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Full text of "Messager des sciences historiques, ou, Archives des arts et de la bibliographie de Belgique"

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MESSAGER 

DES SCIENCES HISTORIQUES 

ou 

ARCHIVES 

DES ARTS ET DE U BIBLIOGRAPHIE 
DE BELGIQUE 



LISTE DES COLLABORATEURS. 



MM. P. Bergmans, D"" en philosophie et lettres, à Gand. 
B'J" J. B. Béthune-de Villers, à Bruges. 
Bo° Fr. Béthune, professeur à TUniversité, Louvain. 
P. Claeys, avocat à Gand. 

Emile de Borchgrave, ministre de Belgique, à Vienne. 
De Brabander, attaché au Ministère des Affaires Etrangères, à 

Bruxelles. 
Ch. Delgobe, ingénieur, à Christiania. 
Wern. de Haern'e, attaché aux archives de l'Etat, à Gand. 
Arm. d'Herbomez, archéologue, à Orcq-lez-Tournai. 
G'« de Marsy, archéologue, à Compiègne. 
J. Th. de Raadt, secrétaire et membre fondateur de la Société 

d'archéologie, à Bruxelles. 
Fr. De Potter, homme de lettres, à Gand. 
J. Dëstrée, conservateur au Musée des antiquités, à Bruxelles. 
L. de Villers, conservateur des Archives de l'Etat, à Mons. 
Alph. de Vlaminck, archéologue, à Bruxelles. 
A. Du Bois, avocat et conseiller communal à Gand. 
AcH. Gallet-Miry, à Gand. 
P. Génard, archiviste de la ville, à Anvers. 
M. Heins, avocat à Gand. 
H. HosDEY, attaché à la section des manuscrits de la Bibliothèque 

royale, à Bruxelles. 
H. Hymans, conservateur à la Bibliothèque royale, à Bruxelles. 
Le chanoine J. B. Lavaut, à Buggenhout. 
Pr. Poullet, professeur à l'Université, Louvain. 
J. J. E. Proost, docteur en sciences pol. et adm., à Bruxelles. 
Ch. Rahlenbeek, à Bi-uxelles. 

R. Schoorman, conserv. adj. aux archives de l'Etat, à Gand. 
Van Bastelaer, président de la Société archéolog. de Charleroi, 

à Bruxelles. 
D. van de Gasteele, archiviste de l'Etat, à Liège. 
R. Van den Berghe, attaché à la Bibliothèque, à Gand. 
V. Vander Haeghen, archiviste de la ville, à Gand. 
Edw. Van Even, archiviste de la ville, à Louvain. 
Van Spilbeeck. D"" à Soleilmont, Gilly. 



MESSAGER 



DES 



SCIENCES HISTORIQUES 



ou 



DES ARTS ET DE LA BIBLIOGRAPHIE 

DE BELGIQUE 

Recueil publié par MM. le Comte de Limburg-Stirum, Sénateur, 
Docteur en droit, etc. ; Ferdinand Vander Haeghen, Bibliothécaire 
de l'Université, etc. 

Emile Varenbergh , Conseiller provincial, Membre de la Commission 
de statistique, de la Commission des Monuments, etc., Secrétaire 
du Comité, à Gand. 



ANNÉE 1896. 



GAND 

IMPRIMERIE ET LITHOGR. EUG. VANDER HAEGHEN 
rue des ObampB, 60 

1896. 



THEGETTYCENTER 



— 1 



ANALECTES BELGIQUES'. 



XI. 

JEAN VAN DOESBORGH, 

Imprimeur anversois du commencement du XVI** siècle. 



Le début du XVP siècle constitue une des époques 
les plus importantes de l'histoire littéraire des Pays- 
Bas; il mériterait de faire l'objet de recherches 
approfondies et de trouver un bibliographe spé- 
cial, qui suive l'exemple de Weller et nous donne 
une continuation des Annales de Campbell. 

Anvers occupait alors une place prépondérante 
comme centre typographique; elle comptait des 
ateliers de la plus haute importance, tels que celui 
de Gérard Leeu ^, dont les anciennes chroniques et 
les romans de chevalerie, ornés de nombreuses et 
intéressantes gravures sur bois, sont recherchés 



1 Suite. — Voir Message?- des Sciences, P^ livraison 1895, p. 64. 

2 Cf. ma notice sur cet imprimeur dans la Biographie nationale, 
t. XI (Bruxelles, 1890-1891), col. 642-645. 



— 2 — 

au même titre que les Vérard et les Caxton. 
Parmi les confrères de Leeu, qui, comme lui, im- 
primèrent des ouvrages en langue anglaise, il faut 
citer Jean van Doesborgh, dont la personnalité, 
peu connue jusqu'à présent, vient de faire l'objet 
d'une étude très fouillée de la part d'un biblio- 
graphe d'outre-Manclie , M^ Robert Proctor * . 
Comme cette luxueuse monographie est éditée à 
petit nombre pour la Bihliog^^aphical Society de 
Londres, je crois faire œuvre utile en en présen- 
tant aux lecteurs français un résumé, que j'ai pu 
enrichir de quelques données nouvelles. 

Nous connaissons peu de choses au sujet de 
Jean van Doesborgh, dit M*" Proctor. Comme l'in- 
dique son nom, il était natif d'une petite ville 
néerlandaise, située non loin d'Arnhem, au con- 
fluent de l'Oude et Nieuwe Yssel. S'étant rendu 
à Anvers pour se livrer à la carrière typogra- 
phique, il y succéda à Roland Vanden Dorpe, le 
premier éditeur de la Cronike van Brabant, qui 
mourut en 1500, et dont la veuve ne continua 
l'officine que pendant un laps de temps fort court. 
Vanden Dorpe habitait, dans les derniers temps 
de sa vie, la maison dite de la Balance de fer {aen 
dijseren ivaghe), près de la Cammerpoorte, le quar- 
tier des imprimeurs. C'est là que nous trouvons 
Jean van Doesborgh établi, en 1508, avec l'outillage 
de son prédécesseur. 



* Jan van Doesborgh, prînter at Antwerp. An essay in bîblio- 
graphy hy Robert Proctor. Londres, Chiswick press (printed for the 
Bibliographical Society), décembre 1894. In-é", viii-101 pp.; front., 
XI pi. et 1 f. pour la marque de la Chiswick press. 



— 3 — 

La même année, il est inscrit sur les registres 
de la gilde de Saint-Luc comme enlumineur (ver- 
lichtere). Quoiqu'en ait dit Campbell, cette quali- 
fication n'est pas incompatible avec la jjrofession 
d'imprimeur; d'ailleurs. M'" Proctor le démontre, 
plusieurs productions de Doesborgh sont anté- 
rieures à 1508. 

Jean van Doesborgh a fait usage de deux types 
de caractères : le premier est semblable à ceux 
qu'employaient Jacques de Breda, Henri de Let- 
tersnider, Roland Vanden Dorpe et Henri Eckert, 
au XV*" siècle, et presque tous les imprimeurs du 
commencement du XVL siècle ; le second, que l'on 
ne rencontre que dans deux volumes, est plus petit. 

Ses marques typographiques sont au nombre de 
trois : la première n'est autre chose que celle de 
Vanden Dorpe, représentant Roland sonnant du 
cor; la deuxième, variante du même sujet, est la 
vignette de la veuve de Vanden Dorpe ; la troi- 
sième, absolument propre à Jean van Doesborgh, 
représente une femme, avec la moitié de la figure 
blanche et l'autre noire, la Fortune {Avontueré), 
assise, les yeux bandés, entre le Bonheur {Gheluck) 
et le Malheur {Ongehic), figurés sous la forme de 
ménestrels; au-dessous la devise grecque rvâSi 
aaavxôv, plus ou moins défigurée. 

Par l'étude attentive de ces marques et de leur 
variété. M' Proctor est parvenu à fixer la chrono- 
logie des éditions non datées de Doesborgh. C'est 
ainsi que llie fifïeen Tokens, qui ont seuls la 
marque n" I, sont probablement la première impres- 
sion de notre typographe, et semblent remonter 



— 4 — 

à 1505; Van Pajje Jans landende, seul orné de la 
vignette n° II, doit être placé à sa suite, vers 1506, 
et le Va7îder Nieuiver werelt, qui ofîre déjà la men- 
tion du gnotochyauton sous le dessin, pourrait 
être de 1507. 

La première des éditions datées est le Reyse van 
Lissehone de 1508; la dernière est la Cronike van 
Bradant, imprimée en juin 1530. A partir de ce 
moment, on ne rencontre plus le nom de Jean 
van Doesborgh, à Anvers. Il est possible qu'il se 
soit rendu en Hollande : Ledeboer le cite à Utrecht, 
en 1540. 

Jean van Doesborgh eut des rapports avec 
Henri Eckert, à qui il prêta les bois de la chro- 
nique de Brabant et le saint Augustin du Dieren 
Palleys. D'autre part, Vorsterman et Nicolas de 
Grave ont copié de ses illustrations, du moins 
pour autant qu'elles lui appartiennent. On ne peut 
soutenir, en effet, qu'il fût scrupuleux dans le 
choix et l'emploi de son matériel : il acheta des 
bois à Anvers, en France et probablement en Alle- 
magne — il est rarement possible d'établir que 
ses gravures ont été faites spécialement pour 
l'ouvrage où elles se rencontrent, — et il ne se 
gêne point pour mettre Jonas et la baleine là où 
il s'agit d'un navire dans le texte. Il ne faisait que 
suivre ainsi l'exemple de ses contemporains. 

Les impressions de Jean van Doesborgh, au 
nombre d'une bonne trentaine, présentent un 
véritable intérêt, quoiqu'elles soient en général 
de peu d'étendue, à part la C^'onike van Brabant. 
Elles appartiennent pour la plupart, à la catégorie 



curieuse des livres populaires, et plusieurs offrent 
la particularité d'être des traductions anglaises. 
Deux de ces dernières, celles du Dieren palleys et 
une évaluation des monnaies d'or et d'argent, ont 
pour auteur Laurent Andrewe, de Calais, qui fut, 
après 1527, imprimeur et libraire à Londres, ce 
qui a fait supposer qu'Andrewe apprit son art 
chez Doesborgli. Ce dernier traduisit lai-même en 
anglais la version flamande de VArt de bien nwiirit\ 
mais cette œuvre dénote une déplorable ignorance 
de la langue, de même que la version des Neio 
lands. Il reste encore à découvrir la personnalité 
du traducteur des autres ouvrages anglais impri- 
més par notre typographe, tels que le Par son of 
Kalenborowe, parfois attribué, mais sans preuves, 
à Richard Arnold. 

Voici d'ailleurs, la liste complète des impres- 
sions de Jean vanDoesborgh, telle qu'elle a été éta- 
blie par M'' Proctor, dont je résume les conscien- 
cieuses descriptions, en y ajoutant les détails que 
j'ai pu trouver personnellement : 

1. The fifteen Tokens. (U. 1505?). 

HEre beginneth e lytel trea || tyfe the whiche fpeketh of || 
the XV. tokens the whiche || fhiiUen bee f hewed afore y' |] drefull 
daye of Jugement. || And who that oure lorde j] f hall af ke reke- 
nyng of eue || ry body of his wordis wor 1| kis and thoughtes. 
And who oure lorde wjdl f he |1 we vs other xv. tokens. of his 
paffion to theym |1 that been deyeth in dedely fynne. || (Figure 
sur bois). 

In-4°, 26 fiF. signés A-D4. Au bas du f. 26 r" : C Emprinted by 
me Johan fro doefborch dwellî-||ge at Anwerpe by the Jron 



— 6 — 

ballaunce te. || Au r°, la marque n" I. L'exemplaire de la collec- 
tion Heber a été vendu £, 3,10. 

[Londres, British Muséum (incomplet); — Oxfoi'd, 
bibl. Bodléienne (incomplet)]. 

2. Van Pape Jaus landencles. (C. 1506?), 

C Van die wonderlichedë en coftelicheden || van Pape Jans 
landendes. || (Figures sur bois). 

In-4'', 10 ff. signés A-B4. Au bas du f. 10 r° : C Gheprint 
Thâtwer-||pë. Aen dijferë wage || by my Jan. van j] Doefborch. || 
Au v°, figure sur bois et marque n° II. Le libraire F. Muller, 
d'Amsterdam, en a fait faire, en 1873, un fac-similé photo-litho- 
graphique par A. Kroon, qui a été tiré à 30 exemplaires. Cf. la 
note intéressante du catalogue Fr.-J. Olivier (Bruxelles, février 
1878), où un exemplaire est coté 1250 fr. (n" 179). 

[Londres, British Muséum (titre légèrement endo- 
dommagé)]. 

3. Vander Nieuwer Werelt. (C. 1507?). . 

Vander nieuwer werelt oft landtfcap || nieuwelicx gheuôdë vâdë 
doorluch||tighê con. va Portugael door de/ || aider beftë pyloet 
ofte zeekender d' werelt || (Gravure sur bois) || Hoe noyt meefter 
oft aftronom» befcreuë heeft dat || daer een lâdt was bewôet va 
mëfchë ofte beeften. 1| 

In-4°, 8 ff. signés A-B4. Au bas du r° du f. 8 : Gheprent Thant- 
werpen aen || Dyferen waghe. Bi || Jâ va Doefborch || E celo 
descendit rbum quod gnothochyauton ||. Un fac-similé a été im- 
primé à 25 exemplaires aux Etats-Unis, à Providence, en 1874. 
[Providence, bibliothèque Carter-Brown]. 

4. Die reyse van Lissebone. Décembre 1508. 

Die reyfe va Liffebone om te varëna dg eylâdt || Naguaria in 
groot Jndien gheleghen || voor bi Callicuten en Gutfchi dair || 
dye ftapel is vander fpecerië || Daer ons wonderlijcke di||gë 
wed'uaren zij. ëndair || wy veel ghefiê heb||bë/ als hier na || ghe- 
fcreuë || ftaet. || Welcke reyfe ghefchiede || door de wille en 
ghebode des aider ||doorIuchtichftë Coiîs va Portegale Emanuel || 
(Figure eur bois). 



— 7 — 

In-4°, 12 ff. signés (a)- C4. Au v» du f. 12 : Gheprent Thant- 
werpen ... By my Jan van Doefborch. Jntiaer || M. D. viij. i De- 
ceraber || (Marque n" III). 

[Londres, British Muséum ; — Providence, biblio- 
thèque Carter-Brown]. 

5. Longer Accidence. (C. 1509?). 

In-4". Fragment comprenant 4 ff. du cahier B : 1, 2, 5 et 6. Au 

bas du r" du dernier f. : Hoc prefens opusculû p me Johânë || de 

Doefborch eft exaratum ||. Au v", la marque n" III. Cf. plus loin 

le n" 10. 

[Oxford, bibl. du Corpus Christi Collège]. 

6. Os faciès mentum. (C. 1510?). 

Os faciès mëtû. || (Figure sur bois). 

In-4'', 4 ff. non signés. Au bas du v" du dernier f. : Jmpreff ura 
Antwerpie. per me Jo||hannem de Doefborch. .•. || 

[Collection Huth; — Britwell]. 

7. Die Destructie van Troyen. (C. 1510-1515?). 

Die deftructie va || Troyen die laetfte Ende die fchoone amo- 
reus||heyt van Troylus en der schoonder Breseda || Calcas docht' 
die een verrader was. 1| (Figure sur bois). 

In-fol., 56 ff. signés a-k, à 2 col. Au v° du f. 55 : C Hier es 
voleyndet die hiftorie va || d'amoreufyt van Troylus en Brife||da 
en ooc cortelic ouerlopë die deftruc||tie va Troyen. Gheprent 
Thant-||werpen aen dijferen waghe Bi mi || Jan van Doefborch 1|. 
Un exemplaire a été vendu 500 ;fr. à la vente Vander Linden 
(Bruxelles, 1864, n" 1306). 

[Bruxelles, coll. du duc d'Arenberg; — 
ibid., bibliothèque royale]. 

8. Robin Hood. (C. 1510-1515?). 

C Hère begynneth a geft || of Robyn Hode. H (Figure sur bois) || 
Lythe and liftin gëtilmen ... 

In-4'', 26 ff. signés A-e4. Les ff. 21-26 manquent au seul 

exemplaire connu. 

[Edimbourg, bibl. des avocats]. 



— 8 — 

9. Aeneas Sylvius, EuryalusandLucretia. (C. 1515?). 

In-4°. Fragment de 4 fF. dont la partie supérieure seule est 
complète. 

[Edimbourg, bibl. Signet]. 

10. Shorteracciclence. (C. 1515?). 

Accidence HOw many partes ofreafô be|| there. viij. whyche. 
viij. now II ne/ pnowne/ vloej adûbe parti || ciple... 

In-4o, 4 ff. non signés. Au bas du v° du dernier f. : Emprynted 
by me John ofF Doefborch. || Abrégé du n" 5. 

[Oxford, bibl. Bodléienne]. 

11. Laet, Prognostication for 1516. (1515-1516). 

C The prognofticaciô of maifter Jafpar late of borchloou/ || 
do6lour in aftrologie of the yere. M. CCCCC. xvi. tranf ||lated 
into yngliffh to the honorre of the mooft noble z vic-||torious 
kynge Henry the. viij. by your mooft hûble fub-||ieél Nicholas 
longwater goeuerner of our lady côception || in y" renowmed 
towne of Andwarp in fente Jorge perys ||... 

ln-4°. Les 4 premiers ff. seuls sont connus. Déjà attribué à 
Doesborgh dans les Bibliographische Adversaria, t. V, n° 4-5, 
p. 101. 

[Londres, British Muséum (f. 1); — Cambridge, Tri- 
nity Collège, cahier a (c'est l'exemplaire coté £ 5 
dans le catalogue Quaritsch de mars 1880, p. 51)]. 

12. Den oorspronck onser salicheyt. Mai 1517. 
Den. oorfpronck || Onfer. falicheyt || (Figures sur bois). 

In-fol., 190 ff. chiffrés A-QQ4, à 2 col. Au r» du dernier f. : 
C Geprent Thantwerpen in de ftat || Bi Jan van doefborch / ic 
feg V dat II Jnt iaer alfmen sceef. xvij. en vijftien || Jnt lefte va 
mey/ wient wwôd't (hôd't || Js hier miffet/ miftelt wilttet î;geuen || 
Op d3 wi mogen comë int ewich leuë || . Au v", marque n° III. 

[Londres, British Muséum ; — La Haye, bibl. royale ; 
— Anvers, musée Plan tin]. 



— 9 — 

13. Causes that be proponed. (Après le 12 nov. 1517). 

Causes that be proponed and traéled in a Confultacyon of a 
Journey to be made with the Tokyn of the holy Croffe/ agaynst 
the Jnfideles and Turkes, and fent to ail cryften princes, to 
thentente that they thoughte their good oounfell, and wyfe exa- 
minacyon, fholde examyne, yf any thynge therin be, that ont 
ought to be encreafed, or mj'nyff hed ; or yf ought to be cor- 
reélyd. This done the xij daye of November. 

ln-4°. L'original latin, imprimé par M. Hillenius, est décrit par 
la Bïbliotheca beîgica, t. XXI, p. 14, au mot Proposiia. 

[Cité dans le catalogue West, 1851, n° 6J. 

14. Letter of B. de Clereville. (Après janvier 151 Vs)- 

C The Copye of the letter folowynge whiche fpecil|fyeth of y® 
greateft and meruelous vifyoned || batayle that euer was fene 
or herde of || And alfo of the letter y* was sent fro || me the 
great Turke vnto our 1| holy fad' y® pope of Rome. || (Figure sur 
bois). 

In-4°, 4 ff. non signés. Au bas du r° du 4® f. : Emprented in y® 
famous cite of Andwarpe |] Be me/ John of Dousborowe || ; le v" 
est blanc . 

[Oxford, bibl. Bodléiende ; — Britwell]. 

15. Cronyke van Brabant *. 1518. 

Die . aider . excellëfte il Cronyke . va . brabât. || Van Vlaen- 
derë Hollant Zeelant int generael Ende die nieuwe || geften ghe- 
fchiet zijnde bi onfen prince en coninc Kaerl die in die ander 
Cronijcken niet en fijn || (Gravure sur bois). 

In-foL, 212 ff. non chiffrés, signés [A] Aij — m [m 2j, à 2 col.; 
grav. sur bois. Au bas de la 2^ col. du r° du dernier f. : Gheprent 
Thantwerpen bi mi Jan || va Doef borch Jnt iaer M. v. C. xviij || . 
(Figure sur bois). Au v°, le bois du titre, encadré. 

[Gand, bibliothèque de l'Université; — Bruxelles, 
bibl. royale; — La Haye, bibliothèque royale]. 

^ Non décrit par M"" Proctor. 



— 10 — 

IG. The lyfe of Virgilius. (1518?). 

Virgilius. 1| C Tnis boke treath of the lyfe of Virgilius || and 
of his deth and many marua5des that || he dyd in his lyfe tyrae 
by whychcraft and || nygramanfy thorowgh the helpe of the de || 
uyls of hell. || (Figure sur bois). 

In-4°, 30 ff., signés A-F4. Au v° du 29"= f. : C Thus endethe the 
Lyfe of Virgilius || with many dyuers confaytes that || lie dyd 
Emprynted in the Cy||tie of Amwarpe By me || John Doefborcke |1 
dwellynge at y* || the caraer |1 porte. || Le dernier f. contient, 
au r°, les armes d'Angleterre, et, au v", la marque n° III. Cf. 
catal. Serrure, 1873, n" 3259. 

[Britwell; — Oxford, bibliothèque Bodléienne (inc. 
du P-- feuillet)]. 

17. Frederick of Jennen. 1518. 

C This mater treateth of a merchaû || tes wyfe that aftex'warde 
went lyke 1| a ma and becam a great Lorde and |1 was called 
Frederyke of Jennen af-l|terwarde. || (Figure sut bois). 

ln-4°, 26 fF, signés A-E6. Au f. 24 r° : C Thus endeth this 
lyttell ftorye of lorde frede-||ryke Jmpryted ï Anwarpe by me 
John 11 Dufborowghe dwellynge befyde y* || Camerporte in the 
yere of our lor || de god a . M . CCCCC . and j] xviij. |1 Au v°, 
marque n° III. Le f. 25 contient, au ro, une gravure sur bois, et 
au v°, la marque n" III répétée; le 26" f., manquant à l'exemplaire 
connu, était vraisemblablement blanc. 

[Britwell; — Londres, British Muséum, fragm. du f. 12]. 

18. Maryof Nemmegen. (1518-1519?). 

C Hère begynneth a lyttel ftory that was of a 1| trwethe done 
in the lande of Gelders of a may || de that was named Mary of 
Nêmegen y' was || the dyuels paramoure by the fpace of . vij . 
yere \\ longe. || (Figure sur bois). 

In-4», 20 ff. signés A-D4. Au bas du f. 19 v" : C Thus endeth 
this lyttel treatyfe Jmprynted || at Anwarpe by me John Duif- 
browghe dwel-jjlynge befyde the camer porte. 1| Au r" du f. 20, 
gravures sur bois; au v", la marque n^III. 

[Britwell]. 



— 11 — 

19. Tyll Howleglas. (C. 1519?). 

ïn-i°. Fragment de 10 ff. signés J1-K6 d'une version anglaise 

de Tiel Ulenspiegel. 

[Londres, British Muséum]. 

20. Thuys der fortunen^. 1518. 

Thys der fortvnen met dat hvys der doot. 

In-4°, 64 fF. non chiffrés, signés [A]B-Pi[Piv] ; car. gotli., avec 
nombreuses et curieuses fiofures sur bois dans le texte. Au v" du 
dernier f . : C Bi mi Jan van Doefborcb . Anno . M. CCCCC || 
ende . xviij. den vij. dach in Februario. || Cura priuilegio. || (Gra- 
vure sur bois : Armes d'Espagne). L'exemplaire de la collection 
Serrure, incomplet du titre refait à la plume, fut vendu en 1872, 
pour 44 fr. (n° 409 du catalogue). 

Curieux traité en vers et en prose, renfermant des recettes de 
médecine populaire, des secrets d'astrologie, tels que l'influence 
des planètes sur le caractère de l'homme, etc. 

On cite des éditions postérieures de G. Vorsterman, à Anvers, 
en 1522, et de Jean Berntsz, à Utrecht, en 1531. 

[Anvers, musée Plantin]. 

21. Der Dieren Palleys. 5 mai 1520. 

(Grande figure en bois). Der dierë || palleys : en || Die vgade- 
ringe vandê beeften d'[|Aerdë. Vandë vogelë d' lucht. Và-|ldê 
viffchen en monftrë d' waterê. || 

In-fol., 124 ff. signés A-Hh4, à 2 col. Au bas du f. 123 r° : Ghe- 
prent bi my Jan van doefborcb 1| Thantwerpen, Jnt iaer ons 
heeren || M. CCCCC. ende , xx . den vijfsten || dach in Meye. || 
(Figure sur bois). Au v° du f. 124, marque n" III. Un exemplaire 
a été vendu 380 fr. à la vente Camberlyn, 1882, n° 439. 

[Londres, British Muséum, 2 exx.; — Bruxelles, bibl. 
royale (un ex. complet et un ex. inc. d'un cahier, 
acquis 100 fr. à la vente Serrure, 1872, n° 376)]. 



* Non décrit par M"" Proctor. Sa date étant désormais connue, 
Thuys der fortunen devrait être placé après le n" 17 de la liste. 



— 12 — 

22. Of the new Lands. (C. 1520?). 

C Of the uew lâdes and of y"^ people || found by the meffengers 
of the kyn||ge of portygale named Emanuel. \\ Of the . x . dyuers 
nacyons cryftened. 1| Of pope John and his landes / and of || the 
costely keyes and wonders molo || dyes that in that lande is. || 
(Figure sur bois). 

In-4°, 24 if. signés A-E4. Au r" du dernier f. : Emprenteth by 
me John of Doef borowe : . || (figure sur bois); au v°, la marque 
n" III. Le premier traité de ce recueil est le même que le Reyse 
van Lissebone (v. plus haut, n° 4) ; le troisième est le traité du 
pape Jean (n" 2), mais la traduction, dit M*^ Proctor, semble être 
différente. 

[Londres, British Muséum ; — Oxford, bibl. Bodléienne 
(fragment composé des ff. 17 et 22)]. 

23. The Wonderful Sliape. (A])rès 1520). 
(Titre inconnu). 

t 

In-fol., 82 ff. signés a-u4, à 2 col. Au v" du f. 81 : Tranflated 
be me Laurens Andrewe 1| of the towne of Calis / in te famous 1| 
cite of Andwarpe || Empreuted be me John of || Doefborowe ||. 
Le titre et le dernier f. manquent au seul exemplaire connu. 

[Cambridge, bibliothèque de l'Université]. 

24. Van Jasoii en Hercules. 8 novembre 1521. 

Van TT 1 ' Il C De wonderlike vreemde hiftorien. Hoe dat 
Hercules. 

die edel vrome Jafon ghewan dat gul-||den vlies En va noch veel 

wond'like auôtueren die Jafon met die fchone Medea hadjjde. En 

voert vandë aider ftercften Hercules/ die wond'like feyten va 

wapenen in orlo-||ghen dede/ doe hi Troyen twee reyfen def- 

trueerde. En hoe hi vacht teffens vreemde w5-||derlike beeften die 

hi al verwan. En fis genuechlick en vponderlick om te horen 

lefen || (Figures sur bois). 

In-fol., 46 ff. signés A-L4, à 2 col. Au r° du dernier f. : C Ghe- 
prent Tantwerpen bi mi Jan || van Doef borch wonende op die || 
Lorabaerde Vefte. Indeu j] iare ons heeren. M. || CCCCC. en 



— 13 — 

XXI. !| opten achftë || in Nouë||ber. || Un ex. figurait, à la vente 
de Sellières, à Paris, mai 1890, n" 640. 

[Décrit dans le Bibliophile belge, t. IV, 1869, pp. 14-16J. 

25. Die historié van Hercules. 12 décembre 1521. 

Die hiftorie || Van den ftercken Hercules/ Die veel wonderlike 
dinghen in fijn leuen heeft || ghedaen. Syn gheboerte was won- 
derlic/ en fijn leven was auontuerlic/ wât || lii menicli vuaerlic 
beeste verflaghen heeft. ghelijc men in die hiftorie hier na || ver- 
claren sal. En fi is feer auontuerlic en ghenuechlich oni lefen. 1] 
(Gravures sur bois). 

In-fol., 48 ff. signés a-m4, à 2 col. Au dernier f. : C Hier eyndet 
die hiftorie en dat leuen vanden vromen Hercules / met die twee || 
deftrudtien van Troyen / die door Hercules gefchieden. En iffer 
ye II niant die de derde deftrudtie van Troyen begheert te wetë || 
daer de vrome Hector vflaghen was / dats ghe||prent in een and' 
boeck ' geheten Die dejjftruétie va Troyen. En dit boeck || is 
Thantwerpë geprent bi || mi Jan van Doefborch || wonende op 
de II L5baer||de || vefte || in den Aren || van die vier euangeliftë || 
Jn den iare ons heere duyfent vijf || hondert en . xxi . opten 
twalefften dach van Deceraber || (Figures sur bois). 

[Décrit dans le Bibliophile belge, t. IV, 1869, p. 16]. 

20. The Parson of Kalenborowe. (Après 1520?). 

In-é", 26 ff. signés A-E6. Les deux premiers et le dernier 
feuillets inconnus. 

[Oxford, bibliothèque Bodléienne]. 

27. Der IX qiiaesten. 25 juin 1528 2. 

Dix quaeften 1| Warachtighe hiftorien. Als va Jeroboan 
Achab II Joram ioden. Caym Nero Pylat' heydë Ju || das fcharioth 

1 II est assez curieux de trouver, clans un colophon du XVI* siècle, 
l'emploi d'une formule dont 1(3S feuilletonistes contemporains usent 
et abusent pour prolonger leurs romans et en faire acheter les suites 
nombreuses. 

2 M"" Proctor n'ayant pas vu ce volume, sa description n'est pas 
tout à fait exacte; j'ai pris la mienne sur l'exemplaire unique de la 
bibliothèque de l'Université de Grand. 



— 14 — 

Machamet Juliam apfto||ta kerftenen . die aile eeii onfalich |] 
eynde hadden || (Figures sur bois). 

ln-4°,32 fif. non chiffrés, signés [A]B-G[H4] ;av. figures sur bois. 
Au v° du dernier f. : C Gheprt bi Jâ v â Doefborch. Jnt iaer || 
van. xxviij. den xxv. dach va Juni' || C Cum gracia et /juilegio . || 
Marque n° III. La première ligne du titre, imprimée en rouge, 
est xylographique. M'' J. Petit a donné une spirituelle analyse de 
ce cui'ieux roman populaire des neuf méchants hommes, dans le 
Bibliophile belge, t. IV (Bruxelles, 1869), pp. 60-65. 

[Gand, bibUothèque de l'Université]. 

28. Tdal sonder wederkeeren. 10 juillet 1528. 

Tdal fond' wed'keerë || C Oft Tpas der Doot. || (Gravure sur 
bois). 

In-4'', 16 ff. signés A-D4. Au v° du dernier f. : C Gheprent bi 
Jan van Doefborch || Jnt Jaer van . xxviij . den x. || dach van 
Julius II C Cum gracia et /uilegio. || Marque n° III. La première 
ligne, imprimée en rouge, est xylographique. Cf. BibUotheca bel- 
gica, V^ série, t. V, c. 24. v" CoelUn. Réimpriilié par M"" J. Petit 
dans les publications des bibliophiles belges, à la suite du Pas de 
la mort, en 1869. 

[Bruxelles, bibliothèque royale]. 

29. Cronike van Brabant. Juin 1530. 

Van . brabant . die . || excellente . Cronike . ||Van Vlaenderë/ 
HoUât/ Zeelant int generael. Vauden oorfpronck des lants va 
Ghelre/ ende || ooc die afcomfte der hertoghen van Ghelre. Va 
dat fticht ende van die ftadt va Wtrecht/ hoe fi || comen fijn 
onder den keyfer Karolo. Ende van die uieuwe geften ghefchiet 
bi onfen prince ei ' || kej^fer Karolo / tottë iare . M.CCCCC. 
en XXX. in Junio . Ende noch veel ander vreemde geftë || die 
in ander Cronijcken niet eu fijn || (Figure sur bois). || C Defe 
boeckeu vintmen te cope tôt Henrijck Peterf inden mol || 2. 

^ Sic sur l'ex. de Gand ; en, dit M"" Proctor. 

^ Cet ouvrage ayant été imprimé pour plusieurs libraires, pos- 
sède diverses adresses; celle-ci est celle de l'ex. de Gand. L'ex. du 
British Muséum, décrit par M"" Proctor, porte : f Defe boecken 
vintmen te cope tôt Michiel va Hoochftraten in der râpe || . 



— 15 — 

In-fol., 320 &. non chiffrés, signés [A] Aij-X . ij . [Xiv], à 2 col.; 
figures sur bois. Au v" du dernier f. et dans un encadrement : 
C Gheprent tôt Antwerpen op die Loiubaerde||vefte / bi mi Jan 
van Doef borch / int iaer ons || lieren M . CCCCC . xxx . in Junio. || 
(Gravure sur bois). 

[Anvers; musée Plantin; — Bruxelles, bibliothèque 
royale; — Gand, bibliothèque de l'Université; — 
La Haj^e, bibliothèque royale ; — Londres, British 
Muséum; — Oxford, bibliothèque Bodléienne(titre, 
colophon et gravures découpées et collées en 
album)]. 

ÉDITIONS DOUTEUSES. 

