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Full text of "Messager des sciences historiques, ou, Archives des arts et de la bibliographie de Belgique"

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DES SCIENCES HISTORIQUES 



ou 



ARCHIVES 

DES ARTS ET DE LA BIBLIOGRAPHIE 

DE BELGIQUE 



LISTE DES COLLABORATEURS. 



MM. P. Bergmans, Dr en philosophie et lettres, à Gand. 
B"" J. B. Béthune-de Villers, à Bruges. 
Bo° Fr. Béthune, professeur à l'Université, Louvain. 
P. Glaeys, avocat à Gand. 

Emile de Borchgrave, ministre de Belgique, à Vienne. 
De Brabander, attaché au Ministère des Affaires Etrangères, à 

Bruxelles. 
Ch. Delgobe, ingénieur, à Christiania. 
Wern. de Haerne, attaché aux archives de l'Etat, à Gand. 
Arm. d'Herbomez, archéologue, à Orcq-lez-Tournai. 
G*® DE Marsy, archéologue, à Compiègne. 
J. Th. DE Raadt, secrétaire et membre fondateur de la Société 

d'archéologie, à Bruxelles. 
Fr. De Potter, homme de lettres, à Gand. 
J. Dëstrée, conservateur au Musée des antiquités, à Bruxelles. 
L. de Villers, conservateur des Archives de l'Etat, à Mons. 
Alph. de Vlamingk, archéologue, à Bruges. 
A. Du Bois, avocat et conseiller communal à Gand. 
AcH. Gallet-Miry, à Gand. 
P. Génard, archiviste de la ville, à Anvers. 
H. Hauser, professeur au Lycée de Poitiers. 
M. Heins, avocat à Gand. 
H. Hosdey, attaché à la section des manuscrits de la Bibliothèque 

royale, à Bruxelles. 
H. Hymans, conservateur à la Bibliothèque royale, à Bruxelles. 
Le chanoine J. B. Lavaut, à Buggenhout. 
E. LoNGiN, magistrat à Dôle. 
Pr. Poullet, professeur à l'Université, Louvain. 
J. J. E. Proost, docteur en sciences pol. et adm., à Bruxelles. 
Ce. Rahlenbeek, à Bruxelles. 

R. ScHOORMAN, conserv. adj. aux archives de l'Etat, à Gand. 
Van Bastelaer, président de la Société archéolog. de Charleroi, 

à Bruxelles. 
D. VAN DE Gasteele, archiviste de l'Etat, à Liège. 
R. Van den Berghe, attaché à la Bibliothèque, à Gand. 
V. Vander Haeghen, archiviste de la ville, à Gand. 
Edw. Van Even, archiviste de la ville, à Louvain. 
Van Spilbeeck, D'' à Soleilmont, Gilly. 



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DES 



SCIENCES HISTORIQUES 



ou 



DES ARTS ET DE LA BIBLIOGRAPHIE 

DE BELGIQUE 

Recueil publié par MM. le Comte de Limburg-Stirum, Sénateur, 
Docteur en droit, etc. ; Ferdinand Vander Haeghen, Bibliothécaire 
de l'Université, etc.; Baron Béthune, archéologue. 

Emile Varenbergh, Conseiller provincial, Membre de la Commission 
de statistique, etc.. Secrétaire du Comité, à Gand. 



ANNÉE 1894. 



■-S_'?!»'i,2-- 



GAND 

IMPRIMERIE ET LITHOGR. EUG. VANDER HAEGHEN 
rue des CbampB, 60 

1894. 



THEGETTYCENTIR 
UBRARY 



— 1 — 



Ii:ÉÊ!REOTION 



DE LA 



PAROISSE DE WATERVLIET 

EN FLANDRE 

A la fin du XV® siècle el au commenfenienl du XVI" siècle '. 



II. 

Nous avons vu qu'André Andries écrivait à 
Jérôme Laurin, Seigneur de Watervliet, le 16 avril 
1505, après Pâques : 

« En ce qui concerne le projet de la bâtisse 
d'une église au nouveau Poldre de Saint-Chris- 
tophe, il me semble, sauf meilleur avis, qu'il ne 
faut pas tant se presser ; je vous en entretiendrai 
au préalable. » 

En eftét, on ne se pressa guère, car en 1561 
l'édifice n'était pas encore achevé. Mais ceci s'ex- 
plique car le décès de Jérôme Laurin devait évi- 
demment amener un retard dans la continuation 



^ Suite. — Voir Messager des Sciences historiques de Belgique, 
tome LXVI, année 1892, p. 323. 



— 2 — 

des travaux commencés à l'église. De plus nous 
ignorons les suites de Tentretien de Jérôme Laurin 
avec André Andries, qui semble par sa lettre pré- 
citée, avoir été commis spécialement à la direction 
et à Fédification des projets du Seigneur de Water- 
vliet. Le règlement de la succession de Jérôme fut 
probablement encore une raison du retard qui se 
produisit dans l'achèvement des constructions. 

Du reste l'époque était peu jDropice à des entre- 
prises considérables. Après la mort de Philippe- 
le-Beau, le pays, pendant la régence de Maximilien 
avait été agité par des guerres et des troubles. 

La situation ne s'améliora guère quand en 1515 
Charles-Quint eut été émancipé par les États-Gé- 
néraux à Bruxelles ; les luttes continuelles avec 
la France, les troubles religieux, les révoltes des 
Communeros et des Gantois, les expéditions mili- 
taires contre les Barbaresques ne laissèrent, jusqu'à 
l'abdication de TEmpereur en 1555, aucun repos 
à l'immense Empire. 

On s'explique donc aisément que le travail pro- 
jeté à Watervliet ait subi un long retard, et si la 
construction de l'église fut reprise ou entreprise 
en 1559, c'était sans doute par lassitude d'at- 
tendre des temps meilleurs, car une ère plus trou- 
blée et plus critique encore venait de s'ouvrir pour 
nos provinces. 

Jérôme Laurin (|ui, de son vivant, avait large- 
ment contribué à l'édification de l'église en y 
consacrant 10,000 florins ', somme importante pour 

1 Renseignement provenant d'un imprimé déposé aux Archives de 



— 3 — 

l'époque, la traita libéralement dans son testament. 

M. Gilliodts-Van Severen, en publiant la cou- 
tume de Watervliet % dit que Jérôme Laurin fit 
son testament le 21 juin 1509 et puisqu'il est 
décédé le V août de la même année, on serait 
porté à croire qu'il a testé sous l'impulsion de la 
maladie qui l'a emporté. Quoi qu'il en soit, comme 
les documents de cette époque pour l'histoire de 
Watervliet font un peu défaut, nous avons cru 
qu'il serait intéressant de donner les clauses prin- 
cipales du testament. 

Jérôme commence l'acte de ses dernières dispo- 
sitions en demandant qu'on l'enterre devant le 
maître-autel de l'église de Watervliet, que ses 
obsèques soient convenables, mais sans les vains 
honneurs de ce monde. 

Il lègue ensuite : 

Aux pauvres de la paroisse, la somme de iiij 
livres à distribuer en une fois en argent ou en 
pains ; 

A l'église, toutes les terres qu'il possède au 
poldre de Sainte-Barbe ^ et en sus xl mesures au 
poldre Laurin, lesquelles xl mesures avaient été 
refusées par les Wilhelmites '" de Bruges. 

la cure de Watervliet: lequel est extrait du registre de la Chambre 
des Comptes à Lille, commençant en 1538 f° 69 et 70 ; acte du 28 avril 
1539 après Pâques. 

^ Coutumes du Comté de Flandre, quartier de Bruges, tome V, in- 
troduction p. 161. Archives de la ville de Bruges, chartes de W^ater- 
vliet, n" 324. 

2 Voir notre premier article précité; le polder de Sainte-Barbe 
s'étendait sur 450 mesures. 

5 Voir idem; cet ordre était originaire de Bois-le-Duc en Hollande, 
Brabant septentrional. 11 y avait un couvent de W^ilhelmites à 



— 4 — 

Il désire qu'on célèbre journellement une messe 
pour le repos de son âme et de celle de sa fille et 
indique les prières à dire quotidiennement sur 
sa tombe. 

Il recommande spécialement à ses exécuteurs 
testamentaires la poursuite du procès pendant 
entre lui et les abbés de Saint -Pierre. Ceux-ci pré- 
tendaient avoir un droit exclusif aux dîmes de ces 
terres léguées à réglise.Laurin destine aux frais de 
ce procès le restant des recettes de ces propriétés. 

Il désire qu'on lai fasse faire une belle pierre 
tombale où sera taillée son image en pied, celle de 
sa femme et de sa fille, mais la stature de celle-ci 
ne pourra dépasser la ceinture {gordeï) de ses 
parents, et on gravera sur le monument la date 
de leur décès. 

Pour l'affaire pendante entre Jérôme et Jacques ^ 
son fils, relativement à la maison de Malines, il 
désire que Messire Jacques et sa femme aient en 
récompense, sur ses biens, leur vie durant, une 
rente viagère de six livres de gros; le survivant 
la percevra en entier. 

Il lègue au trésorier Roland Lefèvre, chevalier, 
six escalins de douze marcs pour la tutelle de ses 
enfants. 

A Maître Hans Marnier, secrétaire de la com- 
tesse de Flandre, et à M. Jean De Marengis, chacun 
300 philips d'or. 



Bruges et un autre à Watervliet; ces terres avaient été refusées par 
ce dernier, parce que l'ordre était à son déclin, et que le cloître de 
Watervliet n'était plus en état de les cultiver, 
i Voir notre généalogie dans notre premier article. 



— 5 — 

A Guillaume van Hallewyn, éclievin du Franc, 
dix livres de gros. 

A son fils, frère mineur à Bruges, ainsi qu'à sa 
fille béguine, cinq livres de gros. 

Il ordonne que ses enfants partagent son héri- 
tage avec sa femme. 

En sus des stipulations de son contrat de 
mariage, il donne à sa femme 100 florins pendant 
toute sa vie, ainsi que ses habits et bijoux pour 
l'engager à ne pas se remarier après sa mort. 

Ses enfants partageront sa succession selon les 
coutumes du Franc, tant pour ses biens sis en 
Flandre que pour ceux qui sont à l'étranger. 

Il fait quelques dons à ses domestiques, entre 
autres, il leur lègue à chacun une livre de gros et 
quelques objets de toilette ; il mentionne spéciale- 
ment trois de ses serviteurs auxquels il fait une 
pension d'une livre de gros par an pendant toute 
leur vie. Quelques dons du même genre s'élèvent 
à une livre de gros par an. 

Il lègue à sa nièce ou cousine {nichte) Bave quatre 
livres de gros par an, en dehors de ce que sa mère 
lui a laissé par son testament. (Il est regrettable 
que Jérôme ne donne pas le nom de cette mère, 
car nous l'ignorons.) Il désire spécialement qu'on 
continue l'édification de la chapelle de Saint- 
Jacques à Waterdijck, qu'il a entreprise et recom- 
mande d'achever cet édifice comme il a été com- 
mencé. Dans le même article il ordonne qu'on 
envoie un pèlerin dévoué à saint Jacques en Galice 
(Compostelle, en Espagne) et qu'on y ofl're un bon 
denier d'or {eenen goeclen gouclen penninck). 



Les exécuteurs testamentaires sont : le prési- 
dent du Grand Conseil, Maitre Jean Pieters ; Maître 
Jérôme Friscolbadi, et, en son absence, Léonard, 
son fils; Philippe van den Berghe, maître général 
[generaal meester)\ Jacques Laurin, président; 
Jean van Belle, maître receveur, et Galien Almare, 
receceur du Franc ; pour leur peine il donne à 
chacun un escalin d'argent de trois marcs d'argent. 

Il espère que la duchesse et comtesse de Bour- 
goigne, douairière de Savoye, acceptera la tutelle 
de ses enfants. Il désigne comme tuteurs subsi- 
diaires le président Pieters et van Belle men- 
tionnés, et leur donne à chacun pour leur peine, 
six livres de gros par an, leur vie durant; au der- 
nier il alloue un supplément de trois livres par an. 

Furent témoins au testament : Jacques Ruysch, 
doyen de La Haye, Vincent Cornelis, Corneille 
Bartholde, Guillaume Jaunis, et Maillet, tous du 
diocèse d'Utrecht. 

Le testament est fait à La Haye au Voorhout, 
chez Vincent Cornelis, membre de la Chambre des 
Comptes de Hollande ; signé par le notaire impé- 
rial d'Utrecht, Pierre de Gouda, clerc du diocèse 
d'Utrecht ; attesté pour copie conforme, signé De 
Villers, notaire apostolique; de Blanchuen, con- 
seiller pensionnaire de la ville de Bruges, le 15 mai 
1750'. 

Dans un compte de 1559 à 1561, de l'église de 
Watervliet, déposé aux archives de l'État à Gand 



^ Ce testament est un manuscrit reposant aux archives de la cure 
de Watervliet. 



et portant le n" 952 de la collection des documents 
de l'évêché de Gand, nous trouvons les recettes 
et dépenses, recettes pour anniversaires, dîmes et 
baux, dépenses du chef d'entretien, distributions 
diverses, aumônes, travaux de construction, per- 
sonnel, visites des doyens. 

Ce compte qui est une copie du XVIIP siècle, et 
rédigé en flamand, est rendu par le receveur 
Pierre van Maldegem à Marc Laurin, seigneur de 
Watervliet, sous la direction des fabriciens de 
l'église, Jacques Wilraven et Corneille Hazaert, 

Nous commençons par la recette des anniver- 
saires : 

Reçu de Jérôme Laurin la somme de iiij deniers de gros ' . 
» Corneille van Liere 
» Adrien Wittoghe 
» Josse van Spiere » » 

» Corneille Roose » » 

» la femme du receveur 

Nous ne détaillons pas les dîmes ; disons seule- 
ment qu'elles étaient assez considérables. 

L'église de Watervliet donnait « en location le 
cimetière de Waterdyk, )> probablement pour les 
herbages, ce qui rapportait « la somme de ij esca- 
lins '^ par an. » 

Le loyer du presbystère consiste en un cens 
annuel; la réparation et l'entretien de la dite 
maison sont à la charge du curé : compté pour 
mémoire . 



* Le denier de gros valait fr. 1,91 c. 03, 

* L'escalin valait fr. 0,54 c. 00. 



— 8 — 

Parmi les dépenses d'entretien de l'église, nous 
remarquons un article, d'après lequel on pourrait 
croire, soit que l'intérieur du bâtiment n'était pas 
achevé, soit que la construction était tellement 
récente qu'il y faisait trop froid pour célébrer 
sans feu l'office divin : 

« La somme de xiiij escalins viij deniers de gros pour 
l'achat de bois de chêne, destiné au chauffage annuel du 
sanctuaire (sic) pendant l'hiver. » 

Plus loin nous avons les dépenses qu'occasion- 
nèrent les distributions faites à diverses époques : 

« Payé le Jeudi-Saint, la veille et le jour de Pâques des 
gâteaux appelés « lyfcoucke » pour la somme de ix escalins 
iiij deniers de gros. 

« Idem le Jeudi-Saint, comme on le faisait annuelle- 
ment, « eene lade tregie » ])our la somme de ij escalins 
viij deniers de gros. 

« Idem le Jeudi-Saint, distribué des gâteaux appelés 
« crackelingen » pour la somme de xxv escalins. 

« Idem annuellement aux fêtes de Noël et de Pâques à 
chaque prêtre, au sacristain et aux autres choristes, une 
pinte de vin coiitant, le pot de deux pintes « den stoop » 
xiiij deniers de gros, au total de xxxiiij escalins de gros. 

« Idem pendant les années de 1559 à 1561, en distribu- 
tions de vin, la somme de xxviij escalins de gros. » 

Notons le poste assez intéressant d'un cadeau 
au curé : 

a Payé ij escalins de gros Panne, au total de xx esca- 
lins de gros, pour dix aunes de toile achetées par la femme 
du receveur, selon l'ordre des fabriciens, comme récom- 



pense au pasteur pour avoir annoncé et expliqué avec tant 
de zèle la parole de Dieu, pendant la carême et en dehors 
de cette période, sans avoir été gratifié de ce chef. » 

Aumônes de l'église aux malades pauvres : 

« Payé Tan XV'^LVII, quand régnait à Watervliet la 
maladie appelée au compte « haestige ziekte, » pour la 
bière, le pain et autres denrées livrés aux pauvres du 
village dans les auberges : du Cygne, de Van der Cruucen 
et ailleurs, la somme de iiij livres' xx escalins de gros. » 

Nous trouvons ensuite des postes concernant 
les travaux de construction de l'église, qui nous 
apprennent que la tour n'était pas achevée à cette 
époque. 

« Il a été payé au receveur pour solder la livraison de 
6700 grandes pierres et d'autres pour les fondations de la 
tour, à ix escalins de gros le mille, à livrer au cimetière, 
revenant au total de ij livres vij escalins vj deniers de 
gros. » 

Suivent quelques détails sur les travaux de 
maçonnerie à la tour de l'église, et sur le bois qu'il 
a fallu à l'intérieur de celle-ci, pour y mettre le 
toit, etc. 

Il est encore fait mention du payement des 
clous ayant servi à construire l'échafaudage pour 
les travaux de bâtisse de la tour, et du redressage 
de vieux clous provenant de l'ancien campanile 
provisoire, où l'on avait placé les cloches; la 
dépense s'élève à xxij deniers de gros. 

1 La livre de gros valait 6 florins soit fr. 18,80 es. 



— 10 — 

Pour hisser et placer le nouveau campanile, 
travail fait avec l'aide du curé, des fabriciens de 
l'église, des charpentiers et de diverses autres 
personnes, il fut payé x escalins vij deniers de 
gros ; il est mentionné que plusieurs y ont coopéré 
gratuitement . 

« Payé des pierres de construction à livrer au port de 
Watervliet xxj mille pierres au prix de iiij escalins de 
gros le mille; soit la somme de iiij livres iiij escalins 
de gros. » 

Ces pierres devaient servir à construire le cam- 
panile après l'établissement de la charpente. 

« Le 2 octobre XV^LIX a été payé à Pierre de Moor pour 
suspendre la cloclie xxij escalins iiij deniers de gros. 

« Au domicile d'André de Cnuydt en 1559, payé les 
sommes de : a) xij livres x escalins de gros, b) x escalins 
viij deniers de gros; pour le placement d'une nouvelle 
horloge, par ordre du curé et des marguilliers de l'église, 
avec l'assentiment du seigneur du lieu. 

« Il a encore été payé à Gérard Claeysens la somme de 
xxx escalins de gros, pour la livraison et la construction 
d'un nouveau pont au cimetière de Watervliet (l'église était 
autrefois entourée d'eau) et la confection d'un couvercle 
aux fonts baptismaux. » 

Ce document nous donne une preuve de l'im- 
portance de la paroisse, en ce qu'il nous renseigne 
sur le personnel des ministres du culte, qui, 
comme nous le verrons, étaient nombreux; plus 
tard on dut faire appel à des religieux pour rem- 
placer les manquants. 



— 11 — 

A cette époque Erasme de Jonghe était curé 
« héréditaire » de Watervliet; au décès de celui-ci, 
qui est fixé par le compte en 1561 (voir plus loin), 
son successeur fut Pierre Corrot qui n'a plus le 
titre de curé a héréditaire. » 

Sont cités à la suite comme prêtres -chape- 
lains : 

Pierre van Holland desservant la chapellenie de 
Saint- Jérôme, qui de ce chef est chargé de dire 
journellement une messe pour le repos de Tâme de 
Jérôme Laurin, de tenir les orgues de Téglise et 
d'entretenir l'horloge à sonnerie. 

Jean Harop desservant la chapellenie du Saint- 
Sacrement. 

Claejs de Fevere, chapelain (sans indication de 
la chapelle qu'il dessert). 

Raphaël Janssens écolâtre, qui probablement 
est chargé de donner l'enseignement aux élèves 
de l'école appartenant à l'église. 

Jean van Guise, maître sacristain. 

Loys Maelbrancke, « bailliu van de kerke » 
(le bailli est aujourd'hui partout le bedeau de 
l'église). 

Il existait dans l'église de Watervliet « une 
gilde ou confrérie de Notre-Dame, dont quelques 
membres étaient chargés de jouer de la trompe au 
jour de la procession {ommeganck). » 

Voici quelques postes concernant les religieux 
étrangers qui ont prêté le concours de leur minis- 
tère au personnel ecclésiastique, lorsqu'il y eut 
pénurie de prêtres, un peu après l'épidémie de 
1557.- 



— 12 — 

Pendant la maladie du curé Erasme de Jonghe, 
des religieux Jacobins et Augustins vinrent donner 
des sermons et célébrèrent des messes jusqu'au 
mois de juin XV'^LXI (à la Saint-Jean). Ils furent 
payés, partie par les aumônes des fidèles recueillies 
aux quêtes, partie par l'église qui leur donna vj 
deniers de gros par messe, soit un total de xxxiij 
escalins viij deniers de gros. 

11 fut encore soldé de ce même chef, au nouveau 
curé de la paroisse Pierre Corrot, pour payer les 
Frères Gris, « Grauw Broeders, » qui avaient fait 
le service de la chapellenie de Saint- Jérôme depuis 
sa nomination ; soit pour soixante messes la somme 
de viij escalins de gros, selon sa quittance. 

Nous passons quelques postes semblables moins 
importants. Le document en mentionne deux rela- 
tifs à la visite du doyen de la chrétienté, qui était 
celui d'Ardenbourg. 

« Au doyen de la chrétienté du quartier d'Ardenbourg 
M. Robrecht Gliautelinus, pour visiter les sacrements (sic) 
de l'église vj escalins iiij deniers de gros, revient à un total 
de xij escalins viij deniers de gros » (ce qui fait supposer 
deux visites). 

« Payé à André Bouwen, qui pour recevoir le doyen 
lors de sa visite à l'église, a fait chercher à l'auberge du 
Cygne x pots de deux pintes (stoopen) de vin du Rhin, 
pour la somme de x escalins xij deniers de gros. » 

Et cette mention en marge : 

« A la condition de ne plus renouveler la chose, sous 
peine de radiation. » 



— 13 — 

Dans la collection des archives de Watervliet au 
dépôt de l'État à Gand, sous le n" 37, se trouve un 
fragment de compte ne renseignant d'autre date 
que : « Noël 1629 » et concernant non l'église 
mais le village. 

Ce document rédigé par Bauduin Massiet est 
relatif à l'établissement d'un pavé {calsije ?) et à la 
construction de la maison scabinale. Nous y trou- 
vons à la fin, un poste intéressant qui prouverait 
qu'on fut obligé d'arrêter les travaux, et d'orga- 
niser une garde armée pour surveiller et protéger 
les ouvriers. 

« Payé à Jean Goethals, architecte, pour arriérés la 
somme de xv escalins ij pennings', qui lui étaient dus 
pour les piques et les hallebardes achetées pour maintenir 
la populace pendant les troubles, et dont il reste encore 
huit piques, deux ayant été perdues. » 

Jérôme Laurin avait bien raison, quand il en- 
voya sa supplique à Philippe, comte de Flandre, 
en date de février 1500, de qualifier de somptueux 
le projet de construction de son église. Il devait 
en être ainsi, en effet, à en juger par la découverte 
récente que l'on a faite de son tombeau^ qui était 
d'une richesse peu commune. 

Pendant les travaux de restauration de l'église 
dans son style primitif, sur les plans de l'architecte 
bien connu, A. Van Assche, en renouvelant le 
dallage du chœur, on mit à nu le 19 juin 1893 
trois tombes. 



1 Le penning valait fr. 0,28 c. 21, 



— 14 — 

Un article fort détaillé et très intéressant a été 
publié à ce sujet dans la Gazette van Gent du 
2 juillet 1893 par un de nos jeunes artistes, Frans 
Coppejans. Nous allons lui emprunter nos ren- 
seignements : 

« Les trois tombes étaient placées en triangle au pied et 
en face du maître autel. L'une d'elles était celle de Jérôme 
Laurin, le fondateur de l'église, Seigneur de Watervliet, 
décédé le V août 1509'. Les murs de la fosse étaient 
recouverts de peintures à fresques, et présentaient : 

« Du côté des pieds, un calvaire, le Christ en croix ayant 
à ses côtés sa Mère et saint Jean, tous deux dans une pose 
recueillie. D'après les parties conservées de la peinture du 
chevet, on pense être en présence du couronnement de la 
sainte Vierge ; en effet, l'église est dédiée à l'Assomption. 

« Sur les deux faces latérales, entre deux belles croix 
gothiques, on voit, du côté de l'Évangile, la ligure de saint 
Christophe, patron de la paroisse, s'appuyant sur un tronc 
d'arbre; il traverse un torrent, tandis qu'il porte sur les 
épaules l'Enfant divin ; celui-ci tient d'une main un globe et 
de l'autre un petit étendard. Du côté de l'Epître est repré- 
senté saint Jérôme, patron du premier Seigneur de Water- 
vliet et fondateur de l'église ; le saint est vêtu de la pourpre 
de cardinal ; il enlève une épine de la patte d'un lion. 

« Ces peintures sont de l'école flamande brugeoise et 
remontent à la fin du XV*" siècle. Elles sont exécutées avec 
virilité et leur hardiesse est mitigée par leur légèreté. Les 
principales couleurs employées dans ces fresques sont : 
le rouge, l'ocre-jaune, le rouge-brun, le bleu et le noir. 

« Le sépulcre a P'90 de long; du côté de la tête il a 



* V^oir notre généalogie accompagnant en annexe notre premier 
article. 



— 15 — 

0™G8 centimètre; 0"^68 centimètre de large; du côté des 
pieds 0'"50 centimètre de large, se rétrécissant donc de la 
tête vers les pieds. 

« Le cercueil était en plomb et soudé ; à terre gisaient 
quelciues fragments de bois de chêne qui avaient dû former 
autrefois l'enveloppe extérieure ; on trouva également les 
quatres fers qui avaient servi à l'assemblage, ainsi que 
deux pommeaux fer en style gothique, attachés au chevet 
et du côté des pieds. La bière était posée sur quatre barres 
à environ O'^SO centimètre de terre. 

« Un des cercueils contenait un squelette dont les che- 
veux châtiiins étaient encore très bien conservés ; c'était 
celui de Jérôme Laurin. 

« Les trois corps avaient tous les pieds tournés vers le 
maître-autel et la tête vers la porte de l'église. C'est-à-dire 
qu'ils étaient enterrés selon le rite catholique, le visage 
vers rOrient. 

« Il est permis de supposer qu'autrefois déjà on a 
ouvert le souterrain, car les peintures et les tombes sont 
fortement endommagées. Pendant le XYIII^ siècle la com- 
mune de Watervliet fut envahie par une bande de mal- 
faiteurs qui pillaient, et volaient sans rien respecter. Peut- 
être ces vagabonds ont-ils profané la dernière demeure de 
Jérôme Laurin ? 

« Après constation de l'état des lieux, un dessin a été 
pris des peintures, puis la fosse a été refermée ; une petite 
pierre avec inscription, encastrée dans le dallage du chœur, 
indique l'emplacement de la tombe de Laurin. A la façade 
principale à côté du portail on a placé également une 
grande pierre commémorative rappelant la mémoire du 
fondateur de la paroisse. » 

Nous ajouterons que l'identité de cette tombe 
ne peut laisser aucun doute quand on a lu les dis- 



— 16 — 

positions testamentaires de Laurin qui demandait 
à être enterré en face du maître autel. 

Ce n'est pas seulement cette découverte qui est 
de natnre à attirer Tattention sur l'église de 
"Watervliet, car celle-ci possède des objets d'art 
remarquables. 

» On y remarque des ornements sacerdotaux du 
commencement du XVP siècle; ils sont de velours 
rouge ornés de broderies. La chasuble est rehaussée 
de médaillons représentant la passion du Christ, 
et ceux des dalmatiques représentent les douze 
apôtres ; sur la chape de chœur, des médaillons 
brodés représentent des scènes de l'enfance de 
Jésus. Un autre ornement sacerdotal blanc bordé 
et brodé d'or et d'argent est également fort beau ; 
il appartient au XVIP siècle. 

En 1625 on acheta à Bruges un ostensoire et un 
ciboire en argent doré, et deux ans plus tard deux 
burettes de même nature. 

En 1656 un nouvel ostensoire fut acquis chez 
Gaspard Verhoeven, pour la somme de 61 livres 
4 escalins 4 gros. 

On trouve encore un missel de l'imprimerie 
Plantin de 1773, dont les faces de la couverture 
sont ornées chacune d'une plaque d'argent; sur 
l'une est figurée l'Assomption de la Vierge et sur 
l'autre le monogramme de Marie. 

Dans le chœur nous remarquons d'abord le 
maître autel, œuvre d'art du milieu de X VIP siècle, 
sculptée par Luc Faydherbe; celui-ci reçut 250 

*■ Voir Monographie de Watervliet de De Potter et Broeckaert. 



— 17 — 

livres de gros pour trois statues, et pour toute 
l'œuvre la somme de 5,900 carolus d'or, soit 
983 livres 6 escalins de gros. 

Il faut aussi mentionner des statues du maître 
autel, œuvres de Jean Aerts (1627), des statues de 
saient Luc et de saint Mathieu, de Jean Ricxs, 
de Bruges de 1631; la statue et le trône de la 
Vierge, d'Arnold Coppens, aja.nt coûté 12 livres 
14 escalins de gros. 

Le tabernacle est fait par deux autres artistes 
de mérite : Jacques Sauvage et Servais Manilius, 
tous les deux originaires de Gand; pour ce travail 
il fut dépensé la somme de 10 livres 11 escalins 
8 gros (compte de l'église de 1652-55). 

Au-dessus du maître d'autel se voit un tableau, 
peint par Gaspard De Craeyer, représentant l'As- 
somption de la sainte Vierge; cette toile coûta 
108 livres 6 escalins 8 gros et fut payée également 
entre 1652-55. 

Un prie-Dieu porte les armoiries seigneuriales 
et le millésime de 1614. 

Les stalles, également l'œuvre de Sauvage, coû- 
tèrent 208 livres 6 escalins 8 gros, somme qui fut 
payée en 1664. Le banc de communion est du 
même sculpteur, ainsi que les confessionnaux, le 
buffet d'orgue et le jubé. Pour le portail, sous le 
jubé, il fut soldé à Sauvage 145 livres 16 escalins 
8 gros, entre les années 1648-51. Tous ces travaux 
sont de style Renaissance et exécutés en bois de 
cbêne. 

Dans la nef centrale se voit la chaire de vérité 
qui date de 1726 et est une œuvre vraiment remar- 

2 



— 18 — 

quable de H, Pulincx; saint Jérôme y est repré- 
senté dans un désert. 

Dans la chapelle du saint Sacrement on voit un 
tableau, du peintre jésuite Daniel Seghers, repré- 
sentant Notre-Dame avec l'enfant Jésus dans les 
fleurs. Un autre tableau : le saint Sacrement orné 
de branches de vignes et de fleurs est peint par 
J. D. Mangeleer, en 1697 (artiste peu connu). 

A Fautel de Notre-Dame une Assomption de 
Marie, que l'on croit pouvoir attribuer à Jacques 
Moriau, et qui aurait été peinte en 1712 pour la 
somme de 16 livres de gros, monnaie de change. 

A l'autel de saint Sébastien, on voit le triptyque 
rappelant le martyre de ce saint ; et cette peinture 
est attribuée à Jean Metzys. On estime qu'elle 
date de la seconde moitié du XVF siècle. De plus 
on rencontre encore dans cette église trois paysages 
avec flgures, l'Adoration des rois-mages, la Nais- 
sance du Christ, une Ascension et un Christ succom- 
bant sous le fardeau de la croix. Ces deux dernières 
toiles sont du commencement du XVP siècle. 

La Détresse de Dieu (Nood Gods) du forgeron- 
peintre Quentin Metzys est un triptyque, dont le 
tableau du milieu représente la Descente de Croix : 
la croix affecte la forme du f ; sur l'échelle, placée 
du côté droit, se trouve Simon le Cyrénéen qui 
tient la couronne d'épines en s'appuyant de l'autre 
main sur l'échelle. En bas on voit Joseph d'Ari- 
mathie et Nicodème avec le corps du Christ entouré 
d'un linceul ; ils tendent le corps du Sauveur à la 
Mère des douleurs. La Vierge est dans une attitude 
saisissante : elle est agenouillée et embrasse le cou 



— 19 — 

de son Divin Fils. Derrière elle et à droite est 
saint Jean. A gauche, devant les pieds du Christ, 
h Tavant plan, se trouve Marie-Madeleine tout en 
larmes, se tordant les mains, et tenant les yeux 
fixés sur les plaies du Sauveur. A côté de celle-ci, 
un peu en arrière, se trouvent Marie Salomé 
conversant avec Marie Cléophas; cette dernière 
découvre un vase contenant des aromates. Encore 
plus à Farrière-plan un vieillard à barbe blanche 
tient en mains les trois clous. Tout à gauche se 
trouve un personnage à couvre-chef et habillement 
noirs, au manteau violet. On croit y avoir retrouvé 
le portrait du peintre, mais il parait plus probable 
que ce soit celui du donateur, Jérôme Laurin. Dans 
le lointain du tableau on voit le temple et la ville 
de Jérusalem. 

Cette Descente de Croix rappelle par ses dimen- 
sions et sa forme, un autre chef-d'œuvre du même 
maître, qui se trouve au musée d'Anvers. 

Ce rétable fut remis à neuf une première fois en 
1G17 par le peintre Jean Noveliers. Cette restau- 
ration, avec celle du tableau des Trois rois Mages, 
coûta la somme de 33 livres 5 escalins 8 gros. 

En 1634, le même peintre fut chargé de réparer 
deux autres tableaux non cités, pour la somme de 
33 livres de gros. 

Le triptyque-retable de Quentin Metzys fut 
restauré derechef en 1665-66 par Pierre de Wynter 
avec d'autres tableaux, entre autres un Jean van 
Eyck (dont nous parlerons plus tard), la naissance 
du Christ et l'Adoration des trois rois Mages, pour 
la somme de 15 livres 19 escalins de gros. 



— 20 — 

LhnpmHial de Gancl du 14 juillet 1893 et La 
Flandre ont tous deux ouvert leurs colonnes pour 
signaler les œuvres d'art que possède l'église de 
Watervliet. L'article est dû à la plume de deux 
artistes peintres gantois. 

D'après eux : 

« Le superbe Jean Van Eyck (dont nous parlions plus 
haut), a été cédé à vil prix pour 5000 francs, et il a, en 
même temps qu'un Chemin de Croix, pris domicile au 
musée d'Anvers!! » 

La toile de Jean van Eyck y est cataloguée sous 
le n" 7; elle représente Marie, saint George et saint 
Donat : la Vierge est drapée dans un large man- 
teau doublé d'étoffe verte; elle est assise sous un 
dais, l'enfant Jésus sur ses genoux tient d'une 
main un bouquet et caresse un perroquet. A droite 
de la Vierge se trouve saint Donat avec la mitre 
d'or, en habits pontificaux richement brodés. Il 
offre à la Vierge une roue avec cinq cierges allumés 
et s'appuie sur une crosse en forme de croix. 
A gauche de la sainte Vierge est saint Georges 
armé de pied en cape, il tient son casque et 
s'apx)uie sur une bannière blanche de chevalier, 
ornée d'une croix rouge. Entre la Vierge et saint 
Georges s'agenouille le donateur du tableau, le 
chanoine van der Paele, en aube et aumuce; sous 
les pieds de la Vierge se trouve un tapis aux 
riches dessins, et derrière elle pend une tenture 
avec fleurs qui ferme le dais sous lequel elle est 
assise. 

Ce tableau après avoir été dans l'église de Wa- 



— 21 — 

tervliet, appartint à Florent van Ertborn. Est-ce 
à lui qu'on Fa donné pour 5,000 francs? * 

Tous les tableaux qui sont dans l'église sont 
authentiques, de l'avis de tous les connaisseurs, 
mais leur état est tel qu'on peut dire sans être 
taxé d'exagération, qu'une bande d'iconoclastes a 
passé par là. 

Déjà en 1870-72 ^ on constate que parmi les 
meilleures parties du tableau de la Descente de 
Croix : « La tète et la main droite de la sainte 
Vierge, la Madeleine et le vieillard avec les clous, 
sont seuls bien conservés. » Malheureusement, ce 
panneau a souffert de l'abondance de la lumière 
solaire, de l'humidité et encore plus de la négli- 
gence ; des restaurations inhabiles n'ont pas amé- 
lioré son état. 

L'article de LImpartial de Gand dit en parlant 
des tableaux de l'église en général : 

« Il y en a qu'on a littéralement badigeonnés, d'autre 
qu'on a lavés jusqu'à faire réapparaître le crayon de 
l'ébauche, d'autres enfin ont été repeints très grossière- 
ment dans diverses parties. On y a fait emploi de vernis 
Copal qui arrache la peinture craquelée, et il est à craindre 
qu'un écaillage complet ne détruise entièrement ce que ces 
dévastateurs inconscients ont laissé subsister. » 

D'après trois rapports très détaillés rédigés par 
M, L. L. Maillard, peintre restaurateur du musée 
d'Anvers, les dégâts causés par ces soi-disant 



i Voir Monographie de Watervliet de De Potter et J. Broeckaert. 
2 Ibidem. 



— 22 — 

remises à neuf parfaitement barbares d'autrefois, 
pourront être réparés par des artistes-experts, 
pour une somme globale de 2,000 à 3,000 francs. 
Ce ne cera certes pas du gaspillage si par là 
on fait revivre de leur vraie vie, ces chefs-d'œuvre 
dignes des plus belles cathédrales. 

Ainsi l'église de Watervliet pourrait encore 
porter avec fierté le nom de somptueuse, si bien 
entendu, on n'en fait pas disparaître le mobilier 
style Renaissance, sous le fallacieux prétexte de 
donner à l'église entière un caractère gothique. 

Weener de Haerne. 






L'INVENTAIRE 



DES 



MEUBLES DÉLAISSÉS, 

LORS DE SON ENTKÉE EN RELIGION, 



PAR 



Antoine d'Arenberg, Comte de Seneghem *. 



III. 

Le Manuscrit. 

Il appartient à la bibliothèque de l'Université 
de Gand. C'est un manuscrit en papier, de format 
in-4°. Le nombre des folios est de 101 ; le numé- 
rotage, qui en a été fait récemment, ne comporte 
que 98 numéros, par suite de la distraction, trois 
fois répétée, de celui qui a effectué ce travail. 
Nous nous servirons des indications existantes et 
nous désignerons : 63bis, 67bis, 74bis, les trois 
folios non côtés. 

L'inventaire forme deux cahiers; le premier 

* Suite. — Voir Messager des Sciences, P^ livraison 1893, p. 54. 



— 24 — 

tient 26 feuilles de deux folios et une demi-feuille 
(f° 48) montée sur onglet; le second, 23 feuilles. 
Afin de posséder suffisamment de matière pour 
pouvoir terminer l'inventaire, on a ajouté au 
second cahier une feuille supplémentaire, que l'on 
a collée au dos. Tandis que ce dernier travail n'a 
été fait, bien évidemment, que lors de la confection 
du manuscrit, la réunion des feuilles en cahiers 
et l'insertion du f° 48 a dû la précéder, car ce 
que cette dernière feuille contient, se trouve 
continué au folio suivant. On a terminé par le 
brochage du manuscrit ; par suite de cette opéra- 
tion, l'extrémité des lignes des versos est souvent 
cachée dans le pli du feuillet et difficilement ac- 
cessible. 

Folio par folio, le scribe a plié son papier en 
deux, puis en quatre; la marge est donc toujours 
à gauche, et large à suffisance. L'écriture porte 
les caractères du commencement du XVIP siècle ; 
elle est grande et bien formée. Toutefois, vers la 
fin du second cahier, à compter du verso du f° 92, 
les caractères deviennent petits, le nombre des 
lignes plus considérables sur chaque page; on 
sent que le copiste avait prévu que son cahier serait 
insuffisant. Il reprit sa main ordinaire, au f° 97, 
lorsqu'il se fut résigné à ajouter un feuillet sup- 
plémentaire. Son travail est fait avec soin; on n'y 
peut guère relever qu'une seule répétition, au 
commencement d'une ligne, du dernier mot de la 
ligne précédente ' . L'écrivain marque une aver- 

1 F" 42 recto : vne lamme de de... 



- 25 — 

sion évidente pour la séparation d'un mot entre 
deux lignes ; il met ordinairement le mot entier 
à la fin de la première ligne, soit en resserrant 
les caractères, soit en formant une abréviation; 
quelquefois aussi, il le porte en tête de la seconde 
ligne et comble le vide de la première par un 
trait plein, ou par un pointillé. 

Dans le principe, il s était décidé à commencer 
chaque article au liant du recto d'un folio ; sur les 
36 paragraphes que contient le premier cahier, 
32 sont dans ce cas et les quatre exceptions se 
trouvent toutes à la fin du cahier. Ce système 
avait pour conséquence la. nécessité de laisser en 
blanc le verso du dernier folio, chaque fois que 
l'article précédent comportait un nombre impair 
de pages ; ce qui s'est présenté vingt-cinq fois. 
Il est même arrivé, à cinq reprises, que le copiste 
a laissé un recto vacant, sans doute pour y 
inscrire, in suo loco, des objets négligés; trois fois 
sur cinq, le verso qui suit est également laissé 
vide. 

Au second cahier, la règle n'est plus observée, 
faute d'espace; vingt-un articles commencent au 
verso d'un folio, contre vingt-deux au recto. Trois 
fois même, dans les toutes dernières pages du 
manuscrit, nous trouvons des articles qui com- 
mencent au milieu d'une page. Dans ces condi- 
tions, le nombre des pages laissées intactes ne 
pouvait être grand ; il n'est que de six ; encore 
convient-il de réduire ce chiffre à la moitié, trois 
de ces pages se trouvant dans le feuillet supplé- 
mentaire qui termine l'inventaire. 



— 26 — 



Le manuscrit, tel que nous le possédons, est 
certainement complet. Cela résulte de l'existence 
d'un feuillet supplémentaire, comme du fait que 
le copiste a condensé, par tous les moyens, la 
matière du dernier cahier. 






Je crois pouvoir présenter, avec une probabi- 
lité suffisante, le manuscrit comme une copie de 
l'inventaire. Je ferai observer, tout d'abord, qu'il 
ne porte pas la signature de ceux qui ont procédé 
aux opérations et que leurs noms ne sont men- 
tionnés nulle part. D'autres circonstances nous 
portent à croire que l'exemplaire actuel a été 
confectionné, un modèle sous les yeux. Les cahiers 
ont été formés de manière à arriver approxima- 
tivement à la fin de la matière ; le calcul n'a pas 
été parfait, puisque l'écrivain a dû se serrer pour 
aboutir au but, mais, en somme, il a réussi, à une 
page près. Il y a plus : une ordonnance réelle a 
présidé à la répartition de la copie entre les deux 
cahiers, de volume bien différent cependant; le 
premier comprend les objets précieux, en or ou 
en argent surtout, et les habillements ; le second, 
les objets de mobilier proprement dit ; le calcul 
des pages a été approché suffisamment pour que 
le second cahier n'empiète, sur la fin du premier, 
que de deux articles : « Les Horologes » et ce Les 
Quadra7is. » Je ferai observer que l'on s'explique 
facilement par l'hyjoothèse de la copie, la présence 
dans le texte de quelques blancs ; ils font sup- 
poser certaines difficultés dans la lecture de l'ori- 



— 27 — 

ginal '. Il y a aussi un certain nombre d'articles 
incomplets dans leur rédaction -, mais ils pro- 
viennent, peut-être, de la distraction du copiste. 

Ce qui est moins douteux, c'est que notre ma- 
nuscrit, original ou copie, a été confectionné 
pour la Princesse-douairière d'Are nberg, mère du 
Père Charles. L'inventaire ne nous indique pas 
quelle a été la destination des objets qui y sont 
repris ; son but n'était pas celui-là. Nous trouvons 
cependant dix-huit mentions marginales qui at- 
tribuent certains objets à Madame'; nous savons 
ainsi avec certitude que le manuscrit que nous 
étudions lui a appartenu et a été fait à son usage. 

Madame choisissait d'ailleurs avec soin ; tous les 
objets ainsi déterminés sont de grande valeur. Ce 
sont des bijoux, ou des pièces d'orfèvrerie ; un lot 



i " vne paire déchausses ... doublée de ... „ (f° 28 recto). 

" le pourpoint ... doublée de ... „ (f" 28 recto). 

" Le 2}oignart ... auecq vne lamme de de ... „ (f° 42 recto). 

" et le pourpoint (de)... et le manteau tout de mesine ^ {{° 44 recto). 

" contenante ladicte le nombre de ... pieches „ (f° 67bis verso). 

" Et 14 aultres pièces de ... dépendantes „ (f" 95 recto). 

2 Vne autre grande médaille d'argent venante d'Hollande y aiant 
d'vn costé „ (f° 20 verso). 

" Vne autre paire de chausses ... auecq le pourpoint ... et le manteau 
de , (f" 29 recto). 

3 Nous avons étudié plus haut (p. 58) la curieuse mention de la 
page 2 verso. Nous trouvons douze fois : Madame l'at reprins ; trois 
fois : Madame les ai reprins; ailleurs : Madame est en double sij elle 
les at rethiré ou point {î" 12 recto); ou : Madame est en double sg elle 
les at reprins ou point (f° 17 recto). 

La mention de la page 12 recto semble indiquer que ces notes ont 
été mises après coup, et, peut-être, lors de la clôture de la liquida- 
tion, ou après; c'est ce qui résulte aussi de la disposition matérielle 
de la note de la page 2 verso, qui est absolument enchevêtrée dans le 
texte de l'inventaire. 



— 28 — 

de cinquante diamants; quatre tentures de lit; 
« Dixpieches de tapisseries de hautte liche de tapis 
« de muUet auecq les armoiiHes UArenherghe et de 
« Barhanzon '. » 

Ces notes marginales sont de la même main 
que le texte du manuscrit ; il en résulte que le 
copiste appartenait au service de la Maison d'Aren- 
berg, probablement même à la suite d'Anne de 
Croy. 

Ce n'est pas ici le lieu d'examiner de quel pays 
il était ; nous réservons ce point pour la note où 
nous étudierons la langue de l'inventaire. C'était, 
à coup sûr, un écrivain de profession ; la régu- 
larité de l'écriture, la sûreté des traits indiquent 
une main exercée; l'étude des abréviations, très 
rares, d'ailleurs, confirme ce fait. Beaucoup d'entre 
elles se trouvent à la fin d'une ligne; nous les 
avons expliquées déjà; un grand nombre se voient 
dans les deux chapitres consacrés à la biblio- 
thèque du comte de Seneghem : « Les Liures » et 
a Aultres Liures,- » partie que le copiste semble ne 
pas estimer plus que l'auteur de l'inventaire; il 
faut en dire autant pour les tableaux, dessins et 
plans, repris aux folios 82 recto à 87 recto, sous 
les titres de : « Les Painctures » et « Aultres 
Painctures » et pour les collections d'instruments 
de géométrie. En dehors de ces cas spéciaux, 
l'usage de la brachygraphie se réduit à quelques 
mots très usités : alteze, altezes, seigneur, capitaine. 



1 F" 67bis verso. 

2 F" 62 recto à 66 recto. 



— 29 — 

saint, sancti, beati, tnaisire, letre, letres, semblable, 
semblables, nostre , nostres, ledict, et ses formes 
diverses; qui, qu il, pour, par-, la terminaison des 
adjectifs en -que et quelques autres abréviations 
plus rares, comme ja^e pour perle. 

Le nom : Jésus, est toujours tracé en grands 
caractères. 



L'Inventaire. 

Grâce aux détails du titre que porte le manus- 
crit * , grâce aussi à certaines indications de l'in- 
ventaire et à l'analyse générale de son contenu, 
il nous est facile de retracer les circonstances 
dans lesquelles il a été dressé. 

Le Père Charles avait quitté le siècle le 4 mars 
1616; il fit sa profession religieuse le 5 mars 
1617"^; son père, le prince Charles d'Arenberg 
était décédé le 18 juin 1616% quelques mois 
après l'entrée en noviciat de son fils ; la princesse 
d'Arenberg, Anne de Croy, vivait encore. Il est 
donc certain que la fortune immobilière du comte 
de Seneghem se réduisait au legs qu'il avait reçu 
de son oncle, le prince Charles de Croy % mais il 
n'y avait pas à s'occuper de ce point, le testament 



1 Voyez p. 54 (1893). 

2 Voyez p. 72 (1893). 

3 Voyez p. 57 (1893). 

4 Voyez pp. 60 et 66 (1893). 



— so- 
dé Croy et des arrangements de famille, pris en 
vertu de ce testament, ayant, à Favance, réglé la 
question '. D'autre part, lorsque le prince-capucin 
entra en religion, il n'avait pas de mobilier de 
maison, puisqu'il vivait chez ses parents ; il n'est 
pas plus probable qu'il ait fait valoir des droits sur 
l'héritage paternel, à supposer même que la prin- 
cesse-douairière n'en ait pas obtenu l'usufruit. 
L'inventaire ne comprend donc, et ne pouvait 
comprendre, que les meubles à son usage person- 
nel : bijoux, habillements, objets de collection et 
de travail, livres, tableaux et gravures, objets 
divers; bref, le mobilier d'un jeune seigneur de 
grande maison, rien de plus. 

L'inventaire a été fait après le décès du prince 
Charles d'Arenberg; la chose est de toute évi- 
dence. 

Dès lors, les objets délaissés par le Père Charles 
devaient revenir à sa mère et à ses frères et sœurs. 
Or, à cette époque, plusieurs de ces derniers 
étaient déjà établis; le nouveau chef de la maison 
d'Arenberg, Phili^^pe-Charles, était veuf; Charles 
d'Arenberg était déjà destiné à être d'église lors 
du testament de Charles de Croy; trois de ses 
sœurs étaient mariées; Alexandre d'Arenberg, 
enfin, était, de par la munificence de son oncle, 
prince de Cliimay et comte de Beaumont. Lorsque 
donc l'inventaire est déclaré fait au nom de la 
princesse-douairière et de ses enfants mineurs, 
cette dernière expression ne ^^^ut s'appliquer 

* Voyez p. 60 (1893). 



— 31 — 

qu'aux quatre frères et sœurs les plus jeunes du 
Père Charles. 

L'inventaire ne nous parle point d'objets attri- 
bués à ceux des princes et princesses d'Arenberg, 
qui étaient déjà maîtres de leurs droits. Je pense 
qu'ils ne prirent aucune part à la liquidation que 
nous étudions, car l'inventaire, tel que nous le 
possédons, a toutes les apparences d'un travail 
complet. Il ne faut pas croire d'ailleurs que le 
Père Charles ait été propriétaire absolu des 
meubles qu'il délaissait; le titre est formel : 
« auquel lesdis meubles auoient estez liiwez jusques 
« au rappel cVlcelle Dame; » le comte de Sene- 
ghem se trouvait dans la position des enfants 
auxquels leurs parents confient la possession tou- 
jours précaire, de certains objets '. 

Faciliter la restitution de ces meubles à leurs 
légitimes propriétaires ; permettre à ceux-ci de 
se rendre entre eux les comptes que leur situa- 
tion juridique comportait, tel est le but de l'in- 
ventaire. Il nous resterait à déterminer le sort de 
ce mobilier après la restitution, mais nous man- 
quons d'éléments certains pour faire ce travail. 
Le titre nous dit que les meubles appartiennent 
à la princesse-douairière, tant en son nom qu'au 
nom de ses enfants mineurs ; les frères et sœurs 
du Père Charles y avaient donc des droits per- 



1 Voyez encore la mention du f" 76 recto : Len Outilz qu'on luy at 
preste que Madame auoit pour auoir tousiours tenu deux Escrigniers 
Allemans en su maison, etc.; etf° 56 verso : Diuerses sortes de choses 
rares faictes de bois tourné aff'in quil apprint après. Nous avons déjà 
vu qu'Antoine d'Arenberg n'avait pas le droit de disposer; Madame 
lui reproche d'avoir vendu un Penache de Ruhy. Voyez p. 58 (1893). 



— 32 — 

sonnels, qui leur provenaient, sans aucun doute, 
du chef de leur père défunt. On ne peut donc croire 
que le mot « substituez )) signifie que la prin- 
cesse, leur mère, leur en ait confié la simple jouis- 
sance, telle que l'avait eue leur frère Antoine, ses 
père et mère vivants ; au surplus, des quatre 
mineurs dont il s'agit, trois étaient des filles pour 
lesquelles les neuf dixièmes de ces objets auraient 
été des ours gagnés à la loterie ; certains d'entre 
eux, par contre, et les plus précieux, sont quali- 
fiés reprins par Madame; nous devons donc croire 
que le surplus a suivi une autre route, qu'il nous 
est impossible de retrouver. 

* 
* * 

Bien des indices nous permettent de fixer la 
date de l'inventaire. Nous citerons seulement les 
deux jDoints extrêmes. Au f° 20 recto, nous trou- 
vons : La paincture de Son Al"' LArchiducq Albert 
nostre Prince d'' argent ; nous sommes donc à 
l'époque de la souveraineté d'Albert et d'Isa- 
belle; d'autre part, une note du f" 2 verso nous 
parle du Père Charles; le manuscrit n'a donc été 
terminé qu'après la profession d'Antoine d'Aren- 
berg, après le 5 mars 1617, et avant le 13 juillet 
1621. 

Tout nous porte à croire que le travail a été 
fait à une époque plus rapprochée de la première 
de ces dates que de la dernière. 

Il y a, en effet, deux mentions du frère aîné du 
Père Charles ; on lui attribue chaque fois le titre 
qu'il portait du vivant de son père, celui de baron 



— 33 — 

de Zevenbergen ' ; l'inventaire n'est donc pas 
postéiieur de beaucoup à la mort du prince 
Charles d'Arenberg ^ , puisqu'après cet événe- 
ment, le baron de Sevenbergen prit le nom qui 
convenait à sa position de chef de la maison 
d'Arenberg. D'ailleurs, une fois le nouveau reli- 
gieux entré définitivement dans l'ordre des Capu- 
cins, il n'y avait plus aucun motif de retarder le 
règlement des biens quïl avait délaissés. 

Nous croyons avoir démontré plus haut que le 
manuscrit a été confectionné par un personnage 
attaché au service de la maison d'Arenberg. Nous 
chercherons maintenant à dégager la personnalité 
de ceux qui ont procédé aux opérations mêmes 
de l'inventaire. 

Selon nous, on y trouve le procédé d'experts de 
profession. La description des objets est faite de 
la manière la plus brève possible; par contre, 
elle est en général fort complète ; elle décompose 
chaque objet et indique le nombre de ses parties. 

Les exceptions à cette double règle sont rares. 
Une bonne douzaine d'objets sont qualifiés de 
beaux ^ /oK beaux \ fort bien besoignéz % fort bien 



i Voyez p. 61 (1893). 

2 Le souvenir du prince Charles était encore bien vivant. Citons 
au f° 82 verso : Deux vers en français l'vn aiant le ciffre et l'aultre 
les armoiries de Monseigneur; ï" 84 recto : ...les armoiries de Mon- 
seigneur et de Madame. 

3 F° 56 verso. 

* F° 24 recto ; f" 49 recto. 

5 F" 15 recto; f" 50 recto; f° 59 verso. 

3 



— 34 - 

tournés \ fort sciencieux^, plain de science^, fort 
bien taillée ^, fort au vif ^. D'antre part il est 
quelques articles où la science de l'auteur se 
trouve à court; il s'agit en général, d'instruments 
scientifiques : on nous avoue alors modestement 
quon ne ne scait a quoy Hz sentent ",• je 7ie scay 
a quel vsage ^• ne sachant aquoy sert *; ailleurs, la 
patience abandonne l'écrivain : dedans ces boittes 
force petites brouilleries tournées dluoir et Ues- 
benne ^. 

L'examen de la seconde partie du manuscrit 
montre combien l'expert estimait peu les livres, 
les tableaux, les dessins, les instruments de 
mathématiques qui y sont relevés. C'est ici sur- 
tout qu'il se borne à mentionner l'existence des 
objets; aussi nous sera-t-il souvent impossible 
d'en reconstituer la physionomie ; les bijoux , 
l'or et les broderies des habillements sont les 
seules catégories qui semblent l'avoir intéressé. 
Au reste , il ignorait les langues étrangères ; 
quand un livre ou un dessin portait un titre 



* F" 59 verso. 
2 F° 57 recto. 
' F" 56 verso. 

* F» 15 recto. 

5 F" 84 recto. 

La plupart de ces expressions se trouvent dans les deux articles : 
Diuerses sortes de choses rares faîctes de bois tourné affhi qu II ap- 
pi'int après (f° 56 v") et Toute sorte de diuerses ciioses d'Iuoir et 
uuecq luoir f° 59 recto. 

6 F» 89 verso. 

7 F» 93 recto. 

* F" 52 verso. 
» F" 90 verso. 



— 35 



espagnol, flamand ou anglais, il se permet de 
le passer '. 



+ 
* * 



Nous terminerons cette introduction en don- 
nant le plan général d'après lequel on a procédé : 

1° L'inventaire commence par les objets d'or et 
d'argent, les pierres précieuses; les plumes (f° 2 
recto à 22 verso). 

2" Puis viennent les habillements (f" 23 recto à 
51 recto). 

3" Menus objets ; livres (f° 51 verso à 66 recto). 

4° « Les Meubles » (P 66 verso à 75 verso). 

5" Ecrinerie : outils et bois (f" 76 recto à 80 
verso) . 

6" « Diiierses sortes de choses » (f" 80 verso à 
81 verso). 

7^" Peintures et dessins ; objets de tour; suite des 
dessins; instruments de géométrie (f*" 82 recto à 
95 recto). 

8« Varia (f"^ 95 verso à 97 recto). 

B^° Feançois Béthune. 

(A suivre.) 



i Voici un exemple de ce procédé : " Vn autre liure en flameng 
anecq des rouges couuertes „ {f° 64 verso). 



— 36 — 



T>ri 



LES REGLEMENTS 



DE 



LA COUR DE CHARLES-QUINT 



-«^*- 



Le Maître de la chambre. 

Le maître de la chambre reçoit par jour vingt-huit sous 
de gag'es, deux cents livres de pension par' an comptées sur 
la dépense extraordinaire et pour dix sous de livrées de 
cuisine par jour, six sous pour le bois les jours d'hiver et 
la moitié les jours d'été, une ration composée d'un pain de 
bouche, de deux petits pains, de deux lots de vin, de dix 
livres de viande de mouton et d'une poule les jours gras, 
de huit livres de poisson, de vingt-cinq œufs et de deux 
livres de graisse de bœuf les jours maigres, d'une livre de 
chandelles de suif l'hiver et de la moitié l'été; on lui donne 
des flambeaux comme aux maîtres d'hôtel et en voyage 
trois mules de bât ou un chariot et demi. 

Le dit maître de la chambre paye tout ce que les dépenses 
ordinaires et extraordinaires comprennent : gages, pen- 
sions, gratifications, qui sont portés en compte au bureau. 
Le trésorier ou receveur général de Sa Majesté lui donne 
l'argent nécessaire pour ces dépenses. Il lui remet au com- 
mencement de chaque mois une certaine somme d'argent 

' Suite. Voir Messager des Sciences, 4^ liv. 1893, p. 392. 



— 37 — 

à répartir en à compte comme il convient entre les officiers 
chargés de faire des dépenses. La somme, qui se donne 
actuellement chaque mois, quand Sa Majesté est à Madrid, 
monte à huit mille ducats, et quand elle sort de Madrid à 
dix mille ducats. La distribution de cet argent se fait 
d'après les ordres du contrôleur. On paye aussi par cet 
argent les choses qui s'achètent pour les offices comme 
cire, vin, linge, farine, voitures et autres choses que l'on 
ne peut obtenir à crédit. 

Tous les quatre mois, trois fois par an, on dresse un 
tableau de tout ce qui s'est dépensé pendant ce temps et 
on le remet au dit maître de la chambre. S'il lui reste de 
l'argent sur ce qu'il a reçu en à compte, il paye cà chacun 
le reliquat de ce qui lui est dû. Aujourd'hui on ne paie 
plus aussi régulièrement ces reliquats de comptes. 

On fait aussi* un autre tableau des gages, pensions et 
gratifications qui se comptent au bureau de quatre en 
quatre mois. La somme totale est remise à ceux que cela 
concerne d'après ce qui est indiqué dans le dit tableau. 
Lorsque les paiements sont faits de la manière qui a été 
indiquée pour la dépense et les gages, le maître de la 
chambre remet son compte au bureau en présence des 
maîtres d'hôtel et des officiers du bureau. Ceux-ci ont 
autorité et pouvoir d'examiner ce compte pour le ter- 
miner et y donner quittance. Celle-ci doit être paraphée 
par les maîtres d'hôtel et signée de Sa Majesté. 

Il est à remarcjuer que actuellement on ne paie par tiers 
que les gages des officiers de la bouche, des médecins de 
la chambre et de la maison, des officiers de l'écurie et des 
trois gardes. A tous les autres, comme les maîtres d'hôtel, 
les gentilshommes de la chambre , de la bouche et de 
l'hôtel, les coustiliers, le paiement se fait en vertu d'un 
mandat spécial de Sa Majesté expédié par le Conseil du 
domaine. 



— 38 — 

Quand cette fonction n'a pas de titulaire à la cour de 
Sa Majesté, on charge du paiement des gages un employé 
du trésorier général de Sa Majesté qui suit dans ce but la 
cour et le payement de la dépense est confié au greffier. 

Le Contrôleur. 

Le contrôleur a vingt-six sous de gages et cent livres 
de pension, six sous de livrées de cuisine, deux mules de 
bât ou un chariot; tout le reste comme le maître de la 
chambre. 

Le dit contrôleur est chargé d'examiner si tout ce que 
l'on apporte et que Ton achète pour la table de Sa Majesté, 
pour les états des maîtres d'hôtel et pour les rations des 
offices, rations qui aujourd'hui se donnent en argent, est 
distribué conformément aux règlements et il ne peut 
consentir à ce que quelque chose soit consommée hors de 
l'endroit où elle doit letre. Il peut s'opposer à tout ce qui 
lui parait pouvoir préjudicier au service de Sa Majesté et, 
si sa seule autorité ne suffit pas, il doit porter l'affaire à la 
connaissance du grand maître d'hôtel ou, en cas d'absence 
de ce dernier, à la connaissance des autres maîtres d'hôtel 
et, si la chose est nécessaire, il doit s'adresser à l'empereur 
lui-même. 

Il doit parcourir chaque jour les offices et examiner les 
livres des officiers qui sont chargés de faire des dépenses, 
en effacer ce qu'ils ont dépensé sans en avoir reçu l'ordre 
et réprimander l'officier qui a fait cette dépense. Il doit s'in- 
former du prix des objets que l'on achète habituellement 
afin d'y conformer les comptes des offices et s'enquérir 
aussi du prix des choses qui s'achètent au marché. Il doit 
savoir et voir les plats que l'on commande pour la table de 
Sa Majesté et pour l'état des maîtres d'hôtel. Il se rend 
avec l'écuyer de cuisine, toutes les fois que la chose se 



— 39 — 

peut, au garde manger pour commander ces plats. Il doit 
être présent au moment où l'on sert la viande. Il tient un 
inventaire de tous les meubles dont on use habituelle- 
ment dans les offices de la bouche, par exemple des coffres, 
de la batterie de cuisine, du linge blanc, de la lingerie et 
autres choses de ce genre. Quand ces objets sont usés et ne 
peuvent plus être utilisés, on en achète d'autres en pré- 
venant d'abord les maîtres d'hôtel. 

Il doit veiller attentivement à ce qu'en voyage on ne 
charge sur les mules de Sa Majesté que les objets qui 
appartiennent à son service ' . Il exerce la même surveil- 
lance sur les chariots, qui sont pris en louage pour les 
offices et s'assure que les charges ne sont pas d'un poids 
excessif. 

Les officiers lui obéissent comme aux maîtres d'hôtel en 
tout ce qu'il leur ordonne pour le service de Sa Majesté. 

Il doit examiner aussi les comptes des dépenses de la 
chambre et de l'écurie, bien qu'ils soient signés par le 
grand écuyer et le sommelier de corps. 

Le Greffier. 

Le greffier reçoit gages, livrées et pension comme le 
contrôleur; on ne lui donne toutefois pas de pension et 
on lui paye chaque mois sur la dépense extraordinaire 
quatre livres pour le papier et le parchemin, et, chaque 
jour, deux sous pour un employé. 

Il est chargé d'inscrire par le menu chaque jour, dans 
un registre fait chaque mois pour cet usage toutes les 
dépenses des offices après que le contrôleur les a examinées 
et signées. On compte au bureau la dépense de chaque 

1 II faut croire que plus d'une fois des objets appartenant à des 
particuliers furent transportés aux frais de l'empereur, car diverses 
ordonnances défendent sévèrement cet abus. 



— 40 — 

jour au moyen de ce livre. On fait de même pour les gages 
aussi bien pour ceux qui sont inscrits sur les livres des 
comptes que pour ceux qui sont comptés sur la dépense 
extraordinaire, de manière que l'on puisse toujours voir 
à combien se montent les dépenses du jour. 

Les dépenses extraordinaires s'inscrivent aussi dans le 
même livre le dernier jour du mois et l'on additionne les 
sommes auxquelles se montent ces dépenses extraordi- 
naires, la dépense et les gages de chaque mois. Le dit 
greffier ne peut inscrire aucune dépense avant que le 
contrôleur n'en ait eu connaissance. 

Le dit greffier donne lecture au bureau de tous les 
détails de la dépense et des gages que Ton compte en cet 
endroit. Les maîtres d'hôtel, le contrôleur et le greffier lui- 
même contrôlent ces comptes au moyen de jetons d'argent 
et l'employé du greffier les inscrit sommairement dans un 
livre que l'on appelle le contrôleur des maîtres d'hôtel. Ce 
livre sert durant une année entière et ne peut être ouvert 
qu'en présence des dits maîtres d'hôtel. Lorsqu'on a achevé 
de compter, le total des sommes est exposé, le greffier les 
lit dans son livre, le maître d'hôtel de semaine les regarde 
dans le « contrôleur. » On ferme ensuite celui-ci et on le 
scelle au moyen du cachet du dit maître d'hôtel pour que, 
ainsi qu'il a été dit, il ne puisse être ouvert et pour (ju'on 
ne puisse y écrire sans que les dits maîtres d'hôtel ne soient 
présents. 

Le dit greffier tient note des gentilshommes et officiers 
qui s'absentent de la cour sans autorisation et de ceux 
qui suivent la cour, pour les payer chacun au bureau 
d'après le temps qu'ils ont rempli leur service ou qu'ils 
ont usé d'une permission de s'absenter. 

Le dit greffier signe tous les actes de justice, les mande- 
ments et ordonnances, les jugements et autres actes qui 
sont dépêchés au bureau. Il doit être présent au bureau 



— 41 — 

quand un serviteur de Sa Majesté y prête serment afin de 
l'inscrire dans les livres qu'il a à sa charge. 

Il conserve aussi tous les comptes des dépenses qui 
rentrent dans la compétence du bureau, aussi bien ceux 
qui sont signés par le grand écuyer, le grand aumônier, 
que ceux des dépenses ordonnées par les maîtres d'hôtel et 
le contrôleur. 

Le Sommelier de la paneterie. 

Le sommelier reçoit douze sous de gages, les aides de cet 
office reçoivent sept sous et demi et le valet deux sous 
sur la dépense extraordinaire. On donne une ration pour 
les employés de cet office, ils mangent ensemble. Cette 
ration se compose de deux pains de bouche, de huit 
petits pains, de deux lots de vin par jour, de six livres de 
viande de bœuf, et les jours de poisson de quatre livres de 
poisson, de douze œufs et d'une demi-livre de beurre, d'une 
livre de chandelles de suif l'hiver et de la moitié l'été. 

Le sommelier a sous sa garde toute l'argenterie blanche 
et dorée dont se sert Sa Majesté. Ces objets lui sont remis 
contre reçu par le garde-joyaux. 

On lui confie aussi toute l'argenterie blanche et dorée 
de la table de Sa Majesté et de la table des maîtres 
d'hôtel de l'État. Le contrôleur la lui remet quand on en 
fait de la nouvelle et il est obligé d'en rendre compte. Lui- 
même la confie à celui de ses aides qui est le plus ancienne- 
ment en service et qu'on appelle pour cette raison garde- 
manger. Ce dernier doit aussi s'occuper des approvisionne- 
ments de salades, beurres, fromages, crèmes, câpres, ail, 
moutarde, pour la table de Sa Majesté, pour celle des états 
et pour les rations du maître de la chambre, du contrôleur 
et du greffier. 



— 42 



Le Fruitier. 



Le fruitier reçoit sept sous et demi de gages sans que l'on 
y ajoute aucune ration. 11 doit acheter pour la table de sa 
Majesté et Tétat des maîtres d'hôtel et du sommelier de 
corps toutes les espèces de fruits de la saison. Il fournit 
aussi la ration du maître de la chambre, du contrôleur et 
du greffier. S'il y a un surplus, quand cette répartition a été 
faite, il le distribue entre les officiers de la bouche. Il a 
aussi à sa garde les confitures et les conserves que l'on sert 
à Sa Majesté, celles que l'on achète comme celles qui 
sont offertes. Aujourd'hui c'est un aide du barbier de corps 
qui les conserve et celles du Prince notre Seigneur sont à la 
garde d'un aide de chambre. 

Le Fabricant d'oubliés. 

Le fabricant d'oubliés reçoit sept sous et demi de gages. 
Sa ration se compose journellement d'un petit pain et d'un 
demi lot de vin, auxquels on ajoute les jours maigres deux 
livres de poisson et six œufs ; les jours gras il ne reçoit rien 
de plus. Il fournit les oublies et les tablettes nécessaires 
à Sa Majesté et aux états. 

Ni le sommelier de la paneterie, ni aucun employé de 
son office, ne peut de son autorité privée donner extraordi- 
nairement aucun objet de son office; il doit en avoir reçu 
l'ordre des maîtres d'hôtel de semaine ou du contrôleur. 
Il n'est pas non plus autorisé à acheter aucun objet nou- 
veau pour son office avant que le contrôleur ait examiné si 
cet achat est nécessaire. Les mêmes règles s'observent dans 
tous les autres offices. L aide le plus ancien est chargé du 
service en l'absence des chefs. 



— 43 — 



Le Boulanger. 



Le boulanger reçoit douze sous de gages. Il fournit tout 
le pain nécessaire à la table de Sa Majesté et des maîtres 
d'hôtel '. Il le remet au sommelier de la paneterie. Le pain 
est distribué à la paneterie par le soin des aides et des 
valets de cet office d'après le règlement qui leur est donné 
par le bureau. Cette distribution doit se faire par la fenêtre 
du dit office, ou l'on ne peut permettre que personne entre 
sinon les serviteurs de Sa Majesté. 

Le même boulanger doit apporter et remettre de sa main 
au sommelier de la paneterie le pain de bouche qui sera 
servi à la table de sa Majesté et il doit en prendre les 
essais. 

D'après l'accord qui est fait avec le boulanger, celui-ci 
doit fournir soixante-dix livres de pain cuit par cent livres 
de farine qui lui sont remises. 11 choisit la farine, le contrô- 
leur l'achète et la lui fait remettre en en tenant compte 
pour la quantité de pain qu'il doit donner à la paneterie. 
On procure au dit boulanger un four à l'intérieur du palais 
ou en dehors le plus près possible. Ou lui paie en voyage 
les chariots ou mules qui lui sont nécessaires pour trans- 
porter la farine et les autres instruments de son office. 
Aujourd'hui on lui fournit en outre une meule qui lui sert 
à moudre seulement le grain destiné à la personne de Sa 
Majesté. 

1 Le boulanger devait fournir par jour environ cinquante pains de 
bouche et onze douzaines de petits pains (Archives du royaume, 
Papiers d'Etat et de V Audience, Maisons des souverains et des gou- 
verneurs généraux, tome lU). 

Les petits pains servaient d'assiettes. L'assiette n'a commencé à 
exister qu'au XVI"^ siècle. Elle était remplacée par le tranchoir ou 
tailloir, tablette carrée ou ronde de bois ou de métal sur laquelle on 
mettait une ou plusieurs tranches de pain rassis taillées à cet effet, 
et qui avaient pour mission de boire le jus de la pièce découpée. 



— 44 — 

L'Huissier de salle. 

L'huissier de salle reçoit douze sous de gages et une 
ration composée d'un lot de vin et d'un petit pain, sans 
rien autre chose. On lui donne en outre les jours maigres 
deux livres de poisson et dix œufs ; quatre onces de chan- 
delles de suif les jours d'hiver et deux les jours d'été. 

Il mange à l'état des maîtres d'hôtel avec le maître d'hôtel 
de l'état. 

Ses fonctions consistent à donner l'ordre de couvrir 
quand Sa Majesté mange en public ou en particulier. Il 
marche devant les maîtres d'hôtel qui vont chercher la 
nourriture ou couvrir la table. Il doit avertir les maîtres 
d'hôtel, le contrôleur et le greffier de se trouver à la chambre 
dans laquelle se tient le bureau et d'y faire tous les actes 
de conciliation et de justice que l'on traite dans le dit 
bureau; il est chargé aussi de notifier aux parties les sen- 
tences qui y sont rendues. 

La Lavandière. 

La lavandière de bouche reçoit journellement six sous de 
gages inscrits sur les livres des comptes et dix livres par 
mois imputées sur la dépense extraordinaire pour payer le 
bois et le savon qui lui sont nécessaires et en outre trois 
sous pour l'entretien d'une servante. Sa ration se compose 
de trois petits pains, d'un lot et demi de vin, de six livres 
de viande de bœuf les jours gras, de trois livres de poisson 
et de neuf œufs les jours maigres. On lui donne six onces de 
chandelles de suif pendant les jours d'hiver et la moitié 
pendant les jours d'été, en voyage deux mules ou un chariot 
pour transporter les instruments de son office K 

1 « En 1546 on paya 36 livres à Jacques van Hoochboosch, faiseur 
de nappes à Malines pour avoir lavé et mis au poinct trois nappes 
et trois douzaines de serviettes duysant au service dudit ordre de la 



- 45 — 

On lui donne deux paires de bottes en cuir de vache 
pour laver pendant Thiver et on lui paye les tabliers pour 
bluter, les corbeilles d'osier, les cordes et les battes qu'elle 
achète pour son office. Elle doit laver tout le linge blanc de 
la table de Sa Majesté et des états des maîtres d'hôtel, 
en le prenant au compte de la paneterie et en le rapportant 
à cet office lorsqu'il est lavé. 

Le Sommelier de la cave. 

Le sommelier de la cave reçoit douze sous de gages sur 
les livres des comptes. Ses aides reçoivent chacun sept 
sous et demi par jour, un portier quatre sous et le valet de 
cet office deux sous sur la dépense extraordinaire. 

On donne chaque jour pour les employés de cet office 
une ration composée d'un pain de bouche, six petits pains, 
quatre lots de vin, six livres de viande de bœuf les jours 
gras, quatre livres de poisson, douze œufs et une demie 
livre de beurre les jours maigres; une livre de chandelles 
de suif les jours d'hiver et la moitié les jours d'été. 

Le dit sommelier de la cave a dans ses attributions tout 
le vin' que l'on conserve à la cave tant pour la table de Sa 
Majesté que pour les états et les rations. Les aides et le 
valet sont chargés de le distribuer d'après le règlement 
qui leur est donné chaque année au bureau comme aux 
autres offices. Le contrôleur fait toujours ces règlements 
dans sa demeure. 

Il y a un pourvoyeur de la cave avec lequel on fait un 
accord pour les prix des vins. Il doit fournir une attesta- 
tion du prix que lui coûtent les vins dans les endroits où 
il les achète. On lui paye les mesures. 

Tboyson d'or, lesquelz avoient esté tumbé en l'euwre avecq les coffres 

d'icelluy ordre à Malines » {Inventaire des Archives du Nord, Y, 35). 

1 Les vins en usage à cette époque étaient surtout les vins du 

Rhin, de Beaulne, de Malvoisie, le vin Clairet, le vin de Saint-Martin, 



— 46 — 

Le dit sommelier doit conserver toute Targenterie 
blanche et dorée. Elle lui est remise contre reçu par le 
garde-joyaux. 

Les bénéfices de cet office sont distribués de la manière 
suivante : le sommelier en reçoit la moitié, un aide la 
moitié de ce que reçoit le sommelier, le sous-aide la moitié 
de ce que reçoit l'aide, et le valet la moitié de ce que reçoit 
le sous-aide. Les bénéfices des autres offices de la bouche 
se répartissent de la même manière quand il y en a. 

Ni le dit sommelier, ni aucun employé de son office ne 
peuvent accepter aucun vin offert à Sa Majesté sans l'auto- 
risation du maître d'hôtel de semaine. 

Le grand Pourvoyeur. 

L'écuyer de cuisine* reçoit quatorze sous de gages par 
jour, pour six sous de livrées de cuisine et une ration com- 
posée d'un pain de bouche, d'un lot de vin, d'un quartier 
de mouton et d'une poule les jours gras, de huit livres de 
poisson, vingt-cinq œufs et deux livres de beurre les jours 
maigres; on lui donne quatre onces de chandelles de suif 
en hiver et la moitié en été ; en voyage une mule de bât 
ou un chariot. 

Le dit écuyer doit veiller à ce que les viandes que le 
pourvoyeur apporte au garde-manger, aussi bien pour la 

1 L'écuyer de cuisine et le grand pourvoyeur paraissent être un 
seul personnage. Il y avait des personnes chargées de procurer des 
vivres sous son contrôle. Notre manuscrit parle en différents endroits 
de ces pourvoyeurs subalternes, mais il n'en fait pas des fonction- 
naires de la cour. Ils n'étaient probablement point compris dans le 
personnel. On faisait, pendant le règne de Charles-le-Téméraire, 
accord au bureau avec des bouchers et des boulangers pour les four- 
nitures à livrer pendant une année entière. Rien ne permet de croire 
que cet usage ait été aboli. Les pourvoyeurs subalternes seraient, 
d'après nous, les bouchers, les boulangers, etc., adjudicataires des 
fournitures. 



— 47 — 

table de Sa Majesté que pour les États et les rations, soient 
les meilleures que Ton trouve au marché. Si elles ne sont 
pas les meilleures, il ne peut les recevoir. Il doit se rendre 
lui-même parfois au marché pour s'assurer que le pour- 
voyeur n'a pas négligé d'acheter quelques denrées, et il 
ordonne dans ce cas de les acheter à ses frais si elles sont 
nécessaires à la table de Sa Majesté '. 

Il doit se rendre chaque matin au garde-manger, accom- 
pagné du grand cuisinier pour choisir la viande nécessaire 
à la table de Sa Majesté et des États. Les porteurs de la 
cuisine portent ces viandes à la cuisine, oii le grand cui- 
sinier les distribue entre les cuisiniers, assignant à chacun 

^ Il fallait journellement pour approvisionner la cour 43 pains de 
bouche, 135 petits pains, 94 1,2 mesures de vin, 135 livres de viande 
de bœuf et 3 ou 4 moutons, sans compter les lapins, lièvres, chevreuils, 
volailles, etc. {Archives du royaume, Maisons des souverains et gou- 
verneurs généraux, t. III). 

Voici les qualités de viande de bœuf et de mouton que l'on em- 
ployait chaque jour pour la seule table de l'empereur : 

« Beuf. — Pour Sa Majesté en sa cuisine xl livres. 

< Le muteau (gras de la jambe) trois fois la sepmaine xv livres. 
« Le filet aussi trois fois la sepmaine v livres. 

< Mouton. — Pour Sa Majesté en sa cuisine i mouton. > 

{Archives du royaume, Papiers d'État et de l'Audience, Mai- 
sons des souverains et des gouverneurs généraux, tome IIL) 
Voici encore, extrait d'un compte des dépenses journalières de la 
cour, ce qui avait rapport à la cuisine : 

< Cuisine par Jaques Ymbrechts. 

< Massin, bouchier, pour viii moutons xi 1. viii s. vii d. 
« A lui pour ung veau vii 1. iii s. 

« A lui pour une teste, pietz et corée (entrailles) de veau x a. vi d. 

< Jaques Ymbrechts pour viii libvres de gresse viii s. 

< A lui pour ung quartier de buef cxv s. vi d. 

< A lui pour les menuz droits vi s. 

< A lui pour souppittes xiiii s. 

< A lui pour V cabrilz cv s. vi d. 
« A lui pour iii cochons xlviii s. 

< A lui pour iii lièvres xviii s. 

< A lui pour viii conyns xxxiiii s. vi d. 
« A lui pour viii lappins xvi s. 



— 48 — 

d'eux celle qu'il doit cuire. Le dit écuyer de cuisiue est 
obligé de se trouver à la cuisine au moment où l'on 
sert la viande à la table de Sa Majesté et des Etats, et 
il doit veiller à ce que tout se fasse comme il a été or- 
donné, sans consentir à ce que les cuisiniers gardent aucune 
viande pour eux. S'il s'aperçoit qu'il règne entre eux 
quelque négligence ou quelque désordre auquel il ne peut 
porter remède , il doit en avertir le maître d'hôtel de 
semaine pour qu'il ordonne de châtier les coupables. Si le 
pourvoyeur ne fournit pas les provisions, le dit écuyer 

« A lui pour iii flaucolns xxxi s. vi d. 
« A lui pour V chappons cvi s. vi d. 
« A lui pour xii pingeons xxx s. 
« A lui pour vi torterelles xv s. 
« A lui pour xvi gelines Ixxvi s. 
« A lui pour Iviii pouchins vi 1. xviii s. 
« A lui pour Iviii libvres de lart iiii 1. xviii s. 
« A lui pour pietz de mouton x s. vi d. 
« A lui pour mulettes vii s. 
« A lui pour trippes vi s. 
« A lui pour vii libvres de burre xxiiii s. vi d. 
« A lui pour c œfz xv s. ix d. 

< Jenin Brouiwart pour la fachon de vi pastez ronts et petiz pas- 
tez ix s. vi d. 

« A lui pour ii quartes de fleur xii d. 

« Sauche pour potageries v s. vi d. 

« A lui pour lait viii s. 

« A lui pour espinares vii s. 

« A lui pour aigret (raisin vert) iii s. vi d. 

« A lui pour oranges et saille vii s. 

« A lui pour cerises vii s. 

« A lui pour limons iii s. vi d. 

« Jehan Vacler pour verjuz et vinaigre xii s. 

« A lui pour verdure xviii d. 

« Jacques Motel pour bois 1 s. 

<: Le maistre a payé pour les livrées x 1. v s. 

« Le plat du grand chambellan xviii 1. 

« Le plat du sommelier de corps xl s. 

« Somme iiii '^-'^^ xiii 1. vi s. x d. » 

{Archives du royaume, Papieis d'État et de l'Audience, registre 
n° 16, n" 369). 



— 49 — 

doit se rendre lui-même au marché et y acheter ce qui est 
nécessaire au garde-manger jusqu'à ce que Ton puisse 
trouver une personne qui remplisse cet office. 

Le grand Cuisinier. 

Le grand cuisinier reçoit douze sous de gages et six sous 
de droits de cuisine les jours gras seulement. Sa ration se 
compose d\in lot de vin, d'un pain de bouche, d'un quartier 
de mouton et de la poule que l'on a coutume de mettre dans 
le potage de Sa Majesté pour qu'il soit plus substantiel : 
Les jours maigres sa ration comprend quatre livres de 
poisson, douze œufs et une livre de beurre. On lui donne 
quatre onces de chandelles de suif en hiver et la moitié 
en été. 

Le dit grand cuisinier, après avoir choisi dans le garde 
manger la viande nécessaire à la table de Sa Majesté et des 
états en présence de l'écuyer, doit suivre les porteurs de la 
cuisine, qui portent cette viande sur un plat couvert d'un 
linge blanc et propre, jusqu'à la cuisine où il distribue la 
viande entre les cuisiniers pour qu'ils la cuisent. Les dits 
cuisiniers doivent, au moment où l'on va couvrir la table, 
porter la viande qu'on leur a confiée au dressoir de la 
cuisine. 

Le cuisinier a la garde des épices et du sucre dont on 
fait usage à la cuisine. Il doit en rendre consciencieuse- 
ment compte au contrôleur. 

Il possède l'autorité nécessaire pour ordonner à tous les 
cuisiniers, porteurs et valets de cuisine ce que requiert 
le service de Sa Majesté, et si quelques uns ne veulent pas 
lui obéir, il en avertit le contrôleur ou le maître d'hôtel 
de semaine pour que celui-ci les châtie. 

Aujourd'hui il n'y a plus de grand cuisinier, un aide de 
cuisine le remplace. 



50 — 



Aide de cuisine. 



lies cuisiniers ' ou aides de cuisine reçoivent chacun sept 
sous et demi de gages par jour, une ration composée d'un 
pain de bouche, d'un lot de vin, d'un demi quartier de 
mouton les jours gras, de deux livres de poisson, de six 
œufs d'une demi-livre de beurre les jours maigres. 

Porteur de cuisine. 

Les porteurs de cuisine reçoivent chacun cinq sous de 
gages sur la dépense extraordinaire, une ration composée 
pour eux deux de quatre petits pains, d'un lot de vin 
et de six livres de viande de bœuf les jours gras, de quatre 
livres de poisson et de douze œufs les jours maigres. Ils 
ont à leur charge les ustensiles de fer de la cuisine. Le 
contrôleur les leur remet avec un inventaire. Ils sont 
obligés, lorsqu'on voyage, à décharger les mules qui 
portent ces ustensiles et à nuircher avec elles. 

On les emploie aussi à accommoder la viande comme les 
cuisiniers après qu'ils ont été la chercher dans le garde 
manger. Si l'on doit faire une distrilnition (juelconque de 
venaison ou de toute autre chose au garde manger, ils 

i Ces cuisiniers étaient parfois de^ femmes. Charles-Quint fit un 
jour venir de Portugal < demoiselle Anna Dandrada pour lui accous- 
trer viandes » {Inventaire des Archives du Nord, V, 181). 

Les chroniqueurs de l'époque racontent merveille de l'art des cui- 
siniers : « Là y avoit, écrit Laurent Vital à propos d'un festin donné 
à l'occasion d'ime réunion de l'ordre de la Toison d'or, des chasteaux 
eslevés, hommes sauvages, chevaliers, cheraines de mer faictes de 
gelées, amplemus (marmelades de fruits) et de paste, et aussi des 
monstres et chymères, si artificièlement ouvrés que rien plus. » Il dit 
encore : « A la vérité, c'estoit un songe de veoir la diversité des ser- 
vices, avec la science des compaignons cuisiniers et pâtissiers, comme 
des paons, chines (cygnes), faisans et perdris rostis, parés et i-evestus 
de leurs plumes, et si hien mis en œuvre qu'il semhloit qu'ilz fussent 
en vie » {Collection des voyages, tome III, p, 23). 



— 51 — 

doivent la porter aux personnes qu'on leur désigne. Ils 
doivent nettoyer la cuisine et porter les immondices hors 
du palais. On leur donne pour cela un sou par jour. 

Valets de cuisine. 

Les quatre valets de cuisine reçoivent chacun deux 
sous de gages sur la dépense extraordinaire et deux vête- 
ments par an, un l'été et un Thiver. Ils doivent nettoyer les 
ustensiles de la cuisine, plumer la volaille et tourner les 
broches. On leur donne une ration composée de huit petits 
pains, de deux mesures de vin, d'un (luartier de mouton les 
jours gras, de quatre livres de ])oisson et de douze œufs 
les jours maigres. 

Le Potager. 

Le potager reçoit sept sous et demi de gages, la même 
ration qu'un aide d'office ; on lui donne en voyage un coffre 
oii il met les choses de son office, qui sont composées de 
tous les genres de légumes que produit la saison et qui 
doivent être servis sur la table de Sa Majesté et sur celle 
des maîtres d'hôtel, ainsi que des légumes pour le pot au 
feu des offices de la bouche. Il fournit le pot au feu à la 
cuisine et au garde manger, comme aussi le sel lorsque l'on 
doit saler quelque viande ou la mettre à la daube. 

Le Pâtissier. 

Le pâtissier reçoit les mêmes gages et la même ration que 
le potager. On lui donne en voyage un coffre pour trans- 
porter les instruments de son métier. Il fournit toute la 
pâtisserie nécessaire à la table de Sa Majesté et à celle des 
états. On lui paye la confection de cette pâtisserie. Il doit 
porter au dressoir de la cuisine les choses qu'il a préparées 
pour la bouche de Sa Majesté et les confier au grand cui- 
sinier de la main duquel il prend les essais. 



— 52 — 

On lui fournit au garde-manger la graisse, les œufs et le 
beurre, et à la cuisine les épiceries et le sucre qui lui sont 
nécessaires pour les pâtisseries. On lui paye la farine qxi'il 
fournit pour le service de la cuisine. On lui donne pour la 
confection de tout pâté, qu'il soit petit ou grand un sou, 
et pour chaque tourte six sous. 

Le Bûcher. 

Le bûcher reçoit les mêmes gages et la même ration. 
Il achète le bois et le charbon nécessaires à la cuisine et à 
la saucerie. Le fournier du palais lui assigne une place 
pour y déposer le bois et le charbon. 

Le Portier de la cuisine. 

Le portier de la cuisine reçoit sept sous et demi de 
gages, une ration composée de deux petits pains, d'une 
demie mesure de vin, de deux livres de viande de bœuf 
les jours gras, de deux livres de poisson et de six œufs les 
jours maigres ; on lui donne aussi deux onces de chandelles 
de suif pendant les mois d'hiver et une once pendant les 
mois d'été. Sa charge consiste à avoir un soin particulier 
de la garde de la porte de la cuisine et de n'y laisser entrer 
personne, si ce n'est les cuisiniers et les officiers de la 
cuisine, spécialement à l'heure où l'on sert la viande. 

Alfred De Ridder. 
(A suivre.) 



53 - 



QUELQUES NOTES 

SUR 



L'ESPRIT PUBLIC EN BELGIQUE 



PENDANT LA 



DOMINATION FRANÇAISE (1795-1814)'. 



-*»^>9»— 



Une tâche immense incombait au gouvernement 
nouveau : le relèvement intérieur de la France. 
Les Consuls se mirent aussitôt à l'œuvre. Mais, les 
mesures urgentes prises, ils ne voulurent procéder 
à des réformes fondamentales qu'après s'être en- 
tourés des renseignements les plus précis sur la 
situation des choses, dans toute l'étendue de la 
République. Il semble que les autorités des divers 
ordres aient été mises à contribution pour mener 
cette enquête à bonne fin. Dès le début du Consu- 
lat, nous voyons non seulement les magistrats 
civils mais encore les généraux envoyer au gou- 
vernement central à Paris des informations dé- 
taillées sur l'état et les besoins des diverses 

' Suite. Voir Messager des Sciences, 4' livraison 1893, p. 419. 



— 54 - 

parties du pays. Au commencement de l'an IX 
(fin de Tannée 1800) le gouvernement ordonna 
même une enquête extraordinaire sur la situation 
de la France. Il en chargea un certain nombre de 
membres du Conseil d'État. Chacun de ceux-ci 
dut parcourir une division militaire, y recueillir 
tous les renseignements utiles et en faire rapport'. 
Il importe de s'arrêter aux détails qui furent, 
dans ces diverses circonstances , fournis aux 
Consuls sur la situation des départements réunis et 
d'esquisser, d'après ces renseignements, le tableau 
lamentable de l'état des choses en Belgique à la 
lin du Directoire. On s'expliquera tout naturelle- 
ment ensuite la grande amélioration de l'esprit 
public qui, après le Concordat surtout, vint carac- 
tériser les premières années du nouveau régime. 

* 
* * 

Le gouvernement ayant, dès l'avènement de 
Bonaparte, résolu de travailler activement à l'as- 
similation des populations conquises, il ne lui 
importait pas seulement d'être informé de la 
situation actuelle de la Belgique, mais il lui était 
encore utile de connaître exactement le régime 
sous lequel les Belges avaient vécu avant la réu- 
nion. Il pouvait, en effet, puiser dans la connais- 
sance des traditions nationales plus d'une indica- 
tion précieuse pour la ligne de conduite à suivre 
dans nos provinces. Hâtons-nous de dire que les 
notions les plus exactes lui furent données sur 



1 La plupart de ces rapports ont été publiés par M. Rocquain, 
L'Etat de la France au 18 Brimmire, Paris, 1874. 



— 55 



l'ancien régime belge, ainsi que le prouve un 
remarquable mémoire adressé en Ventôse an VIII 
(février-mars 1800) au Ministère de la police et 
intitulé : Renseignements généraux sur la Bel- 
gique * . 

« Le régime sous lequel les Belges ont vécu 
« depuis des siècles, dit le mémoire, était natu- 
« rellement doux, parce que les constitutions dont 
« le Prince jurait le maintien garantissaient tous 
« leurs droits ; ils jouissaient d\me liberté indivi- 
« duelle, la plus belle et la j)lus étendue qui ait 
« jamais existé en Europe. Le pouvoir était sage- 
ce ment distribué entre le prince, les états des 
« provinces , les tribunaux supérieurs de jus- 
ce tice, » etc. Le mémoire insiste ensuite sur la 
prérogative qui appartenait aux Belges de voter 
librement les impôts et sur l'inamovibilité des 
membres des tribunaux. 

Et il ajoute : ce Les Belges étaient sûrs d'obte- 
cc nir bonne justice même contre le Prince... Ils 
c( devaient tout leur bonheur non au Prince qui 
(( les gouvernait mais à la constitution qui diri- 
c< geait le Prince. On peut même assurer que peu 
(c leur importait par qui ils étaient gouvernés, 
ce C'était sur leur pacte social que les Belges 
c( fixaient toute leur attention... De là. provenait 
c( l'esprit public toujours bien soutenu qui exis- 
c( tait parmi eux... » Le mémoire s'occupe à ce 



< Dans la section F**, carton 27. Nous rappelons une fois pour 
toutes, que, sauf indication contraire, les documents que nous citons 
reposent aux Archives nationales, à Paris, 



— 5G - 

propos de la révolution brabançonne et il conclut : 
« Avec cet esprit public, ces mœurs pures et 
« sim^^les, cet amour de la liberté, cet attache- 
« ment à la justice, les Belges ont toutes les qua- 
« lités pour devenir de bons Républicains. » En 
fait cependant, « la grande majorité ne s'est pas 
« encore prononcée en faveur du gouvernement 
« français. » 

Abordant alors l'examen de la situation actuelle 
de la Belgique, le mémoire formule en quatorze 
points les causes de l'impopularité du régime fran- 
çais. Nous ne nous arrêterons pas aux causes qu'il 
indique, parce que nous les avons, à plusieurs 
reprises, rencontrées dans les rapports des Com- 
missaires du Directoire. L'auteur du mémoire n'a 
d'ailleurs pas prétendu les signaler toutes. Son 
énumération en effet, ne comprend ni la loi sur la 
conscription, ni les mesures attentatoires à la 
liberté des cultes. Il ne parle pas non plus de l'ir- 
ritation qu'éprouvent les Belges de voir, dans les 
départements réunis, une foule de fonctions occu- 
pées par des Français. L'attention spéciale du 
gouvernement fut attirée sur ce point par un 
mémoire ' du général de brigade Rivaud, daté du 
29 novembre 1799 : 

« Les Belges, écrit-il, détestent les Français 
« dans les administrations civiles et judiciaires 
« parce qu'ils regardent comme un outrage qu'on 
« ne puisse trouver parmi eux des hommes j)ropres 

1 Quelques vues politiques sur les départements qui composent la 
24^ division militaire, par le général de brigade Rivaud (8 Frimaire 
an VIII) : carton Fi«, 27. 



- 57 - 

« aux affaires ; ce qui a formé la haine des Belges 
« contre les agents français, c'est l'avidité délion- 
(( tée, l'immoralité des Commissaires du Direc- 
te toire près les cantons, presque tous Français et 
« qu'on semble avoir choisis parmi ce que laFrance 
a avait de plus impur. » Continuant son exposé, 
et faisant allusion à la loi militaire, le général 
Rivaud insinuait d'autres avis au gouvernement : 
« Les Belges, disait-il, ont une passion décidée 
« pour la liberté de leur personne... Si on ne per- 
ce met pas le remplacement, les riches, qui ont 
a beaucoup d'influence, souffleront la révolte...; 
u si on permet les remplacements, les riches 
« achèteront des hommes à quelque prix que ce 
« soit et conseilleront d'obéir à la loi — )j Ce 
conseil caractérise déjà le régime nouveau. 

Les Français étaient entrés en Belgique au cri 
de : Guerre aux châteaux, paix aux chaumières! 
Guerre aux privilèges! Pour asseoir d'une manière 
durable leur domination dans le pays, ils s'étaient 
efforcés d'exciter les haines de classes et d'ameuter 
les pauvres contre les riches. Avec le Consulat 
tout change. Pour conserver nos provinces, ils 
renonceront aux procédés qu'ils ont employés 
pour les conquérir : au lieu de chercher dans 
les classes populaires un appui, qui d'ailleurs 
leur a fait défaut, ils se tourneront vers les 
classes supérieures de la société. Ils ménageront 
avant tout leurs intérêts. « Sous un gouverne- 
« ment comme le nôtre, pourra écrire quelques 
« années plus tard de Stassart, auditeur au 
« Conseil d'État, l'intérêt de tous ceux qui pos- 



— 58 - 

« sèdent est essentiellement lié à celui de l'État <.» 
Mais il y a dans la République, en général, et 
dans les départements belges, en particulier, bien 
d'autres maux à soulager que ceux causés par l'in- 
dignité d'une foule de fonctionnaires et par les 
rigueurs de la loi militaire. Qui ne se rappelle les 
pages éloquentes dans lesquelles Taine nous fait 
entendre, à la fin du Directoire, « le cri des misé- 
« râbles qui implorent en vain des secours, des 
« soins et un lit, » « la plainte des parents qui 
« ne peuvent plus donner d'instruction à leurs 
« enfants, » « le soupir, plus profond et plus 
« universel encore, des âmes en qui subsiste 
« ou se réveille le regret du culte aboli et de 
« leur église détruite? » Ce que l'éminent histo- 
rien dit de la France en général se vérifie en 
tous points dans les départements réunis. Les 
conseillers d'État qui y furent envoyés en mis- 
sion en l'an IX y ont parfaitement entendu « la 
« plainte universelle des indigents, des parents, 
« des fidèles 2. » 

Corroborant les renseignements fournis par les 
Commissaires du Directoire, le conseiller Regnaud 
de Saint- Jean-d'Angély, qui fut, avec le conseiller 
Redon, chargé de l'enquête dans les départements 
belges, constate que les écoles centrales et pri- 
maires y sont quasi-désertes et il avertit le gou- 
vernement « qu'il faut, si on ne veut que la 



* Lettre du 24 Brumaire an XIV (15 novembre 1805) au conseiller 
d'État Miot. F', 36742. 

2 Taine, Le Bégime moderne, I, pp. 213 seq. 



— 59 — 

« génération actuelle soit encore perdue pour 
« rinstruction, se hâter de l'organiser '. »> 

Si l'instruction publique est dans un état 
pitoyable, la bienfaisance appelle de son côté des ré- 
formes urgentes. « La mendicité, disent les con- 
seillers d'État envoyés en mission en Belgique, 
X s'est accrue par les malheurs de la Révolution, et 
( elle est arrivée à un tel excès que les personnes 
aisées ne rougissent pas de solliciter un secours 
dont elles n'ont pas besoin '\ » « Les hospices 
X militaires présentent le tableau de la misère et 
de la dégradation. Des couvertures sales et en 
lambeaux, des draps noirs, des paillasses presque 
X en fumier, des bois de lit vermoulus et sans 
rideaux, telle est à Liège, la composition du lit 
X du militaire malade qui a bien mérité de la 
patrie. Les salles sont ouvertes aux injures du 
X froid; et, ce qu'on aura peine à croire, une 
X croisée entière, enfoncée par un coup de vent, 
n'était bouchée depuis longtemps qu'avec des 
planches mal jointes dans la partie haute, et, 
X dans le bas qu'avec une mauvaise couverture 
clouée aux quatre coins '. » « Les enfants aban- 
donnés coûtent beaucoup au Trésor public, ou 
coûteront beaucoup quand il paiera \ » Et 



* Rocquain, ouvr. cité, p. 348. Le conseiller Regnaud de Saint- Jean- 
d'Angély fut chargé de parcourir la 24® division militaire, composée 
des départements delà Dyle, des Deux Nèthes, de la Lys, de l'Escaut 
et de Jeramapes. Le conseiller d'État Redon fut chargé de la 25® di- 
vision militaire comprenant les départements de Sambre et Meuse, 
de la Meuse inférieure et de l'Ourthe. 

2 Rocquain, ouvr. cité, p. 342. 
' Ibidem, p. 843. 

* Ibidem, p. 347. 



— GO — 

comme le Trésor était vide, on devine quel était 
le sort de ces malheureux. 

La situation des prisons n'est pas moins lamen- 
table : u Hommes, femmes, enfants, insensés, cou- 
« pables ou prévenus, étaient entassés pêle-mêle 
« dans des prisons malsaines et peu sûres. Depuis 
« l'arrivée des préfets, chaque espèce d'individus 
« est placée dans différents locaux , et le pain qui 
c( était de la plus mauvaise qualité est digne à 
« présent d'être offert à des hommes ' . » 

Le commerce est «. presque nul. » La plupart 
de ses branches sont d'ailleurs paralysées « par 
la dégradation effrayante » des routes. Dans 
les départements de la Dyle et de Jemmapes, 
la plupart des routes sont « impraticables. » 
Ailleurs, elles « sont viables. » Mais partout, il 
faut « de grandes et promptes réparations ^ » 
Avec les routes, les travaux publics les plus im- 
portants, sont négligés : l'état des dunes et des 
digues à Ostende et à Blankenberghe est des 
plus alarmants. Aussi la crainte d'une rupture 
tient-elle les habitants dans des transes conti- 
nuelles ^, 

La police est impuissante : « Le brigandage 
« dans les forêts est à son comble, et l'impunité a 
« enhardi les dévastateurs qui sont en bande, 
« bravent et injurient les gardes. Ceux-ci dégoûtés 
« de faire des rapports et des procès-verbaux aux- 
« quels les tribunaux ne donnent pas de suite, 

^ Rocquain, ouvr. cité, p. 344. 
« Ibidem, pp. 341 et 347. 
3 Ibidem, p. XLIII. 



— 61 — 

(( négligent totalement cette branche importante 
« de la richesse nationale ' . » 

Le personnel d'un grand nombre de tribunaux, 
de conseils généraux, de municipalités, etc., est 
incomplet. Dans les tribunaux comme dans l'ad- 
ministration, il est d'ailleurs fort en dessous de sa 
tâche. « Dans les campagnes, les maires ne savent 
« pas lire, les juges de paix n'ont aucune idée des 
« lois et pour comble de malheur, ceux qui pour- 
a raient tant bien que mal remplir ces fonctions 
« en sont détournés par des prêtres fanatiques 
« qui les damnent s'ils servent la République ". » 

C'est qu'en effet à l'époque où les conseillers 
de l'État envoyés en mission rédigent leurs rap- 
ports (février-mars 1801), la crise religieuse n'est 
pas encore résolue. Elle a toujours pour con- 
séquence d'éloigner des charges publiques les 
personnes considérées et influentes, qui ne croient 
pas pouvoir en conscience faire la promesse de 
fidélité à la Constitution". 

Avec la perdurance de la crise religieuse se 
maintient aussi cette distinction, si fatale à la 
tranquillité des esprits et à la paix des conscien- 
ces, entre le clergé non assermenté et le clergé 
assermenté. Ce dernier n'est d'ailleurs d'aucune 
utilité pour l'État. « On ne voit aucun moyen, dit 
« Regnaud, actuellement dmis les ?nains du gou- 



1 Rocquain, ouvr. cité, pp. 343 et 344. 

2 Ibidem, pp. 343, 344, 345, 349. 

' Au lieu du serment de haine à la royauté, le Consulat se bornait 
à exiger des ministres des cultes et des fonctionnaires la simple 
promesse de fidélité à la Constitution. 



— 62 — 

« vernemeni, de redonner quelque ascendant aux 
« prêtres assermentés; en vain les préfets leur 
« témoignent de la considération ; les rendent les 
« distributeurs de leurs aumônes; ils demeurent 
« dans une sorte d'interdit religieux '. » Les 
prêtres non assermentés au contraire continuent 
à jouir de la sympathie des populations et à être 
protégés par elles ^ « Le culte clandestin est 
« général, mais paisible '\ w 

Que faire pour rétablir la paix religieuse? Le 
temps est passé où l'on pouvait avec succès pro- 
poser « l'expulsion totale de la prêtraille et de la 
« moinaille insermentée \ » Des conseils plus sages 
commencent à prévaloir dans les sphères gouver- 
nementales : c( Les préfets pensent qu'il faudrait 
(c laisser aux prêtres une entière liberté, ne jilus 
« exiger de promesse «. » On le voit : dans la ques 
tion religieuse, de même que dans la question 
militaire, c'est par voie de transaction qu'on va 
s'attacher les populations ^ 

liedon et Regnaud signalent encore deux 
grands services publics, qui exigent des réformes 
urgentes : la tenue des registres de l'état civil et 
l'administration des contributions. 

« La tenue des registres est inexacte partout, 
a presque nulle en quelques lieux. » 



1 Rocquain, ouv. cité, p. 349. 

2 Ibidem, pp. 343 et 349. 
5 Ibidem, p. 349. 

4 Voir le Messager des sciences, 4* livraison 1893, p. 442. 

5 Rapport du conseiller Regnaud de Saint-Jean-d'Angély, dans 
Rocquain, ouvr. cité, p. 349. 

" Voir plus haut, p. 57. 



— 63 — 

« Lorsque les préfets succédèrent aux admini- 
« strations départementales, tout était à créer, le 
« plus grand désordre régnait dans toutes les 
« parties du service, les contributions ne se 
« levaient pas, les rôles même de répartition 
« n'existaient pas ou étaient imparfaits '. » Les 
habitants étaient victimes d'odieuses exactions : 
l'immoralité de quelques percepteurs, écrivait 
quelques jours après son arrivée à Bruxelles, 
Doulcet de Pontécoulant, premier j^réfet de la 
Dyle, a produit les abus les plus criants, « et la 
« différence des langues leur a fourni l'occasion 
« de surcharger, de faire payer deux fois les 
(( contributions aux malheureux habitants qui 
« n'entendent pas le français ^ » 

Telle était donc la situation dans laquelle le 
Directoire avait laissé la Belgique. Elle justifie la 
conclusion du conseiller d'État Redon : « Une 
« tourmente de dix années, les abus d'autorité, 
« les vexations des petits tyrans qui gouvernaient 
« avant le 18 Brumaire, avaient aliéné les habi- 
« tants de ces contrées. Ils abhorraient à cette 
« époque et la République qui était impuissante 
« à les protéger et les Français qui les traitaient 

« en pays conquis ^ » 

* 
* * 

Dans ces conditions, les Belges devaient être 
disposés à saluer avec joie la chute du Directoire. 



i Rocquain, ouvr. cité, p. 341. 

2 Rapport du 20 Germinal an VIT (10 avril 1800). F"- III, Dyle, 4. 

3 Rocquain, ouvr. cité, p. 341. 



— 64 — 

C'est ce qui arriva. Les résultats du coup d'État 
du 18 Brumaire furent accueillis avec la plus vive 
allégresse par l'immense majorité des habitants 
des départements réunis ' . « Le peuple , écrit le 
« préfet de la Dyle, froissé en tous sens depuis 
« notre entrée en Belgique désire le repos et 
« l'exercice de la liberté civile pour laquelle il a 
« combattu seul et avec la ténacité du vrai cou- 
o rage et du sentiment de sa dignité '\ » Ce repos 
et cette liberté, il l'attend du gouvernement 
consulaire : « Dans l'âme des plus inquiets, dit le 
« même agent, la révolution de Brumaire a fait 
« naître l'espoir de voir enfin l'exécution des pro- 
« messes qu'on n'a jamais remplies ^ x> 

C'est cet espoir qui causa la joie des habitants, 
et ce serait mal interprêter leur satisfaction que 
d'y voir quelque chose de plus. L'établissement 
du Consulat ne vint en rien affaiblir leurs aspira- 
tions vers un retour à l'indépendance nationale, 
ni augmenter leurs sympathies pour la France. 
Au dire du Commissaire du Directoire dans la 
Sambre et Meuse, beaucoup de Belges croyaient 
même que l'avènement de Bonaparte allait ame- 
ner le retour des Pays-Bas à l'Autriche. « La 
« satisfaction, mande-t-il à Paris, que font éprou- 
« ver aux habitants les événements des 18 et 19 



i Cf. Daris, ouvr. cité, t. III, p. 300; voir aussi un rapport de 
Lonhienne, agent du gouvernement batave, dans les Bulletins de la 
Commission royale d'Histoire, 3^ série, t. VII, p. 8; Rocquain, ouvr. 
cité, etc. 

2 Rapport du 10 avril 1800, déjà cité. F^^ III, Dyle, 4. 

3 Ibidem, 



— 65 - 

« Brumaire ne doit pas être attribuée à leur at- 
« tacliement au bonheur et à la prospérité de la 
« mère patrie, mais exclusivement à l'espoir d une 
« paix prochaine. Il en est peu qui envisagent la 
« paix comme le nœud qui doit les rattacher irré- 
« vocableraent aux destinées de la France; le 
« plus grand nombre au contraire se persuade 
« qu'à la paix le pa3^s reprendra son ancienne 
« forme de gouvernement et d'administration... *» 

Quoi qu'il en soit de ces illusions que la bataille 
de Marengo ne tarda pas à venir dissiper, les 
populations, pendant les premières années du 
Consulat, persistèrent à témoigner aux Français 
des sentiments ouvertement hostiles. Comme sous 
le Directoire, les écoles officielles restèrent vides 
les fonctions publiques continuèrent à être délais- 
sées par les notables, la conscription souffrit des 
difficultés insurmontables et la lutte contre les 
Français se poursuivit dans les élections ^ 

Les instituteurs de la Képublique n'ayant pas 
d'élèves « périssent de besoin, » écrit en mars 
1801 le préfet de l'Ourthe \ « Le plus faible lien 
(( qui attache un citoyen à la République est ap- 
« pelé crime, » écrit à la même époque le préfet 
de la Meuse inférieure, désolé de voir les maires, 
conseillers municipaux, etc., refuser de promettre 
soumission à la Constitution ou rétracter cette 



1 Rapport du 1" Frimaire an VIE (22 novembre 1799). ¥^' III, 
Sambre et Meuse, 3. 

2 Cf. les rapports des préfets pendant les années 1800 et 1801, dans 

F<<= m, Sambre et Meuse, n° 3, F^-^ lU, Dyle, n» 4, etc. ; Rocquain, 

ouvr. cité, pp. 340-350; Daris, ouvr. cité, t. III eiW,passim; etc. 

s Lettre de mars 1801, dans Daris, ouvr. cité, t. III, p. 306. 

5 



— GC — 

promesse quand ils l'ont faite\En novembre 1801, 
soit deux ans après l'avènement du Consulat, le 
préfet des P'orêts se voit obligé de consigner dans 
son rapport sur les élections de l'an IX le fait sui- 
vant : « C'est avec douleur que j'ai vu s'exécuter 
« un plan combiné depuis longtemps pour l'exclu- 
« sion des Français 2. « Le même fait s'est passé 
dans rOurthe quelques mois auparavant : u Point 
a de Français sur les listes de notabilités, écrit le 
« préfet en avril 1801, tel est le mot d'ordre du 
« plus grand nombre des hommes qui se croient 
« de l'influence ^ » 

A cette hostilité contre les étrangers, qui sur- 
vécut ainsi à la chute du Directoire, il y avait 
cependant un tempérament. L'opinion n'entourait 
plus le gouvernement de Paris et ses agents d'une 
insurmontable méfiance. Elle se laissait aller à 
une vive admiration pour le glorieux héros des 
campagnes d'Italie et d'Egypte et elle attendait 
de son génie les plus bienfaisantes réformes. 
« J'ai trouvé ici, écrit en octobre 1800, le préfet 
« de l'Ourthe, des citoyens enthousiastes du pre- 
« mier Consul, satisfaits du gouvernement, ren- 
te dant justice à ses intentions \ » Quand ces 
intentions se furent traduites dans les faits et que 



*■ Lettre de mai 1801, dans Daris, ouvr. cité, t. IV, p. 119. 

2 Rapport du 9 Brumaire an X (10 novembre 1801). F^" III, 
Forêts, 2. 

3 Rapport du 28 Germinal an IX (18 avril 1801). Fi' III, Ourtbe, 3, 

4 Rapport du 21 Vendémiaire an IX (17 octobre 1800). F*"^ III, 
Ourtbe, 3. Cf. aussi Rocquain, ouv. cité, p. 340, et les Souvenirs du 
comte de Mérode-Westerloo, sénateur du Royaume, Bruxelles, 1864, 

t. I; p. 110. 



— 67 — 

la confiance parut ainsi complètement justifiée, 
c'est-à-dire, quand, aux multiples bienfaits maté- 
riels du régime nouveau vint s'ajouter le bien 
suprême de la pacification religieuse, une détente 
générale se manifesta dans les esprits à tous les 
points de vue. C'est le moment aussi où la paix 
maritime vient d'être scellée à Amiens : le sort de 
la patrie belge semble irrévocablement fixé. Une 
nouvelle phase commence alors dans l'histoire de 
l'esprit public sous le régime français. 

Prosper Poullet. 
(A suivre.) 



G8 



ÂNALEGTES BELGIQUES'. 



VIII. 



LE P. NICOLAS DE LE VILLE, 

Prieur des Célestins d'Héverlé-lez-Louvain. 



§1. 

Le Monastère d'Héverlé et ses Prieurs. 

Le monastère de Notre-Dame des Célestins à 
Héverlé, près de Louvain, fut fondé en 1521 par le 
gouverneur de Charles-Quint, Guillaume de Croy, 
seigneur de Chièvres, et Marie-Madeleine de Ha- 
male, sa femme, qui tirent venir de France, et 
notamment de Metz, des religieux pour le peupler. 
La fondation fut approuvée en janvier 1522, par 
Charles-Quint, et, l'année suivante, par le pape 
Adrien VI "". Le couvent dut sa principale célé- 



1 Suite. Voir Messager des Sciences, 2^ liv. 1893, p. 206. 

2 Cf. sur le prieuré d'Héverlé, outre les ouvrages de N. de Le Ville : 
J. - B. Gramaye, Antiquifates UlHstrissimi ducatus Brahantiœ : 
Arscotiim ducatus (Bruxelles, 1606), pp. 33-34, avec une vue de 



— G9 — 

brité aux fastueux mausolées que la famille de 
Croy éleva à ses membres dans l'église ' . Il fut sup- 
primé à la suite de l'édit de Joseph II (13 avril 
1784). 

