiduc Léopold le retint à ses 
ordres et l'honorait d'une estime toute spéciale. Sur la 
demande de plusieurs seigneurs français, notre artiste se 
rendit à Paris, où il réalisa des bénéfices considérables. 
Mais Pierre n'eut pas plus que son père la force de rompre 
avec les souvenirs de la patrie, il revint donc à Malines, 
où il fut inscrit membre du serment de l'arc en 1646. Ce 
ne fut cependant qu'en 1649 qu'il fut reçu franc-maître 
dans la jurande des peintres, ses compatriotes. 

Franchoys, dont les pinceaux étaient si appréciés, jouis- 
sait en même temps de l'amitié de tous ceux qui l'appro- 
chaient : un visage ouvert, un esprit vif et cultivé, des 
manières distinguées et un cœur d'or faisaient de lui un 
type accompli. Aux avantages naturels, il joignait une 
profonde connaissance de la musique et il jouait avec grâce 
de divers instruments. 

Le portrait de P. Franchoys figure dans l'ouvrage de 
De Bie; c'est une gravure in-4°, par Conrad Waumans, 
d'après une peinture de Luc Franchoys le Jeune. 



— 167 — 

Les œuvres de Pierre Franchoys se clislinguent par une 
originalité d'autant plus remarquable qu'elle est jointe à 
un goût exquis. Ses compositions sont faciles, et son des- 
sin, empreint de fermeté, respecte la loi des proportions. 
Son coloris est pur et léger et donne à ses tableaux un 
aspect spécial de gailé et de fraicbeur. 

Les productions de ce maître deviennent rares aujour- 
d'hui. L'abbaye de Tongerloo possède un portrait sur 
panneau d'une prieure du Jardin reclus de Notre-Dame 
d'Herenlals; cette œuvre suffirait, semble-t-ii, pour établir 
la réputation d'un artiste. 

Descamps parle avec éloge d'une composition de Fran- 
choys, figurant le Christ crucifié, exposé dans l'église de 
Saint-Gommaire, à Lierre. Le peintre traita le même sujet, 
mais d'une façon différente, pour une église de Liège. 

Le Musée de Malines (n° 57) possède le portrait de Luc 
Fayd'herbe, par P. Franchoys. H. O-»,?!, 1. 0'°,48; toile. 
Notons que, d'après le catalogue, ce tableau est attribué 
par erreur à Luc Franchoys le Jeune. 

Au iMusée de Lille figure le portrait de Gilbert Mutsaerts, 
prémontré, prévôt du prieuré de Leliendael, à Malines. 
Grandeur nature, signé : Peeler Franchoys pinxit 164o. 

Au Musée de Dresde, on voit un tableau représentant 
un homme d'armes tenant un pistolet, signé : P"^ Francoys 
pinx. 

Dans l'église de Sainte-Catherine, à Malines, il y avait 
jadis un paysage de Louis de Vaddere, dont les figures 
étaient peintes par P. Franchoys. A Saint-Jean, à Malines, 
on trouvait également de notre artiste une Sainte Agathe, 
à mi-corps. Dans la salle du chapitre de Saint-Rombaut 
était placée autrefois une grande composition, Ogurant la 
Mission de Saint Rombaiit, Dans cette toile, Franchoys 
avait réuni les portraits de tous les chanoines vivant au 
moment de l'achèvement de l'œuvre. 



— i68 — 

Voici les tableaux perdus de P. Franchoys qui ornaient 
les couvents de Malines. 

Aux Carmes chaussés, un Saint guérissant un aveugle. 

Au monastère de Blydenbergh, une grande scène, où 
figuraient saint Augustin et d'autres saints de sa règle. 
Une autre grande composition dans laquelle étaient grou- 
pés deux Pères de l'Eglise; Pierre Franchoys s'était dépeint 
lui-même dans cette pièce sous la figure d'un assistant 
portant une tiare. 

A l'église claustrale de Béthanie, quatre grandes pein- 
tures représentant les Pères de l'Église. 

Dans les ventes de tableaux faites à Malines, nous 
trouvons de Pierre Franchoys : 

Vente du chanoine Stevart, i751 : Saint Pierre en 
pied, d'après Th. van Loon. Une Vierge avec le Sauveur 
mort sur les genoux, dessin d'après A. van Dyck. 

Vente de P. Peeters, curé du Béguinage, 175G. Ecce 
Homo devant Pilate, vendu 7 florins 10 sous. Mater do- 
lorosa, d'après A. van Dyck. 

Vente de M. van der Linden, i7o6. Une tête de fille. 

Vente de M. du Sart, 1857. Portrait. 

Vente de M. de Raedt, 1839. Portrait dliomme. Hau- 
teur 0™,66. Largeur O^^sGO. Portrait dliomme. H. 0™,66. 
L. 0™,b2. Toile. 

Vente de M"'' du Sart, 18S4. La Sainte Vierge et la 
Sainte Trinité, entourées de fleurs par Seghers. FI. 0"\92. 
L. 0™,68. Vendu 249 francs. — Portrait dliomme. 
H. 0'",59. L. 0'",49. 

Pierre Franchoys s'occupait également de gravure. Dans 
ce genre, il nous a laissé : 

L'Enfant Jésus et saint Jean-Baptiste jouant ensemble; 
P" FnANCOYS fecit. H. 4 pouces 5 lignes. L. 4 pouces, 
mesure de France. Très-rare. 

Quatre anges, fond paysage. In-8°. 



— 169 — 

Quatre amours s'amusant à faire des bulles de savon 
sous le feuillage. H. â- p. 10 lignes. L. 3 p. 4 lignes, me- 
sure de France. Très-rare. 

Portrait de vieillard, mi-corps. In-8°. 

§ 3. Ltic Franchoys, dit le Jeune. 

La nature, qui avait déjà si généreusement doué les 
deux peintres Luc et Pierre Franchoys, n'avait pas encore 
épuisé les bienfaits qu'elle réservait à celte famille d'ar- 
tistes, car à celte souche privilégiée appartient Luc Fran- 
choys le Jeune, fils de Luc le Vieux et de Catherine 
du Pont. 

Luc Franchoys le Jeune fut baptisé dans l'église métro- 
politaine de Malines le 28 juin 1616. Cet enfant, que son 
prénom prédestinait pour ainsi dire à l'art, répondit 
dignement aux espérances de ses parents. Le vieux Fran- 
choys, tenant à guider la main de son flis, l'initia de bonne 
heure au genre qu'il traitait lui-même de préférence. - 

Profondément pénétré du sentiment artistique, le jeune 
peintre flt de si rapides progrès que bientôt la dislance 
qui séparait le maître de l'élève s'effaça; le père et le fils 
dès lors s'associèrent dans leurs travaux : le premier 
peignait les têtes de ses portraits, taudis que le second se 
chargeait des draperies. 

Après avoir travaillé pendant plusieurs années sur le 
même chevalet que son père, le jeune homme sentit son 
ambition s'éveiller; il comprit que son talent avait besoin 
de se développer par une étude plus variée et sur un plus 
grand théâtre. Alors il quitta sa ville natale et il obtint la 
faveur d'être admis à l'école de P. P. Rubens. Nous igno- 
rons jusqu'à quand il resta sous celle direction, mais il 
résulte d'une contestation qui s'élait élevée enlre Jean van 
Paesschen et son beau-frère Luc Franchoys, qu'en 1649 

i8' 



— 170 — 

van Paesschen avait dépensé 537 florins et 1 sou pour le 
linge et Tentrelien de Luc qui habitait alors chez lui à 
Malines et auquel il avait prêté 14 florins pour entrepren- 
dre un voyage à Tournai. 

Il fit à Anvers un séjour assez long, y déplorant de plus 
en plus le temps qu'il avait perdu à IVIalines; mais sa téna- 
cité, le talent de son maître, l'émulation des élèves, lui 
firent bientôt regagner les heures qu'il regrettait. Sous ces 
influences, il abandonna la peinture des petits sujets qu'il 
avait pratiquée chez sou père et il s'appliqua tout entier 
au genre historique. 

Luc réussit au-delà de ses espérances, car il avait le 
génie de la conception et il comprenait la hardiesse du 
pinceau et la vigueur du coloris de Rubens. 

Malgré son succès, l'artiste ne cessait de travailler, 
d'étudier et de comparer les œuvres de ceux qui l'entou- 
raient, tels que van Dyck, Jordaens, Thyssens et Jean 
Bockhorst. Ce dernier particulièrement semble avoir cap- 
tivé l'attention du jeune peintre; on trouve même que le 
coloris des volets, qu'il exécuta pour le tableau peint par 
son père à l'église de Saint-Jean, à Malines, se rapproche 
de la manière de Bockhorst. 

Profondément passionné pour son art, il ne craignait 
point d'entreprendre des courses longues et à pied, quand 
il s'agissait d'étudier la main de quelque maître nouveau. 

Malheureusement Franchoys n'avait pas assez de con- 
fiance en lui-même. Souvent il observait tellement les 
productions de ses contemporains, qu'il en arrivait à per- 
dre son originalité propre; c'est là un reproche que l'on 
adresse avec raison à quelques-uns de ses tableaux. 

Quittant Anvers, Luc Franchoys revint à Malines, où il 
fut incorporé dans la gilde des peintres le 15 mars 1655, 
et en 1663 il devint doyen de cette compagnie. En 1654, 
il avait été enrôlé dans le serment de l'Arc. 



— 171 — 

Les travaux de Franclioys ne furent que trop souvent 
faiblement rétribués, et sa position de fortune était pré- 
caire. Ces circonstances décidèrent le peintre à visiter la 
France, où son père et son frère avaient laissé de si hono- 
rables souvenirs. Ce voyage lui réussit pleinement et il 
exécuta bon nombre de portraits pour des gens de cour. 
Ainsi Luc put entrer dans sa patrie muni de ressources 
nouvelles. 

Pendant le séjour de Franclioys en France, Jean Ver- 
hoeven, bon peintre mais d'un caractère envieux, s'était 
acquis une certaine renommée à Malines. Verhoeven, re- 
doutant le retour du compatriote, dont il appréciait le 
talent, mit tout en œuvre pour nuire à son rival, ne dé- 
daignant pas même d'avoir recours à la calomnie. Malheu- 
reusement Francboys, qui n'avait point la force d'âme de 
Rubens, lequel méprisa jadis les tracasseries que lui avait 
suscitées Abraham Janssens, engagea la lutte et se créa 
ainsi une foule de difficultés. 

L. Francboys eut le bonheur de plaire aux Carmes 
chaussés, ses voisins, pour lesquels il peignit beaucoup. 
L'archevêque Alphonse de Berghes, qui avait également 
une grande bienveillance pour notre artiste, le choisit 
comme son peintre et le combla de bienfaits. Le prélat, 
sachant que les ressources pécuniaires de son protégé 
étaient fort minces, lui procura un office à l'église de Saint- 
Rombaut; cette fonction, qui était celle de balayeur, n'était, 
bien entendu, que titulaire et n'avait d'autre but que de 
libérer ainsi Francboys de certaines charges communales, 
et de lui permettre de jouir des privilèges et des exemp- 
tions dont jouissaient les suppôts du chapitre métropolitain. 

Houbraken se trompe lorsqu'il dit que Francboys vécut 
célibataire. Il est vrai cependant qu'en 1660, époque où 
cet auteur écrivait, le peintre n'était point marié et qu'alors 
encore tous ses amis pensaient bien qu'il ne se serait 



— 172 — 

jamais décidé à prendre femme. Du reste, la vie privée 
de l'arlisle ne fut point toujours exempte de reprociies, 
et lui-même, dans ses conversations, affirmait fréquem- 
ment qu'il avait le mariage en horreur. Mais vers l'âge 
de soixante ans ses dispositions changèrent, et le 2 fé- 
vrier 1668, Luc Franchoys épousa à Saint-Rombaut une 
fraîche paysanne de Wavre- Sainte- Catherine, nommée 
Anne Thérèse, dite aussi, Susanne van Wolschaeten. Les 
traits de cette femme servirent fréquemment au peintre 
comme type pour ses figures de Vierge. 

L'union fut heureuse et donna naissance à huit enfants, 
dont cinq et la veuve survécurent au peintre. L'un des fils 
de Franchoys, Luc Elie, se livra également à la peinture, 
et alla étudier les maîtres italiens à Rome; mais malgré 
les peines que le jeune homme se donna, il ne parvint 
jamais à s'élever à la hauteur d'un des artistes de son nom 
et il mourut peu connu. 

Luc Franchoys mourut à IMalines le 3 avril 1681, dans 
sa maison située rue des Vaches; cette demeure était la 
quatrième à compter du coin de la rue Corte Biest et tou- 
chait par la cour au couvent des grands Carmes. 

Il fut enterré le jour du Vendredi-Saint, 4 avril, vers le 
soir, dans l'église de Saint-Jean '. 

Au moment de mourir, Franchoys avait encore sur le 
chevalet un tableau destiné aux Jésuites de Malines, et dont 
le sujet se rapportait à un é|)iso(le de la vie de saint Fran- 
çois-Xavier, et une autre toile, Agar dans le désert. En 
même temps se trouvait dans son atelier un tableau ébau- 
ché, destiné à l'église de VVavre-Nolre-Dame; dans la suite, 
Egide Smeyers acheva cette composition. 

' t68l, 4 avril. Deposilus est in leinplo Lucas Franchois, marilus Tlie- 

resi.te van VVoIscliaet. Dcposilio cjus fuit habila in <iie vcncris licb<loniiitlae 

sanclae el ideo occulte. 

{Obiluaire de Saint-Jean). 



— 173 — 

Après le décès de l'arlisle, les pièces de sa main qui 
restaient dans son atelier, mises en adjudication publique, 
rapportèrent aux héritiers une somme de 1634 florins 
2 sous 1 denier. Outre ces toiles, il restait encore dans 
l'actif de la mortuaire un Saint Jérôme, peint par Ant.van 
Dyck ; un épisode de r histoire d'Alexandre, par Thomas 
Willehorls dit Bosschaerts; ces tableaux étaient déposés en 
gages chez le conseiller van den Venue, en garantie d'une 
somme de 121 florins avancée à Franchoys par ce fonc- 
tionnaire. Les enfants possédaient de plus un Saint Martin 
par Babuer ? * 

De Bie a donné le portrait de Luc Franchoys, en regard 
de l'article qu'il lui a consacré dans son ouvrage Gulden 
cabinet der vermarsle schilders. Celte gravure in-4° est 
exécutée par Conrad Waumans, d'après un tableau de Luc 
lui-même. 

Les œuvres de Luc Franchoys II se signalent par la 
hardiesse de la composilion et des poses, ainsi que par la 
force de son coloris. Son talent se révèle surtout dans la 
peinture du nu et des petits enfants ou des anges; dans ces 
parties il a conservé son cachet d'originalité, que malheu- 
reusement il a abdiqué souvent ailleurs en observant de 
trop [)rès la manière d'autres maîtres. Ces observations 
trouvent particulièrement leur application dans la belle 
toile, l'Assomption, qui orne le maître-autel de l'église du 
Béguinage à Malines. 

Les peintures de Luc le Jeune se reconnaissent aisément 
et généralement à leur couleur, car les ombres sont mêlées 
de tons rougeàlres et la carnation dans les chairs a des 
teintes rosées un peu exagérées. Etait-ce l'intention de 
l'artiste d'introduire ces nuances dans ses tableaux, ou bien 



' Cliambre piipilliiire. Éial dressé le 10 mars 1G82 par les tuteurs Eloi 
Boniu'joniie el J.ieques van der Scliueren. 



— 174 — 

une action chimique a-t-elie dissous les couleurs primi- 
tives? [\ous croyons plutôt que c'est le temps qui a mo- 
difié en ce sens son coloris. Son dessin est toujours fou- 
gueux et facile, mais parfois hasardé dans les effets de 
perspective; nous devons avouer que notre peintre n'a pas 
toujours été heureux dans le choix des costumes et que 
dans ces ciels, trop mouvementés, il recherchait des effets 
exagérés. 

Luc Franchoys a peint souvent en association avec 
Achschelling et avec J. van Artois, confiant le paysage à 
ces maîtres et se réservant les figures. 

Tout entière son art, il sortait peu et travaillait beau- 
coup ; il occupait tous ses loisirs à dessiner el à esquisser; 
c'est par là que tant de productions de son pinceau nous 
sont parvenues. Malgré l'extrême facilité qu'il avait, chaque 
fois qu'il entreprenait une œuvre importante, il en faisait 
quatre ou cinq projets différents, les comparait, les chan- 
geait et ne regrettait point d'effacer des groupes entiers. 

Les principales œuvres de Luc Franchoys II sont : 

A Malines. 

Au Musée : 

N° 50. Le pape Honorius III approuvant la règle de 
l'ordre des Carmes. La sainte Vierge, soutenue par des 
anges, inspire celle décision au souverain pontife. H. 2,94. 
L. 2,78. T. 

N°ol. Saint Onnphre nourri par deux anges dans le 
désert. H. 2,98. L. 2,87. T. 

N" 32. Le prophète Elie. H. 2,88. L. 1,08. T. 

N" 33. Saint Paul Vermile. H. 3,01. L. 1,15. T. 

N" 54. Saint André Corsin guérissant iin aveugle. 
H. 2,86. L. 2.o8. T. 

N" 35. La Vierge du Mont-Carmel, suivi d'un grand 
nombre de Carmes. H. 0,72. L. 1,42. T. Le paysage est 
par Achtschelling. 



— 175 — 

]\° 56. Le Sauveur mort, étendu sur les genoux de sa 
Mère; près d'eux, un Carme en extase. II. 0,71 . L. 1,44. T. 

Ces deux dernières toiles furent payées chacune 18 flo- 
rins à l'auteur. 

Ces pièces proviennent toutes du couvent supprimé des 
Carmes chaussés de Malines. 

A l'église de Saint-Jean : Sur l'autel, au transept nord : 
Saint Roch secourant les pestiférés. Ce tableau est dépouillé 
de ses volets, qui sont actuellement placés dans la grande 
nef, où on a réuni les quatre faces des vanlaux sous deux 
cadres. Dans l'un cadre, on remarque Saint Christophe et 
saint Adrien; dans l'autre Saint Sébastien et saint Antoine. 
Pour le détail et pour l'appréciation de ces pièces, nous 
renverrons à notre Inventaire historique des tableaux et 
des sculptures se trouvant dans les édifices civils et religieux 
de Malines. Louvain, 1869, p. 106 et suivantes. 

Le maître peignit pour le même autel trois petites 
toiles, qui occupaient la partie sous la triplyque. Celle du 
milieu, le Christ mort étendu sur les genoux de sa mère, 
est aujourd'hui pendue près du chœur. Les deux autres, 
Saint Roch soigné et pansé par un ange et Saint Antoine 
visitant saint Paul dans le désert, sont placées sous les 
Rubens du maître-autel. 

L'ensemble de ces peintures rapporta à Franchoys 
180 florins en 1671, bien qu'il les eût entreprises le 
21 seplembre 1670, à raison de 150 florins. 

Au tableau la Descente du Saint-Esprit sur les apôtres, 
peint par son père, Luc Franchoys adapta deux volets, 
portant l'un Saint Paul prêchant, l'autre Saint Pierre en 
prédication. 

A l'église de Sainte-Catherine, les Martyres de saint 
Laurent et de saint Jean, grande composition. 

Le peintre nous représente à droite le moment où les 
bourreaux s'emparent du corps de saint Jean pour le 



— -176 — 

précipiter dans l'huile bouillante. A gauche, saint Laurent 
refuse d'adorer les idoles. Un groupe d'anges apparaît 
dans le ciel, montrant la croix aux martyrs. 

Cette œuvre est toute de Franchoys; ici l'artiste ne 
s'est inspiré que de son propre talent. Le torse de saint 
Jean est remarquable, ainsi que l'expression de saint 
Laurent : la résignation et le courage se lisent sur les 
traits du saint; le mouvement et les efforts des bourreaux 
sont d'une vérité frappante. L'ordonnance générale de la 
composition n'est pas heureuse, mais la peinture des figu- 
res et des draperies fort belle. Malheureusement, le peintre 
a fait un mauvais choix de nuances pour les vêtements, et 
le ciel un peu sombre donne un aspect trop théâtral à l'œu- 
vre; il est probable qu'ici les tons ont beaucoup changé, 
de même que le coloris dans la carnation des anges. 

La Sainte Famille. H. 1^,90. Tableau de cinq person- 
nages, bien composé, mais endommagé et retouché. 

Le Martyre dCim saint. Toile esquissée et en partie re- 
peinte, mais d'un agencement hardi. 

A l'église du Grand-Béguinage, au maitre-autel, l'As- 
somption. Une multitude d'anges entourent la personne 
de Marie, quelques-uns portent des emblèmes relatifs aux 
litanies de Notre-Dame de Lorelte. Plus bas, au fond, les 
apôtres trouvent vide la tombe de la Sainte- Vierge. Cette 
toile, fort belle et inspirée d'après le même sujet traité 
par Rubens, a été offerte à l'église par le curé Charles 
T'Servrancx. Elle est signée : lucas franchois. Les frères 
Alexiens de Malines possèdent l'esquisse originale de celte 
œuvre. 

A l'église du prieuré de Leliendael (actuellement les 
Hospices). Un très-grand tableau, placé au fond de l'église, 
occupe tout l'hémicycle de la voûte. Le sujet de ce mor- 
ceau, peint vers 1674, est Saint Norbert distribuant ses 
vêtements aux pauvres. Les figures soûl de Luc Franchoys; 



— 177 — 

il y eo a treize. La scène se passe dans un lemple de 
marbre, donl rarchileclure est peinte par Guillaume 
Khrenberg. I>e prix de cette œuvre s'éleva à 1000 florins, 
sans cadre ni toile; la somme fut remise à Franchoys, 
qui en devait une part à son confrère. 

Autrefois, le même monastère possédait un paysage de 
van Artois, dans lequel Franchoys avait peint la Conver- 
sion de saint Norbert, et deux autres paysages animés de 
figures par notre peintre. 

A l'église des SS. Pierre et Paul, jadis les Jésuites. 
Saint François-Xavier confondant l'ignorance des philo- 
sophes païens à la cour d'un roi indien. Saint François 
occupe une place sous le trône à côté du siège royal. Les 
philosophes exposent leur doctrine devant toute la cour. 
Quatorze figures. H. 3"', 50. L. 4'",7S. T. 

La toile représentant Saint François se présentant à la 
cour d'un roi indien. H. 5™, 50. L. 4"^, 75. T., tableau de 
dix-sept personnages, a été attribuée à L. Franchoys, mais 
elle est de J. Antoine Coxie. 

Dans la chapelle de Sainte-Appoline : Saint Ignace en 
habits sacerdotaux. A ses côtés un ange lient un livre 
ouvert : deux petits génies planent dans le ciel. 

Celte loile, d'une couleur fine et naturelle, est une des 
plus belles productions du maître. 

A l'église de Notre-Dame d'Hanswyck, un tableau 
d'autel. Saint Attgustin. La tète du saint est fort belle. 

Dans le réfectoire de l'ancien prieuré d'Hanswyck, on 
remarquait deux grands paysages de Momper, où les figures 
étaient peintes par Lucas Franchoys. 

Au couvent des Thérésiennes, le Portrait d'Eléonore à 
S. Bernardo, supérieure du Carmel de Malines *. 



' Four le délai) des tableaux de L. Franchoys, qui sont actuellement à 
Malines, nous renvoyons à notre Invenlaire des tableaux et des sculpliires se 

13 



— 178 — 

A Tournai. 

Dans l'église de Tabbaye de Saint-Martin, on voyait 
Saint Maurice et saint Placide. Tableau de bon effet, dit 
Descamps; les têtes sont Irès-belles. 

Dans le réfectoire de la même abbaye, le même auteur 
a vu une toile de Franchoys, le Christ conduit au Calvaire. 
OEuvre peu réussie, tant pour la composition que pour 
l'effet. 

Dans la cathédrale, la Résurrection de Jésus-Christ. 
16S7. Signé Lucas Franchoys. 

Dans l'église de Saint-Quentin, la Décollation de saint 
Jean. 1650 '. 

Dans les anciennes ventes de tableaux faites autrefois 
à Malioes, furent présentées les pièces suivantes de 
Franchoys : 

Vente du chanoine Stevart, 1731. Le Sauveur debout; 
%me sainte Vierge debout, pièces formant pendants. L'es- 
quisse du tableau du grand béguinage. 

Vente de M. van der Linden, 1756. Saint Jérôme. 

Vente de M""' du Jardin, 176o. Sainte Thérèse à genoux 
devant le Sauveur. 

Vente de M. Ryckaert, 1764. Nuit de Noël; deux por- 
traits; l'Annonciation. 

Vente de M. V^ermeulen, 1766. Un ange, vendu 97 flo- 
rins 10 sous; une tète de Vierge. 

V'ente de M. de Maeyer, 1813. Cavalier à cheval; le 
cavalier représentait Charles VI; la tête était peinte par 
E. Smeyers. V Assomption; Tète d'étude; la sainte Vierge et 
sainte Anne couronnées par un ange, esquisse. Saint 



trouvant à Matines. Nous devons cependant remarquer que dans cet ouvrage 
nous avons assigné à L. Franchoys le tableau, Saint François se présentant 
à la cour d'un roi indien. Celle toile porte la signature de J, Antoine 
de Coxie. 

» AiPRED MrcniELs, Histoire de la peinture flamande. 



— 170 — 

Christophe et saint Sébastien, esquisses; le Meurtre cVAbel; 
saint Hyacinthe; Portrait de l'auteur par lui-même, en 
grisaille. 

Vente de M. Pansius, 1818. Portrait de l'archiduc 
Léopold; idem de V archiduchesse, grisailles; sainte Made- 
leine en méditation. 

Vente de M. Dusart, J837. Le Sacrifice d'Abraham; 
un paysage d'Achschelling, avec figures de L. Franchoys; 
Portrait d'un abbé; Tète d'enfant; Portrait. 

Vente de M. Pierets de Croonenburgh, 1838. Portrait 
d'un prêtre, ayant à calé de lui une tête de mort sur une table. 

Vente de M. de Raedt, 1839. Saint Sébastien. 

Vente de M. Fayd'herbe, 1840. Saint Norbert distri- 
buant ses vêtements aux pauvres; esquisse d'un tableau de 
Leiiendael. 

Vente de M. Gooris, 1844. Le sacrifice d'Abraham. 
H. 1,-20. L. 1,22 m. T. 

Vente de M. Bernaerls, 1849. Portrait d'Alphonse de 
Berghes. H. 1,50. L. 1,20 m. T. 

Vente de M. Hunin, 1852. Tête d'apôtre. H. 0,48. 
L. 0,42 m. Le sacrifice d'Abraham. H. 1,38. L. 1,15 m. 

Vente de M. Fremie, 1854. Le sacrifice d'Abraham. 
H. 1,20. L. 1,22 m. 

Vente de M''-^ du Sari, 1854. Portrait d'un prêtre. 
H. 1,17. L. 0,64. 

Vente de M. Fris, 1864. La sainte Vierge et l'Enfant 
Jésus. At^gus et Mercure, grande toile. 

Autrefois Ton trouvait encore dans l'église des Carmes 
chaussés à Malines : 

Une sainte Famille. Tableau d'autel. 

Vn Carme recevant l'Enfant Jésus des mains de Marie. 
Tableau d'autel. 

Sainte Thérèse et saint Joseph. Tableau en hauteur. 

Sainte Anne instruisant la sainte Vierge. H. 2,00. 
L. 1,41. T. 



— 180 — 

Saint Simon Stock recevant le Scapulaire. H. 2,60. 
L. 1,39 B. 

Ces deux Jerniers tableaux figurent au Musée d'Anvers, 
mais par erreur sous le nom de Luc Franchoys le Vieux, 
aux n"^ 133 et 134 du catalogue. Ils furent payés 100 flo- 
rins chacun à l'artiste. 

Un très-grand tableau : La sainte Vierge donnant le Sca- 
pulaire à un Carme; à droite, dans le bas de la toile, les 
âmes du purgatoire délivrées par le Scapulaire; à gauche 
un groupe de Carmes recevant saint Louis à son retour de 
Palestine. Cette œuvre magnifique est perdue, elle coûta 
900 florins. Achtschelling y peignit un fragment de pay- 
sage. La sainte Vierge était peinte d'après le modèle de la 
femme de L. Franchoys. Ce tableau fut entrepris par 
Franchoys le 4 août 1691, et devait être mis en place dans 
l'église pour le troisième dimanche de juillet 1692. Ce 
morceau remarquable tant par son dessin et sa couleur que 
par sa bonne ordonnance, passait pour le chef-d'œuvre du 
maître malinois. 

Luc Franchoys était aussi graveur, mais ses planches 
sont rares. 

En 1669, il reçut de l'administration paroissiale de 
Saint-Jean à Malines la somme de douze florins, pour 
exécution de deux planches sur cuivre, l'une représentant 
la Décollation de Saint-Jean. Le bourreau présente la télé 
du martyr à Herodias, à côté de lui se tient un soldat; au 
fond on découvre la flèche de l'église de Saint-Jean. On y 
lit : Lucas Fr. inventor. Lommelin seul. Cette gravure 
est de forme oblongue, ainsi que la seconde qui représente 
Sainte Barbe, en pied. On trouve également une gravure 
in-4° portant la signature de notre artiste; celle-ci repré- 
sente l'Adoration des Bergers, d'après Ant. van Dyck. 

Emm. Neeffs. 

Docteur en sciences politiques. 



181 — 



L'ELECTION DE CHARLES-QUINT 

ET FRÉDÉRIC DE SA.XE. 



^ * *m- 



L'élection de Charles-Quiut au trône impérial est un 
des épisodes les plus intéressants et les plus caractéristi- 
ques du commencement du XVI* siècle. D'un côté, on 
voit Maximilien, avec son petit-fils Charles, et le roi de 
France, François I", qui briguent d'abord le titre de roi 
des Romains et ensuite l'Empire, essayer par tous les 
moyens possibles de se concilier les princes électeurs; 
d'un autre côté, ces princes, dont les qualités et les dé- 
fauts percent dans cette négociation, intéressés ou désin- 
téressés selon leur naturel, mettre chacun à son adhésion 
un prix en rapport avec son caractère et les circonstances. 

Les faits relatifs à cette élection présentent deux phases 
bien distinctes : la première précède la mort de Maximi- 
lien, la seconde lui est postérieure. Tous les efforts et les 
frais faits par les concurrents pendant la première période, 
furent perdus par l'effet de la mort de l'empereur, et les 
négociations durent être reprises tout-à-fait à nouveau. 

Celui d'entre les sept électeurs dont le rôle a toujours 
paru le plus effacé, mais qui, à nos yeux, est le plus im- 
portant, est l'électeur Frédéric de Saxe, surnommé le Sage. 
Cette importance a sa source dans plusieurs causes; d'a- 
bord il fut le plus difficile à gagner, parce qu'il ne prêtait 
l'oreille ni aux promesses ni aux offres d'argent; ensuite 
parce qu'il voulut faire élire le roi de Hongrie, et fut lui- 



— 482 — 

même candidat à l'empire; que ce fut seulement par sa 
renonciation à toute prétention que Charles-Quint fut élu, 
et qu'enfin ce fut à son instigation qu'est dû l'établisse- 
ment d'une nouvelle loi de l'empire, appelée la Capitulation 
impériale, qu'on fit jurer à Charles-Quint et que tous les 
empereurs signèrent après lui. 

La suite de ce récit fera du reste suffisamment ressortir 
ces faits. 

Maximilien, devenu vieux, résolut de faire des efforts, 
afin de conserver dans sa maison la couronne impériale. 
Jusque-là son caractère inconstant l'avait empêché de 
s'arrêter à un projet définitif: déjà deux fois, en 1508 et 
en 1512, il avait exprimé l'inlenlion d'assurer l'empire à 
un de ses pelits-fils; mais il avait hésité entre Charles et 
Ferdinand, penchant tantôt pour l'un tantôt pour l'autre. 
Une fois il préférait le premier, parce qu'en réunissant sur 
une seule tête les successions d'Espagne, des Pays-Bas, 
d'Autriche et la dignité impériale, il voyait la suprématie 
de sa maison établie sur toute l'Europe; une autre fois, 
il s'imaginait qu'en faisant donner l'empire à Ferdinand, 
il élèverait dans le centre et dans le midi deux puissances 
jumelles qui se verraient obligées de marcher de pair et 
de confondre leurs intérêts. Ce second projet n'était pas 
le plus sage; aussi ses ministres s'efforcèrenl-ils de lui 
faire comprendre qu'un semblable partage, au lieu d'aug- 
menter la puissance de la maison d'Autriche, l'affaiblirait; 
que si Charles, qui possédait les Pays-Bas, et était déjà 
roi d'Espagne, ajoutait à cette dignité celle d'empereur, il 
aurait assez de force et pour subjuguer l'Ilah'e et pour 
assurer la paix au monde chrétien, en empêchant les ten- 
tatives des infidèles; la dignité impériale, du resie, n'était 
qu'un litre sans grande valeur, si celui qui la possédait 
n'avnit une certaine puissance par lui-même. Le cardinal 
de Sion, Mathieu Schinner, se montra surtout le plus favo- 



— 185 — 

rable à Charles; « tout partage a l'aflaiblissemenl pour 
effet naturel, » avait-il dit à l'empereur, et son avis, qui 
fut partagé par le cardinal de Gurck et appuyé par le 
conseil d'Autriche, finit par entraîner Maximilien, 

Mais dans l'intervalle, un autre projet avait germé dans 
le cerveau versatile de l'empereur; soit par intérêt, soit 
pour une autre raison que nous ignorons, il fit offrir offi- 
ciellement, en 15i7, à Henri VIII d'Angleterre d'abdiquer 
en sa faveur. Cette proposition ne fut pas prise tout-à-fait 
au sérieux par les Anglais; le roi et son conseil flairèrent 
l'intention de la part de Maximilien, de se faire payer cher 
sa renonciation, et déclinèrent purement et simplement 
l'offre impériale. Henri, du reste, était pour le moment 
dans une position à devoir se tenir tranquille et à sembler 
ue s'intéresser en rien aux affaires du continent. Bien que 
fort mauvais politique, il vit bien que l'offre de Maximi- 
lien n'était qu'un artifice; Pace, son envoyé, parfaitement 
instruit des motifs et du caractère de l'empereur, l'avertit 
que celui-ci, en faisant des offres si généreuses, n'avait 
d'autres vues que gagner de l'argent '. 

Les choses en étaient là, dans les premiers mois de 
1SI8, quand Charles résolut de soigner lui-même ses in- 
térêts. Il manda d'une manière fort pressante à Maximilieu 
qu'il voulût bien l'aider à lui faire obtenir le titre de roi des 
Romains, et au mois d'avril il lui envoya Jean de Courte- 
ville, son conseiller et son chambellan, auquel il avait 
donné des pouvoirs très-élendus, lui enjoignant de ne rien 
épargner, ni promesses ni libéralités, pour faire réussir sa 
candidature; afin de donner plus de poids à sa mission, 
Courleville avait apporté cent mille florins eu valeurs 
d'or et billets négociables. 

* Le Glay, Négocialions diplomatiques entre la France et V Autriche, 

1. cxxx. 



— 184 — 

Maximilieu eulama aussitôt avec les électeurs des négo- 
ciations secrètes dans le but de les attirer au parti de son 
petit-fils, et les invita à se trouver à une diète le 3 août 
à Augsbourg, sous prétexte, de revenir sur le projet de 
croisade dont il avait déjà été question précédemment, à 
la prière du pape Léon X, mais en réalité pour s'occuper 
de la succession à l'empire. 

Ces négociations ne purent être tenues tellement secrètes 
qu'elles n'arrivèrent aux oreilles de la cour de France, et 
François 1", qui avait également dessein de briguer l'hé- 
ritage impérial, se promit aussitôt de rien épargner pour 
réussir. Cette complication fut pour quelques électeurs 
une tentation à laquelle ils ne résistèrent pas, et leurs 
exigences, tant au point de vue de leur intérêt privé qu'à 
celui de la situation politique de l'empire, devinrent de 
plus en plus fortes. Dès les premières propositions de 
Maximilien, il lui fut répondu, d'après Guichardin ', 
que les électeurs exigeaient, outre une indemnité de 
4-00,000 ducats, que Charles établit sa résidence en Alle- 
magne, qu'il remît au collège des électeurs la garde de sa 
personne et l'administration des affaires, et leur assignât 
de fortes pensions sur ses biens patrimoniaux les plus voi- 
sins de l'empire. 

Ces exigences politiques étaient surtout proposées à 
l'instigation de l'électeur Frédéric de Saxe, dit le Sage, 
qui resta presque constamment en dehors des négocia- 
tions mercantiles auxquelles l'élection de Charles donna 
lieu , et ne se laissa pas corrompre par les offres pé- 
cuniaires. 

Ce Frédéric, né en 1463, l'aîné des fils d'Ernest, duc 
de Saxe, souche de la maison saxonne Ernestine, était 



' Gdiciiardin, Hist. des guerres d'ftalie — Henné, Hist. du règne de Charles- 
Quinl, II, 259. 



— 18o — 

un prince extrêmement éclairé et versé dans toutes les 
sciences connues de sou temps; son caractère bienveillant, 
sa grande loyauté et son zèle désintéressé pour la défense 
de l'empire germanique, lui avaient acquis une grande 
influence et fait donner le surnom de Sage, que lui a ratifié 
la postérité. En 1495, il fit un pèlerinage en Palestine, où 
il fut armé chevalier; il avait pris à sa suite dans ce voyage 
le célèbre peintre Lucas Kranach. Deux ans après, à la 
diète de Worms en 149o, il reçut de l'empereur l'investi- 
ture de ses états. iMaximilien, qui avait succédé à Fré- 
déric III, avait la plus grande confiance dans le jeune 
électeur, et lui confia, en 1496, le vicariat général de 
l'empire pendant un voyage qu'il fit en Italie, et à l'occa- 
sion d'un second voyage, en 1507, lui nomma lieutenant- 
général de l'empire, charge que Frédéric remplit pendant 
un an. Le vicariat de l'empire que lui confia Maximilien, 
témoigne de la haute estime que cet empereur professait 
pour lui, car ce titre était une dérogation aux lois de l'em- 
pire; d'après la bulle d'or, en cas d'interrègne, le gouver- 
nement de l'empire passait entre les mains de deux vicai- 
res, qui étaient l'électeur palatin et l'électeur de Saxe, le 
premier exerçant ses fonctions dans les provinces du Rhin, 
la Souabe et les pays de droit franconien, le second dans 
les pays du droit saxon '. La considération générale dont 
Frédéric était entouré lui fit conférer à la diète tenue à 
Augsbourg, en 1S00, la présidence du conseil de régence 
qui siégeait à Nuremberg, et que l'on connaît sous le 
nom de Reichs-regiment. Mais ce conseil ne remplit pas 
le but de sou institution et fut dissout deux ans après son 
installation. 

Nous dirons ici en passant que Frédéric le Sage fut le 
fondateur de l'université de Witlenberg, et le premier pro- 

' ScHOELL, Hisl. abr. des traités de paix, VI, 244. 



— 186 — 

lecteur de Luther : mais revenons aux négociations rela- 
tives à l'élection de Charles. 

Le 18 mai, iMaximilien, alors à Inspruk, écrivit à son 
petit-fils une longue lettre, dans laquelle il traite de diffé- 
rentes questions, et spécialement des indemnités pécu- 
niaires sans lesquelles, dit-il, réieclion n'a aucune chance 
de succès ^ Charles avait trouvé que les libéralités pro- 
posées par les conseillers de iMaximilien, Jacques Villinger, 
trésorier général de l'empereur, et Hans Renner, secré- 
taire, étaient exhorbitanles; Maximilien avoue que d'après 
sou opinion, le roi de France n'en fera peut-être pas autant, 
mais il ajoute : « II est bien vray que les dits dons, pan- 
sions et gratuités dont les dits Villinger et Renner vous 
ont escrit sont assés grandes; mais les practiques des 
soit par affinité, parentelle ou autrement, sinon par grant 
argent.... Par quoy nous semble que si vous voulés par- 
venir à la dite couronne, il ne vous fault riens épargner 
pour l'asseurance de tous nos affaires; nous le vouKlrions 
bien impétrer pour rien,.., mais il ne nous semble point 
autrement estre faisable que comme dit est. » Il lui mande 
que la somme de cent mille florins en lettres de change, 
qu'il a remise à Courteville, sera de beaucoup insuffisante, 
et qu'en règle générale il faudra traiter les affaires argent 
comptant, attendu que les Français le font ainsi et non 
par « promesses et parolles. » Il faudra d'abord, d'après 
lui, remettre à l'électeur palatin un dédommagement pour 
la landxoogdie de Hagenau, dont l'empereur s'est emparé; 
il évalue ce dédommagement à 80,000 florins; et il faudra 
également ne pas manquer de faire remettre au duc Georges 
de Saxe une somme de 50,000 florins, qui lui est encore 
due pour le rachat du pays de Frise; Georges de Saxe, de 
l'avis de Maximilien, est un homme à ménager. Charles 

• Le Glay, Négociations, II, 12S. 



— iSl — 

aurait voulu qu'on promit au comle palatin, au marquis 
de Brandebourg, ainsi qu'au duc Frédéric de Saxe, une 
pension annuelle de 4000 florins d'or, et de beaux béné- 
fices aux électeurs ecclésiastiques '. Celle pension n'était 
François sont allés sy avant que l'on ne sçauroil reculer, 
pas de nature à satisfaire les électeurs, attendu qu'ils en 
tenaient déjà une de la libéralité de François I"; il était 
donc indispensable d'aller au-delà. 

Maximilien, dans le but de gagner l'électeur de Brande- 
bourg, lui avait déjà promis en mariage sa petite-fille 
Catherine, fille posthume de Philippe le Beau, et émit 
l'opinion que sa petite-fille Eléonore ne devait pas être 
accordée au roi de Portugal, mais bien au fils aine de 
celui-ci, ou bien au duc de Bavière. Maximilien attachait 
un grand prix à l'alliance des Suisses; il engagea donc 
Charles à a les practiquer, » en envoyant vers eux un 
homme expérimenté, et désignant pour cette mission Maxi- 
milien de Berghes, seigneur de Zevenbergen. L'empereur 
engageait vivement Charles à retenir dans son parti par 
des largesses François de Seckingen, fameux partisan qu'il 
croyait avoir lui-même déjà gagné. Ce François de Seckin- 
gen, qui pouvait mettre au service de celui dont il embras- 
sait la cause environ 10,000 piétons, 2,000 cavaliers et 
plus de vingt places, avait déjà été entrepris par les envoyés 
de François I^"", Robert de Lamark, seigneur de Sedan, et 
son fils, le marquis de Fleuranges; il était même allé 



■ II y avait à celle époque, ainsi que l'on sait, sept électeurs : trois ecclé- 
siastiques, les arci)e\êqiies de Mayence, de Trêves el de Cologne, comme 
arctiichanceliers de l'empire, pour les royaumes de Germanie, d'Arles el 
d'Ilalie; quatre électeurs liiïques, le roi de Bohême, comme archiéchanson, 
le duc de Saxe, comme arctiimaréclial, le comte palatin de Bavière, comme 
archisénéclial el le marquis de Brandebourg, comme arcliicliambellan. La 
constitulion du corps électoral, qui avait subie par le temps quelques modi- 
ficalions, fut réglée pur h\ huile d'or de Charles IV, en 1556. Touiefois, 
en IG48, on créa un huilième électeur, et en I69i, un neuvième. 



— 188 - 

trouver le roi à Amboise, et celui-ci lui assura une pen- 
sion de 3,000 francs, sans compter les nombreux pré- 
sents qu'il lui fit, et parmi lesquels une chaîne valant 
3,000 écus. Nous voyons clans les mémoires deFleuranges^ 
qu'il fut peu satisfait de la réserve qu'affecta le roi en ne 
lui parlant pas de sa candidature à l'empire. « Il ne m'a 
point déclaré de son affaire de l'empire, avait-il dit à 
Fleuranges, toutefois je sais bien ce qui en est. Dites-lui 
que les grands princes le tromperont, et n'y aura point de 
faulte, et lui donneray à cognoistre dedans peu de temps 
qui je suis pour lui faire service-. » Celle bonne entente 
dura peu et Seckingen se rangea plus tard sous la ban- 
nière de Charles; François \'' l'avait mécontenté, tandis 
que Charles aplanit pour une somme considérable un grave 
différend, qui existait entre l'aventurier et la ville de 
Worms. 

Maximilien et son conseil étaient mécontents des réti- 
cences de Charles; ceux qui se trouvaient sur place étaient 
mieux à même de juger de la situation que le jeune roi, 
qui d'un côté, n'avait l'expérience ni des hommes avec 
lesquels il fallait agir, ni des affaires de ce genre, et d'un 
autre, se trouvait trop éloigné pour bien se rendre compte 
de la situation. Ses réticences cependant avaient une cause 
légitime : Charles se défiait des prodigalités de Maximilien, 
fort porté de son naturel à dépenser sans compter; il ne 
voulait, lui, accorder qu'à bon escient et ne payer qu'après 
être sûr du succès. Dans le cas où il se trouvait, cette con- 
duite était imprudente. L'empereur et Courleville lui écri- 
virent couj» sur coup des lettres où ils l'engageaient vive- 
ment à changer de détermination. Le 24 mai, Maximilien 
lui mandait que les instruclions données à Courteville de 



' Mémoires du maréchal de Fleuranges, 1733. 

* Cfr. Tu Juste, l'Élection de Charles-Quinl [Revue nationale, t. XVII). 



— 189 — 

ne rien débourser, n'étaient pas le moyen d'arriver, « car 
pour gaigner les gens il fault mellre beaucoup en aventure 
et desbourser argent avant le cop'. » Le 27, Courteville 
écrit d'Augsbourg qu'il est dans une mauvaise voie, qu'il 
lui a défendu par sa dépêche du 2 de délivrer aucune 
somme, soit à l'empereur, soit à tout autre, avant que l'af- 
faire soit assurée; que ces instructions le mettent, lui 
Courteville, dans le plus grand embarras, attendu que 
c'est l'empereur seul qui est en état d'assurer la réussite 
des desseins du roi. Il lui mande aussi que l'empereur est 
attendu à Augsbourg, où Villingcr et lui l'ont déjà pré- 
cédé 2. De son côté, Villinger écrit le 28 mai au seigneur 
de Cbièvres, que si l'on persiste dans celte voie, ce sera 
la rupture de toutes les affaires, car les Français paient 
en argent comptant, et « l'on croiroit plus à l'argent comp- 
tant des François que à nos bonnes promesses. » Il est 
d'avis qu'aux cent mille florins que Courteville a apportés, 
il faut en joindre au moins encore autant, et fait observer 
que pour le plus petit cas de guerre, on aurait bientôt 
dépensé davantage ^. 

La diète s'ouvrit à Augsbourg le 3 août; le 6, Courte- 
ville mande à Marguerite d'Autriche, que la journée impé- 
riale est commencée depuis trois jours, et qu'il y a quatre 
électeurs présents, Albert de Brandebourg, évêque de 
iMayence, Richard de Greiffenklaw, évéque de Trêves, 
Frédéric le Sage, duc de Saxe, Louis le Pacifique, comte 
palatin du Rhin, et un grand nombre de prélats et de prin- 
ces; le marquis de Brandebourg et l'évéque de Cologne, 
Herman de Wied, étaient attendus incessamment. Courle- 



' MoNE, Anzeiger fur kunde der leulschen Vorzeit, 1836, p. 13. 
* Gachard, Rapport sur les documents concernant Chisioire de Belgiqtie, 
conservés dans les Archives de Lille, p. 149. 

' Gacbard, id., p. 150. ~ Mone, Anzeiger, 1836, p. IS. 



— 190 — 

ville se plaint en même temps de ne pas recevoir d'instruc- 
tions positives; il dit que si Ton ne profile pas, pour enle- 
ver l'affaire, du moment où les électeurs sont réunis, il 
sera fort difficile d'y parvenir après; on s'étonne à la cour 
de Maximilien des relards que met le seigneur de Zeven- 
bergen, car les Suisses, dit-il, vont tenir une journée 
pour entendre les députés du roi de France; en somme, 
les pouvoirs qui lui ont été envoyés d'Espagne ne suffi- 
sent nullement pour assurer la réussite des projets du roi 
Charles *. 

En présence de toutes ces observations, Charles revint 
sur sa détermination et se décida à faire par anticipation 
toute espèce de sacrifices pécuniaires; il écrivit à l'empe- 
reur et lui donna toute latitude pour les dépenses à faire 
dans l'intérêt de son élection, et 3Iaximilien fit conclure le 
mariage de Casimir de Brandebourg avec sa parente, la 
sœur du duc Guillaume de Bavière, qui lui était tout 
dévoué -. 

Cinq électeurs étaient tout disposés à se laisser gagner; 
les choses se présentaient donc bien; deux s'opposaient 
formellement et ne voulaient écouler aucune proposition; 
c'étaient Frédéric le Sage et l'archevêque de Trêves. Fré- 
déric était le seul des électeurs séculiers qui éleva des 
difficultés, et se refusa nettement à entrer dans les vues de 
l'empereur, non par haine pour la maison d'Autriche, mais 
parce qu'il regardait l'élévation de Charles comme dange- 
reuse pour le repos public et fatale à la liberté de l'Alle- 
magne. Il prévoyait ce qui arriva plus tard, que la rivalité 
entre deux puissants concurrents entraînerait l'Allemagne 
dans de longues guerres, si l'un des deux venait à triom- 
pher, et rendrait l'Europe entière solidaire en quelque 



' Lf Glay, Négociations, II, 148. — Gachard, Rapport, etc., p. 150. 
* Id., IVégoc. dipl., Il, 149; lellre de Courleville du 23 août. 



— 191 — 

sorte de l'élévation de Tun comme de Tautre. Quant à 
rélecteur de Trêves, tout dévoué à la France, il était tout 
aussi difficile à ramener que l'électeur de Saxe, mais ses 
motifs étaient moins désintéressés. 

Le 1" septembre, Courtevile manda à Marguerite d'Au- 
triche ce qui s'était passé depuis quelques jours, et l'aver- 
tit « d'une bonne et certaine nouvelle » dont elle pouvait 
se réjouir : le 2G, un concordat fut passé entre cinq élec- 
teurs et l'empereur dans une réunion secrète, où il n'y eut 
de présents que les intéressés, outre Courteville, le chan- 
celier de l'empereur, Villinger et Renner*. Toutes les 
peines qu'on se donna pour gagner l'électeur de Trêves et 
Frédéric le Sage furent vaines, et Courteville fait observer 
que s'ils demeurent obstinés on fera sans eux; ce qui 
aurait été jouer un jeu assez dangereux. 

Après celte journée impériale, Maximilien , qui se 
croyait sur du succès, convoqua les électeurs à Franc- 
fort, afin de procéder à l'élection, car il était de tradi- 
tion que l'élection des empereurs devait avoir lieu dans 
cette ville. 

Le demi-succès obtenu par l'empereur avait coulé cher 
à Charles, non seulement au point de vue financier, mais 
au point de vue politique. Maximilien avait obtenu le 
27 août des électeurs de Mayence, de Cologne, du comte 
palatin et de l'ambassadeur du roi de Pologne agissant au 
nom du roi de Bohême, un engagement écrit, et leur 
distribua comme indemnité une somme de 11,000 florins 
d'or. Par contre, il dut s'engager au nom de Charles, de 
garantir le maintien de leurs privilèges et des droits géné- 
raux du pays, et leur donner l'assurance que l'admi- 
nistration de l'empire ne tomberait pas en des mains 
étrangères '^. 



* Le GiAï, Négoc. dipl.. Il, llil. — Wone, Anzcigcr, 1856, p. 13. 
» Henxe, II, 260. - BocHOLTz, III, 663. 



— 492 — 

Les électeurs se séparèrent à la fin de septembre, ainsi 
que nous l'apprend une lettre de Courteville à l'archi- 
duchesse Marguerite datée du 2 octobre ' ; d'après cet 
envoyé, tout était pour le mieux. Cependant les deux élec- 
teurs opposants persistaient dans leur opposition, l'élec- 
teur de Trêves à cause de ses sympatbies pour la France, 
et Frédéric le Sage pour les raisons politiques dont nous 
avons parlé. L'élection de Charles cependant aurait peut- 
être réussi, sans un empêchement légal que cet électeur 
fil valoir et qui remit le tout en question pour le moment. 
Cet empêchement le voici : Maximilien, bien que jouissant 
de toutes les prérogatives impériales, n'avait jamais été 
couronné à Rome , il n'était donc qu'empereur élu, et 
l'empereur élu n'était pas empereur de droit, n'avait de 
titre réel que celui de roi des Romains. Aussi longtemps 
donc que IMaximilien n'avait pas reçu la couronne à Rome, 
il ne pouvait faire élire son petit-fils roi des Romains, 
attendu qu'il l'était encore lui-même. A cet obstacle vint 
s'en joindre un autre suscité par la cour de Rome. Le 
siège pontifical était alors occupé par Léon X, qui dans 
les circonstances critiques ne savait trop de quel côté se 
tourner. François 1" ne lui déplaisait pas, d'autant plus 
que celui-ci faisait tous ses efTorts pour le gagner; Charles 
ne lui répugnait pas non plus, mais il lui opposait une 
tradition de la politique romaine, en vertu de laquelle la 
couronne des deux Siciles et celle de l'empire ne pouvaient 
se trouver réunies sur la même tête; cette objection à l'élé- 
vation de Charles était grave, d'autant plus que le pape 
ne voulait pas céder aux sollicitations de IMaximilien, et 
lui envoyer avec les insignes impériaux en Allemagne, un 
légat chargé de faire la cérémonie, le dispensant ainsi 
d'aller se faire couronner à Rome. Cette demande fut sans 

* GACHAno, Rapport, etc., p. 150. 



— 193 — 

cesse éludée, et Maximilien avait beau invoquer une bulle 
d'Alexandre VI, déclarant qu'il était revêtu de la même 
autorité que s'il avait été couronné à Rome, il ne put 
vaincre l'opposition des deux électeurs. Pendant ce temps 
le pape, afin de se trouver prêt à faire face de tous côtés, 
préparait en secret une bulle, autorisant Charles à réunir 
les deux couronnes, engageant François I" à renoncer à 
un projet que quelques Allemands lui avaient mis en télé' 
et lui conseillant d'accorder plutôt le concours de son in- 
fluence à un autre candidat. Léon X eut de beaucoup 
préféré pour empereur un prince moins puissant que 
François I" ou que Charles, mais comme il n'avait pas 
tout à fait le choix, il s'arrangeait de manière à ménager 
tout le monde ; il n'en travaillait pas moins sous main à 
faire porter les yeux sur Frédéric le Sage, dont la modé- 
ration était connue, et dont le pouvoir ne lui aurait pas 
porté autant d'ombrage. A la suite de la dissolution de 
l'assemblée d'Augsbourg, l'empereur donna des instruc- 
tions à Courteville, qu'il envoya vers Charles avec toutes 
les pièces relatives à son élection, et les engagements 
signés de part et d'autre pour qu'il les ratifiât sans y ap- 
porter la moindre modification. A la suite de cela, Maxi- 
milien retourna à Inspruck ^. 

Les instructions de l'empereur à Courteville étaient fort 
détaillées; elles se trouvent aux archives de la Chambre des 
comptes de Lille, dans une pièce intitulée : Mémoire de 
ce que Monsieur de Courteville aura à faire vers le Roi, 
arrêté par Vempereur à Augsbourg, le 27 octobre 1518'. 

Courteville devait d'abord remontrer au roi, que d'après 



• SisMONDi, Hist. des Français, XVI, 79. 

* Gachard, Rapport, etc., p. 150, lellre de Courteville à Marguerite d'Au- 
triche (18 octobre 1508). 

' Imprimé dans Le Glat, Négociation» diplomatiques, 11, 170, et analysé 
par Gachard, p. 151. 

14 



— 194 — 

les lettres de l'empereur il avait été averti qu'il avait cinq 
voix pour lui, celles des électeurs de Mayence, Cologne, 
Bohème, Palatin et Brandebourg, et l'espoir que les deux 
opposants. Trêves et Saxe, ont donné à l'empereur pour le 
jour de l'élection. Puis lui dire que pour conclure sûre- 
ment l'affaire, il fallait 430,000 florins d'or, outre les 
75,000 écus que Courteville avait apportés en lettres de 
change. Il lui présentera à ratifier les promesses d'argent 
comptant et de pensions qu'il est convenu de faire, ainsi 
que la promesse du mariage entre dame Catherine et le fils 
du marquis Joachim de Brandebourg. 

Il montrera également au roi huit copies de lettres, que 
l'empereur, le marquis Joachim de Brandebourg, et les 
autres électeurs, ainsi que V^illinger et Renner ont passé 
sur le fait de l'élection, que le roi devra ralifler purement 
et simplement. Il lui montrera seize copies concernant la 
même affaire, ainsi que le mariage de dame Catherine, 
avec le fils de Joachim de Brandebourg, et les pensions de 
quatre électeurs et « le dit Courteville dira au dit sieur roy 
qu'il est de besoin et nécessité qu'il despesche ses lettres 
sur le tout selon les dites copies, sans y faire changement 
d'un seul mot; car les dits électeurs ont retenu le double 
des dites copies. » L'électeur de Mayence et celui de Bran- 
debourg ont absolument exigé que leurs pensions fussent 
garanties par les villes d'Anvers et de Malines, ce qui sera 
peut-être difficile à obtenir; mais comme cela se trouve 
dans l'acte, il n'est pas permis d'y rien changer. Le ma- 
riage entre le fils du marquis Joachim et dame Catherine 
est d'une grande importance, car dans cette prévision, 
l'électeur a renoncé à un mariage avec Renée de France 
et à une grande somme d'argent que François I*"" lui avait 
promise; ce n'est qu'à ce prix qu'il donnera sa voix à 
Charles. Courteville communiquera au roi l'état de l'ar- 
gent comptant que l'empereur a promis et qu'il faudra 



— 195 — 

avoir avant le jour de réleclion, pour pouvoir le payer ce 
jour là même, sans qu'il y manque un seul denier. Quant 
à l'élecleur de Trêves et Frédéric de Saxe, l'empereur les 
a porté sur Télat des dépenses, car il espère qu'on se les 
rendra favorables, le premier, moyennant une indemnité 
de déplacement de 60,000 florins, pour les deux journées 
impériales, pour lui et ses gens, et le second moyennant 
2o,000 florins. Courleville présentera à Charles l'état des 
pensions promises, montant à 70,400 florins d'or, et celles 
que le roi devrait autoriser l'empereur à accorder encore. 
Il serait bon, disait l'instruction, d'y joindre des lettres 
de pension au montant annuel de 8,000 florins d'or pour 
l'électeur de Saxe, Frédéric le Sage, et de 6,000 pour 
l'électeur de Trêves, dans le cas où ils consentiraient à 
donner leur voix à Charles, et quelques autres lettres de 
pension en faveur de Frédéric comte palatin, et du mar- 
quis Casimir de Brandebourg, ainsi que de quelques autres 
seigneurs de la maison des électeurs. Le roi devrait en 
outre accorder une commission à l'empereur, en vertu de 
laquelle celui-ci serait autorisé à accorder des pensions 
jusqu'à concurrence de 1S,000 florins d'or à quelques 
« nobles gens et particuliers personnes de l'empire, de 
bonne maison et extraction. » Toutes ces pensions devant 
être payables à Francfort, chaque année, aux foires de 
carême. Quant au comte palatin Frédéric, l'empereur lui 
a fait espérer une confiscation de 20,000 ducats pour ses 
services, attendu que c'est lui qui est allé chercher sou 
frère l'électeur et l'a conduit à Augsbourg; l'empereur 
espère donc que Charles ratifiera cette promesse. Il de- 
mande la même chose pour l'archevêque de Mayence, au- 
quel il a promis outre sa pension et la somme stipulée 
en argent comptant, de lui donner en cadeau un service 
en argent et de payer les frais d'une tapisserie qu'il fait 
exécuter aux Pays-Bas. 



— 196 — 

Au surplus, comme l'empereur s'est obligé envers les 
électeurs à recevoir du pape la couronne impériale après 
l'élection du roi des Romains, et qu'il conviendrait qu'il 
comparût à ladite élection comme empereur couronné, il 
demande donc que le roi fasse pratiquer le pape, afin que 
celui-ci consente à envoyer à Trente la couronne, avec les 
deux cardinaux de Médecis et de Mayence, pour le couron- 
ner, et qu'aussitôt celte formalité faite, il pourra partir 
pour Francfort, afin de faire procéder à l'élection du roi 
des Romains. L'empereur recommande aussi au roi le 
comte de Mansfeld, « qui a fait très bon rapport dudit 
seigneur roy aux princes électeurs, » et auquel il a pro- 
mis une confiscation. 11 engage le roi à envoyer à Franc- 
fort pour le jour de l'élection, de notables personnages 
qu'il désignera, avec pleins pouvoirs de faire en son nom 
tout ce qui sera nécessaire; il insiste sur un point, c'est 
qu'ils doivent être munis d'un sceau sous le titre : « Esleu 
roi des Romains » et ses titres héréditaires, d'après mo- 
dèle que l'empereur lui envoie, car aussitôt l'élection faite, 
il faudra confirmer aux électeurs les privilèges et autres 
avantages qui leur ont été promis. Enfin, l'empereur re- 
commande aussi au roi le duc Henri de Brunswick, qui 
est encore en difficulté avec lui à raison de quelques ser- 
vices rendus pendant la guerre, et qui, du reste, a épousé 
une nièce de l'électeur de Saxe. 

îMaximilien n'avait garde de s'oublier dans cette distri- 
bulion d'écus et de florins : il demande donc une indem- 
nité de oOjOOO florins d'or pour les frais de la journée 
impériale de Francfort, « sinon lui seroit impossible de 
furnir aux charges qu'il sera tenu de faire audict Franc- 
fort, » vu la dépense qu'il a faite à Augsbourg. 

A cette instruction était anr>exé un état de toutes les 
sommes à payer; nous le reproduisons afin de donner une 
idée plus nette de l'affaire : 



— 197 — 

1 . État des pensions pour les électeurs et autres princes 
et leurs conseillers. 

Au cardinal et archevêque de Mayence, 

sa vie durant 10,000 il. or. 

A son maître d'hôtel, le comte de Stol- 

berg, pendant cinq ans 200 

10,200 
Au marquis Joachim de Brandebourg, 

sa vie durant 8,000 

A ses trois conseillers, idem, savoir : 

A messire Thomas Krull, doyen. 100 

A Melchior PfuI 300 

Au docteur Bernard von Syebitz. 200 

8,600 
A l'archevêque de Cologne, sa vie du- 
rant 6,000 

A son frère le comte Guillaume de 

Wied et Meurs, id 600 

A son autre frère, le comte Jean, héré- 
ditairement 300 

Au comte de Manderscheid, son con- 
seiller, sa vie durant 300 

A Ambroisy Virmond, id., id. . . . 200 

A Frédéric von Prombach, id., id. . 100 

A Colken, id., id 100 

7,600 
Au comte Louis, palatin, électeur, sa 

vie durant 6,000 

A son frère, le comte palatin Frédéric, 

id 5.000 

11,000 

A reporter. . - 57,400 



— 198 — 

Report. . . 37,400 
A l'archevêque Trêves, sa vie diiranl 

(s'il veut donner sa voix) 6,000 

Au duc Frédéric de Saxe, id., id. . . 8,000 

Au marquis Casimir de Brandebourg, 

sa vie durant 4,000 

Aux principaux nobles hommes ayant 

bonnes maisons sous l'empire . . . 15,000 

70,400 

2. État de l'argent qu'il faut payer comptant au jour de 

r élection. 

Au cardinal-archevêque de Mayence . 31,000 

A son maître d'hôtel, le O' de Stolberg. 5,000 

A son chancelier 500 

A un sien valet de chambre 400 

34,900 

Au marquis Joachim de Brandebourg, 
en déduction de la dot de dame 
Catherine 70,000 

A lui, à cause de l'élection 30,000 

A l'évêque de Brandebourg, son chan- 
celier 5,000 

A Thomas Krull, doyen, son conseiller. 500 

105,500 
A l'archevêque de Cologne 20,000 

A son frère, le comte Guillaume de 

Wied et Meurs 4,000 

Au comte Guillaume de Nuwenaer . . 2,000 

A son chancelier 2,000 

A Frédéric von Prombach 1,000 

29,000 

A reporter. . . 169,400 



— 199 — 

Report. . . 169,400 
Au comte palatin, tant pour sa voix 
qu'à cause de Tavouerie de Ha- 

genau 100,000 

A son frère, le comte Frédéric. . . . 8,66S 
A leurs conseillers 3,000 

" 115,665 

A l'archevêque de Mayence au cas 

qu'il donne sa voix 20,000 

A ses conseillers 7,000 

27,000 

Au duc Frédéric de Saxe, pour lui et 

ses gens 60,000 

Au cardinal-archevêque de Mayence et 
au marquis Joachim de Brande- 
bourg, pour les frais du séjour 
qu'ils feront à Francfort, calculé 
pour trois mois. . 9,000 

Au jeune marquis de Brandebourg . . 3,000 



Pour les ambassadeurs du roi de Po- 
logne et les seigneurs du gouverne- 
ment de Bohème qui viendront à 
l'élection 10,000 

Au marquis Casimir de Brandebourg 
et à ses gens 12,000 

Déboursés faits par le trésorier Vil- 
linger à la journée d'Augsbourg, 
outre les 30,000 florins payés par 
Courteville 20,000 



12,000 



4-2,000 
A reporter. . . 424,063 



— 200 — 

Report. . . 424, 06d 

Il a été promis à divers personnages 

étant autour des princes 20,000 

Et aux marchands de la grande ligue 
de Souabe, pour que, à l'occasion de 
leurs différends avec le comte pala- 
tin, ils ne troublent pas la paix de 
de l'empire 10,000 

50,000 
L'empereur devant avoir, lorsqu'il ira 
à Francfort, outre son état ordinaire, 
1000 chevaux de guerre; il a besoin 
pour cela d'un aide de 50,000 

504,063 

Courteville ayant apporté des lettres 
de change pour 75,000 écus d'or, 
sur lesquels il a été dépensé 30,000 
florins, il reste 64,000 

Ainsi il faut encore 440,065 

L'empereur demande en sus pour dé- 
penses imprévues 10,000 

Total 450,065 

3. De plus on a promis au cardinal de iMayence, pour 
avoir le premier donné sa voix, un service de vaisselle 
d'argent et le prix d'une tapisserie. Il conviendra de faire 
quelque don gratuit au cardinal de Gurck, au chancelier 
et à messire Nicole Ziegler. 

Ainsi, indépendamment du dernier article, il fallait en- 
core 450,065 florins d'or, et 70,400 à payer annuelle- 
ment; Charles s'effrayait et non sans raison de ces dépenses 
énormes, pour lesquelles il ne savait pour le moment trop 
où prendre les fonds, et qui le mettaient dans l'absolue 
nécessité de s'endetter. Le cas cependant était urgent et il 



— 20! — 

fallait s'exécuter si l'on ne voulait pas laisser d'autres pro- 
fiter de celle lésinerie, prudente, il est vrai, mais intem- 
pestive en présence du but à atteindre. « Le seigneur roy 
mon nepveu, écrivait quelque temps après Marguerite 
d'Autriche au sire de la Chaux ', nous a escript que le 
cheval sur lequel il nous vouldroil bien venir veoir est 
bien chier (par allusion aux sommes énormes qtie son 
élection devait lui couler). Nous sçavons bien qu'il est 
chier, mais toutesvoies il est tel que, si il le veull avoir 
il y a marchant pour le prendre, et puisqu'il l'a fait 
dompter à sa main... semble qu'il ne le doibl laisser, 
quoy qu'il lui couste. n 

Charles finit cependant par laisser faire, tant du côlé de 
l'empereur que de celui de Maximilien de Berghes, seigneur 
de Zevenberge, son ambassadeur auprès des Suisses. Il 
avait d'abord tenu celui-ci fort à court d'argent, ainsi que 
le prouve la correspondance de ce seigneur; on y voit, 
qu'étant parti pour l'Allemagne afin d'aller prendre les 
instructions de l'empereur, il écrivit le 21 octobre 1518 à 
Marguerite d'Autriche, qu'étant arrivé à Ulm, il y a trouvé 
les lettres de Maximilien qui l'appelaient à Augsbourg; 
que dans celle dernière ville il a trouvé des lettres, instruc- 
tions et pouvoirs du roi, et qu'il partira pour la Suisse 
aussitôt que l'empereur l'aura dépêché. Il se répand en 
longues plaintes sur le peu de moyens dont il pourra 
disposer pour remplir honorablement sa mission, et les 
déclare insuffisants pour parvenir au but que le roi se pro- 
pose; on ne l'a autorisé à promeltre que jusqu'à 1500 li- 
vres, d ce qui est aulanl que rien, car les Zwisses, dit-il, 
sont gens de saint Thomas; ils ne croyeni s'ils ne le sen- 



* Lellre du 18 janvier 1SI9 (n s ) à Charles de Poupet, seigneur de la 
Chaux, chevalier, conseiller, cliambelhin el premier soinnieliep du corps du 
roi. — Gachard, Rapport, elc, p. 155. 



__ 202 

teût en la main '. » Celte fois, la régente fut de l'avis de 
Charles; elle répondit à Zevenberge, le 1" novembre, 
que d'après elle le traitement de 20 livres par jour qui 
lui a été accordé, est suffisant pour un train de seize ou 
dix-huit chevaux, et que s'il la excédé, cela n'était pas 
nécessaire 2. 

Le 9 novembre, Zevenberge n'était pas encore parti 
pour la Suisse, il attendait les ordres de l'empereur et 
ceux-ci n'arrivaient pas; dix jours après, la situation 
n'avait pas changé, Maximilien était à Inspruck; Zeven- 
berge, dans sa lettre du 19, fait observer à l'archidu- 
chesse que ses observations au sujet des dépenses sont 
hors de propos, et que, si elle savait le train que mènent 
les ambassadeurs, tant du pape que des autres princes 
quand ils sont à Augsbourg, elle ne trouverait rien à re- 
dire au sien; un mois après, il attendait encore l'ordre de 
son départ que l'empereur lui avait dit de différer ^. 

Au milieu de toutes ces négociations, François I" n'était 
pas resté inactif; seulement tout en semant l'or, il se 
montrait parfois inconséquent et impolilique, au point de 
s'aliéner des hommes qui auraient pu lui être de la plus 
grande utilité. Eu tête de ceux-ci on peut inscrire Franz 
de Seckingen, le fameux partisan qu'il avait flatté et adulé 
à Amboise, Erard de la Marck, évêque de Liège, et Robert, 
son frère, seigneur de Sedan. Franz de Seckingen se vit 
lout-à-coup retirer ses pensions, parce que dans quelques 
difficultés entre des marchands milanais et allemands, il 
avait pris parti pour les premiers; aussitôt Maximilien 
profila du mécontentement de Franz et traita avec lui. 
Robert de la Marck, qui avait servi Louis XII, s'était sous 
le règne de ce prince montré trop ouvertement partisan 



* GACBiBD, Rapport, etc., p. lai. 

* id., p. 153. 

* Id., Lettres du 9 cl du 19 novembre cl du 18 décembre, p. 1S5. 



— 203 — 

d'Anne de Bretagne contre la mère de François I", la 
duchesse d'Angouléme; le roi épousa la querelle de sa 
mère, à la suite de quoi Robert se retira à la cour de la 
régente des Pays-Bas, ainsi que son frère Erard, évéque 
de Liège, auquel François avait promis le chapeau de car- 
dinal, qu'il fit obtenir à l'archevêque de Bourges, en dépit 
de sa promesse. 

Maximilien comptait sur un succès assuré et se dispo- 
sait à convoquer la diète à Francfort, lorsque la mort le 
surprit à Wels en Autriche, le 12 janvier. 11 n'avait été 
que peu de temps malade. Le 14 janvier, lorsque déjà il 
était mort, Zevenberge qui l'ignorait, écrivit à l'archidu- 
chesse qu'il avait apris que l'empereur était malade de- 
puis quelques jours et que les médecins craignaient pour 
sa vie; il disait s'être concerté avec Villinger pour rédiger 
un mémoire au roi sur ce qu'il y aurait à faire si Maxi- 
milieu venait à décéder. La nouvelle parvint à Marguerite 
le 25 janvier. 

Aussitôt après la mort de Maximilien, Frédéric de Saxe, 
en vertu des dispositions de la bulle d'or, fut chargé du 
vicariat de l'empire dans tout le territoire où régnait le 
droit saxon; il continua, dans toutes les affaires de l'élec- 
tion à l'empire et en présence des menées des concurrents, 
à se tenir dans une grande réserve; il se montra seule- 
ment, à compter d'un certain moment, très-opposé à 
l'élection du roi de France, parce que celui-ci avait promis, 
disait-on, la lieutenancede l'empire au marquis de Brande- 
bourg, homme véhément, avec lequel nul ne voulait avoir 
affaire. Vers le même temps, Léon X envoya à Frédéric 
par Charles de Milnilz, gentilhomme de Misnie, chanoine 
de Mayence, mais résidant à Rome, la rose d'or bénite, 
dont les papes ont continué d'honorer annuellement un des 
princes de l'Europe, et que Frédéric avait désirée déjà dans 
une occasion précédente. Celte mesure était une courtoisie 



— 204 — 

(le la part du pape, afin de captiver la bienveillance de 
rélecteur; cela résulte d'une lettre de Léon X à Frédéric. 

La rose d'or ne lui parvint cependant que le 2b septem- 
bre 1519, et Frédéric, ne voulant pas assister lui-même à 
sa réception solennelle à Altenbourg, y envoya trois de ses 
conseillers. 

La mort de l'empereur mit de nouveau tout en ques- 
tion; toutes les peines qu'on s'était données au profit de 
Charles, toutes les démarches, tous les frais qui avaient 
été faits furent comme non avenus, et le roi d'Espagne se 
vit immédiatement, non plus en présence d'un seul com- 
pétiteur, mais de plusieurs. 

Outre François l", Henri V'IH qui avait précédemment 
décliné les offres de Maximilien, se mit à négocier sous 
main; Thomas Wolsey expédia en Allemagne Richard 
Pace, chargé de sonder sous main les intentions des élec- 
teurs et au besoin de négocier ouvertement pour le roi 
d'Angleterre; l'ambassadeur anglais à Rome reçut égale- 
ment des instructions fort spécieuses, et avait mission d'ef- 
frayer le pape sur les conséquences d'une élection au profit 
de François I", qui aurait étendu son sceptre tyrannique 
sur le monde enlier, ou de Charles qui possédait déjà des 
domaines si étendus, qu'il eût été imprudent d'augmenter 
sa puissance. Henri se vantait en outre auprès de Tun de 
sa mésintelligence avec l'autre, et promettait à chacun en 
particulier son aide au délriment de son compétiteur. Cette 
duplicité fut dévoilée et tourna toute au désavantage des 
prétentions du roi anglais, dont l'ambassadeur se vitécon- 
duit chez les électeurs. 

François l^% aussitôt après la mort de iMaxirnilien, en- 
voya une ambiissade nfin de solliciter ouvertement le suf- 
frage (les électeur*!; cette ambassade, qui était appuyée par 
tout un chargement d'or et de présents, se composait de 
l'amiral Bonnivel, de Jean d'Albrel, du marquis de Fleu- 



— 205 — 

ranges, fils du stM'gneur de Sedan, et de quelques autres 
nolablilités. Le roi d'Espagne, de son côté, fît redoubler 
d'activité. 

Le 31 janvier, Marguerite d'Autriche écrivit à Zeven- 
berge pour lui mander que le bâtard de Savoie était en- 
voyé par François I^"" pour pratiquer les Suisses ou les 
électeurs, et peut-être les uns et les autres; elle l'engage à 
surveiller les Vénitiens et à pourvoir les places frontières; 
le 1" février, Zevenberge dépêchait de son côté à la ré- 
gente, pour l'informer que le roi ou bien l'archiduc Ferdi- 
nand devaient nécessairement venir en Allemagne; a je ne 
voye point, dil-il, que par nuls procureurs, quelque grands 
qu'ils soient, les affaires se pourront conduire, car tout le 
monde ici est en picque l'un contre l'autre, dont le peuple 
est tout estonné, il fault par force que je les contente de 
jour à autre de parolles que l'ung ou l'autre de mes- 
seigneurs viendra *. » 

Le 3 février, Jean de Marnix, secrétaire du roi et tré- 
sorier de la régente, reçut des instructions à communiquer 
à Zevenberge, vers lequel il devait se rendre le plus dili- 
gemment possible. « Il est urgent, disaient les instructions, 
d'assurer à chacun des électeurs tout ce qui lui a été offert. 
Sera aussi remonstré au marquis de Brandebourg que en 
satisfaisant à ce, il ne seroit mieux ny plus hautement allyer 
son filz que à Madame Catherine, seur dudit seigneur roy, 
qui est accomplie et douhée de toute beauté, bonté et vertu, 
dont on le peult aussi bien asseurer; et comment le roy, 
parvenu à la dignité impériale, le pourra faire son princi- 
pal lieutenant et vicaire audit Saint Empire pendant son 
absence, que po^irra estre dicl, quant à ce point, par ma- 
nières de devises sans se obliger. L'on pourra aussi adviser 
de gaiguer le duc de Zas (Saxe), électeur, par quelque 

^ Le Guy, Négociations, II, 189, — Gacbard, Rapport, etc., p. 156. 



— 206 — 

bon moyen, oultre la promesse que desjà lui a esté faicle, 
soit par ladicte lieutenandise de l'empire, assenlement de 
quelque traicté de mariage et aullrement. » Marnix devait 
faire certifler que le roi de France, s'il parvenait à l'em- 
pire, réduirait les princes et les villes d'Allemagne en ser- 
vitude; il devait travailler autant que faire se pouvait au 
profit de son maître, et en désespoir de cause, faire tomber 
l'élection sur un autre prince avec lequel on prendrait des 
arrangements *. 

Le 4 et le 6 février, Zevenberge écrit à la régente pour 
lui annoncer qu'il reste momentanément à Augsbourg 
pour mieux soigner les affaires du roi; Armstorf, con- 
seiller du roi, est arrivé de Saragosse le 2, avec des in- 
structions; Zevenberge croit qu'il faudra bien encore 
au moins cent mille florins de plus que la charge de ce 
conseiller ne porte, sinon « la chose est en danger de 
rompture irrécupérable. » L'évéque de Mayence, qui est 
dévoué, compte faire citer les électeurs pour se réunir à 
Francfort à la mi-caréme, afin de procéder à l'élection 
d'un roi des Romains; passé ce délai, le droit de citation 
serait dévolu au pape. Il ajoute que les Français ne né- 
gligent rien pour pratiquer Joachim de Brandebourg, 
« qui est le père de toute avarice; » et sur l'avis de l'évé- 
que son frère, on lui envoie le marquis Casimir et le 
comte de Mansfeld pour lui garantir les promesses qu'on 
lui a faites. «De là se tireront lesdilz marquis Casimir et 
Mansfeit vers le duc Frédéric de Saxe, électeur, pour 
pareillement l'induire à la perfection de ladite élection. 
Armslorff ira ensuite chez le comte palatin, puis vers 
l'archevêque de Mayence. On a écrit aux archevêques de 
Trêves et de Cologne pour les entretenir de leurs disposi- 
tions, et on enverra vers les rois de Hongrie et de Bohême. 

* Le Glày, II, 194. — Gichard, p. 157. 



— 207 ~ 

Zevenberge insiste spécialement sur les avantages que 
retirera le roi en payant les sommes promises, o II faut 
que l'on pense, dit il, que par celte somme, il (Charles) se 
fait empereur, il marie sa sœur, il assure ses successions, 
achète cette belle pièce de Haguenauw qui demeurera à 
perpétuité à la maison d'Autriche, s'allie à beaucoup de 
princes et se fait prince des princes *. » 

Le 7 février, Marguerite écrivit à Zevenberge que 
Charles, par des lettres arrivées la veille, déclarait qu'il 
voulait ne rien épargner pour parvenir à son élection; il 
est à noter qu'alors le roi ignorait encore la mort de 
Maximilien. 

Le 14 février, Zevenberge mande à la régente, que 
plusieurs points contenus dans les instructions de Marnix 
sont déjà remplis, qu'il n'épargnera aucun effort, ni lui, 
ni ceux du conseil, mais qu'il faut que l'effet vienne du 
roi; car les Français n'y vont pas seulement de paroles, 
mais d'effet et à mains pleines. Il raconte que le comte 
palatin est allé, dans l'intérêt du roi, auprès de l'électeur 
son frère; le marquis Casimir et le comte de Mansfeld 
sont allés vers le marquis de Brandebourg. Les princes 
électeurs, et principalement ceux dont les domaines sont 
situés près du Rhin, veulent savoir quel secours ils rece- 
vront du roi au cas que les Français les attaquent; ce point 
est de la plus haute importance. Il indique la nécessité de 
faire pratiquer François de Seckingen, qui a la plus grande 
partie de la Haute-Autriche à son commandement. En 
même temps il est essentiel que les personnes qu'on enverra 
vers les électeurs ecclésiastiques surtout, ne leur rapellent 
pas trop leurs promesses faites et leurs engagements scellés 
donnés à l'empereur, « car ils ne veulent être pris par ce 
bout, pour ce que l'élection doit être libre; » il suffit de 

' Le Glaï, Négociations, II, 202, — Gachard, Rapport, elc, 157. 



— sos- 
ies prier de vouloir persister dans leur bonne affection 
pour le roi catholique. D'après lui, il convient que le roi 
écrive des lettres de sa main, ou du moins ajoute quelques 
mots en latin aux électeurs, en les assurant qu'il veut se 
conduire dans les affaires de l'empire par leur avis; et 
quelque chose de plus à l'archevêque de Trêves. Il recom- 
mande de ne pas envoyer à Rome le double des promesses 
des électeurs, parce que ceux-ci ne veulent pas que cet 
engagement soit connu publiquement, dans la crainte que 
leur voix ne soit déclarée nulle. Celui que le roi enverra 
comme son ambassadeur doit hàler son départ, dit-il, car 
les envoyés français y sont déjà avec un grand train; et 
il convient que sans faute le roi envoie son frère Ferdi- 
nand en Allemagne, où le tout irait à ruine. » Dans une 
autre lettre, datée du 16 février, Zevenberge fait savoir 
à Marguerite d'Autriche, que l'électeur de Brandebourg et 
l'électeur de Mayeuce, son frère, se sont réunis, et que ce 
dernier a conclu d'envoyer les citations aux électeurs afin 
que, à partir du 15 mars et dans les trois mois, ils se trou- 
vent à Francfort pour faire l'élection. On dit en Allemagne 
que c'est malgré les Espagnols que le roi veut devenir 
empereur, et à cause de cela, il faudrait qu'un grand per- 
sonnage d'Espagne arrive avec les autres envoyés. Le 
marquis de Brandebourg est loin d'être aussi dévoué au 
roi que son frère de iMayence ; il dit qu'on s'était obligé 
à exécuter avec la Noël les promesses qu'on lui avait faites, 
que puisqu'on ne les a pas tenues, il est délié des siennes; 
que principalement on ne lui a pas envoyé la ratification 
de madame Catherine, mais seulement celle du roi, qui ne 
lie pas, ce qui lui fait croire qu'on veut le tromper. Il 
exige l'obligation de Fugger pour le reste des deniers du 
mariage, montant à 200,000 florins d'or, et que les de- 
niers lui soient payés, soit que le mariage ail lieu ou non. 
Il veut aussi, outre les 100,000 florins d'or qu'il désire 



— 209 — 

comptant pour le mariage et les 30,000 pour sa voix, une 
autre bonne somme, car l'ambassadeur français lui promet 
au comptant bien davantage. « Par cecy, dit Zevenberge, 
pour entendre la qualité du personnaige, el est un homme 
diabolicque pour besoigner avec lui en matière d'argent. » 
Dans une lettre autographe de la même date à la régente, 
l'ambassadeur dit : « Je n'ay volu lesser que de ma mayn 
vous ave adverti des principaulx points : c'est que l'espoir 
que j'ay à l'élection est que le duc de Zasse ne suffre 
jamays que le roy de France soit empereur, à cause que 
ledit roy a promys au marquis Joachim estre son lieute- 
nant, et nul des électeurs ne se contente de cela, el ceste 
crainte fait beaucoup de bien aux affaires du roy, et an- 
cores moyns vouidront y souffrir que le marquis Joachim 
fut roy des Romains, car c'est un homme véhément, 
avecques lequel nul ne veult avoir affaire'. » 

Cette disposition de Frédéric le Sage n'était pas cepen- 
dant entièrement à l'avantage de Charles, car il était en 
principe opposé à l'élection d'un prince étranger à l'Alle- 
magne, et avait conçu le projet de faire porter à l'empire 
le jeune roi de Hongrie, Louis, pourvu que ce jeune prince 
voulût donner sa sœur Anne à son neveu et héritier à lui, 
Jean-Frédéric. Cette combinaison n'était nullement goûtée. 
D'un autre côté, si Frédéric de Saxe se tenait sur la ré- 
serve dans les questions financières, el refusait de vendre 
sa voix argent comptant, il aurait consenti à l'accorder, si 
le roi d'Espagne avait voulu doimer sa sœur Catherine à 
ce même Jean-Frédéric, auquel François I" avait fait pro- 
poser l'alliance de Renée de France 2. 

Sur les conseils de Zevenberge, le seigneur de Sedan 
avait été chargé de traiter avec François de Seckingen ^; 

« Le Glat, Négociât. , 11, 225, 238. — Gaciuud, Rapport, etc. , 1 39, 1 60, 1 6 J . 

« Id., id., I, CXLYlll; II, 235, 256. 

' MosE, Anztiger, 1836, 20. 

15 



— 210 — 

les Suisses, vers lesquels on l'avait envoyé, « montraient 
assez (le bon vouloir et affection devers le roy; » les négo- 
ciations avançaient pas à pas, quand un incident diploma- 
tique faillit, en écartant un homme, compromettre peut- 
être le résultat de tant de frais et de démarches. 

Une lettre de Charles, datée de Montferral, en Espagne, 
le 6 février, arriva à Augsbourg. On y trouva que le roi 
nommait pour ses conseillers au conseil d'Inspruck, le 
cardinal de Gurk, Michel de Volkenslein, le chancelier 
Sereitem, V'illinger et Renner, leur donnant la direction 
de toutes ses affaires, de son élection comme des autres, 
et enjoignant à Zevenberge d'obéir à tous leurs com- 
mandements. 

Zevenberge fut extrêmement sensible à cette espèce de 
disgrâce et en écrivit aussitôt le 20 février à la régente, 
en exprimant son chagrin et son étonnement. II n'avait 
pas demandé la mission qu'il avait remplie jusqu'alors, 
disait- il, c'était même contre son gré et par pure obéis- 
sance : il avait même dépensé 4,000 florins du sien et se 
croyait en droit d'attendre une autre récompense; il ter- 
mine en disant qu'il ne peut accepter la charge subalterne 
qu'on lui assigne. 

Marnix écrivit en même temps à l'archiduchesse pour 
lui dépeindre le regret de Zevenberge; la détermination 
qu'a prise le roi n'est nullement à son avantage, dit-il, 
car sans Zevenberge les choses ne seraient pas où elles 
en sont. H ajoutait que ce seigneur était décidé à retour- 
ner aux Pays-Bas, mais que lui même, Marnix, l'a prié 
avec instance d'attendre au moins jusqu'à ce qu'il soit 
arrivé une réponse de l'archiduchesse, mais il a répondu 
qu'il ne veut pas se faire honte à lui-même, et devenir le 
serviteur d'un conseil de quatorze ou quinze personnes. 