30. The valuation of golcl and silver. 

C The valuatijon of golde and fyluer || made ô y* yere 
. M . CCCC . / xxxxiv. Il holde î the marke vnce englice quar || 
t' troye. dewes and aes The raaner || for to weight wyth pênes 
and gray||nes and herein is fett y* fygures of y** || fpaynyfh and 
Poortyngalyffh doca||tes whiche is now || C The golde fleys || 
(Gravure sur bois). || The phûs gyldon [J (Gravure sur bois). 

In-8°, 24 ff. signés a-c8. Le format du livre et le bois de la 
dernière page rendent douteuse l'attribution à Jean van Does- 
borgh de ce volume, qui pourrait avoir été imprimé par R. Van- 
den Dorpe. 

[Londres, British Muséum]. 

31. On the Pestilence. 

Un traité sur la peste, qui pourrait être imprimé par Jean van 
Doesborgh, est signalé dans la bibliothèque feu Maurice Johnsen, 
de Spalding. 

32. The valuation of golcl and silver, 

The valuacion of golde and siluer. Made in the famous Citie of 
Antwarpe, and newely Tranf lated into Englishe by me Laurens 
Andrewe / 

Emprentyd in the famous Cite of Andwarpe. 

[Cité par Herbert dans son édition des Typograplùcal 
antiquities d'Ames, p. 412]. 



— 16 — 

ÉDITION INCONNUE A M-- PKOCTOK. 

33. Floris ende Blanceflour. 

La bibliothèque de l'Université de Gand possède (Ace. 23069) 
un fragment d'une édition non datée du roman populaix'e de 
Floris en Blanceflour, imjariraée in-é" par Jean van Doesborgh. 
Voici la description de ce fragment, découvert dans une reliure, 
et qui comprend les ff. 1 et 4 du dernier cahier, signé E. 

F. E r° : de gheweeft fi aten ende drôcken tfamë datter die || 

and' iôcfrouwë niet af en wiftê (.30 lignes). Au bas du f. E v° : 

Hoe de amirael Floris en blâceflour wil || de dodê. en hoe elck 
voor den anderen || wilde fteruë . en hoe fi ten laetften || gracie 
vercreghen. ||. F. [E4] r" : vrouwe va Pippijn die aen haer 
ghew^an den gro||ten con. karel fo fommige hiftorê fegghen/die 
een || duychdelijck jjrince was en wreech naraaels dat || eewich 
leven. AMEN. H bi mi Jan van Doef borch. 1| (Figure sur bois : 
l'ioris et Blanceflor). F.[E4] v" : marque typographique n° III. 

Réparons en terminant un oubli de M"" Proctor 
et dressons la statistique des bibliothèques qui 
possèdent des éditions certaines de Doesborgh ou 
des fragments de celles-ci, dans l'état actuel de mes 
connaissances à cet égard : 

1. Londres, British Muséum 11 

2. Oxford, bibliothèque Bodléienne 7 

3. Collections particulières 6 

4. Britwell 5 

5. Bruxelles, bibliothèque royale 5 

6. Gand, bibliothèque de l'Université 4 

7. Anvers, musée Plantin 3 

8. La Haye, bibliothèque royale 3 

i). Providence, bibliothèque Carter Brown ... 2 

10. Cambridge, bibliothèque de rUniversité ... 1 

11. Cambridge, bibliothèque du Trinity Collège . . 1 

12. Edimbourg, bibliothèque des avocats .... 1 

13. Oxford, bibliothèque du Corpus Christi Collège 1 

Total des exemplaires connus . . 50 



— 17 — 

D'après M' Proctor, la bibliothèque royale de 
Bruxelles et la bibliothèque de l'Université de 
Gand ne possédaient chacune qu'une édition de 
J, Van Doesborgh; mes recherches m'ont permis 
de leur en attribuer respectivement cinq et 
quatre, ce qui, avec les trois impressions conser- 
vées au musée Plantin d'Anvers, non signalées 
par M'' Proctor, porte à douze le nombre des 
exemplaires d'éditions de Doesborgh connus en 
Belgique. Pour les Pays-Bas septentrionaux, le 
bibliographe anglais ne cite que la bibliothèque 
royale de La Haye avec trois éditions; je suis 
convaincu que ce nombre pourrait également être 
augmenté, et sans doute notablement, en étudiant, 
d'une manière spéciale, les collections des biblio- 
thèques néerlandaises. 

Paul Bekgmans. 



18 



L'ABBAYE D'EENAEME. 



-.4^ 



Edmond Beaucarne < , récemment décédé à 
Eenaeme, a laissé une histoire de Tabbaye 
d'Eenaeme dont une partie était imprimée au 
moment de son décès, et qui vient de paraître en 
un volume in-4'' de 520 pages. L'œuvre, composée 
d'après les archives de l'abbaye et ' reproduisant 
le texte des principaux documents, est riche en 
détails précieux pour l'histoire générale de notre 
Flandre comme pour la connaissance de la disci- 
pline ecclésiastique. Nous la résumons dans les 
pages qui suivent. 

C'est le comte Baudouin de Lille qui fonde 
l'abbaye et la dote. La communauté doit se com- 
poser de douze religieux soumis à la règle de Saint- 
Benoit. On discute l'authenticité de quelques 
chartes de ces premiers temps. 

« L'abbaye n'avait pas encore un quart de siècle 
d'existence, dit l'auteur, lorsque déjà un grand 
relâchement s'était introduit dans la discipline. 



* Sur E. Beaucarne, ancien rédacteur du Catholique du Pays-Bas, 
yoir Messager des Sciences, 1895, p. 181. 



— 19 — 

L'abbé Tancard sentit le besoin d'une réforme; il 
tenta de ramener la communauté à l'esprit de son 
institution, mais il s'aperçut bientôt que tous ses 
efforts seraient impuissants sans l'assistance du 
Souverain Pontife. Il résolut donc de se rendre à 
Rome ; mais avant qu'il put mettre son projet à 
exécution, ses sujets rebelles lui firent souffrir 
toutes espèces de vexations et d'avanies ; ils 
poussèrent l'oubli de leurs devoirs jusqu'à mal- 
traiter leur supérieur et lui couper le bout de 
Toreille. Tancard, vivement affecté de cette offense, 
alla porter ses plaintes aux pieds du Saint-Père, 
mais il succomba en route : sed m ipso ilinere, vel 
in eundo vel redeundo, nescitur ; scitur enim quia 
niortuus est. » 

Gilbert, moine d'Affligliem, lui succéda. « Ce fut 
à sa prière que le comte Robert favorisa l'établisse- 
ment d'une église à Pamele en engageant l'évêque 
de Cambrai à donner tous ses soins pour mener 
cette affaire à bonne fin, » 

Un autre moine d'Affligliem , Snellard , son 
successeur fait abattre l'ancienne église et en 
construit une nouvelle (1132). La quatrième année 
de son pontificat, Eugène III, renouvelle et con- 
firme (si sa bulle est authentique) les privilèges et 
immunités accordées à l'abbaye par Alexandre II 
et Pascal IL 

En 1150, Snellard abdique. « Les annales nous 
apprennent, dit Beaucarne, que contraint par la 
pauvreté et gravement offensé par des rivaux 
envieux, il se retira de l'abbaye. » 

Un moine appelé Guillaume fut ensuite revêtu 



— 20 — 

de la dignité abbatiale, et « trouva le monastère 
dans l'état le plus déplorable, tant sous le rapport 
spirituel que sous le rapport temporel. » Il partit 
pour la Terre-Sainte avec Thierry d'Alsace. Il était 
convenu que s'il retournait dans l'année, il aurait 
repris ses fonctions abbatiales, mais que s'il n'était 
pas de retour, on aurait pourvu à son rempla- 
cement. 

Ce délai expiré, la communauté choisit pour 
prélat, Arnout, prieur d'Afflighem « qui parvint à 
faire renaître le bon ordre et la discipline parmi 
ses subordonnés. » 

En 1160, il rapporta de Renaîx le chef de saint 
Célestin, pape et martyr. On ne dit pas comment 
cette relique était passée en Flandre. 

« La communauté ne trouva pas dans son sein, 
à la mort d' Arnout, un homme capable de présider 
à ses destinées... Ce fut de nouveau un moine 
d'Afflighem, appelé Gilbert, qui vint remplacer 
Arnout... Il contribua plus qu'aucun de ses prédé- 
cesseurs à accroître les possessions de l'abbaye, 
tanten terres, qu'en dîmes, autels, édifices et autres 
biens. « 

Mais les richesses présentent des dangers pour 
la vie monastique. « La discipline, dit Beaucarne, 
s'étant fortement aff"aiblie, et ces moines conti- 
nuant à se relâcher de plus en plus, Gilbert tenta 
d'introduire à l'abbaye la réforme de Citeaux. Il 
renvoya les moines qui ne voulurent point quitter 
la robe noire et les remplaça par des moines blancs 
de l'ordre de Citeaux ; ces tentatives de réforme ex- 
citèrent une vive lutte entre l'abbaye et les moines 



— 21 — 

récalcitrants, et à la fin Gilbert fut déposé. » 

Sous son successeur Lambert IV (de bonne mé- 
moire) le comte Philippe d'Alsace « déclare qu'il 
résulte d'une enquête légale... que Tabbaye était 
de temps immémorial en paisible possession de 
recevoir sur tous les vins passant par l'Escaut, 
quel que fût le lieu de provenance ou de destina- 
tion, deux lots et demi de vin de chaque pièce, 
grande ou petite... » (1162). 

Son successeur Gauthier, 12'' abbé, « trouva le 
monastère surchargé de dettes ; son premier soin 
fut d'introduire de l'économie dans les dépenses, 
et en peu de temps il parvint à libérer la maison, 
à rebâtir les édifices et à en construire de nou- 
veaux. » 

Siger, 13® abbé, et Henri 14", ont laissé grand 
nombre de chartes concernant leur administration, 
qui constatent le zèle et l'activité qu'ils déployèrent 
pour la prospérité du monastère. Les habitants 
d'Audenarde sont obligés de payer le tonlieu sur 
l'Escaut. « Le Pape Innocent IV étend à l'abbaye 
d'Eenaeme la constitution qu'il a publiée concer- 
nant les excommunications (1247). » 

En 1249, deux bourgeois d'Audenarde avaient 
fait transporter par l'Escaut quatre pièces de vin 
de Moselle, et lorsque le bateau qui les contenait, 
était arrivé devant l'abbaye, à l'endroit du ton- 
lieu, ils avaient passé avec tant de rapidité qu'on 
n'avait pas pu percevoir le droit. Ces bourgeois, 
reconnaissant qu'ils avaient fait une grande injure 
à l'abbé, vinrent, accompagnés de quelques éche- 
vins et notables d'Audenarde, faire amende hono- 



— 22 — 

rable à l'abbé et solliciter leur pardon en présence 
de toute la communauté.' Il en fut dressé acte. 

Arnould, 15^ abbé (1250), « strict observateur 
de la règle, mit beaucoup de prudence et de modé- 
ration dans l'acquisition des biens temporels, et 
toute sa gestion fut des plus régulières. Cette 
conduite louable ne laissa pas de lui susciter un 
grand nombre d'adversaires, qui l'accablèrent de 
persécutions. Dégoûté et affecté de ces injures, il 
résigna, à l'exemple de son prédécesseur, ses fonc- 
tions abbatiales. » 

Baudouin, IQ" abbé, « se distingua par la géné- 
reuse hospitalité qu'il exerçait envers les étrangers, 
tant séculiers qu'ecclésiastiques. 11 traita les moines 
et les frères avec assez de douceur, mais il fit 
observer avec négligence la règle monastique... 
Il agrandit le patrimoine de l'abbaye par de nou- 
velles acquisitions et des constructions; mais il 
laissa de grandes dettes. La plupart des moines 
s'insurgeant contre lui, un grave débat s'éleva 
entre l'abbé et presque toute la communauté, qui 
lui fit subir de graves injures; mais il résista 
vaillamment... (1261). » 

Le 17*" abbé est Gérard de Strypen. « Il trouva 
le moyen de faire un grand nombre d'acquisitions 
tant en prairies qu'en bois, dîmes et rentes... 
Durant sa prélature, il eut à endurer de grandes 
et fréquentes persécutions de la part de ses adver- 
saires et de quelques-uns de ses confrères qui lui 
portaient envie, mais il leur opposa une vigoureuse 
résistance. Il fit arrêter les plus mutins et finit par 
les vaincre : quelques-uns furent envoyés par voie 



— 23 — 

de correction dans d'autres monastères et les plus 
récalcitrants maintenus dans une prison perpé- 
tuelle « (1272). 

« Il voulut qu'on donnât tous les ans, à la 
communauté, le jour anniversaire de son décès, 
une solennelle pitance, savoir : un lot de vin dit 
Clareit, pour trois moines. Pour que l'institution 
ne tombât point en désuétude, il y affecta des 
revenus suffisants et en lit faire un acte public, 
muni de son sceau et de celui du couvent. Dans 
les six ou sept dernières années de sa prélature 
(c'est toujours notre auteur qui parle d'après les 
archives de l'abbaye), il commença à négliger les 
devoirs de son état ; il prit en si grande affection 
quelques-uns de ses parents, que l'abbaye en subit 
un grand préjudice. » 

Jean de Mons, 18" abbé (1290), « était doux et 
compatissant envers ses subordonnés, mais il 
mettait trop de mollesse dans ses actes... Il fit 
observer exactement la discipline de l'ordre et les 
coutumes de la maison dont il avait une connais- 
sance suffisante ; mais les moines en appelèrent 
d'abus et le harcelèrent si vivement de leurs 
querelles, qu'il se vit forcé d'abandonner son trou- 
peau et de subir la mort temporelle (sic). » A la fin 
de sa prélature, il « s'était laissé circonvenir par 
un beau-frère, à son grand détriment et à celui 
du monastère... » 

« A cette époque (1300) nous voyon's, dit Beau- 
carne, l'autorité morale et la puissance de l'abbé 
s'énerver en passant à des mains débiles et inca- 
pables de maintenir l'ordre et la discipline. » A la 



— 24 — 

mort de Jean de Mons, le choix du couvent tomba 
sur Egide de Schendelbeke. Le nouveau prélat 
était d'une telle insuffisance qu'il dut prendre des 
coadjuteurs Une telle administration fut désas- 
treuse, comme on le voit par les ventes impor- 
tantes faites du patrimoine de l'abbaye, c^ Les 
annales ajoutent que, quant à la conduite de Fabbé 
avec les laïques et ses confrères, il vaut mieux de 
la passer sous silence que d'en parler. » 

Les acquisitions faites sous son administration 
ne compensent plus les ventes opérées. 

Le 20'' abbé, Gilbert dit De Jonglie, est pris à 
l'abbaye de Saint-Pierre. « C'était, dit Beaucarne, 
un religieux aussi propre au Gouvernement spiri- 
tuel que temporel ; mais la tâche était ardue ; il 
eut de fréquents démêlés avec ses confrères, et, à 
la fin, la discorde alla si loin, qu'il eut à endurer 
de leur part le traitement le plus cruel et le plus 
inouï. Quelques-uns de ces moines dénaturés pous- 
sèrent la barbarie jusqu'à suspendre leur chef par 
les cheveux, à lui cracher à la figure et à faire du 
feu sous la plante de ses pieds. Quand ils l'eurent 
ainsi maltraité et couvert d'outrages, ils le me- 
nèrent captif chez leur évêque, qui résidait alors à 
Cambrai. Gilbert ne put supporter tant d'igno- 
minies et mourut de chagrin. » 

Sous sa prélature fut réglé un différend avec 
les chanoines de Tournai, concernant le tonlieu 
sur l'Escaut, pour le vin qui leur était destiné. 
L'abbaye ayant perdu tout prestige, ne fit qu'une 
faible opposition aux prétentions du chapitre, et 
il fut convenu qu'on restituerait au chapitre, par 



— 25 — 

acte signé à Gancl le dernier de mars 1328, les 
droits perçus, et qu'à l'avenir celui-ci serait exempt 
de touttonlieu. Le prix qu'on attachait à de telles 
questions n'est pas seulement un renseignement 
sur l'importance de la consommation, mais aussi 
sur la voie que suivaient les vins pour l'importa- 
tion et le transport. Il ne peut s'agir, nous semble- 
t-il, que de vins introduits par mer et transportés 
par bateanx remontant l'Escaut. 

Jean II, 2P abbé, originaire de Gand, trouva 
l'abbaye dans l'état le plus déplorable. Son revenu 
était réduit à 1000 livres parisis. Il le porta à 
4500. C'était un homme pieux, doux et affable 
envers tout le monde. Mais « il trouva parmi les 
laïcs des adversaires nombreux, avec lesquels il 
eut de fréquents procès pour le maintien des 
droits de son église. » « Sanderus rapporte qu'en 
1349 les échevins de Gand firent relâcher l'abbé 
d'Eenaeme qui était détenu dans les prisons de 
l'évêque de Cambrai : les annales ne font aucune 
mention de cette circonstance... » Sous son admi- 
nistration les habitants de Douay essaient vaine- 
ment de se soustraire au tonlieu sur le vin : le 
Conseil du comte Louis décide qu'ils y sont tenus. 
Les bourgeois de Grammont veulent se soustraire, 
lors de la foire d'Eenaeme, à tous droits au profit 
de l'abbaye. Leur tentative a le même sort (1363). 
Des Gantois avaient fait transporter du vin à 
Tournai pendant le siège de cette ville, et ils 
avaient refusé de payer le tonlieu. Ils sont égale- 
ment poursuivis et condamnés. 

Le successeur, Jean Yserman, est le premier 



— 20 — 

abbé qui reçut la confirmation de la Cour de 
Rome. Urbain V lui donna la confirmation à 
Avignon . Elegans stature , cum duplici iiiento , 
disent les annales. Il entretint convenablement 
le couvent, fit réparer avec soin les fermes. 
« Il avait un goût particulier pour les chevaux 
blancs et les petits chiens. Il avait l'habitude de 
porter sur lui deux bourses, Tune bien fournie, 
dont il se servait envers les malheureux ; et une 
autre, vide, qu'il montrait à ses débiteurs... » 

L'évêque de Tournai intervint pour reconcilier 
les Gantois avec leur comte ; à cette fin des 
conférences eurent lieu à l'abbaye d'Eenaeme 
(mars 1383). 

Gérard Ghuisse fut son successeur (1390). « Il 
se laissa, dit l'auteur, gouverner entièrement par 
deux de ses parents laïques, dissipa à leur profit 
les biens de son église. Sa table était toujours bien 
servie, et il se retirait souvent à la ferme de TeWale 
pour s'y divertir. Il n'avait aucune aptitude pour 
l'administration, et pendant les quatre années qu'il 
gouverna l'église, il en diminua considérablement 
les possessions... w 

Jean de Thourout, 24" abbé, « cumula la négli- 
gence avec la paresse, de sorte qu'il fit faire peu 
de réparations à la maison ; il abandonna les cha- 
pelles de la Sainte- Vierge et de Saint-Liévin, comme 
des colombiers déserts et menaçant ruine. Il était 
incapable de se livrer à un travail suivi parce qu'il 
souffrait fréquemment de la goutte.. On ne pouvait 
conserver son amitié qu'en le flattant et en lui 
donnant des éloges. On le décida à renoncer à ses 



— 27 — 

fonctions, moyennant une pension annuelle de 
200 couronnes. » 

« A cette époque, dit encore Fauteur, la vie 
monastique avait perdu toute sa grandeur; déjà 
les abbés se livraient aux plaisirs du siècle, sans 
partager en rien les austérités du cloître. La cor- 
ruption se fit par en haut et bientôt les moines se 
laissèrent entraîner par l'exemple de leurs chefs. » 

Son successeur Godefroid d'Escornaix « était 
fort expert dans les affaires temporelles, mais il 
put difficilement se faire à la vie monastique. Il 
mena un train de vie comme les barons et les plus 
puissants du siècle ; il avait des chasseurs, des fau- 
conniers, un grand nombre de serviteurs et de 
domestiques, des chevaux de grand prix, tenant 
peu compte des réductions qu'avaient subies les 
revenus de l'abbaye, et ne voulant modérer en 
rien les prodigalités de sa maison... 

Guillaume Fabri, 26- abbé, « gouverna la com- 
munauté avec tant de zèle et de succès qu'il put à 
bon droit être considéré comme le restaurateur et 
le second fondateur de l'abbaye. » 

Sur le rapport de commissaires envoyés j)ar 
Sixte IV pour examiner la situation déplorable de 
l'abbaye, il obtint l'autorisation de vendre quelques 
biens pour payer les dettes qui la grevaient. 

« Les annales ne disent rien de l'administration 
de Gérard, 27" abbé, mais il paraît que cet abbé... 
n'avait aucune aptitude pour le gouvernement 
d'un monastère, comme nous l'apprend Henri de 
Bergue, évêque de Cambrai, dans un protocole 
de visite de 1493. » 



— 28 — 

Sous le 28*^ abbé, Godefroid vanBrakele, « l'acte 
le plus important fut la réforme introduite dans 
le couvent. « L'abbé Godefroid voyant la grande 
dépravation de ses moines, résolut d'introduire 
dans son abbaye de pieux religieux du monastère 
d'Egmond en Hollande, de l'union de Bursfeld, 
afin de ramener par leur exemple ses confrères à 
une vie plus régulière. » 

Il obtint donc l'autorisation d'incorporer son 
abbaye dans la province Allemande : « Tanquam, 
dit la charte de Charles-Quint, bonus pastor, vigi- 
lans super gregem sibi commissum, monasterium 
suimi Eenhamense in vita regulari et bonis moribus 
omnino destitutum, ad normam regularis vitœ, 
i^educere volens... » La réforme ne fut pas du goût 
de tous les moines ; treize d'entre eux refusèrent 
de s'y soumettre et quittèrent le couvent (1522). 
Sur les revenus du couvent, il leur fut attribué à 
chacun une rente de cent livres, avec autorisation 
de l'Empereur. 

Les abbés suivants Vander Beke, Cannaert, 
Bighe, Bacqué nous mènent jusqu'au temps où se 
prêchent les nouvelles doctrines religieuses et où le 
pays est gravement troublé. Des actes de brigan- 
dage sont commis dans l'abbaye, et les religieux 
mettent trois ans à réparer les dégâts causés : sed 
quœ deinceps dictut^us sum, dit l'abbé Gabriel, 
multo siint majo7^a. 

Le 27 août 1578 Charles Cabilliau, porte-en- 
seigne, accompagné d'un détachement de la gar- 
nison d'Audenaerde, descendit l'Escaut avec deux 
bateaux qu'il fit arrêter en face de l'abbaye. Il 



— 29 — 

s'empara du portier et des chefs, plaça six hommes 
à l'entrée, et alla présenter à l'abbé la lettre sui- 
vante : 

Mynheere. Anghesien dat ick zekerlic weet datter volck 

gheordonneert is om Ul. clooster te doen ruymen, soo 

hebbe ic UL een scip ghesonden met M'" Cabilleau, cap. 

enseigne van myn compagnie, om Ul. goed metter haeste 

al in te packen ende lieerwaerts te comen. In Audenaerde 

desen 27 augusti 1578. 

Ul. Dienstwilligen 

Ch. Rockelfinger. 

L'abbé dut se résigner. Tous les meubles, lite- 
ries, linges, ornements d'église, grains, provisions 
de cuisine furent portés à bord des deux bateaux 
et transportés à Audenarde, dans le refuge de 
l'abbaye dit de Rame. Rockelfinger fit encore en- 
lever quatre chevaux de prix, quelques bœufs et 
une cinquantaine de moutons. Le mobilier qu'on 
n'avait pu mettre sur les deux bateaux, fut plus 
tard, avec celui du refuge, transporté, dit-on, à 
Gand et dirigé vers la Zélande. L'abbé dépouillé 
se retira dans le Hainaut; les religieux vécurent 
dispersés. 

« Le 10 du mois de septembre 1578, le conseil 
des échevins et notables de Gand donna commis- 
sion à Messire Charles Uutenhove, de se transporter 
à Audenarde et de se concerter avec Messire Fran- 
çois Cabilleau, seigneur de Mullem, afin de faire 
raser le cloître d'Eenaeme, et d'employer les ma- 
tériaux qui en proviendraient aux fortifications 
d'Audenarde. » 

Les commissaires arrivèrent à Audenarde deux 



— 30 — 

jours après, pour rexécution de ces ordres. Sollicité 
par l'abbé d'intervenir pour l'erapêclier, Jacques 
de Boussu, gouverneur du pays d'Alost, répondit 
qu'il n'était pas assez puissant. Il envoya cepen- 
dant sur les lieux son lieutenant avec quatre cava- 
liers, pour empêcher la démolition, mais ses 
défenses ne furent pas respectés. 

L'abbé obtint, en octobre, de l'archiduc Mat- 
thias, l'ordre de surseoir à toute exécution ulté- 
rieure et le maintien de l'abbaye dans ses droits, 
et cet ordre fut notifié aux marchands de vin de 
Tournai pour les avertir que la perception des 
droits de tonlieu sur l'Escaut n'en continuerait 
pas moins, malgré la destruction du couvent. 

Mais, peu de temps après, le Grand Bailli et 
receveur de l'abbaye fut arrêté et emprisonné au 
château d'Audenarde, pour avoir de vive force, à 
la tête d'une bande, voulu disperser les ouvriers 
démolisseurs. 

Le 17 décembre 1578, Jean Beydens écrit à 
l'abbé d'Eenaeme : 

« Monseigneur, aj)rès longues disputes et argu- 
ments, a esté si avant arresté, conclu et résolu 
entre les trois membres de nostre ville, représen- 
tant le commun corjos d'icelle, que finalement ils 
ont consenty et accordé le libre exercice de la 
religion catholique et romaine. » 

L'abbé espéra donc que les travaux de démoli- 
tion seraient arrêtés, et les biens de l'abbaye 
restitués. Il envoya à ces fins requêtes sur requêtes 
à toutes les autorités, à tous les chefs qui se dispu- 
taient le pouvoir en ces temps de si profond 



— 31 — 

trouble. Guillaume de Nassau écrit au Gouverneur 
d'Audenarde, transmettant une de ces pièces : 

« ...Je vous prie de la lire et. si est comme 
disent les suppliants, que ledict cloistre soit à 
demye lieu d'Audenarde et par conséquent ne 
peut nuire à la ville, de supercéder et faire cesser 
les démoliments, et en somme contenter lesdicts 
suppliants... » 

Mais ceux de Gand, se ressouvenant des droits 
de tonlieu perçus par les abbés d'Eenaeme, consi- 
déraient la question de démolition d'un autre 
point de vue. « Nous espérons, écrivent-ils à 
l'archiduc Matthias, qu'ainsi qu'il a plu à V. A. de 
prester les oreilles aux susdicts moines, il plaira 
aussy à icelle entendre les justes remonstrances, 
non pas d'une seule ville, de laquelle toutefois les 
requêtes fondées en raison devraient être préfé- 
rées à la demande mal fondée de plusieurs moines, 
mais de plusieurs villes et provinces, lesquelles, 
par la rivière, l'Escaut, envoient et reçoivent res- 
pectivement leurs marchandises et autres choses 
nécessaires... » Ils exposent que les ennemis de la 
patrie, surprenant ledit lieu d'Eenaeme, « y pour- 
raient facilement interrompre et empêcher le com- 
merce, et incommoder aussi les pays de Flandre, 
Alost, Tournesis, Hainaut et autres, comme tous 
ingénieurs et gens s'entendant en matière de for- 
tifications le jugent et démontrent bien clairement. 
Et comme tant de maisons de pauvres bourgeois 
ont été et sont encore démolies pour la fortifica- 
tion et conservation des bonnes villes, d'autant 
qu'on a plus estimé l'utilité publique que l'intérêt 



— 32 — 

des particuliers, ils espèrent que Son Altesse ne 
trouvera pas mauvais que, pour prévenir toutes 
mauvaises entreprises, on passe outre à la com- 
plète démolition... » Il ne s'agissait plus d'une 
question de libre exercice de la religion, mais de 
liberté commerciale, de la destination du fleuve, 
de l'intérêt du pays. 

L'abbé répond : « ...Si pour estre le dit cloistre 
assis sur la rivière de l'Escaut, l'on voudrait 
inférer la démolition d'iceluy importer au bien 
public, aussy par semblable raison on devrait en 
faire autant de plusieurs autres cloistres et maisons 
aussy assis au long des rivières... » Sur quoi 
Guillaume de Nassau lui délivre des lettres de 
sauvegarde et le renvoie à l'archiduc Matthias, 
qui enfin arrête la démolition. 

Vers ce même temps on avait enlevé les plus 
beaux chênes et autres arbres de l'abbaye, pour 
les employer aux fortifications d'Audenarde et « à 
étancher la rivière. » 

La capitulation d'Audenarde fut signée le 
5 juillet 1582. L'abbé Gabriel Baqué, après quatre 
ans d'absence, s'étant mis en route pour se rendre 
au refuge d'Audenarde , mourut subitement à 
Etichove, en apprenant la désolation de son 
abbaye. 

Son successeur, Warlusel, se fait autoriser à 
vendre des biens pour le payement des dettes et 
la reconstruction de l'abbaye. Mais, par une pièce 
du 24 septembre 1584, ses religieux se plaignent 
amèrement de ce que les fonds provenant de la 
vente des immeubles n'étaient pas employés confor- 



— 33 — 

mément aux conditions des lettres d'octroi ; que les 
fréquents voyages de Tabbé causaient de grandes 
dépenses à la maison, privée de ressources; que la 
situation financière ne devait pas lui permettre 
de tenir table à part avec sa famille et ses amis, 
et que les dépenses de ce chef dépassaient ce que 
coûtait l'entretien de toute la communauté, etc. 

La même année, le capitaine Rockelfinger est 
condamné à payer une rente annuelle à l'abbaye 
en réparation du dommage qu'il lui avait cause, 
rente qui ne fût jamais acquittée, 

Jacques de Lannoy fut le 35'' abbé (1588-1593), 
Il était un des plus jeunes membres de la com- 
munauté, 

« Depuis la dispersion des moines de 1578, la 
règle cénobétique n'avait plus été observée. Sous 
la sage administration du nouvel abbé, l'ordre fut 
ramené, et la communauté rétablie dans le refuge 
la Rame d'Audenarde. .) 

La nomination de son successeur, Rodoan, an- 
cien chanoine de Saint-Bavon, souleva d'intermi- 
nables contestations. Il gouverna la communauté 
jusqu'en 1616, et lui rendit en partie sa prospérité. 

A la mort de Rodoan, les archiducs Albert et 
Isabelle écrivent : 

« ...Scavoir faisons que nous consentons et re- 
quérons que, procédans à l'élection de votre futur 
abbé, vous élisiez et acceptiez et receviez en icelle 
dignité Messire Hughes d'Enghien comme per- 
sonne acceptable et à nous agréable, et permettons 
de pouvoir sur ce obtenir de notre Saint-Père le 
Pape, de l'Evesque diocésain ou autre supérieur 

3 



- 34 - 

qu'il appartiendra, les bulles apostoliques et pro- 
visoire de confirmation à ce requises, etc. » 

Le droit d'élection directe était supprimé. On 
se livra à un simulacre d'élection le 1 4 octobre 1616. 
Hughes d'Enghien eut toutes les voix. 

En 1637, le 38" abbé, Pierre-Ernest Garnier, fut 
désigné en la même forme, par le roi Philippe. 
« A cette époque, dit Beaucarne, commença à se 
déclarer la jalousie des évêques contre les immu- 
nités spirituelles obtenues par Torde de Saint- 
Benoît, au moyen desquelles les moines de cet 
ordre échappaient à leur juridiction pour ne recon- 
naître que celle du Pape. L'archevêché de Malines, 
qui n'avait pas réussi, à l'avènement de Ch. de 
Rodoan, à incorporer l'abbaye d'Eenaeme, convoi- 
tait toujours le riche patrimoine de cet établisse- 
ment... » 

u L'abbé Garnier établit pour règle qu'à l'avenir 
les novices paieraient une somme de 1750 florins 
de Brabant, pour frais de la prise d'habit et de la 
profession, dont 695 florins pour le costume et 
l'ameublement, et 1055 florins pour le dîner de 
26 couverts à donner aux parents et amis. Pour 
justifier ce dernier chiffre, l'abbé allègue que le 
Magistrat d'Audenarde avait offert à F. Warnier, 
hôtelier. Au Singe, une somme de 800 florins pour 
le banquet à donner aux commissaires chargés de 
renouveler la loi, et que Warnier avait trouvé 
cette somme insuffisante. » 

Des désordres éclatent au sujet de l'installation 
du prieur de Loose ; on en vient aux violences et 
aux menaces. « Quelques heures après cette scène 



- 35 - 

de désordre, dit Beaucarne, on aperçut le feu 
dans la demeure du prieur et en peu d'instants 
l'édifice fut consumé par les flammes, qui faillirent 
embraser l'église et le cloitre. » 

Le Conseil de Flandre commit son Procureur 
général pour se rendre sur les lieux, et celui-ci 
installe, par les ordres du roi, le nouveau prieur 
(novembre 1656). 