Voici la liste des prieurs qui dirigèrent cette 
maison depuis son origine jusqu'au premier quart 
du XVIIP siècle : 

I (1521-1529). Denis Le Fèvee, né en 1488. Après avoir 
fait ses études à l'Université de Paris et y avoir enseigné 
pendant dix ans le latin et le grec, il entra, en 1516, dans 
l'ordre des Célestins au monastère de Marcoussis, près de 
Montlhéry (Seine-et-Oise). Il était pro-prieur à Metz quand 
il fut appelé à Héverlé, qu'il dirigea depuis sa fondation 
jusqu'en 1534, En 1529, il céda le prioratau vicaire-général 
Antoine Panneton, pour le reprendre l'année suivante. Il 
fut nommé ensuite prieur du couvent d'Avignon (1534- 
1537), puis vicaire générai de la province de Gaule et 
prieur de Paris, où il mourut en 1538. On lui doit des 
commentaires sur la règle de saint Benoît, une vie de saint 
Pierre Célestin, fondateur de son ordre, des élégies sur la 



l'abbaye; — Corn, van Gestel, Historia sacra et profana archiepis- 
copatus Mechliniensis (La Haye, 1725), t. I, p. 220 ; — A. Sandeeus, 
ChorograpMa sacra Brahantiœ (2* éd., La Haye, 1726-1727), t. II, 
pp. 143-191, avec une vue reproduite dans Le grand théâtre sacré du 
Brabnnt, erronément attribué à J. Le Roy (La Haye, 1729), 1. 1. p. 152. 
Il ne reste des archives du monastère que quelques fragments 
conservés aux Archives générales du royaume, a Bruxelles, et 
dont voici l'énumération, d'après une obligeante communication de 
M'' Goovaerts : 1° dix-neuf titres de rente; 2° deux registres terriers, 
1682-1701 ; 3° cinq registres de la Cour censale du couvent d'Héverlé 
à Putte et Wavre-Notre-Dame, 1554-1736; 4» livre d'annotations pour 
l'administration des biens du couvent supprimé, 1789-1794. 

1 Cette église fut complètement dévastée, en 1796, par la populace 
de Louvain. Cf. Ed. van Even, Dévastations dans l'église des Célestins 
d'Héverlé-lez-Louvain en 1796, dans le Messager des Sciences, 1887, 
pp. 278-292 et 411-419, et tiré à part (Gand, 1887). 



— 70 — 

Passion du Christ et sur la i)rophétie de Siméon, des epi- 
grammata, des tragédies et des comédies, enfin un poème 
sur la Conception de la sainte Vierge ; ce dernier a été 
imprimé, ainsi que la vie de saint Pierre Célestin. Denis 
Le Fèvre eut comme sous-prieur Jean de Ranchicourt, 
d'Arras. 

II (1549). Antoine Panneton. 

III (1530-1534). Denis Le Fèvee. 

IV (1534-1538). Jean Jacquet, de Virton, licencié en 
droit. Ce fut le premier qui prononça ses vœux à Héverlé. 
Appelé en France, il mourut à Avignon en 1551. 

V (1538-1539). Jean Collemont. Il fut successivement 
prieur de Sens, où il avait prononcé ses vœux en 1506, 
d'Héverlé et de Metz, où il mourut dans un âge avancé. 

VI (1540-1542). Guillaume Mannenville, de Rouen. 
Après avoir fait sa profession à Paris, en 1498, il fut 
envoyé au couvent de sa ville natale, dont il devint prieur. 
En 1540, il fut nommé prieur d'Héverlé, où il mourut en 
1542. 

VII (1542-1548). Feançois Laeban, ou de Laeben. Il 
entra dans Tordre à Lyon, en 1512, et fut successivement 
prieur d'Avignon (1525-1531), d'Héverié (1542-1548) et de 
Mantes (1565), où il mourut. Il aida à la revision de la 
Bible française, dite des docteurs de Louvain (Louvain, 
Barth. de Grave, 1550; in-fol.). 

VIII (1549). Sébastien Vandee Hulst. Il avait pro- 
noncé ses vœux à Héverlé en 1535. Il redevint prieur de 
1559 à 1567, et mourut en 1576. 

IX (1549). Gilbeet Taverniee. Entré dans l'ordre à 
Paris, en 1534, il mourut à Mantes en 1551. 

X (1550-1551). Pieeee Sohiee. Il avait fait sa profession 
à Paris, le 30 novembre 1520, et avait été un des premiers 
Célestins d'Héverlé. En 1552, il retourna à Paris, où il 
mourut en 1556. 



— 71 — 

XI (1552-1559). Philippe van Hove. Il avait fait sa 
profession à Héverlé. Il mourut le 5 janvier 1559. 

XII (1559-15G7). SÉBASTIEN Vander Hulst. 

XIII (1567-1570). Lambert Bormans. Il avait prononcé 
ses vœux à Héverlé, le 18 mai 1545. Il mourut de la peste 
en 1578, àLouvain, où les religieux s'étaient réfugiés pen- 
dant les troubles. 

XIV (1570-1573). David Innés. 

XV (1574-1577). Jean Hollants. Il fit, en 1548, sa pro- 
fession à Héverlé, et mourut le 31 mai 15S4. Il passa 
quelques années en France et écrivit, paraît-il, des traités 
religieux. 

XVI (1577-1593). Augustin van Dormael. Il eut la 
direction du couvent pendant les troubles. S'étant réfugié 
à Louvain, il y vit périr de la peste le plus grand nombre 
de ses religieux. 

XVII (1594-1607). Pierre Angeli, ou Engels [?]. 

XVIII (1607-1622). Jean Kerremans, de Bruxelles. Il 
mourut à Héverlé en 1649. 

XIX (1622). Jacques Villers, d'Amiens, oii il avait fait 
sa profession en 1606- Il demanda bientôt de pouvoir re- 
tourner en France, et dirigea successivement plusieurs 
couvents de son ordre; il mourut en 1627. 

XX (1623). Adam Riolen, du couvent de Paris, oii il fut 
rappelé à l'expiration de la première année de son priorat 
à Héverlé. 

XXI (1624-1638). Louis Nicque, de Soissons. Il entra 
dans l'ordre au couvent de Ville-Neuve, près de Soissons. 
Après six ans de priorat, il retourna en France, où il 
dirigea plusieurs couvents. 

XXII (1631). Jean Lestoc, d'Amiens, où il lit ses vœux 
en 1606, et où il mourut en 1658. 

XXIII (1632-1638). François Liegault, né à Roye, en 
Picardie. Il entra dans l'ordre au couvent de Marcoussis, 



— 72 - 

où il enseigna la philosophie et la théologie, et dont il 
devint prieur, après avoir rempli les mêmes fonctions à 
Héverlé et à Sens. Il devint ensuite prieur de Paris et 
vicaire-général de Gaule. 

XXIV (1638-1649). Nicolas de Le Ville. 

XXV (1649-1650). Jean Keeeemans, neveu du XVIII'' 
prieur. 

XXVI (1657-1661). Nicolas de Le Ville. 

XXVII (1664-1668). Nicolas de Le Ville. 

XXVIII (1669-1670). Joseph Ronat. 

XXIX (1670-1673). François Thomas. 

XXX (1674). Pierre Guiaux. Il fut nommé, mais n'oc- 
cupa pas son priorat. 

XXXI (1674-1694). Jean Halfhuyze. 

XXXII (1694-1700). Germain Willemars. 

XXXIII (1701-1705). Pierre Vander Doot. 

XXXIV (1705-1722). Michel van Rivieren. 

XXXV (1722-....). François Samier. 



§ 2. 
Vie du P. de Le ViUe. 

Parmi ces religieux, il en est un, le P. de Le 
Ville, qui a particulièrement attiré mon attention, 
et dont la vie mouvementée ainsi que les nom- 
breux ouvrages m'ont paru mériter une étude 
détaillée. 

Né à Arras ', vers 1600, Nicolas de Le Ville fit 



* C'est par inadvertance que Faber Va fait naître à Wavre. 
Cf. Fr. Faber, Histoire du théâtre français en Belgique (Bruxelles, 



— 73 — 

sa profession au couvent des Célestins d'Amiens, 
le 28 juin 1624 ', entre les mains de son grand- 
oncle, Nicolas Cuveron, qui remplissait alors les 
fonctions de vicaire-général. Après avoir occupé 
la dignité de sous-prieur dans le monastère d'Es- 
clymont, près de Chartres, enBeauce,et dans celui 
de Colombier près d'Annonay, dans le Vivarais, 
il fut désigné, le 29 décembre 1637, pour succéder, 
comme prieur des Célestins d'Héverlé, à François 
Liegault. Il quitta Paris '', où il se trouvait alors 
à la disposition de ses supérieurs, et se rendit en 
Belgique par Amiens et Arras, accompagné d'un 
frère oblat, Denys Roelants, de Bruxelles. Il fut 
installé comme prieur d'Héverlé, le 29 janvier 
1638, par l'abbé de Parc, Jean Maes, qui était le 
visiteur du couvent. Le P. Liegault retourna 
aussitôt en France, accompagné du sous-prieur 
Coffinier. Pour remplacer ce dernier, de Le Ville 
fit choix du P. Chrétien van Ermeghem, qui ne 
devait pas tarder à succomber à la fièvre (12 février 
1639), et auquel succéda le P. Célestin Warrem- 
borre (12 avril 1639). La nomination du P. de Le 
Ville fut vue de mauvais œil par l'abbaye béné- 
dictine de Vlierbeek, qui avait conçu le dessein 



1878-1880), t. IV, p. 272. Dans le recueil cité par Faber, la Cynosure 
de l'âme, le P. de Le Ville dit lui-même : « Arras, lieu de ma nais- 
sance ». 

1 Cf. [Becquet], Gallicœ Cœlesthiorum congregrationis, ordinis 
S. Benedicti, monasteriorum fundationes. virorumque vita aut scriptis 
illustrium elogia histo}-ica (Paris, 1719), pp. 212-213. 

2 Tous les détails qui suivent, jusqu'à l'année 1661, sont empruntés 
à l'autobiographie du P. de Le Ville qui forme la fin de ses Annales 
cœnobii Heverlani, conservés en manuscrit à la Bibliothèque royale, à 
Bruxelles. 



— 74 — 

d'incorporer les religieux d'Héverlé, et l'on voulut 
tirer parti contre lui de l'édit du 2 octobre 1638, 
qui ordonnait d'expulser tous les Français établis 
dans les Pays-Bas. Un officier du magistrat de 
Louvain vient le sommer, le 12 de ce mois, de 
faire partir du couvent tous les religieux français, 
c'est-à-dire, ajoute-t-il, tous ceux qui ont fait leur 
profession en France. Cette interprétation paraît 
abusive au P. de Le Ville qu'elle vise directement, 
puisque né, à Arras, à un moment où cette ville 
faisait encore partie des Pays-Bas, il a prononcé 
ses vœux en France. Il se rend en hâte à Bruxelles 
et envoie une supplique au Conseil privé, qui lui 
donne gain de cause, le 15 octobre. Deux moines 
d'Héverlé, Jean-Baptiste Le Guisnes et Roisin, 
Français de naissance, mais qui avaient fait leur 
l^rofession à Héverlé, demandèrent, en même 
temps, au Conseil privé de pouvoir rester, à ce 
dernier titre, en Belgique. Sans attendre l'avis du 
Conseil, le prieur leur conseilla de rentrer en 
France, poussé par la crainte d'être envoyé à 
Amiens, lieu de sa profession, si la requête des 
deux pères étaient accordée. Ces derniers obéirent 
à leur supérieur et rentrèrent dans leur patrie. 
Craignant les entreprises de l'abbé de Vlierbeek 
qui avait écrit à Rome et en Espagne, le P. de Le 
Ville mit tout en œuvre pour sauvegarder les 
droits de son couvent. Il reçut des assurances for- 
melles qu'il n'avait rien à redouter; mais, pour 
écarter tout danger d'incorporation, il fit signer 
par ses religieux un acte solennel, passé devant 
un notaire public, en présence de l'abbé de Parc et 



— 75 — 

de deux témoins assermentés, acte dans lequel ils 
déclaraient vouloir vivre et mourir dans Tordre 
des Célestins (23 décembre 1G38). Le P. Nicolas 
Desnos, qui était alors provincial de France, en 
marqua toute sa satisfaction dans une lettre qu'il 
adressa quelques temps après aux religieux d'Hé- 
verlé, et il ne fut plus question d'incorporation. 

A l'assemblée de la province de France, dont 
dépendait la maison d'Héverié, tenue en 1640, le 
P. François Liegault, prédécesseur de N. de Le 
Ville, fut élu provincial, honneur dont Héverlé 
put être iîère. 

En 1642, la duchesse Dorothée de Croy ', femme 
de Charles, duc de Croy et d'Arschot, vint habiter 
le château d'Héverlé et manifesta beaucoup d'af- 
fection à l'égard des religieux. La faveur de P. de 
Le Ville inspira même de telles jalousies qu'il 
essuya, le 28 septembre, un coup de feu, au mo- 
ment où il rentrait du château au couvent, à sept 
heures du soir. Il ne fut heureusement pas atteint 
et put se réfugier au château. L'auteur de l'agres- 
sion demeura inconnu. 

Mais des dissentiments allaient bientôt s'élever 
entre la duchesse et le prieur et troubler la quié- 
tude du paisible monastère. 

La règle stricte de saint Benoit, à laquelle sont 
assujettis les Célestins, leur interdit, d'une ma- 



* Voir la notice consacrée à la duchesse dans la Biographie natio- 
nale, t. IV (1873), col. 558-559 (art. du général Guillaume). On trouve 
une pièce de vers français de Dorothée de Croy en tête de la Valhs 
maria na de M. Bourgeois (Mons, 1636). Cf. BiiUetin du bibliophile 
belge, t. IX (1852), pp. 382-383, et les sources y indiquées. 



— 7G — 

nière absolue, l'usage de la viande. Un induit 
pontifical avait, il est vrai, accordé jadis aux 
moines d'Héverlé la permission d'en manger; 
mais il avait été révoqué en 1627. En causant avec 
les religieux, Dorothée de Croy s'aperçut que plu- 
sieurs d'entre eux désiraient le rétablissement de 
la licence; elle écrivit dans ce but au provincial, à 
qui les moines adressèrent également une sup- 
plique, invoquant l'époque tourmentée pendant 
laquelle ils vivaient et la cherté des denrées. La 
duchesse ajoutait que l'ancien état de choses 
n'aurait pas dû être modifié sans le consentement 
des légitimes héritiers des fondateurs du monas- 
tère, et que la dispense ne pouvait que faire aug- 
menter le nombre des religieux. Le tout se fit à 
l'insu du visiteur, et surtout du prieur dont on 
craignait, à juste titre, la résistance. 

Aussitôt que le P. de Le Ville apprend ces pro- 
jets, il s'adresse aux comices provinciaux pour 
leur faire remarquer qu'il n'y a aucune nécessité 
de rétablir l'induit : le poisson est moins cher 
qu'avant la guerre, et le couvent n'est pas plus 
pauvre puisqu'il vient encore d'acquérir récem- 
ment quinze arpents de terre. D'autre part, l'in- 
duit obtenu jadis, et qui était révocable au gré 
des supérieurs, n'a eu que de mauvais effets : 
sept Célestins ont préféré quitter le couvent d'Hé- 
verlé et se retirer en France plutôt que d'adopter 
une vie qui les eût séparés de leurs confrères, et 
les eût privés des privilèges propres à leur ordre ; 
les choses sont allées de mal en pis jusqu'à ce 
qu'une réforme ait été établie. Le prieur en 



— 77 — 

conclut que le rétablissement de l'induit ne peut 
être qu"une nouvelle cause de troubles. Il ajoute, 
au point de vue formel, que deux religieux qui 
ont signé la requête n'y ont aucun droit, puisqu'ils 
ont fait leur profession après la réforme, et qu'ils 
se sont engagés solennellement à pratiquer l'ab- 
stinence régulière. Enfin, la volonté des fon- 
dateurs s'est clairement manifestée par ce fait 
qu'Anne de Croy a fait don au couvent d'un vivier 
et lui en a loué un autre à un prix minime pour 
faciliter l'exécution de la réforme. Tout ce que le 
P. de Le Ville veut bien admettre c'est que les 
supérieurs peuvent accorder une dispense tempo- 
raire de manger de la viande, mais en dehors du 
réfectoire. 

Sur ces entrefaites, eut lieu à Paris l'assemblée 
provinciale, et il y fut décidé que le droit d'ac- 
corder la dispense serait réservé au visiteur d'Hé- 
verlé, l'abbé de Parc, à la condition qu'il y eût 
nécessité. Celui-ci se rendit donc au couvent; 
mais, ému par les arguments du prieur, il ne crut 
pouvoir assumer la responsabilité d'une réforme 
qu'il ne jugeait pas indispensable, et en référa à 
l'avis du provincial. Celui-ci accorda alors le droit 
au prieur, qui était le meilleur juge du cas où la 
dispense serait nécessaire. 

La duchesse fut loin d'être satisfaite de ce ré- 
sultat, et elle tenta d'obtenir une nouvelle bulle 
par l'entremise du savant Erycius Puteanus, his- 
toriographe royal, dont un enfant avait été tenu 
sur les fonts baptismaux par le pape lui-même. 
De Le Ville de se rendre auprès de Puteanus pour 



— 78 — 

le dissuader de se charger d'une pareille mission. 

11 y parvient et continue, pour plus de sûreté, ses 
démarches en s'adressant à Farcheveque de Ma- 
lines et à la princesse de Chimai, Claire-Eugénie 
d'Aremberg. L"abbé de Parc se joint à lui, et 
l'archevêque et la princesse déclarent qu'ils ne 
consentiront jamais à ce relâchement. Chargée de 
l'administration des biens de son père, le duc 
d'Arschot, alors en Espagne, la princesse adresse 
même, dans ce sens, une lettre officielle au couvent. 

La haine que la duchesse de Croy avait vouée 
au prieur pour sa résistance, ne fait que croître 
de jour en jour. Elle répète qu'elle ne demande le 
rétabhssement de l'usage de la viande que pour 
le bien du couvent, où plus aucun religieux ne se 
présente à cause de l'abstinence trop rigoureuse. 
Les événements, cependant, lui donnent tort; le 

12 juillet, le frère Pierre Sodalis, de Louvain, 
prononce ses vœux ; peu après, deux autres no- 
vices se présentent, au grand contentement des 
habitants de Louvain à qui les ennemis du prieur 
avaient fait accroire que celui-ci ne voulait pas 
admettre leurs compatriotes. Dorothée de Croy 
obtient enfin du provincial, à force d'efforts, que 
l'ancien état de choses soit rétabli ; mais le prieur 
reçoit de son côté des instructions de son supé- 
rieur disant que ce rétablissement est laissé à sa 
discrétion. Le visiteur envoie aux religieux un 
message les engageant à se contenter de la per- 
mission que leur accordera, quand il le jugera 
nécessaire, le prieur, et à vivre en paix dans leur 
couvent. Rien ne manque à la lutte, pas même les 



— 79 — 

lettres anonymes que le P. de Le Ville reçoit et 
qui lui dénoncent, notamment, un des frères 
comme étant le principal fomenteur de troubles. 
Mais enfin son énergie triomphe. La duchesse feint 
de se résigner ; elle se réconcilie avec le prieur, 
et, j)araissant oublier tout ce qui s'est passé, elle 
l'invite à venir lui tenir compagnie et à jouer avec 
elle aux échecs pour passer le temps. Mir^andmn, 
remarque philosophiquement le prieur, quomodo 
tanta principissa sic dissimulare poterat! ... 

Le P. de Le Ville profita de la paix pour res- 
taurer dans son couvent les études qui y avaient 
été délaissées depuis longtemps. Il fait venir de 
Louvain Marquet pour donner un cours de théo- 
logie, et accroît considérablement la bibliothèque. 
Le 24 juillet 1644, Jean Calabres fait sa profession ; 
il est suivi, le 28 août, par Guillaume Greniers, 
et, le 28 mai 1645, par Gaspar Deens. Le prieur 
s'était attaché à leur instruction, et c'est en leur 
honneur qu'il fit paraître ses Applausus Cœlestini 
(1645). 

Cependant la duchesse revient à la charge. 
Elle s'adresse d'abord à l'abbé de Parc pour le 
prier d'user de son influence sur le prieur. Ce 
dernier rédige, à la demande du visiteur, une 
consultation théologique, démontrant, d'après la 
règle bénédictine, les constitutions des Célestins 
et les principaux docteurs, que la dispense de- 
mandée ne peut légalement être accordée, d'une 
façon générale, au couvent d'Héverlé. L'abbé de 
Parc ajoute des arguments tirés de divers théo- 
logiens et conclut, à son tour, que la dispense ne 



— 80 — 

peut être accordée qu'avec le consentement du 
provincial ainsi que du visiteur, dans des cas spé 
ciaux, et, en tout cas, que les religieux ne peuvent 
manger de la viande que hors du réfectoire. Visi- 
teur et prieur sont d'accord sur ce point ; mais la 
duchesse veut plus. Elle demande d'abord l'ancien 
induit pontifical; puis, voyant qu'on ne peut le lui 
remettre, elle recourt à l'internonce, à Bruxelles, 
et cite, par trois fois, le prieur d'Héverlé à com- 
paraître devant lui pour restituer l'induit et per- 
mettre de nouveau de manger de la viande dans 
le réfectoire. Pour être plus sûre de réussir, elle 
propose à l'internonce, Antoine Bichus, abbé de 
Saint- Anastase, d'être lui-même le visiteur d'Hé- 
verlé. L'abbé de Parc et le P. de Le Ville font 
remarquer à l'internonce qu'il n'a aucune juri- 
diction sur le couvent, ce que ce dernier refuse 
d'admettre. Ils craignent d'autant plus d'avoir 
l'internonce comme visiteur, que les anciennes 
visites de nonces ont laissé de fort mauvais souve- 
nirs. L'appui que l'archevêque de Malines promet 
au prieur ne lui paraît que fort illusoire et il craint 
que les deux prélats ne disputent à ses dépens au 
sujet de leur autorité : res illa, dit-il, me anxium 
valde reddidit, apprehendens ne hi duo prœlati nos- 
iris expensis et damno de sua autoritate litigai^ent. 
Le P. de Le Ville ne cesse de faire des démarches ; 
il s'adresse au seigneur de Wavre, pour réclamer 
de nouveau l'appui de la princesse de Chimai, au 
R. P. Charles d'Aremberg, capucin, oncle du 
duc d'Arschot; il se présente trois fois chez ce 
dernier et trois fois il n'est pas reçu. 11 commence à 



— 81 — 

s'apercevoir que les forces ne sont pas égales et 
qu'il finira par succomber dans la lutte. En effet, 
le provincial lui envoie Tindult daté du 9 janvier 
1646, et accordant aux Célestins d'Héverlé la 
permission de manger de la viande, dans le réfec- 
toire, trois fois par semaine. 

De Le Ville essaie encore de temporiser : après 
avoir fait examiner l'induit par les docteurs de 
Louvain, et spécialement par l'augustin Michel 
Paludanus, il le soumet à l'abbé de Parc afin que 
celui-ci lui ordonne de l'appliquer. L'abbé renvoie 
la chose au provincial, à Paris. Irritée de ces re- 
tards, la duchesse envoie des lettres pressantes 
au P. Barbey, qui était alors provincial, et ce 
dernier donne son consentement à l'exécution de 
l'induit. Il ne reste plus qu'à obéir, et cependant 
le P. de Le Ville tente encore d'arracher à Do- 
rothée de Croy une concession : qu'il lui soit au 
moins permis de laisser passer les Pâques avant 
d'introduire la réforme. Vains efforts : la duchesse 
exige impérieusement Texécution immédiate de 
rindult. C'est ainsi que le jour même de Pâques, 
en 1646, la viande fit sa réapparition sur la table 
du réfectoire. 

Je me suis étendu un peu longuement sur cette 
lutte entre le P. de Le Ville et la duchesse de Croy ; 
mais elle m'a paru former un épisode curieux et 
intéressant de la vie monastique au XVIP siècle. 
Je n'ai fait, d'ailleurs, que résumer le prieur lui- 
même qui a tenu, nous dit-il, à écrire l'histoire 
complète de cette restauration, afin de faire voir 
à la postérité tout ce qu'il a souffert : iit noverit 





— 82 — 

posleritas quantas oh rem hanc difficultates atque 
molesUas jicissiis sim, et pour que ses successeurs 
puissent, dans des temps meilleurs, rétablir la 
stricte observance : atque aliqui melion'bus postea 
temporibus exsurgant, qui vi inductum hune esum 
carnium ^;^ai«s?"ô«7z helli tempore, quœ sola causa 
militabat, in Domino restaurent . 

Cette même année 1646 vit paraître ses Poemata 
Cœlestina, suivis, en 1647, des Elegiœ et commen- 
tarii in mi/steria Incarnationis, Passionis et Glori- 
ficationis Jesu Christi. Dans ce dernier ouvrage, 
le P. de Le Ville décrit, notamment, les superbes 
verrières qui ornaient le cloître d'Héverlé. Il en 
rédigea également une description française en 
1648, sous le titre de : Description du cloistre des 
Célestins d' Hevô?^e-lez-Louvai?î, qu'il fit suivre d'une 
Petite histoire des hommes illustres de l'ordre des 
Célestins. De cette description restée manuscrite, 
le baron de Reiffenberg vit, vers 1838, chez le 
libraire De Bruyn, à Malines, une copie dont je 
n'ai pu retrouver la trace. 

Cependant, les effets de la lutte soutenue contre 
la duchesse par le prieur, ne tardent pas à se faire 
sentir pour celui-ci. La position devient insoute- 
nable tant vis-à-vis de Dorothée de Croy que des 
religieux même, dont il a refusé si obstinément 
d'écouter les désirs. A la fin de l'année 1648, le 
P. de Le Ville reçoit l'ordre de rentrer en France, 
et de se tenir, dans un des couvents de Paris, de 
Marcoussis, de Rouen ou du Mont-de-Châtres, à la 
disj)Osition du provincial; on lui faisait, d'ailleurs, 
entrevoir l'espoir d'obtenir un autre priorat.Il obéit 



— 83 — 

et se met en route pour le Mont-cle-Châtres {Mons- 
Castrorum)A^^^^ le forêt de Compiègne. En passant 
par Amiens, il apprend que l'on vient de désigner 
les titulaires des priorats vacants. A cette nou- 
velle, il conçoit le dessein de renoncer à la charge 
de prieur, préférant le repos aux agitations de 
ceux qui doivent conduire leurs semblables. Mais 
les moines d'Amiens , couvent où il a prononcé ses 
vœux, lui font remarquer que ce serait un dés- 
honneur pour leur maison, et que, pour prouver 
qu'il n'est nullement en faute, il doit solliciter un 
autre priorat. Lors de la visite du provincial au 
Mont-de-Châtres , en 1649, le P. de Le Ville est 
entendu par son supérieur; celui-ci lui donne com- 
plètement raison et lui dit de garder son rang de 
prieur, jusqu'à ce qu'il en puisse exercer effective- 
ment les fonctions . Les lettres d'obédience de 
prieur d'Héverlé avaient été adressées au sous- 
prieur, le P. Moutarlot, de Dole, qui était arrivé 
à Héverlé, peu avant le départ du P. de Le Ville, 
et avec l'espoir de lui succéder; mais ces lettres 
ne lui furent pas remises, grâce aux intrigues des 
religieux qui n'aimaient guère le nouveau venu. 
Comme il n'y avait, en somme, pas de prieur à 
Héverlé, le P. de Le Ville se rendit au chapitre 
provincial, afin d'y siéger à ce titre. En le voyant 
arriver, le P. Gueau, provincial, fut fort embar- 
rassé ; il tenta de l'écarter en lui disant que deux 
prieurs du même monastère ne pouvaient avoir 
voix au chapitre. Notre prieur répondit qu'il 
n'avait pas été dépossédé de sa dignité, qu'il 
avait donc le droit de siéger à l'assemblée, et il 



84 



invoqua l'avis dos visiteurs présents. Le P. Gueau 
le pria alors de bien vouloir attendre jusqu'au len- 
demain; il espérait, en effet, recevoir un message 
du P. Moutarlot, lui notifiant le choix d'un délé- 
gué en qualité de prieur d'Héverlé. Mais, comme 
nous l'avons vu, le P. Moutarlot n'avait pas reçu 
ses lettres d'obédience; il n'eut donc pas lieu 
d'envoyer de substitution, et le P. Gueau fut bien 
forcé d'admettre au chapitre le P. de Le Ville qui 
y fut renommé prieur d'Héverlé. 

Toutefois, craignant que cette situation anor- 
male ne fit trop de tort à sa maison d'Héverlé 
qu'il chérissait malgré tout, le P. de Le Ville 
renonça à sa charge, à la condition de pouvoir en 
conserver le rang et le titre. C'est ainsi que le 
P. Kerremans, neveu d'un ancien prieur d'Héverlé, 
fut mis à la tête de cette maison, tandis que le 
P. de Le Ville allait se livrer à l'enseignement de la 
philosophie au couvent de Marcoussis (Seine-et- 
Oise), toujours avec le titre de prieur d'Héverlé. 
C'est à Marcoussis qu'il rédigea sans doute les 
biographies des supérieurs de la province fran- 
çaise des Célestins : Vitœ superi07-wn gallicœ Cœles- 
tinorum congregationis ; Becquet (ouvrage cité) 
nous apprend, en eflet, qu'un manuscrit en était 
conservé dans la bibliothèque de ce couvent. 
C'était peut-être un remaniement de la Petite his- 
toire des hommes illustres de l'ordre des Célestins, 
signalée plus haut. 

Le priorat du Mont-de-Châtres étant devenu 
vacant, le P. de Le Ville y fut appelé au mois de 
novembre 1649. Il dirigea ensuite le monastère de 



— 85 — 

Sens, où il avait jadis rempli pour la première 
fois le divin ministère : ubi olim, dit-il ', jvimo 
clivmis opérât us fuerat, puis celui d'Esclymont, où 
il avait débuté comme sous-prieur, au commence- 
ment de sa carrière ecclésiastique. - 

Cependant, à Héverlé, les choses allaient de mal 
en pis ; le nouveau prieur n'avait pas su s'at- 
tacher les sympathies des religieux, et la mauvaise 
administration des biens du couvent entraînaient 
ce dernier vers sa perte temporelle. Le P. Kerre- 
mans lui-même ne vit d'autre remède à la situation 
que le rappel du P. de Le Ville, ardemment sou- 
haité jusque parles religieux. Il écrivit dans ce 
sens au provincial. Instruit par l'expérience, le 
prieur d'Esclymont hésita avec raison avant de se 
décider à accepter le poste qu'on lui offrait; mais 
son amour pour Héverlé l'emporta. Il revint, pour 
la seconde fois, à Louvain, au mois de mars 1557. 
Il était accompagné du P. Bugghens, sous-prieur, 
qui avait aussi quitté le couvent pour se retirer en 
PYance. Ainsi, la paix spirituelle rentra enfin au 
monastère, si longtemps déchiré par des querelles 
intestines. 

Aussitôt l'activité intellectuelle de notre auteur 
reprend et il fait paraître successivement la Cyno- 
sure de l'âme (1658), les Dévotes conceptmis (1659), 
les Hieroglyphica mariana (1660) et les Heverlea 
celestina (1661). En même temps, il met tout ses 
soins à tâcher de rétablir les finances du couvent. 

A ce moment, ses supérieurs le rappellent de 

1 Heverlea Celestina, p. 196. 



— 80 — 

nouveau en France pour lui confier le priorat du 
monastère de la Sainte Trinité près de Mantes, 
dans le diocèse de Rouen. C'est dans cette dernière 
ville que parait son Hyimms novemdialis in B. 
Petru77i de Lux'enibw'go{l{)63), qu'avait précédé une 
pièce de circonstance dédiée à CélestinTelera,abbé 
général de la congrégation des Célestins (1661). 

Elu une troisième fois prieur d'Héverlé, en 
1664, d'après la chronique du couvent commu- 
niquée à Sanderus par le prieur Samier ', il occupa 
cette dignité jusqu'en 1668. Affaibli par l'âge, il 
se décida alors à l'abandonner ^ et fut remplacé 
par J. Ronat, qui prit possession du priorat le 
4 février 1669. Le P. de Le Ville se retira au cou- 
vent d'Amiens, où la mort vint le surprendre 
dans le cours de cette même année '. 

Comme on a déjà pu en juger par leurs titres, 
les ouvrages du P. de Le Ville sont presque exclu- 
sivement consacrés à l'histoire et à la glorification 
de son ordre. Ils n'ont guère d'intérêt qu'à ce 
point de vue, car le poète est peu remarquable et 
je suis loin de vouloir le comparer à Sidronius 
Hosschius, son illustre contemporain. La descrip- 
tion détaillée qu'on en trouvera plus loin, fournit, 
je pense, tous les renseignements désirables sur 
chacun d'eux. 

Paul Bekgmans. 

(A suivre.) 



1 A. Sanderus, Chorographia sacra Brabantiœ, 2^ éd., t. II, p. 189. 

2 Sponte, dit Becquet, ouvr. cité, p. 213. 

' Becquet, ouvrage cité , et J.-Fb. Foppens, Bibliotheca helgica 
(Bruxelles, 1739), t. II, p. 925. 



— 87 



DE 

LA PROPRIÉTÉ FONCIÈRE 

DANS LA GRÈCE ANCIENNE. 



La propriété foncière en Grèce jiisqiià la conquête 
romai7ie, tel est le titre d'une œuvre magistrale 
de M. P. Guiraud, à laquelle l'Académie des 
sciences morales et politiques vient de décerner le 
prix Bordin (Paris, un vol. gr. in-8°, 652 p., 1893, 
Imprimerie nationale). Étudier la propriété dans 
son organisation, son emploi, son appropriation 
aux besoins de l'homme et les luttes dont elle a été 
l'objet; donner les résultats de cette vaste étude 
étendue à toute la littérature grecque ; les exposer 
avec ampleur, sûreté de jugement, vivacité de 
couleur et netteté de dessin, c'est nous donner un 
magnifique tableau de la civilisation hellénique 
elle-même. 

Les Grecs ont-ils commencé par la propriété 
collective? Même après avoir passé de l'état no- 
made et pastoral à l'état sédentaire et agricole, 
demeurèrent-ils longtemps étrangers à Tidée de la 



— 88 — 

propriété privée? L'auteur débute par la réfuta- 
tion de M. P. Viollet {Bibliothèque de V École des 
chartes, 1872) et de M. E. de Laveleye [De la pro- 
priété et de ses formes primitives) qui ont cru voir 
le communisme aux origines de la société hellé- 
nique, opinion qu'avait déjà combattue M. Fustel 
de Coulanges {Recherches sur quelques iiroUèmes 
d'histoire) . 

Nous croyons que la réfutation est péremptoire ; 
et fût-on d'une autre opinion, il n'est pas moins 
intéressant de suivre l'exposé de ce débat. Les 
auteurs racontent que les Grecs, quand ils créaient 
une colonie, commençaient par procéder au par- 
tage de la terre. Du moment que ces hommes, à 
peine débarqués, se hâtaient de diviser le sol, c'est, 
dit M. Guiraud, qu'ils étaient familiers avec le 
droit de propriété personnelle. Tous les docu- 
ments, sans en excepter un seul, signalent la for- 
mation et la distribution des lots de terre comme 
le premier acte des colons. 

Mais il est assez probable aussi que, dans la 
Grèce antique, les familles ne se partageaient pas, 
même par voie d'allotissement volontaire, les 
pâturages des montagnes, et que ces espaces res- 
taient ouverts à tout venant. Les documents ne 
font jamais figurer d'herbages parmi les éléments 
de la fortune privée. Il faut supposer qu'en dehors 
des terres arables réparties entre les propriétaires, 
il existait des terrains vagues dont ceux-ci avaient 
la jouissance et où ils envoyaient leurs troupeaux. 
Aussi n'est-il point question dans Homère, de clô- 
ture pour les terres de cette espèce ; il semble qu'ici 



— 89 — 

tout soit indivis et que rien ne gêne la liberté de 
parcours (p. 57). 

Empruntons une page des premiers chapitres, 
pour donner immédiatement une idée de la ma- 
nière de l'auteur, en des questions qui, à j^remière 
vue, pourraient paraître arides et ne présenter 
d'intérêt que pour les savants : 

« ...Comme la femme était destinée à passer par le ma- 
riage dans une maison étrangère, on lui refusait tout droit 
sur les biens de la famille... De fait, on ne voit guère dans 
l'Iliade ni dans l'Odyssée qu'une femme recueille la moindre 
parcelle des biens de son père défunt. Originairement, 
l'usage de la dot n'existait pas, à en juger par Lacédémone 
qui la proscrivit pendant de longs siècles. Pourtant dès 
l'époque homéri(iue, c'était l'habitude que la fille, en se 
mariant, emportât quelque chose avec elle ; mais son père 
ne lui donnait jamais de terres ; ses présents étaient tou- 
jours des bestiaux ou des objets mobiliers, souvent com- 
pensés d'ailleurs par les cadeaux qu'il recevait lui-même 
du fiancé. La dot n'était pas un avancement d'hoirie, mais 
un don manuel. A vrai dire même, ce n'était pas un don ; car, 
si le mariage se rompait, la fille, en retournant auprès de 
son père, lui rapportait la dot. ïélémaque ne veut pas 
renvoyer Pénélope, parce qu'il serait obligé de restituer les 
biens qu'on lui a donnés à l'occasion de son mariage ; mais 
ce n'est pas à elle qu'il devrait les rendre, c"est à son père 
Icarios. Toutes ces règles paraissent dériver d'un même 
principe, à savoir l'incapacité absolue de la femme à rien 
posséder, sauf peut-être quelques objets d'un usage courant, 
comme les instruments de travail ou les esclaves domes- 
tiques... (p. 58). » 

L'auteur rappelle la faible étendue des terres 
cultivées dans la société homérique, la vaste 



— no — 

étendue des pâturages, et le grand nombre d'in- 
dividus exclus de la possession du sol et allant 
chercher des terres au dehors : premières coloni- 
sations. Celles-ci remédient aux inconvénients 
qu'entraine l'état de la propriété. Quand le sol est 
concentré dans un petit nombre de mains, l'émi- 
gration sert de dérivatif aux mécontentements 
qui en résultent. « On congédie, dit Platon, ceux 
qui n'ayant rien, convoitent les biens de ceux qui 
ont quelque chose ; on s'en défait comme d'un mal 
engendré par la cité, et l'on couvre ce renvoi du 
prétexte honnête de fonder une colonie. » 

Dans un excellent chapitre consacré aux « rap- 
ports entre l'évolution de la propriété et la succes- 
sion des régimes politiques en Grèce, «M. Guiraud 
nous montre la formation d'une classe roturière, 
par le défrichement, par la dissolution de la pro- 
priété familiale, et par les révolutions. Ecoutons 
comment celles-ci contribuèrent au déplacement 
de la propriété foncière et au morcellement des 
terres : 

« Dans les années qui précédèrent Solon, dit-il (p. 136), 
les Athéniens pauvres ne songeaient qu'à dépouiller les 
riches; ils voulaient que chacun eût une part égale du sol 
de l'Attique, et ils réclamaient avant tout un partage 
agraire. Partout les convoitises de la plèbe devaient être les 
mêmes, et le témoignage de Théognès sur Mégare n'est pas 
moins explicite que celui de Solon sur Athènes. Il n'est 
donc pas étonnant que tout succès de la démocratie ait été 
accompagné de la spoliation, au moins partielle, des aris- 
tocrates. Trop faible en général pour attaquer de front une 
classe dont la puissance avait des racines si profondes dans 



— 01 — 

le pays, la plèbe se fit de la tyrannie une arme contre elle. 
La tyranie fut l'élément perturbateur par excellence des 
anciennes mœurs et des vieilles institutions. Tous ceux qui 
l'exercèrent, sauf peut-être Pisistrate, dont les historiens 
les plus graves nous vantent la modération, travaillèrent à 
appauvrir l'oligarchie par des confiscations répétées, en 
même temps qu'ils la décimaient par des massacres et par 
des sentences d'exil. Les biens que l'État acquérait de la 
sorte, étaient ensuite distribués à la foule ou vendus à vil 
prix... » 

Mais dès lors aussi, le nombre des propriétaires 
augmente; il y eut, nous dit Thucydide (I n. 13), 
beaucoup plus d'individus intéressés à trouver 
dans les lois des garanties efficaces pour leurs 
biens comme pour leurs personnes. Et ces garan- 
ties, ils ne pouvaient se les procurer qu'en pre- 
nant une part directe au gouvernement. La bour- 
geoisie exigea donc que les droits politiques fussent 
étendus à tous ceux qui justifiaient d'un certain 
chiffre de fortune, et c'est ainsi qu'à raristocratie 
de naissance succéda une aristocratie censitaire 
(p. 138). La marche vers la démocratie ne s'arrêta 
pas là; elle se poursuivit au contraire, avec des 
allures diverses, dans la majeure partie du monde 
hellénique, et il y eut un moment où, dans maintes 
réj^ubliques, l'égalité fut absolue. Ce principe 
triompha principalement dans les États où la pro- 
priété était la plus morcelée et où le commerce 
maritime et les spéculations financières s'étaient 
le plus développées. 

Nul ne pouvait devenir propriétaire foncier s'il 
n'était citoyen. Pour être citoyen, il fallait être né 



— 02 — 

d'un père citoyen et d'une mère citoyenne, unis 
par un mariage légitime. Le droit de propriété 
foncière était tellement inhérent au droit de cité, 
qu'on le gardait même après avoir émigré, pourvu 
qu'on restât citoyen. Les colons qu'Athènes ré- 
pandit dans toutes les directions étaient consi- 
dérés, eux et leur postérité, comme citoj^ens 
d'Athènes ; ils le constataient dans leurs épitaphes. 

L'auteur traite successivement et avec une 
érudition qui a toujours puisé directement aux 
sources et n'en a négligé aucune, en jurisconsulte 
autant qu'en historien, des personnes capables de 
jjosséder, des caractères généraux du droit de 
propriété en Grèce, du droit de propriété dans ses 
rapports avec les fonds voisins, avec l'État, des 
successions, donations, testaments, des contrats 
relatifs à des droits immobiliers, du domaine de 
l'État, de son accroissement par la conquête, de 
la propriété sacrée. 

L'État n'acquérait aucun bien par succession 
ou déshérence. « Il n'est pas d'homme, dit Isée, 
qui étant près de mourir, ait assez peu de souci 
de lui-même pour vouloir laisser sa famille sans 
descendants; car il n'y aurait alors personne pour 
lui rendre le culte dû aux morts. » On parait 
presque toujours à cet inconvénient par l'adop- 
tion. S'il arrivait pourtant qu'un foyer fût désert, 
un citoyen était choisi qui consentit à recueillir 
l'héritage et à continuer les sacrifices de la fa- 
mille. 

Passons à la propriété sacrée. On donne aux 
dieux une partie du butin; on leur alloue le 



— 93 - 

dixième des terres conquises, au témoignage de 
Thucydide. Les dieux s'enrichissaient aussi du 
produit de certaines confiscations judiciaires. 
Dans des décrets athéniens, on lit que si un indi- 
vidu se rend coupable de tel délit, ses biens seront 
confisqués et qu'Athena en aura le dixième. 

« La propriété religieuse, dit M. Guiraud, n'était en 
somme, dans tout le monde grec, qu'une annexe de la pro- 
priété publique. Cela est si vrai qu'on allait souvent jusqu'à 
les confondre l'une avec l'autre... Timothée demande qu'on 
lui cède, dans l'enceinte du temple d'Apollon, à Anaphé,un 
emplacement oii il élèvera à ses frais une chapelle dAphro- 
dite, qui, une fois terminée, sera un immeuble public. Un 
décret athénien du IL siècle avant Jésus-Christ fait allusion 
à des terrains qui ont été de tout temps la propriété des 
dieux, des héros et du peuple (p. 374). 

« Mais on avait beau reconnaître aux dieux l'absolue 
possession de leurs biens ; leurs droits étaient au fond très 
limités. Tandis qu'ils jouissaient de la personnalité civile 
dans toute sa plénitude, tandis qu'ils avaient la faculté 
d'acquérir indéfiniment et que l'État les comblait de ses 
dons, l'autorité religieuse n'avait à l'égard du temporel des 
temples qu'un pouvoir insignifiant d'administration » 
(p. 369). 

Cinquante pages, qui ne sont pas les moins 
intéressantes de cette belle œuvre, sont consacrées 
à l'agriculture hellénique et aux productions du 
sol. Nous y voyons que les Grecs connurent le 
poirier, le pommier, le grenadier, le cognassier, 
l'amandier, le prunier, le noyer, le cormier, le 
châtaignier, le noisetier, le cerisier des oiseaux. 
La culture maraîchère comprenait une assez 



— 94 — 

grande quantité de légumes : la fève, la lentille, 
le pois chiche, le haricot, le luj)in, le chou, l'ar- 
tichaut, le navet, le radis, le raifort, la laitue, le 
céleri, l'oignon, l'ail, la ciboule, le jioireau, le cor- 
nichon, la betterave, la carotte, le potiron, le 
melon ou la pastèque. Nous n'en avons pas beau- 
coup plus. 

La vigne était cultivée à peu près partout en 
Grèce et les vins y étaient de qualités très diverses. 
Aussi avait-on jugé nécessaire de prendre des 
précautions contre la fraude : les amjDhores desti- 
nées au transport des vins de Cos, de Thasos et 
de Rhodes, étaient souvent marqués d'une sorte 
d'estampille qui avait les caractères d'un certificat 
de date et d'origine. 

L'auteur ne néglige pas de nous donner un 
aperçu des charges de la propriété foncière, dîme 
des dieux, impôt foncier, mode de perception ; 
enfin il traite du revenu, du prix des denrées, et 
de la valeur vénale des terres. 

Une dernière partie est consacrée au socialisme 
et aux lois agraires : 

« Partout, dit M. Guiraud, le sol était une proie que les 
factions se disputaient par la force et qui allait de l'une à 
l'autre, au gré des vicissitudes politiques. Loin d'être, 
comme à l'ordinaire, une garantie de stabilité pour la 
société, elle était une cause de révolutions incessantes, et 
elle contribuait pour une large part à la décadence du 
monde hellénique. La guerre civile fut alors plus que 
jamais l'état habituel, régulier, normal de la Grèce. Il n'y 
avait presque plus, dans la vie des individus ou des cités, 
aucun acte, aucune ambition, aucune pensée qui ne se 



— 95 — 

rapportât h cette lutte des partis... Les deux moitiés des 
habitants étaient tour à tour persécutées ou persécutrices, 
et un citoyen était un ennemi dont on convoitait la richesse 
ou dont on craignait Tinsurrection... » 

M. Guiraud nous dit modestement que sa 7nono- 
graphie peut être de quelque utilité pour les études 
sociologiques, mais à la condition qu'on n'en tire 
pas de conclusions trop générales et qu'on ne lui 
attribue pas une portée qu elle ne saurait avoir. 
Les faits qu'il a exposés ne sont vrais que pour la 
Grèce. Affirmer que le droit de propriété se déve- 
loppe partout d'après les principes immuables, 
c'est s'exposer à de graves erreurs. Il serait im- 
prudent d'y chercher l'annonce anticipée des 
destinées de la propriété foncière en France et en 
Europe : 

« Si la Grèce, dit-il, a péri par le socialisme agraire, il 
n'en résulte pas que nous soyons condamnés à subir un sort 
pareil... Les pauvres demandaient alors des terres comme 
ils demandent aujourd'hui du travail. L'extension pro- 
digieuse du commerce et de l'industrie a doublé le champ 
ouvert à l'activité humaine, l'abolition de l'esclavage et du 
servage a débarrassé de toute concurrence la main-d'œuvre 
libre ; et Ton peut dire sans optimisme niais, qu'un homme 
a de nos jours y^lus de moyens qu'un Grec pour gagner sa 
vie. » 

Et plus loin, dans sa dernière page, l'auteur 
ajoute : 

« Les Grecs ne contestaient pas le principe de la pro- 
priété privée; ils voulaient seulement qu'elle fût mieux 
répartie, et que chacun reçût et gardât une part égale du sol 



— 96 — 

national. Nos réformateurs sentent bien que c'est là une 
chimère, surtout à une époque où les capitaux mobiliers 
sont si abondants; aussi demandent-ils que la propriété, 
c'est à dire le sol, les machines et les capitaux, ait un 
caractère social et que les produits seuls soient distribués 
entre les travailleurs. Les doctrines de Platon et d'Aristote 
n'ont donc aucun rapport avec les théories des collectivistes 
actuels, sauf sur quelques points de détail, et il est mani- 
feste que si ces derniers réussissaient à appliquer leurs 
projets, les sociétés qui sortiraient de leurs mains, n'au- 
raient pas la moindre ressemblance avec la société hellé- 
nique, ni même avec les sociétés qu'Agis et Cléomène, 
qu'Aristote et Platon ont rêvé de constituer. Ainsi se 
modifient à travers les âges les problèmes sociaux et les 
solutions qu'on essaye d'y apporter. Quoiqu'il y ait dans la 
nature humaine un fonds permanent d'idées et de senti- 
ments, on n'a jamais vu dans le monde deux sociétés exac- 
tement pareilles. Le présent ne reproduit pas le passé trait 
pour trait, et la connaissance la plus approfondie de l'his- 
toire ne jette que des lueurs incertaines sur l'avenir. .. » 

Si même ces lueurs étaient moins incertaines, 

encore n'éclaireraient-elles, de toute manière, que 

quelques esprits cultivés, curieux de ce passé 

glorieux de la civilisation hellénique, en même 

temps inquiets des problèmes de notre avenir, et, 

par cela même qu'ils sont l'élite, condamnés en 

des temps démocratiques à rester sans action ni 

pouvoir sur le présent. 

Ad. D. 



97 — 



VARIÉTÉS. 



Rapports confidentiels adressés par N. (^ornelissen 
AU préfet du département de l'Escaut. — Aux ar- 
chives communales de Gand il existe un registre intitulé 
« Correspondance de police avec le préfet » et comprenant 
les années 1809 et 1810. Ce registre, dont nous avons déjà 
donné des extraits antérieurement', contient les minutes 
des rapports adressés au préfet du département de l'Es- 
caut, d'Houdetot, par Norbert Cornelissen, à cette époque 
chef de bureau à la mairie de Gand oii il avait dans ses 
attributions tout ce qui concernait la police administrative. 

Le gouvernement impérial voulait, jour par jour, être 
tenu au courant des moindres événements qui arrivaient 
en France et dans les pays annexés. Nous en trouvons la 
preuve dans les deux rapports, l'un du mois d'octobre 1809 
l'autre du mois de février 1810, sur des incidents qui 
venaient de se passer à Gand. 

1. 

Le premier i-apport concerne les réclamations adressées 
à l'autorité municipale par les femmes et les mères des 
gardes nationaux appelés à faire le service actif hors la 
ville de Gand. Il s'agit ici des gardes nationaux envoyés à 

i Messager des Sciences historiques de Belgique, année 1890. 

7 



— 98 — 

rîle de Cadzand en Hollande où ils étaient allés rejoindre 
le corps d'armée français, commandé par le général 
Duraonceau et chargé de déloger les Anglais qui occu- 
paient encore Tîle de Walcheren qu'un bras de l'Escaut 
sépare du pays de Cadzand. 

Les femmes de ces gardes mobilisés devaient recevoir 
une indemnité aussi longtemps que leurs maris seraient 
obligés de tenir la campagne. Le paiement de cette indem- 
nité se faisait d'une manière très irrégulière et avec beau- 
coup de retard. 

Cette façon d'agir de la part des autorités occasionnait, 
on le comprend facilement, des réclamations continuelles 
de la part des intéressées indigentes qui venaient, pendant 
toute la journée, assiéger les bureaux de l'hôtel de ville et 
faire entendre leurs plaintes et leurs doléances, parfaite- 
ment justifiées d'ailleurs. Des rassemblements, qu'on avait 
beaucoup de peine à disperser, se formaient chaque jour 
aux abords de l'hôtel de ville. 

C'est au sujet de ces scènes de désordre que Norbert 
Cornelissen lit parvenir au préfet du département de l'Es- 
caut le rapport suivant qui est transcrit au folio 96 du 
registre et porte la date du 19-20 octobre 1809 : 

« Ces femmes, mères et épouses, remplissent tous les 
jours la maison de ville en demandant à grands cris l'in- 
demnité qu'elles doivent avoir du chef de leurs époux 
gardes nationaux. Cette cohue offre quelque chose de triste 
et de pénible. Il y a dans tout cela quelque chose d'em- 
brouillé où je n'entends rien. 

« Sous le rapport de l'ordre et de la police, ces rassem- 
blements tumultueux peuvent devenir dangereux. On paye 
difficilement ces femmes de raisons. Il faut de l'argent; et 
pour venir chercher quelques francs qu'elles ne reçoivent 
pas, elles sont huit à dix jours sans s'occuper de leur 
travail. » 



— 99 — 

Cet état de choses ne prit fin qu'au mois de décembre 
suivant quand les gardes nationaux rentrèrent à Gand 
après l'évacuation de l'île de Walcheren par les troupes 
anglaises. 

Les gardes nationaux étaient commandés par des offi- 
ciers français, nommés par le gouvernement impérial. La 
conduite de ces officiers, auxquels les particuliers devaient 
fournir le logement, laissait souvent à désirer, comme 
le constate Norbert Cornelissen dans un de ses rapports 
au préfet où nous lisons entre autres : 

« On se plaint de ce que les officiers de la cohorte ne se 
conduisent pas régulièrement, qu'ils reviennent chez eux 
après minuit, qu'ils sont exigeants. » 

La garde nationale avait été réorganisée par un décret 
impérial du 12 novembre 1806, dont les deux articles prin- 
cipaux étaient les suivants : 

« Article 1. — Les Français valides, depuis l'âge de 
vingt ans révolus jusqu'à celui de soixante, sont suscep- 
tibles d'être appelés pour le service de la garde nationale. 

« Article 2. — La garde nationale est destinée à faire 
un service intérieur ou un service d'activité militaire. » 

En service actif la garde nationale était assimilée à la 
troupe de ligne. 

Le gouvernement républicain, en établissant la garde 
nationale, s'était, comme en beaucoup d'autres choses, 
inspirée des institutions de l'ancienne Rome. De là les noms 
de légions et de cohortes donnés à ces corps de soldats- 
citoyens et à leurs subdivisions. La cohorte se composait 
de dix compagnies de cent hommes chacune, à l'exemple 
des centuries romaines. Ces appellations furent maintenues 
sous l'empire. 



100 



s. 



Aujourd'hui on transporte les malades et les blessés à 
riiôpital, soit dans des voitures, soit dans des civières 
suspendues sur de petits chariots à ressorts et à deux roues. 
Il n'en était pas ainsi à Gand au commencement du siècle 
actuel. 

A cette époque, la personne qu'on conduisait à l'hôpital 
était purement et simplement placée dans un grand fauteuil 
à brancards que portaient deux hommes. Assis sur ce 
fauteuil non couvert, le malade était exposé à toutes les 
intempéries de la saison. Les porteurs se rendaient à 
l'hôpital par le chemin le plus long et quêtaient en route 
pour le malade et... un peu pour eux-mêmes, tout en 
s'arrêtant de temps en temps afin de se désaltérer dans les 
cabarets qu'ils rencontraient sur leur passage. 

On peut juger facilement de l'état dans lequel se trouvait 
le malheureux patient quand, après une pareille prome- 
nade dans les différents quartiers de la ville, il arrivait 
enfin à l'hôpital. 

C'est contre cette coutume barbare et inhumaine que 
protestait Norbert Cornelissen dans le rapport qu'il envoya 
le 23 février 1810 au préfet du département de l'Escaut. 
Ce rapport, transcrit dans le registre au folio 156, est conçu 
comme suit : 

« Un usage ou mieux un abus qu'il faudrait une bonne 
fois réprimer est celui-ci : 

« Les pauvres malades sont transportés à l'hôpital dans 
un fauteuil ouvert. Ils ont le corps et la tête couverts d'une 
espèce de drap bien sale, mais qui certainement ne les 
défend ])as contre le froid, 

« Deux hommes portent le fauteuil en guise de litière 
et ils sont ordinairement entourés d'une bande de femmes 
et d'enfants. De temps en temps on fait une pause et on 



— 101 — 

quête de l'argent; on en extorque. Telles de ces pauses 
qui se font dans les rues étroites et de grand passage 
durent une demi-heure; qu'on juge! et souvent à la porte 
d'un cabaret où tout le cortège descend excepté le malade. 

« Si dans la saison rigoureuse, le malade doit souffrir; 
je suis certain qu'il meurt quelquefois pendant le passage. 

« Il conviendrait que le pauvre fut transporté, au moins 
pendant Thiver et les jours de pluie, dans un fauteuil cou- 
vert et que les porteurs, qui sont désignés ad hoc par la 
commission des hospices et salariés, fussent destitués 
lorsque des plaintes seraient faites. 

« Ces réflexions m'ont été suggérées par ce que j'ai vu 
moi-même hier. On me dit qu'on fait ainsi quelquefois le 
tour de la ville, surtout pendant le froid rigoureux parce 
que cela excite la compassion. » 

Ce mode de transport fut plus tard remplacé par une 
civière couverte portée à bras par deux hommes. 

Prospee Claeys. 



Théâtre d'amateurs a Gand au XVIIP siècle. — 
Sous la rubrique Tooneel, on a réuni aux archives com- 
munales toute une série de documents antérieurs au 
XIX'' siècle et concernant les représentations dramatiques 
et lyriques données sur les différents théâtres qui existèrent 
successivement à Gand : comediante camerk l'hôtel de ville, 
théâtre communal , théâtre dans le local du Ganxken, 
théâtre de la confrérie des archers de Saint-Sébastien. 

Parmi ces pièces il en est une trouvée dans d'anciens 
papiers de famille, récemment déposés aux archives, qui 
mérite une mention toute spéciale, ("est le programme 
d'une représentation dramatique donnée à Gand par des 
amateurs, hommes et dames, appartenant aux premières 



— 102 — • 

familles de la ville. Ce programme ne porte pas de date 
mais l'écriture nous indique qu'il est de la seconde moitié 
du siècle dernier. 

Nous n'avons jamais rencontré jusqu'ici de programme 
complet de cette espèce. C'est ce qui nous engagea repro- 
duire celui-ci en entier : 

LE GLORIEUX. 

ACTEURS : 

Lisimon, riche bourgeois anobli .... M. Novelle, off. 

Isabelle, fille de Lisimon M'°« de NiEuroBT. 

Valère, fils de Lisimon M. le chevalier de Ham, off. 

Le comte de Tufière, amant d'Isabelle . M. le comte de Nieulandt. 

Philinte, autre amant d'Isabelle. ... M. Dellae aille. 

Lycandre, vieillard inconnu M. l'abbé Coché. 

Lisette, femme de chambre d'Isabelle. . M"^ de Nevele. 

Pasquin, valet de chambre du comte . . M. Lalemont, off. 

Lafleur, laquais du comte M. Grelly, le jeune, off. 

M. Josse, notaire M. Mortagne d'Aughem. 

Un laquais de Lycandre M. le chevalier de Nevele. 

Plusieurs autres laquais du comte. 

LA PUPILLE. 

ACTEURS : 

Le tuteur M. l'abbé Coché. 

La pupille M"* de Tollenaere. 

La suivante M"" de Nazareth. 

M. Grelly, l'aîné, off. 

Le marquis M. le comte de Nieupobt. 

Le Glorieux est une comédie en cinq actes et en vers de 
Destouches, qui fut représentée pour la première fois à 
Paris le 18 janvier 1732. On considère cette pièce comme 
étant une des meilleures, si pas la meilleure, de cet auteur 
dramatique que certains critiques n'hésitent pas, pour 
quelques-unes de ses pièces tout au moins, à comparera 
Molière. 



— 103 — 

Le titre de la comédie le Glorieux fournit un jour à 
Voltaire, qui faisait grand cas des œuvres et du talent de 
Destouches, Toccasion d'adresser à celui-ci une invitation 
à dîner rédigée en vers et conçue dans les termes suivants : 

Auteur solide, ingénieux, 
Qui du théâtre êtes le maître, 
Vous qui fîtes le Glorieux, 
Il ne tiendrait qu'à vous de l'être. 
Je le serai, j'en suis tenté. 
Si mardi ma table s'honore 
D'un convive si souhaité ; 
Mais je sentirai plus encore 
De plaisir que de vanité. 

Destouclies, ainsi qu'il le disait lui-même, se proposait 
dans ses ouvrages « de corriger les mœurs, de tomber sur 
le ridicule, de décrier le vice et de mettre la vertu dans un 
si beau jour, qu'elle s'attire l'estime et la vénération 
publiques. » 

C'est dans cet ordre d'idées qu'il écrivit : le Tracassier, 
le Vindicatif, le Curieux, l'Ambitieux, r Ingrat, le Médisant, 
VIrrésolu, l'Envieux. 

Une parodie du Glorieux fut représentée dès le mois de 
mars 1732, sous le titre de Polichinelle, comte de Pon/îer. 

La seconde pièce, jouée par les amateurs gantois, est 
la Pupille de Fayan, comédie en un acte et en prose. Les 
comédies de cet écrivain, tout en ne manquant pas de mé- 
rite, sont loin de valoir celles de Destouches. 

La désignation des personnages, incomplète dans le 
programme de la Pupille que nous venons de citer, est im- 
primée comme suit dans les œuvres de Fayan : 

Ai-iste, tuteur de Julie, 

Julie, la pupille. 

Orgon, ami d'Ariste. 

Le Marquis, neveu d'Orgon. 

Lisette, suivante de Julie. 



— 104 — 

Nous voyons par le programme que clans chacune des 
deux pièces, un des rôles principaux est rempli par un 
abbé. Cela peut nous paraître étrange aujourd'hui; mais, 
étant données les mœurs de Tépoque, ce détail n'a rien 
qui doive nous étonner. 

Dans la comédie de Destouches le rôle du héros de la 
pièce, celui du Glorieux, le comte de Tufière, a pour inter- 
prète le comte de Nieulandt. 

En 1803 le comte Ch. de Nieulandt fit paraître un 
recueil de poésies intitulé Roses et Bluets. Il participa 
également, en collaboration avec N. Cornelissen, Couret- 
Villeneuve, Ferrary, Lesbroussart, Van Bemmel, Malin- 
greau, E. Van Acker, etc., à la rédaction de V Annuaire 
'poétique de Gand, dont le premier volume ])arut en 1803- 
1804 et le second en 1805-1806. Ce Ch. de Nieulandt, 
serait-il le même que celui qui joua le rôle du Glorieux 
dans la comédie de Destouches? La chose est possible. 

Où se donna cette représentation dont nous venons de 
faire connaître le programme? Au lieu de jouer sur un 
théâtre aménagé dans une maison particulière, ainsi qu'on 
pourrait le supposer d'après ce (]ui se passe de nos jours 
pour les représentations de ce genre, nous croyons que ces 
Dames et ces Messieurs amateurs parurent sur la scène de 
la confrérie des archers de Saint-Sébastien qui était à cette 
époque ce que nous nommons aujourd'hui le Grand Théâtre 
de la ville de Gand. 

C'était là en effet que se donnaient ordinairement les 
représentations organisées par des sociétés particulières 
composées d'amateurs ' . Nous pourrions en fournir plu- 
sieurs exemples. En voici un que nous trouvons dans le 
Journal d''évênewents arrivés à Gand depuis 1 781 de 
d'Hane, cité dans le quatrième volume de Gent van den 

1 Histoire du Théâtre à Gand. Deuxième volume. 



— 105 — 

oudsten tijd tôt heden de M. Frans de Potter. C'est le 
compte rendu d'une représentation donnée au profit des 
pauvres le 21 avril 1781 : 

« Aujourd'hui quelques dames et messieurs de la ville 
et de la garnison ont donné au théâtre de Saint-Séhastien 
une représentation de Jeannot et Colin, comédie nouvelle 
en 3 actes, suivie des Vendangères, opéra bouffon eu 1 acte. 
Dans la première pièce ont rei)résentées mesdames Lunden, 
de Grasse et mademoiselle Siska de Thiennes, messieurs 
d'Asperen, Cruybeke, le comte d'Huss, Kibaucourt, Dury. 
Dans la seconde mesdames Lunden, de Grasse, le comte 
d'Huss, Ribaucourt, Plotho, Cruybeke, Dury ; pour figu- 
rantes mesdames Balsberglie, la jeune Bâton, Cruybeke, 
la baronne délia Faille, les demoiselles Colette et Siska 
de Thiennes; pour figurants Eugène d'Asper et Bâton. » 

Le mois suivant les mêmes amateurs donnèrent une 
seconde représentation de la comédie, Jeannot et Colin, 
suivie de Cassandre VOculiste, pièce bouffe en 1 acte. 

Le programme que nous venons de transcrire et le 
Journcd manuscrit, tenu par le comte d'Hane, nous ap- 
prennent que des membres de la famille délia Faille prirent 
part à chacune de ces représentations. Nous y voyons aussi 
que des officiers, appartenant aux régiments autrichiens 
en garnison cà Gand, remplissaient des rôles dans toutes 
les pièces. 

Citons encore un grand ballet-pantomime, exécuté le 
30 janvier 1780 au théâtre de Saint-Sébastien, et dans 
lequel figurèrent vingt-huit couples de danseurs et de 
danseuses, appartenant tous aux familles nobles de la ville, 
vergeselschapt door den adel van dese stad, comme nous le 
lisons dans le Vlaemschen Indicateur qui annonce cette 
représentation dans son numéro du 30 janvier 1780. 

Les membres des corporations de métiers, principale- 



— lOG — 

ment de celles des boucliers et des poissonniers, orga- 
nisaient également, sur le théâtre de Saint-Sébastien, des 
représentations composées de pièces flamandes (drames et 
comédies), de ballets et de pantomimes. 

Au mois de février 1740 et au mois de juin 1750 plusieurs 
représentations flamandes furent données, au profit des 
pauvres et sur le même théâtre, par la congrégation des 
jeunes filles établie dans le couvent des Jésuites sous le 
nom de Dochters van den Catechismus. Il ne paraissait pas 
plus étrange à cette époque de voir des jeunes filles, faisant 
partie d'une congrégation religieuse, paraître sur la scène 
du grand théâtre de Gand, que de voir un abbé remplir 
des rôles dans les comédies de Destouches et de Fayan. 

Nous pourrions encore donner Ténumération d'un grand 
nombre de représentations dramatiques du même genre 
qui eurent lieu sur la scène du théâtre de Saint-Sébastien. 
Celles que nous venons de citer nous montrent que, sans 
parler de nos célèbres chambres de rhétorique telles que 
de Fonteine, de Barbaristen, Maria 't eeren, Jésus met den 
balsembloem, de bomloose Mande, etc., la ville de Gand a 
de tous temps compté de nombreux amateurs, pris dans 
toutes les classes de la société, cultivant avec succès l'art 
dramatique. 

On sait que la salle de spectacle, appartenant à la 
confrérie de Saint-Sébastien et bâtie en 1737, fut démolie 
en 1837, pour faire place au Grand-Théâtre actuel dont 
l'inauguration eut lieu le 30 août 1840. 

Peosper Claeys. 



Les Waeéchaix dont les documents du moyen-âge du 
Hainaut et du pays de Namur font fréquemment mention, 
font une dernière apparition dans le décret de l'assemblée 



— 107 — 

législative du 13-20 avril 1790 « concernant ral)olition de 
plusieurs droits féodaux. » Il y est dit que « les droits de 
déshérance, d'aubaine, de bâtardise, d'épaves, de varech, 
de trésor trouvé, et celui de s'approprier les terres vaines 
et vagues, ou gastes, landes, biens liermes, ou vacans, 
garrigues, flégards ou vareschaix n'auront plus lieu en 
faveur des ci-devant seigneurs. » Et néanmoins, malgré 
l'emploi du mot dans un document législatif qui ne date que 
d'un siècle, ni les vocabulaires et répertoires de jurispru- 
dence, ni les dictionnaires de Littré et d'autres ne donnent 
la signification de Way^echaix ou Vareschaix. 

M. P. Errera, déjà connu par son livre si érudit sur les 
M.\suiRS (Bruxelles, 1891) nous présente dans les Annales 
de la Société d'archéologie de Bruxelles, comme Étude de 
droit foncier ancien, un travail complet sur le genre de 
fonds et de propriété commune désigné sous le nom de 
Warechaix. 

L'acte le plus ancien où il en rencontre la mention, est 
de 709 ; avec le cours du tenijjs, le terme paraît changer de 
sens. Au XIII'" siècle les Warechaix sont devenus des terres 
vagues, communes, sur lesquelles, dans la plupart des cas, 
la collectivité des habitants d'une localité exerce les divers 
droits que comporte la nature du terrain. Un jugement de 
Monsdu 15 janvier 1859 [Belgique judiciaire, 1859, p. 201) 
voit dans les Warechaix des terrains vagues et vacants, dont 
la commune pouvait faire valablement la concession à per- 
pétuité moyennant une rente non rédimible. Grandgagnage, 
dans son vocabulaire wallon, définit les Warechaix « des 
terrains, bâtis ou non bâtis, appartenant à la commune et 
dont la jouissance reste en commun, ainsi : ponts, murs et 
fossés de la ville, places publiques, etc. » 

Les nombreux actes que M. Errera cite, les autorités 
qu'il rapporte, compare et discute, font de sa monographie 
un travail complet et intéressant. D- 



— 108 — 

Œuvres de Wielant. — La bibliothèque de l'Université 
de Gand vient d'acquérir trois manuscrits d'œuvres de 
Ph. Wielant. L'un est une copie, datée de 1G04, du Tractaei 
van de leenrechten déjà imprimé en 1554 à Anvers. Le 
titre est cette fois : Een zeer excellent ende noble Tractaet 
mentioen maeckende van de justitien, rechten ende costumen 
van de princeli/ke souverainen, notahlen hoven ende leenen 
vayi Vlaenderen.... L'œuvre est attribuée à Ph. Wielant, 
autrefois, dit-on, président du Conseil de Flandre, main- 
tenant du Conseil de Malines... 

Nous avons, dans le Messager des Sciences, 1892, p. 248, 
rapproché du texte imprimé en 1554, un autre manuscrit 
que possède notre bibliothèque, et relevé certaines diffé- 
rences. 

Nous retrouvons les mêmes écarts du texte imprimé dans 
la copie nouvellement acquise, de 1G04, sauf que, pour le 
serment du vassal, elle donne le texte légèrement corrompu 
de l'édition anversoise, qui a aussi passé dans les éditions 
de J. B. De Clerck (1699 et 1771). 

Le second manuscrit est un fragment des Antiquitéz de 
Flandre de la fin du XVIP siècle, commençant par cet 
intitulé : « Des prééminences que le comte de Flandres a 
plus grandes en sa comté que n'ont les autres pairs de 
France en leur pairies » chap. XVL La copie s'arrête au 
ch. XLV : « Comment et par quels mots le comte se fait 
recevoir en Flandres. » 

Le troisième manuscrit, à la suite de quelques chapitres 
de procédure civile qui ne sont que des extraits sans indi- 
cation de source, reproduit une « Corte instructie in 
materie criminele die men in Vlanderen useert. » Nous n'y 
trouvons aucune indication d'auteur; mais il est facile d'y 
reconnaître la Pratique criminelle de W^ielant, que A. Orts 
nous a donnée parmi les publications des bibliophiles 
flamands et qu'on retrouve en entier copiée et englobée 



— 100 — 

dans l'œuvre de Damliouder'. Le manuscrit se termine par 
ces mots : Finem Inde 'praxi criminali imposui 24 aprilis 
anno 1565... Chapitre par chapitre, le texte correspond à 
celui de l'édition des bibliophiles, jusque dans les incor- 
rections provenant d'erreurs de copistes ou de traducteur 
{biechte pour confessie, comme traduisant le mot confession 
employé pour aveu). Seulement on rencontre dans les pre- 
miers chapitres plusieurs paragraphes en latin, mêlés au 
texte flamand, et sans qu'on découvre les motifs de ce 
mélange des deux langues ; exemple : Heeft de juge oft 
fisque om zyne inquisitie te doene niet dan famé, zoe moet 
hy hem informeren op die famé ende loeten uuyt wat volcke 
die famé gespruyt es, nam si fama orta sit a potationibus 
ant levibus hominibus inimicis aiit malivolis, non suffîcit ad 
diffamatio7iem. Faine die eerst geresen ende cœpit post 
incarcerationem aut informationem factam non diffamât... 
Tout ce passage est en pur flamand dans le texte donné 
par A. Orts. Mais quelle a été la langue de la rédaction 
primitive de Ph. Wielant? 

Parfois le texte imprimé, rapproché de celui de notre 
manuscrit, paraît présenter des interpolations. Après avoir 
dit dans les deux : Naer redite, niemand en mach be- 
hoorlyck oorloge opstellen noch consent daertoe geven, dan 
de princen die genen oversten en kennen, gelyck als den 
Paus en den Keyzer, Wielant, dans le texte de Orts, 
continue en ces termes, où nous mettons en italiques les 
mots qui n'appartiennent pas à notre manuscrit : « Aile 
andere princen, gelyck als de Coninck van Vranckeryck, 
Ingelant, Spaignen, etc., noch ooch hertogen, graven,merck- 
graven, noch anderen, en hebben daertoe geene auctoriteyt, 
dan de facto, want sy naer rechte behooren overste te 
kennen, maer deusurpatie endeusantie is ter contrarien. » 

1 Voir Messager des Sciences, 1889, page 301. 



110 



Si les mots que nous soulignons ajîpartenaient à la rédac- 
tion primitive, on ne comprendrait guère comment ils 
manquent dans notre manuscrit. D. 



Discours dï<: rentrée. — Les discours de rentrée, 
devant les cours de France, sont fréquemment consacrés à 
des sujets historiques. On en a pu faire encore la remarque 
pour 1S93. A la cour d'Aix, M. Lafon de Cluzeau traite de 
VAccusccdon à Athènes; à la cour de Nîmes, le sujet est 
La charte des libertés et coutumes d'Aigues-Mortes; à Pau : 
Les derniers jours du Parlement de Navarre; à Agen, 
M. Roux consacre un discours intéressant à Omer et Denis 
Talon; devant la cour de Kouen, M. Méret présente une 
étude développée sur les travaux de Boisguilbert, et à ce 
que cet économiste nous apprend de l'état de la France à 
la tin du XVIP siècle. Il rappelle ces paroles de Vauban 
dans la Dime royale : 

« Par toutes les recherches que j'ai pu faire, depuis 
plusieurs années que je m'y applique, j'ai fort bien 
remarqué que, dans ces derniers temps, près de la dixième 
partie du peuple est réduite à la mendicité et mendie 
effectivement; que des neuf autres parties, il y en a cinq 
qui ne sont pas en état de faire l'aumône à celle-là parce 
qu'eux-mêmes sont réduits, à très peu de chose près, à 
cette malheureuse condition ; que, de quatre autres parties 
qui restent, les trois sont fort malaisées et embarrassées de 
dettes et de procès ; et que dans la dixième, où je mets tous 
les gens d'épée, de robe, ecclésiastiques et laïques, toute la 
noblesse haute, la noblesse distinguée et les gens de charge, 
militaire et civiles, les bourgeois rentes et les plus accom- 
modés, on ne peut pas compter sur cent mille familles; et 



— lu — 

je lie croirais pas mentir quand je dirai qu'il n'y en a pas 
dix raille, jietites ou grandes, qu'on puisse dire être fort à 
leur aise, » 

A la cour de Rennes, Favocat général Frémont parle 
longuement du jurisconsulte Pothier, en grande partie 
d'après des docuimcnts inédits. Il rappelle en quels termes 
révêque d'Orléans prenait part à la souscription pour sa 
statue. « Illustre dans sa modestie, dit Mgr Dupanloup, 
grand dans les laborieux emplois de sa vie et de ses facul- 
tés, si pieux malgré les entraînements déplorables et les 
tristes erreurs du temps, Pottier par sa simplicité antique 
et la sévérité de ses mœurs, par la renommée et l'influence 
profonde de ses travaux, par le souvenir de ses vertus, 
doit être cher à tous ceux qui ne voudront pas encourir ce 
reproche d'insouciance envers les gloires domestiques et 
nationales, que Tacite, en racontant la vie d'un grand 
homme, adressait à ses contemporains : Incuriosa suorum 
œtas. » 

M. Manau, devant la cour de Cassation de France, 
consacre son discours à la vie et aux œuvres de son pré- 
décesseur, M. Ronjat. Et c'est encore une pure biographie 
que le discours consacré au jurisconsulte Larombière par 
l'avocat-général Puech, devant la cour d'appel de Paris. 

C'est également dans un sens purement historique que 
l'avocat-général Obrin traite du style judiciaire devant la 
cour de Nancy et M. Dormand à Poitiers, des mercuriales 
de D"Aguesseau. 

M. Cordier, à la cour de Dijon, raconte Uji procès cri- 
minel devant le Parlement de Bourgogne, au XV II" siècle. 
L'accusé était Giroux, président à mortier au Parlement, 
gendre de l'ancien premier président, allié aux plus 
grandes familles, puissant à la cour et à ville, et amant 
de la femme du président de la Cour des Comptes Baillet, 
coupable de l'assasinat de celui-ci, d'empoisonnements, de 



— 112 — 

subornations de témoins, d'une série de crimes commis 
pour écliappcr h l'expiation du premier, est condamné à 
mort et décapité (mai 1043). Encore la sentence ne relevait 
pas à. la charge du condamné un grand nombre de crimes 
qui lui avaient été imputés et dont la preuve ne fut acquise 
que longtemps ])lus tard, au cours des nouvelles procédures 
qui furent dirigées contre la A^euve du président Baillet et 
ses complices. 

Le dernier intendant du Hainaut, Sénac de Meiihayi, 
est le sujet du discours prononcé par l'avocat-général 
Blondel à la cour de Douai. Déjà Sainte-Beuve lui avait 
consacré deux de ses causeries du Lundi, et Bervic nous 
a laissé de lui un beau portrait gravé d'après un tableau 
qui ornait autrefois Thôtel de ville de Valenciennes. Le 
travail excellent de M. Blondel nous fait connaître Sénac 
de Meilhan comme administrateur, comme magistrat et 
comme moraliste. 

Pour ne parler que de ce qui nous touche de plus près, 
voici quelques témoignages pris à un rapport ftiit dans 
l'enquête de 1788 pour la réorganisation judiciaire. « Les 
villes de Flandre, dit Sénac (il s'agissait de la Flandre 
française), ruinées })0ur la ])lupart ne subsistent que par 
la garnison et les tribunaux qui y sont attachés. » Résultat 
des guerres des précédents règnes et des famines qui ont 
sévi au XVIIP siècle. D'après Sénac, les propriétés qui 
sont possédées en main-morte, sont dans le Cambresis, de 
14 sur 17 ; dans la Flandre et le Hainaut elles forment un 
revenu de six millions au moins. Dans le Hainaut le roi et 
le duc d'Orléans ont chacun un revenu de 500,000 livres. 
Voici un témoignage de Sénac sur les hauts fonctionnaires; 
il parle d'expérience : « Il ne faut, dit-il, qu'une dose très 
médiocre d'esprit pour avoir du, succès dans les affaires. 
On n'a besoin que d'une certaine activité nécessaire pour 
une prompte expédition, que d'embrasser des détails fami- 



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— 113 — 

liers par l'habitude, cVavoir présent à Tespris le texte de 
quelques règlements, des formes prescrites, des usages qui 
ont force de loi. Les lumières, les secours arrivent de 
toutes parts à l'homme en place, en raison surtout de son 
élévation. Les affaires sont à l'avance examinées et dis- 
cutées : on ne les lui présente que tamisées en quelque 
sorte, éclaircies, mises dans un tel jour qu'à moins d'être 
stupide, la décision saute aux yeux. » Vrai dans tous les 
temps, comme aussi ce trait décoché aux médecins : « Tout 
est de mode en médecine comme pour les objets les plus 
frivoles. Il est d'usage pendant dix ans de saigner dans une 
maladie, ensuite on prend une autre méthode. Tantôt les 
remèdes chauds sont de mode, et tantôt les froids. Sylva 
disait : Petite vérole, je f accoutumerai à la saignée. » 

D'autres discours portent sur des réformes de droit 
pénal, le notariat, la détention préventive, la protection de 
l'enfance, etc. Le pur droit civil est complètement aban- 
donné; personne n'en parle, ni pour le défendre, ni pour 
proposer des réformes. D. 



114 



CHRONIQUE. 



Notice historique sur la commune d'Eename i. — M. Beaucarne, 
qui possède de précieuses archives de l'ancienne abbaye de Saint- 
Sauveur à Eename, a publié sous ce titre des documents d'un vif 
intérêt sur les droits que l'abbaye exerçait dans ses diverses posses- 
sions; il a fait précéder sa publication d'une introduction dans 
laquelle il retrace le passé de cette localité qui eût son heure de 
célébrité. Eename était au X'' et au Xl« siècle le chef-lieu du Pagus 
Eihamensis qui comprenait le Brabant proprement dit, et était la 
résidence des ducs de Lothier. Le château fort qu'ils y avaient fait 
élever tomba en 1034 aux mains de Baudouin-le-Barbu, comte de 
Flandre, et fut donné en 1063 par son fils à l'abbaye établie en cet 
endroit. 

Le recueil de M. Beaucarne est d'une toute autre nature que le Car- 
tulaire de l'abbaye publié par M. Piot ; les documents qu'il comprend, 
sont plutôt d'un caractère judiciaire et administratif, ils se rap- 
portent au pouvoir judiciaire que l'abbaye pouvait exercer dans ses 
domaines, et aux droits de toute nature qu'elle y prélevait ; c'est donc 
à juste titre que l'éditeur a intitulé ces documents : Rechten ende 
costumen van de heerlichede van Eename. Ils concernent non seule- 
ment Eename, mais aussi d'autres communes de la Flandre, telles 
que Bossuyt, Sotteghem, Windeke, où l'abbaye avait des posses- 
sions. Les renseignements que donne l'auteur sont appuyés de pièces 
justificatives, telles qu'octrois de souverains et autres chartes, qui 
sont insérés dans le volume. 



1 Edmond Beaucarne, Notice historique sur la commune d'Eename 
(Ir" partie). Documents. Eechfen ende Costumen van de Heerlichede 
van Eename. ln-4". Gand, 1893. 



— 115 — 

On peut recueillir dans ce volume de précieuses données sur l'état 
social du pays, sur les complications qu'apportait l'exercice des 
droits appartenant aux seigneurs et sur les obligations qui leur 
incombaient; c'est ainsi que divers seigneurs des environs étaient 
jadis tenus de veiller au bon ordre sur le marché annuel d'Eename. 
On possède peu de recueils de cette nature j)()ur la Flandre, aussi le 
public saura-t-il gré à l'auteur de la publication qu'il vient de faire et 
ne peut que souhaiter l'apparition du complément qu'il annonce et 
pour laquelle il a réuni de nombreux renseignements. 

L. St. 

Documents relatifs aux rapports du clergé avec la royauté 
DE 1682 A 17051. — Au milieu des nombreux documents sur les 
affaires du clergé, M. Mention a cru devoir s'arrêter à quelques 
points essentiels, et il ne publie qu'un certain nombre de pièces 
maîtresses, comme il les appelle, qui sont, pour ainsi dire, la base et 
la charpente de tout l'édifice ; ce sont : la régale, ou les libertés de 
l'Eglise gallicane, l'affaire des franchises, l'édit de 1695, les « maximes 
des saints » et le Jansénisme en 1704; il s'arrête à la fin du règne de 
Louis XIV; il compte reprendre ce travail et en tête du nouveau 
recueil qu'il projette, et qui comprendra les documents de 1705 à 
1789, figurera la célèbre bulle Unigenitus. Chacune de ces divisions 
forme un chapitre dans lequel il a inséré les documents qui avaient 
un rapport direct avec leur objet principal ; c'est ainsi que dans le 
chapitre consacré à la régale il publie l'édit de Louis XIV de 1682 et 
la lettre du clergé de France au pape Innocent XI, le bref du pape, etc. 

La table des matières donne le détail des documents publiés, elle 
permet de juger de leur importance dans une querelle qui a si fort 
passionné les esprits en France, pendant plus d'un siècle; ce travail 
a paru dans la collection de textes pour servir à l'étude et à l'en- 
seignement de l'histoire; ce patronage est une garantie du soin avec 
lequel ce travail a été fait. L. St. 

Grégoire de Tours, Histoire des Francs 2. — Ce volume complète 
l'œuvi-e de Grrégoire de Tours dont M. H. Omont a publié, il y a 
quelques années, les six premiers livres ; pour le travail actuel l'édi- 
teur a utilisé un manuscrit de la Bibliothèque royale de Bruxelles, 

i Publié par Léon Mention. Paris, Alphons Picard. 1893. 
2 Grégoire de Tours, Histoire des Francs, livres VII-X, publié 
par M. Gaston Col Ion. Paris, Alph. Picard, 1893. 



— IIG - 

qui contient les quatre derniers livres dans l'état à la fois le plus 
complet et le plus voisin du texte primitif; le manuscrit date delà 
lin du V1II« siècle ou du commencement du 1X« siècle. On connaît la 
haute valeur historique de l'œuvre de Grégoire de Tours sur l'histoire 
des Francs et on doit savoir gré aux éditeurs d'avoir publié sous un 
format commode un travail de cette importance. 

L'édition publiée par M. Collon a le mérite d'être la repro- 
duction fidèle du meilleur des manuscrits de Grrégoire de Tours; 
l'éditeur a ajouté de nombreuses notes à son travail pour donner la 
bonne leçon quand le texte du manuscrit rendait la phrase obscure, 
il y a joint un index alphabétique des noms qui comprend son tra- 
vail et celui de M. Omont. L. St. 

Les grands traités du règne de Louis XIV *. — Ce volume publié 
dans la collection de textes pour servir à l'étude et à l'enseignement 
de l'histoire, contient le texte du Traité de Munster, de la Ligue du 
Rhin et du Traité des Pyrénées (1648-1659). Ces traités ont été 
publiés d'après les originaux qui existent à Paris aux Archives des 
affaires étrangères, sauf le Traité des Pyrénées qui se trouve à la 
Bibliothèque Nationale, et ils sont reproduits dans la langue origi- 
nale, c'est-à-dire dans celle dont on s'est servi pour les rédiger. 

Dans une introduction faite avec grand soin, l'éditeur donne une 
bibliographie des recueils diplomatiques généraux et pour chaque 
traité en particulier il lui consacre une bibliographie spéciale et y 
joint une notice sur les négociations qui l'ont précédé et des docu- 
ments qui en forment, peut-on dire, le complément. 

Il est inutile de faire ressortir aux lecteurs du Messager l'intérêt 
qui s'attache à posséder le texte intégral de ces traités qui ont pour 
la Belgique une importance de premier ordre, et il y a lieu de 
remercier M. Vast de la publication qu'il vient de faire et qui dis- 
pense le travailleur de recourir aux volumineux ouvrages qui les 
contiennent et qu'on ne peut pas consulter avec confiance, car le 
texte qu'ils en donnent n'est pas toujours exact. L. St. 

Bernard Van Orley. — La collection Les artistes célèbres qui 
paraît à Paris, à la Librairie de l'Art, sous le patronage du Ministre 
des Beaux-Arts, vient de s'enrichir de la biographie de Bernard Van 
Orley par M. Alph. Wauters, archiviste de la ville de Bruxelles, 

* Publiés par Henri Vast. Paris, Alph. Picard, 1893, 



- 117 — 

membre de l'Académie royale de Belgique. Des renseignements sur 
la famille sont i-ecueillis par M. Wauters avec une exactitude que 
les anciens biographes n'avaient point; les œuvres de Van Orley qui 
ont échappé à la destruction, sont décrites avec un soin particulier, 
soit qu'il s'agisse de ses peintures dont bon nombre sont conservées 
dans les musées de Belgique, soit de ses admirables dessins, scènes 
de batailles et de chasses, possédés par le musée du Louvre, et que 
la monographie de M. Wauters reproduit parmi ses illustrations jus- 
qu'au nombre de dix-sept, soit des magnifiques vitraux de Sainte- 
Gudule composés par l'artiste bruxellois. M. Wauters explique aussi 
excellemment les influences que Van Orley a subies, la place qu'il 
occupe dans la peinture à une époque de transition, et l'influence 
que lui-même eut à son toiir sur la plupart des peintres qui le sui- 
virent, parmi lesquels nous ne pouvons oublier Michel Coxie. L'in- 
téressant travail de M. Wauters, enrichi d'illustrations nombreuses 
d'après ses principaux tableaux, est terminée par une notice biblio- 
graphique et par le relevé de ses œuvres dispersées dans les princi- 
paux musées de l'Europe. 

Albert Durer vint à Bruxelles en 1521 ; on lui doit un portrait de 
Bernard Van Orley dont il parle dans la relation de son voyage, et 
qu'on croyait perdu. Il appartient aujourd'hui au musée de Dresde. 
Quoiqu'il ne porte pas le nom de Van Orley, il sufflt de le rapprocher 
du portrait gravé par Wierix, pour n'avoir aucun doute sur l'identité. 

M. A. Pinchart donnait en 1868, dans le Messager des Sciences, 
p. 320, des détails généalogiques sur Van Orley. M. Wauters les 
a mis à proflt ainsi que certaines notes du même M. Pinchart, jointes 
à la traduction des Anciens peintres flamands de Crowe et Cavalca- 
selle. D'après les renseignements incomplets que M. Pinchart avait, 
dit M. Wauters, « puisés dans les documents des Archives du royaume 
« à Bruxelles, qui après sa mort ne se sont plus retrouvés, » Bernard 
Van Orley, toute sa famille et un grand nombre de ses amis furent im- 
pliqués dans une accusation d'hérésie, pour avoir été entendre les 
sermons de J. Vander Elst, ancien curé de l'église Notre-Dame 
d'Anvers, qui avait adopté les principes du luthérianisme. « Comment, 
dit M. Wauters, les accusés échappèrent-ils à une condamnation 
sévère? On ne le sait, mais on le devine. L'influence de Marguerite 
s'exerça vivement en faveur de son peintre favori; qui avait comparu 
à Louvain, le 4 mai 1527 devant l'inquisiteur Nicolas A. Montibus, et 
qui promit alors sans doute de ne plus écouter les apôtres de l'erreur... 



— 118 — 

Tous en furent quittes à bon marché... D'après une chronique manus- 
crite du temps, ... ils durent déclarer, sous la foi du serment, com- 
bien de fois ils avaient assisté aux prêches de Vander Elst. A la 
chancellerie on décida qu'ils seraient tenus de rester à Bruxelles sans 
pouvoir s'absenter pendant cinq mois, sous peine d'avoir la main 
coupée; en outre, autant de fois qu'ils avaient assisté à un prêche, 
autant de fois ils devaient venir à Sainte-Gudule assister à un sermon 
sur une estrade placée vis-à-vis de la chaire à prêcher, et payer une 
amende de 20 florins carolus. » D. 

Une bibliographie de l'époque napoléonienne {Saggio di una 
Bibïiografia Ragionata per se^'vire alla storia delV epoca napoleonica *). 
— Le nom do Napoléon se trouve inscrit partout aujourd'hui, de tous 
côtés on l'entend retentir. L'histoire, la littérature, le théâtre, le 
cirque même s'en sont emparés, ressuscitant pour les yeux et les 
intelligences l'époque tourmentée pendant laquelle Bonaparte se fit 
l'arbitre des destinées européennes. Le flot des livres monte chaque 
jour; il augmente sans relâche, comme si tous les efforts des histo- 
riens en cette fin de siècle s'étaient concentrés pour étudier l'homme 
qui en personnifie les débuts. L'épopée de Caran d'Ache, les mémoires 
du général de Marbot semblent avoir donné, il y a trois ans, le branle 
à ce mouvement que quelques-uns prétendent devoir n'être qu'une 
mode passagère. Depuis lors, dans le domaine des mémoires et des 
souvenirs, nous avons vu défiler ceux de Macdonald, de Hyde de 
Neuville, de Ghaptal, du chancelier Pasquier, du général Thiébauld, 
de Moreau de Jonnès, et de bien d'autres encore de moindre impor- 
tance. Albert Vandal nous a monti'é Napoléon dans ses rapports avec 
l'empereur Alexandre, Henri Welschinger a étudié le procès du duc 
d'Enghien, celui du maréchal Ney et le divorce avec Joséphine; Arthur 
Lévy, dans un livre fouillé et documenté, a scruté le caractère intime 
de Bonaparte ; Frédéric Masson a levé le voile des amours impériales; 
Henri Houssaye a tracé un incomparable tableau des événements qui 
amenèrent la chute de Napoléon, l'insuccès de la première Restaura, 
tion et les Cent Jours. Ce n'est pas en France seulement que ce 
mouvement s'est manifesté. M. Balau, continuant les travaux de 
Mgr Namèche, a écrit l'histoire de la Belgique depuis le Concordat 
jusqu'à la chute de l'empire. En Allemagne, en Suisse, en Autriche, 
en Italie, en Danemark, en Suède, en Angleterre, en Amérique, les 

' Imprimé à Modène chez Angelo Namias. 



— ]19 — 

ouvrages de Redlicli, do Bleibtreu, de Gunthen, de Thimme, de Let- 
tow-Vorbeck, de Schlitter, de Tesdorpf, de Wielir, de Bockenheimor, 
de Kleinschmidt, de Polovtsof, de Maag, de Ruliii, de Key-Aberg, de 
Carutti, de Mazzoni, de Crivellucci, de Marenca, de Silvagni, do 
A. Lumbroso, de O'Conner Morris, de Mahau, de Codman Ropes, et 
de tant d'autres qui forment légion, sont venus s'ajouter ces mois 
dei'niers aux volumes que les écrivains français ont consacrés au 
premier empire. 

Cet amas de publications, ainsi que toutes celles élaborées anté- 
rieurement pendant près d'un siècle, rendent la tâche de l'bistorien, 
qui veut à son tour étudier une phase ou une question de l'époque 
napoléonienne, fort difficile. 11 lui faut tout lire sous peine d'être 
incomplet. Arthur Lévy n'a pas dû dépouiller moins de trois mille 
volumes pour écrire son livre : Napoléon intime. Où trouver l'indi- 
cation des ouvrages à consulter? Jusqu'aujourd'hui c'était au hasard 
en quelque sorte que l'on entreprenait une étude sur les années pen- 
dant lesquelles vécut Napoléon, une bibliographie de l'histoire contem- 
poraine n'existant pas. 

Un historien italien, M. Albert Lumbroso, a entrepris de combler 
cette lacune et de donner un guide au savant et au chercheur. 11 a 
adopté pour son livre un plan très simple : son œuvre forme une 
liste oîx les ouvrages sont disposés alphabétiquement d'après le nom 
de leur auteur. Ce plan n'est pas idéal : il eut peut-être mieux valu de 
classer les ouvrages consacrés à l'époque napoléonienne d'après les 
pays dont ils racontent l'histoire. 

Nous n'osons affirmer toutefois qu'une pareille manière do pro- 
céder eut été facilement réalisable à cause du caractère universel de 
la domination française au commencement de ce siècle. Il n'y a pas, 
pour ainsi dire, d'histoire particulière à ce moment, chaque État 
ayant alors vu sa destinée subordonnée à celle de la France. L'exis- 
tence d'un pays s'enchevêtre dans celle des autres. D'autre part, pour 
procéder de cette manière en connaissance de cause, il eut fallu tout 
lire et nous évaluons à près de 10,000 ouvrages l'ensemble de la litté- 
rature napoléonienne. 

Quoi qu'il en soit, le travail de M. Lumbroso, tel qu'il a été conçu, 
lui donne droit à la reconnaissance des historiens qui ne tarderont 
pas à en constater l'utilité. L'œuvre entreprise est le résultat de 
longues, minutieuses et patientes recherches. Le premier fascicule, 
qui vient d'être livré à la publicité, donne une idée de l'étendue du 



— 120 — 

du travail. Il comprend la nomenclature des ouvrages dont le nom 
de l'auteur commence par la première lettre de l'alphabet et il en 
énumère plus de 700. Ceux qui ont travaillé à des recueils bibliogra- 
phiques se rendront compte de la somme de labeur que cette liste 
représente. 

M. Lumbroso ne se contente pas d'indiquer les titres des livres et 
le nom de leur auteur, il énumère aussi les différentes éditions que 
l'ouvrage a eues. Il fait plus, et par la son œuvre se distingue de la 
plupart des bibliographies publiées jusqu'aujourd'hui : il indique som- 
mairement le contenu et la valeur des ouvrages qu'il indique. Ce 
travail ne s'adresse donc pas seulement aux historiens mais aussi 
aux bibliophiles. 

L'auteur ne se fait pas l'illusion de croire que son travail soit com- 
plet; aussi lui a-t-il donné modestement le titre d'essai. Des lacunes 
sont inévitables dans des œuvres de ce genre. Pour les rendre par- 
faites il faut la collaboration de tous et nous nous joignons à M. Lum- 
broso pour demander à ceux qui constateraient des oublis de vouloir 
les lui signaler. A. De R. 

Don d'Akchives. — A. de la Kethule de Ryhove, conseiller à la 
cour d'appel à Gand, a envoyé aux archives de l'Etat, à Gand, la 
collection importante des archives seigneuriales de la baronnie 
d'Assche, enclavée dans la commune de Deerlycke. Cette baronnie 
était une des propriétés de la famille de la Kethule. 

— M. le chevalier Gustave de Stuers, décédé à Bruxelles, vient de 
léguer à la ville d'Ypres où il était né, une somme de cent mille 
fi-ancs pour que les l'evenus en soient affectés à l'entretien de ses 
célèbres halles ; et une somme de trente mille francs à l'église de 
Saint-Martin d'Ypres. Il lègue de plus à sa ville natale, pour être 
placée dans son Musée, une collection de jetons, médailles et mon- 
naies, et ses livres de numismatique. 

Etymologie. — Peu de personnes se doutent de l'origine du mot 
flamand Teljoor, assiette, que les dictionnaires donnent comme syno- 
nyme de Tafelbord (Halma, Olinger, Heremans) et qui est d'un usage 
commun en Flandre. Teljoor n'est que la corruption d'un mot français 
que le langage de ces derniers siècles n'a point conservé. Nous en 
avons la preuve dans le passage suivant de Le Grand d'Aussy {His- 
toire de la vie privée des François, 1, p. 81), et surtout dans les lignes 
de Froissart auxquelles il renvoie : 

« ...Il y avait un pain qu'on employoit ordinairement en guise de 



— 121 — 

plat ou d'assiette pour poser et couper certains aliments. Humecté 
ainsi par les sauces et par le jus des viandes, il se mangeoit ensuite 
comme un gâteau. L'usage de ces tranchoirs (c'est ainsi que les 
siècles postérieurs nommèrent ces pains assiettes, à cause de leur 
destination) s'est maintenu fort longtemps. 11 en est une mention 
dans une ordonnance du dauphin Humliert II rendue en 1236. Il veut 
que tous les joui-s on lui serve à table, des pains blancs pour sa 
bouche et quatre petits pains pour lui servir de tranchoirs. Froissart 
les appelle tailloirs, nom qui comme l'autre annonce quel était leur 
usage. En parlant du comte de Foix, dont le fils avait reçu sans le 
savoir une poudre empoisonnée, l'historien dit que le comte prit la 
poudre et en mit sur un taillouer de pain (il y en avait aussi d'ar- 
gent...) et appela un chien et lui en donna à manger. > Le plat, en 
changeant de substance, a longtemps conservé son nom de tailloir 
ou de tranchoir, et le mot teljoor que les Flamands ont continué à 
employer, n'est, à leur insu, qu'un mot français corrompu, que le 
Hollandais Meyer dans son Woordenschats, classe, sous la forme 
Tailloor, judicieusement parmi ses Bastaardt-woorden. 

Découvertes akchéologiques. — Un journal anglais imprimé à 

Gand au XVIII^ siècle. — M. Ferd. Vander Haeghen, conservateur 

en chef de la Bibliothèque de Gand, vient, en classant une farde de 

pièces volantes, de découvrir un numéro d'un journal gantois resté 

inconnu jusqu'à présent. C'est une gazette destinée aux officiers 

anglais que la guerre de Succession d'Autriche avait amenés dans 

les Pays-Bas en 1745. M. Paul Bergmans publie dans Gand-Echange, 

moniteur de la Bourse des journaux, une description de ce numéro. 

La voici : 

THE 

DAILY ADVERTISER : 

TO THE 

BRITISH ARMY. 

Published by Authority. 

THURSDAY, Febbuary, 28. 1745. 

Pet. in-4°, 2 ff., à 3 col. A la fin : GHENDT : Printed next Door to 
the Post Office. (Price Two pence). 

Le numéro que j'ai sous les yeux est coté xix. L'imprimeur, comme 
l'indique l'adresse, est Jean Mayer, qui imprimait également la 
Gazette van G end, dont le Daily Advertiser a l'aspect. 



— 122 — 

Le texte est composé de nouvelles politiques extraites des journaux 
du temps et d'annonces. Ces dernières offrent un intérêt de curiosité 
tout particulier. Nous y voyons notamment, que Jean Mayer, l'impri- 
meur du Dnihj Adcertiser, met en vente des dictionnaires anglais- 
français et des grammaires anglaises, ainsi que l'English pocket 
Almanach de l'année. 

Hendrick Vande Vondele, in fhe Schepcnstreet, frontUuj the Stadt- 
hoHse, annonce qu'on trouvera chez lui, à des prix modérés, d'excel- 
lent rhum de la Jamaïque, de l'eau-de-vie {brandy) française et du 
genièvre hollandais. 

On peut se procurer des charbons écossais (scots coals), à bord 
d'un petit bateau, h/mg helow the great Crâne (près de la grande grue). 

Le sieur Lebrun, qui a fait les tentes du régiment du général 
Ligonier et des Foot giiards se recommande pour la fourniture de 
tentes et de marquises (tents or markees). 

Enfin, last not least, un maître queux, James Brenon, fait savoir à 
tous les gentlemen officers of the British Arnnj qu'on peut manger 
chez lui à la mode anglaise Beef stakes, Mutton shops, good JelUes 
and Créants, en buvant du Right Irish Usquebaugh, du London 
Porter ou de VEdinhurgh Aie. (Liberté.) 

Il se publie actuellement encore en Belgique un journal anglais : 
le Belginn News and Continental Advertiser, rue du Pépin, 2, à 
Bruxelles. Il donne les annonces et renseignements pouvant inté- 
resser les Anglais résidents, la liste des Anglais et Américains du 
Nord, dans les principales villes de notre pays, ainsi que des nou- 
velles politiques, littéraires et sportives. Il s'adresse spécialement 
à la colonie anglaise et parait chaque samedi*. 

— Curieuse et précieuse trouraille. — On vient de trouver à 
Deerlyk, dans un champ attenant au jardin de M. l'inspecteur 
Renier, un grand vase rempli de vieilles monnaies des XIIP et 
XIV« siècles. Les inscriptions sont en latin, on y lit les mots : 
Monnaie de Flandre. — Ludoricus. — Béni soit celui qui rient au 
nom du Seigneur. On y voit un lion couché, coiffé d'un casque sur- 
monté d'une couronne. 

On parle encore d'un trésor, bijoux et autres objets spéciaux, 
retrouvé et qui aurait été enfoui dans ce jardin par un seigneur de 
Deerlyk à l'époque des Croisades. 

1 N. D. L. R. 



12 



^o 



— Un propriétaire de Robelmont, localité située à quatre kilomètres 
de Virton, voulut abattre une butte au Pré (iilles, touc près de 
l'ancien château des Sarrasins, mit au jour des restes de murs par- 
faitement conservés et qui semblent les ruines d'un vieux castel. 11 a 
trouvé aussi des pièces nombreuses à l'effigie des Césars romains- 
Bientôt, sans doute, on pourra déterminer exactement la nature 
de ces ruines. Le travail des fouilles continue. 

— Ville antique en Crète. — L'archéologue italien Mariani a dé- 
couvert, à huit milles environ à l'ouest d'Héraclion, les restes d'une 
ville antique. 

Elle se trouve entre les villages de Cavrochori et de Tylisses, sur 
une colline dont les pentes sont creusées en forme d'escaliers et les 
terres parfois soutenues par des murs cyclopéens. 

Sur le sommet et les pentes de cette colline, on trouve de nom- 
breux débris de vases, dont la plupart rappellent le type dit de 
Mycènes; on n'a pas encore découvert de ruines proprement dites, 
mais la présence de constructions est plus que confirmée par l'exis- 
tence de grands blocs de pierres. Un archéologue grec pense que c'est 
là l'emplacement de l'ancienne Apolonie, citée dans Denys de Sicile, 
Ptolémée et Pline. 

— Fragments musicaux dérouverts à Delphes. — M. Henri Weil a 
entretenu l'Académie des textes poétiques découverts à Delphes par 
l'école française d'Athènes. Ce sont des hymnes, ou des fragments 
d'hymnes, composés pour les fêtes du sanctuaire et intéressants à 
divers titres. Un de ces hymnes est complet. C'est une œuvre com- 
posée avec art et élégance, qui fait connaître un détail nouveau de la 
légende d'Appolon. Il est précédé du décret des Delphiens qui confère 
au poète des distinctions honorifiques. Plus importants encore sont 
les morceaux accompagnés de notes de musique. Nous avons là les 
spécimens les plus authentiques et les plus étendus que nous possé- 
dions de la musique des anciens Grecs. Deux fragments qui semblent 
appartenir au même hymne et constituent un ensemble de 37 lignes 
en partie bien conservées, présentant un tableau vivant de la fête et 
contiennent des allusions à des faits historiques qui permettent d'en 
déterminer approximativement la date. L'hymne a du être écrit peu 
de temps après l'an 278 avant notre ère. 

C'est un très beau spécimen de la poésie officielle du siècle de Théo- 
crite et de Calliraaque. 



— 124 — 

Il ne reste plus d'un autre hymne, de deux siècles plus jeune, que 
des fragments mutilés ; on voit cependant grâce à des restitutions 
plausibles qu'il se terminait par des vœux pour le collegiura des 
Ménades et pour l'accroissement de l'empire des Romains. 

M. Théodore Reinach a étudié la musique de ces textes et a essayé 
de la reproduire dans notre système de notation. 

Il a constaté que le grand hymne est écrit dans le texte phrygien 
chromatique, mais avec plusieurs notes empruntées au mode dorien. 

— L'Egi/pf exjjJorafion fund avait obtenu l'an dernier du directeur 
général des fouilles d'Egypte, l'autorisation d'entreprendre le déblaie- 
ment du temple de la reine Hatason, à Deir-el-Bahari. Dans les 
quelques salles que Mariette en avait jadis mises au jour, il avait 
découvert des peintures très intéressantes par elles-mêmes, et 
pour l'histoire de la civilisation, représentant l'expédition de la 
souveraine au pays de Punt; les fouilles anglaises dirigées par 
M. Naville depuis le mois de janvier 1893, n'ont rien produit d'aussi 
remarquable, mais elles nous ont rendu un grand nombre de pein- 
tures et de sculptures de la XYIII® dynastie et surtout une chambre 
avec un autel de pierre blanche dédié à Hamarchis, qui, jusqu'ici, est 
unique. C'a été l'œuvre de la première saison; la deuxième qui vient 
de commencer, s'annonce comme devant être féconde, et les res- 
sources importantes dont dispose la Société, lui permettront de 
pousser jusqu'au bout le déblaiement de ce temple de Deir-el-Bahari, 
l'un des plus importants de la région de Thèbes. 

— Au musée de Vienne (Autriche) sont exposés actuellement les 
10,000 papyrus égyptiens qui furent découverts à El-Fayoum et 
achetés il y a quelques années par l'archiduc Rénier. Les documents 
qui composent cette collection, unique en son genre, sont rédigés en 
onze langues différentes et couvrent une période de 2,500 ans. Tous 
ont été déchiffrés ; ils contiennent des renseignements sur la culture 
des anciens Egyptiens à différentes époques et sur leur vie publique 
et privée, tels que : lettres de commerce, contrats, reçus d'impôts, 
testaments; des manuscrits de romans, enfin une lettre d'amour 
datant de l'an 1200 avant Jésus-Christ. On y a retrouvé certains 
fragments d'auteurs grecs perdus, et, tout récemment, un curieux 
document, une attestation officielle donnée par des magistrats locaux 
à un de leurs concitoyens pour prouver qu'il a, conformément à un 
décret impérial, sacrifié aux dieux. Le professeur Harnack, de Berlin, 



— 125 — 

qui a publié et commenté ce document, a démontré qu'il s'agit d'un 
lïbelhis donné à un cliretien timide, de ceux qui ne voulaient ni 
s'exposer au martyre, ni tenir positivement leur foi et qui ont tant 
occupé l'Église primitive sous le nom de lihellaticî, au temps de la 
persécution de Dèce, au milieu du III" siècle. 

Divers. — Verrière. — M. le curé De Veirman a fait don au Conseil 
de fabrique de l'église Saint-Jacques, à Gand, d'une verrière, peinte 
par M. Ladon, représentant le Magistrat de Gand délivrant à sainte 
Colette l'autorisation d'ériger son couvent rue d'Or, et destiné à être 
placée dans le transept nord de l'église Saint- Jacques. 

La Commission des monuments et le Conseil communal ont émis 
un avis favorable sur la demande du Conseil de fabrique d'être 
autorisé à accepter la donation. 

— Lors de la vente de la bibliothèqvie Lignerolles, qui vient d'avoir 
lieu à Paris, il a été adjugé pour 30,000 francs à M. Morgand, libraire, 
mandataire d'un amateur, un exemplaire de l'Office de la semaine 
sainte, aux armes et au chiffre de Louis XVI, exemplaire qui fut 
offert par le souverain à la princesse de Lamballe, le jour de sa fête. 

C'est un recueil à l'usage de la maison du Roy, arrangé par M. l'abbé 
de Bellegarde, publié à Paris, chez Jacques Colombat, et qui contient 
en latin et en français l'explication des cérémonies de l'église, les 
instructions, prières, etc. 

À l'exemplaire que possédait M. de Lignerolles sont joints trois 
autographes ; un envoi en trois lignes du roi ; un billet de Marie- 
Antoinette et quelques mots de la jeune Marie-Thérèse, alors appelée 
« Madame Première. » 

Le roi écrivait : 

« Madame ma cousine, c'est aujourd'hui votre fête, je vous prie de 

recevoir ce livre qui me vient de ma mère et oii j'ai appris à prier 

Dieu ; je le prie pour vous, il bénit vos vertus. 

< Louis. > 

« Mon cher cœur, exprimait Marie-Antoinette, je veux moi aussi 

vous parler de toute mon amitié dans cette occasion. Je viens après 

le roi, mais je suis en mesme rang pour mon amitié pour vous, mes 

enfants aussi vous aiment, nous prions tous Dieu à deux genoux pour 

que vous soyez heureuse, ils savent bien, ma chère Lamballe, que 

vous vous plaisez à les regarder comme les vostres et vous estes 

dans leurs prières comme dans leurs cœurs. 

« Marie-Antoinette. » 



- 12G — 

Cet exemplaire de l'Office de la semaine sainte s'enrichit encore 
d'une lettre autographe de la reine, écrite à cette même princesse de 
Lamballe, à l'occasion de la mort de sa mère, lettre qui a été jointe 
au volume. Elle contient en post-scriptum quelques mots de la main 
du roi. 

— La bibliothèque royale vient de s'accroître d'un ensemble de pré- 
cieux documents. Il s'agit de quatre lettres de Rubens, écrites en 
italien, langue dont il se servait de préférence dans sa correspon- 
dance. Outre l'intérêt qui s'attache a leur illustre provenance, ces 
lettres sont une source de renseignements de grande importance 
pour l'histoire. Adressées à Pierre Van Veen, avocat, pensionnai]-e de 
la ville de La Haye et l'un des frères d'Otto Van Veen (ou Venius), 
le maître de Rubens, elles sont relatives au privilège qu'il s'agissait 
d'obtenir, en Hollande, pour la vente des gravures exécutées d'après 
les tableaux de l'illustre artiste que cette question préoccupait fort 
dans les relations qu'il entretenait avec les différents pays. L'une des 
lettres est accompagnée d'une liste de gravures, au nombre de dix- 
huit, pour lequel il sollicite un privilège de vente. Ces lettres portent 
les dates de 1619, 1620 et 1622, une belle époque de la féconde et 
glorieuse carrière de Rubens ; elles donnent la solution de plusieurs 
problèmes, restés obscurs jusqu'ici, sur la production des estampes 
que d'habiles graveurs, formés et dirigés par le maître lui-même, ont 
exécutées d'après ses peintures. Elle est surtout intéressante pour 
l'iconographie de Lucas Vosterman, le plus remarquable de ses inter- 
prètes, auquel M. Henri Hymans, conservateur de la section des 
estampes à la Bibliothèque royale , vient de consacrer un excellent 
livre. Acquérir à la fois quatre lettres de Rubens était une bonne 
fortune inespérée. C'est à Gand, dans une vente provenant d'objets 
ayant appartenu à un peintre (Van Imschoot) qui eut jadis quelque 
•notoriété, que noti-e gi-and dépôt littéraire a eu cette heureuse chance. 
Nous savons aussi que ces lettres avaient appartenu précédemment 
à l'avocat J.-B. Moyson de Gand, mort en 1858. 

— Deux millions de livres. — L'inventaire général des collections 
de la Hibliothèque nationale de Paris, commencé en 1875, vient d'être 
achevé, ces jours derniers, sous la direction de M. Marchai, conserva- 
teur adjoint. 

11 résulte de cet inventaire que la Bibliothèque nationale possède 
dans ses collections 2,150,000 volumes, sans parler des journaux de 
province qui ne sont pas encore reliés. 