D'un autre côté, on a éloigné Ziegier, l'un des meilleurs 
hommes d'Etat de l'empire, et le cardinal de Gurck qu'on 



— 211 — 

a mis à la fête du conseil, esl peu propre en celte occasion, 
pour aucunes raisons dangereuses à écrire. 

Le dernier jour de février, rarchiduchesse écrivit au 
sujet de celte affaire au seigneur de Zevenberge; elle 
essaie de pallier un peu le mauvais effet de la dépêche 
royale; ces dépêches, dit-elle, ne doivent pas empêcher 
Zevenberge de continuer ses bons et loyaux services, car 
elle est sûre que si son nom a été omis dans les pouvoirs 
et commissions pour l'empire, « cela ne procède pas du 
vouloir du roi, mais de la faute, ignorance et bécililé du 
secrétaire qui a fait les dépêches. » Aussitôt- qu'elle en a 
eu connaissance, elle a écrit au roi pour lui faire observer 
que la commission de l'empire exigeait des personnages 
plus qualifiés, et pour lui proposer d'expédier un autre 
pouvoir sur les sieurs de Gurck, de Liège, Casimir, le 
comte palatin et lui, lesquels prendraient pour conseillers 
Volkenstein, Sereilen, Villinger, Ziegler et Renner. 

Sur ces entrefaites était arrivé un courrier d'Espagne, 
avec des pouvoirs et des instructions pour le comte Henri 
de Nassau, que le roi nommait chef de l'ambassade en 
Allemagne, attendu que le roi de France se faisait égale- 
ment représenter par des personnages importants. De son 
côté, Marguerite avait écrit au roi, afin qu'il envoyât un 
pouvoir à Zevenberge et à Ziegler pour la journée de 
Francfort, et elle conseilla au premier de ces seigneurs de 
continuer à s'occuper des affaires du roi, bien que celui-ci 
l'eût mis celte fois en oubli, car la faute était facile à 
réparer '. 

Vers ce temps, un des négociateurs de Charles, le 
seigneur de Sedan, obtint un avantage important, en 
gagnant définitivement à la cause de son maître le fameux 
partisan Franz de Seckingen ; il lui avait d'abord offert 

» Le Glay, Négocialiom, II, 283. — Gachard, Rapport, etc., 164. 



212 — 

une pension de 2000 livres, mais ce gentilhomme avait 
répondu que les Français lui en offraient bien davantage; 
alors la somme fut portée à 3000 livres de pension, plus 
une compagnie de vingt hommes d'ordonnance; le genlil- 
homme qui avait fait la négociation au nom de Franz, eut 
pour sa part une pension de 300 livres, et moyennant ces 
concessions, l'entente eut lieu. Mais d'un autre côté, 
Armstorff mandait au roi, au commencement de mars, 
que l'archevêque de Mayence, qui avait d'abord été tout 
affectionné à sa cause, avait changé d'avis et s'était tourné 
du côté des Français, ainsi que son frère le marquis 
Joachim et l'électeur de Cologne; ces personnages disaient 
entre autres choses, que les promesses qu'on leur avait 
faites n'ayant point été tenues, ils se croyaient dégagés 
des leurs; qu'on avait divulgué ce qui avait été secrètement 
traité avec eux et autres objections fort peu plausibles. 
Armstorff ayant répondu à ces observations, le cardinal de 
Mayence le prit en particulier, et lui dit : « Nous sommes 
véritablement secrètement avertis qu'après que nous aurons 
élu, on ne nous tiendra une seule chose de tout ce qui 
nous a été promis, des pensions, ni autres choses, car 
nous savons que ceux d'Espagne n'ont nullement voulu 
consentir que le roi prétende après l'empire, ni veulent 
laisser sortir la sœur du roi hors du pays, ni consentir 
au mariage du fils de mon frère. Pour le second, savons 
que le roi ne pourra tirer ladite fille hors des mains de 
la reine sa mère; nous savons ensuite qu'on pratique de la 
marier ailleurs, et que mon frère en sera trompé. » Après 
cela le cardinal disait savoir que le pape, le roi de France 
et le roi d'Angleterre avaient conclu de s'opposer à l'élec- 
tion de Charles, et il se plaignait de la nomination du 
cardinal de Gurck comme commissaire, parce que ce per- 
sonnage était antipathique à tous les électeurs. Mais 
Armstorff s'aperçut bien que toutes ces difficultés ne pro- 



— 213 - 

venaient que des offres que le cardinal avait reçues des 
Français, d'autant plus qu'il alla jusqu'à lui dire que si ou 
ne lui accordait pas plus que ce qui avait été précédem- 
ment promis, ce qui avait été fait pouvait être tenu comme 
nul, et il demande encore 100,000 florins d'or, qu'il ré- 
duisit après bien des pourparlers à 20,000. A la suite de 
cet accord, il promit d'écrire à son frère et à l'électeur de 
Cologne pour qu'ils restassent fidèles à leurs engagements 
vis-à-vis du roi d'Espagne. Cet affaire, dit Armslorff, le 
mil dans une telle perplexité qu'il en fui trois ou quatre 
jours sans dormir et hors d'espoir •. 

Zevenberge reçut un dédommagement pour sa disgrâce 
momentanée; il fut nommé troisième commissaire pour 
l'affaire de l'empire, et immédiatement après la réception 
de la dépêche qui le lui annonçait, partit pour Zurich, afin 
de gagner les Suisses. Ziegler était plus froissé que lui de 
se voir négligé et voulut se retirer auprès de l'archevêque 
de Mayence; Zevenberge l'en dissuada, et n'obtint pour 
réponse que les conditions suivantes : 8000 florins d'or 
comptant, une pension viagère de oOO florins, un pouvoir 
de traiter les affaires de l'empire, sa nomination de vice- 
chancelier de l'empire. 

Après son expédition à Mayence, Armslorff se rendit à 
Cologne; là il se trouva en présence de difficultés d'un 
autre genre : l'électeur lui fit entendre qu'il ne se croyait 
nullement lié par ses promesses antérieures, et que la mort 
de l'empereur avait tout rompu; l'envoyé du roi d'Espagne 
lui ayant représenté que le bien de la chrétienté exigeait 
l'élection de son maître, l'électeur lui répondit qu'il était 
fort bien disposé pour Charles, mais qu'il voulait d'abord 
en conférer avec d'aulres électeurs et connaître leur avis, 
et qu'enfin il voulait agir de manière à n'avoir rien à se 

' Le Glay, Négociations, II, 28G. — Gacuard, Rapport, etc., 166, 167. 



— 214 — 

reprocher devant Dieu ni devant les hommes. Le soir 
même, le frère de l'électeur alla trouver Armstorff, et lui 
dit que la réponse de l'archevêque ne devait pas le cha- 
griner; qu'il savait son frère bien disposé pour le roi *. 

Cette espèce de fin de non-recevoir, avec laquelle on 
accueillait ses ouvertures, engagea Armstorff à travailler 
d'autant plus les autres électeurs. De Cologne il se rendit 
à Trêves; l'électeur, tout dévoué de cœur à la France, 
invoqua également Dieu et sa conscience, remercia les 
envoyés pour la confiance que le roi mettait en lui, et 
déclara que bien que l'empereur eût déjà demandé sa voix 
pour le roi Charles, il voulait demeurer libre, non que son 
désir ne fut de servir le roi, mais parce qu'il voulait au 
jour de l'élection agir de manière à n'offenser Dieu et 
charger sa conscience. Il ajouta « qu'il ne voulait regarder 
à son profit particulier, mais à la louange de Dieu, à 
rhonneur, augmentation et proufit du saint empire, et 
universellement de toute la chrestienté. » Armstorff, après 
cette conférence, représente l'électeur de Trêves comme 
un vertueux et sage personnage, dans la vertu duquel on 
peut avoir confiance ^. Cek n'empêche pas que ce prélat 
restât jusqu'à la fin le plus attaché de tous à la cause de 
François P"", et fut le dernier à voter pour Charles. 

Le 8 et le 9 mars, Zevenberge d'un côté, Marguerite et 
son conseil privé de l'autre, écrivirent au roi pour lui 
exposer la situation. Le premier dit entre autres choses, 
qu'il faudra passer par les exigences des électeurs, « les- 
quels n'ont nul regard au bien de l'empire et de toute la 
chrétienté, ains seulement à leur particulier proffît; par 
quoy fault, puisque estes à leur miséricorde, passer ce 
pas, car tout le monde en ce pays est affecté à V. M. et 



' Le Glay, Négociations, II, 34i. — Gacuard, llapport, elc, 174-. 
« Id., id., II, 356. — Id., id., de, 174. 



— 215 — 

lie me double pas que s'ilz sceussent que les électeurs, 
par avarice, deusseut eslire un esirangier, ou autre que 
Vous, ilz s'esmouvroient par ensemble contre lesdits élec- 
teurs, et leur diroient plainement que en ce cas ne leur 
obeyroient, ou à un tel esirangier esleu, et principalement 
le Franchois, auquel de leur nature ils sont contraires. » 
Le roi réussira, dit-il, s'il consent à faire tout ce que ses 
ambassadeurs lui indiqueront. 

Dans la lettre de la régente et de son conseil, celui-ci 
émet l'idée que Charles devrait prévoir le cas où il ne 
serait point élu, et qu'alors il devrait solliciter l'élection 
de son frère. Que d'un autre côté, si les électeurs voulaient 
ôler l'empire à la maison d'Autriche, il faudrait savoir 
quel serait celui en faveur de qui il faudrait travailler. 
Dans ce dernier cas, celui que le roi ferait le mieux d'ap- 
puyer, serait peut-être le comte palatin de Bavière, Fré- 
déric, « pour autant que c'est des moindres princes qui 
peullent à ce estre esleuz, » ou bien le marquis Casimir 
de Brandebourg; alors on pourrait, à défaut de mieux, 
traiter avec l'un ou l'autre pour qu'il s'obligeât à faire 
élire le roi, roi des Romains. Quant à François I", dit-il, 
il a déclaré qu'il parviendra soit par amour, soit par ar- 
gent, soit par force; qu'il a fait pratiquer Charles de 
Gueidre, qui rassemble des troupes, que lui-même fait 
filer force gens en Italie, et que le bruit court qu'il veut 
se faire couronner à Rome, qu'il soit élu ou non *. 

Le même jour, 9 mars, le cardinal de Gurck, Zeven- 
berge, Villinger, Ziegler et Marnix informèrent le roi, 
que les électeurs se prétendaient de nouveau dégagés de 
leurs promesses, puisqu'on n'avait pas encore tenu celles 
qu'on leur avait faites : « Ils ne veulent croire à personne, 
disent-ils, ni avoir foi à lettres ou scellés, de nuls mar- 

* Le Glay, Négociations, II, 310, 318. — Gachard, Rapport, elc, 169. 



— 216 — 

clians étrangers autres que les Fugger; » il faut donc que 
tous marchands italiens et autres délivrent les deniers eu 
la main, et que les payements se fassent en or '. 

En même temps le conseil envoya Armstorff vers le comte 
palatin, ensuite Simon de Ferrelte et un conseiller d'In- 
spruck, nommé Charles Drap; le comte de Mansfeld fut 
député au duc de Saxe, le seigneur de Wirninberg vers le 
roi de Pologne, Wynand von Dyenham vers les électeurs de 
Trêves et de Cologne; et Zevenberge partit pour la Suisse. 

Quelques jours après, on apprit que le pape travaillait 
activement les électeurs en faveur du roi de France, que le 
légal et le nonce du pape étaient allés vers l'archevêque de 
Mayence, et que celui-ci, dix jours après avoir accepté les 
propositions d'Armstorff, traitait avec François I", duquel 
il recevait : outre une pension viagère de 10,000 flo- 
rins, une somme de 120,000 florins pour œuvres pies, 
payables avant l'élection. Joachim de Brandebourg s'était 
conduit à peu près de même, il acceptait pour son fils la 
main de Renée de France, dont la dot était augmentée de 
100,000 écusd'or et une pension de 12,000 florins réver- 
sible sur son fils ^. 

Charles s'était montré assez mécontent de l'espèce 
d'empressement qu'on avait mis à pousser en avant la 
candidature de son frère; il le manda à la régente, qui fit 
abandonner l'idée de porter Ferdinand au trône impérial, 
et s'excusa auprès de son neveu. « De monseigneur vostre 
frère, dit-elle dans une lettre du 21 mars, je luy ay déclaré 
vostre vouloir et intention, à quoy il m'a promptement 
respondu aussi sagement que scauroit faire ung chancelier, 
que il est et sera toujours prest de vous obeyr et servir en 
toutes choses qu'il vous plaira luy commander, et que ce 



• Gacuard, Rapport, elc, 170, 
^ Le (JLAT, Négociations, II, 379. 



~ 517 — 

luy esl loul ung où il serl, mais que ce soil en lieu à vous 
agréable, disant ces propres mots à ce propos : « ma nais- 
sance est partout où le plaisir du roy esl, » el vous promets, 
monseigneur, que je ne crois pas que jamais fust prince de 
son aige plus saige ne de bon aise que je le treuve, car il 
ne scet comme soy assez humilier devant vous K » 

On abondonna donc complètement le projet de candi- 
dature de Ferdinand, et IMarnix manda le 22 mars à l'ar- 
chiduchesse, qu'il n'avait été parlé qu'entre les commis du 
roi du projet de mettre en avant réieclion de l'archiduc, 
et de le faire venir en Allemagne; qu'ainsi le roi n'avait 
aucun motif d'avoir du mécontentement à cet égard, que 
cette idée était abandonnée el ne devait plus inquiéter le 
roi; mais que cela n'empêchait pas que les lettres du roi à 
ce sujet furent trouvées a eslranges et mal considérées ^. » 

Le conseil privé tint aussi à se disculper d'avoir penché 
un moment pour l'archiduc; il allégua plusieurs raisons 
pour justiOer sa conduite : 1° que le bruit courait en Alle- 
magne, que les princes, villes et cités de l'empire ne 
désiraient pas que l'empereur élu fût si puissant que les 
rois d'Espagne et de France, et qu'ils préféraient un 
prince moindre el de la nation germanique, et qui y rési- 
dât. 2° Qu'à la dernière journée tenue en Suisse, entre 
les ambassadeurs de France et les cantons, ceux-ci répon- 
dirent à la demande que les premiers leur firent de favo- 
riser l'élection de leur souverain, qu'ils n'en feraient rien, 
qu'ils ne voudraient que ni l'un ni l'autre des deux rois 
ne fût promu. 5" Qu'ils avaient appris que le roi de France 
était dans l'intention, s'il ne pouvait réussir pour lui, de 
procurer l'empire au marquis Joachim, et de faire élire roi 
des Romains son fils, auquel il aurait donné madame 



' Gachard, Rapport, elc, 173. 

* Le Glay, Aégoctaiions, II, 359. — Gacbard, Rapport, etc., 176. 



- 218 — 

Renée avec 300,000 écus comptant et 60,000 de rente 
en dot. 4" Que les électeurs maintenaient que les enga- 
gements contractés par eux envers l'empereur étaient 
venus à cesser à sou décès. S° Que si le marquis de 
Brandebourg, le duc de Saxe, ou quelque autre prince 
était élu par la faveur des Français, il en pourrait résulter 
un grand préjudice pour le roi et ses états *. 

Pendant ce temps, Zevenberge était allé remplir sa 
mission en Suisse. Il était arrivé le 15 mars à Zurich, où 
il se mit en rapport avec le comte de Zultz, Wolf de 
Zonburgli, Christophe Fox, Martin Stuer et Hans Harcker, 
qui lui ont été adjoints, et de concert ils se sont rendus 
le 17 à l'audience des cantons, auxquels ils ont fait les 
propositions suivantes : 1° Ils remerciaient les cantons 
des honneurs funèbres qu'ils avaient rendus à l'empe- 
reur, et disaient que le roi, leur maître, les envoyait pour 
ratiûer la ligue héréditaire qui existait entre eux et la 
maison d'Autriche. 2° Que le roi désirait contracter avec 
eux une plus étroite amitié, et- avait chargé ses envoyés 
de pleins pouvoirs à cet effet. 5° Que les Français ne 
cherchaient qu'à mettre le trouble dans l'empire pour op- 
primer plus facilement la nation germanique. 4° Que la 
poursuite de son élection par le roi de France ne tendait 
qu'à ce but; qu'ils pouvaient se souvenir que l'empire 
avait été bien gouverné, tant qu'il l'avait été par des 
princes d'Allemagne et principalement par ceux de la 
maison d'Autriche; qu'en conséquence, ils voulussent 
écrire aux électeurs en faveur du roi, qui, si il était 
nommé, les entretiendrait toujours en bonne amitié et pro- 
tection, et qu'ils voulussent envoyer, aux frais du roi, 
leurs députés à Francfort. Le lendemain, les cantons en- 
voyèrent aux ambassadeurs leurs députés avec la réponse 

* Gacqard, Rapport, elc, 175. 



— 219 — 

suivante : 1° Qu'ils n'avaient fait que ce à quoi ils étaient 
tenus en priant pour l'empereur, vu qu'il les avait tou- 
jours protégés. 2° Que leur intention était de demeurer 
toujours bons confédérés à la maison d'Autriche et de 
Bourgogne, et conséquemment de ratifier la ligue hérédi- 
taire. 5° Quant à une plus étroite amitié, ils désiraient 
voir la proposition par écrit, afin d'en faire rapport chacun 
à son canton, selon leurs vieilles coutumes, et qu'ils se 
réuniraient à la mi-carème pour donner leur réponse. 
i" Quant à la prétention du roi de France à l'empire, ils 
déclaraient ne pas vouloir la soutenir, mais tenir la main 
à ce qu'un prince d'Allemagne, électeur ou autre (sans 
nommer spécialement le roi), fût élu empereur. Ils pro- 
mettent enfin de retirer leurs troupes, qu'ils ont envoyé 
avec le duc de Wurtemberg. 

Zevenberge, dans sa dépêche du 22 mars, se plaint 
amèrement de la rudesse et de la cupidité des Suisses * : 
« Les gens icy me sont journellement sur le dos, dit-il, 
et aymeroye mieux porter pierres, que d'endurer ce que 
journellement me porter de ces belistres et coquins, et les 
faut adourer comme seigneurs et encore ne les peut l'on 
satisfaire. » Il fallut cependant en passer par où ils vou- 
laient et promettre à chaque canton 800 florins par an, 
outre les 200 pour la ligue héréditaire. 

Le pape se montrant de moins en moins favorable à 
l'élection de Charles, et travaillant de son côté les élec- 
teurs, vers lesquels il envoyait de fréquents messages, 
Charles autorisa le 51 mars ses commissaires en Alle- 
magne à empêcher le passage des postes du pape par le 
Tyrol, et à saisir ses lettres « pour dévoiler ensuite ses 
illicites poursuites et prétentions '^. » 



* Le Glay, Négociations, II, 364. — GâciURD, Rapport, etc., 177. 
^ Gachird, Rapport, etc., 179. 



— 220 — 

Mais si Léon X se monlrait ouver(emenl hostile à la 
candidalure de Charles, il n'était au fond pas plus favo- 
rable à celle de François I", dont la puissance l'effrayait; 
il encourageait le roi de France, dans l'espoir que plus 
celui-ci serait engagé, plus il serait facile de profiter de 
son dépit pour le pousser à appuyer réieclion d'un autre; 
il croyait aussi que Charles, le voyant embrasser le parti 
de son rival, se déterminerait également pour un tiers, 
dans la crainte de voir François I" l'emporter. Pour ap- 
puyer cette politique ambiguë, Léon X envoya en Alle- 
magne un légat, le cardinal de Saint-Sixte, et un nonce, 
Robert des Ursins, évéque de Reggio. 

Nous trouvons dans les dépêches tant du comte de 
Nassau, le plénipotentiaire de Charles en Allemagne, que 
dans celles d'Armstorff, que quelques électeurs devaient 
se réunir à VVesel sur le Rhin, sous prétexte de s'oc- 
cuper d'affaires locales, mais en réalité pour conférer au 
sujet de l'élection '. Nous y voyons également que les plé- 
nipotentiaires étaient fort peu rassurés sur le résultat de 
leurs démarches et effrayés des frais énormes qu'elles en- 
traînaient. Nassau mandait à Marguerite qu'il lui était 
presque impossible de se procurer assez de gens pour 
avoir une armée prête pour le jour de l'élection; que le roi 
était fort peu connu en Allemagne; que les Français en 
avaient dit beaucoup de mal, et que les Allemands qui 
venaient d'Espagne, n'en disaient guère de bien. Qu'il lui 
fallait encore 220,000 florins, sinon toute l'affaire était 
de nouveau rompue; qu'il avait eu une audience fort peu 
concluante de l'électeur de Cologne, et une autre du même 
genre de l'électeur de Trêves. Quant à ce dernier, son 
chancelier s'était offert de le gagner, moyennant une pen- 



* La plupart des leUres du comte de Nassau sont insérées dans Mone, 
Anzeiifer, 1836. 



— 22i — 

sion de 500 florins et 2,000 florins d'or au comptant, ce 
que le roi avait accordé '. 

Le 2 avril, quatre électeurs se réunirent à Wesel, 
c'étaient ceux de Cologne, de Mayence, de Trêves et le 
comte palatin; les comtes de Nassau, de la Roche, Arm- 
storfl", Ziegler et d'autres s'y rendirent aussi. L'archevêque 
de Mayence ofl'rit le passage dans son bateau aux envoyés 
du pape, ceux-ci se trouvèrent donc également à Wesel au 
grand mécontentement des commis du roi d'Espagne. Ce 
mécontentement était même tel, que sans l'intervention de 
l'archevêque de Mayence, Armstorfl" aurait fait un mau- 
vais parti à Robert des Ursins, auquel il « avait déjà 
dressé une mauvaise compagnie par eau et par terre, qui 
lui eust cousté cher ^. » 

La réunion de Wesel fut marquée par quelques nou- 
velles prétentions des électeurs. L'électeur palatin remontra 
qu'on lui avait fait d'autre part des ofl'res plus considéra- 
bles; il éleva ses prétentions jusqu'à 60,000 florins, et 
voulut eu outre qu'on lui garantît son droit sur le vica- 
riat de l'empire, sur l'avouerie de Hagenau, et qu'on lui 
restituât les lettres qui auraient pu le compromettre et le 
priver de son titre d'électeur. Les électeurs de Mayence et 
de Cologne firent la même réclamation au sujet de leurs 
lettres, et il y fut satisfait. Nassau et la Roche condescen- 
dirent en outre à donner à l'électeur palatin 10,000 flo- 
rins de plus au comptant et une augmentation de pension 
de 2,000 florins, ainsi que la promesse qu'il serait entre- 
tenu dans son vicariat de l'empire. En somme, les commis 
de Charles se croyaient pour le moment sûrs des électeurs 
de Cologne, de Mayence et du comte palatin. 



' Le Glay, Négociations, II, 401. — Gachaud, Rapport, etc., 179. 

^ Id., id.. Il, 377. 

5 Id., id., Il, 403. — Gachard, /î(i/Jf)or<, etc., 180. 



222 

Mais les envoyés du pape, mécontents de la tournure 
que prenaient les affaires, se mirent à ourdir une nouvelle 
intrigue, qui ne leur réussit cependant pas. Ils se rendirent 
auprès des électeurs, les exhortant à élire un bon prince; 
ils les invitèrent à ne pas choisir Charles le roi de Naples, 
attendu que ce royaume appartenait à l'Église, ce qui 
rendait ce souverain incapable, en vertu de la constitution 
de Clément IV; les électeurs répondirent qu'ils ne s'étaient 
pas assemblés à Wezel pour le fait de l'élection, mais à 
cause des armements qui avaient lieu partout et qui me- 
naçaient la paix de l'empire; ils ajoutèrent que le Saint 
Père pouvait être assuré que lorsqu'ils procéderaient à 
l'élection, ils le feraient à la louange de Dieu et au profit 
de la chose publique, et ils s'étonnent que le pape ait 
voulu prescrire des lois aux électeurs, ce qui ne s'était 
jamais vu. Les légats répliquèrent que le pape ne serait 
pas satisfait de cette réponse, qu'il ne voulait pas leur 
prescrire des lois, mais seulement garder le droit de 
l'Église, et, malgré cela, les électeurs passèrent outre '. 
Mais il ne suffisait pas de ce demi-succès; les autres 
électeurs étaient encore à gagner et se montraient récalci- 
trants, les uns pour une raison, les autres pour une autre. 
Le comte de Mansfeld, qui était allé chez l'électeur de 
Saxe, n'avait rien pu en obtenir; Frédéric avait constam- 
ment répondu aux discours et aux offres de l'envoyé, qu'il 
voulait rester libre de son vote et n'entendait pas s'enga- 
ger, bien qu'il voulût faire plaisir au roi -. 

D'après cela, le comte de îVassau résolut de se rendre 
lui-même auprès de Frédéric et d'aller également vers le 
marquis Joachim de Brandebourg. 

Pendant ce temps, Zevenberge avait continué sa niis- 

' Le Glay, IVcgociadons, II, -407. — Gachard, Rapport, elc, 181. 
« Id., Il, 409. 



— 225 — 

sion en Suisse; le 12 avril il écrivit de Conslance au roi, 
il fit rapport sur son ambassade et lui manda que tous les 
piétons suisses qui servaient dans l'armée du duc de 
Wurtemberg, excepté les capitaines étaient rentrés; mais 
les biens de ceux-ci ont été immédiatement frappés de con- 
fiscation par les cantons. L'ambassadeur du roi de France 
avait proposé aux cantons que, pour le bien de la Germa- 
nie et à l'instance de plusieurs princes de l'empire, il 
sollicitait la couronne impériale et leur demandait leur 
assistance. Les cantons répondirent qu'ils parleraient fran- 
chement, et dirent qu'ils ne pouvaient ni ne voulaient 
soufTrir que l'empire allât en d'autres mains que dans celles 
d'un prince d'Allemagne; qu'ainsi ils étaient résolus, avec 
ceux de la ligue de Souabe et d'autres membre de l'em- 
pire, à mettre en danger corps et biens pour empêcher d'y 
parvenir aucun prince étranger, priant en conséquence le 
roi de France de se déporter. L'ambassadeur de France 
partit avec cette réponse; Zevenberge obtint alors la con- 
firmation et la ratification de la ligue héréditaire et dit que 
les pensions à payer s'élèveraient bien à 26,000 flor. *. 

Le comte de Nassau, avec La Roche et Ziegler partirent 
pour aller vers le marquis de Brandebourg, ainsi qu'ils 
l'avaient annoncé; le bruit courait, et ce bruit n'était pas 
sans fondement, que Joachim avait traité avec le roi de 
France. iMarnix en informa l'archiduchesse, en ajoutant 
que la visite du comte de Nassau pourrait le faire chan- 
ger. Il avait assez bon espoir du duc de Saxe, à cause de 
sa droiture et ensuite parce qu'il était pour le moment en 
différend avec le marquis de Brandebourg 2. Le comte de 
Nassau manda également au roi les intelligences du mar- 
quis avec la France; d'un autre côté, un certain nombre 



1 Le Guy, Négociations, II, -415. — GiciuRo, Rapport, clc, 182. 
■> ld.,H,4M. 



— 224 

de lellres du pape qui furent interceptées, prouvaient ses 
menées au détriment de Ciiarles *. 

Les ambassadeurs du roi furent reçus à Berlin avec les 
plus grands honneurs, et dans l'audience que le marquis 
leur accorda, ce fut Ziegler qui porta la parole. Il rappela 
au marquis sa promesse d'élire le roi; Joachim répondit 
que, à la requête de feu l'empereur, il avait renoncé au 
mariage de Madame Renée pour son fils; qu'il fut le pre- 
mier et le principal qui se prononça pour l'élection du 
roi, et que prévoyant à Augsbourg que l'empereur ne vi- 
vrait pas longtemps, il engagea fortement celui-ci et ses 
conseillers à emmener les électeurs à Francfort pour l'élec- 
tion; que cependant les promesses qui lui avaient été 
faites à Augsbourg n'avaient pas été exécutées en temps; 
que, d'après cela, il se tenait pour déchargé des obliga- 
tions qu'il avait contractées envers l'empereur, décharge 
que la mort de ce prince lui donnait encore; néan- 
moins, disait-il, s'il voyait que quatre électeurs fussent 
disposés à donner leur voix au roi, il n'empêcherait pas 
sa promotion. 

A la suite de cela, l'évêque de Brandebourg et d'autres 
du conseil allèrent trouver les ambassadeurs et leur firent 
les demandes suivantes : i^que la dot de Madame Cathe- 
rine fut augmentée de 100,000 florins d'or; 2° que sa 
pension fut augmentée de 4000 florins; 5" que la gratifi- 
cation de 30,000 florins, à cause de la voix du marquis, fui 
augmentée de 50,000 autres florins; 4" que les 1500 flo- 
rins par mois, lui accordés pour venir à l'élection, fussent 
doublés; 3° qu'on lui assurât le vicariat de l'empire pour 
la province de Saxe et les pays adjacents; 6° que toutes les 
lettres contenant ces différents points lui fussent délivrées 
avant l'élection; 7° que moyennant ces choses, il promet- 

• Le Glay, Négociations, H, HO- 



225 

trait, au cas que les voix de quatre électeurs fussent pour 
le roi, de lui donner la sienne. 

Les ambassadeurs refusèrent d'accorder les cinq pre- 
miers points, et jugèrent que le marquis voulait avoir 
plusieurs cordes à son arc, qu'il voulait être bien assuré 
et ne rien faire pour le roi. Ils lui demandèrent alors 
qu'au cas où deux ou plusieurs électeurs donnassent leur 
voix avant lui, il promit de donner aussi la sienne; de 
celte manière le roi aurait été sur de son élection, car il 
avait la voix de l'archevêque de Mayence, qui était le der- 
nier. Ils allèrent jusqu'à promettre de la vaisselle pour 
10,000 florins et la ratification de iMadame Catherine. Le 
marquis dit alors qu'il relirait ses demandes et se conten- 
lait de ce qui avait été promis de part et d'autre à Augs- 
bourg. Les ambassadeurs lui ayant demandé si, au cas 
qu'un des quatre électeurs ne voulût tenir sa promesse, 
il adhérerait à l'opinion des trois restants; il a dit que, en 
ce cas, il se croirait libéré de sa parole; on ne put rien en 
obtenir de plus. Quand on lui dit que le bruit était partout 
qu'il avait traité avec les Français, que deux évêques de 
son conseil avaient reçu, l'un 6000, l'autre iOOO écus 
d'or, et que lui-même en avait reçu, il répondit qu'il avait 
eu beaucoup de communications avec eux, mais n'avait 
rien conclu. 

La démarche que le comte de Nassau, accompagné de 
La Roche et Ziegler, fit auprès du duc de Saxe, n'eut pas 
grand effet, bien qu'on flt miroiter à ses yeux un mariage 
pour son neveu avec la princesse Catherine, qui dans tout 
ceci servait d'enjeu, qu'on marchandait tantôt avec l'un, 
tantôt avec l'autre. 

En somme, les choses étaient loin d'être assurées en 
faveur de Charles, à tel point que le 4 mai ses commis- 
saires lui mandèrent que le roi de France avait fait lever 
force gens de guerre pour appuyer son élection; que ses 

16 



— 226 — 

partisans, le comte de GuelJre et le duc de Lunebourg 
avaient fait de même; que le landgrave de Hesse, le duc 
de iMecklembourg, Tévéque de Munsler, et le duc Henri 
de Brunswick avaient engagé une nombreuse cavalerie, 
avec l'intention de se porter devant Francfort, pour em- 
pêcher l'élection du roi, et que le duc de Saxe et l'élec- 
teur de Brandebourg étaient d'intention de se joindre 
à eux. 

En outre, François I", sur le conseil de Fleuranges, 
pratiquait les chefs de la ligue de Souabe, mais il parait 
qu'il ne le fit qu'assez faiblement, car les ambassadeurs 
de Charles agirent de leur côté, et finirent par l'emporter 
et obtenir que la ligue se mit à la solde de leur maître. 
Les deux concurrents avaient chacun le dessein de profiler 
de l'appui de la ligue pour se faire élire, de poster leurs 
troupes dans les environs de Francfort pendant les con- 
férences des électeurs, les influencer par ce déploiement 
de forces, et obtenir ainsi leurs suffrages. 

Le moment décisif approchait et les affaires de Charles 
paraissaient moins avancées même que quelque temps 
auparavant, à tel point que le 16 mai le comte de iXassau 
et ses collègues écrivaient, que le marquis de Brandebourg 
continuait « de pis eu pis, et faisait toute diligence pour 
divertir les autres électeurs » de se montrer favorables à 
Charles; il voulait même gagner les princes pour faire 
changer le lieu de Téleclion, et choisir à cet effet la ville 
de Cologne plutôt que Francfort, pour éviter l'influence 
de la ligue de Souabe et être plus près du pays de Gueidre 
où on conspirait avec lui. Le seul moyen de conjurer le 
danger était, de Tavis du comte de Nassau, de marier 
promptement la princesse Catherine au neveu du duc 
Frédéric de Saxe, fils du duc Jean. Il y eut à cet effet 
des pourparlers entre le marquis Casimir de Brandebourg, 
le comte de \assau, le duc de Saxe et le duc Jean; le 



- 227 — 

duc Frédéric ne cachait pas qu'il désirait graïuienient 
cette alliance pour son neveu et héritier; il donnait son 
consentement aux négociations que les commissaires vou- 
draient entamer dans ce sens avec son frère, mais quant à 
lélection, il continuait à refuser de se déclarer. Le duc 
Jean avouait hautement ses sympathies pour l'alliance que 
lui proposaient les ambassadeurs de Charles, la préférant 
à un mariage avec Renée de France, dont François I" se 
servait en guise d'appât tantôt auprès d'un prince, tantôt 
auprès d'un autre, tout comme Charles faisait de ma- 
dame Catherine. 

Le bruit avait couru que François I" serait eniré en 
Lorraine avec des troupes nombreuses, et Charles, qui 
avait promis aux électeurs de les protéger contre toute 
violence, établit autour de Francfort un cordon au moyen 
de soldats de la ligue de Souabe, montant à vingt-cinq 
mille hommes de pied et quatre mille chevaux, sous le 
commandement de Franz de Seckingen et de Casimir de 
Brandebourg. Cette protection était plutôt de la part du 
roi d'Fspagne une mesure d'intimidation, afin d'avoir plus 
sûrement les électeurs pour lui. Ses ambassadeurs s'éta- 
blirent à Mayence. 

Plusieurs électeurs et d'autres personnages importants^ 
s'étaient rendus dans cette ville avant d'aller à Francfort; 
ainsi nous trouvons dans une lettre que de Pleine, com- 
missaire de Charles, écrivait à la régente dans le courant 
de juin, que l'évêque de Liège y vint pour trouver 
l'archevêque électeur de Mayence, que le cardinal de 
Saint-Sixte, légal du pape, y vint également. Qu'après 
eux arrivèrent le cardinal de Gurk, le duc de Saxe, le 
comte palatin, le marquis Casimir de Brandebourg, 
l'évêque de Trente, Zevenberge, Villinger et Renner '. Le 

' MoNE, Anzeiger, 1836, 407.. 



228 

marquis de Brandebourg y vint également, l'électeur de 
Trêves y entra le 5 juin; le marquis Joachim lui fît beau- 
coup d'avances; le seigneur de la Roche qui était là aussi, 
lâcha de gagner la voix de l'électeur de Trêves, qui répon- 
dit qu'il voulait rester libre, et pour éviter de nouvelles 
poursuites, partit le 7 pour Francfort. L'archevêque de 
Mayence qui avait été un moment tout-à-fail porté pour 
François I", était devenu le plus chaud partisan de 
Charles, et le marquis Joachim, qui fit des efforts inouis 
pour lui faire abandonner le parti du roi, y perdit son 
temps. Il partit pour Francfort le 8. 

Tous les électeurs devaient être rendus dans la ville 
impériale le 9 juin, et la diète s'ouvrait le 17. Dès que 
les électeurs étaient entrés à Francfort, nul ambassadeur 
ou autre ne pouvait plus leur parler. Le comte de Nassau 
fut toute la nuit du 7 par les chemins pour aller trouver 
le duc de Saxe, qui lui avait mandé de venir incontinent 
vers lui, s'il désirait faire service au roi. 

Quant aux envoyés du roi de France, ils s'établirent dans 
une abbaye en face de Coblentz. L'amiral Bonnivet voulut 
faire une dernière tentative au profit de son maître, en 
s'introduisant dans la ville impériale au mépris des règle- 
ments. Fleuranges raconte dans ses mémoires qu'il partit 
de Coblentz avec quatre chevaux, et s'en alla près de 
Francfort où il se cacha dans un château, d'où il corres- 
pondait avec le duc de Saxe et le marquis de Brandebourg, 
et lorsqu'il entrait en ville, il était obligé de se déguiser en 
valet, car s'il avait été reconnu, il eût couru grand risque 
de sa personne. 

La diète s'ouvrit le 17; quatre électeurs donnèrent leur 
voix à Charles, le marquis de Brandebourg et l'électeur de 
Trêves étaient indécis; par suite de cette diversité d'opi- 
nion et surtout des machinations des Français, surgirent 
parmi les électeurs deux nouvelles candidatures, celle de 



— 229 — 

Frédéric de Saxe d'abord, qui refusa la dignité doiil 
on voulait l'investir, et ensuite celle du marquis de Bran- 
debourg. Mais l'approche des troupes de la ligue de 
Souabe effraya bientôt tellement l'électeur de Brandebourg 
et le comte palatin, les deux principaux adversaires de 
l'élection de Charles, qu'ils se rangèrent parmi ses parti- 
sans; l'archevêque de Trêves, que les Français avaient 
surtout travaillé pour qu'il usât de son influence afin de 
faire élire le duc de Saxe, se trouva ainsi seul de son 
avis; comprenant enfin que c'était prolonger inutilement 
les débats, il se rangea de l'opinion des autres. Charles 
d'Autriche fut en conséquence élu à l'unanimité roi des 
Romains, le 28 juin 1519, à onze heures. 

Séance tenante, les électeurs signèrent un acte de no- 
tification adressé à Charles, arciiiduc d'Autriche, intitulé 
comme suit : Décret des Électeurs de l'Empire adressé à 
Charles, archiduc d'Autriche, par lequel ils lui notifient 
que d'une voix commune ils l'ont élu Roi des Romains, avec 
très-humble prière de l'avoir pour agréable et en conséquence 
de venir prendre le gouvernement de l'Empire (Francfort- 
sur-le-Mein, le 28 juin 1519) '. 

Cinq jours après, le 5 juillet, à l'instigation de Frédéric 
de Saxe, les électeurs présentèrent le fameux acte intitulé : 
Capitulation impériale, rédigé entièrement sous l'inspira- 
lion du même électeur; cette fameuse capitulation, véri- 
table constitution de l'empire, qui restreignait énormément 
le pouvoir impérial, fut acceptée par Charles, et après lui 
par tous les empereurs ses successeurs; cette pièce, qui 
contient vingt-cinq articles, renferme entre autres dispo- 
sitions celle qu'il est défendu à l'empereur de contracter 



' DOMONT, Corps llipl , IV, I, 2nG. — ZlEGLER, Cupidll., 7. — LlNN^fUS, 

Jur. puht. inip , I. 12. — Id., Capil imp., ôS. — CiornAST, Pail. Il des 
Rcichs sakungeii, 181. 

16. 



aucune alliance liors de l'empire, sans le consentement des 
électeurs, et que tous les actes publics seront rédigés soil 
en latin soit en allemand '. La Capilulalion de même que 
le Décret étaient écrits dans cette dernière langue. 

La nouvelle de son élection parvint à Charles, le 6 juil- 
let, à Barcelone; en apprenant ce succès, il ne déguisa 
pas sa joie, et dès ce jour, son esprit, qui avait paru à 
tous, lourd cl commun, s'éclaircil el s'ouvrit aux vastes 
projets dont la poursuite occupe une si large pari de sou 
règne. 

A la suite de l'élection, le duc de Saxe conserva son 
droit au vicariat de l'empire pour les pays de droit saxon. 
On dit qu'un jour demandant à son conseiller intime, 
Fabien de Feilitscb , ce qu'il pensait de l'élévation de 
Charles, il reçut cette réponse : « Il est bon que les cor- 
beaux aient un vautour'^. » 

Emile \ auenbergii. 



* Di.HONT, Corps dijiL, IV, I, 296. — Ziegler, Capitul., 7. — LiJis.ei'S, 
Jur. ptibl. imp., (, 12. — Id., Ctipil. imp., 38. — Goldast, Pari. Il îles 
Hcichs sakungcit, 181. 

* CoiisuUcz encore pour les afl'aires relalivcs à réleclion de Cliarles- 
Quinl : SisMONDi, Hisl. des Français. — IIei^xe, Ilisl. de Charlcs-Quinl. — 
Iltiss, IJint. du l'empire. — Co.xe, Hisl. de ta maison d'.iutriclie. — La.nz, 
Staatspopieren. — Van Pbalt, Essais, clc. — Robertso>, I/ist. de Charles- 
Quinl. — Marchal, Hisl. pot. du règne de CharUs-Quinl. — Jistl, Influence 
de l'argent dans l'élcclion de Charlcs-Quinl \Rcvuc nul , 1847j. — iMo>E, 
Anzeiger, 1856. — Scumidt, IJist. des Allemands. — Cramz , Hislor. 
Suxonia. — Fabriciis, Sax. illusl. — Scheleh, Hisl. de la maison de Saxe- 
Cobourg. — Ailu cleclionis. — Mignet, Election de Charks-QuinI {licvtic des 
iJcux-.Uundrs, lSo\), elc. 



— 2ÔI — 



VARIÉTÉS. 



ÉviLUATios d"c.\e coLiECTiox DE TABLEAUX A Cand, 1790. — Parmi les JHinu- 
tcn en Slalen van goed conservés aux Arcliives de la ville de Gand se trouve, 
comme annexe à un acle du 5 juin 1790, révalualion faile par Spruyl, 
professeur à l'Académie de dessin, du cabinet de la famille Van Sleenberglien. 
Selon tonte apparence, l'origine de celle collection remontait au Procureur- 
général Van Sleenberglien, l'un des amis de l'évêque Triesl, magistrat célè- 
bre, dont ÎSanleuil a gravé le portrait d'après Duchatel. En 1787 s'était 
vendue, à la mortuaire de Josse Van Sleenberglien (dans la maison à côté du 
local de la société actuelle ta Concorde), une des plus riches collections de 
gravures que la Belgique ait jamais possédées (Voir le catalogue imprimé à 
Gand, chez Somer, à la Salamander). Sans être aussi remarquable, la collec- 
tion de tableaux ne manquait point d'iniporlanee. L'inventaire avec évalua- 
tion, qu'en a dressé le professeur Spruyl, est intéressant par les désignalions 
qu'il donne des tableaux et de leurs auteurs, et l'évaluation qui en est faile. 
Peut-être est-il plus d'fuie toile de la collection Van Steenberghen qui figure 
avec éclat dans les musées d'Angleterre ou d'Allemagne. Les prix sont re- 
marquablement bas. Un Portrait par Van Dyck est évalue 123 florins; un 
Cavalier, par Wouwerman, autant; un Paysage avec rochers, de Hondckoeter, 
85 florins; un Cavalier dans un paysage, de Paul Potier, 30 florins; la Sainte- 
Vierge entourée d'anges, de Rotlenbamcr, 100 florins; un Paysage avec 
vaches et moulons, de Bercliem, 180 florins, un des chiffres les plus éle- 
vés de tout l'inventaire; un Portrait, par Gonzalès Coques, 60 florins, une 
toile de Pierre de Corlone, Diane au bain, 125 florins; Hélène et la ci'oix 
chrétienne, esquisse par Dicpenbeek, -40 florins; Vander Heyden, une Ecurie 
sur panneau, 100 florins; des paysages de Zachlleven, Teniers, Van Uden, 
-Momper, Breughel, Micheaux, Rosa de Tivoli, Dieterich, évalués à des chiffres 
qui varient de 50 à 100 florins. Une sainte Famille, par Fr. Mieris le jeune, 
sur panneau, iO florins; une vue aux portes d'Anvers, avec vaches, mou- 
lons, figures, 125 florins; lu Chute des anges, esquisse par Rubens, 100 flo- 
rins; Intérieur d'église, pur Pierre >'et'l, avec figures par Teniers, 100 flo- 
rins; .'\Iai-inc, pur Vun de VcKlc, sur toile, "200 florins. 



— !232 — 

Il serait sans doute intéressant de connaître les ciiifïres mêmes de cette 
venle, qui a dû se faire au milieu des circonstances défavorables de la fin 
du dernier siècle, et qui nous monlreraienl, outre un écart très-grand avec 
les prix actuels, une classification des divers maîtres, assez diflerenle sans 
doute de celle d'aujourd'hui. Peut-être aussi est-il plus d'une toile, si ou en 
pouvait suivre Ihistoire, qu'on trouverait attribuée aujourdhui à d'autres 
maîtres que ceux qui étaient désignés dans rinvenlaire de 1790. 

D. 

INVENTAIRE DES SCEAUX DE LA FLANDRE, rccucillis daus Ics dépôts d'arcliivcs, 
musées et collections du département du Nord, par G. Deniay. arcliivisle 
aux archives nationales. 2 vol. in-i». Paris, imprimerie nationale, 1873. 

Le litre de ce recueil indique suffisamment le but de l'auteur et l'impor- 
tance de l'ouvrage qui intéresse au plus haut degré la Belgique et les savants 
belges. M. Demay ne décrit pas seulement les sceaux flamands, mais aussi 
ceux de personnages. Etals ou communautés ayant entretenu des relations 
avec les Pays-Bas, et conservés dans les divers dépôls du déparlement du 
Nord. Les recherches faites pour dresser cet inventaire ont été aussi 
soigneuses qu'intelligentes, et M. Demay s'est vu généreusement secondé 
par tous les archéologues français du Nord. Il nous semble seulement qu'il 
aurait dû s'adresser également à leurs confrères de Belgique. 

Nous croyons peu utile d'insister sur la valeur des monuments sigillogra- 
phiques : elle est incontestable et de plus iniportanle pour l'histoire. En 
l)arcourant, par exemple, la longue série de châtelains et gouverneui's 
de villes maritimes, qui ont scellé la publication des trêves marchandes 
entre la Flandre et l'Angleterre, on comprend le secret de la puissance de 
ces communes que la politique anglaise, en entretenant leur commerce, 
rendait si forles et en même temps si ombrageuses. L'importance qu'ont 
ces gens du commerce dans les villes marchandes devient palpable, quand 
on con)pte les soixante-huit sceaux appendus à l'acte de soumission des 
habitants de Grammonî, qui avaient, en 1580, suivi le parti des Gan- 
tois. Le sceau colleclif tle la commune n'avait point paru suffisant. Une 
autre fois, en 1407, ce sont les cinquante-quatre métiers de Bruges qui 
scellent une offre au comte de Flandre du septième du revenu de la ville. 

Nous ne prétendons pas analyser ici ce splendide et savant recueil. 
M. Demay a rassemblé dans une excellente préface les traits les plus saillants 
lie sa collection, qui comprend 7,685 sceaux décrits avec le même soin _, 
trente planches photoglyphiques reproduisent quelques-uns des types les 
plus beaux et les plus curieux; enliii nue tiiMe par calégorics et une autre 



— 233 — 

par ordre alphabétique rendent les recherches exclusivement faciles. 
M. Demay a fait là une œuvre vraiment excellente. 

E. DE BAnTBÉLEMV. 

Imprimerie polyglotte de Sii»T Jean Eva.vgeliste. — Une nouvelle impri- 
merie, dont les travaux auront un caractère tout spécial, vient de se fonder 
à Tournay. Nous publions ici, sans commentaires, son prospectus, car il 
dit tout ce que nous pourrions en dire. Nous n'ajouterons qu'un mot, c'est 
que le Thomas à Kempis que l'imprimerie Desclée, Lcfebvre et C'« présente 
comme essai, est un fort jolie spécimen de typographie liturgique. 

-j- Cruxbourne, Avenue de Maire, 
Tournay, Belgique. 
Monsieur, 

Eu fondant une imprimerie catholique et spécialement liturgique, le but 
de la Société de S. Jean Évangeliste est de donner aux livres de l'Église, aux 
livres de prières, de piété, de science théologique, une forme extérieure 
qui réponde au fond et à l'importance de ces ouvrages. Nous pensons qu'il 
convient, comme ou l'a fait dans des siècles précédents, de leur donner un 
cachet religieux en même temps qu'artistique, autant qu'il est possible sans 
sortir de la simplicité. N'esl-il pas à regretter que rien ne distingue, la 
plupart du temps, les livres de prières, des romans et des ouvrages de 
science ou d'industrie? Trop souvent même c'est à ces derniers que l'on 
réserve tous les soins. 

En même temps, et avant tout, nous nous efforcerons de donner les 
meilleures éditions pour le fond, nous attachant particulièrement à observer 
les règles, les décisions et les traditions de la Sainte Église Romaine, Notre 
Mère, que nous voulons surtout servir en entreprenant cette œuvre. 

Avant d'aborder des ouvrages plus importants tels que la Sainte Bible, le 
Bréviaire, etc., nous avons voulu faire un essai en réimprimant une édition 
latine de Tlmilalion de Notre Seigneur Jésus-Christ. Nous avons choisi 
l'édition la plus recherchée, la plus scrupuleusement corrigée sur le ma- 
nuscrit de l'illustre auteur Thomas à Kempis; elle est enrichie des notes 
marginales du savant et pieux Horstius. 

Nous avons l'honneur de vous en présenter ci-joint un spécimen que nous 
soumettons à votre bienveillante appréciation. Le volume vient de paraître; 
il se vend au prix de i francs chez tous les libraires. 

Le 20 Février 1874, 
Fête de S. Elcuthère. 



— !234 - 

Académie d'Archéologie de Belgique. — Concours de 1876. — Premier 
sujet. Prix : 500 francs. L'hisloire de lélablissemenl typographique de 
Pianlin et de ses successeurs. 

Deuxième sujet. Prix : 500 francs. L'hisloire de la sculpture romane en 
Belgique. 

Troisième sujet. Prix : 500 francs. Une question archéologique ou his- 
torique relative à l'ancieune principauté de Liège. 

Le choix du sujet est abandonné à l'auteur. 

Les mémoires devront être rédigés en français; ils seront adressés, francs 
de port, au Secrétariat général, 22, rue Conscience, à Anvers, avant le 
1" mars 1876. 

Les auteurs ne mettront point leur nom à leurs ouvrages; ils y inscri- 
ront seulement une devise, qu'ils répéteront sur un billet cacheté renfermant 
leur nom et leur adresse. Faute par eux de satisfaire ù ces prescriptions, 
les prix ne pourraient leur être accordés. 



Erratum. 

A l'avant-dernière ligne de la page 108 du volume de cette année, s'est 
glissée une erreur typographique, que nous croyons de notre devoir de 
rectifier. Au lieu « d'applaudir à des pâleurs artificielles, » lisez : << d'ap- 
plaudir à des palmes artificielles. » 




C tTelt dii. iCùlj' ûaii 



— 233 — 



UNE KELIURE DU XV^ SIÈCLE. 



Un relieur n'est plus un ouvrier, et cependant il n'est 
» pas encore considéré comme un artiste, » écrivait en 1 833, 
noire savant collaborateur, le baron de Saint-Génois *. 
Vingt ans se sont écoulés depuis que cela a été dit, et la 
reliure n'a pas encore pris rang dans le cercle des arts 
libéraux. A-t-elIe fait des progrès? Il serait peut-être té- 
méraire de le contester, mais il est avéré que les reliures 
les plus artistement exécutées remontent aux XV^ et XVI« 
siècles qu'un savant bibliographe appelle l'âge d'or de la 
reliure et l'époque où l'art du relieur atteignit « les der- 
nières limites de la perfection -. » Cette appréciation est 
justifiée par de nombreux spécimens conservés dans les 
collections publiques et privées et par les gravures qui en 
ont été faites. 

Le Messager a fourni une large part dans ce contingent 
littéraire. S'il est vrai, comme l'affirme un érudit, que 
l'histoire de la reliure ou de la bibliopégislique , dont 
Peignot a tracé le plan, est encore à faire, ce recueil sera 
une source féconde où le futur historien de l'art du re- 
lieur pourra puiser. Il y trouvera tous les éléments néces- 
saires à l'histoire d'un art si intimement lié à la bibliogra- 



* SIessager des Sciences, 1853, p. 238. 

* Va>der Meersch, idem, 1835, p. 187. 

17 



— -236 — 

phie, « qu'il y tient comme l'écorce tient à l'arbre. » Les 
notes si complètes et si intéressantes de iM. A. Pincharl, 
sur les arts, les sciences et les lettres, lui procureront de 
précieux renseignements, d'importants détails qu'il clier- 
cherait inutilement ailleurs. 

Dès le XVP siècle, les Flamands figurèrent avec hon- 
neur dans cette branche de l'industrie nationale. De labo- 
rieux investigateurs ont fait connaître les noms de ces 
relieurs célèbres, vrais artistes lettrés et instruits, ne 
ressemblant guère à leurs confrères de la Chambre des 
comptes, qui devaient affirmer, sous la foi du serment, 
qu'ils ne savaient ni lire ni écrire. 

La Flandre avait ses familles de relieurs, comme elle 
avait ses familles de peintres, de graveurs, d'orfèvres, de 
ciseleurs, d'émailleurs, d'imagiers et de sculpteurs. 

Parmi ces clans, exerçant de père en flis la profession 
qui nous occupe, il faut citer en première ligne, celui des 
De Gavere ou De Gaver, dont les membres semblent tous 
avoir appartenu à cette catégorie de travailleurs. M. Pin- 
charl parle di' Antoine De Gavere, qui florissait à Bruges 
dans la première moitié du XV'^ siècle. C'est le même 
« lyeur de livres» qui reliait les manuscrits de la « librai- 
rie » de Philippe le Beau. Antoine De Gavere était un 
véritable artiste; il enluminait les manuscrits. Un grand" 
nombre de ceux qui se trouvent à la bibliothèque de 
Bourgogne sont vraisemblablement de sa main '. 

Au commencement du XVI^ siècle, nous rencontrons à 
Gand Georges De Gavere, qui relia pour le chapitre de 
Saint-Bavon un petit volume, dont le nom du relieur con- 
stitue le principal mérite 2. 

V^ers la même époque vivait un autre relieur qui signait : 



* PixcHART, Messager des Sciences, 1834, p. 4-43. 
» Idem, 1833, p. 242. 



— 557 — 

Jacobus Gaver, mais il esl probable qu'il appaiienail à la 
même famille que le premier. Il serait très-inléressaut de 
reproduire par le burin les gracieux dessins que ces ha- 
biles ouvriers ont semés à profusion sur le plat des livres 
qu'ils ont reliés. Une semblable collection aurait son prix 
et témoignerait du goùl exquis de nos encélres dont nos 
artistes modernes pourraient profiter. Le Messager l'a 
commencée il y a longtemps, et je viens y ajouter une 
pièce qui ne sera peut-être pas jugée indigne de figurer 
à côté de celles qu'il a réunies. 

Je possède un livre d'heures sur parchemin, portant 
la date de 1413. Ce manuscrit a dix-sept centimètres 
de hauteur sur douze de largeur et se compose de 
176 feuillets numérotés au recto. La tranche est dorée 
et gaufrée en losanges. 11 esl enrichi d'un grand nom- 
bre de miniatures, de lettrines initiales en couleurs à 
rinceaux et rehaussées d'or et de guirlandes de fleurs. Ce 
volume a une reliure eu veau, qui est l'œuvre de Georges 
De Gavere, de Gand , comme l'atteste cette légende : 

3om • k • (Sauere • me • It^oott • in • (5anî»aDo • 
(Dne5 -, s(ti ■ agelt • et • arcl)ngelt • îrn • (Drotc • pro • 
ttobis •, qui encadre les deux parallélogrammes représen- 
tant le chœur des anges, figuré dans six médaillons qu'une 
vigne, la Vigne du Seigneur, enlace de ses sarments char- 
gés de raisins. Ces six figures allégoriques jouent de divers 
instruments connus des peuples de l'antiquité, tels que 
la vieille ou symphonie, la flùle, l'huggab ou orgue 
ancien, le triangle ou schalischim, le psallérion et la 
tymbale. La séparation du milieu esl divisée en cinq 
compartiments , dont chacun représente un animal em- 
blématique : le sanglier, la licorne, le lion, le dragon et 
le cerf. 

Au reste, la gravure qui accompagne celte notice re- 



— 238 — 

produit exaclemeul le sujet et me dispense d'entrer dans 
plus de détails sur ce point. 

En terminant, je dirai avec le comte de Laborde, que 
les relieurs du moyen-àge contribuèrent à répandre et à 
entretenir le goût des beaux-arts, et j'ajouterai que ceux 
que la Flandre vit naître se distinguèrent par l'originalité, 
la finesse et l'élégance des dessins qui ornaient le plat de 
leurs reliures. 

B"" K. DE V. 



— 259 — 



LES ANCIENNES IMPRIMERIES DE MAYENCE, 

DEPUIS l'invention DE LA TYPOGRAPHIE JUSQu'a LA CESSATION DE 

l'atelier de la famille SCHOEFFER. 



Il n'est certes pas sans intérêt de connaître les ancien- 
nes imprimeries qui ont existé dans la ville même qui a 
vu naître dans ses murs celle invention merveilleuse. 

Plusieurs travaux ont paru sur ce sujet; mais, par 
malheur, ils ont été exécutés avec assez de négligence et 
fourmillent d'erreurs, tandis que les auteurs avaient ce- 
pendant l'avantage très-grand d'habiter la ville même où 
les typographes dont ils parlent ont exercé leur art. 

Il faut citer d'abord Wiirdtwein, évéque d'Heliopolis, 
suffragant de Worms, qui publia sa Bibliotheca Mogiin- 
lina en 1787. Cet ouvrage, dès qu'il parut, fut reconnu, 
par des juges compétents, comme étant fautif et incom- 
plet, bien qu'il renferme de bons renseignements et qu'il 
fait connaître plusieurs documents assez importants. 

Le président Schaab a donné ensuite, dans le tome III 
de son Histoire de riniprinierie {\Sô\), sous une rubrique 
spéciale, une notice sur les imprimeurs de Mayence, de- 
puis l'origne de l'imprimerie jusqu'aux temps les plus 
récents. (Voir le l. III, p. 421-457). 

Bien qu'il soit plus complet que celui de Wiirdtwein, 
ce travail laisse encore beaucoup à désirer. 

Le même auteur revint sur le même sujet en 1840, 
dans le Gedenkbucli der viertel Jiibelfeicr der Buchdrucker- 
kiinst m Mainz, pp. 37-46. Cet article est complètement 



— 240 — 

remanié, mais il ne s'y trouve pas de changement pour le 
fond. — Les renseignements, comme les nombreuses er- 
reurs, y sont les mêmes. 

Enfin le docteur Falkenslein, dans son livre sur l'histoire 
de l'imprimerie (1840), livre fort joliment imprimé et 
très-bien illustré par de nombreux fac-similes, mais qui 
trahit à chaque instant la hâte avec laquelle il a été com- 
posé, n'a fait qu'abréger le travail de Schaab. On n'y 
trouve que quelques fautes typographiques en plus. 

Wiirdtwein et Schaab, savants l'un et l'autre, étaient 
Fnalheureusement peu bibliographes, et pour eux d'ailleurs, 
les livres nombreux sans date et sans nom d'imprimeur, 
étaient à peu près comme non avenus. 

L'on pourrait s'étonner du petit nombre d'imprimeurs 
qui ont exercé leur industrie dans une ville non seule- 
ment importante, mais qui est le berceau de la typogra- 
phie. Cependant, cet élonnement cessera si l'on veut bien 
se rappeler, en premier lieu, que le procédé de l'art nou- 
veau a été tenu secret le plus longtemps possible; ensuite, 
que l'atelier typographique de Fust et Schoeffer, supérieu- 
rement monté, conduit par des mains très-habiles et sou- 
tenu par des capitaux considérables, a longtemps défié 
toute concurrence. Enfin, la terrible catastrophe, survenue 
en 14G2, a ruiné et dépeuplé la ville de Mayence, et il 
a fallu plus d'une génération, non pas pour rendre à la 
ville son ancienne splendeur, mais bien pour la faire re- 
vivre quelque peu. Le sac de Mayence en octobre 1462, 
dispersa la plupart des ouvriers typographes dans l'Europe 
entière. La typographie se répandit partout, mais, tout 
naturellement, elle subit à Mayence même un arrêt consi- 
dérable, des entraves de longue durée. 

Je me borne au premier siècle typographique à Mayence, 
soit jusqu'à l'année 1557; j'aurai cependant beaucoup à 
corriger, mais à élaguer plutôt qu'à compléter quant au 
nombre d'ateliers typographiques. 



- 241 - 



I. 



Le premier atelier typographique du monde entier fut 
fondé en 1450 à 3Iayence, par Tassocialion entre Guten- 
berg etFust, dans ïhàlel zumJiingen, qui existe encore en 
partie aujourd'hui. Gutenberg avait déjà fait louer cet hôtel 
par son oncle, Jean Genlfleisch Tancien, dès l'année 1443. 
— Il n'y a pas de doute qu'avant son association avec 
Fust, Gutenberg y avait inventé la typographie et qu'il avait 
très-probablement produit déjà, avec les caractères de la 
Bible de trente-six lignes, plusieurs petites impressions, 
telles que des donats, etc. K Ses ressources se trouvant 
épuisées par des essais longtemps infructueux, il eut re- 
cours au capitaliste Fust. ÎMais il ne se sera pas présenté 
à celui-ci, sans lui fournir des preuves de ce que son 
invention pouvait produire. Il est vraiment ridicule de 
dire, comme on a semblé le faire à différentes reprises, 
que Gutenberg et Fust s'étaient associés pour inventer 
l'imprimerie. On ne s'associe jamais pour faire une inven- 
tion, mais bien pour faire fructifier une invention qui est 
déjà faite. 

Vers la fin de l'année 14o5 l'association est dissoute, 
par suite du fameux procès qu'il suffit de rappeler ici. 

Fust s'associe alors avec Pierre Schoeffer, qui venait de 
perfectionner la fonte des caractères, et auquel il donne 
sa fille en mariage. Il transporte son imprimerie dans son 
hôtel zum Humbrecht, appelé plus tard hôtel des trois Rois, 
et connu encore mieux sous le nom dliôtel de l'imprimerie. 

Gutenberg reste seul, privé de son matériel d'impri- 



* Plusieurs bibliographes pensent même que cette Bible de 36 lignes, 
attribuée par quelques-uns à Pfisler, de Baraberg, a été imprimée par Gu- 
tenberg seul, à Mayence, avant 1450; — ceci cependant ne me semble 
nullement probable. 



— 242 — 

nierie, qu'il avait engagé à Fusl. II ne lui reste que ses 
caractères de la Bible de trente-six lignes. Mais bientôt, 
avec l'argent du docteur Humery, il fond de nouveaux 
caractères, — ceux du Catliolicon de 1460. 

Il se trouve donc à Mayence, dès 1433, deux ateliers 
rivaux. Feu Bernard a prétendu que, plusieurs années 
auparavant, il y en avait déjà au moins trois ou quatre. 
Mais cette assertion, qui n'est fondée sur aucune preuve, 
n'a même absolument rien de vraisemblable. 

L'atelier de Gulenberg n'a pas longue durée. Après la 
catastrophe du sac de Mayence en 1462, il est trans- 
porté à Eltvil, à quatre lieues de Mayence. Celui de Fust 
et SchoefTer, interrompu jusqu'en 1463 par la même ca- 
tastrophe, où leur demeure fut livrée aux flammes, ne 
reprend qu'en 1463. 

La mort de Jean Fust, arrivée en 1466, n'y apporte au- 
cun changement, sinon que les impressions ne portent plus 
que le seul nom de Pierre SchoefTer. Celui-ci, toutefois, 
n'est pas l'unique propriétaire de l'imprimerie; la famille 
de sa femme y reste intéressée pendant longiemps encore, 
et la marque typographique si connue, — les deux écussons 
de Fust et SchoefTer, — ne subit aucune modification. 

L'hôtel zum Humbrecht, nommé plus tard l'hôtel des 
Trois Rois, bien que très-vaste, ne suffit bientôt plus à 
l'exploitation de Pierre SchoefTer; il acquiert en 1476 
l'hôtel adjacent zum Korb et le réunit à l'autre. 

Pierre SchoefTer mourut, soit à la fin de l'année 1502, 
soit au commencement de 1303. Jean, son fils aîné, eut 
en partage l'hôtel zum Humbrecht et produisit un grand 
nombre de belles impressions depuis 1305 jusqu'en 1351, 
époque de sa mort. Une partie de ces impressions porte 
encore l'ancienne marque typographique, mais toujours 
tirée en noir, tandisqu'auparavant elle l'avait toujours été en 
rouge. Pour d'autres, il adopta une nouvelle marque avec 



— 243 — 

les armes paternelles, le berger avec son cliieu et des 
moutons. 11 existe plusieurs de ces marques plus ou moins 
variées, de dimensions différentes. 

Le second fils, nommé Pierre comme son père, eut 
pour sa part VhàielziimKorb. H fut, comme son frère, non 
seulement un typographe très habile, mais un excellent 
fondeur de caractères, et il vendait souvent de ces caractères 
à d'autres imprimeurs. On ignore quand il ouvrit son atelier 
typographique à Mayence, mais il est probable que ce fût à 
peu près en même temps que son frère aîné. Toutefois, sa 
première impression connue avec date est de 151 "2, l'année 
même dans laquelle il vendit son hôtel zitm Korb. Il im- 
prima à Mayence jusqu'en 1520 et parait même avoir fait 
rouler ses presses à la fois à Mayence et à Worms; car 
on trouve des impressions datées de 1518, de l'une et de 
l'autre de ces deux villes. Pierre Schoeffer le fils s'établit 
ensuite successivement à Worms, Strasbourg et Venise. 
Ses dernières impressions connues sont de 1542. 

Les bibliographes cités n'ont pas rendu compte de 
l'atelier typographique de Pierre Schoeffer le fils à 
Mayence, qui a cependant été en activité en cette ville 
pendant un assez grand nombre d'années. — Ils mention- 
nent en revanche, en l'année 1510, un atelier éphémère 
de Jean-Théobalde Schoenwetter; mais c'est là une plai- 
sante méprise; — l'imprimeur de ce nom a effectivement 
exercé à Mayence, mais c'est un siècle plus lard. JNous 
n'avons donc pas à nous occuper de lui. 

A la mort de Jean Schoeffer, en 1531, ses enfants 
D'ayant pas encore atteint leur majorité, Ives ou Ivon 
Schoeffer, son neveu, fils de Pierre le jeune, fut mis à 
la tête de l'atelier d'imprimerie '. Plus tard il acquit l'hôtel 

' Le fils de Jean Schoeffer porlani le même prétiom que son père, émigra 
plus tard à Bois-le-Duc (vers lo-iO , et y établit uiifi imprimerie qui fut 
conliouéee par ses descendants jusqu'à la fin du siècle dernier. 



_ 244 - 

zum Hîimbrecht et conlinua d'imprimer jusqu'à l'époque 
de sa mort, en 1532. — Ce qui est moins connu, c'est 
que son imprimerie fut continuée de 1552 à 1557 sous la 
firme des : Héritiers doives Schoeffer et sous la direction 
de George Wagner, parent de la famille Schoeffer. Le 
dernier livre connu, qui parut sous le titre de cette 
firme, fut une dernière édition du Tite-Live allemand, 
dont Jean Schoefîer avait imprimé la première en 1505. 
Par un hasard assez singulier, celle dernière impression 
de Mayence qui mentionne le nom de Schoefîer, parut 
juste un siècle après le fameux psautier de 1457, dont la 
souscription porte le nom de Pierre SchoefTer pour la pre- 
mière fois. 

Nous allons passer maintenant aux autres imprimeurs 
de iMayence, mais, auparavant, il s'agit de réfuter l'asser- 
tion généralement admise, qu'il faut compter comme la 
troisième imprimerie à Mayence, celle d'Erard Reuwich. 

Cel artiste habile, natif d'Ulrecht, accompagna Bernard 
de Breidenbach, chanoine, puis doyen de la cathédrale de 
Mayence, dans son voyage en Terre-Sainte ^ La relation 
célèbre de ce voyage, qui fut plus tard traduite dans les 
principales langues de l'Europe et réimprimée si souvent 
presque partout, parut d'abord à Mayence en 1486, tant 
en allemand qu'en latin. Une édition en bas-allemand ou 
hollandais suivit en 1488. Ces trois éditions portent 
comme souscription qu'elles ont été imprimées dans la 
cité de Mayence par Erard Keuvvich, d'Utrecht. il est 
vrai aussi, que la version allemande porte la mention 
« qu'Erard Reuwich, peintre, né à Ulrecht, a gravé 



' Notons en passant que ce doyen n'est nullement, comme on le prétend, 
de la même famille que ravant-dernier arclievêqueélecleur de Mayence, 
Emmericli-Joseph de Breidenbach. Ces familles, portant le même nom, sont 
de contrées de rAllemiigne toutes différentes, et leurs armoiries n'ont pas 
la moindre ressemblance. 



- 245 — 

toutes les figures de ce livre, dont il a exécuté l'impres- 
sion dans sa maison. » 

Malgré ces données, qui paraissent bien précises, il n'y 
a pas lieu du tout d'allriljuer au peintre Reuwich un ate- 
lier typographique particulier. Il n'a fait exécuter que 
trois éditions ou plutôt versions du voyage, aux frais de 
son patron, le chanoine de Breidenbach. Ces trois éditions 
sont imprimées avec les caractères de Pierre Schœffer, les 
mêmes que ceux que celui-ci avait déjà mis en œuvre, 
eu 1485, dans VOrtus sanitatis, en allemand, vol. in-folio 
avec figures en bois '. 

Reuwich, désirant surveiller l'impression du voyage en 
Terre-Sainte, si habilement illustrée par lui et dont les 
planches sont célèbres, aura fait venir en sa demeure les 
ouvriers de Schoeffer et les aura fait travailler sous sa 
direction. 

II. 

CONCURRENTS DE PIERRE SCHOEFFER DANS LE XV« SIÈCLE. 

Pierre Schœffer resta sans concurrents à Mayence, par 
les motifs allégués plus haut, jusque vers la fin du 
XV* siècle, lorsqu'il s'en présenta deux presqu'en même 
temps. Quelques bibliographes en citent un troisième, 
nommé Frédéric Misch ^•, mais c'est une erreur : cet im- 
primeur n'exerça pas à Mayence, mais bien à Heidelberg. 



' Ces caractères gothiques allemands, connus sous la dénomination de 
Schwabachcr Schrifl, ont élé employés pendant des siècles. Pierre Schoeffer 
passe pour en être Finvenleur. Je les vois néanmoins employés dès l'an- 
née 1484 dans les statuts en allemand de la colleclion de statuts imprimée 
par Malhias Walcker, à Reutlingen, petit in-4o. J'ai sous les yeux un exem- 
plaire de ces statuts, dont on peut voir la description dans Hai.v, Rcperlorium 
bibliograph , P. IV, p. 35G, n» 15031. 

^ Hain le cite même dans la table de son Reperlorium bibliograph. parmi 
les imprimeurs de Mayence. 



— 246 — 

Le premier de ces concurrents fut Jacques Medenbach ou 
iMeidenbach, qui s'établit pour son compte vers l'an 1490. 

On le croit flls ou petit fils de Jean Meidenbach, sur le 
compte duquel il court bien des bruits, dont la plupart 
sans fondement aucun. Un ancien manuscrit dit qu'il fut un 
aide, et Sébastien Munster, dans sa cosmographie, prétend 
même qu'il fui l'associé de Gutenberg, en même temps que 
Fusi. Des auteurs du siècle dernier ont encore renchéri 
là-dessus. L'un prétend qu'il a gravé les caractères du 
Psautier, l'autre que Gutenberg l'amena avec lui de Stras- 
bourg. C'est ramené qu'il faudrait dire alors; car la famille 
Meidenbach était bien d'origine mayençaise; plusieurs de 
ses membres sont nommés dans divers documents, dès le 
commencement du XV^ siècle, et jouent même un certain 
rôle dans Thisloire de la ville. Tout ce qui parait proba- 
ble, c'est que ce Jean Meidenbach a été l'un des plus 
anciens ouvriers de Gutenberg. 

Quant à Jacques Meidenbach, non seulement ce fut un 
typographe habile, mais encore le fondeur de ses carac- 
tères et le graveur qui orna de figures en bois la plupart 
de ses impressions. Meidenbach n'exerça pas longtemps. 
Sa première impression, la plus connue, le fameux Hortiis 
sanitatis, porte la date de 1491. La dernière de lui qui 
parut avec date est de 1495, époque présumée de sa mort. 
Chose singulière, ce sont ces deux impressions seules qu'il 
a revêtues de son nom. Aussi les bibliographes ne lui 
accordent-ils généralement que deux à trois impressions en 
tout. Mais il n'en est pas ainsi; on doit lui en attribuer un 
bien plus grand nombre, dont aucune ne porte son nom et 
dont la plupart sont dépourvues de date et de la mention 
du lieu d'impression '. 



' Je me propose de donner plus lard la liste des impressions que j'allri- 
bue à Jacques .Mcideiibucli. 



— 2i7 — 

Meidenbach n'a pas adopté de marque d'imprimeur et 
on ignore où élail située son imprimerie. Il est fort proba- 
ble néanmoins que c'était dans la maison « im Saidoeffel, » 
située dans le quartier de la ville nommé le jardin aux 
cerises. Cette maison, qui existe encore, a même été très- 
probablement bâtie par Jacques Meidenbach. Elle semble 
dater en effet de la Gn du XV« siècle. Au-dessus de la 
porte en ogive se trouve sculpté un grand volume ouvert. 
Jusque dans le courant du XVII' siècle, on y trouve suc- 
cessivement établis plusieurs imprimeurs mayençais. 

Pierre Friedberg suivit de près Jacques Meidenbach; 
ses premières impressions datées sont de 1494, mais il 
était certainement établi dès l'année précédente. Il était 
sans doute originaire de la petite ville de Friedberg dont 
il portait le nom. Son activité s'étend de 1493 à 1500. 
Le président Schaab ne lui accorde qu'une douzaine d'im- 
pressions; mais ma petite collection seule en renferme au 
moins le double, et ce n'est pas là la moitié de ce qu'il a 
produit. Seulement la plus grande partie des impressions 
de Friedberg ne portent ni nom, ni date; — ils sont tou- 
tefois faciles à reconnaître, étant exécutés tous dans le 
même format, d'une manière régulière et assez uniforme. 
Lui aussi n'a adopté aucune marque typographique, et 
l'on ignore dans quelle maison son imprimerie a été située. 
Il u'a imprimé que des ouvrages en latin et pas un seul 
en langue allemande. 

m. 

CONCURRENTS DE LA FAMILLE SCHOEFFER JUSQU'eN 1S57. 

Frédéric Hewman, de Nuremberg, vint s'établir à 
Mayence en 1508, dans la maison im Saidoeffel, dans le 
Jardin aux cerises. En cette année il acquit l'ancien maté- 



— 248 — 

riel typographique des Frères de la vie commune à Ma- 
rienlhal, matériel provenant en partie de l'inventeur 
même de la typographie K 

Je ne connais de Hewman que huit impressions, dont 
six datées de 1509 et deux sans date, mais qui sont au 
plus tôt de 1S08. Ces impressions, presque toutes de très- 
minces volumes, sont très-curieuses et même précieuses, 
non pas seulement parce qu'elles sont toutes extrêmement 
rares, mais parce qu'il y a employé, en partie, les plus 
anciens caractères de Gutenberg, ceux dits de la Bible de 
trente-six lignes ^. 

Après l'année 1509, toute trace de Frédéric Hewman, 
qui semble pourtant avoir acquis le droit de bourgeoisie à 
Mayence, disparait. On ignore s'il mourut alors ou s'il 
quitta la ville. 

En 1531, l'année même de la mort de Jean Schoeffer, et 
non pas seulement en 1532, comme on l'a prétendu, Pierre 
Jordan ouvrit à Mayence un atelier typographique. Il espé- 
rait sans doute y prendre la place de Jean Schoeffer; mais 
celui-ci, comme nous avons pu le voir, fut remplacé par 
Ives ou Ivon Schoeffer, son neveu. Jordan obtint néan- 
moins la nomination de typographe du chapitre de la 
cathédrale de Mayence, fonctions dont Jean Schoeffer avait 
été revêtu avant lui. 

Le livre le plus connu comme le plus important, qui 
sortit des presses de Jordan, est l'édition originale de la 
Bible allemande de Dietenberger, publiée en 1534 pour 
l'opposer à la traduction de Luther. C'est un gros volume 



' Voyez BoDMANN, Rheingauisclic Altherthûmer, Mayence, 1819, in-4o, 
p. 156, — il cite un documcnl inédit dont malheureusement il ne donne 
que la siibslaiice. 

* Voyez l'article intitulé : Une découverte pour l'histoire de l'imprimerie, 
que j'ai publié dans le Bulletin du Bibliophile belge, t. Il, 2« série (1855), 
article dont il y a eu des tirés à part. 



— 249 — 

in-folio avec figures en bois, d'une rareté extraordinaire. 

Jordan a imprimé d'autres livres importants, mais il a 
produit un petit nombre seulement d'impressions en langue 
latine. La grande majorité de ses productions non-seulement 
sont en langue allemande, mais sont surtout de petits 
livres populaires, ornés la plupart de figures. Il ne faut 
donc pas s'étonner si elles sont devenues très-rares et même 
si une grande partie n'existe plus. On remarque en effet 
dans ses impressions des lacunes, qui ne s'expliquent que 
par la perte d'une partie d'entre elles. Les bibliographes, 
d'ailleurs, qui ont publié des listes de ses impressions, 
n'ont pas donné la moitié de celles qui sont parvenues à 
ma connaissance. 

La dernière impression de Jordan est de 1535, après 
quoi cet imprimeur disparait à son tour. Il imprimait sou- 
vent pour le compte de Pierre Quentel, imprimeur-libraire 
à Cologne. Il a fait usage de plusieurs marques d'impri- 
meur, mais toujours avec le sablier. Sa plus grande marque 
est reproduite planche V de la Bibliotheca Moguntina de 
VViirdlwein. 

L'imprimerie que François Behem, de Meissen, vint 
établir en 1539 dans des maisons du monastère de Saint- 
Victor, en dehors des murs de Mayence, devait avoir une 
plus longue durée que celles de tous ces autres concurrents 
de la famille Schoeffer qui viennent d'être énumérés. Elle 
devait même survivre longtemps à l'imprimerie des héri- 
tiers Schoeffer. 

Cette imprimerie, dont beaucoup de productions sont 
assez connues des bibliophiles, continua à Saint-Victor 
jusqu'en 1552, année où l'abbaye, avec toutes ses dépen- 
dances, fut ravagée et détruite par le margrave Albert de 
Brandebourg, de pillarde mémoire. François Behem dut 
transférer son atelier typographique dans l'intérieur de la 
ville, dans la maison au Mûrier. Il ne put reprendre son 
activité qu'en 1554. 



— 250 — 

Behem employa un grand nombre de marques typogra- 
phiques, dont celles au Pélican sont les plus connues. 
Wiirdlwein, dans sa Bibiiotheca Mogunlina, donne la re- 
production d'un certain nombre d'entre elles, aux plan- 
ches VII, VIII et IX, mais il ne semble guère les avoir 
connues toutes. 

François Behem obtint, peu de temps après le décès 
d'Ives Schoeffer, le privilège impérial exclusif que celui-ci 
et ses prédécesseurs avant lui avaient eu, d'imprimer les 
ordoiïnances impériales et les recez des diètes de l'empire. 

L'imprimerie de Behem dura, sous sa direction et en- 
suite sous celle de ses héritiers, jusqu'à la prise et l'occu- 
pation de Mayence par les Suédois, de 1631 à 1633. — 
La maison au Pélican fut détruite, comme tant d'autres, 
pendant celte occupation suédoise. 

Je ne continuerai pas plus loin cet aperçu rapide des 
anciennes imprimeries de Mayence; l'intérêt pour les im- 
primeries plus modernes est purement local. Je serais à 
même cependant de compléter et de corriger beaucoup 
dans les travaux qui ont été publiés jusqu'ici, surtout pour 
les XVII^ et XVI1I« siècles. Beaucoup de typographes ont 
été omis; d'autres ont été cités qui n'ont jamais existé *. 

H. Helbig. 



* Ainsi, pour ne citer qu'un seul exemple, Tiburee Dreyfelder est elle 
comme imprimeur à Mayence en 1580. Or, il n'a jamais rien imprimé, 
mais il a fait imprimer en celle année 1580 cl en celle ville, sa traduction 
allemande de l'ouvrage italien de Jean-Baplisle Pigna, Histoire de la 
viaison d'Esté. Triburce Dreyfelder était secrétaire pour la langue allemande 
du duc de Ferrare, Alphonse II, auquel il dédia cette traduction très-rare, 
petit in-folio, dont j'ai un exemplaire sous les yeux. Ce livre a été imprimé 
par Gaspard Behem, fils de François Behem, et c'est la première impression 
qui porte son nom. 



— 25» — 



LA PEINTURE ET LA SCULPTURE A MALINES. 



IjES FEINTRES Mi-A-LIIvrOIS. 



Les nioreels. 

§ 1 . Maur Moreels, dit le Vieux. 

Nous avons vu, au chapitre précédent, dans l'article 
consacré aux Stevens qu'un membre de cette famille, 
Antoine Stevens, avait eu une tille nommée Jeanne^ la- 
quelle épousa, vers 1580, le peintre Maur Moreels, fils 
de Gilles. Maur vit le jour à Malines vers looO et il y 
résida dans la paroisse de Sainte-Catherine, rue du Poivre, 
jusqu'en 1587, lorsqu'il fit l'achat d'une maison dans la 
rue de Sainte-Catherine; mais cette demeure, appelée le 
Heaume d'or, était située dans la paroisse de Saint- 
Rombaut. 

Moreels fut immatriculé dans la gilde des peintres ma- 
linois le 28 décembre 1380, année du sac de la ville par 
les troupes bataves et anglaises. 

11 signa avec ses confrères, les francs-maitres de la 
jurande de Saint-Luc, une requête que le métier des 
peintres adressa le 8 mai 1619 à l'autorité communale. 
Bien que s'occupant d'art, notre artiste n'oubliait point 
ce qu'il devait à la patrie; à cet effet, il se fil inscrire, 

18 



- 232 — 

malgré son âge av&ncé, le 5 avril 1622 dans le serment 
(le la Vieille-Arbalète. C'est par les registres de cette 
compagnie que nous apprenons qu'il mourut le 15 octo- 
bre 1651. 

Moreels, dont l'atelier était établi au Heaume d'or, y 
avait un magasin de couleurs et d'ustensiles nécessaires à 
la peinture : ainsi le prouvent les comptes communaux de 
lo9a-1596, quand ils consignent un acbat de couleurs et 
d'or battu pour la décoration des chars de VOmmegang, 
fait dans la boutique de Moreels par le peintre Michel 
Verpoorten, et en 1596-97, par Jean Ghuens, lorsque ce 
dernier exécuta son tableau : la Prise de Lierre. 

Nous ne connaissons malheureusement que de mémoire 
les productions de Moreels, Les sources qui nous révèlent 
son commerce, nous indiquent aussi ses œuvres. 

En 1599-1600, il exécuta quatre tableaux destinés à 
figurer dans un arc de triomphe, dressé devant le palais, 
à l'occasion de la Joyeuse-Entrée des Archiducs à Mali- 
nes. L'auteur des articles : Konslminnende en hisloriesche 
Wandelinge •, affirme que ces pièces existaient encore à 
i'hôlel-de-ville au moment où il écrivait ses promenades 
artistiques. Or, aujourd'hui, le catalogue du musée de 
Malines constate que la ville possède encore quatre toiles, 
représentant les Quatre saisons (N°^ 14-2, 143, 144, 14.5), 
et provenant d'un arc de triomphe, érigé dans la même 
circonstance. Nous n'avons jamais pu voir ces peintures, 
qui sont placées au haut de la cage de l'escalier du 
Vieux-Palais et complètement dépourvues de jour; mais 
peut-être, plus tard, parviendra-t-on à constater si les 
morceaux en question appartiennent ou non au pinceau 
de Moreels. 

L'artiste procréa de son union avec Jeanne Stevens 

' Wekclyks bericht voor do provineie van lifcchelen, 1786, 



20i1 

sept enfants. Les deux premiers, Maur et Claire, naqui- 
rent dans la paroisse de Sainte-Catherine, donc avant 
1587, époque à laquelle leur père se transporta dans la 
paroisse mélropolilaine. Dans cette dernière paroisse fu- 
rent baptisés les cinq enfants qui suivirent : Marie (1590); 
Lambert et Anne, jumeaux (1593); Jeanne (1594) et 
Elisabeth (1598). 

§ 2. Maur Moreels , le Jeune. 

Maur Moreels II vit le jour à Malines dans la rue du 
Poivre, vers l'année 1585; il fut donc baptisé dans 
l'église de Sainle-Calherine, Le jeune Moreels s'appliqua 
à l'élude de l'art sous la conduite de son père d'abord, 
mais il alla se perfectionner ensuite à l'atelier de son 
oncle Pierre Stevens, premier peintre de Rodolphe II. 
Cet artiste, qui habitait Prague, y mourut en 1604. 

En 1621, Moreels fut agrégé à la nation de Saint-Luc 
à Malines. Cependant il était rentré dans sa ville natale 
depuis 1616, puisque le 25 novembre de celle année il y 
convola à Saint-Rombaut avec Elisabeth Mannaerts, dont 
il eut sept enfants. 

Maur Moreels II habitait dans la maison paternelle, le 
Heaume cVor, dont il avait hérité, et où naquirent tous 
ses enfants; mais vers la fin de sa vie il revint mourir 
dans la paroisse qui l'avait vu naître, car l'obituaire de 
Sainle-Calherine porte : 

A° 1 647. 6 decenibris obiit Maurilius Moreels, 32 pond. 

Nous avons établi ailleurs que Moreels II était un grand 
peintre ^ Celle appréciation résulte de la seule œuvre 
que nous connaissions de lui et qui figure sur l'autel du 
transept nord dans l'église de Sainle-Calherine à Malines. 

* Revue catholique, octobre 1873. 



— 254 — 

Le sujet de celle grande toile, qui ne mesure pas moins 
de 4,80 mètres en hauteur, sur une largeur de 3,S2 mè- 
tres, est V Adoration des Mayes. 

Dix-huit figures concourent à l'épisode, qui se passe 
en plein air. Dans la partie gauche de la composition se 
tient la divine Mère, assise, ayant son Fils sur ses genoux; 
ce groupe est appuyé contre un rocher tapissé de brous- 
sailles, qui couvrent une partie du ciel. L'un des Mages, 
richement vêtu, se prosterne devant le Sauveur, auquel 
il baise dévotement la main; déjà il a déposé aux pieds de 
Marie le hanaps d'or renfermant la myrrhe. Saint Joseph 
apparaît derrière ce personnage; il est agenouillé et con- 
temple la scène, en joignant les mains. Un des membres 
de la suite du Mage adorateur se tient, ayant un genou 
en terre, à un pas de son maître, le coude reposant sur 
la cuisse, penchant la tête et suivant l'action avec intérêt. 
Son costume est sombre. 