« Quelques temps après, l'abbé Garnier ayant 
demandé au roi l'autorisation de faire un emprunt 
pour payer des dettes urgentes, François Van Wer- 
vicke parvint à intercepter les lettres d'octroi et 
refusa de les rendre. Il avait, avec quelques-uns de 
ses collègues, organisé une conspiration contre 
son chef spirituel. Celui-ci se vit forcé de recourir 
au Roi et de demander l'autorisation de mettre 
Dom Wervicke et ses complices en arrêts dans la 
prison claustrale, et de requérir l'intervention du 
Président du Conseil de Flandre pour faire rendre 
les lettres interceptées. » 

Le successeur, Antoine de Loose, originaire de 
Bruxelles, était d'une intelligence supérieure et 
d'une rare ténacité au travail. « C'est de son ad- 
ministration, dit l'auteur, que date la réorgani- 
sation complète de l'abbaye; il rétablit la disci- 
pline intérieure et publia de nouveaux règlements. 
Rien n'échappait à sa vigilance; il rédigea en 
même temps des instructions pour l'administra- 
tion temporelle de la maison, pour l'exploitation 
des bois, des terres et des prairies. Il avait con- 
stamment à son service des géomètres, des 
peintres et des sculpteurs... » 



— 36 - 

Un jour le religieux Fr. Van Wervicke lança à 
l'abbé de Loose, du haut d'une tribune, une grosse 
pierre qui faillit le tuer : il fut condamné de ce 
chef à faire confession générale dans le couvent 
des Alexiens à Gand, où il avait été transporté, à 
s'y livrer pendant quatre semaines à des exercices 
spirituels, selon les instructions de son confesseur, 
à jeûner au pain et à l'eau les mercredis et 
vendredis, et à y rester détenu jusqu'à ce qu'il 
plairait à son abbé de lui désigner une autre 
demeure (1657). 

Les sucesseurs De Smet (1682), Van Busleyden 
(1703), Reyngodt (1707) ont fréquemment à s'occu- 
per, dans des réunions synodales ou autrement, 
des désordres qui éclatent dans d'autres abbayes 
bénédictines, entre autres à l'abbaye de Saint- 
Pierre à Gand (1682) *, ou de questions de compé- 
tence, de privilèges, et d'exemption. Et il en est 
de même sous Cassina de Boulers (1734). 

L'abbé Charles de Collins (1745-1780) favorisa 
la fondation d'une société pour la recherche et 
l'exploitation de la houille dans la forêt d'Ee- 
naeme. L'emplacement de la bure fut choisi à 
l'aide de la baguette divinatoire ; les travaux de 
forage commencés en mars 1767 furent continués 
jusqu'à la fin de 1768 et, après une forte dépense, 
furent abandonnés. 

L'abbé de Collins avait tenu « une maison ^Drin- 
cière qui était renommée dans la Belgique entière 



* Voir dans l'Abbaye de Saint-Pierre, par Ed. De Bussclier, p. 150 
le décret du 6 février 1683. 



— 37 — 

pour la splendide hospitalité qu'on y exerçait; il 
occupa un haut rang à la Cour et sièga dans les 
conseils de l'Impératrice Marie-Thérèse. » 

Son successeur Philippe de Locquenghien fut 
le dernier abbé. 

En 1784 le procureur général des Flandres 
l'avertit de l'intention de supprimer les tonlieux 
et autres droits privés pesant sur le commerce et 
le transit, ce, en indemnisant les propriétaires 
pour autant qu'ils seraient fondés en titre valable 
et légitime; et il le requit de produire endéans 
les quinze jours les titres en vertu desquels il 
percevait des tonlieux au village d'Eenaeme, et de 
fournir des relevés du produit de ces droits par 
année commune. 

Néanmoins rien ne fut innové. Les droits se 
percevaient encore en 1793 et 1794. Des bateliers 
d'Ostende, transportant de l'eau de vie, payèrent 
à l'abbaye, de ce chef, après contestation, en 1794, 
la somme de 551 florins de Brabant. 

Les religieux du monastère d'Eenaeme avaient 
été expulsés en 1792, lors de la première invasion 
française. Ils rentrèrent au mois de mars de l'an- 
née suivante, après la bataille de Neerwinde. 
Toutefois, l'abbé de Locquenghien, ne se croyant 
plus en sûreté, était parti pour Cologne. Il revint 
en août 1795 à Eenaeme, et y mourut quelques 
jours après son retour. 

Peu de temps après la communauté fut dispersée 
définitivement. 

Les biens immeubles de l'abbaye furent mis en 
vente comme domaines nationaux, le 10 Pluviôse 



— 38 — 

an V; l'enclos de l'abbaye, avec les terres et prai- 
ries qui avaient été exploitées par le couvent, en- 
semble une trentaine d'hectares, furent adjugés à 
M. Paulée-DervauxàDouay, au prix de 150,000 fr. 
payables en assignats. L'acquéreur chargea un 
architecte d'Audenarde, Vanden Hende, de dé- 
molir tous les bâtiments du couvent et l'église ; il 
ne laissa subsister que la maison prévotale. Il y 
eut par suite de cette démolition un tel encom- 
brement de pierres bleues, qu'on construisit des 
fours pour les convertir en chaux, qui fut vendue 
aux agriculteurs des environs. 

D. 



— 39 



LES 

ARTISTES DU WURTEMBERG, 

LEUR VIE ET LEURS ŒUVRES i. 



M. Wintterlin, l'auteur du charmant volume 
que nous annonçons est conservateur de la Biblio- 
thèque royale de Stuttgart. La plupart des études 
qu'il réunit aujourd'hui ont paru, en leur forme 
première, les unes dans V Allgememe Deutsche Bio- 
graphie, les autres dans le Schioàbische Merkur ; 
complétées et enrichies, augmentées d'aperçus et 
de renseignements nouveaux, elles composent 
actuellement un recueil où se retrouve le mouve- 
ment artistique du "Wurtemberg depuis plus de 
deux siècles. 

Ce qui constitue le principal intérêt de l'œuvre 
et en forme pour ainsi dire le centre, c'est le spec- 
tacle auquel nous fait assister l'auteur à l'époque 
de la rénovation de l'art, qui s'accomplit dans le 
Wurtemberg comme dans toute l'Europe occiden- 
tale, vers la fin du dix-huitième siècle. 



1 D'' A. Wintterlin, Wurttemhergîsche Kunstler inLehenshildern 
(Stuttgart, 1895). 



— 40 — 

Le Wurtemberg formait alors un duché que 
gouvernait un prince éclairé, le duc Charles- 
Eugène, en même temps comte de Montbéliard. 
Le duc Charles fonda successivement une Aca- 
démie des Beaux-Arts, qui fut absorbée par l'Aca- 
démie militaire, et finalement l'institution qui, 
sous le nom de Karlschule, prit la direction de 
l'enseignement artistique dans le pays. Des artistes 
distingués furent appelés de l'étranger : Harper, 
un berlinois, Gidbal, un lorrain, qui fut l'élève de 
Raphaël Mengs, Le Jeune, un Belge, né à Bruxelles 
en 1721. L'intelligente initiative du duc fut ré- 
compensée : l'enseignement porta ses fruits, une 
école se forma et bientôt l'on compta à Stuttgart 
un groupe d'artistes de réelle valeur, que domine 
la figure d'un maître, le sculpteur Bannecker . 

L'époque et les hommes, Dannecker surtout, 
sont faits pour inspirer un historien de l'art, et 
l'on conçoit sans peine que M. Wintterlin leur ait 
appliqué la finesse de son esprit et sa curiosité 
d'érudit et d'artiste. 

« Atout seigneur, tout honneur : » parcourons 
immédiatement les pages consacrées à Dannecker. 
Son Ariane notamment a une renommée univer- 
selle; plus peut-être qu'aucune autre œuvre mo- 
derne, elle donne l'idée de la statuaire antique; 
elle est impersonnelle à ce point et si fort en 
dehors de notre temps, qu'on la croirait inspirée 
par une âme toute pénétrée encore des dieux de 
l'Olympe. Les qualités natives de l'artiste ne 
suflisent point à rendre compte du phénomène; 
incontestablement ici, le milieu et le moment ont 



— 41 — 

concouru à dégager entièrement cette puissante 
individualité. Grâce à M. Wintterlin, on voit agir 
successivement toutes les influences sous l'empire 
desquelles s'est épanoui le génie propre de Dan- 
necker : ses premières leçons à Stuttgart, qui l'en- 
gagent dans les voies ouvertes par Winckelman et 
Lessing; son séjour à Paris et à Rome, à Rome 
surtout, où par Canova il reçoit une initiation 
nouvelle ; ses relations avec Goethe, avec Herder, 
avec Schiller, qui précisent dans son esprit les 
conditions de son art. 

Ce que furent ses relations et l'action qu'elles 
exercèrent, un incident caractéristique rapporté 
par M. Wintterlin permet d'en juger. Goethe vint 
à Stuttgart en 1797 ; il ne quitta point Dannecker ; 
ce séjour fut une fête pour les deux grands esprits. 
Une lettre de Dannecker écrite immédiatement 
après le départ de Goethe témoigne de l'impres- 
sion que cette visite a laissée en lui : « Gœthe m'a 
exprimé des pensées qui demeurent en moi comme 
des lois de l'art; que je suis heureux de les avoir 
entendues dans sa bouche; j'en avais vaguement 
conscience, mais je n'en étais point en état de les 
traduire. » C'est ainsi que par son commerce 
avec le grand païen, Dannecker affinait sa concep- 
tion de la beauté. Il faut ajouter que Gœthe ne se 
félicita pas moins de son séjour à Stuttgart et 
qu'il adressa à Dannecker un compliment dont 
celui-ci fut touché au dernier degré : « J'ai vécu 
auprès de vous des jours pareils à ceux que j'ai 
vécus à Rome. » 

Le volume contient des détails non moins atta- 



- il — 

chants au sujet des rapports de Dannecker avec 
Schiller ; mais nous devons nous borner et nous 
y renvoyons le lecteur. 

Chose bien digne de remarque, l'idée élevée 
que Dannecker se faisait de son art éclate à 
chaque page; il faut lire celle où l'auteur conte 
l'arrivée de Canova à Stuttgart en 1815 pour se 
figurer l'exaltation dont une âme d'artiste peut se 
trouver possédée devant les chefs-d'œuvres de 
la statuaire grecque. Lord Elgin avait rapporté 
d'Athènes les statues et les bas-reliefs du Parthé- 
non et du temple d'Egine ; Canova court à Londres, 
il est transporté ; il faut qu'avant de reprendre le 
chemin de Rome, il communique son enthousiasme 
à son ami ; le voici auprès de Dannecker : « l'idée 
que je me faisais de l'art grec s'est absolument 
confirmée ; quiconque ne connaît point ces chefs- 
d'œuvre ne sait point ce qu'est l'art grec véritable. 
Dans ces admirables statues qu'Athènes a perdues 
et que maintenant possède l'Angleterre, tout est 
la nature même, tout est vérité ; c'est de la chair ; 
c'est de la vraie, vraie vérité. » On croit assister 
à la scène, on entend à son tour Dannecker : une 
biographie formée de pareils traits acquiert un 
singulier relief. 

Nous ne ferons point ici l'énumération des 
diverses oeuvres de Dannecker; M. Wintterlin les 
passe en revue l'une après l'autre, les appréciant 
avec une admiration qui n'exclut pas la mesure, 
exprimant souvent l'impression directe que la vue 
même de l'œuvre suscite en lui, pour communi- 
quer plus vivement sa pensée ; ainsi nous montre- 



— 43 — 

t-il Ariane arrachée à la douleur que lui cause 
l'abandon de Thésée et déjà émue du sentiment 
qui éclate en son divin fiancé, mollement trans- 
portée par la panthère consciente et fière de son 
précieux fardeau. 

Ne l'oublions point cependant : à côté du Dan- 
necker tout pénétré de Fart antique, il y a un 
Dannecker qui s'est inspiré d'un autre idéal, mais 
avec un moindre succès, son biographe n'hésite pas 
à le reconnaître : c'est sous cette inspiration notam- 
ment qu'il exécuta la statue colossale du Christ, 
qui se trouve à Saint-Pétersbourg, à laquelle il 
s'appliqua avec l'ardeur qui est sa caractéristique, 
travaillant, le Nouveau Testament ouvert devant 
lui, et mettant huit années à achever son œuvre. 
A cette phase particulière se rattachent quelques 
pages où M. Wintterlin signale incidemment 
l'influence qu'exercèrent pendant une certaine 
période sur Dannecker les frères Baisser ée, qui 
vinrent résider à Stuttgart vers 1829. CesBoisserée 
possédaient une remarquable collection de maîtres 
anciens, allemands et flamands, aujourd'hui, si 
nous ne nous trompons, à la pinacothèque de 
Munich; bientôt liés avec Dannecker, ils le pous- 
sèrent dans le sens de leurs préférences, attaquant 
avec intelligence et entrain les théories classiques 
du maître; mais, comme l'observe M. Wintterlin, 
les yeux de Dannecker avaient été fixés trop 
longtemps sur la Grèce pour qu'il put la déserter 
jamais; c'est avant tout aux inspirations qu'il y 
a puisées que Dannecker doit la renommée qu'il 
a conquise : sa Psyché, son Ariane, sa nymphe 



- 44 — 

demeureront toujours ses productions les plus 
pures. 

Nous disions tantôt qu'en vue d'imprimer une 
direction nouvelle à l'enseignement dans son école 
des Beaux- Arts, le duc Charles-Eugène avait fait 
appel à des artistes étrangers et que parmi ceux-ci 
se trouvait un Belge, Le Jeune. M. Alphonse 
Wauters, notre savant historien, a consacré à Le 
Jeune, dans la biographie nationale, une notice 
que M. Wintterlin, dont les informations sont si 
complètes, n'a pas manqué d'utiliser. Le Jeune 
s'était fait connaître à Rome : il avait attiré sur 
lui l'attention par plusieurs œuvres de mérite, 
notamment par l'exécution du mausolée du car- 
dinal de laTrémouille dans l'église de Saint-Louis. 
Recommandé au duc Charles, il devint son sculp- 
teur en titre en 1753 et fut chargé du cours de 
sculpture dès la fondation de l'école des Beaux- 
Arts en 17G1. La destinée de cet artiste présente 
un côté assez mystérieux : fort en renom, jouis- 
sant de la faveur du prince, ayant multiplié dans 
les résidences ducales, les œuvres de son ciseau, 
on le voit, après un séjour de vingt-cinq ans à 
Stuttgart, s'en retourner sans raison apj)arente 
dans son pays et s'y éteindre presque dans le 
dénûment: « Le premier janvier 1791 a été enterré 
dans notre cimetière sous forme de petit convoi 
sans inesse Pierre-François Le Jeune, mort le 
30 décembre 1790, à minuit, célibataire. » Ce 
sont les termes de son acte de décès, dressé à 
Saint-Gilles, que M. Wauters a retrouvé. M. Wint- 
terlin cite ses œuvres principales que l'on voit 



— 45 — 

encore au château de Stuttgart et au palais de 
Louisbourg, entre autres les statues colossales 
d'Hercule et de Minerve, la statue d'Apollon, sans 
compter la statue en pied du duc Charles et le 
buste de Voltaire. M. Wintterlin le considère 
comme l'un des plus remarquables précurseurs de 
la renaissance classique et il ajoute justement que 
ce qui démontre suffisamment son mérite, ce sont 
les élèves qu'il a formés, au premier rang desquels 
figurent Scheffauer et Dannecker. 

Nous ne savons si le fait a déjà été mis en 
lumière, mais il est acquis aujourd'hui : c'est un 
Belge qui a été le premier maitre de Dannecker. 

Circonstance importante, ce fut précisément 
alors que Dannecker suivait les leçons de Le Jeune 
que, pour la première fois, il fit pressentir en lui 
le grand artiste. Le concours de sculpture de 1777 
est demeuré célèbre ; le sujet proposé était celui-ci : 
Milon de Crotone attaqué par un lion, alors qu'il 
a les mains retenues déjà entre les deux parties 
de l'arbre qu'il a voulu séparer. L'œuvre de Dan- 
necker fut couronnée. Les juges du concours 
étaient Guibal, alors directeur de l'école, et Le 
Jeune; un des concurrents, qui s'illustra égale- 
ment, Scheffauer^ protesta contre la décision; les 
juges maintinrent énergiquement leur apprécia- 
tion ; Guibal entendit même la défendre par écrit 
et il en consigna la justification dans un exposé 
que M. Wintterlin reproduit, sinon dans l'original 
français qui parait perdu, du moins dans la tra- 
duction qu'en a donné la Répertoire de littérature 
du Wurtemberg publié par Schiller. Il est inté- 



~ 46 — 

ressaut d'y constater avec quelle sûreté de coup 
d'œil, Guibal et Le Jeune ont discerné chez Dan- 
necker, alors âgé de 19 ans, une supériorité que 
l'avenir devait consacrer avec éclat. 

Les indications que nous empruntons à M. Wint- 
terlin au sujet de la vie et des œuvres de Dan- 
necker permettront au lecteur, nous l'espérons, de 
se former une idée du volume lui-même. Les autres 
parties du recueil sont écrites dans le même esprit 
et abondent, comme la biographie de Dannecker, 
en aperçus ingénieux et en détails faits pour cap- 
tiver. L'auteur a fouillé con amore dans le précieux 
dépôt dont il a la garde. Son ouvrage contient 
quarante études dont vingt-deux concernent des 
peintres, sept, des sculpteurs, six, des architectes, 
cinq, des graveurs; le groupe est nombreux et 
témoigne de la vitalité de l'art dans le Wurtem- 
berg ; les noms que nous avons cités suffiraient à 
la démontrer, on peut y ajouter ceux de Wàchter 
et de Schick, de Louise Simanowitz, dont le souve- 
nir est associé à celui de Schiller, ceux de Wagner, 
le sculpteur, et de Leins, l'architecte, dont la 
notoriété à pris également un large essor. 

Ces études, on l'a compris ne s'adressent point 
exclusivement aux artistes ; tout esprit cultivé, 
sensible aux choses de l'art, y trouvera de quoi 
faire sa moisson; l'auteur ne se borne point 
d'ailleurs à placer les physionomies qu'il dessine 
dans le milieu où elles ont pris leur caractère défi- 
nitif, il suit ses modèles partout où leur éducation 
ou leurs voyages les mènent : sa fantaisie d'érudit 
a pu ainsi se donner pleine carrière et offrir du 



— 47 — 

même coup des aspects variés à ses lecteurs. Nous 
voici par exemple en Italie en 1599 avec le duc 
régnant de AVurtemberg et sa suite, où l'on 
distingue son organiste et son architecte ; celui-ci, 
Henri Schickhardt, a le relief des hommes du 
seizième siècle; on le voit chevaucher en notant 
ses impressions et en les illustrant : les monu- 
ments, les travaux d'art, l'agriculture, le com- 
merce, l'industrie, les mœurs, les incidents de la 
route, le paysage, tout l'intéresse et il consigne 
tout au crayon et à la plume dans son album, si 
bien que le voyage accompli, impressions et 
dessins sont publiés et parraissent l'an 1602 à 
Montbéliard et l'an 1603 à Tubingue. Plus de 
deux siècles après, nous suivons à son tour en 
Italie le peintre Gegenbauer^ l'auteur des remar- 
quables fresques qui décorent la résidence royale 
à Stuttgart. Rome apparaît dans sa physionomie 
mouvementée et sa vie cosmopolite : les anglais 
opulents coudoient les artistes de tous pays ; lord 
Talbot s'y rencontre avec ïhorwaldsen ; le car- 
dinal Wealth court les ateliers et achète les 
œuvres ; Grégoire XVI fait à Gegenbauer l'honneur 
de prendre l'une de ses madones pour un Eaphaël ; 
les esquisses de M. Wintterlin sont en vérité des 
sujets tout prêts pour plus d'un joli tableau. 

L'exécution matérielle du volume est excellente ; 
vingt-et-une gravures sur bois l'illustrent très 
élégamment, sans compter que, sur la couverture, 
la nymphe de Dannecker, en ses lignes pures, 
révèle la pensée qui domine le livre et annonce 
l'hommage qu'y reçoit le maître. 

L. 



— 48 



RENÉE DE FRANCE, 



DUCHESSE DE EErtRAHEi. 



'^*- 



L'étude de l'histoire est pleine de charmes pour 
les hommes qui aiment à suivre dans un vaste 
horizon la marche et les évolutions de certains 
événements. Il en est qui présentent un intérêt 
tout particulier, offrant à Térudition une mine 
inépuisable, où en poursuivant le filon des fouilles 
historiques, on découvre sans cesse de nouvelles 
et précieuses veines. L'histoire de la Réforme est 
de ce nombre et le remarquable ouvrage que 
M. Rodocanachi vient de consacrer à Renée de 
France est encore une preuve de ce que nous 
avançons ici. 

Renée de France, fille de Louis XII, roi de 
France, et d'Anne de Bretagne, naquit à Blois le 
25 octobre 1510. « Cette petite princesse était 
née avec un esprit tout de feu, et parut sage et 
spirituelle à un âge où les enfants ont peine à 
écrire. » Notre but n'est pas de suivre pas à pas 
son savant historien, de résumer toutes les péri- 



1 Une protectrice de la réforme en Italie et en France. Renée de 
France, duchesse de Ferrure, par E. Rodocanachi. Paris, Paul Ollen- 
dorff, in-8», 1896, 573 pages. 



— 49 - 

péties de cette existence si orageuse et si tour- 
mentée, nous nous bornerons à mettre en relief 
quelques épisodes de nature à faire connaître et 
apprécier son caractère et le rôle qu'elle a joué 
dans les luttes religieuses du XVI" siècle. 

Devenue la femme d'Hercule II, duc de Ferrare, 
— alliance précieuse aux yeux de François P% qui 
croyait trouver en ce prince un auxiliaire impor- 
tant pour la réalisation de ses convoitises sur le 
duché de Milan, — Renée ne tarda pas à se 
montrer favorable aux Huguenots plutôt par 
diplomatie d'abord que par sympathie, convaincue 
qu'elle servait ainsi les intérêts de la France, dont 
les réfugiés répandaient au loin les idées et 
minaient l'autorité du Saint-Siège, hostile alors 
à sa patrie. 

De toutes les cours italiennes, celle de Renée 
offrait aux réfugiés français l'asile le plus sûr, 
c'est ce que comprit Clément Marot , lorsque 
obligé de se retirer de Nérac, où l'avait accueilli 
Marguerite de Valois, il se rendit en Italie, emme- 
nant avec lui son fils, alors âgé de quinze ans, et 
plusieurs autres Français bannis également pour 
cause d'hérésie. Renée lui donna l'hospitalité et 
ne tarda pas à subir son influence. Elle le prit 
même à son service en qualité de secrétaire. Marot 
annonça aussitôt à ses amis, dans un gracieux badi- 
nage sur le nom de la princesse, qu'il avait changé 
de dame : 

Mes amis, j'ai changé ma dame, 
Une autre a dessus moi puissance, 
Née deux fois de nom et dame, 
Enfant de l'oi par sa naissance, 
Enfant du ciel par connaissance. 



— 50 — 

Selon son habitude il devint amoureux de toutes 
les demoiselles d'honneur de Renée et le leur dit 
à toutes. Mais il n'en resta pas là : son esprit de 
critique, son zèle de néophite, son ardeur de 
sectaire le poussèrent à transformer la Cour de 
Ferrare en un foyer de protestantisme. Elle fut 
bientôt le rendez-vous de ceux qui fuyaient la 
France, pour cause de religion et qu'unissait 
la haine de l'ancien ordre des choses. Le Saint- 
Siège s'en alarma et fit des représentations éner- 
giques au duc. 

Sur le bruit de l'accueil bienveillant réservé par 
Renée à ses partisans, Calvin résolut de se rendre 
à Ferrare. Il eut avec cette princesse plusieurs 
entretiens sur des points de religion. Avait -il 
l'intention d'y fonder par un coup de main hardi 
le gouvernement qu'il établit quelques années 
plus tard à Genève et d'entraîner ensuite le reste 
du pays? Il est impossible de rien préciser à cet 
égard. 

Des tiraillements continuels, de graves dissen- 
sions existaient entre le duc et Renée. Ils prove- 
naient en partie de la divergence de leur manière 
d'agir en politique, en partie aussi en matière de 
religion. Le duc était resté catholique. La visite 
que fit à Ferrare en 1543, le Pape Paul III fut 
un événement considérable qui eut beaucoup de 
retentissement en Italie et plus encore en France, 
car on crut y voir la confirmation de l'alliance du 
duc avec les ennemis du roi et la fin des querelles 
qui avaient divisé le Saint-Siège et la famille 
d'Esté. 



— 51 — 

Cependant Calvin, qui avait fixé le siège de son 
gouvernement à Genève, n'avait perdu de vue ni 
Ferrare, ni sa duchesse. D'ailleurs il était urgent 
d'après lui d'agir pour contre-carrer les entreprises 
d'un fort habile homme, qu'Hercule avait imposé, 
disait-on, comme aumônier à Renée. C'était Richar- 
dot', qui plus tard devint évêque d'Arras et devait 
jouer un rôle important dans les affaires des Pays- 
Bas. Mais les craintes de Calvin n'étaient pas 
fondées. La duchesse semblait plus que jamais, 
peut-être il est vrai à son insu , entraînée dans la 
voie du calvinisme. Le parti de la réforme pre- 
nait corps à Ferrare et l'activité littéraire qui y 
régnait depuis le commencement du siècle en 
favorisait singulièrement le développement. Il se 
répandit à Modène et à la Mirandole. 

Chaque jour était allée en s'aggravant la diver- 
gence entre les idées, les sentiments, les aspira- 
tions d'Hercule et de Renée. Le duc devenait tou- 
jours davantage l'instrument du Saint-Siège; sa 
femme ne cachait plus maintenant ses sympathies 
pour les hérétiques, et ce qui était plus grave, pour 
l'hérésie. C'est alors qu'on se décida à user de 
moyens extrêmes. Renée fut traduite devant le 
tribunal de l'Inquisition et condamnée à être 
enfermée au Vieux château. Un lugubre souvenir 



^ Le jugement si sévère que M. Rodocanachi porte sur ce prélat, 
nous semble empreint d'uQe certaine exagération. Le prévôt Morillon 
affirme « qu'il était, quoiqu'on en ait voulu dire, un grand et excellent 
personnage en doctrine et en conseil. Il est vrai, ajoute-t-il, qu'il 
était un peu mondain et pusillanime, mais il était de bon cœur et 
entier, » 



— 52 — 

planait sur ce palais. C'est dans une de ses cours 
qu'un ancêtre du duc, Nicolas III, avait fait déca- 
piter sa femme, la belle Parisina, une Phèdre 
italienne dont Byron a chanté l'infortune. Mais 
cette détention ne dura guère. Renée fut bientôt 
rendue à la liberté et rétablie dans ses honneurs. 
Elle n'en conserva pas moins un vif ressentiment 
de l'affront qu'elle avait subi. 

Les relations de la duchesse avec M. de Pons, 
son confident, avec la poétesse Vittoria Colonna, 
avec Olympia Morata, l'institutrice de ses enfants, 
sont autant d'épisodes du plus vif intérêt, qui 
nous initient aux intrigues ourdies dans les petites 
cours d'Italie au XVP siècle et dont le dénoue- 
ment fut si souvent tragique. 

A cette époque, l'Église catholique, sous la 
main énergique de Paul IV, devint militante. 
L'Italie fut la première à ressentir les effets de 
cette modification dans la conduite du Saint- 
Siège. Les exécutions se multiplièrent au Sud 
comme au Nord. Il y en eut de terribles. Aussi 
advint-il que, privée de ses chefs, la Réforme en 
Italie ne tarda pas à disparaître sans laisser de 
traces. 

Aux Pays-Bas, en France, sectaires et catho- 
liques ne reculaient devant aucun excès. 

Cependant l'esprit se repose de tant d'horreurs 
en rencontrant, au milieu des déchirements des 
factions, de ces natures d'élite qui par leurs 
grandes qualités relèvent et honorent l'humanité. 
La duchesse Renée conserva toujours la même 
ligne de conduite envers les catholiques et les 



— 53 — 

protestants, leur témoignant en apparence une 
égale sympathie. Elle allait même jusqu'à donner 
des aumônes aux religieux et aux moines qui pas- 
saient par Ferrare ; elle faisait des largesses aux 
prédicateurs catholiques et pourvoyait aux dé- 
penses du culte ; son fils Alphonse ayant échappé 
à la mort dans un tournoi, elle écrivit au cardinal 
de Mantoue, lui demandant de faire célébrer des 
actions de grâces dans toutes les églises du duché. 
Après la mort de son mari, Renée prit les rênes 
du gouvernement et l'exerça avec « un esprit tout 
viril n jusqu'au retour de son fils Alphonse que ses 
charges à la cour de France retenaient à Paris. 
Dès lors elle n'était plus que duchesse-douairière. 
Fatiguée des avanies qu'elle avait dû subir et dont 
elle pouvait encore être la victime , elle résolut de 
retourner dans sa patrie, bien que le nouveau 
Pape Pie IV, dont la mansuétude était extrême, 
la comblât de marques de bienveillance ' et l'enga- 
geât à rester. Calvin était du même avis, sa pré- 
sence en Italie pouvant profiter au parti dont elle 
était le seul soutien dans ce pays. Mais Renée qui 
avait compris que sa présence serait un embarras 
à la cour de Ferrare, mit son projet à exécution, 
et après un voyage, pendant lequel les témoignages 
de sympathie lui furent prodigués, elle entra le 
10 novembre 1560 dans Orléans. On la logea au 
palais, on la traita vraiment en fille de roi. Sou- 
veraine dans sa seigneurie de Montargis, une 
nouvelle existence s'ouvrait devant elle. 



1 Nous nous souvenons, lui disait-il, dans un bref, de ta dévotion 
envers Nous et envers le Siège apostolique. 



— 54 — 

La France allait être livrée à toutes les horreurs 
de la guerre civile. Le pape Pie IV et Calvin 
avaient donc eu grandement raison de dissuader 
Renée de rentrer dans sa patrie. « Le gouverne- 
ment, lui avait dit le réformateur, auquel on pré- 
tend vous mêler est aujourd'hui si confus que 
tout le monde en crie alarme et vous allez vous 
fourrez en telle confusion, c'est manifestement 
tenter Dieu. » Renée aurait voulu s'interposer 
entre les partis, jouer le rôle de médiatrice, qui 
convenait si bien à son caractère et à son tempé- 
rament, mais cette illusion fut de courte durée, 
que pouvait-elle en effet au milieu de tant de pas- 
sions? Elle quitta la cour. 

Dès son arrivée à Montargis, elle se déclara 
protestante et fit de sa seigneurie un lieu de 
refuge et la terre de prédilection de tous ceux 
qui suivaient la doctrine de Calvin. Encore 
enfant. Agrippa d'Aubigné — qui devint plus tard 
à la fois le poète, le soldat et le diplomate de 
l'âge héroïque du protestantisme — se sauva 
auprès d'elle. Pris dans une embuscade de reîtres 
catholiques, condamné à mort par un inquisiteur, 
délivré de prison par la pitié d'un de ses geôliers, 
il courut jusqu'à Montargis où il vint tomber 
poudreux, hors d'haleine aux pieds de la duchesse 
de Ferrare '. 
Catherine de Médicis gouvernait alors la France". 



* Paul de Saint-Victor, Hommes et Dieux, p. 424. 

' Complètement éclipsée par la faveur de Diane de Poitiers, elle 
n'avait eu pendant le règne de Henri II aucune influence sur la poli- 
tique. A l'avènement de Charles IX, les choses changèrent de face et 
Catherine devint de fait la Souveraine de la France. 



— 55 — 

C'était la duplicité au pouvoir', c'était le contre- 
pied de la politique, que voulaient faire préva- 
loir le chancelier de L'hôpital et Renée. Cette 
princesse, conformément à son système, ména- 
geait le parti catholique et ne se montrait pas 
exclusive dans ses faveurs. Plusieurs communautés 
religieuses du Gatinais virent leurs privilèges 
confirmés et accrus par elle. Cette manière d'agir 
exaspérait les sectaires de la Réforme et les 
exaltés ne se faisaient pas faute d'attaquer violem- 
ment la duchesse. Quant à elle, elle ne se souciait 
que de faire régner la paix en France et d'y 
établir la liberté de conscience, voire même la 
liberté du culte. Le chancelier était imbu des 
mêmes idées. 

La tolérance de la duchesse de Ferrare était 
extrême : distribuant à la fois des aumônes aux 
moines de la France et aux pasteurs de la Suisse. 
Aussi sa situation était si supérieure aux partis, 
qu'il lui était possible de faire ce que d'autres 
n'auraient pas osé tenter. En pleine réaction 
contre les Huguenots, elle établit à Montargis un 
collège destiné à instruire les enfants des réfugiés. 
Elle y appella des professeurs renommés. Agrippa 
d'Aubigné fut au nombre des élèves et à en juger 

1 Pour la réalisation de ses projets, Catherine trouvait dans ses 
demoiselles d'honneur des auxiliaires d'une incomparable habileté. 
Milice galante et aguerrie, ces diplomates en jupon triomphaient de 
toutes les résistances. « En se servant de M"« de Rouet, dit M. Hector 
de la Ferrière {Trois amoureuses au XVI^ siècle, p. 71) elle avait 
gouverné à son gré le faible roi de Navarre ; pour dominer Condé elle 
avait en réserve une auxiliaire non moins belle et d'une trempe 
encore plus forte, Isabelle de Limeuil. > 



— 56 — 

par les livres dont ils se servaient, les études 
devaient y être très fortes. 

Les fluctuations de la politique, si ondoyante, 
de Catherine de Médicis produisaient leurs désas- 
treux eff'ets jusque dans la seigneurie de Mon- 
targis : 

« Néanmoins, dit M. Rodocanachi, au milieu de 
cette agitation et de ce déchaînement de haines. 
Renée réussissait à maintenir la paix à Montargis, 
et ce n'est pas une médiocre preuve de son habi- 
leté comme aussi du prestige dont l'entourait le 
souvenir du bon roi Louis XII que de la voir se 
tirer de difficultés telles que les plus profonds et 
les plus énergiques politiques de la cour se recon- 
naissaient impuissants à en triompher. » 

La situation de la France s'empirait de jour en 
jour et devenait de plus en plus tendue. 