— 127 — 

— Une carte dessinée par Christophe Colomb. — Le D^ van Wieser, 
professeur de géographie à l'Université d'Insbruck, a publié dans un 
volume de documents, tirés de la Bibliotheca Sfrozziana, de B'ioronce, 
trois croquis cartographiques, qui doivent être attribués à Christophe 
Colomb. On sait que le grand navigateur explora, dans son quatrième 
voyage, la côte de l'Amérique centrale, et en dressa la carte avec 
son plus jeune frère Bartholomé. 

Ce dernier porta en Italie des cartes dessinées par Colomb, et une 
description de la côte explorée par lui, et ses deux documents tom- 
bèrent peu après entre les mains d'Alexandre Stozzi, un collection- 
neur de cartes et de récits de voyages, qui fit don à la Bibliothèque 
de Florence de celles qu'a récemment publiées le D^ von Wieser. 
Jusqu'ici, seule la description était connue; mais en marge d'une 
lettre de Christophe Colomb, datée de la Jamaïque, le 7 juillet 1503, 
le docteur von Wieser a trouvé trois croquis, tracés à la hâte, et qui, 
mis bout à bout, représentent fidèlement la zone équatoriale du globe 
telle que Colomb se la représenta jusqu'à sa mort. 

On sait qu'il crut toujours avoir abordé la côte orientale de l'Asie, 
et qu'il prenait pour l'océan indien la mer que les indigènes lui 
disaient exister à quelques marches vers l'ouest de l'autre côté de 
la terre étroite sur laquelle il avait abordé. Il pensait que cette terre, 
aujourd'hui l'Amérique centrale et l'isthme de Panama, n'était qu'un 
prolongement méridional de la Chine, et qu'en la contournant au 
Sud on parviendrait rapidement dans l'Inde. 

— Restauration d'un palais du XI V^ siècle à Malines. — Depuis 
peu la ville de Malines compte parmi ses nombreux bâtiments d'art 
un palais qui attirera certainement l'attention de l'étranger. 

L'édifice, autrefois diiiorme, qui naguère servait de théâtre, était 
le dernier vestige du palais de l'illustre princesse Marguerite d'York, 
veuve de Charles-le-Téméraire, duc de Bourgogne, et sœur de deux 
rois d'Angleterre. 

Après le décès de Marguerite d'York, ce palais servit de résidence 
à Philippe-la-Beau, et, plus tard, à ses enfants, dont l'aîné fut 
Charles-Quint. 

L'archiduc Albert et l'archiduchesse Isabelle cédèrent ce palais 
aux RR. PP. Jésuites qui y érigèrent un collège. C'est là que saint 
Jean Berckmans poursuivit ses études. 

L'administration communale de Malines a fait restaurer cet édifice, 
auquel se rattachent tant de souvenirs, et qui, avec sa façade du 



— 128 — 

XIV*^ siècle fournit actuellement une perspective des plus pitto- 
resques. 

— Le premier nan're cuiraasé. — On croit généralement que l'in- 
vention des navires cuirassés est récente : il n'en est rien. Le capi- 
taine Vinden, de la marine anglaise, vient de faire à la Société 
archéologique de Londres une communication dans laquelle il nous 
apprend que le premier navire cuirassé a été construit à Nice en 1530; 
c'est la galère Santa- Anna, qui appartenait à l'escadre envoyée par 
l'empereur Charles-Quint contre Tunis. 

La Santa- Anna comportait six entreponts, était armé de nombreux 
canons et comptait trois cents hommes d'équipage. Sa cuirasse était 
en plomb; elle était fixée à la muraille du navire par des boulons en 
bronze. (Jette galère est représentée dans une fresque au palais des 
Hospitaliers, à Rome. 



— 129 — 



LA RESTAURATION 



DU 



Château de Gérard-le-Diable 

A aAND'. 



Il paraîtra peut-être étrange que l'auteur des 
plans de restauration du Château de Gérard-le- 
Diable prenne lui-même la plume pour expliquer 
et justifier son œuvre. 

Cette réflexion, nous nous la sommes tout 
d'abord faite à nous-même. Toutefois, une justifi- 
cation présentée au seul point de vue archéolo- 
gique, du système suivi et des formes adoptées, 
nous a paru nécessaire. Il nous a semblé que les 
appréciations et surtout les critiques dont la res- 
tauration du Château et du donjon de Gérard-le- 
Diable a été l'objet, ne devaient point demeurer 
sans réponse, alors que nous avions les mains 
pleines de motifs très sérieux pour justifier notre 
manière de procéder. Nous avons pensé égale- 
ment que l'importante résidence seigneuriale 
du châtelain de Gand au XIIP siècle méritait 

* Voir Messager des sciences, année 1886, p. 1. 



— 130 — 

quelques égards spéciaux de la part de celui qui 
a porté la main sur ces restes vénérables et qui 
s'est efforcé de leur rendre leur antique aspect. 

Il nous a paru enfin qu'en ne nous occupant 
pas de l'aspect artistique du château restauré 
(planche I), en laissant le public seul juge des 
mérites et des défauts de la restauration, nous 
n'empiéterions pas sur les droits étendus qu'il 
convient de laisser à la critique. 

Nous nous bornerons, en conséquence, dans les 
pages qui vont suivre, à signaler aux lecteurs les 
faits, l'état ancien des diverses parties de l'édifice, 
les renseignements historiques et autres sur les- 
quels nous nous sommes basé pour donner la pré- 
férence à tel mode de restauration plutôt qu'à tel 
autre, et nous appuierons cette démonstration 
de quelques reproductions destinées à en faciliter 
l'intellioi'ence. 

Nous devons les reproductions photographiques 
du Château de Gérard-le-Diable , de la crypte 
et d'une base de colonnette, à l'obligeance de 
M. Joseph Casier, photographe amateur. Qu'il 
veuille trouver ici l'expression de nos meilleurs 
remerciements. 



RESTAURATION DE LA CRYPTE DU CHATEAU DE GERARD-LE-DIABLE. 

La crypte, l'une des plus vastes et des plus in- 
téressantes que possède la Belgique, s'étend sous 
la grande salle du Château de Gérard-le-Diable et 
sous la cour qui longe actuellement le château. 



— 131 - 

Une épine de colonnes rondes, trapues, plus mas- 
sives que les autres, supporte le mur qui sépare le 
bâtiment de la cour. Deux autres épines de co- 
lonnes également rondes et surmontées, comme 
les premières, de chapiteaux à larges feuilles sans 
crochets, divisent la crypte en quatre nefs pa- 
rallèles, recouvertes par des voûtes ogivales en 
moellons appuyées elles-mêmes sur des arcs dou- 
bleaux rectangulaires et des nervures ornées d'un 
simple chanfrein. 

Le grand développement de la crypte s'explique 
par ce fait qu'un bâtiment de même importance 
que le bâtiment actuel s'élevait jadis à l'emplace- 
ment de la cour. Les fondations de ce bâtiment 
existent encore. Elles servent d'appui à la der- 
nière nef de la crypte et forment la limite de la 
propriété de l'État. 

Deux des travées de la crypte situées sous la 
cour sont aujourd'hui séparées du reste du sou- 
terrain par des murs modernes en briques. Les 
voûtes qui les recouvraient ont été enfoncées, 
il y a de longues années, pour faciliter la sortie 
des pompes à incendie dont la remise était située 
au fond de la cour. Il résulte de fouilles que nous 
avons fait pratiquer que, seule, la partie supé- 
rieure des voûtes paraît avoir été démolie, et que 
la restauration de ces travées, qui s'impose à 
notre avis, ne serait ni difficile ni coûteuse. 

Nous avons, par lettre du 27 octobre 1891, 
appelé l'attention de la Commission royale des 
Monuments, sur l'opportunité de cette restaura- 
tion et sur Tavantage qui résulterait pour le monu- 



— 132 — 

ment de l'abaissement du trottoir récemment 
établi au pied du château, le long de l'Escaut, 
par les soins de l'État. Déjà il a été fait droit à 
cette dernière remarque. Le trottoir a été abaissé 
d'environ 70 centimètres et la plinthe du château 
s'est trouvée dégagée sur cette même hauteur, ce 
qui a singulièrement accru l'effet que produit le 
monument. 

La crypte a été restaurée, il y a bon nombre 
d'années, par M. Pauli, ancien professeur à l'Uni- 
versité de Gand, membre de la Commission royale 
des Monuments. L'honorable architecte a restauré 
également les fenêtres éclairant la crypte du côté 
du fleuve et le mur extérieur de cette partie du 
château. 

La planche II permet de se faire une idée du 
vaste souterrain dont les solides piliers et l'ar- 
chitecture sévère répondent si bien au caractère 
mâle et rude que les historiens attribuent aux 
anciens habitants de la cité flamande. 



PRELIMINAIRES DE LA RESTAURATION EXTERIEURE DU GHÂTEAU 
ET DU DONJON DE GÉRARD-LE-DIABLE. 

Le percement de nouvelles rues et les trans- 
formations apportées au quartier du Bas-Escaut 
ayant mis en évidence le Steen de Gérard-le-Diable, 
il nous sembla que les restes vénérables de la 
résidence du châtelain de Gand méritaient une 
restauration et, après avoir obtenu le gracieux 
assentiment du premier architecte, M. Pauli, nous 
fîmes une étude détaillée du monument et des 
travaux de réfection qu'il demandait. 



o 

5' 
5' 









2^ 

I 
I 

a 



p 
3 




— 133 — 

Notre projet offert à l'État, au mois d'avril 1886, 
fit l'objet, de notre part, d'un article intitulé : 
Le Château de Gérard-le-Diable, à Gand, qui parût, 
cette même année, dans le Messager des sciences 
historiques de Belgique. Nous avons résumé, dans 
cet article, les données historiques et archéolo- 
giques que l'on possède sur le monument et y 
avons expliqué le projet de restauration auquel 
nous avait conduit l'étude, naturellement incom- 
plète, qu'il nous avait été donné de faire du 
Château de Gérard-le-Diable. 

Nous ne reviendrons point sur ces explications , 
mais nous rappellerons que notre projet, soumis 
par le Gouvernement à la Commission royale des 
Monuments, fit l'objet, de la part de ce collège, au 
cours de l'année 1886, d'an examen détaillé, à la 
suite duquel il fut approuvé, le 21 août 1886, sauf 
à supprimer la tourelle de guet que nous avions 
projeté d'établir au haut de la charpente, au droit 
du trumeau plus large que les autres qui existe, 
entre les baies, vers le milieu de la façade. 

Nous avions d'ailleurs nous-même, dans le travail 
signalé plus haut, formulé l'objection qu'a admise 
la Commission royale des Monuments, et en vertu 
de laquelle la tourelle qui s'aperçoit sur un vieux 
dessin du Steen, faisant partie de la collection Goet- 
ghebuer et conservé h la bibliothèque de l'Univer- 
sité de Gand, rappellerait tout simplement la petite 
flèche que les religieux placèrent probablement 
sur le toit delà grande salle transformée en église, 
afin d'y suspendre les cloches. Nous ajoutions : 

« Cette objection assez plausible et à laquelle 



— 134 — 

il nous est impossible de répondre d'une façon 
péremptoire avec les éléments dont nous dis- 
posons, n'infirme en rien toutefois notre argument 
tiré de la largeur unique du panneau de maçon- 
nerie qui existe en cet endroit. Comment expli- 
quer cette différence considérable avec les autres 
panneaux si étroits, qui séparent les baies, si ce 
n'est par une nécessité de construction? » 

Cette nécessité de construction, la restauration 
nous l'a fait connaître. La largeur exceptionnelle 
des trumeaux en question s'est trouvée justifiée 
par l'existence d'un large corps de cheminée. Dès 
lors, la tourelle de guet n'avait plus de raison 
d'être; c'était une cheminée qu'il fallait, et la 
Commission royale des Monuments , en récla- 
mant la suppression de Pédicule en charpente, a 
devancé, avec raison d'ailleurs, une décision que 
nous eussions été amené à prendre nous-même. 

Lorsque les plans de restauration furent ap- 
prouvés, de nombreux échanges de vues devinrent 
nécessaires pour obtenir l'entente et la collabora- 
tion de la ville de Gand , de la province de la 
Flandre orientale et de l'État, et pour arriver à 
l'exécution du travail. 

Il nous est très agréable de constater que 
M. Lippens, bourgmestre de Gand, pour la ville, 
M. de Kerchove d'Exaerde, gouverneur de la 
Flandre orientale, pour la province, et M. De 
Bruyn, ministre de l'agriculture, de l'industrie et 
des travaux publics, pour l'État, mirent la plus 
grande bienveillance à lever les difficultés de 
divers genres que semblable entreprise compor- 



— 135 - 

tait. Nous ne pouvons nous empêcher de remer- 
cier également ici, parmi les personnes qui ont 
mis leurs soins à faire aboutir l'accord entre les 
diverses autorités et à hâter la mise en adjudica- 
tion du travail de restauration, M. Paul de Smet 
de Naeyer, membre de la Chambre des représen- 
tants pour Gand, aujourd'hui ministre des finances, 
et M. Charles Lagasse, ingénieur en chef, direc- 
teur des bâtiments civils à Bruxelles. 

Les bases de la convention entre l'État, la pro- 
vince et la ville furent les suivantes : l'État fit 
l'acquisition des parties de l'ancien château qui 
ne lui appartenaient pas et se chargea de la res- 
tauration du château et du donjon, moyennant 
une participation fixée, de commun accord, à 
16,000 fr. pour la ville de Gand et à pareille 
somme pour la province. 

La ville et la province furent admises à s'acquit- 
ter de leur part d'intervention en quatre années. 

Une première adjudication, comprenant la res- 
tauration du château proprement dit, eut lieu le 
2 août 1890. Le travail fut attribué à MM. De 
Hoon et Van de Putte, moyennant un forfait de 
27,996 francs. Le coût complet de cette entreprise 
qui subit, en cours d'exécution, de nombreuses 
modifications, s'éleva à 34,141 francs. 

La seconde adjudication, comprenant la restau- 
ration et la reconstruction partielle du donjon, 
dut être différée jusqu'à ce que le corps des pom- 
piers qui occupait ce bâtiment eût pu être installé 
ailleurs. 

Cette adjudication eut lieu le 2 juillet 1892. Le 



— 136 — 

travail fut attribué à M. Louis Gildemyn, moyen- 
nant un forfait de 39,795 francs. Le coût complet 
de la seconde entreprise n'est point définitivement 
arrêté. Tout fait prévoir néanmoins qu'il ne dépas- 
sera pas 43,471 francs. 

En vertu d'arrangements particuliers pris avec 
M. le ministre de l'agriculture, de l'industrie et 
des travaux publics, la direction technique du 
travail fut dévolue à l'administration des ponts 
et chaussées, tandis que la direction artistique 
nous fut confiée. Nous avons été aidé, dans cette 
dernière tâche, avec beaucoup de zèle, par un 
jeune architecte de talent, M. Henri Geirnaert. 



RESTAURATION EXTERIEURE DU CHATEAU. 

La restauration extérieure du grand bâtiment 
qui longe le Bas-Escaut, avec celle de la tourelle 
engagée qui le termine à l'aval, fit l'objet de la 
première entreprise. 

Ni la tourelle, ni les créneaux surmontant le 
mur de façade n'ont donné lieu à des critiques 
méritant d'être relevées. La tourelle s'élève sufii- 
samment pour donner passage aux défenseurs du 
château vers le chemin de ronde qui longe le mur 
crénelé. La forme des créneaux est empruntée à 
d'anciens monuments de la même époque, et ce 
motif architectural s'est si complètement adapté 
à la construction existante, que la vieille char- 
pente composée de chevrons-poutres a été main- 
tenue en place et que la largeur du chemin de 



— 137 — 

ronde réservé aux défenseurs du château s'est 
trouvée amplement suffisante. Il est à remarquer 
que la charpente, si elle n'est point primitive, a 
remplacé une charpente placée à la même hau- 
teur : le pignon, en partie conservé, fournit à cet 
égard une preuve irréfragable. 

Les divers cordons de la façade étant la repro- 
duction exacte des anciens cordons çà et là 
conservés, n'ont donné lieu à aucune hésitation. 

Le trumeau plus large que les autres qui 
existait entre les baies des fenêtres, vers le milieu 
du bâtiment, et que nous avions supposé être l'ap- 
pui d'une tourelle de guet, s'est trouvé présenter 
une cavité considérable et offrir tous les carac- 
tères d'un vaste corps de cheminée. 

Dès lors, la construction d'une cheminée dans 
le style très simple du monument s'imposait, et 
nous n'avons pas hésité à apporter semblable 
modification au premier projet de restauration, 
bien que les idées modernes s'accomodent assez 
mal de pareil emplacement pour les cheminées. 

Restent les deux étages de fenêtres. 

L'étage inférieur comprenant onze grandes 
baies ogivales a été l'objet de nombreuses cri- 
tiques qui se sont fait jour dans des journaux, 
des publications spéciales et des réunions archéo- 
logiques. 

La forme ogivale des baies a tout d'abord été 
blâmée. Le Cliâteau de Gérard-le-Diable ayant 
servi, en partie, au XV^ siècle, de chapelle aux 
Hiéronymites, on a pensé et écrit que les baies 
primitives ont été transformées par ces religieux 



— 138 — 

en baies de chapelle, de forme ogivale; on a 
conclu que le restaurateur avait eu le grand tort 
de conserver des fenêtres qui ne sont nullement 
primitives et de donner ainsi à une résidence for- 
tifiée un aspect religieux qui jure avec son carac- 
tère primitif et avec sa destination. 

Or, les archéologues qui ont émis ces critiques 
n'ont vraisemblablement pas pris la peine d'exa- 
miner de près la construction de ces baies. 

Ni à l'extérieur, ni à l'intérieur, rien ne permet 
de supposer qu'une modification importante quel- 
conque ait jamais été apportée aux baies des 
fenêtres du grand étage. Les baies primitives ont 
incontestablement eu la forriie ogivale que nous 
avons retrouvée et conservée. L'appareil de la 
construction l'indique d'ailleurs parfaitement, ainsi 
que le style des moulures qui ornent les baies. 

L'appareil, très endommagé à l'extérieur, par 
suite de l'emploi de la pierre de Tournai, a dû 
être complètement renouvelé par nous autour des 
baies. En procédant à cette opération, il nous a été 
donné de constater que la plupart des pierres 
d'angle des baies avaient une queue de 70 centi- 
mètres à un mètre, une hauteur d'assise de 30 à 
40 centimètres et une largeur atteignant parfois 
80 centimètres. 

Cette seule constatation suffit à établir que les 
baies encadrées de pierres semblables sont pri- 
mitives. Aucune modification apportée dans le 
cours des siècles n'aurait pu comporter des blocs 
de pierre de cette importance, sans amener la 
ruine de l'édifice, 



- 139 — 

D'ailleurs, si nous avons été obligé de remplacer 
à l'extérieur, sur une profondeur réduite, les 
encadrements des baies, parce qu'ils tombaient en 
poussière, aucune modification de ce genre n'a 
dû être apportée à l'intérieur de l'édifice. 

Une simple inspection des énormes baies ogi- 
vales qui éclairent la grande salle des archives, 
et qui sont accessibles de très près sur toute leur 
hauteur, à cause des faux étages qui divisent 
aujourd'hui la grande salle, montre que les tru- 
meaux ainsi que les arcs ogivaux qui terminent les 
baies n'ont jamais été transformés et remontent 
manifestement à la construction primitive. 

Qu'y a-t-il du reste d'étonnant à ce qu'une rési- 
dence seigneuriale comme celle devant laquelle 
nous nous trouvons, ait éclairé au XIIP siècle sa 
grande salle de réception et de fêtes au moyen de 
baies ogivales? Le Steen des Utenhove, au marché 
du Vendredi, dont il nous reste bon nombre de 
dessins, et qui n'a été démoli que vers le milieu 
de ce siècle, ofi"rait une disposition analogue. 

Les baies du beffroi de Gand sont également de 
forme ogivale et personne, que nous sachions, n'a 
encore cherché à établir que semblable disposition 
soit le résultat de modifications opérées durant le 
cours des siècles. 

Les baies de la grande salle du Château de 
Gérard-le-Diable sont d'ailleurs pourvues, comme 
les baies du beffroi, des huit gonds primitifs pro- 
fondément engagés dans la maçonnerie, autour 
desquels se mouvaient les lourds vantaux de bois, 
destinés sans doute à compenser ce que les 



— 140 — 

énormes ouvertures des baies offraient de défec- 
tueux au point de vue de la défense. 

Une restauration complète, au sens archéolo- 
gique, eût exigé le replacement de vantaux de 
bois et l'absence de grands panneaux vitrés. 
Mais la nécessité d'éclairer largement et conti- 
nuellement la salle des archives nous a obligé 
à faire la part des nécessités modernes. Nous 
avons conservé les gonds, témoins intéressants et 
incontestables de la disposition primitive et nous 
avons pourvu de vantaux de chêne une seule baie, 
celle du pignon, qui ne doit être ouverte qu'à de 
rares intervalles. Mais nous avons inséré dans les 
meneaux des fenêtres du château, des panneaux 
vitrés formés de petits carreaux sertis au plomb. 

L'argument principal invoqué contre les baies 
ogivales, nous l'avons dit, est tiré de la destination 
de la grande salle au XV*" siècle. Cette grande 
salle servit de chapelle aux Hiéronymites et ce 
furent ces religieux, au dire des archéologues qui 
nous critiquent, qui transformèrent les baies pri- 
mitives et en firent des fenêtres d'église qu'ils 
munirent de meneaux. 

Que les Hiéronymites aient supprimé d'anciens 
meneaux pour les remplacer par des meneaux plus 
légers, dans le goût de l'époque, la chose parait 
certaine. Plusieurs dessins de la collection Goet- 
ghebuer, conservés à la bibliothèque de l'Univer- 
sité de Gand, nous montrent des réseaux en style 
gothique de la dernière époque encore logés dans 
les baies ogivales du grand étage. Nous en avons 
du reste retrouvé plusieurs fragments importants 




PI. IIT. — Base d'une des colonnettes engagées qui ornent à l'extérieur les baies de 
la grande salle du Château de Gérard-le-DiaJjle, à Gand. — État ancien. 



141 — 



dans les maçonneries de remplissage relativement 
récentes que nous avons été amené à démolir. 

Mais que ces religieux aient également modifié 
la forme des baies, c'est là une assertion que le 
tracé des moulures et le style des colonnettes, des 
chapiteaux et des bases qui encadrent ces baies, 
permettent de démentir sans réplique. 

Il n'est guère possible d'imaginer des formes 
plus rudes et plus primitives que celles de ces 
encadrements. La figure 1 en montre la coupe 
exacte. La planche III reproduit, par la photo- 
graphie, la seule base de colonnette que nous 
ayons réussi à extraire et 
que nous eussions conser- 
vée en place si l'état de 
la pierre l'eût permis. 
L'inspection de cette 
coupe (fig. 1) comprenant 
une forte colonnette ronde 
et un demi-meneau en- 
gagé rectangulaire, dépourvu de chanfrein, et 
celle de la base de colonnette (pi. III), dont nous 
avons retrouvé des fragments à chacune des 
fenêtres, prouvent à toute évidence que nous nous 
trouvons en présence des baies primitives. Les 
chapiteaux, en détestable état de conservation, 
qui couronnaient les colonnettes, sous la nais- 
sance de l'ogive, avaient le même caractère simple 
et rude, ainsi que l'ogive elle-même, uniquement 
ornée d'une chanfrein et reposant sur un cordon 
formant tailloir des chapiteaux. 

Un problème fort délicat s'imposait ici à notre 




Fig- 1. 



— 142 — 

attention. Ces énormes baies ogivales, qui mesu- 
raient généralement 1"'55 de largeur sur 6"^00 de 
hauteur, étaient-elles primitivement dépourvues 
de meneaux, ou en étaient-elles garnies? 

Un seul moyen s'offrait à nous d'acquérir à ce 
sujet quelque certitude. C'était de faire démolir 
avec les plus grandes précautions l'espèce de 
bahut qui avait été maçonné à une époque déjà 
ancienne, peut-être dès le XV^ siècle, dans la 
partie inférieure des baies, de chercher à mettre 
à nu le seuil primitif de la fenêtre et de s'assurer 
si ce seuil ne renfermait aucune trace de meneau 
central primitif. 

Ce travail, exécuté avec beaucoup de soin, a 
donné des résultats répondant pleinement à nos 
prévisions. Le seuil primitif, très abîmé pour un 
bon nombre de baies, s'est trouvé intégralement 
conservé en deux endroits. La racine d'un meneau 
rectangulaire, ainsi que la cavité destinée à rece- 
voir le tenon de pierre qui fixait ce meneau dans 
le seuil, ont été mis à découvert, après que le 
bahut de maçonnerie qui remplissait la partie in- 
férieure de la fenêtre, eût été enlevé. 

L'état de délabrement de ce seuil n'ayant pas 
permis de le conserver, nous avons fait dresser 
un procès-verbal de l'état des lieux. En voici la 
teneur : 

Château de Gérard-le-DiaUe , à Gand. 

PBOCÈS-VEKBAL. 

Les soussignés ont observé, après la démolition de la ma- 
çonnerie de remplissage faite postérieurement à la construc- 



— 143 — 

tion primitive, que deux des seuils primitifs en pierre de 
Tournai, bien que fortement endommagés, portaient les traces 
incontestables de la naissance d'un meneau central. 

Ces traces consistaient en une saillie sur le reste du 
seuil, saillie rectangulaire correspondant aux saillies encore 
existantes des demi-meneaux engagés qui font partie de l'en- 
cadrement de la fenêtre. En outre, une encoche, aussi large 
que le meneau, était ménagée dans le vieux seuil, comme 
si le meneau avait été fixé par le moyen d'une queue de 
pierre, dans le seuil primitif. 

Les angles vifs de la saillie formant naissance du meneau 
avaient disparu, mais la saillie était parfaitement percep- 
tible à la vue. 

Ainsi fait à Gand, le !«•• juin 1891. 

[Signé) Verhaegen, ingénieur honoraire des Ponts 

et Chaussées. 
H. Geirnaert, architecte-surveillant. 
A. De Hoon, architecte, entrepreneur de 

la restauration. 
J. Lion, aide-temporaire des Ponts et 

Chaussées, surveillant. 
J. Hanquoniaux, maçon. 

Cette pièce, signée par les surveillants, l'entre- 
preneur et le maçon qui avaient été appelés à 
prendre une part directe au travail de démolition, 
est en notre possession. 

L'existence d'un meneau central rectangulaire, 
de même forme que les demi-meneaux engagés, 
étant démontrée, restait à déterminer la forme du 
tympan. Une retraite ménagée partout au même 
niveau, à la hauteur des chapiteaux, dans plusieurs 



— 144 — 

demi-meneaux engagés, nous donna, avec une 
absolue vraisemblance, l'origine des arcs. 

Un fragment important de pierre, taillé en arc 
de cercle, unique de son espèce, en très mauvais 
état, mais s'appliquant exactement aux espaces à 
relier, nous indiqua clairement que les deux arcs 
à établir entre le meneau central et les demi- 
meneaux engagés, étaient primitivement des 
demi-cercles. 

La partie supérieure du tympan demeurait 
encore indécise. Il y avait trois voies à suivre 
relativement à cette restauration, en l'absence de 
tout document ancien qui pût indiquer avec certi- 
tude la forme de cette partie de l'édifice : 

1° On pouvait adopter le tympan plein. 

2° On pouvait ajourer le tympan en y insérant 
des meneaux offrant de nombreux vides. 

3° On pouvait se borner à pratiquer dans le 
tympan un œil de bœuf. 

C'est à ce dernier parti que nous nous sommes 
arrêté. Nous avons trouvé qu'il répondait mieux 
que tout autre au style de l'époque, à la forme 
des arcs inférieurs en demi-cercle, à la simplicité 
de l'édifice, à la nécessité de ne pas conserver un 
tympan plein dont la lourdeur eût été choquante. 

Quant aux larmiers qui encadraient les arcs 
ogivaux terminant les grandes baies, il nous a 
suffi d'adopter très exactement la forme, les 
dimensions et l'emplacement des anciens larmiers, 
rongés par le temps, pour en obtenir une restau- 
ration fidèle. 

L'étage supérieur du Château de Gérard-le- 



— 145 — 

Diable a été pour beaucoup de personnes une 
révélation, et pour plusieurs un motif de critique. 

En effet, la patine noirâtre qui avait recouvert 
également les parties les plus anciennes de ledi- 
fice et les reprises et remplissages récents, 
permettait à peine de soupçonner qu'il y eût pri- 
mitivement, au-dessus du grand étage, un étage 
beaucoup moins important percé de baies dispo- 
sées régulièrement au-dessus des baies ogivales. 
Le niveau du sol de cet étage nous fut donné très 
exactement par l'embrasure de la porte qui le 
reliait à la tourelle d'amont. Les gonds de la 
porte primitive existent encore. 

La démolition des remplissages récents des baies 
fit réapparaître les trumeaux qui séparaient jadis 
les fenêtres supérieures ainsi que les moulures 
simplement rectangulaires qui les encadraient. 

Le système admis pour la restauration des 
fenêtres du grand étage devait naturellement être 
suivi, pour les fenêtres supérieures, dans les 
limites très resserrées que comportait la hauteur 
disponible sous la corniche. De là, l'adoption du 
meneau rectangulaire, dépourvu de chanfrein, 
semblable aux demi-meneaux engagés qui avaient 
été conservés à l'intérieur des remplissages en 
maçonnerie. 

De là aussi l'adoption d'arcs semi-circulaires 
pour relier le meneau central aux demi-meneaux 
engagés. 

Il ne pouvait, au surplus, être question d'un 
tympan important par son élévation, eu égard 
aux dimensions restreintes de l'étage et à l'em- 

10 



146 



placement, tout indiqué par le niveau de la char- 
pente, de la corniche et des créneaux. 

Dès lors un simple arc de cercle surbaissé 
rejoignant les encadrements extrêmes des baies 
suj)érieures s'imposait d'une façon assez vraisem- 
blable pour que nous ayons crû pouvoir l'adopter. 
Ce mode de couronnement était, au surplus, 
conforme à des restes d'arcs de décharge du même 
genre, existant encore partiellement au-dessus 
des fenêtres de cave du donjon. 

Enfin une fenêtre, ayant beaucoup d'analogie, 
par sa forme et sa construction, avec celles de 
l'étage supérieur du Château de Gérard-le-Diable, 

, a été retrouvée dans 



la galerie qui touche 
le donjon du Château 
des Comtes, à Gand. 
Le dessin que nous 
en donnons (fig. 2) 
t-/d permet aisément de 
feji^ ji^ger que, si nous 
avons été obligé de 
composer nous-même 
le couronnement des 
baies de l'étage su- 
périeur , nous nous 
sommes inspiré de 
modèles anciens que 
nous a fournis la loca- 
lité elle-même, dans 
un de ses monuments les plus intéressants. Ce 
dessin prouve en outre que l'arc semi- circulaire 




Fig. 2. 



— 147 — 

se rencontrait, aux éx^oques primitives du moyen- 
âge, conjointement avec l'arc ogival et l'arc de 
cercle surbaissé. 

La Commission royale des Monuments, après 
avoir examiné spécialement cette partie du projet 
et formulé certaines objections que notre mode de 
restauration de l'étage supérieur lui paraissait 
comporter, s'est ralliée à notre manière de voir. 



RESTAURATION EXTÉRIEURE DU DONJON. 

La seconde partie du travail de restauration, 
comprenant les réfections et modifications à ap- 
porter au donjon du Château de Gérard-le-Diable 
et à la tourelle engagée qui le complète, offrait, 
d'une part, les mêmes problèmes à résoudre que 
la première partie, et d'autre part des questions 
nouvelles et des complications nombreuses, résul- 
tant du détestable état du mur méridional. 

Tout d'abord un étage avait été enlevé au don- 
jon. Un plan, qui existe aux archives de la ville 
de Gand, dont la copie fait partie de la collection 
Goetghebuer, et qui fut dressé en 1626 par l'ar- 
chitecte Francquaert, de Bruxelles, pour trans- 
former l'ancien Château de Gérard-le-Diable en 
maison de force, comporte une légende qui men- 
tionne le donjon dans les termes suivants : « Cette 
grande tour sera suffisamment abaissée pour que 
le toit de la chapelle puisse être prolongé et la 
couvrir. » On se rappelle que la chapelle, dont il 
est question dans ce passage, avait été établie par 



— 148 



les Hiéron3''mites dans la grande salle des fêtes 
du château. 

Le donjon fut donc abaissé au XVIP siècle, 
— avant 1G33, car c'est du 13 mai 1633 que 
date la transformation du château en maison de 
force. 

Le dessin dont nous avons déjà parlé et qui est 
conservé dans la collection Goetghebuer, déposée 
elle-même à la bibliothèque de l'Université de 

Gand, représente le 
Château et le don- 
jon de Gérard-le- 
Diable tels qu'ils 
existaient versl 550 . 
Nous reprodui- 
sons ce curieux des- 
sin (fig. 3). Malgré 
ses inexactitudes , 
qui sautent aux 
yeux , il est pré - 
cieux par les indications qu'il renferme relative- 
ment au donjon, à son mode de couverture, et 
aux tourelles engagées, de hauteur différente, que 
l'on a abaissées depuis lors, de façon à les couvrir 
par la toiture du grand bâtiment. 

Ces indications nous ont déterminé à adopter, 
pour la couverture du donjon, une toiture en 
batière, la seule, d'ailleurs qui permit l'établisse- 
ment d'un chemin de ronde derrière le mur crénelé 
qui couronne le donjon, tout comme il couronne 
le grand bâtiment du château. 

Il nous a semblé au surplus, que l'adjonction au 




Fig. 3. 



— 149 — 

donjon d'an seul étage devait suffire pour lui 
rendre approximativement sa hauteur primitive. 
L'élévation du donjon restauré est en effet large- 
ment suffisante pour que, au temps ou le Steen de 
Gérard-le-Diable avait à remplir un rôle de dé- 
fense, il fût parfaitement à même de le faire et 
cela d'une façon suffisante. 

Quant à la convenance d'une toiture comme 
mode de couverture du donjon, nous n'ignorons 
point que la question est controversée. Certains 
archéologues, se basant, en partie du moins, sur 
les couvertures en plateforme des donjons et 
tours de défense édifiés par les croisés en Palestine, 
et sur l'analogie que présentent, tant pour le mode 
de construction que pour le système de défense, 
les châteaux et forteresses construits en Europe, 
après le retour des croisés, estiment que cette 
analogie doit s'étendre au système de couverture. 

Ils font valoir en outre que l'espace nécessaire 
à la manœuvre des machines de guerre qui ser- 
vaient à la défense, ne pouvait être obtenu qu'à 
la condition de recouvrir les donjons et les 
]3oints importants des forteresses de plateformes 
crénelées. 

Pour ce qui nous concerne, nous n'admettons 
pas l'analogie absolue des châteaux fortifiés de la 
Palestine avec ceux que les croisés, rentrés dans 
leur patrie, édifièrent à leur tour. S'ils s'inspi- 
rèrent du système de défense dont les croisades 
leur avaient appris les mérites, nul doute, d'après 
nous, qu'ils ne cherchèrent pas à appliquer sous 
nos climats brumeux et pluvieux, aux seules 



— 150 — 

constructions militaires, un mode de couverture 
adopté dans des pays ou les pluies sont rares. 

En Palestine, tous les édifices militaires, reli- 
gieux et civils sont pourvus de plateformes. Intro- 
duire semblables système en Belgique, c'eût été 
en proclamer la supériorité. Dès lors on ne com- 
prendrait pas que les constructions civiles et reli- 
gieuses n'aient pas été également couvertes au 
moyen de plateformes. 

Le caractère dominant de la construction au 
moyen-âge est la logique, en même temps que 
l'adaptation aux nécessités du climat. La toiture, 
et même la toiture aiguë, a, pour ces motifs, 
toujours été en honneur chez nous. Nous sommes 
convaincu que les constructions militaires n'ont 
pas fait exception à cette règle. 

Quant à l'argument tiré de l'espace nécessaire 
pour installer et manoeuvrer les machines de 
guerre, il n'a de valeur qu'à la fin de la période 
médiévale. 

A l'époque de la construction du château et du 
donjon de Gérard-le-Diable, c'est-à-dire vers le 
commencement du XIIP siècle, les donjons et les 
châteaux se défendaient principalement par leur 
masse et par leurs épaisses et hautes murailles. 
L'usage des machines de guerre n'était introduit 
que pour l'attaque et presque pas pour la défense 
des places. C'est seulement plus tard que les don- 
jons furent couverts de plateformes et servirent à 
l'établissement des machines de défense et bientôt 
après à celui de canons. 

Voilà, en résumé, les considérations qui nous 



— 151 — 

ont guidé dans l'établissement d'une toiture sur 
le donjon. 

Un second problème était relatif aux dimen- 
sions primitives du donjon. Des arrachements se 
voyaient aux murs méridional et septentrional, 
du côté opposé à l'Escaut. Le plan de l'architecte 
Francquaert, dont nous avons déjà parlé, mon- 
trait d'ailleurs que ces deux murs se prolon- 
geaient, en 1626, au-delà des limites actuelles. 
Dès lors, notre premier soin devait être de prati- 
quer des fouilles dans le sens indiqué par le plan 
de Jacques Francquaert. Ces fouilles remirent à 
découvert les anciennes fondations, et celles-ci, au 
moins en partie, purent être utilisées à nouveau. 
L'enlèvement du mur intercalé après la démoli- 
tion partielle du donjon s'imposait désormais. Il 
nous fut aisé de constater que ce mur n'était 
nullement relié au reste de la construction, et que, 
même dans les fondations, il était simplement 
juxtaposé aux maçonneries primitives. 

Quant au nouveau mur occidental à édifier 
pour compléter le donjon, l'alignement déter- 
miné par la ville de Gand formait une limite 
extrême à ne pas dépasser. C'est à cette limite 
qu'a été établie la nouvelle muraille. 

Le mur méridional du donjon, formant façade 
actuelle du côté de la rue du Limbourg, présen- 
tait des difficultés spéciales pour la restauration. 
Lézardé très profondement du haut en bas, affai- 
bli à diverses époques par l'établissement d'ar- 
moires, de passages, de cabinets d'aisance dans 
sa partie inférieure, il surplombait de plus la 



— 152 - 

verticale d'environ 30 centimètres à sa partie 
supérieure. 

L'administration des Ponts et Chaussées, préoc- 
cupée avant tout de la solidité de la construction 
à établir, songea un instant à ordonner la démo- 
lition de ce mur et son remplacement par une 
muraille neuve. Nos instances et l'habileté remar- 
quable de l'entrepreneur chargé de la restaura- 
tion, M. Gildemyn, eurent raison de ce projet : le 
vieux mur fut soigneusement repris, depuis les 
parties inférieures des fondations et, une à une, 
les cavités furent remplies par une maçonnerie 
serrée, au ciment, dont le tassement ne se fit 
point sentir. 

C'est dans la partie nouvelle du mur méri- 
dional, édifiée ensuite de notre découverte des 
anciennes fondations, que nous avons ménagé la 
porte d'entrée qui se voit actuellement dans la 
façade de la rue du Limbourg. Traitée dans le 
style des grandes fenêtres du Château de Gérard- 
le-Diable, cette porte est destinée à donner accès 
au bâtiment des archives de l'État. 

Les cordons que nous avons établis, à diverses 
hauteurs, dans le mur méridional, n'existaient 
pas primitivement. Mais ce côté du donjon, le 
vieux dessin de 1550 le démontre, se trouvait 
dissimulé par des constructions diverses et don- 
nait sur une ruelle fort étroite. 

On comprend dès lors que l'architecte primitif 
n'ait adopté aucune ornementation pour ce côté 
de l'édifice. 

Pour notre part, nous nous sommes borné à 



— 158 — 

prolonger sur cette façade, les cordons qui exis- 
taient à la façade longeant l'Escaut. Nous avons 
au surplus enlevé les maçonneries de remplissage 
qui garnissaient les deux seules baies que renfer- 
mait le mur méridional, et nous y avons restauré 
les deux fenêtres anciennes, en ayant la bonne 
fortune de pouvoir conserver, à titre de témoins, 
quelques-unes des pierres qui formaient l'enca- 
drement primitif des baies. 

Quant à la façade longeant l'Escaut, la démo- 
lition des maçonneries de remplissage qui étaient 
venues modifier l'état jirimitif, nous a amené à 
apporter plusieurs modifications au premier projet 
de restauration de cette partie de l'édifice. 

Tout d'abord deux rangées superposées de 
fenêtres inférieures se sont révélées à nous, de la 
façon la plus incontestable, par des restes d'ébrase- 
ment conservés, des fragments de seuils, de vieux 
gonds, des naissances d'arcs de décharge, primi- 
tivement destinés à être bandés au-dessus des 
linteaux. Nous avons naturellement tenu compte 
de ces indications. 

Quant aux fenêtres ogivales, l'enlèvement des 
maçonneries récentes nous donna la preuve que 
les moulures primitives, encadrant les baies, 
étaient encore beaucoup plus simples que celles 
des baies analogues du grand bâtiment. Pas de 
colonnettes, pas de chanfrein aux arcs originaux 
encadrant le tympan. D'autre part, des traces de 
seuil et de racine d'un meneau central nous indi- 
quèrent de nouvelles modifications à apporter au 
projet primitif. Des meneaux rectangulaires reliés 



— 154 — 

aux demi-meneaux par des arcs semi-circulaires 
et supportant un tympan tracé d'après les règles 
qui avaient présidé au tracé du tympan des 
fenêtres du grand bâtiment, tel était le système 
qui s'indiquait au restaurateur et que nous avons 
suivi. Il nous a été possible de conserver plusieurs 
des pierres primitives formant l'encadrement des 
baies, ainsi que plusieurs claveaux d'un des arcs 
ogivaux surmontant ces mêmes baies. Il suffit 
d'examiner de près ces pierres pour s'assurer que 
les formes rudes, presque brutales des encadre- 
ments et des meneaux, que nous avons adoptées, 
sont entièrement conformes aux formes primitives. 

La vue intérieure du mur du donjon dans lequel 
sont percées les baies ogivales n'est pas moins 
intéressante. L'inspection de ce mur montre à 
toute évidence que l'appareil de la construction 
est primitif et qu'il n'a jamais subi de transfor- 
mations notables. De plus les claveaux inférieurs, 
seuls conservés, de l'arc ogival qui termine la 
baie, indiquent d'une manière non moins claire que 
la forme ogivale est bien la forme primitive de 
l'arc et qu'il n'y a j^as lieu de considérer comme 
sérieuse l'hypothèse en vertu de laquelle des baies 
primitives, d'un caractère civil, auraient été 
transformées au XV® siècle, par les religieux Hié- 
rony mites, en fenêtres ogivales. 

L'intérêt actuel spécial qui s'attache à rinsj)ec- 
tion de ce mur intérieur consiste dans le fait que 
l'appareil mis à nu par le décrépissage que nous 
avons opéré, sera sous peu recouvert d'un nouvel 
enduit. Nous ne saurions assez engager les archéo- 



— 155 — 

logiies que cette question intéresse, à aller visiter 
le mur intérieur en question avant qu'il soit crépi 
à nouveau. 

Les encadrements des baies du second étage, 
mis à découvert par l'enlèvement des maçonneries 
de remplissage, ont offert également une dispo- 
sition plus simple que celle du bâtiment principal. 
Nous l'avons naturellement respectée et nous y 
avons adopté les formes déjà admises pour les 
fenêtres de l'étage supérieur du bâtiment prin- 
cipal. 

Au nouvel étage, les baies ont été disposées 
d'après les nécessités du service. Il en a été de 
même dans le nouveau mur occidental du donjon. 

Le donjon, pour les mêmes motifs que le bâti- 
ment principal, devait, à notre avis, être couronné 
de créneaux. Nous leur avons naturellement 
donné les mêmes formes que celles adoptées pour 
les créneaux du bâtiment principal. 

Quant à la tourelle dans laquelle l'escalier de 
pierre avait été entièrement supprimé et remplacé 
par un escalier de bois, nous l'avons rétablie dans 
son état primitif, nous y avons installé à nouveau 
un escalier de pierre de taille, nous avons ouvert 
à nouveau les portes donnant sur les différents 
étages, portes que l'on avait simplement bouchées 
au moyen d'une maçonnerie légère, et nous avons 
haussé la tourelle de façon à donner accès aux 
nouveaux étages, aux créneaux du château et à 
ceux du donjon, ainsi qu'au grenier du donjon. 

Reste la question de la cheminée. Nous avons 
crû devoir construire à neuf, depuis les fonda- 



— 15G — 

tious , une cheminée importante, ayant deux 
foyers, l'un dans la grande salle, l'autre dans la 
salle inférieure. Cette cheminée , nous l'avons 
adossée au mur septentrional du donjon, d'où elle 
s'élève au-dessus du pignon du grand bâtiment, 
et nous avons supprimé l'énorme cheminée qui 
existait dans le mur méridional. Pourquoi, se 
demandera- t-on, cette infidélité envers l'ancienne 
disposition? 

Parce que le mur méridional était dans un état 
tellement mauvais que, si nous n'avons pas eu la 
ressource de remplir de maçonnerie neuve l'an- 
cienne cheminée, dont le creux atteignait dans les 
parties inférieures, près de trois mètres de lon- 
gueur, il eût été impossible de maintenir ce mur, 
impossible de le hausser d'un étage, impossible 
d'édifier, au-dessus du nouvel étage, une cheminée 
massive. 

Nous avons passé en revue les principaux élé- 
ments de la restauration extérieure du château et 
du donjon. Il nous reste à ajouter quelques mots 
des travaux déjà faits et de ceux à faire encore à 
l'intérieur du donjon. 



RESTAURATION INTERIEURE DU DONJON DE GERARD-LE-DIABLE. 

Les remaniements nombreux dont le Château 
et le donjon de Gérard-le-Diable ont été l'objet 
durant le cours des siècles, ont rendu pour ainsi 
dire méconnaissable leur disposition intérieure 



— 157 — 

primitive. Seules les hauteurs d'étage nous ont 
été exactement conservées par les vieilles em- 
brasures déportes encore munies de leurs gonds, 
et l'état des murailles, dans la grande salle du 
château, comme dans le donjon, a démontré que 
le bel étage n'a nulle part été recouvert par des 
voûtes, mais bien au moyen de poutres, de gitages 
et de planchers. 

En dehors de ces indications, et après avoir 
mentionné la crypte parfaitement conservée que 
nous avons décrite, le vieil édifice ne nous offrait, 
à l'intérieur, aucun reste primitif de nature à 
guider l'architecte. 

Les deux étages de souterrains que renferme le 
donjon ont-ils été recouverts au moyen de voûtes? 
Rien ne l'indique avec certitude. 

Si, au point de vue de l'art et de l'archéologie, il 
y a lieu de regretter ces lacunes, elles ont, d'autre 
part, rendu possible, sans trop de sacrifices, 
l'adaptation du donjon à sa nouvelle et pacifique 
destination, celle de bâtiment des archives de 
l'État. Tant dans le but de mettre la construction 
à l'abri des chances d'incendie, qu'afin de relier 
solidement les unes aux autres de vieilles mu- 
railles qui avaient dévié de la verticale, nous 
avons adopté, pour couvrir tous les étages, de 
fortes poutrelles de fer, entre lesquelles seront 
suspendues des voussettes en briques. Dans les 
souterrains et aux étages supérieurs destinés les 
uns au service, les autres à recevoir des rayons 
d'archives, les voussettes demeureront apparentes. 
Dans la grande salle du bel étage, un plafond 



— 158 — 

apparent en bois de chêne sera posé immédiate- 
ment en dessons des voussettes en briques et ren- 
dra à cette partie du donjon son aspect primitif. 

Tous les étages seront carrelés. L'escalier con- 
duisant de la rue du Liml:)ourg à la grande salle 
est en pierre de taille. 

La toiture, formée d'une solide ossature en fer 
laminé recouverte d'ardoises et pourvue de clie- 
neaux en cuivre, ne comprend que très peu de 
bois. Le bâtiment restauré offre donc les plus 
sérieuses garanties au point de vue de la conser- 
vation des archives, et tout permet d'espérer que 
jamais ces garanties ne se trouveront démenties. 

Le coût de ces travaux intérieurs est évalué à 
environ 10,000 francs. 

L'ensemble de la restauration aura donc coûté 

87,612 francs. 

* 

* * 

Arrivé au terme de ces notes justificatives, nous 
espérons que le lecteur voudra bien reconnaître, 
quel que soit son jugement sur notre restauration, 
que du moins des motifs sérieux pour la justifier 
ne nous ont pas manqué, et que nous avons ap- 
porté un soin consciencieux à remettre en état 
l'antique résidence du châtelain de Gand. 

Arthur Verhaegen. 



159 — 



ANALEGTES RELGIOUES'. 



§3. 

Bibliographie des Œuvres du P. de Le Ville. 

A. 

OUVRAGES IMPRIMÉS. 



APPLAVSVS C^LESTINI || AVTORE || V. P. |1 NICOLAO 

DE LE VILLE || PRIORE || COELESTINORVM HEVERLEN- 

SIVM. Il 

luhilate Deo omnis terra, feriiite Domino in 

lœtiiia. 

TniroUe in confpeâu ems in exuUaiione. Pfal. 99. || 




i Suite. Voir Messager des Scie-nces, l'" liv. 1894, p. 68. 



— 160 — 

LOVANII II Ex ofïîcina Everardi de VVitte Auno 1645. || 
Superiorum permiffu. \\ 

Pet. in-4", 36 ff. non chiffrés; 2 cahiers (ff. 1-10) sans signa- 
tures; 3" cahier, signé )(-)(3[)(4]; 4*^ cahier (ff'. 15-16), sans signa- 
tures; 5^ et 6" cahiers, signés A-A2[A4] et B-B2[B4]; 7"^ cahier 
(ff. 25-31), sans signatures; 8® cahier, signé [A]A2-[A4]; 9'' cahier 
(ff. 35-36), sans signatures. Frontispice représentant le fondateur 
de l'ordre des Célestins, Pierre Célestin, signé : Theod. Ion. van 
3Ierlen Jculpsit. Mart'mus vanden Endeexcudit. 

F. [2] : dédicace à la Vierge, à Pierre Célestin, à saint Benoît et 
à Pierre de Luxembourg. F. |3] v" : Ad sanctissimos Cœlestinœ 
congre g ationis patronos, et protectores. (12 vers). F. [3] v° : Ad 
ivvenes qvorvni in gratiam hi applavsvs liahiti M'j?i. (4 vers); 
fleuron. F. [4] : Ad lectorem henevolvm. (6 vers) ; approbation 
du censeur Jacques Pontanus. Ff. [5]-[6] : Prcehidium (76 vers), 
terminés par un quatrain : Votvm ad divinvm amorem; fleuron. 
F. [7j : Apiplavsvs ad vota F. Pétri Sodalis Ccelestini Ileverlani, 
11 strophes de 4 vers chacune, et dont voici la px'emière : 

Inclyti Murionadse, parentum 
& cohors, laeto, veneranda, plaufu 
faci'a nunc pergat celebrare Pétri 
vota Sodalis. 

A la fin, le chronogramme suivant : 

notas MlhIVItfe Vias faCIs DeVs. 
IntraVI In has nVtV tVo. 

Ff. [8]-[10] : Appjïavsvs I. [II et III] Ad sacras phniiias [sic 
pour : primitias] P. Pétri Sodalis Religiosi Cœlestini. 1. lan. 
1645. Trois pièces de 34, 20 et 84 vers, terminées par un chrono- 
gramme en quatrain. Ff. [11]-[16] : Pio et reUgioso F. loanni 
Calabcrs fortvnœ hona pavpertati, ivreniîe decvs castitati, corpvs 
et mentem ohedientiœ. Totvin se Deo Opt. Max. apvd Cœlestinos 
solemni voto consecranti, carissiino discipvlo director applavdit 
24. lulij 1644. Cinq pièces de 56, 34, 82, 76 et 24 vers, terminées 
par un chronogramme en distique. Ff. \\l]-[2'^\., Fpithcûamivm 
in sacras niptiasF. G^uilieliniCroners , et Cœlestinœ religionis.die 
28.Aug. Anno 1644. L'épithalame,de 82 vers, est suivi (f. [18] v°) 
d'un acrostiche de 20 vei's, d'une idylle (f. j 19]) de 251 vers, 
d'un chœur (f. [24]) de 6 strophes de 4 vers chacune, d'un 
chronogranune en distique, et de deux vers adressés par le prieur 



- 161 — 

d'Héverlé à son ancien élève. Ff. [25-28] : Proho, ac religiùso 
ivveni ivgvm Doniini ah adolescenfia svsceptvm votis solennibiis 
[sic] in sacro Cœlesfinorvm cœtv in reliqvos vitœ dies stahilienti 
Antonio Findenicr nepoti svo dilectissimo Auuncidus applaudit. 
3 8 . 3îaiJ . 1645 . Anagramme (distique) et pièce en écho de 53 vers, 
suivie d'un EpUhalamivm sacrvm de 12 strophes, de 4 vers 
chacune, d'un Votvm ad monachos Ccclestinos de 34 vers, d'un 
acrostiche (18 vers), de quatre Epjigrammaia et d'un chrono- 
gramme en distique. Ff. [29-30] : Votvm ad B. Virginem Mariam 
pro devoto adolescente F. Gayant cvm inter Cœlestinos votis 
regvralibvs adolescentiam svam castitati consecraret. (60 vers), 
suivi de : Svspiria animœ ad Christvm aspirantis. (16 vers). 
Ff. [3r|-[36] : Proho, ac honesto adolescenti F. Gasparo Deens 
tvtam salvtis viam inter Cœlestinos aggredienti. Cinq pièces de 
78, 26, 40, 58 et 33 vers, suivies de six epigrammata, d'un 
accrostiche en distique et d'un chronogramme, également en 
distique. 

[Bibl. de l'Université de Gand, B.-L. 1821]. 



IL 

P. F. NICOLAI II DE LE VILLE 1| ATREBATIS || RE- 
LIGIOSI CiELESTlNI || Priokis C^nobii Heverlensis, || 
POEMATA CiELESTINA. || 

[Voir la marque reproduite dans la description précédente], 

LOVANU, Il Typis Pétri vauder Heyden || 1646. || 

Pet. in-8», 8 ff. liminaires, signés [§ 1] § 2-§ 5[§ 8], et 256 pp. 

Les liminaires contiennent : ff.[2]-[4] : dédicace à la duchesse Do- 
rothée de Croy ; f. [5] : Strena ad candem illvstrissimam dvcissam. 
Cimi ei po'êmata Jiia in initio anni 1646. Audor offeret. (12 vers). 
Ff. [5] v°-[6] : huit pièces de vers sur l'œuvre de Nicolas de Le 
Ville ; les deux dernières sont signées par I. Wagon, Oratorii pres- 
hyter, et Charles de Vignacourt, professeur de droit canon, à 
Louvain. F. [7] r" : approbation de l'abbé de Parc, à Héverlé, 
Jean Maes, ou Masius, du 27 décembre 1645. F, [7] v° : approba- 
tion du censeur Jacques Pontanus, du 18 décembre 1645. F. [8], 
index et errata. 

Pp. 1-24 : Ccelestinœ poeseos lïber prinivs de trivmphanie soli- 

11 



— 162 — 

tvdine S. Pétri de Mvrrone pontlficis maximi dicti Ccelestini V. 
institutoris congrcgationis Cœlesfinornm anno Bonmi [sic] 1260. 
Biographie poétique du fondateur de l'ordre des Célestins. 
Pp. 25-52 : Cœlestinœ poescos liber secvndvs de B. Roherto Salen- 
tino discipvlo S. Pétri Cœlestini. Hijmnvs in B. Bobertvm Salen- 
tinvm. Pp. 53-80 : Cœlestinœ poeseos liber tertivs de qvibvsdam 
viris illvstribvs Cœlestini institvti deqve fvjidatore Heverlensis 
cœnobii eivsqve nepotibos, avt svcccssoribvs. Cette partie contient : 
un acrostiche sur le nom de Pierre Célestin (p. 53) ; une épi- 
grarame sur le bienheureux Robert de Salente, suivie d'un acros- 
tiche et de trois anagrammes sur le nom du même personnage 
(p. 56); de petites pièces sur les Célestins François de Altria, 
Thomas de Sainte-Cécile, Onufrius, Jean Bassandus, Arnulphe de 
Monte Albo, David Corguanus, Jacques Callipetus, Pierre Bartius, 
Nicolas a Prato, Pierre Barbey et Nicolas Cuveron, ainsi que les 
épitaphes de plusieurs princes de la maison de Croy. Pp. 81-131 : 
Apiplavsvs P. F. Nicolai Be Le Ville Cœlestini. Réimpression 
partielle des Applavsvs Cœlestini publiés en 1645; les poésies 
sont rangées dans un oi'dre différent. Voici l'indication des pièces 
de l'édition de 1645, qui ont été supprimées dans celle-ci :f. [3], J.fZ 
sanctissitnos Cœlestinœ congregationis patronos et profectores; 
f. [10] v", chronogramme en l'honneur de Pierre Sodalis; ff. [19]- 
[24], l'églogue : Antithèses matrimonii et religionis, repi-oduite 
ailleurs, et les petites pièces qui la suivent; f. [28) v°, les quatre 
petites pièces en l'honneur de A. Findenier; f. [30], Svspiria 
aniinœ ad Christvm aspirantis ; f. [36], les petites pièces en 
l'honneur de Gaspard Deens, sauf l'accrostiche et le chrono- 
gramme; ces petites pièces sont reproduites plus loin dans les 
Epigrammata. Outre ces suppressions, il faut remarquer l'addi- 
tion de deux pièces nouvelles dans l'édition de 1646 : pp. 81-83, 
Ode dedicatoria ad nobilissiinvm principem B. Petrvm de \\ 
Lvxembvrgo (15 strophes de 4 vers chacune); pp. 89-94 : Baphnis 
ecloga ... Auâore, B. P. Theodoro B. 0. P. (158 vers). 

Pp. 132-160 : Applavsvs Parthenii. Quinze pièces en l'honneur 
de la Vierge; la onzième est suivie de deux quatrains. La trei- 
zième est la reproduction de l'églogue parue dans les Ax)plavsvs 
Cœlestini àe 1645, ft". [17]-[24], et la quinzième (p. 159 chiffrée 
par erreur 195) celle des Svspiria animœ ad Christvm asptirantis 
du même recueil (f. [30]). 

Pp. 161-245 : Apollo Cœlestinvs ...sev liber de remediis vitio- 
rvm. Cinquante pièces morales sur la vanité de la vie et la 
nécessité de bien se préparer à la mort. 



— 163 - 

Pp. 246-256 : E^ngrammata Cœlestina. Cette partie contient 
quarante-quatre petites pièces, dont neuf avaient déjà été im- 
primées dans les Aijplausvs Cœlestini de 1645. A la page 255, 
cinq énigmes de amore, de mora, de spe, de corde et de mosa; à 
la suite de cette dernière, le mot Finis et la marque de l'impri- 
meur Henri Hastenius. 




[Bibl. de l'Université de Gand, B.-L. 1822]. 

Citons, à titre de curiosité, ce quatrain, d'un naïf 
orgueil (p. 248) : 

DE VNICO C^LESTINORVM CŒNOBTO IN BELGIO. 

Relligiofa fuos quà fpai'git Belgica fines, 

Caeleftinorum 
Hevria fola tenet clauftrum ; miraris amice ? 

Ad cselum aréla via eft. 

Citons encore cette petite pièce (p. 249) : 



AD MO>UCHVM PR^LAÏIS SE SVBDENTEM. 

Cur cupis in clauftro Prselati juffa fubire? 

Afper is & rigidus fsepins effe folet. 
Ad clauftrû fugio mulier mihi ne imperet unquâ, 

Sit licet haec mollis, dura fed illa jubet. 
Non lie eft durum Prœlatum audire frementem, 

Conjugis ut cautus, femineumjue melos, 



— 1G4 



III. 



P. F. Il NICOLAI DE LE VILLE || C^LESTINI, || prtoris 
HEVERLENSis || ELEGIE i| ET II COMMENTARII || In myfteria 
Incarnationis , Paffio-||nis, & Glorificationis || LESV CliRISTI 
DOMINI 11 NOSTRi, Il Figuris prœfignata, & prœnuntinta prophe- 
tiis. Il Sive || Ambitus Clauftralis Heverlenfis. || 

[Marque typographique d'André Bouvet, représentant une 
ourse léchant ses petits; au-dessus, une inscription hébraïque; 
en-dessous : Infor mia formo]. 

LOVANII, Il Typis And re^ BouvetI, 1647. || 

Pet. in-8°, frontispice et 7 ff. lim., cotés [)-(l])-(2-)-(4[)-(7], 
393 pp. et 1 p. non cotée, signées A-T6[T8J. Dans les liminaires, 
l'ordre des cotes )-(4 et )-(5 a été interverti par erreur. Le fron- 
tispice, gravé sur cuivre, représente la Vérité, dont l'image se 
réfléchit dans un miroir ten u par l'Allégorie, tandis que la Pro- 
phétie l'examine avec une longue vue. 

Les liminaires contiennent : ff. [2]-[6] r° : dédicace à Jean 
Masiug ou Maes, abbé de Parc; f. [6] v° : censures ecclésias- 
tiques de Jean Masius, abbé de Parc (28 août 1C46), et de Jacques 
Pontanus (10 septembre 1646); f. [7] : Synopsis Myjteriorum (S; 
Allegoriarum. 

Le recueil comprend quarante élégies, accompagnées de com- 
mentaires, sur les divers épisodes de la vie du Christ, comme le 
titre l'indique. Il sert à décrire le cloître d'Héverlé, et, en parti- 
culier, les superbes verreries exécutées par Jean de Caumont et 
détruites lors du pillage de l'église en 1796. 

Au v" de la p. 303 : Aclmonitio ad ledorem é erratorum cor- 

Tcctio^ 

[Bibl. de l'Université de Gand, B.-L. 1823]. 

Dans sa dissertation De la peinture sur verre aux 
Pa?/5:-Sa5 (Bruxelles, 1832; Nouveaux mémoires de 
l Académie de Bruxelles, in-4", t. VII), p. 15, le 
baron de Reifîenberg cite les Elegiœ, mais en leur 
donnant erronément la date de 16G7, erreur déjà 
commise par Foppens et reproduite dans les 



— 165 — 

Comptes-rendus de la Commission royale dliisioire 
de 1S38 (t. II, p. 370). Il se trompe également 
quand il croit que cet ouvrage a été fondu dans la 
Chorographia sacra Brabantiœ ; c'est le résumé figu- 
rant dans Vlleverlea Celestina du P. de Le Ville 
qui a été repris par Sanderus avec tout le texte 
de VHeverlea, comme on le verra plus loin. 

IV. 

LA I! CYNOSURE || DE L'AME, || OU || POESIE MORALE. 1| 
Dans laquelle l'Ame amoureufe de fon falut, || peut confiderer 
les voyes plus affurées || pour arriver au Ciel. || par le || 
P. F. Nicolas de le Ville, || Prieur des Celeftins de Hevre les 
Lovain. || 

[Marque typographique d'André Bouvet, variété de celle qui 
figure sur le titre des Elegiœ et Cotmnentarii]. 

A LOVAIN, Il chez Andke Bouvet, imprimeur juré || devant 
la Maifon de Ville. 1658. || 

Pet. in-8°, 8 ff. non chiffrés signés [§ 1] § 3-§ 6 [§ 8]; 263 pp. 
de texte et 9 pp. non chiffrées. Le f. § 5 étant coté erronéraent 
§ 6, il y a 2 ff. cotés § 6 dans les liminaires. 

Les liminaires contiennent : f. [§ 2] : frontispice allégorique, 
représentant une âme pieuse conduite au ciel dans une barque 
dont le pavillon porte l'emblème des Célestins, tandis que des 
âmes mondaines se dirigent vers une bai'que dont le diable tient 
le gouvernail. La croix conduit l'âme comme la constellation de 
la petite Ourse, ou Cynosure, guide le marin '; ff. § 3-§ 6 : 
épître adressée à la princesse Dorothée de Croy, et datée du 

* Le P. de Le Ville dit dans sa dédicace à la duchesse de Croy : 
« ...je viens Vous offrir cet' œuvre en vers que j'appelle La Cyno/ure 
de l'Ame, parceque je chante en ce livre les adreffes & les routes qu'il 
faut tenir en ce monde, pour fe preferver contre les périls & les nau- 
frages que l'Ame y rencontre. J'y monftre l'Eftoille qu'elle doit 
regarder, l'eftat le meilleur & le plus affuré qu'elle doit suiure, pour 
arriver au port de falut. » 



— 16G — 

cloître d'Héverlé, le P' septembre 1658; f. [§ 7] r" : Sur VemUeme 
delaCynoJure de VAme. Epigramme; f. [§ 7] v° : Censure et 
soumission de Vautkeur. Sonnet ; f. [§ 8] r" : permission de Fr. 
Liegault, provincial des Célestins de France, du 31 juillet 1657; 
f. [§ 8J v" : approbation du censeur Jacques Pontanus, datée de 
Louvain, 16 août 1658. 

Les pp. 1-127 contiennent la Poésie morale. P. 128 : marque de 
Timprimeur Bouvet'. Pp. 129-172 : Saincte Dorotee tragédie. 
Pp. 173-217 : S. Ursule tragédie. P. 218 : grav. représentant 
sainte Elisabeth, reine de Hongrie. Pp. 217-263 : Sainte Elisabeth 
tragi-comédie. 

Les 5 pp. non chiffrées qui suivent le corps de l'ouvrage com- 
prennent la table des matières; l'avant-dernier f. contient une 
Remarque sur V impression du livre ; enfin, le dernier f., blanc au v°, 
porte au x'" une troisième variété de la marque d'André Bouvet 
et la souscription : A LOVAIN, || Chez ANDRE BOUVET, || près 
les degrez de l'Eglife de S. Pierre, || devant la Maifon de Ville. 

1658. Il 

[Bibl. royale de Bruxelles, II, 61842]^ 

Les vers français du P. de Le Ville ne pré- 
sentent pas de qualités transcendantes, au point 
de vue littéraire, mais ils donnent des exemples 
typiques de ce très curieux genre de poésie reli- 
gieuse qui florissait au XVIP siècle. En voici un 
échantillon (p. 16) : 

De la Vierge Marie. 

STANCES. 

Isis je pourois faire état de ta fageffe. 

Si ton front ne portoit les cornes d'un grâd bœuf, 

Pour te faire adorer ainfi qu'une deeffe, 

L'egypte eût bien mieux fait d'y mettre un j^etit œuf. 

1 Une marque typographique placée dans le corps d'un ouvrage 
est une particularité rare, croyons-nous. 

* Cet exemplaire, rel. en maroquin rouge par Bozérian jeune, est 
celui de la bibliothèque de Solcinne (n» 1326 du cat.) qui passa suc- 



— 167 — 

L'œuf eftât blâc & rôd marque la cônoifsâce, 
Que tu pouvois avoir des beaux globes des cieux. 
Le bœuf qui eft pefant dénote l'ignorance ; 
Mieux ainfi tu portois la lune fur tes yeux. 

Saint Jean vit le Soleil entourer une femme, 
Qui tenoit fous fes pieds la lune & un dragon. 
Ce prodige me monftre une Reyne fuprerae, 
Que l'enfer & les cieux révèrent tout de bon. 

Quitte la lune Ifis. cet aftre eft à Marie. 
Elle approche bien mieux de la Divinité. 
Sa fageffe ne fouffre aucune tromperie. 
Jésus eft fon Soleil d'où provient fa clarté. 

Rarement trouve-t-on des allusions aux événe- 
ments contemporains, aux faits journaliers dans 
ces vers dévots. Notons cependant ce passage d'une 
satire intitulée : Du me j pris des riche j ses (p. 93). 

L'étudiant plein d'argët enfant d'un boulâger, 
Marche dedans Lovain comme un côte étrâger ; 
Mais comme il fent le bled, je crains que la fuperbe, 
Ne luy faffe manger bien toft fon bled en hei'be. 

La vertu a chez le P. de Le Ville Taccent parfois 
rude quand elle châtie le vice, comme dans cette 
élégie Du mépris des voluptés chamelles (p. 109) : 

Que doit on efperer des voluptés charnelles, 
Que des flammes d'enfer, les rigueurs éternelles. 

cessivement entre les mains de Baudeloque, du poète Turquéty, de 
Ch. Pieters (n" 1145 du cat.), du libraire Miard et de J. Helbig; à la 
mort de ce dernier, il devint, avec les autres livres de ce bibliographe, 
la propriété de la Bibliothèque royale (1892). Il fut payé 16-50 fr. à la 
vente de Soleinne et 20 fr. à celle de Pieters. De Soleinne en possédait 
un second exemplaire, relié en vélin (n° 229 des doubles). 

La Bibliothèque royale possède elle-même un second exemplaire, 
relié en parchemin [est-ce le double de Soleinne?], payé 26 fr. à la 
vente Camberlyn en 1882 (n» 189 du cat.); il porte la cote II, 38878. 



— 168 — 

Courtifanne mondaine où eft votre blanceur, 

Où eft de vos appas la charmante douceur ? 

Flore, Heleine, & Lais qu'eftes vous devenues ? 

Vous n'avez rien laifsé que des marques connues, 

Qui font horreur à ceux qui fcavent les regrets 

Que vous avez caufés à vous [vos] jeunes muguets. 

Cachez, filles, cachez du teint cet avantage. 

Qu'étalez bien fouvent n'aiant autre héritage. 

Et vous enfans de joye, avant de les aimer. 

Pour en faire un bon choix, & les bien eftimer, 

Avifez de flairer leurs puantes terraffes, 

Attendant qu'aux tombeaux vous voiez leurs carcaffes. 

Ou encore (p. 18) : 

Pour fe tenir en fon eftat 
Toutte la nature travaille. 
Le puis-je dire ô l'attentat! 
L'ame feule vit en canaille. 

Les (' tragédies » du P. de Le Ville n'ont guère 
de dramatique que le nom, et leur représentation 
ne pourrait plaire qu'aux amateurs de bizarreries. 
Dans sa dédicace à la duchesse de Croy, l'auteur 
explique ainsi le choix de ses héroïnes : « J'ay 
« grossi cet œuvre par trois Tragédies de Dames 
« illustres, qui sont comme les fruits & les effets 
(' de la connoissance, qu'elles ont en [sic pour eue] 
« de semblables veritez que j'avâche en la Cijno- 
« sure. S. Dorotée dont Vous portez le nom, 
« ayant pour enseigne l'auréole de la Virginité, 
« tient le première [sic] lieu. Sainte Ursule 
c( contrainte par une maxime d'estat à se marier, 
« dans un mariage non acomply marche au 
« milieu. Et S. Elisabeth en sa viduité renonçant 



— 160 — 

c aux honneurs, l'oserois-je dire? me mettent 

( [sic] devant les yeux le cours de Vostre vie. 
Qu'heureux fut le temps, lors que dans Vostre 
jeunesse, comme une Diane sacrée (Vous Fille 
de Madame Diane de Dommartin) esloignée des 
plaisirs des hommes. Vous n'esgayjez vostre 

( esprit qu'en la compagnie des Muses, ravie dâs 
les extases que vous aviez des innocentes consi- 
dérations [?]. L'estat de Vostre Tres-illustre 
famille vous fit après vous résoudre à un hymen 

( qui s'est veu sans enfans. Mais la fin de vos 
jours vous fait suivre patiemment avec S. Elisa- 
beth les incômodites d'une viduité, que vous 
sacrifiez totalement à Dieu... ». 



DEVOTES CONCEPTIONS, || OV PENSEES || SVR LES 
EMBLEMES, PROPHETIES, || Figvres, et Parolles || de la 
ste. ESCRiTVRE, || Qui fe R'apportent [sic] à || LA GLORIEVSE 
VIERGE II MARIE || COMPOSEES PAR LE || V. P. || NICOLAS 
DE LE VILLE || Prieur des pares Celeftins de Hevre || lez 
Lovain. |1 

[Marque typographique de Cyprien Coenestein, représentant 
un cœur d'où sortent des tiges garnies de feuilles, avec cette 
devise : Pax et amor ]. 

A LOVAIN, Il Chez Cyprian Coeneftein Imprimeur Iure.1659. || 

Pet. in-8°, viii IF. lim. non cotés ni signés, 237 pp. et 3 pp. bl. 

Les liminaires contiennent : f. [2] : la dédicace à Thérèse- 
Constance Pynse Vander Aa, femme de l'ancien bourgmestre de 
Louvain, François de Saint- Victor, seigneur de Bommallette, 
datée du 20 juin 1659; f. [3] : épigramme (10 vers) à Marie et 
Philippine de Saint- Victor, belles-sœurs de la précédente; f. [4]r°: 
permission du provincial des Célestins, François Gervaise, datée 



— 170 — 

du 20 octobre 1658; f. [4] v" : approbation du censeur Antoine 
Dave, datée du 1^'" mai 1659; f. [5] v° : sonnet du même A. Daveî 
ff. [5] ^-[7] ro : pièce de vers latins et chronogrammes de Jacques 
Le Roy; ff. [7] v°-[8] : table des chapitres. Au bas du f. [8] v", la 
marque typographique n" 1 de Cyprien Coenesteya : 




Outre la préface en vers et une petite pièce intitulée : Le motif 
qui à [sic] porté Vautheur à compofer ce liure, le recueil comprend 
(pp. 1-233) cent trente-sept chapitres glorifiant la Vierge d'après 
des textes de l'Écriture, et autant de poésies de forme variée : 
stances, odes, épigrammes, élégies, sonnets, dialogues, etc. 
Pp. 234-237 : Table des matières. Les pages [238]-[240], qui 
complètement le cahier P, sont blanches. 

[Bibl. de l'Université de Gand, B-L. 2161'] '. 

Au point de vue de la valeur littéraire, les 
Dévotes Conceptions ne s'élèvent pas au dessus de la 
Cynosure de l'âme, et l'auteur dit avec raison 
(f. [III] des lim.) : 

Ce Liure, dont le but eft l'honneur de Marie, 
Aura peine à paroiftre aux efprits de la cour. 
Il veut une vertu dans un Cloiftre nourrie. 
Qui puiffe mieux iuger du prix du St. Amour. 

* C'est l'exemplaire offert, en 1668, par l'auteur aux récollets 
d'Audenarde, comme en témoigne une dédicace autogi-aphe. 

Un ex. fut vendu 12 fr. à la vente Serrure (1872, n° 1019); un autre 
ex. est coté 15 fr. dans le cat. Claudin (Paris, novembre 1884, 
n" 89388). 



— 171 — 

Comme le dit Antoine Dave, dans son sonnet 
aux lecteurs, ce n'est point « un livret à la mode » , 
et le P. de Le Ville ne l'adresse pas aux 

Peu chartes courtifans qui n'allez dans l'église 

Que pour y rencôtrei" les dames que l'on prife (p. 46). 

Ils goûteraient peu l'aridité de cette poésie mys- 
tique, dont voici un exemple (p. 10) : 

Dans la divinité ie tiens qu'aux trois perfonaes 
La fageffe eft commune en toutes fes coronnes. 
Car comme effentielle, elle eft un attribut, 
Oii le Père & le Fils font en femblable but, 
Auffi le fainét Efprit d'une efgale richeffe, 
Demeure couronné de la mefme fageffe. 
Ce divin attribut fe trouve en vérité 
Poffedé du grand Dieu de toute éternité. 
Mais fi dans ce difcours d'une autre intelligëce, 
Nous voulons méditer qui eft la fapience : 
D'un mot notionel receu de nos do(5leurs, 
On l'approprie au Fils parmy tous les autheurs. 
C'eft le Fils qui du Père eft le verbe agréable, 
Il en eft la fagesse, & parole admirable. 
C'eft par luy que le Père au dehors a produidt 
Et les cieux & la terre, & le jour & la nui(5t. 

L'aridité, d'ailleurs, n'est pas compensée par la 
beauté de la forme; la langue est souvent embar- 
rassée, — l'auteur lui-même parle de son « dis- 
cours languissant » (p. 101), — et la versification 
est des plus médiocres. Par contre, les paraphrases 
de certains passages du Cantique des cantiques 
ou des Psaumes ne sont pas sans offrir un intérêt 
de curiosité, que leur titre suffit à éveiller. Le 



— 172 — 

bon prieur d'Héverlé s'exprime avec des libertés 
qui peuvent choquer une oreille peu habituée à 
entendre appeler im chat un chat, et il serait peut- 
être difficile d'en donner ici des exemples ' . Je 
signalerai seulement les vers suivants, comme 
bizarrerie... musicale (pp. 222-223) : 

Chantez, & ie réforme, viue, viue Marie. 
Chaffons de nos motets l'enneray des accords. 
Vous tiendrez le deffus, & mon ame rauie, 
Enflera les tuiaux de fon fenfible corps, 
Pour vous feruir de baffe, & d'une douce tierce, 
Vous, mon ame, & mon corps, dirons viue la Vierge. 

Comme dans la Cynosure de rame, le P. de Le 
Ville ne recule pas devant l'expression forte et crue 
quand il s'agit de guérir le pêcheur de ses vices. 
Il ne faut pas être surpris de rencontrer des mots 
tels que filouter (p. 22), les infections des humains 
(p. 51), à côté d'expressions naïves dans le genre 
de celle-ci, appliquée au Christ (p. 108) : 

Voyons le plus beau des poupons. 
Viens a moy, viens mon frère, 
Qui fucce les tétons 
De ma pudique mère. 



VI. 

HIEROGLYPHICA || MARIANA 1| SIVE || Liber de facris 
Imaginibus, atque Si-||militudinibus, quibus in Cantico || Canti- 
corum à Salomone B. Virgi-||nis MARI^ Virtutes, atque || Per- 
feaiones depiuguntur. \\ AVCTORE || VENERABILl PATRE \\ 

i II faut pour enfanter accepter la careffe (p. 99). 



— 173 — 
F. NICOLAO DE LE VILLE || ATREBATE, || priore celes- 

TINORUM HEVERLENSIUM. || 

[Grossière figure sur bois : La Vierge tenant dans son sein 
r Enfant Jésus]. 

LOVANII, Il Typis Andreae BouvetI, || Anno M. DC. LX. || 

Pet. in-8», 8 ff. non chiffrés, signés [§ 1] § 2 § 5 [§ 8], 303 pp. 
et 1 p. non chiffrée pour la marque typographique d'André 
Bouvet'. 

Les liminaires contiennent : ff. [2]-[5] r" : la dédicace à François 
Liegault, vicaire général et prieur des Célestins, à Paris, datée 
d'Héverlé, le 19 mai 1600; f. [5] v" : permission du provincial des 
Célestins, François Gervaise, datée du 16 novembre 1659; f.[6]r" : 
approbation du censeur Antoine Dave, donnée à Louvain, le 
l*"- janvier 1660; flf. [6] ^-[8] \° : Index Hieroghjphicorum, alia- 
rumque rerum quœ in hoc Lihro continentur. 

L'ouvrage comprend quatorze chapitres expliquant les sym- 
boles relatifs à la Vierge, depuis sa taille jusqu'à ses vêtements, 
et finit par un épilogue de corona B. V. Mariœ. 

La dernière page, non chiffrée, contient la marque de l'impri- 
meur et la souscription : LOVANII, || Typis Andrew BouvetI, || 

Anno m.dc.lx. Il 

[Bibl. de l'Université de Gand, B.-L. 2989]. 

VII. 

V. P. F. NICOLAI II DE LE VILLE || ATREBATIS || PRIORIS 
CELESTINORVMIJ HEVERLENSIVM || HEVERLEA CELES- 
TINA. Il 

[Marque typographique de Cyprien Coenestein, figurant à la 
fin des liminaires des Dévotes Conceptions., et reproduite plus 
haut]. 

LOVANII, Il Typis CYP. COENESTENII. || Anno 1661. || 

Pet. in-8°, VIII ff. hminaires non cotés ni signés, 279 pp., 7 pp. 
non cotées et 1 f. blanc, signés A-Siij [Siij]. En regard de la p. 1 

1 « Œttinguer dit : Labeville, et in-8. » Fk. Pekennès, Diction- 
naire de hihliogi-uphie catholique (Paris, 1858-1860), t. IV, col. 11. 



— 174 — 

du texte, une gravure représentant le fondateur de l'ordre des 
Célestins, Pierre Cêlestin, et signée : loan vander Sande fec. et exe. 

Les liminaires contiennent : fF. [2j-[4] r" : la dédicace à François 
Gervaise, provincial des Célestins de la province de France, datée 
du 1"'' janvier IGGl; ff. [4] v^-p] r° : une pièce de 34 vers, inti- 
tulée : Avcfor Ad Lecîorem; f. [5J r" : Chronicon In Applausiim 
JReuerendi Admod. Domini^ & Prioris V. Cœnohij Heuerlenfis. 
Nicolai I)e Le Ville Iluius Lihelli Aiictoris, suivi d'un autre 
chronogramme, In Chronici Avctorem; ff. [5] v" [6] r" : Anagram- 
mata In Opii feula V.P. NieolaiDeLe Vile [sic] Celesf ini (tvois 
pièces signées Petrus Brice G. R. R. N. A.^ et loannes de Mons 
C. P. A. ; f. [6] v° : Anagrammata In hormn Anagrammatum 
Aiictores, par N. de Le Ville (16 vers); f. [7] r" : Facvlfas R. P. 
Provincialis, signée François Gervaise, du 16 novembre 1659; 
ff'. [7] v''-[8] v° : Approbatio eensoris, signée Antoine Dave, du 
31 mai 1660. A mi-page du \° du f. [8], un cul de lampe. 

Le texte comprend huit chapitres dont voici les sujets : 

I) vie de S*-Pierre Cêlestin; II) fondation du monastère d'Hé- 
verlé; III) généalogie de la famille de Croy ; IV) monuments prin- 
cipaux du monastère; V) description du cloître; VI) liste des 
prieurs; VIT) monastères en rapport avec celui d'Héverlé; VIII) 
privilèges des Célestins d'Héverlé. 

Pp. [280j-[286] : Index ....; p. [286] : Ohservatio in errata; le 
bas de cette dernière page est occupé par le cul de lampe qui 
figure à la p. [8] des liminaires. 

[Bibl. de l'Université de Gand, Ace. 2924]'. 

Avant la destruction de l'église d'Héverlé, cette 
description était fort recherchée, et servait en 
quelque sorte de Baedeker aux visiteurs \ Elle a 
été reproduite dans le second volume de la pre- 
mière édition de la Chorographia sacra Brahantiœ 
de Sanderus (Bruxelles, 1656-1669). On sait que, 
dans cette édition rarissime, chaque monographie 



^ Un ex. en fut vendu 6 fr. à la vente Serrure (1873, n" 3631). Un 
autre est coté fr. 7,50 dans le 10« cat. de Ch. Fonteyn aîné (Louvain, 
nov.-déc. 1893), n" 122. 

2 Ed. van Even, ouvr. cité, p. 19 du tiré à part, note 1, 



- 175 - 

forme un opuscule distinct, avec un titre particu- 
lier. Je crois donc nécessaire de décrire exacte- 
ment Ylleverlea de Sanderus : 

ANTONII SANDERI || PRESBYTERl || S. THEOLOGIE 
LICENCIATI, Il CATHEDRALIS ECCLESI^ IPRENSIS || 
CANONICI, ET NUPER POENITENTIARII || EX SCRIPTIS || 
R. PATRIS NICOLAI DE LE VILLE || HEVERLE^ 
PRIORIS II HEVERLEA CELESTINA || BREVI CHORO- 
GRAPHIA, ET IMAGINE ^NEA || ILLVSTRATA || Al) || 
ILLmum. ET EXCELLmum- S. R. J. PRINCIPEM || PHILIP- 
PVM FRANCISCVM || DVCEM ARENBERGICVM || DVCEM 
CROIVM, ET ARSCHOTANVMJI HEVERLEA BARONEM&c.|| 

[Armoiries de Philippe-François d'Arenberg, duc de Croy, 
gravées sur cuivre, signées F. Troyen Fecif]. 

BRUXELL^ Il Apud Philippura VIeugartium Anno 1662. || 

In-foL, 1 f. non chiflfré (titre) ; grande gravure sur cuivre, 
signée : Lucas Vorstermans fecif, et représentant le monastère 
d'Héverlé, avec quelques-uns des tombeaux de la maison de Croy ; 
52 pp., dont la dernière est blanche. Les pages sont fautivement 
cotées comme suit : 1-33, [34, p. blanche], 32-35, 35-38, 37, 40, 14, 
40, et 40-44. Signatures : A-M2; le f. [17] n'est pas signé, non 
plus que le dernier. 

Réimpression quasi-textuelle de VHeverlea Celés- 
tina. Sanderus n'a laissé de côté que le premier 
chapitre, contenant la vie de saint Pierre Célestin, 
et le septième où le P. de Le Ville donne une courte 
notice sur les autres couvents que son ordre possé- 
dait en France. Par contre, Sanderus a reproduit 
jusqu'à l'approbation de VHeverlea Celestina par le 
censeur A. Dave. 

On retrouve la même description d'Héverlé dans 
la seconde édition de la Chorographia sacra (La 



— 17G — 

Haye, 172G-1727); elle y occupe les pages 143 à 
191 du tome II. Dans cette seconde édition, se 
trouve la suite de la liste des prieurs d'Héverlé, 
depuis N. de Le Ville, qui a été fournie à l'auteur 
par le prieur François Samier, mais on n'y ren- 
contre plus l'approbation de VHeverlea Celestina. 



VIII. 

KEVERENDISSIMO, 1| ET EXIMIO DOMINO, || D. CELES- 
TINO TELERA, || S. TH. DOCTORI, || ABBATI GENERAL! || 
CONGREGATIONIS 1| CELESTINORVM, &e. || ANAGRAM- 
MATICO POEMATE APPLAVUIT || F. NICOLAVS DE LE 
VILLE, Il CELESTINORVM MEDVNTENSIVM PRIOR. || 

S. 1. n. n. n. d. (c. 1661). In-é", 4 ff. uon chiffrés sans signatures 
ni l'éclames. 

Au f. [1] v", neuf anagrammes sur le nom de l'abbé général 
Célestin Telera ; au f. [2] r°, neuf chronogrammes donnant la date 
de 1661. Aux ff. [2] v"-[4] r", une pièce de vers latins commençant 

ainsi : 

Cvm fugeret lacob rubri per fluminis vndas, 

Nec caperet tantos hofpita terra viros. 

Lseta Maria piam refonanti pollice mouit 

Barbiton ac hilares iuffit adeffe choros. 

et finissant par ces quatre vers : 

Laudibus vt veftris valeam nunc ponere metam, 
Musa sile. TELERA plura fed optât amor. 

Vincat amor, iuuat audentes fors. Prsefide dicam 
Vrbis te poterant orbis k acta régi. 

[Bibl. nationale, à Paris, Rés. p. Z 328]. 

IX. 

HYMNVS II NOVEMDIALIS || IN || B. PETRVM |1 A 
LVXEMBVRGO, || Authore V. P. F. NICOLAO || DE LE 
VILLE, Priore |1 Celestinorum Medunicnsmm. || 



— 177 — 

[Marque typographique : le chiffre des Jésuites, c'est-à-dire le 
monogramme du Christ surmonté d'une croix et surmontant trois 
clous, dans la couronne d'épines, cantonné aux quatres coins des 
lettres ©EOs]. 

RHOTOMAGI; \\ Ex Typrographiâ IVIJANI PHILIPPI, || 
via Poternœâ. pi'opè Palatium. || M. 1)C. LXIII || Cum Approha- 
tione cù Super i. Permissu. \\ 

Pet. in-S", 2 ff. non chiffrés, 35 pp. chiffrées et 1 p. non chiffrée. 
La siefnature B2 est cotée erronémeut B3. 

Le second feuillet non chiffré renferme une épître Ad Lectorem. 
La dernière page [36], non chiffrée, contient l'^^^ro^a^io, signée 
Gaulde, et datée de Rouen, 15 novemhre 1663, et la FactiUas R. 
P. Provhicialis, signée F. Bourrée, et datée d'Ambert, 29 nov. 
1663. 

Pp. 1-26 : Hymniis novenidialis, divisé en neuf parties, dont 
voici les titres : Natales (pp. 1-3), Tndoles (pp. 4-5), Canonicatus 
(pp. 6-8), Episcopatus (pp. 9-11), Cardinalatus (pp. 12-15), 
Desideria (pp. 16-18), Infirmiias (pp. 19-21), Mors (pp. 22-23), 
Beatitas (pp. 24-26). Pp. 27-32 : Echo de Invocatione B. Pétri 
a Luxemlnirgo (dialogue en vers entre Eclto et Infîrmus). 
Pp. 33-35 : Exhortai io ad sectandas virtufes B. Pétri a Luxem- 
burgo, dont voici la fin : 

Petrus exemplum vobis preebet. 
Pétri teneras fpectate preces. 
Triftes Pétri fumite fletus. 
Sanctos Pétri cernite mores. 

[Bibl. nationale, à Paris, Yc 8316] '. 



i La bibliothèque de la ville d'Amiens possède également un 
exemplaire de ce livret, auquel le catalogue imprimé donne erroné- 
ment la date de 1643. V. Catalogne méthodique de la bibliothèque com- 
munale d'Amiens. Belles Lettres. (Amiens, 1854), p. 273, n" 1379. 

Comme il m'a été impossible de consulter personnellement 
XHymnus novemdialis, j'ai dû faire la description qu'on vient de lire, 
d'après les renseignements qu'ont bien voulu me communiquer, avec 
une obligeance dont je tiens à les remercier ici, MM. Henri Michel, 
conservateur de la Bibliothèque d'Amiens, et E.-G. Ledos, attaché à 
la Bibliothèque nationale, à Paris. C'est également à M'' Ledos que 
je dois la connaissance de la pièce précédente, adressée à Cél. Telera. 

12 



— 178 — 
B. 

OUVKAGES MANUSCRITS. 
I. 

Annales cœnobij Heuerlani congregationis CœJestinorum, 
colledi per fratrem Nicolaum de Le Ville, cœlesihium eiusdem 
cœnobij priorem. 

In-folio sur papier, de 298 pages écrites, plus une table de 
6 pp. ajoutée plus tard. Sur le plat de la reliure en parchemin, se 
lisent ces mots à moitié effacés : Hic liber scriptus ad eormn qiiœ 
in hoc monasfcrio gesia snntmemoriani.... 

Manuscrit autographe provenant du couvent d'Héverlé, envoyé 
à Paris sous la domination française, puis restitué à la Belgique. 

[Bruxelles, Bibl. royale, Mss. 1280]'. 

Les Annales contiennent l'histoire détaillée du 
monastère d'Héverlé, depuis sa fondation jusqu'en 
l'année 1661. On se rappellera que c'est à cette 
époque que le P. de Le Ville abandonna son second 
priorat. Il n'eut probablement plus le courage de 
reprendre son manuscrit lors de son troisième 
priorat. 

C'est de ce manuscrit que l'auteur a extrait, 
pour la plus grande partie, ses Heverlea Celestina. 

IL 

Historia Cœlestina. 

Se trouvait au couvent d'Héverlé ainsi qu'cà celui d'Amiens 
d'après Foppens et Becquet {loc. cit.); ce dernier nous apprend 
qu'elle fut écrite à Héverlé, en 1643 : scripta Hevriœ anno 1643. 



* Qu'il me soit permis de remercier M'' Ouverleaux, conservateur 
de la section des manuscrits de la Bibliothèque royale, pour l'obli- 
geance avec laquelle il m'a signalé et communiqué ce manuscrit. 



— 179 — 

Les manuscrits des Célestins d'Amiens se sont perdus pour la 
plus grande partie ', et celui du P. de Le Ville n'est pas parmi 
ceux qui nous ont été conservés. 

in. 

Description dn cloistre des célestins d'Hevere les Louvain, 
suivie d'une Petite histoire des liommes illustres de l'ordre des 
Célestins (1648). 

« In-folio sur papier, de 46 feuillets écrits ; le 47*^ a été déchiré. » 
Copie vue par le baron de Reiffenberg chez le libraire De Bruyn, 
àMalines'^ Elle provenait, sans doute, des Céle.stins d'Héverlé. 

IV. 

Vitœ superiorum Gallicœ Cœlestinorum congregationis. 

Il en existait des copies aux monastères d'Amiens et de Mar- 
coussis (Becquet, loc. cit.). 



De auscuUatione transnaturali mystica atque religiosa. 

Ms. in-8" (Becquet). Au couvent d'Héverlé, d'après Foppens et 
Becquet, 

Paul Beegmans. 
(A suivre.) 

1 J. Garkiek, Catalogue descriptif et raisonne des manuscrits de la 
Bibliothèque communale de la ville d'Amiens (Amiens, 1843), p. xxxvii. 

2 Compte-rendu des séances de la Commission royale d'histoire, 
t. II (Bruxelles, 1838), pp. 370-371. 



180 



LES RÈGLEMENTS 



DE 



LA COUR DE CHARLES-QUINT'. 



-***- 



Le Porteur d'eau. 

Le porteur d'eau reçoit quatorze sous de gages sur la 
dépense extraordinaire et une ration composée de deux 
petits pains, d'une demi-mesure de vin, de deux livres 
de viande de bœuf les jours gras, et de deux livres de 
poisson et de six œufs les jours maigres; on lui donne des 
chandelles comme au portier de la cuisine. Il doit fournir 
d'eau la cuisine, les offices de la bouche, la chambre de 
retraite et la chambre de Sa Majesté. On lui donne aux 
frais de Sa Majesté les seaux et les cruches (]ui lui sont 
nécessaires. Le porteur d'eau doit aller lui-même chercher 
l'eau que l'on emploie à la chambre et à la cave pour la 
bouche de Sa Majesté et il doit en faire l'essai. Tout cela 
ne s'exécute plus strictement aujourd'hui : on donne au 
porteur d'eau pour toutes les dépenses qu'il peut avoir à 
faire et pour ses gages vingt-cinci sous par jour. 

Le Tripier. 

Le tripier ne reçoit ni gages ni ration. On lui paye seule- 
ment les saucisses et les tripes qu'il fournit au garde- 

* Suite. Voir Messager des Sciences, l^e liv. 1894, p, 36. 



- 181 — 

manger d'après l'accord que l'on fait aveclui. On lui donne 
le logement et il est libre de payer les « sissas? » des 
choses qu'il achète pour le service de Sa Majesté. 

L'Épioler. 

L'épicier ne reçoit ni gages ni ration. On lui paye au prix 
du marché les épices et le sucre (]u'il fournit et qui se 
consomment à la cuisine. 

Les Officiers du Garde-manger. 

Deux officiers du garde-manger servent par semaine à cet 
office. Ils reçoivent sept sous et demi de gages. Un valet 
reçoit deux sous sur la dépense extraordinaire ; aujourd'hui 
il y a deux valets. Leur ration se compose de quatre petits 
pains, d'un lot et demi de vin, de six livres de viande de 
bœuf, d'un quartier de mouton les jours gras, de quatre 
livres de poisson, de dix-huit œufs et d'une livre de beurre 
les jours maigres. On leur donne des chandelles comme à 
un aide d'office. 

Leur charge consiste à recevoir par poids, compte et 
mesure, toutes les provisions qu'apporte le pourvoyeur au 
garde-manger pour la table de Sa Majesté et la table des 
états et à les distribuer selon les ordres que le contrôleur 
ou l'écuyer de cuisine leur donne le matin. Ils distribuent 
aussi les rations d'après le règlement qu'on leur donne 
chaque année. Ils doivent rendre compte de tout au contrô- 
leur et raison au bureau aux maîtres d'hôtel quand on les 
y fait venir. 

Le Saucier. 

Le saucier reçoit douze sous de gages par jour; deux 
aides reçoivent sept sous et demi et deux valets deux sous 
sur la dépense extraordinaire. On leur donne une ration 



— 182 — 

composée de deux pains de bouche, trois petits pains, un 
lot et demi de vin, six livres de viande de bœuf les jours 
gras, quatre livres de poisson, douze œufs et une demi- 
livre de beurre les jours maigres; ils reçoivent huit onces 
de chandelles pendant les jours d'hiver et la moitié pendant 
les jours d'été. 

Le saucier doit prendre soin de toute l'argenterie dans 
laquelle on sert la viande de Sa Majesté et celle des états. 
Les aides doivent la remettre en état et la nettoyer avec 
des linges propres après qu'elle a été lavée. 

Le garde joyaux remet toute cette argenterie contre reçu 
en prêt au saucier et ce dernier ne peut la confier à per- 
sonne hors du palais sans l'autorisation des maîtres d'hôtel. 
A la fin de chaque année toute cette argenterie est pesée 
comme celle des autres offices en présence du contrôleur. 
On s'assure par là de ce dont elle a diminué pendant 
l'année. 

Le saucier doit fournir aussi tout le vinaigre nécessaire 
à la cuisine, à la table de Sa Majesté et à celle des maîtres 
d'hôtel. Ses aides et lui doivent apprêter les sauces qui 
sont nécessaires aux viandes cuites à la cuisine. Aujour- 
d'hui on n'en fait plus parce que Sa Majesté ne les mange 
pas. On remet au saucier, sur l'ordre du contrôleur, toutes 
les épiceries et le sucre qui sont nécessaires pour ces 
sauces. 

Il doit aussi faire les sauces nécessaires aux viandes à 
la cuisine et les porter au dressoir de la cuisine lorsqu'on 
donne l'ordre d'apprêter la table. 

Les aides du saucier doivent, lorsque la cour voyage, 
escorter les mules qui portent l'argenterie et les autres 
instruments de leur office et ne i^as abandonner cette 
argenterie et ces instruments jusqu'à ce qu'ils aient été 
déposés au local de leur office. Les aides des autres ofiices 
ont la même obligation. 



183 



Le Cirier. 



Le ciller, quand il y en a un, reçoit douze sous par jour 
et dix sous sur la dépense extraordinaire pour les deux 
employés ciriers qu'il doit avoir. Aujourd'hui il y a en 
outre deux aides de cet office qui servent tous deux et 
reçoivent sept sous et demi de gages et une ration composée 
comme celle des autres aides. Toute la cire jaune que l'on 
consomme au palais de Sa Majesté est achetée par les dits 
aides ou employés de l'office du cirier. Elle est payée 
par le maître de la chambre aux derniers sur l'ordre du 
contrôleur. Ces aides remettent la cire au [)oids à celui qui 
la travaille et qui rend compte de ce poids au cirier après 
que la cire a été travaillée. Ils distribuent la cire d'après le 
règlement qu'on leur donne*. 

On paye au dit cirier pour la confection de chaque cen- 
taine de livres quarante sous. Il garde dans sa maison le 
charbon et les appareils pour travailler la cire. On les lui 
transporte aux frais de Sa Majesté lorqu'on voyage. 

La livre de cire blanche comprend seize onces, celle de 
cire jaune (piatorze onces et la livre de suif douze onces. 
Les flambeaux de cire blanche pèsent quatre livres, on ne 
s'en sert qu'à la chapelle ou à l'occasion de quelque ban- 
quet. Les flambeaux de cire jaune sont de six livres. On s'en 
sert pour éclairer Sa Majesté quand elle sort pendant la 
soirée. On place ceux (jui sont nécessaires dans les appar- 
tements du palais et on en donne k ceux qui ont le droit 
d'en avoir dans leur ration ; ceux qui en ont ainsi reçus 
doivent renvoyer les bouts au palais à l'office du cirier 
auquel on les décompte au profit de Sa Majesté, en laissant 

* Voyez r« Esticqiiette de la cyre blanche et jaulne et chandelles 
de suif qui journellement se distribue en la cererie de Lempereur, > 
aux Archives du royaume, Papiers d'Etat et de V Audience, Maison 
des souverains et des gouverneurs généraux, tome III, n" 24, 



— 184 - 

au cirier une livre sur cinq. Le contrôleur vérifie les flam- 
beaux avant qu'ils soient employés et, s'ils pèsent moins 
que le poids réglementaire, ils sont renvoyés au cirier. 

On fabrique aussi de petits flambeaux de deux livres 
pour les offices de la bouche, pour la cuisine et pour aller 
apprêter la table. 

Les chandelles de suif sont distribuées de même d'après 
le règlement et sont payées au cirier au même prix qu'elles 
sont vendues au marché, quelquefois un peu i^lus. 

Les chandeliers d'argent employés à la table de Sa 
Majesté, quand elle soupe en public, ainsi que ceux de 
l'état des maîtres d'hôtel, sont à la charge des dits officiers 
et le garde joyaux les leur confie. 

On a l'habitude, quand un serviteur de Sa Majesté vient 
à mourir, de donner la quantité suivante de cire pour ses 
funérailles : pour un chapelain, chantre ou chef d'office, 
huissier d'office, six flambeaux et deux chandelles, et pour 
un aide d'office ou un soldat des gardes quatre flambeaux 
et deux chandelles, avec l'obligation de rapporter les bouts 
à l'office du cirier. 

Maréchal des logis. 

Le maréchal des logis reçoit trente-six sous pour ses 
gages. Il ne peut recevoir ni congédier les fourriers. Il a 
une pension de vingt-quatre sous par jour. Il ne délibère 
qu'avec Sa Majesté sur tout ce ([ui concerne le logement 
qu'elle donne à ses serviteurs. 

Les Fourriers. 

Les fourriers reçoivent chacun douze sous de gages et le 
logement en voyage. Ils indiquent les logements à toute la 
cour de Sa Majesté d'après la liste qu'on leur remet et qui 
est faite au bureau. Ils s'occupent aussi de loger les ambas- 



- 185 - 

sarleurs, agents, personnages principaux et gentilshommes 
qui suivent la cour de Sa Majesté*. 

Les Fourriers du palais. 

Le fourrier du palais reçoit douze sous de gages, pour 
six sous de livrées de bois pendant les mois d'hiver et pour 
trois sous pendant les mois d'été. Ses aides reçoivent sept 
sous et demi de gages ; les sous-aides, qui sont les valets de 
la chambre de retraite, quatre sous, et le valet de cet office 
deux sous. 

Les employés de cet office ont une ration journalière 
composée de cinq petits pains, d'un lot et demi de vin, de 
six livres de viande de bœuf les jours gras, de quatre livres 
de poisson, de douze œufs et d'une demi livre de beurre les 
jours maigres ; on leur donne des chandelles comme aux 
employés des autres offices. 

Le fourrier du palais doit fournir tout le bois que l'on 

i Une grande difficulté en temps de voyage consistait à trouver 
des logements en nombre suffisant pour le nombreux personnel de la 
cour. Voyez La Cour de Charles-Quint, p. 170. Les villes et les mai- 
sons de cette époque n'étaient pas grandes, si Ton arrêtait dans un 
village, la cour était souvent obligé de se scinder en plusieurs par- 
ties, dont quelques-unes devaient chercher asile dans les bourgs les 
plus voisins. 

Les habitants avaient été généralement prévenus d'avance de 
l'arrivée de leurs souverains et les magistrats prenaient des mesures 
pour les bien recevoir. Ils faisaient nettoyer les rues, préparer les 
chambres, ramoner les cheminées pour éviter les incendies et don- 
naient ordre d'appi'éter dans chaque maison des cuviers et des 
tonneaux remplis d'eau, afin de pouvoir les éteindre rapidement s'il 
en éclatait. Les manants, qui avaient des granges ou des étables, 
devaient en enlever le bois et les tenir prêtes à recevoir les chevaux. 
On fixait en même temps la somme que les habitants pouvaient 
réclamer de ceux qu'ils logeaient. Si c'était un gentilhomme qu'ils 
avaient pour hôte, le prix d'un lit montait par nuit à deux gros de 
Flandre; si c'était un serviteur à un gros; l'abri donné à trois che- 
veaux pendant un joui- et une nuit se payait deux sous de la même 
monnaie. 



— 186 - 

consomme dans les appartements de Sa Majesté et celui 
qui est nécessaire pour les rations. Il prépare en voyage le 
logis de Sa Majesté. Il assigne leurs logis aux offices de la 
bouche, ainsi qu'aux états des maîtres d'hôtel, au grand 
maître d'hôtel, au sommelier de corps, qui ordinairement 
doivent se trouver logés au palais môme s'il y a place, et 
si la chose n'est pas possible, aux maisons les plus voisines. 

Il doit procurer aussi aux dits offices et états les lits 
nécessaires à ceux qui doivent dormir dans les locaux qui 
leur sont assignés. 

Tout ce qu'il dépense en arrangements pour le logis de 
Sa Majesté et des offices, lui est payé chaque mois au 
bureau. On lui donne aussi chaijue mois trois livres pour 
les balais et les vases de nuit qui servent à la chambre de 
retraite et aux offices. 

On remet aussi à sa garde les chaises, les tables, les 
bancs, les chenets, les ))elles, les pincettes, les soufflets et 
autres objets nécessaires au service des cheminées. 

Le Médecin de l'hôtel. 

Chaque médecin de l'hôtel reçoit trente sous dégages. Sa 
Majesté en a aujourd'hui douze, divisés en plusieurs caté- 
gories, ainsi que six chirurgiens qui ont chacun vingt- 
quatre sous de gages et deux médecins chargés de remettre 
les membres cassés, auxquels on donne quinze sous de 
gages. 

Un barbier du commun reçoit six sous de gages. 

Les huissiers de la chambre reçoivent chacun douze sous 
de gages. 

Le Tapissier. 

Le tapissier reçoit lui aussi douze sous de gages ; on lui 
donne en outre six sous pour l'entretien d'une lampe qui 
brûle pendant la nuit dans son office. 



— 187 — 

Les aides de cet office reçoivent sept sous et demi de 
gages ; deux sous-aides quatre sous sur la dépense extra- 
ordinaire ; l'ouvrier qui répare les tapis et tapisseries 
reçoit sept sous et demi sur les escroes. Les employés de 
cet office reçoivent la même ration que ceux des autres 
offices. 

On confie aux soins du dit tapissier toutes les tapisseries ' , 
les dais, les oratoires^ les tapis, les lits, les oreillers, les 
tapis de table et autres choses qui concernent son office. 
Il fait tendre par ses aides dans les appartements de Sa 
Majesté les tapisseries qu'elle désire y voir. On paye au 
tapissier vingt sous pour chaque centaine de clous à cro- 
chets qu'il emploie. 

i Les tapisseries constituaient le grand luxe de l'époque. Charles- 
Quint en possédait une remarquable collection. Les ambassadeurs 
vénitiens et Guicciardini ne cessent de vanter les merveilleuses 
tapisseries flamandes. Les prix auxquels on les payait à cette époque 
étaient considérables, comme le prouvent les comptes où l'on en 
trouve sans cesse mention. 

Voici au sujet du prix de ces tapisseries un extrait de compte : 
« A Pierre Van Aelst, marchant tapissier demeurant à Bruxelles, 
la somme de trois mil deux cens soixante unze livres quinze solz, 
du pris de xl gros, pour les parties de tappisserie qu'il avoit vendues 
et délivrées, par l'exprès commandement dudit seigneur empereur, 
pour les mener en ses réaulmes d'Espaigne et illecq s'en servir à 
son très noble plaisir, et premiers pour sept tappis de l'histoire de 
Troye, pour en tendre une salle, contenans ensemble trois cens 
cincquante aulnes, et quatorze pièces de l'histoire de Noël, pour en 
tendre une chambre contenant ensemble quatre cens vingt-sept 
aulnes, au prix de cinquante deux solz dudit pris l'aulne; item une 
sallette, contenant ensemble trois cens quatre vings dix sept aulnes 
au pris de trente huyt solz dudit pris l'aulne ; item pour seize pièces 
de plaisante chasse et volerie, contenant trois cens seize aulnes au 
pris de vingt cincq solz dudit pris l'aulne, et pour douze bancquiers 
de verdure, contenans sept ving quatre aulnes au pris de douze solz 
dudit pris l'aulne... » {Inventaire des Archives du Nord, IV, 371). 

2 On entend ici par le mot « oratoires » des pavillons faits de trois 
ou quatre rideaux ou tapissei-ies, ouverts seulement du côté de l'au- 
tel, que l'on plaçait dans la chapelle et sous lequel l'empereur enten- 
dait la messe. 



— 1 ss — 

Tous les objets confiés à la garde du tapissier sont 
indiqués sur un inventaire au bas duquel il donne un reçu. 
Le dit inventaire est conservé par le contrôleur. 

Le Garde-joyaux. 

Le garde-joyaux reçoit vingt sous de gages et deux cent 
seize livres de pension annuelle. On lui donne aussi six 
deniers pour l'entretien d'une petite lampe qui brûle pen- 
dant la nuit dans son office. 

Il a deux aides auxquels on donne par jour neuf sous de 
gages; deux valets reçoivent quatre sous par jour sur la 
dépense extraordinaire et une ration qui se compose de 
quatre petits pains, d'un lot et demi de vin, de trois quar- 
tiers de mouton chaque semaine pour les jours gras, de 
quatre livres de poisson, de douze œufs et d'une demi-livre 
de beurre, les jours maigres; ils reçoivent des chandelles 
comme dans les autres offices. 

On confie aux soins du dit garde-joyaux tous les joyaux 
de Sa Majesté, aussi bien ceux qui sont en pierres pré- 
cieuses que ceux qui sont en or ou en argent doré ou 
blanc, les objets d'or et d'argent dont on se sert dans la 
chai)elle, à la chambre, aux offices de bouche, ceux que 
l'on garde de rechange, les ornements de la chapelle, 
aussi bien les ornements riches que ceux dont on fait un 
usage ordinaire. On dresse un inventaire de tout ce qu'on 
remet au garde-joyaux. Cet inventaire était jadis conservé 
par Sa Majesté. Celle-ci l'a confié depuis longtemps jusqu'à 
maintenant au greffier avec les autres papiers qui con- 
cernent le bureau. 

L'Orfèvre. 

L'orfèvre des objets d'argent reçoit six sous de gages. 
On lui paye ses ouvrages. 



— 189 — 

L'orfèvre des objets d'or reçoit les mêmes gages. On lui 
paye ses ouvrages. 

Le sculpteur (ou graveur) reçoit les mêmes gages. On lui 
paye ses ouvrages. 

L'horloger reçoit huit sous sur la dépense extraordi- 
naire. On lui paye ses ouvrages. 

Le sellier reçoit quatre sous sur les escroes. On lui paye 
ses ouvrages. 

Le Portier de l'Hôtel. 

Le portier du palais reçoit neuf sous de gages. 11 y a 
aujourd'hui deux portiers qui ont la même ration que les 
aides d'office. Lorsque la cour voyage on leur donne pour 
eux deux un demi-chariot de transport. 

La charge du dit portier consiste à garder la porte du 
palais. Il loge à la porterie, si cela se peut, afin qu'il puisse 
voir à toutes les heures ceux qui entrent au palais ou 
qui en sortent. Le dit portier gardait jadis les clefs de la 
geôle du bureau. Aujourd'hui il n'y a plus d'endroit 
assigné pour la geôle au palais. Il garde pendant le jour 
les clefs de la porte du palais et il les confie pendant la 
nuit à la garde. Quand vient l'heure de fermer les portes, 
le dit portier appelle les gardes et accompagné de deux 
sous-officiers de la compagnie de chaque garde, portant 
une petite torche qu'on lui donne pour cet usage, il va et 
visite tous les coins, les endroits écartés et les lieux 
obscurs où il lui paraît que quelque personne pourrait 
s'être cachée. S'il en trouve une, il l'expulse. 

Il frappe aussi à la porte des offices, sans y entrer, pour 
avertir ceux qui couchent dans leurs maisons. Lorsque ces 
devoirs ont été accomplis, les dits sous-officiers et le portier 
vont fermer la porte. Ils donnent, avant de fermer, deux ou 
trois grands coups sur la porte pour avertir ceux qui 
doivent sortir de le faire immédiatement. On avait coutume 



— 190 — 

jadis, quand la porte était close, de ])orter la clef à l'appar- 
tement du grand maître d'hôtel quand il dormait au palais. 
On la dépose aujourd'hui dans la salle de la garde à un 
endroit où tout le monde peut la voir jusqu'au matin. Le 
portier la prend après que la porte a été ouverte. Il ne 
peut ouvrir sans que les sous- officiers ne soient présents. 



Le grand Ecuyer. 

Le grand écuyer, quand il y en a un, reçoit trente-six sous 
de gages inscrits sur les livres des comptes, une pension de 
deux mille livres par an, un pain de bouche, un lot de vin, 
une ration de flambeaux, de chandelles de suif, de bois, 
comme les maîtres d'hôtel, en voyage huit mules de bât ou 
quatre chariots et à l'écurie des rations pour douze chevaux. 

Il a le pouvoir et l'autorité d'ordonner aux écuyers et 
officiers de l'écurie tout ce qui concerne le service de Sa 
Majesté. Il possède aussi juridiction sur les rois d'armes, 
les massiers, les joueurs d'instruments, les joueurs de gui- 
tares, les « menestrilles. » Il reçoit le serment de tous. Sur 
la présentation d'une liste signée de son nom ou l'affirma- 
tion qu'il a délibéré avec Sa Majesté au sujet de ces per- 
sonnes et qu'elle les a agréées à son service, on les compte 
au bureau et on les inscrit sur les livres des escrocs. 

Il a aussi sous sa juridiction les pages de Sa Majesté. 

Quand de pages ils deviennent coustiliers, il reçoit leur 
serment . S'ils sont élevés à d'autres fonctions , c'est le 
maître d'hôtel le plus ancien, à défaut de grand maître 
d'hôtel, qui reçoit leur serment. 

Le dit grand écuyer signe tous les comptes des dépenses 
ordinaires et extraordinaires de l'écurie '. Il fait de même 

1 Les dépenses extraordinaires de l'écurie, c'est-à-dire les achats 



— 191 — 

pour tous les comptes des ouvriers qui, moyennant sa 
signature, se règlent au bureau. Il y a aujourd'hui un offi- 
cier inspecteur ou caissier de l'écurie, qui signe les dits 
comptes, les vérifie, et agit de même pour tout ce qui se 
dépense à l'écurie. 

Quand Sa Majesté doit voyager, le dit grand écuyer ainsi 
que les fourriers de l'écurie donnent les ordres nécessaires 
pour que toutes les mules et les chariots soient prêts. 
Le lieutenant du grand muletier donne les mêmes ordres 
pour les chariots et les mules qui doivent transporter le 
mobilier des offices et la garde-robe de Sa Majesté ainsi 
que ceux destinés aux personnes auxquelles Sa Majesté 
fournit des moyens de transport. Le contrôleur dresse une 
liste des personnes auxquelles Ton donne des chariots et 
des mules de bât, d'après ce qui est décidé à ce sujet de 
au bureau '. 