Les deux autres princes, dans la partie de droite, at- 
tendent que vienne leur tour pour présenter leurs hom- 
mages à Jésus. L'un, dont on n'aperçoit que le buste, 
vers le centre du tableau, tient à la main le vase conte- 
nant l'or. Devant lui, au tout premier plan, se dresse 
fièrement, entre ses pages, le troisième des rois. Il est 
nègre de race; d'une main il serre un encensoir d'argent, 
tandis que de l'autre appuyée sur la hanche, il retient 
la draperie d'un ample manteau rouge brodé d'or. Deux 
pages, de la même couleur que le prince, l'accompagnent : 
l'un verse le parfum dans l'encensoir de son seigneur, 
pendant que l'autre relève les plis de son magnifique vête- 
ment. Un troisième serviteur également nègre, mais vu de 
profil, garde la couronne royale. Puis on voit un valet 
maintenant un cheval blanc bridé. Entre les deux derniers 
Mages apparaît un spectateur, vraisemblablement l'artiste 
lui-même, car son lype européen fait contraste dans le 



— 255 — 

tableau. Il a une moustache brune, relevée en croc à l'es- 
pagnole, et paraît en conversation avec un personnage dont 
on n'entrevoit que le galbe du visage placé à côté de lui. 

Au second et au troisième plan sont groupés un dro- 
madaire, un chameau sur lequel est assis un chamelier, 
et un éléphant, monté par un cornac muni d'un petit 
crochet et portant la main gauche à son bonnet comme 
pour se découvrir. Cette figure tranche fortement en sil- 
houette sur le ciel azuré. A peu près derrière la sainte 
Vierge se tiennent deux mulets, chargés d'objets précieux 
et de ballots : trois ouvriers, dont deux ont les torses 
nus jusqu'à la ceinture, s'occupent à débarrasser les ani- 
maux de leurs charges. Le mulet, placé vers le centre du 
tableau, a la télé richement harnachée et parée de plu- 
mets : il porte sur le poitrail un plat d'or armorié *. 

Le fond de la composition représente, comme nous l'a- 
vons dit, une roche verdoyante, qui prend l'espace derrière 
le groupe divin, tandis qu'à l'opposile s'ouvre le ciel, dans 
lequel, entre les nuages, scintille l'étoile conductrice. 

Malheureusement, ici la peinture a poussé à tel point 
au noir, que les sujets de l'arrière-plan semblent aujour- 
d'hui, à première vue, avoir une teinte uniforme et quel- 
que peu confuse. 

Le tableau ne porte aucune signature, mais seulement 
la date de 1615. 

Tel est, à quelques détails près, l'ensemble de la 
toile qui nous occupe. 

Le groupement, surtout celui de la caravane royale, 
est naturel et facile; dans cette partie, ce sont évidemment 
les Mages qui frappent par la savante draperie de leurs 
costumes et par la vérité des étoffes; ces princes ont une 



* Nous avons dit dans notre article cité que ce blason semble représen- 
ter les armes parlantes de Maur Moreels. 



— 256 — 

attitude d'une noblesse sans pareille et une aisance remar- 
quable; ils sont, de loin, supérieurs à la sainte Vierge et 
à son Fils, figures dont l'aspect est moins heureux et qui 
auraient beaucoup gagné à être moins rapprochées du 
cadre de l'œuvre. 

Pour l'exécution les Trois Rois ne le cèdent donc 
guère aux premiers maîtres de notre école. Les deux 
Mages du premier plan surtout sont des types splendides 
et grandioses, magistralement traités, qui portent d'une 
manière accusée le caractère du style national. Cependant 
ils sont peut-être placés trop en évidence et trop de plan 
dans la scène : c'est pour eux que l'artiste a réservé tout 
son talent. 

La divine Mère, au contraire, présente un fâcheux con- 
traste de coloris avec les autres personnages de la compo- 
sition. Car, outre que sa couleur apparlieni, sans doute, 
à l'école italienne, sa pose n'est pas gracieuse. Quant à 
l'Enfant divin, il est rendu avec plus d'expression. Cepen- 
dant la première idée que ce groupe fera naître à l'esprit, 
c'est qu'il est une découpure d'un tableau étranger. 

Il est triste de devoir l'ajouter, la toile que nous avons 
sous les yeux a partagé le sort de bien de chefs-d'œuvre 
et elle a été victime de restaurations maladroites au siècle 
dernier. 

Dès 176o, Christophe Van Laer a mis la main au ta- 
bleau; c'est lui que l'on désigne comme l'auteur des pre- 
mières détériorations : il a repeint le ciel, et entouré les 
figures du fond, qui à son gré ne se détachaient pas assez 
vigoureusement, de contours bistrés. 

Le 22 juin 1771, J. B. Joffroy, homme de goût et ama- 
teur d'antiquités, s'efforça de remédier aux méfaits de son 
prédécesseur; cependant, malgré les soins que Joffroy 
avait donnés à la peinture de l'église de Sainte-Catherine, 
déjà vers l'époque de la révolution française elle était de 



— 257 — 

nouveau si délabrée, qu'elle ne fut pas estimée par les 
commissaires de la république cliargés de dépouiller les 
églises au proOt de l'État. Le 12 fructidor an II (29 août 
1794), le commissaire Barbier, lieutenant au 5^ régiment 
de hussards, et le commissaire Léger, adjoint aux adju- 
danls généraux, tous deux commis par les représentants 
du peuple, vinrent prendre inspection du tableau et le 
jugèrent indigne de figurer dans les musées de la ré- 
publique. 

Toutefois les marguilliers, craignant la visite d'autres 
commissaires plus experts dans l'art que les deux soldats, 
s'empressèrent d'enlever la toile de l'autel où elle était 
encastrée, la mirent en rouleau et la cachèrent dans un 
petit grenier au-dessus de la chapelle du baptistère. Elle 
demeura sur celte voûte jusqu'en 1803; mais, lorsqu'on 
la relira de celte place, l'on s'aperçut qu'elle avait beau- 
coup souffert par suite des derniers remaniements, et le 
peintre malinois Suetens fut chargé de la rétablir, au- 
tant que possible, dans son étal primitif. 

Dans le courant de ce siècle, le tableau fut de nouveau 
conûé à un artiste, habile restaurateur, Pierre Corneille 
Morissens. Celui-ci remit l'œuvre en place, à la satisfac- 
tion générale, le 8 avril 1846. Néanmoins, après avoir 
séjourné pendant vingt-cinq ans dans une église mal 
aérée, la toile exigea de rechef quelques soins, dont 
M. J. Bernaerts s'acquitta habilement en 1867. 

Comme toutes les pièces remarquables, le tableau de 
Sainte-Catherine ne larda pas à frapper l'imagination po- 
pulaire. Le peuple conserve à son sujet une tradition, ren- 
seignement précieux qui nous a guidés pour aller à la 
recherche de son auteur véritable '. On raconte aussi que 
jamais Pierre Paul Rubens ne venait à Malines sans ren- 

^ Voir la Revue catholique, octobre 1873. 



— 258 — 

dre visite à l'église de Sainte-Catherine pour y admirer 
lAdoi'ation des Mages et s'y inspirer de sa manière. Les 
employés de l'église ajoutent que le grand peintre faisait 
largement les choses et qu'il ne se relirait qu'après avoir 
donné au clerc une couronne d'Espagne. 

Nous avons étahli dans notre article de la Revue catho- 
lique que, conformément à 1^ tradition, Maur iMoreels II 
est bien l'auteur de la toile que nous venons de décrire, et 
que ce tableau n'appartient ni à son père ni à Paul Moreels 
d'Llrecht, comme l'ouvrage Mechelen opcjeheldert in syne 
kercken, clooslers, etc., voudrait le faire croire. 

Dans l'article de Pierre Stevens, nous avons déjà dit que 
nous ajoutons peu de foi à l'aulhenlicilé du portrait qui est 
joint à la biographie de ce peintre dans l'édition illustrée de 
Van Mander, car cette effigie rappelle d'une manière frap- 
pante l'image que .Maur Moreels, neveu de Pierre Stevens, 
plaça de lui-même dans le tableau de Sainte-Catherine. Or, 
ou bien l'éditeur de Van Mander illustré a reproduit le por- 
trait du neveu pour celui de l'oncle, ou bien une parfaite 
ressemblance existait entre ces deux personnages. 

Nous ne nous étendrons pas davantage sur la biographie 
de ce grand peintre, mais, pour de plus amples détails 
nous renvoyons à notre article cité de la Revue catholique. 



Les ran Thielen. 

Jean-Philippe van Thielen, éminent peintre de fleurs, 
fut guidé dans ce^genre par Daniel Zeghers, de la com- 
pagnie de Jésus. D'après .M. Waagen, van Thielen ne 
resta que peu en dessous du dessin et du coloris de son 
illustre maître. Bien que notre artiste ne fournit guère 
qu'une carrière d'un demi siècle, il produisit une telle 
quantité de tableaux, que la plupart des musées el même 



— 259 — 

beaucoup de collections parliculières renferment de ses 
gracieuses compositions, 

Jean-Philippe van Thielen fut baptisé à Malines dans 
la paroisse métropolitaine le I" avril 1618. Son père était 
Libert van Thielen, seigneur de Cauwenbergh; sa mère 
était Anne Rigouts. Ayant travaillé en 1651-1632 à 
Anvers, sous la direction de Théodore Rombouts, qui 
avait épousé, le 24 août 1627 à Saint-Hombaut à iMa- 
iines, Anne van Thielen, sœur de Jean-Philippe, il passa 
dans l'atelier de l'habile jésuite dont nous venons de parler. 
Il fut reçu franc-maitre de la gilde anversoise de Saint- 
Luc en 1641 ', et il convola à Anvers avec Françoise de 
Hemelaer. Plus tard, il revint dans sa ville natale, où il 
fut admis comme maître dans l'art le 15 octobre 1660. 
Van Thielen, qui consacrait ses journées entières à la 
peinture, s'acquit une telle renommée, que la Cour de 
Bruxelles et le roi d'Espagne eurent différentes fois re- 
cours à son talent. Vers les dernières années de sa vie, 
sa santé s'altéra; il tomba dans un marasme qui avait le 
caractère de la phthisie et qui le conduisit à la tombe en 
1667. Son corps fut inhumé dans l'église de Boisschot, 
à iqualre lieues de Malines. 

Van Thielen eut plusieurs enfants; trois de ses filles 
s'appliquèrent à la peinture du genre que pratiquait leur 
père; elles commencèrent par s'inspirer de ses œuvres, 
mais plus tard elles travaillèrent d'après nature. Ces lilles- 
arlisles étaient: \° Marie-Thérése van Thielen, née à 
Anvers le 17 mars 1640, où elle mourut le 11 février 1706. 
Un tableau de sa main figure au musée de Malines (n" 1 13, 
hauteur 0,53, largeur 0,88). Il représente un bus-relief 
entouré de fleurs; une inscription placée sur la toile in- 
dique que celte œuvre avait été offerte par l'artiste, en 

* ROMBACTS el Valerius, Le Liggere d'Anvers. 



— 260 - 

1664, à sa lanle Elisabeth van Beke, prieure jubilaire du 
monastère de Leliendael, à Malines. 

2° Anne-Marie van Thielen, née en 1641. 

3° Françoise-Catherine van Thielen, née en 1645 *. 
J'ai trouvé dans des notes biographiques manuscrites, que 
ces deux dernières filles étaient religieuses au couvent de 
Muysen à Malines, où leur tante Elisabeth van Thielen 
était prieure; jai parcouru soigneusement i'obiluaire de 
ce prieuré, mais sans y avoir rencontré les noms de ces 
peintres. D'après Iloubraken elles vivaient toutes encore 
en 1 660 2. 

Un fils de Jean-Philippe, Arnoud-Erasme van Thielen 
devint doyen du chapitre de Turnhout. Une de ses filles, 
Catherine, épousa Jean d'Ancré. De la famille d'Ancré est 
issue Claire-Thérèse d'Ancré, peintre, née à Malines d'Ar- 
nould d'Ancré; elle épousa Egide Charles, et elle mourut 
à Malines le 1" octobre 1703. Elle fut enterrée dans l'an- 
cienne église de Saint-Pierre en cette ville, où on voyait 
sous un tableau l'inscription suivante : 

HIER ONDER RUST JOUFFR^ 

CLARA-THERESIA d'aNCRÉ 

DOCHTER VAN HEER ENDE 

M"" ARNOLDUS, LICENTIAET 

IN DE MEDECYNEN, 

HUYSVRAUWE VAN 

GILLIS CHARLES 

OVERLEDEN DEN 1"=" S'^'^'" 1703. 

BIDT VOOR DE ZIELE ^. 

D'après les notes artistiques de E. J. Smeyers, le 
tableau qui servait d'épitaphe à cette artiste était peint 

* F. BoGAERTS, Esquisse d'une histoire des arts, pp. 103 et 106. 

2 Vol. Il, p. 52. 

s Provincic, sladl onde district van Mechelen opgchelderl, elc, t. I, p. 300. 



— 261 — 

par elle; il figurait la sainte Famille : « La vierge Marie 
assise à l'ombre d'un bocage avait reniant Jésus sur les 
genoux; saint Josepb, debout derrière le groupe, tenait la 
main du Sauveur. Celte peinture mesurait six pieds de 
Malines en hauteur et quatre pieds en largeur; » sous le 
cadre se déroulait l'inscription tumulaire. 

Revenons à Jean-Philippe van Thielen : après qu'il eut 
acquis la franche-maîtrise, il continua encore à peindre 
en association avec le frère Zeghers, son maître, et plus 
d'une fois ils unirent leurs talents pour concourir ensem- 
ble dans des expositions de tableaux *. Souvent le profes- 
seur et l'élève atteignirent à une égale perfection : ainsi ils 
exécutèrent pour l'abbaye de Saint-Bernard sur l'Escaut, 
chacun une toile, entre lesquelles il n'y avait aucune diffé- 
rence de mérite ^. 

Corneille de Bie a chanté les louanges de van Thielen, 
Erasme Quellyn a peint son portrait et Richard Collin l'a 
buriné. Sous cette effigie figurent les armoiries du peintre 
J.-P. van Thielen, seigneur de Cauwenbergh ; elles sont 
écartelées avec celle de Colibrant et portent sur le tout le 
blason de du Fraisne. Celle disposition héraldique provient 
de ce que le grand-père de Jean-Philippe, Jean van 
Thielen, avait épousé Anne du Fraisne, fille de Libert, 
seigneur de Coelput, et d'Anne Colibrant. 

Ordinairement van Thielen signalises tableaux J-.P. van 
Thielen, mais jadis les jésuites de Malines possédaient une 
toile de noire maître, dans laquelle celui-ci avait adjoint 
à son nom celui de sa mère : elle portait, J.-P. van 
Thielen-Rigoiits, fecit et invenit 1645. 

Campo Weyerman nous apprend qu'il avait un tableau 
de fleurs par van Thielen, dans lequel Poelemburg avait 



* Mechclsch bcrichl, 1777, p, 35. 

* Descamps, Vie des peintres, t. Il, p. 269. 



— 262 — 

peint une ondine et un satyre; il fait aussi mention d'un 
fils de Jean-Philippe, artiste inférieur à son père, mais 
travaillant dans le même genre. Celui-ci ne peut être 
que Jean-François van Thielen, époux de Catherine de 

COMNCK '. 

La famille de Hemelaer, dont van Thielen avait épousé 
une fille à Anvers, avait jeté un rameau à Malines. A la 
branche malinoise appartenait Gaspar de Hemelaer, artiste 
signataire de la requête des peintres de Malines en 1619. 
Gaspar fut baptisé à Saint-Uombaut le \ septembre 1 587; 
son père élait Henri, sa mère Barbe van den Campe. Le 
2o janvier 1623, Hemelaer épousa dans la même église 
Elisabeth de Vriese. Nous trouvons dans les comptes com- 
munaux de 1645-46, que Gaspar de Hemelaer vendit à 
Georges Biset des couleurs à l'occasion de Voîiimegang de 
celte année. 

La requête de la nation de Saint-Luc de Malines, adres- 
sée à l'autorité civile le 6 novembre 1679, porte le nom 
de Norbert de Hemelaer. Il élait fils de Gaspar et il fut 
baptisé à Saint-Rombaut le 10 janvier 1651; il épousa 
Jeanne-Marie del Campo, dont il eut trois filles et quatre 
garçons, tous baptisés dans la paroisse de Sainte-Catherine, 
où habitait leur père, dans la rue de ce nom, à l'enseigne 
du Marleau cVor. Norbert, proviseur de la confrérie du 
Saint-Sacrement, mourut dans la paroisse de Sainte- 
Catherine le 12 novembre 1684, laissant sa veuve avec 
plusieurs enfants mineurs; elle convola plus tard avec 
Jean de Vos, peintre'^, dont nous avons parlé anté- 
rieurement. 



' Azevedo, Table généalogique de la famille Schooff el Généalogie de la 
famille van der Noot, p. 52a. 

' Registres aux adhérilances, 22 mars 1697 et 4 février 1698. 



— 263 — 

Les Herregonts. 

g 1 . David Herregouts. 

David Herregouts, fils de Sébastien et d'Elisabeth de 
Gorllere, fut baptisé à Notre-Dame au-delà de la Dyle, à 
Malines, le 15 juillet 1605. Il épousa à Saint-Rombaut, le 
15 janvier 1628, Cécile Genits. De cette union provinrent, 
outre le peintre Henri Herregouts, deux autres fils et deux 
filles. 

David débuta dans la carrière des arts comme doreur 
et comme peintre le 15 novembre 1615, dans l'atelier de 
son cousin-germain Josse Salmier, qui avait marié, à 
Notre-Dame au-delà de la Dyle, le 7 juin 1614, Anne 
Herregouts, fille de Jean et de Marie de Man. Salmier 
signa, en 1619, la requête que la jurande de Saint-Luc 
adressa au magistrat de Malines; le 19 juillet 1621 il se 
remaria à Saint-Pierre, à Malines, avec Jeanne Des Mares. 

En 1624, David Herregouts fut associé en qualité de 
maître au métier des peintres de sa ville natale. Nous 
trouvons, dans une note, à la même année la réception 
d'un Daniel Herregouts, mais nous pensons qu'il s'agit 
ici de David, car nous n'avons découvert nulle trace d'un 
Daniel Herregouts. 

Dans la suite, David alla habiter Ruremonde, où il dé- 
céda; de cette dernière ville il écrivit, le 6 juin 1662, une 
lettre dont nous parlerons bientôt. 

Jadis se trouvait à l'église de Sainte-Catherine, à Mali- 
nes, un tableau de David Herregouts; on y voyait un ange 
ordonnant à saint Joseph endormi de fuir en Egypte. 

En 1627, notre artiste donnait des leçons à Malines à 
François Stevaert. Ce jeune homme fut placé sous la 
direction de Herregouts pour le terme de trois années, à 
partir du o juin 1627, comme il conste par un acte de ce 



— 264 — 

jour, dressé par le notaire Verbeeke. François Stevaert 
était fils de Josse Stevaert, peintre, qui avait épousé à 
Saint-Rombaut, le 10 février 1610, Catherine de Wael. 
Josse mourut de la peste au mois de septembre 1625; sa 
femme succomba au même fléau le 22 janvier 1626. Ils 
laissèrent cinq orphelins, parmi lesquels une fille *. Josse 
Stevaert avait fourni les plans pour l'ornementation de la 
salle d'audience du grand conseil, et pour celle des petites 
salles de la même cour au nouveau palais, en 161 4-1 61 S 2. 
Il avait eu en apprentissage, en 1616, Pierre Ackermans, 
peintre, âgé alors de 18 ans, fils de feu Guillaume^. Les 
registres pupillaires rapportent quelques détails artistiques 
dans le compte du passif laissé par Josse Stevaert. Il restait 
à payer par les héritiers une somme de trois florins à 
Antoine Fayd'herbe pour sculpture d'une petite Vierge, 
faite avec le bois de l'arbre de Montaigu; les autres créan- 
ciers de la succession étaient Gillis Nens et Jean van 
Recht, pour fourniture de couleurs, et Nicolas van Calster 
pour fourniture de panneaux. 

Nous avons trouvé dans les manuscrits de E. J. Smeyers 
la mention d'un autre peintre de la famille Herregouts : 
Maximilien Herregouts, peintre de genre, qui signa en 
1674 un tableau, où l'on voyait une cuisine, dans laquelle 
une femme préparait des omelettes, tandis que quatre 
personnages assistaient à cette opération culinaire. Cette 
toile mesurait trois pieds et demi de haut sur quatre ou 
cinq pieds de large. Nous regrettons de ne pouvoir donner 
aucun éclaircissement sur cet artiste. 



• Chambre pupillaire, 23 décembre 1626. 

' Comptes de la ville. 

^ Chambre pupillaire, 29 novembre 1616. 



- 263 — 

§ 2. Henri Herregouts. 

Ce fils de David Herregouls fut baptisé à Malines dans 
la paroisse de Saint-Rombaul, le 1" avril 1653. Dirigé 
au début de sa carrière par son père, il passa plus tard 
dans d'autres mains et alla étudier l'art en Italie. Il s'ar- 
rêta longtemps à Rome, où il exécuta plusieurs morceaux 
qui lui réussirent; à la suite de ce séjour dans la ville 
éternelle, il passa par l'Allemagne, puis il revint dans 
sa patrie, oîi il a été désigné pendant plusieurs années 
sous le sobriquet de Romain. A peine rentré à Malines, 
il se dirigea sur Anvers et il y devint franc-maître peintre 
en 1664 ', puis revenant dans sa cité natale, il y acquit 
également la franche-maîtrise en 1666, mais il n'y prolon- 
gea guère sa présence, car il retourna à Anvers, où il 
exécuta en 1683 un arc de triomphe pour le jubilé de 
Saint-Jacques, aux frais de la confrérie du Saint-Sacre- 
ment 2. Il mourut dans cette dernière ville dans un âge 
très-avancé, et complètement courbé par le poids des 
années. 

Herregouls travailla pour la plupart des villes flaman- 
des importantes; il envoya ses productions à Bruxelles, à 
Anvers, à Malines, à Lierre, à Louvain et à Bruges. 

A son retour d'Italie, avant de revenir en Belgique, 
notre peintre se fixa à Cologne où il reçut plusieurs com- 
mandes. Vers 1661, il épousa en cette ville une colonaise 
de bonne famille, mais d'un caractère si acariâtre que la 
cohabitation avec cette femme devint impossible à l'artiste. 
Il semble qu'après le décès de son épouse, Henri tenta de 
trouver le bonheur dans une nouvelle union avec N. Goddyu. 
Ce renseignement est puisé dans les notices biographiques 



' RoMBAUTS et Van Lerids, Le Liggert (f Anvers. 
* Idem , idem. 



- 266 — 

manuscrites de Grégoire de Maeyer, de Maiines. Cet écri- 
vain rapporte que c'était surtout dans le portrait qu'Her- 
regouts se distinguait, tellement qu'il ose comparer parfois 
les productions du maître malinois à celles d'Antoine van 
Dyck. Déjà lorsque Herregouts habitait Cologne, son nom 
était connu avantageusement dans le monde artistique; 
nous eu trouvons la preuve dans une lettre, que son père 
adressa, le 6 juin 1662, de Ruremonde à son frère Jean 
à Maiines. Il dit dans sa missive, qu'Henri et son épouse 
sont venus passer deux mois chez lui. a Celle-ci fort polie, 
» bien élevée, jouit d'une grande considération à Cologne 
» parmi la noblesse; elle a mille attentions pour son mari, 
>' qui se fait servir comme s'il était fils de conseiller. Henri 
» forme le projet de quitter l'Allemagne pour revenir en 
» Brabant, où il est déjà très-connu et où ses œuvres sont 
» estimées sans pareilles. Ici, à Ruremonde, également ses 
» productions sont des plus recherchées, surtout de la part 
» de l'évêque Eugène-Albert d'Allamont, qui l'invita l'an- 
» née dernière plusieurs fois à venir chez lui et l'appelait 
» un second Rubens. » Le père, enthousiaste des mérites 
de son fils, ferme sa lettre disant que si Dieu prête vie 
à Henri, le nom d'Herregouts deviendra illustre par le 
monde entier. 

Henri Herregouts travailla pour les Jésuites d'Anvers; 
il leur peignit une toile dont le sujet était : Saint François- 
Xavier dispersant, au moyen du crucifix, une armée d'ido- 
lâtres. A Notre-Dame, à Anvers, il plaça, aux frais du 
métier des tonneliers, un tableau représentant le martyre 
de saint Mathieu : le saint, agenouillé devant le bourreau 
qui lève la hache pour lui trancher la tête, présente un 
dos extrêmement bien modelé. 

La ville de Bruges renferme plusieurs compositions de 
H. Herregouts'. A l'église de Sainte-Anne se trouve le 

* Annales de la Société d'Émulation de Bruges, t. V el l. XII. 



— 267 — 

Jugement dernier, grande loile, où les figures onl deux 
fois la grandeur de nalure; ragencemenl du sujet est bien 
conçu, le dessin est abondant et la couleur est ricbe, mais 
le nu est trop prédominant dans ce tableau : telle est l'ap- 
préciation de E. J. Smeyers. Descamps place l'achève- 
ment de celle œuvre à 168b; il fait ressortir les grandes 
dimensions de ce morceau, qui occupe toute la largeur de 
l'église; il partage en partie le jugement de Smeyers sur 
celte pièce, mais en faisant des réserves sur la correction 
du dessin et sur les proportions des figures, qui ne sont 
pas en rapport avec celles du temple; les ombres, ajoule-t-il, 
sont poussées au noir'. M. De Busscher trouve ici des 
réminiscences nombreuses du même sujet peint par Ra- 
phaël Coxie. Ce tableau d'Herregouls n'a pas gagné à la 
restauration qu'il a subi il y a quelques années ^. 

Dans l'église des Dominicains, Descamps vit une toile : 
saint Dominique en prière devant le crucifix; œuvre bien 
composée et assez correcte de dessin, mais un peu noir 
dans les ombres, par Herregouls le vieux; \çs Annales de 
la Société d'émulation l'attribuent à Jean Herregouls. 

Le peintre-biographe Descamps, ainsi que les Annales 
de la Société d'émulation de Bruges fournissent des dé- 
tails assez complets sur les tableaux du maître malinois, 
qui existent ou qui existaient à Bruges. 

D'après ce dernier ouvrage cité, nous voyons qu'au- 
jourd'hui encore l'église de Notre-Dame, à Bruges, pos- 
sède une toile : saint Trion en extase devant une appari- 
tion d'esprits célestes, H. 2"', 40, L. 1 "",45. Descamps émet 
son opinion relativement à celte œuvre. 

A l'église de Saint-Jacques : un évèque entouré de plu- 
sieurs femmes et enfants, H. 1™,54, L. 1",45, attribué 
à Henri Herregouls. 



* Voyage pillorcsque de la Flandre el du Brabaul, p. 283. 
2 Recherches sur les peintres gantois du XVl^ siècle. 



19 



— 268 - 

Les productions que Herregouls laissa dans sa ville 
natale étaient autrefois : Chez les Carmes : sainte Emé- 
rence recevant Vanneau nuptial; une autre toile, dans 
laquelle la sainte Vierge figurait dans le ciel; m\ paysage. 
Au couvent de Thabor on voyait du même auteur la 
Titans figuration. Enfin dans l'église des Jésuites ' est un 
tableau , le triomphe de la Croix, pièce conçue dans le 
même goût que celle de la compagnie de Jésus à Anvers. 
Selon l'opinion de Descamps, la peinture en était bonne 
autrefois, mais aujourd'hui elle a bien changée par suite 
de relouches. L'ensemble de la couleur est lourd, épais et 
confus; c'est une composition sans air, avec amas de figu- 
res dont l'aspect général n'est pas heureux. Elle mesure 
3,50 mètres de haut sur 4,70 de large. Le Sauveur expi- 
rant sur la croix domine au centre du tableau ; tous les 
peuples convertis viennent chercher un refuge sous la 
croix. Saint François, un crucifix à la main, disperse une 
armée d'idolâtres , dont plusieurs sont montés sur des 
coursiers. Ces animaux sont bien traités. 

M. Siret, dans son Dictionnaire des peintres^ indique 
à Bruxelles l'existence d'un tableau de H. Herregouts; il 
figure saint Jérôme dans le désert. 

Henri Herregouts eut un fils, appelé Jean-Baplisie, qui 
devint peintre, mais qui ne semble pas avoir vu le jour à 
Malines. Ses productions ne sont pas rares dans la ville 
de Bruges, comme on peut le voir par la notice déjà citée 
des Annales de la Société d'Émulation de Bruges. 

Campo Weyerman traite Henri Herregouts de peintre 
anversois '^. Il parait, d'après cet auteur, que notre artiste 
ne tint point ce que son talent promettait dans sa jeunesse, 
car dans ses vieux jours son pinceau était devenu bien 



• Aujourd'hui l'église paroissiale de Sainl -Pierre. 
» Tome m, p. 357. 



- 269 — 

faible; il peignit alors fréquemmenl des nym|)hes à moitié 
nues et des amours; souvent ces sujets furent entourés 
de fleurs par d'autres artistes, tels que G. P. Verbruggen, 
Simon Hardimé, Bosschaert et Morel; mais ces tableaux 
sont en général assez maigres. Herregouls travailla égale- 
ment avec Jean Asselvn. 

Henri Herregouls fournit une carrière fort longue; 
d'après les auteurs malinois Smeyers et de Maeyer, il de- 
vint tellement vieux, qu'il avait le corps complètement 
brisé et courbé par l'âge. 

Nous croyons qu'il n'a existé qu'un seul peintre du 
nom d'Henri Herregouts, bien que dans divers endroits 
l'on rapporte à l'année 1724, qui est celle du décès de 
notre peintre, le trépas d'un Henri Herregouts, qui serait 
né à Malines en 1666. Nous supposons que Descamps, 
qui assigne à Henri Herregouts l'année 1666 comme date 
de naissance, a provoqué ainsi une erreur qui a été ré- 
pétée ensuite. 

Les autres peintres du nom de Herregouts n'appartien- 
nent point par leur naissance à la ville de Malines. 



Les VerhoeTen. 

De la famille Herregouts nous passons naturellement à 
celle des Verhoeven, qui lui était alliée par le mariage de 
Gilles Verhoeven avec Agathe Herregouts. Deux frères 
peintres, Martin et Jean Verhoeven, naquirent d'un Gilles 
Verhoeven, dont nous ne connaissons pas la femme; peut- 
être était-elle Agathe Herregouts? Gilles lui-même était 
peintre et devint franc-maitre à Malines le 3 novem- 
bre 1618; il paya vingt-deux florins pour sa réception. 

Martin Verhoeven, reçu dans la gilde de Saint-Luc de 



— 270 — 

Malines en 1623, peignait surtout les fleurs et les fruits. 
Dans la vente des tableaux de iM. Stevart à Malines, en 
1751, fut présentée de cet artiste une toile portant la dé- 
signation : Pots et fruits, par M, Verhoeven. 

Jean Verhoeven, bon peintre et même quelque peu sculp- 
teur *, frère du précédent, naquit à Malines vers 1600. 
Son premier maître fut Nicolas van Ophem, qui l'admit à 
son école le 15 août 1612. Le 9 mai 1642, étant encore 
célibataire, il fut reçu franc-maître de Saint-Luc dans sa 
ville natale; mais comme il était fils de maître, sa cotisa- 
tion d'entrée fut réduite de moitié. En 1669 il était doyen 
de son métier. La ville lui octroya, le 22 juin 1649, 
exemption dû logement militaire et de Taccise sur la 
bière ^. 

Jean Verboeven peignait adroitement les animaux mais 
en réduction; son genre principal a été la peinture du 
portrait et celle de l'histoire. Ses compositions sont géné- 
ralement peu compliquées, sa couleur est sobre, fine, 
transparente, mais un peu maigre et sèche. Il dessinait 
assez correctement et il comprenait bien le jeu des physio- 
nomies. Notre peintre vivait encore en 1676. 

Parmi les portraits de sa main, nous nommerons celui 
d'André Smeyers, chapelain des boulangers, et celui du 
chroniqueur Remmerus Valerius, curé de Muysen ; ces 
tableaux sont perdus, cependant le second a été buriné par 
A. Op de Beeck, et figure souvent en tête de l'ouvrage de 
Valerius ^. 

On peut néanmoins encore apprécier la force de Ver- 
hoeven comme portraitiste dans le cénotaphe du notaire 
Verhaegen , placé dans l'église de Sainte-Catherine à 



* Notices tnanuscriles de Grégoire de illacyere. 

' Policcyhoeck. Archives de Malines, 1649, p. 231, 

' Cet ouvnige a pour litre : Chronrjke van Mechehn Meclielen, 1680. 



— 271 — 

Malines; dans le portrait de Rombaut Heyns, alias Srnets, 
H. S-», 01, L. \"','2i, T. exposé au musée de Malines, sous 
le 11° 120, ainsi que dans le portrait de Jean Caddoder, 
H. lo'jTO, L. 2™, 47, T. (n° 1 19), où le peintre a représenté 
son héros accompagné d'un serviteur, tenant un cheval 
par la bride. Le même musée (n" 122) renferme une belle 
composition, dans laquelle Verhoeven a réuni ks portraits 
de dix membres des serments, agenouillés devant la sainte 
Vierge tenant son divin Fils mort sur les genoux. H. 1,33, 
L. l'",34, T. 

Jean Verhoeven peignit également le portrait en oval 
de son frère Martin. Ce tableau fut placé au-dessus du 
tombeau de ce dernier. Or, Martin Verhoeven était en- 
terré dans l'église de Sainte-Catherine, où un tableau de 
sa main, le mariage mystique de sainte Catherine, rappe- 
lait sa mémoire avec une inscription funéraire. Ces pein- 
tures des deux frères \'erhoeven se trouvaient au-dessus 
de la tribune des proviseurs de la confrérie de Notre-Dame. 

Jean Verhoeven peignit beaucoup et il nous reste bon 
nombre de ses productions. Les morceaux perdus qui 
existaient anciennement à Malines sont : à l'église du grand 
Béguinage, la vie de saint Alexis, en cinq tableaux; la vie 
de sainte Begge, également en cinq tableaux; saint Erasme, 
copie d'après P. Testa; sainte Dymphe. Au couvent de 
Blydenbergh : saint Augustin; saint Rombaut, copie 
d'après le tableau de Cossiers, qui orne encore l'église 
métropolitaine. 

La plupart des peintures de Verhoeven demeurèrent 
dans sa ville natale ou dans les environs; ainsi il peignit 
une toile pour l'église de Haren. 

Voici quels sont les tableaux que nous connaissons de ce 
maître à Malines : 

A l'église de Saint-Jean : saint Hyacinthe; devant le 
saint une femme, tenant un enfant dans ses bras, se lient 



— 272 — 

agenouillée. Celle pièce provient des Dominicains de 
Malines. 

A Sainle-Callierine, un petit Iryptique funéraire à la 
mémoire de Jean Verhaegen, notaire, décédé en 1663; au 
milieu figure VAssomption, en partie d'après Rubeus; sur 
les volets d'une pari, le portrait du défunt, en prière, 
d'autre part, saint Jean l'Èvangeliste. Ces personnages à 
mi-corps sont fort délicatement peints. A l'exlérieur, les 
portes sont ornées des emblèmes de la mort, en grisaille. 

A l'église du Grand Béguinage : sainte Begrje protégeant 
les béguines et les beggards. Grande toile de onze figures; 
fond paysage. Le Mariage de saint Alexis est attribué à 
Jean Verhoeven, allégation qui, d'après nous, n'est pas 
certaine. Dix tableaux décoratifs, relatifs à V Histoire 
des ermites de l'Église, sont placés à une grande hau- 
teur audessus de la corniche dans la grande nef. Ils sont 
de J. Verhoeven, qui a traité ces sujets sur fonds de 
paysage. 

En 1667, les comptes de IMalines rapportent que Jean 
Verhoeven restaura le grand tableau placé dans la salle 
du collège à l'Hôtel-de-ville; en même temps il renouvela 
les armoiries et les figures décorant ce salon. 

Le Liggere d'Anvers consigne en 1637-58 le nom d'un 
graveur Jean V^erhoeven, devenu franc-mailre à cette date. 

Certain Michel Verhoeven entra dans l'atelier de Jean 
VAN Ranst à Malines le 26 mai 1612; un Marc Verhoe- 
ven apprit la sculpture à Malines depuis 1665. Michel 
Verhoeven, peintre, était fils de Jean et de Marguerite 
Sillevoorls, il avait épousé Anne Wuyliers et il décéda le 
10 mai 1649. Nous ne pensons pas que ce dernier Jean 
soit le peintre dont nous nous sommes occupés en pre- 
mier lieu. 

Les Sillevoorls étaient aussi d'une famille d'arlistes, 



— 273 — 

déjà nous avons rencontré leur nom dans la généalogie des 
Coxie. Pierre Sillevoorts ou 
requête des peintres en 1619, 



Coxie. Pierre Sillevoorts ou aussi Gillevoorts signa la 



Mathieu Sillevoorts, membre de la corporation des 
peintres et de celle des merciers, mourut dans la paroisse 
de Saint-Rombaut, le 22 septembre 1603. 

Jean Verhoeven eut pour élève Philippe de Graef, de 
iMalines, qui naquit en 1654 et qui décéda dans sa ville 
natale en 1683. Le 6 novembre 1679, De Graef siena 
une pétition avec les membres de l'association de Saint- 
Luc, de Malines. Il fut reçu dans l'atelier de V'erhoeven 
le 7 octobre 1648, et il obtint la francbe-maîlrise en 1663. 
Cet artiste copia souvent les œuvres de Rubens. Le Musée 
de Malines renferme deux paysages attribués à Philippe 
De Graef, l'un est avec figures et animaux, H. 0^,80. 
L. 1"',o3. T. L'autre a un aspect montagneux, H. 0",87. 
L. 1«»,7I. T. (S°' 14 et 15 du catalogue). Si ces toiles 
sont réellement de De Graef, il est sorti ici de son genre, 
qui était la peinture d'histoire et celle du portrait. Autre- 
fois l'église des Capucins de Malines possédaient deux ta- 
bleaux de ce maître; ils étaient placés à côté de la chaire 
de vérité. 

Les comptes communaux attestent que cet artiste fit 
plusieurs portraits importants pour la ville. En 1665, il 
exécuta le portrait de l'empereur Léopold I" et celui du 
marquis Castel-Rodrigo, gouverneur; en 1666, il acheva 
le portrait de Charles II, roi d'Espagne, au prix de 28 flo- 
rins 16 sous; en 1667, il peignit le portrait de l'impéra- 
trice, infante d'Espagne, pour la somme de 19 livres et 
4 sous. 

Nous avons à regretter la disparution de ces diverses 
peintures. 



— 274 — 



Les Tan Avont. 



La famille van Avont, dont le nom prit aussi les formes 
de van Avent, van den Avent et van den Avont, fournit 
plusieurs sculpteurs et quelques peintres. Nous ne nous 
occuperons ici que de ces derniers; mais pour mieux dis- 
tinguer les artistes de celle race féconde entre eux, nous 
commencerons par établir, dans le tableau généalogique 
ci-joint, les relations de parenté qui unissaient les pein- 
tres aux sculpteurs, sur lesquels nous reviendrons en 
temps et lieu. 

§ 1. Rombaut van Avont. 

Rombaul van Avont, fils de Jean, sculpteur, et proba- 
blement de sa première femme, Elisabeth van Gheele, était 
frère de Melchior, d'Abraham et de Jean '. Il élait sculp- 
teur et peintre. En 1G06, il travaillait en qualité d'enlu- 
mineur à Malines et il avait été incorporé dans le métier 
de Saint-Luc de celle ville, en 1581. 11 épousa dans la 
paroisse de Saint-Rombaul, en 1597, Marie van Wechter, 
fille de Georges et d'Anne de Bruyne. Il décéda dans la 
même paroisse le 4 avril 1619, ayant eu huit enfants. 

Il résida quelque temps à Bruxelles, mais la plus grande 
partie de sa vie s'écoula à Malines, où nous le trouvons 
comme auteur de divers travaux. 

Il résulte d'une déclaration émanant, en 1608, de Josse 
Blieck, recteur de la grande école latine de Malines, que 
ce prêtre avait gratifié l'église métropolilaine d'une statue 
de Sainte-Catherine, que Rombaut avait enluminée avec 
beaucoup d'art et qu'elle fut placée au-dessus des cinq 
patrons contre la peste, à côté de la porte d'entrée du 
pourtour. 

' Chambre pupillaire, 9 septembre 1620. 



— 275 — 

Il polychroma une statue de Sainl-Jean exécutée par 
Jean van Dooren, pour Taulel des tisseranls à l'église de 
Sainte-Catherine. Celte image, ayant été très-mal peinte 
par Jacques van den Broeck, fut confiée ensuite à Rom- 
baut van Avonl, qui s'acquitta dignement de sa besogne. 
Il exécuta aussi pour la même corporation les petits sujets 
d'histoire, placés dans les trophées servant aux processions. 

Au mois de juillet 1616, il peignit, à raison de 42 flo- 
rins, pour compte de l'église de Saint-Jean, sur le panneau 
placé au-dessus du maitre-autel, Vimage de Notre-Dame 
du Rosaire, celle de Saint-Jean t'Êoangeliste et celle de 
Saint-Jean-Baptiste. Ces peintures étaient provisoires, car 
le 27 décembre 1616, l'administration de l'église com- 
manda à P. -P. Rubens les tableaux que nous y admirons 
encore. 

Rombaut van Avont forma plusieurs élèves à Malines : 

Le 15 août 1604 entra dans son atelier MicHiiL van 
Opstal; le 1" décembre 1606, Hans Matthys, qualifié 
étoffeur; le 1" août 1608, Jean Paridaens; le 1" juillet 
1609, Lambert Baetmans; artistes dont nous n'avons pas 
trouvé d'autres traces. 

Nous voyons par l'état des biens délaissés à la mort de 
Rombaut van Avont que sa veuve avait des argenteries et 
des bagues d'or, engagées au mont de piété, et que l'artiste 
habitait sa propre maison, à côté du pont dit Olifant-bnig. 
Le passif de la succession accusait des dettes, ainsi Pierie 
Verschueren avait à loucher 64 florins pour étoff'cige de 
figures; Melchior Reussen avait une créance pareille, et 
Jean van Recht avait à percevoir le prix de couleurs et 
d'or battu achetés par lui *. 

Les tuteurs des orphelins de Rombaut étaient ses frères 
Abraham, sculpteur, et Melchior, peintre. 

» Chambre pupillaire, 9 seplenobre 1620. 



- 276 - 

Melchior van Avont, fils du troisième lit du sculplenr 
Jean et conséqueminent demi-frère de Rombaut, reçut le 
baptême à Sainte-Catherine à Malines, le 5 janvier 1592; 
suivant la profession des parents de sa mère, Catherine 
Vinoboons, il se livra à la peinture. Il épousa à Saint- 
Rombaut, le 21 janvier 1611, Jacqueline de Gorttere, fille 
de Florent et d'Elisabeth van den Eynde. Il mourut de la 
petite vérole, non loin de la commanderie de Pitzembourg, 
dans la paroisse de Saint-Rombaut, le 3 novembre 1619, 
et il laissa six filles. Sa veuve avait en 1642 un commerce 
de papier 2. 

§ 2. Pierre van Avont. 

Avant de parler de Pierre van Avont le peintre, nous 
devons faire observer que nous rencontrons dans sa 
famille et même parmi ses oncles d'autres artistes de ce 
nom qui tenaient également le pinceau ; mais ceux-ci 
n'étaient qu'accessoirement peintres, ils étaient principa- 
lement sculpteurs, et, selon l'habitude du temps, ils poly- 
chromaient leurs œuvres; nous pouvons renvoyer les 
notices sur ces personnages aux chapitres que nous consa- 
crerons à la sculpture. 

Pierre van Avont, excellent peintre de paysage et de pe- 
tites figures et graveur,- se distingue par une manière fort 
agréable; ses tons sont gais, francs et légers; ses compo- 
sitions se signalent par la grâce de l'agencement et par la 
naïveté des sujets enfantins qu'il traita. Il reproduisit très- 
fréquemment, le variant cependant chaque fois, le groupe 
de la Sainte Famille; il s'attachait surtout à y faire figurer 
la sainte Vierge, l'enfant Jésus et saint Jean. 

Il naquit dans la maison où mourut son père Rombaut 
et où sa mère, Marie van VVechler, continua à habiter dans 

2 Comptes de Malines, 1G42-43. 



— 277 — 

la suile. Il fui donc baptisé à Salnle-Calherine le 28 jan- 
vier 1599; son parrain s'appelait comme lui, Pierre van 
Avont; il est à supposer que celui-ci était frère de Rom- 
baut, qui avait, comme nous le voyons dans le tableau 
généalogique ci-joint, deux frères dont les prénoms sont 
inconnus. 

Notre Pierre van Avont fut reçu dans la gilde de 
Saint-Luc à Malines, le 29 mars 1620. Plus tard il alla à 
Anvers, où il acquis la bourgeoisie par acte du 17 octo- 
bre 1651, et où il était devenu également franc-maitre 
en 1622-23. D'après le L%ere d'Anvers il avait, en 1625- 
26, pour élève Pierre van de Cruys, et en 1628-29, Fran- 
çois WouTERS, de Lierre, dont un frère, Pierre, vint aussi 
à son école. Nous ignorons l'époque du décès de Pierre 
van Avont. 

Il existe un portrait gravé de van Avont : ce portrait en 
médaillon, entouré de fleurs et de cinq génies, a été, 
d'après le dessin du maître qu'il représente, gravé par 
Wenceslas Hollar. La bordure porte l'inscription : Petrus 
van den Avonl belga antverpiamis pictor. La planche est 
signée : Petrus van Avont inv. W. Hollar fecit 1651. 
Hollar a gravé plusieurs autres productions de ce maître. 

Van Avonl est représenté par trois petits tableaux au 
musée du Belvédère; ce sont : 

N° 7. Paysage boisé; des anges entourent la sainte 
Famille. Cuivre. Signé Peeler van Avont. 

N° 6. Paysage boisé; la sainte Vierge, fenfant Jésns 
et saint Jean. Bois. Signé. 

N" 16. Flore et des génies dans un jardin. Cuivre. 
Signé. 

Outre les productions de van Avont que M. Sirel cite 
dans la Biographie nationale, nous trouvons dans les 
Eglises de Gand, par !M. Kervyn de Volkaersbeke, t. Il, 
p. 249, la description d'une excellente peinture, la Vierge 



- 278 — 

à la danse des anges, par P. van Avonl; elle est conservée 
dans l'église de Saint-Pierre. « Il y a tant de joie enfan- 
tine, tant de bonheur, tant de grâce répandue sur cette 
toile, dit M. Kervyn, qu'on n'en détache les yeux qu'à re- 
gret. Les poses de toutes les figures, parfaitement dessi- 
nées, sont souples et gracieuses. Les tons sont bien fondus 
et le coloris est à la fois brillant et suave. Ce sujet a été 
traité par l'immortel van Dyck, et c'est d'après son œuvre 
que van Avont exécuta la belle toile qui nous occupe. Ce 
tableau subit les funestes influences de l'humidité. Dans peu 
d'années le mal sera devenu irréparable. Il existe une gravure 
de la Vierge à la danse des anges, par Schelle à Bolswert. » 

Van Avonl, qui exerçait, parait-il, la profession de l)ro- 
canteur et de marchand d'estampes à Anvers, peignait en 
association tantôt avec Vincboons, tantôt avec Zeghers, 
tantôt avec Breughel. 

Dans la vente des tableaux de M. Fayd'herbe, à iMali- 
nes, en 1840, fut vendu (n° 13), l'enfant Jésus tenant un 
globe, par P. van Avont; ce sujet était entouré de fleurs 
par Daniel Zeghers. H. 0'°,94. L. 0'",6S. Cette toile était 
recommandée comme un chef-d'œuvre. 

A la vente de M. de Raedt, à Malines, 1839, fut adjugée 
à 100 francs une toile des mêmes peintres. H. l'^jOO. 
L. I'",15. La sainte Famille se trouvant dans une guir- 
lande de fleurs. 

Une Vierge et l'enfant Jésus, sur cuivre, par P. van 
Avonl, fut vendue à la vente de M. Petit (1826), à Mali- 
nes; en 1837 fut présentée, à la vente de M. du Sart, 
une Madone en grisaille du même auteur. 

Enfin le marquis Herfort acheta, à raison de 75 francs, 
à la vente de M. de Bors (Malines, 1822), une fête de 
Bacchus , paysage avec figures, par P. van Avont. 
H. 27 pouces G lignes. L. 9 pouces 9 lignes. Bois. 

Les tableaux de notre artiste ne sont pas rares. 



— ^279 — 

Pierre van Avont s'est signalé aussi comme graveur, et 
dans ce genre il n'avait recours à personne, comme 
M. Siret l'a déjà fait remarquer, car les planches qu'il a 
laissées prouvent par leur signature qu'il les a composées, 
éditées et gravées lui-même. Une des œuvres les plus re- 
marquables de van Avont est son Livre de satyres et gro- 
tesses inventé et délinié par Pierre van den Avont. Fran- 
ciscus van denWyngaerdeexcudit Antverpiœ, Petit in-folio 
de neuf feuillets avec les titres compris (ouvrage très- 
rare) : 

1° Six têtes de satyres dont trois couronnés de pampres. 

2° Deux satyres assis, l'un vu de face, l'autre de dos. 

3" Deux satyres imposant le silence par gestes du doigt, 
pour pouvoir surprendre des nymphes endormies. 

4° Deux satyres avec un petit satyre soufflant dans une 
trompette. 

5° Un satyre ayant un genou en terre; derrière lui 
trois petits satyres dansants. 

6° Deux satyres assis, l'un vu de face, l'autre de dos. 

7° Quatre têtes étranges (à l'arabesque). 

8° Idem. 

M. Charles Le Blanc ' décrit deux gravures de van 
Avont : l'une deux enfants et une faune , les lettres P. 
V. A. fe, à rebours, sont au bas à gauche, H. 124 millim. 
L. 91 millim.; l'autre iui génie sur des nuages. P. V. A. 
/"., à rebours. 

Pierre van Avont avait un frère, peintre ou plutôt en- 
lumineur; c'était Augustin van Avont, qui fut baptisé dans 
l'église de Sainte-Catherine, le 24 janvier 1602. Parvenu 
à l'âge de 20 ans, il avait des velléités de mariage, en 
conséquence il demanda à la chambre pupillaire l'autori- 
sation de faire vendre une pièce de terre, autorisation 

\ Manuel de l'amalvur d'tilampes. 



280 — 



qu'il obtint le 26 avril 1622. Cependant le jeune homme 
semble n'avoir pas persisté dans ses projets matrimoniaux, 
car bientôt après il quitta la patrie et il se dirigea du côté 
de l'Allemagne ; mais la fortune ne sourit guère au peintre, 
et en 1624, revenant de Cologne, il fut complètement dé- 
pouillé de tout ce qu'il avait avec lui par les bandes en- 
nemies qui parcouraient le pays. Son dénùment était lel 
que son oncle, Guillaume van Wechter, curé de Wille- 
broeck, engagea les maîtres des pupilles à vouloir donner 
à son neveu une somme de vingt-cinq florins, afin que, 
muni de celte somme, il allât acheter le droit de bour- 
geoisie à Bruxelles et y exercer sa profession *. 

Ici s'arrêtent nos informations sur Augustin van Avont. 



Les Biset. 

§ 1 . Georges Biset. 

Georges Biset, peintre-décorateur peu connu jusqu'ici, 
eut la gloire d'être le père de Charles-Emmanuel. Si nous 
ignorons où Georges Biset vit le jour, nous pouvons affir- 
mer néanmoins que sa carrière artistique s'écoula entière- 
ment à IMalines. Le 15 février 1613, il entra dans l'atelier 
de Michel Coxie, troisième artiste de ce nom. Il avait eu 
de sa première femme, Madeleine Dillens, décédée dans la 
paroisse de Saint-Jean le 17 septembre 1658, huit enfants, 
dont quatre moururent jeunes. Tous ces enfants furent 
baptisés dans l'église de Saint-Jean, entre les années 1620 
et 1632 inclusivement; parmi ceux-ci il n'y eut que deux 
garçons : Rombaut, mort à l'âge de dix ans, et Charles- 

* Cliambre pupillaire, 11 octobre 1624. 



- 281 — 

Emmanuel, peintre; l'une de ses filles, Jeanne née le 
29 avril 1626, épousa, le 13 septembre 1650, le peintre 
Jean Coxie. Le 13 septembre 1643, Georges Biset se re- 
maria dans l'église de Saint-Pierre avec Elisabeth Backers. 

Biset habitait à Malines, dans la rue des Vaches, une 
maison ayant issue dans la rue des Juifs et sise entre les 
maisons nommées l'une Saint-Jean, l'autre Valckenbergh. 
Il décéda dans la paroisse où il demeurait : 

7 decembris 1671. Sepullus est magisler Georgius 
Bissel, mari tus Elisabethe de Backer. Middel. '. 

Ce peintre laisse des traces nombreuses dans les comptes 
communaux de Malines; nous y trouvons les travaux sui- 
vants, exécutés par lui : 

1634-35. Payé à Georges Biset et à d'autres peintres, 
ayant travaillé sous ses ordres, pour l'exécution des arcs 
de triomphe placés à l'occasion de l'entrée du Prince- 
Cardinal, 1060 livres 11 sous. 

Payé au même pour 306 colonnes {pilleren), satyres, 
frises, exécutés chez lui à raison de 20 sous pièce, et 
ayant servi à l'estrade érigée à la Grand'Place, à l'arc de 
triomphe du Pré-aux-Oies et à celui qui était dressé devant 
le palais d'Hoogstraeten, 306 livres. 

1636-37. Biset et ses élèves décorèrent les chars de 
VOmmegang. 

1640-41. Il enlumina des vases de pierre, exécutés par 
Luc Fayd'herbe et placés sur la prison; il peignit les fenê- 
tres du bâtiment et les flammes sortant des dits vases. 

1641-42. Il travailla aux chars de VOmmegang. 66 fl. 

1642-43. Il restaura le tableau le Siège de Neuss, par 
A. van den Houle, et reloucha les pièces pour VOmme- 
gang, 53 livres 2 sous 6 deniers. 

1645-46. Il renouvela la décoration des chars de 

* Obituairt de l'église de Sainl-Jean, 



282 

VOmmegang et il orna de peiiilures uq salon de l'hôtel- 
de-ville. 

1651-S2. Il peignit les chars de VOmmegang. 

1653-54. A roccasion de l'établissement de la Chambre 
mi-partie, il décora un salon pour les séances de celle 
Chambre au Vieux-Palais. 

1666-67. 11 orna le théâtre où la société de rhétho- 
rique, la Pivoine, se proposait de donner des représenta- 
lions dans le Vieux-Palais. 

Enfin, nous le trouvons dans les comptes du serment 
de la Vieille-Arbalète, lorsqu'il décora une cheminée dans 
la salle de réunion de celte compagnie. En 1652, il exé- 
cuta, au prix de 6 florins, deux médaillons avec figures, 
sur toile, pour la bannière de la confrérie du Rosaire éta- 
blie à Saint-Jean. 

§ 2. Charles-Emmanuel Biset. 

Charles-Emmanuel Biset reçut le baptême à Saint-Jean, 
à Malines, le 26 décembre 1633. Il épousa à Saint- 
Rombaul, le 30 juin 1670, Anne Cleymans. 

Il éljait excellent peintre, traitant le portrait et le genre, 
les grandes et les petites figures, les bals, les assemblées 
joyeuses, etc. De Bie lui a consacré des vers; Campo 
Weyerman dans son ouvrage et M. Siret dans la Biogra- 
phie nationale ont donné des détails nombreux sur Biset 
et sur ses œuvres. H sera inutile de reprendre ces notices, 
auxquelles nous renvoyons, mais que nous compléterons 
ici autant que possible. 

D'après Weyerman, Biset avait un caractère désagréa- 
ble, il était paresseux et sale dans son accoutrement; il se 
maria, dit-il, à Anvers, et procréa de cette union Jean- 
Baptiste Biset, peintre dont IM. Siret a également décrit 
la vie dans la Biographie nationale. 

C. E. Biset, qui travaillait dans la manière de Gonsalès 



— 285 — 

Coques, fui Irès-apprécié à la cour de France. Plus lard, 
dans les Pays-Bas, le gouverneur général comle de Mon- 
lerey rallacha à sa personne en qualilé de peinlre. 

Il quilla bienlôl sa ville nalale el il acquil la bourgeoisie 
à Anvers le 20 avril 1665; y ayant élé admis à la libre 
pratique de Tari, il devint, en 1674, doyen de la gilde de 
Saint-Luc el il fui préposé à la direction de l'académie de 
celte ville '. C'est encore dans celle cité, selon VVeyerman, 
qu'il convola en secondes noces avec sa servante; mais 
voulant tenir celle union secrète, il partit pour Bréda, où 
il mourut en 168S. 

Biset possédait une grande richesse de coloration, mais 
il lui est arrivé quelquefois de tomber dans des Ions gri- 
sâtres; il avait pour lui la vivacité de son imagination, el 
ainsi il groupait adroitement ses sujets. Son dessin n'est 
pas toujours mesuré ni exempt de reproches. 

Ce peinlre associa son pinceau à celui de van Ehren- 
berg quand il devait avoir un fond d'architecture dans 
ses tableaux; lorsqu'il lui fallait une perspective de pay- 
sage, il recourait lanlôt à Ilemelrael, tantôt à Huysmans. 
A la vente de M. Gielis d'Hujoel, tenue à Malines en 1 7dS, 
fut adjugée une toile de C. E. Biset, le Jugement de Paris, 
où le paysage était de C. Huysmans. 

Le!" octobre 1665, la ville deMalines paya à C. E. Biset 
une somme de 12 florins pour le défrayer des dépenses 
d'un voyage d'Anvers à Malines que le peintre avait fait 
sur la demande de l'administration communale de sa ville 
nalale, Nous croyons que ce voyage avait eu pour but de 
donner quelques conseils au Magistrat relativement à l'or- 
nemenlation de la grande estrade, dressée à l'occasion de 
l'inauguration de Charles II, roi d'Espagne. 

Aux tableaux cités par iM. Siret nous ajouterons les 



RoMBADTS et Van Lérius, Le Liggerc d'Anvers. 

30 



— 284 — 

suivants, qni apparurent dans des ventes tenues à Malines. 

Vente de M. Petit, 1826. Charlatan vendant des dro- 
gues (daté de 1694?). Cette œuvre, aciietée par M. Pierets 
de Croonenburg, fut revendue à la vente de ce dernier en 
1838. La toile mesurait : H. O^jS/k L. 0'»,26. 

Vente de M. van Rymeuam, 1838. Concert de famille. 
H. 0™,87. L. 0-,67. T. 

Un artiste malinois, dont le nom se rapproche de celui 
de Biset, est Cfiarles Bigée, peintre de fleurs au XVIII* siè- 
cle. Il peignait des morceaux décoratifs pour trumeaux 
avec beaucoup d'effet dans la composition, mais sa cou- 
leur est pauvre et sèche. Il avait épousé en premières 
noces Catherine Le Febure, veuve de Charles de Jonghe, 
médecin. Le 29 avril 1759, il convola en secondes noces 
à Saint-Jean avec Jeanne-Marie Cleynaerts. Les comptes 
communaux de Malines de 1753-54, consignent un paye- 
ment de 50 florins fait à C. Bigée, pour avoir peint et 
retouché six tableaux pour une salle à rhôtel-de-ville. 



Sébastien Tau Akeii. 

Sébastien van Aken peintre d'histoire, fils de Philippe, 
aubergiste ', et de Marie Bal sa première femme, fut bap- 
tisé à Saint-Rombaut le 31 mars 1648. 

Il apprit à dessiner et à peindre chez Luc Franchoys 
le Jeune; son temps d'apprentissage cessa le 28 décem- 
bre 1666. Le nouveau maître, dans l'enthousiasme de la 
jeunesse, voulut se lancer du coup dans la grande peinture : 



• Philippe van Aken tenait une auberge nommée den flclm (le heaume), 
où fnl donné le banquet d'installation du magistral en 1635-36 (Comptes 

de Mulines), 



— 285 — 

il entrepril donc pour le prieuré d'Hanswyek, à iMalines, 
une composition, V Assomption, qui se trouvait encore dans 
ce monastère au moment de la révolution française. Cette 
œuvre, ayant fait un fiasco complet, ouvrit les yeux au 
peintre, qui loin de se décourager, résolut de se re- 
mettre à l'étude. Il quitta alors sa patrie et partit pour 
Rome, où il se trouvait encore le 14 juillet 1G97 K Dans 
cette ville il parvint à se faire recevoir dans l'atelier de 
Charles Maratti; dès lors il adopta la manière de son 
deuxième maître, dit E. J. Smeyers; il y apprit à jeter 
les ombres, à ménager les lumières, à obtenir les effets 
d'opposition et à draper les étoffes. Son dessin manque 
parfois d'ampleur et souvent son coloris est maigre. Après 
un séjour prolongé en Italie, il visita l'Espagne, le Por- 
tugal. En ce dernier pays, il fil la connaissance d'une 
jeune bruxelloise, Marie-Thérèse Durant, qu'il épousa. 
Les nouveaux mariés vinrent se fixer à IMalines, où notre 
peintre mourut le 21 novembre 1722; son corps fut en- 
terré dans l'église de Notre-Dame au-delà de la Dyle, le 
23 suivant. 

Van Aken ayant une sœur, nommée Jeanne, au couvent 
des Pauvres Claires de Malines gratifia ce monastère de 
plusieurs toiles de sa main. Parmi celles-ci, on remarquait 
les tableaux suivants : La prise dliabil de sainte Claire; 
dans cette composition le peintre avait saisi le moment 
où l'on coupait les cheveux à la sainte; une Sainte Vierge; 
Saint Joseph avec l'enfant Jésus, et d'autres peintures qui 
disparurent toutes dans le boulversement révolutionnaire 
de 93, si désastreux pour l'art belge. 

D'après les comptes de Malines de 1703-04, le Magis- 
trat fit placer dans la salle du collège une nouvelle che- 
minée avec peintures et dorures; l'autorité communale 

'Adhérilances de Malines, 14 juillet 1G97. 



— 286 — 

paya alors le 3 juin 1704 à Sébastien van Aken une somme 
de ^6 florins pour le portrait qu'il avait peint du roi 
(l'Espagne. Ce portrait pourrait être celui de Philippe V 
ou celui de l'archiduc Charles, qui avait pris en 1702 le 
litre de roi d'Espagne sous le nom de Charles III, et qui 
devint plus tard empereur sous le nom de Charles VI. 

Or le Musée de Malines renferme un portrait ovale de ce 
dernier souverain (n" 162); par sa forme ce portrait con- 
venant au style des cheminées que l'on construisait au 
commencement du XVIII" siècle, il n'y aurait rien d'éton- 
nant à ce que ce soit là l'œuvre de Sébastien van Aken. 

Les Sœurs Noires de Malines possédaient avant la 
tourmente révolutionnaire une grande composition de van 
Aken; elle renfermait un groupe nombreux de portraits 
de religieuses de la communauté. 

La chapelle de Notre-Dame à Dufïel contient un tableau 
d'autel : Sainl Norberl recevant l'habit des mains de la 
sainte Vierge '. Cette toile est la seule œuvre positivement 
connue de Sébastien van Aken. Le clair-obscur est bien 
observé dans cette composition, mais le dessin laisse à 
désirer dans plus d'un endroit. 



Les Smeyers. 

La famille malinoise des Smeyers produisit plusieurs 
peintres : trois d'entre eux devinrent des artistes de mé- 
rite, tandis que d'autres restèrent, sans doute, dans la 
catégorie des médiocrités, car leurs œuvres n'ont laissé 
aucune trace. Sur ces derniers nous ne possédons, du reste, 
que des renseignements vagues et nous ne pouvons même 
pas les rattacher à l'arbre généalogique de leur famille; 



« Mechelsch bericlil, 1866, 26 août. N» 34. 



— 287 — 








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c'est ainsi que le 13 décembre 1695 fut reçu dans la cor- 
poration de Saint-Luc Jean Louis Smeyers, artiste qui avait 
déjà été précédé dans le métier par Pierre Smeyers, le- 
quel apprenait la peinture en 1S50 chez un certain 
Martin Welleman. 

§ i. Egide Smeyers. 

Gilles ou Egide Smeyers était fils de Nicolas Smeyers, 
peintre et fils de peintre. Nicolas fut formé à l'école de 
Luc Franchoys le vieux, lequel le reçut comme élève- 
célibataire le 13 avril 1630. Le 14 février 1632, il fut 
admis en qualité de franc-maître dans la gilde de Malines, 
moyennant une rétribution de 28 florins. Nous ne con- 
naissons ni le nom de la femme de Nie. Smeyers, ni la 
date de sa mort, ni même le genre qu'il peignit. 

Egide Smeyers, peintre d'histoire, naquit à Malines en 
1635. A l'exemple de son père, il se livra à la peinture. 
Il étudia d'abord sous la direction paternelle, puis sous 
celle de Jean Verhoeven. Le 15 férvier 1657 il épousa, 
à Sainte-Catherine à Malines, Elisabeth Herregouts, fille 
de David, peintre, et sœur de Henri, également peintre; 
elle mourut le 25 août 1724. Égide décéda dans la paroisse 
de Sainte-Catherine le 30 août 1710 et il fut enterré dans 
l'église paroissiale. En 1682 il remplissait la charge de 
trésorier du métier de Saint-Luc, dans lequel il était 
entré en 1657. 

E. Smeyers, ayant été lié par une étroite amitié avec 
Luc Franchoys le jeune, acheva, après le décès de ce 
maître (1681), le tableau de V Assomption que ce dernier 
avait entrepris, d'après celui du grand-béguinage de Ma- 
lines, pour l'église de VVavre-Notre-Dame, mais qu'il 
n'avait pu terminer. [1 peignit pour la même commune, 
d'après un petit tableau de L. Franchoys, conservé à 



— 289 — 

Saint-Jean, une loile représenlant saint Anloine Vermîte 
visitant saint Paul l'ermite; cette œuvre était destinée à 
prendre place sur un des autels latéraux de l'église; il 
produisit, également pour ce village, une suite de petits 
tableaux se rapportant à des mystères tirés de la vie du 
Sauveur et de celle de la Sainte Vierge. 

Nous voyons par le catalogue de la vente de M. de 
Maeyere, à Malines en 1813, que E. Smeyers peignit avec 
Luc Franchoys le jeune; car il fut vendu de ce cabinet 
une toile : Charles VI à cheval, tableau où Smeyers avait 
peint le portrait et Francboys le corps du cavalier et le 
coursier. 

Egide Smeyers eut sept enfants dont quatre fils; parmi 
ceux-ci deux se vouèrent à l'étude de l'art : ce furent 
Jacques, qui fera le sujet du paragraphe suivant, et Juste. 

Juste Guillaume Smeyers, peintre, baptisé en même 
temps qu'un frère jumeau François-Joseph, à Sainte- 
Catherine le 18 mars 1669, épousa Catherine Alexanders, 
qui lui donna deux fils et une fille. Juste était franc-maître 
à Malines, mais il ne laissa aucun souvenir après lui. Il 
signa la requête du métier des peintres de iMalines le 
4 mars 1702. 

Les comptes de la ville de Malines constatent qu'Egide 
Smeyers reçut, le 9 février 1675, 24 florins pour avoir 
peint le portrait du roi d'Espagne, placé dans le grand 
salon de l'hôlel-de-ville. 

Dans les églises de Malines il laissa quelques souve- 
nirs. Voici les toiles de sa main qui existent encore dans 
l'église de Saint-Jean à Malines : 

Ces tableaux, au nombre de quatre, sont de grande di- 
mension et d'une composition très-ingénieuse : 

1° Le culte rendu aux trois personnes de la Sainte- 
Trinité. La Sainte-Trinité apparaît dans les nuages; saint 



— 290 — 

Jean TEvangélisle, placé un peu au-dessous d'Elle, lui pré- 
sente ses hommages; sur la lerre un groupe nombreux 
l'adore; on y voit un archevêque, un prêtre, des nobles, 
des pauvres, des religieuses, des dames et des femmes du 
peuple, tous en costume du XVII'' siècle. Cette scène se 
passe, à droite, dans la partie inférieure de la toile; à 
gauche, apparaissent des temps plus reculés : saint Jean, 
assis sous un palmier, enseigne la nouvelle loi et le culte 
de la Sainte-Trinilé à un auditoire de vingt-six personnes. 

2° Les trois grands faits de la Sainte-Trinité. 1687, 
signé G. Smeycrs fec. La création par le Père, la rédemp- 
tion par le Fils, la sanctification par le Saint-Esprit. Dans 
le ciel le nom Jehova est glorifié par les saints, vénérés 
dans cette église de Saint-Jean; ils sont partagés en deux 
groupes, le aom de Dieu étant au milieu. Sur la terre, 
Ton découvre la création d'Adam par Dieu le Père; cet 
épisode occupe la gauche du tableau; l'Eden s'étend au 
fond. La rédemption est figurée au centre de la toile par 
le Sauveur debout sur le monde; autour de lui sont grou- 
pés des personnages de l'ancienne et de la nouvelle Loi, 
tels que les saints Jean l'Évangélisle et Baptiste, le roi 
David, Madeleine, saint Pierre, etc. L'église, colonne de 
la vérité, sépare ce sujet du suivant; la base de la colonne 
repose sur le sol et la cime s'en perd dans les nuages du 
ciel. Sur le pied du pilier est marquée la signature du 
peintre, La sanctification par le Saint-Esprit est repré- 
sentée par la descente de l'Esprit renovateur dans le cé- 
nacle. 

3° La sainte Trinité protégeant les esclaves du monde : 
esclaves des passions et esclaves aux mains des infidèles. 
La sainte Trinité trône dans les nues ; la sainte Vierge 
l'implore pour les esclaves de la terre. Un coin de la toile 
représente une tour d'enceinte d'une ville : les Turcs pré- 
cipitent les esclaves chrétiens du haut des bastions el 



— 291 — 

font tomber leurs corps lacérés sur des crochets de fer, 
rivés aux murailles. Par terre, les martyrs éprouvent des 
supplices de tous genres; les uns ont la chevelure enflam- 
mée, d'autres ont les pieds rôtis au petit feu d'un brasier, 
d'autres meurent sur le bûcher, mais des anges munis de 
scapulaires de la sainte Trinité leur apportent des conso- 
lations. A gauche se trouvent les esclaves du monde; 
l'envie, à la chevelure formée de vipères, ronge son cœur; 
l'avarice puise l'or dans des coffres, etc. Cette toile, exé- 
cutée en 1687, valut à son auteur 150 florins, comme 
prix rémunérateur de ce tableau et du précédent. 

4° La sainte Trinité rérjénérant le monde. Ce tableau 
présente l'intérieur d'un temple; la sainte Trinité apparaît 
sur un nuage. Saint Jean le Précurseur reçoit la mission 
d'annoncer le Messie. A droite, un nouveau-né est régé- 
néré par le baptême; à gauche, devant un autel, la foule 
se prosterne, en attendant le saint sacrifice de la messe. 

Ces quatre tableaux ont un type si caractéristique, 
qu'ils suffisent pour donner une idée exacte de la manière 
de E. Smeyers. Dans ces pièces la composition est heu- 
reuse, l'aspect gai et léger, et le dessin correct; le coloris, 
plutôt français que flamand, s'éloigne complètement des 
traditions nationales ; les Ions sont clairs, transparents, 
assez chauds, mais un peu maigres ; le coup de pinceau 
est fln et produit des expressions de physionomies natu- 
relles et avenantes. 

Le grand séminaire possède, dans son église, de cet 
artiste : la Résurrection de Lazare et les Disciples 
d'Enimaiis. 

Passons à l'énumération des tableaux, qui décoraient 
autrefois les édifices religieux de Malines et dont les his- 
toriens du temps ont constaté l'existence. A l'église de 
Saint-Jean se trouvaient, outre les tableaux que nous 
avons mentionnés du même auteur, les morceaux sui- 



~ 292 — 

vants : la fuite en Egypte; Salvator mundi et Mater Dei, 
deux pendants ; saint Philippe de Xéri; la sainte Famille; 
sainte Barbe; suint Avit; saint Nicolas; saint Jean; 
saint Charles- Borromée ; saint Erasme. 

Gilles Smeyers avait été chargé par le conseiller Guil- 
laume van Blilterwyck de composer, au moyen de divers 
portraits épars d'anciens membres du grand-conseil, plu- 
sieurs tableaux représentant les séances les plus célèbres 
tenues par celte cour suprême. Ces compositions, qui 
étaient de petites dimensions, furent reproduites plus tard 
pour le grand-conseil sur de grandes toiles par Corneille 
Berincx. 

Le musée de Malines renferme de la main de Smeyers 
un morceau, no 90 du catalogue, les portraits des doyens 
de la corporation des tailleurs de Malines en 1 695. H. 2">,20, 
L. l'^jSS. T. Les chefs des métiers, au nombre de onze, 
sont représentés à mi-corps. Le fond est occupé par la 
sainte Trinité. 

§ 2. Jacques Smeyers. 

Le 8 octobre 1657 fut baptisé à Sainte-Catherine à 
Malines Jacques Smeyers, fils d'Egide et d'Elisabeth Her- 
regouts. Elève de son père, il fut accueilli dans la jurande 
artistique de Malines en 1688. fl était peintre d'histoire, 
de portrait et de genre. Il débuta dans la carrière par la 
peinture du genre, s'appliquant surtout à reproduire des 
kermesses de village, des danses, des querelles et des 
scènes de buveurs ; dans ces compositions il chercha à 
imiter Heemskerk, mais il n'atteignit jamais à la force de 
ce peintre; cependant, d'après les notes laissées par son 
fils Egide-Joseph, ces ouvrages furent confondues quel- 
quefois avec ceux de Heemskerk même, et il les vendait 
avec succès aux marchands allemands. Nous avons vu 
plusieurs fois des productions de cette nature de Smeyers; 



- 293 - 

elles sont spirituellement composées, bien mouvementées, 
mais le ton général est sombre et donne un aspect lourd 
et froid à l'ensemble du tableau. Du genre, Smeyers passa 
à l'élude du portrait, dans lequel il réussit si bien qu'il 
ne craignit pas d'entreprendre la peinture d'bistoire, qui 
devint dès lors son occupation principale. 

Notre artiste entra le 2o mars 1688 dans la congréga- 
tion des célibataires, établie chez les Jésuites; mais la 
solitude lui étant à charge, il épousa à Saint-Rombaut 
le 31 octobre 1688 Catherine Capellemans, de Bruxelles, 
qui décéda le 4 mars 1753, étant alors aveugle depuis six 
ans. Le peintre lui-même expira dans la paroisse de Sainte- 
Catherine le 6 décembre 1732. Les époux reçurent tous 
deux la sépulture dans leur église paroissiale. Smeyers 
eut une vieillesse malheureuse, car vers l'âge de quarante- 
sept ans il fut atteint de la goutte, maladie qui ne cessa 
de le tourmenter à tel point que depuis 171o jusqu'au mo- 
ment de son décès il ne put plus sortir de chez lui; cette 
infirmité toutefois ne l'avait pas empêché de travailler, 
mais vers la fin de sa vie il fut aussi frappé de cécité. 

Autrefois les églises de Malines renfermaient bon nom- 
bre de toiles de Jacques Smeyers. A la vente de tableaux 
faites dans l'église métropolitaine, le 11 décembre 1811, 
fut adjugé à raison de 4 francs un tableau représentant 
un Saint crucifié et tué à coups de pierre, cette œuvre de 
Smeyers avait été placée antérieurement sur l'autel de la 
chapelle des Sept Dormeurs et elle semble avoir représenté 
le Martyre de saint Philippe. 

Dans le chœur de l'église claustrale de Blydenbergh 
figurait une grande toile, le Martyre de saint Damicn. 
Le saint entouré de quelques-unes des onze mille vierges 
était percé de traits par des Huns; il se tenait debout, 
ayant une flèche dans la tête, triomphant ainsi des 
barbares. 



— 294 - 

Dans la chapelle du Sainl-Espril figuraient deux ta- 
bleaux de Sineyers, la Mort de la sainte Vierge, la Des- 
cente du saint Esprit sur les apôtres. 

Sur l'autel de la chapelle de l'hospice Olivelen, la Ten- 
tation de saint Antoine. Il existe aujourd'hui dans l'église 
de Sainte-Catherine à Malines un tableau du même sujet 
par le même peintre, mais cette toile n'est pas placée dans 
le temple. 

Le n juillet i707, la ville paya 14 florins à Jacques 
Smeyers pour un tableau, la Justice, destiné à la salle du 
collège à l'Hôtel-de-ville. 

Dans les villages environnant Malines, notre maître 
laissa également de ses œuvres; il peignit pour l'église 
d'Eppeghem, la Cène; pour celle de Boorl-Meerbeek, le 
Rachat des esclaves chrétiens aux Turcs; pour celle d'Ele- 
wyl, le Sauveur ensanglanté par la flagellation, et la Mère 
de douleurs. Ces deux dernières toiles furent placées de 
chaque côté de l'autel. Enfin l'église de sainte Catherine 
à Malines possédait jadis une sainte Barbe de Smeyers; 
elle avait de cet artiste une seconde pièce, qui fut ven- 
due dans la suite, mais qui, plus tard, a été rendue à 
l'église. Ce tableau est placé aujourd'hui dans le tran- 
sept nord; il mesure en hauteur l'^Oo mètre et en lar- 
geur l^jGO. La scène se rapporte à la sainte Famille, 
vénérée particulièrement dans cette paroisse, mais il serait 
difficile de déterminer exactement le sujet de la compo- 
sition. Dans un oratoire d'architecture moderne, un roi 
vient s'agenouiller devant un groupe de la sainte Famille, 
placé dans la partie à droite du tableau. Le costume 
du prince se rapproche de l'époque de Louis XIII; le sou- 
verain est suivi d'une cour nombreuse, tandis qu'un grand 
nombre de fidèles assistent au pieux spectacle. Dans le 
lointain à gauche, le paysage est couvert de curieux, qui 
accourent à la vue des prodiges et des guérisons qui 



— 295 — 

s'opèrent à la porte du sanctuaire. La conception générale 
de ce morceau est très- originale et le coloris n'en est pas 
mauvais, quoiqu'un peu opaque. La toile porte : Jacobiis 
Smeyers. 1709. 

Le peintre de genre peut être parfaitement jugé par 
cette production, tandis que le peintre de portrait et d'his- 
toire se révèle honorablement dans la toile suivante, ap- 
partenant aux Sœurs-Noires de Malines. Cette grande 
peinture, offerte en 1714 par son auteur au couvent des 
Sœurs-Noires, représente la Communauté des Sœurs-Noires 
en prière devant la sainte Trinité. Les trois personnes di- 
vines apparaissent au milieu dans le ciel de la composi- 
tion; sur le plan inférieur se trouve saint Augustin, à 
genoux, présentant les religieuses à Dieu; celles-ci sont 
également à genoux et divisées en deux groupes occupant 
chacun un coin du tableau. La communauté se compose de 
vingt-trois sœurs, rangées par ordre d'âge; en première 
ligne figure la prieure Elisabeth Pickaerts et la sous- 
prieure Petronille Huysmans. 

Egide Smeyers avait encore un autre fils, Jean Lolis 
Smeyers, baptisé à Sainte-Catherine le 22 février 1663; 
celui-ci fut associé à la gilde des peintres le 13 décem- 
bre 1694. Nous ne possédons pas de détails sur cet 
artiste. 

^ 3. Egide-Joseph Smeyers. 

Egide-Joseph Smeyers, peintre d'histoire, de portrait et 
de paysage, historien et poëte, était l'enfant unique de 
Jacques et de Catherine Cappellemans; il fut baptisé à 
Sainte-Catherine à Malines, le 6 août 1694, et il mourut 
à l'hôpital Notre-Dame à Malines, le 11 avril 1774, 
étant célibataire. 

E.-J. Smeyers est non seulement un des bons peintres 
que Malines ait produit au XVIII* siècle, mais encore l'ar- 



— 296 — 

liste le plus fécond de son temps, à en juger par les nom- 
breuses productions que nous retrouvons de lui. 

Jacques Smeyers et sa femme étaient mariés depuis si 
longtemps lorsque leur héritier vint au monde que cette 
naissance fit événement dans le voisinage, au point que 
le soir, qui suivit les couches de Catherine Cappellemans, 
toute la rue du Poivre, où elle habitait, fut éclairée par 
des feux de joie. 

Issu d'une famille d'artistes, Jacques Smeyers se flattait 
de voir son fils marcher sur ses traces et sur celles de ses 
ancêtres ; en conséquence il se hâta d'inculquer, autant 
qu'il le put, le goût du dessin à son enfant ; malheureu- 
sement, Smeyers s'y était pris trop tôt, et au lieu de déve- 
lopper les talents artistiques que le jeune Egide pouvait 
avoir, il le dégoûta complètement du dessin et de la pein- 
ture. Dans celte perplexité, doublement cruelle pour un 
artiste, Jacques consulta les penchants de son fils, qui lui 
déclara vouloir étudier les lettres et non les arts; il le 
plaça donc à l'école latine de l'Oratoire de Malines, où il 
demeura jusqu'à ce qu'il eut terminé ses humanités. La 
fin de ses études étant venue, Egide-Joseph, qui était d'un 
caractère curieux et investigateur, ne se sentit pas la 
moindre aptitude ni pour le barreau, ni pour l'église, 
mais il aurait voulu se livrer entièrement aux études his- 
toriques. Malheureusement, le manque de fortune était un 
grave obstacle à l'exécution de ce désir. Déjà cependant 
il avait commencé à étudier les origines de sa ville natale, 
l'histoire de ses édifices et de ses œuvres d'art, lorsqu'il 
sentit qu'il y avait une relation étroite entre la plume et le 
pinceau. Il se prit alors à regretter d'avoir rejeté les 
conseils que son père lui avait donnés autrefois; néan- 
moins ce dernier, trop heureux de voir que son fils allait 
enfin brûler du feu sacré des arts, lui proposa de repren- 
dre les leçons depuis si longtemps interrompues, tout en 



— 297 — 

lui faisant comprendre qu'il commençait bien tard et qu'il 
entreprenait une carrière peu certaine. Mais Egide fit de 
sensibles progrès : ses connaissances et son esprit enjoué 
lui avaient valu d'excellentes relations, parmi lesquelles 
celles qu'il avait avec Cbarles-Godefroid baron de Loë, 
commandeur de Pilzembourg à Malines, lui furent parti- 
culièrement utiles. Ce personnage retournant, en 1715, 
en Allemagne, offrit au jeune peintre de l'accompagner à 
Dusseldorf. Smeyers accepta avec joie la proposition de 
son protecteur et il demeura pendant trois années dans 
cette ville, y étudiant sous la direction de Jean-François 
Douven, de Ruremonde. Le départ de E.-J. Smeyers pour 
Dusseldorf eut lieu le 25 janvier 1715; il entreprit son 
voyage muni d'un certificat de bonne conduite et de reli- 
gion, que le curé de sa paroisse lui avait délivré à Malines, 
le 23 janvier 1715 *. Son maître ne saisit point du pre- 
mier coup-d'œil les aptitudes du jeune Malinois, bien que 
celui-ci peignit déjà le portrait avec un certain succès : 
Douven l'engageait à ne pas entreprendre la peinture histo- 



* Ego infrascriptus paslor ecclesiœ parochialis B. Catharinœ Mechlineœ 
fidem facio ingenuum ac probum adolescenlem ^gidium Josephura Smeyers 
subdilum meum, esse orlodoxœ romanîe fidei cuKorem in eaque apprimis 
instruclum moribusque œtate malurioribus, ita honeslum ac chrislianum, 
ut consummalus ia brevi lempora mulla expleri videalur, quod illum in 
allioribus sludiis magnum reipublicae tum ecclesiaslicse tum civili emolu- 
menlum sperare nos fecerat, cum ecce paterna forlius arte illecliis piclorem 
philosoplio anleposuit, inqiie pingendi arle tan(œ capacitalis jam inde spe- 
cimina praebuil ut apeliem Parasumque assequi et xeuxis instar seternitati 
pingere et velle et posse videalur et excellenlissimorum principum (ad quos 
se conferl) gralia ingenium isluJ excolatur, in quorum fidem hœc dabam. 
Mechliniœ 23 january 1715. 

Florentius Cocpplet, s. t. l. 
Pastor S. Calharinœ Mechlin. 

E.-J. Smeyers arriva à Dusseldorf le l^r février 1713; malheureusement 
il y perdit son protecteur le baron de Loë, qui décéda le 21 mars de la 
même année, il fit alors la connaissance plus intime de Douven, qui le prit 
sous sa direction. 



— !298 — 

rique et à s'en tenir plulôt au genre qu'il cultivait déjà 
et aux petits sujets. Cependant, le jeune homme se sentant 
poussé vers la grande peinture l'entreprit et y acquit la 
position que nous connaissons; dans la suite, bien souvent 
lorsque Smeyers avait achevé une grande toile, il faisait 
un retour vers le passé et disait à ses amis : « Ah! si 
» Douven pouvait me voir, que dirait-il, lui qui craignait 
» tant que je me perde dans la peinture d'histoire? » 

L'état maladif de ses parents obligea Egide-Joseph à 
revenir dans sa ville natale; à son retour, son pinceau 
était suffisamment formé pour qu'il put, par le prix de 
ses œuvres, entretenir ses auteurs infirmes ; mais comme 
la peinture artistique ou de chevalet ne lui rapportait 
point de quoi soutenir complètement sa famille, il poussa 
le désintéressement jusqu'à quitter de temps en temps la 
peinture d'art pour accepter des commandes de décoration. 

Peu de jours après la mort de son père, notre peintre 
obtint de la ville de Malines exemption du service et du 
logement militaire. 

Profondément pénétré du sentiment artistique, Smeyers 
faisait tous ses efforts pour encourager la culture de l'art 
dans sa cité natale, autrefois si féconde en grands peintres 
et aujourd'hui tant déchue; il voulait user de toute son 
influence pour ranimer ce feu éteint, en conséquence, il 
écrivit, sous forme de requête, au mois d'octobre 1733 au 
Magistrat. Il démontra à la régence qu'à ce moment il était 
a lui seul artiste-peintre dans cette ville de Malines, où 
» passé à peine un siècle florissaient près de cent artistes; 
que cet état résultait surtout des entraves mises à l'exer- 
B cice de la profession des peintres et des difficultés qui 
» s'opposaient à ce qu'ils fussent agrégés au mélier. Au 
» mélier, nom indigne d'un art si noble, dit le requérant. » 
Il proposa donc dans sa lettre de permettre à quiconque le 
voudrait de pratiquer la peinture; d'ouvrir franchement la 



- 299 — 

carrière de l'art comme à Rome, à Paris, à Veuise, à Lon- 
dres et à Amsterdam, où chacun pouvait pratiquer en 
toute liberté; il demanda d'étendre en règle générale les 
exceptions qui avaient été faites autrefois à Malines même 
en faveur des Huysmans, Doms, Ileemskerk, Coxie, vau 
Aken, van Winselhoven et Herremans, à raison seule de 
leurs excellentes dispositions. Ce qui empêche les peintres 
de venir se fixer chez nous, ajoule-t-il, c'est la répugnance 
qu'ils éprouvent de s'astreindre aux vieux règlements de 
la corporation et de se soumettre à l'apprentissage. 

A la suite de celte lettre et d'une requête émanée de la 
jurande de Saint-Luc elle-même, le Magistrat modifia en 
partie les conditions d'admission à l'exercice de la pein- 
ture '. Le 21 novembre 175o, la chambre de police de 
Malines accorda à Smeyers personnellement l'exemption 
des charges du métier, qu'il réclamait pour ses confrères. 