Dès le début de la guerre civile protestants et 
catholiques, avaient rivalisé d'excès. Montluc en 
Guienne, le baron des Adrets en Dauphiné, ces 
sanglantes personnifications du parti de l'ortho- 
doxie et du calvinisme, avaient prouvé que les 
passions religieuses sont aussi fécondes en trahi- 
sons qu'en cruautés. C'étaient là les sinistres 
avant - coureurs de l'horrible massacre de la 
saint Barthélémy. La duchesse se trouvait en ce 
moment à Paris où elle était venue avec ses de- 
moiselles d'honneur pour assister aux noces du 
roi de Navarre et de Marguerite de Valois. Quand 
on se mit à la recherche des Huguenots par toute 
la ville et jusque dans les faubourgs, la Cour avait 
eu le temps de faire protéger sa demeure, c'est 



— 57 — 

à cette intervention qu'elle dut son salut (1572). 

Dans ses Tragiques, Agrip])a, d'Aubigné, auquel 
comme nous l'avons vu plus haut, Renée avait 
donné asile, stigmatise et peint en traits de sang 
cet affreux et exécrable attentat. « Son tableau de 
la saint Barthélémy, dit Paul de Saint- Victor, a 
l'horreur de la tuerie qu'il retrace. Le glas du 
tocsin, les cris des meurtriers, le râle des victimes, 
le pétillement des arquebusades, se répercutent 
dans des vers haletants, et comme essoufflés de 
colère. Le meurtre est partout dans l'alcôve 
comme dans la rue, il vient surprendre la volupté 
en flagrant délit ' . » 

Aussitôt que les portes de Paris, qui avaient été 
tenues fermées pendant huit jours sous divers 
prétextes, furent rouvertes, Renée se hâta de fuir 
les lamentables scènes, qui se renouvelaient sans 
cesse sous ses yeux. Elle arriva à Montargis le 
31 août. La maladie, les continuels soucis, les 
chagrins avaient profondément miné sa santé. Elle 
ne fit plus que languir, et mourut le 15 juin 1575. 
La duchesse à peine expirée, la possession de la 
Seigneurie de Montargis donna lieu à un conflit 
entre Alphonse II, duc de Ferrare, son fils, et sa 
fille la duchesse Anne de Nemours, qui en obtint 
l'usufruit, sa vie durant. Le fief devait faire retour 
ensuite à la Couronne. 

Renée de France a-t-elle été, ainsi que la repré- 
sentent certains écrivains, la protectrice des arts 
et des sciences ? Il est permis d'en douter « les 

1 Hommes et Dieux, p. 432. 



- 58 — 

artistes, dit M. Rodocanachi, dont elle se plaisait 
le plus à rémunérer le talent, étaient les musiciens. 
Quant à ses nains, ils semblent avoir été sa grande 
préoccupation en ces années de vie triste et 
retirée, elle les costume avec soin et magnificence. 
Mais tandis qu'elle prodigue ses faveurs à des 
bouffons et à des saltimbanques, il n'est presque 
jamais fait mention dans ses registres soit d'un 
peintre, soit d'un sculpteur, soit d'un graveur de 
talent. » 

Le duc Hercule, son mari, sans se montrer un 
Mécène, favorisait davantage les artistes. Il fit 
venir à sa Cour, entre autres, et y traita géné- 
reusement Guillaume Boides, de Malines, et Lucas 
Cornelis, un autre Belge. Il encouragea aussi les 
peintres et les sculpteurs ferrarais- assez nom- 
breux à cette époque; sa bienveillance était la 
même à l'égard des écrivains et des poètes. C'est 
ce prince qui fit l'acquisition de la statue colossale 
d'Hercule, modelée par Giovanni Sansovino, qui 
ornait une des places de Ferrare. 

J. Pboost. 



59 - 



VARIÉTÉS. 



DÉMÊLÉS ENTRE LE GOUVERNEMENT ET LA COLLACE DE 

Gand. — Charles-Quint, en modifiant complètement les 
attributions et la composition de la Collace de Gand, crut 
avoir empêché pour toujours l'opposition que cette assem- 
blée aurait pu faire dans la suite aux propositions du gou- 
vernement. Il n'en fut rien cependant, ainsi que nous allons 
le voir à Finstant. 

L'ancienne Collace, qui était la chambre populaire par 
excellence, « representerende tgansche ghemeente ende 
tgheheele lichame van de stede, » se composait, avant 1 540, 
de trois catégories de citoyens : les notables ou rentiers 
ipoorters), les petits métiers, et les tisserands avec les 
métiers qui en dépendaient. Charles-Quint supprima cette 
Collace (]u'il remplaça par une assemblée dont les membres, 
d'après l'article 67 de la concession Caroline du 30 avril 1540, 
étaient nommés par le grand-bailli et les vingt-six échevins 
de la ville de Gand. 

Cette nouvelle assemblée qui, comme l'ancienne, avait 
principalement dans ses attributions tout ce qui concernait 
les finances, telles que les questions d'impôts, de contribu- 
tions et de subsides, comprenait les échevins sortants des 
deux dernières années et quarante-deux notables, notabele 
poorters, pris dans les sept paroisses de la ville : 

« ...de tivee laetste loetien, mitsgaeders sesse notabele 
poorters van elche van de seven parochie onser voorseyde 



— 60 — 

stede te loetene Sint-Jans, Sint-Jacohs, Sint-Nicolaes, Sint- 
Michiels, Onze Vrouioe, Eckerghem ende t'Heylich Cryst... » 

Soit donc cinquante-deux anciens échevins et quarante- 
deux notables, faisant ensemble nonante-six membres. Les 
membres de la Collace qui, dûment convoqués, négligeaient 
d'assister aux séances, étaient, d'après le même article 67, 
condamnés à une amende de trente carolus d'or et au ban- 
nissement du territoire de la Flandre. 

Ces bourgeois, auxquels certes on ne pouvait reprocher 
de professer des idées subversives ou contraires à l'ordre 
de choses établi, n'entendaient pas cependant se soumettre 
aveuglément aux ordres du gouvernement et voter, sans 
discussion ni examen, les propositions soumises aux délibé- 
rations de la Collace. 

Il arrivait fréquemment qu'en dehors des propositions, 
mises à l'ordre du jour par le gouvernement, ils s'occu- 
paient dans les séances d'autres questions -qui leur parais- 
saient également être d'ordre public . Parfois aussi la 
Collace émettait des vœux ou envoyait au gouvernement 
des observations concernant tel ou tel objet intéressant la 
ville de Gand. 

Pour mettre lin à cette « praticque très irrégulière, pré- 
judiciable et scandaleuse, » la gouvernante générale des 
Pays-Bas publia, le 27 juillet 1727, un décret ordonnant 
aux membres de la Collace de se renfermer strictement, 
lors des réunions de cette assemblée, dans la discussion 
des objets mis à l'ordre du jour, et leur défendant en outre 
de « faire des réprésentations à sa Majesté » : 

« Marie-Elisabeth, par la grâce de Dieu, princesse royale 
de Hongrie, etc., gouvernante générale des Pays-Bas. 

« Estant informée que depuis quelques années il s'est 
introduit dans l'assemblée de la Collace de la ville de Gand 
une praticque non seulement très irrégulière, mais aussi 
très préjudiciable et scandaleuse, en ce que, lorsque la- 



— 61 — 

dicte assemblée est convoquée selon qu'il est statué par le 
soixante septiesme article de la loy Caroline édictée pour 
ladicte ville, quelqu'uns des notables bourgeois qui en font 
partie se sont avancés et s'avancent encore fréquemment 
d'édicter des propositions et des raisonnements longs et 
vagues, nullement concernant la matière proposée, ce qui 
ne peut tendre qu'à troubler et détourner les impressions 
que pourraient faire les sentimens des biens intentionnés 
et à en inspirer d'autres, contraires au service de sa 
Majesté, au bien de ladicte ville, ou de la province, et à la 
tranquillité publicque. 

« Nous, pour remédier à cet abus et en prévenir les 
pernitieuses suittes, avons ordonné et ordonnons que ladicte 
assemblée estant convocquée sur le pied et en la manière 
réglée par ledict soixante septiesme article de la Caroline, 
ceux qui la composent se tiennent dans l'attention requise 
et que suivant la lettre et l'esprit du prédict soixante sep- 
tiesme article, ils résoudent précisément sur la proposition 
qui aura esté faite, sans que doresennavant aucune dicta- 
ture puisse estre admise ni soufferte pour, après, la conclu- 
sion estre prise à la pluralité des voix. 

« Mais si quelqu'uns croient avoir des représentations à 
faire concernant le service de sa Majesté, l'avantage de 
ladicte ville ou de la province, ils pourront nous les addres- 
ser et nous y disposerons selon qu'il appartiendra. 

« Et afin que notre présente ordonnance sorte son plein 
et entier effet, nous ordonnons qu'elle soit lue à haute voix 
à la prochaine assemblée de ladicte Collace, ensuite enre- 
gistrée; ordonnons, en outre, au grand-bailly, eschevins 
et conseils de la ville de Gand de l'observer et faire poun- 
tuellement observer, sans qu'aucuns y contreviennent, sous 
peine de punition selon l'exigence des cas. 
« Fait à Bruxelles, le 27 juillet 1727. 

« Makie-Elisabeth. 
« Gaston Cuveliee. » 



— G2 — 

Ce décret est transcrit au folio 276, Registre AAA, des 
archives communales. 

Malgré la sévérité des prescriptions du décret du 27 juillet 
1727, des difficultés surgissaient encore à tous moments 
entre les membres de laCollace et le gouvernement. Celui-ci 
rendit le 26 février 1759 un nouveau décret déclarant que 
dorénavant les échevins sortants des deux dernières années 
ne feraient jdIus partie de cette assemblée qui se compose- 
rait uniquement des quarante-deux notables à choisir dans 

les sept paroisses de la ville. 

Pkosper Claets, 



Souscriptions militaires pour la construction de 
l'église des Jésuites a Gand. — Dans la première 
livraison de son Inventaire des Archives de la ville de Oand, 
consacrée aux « Etablissements religieux, » M. Victor 
Vander Haeghen, notre savant archiviste communal, analyse 
toute une série de documents relatifs aux subsides et aux 
faveurs de toutes sortes accordés par les échevins de la 
Keure aux Jésuites qui, en 1584, étaient venus s'établir 
définitivement à Gand et y avaient fondé un couvent. 

Les premiers subsides, tant ceux octroyés par la ville 
que ceux donnés libéralement par le gouvernement, ser- 
virent en grande partie à acquérir les vastes propriétés 
comprises entre la rue des Foulons, la rue longue du 
Marais, la rue courte du Marais et la rue de la Crapaudière. 
C'est sur leur emplacement que les Jésuites construisirent 
leur couvent, leur collège, leur église et leur sodalité. 

Indépendamment de ces subsides, les échevins avaient 
créé en faveur de l'ordre des Jésuites plusieurs impositions 
communales spéciales qui étaient devenues permanentes et 
figuraient par conséquent tous les ans au chapitre des 
dépenses de la ville. C'est ainsi que par délibération du 



— 63 — 

5 décembre 1605 une somme de 6000 livres tournois, une 
fois payée, est accordée aux Jésuites pour la construction 
de leur église, et que par délibération du 17 mai 1607 les 
échevins décident de payer pour le même monument une 
somme de 50 florins par semaine. Le 16 novembre 1610, les 
archiducs Albert et Isabelle créent un impôt sur le grain 
et sur le vin, et plus tard sur la bière, en faveur des Jésuites, 
aux fins de leur permettre d'achever la (;onstruction et 
l'ameublement de leur église. 

Toutes ces faveurs officielles ne suffisant pas encore, ces 
religieux s'adressèrent également à la bonne volonté et à la 
générosité des particuliers. La bourse même des simples 
soldats, ordinairement fort peu garnie, fut mise à contri- 
bution par les révérends pères. Aux archives de l'Etat 
à Gand se trouvent deux listes de souscription qui furent 
mises en circulation dans des compagnies tenant garnison 
en Flandre, au profit des Jésuites « pour ayder au basti- 
ment de leur église. » 

Voici le texte de ces deux pièces que nous transcrivons 
littéralement : 

« Nous soubsignés soldats de la Compagnie de Monsieur 
le maître de camp de Aranda, confessons et reconnaissons 
avoir librement et de notre france volonté donné aux pères 
Jésuites de la ville de Gant un demi mois de nos gages à 
rabatre sur nostre décompte total qui nous est deu par le 
Roy, sans que toutefoys on ne nous le doibt rabatre des 
mois de gage que nous donnerait, si non le prendre sur 
nostre dernier décompte lequel demi mois de gage donnons 
pour ayder au bastiment de leur église. » 

« Fait à Damme, tesmoing François Vander Straeten et 
Jaspard Brac, le 11 de juing 1607. » 

Suivent les signatures et les marques de ceux qui ne 
savent pas écrire. 

« Nous soubsignez officiers et soldats en la compagnie du 



— 64 — 

capitaine Josse de Malclegliem, gia(?) du terce' de mons. 
Varanda, Item aucuns de la gia(?) compagnie du capitaine 
Hadrien Blomme au mesme terce, certifions avoir donné 
comme (soubs le congé de leurs Altesses sérénissimes) 
donnons par ceste, à l'avancement et fondation du temple 
des Pères Jésuites en Gandt, chascun un demi-mois de 
gaiges à prendre sur le ramat et contes linaulx de tous ce 
que nous est deu de sa Majesté sur leurs Altesses sérénis- 
simes, à condition toutes fois qu'on ne le rabate sinon au 
bout de la totale satisfaction de nos gaiges. » 
« Fait à S'-Donas ce 29 juin 1G07. » 
Suivent également les signatures et les marques. 

Presque tous les noms qui se trouvent au bas de ces deux 
pièces sont des noms français ou wallons. Quant aux 
marques, ce n'étaient pas, ainsi qu'on a coutume de le faire 
aujourd'hui, de simples croix placées à côté des noms des 
illettrés. Chaque marque, tracée évidemment par une main 
exercée, avait un aspect différent et représentait soit un 
rond, soit un losange, soit un carré ou tout autre signe. 

La première de ces deux listes de souscription portait 
un plus grand nombre de signatures et de marques. Cette 
différence provenait, à n'en pas douter, de ce que les offi- 
ciers de l'une des deux compagnies mettaient une plus 
grande insistance à engager les hommes sous leurs ordres 
à abandonner un demi-mois de leur solde. 

Pour ce qui est du plaisir qu'éprouvaient les soldats à 
renoncer ainsi « volontairement et de france volonté, » à 
une partie de leurs maigres gages, nous croyons qu'il était 
aussi grand et aussi sincère que celui des échevins de la 
Keure lorsque, malgré leurs réclamations ^, ils devaient sur 

1 Espagnol Tercio, bataillon. 

2 Victor Vander Haeghen, Inventaire, XL; LIX; LXI; CXVIII 
et s. CXXVIII etc. — Pages d'Histoire locale gantoise. Deuxième 
série, chapitre VIL 



— 65 — 

l'ordre du gouvernement puiser dans la caisse communale 
pour y preridre les fonds à remettre, sous forme de subsides 
ou sous forme d'impositons locales, à la communauté des 
Jésuites. 

Quant à l'église des Jésuites, elle fut loin de répondre 
à l'attente des autorités et des particuliers qui avaient 
fourni les fonds nécessaires à sa construction. Dans un 
rapport présenté, le 19 février 1631, parles délégués des 
échevins de la Keure sur l'emploi que les Jésuites avaient 
fait des fonds mis à leur disposition, on lit la phrase 
suivante au sujet de l'église : 

« Plusieurs regrettent que la structure et architecture 
d'icelle n'est si belle qui conviendrait })our l'ornement 
d'une ville tant principale de Flandres. » 

L'église des Jésuites, qu'on commença à bâtir en 1606, 
occupait l'emplacement de l'ancienne habitation de Hem- 
byze, rue des Foulons. Elle fut vendue comme bien national, 
le 1 novembre 1798, à un certain Charles Manilius qui la fit 
démolir. La tour de l'église resta debout jusqu'au mois 
d'octobre 1801. 

Pkospee Claeys. 



Relation d'un voyage a Gand en 1799. — En 1799, un 
fonctionnaire français, du nom de Barbault-Royer, fut 
chargé par son gouvernement défaire une tournée d'inspec- 
tion dans les départements du Nord de la république. Il 
publia la relation de son voyage en un volume ([ui parut 
l'an VIII à Paris, sous le titre de Voyage dans les Dépar- 
temens du Nord, de la Lys, de V Escaut etc. pendant les 
années VII et VIII, par le citoyen Barbault-Royer, ex- 
Haut- Juré de Saint Domingue ' . 

1 Bibliothèque de la ville de Grand. Acer. N° 9302, 



— 66 — 

A la différence d'un grand nombre de ses compatriotes, 
l'auteur parle en général de notre pays d'une façon fort 
élogieuse. En ce qui concerne spécialement la ville de 
Gand, la description qu'il donne de nos monuments et de 
nos places publiques, les progrès qu'il constate dans le 
développement du commerce et de l'industrie, tout dans ce 
volume revêt un tel caractère de bienveillance que le lecteur 
nous saura gré, croyons-nous, d'avoir tiré de l'oubli les 
notes de ce voyageur qui visita notre ville il y a près d'un 
siècle. 

Barbaiilt arriva à Gand, dont il nomme les habitants les 
Gantais, le 20 thermidor an VIII (7 août 1799). Il se 
rendit le même soir au grand théâtre où l'on donnait les 
Prétendus, opéra de Lemoyne ; l'exécution lui parut remar- 
quable. Voici ce qu'il dit de la salle de spectacle dont 
quelques très vieux Gantois — ils deviennent rares — ont 
conservé le souvenir : 

« La salle de spectacle n'a aucune apparence au dehors, 
elle est située dans un coin obscur de cette place du hanter, 
et son entrée ressemble assez à celle d'une écurie. Les 
billets se paient en monnaie Empire. Cette salle est petite; 
les loges étroites; la décoration générale est très simple, 
mais agréable ; la couleur qui y domine est celle d'un jaune 
de lumière, sur laquelle sont tracées des guirlandes de 
fleurs. » 

Cette salle de spectacle, bâtie en 1737 par la confrérie 
des archers de Saint-Sébastien, eut un siècle d'existence. 
Elle fut démolie en 1837 et sur son emplacement on éleva 
le grand théâtre actuel qui fut inauguré le 30 août 1840 *. 

En parcourant les rues et les places publiques de Gand, 
Barbault est frappé de l'architecture toute spéciale des 

1 Histoire du Théâtre à Gand. Tome I et tome III, 



— 67 — 

maisons particulières qui lui rai^pellent les habitations de 
Madrid, de Burgos et des autres villes de l'Espagne. Il leur 
trouve « la même forme, le même extérieur et la même 
distribution. » Ce qui a également frappé notre voyageur, 
c'est Taspect extérieur des maisons dont toutes les façades, 
à l'en croire, se distinguent par la variété des couleurs em- 
ployées pour les peindre. 

« Toutes les maisons sont peintes de diverses couleurs, 
ce qui présente l'aspect flatteur d'une ville tout en décora- 
tion, et préparée pour une grande fête. » 

Il est probable que ce sont les diverses nuances de blanc 
telles que le jaune, le gris, le rose, le bleu pâle qui cou- 
vraient les façades des maisons, et les couleurs diverses 
employées à peindre les portes et les fenêtres, qui auront 
frappé le fonctionnaire français et l'auront engagé à écrire 
les lignes ci-dessus. 

Il décrit le mouvement que présentent les rues et les 
quais de la ville de Gand, dont le commerce ne peut (]ue 
s'étendre grâce aux nombreux cours d'eau qui la mettent 
en communication avec l'intérieur, avec les pays voisins et 
avec la mer : 

« Le coup d'œil de cette activité est admirable et c'est 
le long de ces superbes (]uais qu'il faut surtout la consi- 
dérer. 

« Que de sujets d'orgueil et de splendeur ; que de moyens 
de grandeur et de prospérité! 

« Gand, par son heureuse situation, le disputera un jour 
à toute la prospérité commerciale que se promet Anvers. » 

Il s'occupe d'une façon toute spéciale de la rue des 
Champs, qu'il appelle la rue S' Weld, probablement du 
mot Veld, dont il fait le nom d'une sainte, de Veld- 
straat. 



— 68 — 

a La rue S^ Weld est la plus riche de celles de Gand 
par l'exposition de tous les produits précieux de ses fa- 
briques ; elle n'est composée que de boutiques qui étalent 
tout ce que le goût et le luxe ont pu inventer de plus somp- 
tueux et de plus élégant. » 

Après avoir écrit que « Gand est superbement bâtie, 
que toutes les rues y sont propres, larges et bien pavées et 
que l'aspect des maisons y est magnifique, » Barbault rend 
compte des visites qu'il a faites à nos principaux monu- 
ments tels que la cathédrale de Saint-Bavon, le Beffroi, 
l'Hôtel de Ville, le Château des Comtes, le Jardin bota- 
nique, l'Ecole centrale, etc. 

Sou appréciation de la distribution intérieure de l'Hôtel 
de Ville est encore exacte, en grande partie, malgré les 
changements qu'on y a apportés depuis lors : 

« Différents passages assez étroits conduisent aux di- 
verses parties de ce double monument,' et un étranger 
s'égarerait dans ce labyrinthe si l'on n'avait un guide ou si 
l'on ne faisait attention aux inscriptions multipliées qui 
sont fixées sur le haut de ces corridors sans nombre. » 

Pour lui l'extérieur du Château des Comtes, est : 

« Un massif de pierres posées péniblement les unes sur 
les autres sans goût et sans symétrie, et d'un aspect sau- 
vage et repoussant. » 

Et plus loin, en parlant du même monument : 

v( Ce palais des Comtes était autrefois un fort avec un 
temple dédié à Mercure que César avait fait construire. 
L'on dit que ce château contient près de trois cents 
chambres. Charles-Quint passa une partie de sa jeunesse 
dans ce château. » 

Barbault confond ici le Château des Comtes avec la Cour 
du Prince, het PrinserJiof, presqu'entièremeut démolie ou 



- 69 - 

transformée à cette époque. L'auteur n'est pas plus heureux 
clans ses appréciations historiques quand il écrit : 

« Dans les tems que les villes de France n'étaient qu'un 
amas de boue et de terre, Gand était déjà en 1007 assez 
vaste, fort et bien bâti; et sa population, dès lors, si 
respectable que sous le comte Louis de Maie, en 1380, l'on 
trouve à enrôler dans l'intérieur seul de ses murailles 
80,000 combattants. » 

Quelque flatteuses que ces lignes soient pour notre 
amour-])ropre national, il nous faut en rabattre cependant 
quel(j[ue peu et ramener notamment à 8,000 le nombre de 
80,000 combattants que la ville de Gand pouvait mettre 
en ligne au quatorzième siècle. 

Pendant son séjour à Gand, Barbault a rencontré un des 
nombreux cortèges patriotiques qui, à cette époque, cir- 
culaient dans les rues sous tout prétexte '. Celui dont il 
parle se dirigeait vers l'église de Saint-Michel convertie en 
temple de la loi : 

« Je rencontrai le cortège considérable de tous les fonc- 
tionnaires du Département de l'Escaut qui, précédé de 
fanfares, de banderolles et suivi d'un corps de cavalerie, 
s'avançait avec pompe vers le temple de la loi pour célébrer 
les victoires remportées sur les Anglais par les Républi- 
cains aux ordres de Brune. » 

Il décrit le désordre qui pendant la cérémonie régnait 
dans le temple de la loi, où tous les citoyens se tenaient, le 
chapeau sur la tête, criant et faisant du tapage à ne pas 
s'entendre : 

« La musique entonna quelques airs civiques. L'on fit, 
suivant l'usage, de ces discours qui ne sont entendus de 

*■ Pages d'Histoire locale gantoise. Tome I, chapitre VI. 



— 70 — 

personne; et l'on revint à la maison communale clans le 
même ordre et au bruit de tous les carillons. » 

Barbault ne se lasse pas de faire l'éloge des nombreux 
établissements industriels qui font la richesse de la ville 
de Gand : filatures de coton, blanchisseries, moulins à 
papier, savonneries, fabrique de cartes, corroyeries, faïen- 
ceries, fabriques de rubans, de Casimir, de serge, etc. 

Par contre il critique fortement Tabsence de goûts litté- 
raires qu'il semble avoir rencontré chez les Gantois, trop 
absorbés, dit-il, par les multiples besoins de leur commerce 
et de leur industrie. 

Après avoir visité Gand, l'auteur des « Voyages dans les 
Départements du Nord » se rendit à Bruges par le canal 
qui relie ces deux villes. Il s'occupe longuement de la 
barque, traînée par des chevaux, qui transporte les voya- 
geurs d'une ville à l'autre : 

« Cette barque, d'une construction aussi élégante qu'elle 
présente d'aisance et d'étendue, peut contenir dans l'entre- 
pont seul près de cent personnes. Il se trouve aux extré- 
mités de cette barque deux petits salions décorés avec une 
sorte de magnificence. » 

Il se montre enchanté de la cuisine qui, de tous temps, 
a joui d'une excellente réputation près des gourmets de 
Gand et de Bruges. 

Ainsi que nous l'avons dit en commençant, nous avons 
été frappé des phrases élogieuses qui se rencontrent à tous 
moments sous la plume de l'auteur. Mais quand il parle 
du mouvement extraordinaire qui règne dans les rues et 
sur les quais de la ville de Gand, du grand nombre de 
navires qui sillonnent ses cours d'eau, des fabriques et des 
usines qui font la richesse industrielle de la cité, du luxe 
et de l'élégance de ses magasins, ne faut-il pas voir dans 



— 71 - 

cette description, évidemment exagérée, l'opinion d'un 
fonctionnaire, désireux de prouver que la Belgique, loin 
d'avoir à se plaindre d'être annexée à la France, doit au 
contraire à cette union forcée une ère nouvelle de bien- 
être et de prospérité ? 

L'ouvrage de Barbault est un livre de propagande poli- 
tique plutôt qu'une simple relation de voyage rédigée par 
un touriste. 

La Biographie nouvelle des Contemporains, qui parut à 
Paris en 1821, consacre un article à Barbault-Royer, 
« homme de couleur qui figura dans l'insurrection de Saint- 
Domingue. » Il écrivit dans plusieurs journaux, mais fut 
plus particulièrement attaché au Rédacteur, journal offi- 
ciel du Directoire. Il occupa un emploi au ministère des 
relations étrangères. 

C'est en cette dernière qualité qu'il fit son voyage dans 

les provinces du Nord et notamment dans les Flandres et 

dans une partie du Hainaut. 

PiiOSPER Claeys. 



Deux autographes. — Rubens exécuta pour les Pères 
Augustius à Malines un tableau représentant la sainte 
Vierge, avec sainte Appolline et autres Vierges, 

Voici la quittance qu'il donna à cette occasion : 

« Den onderscreven bekent ontfangen te hebben uyt de 
handen van den Eerw. Paeter der Augustynen binnen 
Mechelen de somme van sesse hondert guldens eens in be- 
taelinghe van syn schilderye verbeeldende de H: Maeget 
Maria, S: Apolonia en andere Maegden. 

« Actum 3 aprilis a» 1629. 

« PiETER Pauolo Rubens . » 

Où ce tableau se trouve-t-il aujourd'hui? 



— 72 — 

Voici un second autographe, il est de Martin Joseph 
Geeraerts : 

« Reçeu de Monsieur Henry Geelhand de Mercxem pour 
compte de Monsieur Du Bois à Gand, l'import de deux 
tableaux peint en bas-relief par le soussigné à quatorze 
Ducats de la pièce ordres susdit monte ensemble avec 
l'emballage cent cinquante deux florins et douze sols 
argent de change ci-dessous spécifié. 

1755. 

17 juin. Pour deux Bas reliefs a 14 ducats pièce ... FI. 141.8 

Ditto. Pour l'emballage . > 1.4 

Total . . FI. 142 .12 
£. 23:15:4 de change. 

« Cel ci est double un seul pour acquit. 
« Anvers le 4 avril 1755. 

« Martin Jos: Geeraerts. * » 

D'après feu Siret dans la Biographie Nationale, Geeraerts 
naquit à Anvers en 1707 et y mourut en 1791. Il était 
élève d'Abraham Godyn, et acquit une très grande noto- 
riété dans la peinture des bas-reliefs en camaïeu. Sa répu- 
tation fut telle que plusieurs souverains lui firent dans ce 
genre, des commandes spéciales. Le prince Charles de 
Lorraine et sa sœur Anne visitèrent son atelier le 22 août 
1750. En 1742, il fut un des six artistes qui s'engagèrent à 
remplir gratuitement les fonctions de directeur professeur 
de l'Académie qui se trouvait dans une situation pré- 
caire. Lors de sa mort, ses obsèques qui eurent lieu le soir, 
se firent avec beaucoup de solennité ; plusieurs de ses gri- 
sailles se trouvent aux musées d'Anvers, de Vienne et de 
La Haye. Geeraerts ne paraît pas avoir eu de rival dans le 
genre qu'il avait adopté. Emile V. 

1 Ces deux autographes se trouvent parmi nos papiers personnels. 



— 73 — 

La Reddition d'Anvers (1832). — Nous détachons la 
page qui suit, d'un récit du siège d'Anvers donné par la 
Revue de Paris d'ai)rès le Journal du maréchal de Castellane. 
Il y a peu d'années, l'attention était ramenée sur ce siège 
par la publication de lettres intéressantes du duc d'Orléans. 
Toutes ces pages sont flatteuses pour le général Chassé, et 
il y a quelque chose de touchant aussi dans celle que 
nous reprenons, et dans le plaisir qu'avaient à se revoir, 
après la reddition de la place, d'anciens compagnons 
d'armes qui la veille se combattaient : 

« J'ai vu, dit Castellane, le général Chassé dans sa petite 
casemate où, malgré les blindages qui remplissaient l'ou- 
verture de la fenêtre, il est tombé des éclats de bombe. C'est 
un vénérable vieillard de soixante-cinq ans qui a l'air d'en 
avoir bien davantage; il a cinq pieds huit pouces, est im- 
potent de corps, mais fort sain d'esprit. Il m'a donné sa 
parole d'honneur que, depuis deux ans (époque de sa prise 
de commandement de la citadelle), son projet était de se 
faire sauter avec les assiégeants si on y entrait. Une lettre 
de son roi, auquel il n'en avait rien dit mais qui l'avait 
su, l'en a empêché. Je lui ai exprimé mes regrets que la 
capitulation m'eût privé de l'honneur de monter à l'assaut ; 
il m'a répondu : « Ni vous ni moi ne serions ici : nous 
aurions fait l'un et l'autre un voyage vers l'Etre suprême ; 
si l'on avait pénétré dans la place par la brèche, le feu 
aurait été mis dans le magasin à poudre. » Il m'a demandé 
si nous étions contents de ses carabiniers ; je lui ai répondu 
que ses fusils de rempart nous avaient fait du mal. Il m'a 
répliqué : « Vous êtes dans l'erreur ; les fusils de rempart 
ne valent rien. Je n'en avais pas ; on a tiré avec des cara- 
bines. » Il m'a parlé de sa reconnaissance pour la manière 
dont le maréchal Gérard le traite après la capitulation. 

« Le général Chassé était à table avec plusieurs de ses 
officiers ; il m'a offert du vin de Champagne, et j'ai bu à sa 



— 74 — 

santé. Ce brave homme m'a raconté le coup hardi par 
lequel, étant dans l'armée de Pichegru, en 1795, il s'est 
emparé de la ville hollandaise de Bommel. 

« Un capitaine du 25" de ligne, de garde à la citadelle, 
nommé Lefoy, qui a été capitaine des grenadiers au 28* de 
ligne dans la brigade du général Chassé, de la division 
Sébastiani, en Espagne, m'avait prié de le lui dire : il 
désirait revoir cet homme de cœur. Le général Chassé l'a 
fait venir et l'a embrassé ; son aide-de-camp, le major 
Dehouty, qui l'était également à cette époque, lui a donné 
la main. Le général Chassé s'est plu à causer avec ce capi- 
taine de sa brigade d'alors, de son titre de « général Baïon- 
nette, » dont il est très fier, et de ce qu'un jour, dans un 
bivouac, en sommeillant, il entendit dire aux soldats : 
« Le général va brûler ses bottes, il faut éloigner le feu. » 
D'autres, trouvant sa tête trop basse, mirent leur sac 
dessous. Il ne couchait jamais dans un château quand sa 
troupe était au bivouac, mais près de ses soldats. Le capi- 
taine Lefoy m'a dit : « C'était un brave, toujours à notre 
tête. » Je les ai laissés ensemble ; le général Chassé est en- 
chanté de cette rencontre. Cet officier général m'a traité 
avec la plus grande politesse, et a paru satisfait de mes 
compliments sur son héroïque défense. J'avais fait deman- 
der au général Chassé, par un capitaine de sa nation, 
l'agrément de me présenter à lui. 

« Il a été piquant pour moi, en sortant de trinquer avec 
Chassé, de dîner chez le roi Léopold. Ce souverain aime 
à causer et écoute bien. Je l'ai connu beaucoup autrefois à 
Paris. Après le festin, le roi des Belges s'est entretenu, une 
heure durant, avec moi de choses et d'autres ; cela m'a 
donné une considération singulière vis-à-vis des courti- 
sans, qui attendaient, en cercle, avec impatience, l'instant 
de parler à leur maître pour en solliciter quelques grâces. 