Le grand écuyer garde la clef de la chambre de Sa Ma- 
jesté. On lui donne, quand il y a place, un appartement 
au palais et dans cet appartement un lit pour un serviteur. 
On lui donne en temps de guerre la moitié de ce qui 
constitue le plat du. grand maître d'hôtel et on la lui donne 
à partir du jour où l'étendard est déployé en campagne. Le 
grand écuyer porte l'étendard quand l'armée de Sa Majesté 
parait devoir engager la babiille. Mais lorsqu'il n'y a pas 
d'apparence de bataille, l'étendard est porté par un des 
écuyers ou par un des pages pris parmi les plus âgés et de 
plus haute naissance. Il doit veiller aussi sur les tentes et 



de chevaux, harnachements, livrées des officiers, etc. (la dépense 
ordinaire ne comprenait que les gages de la majeure partie des offi- 
ciers, le payement de leur nourriture et de celle des chevaux et 
mules), montèrent, pendant l'année 1519 et les trois premiers mois 
de 1520, a 24,935 livres, 3 sous, 4 deniers {Archives du royaume, 
Chambre des Comptes, reg. 1927, fol. CVIll). 

* Voyez pour la manière de voyager La Cour de Charles-Quint, 
pp. 172 à 183. 



— 192 — 

les pavillons et pourvoir à ce qu'il y ait des gens pour les 
dresser. Il leur assigne leurs gages qui sont payés au 
bureau au vu de sa signature et imputés sur la dépense 
extraordinaire. 

Quand Sa Majesté distribue une livrée aux officiers de 
sa maison, le grand écuyer dresse une liste, signée de son 
nom, de tout ce qui est nécessaire pour vêtir les personnes 
qui se trouvent sous sa jurisdiction. On lui fournit tout 
d'après cette liste sans lui demander d'autres détails *. 

Le premier Ecuyer. 

Le premier écuyer a trente-six sous de gages. On lui 
donne à l'écurie des rations pour six chevaux. Il a droit en 
voyage à trois mules de bât pour moyens de transport. Il 
remplit en l'absence du grand écuyer les fonctions de 
celui-ci avec la même autorité et la même juridiction. 

Sa Majesté a encore à son service trois écuyers (caval- 
leriços) qui reçoivent chacun vingt-quatre sous inscrits sur 
sur les escrocs. 

Les Ecuyers. 

Les écuyers (picadores) reçoivent vingt-(]uatre sous de 
gages et des rations pour deux chevaux. On leur donne 
lorsque la cour voyage deux mules de bât ou un chariot. 
Ils ne peuvent prendre aucun cheval de l'écurie pour.,.^. 
Les écuyers (cavalleriços) ont la même obligation. 

Les Pages. 

On donne à chacun des pages, pour sa nourriture, six sous 
de gages, ("est leur gouverneur qui perçoit cette somme. 



i Voyez les comptes d'une livi'ée distribuée par l'empereur aux 
officiers de son écurie aux Archives du royaume, Archives de la 
Chnmhre des Conipfes, reg. 1927. fol. IllI-^'^ XI. 

2 Le manuscrit contient ici un mot que nous ne pouvons déchiffrer. 



— 193 — 

Ce gouverneur recevait et reçoit encore dix autres sous et 
des rations pour un cheval. On lui donne aussi, pour 
payer le logement des pages, six deniers par jour et pour 
chacun d'eux, et vingt-six sous et huit deniers par mois 
pour les fournir de chausses, souliers et chemises '. Quand 
un des pages commet quelque espièglerie, le grand écuyer 
ou le premier écuyer le réprimande, quoique aujourd'hui 
on permette à leur gouverneur de le faire. 

La paneterie leur fournit chaque jour pour le déjeuner 
douze petits pains et un lot de vin. Leurs bagages sont en 
voyage transportés aux frais de Sa Majesté. 

Quand quelqu'un sort de page on lui donne de quoi se 
vêtir et la somme nécessaire pour acheter une paire de 
chevaux. 

Le dit gouverneur des pages a un aide que l'on appelle 
son lieutenant. Il reçoit pour ses gages quatre sous et 
mange aux frais des pages. On lui donne à l'écurie des 
rations pour un cheval. 



^ Voici un extrait de compte qui uous apprend ce que coûtaient 
les vêtements des pages : « Pour faire aux dix-sept paiges dudict 
seigneur Roy à chascun une robe et chapperon à chevauchier quatre- 
vings cinq varres, au maistre destable de ladicte escuierie aussi une 
robe a chevaucher cinq varres et demye au pris de xxxvii s. vi d. la 
varre. Pour cent vingt-six varres et demie de doublure noire pour 
doubler les robes desdicts paiges et maistre destable, au pris de dix 
solz la varre valent Ixiii 1. v s. — Pour cent quatorze aulnes de 
velours noir pour en border a deux hors icelles robes et manteaux, 
au prix de Ixxv s. laulne valent iiii'' xxvii 1. x s. — Pour deux cens 
soixante trois varres de fustaine noire et blanche pour en faire 
pourpointz et doubler iceulx pour lesdicts paiges, maistre destable 
et lacquaiz (il y avait seize laquais), au pris de cincq solz la varre 
valent Ixv 1. xv s. — Pour le canevastz employé dedens lesdicts 
pourpoins Ixxv s. — Pour xvii paires de chausses de drap noir pour 
les paiges au pris de xxxvii s. vi d. — Pour dix-sept tins bonnetz 
noirs à deux rebras pour lesdicts paiges, au pris de cincquante solz 
la pièce valent xlii 1. x s. » (Archives du royaume, Chambre des 
Comptes, reg. 1927, fol. IIIT^^ XVI). 

13 



— 194 — 

Le Chapelain des pages. 

Ses gages sont de six sous par jour. On lui donne un 
demi sou pour son logement. Ses fonctions consistent à 
apprendre à lire et à écrire aux pages, à acheter le papier, 
l'encre et les plumes qui leur sont nécessaires. Tout cela, 
approuvé par le grand écuyer, est porté en compte au 
bureau. Le chapelain reçoit des rations pour un cheval, il 
mange avec les pages et on lui transporte en voyage un 
cofïre aux frais de Sa Majesté. 

Le Cuisinier des pages. 

On lui donne sept sous et demi pour ses gages, six deniers 
pour payer son lit, des rations ])our un cheval et en voyage 
un coffre pour moyens de transport. 

On donne aussi aux pages un maître d'escrime, un maître 
d'équitation, un maître de danse et un maître de musique, 
dont les gages sont imputés sur le budget extraordinaire 
de l'écurie. 

Le maître d'escrime reçoit dix sous pour ses gages et les 
autres douze sous. 

Quand les pages se rendent à la chapelle du palais ou 
dans une autre église, leur gouverneur les accompagne, à 
moins qu'il n'ait un empêchement admissible et alors il 
appartient au chapelain et au lieutenant du gouverneur de 
les accompagner. Le plus souvent tous trois les accom- 
pagnent. 

Le Fourrier de l'écurie. 

On lui donne neuf sous de gages sur les escrocs, un sou 
pour payer son lit et des rations pour deux chevaux. Il doit 
pourvoir à toutes les dépenses de l'écurie et acheter des pro- 
visions de paille et d'orge et autres choses nécessaires aux 
chevaux de Sa Majesté. Il reçoit l'argent qu'on ordonne de 



— 195 — 

lui donner en Ti compte sur les dépenses. A la fin de chaque 
trimestre le surplus de ce qui lui est dû, lui est payé par 
le maître de la chambre après que ses comptes ont été 
examinés au bureau. On lui transporte en voyage trois 
coffres aux frais de Sa Majesté. 

Les Aides du fourrier de l'écurie. 

Les aides du fourrier de l'écurie reçoivent chacun six 
sous de gages, un demi sous pour payer leur lit, des rations 
pour un cheval et un coffre en voyage. 

Ces aides secondent le fourrier dans ses fonctions. 
Lorsque le fourrier est absent, l'aide le plus ancien le 
remplace. 

Le dit fourrier et ses aides sont chargés de placer, 
lorsqu'on voyage, les chevaux de Sa Majesté dans de 
bonnes écuries et de distribuer entre les pages et les offi- 
ciers de l'écurie les logements que les fourriers désignent 
pour eux. 

Les Courriers de l'écurie. 

Chacun d'eux reçoit quatre sous de gages, un demi sou 
pour son lit et des rations pour un cheval. 

Lesdits courriers ont k porter des lettres et des messages 
quand et où cela est nécessaire d'après les ordres du 
grand écuyer. 

Quand ils sont ainsi envoyés en mission, on leur donne 
quelque chose en plus de leurs gages. En voyage l'un d'eux 
chevauche toujours près de la personne de Sa Majesté 
pour se trouver prêt à ses ordres, si la chose était néces- 
saire. Un autre marche avec les gens de l'écurie que l'on 
envoie en avant Là où la cour doit loger. 

Ils ont chacun un demi coffre comme moyen de transport. 



— 196 — 

Les Porteurs de viandes froides. 

Trois porteurs de viandes froides reçoivent chacun 
quatre sous sur les escrocs et un demi sou pour payer 
leur lit. Ils servent, lorsque la cour voyage, dans la pane- 
terie, portant dans de grands paniers les nappes, les ser- 
viettes, les tranchoirs et autres choses de ce service qui 
doivent servir au dîner et la viande froide quand il y en a. 

D'autres aussi servent en voyage dans l'écurie et portent 
sur des selles à dossier faites dans ce but les flacons de 
vin et d'eau, les coupes, les tasses, les bassins et autres 
choses de cet office que l'on appelle « le porte viande 
froide » de l'écurie. 

D'autres sont employés à porter les ustensiles de fer de 
la cuisine qui doivent servir ce jour-là. On donne à l'écurie 
un mulet à chacun d'eux pour porter ces instruments. On 
leur donne aussi des rations pour un cheval, celui-ci doit 
leur appartenir. Chacun charge ces objets dans l'office. 
Les officiers qui les leur remettent en gardent les clefs. 
Les porteurs de viandes froides ne peuvent entrer dans les 
offices qu'aux heures où ils doivent charger leurs mulets. 

On leur donne en voyage un coffre. 

Le Tailleur de l'écurie. 

Il reçoit six sous de gage sur les escrocs et un sou pour 
son lit sur la dépense extraordinaire, des rations pour un 
cheval. 11 confectionne les livrées pour les pages et pour 
tous les autres fonctionnaires de l'écurie auxquels on 
donne une livrée. 

Les Rois d'armes. 

On leur donne douze sous sur les escroes. Les hérauts 
en reçoivent dix. Les rois d'armes doivent être présents, 
revêtus de leurs cottes d'armes, quand Sa Majesté arme 



— 107 — 

quelque chevalier. Quand cela a lieu publiquement ils per- 
çoivent les droits qu'on a coutume de payer pour recevoir 
la chevalerie. Ces droits se montent à un marc d'argent. 
Ils sont aujourd'hui perçus par les aides de la chambre 
quand la cérémonie a lieu en chambre. 

Les Massiers. 

Les gages des massiers montent à quatorze sous comptés 
sur les escrocs. Leurs fonctions consistent à accompagner 
la viande quand le dîner a lieu en public. Ils accom- 
pagnent aussi la coupe en marchant devant les rois d'armes. 
Ils doivent être présents aux serments des princes, aux 
funérailles des rois et dans toutes les fêtes publiques. Les 
rois d'armes se mettent toujours à la meilleure place. 

Trompettes et Joueurs d'atabales ' . 

Ils reçoivent douze sous pour leurs gages et doivent se 
trouver dans toutes les fêtes publiques. 

Les Joueurs de guitare et de violon. 

Chacun d'eux reçoit huit sous. Leurs instruments sont 
transportés en voyage aux frais de Sa Majesté. 

Les Laquais. 

On paye à chacun d'eux quatre sous sur les escrocs et 
un sou par jour pour son lit. On leur donne en outre sur 
la dépense extraordinaire vingt-un sous par mois pour 
acheter des chausses et des pourpoints. On leur fournit en 
voyage pour eux tous un chariot ou deux mules. 

1 Les atabales étaient des tambours dont se servaient les Maures. 



198 — 



Les Valets de litière. 



Chacun d'eux reçoit six sous de gages par jour sur la 
dépense extraordinaire . 

Le porteur d'eau de l'écurie reçoit aussi six sous sur la 
dépense extraordinaire. 

Les valets d'écurie reçoivent chacun cinq sous sur la 
dépense extraordinaire. 

Les selliers et les fabricants de mors reçoivent chacun 
six sous sur la dépense extraordinaire et un demi chariot 
ou une mule en voyage. Leurs ouvrages leur sont payés'. 

Les maréchaux-ferrants reçoivent chacun huit sous sur 
la dépense extraordinaire et un demi chariot pour moyeu 
de transport. 

Le grand Armurier. 

Le grand armurier reçoit une pension annuelle de cinq 
cent livres. (3n lui donne en voyage un chariot ou deux 
mules de bât. Il arme Sa Majesté en temps de guerre et 
toutes les fois qu'elle désire être armée. 

Les armuriers reçoivent chacun dix sous de gages sur 



* Voici le prix de quelques objets fabriqués par ces ouvriers : 

« Pour dix paires desperons pour le roy cv s. Item pour xxxv mors 
de bride xxxiii 1. xv s. Item pour dix paires destriers x 1. Item pour 
trois estrilles xxiii s. Item pour une martingalle avec deux embou- 
chures à deux mors xxxv s. » {Archives du royaume, Chambre des 
Comptes, reg. 1927. fol. IIII-^^ yi). 

« Pour la fachon de trois caprassons de velours violet, les fâches 
de draps dor et thoille dor cxii s. vi d. Item pour une selle de mule 
Ivi s. iii d. Item pour deux selles à la genette xxx livres » {Idem, fol. 
cité). 

« Pour la fachon de quinze grandes selles, les dix couverts de 
velours cramoisy et les autres cinq de velours noir et drap noir qui au 
prix de dix livres pièces valent cv livres. Item pour la façon de deux 
paires de rennes couvertes de velours cramoisy xxvi s. » {Idem, 
fol. IIIl^x XIV). 



— 109 — 

les escroes. Ils doivent nettoyer les armes de Sa Majesté. 

Le doreur reçoit douze sous sur les escroes et en voyage 
un demi chariot ou une mule. 

Le serrurier reçoit huit sous sur la dépense extraor- 
dinaire et un demi chariot pour moyen de transport. 

Le fabricant de plumes reçoit six sous sur la dépense 
extraordinaire et un demi chariot en voyage. 

Il y a en outre un maître pour fabriquer les chariots 
qui reçoit six sous. 

Celui qui est chargé de garnir les chariots reçoit les 
mêmes gages. 

Un intendant des écuries, qui reçoit les mêmes gages, 
doit mesurer l'orge par picotins pour ceux qui viennent 
prendre des rations. 

Un varlet de corps reçoit six sous sur la dépense extra- 
ordinaire. Sa charge consiste à tenir compte des torches 
qui voyagent avec Sa Majesté. On lui donne aussi un sou 
pour son lit. 

Un maître arquebusier reçoit quatorze sous par jour. 
Son aide reçoit six sous par jour. 

Le grand Palefrenier. 

Il reçoit quinze sous par jour. Ses fonctions consistent à 
veiller à ce que les chevaux soient bien soignés. 

Un picjueur des chariots reçoit sept sous et demi par 
jour. 

Celui qui porte Tarquebuse de Sa Majesté reçoit dix- 
huit sous par jour et on donne à son aide neuf sous par 
jour. 

Il y a quatre chasseurs. Leurs gages se montent par 
mois à quinze livres, onze sous et six deniers. 

Les gages de tous ceux qui sont énumérés ci-dessus sont 
imputés sur Textraordinaire de la dépense. 



200 



Le grand Muletier. 



Le grand muletier reçoit seize sous de gages sur les 
escroes et une pension annuelle de trois cents écus de trois 
cent cinquante maravédis chacun '. 

Il jouit sur les officiers de la muleterie de l'autorité (]ue 
possède le grand écuyer sur les fonctionnaires de l'écurie. 

Il y a un lieutenant du grand muletier dont les gages 
sont de sept sous et demi sur la dépense extraordinaire. 
Il a droit à des rations pour un cheval. Il doit veiller sur 
la muleterie de Sa Majesté et sur les dépenses qu'on y fait. 

Le fourrier reçoit aussi sept sous et demi de gages sur 
la dépense extraordinaire. Il a droit à des rations pour un 
cheval. Sa charge consiste à loger les officiers de la mu- 
leterie ou à repartir entre eux les logements que lui 
assignent les fourriers et à placer les mules. 

Un maréchal ferrant de la muleterie reçoit trois sous et 
demi de gages et des rations pour un (îheval. On lui paye 
ses ouvrages. 

Le fabricant de bâts reçoit les mêmes gages. Ses ouvrages 
lui sont payés. 

Chaque muletier reçoit cinq écus par mois. Chacun d'eux 
doit soigner et conduire au moins deux mules. 

Les mules ne peuvent transporter que les bagages de 
Sa Majesté et de ses offices. Le contrôleur doit veiller à ce 
que les charges ne pèsent pas plus que quatore à quinze 
arrobes ^ 

Les maîtres d'hôtel accompagnés du contrôleur exa- 
minent les mules trois ou quatre fois par an pour s'assurer 
si elles sont soignées comme il le faut et si elles sont dans 



* Lorsque la cour résidait, à Madrid ou à Bruxelles par exemple, 
les écuries contenaient de soixante-dix à quatre-vingts chevaux et 
soixantes mules dont l'entretien coûtait onze livres par jour. 

^ L'arrobe est un poids de vingt-cinq livres. 



— 201 — 

Fétat voulu pour servir en voyage. Cela est de la juridiction 
des maîtres d'hôtel. 

Les comptes des dépenses qui se font à la muleterie sont 
remis chaque mois au contrôleur qui les examine. Ils sont 
ensuite transmis au bureau. Le lieutenant de la muleterie 
ne peut rien acheter pour les mules sans en avertir le maître 
d'hôtel ou au moins le contrôleur pour que Ton s'assure si 
cet achat est nécessaire. 

Alfeed De Ridder. 
(A suivre.) 



202 — 



UN 

LIVRE DE RAISON 

DU Xlir SIÈCLE. 



Depuis quelques années, l'usage s'est introduit 
d'appeler Livres de 7'aison, ces volumes où les 
chefs de familles d'autrefois écrivaient, à côté de 
comptes et de notes pour la gestion de leur patri- 
moine, des indications relatives aux événements 
intimes, naissances, mariages, décès ou autres, 
survenus chez eux. Le nom qui convient à de tels 
manuscrits est celui de Livres de famille, ce n'est 
pas celui de Livres de raison, car un Livre de 
raison n'est pas autre chose qu'un Livre de comptes 
{Liber rationum). Telle est la nature exacte de 
celui que je vais présenter aux lecteurs du Mes- 
sager des Sciences histoyHques . 

Ce volume émane d'une région où les Livres de 
raison ont toujours été rares. Il est d'une époque 
pour laquelle ces livres sont, en tous pays, abso- 
lument exceptionnels. Il concerne une très grande 
famille, presque une famille souveraine. Il est 
conservé dans un des plus grands dépôts d'archives 



— 203 — 

du monde, dans un dépôt qui s'ouvre très libérale- 
ment à tous. Et cependant, jusqu'ici, personne ne 
l'a remarqué. Tout au moins M. Pli. Tamizey de 
Larroque, dans la Bibliographie des Livres de rai- 
son publiés ou inédils qu'il a mise à la suite de so n 
ouvrage récent sur « Deux livres de raison de 
FAgenais ', » le passe-t-il absolument sous silence. 
Le manuscrit dont je parle est aux Archives 
nationales à Paris, dans le Trésor des chartes des 
rois de France (Layette J. 529 n" 55). Il provient 
des seigneurs de Mortagne; et il est très certain 
qu'il est arrivé dans les archives royales de France 
en même temps que tous les autres titres concer- 
nant la seigneurie de Mortagne, à l'époque où 
Philippe le Bel acquit cette seigneurie en 1314 -. 
On sait ce qu'était la seigneurie de Mortagne, par- 
tagée aujourd'hui entre la France (Nord) et la Bel- 
gique (Hainaut). Etablie à l'embouchure de la 
Scarpe dans l'Escaut, elle commandait le cours de 
ces deux rivières et leurs vallées respectives, et se 
composait des villages actuels de Mortagne, Flines, 
Château-l' Abbaye, Bruille (France) et Laplaigne 
(Belgique), en entier. Il y entrait en outre des por- 
tions des villages de Maulde-sur-l'Escaut, Nivelle 
(PYance) et Maubrai (Belgique). On sait aussi que 
les maîtres de cette grosse seigneurie étaient en 
même temps les Châtelains de Tournai. Un livre 
de raison émanant de personnages de cette impor- 
tance, ne peut, en tout état de cause, manquer 

* Paris, Picard, in-8», 1893. 

2 Cf. à ce sujet mon article L'Annexion de Mortagne à la France 
en 1314, dans Revue des questions historiques de 1893. 



— 204 — 

d'être intéressant. Mais s'il est du XIIP siècle et 
très détaillé, on devine de quel intérêt supérieur 
il sera pour l'étude de la condition des personnes 
et de l'état des terres, dans le nord de la France 
et le midi de la Belgique, à l'époque où les fameuses 
guerres de Flandre allaient s'engager. 

Le volume coté J. 529 n° 55 aux Archives na- 
tionales de France, mesure en hauteur 245™™ et 
en largeur 180. Il est tout entier de parchemin, 
et recouvert d'une épaisse feuille de velin. Il com- 
porte 40 feuillets dont une dizaine sont restés 
blancs. Sur le recto de la feuille de velin qui sert 
de couverture au volume, une main du XI V*^ siècle 
a écrit ces mots : « Quemdam librum continentem 
redditus de Mauritania. » Au verso de cette même 
couverture est une table, des matières contenues 
dans le manuscrit. Cette table rédigée en français 
comme tout le volume, est contemporaine de ce 
volume. Elle a été, par conséquent, écrite dans le 
dernier quart du XIIP siècle, puisque tous les 
comptes qui se trouvent dans notre livre de raison 
se rapportent aux années 1273 à 1300. 

La table des matières donne une idée parfaite 
du contenu de ce livre. La voici donc transcrite 
mot pour mot : 

« C'est cou ki est contenut en ce livre : 

Li censé dou wienage de Malaise et de Hierignies. 

Li louages de le haie et dou tonniu. 

Li rechoite des rentes de Mortagne au Noël. 

Li tallages de Glançon. 

Li value de wienage. 

Li louages des mainies. 



— 205 — 

Li conpes des receptes dou winage. 
Le censé de le justice de Tornai, le rente des moulins 
dou Bruille, le rente de le proimestet. 
Li tallages des sauçois. 
Li value des moulins. 
Le grange de Maubray. 
Li vasselemente d'argent. 
Li vassiel de le quisine. 
Les kioltes et le kievecuel, 
Li nombres des boniers de bos de Glançon. 
Li louages dou rés et de l'hierbage. 
Li pueplages des viviers. 
Li louages de le tieulerie. 
Li louages des monniers. » 

Le livre lui-même s'ouvre comme suit : 

« L'an de grâce mil ij'= Ixxiij, le lundi devant le dédicasse 
de Tournai, acensirent Alardins Li Moniers et Gillebers Li 
Fourniers, dou Bruille, tous les raolins monsingneur, dou 
Bruille de vent et d'yaue, qui à ce jour poient morre toute 
la partie que messires a en ses dis molins, dou mi mai pre- 
mièrement à venir en ij ans ansievans, chacun an xvj muis 
de tel blet com li molin gaingneront; et messires doit faire 
au molins la grosse ouevre, et lidit censier tout le remenant, 
si con leur chartre parole; et si doivent rendre les molins en 
autel point cum il les prannent, si con à censé afiert. » 

Cette note, qui se trouve en haut du f' 1* du 
manuscrit, a été cancellée comme beaucoup de 
celles qui viennent après elle. Elle est suivie 
d'autres mentions relatives à des acensements, à 
des ventes d'herbes, etc., se rapportant aux an- 
nées 1273-1275 et 1277. Le tout répond aux deux 
premières rubriques de la table des matières. 



— 200 — 

Au bas du f*^ 1'^ on lit : 

« Les rentes de Mortagne valurent au Noël l'an Ixxvij'™", 
parmi che c'on en reçut devant Noël en cens, xj Ib.et vj s. de 
parisis, et ccc capons, et ii^j'^^et ij capons, et xl gelines, et 
che que li faucon en mangièrent devant Noël et tant c'on 
reçut les rentes, et vij Ib. et vij s. et j d. en capons et en 
gelines racatées, et xxxij muis d'avaine, sans les défautes 
et sans les tieres rendues. » 

Sur les f" 2 et 3 sont des notes analogues pour 
les années 1278-1300. Elles permettent de consta- 
ter que les rentes de Mortagne allèrent en s'aug- 
mentant sans cesse, jusqu'à valoir 18 livres. 

Les feuillets 4-8 seraient complètement blancs 
si, en b^ n'étaient quelques détails sur l'exploita- 
tion du bois de Glançon, pendant les années 1278 
et 1279, et en 7^' diverses notes sur la location des 
viviers appartenant au seigneur de Mortagne en 
1296. Ces notes sont suivies du résultat du mesu- 
rago desdits viviers (de Raudignies et du Bruille), 
en novembre 1297. 

Les feuillets 9 et 10 sont consacrés aux dépenses 
faites pour le paiement des ouvriers et domes- 
tiques de la seigneurie, pendant les années 1277- 
1292. Viennent ensuite, sur les f^'^ 12=' — 15^ (11 est 
resté blanc), les notes annoncées par la septième 
rubrique de la table des matières. Elles concernent 
le wienage de Mortagne et li rabas de Tims, de 
1273 à 1299. Ce wienage était en somme la prin- 
cipale des sources de revenu des seigneurs de 
Mortagne, et allait jusqu'à rapporter parfois plus 
de 400 livres annuellement, sans compter les rede- 



— 207 — 

vances en nature, harengs, fromages, légumes etc. 
Mais tout le produit du wienage de Mortague n'ap- 
partenait pas au seigneur. Il devait en rétrocéder 
une assez forte portion chaque année à des parties 
prenantes qui sont soigneusement énumôrées dans 
le livre que j'analyse. 

Dans le haut du feuillet 17''' (16 est resté blanc), 
qui correspond à la rubrique huitième de la table 
des matières, on lit ce qui suit : 

« Cil de Toriiai doivent à madamousiele de Mortagne, 
cescun an cà tous jours, xix^'^ Ib. de tornois por le censé de 
le justice et des winages de Tornai, à paiier cescun an à ij 
paiemens ; c'est asavnir à le saint Rémi et à le Paske. 

« Item, il doivent cescun an à tous jours à medemisiele 
et à ses hoirs Ij Ib. vj s. et viij d. de tornois por les deus tors 
des moulins delès le pont dou castiel don Bruille, à paiier à 
ij paiemens l'an; c'est asavoir : lemoitiet à le saint Rémi 
Tan iiij^^ et ix, et l'autre à le Paske apriés sivant ; et ensi 
cescun an à tous jours. 

« Item, il li doivent por le prouvostet dou Bruille xx Ib, 
de torn. par an, à paiier cescun an à ij termes, si que 
deseure est dit. 

« Item, il li doivent à tous jours, puis le déciès Jehan 
Fauvent, por les iij tours des moulins delès le crois dou 
Bruille, Ixv Ib. et xvi s. de tourn. à paiier à tous jours 
liiretavlement, ensi que deseure est dit. 

« Toutes ces rentes des moulins et de le prouvostet doit 
madame avoir et tenir toute se vie, et apriés sen déciés, 
eles doivent revenir à madamoisiele. » 

Il n'y a pas autre chose sur le f' IT**, et 17'' est 
resté blanc. Ma's en 18^, pour se prolonger sur 
18**, 19, 20 et 2P, commencent, sous la rubrique 



— 208 — 

« Le grange de Mauhray » de la table des matières, 
les comptes des dépenses et recettes occasionnées 
par la culture des terres appartenant au seigneur 
de Mortagne, pendant les années 1284-1299. Cette 
compiabilité-matières agricole, comme on dirait 
aujourd'hui, donnerait naturellement lieu à une 
foule de remarques curieuses. 

Sur le feuillet 22*^ (21'^ et 22^ sont restés blancs), 
on trouve sous cette rubrique : « Cest ensi com 
on doit tallier le toilage des sauçois, » le plan 
d'aménagement des saules. Ils devaient être taillés 
tous dans un cycle de sept années, de 1281 à 1287. 

Sur le feuillet 23'' commence le chapitre que la 
table des matières appelle « Li value des moulins. » 
Ces moulins se trouvaient au pont dou castiel dou 
Bruille dans Tournai, à Verne, à la C7'ois rosée, 
à Mortagne et au Terit. Ils produisaient aux 
seigneurs de Mortagne un revenu important. Le 
décompte en est fait dans notre livre pour les 
années 1277-1299, et s'étend sur les feuillets 
23-32^. Mais il faut noter qu'au f" 30" ce décompte 
s'interrompt pour laisser place aux curieuses 
notes suivantes, qui ont été cancellées, et n'oc- 
cupent que le tiers environ du feuillet : 

« Veci les gages que messire Othes a engagiés de sa re- 
cepte dou vaisellement. As lombars deMortaingne : ij henas 
à pies d'argent tout dorez; si est li uns à couvercle. Item 
j grant plat d'argent. Item iiij escuelles par Bauduyn de 
Mortaingne. Item vj blans henas d'argent san piet. Item 
ij godes d'argent. Item ij escuelles. Item une petite escuelle. 
Item ij escuelles pour es. et v s., lesquex Jehenés de le 
riainne print et les donna Julien de Paris pour j dras, et 



— 209 — 

pour ij sandcaus jaunes, et une eseuelle sus le compe (sic) 
monsigneur Otlion mise pour xxx s. 

« As lombars de Tournai : ij moiens plas d'argent et 
j pot à yaue. 

a A Boullet, X lienas blans au pies, et iij godes d'argent, 
au pallement de la Panthecouste. » 

Ces notes intéressantes sont à rapprocher des 
articles « Li vasselemenie d'argent^ » et « Li vas- 
siel de le quisine » de la table des matières, qui 
sont inscrits sur le f^ 33^ du manuscrit de Paris, et 
que je crois devoir reproduire ici en entier. Des 
inventaires de ce genre, si sommaires soient-ils, 
ne sauraient, en effet, être négligés. 

« Veci ce que messire Othes trouva en Totel de Mor- 
taingne l'an Ixxj après [l]a feste sain Martin, et ce que puis 
tiunt tant con il fu en l'otel : 

xliij que plas que escuelles d'argent. 

j pot d'argent à vin et ij pos à yaue. 

ij henas dorez à piez, l'un à couvercle. 

ix henas d'argent san piez. S'ann'a l'un enforgiez mon- 
singneur, et ij perdut ou Bruille. 

v godes d'argent. 

X louches d'argent. Si en fu li une anblée ; et s'an[a] une 
enforgiet madama; et s'ann'a une petite enforgiet mon- 
singneur qui n'est mie de ce compe {sic). 

xvj henas de madré à piez d'argent. 

viij henas de madré san piez. Si en perdi on ou Bruille 
ij l'an Ixxj"^, que on i menoit, et j en Mortangne en l'otel 
Eustace, après Pâques l'an lxxij'"^ 

x honas d'argent san piez, que messires fit faire quant il 
ala à Toulouze. 

Messires fist faire à Paris, de ces vies escuieles deseure- 

14 



— 210 — 

dittes et dautre argent, 1 escuieles et iij platiaus; et si 
acata en Tunes ij moiens plas; summa liiij pièces d'ar- 
gent. 

Veci les choses de la cuisinue. 

X pos de keuvre et ij de Gherart d'Outremer; et de ses x, 
a il ij en Bruille, et j à Roiaus, et iiij qui furent les lonbars. 

vij pelles et j de Gherart d'Otremer ; et de ses set en laissa 
on une en Bruille. 

Une pelle à oes. 

j blanc chauderon et j de Gherart d'Otremer. 

iiij chaudières et j de Gherart d'Otremer. Et de ses iiij 
est li une à Roiaus. 

iij chauderons etj de Gherart d'Otremer. Et de ses iij est 
li une à Roiaus. 

j grant bassin et iij petis pour laver chiez. 

ij orchues. 

La grant cheminée de fer de la cuisinne. 

j sergent de fer à tourner rôt. 

ij cramillies de fer. Et de ses ij demoura l'une en Bruille. 

ij aindiers. Et de ses ij demoura li uns en Bruille. 

ij grais. 

vj cheminons de fer. Et de ses vj en demeura ij en 
Bruille. » 

Le bas du f° 33'\ la moitié du f" 33'' et un tiers 
du ï° 34^ contiennent des notes relatives aux contes, 
napes, touailes et dî^as du seigneur de Mortagne, 
à quelques emprunts contractés par ce seigneur en 
1277 et 1278, et à l'étendue du bois de Glançon. 

Sur le feuillet 34'' se trouve, sous la rubrique 
« Pueplages de viviers, » une longue série de men- 
tions qui font suite à d'autres inscrites sur le f^ 40^. 
Ces mentions sont intéressantes parce qu'elles 
montrent la grande importance des pêclieries dans 



— 211 — 

la seignearie de Mortagne. En outre des feuillets 
40^ et 34'\ elles s'étendent encore sur les f"' 35, 36 
et 37. Voici la première des notes concernant le 
Pueplage des viviers, tirée du f^ 40'" de notre livre : 

« L'an ]xxvj''"% devant le Noël, list niesire Otlies mètre 
ou vivier de Mortagne v" de brasmiaus grans et vj*^ de grans 
carpiaus ; et en Tanée apriès, devant le Noël, vij'' de grans 
carpiaus qui furent pris as enfans La Noire, et ou quaresme 
ensivant cent et demi de grans carpiaus, et iij quartrons de 
brasmiaus, et iij quartrons de bieketiaus, ki furent pris ou 
nuef vivier de Raudignies. » 

Toutes les notes qui suivent sont analogues à 
celle-là, et se rapportent aux années 1276-1298. 
Cependant on rencontre parfois des indications 
relatives au produit des pêches dans les viviers. 
En voici une, que je tire du f' 35'', et qui regarde 
l'an 1290 : 

« Devant le Toutsains Tan iiij^'' et x, fist messires Otes 
pescliier le vivier moien de Maubray. Si print on demi cent 
de besches, ki valoient entour viij Ib. et furent mis entour 
le mote à Maubray, et autour xl s. de roches ki furent mises 
avec les besches. Item on i print ij'' et j quarteron de carpes 
ki valoient cent s. et furent mises au sauvoir derier le 
maison Jehan Gocial. Item on i print xij*" et iij quarteron 
d'ancenois, le cent en pris de xxx s., et furent mis en nuef 
vivier de Bruile. Item messires Otes fist peschier le fourcière 
de Maubray. Si print on entour xviij milliers de chief et 
keue, le millier en pris de xx s. Si en vendi on à marchant 
de Tournay trois milliers et vj", Ixxij s., et si en miston en 
nuef vivier de Brûle entour quatre milliers, et au moiein 
vivier de Maubray entour v milliers, » 



— 212 — 

Les derniers feuillets de notre manuscrit sont 
remplis de notes relatives à des contrats pour la 
garde des moulins, la location des prairies, celle 
de la tuilerie de Mortagne, etc. , pendant les années 
1278 à 1296. 

Ce n'est pas ici le lieu de demander au précieux 
Livre de raison que je viens d'analyser tous les 
renseignements intéressants qu'il peut fournir, et 
qui seront utilisés dans V Histoire des châtelains de 
Tournai de la maison de Mo)^tagne que prépare 
l'auteur du présent article. J'ai voulu seulement 
signaler l'existence de ce livre. Je pense toutefois 
en avoir dit assez, pour faire en même temps tou- 
cher du doigt l'intérêt considérable que le manus- 
crit des Archives nationales de Paris présente, 
pour l'histoire de la vie intime de nos aïeux du 
XIIP siècle. 

Aema2^d d'Heebomez. 



— 213 — 



La hik k (l'ÂiTSiies d des Dam licrrc 



« Au commencement du XIIP siècle, dit M. Duvivier, 
une entant, tille cadette d'un comte de Flandre s'éprend 
d'un chevalier ; elle l'épouse, se sépare et se remarie. Elle 
monte ensuite sur le trône de Flandre, et le pays se voit 
agité par la rivalité des enfants nés du double mariage. 
Le roi de France, saint Louis, désigné comme arbitre, 
trouve et saisit l'occasion d'affaiblir un vassal redouté, en 
démembrant l'héritage au déti'iment de l'aîné. De là une 
haine de famille et une lutte qui se poursuit, au grand 
avantage de la France, pendant près d'un siècle, sous trois 
générations dé princes, s'appuyant alternativement sur la 
France et sur l'Allemagne... » 

M. Duvivier a voulu retracer l'origine de ce 
différend jusqu'à la séparation des comtés. Il a 
patiemment recherché, rassemblé, comparé, étudié 
tous les actes officiels relatifs à la longue lutte 
entre les d'Avesnes et les Dampierre ; il en a fait 



* Les influences française et germanique en Belgique au XIII^ siècle. 
— La querelle des d'Avesnes et des Dampierre jusqu'à la mort de Jean 
d'Avesnes (1257), par Charles Duvivier, professeur à l'Université de 
Bruxelles, avocat près la Cour de cassation. Deux vol. gr. in-8°. 
Bruxelles, 1894. 



— 214 — 

un recueil qui forme la seconde partie de son 
œuvre et la suite des pièces justificatives de son 
récit. Celui-ci est rédigé avec une exactitude 
scrupuleuse, un esprit critique de premier ordre, 
et la perspicacité du jurisconsulte appliquée à des 
faits dont le droit donne la réelle signification. 

« Il y a, dit Tauteur, après la politique, un côté non 
moins intéressant clans cette page de notre histoire, c'est 
le côté juridique ; c'est l'application plus ou moins juste 
qu'on y fait, des principes admis dans la législation du 
temps. Le récit des événements fournit l'occasion de 
montrer le jeu des institutions judiciaires, le conflit des 
pouvoirs spirituel et temporel, le fonctionnement de 
nombre de règles de droit civil, de procédure, de droit 
politique et de droit international... » 

A son départ pour la croisade, le comte Bau- 
douin, neuvième du nom en Flandre, sixième 
en Hainaut, laissa la garde de ses deux enfants 
en minorité, Jeanne et Marguerite, à Philippe de 
Namur, son frère, avec la régence du comté de 
Flandre. Philippe fut un mauvais gardien, un 
tuteur malhonnête et infidèle. Baudouin, couronné 
comme empereur à Constantinople, étant mort en 
1205, le tuteur traita avec le roi de France, Phi- 
lippe-Auguste, au sujet des enfants qui devaient 
hériter de Baudouin, 

« ...Le roi de France exigeait souvent, dit l'auteur, 
qu'on lui remît les enfants mineurs des grands feudataires 
décédés ; il les faisait élever à sa cour, sous ses yeux, et 
leur choisissait un époux... Le souverain ne s'arrêtait pas 
en si beau chemin. Les héritières de fiefs offraient un appât 



— 215 — 

puissant aux ambitions des seigneurs... La femme, avec le 
fief disponible, devenait l'objet de marchés d'argent rion 
dissimulés. Les rois vendent et livrent leurs vassales comme 
on vend et comme on livre une marchandise, le prix, la 
livraison et les autres conditions s'énonçant sans vergogne 
dans la convention. Cette contrainte à l'égard de la femme 
dura jusqu'à la Révolution française; le droit canonique 
n'osa pas annuler les mariages ainsi conclus, mais le concile 
de Trente prononça des peines contre ceux qui se rendaient 
coupables de ces pratiques, » 

Les deux filles de Baudouin de Constantinople 
furent ainsi mises à l'encan par le roi de France, 
de complicité avec leur tuteur. Nous possédons le 
texte du marché honteux fait à leur sujet en 1210 
avec Enguerrand de Coucy. Au cas, y dit-on, où 
le roi pourrait se dégager des engagements qu'il a 
avec le comte de Namur (le tuteur) au sujet des 
« demoiselles héritières de Flandre, » Enguerrand 
s'engage à payer <( pour obtenir les jeunes filles » 
et pour le droit de relief, une somme de 50,000 
livres parisis. Les jeunes filles lui étant livrées, 
il s'oblige à n'épouser, ni lui ni son frère 
Thomas, Tune ou l'autre d'entre elles avant d'avoir 
obtenu Tassentiment de l'Eglise. Si celle-ci s'y 
oppose, il ne les donnera en mariage à d'autres et 
ne se dessaisira de leurs personnes que du consen- 
tement du roi de France. Les 50,000 livres reste- 
ront dans tous les cas acquises à celui-ci; mais les 
seigneurs à qui les jeunes filles seront données en 
mariage, auront à rembourser la somme à Enguer- 
rand. 

Les Flamands qui réclamaient un comte, ne vou- 



— 216 — 

lurent point d'Enguerrand, malgré l'appui du roi. 
Mathilde de Portugal revint alors à la charge avec 
Ferrand, son neveu. Déjà, elle avait des arrange- 
ments avec Philippe de Namur. Elle offrit au roi 
Philippe- Auguste des sommes considérables ; un 
écrivain contemporain en dit le chiffre : 50,000 
livres, sans compter les parts des gens de la cour 
et du conseil. Elle parvint ainsi à satisfaire la 
rapacité du roi, et le mariage fut célébré à Paris, 
en grande pompe, aux frais de la Flandre et du 
Hainaut (janvier 1212). 

Un des premiers actes du comte Ferrand fut de 
nommer Bouchard d'Avesnes bailli de Hainaut. 
A ce titre, celui-ci avait le droit de résider au 
château de Mons, où séjournait déjà Marguerite, 
toute jeune qu'elle fût, avec ses femmes. 

Marguerite et Bouchard s'aimèrent. Le rang et 
la parenté les rapprochaient, sans que cette parenté 
fût assez proche pour être empêchement au ma- 
riage. Leur union fut célébrée en 1212, au château 
de Quesnoy, en présence d'un grand nombre de 
personnes, seigneurs, prêtres, clercs, bourgeois, 
manants. Presque tous les pairs du Hainaut avaient 
été conviés. 

« Ce fut clans la chapelle même du château qu'un prêtre 
bénit l'union des époux devant un nombreux public ; car 
les portes du château étaient ouvertes à tous... Dicta 
Margareta in sponsalitiis et in celehratione dicti matri- 
monii amplexabatur Bochardum ita etiam quod verecun- 
dabantur circumastantes . 

« Le soir et suivant l'usage, les époux furent conduits 
à la chambre nuptiale ; puis Gobert de BersiUies, écuyer 



— 217 — 

de Guy cl'Avesnes, alluma une torche et mena les assistants 
clans la dite chambre, où tous purent voir Bouchard et 
Marguerite couchés dans le même lit, nuclus cum nuda. » 

Ces détails nous sont conservés dans les pièces 
d'une enquête qui eut lieu en 1249. 

Rien n'avait transpiré de la promotion de Bou- 
chard au sous-diaconat; personne, ni lors du ma- 
riage, ni depuis, n'en avait parlé, lorsque vers la 
fin de 1214, Bouchard ayant réclamé du chef de 
sa femme une j)art de l'héritage du comte Bau- 
douin, la comtesse Jeanne adressa une plainte au 
pape à charge de Bouchard, en invoquant en ordre 
principal le rapt et la parenté, et accessoirement 
l'engagement dans les ordres. 

Sans entendre l'inculpé, Innocent III lance une 
bulle où il est dit : 

« Un horrible et exécrable crime a retenti à nos oreilles : 
Bouchard d'Avesnes, autrefois chantre à Laon et [)romu 
au sous-diaconat, n'a pas craint d'enlever frauduleusement 
la sœur de la comtesse de Flandre, Marguerite sa parente, 
confiée à sa garde, et de la détenir, affirmant impudem- 
ment qu'elle était devenue sa femme. Mais, comme par le 
témoignage de plusieurs prélats et d'autres hommes probes, 
venus au saint concile général, il nous a été pleinement 
prouvé que le dit Bouchard est sous-diacre, ému de pitié 
pour cette jeune fille et voulant accomplir notre office de 
pasteur à l'égard de l'auteur d'un crime aussi odieux, nous 
vous mandons que nous avons porté contre Bouchard 
l'apostat une sentence d'excommunication, et que vous 
ayez, dans tous les endroits de vos diocèses , chaque 
dimanche et jour de fête, au son des cloches et les cierges 
allumés, à dénoncer publiquement le dit Bouchard comme 



— 218 — 

rejeté de la communion des fidèles; que vous fassiez cesser 
tout service divin dans les lieux où il se trouvera présent 
avec la jeune fille qu'il détient, jusqu'à ce qu'il ait rendu 
celle-ci à la comtesse sa sœur, et qu'il soit revenu lui-même 
à l'observance du devoir clérical... » 

Honorius III âjsmt succédé à Innocent III, une 
nouvelle bulle, plus virulente encore, est lancée le 
17 juillet 1217, contre « l'apostat, le perfide, l'im- 
pudique au front d'airain, etc. » qui, totus dicatus 
vitiis, virtutibus abdicatis, nobilem mulierem Marga- 
retam sue fldei commendatam, de quodam casb^o 
fraudulenter et violenter abducens, eani sub matri- 
nioniivelamento, quod nequaquam contrahere jioterat , 
illicito sibi coinniercio copidavit... 

Deux autres bulles des 19 décembre et 24 avril 
1219 suivirent ; l'excommunication y était étendue 
aux adhérents de Bouchard. 

Celui-ci néanmoins, confiant dans l'affection de 
sa femme, portait assez allègrement le poids des 
excommunications. Il partageait son temps entre 
le soin de ses enfants, les plaisirs de la chasse, et la 
lutte qu'il soutenait contre Jeanne. 

Malheureusement, il fut fait prisonnier lors 
d'une incursion dans le Hainaut, et Jeanne le fit 
enfermer à Gand. Elle le retint pendant deux ans, 
jusqu'au moment où Marguerite, effrayée par les 
excommunications et voulant se réconcilier avec 
l'Eglise, s'engagea à rester séparée de son mari, et 
promit que celui-ci se rendrait à Rome pour ob- 
tenir son absolution et la levée de l'empêchement 
du mariage. 

Des enfants étaient nés de l'union de Bouchard 



— 21'J — 

et de Marguerite : quel sort leur faisait la législa- 
tion? Écoutons l'auteur. 

« Il n'y a d'enfants légitimes que ceux qui sont nés dans 
le mariage, et il ne peut naître que des bâtards de per- 
sonnes ayant contracté mariage et auxquelles la loi défend 
de s'unir. Telle était la décision rigoureuse des lois 
romaines. L'Église apporta, au XIP siècle, un tempérament 
à cette règle. Elle avait institué de nombreux cas de 
nullité dont l'un surgissait fréquemment, le cas de parenté 
jus(]u'au huitième degré suivant la coraputation canonique. 
Sans doute elle usait fréquemment de dispenses ; mais, 
lorsqu'elle ne les accordait ])as, quel était le sort des 
époux séparés, et que devenaient les enfants? Le pape 
Alexandre III et après lui Innocent III, en 1205, décidèrent 
que les enfants ne devaient point souffrir de cette nullité si 
les père et mère, ou l'un d'eux, avaient cru contracter un 
mariage valable (mariage 'putatif), et si cette croyance avait 
persisté jusqu'à la naissance, ou plutôt jusqu'cà la concep- 
tion des enfants. Ceux-ci étaient alors considérés comme 
légitimes et habiles à recueillir les biens paternels et ma- 
ternels. » 

Ces règles admises devant les juridictions civiles, 
ont passé dans les articles 201 et 202 du Code 
Napoléon. 

Bouchard, remis en liberté, se rendit donc dans 
la capitale chrétienne comme il avait été promis. 
Sans qu'on sache comment il y fut retenu, ni 
quelle pénitence lui fut infligée, son séjour s'y pro- 
longea assez pour que, en son absence et sous l'in- 
fluence de Jeanne, Marguerite épousât Guillaume 
de Dampierre (automne 1223). 

La hâte fut si grande qu'on ne s'aperçut point 



— 220 — 

que le mariage était encore nul, Marguerite et 
Guillaume étant parents au degré prohibé. 

Par une bulle du 15 novembre 1223, le pape 
nomme des commissaires chargés de faire une 
enquête, de défendre aux époux de cohabiter, au 
besoin, de les frapper d'excommunication, et de 
déclarer illégitimes les enfants qui naîtraient d'eux. 

L'opinion publique jugea sévèrement la conduite 
de Marguerite; elle en fut partout blâmée, dit 
Ph. Mouskes. Son mariage avec Dampierre bles- 
sait le sentiment de tous, et la sympathie se reporta 
vers Bouchard, malgré les excommunications. 

En 1237 le pape Grégoire IX émet une véritable 
consultation sur les conséquences de la nullité du 
premier mariage de Marguerite. Innocent III et 
Honorius III n'avaient rien dit de l'état civil des 
enfants. Grégoire IX, sans appel des intéressés, 
proclame leur illégitimité. Il déclare approuver 
les décisions de ses prédécesseurs sur le concubi- 
nage de Bouchard et de Marguerite, et estime 
prolem ex copula tali siisceptam, illegitimam esse 
(31 mars 1237). 

Vers le même temps, les d'Avesnes obtiennent 
de l'empereur Frédéric II, l'ennemi de Grégoire IX, 
des lettres de légitimation qui sont confirmées par 
un diplôme de 1242, adressé aux barons et vas- 
saux du comté de Hainaut, et portant injonction 
de reconnaître les d'Avesnes comme légitimes 
« nonobstant toutes lettres ou rescrits émanés du 
Saint-Siège apostolique, et concernant la succes- 
sion temporelle ou les biens de l'empire. » 

Qui donc allait succéder à la comtesse Jeanne 



— 221 — 

qui n'avait pas d'enfants, dans cette incertitude 
sur la légitimité des enfants de sa sœur Margue- 
rite? 

Grégoire IX étant mort, Jean d'Avesnes, fils de 
Bouchard, se décida à porter le débat directement 
devant son successeur Innocent IV, et il se rendit 
à Rome pour plaider personnellement sa cause 
(1243). Dans le mémoire qu'il présente au pape 
et dont le texte nous a été conservé, il reproche 
aux précédentes décisions d'avoir été rendues sans 
que Bouchard ait été appelé à présenter sa défense ; 
il nie que Bouchard fût parent de Marguerite au 
degré prohibé, qu'il eût été sous-diacre, qu'il eût 
ravi ni détenu Marguerite malgré elle, que le 
mariage n'eût pas été célébré en face de l'Église. . . 

« Au surplus les faits invoqués fussent-ils vrais, Jean et 
Baudouin son frère, n'en doivent pas moins être réputés 
légitimes, parce que le mariage a été réguHèrement célél)ré 
sans opposition de l'Église et sans contradiction de qui 
que ce soit, et qu'il n'est justifié d'aucune sentence d'annu- 
lation avant la naissance ou la conception des enfants, ce 
qui suffit pour rendre ceux-ci légitimes. 

« En conséquence Jean demandait que le pape procla- 
mât valable le premier mariage de Marguerite, annulât 
le second, et déclarât les lils du premier lit habiles à suc- 
céder aux biens maternels comme aux biens paternels 
qu'ils avaient déjà appréhendés. » 

Les événements politiques retardèrent l'instruc- 
tion de la cause. Menacé par Frédéric II, le pape 
avait quitté l'Italie. Dès son arrivée à Lyon, et 
douze jours après la mort de la comtesse Jeanne, 
il délégua l'abbé de Clairefontaine, au diocèse de 



— 222 — 

Laon, pour commencer rinformation sur la nais- 
sance de Jean et de Baudouin d'Avesnes, et citer 
Marguerite et Guillaume de Dampierre à compa- 
raître à Lyon, devant le pontife, dans le délai d'un 
mois (18 décembre 1244). Le pape fixa ensuite au 
1"'" mai, un essai de conciliation, par l'intermé- 
diaire de deux cardinaux, et ultérieurement par 
lui. Dans l'entretemps, Tévêque de Cambrai était 
chargé d'entendre les témoins. 

La tentative de conciliation fut d'ailleurs sans 
résultat et les procédures continuèrent. 

En novembre 1245, saint Louis et Innocent IV" 
se rencontrèrent à Cluny et y furent plusieurs 
jours en conférence secrète. 

La question qui était à résoudre portait sur le 
droit absolu de l'un ou de l'autre des fds de Mar- 
guerite à la succession de la comtesse Jeanne 
comme conséquence du droit d'aînesse. Le lot 
principal de cette succession était la Flandre, avec 
ses riches et puissantes communes. 

Au mois de janvier 1246, Marguerite, Jean et 
Baudouin d'Avesnes, Guy et Jean de Dampierre 
scellèrent un compromis par lequel ils remettaient 
au cardinal légat du Saint-Siège et au roi de 
France Louis IX, la décision de leur différend, et 
jurèrent d'observer la sentence qui allait être 
rendue. Tout ce que la Flandre et le Hainaut 
comptaient de chevaliers, furent cautions des deux 
parties, signant à cet eifet des documents qui ont 
été conservés. Les bonnes villes, à leur tour, 
souscrivirent le môme engagement. 

Ces préliminaires achevés, les parties remirent 



— 223 — 

aux arbitres de longs mémoires. Les Dampierre 
invoquèrent les lettres des papes Innocent III, 
Honorius III et Grégoire IX. Les d'Avesnes, en 
ordre principal, soutinrent la validité absolue du 
mariage de Bouchard; en ordre subsidiaire, ils 
invoquèrent leur légitimité comme conséquence 
du mariage putatif. 

La sentence est solennellement prononcée à 
Paris en 1246. Elle est telle que la dictait l'intérêt 
de la France. Le Hainaut sera recueilli après la 
mort de Marguerite par Jean d'Avesnes, la Flandre 
par Guillaume de Dampierre. Les motifs de la 
séparation des deux grands fiefs ne sont pas 
donnés. 

« Il y avait, dit M. Duvivier, des raisons qui touchaient 
l'arbitre Saint-Louis... La division de l'héritage des comtes 
de Flandre offrait à la France un avantage précieux ; le 
temps n'était pas loin où Philippe Auguste avait tremblé 
devant les attaques d'un vassal trop redoutable. » — 
« Le pieux monarque n'avait pas oublié, dit le chanoine 
J. J. Desmet, les intérêts de sa politique dans le partage. » 

Si l'intérêt a une telle influence sur la sentence 
d'un saint, ne nous étonnons pas trop qu'il ait 
quelque prise sur les juges ordinaires. 

La procédure engagée en 1245 par devant Inno- 
cent IV était restée sans suite. En 1248 les 
d'Avesnes adressent une nouvelle supplique au 
pape qui, cette fois, désigne l'évêque de Châlons, 
et l'abbé du Saint-Sépulcre, de Cambrai, pour in- 
struire la cause de la légitimité : « La question 
des biens étant réservée au souverain temporel. » 



— 224 — 

La sentence, après une procédure dont on 
possède encore les principales pièces, constata la 
bonne fois de Marguerite ainsi que la célébration 
solennelle et publique de son mariage, et, par une 
conséquence nécessaire, elle déclara la légitimité 
des d'Avesnes (nov. 1249). Enfin, par une bulle du 
17 avril 1251, contraire aux bulles de ses prédé- 
cesseurs, Innocent IV approuve cette sentence; il 
commet Nicolas de Fontaine, évêque de Cambrai, 
pour veiller à ce que Jean et Baudouin d'Avesnes 
ne soient plus jamais molestés au sujet de leur 
naissance et il le charge de recourir au besoin à la 
censure ecclésiastique contre les contrevenants. 

Par lettres du 19 avril 1252 l'évêque de Cambrai 
notifia la bulle aux officiaux des diocèses d'Arras, 
de Térouanne, de Tournai et de Cambrai, mena- 
çant d'excommunication ceux qui ne respecte- 
raient pas la chose définitivement jugée. 

Néanmoins, la même année 1252, Guy et Jean 
de Dampierre adressèrent de leur côté au pape 
Innocent IV, un recours contre la sentence rendue 
en faveur des d'Avesnes, et le pape donna com- 
mission, le 21 août 1252, à l'évêque de Cambrai 
et au doyen de Laon, de s'enquérir de la vérité de 
leurs griefs. Ils fondaient leur réclamation sur ce 
qu'étant parties intéressées dans la contestation, 
ils n'y avaient pas été appelés, non plus que leur 
frère Guillaume, alors en Palestine, et aussi sur ce 
que l'évêque de Chàlons, Tun des juges de 1249, 
avait été à Rome le mandataire de Jean d'Avesnes 
pour l'objet même du procès, etc. 

Le V mai 1253, les juges commissaires ad- 



— 225 — 

mirent le libelle des Dampierre, en supprimant les 
passages concernant le rôle imputé à l'évêque 
de Châlons. Mais, après un appel au pape, les 
d'Avesnes firent défaut et les procédures furent 
encore une fois abandonnées. 

En 1256, la comtesse Marguerite adresse au 
pape Alexandre IV une plainte contre Nicolas, 
évêque de Cambrai, pour avoir négligé de mettre 
fin au procès entre les d'Avesnes et les Dampierre, 
et avoir abusé des blancs-seings que la comtesse 
lui avait confiés pour traiter ses affaires en la 
Cour de Rome. Sur ce, le pape ordonne à l'évêque 
d'Arras de se rendre à Anvers et d'y poursuivre 
l'instruction du procès entre les d'Avesnes et les 
Dampierre conformément aux instructions données 
par Innocent IV à l'évêque de Cambrai, à l'abbé 
de Citeaux et au doyen de Laon. Mais l'ordre 
resta sans suite, une transaction étant intervenue 
et la paix conclue entre Jean d'Avesnes et Guy de 
Dampierre, 

Nous n'avons parlé jusqu'ici que de la partie 
judiciaire de la lutte; mais ce serait sortir des 
bornes qui nous sont assignées, que de suivre 
M. Duvivier dans l'exposé des guerres, des inva- 
sions, des pillages, des batailles, des massacres 
qui marquèrent les longs démêlés des d'Avesnes 
et des Dampierre et complètent le sombre tableau 
tracé par M. Duvivier de ces temps malheureux. 

« Nous avons procédé, dit-il, en écartant autant que 
possible tout ce que des récits intéressés ont accumulé 
d'assertions, de fables, et, si l'on peut dire, d'inepties. 
Si nous les signalons, c'est à titre de curiosité, La relation 

15 



— 226 — 

la plus sûre sera toujours celle qui, faisant abstraction 
des chroniqueurs, retracera les événements d'après les 
actes officiels mis eu rapport avec les intérêts qui les ont 
inspirés... Les documents officiels ne trompent pas : ils ne 
relatent point des faits imaginés à plaisir, tronqués par la 
passion ou par la mauvaise foi. Ils sont plus froids, 
n'entrent pas dans le détail des faits et manquent du côté 
pittoresque et anecdotique qu'on recherche trop souvent. 
Mais ils sont véridiques et sûrs ; pour qui sait les scruter, 
ils ont leur langage, ils parlent et dévoilent aussi bien 
qu'un récit, les ambitions et les intérêts. Ils sont, si l'on 
peut dire, la charpente de l'histoire : la chronique en est la 
décoration et souvent le badigeonnage. » 

Nous devons à cette manière de traiter l'histoire 
un livre d'un haut intérêt, bien écrit, riche de 
documents, et en somme excellent. 

Ad. D. 



227 



VARIÉTÉS. 



Voyage de deux Gantois a Paris et a Toues en 1795. 
— Tous les vieux gantois se souviennent de la maison 
Toussyns, renommée dans toute la Flandre pour ses vins 
blancs de Tours. 

Ces marchands de vins habitaient rue courte des Che- 
valiers, dans la maison à façade en pierre de taille, por- 
tant aujourd'hui le n" 5. La porte d'entrée de cette 
maison est surmontée d'ornements en fer encadrant un 
Bacchus assis sur un tonneau. C'est là que, d'après le 
Wegicijzer de 1770 (première année de cette publication), 
nous trouvons déjà établis les Toussyns, et c'est là aussi 
qu'est mort, en 1853, Louis Toussyns, le dernier représen- 
tant en ligne directe de cette famille de négociants en vins. 
Il eut pour successeur son neveu Edouard Lebègue qui 
continua le commerce dans la même maison jusqu'à son 
décès en 1879. 

Dans le Notitie Boiick coinpeterende de Neyrynghe van de 
Wynmeters ende Wynsegghers (archives communales '^*^/i) 
nous trouvons déjà en 1739 en qualité de juré, un Carolus 
Baldinus Toussyns habitant peut-être, dès cette époque, la 
maison de la rue courte des Chevaliers. 

Les deux voyageurs dont nous allons parler étaient les 
fils de Joan Toussyns. Un petit cahier manuscrit intitulé : 
« voyage de mes deux fils à Paris et à Tours » nous donne 



— 228 — 

jour par jour le détail des dépenses faites par eux pendant 
leur séjour à Paris. 

Le voyage dura du 28 octol)re 1705 (G ])rumaire an IV) au 
23 décembre suivant (2 nivôse an IV). Comme les dépenses 
sont indiquées en assignats dont la valeur diminuait de jour 
en jour, il est impossible de donner exactement la somme 
en espèces. 

Le lecteur pourra cei)endant s'en faire une idée en consul- 
tant le (' Tableau indicatif » de la « Fixation du cours des 
assignats » pul)lié par Tadministration centrale du dépar- 
tement de l'Escaut et où nous lisons : 

Pour cent livres assignats on donnait en numéraire : 

AN IV. 

Vendémiaire (23 sept, au 22 oct. 1795). 
Brumaire (23 oct. au 21 nov. 1795). . 
Frimaire (22 nov. au 21 déc. 1795). . 
Nivôse (22 déc. 1795 au 20 janv. 1790). 
Pluviôse (21 janv. au 19 févr. 179f)). . 
Ventôse (20 févr. au 20 mars 179G). . 

La livre de France représente un franc de notre monnaie 
et le sou représente cinq centimes. 

Nous allons transcrire quelques articles de dépenses tels 
que nous les trouvons mentionnés dans le cahier rédigé par 
le père Joan Toussyns sur les notes que lui fournirent ses 
fils à leur retour de France. C'est une curieuse étude de 
mœurs en même temps qu'une description de la façon de 
vivre en voyage à cette éjjoque : 

OCTOBRE. 

30. — Domestiques Livres 125 

Perruquier » 125 

En route jusqu'à Paris » 3884 



Liv. 


1 : 


sous 15 


» 





)) 19 


» 





» 11 


» 





» 8 


» 





» 7 


» 





» 6 



229 



NOVEMBRE. 

4. — Déjeuner Livres 30 

Au perruquier » 50 

Domestiques » 28 

Pour conduire la voiture > 100 

Chandelles , » QQ 

Diner et caffé » '252 

Spectacle » 60 

Souper » 91 

5. — Déjeuner » 32 

Deux paires de gants » 150 

Un pot de pommade » 60 

Loyer d'appartement > 500 

Diner et caffé » 175 

Spectacle de l'opéra » 100 

Souper » 150 

13. — Déjeuner > 60 

Bois, provisions, domestiques etc > 500 

Loyer de l'appartement » 500 

Diner et cafïé t> 450 

Spectacle boulevard du Temple ■» 50 

Souper » 250 

19. — Déjeuner » 60 

Pour lunettes d'opéra » 600 

Diner et cafFé » 500 

Spectacle v 120 

Punch » 400 

23. — Déjeuner > 60 

Spectacle » 100 

Souper >. 200 

Provisions, bois, domestiques » 500 

Racommodé nos bottes » 500 

Une brosse » 100 

30. — Déjeuner » 40 

A la blanchisseuse » 123 

Chaîne de montre » 700 

Diner et caiïe » 280 

Spectacle > 30 

Souper » 190 



— 230 — 



DECEMBRE. 



8. — Déjeuner Livres 60 

Souper à trois » 700 

Spectacle > 120 

Plan d'Anvers » 200 

9. — Diner à trois et caffé » 1200 

Spectacle , » 150 

Souper > 400 

Estampes > 50 

11. — Déjeuner > 80 

Estampes et livres » 70 

Plan de Gand > 20 

Pour voir le garde-meuble » 50 

Diner > 800 

Spectacle » 320 

Souper » 600 

18. — Déjeuner » 100 

Aux domestiques » 500 

Diner > 1200 

Deux colliers d'or » 20000 

Spectacle » 300 

20. — Déjeuner > 100 

Chaîne de montre > 900 

Diner » 1200 

Loyer d'appartement » 2000 

Bal > 300 

Souper > 800 

Domestiques » 1500 

Transport de voiture » 200 

23. — En route, etc » 9228 

Cette note de débours nous fait assister, pour ainsi dire 
jour par jour, à la baisse constante du papier-monnaie fran- 
çais. Ainsi, par exemple, les prix des repas et des entrées 
au spectacle, payés en assignats, augmentent au fur et à 
mesure que ceux-ci perdent de valeur. 

Ces deux jeunes gens avaient reçu une éducation et une 



— 231 — 

instruction fort soignées ; on le voit par leur façon de vivre 
à Paris : ils vont tous les soirs au spectacle, ils achètent 
des livres et des estampes. Chose curieuse à noter, parmi 
leurs acquisitions figurent un plan de Gand et un plan 
d'Anvers. 

A en juger d'après le prix des places, les fils Toussyns 
fréquentaient de préférence l'opéra dont le répertoire, 
outre les pièces de circonstance, se composait à cette 
époque des opéras de Berton, Bruni, Dalayrac, Deshaies, 
Devienne, Dezède, Framery, Gaveaux, Grétry, Jadin, 
Kreutzer, Lemoyne, Le Sueur, Martini, Méhul, Piccini, 
Propiac, Sacchini, Solié, Steibelt*. 

La plupart de ces compositeurs, qui jouissaient cepen- 
dant d'une certaine réputation et dont les productions 
étaient accueillies avec faveur par le public, sont totale- 
ment inconnus de la génération actuelle. 

Nous devons ajouter que les fils Toussyns, tout en ne se 
refusant aucune distraction, ne négligaient pas les affaires. 
Dans leur note de dépenses figurent des sommes considé- 
rables payées à des négociants en vins de Paris et de 
Tours. 

Pour ceux de nos lecteurs qui désireraient connaître les 
prjx du vin à la fin du siè(;le dernier, nous donnons ci- 
dessous la traduction de quelques extraits d'un prix-cou- 
rant de la maison Toussyns en 1789 : 

VINS BLANCS EN PIÈCES SANS LES DROITS. 

Valette 8 livres de change. 

Tours 14 » » 

Cotteau-Morain 15 » » 

Haut-Anjou 13 » » 

Bas-Anjou 12 > » 

1 Histoire du Théâtre à Gand, 2® volume. 



— 232 



VINS ROUGES. 



Saint-Georges 17 livres de change. 

Médoc !■■« qualité 16 » 

Médoc 2° qualité 14 » 



» 



VINS EN BOUTEILLES. 



Hermitage 28 sous le flacon. 

Bourgogne 24 » » 

Champagne mousseux 63 » » 



La livre valait environ 11 fr. de notre monnaie et le sou 

valait 9 centimes. 

Peospek Claeys. 



Le Cerci-e constitutionnel de Gand. — A la fin du 
siècle dernier existait à Gand une société politique, fondée 
et encouragée par le gouvernement français. Elle se nom- 
mait : Cercle constitutionnel de Gand, Société libre de 
Bienfaisance, des Sciences et des Arts. 

Le règlement, rédigé dans les deux langues, était conçu 
dans ce style boursouflé et emphatique qui distinguait 
tous les documents officiels de cette époque '. Les deux 
premiers articles nous font connaître le but poursuivi par 
cette société et Tesprit dont étaient animés les membres 
qui en faisaient partie. 

I. 

« L'Association des membres qui composent le Cercle 
constitutionnel a pour base l'esprit républicain, ce charme 
des âmes fortes et généreuses, ce feu céleste et vivifiant 

1 Bibliothèque de la ville de Gand. 



- 233 — 

qui naît de Tamour de l'immanité et se compose de tout 
ce qu'il y a de juste, de religieux, de bon et d'aimable 
parmi les hommes. » 

II. 

« Le Cercle constitutionnel a pour but de disposer les 
hommes à la prati(]ue constante et affectueuse des vertus 
républicaines, de concourir aux progrès des sciences, des 
lettres et des arts , de propager les vrais principes des 
mœurs et de la liberté, d'apprendre aux citoyens à s'aimer 
entr'eux et à aimer, par dessus tout, la Patrie et son 
Gouvernement. » 

Ce règlement nous apprend aussi que les citoyens, qui 
se présenteront pour faire partie du Cercle, devront au 
préalable prêter le serment de « Haine à la royauté et à 
l'anarchie. Fidélité à la République et à la Constitution 
de l'an m. » 

Malgré son titre, le Cercle s'occupait exclusivement de 
propagande républicaine et de questions électorales ; la 
bienfaisance, les sciences et les arts jouaient un rôle tout 
à fait nul dans ses travaux. 

Nous ne connaissons pas la date exacte de la fondation 
de cette société. Nous savons toutefois, par un procès-verbal 
rédigé sur une feuille volante, qu'elle existait déjà au mois 
de janvier 1797. 

Le Cercle s'assemblait dans une des salles de l'ancien 
hospice Saint-Laurent, ou hospice Wenemaer, place Sainte- 
Pharaïlde, dont l'usage lui avait été accordé par la muni- 
cipalité. Par mesure de précaution, le comité, avant de se 
mettre en possession de cette salle, avait fait « prendre 
inspection du local pour s'assurer si les motions des vrais 
républicains ne peuvent être écoutés par les ennemis de la 
République. » 

Ce local, qui devait être assez spacieux pour pouvoir 



— 234 — 

contenir, lors des assemblées générales, les trois à quatre 
cents membres dont se composait l'association, était éclairé 
le soir au moyen de chandelles. 

Une liste imprimée le 1 vendémiaire, an VI (22 septembre 
1797), de la « République française, une, indivisible et 
triomphante » nous donne les noms, ainsi que la profession 
de quelques-uns d'entre eux, des 345 membres inscrits à 
cette date sur les registres du Cercle constitutionnel. 

Parmi ces membres nous trouvons en grand nombre des 
fonctionnaires de l'État, du département et de la munici- 
palité, des officiers de l'armée et de la gendarmerie, des 
employés de la police, des défenceurs {sic) de la patrie, etc. 

Pour la rédaction des procès-verbaux des séances on fit 
usage du français — et quel français comme on le verra 
bientôt — qui était devenu la langue officielle du pays. 

Nous allons donner quelques extraits, dont nous respec- 
terons scrupuleusement le style et l'orthographe, des procès- 
verbaux qui ont été conservés et qui sont écrits sur des 
feuilles volantes paginées de 1 à 45. Ils vont du 8 nivôse 
an VI (28 décembre 1797) au P"" germinal suivant (21 mars 
1798). Tous les autres procès-verbaux, sauf un seul, celui 
du 29 ventôse an V dont nous avons parlé plus haut, ont 
été détruits ou perdus. 

Le contenu de ces procès -verbaux, qui comprennent 
toutes les séances d'un trimestre, nous donne une image 
très fidèle de la physionomie des assemblées politiques de 
cette époque. 

Dans la séance du 14 nivôse on commence à s'occuper des 
élections primaires qui vont avoir lieu sous peu : 

« Un membre fait une motion sur la précaution à prendre 
sur les assemblées primaires ; qu'on doit s'attacher à la 
probité ainsi qu'aux qualités civiques de ceux qu'on doit 
choisir et en éloigner les ambitieux et les égoïstes. 

« Appuie. 



— 235 — 

« Résolu que cette résolution sera prélue à chaque assem- 
blée du Cercle. » 

Sur l'ordre du directoire, une souscription publique avait 
été ouverte pour aider le gouvernement français à couvrir 
les frais de la guerre contre l'Angleterre au moyen d'un 
« Don national destiné à la destruction de la despotique 
Angleterre, gouvernement perfide et faussaire. » 

Les noms des membres qui prenaient part à la souscrip- 
tion figuraient au registre des procès-verbaux avec le 
montant de leur « don individuel et gratuit. » Les femmes 
étaient également admises à verser leur offrande dans la 
caisse du Cercle, comme nous l'apprend le procès-verbal 
de la séance du 18 nivôse : 

« La citoyenne Catrine van Dousselaere ne pouvant par 
son sexe assister au Cercle constitutionnel, s'est fait inscrire 
pour la contribution de 3 livres de France. » 

Il paraît que les membres du Cercle ne mettaient pas 
une grande ardeur à s'acquitter de leurs obligations pécu- 
niaires. Très fréquemment on devait prendre des mesures 
extraordinaires pour faire rentrer les cotisations. C'est ce 
qui eut encore lieu dans la séance du 24 nivôse : 

« Résolu d'engager les citoyens Pycke et Schauwe de 
mettre tout en œuvre pour ce qui regarde la perception 
des arrérages, à laquelle sollicitation lesdits citoyens ont 
promis de satisfaire. » 

La statue de Charles-Quint qui se trouvait au milieu du 
marché du Vendredi, avait été abattue le 13 novembre 1792 
lors de la première entrée des Français dans notre pays. 
Un arbre de la liberté fut ])lanté à côté du piédestal de la 
colonne sur laquelle s'était trouvée cette statue *. 

1 Pages d'histoire locale gantoise, V^ série. 



— 23G — 

Cet arbre dut plusieurs fois être remplacé. Il paraît qu'il 
avait (le nouveau disparu en 1798, car dans le procès-verbal 
de la séance du 18 pluviôse an VI, nous lisons : 

« Résolu d'envoyer douze membres à la Municipalité 
pour lui communiquer les désirs des bons citoyens de voir 
planter un arbre de la liberté. » 

Le Cercle recevait parfois des communications officielles 
dans le genre de celle dont parle le procès-verbal du 
8 ventôse : 

« Lecture d'une lettre du ministre de la police ten- 
dante à encourager les assemblées des bons citoyens dans 
le Cer(;le constitutionnel pour coopérer à consolider la 
constitution et pour maintenir la concorde parmi les bons 
citoyens. » 

A l'ordre du jour de la séance du 22 ventôse figure la 
désignation des candidats à proposer pour les élections 
primaires du 1 germinal suivant : 

« Résolu d'inviter les membres du Cercle de remettre 
individuellement entre les mains de la commission les noms 
de ceux (Qu'ils destinent pour les électeurs et de conserver 
ceci pour le dernier moment. » 

Dans la séance du 23 ventôse un incident fut soulevé à 
l'occasion de l'acceptation d'un « ci-devant noble » : 

« Un membre est venu en opposition contre un membre 
admis dans le Cercle en alléguant que l'admis était ci- 
devant noble et par conséquent point citoyen en ce moment, 
sur quoi la commission a résolu qu'il peut y assister comme 
étranger vu que le pleignant, duement interrogé, a répondu 
qu'il n'avait rien d'autre à alléguer à charge de l'admis. » 



— 237 — 

Dans la séance du 24 ventôse on décide de ne plus 
s'occuper de (luestions étrangères aux prochaines élec- 
tions : 

« Hésolu de ne plus s'occuper d'aucune contention liti- 
gieuse qui ])ourroit nous empêcher du but princii)al, 
sçavoir les avantages des élections prochaines. » 

Voici en quels termes les procès - verbaux relataient 
ordinairement l'admission ou le rejet des citoyens qui se 
présentaient pour faire partie du ('ercle. Séance du 2(1 ven- 
tôse : 

« Résolu que le citoyen Meyer est assez connu républi- 
cain pour contribuer à l'assemblée du Cercle. 

« Résolu que le citoyen Beys n'est pas assez connu répu- 
blicain pour contribuer à l'assemblée du Cercle. » 

La séance du 28 ventôse est uniquement consacrée aux 
mesures à prendre pour assurer le triomphe des candidats 
du Cercle dans les élections primaires qui vont avoir lieu 
dans deux j ours, le l*"" germinal. Le citoyen Emm. Van Acker, 
l'orateur habituel du Cercle, prononce à cette occasion un 
long discours qui provoque le plus grand enthousiasme. 
Les membres se donnent rendez-vous le 1 germinal à 
7 heures du matin et « la séance est levée à 8 '/a heures par 
le chant de Fhimne Marcelloise et le cri d'allégresse de vive 
la République, vive la Concorde et l'Union de tous les 
Républicains, 

« Séance du 1" germinal an VL 

« La séance est ouverte à 7 heures du matin. » 

Le procès-verbal n'en dit pas plus long. La Gazette van 
Belgis ou plutôt la Gazette van Vlaenderen, nous fait 
connaître la cause de ce silence. Dans son numére du 3 ger- 



— 238 — 

minai elle annonce que le 1" germinal le gouvernement a 
fait fermer le Cercle constitutionyiel : 

« Eergisteren tvierd de constitutionnelen Cirkel op order 
van het gouvernement gesloten. » 

Cette mesure fut probablement mise à exécution de bonne 
heure pendant que les membres se trouvaient réunis dans 
leur local. L'autorité fit saisir les papiers qu'elle put dé- 
couvrir et au nombre desquels se trouvaient les procès- 
verbaux que nous venons d'analyser, une requête à l'admi- 
nistration municipale, un registre contenant la signature 
des membres, et des comptes. 

Un de ces comptes est celui de l'imprimeur A. B. Steven 
où nous lisons entre autres : 

An VI, 9 vendémiaire. — 1000 chansons, la nouvelle 

CarmagnoUe .... FI. 10-0-0 
12 id. — 400 cartes, banquet fraternel » 2-0-0 

12 id. — 2000 exemplaires de l'éloge 

du 18 fructidor par le 
citoyen Van Acker *■ . » 100-0-0 

Toutes ces pièces furent déposées à l'hôtel de la préfec- 
ture. Elles font aujourd'hui partie des Archives provinciales 
sous l'indication « Registre 391 . » 

Quelle fut la cause de cette mesure de rigueur prise si 
soudainement contre une association politique qui parais- 
sait cependant jouir de toute la confiance des autorités 
françaises? Les opinions bien connues de ses membres, les 
travaux dont elle s'occupait, la propagande en faveur des 
idées nouvelles à laquelle ce Cercle se consacrait presqu'ex- 
clusivement, tout, en un mot, devait au contraire lui 
assurer la protection du gouvernement. 



*■ Bibliographie gantoise de Ferd. Vander Haeghen. Tome V; 
n" 11402. 



— 239 — 

L'arrêté de dissolution du Cercle constitutionnel, qui 
aurait pu nous renseigner complètement à ce sujet, ne se 
trouve pas aux archives provinciales où nous l'avons vaine- 
ment cherché parmi les arrêtés pris par le préfet ou par 
les autorités départementales. 

Prosper Claeys. 



Prix des grains en Belgique aux XVP et XVIP 
SIÈCLE. — Peu de personnes, désirant connaître les prix 
des grains dans le passé et avoir cet élément précieux de 
comparaison pour l'appréciation d'autres prix, savent où 
elles doivent diriger leurs recherches, et il se peut qu'elles 
perdent en ces recherches beaucoup de temps avec de très 
minces résultats. Nous croyons utile de signaler un livre 
où ces prix sont imprimés pour les années 1500 à 1687, et 
où l'on ne serait guère tenté de les chercher. C'est l'œuvre 
de J.-B. Christyn : Consuetudines Briiœellenses, Latine et 
Gallice redditae, commentariis et notis.... illustratae {Bru- 
xellis.... apud de Dobbeleer, M.D.CLXXXIX, in-folio). 
A la suite du commentaire et de quelques annexes, se 
trouve : Spykers van de vier specien van granen, te iveten 
van Terioe, Rogghe, Gerste ende Evene ofte Haver — gelyk 
dezelve ghestelt ende ghetermineert xoorden ontrent den 
Feest-dagh van onse L. V.Lichtmisse hy de heeren amptman 
Borghe-Meester, Trésoriers ende Rentmeesters deser stadt 
van Brussel, met interventie van de Rentmeesters van 
't H. Geest-Hiiys van S. Goedelen, S. Jans Gast-Huys ende 
der Infirmeryen van Y Beggyn-Hof... Il est ajouté que le 
tout est tiré des registres reposant à la Trésorerie de la 
ville de Bruxelles, et l'exactitude de l'extrait est attestée 
par le greffier Van Raust. 

Ajoutons que dans l'exemplaire que nous avons sous les 
yeux, des additions manuscrites ont complété les tableaux 



— 240 — 

des prix, année par année, pour toute la période de l'ancien 
régime jusqu'en 1792. (Cet exemplaire sera déposé à la 
bibliothèque de l'Université de Gand.) 

Les prix sont pour tout le temps (1500-1792) donnés en 
florins et les subdivisions du florin de Brabant. Mais il est 
évident que le même nom de florin ayant été conservé à 
une unité monétaire qui n'est pas restée sans varier quant 
à la quantité du métal argent que ce nom représentait à 
différentes époques, on ne se peut faire une notion exacte 
des variations du prix des grains qu'en tenant compte 
aussi de ce dernier élément. D. 



Prières publiques au temps de Charles-Quint. — 
Rien n'était plus fréquent, en l'ancien temps, que des 
prières et des processions publiques ordonnées à l'occasion 
d'événements politiques, ou autres. Les registres aux Halle- 
gheboden conservés aux Archives de la ville de Bruges, 
permettent de reconstituer, pour le règne de Charles-Quint, 
la série complète des ordonnances de ce genre. On en 
compte une quarantaine. Il nous a paru que la simple 
énumération n'en serait pas sans intérêt. 

Le 12 août 1507 le Conseil de Flandre prescrit des prières 
publiques pour le succès du voyage du roi des Romains 
allant ceindre la couronne impériale à Rome. 

Le 4 janvier suivant il en prescrit à cause du mariage 
entre l'archiduc Charles et la princesse Marie d'Angleterre, 
annoncé par lettre de l'archiduchesse Marguerite du 31 dé- 
cembre; le 5 septembre 1517, pour l'heureux voyage du 
roi de Castille et de sa sœur la princesse Eléonore en 
Espagne. 

Le 13 septembre 1521, c'est l'empereur lui-même qui 
prescrit des processions et des prières pour remercier Dieu 



— 241 — 

de l'avoir soustrait aux dangers dont l'avait environné le 
roi de France, et pour le succès de ses armes contre celui-ci. 
Un jour de la semaine sera choisi où tous les chefs de 
famille se rendront à l'église et joindront leurs prières à 
celles des ministres de la religion. 

Le 3 décembre 1521, prières ordonnées pour remercier 
Dieu des succès remportés dans le duché de Milan; le 
21 mars 1522, pour la paix de la chrétienté ; le 4 décembre 
1523, parce que le cardinal de Médicis « grand ami de 
l'Empereur » a été élu pape, et (\ue les Français évacuent 
l'Italie; le 22 octobre 1524, pour apaiser le courroux du 
ciel, manifesté par les guerres, les maladies épidémiques et 
la cherté des grains. 

Le 30 novembre 1527, ensuite d'une lettre de l'archi- 
duchesse Marguerite, le Conseil de Flandre prescrit de faire 
partout, dans les églises et dans les couvents, des proces- 
sions et des prières publiques, chaque vendredi, à partir 
du 6 décembre suivant jusqu'à la Chandeleur, pour remer- 
cier le Ciel de toutes les faveurs qu'il accorde à l'Empereur 
ainsi qu'au roi de Hongrie et de Bohême, son frère. 

Le 11 janvier suivant, en conformité des ordres de 
l'archiduchesse Marguerite, le Conseil de Flandre fait 
connaître que l'Empereur a rendu la liberté au pape, que 
la paix règne entr'eux, qu'on espère une paix universelle 
dans la chrétienté, et il prescrit des prières publiques, le 
dimanche 17 janvier, pour la prospérité de l'Empereur et 
des siens. 

Le 6 juillet 1528, des prières sont prescrites pour remer- 
cier Dieu des succès des armées de l'Empereur contre les 
Gueldrois, et le 10 octobre suivant pour la conclusion de la 
paix avec Charles de Gueldre, ainsi que pour les victoires 
en Italie. 

En 1529, sont ordonnées des prières, le 3 juin, pour le 
succès du voyage de l'Empereur en Italie, le 8 juillet pour 

16 



— 242 — 

celui des conférences qui doivent avoir lieu à Cambrai et 
la paix avec la France ; le 1 7 mars suivant, pour célébrer 
le couronnement de l'Empereur par le pape ; le 18 mai 1530 
pour son heureux retour d'Italie. 

Le 10 juin 1530, le Conseil de Flandre, par les ordres de 
l'archiduchesse Marguerite , fait savoir que le V juin 
précédant, la reine, sœur de l'Empereur, et les enfants de 
France sont arrivés d'Espagne en France et y ont été reçus 
en grande joie et triomphe, que la continuation de la paix 
avec la France paraît assurée, et que l'empereur tient une 
diète pour aviser aux moyens de repousser les Turcs dans 
leurs entreprises contre la chrétienté, et d'extirper la secte 
luthérienne. Il prescrit que des processions et des prières 
publiques aient lieu chaque dimanche, en raison de ces 
événements. 

Le 12 novembre 1530 des prières sont ordonnées pour la 
prospérité de l'Empereur, le bien de ses sujets et la paix 
publique. 

Le 28 janvier 1531, la reine de Hongrie prescrit des 
processions, des prières et des sermons, dans toutes les 
églises, chaque dimanche, pendant trois mois, pour la 
prospérité de l'Empereur, le succès de ses voyages, la paix 
et le bien de la chrétienté; le 12 mai 1533, elle ordonne de 
remercier le ciel de l'heureuse arrivée de l'Empereur à 
Barcelone. 

Le 25 février 1534, sur l'ordre de la reine Marie, le 
Conseil de Flandre prescrit, une fois par semaine, des 
processions générales, des prières et des sermons, pour la 
prospérité de l'empereur, et pour que le Ciel, inspirant les 
princes de la chrétienté, les porte à la concorde, et pour la 
conversion des hérétiques. Mêmes prescriptions le 25 mai 
suivant, pour la conservation et la prospérité de l'Empe- 
reur, qui venait d'équiper une flotte dans le dessein de 
visiter ses royaumes de Naples, de Sicile et de Sardaigne. 



— 243 — 

Le 4 juin 1530, des prières et processions sont ordonnées, 
au 12 juin, pour le succès des armes de l'Empereur, obligé 
de se défendre contre la France ; le 9 j uillet, pour le succès 
de son voyage à Nice; le 30 janvier suivant, en remercîment 
pour son heureuse arrivée dans le port de Palamos (Cata- 
logne) ; le 4 mai 1537, pour obtenir le succès de ses armes 
contre la France; le IG novembre suivant, parce que l'Im- 
pératrice est accouchée d'un fils ; le 11 janvier 1538 (n. st.) 
afin que les ambassadeurs de l'Empereur et ceux du roi 
de France parviennent à conclure la paix ; le 8 mai, afin 
que Dieu inspire les princes de la chrétienté et les porte 
à la concorde, d'autant plus nécessaire que les Turcs ras- 
semblent de grandes forces. 

Le 30 juillet de la même année, le Conseil de Flandre 
porte à la connaissance du public, sur l'ordre de la reine 
Marie, la cordiale entrevue que l'Empereur et le roi de 
France viennent d'avoir à Aigues-Mortes, oiî ils se sont 
promis de rester frères, alliés et amis, en observant perpé- 
tuellement la paix ; et le Conseil ordonne des processions 
et prières publiques pour remercier le ciel d'un événement 
aussi heureux. 

Le 15 mars 1540, il en ordonne autant, afin que Dieu 
inspire les princes allemands, convoqués à Ratisbonne, en 
vue de résister aux Turcs. 

Le 2 janvier suivant, il prescrit une procession générale 
pour remercier Dieu de l'heureux retour de l'Empereur de 
son voyage en Afrique, à part la perte de quelques galères. 
Le 21 juin 1542, il ordonne des prières à l'occasion des 
préparatifs pour résister aux Turcs; le 2 mai 1543, à l'oc- 
casion de l'embarquement de l'Empereur pour passer d'Es- 
pagne en Italie. 

Quoique la santé de Charles-Quint fût mauvaise, et qu'il 
eût de graves infirmités , on ne trouve pas trace de prières 
spéciales aux fins de sa guérison. 



— 244 — 

Le 28 juin 1544 sur ordre de la reine Marie, le Conseil de 
Flandre prescrit des processions générales, une fois la 
semaine, dans toutes les églises, pour le succès des armes 
de l'Empereur sur le point d'entrer en France avec une 
puissante armée. Nous n'avons pu vérifier si des prières 
étaient également ordonnées du côté de la France. 

Le 4 mai 1547, processions et prières en remercîments 
de la victoire de Charles-Quint sur l'électeur de Saxe à 
Muhlberg ; le 2 février 1551, afin que Dieu porte les princes 
chrétiens à la paix et à la concorde ; le 28 juillet 1553 pour 
remercier des victoires récentes de l'Empereur, et encore le 
12 juillet 1554 pour la prospérité de l'Empereur et le succès 
de ses armes. 

Enfin, et ceci est le dernier acte que les registres des 
Halleghehoden nous fournissent pour le règne de Charles- 
Quint, le 13 décembre 1554, le Conseil de Flandre, ensuite 
des ordres de la reine Marie, prescrit des prières et des 
processions publiques pour remercier Dieu du retour des 
Anglais à la religion catholique. D. 



Note sur la première édition latine de Genève 
(1479). — Les premières éditions genevoises datent de 
1478 et sortent de l'officine de maître Adam Steinschaber, 
de Scliweinfurth. Ce sont quatre ouvrages français, tous 
in-folio de 31 lignes à la page. De 1479 on ne connaissait 
jusqu'à présent aucune édition. M"" Gaullieur ' qui place à 
cette année « Le nouble roy Pontlius », impression non 
datée, avoue que c'est un peu arbitrairement sans doute, 

* Études sur la typographie genevoise du XV^au XIX^ siècles et 
sur l'introduction de l'imprimerie en Suisse, par E.-H. Gaullieur 
{Bulletin de l'institut national genevois, t. II, 1855). 



— 245 — 

mais qu'il est peu probable que Steinschaber soit resté 
oisif entre les années 1478 et 1480. «L'essentiel, ajoute-t-il, 
est que cette édition soit très antique, genevoise et raris- 
sime ». 

Qu'aurait dit le bibliographe suisse de l'édition que nous 
avons sous les yeux : première impression latine de Genève, 
datée, et révélant le nom d'un imprimeur inconnu? 

C'est un Kalendarium^ publié le 15 octobre 1479, et 
imprimé par Henri Wirczburg, de Vach, et Adam Stein- 
schaber, de Schweinfurth, ainsi qu'on le voit par la sous- 
cription : 

Prefens kalendarium ingeniofe || inprcffum [sic) eft féliciter^ 
opletura 11 in egregia Gebenen. ciuitate An||no domini. Moccc 
Lxxix. XXV die || mëfis oélobris. Per dompnû (sic) heynl|ricum 
Wirczburg de vach et maUgiftrum adam ftynfcbaber de || fclmin- 
fort ||. 

Suit la marque typographique de Henri "Wirczburg, de Vach. 

^efens |islenoar(tim (ngeniofe 
mpzcffum cft fdicfecr^ u^ttiH 
in egregia (Bebeoemcitutate 7H11 
tio oomini .jSOcccc X'mfi* jtfp oit 
méfia ocbbu'a. ^r oompna bejnt 
ricum Wircibarg oe pscb et md 
aiftrtm aoam îtûjmÇcMes oe 
(cbainfott 




Le vol. qui ne porte pas de titre, est de format in-8" sans 
chiffres, ni réclames, ni signatures, de 23 lignes à la page; 32 ff. 
dont le premier et le dernier sont blancs. Les initiales qui devaient 



— 24G — 

être ajoutées à la main en rouge et en bleu, n'ont été mises qu'à 
un petit nombre d'endroits. 

Les matières sont disposées dans l'ordre suivant : 

Après le premier f., qui est blanc et sur lequel on a inscrit des 
vers latins, à la fin du XV* siècle, vient (ff. 2-13) un calendrier 
perpétuel. 

A la fin de chaque mois, deux distiques latins : conseils hygié- 
niques pour chaque période. 

Ce calendrier comprend pour chaque mois : 1'" col., quantièmes 
des jours du mois solaire en chiffres romains ; 2* col., lettres 
dominicales; 3* col., principales fêtes immobiles; 4* col., les lettres 
lunaires; 5'' col., quantièmes du mois lunaire. En marge l'indica- 
tion des nouvelles lunes par le mot Incensio. 

F. 14 recto : explication du calendrier précédent. 

F. 14 verso, première ligne : De numéro litterarum \\ significa- 
tion des chiffres romains, chose assez étrange dans un livre de 
cette époque : 

I monoB. v quinq5. x denos. du {sic) xx vigenos 
XI duplat idem, triplicat Ix.l q5 fola 
Quinquaginta facit. f5 nonaginta dat xc 
C dat ceutenos. f5 quiugentos tibi dat d. 
De fexcentos. m mille, c fi pfit aufert 
Centum. fie numerum debes côfcribere totum 

Ff. 15-17 : table chronologique pour cent ans, de 1479 à 1578 : 
lettres dominicales, nombre d'or, intervalles pour trouver la fête 
de Pâques, indictions. 

F. 18 recto : théorie de la lettre dominicale : De littera 
dnicali ||. 

F. 18 verso : du nombre d'or : De aureo numéro \\. 

F. 19 recto : de l'intervalle et des fêtes mobiles : De interuallo 
(1" ligne). — De fejlis moblUbus (11' ligne). 

Ff. 19 verso et 20 recto : tableau de la concordance entre les 
Septuagésimes, Quadragésimes, Pâques, Rogatione, Pentecôtes. 

Ff. 20 verso et 21 recto : tableau contenant les signes du 
zodiaque et intitulé : Tabula minucionis \\. 



- 247 — 

F. 21 verso : manière de chercher dans quel signe du zodiaque 
tombe la lune. 

F. 21 verso et 22 recto : explication des douze signes du 
zodiaque: De .xii.Jignis \\. 

Au bas du f. 22 recto et ff. 22 verso et 23 recto : conseils, en 
vers latins, au sujet de ce qu'il est permis de faire sous chaque 
signe du zodiaque. 

Ff. 23 verso à 25 recto : tableau contenant pour 76 ans (de 1479 
à 1554) l'indication de la première nouvelle lune de l'année : 
\T\abula pîis ot'met p Ixxvi annospmâ ijicëfiôe^ cuiufUbet\\ Mi .... 
En marge, des explications sur les quatre saisons et leurs rap- 
ports avec les signes du zodiaque ainsi qu'au sujet de la différence 
entre l'année solaire et l'année lunaire. 

Ff. 25 verso et 26 recto : explications sur les mois, la semaine, 
le jour, l'heure et la minute. Voici l'explication du mois : Menjis 
ejl qiiaji \\ xii pars anni Et dicitur menjis a menjura quia \\ menfe 
annns menjuratur Vel dicitur a meiifa \\ quiafcd'm \\ medicos in 
quolibet mêje debein' || fercula nojlre menfe renouare. 

Ff. 26 verso à 27 recto : De incenfione fine nouilimio. 

Ff. 27 recto et 27 verso : du mois embolismique : De menfe 
emboUfmali. 

F. 27 verso : de la pleine lune : De oppoficôe fine plenilunio. 

F. 27 verso à 31 verso : des éclipses du soleil et de la lune, pour 
les années 1479 à 1551 : De eclipfifolis t lune. 

A la fin la souscription et la marque typographique cités. 

Au recto et au verso du 32" et dernier f. qui est blanc, on a 
collé deux gravures d'Israël de Mecken : l'une représentant saint 
Rocli, et l'autre, Jésus à la croix. 

Ce Kalendarium, qui fait actuellement partie de la 
bibliothèque de rUuiversité de Gand (réserve n" 1417), 
appartenait, en 1505, à l'abbaye de Baudeloo, établie à 
Sinay, au pays de Waes (Flandre Orientale). 

Les ff. ajoutés forment un petit registre manuel à l'usage 
du receveur de l'alibaye. On y trouve des annotations au 
sujet de dîmes et de redevances foncières dans les com- 



— 248 — 

munes deLokereu,Exaerde, Waesmiinster,Hamme, Siiiay, 
Belcele, Saint-Nicolas, Nieiiwerkerken, Saint-Paul, Kem- 
seke, Stekene, Elversele, Terdonck, Moerbeke. 

M"" Alphonse Cartier, de Genève, à qui nous avions signalé 
la découverte de cet incunable, veut bien nous écrire au 
sujet du nom ignoré jusqu'ici dans la liste des typographes 
genevois de Henri Wirczburg : 

« D'après la souscription de votre Kalendarium, on peut 
le considérer comme l'associé de Steinschaber, mais il doit 
être arrivé à Genève après celui-ci, puisque la Mélusine qui 
est du mois d'août 1478, est signé de Steinschaber seul. 
D'autre part, l'association ne paraît pas s'être prolongée 
au-delà de 1479, puisque le Manipulus curatorum daté de 
mars 1480, est de nouveau signé de Steinschaber seul. Il 
est donc probable que Wirczburg était un de ces impri- 
meurs nomades, compagnons sortis des premiers ateliers 
allemands et qui s'en allaient par le monde porter la grande 
découverte » . 

M. Cartier confirme qu'on ne connaissait aucune impres- 
sion genevoise de l'année 1479. Il n'y a, observe-t-il, 
aucun motif pour placer sous cette date, comme le fait 
Gaullieur d'une façon absolument arbitraire, le roman 
sans date du Roy Ponthus * . 

Victor Vander Haeghen. 



Autorisation d'ouvrir une école primaire a Lierre 
EN 1813. — Récemment on a trouvé à Lierre (province 
d'Anvers), dans une mortuaire, le document qui suit et 



1 Les recherches de Gaullieur n'étant qu'un simple essai qui doit 
être repris, je me permettrai de signaler qu'il existe à la hibliothèque 
de Gand un exemplaire du Viatorium utriusque juris de Johannes 



— 249 — 

qui est intéressaut pour l'histoire de Tinstruction puLli(]ue 

en Belgique : 

Anvers, le 4 janvier 1813. 

Van Trier, conseiller de Préfecture, du département 
des deux-Néthes; Officier de ï Université Impériale , 
Inspecteur de V Académie de Bruxelles. 

A Mâd^ Marie Verpoorten, Epouse du sieur Gom- 
maire Liekens; habitant de la Ville de Lierre. 

Inclinant favorablement à vôtre demande et attendu, que 
feu vôtre père, exerçant de son vivant les fonctions d'insti- 
tuteur-priraaire, par sa moi'alité s'est toujours montré 
digue de la bienveillance des Magistrats ; je vous autorise 
d'ouvrir une école pour des jeunes élèves de deux sexes, 
la condition de ne pouvoir enseigner les mâles que jusqu'à 
l'âge de sept ans, et de ne leur apprendre qu'cà épéler et 
lire, mais pas l'Ecriture : pour les filles, elles pourront 
aussi apprendre à écrire et elles peuvent rester sans dis- 
tinction d'âge dans vôtre Ecole. 

Vous communiquerez la présente autorisation à Monsieur 
le Maire de la ville de Lierre. 

Recevez l'assurance de ma parfaite considération. 

{Signé) Van Trier. 

Berberius, édition princeps décrite par L. Hain (Bepertorium hïblio- 
grnphiciiin, t. II, n" 2793), et qui paraît être une impression faite en 
Suisse. Remarquons que Henri Wirczburg a été cité parmi les pre- 
miers imprimeurs de Genève par MM. Albert Rilliet et Théophile 
Dufour : Le catéchisme français de Calvin (Genève, 1878). 



250 — 



CHRONIQUE. 



Pages d'histoire locale gantoise. — M' Prosper Claeys vient de 
publier, chez l'éditeur J. Vuylsteke, la troisième série de ses Pages 
d'histoire locale gantoise. Il s'y occupe notamment des évêques de 
Gand, des sœurs Apostolines, des processions et pèlerinages, du 
bourreau Jean Franck, de la prise de la ville par Louis XV, en 1745, 
des rosières, de l'entrée du roi Guillaume, en 1815, de la foire de la 
Mi-Carême et de celle du mois d'août, ou Bylokefoore, des anciennes 
kermesses de paroisses, de la danse, de l'histoire horticole, de l'an- 
cienne prison du Sausselet ou Chastelet, qui s'élevait sur l'emplace- 
ment du Pakhuis, etc. Pour traiter ces sujets des plus divers, 
l'auteur a pu utiliser une quantité de détails curieux et piquants ; 
aussi le volume n'oflfre-t-il pas moins d'intérêt pour nos concitoyens 
que les deux séries précédentes. Ajoutons qu'il est terminé par une 
table générale des trois séries, qui sera des plus appréciée par tous 
ceux qui consulteront ces Pages d'histoire locale. P. B. 

Don d'archives. — M. Astère de Kerchove de Dentergem vient 
de remettre au dépôt des archives de l'État à Gand les nombreux 
documents anciens qui se trouvaient en son château à Astene. 

Ces archives concernent spécialement les familles Hopsomer, 
Eghels, Braye, Colombier, de Bersacques, etc., la seigneurie de 
Thieltenhove dite Gruuthuse à Thielt, la seigneurie de Rodemonts à 
Lendelede, la châtellenie de Courtrai et un grand nombre de localités 
et seigneuries des deux Flandres. R. S. 

Un manuscrit flamand a Budapest. — Parmi les manuscrits que 
possède le Muséum national, à Budapest, j'ai remarqué un bréviaire 
latin du XIV« siècle (ms. n» 9), de 526 pages, ayant pour dimensions 
0"31 sur O'^'^g, et orné de nombreuses petites miniatures, lettres 



— 251 — 

ornées et bordures exécutées en Flandre. Dans le calendrier qui 
précède le texte même du bréviaire, rien de saillant à signaler, à 
peine les mentions de S' Wulfran au 16 octobre, et de S' Nicaise au 
15 décembre, qui ne constituent pas un indice suffisant pour en 
rechercher l'origine. Mais il importe de relever quelques mentions 
finales, par exemple, p. 518 : Dits van den Heillgen Sacramente ; — 
p. 519-524, In teyhenwerdicheift di/ns hcilichs Uchaems ende dînes 
bloets getiadhje God hevelic .... ; et surtout, p. 526, une indication 
autographe de transmission de propriété au XVP siècle, ainsi conçue : 
Johannes Baro de Lyniburg, canonicus Babenbergensis, me dono dédit. 
— Nous ne pouvons suivre, faute de renseignements, ce manuscrit 
de main en main, depuis qu'il n'est plus au chanoine de Babenberg, 
mais nous savons seulement qu'il a appartenu, au siècle dernier, à 
Joseph Jakosies, à Bude, puis qu'il a fait partie de la collection Miklôs 
Jankovich, collection qui a été achetée par le gouvernement hongrois. 
C'est, croyons-nous, le seul manuscrit d'origine flamande au Muséum 
national de Budapest. Henki Stein. 

M. Henri Hymans vient de publier, dans la Gazette des Beaux- 
Arts, une série d'articles, sur le Musée du Prado, de Madrid. Sa con- 
naissance approfondie de l'école flamande et de son histoire, donne 
un intérêt particulier aux pages que l'écrivain belge y consacre à 
nos peintres. « Si, dit-il dans la conclusion de son travail, le Prado 
dans son ensemble est pour l'historien d'art une source d'informa- 
tion et d'étude sans rivale, il constitue pour l'art flamand, en par- 
ticulier celui du XVIP siècle, une manifestation glorieuse entre 
toutes. L'Europe compte des musées également riches; les chefs 
d'œuvres abondent en cent lieux divers; Madrid seul offre ce carac- 
tère à part, de résumer l'Ecole flamande comme en une galerie 
nationale. » 

Quelques illustrations intéressantes accompagnent le travail de 
de M. Henri Hymans, parmi lesquelles une bonne eau-forte d'après 
une toile de Jordaens représentant ce peintre et sa famille. < Qu'il 
s'agisse de la famille du peintre, dit M. Hymans, personne n'en 
pourra douter, qui a pu voir son portrait de Florence, et surtout celui 
de Cassel, où Jordaens, très jeune encore, charme des accords de son 
luth sa fiancée et ses sœurs, non loin du père Van Noort. » 

La Commission pour la publication des anciennes lois et ordon- 
nances a tenu le 4 mai 1894 une séance où elle a installé comme 



— 252 — 

président M. Crahay, comme nouveau membre M. Lameere, tous deux 
conseillers à la Cour de Cassation. 

Il y a été rendu compte de l'état des travaux de la commission. 
Le tome VIII des ordonnances du XVIII® siècle (1756-1762), pourra 
être distribué vers la fin de l'année ou au commencement de 1895. 
Le tome I des ordonnances du règne de Cbarles-Quint (1506-1519), 
publié par les soins de feu M. Laurent, est imprimé et sera distribué 
prochainement. M. Lameere qui a remplacé M. Ch. Laurent au sein 
de la commission a accepté la mission de continuer la publication des 
ordonnances de Charles-Quint. Les Coutumes de la ville d'Aerschot, 
de Neder-Assent et de Caggevinne sont à la veille de paraître, par les 
soins de M. le conseiller C. Casier. M. L. Gilliodts prépare les Cou- 
tumes de Furnes, Poperinghe, Nieuport et Lombartzyde. 

Dans la même séance plusieurs communications ont été faites à la 
commission; entre autres une note par M. A. Du Bois sur l'œuvre de 
Ph. De Wulf : Concordance et discordance générale sur toutes les 
coutumes décrétées de la Flandre, avec observations de droit et de 
pratique i. — La commission décide que cette note sera imprimée 
dans le recueil de ses procès-vei'baux. 

Elle prend la même décision pour une série de documents relatifs 
à l'abolition de la torture, complétant ceux que M. Uachard a insérés 
au tome III, p. 99, du recueil des procès-verbaux. 

Saint-Louis, koi de Feance, a Gand. — Paris a connu l'institu- 
tion des béguinages et la règle des béguines autrement que par la 
pièce de Rodenbach, le Voile (jouée récemment au Théâtre Français). 

En 1255, au mois de novembre, le roi de France, Louis IX, plus 
tard Saint-Louis, vint à Gand. Nous avons pour ce fait le témoignage 
de l'annaliste Meyer, ainsi qu'une charte conservée à la bibliothèque 
à Paris (Coll. Moreau, 177, f. 1) et datée : Apud Gandavum, anno 
domini quinquagesimo qiiinto, mense novenibri, où il confirme la 
vente d'une partie de forêt par Alix de Rozoy, dame d'Audenarde, à 
l'abbaye de Bonne-Fontaine, du diocèse de Rheims. 

M. Duvivier a publié ce document parmi les pièces justificatives 
de son savant livre sur la querelle des Dampierre et des d'Avesnes. 

Pendant son séjour à Gand, Saint-Louis visita le Grand-Béguinage, 

1 Ce manuscrit ainsi qu'un certain nombre d'autres de De Wulf, 
et ses papiers de famille, appartiennent à M. E. Varenbergh. — Voir 
sa biographie de De Wulf, Messager, &" 1893, p. 4. 



— 253 — 

comme le fit, six siècles plus tard, le nonce du Pape, Pecci, aujourd'hui 
Léon XIII. Dans un mémoire présenté le 14 mai 1328 à des délégués 
de l'évêque de Tournai en faveur des béguines de Gand, cette visite 
du saint roi est rappelée en ces termes : hune lociim ahnus confessor 
piîssiniHs rex sanctus Liidovicus dévote personalifer visitctinf... L'insti- 
tution lui plut; il lui conféra, dit-on, divers privilèges, et il institua, 
à l'instar du béguinage de Gand, un béguinage en sa ville de Paris, 
et d'autres en divers lieux, et il les dota : ad similitudinem dicti locî 
unum beghinagUuH Parisii et diversa alla in diversîs instituit et 
dota vit. 

Le texte du mémoire de 1328, auquel nous empruntons ces lignes, 
a été publié par M. le baron Béthune dans le Cartulaire du béguinage 
de Sainte-EIisebafh, à Gand, p. 76. 

L'historien Lenain de Tillemont place (tome V, p. 308), l'établis- 
sement des béguines à Paris en l'année 1264. Leur couvent était 
établi rue des Barres, près du quai des Célestins. 

Combien de temps cette institution, copiée sur celle de Gand, 
subsista-t-elle ? 

Ces béguines de Paris qui, dans l'origine, étaient, dit-on, au nombre 
de quatre cents, se trouvèrent en 1471 réduites à trois. On ne dit 
point la cause de cette dépopulation. Louis XI, qui commettait, dit 
Dulaure, autant de crimes qu'il faisait d'actes de dévotion, saisit la 
circonstance de la presque viduité de cette maison, pour y établir un 
nouvel ordre de religieuses, appelé de la Tierce ordre pénitence et 
observance de Monsieur Saint François. 

Ce couvent fut supprimé en 1790, et converti en une caserne de 
gendarmerie à cheval. {La Flandre libérale.) 

Procès singulier. — Le British Muséum a été assigné en justice 
par la veuve d'un banquier de Londres pour avoir dans ses collec- 
tions deux volumes ou brochures oii cette respectable dame était 
accusée, dit-elle, de faits attentatoires à son honneur. 

Les administrateurs du British Muséum ont répondu : Le British 
Muséum est un établissement public. Un acte du Parlement charge 
l'administration de mettre les ouvrages que la bibliothèque possède 
à la disposition des « lecteurs ciu'ieux et studieux. > En s'acquittant 
de cet office, elle ne peut être rendue civilement responsable. 11 est 
établi, en fait, que dès qu'il y a plainte et qu'un ouvrage est reconnu 
diffamatoire, il cesse d'être communiqué. D'ailleurs, ce serait chose 
impossible que de contrôler le contenu des ouvrages que la biblio- 



— 254 — 

thèque possède. Il en entre par an 40,000 écrits en une centaine de 
langues. Il y a 640 lecteurs par jour, en moyenne. Le contrôle 
exigerait, en sus du nombreux personnel existant, une centaine 
d'experts, lisant quinze heures par jour toute l'année. Et comment 
ces experts distingueraient-ils si ce qu'ils lisent s'applique à des 
vivants ou à des morts, à des personnages de fiction ou à des per- 
sonnes qui existent ; comment distingueraient-ils une calomnie, d'une 
allégation vraie ? 

Le jury a estimé que les défendeurs, en achetant, cataloguant et 
communiquant les ouvrages, ont agi de bonne foi, dans la pensée 
qu'ils exécutaient leurs devoirs ; qu'ils ignoraient que ces ouvrages 
contenaient des imputations diffammatoires ; mais qu'ils n'avaient 
cependant pas rempli leur mission avec une circonspection suffi- 
sante; en conséquence il alloue 20 shillings de dommages-intérêts. 

Mais le juge remet l'affaire, et à une audience suivante déclare 
l'action non fondée, les administrateurs ne pouvant pas être rendus 
civilement responsables en remplissant, conformément aux lois de 
leur institution, les fonctions dont ils sont chargés. 

Sur quoi, le Times fait les réflexions que voici : 

< Une bibliothèque comme celle du British Muséum, existe pour 
le profit de ceux qui étudient l'histoire et pour l'édification de la 
postérité. Quel serait le sort de nos historiens si, dans le passé, les 
bibliothèques publiques avaient exclu de leurs collections toute 
publication pouvant causer quelque scandale? Et que feraient les 
historiens futurs si nous nous réglions sur un principe pareil ? Sans 
doute il est juste que l'administration ne donne pas indifféremment 
communication d'un ouvrage contenant des attaques contre les 
vivants; et l'on conçoit des mesures contre les appétits de gens 
friands de scandale. Mais ce serait un malheur public si le British 
Muséum cessait d'agir, comme il l'a fait, d'après la maxime Nikil 
humant alienum. Nous nous adressons au Parlement pour qu'il érige 
en règle expresse que les administrateurs de cet établissement ne 
sont pas tenus de cette diligence vraiment impossible à laquelle le 
verdict du jury a, dans l'occurrence, entendu le soumettre. » 

Ces réflexions nous paraissent judicieuses et peuvent s'appliquer 

à tous les conservateurs des grandes bibliothèques publiques. 

D. 

Découverte akchéologique. — On vient de découvrir à Nuren- 
berg un plan géographique de la Flandre, dressé en 1538, par un 



— 255 — 

géomètre gantois Pierre Van der Beken et imprimé par un autre 
gantois Pierre de Keyzer. C'est la plus ancienne carte de Flandre 
connue, car celle de Mercator date de 1540. 

Ce plan offre pour les administrations publiques et même pour les 
particuliers un très vif intérêt. Il renseigne des cours d'eau n'exis- 
tant plus aujourd'hui et il permet de se rendre compte de plusieurs 
modifications apportées au régime de nos canaux et rivières. C'est 
de plus un document bibliographique et même héraldique très impor- 
tant, car il porte un grand nombre d'armoiries de communes. 

La ville de Nurenberg a consenti à en laisser faire une reproduc- 
tion photogi-aphique en quatre planches. 

M. le bibliothécaire en chef de la biliothèque de la Ville et de l'Uni- 
versité a soumis au Collège échevinal de Gand la proposition de faire 
reproduire ce plan au nombre d'une centaine d'exemplaires par le 
procédé de la photozincographie. Quelques-unes de ces reproductions 
seraient vendues au prix de 10 fr. l'exemplaire et d'autres seraient 
déposées à la bibliothèque et aux archives communales. L'admini- 
stration communale d'Anvers a fait faire le même travail pour la 
carte de Mercator citée plus haut. 

Le Conseil communal a accueilli favorablement cette proposition 
et a mis une somme de 500 fr. à la disposition du Collège échevinal 
pour la reproduction dont s'agit. 

— Une cité romaine en Angleterre. — On a découvert en Angle- 
terre, sur les terres du duc de Wellington, dans le Northampshire, 
les restes d'une importante cité romaine, Cavella, depuis nommée 
Silchester. Cette découverte est l'œuvre du pasteur qui, depuis 
quelques années, faisait pratiquer des fouilles dans sa paroisse. La 
portion de la ville déjà mise au jour occupe une superficie de 36 acres, 
et les édifices exhumés sont en parfait état. Pour les mieux préser- 
ver, on les recouvre de nouveau, après les avoir explorés et étudiés 
à fond. On a même pris soin de mouler toutes les parties de l'une des 
maisons qui étaient particulièi-ement intactes, afin de pouvoir la 
reproduire en entier. On a trouvé deux types d'habitations : les unes 
ont un atrium, les autres sont seulement pourvues de couloirs. Le 
principal intérêt de cette découverte, c'est qu'elle permet, en com- 
parant les édifices de Cavella à ceux de Ponipéï, d'observer les modi- 
fications introduites dans l'architecture romaine par le climat du 
Nord. Les demeures anglaises sont beaucoup plus abritées; elles 
sont privées du péristyle en usage dans les demeures italiennes, et 



— 256 — 

toutes les chambres possèdent un appareil de chaviffage. Outre les 
habitations privées, on a dégagé une basilique, les bains publics et 
le forum de Cavella. 