E.-J. Smeyers s'occupait autant de littérature et d'his- 
toire que de peinture; dans sa jeunesse il avait eu un 
maître de latin spécial, le Père van Bllsen, prieur des 
Dominicains de Malines. Une amitié si étroite l'unissait à 
ce savant latiniste que Jacques Smeyers crut pendant 
longtemps que son fils aurait fini par embrasser la règle 
des Frères Prêcheurs. Sous la direction de ce moine, Egide- 
Joseph avait acquit une connaissance profonde de la langue 
latine et une élégante facilité de la manier autant en prose 
qu'en vers. Il possédait, en outre, le flamand, le français, 
l'allemand et l'italien Ses travaux historiques et littéraires 
sont nombreux; comme poète flamand et latin, sa verve 
fit mainles fois les frais des jubilés, des professions reli- 
gieuses et des mariages; plusieurs de ces pièces furent 
imprimées, mais sans nom d'auteur; il serait donc difficile 
de les retrouver toutes, nous connaissons cependant une 



• Voir page 39. 

21 



— 300 — 

pièce sentimentale et spirituelle, en vers flamands, qu'il 
dédia le 18 novembre 1760 à Marie-Catherine Smets à 
Toccasion de sa profession dans l'hospice de Saint-Joseph, 
dit Sint José f- huis. 

L'on doit à Smeyers l'inscription suivante, placée sur 
une cloche nommée Marie-Christine et qui fut placée dans 
la tour de Notre-Dame au-delà de la Dyle : 

IIANC PAULUS DISTRICH EX FRACTIS ANTE DUABUS 
CAMPANAM FUDIT : FEROS NUNC PERSTET IN ANNIS- 17K3. 

Il composa une vie de Pierre-Paul Rubens, manuscrit 
que dans ses vieux jours il fut obligé de vendre pour se 
créer des ressources, et qui fut revendu à Anvers, en 1776, 
chez l'échevin Verdussen. 

Il écrivit une suite à la vie des peintres de van Mander, 
ainsi qu'un inventaire complet de toutes les œuvres d'art 
qui existaient de son temps dans les églises, les couvents 
et les chambres de gildes à Malines; enfin une série fort 
complète de notices biographiques sur des artistes mali- 
nois, ouvrages qui nous ont été fort utiles dans la rédaction 
du travail que nous publions aujourd'hui. 

Je possède ces écrits et un manuscrit de Smeyers, in- 
titulé : Projet historique pour servir à représenter en douze 
tableaux la vie et le martyre de saint Rombaut; c'est une 
étude curieuse el raisonnée sur les diverses légendes du 
patron de Malines et sur la manière la plus convenable de 
représenter les épisodes de sa vie en peinture. Il est dit 
dans ce travail que les peintres les plus habiles qui ont traité 
ce sujet sont Jacques de Ilornes, qui le reproduisit en dé- 
trempe pour l'Hôtel-de-ville; Boeyermans, dans l'église du 
Grand Béguinage; et qu'enfin lui-même entreprit pareil 
besogne pour la corporation des merciers de Malines. 

Smeyers fut également l'un des principaux collabora- 
teurs à la vie des peintres de Descamps; plusieurs des 



— 301 — 

notices que cet auteur publia sur les maîtres flamands lui 
furent fournies par notre historien. 

En réponse à un envoi de notes sur D. Teniers, 
J.-B. Descamps adressa la lettre suivante à son cor- 
respondant de Malines : 

Monsieur, 

Je me rappelle avec plaisir la façon obligeante avec laquelle 
vous m'avez communiqué quelques dattes el d'autres particula- 
rités sur la vie des peintres vos compatriotes, vous avez fait 
plus, vous m'avez offert de laisser copier une partie de vos 
observations, et c'est van der Elst ', le fils, qui s'est offert de 
les faire. Vos affdires ne vous ont sans doute pas permis de 
rassembler vos nottes, ou peut-être que M. van der Helst lui- 
même n'a pu dérober quelques moments de son temps pour me 
sacrifier; l'une ou l'autre circonstance me laissa dans une 
espèce d'embarras, on va imprimer, ou pour dire vraye com- 
mencer cette semaine le second volume, et dans celui-ci se 
trouve une bonne partie d'artistes connus, c'est-à-dire ceux 
qui sont nés depuis 1589 jusqu'à mil six cent trente-quatre. 
Vous avez peut-être quelques particularités sur la vie de van 
Dyck, de Teniers le jeune, etc. Vous m'avez promis l'année de 
la mort de Teniers et le lieu de sa sépulture. On n'en scait pas 
le mot à Anvers, dont j'ay reçu aujourdhui par M. van Schorel 
une copie de registres de Saint-I.uc. Je ni trouve que le tems de 
leur doyenné ou celui du principauté, vous voyez. Monsieur, 
que le tems presse pour m'obliger, vous me trouvés un impor- 
tun bien pressant, c'est un défaut dont vous êtes un peu cause 
par la permission que vous m'avez donné de vous demander, et 
autant par le bon accueil que vous m'avez faict. 

Mon livre est toujours demandé et fort du goût de l'académie 
de Paris; je vous dis ceci pour vous mettre en garde contre le 
bruit qu'on voulu répandre quelques brocanteurs qui fouragent 
la Flandre; je scay qu'ils ont voulu faire entendre qu'ils 
allaient m'attaquer et me critiquer; une critique sensée est 

' Imprimeur à Malines. 



— 302 — 

toujours instructive, mais lorsqu'elle vient de ces fanfarons, 
qui ne sont dans noire esprit que des pipeurs, car je fais une 
distinction entre des marchands de tableaux, qui ont de la con- 
naissance, et ces sortes des coureurs, qui pour mieux se faire 
valoir prennent des titres, tantôt de peintre du roi et tantôt 
d'un nouveau nom; ces sortes d'ariistarqiies sont formidables 
de loin, mais de près ils n'ont ni cappe ni épée, c'est l'esprit 
de la nation que de tuer souvent sans tirer l'épée du foureau. 
Passez moi, s'il vous plaît, ce petit accord. Je reviens de nou- 
veau pour vous prier de donner des matériaux à M. van der 
Heist, et surtout de m'apprendre la mort de Teniers et ce que 
vous scavez sur sa vie. On ne peut être avec plus destime et de 
considération, Monsieur et cher bon patriote, que moi, qui suis 
très véritablement votre très humble et très obéissant serviteur. 

Descamps. 
Rouen, ce 4 avril 1754. 
A Monsieur Monsieur Smeyers, peintre à Malines. 

Notre compatriote répondit à celle missive par l'envoi 
de la date de la morl de Teniers et de quelques autres 
détails. 

Ses goûts artistiques et littéraires poussèrent Smeyers 
à se créer une riche bibliothèque ; il forma une collection 
curieuse de gravures, surtout d'après Rubens et d'après 
d'autres artistes flamands; il possédait une magniûque 
farde de dessins et d'esquisses de grands maîtres. 

Tous ces mérites le mirent en rapports affectueux avec 
les hommes instruits de son époque, tels que le chroni- 
queur Azevedo, l'historien malinois van den Nieuwen- 
huizen ; les savants Hoynck van Papendrecht et van 
Gestel, curé de Westrem; l'archidiacre J. -F. Foppens, 
qui lui dédia même des vers ^ ; le cardinal Thomas- 
Philippe et bien d'autres. 

• Foppens dédia h E.-J. Smeyers une pièce de 77 vers. La suscriplion 
porle ; « Ornalissimo viro Domino Smeyers, piclori celcberrimo, singularis 
uffeclus et observanliœ lesserani, amicus exliibel J. F. F., arcliidiacontis 
Meclilinlensis. » 



— 303 — 

Smeyers peignit les porlrails de la plupart de ses savants 
amis; parmi ceux-ci nous devons citer : le cardinal- 
archévéque de Malines Thomas-Philippe; cet excellent 
portrait, que l'artiste recopia fréquemment, fut gravé par 
P. Tangé et servit à la dédicace de la Bihie latine, im- 
primée à Louvain chez Martin van Overheke en 1740. II 
peignit également le cardinal de Franckenberg ; Robert- 
Ghislain Caïmo , évéque de Bruges; J.-F. Foppens; 
Hoynck van Papendrecht; Corn, van Geslel ; Guillaume- 
Ignace Pycke, président. du grand-conseil; et un grand 
nombre de chefs d'abbayes. Il dessina d'après un ancien 
tableau, en 17S6, le portrait du chroniqueur Remmerus 
Valérius, œuvre qui fut gravée en 1758 par A. opde Beeck; 
il fournit également quelques dessins destinés à la gravure 
pour l'ouvrage Chorographia sacra Brabanliœ, par Sande- 
rus. Son talent comme peintre de portrait était si apprécié, 
que pendant l'invasion française il porlraita, en 1746, sur 
leurs demandes, plusieurs généraux français et anglais, 
tels que le prince de Clermont et le maréchal de Lowen- 
dal. Au mois de mars de l'année 1746, Lowendal écrivit 
au Magistrat de Malines afin qu'il voulut inviter Smeyers 
à se rendre à Bruxelles pour peindre son portrait; le 
peintre ayant accepté la proposition du général, ce dernier 
lui fit parvenir un passe-port, signé le 1 1 mars de cette 
année. Quant aux porlrails des ofïiciers anglais dont nous 
venons de parler, l'artisle les exécuta en 1745, mais 
avant d''accepter leurs commandes il avait fait quelque 
résistance, ayant, disait-il, trop de tableaux sur le che- 
valet. Il leur fît valoir cet empêchement, et leur assura 
qu'ils auraient trouvé en Angleterre des peintres plus 
habiles que lui, mais les ofïiciers insistant et répondant 
qu'aucun de leurs compatriotes n'était de sa force, Smeyers 
obtempéra à leurs demandes. 

Vers l'année 1763, la sanlé de Smeyers commença à 



— 504 — 

décliner. Bien qu'il eut beaucoup peint, il avait économisé 
si peu de ressources, que le 10 avril 1763 il se vit obligé 
d'emprunter à l'avocat de Maeyer une somme de 171 flo- 
rins 10 sous, pour laquelle il donna en garantie ses gra- 
vures d'après Rubens. Plus tard il vendit celte même 
collection à Théodore-Joseph van Merlen, à raison de 
400 florins, malgré qu'elle en valut 1,200. 

Le travail lui étant devenu de plus en plus pénible, ses 
moyens d'existence diminuèrent chaque jour d'avantage, 
pendant que d'autres contrariétés vinrent se joindre à 
ses maux physiques. C'est ainsi qu'en 1766 la maison 
qu'il louait à 160 florins par an, vis-à-vis du Mont de 
Piété, dans la rue des Vaches, fut vendue. Le peintre dut 
déloger, il loua alors une autre demeure, à 84 florins par 
an. Malheureusement, le 15 mars 1767 de nouvelles cir- 
constances exigeant qu'il abandonna cette habilalion, il 
se retira aux Bails de fer dans l'arrière-maison de l'impri- 
meur van der EIst, avec lequel l'artiste avait été en relation 
suivie. Van der EIst donna gratuitement le logement 
au peintre, mais il stipula qu'il lui abandonnerait la 
propriété de ses manuscrits sur Rubens ; ce fut dans 
celte demeure que Smeyers peignit un de ses derniers por- 
traits, celui de van der EIst, son propriétaire. Cependant, 
l'élat de santé de notre artiste s'aggravait de jour en jour; 
il était mal soigné et avait épuisé ses minces ressources, 
lorsqu'il se vit forcé de faire un dernier et dur sacrifice, 
celui de vendre sa bibliothèque, qui était pour ainsi dire 
son seul ami survivant. Au moyen du produit de cette 
vente, et grâce au concours de quelques personnes chari- 
tables, notamment du cardinal de Franckenberg, Smeyers 
parvint à se faire admettre le 6 mars 1769 comme pen- 
sionnaire à l'hôpital de JXotre-Dame, où il mourut le 
11 avril 1771, à neuf heures du soir; son corps fut dé- 



— 305 — 

posé dans l'église de l'iiôpital '. Il fut emporté par une 
courte maladie, mais il s'éteignit en parfait étal d'esprit. 
Pendant les deux années et demies qu'il passa dans cet 
établissement charitable, il peignit, par reconnaissance 
pour les bons soins dont l'entouraient les religieuses, deux 
tableaux; l'un, représentant la fuite en Egypte, mesurait 
deux pieds et demi de haut sur trois de large; l'autre, plus 
petit, flgurait la Mort de saint Joseph, Cette toile fut sa 
dernière peinture; il ne parvint même pas à l'achever. 
Dans ces productions on remarquait que le peintre était 
à son déclin , et que ses forces s'étaient sensiblement 
épuisées. 

* Voici la copie de deux lellres de Smeycrs, dans lesquelles ce peinlre 
expose au cardinal-archevêque de Malines, l'état précaire de ses ressources : 
Ampliàsime el illustrissime Domine, 

Quo hic in slatu et amara condilione versor jusserunt me sislere anle 
pedes Reverenliœ vesirae de qiiibus nemo nisi consolalus abcedit vexalus 
fui et aliis morbis liant plus quam bienniuai operam non potuerim absolvere 
tandem mitserendi quia venit tempus sub scribe me. 

Ampliludinis vestrae addiclissimus famulus, 

Mechliniœ, 7 aprilis 1768. E.-J. SsiEïEns. 

A Son Excellence le comte de Frankcnbcrg, archevêque de Malines, 
à Malines. 

Autre supplique au même prélat, mais sans date : 

Remontre en toute humilité le S' Gilles Joseph Smeyers, peintre, que 
son âge et ses infirmités l'ayant réduit au point d'avoir consumé le peu qui 
lui restoit, il se trouve aujourd'hui dénué de tous moyens de subsistance; 
laquelle triste situation l'ayant contraint de recourir à quelques personnes 
bien intentionnées, celles-ci ont bien voulu l'assurer de quelque libéralité 
annuelle, pour être ainsi pourvu à ses alimens dans telle maison qu'on 
trouvera convenable, mais comme ces petites sommes promises ne suffisent 
pas pour lui fournir ses diis besoins, il ose prendre son recours très-res- 
pectueux vers la bénignité de Voire Excellence. 

La suppliant en toute soumission qu'elle daigne jeter les yeux sur le 
pauvre suppliant el en considération de son pitoyable état, lui faire égale- 
ment telle générosité annuelle que le bon plaisir de Votre Excellence vou- 
dra arbitrer pour la conservation et la prospérité de laquelle le suppliant 
ne manquera jamais d'offrir ses faibles prières au Tout-Puissant. 

C'est la grâce, etc. 



- 306 - 

La liste des œuvres picturales de E. J. Smeyers est 
très-longue; nous indiquerons ici sommairement les mor- 
ceaux que nous connaissons de lui et qu'il peignit pour 
les établissements religieux ou pour les corporations de 
sa ville natale : 

Aux Apostollines à Malines : les Quatre Êvangelistes. 

Vers 1741, Smeyers exécuta pour le même couvent 
quatre morceaux, ayant 16 pieds en hauteur sur 6 pieds 
de largeur; les sujets étaient : l'Adoration des Bergers, 
r Adoration des Mages, la Présentation au temple et la 
Fuite en Egypte. Ces tableaux offraient une particularité, 
c'est qu en maint endroit le peintre avait ménagé le fond, 
la toile le faisant concourir à l'effet général; cette circon- 
stance lui attira le reproche d'inachèvement et de séche- 
resse; on lui dit même que ces peintures avaient l'air 
d'avoir été lavées et usées, mais le peintre tint bon et ne 
voulut plus y mettre la main; seulement vers 1769 les 
religieuses exigèrent d'un peintre de Bruxelles qu'il peignit 
les parties qu'elles considéraient comme ébauchées ^ 

Au prieuré de Leliendael, les Sept basiliques de Rome, 
tableaux d'architecture, et plusieurs portraits. 

Aux Récollets, les Quatre Êvangelistes, tableaux en 
largeur. 

Au monastère de Blydenbergh, le Portrait du chanoine 
de Laet, directeur de la maison. Cette toile est actuelle- 
ment au grand-séminaire. 

A la chambre de réunion des Merciers : le Peuple de 
Malines dansant autour du dieu Pan, 1754. Payé 325 fl. 

La prédication de saint Rombaut, 1756. 325 florins. 

Le martyre de saint Rombaut, ancien tableau repeint 
par Smeyers en 1764, au prix de 177 florins 4 sous. 

' Historische samenipraeke over Mechckn, p 170. 



— 307 — 

Saint Rombaut reçu par le comle Adon, 32o florins '; 
la Rencontre de saint Rombaut et de saint Gommaire, 
524 florins. Saint Libert ressuscité par suint Rombaut, 
162 florins. Dès Tannée 1749, Smeyers avait relouché !e 
tableau qui ornait la cheminée de celle salle. 

A la chapelle de l'hermilage, près des Dominicains, sur 
l'autel : la Sainte yierge assistaiit saint Joseph au mo- 
inent de sa mort. Il peignit le même sujet pour la cha- 
pelle de rhospice de Saint-Joseph. 

Aux Dominicains, sur le grand-autel : le Songe de la 
mère de saint Dominique. Ce\\e-c\, avant la naissance de son 
enfant, vit en songe le sujet représenté par Smeyers, et que 
l'on pourrait aussi intituler : saint Dominique recevant sa 
mission de saint Pierre et de saint Paul. Ce tableau est 
actuellement à Saint-Rombaul; il a près de 5 mètres de 
haut. Saint Dominique est agenouillé devant saint Paul, 
qui lui donne la confirmation ou l'approbation de son 
ordre ; saint Pierre est debout derrière le religieux ; 
chacun des deux apôtres est accompagné d'un ange. Le 
Saint-Esprit, entouré de sept petits chérubins, descend du 
ciel. Le dessin de cette composition est correct, mais le 
coloris est peu varié, il y a cependant de l'effet dans l'en- 
semble. 

Quatre bienheureux de l'ordre des Frères prêcheurs. 

La Sainte Vierge, 1716. 

Une série de portraits de saints de Cordre; parmi ceux- 
ci saint Pierre, martyr, et saint Hyacinthe étaient des 
agrandissements d'après Egide Smeyers, aïeul de notre 
artiste. 

Les portraits des prieurs van de Sande, Verreycken, 
De Jonge, Ceulemans et vander Gragt. Dans celte église, 



* 11 existe à Saint-Rombaut, dans le pourtour du chœur, une copie par 
J. Boudin, dit du Tour, de celle toile de Smeyers. 



— 308 — 

Snieyers fournit le dessin de la chaire de vérité, sculptée 
par Parant. Cet édicule représentait, au pied de la chaire, 
saint Dominique préchant; cette statue était placée entre 
les images des Evangelisles, peints en grisaille par 
E. J. Smeyers. Notre peintre était aussi l'auteur des vers 
placés sur la chaire. 

Den ouden predick-sloel beswyckt, 
Gelyck liet voor u oogen blyckt, 
Terwyl' den nieuwen wordt bereydt, 
Versoeck meii uw behulpsaemheyl. 

Aux Carmes déchaussés : saint Pierre, sainte Made- 
leine, petits tableaux. 

La nuit de Noël, tableau oval placé dans le maître-autel; 
il était copié d'après la toile de van Dyck chez les Ursu- 
lines, et qui avait été transportée en Angleterre. 

Au grand-séminaire : la Chute des Anges, 1762. Ce 
tableau, placé au fond de l'église derrière les orgues, est 
en partie caché par elles; par sa forme, cette grande toile 
suit le mouvement cintré de la voûte. On y découvre saint 
Michel triomphant des anges rebelles. 

Aux Sœurs-Noires : la Descente du Saint Esprit sur les 
Apôtres. Autour de ce sujet principal sont disposés des 
médaillons allégoriques ayant trait aux sept dons du 
Saint-Esprit. C'est une œuvre bien touchée et agréable 
de ton. 

Aux Sœurs Maricolles. Un bon tableau allégorique avec 
quelques portraits et des ornements; il est peint, mais 
avec quelques changements, d'après la gravure servant de 
frontispice aux œuvres de Herman de Saint-Norbert, carme 
déchaussé et fondateur des Maricolles. 

A l'église du Grand-Béguinage : V Ange-gardien bénis- 
sant un enfant, petite composition qui n'existe plus. 

A l'église aiétropolilaiue de Saint-Rombaut : lAdmi- 



— 509 — 

nistration c/énérnle, tableau commandé par la confrérie, 
mais perdu aujourd'hui. 

L'Assomption. Celle toile, de la dernière période de la 
vie de Smeyers, est pâle de ton. Elle est peinte sur toile, 
haute de 2"", 83, large de 2^,50. Descamps fait l'éloge de 
ce tableau, qui est cependant inférieur à d'autres produc- 
tions de son auteur, car la personne de IMarie n'a rien de 
vivant et l'ensemble a un aspect mou et froid. Dans le bas 
du tableau, les apôtres sont réunis autour du tombeau de 
la Sainte-Vierge; ils contemplent la Mère de Dieu trans- 
portée au ciel sur un nuage. 

Le portrait du cardinal Thomas- Philippe d'Alsace. 
Mi-corps. Celle toile se trouve dans la salle du chapitre. 

A l'église de Saint-Jean, le Baptême du Sauveur par 
saint Jean-Baptiste, toile ronde de forme, peinte eu 1722. 
Elle est appliquée dans la voûte du transept; les effets 
difficiles de la distance et ceux du raccourci ont été bien 
compris par l'artiste tant pour le dessin que pour la 
couleur. 

La chaire de vérité de l'ancienne église de Saint-Pierre, 
œuvre du sculpteur van Turnhout, fut exécutée sur le plan 
de E.-J. Smeyers. Celte chaire est actuellement placée dans 
l'église deTirlemont. jNotre artiste fournit au même sculp- 
teur l'idée du groupe placé dans le pourtour à Sainl-Rom- 
baut et figurant VAnge gardien présentant un jeune enfant 
au Sauveur, ainsi que les dessins pour les statues exécu- 
tées par van Turnhout, pour être mises à côté de l'autel 
de Saint-Ignace chez les Jésuites. 

Au musée de Malines sont conservées les œuvres sui- 
vantes de E. J. Smeyers : N" 91. Portrait en pied du car- 
dinal Thomas-Philippe d'Alsace de Boussu, archevêque de 
Malines. T. H. 2"»,4o. L. 1"\2d. 

]\° 92. Les doyens de la corporation des tailleurs en 
1733. T. — Dans cette grande composition, les doyens» 



— 310 — 

au nombre de neuf, sont réunis clans un apparlemenl; 
dans le fond figure une slatue de saint Boniface. 

La collection communale possède une toile de très- 
grande dimension de Smeyers; celle-ci, qui est une de ses 
meilleures productions, se rapporte à l'histoire de l'ordre 
des Dominicains. Nous ne pouvons déterminer le sujet de 
celle composition, qui provient des Frèrcs-Préclieurs de 
Malines, mais qui n'est point jusqu'ici inscrite dans le 
catalogue du musée. 

Le prieuré d'Hanswyck possédait également plusieurs 
portraits de supérieurs par Smeyers; actuellement l'église 
paroissiale d'Hanswyck est encore en possession de divers 
portraits d'enfants du même auteur, offerts en ex-voto à la 
Sainte-Vierge. 

Plusieurs églises de villages renferment des toiles du pein- 
tre dont nous nous occupons. Ainsi à l'église paroissiale de 
Hcffen, on remarque une grande composition : le Sauveur 
remeltant les clefs à saint Pierre; à l'église de Blaesveld, 
au maitre-autel, les Disciples dCEmmaùs. Les églises de 
Keerbergen, de Pellenberg, de Wavre-SainleCalherine et 
l'abbaye de Parc, près de Louvain, conservent également 
de ses œuvres. 

En 1749, Smeyers entreprit deux toiles pour l'église 
d'Assche; V Histoire des environs de Bruxelles, par M. Wau- 
ters, nous apprend qu'actuellement encore celte église 
possède six tableaux du peintre malinois, ce sont : l'Ado- 
ration des Mages, la Transfiguration, la Samaritaine, la 
Multiplication des pains, r Ascension et la Descente du 
Saint-Esprit sur les apôtres. 

Le 12 septembre 1733, E. J. Smeyers s'engagea à 
peindre pour le collège du chef-banc du pays de Waes, à 
Saint-Nicolas, un tableau représentant la joyeuse-entrée du 
duc Philippe d'Autriche en 1497. Cette toile devait coûter 
cinquante pistoles, plus cinq pistoles pour frais de voyage 



— 3n - 

de l'arliste. Il exécuta celte pièce dans sa maison rue du 
Poivre, à Malines. 

Les comptes communaux de Malines relatent, à l'année 
1743-44, un débours de 140 florins fait à Smeyers pour 
le portrait de Sa Majesté. 

Les comptes de l'église de Sainte-Catherine font mention 
de restaurations de tableaux faites au prix global de 
177 florins 14 sous 5 deniers par Smeyers, Vermoesen, 
Leva et Van Laer. Ce dernier, Christophe Van Laer, s'est 
malheureusement beaucoup trop occupé de restauration 
de peintures, nous avons déjà rencontré sa main relou- 
chant maladroitement le tableau de Maur Moreels, et nous 
la retrouvons endommageant une toile de Jean van Hoeck 
à Notre-Dame au-delà de la Dyle. Van Laer avait été 
d'abord tailleur de pierres, puis il voulut se livrer à la 
peinture et il se mit pendant quelque temps sous la direc- 
tion de Smeyers. 

Le 13 août 1747, une convention fui passée entre 
E.-J. Smeyers et le métier des boulangers. Le peintre 
promit d'exécuter au prix de 24 pistoles, la toile non 
comprise, un tableau où devait figurer, réunis dans la 
nouvelle salle de la corporation, huit personnages procé- 
dant à la reddition des comptes. Deux places devaient 
être réservées, l'une pour y placer un dignitaire manquant 
pour le moment, l'autre pour le portrait du varlet. Par le 
même contrat notre peintre s'engagea à changer le por- 
trait du doyen de Coster, dans un tableau figurant une 
prestation de serment par Blanckaert. 

En 1761, il entreprit un tableau du même genre pour 
la nation des tailleurs. 

Peu de peintres ont autant varié dans leurs manières 
que E.-J. Smeyers; tantôt il est fade el vaporeux, tantôt 
il est sombre et grave mais plus chaud. Comme preuve de 
celle observation, il suflira de mettre en parallèle les deux 



— 312 — 

tableaux de cet artiste qui décorent l'église métropoli- 
taine : celui de l'Assomption et celui de la Vocation de 
saint Dominique. Son coloris n'a donc point de règle fixe, 
mais on peut cependant rapporter à la seconde période de 
sa vie, les toiles qui ont ce caractère relâché que nous trou- 
vons dans l'Assomption. Dans certains tableaux, presque 
toujours dans ses portraits et dans quelques parties de ses 
compositions, Smeyers s'est souvent élevé à une grande 
hauteur. En général, son dessin est hardi et mesuré. Le 
tableau du musée de IMalines et se rapportant à l'ordre des 
Dominicains peut-être compté parmi les meilleures produc- 
tions de ce maître ; il nous semble que celte toile peut 
être prise comme type spécial et caractéristique de la ma- 
nière que Smeyers adoptait le plus fréquemment. 

Après le décès de notre artiste, ses amis firent imprimer, 
sous forme de circulaire de mort, un éloge funèbre qui 
résume assez bien toute la vie de E.-J. Smeyers; nous 
donnerons la transcription de ce document : 

Anno MDGCLXXI die xi aprilis circa médium horae uonae 
vespertinse ex hac raortali vita ad immorialitatem transiit 

ornalissimus vir ^gidius-Josephus Smeyers, piclor celeberrimus, 

Mechlinise natus, pâtre Jacobo, matre Catharina Cappellemans, 
ibidemque in ecclesia parochiali S. Caiharinse sacris undis re- 
natus die vi augusti MDCXCIV. Stiidiis humanioribus apprime 
imbutus, pairis avique, pictoruin non incelebrium, exemple, 
ad eamdem artem animum adpulit, lantoque felicius ea excel- 
lait, quanio magis omnigenam eruditionem cum pictura con- 
junxerit. Variariim enim linguarum, historiœ, cum sacrae tum 
profauae, et sanœ criticcs periius, poeseos latinœ ac vernaculœ, 
lilteraturae et artium cullor, proesertim vero palriarum rerunï 
scrutator, biblioihecam non contemnendam , aliaque, quîE ad 
artificis, liberaliorisque hominis animum excolendum faciunt, 
affaiim collegit; quibus omnibus non niediocriter instructus, 
piciurisque ejus quam lato patei Belgium abunde sparsis, im- 



— 313 — 

mortale nomen est adcptus. Nec mirnm qiiod omnes fere sui 
lemporis eruditos, arnicos et admiratores habiierit, magnalibus 
vero, et praeciptie Thomse Philippe, cardinal! Alsatio (cujiis 
meinoria e Mechliniensium cordibus non delebilnr) carus fuerit, 
itaque, semper cœlebs, non ingloriiis vixerit. Verum, fortuna 
novercante, senex et langiiidiis in Xenodochium ad B. M. irans 
Dyliam in urbe patria biennio ante mortem secessit, factns que 
est longaevus super terram, qui patrem et matrem, senes ambo 
et caecos, honoraverat, diuque sustentaverat. Tandem, post ali- 
quot dierum segritudinein, nitimis morientium sacrameniis prae- 
munitus, pie in Domino obdormivit, in ejusdem Xenodochii 
ecclesia, celebratis die xiv aprilis hora nona solerauibus ex 
sequiis, rite sepeliendus donec veniat immutatio ejus. 

R. I. P. 

Emm. Neeffs. 

Docteur en sciences politiques. 



— 3U — 



LE PORTAIL DE LA CHAMBRE ÉCHEVINALE 



DE l'hôtel-de-ville d'audenarde 



ET 
SCOLPTECn. 



La conslruclion de la partie extérieure de riiôtei-de- 
vilie d'Aiidenarde était terminée en 1529 (v. s.). Déjà ce 
joyau de sculpture et de ciselure brillait dans toute sa 
splendeur, avec ses niches pyramidales, ses statues et ses 
pignons, avec ses petits vitraux en losange si gracieusement 
peints, avec ses lucarnes en plomb si richement dorées, et 
surmonté de sa majestueuse couronne impériale, lorsque 
les magistrats de la cité avisèrent aux moyens de mettre 
l'intérieur du monument en harmonie avec l'extérieur. 

Quand la chapelle échevinale * de l'ancien hôtel-de-ville 
eut reçu un ameublement convenable, l'on s'occupa avec 
un soin tout spécial de l'ornementation de la chambre des 
échevins. 



' La chnpelle échevinale, qui faisait parlie de l'aile gauche de l'ancien 
hôtel-de-ville non démolie en 1325 (v. s ), fut dans la suite des temps affreu- 
sement ravagée. 

La partie supérieure de celte chapelle, séparée de la partie inférieure par 
un prosaïque plancher, porte encore aujourd'hui le nom de chambre de la 
chapelle {de kapelle-katncr), sans doute pour perpétuer le souvenir de la pro- 
fanation que de modernes Vandales ont commise sur cet antique el vénérable 
sanctuaire de nos pieux ancêtres 



— 515 - 

Ce fut à celle fin que Messire Jean van (1er Meere, 
bourgmeslre, Messire Georges van Quickelberghe, Jean 
De Rycke, Messire Guillaume Cabillau, Messire Jean van 
der Molen, Gérard de Larivière el Josse de Deckere, éclie- 
vins, s'adressèrent à Paul van der Schelden ', sculpteur à 
Audenarde, el à Pierre de Merlier, menuisier à Elichove, 
et les chargèrent de construire pour la nouvelle chambre 
échevinale un portail qui se fit remarquer par une rare 
beauté. 

Le livre des échevins de Tan 1550, f° 189, mentionne 
l'acte de convention conclu à ce sujet. Je le reproduis ici 
textuellement : 

« Wel es te wetene dal sekere coomenscip ghemaecl 
ende besproken es lusschen Jan Van der Meere, JoorisVan 
Quickelberghe, "\Yillem Cabillau, Jan van der Molen en 
hueren metghesellen scepenen nu wesende van der slede 
van Audenaerde over een zyde, ende Pieler De Merlier, 
filius Berlhelmeus, scrynvveerck'ere, ende Pauwels Van 
der Schelden, filius Jans, beeldsnider, 1er ander, in der 
manieren hier naer vokhende. Eersl dal de voornoemde 
Pieler ende Pauwels maken sullen ende weercken in hand- 
ghedade, sonder eenige stoffe le moeten leveren, een schoon 
chierlic ende coslelic porlael in de nieuwe scepenen- 
camere, in suicker groollen ende naer de uulwysene van 
der voorwaerde, danof wesende ofle noch costelicker ende 
chierlicker op dadl moghelic werdi, dit met condicien dat 
so wanneer Iselve weerck uulcommcn ende vulmaect sal 
wesen indien scepenen dan wesende ende die voornoemde 
Iwee weerclieden van hueren salaris niet eens en worden, 



* Paul Van der Schelden, fils de Jean Van der Schelden, menuisier en cette 
ville, demeurait à l'Eindries, rue dite « de Broekslraet. » Celte banlieue de 
la ville d'Audenarde était fort peuplée autrefois; en 1540, on y comptait 
273 maisons. 

32 



— 516 — 

so sal elc van hemlieden vermoghen le nemene Iwee an- 
dere weerc.lieden hemlieden dies verstaende om tselve 
weerck ende salaris le prysene ende extimerene •, ende 
tghuenl dat by hemlieden tselve weerck, gheviseleert 
synde, gheseyl ende gheextimeerl sal wesen, sal men den 
voornomden Pieler ende Pauwels nieller stede goede be- 
talen al sonder fraude; dies sal de slede voornoemt de 
coslen van de visilacie dooghen sonder den cost van den 
voornoemden Pieler ende Pauwels. Actum den xvn*° in 
spoercle XV^'^ XXX (17 février 1331, nouveau slyle). » 

Les sommes payées pour le porlail sont, d'après les 
comptes communaux, les suivantes : 

A Paul Yan der Schelden, A Pierre De Merlier, menuisier, 
sculpteur. demeurant à Elichove. 

1S31. 182 livres parisis. 12 livres parisis. 

Ib32. 152 id. 24 id. 

lo33. 168 id. 12 id. 

1334. 36 id. 60 id. 

A Louise Van der DoncU, veuve de 

Pierre De Merlier, a Etichove. 

1333. 48 id., pour plein paiement. 72 livres parisis. 
1336 144 id. 



586 livres parisis. 324 livres parisis. 

Le bois de chêne, acheté en majeure partie à Mons, en 
Hainaut, a coulé 96 livres parisis. 

Enfin, il fut payé au greffier Olivier d'Haspere, pour la 
rédaction des conditions, la somme de 12 livres parisis. 

* Cette visite et celle expertise eurent effectivement lieu. Voici ce que Ton 
trouve à ce sujet dans le compte communal de lan 1333 : 

« Belaelt M^ Lieven Opzaet, limmerman; BarllieJmeus l'orlant, beeldesny- 
dcre; ende Blasius Rasses, schryuwercker in anliquitcyt, van dat zy ten 
bcsci-yven van scepencn commcn zyn van Gliendl biiinen descr stede ende 
aldaer ghevisileert dweerc van den porlaele slaende in de nyeuwe camere van 
den scepcnenliuuse doser slede, eick iiu lib pars, liefl Isamcn xii lib. pars. » 



- 317 - 

En sorte que le portail coula eu tout 1,018 livres 
parisis, ce qui représente, eu notre monnaie, la somme 
de frs. 923-54. 

Après avoir donné ces détails relatifs au portail, faisons- 
en" une description sommaire. Mais comment décrire cette 
merveille de la renaissance, dont Vexécution rappelle les 
célèbres portes du baptistère de Florence *, qui, d'après 
Michel- Ange, auraient dû ouvrir et fermer le ciel? 

Essavous-le néanmoins. 

Le portail se détache de la muraille de la chambre 
échevinale et fait saillie sous une forme semi-hexagonale. 

On ne peut, sans être frappé d'admiration, considérer 
ces gracieuses arabesques en bas-relief, sculptées à la ma- 
nière des maîtres de l'école florentine, sur les vingt-huit 
panneaux des trois portes, dont se compose le beau mo- 
nument élevé par Paul van der Schelden à la gloire de sa 
ville natale. 

Avec quelle grâce se dressent devant les yeux du spec- 
tateur ces colonnes gonflées en vase et cannelées à un tiers 
de leur hauteur ! 

Puis, que dire de ces rinceaux si riches et si variés, que 
le ciseau de l'artiste a retracés sur la frise et sur les 
bandes derrière les colonnes? 

La partie supérieure se compose de trois eulre-colonne- 
menls, qui correspondent aux trois portes de la partie 
inférieure. 

A l'entre-colonnement, au-dessus de la porte principale, 
ressortentles armes de Charles-Quint, ayant deux griffons 
pour supports; quelle incomparable élégance reflètent les 
lambrequins du casque couronné qui surmonte l'écussou 
impérial ! 

Dans les entre-colonnements qui surmontent les deux 

• Voir La Belgique monumentale, v. I, p. 113. 



— 518 - 

portes latérales, ressortent les armes de Flandre, soutenues 
par deux lions, et celles de la ville d'Audenarde, soute- 
nues pardeux sauva ges. 

A côté d'une tourelle artislemenl travaillée, qui s'élève 
au-dessus de la porte du milieu, se déploient, en amortis- 
sement, quatre génies portant des coupes. 

On peut dire, que dans rornemenlalion de ce morceau 
d'exquise sculpture, Paul van der Schelden a semé à pro- 
fusion les fleurs de son génie, si plein de richesse, de fraî- 
cheur et d'originalité. 

Pour ce qui concerne les autres œuvres dues au ciseau 
de Paul van der Schelden, faisons-en, d'après nos comptes 
communaux, une succincte énuméralion. 

1o2d. Paul van der Schelden reçut, pour sa part, du 
magistrat de la ville la somme de 24 livres parisis, pour 
avoir, de concert avec Jacques Nauwync, peintre, et avec 
le concours de quelques artisans, sculpté pour l'ancienne 
chambre échevinale ' un cadran avec tous les ornements 
y relatifs. 

1528. Il reçut la somme de S livres parisis pour avoir 
retouché et restauré les armoiries sculptées sur le manteau 
de la cheminée de la nouvelle chambre échevinale. 

1528. Il reçut la somme de 10 livres 16 escalins pa- 
risis, pour avoir sculpté un écusson aux armes de l'empe- 
reur Charles-Quint, destiné à être accolé à une poutre de 
la Salle du peuple du nouvel hôtel-de-ville. 

1528. Il reçut la somme de 63 livres parisis, pour 
avoir sculpté 7 1/-2 écussons aux armes de Grenade, du 
Palatinat, du Portugal, de la Carniole, de la Zélande, de 
Habsbourg et de Tarente, destinés à être accolés aux pou- 
tres du nouvel hôtel-de-ville. 



■ Lors de la démolition partielle de l'ancien liôlel-de-ville dans une scène 
carnavalesque de l'an 1525 (v. s.), celle chambre échevinale (du rôle de la 
rue basse) fut conservée, même après l'achèveraenl du nouvel hôlel-de-ville. 



— 319 — 

1529. Il reçut la somme globale de 125 livres parisis, 
pour avoir sculpté, en pierre d'Avesues livrée par lui, 
douze enfants, y compris les patrons, hauts de 5 i/-2 pieds 
chacun, destinés à être placés sur les trois grandes lucar- 
nes de la toiture de l'hôtel-de-ville, au nombre de quatre 
enfants sur chaque lucarne. 

1529. Il reçut la somme de 52 livres 16 escalins pa- 
risis, pour avoir sculpté en plomb tous les fleurons etc. de 
vingt-deux fenêtres, placées sur la toiture de l'hôtel- 
de-ville. 

1530. Il reçut la somme de 4 livres 16 escalins parisis, 
pour avoir garni de plomb cinq petites fenêtres de Thôtel- 
de-ville, placées du côté de la porte de Bevere. 

1534. Il reçut la somme de 272 livres parisis, pour 
avoir sculpté les allégories des planètes, destinées à être 
placées sur la toiture de l'hôtel-de-ville. 

1536. Il reçut la somme de 30 livres parisis, pour 
avoir sculpté une Vierge, destinée à être placée à la porte 
de la Barre (porte de Tournai), et un ange devant être 
placé sur l'hôtel-de-ville. 

1536. II reçut la somme de 84 livres parisis, pour 
avoir sculpté deux statues, représentant Philippe II, roi 
d'Espagne, et l'empereur Charles-Quint, destinées à être 
placées à la galerie de l'hôtel-de-ville. 

Enfin, le Livre des échevins de l'an 1540 mentionne 
que Paul van der Schelden fut chargé de sculpter un Christ 
pour l'église d'Avelghem. 

Telles sont les principales données que nous fournissent 
les archives communales de la ville d'Audenarde, sur les 
œuvres dues au ciseau de Paul van der Schelden. 

Toutefois il n'est guère douteux, que l'ancienne cham- 
bre de réunion de la ghilde des tapissiers', ayant pour 
patronne sainte Barbe, n'ait été aussi décorée des produc- 
tions de ce grand maitre. Je veux désigner les figures 



— 320 — 

sculptées en bois, hautes de 1 i/-2 pied, représentant toute 
rhistoire de cette martyre. 

11 y a une bonne cinquantaine d'années, les habitants 
d'Audenarde purent admirer encore ces belles sculptures, 
que vers cette époque le propriétaire de la maison a vrai- 
semblablement vendues à des étrangers; car, depuis lors, 
on n'en a plus trouvé aucune trace ni à Audeuarde, ni aux 
environs. 

C'est ainsi que la ville d'Audenarde, oublieuse ou insou- 
ciante de son glorieux passé, a vu, d'un œil indifférent, 
badigeonner et moderniser- son majestueux hôtel-de-ville, 
en mutiler l'escalier monumental, en échanger les gracieux 
petits vitraux en losange contre de grands et prosaïques 
carreaux de vitre; abattre ses châteaux, ses tourelles et 
ses portes au cachet antique; défigurer ou démolir les 
pittoresques façades de ses maisons; transformer hideuse- 
ment en casernes et en magasins de fourrage ses maisons 
conventuelles et ses abbayes, œuvres du génie et de la piété 
de ses ancêtres; abîmer ses ée;lises monumentales et en 
disperser les autels, les mausolées et les pierres sépulcrales; 
se dépouiller de ses magnifiques tapisseries, s'arracher, 
par les mains mercenaires des brocanteurs étrangers, les 
plus riches joyaux de sa couronne artistique, et disparaître 
ainsi sans retour les plus précieux vestiges de sa grandeur 

d'autrefois. 

J. VAN DE Velde. 



' L'ancienne chambre de réunion de la ghilde des Tapissiers était établie 
dans la maison actuellement occupée par la famille Huguenez, rue dite du 
Pain. A côté de cette demeure s'élève très-probablement, d'après les recher- 
ches faites dans nos archives communales, la maison achetée, en 1529, par 
Antoine Lacoupc, de Lessines, père de Jacques Lacoupe, l'illustre martyr de 
Ja ville d'Audenarde. Celle dernière maison est aujourd'hui la propriété de 
M. le pharmacien Jean Tjman. 

2 Quand je dis badigeonner et moderniser, j'entends parler de l'intérieur 
de l'holel-de-viile. 



321 — 



€ts ^bbage0 itB ^rbenneB. 



Les Ardennes possédaient de riches et nombreuses ab- 
bayes : l'histoire est là pour nous rappeler leurs annales, 
et les ruines encore subsistantes constatent leur splendeur 
matérielle. Nous allons brièvement les énumérer, car ce 
sont des souvenirs les plus précieux pour la province où 
elles ont, dans le temps, apporté en développement la cul- 
ture de l'esprit et celle de la terre. 

I. 

Mouzon possédait, dès les temps les plus anciens, une 
abbaye de femmes, dédiée à Notre Dame et mentionnée 
dans le testament de saint Rémy ; elle fut brûlée, par les 
Normands en 882, avec le château qui appartenait aux ar- 
chevêques de Reims. L'archevêque Hervé se hâta de faire 
reconstruire le monastère, et il y installa douze chanoines 
en y déposant l'insigne relique du corps de saint V^iclor. 
Adalbert dut remplacer ces religieux, peu exemplaires, 
parait-il, par des bénédictins, qu'il fit venir de Rhin-le- 
Moulier, et il transféra en" même temps dans l'église le 
corps de saint Arnoul, en augmentant notablement les 
possessions territoriales de la maison (971-979). Ces biens 
furent solennellement confirmés par une patente de l'em- 
jiereur Henri H, en 1023. A cette époque les moines te- 
naient des écoles, auxquelles saint Thierry, religieux de 
Lobbes, donna une grande célébrité. 



— 522 — 

Le monastère fut brûlé avec la ville en 1212. La réforme 
de saint Vanne y fut introduite en 1654, et trenle-et-un 
ans après les bâtiments conventuels furent reconstruits; 
l'église beureusemenl fut conservée intacte : consacrée en 
999, elle fui restaurée et rétablie en 1524; de très-beaux 
jardins longeaient la Meuse. Trente cures dépendaient de 
la mense de l'abbé ou de celle des moines. 



H. 

Les seigneurs de Balaive fondèrent, en 1219, un 
prieuré non loin de ce village, à Landève, sous la filia- 
tion de l'abbaye du Val des Ecoliers : ils lui donnè- 
rent tous leurs biens et y prirent la robe de chanoine 
régulier de Saint-Augustin; le sire de Vandes, suzerain 
des seigneurs de Balaive, approuva cette générosité et 
l'augmenta à choisir sa sépulture dans l'église de Lan- 
dève. En 1623, ce prieuré fui érigé en abbaye. Jean Le 
Roy, second abbé, ayant élé fait prisonnier par les 
Espagnols, ruina son monastère pour payer sa rançon, 
mais il fut restauré, grâce aux soins du général de la 
congrégation augustine de France, qui y envoya une nou- 
velle colonie en 1656. 

III. 

La petite ville de Signy, voisine de Mézières, doit son 
existence à l'abbaye cistercienne qui y fut fondée, à l'insti- 
gation de saint Bernard, par les seigneurs de Cbàleau- 
Portien, de Rozoy, du Thour et de Ribemonl. Douze 
religieux de l'abbaye voisine d'Igny se rendirent, sous la 
conduite du chanoine Bernard, en 1135 à Draize, el 
s'installèrent provisoirement dans ce village, en atten- 
dant que les bâtiments de Signy, entrepris avec une grande 



— 325 - 

magnificence, fussent terminés, c'est à-dire , d'après 
Mariot, pendant quarante ans. Le chapitre de Reims et 
les comtes de Champagne favorisèrent beaucoup cette fon- 
dation, L'ahbaye devint promplement célèbre, et elle le 
dut en partie aux hommes considérables qui s'y fixèrent et 
y attirèrent nombre de religieux : Guillaume, abbé de 
Saint-Thierry; Arnoul, moine de Sainl-lNicaise; Gérard 
d'Orsimont, abbé de Florenne. Alard de Gennihile, abbé 
de Signy, a laissé une chronique estimée. Les bâtiments 
conventuels furent rebâtis au XV^II^ siècle, et on peut juger 
de leur beauté par le dessin que Chatillon en a tracé : 
l'église mesurait 100 pieds de haut et 170 de longueur. 

IV. 

En s'avançant vers l'Argonne, nous trouvons au milieu 
du bois, sur l'Aisne, entre V'^ouziers et Grandpré, une 
autre abbaye cistercienne, Chéhery, dont les bâtiments 
conventuels ont été rebâtis au siècle dernier sur un plan 
loul-à-fait monumental. C'est encore saint Bernard qui 
obtint cette fondation, en 1 147, de la générosité des cha- 
noines de Notre-Dame de Reims. Les comtes de Grandpré, 
qui en furent les avoués, et les seigneurs d'Apremont 
augmentèrent largement la richesse de ce monastère, no- 
tamment en bois. Ses annales ne révèlent aucun fait 
important. Les bâtiments conventuels sont parfaitement 
conservés et forment une très-belle habitation, apparte- 
nant à la famille Gérard de IMeley. 

V. 

L'abbaye d'Elan, ordre de Citeaux, fut fondée, en 1 148, 
non loin de iMézières, par Witer, fils d'Odon, châtelain 
de Vitry et chef de la seconde race des comtes de Rethel; 



- 524. ~ 

il abandonna tout ce qu'il possédait en ce lieu par une 
charte solennellement octroyée, en 11o4, devant ses fils 
Manassès, Henri, châtelain de Vitry, Albert, chanoine de 
Reims, et Baudouin. 

Les premiers religieux furent tirés de l'abbaye de Loroy, 
au diocèse de Bourges, et dirigés par le bienheureux 
Roger, anglais d'origine, qui se rendit célèbre de son vi- 
vant par de nombreux miracles. Les comtes de Rethel, 
qui furent presque tous inhumés à Elan, se montrèrent 
toujours très-généreux pour l'abbaye. On admirait son 
église qui a été détruite. 

VI. 

L'ordre de Citeaux obtint encore, en 1136, de Hugues, 
comte de Roucy, la fondation de l'abbaye de la Valleroy, 
entre Château-Portien et Monlcornet. La colonie fut ame- 
née d'Igny, par Adam, premier abbé. 

vn. 

Nicolas, seigneur de Rumigny, donna, en 1152, à l'abbé 
de Signy, la ferme de Serifonlaine, pour y établir une 
abbaye de son ordre : le moine Thierry fut immédiate- 
ment avec douze religieux dans ce lieu, (|ui prit le nom 
de Bonnefonlaine; l'abbé de Signy compléta le don de ce 
nouveau monastère, en lui donnant trois fermes apparte- 
nant à Signy : une association de prière réunit solennelle- 
ment les deux maisons. Bonnefonlaine reçut les libéralités 
des archevêques de Reims, des seigneurs de Sevigny, de 
Tantes et d'autres : une grande foule de pèlerins y venait 
honorer les reliques de saint Caprais. Grâce à ces ressour- 
ces, l'abbaye et l'église devinrent des plus remarquables; 
es protestants de Sedan les dévastèrent, mais elles furent 



- 325 - 

restaurées, en 1538, par Jean de Roucq, premier abbé 
commandataire, qui s'y fit faire un magnifique mausolée, 
sur lequel il était représenté à genoux et en dessous un 
squelette, ayant près de lui un diable qui cbercbe à étein- 
dre un cierge allumé devant une statue de la Vierge. La 
réforme fut inlroiluile en 1622 à Bonnefontaine par le 
prieur Tissier, écrivain estimé, qui avait installé une im- 
primerie dans le monastère. 

Vin. 

Le Val-Dieu, près de Charleville, au confluent de la 
xMeuse et de la Semoy, est la première abbaye ardennaise 
de l'ordre de Prémontré. Elle fut établie en 1128 par 
VViter, comte de Relhel, du consentement de l'archevêque 
de Reims, et peuplée avec une colonie de Saint-Martin de 
Laon. Plus tard, le comte Hugues ayant bâti la ville de 
Château-Renaud sur le fonds de ce monastère, il dut s'ac- 
commoder avec lui à l'aide d'une rente d'un muid de 
blé (1228). Les religieux revendiquèrent et obtinrent, en 
1715, le droit d'élire leur abbé, en faisant valoir que le 
Val-Dieu, enclavé dans des états appartenant à des princes 
non vassaux du roi de France au moment de la conclusion 
du concordat, ne pouvait par conséquent être soumis à 
ses règles. 

IX. 

Élie, châtelain de iMézières, fonda, avec sa femme Ode, 
l'abbaye de Sepl-Fonlaines, de l'ordre de Prémontré éga- 
lement, en 1 129, sur un coteau à peu de dislance de cette 
ville. Le premier abbé fut Jean, qui amena de Floresse 
une colonie de religieux et de religieuses. Albert et Louis, 
comtes de Chiny, donnèrent beaucoup au nouveau mo- 
nastère. Les bâtiments furent reconstruits en 1698. 



— 326 — 

Les religieuses furent transférées, vers 1220, dans une 
maison au village de Neuville, bàlie non loin de là par les 
moines de Sepl-Fontaines; elles passèrent ensuite à Fechel 
et disparurent au XV'= siècle. Les auteurs du Co/Z/a disent 
qu'il existait encore en 1700 des vestiges de cette maison. 

X. 

Albéron de Cliiny donna en 1153 à Raoul, abbé de 
Saint-Pierre du Mont, au diocèse de Melz, le fief de Belval, 
en Argonne, entre Mouzon et Buzonny, sur une mon- 
tagne. Raoul vint s'y retirer avec quelques chanoines régu- 
liers, mais au bout de quatre ans, il appella près de lui des 
moines de Prémontrè. Belval acquit promplement un grand 
développement, et devint mère des abbayes de l'Élanche, 
de Sept-Font, de Flamart, de Sainte-Croix, de Juslemont 
et de celle de Cressy (filles). L'abbaye, par suite de 
guerres et de désordres intérieurs, tomba en ruines au 
XIV^ siècle; l'abbé Baudouin de Beaumont releva l'église, 
rebâtit les bâtiments en les agrandissant et donna tous ses 
biens au monastère (1320-1347). La réforme fut intro- 
duite en 1622 à Belval, qui occupait l'un des premiers 
rangs parmi les abbayes du diocèse de Reims '. 

XI. 

Prémontré possédait encore dans ces parages l'abbaye 
de Cbaumart, située dans un site charmant entre Relhel et 
Châleau-Portien. On croit qu'il y avait en ce lieu quelques 
hermiles, depuis que saint Berthaul et saint Aumart, disci- 
ples de saint Remy, s'y étaient établis. Vers 1 1 40, le comte 



' Des religieuses avaient élé installées en même temps au Bois-les-Dames 
près de Belval, elles fiii'enl transférées en Cressy, maison éteinte elle-même 
au XlVe siècle 



- 327 — 

de Portien y établit une colonie de moines de Prémontré, 
qui conslruisirenl l'église en H51. Elle était visitée par 
de nombreux pèlerins, à cause des insignes reliques qu'elle 
contenait. 

En 1583, les protestants de Sedan saccagèrent ce mo- 
nastère ; l'abbé Le Roy sauva une partie de ces reliques 
el les emmena à Reims; avant de mourir il restaura l'ab- 
baye, que son successeur, Etienne Galinet, transféra en 
1628 au lieu dit la Périme, au bas de la côte où les saints 
Berlaud et Aumart avaient primitivement établi leurs 
oratoires. 

XII. 

Witer, comte de Retliel, fonda encore, à cinq lieues de 
cette ville, une petite abbaye à Mer, de l'ordre de Pré- 
monlré, fille de Clairefontaine, en 1150; rebâti en 1218 
par le comte Hugues, ce monastère fut détruit dans les 
guerres des Anglais, el reconstruit en 1350 à Longvé, 
près de Vouziers. 

XIII. 

Les chartreux ne possédaient dans le diocèse de Reims 
qu'une seule maison. Odon, abbé de Saint-Remy, frappé 
des mérites de cette ordre, lui donna le Mont-Dieu, au bas 
d'une côte, près de Sedan; les archevêques de Reims, les 
seigneurs de Rethel, de Stonne, de Bourg, d'Autry, les 
abbés de Mouzon et de Saint-Denis de Reims se montrèrent 
Irès-généreux envers cet établissement, dont le pape con- 
firma les biens eu 1136. Les guerres des Anglais, des 
Espagnols et des protestants amenèrent souvent des trou- 
bles considérables au Monl-Dieu, mais les chartreux se 
relevèrent toujours et leur abbaye demeura florissante el 



— 528 — 

puissante. Ses bàlimenls élaient magnifiques, entourés de 
fossés maçonnés. L'église fut consacrée en 1290. Saint 
Bernard vint souvent au Mont-Dieu, où l'on conservait sa 
chasuble et sa ceinture; les protestants détruisirent son 
oratoire en 1565. 

Pendant la révolution française du siècle dernier le 
Mont-Dieu servit de prison. 

XIV. 

De l'arehi-diocèse de Reims dépendirent encore en 
Ardennes l'abbaye de Saint-Germain de Monlfaucon, fon- 
dée en 650 par Balderic, fils du roi Sigebert I", qui en 
fut le premier abbé. Sous Cbarlemagne, ce monastère fut 
transformé en collégiale, qui a subsisté avec assez d'éclat 
jusqu'à la révolution; on y comptait trois dignitaires dont 
un privât, et vingt-huit chanoines. 

La consolation Sainte-Marie ou la Majeure, dont l'exis- 
tence est seulement connue par un acte de l'abbesse passé 
en 1294; réunie à l'àbbay d'Elan en 1599 (ordre de 
Citeaux), et devenue simple prieuré. 

Diona, abbaye de femmes de l'ordre de Prémontré, au 
comté de Rethel, fille de saint Martin de Laon, fondée 
vers 1150, confirmée en 1155 par l'archevêque de Reims. 
Disparait à dater de 1225. 

Bois les Dames, près de Belval (ordre de Prémontré); 
on ne possède aucun renseignement positif au sujet de ce 
monastère. 

La province de Xamur était plus riche en monastères 
que la province de Reims. 

Saint-Gérard de Brogne, entre Sambre et Meuse (ordre 
de Saint-Benoit), fondée dans le premier tiers du X"' siècle 
par saint Gérard, célèbre moine de Saint-Denis, en France, 



— 329 — 

Louis XIV^ la restaura complètement et lui rendit ses 
biens. 

Saint-Pierre de Gemblours, fondé en 922 par S. Wi- 
berl, seigneur de ce lieu. Olbou le Grand confirma solen- 
nellement cette institution. Les abbés avaient le litre 
comtal et le premier rang parmi les nobles aux états du 
Brabant. 

Notre-Dame de Wasor ou Waulsor ou Valemoust, sur 
la Meuse, fondée en 944 par le comte Eilbert. 

Notre-Dame de Nivelles, fondée pour des religieuses, 
en 945, par la femme de Pépin de Landen, qui y mit sa 
fille, sainte Gertrude, comme première abbesse. Transfor- 
mée en chapitre noble. 

Hastières, fondée pour des religieuses bénédictines par 
le comte Wibert, sur la Meuse; réunie de bonne heure à 
l'abbaye de Sainte-Glossinde. 

Moustier-sur-Sambre, fondée par saint Amand en 660 
près de Namur : la reine Ermengarde la restaura après le 
passage des Normands, en 901. Transformée en chapitre 
de chanoinesses en 1282. 

Audenne, entre Namur et Huy, créée pour des béné- 
dictines, en 686, par sainte Begge, sœur de Sainle-Ger- 
Irude de Nivelles, sous la filiation de Tabbaye de Nivelles. 
Ruinée par les Normands, brûlée eu 1159. 

Saint-Augustin de Geronsart (ordre de Saint-Augustin, 
prieuré), fondé près de Namur, en M 54, par Albéron, 
évéque de Liège, sous la filiation du Val-des-Écoliers; 
érigé en abbaye en 1617. 

Noire-Dame de Namur, dont on attribue Torigine à la 
bienheureuse Ode, Tamie de saint Hubert; on croit que 
c'était alors une collégiale : le premier abbé connu est 
Gerelme, en 1049. 

Voiliers en Brabanl (ordre de Citeaux), fondée entre 
Nivelles et Gemblours par saint Bernaid lui-même, eu 



— 330 — . 

1147 : les ducs de Brabant prolégèreut particulièrement 
ce monastère, où plusieurs se firent enterrer. 

Grandpré, entre Liège et Namur, fondée en 1251 par 
IMarguerite, femme du comte Henri. 

Le Jardinet, fondé en 1517, sous la filiation de Citeaux, 
pour des religieuses, en souvenir d'un miracle : l'église de 
Walcour ayant brûlé, des anges auraient emporté une 
image de la Vierge, Irès-vénérée en ces contrées, et l'au- 
raient déposée dans un pré, d'où aucune force humaine ne 
put l'enlever jusqu'à ce que le seigneur du lieu eût pro- 
noncé la construction d'un monastère, s'il pouvait rappor- 
ter l'image à Walcour. Des moines furent substitués aux 
religieuses en 1450. 

Molènes, sur la Meuse, près de Dinant, fondée en 1253 : 
en 1414, des moines cistersiens remplacèrent également 
les religieuses. 

Rizelle, près de Nivelles, fondée en 1441 sous la filia- 
tion de xMolènes par la générosité de Christine Franken- 
bergie, abbesse de Nivelle; elle fut rétablie en 1577. 

BonefFe ou \'igne-]Notre-Dame, créée en 1240 pour des 
cisterciennes, à la place desquelles, dès 1241, la duchesse 
de Bourgogne fit installer des cisterciens. Les comtes de 
Namur lui donnèrent beaucoup de biens. 

Salzinnes, sur la Sambre, près de Namur, pour les 
cisterciennes : fondée par Philippe le Noble, comte de Na- 
mur; le pape consacra l'église en 1150. 

Aiwiers, fondée en 1202, entre Liège et Huy : transfé- 
rée en 1210, à cause des guerres, à Aloux, près de Ni- 
velles; le même motif amena définitivement, en 1217, les 
religieuses à se fixer auprès de Bruxelles. 

Rameige, fondée au commencement du XIII'' siècle au- 
près de Louvain, transférée sur les frontières du Brabant 
par la générosité d'Helvide, abbesse de Nivelles. En 1620 
on y comptait plus de soixante religieuses. 



— 351 — 

Argenlon, fondée auprès de Gemblours, en 1230, par 
le seigneur d'Harnilon, pour les religieuses de Cileaux. 

Waulhierbraine, près de Hal, fondée par Waltier, che- 
valier, en 1223, pour les mêmes. Restaurée et reformée 
après les guerres religieuses par Tabbesse Catherine de 
Lesle. 

Noire-Dame de Solières, fondé près de Ben-sur-Meuse 
par le seigneur de Rocheforl, en 1196, pour les chanoi- 
nesses de Saint-Augustin, Transféré à Solières, près Liège, 
en 1214, et mis, eu 1252, sous la règle de Cileaux. 
Femmes. 

Soleilmont, fondée en 1088 par le comte Philippe de 
INamur, sans qu'on sache pour quel ordre, donnée en 
1237 à Citeaux : rétablie en 1400 par le comte Guillaume. 
Femmes. 

Marche-les-Dames, près de Namur, fondée en 1036, 
par quelques nobles femmes donl les maris s'étaient croi- 
sés. Mise sous la règle de Citeaux en 1400. 

Florefïe, deuxième fille de Prémonlré, fondée en 1121 
à la prière de Godefroy, comte de Xamur, par saint Nor- 
bert lui-même, qui y laissa de précieuses reliques. 

Orp, abbaye de bénédictines fondée par Pépin d'IIeri- 
stall et sa concubine Alpaïde, en expiation du meurtre de 
saint Lambert, vers 690. Elle disparut de bonne heure. 

Leffle (ordre de Prémontré), fondée vers 1132 dans le 
faubourg de Dinant, sous la filiation de Florefife. On fait 
remonter l'origine de celle maison jusqu'à saint Materne 
au IV^ siècle. 

Saint-Huberl fut fondée à la fin du VII^ siècle et occupée 
d'abord par des chanoines réguliers, puis par des bénédic- 
tins vers 830. Un pèlerinage, encore vénéré, attira la 
foule dans ce monastère : on venait, comme on y vient 
encore, pour obtenir la guérison de la rage. Cette abbaye 
prit une grande extension et fut l'objet de nombreuses 
libéralités. â5 



— 352 - 

Orval, entre Montmédy et Sedan, fut fondée vers 1070 
par le comte de Chiny pour des bénédictins calabrais; des 
chanoines réguliers leur succédèrent promptement, et en 
1131 l'évéque de Verdun négocie sa cession à Cileaux. 
Elle a acquis une grande célébrité en devenant, au 
XVII* siècle, le siège d'une des trois réformes de Tordre, 
grâce aux efforts de l'abbé Charles de Bentzerald, qui réta- 
blit également les bâtiments du monastère. 

Saint-Esprit de Luxembourg, abbaye de Clarisses, fon- 
dée par la comtesse Ermesinde en 1234. Après la prise 
de la ville par Louis XIV, transférée à Pfaffenthal. 

Felipre, abbaye cistersienne, établie vers 1206 près de 
Givel, par Gilles de Rocheforl; les religieuses qui l'habi- 
taient la cédèrent aux moines du monastère de Saint-Remi 
ou Secours Notre-Dame, fondé du côté de Liège par le 
même seigneur, et où elles vinrent habiter en 1464. 

Florenne, abbaye bénédictine, fondée au diocèse de 
Liège vers 1010 par Gérard, fils du seigneur de Florenne. 
Elle compta un grand nombre de moines au moyen-âge, 
et occupa toujours un rang notable. 

Bonnevoie, abbaye cistersienne de femmes, fondée vers 
1200 près de Luxembourg, par le comte de celte ville. 

Notre-Dame de Luxembourg ou Munster, abbaye béné- 
dictine sous les murs de Luxembourg, fondée en 1081 par 
le comte Conrad de Luxembourg. Elle fut détruite par les 
troupes de Charles-Quint, et rebâtie dans un lieu voisin. 
Ce monastère devait le surnom de Munster à sa préémi- 
nence sur les autres abbayes des environs. 

Clairefontaine, entre Arlon et Luxembourg, fondée par 
la comtesse Ermeusende de Luxembourg, en 1216, pour 
des cistersiennes. 

Tuvigny, près de Slenay. Ce monastère de bénédictines 
reconnaît pour fondatrice Richilde, femme de Charles 
le Chauve. Elle fut honorée par les papes de privilèges 
particuliers, 



- 333 - 

Tifferdange, abbaye de cislersieiines, fondée vers 1235 
près de Luxembourg, par Alexandre de Soleuvre. 

Marienlhal, près de Luxembourg, monastère de domi- 
nicaines, fondé par Thierry de Mersch à la fin du XIII^ 
siècle. 

Toutes ces abbayes étaient du diocèse de Trêves. Nous 
mentionnerons ensuite dans le diocèse de Verdun : 

Beaulieu en Argonne, près de Sainte-Menehould, illustre 
monastère bénédictin, fondé par saint Rouan en 642. 

La Chalade, fille de Trois-Fontaines (ordre de Cileaux), 
fondée près de Varennes, en Argonne, vers 1127, par les 
seigneurs de Vienne-le-Chàleau. Les ducs de Lorraines et 
de Bar protégeaient beaucoup ce monastère, qui compta 
jusqu'à 500 moines. 

ChiUillon, sœur de la précédente, fondée près de Verdun 
par révêque Albert, en 1153. Les prélats qui se succédè- 
rejit sur ce siège, ne cessèrent de se montrer très-généreux 
envers cet établissement. 

Enfin dans le diocèse de Chalôns-sur-Marne : 

JMoiremonl, monastère bénédictin près de Sainl- 
Menchard, dû à la générosité de iManassès, archevêque de 
Reims et de son chapitre (1074), et succédant à un cha- 
. pitre qui remontait au Vlh et VIH^ siècles. 

Moulier en Argonne, abbaye voisine de la même ville, 
où Geoffroy, évêque de Châlons, installa en 1134 des 
chanoines réguliers qui, en 1144, adoptèrent la règle de 
Citeaux. 

Chatrices, prés de la précédente, fondée par Alberon 
deChiny, évêque de Verdun, en 1154, pour les chanoines 
de Saint-Augustin. 

E. DE Barthélémy. 



- 334 — 



LÉONARD HEBBELYNCK. 



La mort, non contente d'avoir moissonné coup sur coup 
trois des membres de la Commission directrice du Messager 
des Sciences, vient de lui ravir, le 24 septembre, l'homme 
qui depuis tant d'années se chargeait avec soin et dévoue- 
ment de la partie matérielle de notre œuvre. 

A peine établi, en 1856, Léonard liebbelynck était de- 
venu l'imprimeur du Messager, et nous devons lui rendre 
cette justice, que pendant les trente-huit années qui se sont 
écoulées depuis, les relations que la Commission directrice 
a eues avec lui, n'ont pas cessé d'être agréables; il avait 
le talent d'agir à notre égard avec une grande délicatesse, 
faisant souvent passer nos intérêts avant les siens; il fut 
toujours moins l'exécuteur de nos travaux, qu'un véritable 
collaborateur et un ami. Dans ces derniers temps il nous 
donna encore une grande preuve d'attachement , lors- 
qu'après avoir cédé son fonds à M. Vander Haeghen, à la 
fin de l'année dernière, il voulut néanmoins que le 3Ies- 
sager continuât à paraître sous son nom. 

Pendant ces trente-huit années, Hebbelynck a vu notre 
publication changer plusieurs fois de propriétaires, et la 
plupart de ses anciens directeurs descendre l'un après 
l'autre dans la tombe. La mort des trois derniers surtout, 
de Sl-Genois, Vander Meersch, Van Lokeren, l'affecta pé- 
niblement ; il sentait, à chacun de ces nouveaux coups, 
que les années s'accumulaient sur sa tête, et que son heure 
pouvait sonner d'un moment à l'autre. 



— 535 — 

Mi'hhclyiK'k iiiKniil en 1808; sa famille apparlciiail à la 
bonne bourgeoisie de la ville de Gand, cl son père, qui 
avait des goùls lilléraires, Irouvail parfois le lemps, bien 
qu'absorbé par ses affaires industrielles, de consigner par 
écrit quelques vieux usages, quelques vieilles coutumes 
locales perdues, dont il avait été témoin au temps de sa 
jeunesse '. 

Ses parents avaient leur établissement cotonnier dans 
l'enclos de l'ancienne citadelle de Cbarles-Quint, dont les 
traces ont aujourd'hui disparu, ei c'est dans la même an- 
li«|ue enceinte qu'il fonda en 1856 ses premiers ateliers. 
Il y resta jusqu'en 1848, et les principaux ouvrages qui 
sortirent alors de ses presses sont : 

Cronyche van den lande ende graefscepe van Vlaendcren, de 
Dfspar.s, publiée par De Jonghe, 2' édit., en A vol. in-8% 1859. 

Richilde, par Coomans, édit. \i\-i°, 1859. 

Vloenische kronijk of dagregisler van al helgenc gedenkwecrdig 
voorgcvallen is binnen de slad Genl sederl den 15 jm/j/ 1566 toi 
ib juny 1583, publié par Ph. Blommaert, iti-8°, 1840. 

Gediclilen van J van Zevecoie, publié par le même, in-8", 1840. 

Oudvlaem&che gedichlen, publié par le même, 3 vol. 

Kunsl- en Letlerblad, 1840, 41, 42, 45. 

Le faux Baudouin, par le baron Jules de Saint-Génois, 2 vol. 
iti-S°, 1840. 

Dagbock der Gcndsche Collatie van den jaren 1440 loi 1515, 
publié par Scbaojes, in-8^ 1842. 

Bertrand van Bains, par le baron Jules de Saint-Génois, tra- 
duit en flamand |)ar Van Boeckel, 2 vol. in-8», 1845. 

Anna, par le même, 2 vol. 10-8°, 1844. 



' Feu Ilebbelynck père communiqua plusieurs notices ;tii Messager ■■ en 
t8i2, une note sur le <■ Tribunal dit Smalle wel à Garni ; » en 1844, une 
« Ciogi-aphic de Govard \au Eersel, évèque de Gand; » et « Quelques mois 
sur Lii'vin Bauwcns. » 

25. 



— 536 — 

Le château de Witdenbory, par le même, 2 vol., 1840. 
Gedichlen van Nicolaas Beels, iii-S", 1848. 

En 1848 il se maria et Iraiisporla ses pénates quai des 
Dominicains n^SO; il n'y resta que deux ans. En 1850, 
il alla s'installer rue des Peignes n° 6; il y imprima, entre 
autres : 

Histoire de l'abbaye de Saint-Bavon et de la crijple de Saint- 
Jean à Gand, par A. Van Lokereii, in-4°, avec plaiiclies, 1855. 
- La Belgique ancienne et ses origines gauloises, par Alolie, 1855. 

Le spleiulidc ouvrage avec planches nombreuses : Les Églises 
de Gand, par M. Kervyn de Volkaersbeke, 2 vol. grand iii-8", 
1857. C'est à notre avis l'œuvre la plus remarquable qu'il ail 
exécutée. 

Mémoires d'un archiviste, par J. Huyllens, 2 vol. in-8°, 1858. 

Feuillets détachées, du baron Jules de Saint-Génois. 

Des hommes célèbres dans les sciences et les arts et des médailles 
qui consacrent leur souvenir, par Hippolyte Kluyskens, chirur- 
gien de l'hôpiial civil de Gand, 2 vol. iii-8", 1859. 

En 1860 il transporta ses presses rue des Baguettes 
n" 8, dans un local qui avait dépendu de l'ancien couvent 
des Pénitentes, décrit par Van Lokeren dans le volume 
1870 du Messager. Il y imprima : 

Histoire de In Belgique, par Mokc, 4" édit., iu-8". 

RecJierches sur les corporations gantoises, de J. iliiyltcus, 
in-4% 1861. 

Geschiedenis van Wetteren, Ac i. BroeckaorI, in-8", 1802. 

Etudes historiques sur les coutumes féodales, par le comte 
dllaue do Sloeuhuyse, in-8", 1863. 

La noblesse de Flandre du X"" au XVII" siècle, par le comlc 
d'Haue et J. Iliiyticns, 2 vol. in-8", 1864. 

Geschiedenis van hct klooster der Ecrw. Puters crcnujten Augus- 
tgnen te Gcnt, par le P. K(M'11iuI', in-8', 1864. 

Les Flamands d'autrefois, parle baron Jules de SaiulGenois, 
in-8", 1866. 



-- 337 — 

Cliioniquc de Guillaume Wcydls, piiMice par Emile Viucn- 
b('ii;li, iii-8°, 1860. 

Histoire ilcs rclulions diplomatiques entre le comté de Flandre 
et l'Angleterre au moyen-âge, par le même, in-S", 1874 (Une 
i;raii(!e partie de cet ouvrage avait paru par fragments dans le 
Messager). 

I^ii 18o4, il dressa les labiés du Messarjer des Sciences, 
pour les volumes parus jusqu'alors, en les faisant précéder 
d'une notice historique, et écrivit en 1855 une biographie 
du fameux industriel gantois Liévin Bauwens. 

Outre les travaux littéraires dont nous avons cité les 
principaux, il imprima un grand nombre d'ouvrages de 
médecine et de jurisprudence, les Annales de la Société de 
médecine de Gand, les Inscriptions funéraires et monu- 
menUtles de la Flandre orientale, les publications du 
Willenis-Fonds, etc. 

I.éonard Hebbelynck, enlevé par une courte maladie, 
mourut rue des baguettes, oîi il avait habité et travaillé 
pendant quatorze ans. Il fournit une carrière honorable, 
et laisse après lui la réputation d'un industriel entendu, 
consciencieux, et celle d'un homme rcm|)li de bonté. 



Kmilf. V.\RE.\Br^nGii. 



- 7,7>H — 



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varif:tes. 



I.ITTHES liT ACTES RELATIFS A l'iUSTOIRE DE LA CUEIIRE DE TrENTE ANS, ETC '. 

— M. Moi-iz Riller a |iiiblié rénemincnl le srcond volume de celle œuvre de 
longue Iiiileiuc, doiil l'iuili.illve a clé prise par la Comuiissiou liisloriquc de 
lAcadcmie des Sciences de Wuiiicli. Nous avons rendu coinpie précédemmenl 
du preinici' volume, [)aru en 1870, qui Irailail de la formalion de l'Union 
(I598-IG08), tandis que celui-ci retrace spccialemcnl des rappoi-ls de 
l'Union avi-c Henri IV, cl comprend les aclcs relatifs aux années 1607 à 
1G09. Nous voyons dans celle nouvelle publication, (jni conlienl Irois cenl 
trente pièces diplomatiques, les relations de l'Union s'élcndre à mesure que 
les circonslanccs deviennent plus difticiles et que les situations se com- 
pliquent. 

Outre une correspondance fort nombreuse adressée à l'élceteur Palatin, 
de nombreuses lettres du prince d'Anlialt à cet électeur, beaucoup de pièces 
émanées de la chancellerie impériale, nous voyons ici quelques écrits signés 
par des personnages plus connus dans les Pays-Bas, tels que tantôt Acrssen, 
qui y correspond avec Olden Darnevcll '^ ou Vosbergen , tantôt Pierre 
Dallienus ou Philippe de Mérode, ambassadeur de l'Archiduc Albert, ou 
liongars, l'envoyé d'Henri IV. Ce volume conlienl à la fin un chapitre spé- 
cial, intitulé : llvnri l V ri l'iluliv (1 G07- 1 1>09), où nous trouvons les instruc- 
tions d"llcnri IV à divers de ses envoyés. 

Cette importante piililicalion, de même que celle intitulée : Lettres et actes 
pour Cliistoirc du XVI^ siècle, dont nous avons parlé récemmcnl, comptera 
encore plusieurs volumes, sans doute, avant d'être complétée. Nous ne pou- 



' Briefe und Acien ziir Geschiclitc des Drcissigjahrigen Kriegcs in den 
Zcilcn des vorwaltenden einflusses dcr Willelsbacher. — Zweiter Banil; Die 
Union und lleinrich IV, 1607-11)09. — Bearbciict von ftloniz Bitter. — 
.Munrlicu, .M, Hiegersche Universilals-Buchandlung, 1874, in-8", 6:27 pp. 

- Nous avons rendu compte il y a qnehiucs années de la Corrcipondance 
d'Oldcn liurncovU, publiée par Van Deventeu. 



- 339 — 

vons que féliciter la Commission d'iiisloire de TUniversilé de Miinicli, ainsi 
que les savants éditeurs qui ont osé tenter l'exécution de cette œuvre colo- 
ssale, dont rinlérêl est d'autant plus grand, qu'elle donne le tableau fidèle 

de la politique européenne à celle époque. 

Emile V... 

La Commune de Paris en 1358, secondée par les Anglais. — M. Siméon 
Luce, connu par son Histoire de la Jacquerie, a fait, le 23 septembre, à 
l'Académie des Inscriptions une communication pleine d'intérêt sur les né- 
gociations des Anglais avec le roi de Navarre pendant la révolution parisienne 
de 1338. M. Luce, en resliluant à sa date le traité par lequel Charles le 
Mauvais et Edouard III se partageaient la France, a éclairé cet acte d'un 
jour tout nouveau et monlré quelles pouvaient en être les conséquences. 
Ce traité, en effel, fut signé le l" août 1338, quelques heures seulement 
après la fin tragique d'Élienne Marcel Ce qui lui donne un inlérêt tout ex- 
ceptionnel, c'est qu'en surprenant pour la première fois la main d'Edouard III 
dans la révolution parisienne dirigée par Etienne Marcel, on voit du même 
coup où allait infailliblement aboutir cette révolution, si le patriotisme de 
Pépin des Essaris el de Jean Maillarl n'en avait prévenu la catastrophe finale. 
C'est une véritable révélation qui ressort de ce document, jusqu'ici mé- 
connu et mis aujourd'hui à sa place. Si le coup d'Élat qui devait s'accom- 
plir dans la nuit du 31 juillet, eut réussi, c'en élait fait de l'unité du pays. 
Toutefois, en l'absence de preuves directes, M Luce ne va pas jusqu'à accuser 
Marcel d'avoir connu et favorisé sciemment les projets du roi de IVavarre. 
Mais il n'hésile pas à croire que ce dernier, qui se tenait alors le plus près 
possible de Paris, et qui avait dans Paris des gens à sa dévotion, dut être 
informé sur le champ, sans doute à Saint-Denis, de l'insuccès el du meurtre 
de Marcel; suivant M. Luce, Charles le .Mauvais connaissait les incidents de 
la nuit du 31 juillet lors de la signature du traité, qui eut lieu peut-être à 
Saint-Denis; Edouard III ne les ignorait pas non plus, et la preuve, c'est qu'il 
s'adjuge dans le fulur partage le lot le plus considérable Dès la fin de juin 
et pendant tout le mois de juillet 1358, la partie qui se jouait entre Paris 
révolté, le roi de Navarre, établi à Saint-Denis, et le régent, campé à Cha- 
renton, intéressait trop directement le vainqueur des Français, pour qu'un 
prince aussi habile et aussi ambitieux qu'Edouard III, n'eût pas l'idée d'en 
faire surveiller de prés toutes les péripéties, afin d'en profiter à l'occasion. 
Telle est l'explication de la présence des Anglais aux portes de Paris. Celle 
présence avait été niée : quelques historiens favorables à Marcel ont pré- 
tendu récemment que la qualification d'Anylais était une injure donnée par 
les partisans du régent aux Navarrais; cette opinion n'est plus soutenable en 



— 340 - 

présence des documents officiels et précis mis au jour par M. Luce. Il resle 

avéré que le roi d'Angleterre guettait l'heure propice d'intervenir dans la 

lutte, et attendait d'abord que Charles le Mauvais, servi par la révolte de 

Marcel, eut entamé le régent et en eut fait une proie facile. Il ne faut pas 

oublier qu'Edouard III avait conclu avec la France une trêve de deux ans, 

qui n'expirait qu'à Pâques 1359. Celte trêve lui liait les mains et l'obligeait 

à ne prendre position dans la lutte ouverte entre la Commune de Paris et 

le régent, que sous le couvert du roi de Navarre. 

{Polybiblion). 

Recueil de lois, AanÊTÉs, règlements, etc., concernant l'administration des 

EAUX et POLDRES DE LA FLANDRE ORIENTALE, PAR M. J. WOLTERS; 3« ÉDITION, 
REVUE, AUGMENTÉE ET COMPLÉTÉE JUSQu'eN 1874, PAR G. NYOLTERS. TOME I, Rl- 

viÈRES ET CANAUX '. — Le premier volume de ce travail a été mis sous 
pj'esse en 1869, cinq ans par conséquent avant celui-ci, et il en a été 
rendu compte dans le volume de l'année 1870 du Messager. Ce premier 
volume est précédé d'une table de grande utilité, où se trouvent classés 
par ordre de date tous les documents reproduits dans le corps de l'ouvrage, 
et indiquées les sources où les pièces ont été puisées. « Cette indication des 
sources, dit M. Wolters, n'est pas néanmoins complète; malgré de longues 
recherches, je n'ai pu retrouver la trace de toutes les pièces qui ont été re- 
cueillies par feu mon père et publiées dans les deux premières éditions de ce 
recueil. » 

Dans le courant de la publication, M. Wolters a cru pouvoir rectifier et 
reconstruire les défectuosités du texte original; là où celui-ci présentait des 
lacunes ou des passages par trop illisibles par suite de la vétusté des pièces. 
Ce travail présente de grandes chances d'erreur, d'une nature fort sca- 
breuse, mais l'auteur qui a eu soin de ne pas donner comme exactes toutes 
ces intercalations, les a dans ce but placées entre parenthèses et les a fait 
suivre d'un point d'interrogation, afin qu'un autre plus clairvoyant, s'il 
s'en trouve, puisse à son tour émettre une rectification plus rationnelle. 

Nous croyons inulile de nous appesantir sur la valeur historique de ce 
cartulaire, elle est hors de doute; nous louons hautement M. Wolters de 
l'avoir entrepris. En même temps qu'il a rendu par là un service à la 
science historique, il a fait preuve de piété filiale. 

Emile V... 



• Gand, Hosie, libraire-éditeur, 1874. Un gros volume in-S», de ixxi, 
1320 pp. 



- 341 — 

Geschiedenis van de Gemeesten der provincie Oost-Vlaanderen, door Fràns 
DE PoTTER EM Jan Broeckaert. — La Seizième partie de celte collection con- 
tient la monographie de rimporlante commune d'Assenede. Cette commune 
était la plus considérable et comme la capitale des quatre cantons désignés 
anciennement sous le nom de Quatre métiers. C'est à cette occasion que 
les infatigables auteurs de l'histoire des communes de la Flandre orientale, 
en traitant d'Assenede, publient une longue dissertation historique sur les 
célèbres Atnhachlen, dans laquelle ils introduisent plusieurs pièces justifica- 
tives de grande valeur; ainsi nous trouvons à la page 39, au chapitre qui 
traite de l'administration, la charte ou keure des quatre métiers, et à la 
page 60, une pièce intitulée Ordonnantien ende Statulen. 

La dix-septième partie de la collection qui a paru récemment aussi, con- 
tient le premier tome de l'histoire d'AIost, divisé comme suit : Une esquisse 
historique de l'ancien pays d'AIost, traitant des comtes d'AIost, de la topo- 
graphie du pays, de son organisation judiciaire et féodale, de son gouver- 
nement. Après cette esquisse, qui sert en quelque sorte d'introduction à 
l'ouvrage, les auteurs divisent leur histoire de la ville d'AIost comme suit : 
origine et situation, lois et privilèges de la ville, son ancienne organisation, 
usages administratifs, fêtes et réjouissances ; le volume suivant comprendra 
l'administration de la bienfaisance, l'organisation féodale, les gildes d'AIost, 
les établissements religieux, les événements remarquables dont Alost fut le 
théâtre, la biographie des hommes remarquables d'AIost. 

Cet ouvrage est une nouvelle perle à la couronne littéraire et historique 
de MM. de Potter et Broeckaert, et à coup sûr elle n'est pas fausse. 

Emile V.... 

Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique. 
— Classe des Lettres et des Sciences morales et politiques. — Programme 
de concours pour 187G. — Première question. — « Esquisser à grands traits 
l'histoire littéraire du Hainaul. » 

Les concurrents s'attacheront spécialement aux écrivains de premier 
ordre; ils apprécieront leur influence sur le développement de la langue 
française, et feront ressortir le caractère et le mérite de leurs travaux. 

Deuxième question. — « On demande une étude historique sur les insti- 
tutions de charité en Belgique depuis l'époque carlovingienne jusqu'à la 
publication du concile de Trente. 

» Faire connaître les sources de leurs revenus, leur administration, leurs 
rapports avec l'Eglise et avec le pouvoir temporel, leur régime intérieur; 
apprécier leur influence sur la condition matérielle et morale des classes 
pauvres. » 



— 342 — 

Troisième question. « Faire l'histoire du droit de chasse et de la légis- 
lation sur la chasse en Belgique et dans le pays de Liège. 

» Ajouter à celte histoire des notions sommaires sur le même sujet en 
France, en Angleterre, eu Allemagne, en Italie et en Hollande. » 

Quatrième question. — « Faire l'histoire de la philologie thioise jusqu'à 
la fin du XV1« siècle. » 

Cinquième question. — « Faire un exposé des négociations qui abouti- 
rent au traité de Wesiphalie (1648). Indiquer le caractère et les résultats 
de cet acte célèbre par rapport aux Pays-Bas. 

Le prix de la première, de la deuxième et de la troisième question sera une 
médaille d'or de la valeur de six cents francs; ce prix est porté à initie francs 
pour la quatrième et pour la cinquième question. 

Les mémoires devront être écrits lisiblement et pourront être rédigés en 
français, en flamand ou en latin; ils devront être adressés, franc de port, 
avant le l" février 1876, à M. J. Liagre, secrétaire perpétuel de l'Acadé- 
mie, au Musée. 

Grand prix de Stassart. — Concours pour une question d'histoire nationale. 
— « Apprécier l'influence exercée au XYl' siècle par les géographes belges, 
notamment par Mercator et Ortelius. 

n Donner un exposé des travaux relatifs à la science géographique qui 
ont été publiés aux Pays-Bas, et de ceux dont ces pays ont élé l'objet, de- 
puis l'invention de l'imprimerie et la découverte de l'Amérique jusqu'à 
l'avéncment des archiducs Albert et Isabelle. On s'attachera, à la fois, à 
signaler les œuvres, les voyages, les tentatives de toute espèce par lesquels 
les Belges ont augmenté la somme de nos connaissances géographiques, et 
à rappeler les publications spéciales, de quelque nature qu'elles soient, qui 
ont fait connaître nos provinces à leurs propres habitants et à l'étranger. » 

Le terme fatal pour la remise des manuscrits expirera le i" février 1877. 







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— 343 — 



LA VICTOIRE DE MUHEBERa, 

DÉCRITE PAR CHARLES-QUINT 



ET 



CELEBREE J^ GANID EN 1547. 



J. 