« A ce dîner, j'étais placé entre le général Chasteler, 



— 75 — 

grand éciiyer, et le colonel Buisen, commandant d'Anvers, 
qui m'a dit : « La plaie de la France, comme celle de laBel- 
« gi<iiie, ce sont les avocats, avec cette différence (|ue dans 
« ce dernier pays, ils sont plus bêtes. » Le roi Léopold a fait 
écrire au général Rapatel la lettre la plus flatteuse, afin de 
l'engager à entrer à son service comme général de division ; 
ce qu'il a refusé.... » 



Le Gras de Bercagny. — Le Messager des sciences, 
publiait en 18S4 (p. 117) une lettre de l'an XTI de Beyts, 
alors commissaire du Gouvernement près le Tribunal d'ap- 
pel de Bruxelles dont il devait plus tard devenir le prési- 
dent, lettre où il était question de sacrifices à faire pour 
l'obtention de concessions d'endiguement dans les polders 
du département de l'Escaut. Il est question dans ce curieux 
document, de L. G. stipulant pour R. de S. J. d'A., et une 
autre lettre citée en note fait connaître que les premières 
initiales désignaient un Le Gras , tandis que les autres ne 
pouvaient s'appliquer qu'à Regnaud de Saint- Jean d'Angely, 
alors président de section au Conseil d'État, par le canal 
duquel la concession devait être obtenue. « J'ai fait écrire 
« confidentiellement par L. G. d'ici, à son ami pour savoir 
« bien authentiquement, bien directement son intention. 
« Ce qiiil faut? 'pour qui il faut? combien il faut? — Ou 
« même s'il faut quelque chose. » Et plus tard, lorsqu'il 
s'agit de l'expédition des titres aux actionnaires, « chacun 
selon son droit, » Beyts écrit encore : « Le Gras pour 
R. de S. J. d'A. et pour lui-même insistent [sic) et re- 
viennent toujours là-dessus. Je vous dirai en son temps 
sous quel nom ils désirent se déguiser. » 

Qu'était ce Le Gras? L'auteur de patientes recherches 
dans les archives, nous communique ce renseignement. 



— 76 — 

« Le Gras de Bercagny était un prêtre défroqué qui avait 
épousé la femme divorcée de d'Eprémesnil de Maréfosse, 
cousin du célèbre parlementaire. Après son passage à 
Bruxelles, la protection de Regnaud de Saint- Jean d'Angely 
le fit nommer directeur de la police du royaume de West- 
phalie. Il fut préfet de la Côte d'or pendant les Cent Jours. » 

D. 



MÉMOIRE DE HOVTNNES SUE LE GOUVERNEMENT DU PaTS- 

Bas. — Nous avons parlé dans ce recueil, 1895, p. 340, 
du « Brieve mémoire de la forme des ressorts du Gouverne- 
« ment des provinces du Pays-Bas soubz Tobéissance de 
« Sa Majesté, dressé par le chef Président Hovyne en 1662, 
« envoyé au Roy » dont le texte se trouvait compris dans 
un manuscrit récemment acquis par la Bibliothèque de 
de l'Université de Gand : Acten en décrète^. Et nous avons 
fait quelques rapprochements entre ce texte et une édition 
sans nom d'auteur publiée à Leyde, et (jui avait été signalée 
déjà comme moins complète que l'œuvre primitive du Pré- 
sident Hovinnes telle que nous la donnent les manuscrits. 

La bibliothècjue de Gand possède un autre manuscrit 
du même écrit, avec remarques ou annotations du conseiller 
Wynants (Ms. n° 540; au Catalogue imprimé, n° 40). Nous 
y avons retrouvé le même texte que celui-ci du tome IV, 
des Acten en decreten. Et spécialement, sur le passage que 
nous avons transcrit à la p. 341 comme supprimé à l'im- 
pression et relatif aux conditions que mettaient les États 
de Brabant au vote des aides et subsides, nous avons lu 
cette note intéressante de Wynants : 

« ...J'ignore comment les choses allaient du temps du 
chef Président Hovinnes, mais je sçai bien qu'on ne ren- 
contre pas tant de difficultés quand les ministres sont 
habiles et sçavent par leurs conduite et manière engager 



— 77 — 

les cœurs et les esprits des sujets. D'ordinaire ils voudraient 
bien haut à la main et sans peine obtenir les consentements. 
Cela est aisé et l'on se fait un mérite auprès du Prince à 
bon marché. J'ay vu le Marquis de Grana, assurément le 
Gouverneur Général le plus capable que j'ay connu, échouer 
de cette manière et s'attirer une émotion populaire en 
chacun des trois chefs villes de Brabant. J'ay vu au contraire 
le Marquis de Gastanaga qui n'avait que moitié de la capa- 
cité de Marquis de Grana, gouverner près de six ans en paix 
sans émotion, et obtenir tous les consentements demandés 
par ses manières douces et gracieuses, sans la moindre 
atteinte à l'authorité et à la décence de sa représenta- 
tion » (p. 6). 

Un autre passage omis dans le texte imprimé est peu 
flatteur pour les Brabançons et se trouve assez durement 
réfuté par Wynants. Hovinnes y disait : 

« Les naturels de cette province de Brabant sont hautains 
et altiers, et sous prétexte de privilèges ont une inclination 
de caviller et de primer en toutes occasions les autorités 
Roïales, veillant continuellement à les empiéter, usurper ou 
diminuer, et pour ce ils affectent de traiter immédiatement 
avec le Prince, post-posant et enjambant le ministère ; ils 
sont mieux gouvernés par crainte que par amour, car 
ils ne sont tenus en crainte eux mêmes, abusent facilement 
de la bonté du Prince, et plus ils le voient faible et abaissé 
par le mauvais succès, plus ils s'élèvent. Pour obéir aux- 
quels inconvénients, il estconseillableque le Prince évite de 
traiter immédiatement, les renvoiant toujours aux ministres 
et Conseils à qui l'affaire peut toucher, aiin que par l'inter- 
position d'iceux, S. M. demeure à couvert de mépris et de 
toute surprise » (p. 39). 

Wynants écrit à la suite de ces lignes : 

« Le génie du chef-Président Hovinnes étant hautain et 
altier, il a taxé les Brabançons de son défaut et veut leur 



— 78 - 

faire un crime de ce qu'ils défendent et soutiennent les lois 
fondamentales et les privilèges légitimes accordés et jurés 
par le Prince. Et on dit hardiment que, de toutes les pro- 
vinces de S. M., il n'y en a aucune où le génie de la nation 
est plus traitable que dans celle de Brabant. Mais Hovinnes 
en était étranger * , de manière que (;'est ane calomnie de dire 
qu'ils sont mieux gouvernés par la crainte que par l'amour. 
Comme ce ministre s'étoit peu fait aimer, il préféroit la 
voye de la crainte, parce qu'il n'auroit pas réussi par celle 
de l'amour, plutôt successeur d'Auguste en ce point, que 
successeur de Jules Csesar. » 

Le même Mémoire touchant la forme du gouvernement 
du Pays-Bas existe en plusieurs exemplaires à la Biblio- 
thèque royale (voir Britz, Mémoire sur V ancien droit bel- 
gique, p. 257 et 302). D. 



Au SUJET d'une chatee a prêcher de Poperinghe. — 
La collection de vues photographiques qu'un éditeur de 
Paris, L. Boulanger, a publiée sous le titre de Album 
universel^ donne une place importante et méritée aux villes 
de Belgique. Poperinghe même y a deux planches, l'une 
représentant son église Saint-Jean et l'autre une chaire 
de vérité que, par une singulière erreur, on y a intitulée : 
Chaire de Saint-Jean, et qui n'appartient point à cette 
église. Cette chaire, sculptée en bois de chêne, est soutenue 
par quatre anges. Sous la chaire figurent, au milieu, 
saint Charles Borromée tenant dans la main gauche le 
saint Sacrement; à droite, est saint Dominique incliné et 
tenant à la main un flambeau, à gauche saint Hyacinthe, 
agenouillé et portant dans le bras gauche une statuette de 

^ Il était né à Ypres. 



-- 79 — 

sainte Marie avec l'Enfant Jésus. Cette belle pièce de sculp- 
ture se trouve, non dans l'église de Saint-Jean, mais dans 
celle de Saint-Bertin. Elle provient d'une église des Domi- 
nicains de Bruges, et avait été vendue comme bien doma- 
nial lors de la Révolution Française (voir Inventaire des 
objets d'art qui ornent les églises et les établissements 'publics 
de la Flandre Occidentale . Bruges, 1852). D. 



Noms estropiés. — Un magistrat français, M. Berlet, 
vient de publier une étude : De la réparation des erreurs 
judiciaires (Paris, Rousseau, édit.). Dans un chapitre 
consacré à la législation étrangère, nous lisons les noms 
de : M. Massus, conseiller à Liège, pour Masius, Louis 
Huymans pour L. Hymans, et P. Holvart pour Holvoet. 
C'est beaucoup d'erreurs en peu de lignes. 

En voici autant portant sur des noms géographiques. 
Dans trois lignes de V Histoire d'' Angleterre, par Hume, 
continuée par Smolett, réimprimée à Bruxelles en 1845 
(Edit. du Trésor Historique), on trouve (XXIV, p. 111) : 
Dael pour Doel, le pays (THidat pour d'Hulst, et Cadsan 
pour Cadsand. 

Une erreur également curieuse mais d'un autre ordre, est 
celle de M. E. Picard dans le Journal des Tribunaux du 
15 mars 1896, où il parle de l'Autrichien Ihering, le juris- 
consulte dont M. de Meulenaere a traduit les principales 
œuvres. Il eût mieux fait de dire Aurichien, von Ihering 
étant né non en Autriche, mais à Aurich, à proximité de 

la mer du Nord et de la frontière des Pays-Bas. 

D. 



— 80 — 

Maître G., peintee tournaisien au XIIP siècle. — 
Ce peintre est mentionné dans une lettre adressée par 
Etienne, évêque de Tournai, à Evorède, abbé de Saint- 
Bavon ^ L'évêque dans cette lettre prie l'abbé de recevoir 
dans son monastère le tils d'un peintre de Tournai qui 
désirait y prendre l'habit monastique et de faire bon accueil 
à son père Maître G., qu'il avait chargé de remettre sa 
missive à l'abbé. Ce Maître G. qu'il qualifie son ami et son 
familier était un peintre renommé d'après l'éloge que 
l'évêque en fait; « Magister G., ditl'évêque, cuj us prêter 
honesfatem et mansuetudinem quihus preeminet, non solum 
apud nos, sed in locis plurihus et in ecclesiis ex magni/îcis 
operibus et insignibus artificiis mérita vigent, et in perpe- 
tuuin sut memoriam derelinqunt. » 

C'est de cette époque que datent, croit-on, les fresques 
découvertes dans le réfectoire de l'abbaye de Saint-Bavon ; 
il y a là une coïncidence qui mérite d'a4:tirer l'attention 
des iconographes. En tous cas, il ne serait pas impossible 
que ce maître eut décoré la chapelle bâtie sur le cimetière 
de l'abbaye en l'honneur de la Vierge, de l'apôtre saint 
Thomas, de saint Etienne et des saintes Agnès, Catherine et 
Marguerite, qui fut consacrée en 1 195 par l'évêque Etienne. 
Cette chapelle était située à la droite du chœur de l'église 
conventuelle ; elle fut démolie lors de la sécularisation de 
l'abbaye; à l'époque de la construction de la chapelle 
l'habitude de décorer de fresques les édifices religieux, 
était fort en usage, comme le prouvent les nombreux restes 
de peinture murale découverts à la cathédrale de Tournai ^. 

L. St. 



^ Cet abbé est connu sous le nom d'Everdée, d'après Van Lokeren, 
il gouverna l'abbaye de 1189 à 1206. 

2 Van Lokeren, Histoire de l'ahhaye de Saint-Bavon, p. 85. — V. la 
lettre de l'évêque de Tournai, dans la nouvelle édition de ses Lettres, 
publiée par l'abbé De Silve, p. 351. 



— 81 



CHRONIQUE. 



-c>t.A^X(J^3';>- 



La peinture a Chantilly. Écoles étrangères. — Tel est le titre 
d'une œuvre importante publiée par M. Gruyer, membre de l'Institut, 
et où quelques artistes flamands occupent une place qui nous la fait 
mentionner ici. M. le duc d'Aumale a, on le sait, réuni à Chantilly- 
une collection de tableaux des plus précieux. La description en est 
donnée dans l'ordre chronologique par M. Gruyer et enrichie, pour les 
quarante œuvres les plus importantes, d'héliogravures excellentes.' 
Pour quelques tableaux de la plus ancienne école flamande, les attri- 
butions sont parfois sujettes à quelque contestation malgré leur 
haut mérite. Tel vm admirable portrait du Grand bâtard de Bour- 
gogne, attribué à Roger Vanderweyden. La collection du château 
de Chantilly possède aussi des portraits en pied par Van Dyck de 
tout premier ordre : Gaston de France, duc d'Orléans, le comte Henri 
de Berghe, la princesse Marie de Barbançon, un portrait du Grand 
Condé par David Teniers le Jeune, d'autres par Juste d'Egmont, etc. ; 
outre quelques toiles de G. Vandevelde, de Ruysdael, de Honde- 
coeter, etc., et des vues de Chantilly peintes au siècle dernier par 
De Cort. Parmi les artistes de ce siècle, Leys se trouve représenté 
par une toile donnée au duc d'Aumale par la première reine des 
Belges. D. 

Au sujet de la mort de Bayle. — M. le professeur Nys, de l'Uni- 
versité de Bruxelles, qui consacre ses vacances à fouiller les collec- 
tions du British Muséum, y a trouvé le texte, que nous donnons 
ci-dessous, d'une lettre de Basnage au marquis de Prié, annonçant 
la mort du célèbre auteur du Dictionnaire Historique : 

« Il est mort en philosophe, écrit-il, ayant une parfaite indifférence 
pour la vie et nulle crainte apparente de la mort. Pendant quatre 
mois de phtisie, on n'a pu l'obliger à faire aucun remède, soutenant 



— 82 — 

que la vie ne valait pas la peine de les avaler; il a travaillé jusqu'au 
dernier moment, et écrivait contre M. Jacquelot, son adversaire, sur 
la nature du mal. Il composa jusqu'à minuit, et prétendait reprendre 
son travail le matin en se levant. On me vint pourtant avertir qu'il 
s'affaiblissait; mais avant que je pusse y arriver et que son feu fût 
allumé (ce qu'il attendait pour se lever), il mourut sans qu'on s'en 
aperçut. 11 m'a laissé la moitié de sa bibliothèque et l'exécution de 
ses dernières volontés. » 

Le British Muséum possède également de nombreuses lettres de 
Barbeyrac, le traducteur de Pufîendorf, à Desmaiseaux, qui a été 
l'ami de P. Bayle, dont il y est fréquemment question. Barbeyrac y 
déplore assez vivement son pyrrhonisme. M. Nys donne des extraits 
de ces lettres dans la Eevue de droit international (1895, p. 474). 

D. 

La peinture en Europe. — La Belgique *, par Georges Lafenestre, 
membre de l'Institut et Eug. Recbtenberger. — Tel est le titre d'un 
beau volume consacré aux chefs-d'œuvre de la peinture en notre 
pays, qu'ils soient conservés dans nos musées, dans les églises, ou 
dans des collections de particuliers. Les descriptions et jugements 
sont extraits des meilleurs auteurs. Des épreuves photographiques 
excellentes font connaître de la manière plus précise une centaine 
des meilleures de ces œuvres. Si ces illustrations sont d'un format 
moindre que celles de la récente description des musées de Bruxelles 
et d'Anvers dont il a été parlé dans le Messager des Sciences, 1895, 
p. 118, elles sont la plupart d'une exécution plus soignée et mieux 
réussie. Les clichés ont été choisis parmi les meilleurs de MM. Levy 
de Paris, Hermans d'Anvers, Hanfstœngl de Munich, pour les musées 
de Bruxelles et d'Anvers. Pour les autres villes, les auteurs ont puisé 
dans une importante collection de photographies de M. Chabrier, 
parmi lesquelles on doit citer comme morceaux inédits les volets de 
Memling à l'hôpital Saint-Jean, ceux des triptyques de Gérard-David 
au musée de Bruges, le martyr de Saint-Liévin, le Memling nouvelle- 
ment acquis par le musée d'Anvers, etc. « Si nous n'avons pas donné 
telle œuvre intéressante, disent les auteurs, comme par exemple le 
Vander Meire de Gand (de la cathédrale de Saint-Bavon), c'est que 
les autorisations nécessaires nous ont été refusées; si d'autres 
planches comme celles du Camhijse de Bruges sont un peu défec- 

^ Ouvrage orné de cent x-eproductions photographiques. 



— 83 — 

tueuses, c'est qu'il n'a pas été permis de déplacer la peinture ; enfin 
pour des raisons matérielles, bien des tableaux ne peuvent être 
reproduits en typogravure malgré l'habileté des artistes... » Dans 
les pages consacrées à Gand, les auteurs n'ont pas négligé les 
peintures de l'ancien réfectoire de l'hôpital de la Byloke, les plus 
anciennes peintures murales connues en Belgique (voir Messager des 
Sciences, 1834, p. 20 ; 1840, p. 224 ; 1893, p. 498). L'utile et intéressante 
publication de MM. Lafenestre et Rechtenberger contribuera à faire 
mieux connaître nos richesses artistiques des touristes et étrangers, 
et des belges eux-mêmes. D. 

Musées. — Un amateur tout récemment décédé à Paris, M. Leroux, 
a légué au musée du Louvre une grande tapisserie flamande, du 
quinzième siècle, reproduisant presque trait pour trait le Vander 
Weyden de Munich : Saint-Luc peignant le portrait de la Vierge. 
< On avait, dit le Journal des Débats, ofi'ert 80,000 francs de cette 
tapisserie à M. Leroux, qui n'avait pas voulu s'en défaire dans la 
généreuse pensée de la réserver au Louvre. » 

Académie Royale de Belgique. — Classe des Lettbes. — (Modi- 
Hcation au programme.) — Prix Joseph GuntreUe. — 1" « Préparer 
une édition critique des « Vies des douze Césars, » par Suétonne. » 

2» « Étude sur l'art oratoire, la langue et le style d'Hypéride. » 

3° « Étude sur l'organisation de l'industrie privée et des travaux 
publics dans la Grèce ancienne, au point de vue juridique, écono- 
mique et social. » 

Un prix de trois mille francs est attribué à la solution de cette 
question. 

Divers. — L'on vient de placer dans la salle des bijoux, au musée 
du Louvre, à Paris, une merveille de l'orfèvrerie grecque. 

C'est un ornement de tête, en or ciselé et repoussé, mesui-ant 
vingt-deux centimètres en hauteur, sur quinze à dix-huit centimètres 
de diamètre. 11 a la forme d'un pain de sucre et est divisé, à la base, 
en sept compartiments, dont le principal possède une série de sculp- 
tures empruntées au poème épique : Colère d'Achille. Cette œuvre 
est d'une finesse et d'une pureté artistique incroyables, et dans un 
parfait état de conservation. 

— Valeur des tableaux. — On vient de vendre, au mois de mars 
dernier, a l'Hôtel Drouot, à Paris, deux tableaux de Daubigny. L'un, 
Salon de 1861, payé au peintre 2,000 fr,, fut adjugé 41,000 francs. 



— 84 — 

L'autre, Salon de 1869, pour lequel Daubigny reçut 3,000 francs, fut 
vendu 16,000 francs. 

— Précieux autographe. — Une lettre de Charles Dickens, à son 
gendre Wilkie Collins, a été vendue à Sotheby, à Londres, pour la 
somme de cinquante livres sterling. 

— Le Sultan Abdul vient de remettre, à l'ambassadeur de France, 
à Constantinople, un don précieux destiné au Musée du Louvre. C'est 
un vase en argent, de Tello, pièce d'origine chaldéenne et un des 
premiers spécimen de métal gravé. 

— Lors d'une vente d'autographes, à Vienne, un exemplaire du 
poème épique Titurel, a été adjugé 5,805 florins. M. Posony, qui pos- 
sède une belle collection d'autographes, s'en rendit acquéreur, pour 
conserver cet exemplaire unique à la ville de Vienne. Un livre 
d'heures du XV^ siècle fut vendu 1.520 florins, le manuscrit culinaire 
de Charlotte Buff' (la Lotte du Werther de Gœthe) 100 florins et un 
manuscrit de Mélanchton 310 florins. 



— Un livre précieux. — On a vendu, à Londres, le Livre 
Psaumes, imprimé en 1459 par les Bénédictins de Saint-James, Ce 
livre est coté 5,250 livres sterl. (131,2-50 francs). Il est considéré 
comme le troisième sorti des presses, depuis l'invention de l'impri- 
merie, par Gutenberg. 

Il l'emporte de beaucoup, en valeur, sur la Bible de Mazarin, 
imprimée en 1466. En 1884, ce Livre des Psaumes fut vendu, à un 
amateur, pour la somme de 123,750 francs. 

— Une importante découverte archéologique vient d'être faite 
dans la ville de Kertch, en Russie. 

Un terrassier travaillant au pied d'un tumulus, monuments fort 
nombreux en Crimée, mit à découvert un lion de proportions colos- 
sales, sculpté en marbre blanc et du plus pur style grec. 

La statue qui a sept pieds, plus de deux mètres de longueur, pèse 
environ sept mille kilogrammes. Ce qui est remarquable dans la 
découverte, c'est que le lion est superbement conservé et n'a subi 
aucun dommage. L'œuvre d'art semble dater du VHP ou IX® siècle 
avant Jésus-Christ. 

On espère que cette belle statue sera placée à l'Emitage, à Saint 
Pétersbourg, dans la section des antiquités de la ville de Kertch. 



— 85 



MANnSCRITS FLAMANDS EN ESPAGNE. 



■***- 



Il est peut-être un peu tard pour venir parler 
du quatrième centenaire de Christophe Colomb. 
Mais comme le Messager n'en a pas fait mention, 
et qu'à cette solennité se rattache un intérêt tout 
spécial pour notre pays, nous croyons qu'on ne 
nous en voudra pas de fournir les quelques pages 
qui vont suivre. 

La Bibliothèque de V École des Chartes, 1893, ren- 
ferme un article de valeur de M. P. Durrieux, 
intitulé : Matiuscrits d'Espagne re7narquables par 
leurs peintures ' . 

L'auteur y dit qu'entr'autres manifestations, cet 
anniversaire a été l'occasion pour l'Espagne de 
réunir à Madrid, dans le palais destiné à la Biblio- 
thèque nationale, une exposition historique dont 
une moitié était consacrée à l'art rétrospectif 
européen. Parmi tous ces trésors une grande 
place a été réservée aux manuscrits. La biblio- 
thèque particulière du roi, l'Escurial, la biblio- 



*■ Manuscrits d'Espagne remarquables principalement par leurs 
jjeintures et par la beauté de leur exécution, d'après des notes prises 
à Madrid à l'Exposition historique pour le quatrième centenaire de 
Colomb, etc. 

6 



— 86 — 

thèque nationale de Madrid, diverses académies, 
les bibliothèques provinciales et universitaires et 
de nombreux particuliers s'étaient momentané- 
ment déj^ouillés en faveur de cette solennité. 

Il y avait des manuscrits d'origine française, 
d'origine flamande, d'origine espagnole, d'origine 
italienne, d'origine allemande, d'origine anglaise 
et anglo-normande, tous actuellement conservés 
en Espagne. 

Nous ne nous occuperons pas de toutes ces 
catégories, mais nous croyons intéressant de repro- 
duire la partie du travail de M. Durrieux qui 
concerne les manuscrits flamands : 



MANUSCRITS d'ORIGINE FLAMANDE. 

Une observation générale que nous avons faite pour les 
manuscrits venus de France peut être répétée d'une ma- 
nière plus accentuée encore pour ceux d'origine flamande. 
Cette catégorie ne comprend presque exclusivement que 
des livres de prières. Je n'ai qu'une unique exception à 
signaler. Encore s'agit-il d'un volume appartenant à la 
Bibliotheca nacional qui n'a pas été envoyé à l'exposition, 
quoique cependant digne à tous égards d'un pareil hon- 
neur. 

Le volume en question est un in-folio à longues lignes, 
d'une grosse et belle écriture gothique flamande, renfer- 
mant trois traités de morale religieuse : Saint Augustin, 
« Des deulz parlers de l'ame à nostre sire Dieu. » — « Dou- 
loureuse complainte de l'homme en l'article de la mort. » — 
« Le Miroir de vraie humilité » [XXII]. Son aspect matériel 
est identique à celui de ces livres de luxe, exécutés, prin- 
cipalement à Bruges, pour les ducs de Bourgogne Philippe- 



— 87 — 

le-Bon et Charles-le-Téméraire, que se partagent aiijour- 
triiui la Bibliothèque royale de Bruxelles et, à Paris, la 
Bibliothèque nationale de TArsenal. Le travail de copie est 
d'ailleurs de la main du calligraphe le plus employé de la 
cour de Bourgogne, le fameux David Anbert. Et c'est pour 
un chambellan de Pliilipi)e-le-Bon, Philippe de Croy, 
seigneur de Quiévrain, plus tard comte de Chimay, que le 
volume a été ainsi transcrit en 1462. Le manuscrit a passé 
ensuite au fils du i)remier possesseur, Charles de Croy, 
comte et prince de Chimay, puis à d'autres seigneurs 
flamands, connus en général, comme les Croy eux-mêmes, 
pour leurs goûts de bibliophiles : Philippe de Bourgogne, 
seigneur de Fallais, Antoine de Lannoy et Maximilien de 
Hornes, seigneur de Gaësbeck. Cette filiation pendant jM'ès 
de cent ans découle d'une intéressante série de notes, 
d'écritures et d âges divers, qui se succèdent en ces termes 
à la fin du volume : 

[A la suite du texte, et de la même main : ] Cy fine le 
miroir d'humilité, escript et ordonné comme il appert par 
le commandement de noble et très preu en armes Monsei- 
gneur Phelippe de Croy, seigneur de Kievraing, conseiller 
et chambellan de Monseigneur le duc Phelippe de Bour- 
goingne et de Brabant, cappitaine gênerai et grant bailly 
de son pays de Haynnau. L'an de l'incarnation Nostre 
Segneur mil CCCC soixante-deux. 

[Signé :] Aubekt, manu propria. 

[Au-dessous :] C'est le livre appelle le Mereor d'humilité 

011 il y a chincq histores, lequel est à Monseigneur Charles 

de Croy, comte de Chimay '. 

[Signé :] Charles. 

* Philippe de Croj^ seigneur de Quiévrain, ne prit le titre de comte 
de Chimay qu'à la mort de son père eu 1472. Chevalier de la Toison 



— 88 — 

[Plus bas :} En Tan 1542 *, le 4'' de janvier, moy, Anthoine 
de Lannoy, l'ay achaté à la maison mortuaire de feu Mons. 
de Falais- à la vente publique. 

[Signé :] Antoine de Lannoy. 

[Plus bas encore : ] Ce livre appartient au s"" de Gasbeque 
par le don dudit s"" Anthoine de Lannoy, dernier acheteur, 
audit s"" de Gasbeque, en l'an 1565. 

[Signé •• ] M . de Hoenes ', 

L'origine du volume est également rappelée par la pré- 
sence, dans la décoration, du chiffre et de la devise : Mot 
SEUL, du premier propriétaire, accompagnés du grelot, 
emblème de la famille de Croy. 

Quant à l'illustration, elle se compose, ainsi que le 
constatait Charles de Croy, de cinq « histoires » ou minia- 
tures. Celle-ci sont des grisailles, relevées d'or et de 
gouache, avec les carnations peintes. Par le système d'exé- 
cution comme par le caractère de la composition elles rap- 
pellent beaucoup de peintures d'un des plus beaux manus- 
crits cà grisailles qui soit au monde, l'exemplaire de la 
Bibliothèque nationale du tome II des Miracles de la Vierge, 
composés par Miélot pour Philippe-le-Bon *. Mais la valeur 



d'or en 1473, il mourut en 1482. Son fils Charles, comte puis prince de 
Chimay, également chevalier de la Toison d'or, fut le parrain du futur 
empereur Charles-Quint, à qui il donna son nom. A sa mort, en 1527, 
il ne laissa comme enfants vivants que des tilles. 

1 C'est-à-dire 1.543 (n. st.). 

2 Philippe de Bourgogne, seigneur de Falais et de Sommerdick, 
conseiller et chambellan de Charles-Quint, était fils de Baudouin de 
Bourgogne, bâtard de Philippe-le-Bon. Il mourut en 1542 sans avoir 
été marié. Comment le manuscrit, aujourd'hui à Madrid, avait-il passé 
des héritiers de Charles de Croy au seigneur de Falais ? C'est le seul 
point que les notes n'indiquent pas. 

' Antoine de Lannoy. C'est probablement le seigneur de la Moterie. 
— Maxillien de Hornes, seigneur de Gaesbeek, vicomte de Berg-Saint- 
Winox, chevalier de la Toison d'or. 

4 Ms. franc. 9199. 



— 80 - 

d'art n'y atteint pas un aussi haut deiçré, et les grisailles 
de Madrid, tout en étant d'ailleurs encore fort belles, ne 
pourraient soutenir que de loin le parallèle avec les déli- 
cieux chefs-d'œuvre du manuscrit de Paris. Il est vrai que 
ceux-ci sont d'une classe tout à fait exceptionnelle et dé- 
liant presque la comparaison. 

La série des livres de prières, à laquelle nous arrivons 
maintenant, comprend deux ou trois pièces de tout premier 
ordre. Je commencerai par la plus importante, le Livre 
d'heures, dit improprement de Jeanne la Folle, ou même 
parfois d'Isabelle la Catholique, en réalité de la. reine 
d'Aragon Jeanne Henriquez appartenant à la bibliothèque 
particulière de Sa Majesté [XXIII] (Expos., sala XVI, 
u° 147). 

Ce volume, de format in-S^, est recouvert d'une magni- 
fique reliure, ornée d'orfèvrerie ciselée etémaillée du XVP 
siècle, qui a été attribuée jadis sans aucune preuve àBen- 
venuto Cellini'. A l'intérieur, il oftVe l'exemple de la dé- 
coration la plus riche, restée généralement dans toute sa 
fraîcheur, toute éclatante d'or et de couleurs vives. Indé- 
pendamment de vingt-quatre petites miniatures au calen- 
drier, Tillustration comprend soixante-douze très belles 
peintures à pleine page, se succédant à certains endroits 
sans interruption de feuillet en feuillet. Dans trois d'entre 



* Cette reliure est reproduite dans l'ouvrage du baron Davillier, 
Recherches sur l'orfèvrerie en Espagne (Paris, 1879), p. 73. Suivant 
une tradition en cours au XVIP siècle, rapporté par le baron 
Davillier d'après une note inscrite sur le volume même, la reliure 
aurait été exécutée pour Ferdinand et Isabelle la Catholique, et dorée 
avec le premier or venu d'Amérique. Comment les auteurs qui en ont 
parlé n'ont-ils pas prêté plus d'attention au grand écusson royal qui 
orne le milieu des plats? Le blason émaillé sur cet écusson est 
conforme à celui dont nous allons mentionner la présence à l'intérieur 
sur les pages du volume, c'est-k-dii-e mi-parti d'Aragon et d'Henriquez. 
Il ne peut donc se rapporter ni à Isabelle la Catholique ni à sa fille 
Jeanne la Folle. 



— 90 — 

elles, on voit le portrait de la reine pour (]ui le manuscrit 
a été exécuté. Celle-ci est représentée couronne en tête, à 
genoux en prière, implorant la Vierge'. Les oraisons du 
texte nous apprennent que cette souveraine portait le pré- 
nom de Jeanne. Les autres miniatures embrassent la série 
des sujets habituels. On peut y admirer surtout des fonds 
de paysage ravissants. 

Ces miniatures, de même que toute la partie décorative 
des bordures, sont du plus pur style flamand, du temps de 
Philippe-le-Bon et de Charles-le-Téméraire. Leur exécution 
doit se placer vers le milieu ou dans le troisième quart du 
XV" siècle. En tout cas, on ne saurait la faire descendre 
plus bas que 1480, dernière limite. Cette date suffit pour 
exclure le nom traditionnel (Tffeures de Jeanne la Folle, 
donné au manuscrit. En 14S0, celle qui devait être appelée 
Jeanne la Folle avait tout juste un an! Que le volume lui 
ait appartenu ultérieurement, la chose est possible et même 
très probable. Mais la reine Jeanne, qui a été la première 
à posséder le livre, est sa grand'mère, Jeanne Henriquez, 
reine d'Aragon, seconde femme du roi Jean II, et mère 
de Ferdinand le Catholique. Cette origine, en dehors de la 
question de date, qui serait déjà décisive, est prouvée par 
des armoiries très fréquemment répétées dans les bordures. 
Ces armoiries, en effet, ne sont pas celles des rois Catho- 
liques et de leurs descendants, avec Castille et Léon, mais 
le seul blason royal d'Aragon, parti du blason d'Henriquez. 

Les miniatures en elles-mêmes ont aussi donné lieu à la 
discussion. Le baron Davillier les croyait « exécutées en 
Espagne, — probablement en Catalogne^. » Mieux avisés 
ont été ceux qui ont songé à un artiste flamand. On peut, 



* Deux des miniatures en question ont été photographiées par 
Laurent. 
2 Recherches sur l'orfèvrerie en Espagne, p. 72, en note. 