Divers. — Une vente d'autographes vient d'avoir lieu à Londres. 

Voici les prix les plus importants pour les pièces d'une valeur 
tout à fait historique : Une lettre de Bossuet, datée du mois d'octobre 
1682, relative aux négociations engagées à Rome, touchant la liberté 
de l'Eglise gallicane. Cette lettre qui couvre douze pages in-4o, s'est 
vendue 250 francs. 

Une lettre de Buckingham au cardinal de Richelieu (1625), tou- 
chant les négociations relatives au mariage de Charles P' avec 
Henriette de France : 175 fr. 

Une lettre de la reine Elisabeth à Catherine de Médicis, datée de 
Greenwich 29 mai 1568 : 425 fr. 

Une lettre de Frédéric le Grand au maréchal de Saxe (1744), le 
félicitant au sujet de ses succès en Flandre : 200 fr. 

Une lettre de Henri VII, roi d'Angleterre, à Philippe le Beau, roi 
de Castille (8 juin 1504) : 500 fr. 

— Un document portant les signatures de Louis XIII, de la reine 
Marie de Médicis et de Gaston d'Orléans (mai 1628), 425 fr. ; une lettre 
de Machiavel, 250 fr. ; une lettre du cardinal de Richelieu, relative 
au maréchal de Bassompierre, qu'il trouve " en bonnes dispositions „ 
(novembre 1622), 512.50 fr.; une lettre de Rubensàun ami d'Anvers, 
500 fr. 

— La vente de la Bibliothèque d'Octave Uzanne, à Paris, a rap- 
porté une somme très élevée. 

Voici les prix des pi-incipales enchères : son Altesse la Femme 
(exemplaire unique), magnifiquement relié et renfermant 42 dessins 
originaux, fut adjugé 2.500 fr. ; la Française du Siècle, exemplaire 
illustré, 2.500 fr.; la Femme à Paris, reliure en maroquin avec appli- 
ques en cuivre ciselé 2.000 fr.; le Livre, aussi exemplaire unique, 
700 fr. 



— 257 



LE 

PROCÈS ET LA MORT DE R-J. D'HERRE, 

DE BRUaES, 

Fusillé à Bruxelles le 17 octobre 1794. 



I. 

Le citoj'en auquel sont consacrées ces lignes, 
fut une des victimes les plus intéressantes du 
redoutable Tribunal crimiuel révolutionnaire 
établi à Bruxelles à la suite de la conquête de la 
Belgique par les armées françaises. En étudiant 
riiistoire de cette juridiction nous avions déjà 
cité le nom de D'Herbe '. Il nous a paru que 
celui-ci méritait une notice plus détaillée qui 
préservât de Toubli les traits principaux de ses 
malheurs et de ses vertus 2. 



i Le Tribunal révolutionnaire de Bruxelles {Annales de la Société 
d'Archéologie de Bruxelles, t. VU [1893], p. 412 et suiv.). 

2 M""' Elisa Verhulst, de Bruges, a bien voulu nous communiquei- 
un intéressant dossier concernant P.-J. D'Herbe, provenant de la 
famille de ce dernier. Cette gracieuse et précieuse communication a 
complété nos renseignements sur plusieurs points. C'est à ce dossier 

17 



258 — 



IL 



En 1794 vivait à Bruges Pierre- Jacques D'Herbe, 
Seigneur de Pattoucke % époux de Thérèse-Fran- 
çoise Arclideacon; de leur mariage, célébré le 
3 novembre 1754, étaient issus douze enfants, 
dont cinq filles et un fils étaient encore en vie. 

Adoré des siens, estimé par tous ses compa- 
triotes, P. D'Herbe partageait son temps et ses 
soins entre sa famille et les affaires publiques 
auxquelles il participait comme échevin de la 
Prévôté de Bruges et comme arpenteur juré du 
Franconat. Préoccupé, comme beaucoup de ses 
concitoyens, du développement du commerce de 
la Flandre, il n'avait pas hésité, malgré ses 
69 ans, à se séparer de son fils unique Henri- 
Pierre D'Herbe, et il l'avait envoyé en Amérique 
afin d'y jeter les bases d'un établissement avan- 
tageux. 

De nombreux émigrés français s'étaient réfugiés 
en Belgique à partir de 1789, On sait qu'ils 
comprenaient en 1794 deux catégories bien dis- 
tinctes. Les uns, enrôlés sous les ordres des 
Princes français, formaient une milice combattant 
aux côtés des armées coalisées contre la France, 
et campaient à ce titre dans les villes méridionales 
de la Belgique. D'autres, moins belliqueux ou 

que nous empruntons les détails dont la source n'est pas indiquée 
spécialement. 

1 F. Van Dycke, Recueil héraldique de la ville et du Franconat 
de Bruges, p, 467. 



— 259 — 

incapables de porter les armes, s'étaient retirés 
tranquillement clans les localités pins éloignées 
du théâtre de la guerre et notamment à Bruges. 

Pierre D'Herbe et sa famille, acceptant les 
devoirs d'hospitalité que leur créaient vis-à-vis 
d'étrangers malheureux leur j)Osition et leur for- 
tune, n'hésitèrent pas à accueillir amicalement 
ceux des émigrés qui leur parurent dignes de 
sympathie. Parmi ceux-ci figurait M. Orner-Fran- 
çois-Joseph Titelouze de Gournay, qui avait dû 
quitter son château de Clarques près Aire (Pas- 
de-Calais), et qui s'était réfugié à Bruges avec 
son fils Thomas, âgé de vingt ans environ '. 

A peine une liaison affectueuse s'était-elle éta- 
blie, que l'invasion des armées républicaines, 
força les émigrés français à se retirer. Le 25 juin 
1794, la première colonne française parut devant 
la ville de Bruges qui capitula sans coup férir ^. 
MM. Titelouze de Gournay se dirigèrent vers la 
Hollande, où le père devint secrétaire de l'ambas- 
sade de Danemarck, et le fils se rendit à l'armée 
de Condé. 

La conquête étrangère ne parut pas à D'Herbe 
un obstacle qui dut suspendre ses relations avec 



i Thomas-Omer-François-Joseph Titelouze de Gournay est décédé 
au château de Clarques le 27 octobre 1856, dans sa 86™^ année. Il a 
laissé ce domaine à M. Charles Titelouze de Gournay qui l'habite en 
ce moment (1894). 

2 Journal manuscrit, tenu par Robert Coppieters, ancien bourg- 
mestre de la ville de Bruges. Nous ferons plusieurs emprunts à ce 
journal, qui a été rédigé au fur et à mesure des événements par un 
témoin oculaire très bien informé. Nous en devons la communication 
à M. Fernand de Villers du Fourneau, secrétaire de M. le Ministre 
de la Justice. 



— 260 — 

celui qu'il appelait « sou hou ami Gouruay, » et 
il lui écrivît, eu gardant les minutes de ses mis- 
sives, quelques lettres dont la date exacte nous 
est restée inconnue, mais qui furent expédiées 
entre la fin dejuillet 1794etle 25 septembre 1794'. 

Nous n'avons pu retrouver le texte exact de 
cette correspondance, destinée à donner à l'absent 
des nouvelles de la ville où il avait reçu naguère 
l'hospitalité. Nous connaissons toutefois les pas- 
sages qui furent incriminés par les autorités 
françaises. Le signataire y faisait allusion au 
petit groupe de Jacobins qui à Bruges comme 
ailleurs en Belgique s'efforçaient de faire régner 
la terreur en servant les envahisseurs ou en 
s'aidant d'eux. Il y disait « que les Jacobins et les 
scélérats habitants de Bruges dénonçaient les émi- 
grés, » et « qu'il ny avait x^oint de paix à espérer 
depuis la mort de Robespierre, et qu'il fallait se 
taire parce que ce n était la saison de conjecturer'^. » 

Ces apjoréciations étaient assurément licites. 
On y eut cherché en vain une transmission de 
renseignements destinés à éclairer Fennemi. Elles 



1 Nous n'avons pu retrouver le dossier original de la procédure 
instruite contre P. D'Herbe. Les principales pièces nous sont 
connues grâce à certains registres sur lesquels elles ont été 
transcrites : d'autres éléments nous sont révélés par induction. C'est 
ainsi que la date des lettres nous est indiquée par une lettre de 
M"° Charlotte D'Herbe, du 27 mars 1795, citée plus loin, disant que 
son père fut arrêté deux mois après la date de sa première lettre. 

2 Les actes de persécution relatés par D'Herbe ne sont pas 
contestables, en présence du récit de Coppieters, qui raconte que le 
6 juillet 1794 le commandant français fit fusiller hors de la porte 
de Sainte Croix un éinigré français venu pour lui demander un 
passe-port. 



— 261 — 

témoignaient sans doute de l'aversion pour les 
excès du Jacobinisme, mais qui eut pu la blâmer 
au lendemain de la terreur, et du 9 Thermidor 
(27 juillet 1794), jour de la défaite de Robes- 
pierre ? 

m. 

Nous ne savons comment les relations de D'Herbe 
avec son ami furent connues des autorités mili- 
taires ', Brusquement, le 23 septembre 1794, 
l'officier de police militaire de Bruges, Navière, se 
présenta chez D'Herbe, le fit mener à la prison de 
la ville, et saisit tous les papiers concernant 
M. Titelouze de Gournay ^ 

L'inculpé et le dossier furent envoyés à 
Bruxelles, où les re23résentants du peuple, qui 
gouvernaient le pays en maîtres absolus, durent 
décider la suite à donner à l'affaire. Par décision 
du 2 octobre 1794, les représentants déférèrent 
la procédure au tribunal criminel récemment 
institué à Bruxelles pour réprimer les délits 
contre-révolutionnaires. 



* N'ayant pu retrouver le dossier de la procédure criminelle suivie 
contre D'Herbe, nous nous contentons d'énoncer les faits dont les 
Archives du tribunal criminel de Bruxelles contiennent l'indication. 

Ce furent d'ordinaire les comités de surveillance qui firent arrêter 
les victimes des tribunaux révolutionnaires ou criminels établis à 
Bruxelles, Liège, Anvers et Mons. Nous ignorons s'il en fut ainsi 
pour D'Herbe. A Bruges, il y avait un comité révolutionnaire très 
actif, dont les membres se sentirent sans doute visés par les lettres 
de l'accusé citées plus haut. - ' 

2 Le procès-verbal est analysé dans le registre des jugements du 
tribunal criminel de Bruxelles, à la date du 24 Vendémiaire au III 
(Greffe du tribunal correctionnel de Bruxelles). 



— 262 — 

Le 15 octobre 1794, l'accusé, interné dans les 
cachots de la porte de Hal à Bruxelles ', fut 
amené une première fois devant ses juges, réunis 
en chambre du conseil, pour statuer sur sa mise en 
accusation définitive. Sur réquisitions conformes 
de A.-J. Frison, accusateur public, le tribunal 
ordonna l'arrestation définitive et la mise au 
secret de l'accusé, et fixa le jugement de l'affaire 
au surlendemain 17 octobre -. Tel était le zèle 
sanguinaire de ces magistrats, français pour la 
plupart, qu'on accordait quarante-huit heures 
pour préparer sa défense à un inculpé accusé d'un 
crime capital! Et pourtant, en octobre 1794, la 
terreur était soi-disant terminée, les prisons se 
vidaient, la convention était partout victorieuse. 
Pourquoi fallait-il encore des victimes au mino- 
taure révolutionnaire? 

Après un interrogatoire sommaire que lui fit 
subir dans sa prison le juge délégué, Théodore 
Barbot, un ex-officier de chasseurs, l'accusé com- 
parut devant le tribunal révolutionnaire le ven- 
dredi 17 octobre 1794, à 10 '/a heures du matin, 
au local des séances publiques établi au Concert 
noble (Vaux-hall), au Parc. 

L'instruction se borna à la lecture des pièces et 
ne comporta l'audition d'aucun témoin. 

On interpella l'accusé sur ses corresjoondances 
avec son ami Titelouze de Gournay. L'intérêt des 



1 Nous savons par les notes d'une autre détenue de la porte de Hal, 
la présence de D'Herbe dans cette prison {Annalea de la Société 
d' Archéologie de Bruxelles, Vil, p. 435). 

2 Registre du tribunal criminel de Bruxelles, cité plus haut. 



— 263 — 

auditeurs, déjà captivé par les dangers qui mena- 
çaient l'accusé, s'accrut encore quand celui-ci fut 
mis en présence des pièces de conviction. Par une 
singularité fâcheuse pour la prévention, aucune 
lettre originale de l'accusé n'était produite. Les 
accusateurs n'avaient pu réunir que des lettres 
de M. Titelouze de Gournay, et des brouillons ou 
minutes de lettres trouvés chez D'Herbe. 

L'inculpé eut pu, par une dénégation habile, 
sauver sa tête ; il eut pu soutenir qu'il n'avait pas 
expédié à leur adresse les projets de lettres qu'on 
lui opposait. 

Fidèle à la voix de l'honneur, et plus soucieux 
de léguer à ses enfants un nom sans tache que de 
conserver sa vie au prix d'un mensonge, l'inculpé 
n'hésita pas. Il déclara bien haut qu'il avait écrit 
à son ami dans le sens énoncé par les pièces 
saisies '. 

C'était son arrêt de mort qu'il prononçait. 

S'emparant des aveux de l'accusé. Frison se 
leva et prononça le violent réquisitoire dont le 
résumé va suivre en tête du jugement. 

Les conseils de l'accusé firent en vain valoir les 
moyens de défense les plus adroits et les plus 
éloquents ^. Une sentence capitale était trop en 
harmonie avec le système de terrorisme qui 
dictait la conduite des autorités. 



1 L'attitude de D'Herbe à l'audience nous est connue par une 
tradition conservée dans sa famille et qui est confirmée implicitement 
par les pièces que nous avons rencontrées. 

2 « Ses défenseurs ont fait l'impossible, » disait la lettre de Char- 
lotte D'Herbe du 27 mars 1795, citée plus loin. 



— 204 — 

Sans désemparer, les juges prononcèrent la 
décision suivante ' : 

Jugcinent du tribunal crintinel établi à Bruxelles du 26 Vetidémiaire 
l'an 3 de la république française une et indivisible. Qui condamne 
le nommé Pierre Jacques d'Herbe, âgé de 69 ans, arpenteur demeu- 
rant à Bruges, à la peine de mort, pour avoir entretenu des corres- 
pondances avec les ennemis de la république Française. 

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS. 

Vu par le tribunal criminel établi a Bruxelles, l'acte 
d'accusation dressé par l'accusateur public près du même 
tribunal contre Pierre Jacques d'Herbe, arpenteur demeu- 
rant à Bruges, et détenu dans les prisons de cette ville 
dont la teneur suit : 

Vu par l'accusateur public près le tribunal criminel, 
séant à Bruxelles, soussigné, les pièces k lui remises par 
les représentans du peui)le, le onze de ce mois, contre 
Pierre Jacques d'Herbe, arpenteur demeurant à Bruges, le 
procès-verbal dressé par le citoyen Navières, officier de 
police militaire le V Vendémiaire d'où il conste, par les 
lettres trouvées en la maison dudit d'Herbe, qu'il entre- 
tenait des correspondances avec les émigrés, ennemis jurés 
de leur patrie; vu la sentence préparatoire du tribunal, 
qui prononce l'arrestation définitive dudit d'Herbe. 

L'interogatoire tenu en sa personne, par le citoyen Barbot, 
juge, dénommé à cet effet, enfin le dit d'Herbe, entendu 
cejourd'hui en l'audience publique par lui et son conseil; 

Considérant que quicon(]ue correspond avec les ennemis 
pour leur fournir des notions et des détails sur la situation 
des affaires politiques du gouvernement, se déclare par là 
même, ennemi du peuple Français, et que le dit d'Herbe, 

* Registre des jugements du tribunal criminel de Bruxelles, 
26 Vendémiaire an III (Greffe du tribunal correctionnel de Bruxelles). 



— 265 — 

en écrivant a Diigournay, Français émigré, (jne les Jaco- 
bins et les Scélérats habitans de Bruges dcnonçoient les 
émigrés, en marquant dans un autre endroit de ses lettres 
qu'il n'y avait point de paix à espérer depuis la mort de 
Robespierre, et qu'il faut se toire quelque tcms parce que 
ce n'est point la saison de conjecturer; a calomnié le 
l)atriotisme, avili les Français, et fait connaître assez 
clairement que ses intentions étoient mauvoises. 

Considérant en outre que dans le cours de rinstruction 
de la procédure, il a été reconnu qu'il avoit recelé des 
effets, appartenans à des émigrés et discrédité des assi- 
gnats ; Je conclus a ce que le dit d'Herbe convaincu d'avoir 
contrevenu aux arrêtés des représentans du peuple, en 
entretenant des correspondances avec les ennemis de la 
République Française et en ne déclarant pas les effets 
appartenans aux émigrés, soit puni de mort; Conformément 
aux différens arrêtés des représentans du peuple et à la 
loi du 22 Prairial. 

Bruxelles ce 26 Vendémiaire 3" année Républicaine. 

(Signé) A. J. Fbison. 

Le tribunal après avoir entendu l'accusateur public et 
le conseil de l'accusé, 

Considérant qu'au mépris des arrêtés des représentans 
du peuple, le dit Pierre Jacques d'Herbe est convaincu 
d'avoir entretenu des correspondances avec les émigrés, 
ennemis jurés de leur patrie et monstres (]u'elle a rejettes 
de son sein, et de l'avoir fait avec des .mauvaises intentions, 
ainsi qu'il est facile de le voir par quelque passage de 
ses lettres cidevant rapportés; Considérant en outre que 
d'après son propre aveu il a recelé des effets appartenans 
aux émigrés, prononce contre lui la Peme dé Mort, confor- 
mément aux arrêtés des représentans du peuple du 4 mes- 
sidor, 27 Thermidor, et 22 fructidor, et la loi du 



— 266 — 

22 Prairial, qui porte que tous ceux qui sont convaincus 
d'avoir entretenu des intelligences avec les ennemis de la 
République et d'avoir cherché a arrêter les progrès des 
principes révolutionaires et républicains, soit par des 
écrits contrerévolutionaires ou incidieux, soit par toute 
autre Machination, sont réputés ennemis du peuple, et 
doivent être punis de mort. 

Déclare acquis à la république les biens de Pierre 
Jacques d'Herbe, conformément a l'article 1 de la loi du 
P'" Brumaire et à la loi du 7 du même mois de l'année 
dernière. 

Ordonne que le dit d'Herbe sera mis a mort dans le 
tems et de la manière prescrite par la loi ; 

Ordonne qu'à la diligence de l'accusateur public le pré- 
sent jugement sera mis à exécution, imprimé dans les 
deux langues Française et Flamande, et affiché partout ou 
besoin sera. 

Ainsi fait prononcé à Bruxelles le vingt sixième jour de 
vendémiaire 3™*= année de la république Française une et 
indivisible, en l'audience publique du tribunal criminel 
établi en cette ville, ou étoient présent les citoyens Core- 
mans, président. Contamine, Marchant, Vanderstraeten, 
Théodore Barbot, Guillaume et Auger, juges, qui ont 
signé la minute du présent jugement. 

Au milieu de l'effroi qui s'empara de l'assistance 
en entendant cette barbare décision, une voix 
s'éleva tout à coup. C'était le condamné, qui loin 
de se laisser abattre par le coup atroce dont on le 
frappait, songeait encore à ses enfants, et deman- 
dait la parole en leur faveur. Avec calme, il 
signala aux juges l'effroyable injustice qui consis- 
tait à confisquer tous ses biens, et qui en le 
frappant punissait en réalité des innocents. 



— 267 - 

Il eut beau faire : il eut beau rappeler que la 
coutume de Bruges défendait la confiscation 
générale, et demander que sa mort suffit comme 
expiation. Les juges refusèrent de l'entendre, 
ajoutant ainsi une nouvelle injustice aux iniquités 
déjà accumulées dans leur sentence. Et ce ne fut 
pas une des circonstances les moins émouvantes 
de ce procès, que le suprême appel adressé à la 
loi de son pays, à la loi de l'ancien régime, par 
ce Belge qui allait tomber victime des lois nou- 
velles et soi-disant humanitaires de la révolution 
française '. 

En ces jours néfastes, la rapidité des bourreaux 
rivalisait avec la célérité des juges. 

A 4 7^ heures de l'après-midi, le malheureux 
D'Herbe fut conduit sur le rempart de la porte de 
Hal et fusillé. Il affronta le peloton d'exécution 
comme il avait, peu d'heures auparavant, com- 
paru devant les juges Jacobins, avec le calme 
d'une conscience sans tache. 



IV. 

Inséré dans les principaux journaux du temps % 
répandu par des affiches en deux langues impri- 
mées aux dépens du condamné % le jugement 

1 Cet incident est raconté dans la lettre de Charlotte D'Herbe, du 
27 mars 1795, citée plus loin. 

2 Recueil dit de Hayghe, I, p. 351. 

3 Les jugements criminels étaient imprimés à 800 ou 1000 exem- 
plaires, en deux langues, aux frais du condamné. Ces affiches étaient 
envoyées dans toutes les localités un peu importantes. Pour D'Herbe, 



— 208 — 

de D'Herbe eut un retentissement considérable. 

Il en eut surtout à Bruges. L'estime et l'as- 
sistance de presque toute la ville s'efforcèrent 
d'adoucir l'affreux malheur qui plongeait dans le 
deuil et en même temps ruinait d'une manière 
al)solue une famille honorable et aimée. 

Divers habitants de Bruges avaient suivi la 
victime durant les derniers épisodes de sa voie 
douloureuse \ Ils racontèrent à leur retour l'atti- 
tude fière, la sincérité courageuse, la noble et 
ferme contenance de leur compatriote ; connues 
bientôt de la ville entière, ces circonstances y 
causèrent une impression de tristesse et d'horreur 
en même temps que de sympathie profonde pour 
la victime, impression telle qu'aujourd'hui encore 
le souvenir de l'événement qui l'engendra n'est 
pas effacé -. 



la quantité d'affiches fut telle que nous en avons retrouvé bon 
nombre servant de fardes à des dossiers de l'an III, conservés au 
greffe de Bruxelles. 

1 Nous savons par un de ses arrière-neveux, que M. Charles de 
Brouckère, le futur président à la Cour impériale de Bruxelles, alors 
fonctionnaire à Bruges, assista aux derniers moments de D'Herbe. 
Un autre Brugeois, surnommé l'Espagnol, en fut aussi témoin, selon 
le récit suivant, inséré dans le journal manuscrit de M. Coppieters, 
déjà cité, à la date du dimanche 19 octobre 1794, en mentionnant que 
M. et M™*' Lauwereyns de Diepenhede, son gendre et sa fille, ont 
diné chez lui ce jour-là : « Ils m'ont conté entr'autres nouvelles le 
jugement de D'Herbe, et son exécution, que l'Espagnol a vu, ayant 
pu remarquer qu'il est mort courageusement et en faisant bonne 
contenance. Il a été jugé vendredi le 17, à 10 ^,'2 heures du matin, et 
exécuté le même jour à 4 1/2 heures du soir. » 

2 Ce fait nous est affirmé par diverses personnes dignes de foi. 



— 260 — 



V. 



Qivil nous soit permis d'interrompre un instant 
le récit de l'affaire D'Herbe pour apprécier la sen- 
tence criminelle que nous venons de transcrire. 

On peut dire que les illégalités et les injustices 
y abondaient. 

Il est vrai qu'en France la trop célèbre loi du 
22 prairial an II (10 juin 1794) sur le tribunal 
révolutionnaire punissait de mort comme ennemis 
du peuple « ceuœ qui auront cherché à avilir ou à 
dissoudre la convention nationale et le gouvernement 
révolutionnaire et républicain dont elle est le cent?'e; 
ceuœ qui auront entretenu des ititelligences avec les 
ennemis de la i^épublique ; ceux qui auront secondé 
les projets des enne^Jiis de la France en pei^sécutant 
et calomtiiant le patriotisme » (nous ne citons que 
les termes de cette loi pouvant avoir trait aux 
faits reprochés à D'Herbe). Mais cette loi, en sup- 
posant que ses prescriptions sévères pussent être 
appliquées aux lettres de D'Herbe, où n'appa- 
raissait aucune intention de chercher à favoriser 
les ennemis de la réj^ublique française, n'avait 
pas été publiée en Belgique après la victoire de 
Fleurus. Et selon les termes exprès de la grande 
charte révolutionnaire, la déclaration des droits 
de l'homme, renouvelée le 29 mai 1793 (art. 14) : 
« Nul ne doit être jugé et puni qu'en vertu d'une 
loi établie, promulgée antérieurement au délit et 
légalement appliquée. » 

Indépendamment de cette loi du 22 prairial, 



— 270 - 

l'arrêté des représentants du peuple près les 
armées du Nord et de Sambre et Meuse, du 
14 août 1794 (27 Thermidor an II) codifiant les 
mesures prises en vue de régir les pays conquis, 
avait défendu aux Belges, par son article 5 de 
« favoriser directement ou indirectement les armes 
des puissances coalisées, )> en ajoutant (( tous ceux 
qui seront convaincus de correspondance avec les 
ennemis, d'actes, de compdots, ou de discours con- 
traires Cl la sûreté du peuple français, serotit tra- 
duits devatît les Tribunaux révolutiomiaires de 
France et jugés conformément aux lois. » 

Le simple bon sens enseignait qu'on ne pouvait 
davantage faire application de ces dernières dis- 
positions aux lettres de D'Herbe, qui ne tendaient 
en aucune manière à favoriser les coalisés et à 
compromettre la sûreté du peuple français *. 

N'était-il pas étrange, du reste, de voir mettre 
en vigueur de pareilles dispositions sous un 
régime dont la charte fondamentale proclamait la 
liberté indéfinie de la presse, et de la manifesta- 
tion des opinions (articles 6 et 7 de la déclaration 
des droits de l'homme, du 29 mai 1793)? 

C'étaient pourtant de pareilles aberrations que 
sanctionnaient les juges du Tribunal révolution- 
naire en condamnant D'Herbe. 

On a vu aussi que ces juges avaient énoncé 
dans leur jugement un chef spécial de prévention, 
relatif à un prétendu recel de biens d'émigrés. 



1 Voir leur texte cité plus haut et l'appréciation non suspecte 
qu'en fît l'administration centrale de la ISelgique, dans les pièces 
citées plus loin. 



— 271 — 

L'arrêté des représentants du peuple, du 
27 Thermidor an II, cité ci-dessus, avait, en effet, 
puni comme complice d'émigré le Belge qui aurait 
recelé des biens appartenant à des émigrés. 

Mais l'inculpation relevée à cet égard à charge 
de D'Herbe devait être dénuée de toute justifica- 
tion. Ce qui le prouve, c'est d'abord que lors de la 
première comparution de l'inculpé, devant le tri- 
bunal le 24 Vendémiaire an III (15 octobre 1794), 
aucune mention de ce chef de prévention ne figu- 
rait ni dans le procès -verbal d'arrestation de 
D'Herbe, ni dans le réquisitoire de l'accusateur 
public énonçant les charges pesant sur l'accusé, ni 
dans le jugement qui ordonna l'arrestation défi- 
nitive. Ce qui le prouve encore, c'est que dans les 
rapports administratifs et dans l'arrêté de l'admi- 
nistration centrale de la Belgique que nous allons 
citer pour achever de faire connaître le procès de 
D'Herbe, aucune mention ne fut faite de ce recel : 
preuve manifeste que l'accusation n'avait que peu 
ou pas d'importance. S'il en était ainsi, c'était 
une aggravation de sévérité que de l'ajouter aux 
autres inculpations mises à charge du condamné. 

Enfin, la peine terrible de la confiscation, pro- 
noncée à l'égard de D'Herbe, était en contra- 
diction manifeste avec les coutumes et privilèges 
de Bruges, où depuis le moyen-âge elle était 
prohibée '. L'arrêté des représentants du peuple 



1 Voir les chartes des Comtes de Flandre et les décisions rapportées 
dans l'ouvrage suivant : Coutumes du paijs et Comté de Flandre. 
Coutume de la ville de Bruges, par L. Gilliodts-Van Severen. I, 
pp. 114 et 475; II, pp. 8, 123. 



— 272 - 

du 27 Thermidor an II (article 10) ayant main- 
tenu en vigueur les lois et coutumes 'particulières 
des pays conquis en tout ce à quoi il n'^est j^as dérogé 
par les arrêtés des représentants du peiiple, et 
aucune des lois révolutioiniaires sur la confisca- 
tion n'ayant été publiée en Belgique au moment 
de la mort de D'Herbe, il en résultait encore que 
la confiscation générale de la fortune du condamné 
ne pouvait être ordonnée \ 

Ajoutons que les lois du V et du 17 brumaire 
an II invoquées par les juges pour justifier la 
confiscation punissaient de cette peine les cou- 
pables de fabrication de faux assignats et de 
fausse monnaie, crimes que nul ne reprochait à 
D'Herbe. 

VI. 

Par application de la confiscation prononcée 
par le tril)unal, les agents français vinrent se 
mettre en possession de la fortune de D'Herbe. 
Qu'allait devenir la famille de la victime? Accablée 
de douleur, précipitée dans la misère, privée de 
toute direction et de tout appui viril, elle sem- 
blait destinée à une ruine irrévocable. La Provi- 
dence heureusement lui suscita dans la personne 
de M"" Marie D'Herbe, une des filles du défunt, 
le soutien qui paraissait lui faire défaut ^ 



' Pour le développement de ces remarques, on peut consulter les 
rapports administratifs de D'Outrepont, cités plus loin. 

2 ]V[eiie Marie-Catherine-.Iacqueline D'Herbe décéda à Bruges le 
2 novembre 1853. On lui doit l'inscription funéraire de la tombe de 
son père et une complainte sur la mort de celui-ci. 



— 273 — 

Assistée par les amis de son père, M^^" D'Herbe 
n'hésita pas à entreprendre nne campagne immé- 
diate et énergiqne destinée à réhabiliter la mé- 
moire du condamné et à sauver sa mère et ses 
sœurs de la misère qui les menaçait. 

Insister en ordre principal sur l'illégalité fla- 
grante de la condamnation au point de vue même 
des lois françaises, postuler la restitution des biens 
confisqués, et indirectement faire reconnaître l'in- 
nocence de son père : tel fut le plan qu'elle adopta, 
et que sa fermeté parvint à faire triompher. 

Dès la fin de frimaire an III (15-20 décembre 
1794) une requête était adressée par la veuve 
D'Herbe et ses enfants à l'administration centrale 
de la Belgique, sorte de conseil de gouvernement 
qui assistait à Bruxelles, les représentants du 
peuple. Les pétitionnaires demandaient la levée 
du séquestre en se basant sur ce que les cou- 
tumes abrogeant la confiscation générale avaient 
conservé leur force obligatoire, à défaut de toute 
publication de la loi française contraire '. 

Grâce aux démarches de M"^ D'Herbe, l'instruc- 
tion administrative faite sur cette pétition aboutit 
à recueillir des avis absolument favoi-ables de la 
Municipalité de Bruges et de l'administration 
d'arrondissement de la Flandre Orientale séant 
à Gand. Ces deux collèges appuyèrent avec 
éloquence le système de la requête sur la prohi- 
bition de la confiscation. 



i Carton 388, administration centrale de la Belgique. Archives 
générales du royaume à Bruxelles. 

18 



— 274 — 

Sur rapport crun de ses membres, l'avocat 
D'Outrepont ', radministration centrale délibéra 
deux jours sur la question de droit soulevée par 
la pétition. La discussion, commencée le 18 jan- 
vier 1794 et terminée le 19, aboutit à l'adoption 
d'une lettre adressée aux représentants du peuple 
leur proposant un arrêté rédigé par D'Outrepont 
dans le sens indiqué par la pétitions 

Ces actes administratifs étaient d'autant plus 
remarquables que l'administration centrale était 
composée de Français et de Belges fort attachés 
aux idées nouvelles, et par conséquent peu suspecte 
de sympathie pour D'Herbe et pour sa cause ^ 

L'ère des réparations ne s'était malheureuse- 
ment pas encore ouverte pour notre pays. 

Malgré l'autorité de D'Outrepont et de Lam- 
brechts, la lettre de l'administration ne reçut 
aucune réponse. Les représentants du peuple 
refusèrent de se prononcer. 

]\I>'^ D'Herbe ne se découragea pas. Elle mul- 
tiplia les démarches, les visites, et tenta même de 
plaider personnellement sa cause devant les 
représentants du peuple. 

Au cours de ses efforts, un nouveau deuil 
frappa sa famille. Une lettre d'Amérique arrivée 
à Bruges le 17 mars 1795, annonça la perte de 

1 Futur conseiller à la Cour de Cassation sous l'Empire. 

2 Collection des procès-verbaux des séances de l'administration 
centrale de la Belgique. Registre 9 (28 et 29 Nivôse an III). Archives 
générales du royaume. 

3 L'administration centrale avait pour président à ce moment 
Lambrechts, le futur Ministre de la Justice, futur sénateur et comte 
de l'Empire. 



— 275 — 

son frère unique, Pierre-Henri D'Herbe, décédé 
ù Wilmington (États-Unis) le G septembre 1794 '. 

Loin de se laisser abattre , la pétitionnaire , 
sentant que désormais l'avenir dépendait exclu- 
sivement d'elle, redoubla d'activité. Elle alla 
jusqu'à Dunkerque relancer les représentants 
pour solliciter leur bienveillance, et elle finit par 
leur arracher la promesse d'une décision favorable. 

Les circonstances, d'ailleurs, la favorisaient. 
On sait qu'au printemps de 1795 les Terroristes 
firent en France des eftbrts désespérés pour 
ressusciter le régime de Robespierre. L'insuccès 
de leurs menées, déjouées par la convention, eut 
pour résultat d'assurer la prédominence du parti 
modéré, dont les opinions exercèrent nécessaire- 
ment une influence salutaire sur le gouvernement 
de la Belgique. Ce fut aux représentants plus 
cléments envoyés en Belgique durant letéde 1795, 
que M'^" D'Herbe dut le succès final de ses récla- 
mations. 

Sur une nouvelle pétition adressée à l'admi- 
nistration centrale, en août 1795, D'Outrej)ont 
fut chargé d'examiner de nouveau l'affaire -. 

Le 19 août 1795, D'OutrejJont déposa un rap- 
port lumineux, et un projet d'arrêté donnant 



1 Sur le désir de M"»^ D'Herbe, M"« Charlotte D'Herbe répondit le 
27 mars 1795 au correspondant de la famille en Amérique, par une 
longue lettre dont la minute est conservée, et qui contient un récit 
circonstancié de la mort de son père. 

2 Carton 388, administration centrale de la Belgique. Archives 
générales du royaume. Collections des procès-verbaux des séances de 
l'administration centrale de la Belgique, registre n° 15, séance du 
2 Fructidor an III. Archives générales du royaume. 



— 276 — 

complètement raison à la famille D'Herbe. Après 
une courte délibération, l'administration centrale 
adopta ce projet, dont nous donnons le texte 
complet ; ce texte résume fort bien le rapport de 
D'Outrepont : 

B""' 10, Section 3. 

No 42. 

Expédié le 7 fructidor. 

"' , . , Extrait du réaistre aux arrêtés de 

au Secrétariat. -^ 

_ l'administration Centrale et supé- 

Fol" 37. rieure de la Belgique. 

Revu par raclministration Centrale et supérieure de la 
Belgic^ue le rapport de sou dixième l)ureau sur la pétition 
delà citoyenne veuve d'Herbe de Bruges, tendant a obtenir 
la restitution des biens de son mari condamné à mort par 
jugement du tribunal Criminel de Bruxelles, du 20 vendé- 
miaire dernier. 

Revu aussi la lettre de cette administration du 29 Nivôse 
suivant adressée aux représentans du Peuple, et tendant 
aux même lins que la dite pétition. 

Considérant que la convention nationale par son décret 
du 14 floréal envisageant l'abus qu'on à fait des loix révo- 
lutionnaires, a décrété, que les biens des condamnés depuis 
le 10 mars 1793 (vieux style) seront rendus à leurs familles, 
sauf les exceptions et sans qu'il soit besoin de révision des 
procédures. 

Considérant que P. J. d'Herbe a été condamné à mort 
en vertu des loix révolutionaires et nommément en vertu 
de celle du 22 Prairial an 2, (]ui n'était pas même publiée 
dans la Belgique ; 



— 277 — 

Considérant que le dit d'Herbe ne se trouve dans aucune 
des exceptions mentionnées dans le décret du 21 Prairial 
dernier, puis que les lettres qui sont rappellées, dans son 
jugement ne présentent aucune conspiration ; 

Considérant que le dit Jugement du 26 Vendémiaire 
an 3 a été rendu révolutionairement, puisqu'on n'y a 
observé ni les formalités prescrites par les loix criminelles 
de la Belgique, ni celles prescrites par les loix de la répu- 
blique Française; l'établissement des jurés dans ces 
contrées ne datant que du 14 germinal dernier ; 

L'administration Centrale et Supérieure de la Belgique, 
l'Agent national entendu, arrête, sous l'approbation des 
Représentans du peuple. 

Que les biens de P. J. d'Herbe, arpenteur à Bruges, 
condamné à mort par jugement du tribunal criminel de 
Bruxelles du 26 Vendémiaire dernier, seront restitués à sa 
famille et les scellés apposés dans sa maison levés sans 
délai. 

Charge la municipalité de Bruges de mettre le présent 
arrêté a prompte exécution. Fait en séance le 2 fructidor 
troisième année de la République, présens les citoyens, 
Michel, Président, Chapel, Vice Président, Lambrecht, 
Bonaventure, Meyer, De la Buisse, D'Outrepont, rappor- 
teur, Delneufcourt, DigneÔe, Delcroix, agent national, 
Delcambe, secrétaire général, Torfs, secrétaire adjoint. 

Le même jour les administrateurs envoyèrent 
leur projet au représentant du peuple Lefebvre 
de Nantes, en y joignant le billet suivant : 

« Nous vous envoyons l'arrêté que nous venons de 
prendre dans l'affaire de la famille de l'arpenteur D'Herbe. 
Votre justice et votre humanité nous font espérer que 
vous voudrez bien le confirmer. » 



— 278 — 

Le 24 août 1795 Lefebvre consentit à approuver 
l'arrêté proposé, et peu de jours après, de grandes 
affiches, apposées dans tous les endroits apparents 
de la ville de Bruges, firent connaître au public 
la rétractation tardive des autorités françaises, 
comme naguère d'autres affiches avaient révélé 
au même public le supplice injuste de P. J. 
D'Herbe '. Peu de temps après, la saisie des biens 
de la victime était levée. 



VIL 

Les tardifs hommages rendus à la mémoire du 
condamné ne purent adoucir les sentiments d'hor- 
reur qu'avait suscités sa mort. 

Sans parler de diverses occasions dans lesquelles 
l'opinion publique flétrit avec une énergie singu- 
lière les cruautés du tribunal révolutionnaire de 
Bruxelles % il nous suffira de rappeler que cinq 
mois après l'arrêté du 19 août 1795, un auteur 
anonyme publia à Gand une brochure, intitulée : 
Le masque levé ou les brigandages de la nation 
française en Belgique dévoilés '% dans laquelle il 
racontait l'exécution de D'Herbe et la réparation 
suprême de Lefebvre de Nantes; il ajouta à son 
récit ces lignes significatives, qu'on peut regarder 
avec certitude comme résumant l'état de l'opinion 



1 Placards imprimés à Bruges, chez la veuve Bogaert, en 1795. 

2 Voir notre étude sur le tribunal révolutionnaire de Bruxelles 
précitée. 

3 Brochure in-12, Gand, 30 janvier 1796, par le Cousin Pierre, 
pp. 8 et 10. 



— 279 — 

publique à Bruges au sujet de l'affaire que nous 
venons de raconter : « Le seul souvenir de ces 
tribunaux d'horreur, repaires de voleurs et d'assas- 
sins, fera encore longtemps trembler et frémir 
tous ceux qui habitent notre patrie désolée. » 

Notre récit, suppléant au silence de divers 
recueils où l'on cherche en vain l'histoire de 
P. J. D'Herbe ', permettra à chacun de vérifier si 
les appréciations de l'auteur anonyme manquaient 
de fondement. Puisse-t-il également contribuer 
à expliquer aux jeunes générations pourquoi dans 
la mémoire des Brugeois le nom de D'Herbe a été 
et mérite de demeurer en vénération ! 

P. Verhaegen. 



* L'affaire D'Herbe n'a pas été citée par M. Borgnet, Histoire des 
Belges à la fin du XVIII<^ siècle, dans la courte notice consacrée au 
tribunal révolutionnaire de Bruxelles, par le second volume de son 
ouvrage. Elle est passée sous silence par M. F. Van Dyck, Recueil 
héraldique de la ville et du Franconat de Bruges, p. 467, lorsque cet 
auteur relate le mariage de la fille de P. J. D'Herbe avec M. Philippe- 
Bernard Verhulst. 



280 — 



LES RÈGLEMENTS 



DE 



LA COUR DE CHARLE8-QUINT'. 



■*^h- 



Quand Sa Majesté dîne ou soupe en public on observe 
l'ordre et les cérémonies suivantes ^ 

Le maître cVhôtel tle semaine doit visiter la cuisine et 
demander au grand pourvoyeur quelles viandes l'on apprête 
pour le repas de Sa Majesté. 

L'huissier de salle doit se rendre au palais aux heures 
déterminées, afin d'avertir ceux que la chose concerne, au 
moment que lui indique le maître d'hôtel de semaine, qu'il 
est temps d'aller couvrir. Il avait l'habitude de porter pour 
cet usage, mais il n'en est plus de même maintenant, une 
verge de bois au moyen de laquelle il frappait à la porte 
des ofïïces, sans y entrer cette fois, pour donner avis aux 
fonctionnaires de veiller à ce que les choses qui entraient 
dans leurs attributions fussent prêtes quand ils seraient 
appelés. Les offices que l'huissier doit ainsi avertir pour un 
repas sont la paneterie, la cave, la cuisine, la saucerie, la 
tapisserie, la fourrièrie, et le soir l'office du cirier. Il doit 
s'adresser d'abord à la cuisine avant d'aller à aucun autre 

* Suite. Voir Messager des Sciences, 2" liv. 1894, p. 180. 
2 Voyez La Cour de Charles-Quint, pp. 92 et suivantes. 



- 281 — 

office, afin (le donner plus de temps aux cuisiniers pour 
apprêter les viandes. 

Après que Thuissier de salle a accompli ce devoir, le 
tapissier donne l'ordre d'apporter un grand tapis dans la 
salle oii Sa Majesté doit prendre son repas et il le fait 
tendre à Tendroit oii se mettra la table. Lorsque Sa 
Majesté a fini de manger, les officiers de la tapisserie vont 
reprendre le tapis. Le fourrier du palais doit faire placer 
la table et le fauteuil et une seconde table plus petite qui 
sert de buffet. Cette dernière se met dans la chambre où 
mange Sa Majesté s'il y a moyen et, dans le cas oîi la place 
manque, dans la chambre la plus voisine qui est utilisée 
pour le service de la paneterie et de la cave. 

Pendant que lesdits tapissiers et fourriers du palais 
apprêtent ce qui rentre dans leurs attributions, l'huissier 
de salle va appeler le gentilhomme de la bouche qui doit 
servir comme panetier pour qu'il se rende à la paneterie. 
Il appelle en même temps les soldats de la garde qui ont à 
escorter les services. Ledit gentilhomme et l'huissier 
entrent dans la paneterie où doivent se trouver le varlet 
servant et le sommelier de la paneterie. L'huissier prend 
une serviette et la place sur l'épaule gauche du panetier, 
il lui met en même temps dans la main la salière couverte, 
après l'avoir baisée. Le panetier prend la salière entre le 
pied et la partie supérieure. Le varlet servant prend dans 
une main le pain et la serviette dont Sa Majesté doit se 
servir enveloppés dans une seconde serviette, et dans une 
troisième serviette les essais; il porte dans l'autre main 
les couteaux. Le varlet servant doit se rendre chaque 
matin à la paneterie pour nettoyer les couteaux et pour 
préparer les essais lorsque le moment de couvrir approche. 
Le sommelier porte les tranchoirs dans la main droite et 
sur le bras gauche les nappes qui servent à couvrir et qui 
sont ordinairement longues de cinq aunes et larges de 
quatre. 



— 282 — 

Un aide de la paneterie porte les autres nappes qui 
servent à couvrir le buffet servant de dressoir, ainsi que 
quelques serviettes et autres menues choses qui pourraient 
être nécessaires, comme des cuillers, des réchauds, des 
cure-dents. Les nappes destinées au bufïet sont longues de 
quatre aunes et larges de trois. 

Lorsque chacun de ces officiers est chargé de ce qu'il 
doit porter, ils sortent de la paneterie dans l'ordre suivant, 
tous tête nue : la garde marche d'abord, i)iiis vient l'huis- 
sier de salle suivi successivement par le panetier, le varlet 
servant, le sommelier de la paneterie, l'aide du sommelier; 
si au commencement du repas, l'on doit servir quelques 
mets composés de laitage, on les fait porter par un autre 
aide de la paneterie qui marche derrière le premier, et 
enfin viennent le fruitier et le fiibricant d'oubliés chargés 
chacun de ce qui les concerne. 

Dès que l'on arrive à la salle où Sa Majesté doit prendre 
son repas, on couvre le bufi'et, chacun y déposant ce qu'il 
a apporté. La meilleure place est réservée pour la paneterie 
et le reste abandonné à la cave. Le sommelier de la 
paneterie couvre la table de deux nappes superposées, en 
se faisant aider par l'huissier de salle que l'on appelle 
aussi « l'huissier de la viande. » La table couverte, le 
sommelier y pose les tranchoirs et le panetier place sur 
ces derniers la salière après l'avoir ouverte et avoir donné 
l'essai du sel au sommelier de la paneterie. Il dépose sur 
le tout la serviette qu'il porte sur l'épaule. Le varlet servant 
met alors les couteaux sur la table, les deux plus grands 
disposés en croix de Bourgogne, et à côté les petits, c'est- 
à-dire ceux dont Sa Majesté doit se servir et celui dont 
l'écuyer tranchant fera usage. Le varlet servant place sur 
les couteaux le pain de bouche enveloppé par la serviette 
dans laquelle il l'a apporté et il coupe les essais. 

Lorsque le panetier, le varlet servant et le sommelier de 



— 283 — 

la paneterie ont exécuté ce qui vient d'être dit, riiuissier 
de salle va ap[)eler le gentilhomme de la bouche qui doit 
remplir l'office d'échanson et, accompagné de la garde, 
il le conduit à la cave, où le sommelier de la cave lui met 
dans une main la coupe et dans l'autre la tasse qui sert 
aux essais ; le même sommelier donne à l'huissier les 
bassins et prend lui-même l'aiguière et une grande tasse 
qui sert à apprêter la coupe. Un de ses aides prend les 
flacons d'eau et de vin. Ils se dirigent, chargés de cette 
manière, vers le dressoir où se trouve une place réservée 
pour y déposer ce (ju'ils portent. Ils marchent dans le 
même ordre que les officiers de la paneterie. Le sommelier 
de la cave ne peut s'éloigner du buffet jusqu'au moment 
où Sa Majesté a achevé de manger. 

Lorsque la table et le buffet se trouvent prêts, l'huissier 
de salle attend que le maître d'hôtel de semaine sorte de la 
chapelle et prenne en main son bâton. Le panetier enlève 
alors la serviette dont il a couvert la salière et il se la 
remet sur l'épaule gauche, pendant que l'huissier dit à 
haute voix : « A la viande, chevaliers ! » L'huissier sort, 
suivi du maître d'hôtel, du panetier et ensuite des autres 
gentilshommes qui vont chercher la viande, c'est-à-dire des 
gentilshommes de la bouche. Ils arrivent dans cet ordre à 
la cuisine, toujours accompagnés de la garde. 

Pendant que le maître d'hôtel va chercher la viande, 
l'écuyer tranchant de semaine se lave les mains au buffet 
et se rend à la table où il déplie la serviette dans laquelle 
le pain est enveloppé. Il prend cette serviette par les 
deux bouts et se la jette sur le cou. Il coupe le pain et en 
donne d'abord les essais au sommelier de la paneterie. 
Il place sur un tranchoir une partie de ce qu'il a coupé et 
qui lui ])araît suffisante pour le repas de Sa Majesté. 
Il dépose sur le même tranchoir la salière, un couteau, un 
cure dent. Ce tranchoir, avec tout ce qui le couvre, doit être 



— 284 — 

mis sous le pli de la nap)3e à droite de la place où Sa 
Majesté prendra place et sous la serviette dont Sa Majesté 
fait usage. 

Pendant que les officiers de la paneterie et de la cave 
couvrent la table, le saucier prend entre deux plats les 
sauces qui doivent être employées à la cuisine et les nappes 
avec lesquelles il va couvrir le dressoir de la cuisine. Ses 
aides le suivent portant, enveloppés de toiles blanches, les 
plats sur lesquels on va servir les viandes. Le saucier place 
les sauces d'un côté du buffet et ses aides mettent les plats 
de Tautre côté. Ils attendent ensuite jusqu'à ce que le 
maître d'hôtel vienne pour chercher la viande. Ils ap- 
portent aussi sur le dressoir le vinaigre de « sauco » (?) et 
les sauces que l'on servira au repas. 

Lorsque le maître d'hôtel de semaine, le panetier et les 
officiers de la bouche arrivent à la cuisine, le grand cuisi^ 
nier commence à apporter au dressoir les plats de viande 
que l'on doit servir, les autres cuisiniers les lui remettent 
entre les mains. Le saucier découvre les sauces qu'il a 
apportées et le maître d'hôtel lui en donne les essais. 
A mesure que le grand cuisinier dépose les plats sur le 
dressoir, le panetier les découvre et le maître d'hôtel en 
donne les essais au grand cuisinier; après cela le panetier 
recouvre les plats et les remet dans un ordre indiqué aux 
gentilshommes de la bouche qui se trouvent là. Aucun 
d'eux ne peut découvrir le plat qui lui est remis pour voir 
ce qu'il contient. Le panetier a le droit de se réserver un 
plat de viande pour le porter et il choisit celui que Sa 
Majesté lui paraît devoir manger de meilleur appétit. Ces 
cérémonies achevées, le maître d'hôtel recouvre les sauces 
et s'en va avec la viande, ayant devant lui l'huissier de 
salle et derrière lui le panetier suivi des officiers de la 
bouche. Tous sont tête nue, excepté le maître d'hôtel. La 
garde les accompagne toujours jusqu'à la porte de la salle 
oii Sa Majesté prend son repas. 



— 285 — 

Le contrôleur et récuyer de cuisine, qui est le grand 
pourvoyeur, se trouvent à la cuisine, au moment où la 
viande en sort, pour s'assurer si ce (]u'ils ont ordonné 
l)0ur le ])lat de Sa Majesté est bien servi, et, si les gentils- 
hommes ne sorit pas en nombre suffisant, ils aident eux- 
mêmes à porter la viande; le maître de la chambre et le 
greffier peuvent aussi aider à ce service. Lorsqu'on arrive 
à la table avec la viande, le panetier y dépose le plat dont 
il s'est chargé; il en prend lui-même l'essai, il reçoit 
ensuite tous les autres plats des mains des gentilshommes 
et leur en donne à chacun les essais. Il dépose ces plats 
dans Tordre voulu sur la table. Cela fait, le maître d'hôtel 
de semaine va avertir Sa Majesté que la viande se trouve 
sur la table. 

Lorsque Sa Majesté arrive dans la salle où elle doit 
manger, l'échanson prend les aiguières et lui verse de 
l'eau sur les mains. Le panetier prend la serviette qu'il 
porte sur l'épaule et la donne au maître d'hôtel de semaine 
qui lui-même la remet, pour qu'elle soit présentée à Sa 
Majesté, au grand maître d'hôtel s'il est présent et, à son 
défaut, au gentilhomme le plus élevé eu rang qui se trouve 
là*. Si le grand maître d'hôtel ou tout autre gentilhomme 
est absent, le maître d'hôtel de semaine présente lui-même 
la serviette à Sa Majesté. Si deux ou trois gentilshommes 
de même rang se trouvent présents et qu'il peut y avoir 
doute auquel d'entre eux il faut remettre la serviette, 
le maître d'hôtel doit demander h Sa Majesté, en feignant 
de lui parler d'autre chose, à qui la dite serviette doit être 
donnée. Lorsque Sa Majesté a achevé de se laver les mains, 
le maître d'hôtel rend la serviette au sommelier de la pane- 
terie, qui la replie et la rend au panetier; celui-ci se le 
replace sur l'épaule comme auparavant. 

< A l'ontrevue d'Aigucs-Mortes et au passage île Cbarles-Qiiiiit à 
Paris, François 1 lui lit présenter la serviette par le Dauphin. 



— 28G — 

Pendant que Sa Majesté se lave les raains, récuyer tran- 
chant découvre les plats et Sa Majesté lui désigne ceux 
dont elle veut manger, les autres sont emportés. 

Le fourrier du palais, un genou en terre, tient le fauteuil, 
prêt à Tavancer à Sa Majesté quand elle voudra s'asseoir. 

Lors(iu*'on sert des mets composés de laitage ou des 
fruits, le sommelier de la paneterie et le fruitier les 
apportent du buffet à la table. L'écuyer tranchant les reçoit 
de leurs mains et leur en donne les essais. 

L'écuyer tranchant se place en face de Sa Majesté, il 
découvre les plats dont il sait que Sa Majesté veut manger 
et en prend les essais ' . 

Lorsque Sa Majesté s'est assise à la table, le paneticr, 
qui se trouve à l'un des côtés de celle-ci à main droite de 
l'écuyer tranchant, prend l'essai du sel au moyen de l'un 
des grands couteaux. 

Le maître d'hôtel de semaine est placé à côté de Sa 
Majesté et tient son bâton à la main. L'échanson se trouve 
un peu à l'écart du maître d'hôtel au bas de l'estrade, 
attentif au signe que lui fera Sa Majesté quand elle voudra 
qu'il aille chercher la coupe. 

Après que Sa Majesté s'est lavée les mains et avant 
qu'elle ne prenne place à table, le prélat le plus élevé en 
rang qui soit i)résent, bénit la table. Si aucun prélat ne se 
trouve dans la salle, c'est le grand aumônier qui remplit 
cet office et, à son défaut, le sommelier de l'oratoire. 

Le panetier ou l'écuyer tranchant enlève les plats de la 
table et les donne au varlet servant qui se tient derrière 
l'écuyer tranchant; le saucier les prend des mains du 
varlet servant et les envoie à la saucerie pour qu'on y 
tienne chaude la viande qui doit être servie à l'état du 



1 Voyez pour les menus des repas servis à l'empereur La Cour de 
Charles-Quint, p. 102 et suivantes. 



— 287 - 

maître d'hôtel, état où mangent aussi les gentilshommes 
(le la bouche (lui ont servi à tal)le et le varlct servant. Le 
grand aumônier avait aussi l'habitude d'y manger les jours 
où il bénissait la table. 

Lors(iue Sa Majesté désire boire, elle fait signe à 
réchanson qui va chercher la coupe au buffet. Le sommelier 
delà cave l'apprête. L'échanson découvre la coupe et lui 
en donne les essais et après l'avoir recouverte il la porte à 
Sa Majesté, précédé des massiers, si on leur a donné ordre 
de remplir leur service, ainsi que de l'huissier de salle qui 
fait faire place. L'échanson porte la coupe de la main 
droite et dans la main gauche la tasse aux essais. Il dé- 
couvre la coupe de la main gauche et au moyen de la tasse 
aux essais il prend les essais ; il présente ensuite la coupe 
à Sa Majesté en mettant un genou en terre et, pendant tout 
le temps qu'elle boit, il tient la tasse aux essais sous la 
coupe pour que si quelques gouttes de vin venaient à 
tomber, elles ne puissent mouiller les vêtements de Sa 
Majesté. Lorsque celle-ci a fini de boire, l'échanson rap- 
porte la coupe au dressoir et on la remet à sa place ' . 

Quant on sert les viandes appelées entrées et qui se 
composent seulement de trois ou quatre ])lats, le maître 
d'hôtel et le panetier ne retournent pas à la cuisine; 



* Koger Ascham, secrétaire de l'ambassadeur anglais sir Richard 
Morysine, raconte avoir assisté à un repas pendant lequel Charles- 
Quint vida cinq fois sa coupe, ne buvant jamais moins d'un litre de 
vin du Rhin chaque fois. 11 y a là probablement de l'exagération, car, 
d'après d'autres témoignages, l'empereur buvait seulement trois fois 
à ses repas, copieusement d'après les uns, très sobrement d'après 
Brantôme qui dit « encore qu'il fust de la patrie (de Flandre) il 
n'estoit point bon biberon. » 

Charles-Quint, en véritable bourgeois de Gand, préférait au vin les 
bières flamandes. Ce goût était devenu chez lui une véritable passion 
et ni les prières de ses serviteurs, ni les ordonnances de ses médecins 
ne purent jamais l'en détourner. 11 se Ht servir do la bière encore 
pendant sa dernière maladie. Voyez La Cour de Charles-Quint,^. 10(5. 



- 288 — 

quelques gentilshommes de la bouche s'y rendent seule- 
ment, accompagnés de Thuissier de salle et delà garde. 

Lorsque le moment de chercher la seconde viande arrive, 
Sa Majesté fait signe au maître d"hôtel qui doit aller la 
quérir. Ce maître d'hôtel, le panetier et les gentilshommes 
de la bouche, qui doivent la porter, s'en vont à la cuisine 
et apportent cette viande. Ils se rangent comme pour la 
première. 

Après que les plats de viande ont été enlevés, le panetier 
va au dressoir pour y chercher les fruits du dessert et les 
oublies et s'il y a un nombre de plats plus grand que celui 
qu'il peut porter, le sommelier de la paneterie et le fruitier 
prennent les autres plats. Il les reçoit de leurs mains et 
leur en donne les essais. 

Lorsque les fruits du dessert, les oublies et les confitures 
ont été placés sur la table, le valet d'aumône apporte un 
grand plat et le remet, après l'avoir baisé, au grand 
aumônier ou à celui qui le rem[)lace. Le grand aumônier, 
après l'avoir baisé à son tour, le dépose vide sur la table. 
L'écuyer tranchant y met le pain que Sa Majesté n'a pas 
consommé et ce qui est resté des essais. Il le rend ensuite 
au grand aumônier qui le donne au valet d'aumône. 

Lorsque le repas est achevé, l'écuyer tranchant prend 
les couteaux, les enveloppe dans une serviette et les rend 
au varlet servant. 

Le panetier enlève les tranchoirs et la salière et les 
confie au sommelier de la paneterie, qui les porte au dres- 
soir oii il prend une serviette bien pliée (]u'il remet au 
panetier. Celui-ci la reçoit et la garde jusqu'au moment oîi 
l'on apporte à Sa Majesté l'eau pour se laver les mains. Il 
étend alors la serviette sur la table. Quand on doit enlever 
les nappes le grand aumônier se place à un côté de la table 
et enlève la première des deux nappes qui s'y trouvent 
étendues, la tirant vers le bas et découvrant les trois quarts 



— 289 — 

de la table. Le sommelier de la paneterie, qui se trouve à 
lautre côté de la table, met le genou en terre et attend 
qu'on enlève aussi l'autre nappe pour les prendre toutes 
deux et les porter au buifet. 

Quand la première nappe a été enlevée et avant qu'on 
enlève la seconde, le panetier prend la serviette qu'il 
gardait et l'étend sur la table comme il a été dit, et lui 
d'un côté, l'écuyer tranchant de l'autre la tiennent par les 
bouts. L'échanson apporte alors le bassin, prend l'essai de 
l'eau et en donne à Sa Majesté en se mettant à genoux 
entre le panetier et Técnjer tranchant. Sa Majesté s'essuie 
les mains avec la serviette qui est tendue sous le bassin. 

Lorsque Sa Majesté a achevé de se laver les mains, 
l'échanson rapporte le bassin au dressoir. Le grand 
aumônier enlève la seconde serviette en la roulant jusqu'au 
bout de la table oii se trouve le sommelier de la paneterie 
qui attend, qui prend dans ses bras les deux nappes et 
les porte au dressoir. 

Le fourrier du palais et ses aides emportent la table. Le 
grand aumônier dit alors les grâces ; pendant qu'il les dit 
Sa Majesté se tient debout. L'écuyer tranchant apporte 
une serviette pour enlever les miettes qui auraient pu 
tomber sur les vêtements de l'empereur. 

Lorsque que Sa Majesté a achevé de manger, le maître 
d'hôtel de semaine l'accompagne jusqu'à sa chambre et s'en 
va ensuite prendre à son tour son repas, emmenant avec 
lui les gentilshommes de la bouche qui ont fait le service. 

L'échanson, accompagné de l'huissier de salle et de la 
garde, rapporte la coupe à la cave. Ce qui appartient au 
service de la paneterie est rapporté à ce service par le 
sommelier et ses aides, sans que le gentilhomme panetier 
soit obligé de retourner à la paneterie. 

Le service se fait de la même manière au souper qu'au 
dîner, excepté qu'en hiver, quand on soupe la nuit venue, 

19 



— 290 — 

le saucier va couvrir à la cuisine éclairé par un petit flam- 
beau qui est placé et reste au dressoir de la cuisine jusqu'au 
moment oii l'on sert la viande et que l'on sort de la cuisine. 
On donne un autre petit flambeau à l'huissier de salle 
pour qu'il éclaire les officiers qui vont couvrir et chercher 
les viandes à la cuisine. L'huissier de salle éclaire le 
maître d'hôtel de semaine. Derrière la viande marche le 
grand pourvoyeur avec un autre petit flambeau ou quelques 
pages de Sa Majesté avec de grands flambeaux. 

Le cirier fait placer dans les salles les flambeaux néces- 
saires dans leurs candélabres. Ses aides et lui apportent 
au dressoir les bougies et les chandeliers qui doivent 
servir à la table Sa Majesté ; on y garde ce luminaire jus- 
qu'à ce que le panetier arrive avec la salière. Le cirier lui 
remet alors lesdits chandeliers pour qu'il les place sur la 
table de Sa Majesté. 

Lorsque le souper est achevé, au moment oh. l'on enlève 
la première nappe, le panetier et l'écuyer tranchant 
prennent chacun un chandelier pendant que l'on enlève 
cette première nappe. Celle-ci enlevée, ils les replacent sur 
la table, la seconde nappe restant là jusqu'au moment oiî 
Sa Majesté a achevé de se laver les mains. Lorsque la der- 
nière nappe est emportée et que Sa Majesté s'est lavée les 
mains, ledit panetier prend un des chandeliers et éclaire Sa 
Majesté jusqu'à sa chambre. Il donne l'autre chandelier au 
cirier pour qu'il le rapporte à son office. Si pendant le 
souper il est nécessaire de moucher les bougies, le cirier 
mouche une des bougies du dressoir, l'apporte à la table 
de Sa Majesté et la donne au panetier pour qu'il l'échange. 

C'est de la manière suivante que les serviteurs de Sa Majesté 

prêtent serment. 

Le grand maître d'hôtel ou le maître d'hôtel le plus 
ancien fait appeler au bureau par l'huissier de salle la 



— 291 — 

personne ou les personnes dont il doit recevoir le serment. 
La cérémonie doit se passer en présence du contrôleur 
et du greffier ou du moins en présence de Tun d'eux. Ledit 
maître d'hôtel le plus ancien ordonne à celui de qui il reçoit 
le serment de lever la main droite et les deux premiers 
doigts et lorsqu'il le voit devant lui debout et la tête décou- 
verte, il lui dit : Jurez à Dieu, à Notre-Dame et à tous les 
saints et sur les évangiles de servir bien et fidèlement Sa 
Majesté dans Voffice où elle a daigné vous recevoir. Celui qui 
prête serment répond : Oui, je le jure. Le grand maître 
d'hôtel lui dit alors : Jurez aussi que toutes les fois que vous 
apprendrez quelque chose de contraire au service de Sa 
Majesté ou nuisible à ses affaires, vous en informerez ses 
maîtres d'hôtel. Il répond : Oui, je le jure. Le maître d'hôtel 
lui dit encore : Si vous faites ainsi que Dieu vous en récom- 
pense, sinon qu'il vous Vimpute à mal et chèrement. Il 
répond : Amen. 

Le sommelier de corps reçoit dans sa demeure ou dans 
son appartement du palais le serment de tous ceux qui se 
trouvent sous sa juridiction. Il transmet au greffier une 
déclaration qu'il a reçu le serment de tel individu dans tel 
endroit. Le greffier en tient note dans le livre des escroes. 
Avant de faire cette notification au greffier, le sommelier 
de corps doit la faire au maître d'hôtel le plus ancien. Le 
greffier ne peut en effet inscrire personne dans les livres 
de Sa Majesté sans l'autorisation de ce maître d'hôtel. 

Tous les capitaines prêtent serment entre les mains du 
grand maître d'hôtel ou du maître d'hôtel le plus ancien. 
IjCS lieutenants des gardes prêtent serment entre les mains 
de leurs capitaines. 

On n'exige la prestation de serment d'aucune femme, ni 
d'aucun valet d'office, ni de ceux qui sont portés sur la 
dépense extraordinaire. 

Alfred De Ridder. 



— 292 — 



h 




Ir 



ipililifjii k Wa 




1809. 



Le préfet du département de l'Escaut, d'Houde- 
tot, recevait en 1809, de jour à autre, un rapport 
de la mairie sur la situation de Gand. Le rédacteur 
en était N. Cornelissen, qui était secrétaire-adjoint 
du maire et mourut, en 1849, membre de FAca- 
démie royale de Belgique'. Les archives commu- 
nales possèdent les minutes de la plupart de ces 
rapports qu'on lit encore avec intérêt. 

Xous en avons extrait et reproduisons ci-après 
les passages où il est question de l'expédition des 
Anglais dans les bouches de TEscaut et des inquié- 
tudes qu'elle causa. 

Le premier bruit en parvint à Gand pendant 
le Te Deum chanté pour la victoire de Wagram, le 
30 juillet 1809. 

Lorsqu'on consulte les journaux du temps, on 



* Sur Norbert Cornelissen, un des fondateurs de ce recueil, voir 
notre volume de 1882, p. 37, et 1886, p. 495 et la Biographie Nationale- 



— 293 — 

est étonné de leur insignifiance, de leur vide. Cette 
nullité de la presse est un trait caractéristique de 
l'époque. Dans les rapports dont s'agit, il y a plus 
d'un détail piquant sur le régime de la presse et 
sur l'ignorance où était le public au sujet des évé- 
nements qui se passaient aux frontières. 

Il était interdit aux journaux de donner aucune 
nouvelle militaire, aucun renseignement sur des 
mouvements de troupes ou des faits intéressant la 
défense de l'Empire, si ce n'est d'après communi- 
cation officielle , ou bien en reproduisant des 
articles du Moniteur. 

Un gantois ne trouvait, dans le journal de sa 
propre ville, de nouvelles au sujet d'Anvers, de 
Flessingue, du pays de Cadsand, que si on y 
reproduisait un article du Moniteur, qui ne parlait 
que moyennant autorisation de l'Empereur, ou si 
l'on y recevait, par une faveur rare, une com- 
munication du préfet qui lui-même ne s'y risquait 
guère. « Il est renouvelé au rédacteur de la 
gazette flamande de Gand, avait écrit le préfet le 
22 juillet ISOi, la défense la plus expresse de faire 
aucune mention, dans son journal, d'aucun mou- 
vement des forces de terre ou de mer sur les 
canaux de l'intérieur, d'aucun passage ou mission 
quelconque d'officier ou général dans les provinces 
maritimes ou belgiques; tout ce qui sera men- 
tionné sur ces matières et qui ne se retrouvera pas 
extrait littéralement du Journal officiel, sera regardé 
comme une contravention à la présente défense < . » 

1 F. Vandee Haeghen, Bibliographie gantoise, V, p. 10. 



— 294 — 

Les nouvelles en ce temps se transmettaient par 
les correspondances privées et par les communi- 
cations verbales, l'imagination de chacun aidant 
pour les transformer, en bien ou en mal '. Un jour 
le rapport au préfet mentionne que des lettres 
venues d'Amsterdam apprennent que des lettres 
qu'on y a reçues de Londres affirment que la flotte 
française a été détruite (il s'agissait de Trafalgar), 
et il est demandé s'il n'eût pas mieux valu que la 
nouvelle en fût communiquée aux journaux par 
l'autorité avec l'atténuation que celle-ci eût pu y 
donner. 

Les journaux en général ou n'apprenaient rien 
qu'on ne sût déjà, ou, pour ce qu'il leur était 
permis de faire connaître, n'étaient plus crus. L'on 
ne se fait guère une idée aujourd'hui d'une situa- 
tion tant différente de la notre. 

Napoléon lui-même était-il bien renseigné? 
Éloigné du théâtre des événements, il écrivait de 
Schoenbrunn à son ministre de la guerre à Paris, le 
jour même de la capitulation de Flessingue, que 
prendre cette ville était pour les Anglais une opé- 
ration impossible : « Quand ils seront, écrivait-il, 
à cent toises de la place, on peut lâcher les écluses 
et l'île sera inondée. Tant que Flessingue aura un 
morceau de pain, elle est imprenable ^ » 

Il le répétait encore six jours après la reddition 
de la place dans une lettre du 22 août à son mi- 
nistre de la police Fouché : a Flessingue est impre- 

i Voir Belgique judiciaire, 1894, p. 1104. 

- Correspondance de Napoléon 1", XIX, p. 411; Thiebs, Histoire 

du Consulat et de l'Emjnre (édition Meline, V, p. 547). 



— 295 — 

nable, disait-il, parce qu'il faut exécuter un pas- 
sage de fossé qui est rempli d'eau et qu'enfin on 
peut, en coupant les digues, inonder toute l'île... 
Les bombes ne sont rien, absolument rien; elles 
écraseront quelques maisons ; mais cela n'a jamais 
influé sur la reddition d'une place . . . ' » 

Est-ce à cause de la profonde erreur où il ver- 
sait et que l'événement avait prouvée déjà à son 
insu, que cette lettre du 22 août, n'a pas été admise 
dans la Correspondance de Napoléon F"", publiée 
par ordre de Napoléon III, quoique Thiers en eût 
déjà donné le texte intégral dans son Histoire du 
Consulat et de V Empire? '^ 

L'ordre atroce, pour le cas où l'on serait serré 
de près, de couper les digues et de mettre toute 
l'île sous eau {Middelbourg, 15,000 habitants, Fles- 
singue, 8,000, Arnmuiden, Veere, Domburg, Melis- 
kerke, Serooskerke, Westcappelle, etc., 15,000 ...) 
avait été par lui donné verbalement au général 
Monnet à qui avait été confiée la défense de Fles- 
singue. 

« Il lui enjoignit formellement, dit Thiers, de ne 
pas perdre une minute pour rompre les digues et 
plonger l'île entière de AValcheren sous les eaux. » 
Napoléon rappelle cet ordre dans sa correpon- 
dance avec le ministre de la guerre, Clarke ; il lui 



i Même pensée dans une note du Moniteur : « ... Un bombardement 
brûle des maisons, tue des femmes, des enfants, des vieillards; mais 
sons le rapport de la défense d'une place, il ne fait pas froncer le 
sourcil à un homme de cœur. » V. Journal du Commerce du l''' octobre. 

* Dans l'appendice au livre XXXVI. — La Correspondance de 
Napoléon I" présente d'ailleurs de nombreuses lacunes, quelques- 
unes voulues, d'autres inévitables. 



— 296 — 

ordonne de répéter les mêmes instructions; il y 
revient dans chacune de ses lettres ; il se plaint de 
ne pas voir dans la réponse du ministre que ses 
instructions aient été transmises • ; il se plaint 
également de Monnet; il écrit le 14 août à son 
ministre : « Je vois avec peine dans la lettre du 4, 
qu'il ne parle pas de l'inondation. » 

On se trompait sans doute sur la possibilité, par 
des marées ordinaires, de noyer toute Tile; on 
n'eût pu mettre sous eau que les parties les plus 
basses. Mais la cruauté de l'ordre de Napoléon se 
mesure sur ce qu'il voulait, non sur ce qu'il pou- 
vait faire. Et lorsque, peu de temps après la red- 
dition de Flessingue, on voulait, au Corps législatif 
et dans les colonnes du Moniteur, apitoyer sur le 
sort de ces malheureux habitants de Walcheren 
sur lesquels l'ennemi avait lancé ses bombes à la 
congre ve, on se gardait bien d'ajouter que les 
Français qui ne se disaient point leurs ennemis, 
devaient, dans la pensée de Napoléon, les no^^er 
pour noyer les Anglais avec eux. « Il faut, dit 
Thiers, lire ces lettres (de Napoléon I'" sur l'expé- 
dition de Walcheren), non pour l'exactitude des 
détails, mais pour l'esprit dans lequel elles ont été 
écrites, esprit qui en fait des monuments du plus 
grand prix. « Cet esprit n'est pas seulement chez 
Napoléon la plus froide cruauté ; c'est aussi une 
aveugle confiance en soi, qui lui faisait diriger la 
défense de l'Empire à quatre cents lieues du théâtre 



i Correspondance de Napoléon I^^, lettres des 7, 8, 9, 11, 14 août 
1809. 



— 297 — 

des événements, et recourir à des ministres et à 
des généraux dont son despotisme avait éteint 
l'esprit d'initiative. 

Quoi qu'il en soit et pour revenir à Gand, voici 
pendant cette expédition de Walclieren, si malheu- 
reuse pour l'Angleterre, ce qui, dans les régions 
officielles, se disait ou se pensait à Gand, c'est-à- 
dire au chef-lieu du département auquel apparte- 
nait une partie de Walcheren. Flessingue, en effet, 
avait été placée sous la préfecture du département 
de l'Escaut, tandis que Middelbourg et le reste de 
Walcheren continuaient à appartenir au royaume 
de Hollande. Nous transcrivons dans l'ordre des 
dates les extraits des rapports dont il est parlé 
plus haut, nous bornant à quelques rapproche- 
ments avec les rares nouvelles données par les 
journaux, et avec quelques documents contempo- 
rains. 

Rapport du 26 juillet 1809. 

Les papiers du Nord arrivés aujourd'hui donnent quelques 
détails sur la bataille de Wagram ^ Parmi les officiers 
wallons ou belges qui ont été tués, ils nomment M. le Feld- 
maréchal d'Aspre, de Gand. 

Le 27 juillet le Journal du Commerce n'a pas 
encore mentionné cette mort, s'agissant d'un 
gantois au service de l'Autriche; et, ce qui montre 
la lenteur des informations, il publie sous la 
rubrique de Londres, 2 juillet, qu'on y « ignore 
toujours le moment du départ de la grande 
expédition. » 

1 Du 6 juillet 1809. 



— 298 — 

Rapport du 27 juillet. 

M. le Général Chambarlhac ' a écrit à M. le maire que 
Dimanche 30 de ce mois, le Te Deum sera chanté à Saint- 
Bavon, en actions de grâces pour la victoire de Wagram. 

Du 30 juillet. 

On disait hier, à quatre heures du soir, que les troupes 
devaient en toute hâte partir pour Eecloo ; qu'elles devaient 
s'y trouver à minuit ; que d'autres troupes allaient venir en 
poste de Bruxelles, de Saint-Omer, etc. Ces bruits ont natu- 
rellement excité quelque inquiétude ; car enfin, si l'expédition 
était destinée contre l'ile de Walcheren, et qu'il y ait cinq 
ou six régiments de cavalerie à bord, cette expédition ne 
peut avoir l'idée de débarquer et d'agir que sur nos côtes, 
c'est-à-dire vers l'ile de Cadsand, et en même temps qu'elle 
fait une tentative sur l'ile de Walcheren, elle semblerait 
devoir faire des excursions sur les deux Flandres. 

C'est dans cet état de choses qu'hier quatre ou cinq voitures 
publiques sont parties de Gand pour Anvers, Bruxelles, 
Lille, etc., et que les passagers ont naturellement semé des 
bruits inquiétants comme ils les avaient recueillis, les exa- 
gérant peut être et disant que le débarquement était déjà 
opéré. 

M. le Préfet ne jugerait-il pas qu'il serait utile d'insérer 
demain dans nos deux gazettes et même à L" Oracle, un petit 
paragraphe quelconque, que du moins les autres gazettes 
copieront, et par là couperont dans sa marche un bruit qui 
peut à la vérité se réaliser, mais qu'il ne sera temps d'an- 
noncer que lorsque par malheur il aurait une consistance 
réelle ? 

i Commandant la 24« division, avec quartier-général à Gand. 



— 290 - 

M. le Général est parti ce matin vers huit heures et demie. 
Beaucoup de monde entourait sa voiture. 

Les feuilles françaises ont déjà longtemps fait partir l'ex- 
pédition et lui arrogent des destinations d'après leurs idées. 
Le fait est qu'il paraît que cette expédition n'est partie 
d'Angleterre que le 25 ou le 26; une partie seulement le 28. 

Thiers dit : « vers le 25 juillet la plus grande 
partie de l'expédition était sous voile à Ports- 
moutli, à Harwich, à Douvres, aux Dunes. » 

Les deux gazettes dont s'agit ici, étaient la 
Gazette van Gend, à laquelle il avait été imposé 
de donner la traduction française en regard du 
texte flamand, pour la facilité de la censure, et le 
Journal du coimnerce, de politique et de littérature , 
du département de VEscaid, paraissant trois fois la 
semaine *; l'Oracle était une feuille de Bruxelles '\ 

Rapport du 31 juillet. 

On continue à être ici dans une grande sécurité relative- 
ment à l'apparition des Anglais. C'est que réellement la très 
grande majorité des habitants croient qu'il ne sera pas tenté 
de débarquement... 

Tous les militaires sont animés du meilleur esprit. Ceux 
que j'ai hier rencontrés à Melle par petits groupes, parais- 
saient persuadés que le débarquement avait eu lieu. Je 
remarquai qu'ils exagéraient, sans doute sans le savoir, le 
nombre des anglais; mais ils étaient très sûrs de vaincre. 
Ils exagéraient aussi leur propre nombre. 



1 F. Vander Haeghen, Bibliographie gantoise, V, p. 9 et 34. 

2 Feuille quotidienne, petit in-4''. V. Messager des Sciences, 1844, 
p. 235. 



— 300 — 

Le même jour, le général Chambarlhac télégra- 
phie, de la batterie Napoléon, au ministre de la 
guerre, que l'ennemi a débarqué 5000 hommes à 
Walcheren et que lui-même est sur le point d'être 
attaqué dans Tile de Cadsand ' . Et le ministre 
envoie un courrier à Napoléon, qui reçoit la lettre 
à Schoenbrunn dans la soirée du 6 août. 

Rapport du 1" août. 

On a dit hier que les Anglais avaient débarqué sur nos 
côtes. Aujourd'hui on croit ce bruit moins fondé, mais on 
assure que le débarquement a eu lieu sur quelques points 
de File de Walcheren. Il serait utile qu'on sût à quoi s'en 
tenir. 

Dans Bruxelles on dit généralement que le débarquement 
s'est effectué sur nos côtes; on y ajoute des bruits exagérés 
qui, pour être absurdes, n'en alarment pas moins. Le silence 
de Y Oracle n'est pas ce qu'il y a de moins alarmant. 

Les journaux de Gand continuent à garder le 
silence. Cependant « le 31 juillet, dit Thiers, les 
Anglais répandirent une quinzaine de mille 
hommes dans l'île de Walcheren. » 

A Paris les ministres, présidés par l'archichan- 
celier Cambacérès, avaient décidé d'envoyer Ber- 
nadette prendre le commandement dans Anvers, 
le ministre de la guerre n'ayant pas encore reçu 
la lettre de Napoléon du 29 juillet où il disait : 

« Je suis bien aise que vous sachiez que le 



* Voir les pièces et actes relatifs aux affaires de l'Escaut, dans le 
Moniteur et dans les journaux de septembre 1809. 



— 301 — 

prince de Ponte-Corvo n'a pas toujours bien fait 
dans cette campagne, Cest un homme usé, qui veut 
de l'argent, des plaisirs, des grandeurs, mais ne 
veut pas les acheter par les dangers et les fatigues 
de la guerre \ La vérité est que cette colonne de 
granit (àWagram)- a constamment été en déroute. » 

Rapport du 2 août. 

La ville continue à jouir du plus grand calme ; il y règne 
en même temps une sécurité qui contraste avec les inquié- 
tudes que la crainte de débarquement et de ses suites fait 
naître dans les villes peu éloignées, de quelques autres 
départements. 

Les gazettes d'Hollande continuent à parler d'une direc- 
tion des troupes appelées des parties qui sont plus au nord 
et qui descendent vers d'autres endroits qui sont plus vers 
le midi; nos gazettes continuent à garder le silence. 

Des personnes croient que la moindre partie de l'expé- 
dition est sur les côtes de nos côtés, et que la plus grande 
partie est destinée à faire encore une descente sur un autre 
point. 

Ce qu'on sait du débarquement opéré dans quelque point 
de l'île de Walcheren, paraît venir du dire de quelques per- 
sonnes qui viennent ou qui disent venir de Flessingue. 

* Thiers, publiant en 1851 cette lettre jusque là inédite, remplace 
par des points la phrase que nous avons soulignée. Consulat et 
Empire, liv. 35 in fine. Comp. Co7'respondance de Napoléon I", XIX, 
p, 338. 

2 Ces derniers mots sont une allusion a ces paroles de l'ordre du 
jour adressé par Bernadotte, le lendemain de la bataille, aux troupes 
qu'il y avait commandées : « Vos colonnes vivantes sont restées 
immobiles comme l'airain. » 



— 302 — 

Rapport du 4 août. 

Les nouvelles qui circulent en ville depuis ce matin sont 
moins rassurantes, mais tout conserve le même air de tran- 
quillité. 

On répandait hier qu'on était venu ici d'Anvers pour 
demander du secours; on ajoutait ce matin que M. le préfet 
était à la hâte parti pour Anvers. Il est difficile d'empêcher 
ou même de contrarier des bruits de cette nature. 

Les patrouilles de la garde bourgeoise maintiennent l'ordre 
pendant la nuit. 

Le Journal du Commerce parle enfin de l'expé- 
dition dans son numéro du 4 août, en quelques 
lignes insignifiantes, pour annoncer son appari- 
tion, le débarquement dans Walcheren, dire que 
les troupes sont remplies d'ardeur et brûlent d'en 
venir aux mains, que « l'esprit qui les anime est 
tel que des soldats qui étaient convalescents à 
l'hôpital militaire, en sont sortis de leur propre 
mouvement pour suivre leurs frères d'armes. » — 
Il annonce aussi un transport d'anglais « qui ont 
été faits prisonniers dans une petite affaire qui a 
eu lieu dans Walcheren. » 

Rapport du 5 août. 

On dit que l'hôpital militaire et quelques blessés de Mid- 
delbourg et de Flessingue vont être évacués sur Gand. Si 
ces militaires sont conduits à l'hôpital militaire, il serait 
bon qu'on les y conduisît par la Coupure, comme c'est la 
route, et non par les rues de la ville, surtout s'ils viennent 
le dimanche, jour auquel les rues sont remplies d'oisifs. 



— 303 — 

C'est, comme nous l'avons dit, dans la soirée 
du 6 que Napoléon, qui était à Scliocnbrunn, y 
apprend par lettre de son ministre de la guerre 
du 31 juillet, l'expédition contre Walcheren ; il 
reçoit une seconde lettre du V" août dans la nuit, 
et le 7, à 3 heures du matin, il écrit.... « Il me 
paraît que l'ennemi en veut à l'île de Walcheren. 
J'ai fait donner l'ordre au Général Monnet, s'il 
était pressé, plutôt que rendre la place, de couper 
les digues. Réitérez lui cet ordre par des officiers. » 
Et dans une note pour son ministre, du 8 au matin : 
« ...Flessingue doit trouver son salut en coupant 
ses digues et en inondant l'île... Gand me paraît 
une fort bonne position pour réunir l'armée. » 

Rapport du 7 août. 

Tout continue à être tranquille à Gand comme si on était 
à cent lieues de l'ennemi, et peut-être le public a-t-il des 
idées plus nettes sur ce qui se passe dans la Stjrie ou dans 
la Carinthie, que sur la marche des Anglais dans les deux 
Beveland ou par l'ile de Schouwen. L'homme impartial qui 
se donne la peine de recueillir et d'analyser ces différents 
bruits, doit être étonné des contradictions qu'ils offrent. On 
semble d'accord sur un point : c'est que les Anglais ne 
viendront pas ici; comme si, lorsqu'ils sont maîtres des 
points entre Bath et Lillo, ils ne pouvaient, comme l'ont 
fait les insurgés brabançons en 1789, se porter sur le Doel 
et de là, comme cela leur conviendrait, ou sur Beveren et la 
tête de Flandre, ou sur Beveren et Gand et Bruges, et à dos 
sur l'ile de Cadsand. 

Les gazettes de ce pays ne disent rien de l'affaire. On a 
donc lu avec avidité les détails consignés dans les feuilles 



— 304 — 

hollandaises. Mais l'homme raisonnable, l'homme ami de la 
France ou du Gouvernement, n'a pu se défendre de sourire 
un peu en voyant la manière dont les feuilles de Paris com- 
mencent à en parler. Un de ces journalistes dit que la flotte 
est en sûreté à Anvers. Anvers est-elle en sûreté? 

h'Oracle a eu le bon esprit de ne pas copier ces articles. 
Quant à ceux des Gazettes d'Harlem, il est probable qu'il ne 
lui a pas été ^ permis de les insérer. 

En dernière analyse, ces articles n'ont rien d'alarmant. 
Ils ne font qu'annoncer la marche des troupes et du secours. 
La Gazette de Oand^ les a insérés, et je crois qu'elle a bien 
fait. Elle annonce, sous la rubrique de Gand, que Rammekens 
et Flessingue continuent à se défendre. Peut-être cela sup- 
pose-t-il trop positivement que Flessingue soit assiégé. 

Beaucoup de personnes partent d'Anvers et se réfugient 
à Malines et à Bruxelles. 

Le Journal du Commerce du 8 août donne des 
nouvelles de la guerre d'Espagne ; de Walcheren, 
rien. 

Celui du 9 annonce que le bruit court à Gand, 
que le roi de Hollande est arrivé à Anvers et qu'il 
a pris le gouvernement général de l'armée franco- 
hollandaise . 

Le roi Louis se rendit en effet à Anvers et y eut 
des conférences avec le général Chambarlhac et 
l'amiral Messiessy. 

D'après Thiers « Napoléon blâma la confiance 
qu'on avait eue en lui, et joignant la raillerie au 
blâme, il écrivit à ses ministres : « Est-ce parce 

1 II y avait d'abord : Que la police ne lui a pas permis... 

2 Çazette van Gend, qui se publiait avec traduction en regard. 



— 305 — 

qu'il porte le titre de Connétable que vous avez 
choisi Louis ? Mais Murât porte celui de grand 
amiral : Que direz-vous si je lui donnais une flotte 
à commander ' . » 

Rapport du 9 août. 

Chaque fois qu'il arrive des généraux ou des officiers mar- 
quants, la curiosité fait grouper beaucoup de monde autour 
des voitures; mais ce n'est que la curiosité ; point de discours 
inquiétants dans tous ces groupes. 

Beaucoup de personnes vont journellement à Breskens -. 
Cette tournée et ce qu'elles en rapportent, est d'autant moins 
inquiétant que ce sont presque tous des fonctionnaires et 
d'autres individus attachés au Gouvernement. C'est par eux 
qu'on sait d'une manière positive que les communications 
entre Flessingue et nous sont ouvertes à peu près comme 
elles l'ont toujours été. 

L'article qui a été inséré, il y a quelques jours, dans le 
Journal du Commerce ^, et l'autre qui a été inséré dans 
Y Oracle, ont été transcrits dans toutes les feuilles de Paris 
et le sont aujourd'hui dans les feuilles d'Hollande ; elles 
seront copiées avec la même avidité dans les feuilles anglaises 
et partout. Comme des articles de cette nature donnent une 
bonne direction à l'esprit public et surtout font voir à 
l'étranger les choses sous un favorable point de vue, on 
pense que des articles de même nature insérés dans la feuille 
de demain ne pourraient faire que du bien. 

* Voir en ce sens deux lettres à Cambacérès du 16 août 1809 
[Correspondance, p. 408 et 409). 

2 Rive gauche de l'Escaut, à la hauteur de Flessingue. 

^ Il ne peut s'agir ici que de l'articulet du n° du 4 août sur les 
troupes qui brûlent d'en venir aux mains, les convalescents qui 
quittent l'hôpital militaire... 



— 306 — 

Les gazettes hollandaises sont remplies de la marche de 
troupes ; ces détails rassurent et font cesser des bruits alar- 
mants; on pourrait extraire des choses utiles qui seraient 
également copiées. 

Le Journal du Com^nerce du 10 août se borne à 
donner sous la rubrique Hollande, 4 août, la 
nouvelle que le lieu tenant -général Bruce qui com- 
mandait dans Zuid-Beveland, a rendu File sans 
coup férir et s'est retiré à Berg-op-Zoom, où la 
garde du roi a refusé de le recevoir. « Après avoir 
été déclaré incapable de servir par S. M. le roi de 
Hollande, il est traduit par devant un Conseil de 
guerre. » 

Les points de vue diffèrent. Napoléon L"" écrit 
le 1 2 août à son frère : « Je suppose que vous avez 
fait arrêter ce traitre de Bruce qui a si lâchement 
rendu le fort de Bath, et que vous l'aurez fait 
passer par les armes. » Et d'autre part le conseil 
de guerre l'acquitte, et le roi Louis, dans ses 
mémoires, exprime le regret de l'avoir révoqué 
avant jugement. 

Rapport du 10 août. 

Même tranquillité. Tout le monde paraît rassuré d'une 
invasion... 

Il devient de mode d'aller à Breskens. Mais ce sont presque 
tous des fonctionnaires publics ou des personnes connues par 
leur attachement au Gouvernement. Ce qu'ils rapportent est 
donc toujours dit dans un bon esprit et ne doit pas inquiéter. 

Il serait peut-être intéressant de savoir de MM. De Bra- 
bandere, frères, s'ils s'aperçoivent d'une manière sensible 



— 307 — 

que, depuis l'apparition des Anglais, les contribuables se 
présentent moins ; à la campagne cela ne prouverait rien 
parce que c'est le temps des récoltes. 

Les journaux du 12 annoncent que la garde 
nationale s'organise dans le département, et ils 
publient un arrêté du préfet qui ordonne la mise 
en activité de 3000 hommes des gardes nationales 
de ce département. 

Rapport du 12 août. 

La mise en activité de la garde nationale et la formation 
d'une garde d'honneur font le sujet de toutes les conver- 
sations. La formation de cette garde fait croire au public 
que l'Empereur sera bientôt ici et qu'en conséquence l'expé- 
dition anglaise sera d'autant plus vite chassée. On eu infère 
que la mesure de la mise en activité de la garde nationale 
n'ira pas jusqu'à éloigner les habitants de leurs foyers. 

Le Journal du Commerce du même jour, 12 août, 
contient le long programme de la fête de l'Empe- 
reur qui doit être célébrée le 15 août, et, comme 
nouvelles du théâtre de la guerre, se borne à 
reprendre au Moniteur la nouvelle, datée de 
Rotterdam, 5 août, qu'on y a appris que le préfet 
des Deux-Nèthes a publié le 3 août, que le général 
Chambarlhac couvre la rive gauche de FEscaut 
avec un corps très considérable, qu'il agit de 
concert avec l'amiral Messiessy, que des colonnes 
de troupes et des trains d'artillerie arrivent de 
tous les points, et que « on hérisse les côtes de 
batteries prêtes à tirer à boulets rouges sur les 



— 308 — 

vaisseaux qui tenteraient de s'engager dans les 
bras de TEscaut. » 

Tandis que le lecteur gantois ne trouvait dans 
son journal que ces nouvelles vieilles de dix jours 
et publiées pour l'effet qu'on en attendait sur Ten- 
nemi, « dès le 12, dit Thiers, le général anglais, 
ayant sommé Flessingue, fit agir les batteries de 
terre et de mer à la fois. Jamais sur un moindre 
espace ne tonnèrent plus de bouches à feu. Les 
batteries de terre comptaient plus de soixante 
pièces de fort calibre, soit en canons de vingt- 
quatre, soit en gros mortiers. La division de 
vaisseaux, de frégates, de bombardes, entrée par 
la passe du Deurloo en avaient de mille à onze 
cents qui ne cessaient de vomir des boulets, des 
obus et des bombes. Après vingt-quatre heures de 
cette effroyable canonnade, la ville se trouvait en 
feu : toutes les maisons étaient percées à jour, 
toutes les toitures enfoncées. La population pous- 
sait des cris de désespoir '. » 

Rapport du 16 août. 

Les nouvelles concernant Flessingue portent que cette ville 
est bombardée, qu'elle est en feu. Il y a des personnes qui 
vont la nuit sur les remparts vers la porte de Bruges et qui 
y voient ou peut-être croient y voir la lueur d'un incendie. 
Ces nouvelles contrastent avec celles des feuilles de Paris. 



i « Vlessingen overmeesterd, dit Groen van Prinsterer, na een 
vreeselijk bombardement van de scbepen, uit 1100 vuurmonden : 
geen 20 buizen onbescbadigd, » Handhoeh der GescJtiedenis van het 
Vaderhmd. L'incendie détruisit l'hôtel-de-ville et plusieurs édifices 
publics. 



— 300 — 

Du reste, elles n'influent en rien sur la sécurité du public, 
ni tous les autres bruits alarmants auxquels il faudra s'at- 
tendre, surtout depuis la suspension de V Oracle ', qui était 
en possession de nous donner les nouvelles d'Allemagne, du 
Nord, etc., il sera difficile de réfuter ces bruits. 

Les gazettes de Paris transcrivent tous les articles de nos 
feuilles. Pardon, si je repète encore qu'il est utile qu'il y en 
ait, car à défaut d'articles, leur zèle en forge quelquefois 
qui semblent réellement de mauvaises plaisanteries, sans 
faire attention aux dates. Lorsqu'on lit dans les cafés ou 
cabinets littéraires le journal du soir, par exemple, et tout 
haut, on est péniblement affecté lorsqu'on vient à des articles 
comme celui qui est sous la rubrique : lettre d'un officier 
supérieur. 

Cet officier supérieur était, selon toute appa- 
rence, Napoléon P'' lui-même qui, à cette date du 
16 août, envoyait encore de Schoenbrunn à 
Fouclié, des observations sur l'expédition anglaise, 
destinées à paraître au Moniteur « en forme de 
lettre ou de réflexion d'un militaire, ...si, ajou- 
tait-il, aucun événement inattendu ne dément ces 
conjectures au moment où vous recevrez cette 
lettre 2. n 

On comprend aisément ce qu'un tel genre de 
collaboration à la presse de Paris, par un rédacteur 
de Schoenbrunn, traitant d'événements de Zélande, 
présente d'inconvénients et de difficultés. 

11 en était de même des instructions pour les 

1 L'Oracle, qui était un journal quotidien, cessa de paraître du 
12 août 1809 (n° 224) au 20 août (n° 225) sans aucune explication 
donnée à ses abonnés. 

2 Correspondance de Napoléon I", XIX, p. 409. 



— 310 — 

opérations militaires. « Je vois, écrit Napoléon à 
son ministre de la guerre le 2 septembre, que des 
choses que je vous écrivais, vous les avez envoyées 
à Anvers quoiqu elles ne fussent j^his approioriées à la 
circonstance, ce qui ne peut être d'aucun résultat. » 

Rapport du 17 août. 

On répand je ne sais sur quel fondement que Flessingue a 
capitulé. On dit aussi qu'un magasin à poudre à Terneuzen 
a sauté et fait beaucoup de mal. 

La capitulation avait été signée par le général 
Monnet, à la date du 15 d'après le texte publié au 
Moniteur, et non le 16, comme Thiers le dit par 
erreur. 

Pendant ce temps on avait célébré à Anvers la 
fête de l'empereur. « Le canon de réjouissance, 
dit un auteur belge, répondait aux batteries qui 
foudroyaient Flessingue ; on chantait le Te Deum 
dans l'église de Notre-Dame, et comme pour 
narguer les menaces de l'Angleterre, l'autorité 
décrétait des spectacles gratuits, des illuminations, 
des bals de nuit ' . « 

Rapport du 18 août. 

La même sécurité relativement à une tentative de l'ennemi 
sur la Flandre propement dite continue à régner. Il faut 
cependant ajouter : bien des gens, très amis du gouverne- 
ment, ne partagent pas ces sentiments, mais n'ont garde de 
le communiquer. La formation de la garde nationale les 

1 Th. Juste, Revue Nationale de Belgique, VIII, 36. 



— 311 — 

effraie, et s'il en faut croire ce qu'ont dit des centaines do 
paysans venus au marché, ce qui se passe dans les cam- 
pagnes n'est pas rassurant. 

Rapport du 23 août. 

Les communications que M. le préfet a dans ce moment 
avec un grand nombre de citoyens les plus notables, me 
mettent dans le cas de dire peu de chose sur les circonstances 
actuelles. 

En ce moment l'hôtel-de-ville est rempli de personnes qui 
sont comprises dans les classes de la garde nationale. Hier 
cela a été de même. En dernier résultat ces rassemblements 
peu réguliers semblent exciter quelque fermentation. Mais 
ce sont plutôt des observations tumultueuses que dange- 
reuses. Le public est tranquille. 

Je suis retourné hier d'Anvers : des bruits peu tran- 
quillisants se répandent à foison dans cette ville où il règne 
une grande confusion. En général l'esprit des marins ou 
plutôt des bateliers et des pêcheurs, classe très nombreuse 
et qui a perdu beaucoup à l'état actuel, n'est pas bon; celui 
du bas peuple est aussi très mauvais parce que cette classe 
superstitieuse y est oisive ou fainéante vu le manque de 
fabriques. 

On a Anvers des nouvelles, vraies ou fausses, en plus 
grand nombre qu'ici. Celles qu'on y a de Londres ou même 
des iles de Zélande, viennent d'Hollande. 

Les gazettes d'Hollande contiennent un extrait de la 
gazette royale 'où on se plaint avec peu de mesure que la 
Zélande, avant l'arrivée des Anglais, était si peu appro- 
visionnée; et il est dit, ce qui en effet est vrai, que tout le 
monde avait prévu le malheur de l'invasion. L'esprit de cet 
article est dirigé contre la France, car on y répète deux fois 
que les Hollandais sont en Espagne, en Allemagne... 



— 312 — 

On répand ici des nouvelles alarmantes sur l'Autriche, 
la Russie. . . 

Les gens honnêtes et éclairés sont bien persuadés que 
les succès et l'arrivée des Anglais seraient une calamité 
publique. 

La Geschiedenis van Antwerpen de Mertens et 
Torfs ne fait guère que résumer ce que ces auteurs 
ont trouvé dans Tliiers, et néglige même des 
détails intéressants . Et quant à Thiers : « Anvers, 
dit-il, était une place fermée à la vérité, mais par 
de vieux ouvrages à moitié détruits, où se trou- 
vaient au plus 2000 hommes, sans un canon sur 
les remparts, et où régnait autant de trouble chez 
les autorités surprises par Tapparition de l'ennemi, 
que de malveillance dans la population flamande 
par l'origine et les sentiments. » 

Le roi Louis, qui était accouru à Anvers aux 
premières nouvelles de l'expédition, avait conféré 
avec les généraux, organisé la défense à Berg-op- 
Zoom et au nord d'Anvers, était Grand Connétable 
de France et avait fait célébrer en grande pompe, 
le 15 août, la fête de l'Empereur, s'était trouvé 
inopinément remplacé le 16 par le prince de 
Ponte-Corvo et était reparti pour Amsterdam. 

Le même jour Napoléon écrivait de Schoenbrunn 
à Cambacérès ces lignes, qui peuvent servir de com- 
mentaire à certains articles des constitutions impé- 
riales : « Vous réunirez les ministres et vous leur 
ferez connaître que le ministre de la guerre, par 
une ignorance absolue de nos constitutions, a pensé 
que la dignité de Connétable donnait le droit de 
commander mes armées ; que c'est une erreur de 



- 313 — 

six cents ans de date ; que les princes et les grands 
dignitaires ne sont rien; que le Connétable n'est 
pas comme autrefois un vieux soldat chef de 
l'armée, que cette dignité est purement civile, et 
que celui qui en est revêtu, n'a pas plus le droit de 
commander mes armées, que le grand amiral (Ney) 
n'a celui de commander mes flottes ; que je ne puis 
que blâmer cette ignorance de nos constitutions 
et que je désire que cela n'arrive plus... Cette 
lettre sera consignée dans le registre du conseil 
pour servir dans la circonstance. » 

Le même jour encore il disait dans une lettre 
particulière adressée au même Cambacérès : 

« On m'assure que le roi de Hollande a reçu de 
vous une lettre qui lui donne le commandement 
de mes troupes en sa qualité de connétable. Je puis 
concevoir que le ministre de la guerre ignore nos 
constitutions ; mais que vous puissiez les ignorer, 
c'est ce qui m'étonne étrangement. Comment n'avez- 
vous pas senti que moi seul je puis donner le com- 
mandement de mes armées, et que personne ne 
peut s'arroger ce droit. Il me tarde d'apprendre 
que cette anarchie a eu son heure * . . . » 

La Hollande était dégarnie de troupes, et ce 
qu'on nous apprend, dans le rapport du 23, des 
plaintes qui se lisaient dans les gazettes de Hol- 
lande, est d'accord avec la pensée du roi Louis qui 
dit dans ses mémoires : « Son armée {de la Hol- 
lande) faisait alors la guerre en Espagne et en 
Westphalie pour la France, laquelle laissait sans 

1 Correspondance de 'Napoléon F^, XIX, p. 408 et 409. 



— 314 — 

peine la Hollande exposée à une invasion étran- 
gère, peut-être pour trouver l'occasion de l'oc- 
cuper... » 

Rapport du 25 août. 

Les lettres d'Anvers ne parlent que des inquiétudes qui y 
régnent. Ceux qui, se faisant illusion sur les dangers réels 
qui menaçaient cette ville, répétaient que l'expédition était 
destinée pour la Hollande, commencent à croire que sa desti- 
nation est le chantier d'Anvers ; et passant d'un excès de 
sécurité à un excès de crainte, ils croient que ce chantier 
est la destination exclusive. Le nombre de bâtiments de toute 
force et de toute arme qui arrivent journellement dans les 
parages de Bath, semblent justifier ces craintes. 

Des personnes m'ont dit qu'il circulait ici des copies de la 
capitulation de Flessingue; je ne les ai pas encore vues... 

On dit que les Anglais ont pris Flessingue au nom du 
prince d'Orange et qu'ils feraient la paix si l'Escaut reste 
fermé. Des nouvelles comme celles-là n'ont pas besoin de 
réfutation. 

Les Gantois purent lire le texte de la capitula- 
tion dans le Journal du Commerce du 17 septembre, 
d'après le Moniteur. Le général Monnet, en l'adres- 
sant au ministre de la guerre, avait écrit : « ...Les 
circonstances où je me trouve et les moyens par 
lesquels je vous fais parvenir ce paquet, m'em- 
pêchent d'entrer dans aucun détail. Le sort des 
armes me rend prisonnier de guerre. Ce qui peut 
adoucir mon infortune, c'est l'entière conviction 
d'avoir fait mon devoir. » Nous verrons Napoléon 
exprimer sur ce dernier point une autre opinion. 



— 315 — 

Rapport du 26 août. 

On fait circuler le bruit que tous les fonctionnaires civils 
de Flessingue sont enlevés et conduits en Angleterre. Si ce 
fait n'est pas vrai, il est clair que les premiers auteurs du 
bruit ne peuvent avoir eu qu'une intention perverse, celle 
de décourager, d'inquiéter les fonctionnaires publics dont 
jusqu'à ce jour le zèle et la bonne volonté ont pu servir 
d'exemple. 

Il est superflu de citer d'autres bruits : si les faits sont 
vrais, M. le préfet doit en être informé, mais, comme j'ai 
eu l'honneur de le dire encore, lorsque les gazettes se taisent, 
il faut s'attendre aux bruits les plus alarmants sans pouvoir 
se promettre de les réfuter avec succès. 

Rapport du 30 août. 

Tout continue à être tranquille ici. Je n'ai rien entendu 
dire de positif sur l'arrestation de plusieurs individus, si ce 
n'est qu'on a découvert une conspiration et que quelques-uns 
vous ont tout avoué... 

Les journaux qui doivent attendre les commu- 
nications de l'autorité, sont lents à renseigner 
leurs rares lecteurs. L'administration fait toujours 
plus mal que l'intérêt privé. Dans le Journal du 
Commerce du 30 août, outre quelques dépêches 
militaires des premiers jours d'août, reproduites 
d'après le Moniteur, les gantois purent lire, comme 
nouvelles politiques, des détails sur le 7e Deimi 
chanté le 15 pour la fête de l'Empereur : 
« M. l'évêque (de Broglie)... n'a voulu céder à 
personne le droit d'exprimer les vœux du peuple 
et des ministres du culte à l'occasion de cette 



— 316 — 

journée mémorable à tant de titres. L'orateur 
chrétien s'est justement attaché à nous retracer 
le souvenir de ces troubles civils, pour fixer la 
reconnaissance sur le prince qui a dissipé tant 
d'orages, qui a réparé tant de maux, fait cesser 
tant de désordres et qui , pour un si grand 
ouvrage, avait sans doute reçu une mission écla- 
tante de la Providence. » Ceci n'apprenait au 
lecteur que la servilité et la platitude de l'ora- 
teur * . 

Le même journal donne le 1"' septembre, sous la 
rubrique d'Ativers, 24 août, ces lignes bien tar- 
dives également : « On dit aujourd'hui que Fles- 
singue a capitulé le 18 après avoir été détruite 
par un horrible bombardement, mais nous ne 
savons rien d'authentique sur la reddition (!) Ce 
qui est certain, c'est que les Anglais ont beaucoup 
souffert pendant le siège et qu'ils ont eu 3000 
hommes mis hors de combat, o 

Rapport du l«r septembre. 

L'arrivée de S. E. le Ministre directeur de l'administration 
de la guerre et l'inspection qu'il a faite à la citadelle, ont 
fait dire qu'il était question de fortifier celle-ci. On ne peut 
penser que cela puisse en aucun cas être contre l'ennemi. Ce 
serait donc contre la ville. On se refuse à le croire. Le 
soupçon serait injuste, impolitique. D'ailleurs, les citadelles, 
dirigées contre des villes n'empêchent jamais les troubles 
que se permet, dans l'intérieur d'une ville, la population 

i Comparez son mandement sur la grossesse de l'Impératrice {Bel- 
gique judiciaire, 1875, p. 799). 



— 317 — 

fanatisée ou agitée. On l'a vu à Gand pendant les troubles 
du XVP siècle et en novembre 1789 ; on l'a vu à Anvers en 
décembre de la même année, époque où un très grand 
nombre de maisons y furent pillées. Si la résolution de for- 
tifier la citadelle est prise, aucune observation n'empêchera 
sans doute de le faire; mais M. le préfet me pardonnera si 
je lui dis que cette mesure fera une sensation dangereuse. 

Le projet de fortifier Gand a existé, car presque 
simultanément Napoléon écrit de Sclioenbrunn à 
son ministre de la guerre, le 2 septembre : « Il 
est ridicule de mettre la citadelle de Gand en 
état de siège. Il y a un moyen plus sûr, c'est de 
détruire cette citadelle qui ne peut en vérité servir 
à rien. Surtout dans cette circonstance, cette 
mesure est mauvaise. Il faut deux ans pour mettre 
cette place en état. » 

Et le 25 septembre il ajoutait : « ...Pour rétablir 
le château de Gand, il faudrait un million, et ce 
serait un million mal employé. Je désire donc 
qu'on démolisse ce château et qu'on le vende'. » 

Suite du rapport du l^"" septembre. 

Gand continue à jouir de beaucoup de tranquillité ; les 
étrangers, les voyageurs, les français de l'intérieur surtout 
aiment à faire la remarque combien la rareté des discours 
inquiétants ou alarmants contraste avec le bavardage incon- 
venant, dangereux et quelquefois pervers qu'on tient dans 
les lieux publics d'autres endroits. 

Les nouvelles sous la rubrique de Vienne, insérées dans 

' Correspondance de Napoléon I^^, XIX, p. 481 et 603. 



— 31S — 

les feuilles de Paris, sont à la guerre; en Hollande on y 
croit; on }■ parle d'une deuxième expédition. Tout cela jette 
une teinte sombre et triste sur les discours, sur ceux des 
négociants surtout, de cette classe qui ayant généralement 
moins de propriétés foncières qui l'attachent au sol, forme 
ses spéculations et ses espérances sur des opérations qui 
deviennent nulles ou réussissent rarement dans des circon- 
stances comme celles d'aujourd'hui. 

On a dit qu'il y a eu hier ou avant-hier une émeute à la 
maison de force et qu'on fusillerait cinq ou six coupables. 
C'est peut-être un bruit faux, mais ce qui est singulier, c'est 
que j'ai appris que dès le premier ou le second jour de 
l'arrivée des anglais, les détenus savaient la nouvelle. 

Les haleurs des bateaux qui transportent des malades et 
arrivent à Meulestede, ne savent à qui s'adresser pour être 
payés ; il serait pénible que le service dût tôt ou tard être 
entravé par suite de cela. 

C'est sur le fort Frédéric ou du fort Frédéric sur des 
vaisseaux anglais qu'on a tiré hier; aucune bombe n'a encore 
pu être jetée sur Lillo ! Telles sont les nouvelles d'Anvers 
de ce jour. Elles ajoutent qu'une forte partie de la flotte 
anglaise a disparu, soit qu'elle ait pris une station vers des 
points plus septentrionaux de la Zélande, soit qu'elle ait fait 
voile pour se présenter devant d'autres côtes. 

Ce jour les journaux publient la proclamation 
du maire d'Anvers Werbrouck du 29 : « . . .L'ennemi 
le plus acharné de la France... voudrait faire de 
notre belle cité une nouvelle Copenhague ; mais le 
génie du Grand Najioléon veille sur nos destinées. 
Dans sa constante affection pour sa bonne ville 
d'Anvers, il a chargé un prince, Flionneur de la 
France et l'amour des soldats, de nous protéger 



Q 



19 



et de nous sauver... S. M. TEmpereur a prescrit 
que les habitants fussent approvisionnés pour six 
mois. Précaution admirable qui prouve la sagesse 
du héros qui nous gouverne, etc. » 

Werbrouck n'a sans doute pas conservé jusqu'à 
la fin de ses jours son admiration pour le despote, 
lui qui, acquitté par le verdict du jury sur une accu- 
sation de dilapidation de deniers publics, vit son 
acquittement annulé par décret impérial (1813), 
fut remis en prison, renvoyé devant la Cour d'as- 
sises de Douai, et mourut à l'hôpital avant d'avoir 
été jugé à nouveau '. 

Ad. D. 
(A suivre.) 



1 Voir Bulletin des lois, 1813, II, p. 177, Belgique judiciaire, 1863, 
p. 1089, et l'acte de déchéance de Napoléon, rédigé par Lambrechts, 
un belge. 



— 320 — 



UNE PAGE 



L'HISTOIRE INTERNE DE ROME. 



LA PRÉTURE K 



La synthèse de l'histoire interne de Rome sous 
la république se résume en ces mots : lutte entre 
le patriciat et la plèbe. 

Les patriciens, descendants des premiers Qui- 
rites, pouvaient conserver chez eux les images des 
dieux % ils possédaient les champs publics, se 



1 Sources de ce travail : Cantu, Histoire universelle. — Dukuy, 
Histoire des Bomains. — Moîdisen, Histoire romaine. — Niebhur, 
Histoire romaine. — Mispoxjlet, Les Institutions politiques de Borne. 
— MoKLOT, Institutions politiques de Borne. — Willems, Le Droit 
p>uhlic romain. — De GtUasco, Dissertations historiques, politiques 
et littéraires. La prsture des étrangers à Rome. C'est cette savante 
étude qui a servi de base à notre mémoire. — Arendt, Cours d'anti- 
quités romaines. Mns. — Auteurs latins, poètes et prosateurs. 

- Ces dieux dans le principe étaient d'argile, ainsi que nous l'ap- 
prennent les poètes Properce et Ovide dans les vers suivants : 
Fictilibus crevere deis haec aurea templa 
Nec fuit opprohrio facta sine arte casa. 

(Eleg., Liv. IV, 1, vers 5-6.) 
Inque Joins d extra fictile fulmen erat. 

(Ovide. Fastes. L. I, v. 202.) 



— 321 — 

réunissaient dans los comices par curies, seuls 
juges et pontifes, ils pouvaient prendre les auspices 
sans lesquels aucune résolution n'était valable, ni 
légitime. 

La plèbe formait un peuple à part, ayant ses 
riches et ses chefs, ses propres assemblées. L'his- 
toire interne de Rome sous la république est tout 
entière dans les luttes de la plèbe pour entrer dans 
la société des patriciens et les égaler dans les 
droits politiques. Le premier pas fut d'obtenir des 
tribuns; le veto de l'un d'eux suspendait les déci- 
sions du Sénat, leurs personnes étaient sacrées et 
inviolables ; ils contrôlaient les magistrats qui sor- 
taient de charge. Ils parvinrent, avec de pareils 
moyens, à faire reconnaître légalement les posses- 
sions et les mariages des plébéiens et à leur rendre 
accessibles tons les emplois. 

Au premier rang des réformateurs se placèrent 
les tribuns Licinius Stolon et L. Sextius; nommés 
en 376, ils demandèrent le partage du consulat et 
formulèrent une loi agraire. Aucun citoyen ne 
pouvait posséder plus de cinquante arpents de 
terres domaniales, ni envoyer dans les pâturages 
publics plus de cent têtes de gros bétail et cinq 
cents de petit; sur ces terres restituées à l'Etat, on 
devait distribuer à chaque citoyen pauvre sept 
arpents. 

Les sénateurs cédèrent et l'élection du premier 
consul plébéien Sextius fut ratifiée. 