« Les seules bonnes liisloires, disait Montaigne, sont 
» celles qui ont esté escriples par ceulx mêmes qui com- 
» mandoient aux affaires, » Cet axiome est aujourd'hui 
universellement reconnu par tous ceux qui se livrent à 
l'étude des sciences historiques. Le grand nombre de 
documents qui surgissent de leur tombe poudreuse pour 
apporter un nouveau témoignage au tribunal de l'histoire, 
donnent lieu à un travail incessant de révision dont la 
vérité recueille les fruits. Les écrivains les plus en renom 
sont, soumis à un examen sévère, et confrontés avec ces 
témoins irrécusables des événements dont ils sont les nar- 
rateurs autorisés. Ce contrôle, avec pièces à l'appui, s'est 
principalement exercé sur le seizième siècle. Les découver- 
tes qu'on a faites ont amené des rectifications importantes, 
et souvent la lumière s'est produite inopinément sur des 
points obscurs ou mal éclairés. 

Bien que la pièce que nous désirons communiquer à 
nos lecteurs ail été publiée dans le recueil du docteur 

S4 



— 3M — 

Lanz *, il peut être utile de !a reproduire dans le Messager 
des Sciences, qui accueille toujours avec empressement 
les communications présentant de Tintérét pour l'histoire 
de la ville de Gand. 

La lettre que Charles-Quint écrivit à sa sœur, la reine 
Marie de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas, après la 
fameuse bataille de Muhiberg, appartient à celte catégorie 
de pièces qui expliquent l'admiration de l'historiographe 
Ambrosio Morales pour le grand empereur rédigeant lui- 
même, au milieu de la fureur de ses guerres, le récit exact 
et suivi de ses actions ^. 

Cette lettre, datée du 23 avril 1S47, est extraite d'un 
registre, conservé aux archives communales de Gand, 
intitulé : //^ aiiden swarten boeck, (° 455, où elle fui 
transcrite par ordre du magistrat, immédiatement après 
que la régente lui eut officiellement notifié la grande 
nouvelle. 

La minute et l'original sont à Vienne; mais nous savons 
que la minute fera partie des documents qui seront resti- 
tués à la Belgique, grâce aux démarches actives faites 
auprès du gouvernement autrichien, par M. Gachard, le 
savant et laborieux archiviste général du royaume. 

Voici cette lettre. Comparée au texte qu'en donne le 
docteur Lanz, on s'aperçoit que la transcription dans le 
registre scabinal s'est faite assez vite et sous la dictée, 
car, l'orthographe n'est pas uniforme dans les deux textes. 
On dirait même que les deux copistes, l'un dictant, l'au- 
tre écrivant, n'ont pas saisi le sens de certains passages, 
qu'ils ont dénaturés et rendus inintelligibles. La transcrip- 
tion doit avoir été faite avec tant de célérité, qu'on a omis 



• D' Karl Lanz, Correspondenz des Kaisers Karl V. T. If, p. 561. 

* Commentaires de Charle.i-Quint, publiés pour la preraiùre fois par le 
baron Kervïn de Lettenhove. Bruxelles, 1862, 



— 345 — 

de copier la dernière phrase, celle où Charles-Quint 
s'excuse de ne pouvoir écrire celle iellre de sa main, à 
cause de la lassitude qu'il éprouve. La pièce est précédée 
de l'entête suivant : 

Copie des lettres missives envoyées de par (empereur nostre 
sire, de son camp en Germanie à Madame sa boniie seur 
la royne douaigiere de Hongrie, de Bohême, etc., ré- 
gente et gouvernante des pays de pardeca, en ladverlis- 
sant par icelles de la prospère fortune et miraculeuse 
victoire, eue par sa dicte Majesté encontre de ses enne- 
miz et malveullans, ayant prins le duc de Saxen, jadis 
électeur. 

Madame ma bonne seiir vous aurez entendu par mes 
précédentes, portées par le seigneur de Humbercourt, mon 
partement Degher *, et que javoie continue mon chemin sans 
reposer et jusques au xx]** du présent mois , que arrivis a 
Leitznich *, et que a trois diverses fois avoient este deffaicies 
xiiij enseignes de piétons du banny ' jadis électeur de Saxene, 
et le lendemain xxij'' partiz du dict Leitznich et vins camper 
a trois lieues de Meisen *, ayant entendu que le dict banny y 
estoit avecq son camp en délibération de soy fortifier joinct 
a la dicte ville quest au bon de la rivière de Lalbc ', et se 



' Dans la pièce transcrite, on lit : « de guerre, » ce qui n'a pas de sens, 
au lieu de « Degher, » qui se trouve dans le texte pris sur la lettre origi- 
nale des archives de Vienne. C'est d'EcRA ou Eger, ville forte de Bohême, 
qu'il s'agit. C'est de là que l'empereur partit avec son armée pour aller à 
la rencontre de l'électeur de Saxe. 

* Leisnicth, pelilc ville située sur la Mulde. 

' Le prince-électeur Jean-Frédéric de Saxe, chef de la ligue protestante, 
formée en 1556 à Smalcalde, mis au ban de l'empire. 

* Meisek, ville importante de la Saxe, située sur l'Elbe. Le docteur Lanz 
a publié une lettre de Charles-Quint à la régente des Pays-Bas, datée du 
22 avril 1547, trois jours avant la victoire de Muhlberg. Il l'informe de son 
arrivée à Meisen et lui communique les dispositions stratégiques qu'il a 
prises. 

« UElhe. 



— 346 — 

accoinoder et servir du pont dicelle. Et pour ce que le dict 
jour estoit le x* quavois chemine avecq tout le camp, comme 
dict est, me sembla debvoir reposer le lendemain, pour si loc- 
casion se fnst adonnée de rencontrer lennemy, estre plus fraiz, 
et aussi cependant recongnoisire le chemin plus convenable 
pour lendommaiger. Et a cest effect se fisrent le dict jour 
grandes escarmouches, ou il y eut pluisieurs desdictz ennemiz 
prins et les aultres tellement poursuiviz, que en les chassant, 
les miens courrurétit jusques auprès la dicte ville, qui donna 
tel estonuement audict jadis électeur, pensant que toute lar- 
mee les suyvoit, que soubdainement sans en actendre plus de 
certitude habandonna la dicte ville et brusia le pont dicelle, 
en telle hasie que pluisieurs des siens neurent loysir de sortir, 
et entre aullres deux gentilzhommes, frères de Heintzfeld, lung 
de son conseil et laultre de sa maison, et aulcuns commissaires 
de vivres. Et le soir ceulx de la dicte ville se vindrent rendre. 
Et le dict ennemy enchemina le dict jour tout son camp deux 
lieues, tirant au bas de la dicte rivière en lieu fort avantagieux, 
et mena ung pont de barques pour sa commodité supposant 
(comme il est vray-semblable) , que sesiant rendue [la dicte 
ville de] Meysen, je prendroye mon chemin contre Wilienber- 
ghe ', et delaisseroye Torgau, comme lieu non fort et de peu 
dimportance, et que en le sommant se rendroit facillement. 
Mais comme dez le mesme soir je avoie entendu le chemin que 
le dict ennemy prenoii, fiz incontinent partir le pont que me- 
noie et dez le point du jour, qui fust le xxiiij*, marchier tout 
le dict camp contre la dicte rivière, droict ou vraysemblable- 
ment le dict ennemy povoit estre pour illecq jecter le dict 
pont, et Hz user de telle diligence, que environ les neuf heures 
du matin, toute la dicte armée aiant ja chemine deux grandes 
lieues, arriva a quart de lieue prez du rivaige de la dicte ri- 
vière. Et descouvrans le duc Dalve * avec les chevaulx legiers, 
trouvarent le pont desdictz ennemiz estant de laultre coustel 
dix enseignes de pieions pour la garde dicelluy, qui tirarent 
plusieurs harquebusardes pour empescher ausdictz chevaulx le- 

• WiTTEMBERG, vilic forlc siliiée sur l'Elbe. 
? Fernand Alvarez de Tolède, duc d'Albe. 



— 347 — 

giers lodiclpassaige. Quoy oyani lesHiois Espaignolzqni esioient 
a lavant-garde, y accoururent. Lesquelz, pour le mesme désir 
quilz avoient eulx rencontrer avecq le dict ennemy, encoires que 
la bruyne (brume) avoit este grande tout le dict jour et comnien- 
choit seulement a sesclarcier, escarmocharent tellement qnilz 
chassèrent ceulx qui estoieut sur le dict pont, lequel ilz gai- 
gnierent avecq grand perte desdiciz ennemiz qui le couparent 
en trois partyes, pensant emmener lune au bas de leane; mais, 
six desdictz espaignolz se despoillarent, deux desqnelz porta- 
rent en naigeant leurs espees aux deniz, et lung en arrivant au 
barques tua trois et tist fuyr huict desdiciz ennemiz, dont 
partye fust tuée par larquebucherye questoil au bort qui tira 
si menue ' quelle ne donnoit loisir ausdictz ennemiz eulx servir 
de la leur. Lesquelz, pour renforcher leurs gens et donner lieu 
au bagaige et reste de leur armée de snyvre leur chemin, en- 
voyarent au bord de la dicte rivière trois esquardrons de che- 
vaulcheurs qui fusrent si bien saluez par larquebucherie espai- 
gnoile quilz fusrent coustrainctz fuyr, jacoit quilz eussent 
grosse artillerye et desja tire pluisieurs coups; mais aulcunes 
pièces de la mienne, qui y arriva au mesme instant, les fist 
prestement desloger. Et comme entertant Ion cherchoit tous 
moyens pour passer ladicte rivière. Ion trouva ung guey. Et 
encoires que du commenchement il fust dangereulx, toutesfois 
aulcuns espaignolz et houssartz * le passèrent eu nombre envi- 
ron xviij. Lung desquelz houssaers sadvanceant, mist luy seul 
aulcuns desdictz anuemiz eu fuyie, craignans la suilte. Et con- 
tinuant Ion trouva le dict guey assez bon, que lors pluisieurs 
des chevaucheurs priudreut en crouppe chascun ung harque- 
buchier, et passarent en moingz de une demye heure ledict duc 
Dalve, le duc Mauris ' et plus de quatre mille chevaulx et en- 
viron cincq cens desdictz harquebuchiers espaignolz, qui pour- 
suyvirent lesdiciz ennemiz. Et cependant passa aussy le Roi 
Monsieur nostre frère*, et moi, et se refist le dict pont et passa 



* Dans la Iranscriplioii il y a : « si animé. «> 

* Cavalerie liongroise. 

' Le prince Maurice de Saxe. 

* Ferdinand, roi des Romains, frère de Cliarles-Quint. 



— 348 - 

la reste de la chevallerie et infanterie espaignolle. Et donna 
Ion la chasse ausdictz ennemiz, qui prindrent la fuyte, et les 
poursuiviz environ trois lieues au trot, tellement quil estoit 
impossible que les gens de piet les peurent suyvre. Et enfin 
ilz fusrent rataintz par lesdictz ducz Mauris et Dalve, et che- 
vaulx legiers et houssaers en nombre de environ xxij cens au 
pied diing bois, ou ils sestaieut arrestez, et avoient dresses ung 
esquardron de gens de pied, et devant dicelluy deux trouppes 
de cheval et trois aux espaules. Et voyans jceulx ennemiz ap- 
procher, lesdiciz gens de cheval, tirarent tous joinlement leur 
harquebucherie. Et lors incontinent les fiz chargier par la dicte 
chevallerye tellement, quilz se misrent en desordre et entra- 
rent au bois, lequel lesdilz ducs avecque iceulx chevaulx legiers 
et houssars environnarent. Et fusrent lesdictz ennemiz pour- 
suiviz si vivement, quil y demoura mors plus de mil hommes 
et environ deux mille chevaulx, sans les prisonniers, qui sont 
en très grand nombre, et leur artillerie prinse, avecque toute 
la municion et leur bagaige. Entre lesquelz prisonniers est le 
dict jadis électeur, et comme Ion tient pour certain, son filz 
aisne tue, et prins le duc Hernest de Bruzuich ' qiiest celluy 
qui print le marquis Albert de Brandebourg. Et a dure cette 
chasse jusques a minnict, que suis seulement retourne avecque 
le Roy, nostre dict frère et nos neupveuz ses enfans, sans y 
avoir perdu de mon coustel plus de sept ou huict hommes. — 
Dont je nay volu délaisser de incontinent vous advenir, sa- 
chant le plaisir que en aurez. Atant madame ma bonne seur, 
je prie le Créateur vous donner voz bons désirs. Du camp près 
la rivière Dalve le xxv* jour dapvril 15-47. Soiibzchript : « Vostre 
bon frère Charles, s et au dors : « La Royne douaigiere de 
Hongrie madame ma bonne seur en mes pays dembas *. » 



' Ernest de Brunswick. 

* La finale de celte lellre est incomplète. Dans le texte original, après 
la date, se trouve cette phrase : « Madame ma bonne seur, pour ce que je 
» ne vous sauroy dire autre chose que ce que dessus, aussy que je ne suis 
« encoyres bien deslassé du jour de hyere, je ne vous escrips de ma mayn, 
» me remectant à ce quest dit. C'est de vostre bon frère. » 

Charles. 

Bave. 



I 



— 349 — 

Ce récit de la célèbre bataille de Miihiberg, qui décida 
du sort de l'Allemagne, offre un grand intérêt bislorique. 
La minute émane du vainqueur lui-même, qui l'a dictée 
presqu'immédialement après l'action. Elle est datée de son 
camp de Leisniclh, où il était arrivé le dimanche 24 avril 
à minuit. 

Cette lettre ne diffère pas dans ses parties essentielles, 
de la relation que l'empereur donne de ce grand fait d'ar- 
mes dans ses Commentaires '. 

Après la victoire de Muhiberg, il mit le siège devant 
Willenberg, qui capitula. Les autres places ouvrirent leurs 
portes au vainqueur. 

Au point de vue politique, le résultat de cette campagne 
fut considérable, mais, la cruauté de Charles-Quint envers 
ses prisonniers en ternit l'éclat. 

Cependant, l'empereur explique la rigueur de sa con- 
duite, par le désir qu'il avait de mettre fin à la guerre et 
la nécessité où il se trouvait de poursuivre à outrance 
des ennemis, qui auraient pu la prolonger s'il leur avait 
laissé le temps de se reconnaître ^. 

Ce plan stratégique, habilement conçu, fut exécuté avec 
une précision et une rapidité qui étonnent, mais qui ca- 
ractérisent parfaitement le génie militaire de Charles- 
Quint. Pourquoi se monlra-t-il impitoyable et dur à l'égard 
de son principal prisonnier, le prince-élecleur de Saxe? 
Faut-il attribuer celle rigueur excessive, indigne d'un 
prince chevaleresque, à un ressentiment personnel contre 
le chef de la ligue de Smalcalde et l'adversaire le plus 
résolu de son élévation à l'empire, qui ne l'appelait jamais 
que « Charles de Gand? » Il répugne de croire que la 
haine que l'empereur nourrissait contre lui, étouffa dans 

» Commentaires de Charles-Quint, cilés plus liaul. Y. p. 185 et suiv. 
« Idem, p. 193. 



— 330 — 

son âme tout sentiment généreux, et, cependant, son cœur 
resta fermé à la clémence, cette noble et grande vertu, 
apanage des rois. 

Le Landgrave fut conduit de ville en ville et soumis 
aux plus pénibles humiliations. « L'infortuné électeur, dit 
Robertson, fut emmené comme en triomphe et exposé 
partout, dans l'étal d'un captif, aux yeux de ses propres 
sujets. » 

Semblable aux triomphateurs de Rome qui traînaient 
leurs prisonniers enchaînés derrière leur char, Charles- 
Quint traîna à sa suite le malheureux prince vaincu. 

Une médaille commémorative de cette victoire, frap- 
pée en 1547, représente l'empereur Charles- Quint et 
son frère Ferdinand, roi des Romains, face à face. Ils 
portent le collier de la Toison-d'Or. Un ange tient les deux 
écussons de Caslille et d'Autriche. La légende porte : Fer- 

DLNANDUS DeI Gr.\TIA RoMANORL'M, BoEML£, HoNGARI^, ETC. 

Rex, lumina et ora Caroli V, iMPERATOREis Germanij;. Sur 
le revers de cette médaille on voit la petite ville de Muhl- 
berg baignée par l'Elbe. La cavalerie impériale passe le 
fleuve et engage la lutte avec celle du prince-électeur de 
Saxe. Ce revers porte l'inscription suivante en exergue : 
Captivitas JoANMS Frederici, Ducis Saxom^e iNLD.XLVII *. 
Le 17 septembre 1348, l'électeur de Saxe et le land- 
grave de Hesse arrivèrent à Bruxelles vers une heure de 
l'après-midi; le premier était dans un chariot découvert, 
le second montait un petit cheval, et tous deux étaient 
escortés par de nombreux cavaliers et fantassins espagnols. 
L'électeur fut logé à la maison dite les Trois Fontaines, 
en face de la Chapelle, et le second au Bois (m 't IFout), 
au marché-au-Bélail '^. 



• V. la planche d'après Vas Mieris, Historié der nederlandsche vorsten, 
l\\ deel, fo 170. 

* Hesme et Wadters, Histoire de Bruxelles, t. I, p. 366. 



- 351 — 

Le 20, l'empereur fil son entrée solennelle à Bruxelles, 
el le même jour les captifs prirent, sous bonne escorte, le 
chemin de la Flandre. Arrivés à Gand, le prince-électeur 
Jean-Fréderic de Saxe fut logé chez Simon van Cuels- 
brouck, bailli de l'abbaye de Saint-Pierre'. Le 22, on 
dirigea le landgrave de Hessesur Audenarde, où on l'en- 
ferma dans le château situé sur la rive droite de l'Escaut. 

La garnison espagnole chargée de sa garde, était compo- 
sée de cent trente-sept piétons ou fantassins el de quarante 
hommes de cavalerie légère. 

Les archives communales d'Audenarde possèdent des 
documents se rapportant à la captivité du prince alle- 
mand, détenu pendant vingt el un mois dans le château de 
cette place. Ils constatent que les soldats espagnols se 
livrèrent aux plus grands excès envers les bourgeois, el 
que la ville eut à supporter de ce chef des charges extra- 
ordinaires très-lourdes, dont les magistrats de la ville 
se plaignirent à Granvelle, alors évéque d'Arras, qui leur 
répondit : 

M", j'ai cejoiird'hiii receu vos lettres et par icelles entendu 
le désir que vous avez d'estre deschargez des gens de guerre 
que si longtemps ont esté empres de vous à la garde du Lant- 
graff de Hesseii, à quoy selon l'affection que j'ay tousiours porté 
à vosire ville, je tiendray très volontiers la main, et si je puis, 
vous le cognoistrez par effecîz et me trouverez tousiours prest 
pour m'employer au bien pnblicque de la dicte ville et à celliiy 
de vous aultres en particulier, en ce que s'adonnera. Et à tant 



* In H selve jaer (1548) quam de Keysere uut de duutsclie landen in Bra- 
bant, ende brarhl met glievanghen den herloglie van Sassen ende den lanl- 
graeve van Hessen, danof de liertoglie van Sassen ghelogiert was len huuse 
van Symon van Cuelsbrouck, bailliu van de mannon t'Sinle Pieters, dewelcke 
lanlgrave ghesuiiden was te Audenarde in 't casleel, wel bewaert niel 
Spaciijiierden ende andere, die die van Audenaerde veel benaulhcden ende 
veriaslinglien aendeden. 

[Memorieboek dcr slad Ghent, 11' deel, bl. 249 ) 



- 352 — 

me recommandant à voz bonnes souvenances, je prie le Créa- 
teur qu'il vous donne Mess" sa saincte grâce. 
De Bruxelles, ce xxvi* d'avril 

V entièrement vostre bon amij, 
L'EvESQUE d'Auras. 
A Mess" les Echevins et Conseil de la ville d'Audenarde, 
mes bons amys '. 

Il est probable que les belles paroles de Granvelle 
n'inspirèrent pas grande confiance à « ses bons amys » 
d'Audenarde, puisque ceux-ci s'adressèrent un mois plus 
tard à la régente, pour se plaindre « des gens et servi- 
teurs » du landgrave, qui refusaient obstinément de payer 
l'impôt établi sur les vins et la cervoise destinés à leur 
consommation. La régente ne laissa pas longtemps leur 
supplique sans réponse. Voici sa lettre : 

Marie par la grâce de Dieu Royne Doiiaigiere de Hon- 
grye, de Bohême, etc., Régente. 

Chiers et bien amez. Nous entendons que les fermiers des 
nouveaulx impots à Audenarde prétendent recouvrer du Lant- 
grave de Hessen l'amende de trois livres de quarante groz de 
chascune pièce de vin que ses gens ont mis en cave au chasieau 
dud' Audenarde, sans leur en avoir faict ladvertence et aussi 
les despens que lesd" fermiers ont frayé, sollicitant ici lor- 
donnance et déclaration de Sa M'é, que le dict Lantgrave deb- 
vroit payer lesd"' impostz; et dauitre part entendons nous que 
los collecteurs des assis et maltotes ordinaires de la dicte ville 
demandent lassis ordinaire des vins et cervoises que a esté 
porté hors ledict chasteau, pour lusaige et nourriture des gens 
dudict Lanigrave, logiez en la ville. Et pour ce que ne trou- 
vons lesdictes demandes aulcunement fondées, honnestes, ny 
raisonnables, veu meismement que ledict Lanigrave a esté 
logié en la maison de sa dicte Majesté, quil a payé lesdicts 

' Audenaerdsche mengelingcn, III, p. 9. 



— 355 — 

nouveaulx iinpolz et que les vins et cervoises qu'on a porté 
hors dudict chasieau a ses gens et serviteurs ne doibvent estre 
subgectz au payement des nialtotes et assis ordinaires de la 
dicte ville, nous vous en avons bien voulu advertir, vous or- 
donnant et enchargeant bien expressément que selon ce ayez 
à vous régler et conduire, sans souffrir ny permeclre que à 
l'occasion susdicte l'on faice aulcun empeschement ou demande 
du dict Lantgrave ou les siens; et qu'il ny ait faulte. 

A tant chiers et bien amez, Nostre Seigneur vous ait en 
garde. Escript à Bruxelles le xxiiij'' jour de may a° 1550. 

Marie. 

Verreykiîn. 

A noz chiers et bien amez les Bourgmestre et Echevins de la 
ville d'Audenarde '. 

Celle réponse n'élail certainement pas de nature à satis- 
faire les Audenardais, dont les demandes, selon l'expression 
de la régente, n'étaient « ny fondées, ny honnestes, ny 
raisonnables. » Marie de Hongrie les repoussa et Granvelie 
laissa « ses bons amys » livrés aux vexations intolérables 
des soldais du duc d'Aibe, chargés de la garde du land- 
grave de Hesse. 

II. 

La victoire de Muhiberg, la capitulation de Witlenberg 
et la reddition des autres places soumises aux princes qui 
avaient adhéré à la ligue de Smalcalde, assurèrent la do- 
mination de Charles-Quint en Allemagne. 

Le bruit de sa gloire retentit dans toute l'Europe. Sa 
puissance était sans bornes et la mort récente de son rival 
François I", le délivrait du côté de la France, d'appréhen- 
sions, que la conduite du roi défunt ne justifiait que trop. 

Il n'entre pas dans notre sujet de rappeler quels furent 

* Audenaerdsehe mengelingen, III, 11. 10. 



— 354 — 

les résultats politiques de la campagne, que Tempereur 
venait de terminer si glorieusement. Notre but plus mo- 
deste, sera atteint si nous parvenons à savoir comment la 
nouvelle de victoire de Muhiberg fui accueillie à Gand. 
Les recherches que nous avons faites, nous permellent 
d'entrer à ce sujet, dans des détails qu'on ne lira peut-être 
pas sans intérêt. 

Disons d'abord que la régente des Pays-Bas se trouvait 
dans la capitale de la Flandre, lorsqu'elle reçut la lettre de 
son frère. La princesse habitait le palais du Princen-hof, 
où Charles-Quint avait vu le jour. Hélas ! il ne reste plus 
de vestiges de cette royale demeure, comme il n'en reste 
plus d'autres grands édifices élevés par nos ancêtres. Le 
vieux Gand disparait insensiblement sous le marteau 
toujours levé des démolisseurs modernes, comme nous 
l'avons dit ailleurs. Les témoins de sa splendeur d'autrefois 
diminuent de jour en jour. Le prétendu progrès du siècle 
exerce ses ravages et tend à effacer les dernières traces des 
époques pleines de grandeur qui l'ont précédé. Il semble 
qu'un génie malfaisant s'attache à faire oublier l'histoire 
d'un passé glorieux, où les arts jetaient le plus vif éclat. 
On se montre souvent injuste et ingrat envers ces grandes 
époques qui donnèrent naissance aux immortels chefs- 
d'œuvre de l'école des van Eyck, et qui élevèrent ces somp- 
tueuses cathédrales et ces gracieux hôtels-de-ville, dont la 
riche et flamboyante architecture excitera toujours l'ad- 
miration universelle. 

Mais laissons ces tristes réflexions et revenons à la lettre 
de Charles-Quint. 

Le lundi 2 mai, assez tard dans la soirée, la missive 
impériale parvint à sa destination. Marie de Hongrie, heu- 
reuse d'apprendre la grande nouvelle, la communiqua 
incontinent aux États de Flandre, comme l'atteste le 
passage suivant extrait du registre de la Chambre secrète. 



■» KJ o 

— ÛOO — 



Smaendaechs iij*° in meye [lo-47.] 

Cejoiirdhui soir assez tardt viendrenl nouvelles de Sa M'e, de 
lempereur nostre sire a la royne douagiere de Hongrie, de 
Bohême, elc, régente et gouvernante des Pays-Bas, esiant en 
ceste ville de Gand, que Sa Ma'e de lempereur nostre dict Sire 
avoit subjiigé et pris prisonnier les ducz de Sasen et Ernest de 
Briinswyck et defaict larniée du dict duc de Saxen de pluisienrs 
mille tant de cheval que de piedt, sans en avoir perdu des gens 
de la dicte Majesté que six, sept ou hnict au plus, quesl ungne 
chose très divine et miraculeuse, loué en soit Dieu le tout puis- 
sant et quil plaise préserver nostre dict Sire Empereur de tous 
inconveniens '. 

Les Elats de Flandre se hàlèi'ent de transmellre cel im- 
portant message au magistrat de la ville en l'invitant, au 
nom de la régente, de procéder sans délai, à l'organisation 
d'une procession générale et solennelle, pour remercier 
Dieu d'avoir favorisé les armes de l'empereur, et d'ordon- 
ner des prières publiques et des jeûnes, afin que la paix 
renaisse promplement dans toute la chrétienté 2. 

• Archives de l'ancien Conseil de Flandre, à Gand. Registre de la chambre 
secrète, 1544-1548, litl'* .\. 

' De raedslieden sKeisers van den Romeynen, ailyds vermeerder srycx, 
coninc van Germanien, etc., grave van Vlaenderen, etc., giicordonueerl in 
Vlaenderen. 

a Lieve ende gherainde. \Vy hebben jegbenwordelic ontfaen briefven van 
der Maiesteit van der coninghiniie douaigiere van Hongrien, van Bolie- 
men, etc., regenlc ende gouvernante van den landen van herwaerls overe, 
volghende den welcken adverleren wy ulieden van vveghen harer .Majesteit, 
van der schoone victorie die Gode van Hemeli'ycke beliefl heeft te verleenen 
der keyserlicker Slajesieit onsen gheduchten heere, jeghens wyien deu kuer- 
vorsler van Saxen, ter neder gebrociil hebbeiuie zyn armée ende liem 
glievanghen raellen herloglie Ernest de Brunzwyck, ende ordonneren ulie- 
den van wegben harer voorseider .Majesteit te doen draghene alomrae biiinen 
den dislricte vao ulieder jurisdictie processien générale ende solempnelle, 
ende dat elc zyn vutersie debvoir lioe Ivolc le vermanen van zo schoone 
victorie, Gode van Henieirycke te danckene met bedinghen, aelmoessene, 
vastene ende andere diereghelycke duechdelicke gheweercken, ten hende de 
zelve victorie mach coramen ter ruste ende welvaert van den gheheelen 



— 356 — 

A la réception de celte missive, qui valut au messager 
du Conseil de Flandre qui l'apporta et à l'envoyé de la 
régente de généreuses gratifications, les échevins de la 
Keure et des Fardions se réunirent à l'hôtel-de-ville *. Une 
proclamation fut rédigée séance tenante. La victoire de 
l'empereur y était pompeusement annoncée au peuple, ainsi 
que les solennités religieuses ordonnées par la régente. Le 
magistrat y engageait ensuite les bourgeois de Gand à mani- 
fester leur allégresse par rillumiiiation de tous les quartiers 
de la ville, et les informait que des prix en argent seraient 
décernés aux voisinages les plus brillamment illuminés ^. 



kersienrycke, zulcx alst ontwifelic zal, ende hieraf en 7yt in gheenen ghe- 
breke. Lieve ende glieminde, God zy met ulieden. Te Ghendt dezen vier- 
den * in meye duust vyf bondert zeven ende veerlicli, ondergheteekent : 

» A. HCERNE. » 

(Extrait du registre II, î° 458 V.) 

• Cette date est évidemment une erreur, puisque le 3 mai les solennités 
étaient terminées. 

' A l'époque qui nous occupe, la magistrature écheviuale de Gand était 
composée comme suit : 

Echevins de la Keure. Echevins des Parchons. 

Nicolas Triest, s^ d'Auwegliem. Jeas de Vos. 

Jeas Rcffelaert. Jean de Stercke. 

Jean Salaebt. Simon vander Haghe, s^ de Gotthem, 

Barthélémy vas de Putte. Jean van Hembtse, fils de Gdilladme. 

JossE VAN Grtspeere. Josse VAN DES Eede, oprès lui Jacqces 
Gcillacme van Laee. Cabillad. 

Jean van Hembtse, fils de Bcssart. Gaspard van Riebeke. 

JoSSE DE GrCDTERE. MiCHEL DE VriENDT. 

LODIS VAN iMORSLEDE. LlÉVlN dHoOGHE. 

LiÉviN Prysbier. Antoine Colpaert. 

LiÉviN VAN Caseele. Adrien de Wale. 

Eloi de Scheppere. Jean de Hertoghe, le jeune. 

Jean Baers. François Ccrthals. 

Gcillacme van Ccelene. 
Antoine Bcridaen était alors premier secrétaire du collège de la Keure. 
' Celle pièce existe aux archives communales, la voici : 

Actum den derden in meye XV<' zevenenveertich. 
Men gtiebiedt ende laet weten van heere ende wet «veghc dat men omine 



337 — 



La proclamation fui publiée le 3 mai de bonne heure, 
avec l'appareil de trompettes et de tambourins qu'on avait 



de goede ende blyde nieuraare ainu ghecoramen by der Majesleit van der 
coninghinne régente ende gouvernante van haerwaerts over, iegenwoirdelic 
wesende binoen deser slede, van der groole victorie die de K. M' onsen 
souveraynen heere ende prince onlancx ghehadt heeft in de duulsche lan- 
den ieghens zyne vianden, rebelle ende wederspanneghe van Zyne M' ende 
van der keyserrycke, aldaer onder andere de herloglie van Sassen ghevan- 
ghen es up den xxiiijen aprllis lestleden ende zyn armée gliebeel ghedes- 
trueert, onldaen ende verjaecht, ende grooten deel versleghen, ter grooler 
geruslichede ende welvaerl van den voornomden duulsche landen ende van 
den ghelieelen kerstenrycke, so vermaent men eenen yeghelicken alvoren 
Gode van hemeirycke van der zelver victorie le danckene met aelnioesenen, 
bedinghe ende allerande duechdelicke gheweercken, ende crame elcken 1er 
zelver causen te verweckene lot blyscepen , tsy ghebuerleu , particulière 
persoonen ofle anderssins, zo adverleert men dat desen avondt by den 
ghonen schoonsl ende playsants mel lichte vierende, te winnene zyn di- 
versche prysen, zo hier naer volgt i 

Voor den eerslen prys Vyflhien Karolus guldenen. 

Lampaerl. 

Voor den tweetslen prys xij Karolus guldenen. 

Poêle. 

Voor den derden prys x Karolus guldenen. 

Langhesleenslrale. 

Voor den vierden prys viij Karolus guldenen. 

Sleepslrale. 

Voor den vyfsten prys vj Karolus guldenen. 

Coorenaerl. 

Voor den zesslen prys v Karolus guldenen. 

Mageleinslrate, 
Voor den zevenslen prys .... iiij Karolus guldenen. 
Cammestrate. 

Voor den achtslen prys iij Karolus guldenen. 

De Hoochslrate buten Turrepoorle. 
Ende voor den negenslen prys. . . ij Karolus guldenen. 
Spriete tnelten Nedercautere. 
Ende aile dese prysen sal men gheven in wyne of in ghelde 1er k«ere 
van den ghouen dièse winneu zal. Welcke prjsen ghcjugiert zullen zyn by 
den bailliu ende scepenen, die 1er zelver causen ommeryden zullen. 

Men ordonneert oock van weghen aisboven dal men in aile de prochy- 
kercken binnen deser stede ihavont luude een poose van den achten lollen 
neghen hueren; men zal de luuders van der slede weghe belalen. 

Voorls dal elck loezie ende zurge draghe daller gheen dangier van viere 



— 358 — 

coutume d'employer dans les grandes circonstances. Les 
bons bourgeois s'éveillèrent au bruit de ces fanfares, et 
apprirent par la voix des hérauts de la ville, que leur 
illustre et redouté souverain venait de cueillir de nou- 
veaux lauriers sur le champ de bataille. 

A peine l'heureuse nouvelle est-elle annoncée, que toutes 
les cloches de la ville sont mises en branle. Les carillons 
des églises paroissiales et du Beffroi lancent leurs bruyants 
accords dans les airs. Le canon de la citadelle que Charles- 
Quint a fait construire sept ans auparavant pour maintenir 
ses turbulents concitoyens dans le devoir, mêle sa voix 
puissante aux accents joyeux des sonneries. Les maisons 
se pavoisent comme par enchantement et de riches étoffes 
s'étalent aux fenêtres. Partout les couleurs du souverain 
flottent à côté de celles de Gand, tandis que le double aigle 
impérial et le lion flamand brillent sur d'innombrables 
bannières. 

Une foule toujours avide de plaisirs et de fêles pompeu- 
ses remplit les rues de la grande cité, qui avait à celte 
époque une population de plus de 90,000 âmes. 

Tout-àcoup, le silence se fait, on se découvre avec 
respect et les fronts s'inclinent. La procession, ordonnée 
par la régente, s'avance lentement et en bon ordre. L'en- 
cens fume, et les prières du peuple se joignent au chant 
d'un nombreux clergé, pour rendre grâces à Dieu de la 
victoire que le très-puissant, très-magnanime empereur 
Charles vient de remporter sur ses ennemis. 

Les chroniques du temps ne donnent pas de détails sur 
cette procession; mais il est permis de dire qu'aucune des 
splendeurs religieuses, que le catholicisme seul sait dé- 
ployer, n'y manqua, et que le Conseil de Flandre, le 



en gebuere ende vooris dal hem elck paysivelic hebbe achter strate zonder 
cetieghe beroerte of rulhede le in.ikeiic, up de correclie van scepenen. 

(Archives commtiuales, registre CC, f» 4t \o.) 



— 359 — 

magislral de la ville et la cour y assistèrent, comme les 
abbés mitres de Saint-Pierre, de Baudeloo, de Troncbien- 
nes et le prévôt de Saint-Bavon, Luc Munich, dernier abbé 
du monastère fondé au VU'' siècle par saint Amand, l'illus- 
tre apôtre de la Flandre. 

Le long itinéraire que la procession devait parcourir 
s'accomplit au milieu du recueillement de la population 
entière. Après avoir imploré les bénédictions du ciel, on 
songea à la partie du programme consacrée aux réjouis- 
sances publiques. 

Selon l'ancien usage, le magislral de Gand avait eu 
recours aux Chambres de rhétorique, qui s'étaient enga- 
gées à donner sur les principales places de la ville, des 
représentations dramatiques appropriées à la circonstance. 
En quelques heures les membres de ces cercles littéraires 
improvisèrent, c'est le mot, plusieurs sujets, que le peuple 
applaudit avec enlhousiasme. 

Les Chambres de rhétorique constituaient au moyen- 
âge l'élément indispensable des fêles nationales. La plus 
petite ville de Flandre avait la sienne. Gand en possédait 
quatre; savoir, celle de la Sainte-Trinité, dite : de la Fon- 
taine; celle de Sainte-Agnès, dite Boomlooze mande; celle 
de Maria f eeren et celle de Sainte-Barbe K Chacune de 
ces sociétés reçut une gratification de trois livres de gros; 
la Fontaine, qui existe encore et dont la fondation re- 
monte à l'année 1448, en reçut quatre. 

Aux archives communales il existe un fort volume in- 
folio, dans lequel on a réuni toutes les pièces qu'on a pu 
trouver, concernant ces associations littéraires. Ce volume 
est intitulé : Rhétorique Kamers in Vlaenderen, 1437 ad 
1819, et renferme tous les matériaux nécessaires à l'his- 



* Nous avons parlé des Chambres de Rliélorique dans la Joyeuse Entrée 
(le âlaximilicn /" « Gand, en 1508. V. Messager des Sciences, 1850. 

2b 



— 360 — 

loire complète de ces vieilles et florissantes institutions 
lyriques. Ce n'est pas la première fois que nous signalons 
ce précieux volume à l'attention de ceux qui se dévouent 
à l'étude de l'ancienne littérature flamande*. Peut-être y 
trouveraient-ils la nomenclature des mystères représentés 
par les Chambres de rhétorique depuis leur origine, et 
parmi ceux-ci les speelen van sinne ou les esbaltements, 
montés si rapidement, met grooten haeste ende didgencie, 
comme disent les comptes communaux, à l'occasion de la 
victoire du Muhlberg. 

Vers huit heures du soir, le gros bourdon du Befl'roi, 
Roeland'i, donna le signal de l'illumination et aussitôt les 
cloches et les carillons des églises de Saint-Jean, de 
Saint-Jacques, de Saint-Nicolas, de Saint-Michel, de 
Sainte-Pharaïlde, de N.-D. à Saint-Pierre, de Saint-Sau- 
veur et de Saint-Martin à Akkerghem, lui répondirent. 
Celle musique aérienne, si goûtée des Flamands, dura une 
heure. 

Les comptes nous apprennent que les trompettes et les 
ménétriers de la ville, placés sur la galerie qui entourait le 
campanile du Befl'roi, y exécutèrent une brillante fanfare, 
pendant que la joyeuse cilé resplendissait de mille feux 
aux vives couleurs. 

Ces musiciens municipaux, speellieden van der slede^ 
figuraient dans toutes les cérémonies officielles et dans les 
cortèges. On les désignait sous le nom de schalmeyers, 
joueurs de clairon. Ils formaient une corporation, het 



• Les Eglises de Gand, t. Il, p. 9. 

' Celle célèbre cloche qui avait appelé les Ganlois à la révolle en 1540 et 
que Cliarles-Quinl avait fail descendre du Beffroi» pour en ordonner el faire » 
selon son bon plaisir, ne fut pas graciée comme on l'a prétendu *, mais 
simplement condamnée au silence. En 1543 elle reprit sa place dans le 
nouveau campanile de la tour communale. 

* V. Messager des Sciences, année 1846, p. 424. 



— 361 - 

schalmeyerschap, dont les six clairons de la ville étaient 
indubitablement les chefs. Ceux-ci portaient un riche cos- 
tume qu'ils endossaient dans les grandes circonstances. 
« La bonne ville mettait du luxe à bien orner ses trompettes, 
» qui ouvraient la marche de ses cavalcades, dit le poète- 
» archiviste Van Duyse. Elle leur fournissait un superbe 
» costume, dont faisait partie un justaucorps en velours, 
» et au sujet duquel les comptes de la ville contiennent 
» des détails. Leurs instruments étaient en argent doré. Il 
» existe une gravure en bois, qui appartient au milieu du 
» XVI" siècle, dans laquelle est représenté un de ces mé- 
» nestriels, tiers plumets s'il en fut *. » 

Cependant, la foule qui encombre les rues se range. Le 
grand-bailli et le magistral vont assister à l'illumination et 
aux spectacles organisés par les Chambres de rhétorique. 
Déjà le cortège officiel s'avance. Tous les personnages qui 
en font partie sont à cheval. Les trompettes et les méné- 
triers de la cité ouvrent la marche. Le aiagnifique écusson 
d'argent, chef-d'œuvre d'orfèvrerie gantoise du XV^ siècle, 
brille sur leur poitrine 2. Les sergents, colf-drueghers, et 
les hallebardiers du bailliage et de la commune les suivent. 
Après eux viennent les secrétaires ordinaires de la Keure 
et des Parchons, conduits par leur chef Antoine Buridaen. 
Enfin, le grand-bailli, messire François vander Gracht, 
seigneur de Schardau, chambellan de l'empereur, parait 
entre le premier échevin de la Keure, messire Nicolas 
Triest, seigneur d'Auweghern, et le premier échevin des 
Parchons, messire Jean de Vos, suivis des membres des 
deux collèges communaux. 

Depuis la concession Caroline, le grand-bailli partageait 
avec les deux premiers échevins la responsabilité du trésor 



' Mexsaqer des Sciences, année 1846, p. 69. 
* Idera, p 63 . 



— 362 — 

des chartes, confié à leur garde collective. Le coffre de fer 
contenant les privilèges que Charles-Quint avait rendus à 
la ville après la fameuse révolte des cressers en 1539, était 
fermé au moyen de trois serrures, dont chacun des trois 
dignitaires possédait une clef. Mais les clefs des portes 
de la ville étaient toutes entre les mains du grand-bailli, 
qui avait le pas dans les cérémonies et les solennités pu- 
bliques sur le premier magistrat de la commune. 

Le sous-bailli, Jean de Gruutere, accompagnait son 
supérieur, qu'il remplaçait dans mainte circonstance. C'est 
ainsi qu'il fut chargé avec l'échevin de la Keure, Liévin 
van Caseele, et le premier secrétaire Antoine Buridaen, de 
parcourir tous les quartiers et de décerner aux voisinages 
les plus brillamment illuminés, les prix accordés la veille 
par les échevins. 

La proclamation que nous avons fait connaître à nos 
lecteurs, porte les noms des voisinages qui méritèrent les 
prix. Il est probable que le premier secrétaire Buridaen 
les aura inscrits sur la pièce officielle pendant la marche. 

Le peuple admirait la magnificence de ce long et brillant 
cortège. Il saluait de ses acclamations les hauts dignitaires 
de la couronne et de la commune, chevauchant courtoise- 
ment ensemble par les rues de l'antique cité. 

Au-dessus de ces mille bruits, de ces cris de joie, écla- 
tait avec enthousiasme le nom de l'empereur victorieux, 
dont la popularité était immense. Les Flamands con- 
naissaient le respect du souverain pour leur langue mater- 
nelle. Ils lui étaient reconnaissants d'avoir compris, quoi- 
que bien jeune encore, que la Flandre ne pouvait être 
gouvernée que par des Flamands '. Le peuple de Gand 
l'aimait véritablement. 11 était fier de ce prince gantois, de 
keizer Karel, dont on racontait les faits et gestes dans les 

» Belgisch Muséum, t. VI, p. 174. 



— 363 — 

chaumières aulour du foyer domestique. Aujourd'hui en- 
core ce nom, devenu presque légendaire, a conservé tout 
son prestige dans nos campagnes flamandes. Nos bons 
paysans s'entretiennent volontiers de ce prince, et lisent à 
haute voix, pendant les longues soirées d'hiver, un opus- 
cule qu'on réimprime de temps en temps et qui se vend 
toujours, où toutes les prouesses du souverain sont rela- 
tées dans un style simple et plein de bonhomie '. 

Le lendemain, 4 mai 1 347, de brillantes joutes sur l'eau 
eurent lieu à l'endroit dit : Coorenleye. Les comptes disent 
que la régente y assista avec sa cour. Elle s'y rendit, on 
ne saurait en douter, en grande pompe, accompagnée du 
grand-bailli et du premier échevin de la Keure. 

Les trompettes et les ménétriers de la ville se firent de 
nouveau entendre pendant ce tournoi, que nous ne pouvons 
décrire faute de renseignements. Les archives ne sont pas 
moins muettes au sujet des prix décernés aux vainqueurs; 
mais elles établissent que l'aubergiste Liévin vande Velde 
versa aux jouteurs altérés trois tonneaux de cervoise, 
(keyte) aux frais de la ville. 

Marie de Hongrie ne prolongea pas son séjour à Gand. 
Après avoir assisté aux solennités qu'elle avait ordonnées 
pour célébrer dignement la victoire de Muhiberg, ainsi 
qu'aux deux services funèbres qu'elle avait fait faire à 
l'église conventuelle des 0. L. Vrouwe-broeders, pour le 
repos de l'àme de François I", roi de France, le rival de 
Charles-Quint, et pour celle du roi d'Angleterre, Henri VIII, 
elle partit le 6 mai 1S47 et prit la route d'Anvers, en pas- 
sant par le pays de Waes. 



' M'' F. Vasderhaechen cite cet opuscule, iiililulé : De heerlyke en vrolyke 
daeden van keyser Carel de V, dans sa remarquable Bibliographie gantoise, 
t. IV, p. 202, n» 6465. On y lit que ce roman historique est dû à la plume 
de l'imprimeur Jean De Grieck, de Bruxelles, et que la première édilion 
parut en 1675. La dernière, revue par Williï.ms et Ssellaeiit, a paru à Gand 
chez Gyselynck en 1846. 



- 364 — 

Ici finit notre tache. Cependant, avant de déposer la 
plume, nous dirons que le récit qu'on vient de lire, dé- 
montre une fois de plus combien il est utile de consulter 
nos vieilles archives, sources fécondes et lumineuses qui 
alimentent l'hisloire, et pour lesquelles on ne professe pas 
toujours le respect dont elles sont dignes. 

Certaines administrations communales manquent com- 
plètement à leurs devoirs en négligeant la conservation 
de leurs anciens documents. 11 en est qui commettent la 
faute grave de vendre ces vieux papiers, qu'elles dédaignent 
et déclarent de nulle valeur, parce qu'ils leur paraissent 
indéchifïrables. Nous avons déjà signalé cette triste situa- 
tion dans l'enceinte législative *, et nous saisissons de nou- 
veau l'occasion de la recommander à la sérieuse allenlion 
du gouvernement, qui devra prendre des mesures efficaces 
et promptes pour mettre un terme à d'inqualifiables abus. 
L'ignorance et l'incurie sont souvent plus dangereuses que 
le Temps lui-même, ce destructeur inexorable de tout en 

ce monde. 

B"" Kervyn de Volkâersbeke. 



Extraits du Memorieboek der stad Ghent. 

Item, iip Sente Joorisdach quam mevrauive de régente binnen 
der slede van Ghendi, ende iip den Meydach was te Gheiuit 
processie generael oin dat men verstaen hadde dat de keysere 
viciorie geliad hadde jeghens syne vyanden. 

Item, den iweeden Meije dede mevrauive de régente een coste- 
licke uutvaert doen over den coninc van Vranckerycke Franchoeis, 
tôt Onze Vrouwenbroêrs. 

' Annales parlemcnlaireg, 1873, p. 753. 



— 365 — 

Item, den derden in Meye gaf mevroinve der wet van Ghent 
te kennene hoe datse seker lydinghe onifaen hadde aïs dat op 
den xxini*° in April, op eenen sondach, de keyser eenen slach 
ghewonnen hadde, ende dat de hertoghe van Sassen ende de 
lanfgrave van Hessen ghevanghcn waren, ter welcker cansen 
dat scepenen van Ghenl ordoneerden veel scoone prtjseti die le 
îvinnen ivaren met scoonst te vieren, soo dat men 's avonts bin- 
nen Ghent veel straten ende ghebuerten, de vier cameren van 
Rheiorycke speelden te veele plaetsen, ende aile de clocken van 
Ghent luudden 'savonts van viii^" tôt den ix^° ueren in aile 
kercken van der stede. 

Item, den vierden in Meye dede mevroiiwe de régente een 
scoon uiUvaert over den coninc van Inyhelant Heynderic, van 
ghelycke 't Onse Vrouivenbroêrs. 

Item, den vi'° in Meye reisde mevrauwe de régente naer de 
stede van Andiverpen. 



Archives communales de Gand. 

Extrait du compte de la ville du 10 mai 1546 au 

10 mai 1S47. 

F" 292 r". Betaelt Philips van Redichove, messagier deser 
stede, de somme van vj sch. grooten, ter causen van twee 
stonden by hem, vut laste van scepen, ghevaciert, deerste reyse 
int ommeriden met den bailliu ende scepenen up den 3° may, omme 
tvisiieren van der vieringhen die men aldoe dede, vnt causen 
van der blide ende groote viciorie by der K. M* ghehadt in de 
duutsche landen ende de ij° met Anthuenis Buridaen, etc. 

vj sch, grooten. 

Item, betaelt Pietere Lindeman, messagier in den raedt van 
Vlaenderen, ter causen dat hy an scepen brieven brachte van den 
zelven heeren, haudende dat men processie générale draghen 
zonde, in dancbaeiheit van den viciorie by der K. M. onsen 
souverainen heere ende prince, gehadi in de duutsche landen. 

xvj grooten. 



— 366 — 

F" 297 r". Item, betaelt den onderbailliu M^ Joos de Gruu- 
tere ende Lievin van Cazele, scepenen, ende Aiithnenis Buri- 
daen, eerste secrefaris van der kiiere, samen de somme van 
XX sch. grooien, ter causen dat zij iip den iij^° deser maendt te 
peerde ommeghereden hebben savonds aile de slede duere, ah 
jugea ghecommitleert, onime de prisen te jugierne nopende de 
vieringhe alhier ghehouden van der blyde nieumare van der 
victorie van der K. M' in de duuische landen, ieghens de re- 
belle van zynder M' ende van den keyserrycke, aldaer de her- 
toghe wylen cuervorster van Zasseu ende andere personnaigen 
ghevanghen zyn ende de gheheele arraee ghedestrueert naer 
tverclaers van der ordonnautie . . . . xx sch. grooten. 

F° 318 v°. Item, betaelt .... [sic), messagier van der M' 
van der coninghinne régente, etc., de somme van vj sch. 
viij deniers grooten, ter causen van der hlyder nieumaren by hem 
van iveghen de iV van der coninghinne régente, etc., wesende 
binnen deser stede, ghebrocht aen mynne heeren van der wet, 
van de victorie die de K. M', onsen souverainen prince gbehadt 
heeft in de diiutsche landen ieghens zynne vianden, rebellie 
van zynder M'., aldaer ondere andere de hertoghe was van 
Zassen, ghevanghen es ende gheheel zynne armée ghedestrueert, 
naer tverclaers van der ordonnantie. . vj sch. viij den. gr. 

F" 319 \°. Item, betaelt den scalmeyers deser stede, de 
somme van twintich scellinghen grooten, ter causen dat zy ge- 
speelt hebben up tbieelfroidl len diveerschen stonden ende poosen 
up den iij^" deser maendt van Meye savonis, ter vieringhe alhier 
ghehauden ende isanderdaechs ten sleecspele up dwalere in de 
coorenleye daer de jW van der coninghinne régente, etc., présent 
was, ende dit omnie de blyde nieumaren van de grooie victorie 
die de K. Ma' onlancx ghehadt heeft in de duutsche landen 
ieghens zyne vianden, rebel van zynder iMa' ende van den 
keyserrycke, naer 't verclaers van der ordonnancie. xx sch. gr. 

F" 320 r". Item, betaelt den zes trompetters deser stede, de 
somme van xx sch. grooten, ter causen dat x-y gheblasen hebben 
diveersche poosen up tbieelfroidt up den iij^" deser maendt, ter vie- 
ringhe die men hier Isnavonls houdende ivas ende sanderdaechs ten 



— 567 — 

steecspele up divatere in de coorenleije, daer de Ma* van der conin- 
ghinne régente, etc., présent was, ende ditie omnie de blyde 
nieumaren van der groote victorie die de K. M' ghehadt heeft 
onlancx in de diiutsche landen iegheos zynue vianden ende 
rebelle van zynder Ma' ende den keyserrycke, noch van ghe- 
trompt thebbene tvoorghebodt up den ii]™ deser maendt, omme 
de voirnoinde vieringhe te doene, xx grooten, compt tsamen 
naer tverclaers van der ordonnaniie. . xxj sch. viij den. gr. 

F° 321 v°. Item, betaeit ter causen van den neghen prijsen by 
scepenen iipgheslelt ten proufftjte van den ivycken die binnen deser 
stede scoonste getiert liebben, omme de goede ende blyde nieu- 
maren van der victorie by der K. Ma' ghehadt in de duutsche 
anden ieghens de wederspanneghe van zynder Ma', up den 
xxiiij^° aprilis xLvij, naer tverclaers eenen bilgiette haudende 
ordonnaniie ende specificatie, de somme van 

X lib. xvj sch. viij den. gr. 

F" 321 v". Item, betaeit den prince met zynnen rade van der 
helegher drievuldicheyl gheseidt de Fonteine, de somme van 
iiij lib. grooten, ter causen dat zy up den iij'° deser maendt van 
Meye by laste van scepenen met grooter haeste ende diligencie heb- 
ben doen maken, stellen ende verloghen in retorycke een spel ah 
men hier vierde voor de goede nieumaren van der victorie die 
de K. Ma' onsen souverainen heere onlancx ghehadt heeft in 
de duutsche landen ieghens zynne vianden rebelle van zynder 
Ma' ende van den keiserrycke, aldaer onder andere ghevanghen 
es de hertoghe corvorstere gheweesl van.Zassen met andere 
personnaigen ende gheheel huerlieder armée ghedestrueert, 
ende thulpen den oncosten by den vooruomden guide hier 
inné ghesupporteerf, naer tverclaers van der ordonnantie. 

iiij lib, grooten. 

F" 321 v". Item, betaeit den dekens ende proviserers van den 
drye cameren van relhorycke, te ivetene : van Sinte Barbelen, Sinl 
Agneeten ende Marie iheeren, eicken iij lib. grooten, commende 
tsamen ix lib. grooten, ter causen in de voorgaende ordonnaniie 
ghementionneeri, naer tverclaers van der ordonnancie. ix lib. gr. 

F" 322 r". Item, betaeit in den handen van Lieven Van den 

26 



— 568 — 

Velde de somme van xx sch. grooien, ter causen van iij tonnen 
ketjlen, ghepresenteert ende ghesconcken den ghezellen die nu on- 
lancx ten watere ghesteken hebben in de coorenleije, ter presenlie 
van der M' van der coninghinne régente, etc., sanderdaechs naer 
de vieringhe hier ghehouden omme de blyde nieumaren van der 
victorie van der K. Ma' in de duiiische landen, naer tverclaers 
van der ordonnancie xx sch. gr. 

F° 322 r". Item, betaeit Jacob Van Hoolbeke, beyaerdere van 
Sint Jans keercke, de somme van iiij sch. grooten; Heindric Van 
den Beerghe, clocludere ofie beyaerdere van Sint Jacobs, iij sch. 
grooten; Franchois de Brune, betjaerdere van Sint Niclaus, 
iij sch. grooten; Jan de Bode, beyaerdere van Sint Michiels, 
ij sch. grooten; Laureins Van der Crayen, beyaerdere van Sinte 
Veerlen, ij sch. grooten; Jacob Haechman, van onser Vrouwen 
tSinte Pieters, ij sch. grooten; Jacob Dyngheische, van She- 
licxkerst, ij sch. grooten, ende Anthuenis de Baets, van Ecker- 
ghem, ij sch. grooten, al met huerlieder assistenten, ter causen 
dal zy up den iij^" van Meye lestîeden, by lasle van scepenen, ghe- 
uut hebben een poose een huere lanc gheduerende, van den viij"" 
olten neghenen savants als men hier vierde omme de victorie van 
der K. Ma' in de duutsche landen, commende tsamen naer 
verclaers van der ordonnantie xx sch. gr. 



369 — 



NOTES 



8CR 



QUELQUES BELQES CELEBRES. 

Parmi les manuscrits provenant de feu Délavai, sous- 
bibliothécaire de la Bibliothèque de Gand, nous en avons 
trouvé un qui renferme des indications que nous avons cru 
utile de reproduire; elles concernent surtout des artistes. 

Louis Cnudde, peintre, né à Gand en 1682, fut élève 
de Jean van Cleef. Il exécuta pour l'église des RR. PP. 
Dominicains de Gand, un tableau d'autel, représentant la 
Décollation de saint Jean- Baptiste, et pour l'église du 
Béguinage de la même ville, un toile représentant le Mar- 
tyre de saint Liévin. 

La voûte peinte dans la chapelle appelée, chapelle 
épiscopale , à côté de celle de la Vierge au haut de 
l'église de Saint-Bavon, est également de lui, bien qu'on 
l'ait parfois attribuée à Nicolas Roose. Cette voûte, qui 
souffrit considérablement de l'incendie du 11 septem- 
bre 1822, a été depuis blanchie à la chaux. 

Cnudde est aussi l'auteur du dessin de la tombe de 
marbre de l'évéque Philippe-Erard vander Noot, exécutée 
par Jean Boeksent, frère lai récollet. Heyibroeck a donné 
une gravure de ce monument. 

Louis Cnudde mourut en 1741 et est enterré dans 
l'église de Notre-Dame (Saint-Pierre) à Gand. 



— 370 — 

Augustin Cnudde, frère de Louis et son élève, également 
né à Gand, a réussi dans la peinture décorative et la fres- 
que. Il donna des leçons d'architecture et fut considéré 
comme un des meilleurs maîtres dans cet art. II mourut 
à Gand en 1756 et est enterré comme son frère dans 
l'église de Notre-Dame. 

(Ces notes sur les Cnudde sont tirées d'un manuscrit 
de l'artiste-abbé Van de Velde, dont il est question dans 
la note suivante). 

Etienne-Louis Van de Velde, né à Gand en 1757, y 
mourut dans la rue appelée Sint Pieters Ëyckslraet, le 
16 septembre 1824, il était fils de Louis et de Marie- 
Louise Cnudde, fîlle du peintre Louis. 

Il entra dans l'état ecclésiastique, devint prévôt de la 
chapelle de Meulestede, et fut chanoine pendant le temps 
heureusement court des différends entre les vicaires de 
l'évêché de Gand, lorsque le gouvernement français voulut 
mettre l'abbé de la Brue de saint Banzille à la place de 
l'évêque Maurice de Broglie, qu'il avait banni. 

L'abbé Van de Velde, qui était bon dessinateur, est 
l'auteur des dessins des planches gravées par Tiberghien, 
qui ornent l'ouvrage de Martin De Bast : Recueil des anti- 
quités romaines et gauloises, trouvées dans la Flandre pro- 
prement dite (2^ édition 'm-i°. Gand, chez A. B. Stéven). 
Il était en même temps peintre, mais nous ne connaissons 
aucun de ses tableaux. 

Ami de Martin De Bast, curé de Saint-Nicolas, il revit 
et corrigea les écrits de celui-ci, au sujet du serment exigé 
des prêtres par la loi du 7 Vendimiaire an V. (De Bast, 
condamné à la déportation, était obligé de travailler en 
cachette). Il écrivit lui-même un petit ouvrage, dans le- 
quel il se montra partisan du refus du serment. Cet écrit 
témoigne de la grande piété de l'auteur et de son amour 
pour la paix. 



— 371 — 

Il publia encore un autre écrit, où l'on voit qu'il n'est 
nullement partisan de la langue française ni du régime 
français, 

Jean-Antoine Stichelbaut, né à Gand en 1746, fut maî- 
tre des pauvres; il est l'auleur de : Heylzaem oorjslag op 
het onbloedig slachtoffer, in-S". — De H. Maghet en nioe- 
der Gods Maria in het helder daglicht, etc., 1811, in-8°. 
— De Caroliade, poème en vingt chants, qu'il n'eut pas 
le temps de terminer et qui ne fut jamais imprimé. Il 
composa encore de nombreuses pièces de poésie toutes 
dans le genre sacré, dont plusieurs à l'usage de la con- 
frérie des administrations à Gand; il demandait comme 
rénumération que tous ceux qui les liraient voulussent 
réciter à son intention cinq Pater et cinq Ave. Stichelbaut 
mourut à Gand le 12 octobre 1814, à l'âge de soixante- 
huit ans. 

Son frère Albéric fui curé à Meyghem; il écrivit un 
poème en douze livres, intitulé ; Jerusalems herslelling, 
Bruges, 1811, in-8°. 

J. Verheggen, de l'ordre des ermites de Saint-Augustin, 
né à Gand, près de la place Sainte-Pharaïlde à ce que 
nous croyons, est l'auteur d'un poème badin de dix pages 
in-8°, avec notes, intitulé : Gesprek tussc/ien Belfort en 
dulle Griete, gefiouden in den nacht tiisschen den 1 6 en 
17 der slachtmaend ten jaere 1789 binnen G/iendt, im- 
primé chez Bernard Poelman. Nous nous souvenons d'y 
avoir lu ce vers : 

Den kolonel de Rouck, 

Die kogels lieeft geval onJer kaniisool en broek. 

Ce petit ouvrage, qui est devenu fort rare, a un fron- 
tispice gravé par Tiberghien, bien que quelques-uns l'at- 
tribuent à J. Malpé. 



— 372 — 

Jean Boeksent, né à Gand le 22 octobre 1660, devint 
frère récollet au couvent de Gand, y fut profès le 22 avril 
1685, et mourut le 9 avril 1727. Ce religieux exécuta le 
tombeau en marbre de Philippe-Krard van der Noot dans 
la cathédrale de Saint-Bavon, à Gand, et les quatre évan- 
gélistes du dôme de l'église de Notre-Dame de Saint-Pierre. 
Il sculpta aussi les statues qui ornaient les piliers de 
l'ancienne église des Récoilets de Gand : ces œuvres, fort 
estimées, furent détruites avec l'église en 1793-1796. 
Feu Huyttens possédait le portrait de ce sculpteur; il passa 
ensuite à l'Académie de dessin de Gand. 

Une tradition rapporte que le frère Boeksent, muni de 
l'autorisation de ses supérieurs, fit le voyage de Paris et 
travailla quelque temps pour la Cour. 

Pierre-Antoine Verschaffelt, né à Gand le 8 mai 1710, 
d'Etienne et de Livine De Sutler, dans la rue dite Oude 
Veste (vieux rempart), fut baptisé dans l'église paroissiale 
de Saint-Jacques. Il mourut à Munich le 5 avril 1793, 
à l'âge de quatre-vingt-trois ans. 

En 1732, il remporta deux médailles à l'Académie de 
Paris; en 1751, il fut un des promoteurs de l'institution 
de l'Académie de dessin de Gand; peu après il partit pour 
Rome, où il devint membre de l'Académie et fut fort bien 
traité par Clément XIV. A Rome il exécuta de nombreux 
ouvrages : la statue colossale en bronze de l'archange 
Saint-Michel qui se trouve au haut du château Saint-Ange, 
ainsi que le buste de Clément XIII et la tombe de ce 
pape, sont ses œuvres; il les fit de 1758 à 1769. 

Sans parler de plusieurs statues destinées à décorer des 
façades de palais, et deux anges supportant un bénitier 
dans une des églises de la ville éternelle. 

En 1764, il fit les travaux d'architecture du chœur de 
la cathédrale de Saint-Bavon à Gand, le plan de l'arsenal 



— 373 — 

de -Manheim, ainsi que celui de la salle de spectacle et de 
la bibliothèque dans la même ville. 

En 1775, le 4 janvier, eut lieu l'inauguration d'une 
autre de ses œuvres, la statue du prince Charles de Lor- 
raine, sur la place royale de Bruxelles; les États de Bra- 
brant qui avaient fait ériger cette statue, donnèrent à celte 
occasion à l'artiste une somme de 60,000 florins, plus 
une tabatière et encore 20,000 florins. En 1776, il fit le 
plan de la nouvelle église à Oggersheim; en 1782, il fit 
dans la cathédrale de Gand le tombeau de l'évéque Maxi- 
milieu-Antoine van der Noot, qui coula 28,000 florins. 
Verschaffelt, surnommé en Italie o il Fiammingo, » était 
sculpteur et architecte de S. A. S. le comte palatin Charles- 
Théodore, prince de Sulzbach, professeur et directeur de 
l'Académie de JManheim, érigée en 1764, avec 1200 flo- 
rins d'Allemagne de pension; le 18 octobre 1776, il fut 
créé chevalier de l'Ordre du Christ par le pape Pie VI, 
anobli par l'empereur Joseph II en 1780, avec transmis- 
sion à ses fils et à ses deux neveux. Il portait pour armes 
d'or à deux fasces de sable, chargées chacune de trois 
tourteaux d'or, le heaume surmonté de la couronne et 
pour cimier trois plumes d'autruche. 

Il laissa à Munich deux fils, l'un conseiller et l'autre 
sculpteur, et deux filles. 

En 1784, il fit le plan de l'église catholique de Nu- 
remberg. 

Il exécuta également les bustes en marbre blanc de 
Voltaire, de l'impératrice Marie-Thérèse et de Benoit XIV. 

On raconte que pendant l'hiver rigoureux de 1784, il 
fit à Manheim une énorme figure en neige. 

Son élève M. Zauner, qui voyagea en Angleterre, fit à 
Vienne une statue en pied de Joseph II, inaugurée le 
2o novembre 1807, pour laquelle François II lui fit pré- 
sent d'une tabatière en or avec 10,000 florins et une pen- 
sion de 3000. 



— 374 — 

Jean Van Volxem, fils de Jean. Son père eut deux fem- 
mes, iMarie Martin et Marguerite Clemens; nous ne savons 
pas bien laquelle des deux fut mère de Jean; si c'est la 
première, il naquit à la paroisse de Saint-Sauveur à Gand, 
le 14 octobre 1689; si c'est la seconde, la date de sa 
naissance est le S novembre 1679. Il eut pour maître 
Robert Van Audenaert et fut reçu dans la gilde de Saint- 
Luc le 19 octobre 1706; il quitta ensuite son mailre pour 
aller s'établir pendant quelque temps à Paris; à son re- 
tour, ayant montré un cerlaio nombre de ses œuvres à 
Van Audenaert, celui-ci lui dit : « V^ous avez fait en 
France de grands progrès en peinture, mais vous avez 
presque complètement oublié le dessin. » 

V^an Volxem demeurait dans la rue de la Vigne au 
quartier d'Akkergem; il perdit sa femme le 6 décembre 
1750, et mourut lui-même deux ans plus lard. 

Sou meilleur temps fut vers 1717 : il peignit pour 
l'hôtel-de-ville de Gand, exécuta la voûte du théâtre, un 
tableau d'autel pour le ci-devant couvent des Ursulines et 
un autre pour l'église d'Akkergem. 

LiÉviN Cruyl, prêtre, architecte et dessinateur. iVous ne 
connaissons l'époque exacte ni de sa naissance ni de sa 
mort; mais nous sommes certain qu'il vivait dans la pé- 
riode s'étendant de 1662 à 1684 et naquit à Gand. 

On conserva longtemps dans les archives de l'église de 
Saint-Michel à Gand, un dessin intitulé : « Quadrarjularis 
icfionographia 2*^* statiofiis p. o'* tiirris D. Michaelis 
Gandavi ex qua cetere octogonales seqiiuntiir. » Celte 
pièce est signée : « ^. inven. Welteren 1662, 17 7'^'''^ » 
Nous croyons que ce dessin passa en 1813 en la possession 
de l'architecte Jacques Velleman, et le 22 novembre 1829 
en celle de M. Hye-Schoulheer. 

A la maison-de-ville, dans le petit bureau de l'architecte, 



— 375 — 

ancieniiemeiil la trésorerie, il y avait de lui deux dessins, 
intitulés, l'un : Orthographia tiirris horologii Gandaven- 
sis, vulgo het Belfort. P^^ fecit 1684. Ce dessin repré- 
sente le Beffroi tel qu'il était à cette époque; l'autre : 
Ortographia tiirris horologii Gandavensis, vulgo het Bel- 
fort, quœ sublato ligneo cucumine ruinam minante, ex 
lapide hàc forma perflci poterit. Livinus Cruyl P^"" et ar- 
chitect. fecit MDCLXXXIIII. 

Ce second dessin est un projet de reconstruction en 
pierre de cette tour, dont la partie supérieure menaçait 
alors ruine. 

Cruyl fit d'après nature, à Rome, le dessin des princi- 
pales églises, palais et places publiques, en quinze plan- 
ches, qui servirent à l'ouvrage de J. G. Grœvius, Thésau- 
rus antiquitatnm Romanorum; Ultraject. 1694(12 vol. 
in-fol.). Ces mêmes planches servirent à Desseine pour 
sa Rome ancienne et moderne (2 vol. in-fol., 1704-15). 

Au sujet de l'exécution de ces planches, ont lit dans la 
préface de l'ouvrage de Grœvius : « Plusieurs artistes ont 
» publié, et à diverses époques, les monuments de Rome 
» ancienne et moderne; mais personne n'a atteint plus 
i> heureusement ce but que le célèbre Liévin Cruyl, dont 
» nous donnons ici quinze gravures faites avec une élé- 
» gance digne des amateurs. On jugera des soins qu'il a 
» apportés à leur exécujion, lorsque nous osons alïirmer 
» que tout y est imité d'après nature, et que même, pas 
» une fenêtre, pas une cheminée n'a échappé à son 
» exactitude. » 

Feu Delbecq, instituteur et amateur distingué, possé- 
dait de Cruyl un projet de maître-autel pour la cathédrale 
de Saint-Bavon. 

Daniel Heinsius et sa famille. — Daniel Heins, connu 
sous le nom latinisé de Heinsius, naquit à Gand eu 1580 



— 376 — 

d'une famille déjà connue dans celte ville au commence- 
ment du XV'' siècle. Ses ancêtres avaient habité Graramout, 
et plusieurs s'y étaient distingué dans la littérature. Nico- 
las Heins, grand-père de Daniel, y fut écheviu et consul. 
C'était un homme d'une grande érudition. 

Le père de Daniel, appelé également Nicolas, épousa 
Elisabeth Navigeer, d'une famille originaire d'Ypres, qui 
fut depuis anoblie. 

Le nom des Navigeer subit le triste sort de beaucoup de 
noms de cette époque, il fut latinisé ou plutôt estropié, car 
on eu fit Vegereia, ce qui ne répond pas trop à Navigeer. 

Elisabeth Navigeer était fille de Pierre, procureur pos- 
tulant au conseil de Flandre, et de Marie Hauweel, qui se 
remaria à Antoine Van Hoorenbeke, procureur au conseil 
de Flandre, et mourut à Gand le 10 avril 1572; elle fut 
enterrée dans l'église de Saint-Martin. Son épitaphe porte 
les quartiers : 

Hauweel, de Vos, Ketelboeter, Diericx. 

Marie Hauweel laissa de son premier mariage deux filles, 
Elisabeth, qui fut mère de Daniel Heinsius, et Martine. 

La famille Hauweel était noble et ancienne, quelques- 
uns de ses membres figurent déjà sous le règne de Louis 
de Nevers avec le titre de chevalier; elle portait de gueules 
à cinq losanges d'argent. 

Peu de temps avant la réduction de la ville de Gand, 
les Brugeois offrirent à Nicolas Heinsius la place de con- 
seiller pensionnaire, mais il refusa toute espèce de fonc- 
tion, et ne s'occupa plus que de l'intendance des biens du 
prince d'Espinoy. 

Daniel, à peine âgé de trois ans, fut emmené à Terveere, 
en Zélande, par sa mère et deux de ses grand'tanles, qui 
fuyaient la Flaiulre à cause des troubles qui la désolèrent 
sous la diclalure de Hembyze. Peu après, ces dames se 
rendirent à Douvres et de là à Londres. Après un séjour 



- 377 — 

de quelques mois dans celte ville, elles passèrent à Deiff, 
puis à Ryswyck, où elles trouvèrent Martine iNavigeer, 
sœur germaine de la mère de Daniel, qui s'y était réfugiée 
après que la ville de Gand se fut rendue au duc de Parme, 
en septembre 1784. Cette dame avait épousé un homme 
qualifié de : « Amplae dignitatis vir summum rerum cri- 
minalium per Flandriam praefectus, » ce qui semblerait 
indiquer qu'il était ou grand-prévôt ou grand-bailli, bien 
que nous n'ayons pas encore trouvé le nom de celui qui 
fut revêtu de cette dignité sous le gouvernement temporaire 
du prince d'Orange. 

Nicolas Heins parait s'être fixé à Gand par suite d'un 
emploi qu'il y obtint; il est à présumer que ce fut celui de 
greffier du grand Conseil de Flandre; ainsi que le prouve 
une lettre du Conseil au Magistrat de Gand en 1580, signée 
Heins. Son nom ne se trouve cependant pas dans les listes 
connues de ceux qui ont occupé ce poste; cette omission 
peut toutefois être attribuée à ce que Heins professait la 
religion réformée. 

Nous ne savons pas au juste la date de la mort de Nico- 
las Heins, mais nous avons tout lieu de supposer qu'il 
était déjà mort en 1616, car le 4 du mois de novembre de 
cette année, nous trouvons que Martin Hauweel, écuyer, 
Jean Stalins, la veuve de Nicolas Heins, et la veuve de 
Nicolas van den Broucke furent condamnés par le Conseil 
de Flandre à Gand, à 50 sous d'amende pour voies de fait 
sur la personne de la veuve de Pierre Gielis. 

Ce Martin Hauweel était cousin germain de la dame 
Elisabeth Navigeer, mère de Daniel Heinsius, comme fils de 
Jean Hauweel, frère de Marie Hauweel, mère d'Elisabeth. 

A l'époque dont nous parlons, il y avait des personnes 
du nom de Heins à Renaix, nommément, Jacques et Jéré- 
mie Heins. 

Daniel Heinsius épousa en 1617, demoiselle Ermen- 



— 378 — 

garde Ruigers; il avait alors trente-sept ans. Cette Ermen- 
garde était fille de Wynand, directeur de la compagnie 
des Indes, de la part de la ville de Dordrecht, et de de- 
moiselle Cornélie van Holy; elle mourut en septembre 1 633 
et Daniel le 25 février 165S, laissant deux enfants : Eli- 
sabeth, mariée à Guillaume Goes, premier conseiller de 
la cour de Hollande, dont elle eut postérité, et Nicolas 
Heinsius ou Heins, né le 29 juillet 1620, secrétaire de 
cabinet de la reine Christine de Suède, puis ministre des 
Provinces Unies auprès de cette reine, et plus tard am- 
bassadeur en Russie. 

La famille Ruigers portait d'or à un arbre de sinople 
sur un tertre de même, à un aigle éployé de sable devant 
ledit arbre. 

Il y eut un Adrien-Anlhonis Heinsius, conseiller et 
échevin de Deift, né le 5 janvier 1615, mort le 15 juil- 
let 1672, enterré à DeIft dans la vieille église; ce person- 
nage pourrait fort bien appartenir à la famille de Daniel. 
D'autres personnes du nom de Heins sont également en- 
terrées dans la même église. 

Henri Pulinx, sculpteur, né à Bruges le 1 avril 1698, 
travailla d'abord en bois; il y avait anciennement de lui 
dans la chapelle du Saint-Sang des bas-reliefs ornant les 
stalles, et une chaire à prêcher, dont les figures et les 
ornements étaient d'une fort belle exécution. Plus tard, 
quand il se crut suffisamment exercé , il entreprit la 
sculpture en marbre. En 1741, il exécuta un mausolée 
pour la famille Anchemant dans l'église des Augustins à 
Bruges; on y remarquait une statue du Temps et deux 
génies d'une grande finesse de travail. En 1747 il fil le 
mausolée de l'évêque de Bruges Henri-Joseph van Suste- 
ren, et en 1738 celui de l'évêque suivant, Jean-Baptiste 
Caslillon. Ces deux beaux monuments ornaient ancienne- 



— 379 — 

ment le chœur de la cathédrale, où ils faisaient pendant 
Tun à l'autre; aujourd'hui ils se trouvent dans l'église de 
Saint-Sauveur. Puliux était architecte et directeur des 
travaux de la ville de Bruges; il y mourut le 17 février 
1781, à l'âge de quatre-vingt-trois ans. 

(Ces notes ont été communiquées à Délavai par M. 
Wynckelmans, de Bruges). 

Charles-François Van Poucke, né à Dixmude le 17 juin 
174-0, mort à Gand le 11 novemhre 1809; il demeurait 
au marché au Beurre, en face de l'hôlel-de-ville, et avait 
épousé une demoiselle Van der Slraeten, fille d'un orfèvre 
de la rue longue de la Monnaie; il laissa deux enfants, un 
garçon, Charles, et une fille, Catherine, qui épousa 
M. Jacques Verhaeghe, de Grammonl. 

Vers 1753 ou 1754, il alla apprendre à l'Académie de 
Bruges les éléments de dessin; il y eut pour maître Henri 
Pulinx, qui jouissait alors d'une fort bonne réputation. En 
1763 il quitta Bruges sans avoir remporté le premier prix 
pour lequel il avait concouru, et continua ses éludes à 
Paris, où il séjourna trois ou quatre ans. 11 se rendit alors 
à Rome, où il passa dix à douze ans; c'est pendant cet 
intervalle qu'il fil le buste de la reine de Naples; et fil le 
voyage de Vienne pour le présenter à l'impératrice. Marie- 
Thérèse reçut Van Poucke avec beaucoup de distinction, 
le récompensa largement et lui donna des lettres de recom- 
mandation pour le prince Charles de Lorraine, gouverneur 
des Pays-Bas. 

Pendant son séjour à Rome, Van Poucke avait exécuté 
un grand nombre de bustes, ainsi qu'un groupe eu marbre 
blanc représentant saint Julien qui reçoit de la sainte 
Vierge l'habit de pèlerin; ce groupe était destiné à occu- 
per le fond de la chapelle de l'hospice de Sainl-Julien des 
Flamands. 



— 380 — 

L'artiste, de retour dans sa patrie, se fixa à Gand, où le 
chapitre de la cathédrale lui commanda deux statues, 
Saint-Pierre et Saint-Paul. Cette commande fut pour lui 
l'occasion de faire un second voyage en Italie, tant pour 
y revoir les modèles des maîtres, que pour choisir par 
lui-même les hlocs de marbre de Carrare qu'il destinait à 
son œuvre. Il revint à Gand en 1778 ou bien l'année 
suivante. Pendant ce second voyage Van Poucke recueillit 
un grand nombre d'objets d'art et d'antiquités, de ta- 
bleaux, de plâtres, de camées, dont il voulait enrichir ses 
collections déjà nombreuses; malheureusement le vaisseau 
sur lequel il avait chargé ces richesses artistiques péril 
dans une tempête. 

Entre autres objets précieux, \"an Poucke possédait un 
bas-relief de mosaïque antique du plus beau fini, et une 
colonne de granit oriental rouge, haute de plusieurs pieds; 
il faisait le plus grand cas de ces deux curiosités, et con- 
sidérait la seconde comme une pièce unique. 

Parmi les nombreux ouvrages du ciseau de l'artiste 
flamand qui se trouvent dans notre pays, nous citerons : 
les statues de Saint-Pierre et de Saint-Paul à l'église ca- 
thédrale de Saint-Bavon à Gand et le mausolée de l'évê- 
que V^an Eersel; les deux chapelles latérales de la grande 
nef, dans la même église, ont été exécutées sur ses dessins. 
Dans l'église paroissiale de Saint-Jacques à Gand, il 
exécuta le mausolée de l'illustre chirurgien Jean Palfyn, 
la statue de l'apôtre Saint-Jacques et les bas-reliefs de la 
chaire. 

Dans l'église de l'abbaye de Baudeloo, où se trouve 
aujourd'hui la Bibliothèque, il fit les quatre bas-reliefs en 
marbre blanc qui ornent les portes des bas côtés. 

Les deux dauphins en marbre blanc sur le frontispice 
du marché au Poisson sont aussi son œuvre. 

Pour l'église de Saint-Corneille à iMachelen, il fit plu- 
sieurs statues, celle du patron de l'église placée sous la 



— 381 — 

chaire et une autre sur le maître-autel; l'autel, la chaire 
el le banc de communion ont été exécutés d'après des des- 
sins qu'il fournit. 

Il exécuta pour la chapelle du Saint-Sacrement dans la 
principale église d'Ypres, un grand autel en marbre blanc 
el bleu, des statues en marbre blanc représentant la Foi 
et l'Espérance, et plusieurs bas-reliefs qui sont une de 
ses dernières productions. 

Il travailla également pour l'Angleterre. Un grand bas- 
relief, représentant un père de famille entouré de ses en- 
fants, et pleurant sur les restes de sa femme, placé sur un 
sarcophage dans une église de Manchester, est une de ses 
œuvres. La Société royale des beaux-arts de Gand eu pos- 
sède une copie en plâtre. 

Van Poucke était directeur de l'Académie de dessin de 
Gand et membre associé de l'Institut impérial. 

Adolphe van Meetkerke, fils de messire Jacques van 
Meelkerke et de dame Colette de iMaulde; il naquit à Bruges 
en 1528. Après avoir terminé ses études, il rentra à 
Bruges et fut nommé échevin du Franc. 11 devint plus tard 
président du Conseil de Flandre. Marié deux fois, la pre- 
mière à Jacqueline de Cerf, la seconde à Marguerite de 
Lichtervelde, il eut des enfants de ses deux femmes. 
Quatre de ses fils moururent pendant les guerres qui en- 
sanglantèrent les Pays-Bas; deux furent enterrés dans 
l'église de Deventer, où on lit sur une colonne à côté de 
leur tombeau, i'épitaphe suivante : 

CONSILIO ET ARMIS 

NICOLAO ET ANTONIO 

NOBILIS VIRI ADOLPHl MEETKERKE, PRAESIDIS FLANDRIAE 

BALDUINUS ET ADOLPHUS FRATRES MINORES 

COMMILITIONES POSUERUNT. 

OBIERUNT, 

HIC IN OBSIDIONE PROPUGNACULI AD ZUTPHANÎAM TORMENTO 



— 382 — 

VERBERATUS NOMS OCTOBRIS , STYLO NOVO MDLXXXVI, ANNOS 
NATUS 19, MENSES QUINQUE; ILLE IN OPPUGNATIONE DAVENTRIAE 
AD IMPETUM, ULTRO, INTER PRIMOS VOCATUS, SCLOPETOQUE ICTUS, 
TERTIO IDUS JUNIl MDXCl, ANNOS NATUS PAULO MINUS TRIGINTA, 
CUM PRIUS TRIBUNUS MILITUM IN EXPEDITIONE LUSITANICA AUS- 
PICIIS REGINAE ANGLIAE ORDINES DUXISSET. 

Adrien Schrieckius ou van Schriek. Dans une lellre 
écrite par Léonard Neyt, chanoine de la cathédrale de 
Bruges, à Jean Bisschop, d'Ypres, nous voyons que la 
famille de van Schrieck était originaire du pays « situé de 
Tautre côté de l'Escaut, » jouissait d'une grande considé- 
ration, de beaucoup de fortune, et possédait de grands 
biens en Flandre, particulièrement à Westdorp. 

Jean van Schrieck, qui avait épousé Adrienne van Slee- 
land, perdit une grande partie de ses biens par suite d'une 
inondation qui désola le pays et anéantit soixante-dix vil- 
lages. Après ce désastre, il alla vivre modestement à 
Zuitdorpe, tandis que ses fils s'engageaient au service du 
duc Philippe de Bourgogne, comte de Flandre. 

Un de ses fils, du nom de Jean, eut un fils appelé Simon, 
lequel laissa lui-même un fils du nom de Jean, dont les 
propriétés eurent beaucoup à souffrir par la rupture des 
digues; ce Jean mourut à Zuitdorpe et fut enterré dans la 
chapelle de Saint-Sébastien. 

Entre autres enfants, il eut un fils nommé Pierre, qui 
alla se fixer à Bruges, où il s'adonna au commerce; il 
trafiqua surtout avec les pays du Nord, amassa de gran- 
des richesses et mourut en 1572. 

Son fils aîné Adrien naquit à Bruges; il eut encore cinq 
filles, dont la plus jeune. Barbe, qui vivait encore en 1613, 
entra en religion. 

Adrien naquit vers 1560; pendant les troubles il voyagea 
en France, visita les universités, puis alla étudier pendant 



— 383 — 

quelques temps à Louvaiii, el leiilra dans sa ville natale 
quand les troubles furent un peu apaisés. 

Il fut tour à tour drossard de Labassée, de Cassel el de 
Lokeren. 

Sa femme mourut à son château à Lokeren et fut en- 
terrée dans réglise, où on lit cette épitaphe : 

D. 0. M. 

HADRIANUS SCHRIECKIUS VAN BRUGGHE 

DROSSAERT, 

BETREURENDE DE MENSCHELICKE SAKEN STELDE DIT 

GHEDENCKLICHEN DAER ONDERTUSSCHEN SYNE 

DOCHTER ANNA HAERE MOEDER BEWEENT. 

AEN 

SUSANNA GODSCHALK VAN ANTWERPEN, 

SYNE ALDERLIEFSTE HUYSVRAUWE, 

DIE STIERF OP DEN 2 FEBRUARY 1 604, OUDT WESENDE 33 JAEREN. 

R. I. P. 

Sous cette épitaphe se trouvaient quelques vers latins. 
Adrien Schrieckius mourut à Ypres le 22 décembre 
1621, à l'âge de soixante-et-un ans. 

André De Wilde, clerc juré du Franc de Bruges, « eenen 
gheestighen ende ghenoiighelkken man, » comme l'appelle 
notre manuscrit, mourut le 7 septembre 1554. 

Voici ce qu'écrit de lui Edouard de Dene, dont nous 
parlerons plus loin : 

De wille des Hecren die ontstarvelick rengneert 

Heeft ghestatueert 
Dal elck mensche moet sterven boe constigh 

Wetigh 
Hoe ponipeuselick in weelden ghelriumpheert 

ghesien ghepasseert 

27 



— 384 — 

Lichtzinnighe comédien en tragédien poeligh 
Eick smaecken tinorzeel moel seer bitler betigh 
Mils welcken zulck llierle ghecryght oversiraligh 
Noynt yemand voorzagh Imer loecompst proplieligh 

Zon heefl versleligh 
Veel menschen gheweest synt puystoenigh regaligh 

Vriedzinnigh omdaeiigh 
Den schuldt der naïueren moest elck wesen betaeligh 
'l Sy edel onedel vreckgierigh of milde 

In 's weerelds erfven 
Want weder by wilJe ofle niet en wilde 
Andries De Wilde '■ moel oock eens slerven 

Teekenende gezworen clerck int openbare 

Wylent ter vierschare 
's Lands van den vryen neerstigh practiquierende 
's Joris gildebroeder ende dysenier le gare 

Nochlen voorleden jaeren 
Van ouder cruusboghe die voorlyds hanthierende 
Oock was hy hem gheestigh vriendhoudigh manierende 
Als gheselschaps Iseyiiclis Geesl nu broedergoet 
AU proost van dien derlhienen eens tbeleid regierende 

Ter costumen furnierende 
Van tjaerlicx mandaet bancket loufzamig gbemoet 

Oock oni tzyne ghespoel 
Gildebroeder der bloeyender drie bloemkens zoet 



• « A» 1344 up S' Jans dach in de kerstdaghen was Jan van Overdyle 
begeeren le blyven een van de 13 persoonen vander H. Gheesle, als key- 
ser, om dieswille dat hem drie jaeren naergaens l'coninckscliap ghebeurt 
was. Zoo was daerdoor den proost M"" Jacob Bossaerl ende by de andere 
van de 13 voor antwoorde gheglieven : dat sy hem voor gheenen keyser 
houden en wilden noch dal s'ooe gheen costumen en waere, maar dat 
voordan hoe dicwils dal eenig van de 13 ofle haerlieden naercommers der 
ghelycke coninckscap ghebeurde, worden allyds gliehouden aile jare voor 
jarc naer l'coninckschap te ireckene ofle lotene mel den anderen van de der- 
thienen. Naer welcker antwoord schiet den voornoemden Overdyle uytlen 
voorn. gheselscepe van 13 en quam in syne stede Andries De Wilde. » 

(Resolutie begin. van jaere 1495). 