— 01 — 

suivant nous, serrer les choses de bien plus près. Quehjucs 
pages du milieu du volume ont été, comme il arrive souvent, 
contiées simplement à des élèves. Sauf cette exception, 
toutes les peintures révèlent sûrement la même main que 
les illustrations d'un des plus beaux manuscrits de la 
bibliothèque des ducs de Bourgogne, le tome II des Chro- 
niques du Hainaut^. Or, l'auteur de ces dernières est 
connu. []\\ texte d'archives nomme, comme les ayant 
exécutées vers 1467-1468, Guillaume Vrelant, Wrelant ou 
Weylant. C'est donc également à Guillaume Vrelant qu'il 
faut rapporter l'honneur d'avoir décoré les Heures de la 
reine de Jeanne Henriquez. 

Guillaume Vrelant est un des grands noms de l'histoire 
de la miniature flamande au XV^ siècle. Il faisait déjà 
partie de la gilde des enlumineurs de Bruges au moment 
de sa réorganisation, en 1454-145.5. Il cessa d'y payer sa 
cotisation en 1481, ce qui nous donne la date approximative 
de sa mort. On peut mentionner, comme un des traits inté- 
ressants de sa vie, qu'en 1478 il servit d'intermédiaire entre 
la gilde et Memling pour la commande d'un tableau votif. 
A cette occasion, il eut la bonne fortune d'avoir son por- 
trait exécuté par le grand peintre. 

Vrelant fut à plusieurs reprises employé par la Cour de 
Bourgogne. Les documents nous apprennent que, en dehors 
du tome II des Chroniques du Hainaut, mentionné plus 
haut, il illustra pour Philippe le Bon, vers 1469, une Vita 
Christi. Nous avons pu arriver en outre, par la méthode de 
l'étude comparative, à le reconnaître aussi avec certitude 
pour l'auteur de plusieurs autres travaux importants d'en- 
luminure, que certains historiens de l'art ont voulu à tort 
donner à des maîtres différents. Ainsi c'est de lui que sont 
les célèbres grisailles de la Vie de sainte Catherine, de 

i Bibliothèque royale de Bruxelles, n" 9243. 



— 92 — 

Miélot, attribuées à Kogiervan der Weyden par Waagen'. 
De lui encore l'enluminure du missel de Ferry de Clugny, 
cardinal, évêque de Tournai, ce manuscrit de la biblio- 
thèque de Sienne, révélé par notre regretté confrère 
M. Castan, devant lequel on a prononcé au hasard tant de 
noms divers, sauf précisément le seul bon*. 

Le fait de l'existence d'un manuscrit enluminé par 
Guillaume Vrelant pour une reine d'Aragon laisse à penser. 
D'autre part, en parlant des manuscrits d'origine espagnole, 
nous aurons occasion de dire que, si parmi les miniatu- 
ristes flamands du XV siècle il en est un qui paraisse avoir 
exercé une influence plus particulière sur les enlumineurs 
de la péninsule ibérique, c'est précisément ce même 
Vrelant. 

Le maître brugeois ne serait-il pas venu en personne tra- 
vailler en Espagne ? On sait combien les artistes k cette 
époque voyagaient volontiers. Ceci expliquerait tout. Les 
archives de la couronne d'Aragon donneront peut-être un 
jour le dernier mot sur la question. Si jamais on y ren- 
contre un document attestant la présence, au sud des Pyré- 
nées, sous le roi Jean II, d'un enlumineur nommé maître 
Guillaume, ce maître Guillaume ne sera autre très vrai- 
semblablement, que notre Vrelant. 

Pour en revenir aux Heures de la reine Jeanne Henri- 
quez, ce superbe volume constitue, du moins dans l'état ac- 

1 Bibl. nat., ms. franc. 6449. Nous sommes heureux de nous être 
rencontré pour l'attribution de ces grisailles k Guillaume Vrelant 
avec le savant et regretté conservateur des manuscrits de la Biblio- 
thèque royale de Bruxelles, M. Ruelens. 

2 Le marquis de Laborde s'est véritablement montré sévère jusqu'à 
l'injustice dans sa critique des œuvres de Vrelant {les Ducs de Bour- 
gogne, t. 1, introduction, p. lxxxv-lxxxviii, en note). Assurément 
Vrelant n'est pas un de ces grands artistes comme notre Jean 
Foucquet. Mais, en somme, parmi les enlumineurs de profession, 
travaillant en Flandre au milieu du XV'' siècle, bien peu eussent été 
capables de lui disputer la palme. 



— 93 — 

tuel dans nos connaissances, le chef-crœuvre de Guillaume 
Vrelant. 

Il a cependant presque son rival, à l'exposition même 
de Madrid, dans un autre Livre d'heures à peu près de 
même format, également peint par Vrelant, également très 
riche en grandes et belles images. Le livre d'heures appar- 
tient à la Bibliotheca nacional [XXIV] (Expos., sala 
XVIII, u" 110). 

Les possesseurs d'origine, un seigneur et une dame, sont 
représentés dans une miniature, au verso du folio 25 du 
volume, adressant leurs prières à la Trinité. Malheureuse- 
ment, il ne se trouve aucune marque distinctive permettant 
d'essayer de nommer ces personnages. Ce qu'on sait, c'est 
que le volume, avant d'être apporté en Espagne, était 
conservé en Flandre et qu'il a passé par les mains de Doiia 
Leonor de la Vega. 

Indépendamment de sa luxueuse ornementation inté- 
rieure, ce second livre d'heures de Vrelant est encore intéres- 
sant par son ancienne reliure, très bien conservée. Celle-ci, 
en peau, est munie de deux fermoirs de métal doré. Au milieu 
de chaque fermoir fait saillie une sorte de chaton, dont le 
centre est rempli par une minuscule peinture de forme 
ronde, de la main de Vrelant. Au revers des chatons, sur 
la face intérieure des fermoirs, on voit, gravé dans un 
cartouche circulaire, un monogramme enlacé de rinceaux 
d'ornement. La lettre principale (]ui se détache bien nette- 
ment dans ce monogramme est un W. On pourrait être 
tenté d'y voir l'initiale du nom de l'artiste lui-même, écrit 
aussi souvent au moins Wrelant que Vrelant. L'hypothèse 
a son côté séduisant. Mais je crois qu'il est plus prudent de 
songer d'abord au premier possesseur, qui aura fait exécuter 
et relier pour lui le manuscrit. 

Il existe une catégorie de délicieux volumes dont les 
miniatures sont très près de celles de Vrelant, si même 



— 94 — 

elles ne doivent être considérées comme des œuvres d'une 
première manière du maître brugeois. Ces manuscrits sont 
caractérisés par l'emploi, comme note dominante dans le 
coloris, d'un vermillon clair et gai, d'une harmonie char- 
mante. Le plus beau type peut-être de cette série nous est 
fourni par un livre d'heures conservé à Paris à la biblio- 
thèque de l'arsenal '. Un Livre d'heures tout à fait voisin de 
celui-ci, sous un format un peu plus petit, figure à l'expo- 
sition de Madrid, dans la collection de D. Juan José Escan- 
ciano (Expos., sala XIX, n° 33) [XXVJ. 

Après ces volumes de grand prix, il serait oiseux de 
s'arrêter à d'autres livres de prières d'origine flamande qui 
n'offrent véritablement rien que de très ordinaire. Je 
citerai seulement un Bréviaire^ passé de l'ancienne biblio- 
thèque d'Osuna à la Bibliotheca nacional [XXVI], à cause 
de cette souscription du copiste, qui accompagne la date 
de 1455 : « per manum Johannis, magistrj ordinis fratum 
heremetarum Sancti Augustini, de Gandavo in Flandria, 
completum Brugis. » Cette note apporte une nouvelle 
preuve des rapports constants qui ont existé, au point de 
vue de l'industrie du livre à la main, entre Bruges et Gand, 
copistes et enlumineurs nés dans l'une de ces villes allant, 
comme on le voit ici, travailler dans l'autre, et récipro- 
quement. 

Bien plus digne de notre attention serait un Livre 
d'heures des bibliothèques de l'Université centrale de 
Madrid, Faculté des sciences [XXVII] (Expos., sala X, 
n" 21). De format petit in-8°, ce livre d'heures est orné de 
trente-sept peintures en grisaille annoncées comme très 
belles. Des circonstances particulières indépendantes de 
l'extrême bonne volonté de mes hôtes, ne m'ont pas permis 
malheureusement de le feuilleter. La page à laquelle le 

1 N» 652 (ancien 271, T. L.). 



— 95 — 

manuscrit se trouvait ouvert sous vitrine rappelait sensi- 
blement les camaïeux d'Alexandre Bening dans le livre de 
la Vita Christi, qui vient de Louis de Bruges *. Mais il 
aurait fallu un examen plus complet pour se prononcer. Ce 
que nous pouvons dire, c'est que le volume a une excellente 
provenance. Il porte, dans sa décoration, les armes de la 
famille Rollin. Or, on sait combien l'amour des arts était 
vif et éclairé chez les membres de cette famille bour- 
guignonne, à commencer par le chancelier de Pliilipi)e-le- 
Bon, qui a la gloire d'avoir commandé à Van Eyck la 
Vierge au donateur du Louvre, et à Rogier van der Weyden 
le Triptyque de Beaune. 

Ce manuscrit, en nous amenant à prononcer le nom 
d'Alexandre Bening, nous conduit à un nouveau groupe de 
manuscrits flamands à miniatures. Ils s'agit des productions 
de cette grande école ganto-brugeoise, qui naît dans les 
dernières années du XV" siècle et jette un si vif éclat avec 
les Bening et leurs rivaux, les Horebout, en produisant, 
entre autres œuvres capitales, le Bréviaire Grimani. 

De maître Alexandre Bening lui-même, en laissant de 
côté la question relative aux Heures de Rollin, l'exposition 
de Madrid ne nous a rien offert, pas plus que l'Escurial ou 
la Biblioteca nacional. Mais je puis signaler, comme 
existant à Madrid, une belle miniature isolée du maître, 
sans doute enlevée à quelque grand livre de dévotion, qui 
fait partie des si précieuses collections de M. le comte 
de Valencia [XXVIII]. Cette miniature figure le triomphe 
de l'Agneau. Le choix seul de ce sujet trahit chez l'habile 
miniaturiste ganto-brugeois Tinfluence de l'immortelle 
création des Van Eyck à Saint-Bavon. 

1 Ms. franc. 181 de la Bibl. nat. — On trouvera la reproduction 
d'une des belles grisailles de ce manuscrit dans notre travail sur 
Alexandre Bc ni lu) et les peintres du bréviaire Grimani. Paris, 1891, 
gr. in-8° (extrait de la Gazette des beaux-arts, n"^ de mai et 
juillet 1891). 



- 96 — 

Le fils d'Alexandre, Simon Bening, est au contraire, à 
notre avis ', représenté à l'exposition, dans les vitrines de 
la Biblioteca nacional (sala XVIII, n» 113), par un délicieux 
bijou, un petit Livre d'heures rempli de miniatures de la 
plus exquise tinesse [XXIX]. Tantôt ces peintures forment 
tableau principal au milieu de la page, tantôt elles se déve- 
loppent en bordures couvrant les marges. Toujours elles 
se distinguent par des qualités de charme et de délicatesse 
hors ligne. Rarement Simon Bening a été mieux inspiré et 
mieux servi par son remarquable talent d'exécution. On 
voudrait pouvoir connaître le premier possesseur de ce 
ravissant volume. Son chiffre, que l'on trouve sur les 
feuilles, consistait en deux I gothiques; il avait pour 
devise : Vostke demeuee. C'était vraisemblablement 
quelque seigneur flamand. Toutes les rubriques du texte 
sont en langue française, de même au calendrier la liste 
des saints; parmi ceux-ci, on doit noter copime trait local 
la mention de sainte Aldegonde. Ces diverses indications 
mettront peut-être un jour sur la voie de la solution 
cherchée. En dernier lieu, le livre d'heures peint par 
Simon Bening est venu de la Bibliothèque du chapitre de 
Tolède. 

Du chef de la famille rivale des Bening, de Gérard 
Horebout, l'exposition de Madrid montre, suivant nous ^, 

1 Le rapprochement de ce livre d'heures avec la grande miniature 
du missel de Dixmude, laquelle est authentiquée par un texte 
d'archives, nous paraît ne laisser aucun doute sur la légitimité de 
notre attribution à Simon Bening. 

2 L'attribution découle de la comparaison avec les miniatures de 
plusieurs manuscrits, dont les documents permettent de restituer la 
paternité à Gérard Horebout, tels que VHortiilus aniniœ de Marguerite 
d'Autriche, de la Bibliothèque impériale de Vienne. La provenance 
du triptyque de l'Escurial n'est malheureusement pas connue. On 
suppose qu'il a dû venir a Philippe II, comme le manuscrit de 
VApocali/psf figurée, en dernier lieu de la reine Marie de Hongrie, la 
nièce de Marguerite d'Autriche. 



— 97 — 

une œuvre incontestable et d'une importance rare. Elle 
consiste en trois miniatures, ou, si l'on veut, en une triple 
miniature, de très grandes dimensions et de l'exécution la 
plus fine. Ce morceau est peint sur parchemin, avec la 
même technique et le même caractère que les miniatures 
placées dans les manuscrits. Mais l'artiste ne l'a pas 
exécuté en vue d'illustrer un volume. Il s'est proposé de 
faire un véritable tableau analogue aux peintures sur 
panneau ou sur toile. Son œuvre se présente en consé- 
quence montée dans un cadre et formant triptyque à 
charnières (Expos., sala XVI, no 173) [XXX]. Ce triptyque 
est en temps ordinaire conservé à l'Escurial, dans la 
chambre aux reliques. La partie centrale, la plus grande, 
montre Saint-Jérôme en prières, dans un paysage d'une 
profondeur et d'une variété de détails inouïes. Sur le volet 
de gauche est le départ de la Sainte-Famille pour l'Egypte ; 
sur celui de droite, Saint-Antoine de Padoue debout, 
portant sur un livre l'enfant de Jésus '. On peut admirer 
également, dans ces deux volets, des fonds de paysage 
analogues à celui de la composition centrale. 

L'inspiration, l'originalité de création et surtout l'émo- 
tion communicative manquent à parler franc dans cette 
œuvre de Horebout. Mais, comme habileté de main, comme 
fini et prodigieuse patience du pinceau, on ne peut rien 
voir de plus achevé en son genre. 

Cette manière de constituer de vrais tableaux indépen- 
dants, avec des miniatures sur parchemin, fut plus d'une 
fois appliquée en Flandre. Et généralement c'est aux 
enlumineurs les plus habiles qu'on s'est adressé. A l'expo- 
sition même de Madrid, on en trouve un exemple remar- 
quable dans un envoi de D. Luis du Ezpeleta. Il s'agit 



^ Le triptique, mesure ouvert, 0'"39 de haut sur 0'"70 de large. Il a 
été photographié par Laurent, n» 1540. 



— 98 — 

d'une grande miniature en hauteur, cintrée du haut, 
exécutée avec une science consommée de métier, dans une 
tonalité très douce et harmonieuse. Elle représente 
V Annonciation (Expos., sala XX, n" 158) [XXXI]. 

Ce qui est tout à fait intéressant, c'est que cette A^itioyi- 
ciation isolée est, pour la composition, exactement la même 
(jue l'on trouve, avec une échelle différente, dans le Bré- 
viaire Grimani ', Ce sont deux épreuves d'un même modèle. 
En les comparant entre elles, l'avantage reste à la minia- 
ture de D. Luis de Ezpeleta. C'est à elle, si on voulait à 
toute force prononcer les mots relatifs d'original et de 
copie, que reviendrait le droit à la première désignation. 
Mais à vrai dire, la miniature de l'exposition ne me paraît 
être, elle aussi, tout comme limage du Bréviaire, qu'une 
répétition d'un type primordial restant encore à retrouver. 
Dans tous les cas, l'existence de cette comi)osition de 
V Annonciation sous forme de tahleau séparé apporte un 
élément précieux pour la discussion critique des peintures 
du Bréviaire Grimani au point de vue de leur réelle valeur 
esthétique. On trouve là un argument nouveau à ajouter à 
bien d'autres pour avancer que, dans plusieurs de ses 
parties, le fameux Bréviaire n'est pas une création origi- 
nale, mais une sorte d'album de copies, une collection 
d'imitations d'après des œuvres alors en vogue, prises un 
peu de côté et d'autre. Ainsi s'expliquent ces ressemblances 
que l'on a constatées entre certaines pages du Bréviaire 
Grimani et certains panneaux de l'école flamande. De ces 
ressemblances, il ne faut nullement conclure à l'identité de 
main. Telle image du Bréviaire peut dériver, par exemple, 
de tel tableau de Gérard David sans que pour cela ce soit 
Gérard David lui-même qui l'ait tracée dans le volume. 



i Planche LXVI de la repoduction photographique du Bréviaire 
Grima ni, par Perini. 



— 99 — 

L'auteur d'une copie n'est pas forcément l'auteur de 
Torginal. C'est même généralement bien plutôt le contraire. 
Mais revenons à notre sujet en reprenant la série des 
manuscrits proprements dits. 

Parmi les maîtres de l'école ganto-brugeoise autres que 
les Bening et les Horebout dont la personalité s'est dérobée 
jusiiu'ici à toutes nos tentatives de détermination, un des 
plus anciens et ])lus dignes d'estime est un miniaturiste 
auquel on doit de charmants illustrations dans un Bré- 
viaire de notre Bibliothèque nationale (ms. latin 1314), 
et aussi, ce me semble, quelques-unes des images de très 
beau manuscrit de la Bibliothèque impériale de Vienne, 
appelé par M. de Chmelarz le « cousin du bréviaire 
Grimani ' . » L'Escurial possède de ce maître une excellente 
série de miniatures dans un Livre d'heures de petit format, 
avec calendrier à l'usage de Bruxelles, passant pour avoir 
appartenu à Isabelle la Catholique (Escurial, iii, E, 2) 
[XXXIII]. Nous avons si peu d'indications sur l'enlumineur 
en question que toute particularité pouvant le concerner 
devient intéressante. Il n'est donc pas indifférent de noter 
dans le Livre d'heures de l'Escurial la présence d'une 
date. Dans la bordure qui accompagne la Résurrection de 
Lazare, on lit, écrit sur une banderole : « Respice finem. 
1486. » 

Dans le même groupe toujours, un Livre d'heures envoyé 
à l'exposition par la Bibliothèque de l'Université centrale 
de Madrid (sala X, n" 18) [XXXIII] n'est qu'une production 
ordinaire dans le goût de l'atelier des Bening. Mais trois 
volumes de la bibliothèque de l'Escurial [XXXIV] doivent 
être tirés à part pour la beauté de leurs miniatures : un 

* Voir, sur ce manuscrit de Vienne, Eduard von Chmelarz, Ein 
Verwandter des Brevarium Grimani dans le Jahrbuch der kunst- 
historischen S(tm>nhmgen des AJlerhochsten Kaiserhauses, t. IX, 
p. 429 (Annuaire des collections impériales d'Autriche). 



— 100 — 

recueil de Prières spéciales pour les navigateurs (iii, E, 6), 
manuscrit composé et dédié à Charles-Quint, à qui il a été 
offert, par un certain « Robertus Gandensis » ; — un £re- 
viaire (iiii. H, 1) avec calendrier à l'usage d'Espagne, mais 
certainement fait en Flandre, de format petit in-S», 
singulier par son extraordinaire épaisseur ' ; — enfin un 
Livre d'heures ayant été à l'usage du roi Philippe III *. 
Dans ces deux derniers manuscrits, les miniatures se dis- 
tinguent à la fois par la douceur et l'harmonie de leur 
coloris et par le caractère très réaliste et souvent vulgaire 
donné aux têtes des personnages. La réunion de ce double 
caractère marque en général les œuvres des artistes qui 
ont plutôt vécu et travaillé à Gand même. 

D'une date plus récente que tous les manuscrits précé- 
dents, mais toujours antérieure à la seconde moitié du 
XVP sicle, est un Livre de prières de Vempereur Charles- 
Quint, exposé par D. Martial Lopez de Aragon (sala XX) 
[XXXV]. L'admirable exécution de ce maniiscrit et surtout 
la beauté de dessin et la finesse de touche de ses miniatures 
en font encore une pièce du plus grand prix, sans parler 
de l'intérêt de sa provenance certaine. Dans une des pein- 
tures, Charles-Quint est représenté en grand costume 
impérial, priant à genoux sous la protection de son bon 
ange. Par la qualité d'art de toute la décoration, aussi bien 
que par son caractère où perce, sous la fidélité aux vieilles 
traditions, la tendance vers le style dit de la Renaissance, 
ce livre d'heures est une sorte de pendant des admirables 
Heures de t empereur Ferdinand, dans l'ancienne collection 
d'Ambras, aujourd'hui au Musée impérial de Vienne. 

1 Ce bréviaire est trois fois plus épais qu'il n'est haut. Ses feuillets 
sont au nombre, relativement énorme pour im seule tome, de 1645, 
soit près de 8,300 pages. 

2 L'une des miniatures des Heui-es de Philippe III a été photogra- 
phiée par Laurent, n" 643. 



— 101 — 

Les Heures de Charles-Quint sont dignes de clore la série 
qui s'ouvre par les Heures de la reine Jeanne Henriquez. 
Nous nous arrêterons, nous bornant à mentionner pour 
mémoire un ])etit Recueil de ^trières, dans le goût des 
manuscrits de Jarry, copié à Bruxelles en IGGT (coll. de 
M. Villa-amil, Expos., sala XXII, n" 239) [XXXVI]. 



— 102 — 



L'INVENTAIRE 



DES 



MEUBT.KS DÉLAISSÉS, 

LORS DE SOIN EMTRÉE EN RELIUrON, 



PAR 



Antoine d'Arenberg, Comte de Seneghem •. 



(F» 92 r") — Seize Emprintes des Villes que les Hollandois ont 
prins en diverses années Asscauoir 

La ville de Rimbergh 

Le fort St-Andrieu 

La ville de Steenwick 

La ville de Hulst 

La ville de Nimmeghe 

La ville de Geertruydenberghe 

La ville de Deuenter 

La ville de Zutslande 

La ville de Couuorde 

La ville de Meurs 

La ville de Grol 

La ville de Breuort 

* Suite. — Voir Messager des Sciences, 3^ livraison 1895, p. 237. 



— 103 — 

La ville D'Enschede 
La ville de Liughen 
Et plus vue du siège de Bommel, 

(F" 92 V") — Instrumena de Géométrie de Cuiure. 

Premièrement vue bossela auecq son encasse vérins et 
appertenances olometralles 

Vn instrument a mesurer le pas ou itinéraire 

Vn gadran solaire vniuersel ad omnes eleuationes poli 

Vne horologe ad dignoscendum horas ad stellas et lunam 
auecq sa boitte particulière auecq l'aiguille aimantine 

Vne aulne ou mesure qui se diuise en plusieurs pièces 
auecq ses punnacides pour seruir de compas 

Vn lineal vertical et liorisontal 

Deux grandes compas d'vne mesme façon Tvn ad diuiden- 
dum circulum in quasuis partes l'autre ad diuidendum 
lineas auecq leurs petis compas duquel Ton prend lesdites 
partitions sur iceulx 

Vn Compas auecq ses dimensions arrestées en resort 

Vn compas auecq les trois poinctes a escrire a plomb et 
encre 

Cincq compas contenans chacun vne dimention ligneale 
assauoir vne simple, depuis vn double triple quintuplicque 
sextuplicque 

Vn compas en ciseau auecq son Arrest a vérin 

Vn compas contenant les dimensions d'vne ligne depuis 
1 jusques a noeuf. 

(F" 1)3 r") — Vn Compas à mesurer des iigures sphe- 
ricques. 

Deux grands compas l'vn auecq ses dimensions règles et 
espicilles seruant pour fortification 

Vn compas qui se peult ouurir et serer a vne main 

Deux compas pour escrire auecq encre 

Vn compas pour escrire auecq plomb de mine 



— 104 — 

Vn autre compas simple 

Linea fortificatoria 

Deux lignes auecq leurs dimensions 

Vue ligne auecq son esquarre de la mesme façon 

Sept plumes ou stiles de diuerses façons a escrire a encre 
plomb de mine et lignes sourdes 

Deux ligne a esguiser le crion 

Des ciseaux lancettes canniuet 

Vn instrument de cuiure nommé lesquarre Geometricque 
auecq la pièce pour mectre au baston pour le soustenir 

Item vne longue platte pièce de bois qui se plie en deux 
aiant a chasque boult vu pincel 

Deux autres pièces de bois je ne scay a quel vsage 

Vne longue pièce qui se deffaict en deux aiant a Tvn de- 
bout trois poinctes de fer et a Taultre vn vérin de cuiure 

Vne autre pièce de cuiure pour mectre sur vn bastcm 

Vne lampe de cuiure au boult d'vn baston pour porter 
contre le vent et contre la pluye 

Treize fers pour presser du satin 

(F° 93 v") — Les Instrumens Mathematicques. 

Premièrement en vne casse y est vne escriptoire complète 
scauoir, la boitte a l'encre et sablon d'argent, les coutiaux 
ciseaux et percelers d'acier la manche dairain 

Item il y at vue aultre casse ou il y a deux instrumens 
scauoir 

Dioptra Holometrica 

L'instrument de Cranendoncq. 

Item en la mesme casse dessus lesdicts instrumens y at 
huict pièces 

Deux Compas pour l'art de nauiger 

Quattre Compas a partir quelque chose en 2. 3. 5. 7. 
parties 

Instrument familiair 



— 105 — 

Vil compas en forme d'vne efforehe 

Deux poinçons l'vn d'airain et laultre d'acier 

Trois traciers d'encre 

Vn marcq plomb 

Vne lime 

Item vne autre casse aiant embas dix pièces 

Vne fausse esquaire 

Vn niueau 

Vn instrument pour l'artillerie 

Vne ligne 

Vne esquarre commune 

Vn compas a partir des lignes. 

(F° 94 r") — Vn demy cercle quy serue au dioptra holo- 
metrica 

Vne règle a partir les cercles 

Vne règle a partir les lignes 

Vne règle pour faire des gadrans a soleil 

Item en la mesme casse au dessus y a dix pièces 

Vn grand compas a escrire 

Vn grand compas 

Vn autre grand compas a marcquer auecq encre 

Vn grand compas a marcquer auecq du plomb 

Vn grand compas auquel serue vng demy cercle 

Vn grand compas à 3. poinctes 

Vn grand compas pour prendre le diamètre des bouUets 

Vn petit compas 

Vn petit compas a escripre 

Vne ligne contenante trois pièces quy seruent de Baridus 
Jacobi, auecq 4. diuerses pointes 

Item une aultre casse ou il y a des fiolles de cristal. 

Item deux autres casses pour y mettre ce qu'on veult 



— 106 — 

(F" 94 v") — Aultres Instrumens mathématiques 

Dioptra lienrica 
Llnstriimeut de Cranendoncq 
Vil grand niueaii qui seruira desquarre 
Vne platinne j^our des horologes 
Vn grand compas a trois poinctes 
Vn aultre compas en forme d'efforclie 
Vne petite règle de bois de rose 
Vn Ciseau 
Vn marcq plomb 

Vn autre instrument pour marcquer auecq de l'encre 
L'escriptoire 

Vn instrument rond ou il y at ensemble des traces 
plumes de plomb, et un canniuet. 

(F« 95 r») — Les Quadrans de mer et aultres Instruments 
mathemathiques . 

Premièrement vn guadran de mer en quarrure aiant la 
casse paincte et dorrée 

Vn autre guadran de mer en rondeur aiant la casse de 
cuiure 

Vn aultre instrument de 1er aiant vne grande ronde 
platine de cuiure et 14 aultres pièces de 
dépendantes 

Vn autre instrument de cuiure en quarrure aiant une 
esguille daimant au millieu 

Vn autre guadran de mer en quart de cercles de cuiure 
aiant vne longue verge de cuiure auecq des puneles. 

Vn casse de bois s'ouurant de deux costez en forme 
d'astralialle 

Vne Sphère marcquée sur vne boulle 

Vne aultre espèce de guadran marqué sur du carton 
painct et dorré 



— 107 — 

Vn aiiltre instrument contenant cincq longues pièces de 
bois dont a l'vne y at une pièce de cuiure au milieu et a 
chasque bout une punelle de cuiure 

Trois longz et larges lignales l'un plus grand que l'aultre 
Vne aultre longue pièce de fer en forme de marteau 
Trois autres bastons qui sont défont auecq vn vérin par 
le milieu 

(F» 95 v°) — De toutes sortes de Drogues medecinales. 

Premièrement vne petite fiolle auecq du baulme de S. A. 
De la pierre bizart de S. A. S, 
Vn petit pot d'eau de Canelle 
Vn papier auecq de la pierre bizart 
De la terra sigillata 
De la corne D'Elan 
Trois pièces de licorne 
Du pain bénit de Saint Nicolas pour la peste 
Vn potequin de metridat 
Du rebarbari. 
Aagarici 
Mirchoacum. 
Triade de Venize 
Vnguent verd pour la foulure 
Diaphamconis 
Diacutholicomo 

Electuarium vite contre la peste 
Electuarium contre la mesme 

Electuarium vite pour le mesme aiant vn papier pour 
scauoir euiter 
Vn pot de syrop pour la grauelle 
Syrop de nigibus en fiolle 
Syrop de roses laxatiue en fiolle 
Syrop de roses laxatiue en vn pot 
De la graisse de chat saunage 



— 108 — 

Vne petite boitte auecq de la graise de mouton 
De l'eau distillé de Monsieur D'Assonuille 
Vne boitte de traganta 
Deux boittes de manna 

(F" 96 r») — Les Armes et Pistollea 

Premièrement trois rondaces besoignez d'ouurage des 
indes 

Trois autres de fer bien trauaillez et dorrez. 

2. corseletz auecq leur équipage 

Un Casque semblable a la grande rondace 

Deux aultres Corseletz noirs simples auecq les adve- 
nances. 

Deux espees pour escrimer et 3. poignardz 

Deux lances pour courre la bague 

Trois couples de pistolles 

Dix grandes harquebuses 

Cincq Casquettes 

(Même page) — Les Selles de Cheuaulx 

Premièrement vne selle de velour rouge brodée de cordon 

dor avecq des frange or et soye incarnate auecq sa couuerte 
Vne de velour noir passementee de grand passement dor 

auecq sa couuerte 
Vne de velour noir brodée de soye noir auec sa couuerte 
Vne selle D'Armes jaulne auecq des franges et couuerte 
Vne selle de marocquin noir d'armes bordée de velour 

noir a franges noires. 
(F» 96 v») — Vn Coussinet de Poste 
Vne aultre selle de velour bleu avecq vne piccure dor et 

bleu et les franges de mesme 
Vne selle de velour noir avecq vn passement d'argent 
Vne aultre de marocquin brodée de velour auecq des 

franges noires tout allentour 



— 109 — 

Vne housse de velour noir auecq ciiKi passementz 
d'argent auecq vne frange d'argent et soye noire 
Vne housse de drap noir. 

(Même page) — Les Harnassures 

Vne harnassure de velour noir auecq du passement 
d'argent 

Diuerses sortes de harnassures la genette de soye et 
autres choses 

Diuerses harnassures de cuir et de velour pendant au 
Cabinet de deuant la Garderobe 

(Fo 97 r») — L'Estain 

Premièrement 2. douzaines et demy de platz de diuerses 
grandeurs. 
Item 3. douzaines et 1. assiettes 
Vne canne de trois potz 
Vn pot de lot 
2. D'vn lot 
2. D'vne pinte 
2. Sallieres 
2. Gobletz 

1. petit bassin 

2. potz de Chambre 
5. cuillieres 



(A suivre.) 



B"" François Bethune. 



110 



VARIETES. 



Frais de l'installation de Joseph II en qualité de 
COMTE DE Flandre. — Quand nos anciens souverains 
étaient installés solennellement en qualité de comtes de 
Flandre, cette cérémonie se faisait avec une pompe extra- 
ordinaire. Les frais de l'inauguration, qui étaient considé- 
rables, étaient supportés par les Etats de Flandre. La 
bibliothèque de la ville de Gand possède le compte détaillé 
de ce qu'a coûté l'inauguration de Joseph II. Cette céré- 
monie eut lieu le 31 juillet 1781 et les États de Flandre 
dépensèrent de ce chef la somme de 113,728 florins soit 
au-delà de 200,000 francs de notre monnaie • . 

L'empereur Joseph II était représenté par son beau- 
frère, le duc de Saxe-Teschen, gouverneur général des 
Pays-Bas autrichiens. Le duc et sa femme, l'archiduchesse 
Marie-Christine, arrivèrent la veille à Gand et descen- 
dirent, selon l'usage, à l'abbaye de Saint -Pierre. Le 
lendemain, 31 juillet 1781, le duc, accompagné d'un nom- 
breux cortège, se rendit au marché du Vendredi où un 
théâtre, richement décoré et de proportions énormes, était 
dressé à l'extrémité de la place du côté de l'église de 
Saint- Jacques. 

C'est sur ce théâtre que le mandataire de Joseph II 



1 Le florin vaut 1,80 fr. Il se divisait en 20 sous, et le sou en 
12 deniers. 



— 111 — 

devait, au nom de son souverain, jurer fidélité aux lois et 
aux privilèges du peuple flamand, et recevoir à son tour 
le serment des membres des États de Flandre. 

Le cortège était d'une richesse et d'une magnificence 
dont il est difficile de se faire une idée aujourd'hui. 

En tête marchait un détachement de dragons, suivi du 
timbalier et des trompettes de la ville à cheval. Après eux 
venaient les quatre chefs-confréries d'armes de Saint- 
Georges, Saint-Sébastien, Saint-Antoine et Saint-Michel, 
précédant les bouchers et les poissonniers tous à cheval et 
revêtus, les premiers d'un uniforme vert avec brande- 
bourgs en or, et les seconds d'un uniforme bleu avec galons 
en argent. 