Mais les grands se dédommagèrent en créant 
deux magistratures nouvelles : l'édilité curule pour 
la police urbaine, que le Sénat ne voulait plus 

21 



— 322 — 

laisser aux seuls édiles plébéiens et la préture pour 
l'administration de la Justice, dont les plébéiens 
ne connaissaient pas la formule. 

Sous la royauté, le droit de rendre la justice 
appartenait au roi et pendant l'interrègne à l'in- 
terroi. Après l'expulsion des Tarquins, les consuls 
qui héritèrent des attributions royales, exercèrent 
la juridiction à leur tour; à l'époque où les consuls 
étaient temporairement remplacés par d'autres 
magistrats, ceux-ci rendirent la justice à leur 
place. C'est ainsi que la juridiction fut attribuée 
aux tribuni milituni considari potesiate, aux décem- 
virs, au dictateur. 

Dès que l'ordre patricien se vit forcé, comme 
nous l'avons dit plus haut, de partager l'honneur 
du consulat avec les plébéiens, il pensa à réparer 
cette perte. Les fréquentes et longues absences des 
consuls, occupés à guerroyer sans cesse contre les 
peuples voisins, favorisèrent le dessein des patri- 
ciens et leur firent naître une occasion de l'exé- 
cuter. On fit sentir au peuple la nécessité de 
préposer un magistrat au gouvernement intérieur 
de la ville pendant que les consuls veillaient à sa 
conservation au dehors. 

« Les nobles, dit Mommsen, s'infligèrent à eux- 
même une grave blessure à l'occasion des lois 
Liciniennes, ils tentèrent de se faire donner une 
indemnité en échange des concessions qui leur 
avaient été arrachées et sauver par là du naufrage 
quelques débris de leurs anciens privilèges poli- 
tiques; sous prétexte que seuls ils savaient la 
jurisprudence, ils firent détacher du consulat, 



— 323 — 

actuellement ouvert aux plébéiens, toutes les attri- 
butions judiciaires. » 

§ 2. 

La nouvelle charge créée, on convint que le 
titulaire serait pris dans Tordre patricien ' , il reçut 
le titre de préteur, nom qui était commun à tous 
ceux qui présidaient à la chose publique, et comme 
il était destiné à juger les différends des habitants 
de la ville de Rome, on ajouta le nom urbain. 
Jusqu'à l'an 366 avant Jésus-Christ, les consuls 
avaient été seuls investis du pouvoir civil et du 
commandement de l'armée; depuis la création du 
préteur, ils lui abandonnèrent totalement le gou- 
vernement en ce qui concernait l'administration 
de la justice et de la police de Rome, soit en leur 
absence, soit qu'ils y fussent de retour. Il était 
devenu en quelque sorte leur collègue, quoique 
d'un ordre un peu inférieur. A son entrée, en 
charge il rendait un édit pour annoncer la juris- 
prudence qu'il suivrait. La base de cette jurispru- 
dence était la loi des XII tables et l'édit ne faisait 
que la modifier ou la compléter suivant les besoins 
de l'époque, aussi les édits étaient, selon le Digeste, 
la voix vivante du droit civil : viva voœ juris 
civilis. Sa durée était annuelle comme la préture, 
chaque préteur publiant son édit. Mais cette table 
de droit civil était toujours la même, sauf de 

^ Dès 337 avant J.-C, trente ans après la création de cette magis- 
trature, les plébéiens y furent admis. Elle était conférée dans le prin- 
cipe par les curies, mais depuis l'an 884, elle le fut par les centuries. 



- 324 — 

légères modifications. On la transcrivait sur un 
album public. Cependant à la longue tous ces édits 
finirent par former une jurisprudence confuse; ce 
qui décida Tempereur Adrien à les faire codifier 
par Salvius Julianus. Ce jurisconsulte en forma un 
extrait en cent livres qui reçut le nom d'édit per- 
pétuel; la perpétuité en fut décrétée et défense fut 
faite aux préteurs de ne plus rien édicter désor- 
mais. Il reste des fragments de ce recueil. Et le 
nouveau droit obtint le titre de droit honoraire. 

Dans une de ses lettres , Pline le jeune nous 
donne des particularités fort intéressantes sur le 
jus edicendi des préteurs ' : 

Je m'étais rendu, écrivit-il à Rufus, dans la 
basilique Julienne pour entendre les avocats aux- 
quels je devais répondre dans l'audience suivante. 
Les juges avaient pris place, les décemvirs étaient 
arrivés, les avocats étaient prêts, le silence régnait 
partout. Enfin un envoyé du préteur se présente. 



* Descenderam in basilicam Juliam, auditurus quibus proxima 
comperendinatione respondere debebam. Sedebant judices decemviri 
vénérant, observabantur advocati , silentium longuin, tandem a 
praetore nuntius. Dimituntur decemviri, eximitur dies, me gaudente, 
qui nunquam ita paratus sum ut non mora laeter. Causa dilationis 
Nepos praetor qui legibus quaerit. Proposuerat brève edictum : admo- 
nebat accusatores, admonebat reos, exsecuturum se quae senatus 
consulte continerentur. Suberat edicto senatusconsultum « hoc 
omnes, quiquid negotii haberent, jurare prius, quam agerent, jubé 
bantur, nihil se ob advocationem cuiquam dédisse, promisisse, 
cavisse » his enim verbis, ac mille praeterea et venire advocationes 
et emi vetabantur. Peractis tamen negotiis, permittebatur pecuniam 
dumtaxat decem miilium dare. Hoc facto Nepotis commotus praetor, 
qui centumviralibus praesidet, deliberaturus an sequeretur exem- 
plum ; inopinatum nobis otium dédit. Intérim tota civitate Nepotis 
edictum carpitur, laudatur; Multi : Inveniraus qui curva corrigeret. 
Quid ante liunc praetores non fuerunt? Quis autem liic est? Qui 



— 325 — 

On congédie les centumvirs, l'affaire est ajournée 
à ma grande satisfaction. Car je ne suis jamais si 
bien préparé qu'un délai ne me fasse plaisir. La 
cause de cette remise est le préteur Népos qui fait 
revivre les lois du barreau. Il venait de publier un 
édit fort court par lequel il avertissait et les accu- 
sateurs et les accusés qu'il exécuterait le décret du 
Sénat, transcrit à la suite de son édit. Par ce 
décret il était ordonné à tous ceux qui avaient un 
procès, de quelque nature qu'il fût, de jjrêter ser- 
ment avant de plaider, qu'il n'avait fait pour le 
plaidoyer ni don, ni promesse et qu'il n'avait exigé 
aucune garantie. 

Par ces termes et par beaucoup d'autres il était 
défendu aux avocats de vendre leur ministère et 
aux parties de l'acheter. Néanmoins on permettait, 
le x3rocès une fois terminé, de donner jusqu'à la 
concurrence de dix mille sesterces. Le préteur qui 
préside aux centumvirs, embarrassé par cette 
action de Népos et voulant examiner s'il devait 
suivre son exemple nous a donné ce loisir imprévu. 
Cependant toute la ville blâme ou loue l'édit de 
Népos. Beaucoup de gens s'écrient : nous avons 
donc trouvé un censeur, mais quoi n'avions-nous 
pas de préteurs avant lui. Quel est cet homme qui 
se mêle de réformer les mœurs publiques? D'autres 



emendet publicos mores, Alii contra : Rectissime fecit initurus magis- 
tratum, jura recognovit, senatus consulta legit, reprimit faedissi- 
mas pactiones, rem pulcherrimam turpissime venire non patitur. 
Taies ubique sermones, qui tamen alterutram in partem ex eventu 
praevalebunt. 

(Liv. V, 21.) 



— 326 — 

disent : que pouvait-il faire de plus sage en entrant 
en charge? Il a consulté la loi, de là les décrets 
du Sénat, il a aboli un trafic honteux et ne peut 
souffrir que la fonction du monde la plus glorieuse 
soit vénale. Voilà les opinions qui se discutent 
dans les deux partis et dont l'événement décidera. 



III. 



Cependant la réputation de Rome s'était étendue 
au loin, ce n'était plus Voiypidimi des premiers 
temps, c'était la ville par excellence, VUrhs qui 
commandait à l'univers. Sa splendeur, ses richesses, 
son commerce, ses merveilles artistiques y avaient 
attiré un nombre immense d'étrangers. Les uns y 
venaient, dit Sénèque, pour des motifs d'ambi- 
tion, d'autres chargés d'affaires politiques, les uns 
pour faire valoir leur talent et leur industrie et y 
exercer les arts, les autres pour y goûter plus 
librement les plaisirs, trouvant que Rome était 
une ville où l'on pouvait satisfaire commodément 
et impunément les vices. Enfin les spectacles fré- 
quents, les amis, les parents qu'on y avait, les 
gains, les fortunes que l'on y faisait, tout concour- 
rait à attirer une foule d'étrangers à Rome qui 
fournissait également des appas pour les vertus et 
pour les vices. Athénée donne la même idée du 
concours des étrangers dans Rome et quoique l'un 
et l'autre de ces auteurs écrivissent sous les 
empereurs, lorsque l'Afrique, l'Asie, la Gaule et 
l'Espagne soumises paraissaient concourir à l'envi 



— 327 — 

à l'agrandissement de la capitale, on sait cepen- 
dant que sous la république cette affluence était 
très grande puisque dans des temps de disette, 
les tribuns du peuple furent forcés de faire sortir 
les étrangers faute de vivres. De là la nécessité 
d'établir à côté du préteur urbain, ayant juridic- 
tion sur les citoyens, un nouveau préteur chargé 
déjuger les litiges entre étrangers. 

C'est ainsi que Pomponius Sextus {de origine 
juris) nous rend raison de l'institution de ce magis- 
trat : Creatiis est propter magnam peregrinorum 
lurbani ut inter eos jus diceret quum uvhanus 
utrisque satisfacere non possit. La création du 
praetor peregriiwrum date de l'an 242 avant Jésus- 
Christ. Ce magistrat avait-il, comme le préteur 
urbain, le droit de faire des édits? 

Théophile, professeur de droit à Constantinople 
et collaborateur de Tribonien, résoud affirmative- 
ment la question dans ses institutions : Datum est 
jus legis ferendae praecipue urhanOj iieregrino et 
aedilibus idque jus honorarium est dictum. D'où l'on 
peut conclure que le nom d'honoraire était donné 
à ce droit en considération des magistrats curules, 
qui en étaient les auteurs, à la différence des lois 
qui émanaient du peuple. 

Quelles étaient les personnes relevant de ce tri- 
bunal? 

En étaient justiciables non seulement les étran- 
gers, mais aussi les citoyens dans leurs différends 
avec les étrangers. Deux passages de Tite Live 
ne laissent aucun doute à cet égard : Romae juri 
dicundo iirbana sors Pomponio, inter cives et père- 



— 328 - 

grinos P. Furio Philo evenit et ailleurs : Pt^aetores 
deinde provmcias sortiti sunt , L. Apidius Sidla uvba- 
nam jio^isdictionem, M. Acilius Glabrio inter cives 
et peregrinos. Un citoyen et un étranger qui avaient 
un différend ensemble le vidaient donc devant le 
tribunal du préteur des étrangers ^ . 

Le mot peregrinus désigne une personne étran- 
gère et qui n'était pas citoyen romain. Mais en ce 
sens ce n'était pas un terme des premiers temps de 
la langue latine. Dans le principe les étrangers 
étaient qualifiés dliostes et telle était la désigna- 
tion qui leur appliquait la loi des XII tables : Adver- 
sus hostem aeterna auctoritas^ . 

Varron et Cicéron en parlant des mots dont la 
signification avait changé, citent l'exemple (Thoslis. 
Midta verba, dit Varron, aliud nunc ostendwit, 
aliud ante significabant id hostis, nam tiim eo verbo 
dicebant peregrinum, qui suis legibus lUeretur, nunc 
dicwit eum, que^n dicebant perduellem et dans les 
offices de Cicéron on voit qaliostis apud majores 
nostros is dicebatur quetn nunc peregrinum dicimus. 

Les étrangers se divisaient en trois catégories : 

1. Les uns étaient étrangers de fait et de droit, 
c'est-à-dire qu'ils n'étaient pas sujets de la répu- 
blique, étant nés hors de sa domination; 

2. D'autres étaient seulement étrangers de droit 
et non de fait, c'est-à-dire qu'ils étaient considérés 



^ D'après le chanoine de Guasco, le tribunal du préteur des 
étrangers se trouvait au Mont-Esquilin dans le même prétoire où 
le préteur urbain tenait ses audiences. 

' Le mot auctoritas signifie ici le droit de revendiquer ce qu'on 
prétend être illégitimement possédé par autrui. 



— 329 — 

comme tels par la loi, quoique de fait ils fussent 
nés à Rome de parents étrangers et qui n'avaient 
pas acquis le droit de bourgeoisie romaine; 

3. La troisième espèce d'étrangers l'étaient de 
fait, mais non de droit, parce que quoique nés 
étrangers, ils étaient devenus citoyens et traités 
comme tels par les lois. 

Ils est hors de doute que les deux premières 
catégories étaient du ressort du préteur des étran- 
gers, tandis que la troisième relevait du tribunal 
du préteur urbain ' . 

Pouvait-on introduire au tribunal du préteur des 
étrangers les actions que l'on appelait légales? 

Pour réj)ondre à cette question il faut remonter 
jusqu'à l'origine de la jurisprudence romaine et 
avoir une notion précise de ce qu'on entendait par 
lege agere et legis actiones. 

Voici en quels termes le chanoine de Guasco 
donne la solution de cette difficulté : 

Après que les lois des Xll tables avaient été 
composées et publiées, le droit des citoyens se 
trouva à la vérité fixé, mais on ignorait encore le 
moyen de le faire valoir en cas de dispute. On 
chercha donc à donner de l'activité aux lois au 
moyen de certaines formules, qui devaient accom- 
pagner les contrats et les actions qu'on intenterait 

1 A Rome les deux premières catégories d'étrangers étaient frap- 
pées des incapacités suivantes : 

1. Il étaient privés de l'héritage et des legs de leurs parents deve- 
nus citoyens romains. 

2. Ils n'avaient pas la faculté de faire des acquisitions dans le 
territoire de Rome. 

3 . Ils ne pouvaient pas se marier à des filles de citoyens. 



— 330 - 

en cas de dispute, formules qui ne fussent point 
arbitraires; des jurisconsultes furent chargés de 
trouver ces formules et de les fixer et on leur 
donna le titre d'actions légales et solennelles. Les 
formules d'actions furent accompagnées de celles 
de la diction par lesquelles les contrats devaient 
être exprimés pour être obligatoires. Les Romains 
encore grossiers attachèrent bientôt de la super- 
stition à ces formules, et les jurisconsultes, qui 
ordinairement étaient de l'ordre des prêtres, trou- 
vant de l'intérêt dans cette superstition populaire, 
la fortifièrent afin de tenir dans leur dépendance 
les citoyens obligés de recourir à eux comme on le 
voit dans Cicéron . Il ne fut donc plus permis de 
contracter ou d'agir en justice si l'on n'avait au- 
paravant l'avis de ces jurisconsultes entre les mains 
desquels était la science soit des jours fastes ou 
néfastes, soit des actions légales qui regardaient 
tant les juges dans la manière de porter les juge- 
ments que les parties dans celle de les poursuivre. 
Cicéron fait un petit détail de ces formalités qui 
furent dans la suite recueillies et publiés par pique 
par le scribe Flavius et qui ont formé ce qu'on 
appelle le Jus flavianum. 

Les actions légales se rapportaient à certains 
chefs sur lesquels les lois des XII tables avaient 
statué tels qu'étaient l'émancipation, la manumis- 
sion des esclaves, les successions, les adoptions, 
les tuteurs et actions qui pour être valides ne pou- 
vaient être faites qu'en certains jours et suivant 
les formules prescrites, comme elles ne pouvaient- 
être poursuivies en justice qu'en ces mêmes jours 



— 331 — 

et suivant certaines formalités. Lege agere par* 
conséquent n'était autre chose que de contracter et 
de plaider suivant les formes prescrites à Fégard 
de certaines matières. Mais, attendu que les lois 
des XII tables n'avaient point pourvu à tous les 
intérêts, qui aura'ent pu survenir entre les citoyens 
et qu'elles avaient encore moins fait de disposi- 
tions pour pourvoir à ceux des étrangers, de plus 
comme ces lois dans la suite étaient devenues 
obscures, les préteurs durent suppléer à tous ces 
défauts par leurs édits, dont nous avons parlé plus 
haut, regardant tant les matières que les formes 
dans leurs jugements, comme il est dit dans le 
Digeste. De là est venu la différence des deux 
expressions Lege agere ^ qui était agir suivant les 
dispositions des lois, et Jure agere ^ qui était agir 
conformément à ce qui était prescrit par les édits 
postérieurs aux lois. 

Or, comme le préteur des étrangers avait la 
surintendance des causes des étrangers, au sujet 
desquelles les lois n'avaient pas pu statuer, il est 
vrai de dire qu'à son tribunal il ne devait point y 
avoir des actions légales, Lege non agehatur^ mais 
comme il ne devait pas moins se présenter à ce 
tribunal des intérêts de même nature que ceux des 
citoyens à régler, des prétentions à discuter, des 
doutes à résoudre, des points de droit à décider, 
des achats, des successions à payer, on ne peut 
douter que tout cela n'exigeât des formalités et 
des formules, soit que les causes fussent en pre- 
mière instance, soit qu'elles vinssent en appella- 
tion des provinces, car les formalités n'ont pas été 



~ 332 — 

inventées à plaisir dans la jurisprudence, elles 
émanaient nécessairement de la nature même des 
intérêts et des disputes, pour la sûreté de la justice 
et comme des barrières contre la mauvaise foi, la 
chicane des plaideurs et le despotisme des juges. 
C'est à ces formalités qu'avaient pourvu les édits 
des préteurs et, dans ce cas, s'il est vrai qu'il n'y 
avait point d'actions légales au tribunal des étran- 
gers, il n'est pas moins sûr qu'il y avait des actions 
juridiques ou actions prétoriennes, Jure agehatur^ 
parce qu'on y observait les dispositions des édits 
qui formaient le droit honoraire, lequel statuait 
tant sur les personnes que sur les choses et la 
manière de procéder en justice. 



IV. 



Trois conditions étaient requises pour arriver 
à l'une ou Tautre des deux prétures : 1° l'âge ; 
2" la consultation des auspices; 3" le sort. 

1" L'âge. Il y a dissentiment à ce sujet entre les 
savants qui ont traité des institutions romaines. 
Les uns prétendent que la loi l'avait fixé à 40 ans, 
les autres à 30. 

2" La consultation des auspices. C'était une 
maxime chez les Eomains que les personnes desti- 
nées au gouvernement et à l'administration de la 
justice devaient être d'abord choisies par les dieux, 
dont les auspices, selon eux, manifestaient la 
volonté. 

3" Le sort qui devait décider entre les candidats, 



— 333 — 

désignes pour lapréture, quel serait leur départe- 
ment à regard de ces deux magistratures'. 

De même lorsqu'on créa des préteurs provin- 
ciaux, ce fut par le sort qu'on choisissait les pro- 
vinces dans lesquelles on les enverrait. 

En 227, après la soumission de la Sardaigne et 
de la Sicile, le nombre de préteurs est porté à 4; 
en 197, après la conquête des deux Espagnes à 6. 
Depuis lors un senatusconsulte annuel arrête les 
départements prétoriens, à savoir deux provinces 
urbaines, la sors lu^bana et la sors peregrina. Et 
depuis 227, 2 ou 3, depuis 197, 4 ou 5 provinces 
extra urbaines. A la suite de la Lex Cornelia de 81 , 
le nombre de préteurs est porté à 8. Ils restent 
tous à Rome pendant l'année de leur charge et ils 
se répartissent par sortitio la juridiction urbaine, 
pérégrine et la présidence des qusestiones perpe- 
tuae déterminées par un senatusconsulte annuel. 
Ensuite par une seconde sortitio, ils se partagent 
les provinces extra italiques ordinaires, détermi- 
nées par le Sénat, qu'ils gouvernent pro consule 
pendant Tannée qui suit leur préture. La Lex 
Pompeia de 52 introduisit un intervalle quinquen- 
nal entre la préture et le gouvernement de la pro- 
vince prétorienne. Sous la dictature de César, le 
nombre des préteurs avait été porté de 8 à 10, 14 
et même IG. Sous Auguste le nombre fut d'abord 



i Quoique la voie du sort fût celle dont on se servait pour décider 
du département des préteurs, cette règle n'était pas toujours reli- 
gieusement observée et à l'abri des coups de main. Ce fut surtout à 
l'époque oii la liberté commence à souffrir quelqu'ëchec, comme sous 
la dictature de César, que l'on en tint peu compte. Celui qui avait 
l'autorité en main disposait souvent des places à son gré. 



— 334 — 

de 11, ensuite de 12. Ce fut le nombre normal sous 
Tibère, sous les empereurs suivants, il fut de 14, 
15, 16, 18. 

Le préteur, qui obtenait un département mili- 
taire italique, commandait dans la région, qui lui 
était assignée, l'armée que le Sénat lui avait attri- 
buée, mais en restant toujours sous la subordina- 
tion des consuls, à qui incombait la direction 
suprême de toutes les forces de la république. 

Ovide, dans ses Fastes (L. 1, 51, 52), semble 
affirmer la prééminence du préteur urbain sur le 
préteur des étrangers et le qualifie de préteur 
vénéré : 

Nam simul exta Deo data sunt, licet omnîa fari, 
Verbaque honoratus libéra liraetor habef. 

Cette prééminence était du reste basée sur plu- 
sieurs titres : 

1" L'ancienneté de la charge; 

2" La qualité ou la condition des personnes, qui 
relevaient de son tribunal; on regardait comme 
bien plus honorable d'être le juge des citoyens 
que de l'être des étrangers. 

3 " La plus grande étendue de la juridiction dans 
la ville, les étrangers étant toujours inférieurs en 
nombre aux citoyens. 

4^' Le préteur urbain était regardé comme le 
dépositaire, le gardien et le premier interprête 
des lois romaines. 

La nature de ces deux charges exigeait des per 
sonnes différentes pour les remplir. Cependant il 
arrivait qu'on les réunissait sur la même tête, soit 



— 335 -- 

jjar la nécessité des circonstances, soit par un effet 
de la violence de ceux qui occupaient le pouvoir. 
Tite Live nous apprend qu'en Fan 540 de Rome, 
G. Corn. Sylla était à la fois préteur urbain et 
préteur des étrangers. 

Ils jouissaient Tun et l'autre de certaines dis- 
tinctions communes, inhérentes à la dignité curule. 

1 . Ils portaient la toge sénatoriale ; 

2. Ils prononçaient leurs jugements assis sur la 
chaise curule ; 

3. Ils avaient tous les deux des licteurs; les 
haches et les faisceaux devant leur tribunal. 

Il y a divergence d'opinions en ce qui concerne 
le nombre de licteurs attribués à Rome aux pré- 
teurs : six d'après les uns et selon d'autres deux 
seulement. Et peut être, dit le chanoine de Guasco, 
les deux opinions sont-elles fondées : Il paraît, 
en effet, que le nombre des licteurs destinés au 
service des préteurs était de six, puisqu'un pareil 
nombre fut depuis assigné aux préteurs envoyés 
en province, mais qu'il n'y en avait que deux à la 
fois en service actuel et journalier, de sorte qu'ils 
se relevaient successivement ' . 

Les affaires criminelles telles que le péculat, les 
concussions, le vénéfice, l'homicide, les faux, etc. 
n'étaient pas de sa compétence, elle se bornait 
aux affaires civiles et ce champ était du reste assez 



i Mispoulet enseigne que les préteui's n'avaient que deux licteurs 
a Rome, mais que les préteurs en province en avaient six. Mommsen 
avance que les préteurs, qui avaient six licteurs à Rome, étaient 
destinés au service des provinces. Celte explication n'est pas accep- 
table dit Mispoulet. 



— 336 — 

vaste; si l'une des parties est l'État, l'affaire n'est 
plus du ressort civil ordinaire, mais de la juri- 
diction administrative. Le magistrat n'est plus le 
préteur, mais le censeur, du moins en principe, 
car entre l'intervalle des censures, la juridiction 
revient par intérim aux consuls et au préteur. 
La juridiction de ce magistrat s'étendait sur toute 
l'Italie. Cependant dans chaque colonie ou muni- 
cipe elle appartient aussi aux magistrats juri di- 
ciindo. Par conséquent tout citoj^en avait la faculté 
de porter le litige, soit devant le magistrat muni- 
cipal, soit devant le préteur romain. 

Pendant les jours néfastes l'exercice des tribu- 
naux était sus]Dendu, c'est ce qu'Ovide (Fastes 1 , 47) 
exprime dans le vers suivant : 

Ille nefastus erît ^jcr qiiem tria verha sUentur. 

et ces trois termes qu'il s'abstient de formuler sont 
ceux de do, dico, addico, qui caractérisent les 
diverses fonctions du préteur. Ce magistrat pro- 
nonçait l'envoi en possession, soit d'après les lois, 
soit d'après son édit, qui avait force de loi, il 
nommait des arbitres, décidait la réintégration 
d'un citoyen dans le patrimoine, d'où il- avait 
été évincé, etc. Toutes ces attributions étaient 
résumées dans ce seul mot : do. Dico exprimait 
que le préteur nommait les tuteurs d'après la loi 
Attilia, fixait les fériés, prononçait les interdic- 
tions, etc.; enfin c'était lui qui adjugeait dans les 
aliénations de biens, il sanctionnait les adoptions, 
régularisait les émancipations, ce qu'exprimait 
addico. 



— 337 — 

Dans le principe la juridiction criminelle était 
dévolue au peuple dans ses comices. Il eut ses 
fiscaux dits quaesitores pour instruire les causes et 
lui en faire le rapport. Le peuple, sur ces. infor- 
mations, en jugeait dans l'assemblée publique. 
Dans la suite le nombre des délits ayant aug- 
menté d'une manière notable, on crut que le mode 
d'instruire et de juger les procès était de nature 
à fomenter les crimes et à faciliter l'évasion des 
coupables, aussi le peuple se détermina à renoncer 
à sa juridiction. Elle fut déférée à des jurys 
sjiéciaux (quaesliones extraordinariae) qui ne tar- 
dèrent pas à devenir des tribunaux permanents 
{qitaestiones perpetuae). La première qitaestio per- 
2)etua fut instituée pour juger les crimes de 
concussion en 149 avant J.-C. par la loi Calpurnia 
de pecu7iiis repetimdis. On en créa ensuite pour 
juger les assassinats et les empoisonnements 
{qiiaestio de Sicariis et des Vene fiais). Mais ce fut 
surtout Sylla qui développa le système. Il créa 
des tribunaux pour la plupart des crimes. Chaque 
quaestio perpétua était instituée par une loi spé- 
ciale qui organisait son personnel et déterminait 
sa compétence. A partir de Sylla, la présidence 
en principe appartient toujours à un préteur, 
mais comme deux préteurs (le praetor urbanus et 
le praetor peregrinus) sur huit devaient se consa- 
crer à la justice civile, les six autres ne suffisaient 
pas pour présider toutes les quaestiones, on com- 
plétait le nombre nécessaire des présidents par 
des judices quaestionum. 

Mais si l'administration de la justice civile était 

22 



— 338 — 

la principale fonction du préteur Urbain et du 
préteur des étrangers, ils avaient encore d'autres 
attributions : 

1. En l'absence des consuls, ils pouvaient exercer 
à Rome les fonctions consulaires, Yimpeinum, sauf, 
dit Morlot, pour les élections et les lois centu- 
riates. 

2. Ils pouvaient requérir l'armée, si elle était 
nécessaire pour le maintien du bon ordre, surtout 
quand les comices étaient réunis. Et c'était le seul 
cas où ils agissaient d'office à la tête des soldats. 
Ils ne pouvaient commander la milice qu'en vertu 
d'une délégation particulière. On en voit deux 
exemples dans Salluste. L'un lorsqu'on ordonna à 
G. Pompeius Rufus et à G. Metellus Celer de ras- 
sembler la troupe pour s'opposer aux armes de 
Catilina; l'autre où Cicéron, en vertu de sa puis- 
sance consulaire, requit les deux préteurs de se 
mettre à la tête de détachements pour occuper le 
passage du pont Milvius à l'effet d'arrêter les 
rebelles. 

3. En temps de guerre, on conférait au préteur 
Urbain, outre la garde de la ville, le soin de lever 
les légions urbaines et de les commander, telle est 
lopinion de Niebliur. 

4. Il y avait à Rome et dans les autres villes de 
l'Italie des lieux tolérés où l'on vendait la jouis- 
sance de l'amour ou plutôt du libertinage. Mais 
avant de pouvoir se livrer aux plaisirs publics, 
les courtisanes devaient obtenir l'autorisation du 
préteur urbain et lui faire leur déclaration. C'est ce 
que l'on appelait jo/'o/è55«o, de là le nom àQjJ/'ofessae 



— 339 — 

donné aux prostituées. Elles étaient sous la haute 
surveillance de ce magistrat. Il leur était défendu 
d'exercer leur métier avant la neuvième heure du 
jour, qui était l'heure à laquelle les honnêtes 
femmes se renfermaient chez elles ; elles devaient 
habiter les faubourgs, derrière les anciens murs 
de la ville ' . 

C'est là que la nuit venue, se rendait l'Impéra- 
trice Messaline, sous le nom de Ijjcisca, suivie 
d'une seule confidente, qui selon Pline l'ancien 
(Historia naturalis VII) était l'une des plus fa- 
meuses courtisanes de Rome et il ajoute qu'elle 
l'emportait souvent sur sa maîtresse. 

Avec cette véhémence et cette verve, qui lui ont 
valu le titre de prince des satiriques latins, Juvénal 
flétrit les débauches de la femme de Claude ^ Il 



* Pétrone, dans son Satyricon,et Martial dans ses épigrammes,nous 
ont laissé une description assez détaillée de leurs demeures. Elles 
étaient distribuées en plusieurs corridors, où l'on marchait entre deux 
rangs de cellules, sur les portes desquelles étaient tracés les noms des 
femmes qui les habitaient ainsi que le prix auquel on avait mis la 
possession de leurs charmes. Ces lieux étaient sous la direction d'un 
homme appelé Leno. C'est lui qui mettait un prix à la prostitution 
des femmes dont il trafiquait. 

2 Claudius audi 

Quae tulerit. Dormire virum quum sensei-at uxor, 
Ausa Palatine tegetem praeferre cubili, 
Sumere nocturnes meretrix augusta cucullos, 
Linquebat, comité ancilla non amplius una. 
Et nigrum flavo crinem abscondente galero 
Intravit calidum veteri centone lupanar. 
Et cellam vacuam atque suam, tune nuda papillis 
Prostitit auratis, titulum mentita Lyciscae, 
Ostenditque tuum, generose Britannice, ventrem. 
Excepit blanda intrantes atque aéra poposcit 
Et resupina jacens, multorum absorbuit ictus. 
Mox, lenone suas jam dimittente puellas, 



— 340 — 

nous la montre réclamant le salaire de ses com- 
plaisances, se ravalant an niveau des plus viles 
Plirjnées et plutôt fatiguée qu'assouvie, ne quittant 



Tristis abit : sed quod potiiit. tamen ultima cellam 
Clausit, adhuc agidae, ridigae tentigine vulvae, 
Et lassata viris, sed non satiata, recessit 
Obscuris que genis turpis, fiiraoque lucernae 
Faeda, lupanaris tulit ad pulvinar odorem. 

(Juvenal. Satire Vï. Mulieres, V, 115-132). 
Cet admirable épisode a été imité par Thomas dans les vers qui 
smvent, et dont quelques-uns sont assez heureux; toutefois le style, 
en généra], n'est pas à la hauteur de son modèle. On y rencontre aussi 
des expressions impropres, telle : que sur lit effronté. 

Quand de Claude assoupi la nuit ferme les yeux, 

D'un obscur vêtement sa femme enveloppée. 

Seule avec une esclave et dans l'ombre échappée, 

Préfère à ce palais tout plein de ses ayeux, 

Des plus viles phrynées le repaire odieux. 

Pour y mieux avilir le sang qu'elle profane, 

Elle emprunte à dessein un nom de courtisane, 

Son nom est Lycisca. Ces exécrables murs 

La lampe suspendue à leurs dômes obscurs. 

Des plus affreux plaisirs la trace encore récente. 

Rien ne peut i-éprimer l'ardeur qui la tourmente, 

Qn lit dur et grossier charme plus ses regards 

Que l'oreiller de pourpre oîi dorment les Césars. 

Tous ceux que dans cet antre appelle la nuit sombre. 

Son regard les invite et n'en craint pas le nombre ; 

Son sein nu, haletant, qu'entoure un réseau d'or. 

Les défie et triomphe et les défie encor. 

C'est là que dévouée a d'infâmes caresses. 

Des muletiers de Rome épuisant les tendresses, 

EUe étale à leurs yeux sur un lit effronté, 

Noble Britannicus, les flancs qui t'ont porté. 

L'aurore enfin paraît et sa main adultère 

Des faveurs de la nuit réclame le salaire. 

Elle quitte à regret ses immondes parvis. 

Ses sens sont fatigués, mais non assouvis, 

Elle rentre au palais, hideuse, échevelée. 

Elle rentre, et l'odeur autour d'elle exhalée 

Va sous le dais sacré du lit des empereurs 

Révéler de sa nuit les lubriques fureurs. 



— 341 — 

sa loge qu'après le départ de toutes les prostituées 
congédiées par le maître du lieu {leno) '. 

Sous l'Empire, les préteurs conservent toute 
leur compétence civile; en dehors des préteurs 
urbain et pérégrin un certain nombre d'entre eux 
sont pourvus de compétences spéciales. C'est ainsi 
que nous trouvons unpraetor hastarius, chargé de 
présider le tribunal des centumvirs et qui dispa- 
raît avec ce tribunal; un praetor fideicommissarius 
qui connaît des procès relatifs aux fideicommis; 
un p)^'<^^iov fîscalis chargé des différends entre 
le fisc et les citoyens ; un praelor de liberalibus 
causis, statuant dans les affaires qui concernent 
l'état des personnes; un 2^^'^6lor tiUelaris, à qui 
incombe la nomination des tuteurs datifs. 

Enfin ce sont des préteurs qui président les 
quaestiones perpeluae jusqu'à leur disparition au 
IIP siècle. 

Outre leurs fonctions judiciaires, les préteurs 
avaient encore sous l'Empire des attributions 
administrative s . 

1 . Ils ont la garde du trésor public (aerarium) 
de 23 avant notre ère à 44 après Jésus-Christ ; 

2. L'administration d'un certain nombre des 
XIV régions de Rome, concurremment avec les 
Tribuns ; 

3. Enfin ils ont Torganisation des fêtes publiques 
(ludi publici) qui fut enlevée aux Ediles par 
Auguste. 



^ Juvénal n'a pas exagéré les désordres de Messaline et Tacite n'en 
dit pas moins : Jam Mesmlina facilitate adulteriorum in fastidium 
versa, ad incognitas libidines proftuebat. (Ann. XI, 26). 



- 342 — 



L'Empire absorba peu à peu les pouvoirs de 
tous les magistrats. Avec Tédit de Caracalla, qui 
étend le droit de cité à tous les sujets de TEmpire, 
le préteur pérégrin perd toute sa raison d'être et 
se trouve sur le même pied que le préteur urbain. 
L'un et l'autre perdent toute compétence à l'époque 
de Dioclétien. Les autres préteurs voient succes- 
sivement passer leurs attributions aux fonction- 
naires impériaux et, en dehors des préteurs de 
liheralibus causis et tutelares, qui conservent leur 
compétence, à la fin du IIP siècle, les jjréteurs 
n'ont x^lus aucune juridiction, et la préture devient 
une charge purement honorifique. 

Il y avait encore à Rome au siècle dernier un 
vestige en quelque sorte de la préture des étran- 
gers. En temps de jubilé, alors que le concours 
des pèlerins était considérable, le pape établissait 
un magistrat pour juger les difî'érends qui pou- 
vaient surgir entre les citoyens romains et les 

étrangers. 

J. Peoost, 

Archiviste -adjoint honoraire du Royaume. 



— 343 — 



LA 

BELGIQUE MONASTIQUE 

sous L'ANCIEN RÉGIME \ 



Répertoire Historico-Bibliographique 

DE TOUS 

LES MONASTÈRES AYANT EXISTÉ EN BELGIQUE 

AVANT LE XIXe SIÈCLE. 
.^^ 



Anderlecht (lat. Andei^lacum, Anderlechtum, prov. Anderlechl. 
Brabant), 

Impk. : A. Wautees, Histoire des environs de Bruxelles, 
I, pp. 35 suiv. — Van Gestel, Hist. sac. et prof, 
archiepisc. Mechlin., II, pp. 54-55. — Le Roy, Le Grand 
Théâtre sacré du duché de Brabant, t. I, 2® partie, 
pp. 307-308. 

Béguines. Le béguinage fut fondé en 1250 (var. 1252) 
par Guillaume, doyen d'Anderleclit, et transformé 
depuis en hospice pour pauvres vieilles femmes. 

Impr. : A. Wauters, ouv. cité, I, p. 68. — Henné et 
Wautees, Histoire de la ville de Bruxelles, III, p. 632. 

1 Suite. — Voir Messager des Sciences, 4® livraison 1893, p. 457. 



— 344 — 

Anderledlt, — Mir^us, Op. dlpl., éd. Foppens, v. la table à la fin 

(Suite.) du t. II, i. V. Begginagium. — J. G. a Kyckel, Vtta 

s. Beggœ,]).200. — A. Wauters, Tabh chronol. des 
chartes et dipl. inipr., t. V, v. la table des noms de 
lieux, i. V. Anderlecht. 

Chartreux v. Anderlecht : Sclieut. 

Ermitage. Ce bâtiment était adossé d'ancienne date à 
l'église d'Anderlecht ; il existait déjà en 1 880 et était 
habité à cette époque par une recluse. 

Impe. : Analectes pour servir, etc., V, p. 206. 

Minimes, admis le 20 juin 1617. Couvent fondé en 
1618, par François de Lorraine, duc d'Aumale et sa 
femme Marie d'Elbeuf. Exempts de l'ordinaire. 
Couvent supprimé détinitivement le V novembre 
1796. 

Impb. : Analectes p>our servir, etc., XII, p. 134. — Henné 
et Wauters, Histoire de la ville de Bruxelles, III, 
pp. 632-653. — A. Rayssius, Hierogaz. Belg. (1628), 
pp. 355-356. 

Mss. : Quelques archives parmi celles des couvents sup- 
primées, dans les cartons du gouvernement général, 
aux archives du royaume à Bruxelles, entre autres, 
un état des biens en 1786 et l'affiche de la mise en 
vente sous la République française. 

Scheut (var. Sehute, Ten Scheute, Scheutveld , lat. 
Vallis Gratiœ, Nostra Domina de Gratia). Couvent 
de Chartreux fondé en 1455 à côté de la chapelle de 
Notre-Dame de Grâce à Scheut, grâce aux libéralités 
du Magistrat et des habitants de Bruxelles, qui le 
dotèrent de l'habitation des Frères-Sachets et de 
ladite chapelle de Scheut. Les premiers religieux 
vinrent de Hérinnes-lez-Enghien, Les religieux s'oc- 



— 345 — 

cupaieiit des travaux de reliure, de la transcription 
et de l'ornementation des manuscrits. Le couvent 
fut pillé et détruit en 1580, à rexception de la cha- 
pelle, qui subsiste encore. En 1588, la Chartreuse de 
Scheut fut transférée en la ville de Bruxelles, où elle 
prit le nom de domus B. Mariœ de Gratia. — V. 
pour la suite, Bruxelles : Chartreux. 

Impk. : A. Wauters, Hifit. des environs de Bruxelles, I, 
pp. 36 (sources y citées à la note 4) et suiv. .51-54. — 
PiNCHART, Archives des Arts, I, 97 (scribes), 288, H, 
192-200 (reliure, transcription de mss.), 111, 265-266. — 
Analectes pour servir, etc., IV, pp. 87-122. — Vue 
gravée de la chapelle, vers 1824, dans le Recueil de 
De Jonghe (impr. 11, 7004 à la Bibliothèque royale 
de Bruxelles). — Wichmans, Brabantia Mariana, 
pp. 321-325, 943-944. — Sanderus, Chronographia 
sacra Brabantiœ : cœnohiographia carthusiœ Bruxel- 
lensis quœ oh'm Nostrœ Dominœ de Gratia in Scheut 
vocata fuit. Bruxelles, 1659 (avec une gravure repré- 
sentant la Chartreuse de Bruxelles), et 2^ édit. (1727), 
t. 11, pp. 349-370 (avec une autre gravure de la même 
Chartreuse). — Mir^us, O/j. dipl., éd. Foppens, v. à 
la fin des tomes II, 111 et IV la table i. v. Carthusia et 
Bruxellensis. — Henné et Wauters, Histoire de 
Bruxelles, I, pp. 251-52, 254-56, 504, El, pp. 633-34. — 
HiRSCHiNG, Closter-Lexicon (1792), p. 590. — Mir^us, 
Orig. cartus. (1609), pp. 31-32. — Précis historiques, 
2« série, t. V (1876), pp. 3-53-65, t. XIV (1885), p. 23. — 
A. Rayssius, Hierogaz. Bel g. (1628), p. 469. — Bull, 
hibliophile belge, l'' série, t. 111 (1846), p. 111. — 
Schayes, Hist. archit. Belg., 111, p. 217. — Raissius, 
Origines cartusiarum Belgi (1632), pp. 108-121. — 
G. Vallier, Sigillographie de l'ordre des Char- 
treux, etc. Montreuil-sur-Mer 1891, p. 443. — Schayes, 
Mém. archit. ogîv. dans Mémoires couronnées de 
l'Académie royale de Belgigue, m-A°, XIV, 2^ partie 
(1841), p. 13.5. 



— 346 — 

Anderlechl. Mss. : Origosive exordium monasterii Nostrœ Dominœ 

(Suite.) de Gratta, ordinis Carthusianoncm juxta Bruxellam, 

in Schufe (par Adrien DuUaert, secrétaire de la ville 
de Bruxelles, au XV^ siècle), aux archives de la ville 
de Bruxelles, publié dans les Analectespour servir, etc., 
IV, pp. 87-122. — Deux cartulaires des Chartreux de 
Scheut, aux archives du royaume à Bruxelles. — Origo 
monasterii Nostrœ Dominœ de Gratia Carthusia- 
norum juxta Bruxellas et Historié van het clooster 
van de Chartroesen tôt Scheut hij Brussel geadmitteert 
inde selve stadt in 't jaer 1454, dans le Fonds Gérard, 
à la Bibliothèque royale de La Haye. 
Les mss. 201-203, 209, 298-306, 899-901, 1954, 2581-89, 
3442, 3885-86, 4674 (catalogus bibliothecœ), 5764, 6523, 
7043-48, 10858, 11616, 11929-30, 15072, 15846, à la 
Bibliothèque ro^'ale de Bruxelles, concernent les Char- 
treux de Scheut ou de Bruxelles ou en proviennent. 

Andee^ (Mons sancti — ) v. Chercq : Chartreux. 
Andrimont. Andrimokt (prov. de Liège). 

biPR. : J. S. Renier, Histoire d' Andrimont-lez-Vervîers 
et de l'ancienne commune des Croisiers y annexée. 
Verviers, 1886, pp. 235-283. 

Brossy (Ermitage et chapelle de Sainte- Appoline en — ), 
érigé en 1659 par Thomas de Bilstein, curé de Ver- 
viers, et appelé d'abord la Chapelle du Pasteur. Il 
était habité par un ermite, qui portait le costume de 
Tordre des Carmes, sauf le manteau blanc, et se 
coifîait d'un tricorne. 11 avait pour charge de porter 
la croix dans les cérémonies religieuses chez les 
Carmes de Verviers et dans la commune d'Andrimont. 
L'ermitage subsista jusqu'à la fin du XVIIP siècle. 

Chantoire (La — ). Chapelle dédiée à sainte Anne et 
desservie dès le XIIL siècle, paraît-il, par deux 
Croisiers qui y auraient été établis dans un ermi- 



— 347 — 

tage contigu à cet oratoire. L'ermitage habité depuis Andrimonl. 
par des ermites subsista encore à la fin du XVIIP (Suite.) 
siècle. Ces ermites portaient l'iiabit brun de l'ordre 
des Récollets, mais sans le cai)uchon, et de plus un 
chapeau qui fut longtemps le tricorne. 

Impb. : P. Stephani, Mémoire pour servir à l'histoire 
monastique du pays de Liège, I, pp. 154-155. 

Hombiet (Ermitage de — ), fondé vers 1686. Une cha- 
pelle y était annexée. Il subsista jusqu'à la fin du 
XVIIP siècle. 

Angia V. Enghien. 
Angee (prov. de Hainaut). 

Léproserie, dont on ignore les dates de fondation et 
d'extinction. 

Impr. : Annales du cercle archéologique de Mons, t. XII, 
p. 479. 

Annevoie V. Roiiillon-soiis-Annevoie. 

Anseghem (prov. de la Flaudre occidentale). Anseghem. 

Templiers, remplacés à leur suppression par des Hos- 
pitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. On ignore la 
date de fondation de la maison. Elle dépendait pri- 
mitivement du Temple de Saint- Léger (de la baillie 
de Hautavesnes) près Tournai ; mais, au XVP siècle 
(1565?), elle fut incorporée à la nouvelle comman- 
derie de Caestre près Hazebrouck (France). Une 
chapelle y était annexée; celle-ci et la maison 
n'existaient plus à la fin du XVP siècle. En 1778, il 
y restait encore une petite censé. 

Impr. : Mannier, Ordre de Malte, p. 704. — Léop. 
Devillers, Invent, anal yt. des archives des comman- 



— 348 — 
Alisegliem. derles belges de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, 

(Suite.) p. XXI. 

Mss. : Renseignements aux archives de l'Etat à Mons 
(v. Devillees, ouvrage cité, p. XXI et cpr. lyassini, 
pp. 205-210), et aux archives nationales à Paris (cpr. 
Bulletin de la commission royale d'histoire, A:" série, 
t. II, pp. 163-164) notamment dans le Livre vert 
(s. 5543). 

Antheit V. Val-Notre-Dame. 
Anloiiig. Antoing (lat. Antonia, prov. de Hainaut). 

Impe. : HovEELANT DE Beauwelaere, Essai chronolo- 
gique pour servir à l'histoire de Tournai. Table des 
matières, i. v. Antoing (t. 103). 

Chapitre de Notre-Dame. D'abord probablement église 
dédiée à Notre-Dame, fondée, d'après la tradition, 
vers 632, par saint Amand, à laquelle était annexée 
une cella (mentionnée en 868), c'est-à-dire un petit 
monastère de femmes, dépendant de Tabbaye de 
Lobbes. Les religieuses y auraient été remplacées 
vers 959 par un chapitre, présidé par un prévôt, 
dignité qui appartenait à l'abbé de Lobbes. 

Impe. : Léop. Devillees, Notice sur un cartulaire et sur 
les archives du chapitre d' Antoing dans les Annales 
du cercle archéologique de Mons, t. IX, pp. 103-144, 
297-320 (cpr. sources y citées). — Bull, des Commis- 
sions roy. d'art et d'archéologie, t. t. VII, p. 165 (art. 
de M. Ch. Piot). — Bull, de la Société hist. et litt. de 
Tournai, t. XIII, p. 146 (art. de Renler Chalon). — 
J. B. B(éthune), Notice sur l'église de Saint-Pierre à 
Antoing, l'ancien chapitre Notre-Dame, Gand, 1870, 
dans le 7« Bulletin de la Gilde de St-Thomas et St-Luc. 

— Hoverlakt de Beauwelaeee, Essai cité, t. C, 
pp. 140-150; Momimenta Germaniœ, servit, V^ ,'^.^\. 

— A. Wautees, Table chronol. des chartes et dipl. 



— 349 — 

impr., t. III, V. la table des noms des lieux, i. v. Anloill"' 
Antoing. — Ph. Brasseur, Orig. cœn. Hann. (1650), (Suite.) 

p. 470. — DuviviER, Recherches sur le Hainmit 
ancien, p. 21. — Cpr. Revue trimestrielle, 1854, pp. 172- 
183 (art. de M. Duvivier). 

Mss. : Cartulaire et quelques archives, aux archives de 
l'État à Mons. 

Charité (Sœurs de — ) de Saint-François de Sales. 
Couvent fondé en 1733. donnant l'instruction aux 
jeunes filles. C'était une maison filiale du couvent 
de Leuze. Supprimées en 1795. 

Impr. : Hoverlant de Beauwelaere, Essai aiié, t. XXXI, 
pp. 49-53. — Annales du Cercle archéologique de Mons, 
t. IX, pp. 108, 317-320 (art. de M. Léop. Devillers).— 
Précis historiques (1887), pp. 74-7 (art. de M. E. Mat- 
thieu). — Mémoires et publications de la Société des 
sciences du Hainaut (1887), pp. 347-8, 358-4 (art. de 
L. A. J. Petit). 

Mss. : Archives, aux archives de l'État à Mons. 

Ermitage de Notre- Dame- au- Bois, au hameau de 
Géronde, avec une chapelle, hâtis en 1435, aban- 
donnés en 1740, à cause du froid rigoureux. 

Impk. : Hoverlant de Beauwelaere, Essai cité, t. CIII, 
p. 76. — Annales du Cercle archéologique de Mons, 
t. IX. p. 108. 

Hospitalières (Sœurs — ), desservaient THôpital Saint- 
Nicolas, fondé le 27 février 1440 pour les pèlerins, 
par Jean de Val du Bois, écuyer, maître d'hôtel du 
seigneur d'Antoing, et par dame Vitasse Bouleughe, 
sa femme. 

Impr. : Annales du Cercle archéologique de Mons, t. IX, 
pp. 316-317. 



Qr, 



50 — 

Antveepia ) 

Antweepen, Antweepia [ V. Anvers. 
Aktwoef ) 

Anvers. Akvers (lat. Antverpia, Antwer2na, flam. Ani- 
werpen, anc. Aniivorf) prov. d'Anvers. 

Impk. : L. ToRFS, Kloosierwezen in Antiverpen dans les 
Annales de l'Académie d'archéologie de Belgique, 
t. XXVI, pp. 315-383, et Institutions de bienfaisance, 
hospices, hôpitaux et orphelinats. Fondations parti- 
culières créées à Anvers jusqu'à la fin du XVII<^ siècle 
dans les mêmes Annales, t. XXVI, pp. 204-220. — 
MEKTENsetToRFS, Geschiedenis van Aniwerpen sedert 
de stichting der stad tôt onze tijden. Antwerpen, 1845 
1853. — DiEKCXENS, Antverpia Christo nascens et 
crescens. Antv. 1773, 7 vol. v. la table à la fin de 
chaque volume. — Le Roy, Notifia Marchionatus 
Sacri liomani Imperii, hoc est urhis et agri Ant- 
verpiensis. Amstelodami, 1670, pp. 33-53. — San- 
DERUS, Chorographia sacra Brabantiœ {P" édit., les 
2 vol, ou 2" édit., les 3 vol.). — Le Roy, Le Grand 
Théâtre sacré du duché de Brabant, t. II. P^ partie, 
pp. 92-152. — Tnscrijjtions funérailles et monumen- 
tales de la province d'Anvers. Arrondissem. d'Anvers, 
tomes IV, V et VI (sources manuscrites citées). — ■ 
Papebrochius, Annules Antverpienses, édit. Mertens 
et BusciiMANN, 1845-48, 5 yol.jxissim. — Gallia chris- 
tiana, V, col. 125-126. — Hirschino, Closter-Lexicon 
(1792), pp. 148-155. — Éd. Terwecoren, Destruction 
des couvents d'Anvers sous Joseph II dans les Précis 
historiques (1858), pp. 90-93, 114-18. — A. Mir^us, 
Vriginum monasficarum libri, IV (1620), passim. — 
FoppENS, Hisfvria episcojjatus Antverpiensis, 1717 
(exemplaire interfolié, annoté et complété, à la Biblio- 
thèque royale à Bruxelles, nombreuses gravures), 
pp. 146-151, 174-179, 183-199. — C. Scribanius, Orig. 
Antverpiensium (1610), pp. 90-111. — De Ram, Synopsis 
actorum ecclesiœ Antrerpiensis, 1856 (Publication de 
la Commission royale d'histoire), pp. 195-244. 



— 351 — 

Mss. : Un grand nombre de manuscrits embrassant Anvers, 
l'histoire générale d'Anvers, se trouvent à la Biblio- (Suite.) 

thèque royale de Bruxelles; quelques épitaphes de 
couvents dans le manuscrit 19726 au même dépôt. 

Histoire des abbayes et couvents d'hommes et de 
femmes qui étaient ci-devant dans la ville d'Anvers. 
Ms. moderne dans le Fonds Gérard, à la Bibliothèque 
royale de la Haye. 

Les épitaphes recueillies par Christ. Butkens dans les 
églises et monastères d'Anvers, au British Muséum à 
Londres, add. ms. 12449. — Dessins de ligures dans 
les églises d'Anvers, ibid. add. ms. 6728, fol. 240. 

Les archives de la ville d'Anvers possèdent quelques 
documents concernant les anciens couvents de cette 
ville, à l'exception des suivants : refuges d'Afflighem 
et de Baudeloo, Brigittines anglaises, Riches-Claires, 
Hôpitaux de Saint-Jacques, de Saint-Jean et de Saint- 
Julien, Infirmerie de Klapdorp, Luythagen, MaroUes, 
Onzer-Vrouwen-Couvent , Pitzenbourg, refuges de 
Saint-Bernard et de Tongerloo et Waelwyck. 

Aelmoesenhins. v. Onzer-Vrouwen-Couvent et Saint- 
Sauveur. 

Afpighem (Refuge de Tabbaye cl'—). D'abord probable- 
ment prieuré de Saint-Maur (lat. cella s. Mauri) 
dépendant d'Afflighem, devenu vraisemblablement 
un refuge de cette abbaye vers 1290, sous le nom de 
Het Hof vcm A ffUghem ; iwi aliéné le 10 juin 15S0. 

Impe. : Le Roy, Notifia Marchionattis, S. R. T., p. 48. — 
Le Roy, Le Grand Théâtre sacré du duché de Bra- 
haut, t. Il, 1" partie, p. 118. 

Bibliothèque royale de Bruxelles, ms. 22451, p. 511. 

Agnietenïr. Agniètes. v. Onzer-Vrouwen-Couvent. 

Albœ sorores. v. Blanches (Sœurs — ) 

Alexiens ou Cellites (flam. Cellebroeders, Lollaerds^ 



^ Selon quelques historiens, les Lollards appartenaient à un ordi'e 
différent de celui des Alexiens. 



— 352 — 

Anvers. Mattemannen, Alexianen, lat. Cellitœ ou CelUtes). 

(Suite.) Avant 1845 ils n'avaient pas de résidence iixe à 

Anvers ; Henri Suderman leur en donna une vers 
cette époque. Leur institution en cette ville fut 
contirmée par une bulle du 2 décembre 1377. Une 
autre bulle du 3 janvier 1458 leur permit de faire 
les vœux solennels. Ils furent d'abord soumis au 
prieur des Carmes de Malines, mais, en 1472, 
Sixte IV les soumit à un visiteur général. Ils 
soignaient les malades et ensevelirent les morts. 
Leur patron était saint Antoine. Supprimés le 
17 janvier 1797- Établissement vendu le 4 mai 1799. 

Impe. : Analectes pour servir., etc., t. I, p. 107, t. IX, 
p. 462, t. XV, p. 385. — Mebtens en Torfs, Verhande- 
ling over h et klooster der Alexianen, gezegd Celle- 
broeders le Antiverpen dans les Inscriptions funé- 
raires, etc. d' Anvers, t. IV, l''" partie, pp. CVII-CXI 
(liste de quelques religieux, ihid., pp. 301-303). 

Mss. : Etat des biens en 1787, aux archives du royaume 

à Bruxelles. 
Bibliothèque royale de Bruxelles, ms. 22451, pp. 292-294. 

Annonciades. Les premières religieuses sont venues 
de Louvain en 1G08, mais leur couvent ne fut com- 
mencé qu'en l(il4. Elles étaient sous la juridiction 
du provincial des Récollets. Supprimées en juin 1783. 

Impe. : Annales de l'Académie d'archéologie de Belgique, 
t. XXVII, p. 470. — Calendarium et liste des religieuses 
à la suite de l'épitaphier dans les Inscriptions funé- 
raires, etc. d'Anvers, t. VI, pp. 59-67. — Sandeeus, 
Chronographicc sacra Brahantiœ, 2^ édition, t. III, 
pp. 218-219. — Messager des sciences, etc., Gand, 1881, 
p. 456. — Analectes jjour servir, etc., 1, p. 107. 

Mss. : Nécrologe, documents divers dans les cartons du 
gouvernement général, dans les registres et cartons 



— 353 — 

du Comité de la Caisse de religion, entre autres, inven- Anvers, 
taire des biens et revenus du couvent, inventaire des (Suite.) 
ornements d'église, catalogue de la bibliothèque (1784) 
vendue en mai 1785 pour 76 Ib. 4 s. 5 d., aux archives 
du royaume à Bruxelles. 
Bibliothèque royale de Bruxelles, ms. 22451, p. 336. 

Apostolines. Congrégation de filles dévotes ^ fondée 
en 1680 par Agnès Baliques, et suivie de deux autres 
fondations semblables. On y donnait Finstruction 
aux petits enfants, et on leur apprenait aussi les 
travaux manuels. Ces religieuses eurent jusqu'à 
quatre maisons à Anvers : deux en subsistaient 
encore en 1775. La communauté fut supprimée le 
17 février 1798. 

Mss. : Etat des biens en 1787, aux archives du royaume 
à Bruxelles. 

Augiistins. D'abord ermites de Saint-Augustin, delà 
congrégation Saxonne, venus d'Enkhuizen en 1511, 
admis définitivement par le chapitre de Notre-Dame 
le 20 juillet 1514. Le couvent fut fermé le 6 octobre 
1522 (var. 1528) et les religieux exécutés ou dispersés 
pour cause d'hérésie luthérienne. La chapelle dédiée 
à la Sainte-Trinité fut donnée à la nouvelle paroisse 
de Saint- André. — Le 3 ou le 15 décembre 1607 
furent admis les Augustins de V Observance, qui y 
reçurent une maison le 3 avril 1608 : ils ont en- 
seigné les humanités depuis le 30 septembre 1608 
(var. 1607) jusqu'à la fin du XVIIP siècle, furent 
supprimés en 1797, et leur couvent vendu le 18 avril 
1797 pour 107,009 francs. 



* Bien qu'ayant une règle, cette congrégation n'appartenait à aucun 
ordre religieux proprement dit. 

23 



— 354 — 

Anvers. Impr. : Annales de VAcad. d'arch., t. 27, pp. 462-463. — 

(Syjfg N A. De Decker, Les Augustins d'Anvers et la Réforme 

dans le Messager des sciences, etc., Gand, 1883, pp. 373- 
388. — Sanderus, Chorograjjhia ... cœnohli Antver- 
piensis ordinis PP. Eremitarum S. Augustini, 1727 
(avec vue) dans la 2« édition de la Chorographia 
sacra Bi-ahantiœ du même auteur, t. II, pp. 199-221. — 
Analectes 2}0ur servir, etc., I, p. 106, IX, p. 461. — 
P. Génard, Verhandel ing over hef Augustijnenklooster 
te Antwerpen dans les Inscriptions funéraires, etc. 
d'Anvers, t. IV, 1" partie, pp. ci-cvi (Nécrologe, liste 
des religieux et des prieurs, ihid., pp. 256-60, 272-80). 
— Der actus uund hendlmig der dégradation und ver- 
prenung der christlichen dreyen riiter und meHerer 
Augustiner ordens geschehen zu Brussel. Anno 
MDXXIIJ. — Analectes pour servir, etc., I, p. 106 ; 
IX, p. 461. — Bull, hihliop»}}. belge, !■■« série, t. III 
(1846), p. 124. 

JVIss. : État des biens en 1787, aux archives du royaume 

à Bruxelles. 
Ces religieux possédaient une bibliothèque qui passa, à 

leur suppression, à la bibliothèque de l'Ecole centrale. 
Notes relatives à l'église des Augustins, etc., au British 

Muséum à Londres, add. niss., 5803, fol. 96; 5744, fol. 

51 ; 6759, fol. 75; 6769, fol. 179, 247. 
Bibl. royale de Bruxelles, ms. 22451, pp. 161, 265-270. 

Baudeloo. Cette abbaye avait à Anvers un refuge appelé 

het Ho f van Baudeloo. 
Beggaerden, fr. Beggards ou Bogards. v. Bogards. 
Béguines de la Montagne de Sion (flam. Berg-Sion, 

Hof-Syon., lat. Curtis-Syon)^ existaient déjà à Anvers 

en 1240. Expulsées sous la République française. 

Le béguinage fut vendu en l'an VIII. Cpr. Inlirmerie 

de Klapdorp. 

Impr. : Analectes pour servir, etc., I, p. 108, IX, p. 464, 
XV, p. 383. — MiR^us, Op. dipl., éd. Foppens, v. la 



— 355 — 

table à la fin du t. II, i. v. Begginagium. — .1. G. a Anvei'S. 
Ryckel, Vifa s. Begc/ie, pp. 173, 567. — Nécrologe et (Suite.) 
liste des curés dans les Inscriptions funéraires, etc. 
d'Anvers, t. V, pp. 481-498. — A. Wauteks, Table 
chronol. des chartes et dipl. impr., t. V. v. la table des 
noms de lieux i. v. Anvers. — J. F. Willems, Hist. 
onderzoek naer den oorspronçi ... der openbare j)Iaetsen 
van Antiverpen (1828), 103, n" 283. — P. Coens, Disq. 
de orig. hegUn. (1629), pp. 27, 32-33. 

Mss. : Plan de l'église, au British Muséum à Londres, 

add. ms., 6759, fol. 124. 
Bibl. royale de Bruxelles, ms. 22451, pp. 295-305. 

Bekeerde zondaressen. v. Blanches (sœurs — ). 

Bethléem (Het stalleken van — ). v. Grises (sœurs — ), 

Biezelingen. v. Victorines. 

Blanches (sœurs — ) (flain. Witte zusters, lat. Albœ 
sorores ou Dominée), primitivement appelées Repen- 
ties ou Pénitentes de Scdnte-Marie-Madeleine (flam. 
Bekeerde zondaressen, lat. Pœnitentes, Conversce 
soi^ores), suivaient la règle de Saint- Augustin et 
avaient pour patronne sainte Marie-Madeleine. De 
là leur nom vulgaire de Madelonettes, flam. Magda- 
lenanonnen. Couvent fondé en l'honneur de la Sainte- 
Croix le 20 juin 1312, réformé en 146S avecla stricte 
clôture, et encore en 1551. Les religieuses furent 
expulsées en juin 1783 et le couvent vendu le 18 mai 
1799 pour 641,000 francs. 

Impk. : Annales de l'Acad. d'archéol. de Belgique, t. 27, 
p. 470. — Analectes pour servir, etc., I, p. 107; IX, 
p. 462; XV, p. 381. — Génabd, Verhandeling over 
het Klooster van het H. Kruis, gezegd van Ste-Maria- 
Magdalena of der Witzusters dans les Inscriptions 
funéraires, etc. d'Anvers, t. IV, Impartie, pp. clxxiu- 
ccn, 463-80, 541-44. — A. Wauteks, Table chronol. 
des chartes et dip>l. hn}^-., t. VIII, v. la table des 
noms de lieux i. v. Anvers. 



— 356 — 

Anvers. Mss. : Documents dans les cartons du gouvernement 

(Suite.) général, dans les registres et cartons du Comité de la 

Caisse de religion, entre autres, inventaires des biens 
et revenus du couvent, des ornements d'église, etc., 
aux archives du royaume à Bruxelles. La bibliothèque 
fut vendue en mai 1785 pour 17 Ib. 10 s. 
Bibliothèque royale de Bruxelles, ms. 22451, pp. 325-327). 

Boyards ou Beggards (flam. Beggaerdenbroeders, Peni- 
tentiebroeders der Derde or de van sint Franciscus, 
lat. Fratres ds pœnitentia), fondés probablement 
vers 1128, paraissent avoir vécu d'abord sans règle 
et s'être occupés de tissage. En 1290 ils admirent la 
règle du Tiers-ordre de Saint-François, qui leur fut 
prescrite par le pape Nicolas IV. En 1416, ils adhé- 
rèrent au chapitre de Zepperen et furent autorisés 
en 1476 à administrer les sacrements, mais ils n'au- 
raient abandonné le tissage qu'en 1511, pour se pré- 
parer à la prêtrise. Ils prétendaient être exempts de 
l'ordinaire. Leur église était dédiée à saint Jean- 
Baptiste, Couvent supprimé en 1797. 

Impe. : Analectes pour servir, etc., I, p. 107; IX, p. 460; 
XV, p. 385. — Le Roy, Le Grand Théâtre sacré, etc., 
t. II, l"^"^ partie, p. 114. — Deux calendaria et un 
obituaire à la suite de l'épitaphier dans les Inscrip- 
tions funéraires, etc. d'Anvers, t. VI, pp. 18-38. — 
A. Wauteks, TaMe chronologique des chartes et dipl. 
impr., t. VI, V. la table des noms de lieux i. v. Anvers. 

Mss. : Etat des biens en 1787, deux nécrologes, aux 
archives du royaume à Bruxelles, — Bibliothèque 
royale de Bruxelles, ms. 22451, pp. 271-274. 

Ils avaient une bibliothèque dès le milieu du XVI^ siècle : 
des manuscrits en provenant se trouvent à Cheltenham 
en Angleterre {Forma investiendi fratres tertii ordinis 
S. Francisci in Antverpia, XV* siècle ; ms. Ph. 2297), 
aux archives du royaume à Bruxelles, notamment 



— 357 — 

Modus et forma vivendi sive régula fratrum et soro- Anvci'S. 
rum tertil ordinis S. Francisci in Antverpia, ab a" 1548 (Suite.) 

(col°" cartul. et mss. 757"= cpr. 757^). 

Brigittines anglaises de Sion-House, chassées d'Angle- 
terre en 1547, réfugiées d'abord à Termonde, eurent 
seulement à Anvers un séjour passager, de 1550 à 
1556 (1557?), dans une aile du couvent des Faucons. 
Rappelées en Angleterre en 1556 par la reine Marie, 
elles en furent de nouveau expulsées en 1559 par la 
reine Elisabeth, et se fixèrent d'abord à Hemstede ' 
en Zélande, puis, en 1568, à Mishagen sous Eeckeren. 
— V. pour la suite, Eeckeren : Mishagen, 

Impr. : Analectes pour servir, etc., III, p. 284-285. — 
MiR^us, Op. dipl., éd. Foppens, v. à la fin du t. III, la 
table i. v. Brigittinae. — Le Roy, Le Grand Théâtre 
sacré, etc., t. Il, 1" partie, p. 163. 

Mss. : Bibliothèque royale de Bruxelles, ms. 22451, 
p. 518. 

Capucmes, venues de Bourbourg (France) en 1644. 
Leur église était dédiée à l'Immaculée Conception. 
Elles étaient soumises à l'ordinaire et furent suppri- 
mées définitivement en 1796. Bâtiments non vendus. 

Impr. : Annales de l'Académie d' Archéologie de Belgique, 
t. 27, p. 470. — Liste des religieuses à la suite de 
l'épitaphier dans les Inscriptions funéraires, etc. 
d'Anvers, t. VI, pp. 85-91. — Stichting van het 
Iclooster der Capucienerssen te Antwerpen. Antwerpen, 
BuscHMANN, 1869, in-8°. 

Mss. : État des biens en 1787 et inventaire des biens et 
revenus dans les cartons du Comité de la Caisse de 
religion, aux archives du royaume à Bruxelles. 

* Pas à Termonde. 



— 358 — 

Anvers. Bibliothèque royale de Bruxelles, ms. 22451, p. 345. 

(Suite.) Obituaire au couvent moderne à Anvers. 

Capucms, arrivés en 1585, reçurent l'année suivante du 
prince Alexandre Farnèse l'emplacement nécessaire 
à leur couvent. Leur église était dédiée à saint 
Antoine. Supprimés en 17'J6; le couvent fut vendu 
le 4 décembre 1797. 

Imp. : Analectes pour servir, etc., I, p. 107; IX, p. 460; 
XV, p. 385. — Annales de VAcad. d'archéologie de 
Belgique, t. XXVII, p. 464. — Wichmans, Brahantia 
Mariana, pp. 889-93. 

Mss. : Bibliothèque royale de Bruxelles, ms. 22451, 
pp. 281-282. 

Carmelieten. v. Carmes chaussés. 

Carmélites déchaussées (ou Thérésiennes) anglaises 
(flam. Engelsche Karmelietersen of Theresianen) arri- 
vées d'Angleterre en 1619, n'admirent que des reli- 
gieuses anglaises. Elles étaient soumises à l'ordinaire 
et furent expulsées en juin 1783. Rentrées en Angle- 
terre en 1794 : leur couvent fut vendu en 1798. 

Impk. : Annales de l'Académie d'archéol. de Belgique, 
t. 27, p. 470. — Bulletins de la Commission royale 
d'histoire, 8« série, VIII, p. 74. 

Mss. : Eequéte au pape Benoît XIII (1724), au British 

Muséum à Londres, add. jus. 20313, fol. 207. 
Bibliothèque royale de Bruxelles, ms. 22451, p. 338» 

Carmélites déchaussées (ou Thérésiennes) espagnoles 
(flam. Spaansche Theresianen)., venues de j\Ions en 
161 1, admises Tannée suivante. Eglise dédiée à saint 
Joseph. Les religieuses furent expulsées définitive- 
ment le 15 décembre 1796, et leur couvent vendu 
en 1797. 



— 359 — 

Impk. : Analectes pou?' servir, etc., I, p. 108. — Fonda- Alivers. 
tions et nécrologe historique, dans les Inscriptions (Suite.) 
funéraires, etc. d'Anvers, t. V. pp. 390-391, 403-404. 

Mss. : Catalogue de la bibliothèque (a" 1784) vendue en 
mai 1785 pour 68 Ib. 4 d., affiche de la mise en vente 
du couvent sous la République française, documents 
divers dans les cartons du gouvernement général, 
dans les registres et cartons du Comité de la Caisse 
de religion, entre autres, inventaire des ornements 
d'église, etc., aux archives du royaume à Bruxelles. 

Bibliothèque royale de Bruxelles, ms. 22451, p. 337. 

Carmes chaussés ou Grands Carmes (flam. Lieve- 
Vromvbroeders, Karmelieten), venus de Malines, se 
fixèrent à Anvers comme terminaires en 1404 ou 
vers 1408, furent autorisés par une bulle pontificale 
du 22 décembre 1485 à y ériger un couvent, ce qui 
ne fut admis par les autorités locales qu'en 1494. 
Le 5 mars 1638, ils adoptèrent la règle réformée du 
couvent de Turin. Couvent dédié à TAnnonciation, 
supprimé définitivement le 28 novembre 1795 et 
vendu en 1797. 

Impb. : Analectes pour servir., etc., IX, p. 461; XV, 
p. 384, — Liste des prieurs, nécrologe historique, 
dans les Inscriptions funéraires, etc. d'Anvers, t. V, 
pp. 339-357, 545. — Sanderus, ChronograpMa sacra 
Carmeli Aniverpiensis traducis ex Mechliniensi, 
Bruxelles 1661 (vue du couvent) dans la Chronogra- 
phia sacra Brahantiœ du même auteur (cpr. 2^ édit. 
t. II, pp. 245-274). — Bull, hibliopili. belge, l^e série, 
t. m (1846), p. 121. 

Mss. : Etat des biens en 1787, aux archives du royaume 
à Bruxelles. — Monumenta Carmeli Aniverpiensis ad 
Meram... a° 1708, et Tabula fundationum Carmeli 
Aiifverpiensis .... a° 1694, à la Bibliothèque des mss. 
des RR. PP. Bollandistes à Bruxelles. 

Bibliothèque royale de Bruxelles, ms. 22451, pp. 260-264. 



— 3G0 — 

Anvers. Carmes déchaussés (flam. Discalsen), arrivés dès 1611, 

(Suite.) ne furent légalement autorisés à ériger un couvent 

que le 14 mai 1618, ce qui ne fut exécuté qu'en 1627. 

Supprimés en 1796. Bâtiments non vendus. 

Impr. : Nécrologe historique, dans les Inscriptions funé- 
raires, etc. d'Anvers, t. V, pp. 377-383. 

Mss. : État des biens en 1787, aux archives du royaume 

à Bruxelles. 
Bibliothèque royale de Bruxelles, ms. 17648, fol. 62; 

22451, pp. 283-284. 

Cella S. Mauri. v. Anvers : Afflighem et Saint-Maur. 
Cellehroeders, franc. Cellites. v. Alexiens. 
Cellezusters l v. Grises (sœurs — ) et Noires 

Cellites (soeurs — ) ) (sœurs — ). 

! Façons. 
Oostmael. 
Victorines . 
Waelwyck . 
Chartreux (tiam. S. Cathelynen-klooster of huis, Char- 
troisen op het Kiel, fr. Sainte-Catherine-au-Mont- 
Sinaï, lat. Carthusia Kilœ, Carthusia sanctœ Catha- 
rinœ de monte Sinaï; depuis 1632, Domus S. Sophiœ), 
venus probablement d'Hérinnes-lez-Enghien, vers 
1320, avaient déjà une église au Kiel à Anvers en 
1324. Ils s'occupèrent à copier les trésors littéraires, 
à défricher les bruyères, à améliorer l'agriculture, 
acquirent la seigneurie du Kiel et le droit de pro- 
priété sur les alluvions de lEscaut. Le couvent ayant 
été détruit en 1542 par Martin van Rossem, ils furent 
obligés de vendre à la ville la seigneurie du Kiel 
et de transférer leur communauté à Lierre en 1543 
ou 1544, tout en se réservant à Anvers un refuge 
dit S. Cathelynenhuis. En 1621 ou 1624 vinrent 



■ — 361 — 

s'établir dans ce refuge les Chartreux chassés de Anvers. 
Vucht près Bois-le-Duc (Hollande), et ceux-ci y (*^""«) 
bâtirent un nouveau couvent à partir de 1634. Église 
dédiée à sainte Sophie. Supprimés définitivement 
sous la République française; couvent vendu en 1798. 

Impr. : Anmdes de l'Académie d'archéologie de Belgique, 
t. XXVII, p. 470. — MiR^us, Op. dipl, éd. Foppens, 
V. la table à la fin du t. III, i. v. Antverpia. — Nécrologe 
des bienfaiteurs, prieurs, dans les Inscriptions funé- 
raires, etc. d'Anvers, t. V, pp. 526-529. — Précis 
historiques, 2« série, XIV (1885), pp. 18, 21. — Fop- 
pens, Hist. ejjisc. Silvœducensis (1721), pp, 273-280 . — 
Bulletin de la Commission royale d'histoire, 4^ série, 
t. IV, p. 187. — DoBLANDUS, Chron. cartus. (1608) 
pp. 372-74. — Raissius, Orig. cartus. Belg. (1632) 
pp. 167-69. — G. Vallieb, Sigillographie de l'ordre 
des Chartreux, etc. Montreuil-sur-Mer, 1891. pp. 308, 
421. 

Mss. : Catalogue de la bibliothèque (a" 1784) vendue le 
2 mai 1785, pour 700 livres, affiche de la mise en 
vente du couvent sous la République française, docu- 
ments divers dans les cartons du gouvernement géné- 
ral, dans les registres et cartons du Comité de la 
Caisse de religion, entre autres, inventaires des biens 
et revenus du couvent, des ornements d'église, etc., 
aux archives du royaume à Bruxelles. 

L'historien Kluit a acquis, en vente publique, des 
diplômes, des cartulaires et autres actes importants, 
provenant de ce couvent. 

Bibliothèque royale de Bruxelles, ms. 22451, pp. 169, 
285-291. 

Claires (Pauvres — ), Clarisses puis Colettines. Abbaye 
autorisée par une bulle du 7 juin 1455, à la condition 
que les religieuses fussent soumises au provincial 
des Frères-Mineurs à Cologne. Les premières vinrent 
de Trêves en 1461. Couvent supprimé en juin 1783. 



— 302 — 

Anvers. Impe. : Annales de l'Académie d'archéologie de Belgique, 

(Suite.) t. XXVII, p. 470. — Analectes pour servir, etc., I, 

p. 107, lX,p. 464; XV, p. 384. — Liste des religieuses a 
la suite de l'épitaphier dans les Inscriptions funé- 
raires, etc. d'Anvers, t. VI, pp. 115-123. — Sandebus, 
Chorographia sacra Brahantiœ, 2^ éd., III, p. 218. 

Mss. : Catalogue de la bibliothèque (a» 1784) vendue en 
mai 1785 pour 23 Ib. 6 s. 8 d., documents divers 
dans les cartons du gouvernement général, dans les 
registres et cartons du Comité de la Caisse de religion, 
entre autres, inventaires des biens et revenus du 
couvent, des ornements d'église, etc., aux archives du 
royaume à Bruxelles. 

Obituaire, au couvent moderne des Pauvres-Claires à 
Anvers. 

Bibliothèque royale de Bruxelles, ms. 12451, p. 330. 

Claires (Riches — ) ou Urbanistes^ ou Rëcollectines, 
du tiers-ordre de Saint-François : dénominations 
diverses données aux religieuses de Onzer- Vrouioen 
couvent, v. ce mot. 

Clapdorp. v. Infirmerie de Klapdorp. 

Colettines. v. Claires (Pauvres — ). 

Conversœ sorores . v. Blanches (sœurs — ). 

Cordeliers. v. Mineurs (Frères — ). 

Dambrugge (Lazareth de — ). v. Léproserie. 

Derde Orde (Nonnen der — ). v. Anvers : Luythagen et 
Onzer-Vrouwen couvent. 

Derde Orde (Penitentiebroeders der — ). v. Bogards. 

Discalsen, v. Carmes déchaussés. 

Dominicaines (flam. Predikheerinnen), arrivées de 
Tamise le 18 avril 1G21. D'abord simple résidence, 
érigée en prieuré le 31 mars 1625 par l'évêque 
d'Anvers. Les religieuses admirent, le 24 mai 1626, 
la stricte clôture. Leur chapelle était dédiée à sainte 
Catherine de Sienne. Dans l'origine soumises à 



— 363 — 

Tordinaire, elles furent placées en 1635 sous la juri- Anvers, 
diction du provincial des Dominicains. Expulsées (Suite.) 
en juin 1783. 

Impr. : Annales de l'Académie d'archéologie de Belgique, 
t. 27, p. 470. — PiNCUART, Archives des arts, etc., I, 
pp. 218-219. — B. De Jonche, Belg. Domin. (1719), 
pp. 256-61, 427. 

Mss. : Catalogue de la bibliothèque (a» 1784) vendue en 
mai 1785 pour 29 Ib. 10 s. 5 d., documents divers 
dans les cartons du gouvernement général, dans les 
registres et cartons du Comité de la caisse de religion, 
entre autres, inventaires des biens et revenus du 
couvent, des ornements d'églises, etc., aux archives du 
royaume à Bruxelles. 

Bibliothèque royale de Bruxelles, ms. 22451, pp. 340-341. 

Dominicains ou Jacobins (flam. Predikheeren). Les pre- 
miers vinrent de Louvain en 1241, furent admis en 
1243, réformés en 1500. Ils enseignèrent les huma- 
nités de 1605 à 1648. Expulsés le 19 décembre 1796. 

Impr. : Analectes pour servir, etc., 1, pp. 105-106; IX, 
p. 461 ; XV. p. 384. — Mir^us, Ojk dipl., éd. Fop- 
PENS, V. à la fin du t. 11, la table i. v. Dominicani, et à 
la fin du t. 111, la table i. v. Antverpia. — Vue du 
couvent dans Le Roy, Le Grand Théâtre sacré, etc., 
t. II, 1''® partie, p. 116. — Nécrologe et obituaire dans 
les Inscriptions funéraires, etc. d'Anvers, t. V, pp. 125- 
136. — Bulletin de la Commission royale d'histoire, 
3® série, VIII, p. 120. — A. Wauters, Tahle chronol. 
des chartes et dipl. impr., t. IV et V, v. la table des 
noms des lieux i. v. Anvers. — Sandeeus, Conventus 
PP. Prœdicatorum Antverpiœ, 1661 (avec une gravure 
du couvent) dans la Chorographia sacra Brabantice 
du même auteur (cpr. 2* édit., t. III, pp. 1-6). — 
Messager des sciences, etc., Gand, 1856, pp. 196-97. — 
Bull, bibliophile belge, 1" série, t. III, p. 117. — Wich- 



— 864 — 

Anvers. mans, Bmlantia Martana, pp. 914-15. — Annales de 

(Suite.) r Académie d'archéologie, t. XVI, pp. 223-29; XXVII, 

pp. 450-51. — Chk. Butkens, Troj)}}. Brabant., 2«éd., 
1. 1 (1724), pp. 238, 253.— B. De Jonche, Belg. Domin. 
(1719), pp. 200-255, grav., 424-27. — A. Rayssius, 
Hierogaz. Belg. (1628), pp. 189-90. — Revue catholique, 
4« série, I (1858), pp. 185-87. — Schayes, Uist. arch. 
Belg., m, pp. 232-38 ; Mémo-ires archit. ogiv. dans 
Mémoires couronnés de l'Académie royale de Belgique, 
in-4», XIV, 2« partie (1841), pp. 166-67. 

Mss. : Etat des biens en 1787, aux archives du royaume 

à Bruxelles. 
Le couvent possédait une bibliothèque dès 1272; a la 

suppression du monastère, elle passa à la bibliothèque 

de l'Ecole centrale. 
Un ms. provenant de ce couvent se trouve aux archives 

de l'église Saint-Paul à Anvers. 
Dessin d'un monument dans l'église des Dominicains 

d'Anvers, au British Muséum à Londres, add. ms. 

6729, fol. 19. 
Bibliothèque royale de Bruxelles, mss. 17648, fol. 62 

22451, pp. 245-252. 

Henei Hosdey. 
(A suivre.) 



— 365 — 



VARIETES, 



Installation d'un Président du Conseil de Flandre. 
— Curieux incident. — Autrefois tout était, en notre 
bonne ville de Gand, prétexte à cortège et à cavalcade. 
Nous en avons déjà donné plus d'un exemple. En voici 
encore un que nous fournit l'installation, en 1772, du 
conseiller d'état Louis de Keerle en qualité de président 
du Conseil de Flandre. 

Les détails de la cérémonie et la corapositiou du cortège 
nous sont fournis par un Jaarhoek manuscrit allant des 
années 1770 à 1787 ', et par les procès-verbaux des délibé- 
rations du Conseil de Flandre (folio 134 v"). 

Le cortège était ouvert par le timbalier et les six trom- 
pettes de la ville précédés du trompette-major tous à che- 
val, que suivait la musique d'un des régiments autrichiens 
en garnison à Gand. 

Devant la voiture du président caracolaient les treize 
huissiers du Conseil, aile de deiirioaerders van den hove 
tepeerde. L'un d'eux portait la masse, mg< de masse vooren 
uyt. 

Selon l'ancien usage, les membres de la corporation des 
bouchers et ceux de la corporation des poissonniers, à 

i De notre collection. 



— 366 — 

cheval et revêtus de leur costume des grandes cérémonies, 
escortaient et suivaient la voiture du nouveau président. 
Ce costume de gala consistait en un habit vert pour les 
bouchers et bleu pour les poissonniers, avec doublure et 
revers rouges, un gilet rouge à galons d'or, une culotte 
jaune et des bottes. Les chevaux étaient couverts de 
housses en drap rouge avec des broderies en or. 

Ce cortège alla ])rendre le président chez lui le 7 dé- 
cembre 1772 entre huit et neuf heures du matin. Le pré- 
sident demeurait rue de la Croix. Nous ne croyons pas nous 
tromi)cr en disant que le cortège, au lieu de se rendre 
directement au château des comtes où siégeait le Conseil 
de Flandre, lit ce qu'on nommait à cette époque den grooten 
toer^ c'est-à-dire qu'il prit le chemin le plus long en pas- 
sant par la place de la Calandre, la rue aux Vaches, le 
marché aux Oiseaux, la place d'Armes, la rue du Soleil, la 
rue des Champs, le marché aux Grains, le marché aux 
Herbes, le pont de la Boucherie et la place Sainte-Pha- 
raïlde. 

A son arrivée au château des comtes, le président de 
Keerle fut reçu par deux greffiers qui le conduisirent 
dans la salle d'audience oii se trouvaient réunis tous les 
conseillers. Le conseiller Mercier prononça le discours de 
bienvenue et déclara le nouveau président installé dans 
ses fonctions. 

Après l'audience, entre midi et une heure, le même 
cortège reconduisit le président de Keerle jusqu'à sa de- 
meure. 

Ainsi qu'il était d'usage, gelyck in diergelycke occasien 
geplogen is geivorden, les maisons des conseillers, des gref- 
liers, des avocats, des procureurs, des huissiers, de tous 
ceux enfin qui, à un titre quelconque, étaient attachés au 
Conseil de Flandre, furent brillament illuminés pendant 
la soirée. Il en fut de même des maisons des bouchers et 



— 367 - 

des poissonniers, et de celles d'un grand nombre de parti- 
culiers. 

N'oublions pas de mentionner les salves d'artillerie et 
le feu d'artitice qui attirèrent une foule considérable, het 
schieten van het canon en van eene menigte vievpylen met 
grooten toeloop van volck. 

L'installation du premier magistrat judiciaire de la 
province donna lieu à un incident qui mérite d'être relaté. 

En 170G, lors de la nomination du président du Conseil 
de Flandre, Antoine Sersanders, qui avait été échevin de 
la Keure, ses anciens collègues nommèrent une députation 
qui alla lui porter les félicitations du collège. Les échevins 
de la Keure de 1772 décidèrent de faire la même chose 
pour le président de Keerle qui, avant d'aller à Bruxelles 
comme conseiller d'état, avait fait également partie de 
l'administration communale de la ville de Gand en qualité 
de conseiller-pensionnaire. 

Dans la séance du 7 décembre les échevins Amand 
Schoorman et Pierre vander Vaerent, et le conseiller- 
pensionnaire de Meyere furent désignés pour aller, au nom 
du collège, féliciter le nouveau président. 

Dès le lendemain la députation se rendit chez le pré- 
sident. Mais quelle ne fut pas la stupeur des deux échevins 
et du conseiller-pensionnaire quand le domestique qui les 
avait introduits, après avoir été prendre les ordres de son 
maître, vint leur répondre que celui-ci n'avait pas le temps 
de les recevoir. 

Voici en quels termes cet incident est relaté dans le 
registre des délibérations des échevins de la Keure : 

« Actum den 29 decemher 1772. 

« Ten voornoemde daeghe dedeyi d'heeren ghedeputeerde 
rapport dut sy in consequentie van de voorenstaende reso- 



— 368 — 

lutie op gisteren omirent den elf uren voor middagh hun 
hadden ghetransportcert ten huyze van den heer Président, 
ende aldaer binnen gheleedt synde in eene salette, hebben sy 
aen den domesticq aengheseyt dat sy ghedeputeerde waeren 
van de stad ende den domesticq danof rapport ghedaen 
hebbende is loederom ghecommen ende heeft aen hun ghe- 
seyt : Monsieur est occupé et n'a pas le tems de vous 
recevoir. Waerop den raedpensionnaris de Meyere seyde : 
Dites à Monsieur que nous sommes les députés du Magis- 
trat, waerop hy antwoorde : nous le scavons bien. 

« Waerop geleth is gheresolveert het voor seyde rapport te 
enregistreren ter resolutie Boecke. » 

On comprend facilement que les échevins ne se laissèrent 
pas traiter impunément d'une façon aussi grossière. Nous 
ignorons toutefois quelle suite fut donnée à cette affaire 
car nous n'en avons trouvé trace nulle part, ni aux archives 
communales, ni aux archives du Conseil de Flandre. 

Quels furent les mobiles qui engagèrent le président de 
Keerle à refuser de recevoir la députation que lui envoyait 
le collège des échevins, auquel il avait été attaché comme 
conseiller-pensionnaire? Etait-ce peut-être parce que celle-ci 
arrivait les mains vides, alors que dans une circonstance 
analogue, c'est-à-dire lors de Tinstallation en 1706 du 
président Sersanders, ancien échevin, le collège avait offert 
à celui-ci, outre ses félicitations, une pièce de vin de deux 
cents florins et un bassin en argent de cent livres? {Reso- 
lutieboeh; séance du 5 mars 1706; Stadsrekeningen, 1705- 
1706, f« 105). 

Le président de Keerle ancien fonctionnaire communal 
et complimenté comme tel, ne pouvait pas ignorer que le 
règlement de la ville de Gand du 5 novembre 1734 avait 
supprimé d'une façon absolue toute une catégorie de dé- 
penses, parmi lesquelles les gratifications et les cadeaux 



— 369 — 

accordés selon le bon plaisir des éclievins figuraient pour 
une large part. 

Le Conseil de Flandre se composait en 1772 de 
14 conseillers. Il y avait 152 avocats, 2G procureurs, 
13 huissiers et 12 messagers. 

La même famille fournissait parfois quatre avocats. 
Tel était le cas pour les familles Cardon et Goetlials. Le 
Wegioijzer donnait leur domicile en ajoutant aux noms 
des trois plus jeunes les (]ualifications de « den jongen, 
denjongsten, den alderjongsten. » 

Le Conseil siégeait tous les jours de 8 '/a heures du 
matin à midi et demi. Il était en vacances pendant le mois 
d'aoïit; il prenait également huit jours de vacances à la 
nouvelle année, à Pâques et à la Pentecôte. 

Après la suppression de Tordre des jésuites par le décret 
du 21 juillet 1773 du pape Clément XIV et l'attribution 
de leurs biens au gouvernement des Pays-Bas autrichiens, 
le Conseil de Flandre quitta le château des comtes et 
vint s'installer dans les bâtiments de la rue des Foulons, 
occupés aujourd'hui par une école communale. 

Le Wegwijzer de 1773 nous apprend que la ville de Gand 
comptait à cette époque 70,463 habitants. 

Pkosper Claeys. 



L'antisémitisme a Gand en 1800. — Pendant l'annexion 

de notre pays à la France, il arrivait fréquemment, à la fin 

du siècle dernier et au commencement,, du siècle actuel, 

que des personnes professant le culte Israélite fussent 

injuriées et même maltraitées dans les rues. 

Malgré les lois qui proclamaient la liberté absolue de 

24 



— 370 — 

conscience et la faculté pour tous les citoyens de professer 
le culte qu'ils préféraient, cet abus prit un tel caractère de 
gravité que les Juifs demeurant à Gand crurent néces- 
saire de demander la protection de l'autorité. Ils adres- 
sèrent au préfet du département de TEscaut, Faipoult, 
une j)étition dans laquelle ils priaient ce haut fonction- 
naire de faire mettre un terme aux vexations de toutes 
sortes dont ils étaient continuellement l'objet. 

Le Conseil municipal, saisi de la question, prit dans sa 
séance du !) prairial an VIII (29 mai 1800) la décision 
suivante : 

« L'administration municipale du canton de Gand. 

« Informée que plusieurs personnes sont assez mal inten- 
tionnées pour insulter et maltraiter journellement dans les 
rues, sur les places publiques, et ailleurs, des Citoyens 
professant la Religion judaïque. 

« Ilapelle à ses Concitoyens que sous le Gouvernement 
républicain les principes de liberté et d'égalité, qui en sont 
les bases, garantissent à chaque citoyen, quel que soit le 
culte qu'il embrasse, sûreté et protection pour sa personne 
et ses propriétés ; 

« Qu'en conséquence les auteurs des atteintes à ces droits 
ne pourront que provoquer sur eux toute la sévérité des 
lois établies pour la répression de ces atteintes, et dont 
l'Administration municipale est déterminée à maintenir 
l'exécution de la manière la plus scrupuleuse. 

« Le présent avis sera inséré dans la Gazette de Gand. 

« Fait en séance du prairial an VIII. 

« Présents les citoyens Jean Louis van Melle, Président; 
Quetelet, Simoens, Administrateurs municipaux; et Périer, 
secrétaire en chef. » 

Cette proclamation fut publiée, avec la traduction fla- 
mande, dans la Gazette van Gent. 



— 371 — 

Nous ne connaissons la pétition envoyée au préfet que par 
la mention qui en est faite dans le procès-verbal de la 
séance de l'administration municipale du prairial an VIII. 
Il nous a été impossible de retrouver l'original de cette 
pétition, les anciennes archives du département de l'Escaut 
présentant de grandes lacunes, principalement pour la 
période dont nous nous occupons en ce moment. 

Seraient-ce peut-être les vexations dont ils étaient l'objet 
qui avaient déjà en 1798 engagé les Juifs à solliciter 
de l'administraion municipale l'autorisation d'avoir un 
cimetière particulier, entouré de murailles afin de mettre 
à l'abri des profanations les tombes où reposaient les 
membres de leur famille? Ce fait, qui n'aurait rien d'ex- 
traordinaire, nous a été révélé par le procès-verbal de la 
séance de l'administration municipale du 29 fructidor 
an VI (15 septembre 1798), oii nous lisons : 

« Le citoyen Moyses, juif de nation, demande à cette 
administration à faire un mur sur le terrein qui leur avait 
été accordé pour leur servir de cimetière. 

« L'administration considérant que la constitution ne 
reconnaît aucun culte dominant ni aucun privilège déclare 
qu'il n'y a pas lieu à délibérer. » 

Au commencement de ce siècle encore les Juifs avaient, 
attenant au cimetière de la porte d'Anvers supprimé il y a 
une quinzaine d'années, quelques mètres de terrain à leur 
usage exclusif. C'est probablement ce « terrein » que vise 
la décision ci-dessus. 

Rappelons que le pouvoir communal était exercé à cette 
époque par « l'administration municipale du canton de 
Gand » remplaçant l'ancien collège des vingt-six échevins 
supprimé à la suite de l'annexion de notre pays à la France. 
L'administration municipale se composait de neuf membres 
dont un, le citoyen Jean Louis van Melle, remplissait les 



— 372 — 

fonctions de président. Un délégué du gouvernement, 

nommé commissaire du pouvoir exécutif, assistait aux 

séances. 

Peosper Claeys. 



Le Portrait « a la robe de dentelles » de l'Im- 
pératrice Marie-Thérèsb. — Après le décès de l'empe- 
reur Charles VI, arrivé le 2 octobre 1740, tous ses états 
héréditaires, et parmi ceux-ci le comté de Flandre, pas- 
sèrent sur la tête de sa fille aînée l'archiduchesse Marie- 
Thérèse, épouse de François de Lorraine, grand duc de 
Toscane. 

Les guerres, auxquelles la succession de Charles VI 
donna lieu, ne permirent à la nouvelle impératrice de se 
faire inaugurer à Gaud en qualité de comtesse de Flandre 
qu'au mois d'avril 1744. Cette cérémonie, dans laquelle 
Marie-Thérèse était représentée par son beau-frère le duc 
Charles de Lorraine, gouverneur-général des Pays-Bas, 
eut lieu, selon l'ancienne coutume, sur le marché du Ven- 
dredi à lextrémité duquel une immense estrade, magni- 
fiijuemeut décorée, avait été dressée. 

Tous les détails de la cérémonie nous ont été conservés 
dans une publication ornée de planches et imprimée à 
Gand chez la veuve de Pierre de Goesin sous le titre de : 
« Relation de t Inauguration solennelle de sa sacrée Majesté 
Marie- Thérèse, Reine de Hongrie et de Bohème, archi- 
duchesse d^ Autriche, etc. comme comtesse de Flandres, célé- 
brée à Gand, ville capitale de la Province le 27 avril 1744. » 

A cette occasion les États de Flandre décidèrent d'offrir 
à Marie-Thérèse une robe de dentelles et chargèrent la 
duchesse d'Aremberg de la faire confectionner. Pour 
remercier les États, l'impératrice leur offrit son portrait de 



— 373 — 

grandeur naturelle exécuté « par le peintre le plus habile 
de cette cour. » 

Ce portrait, qui représente Marie-Thérèse revêtue de la 
robe de dentelles, orne aujourd'hui la salle des commis- 
sions à l'hôtel de ville. 

La correspondance qui fut échangée à cette occasion et 
qui est transcrite dans les Resolutieboeken des États de 
Flandre mérite d'être reproduite, ne fût-ce qu'à titre de 
spécimen du style otïiciel de cette époque. 

Voici d'abord la lettre de remerciments envoyée de 
Vienne par le duc de Silva Taronca, président du Conseil 
suprême des Pays-Bas, et annonçant la confection du 
portrait de sa Majesté : 

« Messieurs, 

« C'est par ordre exprès de Sa Majesté la Reine que je 
dois vous écrire la présente lettre de remerciment et vous 
assurer de son Roijal agrément de la beauté et magnificence 
de l'habit de dentelles que son ministre plénipotentiaire m'a 
fait adresser au nom des Etats de votre Province. Madame 
la Duchesse d'Aremberg en aijant dirigé l'ouvrage à sa plus 
grande perfection j'aij eu l'honneur de le présenter à Sa 
Majesté et je puis vous assurrer. Messieurs, que votre zèle 
distingué joint à l'affection respectueuse des Eclésiastiques 
et Membres de Flandre témoignées aussy convenablement 
dans cette rencontre ont mérité de la Roijale gratitude une 
distinction plus précieuse «jne la beauté même et la richesse 
du présent. 

« Sa Majesté me permet de faire tirer son portrait en 
grand par le peintre le plus habile de cette cour pour vous 
l'envoier m'ordonne en même temps que son habillement 
soit exactement copié de celuij de dentelles que vous avez 
présenté à Sa Majesté afin que ce portrait ainsij revêtu et 
placé dans la sale de vos délibérations y soit un monument 



— 374 — 

précieux et rende un témoignage illustre tant de votre 
attachement respectueux pour notre auguste Souveraine 
que de sa Roijale propension et gratitude. 

« Il ne me reste, Messieurs, qu'à vous féliciter d'avoir si 
bien mérité les grâces incomparables de la ])lus grande 
Reine et à me congratuler avec vous en bon et zélé patriote, 
en vous prévenant cependant du retardement de quelques 
mois que l'ouvrage peut exiger pour être beau et fini; je 
vous proteste que la diligence ne manquera point de 
mon côté, non plus qu'aucune preuve réele que je puisse 
vous donner de la haute considération et parfaite estime 
avec lesquels j'ai l'honneur d'être, 
« Messieurs, 

« Votre très humble et très obéissant serviteur, 
« Le duc DE SiLVA Taronca. 
a Vienne, le 23 février 1744. 
« Messieurs les Députés des Ecclésiastiques et Membres 
de Flandre. » 

Les États de Flandre ne voulurent pas être en reste de 

politesse et envoyèrent à Vienne la lettre suivante conçue 

dans le même esprit et rédigée dans le même style que celle 

qu'ils avaient reçue : 

« Gand, le 11« mars 1744. 

« Monseigneur, 

a II a plu à sa Majesté notre très-auguste Reine par un 
effet de sa bonté et magnanimité de nous donner tant des 
marques de son attention pour notre patrie, et sur tout 
sommes nous très sensibles de voir par la lettre de votre 
Excellence du 23 février dernier que sa Majesté nous a fait 
la grâce d'accepter l'habit des dentelles fabricqué de ces 
Païs que son Altesse la Duchesse d'Aremberg s'est bien 
voulu charger du soing de la faire exécuter dans la perfec- 
tion; ce petit objet est une marque de la continuation de 
notre affection respectueuse et nous ne laisse eschaper 



— 375 — 

Monseigneur une occasion pour contribuer à tout ce qui 
peut être agréable à sa Majesté. 

« Nous sommes convaincus que votre Excellence s'inté- 
resse pour tout ce (jui touche le Pais et comté de Flandres, 
ce qui nous fait prendre la liberté de la prier de faire 
connaître à sa Majesté la droiture de nos sentiments et que 
daus toutes les occasions de service nous tacherons de 
surpasser toutes les autres provinces comme nous croijons 
d'avoir fait jusques à présent puisque nous n'avons d'autre 
guide que notre zèle et attachement à son Iloijal service 
pour mériter l'honneur de sa bienveillance. 

« C'est dans ces circonstances, Monseigneur, que nous 
soutiendrons l'idée favorable que votre Excellence a bien 
voulu donner en notre égard à sa Majesté et nous la prions 
de la vouloir continuer et d'être assurée que nous avons 
l'honneur d'être d'une parfaite vénération et profond 
respect. 

« A son Excellence le Duc de Sylva Taronca, Président 
du Conseil suprême royal à Vienne. » 

L'invasion de notre pays par les armées françaises en 
1745 ne permit pas au gouvernement autrichien d'envoyer 
à Gand le portrait de l'impératrice Marie-Thérèse dont 
parle la lettre du 23 février 1744. 

Nous avons décrit ailleurs * l'épouvantable régime auquel 
les Pays-Bas furent soumis pendant les quatre années 
environ que dura l'occupation française, cà laquelle le 
traité d'Aix-la-Chapelle mit fin. Le 3 février 1749 les 
troupes autrichiennes firent leur rentrée à Gand où, comme 
dans le reste du pays, elles furent reçues en véritables 
libérateurs. 

Le portrait « à la robe de dentelles » , qui était achevé 

1 Pages d'histoire locale gantoise. Première série. Chapitre VI. Prise 
de Gand par Louis XV. Séjour des Français à Gand (1745-1749). 



— 376 — 

depuis longtemps, fut envoyé à Gand dès le mois de mai 
suivant ainsi qu'il résulte de la lettre du président le duc 
de Silva Taronca : 

« Messieurs, 

« Par ma lettre du 23 du mois de février 1 744, en vous 
assurant de la Royale acceptation et gratitude du présent 
des dentelles que par les mains de Madame la Duchesse 
d'Aremberg et ensuite les miennes vous eûtes l'honneur 
de présenter aux pieds du throne, je vous annonçai en 
même temps la singulière faveur que l'Impératrice Reine 
vous destinait, en m'ordonnant de faire faire son portray 
vêtu des mêmes dentelles afin qu'étant colloque dans votre 
chambre d'assemblée il serve à jamais de monument de 
son Auguste et maternelle bénignité envers vous Messieurs 
et toute sa province de Flandres et d'encouragement à 
toutes nos manufactures en général aux pais-bas. 

« J'ay maintenant l'honneur de vous dire que non ob- 
stant les accidens, qui ont retardé l'exécution des souve- 
rains commandemens, en aiant reçu des nouveaux par 
cette expédition j'en ay chargé monsieur Schmidt major 
du régiment d'Aremberg et le conseiller Habbot qui doivent 
remettre ce portray à madame la duchesse par les mains 
de laquelle vous parviendra cette précieuse distinction. 

« Votre zèle et fidélité, Messieurs, vient encore d'éclater 
dans le prompt accord des généreux subsides qui dans 
les présentes conjonctures sont et seront plus que jamais 
nécessaires au bien de votre province et des autres lequel 
est et sera constamment le même que le bien du Royal ser- 
vice et l'objet de soins vraiment maternels de sa Majesté ; 
sur quoi je dois me rapporter à ce que de par l'Impératrice 
et Reine vous sera dit par le gouverneur général qui la 
représente et qui a ses souveraines instructions, heureux 
si je puis en exécution dïcelles, dont je me trouve si avan- 



— 377 — 

tageusement chargé, vous persuader en même tems que 
bien que rival de votre zèle je suis étroitement uni d'inté- 
rêts à votre province, étant véritablement pénétré d'estime 
et vénération pour un corps d'Etats aussi respectable et 
aiant constamment l'honneur d'estre 
« Messieurs, 

« Votre très humble et très obéissant serviteur, 
« Le Président duc de Silva Taronca. 
« Vienne ce 8 maij 1749. 
« Messieurs les députés ecclésiastiques et membres de 
flandres. » 

Le tableau otîert par l'impératrice est généralement 
considéré comme étant l'œuvre du peintre Martin Meytens, 
né à Stockholm et résidant à Vienne depuis 1726. Cette 
opinion est confirmée par les renseignements que notre 
ambassadeur à Vienne, M. de Borchgrave, a eu l'obligeance 
de nous faire parvenir. 

Meytens, qui fut nommé en 1759 directeur de l'académie 
de Vieime, est également l'auteur du superbe portrait de 
Marie-Thérèse qui se trouve à Schonbrunn. 

Un autre portrait « en pied » de Marie-Thérèse est en 
possession de M. le comte de Limburg-Stirum, rue Haut- 
Port à Gand. Ce taljleau, attribué à un [)eintre français du 
nom de Fabre, a été fait pour la chatellenie d'Audenarde 
dans les mêmes conditions que celui de Gand. 

En 1759 les États de Flandre offrirent également une 
robe en dentelles à la princesse de Parme à l'occasion de 
son mariage avec l'archiduc Joseph d'Autriche, 

Dans les archives des Etats de Flandre (correspondance 
n° 4924), nous avons trouvé l'original d'un acte du 29 jan- 
vier 1744, aux termes ducjuel le peintre gantois, Pierre van 
Rijsschoot s'engage à exécuter trois portraits « en pied » 



— 378 — 

de l'impératrice Marie-Thérèse, savoir : deux pour l'hôtel 
de ville de Gand, Tun destiné à figurer sous le dais de 
la Cavalcade camer pendant les fêtes de l'inauguration, 
l'autre pour la salle de réunion des membres des États, de 
ledecamer; le troisième devait être placé dans la ledecamer 
de l'hôtel de ville de Bruges. 

Le prix fixé était de 25 pistoles pour ceux destinés à la 
ville de Gand et de 30 pistoles pour celui qui devait être 
envoyé à Bruges. La différence de prix provient de ce que 
van Rijsschoot s'était également chargé de confectionner et 
de peindre le dais, daerin begrepen eenen nieuioen day, 
au fond duquel on comptait placer à Bruges le portrait de 
l'impératrice. 

Dans cette convention, conclue avec le secrétaire Ameye, 
il est stipulé que l'artiste gantois peindra encore onze por- 
traits de trois quarts, dry kioaert, pour les membres dépu- 
tés des États de Flandre. Le prix de chaque portrait était 
de huit pistoles. 

Les quatorze portraits devaient être terminés au bout de 
deux mois. 

Van Rijsschoot put-il tenir ses engagements? Nous le 
croyons; tout au moins en ce qui concerne les grands 
portraits « en pied, » car il en est plusieurs fois question 
dans la Relation de V Inauguration dont nous avons parlé 
plus haut. Il est d'ailleurs plus que probable que le peintre 
gantois, à l'exemple de beaucoup de ses confrères, aura 
confié à ses élèves une partie de l'ouvrage à exécuter. 

Quant au point de savoir comment ces portraits étaient 
exécutés et s'ils existent encore, il nous a été impossible 
d'obtenir aucun renseignement à ce sujet. 

Pkosper Claeys. 



- 370 — 

Deux anonymes a découvhik. — On annonce, dans le 
Journal du Commerce du 3 janvier 1810, qu'on représentera 
au théâtre, ce jour même, Adélaïde de Petegem, parodie 
à'' Adélaïde de Palerme, Cœlina et les Rivaux d'eux-mêmes. 
M"" Pr, Claeys ne cite pas Adélaïde de Païenne, dans son 
Histoire du théâtre à Gand , non plus que sa parodie. 
Fr. Faber n'en souffle mot. Les deux pièces doivent pour- 
tant être des œuvres nationales, et, à ce titre, il serait 
intéressant d'en découvrir les auteurs. En attendant que 
quelque chercheur puisse y réussir, voici la reproduction 
d'une lettre ouverte adressée par l'auteur d^ Adélaïde de 
Palerme aux auteurs ([''Adélaïde de Petegem: 

Gand, ce 4 janvier 1810. 

A Messieurs les Auteurs anonymes d'i- Adélaïde de 
Petegem, » parodie d'Adélaïde de Palerme. 

Messieurs, 

J'étais hier au nombre de ceux qui s'étaient donné la 
peine d'accourir au spectacle, pour y jouir de la première 
représentation de votre chef-d'œuvre. Je m'attendais à y 
trouver une critique saine et raisonnable, et je n'y ai 
aperçu que quelques puérilités et beaucoup de sottises. 

Si votre production justifiait son titre de Parodie, je 

serais le premier à en reconnaître le mérite ; mais si vous 

aviez l'intention de lui donner l'honneur de l'impression, 

je crois que, sans crier, vous pourriez mettre en tête cette 

épigraphe : 

B. P. Sp. 

Je serais bien volontiers. 

Messieurs, 

Votre admirateur. 

L'auteur di Adélaïde de Palerme. 

P. ce. 

Paul Bergmans. 



— 380 



CHRONIQUE. 



Dimensions des tableaux. — A aucune époque les publications 
consacrées aux œuvres des meilleurs peintres n'ont été plus nom- 
breuses, plus exactes, et moins coûteuses. Nous est-il permis de 
signaler une lacune que nous trouvons dans presque toutes ? Qu'on 
nous reproduise des séries de toiles des maîtres anciens, ou l'œuvre 
de Meissonnier, ou bien le Musée de Luxembourg, ou que, sous le 
titre de Figaro-Salon, on nous fasse connaître chaque année les 
meilleures œuvres de l'exposition de Paris : on ne donne aucune 
indication des dimensions des tableaux reproduits. Vous êtes devant 
un problème le plus souvent insoluble. La solution n'en est cependant 
pas indifférente pour qui veut se faire une idée de l'œuvre originale. 

Une toile peut être grande sans grand style ; cela se voit fréquem- 
ment. De même, le grand style peut se trouver dans un petit tableau, 
au point de tromper qui n'en juge que d'après la gravure. C'est ce 
qu'on constate pour la Madeleine du Corrège, du musée de Dresde, 
que la plupart des visiteurs s'étonnent de ne pas trouver de grandeur 
naturelle, et qu'un voleur emporta un jour cachée sous son manteau. 
11 en est de même de la vision d'Ezéchiel, de Raphaël, qui se voit au 
musée Pitti, à Florence et a les dimensions d'un tableau de chevalet : 
30 centimètres sur 40. 

Par contre, si vous voyez la reproduction d'un tableau représen- 
tant des enfants faisant une course à ânes sur la plage de Heyst, 
vous vous figurez difficilement, quelque mérite qu'ait la composition, 
qu'ânes et enfants soient de grandeur naturelle. 

Dans les tableaux de Meissonnier, la composition et la touche 
étaient d'un peintre d'histoire, et, à ne juger que d'après les photo- 
graphies ou les gravures, on croirait ses œuvres plus grandes qu'elles 
ne sont. Et leur cadre réduit est précisément une partie de leur 



— 381 — 

mérite : en un mince espace le style du maître a su donner toute 
l'impression d'une grande toile. 

La première livraison, très soignée d'ailleurs, du Musée du Luxem- 
bourg par M. Benedite, nous présente précisément la lacune dont 
nous nous plaignons. La Vierge consolatrice de Bouguereau, et la 
Rêverie de Heilbuth y ont deux planches d'égale grandeur. On se 
demande si le tableau de Heilbuth a les dimensions d'une toile d'his- 
toire, ce qui serait en discordance avec le sujet. Même problème au 
sujet de La fille du passeur d'eau, d'Adam. 

Notre conclusion est que, dans toute publication destinée à faire 
connaître des œuvres de peintres, anciens ou modernes, on devrait 
donner, au bas de la photographie ou de la gravure, les dimensions, 
ou la hauteur et la largeur ; et que cela ne serait pas seulement utile 
pour les œuvres des musées, mais aussi pour celles des expositions 
publiques dont parfois toute trace est rapidement perdue. D. 

Actes de vandalisme. — Dans un volume qu'il vient de consacrer 
à Mérimée et ses amis, M. A. Filon rappelle la part que l'auteur de 
Colomba a prise, comme inspecteur des monuments histoi-iques, dans 
les mesures de préservation prescrites par l'autorité en France, et aux- 
quelles on doit la conservation de bien des œuvres d'art. « Mérimée, 
dit-il, trouva une famille de porcs installée dans la pyramide de 
Couard (près d'Autum) qui passait pour le tombeau de Divitiacus. 
Celui du Pape Innocent VI à Villeneuve-lez-Avignon, disparaissait 
sous les barriques dans la resserre d'un tonnelier qui avait pratiqué 
pour ses outils une armoire dans le soubassement. Les jacobins 
avignonnais, experts à faire tomber les têtes, avaient, pour s'entre- 
tenir la main, décapité des saints de pierre par centaines; les pieux 
Bretons avaient infligé le même sort à certain personnage d'un 
groupe sculpté qu'on supposait être le diable en personne, assis au 
chevet de la Vierge mourante, pour prendre note de ses péchés. 
Deux serruriers de la Charité-sur-Loire avaient collé leurs sordides 
échoppes aux flancs vénérables d'une vieille église. Quelques mois 
avant le passage de Mérimée, un soldat qui avait reçu chez eux un 
billet de logement et dont le grabat était dressé au long d'un bas- 
relief représentant le Père Éternel au milieu de ses anges, s'était 
levé de mauvaise humeur parce que les insectes l'avaient empêché de 
dormir. « C'est toi, avait-il crié, qui est l'auteur des punaises. Tiens, 
« voilà pour toi. * Et, d'un coup de bâton il avait brisé l'image. Des 
soldats corses casernes au château dos Papes, à Avignon, s'étaient 



— 382 — 

montrés moins barbares et plus avisés. Avec leurs couteaux ils 
avaient adroitement détaché des fragments de vieilles fresques qu'ils 
revendaient avantageusement aux amateurs. La fureur du badigeon 
sévissait dans nos campagnes. Quand les curés ne blanchissaient pas 
leurs églises à la chaux, c'étaient les communes qui prenaient l'ini- 
tiative de ces actes de désolante propreté. Avec quelle joie Mérimée 
félicitait le curé de Saint-Maximin, qui avait énergiquement lutté 
avec son conseil municipal pour « conserver à ses murailles le noble 
< vernis dont le temps les avait revêtues... » > Mérimée et ses amis, 
Paris, Hachette, édit., 1894, page 116. B. 