— 385 -- 

Ghintituleert der drie Zanlinnen gilde 
Maer wel mochler liy by vereberven 
Want weder hy wilde ofte niel en wilde 
Andries De Wilde moel oock eens slerven. 

Om gildebroeder tzyne sinl eenvoudl buuten 

Had den bouck doen ontsluten 
Ende wilden voorlydls soo wesen ingbescbreven 
Daer dlcwils recreerende daghen Laeren miiiuteu 

Der gilde goe stalulcn 
Helpen d'onderhouden naer l'vermeughen inl leven 
Dicwils quamen bewandelen de groene wilde dreven 
Verscherpende den gheesl soo speculatyfvigh 
Als musicien uit wilde den voys upgheheven 

Zo zomlyds beheven 
Hem willende nu voughen gheel recrealyfvich 

Schicbaer by blyvich 
AIst pas gaf prudent en contemplatyfvich 
Vroylick lofreden riedt dal men up hilde 

En nu lleven moel derven 
Want wedei- hy wilde ofte niel en wilde 
Andries De Wilde moest oock eens sterven. 

Princhelick 
Godt! leven levende eeuwigh 

Wy bidden fleeuwigh 
Dep ziele doch van onsen mebroeder ghedynct 
September vieren lagh dood ter eerden eeuwigh 

Hoe moedich leeuwich 
Tjaer vier en vichlich heeft hem tsdoods grepe omryngt 
Nu broeders hem goedjonstighe bedynge schynckt 
Dat hem se trooslbaerich commen te baeten 
S« Gillis begraven light tvleesch en stynckt 

Den geesl die blynckt 
Hopen wy in die hooghemeische slaelen 

Uyt charilaelen 
Elck bercede syn huus, die bewandeit de slraeten 
Ende peynst wy tsamen syn brood en spilde 

Tweeck eerdsche scherven 
Want weder hy wilde ofle niel en wilde 
Andries De Wilde moest oock eens slerven. 



— 586 — 

Edouard De Dene *. Apollon et les muses ont toujours 
été honoré à Bruges, dit l'auteur de notre manuscrit, et 
parmi leurs adorateurs les plus fervents il cite Edouard 
De Dene, bourgeois de Bruges, procureur de son état ou 
homme d'affaires. C'est bien le poêle le plus humoristique 
dont il ait jamais lu les ouvrages. Il dit avoir vu de lui un 
in-4° contenant le testament du poète, où celui-ci donne à 
chacun sa part, aux hommes du monde de tout état, aux 
hommes d'église, aux couvents, et au milieu des drôleries 
se trouvent des enseignements fort sérieux et des leçons 
fort judicieuses. Cet Edouard, qui était membre des deux 
chambres de rhétorique, raconte dans la pièce de vers qui 
suit, la raison pour laquelle il fit son singulier testament. 
Nous reproduisons d'autant plus volontiers ce fragment de 
ses œuvres, qu'on y trouve le nom d'un certain nombre 
d'amateurs de littérature à cette époque. 

Ick begonst om veel vreemd ghesellen dinckeu 
Die sonityts waren als ick waen bestreden 
Dus peysenJe soo hoord ick de bcilen clincken 
Daller een van dien was haesl overleden 
De doodl spaert niemand in sweerelds sleden. 
Ende in den gheesl wierd ick wereweckt 
Uyt liefden, om bede nocli oock om gifteu 
Dal ick hadde ghekenl menich goel ingien. 
De keuren poetigli goel rlieloriciën 
Die dal le slellene by ghesctiriften. 

Refereyn 
Heer Gilles Rubs * priesler der consten voedere 
Ende religieus len Zoetendaele 
Heer Jan De Rue gheboren van eender moedere 
Gheuppert binnen der rhetorycken zale 

* Ex propriis scriplis aucloris. Vinde een procès loopen a» 1515 tusschea 
Michiel De Dene, cousse scepper, leghen Jan van Wyckhiiuse, lemraerraan, 
en Giilis Feys. Le Merlhenere per q fueril . . . Iiujus Eduardi eodeni anno 
Lyman De Dene aïs niede curaleur NVouller Bereyls ende synen wyve. 

' Nola D»> van Mule : a Desen GiJiis Rubs moel oock eene ciironycke be* 



_ 387 — 

Heer Clays Bollaert priesler der kercke caiLcdrale 
Van S. Salvalors glieesligh zanger bekent 
Meesler Stevin van den Ghecnsle int spéciale 
Goet componiste int moraliseren Cent 
Jan de Scheerere, Laureys Bardl ' waren excellent 
^ Dese consten de conste artisligh oorborcn 

Hcer Tliile7nan Sammel int Grauwbroers convenl 
Wandelde de consten een weynigh entrent 
Ad paires noslros syn deese vooren. 

Cornelis Coolman, Pieler De lUil, brugsche clercken 
Cornclis Everaert clerck van den ardchieven, 
Jacob Kempen, Andries De Smet, dese deden wercken, 
Gbeesligh bezayt met sheyligh gheests vierken 
De consle consten sy zeyn malelick hanlhleren 
Pieter Maerlins had oock gratieuse manieren 
Die voor de wyse sclireef burse sonder gheld 
En spaerl niel meer deed hy consligh logieren 
Niet een letler meer nogh rain dan syn nanie spelt 
Jooris Hellinck lieeft menigh fraey liedeken ghesleil 
Voysigh, aengename van veel volcx int hooren 
Pieler van der Helst dient oock mede ghetell 
Maer lioe constigh de doodt heeflse nederghevelt 
Ad patres nostros syn sy aile vooren. 

Boudcwyn van Cokelare, tigeldecker was hy 

Een zeer goed florateur, ende bondigh mede 

Guyol van der Riviercn quamp oock 1er consten by 

Ghesleil menighe bysse wel welen wy 

Observerende malelick de musicale snede 

Jan IHoeraerl clerck ter vryen somlyls wal dede 

schreven hebben, vermils Meyerus op het jaer 1408 op margo schryft : 
« Chronicon Do' Egidii Rubs habet Livinuro de Sceulelaere. » 

Kola van Ed. De Dene : « Kocli een tafereel met bel conlerfeylsele van 
consliggen facteur Anlheunis de Roverc, inhoudeude de 13 insliieluers en 
eerste fomialeurs van Gilde. 

* By .MiiYERCs in Epilome Flandricarum rerum ghenoë Joannes Novacula 
en Laurentius Asser. 

Kola van Ed. De Dene t a Nog eene tafereel metten conlerfeytsele van 
gheeslighen facluer Lauvereyns Bardt. 



— 388 — 

t'Sint Donaes aen Joris Verdonekt capelle, daer 
Hangt een lof ter eere van der Drievuldighede 
Twelcke by hem ghemaeckt es over menich jaer 
Jacob Hwjsseyis was een goed personaidge, maer 
Âllaerd Appe, Franchoys Bukke deden druck verslooren 
Wouticr Blasen oock eea redelick facluer voorwaer 
ÂIst Godt belieft moet ick Iiun al voighen naer 
Ad patres nostros sy dese vooren. 

Prinche. 
Daer was oock Clays van Bellen 
Goet musicien zangher in diverscbe chooren 
Alte bondigh cluchligh was hy van voorstelie 
Soo goot een leer cnecht, maer wat raeer af relie 
Ad patres nostros es hy oock vooren. 

Dogh om niet vergheten meester Martin de Buusere 

Weerd gheregistreert te syne in dese série 

Hy wasser oock een geworden verhiiusen 

Heeft niet hclpen spelen menich schoon mislerie 

Gheschickt bouckhouder versiaende syn materie. 

Weder docht ick syn die soo monster ghepasseert 

Met dier laetsl ghecloncken was hebbe ick ghetanteseerl 

Orame naer Mollongys léger te treckene 

Hedent hem morghen my, hoe lang gheregneert 

Magl my de doodt oock pynen te reckene 

Jeghens sdoodts comste clynckt œen gheen beckene 

Dus ghemerckt dat het sy gheen seker rentken 

Ter weyreld ruslen op eene onsekere lene 

Soo peysd ick om stellen dit weeck teslamentken 

En nammer eenen moed in rasch up en dhene • 

Elck sy dat by rechte syn karreken mené. 

Il commença ce grand ouvrage en l'année iS61, ainsi 
qu'il nous l'apprend lui-même. 



* Is synen devisa seplen op synen naem. Men gheloove dat het van lan- 
gher hand bereyt was ofte daer zyn menigte wercken by voorlede tyden 
ghemaeckt ingevoegt. 



— 389 — 

Myn lestamenls begin, zoo tmy viel in woensdagh den 14 meye 1861, 
ende soo als hy aenleekent is voleyndight op den 24 december 1561, want 
hy dus sluyt : 

Corl op den woensdagh kersnacht elleven heuren by 
Dit testament vulhend was uit labeuren vry. 

De Dene élait fort versé dans la connaissance de la 
langue latine et traduisit un grand nombre de psaumes de 
David et autres chants sacrés, qui tous se trouvent dans 
ses œuvres. 

Il ne parvint pas à de hauts emplois, et surtout ne fut 
jamais un favori de Plutus; il nous donne assez à entendre 
dans son Testament ce qu'étaient ses trésors. Voici ce qu'il 
rima au sujet de son enterrement : 

Myn doodt lichaeme, synde van weerden geene 

Dat men me bedryfve, gheen pompeuse manière 

Maer commet soo, begrave met costken cleene 

Te welen t'S' Janshuus iu de carniere. 

T'cruce Christi sy myn standaerl, en voor baniere, 

Ryckdom dood synde, een van den brugsche publicanen 

Waer begraven? up t'ghewyde? niel soud ick wanen 

Neen, waeromme hy was openbaer wouekerare. 

Wats dan? de crucen gaen somtyds wel door de vanen 

Light hy in der eerden hy heeft plaelse waert ware 

Eerderycke is Godt des Heeren gh'heel leene gaere 

Ende valscheyd van dien al ghclyck van weerden 

Met de doode begraven int openbaere 

Al hadde hy gheweest Simoniacq int claere 

Gisiele, moordenare, afgodisle, tooveraere 

Of die melten overspeelders heuren naeslen deerden 

Tlichaem was uytter eerden tmoeste weder in de eerden 

Veel aerdsche pomp ick niet en begeere 

Thelpl de levende meer als de doode siet 

Dal men eene vroylicke macllyl smeere 

Dat bid ick te achterlalene emmers niet 

Byzonders dat met den aermen niel daelne biedt 



— 590 — 

Sierf ik vooren, soo en wordl er gheen kiesen 

En myn weduwe dan of niel te min verheugben 

Want zoo en sal zekerlick niel meer verliesen 

Schick ick dan vier lieden draghen meugiien 

Deckl se my mel fluweele eens naer myn doodl 

Gheen sark of ander sloffe begeer ick opt lyf 

Twaer lieel verloren cost wat waert oock noodt 

Naeckt quamp ick 1er weereld en sclieeder uyt blood 

Niel te min stelt fin discretie van die eens was myn wyf 

Zeer veel schuldenaers cm l'zync onverduldigh 

En sullen myn weduwe niel brekeu t'hooft 

Als ick geldt gaf betaeld' ick gbehuldigh 

En dat ick oock ben niel vêle scbuldigt. 

Van jaerghelyde ofle bezet. 
Geene jaerghelyden begeer ick nogh eenig bezet 
Voor dat d'oude besetlen eerst al syn ghedaen 
Ende oock boude ick my aen l'oude ghebed 
Soo isser diensl noodigh noch capellaen. 

Voici comment il parle de sa position : 

Eerst als van mynen gbereede gelde aengaende 
Niemand nam er eene groote verzinninghe 
Zuller lettel vinden, oft yemand vermaende 
T'en meest al uyt in diversche winninghe 
Naer al myn cleederen dient t'syne gheen souckere 
Oft ghebouste eens liepe eenen quaden loop 
Een partie isser lot Cayns ooras in de wouckere 
Daer synsy bewaert by den grooten hoop 
Maer d'huyshuere is 'er niet seer goeden coop 
Oude sloelen, bancken, slampers, raorlieren 
Verslelen blaesbalghen, quade vensters verricren 
Die geef ick ende ick bespeict exprès 
Dat mer mede sal vroyelick vieren 
AIst pays tusschen de vier oordenen es 



— 391 — 

Somma sommarum meer l'achler dan le vooren 
Vand ick l'convent, end' in de burse niel 
Tpack was zo swaer men mocliler onder versraoren 
Somma sommarum meer t'achter dan le vooren 
Myu weuncasleel slond oock op crancke schoren 
Reparatie te doen ick cm s'geldts wiile liet 
Somma sommarum meer l'achler dan le vooren 
Vind ick t'eonvent end in de burse niet 
Mynen slaet hebbende dus oversleghen 
Zoo l'achler bevonden als vooren in schryven 
Half vand ick my swaermoedigh gheueghen 
Doe docht ick wat wil ick drouflieid pleghen 
Tgoedt es 1er weereld en l'moeller oock blyfveii, 

Tout cela prouve qu'il ne laissa pas à ses héritiers de 
grands trésors; il raconte même qu'il fut pendant deux 
jours l'hôte du Steen, autrement dit la prison, et cela 
pour une dette de dix sous. 

Doe ick er huushuere gaf en ghene sleulels en drongh 
En hoe daer men van huushuere niemandl en pandt 
■ Den lydl en hoe langh my myn elder wough 
Uyt t'navolghendc carnalioen cryghl ghy loerstandt 
Twee daghen ghevanghen voor Iwintigh groolen, etc., elc. 

Il composa lui-même deux épitaphes pour sa tombe, 
l'une assez longue, l'autre plus courte; nous nous conten- 
terons de reproduire celle dernière : 

Eduwaerd de Dhene heeft betaelt naluren schull, wanneer? 
Int jaer, maendi, dagh, als syn tydt was vervull, niel eer. 

Ce poëte laissa quatre fils, Pierre, Hans, Vincent et 
Viclor, et trois filles. 

Emile V . 



592 - 



ÉTUDE SUR LES MŒURS DU XV^ SIÈCLE. 



A.1^A.1N ID'^LBRET. 



« C'est le propre des jeux tragiques de 

» l'humaine fortune de nous attirer et de 

» nous retenir. » ., 

Montaigne. 



L 

Accuserons-nous l'iiisloire d'ingratitude? A quoi bon. 
Toujours faite, l'iiistoire est toujours à refaire, ou tout 
ou moins, à corriger. Alain d'Albret nous en est une 
preuve après tant d'autres. Ses contemporains ont été 
jusqu'à le saluer du nom de « Grand, » ni plus ni moins 
qu'un Alexandre ou un Constantin, et cependant aucun 
d'eux, pas même notre Philippe de Commines qui l'ai- 
raail, qui lui offrait sa bourse à l'occasion, ne lui a fait 
l'aumône d'une mention honorable. C'est bien un peu sa 
faute aussi. S'il avait consenti, une fois dans sa vie seule- 
ment, à se poser en champion dévoué de l'absolutisme, au 
lieu de se montrer en toute rencontre son serviteur mé- 
content, son ennemi et son juge, il est hors de doute que 
dix apologistes pour un se fussent présentés, et que rien 
de lui n'eut été perdu pour nous, ni le bruit de ses ex- 
ploits, ni l'écho de ses vertus. Notre tâche après cela de- 
venait facile. Elle se bornait à choisir. Mais tout est à faire 
ou à peu près. La conspiration du silence, dont Commines 
a donné le signal, s'est continuée jusqu'à nous. Et l'on se 



— 393 — 

demande toujours qui a raison, ceux qui tiennent le sire 
d'Albret pour un piètre conspirateur, un \aniteux, uu 
ridicule personnage, ou bien ceux qui voient en lui un 
politique profond. Nous sommes fixé sur ce point. Nos 
recherches dans les archives de sa maison nous ont permis 
de l'étudier sous des aspects aussi nouveaux qu'imprévus, 
et, si nous ne savons pas encore sur lui tout ce que nous 
voudrions bien savoir, nous pouvons au moins dire qu'il 
a été le dernier et le plus ferme représentant de l'idée 
féodale. Comme curiosité, c'est beaucoup à nos yeux; c'est 
même plus qu'il n'en faut pour résister bravement à la 
tentation de dire sur son compte plus qu'il ne convient. 
Il est grand temps d'ailleurs qu'on se mette à protester 
haut et ferme contre cette triste mode de travestissements 
historiques, de réhabilitations impossibles, qui doit, à ce 
qu'il paraît, reparaître à toutes les époques de réaction, 
d'affaissement et de décrépitude. On veut se faire grand 
parce qu'on se sent petit. On ne cherche plus, à ce 
compte-là, dans le passé des graves renseignements, mais 
bien des excuses à ses propres faiblesses. La protestation 
ici est un devoir facile. Il suffît souvent de la moindre 
brochure pour avoir raison des plus gros volumes, même 
illustrés, dont le but serait de prouver que la vie de Car- 
touche est la leçon des honnêtes gens. Le succès dépend 
moins du talent de l'auteur entré dans celle voie, que de 
son amour sincère de la vérité et de la justice, que de son 
courage à affronter des colères plus bruyantes que redou- 
tables. 

Les Césars ont leur tour les uns après les autres. 

On se rappelle le bruit qu'a fait dans le monde des 
lettres les quelques pages dans lesquelles Bergenroth a 
cherché à établir que Charles-Quint avait été le bourreau 
de sa mère '. L'émotion produite par celte révélation en 

' Revue de Belgique. Bruxelles, 1869, t. I, pp. 81-113, 



— 394 — 

quelque sorte foudroyante n'est pas éteinte encore. Y 
avait-il là cependant de quoi jeter les hauts cris? Charles- 
Quint devait-il être nécessairement un ange de douceur et 
de mansuétude, un modèle de piété filiale? N'était-il 
point le petit-fils de Ferdinand le Catholique, le père de 
Philippe II et le contemporain de Machiavel, dont tout le 
système politique peut se résumer en ces maximes qui 
sont les siennes : Diviser pour régner; caresser ce qui est 
redoutable, écraser sans pitié ce qui pourrait le devenir? 
Ce qui est vrai pour Charles-Quint, l'est également 
pour Alain d'Albret. Nous ne disons point de lui avec le 
poêle : 

Son cœur n'était point né pour des temps si coupables. 

Bien au contraire. Il voit que la corruption est générale 
autour de lui; il en souffre d'abord, puis le jour vient où, 
prenant son parti, il se décide à s'en servir à son tour, et 
s'écrie avec Hamiet : « Foin de la conscience! Elle n'est 
bonne qu'à faire de nous des poltrons. » 

De ce jour-là il rentre dans son cadre prescrit; il se 
pose en champion de l'idée féodale, et pour tout dire, il 
se laisse aller à cette voix du sang qui lui parle, qui le 
possédera jusqu'à la tombe. Qu'on ne s'en étonne point 
outre mesure. L'héritage du sang est de ceux que bon gré 
mal gré il faut subir, qu'on ne saurait soumettre à la 
clause du bénéfice d'inventaire. Il est aussi bien imposé 
aux nations, qu'aux familles et auX individus. Il faut sur- 
tout en tenir compte quand il s'agit de ces temps relati- 
vement éloignés de nous, où la société était divisée en 
castes bien tranchées, indifférentes ou hostiles les unes aux 
autres, n'ayant rien de commun, ni l'éducation, ni les 
mœurs, ni le langage. Un même type physique et moral 
pourrait alors se reproduire et persister. Ce phénomène 
était assez général dans les grandes races aujourd'hui 



— 395 — 

éteintes des conquérants de la Gaule. L'un de ces géants 
sabreurs, en revenant au monde au bout de quelques siè- 
cles, aurait pu se retrouver et se reconnaître dans ses 
descendants, aux idées, aux passions dominantes, comme à 
la taille, à la voix et aux traits du visage. Ce fut seule- 
ment lorsque l'immobilisme et l'isolement social cessèrent, 
que ces types guerriers allèrent s'amoindrissant. 

Alain d'Albret cependant rappelle assez bien ses ancê- 
tres, et ses petits-enfants lui ressemblent autant que le 
permettent les corrections et les variantes voulues par les 
mœurs d'un autre âge. Parmi ceux-ci, voyez Henri \V. 
Son trisaïeul revit en lui avec son ambition, sa finesse, sa 
prudence féline, sa galanterie, son amour du luxe, son 
goût pour les procès et le désordre bien connu de ses 
finances. Ce qu'il y a de plus ou de trop vient des Bour- 
bons. Et, à ce propos, nous mettons les généalogistes cour- 
tisans au défi de prouver, que dans les croisements ce ne 
sont point les races supérieures qui l'emportent. La science 
le veut et la raison aussi. Après Henri IV, prenons 
Louis XIV, son petit-fils. C'est tout au plus si l'on peut 
dire de lui que le sang des IMédicis, ces grands bâtisseurs 
et décorateurs italiens, prend un instant le dessus sur 
celui des d'Albret et des Bourbons, et que, de là, vint 
Versailles. Ce n'est déjà pas si mal, mais une révolte 
passagère ne prouve rien. La tyrannie d'outre-lombe n'en 
continue pas moins à s'exercer sur nous. Nulle part nous 
ue l'avons rencontrée mieux marquée que cbez Alain 
d'Albret. Il descendait de ces fiers seigneurs de Dax, vi- 
comtes de Tartas, dont le premier qui nous soit connu fut 
tué, sous Cbarlemagne, un jour de bataille qu'il s'était 
oublié dans les bras de sa belle maîtresse '. Que de fois 



* Glhagiray, Histoire des comtes de Foix , Béarn cl Navarre. Paris, 
1609, in-4o. 



— 396 — 

celte légende, si c'en est une, revient d'une façon plus ou 
moins tragique dans leur histoire! 

Au XIV^ siècle ils prennent parti pour les Anglais 
contre leur maître légitime, parce que la présence de 
l'étranger en France rend la partie plus égale entre la 
couronne capétienne et les hauts barons. Nous aurons 
aussi à revenir sur ces faits. Enfln, la grand'mère d'Alain 
était une Armagnac, dont le suprême bonheur consistait 
à se dire la descendante en ligne directe de Clovis, et 
sa mère une Rohan, ce qui signifiait une autre race de 
Titans foudroyés, les Rohan ayant été reconnus de tout 
temps pour venir des premiers rois bretons *. On ne pou- 
vait souhaiter mieux. Le blason de notre personnage était 
à lui seul une puissance. Une chose cependant lui manqua 
comme type d'une époque qui alliait si étrangement les 
charmes du dehors à la brutalité. La nature s'était mon- 
trée envers lui avare de ses dons. Il était petit, laid, 
disgracieux, et, avec cela, il avait le visage couperosé, la 
voix rauque, le regard dur et l'humeur fort peu commode ^. 
Ce portrait, tracé par un contemporain, peut être accepté 
par nous. Il ne contrarie en rien le penchant de noire 
personnage à la galanterie, les six bâtards authentiques 
qu'on lui donne outre ses huit enfants nés en légitime 
mariage, et, dès qu'il est veuf, l'audace et la persévérance 
de ses spéculations matrimoniales. Un haut-baron n'avait 
pas besoin de plaire; il était grand seigneur, cela suffisait, 
pour le mariage comme pour le reste. Alain est à peine 
en âge de choisir, qu'on lui donne pour femme Françoise 
de Bretagne, flile ainée et principale héritière de Guil- 
laume, comte de Peulhièvre, vicomte de Blois et de 



' La Ches.-ïaie des Bois, Dictionnaire de ta noblesse, 2e édit., l. XIF, p. 246. 
V. les Icllres-palentes érigeant la lerre de Soubise en principauté. 

' Saligny cité par Daru, Histoire de Bretagne, t. 111, p. 113. — Garmer 
dans sa Continuation de l'Histoire de France de Velly et de Villabet. 



— 397 — 

Limoges, seigneur d'Avesnes et de Landrecies. C'est en 
mérae temps là un pacte de famille et une affaire splen- 
dide. Le contrat, signé en 1437, et renforcé quelques 
années plus tard par l'entrée d'Isabelle de la Tour, veuve 
du comte Guillaume de Bretagne, dans la maison d'AILrel, 
le constate brutalement i. Il y est stipulé que, si Fran- 
çoise de Bretagne vient à mourir avant la bénédiction nup- 
tiale, sa sœur Charlotte prendra sa place, et, à défaut de 
celle-ci, son autre sœur, qui est encore au berceau, mais 
toujours avec la stipulation expresse des mêmes avantages 
territoriaux et autres. On devine aussi à la lecture de cet 
acte que la fiancée n'est point nubile et qu'il faut attendre. 
Un proche parent cependant presse les choses. On obtient 
le consentement du roi de France, et de la cour de Rome 
les dispenses nécessaires^. Les difficultés s'applanissent 
devant Arthur de Richemont, duc de Bretagne. C'est celui 
que Villon, dans ses vers, appelait son roi et qui aurait 
bien voulu l'être ^. Il était vieux alors et se dépêchait en 

* Archives des Basses-Pyrénées. Série E, farde n»» Il et 69. Nous avons 
reoconlré dans le même dépôt un acte de 1454 (série E, cart. 120, n" 3317, 
conslalant que Philippe le Bon, duc de Bourgogne, a nommé M* Jehan de 
Ponceau, de Mons, administrateur de la terre d'Avesnes pour Françoise de 
Bretagne, fille mineure et héritière de feu Mgr. Guillaume de Bretagne. Il 
est donc établi que le comte Guillaume n'assista point au mariage de sa 
fille. La prestation de foi et hommage d'Alain d'Albret comme seigneur 
d'Avesnes et premier baron de Hainaut ne se retrouve point. Elle doit être 
postérieure à 1462. En cette année-lù, Ysabeau de la Tour, veuve du comte 
de Penthièvre, dame d'Orval et de Lespare, déclare tenir encore en bail de 
sa fille Françoise de Bretagne la terre et seigneurie d'Avesnes. 

* Archives départ, des Dasses-Pyrénées. E, n" 71. 

5 Arthur de Bretagne, né le 24 août 1393, mourut le 26 décembre 1458. 
En 1442 étant veuf de sa première femme iMarguerite, fille de Philippe le 
Bon, duc de Bourgogne, il épousa Jeanne d'Albret, fille de son vieil ami et 
compagnon d'armes Charles d'Albret, comte de Dreux et de Gaure. Cette 
alliance, mise en doute ou ignorée par de doctes généalogistes, a sa valeur 
historique puisqu'elle fut en quelque sorte le couronnement du voyage de 
Tartas du roi Charles Vil. Arthur de Bretagne l'aflirme dans le consente- 
ment qu'il donne au mariagede noire personnage, sous la date de 8 juin 1457, 
V. l'original aux Archives départ, des Basses-Pyrénées. 



— 398 — 

toute chose, parce qu'il craignait d'élre arrivé trop tard 
au pouvoir pour accomplir ses grands desseins. Sa cause 
est celle des princes apanagisles. « Duc par la grâce de 
Dieu » — ce qui est son litre officiel — et homme de 
guerre illustre, il est logiquement et légitimement à leur 
tête. La souveraineté cosmopolite, plus nominale que 
réelle, d'un César germain est telle, qu'il voudrait impo- 
ser au roi de France. Il a compris qu'il leur faut se défier 
tout autant de l'ambition capétienne, que de cette extrême 
facilité avec laquelle la race gauloise porte un joug qui la 
dispense de penser et d'agir par elle-même. Comment ce- 
pendant parer à ce double danger? En appelant encore 
une fois l'étranger à son aide? Non pas. Le moyen avait 
été essayé, il n'était point digne, coûtait parfois plus cher 
qu'on n'avait cru, et ne pouvait que faire souffrir tout le 
monde du plus au moins. Aussi Arthur de Bretagne 
avait-il trouvé mieux que cela. Il se proposait d'opérer 
une descente en Angleterre et d'y jouer le rôle du troi- 
sième larron de la fable. Le moment était des plus favo- 
rables à une semblable entreprise. L'anarchie n'était pas 
moins grande de l'autre côté du détroit, que du temps où 
Guillaume de Normandie y vint mettre tout le monde à la 
raison; et, y débarquer maintenant avec la certitude d'y 
rencontrer plus de complices que d'ennemis, c'était avoir 
de son côté les meilleures chances de réussite. Tout était 
prêt; les Bretons d'Outre-Manche, prévenus, attendaient, 
ceux du continent allaient s'embarquer, quand la mort 
surprit le duc Arthur. Cet événement fut un coup de 
foudre pour la race celtique. Elle perdit à cette occasion 
son dernier espoir de revanche, l'idée féodale un chef ca- 
pable, bien difficile à remplacer, et Alain d'Albret un 
duché anglo-saxon pour le moins. Lui seul s'imagine que 
tout peut se réparer. S'il ne devient point roi lui-même, 
son fils le sera par son fait; et nous le verrons, jusqu'à sa 



— 399 — 

dernière heure, se croire plus forl que la destinée, plus 
fort que le mouvement centralisateur imprimé, par ses 
rois, à la France et à l'Espagne, et, plein d'ardeur, plein 
d'illusion surtout, s'écrier : La victoire est à nous! 



II. 

Il faut l'avouer; la foi est une belle chose, et pour ceux 
qui la possèdent et pour ceux qui l'exploitent. Pour ces 
derniers surtout. Comme chacun savait que notre sire 
d'Albret était avantageux au possible, son cousin de Bour- 
bon n'eut pas grand mal à se donner pour Tallirer dans 
la fameuse ligue du Bien Public. H lui flt tout simplement 
accroire qu'il était l'un des grands seigneurs de son 
royaume que Louis XI avait juré de détruire pour mieux 
asseoir son autorité. On sait que les commissaires aux 
montres n'avaient nommé que les ducs de Bourgogne, de 
Bourbon, d'Orléans et de Bretagne, mais il devait y avoir 
des sous-entendus, et ceux-ci ne pouvaient être raisonna- 
blement que les plus proches et les plus puissants alliés 
de ces grandes maisons. Alain prêta à tout cela une oreille 
d'autant plus complaisante, qu'il avait contre le roi des 
griefs analogues à ceux qui détachèrent ses ancêtres du 
parti du Prince Noir, auquel on ne pardonna jamais, en 
Aquitaine, d'avoir établi un droit de quatre tournois par 
feu. Louis XI avait été autrement exigeant et infiniment 
plus adroit que les Anglais. Affichant, pour cacher son 
jeu, une bruyante sollicitude pour les classes inférieures 
et une grande déférence pour le clergé, il fit de la France 
une vaste prison dont il pouvait resserrer à son gré les 
barreaux. Ce résultat obtenu, il jeta le masque et déclara 
qu'il entendait que la taille royale fût seule prélevée, 
c'est-à-dire que, sous le prétexte de régulariser et de di- 
(ninuer les charges publiques, il supprimait la taille 

28 



— 400 — 

seigneuriale, ruinait la noblesse et l'amenait à composi- 
tion. C'eut été commode, en effet, de vaincre la féodalité 
au moyen d'une simple mesure fiscale, et de voir les 
grands feudalaires de son royaume s'adresser humblement 
à lui, désormais unique dispensateur de tous biens, pour 
pouvoir continuer à vivre d'une manière conforme à leur 
rang. La hardiesse même du projet le fit échouer. On 
n'avait point eu le temps de perdre en cour toute ver- 
gogne, toute dignité. Aussi se mit-on d'un bout de la 
France à l'autre à conspirer pro aris et focis. Ce fut 
presque une guerre sainte, mais une guerre sainte sans le 
secours du clergé, que Louis XI avait prudemment mis de 
son côté. 

Alain se compromit à cette occasion avec une juvénile 
ardeur. Il fit annoncer à son de trompe dans ses domaines 
l'abolition des impôts réguliers et se rendit ensuite à 
Paris, où, selon toute apparence, il arriva assez à temps 
pour prendre part, avec les principaux d'entre les conspi- 
res, à une réunion de nuit dans le cloître de Notre-Dame. 

Etait-ce là une nouvelle Praguerie qui commençait? 
Pas tout-à-fait. Il y a plutôt entre cette conspiration de la 
noblesse contre Louis XI et celle des Pays-Bas, qui éclata 
presque jour pour jour un siècle plus tard, la plus étrange 
conformité. On disait que les représentants du régime 
féodal ont des procédés à eux que leurs pareils doivent 
fatalement accepter et suivre. Tout concorde en effet. 
Point de départ, organisation, dénouement. On retrouve 
des deux côtés jusqu'aux mêmes détails insignifiants en 
eux-mêmes. Les défenseurs du Bien Public, comme ceux 
des privilèges brabançons, sont d'abord au nombre de cinq 
cents environ. Dans leur remontrance collective de 1463 
présentée à Louis XI, comme dans celle de 1S66 que 
Marguerite de Parme doit faire tenir à Philippe II, son 
frère, « le pauvre peuple, » auquel on ne songe guère 



- 401 — 

sérieusement ni d'une part ni de l'autre, intervient large- 
ment par un calcul odieux, par une triste et amère déri- 
sion. C'est lui dont on prétend avoir pris en main la 
cause, qu'on veut soulager, qu'on veut sauver d'une ruine 
certaine; mais dès que les privilégiés de ce monde ont 
atteint leur but, le reste ne les intéresse plus, et de défen- 
seurs d'office, ils passent avec un laisser aller superbe, 
accusateurs et bourreaux. Que de fois cela s'est vu, et que 
de fois aussi, malgré les leçons du passé, on s'y est laissé 
prendre! L'état de choses antérieur à la conspiration fut 
rétabli en France. H n'y eut point jusqu'aux engins de 
chasse — de la chasse aux bétes, non aux hommes bien 
entendu — que Louis XI avait fait partout confisquer ou 
détruire, qui ne reparurent. Les moissons du pauvre 
peuple sont de nouveau foulées aux pieds par ses soi- 
disants défenseurs; il se plaint, il gémit, mais plaintes et 
gémissements restent sans écho. 

Le traité de iMoissac fut le dénouement de cette tragi- 
comédie. Alain d'Albret vit alors clair comme le jour, 
qu'en l'attirant dans la prétendue ligue du Bien Public, 
son beau cousin de Bourbon avait joué le rôle du Danois 
de la Praguerie, et n'avait point voulu autre chose qu'avan- 
cer ses propres affaires. Certes, Alain est de ceux qui, 
après la guerre, ne trouvaient d'exercice plus noble et 
plus recommandable que l'art de la vénerie, dont l'un des 
principaux mérites consistait : 

« A bien parler aux chiens en plaisans cris. » 

Il demeura cependant à Paris, après avoir renvoyé 
chez eux ses fidèles gascons, se montra à la cour, servant 
le roi en ses conseils comme s'il ne s'était rien passé entre 
eux. Ses complices avaient bien stipulé en sa faveur un 
accroissement territorial ; il n'en parla point, n'eut rien, 
et se félicita dans son orgueil d'avoir échappé à la honte 



— 402 — 

d'une soumission, et à Thumilialion d'une faveur qui en 
aurait été le témoignage. Cela le servit étonnamment. On 
le sait, Louis XI préféra souvent des ambitieux, des gens 
bizarres ou incommodes, même à l'occasion des gens de 
sac et de corde, dont l'esprit avantureux le tenait en éveil, 
à des serviteurs plus sûrs, dont il n'aurait rien su faire en 
certaines occasions. A ce propos, quoi de plus décisif que 
sa réconciliation avec Antoine de Chabannes, comte de 
Dammarlin, l'ancien chef des Ecorcheurs, qui l'avait trahi 
et vendu alors qu'il n'était encore que dauphin. Un secré- 
taire du roi, qui connaissait bien son maître, avait dit un 
jour : « Vous verrez que ce vautour de Chabannes , tout 
» banni et ruiné qu'il est à cette heure, reviendra sur 
» l'eau et sera plus puissant que jamais. » Le traité de 
Conflans fit ce miracle. Louis XI retourna ce singulier 
ligueur contre ses anciens associés. C'était bien là le bour- 
reau qu'il fallait au Warwick assez audacieux pour se 
révéler à la France. Le faiseur de rois ne se montra point. 
Le comte de Charolais — autrement dit Charles le Témé- 
raire — à qui ce rôle revenait naturellement, se comporta 
alors comme s'il n'en comprenait point la portée, pour 
son avantage personnel et l'éclat de sa maison. « J'aurais 
été roi si j'avais voulu, » avait déjà dit son père, Philippe 
le Bon. Cela avait été répété et tenu pour une vanterie, 
dont les rois de France n'avaient point à se préoccuper 
outre mesure, Louis XI certes moins que tout autre. Il 
savait que les Pays-Bas n'obéissaient que forcément aux 
ducs de Bourgogne, étrangers à eux par les idées, les 
mœurs et le langage, et qui devaient emprunter à leurs 
domaines héréditaires et seigneuries de France la force 
matérielle nécessaire pour s'y maintenir. Cet état de choses 
eut mis très-probablement Philippe le Bon aux prises avec 
une révolution, le jour où il aurait commis la faute de 
s'isoler, de relâcher d'anciens liens féodaux, de cesser 



— 403 — 

enfin d'être le vassal de la couronne de saint Louis, pour 
devenir, avec le litre royal, un prince indépendant. Encore 
s'il avait eu la ressource ou, pour mieux dire, le bon sens 
d'opposer à un moment donné le protectorat germanique, 
historiquement fondé et généralement voulu, au protec- 
torat français, qui n'aurait dû s'exercer que sur la Flandre; 
mais la politique de sa maison avait depuis longtemps 
tourné le dos à l'Allemagne et n'avait rien à en attendre. 
La position pouvait devenir critique. On le vit clairement 
quand il mourut. Le comte de Nevers et de Khétcl fit valoir 
ses droits à la souveraineté des provinces belges*. Il était 
le plus proche parent de l'héritier direct, de Charles le 
Téméraire, que l'on n'aimait point, et il avait sur lui cet 
avantage d'être monseigneur Jean sans Terre, à savoir ce 
qu'il fallait aux Flamands, qui voulaient avant tout un 
prince à eux, forcé de s'appuyer sur eux en toute circon- 
stance. Le judicieux Commines l'a dit en d'autres termes, 
en avouant que ses compatriotes ont pour principale incli- 
nation de désirer leur prince faible 2. Les partisans du 
comte de Nevers élaient tous ceux qui avaient conservé 
dans l'esprit et dans le cœur les traditions d'un grand, 
d'un glorieux passé. C'étaient en un mot des bourgeois et 



* Jean de Bourgogne, second fils de Philippe, comte de Nevers, tué 
en 1415 à la bataille d'AzincourI, et de Bonne, comtesse d'Eu et d'Artois, 
laquelle épousa en secondes noces le duc Philippe le Bon. Il était par con- 
séquent frère utérin de Charles le Téméraire. Il mourut le 26 septembre 
1491, à l'âge de soixante-seize ans, après avoir été marié trois fois. Son 
comté de Réthel, le plus clair de son héritage, passa dans la maison d'Albret 
par suile du mariage de sa seconde fille Charlotte avec Jean, sire d'Orval, 
en Bourbonnais. Il se qualifiait hardiment de : « duc de Brabanl, de 
Lolhicr, de Limbourg, comte de Nevers, d'Eu et de Réihel, baron d'Onzy, 
seigneur d'Anvers, de Saint-Waléry sur mer et des terres et pays d'Oulre- 
Meuse. » Son contrat de mariage avec sa belle-cousine Françoise d'Albrel, 
que nous avons rencontré aux Archives départementales des Basses-Pyrénées, 
porte ces titres loul au long. 

* Mémoires, livre V, cliap. IG. 



— 404 — 

des gens de métier. La noblesse, toujours mal avisée, prit 
garde de se commettre avec des espèces, comme l'on dira 
plus lard, et d'un mouvement unanime elle tourna le dos 
au prétendant populaire. Que lui importait à elle la 
question de race et de nationalité? 

J\e lui fallait-il point, avant tout, des honneurs et des 
largesses? Et qu'attendre du comte de Nevers qui, par 
avarice sordide, refusait à 3Iarie, sa belle-sœur, qui était 
la propre taule de noire personnage, de quoi tenir son 
rang? A cela venait se joindre l'accusation banale de sor- 
cellerie et l'accusation plus sérieuse, quoique non prouvée, 
d'avor conclu avec Louis XI un traité secret. Jean sans 
Terre échoua. 

C'était la seconde fois que cela lui arrivait. Comme 
depuis Guillaume d'Orange, quand il voulut exercer dans 
nos dix-sept provinces l'autorité revenant de droit à son 
génie, il dut reculer devant la jalousie de ses pairs. Un si 
misérable sentiment porta chaque fois ses fruits naturels : 
au XV* siècle nous eûmes pour maître Charles le Témé- 
raire, qui ruina les plus belles et plus légitimes espérances 
du monde; au siècle suivant, pour souverain d'un jour, le 
duc d'Anjou, qui nous rejeta plus avant que jamais sous 
la férule de l'étranger, faisant des Pays-Bas deux parts, 
dont les destinées ont été bien différentes : amères d'un 
côté, glorieuses de l'autre. Une seule chose resta commune 
entre elles : leur défiance à Tendroit de leurs puissants 
voisins. Plutôt encore Espagnols que Français, avait dit 
un jour à Gand au priuce d'Orange, Dathenus, le célèbre 
moine défroqué, et ce même cri poussé par les Bataves, 
frappa les oreilles de leur bon ami Henri IV et de son 
petit-fîls le roi Soleil. 



— 405 



IIL 



Ce que la noblesse était au Pays-Bas, elle Tétait en 
France. Nous l'avons vu, Louis XI n'avait qu'à diviser 
pour régner. Il ne s'en fit point faute. Alain d'Albret était 
auprès de lui à bonne école. Quand il eut bien vu, assez 
appris pour se confirmer dans sa défiance ou pour des- 
cendre jusqu'au dégoût, il rentra dans sa maison. Son am- 
bition cependant n'abdiqua point. Elle ne fit que changer 
d'allures. On dirait qu'à partir de ce moment là notre per- 
sonnage renonce à tout moyen violent, qu'il désarme et 
cherche le repos. Il désavoue certain Jean Forestier, qui 
avait tenté de s'emparer en son nom de Brives la Gaillarde, 
et il écrit de Monlignac aux conseils de cette ville, 
« qu'avec l'aide de Dieu il espère bien ne jamais faire ni 
dire chose dont monseigneur le Roi put prendre dé- 
plaisir*. » C'est là son plan en effet. Il y demeure fidèle. 
Il redoute la cour, ses intrigues, ses pièges, ses séduc- 
tions surtout, et s'en tient éloigné le plus possible. Il 
semble qu'à ses yeux le seul séjour digne d'un prince et 
grand seigneur terrien, soit la province, où il est assez 
juste qu'il dépense de préférence ses rentes et fermages. Il 
montre le chemin. S'il ne s'était point arrêté là, si son 
exemple, justifié aux yeux de tous, avait été mis aussitôt 
en usage, il est fort possible que l'aristocratie serait venue 
à bout de ia royauté. Le contraire arriva, parce que la 
féodalité n'était plus qu'une faction turbulente, qu'il lui 
manquait l'union et la confiance, et qu'elle avait devant 
elle, en France et en Espagne du moins, des rois d'une 



• Celle lettre porte simplement la date du XII« jour d'avril. Il parait 
qu'Alain d'Albret ne connaissait en aucune façon ce Jean Forestier ou Fou- 
rcslie, qui levait en son nom l'étendard de la révolte. Il l'affirme, et Louis XI 
le confirme dans une missive également sans date, où il annonce aux con- 
suls et habitants de Brives « qu'il a corrigé et pugny led. Foureslle. » 



— 406 — 

Irempe peu commune, aussi clairvoyants qu'ils étaient re- 
doutables. C'eut été cependant une belle chose, une entre- 
prise logique, féconde pour l'avenir en cas de réussite, que 
la défense du principe fédératif représenté par les apa- 
nages contre la royauté, s'efforçant à centraliser dans ses 
mains tous les pouvoirs, toutes les forces d'une nation. 
Nous regrettons d'avoir à constater que le XV^ siècle se 
contenta de poser les termes du débat, de préparer la lutte 
mais qu'il ne^l'entama point. Nous le regrettons surtout, 
quand nous nous posons la question de savoir ce qu'il 
serait advenu de l'Europe si, en 1473, l'empereur Frédéric 
le Pacifique, le bien nommé s'il en fût, n'eut point pris le 
parti de se sauver de Trêves. Charles le Téméraire, mau- 
vais geôlier et triste politique, le tenait là comme il avait 
tenu à Péronne Louis XI. Il pouvait d'un mot, en échange 
de la main de sa fille unique, promise à Maximilien 
d'Autriche, le fils de l'empereur, obtenir pour lui une 
couronne royale, celle de Belgique, de Bourgogne ou 
d'Austrasie, — le nom importe peu, — avec le titre de 
vicaire impérial de Basse-Germanie. Du coup la race 
latine était vaincue quatre siècles plus tôt. Le Bourguignon 
devenait le gendarme de l'Europe ; moitié Germain, 
moitié Gaulois, il mettait tout le monde d'accord, gardant 
pour lui les soi-disantes frontières naturelles que la France 
convoitait. Ce que Charles le Téméraire aurait pu éviter 
au monde de calamités, de crimes et de folies est incalcu- 
lable. Malheureusement pour la grandeur de l'Allemagne 
ses princes étaient trop défiants ; malheureusement pour 
nous, pour son salut et celui de sa maison, Charles le 
Téméraire, ne savait ni poursuivre un plan avec consé- 
quence, ni soutenir convenablement un rôle. Il humilia 
sans motif le chef de l'empire, l'écrasa de son luxe, et 
mit le comble à ses mauvais procédés en lui donnant à 
entendre que, sous tous les rapports, il jouerait son rôle 



— 407 — 

bieu mieux que lui. Et c'élail le bourreau des Liégeois, 
l'élernel contempteur des lois de l'empire qui tenait ce lan- 
gage! Même pour le paisible Frédéric de Habsbourg, c'était 
plus qu'il n'en pouvait supporter. Sa disparition subite fut 
le cbàtiment de tant d'insolence. Louis XI eut un transport 
de joie en apprenant que la négociation du mariage bour- 
guignon était rompue. On le comprend ; si son bon cousin 
Charles avait ceint la couronne royale ap|)orlée à Trêves 
dans ses bagages, si l'ambition satisfaite l'avait rendu plus 
prudent et plus sage, il avait en lui plus qu'un rival re- 
doutable, presqu'un maître. Les Pays-Bas, si puissants 
déjà par le commerce, l'industrie et les arts, devenaient 
forcément le pivot de la polilique européenne au lieu d'en 
être et d'en rester si longtemps le champ de bataille. Les 
idées communales et fédératives de nos pères auraient 
rayonné au loin et donné raison aux défenseurs des apa- 
nages, comme l'était Alain d'Albret, contre les partisans 
de la centralisation et de la royauté sans contrôle ni contre- 
poids, de ce gouvernement fort enfln, que Tacite déjà 
condamnait en disant : Falo potentiœ ruro sempilernœ '. 

Charles le Téméraire avait été un des chefs de la ligue 
du Bien Public; l'échec qu'il éprouva à Trêves retomba de 
toul sou poids sur ses anciens associés et permit à la 
royauté capétienne de marcher désormais à pas de géant 
à la conquête de la toute puissance. 

Alain d'Albret avait donc agi sagement en renonçant, 
pour le moment, à la lutte ouverte contre un génie si sur 
de lui, si délié et plein de ressources que l'était Louis XI. 
Pour être grand un jour, il commença par se faire petit. 
Il se cacha et attendit. L'administration de ses biens servit 
de prétexte à son éloignement presque constant de la cour. 
L'excuse était bonne et valable. Comme les anneaux d'une 

* In Annal., lib. III, cap. 30. 



— 408 - 

chaîne mille fois rompue, ses terres allaient des pieds des 
Alpes au pied des Pyrénées, et de là, eu remontant les 
rivages de l'Océan, jusqu'au cœur des anciens Pays-Bas. 
Il semble que, frappé de l'obstacle que la dispersion des 
fiefs apportait à un retour de puissance des hauts barons, 
il ait cherché par tous les moyens à s'arrondir en Aqui- 
taine, le berceau de sa race. Outre les héritages qui lui 
viennent à propos, nous le voyons avoir recours aux 
échanges, aux acquisitions, enfin aux prises de possession 
plus ou moins justifiées. Le comté de Dreux, qu'il eut 
en 1471 à la mort de son grand-père Charles II d'Albret, 
lui convenait peu, étant trop loin des bords de la Garonne 
et trop près de Paris. C'était une belle seigneurie cependant 
valant vingt mille écus d'or. Il l'offre en échange, et finit 
par la vendre, le 3 septembre 1485, à Philippe de Com- 
mines, qui, cinq ans plus tard, fut autorisé à en prendre 
le nom '. Comme bien on pense, ces accroissements ter- 
ritoriaux et ces mutations de propriétés ne se firent point 
sans donner lieu à des actions judiciaires. Tout était com- 
pliqué dans la machine féodale. Les obligations territo- 
riales étaient aussi multiples et variables que. les droits 
seigneuriaux qui s'y rattachaient. Ou a reproché à Henri IV 
d'avoir soutenu des procès dans trois parlements de France 
à la fois, son trisaïeul l'a dépassé en cela de beaucoup. 

Mais vivre sans plaider est-ce conlenlemenl? a dit Ra- 
cine, et c'était là sans doute l'avis de notre personnage. 
Grands et petits, la plupart de ses contemporains eurent 
maille à partir avec lui. L'antre de la chicane retentissait 
sans cesse de son nom. On pourrait dire que ce fut pour 
lui un lieu préféré, une manière de préparation et de 
perfectionnement en le grand art de l'intrigue et de la 
ruse. Nous ne pouvons raisonnablement tout dire, tout 

' Messager des Sciences historiques, année 1867, pp. 216-217, 233-233, 



— 409 — 

citer. Il y a bien des causes futiles, des différeods absur- 
des au fond des sacs de procédure qu'il a laissés derrière 
lui, mais à cùlé de cela que de richesses à exploiter pour 
le chroniqueur^ le généalogiste, le géographe, le statisti- 
cien et le romancier! En voici, tout eu courant, un faible 
aperçu. 

La belle-sœur d'Alain, Charlotte de Bretagne, dame de 
Montrésor, avait depuis longtemps interrompu toute rela- 
tion avec les siens. Il y avait dans cette brouille de son 
côté du dépit, de l'autre un vif ressentiment d'une mésal- 
liance. Charlotte avait accepté pour époux Antoine de 
Villequier, le fils légitimé de la trop célèbre Maignelais, 
qui fut successivement maîtresse d'un roi de France et 
d'un duc de Bretagne *. Avait-elle soupçonné que son 
mariage ouvrirait les voies à la reconnaissance d'un en- 
fant que le chef de sa maison, François II, duc de Bre- 
tagne, avait eu de sa belle-mère? On ne saurait le dire, 
quoique tout soit possible quand un pays est tombé si bas, 
qu'un ignoble personnage, comme l'était Pierre Landois, 
le tailleur de Vitré, y règne et gouverne, et qu'on y 
voit les états accorder titres et privilèges, même celui de 
comte des Vertus, à un bâtard adultérin. 

Charlotte de Bretagne avait en tout cas mérité que les 
d'Albret lui tournassent le dos. Elle s'en consola en se 
faisant restituer par Tanneguy Duchàtel les terres de la 
Guerche et de Montrésor, dont Louis XI, disposant à sa 
manière habituelle du bien d'autrui, avait payé la trahi- 
son du gentilhomme breton. Éblouie par ce premier suc- 



1 Nouvelle biographie générale. Paris, J. Didot, 1860, 1. XXXII. 365-67. 
M. Vallet-Viriville, auleur de cet article, se montre juslenienl sévère pour 
la Maignelais. Il nous dit qu'elle parvint à supplanter la gentille Agnès Sorel, 
à dépouiller Jacques Cœur l'un de ses exécuteurs testamentaires, et même, 
dit-on, à faire mourir de chagrin el de jalousie la duchesse Marguerite de 
Bretagne. 



— 410 — 

ces, elle alla en avant et attaqua la validité du testament 
de son oncle Jean de Bretagne, en vertu duquel Alain 
d'AIbret avait pris possession des seigneuries de Nontron 
et de Monlignac. Ce procès, jugé d'avance, n'en traîna pas 
moins un quart de siècle, noircissant beaucoup de papier, 
réveillant de fâcheux souvenirs, mais après cela rapportant 
gros aux possesseurs. Déjà la dame de Montrésor avait 
été déboutée à plusieurs reprises de ses prétentions, quand, 
se fondant sur ce que l'usufruitier est tenu aux réparations 
d'entretien, elle demanda raison à notre personnage de la 
diminution croissante des revenus de iMonlignac. Il daigna 
répondre. C'est ainsi que nous savons que le susdit châ- 
teau, saccagé de fond en comble à l'époque de la Prague- 
rie, était resté ouvert à tous les vents. Alain avait rebâti 
la chapelle, recouvert et remeublé le corps de logis, sup- 
primé les terrasses qui menaçaient ruine, et, considérant 
que la ville de Monlignac, qui ne comptait alors que deux 
cents feux, renfermait « tous gens pauvres et mal hérités, » 
il les avait affranchis du guet et fait rendre aux clercs de 
leurs contributions '. Les gentilshommes du pays n'étaient 
encore, en 1302, qu'au nombre de trois. Le plus opulent 
d'entre eux, qui tenait la métairie de Salvebœuf, pouvait 
bien avoir un revenu de cent livres tournois'^. On com- 
prend après cela comme quoi les cadets de Gascogne ne 
pouvaient faire autrement que de courir le monde. 

Ce même testament du comte Jean de Bretagne donna 
lieu à plusieurs autres procès. Nous ne citerons que celui 
qu'Alain eut à soutenir contre sa cousine germaine, Nicolle 
de Bretagne, dame de Boussac, se disant comtesse de Pen- 



* Archives dcparl. des Basses-Pyrénées. E, n» 782. Ce même procès fui 
repris plus lard par Imbert, comle de Fézensac, gendre de Charlolle de 
Bretagne et fils d"An(oine du Bouchage, le célèbre minisire de Louis XI, 
contre Jean, roi de Navarre, fils et principal héritier d'Alain d'AIbret. 

^ Uu certain Jean de Ferricres était seigneur de Saulvebœuf en 1598. 



— A\\ — 

lliièvre et vicomtesse de Limoges. L'affaire est curieuse 
sous plus d'un rapport. Elle justifie pleinement le mot de 
Michelet, disant qu'à la fin du XV* siècle tout est men- 
songe, hommes et choses. Dame iNicolle, en effet, n'était 
ni de Bretagne, ni de Pcnlhièvre, ni de Limoges, mais de 
Blois. En se parant d'un nom illustre et de titres ron- 
flants — ceux de sa grand'mère — elle ne faisait que 
suivre l'exemple de son père, de deux de ses oncles et 
pouvait espérer par là, sinon de prouver que le testament 
qu'elle attaquait était œuvre de captation, du moins de 
faire figure dans le monde, d'établir avantageusement ses 
quatre filles. Son mari, Jean de Brosse, n'était point 
riche, puisqu'il débuta en donnant — chose rare — pour 
mille écus d'or une charte d'affranchissement aux habitants 
de Boussac. Cette particularité explique qu'elle se contenta 
de l'arrêt du parlement de Bordeaux du 29 mars 1479, 
condamnant les héritiers universels de Jean de Bretagne, 
dernier comte de Penthièvre, à lui payer la bagatelle de 
six mille livres tournois, somme à laquelle avaient été 
estimés les biens meubles délaissés par leur oncle commun. 
Mais il était écrit qu'Alain d'Albret n'en serait point quitte 
à si bon marché. La Bretagne était le principal magasin 
de ses rentes, le plus ferme boulevard du parti apanagiste, 
et celte femme intrigante, poussée sans doute par ses 
créanciers ou ceux de son mari, porte le premier coup à 
la souveraineté et à l'indépendance de ce pays. Elle céda 
à Louis XI, dont la politique n'était plus un mystère pour 
elle, ses droits plus que contestables sur le duché de Bre- 
tagne contre la promesse de lui rendre les terres de sa 
famille et de payer aussitôt après la prise de possession 
dudit duché ses dettes, montant à cinquante mille livres 
tournois ^ 

* Darc, Hiitoire de Bretagne, l. III, p. 34, en note. L'acle porte la date 



— 412 — 

Cet iustrument de cession qui n'eut été qu'une mauvaise 
plaisanterie eu toutes autres mains que celles du terrible 
roi de France, fut très-sérieusement utilisé par lui. Son 
fils en hérite et s'en sert. Alain le combat sans succès, 
même les armes à la main. C'est que, quand des femmes 
intelligentes font de la politique, elles sont plus redouta- 
bles qu'on ne pourrait croire. Elles voyenl tout ce qui 
nous échappe, et s'entendent merveilleusement à produire 
de grands effets avec de petites causes. C'est là leur spé- 
cialité. Le mérite n'est pas mince, puisqu'il a pour résul- 
tat ordinaire de surprendre et de dérouler. Charles-Quint 
garda les Pays-Bas pour les avoir fait gouverner par sa 
tante Marguerite et sa sœur Marie, et Philippe II risqua 
de les perdre pour avoir remplacé la main plus douce de 
Marguerite de Parme par le gantelet de fer du duc d'Albe. 

Si les dames de Montrésor et de Boussac avaient appris 
à notre sire d'Albret à craindre les femmes, elles lui 
avaient montré aussi combien leurs pareilles pouvaient 
lui venir puissamment en aide. 11 ne pouvait rien faire 
de sa femme vouée à la dévotion, mais il dressa à l'in- 
trigue ses sœurs et ses filles. Elles furent toutes de bons 
instruments. L'aînée de ses sœurs, Françoise, issue du 
premier mariage de sa mère avec le grand bouteillier de 
France, Jacques de Dinan, seigneur de Montefilant, Cha- 
teaubriand et Beaumanoir, devint comtesse de Laval et 
dame d'honneur d'Anne de Bretagne; la seconde, Marie 
d'Albret, épousa un avanturier italien, dont Louis XI 
avait fait un comte de Castres, et la cadette enfin Louise 
eut la cour de France pour sphère d'action. Elle épousa 
Jacques d'Estoutevelle, seigneur de Beyne et des baronnies 



du 26 janvier 1479 (v. s.) Le duc Jean II de Bretagne fut obligé de le 
reconnaître par son testament qu'il signa la veille de sa mort, le 8 septem- 
bre 1488. 



— 413 — 

d'Ivry et de Saint-André en Marche, conseiller du roi en 
ses conseils et garde de la prévôté de Paris '. 

Ses filles allèrent plus loin et montèrent plus haut. Il 
s'imposa pour toutes de grands sacrifices. On Ta cependant 
accusé d'avarice. Marguerite de Valois, reine de Navarre, 
dans l'un de ses contes, fait dire à un bourgeois de Pam- 
pelune qu'il était « un père dur et serré '^. d II eut été plus 
juste de se servir d'un autre mot. Alain n'était point un 
avare. Pour tout ce qui touchait au triomphe de ses idées, 
à l'éclat de sa maison, il ne regardait pas à la dépense. 
Aussi lui arriva-t-il parfois — ce qui n'advient jamais à 
un avare — à se trouver dans un si cruel embarras 
d'argent qu'il mit en gage ses joyaux et sa vaisselle plate; 
un autre jour, qu'il dût emprunter quelques centaines 
d'écus à Jean de Chasseignes, président du parlement de 
Bordeaux^. Les plaideurs, tout comme les joueurs de pro- 
fession, sont exposés à ces désagrémeuls-là. Alain cepen- 
dant tient à les expliquer. Dans un acte passé à Amboise 
en 1484 en faveur de notre Philippe de Commines, il met 
ses « très-grandes et honorables dettes » sur le compte de 
son dévouement à la maison royale de Navarre '^. Nous 
avons à compléter cet aveu. Ses embarras financiers avaient 
une autre cause, commune à tous les grands barons de 
France. Louis XI, qui s'était juré de les exterminer en 
détail ou, tout au moins, de les rendre inoffensifs à l'ave- 
nir, leur avait appliqué avec un entier succès son système 
d'appauvrissement, consistant en chevauchées lointaines, 
en hautes charges non rétribuées, en coûteuses embassa- 



* Archives départ, des Busses-Pyrénées, E, n" 80. Consultation donnée au 
sire d'Albrel sur la part d'héritage revenant à chacune de ses sœurs. 

* Contes et nouvelles. Londres, 1784, t. IV, p. 48. 
^ Archives départ, des Basses-Pyrénées. E, n" 75. 

* Messager des Sciences historiques, année 18G7, p. 29 



— UA — 

des. Celait écraser les gens à force de caresses, dont la 
vanité satisfaite des victimes ne comprenait que trop lard 
la perfidie. Ce même système, mis en usage aux Pays-Bas 
à partir de Charles-Quint, donna naissance au célèbre parti 
des Gueux et en justifie bien mieux que tous les contes 
qu'on en a fail l'origine et la signification hislorique. 

Charles Rahlenbeeck. 



. J LZ 



an 







lith.C.tTdb 



— 415 — 



(SHuelques sceaux 

DU DIOCÈSE DE GAND ». 



Léproserie et Riche-Hôpital. Des bienfaiteurs incon- 
nus, dont la modestie égalait la générosité, fondèrent au 
commencement du XII'' siècle un asile pour les lépreux, 
dans un terrain allodial appartenant à l'abbaye de Saint- 
Bavon et situé entre les propriétés dévolues plus tard au 
Grand-Béguinage et à la seigneurie de Spiegelhove. Cet 
établissement, dédié à la Mère de Dieu, paraît avoir donné 
son nom à tout le quartier avoisinant, appelé depuis Maria- 
land ou terre de Marie. 

Il nous semble superflu de répéter ici ce que Sanderus, 
Diericx et Sleyaert ont écrit au sujet de cette institution. 
Nous nous contenterons de signaler quelques détails 
inédits. 

Le règlement primitif de la léproserie, émané en 1147 
d'Anselme, évéque de Tournai, fut renouvelé le 5 mars 
1424 par l'évéque Jean de Thoisi '^. Le droit de cueillette 
ou de la cuiller, perçu sur toutes les graines vendues dans 
la ville, fut concédé dès le principe de la fondation et 
confirmé par acte écbevinal du 7 avril 1510 ^. 

Malgré tous ses titres au respect des partis, la léprose- 

' Voir pp. 121 et suiv. 

* Archives de la catJiédrale , fonds de l'abbaye, carlon 22, n" 141. 

» Ibid , carlon 39, n» 152. 

39 



— 416 — 

rie fut saccagée par les Gueux le 22 août 1566. Dès ce 
moment les paisibles habitants de cet asile de bienfaisance 
furent en butte aux tracasseries des sectaires. Le 12 mars 
1579, les gardes urbaines, postées à la porte de Bruges, 
se ruèrent sur l'établissement, en enfoncèrent les portes 
et tuèrent même l'un des quatre hallebardiers du sous- 
bailli, chargés de la défense intérieure. 

A cause de l'état pitoyable où se trouvait l'église de 
Saint-Martin, la chapelle de la léproserie fut affectée au 
service paroissial de 1585 à 1618. Pendant cet intervalle 
et probablement vers 1591, les sœurs de Saint-Augustin, 
qui desservaient l'hospice, demandèrent à l'évéque et à 
son chapitre, leur séparation d'avec les frères de la vie 
commune *. 

Dès l'érection de l'évéché de Gand, les échevins de la 
Keure élevèrent des prétentions sur le contrôle des élec- 
tions et des comptes des divers établissements de bienfai- 
sance. Us furent déboutés au sujet de la Léproserie, par 
arrêts émanés successivement du conseil de Flandre, le 
7 novembre 1572, le 11 mars 1574, et du Grand Conseil 
de Malines le 22 novembre 1597 ^. 

Jeanne van der Sare, reconnue le 6 mars 1619 par les 
échevins de la Keure comme supérieure de l'hospice ^, 
renouvela en cette qualité, le 2 avril 1628, entre les mains 
de l'évéque, sa profession de foi et d'hommage *. Deux 
ans auparavant, les religieuses avaient adopté la règle de 
saint Benoit et demandé la tranformation de leur maison 
eu abbaye sous le vocable de Rijke Gasthuis ou Riche 
Hôpital. Le pape Urbain VIII approuva ce changement 



• Archives de ta cathédrale, carton K, n" 537a. {Fonds de la cathédrale). 
» Ibid., carions E, n» 194, F, n" 243, el L, n" 598a. 

» Ibid., carton P, n" 246. 

* Ibid. y carton R, n» 383. 



— Ail — 

par bulles du 13 mai 1650 '. Les statuts, approuvés par 
Tévéque Triest, le 28 janvier 1631, sont déposés en ori- 
ginal aux archives de la cathédrale ^. 

Jeanne van der Sare, élevée à la dignité abbatiale, fil sa 
profession de foi le 13 octobre 1650^. A ce sujet, les 
échevins de la Keure ne manquèrent pas de renouveler 
leurs anciennes prétentions, mais nos évéques continuèrent 
l'exercice de leurs droits incontestables jusqu'à la suppres- 
sion de l'abbaye *. 

Les archives de l'ancienne Léproserie, conservées au 
dépôt provincial, nous fournissent les empreintes en cire 
verte de deux sceaux différents. La première est appendue 
à un acte du 24 juin 1273, par lequel Jean Vromand, 
abbé de Saint-Bavon, approuve la fondation, par Cécile 
de Pttteo, d'une chapellenie dans l'église de l'hospice '*. 

Le champ du sceau est divisé en deux parties à peu près 
égales, par une bande horizontale portant la salutation 
angélique Ave Maria, que semble adresser le religieux, 
agenouillé tête nue et les mains étendues vers la Vierge. 
Celle-ci, représentée à mi-corps, incline la tête couronnée 
vers le divin Enfant, dont la main gauche s'étend vers la 
droite de sa mère. La légende comprise entre deux filets, 
porte : s. magri domus leprosor. gand. Le module est de 
0«,040 sur0™,024 (Planche XXIII, fig. 1). 

L'acte muni du second sceau date du io août 1318. Il 
constitue une rente annuelle de 22 sols à charge de l'hos- 
pice et au profit de l'abbaye de Saint-Bavon, en échange 
des dîmes de 220 verges de terre situées près de l'enclos 
de la Léproserie ^. 



' Archives de la cathédrale, carlOQ S, n" 413. 

* Ibid., section E, armoire 3, rayon 2, n» 3bis. 
' Ibid., carton S, n" 431. 

* Ibid., cartons S, n» 439, et PP, n» 577. 

'^ Archives de l'État, fonds de Saint-Bavon, case 3, n" 2, n» 57. 
6 Ibid,, case 3, n" 2, n" 61. 



— 418 — 

II esl facile de remarquer que la matrice de l'empreinle 
remonte à l'origine même de l'établissement. La Vierge- 
JMère, assise sur un pliant à têtes d'animaux, lient de la 
main gauche une pomme et de la main droite l'enfanl 
Jésus, velu d'une longue robe plissée, ayant dans la gauche 
également une pomme et étendant la droite vers le mal- 
heureux, dont les mains suppliantes invoquent le secours 
du ciel. Celte dernière figure est surtout remarquable par 
l'expression et le mouvement. La légende, en beaux carac- 
tères du douzième siècle, n'a conservé que les fragments : 
iGiLL... PROs... cm'... be... Cl doit probablement se lire: 
Sigillum Leprosoriœ domiis Beatœ Mariœ Gandensis. Cette 
belle pièce mesure O^jOGS sur 0"',04S (Planche XXIIÏ, 
fig. 2). 

Le troisième sceau, dont une empreinte en cire rouge 
appartient au cabinet de M. Ch. Onghena, date de l'érec- 
tion de l'abbaye. Dans le champ nous voyons saint Benoit 
debout, la tête nue et nimbée, tenant de la main gauche la 
crosse à vélum ondoyant, et portant sur la droite un 
calice posé sur le livre des statuts. A droite du saint est 
placé un panier vide, à gauche le corbeau tenant un pain 
dans le bec. A l'entour se lit l'invocation : 5'« Bénédicte 
ora pro nobis. La légende commence par une quinte-feuille 
et porte entre le grenelis intérieur et le filet de l'exergue, 
en lettres ronîaines de deux grandeurs, les mots suivants 
séparés par des globules : Sigillum ■ abbalissœ • monas- 
terii ■ Beatœ • Mariœ V. Leprosorum. Celte jolie pièce 
de forme ovale a le module de O^jOoO sur O^sOi? 
(Planche XXIII, fig. 3). 

POORTÂKKER OU BÉGUINAGE DE SaINT-AuBERT. Au XIII* 

siècle, la partie du quartier d'Akkergem conligue à l'en- 
ceinle de Gand, reçut du voisinage de la cité et de la nature 
du sol le nom de Poortakker ou champ de la ville. C'est là 



— 419 - 

que nos deux béguinages, voulant fonder un asile pour 
leurs prébendières pauvres et infirmes, acbelèrenl en 12G0 
un terrain destiné à l'érection d'une infirmerie commune. 
Les travaux n'avancèrent d'abord que bien lentement, mais 
reçurent en 1278 une impulsion plus active, grâce à la 
protection de Marguerite de Conslantinople et au concours 
généreux des notables de Gand, parmi lesquels nous trou- 
vons messires Soeye de Merendré, Louis d'Arseele, Pierre 
Uutenbove, Siger Lutendale, Alexandre de Vaernewyck, 
dame Catherine Bruscb etc., *. Gertrude et Avesoete furent 
les premières supérieures. 

Après l'érection d'infirmeries particulières dans l'enclos 
des béguinages de Notre Dame et de Sainte-Elisabeth, 
l'hospice de Poortakker devint un troisième béguinage sous 
le vocable de saint Aubert, patron de l'oratoire. Aussi les 
prébendières gardèrent le nom de béguines jusqu'à leur 
suppression. 

La matrice en cuivre du sceau primilif est un chef- 
d'œuvre de la gravure flamande au XIII^ siècle. Nous en 
avons trouvé une empreinte dans la belle collection sigil- 
laire de iM. Ch. Onghena. Nous y voyons entre deux écus 
triangulaires, probablement aux armes de Flandre et de 
Gand, saint Aubert en costume pontifical, debout sur un 
escabeau couvert d'ornements. Le saint évéque, la main 
droite ouverte et levée, tient de la gauche la crosse à vélum 
ondoyant et à volute tournée vers l'intérieur. Les deux 
écus au lion sembleni faire allusion à la fondation de l'hos- 
pice par nos bourgeois, sous le patronage des souverains. 
Au-dessus de l'écusson de droite brille une étoile à six 
rais, symbole sigillaire très-commun au moyen-âge. 

• Voyez : Gebedenboeck, jnergelijdcn, reghel ende aflaelen rakende de 
proevendirige Beqgijncn van 'l Beggynhof van S' Auherlus, geseyl 't Poorlac- 
ker bijeenvergadert door Z. I. V. V. P. J. U. L. (Zeglier Ignalius Van de 
Vivere, pi'iesler, juris utriusque licenlialus). Gliendl, J. Eton, 1714., in-i8. 



— 420 — 

La légende, précédée d'une croix grecque et comprise 
entre deux grenelis, porle en beaux caractères : S. hospi- 
lalis. Sci. Auberti. in Porlacker. Le module est de : 
O-^.OS^ sur O^jOS?. 

Nous avons été assez heureux pour découvrir le contre- 
scel du même hospice. Il est appendu à un acte du 1 oc- 
tobre 1334, par lequel le prêtre Martin de Hosdine, pro- 
viseur de l'établissement, du consentement de l'abbé de 
Saint-Bavon, règle avec le chapelain un différend au sujet 
des rentes de la chapellenie '. 

La forme de ce sceau est orbiculaire, au diamètre de 
0'",018. Dans le champ est figuré un buste d'évêque, la 
tête nue, entre deux branches posées en pal. L'inscription 
porte entre deux filets : Co'lra sigilV de Portacr, (Planche 
XXIV, fig. 1 et 2). 

Abandonné par les prébendières et aliéné par la com- 
mission des Hospices, le Béguinage de Poorlakker est 
occupé depuis le 24 mai 1864 par les dames de l'Adora- 
tion perpétuelle. 

Recollets. Réorganisés à la fin du XVI^ siècle, les 
Franciscains vinrent sous le nom de Récollets occuper 
l'ancien couvent des Frères-Mineurs. A cette occasion, ils 
adoptèrent un scel de forme ogivale portant dans le champ 
un écu au lion, surmonté de la figure en pied de Saint- 
François, debout, en costume de l'ordre, la tête nimbée 
et montrant ses mains percées des stigmates. Entre le filet 
intérieur et le grenetis de l'exergue on lit, en commençant 
par le bas : Sig. Conven. Fratrum Minorum. régula, 
obser. Gandensis. Le module est de 0'",0580 sur 0",0385. 

Supprimés par la République française, les Récollets de 
Gand vinrent, le 30 novembre 1840, s'établir dans l'an- 

* Archives de l'Étal à Gand, fonds de Sainl-Bavon, case 3, n» 2, n" 63. 



PL.XÎIV 



1 




B.LayoLut.dd 





— 421 -- 

cien couvent des Urbanistes, quai au Bois. Leur scel 
actuel, (Jù au buriu habile de M. Ch. Onghena, nous pré- 
sente dans un polylobe rustique, encadré d'une couronne 
d'épines, le saint fondateur, ayant la même pose et les 
mêmes attributs que dans le sceau précédent. L'inscription 
précédée d'une croix, porte en beaux caractères gothi- 
ques : REsiD. GAND. F. F. MIN. REc. Ccttc belle Œuvre me- 
sure O-^.OSS sur 0-%023 (Planche XXIV, fig. 3 et 4). 

L'abbé J.-B. Lavaut. 

(Pour être continué). 



_ 422 



LES SCULPTEURS MALINOIS. 



lies sculpteurs du XIV^ siècle. 

Sommaire : Mailre André. — Henri Mys. — Herman van Blankene et Jean 
van Lokeren, — Lambert de Dinanl. — André de Valenciennes. — 
Gauthier Sniout. — Jean Slaes. — Jean Keldemians dit van Mansdale. 

La ville de Malines ne possédant pas de monuments 
du XII'' siècle et n'ayant du XIIl^ siècle que des frag- 
ments ou des constructions architectoniques dont les au- 
teurs sont inconnus, nous aborderons directement l'examen 
des sources écrites que le XIV'' siècle nous a laissées et 
qui pourront servir à l'histoire des sculpteurs et des 
architectes, qualités souvent réunies alors dans la même 
personnalité. 

Les monuments de Malines sont, en général, les uns 
plus anciens que les premiers comptes de la ville; les 
autres, par leur nature, indépendants de l'administration 
civile, qui n'intervenait qu'exceptionnellement dans leur 
érection. Nous rechercherions donc vainement dans les 
comptes communaux les noms des architectes et des sculp- 
teurs qui concoururent à l'achèvement et à la décoration 
de nos églises ou de certains édifices privés. Ces con- 
structions malheureusement ont elles-mêmes perdu leurs 
comptes primitifs. D'ailleurs, pour l'étude que nous en- 
treprenons, le XIV* et le XV* siècle sont plus intéressants 



— 423 — 

que leurs devanciers, car (meltaiil à pari le regret de ne 
pouvoir retrouver les noms de quelques architectes) c'est 
à celte époque que le style ogival rechercha surtout 
les ornementations sculpturales; c'est au XIV* et au XV® 
siècle que la première simplicité commença à plier sous 
des détails décoratifs nouveaux et qu'elle fit place à plus 
de richesse; vers ces mêmes temps s'éveillèrent les ten- 
dances de luxe et d'ornementation que l'influence des ducs 
de Bourgogne ne tarda pas à développer. 

Les premiers sculpteurs malinois dont les comptes 
communaux révèlent l'existence, sont indiqués dans 
ces documents avec tant de vague et de concision, que 
l'on ne peut guère caractériser leur personnalité. C'est 
ainsi que nous relevons en 1374-75 le nom d'un certain 
André, auquel la ville versa une gratification eu vin pour 
le recompenser des figures qu'il avait exécutées pour elle : 

or Item, van ii ghelten wyns ghepresent meestere An- 
driese die der slad beelden maecte. » 

L'artiste, dont il s'agit ici, est déterminé avec si peu de 
précision, que nous pouvons nous demander, si mailre 
André était quelque sculpteur malinois ou s'il ne faut pas le 
confondre avec un autre personnage de sa profession, mailre 
André de Valenciennes que nous retrouverons bientôt. 

Les statues que tailla le ciseau d'André devaient figurer 
dans les niches de la façade au nouveau local échevinal 
{schepenen-hiiys), auquel on travaillait alors. Ce monument 
communal, qui existe encore, fut construit sous la direc- 
tion de Henri Mys ou Mrys. Mys, qui était le conduc- 
teur officiel des travaux entrepris, doit élre considéré 
aussi comme Tauteur des plans de l'édifice à l'érection 
duquel il présidait; car il était quasi de règle au moyen- 
âge que les maîtres tailleurs de pierre dessinassent les 
plans des monuments dont ils entreprenaient la con- 
struction. 



~ 424 — 

Henri Mys, juré des maçons de Malines en 1374-75, 
travaillait en 1576 avec vingt-ct-un ouvriers à une tour 
des fortifications près de la rue des Planches; il contribua 
à la construction de la porte du Clos; en 1577-78 il fit 
le pont dit Klapbankbrug et il en commença un autre sur 
la Dyle, derrière riiôpilal '; en 1384 il besognait à la 
porte Winket. 

En 1383-84, maître Mys prenait part aux travaux de 
bâtisse et de sculpture à la porte d'Adeghem. Nous pouvons 
supposer, d'après l'indication des comptes, que c'est lui 
qui fut l'auteur de la statue de Saint-Josse, ornée de cou- 
leurs par François de Endout et placée, la même année, 
à l'entrée de cette porte. 

Maître Mys, demeurant à Malines à l'enseigne « Vancre, b 
est le constructeur de la tour de la collégiale de Saint- 
Gommaire à Lierre, dont les travaux ont été commencés 
en 1377. On est également fondé à croire, d'après 
M. Deckers, de Lierre, que Mys a été l'architecte du 
befFroi, datant de 1360 et accolé à l'hôlel-de-ville. 

M. Mast, membre correspondant de la Commission 
royale des monuments à Lierre, m'écrivait en 1872, que 
Ton pourrait avec beaucoup de raison considérer Henri 
Mys comme l'auteur de la belle église de Saint-Gommaire, 
édifice dont on a commencé la construction par la tour. Les 
archives de Lierre sont muettes à ce sujet, disait M. Mast, 
mais il est évident, lorsque l'on tient compte de l'unité et 
de la parfaite harmonie qui régnent entre toutes les par- 
ties de ce temple, qu'il a été construit d'après un plan 
primitif d'ensemble. Dès lors ne peut-on pas supposer 
avec, fondement que Mys, à qui avait été confié la direc- 
tion des premiers travaux, a été l'architecte qui a fourni 



' F. M. S., Geschicdkundige verhandcling over de oude bniggen der stad 
Mechelen, 1872. 



— 425 — 

le plan primordial. C'était-là aussi l'avis de feu M. A. 
Berginann, Tliislorien de la ville de Lierre. 

Mon honorable collègue de la Commission des monu- 
ments a bien voulu étayer son opinion de quelques ex- 
traits, tirés des comptes relatifs à la construction de 
l'église : 

« Item, daer na op den xxii dach in januario was ghe- 
gaen Joh. van den Bloke te Mechie omme te sprekene 
Myse uten anckere ende omme lyftocht te vercopene, daer 
verterde hi xxv witte. » 

« Item, wert ontboden meester Mys uten anckere om 
raet aen hem te nemenne der kerken goede beslade, ende 
wat men aen de kerke best wrachte, daer af had hi vi 
motloenen. » 

« Item, ghingen som de schepenen met hem eten te 
Boudens van Ysendike op den xi dach van sporkille, daer 
verterden si ii franken, maken ii motions en l witte. » 

« Item, waren vergadert te Vrancx van Berlaer de 
schepenen, gheswornen ende kerckmeesters om aen mees- 
ter Myse le bestaden der kercken torre, daer wert bestaet 
de steynen brugghe aen meester Petere, te half vasten. 
Daer verterden si vni mottonen. » 

A l'occasion de la tour de Saint-Gommaire nous ferons 
encore remarquer que la croix de fer qui en surmontait 
jadis la flèche, sortit des mains d'un forgeron de Malines, 
Jean de Smet. Cette croix, un beau travail, avait été exé- 
cutée en 1473. 

M. Bergmann émet l'opinion que Henri Mys pourrait 
bien avoir été lierrois d'origine, par le motif que le nom de 
sa famille se trouve plus tard dans la série des magistrats 
de Lierre *. A Malines aussi uous rencontrons souvent ce 

* Gesehiedenis der slad Lier, 1873. 



— 426 — 

nom; nous le voyons même dans le mélier des maçons, 
puisque Pierre Mys était juré de celle nalion en 1447-48. 
Nous avons acluellement encore un ponl appelé Pont-Mys; 
autrefois ce pont était nommé Hey-JMys brugglie ou Heyne- 
Mys brugghe, c'est-à-dire pont de Henri Mys, Or, cette 
dénomination remontant au temps de notre artiste, nous 
en concluons qu'il fut, ou au moins un des siens, l'auteur 
du pont ou bien encore qu'il habitait à proximité de celui- 
ci; nous trouvons d'ailleurs qu'en 1311 Henri Mys travail- 
lait au ponl du cimetière et à trois autres ponts. 

Dans la série des artistes qui contribuèrent par leur 
ciseau à décorer la nouvelle maison scabinale, apparaissent 
Herman van Blankene et Jean van Lokeren, deux étrangers 
peut-être, qui sculptèrent les consoles et les ornements des 
poutres, ainsi qu'une figure de bois qui devait frapper 
les heures à l'horloge '. Le premier de ces deux person- 
nages, Herman van Blankene, fut payé, en 1376-77, pour 
avoir taillé deux lions en bois, modèles de ceux que 
maître Lambert de Dînant coula en cuivre^. Le même 
dinantais façonna le pommeau et les feuillages accessoires, 
qui furent érigés sur la tour de la maison échevinale. 
Cette masse de métal avait un poids de 600 livres ^. 

André de Valenciennes, « meester Andries van Valen- 
chyn, » qui plaça en 1383-84, au prix de 27 sous et 
2 deniers, un crucifix sur l'autel, dans le même local, 
est probablement au.ssi un étranger, porteur en forme de 
nom patronymique de la désignation de la ville dont il 
était originaire *. 



* Comptes de Matines, 1373-76. 

* Idem., 1376-77. 
' Idem., idem. 

* Comptes de Malines, 1585-84. Nous croyons d'autant plus que ce per- 



— 427 — 

Gauthier Smout exécuta en 158o-86 une image de 
Noire-Dame, deslinée à être placée sur un petit pont dont 
nous ne pourrions déterminer la situation. Cette œuvre lui 
fut payée le 6 du mois d'octobre 1386 '. 

Le morceau sculptural le plus important du XÏV* siè- 
cle que nous possédions, est le tombeau de François van 
Halen, dressé dans l'église de Saint-Rombaut en 1592 
par Jean Keldermans dit van Mansdale. Nous reviendrons 
sur cette œuvre et sur son auteur lorsque nous aborderons 
l'étude de la célèbre race des arcbilectes-sculpteurs du 
nom de Keldermans. 

Il semble d'après les comptes communaux qu'un borlo- 
ger, Jeam Staes, qui confectionna en 1588 une borloge 
qu'il plaça au-dessus des orgues à l'église de Sainl- 
Rombaul, était également sculpteur. En effet, nous trou- 
vons d'abord que ce personnage travailla avec trois 
compagnons pendant vingt-quatre jours au placement de 
l'horloge sur la tour de la même église ^; ensuite, qu'en 
1592-93, maître Staes fit et disposa la figure qui sonnait 
les heures sur cette tour. Voici comment s'expriment les 
comptes communaux de celle année : 

« Item, meeslere Jan Staes van werkene en van stellen 
ane den man die de huren sleet. » 

Pour compléter davantage cet aperçu sur les sculpteurs 
du XIV« siècle, il serait bon de jeter un coup-d'œil sur 
les enlumineurs dont j'ai parlé à l'article des peintres de 
ce temps; car au XIV* siècle aussi bien qu'au XV* et 
même au XV1% la plupart des enlumineurs d'images étaient 



sonnage élaît étranger, que les comptes mentionnent les frais de logement 
payés pour maître Henri et pour ses chevaux chez André van den Bossche. 

' Comptes de Malines, 1385-86. 

* Comptes de Malines, 1588-89. 



— 428 — 

en même temps les auteurs des figures qu'ils polychro- 
maient : ainsi les uns comme les autres, peintres et sculp- 
teurs, étaient imagiers dans le sens le plus large, puisque 
l'image sortait le plus souvent complètement achevée et 
décorée de leurs mains *. 

Emm. Neeffs. 



' M. Gyseleers-Thys, dans son opuscule sur La tour de la métropole de 
Sainl-Rombaul, rappelle les noms de plusieurs maîtres-maçons qn'il a dé- 
couvert travaillant à des eulreprises de la ville. Nous avons également 
rencontré ces noms dans les comptes communaux, mais nous n'oserions 
affirmer que ces noms se rapportent à autant d'arcliilecles, car la nature 
de leurs ouvrages appartient plutôt à la grosse maçonnerie qu'à la con- 
struction monumentale. Voici les constructeurs dont parlent les comptes : 

1345-46. Jean Everaerds. 

1369. Jean van Bevere, Louis van den Rode. 

1370. Guillaume Hoenreman; Jean Stevens; Jean Croet. 
138G. Jean Wisshaevc; Michel van Jleldebroeck. 

M. P. V. Bets, Histoire de la ville de Tirlcmont, mentionne qu'en 1360, 
Jean de Osy, architecte de léglise de N.-D. du Lac, résidait à Malines; nous 
ne trouvons nulle autre trace de ce personnage. 



— 429 — 



EGLISE DE SAINT-JACQUES 

A GAAiD. 



L'église de Sainl-Jacques à Gand est un monument en 
style roman, construit au Xll* siècle; il devient impossi- 
ble d'assigner à sa construction une date approximative, 
sans doute peu éloignée de la date authentique que les 
chroniqueurs fixent en l'an 1120, c'est-à-dire à l'époque 
de la reconstruction de la plupart des édifices, réduits en 
cendres par le terrible incendie qui dévora une partie de 
la ville de Gand. 

Les chroniques rapportent qu'on désignait autrefois 
l'église sous le nom de Saint-Jacques dans les prairies, à 
cause qu'elle a été bâtie dans un terrain très-bas. 

Sous le sol actuel de l'église sont encore existantes les 
anciennes bases des colonnes enfouies à l'",20 sous le 
pavement. Ce changement a eu lieu lors de l'exhaussement 
de l'ancien cimetière et des rues avoisinantes. 

Les deux tours romanes qui cantonnent la façade prin- 
cipale, peuvent être comptées au nombre des monuments 
les plus curieux de cette ville. 

L'une, du côté nord est couverte d'un toit à quatre pans, 
et l'autre d'une flèche pyramidale ornée de crochets. 
Celle-ci est de l'époque ogivale. Il est à regretter que des 
changements opérés en 1667 et plus lard dans un style 
totalement différent, aient troublé l'harmonie architectu- 
rale et l'ensemble de l'édifice. La façade a été mutilée à 
diverses époques; on avait bouché toutes les fenêtres des 



— 430 — 

deux loiirs en masquant leurs colonnelles et arcatures, et 
en plâtrant tellement les mûrs qu'il était impossible de 
distinguer la couleur de la pierre, ni l'appareil de la 
maçonnerie. Le portail et le pignon moderne ont été con- 
struits au siècle dernier. 