Les autorités, en carrosses à deux chevaux, venaient 
ensuite. Parmi elles figuraient : les députés des villes et 
des chatellenies de Flandre, les nobles titrés, les délégués 
du clergé, les abbés, les évêques, A côté des voitures mar- 
chaient des laquais la tête découverte. Le marquis de 
Becelaere, portant le grand étendard de Flandre, était à 
cheval entouré de hérauts d'armes. 

Devant le carrosse du duc de Saxe-Teschen, traîné par 
six chevaux, marchaient la livrée, les coureurs et les pages 
de la cour. La voiture était entourée et suivie par les halle- 
bardiers et par la garde noble des archers. 

Les hauts dignitaires de la cour à cheval et un détache- 
ment de dragons fermaient le cortège. 

A leur arrivée au marché du Vendredi, toutes les auto- 
rités, qui avaient figuré dans le cortège, prirent place sur 
le théâtre, au milieu duquel se trouvait le portrait en pied 
de l'empereur. Après la cérémonie de l'installation et de 
la prestation du serment, on se rendit à la cathédrale de 
Saint-Bavon pour assister au Te Deum, et de là à l'hôtel 
de ville où un banquet de 180 couverts était préparé 
dans la Cavalcadehamer . Le soir représentation de gala 



— 112 - 

suivie de bal au grand théâtre, illumination générale, feu 
d'artifice au marché du Vendredi , concerts à la place 
d'Armes, etc., etc. 

Le compte, dont nous parlions plus haut, est intitulé : 
« Reheninge Generael der Inauguratie van Keyser Joseph 
als Graeve van Vlaenderen op 31 July 1 781 ». Il est divisé 
en 19 chapitres et transcrit dans un cahier de vingt pages 
in-folio. Nous allons le parcourir rapidement en relevant 
les articles qui, par leur importance ou leur originalité, 
méritent de fixer l'attention. 

Un article de dépenses, qui revient plusieurs fois, est 
celui relatif à certains meubles intimes qu'on plaçait dans 
tous les endroits oii leur usage pourrait être réclamé. Voici, 
par exemple, ce que nous trouvons pour la Cavalcadekamer 
de l'hôtel de ville : 

« Betaelt aen S'' Cante over leveringe van vier chaisen- 
percées 243-9-10 

(■(Betaelt aen de W" GuersouUle voorAet behleeden van 
chaisen-percées 66-11-00 

Ces meubles indispensables faisaient partie intégrante 
des bagages des grands seigneurs et des personnages de 
distinction. C'est ainsi qu'au chapitre des dépenses occa- 
sionnées par le voyage à Oordeghem des députés des États 
de Flandre qui allaient à la rencontre du duc et de l'archi- 
duchesse, nous trouvons un article libellé comme suit : 

« Betaelt aen S''^ Blaere en Knockaert meesters hehangers 
over emballage van eenige goederen naer Oordeghetn en leve- 
ringe van eenige loaterpotten, chaisen-percées, etc. 39-3-6 

Nous demandons pardon au lecteur de nous être arrêtés 
un moment à ces détails, quelque peu réalistes. Nous avons 
cru devoir le faire, parce qu'ils nous ont semblé se rattacher 
d'une façon étroite à la vie intime et aux mœurs des gens 
du grand monde de cette époque. 



— 113 — 

Le théâtre du marché du Vendredi, sur lequel se fit la 
cérémonie de Tinauguration, coûta 37544 florins, soit au- 
delà de 67,500 francs de notre monnaie. La charpente seule 
coûta 5200 florins. Les étoffes et les draperies, qui garnis- 
saient le théâtre, figurent dans le compte pour la somme 
de 17,103 florins : 

« Item aen Sieur Cante over leveringe van stoffen en 
galonnen voor den theater de somme van . . 17163-11-6 

La peinture du théâtre, exécutée par des artistes de 
Gand, de Bruges et de Bruxelles, coûta 4223 florins. Le 
peintre gantois, Pierre van Reysschoot, auteur des gri- 
sailles qui ornent le chœur de la cathédrale de Saint-Bavon, 
reçut 630 florins pour un tableau placé sur le théâtre et 
représentant la cérémonie de l'inauguration : 

« Item aen P'' van Reysschoot over het stuch op den 
theater verheeldende de hiddinge .... 630-18-00 

On consacra 6311 florins à l'illumination de la place 
d'Armes. Dans cette somme nous trouvons 2500 florins 
pour la charpente, houtwerk^ probablement les pyramides, 
les arcades, les mâts, etc., et 2800 florins pour les lampions. 
Il y avait un orchestre à chaque extrémité de la place. 

Le banquet, qui se donna à l'hôtel de ville dans la salle 
de la cavalcade, coûta, tous frais compris, la somme 
respectable de 13,894 florins, soit au-delà de 25,000 francs 
de notre monnaie. C'est un joli denier ! 

Sur la table parurent dix-sept espèces de vins, désignés 
dans le compte sous les dénominations suivantes que nous 
copions textuellement : « Tokai, Cap rouge, Cap blanc, 
Champagne blanc mouseux, Champagne roussat mouseux, 
Malvoisi de Madère, Peccaret, Cote rôtie de Dauphiné, 
Medoc flne, Volenai P (jualité, Hochemer du Rhin, Moselle, 
Moselle commune, Sileri vieux, Ingrande ». Quant aux 



— 114 — 

liqueurs, on en but de neuf sortes : « Anisette, marasquin, 
Rosolie (probablement huile de rose (Rosoglie), en flamand 
roosoUe), eaux de noyaux, quatre fruits, huile S* Louis, 
Cedra, Marasquin de Nancy, Eau d'or de Nancy ». 

La représentation de gala et le bal au théâtre de la 
confrérie de Saint-Sébastien coûtèrent au-delà de 300U flo- 
rins. On paya GlOO florins pour le feu d'artitice tiré le même 
soir au marché du Vendredi. 

Sous le titre de gratificatien, honorairen, etc., est émargée 
la somme de 13,642 florins, gracieusement remise à diffé- 
rents hauts personnages et fonctionnaires qui prirent part 
aux cérémonies de l'inauguration : prélats, grands-baillis, 
bourgmestres, conseillers pensionnaires, prévôts ecclé- 
siastiques, etc. 

Un chapitre de dépenses intitulé : Portretten van Z. M. 
den Keyzer nous api^rend que neuf portraits de l'empereur 
Joseph II furent peints à cette occasion et offerts à titre de 
souvenir. Le compte ne nous donne pas les noms des per- 
sonnes qui furent l'objet de cette haute faveur, il se borne 
à dire : « Om te distrihueren aen dlieeren van de vergade- 
ringe ». Ce travail fut confié aux peintres Bailly et de 
Maere. 

Dans notre Essai historique sur les Expositions d'art à 
Gand (171)2-1892) nous avons fait mention de deux peintres 
établis à Gand et portant le nom de Bailly, Joseph et Simon, 
qui ])rirent part au concours de peinture organisé ])ar 
l'Académie, à l'occasion de la première exposition d'œuvres 
d'art ouverte à Gand aux mois de mai et juin 1792. Joseph 
Bailly fut proclamé lauréat et obtint le prix consistant 
en une médaille en or de la valeur de 6 livres de gros, soit 
environ 65 francs de notre monnaie. Dans le catalogue de 
l'exposition de 1792, Beschryving der Pronkzael geopent 
op het stadhuys van Gend den 30 Mey 1792, nous voyons 
figurer un peintre de Saint-Nicolas, P. B. de Maere, qui 



— 115 — 

exposa trois tableaux parmi lesquels un portrait de TEm- 
pereur Léopold II, successeur de Joseph II. 

Il est plus que probable que les deux Bailly et de Maere 
sont les auteurs des portraits de l'empereur Joseph II 
offerts aen d''heeren van de vergaederinge. Ces portraits 
existent-ils encore? Et dans l'affirmative où se trouvent-ils 
en ce moment? 

Ainsi qu'on avait coutume de le faire en de pareilles 
circonstances, des médailles commémoratives furent frap- 
pées à l'effigie de l'empereur. Le revers représentait la porte 
d'entrée du château des comtes. Le chapitre intitulé Zaei- 
penningen mentionne qu'on frappa à Bruxelles 259 mé- 
dailles en or et 518 médailles en argent, qui coûtèrent la 
somme totale de 4831 florins. On rencontre des exemplaires 
de ces médailles dans les dépôts publics et dans beaucoup 
de collections particulières. 

On a souvent fait ressortir les fastueuses habitudes de 
nos ancêtres. Les détails que nous venons de donner sont 
une nouvelle preuve des sacrifices pécuniaires qu'ils savaient 
s'imposer pour satisfaire leurs goûts luxueux. 

PiiospER Claeys. 



Conflits eelatifs aux enterrements. — Bien souvent 
des conflits, suivis de procès, éclataient autrefois entre les 
curés des différentes paroisses de la ville, ou entre les 
curés et les supérieurs des congrégations religieuses, sur 
le point de savoir à quelle église ou à quel couvent apparte- 
nait le droit de déposer dans son cimetière la dépouille 
mortelle d'une personne décédée à Gand. 

Faute de s'entendre, les parties introduisaient une action 
en justice et c'était finalement le Conseil de Flandre qui, 
par arrêt, décidait dans quel cimetière le corps litigeux, 



— 116 - 

s'il nous est permis d'employer cette expression, devait 
être enterré. Pendant la durée du procès, le cadavre était 
provisoirement déposé dans un cimetière neutre, désigné 
par le Conseil de Flandre. 

Le Memoriehoek de 1510 nous a conservé le récit d'un 
conflit de ce genre qui s'éleva entre le curé de la paroisse 
de Saint-Sauveur et le supérieur des Dominicains ou 
Jacopyrien, ainsi qu'on désignait également ces religieux. 

Au mois de janvier 1510, le curé de Saint-Sauveur fit 
enterrer dans le cimetière de son église un habitant de 
la rue des Remouleurs, nommé Jacob de Pape. Le supé- 
rieur des Dominicains protesta contre cette inhumation, 
sous prétexte que le défunt faisait partie de la confrérie de 
Notre Dame « vander Hoeykene », et que ses ancêtres 
avaient toujours été inhumés dans le cimetière du couvent. 

L'affaire fut portée devant le Conseil de Flandre qui, 
avant de faire droit, ordonna de déterrer le cadavre de 
Jacob de Pape et de le déposer provisoirement dans le 
cimetière du couvent des sœurs Colettines de Bethléem ou 
de Sainte-('laire. 

« Item luas gheordonneerty dit le Memoriehoek, den zelven 
te ontgravene in eene niemver plaetse f sente Claren, achter 
de maert te Coletten in Bethelhem totten sententie definityve 
ende lach daer hegraven zeven loeken ». 

Le 18 février 1510, le Conseil de Flandre rendit un arrêt 
interlocutoire longuement motivé, par lequel il donnait 
gain de cause au supérieur des Dominicains et ordonnait 
que le cadavre de Jacob de Pape serait enterré dans le 
cimetière attenant au couvent de ces religieux. Ce ne fut 
que le 10 mars suivant, probablement après la signification 
de l'arrêt, que l'inhumation eut lieu. 

Cette macabre cérémonie se fit avec beaucoup de solen- 
nité. Le Memoriehoek nous apprend que les Dominicains 



— 117 — 

vinrent chercher le cadavre, et le transportèrent en pro- 
cession à leur couvent dans le cimetière duquel il fut 
inhumé : 

« Item, daernaer wardt weder ontgraven, midtsden von- 
nesse van den heeren van den rade, den a?"" maerte op eenen 
Maendach naer de noene ten een ueren ende de heligJie 
Jacopynen quaemen omme Y doode lichaem tnetter processie 
ende drouchden also in haerlieder clooster, ghemerct dat hy 
hemlieden haer versouck anne ghewijst was ». 

L'arrêt, statuant sur une autre réclamation des Domini- 
cains, décide que tous les profits et bénéfices à provenir 
de cet enterrement, de vruchten, haten, prouffycten ende 
emolumenten daeraf commende, seront attribués à leur 
couvent. 

Au chapitre IV du troisième livre de son Historié van 
Belgis, le chroniqueur gantois Marcus van Vaernewyck 
s'occupe également de ce procès et des incidents auxquels 
il donna lieu. Son récit qu'il intitule : « Man dry icerf 
hegraven », se termine comme suit : 

« ....iciert hy hy vonnesse ontgraven ende ghehaeldt met 
processien hy den Predicheeren ende iviert hegraven int 
zelve Couvent : aldus tvas hy tioeemael ontgraven ende drye 
reysen hegraven » . 

Nous devons faire observer que la décision du Conseil de 
Flandre ne tranchait pas le fond du débat. L'action intentée 
par les Dominicains était ce qu'en termes juridiques on 
nommait une action possessoire. Aussi l'arrêt rendu par le 
Conseil de Flandre n'était-il qu'un arrêt interlocutoire 
maintenant les Dominicains dans la paisible possession 
du droit de faire enterrer le défunt dans le cimetière de 
leur couvent. 

Le curé de Saint-Sauveur pouvait faire trancher la ques- 

8 



— 118 — 

tion au fond, en agissant au pétitoire, ainsi que l'arrêt lui 
en réservait expressément la faculté : 

« ....overtfaict ende troubel ghedaen inde possessie ende 
saisine vanden voorseiden prioor, religiensen ende convent 
van de predicaren, reserverende niet min de voorseiden 
meester Sytnoen zyn redit ende acte ten pétitoire .... ' » 

Si le curé, usant du droit que lui reconnaissait l'arrêt, 
avait reporté l'affaire devant le Conseil de Flandre et si 
celui-ci, jugeant au fond, lui avait donné gain de cause, les 
habitants de Gand auraient assisté à cet édifiant spectacle 
de voir ce cadavre, après des mois et peut-être des années 
de procès, être déterré une troisième fois et transporté, 
avec le même cérémonial, du cimetière des Dominicains à 
celui de l'église de Saint-Sauveur, Il n'en fut heureusement 
pas ainsi, car Marcus van Vaernewijck, dans la première 
édition de son Historié van Belgis parue en 15G8, consi- 
dère l'affaire comme complètement temiinée après la 
troisième inhumation, dry reyse begraven. 

Le couvent des sœurs Colettines ou de Sainte-Claire, oii 
fut enterré provisoirement le corps de Jacop de Pape, était 
situé dans la rue d'Or. Il fut supprimé en 1783. 

Quant au couvent et à l'église des Dominicains, ils occu- 
paient dans la rue de la Vallée toute la série d'immeubles 
touchant à la Lys et allant depuis l'église de Saint-Michel 
jusqu'à la rue appelée encore aujourd'hui rue des Domini- 
cains. L'église, dont l'entrée était dans la rue de la Vallée 
et qui s'étendait jusqu'à la Lys sur toute la longueur de la 
rue des Dominicains, fut démolie en 18G0 par l'entrepreneur 
van Mellaert, un spécialiste en son genre. Ce travail, 
commencé le 10 avril 18G0, était complètement terminé à 

* Registre des sentences interlocutoires du Conseil de Flandre. 
B, 1510-1513; folio 52. Archives de l'État à Gand. 



— 111) — 

la fin du mois de septembre. La tour de l'église, qui don- 
nait sur la rivière, avait déjà été démolie dès Tannée 1855. 

Peosper Claeys. 



La Fête du 1'^'' vendémiaire. — La Déesse de la 
Liberté. — Pendant l'annexion de notre pays à la France, 
on célébrait tous les ans le V vendémiaire la fête anniver- 
saire de la fondation de la république. On sait que le 
P'' vendémiaire était le premier jour de Tannée d'après le 
nouveau calendrier républicain. Celui-ci commença à 
entrer en vigueur le 22 septembre 1792 (P"" vendémiaire 
an I*^""). 

A chacune de ces fêtes, une citoyenne, choisie par le 
conseil municipal, représentait la déesse de la Liberté. Il 
en était de même pour les autres solennités de ce genre, 
dans lesquelles figuraient des citoyennes personnifiant la 
Raison, la Victoire, le Patriotisme, etc. 

Lors de la fête du P'' vendémiaire an VIII (23 sep- 
tembre 1799), la jeune personne, chargée de représenter la 
Liberté, s'acquitta si bien de ses fonctions que la munici- 
palité décida de lui faire hommage d'un bijou, dont le choix 
fut laissé au bon goût du conseiller de Brabander. Cette 
décision est rapportée de la manière suivante dans le 
procès-verbal de la séance du 5 vendémiaire : 

« La question est agitée s'il ne conviendrait pas de faire 
hommage d'un don civique à la citoyenne qui a représenté 
la Déesse de la Liberté à la dernière fête commémorative 
de la fondation de la République. 

« L'assemblée résout l'affirmative. Le principe étant 
établi, la discussion s'engage sur le point de savoir s'il 
fallait faire consister ce don dans une certaine somme 
d'argent ou dans un bijou quelconque. L'assemblée, croiant 



— 120 — 

que ce serait blesser la délicatesse de la citoyenne prémen- 
tionnée que de recourir au i)remier genre de don, arrête 
qu'il lui sera fait présent d'un bijou de la valeur de 
240 francs, et charge le citoyen de Brabander de son accep- 
tation, du choix et de l'achat de ce bijou ». 

La déesse de la Liberté fut très sensible à l'aimable 
attention du conseil municipal, et accepta, au lieu d'une 
somme d'argent, le bijou que le citoyen de Brabander fut 
chargé de lui remettre. Cela résulte du mandat de paiement 
de la somme de 240 francs, délivré au municipal de Bra- 
bandere pour payer l'orfèvre qui avait fourni « le don 
civi(iue ». 

Le costume de la déesse coûta 270 francs. A cette époque 
existaient déjà, même à Gand, des couturiers pour dames, 
car, dans les pièces comptables de l'an VIII, nous avons 
trouvé le mandat de j)aiement de cette somme au profit du 
citoyen Everaert, tailleur en cette commune, « en acquitte- 
ment de ce qui lui est dû. pour la livraison du costume de 
la déesse de la Liberté ». 

Nous ignorons si la déesse de la Liberté eut la délicatesse 
de restituer spontanément le costume emblématique qu'elle 
avait mis le 1" vendémiaire. Nous faisons cette observation, 
parce que, dans une autre solennité du même genre, il 
fallut recourir à l'intervention du commissaire de police 
pour obliger la citoyenne Marie van Passche, qui avait 
représenté la déesse de la Victoire, à restituer « l'habille- 
ment dont elle a été ornée » lors de la fête de la Renais- 
sance et de la Victoire célébrée le 10 prairial an IV 
(29 mai 1796)'. Les conseillers municipaux de l'an IV, 
moins galants que leurs successeurs de l'an VIII, avaient 
peut-être négligé de remettre « un don civique » à la 
citoyenne Marie van Passche. 

< Messager des sciences historiques, année 1894, page 470. 



— 121 -^ 

I>e président du Conseil municipal, le citoyen Jean- 
Louis van Melle , profita de l'occasion pour se faire 
octroyer un nouveau chapeau à plumes qu'il étrenna à 
la fête du premier vendémiaire an VIII. Dont coût pour 
la ville de Gand , la somme de fr. 98,65 , ainsi qu'il 
résulte du mandat de paiement délivré le 5 vendémiaire 
au chapelier P.-J. vande Velde « en acquittement de 
ce qui lui est du pour la fourniture d'un chapeau avec 
le panache destiné pour le président de cette administra- 
tion » . 

La fête du premier vendémiaire consistait, comme 
toutes les solennités officielles de cette époque, d'abord 
dans le cortège obligé conduisant les autorités de l'hôtel 
de ville au temple de la Loi (église de Saint-Michel) où 
l'on chantait des hymnes patriotiques et où des ora- 
teurs prononçaient des discours « analogues à la circon- 
stance » . 

Dans le registre des délibérations du conseil municipal 
de l'an VIII se trouve, au folio 1, la description détaillée 
des festivités qui eurent lieu le P"" vendémiaire de cette 
année. On y donne la liste complète de toutes les autorités 
— et elles étaient nombreuses — qui figurèrent dans le 
cortège. Parmi les chars il nous faut citer : « un char à 
l'antique figurant la réunion des neuf départements à la 
République; autour du char, des grouppes d'enfants 
portant des inscriptions analogues à la fête » . Jeux popu- 
laires dans différents quartiers de la ville, entre autres à 
la place d'Armes « où de jeunes citoyens célébrèrent le jeu 
de la course à pied », banquet civique à l'hôtel de ville, 
exercices militaires par les troupes de la garnison, repré- 
sentation de gala au grand théâtre, illumination générale 
de la ville, etc. » 

L'obligation de participer à toutes ces fêtes et d'illu- 
miner les façades des maisons était chaque fois rappelée 



— 122 — 

aux citoyens par les deux articles suivants inscrits dans 
tous les programmes de fêtes : 

« Il est enjoint, sous les peines de simple police, à tout 
citoyen d'éclairer la façade de sa maison pendant Tillu- 
miuation. 

« Tous les citoyens s'abstiendront, sous la même peine, 
d'étaler des marchandises et de travailler pendant la 
journée. » 

La musique des hymnes et des chants de circonstance, 
qu'on exécutait dans le temple de la Loi, étaient ordinaire- 
ment de la composition de trois artistes gantois : Pierre 
Verheyen, Ch. Ots et Ch. Hansseus. Le V vendémiaire 
an VIII on exécuta un chant patriotique intitulé : Préseyit 
des Dieux, Liberté chérie, musique du citoyen Verheyen. 

Le nombre des fêtes dites nationales qu'on célébrait 
chaque année à Gand, sous la république, était considé- 
rable. Il faut y ajouter les fêtes décadaires, qui avaient lieu 
tous les dix jours et auxquelles l'autorité donnait égale- 
ment un certain cachet de solennité. Toutes ces festivités, 
imposées par le gouvernement français, (;oûtaient gros à 
la caisse communale, et constituaient une véritable corvée 
pour ceux qui devaient y participer; aussi leur supi)ression 
sous l'Empire, ne souleva-t-elle aucune protestation. 

Peosper Claeys. 



Quelques pièces relatives a l'époque de Joseph IL 
— Le règne de Joseph II en Belgique a été surtout marqué 
par le mécontentement que provoquèrent les mesures im- 
populaires de l'empereur. On était mécontent de tout, 
des gouverneurs, des ministres, des fonctionnaires, de tous 
ceux qui de près ou de loin tenaient à l'admininistration 



— 123 — 

et étaient suspects de favoriser rexécution de la volonté 
impériale. 

Ce mécontentement alla sans cesse grandissant jusqu'à 
ce qu'il fit explosion dans la malheureuse campagne qui 
s'appela la Révolution brabançonne, et n'hésitait pas à se 
manifester de grand jour. Les brochures, libelles, publi- 
cations de toute espèce qui en sont l'expression, sont 
extrêmement nombreux. Nous avons trouvé les pièces 
suivantes dans nos archives personnelles et nous n'hésitons 
pas à les publier, non que nous les considérions comme des 
modèles de littérature, mais parce que nous y voyons la 
tournure d'esprit de l'époque. 

Avis aux États de Flandres. 

Protecteurs de nos droits nobles Etats de Flandres 

prenez garde il est tems l'on cherche à vous surprendre 

un ministre intriguant avec d'autres médians 

trame pendant la nuit des projets allarmans 

méfiez vous aussi des décrets de Christine 

La princesse nous fait une assez bonne mine 

et tache avec douceur d'amener le sommeil 

mais garde cliers états et craignez le réveil. 

Le décret douceureux qui donne surchéance 

est un décret trompeur et farci de vengeance 

en voulez-vous l'épreuve écoutez la voici 

le noble régiment du seigneur Clairfayt 

en garnison à Gand depuis nombre d'années 

a fait hier dans la nuit par secrettes menées 

transporter ses drapeaux de la garde au quartier 

pour au premier signal être prêt à marcher 

de plus ce qui est sur doit augmenter l'alarme 

cette nuit la même il faut dessous les armes 

les aversacs au dos et le fusicq chargé 

ou pour se retirer ou pour nous écraser 



— 124 — 

ce qui se fait à Gand se fait cà d'autres places 
et le gouvernement gâtant ses propres grâces 
nous prépare la guerre au millieu de la paix 
en berçant les états par de jolis décrets 
sachez que ces décrets extoniué par la crainte 
ne sont que faux fians et que d'insigne feinte 
oui peut être dans peu nous seront très surpris 
de voir toute une armée inonder le païs 
car pendant que Christine au dehors vous caresse 
en son cœur elle atend de troupes vengeresses 
qui avides du vol, du meurtre et du sang 
viendrons pour se vautrer dans celui des flamands 
courage donc messieurs redoublé de prudence 
écartez du païs cette étrange engeance 
ayez des épions au milieu de la cour 
tachez de pénétrer dans ces obscurs détours 
observé constamment ce que fait notre Sire 
s'il ne fait point marcher de bourreaux par l'empire 
ayez des yeux ouverts sur monsieur l'électeur 
qui peut de son côté causer de grands malheurs 
sachez si ce seigneur préparant sa vengeance 
ne forme par chez lui des magasins immenses 
et si par coup fouré les troupes de Fribourg 
ne peuvent s'emparer des murs de Luxembourg 
prenez donc garde à vous chers états de Flandres 
songez à vous unir, songez à vous défendre 
et pour mieux résister aux efforts du tiran 
unissez vous bien vite aux états de brabant 
aux états du hainaut et des autres provinces 
pour soutenir nos droits contre un parjure prince 
car si pour nos malheurs il peut nous désunir 
comme il sera charmé de pouvoir nous punir 
alors adieu nos loix, adieu nos chères tètes 
ces bourreaux de tuer ne feront qu'une fête 



- 125 - 

Ainsi pour éviter la perte du païs 
observez de bien près Christine et son mari 
et tous ces mouvements de nos troupes internes 
pour qu'il ne leur arrive aucun renfort externe 
et Tempereur forcé de garder son serment 
reviendra bon prince en place d'un tiran 
alors vos noms chéris étincelaus de gloire 
brillerons pour jamais au temple de mémoire 
et vos portraits gravés au fond de tous nos cœurs 
seront pour le païs l'emblème du bonheur. 

Parturiunt montes, nascetur ridiculus mus. 

1. 

Groot waert gy, Macedo, om in de kloeke daden, 
groot waert gy, Fabius, ora in de wyse raeden, 
groot noemt m'u, Constantin, als gy Godts kerk herstelt, 
groot men u Carel noerat, groot noemt men menig held. 

2. 
Waerom is Joseph groot? ist om de Batavieren 
voor wie m'op waegens sag d'onwindbaer vlote stieren? 
waerom is Joseph groot ? ist voor zyn ryksche pand 
die hy verruijlen wilt, ist voor syn nederland? 

3. 

Waerom is Joseph groot? is het om de Vestalen 
die hy met zoet gewelt deed uit liun cloosters halen? 
waerom is Joseph groot ? ist om Balthasards roof, 
wiens stappen hy volgt naer, tôt smaed van ons geloof ? 

4. 

Waerom is Joseph groot ? ist voor syn nieuwe Avetten, 
waer aen sig met syn bloed sal kragtig tegen setten 
den ouden helgen leemo die voor syn vryheyd vecht, 
en noyt verliesen can syn megeboren regtV 



— 126 — 

5. 

Neen, neen, maer hy is groot^ by loopt naar de Tauriden, 
hy loopt Catharina naer, om dat s'hem hulp sou bieden, 
jae daerom is hy groot, siet eens syii groote daed, 
als hy voor groote Trin met synen scepter &taet ! 

Le vrai Patriotte. 

Pourquoi chers Brabançons, pourquoi ces alégresses 

je vois couUer partout, des larmes de tendresse 

c'est une signée donné, par notre gouvernante 

à telle donc le pouvoir, d'être si dominante 

d'assurer que Joseph malgré ses deux diplômes 

consentira en tout, il n'est donc plus cet homme 

qui brise nos remparts, renversoit tous nos loix 

supprimoit les couvents, de l'église ses droits 

Christine passez huit jours, vous avoit fait connoitre 

que ces diplômes enfin, permi de votre maître 

nous doutions sur ce point, nos esprits en suspends 

troublait tout le Brabant par ce subtil encens 

Le masque est donc levé, Joseph il n'est plus tems 

Le lion ne dort plus, il attaque son tiran 

il ne connoit en toi, qu'un trompeur, un faussaire 

ou sont donc les leçons de ton illustre mère 

ne croit pas de calmer, par des faux superfuges 

tous l'univers entier est aujourd'hui ton juge 

reçoit donc la sentence le coup est décidé 

qui manque à son serment est indigne de régner 

ton plan est découvert, donne à ton ministre 

de subjuger partout même par des vers sinistres 

si le Brabant s'oppose, soit russe, italien 

que Luxembourg me reste, tu suivra mes desseins 

sous un dehors flateur tu les auroit trompé 

n'importe par quel fait pour vous subjuger 



— 127 — 

les projets sont manques grâce à la providence 

les traîtres sont connus, il s'agit de prudence 

chaque noble brabançon est un héros pour nous 

s'il faut le secourir nous le suivrons ])artout 

renonce donc Joseph, renonce à ce pays 

les nobles, les bourgeois, tous sont vos ennemis 

c'est votre plan Joseph, jadis à vous fidelle 

si vous vous obstinez, nous vous seront rebelles 

Deux cent mille homme, ce sont autant des mouches 

nous le feront parler sans canon ni cartouches 

nos alliez sont surs, nos cœurs sont nos remparts 

nos droits, notre union, tous nous sert de boulevard 

prenez un bon conseil avant que d'entreprendre 

laisse nous la Christine, Brabant et Hainaut 

Luxembourg, Gand, Namur, c'est tout ce qu'il nous faut, 

c'est à toi Christine que les peuples s'adressent 

il vous consacre tout n'ayez point de faiblesse 

vous êtes brabançonne et Casimir aussi 

défendez le Brabant et tous des beaux pays 

nos coeurs sont tous soumis tous le peuple et soldat 

ne craigner rien Christine vous approchez du tems 

vous serez couronné duchesse de Brabant. 



Bruxelles, 9 mai 1785. 

Nous capons du rivage assemblés dans notre Conseil de 
première instance, nouvellement établi par l'extravaguant 
Martini, ayant examiné les infractions faites à la joieuse 
entrée et autres droits et privilèges des Pays-Bas, ayant de 
plus examiné les informations prises par notre conseiller 
fiscal : Item la requête par lui présentée et autres pièces 
produites, le tout bien, et duement considéré avons résolu 
de pardonner à Marie Christine, en faveur des bonnes 
qualités dont étoit doué sa respectable mère l'impératrice 



— 128 — 

de heureuse mémoire ; à A Ibert Casimir, pour ses bonnes 
qualités personnelles et parce (]ue s'il pouvoit régner seul, 
il seroit un second Prince Charles. 

Nous avons condamné comme nous condamnons par cette 
le Ministre Belgiojoso, à être conduit tout nus par le maître 
des hautes œuvres par les principales rues de Bruxelles : 
telles que la rue aux Chevaux, celle aux fleurs et d'Argent, 
pour être à chaque coin des dites rues foueté, et arrosé de 
l'urine de toutes ses coquines. 

Le chancelier Crumpipen sera pendu k une potence, et 
le boureau lui tirera sa mauvaise crombe jambe tant qu'elle 
sera droite. 

Le conseiller De Reus, le secrétaire d'État et son adjoint 
seront traités avec douceur, on les pendra à une potence 
sous les aisselles, mais on les enduira entièrement de miel, 
et on placera quatre ruches sous leurs pieds. 

Leclerc, Dufour et Feltz, nous les abandonnons aux reli- 
gieux et religieuses supprimés, pour être-traités selon leur 
volonté. 

Rohiano et Vanvelde seront placés sur un autel, pour y 
être honorés des faux saints. 

On pardonnera à Bartenstein en faveur de sa grande 
jeunesse, et a condition que, quand il aura assez d'expé- 
rience pour se juger lui-même, il pourra se présenter pour 
juger les autres. 

Vous Vingénieur De Brou, grand bavard et 'petit génie, 
ainsi que son frère V avocat qui fait aussi tout par la langue 
et rien sur le papier, qui n'étoit pas consulté même pour 
un chat; l'on vous a jugé par grâce spéciale à la galère pour 
dix ans, après avoir été fouetés et marqués de la potence 
sur le dos par les mains du bourreau ; le terme fini vous 
recommencerez les études pour essaier s'il est possible de 
vous donner tous deux une autre éducation et en cas de non 
réussite, et que vous tombiez dans les mêmes défauts, vous 
tirerez les batteaux jusqu'à mort s'ensuit. 



— 129 — 

Vexcommis Dclplanccj sera pendue à la porte de la 
maison des commis de la porte de Louvain, et le bossu de 
Limpens foueté et marqué. 

Quant à Martini, nous le condamnons à avoir le sens 
commun, c'est-à-dire à connoitre le génie, les mœurs, loix 
et coutumes d'une nation, avant (\ue d'aviser de vouloir y 
porter la réforme. 

Le gros bœuf de Locquenghien lâche par caractère et 
traître par intérêt, pour lui rafraîchir le corps et la mé- 
moire, qu'un de ces ancêtres eu part à la constitution fon- 
damentale du païs, qui s'étend jusqu'à l'Écluse près de 
l'Escaut, et sera attaché (la tête à fleur d'eau) à la poupe 
d'un batteau d'excremens qui depuis le bassin de Boue 
cottoyera jusques aux contins de notre juridiction où on 
l'abandonnera aux flux de l'Escaut, lui interdisant d'en 
atteindre les rives d'où nous le bannissons à perpétuité. 

Nous condamnons tous les susdits ])ersonnages dans les 
frais de notre justice. 