Au SUJET DE Fboissart. — Dans la série d'études critiques : Les 
Grands écrivains français, que publie la librairie Hachette, Frois- 
sart a les honneurs d'une biographie par Mary Darmesteter. Ce petit 
livre est un chapitre excellent de l'histoire littéraire du XIV« siècle. 
« Pour être le premier écrivain français de son siècle, Froissart, dit 
l'auteur, n'en est pas moins un vrai enfant de son Hainaut, dont il 
garda toujours l'accent et l'orthographe : pendant toute sa vie et 
malgré tous ses voyages, il sut rester fidèle au petit Hainaut libre, 
cultivé, < chemlereux. >^ — On ne sait rien de la famille de Froissart. 
Quelques scoliastes, ayant mal lu une ballade, ont hasardé que le 
père de notre chroniqueur était peintre de blasons ; et il peut vous 
être arrivé d'avoir été interrogé en jury d'examen, sur cette paternité 
qui traine dans les manuels de littérature ! « Pourtant, dit l'auteur, 
le Joli Buisson de Jeunesse fait supposer que c'est de quelque forte 
race de bourgeois cossus, changeurs ou marchands de draps, que 
sortit le délicieux conteur. C'est tout ce qu'on peut dire. Dans l'œuvre 
immense de Froissart, pas un mot de père ou de mère, de frère ou 
de sœur, de parent ou de tuteur quelconque. » 

Au sujet du premier livre des Chroniques, Mad. Darmesteter nous 
dit : « Le livre a dû plaire à tout le monde. Rien n'égale la vigueur, 
le pittoresque des récits. Aussi cette première œuvre de jeimesse eut 
un immense succès qui n'a rien de surprenant. Tandis qu'il ne nous 
reste qu'un manuscrit unique de la troisième rédaction, et seulement 
deux de la seconde, nous possédons encore de trente à quarante 
manuscrits de la rédaction originale du premier livre des Ch?-oniques. 
Ces manuscrits ne s'arrêtent pas tous au même point. Les uns 
terminent le récit au siège de Bourdeille, en 1369, d'autres à la 
prise de Roche-sur- Yon, d'autres enfin à la reddition de La Rochelle 
en 1372. L'auteur, encombré de commandes, menait chaque exem- 



— 383 - 

plaire jusqu'à la date de la livraison .... Le succès était franc, la 
gloire immédiate. » 

Le voyage de Béarn et la Cour d'Ortliez nous sont représentés 
avec tout le charme et le pittoresque que Froissart lui-même donnait 
à ses récits. On sait qu'il lisait, chaque nuit, à la Cour de Gaston 
Phébus, des chapitres de son livre de Méliudor si célèbre de son 
temps, et qu'on croyait perdu. M. Longnon a eu le bonheur d'en 
retrouver quelques fragments d'abord dans les reliures de registres 
judiciaires, aux archives nationales; puis il a retrouvé l'œuvre 
presque entière. 

« Un après-midi de novembre de 1891 travaillant à la bibliothèque 
nationale, M. Longnon parcourait le catalogue des manuscrits. Quelle 
ne fut pas sa joie quand il y lut : Boman de Camel et de Hermondine 
(in-folio). Or il faut savoir que Camel et Hermondine paraissent l'un 
et l'autre dans ces fragments retrouvés .... M. Longnon se fait apporter 
l'énorme volume. Il ne manque que le titre, le premier feuillet et 
les derniers : c'est le roman de Meliador presque complet. » 

Ce roman est trois fois long comme V Enéide. Nous pourrons le lire, 
si le cœur nous en dit, dans un an ou deux. Mais nous n'avons plus le 
temps pour des romans de cette taille. 

Cette découverte n'est pas la seule qui ait été faite au sujet de 
Froissart en ces derniers temps. Étant à Rome, en 1860, M. Kervyn 
de Lettenhove demanda communication d'un manuscrit des Chro- 
niques dont l'existence était connue depuis longtemps : à son grand 
étonnement il se trouva en présence d'une version nouvelle et dont 
ce manuscrit était le représentant unique. Et les chroniques du 
chanoine liégois Jean le Bel, retrouvées quelques années auparavant, 
intéressent également la biographie de Froissart. « Au premier 
coup-d'œil on pouvait prendre, dit M« Darmesteter, ce livre pour une 
première rédaction des Chroniques de Froissart. 11 faut le lire pour 
croire à quel point Froissart a dévalisé son prédécesseur. Bien des 
pages merveilleuses, quelques-unes des plus belles des Chroniques, 
sont à restituer à leur véritable auteur... » 

Lorsqu'on est arrivé à la fin de l'œuvre si pleine d'intérêt et de 
charme de Mary Darmesteter, on a un regret ; c'est que, connaissant 
son Froissart si à fond, l'auteur ne nous donne aucune indication 
bibliographique ; il lui eût été très facile autant qu'utile pour nous, 
d'ajouter deux pages pour nous apprendre quand les diverses œuvres 
de Froissart ont été imprimées et, parmi le grand nombre d'éditions, 



- 3S4 - 

quelles sont les plus recommandables par leur fidélité, leur correction, 
ou d'autres mérites *. D. 

Divers. — Deux tableaux tout récemment acquis pour l'Etat 
introduisent dans le musée ancien à Bruxelles les noms de peintres 
qui n'y étaient pas représentés. C'est d'abord un beau portrait de 
femme, par Juste Susterman, anversois de naissance et de première 
éducation artistique, mais qui partit très jeune pour l'Italie et se 
fixa à Florence ovi il passa le reste de sa carrière, ayant le titre et 
les fonctions de portraitiste de la maison des Médicis. La plupart 
des portraits exécutés par Susterman sont restés dans les résidences 
princières où ils furent placés originairement. Les seules galeries 
où l'on voie de ses œuvres, sont celles de Florence et de Vienne. 
Le portrait que vient d'acquérir le musée de Bruxelles est celui 
d'une dame d'un certain âge, vêtue de noir : physionomie ayant du 
caractère, la tête et les mains finement modelées, le costume de 
belle et large exécution. 

L'autre tableau ancien est une nature morte, des fruits, par 
J. P. Gillemans, peintre anversois de la fin du dix-septième siècle, 
non de premier ordre, mais dont les œuvres étaient recherchées de 
son temps : un document pour l'histoire de l'école fiamande. 

— Découverte archéologique à Wervicq. — La restauration de la ma- 
gnifique église gothique de Wervicq, que l'on fait en ce moment, vient 
d'amener une découverte très importante au point de vue historique. 
En démontant le banc d'œuvre on a trouvé deux stèles magnifique- 
ment sculptés de l'époque Gallo-Romaine. Les sculptures en marbre 
blanc encastré dans du marbre noir, représentent deux trophées 
d'armes romaines : casque, cotte, arcs, flèches, carquois, glaives, 
boucliers, piques, massues, étendards, etc., le tout admirablement 
travaillé. 

Ces objets doivent provenir de l'antique temple païen que les 
Romains ont édifié à Veroviacum, actuellement Wervicq. — Jusqu'ici 
les archéologues ne savaient à quelle divinité le temple avait été 
élevé. Les uns penchaient pour Jupiter, les autres pour Mars, les 
autres encore pour Friam. La question semble tranchée maintenant : 
le trophée d'armes indique clairement que c'était au dieu Mars. 

^ Page 119 nous lisons : « Quand il (Froissart) arrive à Bruges, on 
« lui suggère de pousser jusqu'à Meddelbruggbe en Zélande. --> C'est 
Middelbourg qu'il fallait. 



— 385 — 





1809 V 



Rapport du 3 septembre. 

On paraît croire que le Prince de Ponte-Corvo a assuré 
trop positivement le départ des Anglais. 

Il s'agit ici criin ordre du jour du 30 août de 
Bernadotte où il disait : « L'ennemi, trompé dans 
ses espérances, part aujourd'hui et croit trouver 
sur d'autres rives plus de facilité dans ses entre- 
prises. Si l'ennemi reparaît, vous retournerez 
dans ces marais que votre patience a déjà illustrés. » 

Marais illustrés! Belle consolation pour les vic- 
times de la fièvre. 

Le 4 septembre au soir, à Anvers, l'autorité 
militaire fit donner lecture au spectacle, de la nou- 
velle de l'évacuation de Bath par les Anglais. 

Rapport du 6 septembre. 

La nouvelle officielle du départ des Anglais de Bath 
et par conséquent de toute l'île de Sud-Beveland, a été 



1 Suite, — Voir Messager des Sciences, 3*= livraison 1894, p. 292. 

25 



— 386 — 

apprise avec d'autant plus de plaisir qu'il ne reste plus 
aucune crainte pour Anvers où le commerce de cette place 
a de grands intérêts et où les négociants avaient eu la 
confiance de laisser leurs marchandises malgré le danger. 

On peut le dire à présent : plusieurs articles de quelques 
journaux de Paris ont contenu des faits si hasardés, quel- 
quefois si notoirement faux, sur des événements qui se 
passaient au milieu de nous, qu'il est à craindre que le 
prestige ne soit un peu rompu sur des nouvelles qui nous 
arriveront de plus loin. La confiance du public aura perdu 
quelques ressorts. 

Les gazettes des derniers jours ne donnent 
guère de nouvelles; on y apprend seulement que 
les Anglais ont évacué Batli le 4, que le contingent 
de la garde nationale s'exerce à Gand tous les 
soirs, et qu'un ordre du jour de Moncey, duc de 
Conegliano, daté du quartier général de Water- 
vliet, porte : a L'armée est prévenue que sa déno- 
mination vient d'être changée par ordre de l'Em- 
pereur. Elle prend le nom d'ar»^ee de la tête de 
Flandre : le quartier général est transporté à 
Gand. » 

D'autre part Napoléon, irrité de la reddition de 
Flessingue, ordonnait à son ministre de la guerre, 
par lettre datée de Schoenbrunn, 7 septembre, de 
réunir un conseil d'enquête pour juger la conduite 
du général Monnet, « accusé de n'avoir pas exé- 
cuté l'ordre de couper les digues et d'inonder 
l'île de Walclieren aussitôt qu'une force ennemie 
supérieure y aurait débarqué ; » ce qui amena la 
condamnation de Monnet, par le conseil de guerre, 
^ la peine de mort tandis qu'il était prisonnier en 



— 387 — 

AnQ-leterre. Il rentra en France sous la Restaura- 
tion et fut réintégré dans son grade. 

Mais revenons à Gand. 

On lit dans le Journal du Commerce, sous la 
rubrique de Gand, 14 septembre, que « l'accrois- 
sement des troupes dans ce département a néces- 
sité en cette ville la formation de plusieurs hôpi- 
taux militaires... » 

Rapport du 13 septembre. 

On n'a pas manqué de dire que le Général Dumoulin est 
mort des suites de la maladie des polders, ce qui n'aurait rien 
d'étonnant. M. Vilain XIIII y a également succombé, et 
nombre d'autres officiers y succomberont. Celui qui est 
attaché à la conservation de la personne de l'Empereur, ne 
peut se défendre de je ne sais quelles alarmes lorsqu'il 
songe que, si l'état des affaires en Allemagne le permettait 
ou lorsque cet état le permettra, l'Empereur sera en cinq 
ou six jours ici ou à Anvers et le lendemain dans les polders, 
où il voudra voir les choses par lui-même. L'hôpital de 
Jaffa était bien dangereux, mais cependant les polders le 
sont aussi. 

Cette mort du général Dumoulin et ses obsèques 
qui sont du 12, ne sont mentionnées que dans le 
numéro du journal du 17. 

Les rapports des jours suivants manquent ou 
sont insignifiants. 

Rapport du 25 septembre. 

Le nombre des malades qui arrivent journellement fait 
une triste sensation sur les esprits. 



- 388 — 

Quoique j'aie toujours dit du bien de l'esprit public dans 
ce paj's, je n'ai jamais voulu dire que tout était pour les 
habitants matière à contentement. Il s'en faut. Dans ce 
moment une espèce de malaise général se fait sentir. Les 
pluies continuelles et les dommages qu'elles font à l'agri- 
culture, la ruine de plusieurs cultivateurs, les pertes des 
propriétaires qui peuvent en être la suite, tous ces désastres 
qu'on s'exagère encore, concourent à donner une teinte triste 
aux discours et aux raisonneurs. Et cependant quelques mau- 
vaises scènes exécutées plaisamment remplissent notre salle 
de spectacle. 

Le Jour7ial du Commerce imprime : « On vend 
à Middelbourg une caricature qui représente lord 
Chatam (le commandant de l'expédition anglaise), 
assis sur un char traîné par deux tortues et six 
limaçons. Il les conduit avec des rênes, tenant un 
fouet dans la main et s'écrie : « Pas si vite! » 

Un employé de la bibliothèque de Gand, de 
Laval, a laissé un recueil d'extraits et d'annota- 
tions sur Gand». On y lit : « Les églises ci-après 
sont toujours remplies de malades : l'église parois- 
siale d'Ackerghem, celles des Augustins, et le 
cloître, celles des Carmes chaussés et le cloître, le 
couvent des Capucins, l'abbaye du Rycke Gasthuys. 
On transporte journellement des malades à Lille et 
autres villes de la France. Dernièrement cinq, 
extraits de l'église des Augustins, sont morts 
avant d'arriver aux portes de la ville. Une autre 
fois on trouva quatre morts sur un chariot arri- 



1 Conservé parmi les manuscrits de la bibliothèque de Gand. Voir 
Messager des Sciences, 1883, p. 349. 



— 3S9 — 

vaut à Deynze. Il y a quelques jours qu'il arriva 
en cette ville une trentaine de blessés venant de 
Flessingue, renvoyés par les Anglais. » 

A lire les écrivains français, on dirait que la 
fièvre des polders n'atteignait que les Anglais. 
Nous savons cependant que la rive gauche de 
l'Escaut était la plus insalubre. L'administration 
y avait souffert des changements politiques, et 
l'écoulement des eaux, l'état des canaux et des 
écluses, et partant l'insalubrité se ressentaient de 
la mauvaise administration. Toute la région s'est 
assainie dans ces derniers temps, de l'avis de tous 
ceux qui l'habitent. Mais au commencement du 
siècle, le séjour y était plus dangereux pour les 
étrangers que dans Walcheren ou dans Zuid-Beve- 
land. 

Le maréchal Moncey, duc de Conegliano, dit 
de Laval, était logé dans la maison de M. D'Hane 
de Steenhuyze, où habita Louis XVIII en 1815. 
a Étant, dit-il, allé à Breskens vers la fin de sep- 
tembre, il n'y resta que 36 heures, où il gagna la 
fièvre dite des polders, ainsi que son secrétaire, 
valet de chambre et cuisinier, qui en est mort. Il 
retourna à Gand où il resta jusqu'à ce qu'il put se 
faire transporter à Paris, où il alla à la fin du dit 
mois. » 

Vers le même temps, le prince de Ponte-Corvo 
était rappelé et remplacé par le duc d'Istrie. On en 
sait les motifs aujourd'hui par la Co7^respondance 
de Na23oléon 1". Le 11 septembre, celui-ci écrivait 
de Schoenbrunn à Fouché : « J'ai été mécontent 
de l'ordre du jour du prince de Ponte-Corvo, qui 



— 390 — 

ferait croire que je n'ai que 15,000 hommes, 
tandis que j'ai intérêt de persuader que j'en ai 
200,000. La vanité de cet homme est excessive. 
J'ai ordonné au ministre de la guerre de le rap- 
peler. Il a des talents médiocres. Je ne me fie 
d'aucune manière à \m. Il a toujours Toreille 
ouverte aux intrigants qui inondent Paris. A la 
guerre il est de même : il a manqué de me 
faire perdre la bataille d'Iéna ; il s'est médiocre- 
ment conduit à Wagram ; il ne s'est pas trouvé à 
Eylau lorsqu'il aurait pu y être, et n'a pas fait à 
Austerlitz ce qu'il aurait pu faire. » 

A partir de septembre, nous n'avons plus de 
rapports du maire au préfet où il soit encore 
question de Walcheren, et les journaux n'en parlent 
guère que pour annoncer les préparatifs de départ 
des Anglais que les fièvres avaient décimés et qui 
ne s'étaient plus estimés en force pour pousser une 
attaque contre Anvers. 

De son côté, Napoléon envoie des instructions 
à son ministre de la guerre, pour fortifier Philip- 
pine, Terneuzen, le Sas de Gand, Axel, Hulst, et 
assurer ainsi la défense de la rive gauche de 
l'Escaut ' . 

Il nous reste à mentionner un ordre de jour de 
l'armée du Nord à la veille de l'occupation par 
les Français de Zuid-Beveland et de Walcheren, au 
moment où le départ des anglais est devenu cer- 
tain. Quoique les historiens ne le citent point, ce 
document est acquis à l'histoire pour le sans-gène 

* Correspondance de Napoléon P", XIX, pp. 595, 599, 602. 



— 391 — 

avec lequel des généraux y comminent la peine de 
mort ; il y est dit : 

1. Aucun individu ne peut rester à la suite de l'armée s'il 
n'en fait pas partie ou s'il n'y est pas formellement autorisé. 

2. Le commandant de la gendarmerie donnera des ordres 
pour faire arrêter tous ceux qui n'auraient pas de papiers 
en règle. Ils seront traduits devant une commission militaire 
et jugés comme espions. 

3. Tout individu convaincu d'avoir sous quelque prétexte 
que ce soit, communiqué avec les Anglais ou de l'ile de 
Walcheren sans un ordre par écrit de M. le maréchal 
commandant en chef de l'armée, sera jugé par une com- 
mission militaire comme espion, et fusillé sur le champ. 

4. Aussitôt que les troupes françaises et hollandaises occu- 
peront Nord-Beveland, Wolfersdyck et Sud-Beveland, aucun 
habitant ni autre individu ne faisant pas partie de l'armée 
ne pourra sortir de ces îles ni y rester sans être muni d'un 
passeport en règle signé du chef d'état-major général ou 
d'une autorité compétente : ceux qui contreviendront au 
présent ordre, seront arrêtés comme espions, traduits à la 
commission militaire et fusillés sur le champ. 

5. Tout individu convaincu de faire la contrebande avec 
les anglais pendant le séjour des troupes dans le Sud-Beve- 
land, Wolfersdyck et le Nord-Beveland, sera'^traduit à la 
commission militaire, jugé comme espion et fusillé sur le 
champ... '^ 

Qu'allaient devenir les territoires abandonnés 
par les Anglais? L'exposé de la situation de 



i Ce document est signé « Par ordre de M. le commandant en chef, 
le général chef de l'état-major-général D'Hastrel. » — U Oracle et 
les feuilles de Gand le donnent le 8 décembre. 



— 392 — 

l'Empire au 1'^'' décembre 1809 portait : « La 
Hollande n'est réellement qu'une portion de la 
France. Ce pays peut se définir en disant qu'il est 
l'alluvion du Rhin, de la Meuse et de l'Escaut; 
c'est-à-dire des grandes artères de l'Empire. » 
Ce droit d'alluvion était une nouveauté en droit 
public. 

D'autre part, tandis que la Gazette officielle de 
Hollande publie des rapports du « Maréchal de 
Hollande, Dumonceau » sur la réoccupation par 
les troupes hollandaises (25 et 27 décembre), le 
général de division, baron de l'empire Gilly, fait 
afficher à Middelbourg une proclamation où il dit 
aux habitants de Walcheren : « Votre île fait 
partie du territoire français. Vous êtes appelés 
à partager les heureuses destinées de quarante 
millions d'habitants qui, en s'enorgueillissant d'être 
gouvernés par le plus grand monarque du monde, 
jouissent avec sécurité, sous sa protection toute 
puissante des fruits de son génie créateur et vivi- 
fiant. » 

Et peu de jours après, on lit dans une note du 
Moniteur : 

c( Avant leur expédition, Tîle de Walcheren, 
Bath, Breda et Berg-op-Zoom appartenaient à la 
Hollande; aujourd'hui l'île de Walcheren, Bath, 
Breda, Berg-op-Zoom, sont réunis à la France ; 
car tout territoire voisin de Ja France auquel les 
Anglais auront touché et qui n'aura pas su se 
défendre, sera réuni à l'Empire. » 

Le 1" février 1810, un décret impérial fit de Wal- 
cheren une sous-préfecture, réunie provisoirement 



I 



— 303 — 

au département de l'Escaut; le 20 avril suivant, 
un autre décret réunit Walcheren, avec Breda et 
Berg-op-Zoom, au département des Deux-Nèthes 
et déclara que Walcheren ferait partie du diocèse 
de Malines; enfin un décret impérial, signé à 
Laeken le 15 mai 1810, forma des îles de Wal- 
cheren, Sud-Beveland, Nord-Beveland, Schouwen 
etTholen, le département des bouches de TEscaut, 
et disposa que celui-ci ferait partie de l'Évêché de 
Gand. En moins de quatre mois, Walcheren fit 
partie de trois départements différents. Les décrets 
étaient plus vite abrogés qu'exécutés . 

Nous n'ajoutons pas de réflexions. Chacun juge 
ces temps d'après les idées qu'il a sur le droit des 
peuples de régler enx-mémes leurs destinées, sur 
le prix de la liberté et des garanties individuelles, 
sur le respect dû à la vie humaine. 



394 



ANALECTES BELGIQUES'. 



IX. 
NOTES SUR L IMPRIMERIE A OSTENDE. 



Dans son Dictionnaire de géographie ancienne et 
moderne à l'usage du libraire, P. Deschamps fait 
remonter Tintroduction de l'imprimerie à Ostende 
à l'année 1799, en se basant sur De lieiffenberg, 
Vincent, dans son Essai sur l'histoire de Vimpri- 
nierie en Belgique, avait renseigné, comme im- 
primé à cette date, le Traité sur le sang, l'inflam- 
mation et les pÀayes Œ armes à feu de Hunter; 
d'autre part, dans une liste des imprimeurs belges, 
il note, au mot Ostende, les noms de Jean Eoden- 
bach, né à Cologne (octroi du 6 août 1783), et de 
Bernard Bricx (octroi du 18 septembre 1787). 

En faisant quelques recherches sur ce sujet, je 
suis parvenu à compléter les maigres renseigne- 
ments de ces auteurs, pour ce qui concerne le 

* Suite. Voir Messager des Sciences, 2« liv. 1894, p. 159. 



— 305 — 

XVIII" siècle. Il faut notamment reculer jusqu'en 
1705 pour le premier livre imprimé à Ostende, à 
ma connaissance. C'est un catalogue de marchan- 
dises mises en vente publique, et dont voici la 
description : 

VENDITIE 11 BINNEN DER STEDE ENDE PORT || VAN || OOSTENDE || 

Vande volghende Goederen gliekommen uyt de || Schepen van 
Prinfen ghenaemt d'Hoope daer || Schipper op vvas Uans Been 
vanHambourgh, || ende de loffrouwe Anna, Schipper Coenraet || 
Hanssen-s van Bremen in Zee verovert en || alhier opgliebracht 
door Capiteyn Paulus || Bestenbdstel Commanderende Syne 
Ma-|jjefteyts Convoy-Schip ghenaemt La Comjuerante || eude 
fuUen vercocht vvorden den 11. Meye || 1705. || (Tiret.) 

T'OOSTENDE, |1 Ghedruckt by Jacobus de la Rivière || woo- 
neude op de groote Marckt. || 

Pet. in-4", 23 ff. non chiffrés, dont le dernier blanc. 

[Bibl. de l'Univ. de Gand. Documents divers, v" OSTENDE]. 

Le catalogue comprend 462 n'-* à vendre dans la 
maison de Joseph d'Egniont, 428 n'"* à vendre 
chez l'avocat Matthieu Maes, enfin une bonne cen- 
taine de n°^ à vendre dans les entrepôts du capi- 
taine Michel Mansvelt, de Vingnon, de J. d'Eg- 
mont, de Ferdinand van Pruyssen, d'Antoine de 
Cam et de J. Schonamille. Les marchandises 
consistent en bonnetterie, quincaillerie, verrerie, 
tout un assortiment de cannes [caenen, ofte ivan- 
del-stocken), des étoffes, des peaux, du tabac de la 
Virginie en feuilles, etc. 

L'imprimeur, Jacques de La Rivière, demeurant 
sur le Grand Marché, ne m'est pas autrement 
connu. Il est l'homonyme d'un typographe méri- 
tant, Guillaume de La Ptivière, né à Caen en 1548, 



— 396 — 

qui fit son apprentissage chez Plantin, à Anvers', 
et se rendit ensuite, en 1591, à Arras, où il fit 
rouler ses presses de longues années ; on le trouve 
associé, de 1629 à 1634, avec son fils Jean-Baptiste'; 
ce dernier est peut-être le Ivan de la Ribera, qui 
imprima à Cambrai, en 1622, La oj)osicion y 
coniuncion de los dos grandes luminares de la tierra, 
de Carlos Garcia'. 

Après le catalogue de 1705, je puis citer un 
programme de représentation dramatique donnée 
par les élèves du collège des prêtres de l'Oratoire, 
le 5 et le 6 septembre 1 742 : 

WEEET-DADIGE EERZUGT || VAN || HERODES || KONING DER 

JODEN, Il Sal Speel-wijs verthoont worden op het Stadt-huys 
defer Stede, || door de Leerfuchtige Jonkheydt der Latijnfclie || 
Scholen, onder de beftieringe der Priesteks |j van het || ORA- 
ÏORIE D. J. Il Den 5 en den 6 T""^'' 1742 naer Middag ten 
2 Uren. || op-gedraegen || Aen Sijne Excellentie charle comte 

DE CHANCLOS || MITSGAEDERS || Aeii de feer Edele, Wijfe 

en Voorfienige Heeren, ballieu, borge-||meester ende schepenen, 
der Stede en Port van Ooftende, || door welkers gewoonelijcke 
mildtheyt, de Prijfen aen de || Jonkheyt fullen worden uyt- 
gedeelt. || (Petit fleuron). 

T'Ooftende, Gedrukt by lacobus Vande Kerchove, Stads- 
druker. || 

Pet. in-4°, 2 ff. non chiffrés. 

[Bibl. de rUniv. de Gand, G. 2227'']. 

1 Une impression plantinienne porte même son nom sur l'adresse : 
Lettres interceptes de quelques j)afr lots masqués. A Anvers, imprimé 
par Guillaume Rivière; mA". Cf. Bihliotheca helgica, 1" série (Gand, 
1880-1890), t. XIV, L. 64. 

' Cf. D'Héricouet et Caeon, Recherches sur les livres imprimés à 
Arras (Arras, 1851). 

3 Bibliotheca helyica, 1"^^ série, t. X, G. 48. 



— 397 — 

Nous manquons également de renseignements 
sur ce Jacques Yande Kerchove ; il pourrait bien 
appartenir à la famille des imprimeurs gantois 
de ce nom, qui exercèrent leur profession pen- 
dant tout le XVIP siècle et au commencement du 
XVIIP*. 

L'im]3rimerie disparut probablement d'Ostende 
avec Vande Kercliove, car c'est un typographe 
brugeois, Martin de Sloovere, qui prend le titre 
d' «imprimeur de la ville et port d'Ostende » sur le 
règlement des bateliers de cette ville, décrété le 
l-^-^ juillet 1775 : 

REGLEMENT \\ EXDE NIEUWEN || TARYF || OMME DE |1 NEIRINGE 
VAN DE VRYE \\ SCHIPPERS |1 DER STEDE ENDE HAEVE VAN || 

OOSTENDE 1] Geapprobeert ende Gedecreteerd by deu heeke ende || 
WET, der felve St,ad op deu eerften July 1775. || (Armes d'Ostende.) 

Tôt BRUGGE, by martinus de sloovere, Drucker der || 
Stede ende Port van Ooftende, in de Vlaeming ftraet. || 

Pet. in-4°, 46 pp. et 1 f. blanc. Titre encadrée 

Notons ici qu'en cette même année 1775, le 
Conseil des finances accorda à P. Vanden Bussche 
l'autorisation d'établir une manufacture de cartes 
à jouer ^. 

Le 7 juillet 1781, Pierre-Jean Yereecken, fils, 
qui avait obtenu de l'Impératrice, le 21 juin 1780, 
l'octroi d'imprimeur et libraire en la ville de 



i F. Vander Haeghen, Bibliographie gantoise (Gand, 1859-1868), 
t. II, pp. 11 et suiv. 

2 Cette pièce, comme tous les documents cités plus loin, à moins 
d'indication contraire, se trouve conservée à la bibliothèque de l'Uni- 
versité de Gand, dans la collection de Documents divers, v" Ostende, 

3 Le hibliophile belge, t. V (Bruxelles, 1870), p. 312. 



— 398 — 

Conrtrai, reçut raiitorisation, sur sa demande, 
d'exercer sa profession à Ostende. Il avait, en 
effet, deux concurrents à Courtrai; aussi se décida- 
t-il à aller tenter fortune dans le i)ort (c où 
« l'affluence actuelle du commerce et le concours 
a des étrangers semble exiger l'établissement d'un 
(( imprimeur et libraire privilégié ' . » H y resta 
jusqu'en 1784, époque à laquelle il retourna à 
Courtrai. On ne connaît de ses productions osten- 
daises qu'un fragment de l'histoire de Mandrin, 
qu'il mit à la suite de l'almanacli publié par lui, 
à Courtrai, en 1793. L'adresse de ce fragment 
porte : 

Tôt Oostbnde, By Pcirus Joannes VereecTcen. — Te koopen 
t' AuDENAEEDE, bij P. J. Vereecken, in den Bourg by het Beg- 
gyn-hof*. 

Le départ de Vereecken fut motivé probable- 
ment par l'arrivée de Jean Rodenbach, qui solli- 
cita, en 1781, l'octroi d'imprimeur à Ostende, par 
la requête suivante : 

A Sa Majesté l'Empereur et Roi, 

Représente très respectueusement Jean Rodenbach, imprimeur 
et libraire, natif de Cologne, qu'il a été sollicité par différents 
négociants d'Ostende de venir s'y établir et d'y ériger une impri- 
merie d'autant plus nécessaire que par l'affluence du monde qui y 
augmente de jour en jour, l'on est souvent dans la nécessité de 
s'adresser à Bruges ou ailleurs. 

1 D.-J. Vander Meeksch, Audenaerdsche Drukpers (Audenaerde, 
1864), pp. 142-143. 

2 Ibid., p. 161, 



— 399 - 

Le Remonti-cant s'étant rendu à Ostende avec tons les ostencils 
[sic] qui conviennent à cet art et s'étant adressé à cet effet au 
Magistrat de cette ville, fut surpris d'apprendre qu'il ne peut y 
ouvrir une imprimerie sans l'octroi préalable de Votre Majesté. 
C'est ce qui l'engage à recourir à Ses bontés, avec d'autant plus 
de confiance qu'il ose se flatter être versé en cet art, et qu'il peut 
produire des témoignages tant de sa capacité que sa bonne 
conduite et mœurs. 

Suppliant très respectueusement de vouloir, en égard aux mo- 
tifs précédents, lui permettre d'établir une imprimerie à Ostende, 
et en conséquence lui eu accorder l'octroi nécessaire. 

C'est la grâce, etc. 

Jean Rodenbach. 

L'avis du conseiller fiscal de Flandre, Diericx, 
fut demandé de Bruxelles, le 13 décembre 1781; 
Diericx, à son tour, en référa au Magistrat d'Os- 
tende, qui lui répondit en ces termes : 

Monsieur, 

Nous avons examiné la copie de la requête présentée à Sa 
Majesté au nom et de la part de Jean Rodenback [sic] de Cologne 
et nous seulement insinuée dans le courant de cette année, ten- 
dant à obtenir l'octroi nécessaire pour imprimer en cette ville 
d' Ostende et y reservant de notre avis, nous avons l'bonneur de 
dire que nous ne connoissons en aucune façon le suppliant, qui se 
qualifiant d'imprimeur et libraire, ne doit pas être un sujet 
éminent, qui se rend de but en blanc avec tous les ustenciles 
nécessaires à sa profession à la prétendue sollicitation de quel- 
ques négocians, qu'il ne nomme pas, vraisemblablement par 
crainte d'un démenti; ce qui est d'autant plus apparent qu'il y a 
ici aucun négociant à façon qui ignore que c'est Sa Majesté seule 
qui accorde les octrois aux impi'imeurs. 

Il se trouve présentement en cette ville le nommé Pierre 
Vereecken, sujet né de Sa Majesté, qui à notre vive sollicitation 
et en vertu de l'octroi nécessaire de sa dite Majesté, y a éi'igé une 



— 400 - 

belle imprimerie, dans la ferme croiance que personne n'anroit 
été tenté de venir exercer après lui un tel art dans une ville, qui 
ne fournit pas de quoi faire subsister deux imprimeurs; si donc 
le suppliant a le bonheur d'obtenir sa demande, il est fort à 
craindre que notre ville sera bientôt sans imprimeur; les étran- 
gers trouvent ordinairement et assez facilement le moyen 
d'écraser ceux qui exerçoient avant eux quelque profession dans 
la ville où ils viennent s'établir; notre imprimeur qui ne fait, pour 
ainsi dire, que commencer, a tout à craindre de sa part, ou, du 
moins, ne trouvant pas de quoi d'y subsister à deux, sera forcé de 
quitter la partie et la paix, qui diminuera incontestablement 
notre commerce actuel, nous enlèvera cet étranger, et par là 
nous serons sans espoir d'y revoir à jamais un imprimeur, si 
nécessaire tant en temps de paix que de guerre dans toute ville 
de commerce. 

D'un autre côté, nous pensons que les vrais sujets de Sa Maj*^, 
qui de tout temps se sont appliqués à apprendre et à exercer un 
art dans le pais de Ses Dominations, doivent toujours être encou- 
ragés, favorisés et maintenus dans l'exercice de leur fonction par 
préférence à des Etrangers, qui ne viennent s'y établir que 
momentanément par l'appas du gain, que pour enlever des vrais 
sujets de Sa Majesté notre auguste souverain les avantages que 
ce moment de faveur leur offre, pour le porter par après dans les 
pais qu'ils viennent de quitter. 

Au surplus, nous estimons que l'impiimerie du dit Vereecken 
est suffisante pour servir le public, d'autauts plus qu'il est occupé 
à dresser une seconde presse, ce qui facilitera encore davantage 
ses opérations, et le mettra encore plus à même de contenter tout 
le monde. Il est bien vrai que dans le commencement avant que 
son imprimerie ne fut entièrement montée, quelques personnes 
ont du recourrir à Bruges, mais aujourd'hui j)ersonne ne sera 
plus dans ce cas que ceux qui ne sont contents que de tout ce 
qui vient de loin. 

Pour toutes ces raisons, nous estimons que la demande du 
suppliant, du moins quant à établir une impi'imerie eu cette ville 
d'Oetende ne peut lui être accordée. 



— 401 — 

Soumettant cependant le tout, Monsieur, à votre jugement 
éclairé, nous avons l'honneur d'être avec respect, 
Monsieur, 

Votre très humble et très obéissants ser- 
viteurs les Bourguemaitre et Echevins 
de la ville et port d'Ostende. 

A. DE Gkysperke. 
De notre assenblée du 8 de l'an 1782, 

Le chevalier Diericx se rangea à l'opinion du 
Magistrat d'Ostende, et écrivit dans ce sens au 
Conseil privé; mais Rodenbach disposait sans 
doute de protecteurs influents, car au bout de 
quelque temps, l'octroi finit par lui être accordé, 
le 6 août 1783. C'est du moins la date que donne 
Vincent % ainsi que je Fai déjà dit au commence- 
ment de ces notes. 

Je n'ai trouvé de Rodenbach que quelques billets 
de convocation de la Confrérie de Saint-André et 
Sainte-Barbe, de janvier à juillet 1787. 

En voici deux spécimens : 

Monjieur 

Meffieurs de la Confrérie de 8t. André & /S"*. Barbe, établie à 
Oftende, ayant pris des arrangemens avec Meffieurs les Proprié- 
taires du Bâtiment conftruit fur le Quai de l'Empereur, pour y 
donner Bal pendant cet hiver; le premier aura lieu le 6. Jan- 
vier 1787. & commencera à 9 heures du foir, & les autres conti- 
nueront tous les Dimanches depuis le 14 du préfent jufqu'au 
18 Février fuivant. 



1 J.-B. Vincent, Essai sur l'histoire de l'imprimerie en Belgique 
(Bruxelles, 1867), p. 208. 

26 



— 402 — 

On prie Meffieurs de la Confrérie de donner leur nom en entrans 
dans la Salle, & celui des Meffieurs qu'ils auront invités. 

N. B. Il y aura des Voitures, k l'on recommandera la plus 
grande exacftitude aux Cochers. 
Of tende ce 3 Janvier 1787. 

De l'Imprimerie de J. Rodenbach, Imprimeur de la Ville. 

Meffieurs de la Confrérie de St. André & Barbe établie à 
Ofteude, font priés de fe trouver à l'Hôtel des Aftionnaires fur le 
Quai de VEmpereur le 25. du courant à 10 Va du matin, pour 
procéder d'abord à la réception des nouveaux Confrères, aller de 
suite, Tambour battant, Drapeaux déployé à l'Eglife paroiffiale, 
où fera célébré à 11 heures précifes une Meffe en l'honneur de 
St. Jacques, jour de Tinfiitution de la dite Confréi-ie; & fui vaut 
la Refolution de l'Affemblé tenu le 20 ditto; on tirera les doubles 
prix, comme d'ufage, l'après-midi : depuis les 3 heures jusqu'à 7; 
à neuf heures du foir Bal à l'ordinaire. 

Le Doyen de la dite Confrérie défirant de voir renaître les bons 
& anciens ufages donnera Dimanche prochain fes prix ordinaire, 
à gagner au but; il prie Meffieurs les Confrères zélé de fe joindre 
à lui pour contribuer fucceffivement tout les Dimanches à main- 
tenir cet bel exercice fur lequel eft fondé & octroyé la dite 
Confrérie. 

Oftende le 23. Juillet 1787. 

Decobmiers. 



De l'Imprimerie de J. Rodenbach, Imprimeur de la Ville. 

Cette dernière pièce, on le voit, est d'une com- 
position assez défectueuse, et les fautes typogra- 
phiques y abondent. 

J.-B. Vincent nous apprend que Rodenbach eut 
pour successeur Bernard Bricx, dont Toctroi date 



— 403 — 

du 18 septembre 1787. C'est à ce dernier que fut 
désormais confiée l'impression des circulaires et 
autres pièces de la Confrérie de Saint-Jacques et 
Sainte-Barbe. J'ai sous les yeux un Souhait de 
nouvel an, dédié aux chef-homiine, roi, doyen, no- 
tables et autres membres de la Confrérie royale et 
libre de Varquebuse, dans la ville d'Ostende, sous la 
protection de St. Ste. André et Barbe, pour farinée 
MDCCXCI. Par votre ires humMe et très obéissant 
serviteur Remy Jacquymins (1 f. pet. in-fol.), qui 
porte, en tête, les armes de la Confrérie, et, au 
bas, l'adresse : De l'LnjJritnerie de B. D. Bricx, 
I)np?H)neur de la Ville & de la Confrérie. Ce 
souhait donne la liste complète des membres de la 
Confrérie'. 

C'est Bricx qui imprima la pièce suivante, assez 
curieuse pour être reproduite entièrement : 

FOKMULE 
VAN BEN EED, 

GEPRESTEERD DOOR DE WAERE 

REPRESENTANTEN 

VAN HET VRY EN SOUVEREYN VOLK VAN 

OOSTENBE, 
Den 13 February 1793. 

Ik sweire getrauw te Zyn aen het vry en SouvereyD volk van 
Oostende ; de Vryheid en gelykheid voor te staen soo veel in niy 
is ; te zuUen doen, in myne qualyteyt van Représentant van het 
Oostends vry volk, aile het gonne het gemeene- beft verreyst; 



1 M"" J. Frederichs, professeur à l'Athénée royal d'Ostende, me 
signale également le Bègleinent militaire pour la Confrérie de Saint- 
André et Sainte Barbe établie à Ostende. — De l'Imprimerie de 
B. D. Bricx, imprimeur de la ville. In-S", 11-10 pp. Le règlement est 
daté du 17 janvier 1790. 



— 404 — 

ende soo lang ik in plaetse sal blyven geenen anderen Souvereyn 
te znllen erkemien, als het vry en Souvereyn volk van Oostende, 
Voor Copie conforme aen het Originael. 

DE NEVE, 

Secrétaire. 



Je jure d'être fidèle au Peuple libre et Souverain d'Ostende; de 
maintenir de tout mon pouvoir la Liberté et l'Egalité ; de faire, 
en ma qualité de Représentant du Peuple libre d'Ostende, tout ce 
que le bien public exigera, & tant que je resterai en place, de ne 
reconnoître d'autre Souverain que le Peuple libre et Souverain 
d'Ostende. 

Uyt de Drukkery van B, D. BRICX, Stadsdrukker. 

En 1801, Bricx imprime un règlement daté du 
19 floréal an IX (9 mai 1801), sur l'octroi : 

REGLEMENT || ET 1| TARIF || de l'octroi municipal || de 
LA II VILLE D'OSTENDE || département de la lys. \\{Orn€ment 
représentant un globe terrestre.) 

à OSTENDE, de VImprimerie de B. D. BRICX, || Impri- 
meur de la Mairie et du Conseil Municipal. || 

In-é", 15 pp. et 1 tableau. 

Bricx était amateur de poésie, et on lui doit 
la fondation d'une Société de rhétorique, sous la 
devise : Wat ryp, wat groen, konit wysheid voen 
(Fruits mûrs, fruits verts nourrissent la sagesse), 
dont il devint président. Il signe, à ce titre, le pro- 
gramme du cortège formé par la Société pour se 
rendre à un concours à Bruges, le P'" septembre 
1811; ce i^rogramme forme un feuillet in-fol., 



— 405 — 

portant au bas Tadresse : Tôt Oostende, uyt de 
Drukkerije van B.-D. Bricœ. Parmi les productions 
littéraires de notre imprimeur, on remarque une 
pièce dédiée à Constantin Planckaert, président 
de la Société de Vrede-7ninnaers, à Courtrai, à l'oc- 
casion du concours du 16 août 1813 : 

EER-GEZANGr, || toe-gezongen || Aen clen DicJit- Kunst-min- 
nenden heer || MynJieer Constantmus \sic\ Planckaert, \\ voor- 
ziTTER, Il En verdere Dickt-Kimst-Broeders van de Maetschapi^y 
der II VREDE-MINNAERSbinnenKORTRYK,|| op het Beschry- 
vings-Feest (volgens het Broederlyk Verdrag) || den 16 oogst- 
maend 1813. Il 

lu-foL, 1 f., blanc au v". Texte encadré. Au bas : Tôt Oostende, 
wjt de Brulikenje van B.-D. Bricx, DrukJcer der Meyerie. 

[Bibl. de rUniv. de Gand, B.-L. 9067^']. 

C'est une chanson de circonstance, en six cou- 
plets, sur l'air : Je t'aime tant; en voici les deux 
premières strophes : 

'K Zing hier den Lof van deézen Stryd, 

Waer nae dat elk zig zoo yv'rig wende! 

Tôt het beschryven van den Nyd, 

Brugge, Ypee, Kortryk en Oostende; 

alderaengenaemsten Dag! 

Toen die vier Steden zig vergaeren, 

En door het Broederlyk Verdrag, 

De Dicht-Kunst met de Vriendschap paeren. 

Heyl aen ail' de VredeMinnaers, 

Die den vrangen Nyd doen knerzetanden, 

Op aile Dicht-Kunst Yveraers, 

Die zoo nauw sluyten Vrede banden. 

Uwen Roem en ons Kunst-Verbond, 

Dreunen alom tôt 's Hemels kringen, 

Waerom 't Heel Al, ten allen stond, 

Uwe lof b're Daeden op zal Zingen. 



— 406 — 

Comme tout vrai rliétoricien, Bricx avait adopté 
une devise poétique : Als liefde hreekt, den haet 
ontsieekt [hâ haine naît quand raffection se rompt). 

Bernard-Dominique Bricx, fils de François et 
de Idonie van Morissen, était né à Bruges, le 
20 août 1762; il épousa, dans sa ville natale, 
Josèphe-Marguerite Druck, qui mourut avant le 
départ de Bricx pour Ostende, Dans cette dernière 
ville, il épousa, le 27 mai 1807, Isabelle-José- 
phine Ruelens, née à Bruges, le 2 avril 1784, et 
fille de Joseph et de Anne-Thérèse Kindt. Il mou- 
rut à Ostende, le 25 janvier 1816; après sa mort, 
son atelier fut continué par sa veuve, car j'ai 
trouvé une annonce de vente de riz et de coton, 
du 24 mars 1817, portant au bas : A Ostende, 
de V hnprimerie de la veuve B. D. Bricx. A cette 
époque fonctionnait déjà un nouveau typographe, 
P. Scheldewaert, qui prit bientôt le titre d'impri- 
meur de la ville. 

Paul Beegmans. 
(A suivre.) 



— 407 - 



L'INVENTAIRE 

DES 



MEUBLES DÉLAISSÉS, 

LORS DE SON ENTRÉE EN RELIGION, 



PAR 



Antoine d'Arenberg, Comte de Seneghem '. 



(F" 1 r") — Inuentaire des meubles apparteuans a Madame 
la Duchesse D'Arscliot Princesse Coutesse D'Arenberghen 
tant en son nom que de ses enfans mineurs substituez a 
Anthoine d'Arenbergbe au monde Conte de Sennigheu 
présentement Père Charles auquel lesdis meubles auoient 
estez liurez jusques au rappel d'icelle Dame. 

(F° 2 r") — Les bagues auecq pieries. 

Premièrement vne médaille ronde, auecq vne rose de 
diamants au mitant dont le diamant du mitant estoit asses 
grand, et dix moiennes triangles et dix petites tables et 
allenthour de ladicte rose dix moiennes croix de cincq 
diamans, lesquelz sostions pour en faire ce qu'on vouloit. 

Vne aultre dVne plume de douse différentes sortes de 

* Suite. — Voir Messager des Sciences, P^ livraison 1894, p. 23. 



— 408 — 

fleures dor esmaillées, trois de pensées auecq des cailloux 
de rubis deux aultres de pommes de guernades auecq 
chacun douze rubis petitz, et vne foeuille dor esmailié de 
verd, vne aultre auecq vne table de Saphir bleu vne aultre 
auecq vne table de toupa, vne aultre auecq vne table 
desmeraudes lesquelles s'ostoient toutes pour en faire ce 
qu'on vouloit, et trois aultres fleurs qui ne tenoient à 
ladicte plume. 

(F» 2 v) — Vng Penache de Ruby de diuerses grandeurs 
et sortes en nombre de soixante vng, 

{En marge de la même main) — Comme Madame sceut 
que Père Charles auoit changé ladicte bague icelle luy 
parla, et luy dit en sa maison de Bruxelles qu'elle la vouloit 
rauoir, il lui dit quil mectroit vne rose de diamant en sa 
place qu'il auoit achapté, laquelle icelle prétend d'auoir. 

L'Orfebure La Failla me l'at monstre à Bruxelles en la 
maison de son {correction sur mon) filz, disant qu'on luy 
auoit vendu ou donne pour vendre 

Vne aultre plume de diamants auecq vne moienne 
triangle fort espese au mitant, et plusieurs aultres diamants 
de diuerses grandeurs et façon. 

(F" 3 r") — Les Médailles. 

Premièrement vne médaille ronde d'vne femme taillée 
d'vne Agathe, auecq vn cranchelin de fleurs d'or esmaillee 
allentour, tenant vng boucquet de fleurs dor esmaillées en 
sa main. 

Vne aultre beaucoup plus petite dvn chariot D'Agathe 
auecq (]uatre petis rubis. 

Vne aultre d'vne branche de grenaude de parfum auecq 
des floeurs et grenades auecq quelque peu dor. 

Vne aultre auecq une Salemande toute D'Opalle, et aultre 
grande quantité D'Opalles, et trois qui pendent. 



— 409 — 

Vng Aigle dor esmaillé de blan auecq vne grande pomete 
de jassinte au mitan 

[En marge^ se rapportant aux deux articles précédents 
par un trait) — Madame les at reprins 

(Fo 4 r") — Les tours de bonnets et chapeaux d'or et auecq 
pieries et sans et aultre chose. 

Premièrement vng contenant douze grands basions 
rompuz d'argent, auecq des feuilles esmaillées de verd. 

Vng buseau dor auecq vne pierre au boult esmaillee de 
verd, pour mectre vne masse de liayrons dedans. 

Vng aultre de douze fleurs dor esmaillées de diuerses 
sortes de couleurs, et la ferm eture et blouque dor esmaillé. 

Vng aultre contenant dix huict chiffres dor d'vng A. et 
d'vne S. esmaillées de blan et j aulne auecq vne couronne 
pardessus. 

{En marge) — Madame l'at reprins 

Vne croche et vng annelet pour leuer le bord d'vng 
chapeau et deux escassettes de sainct Jacques esmaillées de 
blancq et noire . 

(p 4 v°) — Vng aultre contenant vingt petites foies dor 
esmaillées de blan, les noeufz tenans vne patience dor 
esmaillee de verd, et les onze aultres sans et 28. aultres 
petites floeurs dor esmaillées, les dix de blan, auec(| vne 
perle au mitan et les dixhuict aultres esmaillées de diuerses 
sortes de couleurs, auecq aussy vue perle au mitan. 

{En marge) — Madame l'at reprins 

Vng aultre tour de chapeau contenant seize ancres dor 
auecq des serpens tortinez tout allentour esmaillées de 
verd auecq la bloucque et toutes les ferrures dor esmaillées 
de verd. 

{En marge) — Madame l'at reprins 

Vng aultre d'assy couppe a jour 



— 410 — 

Deux petits tours de petits chainons clor l'vn esmaille 
de bleu et l'aultre de blan. 

(F" 5 \°) — Vng aultre de treize croix auecq quattre 
perles et vue emeraude au mitan . 

{En marge) — Madame Tat reprins 

Vng tour de chapeau contenant seize croix dor et cinq 
diamans dont celuy du mitan est plus grand que les aultres 
et les trois pioches servantes audict cordon de chappeau, y 
ayant a vne deux petits coeurs de diamans. 

Vng aultre contenant dixhuiet potz de fleurs dor es- 
maillees auecq vne table desmeraudes au mitan. 

Vn aultre contenant dixnoeuf diuerses fleurs dor es- 
maillees, les dix auecq vng petit rubis et les ix aultres 
sans. 

{En marge) — Madame l'at reprins 

Trente autres fleurs dor esmaillees auecq vn petit rubis 
au mitan et la fermeture et bloucque dor esmaillee. 

(F° 5 v°) — Vne aultre auecq xxxv petites rosettes dor 
esmaillees auecq une esmeraude au mitan. 

Vne grande rose toute plaine de diamants. 

[En marge, rapporté par uti trait aux deux articles pré- 
cédents) — Madame l'at reprins 

(F° 6 v") Les chaisnes avec pierries. 

Premièrement vne contenante septante deux pièces, 
asscauoir xxxvi pièces de fleurs de rubis, Ayant a chasque 
costé sept rubis, dont cestuy du mitan est plus grand que 
les aultres et 36. aultres petitz jainetes esmaillez de blan 
auecq vng petit rubis au mitan de chasque coste auecq 
des chainons dor entredeux. 

{En marge) — Madame l'at reprins 

Vne aultre chaîne contenante cent et vingt petites fleurs 
dor esmaillees de blan aux deux costés, y aiant au 



— 411 — 

mitant vng petit rubis et cent et vingt grands chainnons 
dor esmaillez de bleu, et deux cens quarante petitz 
chainnons dor. 



(F° 7 r") — Les chaianes sans pierries 

Premièrement vue contenante cent et dix petittes fleu- 
rettes dor esraaillées de blan et cent et dix ouailles dor 
esmaillez de bleu, et deux cens et vingt petitz chainons dor. 

Vng aultre grand tour dor tiré pour pendre la clef. 

Vng aultre de quelque tour d'argent tiré. 

Vng tour de chaine dor par rosette l'vne des rosettes 
esmaillée de blancq et Taultre de rouge, auecq des petis 
chainons seruans d'entredeux. 

Vne petite chainette dor de plas chainons esmaillée de 
noir pour mectre en vn tour de bonnet. 

(Fo 8 r") — Les Verges dor auecq pierries et sans 

Premièrement vue Verge dor auecq vn diamant. 

Deux aultres auecq des diamants l'un plus grand que 
l'aultre. 

Vng aultre eu forme de cachet d'vne Agathe. 

Vne aultre auecq une table de rubis. 

Quatre aultres auecq diuerses sortes de pierries. 

Vne aultre d'vne mémoire auecq des diamant 

Deux aultres l'vne auecq vne teste d'homme D'Agathe 
rouge et l'autre auecq vne teste de femme D'Agathe 
blanche esmaillée toutes deux noires. 

Vne aultre ronde verge D'Angleterre dor esmaillée de 
bleu auecq des fiâmes noires dessus. 

{F° 8 V») — Vne aultre d'argent bénite de Monsieur 
sainct Bernard. 

Vne aultre auecq vn Diamant de Bohême esmaillé de bleu. 



— 412 - 

Vne aultre auecq vn vermeil de Bohême tout simple 
mise en or. 

Vne aultre verge dor auecq vne table de rubis émaillée 
de noir. 

Vne aultre dor auecq vne turquoise. 

Vne aultre verge dor auecq vn rubis esmaille tout 
de noir. 

Vne verge dor esmaillee de bleu auecq vng coeur et 
quelques lettres. 

Vne verge dor auecq vne pierre verde grauee dessus 
pour le sang. 

(Fo 10 r°) — Les Boutons. 

Premièrement vingt douzaines de petitz boutons dor 
esmaillées de blan et noir. 

Trente douzaines de petitz ronds boutons bleu argentez 
auecq vne grenads au mitan. 

Quattre douzaines et vng de graudz boutons d'argent et 
poirres esmaillées. 

Seize douzaines et trois boutons dor damasquinez de 
noir. 

Sept douzaines et cincq ronds boutons dor a jour 
esmaillez. 

Quatorze ronds boutons dor massif 

Deux cens et septante vng de petis boutons dor hachuz. 

Seize douzaines et trois d'aultres petis boutons platz 
dassy besoigné dessus la moictié. 

(F° 10 v°) — Quinze aultres boutons dor auecq des petitz 
grains jusques au mitan. 

Six boutons dor dans vng petit papier 

Quattre douzaines et vng de boutons dor a poinctes a 
jours esmaillées de plusieurs fortes de couleurs auecq 
cliacun trois cristals auecq des painctures des bestes faictes 
de cire auecq des petitz cristalz dessus. 



— 413 — 

Seize douzaines et demie de petitz boutons ronds dassy 
dorrez. 

Trois douzaines de boutons dor esmaillez. 

Vingt petitz boutons dor esmaillez de blancq et bleu 
auecq chacun ung petit rubis au mitan. 

Noeuf ronds boutons dorrez. 

Soixante douzaines de boutons bleu aussy auecq des 
grenades au mitan . 

{¥° 12 r") — Diuerses aultres Jolitez d'or et auecq or et pierres 
sans estre mises en oeuures. 

Premièrement vne petite escaffette de sainct Jacques 
D'Agathe entouré dor esmaillee de blan et vne croix dor 
au mitan esmaillee de rouge. 

Vne rose dor esmaillee de rouge y aiant au mitan vn 
diamant. 

Cincquante petis diamants sans estre mis en oeuure. 

{En marge) — Madame est en doubte sy elle les at rethiré 
ou point. 

Vne bague dVne fort grande esmeraude et quattre petites 
aux quattre coings. 

{En marge) — Madame Tat reprins. 

Vng fort petit liure auecq la couuerture dorrée ou il y 
at escript dedans dextremement petite lettre la passion de 
nostre Seigneur 

Vne petite fleur esmaillee auecq vne esmeraude au mitan. 

Vn brasselet de diuerses vielles pierres entourées dor en 
nombre de treize. 

{En marge) — Madame l'at reprins 

(Fo 12 vc) — Vng brasselet de ])erle pour s'en seruir sur 
vng bonnet contenant cent quarante noeuf perles. 

Vng coeur de cristal mis en or auecq vng petit sainct 
frauchois dedans taille du bois de Monsieur sainct franchois. 



— 414 — 

Vn petit Ciipido dor esmaille auecq vne table de rubis 
au mitan et deux esmeraudes sur les aisles. 

(En marge) — Madame l'at reprins. 

Vne petite corde de perles contenante Deux cens et 
soixante vne perle. 

Vne fleur dor esmaillée auecq vn rubis au mitan. 

Vne femme dor couchée esmaillée de blancq. 

Vne grande bague dVn Pélican auecq ses jeusnes aiant 
les aisles ouuertes et au mitan du ventre vne grande plate 
perle et aux aisles vne grande esmeraude entourée de petis 
rubis, et au desoubz de luy vng rubis. 

[En marge) — Madame l'at reprins. 

(F° 13 r") — Vne paire de brasseletz de soye rouge 
blanche et verde auecq des clouans dor. 

Vne main de coral rouge auecq des poingnetz dor. 

{En marge) — Madame Fat reprins. 

Vne petite croix dor auecq de la vraye saincte Croix 
dedans. 

Vne pierre de cornaline entourée pour le sang. 

Vne bague contenant trois petis diamants, vnze petis 
rubis et vn saphir bleu. 

Trois fleurs dor esmaillées l'vne auecq vng cailloux de 
rubis au mitan Faultre auecq vne esmeraude, et l'aultre 
auecq vne rose de toupaz. 

(F" 14 r") — Aultres Jolites sans or. 

Premièrement trois pierres de cornalines taillées pour 
en faire vne petite couppe 

Vne assez grande ronde pièce fort espesse D'Agathe 
laquelle n'est encores pollie 

Vne figure a L'Espaignolle de Grest 

Vne teste d'vn fol d'argent pour mectre dessus vng baston. 

Vne petite chaisne d'assy auecq vng petit horloge à huict 
coings y pendant 



— 415 — 

Vn petit carré de bois dorré auecq vn petit Jésus dessus. 

Vingt petis cercles d'argent. 

Vn assez grand Relicquaire en oual d'vn solleil à chasque 
costé auecq de la saincte vraye Croix au mitan et diuerses 
sortes de relicques entre les rayons. 

(F" 14 v°) — Un tonnelet de bois de canelle auecq les 
cercles d'argent. 

Vn petit coffre de velour violet auecq les bendes d'argent. 

Deux femmes d'argent qui hachent la porée. 

Vne Izarde (sic) et ung crapeau d'argent. 

Trois médailles de nostre Dame d'arget et vne chemise 
de nostre Dame de Chartres . 

Vne casse de painctures en oual coupé a jour esmaillee 
de noir plain de parfun. 

{V° 15 r") — Inventaire des voires de christal et vasselles 

dorrées et blanches. 

Les voires de christal et vasselles dorrees. 

Premièrement vne pantoufle de christal de roche fort 
bien taillée, 

Vn rond flaccon par embas auecq des forts longz ronds et 
estroitz cols fort bien besoignez et esleuez. 

Deux petites rondes sallieres d'argent dorré tout sem- 
blables l'vne à l'aultre 

F° 16 r» — Celles d'argent blanche seruant a sa table. 

Premièrement deux bassues auecq leurs aiguières Fvne 
plus grande que l'aultre. 

Vne grande salliere auecq six boittes y servantes auecq 
la salliere au millieu 

Deux douzaines d'assiettes. 

Sept platz de moienne grandeur 



' — 416 — 

Vn grand rechauffoir auecq la couuerte 

Quatre chandeliers les vns plus grands que les aultres. 

Vne mouchette 

Vne demie douzaine de cuilliers. 

Cincq aultres platz. 

(F° 17 r») — Celles d'argent blancq seruant a sa chambre. 

Premièrement vne Asaphate en oual couppé a jours 
auecq vn pied. 

Vne aultre en forme de crétin couppé à jours. 

Deux flaccons auecq deux manches et vn long col tout 
plain de petis creuis. 

Deux punettes rondes couppées a jours auecq les pieds 
en triangle . 

[En marge, rapporté par un trait aux deux articles qui 
précèdent) — Madame est en double sy elle les at reprins 
ou point. 

Vn grand parfumador qui sert aussy de pomille et de 
rechau quand on veult. 

Deux petis chandeilliers a L'Espaignolla tous semblable 
l'vn à l'aultre. 

Vne escuelle auecq sa cueilliere. 

(F° 18 r°) — Toute aorte de chose pour seruir pour la santé. 

Premièrement vne grande pierre de cassuy en oual. 

Deux longues Pater nostres de Cornalines pour quand 
l'on saigne. 

Vne grande longue pierre rouge aussy pour quand l'on 
saigne. 

Vne pierre du Lapis Lazarus {sic) entourée dor auecq 
vn oeuillet. 

Vne Turquoise faus estre mise en or. 



— 417 — 

Vue pierre de cornaline. 

Vue pierre verde en triangle quy at la mesme vertu 
quVne Turquoise. 

Vue petite Apolicarie d'argent dorré longue et ronde, 
laquelle s'ouure en trois ou quattre places auecq des verrins 
pour y mectre diuerses fortes de drageries. 

(F° 18 V") — Vue longue boitte d'argent ronde toute 
simple, pour y mectre quel(iue pouldre dedans laquelle 
sV)uure auecq vn vérin. 

Vue boulle d'argent a troux pour y mectre quelque chose 
dedans pour sentir contre la maladie. 

Vue pierre mise en or pour le sang. 

Vue pierre blanche entourée d'argent pour la colicque. 

(F" 19 r") — Les masses de hajTons oyseaux de paradis et 

Egrettes et plumes. 

Premièrement vue fort grande masse de hayroiis noire 
de douze ou treize cens plumes. 

Vne masse platte de plumes de hayrons blanches conte- 
nant quattre cens plumes 

Trois oyseaux de paradis les deux petis et l'aultre beau- 
coup plus grand 
Vne longue Egrette blanche et deux petites. 
Vne trousse de plumes blanches 
Vne trousse de plumes incarnate et blanche 
Vne trousse de plumes colombine et blanche 
Vn grand penache de diuerses sortes de couleurs. 
Vn autre grand penache bleu et jaulne 
(F° 19 \°) — Vn grand penache tout noire 
Plusieurs trousses de chapeaux blanches auec(i vne 
Egrette. 
Diuerses plumes sans estre mises en œuure. 

27 



— 418 — 

(F« 20 r°) — Toutes sortes de painctures d'or d'argent et 
d'aultres choses aussy des médailles et monnoyes. 

Premièrement vne médaille ronde de cinq Empereurs de 
de la maison D'Austrice de ehasque coste. 

La paincture de Son Alteze L'Arcliiducq Albert nostre 
Prince d argent. 

La paincture d'Alexandre de fernes qui at este gouuer- 
neur de pardeca d'argent. 

La paincture cVvn Marquis de Bergues d'argent dorré se 
nommant Maximilien. 

Vn aultre de feu Seigneur Don Jehan D'Austrice de 
cuiure. 

Vne aultre paincture du Cardinal de Granuelle. 

Vne aultre du Président Viglius d'argent. 

(F" 20 v°) — Deux aultres painctures de Guiliaulme de 
Nassau père du Prince d'Oranges a présent et l'aultre de 
sa femme celle de Bourbon de plomb. 

Vne aultre paincture du Conte Maurice de plomb. 

Vne aultre de l'effigie d'vn vieu Empereur taillée sur vne 
escaille. 

Vne aultre ronde casse de painctures d'argent esmaillée 
de noir. 

Vne petite médaille dor fort vielle que Ton at trouvée. 

Vne aultre grande médaille d'argent venant d'Hollande 
y aiant d'un costé 

L'vn des trente deniers que nostre Seigneur at esté vendu 
d'argent, ayant d'vn costé vn grand visage et de l'aultre 
vne fleur. 

Encore vne aultre des trente deniers que 

(F° 21 r") — nostre Seigneur at esté vendu ayant d'vn 
costé vn calice, et de l'aultre costé vne branche auecq 
plusieurs letres hebraiciiues. 

Quelques monnoyes que Leurs Altezes ont forgées quant 
elles sont venues pardeca. 



— 419 — 

Vue petite ronde paiiicture sur parchemin d'vn Empereur 
ou Roy. 
Vne iietite vielle médaille dor. 

(F» 23 r°j — Les Acooustremens a l'Espaignolle et tout oe 
qui en dépend et touche. 

Premièrement vne paire de calces a bendes de toille dor 
ample jaulne couppeeajour tout plain brode dessus des 
chaisnettes cantilles et cordons d'argent doublée de caffa 
jaulne, et la doublure desdictes calces de toillette jaulne et 
blanche et le pourpoint de mesme toillette a ladicte dou- 
blure des calces, et le collet par bendes brodées toutes sem- 
l)lnbles a celles des calces doubles de cafFa jaulne auecq vn 
long bas de soye de couleurs d'isabelle 

Vne aultre paire de calces par bendes de satin noir 
coui)pé a jour tout plein brode dessus de jafran dor, 
cantille, et cordon dor doublé de caffa noir, et le pourpoint 
de mesmes toillette ausdictes calces, et le collet de parfun 
brodé de deux bords de satin noir, tout ])lein brodé dessus 
de jafran cantille et cordons dor doublé de caffa noir auecq 
vn long bas de soye noir. 

(Fo 23 vo) — Vne aultre paires de calces a bendes de 
garnition bleu a jour sur du satin bleu cou^)pé a jour double 
de caffa bleu, et la doublure desdictes calces jaulne blanche 
et bleu et le pourpoint de mesmes toillette ausdictes 
calces et le collet de cuir blancq auecq des grandes taillades 
bordé de deux bords de mesme garnition que les calces 
double de caffa bleu auecq vn bas de soye bleu. 

Vne aultre paire de calces de garnition grise, auecq du 
velour sur du satin gris a jour doublé de caffa gris, et la 
doublure desdictes calces de toillette jaulne blanche et 
grise, et le collet d'autre gris brodé de deux garnitions 
semblables a celles des bendes des calces doublé de caffa 
noir auecq vn long bas de soye grise 



— 420 — 

Vue aultre paire de calces a bendes de caffa gris toutes 
picqué de soye grise remplies de poudre de senteur doublé de 
caiï'a gris auecq la doublure des calces de satin gris presse 
(F" 24 r") — et le pourpoint aussy tout plain picqué de 
bendes de soye grise l'emplie aussy de pouldre de senteur, 
et le collet par bendes semblables a celles des calces, aussy 
remplie de poudre de senteur doublé de caffa gris, et le 
manteau de caffa gris tout plain pic(]ué par dessus par des 
fort beaux patrons de soye grise et deux bords tout allen- 
tour, aussy tout remply de poudre de senteur, doublé de 
caffa gris tiguré auecq vng long bas de soye grise. 

Vne aultre paire de calces a bendes de garnition de soye 
noir auecq du velour rez, entredeux doublé de caffa noir, 
et la doublure desdictes calces de satin noir presse, et le 
pourpoint de satin noir, et le collet de cuir blanc tout plain 
brodé d'vn petit passement de soye noir, par le trauers 
doublé de caffa noir, auecq vn long bas de soye noire. 

(F" 24 V") ~ Vne aultre paire de calces a bendes de gar- 
nition noir a jour doublées de toillette d'argent auecq de 
rincarnat, et le pourpoint de mesme toillette ausdictes 
calces et le collet de cuir de podrille brodé et deux garni- 
tions semblables à la garnition des bendes des calces, 
doublé de caffa auecq vng long bas de soye noire. 

Vn collet de cuir blanchi par taillades bordez a deux 
petis passements dor et d'argent auecq du clincquant 
doublé de caffa gris. 

Des bendes des calces de garnitions noires sans estre 
montées, et de la garnition de mesme pour vn collet etcappe. 

Vn collet par taillades de cuir de parfun borde de deux 
petis passements dor et d'argent doublé de caffa gris. 

Vn autre collet par taillades de cuir de (F" 25 r") — 
parfun bordé de deux petis passementz d'argent, auecq 
du clincquant double de caffa gris. 

De la garnition grise pour border vn collet. 



— 421 — 

Vne paire de chausses de chamois par bendes auecq de 
hx garnition dessus de soye tannée et verde, doublé de satin 
tanne pressé, et vn collet de chamois bordé de mesme 
garnition, et des allemares de mesmes couleur et le boesne 
de rathe meslée bordé de mesme garnition, doublé de caffa 
tanné et figuré. 

Vne paire de chausses et casacque de satin colombin 
tout plain brodé de cordons et tillet d'or et d'argent. 

Vne paire de chausses de satin noir feuillage brodé de 
cincq garnitions noires et des boutons noirs et la casacque de 
(Fo 25 v^) — mesme doublée de caffa noir, et le pourpoint 
de satin noir royé et mouchette entredeux. 

Vne aultre paire de chausses de velour figuré rez noir, 
le fond de satin brode de guarnition noir et boutons de soye 
noire et la casacque de mesme doublé de caffa noir, et 
le pourpoint de satin noir royé et moucheté entredeux 
et le manteau. 

Vn pourpoint de caffa d'italie royé rouge verd et blancq. 

Vne aultre paire de chausses de ces estoffes d'italie par 
quarré tannée et verd, bordée de cinq passements verd et 
Janine, et les boutons de mesme de soye doublées de caffa 
tanne. 

Deux pièces d'estofie blanche et noire (F° 26 i'°) — de 
caffa pour faire un lict de champs le 10 de janvier 1614 

Vne reste d'estoffe d'italie, le fond blanc royé de couleur 
dont il at vn pourpoint pareil. 

Vn manteau de raze aussy jaulne auecq vne bende de 
satin pardedens de mesme couleur. 

B*^" Feançois Béthune, 
(A suivre.) 



— 422 



QUELQUES NOTES 



SUR 



L'ESPRIT PUBLIC EN BELGIQUE 



PENDANT LA 



DOMINATION FRANÇAISE (1795-1814)'. 



-»o^>«fr«-»- 



IL 

L'esprit public depuis le Concordat jusqu'en 1808. 

Le Concordat entre le gouvernement Français 
et le Saint-Siège fut conclu le 15 juillet 1801. 
Mais le corps législatif n'en fut saisi que quelques 
mois après. Il l'adopta le 6 avril 1802. Deux jours 
plus tard, le gouvernement le promulgua et le 
publia officiellement. 

Cette mémorable transaction ne causa nulle 
part une joie plus vive et plus générale que dans 
les départements réunis. Elle y augmenta le pres- 
tige et la popularité du premier Consul. Elle eut 
aussi sur l'esprit public la plus efficace influence. 

* Suite. Voir Messager des Sciences, 1" livraison 1894, p. 53. 



— 423 — 

« La loi qui rétablit la liberté des cultes, écrit, 
<f le 6 mai 1802, le préfet de l'Ourthe, a excité 
« dans ces contrées la joie la plus vive. Le peuple 
c( bénit un gouvernement qui lui rend ses temples 
« et ses cérémonies '. » « Le pacificateur de 
« l'Europe, écrit le préfet de la Lys, est devenu 
(( ainsi celui des familles... et le rétablissement 
« de la religion a gagné tous les cœurs au premier 
(( Consul ■\ )) 

C'est en grande partie à cause du Concordat, 
que les Belges se réjouissent de voir conférer 
à Bonaparte le Consulat à vie (Sénatusconsulte 
du 14 Thermidor an X). « Partout le peuple s'est 
« réjoui, écrit, à la fin du mois d'août 1802, le 
« préfet de l'Ourthe, de l'inamovibilité de son 
« premier Magistrat; il a célébré partout l'anni- 
« versaire du héros qui sauva son pays, l'anniver- 
« saire du Concordat par lequel ce héros a rétabli 
« la paix des consciences \ » 

Bonaparte put bientôt constater par lui-même 
à quel point les populations belges lui savaient 
gré du rétablissement de la paix religieuse. 
En 1803, il fit avec Joséphine un voyage en Bel- 
gique. Partout, il fut reçu avec enthousiasme. 
M""" de Rémusat témoin des acclamations qui 
saluèrent sa visite, les attribue avant tout à la 
restauration du culte catholique. « A cette époque, 
« dit-elle dans ses Mémoires, quel moyen de suc- 



1 Daris, ouvr. cité, t. IV, p. 176. 

« Rapport du 19 Vendémiaire an XII (12 octobre 1803). F^' III, 
Lys, 4. 

3 Rapport du 6 Fructidor an X (24 août 1802). Fi' III, Ourthe, 1. 



— 424 — 

« ces lui donnait cette parole prononcée par toutes 
« les bouches pieuses : il a rétabli la religion '. » 

Au point de vue gouvernemental, la pacification 
religieuse de la Belgique entraîna d'ailleurs des 
avantages plus importants que les flatteries et les 
applaudissements prodigués au premier Consul. 
Les multiples obstacles que l'administration fran- 
çaise avait rencontrées dans nos provinces commen- 
cèrent à s'aplanir peu à peu. Aussi voyons-nous, 
après 1802, les préfets se réjouir de la constante 
amélioration de l'esprit public et signaler au 
gouvernement les manifestations les plus signifi- 
catives de ce progrès. 

La défiance des habitants diminue d'année en 
année. Dans la Lys, par exemple, le préfet qui, 
dans les commencements de son administration 
n'avait eu affaire qu'à des « sujets, )> soumis 
mais non attachés, commence à se croire au milieu 
de» Français. )>La transformation qui s'est opérée, 
se montre, dit-il, dans toutes les actions et sur 
tous les visages. « Le Concordat a réuni tous les 
« cœurs, accordé tous les esprits, fondu toutes 
« les opinions -. » 

L'exécution des lois, notamment des lois sur le 
culte devient plus aisée. « C'était en vain, écrit à 
« propos de la police des cultes, Doulcet de Pon- 

1 Mémoires de Madame de Rémusat, t. I, pp. 244 seq. — Sur l'ac- 
cueil fait à Bonaparte en Belgique, en 1803, voir : Mémoires dit duc 
de Rovigo, I, p. 475; Mes souvenirs sur Napoléon, par Chaptal, 
pp. 373 et suiv.; La Correspondance de Napoléon, t. VIII, pp. 500 et 
suiv.; Les Souvenirs du Comte de Mérode Westerloo, Bruxelles, 1863, 
t. I, pp. 137 et suiv.; les monographies locales; etc. 

2 Rapport du 27 Fructidor an X(14 septembre 1802). F^-^ III, Lys, 1. 



— 425 — 

« coulant, préfet du département de la Dyle, que 
« l'administration multipliait ses efforts pour 
« arrêter les progrès des maux dont le schisme du 
« clergé était la cause, lorsque le Concordat et la 
« loi du 15 Germinal vinrent apporter le seul 
« remède que l'on pût y opposer avec succès V » 
Les malheureuses conséquences du schisme s'ef- 
facent peu à peu et le préfet Chaban pourra écrire 
quelques années plus tard : « Les dissensions reli- 
« gieuses ont presqu'entièrement cessé dans ce 
« département, et à l'exception d'un très petit 
« nombre d'hommes entêtés et séduits peut-être 
« par les sophismes d'un nommé Stevens, prêtre 
« turbulent et dangereux, la généralité des ecclé- 
« siastiques prêchent la soumission aux lois, 
« donnent l'exemple et cherchent à éteindre les 
« traces des troubles religieux ". » Le Stévenisme'% 
qui ne troubla d'ailleurs qu'une faible partie du 
clergé belge, perdura jusqu'à la fin de l'Empire. 
L'une des preuves les plus significatives de l'amé- 
lioration de l'esprit public, ce sont les dispositions 
toutes nouvelles que les notables manifestent, 
dans la plupart des localités, à l'égard de l'accep- 
tation des fonctions publiques. Nous avons vu 
précédemment, qu'à l'époque du Directoire et 



i État de situation du département de ht Dyle au mois de Messidor 
an XI (juin-juillet 1803). F*^ III, Dyle, 4. 

2 Rapport de Chaban à Real, 27 mars 1806. F^, 8337. 

' Sur la secte Stéveniste, dont la nuance la plus avancée refusait 
de recevoir le Concordat, voir un article de Mgr Lamy, dans la Revue 
catholique de Louvain, année 1857 ; voir aussi le chanoine Aigret, 
Histoire de l'e'glisc et du chapitre de Saint-Aubnin à Naniur, Namur, 
1881. 



— 426 — 

dans les premiers temps du Consulat, les per- 
sonnes jouissant de la considération générale se 
refusaient avec obstination à prendre part à 
l'administration de la chose publique * . Il n'en est 
plus de même à partir du Concordat. « Les assem- 
« blées cantonales, écrit en septembre 1803, le 
« préfet de Jemmappes, avaient appelé dans les 
« collèges électoraux la plupart des citoyens 
« marquants dans le département par leurs pro- 
« priétés ou par les places qu'ils ont occupées ou 
« occupaient encore. Beaucoup de membres de la 
« ci-devant noblesse en faisaient partie. On était 
« incertain de savoir s'ils se présenteraient aux 
« collèges... Ils ont paru. Bien plus, plusieurs 
« d'entre eux connus précédemment pour des 
« principes opposés non au gouvernement consu • 
« laire, mais au régime républicain, ont paru 
« ambitionner les suffrages de l'assemblée et de 
« devenir candidats pour une fonction quel- 
ce conque \ » 

Même symptôme dans les Deux Nèthes : « Les 
« choix sont en général très bons et se sont réunis 
« sur des propriétaires riches et considérés, sur 
« des hommes de loi et autres personnes de la 
« même classe ^ » 

Sans doute, dans certains départements, les 
préfets continuent à rencontrer quelques dif&cul- 



* Voir nos précédents articles : Messager des Sciences historiques, 
année 1893, p. 435, et année 1894, pp. 61 et 65. 

2 Rapport sur les élections de l'an XI, en date du 29 Fructidor 
an XI (16 septembre 1803). F^-' III, Jemmapes, 2. 

3 Rapport du 13 Fructidor an XI (31 août 1803). Fi" III, Deux 
Nèthes, 2. 



— 427 — 

tés dans le recrutement des magistratures, notam- 
ment à Liège et daus le Luxembourg. C'est ainsi 
qu'en janvier 1803, le préfet des Forêts, croit 
devoir instruire le Ministre de l'intérieur de 
« la rareté inimaginable, » dans son départe- 
ment, « d'hommes impartiaux, éclairés et dévoués 
au gouvernement , w et il exprime , en consé- 
quence, son vif regret de n'avoir pas eu c toute la 
latitude nécessaire » dans le choix des candidats 
pour la présidence des assemblées cantonales. Et 
de fait, sur une liste de plus de 80 notables qu'il 
adresse au Ministre, il n'en signale que seize 
comme « attachés au gouvernement. » De ces 
seize, près de la moitié était né dans l'ancienne 
France ' . 

A Liège aussi, le préfet se voit dans l'impos- 
sibilité de présenter au gouvernement pour la 
présidence de ces assemblées un nombre suffisant 
de candidats pris dans les classes jadis privilé- 
giées. Les circonstances politiques, dit- il, se sont 
longtemps opposées à ce que les personnes appar- 
tenant à ces classes prennent personnellement 
part aux affaires publiques. Et aujourd'hui que 
les excès du parti révolutionnaire ont pris fin 
et que les dissensions intestines se sont calmées, 
une certaine répugnance persiste toujours. Mais le 
préfet espère qu'elle ne sera pas invincible : « Ces 
« hommes dont les propriétés ont été sauvées par 
« le gouvernement consulaire s'y dévoueront 
« franchement, ils désireront peut-être plus tard 

1 Rapport du 3 Pluviôse an XI (23 janvier 1803). Fi^ III, Forêts, 2. 



— 428 — 

« attacher leur considération à sa gloire mais jus- 
te qu'à ce moment leur reconnaissance est restée 
« passive *. » 

Son espoir ne tarde pas à se réaliser. Dès 1806, 
son successeur, le baron Micoud, peut constater 
un changement important dans les dispositions 
des notables. Il le porte aussitôt à la connais- 
sance du Ministre de l'intérieur, et dépeignant la 
situation des choses à son arrivée à Liège, il 
ajoute : « Les personnes qui par leur fortune et 
leurs noms avaient autrefois de l'influence, 
étaient éloignées de l'administration et dé- 
daignaient elles-mêmes des fonctions remplies 
en grande partie par des hommes sans considé- 
ration acquise et méritée. Parmi ces derniers, 
quelques-uns ayant conservé le souvenir d'une 
autorité dont ils abusaient, se sont appliqués à 
entraver l'administration dans l'espoir, sans 
doute, de devenir des hommes importants. Mon 
prédécesseur dont je ne saurais dire trop de 
bien s'est trouvé ainsi dans une position difficile. 
Les fonctionnaires républicains auxquels il 
avait cru pouvoir livrer sa confiance dès son 
début l'avaient trompé et ils étaient devenus ses 
ennemis. Les propriétaires, toujours aimés et 
respectés de leurs anciens vassaux restaient 
éloignés, le clergé négligé faisait peu d'efforts en 
faveur d'une administration dont les anciennes 
opinions avaient été trop connues — » Mais 
aujourd'hui tout va mieux : « Les propriétaires, le 

1 Rapport du 27 Nivôse an XI (17 janvier 1803). F^^ III, Ourthe, 1. 



— 429 - 

« clergé, les commerçants et le peuple témoignent 
« confiance et bonne volonté. Il devient même 
« facile de substituer à des fonctionnaires incor- 
« rigibles ou trop ignorants des liommes probes 
« et jouissant de l'estime générale. » Pour main- 
tenir et augmenter la confiance des populations, 
il faudra persister dans ce système d'épuration : 
« Ceux qui ont été les promoteurs du désordre de 
« la révolution et qui en ont conservé les prin- 
« cipes seront toujours mal vus et ne méritent 
« aucune confiance de la part du gouvernement : 
« ce sont de ces derniers dont il serait à désirer 
« que les autorités fussent purgées '. » 

L'instruction publique, enfin, réorganisée en 
vertu de la loi du 11 Floréal an X (P^mai 1802), 
reprend à son tour quelque faveur. « Les écoles 
« primaires, écrit le 12 octobre 1803, le préfet 
« de la Lys, sont fréquentées autant qu'on peut le 
« désirer '\ » Le public apprécie cependant davan- 
tage la réorganisation de l'enseignement secon- 
daire : toutes proportions gardées, les lycées 
comptent plus d'élèves que les écoles populaires 3. 

* 
* * 

L'amélioration de l'esprit public, dont nous 

venons de constater les effets dans les sphères les 



1 Compte-rendu adressé par le préfet au Ministre de l'Intérieur sur 
l'administration de son département, en date du 17 juillet 1806, F*-" 111, 
Ourthe, 3. Voir également un rapport confidentiel, en date du 18 août 
1807. F»^ III, Ourthe, 6. 

2 Rapport du 19 Vendémiaire an XII. V^-" III, Lys, 4. 

' Cfr. F^" III divers rapports, pnssini ; un Mémoire imprimé remis 
par Doulcetà Chaban et contenant V Ex2Msit ion de la situation admi- 
nistrât it'e du département de la Dyle au P' Germinal an VIII et au 
1" Germiml an XIII, Bruxelles, an Xlll (1805); etc. 



— 430 — 

plus diverses, va en s'accentuant iDendant les der- 
nières années du Consulat et au début de l'Em- 
pire . c( C'est dans ces derniers temps, écrit le 
« préfet de la Dyle, le 27 mars 1806, que j'ai eu 
« l'occasion de remarquer combien l'esprit public 
« était généralement amélioré. Dans toutes les 
« communes la tranquillité a régné ; les contribu- 
« tions ont été payées ; la conscription opérée avec 
(( le plus grand succès ; et je n'ai eu à faire sur- 
« veiller qu'un petit nombre de personnes, à qui 
« il faut peut-être imputer plus de légèreté que de 
« méchanceté '. » Et quelques mois plus tard, le 
préfet des Forêts pouvait écrire de son côté : 
« L'esprit des habitants et leurs dispositions s'amé- 
« liorent sensiblement *. » 

C'est qu'à cette époque, les maux qu'avait 
causés l'exploitation de la Révolution par les 
partis avancés étaient dans une large mesure 
réparés. Le gouvernement consulaire et impérial 
avait donné satisfaction à ce que Taine appelle 
« les besoins datant de la révolution ' : » la paix 
des consciences était généralement rétablie; la 
sécurité garantie aux personnes et aux propriétés; 
les administrations étaient débarrassées de leurs 
éléments les plus indignes *; la justice se ren- 



1 Rapport adressé à M. Real. F', 8337. 

2 Rapport du '25 octobre 1806 au Ministre de l'Intérieur. F^'^ 111, 
Forêts, 4. 

2 Cfr. Taine, Le Régime moderne, passim, et spécialement; t. I, 
pp. 192 et suiv., 213, 230, etc. 

■* Cette épuration n'avait pas été l'œuvre d'un jour. En 1805, à son 
arrivée dans le département de la Dyle, Chaban reconnaît < avec 
« peine que les bonnes intentions de son prédécesseur avaient été 
« trompées, et qu'à son insu des intrigants déboutés étaient parvenus 



- 431 — 

dait avec plus d'impartialité; le commerce et 
l'industrie reprenaient leur essor; les travaux 
publics étaient, de toutes parts, l'objet de la sol- 
licitude des autorités publiques ' ; l'arbitraire avait 
cessé dans l'administration des contributions; 
enfin, la bienfaisance publique et l'instruction 
avaient été réoi'ganisées et pouvaient satisfaire 
aux nécessités les plus urgentes. En un mot, la 
vie sociale, interrompue par les débordements 
et les excès des Jacobins, avait repris son cours 
normal. Dans cet état des choses % on s'explique 
que la disposition des esprits, dans les pays 
conquis, ait subi des modifications profondes et 
que ce changement frappât, non seulement, les 
fonctionnaires établis à demeure dans la Bel- 
gique, mais encore ceux qui ne font que la 
traverser. Tel, par exemple, l'auditeur au Conseil 
d'État de Stassart, qui, au cours d'une tournée en 
Belgique, mandait au Ministre de la police sous 
la date du 24 Brumaire an XIV : « Il y avait 
« longtemps que je n'avais visité nos provinces et 
« l'opinion publique m'y a paru bien améliorée \ » 

Qu'on ne s'y trompe pas toutefois. Si les Belges 
secondent désormais, d'une manière assez géné- 



« à n'employer la police que pour satisfaire leur cupidité, ou alimenter 
« des spéculations aussi infâmes que révoltantes » (Rapport à Real, 
du 13 mars 1806. F^, 8337). — Voir aussi divers rapports du baron 
Micoud, dans F^"' 111, Ourthe, 8 et 6. 

1 Cfr. le Mémoire de Doulcet, cité p. 429, note 3. 

2 A comparer avec l'état des choses à la fin du Directoire. Voir notre 
précédent article, Mess, des Sciences etc., l""® liv. 1894, pp. 56 et suiv. 

3 Lettre du 1.5 novembre 1805. F', 36742. — Cfr. les Mémoires du 



— 432 — 

raie, les efforts de radministration française, ils 
n'ont pas encore acquiescé intimement à la domi- 
nation étrangère. 

Partout, il existe des personnes connues comme 
ouvertement hostiles au régime nouveau ' . « La 
« tranquillité la plus parfaite règne dans toutes 
« les communes de mon département, écrit en no- 
« vembre 1805, le préfet de la Dyle ; je ne discon- 
« viendrai pas qu'il se trouve des gens qui ayant 
« perdu au changement de régime désireraient le 
c( retour des Autrichiens, mais ils ne sont pas 
« dangereux. » Que pourraient-ils entreprendre, 
d'ailleurs, contre cette puissance impériale qui, au 
moment où le préfet écrit, défie les efforts de la 
quatrième coalition? « D'ailleurs, ajoute Chaban, 
ic on les surveille et si leur conduite avait quelque 
« chose de repréhensible j'en serais informé de 
« suite -. » 

Dans certains départements même, le parti 
ouvertement hostile aux Français parvient encore 
à contrecarrer les désirs et les efforts de l'autorité. 
C'est ainsi que le préfet des Forêts, donnant le 
19 juin 1805 des renseignements confidentiels au 
gouvernement sur les candidats élus dans son 
département et sur l'esprit des collèges électo- 
raux, est obligé de constater que les élections ont 
été menées par des hommes « qui se sont toujours 



comte Miot de Melito, Paris, 1858, t. Il, p. 265. Miot vint en Belgique 
en 1805 et trouva l'état des esprits absolument satisfaisant. 

i Cfr. les rapports que nous avons déjà cités et ceux que nous 
citerons dans la suite, passini. 
■ 2 Rapport du 20 Brumaire an XIV (11 novembre 1805). F', 36342, 



— 433 — 

c( prononcés contre le gouvernement et n ont 
« cessé d'agiter et de diviser le département et 
« d'être un fléau pour Fadministration. » Ces 
agitateurs sont d'anciens fonctionnaires révoqués. 
Il en est un « qui a soulevé les habitants contre 
« les troupes françaises et a reçu de TEmpereiir 
« une médaille d'or pour récompense de la 
« conduite qu'il avait tenue; » un autre, à une 
demande adressée par le président du collège 
électoral, a répondu « par une lettre portant le 
a caractère d'une dérision et d'une indépendance 
« infiniment repréhensible ' ; » etc. Et comment 
ces personnes ont-elles mené l'élection? Un rapport 
de gendarmerie nous l'aj^prend : « Ces messieurs 
« se sont répandus dans les estaminets où se 
« réunissaient les électeurs et là par des invec- 
« tives contre le préfet et tout ce qu'ils appellent 
« étrangers (ils désignent par là les anciens Fran- 
« çais), ils sont parvenus à leur enlever tous les 
« suffrages ~. » 

A cette époque cependant, une opposition 
aussi ouverte et aussi caractérisée est l'exception. 
En général, les efforts que font les préfets pour 
assurer l'élection de personnages « agréables au 
gouvernement » obtiennent plein succès. Les 
électeurs votent même pour de hauts fonction- 
naires français, quand il y a lieu de croire que 
leur influence à Paris sera profitable aux intérêts 

i Rapport du 30 Prairial an XIII. F^-^ III, Forets, 2. Voir de plus, 
dans F"" III, Forêts, 3, diverses lettres du préfet des Forêts (6 sep- 
tembre 1810, 5 tevi-ier 1811) émettant des plaintes analogues. 

2 Rapport du l«f Prairial an Xlll (21 mai 1805). F'^ III, Forêts, 2. 

28 



— 434 — 

du département. En 1810, dans le département 
de la Dyle, le préfet remarque « que tenir de 
« quelque manière que ce soit, et à un titre quel- 
le conque au gouvernement )> est pour les élec- 
teurs (( un motif de préférence '. » 

L'hostilité des populations conquises ne se 
manifeste donc plus dans la vie publique, d'où la 
liberté est bannie. Mais elle n'en persiste pas moins 
latente au fond des cœurs. Si elle échappe aux 
regards des superficiels, elle frappe l'attention de 
ceux qui sont en contact journalier avec les habi- 
tants. Le Commissaire général de la police à Anvers 
est intimement « convaincu que les Anversois 
« n'aiment pas la France, qu'ils sont fanatiques, 
a et qu'on ne peut trop les surveiller ^ » « Ici l'on 
« est peu Français, » dit la Tour du Pin, préfet de 
la Dyle \ « Il reste dans les âmes, écrit de son 
« côté le préfet des Forêts, un fond d'attache- 
« ment, mais bien médiocre, pour la Maison 
« d'Autriche. On ne hait point la France, mais 
« c'est par froideur et parce qu'on ne hait rien \ » 

Exclue par la force même des choses de la vie 
publique, l'opposition, sous l'Empire, se donne 
libre carrière dans les rapports privés. Dans les 
villes d'Anvers et de Tournai, rapporte le comte 
de Mérode, « la société ne voyait ni les autorités 



i Rapport du 23 décembre 1810. ¥^' III, Dyle, 2. 

* FiÉvÉE, Correspondance et relations avec Bonaparte, Paris, 1886, 
t. m, p. 133. 

5 Rapport du 30 octobre 1810 au Ministre de l'Intérieur. F"^ III, 
Dyle, 4. 

•* Compte-rendu de la situation du département des Forêts pour 
les six premiers mois de 1812. F^'' III, Forêts, 5. 



— 435 — 

« civiles, ni les autorités militaires françaises.... 
« A Tournay les bals et les soirées étaient sus- 
ce pendus dès qu'une autorité française essayait 
« de s'y introduire. Les portes lui étaient fermées 
« et la carte de visite lui était strictement 
« rendue. » Un général français s'en plaignit 
un jour au comte de Mérode « avec fureur, » 
et il promit de s'en souvenir. C'est ce qui ex- 
plique sans doute qu'en 1810, « la grêle de 
l3revets de sous-lieutenants et d'auditeurs » mal- 
traita particulièrement les villes d'Anvers et de 
Tournay '. Quand Belges et Français se trouvaient 
ensemble à certaines fêtes, ils y formaient des 
groupes distincts. « Je ne sais comment, raconte la 
c( comtesse d'Eilleaux, il se faisait que dans ce pêle- 
« mêle (il s'agit d'un bal à Bruxelles, en 1811), nous 
(( nous reconnaissions si bien entre compatriotes. 
« Sans préméditation, on se trouvait toujours ras- 
« semblé, formant des à-parté, des groupes, des 
(( quadrilles ^ » En dehors des fêtes officielles, 
d'ailleurs, Belges et Français se voyaient peu ou 
pas du tout. Un fonctionnaire français disait fort 



* Souvenirs du comte de Mérode-Westerloo, t. I, p. 255. Cfr. ibidem, 
pp. 141, 197, 257, 277, 283, 284, etc. 

2 Charlotte de Sob, Napoléon en Belgique et en Hollande (1811), 
Paris, 1843, t. II, p. 298. Cet ouvrage, fort intéressant à lire et que 
M. Taine cite assez fréquemment, contient sur des points de fait des 
inexactitudes flagrantes. En ce qui concerne la Belgique, les appré- 
ciations, quoiqu'un peu outrées dans la forme, nous paraissent vraies 
quant au fond. Nous ne le citons d'ailleurs que lorsque les renseigne- 
ments qu'il donne se trouvent confirmés par d'autres sources. — Voir 
sur les écrits de Charlotte de Sor (pseudonyme de la comtesse 
d'Eilleaux), quelques indications données par M. de Lanzac de 
Laborie, Les livres etc., dans le Correspondant, mars 1893, p. 944. 



- 436 — 

justement : « Nous nous connaissons, dans les 
« salons officiels ; puis passé le seuil de la porte, 
« ils sont Flamands, moi Français, et c'est abso- 
« lument comme si nous ne nous étions jamais 
a vus '. » 

Les classes inférieures laissent entrevoir d'une 
manière plus brutale l'hostilité sourde qui conti- 
nue à les animer. A preuve ce qui se passe à 
Louvain. Napoléon y avait établi un dépôt d'in- 
valides. Quand ces militaires se promenaient aux 
environs de la ville, ils étaient fréquemment 
houspillés par les habitants des campagnes. 
« Gueux de Français, coquin, retourne dans ton 
pays, » leur criait-on. Dans la ville même des 
scènes analogues se passaient de temps en temps ^ 

La persistance du sentiment national se mani- 
feste avec plus de netteté quand la France se 
trouve en guerre avec une puissance continen- 
tale. L'opinion, calme et résignée en temps de 
paix, s'agite en présence de ces événements exté- 
rieurs qui pourraient amener un changement 
dans la situation du pays. « Les bruits d'une 
« guerre sur le continent, écrit en août 1805, le 
" préfet de l'Ourthe, ont réveillé des regrets et 
« des espérances! On voit renaître des illusions 
« dont le génie de l'Empereur et la valeur de nos 
« guerriers ont si souvent démontré le néant. » 



1 Charlotte de Sor, Napoléon en Belgique et en Hollande (1811), 
Paris, 1843, t. II, p. 340 et suivantes. Voir aussi Discours et opinions 
de Voyer-d' Argenson, préfet des Deux Nèthes, Paris, 1845, t. I, pp. 14, 
174, etc. 

* Archives du royaume à Bruxelles, Préfecture de la Dyle, liasse 
n" 857 : enquête faite au sujet de ces faits en 1810. 



— 437 — 

Qu'espèrent les Belges de la guerre? « Les enne- 
« mis de la France annoncent la guerre avec 
« l'Autriche comme un événement heureux qui 
« doit affranchir le pays de ses lois militaires '. » 
Aussi, suit-on avec intérêt, dans nos provinces, la 
marche des événements, et plusieurs escomptent 
à l'avance le triomphe des ennemis de la France. 

« On m'informe, écrit Chaban, préfet de la 
« Dyle ' , que dans l'arrondissement de Nivelles 
« quelques individus ont à l'occasion du renon- 
ce vellement de la guerre témoigné une joie exces- 
« sive et ont cherché à tromper les bons citoyens 
« et à les inquiéter en répandant des bruits men- 
« songers sur la marche des troupes et sur de 
« prétendus succès des armées ennemies. » 

La guerre ne donne pas lieu seulement à un 
déchaînement de propos ou de vœux hostiles aux 
Français. Sur plusieurs points du pays, elle occa- 
sionne des actes de rébellion. C'est ainsi que dans 
le département de Sambre et Meuse, en octobre 
1805, des gendarmes, ramenant des conscrits 
déserteurs, sont assaillis par une troupe d'indi- 
vidus « fanatiques d'opinion en faveur de l'Em- 
pereur d'Allemagne. » Aux dires du Procureur 
impérial, leur attentat n'a d'autre mobile que ce 
« fanatisme -. » Dans le même temps encore, un 
individu parcourt les rues de Marche en criant 
que les « Français sont des gueux, des coquins, 
(( que les Autrichiens reviendront. » Cet individu 

* Chaban à Miot, 23 Vendémiaire an XIV (octobre 1805). F-, 36732. 
2 Rapport au Ministre de la Justice, 9 Brumaire, an XIV (31 cet. 
1805). V, 8131. 



— 438 — 

par lui-même n'est guère intéressant, mais ses 
procédés, au jugement du même fonctionnaire, 
font le plus mauvais effet dans la ville de Marche 
« qui renferme un grand nombre d'ennemis des 
« Français ' . •» 

Dès lors, en temps de guerre, la surveillance 
des préfets redouble, notamment à l'égard de la 
presse. « Les journaux, écrit l'un d'eux, ont été 
« surveillés avec rigueur, leur influence pouvant 
« être dangereuse au commencement de la guerre ; 
« j'ai constamment réprimé ceux des journalistes 
« qui puisaient dans les feuilles étrangères des 
« articles mensongers ou controuvés. Je me suis 
« attaché à suivre avec exactitude à cet égard les 
« intentions de Son Excellence le Ministre de la 
« police. J'ai même jugé à propos de suspendre 
« entièrement la circulation dans mon dépar- 
« tement de la feuille intitulée : L'Abeille du 
« Notxl, rédigée à Hambourg par l'émigré Mar- 
« chand ^. » 

En 1805, l'opinion ne fut pas longtemps trou- 
blée. Les victoires des armées françaises vinrent 
bientôt désillusionner ceux qui avaient espéré que 
de la guerre sortirait la délivrance du pays : « La 
« malveillance, écrivait quelques jours après la 
« capitulation d'Ulm, le conseiller d'État de Stas- 
« sart, avait profité de la guerre pour semer les 
« bruits les plus absurdes et les plus alarmants, 
« mais les victoires prodigieuses de S. M. les ont 

* Rapport au Ministre de la Justice, 9 Brumaire, an XIV (31 oct. 
1805). F^, 8131. 
2 Rapport de Chaban du 13 mars 1806. F', 8837. 



— 439 — 

c( bien réfutés '. » Ces propos et ces alarmes 
« réfutés » par les victoires d'Ulm et d'Austerlitz, 
se renouvelèrent avec plus de force au cours des 
campagnes de Prusse et de Pologne (1806-1807). 
Et comme le renouvellement de la guerre entraî- 
nait une aggravation des charges militaires les 
murmures se firent entendre plus violents et 
allèrent jusqu'à inquiéter les préfets. 

« Il est de l'intérêt du gouvernement, écrit 
« Micoud au cours de la campagne de Pologne, 
« en 1807, de connaître l'opinion publique, et il 
« est du devoir d'un préfet honnête homme de ne 
« pas la lui laisser ignorer. » Après ce début 
destiné à préparer le gouvernement à des nou- 
velles peu agréables à recevoir, le préfet con- 
tinue : « Les ordres que je recevrai (pour la 
« conscription) seront exécutés. . . Mais vous conce- 
« vez tous les raisonnements de la multitude peu 
« sensible à la gloire des hauts faits d'armes qui 
« se passent à 300 lieues de ses foyers. Vous conce- 
rt vez qu'incapable de calculer les résultats du 
« génie, elle se croit étrangère aux succès, n'ap- 
u précie que le présent et ce qui peut l'intéresser 
« immédiatement. Vous pouvez juger de tous les 
(f propos. Le peuple devient chaque jour plus 
« qu'indifférent aux succès des armées qu'il ose 
« séparer de la nation. Je suis étonné réellement 
« de ses discours. » L'agitation est générale. 
« J'apprends, ajoute-t-il, que les voyageurs dans 



1 Stassart à Miot, 24 Brumaire an XIV (15 novembre 1805). 
F^, 36742. 



— 440 — 

a les voitures publiques dissertent avec la même 
<( licence , Je crois devoir en prévenir votre 
« Excellence * . » 

Mais le Ministre auquel il adressait ces ren- 
seignements répondit avec quelqu'aigreur : a Je 
« ne crois pas qu'on puisse juger de l'opinion 
« publique par les propos de quelques voyageurs 
« et des oisifs de cafés \ » Nous verrons bientôt 
que le gouvernement ne tarda pas à attacher à ces 
propos plus d'importance. 

Il résulte de ces témoignages et de ces faits 
qu'au milieu de l'indéniable et profonde amélio- 
ration de l'esprit public, qui caractérise les années 
1802 et suivantes, le sentiment national se main- 
tient persistant. Les Belges ne s'attachent point 
de cœur à leurs nouveaux compatriotes. Ils dis- 
tinguent entre la cause des Français et la leur. 
Ils restent Belges. Le préfet de la Dyle le dit 
expressément dans un rapport confidentiel du 
4 mars 1813 : « Les circonstances actuelles me 
« confirment mes observations précédentes, que 
« ce peuple n'est ni Anglais, ni Autrichien, ni 
« anti-Français ; mais qu'il est Belge ^ » 

* 

Les Belges restent donc Belges. Bonaparte veut 
qu'ils deviennent « entièrement Français. » Ceux 
qui l'avaient précédé au gouvernement de la 



* Rapport confidentiel d'avril 1807. F^c m, Ourthe, 6. 
2 Fi'^ III, Ourthe, 6. 

^ Lettre confidentielle de Latour du Pin du 4 mars 181B. F^'^ III, 
Dyle, 4. 



— 441 — 

France avaient eu le même désir. Mais à la diffé- 
rence des Jacobins, le premier Consul — et plus 
tard TEmpereur — s'efforce d'employer les moyens 
appropriés au but qu'il poursuit. Tous ses efforts 
tendent « à gagner les Belges * . » 

Et tout d'abord, il n'admet à aucun prix que 
les fonctionnaires traitent nos provinces en pays 
conquis. « Les recommandations de fusion et de 
bonne harmonie entrent dans toutes les instruc- 
tions données aux administrateurs des départe- 
ments réunis ^ » Pour éviter même tout ce qui 
pourrait rappeler aux Belges la domination étran- 
gère, le gouvernement manifeste aux préfets le 
désir de voir « le choix des collèges électo- 
(( raux se fixer sur des indigènes plutôt que 
c( sur d'anciens Français '\ » 

Ensuite, le chef de l'État pose en principe 
que la dispense des faveurs gouvernementales 
doit se faire en vertu des règles de la justice 
distributive : les habitants de l'ancienne France 
et ceux de la France nouvelle ont un titre 
égal à la bienveillance du pouvoir. Ils doivent 
notamment se trouver sur le même pied au 



1 Voir la Correspondance de Napoléon, passim; Chaptal, Mes 
souvenirs sur Napoléon, Paris, 1893, p. 225; Thibaudeaxj, Mémoires 
sur le Consulat, p. 115; les rapports des préfets, aux Archives Na- 
tionales, à Paris, série F*" III (cartons relatifs aux départements 
réunis), passim; les monographies de villes, avec les détails relatifs 
aux séjours qu'y fait le premier Consul ou l'Empereur, notamment 
Qti^iKRT, Anvers à travers les âges; Van Even, Louvain: son passé etc. 

2 Charlotte de Sor, ouvr. cité, t. I, p. 36. Cfr, avec les rapports des 
préfets, déjà cités, ou à citer, F^° III. 

3 Rapport du préfet de l'Ourthe, 18 Vendémiaire an XIT (11 octobre 
1803). Fi^- III, Ourthe, 1. 



— 442 — 

point de vue de l'obtention des emj^lois. C'est 
ainsi qu'en 1804 l'Empereur donne des ordres 
formels au Ministre des finances pour qu'en Bel- 
gique les places de percepteurs, de receveurs 
particuliers des communes, et toutes les places 
quelconques de la régie des droits réunis soient 
données à des habitants du pays. « Je n'admets 
« aucune exception, ajoute-t-il, et je ne pour- 
ce rais qu'être très-mécontent si ces dispositions 
« n'étaient pas suivies. » Et il explique aussitôt 
au Ministre les raisons pour lesquelles il veut 
« que les Belges aient leur quote-part de places : 
« ces pays ne peuvent devenir entièrement fran- 
« çais que par les soins du Ministre des finances, 
« qui ayant à sa nomination un grand nombre de 
« places, est à même de les faire jouir des bien- 
« faits du gouvernement. La même observation 
« s'applique aux postes et aux directions des 
(( contributions directes ' . » 



* Correspondance de 'Napoléoyi /"'■, t. IX, p. 642 : lettre du 22 Fruc- 
tidor an Xlll (9 septembre 1804). — En fait, les instructions de l'Em- 
pereur ne furent pas suivies par l'administration, et la Belgique fut, 
sous le régime consulaire et impérial, inondée de fonctionnaires fran- 
çais. Certains hauts fonctionnaires d'ailleurs ne trouvaient pas les 
idées du Maître fondées en bonne politique. C'est ainsi que nous 
trouvons, dans une lettre de Stassart, auditeur du Conseil d'Etat, les 
les paroles suivantes, qui seraient mieux à leur place sous la plume 
d'un fonctionnaire né Français : « Dans la régie du timbre et de 
« l'enregistrement on a déclaré que tous les employés des neuf 
« départements seraient Belges. Peut-être eût-il mieux valu nommer 
« quelques Belges en France et nous donner ici, indifféremment des 
« habitants du pays et des Français : au lieu de détruire une ligne de 
« démarcation toujours nuisible, on la maintient en quelque sorte. J'ai 
« cru remarquer que cela ne faisait pas le meilleur effet du monde » 
(Lettre au conseiller d'État Miol;, en date du 24 Brxxmaire an XIV. 
Série Y\ 3674-^). 



— 443 — 

Le chef de l'État s'efforce surtout de « faire 
« jouir des bienfaits du gouvernement » les classes 
aisées de la nation. Au cours de la tourmente 
révolutionnaire, les propriétaires avaient été gra- 
vement lésés dans leurs intérêts. Loin de les pro- 
téger, les agents des pouvoirs publics avaient 
exercé vis-à-vis d'eux mille exactions et spolia- 
tions. Sous le régime nouveau, il n'en est plus 
ainsi. Les intérêts des propriétaires sont l'objet 
de la sollicitude constante de l'administration. 
Partout, dans les agissements des Préfets, on voit 
percer la tendance à concilier au gouvernement 
les sympathies et la reconnaissance des classes 
aisées '. Le préfet de la Lys insiste en 1805 auprès 
du Ministre de l'intérieur, pour que le baron 
de Pellaert, « le personnage le plus distingué 
du département, » soit nommé sénateur et il in- 
voque à l'appui de sa recommandation la raison 
suivante : « Son élévation à la dignité de sénateur 
« serait certainement considérée dans le départe- 
« ment comme un des signes les moins équi- 
« voques de la bienveillance de S. M. pour les 
« propriétaires de ce pays ^ » Satisfaites du gou- 
vernement, protégées par lui, les classes aisées 
auront à leur tour intérêt à le soutenir. Leur 
appui lui est d'ailleurs infiniment avantageux : 
(( Sous un gouvernement comme le nôtre (écrit 
« en 1805 de Stassart, envoyé en mission en 



1 Rapports des préfets, dans la série F'"^ III, passim. Cfr. ce que 
nous avons dit plus haut. Messager des Sciences, V^ liv. 1894, p. 57. 

2 Élections de l'an XIII, note sur les personnages élus candidats. 
Fi^lU, Lys, 2. 



- 444 — 

« Belgique), où l'intérêt de tous ceux qui pos- 
« sèdent est essentiellement lié à celui de l'État, 
« les propriétaires peuvent, ce me semble, être 
« utilement employés comme agents de la police : 
« c'est ce que vient de justifier la levée des 
(c conscrits ; dans les communes où les ci-devant 
« seigneurs sont maires il y a beaucoup moins 

« de désertions C'est qu'ils emploient tous 

« leurs moyens de persuasion (et ils en ont infi- 
« niment dans un pays où les privilèges de la 
« noblesse étaient peu onéreux) pour résigner les 
« paysans à partir et à ne point quitter les dra- 
« peaux \ )) 

Il est une classe de propriétaires que le gouver- 
nement a un intérêt spécial à ménager : ce sont 
les membres des anciennes familles qui ont quitté 
le pays lors de l'invasion et tombent dès lors 
sous l'application des lois frappant les « émigrés » 
et les <( absents. » Aucune impopularité ne s'at- 
tache à leur personne, dans les départements 
réunis. C'est l'étranger, et l'étranger seul qui a 
été la cause de leur fuite. Comme le dit le préfet 
de la Dyle c'est « entraînés par la crainte » ou 
par les liens qui les unissaient au gouvernement 
autrichien « par les places qu'ils remplissaient » 
qu'ils ont quitté le pays '. Le gouvernement a dès 
lors tout avantage à les voir rentrer dans leurs 
foyers. Leur retour, en effet, prouvera, d'une 
manière sensible, aux populations que la sécurité 



* Rapport du 24 Brumaire an XIV (15 novembre 1805) au conseiller 
Miot. F', 36742. 
2 Rapport de Chaban à Réal. 27 mars 1806. F' 8337. 



— 445 — 

est désormais assurée aux honnêtes gens, et que 
tout espoir de voir les Pays-Bas rentrer sous l'au- 
torité de la Maison d'Autriche doit être abandonné. 
Aussi le gouvernement se montre-t-il coulant 
pour les émigrés, et les préfets constatent l'excel- 
lent eifet que produit cette indulgence sur l'en- 
semble de la population : « L'indulgence du 
a gouvernement envers les absents Belges, écrit 
« l'un d'eux, n'a pas peu contribué à ramener les 
« esprits ' . » 

Mais il y a plus. Il importe au prestige de 
l'administration vis-à-vis de l'opinion publique, 
que les membres des anciennes classes privilégiées 
lui prêtent un concours personnel et dévoué. C'est 
dans cette vue encore qu'elle se montre indulgente 
vis-à-vis des émigrés, qu'elle leur rend leurs biens, 
qu'elle leur évite les vexations de la surveillance 
de la police. Car cette clémence sera un titre sans 
réplique à des services personnels. « Leur rentrée 
« est un bienfait qu'ils n'oublieront jamais '\ » 
C'est bien là ce qu'avait espéré le premier Consul. 
En 1804, il donne à Fouché des ordres pour dis- 
penser « M. d'Arenberg » de la surveillance de 
la police à laquelle il était assujetti comme ancien 
émigré. C'est « que toutes les personnes de cette 
« maison se conduisent extrêmement bien, » et 
que « par leur attachement au gouvernement elles 
« sont très propres à tout ce que l'administration 
« voudrait faire d'elles \ » 



1 Rapport de Chaban à Real. 27 mars 1806. F" 8337. 

2 Ibidem. 

s Correspondance de Napoléon P^, t. IX, p. 643. 



— 446 — 

Parmi ces anciens émigrés, il en est un surtout 
dont Napoléon entend s'assurer le concours. C'est 
M. de Mérode. Son nom est illustre et populaire 
entre tous. Le préfet de la Dyle fait auprès de lui 
les démarches les plus pressantes pour lui faire 
accepter les fonctions de Maire de Bruxelles. 
Mais c'est en vain. Aussi demande-t-il à l'Empe- 
reur d'intervenir en personne, et il ajoute (à la 
date du 25 mai 1805) : « La nomination de M. de 
« Mérode, à la place de Maire serait une joie 
« générale et ce clioix applaudi universellement 
« aurait une très-grande influence sur l'esprit 
« public des habitants de ce pays '. » 

L'Empereur intervint, non par des insistances 
nouvelles auprès de M. de Mérode, mais par une 
nomination d'office. En faisant part de sa décision 
au Ministre de l'intérieur. Napoléon ajoutait : 
« M. de Champagny, en transmettant à M. de 
« Mérode- Westerloo le décret par lequel je le 
« nomme Maire de Bruxelles, vous lui écrirez 
« pour lui témoigner ma satisfaction ^ » 

Aux yeux de Napoléon, il ne suffit d'ailleurs 
pas, pour (c gagner les Belges, » de les rassurer 
sur leurs intérêts matériels. Il importe aussi de 
les tranquilliser d'une manière absolue sur leurs 



1 Rapport du 5 Prairial an XIII (25 mai 1805). F'b II, Dyle, 5. 

2 Extrait des notes de S. M. VE)iipereur au Ministre de V intérieur 
pendant son voyage en Italie en l'an XIII. Milan, 17 Prairial (6 juin 
1805). F^'' II, Dyle, 5. — Le fils du Maire de Bruxelles, qui n'avait pas 
comme son père l'obligation morale de céder aux désirs de l'Empe- 
reur, fuit toute occasion qui pourrait s'offrir à lui d'être présenté à 
S. M. « ce qui ne pouvait avoir lieu sans être obligé de le servir > 
Souvenirs cités, t. I, p. 197. V. aussi, ibidem, pp. 119, 141, etc. 



— 447 — 

intérêts moraux. Il sait à quel point, ce peuple est 
attaché à l'Église catholique. Aussi ne néglige-t-il 
aucun effort pour lui prouver que les intérêts de 
la religion, de l'église, et du gouvernement établi 
sont intimement unis. A la preuve éclatante que 
le Concordat a donnée de la bienveillance du 
pouvoir pour le culte catholique, Bonaparte juge 
nécessaire, en Belgique, d'ajouter la garantie de 
ses sentiments personnels. Madame de Rémusat 
raconte à ce propos un fait caractéristique, relatif 
au séjour que Bonaparte fit à Gand, en 1803, lors 
de son premier vo^^age dans les départements 
réunis. Le j)remier Consul avait été bien accueilli 
en Belgique ^ ; mais il n'avait pu s'empêcher de 
remarquer que cet accueil avait été, à Gand, sur- 
tout, plus froid que celui reçu dans les limites 
de l'ancienne France. Mécontent, il songeait à ne 
pas séjourner dans cette ville. Mais il ne tarda 
pas à se raviser en disant à Joséphine : « Ce 
« peuple-ci est dévot, et sous l'influence de ses 
« prêtres; il faudra demain faire une longue 
« séance à l'église, gagner le clergé par quelque 
« caresse et nous reprendrons le terrain -. » Le 
lendemain, il met cette idée à exécution. « Il as- 
siste à une grande messe avec les apparences d'un 
profond recueillement, » et il témoigne, en pu- 
blic, à l'Evêque, la plus grande bienveillance. A 



i Voir plus haut, p. 423. 