Le nouveau portail est encadré de trois rangées de co- 
lonneltes en retraite, surmontées de leurs arcs à moulures. 
Toutes les fenêtres des cinq étages des tours sont per- 
cées à jour et reconstruites dans leur état primitif, avec 
leurs colonnettes, bases, chapiteaux et arcatures, d'après 
les anciennes traces. On a trouvé six différentes formes 
de chapiteaux, trois formes de bases et deux formes de 
colonelles octogonales et cylindriques, qui toutes ont été 
moulées afin d'en justifier la restauralion. 

La construction des deux tours est exécutée pour la 
majeure partie en appareil de maçonnerie, en pierre de 
Tournai avec assises irrégulières. Les tours sont très-bien 
et solidement maçonnées, d'après un plan arlistement et 
savamment combiné. C'est à cette circonstance qu'on peut 
attribuer leur longue conservation. 

Il est à remarquer que tous les murs tant intérieurs 
qu'extérieurs sont maçonnés en retraite vers le haut, les 
murs extérieurs tant soit peu en talus. Les murs qui au 
bas des tours ont l'°,60 à î"',dO d'épaisseur, n'ont plus à 
la naissance de la flèche que 1">,00 à O^'jSS. 

Il est à remarquer que toutes les solives des divers 
étages ne sont pas encastrées dans le mur, et sont seule- 
ment posées entre les murs sur des blochets sans aucun 
ancrage. Sous les nouveaux gîlages sont aujourd'hui pla- 
cées des armatures en fer pour la consolidation. 

La terminaison de la tour nord est construite en char- 
pente de bois de chêne, qui est entièrement renouvelé. Pri- 
mitivement les deux tours étaient terminées par une flèche 
en bois. Vers 1400, celle de la tour sud a été incendiée el 



— 431 — 

est remplacée par une flèche de forme oclogonale d'une 
irès-belle roiislruclion, maçonnée en pierre blanche dure 
de Baelegem, ornée de crochets sculptés, et aux angles elle 
est flanquée de quatre petits clochetons en pyramides; 
plus de la moitié des crochets a dû être renouvelée. Cette 
flèche, qui n'est nullement dans le style du monument, a 
été conservée et restaurée, comme étant un des plus beaux 
et des plus rares spécimens d'architecture ogivale du XV* 
siècle existant dans nos Flandres. 

A l'intérieur de la tour on voit encore à la naissance 
de la flèche, aux angles, quatre trompes ou appareils de 
claveaux, composés d'une suite d'arcs concentriques ser- 
vant à supporter en encorbellement les quatre pans coupés 
de l'octogone. 

Le conseil de fabrique de l'église de Saint-Jacques a fait 
commencer les travaux de restauration de la façade prin- 
cipale avec les tours en 1870. Ils ont été achevés en 1873, 
d'après les plans approuvés par la commission royale des 
monuments. 

Le conseil a l'intention de restaurer le monument tant 
à l'intérieur qu'à l'extérieur. C'est la seule église à Gand 
qui soit isolée de tous côtés. 

AuG. Van Assche. 



50 



— 45^2 



UNE CURIEUSE PRÉDICTION, 



Tout le monde, au moins tous ceux qui sont tant soit 
peu familiarisés avec la liuérature et l'histoire, connais- 
sent, ne fût-ce que de nom, Jacques de Guyse, l'annaliste. 

Jacques était montois; il vivait au XIV® siècle, entra 
chez les Franciscains et mourut à leur couvent de Valen- 
ciennes le 6 février 1399, ou d'après l'ancien style, 1398, 
attendu que l'année 1599 ne devant commencer qu'à 
Pâques, le 6 février appartenait encore à sa devancière. 

C'était à ce qu'il paraît un fort saint homme que Jac- 
ques de Guyse; il écrivit comme on sait, en latin, les 
Annales ou Histoire du Hainaut, qui lui donnèrent peu 
de joie et de profit, et lui coulèrent bien des peines à ce 
qu'il nous dit lui-même : 

Quae mihi de Guysia 
Jacobo ferl lucra tlialia 
Aul poena varia ! 

Mais ce qu'on sait fort peu, croyons-nous, c'est que 
ce bon religieux a prédit au XIV^'' siècle, que la race ca- 
pétienne régnerait sur la France jusqu'à la tin du monde. 

Le fait est assez intéressant et assez actuel pour que 
nous nous permettions de copier une page du vieil 
écrivain. 

Au lieu de reproduire le texte latin, nous préférons 
emprunicr notre citation à la tradiiclion française qui en 
fut faite par Jean Lessabé par ordie du bon duc Philippe 
de Bourgogne, comie de Flandre, etc., et imprimée en 



— 430 — 

lettres gothiques à Paris, en 1531 et 1352, chez Galliot 
du Prez. 

Pour ce cliapitre-ci du moins la traduction est fidèle, et 
ne nous permet pas de dire, comme pour d'autres parties 
de l'œuvre de Lessabé : traduUore, iradilore. 

Comment Eue Cappet fut certifié par la révélation d'au- 
cnns saintz que sa génération récjneroit sur les Français 
en perpétuité *. 

Auquel an IX^ LXXXVIII se fisl Hue Cappet oingdre 
et consacre roy des francois en la cité de Reims. Et icy 
deffaut la lignée du roy Cliarlemaigne. 

Ainsi don mourut Charles devant dit en son huitième 
an de l'empire Olhon le tiers, Marin étant pape de Rome. 

Si succéda audict Charles au régne de Lotharingie Olhon 
son fils. De rechief les filles dudit Charles mort à Orléans, 
se marièrent à deux nobles comtes au royaulme de Lor- 
raine, cest à sçavoir Ermengarde au comte de Namur 
appelé Albert, et Gerberge au comte Henry de Durbye, 
laquelle avoit eu premièrement le comte Lambert, comte 
de Louvain, fils de Régnier au long col, comte de Moniz. 

De la lignée de Ermengarde par procès de temps yssil 
le comte Baudouin de Haynau, lequel Baudouin eusl une 
fille appellée Elisabeth, laquelle Elisabeth fut femme el 
espouse à Philippe roy de France, de laquelle fusl en- 
gendré Loys. Donc sil est ainsi que ce Loys eust enfant 
par génération, le règne de France fust el revint à la lignée 
du roy Charlemaigne par celle manière que dit est. En 
celluy an mourut Arnoul comte de Flandre. 

Lan de noslre Seigneur LX cent HILX.X.XH (992). 
Es gestes de Sainct Richier el de Saincl Walery, nous 

* Jacqdes dc Guyse. Hlustralions de la Gaule-Belgique ou Annales dit Hai- 
naut jusqu'en 1244. Paris, Galliol-Piipré, IS3I. Vol II, liv. V, fol 77. 



— 434 — 

lisons que leurs propres corps furent Iransporléz de leurs 
propres églises ', en Flandres et furent mis en léglise 
Sainct Berlin en la ville de Sainct Orner au temps des Nor- 
mans. Mais comme par long temps les moisnes de Sainct 
VValery et de Sainct Ricliier eussent par moult longtemps 
requis et recliarché les corps de leurs patrons, lesquelz 
corps détenoient les moisnes de Sainct Berlin par violen- 
ces du comte Arnoul de Flandres, une nuyt apparut sainct 
VValery en songe à Hue Capet adonc comte de Paris, en 
disant : 

— Envoie à Arnoul le comte de Flandres, commander 
qu'il renvoie nos corps en nos esglises. 

Auquel respondit ledit Hue Capet : 

— Sire, qui es-tu et qui est ton compagnon? 

— Je suis, dit-il, appelé Walery, et cestuy cy est Ri- 
chier de Ponthieu. Va faire ce que Dieu le commande has- 
tivement et ne dissimule point. 

Tantost que ledit Hue fui levé il envoia ses messagiers 
audit comte de Flandres, faire ce que mandé luy esloit. 
Mais ledit Arnoul par ung orgueilleux couraige refusa le 
mandement. 

Adonc Hue de ferme courage luy redemanda que dedans 
lespace de trois jours après ce mandement il luy reportast 
ces devantdilz corps sainlz révèremment, ou sinon il sceust 
que par violence et à très graut blasme et dommaige les 
luy conviendroit rendre. 

Adonc le devantdit comte par la cremeur et puissance 
dudit Hue fut conlrainct. 

Si décora dor et dargenl les deux fiersires ^ des deux 
glorieux corps sainctz et puis si les remit dedens. Et 
comme ce vint ung jour que Hue Cappet fust venu jusque 



• Les abbayes de Sjinl-Riquier el de Sainl-Valéry en Normandie. 
'^ Châsses. 



- 435 — 

à IMonlrueil, lequel est chasleau au roy de France, a tout 
une très grant puissance de gendarmes. 

Arnoul le comte oyant la venue dudit Hue Cappet, 
assembla ung grand nombre de gens non point armez. 
Mais Irèshumblement vint alenconlre dudit Hue Cappet et 
là les deux corps sainclz devantdilz très décenlement 
amenez il luy rendit. 

Et lanstost quil les eusl en sa main, il flsl remectre 
chascun en son propre lieu où ils avoient autrefois esté. 

Mais la nuyt ensuivant le rapparut le devantdit Saint 
Walery audit Hue Cappet en dormant, qui luy dist en 
celle manière : 

— Pour ce que studieusement tu as fait les comman- 
demens qui te ont esté commandez, toy et les successeurs 
régneras au royaume de France jusques en la sempiter- 
nelle génération. 

En celle révélation palenlement démonsira la transla- 
tion du royaulme de France avoir esté faicte par la vou- 
lonté de noslre seigneur. 

Emile Varenbergh. 



456 — 



LE PRIX ANNUEL DU ROI. 



S. M. Léopold II, roi des Belges, vient de poser un 
acte que l'hisloire enregistrera parmi ceux qui honorent 
son règne. La Belgique entière applaudit en ce moment 
son souverain, qui vient d'instituer, en faveur des scien- 
ces, des lettres et des arts, un prix annuel d'une impor- 
tance considérable. Laissons la parole au Moniteur belge, 
où le roi donne lui-même les motifs qui Pont déterminé 
à prendre une mesure d'une générosité vraiment royale. 

ML\ISTÉKE DE L'INTÉRIEUR. 

lustltiittou d'un prix auuiiel de 95,000 francs. 

Le Roi a écrit la lettre suivante au Ministre de l'In- 
térieur : 

« Mon cher Ministre, 

» Désirant contribuer, autant qu'il est en moi, au dé- 
» veloppement des travaux intellectuels en Belgique, j'ai 
» l'intention d'instituer, pour la durée de mon règne, un 
» prix annuel de 25,000 francs, destiné à encourager les 
» œuvres de l'intelligence. Celte fondation, dans ma pen- 
» sée, doit avoir un double caractère. Elle a pour but, 
» d'abord, de stimuler les travaux intellectuels dans notre 
» pays; en second lieu, elle doit appeler l'attention de 
» l'étranger sur des questions d'intérêt belge et associer 



— 437 — 

» la Belgique aux progrès que les sciences, les lellies et 
» les arts accomplissent au dehors. 

» En conséquence, le prix que j'inslilue sera décerné 
» aux conditions et d'après le mode suivants : 

» Pendant trois années consécutives, il sera accordé au 
» meilleur ouvrage publié en Belgique, par un belge, sur 
» des matières qui seront désignées d'avance et de telle 
» sorte que le concours n'ait lieu que cinq ans après cette 
» désignation. I.a quatrième année, les étrangers seront 
» admis au concours et le prix sera offert au meilleur 
» ouvrage publié soit par un belge, soit par un étranger, 
» sur un sujet d'intérêt belge, également déterminé d'a- 
» vance. De cette manière, tous les quatre ans, il sera fait 
» appel aux progrès et aux lumières de l'étranger au pro- 
» fit de la Belgique. La cinquième, la sixième et la sep- 
» lième année, le prix sera de nouveau mis au concours 
» exclusivement beige; la huitième année, les étrangers 
» seront admis, et ainsi de suite pour chaque période de 
» quatre ans. 

» Un jury de sept membres sera désigné par le Ministre 
» de l'Intérieur, de concert avec moi, pour juger les ou- 
» vrages présentés. 

» La matière du concours devant changer chaque année, 
» le jury sera modifié tous les ans. 

» L'année où les étrangers concourront, le jury sera 
>» composé de trois membres belges et de quatre membres 
» étrangers, de nationalités différentes. Le président sera 
» belge. Je me flatte de l'espoir qu'il se trouvera dans les 
» pays amis des savants qui ne me refuseront pas de venir 
» s'asseoir à la table du jury de Bruxelles. 

» Ne voulant pas ajourner à cinq ans l'exécution de 
» mes intentions, je désire que, par disposition transitoire, 
» la première remise du prix ait lieu pendant les fêles de 
» septembre de l'année 1878. Pour les quatre premières 



— 438 - 

» années, le prix sera décerné : en 1878 (concours exclu- 

» sivement belge), au meilleur ouvrage sur l'histoire na- 

» lionale; en 1879 (concours exclusivement belge), au 

» meilleur ouvrage d'archileclure; en 1880 (concours ex- 

» clusivement belge), au meilleur ouvrage sur le ilévelop- 

» pement des relations commerciales de la Belgique; en 

» 1881 (concours mixte), au meilleur ouvrage sur les 

» moyens d'améliorer les ports établis sur des côtes basses 

» et sablonneuses comme les nôtres. 

» L'année prochaine, on publiera le sujet du concours 

» de 1882 et ainsi de suite, chaque année, pour le prix 

» à disputer cinq ans après. Je vous prie, mon cher 

» Ministre, de prendre les dispositions nécessaires pour 

» mettre à exécution le plan dont je viens de vous tracer 

» le contour et de recevoir la nouvelle expression de mes 

» sentiments affectueux. 

» Bruxelles, le 3 décembre 1874. 

» LÉOPOLD. . 



Bruxelles, le 12 décembre 1874. 

RAPPORT AU ROI. 
Sire, 

Pour me conformer aux intentions exprimées dans la 
lettre que Votre Majesté a daigné m'adresser le 3 décem- 
bre dernier, j'ai l'honneur de Lui soumettre les disposi- 
tions qui organisent le concours institué par Sa haute et 
généreuse initiative. 

En formulant ces dispositions, je me suis attaché à 
réaliser la patriotique pensée de V^otre Majesté, d'après les 



- 439 — 

règles que rexpérience a consacrées pour Torganisaliou 
des concours. 

Je suis, Sire, 

De Voire Majesté, 

Le 1res humble el très fidèle serviteur. 

Le iMinislre de l'Intérieur, 

Delcour. 



LÉOPOLD II, Roi des Belges, 

A tous présents et à venir. Salut. 

Voulant contribuer, autant qu'il est en Nous, au déve- 
loppement des travaux inlellecluels en Belgique; 
Sur la proposition de Notre Ministre de l'Intérieur, 

Nous avons arrêté et arrêtons : 

Art. 1. Un prix annuel de 2o,000 francs est institué 
en faveur des meilleurs ouvrages sur des matières déter- 
minées par Nous. 

Art. 2. Le concours comprend une période de quatre 
ans; il sera réglé de manière que, pendant trois années 
consécutives, les ouvrages manuscrits ou imprimés en 
Belgique, qui auront été produits par des auteurs belges, 
y seront seuls admis. 

La quatrième année, les étrangers seront appelés à y 
participer, concurremment avec les auteurs belges. 

Art. 3. Pour être admis au concours, les ouvrages 
devront être entièrement achevés et transmis au Ministre 
de l'Intérieur avant le 1 mars de l'année où le prix sera 
décerné. 

Art. 4. L'édition nouvelle d'un ouvrage imprimé ne 
sera admise au concours que pour autant qu'il y ait été 



— 440 — 

faits des changements ou des augmentations considérables. 

Art. 5. Quelle que soit l'époque de la publication des 
premières parties d'un ouvrage, il sera admis à concourir 
si la dernière partie a paru pendant la période à laquelle 
se rattache le concours. 

Art. 6. Le jugement du concours est attribué à un jury 
de sept membres nommés par Nous. Toutefois, pour le 
concours auquel les étrangers seront appelés à participer, 
le jury sera composé de trois membres belges et de quatre 
membres étrangers, de nationalités différentes. L'un des 
membres belges aura la présidence du jury. 

Art. 7. Lorsqu'il aura pris connaissance des ouvrages 
soumis à son examen, le jury décidera si, parmi ces ou- 
vrages, il en est un qui mérite le |)rix, à l'exclusion des 
autres et lequel. 

La question sera mise aux voix sans division. 

Elle ne pourra être résolue affirmativemeut que par 
quatre voix au moins. 

Aucun membre n'aura la faculté de s'abstenir de voter. 

Art. 8. Les ouvrages des membres du jury seront 
exclus du concours. 

Art. 9. Le même ouvrage ne pourra obtenir le prix 
institué par le présent arrêté et l'un des prix quinquen- 
naux établis par les arrêtés royaux du 1 décembre 1845 
et du 6 juillet 1831. 

Art. 10. L'ouvrage manuscrit qui aura obtenu le prix 
devra être publié dans le cours de l'année qui suit celle où 
le prix a été décerné. 

Art. 11. La remise du prix aura lieu pendant les 
fêtes de septembre. 

Art. 12. Le prix est attribué pour les quatre premières 
années : en 1878 (concours exclusivement belge), au meil- 
leur ouvrage sur l'histoire nationale; en 1879 (concours 
exclusivement belge), au meilleur ouvrage sur l'architec- 



— 441 — 

ture; en 1880 (concours exclusivemenl belge), au meilleur 
ouvrage sur le développenienl des relations commerciales 
de la Belgique; en 1881 (concours mixle), au meilleur 
ouvrage sur les moyens d'améliorer les porls établis sur 
des côtes basses et sablonneuses comme celles de la Bel- 
gique. 

Art. 13. Notre Ministre de l'Intérieur est cbargé de 
l'exécution du présent arrêté. 

Donné à Bruxelles, le 14 décembre 1874. 

LÉOPOLD. 
Par le Roi : 

Le Ministre de l'Intérieur, 
Delcol'r. 

Le Messager des Sciences et des Arts se fait un devoir 
de témoigner au Roi sa profonde gratitude. L'appel du 
souverain a été entendu par nos savants, nos hommes de 
lettres et nos artistes qui y répondront en produisant des 
œuvres non moins remarquables que celles qui nous ont 
été léguées par nos illustres ancêtres. 

Grâce à la munificence royale, les sciences, les lettres 
et les arts reçoivent une impulsion puissante qui aura 
pour effet de jeter un nouvel éclat sur notre chère patrie. 
Quel admirable exemple pour les princes jaloux de leur 
gloire! 

Pour la Rédaction, 
Ro'i Kervyn de Volkaersbeke. 



— 442 - 



LES BAILLIS DE LA CHATELLENIE 



DU 



viEXJX-BOTJjaa de ga.nt). 



La cliàtellenie du Vieux-Bourg de Gand, qui s'éten- 
dait tant au dedans qu'en deljors de la ville, formait une 
administration séparée de celle-ci, elle avait ses lois et ses 
coutumes séparées. Son histoire demanderait de longs 
développements qui sortiraient du cadre de cet article, 
dont le but n'est que de reproduire un ouvrage d'un 
auteur gantois, Jean d'Hollander, contenant une liste des 
baillis du Vieux-Bourg. Ce petit travail, dont le manus- 
crit repose aux archives de l'État à Gand *, donne quel- 
ques notions sur les fonctions de ces baillis et la suite de 
ces dignitaires jusqu'au XVII* siècle; cette liste s'arrête 
à la même époque que celles données par l'Espinoy et par 
Sanderus, mais elle contient quelques particularités que 
ces auteurs ne donnent pas; je l'ai complétée jusqu'à 
l'époque de l'invasion française, j'y ai ajouté quelques 
notes sans rien changer au texte ; les registres des comp- 
tes des baillis, conservés aux archives de Bruxelles, m'ont 
servi de guide dans ce travail. 

Jean d'Hollander, né à Gand en 1592, chanoine de 
Sainte-Waudru à Mons et protonotaire apostolique, mort 

' Calai. Il" 42. — Copie à la bibliothèque de rUiiiversilé de Gand, n»5fl. 



_ 443 — 

le 1 4 juillel 1 04-7, s'occupa beaucoup d'éludés historiques ; 
il composa plusieurs ouvrages dont un seul a élé imprimé, 
c'est un Mémoire sur la récolte des Gantois, en l'an 1559, 
contre Charles V, empereur. La Haye, 1747, in-4°. 
D'après les manuscrits de cet auteur que cite Sanderus, 
sa principale préoccupation semble avoir été l'élude de la 
généalogie des familles de la Flandre ; il publia en 1621 
un ouvrage de Denys de Harduyn : De nobilitate liber 
prodomus ex schaedis Dionysii Hardiiini collecius. Ant- 
verpiœ apiid Guilielnmm a Tongris, snb signo Gryhi. 
Anno 1621. Petit in-4''. Ce volume devait servir d'intro- 
duction à un ouvrage irès-étendu sur la noblesse de Flan- 
dre, dans lequel il donnait la généalogie des principales 
familles de cette province et la biographie de ses hommes 
remarquables. Ce travail est resté inédit ainsi que d'au- 
tres pour lesquels il avait utilisé les matériaux réunis par 
Denys de Harduyn; Sanderus cite entre autres une his- 
toire des abbés de Saint-Bavon, la vie des présidents du 
Conseil de Flandre, etc. Ces manuscrits ont sans doute 
subi le sort de beaucoup d'autres œuvres littéraires, et 
les quelques lignes que leur consacre Sanderus seront le 
seul souvenir qui nous en reste. 



— 444 — 



RECOEUL DE JOAN D HOLLANDER, GANTHOIS, PROTONO. APOSTOLICQ 
CHANOINE DE SAINCTE WAULDRUD A MONS TOUCHANT LES 
BAILLYFS DU VIEUXBOURG EN LA VILLE DE GAND AVECQ l'oRI- 
GINE DU DICT OFFICE. 

A noble et vertueux 5'" Messire George de la Faille, 
baron de Nevele, seigneur de Audegoede et bailly du 
Viesbourgh, appendences et dépendences. 

Monsieur 

Il y a quelque trois ans que retournant de Bruxelles à 
Gand je fus honnoré de vostrecompaignie estant de mesme 
accompaigné de Monsieur Nieulande, S"" de Lerberghe. En 
chemin discourant de plusieurs matières concernans les 
antiquitéz de Flandres et de la ville de Gand nous nous 
arrestames sur l'ancienneté des magistrats et baillyfs; et 
combien que des alors je promellois mectre en lumière 
toutes les principales ofiices, dicls magistrats de Flandres. 
Touteffois pour plusieurs occasions légitimes les ay dif- 
féré pour un temps. Cependant que je vous envoyé par 
forme de catalogue tous voz advanchiers baillyfs du Vies- 
bourgh, priant le recevoir et veoir comme venant de celuy 
qui désire d'estre maintenu. 

Monsieur 

Vostre bien humble serviteur, 

JoAN d'Hollander, 1620. 

L'origine du magistrat uoiunié en langue thioyse Balliin. 

L'origine des baillyfz, que les latins nomment baliùos 
aullrcs balios et plusieurs bailbjfuos et balgiiios, nous 
semble fort obscur, mais avons recouvert en nos recoeulz et 
anliquictés flandriennes que ce nom et magistrat de bailly 



- 445 — 

est prins aux annales gauloises pour mayeur du palais et 
grand escuier et souvenlefois usé pour connestables, lout- 
tesfois Ebroïnus surnommé le Cruel soubz Clolaire Iroi- 
siesnie et Theodoric son frère roys de France, dict que 
pour le restablissement de la republicque françoise on a 
commis et ordonne des seneschaux et baillyfs. Bertrandus at 
esté aussi commis suprême bailly de France, commémoré 
par Etgarde le vieu cbroniste gaulois, comme aussi de 
Jacobo Valerio Espaignol en son livre qu'il a escript de la 
noblesse. 11 suffict que Ebroïnus et Bertrandus ont esté 
connestables de France, et comme il appertenoit ausdits 
connétables d'estre en tout et partout les chiefs conduc- 
teurs des chevaucheurs françois, ainsy aussi estoyent les 
baillyfs tenu d'eslre conducteurs en campagne des nobles 
foudataires qui pour les moins auvoyent ban et arrière 
ban, ne me semblant hors de propos d'icy faire la déduc- 
tion du nom bailly personne ne double ou il procède du 
nom Bailler, que signifle aultant qu'on est subjet au bailly 
de luy apporter donner et contribuer, qiioniam bailliuus 
non conscribebal mil eligebat milites sed erat diictor nobi- 
lium virorum fœiida possidentium qui banni et retrobanni 
nomine significabantur. Le bailly ne faisoit le choix de 
ses soldats mais estoit conducteur de la noblesse asscavoir 
du ban el arrière ban , qui luy estoit baillé comme de 
mesme il estoit baillé chief à la ditte noblesse voire devant 
aulcun bruit ou mouvement de guerre, et estant à la guerre 
ilz avoyent pour chief celuy qu'il plaisoit au roy. Rebuffus 
combien qu'il semble absurt, dérive le mesme mot du nom 
hebre Baali id est dominans milii; que le bailly dict il en 
sa préfecture ou bailliage est aultant que seigneur; ce que 
signifie assez à nos Flamens le mot d'Heere dénotant aul- 
tant que bailly, tout ainsy quant nous disons en langue 
ihioyse de Heere ende Wetli ; la est prins le bailly comme 
premier et suprême seigneur et notament es villes chas- 
lellenies el lieux ou ilz résident, etc. 



— 446 — 

Baillyfs du Tieiibourg; de Gaiid et du mestier de 

Somerg^bem. 

GuiLEBERT Serjacobs cst le premier qui se présente, 
lequel fut par lettres patentes commis bailly de la chaste- 
lenie du Viesbourgli et du mestier de Somerghem. 

Jehan de le Zype succéda au susdict Ghuilebert par let- 
tres patentes datées en octobre 1595. Il fut fils de mes- 
sire Pierre chevalier premier président au conseil de Flan- 
dres, après gouverneur de Lille. Le quel Jehan susdict 
ayant deservy quelque tems Testât de bailly du Viesbourgh 
de Gand a été institué bailly du pays et terroir de Waes 
l'an 1599, au lieu de Jehan Lefebure, le quel semble avoir 
. persévéré au dict estai jusques en l'an 1414. 

Geerard Machet succéda a Jehan de le Zype par lettres 
patentes datées en Tan 1599. 

Geerard Herdincx succéda au lieu de Geerard Machet, 
apparant par lettres patentes datées du 22 septembre 1404. 

Vranque de Wybrouck alias Wydebrouck succéda au 
susdict Geeraerd Herdincx et fut intitulé par lettres pa- 
tentes datées du 9 de may 1407 bailly du V^iesbourgh el 
de Somerghem. 

Jehan Bertelmeeux dict de le Brevet succéda au dit 
Vrancque de Wydebrouck par lettres patentes datées de 
l'an 1412, mais il fut déporté et le dict de Wydebrouck 
remys au mois de juillet 1415. 

Jehan le Stoppelaere fut commis bailly du Viesbourgh 
et de Somerghem par lettres patentes dç monseigneur le 
duc de Bourgoigne datées le 24 d'aoust 1414. 

Guilebert Serjacobs fut de rechef commis bailly du 
Viesbourgh el de Somerghem au lieu de Jehan le Stoppe- 
laere par lettres patentes datées du 25 de novembre 1419. 



FAÇADE DE EEGLISE SMCpUES A CAND 



HTAT A"CTUEL EN 



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Héléotypie Ch"^ D'hoy, Grand. 



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res. 



Héléotypie Ch^ lyhoyi Grand. 



— 447 — 

« Anno 1420 es mois de septembre, octobre et eiisui- 
« vants, procez pardevanl bailly et hommes de fief du 
Viesbourgh de Gand entre le procureur gênerai d'une 
« part el maistre Daniel Alart S'^ de Caeprycke d'aultre, 
« tendant le dict procureur gênerai ravoir au proufict de 
« monseigneur le duc de Bourgoigne la dicte terre el 
« seigneurie de Caprycke, les lettres desherilement au 
« proufict de mon dict S'' le duc furent sellées par les 
« hommes de fiefs le 9 d'octobre au dict an 1420. » 

« La terre el seigneurie de Hansbeke appertenanl en 
« ce temps à messire Jehan de Halewyn dicl Le Duckere 
« fut mise el calengée es mains de monseigneur le Duc à 
« rayson que le dicl messire Jehan avoil faicl emprisonner 
« au d' Hansbeke trois sergeans du Viesbourgh deGand. » 

Jehan de Caudenberghe fut commis bailly au lieu de 
Guilleberl Serjacobs par lettres patentes datées du 22 de 
juing 1422. 

NicASE Chamble fui institue bailly du Viesbourgh en la 
place du dicl Caudenberghe par lettres patentes datées le 
22 de septembre 1422. 

Jehan de Stoppelaere fut derechef commis au lieu du 
susdicl Nicaise Chamble et fut intitulé par lettres patentes 
bailly du Viesbourgh de Gand el de Somerghem datées du 
20 de juin 1428 *. 

Lambrecht de Stoppelaere fui commis au lieu de Jehan 
de Stoppelaere el fut inlilulé par ses lettres patentes bailly 
du Viesbourgh, du mestier de Somerghem el de la keure 
de Desseldonck datées du mois de janvier 1435 ^. 

' Aux archives de Bruxelles se trouvent cinq comptes rendus par Jean le 
Stoppelaere, du 5 mai 1452 au 12 janvier 1433, du 22 septembre 1453 au 
30 septembre 1434 et du 10 janvier au 9 mai 1435 (inv. n» 14158). 

- Comptes de Libère le Stoppelaere, avec interruption, du 7 mai 1436 au 
14 janvier 1454. 

31 



— 448 — 

Jehan de Stoppelaere fut derechef commis bailly du 
Viesbourgh, meslier de Somerghem et keure de Dessel- 
donck au lieu de Lambrecht de Stoppelaere, datées en jau- 
vier 1435 *. 

Jehan van ÎMelle escuier de cuisine de monseieneur le 
duc de Bourgogne succéda à Jehan de Stoppelaere et fit 
serment de baillyf du Viesbourgh, Somerghem et Dessel- 
donck le 4 janvier 14G7. 

Hector de Stoppelaere commis bailly du Mesbourgh, 
Somerghem et Desseldonck au lieu de Jehan van Melle, 
l'ayant prins à ferme avecq toutes amendes civiles et aul- 
tres droicts, prouficlz et émoluments jusques au premier 
jour d'avril 1469 avant pasques et de la eu avant par 
continuation -. 

Lievin de Sack alias Sac conseiller de mon très redoullé 
seigneur monseigneur le duc d'Ausirice et de Bourgoigne 
fut commis bailly du Viesbourgh, mestier de Somerghem 
et kuere de Desseldonck par lettres patentes datées du 26 
de mars 1476 °. 

Messire Jehan de Fourmelles chevalier s"" d'Oostkerck.e 
conseiller et chambellan de mon très redoullé seigneur 
succéda à Lievin Sac par lettres patentes datées du 7* jour 
'de mars 1478, et fut intitulé Bailly fermier du Vies- 
bourgh, du mestier de Somerghem et de la keure de Des- 
seldonck pour la somme de cincq cent livres paresis *. 

Jehan du Bois escuier succéda au susdict Messire Jehan 
de Fourmelles par lettres patentes datées du 19^ de juing 
1481, il fut intitulé bailly du Viesbourgh, mestier de So- 

' Comples du 11 janvier 1436 an 7 mai 1439 el du H mai 1467 au 13 jan- 
vier 14G8. 

=■ Comples du l" avril 1469 au 24 mars 1477 (inv. n» i4139j. 
^ Coraples du 26 mars 1477 au 3 mars 1479. 
* Comples du 6 mars 1479 au 22 juin 1481. 



— 449 - 

merghem et de la keiire de Desseldonck, il est nommé 
puis après Jan van den Haute, schiltcnape *. 

Gl'illiaume de Fourmelles succéda à Jean du Bois au 
dicl office de Bailly du V'iesbourgli, meslier de Somerghem 
et keure de Desseldonck, il fit le serment en la chambre 
des comptes à Lille le 17 d'aoust 1485, il fut déporté par 
les troubles l'an 1487 et François Coppenhole mis en 
son lieu '^. 

François de Coppenhole bailly du VMesbourgh de Gand, 
du mestier de Somerghem et de la keure de Desseldonck 
commis au mois de mars 1487 avant pasques par les 
echevins des deux bancs et deulx doyens de la ville de 
Gand a ce authorisés par le roy de France leur souverain 
seigneur (dit il) comme il appert au mois de septembre en 
suyvant 1488, il en obtint commission de monseigneur 
l'archiduc '". 

JossE Triest escuier fut commis bailly etc. par lettres 
patentes du M de Mars 1491 et fit le serment à Lille le 
1 1 d'aoust 1492. François de Coppenhole auroil à compter 
encores pour quelque temps paravant, et aussy Guillaume 
de Fourmelles (dict il), mesme se treuve que le dict Guil- 
liaume de Fourmelles auroit derechef esté au dict office 
depuis le mois de décembre 1489, après François de Cop- 
penhole jusques au temps du dict Josse Triest ^. 

GuiLLiAUME DE S' Jacorshuls, bailly fermier du Vies- 
bourgh de Gand succéda à Josse Triesl, par lettres paten- 
tes avecq icelluy tillre en langue thioyse. 

« Willem van S' Jacobshuus bailliu van onsen harden 



' Comples (lu 19 juin 1481 au 17 août 1485 (inv. n» 14IG0). 
^ Comples du 17 août 1483 au !«>■ septembre 1486. Compte rendu par sa 
veuve du \" septembre 148G à pareil jour 1487. 
^ Comptes du 28 mars 1488 au 30 novembre 1489. 
* Comptes du H août 1492 au 10 décembre 1404 (inv, n" 11161) 



— 450 - 

« geduchlen heere ende prince myn Heere den eerlsher- 
« loghe Philips vaii Ooslenrycke herloghe van Bour- 
« goignen van Brabant van Lembourgh etc. grave van 
« Vlaenderen etc., van synen casleele van der Auder- 
« biirgli, le Ghendt '. » 

Pierre Snellaert succéda Guilliaunie de S* Jacobshuus, 
bailly fermier pour trois ans par lettres patentes commen- 
chanl le 13 juillet 1493 -2. 

LiEviN DE Halsemberghe alias de Haesbyl succéda au 
lieu de Pierre Snellaert et fui commis bailly du Vies- 
bourgh par lettres patentes du roy des Romains et de 
monseigneur Tarchiduc le duc Charles duc de Bourgogne 
comte de Flandres données en Anvers Tan 1307 ^. 

Josse du Quesne dict van der Eecken, bailly fermier du 
Viesbourgh de Gand par appoinctement de messieurs des 
finances pour le terme de trois ans commenchant le 13 de 
juillet 1310, rendant chascun an la somme de six cent 
soixante livres paresis *. 

LiEViN VAN Halsemderghe dict Haesbyt fut derechef 
commis bailly du V^iesbourgh par lettres patentes données 
à Bruxelles l'an 1313 ^. 

Josse de Gruutere bailly du V^esbourg bailly fermier 
pour trois ans par lettres patentes datées du 13 juillet 1316 
au lieu de Lievin van Halsemberghe dict Haesbyt ^. 

Jehan de Stoppelaere bailly du Viesbourgh par appoinc- 
tement du roy de Castille pour trois ans commenchant le 
13 juillet par résignation du dict Josse de Gruutere ^. 



' Comptes du 10 décembre 1494 au 15 juillet 1493. 

' Comptes (lu 15 juillet 1495 fi pareil jour 1501. 

' Comptes du 15 juillet 1501 à pareil jour 1510 (inv. n» 14162). 

* Comptes du 15 juillet 1510 à pareil jour 1315 (inv. n" 14163). 

' Id. de 1513 à I5IG. 

'■ Id de 1316 ù 1517. 

' Id. de ni7 à 1520 



— 451 - 

JossE DE Gruutere fut derechef bailly du Viesbourgli par 
resigiialion faicte par Jehan de Sloppelaere de Tan 1521 
pour le terme de six ans à cinq cent cinquante livres pa- 
resis par an '. 

Daniel de Stoppelaere bailly du Viesbourgh de Gand 
par résignation du dicl Gruutere par lettres patentes don- 
nées à Malines datées du 1 3^ de mars 1 322 '2. 

Josse de Gruutere fut derechef bailly du Viesbourgh 
de Gand par résignation du dict Daniel de Sloppelaere 
l'an 1527 ^ 

Daniel de Stoppelaere fut derechef bailly de Viesbourgh 
de Gand par appointemenl de l'Empereur Charles V^ pour 
le temps de sis ans commenchant le 15 de juillet 1522; le- 
quel Daniel a demeure bailly de Viesbourgh jusques 
l'an 1540 *. 

Philippe de Vriendt succéda à Daniel de Sloppelaere au 
bailliage de la chastelenie du Viesbourg de Gand et con- 
tinua au dict office jusques au commenchemenl du mois 
d'aoust l'an 1541 ''. 

George Rockelfin bailly du Viesbourgh de Gand par 
lettres patentes de l'empereur Charles V* données à 
Bruxelles le premier d'aoust 1541, il reprinl le ferme de 
cesl office le 23 de décembre 1552 pour un terme de six 
ans, moyennant et parmy payant par chascun an trois 
cent cinquante florins; il portait tiltre en langue ihioyse 
comme sensuit. 

a Me Jooris van Rockelûn rudder bailliu van der 
« Auderburgh, kueckenmeesler van de douagiere van Hon- 



' Comples .le 1520 à 1522. 

• 1.1. de 1522 à 152G. 
5 Id. de 1526 à 1527. 

* Id. de 1527 h 1540 (inv n"» 14.163 à lil65;. 
5 Id. 1340 à 1541 (inv. 11° 14166). 



— 452 — 

a grien gouvernante, etc. Hy trauwde joncvrauwe Frau- 
« coise van der Sickele filia M" Jacobs heere van Nasaretle 
« raedt der keyserlicke niajesleit '. » 

Messire Jacques Adornes chevalier, S"" de Nieuwenhove, 
NiEuvLiET, Ronsele, MARQUiLLEs elc. bailly du Viesbourgh 
deGand et de toutes ses appendences, données à Bruxelles 
par lettres patentes du roy de Castille le 16 de juing 1558 2. 

LiEviN SicLEERS EscuiER S"" DE GoTTHEM succeda messire 
Jacques Adorne, et fut bailly du Viesbourgh par lettres de 
Sa Majesté données à Bruxelles le 24 d'avril 1559 après 
pasques, mortuus (ni fallor) circa mayum 1572 ^. 

Henry Stercke bailly du V^iesbourgh de Gand à ce 
commis par lettres du roy données à Bruxelles le 16 dé- 
cembre 1573. Le rendage et ferme de cest office estoit en 
ce temps VIII'' L livres parisis comme au temps de son 
prédécesseur puis luy faict modération jusques à IIIF li- 
vres paresis par an. 

a Estant le dict Stercke venu et estably au dict office les 
« quatres membres de Flandres présentèrent une requesie 
a au roy afin que le dict Stercke comme nay en Brabant 
« fut decbiré inhabile à tenir le dict office et que en son 
lieu fut ordonne aultre capable, suivant le privilège à 
« eulx donné par l'empereur Charles Cinq en l'an 1553, 
« suivant l'extrait du dict privilège à cette fin par eux 
« exhibés. Disant et respondant le dict Stercke qu'il estoit 
« filz de feu messire Henry Stercke lors officier domestic- 
que du dict feu S"" Empereur et lui servant en qualité de 
« M'"^ au deniers de sa chambre estant compté par les 
a escrôez sa mayson, et suivant ordinairement sa court, 
« partant estoit réputé comme né en court qui est ambu- 



' Comptes du 1" août 134J au âl juillet 1338 (inv. n» 14167 à UI82). 
^ Comptes du 1er août 1338 au 1" mai 1539. 
' Comptes du 1" mai 1539 au Icrmai 1573. 



— 453 — 

« laloire n'ayant aulciin fix ny certain lieu consequement 
« ne pouvoit eslre exciud de tenir estai au dicl pays de 
« Flandres non plus que les Flamens ne sont fourcioz tenir 
« office en court, les replicques et duplicques des dictes 
« parties avecq le dict extrait du privilège, et tout consi- 
« deré Sa Majesté par la délibération du grand comman- 
« deur de Castille, lieutenant gouverneur et capitaine 
« gênerai de pardeca, et par advis des consaulx d'estal et 
« privé a déclaré et déclare les dicts supplians non fondés 
« en la dicte requesie, par tant sortira la provision faicle 
« au dict Henry Stercke son plain et entier eff-^ct, al- 
« tendu qu'il est né à la suicte de la court, pendant que 
« son père estoit officier domeslicque de Sa dicte Majesté 
« Impériale et par les escroez, compensant les despens et 
« pour cause. Ainsy faict et ordonné à Bruxelles le 16^ en 
Décembre 1o75 '. 

« Le 14 de mars 1566 l'ut donné à Alonse d'Armente- 
« ros ses héritiers ou ses commis en fief perpétuel la re- 
<' cheple du Viesbourgh. » 

Charles de Gruutere S"" de Croeyelde bailly du Vies- 
bourgh à ce commis par lettres patentes données en An- 
vers le 10 de décembre 1S79 ^. 

François de Provin S' de Lanenburgh fut commis et or- 
donné bailly du Viesbourgh par les quatres membres de 
Flandres par leurs lettres patentes données à Gand le 
4 d'avril 1583 3. 

Philippe Roose escuier S"" de Strasseeles establi « bailly 
« du Viesbourgh par provision par lettres de ceulx des 
« comptes à Gand datées du 28 de mars 1583 *. » 

' Comptes du l^r janvier 1574 au 10 décembre 1579 (inv. n" 14183). 

2 Comptes du 10 décembre 1579 au 27 mars 1583 (inv. n" 14183). 

' Ses comptes n'onl pas clé conservés. 

* Ses comptes et ceux de son successeur n'ont pas été conservés; mais 
on trouve huit comptes rendus par Henri Slerckc du 1<'' janvier 1585 au 
18 mai 1593 (inv. n<" 14185-1418G). 



— 454 — 

Arnould de Waelwvck bailly du Viesbourgli par lettres 
du duc d'Aleiiçon, données en Anvers le 1 1 septem- 
bre 1 582 . 

Denis de Beviîre, eslabli bailly du V'iesbourgb par let- 
tres patentes données à Bruxelles le penultiesnie d'avril 
1595 '. 

C'est à vous que je viens noble et généreux seign"" nfies- 
sire George de la Faille baron du pays et terroir de 
Nevele, S"" de Audegoede etc., qui par vostre propre vertu 
avez merilé d'eslre décoré de cestuy bonnorable tiltre de 
bailly du Viesbourgh appendences et dependences, priant 
le tout puissant vous y maintenir en longues et salutaires 
années, ainsy soit il Amen. 



Georges della Faille, seigneur d'Audegoede, que cite 
d'Hollander, fut capitaine et bailli du Vieux-Bourg; il 
mourut le 18 novembre 1642. Les comptes qu'il rendit 
vont du 1" août 1605 au 51 décembre 1608. 

Les comptes des années 1609 à 1612 ont été rendus 
par Charles van den Heede, qui l'ut, je le suppose, bailli 
du Vieux-Bourg pendant cette période de temps. 

Georges della Faille reprit en 1615 les fonctions qu'il 
avait déjà occupées, et les conserva jusqu'en 1642, année 
de sa mort 2. 

Jean-Baptiste della Faille, chevalier, seigneur d'Huysse, 
d'Audegoede et de Nevele, succéda à son oncle dans les 
fondions de bailli du Vieux-Bourg, par donation entre 
vifs faite en 1655; il fut aussi grand-bailli de la ville de 

• Coinpies (lu 18 mai I 393 au !«•• août I60o(iiiv. n" UI87). 
^ Ses comptes vont jusqu'à la Sainl-Jean IG42. 



— 455 - 

Gaiid, par noiniiialioii du 17 novembre 1651, el assista 
en celle qualité à rinauguralion de Charles II en 1666. 
Son portrail figure parmi ceux qui enlourenl la grande 
planche représonlant la cérémonie de l'inauguration sur 
le marché du Vendredi. Il mourut le 19 juin 1686 à l'âge 
de 77 ans el fui enterré à Saint-iMiciiel '. 

iMaximilien-Nicolas della Faille, écuyer, seigneur 
d'Huysse, succéda à son père dans les fondions de grand- 
bailli de Gand et de bailli du Vieux-Bourg (15 octo- 
bre 1686). Il fut nommé commissaire pour le renouvelle- 
ment de la loi de Gand le 3 juillet 1689, el mourut en 
1690 2. 

Ferdinand-Hippolyte della Faille , seigneur d'Huysse 
el d'Audegoede, nommé grand-bailli de Gand par lettres 
du 21 mars 1691, fut aussi bailli du Vieux-Bourg'. 
Maréchal de camp au service de Philippe V, roi d'Espagne, 
ce seigneur rendit de grands services à la cause du roi ; 
son fait d'armes le pins remarquable fut la prise de Gand, 
dont il s'empara le 5 juillet 1708; Philippe V, en ré- 
compense de celte action d'éclat, le nomma colonel d'un 
régiment d'infanterie; mais les alliés lui enlevèrent les 
fonctions de bailli, qu'ils transmirent à son fils Jacques- 
Joseph ^. M. Kervyn de Volkaersbeke a publié une notice 
sur cet homme de guerre dans son Histoire généalogique 
de quelques familles de Flandre. 



' Comples de la Saint-Jean 1642 au . . juin 1686. Le dernier compte fut 
rendu par ses héritiers. 

^ Comptes de la Saint-Jean 1686 au 23 janvier 1691. 

' Les comptes du 23 janvier 1691 au 31 décembre 1700 furent rendus 
par Ferdinand délia Faille, ceux du 17 janvier 1701 au 51 décembre 1706 
par Ferdinand-Hippolyte della Faille pour lui el ses cohériliers; ce qui me 
fait supposer que ces deux Ferdinand sont des personnages différents, mais 
je n'ai pas retrouvé le premier dans la généalogie de la famille della Faille. 

* V. Recueil des ordonnances des Pays-Bas, 5« série, t. Il, p 240 et 271. 



- 4S6 — 

Jacques-Joseph della Faille, né le 24 juin 1694, étant 
encore mineur lors de sa nomination, sa charge fut des- 
servie d'abord par Maximilien-Antoine Rym, chevalier, 
seigneur de Rammelaere (comptes du 1" janvier 1707 au 

22 octobre 1708), et ensuite par son père (comptes du 

23 octobre 1708 au 23 août 1710). A cette époque les 
offices de grand-bailli de la ville de Gand et de bailli de la 
chàtellenie du Vieux-Bourg sortirent de la famille della 
Faille, par le remboursement des engagères. 

Philippe-François Sersanders, marquis de Luna, seigneur 
de la Woestine et de la Grute de Gand, grand-bailli de la 
ville de Gand, devint bailli du Vieux-Bourg après J.-J. della 
Faille. Il mourut le 29 mars 1722 et fut enterré à Zèle 
(comptes du 2 novembre 1710 au dernier juin 1722). 

Hubert-François Sersanders, marquis de Luna, seigneur 
de la Woestyne etc., fils du précédent, fut nommé grand- 
bailli de la ville de Gand et du Vieux-Bourg par lettres 
patentes de l'an 1722 ; il conserva ses fonctions jusqu'à sa 
mort, le 9 février 1756. Le dernier compte rendu par sa 
veuve Agnès de la Valette, va jusqu'au 9 février 1736. 

Léonard-Mathias van der Noot, baron de Kieseghem, 
seigneur de la ville et métier de Bouchante, chambellan de 
l'impératrice, général-major de ses armées, succéda au 
marquis de Luna dans les fonctions de bailli du Vieux- 
Bourg. — L'empereur Charles VI lui engagea, par lettres 
patentes du 8 février 1737, la charge de grand-bailli de 
Gand, à condition de rembourser aux héritiers du précé- 
dent engagisle, le marquis de Luna, la somme de 
70,000 livres, du prix de 40 gros, que celui-ci avait payée 
en 1710. Il mourut sans postérité le 11 avril 1753, et 
fut enterré aux Grands-Carmes à Bruxelles. Le dernier 
compte du bailliage, clos le 5 septembre 1754, fut rendu 
par sa veuve Marie-lMadeleine, baronne de Spanghen. 



— 457 — 

Jean Walckiers , écii} er , seigneur d'Ooslwinckel et 
Leysschoot, receveur général de Flandre, mort le 17 fé- 
vrier 1758, succéda au baron de Kiesegliem dans les fonc- 
tions de bailli du Vieux-Bourg (Comptes du 5 septem- 
bre 1754 au 19 juin 1758. Le dernier compte fut rendu 
par sa veuve Isabelle-Louise Antlioine). 

Hubert-François- Pierre vicomte de Nieulant, cham- 
bellan de LL. iMM. , grand-bailli de Gand, conseiller d'État, 
commissaire de S. M. au renouvellement des magistrats 
de Gand en 1756, 1759 et 1761, remplit après V^^alckiers 
les fonctions de bailli du Vieux-Bourg, il mourut à Bruxel- 
les le 14 avril 1767 et fut enterré aux Carmes à Gand. 
(Comptes du 19 juin 1758 au 23 septembre 1774-. Le 
dernier compte, depuis le 7 septembre 1763, fut rendu 
par sa veuve Françoise-Josèphe Alegambe). 

Jean-Jacques-Philippe vicomte Vilain XIIII, chevalier 
de l'ordre de Saint-Etienne, bourgmestre d'Alosl, puis 
conseiller pensionnaire des Etats de Flandre, etc., fut 
nommé par LL. MM. aux fonctions de grand-bailli de la 
ville de Gand et de la chàtellenie du Vieux-Bourg; d'après 
Hellin il prit possession de celle-ci le 8 octobre 1774 et 
de l'autre cinq jours après, d'après Goethaels il fut nommé 
grand-bailli de Gand le 15 octobre 1774, et du Vieux- 
Bourg le 20 du même mois. Il mourut à Wetleren le 15 
août 1777, et fut enterré à Saint-Michel à Gand (Compte 
du 23 septembre 1774 au 5 juin 1778, rendu par sa 
veuve Marie-Angélique du Bois). 

Charles-Constantin-François van der Straten, écuyer, 
seigneur de Ten Aerden, Stavele, Kemps, Sleenbrugghe, 
Bouvry, etc., bourgmestre de Courtrai, puis conseiller 
actuaire des Étals de Flandre, fut nommé bailli de la chà- 
tellenie et de la cour féodale du Vieux-Bourg après 



-^ 458 - 

Vilain XIIII (Comptes du 6 juin 1778 au 31 octobre 1783). 
Il mourut à Gand le 14 février 1788. 

Le dernier bailli du Vieux-Bourg fut Joseph-Pierre- 
Xavier Van Volden, échevin des Parcbons de Gand de 
1761 à 1768, échevin, et puis, par commission du 17 oc- 
tobre 1788, bailli du Vieux-Bourg. Il mourut en 1796 
après avoir vu supprimer par la république française 
toutes les anciennes institutions de la Flandre. 

L. St. 



459 — 



RÉFLEXIONS 



DU 

CONSEILLER DÉPUTÉ DU COMMERCE N. BACON, SUR l'ÉTAT 
PRÉSENT DU COMMERCE, FABRIQUES ET MANUFACTURES 
DES PAIS-BAS AUTRICHIENS. 



Tel est le tilre d'une partie du manuscrit n" 25 de la 
Bibliothèque de Gand, dont le contenu présente suffisam- 
ment d'intérêt, tant au point de vue historique, que comme 
élude économique et statistique, pour que nous en déta- 
chions quelques pages ; ces pages donneront une idée de 
l'état des choses à l'époque où écrivit Bacon (1765), en 
même temps qu'elles feront connaître l'opinion d'un 
homme compétent sur la matière. 

« Ce mémoire, dit le Bo" de Saint-Génois dans son 
Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque de Gand, fait 
par un homme familiarisé avec les besoins moraux et ma- 
tériels du pays, fut |)résenté au prince Charles de Lor- 
raine par lettre en date du 1" décembre 1765. Le sieur 
Bacon y traite de l'agriculture, des manufactures et fabri- 
ques, du commerce, de la navigation, de la jurisprudence 
et de la procédure, du luxe, des moyens de favoriser le 
commerce, de l'utilité de l'université de Louvain. 

» Il propose les améliorations et les changements que 
l'on pourrait introduire dans ces différentes branches de 
prospérité du pays. Parmi les mesures qu'il met en avant, 
nous citerons l'abolition des corps de métiers, la défense 



— 460 — 

d'élablir des compagnies commerciales, l'établissement de 
maisons de travail et de correction, le domicile de secours 
pour les indigents, enfin un plan détaillé de réorganisation 
de la bienfaisance publique. 

» Une copie de ce manuscrit existe à la Bibliothèque 
royale, fonds van Hulthem. » 

Bacon, qui avant d'être conseiller député du commerce 
avait été, vingt ans auparavant, receveur des États de 
Brabant pour le déparlement de la ville de Bruxelles, est 
l'auteur de plusieurs travaux qui regardent l'administration 
et la statistique; en 1762 il rendit un avis relatif à l'utilité 
de la chaussée de Boom à Anvers; en 1767, une « con- 
sulte louchant les prééminences et aulhorités du conseil 
souverain de Brabant contre les empiétements du conseil 
privé; » en 1768 un « mémoire sur la pèche » et d'autres 
encore. 

Voici la lettre qu'il joignit à ses « Réflexions sur l'état 
du commerce. » 

Lettre du conseiller Bacon à Son Altesse Royale sur 
l'objet du mémoire cy-joint. 

Monseigneur. 

Étant obligé par le devoir de ma charge de veiller à tout 
ce qui peut intéresser le commerce de ce païs, je viens de 
dresser à cet efTel un petit ouvrage, que je prend la res- 
pectueuse liberté de présenter cy-joint à Votre Altesse 
Royale, j'ai taché d'y déduire pour autant qu'il m'a été 
possible, les objets auxquels l'on devroit donner le plus 
d'attentions pour le progrès et l'augmentation de notre 
commerce. Vous observerez, Monseigneur, que j'y traite 
en premier lieu sur l'agriculture qui est à notre égard à 
proportion de l'étendue de noire païs, d'un produit plus 
considérable que les mines d'or et d'argent du Pérou et de 



— 461 — 

l'Amérique, ne sont pour l'Espagne et le Poiiugal. Ensuite 
je viens sur nos manufactures et fabriques, les artisans et 
fabriquans, puis après je traite sur les compagnies et 
sociétés, sur la navigation interne et externe, après cela 
je forme mes réflexions sur le commerce en générai, ainsi 
que sur les droits d'entrée et sortie, et comme il étoil 
d'une nécessité indispensable de dire quelque chose sur la 
jurisprudence et les procédures en matière de commerce, 
je traite également sur cet objet de même que sur le luxe, 
contre lequel la pluspart des écrivains se sont récriés, c'est 
pourquoi j"y ai influé mes pensées à ce sujet qui ne sont 
aucunement conforme avec les leurs, enfin j'y ai inséré 
mes réflexions morales pour l'introduction du commerce 
en ce pais, ce qui m'a conduit à former un nouveau plan, 
pour animer la jeunesse qui s'attache à l'étude de juris- 
prudence en vue d'acquérir un grade pour pouvoir aspirer 
à la charge de magistrat et se rendre capable d'être un 
jour utile au souverain et à la patrie ; à quel effet je pro- 
pose une quatrième leçon, dans l'université de Louvain, 
ce sont Monseigneur, si je l'ose avancer ces deux objets, 
c'est à dire l'agriculture qui est le premier de mon ouvrage 
et ce dernier qui peuvent nous procurer tout ce qui nous 
reste à désirer en faveur du commerce de ce pais, j'aurois 
bien désiré de pouvoir raccoursir mon ouvrage, afin de ne 
pas trop fatiguer V. A. R. par une si longue lecture; 
mais comme je traite de tant des différentes matières, il 
falloit du moins les éclaircir, après quoi il ne me reste 
rien d'autre à ajouter pour satisfaire mon ambition et 
augmenter mon zèle pour le travail que de vous prier. 
Monseigneur, de le recevoir favorablement et de me croire 
avec le plus profond respect, etc. 

Louvain, le 1" décembre 1765. 

Êtoit signé N. Bacon, avec paraphe. 



— 462 — 

Voici maintenant les pages tirées de son manuscrit : 

Quoique par différens mémoires adressés cy-devanl à 
Son Altesse Royale, à Son excellence le comte de Cobenzl 
et au Conseil des flnances , j'ai traité de l'agriculture, 
fabriques el commerce de ce païs, je me propose par 
celui-ci d'exlendre plus au long cet objet ; puisque c'est 
celui qui intéresse le plus le souverain et l'État. 

L'Agriculture. 

C'est effectivement une chose incontestable, que l'agri- 
culture est la première el principale source des richesses 
et de l'abondance d'un État, puisque nous aianl distribué 
notre nécessaire elle lâche de se défaire de son superflu 
chez nos voisins, qui après en avoir retenu la quantité 
convenable à leur propre usage, envoient encore le restant 
dans d'autres Étals, les plus privés des dons que la nature 
fournil abondamment à nos soins; c'est ce que Ton appelle 
proprement commerce, el fait entrer les richesses et 
l'abondance dans le premier el second État, puisque les 
denrées propres à la subsistance de l'homme ne s'achètent 
qu'argenl comptant et ne tombent point dans le même cas 
de ce qui concerne le luxe. 

Ainsi plus que l'on augmente l'agriculture, plus que l'on 
enrichit l'Etat, à quel effet l'on ne sçauroil donner assez 
d'attentions pour améliorer les terres et les rendre capa- 
bles de productions uliles, particulièrement celles qui 
restent en friche, ou que l'on appelle par erreur ingrates 
faute des bras suffisants, ce que l'on démontrera cy après. 

J'ai dis dans mon avis en datte du 17 septembre 1762, 
rendus à l'occasion de la chaussée de Boom à Anvers 
qu'on ne sçauroil assez construire des chaussées et qu'il 
seroil même à souhaiter que tous les villages auroient 
communications les uns avec les autres par des chemins 



— 465 — 

larges et chaussées jusques à celles qui conduisent aux 
villes les plus voisines, car plus que les chemins sont 
bons et praticables, plus que le paisan est excité de trans- 
porter ses grains et denrées dans les grandes villes pour 
tâcher d'en retirer d'autant plus d'argent et de valeur; 
aussi plus qu'il s'introduit des denrées dans les villes, 
moins chères y sont elles, et conséquenment moins de 
disette en souffrent-il les habitans, ce qui sera plus distinc- 
tement représenté cy-après. 

Enfin plus que le paisan trouve d'aisance, plus est il 
animé à augmenter son agriculture, tous dans l'espoir de 
retirer largement le fruit de ses peines. 

D'où vient que nous voïons actuellement les terres en 
si grande valeur, car avant que les chaussées n'étoienl 
connues en ce pais (puisqu'il n'y a pas 80 ans qu'on a 
commencé d'en construire) un bonnier de terre de la 
meilleur qualité et à portée des grandes villes ne valloil 
tout au plus que 4 à SOO fl. et celles qui en étoienl 
éloignées d'une lieu que 2S0 à 300 fl. aussi tout au plus 
par bonnier. 

Et aujourdhui à l'aide des chaussées ces mêmes terres 
se vendent f. 1000, f. 1200 et même jusques à f. 1500 
par bonnier, et la valeur de celles de 250 à 300 est déjà 
monté jusqu'à 800 et 1000 fl, et si les parties que l'on 
expose en vente ne sont que de 3, 5 à 8 bonniers, ce sont 
les paisans même qui en sont les acheteurs. C'est du 
moins ce qui se pratique aujourdhui en Brabant, en Flan- 
dre, en Hainaul et dans le comté de Namur. 

Mais si l'on se détache d'une lieue des grands chemins 
l'on y verra que la valeur des terres et leur rendage an- 
nuel restent toujours sur l'ancien pied et comme passé 
100 ans de même que les terres incultes. 

Si l'on me demande la raison de cette disproportion, je 
répond qu'elle en est toute simple ; puisque les villages 

3-2 



— 464 — 

aboutissants aux grands chemins et chaussées ont l'aisance 
de pouvoir conduire aussi commodémenl pendant l'hiver 
que pendant l'été leurs crues en denrées aux marchés des 
villes, tandis que ceux qui en sont éloignés ne peuvent 
y avoir accès à cause des chemins impraticables; c'est 
pourquoi un villageois d'un tel endroit ne sème ni cultive, 
qu'autant qu'il peut introduire dans une ville pendant le 
beau tems, et il ne nourit point d'avantage des bétes à 
cornes, qu'il ne peut débiter de beurre et fromage pendant 
l'autome, ainsi que c'est par le défaut (l'une quantité suffi- 
sante des bestiaux que le fumier lui manque pour pouvoir 
engraisser ses terres, qui deviennent incultes et puis après 
portent le nom d'ingrates, ce qui ne peut autrement. 

Pour être d'autant plus convaincu de la vérité à cet 
égard on n'a qu'à consulter les enfans de ceux, dont les 
pères ont cultivés les terres avant qu'il n'y eut des chaus- 
sées dans leurs voisinages, et ils conviendront, que pour 
lors il y avoit dans leurs cantons beaucoup des terres in- 
cultes, ou qui ne portoient fruit, que tous les deux ans, 
une fois, et voïons aujourd'hui ces mêmes terres, elles ne 
produisent pas seulement leur grain annuellement, mais 
elles donnent encore un second fruit, soit trefïïes, navettes, 
pommes de terre ou autres légumes et semences. 

L'on pourra peut élre m'objecter, qu'il n'est pas sur- 
prennant que les terres à portée des villes sont plus fer- 
tiles que les autres, à cause qu'elles y ont le fumier plus à 
la main , cependant avant qu'il n'y eut des chaussées, l'on 
pouvoit également aller prendre ce fumier dans les villes, 
et cela par des chemins qu'une charette n'y pouvoit passer 
fut-elle attellée de huit chevaux. 

Mais que l'on se persuade qu'il y a peu de fumier, qui 
se transporte des villes à la campagne, et que l'on dise 
plustôt que tout ce fumier est enlevé par les jardiniers et 
verduriers des villes, et par ceux qui demeurent dans les 
faubourgs ou les villages les plus proches pour engraisser 



— 465 — 

leurs jardins poltagers, dont ils rapportent les légumes 
en villes les jours de marchés, et il est certain que sans ce 
secours, les villes seroient sans légumes, particulièrement 
en hiver, ou l'on devroit les y payer au triple et quatruple 
à ceux qui en ont formé un corps de métier, qui ne sert 
qu'à reslraindre les jjabitans dans une espèce de dépen- 
dance, et à quoi le législateur prette encore la main, sous 
prétexte de devoir soutenir ce corps de métier; c'est la 
raison aussi qu'il nous manque très souvent de ces sortes 
des denrées, et que le cullivaieur découragé ne nous ap- 
porte pas ses légumes en abondance et en toutes saisons. 

Revenons présentement encore sur notre premier prin- 
cipe et disons quelque chose de plus sur l'agriculture ; 
combien des parties des terres n'avons nous point dans 
ce pais, qui sont communes, d'autres marrais, et d'autres 
bruières et forêts, que si elles éloient bien cultivées leur 
rapport seroit dix fois plus considérable qu'il n'est aujour- 
d'hui? Et d'où provient celte perte ou négligence? C'est 
que l'on s'efforce à dépeupler le plat pais des bras et des 
hommes par le grand luxe qu'il y a dans les villes, puis- 
qu'il y a à peine actuellement un bon bourgeois ou mar- 
chand, qu'il ne lui faut un domestique tiré de la campagne 
et de la charrue et il n'y est pas un an ou deux qu'il ne 
sçauroit plus retourner au travaille de son père, ses reins 
étant déjà formés par la paresse, et n'étant plus propre 
pour la fatigue, que fait-il? La livrée lui paroissant plus 
agréable il s'engage dans une grande maison ou chez un 
seigneur ou il trouve quantité de ses confrères et après y 
avoir servis quelques années il se marie avec une servante, 
il se fait bourgeois, érige une boutique, et lâche d'avoir ses 
marchandises à crédit et en fraude ; si on l'appréhende, il 
ne risque rien, que de devoir retourner dans son premier 
étal de misère, et par cet échec, il devient avec sa femme 
et ses enfans à charge à l'État et aux habitans de la ville où 
W a formé son établissement. 



— 466 — 

Après cela ne dira-on pas avec moy, que le grand luxe 
qu'il y à aujourd'hui dans la ville contribue à la perle d'une 
partie considérable de l'agriculture et que si on ne pouvoit 
contre ce grand nombre des domestiques, il y a à craindre 
qu'avant l'écoulement d'un siècle, une grande partie de nos 
terres se trouveront abandonnées faute des bras suffisants 
pour les cultiver, ainsi qu'il seroit à souhaiter, qu'il y ait 
une loy qui indiquât les personnes qui pourroient se servir 
des domestiques de luxe, puisqu'il en faut toujours chez 
des personnes d'un rang distingué pour certains exercices 
qui exigent des hommes forts et robustes. 

Il y a encore une autre réflexion à faire sur l'agricul- 
ture, que j'estime être la plus importante que l'on puisse 
former à cet égard; c'est que l'on devoit prendre connois- 
sance de la consistance et de la grandeur de chaque village, 
y examiner son climat, s'informer de la quantité des terres 
en semences, de celles en prairies, en bois, en friche, et 
de celles que l'on appelle ingrates, qui cependant pour- 
roient être réduites avec le tems en terres labourables 
ou en plantis. 

Étant parvenus à celte connoissance, on pourroit or- 
donner par un placcard, sous peines très grièves, aux 
officiers de chaque village de subministrer un élat de la 
grandeur de sa communauté en y spéci liant le nombre des 
terres cy dessus mentionnées et les nombres des familles et 
la quantité des grandes, médiocres et petites censés et 
celles qui ont droit de pâturage des moutons. 

L'on devroit également tâcher de connoitre combien 
chaque grande, médiocre et petite censé tiennent respecti- 
vement des terres en labeur et d'abord que l'on seroit bien 
instruit de toutes ces circonstances, on parviendroit facile- 
ment à l'exécution du plan ci après. 

Car il en est de même de la campagne comme de la ville, 
l'anibition y règne également; là on trouve un gros censier 



— 467 - 

qui tient 150 à 200 bonniers de terre en labeur, et quoi- 
que souvent cbargé d'une nombreuse famille, croiroil-ou 
qu'il donneroit sa fille en mariage à un;,garçon d'un mé- 
diocre ceusier, qui n'a que oO a 60 bonniers de terre, ou 
que son fils se marieroit avec la fille de ce médiocre? Non 
cela s'appelle cliez eux folie et mésaliance : ainsi que 
font-ils en pareilles occasions; car les paisans seconnois- 
sent les uns les autres à dix et vingt lieux à la ronde ; ils 
s'informent s'il n'y a pas un endroit ou il y à une fille dont 
le père tient en labeur soit de quelque grand seigneur ou 
d'une abbaye autant des terres que cbez eux; l'aiant 
trouvé, pour lors celte fille reçoit des adorateurs en foule, 
qui sont tous de la même classe, elle en clioisil celui qui 
lui plail le mieux et elle entre dans la jouissance de la 
censé, que le père transporte en sa faveur; la même cbose 
se pratique du coté du garçon si le père est parvenu à un 
âge à ne pouvoir plus battre la campagne par lui même. 

Enfin la même chose s'observe par les censiers médio- 
cres; ainsi celui qui est pauvre doit se contenter de son 
malheureux sort et se borner a être toute sa vie esclave de 
ces deux difi'erentes classes de censiers. 

Or si le cas arrive, qu'une fille de ce gros censier com- 
mette une foiblesse, il n'y a pas de réconsilialion à espérer 
auprès de ses parens, on la laisse marier et on l'aban- 
donne; son unique ressource en ce cas, c'est de tenir 
cabaret et pour son mary, d'aller travailler par journée 
chez un autre censier, punition qui a lieu au moins jusqu'à 
la ù^^ génération pour ne pas dire éternellement. 

C'est aussi par la crainte de cette punition, que la plus 
part des filles et garçons restent chez leurs parens au grand 
préjudice de la population, qui seul forme la grandeur de 
l'État, ce qui est cause que nombre des terres restent en 
friche faute des bras, ou du moins ne sont point cultivées 
comme elles devroient l'être. 



— 468 - 

Ce n'est pas encore toul, si un gros ou médiocre cen- 
siera, supposons, trois garçons et autant des filles plus ou 
moins, l'ainéest toujours destiné pour être le successeur 
de son père, qui avec la mère à soin d'élever les autres 
enfans en tout ce qui concerne la vie rustique, et étanl 
parvenus à l'âge de dix ans, ils leur font apprendre à lire 
et à écrire pendant l'hiver; car l'été est emploie à semer la 
terre et garder le pâturage. 

Ensuite ils envoient leurs garçons à l'étude dans quelque 
collège pour y faire leurs humanités, s'ils ont du juge- 
ment et de la pénétration ils tâchent d'obtenir quelques 
bourses ou autrement en l'université de Louvaiu pour y 
étudier en philosophie, théologie, en droit, ou en méde- 
cine, selon leur inclination. 

Mais ils ont soin de faire revenir l'ainé chez eux, d'abord 
qu'il à fini sa philosophie, malgré l'inclination qu'il puisse 
avoir pour les sciences, sinon qu'il voudroit céder sou 
droit à son frère puisné, ce qui arrive très rarement. 

Le second et le ù°"' voyant qu'il n'a aucune fortune à 
faire pour eux en retournant chez leurs parents et étant 
déjà hors d'exercice de la culture ou craignant le travail, 
ils s'appliquent l'un à la théologie, dans l'espoir d'obtenir 
avec le tems un canonicat, cure ou bénéfice, étant bien 
persuadé que ses parents ne le laisseront jamais en disette 
si longtems qu'il portera l'habit ecclésiastique, et le nom 
de théologien, et l'autre entre dans une abbaye, dans cet 
espoir aussi de devenir un jour curé d'un village, ce qui 
ne peut jamais lui manquer, s'il possède quelque tinture 
des sciences, aiant comme la pluspart d'autres l'avantage 
d'être fils d'un censier sujet de son abbaye ; du moins tels 
ont ils la préférence sur tout autre. 

Et pour ce qui est des filles, qu'ils regardent comme 
des meubles inutiles, ils les mettent dcz l'âge de 14 a 15 
ans dans des couvents de campagne, pour s'y perfectionner 



— 469 — 

comme ils disent et si elles n'ont point d'occasion à pou- 
voir se marier conformément à ce qui est dit cy dessus, il 
faut qu'elles restent sur les bras de leurs parens, qui pour 
l'amour de leur ûls ou fille ainée, les rebullent tellement 
qu'elles n'ont d'autre choix a prendre que celui d'aller 
finir leurs jours dans quelque cloilre ou abbaye pour 
satisfaire aux désirs de leurs parens. 



Aiant une fois le dénombrement de terres que chaque 
gros ou médiocre censier lient en labeur ou en ferme soit 
des abbaies ou de quelques seigneurs communautés ou par- 
ticuliers, Sa Majesté par son autorité souveraine pouroit 
(sans que cela puisse altérer en aucune manière la joïeuse 
entrée ni les privilèges de ce pais) ordonner, qu'aucun cen- 
sier ne pouroit d'oresnavant cultiver au delà de 50 à 60 bon- 
niers de terres labourables. Que pour celles qui sont actuel- 
lement en friche ou que l'on nomme ingrates au cas qu'il 
puisse dans la suite les réduire en terre labourable portant 
annuellement ou tous les deux ans semences, il pouroi 
jouir de l'exemption de toutes charges publiques et dixmes 
pendant dix années consécutives lequel terme écoulé, il y 
seroit soumis comme pour les autres. 

L'on pourroit accorder la même faveur à l'égard des 
bois rendus labourables avec cette différence, qu'elle n'au- 
roit lieu que pendant cinq ans au lieu de dix, et que l'on 
paieroit la taxe annuelle à la quelle'ces bois étoienl réglés 
avant leur défrichement et rien de plus. 

Que tous ceux qui auroient en louage ou en propriété 
SO à 60 bonniers des terres labourables, pourroient bâtir 
une censé aussi grande qu'ils trouveroient convenir, y 
tenir pâturage et nourir des moulons, à l'exclusion des 
moindres censiers ; car plus la terre sera cultivée et le 
pâturage grand, plus facilement pourront-ils en augmenter 



— 470 — 

le nombre et pourvoir à leur nourriture, puisque nous 
avons d'excellents pâturages et que la température de notre 
climat les peuvent favoriser autant que Ton puisse dé- 
sirer, pourvu que Ton y apporte ses attentions en suivant 
l'usage des Anglois qui ont une méthode toute singulière 
et même extraordinaire pour les nourir pendant l'hiver en 
se servant de turnepes ; si l'on pourroit les imiter en cet 
usage, nous ne serions jamais en disette de laines, pour 
soutenir nos fabriques et il seroit à souhaiter qu'avec le 
tems l'on trouvât le secret de pouvoir se passer en partie 
de celles d'Espagne, et totalement de celles d'Angleterre, 
qui anciennement les tiroit de chez nous, comme font en- 
core aujourd'hui les François. 

Si l'on pourroit parvenir à l'exécution de ce projet, non 
seulement il en résulteroit des avantages très notables au 
souverain, à l'Etat, au pais et aux propriétaires des terres, 
mais aussi une production si abondante en toutes sortes de 
semences qu'en moins d'un demi siècle, l'on ne sçauroil 
plus ce que c'est que terres en friche, il ne nous resteroit 
que des bruières et de celles qui sont réelement ingrates 
encore il auroit lieu d'espérer, de pouvoir les améliorer 
avec le tems, puisqu'en suivant ce sistème, l'industrie et 
le travail feroient augmenter les recherches et contribue- 
roient a trouver les moiens d'y réuissir, ce qui sera dé- 
montré cy après. 

Or le démembrement des terres aiant lieu conformément 
à ce qui a été dit cy dessus, les gros et petits censiers 
s'empresseroient eux-mêmes ou les propriétaires à faire 
bâtir des nouvelles censés et làchcroienl de les procurer 
aux puisnés de leurs enfans avec les terres, qu'ils auroient 
été obligés de soustraire de leurs fermes et labeurs dans la 
crainte qu'un étranger ne les leurs viennent ravir. 

Il résulteroit de ce démembrement un avantage encore 
plus considérable, ce seroit celui, que toutes les terres se- 



— 471 — 

roieul mieux cultivées, qu'elles ne le sonl aujourd'huy ; 
puisqu'il esl impossible qu'un censier qui lient en ferme 
200 bonniers de bonne terre, puisse en avoir autant de soin 
pour les cultiver, que celui qui n'en a que 50 ou 60. C'est 
donc par cette raison, qu'il abandonne totalement celles 
qui sont en friches ou bruières. 

D'ailleurs toutes ces terres ne pouvant être ensemencées 
dans une saison, le rendage en est d'autant moins pour le 
propriétaire qui doit se contenter de ce que le gros censier 
veut bien lui payer, ne pouvant avoir d'autre locataire, au 
lieu qu'étant démembrées et le nombre des censiers aug- 
menté, elles vaudroient indubitablement davantage, tant 
dans leur rendage que dans leur produit. 

La preuve en est claire et démonstrative, par exemple 
un censier qui loue aujourdhui d'un seul propriétaire 50 
à 100 bonniers, il en paiera tout au plus 10 fl. par bon- 
nier et il y en à même qui n'en paient pas cinq, s'il pour- 
roit démembrer ses terres par parties de 5 à 10 et 15 bon- 
niers un petit censier, ou paisan lui en païeroit 18 fl. et 
même jusqu'à 24 fl. par bonnier et elles seroient mieux 
cultivées par lui que par le gros censier et la raison en 
est toute simple. 

Si ce médiocre censier tient en louage 10, 15 ou 20 
boimiers de terres appartenants a différentes personnes, il 
augmentera le nombre de ses bestiaux, pour avoir du 
fumier suflîsanment à pouvoir engraisser ses terres en 
abondance et les rendre par là d'autant plus fertiles, ce 
qu'un gros censier ne pouroit faire; il tiendra encore 
outre cela 4 à 6 chevaux qui lui procureront annuellement 
des juments de bonne taille et des poulains, qui pourroienl 
servir en cas de besoin pour la remonte des chevaux, pour 
la remonte de la cavalerie, sans que Sa Majesté n'ait be- 
soin d'en faire venir des pais étrangers. 

L'on me pouroit peut être dire, que cela n"'iroit pas 

33 



-^ 472 — 

toujours de même, que plus l'on feroit de démembremeiils 
de terres, plus que la population devieiidroit nombreuse, 
qu'importe ; les terres eu seroient d'autant mieux cultivés 
et l'État y proliteroit toujours, d'ailleurs quand le service du 
souverain l'exigera il trouvera toujours des hommes prêts 
pour aller combattre contre ses ennemis, car les paisans de 
ce pais sont remplis de courage pour soutenir les intérêts de 
leur prince à cause qu'on ne peut pas les y obliger, ainsi 
l'ambition de la liberté les engageroit en toute occasioi» et 
cela avec gaïlé de cœur à tout entreprendre; en un mol par 
cet arrengement notre agriculture s'augmenteroit d'année 
en année et nos terres mortes ou en friches deviendroient 
vigoureuses et capables de toutes productions dont le 
climat nous favorise. C'est en quoi cependant l'on ne pour- 
roit jamais réussir, si le païsan n'étoit industrieux et 
remplis de réflexions champêtres. 

J'ai dit cy devant que les gros et médiocres censiers 
font étudier leurs enfans jusqu'à la philosophie, la théo- 
logie, le droit, la médecine, c'est à dire chacun selon son 
inclination, par cette raison ne doit-on pas convenir, que 
telles personnes abstractivement des lumières naturelles, 
en ont acquits par les éludes et l'application, encore d'au- 
tres d'autant plus sublimes, et capables, pour pouvoir a 
leur retour en la maison paternelle, concevoir mieux que 
tout autre, le bien, le mal, et les défauts? Cela étant, ne 
leurs sommes nous point redevables de tant des décou- 
vertes qu'ils ont faites depuis un demi siècle et qu'ils font 
encore journellement ; puisque par leur moïen, nos terres 
sont tellement améliorées, que l'on puisse dire, qu'il n'y 
en a pas, qui sont mieux cultivées dans toute l'Kurope. 

D'ailleurs l'expérience nous le démontre, et nous en 
ressentons assez les effets, vu que dans la pluspart des 
villages il se rencontre un curé né villageois et (ils d'un 
censier ; cet homme y aiant tout le loisir de moraliser 



— 473 — 

par soi-même sur la nature du terrain, il tàciie par ses 
lumières, sa téorie et même sa pratique de seconder le 
laboureur, ils s'entretiennent ensemble sur les causes du 
bien et du mal et ils cherchent les plus sûres moïens pour 
rendre les terres susceptibles de production, voilà donc le 
fruit que l'on retire de ces lumières et réflexions morales; 
c'est aussy le vray moïen d'enrichir les campagnes, et il 
seroit à souhaiter que l'on ne conféreroit plus désormais 
les cures du plat-pays qu'à ces sortes d'ecclésiastiques 
préférablement à tout autre, car un paisan a plus de 
respect et de vénération pour un curé né aussi à la cam- 
pagne que pour un autre né en ville dont l'humeur et le 
tempérament ne s'accommode souvent point avec leurs 
mœurs et la vie rustique, il n'ose même point raisonner 
avec celui cy aussi familièrement qu'avec son égal de nais- 
sance ; outre cela il n'auroit aucun agrément de traiter 
avec lui sur une matière qu'il ne comprend pas. 

Je continue mes réflexions, en supposant même avec 
certitude qu'il y à au Païs-Bas sous la domination de Sa 
Majesté cinq millions d'âmes, dont il y a deux millions dans 
les villes closes et trois à la campagne, car en Pan 1745 
étant receveur des Etats de Brabant pour le département 
de la ville de Bruxelles, j en fis le dénombrement et je 
trouvois que cette ville contenoit 63 milles personnes de 
deux sexes au dessus de l'âge de 14 ans et ensemble cent 
milles y compris les enfants de tout âge, abstractivement 
des couvents, chanoines et autres ecclésiastiques dont le 
nombre montoit encore a 5200, qui fait a peu près o p"" et 
sur celui de 63 milles, ainsi que les deux millions sur ce 
pied formcroient une société de cent milles ecclésiastiques 
et autres personnes voués uniquement à Dieu et à l'Église. 

Mais à l'égard du plat-païs, qui selon que je l'ai observé 
cy dessus, peut contenir trois millions de personnes, je 
n'en suppose qu'un pour cent qui se dédient entièrement 



— . 474 — 

dans les abbayes et couvenls des deux sexes ou pour la 
cure el charge d'aines dans les paroisses, ainsi de ce 
chef l'élat ecclésiastique en absorbe encore 50000, qui 
avec les cents milles susmentionnés, composent un nombre 
130 milles personnes 

Au reste, que l'on en fasse le calcul comme on voudra, 
en prenant chaque ville selon la quantité d'habilans qu'elle 
contient, l'on trouvera l'opération juste, et si Sa Majesté 
jugeroit convenir de mettre le pian cy dessus proposé en 
exécution, il est certain que de ce nombre, il y en auroil 
au moins 23 milles à retrancher, pour ne pas dire 
50 milles, dont deux tiers feroient autant des bras pour 
culturer et améliorer les terres, que pour s'appliquer aux 
maimfactures et fabriques; ainsi que l'industrie de l'un et 
de l'autre pourroil introduire l'abondance, et plus qu'elle 
deviendroit considérable, plus fort seroil-elle aussi l'expor- 
tation vers l'étranger de tout ce qu'il nous resleroit au delà 
de notre propre usage et consommation , comme par 
exemple de nos grains, semences etc. sans crainte de di- 
sette pour l'année suivante, en cas de mauvaise récolte, 
puisque, lorsqu'elle est abondante, elle peut suffîr pour 
l'entretien des peuples au moins pendant trois années 
tandis que ce qu'ils en sorte du pais, n'est point équiva- 
lent à ce qu'il en faut pour un quart d'année de nourilure 
de ces cinq millions d'habilans, et c'est cependant la sortie 
de nos grains el semences qui forme la plus forte branche 
de notre commerce, et qui nous rapporte 22 millions el 
demi de florins, soit en argent comptant ou la valeur en 
marchandises, que nous lirons de l'étranger; el malgré 
cela nous observons, que depuis trente ans le commerce 
décline et diminue à notre dé.^avanlage de 2 à 3 pour 
cent dans nos décomptes et remises que nous devons faire 
pour ce qu'il nous vient du dehors, quoique nous aions 
encore quanlilé de minéraux et des fid)ri(|ues comme les 



— 475 - 

deiilelles, loilles el plusieurs autres, qui rapporlent bien 
des millions, cependant selon moi, nos remises et décomp- 
tes montent annuellement audelà 68 millions de nos flo- 
rins; si on est assez curieux d'en faire aussi le calcul l'on 
n'a qu'à prendre les registres de tous les bureaux d'entrée 
et sortie el le prix courant d'Amsterdam avec ceux de la 
France pour le vin, et après la supputation faite y ajouter 
1/4 pour les fraudes el recellement de valeur el pour lors 
l'on reconnoilra que j'ai calculé juste. 

El pour preuve que notre exportation monte au moins à 
la susdite somme de 22 1/2 millions par an, je forme l'étal 
suivant de noire propre consommation d'où l'on poura 
facilement observer l'immensité de notre produit de nos 
grains, mais pour bien faire le calcul, il faut supposer que 
chaque personne de tout âge, l'un plus, l'autre moins, 
mange journellement pour un sol de pain ou de farine, 
ce qui feroit pour les dits cinq millions d'ames un objet de 
250,000 fl. par jour, et formeroit un capital a raison de 
36o jours par année de fl. 89,io0,000 

El supposant que la sortie de nos grains 
n'iroit qu'à 1/4 du montant de notre consom- 
mation la somme qui en resulleroit, car 
les grains ne s'achellenl qu'argent comptant 
formeroit une circulation dans l'Etat de . . 22,287,500 

Ceci n'est considéré que dans le tems 
d'une médiocre recolle, car l'on peut se per- 
suader qu'il en reste toujours dans le pais 
autant qu'il en faut pour la consommation 
d'une année suivante, mais qui par l'avarice 
du gros censier el de quelques autres qu'il 
ne convient pas de nommer, se trouvent ca- 
chés el enfermés dans des granges particu- 
lières, ce qui donne occasion à la disetle 
dans des années de mauvaise récolte; ainsi 



— 476 — 

que l'on peut convenir (j^ue le cru de nos 
grains uniquement que pour la nouriture 
de riiomine monte au moins dans des années 
médiocres à un capital de . . . . fl. IH, 437, 500 

Sans y comprendre les grains qu'on con- 
somme pour faire la bierre et l'eau de vie, 
qui pourroit encore monter à la moitié de 
ce produit et non compris les semences et 
autres productions de la terre dont la quan- 
tité est immense et deviendroit encore plus 
considérable et l'exportation plus commode 
sans incommoder le peuple, si on adopteroit 
mon plan pour le démembrement des terres 
je porte donc ici pour la ditte moitié . . 55,718,750 

Total de la production de nos grains 
pour la consommation et l'exportation d'une 
année 167,156,250 

Et je suppose que tout combine nos autres 
fruits de la terre pourroient encore rap- 
porter annuellement la moitié de cette tota- 
lité ce qui feroit encore un capital de . . 85,578,225 

Ainsi que la production totale de toutes 
nos terres en grains et semences pendant 
une année, non compris les bois miné- 
raux etc. ni ce qui se trouve cacbé dans les 
granges monte à 250,734,475 

Je dis deux cents cinquante millions sept cents trente 
quatre milli's quatre cents et soixante quinze floi"ins argent 
courant de Brabant. 

Par cette démonstration l'on peut juger de la richesse 
de notre État et de l'immensité de son produit dans d'au- 
tres matières premières, qui entretiennent et conservent le 
peuple dans une activité journalière, qui forme le soutient 



— 477 — 

du commerce intei'iie comme un flù et reflù tlonl on ne 
connoit point la source. 

De sorte qu'en retenant, suivant ce projet, les jeunes 
bras à la campagne et dans les villes, toute manœuvre 
augmenteroit de même que nos richesses et nous n'au- 
rions pour ainsi dire plus de pauvres, que des impotents 
et malheureux; car un État n'est puissant qu'a proportion 
de ses richesses, qui ne consiste que dans la grande mul- 
titude de ses sujets; puisque ce sont les hommes qui 
labourent'et cultivent la terre, qui travaillent aux manu- 
factures, qui s'appliquent au commerce et qui vont à la 
guerre, et lorsqu'ils en reviennent ils retournent de nou- 
veau à l'agriculture et a leur besogne, et comme je crois 
que je me suis expliqué assez amplement sur cet objet, je 
vais présentement commencer de traiter sur celui des ma- 
nufactures et fabriques, après que j'auray observé de 
quelle utilité sont les chaussées par rapport à l'agricul- 
ture; ainsi avant d'introduire les chaussées au plat-païs 
pour la libre communication d'un village à l'autre jusques 
aux grands chemins selon que je l'avois proposé par mon 
avis du 17 septembre 1762, il seroit indispensablement 
nécessaire, de faire publier irrévocablement une loy, qui 
ordonneroit le dénombrement* des bonnes terres, et leur 
réduction à 50 à 60 bonniers par chaque censé dont le 
nombre devroit être augmenté proportionément car d'abord 
que cette loy seroit établie, chaque propriétaire en senti- 
roit la conséquence et conviendroit de la nécessité de 
construire des chaussées, pour pouvoir se rendre commo- 
dément en tout tems et saison aux grands chemins, qui 
conduisent vers les villes, ou ils transportent leurs crus 
et denrées les jours de marchés. 