2 Gfr. ces paroles de Napoléon, au Conseil d'Etat, citées par Taine, 
Le Régime moderne, 1. 1, p. 192 : « Ma politique est de gouverner les 
« hommes comme le grand nombre veut l'être. C'est en me faisant 
« catholique que j'ai fini la guerre de Vendée ; en me faisant musul- 
« man que je me suis établi en Egypte... » etc. 



— 448 — 

Malines, il agit de même à l'égard de l'Arche- 
vêque, et partout il se montre plein d'attentions 
pour le clergé ' . 

A Bruxelles, son zèle ne se borne pas à « soigner 
les prêtres ". » Visitant le Ijcée, « ses principales 
« questions sont sur les diverses pratiques reli- 
« gieuses qu'il désire voir établies dans tous les 
« établissements d'instruction publique. Il insiste 
« sur la nécessité d'attacher un chapelain à chaque 
« lycée, et de faire réciter aux élèves, avec un 
« i^espectueujc recueillement les prières du matin 
« et du soir. » Ainsi s'exj)rime un livre 3 d'allure 
officieuse, qui rend compte du voyage de Bona- 
parte en Belgique au fur et à mesure que le 
premier Consul poursuit sa route, et qui semble 
ainsi destiné à lui rendre favorables les disposi- 
tions du public. Grâce à cette publication, les 
Belges qui ne pourront approcher de Bonaparte, 
apprendront comment « le premier Consul saisit 
« toutes les occasions de donner des preuves affec- 
<c tueuses de cette sollicitude paternelle que lui 
« inspirent les départements réunis, » — « et de 
« l'honorable considération dont le gouvernement 
a veut voir environné la religion dont naguère il 
« a réédifié les temples \ » 

Mais le gouvernement ne s'efforce pas seule- 
ment de concilier au nouveau régime, et par suite 



1 Mémoires de Madame de Rémusat, Paris, 1880, 1. 1, p. 244. 

2 < A cette époque, dit Madame de Rémusat, il affectait de gagner 
« et de soigner les prêtres. » 

' Barbet, Voyage dupremier Consul à Bruxelles, Bruxelles, an XI, 
p. 158. 
* Ibidem, pp. 12 et 135. Voir aussi pp. 157 et 225. 



— 449 — 

à la domination française, la confiance et les sym- 
pathies des Belges. 11 entend aller bien au-delà. 
Ses agents travaillent directement à « franciser » 
les populations de la Belgique, c'est-à-dire à uni- 
fier leurs idées, leurs mœurs, leurs coutumes avec 
celles de la mère-patrie. Entre autres moyens, 
l'administration recourt à cet effet, à la propa- 
gande par la voie du théâtre et à la diffusion de 
la langue française. 

Le préfet de l'Escaut estime que l'établisse- 
ment d'un théâtre français à Gand rendrait au 
peuple flamand un grand nombre de services : 
« On peut avec adresse, écrit-il, lui apprendre 
« le ridicule de quelques-unes de ses habitudes, 
« diminuer son attachement à ses anciens pré- 
ce jugés et » — chose caractéristique si l'on songe 
que la lettre du préfet date des beaux temps du 
régime impérial (23 septembre 1807) — « le 
(c rendre plus obligeant envers ses nouveaux com- 
c( patriotes, l'accoutumer à les chérir et à les esti- 
« mer et effacer par degrés les nuances qui dis- 
« tinguent et éloignent lun de l'autre l'homme 
« de la province et l'homme de la Belgique. » 
Enfin, dernier avantage : « On rendra les Fla- 
« mands plus sensibles aux charmes d'une belle 
<c littérature, avantage qui leur manque totale- 
« ment parce que leur idiome n'a eu ni poètes, ni 
« orateurs, ni historiens de premier ordre *. » 

L'administration s'efforce d'autre part de ré- 
pandre directement dans les provinces flamandes, 



i F 8131. ^g 



— 450 — 

la connaissance du français. C'est sans doute bien 
moins « pour faire jouir les Belges des charmes 
d'une belle littérature » que pour faciliter leur 
fusion avec les anciens Français. Elle avait, en 
eftet, bien vite remarqué que la différence des 
langues constituait un obstacle sérieux à la « fran- 
isation » du pays. « Le Belge flamand, écrit 
de Stassart à Miot, est plus éloigné que le 
Belge wallon des usages et du caractère fran- 
çais. La différence est sensible et vous l'aurez 
sans doute déjà remarquée. Il serait bien avan- 
tageux d'établir dans les départements de 
( l'Escaut, de la Lys et des Deux Nèthes, des 
écoles françaises; jusqu'ici il y en a très peu et 
l'on ne s'est peut-être guère occupé des moyens 
d'y attirer les paysans. La différence de langage 
influe cependant beaucoup dans les rapports 
( qui doivent exister entre les Flamands et les 
Français. Je crois qu'il serait bon aussi de placer 
des Flamands dans les lycées français. C'est ainsi 
qu'on ferait disparaître ce petit esprit municipal 
qui existe toujours et qu'il est fâcheux de voir 
remplacer l'esprit national ' . » 
Les préfets font également, à ce point de vue, 
des efforts sur le terrain de l'enseignement pri- 
maire. Mais ils n'obtiennent guère de succès : 
« J'ai vu avec peine, écrit le 18 juillet 1809, le 
« préfet des Deux Nèthes ^, que depuis l'époque 
« de la réunion de la Belgique à la France, notre 



1 Rapport déjà cité à Miot, du 24 Brumaire an XIV (15 novembre 
1806). F" 36742. 

2 Fie ni, Deux Nèthes, 5, 



— 451 — 

« langage a été entièrement négligé. Plusieurs 
u maîtres d'école eux-mêmes savent à peine s'ex- 
« primer en français. — J'ai promis aux maîtres 
« des gratifications proportionnées au plus grand 
« nombre d'élèves qui auront appris le français 
« et j'ai distribué des récompenses aux élèves. » 
A Hérenthals, il ajourne l'augmentation de trai- 
tement proposée par le Conseil municipal en 
faveur de l'instituteur, et cela parce que trop peu 
d'élèves apprennent le français ' . 

Voilà quelques-uns des moyens employés par 
les autorités pour rendre nos provinces « entière- 
ment françaises. » Voyons à quels obstacles leurs 
efforts venaient se heurter. 

Prospee Poullet. 
(A suivre.) 

1 Fi-^IIl.DeuxNèthes, 5. 



— 452 — 



LES 

FLEURS DE LIS 

DE L'ANCIENNE RIONARCHIE FRANÇAISE, 

LEUR ORIGINE, LEUR NiVTURE , LEUR 
SYJNIBOLISJME ». 

^4* 



Peu cle questions archéologiques ont été Tobjet 
cVétudes aussi nombreuses que celle de l'origine 
des fleurs de lis de l'ancienne monarchie française. 
D'illustres savants n'ont pas dédaigné d'exercer 
leur haute sagacité sur ce sujet. 

Parmi les auteurs modernes qui s'en sont oc- 
cupés, il faut citer en première ligne, M. Adalbeet 
DE Beaumont, dont les recherches sur l'origine du 
blason et e7i particulier de la fleur de lys ont paru 
un moment terminer victorieusement le débat. Il a 
été réservé à M. van Malderghem de dégager des 
ténèbres la vérité sur l'origine et le symbolisme du 
mystérieux fleuron. 

Sans s'attarder à revenir sur des opinions sou- 
vent réfutées, l'auteur se borne à exposer som- 
mairement les diverses interprétations émises et 



1 Par Jean van Malderghem, arcliiviste-adjoint de la ville de 
Bruxelles. 



— 453 — 

passe, ensuite, à un examen critique du livre de 
M. de Beaumont qui, afin d'expliquer comment la 
fleur de lis, considérée comme emblème de la souve- 
raineté, avait passé des sceptres de rois orientaux 
sur ceux des rois de France, s'attache avec un zèle, 
digne d'un meilleur sort, à recueillir chez tous les 
peuples de l'antiquité tout ce qui peut se rappro- 
cher, par la forme de cette fleur. 

La filiation établie par M. de Beaumont ne 
repose pas sur une base bien solide. 

C'est, en dernière analyse, l'art arabe qui lui 
sert de chaînon pour rattacher à Fart égyptien le 
fameux emblème. Mais, le fleuron égyptien, dont 
il nie avec persistance le nom véritable, n'est autre 
que le lotus, la traduction figurative de la fécon- 
dité et de la richesse, la fleur sacrée par excel- 
lence, tandis que le motif dominant de l'arabesque, 
tout en aff'ectant, comme le lotus égyptien, la 
forme de la fleur de lis, n'évoque aucune idée 
symbolique et est, tout au plus, la représentation 
purement matérielle de la fleur, telle que la nature 
l'a faite, mais soumise, comme partout ailleurs, aux 
formes conventionnelles de l'ornementation. 

En effet, étant de sa nature essentiellement sen- 
suelle et ne tendant qu'à éblouir les yeux par la 
richesse de ses capricieux contours. Fart arabe n'a 
jamais eu la moindre affinité avec l'art de Fantique 
Egypte dont la caractéristique est le symbolisme 
le plus absolu et le plus expressif. 

La boutade de Voltaire : « La fleur de lis est le 
résultat cVune fantaisie de peintre, » devait néces- 
sairement frapper l'esprit de ses nombreux adnii- 



— 454 — 

ratenrs ; aussi a-t-elle inspiré plus d'un de ceux 
qui ne voient dans cette fleur qu'un simple motif 
de décoration, un « bibelot héraldique », une 
figure artificielle quelconque, et qui, à l'instar du 
Grand Dictionnaire imiversel, de Pieeee Laeousse, 
lui contestent toute ressemblance avec les lis de 
nos jardins. 

A son tour, M. van Maldergliem établit, et cela 
d'une manière irréfutable, que cet ornement figu- 
rait bien une fleur, et que cette fleur n'était ni l'iris, 
ni la flambe, ni le glaïeul, comme d'aucuns l'ont cru, 
mais incontestablement le lis blanc des jardins. 

Avant Louis-le-Jeune (1137-1180), sous le règne 
duquel les armoiries prirent naissance, et qui 
depuis la première année de son règne fit frapper 
sur ses monnaies la fleur de lis tant contestée, 
des rois de France et d'Angleterre, ainsi que des 
rois et des empereurs d'Allemagne, s'étaient déjà 
fait représenter sur leurs sceaux avec les insignes 
de la souveraineté. C'est un roi carolingien, 
Lothaire, fils de Louis d'Outremer, qui, en 972, 
ouvre la série française avec la couronne et le 
sceptre, celui-ci portant à son extrémité un fleuron 
à trois feuilles. Pour l'Allemagne, les exemples 
que fournissent les sceaux des empereurs et des rois 
sont plus anciens encore : déjà ceux d'Othon I-'' 
(936-973) nous montrent tantôt le diadème, tantôt 
le sceptre fleuronné.On pourrait dresser une longue 
liste pour prouver qu'avant l'adoption des armoi- 
ries, et même avant la première croisade (1096), le 
fleuron héraldique avait brillé aussi sur le sceptre 
et la couronne des autres princes de la chrétienté. 



— 455 — 

Pour l'époque antérieure à la création, en sigil- 
lographie, du type de majesté, l'auteur est forcé 
de demander aux œuvres d'art, c'est-à-dire aux 
tombeaux, aux statues et aux miniatures, spéciale- 
ment consacrées à la glorification des rois, ce que 
les sceaux et les monnaies ne peuvent plus lui 
donner. Bien que M. Willemin assure que les 
effigies sépulcrales des anciens rois de France ont 
été consciencieusement refaites d'après les monu- 
ments originaux, il est permis d'en douter quant 
aux détails. Au témoignage de Montfaucon, les 
tombeaux des rois carolingiens, tels qu'ils exis- 
taient encore de son temps , n'avaieiit pas le 
caractère distinctif des sculptures du VIIP au 
X" siècle. La même observation s'applique à la 
période mérovingienne, sauf pour deux tombeaux 
remaniés au XP siècle. Aucun des tombeaux de 
Saint-Denis, au dire du baron de Guilhermj, n'est 
antérieur au XIII' siècle, et on ignore le système 
de décoration de ceux érigés, à Saint-Denis, aux 
rois qui avaient régné avant cette époque. 

Puisque la mine si précieuse des tombes royales 
lui échappe, M. van Malderghem consulte les 
manuscrits à miniatures qui nous restent des 
temps carolingiens, dans l'espoir de les voir jeter 
quelque jour sur la question. Le premier des deux 
recueils les plus remarquables est le fameux psau- 
tier de Charles-le-Chauve, exécuté pour ce prince, 
par Liuthard, entre 842 et 869, et conservé à la 
Bibliothèque Nationale, à Paris, Il contient une 
magnifique miniature, souvent reproduite par la 
gravure, et qui représente ce monarque avec tous 



— 456 - 

les insignes du pouvoir : le sceptre se termine par 
un fleuron à trois pétales symétriques dont celui 
du milieu seul est relevé. Le second manuscrit, 
intitulé : Adeniari chronicon, datant également du 
IX*" siècle, renferme un dessin colorié, représentant, 
assis entre deux personnages, le père de Charles- 
le-Chauve, Louis-le-Pieux, dans l'intérieur de son 
palais, dont le fronton est orné du même fleuron. 
C'est à M. Willemin, l'auteur des Monuments fran- 
çais inédits, que revient l'honneur d'avoir, le pre- 
mier, deviné que ce fleuron du sceptre de Charles- 
le-Chauve, dans lequel Montfaucon a cru voir une 
épée, figure bien la fleur de lis. Un témoignage 
irrécusable, celui d'un écrivain contemporain des 
deux empereurs, et qui a vécu à leur cour, va 
confirmer ce jugement : le poète Sedulius, de 
Liège, dans un charmant poème, intitulé : De 
Rosae Liliique certamine, met en présence la Rose 
et le Lis se disputant la royauté des fleurs. Le 
Printemps, éveillé par le bruit de la dispute, 
intervient et cherche à apaiser les deux rivales : 
« Chers enfants, dit-il, pourquoi cette querelle? Vous 
êtes, sachez-le, nées toutes les deux de la même terre. 
Comment des sœurs peuvent-elles exciter l'arrogante 
dispute ? belle rose, tais-toi, ta gloire b?Hlle sur le 
monde, mais que le lys royal règne du haut des 
sceptres étincelants (Regia sed nitidis dominentur 
lilia sceptris). ...Que la rose soit dans nos jardins 
Vemhlème de la pudeur; vous, lys étincelants, crois- 
sez, semblables en éclat au visage de Phœbus. . . vous 
êtes, ô lys, l'orneme^it des cortèges des vierges aux 
longs voiles... » 



— 457 — 

Les sceaux nous apprennent qu'outre les rois 
de France, les monarques d'Allemagne et d'An- 
gleterre paraient leurs sceptres de la fleur de lis. 
Lors de Tintroduction des armoiries, les rois de 
France, afin de mieux marquer leur prééminence 
morale au-dessus des autres rois de la terre, trans- 
portèrent sur leur écu cette fleur que l'Occident 
tout entier reconnaissait comme l'emblème du sou- 
verain pouvoir. 

Si d'autre part, dans l'iconographie chrétienne, 
où il représente la virginité, cet emblème brille 
dans la main et sur le front de la plus pure des 
Vierges, et s'il nous appararaît sur le sceptre de 
l'ange Gabriel au moment où celui-ci vient an- 
noncer à Marie que, par un effet de la volonté 
divine, elle va porter dans son sein le Sauveur du 
monde, nous le voyons aussi fleurir dans la main 
des dames suzeraines, non — comme le dit spiri- 
tuellement M. van Malderghem, — pour marquer 
un état disparu et qui s'est efiacé par le mariage, 
mais pour affirmer leur autorité, leur puissance 
dominatrice. C'est ainsi que, non seulement les 
reines et les grandes vassales, mais encore cer- 
taines abbesses, aux prétentions hautaines, entre 
autres celles de Quedlinburg, qualifiées de prin- 
cesses de l'Empire, et qui, à l'égal des souverains, 
employaient dans leur titre la fière formule Dei 
gratta, se font représenter, sur leurs sceaux, 
tenant de la main une fleur de lis. 

Il ne nous a pas été possible d'énumérer ici tous 
les arguments accumulés par M. van Malderghem 
à l'appui de sa thèse, et, bien que le charme que 



— 458 — 

nous avons éprouvé à la lecture de son beau tra- 
vail, nous ait fait dépasser le cadre d'un compte- 
rendu ordinaire, nous avons, peut-être, au gré de 
plus d'un de nos lecteurs, donné une esquisse trop 
succincte de cette remarquable et sensationnelle 
étude, qui a le mérite de résoudre définitivement, 
en quelque trente pages, la question la plus cap- 
tivante que jamais archéologue ait été appelé à 
traiter et sur laquelle tant d'hommes éminents ont 
en vain émoussé leur plume. 

En résumé, le mémoire établit : 1" que la fleur 
de lis, dite héraldique, est d'origine occidentale, et 
non orientale, et que son emploi, comme orne- 
ment du sceptre, remonte au moins au IX'' siècle; 
2^ que, contrairement à l'opinion généralement 
reçue, cette fleur représente incontestablement le 
lis blanc des jardins; 3^' qu'elle symbolise le pou- 
voir royal sur les sceptres occidentaux en général, 
et, enfin, 4" que dans les armes de l'ancienne mo- 
narchie française, elle unissait l'idée du souverain 
pouvoir à celle de la suprématie particulière dont 
les rois de France jouissaient depuis le règne de 
Louis-le- Jeune. 

Le travail de M. van Malderghem est enrichi de 
deux planches; l'une représente le dieu « Nil, » 
portant sur la tête cinq fieurs de lotus, émergeant 
d'une coiffure qui symbolise l'eau (le Nil), d'après 
Champollion le jeune; la seconde planche montre 
Charles le Chauve, d'après la miniature du psau- 
tier de Paris. La reproduction du contre-sceau de 
Robert, archevêque de Reims (1304), figure le 
mystère de l'Annonciation, où le lis qui sort du 



— 450 ~ 

vase, placé entre la Vierge et le messager céleste, 
est identique à celui qui orne les sceptres royaux, 
c'est-à-dire un lis héraldique . 

L'auteur prouve, par la Bibliographie qu'il 
donne, à la fin de son étude (elle ne comprend pas 
moins de quatre-vingt-seize ouvrages!), qu'il n'a 
rien négligé pour s'entourer de tous les renseigne- 
ments utiles à son sujet, et, ne redoutant appa- 
remment pas la critique de son œuvre, y fait 
figurer consciencieusement même les auteurs oppo- 
sés à sa thèse, 

La brochure de M. van Malderghem ne man- 
quera pas d'avoir du retentissement dans le monde 
scientificpie, tant en Belgique qu'à l'étranger — 
surtout à l'étranger. 

Au commencement de ces lignes, il a été ques- 
tion du G?^a?îd Dictionnaire universel de Piekre 
Larousse. Chose étrange : alors que l'on aurait 
dû penser que les savants du comité directeur de 
la Revue encyclopédique, destinée à tenir à la 
hauteur de la science l'œuvre de Laeousse, se 
seraient inclinés devant l'argumentation absolu- 
ment décisive de M. van Malderghem, on peut lire 
dans le numéro du 1"'" novembre l&Oi de cette pu- 
blication, sous la signature de M. Gustave Lejeal, 
une étude qui tend à infirmer ses conclusions. 

Malheureusement, les objections de cet érudit 
Français resteront sans eôet ; elles se trouvent, 
d'ailleurs, réfutées, à l'avance, rien que par les 
passages du travail de M. van Malderghem qu'il a 
cru pouvoir passer sous silence. 

J.-Th. de Raadt. 



460 — 



VARIÉTÉS. 



Les conseillers municipaux malgré eux. — La ba- 
taille de Fleurus, gagnée le 26 juin 1794 par le général 
Jourdan, commandant en chef de Parmée de la Moselle, sur 
les troupes autrichiennes ayant à leur tête le prince de 
Cobourg, entraîna l'annexion définitive de notre paj^s à la 
France. 

Un des premiers soins de nos nouveaux maîtres, en arri- 
vant àGand, fut de modifier complètement le système d'ad- 
ministration de la ville. Le collège des vingt-six échevins 
fut supprimé et remplacé par une assemblée de quarante 
citoyens, nommés par le commandant militaire de la ville 
de Gand, en exécution de l'arrêté pris le 24 messidor an II 
(12 juillet 1794) par le représentant du peuple près des 
armées du Nord, Richard. Un mois après, la Belgique 
était frappée d'une contribution de guerre de soixante 
millions de francs payables en espèces. La part de la ville 
de Gand s'élevait à la somme de sept millons *. 

Ce parlement au petit pied, de quarante membres, fut 
bientôt supprimé et remplacé par une administration mu- 
nicipale ne comptant que neuf membres, désignés par le 
commissaire du gouvernement. 

Ces administrateurs municipaux, nommés sans qu'on eut 



1 Pages d'Histoire locale. Première série, 1885, chapitre V; et troi- 
sième série, 1894, chapitre VII. Librairie J. Vuysteke, Gand. 



— 461 — 

daigné demander leur avis, étaient forcés d'accepter les 
fonctions qu'on leur imposait. Ceux qui s'avisaient de 
refuser y étaient contraints par les exécutions militaires. 
Ces exécutions consistaient à loger chez les citoyens un 
nombre plus ou moins considérable de soldats, dont les 
exigences- et les tracasseries sans nombre avait bien vite 
réduit à la soumission ceux qui étaient condamnés à les 
héberger. 

Les incidents concernant une de ces acceptations forcées 
se trouvent relatés dans les registres de l'an V des délibé- 
rations du conseil municipal. 

Un arrêté du directoire exécutif du 12 frimaire an V 
(2 décembre 1796) avait destitué les neuf membres for- 
mant l'administration municipale de la ville de Gand. On 
leur reprocliait de ne pas mettre assez de vigueur à faire 
rentrer les contributions et les impôts de toutes sortes 
dont les Français ne cessaient de frapper la Belgique. C'est 
ce qu'en style officiel on nommait « négliger l'accélération 
de la rentrée des impositions. » 

Ce fut pendant que les officiers municipaux étaient en 
séance à l'hôtel de ville que le commissaire du directoire 
vint leur notifier qu'ils étaient destitués et qu'ils avaient à 
se retirer sur le champ. 

« Séance du 3 nivôse an V (23 décembre 1796). 

« Il est midi lorsque le citoyen Dubosch commissaire du 
Directoire près l'administration centrale de ce département 
entre en séance. Il annonce à l'assemblée être chargé de 
l'exécution d'un arrêté du Directoire exécutif qui concerne 
cette administration municipale. Il le transmet au commis- 
saire près cette Municipalité lequel en donne lecture : son 
contenu portant destitution formelle du corps municipal 
de ce canton, motivée ainsi qu'il y est dit : sur ce que la 
Municipalité loin de faire dans son arrondissement la 



— 462 — 

répartition des contributions, refuse de déférer aux invita- 
tions et aux arrêtés de V administration supérieure envers 
laquelle toute sa correspondance est d'une insubordination 
despectueuse. 

« Le susdit commissaire requiert l'assemblée de s'y 
conformer et de se séparer à Tinstant, après transcription 
des résolutions susmentionnées ainsi que de l'arrêté pré- 
cité au registre des délibérations de la commune. 

« A été signé et clos le présent par ledit commissaire du 
Directoire près Tadministration centrale, conjointement 
avec nous Président et secrétaire de l'administration de 
cedit canton, l'heure et jour que dessus. 

« DuBOSCH, pour autant que concerne le 

dernier article, 
« J. B. GoETHALS, Président, 
« B. Contreras, secrétaire. » 

Le P'" nivôse précédent (21 décembre 179G), le citoyen 
Bouteville, commissaire du gouvernement près les dépar- 
tements réunis par la loi du 9 vendémiaire an IV (P'' oc- 
tobre 1795) avait nommé, en remplacement des officiers 
municipaux destitués, les citoyens suivants : 

De Meyere, notaire. Président. 

Vandercruyssen, négociant. 

Jean Viliot, négociant. 

Vander Haeghen-Mussain. 

Ferd. Heyndrick, ex-greffier. 

J. Speelman, négociant. 

Louis Van Damme, notaire. 

Michaels-Buyck, négociant. 

H. Drieghe, architecte. 

Les nouveaux officiers municipaux furent loin d'être 
flattés de l'honneur que leur faisait le commissaire du gou- 
vernement. Ce ne fut que contraints et forcés qu'ils se 
résignèrent à remplir leur mandat, les uns par crainte de 



— 463 — 

l'exécution militaire, les autres après avoir déjà été soumis 
à cette mesure de rigueur. 

Voici ce que nous apprend à ce sujet le procès-verbal de 
la séance d'installation qui se tint le 8 nivôse an V (28 dé- 
cembre 1796), à 11 heures du matin : 

« Le jour susdit, le citoyen Mys, commissaire du direc- 
toire exécutif près l'administration du canton de Gand, 
aiant en vertu des pouvoirs dont il est chargé convoqué les 
citoyens Demeyere, Vander Haeghen-Mussain, Speelman, 
Michaels-Buyck, Viliot, Van Damme, Heyndrick, Drieghe 
et Vander Cruyssen à l'effet de se rendre à cette maison 
commune à l'heure précitée; lesquels y sont comparus à 
l'exception du citoyen Vander Cruyssen, absent à cause de 
maladie, leur donne lecture de l'arrêté du citoyen Boute- 
ville, commissaire du gouvernement dans les neuf départe- 
ments réunis, en date du V nivôse courant par lequel les 
susdits citoyens sont nommés, savoir le premier comme 
Président et les autres comme officiers municipaux de la 
commune et canton de Gand. 

« En suite de quoi les premiers nommés ont été installés 
en cette qualité, pour entrer dès l'instant dans l'exercice de 
leurs fonctions. 

« Tous à l'unanimité déclarent ne l'accepter que pour y 
avoir été contraints par la force majeure, savoir : les 
citoyens Viliot, Speelman, Michaels et Vander Haeghen 
par suite de leur soumission à l'arrêté du département de 
l'Escaut en date du 4 du mois présent; et les citoyens 
Demeyer, Drieghe, Van Damme et Heyndrick par l'effet de 
l'exécution militaire qu'ils ont subie en vertu du même 
arrêté et a été signé par nous, membres présents les jours 
et an que dessus. » 

Quand le commissaire Mys eut achevé la lecture du 
procès-verbal de l'installation des nouveaux officiers muni- 



— 464 — 

cipaux, ceux-ci voulurent y faire insérer leur protestation : 

« Les nouveaux membres demandent unanimement que 
la déclaration reprise dans leur procès-verbal relativement 
à leur acceptation forcée soit également insérée dans celui 
qu'ils viennent d'entendre. » 

Le commissaire du directoire s'opposa à cette insertion. 
Les officiers municipaux s'adressèrent alors, séance tenante, 
à l'administration centrale du département pour obtenir 
que leur protestation figurât au procès-verbal d'installation : 

« Nous sommes réunis en ce moment à la maison com- 
mune, en conséquence de l'exécution militaire dont nous 
étions menacés et que même quelques-uns d'entre nous 
ont subi, pour accepter et être installés comme officiers 
municipaux. 

« Sur nos observations que nous ne pouvions ni ne 
devions accepter lesdites places qu'en conséquence des 
mêmes contraintes, et par ainsi de force, nous demandons 
qu'il en seroit tenu note au procès-verbal. » 

L'administration centrale leur refusa également cette 
satisfaction et les neuf citoyens, désignés par le commis- 
saire du gouvernement, Bouteville, furent obligés d'ac- 
cepter et de remplir les fonctions d'officier municipal. 

Voici les termes du serment (]u'ils étaient tenus de prêter: 

« Je jure haine à la royauté et à l'anarchie, je jure atta- 
chement inviolable à la république et à la constitution de 
l'an IIL » 

Ajoutons que ces fonctions étaient loin de constituer une 
sinécure, car en ces temps de troubles et d'agitation, et 
surtout d'emprunt forcé, les officiers municipaux siégaient 
pour ainsi dire en permanence. Les réquisitions de toute 
nature, les demandes d'argent, la levée des contributions, 
les forçaient à ne pas quitter Thôtel de ville où se présen- 



— 465 — 

taient continuellement les commandants militaires et les 
fonctionnaires civils français dont les exigences augmen- 
taient de jour en jour. 

Prosper Claeys. 



Le Conseil municipal de l'an IV. — Eu nous occupant 
dans la notice précédente d'un incident relatif à l'accep- 
tation forcée des fonctions de conseiller, ou d'officier 
municipal ainsi qu'on le disait à cette épo(iue, nous avons 
dit que celles-ci étaient loin de constituer des sinécures. 
La municipalité siégeait tous les jours et les sujets les [dus 
divers y étaient traités. De plus, chaque citoyen porteur 
d'une pétition, d'une protestation ou d'une réclamation 
quelconque était admis à se présenter en personne aux 
séances. Il en était de même des fonctionnaires publics qui 
avaient des communications à présenter à la municipalité. 
Nous allons donner quelques extraits des procès-ver- 
baux de ces séances dont l'ordre du jour était excessivement 
varié et où, à côté des questions les plus importantes, on 
s'occupait d'objets complètement étrangers à l'administra- 
tion proprement dite d'une grande ville. On y insérait 
également le compte-rendu de toutes les fêtes et solennités 
auxquelles assistait le corps municipal. 

Qu'on en juge. Prenons, par exemple, les séances de 
l'an IV (24 septembre 1795 au 21 septembre 1796). Nous 
n'avons que l'embarras du choix. 

Le 12 vendémiaire an IV (4 octobre 1795), les habitants 
de Gand célébrèrent, ou plutôt furent obligés de célébrer, 
l'annexion de la Belgique à la France. Parmi les festivités, 
organisées par l'administration municipale dont les mem- 
bres, comme nous venons de le voir, étaient nommés par le 
pouvoir central, figuraient une représentation et un bal 
gratuits au grand théâtre. 



— 4G6 — 

Le leuflemain un compte-rendu complet de la fête était 
porté au registre des délibérations. Voici en quels termes 
le rédacteur du [)r()cès-verbal parle de la représentation 
et du l)al : 

« L'État-major, les administrateurs de Tarrondissement 
et les officiers municipaux se rendirent le soir au théâtre 
dans différentes loges que l'on avait réservées pour eux. 
A leur entrée ils furent reçus par les applaudissements de 
tous les citoyens qui s'y trouvèrent réunis. Aussitôt Tor- 
questre commence à jouer : Allons enfants de la patrie; 
Où peut-on être mieux? Çà ira, et d'autres airs patriotiques. 

« L'Officier de mérite et VOffrande à la liberté furent les 
deux pièces que l'on a représentées. 

« Après le spectacle l'État-major, les administrateurs de 
l'arrondissement et les officiers municipaux assistèrent à 
un souper frugal et fraternel que la Municipalité avait fait 
préparer au grand Caffé. 

« Ils se rendirent après le souper pour quelques moments 
au bal où la joie innocente et une douce fraternité avaient 
réuni un grand nombre de citoyens. » 

Dans la séance du 17 brumaire an IV (8 novembre 1795) 
se présente l'exécuteur des hautes œuvres, le citoyen Jean 
Hamel, qui dit être dans la plus profonde misère et vient 
réclamer le montant de ses appointements : 

« L'exécuteur de la haute justice de cette commune 
expose qu'il est dans le besoin le plus urgent d'argent, qu'il 
n'a pas de pain et qu'il est sans argent pour s'en procurer. 

« Vu l'urgence, la Municipalité authorise l'officier muni- 
cipal Vispoel de donner par forme d'emprunt au pétition- 
naire des fonds pour la somme de seize florins sauf à le 
décompter sur sa pension. » 



— 467 — 

Pendant deux siècles, le XVIIIe et le XIX\ la famille 
Hamel, chez laquelle la vocation paraissait innée, a fourni 
des bourreaux aux villes de Bruges, Gand et Liège '. 

Dans la séance du 16 nivôse an IV (G janvier 1796) le 
citoyen van Loo, qui désire se séparer de sa femme, s'adresse 
à cet effet au Conseil municipal qui fait comparaître les 
époux devant lui, et parvient à les réconcilier. 

« Le citoyen van Loo, lieutenant de police, présente une 
pétition tendante à se séparer légalement devant cette 
municipalité de son épouse. 

« L'assemblée considérant que pareils actes sont du 
ressort du juge de paix, désirant néant moins de rétablir 
l'amitié et l'ordre entre deux époux égarés, arrête de se 
borner au seul devoir de médiatrice, en engageant les 
parties à une réconciliation amicale. 

« A cet effet ledit van Loo et son épouse sont invités à 
se rendre dans l'assemblée. Le commissaire van Straelen 
fait aux comparans une petite harangue très-civique par 
laquelle il les ramène à la raison. 

« Les parties ainsi réconciliées sont invités par l'assem- 
blée à rentrer dans leur devoir mutuel. » 

Le commissaire, dont l'éloquence amena la réconciliation 
des « époux égarés « était le commissaire du pouvoir 
exécutif, van Straelen, qui assistait de droit à toutes les 
séances de l'administration municipale. 

Dans la séance du 24 nivôse an IV (14 janvier 1796), 
comparaissent trois sergents de police qui annoncent que 

4 Le Bourreau de Gand; sa mission, ses fonctions, ses ijriviUges. 
Librairie J. Vuylsteke, Gand, 1892. Messager, 1890-1892. 



— 468 — 

la veille le cadavre cVune femme a été retiré de l'eau. La 
municii)alité charge deux de ses membres d'assister à 
Texamen de la noyée, auquel procéderont les médecins et 
les fonctionnaires de la justice. 

« Trois sergents de la police paroissent à la séance et 
font rapport qu'hier sur les sept heures du soir une femme 
jetée ou tombée dans Teau se trouve morte et reposante 
dans une maison aux marché aux bêtes. 

« Le Président, présumant d'après une déclaration qui lui 
est transmise par lesdits sergents, que cet événement pou- 
voit être considéré comme un meurtre plutôt qu'un malheur 
par accident, propose à l'assemblée que la Municipalité 
prendra comme de coutume inspection du cadavre à l'effet 
de savoir s'il existe une apparence du cas susmentionné. 

« La proposition adoptée et le commissaire du Directoire 
entendu, a été résolu de nommer deux commissaires pour, 
conjointement avec l'office ainsi que les médecins et chirur- 
giens pensionnés de la ville, faire la visite et inspection 
usités. Ont été députés pour cet objet les municipaux 
Koothaese et Huyttens. » 

Nous avons vu tantôt que le citoyen bourreau était venu 
se plaindre au Conseil municipal du retard qu'on met- 
tait à lui payer ses appointements. Voici maintenant la 
citoyenne Neckebroeck, portière de la prison municipale 
ou Mammelokker qui se présente à son tour et vient faire 
ses doléances de ce qu'on la laisse sans argent pour payer 
la nourriture et l'entretien de ses pensionnaires. 

Séance du 21 pluviôse an IV (10 février 1796) : 

« La citoyenne Neckebroeck, geôlière à la prison de cette 
commune expose verbalement que la pénurie de numéraire 
dans laquelle elle se trouvoit la mettoit hors d'état de 
nourrir ses prisonniers, elle prie la municipalité de lui 



— 469 — 

procurer une somme quelconque pour faire face à des 
dépenses urgentes et indispensables. 

« La Municipalité, eu égard à réijuité de la demande 
susdite, considérant que les arrérages dus à la pétition- 
naire montent à une somme considérable, arrête de lui 
délivrer mandat de paiement de 50 livres de gros recevable 
au bureau du commis du 20 qui par lettre de ce jour sera 
informé de la présente disposition. » 

Christine Neckebroeck, la portière du Mammelokker, 
resta en fonctions jusqu'en 1831. Elle reçut sa démission 
le 7 février de cette année et fut remplacée parle lieute- 
nant des pompiers Joseph van Hove, auquel la commission 
de sûreté publique octroya cette place « à titre de récom- 
pense des services antérieurs * » . 

La municipalité avait l'habitude de délivrer des certifi- 
cats de civisme aux citoyens qu'elle jugeait digne de cette 
faveur. Nous lisons à ce sujet dans le procès-verbal de la 
séance du 2 ventôse an IV (21 février 1796) : 

« Le citoyen Snoeck, jeune homme et habitant de cette 
commune, présente une pétition pour obtenir une déclara- 
tion de conduite et de civisme. Quelques membres de cette 
Municipalité connaissant le pétitionnaire de ses mœurs et 
vie publique, attestent de sa moralité et de son patriotisme. 

« L'assemblée, oui le bon rapport de ses collègues et 
l'avis du commissaire du Directoire, arrête que la déclara- 
tion susdite sera délivrée. » 

Une nommée Marie van Passche qui, dans une céré- 
monie publique avait représenté la Victoire, refuse de 

1 Mélanges historiques et anecdotiques sur la ville de Gand; 
chapitre XL. Librairie J. Vuylsteke, Gand, 1895. 



— 470 — 

restituer le costume dont elle avait été revêtue à cette occa- 
sion. L'affaire est portée devant le conseil municipal qui, 
dans sa séance du 6 messidor an IV (24 juin 1796), charge le 
commissaire de police Stassignon d'obliger la citoyenne 
Marie van Passche à restituer le costume que la Munici- 
palité lui avait prêté : 

« La citoyenne Marie van Passche qui, lors de la fête de 
la Reconnaissance, avoit représenté la Victoire écrit cà cette 
administration que le citoyen Stassignon, commissaire de 
police, l'aiant invité au nom de cette administration de 
rendre l'habillement dont elle a été ornée à la fête susdite, 
elle ne croioit pas devoir se défaire d'un objet qui lui servira 
d'une souvenance et d'une preuve éternelle de son opinion. 

« Résolu de requérir de rechef ladite citoyenne à la res- 
titution susmentionnée. » 

Le 29 fructidor an IV (15 septembre 1796), l'accusateur 
public présente au conseil municipal, réuni en séance, un 
groupe de citoyens qui ont arraché du mât d'un bateau 
un drapeau portant les armes impériales. Ces courageux 
citoyens reçoivent les félicitations les plus chaleureuses, et 
l'accusateur public leur permet de se régaler à ses frais : 

« L'accusateur public, s'adressant aux dénonciateurs et 
leur témoignant sa satisfaction de leur attachement à la 
cause de la liberté, leur donne une récompense de sa propre 
bourse et les invite à boire à la santé de la République. 

« Ces braves à leur tour voulant donner une preuve de 
leur désintéressement remercient ce fonctionnaire de sa 
bonté et lui protestent de vivre libres ou périr pour la 
République. » 

A dater du 6 thermidor an III (24 juin 1795) le flamand 
fut abandonné sur l'ordre du gouvernement qui enjoignit 



— 471 — 

à la municipalité gantoise de se servir de la langue fran- 
çaise pour la rédaction des procès-verbaux de ses séances. 
Le rédacteur des procès-verbaux rédigés en français, 
dont nous venons de donner des extraits, était le citoyen 
B. Contreras, secrétaire de l'administration municipale 

du canton de Gand. 

Pkosper Claets. 



Le Nain couleur de Rose. 18 juin 1815. — Pendant 
le séjour du roi Louis XVIII à Gand en 1815, période (|ui 
est connue dans Thistoire sous le nom de les Cent jours 
(20 mars au 28 juin *), parut à Gand le premier numéro 
d'une revue intitulée : le Nain couleur de Rose ou le Passe- 
Temps des Fidèles, Recueil politique , moral et littéraire. 

Cette publication, destinée à défendre la politique des 
Bourbons, avait adopté pour devise : 

Le Roi ! Le Roi ! 

C'est le cri de la France. 

D'après l'avis imprimé sur la couverture, le Nain cou- 
leur de Rose devait paraître une fois par semaine. Mais les 
événements, dont notre pays fut le théâtre à cette époque, 
mirent une fin rapide à l'existence de la nouvelle revue qui 
n'eut qu'un seul et unique numéro, celui du dimanche 
18 juin 1815, jour de la bataille de Waterloo. 

Pendant que « les Fidèles » lisaient leur « Passe-Temps, » 
ils ne se doutaient pas qu'à quelques lieues de là se jouaient 
les destinées de l'Europe et que le « Pioy » allait dans peu 
de jours reprendre le sceptre et la couronne des Bourbons- 

1 Pages d'Histoire locale gantoise. Première série ; 1885. Chapitre 
VIII. 



— 472 ~ 

Le samedi 24 juin 1815, Louis XVIIl quitta la ville de 
Gand, suivi par sa cour et par tous ses « Fidèles. » Ce 
départ mit fin à l'existence éphémère du Nain couleur de 
Rose, dont ce premier numéro est une véritable curiosité 
bibliographique. L'exemplaire que nous avons sous les 
yeux appartient à la bibliothèque de la ville de Gand 
(G. 3614), où il fait partie de la collection si intéressante et 
unique en son genre, connue sous le nom caractéristique de 
« les Gantois. » 

La première partie de la revue est la partie politique 
proprement dite, rédigée sous forme de dialogue entre le 
Naiyi couleur de Rose et le Nain jaune, organe impérialiste 
de cette époque. Le Nain jaune s'étant avisé au début de 
l'entretien d'adresser familièrement au Nain rose un « bon 
jour, mon ami, » se voit repoussé par celui-ci qui ne veut 
pas d'une pareille amitié parce que, dit-il : 

« A présent vous outragez lâchement la vieillesse et l'in- 
fortune, à présent vous encensez la trahison et la tyrannie ; 
à présent vous êtes le bouffon des anti-chambres, le favori 
des vivandières; et je rougirais d'être votre ami. » 

Le dialogue continue sur ce ton pendant plusieurs 
pages. 

Viennent ensuite les nouvelles politiques du pays et 
de l'étranger annonçant que, grâce aux mouvements de 
l'armée des alliés, la chute de « l'usurpateur » est pro- 
chaine : 

« Enfin les hostilités sont annoncées ! Bonaparte a fait 
marcher son armée ; les avant-postes prussiens se sont 
repliés. Aussitôt les maréchaux Wellington et Blucher ont 
fait leurs dispositions. Hier ils sont tombés sur l'ennemi de 
l'Europe, l'ont repoussé et sont rentrés, la baïonnette en 
avant, dans Charleroi. On évalue la perte de l'armée fran- 
çaise à 5000 hommes. » 



— 473 — 

Les rédacteurs de cette revue, qui étaient des Français, 
annonçaient froidement que 5000 de leurs compatriotes 
venaient de perdre la vie ! 

Le chapitre « Variétés » est consacré à rapporter « les 
anecdotes, les bons mots et les traits de courage auxquels 
le retour de Bonaparte a donné lieu. » 

Voici un de ces soi-disant bons mots reproduits par le 
Nain rose, et faisant allusion au départ des Bourbons et à 
la rentrée en France de Napoléon : 

« Sais-tu pourquoi, disait une poissarde à sa commère, 
depuis le 20 mars le pain est renchéri et la viande dimi- 
nuée? 

« Dam! c'est tout simple, répondit l'autre, c'est que le 
boulanger est parti et que le boucher est revenu. » 

Sous le titre de « Avis divers » le Nain rose donne 
quelques annonces fantaisistes dans le genre de celles-ci : 

« On fait savoir à un fidèle de Gand que sa femme qu'il 
a laissée à Paris, aussi fidèle que lui, a changé (V opinion 
depuis son départ. » 

« Une dame fort jolie se promène quelquefois avec un 
ofiicier : les personnes qui les auraient rencontrés, sont 
priées de vouloir bien croire que c'est son frère. » 

« Une dame a pressé la main d'un officier à la sortie 
de l'église ; elle lui fait savoir qu'elle croyait presser la 
main de son voisin. » 

Une description très originale de la ville de Gand et 
des ressources qu elle offrait au point de vue des plaisirs 
et des distractions, mérite une mention toute spéciale. Elle 
nous montre que les Français, résidant à Gand à la suite 
de Louis XVIII, ne songeaient qu'à se divertir sans s'in- 



— 474 — 

quiéter d'aucune façon de la gravité des événements qui se 
passaient autour d'eux. En voici quelques extraits : 

« Depuis que sa S. M. très chrétienne fait sa résidence 
à Gand, cette belle ville est devenue tout à coup un autre 
Paris. Nos jeunes militaires y ont apporté les usages, les 
goûts, les mœurs mêmes de la capitale ; et tout cela y a 
fait un progrès si rapide que je ne serais pas étonné que, 
proportion gardée, il ne se fit aujourd'hui à Gand, pour le 
moins, autant d'aimables folies qu'à Paris. » 

L'auteur de l'article continue son récit : 

« Les principales promenades de la ville sont la place 
d'Armes et la Coupure. 

« La place d'Armes est située au centre de Gand ; aussi 
est-elle la plus fréquentée, et ce n'est pas un tableau 
indigne du regard de l'observateur que le rassemblement 
que présente cette promenade par un beau jour. Là, dès 
que l'absence du soleil fait oublier celle des arbres, 
accourent des points les plus reculés de la ville tout ce que 
la naissance a de plus grand, la gloire de plus cher, la 
beauté de plus séduisant, et dans une étendue bien moindre 
que la place Vendôme on voit errer i)êle-mêle des princes, 
des villageois, des ministres, des employés, des généraux, 
des soldats, des hommes célèbres, des inconnus, des 
baronnes en plumes et des grisettes à mantes noires. » 

Et plus loin : 

« La Coupure est une promenade charmante. Le beau 
temps y avait attiré une foule prodigieuse dimanche der- 
nier. Tout ce que Gand a de femmes jolies et de jeunes 
élégants sy étaient rendus. Il y avait des toilettes très 
brillantes ; on a même aperçu plusieurs bokeys de l'autre 
côté de l'eau et l'arrivée de la barque de Bruges n'a pas 
peu contribué à faire de toute cela un spectacle vraiment 
pittoresque. » 



— 475 — 

Les promeneurs se tenaient, à cette époque, de préfé- 
rence sur la rive droite de la Coupure qui seule, et en 
partie encore, était pavée. La place d'Armes est restée la 
promenade favorite des Gantois; quant à la Coupure, elle 
est complètement délaissée aujourd'hui. 

Le Nain couleur de Rose renferme également un compte- 
rendu des représentations données au Grand-Théâtre. 

Le recueil se termine par des pièces de vers, les unes 
déjà publiées, les autres inédites, toutes en l'honneur de 
Louis XVIII et des membres de sa famille. Telles sont : 
Stances sur le retour des Bourbons. — Pour le buste de Lord 
Wellingtoyi. — Tout pour elle (la duchesse d'Angoulème). 
— Les Gardes du corps à pied à Af"^ la Duchesse d'Angou- 
lème, le jour de sa revue. — Prenons-la tous (la cocarde 
blanche). — A Napoléon Bonaparte, premier blagueur de 
Paris. 

Le Nain coideur de Rose sortait des presses de l'impri- 
meur gantois J.-N. Houdin. Celui-ci était également l'édi- 
teur du Moniteur universel qui parut à Gand pendant les 

Cent-Jours. 

Prosper Claeys. 



Anciennes coutumes. — M. C. Casier, membre de la 
Commission pour la publication des amiennes lois et cou- 
tumes, vient de donner un volume de complément aux 
coutumes du pays et duché de Brabant, dans le recueil 
publié aux frais du gouvernement. Ce volume contient, avec 
traduction du flamand par M. Charles Stallaert : 1° les 
« règlements et coutumes tant des offices que de la justice, 
concernant la ville et le pays d'Aerschoot... » d'après une 
mauvaise copie reposant aux archives du royaume ; 2" Les 
« placcarts, statutz, ordonnances et droicts concernant 
les fiefs en Brabant et en la duchée d'Aerschot. » « Ce 



— 476 — 

texte est très défectueux en certains endroits, dit l'auteur; 
nous avons souvent pu le redresser en le conférant avec la 
coutume féodale publiée par M. L. Gilliodts, au tome III 
de la Coutume du Bourg de Bruges. » Le texte débute 
par ces mots : Dit is dboech van den leenrechten in Brahant, 
gemaeckt anno XII" ende XXII in maio. 3" Les « coutumes 
de Nederassent,» et 4° Les « coutumes, usances et traditions 
de la juridiction du pays de Diest extérieur, communément 
appelé Caggevinne, compilées par les mayeurs et échevins 
dudit banc par ordre de Sa Majesté, en qualité de duc de 
Brabant..., et communiquées aux mayeurs et échevins sus- 
dits par le drossart de Diest, et aussi publiées, aussitôt 
après le plaid annuel, savoir : le 4 avril 1570, après Pâques. » 
Tous ces documents étaient inédits. 

Nous voyons par la coutume de Caggevinne que les 
vignobles y avaient apparemment plus d'importance an- 
ciennement que de nos jours, puisqu'une disposition spé- 
ciale (p. 192) défend « de prendre ou chercher, dans les 
vignobles d'autrui, des échalas verts ou secs sous peine de 
forfaire dix réaux d'or et deux florins de Hollande » (1491); 
et qu'une autre disposition (p. 199) porte « que nul, qui 
que ce soit, ne pourra non plus entrer dans les vignobles 
d'autrui pour y chercher des i^aisins, ou faire des trouées 
auxdits vignobles, sous peine de deux florins carolus. » 

Signalons encore le privilège pour ceux de Caggevinne, 
très justifié par l'intérêt de l'agriculture , de pouvoir 
prendre des lapins sans être calengés. D. 



Tableaux de maîtres anciens exposés a Utrecht 
(septembre 1894). -- Cette exposition d'un genre excep- 
tionnel, a présenté un grand intérêt. Utrecht a une place 
honorable dans l'histoire de la peinture hollandaise. Il 



— 477 — 

suffit de rappeler les J.vau Scorel, van Poelenburgh, Antonio 
Moro, Adrien et Jean Both, P. Moreelse, van llonthorst, 
d'Hondecoeter, Droochsloot, Van Ceulen, J. De Heem, 
G. De Heuscli, etc. Quelques personnes dévouées s'intéres- 
sant particulièrement à la peinture et à son histoire, et 
formant déjà une société, approuvée par arrêté royal : tôt 
hevordering van vreemdelingenverkeer voor Utrecht en 
omstreken, ont conçu le projet hardi de cette exposition, 
et, malgré les difficultés d'une telle entreprise, y ont pleine- 
ment réussi. L'exposition a été divisée en deux parties : 
l'une, composée exclusivement d'œuvres de peintres ayant 
appartenu à Utrecht par leur naissance, les leçons reçues, 
leur séjour en cette ville, et la seconde ouverte à toutes les 
œuvres pouvant servir à l'histoire de l'école hollandaise, et 
disséminées dans les collections particulières. 

Pour cette seconde partie, l'on pouvait citer, dans la 
Néerlande même, de nombreux précédents; il en était 
autrement de la première. « Zy is, dit la préface du cata- 
« logue, eene eerste pooging om systematisch, uit een his- 
« torisch en kunsthistorisch oogpunt, eene bepaalde groep 
« van scliilders, te weten, aile die te Utrecht geboren of 
« gestorven zyn, geleerd, of geleefd, zich korten of langen 
« tyd opgehouden hebben, in hunne werken te vereenigen. » 

Il a fallu d'innombrables démarches et d'énormes efforts 
pour obtenir le déplacement de tant d'œuvres précieuses 
et dont les heureux possesseurs ont toujours grande peine 
à se séparer. Les résultats ont dépassé l'attente. La reine 
régente a donné le bon exemple en conhant aux organisa- 
teurs une série de beaux portraits par G. van Honthorst. 
Les musées de Stockholm, de Mayeuce, de Rotterdam ont 
prêté ce qu'ils avaient de tableaux de peintres d'Utrecht. 
Des particuliers établis h l'étranger, à Paris, à Berlin, à 
St-Pétersbourg, comme les collectionneurs de Hollande, 
ont envoyé des œuvres capitales, parmi lesquelles M. van 



— 478 — 

Weede van Dyckveld a exposé un portrait de femme par 
Rembrandt, daté de 1639, un pur chef-d'œuvre que se dis- 
puteraient les plus riches musées de l'Europe. 

Le rapprochement de ces toiles est particulièrement 
instructif et tranche bien des problèmes. Tel a cru envoyer 
un tableau original et trouve, dans la série des œuvres 
exposées, l'original même dont son tableau n'est qu'une 
copie. Certains élèves copient si bien leur maître, ou 
prennent si complètement sa manière là où ils ne font pas 
œuvre de copiste, qu'on demeure convaincu de la fausse 
attribution au maître, de grand nombre de toiles de l'élève, 
moins connu et à peine inférieur en mérite. C'est le cas 
pour van Poelenburgh et ses élèves. Des peintres inconnus 
y apparaissent avec signatures authentiques au bas de por- 
traits admirables. Comme on ne peut réduire leur œuvre 
à une seule toile, il faut bien admettre que d'autres de 
leurs toiles nous sont inconnues pour avoir été attribuées 
à des artistes de plus de renom. Il en est ainsi d'un van 
Loen, signant en toutes lettres (1634) un portrait déjeune 
fille qui pourrait être signé des plus grands noms de 
l'école, et qui est l'admiration de tous les visiteurs. Or, son 
nom mentionné avec sa qualité de peintre dans un testa- 
ment conjonctif de 1643, où lui et sa femme comparaissent 
ensemble, est tout ce que jusqu'ici on connaisse de lui. De 
Saint-Pétersbourg un amateur a envoyé une toile excel- 
lente représentant une femme qui renverse une urne rem- 
plie de pièces d'or et de bijoux (De Ov&t^vloed, n" 204) et 
qui est signée G. Smit; l'œuvre est d'une exécution magis- 
trale, du meilleur coloris, et G. Smit est parfaitement 
inconnu; on ne connaît de lui que le pendant, autre figure 
allégorique, resté à Saint-Pétersbourg. 

Que sait-on d'Adrien Hanneman? Un admirable portrait 
de ce peintre, qui eût pu être attribué à Van Dyck, a été 
récemment acquis par la société Rembrandt, établie pour 



— 479 — 

la conservation des chefs-d'œuvre de la peinture, et est 
destiné au Ryhsmuseum d'Amsterdam. Même lorsque les 
attributions sont contestées, comme c'est le cas pour un 
portrait excellent du théologien G.Voet, attribué à N. Mues, 
et pour un portrait d'officier attribué à P. Moreelsc, Ton a 
encore des toiles de tout premier ordre. 

Quelques peintres ont, à diverses reprises, reproduit la 
même composition, librement, sans se copier, à peu d an- 
nées d'intervalle, et donnent matière à d'intéressants rap- 
prochements : tel est le cas pour deux tableaux sur 
panneaux de Palamedesz ( Vroolyk gezelschap; — Muziek 
na den maeltyd...) dont l'un a été gravé dans l'histoire de 
la peinture hollandaise de Havard. 

Nous avons parlé de ce que l'exposition a de remarquable 
par le mérite des œuvres, qui sont au nombre de près de 
cinq cents, ou par l'intérêt historique qui s'y rattache. Il 
y en a aussi qui marquent par leur goût détestable. Le 
n" 388 est un panneau de W. van Mieris, représentant 
Meijnersthagen et sa dame, en Mars et Vénus, avec costume 
plus ou moins romain , dans un paysage boisé , et des 
enfants nus jouant avec les armes de Mars ! C'est pour de 
pareilles œuvres que W. Burger inventait le terme de 
mépris de mythologiades, lesquelles ne sont pas rares en 
l'école hollandaise dans la décadence du XVIIP siècle. 

D. 



La peinture eeligieuse a Anvers et a Gand, en 1809. 
— Les lignes suivantes paraissaient le 16 avril 1809 dans 
le Journal du Commerce du Département de l'Escaut. Elles 
intéressent l'histoire de la peinture en notre pays, et nous 
ont paru mériter à ce titre d'être reproduites : 

« Nos églises et nos monuments publics, privés de 
plusieurs de leurs anciens chefs d'œuvre, commencent à se 



— 480 ~ 

repeupler successivement de tableaux et d'autres produc- 
tions de nos artistes modernes. Partout l'impulsion en est 
donnée et l'esprit public seconde avec amour les efforts 
patriotiques de nos magistrats pour conserver à ce pays ou 
pour lui reconquérir, s'il le faut, cette réputation classique 
qu'il s'est faite dans la culture des arts. Toutes les villes 
de la Belgique invoquent à l'envi le pinceau des artistes 
qui font la gloire et l'espoir de notre école. Ces tableaux, il 
faut bien l'avouer, ne font certainement pas oublier ceux 
qu'ils remplacent ; mais dans le nombre il en est plusieurs 
qui se soutiennent avec honneur et se font voir avec plaisir 
à côté des belles productions qui nous sont restées. 

« C'est ainsi que, dans la cathédrale d'Anvers, veuve de 
l'immortelle Descente de croix du grand Rubens, on voit 
sur un nouvel autel s'élever un beau tableau {la Fraction 
du pain à Emynaïs), ouvrage de M. Herreyns, ancien 
peintre du roi de Suède et un des professeurs doyen de 
notre école; une production de M. Van Brée {le Baptême 
de Saint Augustin) remplace dans l'église de ce nom un 
autre tableau de sa composition {la Religion triomphante)^ 
tableau qu'il a condamné lui-même comme étant moins 
digne de son talent et qui remplaçait un ouvrage célèbre 
de Rubens {la Gloire des Saints dans le Ciel). Un autre 
tableau de ce grand maître est remplacé dans l'ancienne 
église des dominicains par un bel ouvrage de M. (Jels, 
composé à Rome, et représentant la Descente de la Croix. 
A quelque distance de là, le pinceau de Caravage est rem- 
placé par celui de M, de Quartenmont {la Vierge au Rosaire). 
M. Herreyns s'occupe de plusieurs autres ouvrages qui 
ajouteront à sa réputation. M. Van Brée achève son Départ 
de Régulus et Des jeunes Athéniennes tirant au sort pour 
être livrées au Minotaure : deux immenses machines qui 
seules suffiraient pour illustrer un pinceau. M. Cels a 
achevé la Décollation de saint Jean-Baptiste, grand tableau 



— 481 — 

destiné à Téglise de Lierre, patrie de Fauteur, et digne de 
la belle réputation de cet artiste. Il s'occupe encore du 
Martyre de samte Barbe, ouvrage d'une moindre dimension, 
et commandé pour une église de Bruges. 

« ....La victoire a cru avoir le droit de s'approprier 
quelques tableaux à une époque où la Belgique, n'étant pas 
encore réunie à la France, était traité en pays conquis. 

« Ces tableaux sont successivement remplacés dans nos 
églises, non pas par ceux qui en furent enlevés (quelques-uns 
de ceux-ci, et nous ne le disons pas sans envier le sort de 
l'heureuse Bruxelles \ sont placées dans le Muséum accordé 
à cette ancienne capitale), mais par d'autres tableaux dont 
l'exécution est aussi confiée au pinceau de nos meilleurs 
artistes. C'est ainsi que dans l'église de Saint-Bavon, les 
chapelles de Saint-Laudoald ^ et de Sainte-Colette ^ sont 
embellies, la première d'un tableau * de M. Van Huffel 
{Un miracle de ce saint), la seconde d'un tableau de 
M. Paelinck. Une troisième chapelle recevra bientôt le 
tableau de M. De Cauwer. M. Steyaert en prépare un autre 
pour l'église de Saint-Nicolas. Un cinquième est destiné à 
l'église de Saint-Michel, et est confié au pinceau de 
M. Paelinck, actuellement à Rome ^. » 

Ces lignes sont signées : Le S. H. de VA. de G., c'est-à- 
dire le secrétaire honoraire de l'Académie de Gand, Nor- 
bert Cornelissen d'Anvers, qui était en 1809 sous-sécrétaire 

1 Le Seigneur voulant foudroyer le inonde de Rubans, qui se voit 
au Musée royal a Bruxelles et qui anciennement ornait l'autel de 
l'église des Récollets à Gand, lit ainsi partie d'un premier envoi que 
le musée de Bruxelles reçut de l'administration centrale, en 1802. 

2 La deuxième à gauche lorsqu'on entre dans l'égUse. 

3 A droite. Voir Messager des sciences, 1886, p. 496 et la Flandre 
libérale du 10 décembre 1894. 

* Exposé au salon de 1809. Van Huffel s'y est représenté lui-même 
parmi les personnages du tableau. 

5 La célèbre Invention de la vraie croix, qui passe pour son chef- 
d'œuvre. 

31 



— 482 — 

à la mairie de Gand et fut un fondateur du Messager des 
Sciences ' . 

Deux mois i)lus tard le tableau de Steyaert était décrit 
en ces termes dans le Journal du Commerce du 21 juin : 

« Une souscription ouverte dans le sein de la société 
des arts vient d'enrichir l'église de Saint-Nicolas d'un 
tableau d'autel exécuté par M. Steyaert, un des professeurs 
de l'Académie et directeur de la classe de peinture de cette 
société. Cet ouvrage représente saint Antoine prêchant à 
Limoges, environné d'une multitude d'auditeurs. Un ciel 
pur et serein luit autour du saint et éclaire la foule, tandis 
qu'à une distance moins rapprochée, tout autour du cercle 
que décrit l'auditoire, une tempête épouvantable semble 
ravager les environs et la foudre sillonner les airs. L'artiste, 
par une audace heureuse, a représenté les anges, ministres 
du Très-Haut l'excitant et dirigeant eux-mêmes la tempête, 
mais l'écartant au loin, tandis qu'Antoine, le front rayon- 
nant d'une splendeur céleste et les yeux tournés vers le ciel, 
semble en même temps invoquer la Divinité et prédire avec 
confiance les effets admirables d'une foi vive et confiante. 

« Ce sujet religieux était éminemment poétique et la 
manière dont M. Steyaert l'a traité, prouve qu'il a cru 
pouvoir appeler les Muses hotnériques, comme l'aurait dit 
l'auteur des Martyrs, au secours des Muses chrétiennes; 
les vents personnifiés de Virgile sont ici VAnge de la tem- 
pête, VAnge des autans, et ces débris des temples payens 
qu'on voit dans le lointain, ce crucifix qu'Antoine montre 
au peuple, rappellent et les Dieux qui ne régnent plus et 
le Dieu vivant qui régne... » 

Il nous a paru que ces dernières lignes méritaient d'être 
reproduites à titre de document curieux sur le mauvais 

1 Voir, sur Cornelissen, la conférence donnée par L. Hymans à la 
Société littéraire et insérée dans ce recueil, 1882, p. 37, 



— 483 — 

goût de répoque. Néanmoins il faut savoir gré aux auto- 
rités et au clergé de ce temps, de l'importance donnée à la 
peinture et des hommages rendus aux artistes. Les lignes 
suivantes, prises au Journal du Commerce du 23 juin sont 
instructives à cet égard : 

« Gand, 22 juin. Hier, à cinq heures du soir un Te 
Deum solennel fut chanté dans l'église de Saint-Nicolas à 
l'occasion de l'inauguration du tableau représentant Saint 
Antoine 'prêchant à Limoges. Un concours immense de 
fidèles assista à cette cérémonie; des places particulières 
avaient été réservées pour MM. les président et membres 
de la Société des arts, M. le préfet et M. le maire, protec- 
teurs de la Société, M. le secrétaire général de la préfecture 
et plusieurs autres magistrats, membres honoraires, assis- 
tèrent à cette cérémonie, à l'issue de laquelle M. Steyaert, 
auteur du tableau, eut l'honneur de leur être présenté et 
en reçut des éloges d'autant plus flatteurs qu'ils étaient 
mérités. Cette solennité intéressante n'offrait donc pas 
moins un acte religieux qu'un hommage rendu aux 
beaux arts. » 

Le 10 août 1809 le même Journal du Commerce annonce 
qu'on vient de placer dans l'église de Saint-Bavon un 
tableau peint par J.De Cauwer et représentant le Baptême 
de Jésus-Christ, dont il donne la description dans le genre 
de celle du tableau de Steyaert. Et le 28 novembre 1809 
il annonce qu'un très beau tableau représentant le Martyre 
de sainte Barbe, par Cels d'Anvers et destiné à l'église de 
Saint-Sauveur à Bruges, est exposé dans la salle des 
antiques de l'Académie de dessin. D. 



— 484 — 

Tableaux de Paelinck. — Deux portraits par Paelinck 
ornent la salle des Pas-perclus de notre palais de justice; 
le premier, pour en parler dans l'ordre chronologique, est le 
portrait en pied de Faipoult, préfet du département de 
l'Escaut sous l'Empire. Cette toile date de 1807. Paelinck, 
élève de David, avait alors vingt-cinq ans à peine. On lit 
dans le Journal du Commerce du 15 mai 1807 au sujet de 
l'œuvre du jeune peintre : « ...Mardi dernier MM. les fonc- 
tionnaires publics de cette ville, réunis à l'hôtel de la 
mairie, ont célébré l'inauguration de ce tableau. Il était 
placé dans la salle du banquet. Au dessert, un ressort touché 
a fait lever la toile qui le couvrait, et montré à tous les 
convives les traits de ce digne magistrat... » Le compte- 
rendu de la cérémonie se termine par des vers dans le goût 
du temps : 

Peins nous l'indulgente bonté ; 
Joins-y de la sagesse et de la fermeté 

L'expression noble et fidèle : ... 

Où chercheras-tu ton modèle ? 
Pas loin, répond l'artiste, et mon ouvrage est fait 

Je viens de peindre le préfet. 

Le Conseil municipal de la ville de Gand « pénétré de 
« respect, d'amour et de reconnaissance envers l'auguste 
« épouse de S, M. l'empereur Napoléon-le-Grand, » avait 
émis, dans ses sessions de février et octobre 1806, « le 
« vœu d'obtenir l'autorisation pour faire exécuter le por- 
« trait de cette princesse chérie, le modèle de toutes les 
« vertus. » 

Le talent dont Paelinck avait fait preuve dans le portrait 
du préfet, le fit choisir pour exécuter celui de l'impératrice 
Joséphine. 

Un an plus tard, le 26 mai 1808 « à l'occasion de l'inau- 
guration solennelle du portrait de S. M. l'impératrice-reine, 
un grand banquet se réunit à la maison de ville. Au dessus 



— 485 — 

du portrait placé sur une estrade, au fond de la salle, on 
lisait cette inscription : • 

Le bonheur de la voir n'avait duré qu'un jour ; 
Que sa présence au moins console notre amour ! 

Cette toile se trouve également au palais de justice. 
A Toccasion de cette inauguration Lesbroussart, profes- 
seur au Lycée, avait fait des couplets : 

Instant bien doux pour notre âme 
Un art divin, secondant nos souhaits, 
Offre à nos yeux cette image chérie 
Qui dans nos cœurs est gravée à jamais. 

Nous honorons l'éclat du rang suprême ; 
La grâce plait, jointe à la dignité; 
L'esprit séduit : c'est la bonté qu'on aime ; 
Quel autre don égale la bonté ? 

Vous dont l'auguste et noble bienfaisance 
Offre aux talents un appui généreux 
Laissez au moins à leur reconnaissance 
Eterniser l'objet de tous nos vœux... 
Etc., etc. 

C'est après avoir donné ces preuves de son talent, que 
Paelinck obtint une pension de la ville de Gaiid pour un 
séjour de trois ans à Rome, où il peignit V Élévation de la 
Sainte Croix qui orne l'église de Saint-Michel à Gand. 

D. 



Au SUJET DU DÉPARTEMENT DE l'EsCAUT. — Ou sait 

que notre Flandre Orientale actuelle a porté sous la Répu- 
blique et l'Empire la dénomination de Département de 
V Escaut et s'étendait alors jusqu'à la rive gauche du 
fleuve, de manière à comprendre toute la Flandre zélan- 
daise. Pendant quelque temps, Flessingue même, située 
sur la rive droite en lit partie. Cette dénomination comme 



— 486 — 

celle des autres parties de la Belgique réunies à la France, 
avait été proposée en l'an III par l'Administration Centrale 
de la Belgique ou Commission du Gouvernement séant 
alors à Bruxelles, et imposée- par le décret du 9 vendé- 
miaire, an IV. Elle souleva de nombreuses critiques, assez 
fondées, nous semble-t-il, et qu'au temps de l'Empire un 
journal de notre ville formulait en ces termes : 

« Nous invoquons la bonne foi de tout Français, de tout 
étranger, et demandons si à ce mot d'Escaut, sa pensée ne 
se porte pas naturellement à la ville d'Anvers, et si cette 
ville, qui doit toutes ses richesses à ce grand fleuve, ne 
semble pas être le chef-lieu naturel du département auquel 
il donne son nom. A tout moment nous voyons des lettres 
écrites des premières maisons de commerce, et adressées à 
Anvers, département de V Escaut. Nous pensons que les 
dénominations d'Escaut et Lys ou celles plus sonores de 
Lys et Lieve ou de Lys et Dendre eussent été plus conve- 
nables au département qu'on appelle aujourd'hui le Déipar- 
tement de l'Escaut. 

« Et Département des deux Nèthes! A peine savait-on, 
à Anvers, il y a douze ans, qu'il y avait une seule Nèthe 
dans cette partie du Brabant ; la seconde y est aussi incon- 
nue que les sources du Nil... » D. 



Serment des sages-femmes (15G9). — Un registre des 
archives communales de Gand (PP. f° 358), contient le 
serment que devaient prêter, au seizième siècle, les sages- 
femmes de cette ville ; en voici la traduction : 

« Vous faites le serment d'être sage-femme assermentée 
en cette ville et échevinage de Gand, de remplir cet office 
bien et fidèlement, et, à cette fin, d'accorder assistance 



— 487 — 

aussi bien au pauvre qu'au riche, coraniG il incombe et 
convient à une bonne et fidèle sage-femme, ainsi que d'avoir 
soin de faire connaître et de déclarer l'accouchement des 
femmes et la naissance de leurs enfants dans les vingt 
heures qui suivront, au curé ou au visiteur {aen den pastoir 
of visiteerdere) de l'église paroissiale sous laquelle ladite 
femme a sa résidence, sans aucunement le négliger, sous 
peine de correction arbitraire et de i)rivation de votre 
office ; et vous promettez enfin de vous conduire en tous 
points selon l'ordonnance publiée par le magistrat le 
17 décembre 1569, sous les peines et amendes y coraminées. 
« Ainsi arrêté le 20 décembre 15fi0. » 

On remarquera que l'obligation imposée à la sage-femme, 
défaire connaître la mère ne distingue point entre la mère 
qui est mariée et celle qui ne l'est point, ce qui est conforme 
à l'ancien droit flamand d'après leiiuel nul nétait bâtard à 
l'égard de sa mère : niemant en sal hastaert loesen van de 
moeder ofte moederlicke zyde dit l'article H de la ru- 
brique XXVI de la Coutume de Gand. Sous l'empire du 
Code Napoléon, l'obligation de déclarer le nom de la mère, 
dans l'acte de naissance d'un enfant naturel, est parfois 
contestée. Voir l'arrêt de notre Cour de Cassation du 
14 novembre 1853. D. 



« CONCOKDANCE ET DISCORDANCE DE TOUTES LES COU- 
TUMES DÉCRÉTÉES DE LA Flandre, » i)ar De Wulf. — 
En 1769 P. De Wulf, pensionnaire d'Ostende, l'auteur de 
\ Index des Placards de Flandre, obtenait du Gouverne- 
ment des lettres circulaires écrites au nom de l'Impératrice 
aux magistrats des villes de la Flandre, « les chargeant 
de lui adresser des copies authentiques de tous les décrets, 
arrêts, interprétations et sentences en dernier ressort 



— 488 — 

donnés sur leurs coutumes et dont ils sont pourvus... » 
De Wulf préparait une œuvre qui n'a point été publiée, 
mais dont il subsiste encore des parties qui permettent de 
l'apprécier '. Un membre de la Commission instituée pour 
la publication des anciennes lois, M. l'avocat Ad. Du Bois, 
y a consacré une note développée, communiquée à cette 
Commission et insérée dans le recueil de ses procès-ver- 
baux (VII, p. 89). Comme ce recueil est dans peu de mains 
et que l'œuvre de De Wulf est intéressante à bien des 
titres, nous avons cru bon de reprendre ici les pages qui 
la font connaître : 

« ...Le plan de De Wulf était celui d'un corps complet 
du droit flamand, destiné à remplacer les recueils de cou- 
tumes et les collections d'édits, et donnant, par ordre de 
matières, tous les textes des coutumes homologuées et 
des ordonnances et règlements, avec sommaires et tables 
détaillées. L'œuvre avait des proportions monumentales. 
Notre droit flamand doit être tombé dans un bien complet 
oubli, un mépris bien immérité, pour qu'une œuvre aussi 
considérable, qui a exigé des années de travail et rempli 
des milliers et milliers de pages, pour laquelle l'auto- 
rité avait accordé des facilités particulières, ait presque 
entièrement péri, que la trace en soit presque effacée, et 
que ce soit un pur hasard qui en fasse retrouver quelques 
rares débris. 

« L'ordre des matières nous échappe à défaut de table 
générale. Mais un volume, contenant les rubriques XII à 
XV, que M. Varenbergh a eu la complaisance de nous 
communiquer et sur lequel nous avons porté un examen 
détaillé, nous montre comment l'auteur avait tracé son 
plan, le soin avec lequel il l'avait exécuté, et la haute 



* M. E. Varenbergh en possède plusieurs volumes. Il a consacré 
une notice à De Wulf {Messager des Sciences, 1892, p. 311). 



— 489 — 

utilité que son œuvre eût eue pour les praticiens, si la 
législation, dont elle présentait l'exposé, n'avait pas été 
abrogée, à peine l'œuvre terminée. 

« La rubrique XII, qui remplit les trois quarts d'un 
épais volume in-folio, est consacrée à ce qui forme chez 
nous la matière du Code d'instruction criminelle et du Code 
pénal : Van criemen ende delicten, oock van injurien ende 
klachten, ende berecht van diere. Tel est l'intitulé de la 
rubri(]ue à la suite duquel sont 45 articles ou intitulés de 
chapitres, entre lesquels toute la matière est distribuée. 

« L'article P"" traite de l'information préalable et des 
magistrats qui en sont chargés. On y transcrit des textes 
des coutumes et des édits des souverains, dans la langue 
du document original, mais sans toujours conserver l'or- 
thographe de celui-ci. Les coutumes sont citées d'après 
l'ordre d'importance des villes et bourg. Celles de la Flandre 
française ne sont pas omises. En marge sont portés des 
résumés d'après la méthode suivie pour grand nombre d'or- 
donnances insérées aux Placards de Flandre. Sous des 
articles de la coutume de Bruges et de celle de Gand, l'au- 
teur met plusieurs fois : à imprimer ici la note de Vanden 
Hane, marquant ainsi que nous avons bien sous les yeux 
un manuscrit destiné à l'impression. 

« Article II : Que les crimes sont instruits à l'extraordi- 
« naire. » — Sur ce point, l'auteur rapporte la Coutume de 
Gand, rubrique 11, article 2, et celle de Tournai, titre 12, 
article 1, ainsi que l'ordonnance du 9 juillet 1570 sur la 
procédure criminelle, exceptant de la règle les affaires qui, 
en raison de leur importance ou de leur obscurité, sont 
portées au rôle et traitées comme procès ordinaires. 

« A l'article III nous avons des textes des coutumes de 
Gand, d'Assenede, deBouchaute el de Fumes sur les devoirs 
et les obligations du geôlier à partir du moment où l'in- 
culpé lui est amené. 



— 490 — 

« L'article IV est consacré à l'interrogatoire, l'instruction 
le rapport. « Le procureur général peut être présent au 
a rapport des procès où il est partie, mais doit se retirer à 
« la délibération... Les fiscaux peuvent être présents au 
« rapport des procès oii ils sont parties et y opiner, par 
« forme d'avis consultatif, après l'opinion du rapporteur. » 
Telles sont deux des propositions inscrites comme résumé, 
en marge. 

« L'article V traite de la torture : « Comment et quand 
« les accusés doivent être appliqués à la torture ; en pré- 
ce sence de qui ; ce qu'il y faut observer, et qiCil n'y a plus 
« lieu à torture lorsque le crime est suffîsmnent 'prouvé. » 
La matière est amplement traitée et les textes sont nom- 
breux. Ceux émanés du gouvernement de Joseph II 
manquent. 

« Parmi les articles qui suivent, les plus importants et 
les plus développés sont relatifs à l'appel en matière crimi- 
nelle, auquel tout effet suspensif est refusé, même au cas 
de condamnation capitale (art. X) et aux poursuites contre 
accusés absents ou latitants, aux sentences et bannisse- 
ment, aux confiscations, aux frais de justice criminelle (XII 
à XVIII)... 

« Un chapitre intéressant est l'article XIX, relatif à 
l'arrestation des bourgeois et à celle (dont les conditions 
sont toutes différentes) des étrangers à la commune, et des 
vagabonds et mendiants : Vangen van den icinde, hoe te 
verstaen ende hoe plaetse heeft, ende vangen van poorters 
ende insetenen om criem, hoe gepermitteert. 

« L'auteur cite la Concession Caroline de 1540 en son 
texte français, qui est aussi celui que Vanden Hane a 
préféré pour ses annotations, quoique Charles-Quint ait 
simultanément promulgué en français et en flamand sa 
célèbre ordonnance qui existe encore, aux archives de la 
ville de Gand, en deux originaux. « Pourront, y est-il dit, 



— 491 — 

« nosdits bailly et sous bailly, pour faire rapi)réhonsiou 
« des bourgeois criminels ou condamnez en matière civile, 
« réfugiez, latitants en leurs maisons ou autres, y entrer 
« et tirer hors iceux réfugiez en présence de deux éclievins, 
« tant seulement (]ue ])remier ils en requièrent. » 

« Grand nombre de communes ont des privilèges en ce 
sens. On y a, pour désigner ceux qui ont droit, l'expression 
keur-hroeder, keur-zuster. Ici, comme en vingt autres 
articles, le rapprochement des textes éclaire l'un par 
l'autre et montre ce que la liberté individuelle et le domi- 
cile avaient de protection et de garanties dans les anciennes 
chartes communales, où le droit coutumier prend son 
origine. 

« L'article XX traite de ceux qui aident à délivrer un 
prisonnier des mains de l'officier qui l'arrête, ou de la 
prison; l'article XXI, de l'assistance d'un conseil, avocat 
ou ])rocureur, lorsqu'elle est accordée aux accusés; l'article 
XXII, de la liberté sous caution ; les articles suivants, des 
frais à charge du bailli, du désistement de la plainte, de la 
composition , des dommages-intérêts encourus par le 
plaignant qui succombe (XXIII à XXVII). 

« L'article XXVIII traite de l'obligation de « visiter et 
escauAver, » comme dit l'ordonnance de Charles-Quint de 
1540 (art. 38), les cadavres de personnes mortes de bles- 
sures, et du salaire dû de ce chef. Les dispositions sur cet 
objet sont nombreuses et très détaillées. 

« La suite de la rubrique règle la punition des crimes et 
délits : l'article XXIX, de l'homicide ; l'article XXX, du 
suicide, qui était puni par les coutumes de Furnes, de la 
chcâtellenie d'Ypres, de Cassel, et encore ailleurs, par une 
pratique constante, à laquelle Joseph II mit fin par 
« Dépêche circulaire » du 18 octobre 1782. L'auteur 
intercale cette circulaire de 1782 à sa première rédaction, 
sans doute antérieure à cette date. 



— 492 — 

« L'article XXXI traite des rixes, batteries et des duels, 
y compris les dispositions de discipline militaire, comme le 
règlement du 20 mars 1706 portant : « Les duels seront 
« irrémissiblement châtiez de la peine de mort et de la 
« perte de tous les biens. » 

« Nous avons ensuite les dispositions nombreuses et 
sévères au sujet de « ceux qui feront force ou violence sur 
et en la maison d'autrui, de jour ou de nuit. » A Cassel, la 
peine est l'amputation du poing (Coutume, art. 179). Si des 
mendiants ou vagabonds mendient avec menaces, rudesse 
ou violence, ils sont pendus : userende van eenighe 
sturicheyt, dreeghementen, rudessen, ofte geioelt (art. 
XXXIII). 

« L'art. XXXIV traite du crime d'incendie, des com- 
plices et de la menace d'incendie. De la part d'un vaga- 
bond, la menace d'incendie, même en paroles couvertes, 
met opene ofbedekte looorden, est punie de la mort par le 
feu aux termes d'un placard du 15 juin 1556. 

« L'article XXXV, traite des plaintes entre époux (à 
traiter sommairement); l'article XXXVI, de celles entre 
voisins, à traiter de même. 

« L'article XXXVII réunit les textes très nombreux sur 
une action bien oubliée aujourd'hui, l'action en purge, 
exercée par celui qui, voulant se disculper d'un crime que 
des rumeurs publi(j[ues lui imputent, se constitue sponta- 
nément prisonnier, et provoque une instruction pour faire 
déclarer son innocence. 

« L'article XXXVIII reproduit les textes au sujet des 
« vérités générales, » en Mamand : générale toaerheyt ofte 
inquisitien, dont il est dit dans la coutume de la châtellenie 
de Lille : « Haults justiciers et seigneurs viscontiers, leurs 
« baillys ou lieutenans peuvent, par leur justice, faire 
« adjuger vérités générales une fois l'an en leur terres et 
« seigneuries, et de trois ans en trois ans es terres et 



— 493 — 

« seigneuries de leurs vassaux et inférieurs, pour les 
« déiicts et cas criminels ou civils y advenus après icelles 
« vérités publiées en Téglise ou les églises parochiales oii 
« leurs dictes seigneuries sont situées et s'entendent, par 
« jours de dimanche ou autres fêtes solennelles, à Tlieure 
« de grand messe, faire tenir par leurdite justice lesditcs 
« vérités aux jours assignez..., etc. » 

« Sous cet article, l'auteur transcrit (d'après le livre des 
privilèges d'Alost, folio 189), un règlement relatif au même 
objet, du 19 mai 1618, pour la ville et le pays d'Alost et 
pour la ville de Grammont. Nous croyons ce document 
inédit. 

« Les articles suivants traitent du vol, du recouvrement 
de la chose volée ou perdue, du recel, de la banqueroute 
frauduleuse (avec citations empruntées àKnobbaertet à la 
Coutume d'Anvers)^ du déplacement de bornes, de la pol- 
lution de cimetières ou d'églises (avec textes des synodes de 
Cambrai et de Malines), des embûches, du déplacement de 
bornes, des délits en matière de poids et mesures, et des 
règles imposées en cette matière à divers métiers, enfin 
des faux témoignages et autres faux (art. XXXlXàXLVII). 

« A l'article XLVIII, nous trouvons réunies les disposi- 
tions qui punissent les blasphèmes. A Furnes, on tient un 
mois en prison, au pain et à l'eau, qui a blasphémé le saint 
nom de Dieu, « de sa Mère bénie, ou de ses saints chéris, » 
et, de plus, si les blasphèmes ont été prononcés met quaden 
ende fellen moede ende herte, le coupable sera amené sur 
un échafaud et la langue lui sera percée d'un fer rouge. 
Même punition dans la châtellenie d'Ypres, mais pour la 
récidive. Les placards de Charles-Quint contre les blasphé- 
mateurs, de 1517 et 1518, ne mentionnaient pas encore les 
saints ; mais ils apparaissent dans celui du 7 octobre 1531, 
et dans les textes de date postérieure. 

« L'article XLIX traite très amplement du port d'armes 



— 494 — 

prohibées, du commerce des pistolets, de leur emploi, etc. 
Le couteau à |)oiute est au nombre des armes prohibées. 

« Les articles suivants traitent de la séduction, du raj>t, 
de l'adultère, du viol. Ce dernier crime est le plus souvent 
puni de mort; Tadultère, de peine arbitraire qui varie 
selon les circonstances. 

« A l'article LII, nous trouvons les dispositions des cou- 
tumes et les édits de Marie-Thérèse et de Joseph II sur 
les jeux de hasard, parmi lesquels « la bassette, le pharaon, 
« le lansquenet, le berlan, le passedix, le rafle et autres 
« semblables. » Le droit civil est ici mêlé au droit pénal : 
....ende hoe uyt dusdanige spelen geene ohligatie en resid- 
teert. 

« L'édit de Joseph II, du 24 janvier 1786, se trouve 
intercalé comme une addition à la rédaction primitive. 
Dans d'autres parties, des édits de Joseph II sont omis : 
tel celui abolissant la torture. 

« L'article LUI nous donne les textes relatifs à l'obser- 
vance des dimanches et jours de fêtes ; défense de donner à 
boire pendant les heures de services religieux, et de se 
livrer à aucun travail manuel. A Eecloo, il est même 
défendu de se promener au marché ou grand'place. L'auteur 
ne reproduit pas seulement de nombreux placards des 
XVP, XVIL et XVIIP siècles, mais aussi les ordonnances 
de l'évêque de Gand, Tri est, et de plusieurs de ses succes- 
seurs. On y voit à quelles conditions les meuniers, boulan- 
gers, brasseurs, barbiers, bateliers pouvaient enfreindre le 
repos dominical , et l'assistance que les officiers laïcs 
pouvaient être requis de donner à ceux d'église (9 août 1 G24). 

« Sous cet article LUI trouvent aussi place les ordon- 
nances sur « le règlement de la jeunesse au plat pays » et 
sur la danse. 

« Il semble que De Wulf ait omis ou supprimé tout ce 
qui n'appartenait plus à la pratique du droit : ainsi il ne 



— 495 — 

mentionne pas le crime de sorcellerie; il omet les disposi- 
tions prises, pour la répression de ce crime, par les archi- 
ducs Albert et Isabelle ; il n'en parle qu'une fois au 
chapitre de la torture, pour constater que les avocats dont 
l'avis est requis dans les procès pour sorcellerie par l'or- 
donnance du 9 juin 160G, peuvent assistera l'application 
de l'accusé à la torture. 

« L'article LIV donne les dispositions sur le remplace- 
ment de l'amende parla prison, soit pour les mineurs dont 
les parents ne veulent point acquitter les amendes encou- 
rues, soit pour les insolvables. 

« Sous un dernier article, De Wulf réunit différents 
styles de 'procédure criminelle, spécialement promulgués 
pour Alost, pour Audenarde, pourCourtrai, etc., etquelques 
tarifs et édits sur le même objet. 

« Jusqu'ici, l'auteur n'a donné aucun texte sur les délits 
ruraux, délits forestiers et délits de pêche : ils fournissent 
la matière de la rubrique XIII sous cet intitulé : 

« Van acherschaede, posch-schendery ende ^t schutten 
van beesten, mitsgaders van 't visschen in wallen, vyvers 
ofte loater van andere lieden, als inede oock van 7 steken 
ende loeeren van thienden. 

« La chasse formait sans doute la matière d'une rubrique 
spéciale qui nous manque complètement.... 

« ...Combien le manuscrit complet de De Wulf comp- 
tait-il de volumes, combien en eût-il rempli à l'impression ? 
11 est assez difficile d'en faire le calcul avec les éléments 
qui nous restent. Dans le catalogue de la vente de sa 
bibliothèque (23 juillet 1810), l'on trouve u» 93, parmi les 
in-folio « Dix livres manuscrits concernant la jurispru- 
dence. » 



— 496 — 



CHRONIQUE. 



Rectification. — A la page 384, nous avons annoncé une décou- 
verte d'antiquités gallo-romaines à Wervicq. Informations prises, et 
sur l'avis d'hommes compétents, nous devons reconnaître que ces 
objets sont absolument genre Renaissance, et probablement une 
fantaisie ornemaniste du XVIIP siècle. N. D. L. R. 

Etude historique sur les relations commerciales entre la 
France et la Flandre au moyen-age ^. — Cet ouvrage, vient 
enrichir la collection des travaux que nous possédions sur nos 
relations commerciales au moyen-âge. La première partie est consa- 
crée au commerce au Xlll" et XIV* siècles, d'après les tarifs du 
péage de Bapaume. L'auteur y traite de l'origine de ce péage qui 
remonte au XI' siècle, de l'enquête de Cappy de 1202, des différents 
droits établis par celle-ci, et des marchandises taxées dans les 
tarifs de 1291 et de 1442; de l'état du commerce pratiqué parles 
voies de terre entre la Flandre et la France, de 1286 à 1634, d'après 
les comptes de la ferme du péage, etc. Puis, passant au commerce 
maritime dans la seconde partie, il traite des relations commer- 
ciales de la Flandre avec les villes de La Rochelle, Niort, Saint-Jean 
d'Angely, Bayonne, Biarritz, Bordeaux et Narbonne. Son beau travail 
est enrichi d'une série de documents la plupart inédits. D. 

Tableaux de Davld. — Le Musée de Bruxelles vient de s'enrichir 
de deux tableaux de David. L'un, une œuvre de sa vieillesse, fut sous 
la Restauration très admirée a Paris par acte d'opposition au Gouver- 
nement qui avait banni l'ancien conventionnel. L'autre tableau, 

i Par J. FiNOT, archiviste du département du Nord (Paris, Picard, 
éditeur, 1 vol., 392 pp. in-8°). 



— 497 — 

œuvre de sa jeunesse, est d'une remarquable puissance et le temps 
n'a fait qu'en consacrer le mérite. Voici en quels termes en parlait, 
il y a près d'un demi-siècle, L. Thoré (W. Burger) dans un feuilleton 
du Constitutionnel, à l'occasion d'une exposition de la société des 
peintres (Piiris, 1846) : 

« ...Le Marat, qui mériterait d'être au Musée du Louvre, est resté 
entre les mains de M. de Cassagnole, petit-fils de David. Il excite à la 
plus vive curiosité. La peinture ne saurait guère offrir un drame plus 
sinistre et plus simple. On voit que l'artiste a été impressionné par 
le mort encore tiède; car cette image saisissante a été faite d'après 
nature, et par un homme convaincu jusqu'au fanatisme. Il ne faut pas 
oublier qu'à ce moment même la Convention décernait à Marat les 
honneurs du Panthéon, et que David avait été l'ami du fameux 
tribun. — Auprès de la baignoire sont le couteau ensanglanté et le 
billot de bois, avec un écritoire de plomb et une plume brisée; c'est 
tout le mobilier de la pièce nue et grise. Dans la main droite, 
étendue hors de la baignoire sur un drap rapiécé, Marat tient un 
billet ainsi conçu : « Vous donnerez cet assignat à cette mère de 
< sept enfants et dont le mari est mort pour la deffense (sic) de la 
« patrie. » La tête, renversée douloureusement, est d'une ressem- 
blance profondément sentie. Par terre, le billet de Charlotte Corday 
est ouvert : « Il suffit que je sois bien malheureuse pour avoir 
«; droit à votre bienveillance, 13 juillet 1793. Charlotte Corday à 
« Marat. » Et au-dessous : « David a Makat, l'an IL > — N'est-ce 
pas là une des pièces les plus curieuses de l'histoire de notre Révo- 
lution? Et il se trouve, en outre, que c'est la meilleure peinture 
de Louis David. > ^• 

Van Mierevelt. — M. Havard, connu par tant de publications 
intéressantes sur la Hollande et son école de peinture, vient de 
donner les biographies de Michel van Mierevelt, le peintre de por- 
traits, et de son gendre et graveur, W. J. Delft'. L'ouvrage, enrichi 
de quarante gravures ou, pour mieux dire, reproductions de por- 
traits de personnages célèbres, peints par le maître et gravés par 
Delff, fait partie de l'intéressante collection Les artistes célèbres, que 
publie la Librairie de l'Art à Paris, sous le patronage du ministre de 
l'instruction publique et des beaux arts. « Avec son contemporain 
J. van Ravesteyn, dit l'auteur, Èlierevelt peut être considéré comme 
le père de ces portraitistes surprenants qui sont à la fois l'honneur 
de leur temps et la gloire de leur école. U peut être tenu pour un des 



— 408 — 

inspirateurs de cette peinture civique qui, par deux voies différentes, 
l'une brillante, éclatante, énergique, allait aboutir à Frans Hais et à 
Th. de Keyzer, et de l'autre côté, calme, savante, aussi conscien- 
cieuse que magistralement écrite, devait trouver son expression 
définitive sous l'irréprochable pinceau de Bartholomeus Vanderhelst. 
A ces titres, sa physionomie méritait d'être tirée de la pénombre où 
elle est trop longtemps demeurée, d'autant plus que le récit de sa 
vie nous permet de feuilleter, en passant, une période de l'histoire 
des Provinces -Unies qui n'est dépourvue ni de grandeur ni de 
gloire. > 

Le peintre signait plusieurs de ses tableaux M. Miereveld, très 
lisiblement, parfois en petites capitales, et le nom est ainsi ortho- 
graphié au bas de portraits gravés par Delfl'. C'est aussi l'orthographe 
suivie par grand nombre d'auteurs et dans divers catalogues ; mais 
pardevant notaire il signait Van MiereveU. C'est cette dernière 
orthographe que M. Havard a adoptée, sans que cette préférence 
doive faire douter de l'authenticité de tableaux qui seraient signés 
M. Miereveld. 

Le travail de M. H. Havard est très complet, d'un haut intérêt et 
enrichi de documents inédits. D. 

Découvertes archéologiques. — Impot-tante trouvaille. — On 
sait que les ruines de l'abbaye célèbre de Villers, l'un des monuments 
les plus merveilleux de l'architecture ecclésiastique en Belgique, 
sont en réparation d'après les plans de M. l'architecte Licot. Depuis 
qu'on y trouvaille on fait journellement des découvertes archéolo- 
giques importantes. On en a fait récemment deux. 

D'abord la salle de l'infirmerie qu'on décrit comme suit : 

Les fenêtres en ogive qui sont nombreuses et orientées vers le 
soleil, devaient faire face chacune à un malade : ce qui démontre que 
la connaissance de l'efficacité hygiénique de l'air et de la lumière 
n'était pas ignorée des cisterciens de ces temps reculés. 

La cheminée de cette salle, particulièrement, est remarquable : 
elle est immense, profonde, d'une extraordinaire hauteur, et l'âtre en 
est composé artistement de fines lames d'ardoises en trois couleurs 
alternées : bleu verdâtre, gros bleu et violet, tressées ensemble, 
comme les osiers d'une délicate vannerie, et rassemblées à l'aide d'un 
mortier blanc devenu aussi dur qu'elles. L'effet est tout ce qu'on 
peut immaginer de plus joli. 

Mais la trouvaille la plus heureuse est celle d'une peinture à la 



— 499 — 

fresque, retrouvée, bien vague, hélas! bien confuse, sur l'un des murs 
de l'ancien réfectoire des abbés et qui représente une Vierge aux 
anges nimbée do bleu d'azur, sur un fond qui fut d'or certainement, 
mais que l'air et l'humidité ont fait tourner au jaune sale. L'ensemble 
— ce que l'on distingue encore de l'ensemble — est d'un dessin très 
pur, avec tout le sentiment, toute l'ingénuité délicieuse des détrempes 
du moyen-âge. Pour arriver à restituer cette ruine à peine distincte 
au point d'en faire un groupe cohérent, il a fallu, nécessairement, 
que l'immagination de M. de Rudder suppléât un peu à l'indigence de 
ce que la réalité nous donnait. Toutefois, ce qui dans son travail est 
d'une justesse absolue, d'une rigueur dont nous pouvons garantir le 
grand scrupule, c'est la silhouette générale de la fresque, son impres- 
sion, ses lignes essentielles. 

La découverte de cette précieuse peinture a un intérêt légendaire et 
charmant : On sait que les religieux de l'ordre de Cîteaux étaient des 
bénédictins affranchis. Ils devaient, plus tard, se rallier aux pré- 
ceptes de saint Bernard, mais il y eut une période d'indépendance au 
cours de laquelle, ayant délaissé l'uniforme noir des disciples de saint 
Benoît, ils portèrent une robe brune qui était cistercienne simple- 
ment. Un jour, sous le gouvernement de saint Albéric, une nouvelle 
modification, radicale celle-ci, fut apportée au costume des moines 
cisterciens : la Sainte Vierge était apparue à leur directeur, dans la 
maison mère de Cîteaux, et lui avait remis une robe blanche d'abbé. 
Aussitôt, l'habit à la couleur virginale fut adopté par l'ordre tout 
entier et la communauté de Villers, comme celles de Clairvaux, de 
Ferté, de Morimont, porta désormais le froc blanc. 

Toutes ces abbayes en gardaient une vive reconnaissance à la 
Vierge et, dès lors, exprimèrent leur dévotion à son culte en lui 
consacrant une foule d'œuvres d'art oîi elle apparaissait auréolée 
d'azur, ainsi que saint Albéric lui-même l'avait vue. 

Selon toute vraisemblance, la fresque de Villers fut exécutée en 
souvenir de ce miracle. Elle dut être très gracieuse, d'une grâce 
archaïque et naïve, et, peut-être, est-elle l'œuvre de quelque moine 
rêveur. Il la peignit avec la foi d'un croyant et l'enthousiasme délicat 
d'un mystique un peu poète. 

Quand l'œuvre de restauration entreprise à Villers n'aurait eu que 
cette seule conséquence avantageuse de faire retrouver sur un mur 
ce souvenir d'une fresque en partie effacée, mais qui dût être exquise, 
nous y applaudirions déjà. ?> {Peiit Bleu.) 



— 500 — 

Académie royale de Belgique. — Classe de Beaux-Arts. — 
Programme pour 1895. — Première question. — « Faire l'histoire de 
l'architecture en Belgique pendant le cours du XV^ siècle et au com- 
mencement du XVP, architecture qui a donné naissance à tant d'édi- 
fices civils remarquables, tels que halles, hôtels de ville, beffrois, 
sièges de corporations, de justice, etc. 

« Décrire le caractère et l'origine de l'architecture de cette période, 
avec dessins et croquis à l'appui. » 

Deuxième question. — « Quel est le rôle réservé à la peinture dans 
son association avec l'architecture et la sculpture comme élément de 
la décoration des édifices? 

& Déterminer l'influence de cette association sur le développement 
général des arts plastiques. » 

Troisième question. — « Faire l'histoire, au point de vue artistique, 
de la sigillographie dans les anciens Pays-Bas. > 

Quatrième question. — « Faire l'histoire de l'influence de l'école de 
David sur l'art belge. » 

La médaille d'or sera de mille francs pour la première question, de 
huit cents francs pour les deuxième et troisième, et de six cents 
francs pour la quatrième question. 

Gravure. — « On demande le portrait en buste, absolument inédit, 
gravé en taille-douce, d'un Belge contemporain, ayant une notoriété 
reconnue dans le domaine politique, administratif, scientifique, litté- 
raire ou artistique. » 

La tête aura 6 à 7 centimètres. 

Prix : huit cents francs. 

Sculpture. — < On demande une figure représentant la Justice, 
demi-grandeur naturelle. » 

Prix: huit cents francs. 

Divers. — Les tableaux de Joshua Reynolds. — On vient de vendre 
à Londres, chez le grand marchand de tableaux Christie, deux por- 
traits du célèbre peintre Joshua Reynolds. 

La première de ces toiles, représentant lady Betty Delmé et ses 
enfants, a été adjugée à 11,000 livres, soit 275,000 francs, et la seconde 
représentant une femme inconnue, est montée à 7,500 livres, soit 
187,500 francs. 

Ces prix élevés ont remis en mémoire l'opinion d'un expert sur 
l'infiuence des personnages dans la valeur des œuvres d'un même 
artiste. 



— 501 — 

Un jour que sir William Harcourt, chancelier de l'Echiquier, deman- 
dait le prix que pourrait atteindre dans une vente un superbe portrait 
du grand premier ministre, lord Rockingham, par Joshua Reynolds, 
l'expert lui répondit : 

« Si c'était le portrait d'une femme, même inconnue, il pourrait 
atteindre 5,000 livres; mais comme ce n'est que le portrait d'un pre- 
mier ministre, je ne crois pas qu'il puisse dépasser 500 à 600 livres. > 

La réponse, si peu flatteuse qu'elle soit pour les premiers ministres, 
est absolument authentique et a été racontée par sir W. Harcourt à 
la Chambre des communes. 

— La National Gallery vient d'acquérir trois peintures importantes 
tirées de la collection du comte de Northbrook : V Agonie dans le 
Jardin des Oliviers, d'Andréa Mantegna, la Méditation de saint 
Jérôme, par Antonello de Messine, la Légende de saint Gilles et de 
la biche, par un artiste inconnu, de l'école flamande. Le musée anglais 
s'était déjà enrichi, cette année, d'une Annonciation de Fra Angelico, 
une des œuvres les plus charmantes du pieux maître de Fiesole. 
A cette occasion le Journal des Débats signalait avec tristesse 
l'impuissance et la pauvreté du Louvre, qui ne possède aucun moyen 
de lutter avec son rival britannique. 

Plus récemment la National Gallery a encore acquis un tableau 
de Filippino Lippi, un portrait par Ravesteyn, et une Sainte Famille 
de Lesueur ; et Henry Layard, le célèbre assyriologue qui vient de 
mourir, lui a légué ses plus beaux tableaux, parmi lesquels une des 
toiles les plus intéressantes est le portrait du sultan Mehemet, par 
Qentile Bellini. 



32* 



502 



NECROLOGIE 

POUR L'ANNÉE 18 9 4. 



Keelhoff (Pierre-Charles), prêtre, historien, né a Neerhaeren 
(Limbourg belge) le 8 novembre 1825, y décédé le 8 avril 1894. Fut 
d'abord religieux Augustin, et écrivit l'histoire du couvent de cet 
ordre à Gand et à Bruges (2 vol.) et des opuscules comme : Notices 
historiques et archéologiques sur l'ancienne église et les villas romaines 
de Neerhaeren (Bruxelles, 1888). Sécularisé sur sa demande en 1876, 
il alla habiter Bruxelles où il devint archiviste de la collégiale de 
Sainte-Gudule et attaché à l'église de la Madeleine. 

Dael (Auguste-Joseph), artiste-peintre, né à Gand le 13 octobre 
1828 et y décédé le 5 juin 1894. 

Fréderix (Gustave), littérateur, membre de l'Académie de Bel- 
gique, né en 1834, décédé le 25 août 1894. Il était critique littéraire 
de V Indépendance Belge, depuis 1859. 

Slingeneyer (Ernest), peintre de talent, qui fut membre de la 
Chambre des représentants. Citons parmi ses principales œuvres : 
La bataille de Lépante. Il est mort en août 1894 à l'âge de 71 ans. 

Looz-CoRswAREM (Georges-Fcrdinand-Henri-Hyppolyte, comte de) 
né à Liège le 13 mai 1845, décédé au château d'Avin le 15 novembre 
1894. Un des fondateurs de la Société d'Archéologie de Bruxelles, 
ancien conseiller provincial, collabora au Bulletin de l'Institut 
Archéologique liégeois, au Bulletin de la Commission royale d'Art et 
d'Archéologie, etc., où il donna un certain nombre d'articles intéres- 
sants concernant des fouilles. 



— 503 — 

Du Camp (Maxime), littérateur, académicien, né à Paris en 1822, 
décédé à Baden-Baden, le 9 février 1894. Ses principaux travaux 
littéraires sont : descriptions do Smyrne, d'Éphèse, de Constanti- 
nople, d'Egypte, de Nubie et de Palestine, un roman psychologique 
intitulé : Mémoires d'un suicidé; Les Convulsions de Paris; Paris, ses 
organes, ses fonctions; Paris bienfaisant ; la Charité à Paris, auxquels 
il faut joindre des souvenirs littéraires assez piquants, des critiques 
d'art, etc. 

VON BuLOW (D»" Hans), célèbre pianiste et compositeur, décédé au 
Caire, le 13 février 1894. Il était né à Dresde, le 8 janvier 1830. 
Docteur honoraire de l'Université d'Iéna, fit son droit avant de se 
consacrer à la musique. Elève de Liszt, dont il propagea les œuvres. 
Hans von Bulow était maître de chapelle du grand duc de Saxe- 
Meiningen. 

Champollion Figeac (Aimé), né à Grenoble en 1818, décédé le 
21 mars 1894, fils de l'égyptologue Jean-Jacques Champollion et neveu 
de Champollion le jeune. Publia d'abord des manuscrits de la Biblio- 
thèque nationale, puis dirigea les archives du ministère de l'intérieur. 
Laisse des publications nombreuses et estimées sur l'histoire de 
France aux XVP, XVIP et XVIIP siècles. 

Weber (Frédéric-Guillaume), poète et médecin, décédé à Nieheim, 
en Westphalie, le 6 avril, âgé de 80 ans. Son poème épique Dreizhen- 
linden (traduit en flamand par De Lepeleer) est un des meilleurs 
poèmes de notre époque. 

Layabd (Sir Henry), assyriologue, explorateur et diplomate, né 
à Paris le 5 mars 1817, décédé à Chicago le 7 juillet 1894. Sous sa 
direction des fouilles très importantes furent faites dans l'Asie 
mineure ; il narra ses explorations dans : Nirereh and iets remains, et 
dans Niveveh and Babylon. Fut ministre des affaires étrangères dans 
le cabinet Palmerston. 

Leconte de Lisle (Charles-Marie), poète et académicien, né à l'Ile 
de la Réunion en 1818, décédé à Louveciennes, le 17 juillet 1894. Ses 
meilleures œuvres sont : Poèmes antiques, Poèmes barbares, Poèmes 
tragiques. 

Van Haanen (Rémi), paysagiste hollandais, né à Olsterhout 
en 1805, décédé le 17 août 1894 à Aussee. Il excellait surtout dans 



— 504 - 

les esquisses, dont une grande collection fut achetée en 1866 pour le 
Musée de Londres et d'autres par le gouvernement néerlandais pour 
les Musées d'Amsterdam et de Leiden. 

CuGNOT (Léon), sculpteur, décédé à Paris, le 22 août 1894, à l'âge de 
59 ans. Il laisse plusieurs œuvres remarquables, entr'autres : la 
Puissance et la Justice, qui ornent la façade de la cour de cassation, 
à Paris; l'Amour de la Patrie, qui se trouve au Louvre; la Eépu- 
blique du Pérou défendant son indépendance ; les Indes anglaises, ({ni 
embellirent la façade de l'Exposition universelle de 1878; quatre 
Génies qui soutiennent la voûte de la chambre du conseil de la cour de 
cassation; les statues de l'Hôtel-de-ville, etc. 

Rossi (Jean-Baptiste), archéologue, explorateur de la Rome souter- 
raine, décédé au Palais de Castel-Gondolpho, le 21 septembre 1894, à 
l'âge de 72 ans. C'est en reprenant et en perfectionnant la méthode 
de Bosio que Rossi donna aux recherches faites dans les catacombes 
une impulsion et une fécondité merveilleuses. 

Nyhoff (Martinus), le célèbre éditeur de La Haye est mort au mois 
de septembre 1894. 

Palustre (Louis), savant archéologue, né à Saivre, le 4 février 1838, 
mort à Tours en octobre 1894. Vice-Président de la Société française 
d'Archéologie et directeur du Bulletin monuntentul. Parmi ses prin- 
cipaux ouvrages citons: La l!e naissance en France {Wl'è,m-ici\.); 
Le trésor de Trion, en collaboration avec Mgr Barbier de Montant 
(1886, in-4°); Orfèvrerie et éniaillerie limousines, même collaboration 
(1887, in-4°) et d'autres, ainsi que de nombreux articles de Revues, etc. 

Le professeur Hildelrand (Rodolphe), de Leipzig, décédé à l'âge 
de 70 ans, le 3 novembre. On lui doit la continuation du dictionnaire 
allemand de Grimm. 

DuRUY (Victor), historien, académicien, né à Paris en 1811, décédé le 
26 novembre 1894. Ses principaux ouvrages sont : Histoire desRomains 
et des peuples soumis à leur domination, Histoire des Grecs et Histoire 
universelle. 



— 505 — 



TABLE DES MATIÈRES. 



ANNEE 1894. 



NOTICES ET DISSERTATIONS. 

Réérection de la paroisse de Watervliet en Flandre, à la fin dn 

XVe siècle. — Par Wernee de Haerne 1 

L'inventaire des meubles délaissés, lors de son entrée en reli- 
gion, par Antoine d'Arenberg, comte de Seneghem. — Par 

B"" François BÉTHUNE 23,407 

Les règlements de la Cour de Charles-Quint. — Par Alfred 

De Ridder .36, 180, 280 

Quelques notes sur l'esprit public en Belgique pendant la domi- 
nation française (1795-1814). — Par Prosper Poullet . .53,422 
Analectes belgiques. — Par Paul Bergmans .... 68, 159, 394 
De la propriété foncière dans la Grèce ancienne. — Par Ad. D. 87 
La restauration du Château de Gérard-le-Diable, à Gand. — Par 

Arthur Verhaegen 129 

Un livre de raison du XlIP siècle. — Par Armand d'Herboseez 202 
La querelle des d'Avesnes et des Dampierre. — Par Ad. D. . . 213 
Le procès et la mort de P.-J. d'Herbe, de Bruges, fusillé à 

Bruxelles le 17 octobre 1794. — Par P. Verhaegen .... 257 
Pendant l'expédition de Walcheren. 1809. — Par Ad. D. . . 292, 385 
Une page de l'histoire interne de Rome. — La préture. — Par 

J. Proost 320 

La Belgique monastique sous l'ancien régime. — Répertoire his- 
torico-bibliographique de tous les monastères ayant existé 
en Belgique avant le XIX" siècle. — Par Henri Hosdey . . .343 
Les fleurs de lis de l'ancienne monarchie française, leur origine, 
leur nature, leur symbolisme. — Par J.-Th. de Raadt . . . 452 



- 506 — 

VAEIÉTÉS. 

Rapports confidentiels adressés par N. Cornelissen au préfet du 

département de l'Escaut. — Par Pkosper Claeys 97 

Théâtre d'amateurs à Gand au XVIII« siècle. — Par Prosper 

Claeys 101 

Les Waréchaix. — Par D 106 

Œuvres de Wielant. — Par D 108 

Discours de rentrée. — Par D HO 

Voyage de deux Gantois a Paris et à Tours en 1795. — Par 

Prosper Claeys 227 

Le Cercle constitutionnel de Gand. — Par Prosper Claeys . . 232 

Prix des grains en Belgique aux X VP et XVIP siècle. — Par D. 239 

Prières publiques au temps de Charles-Quint. — Par D. . . . 240 
Note sur la première édition latine de Genève (1749). — Par 

Victor Vander Haeghen 244 

Autorisation d'ouvrir une école primaire à Lierre en 1813 . . . 248 
Installation d'un Président du Conseil de Flandre, — Curieux 

incident. — Par Prosper Claeys 365 

L'antisémitisme à Gand en 1800. — Par Prosper Claeys. . . 369 
Le portrait à la « robe de dentelles » de l'impératrice Marie- 
Thérèse. — Par Prosper Claeys 372 

Deux anonymes à découvrir. — Par Paul Bergmans .... 879 

Les conseillers municipaux malgré eux. — Par Prosper Claeys 460 

Le Conseil municipal de l'an IV. — Par Prosper Claeys . . . 465 

Le Nain couleur de Rose. 18 juin 1815. — Par Prosper Claeys . 471 

Anciennes coutumes. — Par D 475 

Tableaux de maîtres anciens exposés à Utrecht (septembre 

1894). — Par D 476 

La peinture religieuse à Anvers et à Gand, en 1809. — Par D. . . 479 

Tableaux de Paelinck. — Par D 484 

Au sujet du département de l'Escaut. — Par D 485 

Serment des sages-femmes (1569). — Par D 486 

« Concordance et discordance de toutes les coutumes décrétées 

de la Flandi-e, » par De Wulf 487 



CHRONIQUE. 

Note historique sur la commune d'Eename. — Par L. St. . . . 1 14 
Documents relatifs aux rapports du clergé avec la royauté de 

1682 à 1705. — Par L. St 115 

Grégoire de Tours, Histoire des Francs. — Par L. St 115 

Les grands traités du règne de Louis XIV. — Par L. St. . . . 116 



— 507 — 

Bernard Van Orley. — Par D 116 

Une bibliographie de l'époque napoléonienne. — Par A. de R. . 118 

Dons d'archives 120,250 

Étymologie 120 

Découvertes archéologiques 121 , 254, 498 

Divers 125,256,384,500 

Pages d'histoire locale gantoise. — Par P. B 250 

Un manuscrit flamand à Budapest. — Par Henri Stein . . . 250 

Bibliographie. — Par D 251 

Séance de la Commission pour la publication des anciennes lois 

et ordonnances . . . . • 251 

Saint-Louis, roi de France, à Gand. — {La Flandre libérale.) . 252 

Procès singulier. — Par D 258 

Dimensions des tableaux. — Par D 380 

Actes de vandalisme. — Par D 381 

Au sujet de Froissart. — Par D 382 

Rectification 496 

Étude historique sur les relations commerciales entre la France 

et la Flandre au moyen-âge. — Par D 496 

Tableaux de David. — Par D 496 

Van Mierevelt. — Par D 497 

Académie royale de Belgique. — Classe des Beaux- Arts. — Pro- 
gramme pour 1895 500 



NECROLOGIE. 

Keelhof (Pierre-Charles) 502 

Dael (Auguste-Joseph) 502 

Fréderix (Gustave) 502 

Slingeneyer (Ernest) 502 

Looz-Corswarem(Georges-Ferdinand-Henri-Hyppolyte,comtede) 502 

Du Camp (Maxime) 503 

von Bulow (D"" Hans) 503 

ChampoUion Figeac (Aimé) 503 

Weber (Frédéric-Guillaume) 503 

Layard (Sir Henry) 503 

Leconte de Lisle (Charles-Marie) 503 

Van Haanen (Rémi) 503 

Cugnot (Léon) 504 

Rossi (Jean-Baptiste) 504 

Nyhoff (Martinus) 504 

Palustre (Louis) 504 

Hildebrand (Rodolphe) 504 

Duruy (Victor) 504 



— 508 



Caveau polyclirômé découvei't le 20 juin 1898 au chœur de 
l'église de Watervliet 1 

PI. I. — Vue d'ensemble du Gbâteau de Gérard-le-DiaLle, à Uand, 
après la restauration 129 

PL IL — Vue intérieure de la crypte du Château de Gérard-le- 
Diable, à Gand 182 

PL IIL — Base d'une des colonnettes engagées qui ornent à 
l'extérieur les baies de la grande salle du Château de Gérard- 
le-Diable, aGand. — Etat ancien 141 



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