Il est vrai que l'expérience m'a fait connoitre dans des 
occasions d'une moindre conséquence, qu'un pareil projet 
pouroit être susceptible des difficultés dans sou exécution 



— 47o — 

de la part des gros censiers, qui font ce qu'ils peuvent 
pour rendre les chemins impralicables, et ce uniquement 
afin d'empêcher, que les petits paisans ne prennent pas 
beaucoup des terres lahorables en ferme; moïen qu'ils ont 
imaginé pour tenir ces derniers dans une espèce d'escla- 
vage, qui ne flniroit jamais que par Texéculion de mon 
projet. Et la preuve en est convaincante, puisque je la 
liens d'eux-mêmes, depuis la question que je leurs fis en 
différentes occasions étant à la campagne. 

Car étant un jour dans un village, ou il y avoil eu 
passez 50 ans une chaussée de la longeur d'une demie 
lieue, qui communiquoit au grand chemin, je demandois 
a deux gros censiers, pourquoi elle étoit totalement ruinée 
et qu'on ne la faisoit point réparer, ils me répondirent que 
c'etoit une folie faite par leurs ancêtres qui ne tendoit qu'à 
la ruine des grandes censés; puisque l'expérience leur 
avoit appris, que les pauvres paisans de leur canton aug- 
mentoient à l'aide de celte chaussée leur labeur en pren- 
nant des terres en ferme appartenant à des particuliers, 
parce qu'ils avoienl par là, la commodité de pouvoir con- 
duire en toute saison avec une charelle attelée d'un cheval 
ou un chariot attelé de deux chevaux tout au plus, leurs 
crus et denrées aux marchés des villes voisines; ce qui 
leur est totalement nuisible, ainsi que pour réduire ces 
pauvres et empêcher qu'ils ne deviendroient plus grands 
dans la suite, ils avoienl trouvé convenir à leur intérêt de 
rompre non seulement la chaussée mais de rendre les che- 
mins tellement inaccessibles, qu'une charelle ou chariot 
n'y pourroit plus passer, à moins que d'y alleller quatre 
à six chevaux qu'ils ont toujours dans leurs écuries, et 
que les autres ne pouroient jamais avoir ni enlrelenir, 
voilà la véritable politique de la campagne qui est 1res 
bien imaginée de la part de ces gros censiers, mais très 
nuisible à l'Etat, aux propriétaires et au public, il est 



— 479 — 

même iiidispensablement nécessiiire de la réprimer, puis- 
qu'elle est cent fois plus préjudiciable qu'un monopole au 
commerce et aux marchés des villes, et je crois même 
qu'il conviendroit, que Sa Majesté chargeroit ses cons'' 
fiscaux de veiller sur tous les villages, qui ont eut cy 
devant des chaussées de communication avec les grands 
chemins ou autrement eu les obligeant a les restaurer el 
les rétablir dans un état convenable , avec ordres aux offi- 
ciers de ces villages de faire annuellement le rapport par 
écrit aux dits conseillers fiscaux de leur situation. 

La même chose s'observe aussi el avec les mêmes raisons 
à l'égard de la Iraitte de pierres tant à paver qu'autres, 
puisque les maîtres des carrières rendent les chemins tel- 
lement impraticables qu'il faut 6 a 8 chevaux dans un 
chariot pour pouvoir conduire seulement 500 pierres à 
paver depuis les d' carrières, jusques au grand chemin, 
ce que j'ai vu souvent avec regret el sur quel objet j'ai 
addressé difîerents mémoires au gouvernement. 

Cependant on pourra peut-être m'objecter, que l'établis- 
sement de tant de chaussées pouroit rencontrer des obsta- 
cles insurmontables, même de la part des propriétaires de 
terres, qui y seroient excités par ces gros censiers, c'esl 
en quoi je suis d'accord, c'esl pourquoi je ne suis aucun- 
nement de sentiment d'en ordonner l'exécution à la rigeur 
ou par une ioy; au contraire je crois même qu'il convien- 
droit mieux de laisser la liberté à cet égard, car je me 
flatte que (si l'on parvient à démembrer les terres de ces 
grandes censés pour en établir d'autres) pour lors chaque 
propriétaire sentira assez par lui même combien une chaus- 
sée est capable d'intéresser la valeur de ses terres qui vau- 
droient en ce cas deux tiers de plus, qu'il n'en retire 
aujourd'hui ; outre cela le paisan, malgré le gros censier, 
pourroit bien indiquer les moïens ; puisque son inlérest l'y 
engageroit et pour cette raison les propriétaires pourroient 



— 480 — 

s'y joindre, ou avancer les frais à ceux, qui ne pourroienl 
y contribuer, et insensiblement l'un suivroil l'autre, car 
deux ou trois exemples suffîroieut pour animer un chacun 
par un esprit de jalousie et d'envie d'en faire de même 
sans qu'il paroisse que le gouvernement s'en eût niellé, 
et je serois même d'avis qu'au cas qu'il s'agiroit de quel- 
ques octrois pour cette effet que Sa Majesté seroit servie 
de les faire dépêcher gratis parmis une reconnoissance 
annuelle de peu de chose pour autant que c'est une affaire 
qui intéresse le service et l'Etat en général. 

MANUFACTURES ET FABRIQUES. 

Les manufactures et fabriques forment la deuxième 
branche de commerce et absolument la première après 
l'agriculture, qui enrichit les villes et le plat-païs et qui 
tient tant de cent milles bras en activité et mouvement, 
car une ville sans fabriques ne pourroit longtemps sub- 
sister et se trouveroit bientôt déserte s'il y manquoil d'oc- 
cupalion pour le même peuple, qui à ce défaut devien- 
droient tous mandians et vasabonds. 

Ainsi si l'on veut empêcher que la misère n'entre 
jamais dans une ville et encore moins dans celle où est la 
résidence du souverain ou d'un prince respectable, qui le 
représente, il faut non seulement tâcher de procurer de la 
besogne et du travail au menu peuple, mais aussi avoir 
soin que le pain qui est de nécessité absolue, ne surpasse 
point en prix la valeur de leur journée n'y qu'il y manque 
aucunement, sinon on s'expose à voir des révolutions, 
contre lesquelles le législateur avec toute son autorité ne 
pourroit pourvoir, car il en est de même dans les villes 
comme dans les armées où le pain venant à manquer 
on ne connoit plus de disciplines, les bornes n'y sont plus 
observées, et l'autorité du général en chef n'y est plus 
respectée, non plus que celle du législateur. 



— 481 — 

Pour prévenir de tels malheurs l'on devroil avoir soin 
de procurer le nécessaire au peuple sans enchérissement 
au nioïen de quoi il n'est pas douteux que la population 
n'augmenleroit de même que le travail ; veut-on en avoir 
une preuve? Qu'on aille en Hollande, je défie qui que ce 
soit de m'y montrer un seul mandiant |)ar les rues, soit 
estropié ou autrement et cela parce qu'on scait les pro- 
curer du travail, et ceux qui n'en sont point capables, y 
sont secourrus dans des hôpitaux ou fondations. 

N'avons nous pas assez aussi des hôpitaux, fondations 
et des donations, pour l'eulrelien de nos pauvres impuis- 
sants, faisons en un bon usage, comme font les Hollandois, 
et on n'en trouvera pas un seul; mais l'obstacle, qu'il y a 
chez nous, pour pouvoir en user de même, c'est que l'ad- 
ministration des pareils biens et revenus y coûte trop 
chère, et là elle ne coule rien, car chez eux, ce sont les 
deux plus jeunes magistrats, tant des villes que du plat- 
païs, qui doivent rendre ce service gratis, de même que 
ceux qui y sont préposés, et chez nous ce sont des em- 
plois fort lucratifs, qui souvent passent dans les familles 
de père en fils; quelle erreure, quelle désordre! 

Les Hollandois font encore d'avantage pour se déffaire 
des mandians, particulièrement des étrangers, s'ils en ren- 
contrent un, qui soit bien fait du corps ou en état de tra- 
vailler, ils lui proposent d'entrer dans une maison de cor- 
rection pour y travailler et y être bien nourri, ou à 
s'engager au service pour y être envoyé aux Indes. 

Ainsi, qui nous empêcheroit d'en faire de même, parti- 
culièrement dans les maisons de correction? C'est là où 
l'on pourroit employer avec avantage les uns à râper de 
toutes sortes de bois de tinture, des autres à filer la laine 
où à faire mille autres choses, qu'on est obligés jusqu'à 
présent de prendre à l'étranger, et que nous pourrions 
néanmoins avoir meilleur marché chez nous, par Tinlro- 



— 482 — 

duclion d'une semblable coutume, si nous y songions une 
fois sérieusement nous Irouveiious assez de personnes, 
pour en entreprendre la direction, pourvu que Ton deffeo- 
droit la sortie des matières brutes, qui pourroienl y être 
Iravaillées, de même qu'aux couvents de ne pouvoir les 
mettre en usage ny fabriquer pour eux ni pour d'autres. 

Outre cela, il conviendroit encore que cet établissemenl 
soit érigé de l'autorité absolue et immédiate du souverain, 
car si un magistrat en auroit l'administration et le pouvoir 
d'y établir un directeur, ou d'y introduire les gens à leur 
cboix, tout l'ouvrage se réduiroil à rien, puisqu'au lieu de 
se faire un devoir d'une bonne administration, ils y pla- 
ceroient leurs créatures en feroient des bons emploies de 
famille et laisseroient courir les vagabonds et les personnes 
sans aveus; de sorte qu'en ce cas il seroil indispensable- 
ment nécessaire, que tout se fasse sous l'autorité du prince 
qui pourroit charger ses officiers de justice d'y tenir la 
main et de lui faire tous les trois mois ou tous les ans uu 
report de tout l'ouvrage que l'on y auroit fait, de la quan- 
tité des personnes qu'on y auroit emploie au travail et en 
un mot de tout ce qui incombe à une pareille direction, 
tant pour la nouriture qu'autrement. 

El quand on seroit une fois dégagé de toutes ces sortes 
de gens, ce seroit pour lors que l'on verroit avec plaisir el 
satisfaction les artisans se rendre à leur devoir et travail, 
sans qu'ils battent la campagne comme des vagabonds ni 
qu'ils puissent former quelques hostilités dans les villes, 
et dans la crainte d'être conduit dans des pareilles mai- 
sons; ce seroit aussi l'unique moïen pour faire observer la 
police par elle-même. 

Que résulteroit-il encore de cet ouvrage? Il encourage- 
roil un chacun selon son génie son art à ériger différentes 
fabriques auxquels succéderoieni les nouvelles inventions 
el si quelqu'un protluiroil une nouveauté inconnue el qui 



— 483 — 

donnât beaucoup de la besoigne à un grand nombre d'ou- 
vriers, Sa iMajeslé pourroit ensuite lui accorder des grati- 
fications ou récompense proportionnées à I industrie de 
son invention ou de son travail, même y ajouter quelque 
titre ou grâce de sa munilicence à Texemple de la France 
el de l'Angleterre. 

Il faut pour cet effet, que je cite un seul exemple ; un 
nommé Cromelin , réfugié françois , s'étant rendu en 
Irlande, il y établit la manufacture de toilles, qu'il ap- 
porta à une telle perfection, que le Parlement en considé- 
ration de cet établissement et du grand service qu'il ren- 
doit par là aux sujets du roïaume, le reçu au nombre de 
ses membres et lui fit présent de dix milles livres sterlings 
comme une marque de la gratitude publique qui lui vallut 
plus que la gratification même, car s'il eut demandé un 
octroi exclusif, il auroit pu facilement lui être accordé, 
mais il senloit bien que s'il i'auroit demandé, et obtenu, 
il se seroit d'abord exposé à la baine de toute la nation et 
quoique ses idées auroient été bonnes, comme elles éloienl 
efTectivement, le public n'auroit pas été en repos, si long- 
lems que le Parlement n'auroit pas retracté son octroi, 
mais s'étant soumis de son propre mouvement à partager 
son secret avec la nation, rien ne pouvoit plus l'empêcber 
de le faire aimer el cbérir d'un cbacun, puisqu'il leur ap- 
prenoil une cbose qu'ils avoient ignorés jusques alors el 
qu'il n'éloit cependant pas obligez à leur révéler ce secret, 
que pour autant qu'il voulu bien, ainsi qu'en travaillant 
il avoit de quoi s'enricbir et je crois que c'étoit aussi son 
unique ambition. 

Les gratifications pour des découvertes sont très-com- 
munes en Angleterre, c'est pourquoi les Anglois sont 
aussi les premiers inventeurs des nouveautés et les pre- 
miers ouvriers pour perfectionner les ouvrages, il est vrai 
qu'ils se font bien paier, mais aussi leurs ouvrages sont 



— 484 — 

solides et exécutés dans leur entière perfection ; ensuite 
les François sont très-bons pour les imiter et y ajouter 
quelques gentillesses mais de peu de durée, aussi les a-t-on 
chez eux à meilleur marché. C'est pourquoi les voïageurs 
de métier leur donnent la préférence; cependant l'Angle- 
terre ne laisse pas d'être aussi peuplée et plus à proportion 
de sa grandeur que la France, car on estime que les trois 
roïaumes d'Angleterre contiennent huit millions d'habi- 
lans, parmi les quels on prétend qu'il y a deux millions 
des marchands ou gens engagés dans le commerce, dont 
il n'y a pas deux cents milles en France, quoiqu'elle con- 
tient 18 millions d'habilans, telle que le roi Charles 
Second avoit coutume de dire qu'il n'y avoit de noblesse 
en Angleterre que parmi les négociants, dont la plus 
grande partie sorte des meilleurs maisons, et l'on peut 
dire que presque tous les seigneurs, sans en excepter les 
ducs et pairs tirent leur origine des négocians, soit du côté 
paternel, soit du côté maternele. 

Il seroit à souhaiter que notre noblesse adopteroit ce 
même sislème, elle s'enricheroit d'autant plus et tout au 
moins aussi bien que les Anglois et les Hollandois chez 
qui l'on trouve encore de très anciennes et nobles familles 
ressorlies de ce pais et qui exercent sans interruption le 
commerce, n'auroitil pas moïen d'engager nos nobles à en 
faire de même et à envoier un de leurs enfans aux comp- 
toirs des gros négocians, car quelle honte a t'il d'appren- 
dre et de s'enrichir avec honneur et probité, au lieu de 
s'entraîner dans la misère, car je ne connois pas d'homme 
plus humble qu'un pauvre genlilhonjme? En Angleterre 
tin cadet de famille est souvent plus riche que son frère 
aillé le inilord, outre cela les négociants y ont l'avantage 
d'être les premiers écoutés du roy dans ses audiances pu- 
bliques, sans que j'en dise d'avantage; cependant à la fin 
de cet ouvrage je rencontrerai encore celte article. 



— 485 — 

II y a 36 ans que j'ai le bonheur d'être au service de 
mon auguste souveraine, mais il faut que j'avoue, chaque 
diplôme de noblesse ou d'annoblissement qui arrivoit à la 
chambre des comptes pour y être enregistré, me faisoit 
de la peine, parce qu'ils étoient presque tous pour des 
marchands, ou artisans, qui s'étant enrichis par leur com- 
merce, l'abandonnoient d'abord qu'ils étoient créés nobles, 
sans considérer qu'ils exposent leurs petits fils au retour 
de leur état primitif, tandis qu'au contraire s'ils auroient 
continués leur commerce, leur maison et descendans se 
seroient soutenus avec plus d'éclat et richesses qu'eux. 

S'il me seroit permis de dire mon sentiment à ce sujet, 
je supplierois Sa Majesté, de ne plus accorder doresna- 
vant aucun diplôme ni lettres pattenles d'annoblissement à 
aucun roturier ni marchand, sinon qu'avec celte restriction, 
qu'il devroit au moins continuer son métier ou commerce 
en gros jusques à la troisième génération à peine de nul- 
lité, et pour animer d'autant plus un chacun à s'attacher 
au commerce et à sa patrie, je prierois Sa d^ Majesté 
d'ériger un ordre en faveur des plus gros et expérimentés 
négociants non seulement pour satisfaire leur ambition, 
mais pour les engager d'autant plus à continuer l'exercice 
de leur commerce avec permission (à l'exemple de l'Angle- 
terre) de pouvoir se rendre à la cour du prince et d'y faire 
toutes les démonstrations ordinaires et en usage parmis la 
noblesse. Je crois que ce seroit un plus sûr moïen pour 
les attacher à sa continuation, que si on leur ouvroit des 
mines d'or et d'argent. 

Je suis donc persuadé, que si Sa Majesté leur accordoit 
cette distinction, la pluspart des personnes riches et aisées, 
s'atlacheroit plus volontier au commerce, et au lieu de 
faire apprendre à leurs enfans la niusi(|ne, les instruments 
et la chasse, ils les enveroient en France, en Angleterre, 
en Hollande, ou dans quelqu'autre État de l'Europe pour 



— 486 — 

les y faire inslruire dans tout ce qui concerne le conimerce 
el apprendre à connoitre le génie el l'industrie de lanl des 
différentes nations, avec qui ils pouroient dans la suite 
régler leur commerce; je crois même aussi que ce seroit 
l'unique et véritable moïen pour faire valoir nos fabriques 
et manufactures, el animer les ouvriers à rechercher des 
nouveautés, qui pourroienl satisfaire le goût des étran- 
gers, comme font les François dans leurs étoffes, car si 
les dessins el les modes ne varieroient point, personne ne 
voudroit de leurs fabriques. 

Il n'y a pas un siècle passé el je l'ai vu encore moi 
même dans ma jeunesse, que les dames de la première 
classe ne porloient que des tabliers et mouchoirs de Cam- 
bray fabriqués en ce pais, celles d'une médiocre classe de 
superfines loilles, ainsi que les plus riches bourgeois, d'au- 
tres d'une médiocre condition et les travailleuses ou do- 
mestiques en porloient de loille bleue teinté en ce pais ; el 
les dimanches et fêles elles ne paroissoient qu'en blanc, 
soit de Cambrai, de balis ou de loille, aujourd'hui tout est 
évanoui, l'on ne connoit plus celle riche mode du cru du 
pais, il faut que ce soil du colon, de la mouseline, ou 
autres fabriques des Indes el de la France. 

Dans ce tems là aussi, les hommes porloient des draps 
du pais, de même que les camelots et il n'y avoil aucun 
marchand ou bourgeois qu'il n'avoit un manteau de draps 
pour l'hiver et un de camelot pour l'été, c'éloil l'ornemenl 
de ce lems et il ne subsiste plus aujourd'hui, cependant ce 
n'est point la noblesse, qui l'a rejellé, pour donner la pré- 
férence aux fabriques étrangères, mais ce sont les mar- 
chands négociants, qui l'ont rebuté pour introduire ces 
nouveautés étrangères, à cause qu'ils y trouvoienl plus de 
gain, el pour cette raison les oui portés les premiers et les 
bourgeois les ont imités; de façon qu'il n'y a pas une 
femme, qui porte à présent aulre chose (|ue des étoffes des 



— 487 — 

Indes, même jusques aux villageois, ainsi doil-on être sur- 
pris, que nos fabriques sont tombées totalement en dé- 
cadence. Cependant en suivant le plan proposé, il y auroit 
un espoir apparent, que tout reviendroit sur l'ancien pied, 
à cause que tous les esprits seroient animés soit pour le 
commerce ou pour les fabriques et feroient eux mêmes 
usage de leurs propres manufactures; ce qu'indubitable- 
ment seroit suivis par d'autres, pourvu qu'il n'y ail point 
de contrainte et que l'on ne gène point la liberté. 

Il faudroit ensuite pour cet effet, que toute matière pre- 
mière et nécessaire pour la fabrication seroit libre de tous 
droits à l'entrée, selon qu'il a été réglé jusques à présent, 
de même que ce qui est fabriqué au païs pour la sortie. 

Et au cas que le projet cy dessus puisse consuivre son 
effet, pour que rien ne soit restraint et que la liberté soit 
générale, je crois qu'il conviendroil (s'il y en a) d'abolir 
et d'annuler tous octrois exclusifs, qui auroient été ac- 
cordés pour l'établissement de certaines fabriques et manu- 
factures, car une liberté égale jointe aux attentions et mu- 
nificences du souverain pour animer un cbacun à s'attacher 
au commerce, ne pourroit en aucune façon avoir ses 
restrictions, ni souffrir qu'il soit fait des faveurs plus à 
l'un qu'à l'autre; puisqu'on lui est également soumis, on 
a le même droit aux grâces et bontés de Sa Majesté; si l'on 
s'écarte de ce sislème, rien ne pourra se faire en faveur 
de la cause commune, ni personne ne sera incliné à entre- 
prendre la moindre chose; au contraire si l'on permet une 
juste égalité, un chacun sera animé et ce qu'un honniie 
seul ne pourroit faire, une société le remplaceroit; c'est à 
ce principe, que le commerce doit son établissement et sa 
grandeur en Angleterre et en Hollande, et il s'y trouve 
actuellement entièrement affermi, car dans ces Etats les 
grandes entreprises se font presque toutes par compagnies, 
sociétés et actions, sans que TÉlal s'en melle, ni qu'il leur 



— 488 — 

accorde aucun oclroy qui puisse gêner la liberté ou con- 
traindre un particulier; mais il laisse un libre cours et 
donne des aisances à Tinduslrie des hommes particulière- 
ment en Angleterre, et pour preuve de ceci Ton n'a qu'à 
lire l'acte ou loy |)ortée la 25"^'^ année du règne de Charles 
Second, qui subsiste encore dont voici la teneur : 

]° Vu l'immense quantité de toilles et autres ouvrages 
de lin et de chanvre, et la quantité de tapisseries de Haul- 
lise, qui sont journellement importées des païs étrangers 
dans ce roiaume, ce qui ne peut manquer de le rniner et 
de l'apauvrir par l'enlèvement de ses monnoies, l'épuise- 
ment et la diminution journalière de ses capitaux et le 
manque d'emploi de ses pauvres ; quoique les matières 
emploïées dans la fabrique de ces tapisseries, sont ici plus 
abondantes, plus parfaites et moins chères que dans le païs 
d'où elles sont importées, et quoiqu'à l'égard du chanvre 
et du lin, on peut en recueillir ici en très grande abon- 
dance et d'une très bonne qualité, si en établissant des 
manufactures destinées à emploier ces matières, on en doit 
le profit à ceux qui sont en possession de le semer et cultiver. 

2" A ces causes et afin d'encourager ces différentes ma- 
nufactures, il sera ordonné et il est ordonné par Sa très 
excellente Majesté le Roy, avec et par avis et consentement 
des seigneurs spirituels et temporels et des communes 
assemblées, dans le présent Parlement, et de leur autorité, 
que à compter du premier jour d'octobre prochain, il sera 
permis à toutes personnes de quelque qualité, qu'elles 
soient, native de ce roïaume ou étrangers, d'exercer libre- 
ment et sans païer aucune réception, taxe ou bien venue 
dans toutes les villes d'Angleterre et principautés de Galles, 
privilégiés ou non privilégiés, incorporées ou non incor- 
porées, le métier et l'art de broëer et leiller, de préparer 
le chanvre et le lin, comme aussi de fabriquer et blanchir 
le fil, d'ourdir, fabriquer, laver et blanchir toutes sortes 
de toilles faites de chanvre ou de lin seulement, comme 



— 489 - 

aussi le mélier et l'art de fabriquer toutes sortes des filets 
pour la pèche, et toutes sortes des cordages, comme aussi 
le métier et l'art de fabriquer toutes sortes de tapisseries, 
nonobstant toutes les loix, statuts ou usage à ce contraires. 

3° Tout étranger qui aura établi ou exercé quelqu'une 
des manufactures, ou quelqu'un des arts cy-dessus vérita- 
blement et de bonne foy, pendant l'espace de trois ans, 
dans l'étendue tant de ce royaume d'Angleterre que de la 
principauté de Galles et dans la ville de Berwick sur la 
Tweed, pourra de ce moment jouir de tous les privilèges 
dont jouissent les sujets naturels de ce royaume, en prê- 
tant préalablement les serments de fidélilé et de supré- 
matie, en présence des deux juges de paix les plus voisins 
de son domicile, autorisés à cet effet par ces présentes. 

4° Il est encore ordonné et déclaré que les étrangers qui 
exerceront conformément au présent acte, quelqu'un des 
métiers cy dessus nommés, ne pourront jamais être assu- 
jettis à aucune taxe, subvention ou imposition au delà de 
celles que paieront les sujets naturels de Sa Majesté, à 
moins qu'ils ne fassent le commerce avec les païs étran- 
gers, soit en important, soit en exportant des marchan- 
dises, au quel cas ils seront sujets aux mêmes droits que 
les étrangers ont coutume de payer, mais pendant les cinq 
premières années seulement, et non au delà. 

La conséquence de reslraindre le marchand est trop 
forte et même très dangereuse dans un Etat bien policé et 
la raison en est, que, quoiqu'un marchand ou particulier 
mette en usage son industrie avec toute la conduite pos- 
sible et une frugalité sans égale, pour faire valoir son en- 
treprise, il ne sçauroit rien égaler aux compagnies qui 
jouissent à son préjudice de quelques faveurs du souve- 
rain, qui souvent gênent tellement la liberté du commerce, 
que tout particulier en prend un dégoût ; et en ce cas l'on 
s'expose, les compagnies n'étant jamais de durée, à perdre 
ces grands et expérimentés marchands de même que les 



— 490 — 

inléressés des compagnies qui n'onl rien fait en faveur de 
la cause commune, que de jouer leur argent mal à propos 
ce que l'on observera à la suitte de cet ouvrage. 

Concluons donc, sur cet allégué, qu'il est rare aujour- 
dhui de trouver des personnes en place, qui veuillent 
songer sérieusement aux progrès des manufactures, sinon 
qu'avec l'assurance d'uu gain au moins de 30 p. c. et encore 
les voit-on chanceler; c'est aussi pour cette raison que les 
projets les plus utiles ont souvent été négligés, et je n'en 
ai que trop d'exemples pour n'en dire d'avantage. 

ARTISANS ET FABRIQCANS. 

Il seroit aussi à souhailer qu'il y auroit un moïen pour 
pouvoir abolir totalement le corps de métiers, car rien ne 
gène tant le commerce et ne bannit plus l'artisan, en le 
réduisant comme dans une espèce d'esclavage, que cette 
ancienne introduction ; pour entrer dans le détaille sur le 
tort que ces corps occasionnent à leur propre ville ou à 
leur commerce, il faudroit en former un volume entier; 
ainsi comme ce sont des choses connues de tout le monde, 
je me dispenserois de beaucoup parler sur cet objet, outre 
cela le mal étant aujourdhui trop enraciné et le législa- 
teur pour une raison politique trop porté pour les soute- 
nir, quoiqu'il en reconnoisse toute la conséquence et que 
d'ailleurs pour y pourvoir il faudroit pour ainsi dire, ren- 
verser les anciennes constitutions, j'estime qu'il convient 
mieux de passer un objet si intéressant sous silence, puis- 
que toutes les raisons, que l'on y emploieroit pour démon 
Irer la solidité de son argument, n'aideroient en rien, que 
pour satisfaire la curiosité d'un lecteur et ce seroit tout 
le fruit (|ue l'on retireroit ; cependant malgré le silence 
que je me proposois de tenir à cet égard, je fais réflexion 
sur une coutume que l'on observe inviolablement, dont je 
ne comprend point le fondement ni la raison, pourquoi 



- 491 - 

l'on refuse dans ces corps d'y admettre un étranger, qui 
s'étant fait bourgeois et sachant son métier dans sa perfec- 
tion, même souvent mieux qu'un ancien maître, et cela 
sous prétexte qu'il n'a pas fait ses apprentissages chez 
eux, quelle nécessité y a-t-il donc d'obliger à celte rigeur? 
Ses preuves ne font elles pas foi de son apprentissage et de 
son sçavoir? Faut-il pour cela le bannir et le rebuter ou 
vouloir le contraindre à se tenir sous le joug d'un maître, 
qui ne connoit pour tout sçavoir que le nom du métier qu'il 
exerce, faut-il dis-je chasser de l'état un homme, qui nous 
apporte son art et son industrie inconnue chez nous jus- 
ques à présent? C'est une erreur qui me fait rougir, que 
de rebuter un homme qui sçait plus qu'un autre et apporte 
avec lui venant d'un pais étranger, non seulement tout son 
patrimoine, mais un métier et une science, que nous igno- 
rons et que nos enfaiis peuvent ensuite partager, qui ce 
pendant ne demande pour tout autre chose, que son ad- 
mission en la païant largement; je le dis encore une fois, 
un sujet pareil n'en vaut-il pas dix autres? C'est donc un 
erreur qui intéresse Sa iMajeslé de corriger, car si long- 
tems que ce mal subsistera, l'on ne verra guéres des per- 
sonnes s'adonner au commerce. 

Je ne prétends point par là d'annuller les apprentis- 
sages, il y a des cas, où il convient absolument de les 
faire, comme par exemple pour les jeunes gens et les 
ouvriers, afïîn qu'ils n'entreprennent pas un métier, qu'ils 
ne sçavent point, ce qui cependant n'arrive que trop sou- 
vent, car nous voïons journellement admettre des enfants 
de maîtres dans le métier du père, sans avoir fait les ap- 
prentissages, ni même l'avoir exercé d'un seul jour, il suffît 
qu'ils portent le nom de fils de maître pour être admis; 
quel abus, quel désordre; et quelle conséquence ne peut-il 
pas résulter d'une si mauvaise maxime. 

Ainsi qu'il seroit à souhaiter que Sa Majesté feroit sup- 
primer toutes les règlemens, qui ont du rapport au gêne et 



— 492 — 

à une espèce d'esclavage dans les métiers en se réservant 
l'aulorité d'admettre ou d'accorder des dispenses à tout 
étranger dans quelque métier que se puisse être, pourvu 
qu'il fasse preuve par devant commissaire de son sçavoir 
et capacité et parmis païant les droits y afîéranl, avec inter- 
diction à tous les magistrats d'ériger d'oresnavant, sous 
quelque prétexte que ce puis être, des nouveaux corps de 
métiers, sans son consentement et agréation, ni d'en faire 
aucune incorporation, comme ont fait depuis peu ceux de 
Bruxelles, en incorporant les péruquiers (qui étoit un art 
libre) avec les menusiers, les pintres avec les vitriers, et 
les marchands de toilles avec les tourneurs, les friseurs et 
quantité d'autres que je ne sçais encore, et cela pour sou- 
lager les anciens métiers où ils sont incorporées, qui 
s'étoieut ruinés par des procédures, dont les suppôts doi- 
vent supporter tous les fraix de même que les intérêts des 
capitaux levés et cela sur leurs propres journées et salai- 
res, dont le maître a soin de retenir chaque semaine une 
partie pour la porter dans la boëte du métier, et dont l'ex- 
cressance au lieu de l'emploier au remboursement d'une 
partie des deniers levés, ne sert qu'à faire des festins et 
réjouissances, prétendant qu'ils ne peuvent réformer ce 
que leurs devanciers ont toujours pratiqués; peut-on rien 
imaginer de plus affreux contre la bonne police; je ne sçais 
comment les législateurs peuvent admettre et encore moins 
autoriser des pareils excès, mais il semble qu'ils s'en in- 
quiètent fort peu, puisqu'au contraire ils les approuvent et 
se trouvent eux mêmes de mise avec leurs femmes à toutes 
les tables et bals qu'ils se donnent mutuellement les uns et 
les autres. Après cela comment peuvent-ils être fondés dans 
leurs plaintes envers le gouvernement, quand il est question 
des subsides, sur ce que leurs métiers ne sçauroienl se sou- 
tenir et que le commerce de leur ville décline à vue d'œil. 



- 493 — 



VARIETES. 



Des cours de jdstice qui ont exercé jdridictio.n souveraike sur la ville 
d'Ypres et li West-Flandre. — Deuxième séjour du conseil de Flandre a 
Ypres (1492-1497); par Alp. Van des Peereboom. — La Iroisième et der- 
nière partie de cet excellent ouvrage a paru. Les lecteurs du Messager 
connaissent noire opinion sur ce travail du à la plume de M. Van den 
Peereboom, membre de la Chambre des représentants et ancien ministre de 
l'Intérieur. La dernière livraison complète l'œuvre vraiment utile de ce sa- 
vant écrivain. Nous disons utile, parce que le champ qu'il a exploré était 
resté à peu près inculte. Cet ouvrage deviendra le guide indispensable du 
futur historien du Conseil de Flandre, dont Ihisloire est à faire ou à refaire. 
Quiconque voudra étudier cette grande institution judiciaire, devra recourir 
au livre de .M. Van den Peei-eboom; hâtons nous de dire que la forme que 
l'auteur lui a donnée rendra celte tâche aussi agréable qu'instructive. Ter- 
minons par un regret, le même que nous avons exprimé lorsque la pre- 
mière livraison parut : c'est l'absence de tables analytiques. Il n'est pas 

trop lard pour combler celle lacune. 

B"n K. de V. 

Le règne de .Marie-Tuérèse dans les Pays-Bas autrichiens, par G. J Ch. 
PiOT '. — La publication de différeuls ouvrages relatifs ù Jlarie-Thérése a 
attiré depuis un certain temps rallentiou du public sur le règne de celte 
princesse et a jeté un jour nouveau sur sa politique et son caractère; 
M. Piot a été heureusemenl inspiré en portant ses éludes sur son règne en 
Belgique; il l'a étudié sous toutes ses faces, et il a mis à contribution pour 
son travail les publications récentes consacrées à Marie-Thérèse, sans négli- 
ger les auteurs anciens, et il a en outre largement puisé aux abondantes 
ressources que lui offraient les dépôts d'archives de Bruxelles et de Vienne. 

Après un chapitre consacré à l'impératrice elle-même et à l'appréciation 

' Louvain, V« Ch. Fonteyn, I vol. in-8. 



— 494 - 

du caractère de ses minisires, l'auteur expose la nature de la politique 
adoptée par Marie-Thérèse dans ses rapports avec les puissances étrangères 
relativement à la Belgique, il étudie sa politique intérieure, ses relations 
avec le clergé, les réformes qu'elle a introduites dans les différentes bran- 
ches de l'administration, il l'ctrace les différents qui ont surgi à celle occa- 
sion entre son gouvernement et les Etats de nos provinces. Il donne ensuite 
un aperçu des institutions qui régissaient chaque province, il jette un coup- 
d'œil sur l'état des sciences, de l'industrie et du commerce en Belgique; des 
chapitres spéciaux sont consacrés à l'histoire des beaux-arts et de la litté- 
rature. L'auteur finit par une élude sur la justice et les tribunaux de la 
Belgique; il résume ensuite son travail pour justifier les appréciations qu'il 
a émises et il ajoute : « Nous avions à juger une princesse d'un esprit su- 
» périeur, aidée d'hommes souvent capables, vivant à une époque de transi- 
» lion entre les idées anciennes et les idées modernes; nous avions à 
» examiner l'état de la Belgique durant un règne de quarante ans, l'ordre 
n moral et inteliecluel- de ce pays. Son bien-éire matériel et ses relations 
» avec les puissances étrangères. » C'était nécessairement soulever une 
foule de questions qui ne sont pas encore toutes résolues de nos joui'S; 
politique extérieure, rapports de l'Elat et de l'Église, politique intérieure; 
l'auteur les expose avec clarté et les apprécie avec beaucoup de justesse. 
11 me semble, toutefois, qu'il juge parfois Marie-Thérèse avec trop de 
sévérité, surtout à propos de la ligne de conduite qu'elle avait adoptée pour 
la Belgique vis-à-vis des puissances étrangères, et sans vouloir excuser la 
manière d'agir de Marie-Thérèse, l'on peut hardiment soutenir que les in- 
trigues des autres puissances étaient aussi peu justifiables que les siennes. 

Ne cherchant qu'à dominer en toutes clioses et à faire prévaloir partout 
son autorité et la puissance de l'Autriche, sa politique intérieure ne fui pas, 
dit M. Piot, plus heureuse que la conduite qu'elle tenait avec les puissances 
étrangères; deux idées dominaient constamment l'impératrice dans l'admi- 
nistration de ses Etats : procurer le bien-être matériel de ses sujets, sans 
rien sacrifier de son autorité ni de son pouvoir, centraliser autant que 
possible ce pouvoir, de manière à faire partir toute autorité d'elle-même et 
introduire le gouvernement personnel. Un pareil système était difficile à 
établir en Belgique, formée de provinces indépendantes, qui tenaient d'au- 
tant plus à conserver ce qui leur restait de privilèges, par exemple le vole 
des subsides, que c'était leur dernier moyen de défense contre les envahis- 
sements du pouvoir. 

Cette tendance du gouvernement amena des conflits perpétuels et rendit 
inutiles la plupart des tentatives qu'il fil pour iuiruduirc des réformes dans 



— 495 — 

l'iidministration des affaires publiques, dans l'enseignenienl , et surtout 
dans l'adminislrallon de la justice; celle-ci laissait cependant beaucoup à 
désirer, et M. Piol rend pleine justice au gouvernement de l'impératrice, 
qui tenta, mais vainement, d'abolir la torture et l'application à la question 

Les mêmes idées guidèrent Marie-Thérèse dans ses ra[)porls avec Tauto- 
torité ecclésiastique et lui firent prendre une foule de mesures, qui reçurent 
leur complément sous le règne de son fils. Cette propension était entretenue 
ou pour mieux dire exploitée par des ministres aux idées antireligieuses, 
tels que Kaunilz, de Neny et Crumpipen; de Kaunitz envoya en 1770 à de 
Neny copie des mesures prises par le gouvernement en matière de religion 
en Allemagne; c'était lui indiquer la marche à suivre. Après 1rs difïïcultés 
soulevées relalivemenl à la nomination du nonce et à la promulgation des 
bulles, le gouvernement s'en prit aux évêques, mandements de carême, bré- 
viaires, on trouvait des difficultés à tout, la confession elle-même n'y 
échappa pas. La question du mariage, dont de Neny avait la prétention de 
faire exclusivement un contrat civil, amena une correspondance très-longue 
entre Kaunitz et Tarchevêque de Slalines, qui soutint avec beaucoup de fer- 
meté les droits de l'Église. La question de la censure fut aussi une cause de 
conflits entre l'autoriié ecclésiastique et le gouvernement, celui-ci refusait de 
se conformer au placard du 28 février 160C, qui exigeait sur ce point l'ac- 
cord des deux autorités. La censure autrichienne, en outre, s'élendant à tout 
ce qui était imprimé eu Belgique, sauf les publications de l'Académie, rendait 
la position des éditeurs et surtout celle des journalistes exlrêmemenl diffi- 
cile, et on peut lui attribuer en grande partie la- torpeur intellectuelle qui 
signale cette période de notre hisioire nationale. 

Le travail de .M Piol est substuntii-1, nourri de faits et de pensées, il 
offre un intérêt particulier pour nous, en nous faisant parfaitement ap- 
précier le sort peu enviabl«-njire-4€S circonstances politiques avaient fait à 
nos provinces, en les plaçant sous le sceptre d'un prince étranger; « libre 
» maintenant, dit l'auteur en finissant, la Belgique ne se laissera plus exploi- 
» 1er. Elle conservera ses libertés civiles et religieuses, son rang dans les 
» arls el les sciences; elle marchera dans la voie du progrès à la condition 
» de conserver son gouvernement et sa dynastie nationale. » 

Puissent ces patriotiques aspirations toujours se réaliser. 

L. S. 

Incendie de l'imprimerie de Danel k Lille. — Il y a quelques années, un 
incendie dévorait à Paris les ateliers de l'abbé Migne; une autre grande 
imprimerie française vient de subir le ipéme sort. Dans la nuit du 6 au 

33 



— 496 — 

7 décembre un incendie a anéanti en quelques instants l'imprimerie Danel, 
l'une des plus importantes de toute la France. 

Les perles sont énormes et de toute nature. Les dégâts matériels difficiles 
encore à évaluer avec précision s'estiment approximativement à un million 
et demi. 

Mais c'est au point de vue artistique et bibliogra[)hique, que l'incendie de 
l'imprimerie Danel est pour Lille un irréparable sinistre. Fondée en 1698 
par M. Liévin Uanel, la maison Danel s'était fait par ses travaux d'art une 
célébrité qui ne pouvait plus grandir. 

Une riche collection de livres de luxe, de travaux typographiques remar- 
quables, d'ouvrages utiles à la connaissance approfondie de l'histoire ou des 
mœurs du pays, avaient été édités et conservés de génération en génération 
par MM. Danel, et formaient un fonds précieux dont la plupart des éléments 
ne sauraient être retrouvés en librairie. 

L'incendie du 7 décembre, en anéantissant les ateliers (moins la fonderie 
de caractères et le magasin des papiers dans les bâtiments qui bordent la 
cour d'entrée), met sur le pavé 370 ouvriers. 

On peut se faire une idée du matériel employé, en songeant que la 
superficie où les flammes ont exercé leurs ravages ne comprend pas moins 
de 3,000 mètres carrés. La plus grande partie de cette surface était occupée 
par de vastes ateliers divisées en trois travées et trois étages. 

La travée du milieu au rez de chaussée était occupée par la composition, 
qui contenait les casses pour plus de cinquante compositeurs; la travée de 
gauche comptait vingt-et-une presses mécaniques; celle de droite huit presses 
mécaniques congrèves,huil machines à dorer, trois satinoirs,deux broyeuses 
mécaniques, dix presses lithographiques. Un atelier annexé renfermait 
Irenle-qualre presses à bras, congrève. En outre, on comptait plus de 
2,000 pierres lithographiques de fout format. L'atelier de coupe avait douze 
massicots ou machines à découper; la reliure en avait quatre, dont une à la 
main, puis deux presses hydrauliques. L'atelier de réglure comprenait trois 
machines. 

En surplus de ce matériel considérable, il y avait de nombreux outils, un 
laboratoire de chimie, un clichage au plâtre, un autre pour la galvanoplastie, 
deux ateliers de gravure, les vastes locaux pour gommage et préparation de 
papier, une forge, des séchoirs, un matériel de composition de plus de 
400,000 kilog de plomb en caractères, un assortiment immense de châssis 
en fer pour les formes. Ce n'est là qu'un résumé très-incomplet de l'oulil- 
lage. Ajoutons-y deux machines à vapeur Farron, de 13 chevaux chacune, 
puis les bureaux de comptabilité, d'employés, de prolerie cl autres. 



— 497 — 

L'Adoration de l'Agneau par les fiières Van Eyck. — La Bibliothèque de 
Gand a reçu réceninienl un document dont nous croyons devoir donner copie 
dans le Messager. Tout ce qui se raltaclie à rinimorlelle composition des 
frères Van Eyck doit être soigneusement enregistré. La note qui suit a été 
fournie à la Commission des Beaux-Arts par le peintre Lorenl, en 1828 : 

« Note des restaurations faites par moi Jean-F. Lorenl, peintre à Gand, 
» par ordre de la Commission des Beaux-Arts de Gand, aux tableaux des 
u frères Van Eyck, de Saint-Bavon. 

n 1825. 10 jours pour la Vierge. 

» 1828. 12 jours pour Dieu le Père. 

» — 15 jours pour le saint Jean. 

» — 18 jours pour l'adoration de l'Agneau. 

» 55 total des journées, à raison de quinze francs par jour, font 

» 825 francs, représentant fl. 389-81 des Pays-Bas. 

» La besogne a été terminée le 25 juin 1828. 

» Pour acquit. Bruxelles, le 20 novembre 1828. 

X (Signé) : F. Lurent père. » 

Le nouveau Béguinage de Gand. — Le 29 octobre a eu lieu l'inauguration 
du nouveau Béguinage de Sainte-Elisabeth à Monl-Saint-Amand lez-Gand. 
Celte construction, qui est littéralement la reproduction d'une petite ville du 
moyen-àge, sortie de terre au bout d'un an de travaux, avec ses toits aigus, 
ses façades variées, ses couvents à pignons, occupe une étendue de huit hec- 
tares; elle renferme trois places, huit rues, quatorze couvents ou communau- 
tés, chacun pour trente ou trente-cinq béguines, et comprend environ 
quatre-vingts maisons, chacune, de même que les couvents, sous le patro- 
nage d'un saint. A Téglise de Sainle-Élisabeth est annexé un oratoire en 
riionneur de Saint-Antoine de Padoue, destiné à remplacer celui que les 
béguines ont dû abandonner dans leur ancienne résidence. Le nouveau Bégui- 
nage a été édifié grâce à la munificence de S. A. S. le duc d'Arenberg, qui a 
fourni la plus grande partie des fonds considérables nécessaires pour une 
aussi vaste entreprise. 

É.M1LE V... 

Vente Curmer. — Voici quelques prix d'adjudication de livres rares et pré- 
cieux ayant fait partie de la bibliothèque de lédileur Curmer. Livre dlicures 
d^Anne de Bretagne, superbe copie manuscrite du texte et des miniatures, 
exécutée .sur peau de vélin, 16,000 francs. Procès piœ, manuscrit du 
XV« siècle, 525 francs. Les Roses, 4 vol. in-8», texte calligraphié et 180 
miniatures par Redouté, 2000 francs. Les Fleurs, 4 vol. in-8o, texte calli- 



— 498 — 

grapliié et 120 miniatures par le même, 1500 francs. Mazeppa, texte calli- 
graphié et aquarelles d'Eiig. Lami, 1000 francs. Fanci-fulnrss, manuscrit 
calligraphié avec 81 aquarelles de Fossey, Pacquel et autres, 74^0 francs. 
Silhouellcs et portrails, manuscrit avec plusieurs aquarelles, dont une de 
Meissonnier, 1500 francs. Missale Romanum, in-fol., très-belle reliure dorée 
à petits fers de Le Gascon, 4-00 francs. Livre d'heures d'Anne de Bretagne, 
Curmer, 2 vol , 565 francs. OEuvre de Ji-hnn Foncquel, Curmer, 410 francs. 
Monumenl du costume, par Rétif de la Bretonne, figg. de Moreau, in-fol., 
770 francs. Les Saisons de Saint-Lambert, 1775, grand in-8», reliure maro- 
quin, 450 francs. Fables choisies de Lafontaine, figg. d'Oudry, 4 vol. in-fol., 
600 francs. Recueil de Itlaurepas, 6 vol. in- 12, raar. de la collection Gay. 
600 francs. Choix de chansons, 1773, 4- lom. en 2 vol. gr. in-S», 1280 fr. 
Le catalogue contenait 777 numéros, et le produit total de la vente s'est 

élevé à environ 77,000 francs. 

{Polybiblion). 

Trouvaille archéoi ogique. — Les propriétaires actuels de l'ancien château 
fort des ducs de Juliers, aujourd'hui en ruines, el où fut longtemps enfermé 
l'archevêque Engelbert, de Cologne, firent dernièrenienl déblayer un vieux 
puits situé ans la cour du château. A 95 pieds sous terre on découvrit une 
grande quantité de monnaies d'or et d'argent, qui y furent sans doute jetées 
lors de la prise du fort par Charles-Quint; plus loin on trouva une magnifi- 
que arbalète garnie d'incrustations d'ivoire el d'or, travaillée avec un goût 
exquis. Sous la crosse se trouve un W gothique incrusté d'or el surmonté 
d'une couronne et du cliiffre 11. C'est sans doute l'arme du duc Wilhelni II 
de Juliers. Plus avant on découvrit des casques, des masses d'armes, une 
lourde massue à pointes de fer, une gigantesque épée ù tieux mains. Ces 
objets seront transportés à Aix-la-Chapelle; quant à l'arbalète, elle sera en- 
voyée à l'empereur d'Allemagne, qui compte le duc Willielm parmi ses 

ancêtres. 

Emile V... 

François Van Loo, artiste sculptrur flamand de la première moitié du 
XV1I« siècle. — Les auteurs des slalues, bas- reliefs et autres morceaux de 
sculpture qui ornent plusieurs de nos édifices religieux, sont souvent restés 
inconnus. Il arrive qu'on attribue ces œuvres d'art à tel ou tel artiste sans 
s'appuyer sur aucune preuve authentique. Les comptes des fabriques d'église 
fournissent souvent, il est vrai, des renseignements précis à cet égard, mais 
par suite d'incurie ou d'un accident fortuit, ces comptes n'existent parfois 
plus Nous croyons donc utile d'insérer dans le Messager toutes les indica- 



- 499 - 

lions qui seraienl de nalure à resliluer certains objets d'art à leurs vérita- 
bles auteurs. 

RI. Iv. Willequel, inspecteur cantonal de l'enseignement primaire à Gand, 
possède un exemplaire de la première édition, assez rare, du Schilder-boeck 
de Van Mander (édit. dllarlem, 1604). Cet exemplaire a appartenu autrefois 
à un artiste sculpteur nommé François Van Loo, dont le nom ne se trouve 
renseigné dans aucun recueil biographique. Il a écrit sur les feuillets de 
garde de son Van Mander les notes suivantes, dont nous respectons Porllio- 
graplie. Elles sont intéressantes à plus d'un litre : 

Desen bocck hoort loe Fran<i Soes Van Loi beell sncider ICI 2. 
Dit werck heefl Franssoos Van Loo gemaeckt hier naer ghenoempi anno 
1632: 

Tôt Laken by Brussel 0ns Lieve Vrouwe met Crislus gelieelen den noot 
Goedls, liet heylich graf slaende in de kerck van Laken met de dry Marien 
Sinl Jan 0ns Lieve Vrouwe Nicodemus ende Joseph van Termateynen endc 
een Verreysenisse, soo groot aist lèvent. 

Het heylich graf ten Troost le Vilvoorden. 

Gemaeckt te Mechelen in Sint Rombouts kerck aen den luyn van 0ns 
Live Vrouwe van Coneordia ses half engels van albasler in plaels van terme 
inde selve kerck inl heylich Sacranients coor eenen Pasior Bonus met Iwee 
engels knielende op de fronte spltsen (fronlispice) vanden aulaer. 

Te Mechelen te Minnebrocdcrs eenen Cristus, 0ns Lieve Vrouwe ende 
Sint Jan. Voor de selve Minnebroeders in den reftcr gemaeckt eenen Crislus 
met Sinte Franciscus onder het cruys. 

Van Franssoos Van Looens werck anno 1652 : 

Te Mechelen te Vrouwe broeders eenen Crislus aen bel cruys inde selve 
kerck in het portael naer de Veemert eenen Godt op den blauwen sieen. 

Te Lier in Sinte Gommaers kerck twee Lieve Vrouwe in de sonne han- 
gende int middel van de kerck. In de selve kerek S'Cristoffel. 

Te Hombeeck eenen Sinte Merlen te peert. 

Te Duffel eenen Sinte Joris te peert. 

Te Vorseleer opt sanl eenen Sinl Joiis te peert. 

Te Mechelen van buyten onder S' Rombout loren aen de slincke sy 0ns 
Lievevrou met Ci-istus voor haer van sleen. 

Le British Muséum. — Au mois de janvier dernier, VEdinburger Review 
a publié un article curieux et intéressant sur ce vaste dépôt, un des plus 
riches de l'univers. Le nombre des volumes imprimés dépasse 1,100,000; 
les collections s'accroissent chaque jour, tant par le dépôt légal de tous 



— 500 — 

les ouvrages publiés en Angleterre, que par les acquisilions à l'étranger; 
le crédit annuel affecté à cet objet est de 10,000 livres sierl ng. Le British 
Muséum paie parfois une rareté à des prix réellement fabuleux; ainsi der" 
nicrement à Berlin, pour un exemplaire de l'édition originale de l'Ars mo- 
ricndi, ouvrage imprimé avec planches de bois avant l'invention des carac- 
tères mobiles, il a donné 26,000 francs. Le catalogue est la merveille du 
Muséum : il se compose de 1522 volumes in-folio et de 23 volumes de tables. 
Le classement y est fait par ordre alphabétique, et au moyen d'un ingénieux 
système, il est possible d'intercaler promptement les accroissements jour- 
naliers de la bibliothèque. Ce catalogue est pl.icé au centre de la grande 
salle de lecture. 

FociLLES EN Babtlome ET EN AssYRiE. — Voici lu subslancc d'un télégramme 
que M. Georges Schmidt, du British Muséum de Londres, envoyé, comme on 
sait, en Asie par le journal anglais le Daily Télégraphe pour opérer des 
fouilles archéologiques et recueillir des inscriptions, vient d'adresser de 
Mossoul, par câble, au journal qui lui avait confié cette intéressante mission : 

« Je puis vous annoncer que mes recherches en Mésopotamie ont été 
jusqu'à pi'ésenl coui'onnécs de succès, et que j'ai obtenu des résultats d'une 
valeur et d'un inlérêt réels. Les lettres dans lesquelles je vous transmettrai 
plus de détails, ne vous parviendront sans doute que tard, à cause de mon 
éloignement de toute localiié jouissant de communications postales. 

« J'ai exploré nombre d'anciens restes et monuments, ainsi que tout le 
relief extérieur du pays, depuis Koyoundscliik, sur le Tigre, jusque plus bas, 
à Babylone, sur l'Euphrate. Puis j'ai traversé le district de Hilla et visité 
Birsnimrud. J'ai encore pénéiré dans le désert jusqu'à Teli Ibrahim. Pen- 
dant ces différentes excursions et à la suite de fouilles exécutées plus près, 
à Mossoul, j'ai trouvé plus de 80 inscriptions nouvelles. 

« L'une d'elles provient de Mérodac-Baladan , roi de Babylone, fils de 
Milisu, petit-fils de Kedrigalzu, 1300 ans avant Jésus-Christ. 

« Une autre inscription remarquable est celle de Vulnirari, roi d'Assyrie, 
laquelle inscription énumère une suite d'expéditions et de victoires sous les 
règnes d'Assurabalid, de Balnirari, Sul et Vutuirari. Ce rapport intéressant 
contient des particularités sur la route au temple d'Assur, en 1320 avant 
Jésus-Christ. 

« J'ai trouvé également une partie des séries de tablettes en écriture 
cunéiforme, avec d'anciennes légendes babyloniennes, avec des syllabaires 
très-uliles, une collection bilingue de proverbes et quelques tablettes astro- 
logiques et mythologiques. 



— 501 — 

« Entre autres dôcouverles, je mentionnerai encore des annales contem- 
poraines de Sargon, Esarliaddon , Assurbanipal, Nébucadnezar, Nabonidus 
(Nobanahid), Cambyse et Darius. 

« J'ai découvert en outre plusieurs tablettes écrites, extraordinairement 
importantes, de la période des Partlies, avec des dates qu'il n'est pas pos- 
sible de méconnaître, et beaucoup d'autres restes plus ou moins impor- 
tants, dont vous verrez le détail dans mes lettres. 

" A Nimrud, j'ai opéré des fouilles pendant dix-sept jours et mis à dé- 
couvert le palais nord-ouest d'Esarliaddon, le temple de Nébo, et quelques 
parties encore existantes du palais sud-oriental. 

« Ce dernier est d'une plus grande étendue el d'un caractère plus impo- 
sant qu'on ne le supposait. J'ai trouvé des cours spacieuses el de belles 
chambres, dont les parois sont ornées de bandes en couleur unies. Sous 
le pavé d'une de ces cours j'ai trouvé six figures d'argile, représentant un 
corps humain avec tète de lion. Ces figures ont quatre ailes et chacune 
d'elles lient dans la main gauche la corbeille symbolique. 

« Une de mes dernières découvertes est celle d'un texte coniplélemenl 
nouveau des annales de Téglat-Pilpsser (Teglat-Phalassar). Je fouille avec 
ardeur pour tâcher de trouver les morceaux qui manquent à cette relique 
importante. 5les travaux continuent activement. » 

Fresqdes du PÉRCGiiy. — On a découvert récemment dans la cathédrale 
de Cornelo, en Italie, des fresques très-importantes du Pérugin, le maître 
de Raphaël. Un peintre ofliciel, M. Bompioni, a été envoyé à Corneto 
par le ministère de rinstruclion publique pour examiner cette trouvaille, 
qui peut avoir un très-grand intérêt. 

Dessins de verrières. — Le classement qui s'exécute aux archives du 
royaume des papiers de l'ancien Conseil souverain de BrabanI, vient de faire 
faire une découverte qui intéresse l'histoire de l'art et de l'archéologie : on 
a trouvé, mêlés à des pièces de procédure, deux dessins à l'encre de 
Chine, représentant des verrières de la chapelle du Saint-Sacrement dans 
l'église de Sainte-Gudule, à Bruxelles; le premier mesurant en hauteur 
1™,03, en largeur 29 centimètres; le second 91 el 31 '/j centimètres. 

Ces dessins sont du XVI|c siècle, comme le démontrent les filigranes dont 
le papier est marqué, les caractères des inscriptions et mieux encore la 
manière du dessinateur. 

Le plus grand se rapporte à la première verrière de la dite chapelle. 
Celte verrière, présent du roi de Portugal Jean III el de sa femme 



- 502 — 

Callierine d'Aulriclie, sœur de CharlesQuiiil, fui exéculée en 1342 par 
Jean Haeck, d'après les dessins de Micliel van Coxy en {H isloire de Rruxeltes, 
par ficnne et Waulers, lome III, p. 203). Un porlaii du slyle de la Renais- 
sance y esl figuré. Celle grande conslruclion, donl les détails sont extrême- 
ment riches, esl divisée en deux parties Dans le comparlimenl supérieur se 
trouvent quatre figures : 1° Jonatlias rcmeltant à Jean de Louvain 60 mou- 
lons d'or, prix du sacrilège commis parce personnage. 2» Jonathas empor- 
tant le calice avec les hosties, taadis que Jean de Louvain s'éloigne à droite. 
Au compartiment inférieur sont à genoux devant un prie-Dieu, et à droite, 
Jean 111, roi de Portugal, accompagné de saint Jean-Baptisle, et sa femme 
Catherine d'Autriche, accompagnée de sainte' Catherine. Le roi et la reine 
sont en grand costume. 

Le second dessin représente la verrière donnée par Charles V eu la 
même année 1342. Elle occupait la fenêtre principale de la chapelle der- 
rière l'aulil. Aujourd'hui elle n'existe plus, et le souvenir en était perdu, 
au point qu'elle fut remplacée, il y a quelques années, par une verrière 
nouvelle sortie des ateliers de M. Capronnier. 

Comme le précédent dessin, celui-ci figure un grand portique du slyle de 
la Renaissance, divisé en deux compartiments superposés. Le plus élevé est 
couronné d'un entablement, sur la corniche duquel sont assis deux hommes 
au naturel, l'un à gauche, laulre à droite. Le premier lient une banderole 
aux armes de l'empire, le second une banderole mi partie des mêmes 
armes et de celles de Portugal. 

Au comparlimenl supérieur sont représentés six Juifs, dont quatre 
poignardant les hosties répandus sur une table, pendant que deux de leurs 
coreligionnaires tombent renversés à terre. Au bas sont placés, sous un dais 
et à genoux devant un prie-Dieu, Charles V et sa femme Isabelle de Por- 
lugal, se regardant de face. L'empereur esl accompagné de son saint 
patron Charlemagnc; derrière la princesse se trouve suinte Elisabeth. Les 
deux dessins étaient dans un assez mauvais élal; ils ont été restaurés avec 
soin et encadrés. Ils sont placés aux archives du royaume, dans le cor- 
ridor qui conduit à la salle du public. 

{Bulletin de l'Académie d'archéologie de Beli/iquc.) 

Les oeuvres de Molière. — Depuis quelques années, Molière, sa vie, ses 
écrits, sont l'objet des études les plus persévérantes. Après l'édition donnée 
par M. Moland et qui remplace avantageusement toutes celles qui l'avaient 
précédée (et parmi lesquelles il en esl de forl bonnes), arrive aujourd'hui 
celle revue par M. Despois. Le texte des classiques français, longtemps en- 



— r)05 - 

visage avec in.«ouciancc, est devenu l'objet d'investigations minutieuses On 
remonte avec raison aux éditions originales, à celles qui ont paru du vivant 
de l'auteur et qu'il a corrigées. Il y a là une mine abondante de variantes, et 
rien de plus instructif, de plus digne d'attention, que d'assister au travail 
d'un homme de génie, relisant, corrigeant ses écrits, modifiant un mot, 
remplaçant une phrase par une autre. C'est ce que nous a montré le récent 
opuscule de M. Paul Lacroix, La véritable édition oritfinate des œuvres de 
Molière; élude bibliographique; par P. L. Jacob, bibliopliile (Paris, Fontaine, 
1874. petit in-12, 88 pages). 

L'édition de Molière, publiée en 1682 par ses amis Lagrange et Vinot, 
longtemps assez peu estimée, acquit une haute importance littéraire, lorsqu'il 
eu fut découvert un exemplaire ayant tous les passages antérieurs à un fort 
grand nombre de carions qu'avait exigés la censure. Cet exemplaire était 
celui de M. de la Reynie, lieutenant-général de la police; il fut transporté à 
Conslantinople, d'où il revint pour entrer dans la riche bibliothèque dra- 
matique de M. de Solienne; à la vente de cet amateur, en 1844, il fut acheté 
800 francs par .M. Armand Berlin; revendu 1210 francs, il a passé dans une 
collection formée à grands frais dans un château du Berry. 

Un autre exemplaire non cartonné s'est montré, en 1867, à la vente 
Chaude, il a été payé 2300 francs par Mgr le duc d'Aumale. M. Aimé Martin 
en fit un bon usage en réimprimant avec une révision attentive, pour la 
quatrième fois, son édition de Molière. — La première édition des OEiivrcs 
de Molière, formée par Molière lui-même, fut publiée Tannée de sa mort en 
1673. chez Denys Thierry, elle est devenue introuvable. M. Paul Lacroix ne 
l'a jamais rencontrée. Il dit qu'un amateur de Bordeaux la possède, et nous 
la trouvons en effet indiquée dans le Catalogue des livres d'un amaltur bor- 
delais (M. Henri Bordes), en 1872; il est dit en note que cette édition repro- 
duit textuellement l'édition de 1666 (Paris, Claude Barbier, 2 vol. in-12^; 
les tomes III à VI qu'on donne parfois comme suite à ces deux volumes, sont 
des recueils factices de pièces imprimées séparément. L'édition de 1674 fut 
publiée également chez Thierry et on peut affirmer que les six volumes qui 
portent cette date avaient été entièrement composés, mis en pages, et peut- 
être corrigés, lorsque Molière mourut presque subitement, laissant inachevé 
son travail d'éditeur. L'année suivante, le libraire ajoute un septième volume 
qui ne renferme que le Malade imaginaire et VOmbre de Molière, comédie de 
Brévarl, sans qu'un mot d'explication vint justifier la présence de cette 
petite pièce parasite. Un exemplaire de cette édition est l'objet d'une note 
ilans le calologue raisonné de lu bibliothèque Félix Solar, rédigé par 
M. Pierre Deschamps (t. I, et musique), 1860; il fut adjugé ù 910 francs. 



— 504 — 

M. Léopold Double a eu la cliance d'en découvrir un autre fort beau qui 
figure dans sa nouvelle bibliothèque; c'est celui d'après lequel M. Lacroix 
a établi son travail. Enfin, deux exemplaires figurent au dernier catalogue 
de la librairie Fontaine; un d'eux a des litres refaits, à la date de 1676, 
avec les trois noms des libraires Denys Thierry, Claude Barbier et Pierre 
Trabouillel. Les exemplaires qui portent ces nouveaux titres sont ceux que 
Trabouillel avait achetés aux premiers éditeurs. En dépit de la gloire qui 
entourait le nom de Molière, celte édition se débita péniblement. 

M Lacroix décrit en détail cette édition de 1674-75; le texte lui parait 
bien préférable à celui de 1682, puisque c'est Molière qui l'a certainement 
établi et approuvé. Oes variantes sont indiquées; elles offrent avec les édi- 
tions originales séparées, des diflérences parfois notables, parfois impercep- 
tibles. Il ne saurait être question ici de donner des exemples de ces correc- 
tions; disons seulement que les meilleures leçons nouvelles de l'éditeur de 
1682, se trouvent déjà dans celle de 1674, où les éditeurs modernes ne sont 
point allés les chercher. Le travail du laborieux consei-valeur de la biblio- 
thèque de l'Arsenal ouvre d'importants points de vue aux nouveaux éditeurs 
des productions de l'auteur du Âlisanthrope, et il ne saurait recevoir qu'un 
excellent accueil de la pai't de toutes les personnes qui s'intéressent à l'élude 
de* chefs-d'œuvre de la comédie française. Ajoutons que M. Laci'oix annonce 
comme étant sous presse une seconde édition foi-t augmentée de sa Biblio- 
graphie molièrcsque et de son hoituf/raphie; il serait bien à désirer que nos 
autres grands écrivains, Bossuet, Pascal, Racine, etc., fussent l'objet de re- 
cherches aussi étendues et aussi exactes. 

{Polybiblion). 

Peintdres murales. — On a découvert tout dernièrement des peintures 
murales, dans la grande salle ogivale de l'ancien château de Gérard le 
Diable, à Gand. Ce vieux manoir qui avec les constructions qu'on y 
a annexées depuis deux siècles, a servi d'hospice aux orphelins, va bien- 
tôt recevoir le dépôt des archives de l'État. C'est en grattant les hiurs 
pour se livrer à quelques travaux d'appropriation, que les ouvriers ont 
mis a découvert cinq panneaux peints; quatre se trouvent sur le mur 
qui fait face aux croisées, le cinquième est dans le fond de la salle. 
Deux seulen)enl sont assez bien conservés. Ils représentent l'un un apôtre 
duns un cailre carré long, la tète entourée du nimbe d'or, et debout sur 
une es|)èce de socle; autour de la léte serpente une banderole, où se 
trouvait jadis une inscription, devenue aujourd'hui presque illisible. Dans 
le second on voit une sainte, la lète également entourée d'un nimbe 
d'or, et d'une banderole semblable à celle qui se trouve autour de la 



— 505 - 

tête dr l'apôtre, et lenanl dans sa main droite une croix pédiciilëe, 
Entre les ogives des croisées on aperçoit encore des restes de pein- 
tures décoratives fort endommagées. 

Emile V... 

Dictionnaire des Académies, Sociétés savantes, etc. — M. N. Rauïs, atta- 
ché au secrétariat de l'Académie royale des Sciences, place du Musée, 1, à 
Bruxelles, se propose de faire publier un ouvrage portant pour titre ; 
Dictionnaire universel des académies , sociétés savantes, observatoires, univer- 
sités, musées, archives, bibliothèques, jardins botaniques et zoologiques, revues 
et journaux périodiques, etc., ou catalogue méthodique de tous les établisse- 
ments et de toutes les publications ou revues qui coiicourenl au progrès des 
sciences, des lettres et des arts; il a recours à l'obligeance de MM. les 
présidents, directeurs, administrateurs, secrétaires, bibliothécaire.^, ré- 
dacteurs, afin d'obtenir, dan.s la mesure du possible et en ce (jui concerne 
les établissements qu'ils dirigent, des réponses aux demandes de renseigne- 
ments énoncées ci-après : 

1» Le titre de l'établissement? 

2o Date de la fondation, création, eic? 

3» Son but? 

4* Composition du bureau ou du comité de rédaction (les litres seuls)? 

S" Siège ou local avec Cadresse exacte ? 

6» Concours, prix, etc.? 

7» L'établissement possède-l-il : bibliothèque, archives, musées, cabinet 
de médailles ou d'antiquités, observatoires, laboratoires? 

8o PuBLicATio.NS : le nombre et le genre (bulletin, revues, annales ou mé- 
moires). Le nombre de volumes publiés depuis la fondation. Le moyen le 
plus facile de se procurer ces publications, soit par achat, soit par échange. 
Le prix par volume ou par abonnement? 

9" Tous autres renseignements utiles et qui ne sont pas compris dans les 
demandes précédentes. 

NÉCROLOGIE. — Jacques-Adolphe-Lamberl Queteleî, dont nous avons an- 
noncé la mort à la page 120 du présent volume. Il était né à Gand le 22 fé- 
vrier 1796, et mourut à Bruxelles le 17 février. Il enseigna d'abord les mathé- 
matiques au collège de Gand et à l'alliénée royal de Bruxelles, et fut nommé 
en 18îJ8 directeur de l'Observatoire royal, dont il avait dirigé l'installation. 
En 1820 il devint membre de l'Académie royale, présida la compagnie 
en 1822 et 1854, et fut à cette époque nommé secrétaire perpétuel. En 
même temps il enseignait l'astronomie et la géodésie à l'Observatoire et 



- 506 — 

à l'école mllilaire. Il élail associé de l'Inslilut de France , classe des 
sciences morales el poliiiques. 

Voici ses principaux ouvrages : Asironomie élémentaire (1826). — 
Recherclies slatisliques sur le royaume des Pays-Bas {\SZO). — Projet de 
loi pour l'enseignement public en Belgique (1852). — Statistique crimi- 
nelle de Belgique (1832). — Rerhiirchcs sur ta reproduction el ta mor- 
talité, et sur la population de la Belgique (1832). — De l'influence des 
saisons sur la mortalité aux différents âges (1838). — Sur ta théorie des 
probabilités appliquées aux sciences morales el politiques (1846). — Du 
système social el des lois qui le régissent (1848). — Sur ta statistique mo- 
rale et tes principes qui doivent en former ta base (1848). — Annuaire de 
l'Observatoire royal de Bruxelles (1833-1866), in-i". — Histoire des sciences 
mathématiques et physiques chez les Belges (1865). — Statistique internatio- 
nale (1863), avec .M. Ileuschling. — Sciences mathématiques et physiques chez 
les Belges au commencement du dix-neuvième siècle (1866) — Météorologie de 
la Belgique comparée à celle du globe (1867) ; ainsi que plusieurs HiemoiVes. 

— Les Bollandistes viennent de perdre le R. P. Joseph Van Hecke, mort 
le 17 juillet à la maison du noviciat de Tronchiennes-lez-Gand. 11 élail né 
ù Bruges le 6 janvier 1793, avait fait avec succès ses humanités à Rouler», 
et entra dans la Compagnie de Jésus lors de sou rétablissement par Pie VII, 
en 1814. Professeur de droit canon au collège de Fribourg, puis au Collège 
Romain, il revint en Belgique en 1852 et enseigna le droit canon el l'histoire 
ecclésiastique aux jésuites belges. En 1837 il fut appelé à Bruxelles pour re- 
prendre la publication des Acla Sanctoruin. Il écrivit la préface du tome VII 
d'octobre, auquel il eut une grande pari, ainsi qu'aux six tomes suivants du 
même mois. Ses travaux les plus considérables sont la vie de Jean de 
Capisiran el de saint Ignace, patriarche de Conslantinople. Depuis 1869 le 
P. Van Heeke s'élail retiré à Tronchiennes. 

— Le R. P. Waldack, de la compagnie de Jésus, est mort au mois d'août 
à Bruges, après une courte maladie; il était né ù Gand en 171)9, el avait par 
conséquent soixante-quinze ans. Il élail archiviste de son ordre en Belgique, 
el travaillait depuis de longues années à une histoire de son ordre dans notre 
pays sous ce litre : llistoria provincial Flandriœ Belgicœ Socielalis Jesu, donl 
une seule partie a parue : il en a été rendu compte dans le volume 1867 du 
Messager. 

— André Henri Constant Van Hassclt, né à Maeslrichl en 1806, mort à 



— 507 - 

Bruxelles le 1" décembre 1874. C'est, dit M. Ad. Sirel ', le premier poète 
véritablement belge qui se soit produit depuis i830. On appiécie surtout 
ses Primevères et ses Quatre incarnalious Un Christ. Comme historien il 
écrivit: Essai sur les poêles belges, couronné par l'Académie en 1838, 
excellent livre, mais qui, avec les données qu'on possède aujourd'hui est 
devenu insuffisant. Son Hiitoire de Riihens esl médiocre. 

En 1838 il remporta le prix quinquennal de poésie. Eu lui, le poète valait 
mieux que l'historien. 

Van Hassell était officier de l'ordre de Léopold, chevalier de la Légion 
d'honneur, commandeur de l'ordre de François-Joseph, et membre de l'Aca- 
démie royale de Belgique. 

Edouard Haus. — Le 3 décembre 1874 est décédé à Gand un magistral 
universellement estimé, qui appartenait h la république des lettres par des 
publications nombreuses. M. Edouard Haus, fils du savant professeur dont 
le nom restera à jamais attaché au nouveau Code pénal belge, était né à 
Gand en 1826 Après de brillanics éludes à l'alhénée et ù l'université de 
Gand, complétées en Allemagne, il avait suivi quelque temps le barreau, 
pour entrer bienlôt dans la magistrature. Nommé le 24 septembre 1837 
substitut du procureur du Roi à Furnes, sous le ministère de M. Tesch , il 
remplit successivement les mêmes fonctions près des tribunaux de Ter- 
monde, de lions, d'Anvers, devint ensuite procureur du Roi à Audenarde, 
puis juge, et enfin procureur du Roi près le tribunal civil de Gand. Il 
remplissait ces dernières fonctions depuis peu de mois, lorsqu'il fut enleva 
par la petite vérole, à l'âge de quarante-huit ans. 

M. Ed Haus a publié de nombreuses dissertations sur divers sujets dans 
la Belgique judiciaire. II a de plus publié séparément : Du prélèvement et de 
la reprise de la femme sur les valeurs mobilières de la communuulé au regard 
des créanciers de la communauté, Bruxelles, 1837, in-8'' (imprimé chez 
Annool à Gand) , développement d'une dissertation d'abord insérée dans 
la Belgique Judiciaire, sur une question de droit civil Irès-controvcrsée en 
France. — Delà légalité des art. I et suivants, 3, 23, de l'arrêté du ID no- 
vembre 1843 (sur les livrets d'ouvriers), Bruxelles, 1859, in-8o. — Des coa- 
litions industrielles et commerciales, Gand, 1863 (imprimerie d'Annootj, un 
volume in-S", bienlôt suivi d'une brochure sous le titre de : Du nouveau 
projet de loi français sur les coalitions des maîtres et des ouvriers, 1864, 
in-8o. Enfin, il venait de publier en dernier lieu, dans la pleine maturité 

' Journal des beanx-urt.t, 12 décembre 1874 



— 308 ~ 

de son Inlent, un volume d'une incontestable mérite , qui aura sa place 
dans toute bibliothèque de jurisconsulte, et que consulteront avec fruit 
tous ceux qui s'intéressent à l'étude du droit international privé. En voici 
le titre : Du droit privé qui régit les étrangers en Belgique, ou du droit des 
gens privé considéré dans ses principes fondamentaux et dans ses rapports 
avec les lois civiles des Belges, Gand, Hoste éditeur, un volume in-S» de 
456 pp. (imprimerie Annootj. Les hommes les plus compétents ont exprimé 
sur ce dernier ouvrage des témoignages favorables. 

M. Edouard Haus était membre de la société des sciences et des arts 
d'Utrecht, membre correspondant de l'Académie de législation de Toulouse 
et chevalier de l'ordre du Christ de Portugal. * 

— Frans Rens, poëte flamand, né le 2 février 1803 à Grammont, est 
mort à Gand le 25 décembre. Il était président des sociétés littéraires 
de Taal is gansch het Volk et Willems-Fonds. Il publia le Nederduilsch 
letterkundig Jaarboekje, qu'il soutint pendant quaranle-et-un ans, Bladeren 
uit den vreemde et d'autres poésies; Rens avait été inspecteur de l'enseigne- 
ment primaire et était décoré de l'ordre de Léopold. 

— L'abbé Brasseur (de Bourbourg), mort à Nice au mois de janvier. Ce 
savant, qui n'est pas un inconnu pour beaucoup de Belges, écrivit de nom- 
breux ouvrages sur les antiquités américaines. Il publia entre autres : 
Histoire des nations civilisées du Mexique et de l Amérique centrale, 4 fort vol.; 
Papal vah ou Livre sacré de l'antiquité américaine ; Grammaire et vocabulaire 
de la langue Quichie; Dictionnaire Maga. Sa collection d'ouvrages améri- 
cains renfermait de vrais trésors bibliographiques. 

— Jules .Michelet, né à Paris le 21 avril 1798, est mort à Hyères le 9 février. 
D'abord professeur dliistoire au Collège Rollin, puis après 1830 chef de la 
section historique aux archives du royaume, suppléant de Guizot à la faculté 
des lettres, il devint en 1838 professeur d'histoire et de morale au Collège de 
France et membre de l'Académie des sciences morales et politiques. Ses opi- 
nions impies le forcèrent à abandonner son poste. Son Histoire de France lui 
a acquis une juste renommée. Ses principaux ouvrages sont : Introduction à 
l'histoire universelle ; Histoire romaine (2 vol.) ; Procès des Templiers (2 vol.); 
Histoire de France Jusqu'au XVl" siècle (6 vol.); Histoire de France au 
XVl" siècle (4 vol ) ; Histoire de France au -YV7/e sièo/e (4 vol.); Histoire de 
France au XVII h siècle (3 vol.). 

— Jules Gabriel Janin, né à St-Etienne le 11 décembre 1804, est mort à 



— 509 - 

Passy le 19 juin 1874. Il a considérablement écrit, mais ses œuvres sont la 
plupart du domaine de la fantaisie. Parmi ses travau.x sérieux nous cite- 
rons : Histoire de la poésie el de la litlcrature chez tous les peuples (4 vol , 
1832); Cours sur l'histoire du journal en France. 

— François Pierre Guillaume Guizot, né à Ninies le 4 octobre 1787, est mort 
au Val Riclier (Calvados) le samedi 12 septembre 1874. Il était protestant, 
fit ses études à Genève et son droit à Paris. Il épousa en 1812 M«ii« Pauline de 
Meulan, écrivain de taleul, et fut nommé la même année professeur d'histoire 
moderne à la Sorbonne. En 1814 il devint secrétaire général du ministère 
de rintérieur; au retour du roi il passa avec le même grade au ministère de 
la justice. Il fut ensuite maiire des requêtes, conseiller d'Etat, directeur 
général de Tadminlstration départementale et communale. Partisan de la 
révolution de 1830, Il fut quelque temps ministre de l'instruction publique. 
En 1848 il se relira complètement des affaires et s'adonna tout entier à ses 
travaux historiques et littéraires. Guizot était tant en politique qu'en litté- 
rature une grande personnalité; écrivain de beaucoup de talent, il était en- 
core plus grand orateur. Membre des Académies françaises des inscriptions 
el belles-lettres et des sciences morales et politiques, 11 était en outre grand 
croix de la Légion d'honneur et chevalier de la Toison d'or. 

Ses ouvrages les plus remarquables sont : Ilisloire de la décadence el de la 
chute de Vempire romain, traduite de Gibbon (13 vol.); Histoire de larévolu- 
li07i d'Angleterre (4 vol.); Histoire de la civilisation en France depuis la 
chute de Vempire romain (i vol.); Histoire des origines du gouvernement re- 
présentatif en Europe C^ vol.). 

— Le D"" C. E. Grotefend, archiviste de la ville de Hanovre, est mort le 
27 octobre. 

Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beacx-arts de Belgique. 
— Classe des Beaux-arts. — Proramme de concours pour 1876. — Sujets 
LITTÉRAIRES. — Première question. — « Faire l'histoire de la sculpture en 
Belgique aux XV11« et XVHI« siècles. » 

Deuxième question. — « Faire l'hislolre et la bibliographie de la typogi a- 
pliie musicale dans les Pays-Bas, et spécialement dans les provinces qui 
composent aujourd'hui la Belgique. « 

Troisième question. — « Faire l'histoire de l'école de gravure sous 
Rubens. » 

Donner uu aperçu historique sur les éditeurs des produits de cette 
école el sur Texploilation commerciale contemporaine qui fut faite de 
ces gravures dans tous les pays. 



— 510 - 

La valeiïrdes médailles d'or, présentées comme prix pour chacune de ces 
questions, est de mille francs pour la première, de hnil cents frana pour la 
deuxième et de six centx francs pour la troisième. 

Les mémoires envoyés en réponse à ces questions doivent être lisiblement 
écrits et peuvent être rédigés en français, en flamand ou en latin. Ils devront 
être adressés, francs de port, avant le l'"'" juin 1875, à M. i. Liagre, secré- 
taire perpétuel de l'Académie, au Musée. 

Sujets d'art appliqué — Sculpture. — « On demande un bas-relief pour 
une frise placée à 5 mètres d'élévation et ayant pour sujet I'Horticol- 

TCRE PERSO.XJVIFIÉE. ■> 

Les dimensions de l'épreuve devront être de l™,GO de longueur sur 0">,80 
de hauteur. 

L'Académie demande que les concurrents lui présentent un travail com- 
plètement achevé. 

Un prix de mille francs sera décerné à l'auteur de l'œuvre couronnée. 

Une reproduction graphique de celle-ci devra rester à l'Académie. Les 
sujets destinés au concours devront être remis au secrétariat de l'Acadéraje 
avant le l^^ septembre I87.T. 

Gravure en médadles. — Un prix de six cents francs sera accordé à 
la meilleure médaille exécutée par un artiste belge depuis le \«' jan- 
vier 1872. 

Les concurrents devront soumettre un exemplaire de leur œuvre avant le 
1er septembre 1875 

La classe accepte, pour le Concours de 1876, les deux questions littéraires 
suivantes : 

Première question. — « Rechercher les origines de l'école musicale belge. 
Démontrer jusqu'à quel point les plus anciens maîtres de cette école se 
rattachent aux déchanteurs français et anglais du Xll», du XllI* et du 
X!V« siècle. ■> 

Seconde question. — » Faire l'histoire de la céramique au point de vue de 
l'art, dans nos provinces, depuis l'époque romaine jusqu'au XVllIe siècle, » 

La valeur des médailles d'or, présenlées comme prix pour chacune de 
ces questions, sera de mille francs pour la première et de huit cents francs 
pour la seconde. 

Le terme fatal pour la remise des mémoires expirera le le^juin 1876. 



— 511 



TABLE DES MATIERES. 



ANNÉE 1874. 



HottccB et Dii36crtatiou5. 

Allas historique el topographique île la ville de Gand, formé par 
Auguste Van Lokeren. Par J. E. Van der Vin 1 

Nos villas belgo-romaines. Causes probables de leur occupation par les 

Frauks. Par C. Van der Elst 26 

La peinture et la sculpture à Malines. — Les peintres nialinois. Par 
Emjiandel Neeffs 34, 157, 231 

La Flandre au XIV« siècle. Par Emile Varenbergb 62 

Notice sur léglise de l'ancienne abbaye des Prémonlrés, à Ninove. Par 

T. C'e DE Limblrg-Stirdm 76 

Les questions d'Archéologie devant le Parlement belge 86 

Quelques sceaux du diocèce de Gand. Par l'abbé J.-B. Lavact. 121, 415 

Les Éburons et les Alualiques. Pur Cbarles Piot 131 

L'élection de Charles-Quint el Frédéric de Saxe. Par Emile Varenbergh 181 

Une reliure du XV« siècle. Par le 6°° K. de V 233 

Les anciennes imprimeries de Mayence, depuis l'invention de la typo- 
graphie jusqu'à la cessation de l'atelier de la famille Schoeffer. Par 

H. Helbig 239 

Le portail de la chambre échevinale de rHôlel-de-vitlc d'Audenarde et 

Paul Van der Schelden, sculpteur. Par .1. Van de Velde .... 314 

Les Abbayes des Ardennes. Par E de Bartuélemt 321 

Léonard Hebbelynck. Par Emile Varenbergh 354 

36 



— 512 — 

La victoire de Mulilberg, décrite par Charies-Quinl et célébrée à Gaud 

en 134.7. Par le B"" Kervyn de Volkaersbeke 3^5 

Noies sur quelques Belges célèbres. Par Emile V 369 

Etude sur les mœurs du XV» siècle. Par Charles Raulenbeeck . . . 392 

Les sculpteurs malinois. Par Emm. Neeffs ^22 

Église de Saint-Jacques à Gnnd. Par Aug. Van Assche 429 

Une curieuse prédiction. Par Emile Varenbergh 432 

Le prix annuel du roi 436 

Les baillis de la cliâtellenie du Vieux-Bourg de Gand. Par L. St. . 422 
Réflexions du conseiller député du commerce N. Bacon, sur l'état pré- 
sent du commerce, fabriques et manufactures des Pays-Bas Autri- 
chiens (1765J 439 

Octave Pirmez. — Bon K. de V jQg 

François Sterbeeck 109 

Vente de tableaux à Paris ... : a 

Découvertes archéologiques à Ephèse » 

Épitaphe d'un Belge mort à l'étranger Hl 

Évaluation d'une collection de tableaux à Gand, 1790. — D. . . . 231 

Inventaire des sceaux de la Flandre. — E. de Barthélémy .... 232 

Imprimerie polyglotte de saint Jean Évangéliste 333 

Lettres et actes relatifs à l'histoire de la guerre de Trente ans, etc. 

— Emile V 338 

La commune de Paris en 1338, secondée par les Anglais. — Polybi- 

blioii 339 

Recueil de lois, arrêtés, règlements etc., concernant l'administration 

des eaux et poldres de la Flandre orientale, par Al. J. Wollers; 

3» édition, revue, augmentée et complétée jusqu'en 1874, par 

G. Wolters. Tome I, rivières et canaux. — Emile V 340 

Geschiedenis van de Gemeenten der provincie Oosl-Vlaanderen, door 

Frans De Polter en Jan Broeckaert. — Emile V 341 

Des cours de justice qui ont exercé juridiction souveraine sur la ville 
d'Yprcs et la Wesl-Flandre. — Deuxième séjour du conseil de Flan- 
dre ù Ypres (1492-1497); par Alp. Van den Peereboom. — B""» 
K. DE V 493 



— 513 — 

Le règne de Marie-Thérèse dans les Pays-Bas Autrichiens, par G. J. 

Ch. Piot. — L. St 493 

Incendie de l'imprimerie de Danel à Lille 495 

L'Adoration de l'Agneau par les frères Van Eyck 497 

Le nouveau Béguinage de Gand. — Emile V » 

Vente Curmer. — Polybiblion , , . » 

Trouvaille archéologique. — Emile V 498 

François Van Loo, artiste sculpteur flamand de la première moitié du 

XVII« siècle 

Le Brilish Muséum 499 

Fouilles en Babylonie et en Assyrie 500 

Fresques du Pérugin 601 

Dessins et verrières » 

Les œuvres de Molière. — Polybiblion 502 

Peintures murales. — Emile V 504 

Dictionnaire des Académies, sociétés savantes, etc 505 

Société des Sciences, des Arts et des Lettres du Hainaut. — Concours 

de 1874. H8 

Académie d'archéologie de Belgique. — Concours de 1876 . . > . 234 
Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgi- 
que. — Classe des Lettres et des Sciences morales et politiques. — 

Programme du concours pour 1876 341 

Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgi- 
que. — Classe des Beaux-Arts. — Programme du concours pour 

1876 609 

Nécrologie : M. Adolphe Quetelet 130 

» Le R. P. Waldack. 506 

» Le R. P. Joseph Van Hecke » 

» André Henri Constant Van Hasselt ■> 

» Edouard Haus 507 

» Frans Rens 508 

» L'abbé Brasseur » 

» Jules Michelet , 

» Jules Gabriel Jannin , 

» François Pierre Guillaume Guizot 609 

» Le Dr C. E. Grolefend » 



,u 



Planches. 



i. Deuxième cour inlérieure du Château des Comtes 

2. Sceau du diocèse de Gand, pi. XXI. 

3. Idem, idem, pi. XXII 
i. Idem, idem, pi. XXIII 

5. Idem, idem, pi XXIV 

6. Carte du pays des Eburons . 

7. Une reliure du XVe siècle. 

8. Médaille commémorative de la victoire de Mulilberg 

9. Église de Saint-Jacques à Gand. — Etat de la façade en 1870 
10. Idem, idem. Façade restaurée . . 



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