Nous ne confisquons pas leurs biens, parce que tous 
ensemble ils ne possèdent pas un pouce de terre. 

Ainsi fait et donné en notre plein conseil ordinaire le 
9 mai 1787 de notre règne ISS'^ étoit paraphé Swarten 
Adam v" (signé) Lamraen igno, contresigné : Thone Vlugge 
et muni du cachet ordinaire du conseil, doré de sucre. 



Passion, Mort, et Résurrection du Souverain Conseil de 

Brabant. 

Le ministre Belgiojoso à Quid vultis mihi dare et 

S. M. l'Empereur. ego vobis illum tradam? 

Le chancelier Crumpipen Etiamsi oportuerit me 

lorsqu'il fit son serment en mori tecum, non te negabo. 
sa dite qualité. 

Le Souverain Conseil de Tristis est anima mea 



130 — 



Brabant implorant le secours 
des 3 états. 

Le peuple de Brabaut à 
Tamnian de Berg, les deux 
Crumpipen, les deux Aguil- 
lards, deReus, et le ministre. 

Les devits répondent à 
ces derniers qui demandent 
s'ils protestent ensemble avec 
les trois états dont ils sont 
membres. 

L. A. R. voulant satisfaire 
à la demande des trois États 
disent au Ministre. 

Le ministre de Rcus, les 
Crumpipen, les Aiguillards, 
de Berg, s'écrient à cette 
proposition. 

Le Ministre croiant déjà 
évanouis ses projets, dit <à 
son conseil, les capitaines 
de Cercle la nuit du 27 au 
28 avril 1787. 

Monsieur de Martini se 
lavant les mains dit. 

Le {procureur général du 
conseil du Brabant Lannoy 
s'écriant avec joie ainsi que 
le peuple. 



usque ad mortem, sustinete 
hic et vigilate mecum. 

Vœ autem liomini illi per- 
queum filius tradetur, bonum 
erat illi si non natus fuisset 
liomo ille. 

Neque scio, neque novi 
quœ dicas. 



Quid enim malefecit ille? 
nuUan causani mortis in- 
venio in eo, corripiam illum 
et dimittam. 

Si hune dimittis non ersi 
amicus Csesaris, toile cruci- 
fige eum non habemus regem 
nisi Csesarem. 

Omnes vos scandai um pa- 
tiemini in me in ista nocte, 
scriptum est enim percutiam 
pastorem et dispergentur 
oves gregis. 

Linocem ego sum a san- 
guine justi hujus vos vide- 
ritis. 

Ressurexit sicut dixit 
alléluia. 



Courage brabançons, courage peuple belgique 
bannissez loin de vous tout pouvoir tyrannique 



— 131 — 

bannissez-en l'auteur, l'exécrable Leclcrc 

et Lepaillarcl cruel : agissez de concert 

puis vous ferez partir Le Grand traître boiteux 

et l'hypocrite de Robe (v. d. Velde)avec son confrère gueux 

[(Robiano). 
N'oubliez pas surtout de bannir un Debroux 

qui a toujours agi comme le plus grand des foux 

sous l'apui du paillard voulant parler des loix 

remplis d'injustice, contraires à nos droits. 

Je vous plains pauvre conseil de Brabant 
Vous avez eu un mauvais père et de bons enfans 

ne craignez rien 

un bon tuteur vous soutient. 

Pauvre Belgiojoso, l'Etat de Brabant vous chassera avec 

[vos grisettes 
et l'Empereur ton maître t'enverra bientôt à la brouette. 

Par permission du Capitaine du Cercle de Bruxelles. 

Les 30 3/^ </2 de toujours braves fanfoechinî a cheval commandés par 
le général Jaco, cotnte d'Arberg cuisinier et pâtissier de la Cour de 
L. A. R. donneront pour l'ouverture de leur théâtre le P'^ du mois 
de may 

LA BRILLANTE CAMPAGNE DE LOUVAIN 

SUIVIE DE 

LA CHUTE D'UN ARDENNOIS ET CONSORS 
Cette pièce sera terminée par un grand Ballet 

INTITULÉ : 

LE DÉLOGEMENT DU BOITEUX DÉGRADÉ. 

La livrée entrera sans payer 
C'est au grand théâtre du Parc. 



— 132 — 

Où est ce monarque avec ses vastes dessins 
qui n'a pu faire raser la barbe aux caj^ucins? 

La pipe ' réduite en cendres ^ 
L'éclair ' a perdu son éclat ! 
il ne reste plus qu'une planche * à fendre 
un sot médecin ^ à suspendre 
Le païs refleurira. 

Réponce a l'orate fratres des employés de la jointe ecclésiastique. 

Suscipiat imperator ecclesiastica spolia de manibus nostris 
ad augmentum thesauri sni, ad utilitatem quoque nostram 
totiusque familial indigentis. 

Dans la ville de Gand, trois monstres trop connus 
des ordres d'un barbare eslaves assidus, 
Maroux est le premier ministre des grands crimes 
intendant d'un tyran, qui nous fait ses victimes 
D'Hoop en est le second sous sa mine en repos 
cache sous un air modeste un cœur double et faux 
sourd aux maux du pays et soumis à son maître 
D'Hoop trahit la province et c'est sans le paraître 
Marloop dans ses vieux jours de la froide saison 
en est le troisième monstre armé de trahison. 
Gantois armez vos bras et sans plus vous résoudre 
il est tems d'enterrer ces monstres sous la foudre 
quiconque assome un d'eux est sur d'être héros 
le vengeur du publicq et l'auteur du repos. 



1 Crumpipen. 

2 Van Assche. 
^ Leclaire. 

* Delplancq. 

3 Burtin. 



133 



LES COMÉDIENS IMPÉRIAUX 

auront l'honneur de donner le 23 may 1787 
L'EMPEREUR PARJURE 
tragédie allemande en plusieurs actes dans laquelle les 
principaux rolles seront joués par le célèbre Belgiojoso, le 
subtil Crumpipen, le rusé Reusse, le faux Marloop, le 
contrefaiseur Dhoop et le joli Maroux : ce dernier remplira 
le rôle de Tenfant innocent et téméraire. 

Cette pièce sera suivie par la Bataille du peuple, opéra 
tragicomique de l'immortel d'Arembergh. 

Dans cette pièce les acteurs prudents seront immolés 
comme les victimes pour le bien de la patrie, excepté l'en- 
fant innocent qui, à cause de sa jeunesse, assis dans une 
chaise percée, le bourlet sur la tête et le joujou à la main, 
sera exposé aux yeux du peuple pour l'exciter à la pitié. 



Nederlandsche Vader-Ons geadresseert aan de K. door de supp. 
K. R. van de Nederlanden. 

Joseph gij waert onsen heere 
maer het schijnt, en gij sijt 

[meer Onsen vader 
maekt dat gij den heere vreest 

heijlig schepper heijliggeest die in de hemelen sijt 
dat het cristelijk verbond 
iiijtgesproken uijt den mond gheheijligt zij 
onderhoud het krachtelijk 
soo maekt gij ousterfit'elijk uwen naeme 
toont ons uwe bermhertig- 

[heijt 
en dat uwe gerechtigheijt. . ons toekome 
dat wij biddeii vroech en laet 
op dat niet ten onder gaet. . uw Rijk 
is er dan geen gratie meer 
dat als nu van desen Heer. . uwen wille geschieden 



— 134 — 

cVonderdaenen groot en kl eij n 
moeten uw gehoorsaem sijn op de aerde 
maerten gaet op d'aerde niet 
gelijk eeniederwel siet . . . als in deu hemel 
het gonne wij liel)l)en ge- 

[spaert 
en met sorgvuldigheyt be- 

[waert geeft ons heden 
door uw toedoen nu ontblood 
vraegen wij in dezen nood. . ons dagelijks brood 
wilt ons in uw genade ontfaen 
hcbben wij ergens misdaen vergeeft ons 
waerom brengt gij ons in pijn 
gij weet wel dat het niet sijn onse scliulden 
voor denbeelen Keijsersraed 
wordt er niemand meei' ver- 

[smaed gelijk wij 
hierbij sijn wij nog meer 
[verstroyt 
k'vrees den heere sal u nooyt vergeeven 
wij en hebben sclioon ont- 

[blood 
nog gelaeten in den nood. . onse schuldenaeren 
daerom in de slaevernij 

nog in Satans heerscliappij en leijd ons niet 
want de werelt altijd malt 
waerdoor men gedurig valt in bekorijnge 
van den onrust en verdriet 
waer in gij, ons heden siet. . verlost ons 
schoon den philosoph uw 

[vleijd 
siet dat gij niet wordt verleijt van den quaden. 
opdat gij door uwe deugd 
het hemelrijk genieten meugt Amen. 



— 135 — 

Horum omnium fortissimi sunt Belgœ. 

Ellendig Vaderland ! wat tijd sien wij erleven ! 
Philip is op (len troon, hij wilt de wetten geven 
door lieel sijn rijk gemeijn : al op de aard verdeelt 
al op verscbeijde land de selve vruchten teelt ! 

Ellendig Vaderland ! duc d'Alb sien wij erleven 
die door sijn dwinglandij ons Nederland deed beven 
en uwe vrijbeid nam waer in gij waert gegrond 
door wedersijdscbe trauw, door t'heijligste verbond. 
Ellendig Vaderland! suit gij nog langer swijgen? 
beweegt u niet den druck, de rampen die u drijgen? 
geen voorrecbt belpt u meer, men breekt den grooten band 
die onverbreeklijk was, des vaders van het land. 

Manaftig Vaderland! waer sijn uw vrome daden? 
waer is uw helden hert? waer sijn uw wijse raden? 
schept moet, neenit wapens op, schept moet bet is nu tijd, 
trekt aen den ouden scbilt, toont dat gij Belgen sijt ! 

Manaftig Vaderland ! ten is nog niet verloren 
wij hebben d'asschen nog, den fœnix is erboren 
daer sijn nog edellien, die voor u vrijheijd staen 
daer sijn nog brederoôs, die bij Margreta gaen. 

Manaftig Vaderland ! bet bloed komt weer geschoten 

in onse adren, dat eertijds is vergoten 

voor u ô Nederland ! tis weer voor u bereijd 

de aerde te besproen, met d'oude dapperheijd ', 

E. V. 



Première lithographie a Gand. — Tout récemment 
M. Henri Bouchot a donné Thistoire de la lithographie. 

1 Extrait d'archives personnelles. 



— 13G — 

Nous avons parlé, sup^-a 1895, p. 273, de ce volume intéres- 
sant de la Bibliothèque de Venseigne^nent des Beaux -Arts, 
et avons exprimé un regret au sujet de son insuffisance 
pour la Belgique. Voici pour Gand un renseignement bien 
précis et curieux :« Les vrais incunables de la lithographie, 
dit M. Bouchot, s'arrêtent au moment précis oii cet art, 
reconnu et lancé, devient courant, c'est à dire au commen- 
cement de l'année 1817... » A la même date précisément 
nous trouvons parmi la correspondance reçue par la 
Société des Beaux- Arts de Gand, la lettre suivante : 

« Messieurs, j'ai l'honneur de déposer à la Société royale 
des Beaux-Arts et de Littérature de Gand un exemplaire 
lithographie, qui est aussi un de mes premiers essais 
dans ce genre et le premier qui se soit publié dans cette 
ville. Je vous prie, Messieurs, vouloir accueillir avec bonté 
ce faible gage de ma grande reconnaissance, et de mon ad- 
miration pour tant de vertus que vous exercez si géné- 
reusement envers les Artistes étrangers, les accueillant 
parmi vous, leur offrant une hospitalité consolante. 

« Messieurs, j'ai l'honneur d'être avec le plus profond 
respect votre très humble et très obéissant serviteur 

« Candido d'Almeida. 
« Gand, 30 août 1817. » 

La pièce jointe n'est qu'un fac-similé d'une page in-8", 
d'un document du XVP siècle, avec la mention : d'Almeida 
Lithog., Gand 1 aug. 1817. 

A la même date paraissait la première partie du tome \" 
àe^ Annales belgiques des Sciences, Arts et Littérature, dont 
le fondateur était le même d'Almeida, et qui contenait 
deux planches lithographiées par lui. M. Vander Haeghen 
donne sur l'auteur les renseignements suivants dans sa 
Bibliographie gantoise, V. p. 20 : 

« Candido d'Almeida y Sandoval, comte portugais, 
écuyer de Charles VI, roi d'Espagne... devint rédacteur 



— 137 — 

du Journal de la Flandre occidentale, à Bruges. Il quitta 
Bruges au commencement de mars 1820, à la suite d'une 
condamnation à 500 florins d'amende pour avoir outragé 
le roi d'Esi)agne dans un article publié dans son journal. » 
Les premiers essais de lithographie d'Almeida ont du 
reste peu de mérite ; mais les progrès de cet art devaient 
être rapides, comme le prouvent les lithographies de 
Kierdorff, dont on a un bon spécimen dans le portrait 
é(iuestre de Kiekepoost en tête du livre : « Deyi ontiverp- 
maeker van Oost- Vlaenderen, ofte kasteelen in Spagyiien » 
(Gand, 1824). D. 



Bourse des pauvres a Bruges au XVP siècle. — 
Dans des Notes et documents pour servir à la biographie 
de Josse de Damhoicder, qu'il vient de publier dans les 
Annales de la Société d'Emulation, M. L. Gilliodts-Van 
Severen parle de cette réforme de la charité publique (jui 
fut, au XVIe siècle, la préoccupation des administrateurs 
de toutes nos grandes villes, et dont l'initiative appartint 
selon les uns à Lille {Messager des Sciences, 1895, p. 348) 
et selon d'autres à Ypres. 

Le compte de la ville de Bruges de 1525-1526 apprend 
que le Magistrat fit don d'une coupe en argent à l'espagnol 
Louis Vives, qui avait longtemps résidé dans cette ville, 
pour son ouvrage de Subventione pauperum, et qu'il paya 
une somme de deux livres, douze escalins, quatre deniers 
de gros, pour le faire traduire et imprimer. Le jurisconsulte 
brugeois J. Curtius, dans la préface de son livre sur les 
Conjectures de droit civil (inséré dans le Thésaurus Juris 
romani d'Otton), nous dit la grande admiration que L. Vives 
inspirait, et l'influence qu'il eut sur ceux qui jouirent de 
son intimité : Memini Lud. Vivem, Hispani gêner is, sed 
uxore hic ducta, sapientiae et ceterarum bonarum artium 



— 138 — 

clarissimum, cum illum jam seniorem adolescentulus see- 
tarer, facundia viri et sermonis dulcedine adductus, qua 
ille non minore auctoritate quam fama quicquid hic erat 
doctorum, admiratione sut circumagehat... Et il rappelle 
les promenades qu'il faisait en compagnie du grand homme, 
encore supérieur, dit-il, dans les entretiens à ce qu'il était 
dans ses écrits. 

Tandis quT|)res mit en vigueur, eu 1531, un règlement 
qui fut publié sous le titre de : Forma siibventionis Pau- 
perum, et réalisait les idées de Vives, et qu'à Gand la 
Chambre des Pauvres fut instituée en 1534, à Bruges une 
ordonnance du Magistrat, insérée dans le registre des Hcd- 
legeboden du 18 juillet de la même année 1534, dispose 
qu'en conformité des Placards de Sa Majesté il est défendu 
de demander l'aumône dans les rues, places publiques, 
églises ou cimetières, sans avoir un permis des échevins ou 
commis des pauvres (commisen van den aermen) de la 
paroisse, et en dehors de midi à deux heures, sous peine 
de fustigation, pilori, ou autrement, à la discrétion des 
échevins, à l'exception des pèlerins et voyageurs étrangers 
(toandelaers) et sauf encore les lépreux de la Madelaine, 
les fous, les enfants trouvés, et ceux de l'école pauvre... 

« De C«ette épocjue date sans doute, dit M. Gilliodts, la 
création de la bourse des pauvres, et nous avons lieu de 
soupçonner que notre conseiller pensionnaire (de Dam- 
houder) ne fut pas étranger à cette installation. Un texte 
nous apprend que le 18 août 1538 son traitement de six 
livres de gros fut porté au double en considération des 
bons services qu'il avait rendus comme chargé de l'ad- 
ministration de la généralité des pauvres : concernerende 
den ghemeenen aermen deser stede. » I-orsqu'en 1552, la 
reine Marie, Gouvernante des Pays-Bas, l'appela au Conseil 
des Finances, il recommanda chaudement, pour lui suc- 
céder dans la place de Pensionnaire de la ville, Gilles 



— 139 — 

Wyts, qui fut nommé et qui, à la suite du règlement de 
Bruges de 15G2 sur la suppression de la mendicité, prit la 
défense de cette réforme dans son écrit : De continendis et 
alendis domi pauperibus et in ordinem redigendis validis 
mendicantibus . D. 



Encore la correspondance de Napoléon P^ — Le 
Messager des Sciences en signalait quelques lacunes en 
1895 (p. 160 et 266). Nous y faisons aujourd'hui un em- 
prunt. 

M. Aulard a publié dans la Revue de Paris, un article 
des plus curieux sur le 18 Brumaire. Il paraît que Beyts, 
alors député de la Lys, le même qui dans sa vieillesse 
siégea au Congrès national de Belgique, exprima dans une 
lettre qui n'a pas été conservée, quelque désapprobation 
de la violence faite à l'assemblée nationale. 

Voici en quels termes Napoléon lui répondit {Corr., VI, 
p. 14) : 

« Je reçois, citoyen, votre lettre du 27 brumaire. Pour- 
quoi vous êtes-vous trouvé froissé dans une journée dont 
les résultats sont tous à l'avantage de l'ordre, de la liberté 
et des lumières? 

« Mais enfin les premiers moments sont passés et je ne 
doute pas que vous ne vous empressiez <ie reprendre le rôle 
qui convient à un savant distingué, qui doit être étranger 
à tout esprit de coterie, car la raison publique n'en admet 
aucun... 

« Je me souviens d'avoir lu un fort bon rapport pour la 
ratification du traité de Campo Formio qui fixa à jamais 
les destinées de la Belgique votre patrie... 

« Ralliez-vous tous à la masse du peuple. Le simple 
titre du citoyen français vaut bien, sans doute, celui de 
royaliste, declichyen, de jacobin, de feuillant, et ces mille 



— 140 — 

et une dénominations qu'enfante l'esprit de faction et qui, 
depuis dix ans, tendent à précipiter la nation dans un 
abîme d'où il est temps enfin qu'elle soit tirée pour tou- 
jours. » 

Beyts devint, peu de temps après, préfet de Loir et Cher, 
et sous l'Empire premier président de la Cour impériale de 
Bruxelles. 

Voici une autre lettre non moins intéressante. 

h2i,Philobiblon Society, qui eut comme secrétaire M. Octave 
Delepierre, consul de Belgique à Londres, publiait tous les 
ans un recueil de Miscellanées. 

Dans le tome VII, paru en 18G2, figure une lettre de 
Napoléon l*"" qui vaut la peine d'être reproduite. Elle date 
de 1805. Bonaparte venait de prendre le titre d'empereur. 
Il écrit à sa mère. Madame Letitia : 

« Madame, M. Jérôme Bonaparte est arrivé à Lisbonne 
avec la femme avec laquelle il vit. J'ai fait donner l'ordre 
à cet enfant prodigue de se rendre à Milan, en passant par 
Perpignan, Toulouse, Grenoble et Turin. Je lui ait fait 
coniuxître que s'il s'éloignait de cette route, il serait arrêté. 
M"" Paterson, qui vit avec lui, a pris la précaution de se 
faire accompagner par son frère. J'ai donné l'ordre qu'elle 
soit renvoyée en Amérique. Si elle se soustrayait aux ordres 
que j'ai donnés et qu'elle vînt à Bordeaux ou à Paris, elle 
sera reconduite à Amsterdam pour y être embar(]uée par le 
premier vaisseau américain. Je traiterai ce jeune homme 
sévèrement, si dans la seule entrevue que je lui accorderai, 
il ne se montre pas digne du nom qu'il porte, s'il persiste 
à vouloir continuer sa liaison, s'il n'est point disposé à 
laver le déshonneur qu'il a imprimé à mon nom en aban- 
donnant ses drapeaux et son i)avillon pour une misérable 
femme, je l'abandonnerai à jamais, et peut-être ferai-je 
un exemple qui apprenne aux jeunes militaires à quel point 
leurs devoirs sont sacrés, etl'énormité du crime qu'ils com- 



— 141 — 

mettent lorsqu'ils abandonnent leurs drapeaux pour une 
femme. Dans la supposition qu'il se rende à Milan, écrivez- 
lui, dites-lui que j'ai été pour lui un père, que ses devoirs 
envers moi sont sacrés et qu'il ne lui reste plus d'autre 
salut, que de suivre mon instruction. Parlez à ses sœurs, 
pour qu'elles lui écrivent aussi, car quand j'aurai prononcé 
sa sentence, je serai inflexible et sa vie sera flétrie à 

jamais, 

« Votre bien affectionné fils 

« Napoléon. 
« Au château de Stupenis, le 2 floréal an 13. » 



Hugo Grotius. — Au sujet de Y Inleidinge tôt de Hol- 
landsche rechtsgeleerdheid de H. Grotius, dont il a été 
question dans le Messager des sciences, 1895, p. 351, un 
savant professeur nous écrit : « ....Avez-vous songé à 
ceci : l'une des causes de la réimpression doit être le fait 
que V Inleidinge a véritablement force de loi : 1" dans le 
Transvaal et 2" dans la colonie anglaise du Cap, et que, 
par ce dernier fait, elle est invoquée en appel à Londres? » 
— Le Regtsgeleerd Practicaal en Koopynans handhoeh... 
de J. Van der Linden (Amsterdam, 1806) a longtemps joui 
du même honneur dans partie des Lides néerlandaises. 

Nous avons i)arlé de l'effort infructueux de Grotius pour 
purger la langue juridique de ses termes bâtards, et l'em- 
ploi qu'il fait d'anciens mots : ong ebruikelyke , doch goede 
oude Duitsche icoorden, die in de onde keuren en handvesten 
hevonden loorden... A ce sujet il n'est pas sans intérêt de 
rappeler que déjà au siècle précédent, le Brugeois Simon 
Stevin, réfugié en Hollande, disait, en tête de son petit 
traité Het Burgherlick Leven imprimé à Leyde en 1590: 
« Qu'il eût été à désirer que les mots de pur flamand 



— 142 — 

n'eussent pas besoin d'explication latine ou grecque, mais 
que le flamand servît plutôt à faire comprendre le latin, 
mais qu'il n'en était pas ainsi. Une langue usitée et com- 
prise faisant défaut, disait-il, nous mettons en marge de 
bonnes expressions flamandes, des traductions latines ou 
grecques moins bonnes... » Pour monarchie, il écrivait 
donc Eenigvorstheyt^ mais mettait en marge le mot grec 
Monarchia, pour bepalinge il mettait le mot latin definitio, 
pour versoeckbrieven de son texte, il mettait en marge 
requesten, etc. Et généralement, malgré ces louables efforts 
de S. Stevin, de H. Grotius, et d'autres, ce sont les mots 
bâtards qui, dans la pratique, ont prévalu. D. 



Une bibliothèque américaine. — Le dernier rapport 
annuel des conservateurs de la bibliothèque publique de la 
ville de Boston ' donne des renseignements très complets 
et des plus intéressants sur l'état actuel de ce dépôt, qui 
vient d'être installé dans un local grandiose. 

Le nombre des lecteurs ayant une carte d'admission 
s'élève à 34842. Pendant le dernier trimestre de 1895, il a 
été consulté 100780 volumes. La moyenne quotidienne des 
lecteurs est de plus de 700; on a constaté, en un jour, la 
))résence de 550 lecteurs de livres et de 178 lecteurs de 
périodiques. Il est à noter qu'il existe un cabinet de lecture 
spécial pour les enfants, Childrens room. 

La bibliothèque s'est enrichie de 30611 volumes, dont 
15582 sont entrés par voie de don. 52744 volumes ont été 
inventoriés et le card catalogue a reçu 92993 nouvelles 
flches. 9898 volumes ont été reliés dans l'atelier particulier 
de la bibliothèque, et 7198 au dehors. 

1 Anmial report of the trustées of the public lihrary of fhe city of 
Boston. 1895. Boston, Rockwell & Churchill, 1896. In-8°, 11-158 pp. 



— 143 — 

Pour rucquisition des livres, il a été dépensé 24918 dol- 
lars, subside de la ville, et GG32 dollars provenant des 
ressources de la fondation, soit, en tout, environ cent 
cinquante-huit mille francs. En 18;34, le total des dépenses 
de toute nature relatives à la bibliothèque, était de 175477 
dollars, soit plus de huit cent soixante-quinze mille francs. 
Le budget prévu pour les années prochaines est de 230000 
dollars, soit plus d'un million. 

Le nombre actuel des livres est de 628297, dont 158423 
sont déposés dans des succursales. Comme le dit un rapport 
précédent, la bibliothèque n'est pas spéciale au droit, à la 
médecine, ou à la littérature nationale. Elle est devenue 
universelle, tant dans son but que dans son état réel. 
Aussi doit-elle être considérée comme un des plus impor- 
tants dépôts du monde, non seulement au point de vue de 
la quantité, mais encore à celui de l'utilité comme instru- 
ment d'instruction. Les conservateurs estiment sa valeur 
pécuniaire, terrain, bâtiments, livres et fonds de fonda- 
tion, à trente millions de francs. 

Le bibliothécaire en chef est M"" Herbert Putnam. La 
central lihrary est ouverte de neuf heures du matin à dix 
heures du soir. Elle possède neuf succursales et treize 
bureaux de prêt. Le service journalier occupe 197 employés 
en semaine; il faut y ajouter 51 auxiliaires pour les séances 
du soir et des dimanches, sans compter environ vingt-cinq 
concierges. 

Depuis quelques années, la bibliothèque publie un 
Bulletin trimestriel, contenant la liste des récentes acqui- 
sitions, par ordre de matières, ainsi que des catalogues 
méthodiques spéciaux, tels qu'un inventaire des romans 
historiques, classés par pays et par période. Dans ses 
publications, la bibliothèque de Boston ne fait pas usage 
de la classification décimale de Dewey, 

A la fin du rap])ort, se trouvent quelques documents 
relatifs aux dons faits à la bibliothèque. 



— 144 — 

Voici une lettre, iiotaiiimeiit, cVuii des donateurs : 

« 4 novembre 1895. 

« Aux conservateurs de la bibliothèque publique de la 
ville de Boston. 

« Messieurs : Dans ma jeunesse, j'étais amateur de 
livres; un de mes plaisirs préférés était d'assister à une 
vente de livres, et d'acquérir, avec mes économies, quelque 
humble volume qui pût enrichir ma petite bibliothèque. 
Plus tard, mes acquisitions devinrent plus importantes. 

« A la joie de collectionner et de posséder, j'ajoutais celle 
de montrer mes trésors à d'autres bibliophiles et d'entendre 
leur appréciations. Il y a quelques jours j'eus ce plaisir 
avec votre distingué bibliothécaire, ^PPutnam. Il exprima 
sa satisfaction de voir quelques-uns de mes livres les plus 
précieux et de mes manuscrits, dont vous n'avez pas 
d'exemplaires dans votre bibliothèque publique. Comme 
j'avais déjà pensé à vous faire don un jour de ces volumes, 
je priai M^' Putnam de les emporter et de les déposer 
immédiatement dans leur nouvelle demeure. 

« Je n'ai besoin de vous dire le plaisir que j'ai éprouvé 
pendant plusieurs années à rassembler et à posséder une 
bibliothèque instructive et intéressante dans ma maison de 
West-End. 

« Mais je vous assure que je me suis réjoui plus que 
jamais à la pensée que ces perles de ma collection sont 
placées dans une plus riche demeure, et qu'elles pourront 
servir aux générations à venir dans votre nouvel et magni- 
fique bâtiment, qui est lui-même une perle de l'architec- 
ture américaine. 

« Elles y seront bien plus utiles à tous mes concitoyens, 
jeunes ou vieux, qu'elles ne pourraient l'être chez moi. 

« C'est pour ce motif que je vous prie, en qualité de 

conservateurs de la bibliothèque publique, de bien vouloir 

accepter ce don. 

« Thomas Gaffield. » 



— 145 — 

Outre la générosité bien connue clei5 Américains à l'égard 
des établissements publics, cette lettre nous montre avec 
quelle délicatesse ils savent faire leurs dons. Je n'ai pu 
résister à l'envie de la traduire ici, en souhaitant que 
M'' Thomas Gaffield fasse école dans notre vieille Europe. 

Paul Bergmans. 



— 146 



CHRONIQUE. 



— ot-v^xfL» ^vt>- 



CoNGRÈs d'Archéologie. — Le 2 août s'ouvrii-a à Gand le 
XI'' Congrès organisé par les Sociétés d'Histoire et d'Archéologie de 
Belgique. Les adhésions sont plus nombreuses qu'en aucun des 
Congrès précédents; environ 750. Le Comité organisateur est com- 
posé de MM. le baron de Maere, président; Claeys et Varenbergh, 
vice-présidents ; chanoine Van den Gheyn, secrétaire général ; Berg- 
mans, secrétaire; Lacquet, trésorier; et comme membres: MM. le 
comte de Limbourg-Stirum, H. Van Duyse, De Ceuleneer, Clocquet, 
Paul Fredericq, Pytïeroen. 

Parmi les notabilités qui participeront aux travaux du Congrès, 
il y a tout spécialement lieu de citer : 

Pour la France : MM. Normand, de l'Institut; de Nadaillac, de 
Villenoisy, le baron de Baye, de Paris; de Hautecloque, d'Arras; de 
Marsy, président de la Société française d'archéologie à Compiègne ; 
le docteur Faidherbe, de Roubaix ; Guerlin, président de la Société 
des antiquaires de Picardie ; Lucas, de la Société des architectes de 
France; Quarré-Reybourbon, de Lille; Sorel, de Compiègne, etc., etc. 

Le gouvernement de la République française a délégué M. Cons 
pour le représenter au Congrès ; c'est la troisième fois que cet hon- 
neur échoit à M. Cons. 

Pour la Hollande : MM. Jan Ten Brink, Schoffer, conservateur du 
musée d'Amsterdam, van Ryckevorsel, de Bois-le-Duc, etc. 

La Russie et le Portugal seront également représentés. 

Les congressistes seront reçus par le collège communal à l'hôtel- 
de-ville où aura lieu la séance d'ouverture. Les autres séances se 
tiendront en la salle de la rotonde à l'Université. 

Afin que les travaux des congressistes soient plus pratiques, on a 
introduit certaines innovations à l'organisation. 



— 147 — 

C'est ainsi que tout membre du Congrès qui voudra traiter une 
question est invité à envoyer au seci-étaire un exposé du sujet qu'il 
traitera, ou tout au moins à déposer les conclusions que comporte 
son travail. On a réuni ainsi en un fascicule toutes les questions avec 
développement qui seront traitées au Congrès et ce questionnaire 
a été envoyé à tous les membres du Congrès de telle façon que ceux 
qui voudront prendre part aux discussions trouveront leur tâche 
considérablement facilitée. 

Autre innovation. 11 sera remis à chaque congressiste, à titre de 
souvenir, nous allions presque dire à titre de prime car, les présents 
seuls le recevront, un petit guide de Gand dont le texte est de 
M. Emile Varenbergh et dont les clichés des 19 phototypies dont il 
est illustré ont été fournies par la Section gantoise de l'Association 
belge de Photographie. Ce petit vade-mecum sera très utile aux 
congressistes qui voudront visiter isolément nos monuments. 

Mais le Congrès ne va pas que tenir des séances, il ira comme on 
dit, sur le terrain. C'est ainsi que d'ores et déjà certaines excursions 
sont arrêtées : on visitera Audenaerde, et le tramway vicinal trans- 
portera par train spécial, les congressistes à Laerne oii ils visiteront 
l'antique château que la plupart de nos Gantois connaissent et que 
connaissaient si bien leurs aïeux qui ont tenté, eux, de l'incendier. 

Quelques délassements seront en outre offerts aux savants visiteurs. 
L'administration communale organisera en l'honneur des congres- 
sistes une fête de nuit à la place d'Armes ; et la Société royale d'hor- 
ticulture et de botanique, autrement dit Casino, donnera également 
une fête à leur intention. Le banquet traditionnel aura lieu le 
dimanche 2 août, jour de l'ouverture du Congrès, dans les salons du 
grand Théâtre. 

De plus, le Comité organise un concert de musique ancienne qui 
sera fort intéressant. Il se composera de quatre parties. La première 
consacrée exclusivement à des Noëls des XV®, XVI^ et XVIP siècles, 
pour voix d'enfants. Une autre partie comprendra des chansons 
françaises d'auteurs belges des XV^ et XVl" siècles; la S""" partie 
aura pour interprètes l'antique clavecin et un orchestre composé 
comme jadis l'étaient les orchestres, c'est-à-dire d'instruments à 
sonorités sourdes à l'exclusion des flûtes, trompettes, etc. Cet 
orchestre comprendra vingt-trois exécutants violons, haut-bois, bas- 
sons et cors. Le clavecin, à double clavier, fait partie de la remar- 
quable collection de M. César Snoeck. Enfin, la quatrième partie du 



— 148 — 

programme comporte l'exécution de chansons flamandes. Les chœurs 
se composeront de 12 voix d'hommes et de 12 voix de femmes. 
A certains moments les chœurs d'hommes seront renforcés ; ils com- 
prendront alors 24 exécutants. 

Déjà antérieurement, nous avions pu assister à une exécution de 
musique ancienne, au dernier Congrès flamand ; pareille musique fut 
exécutée au grand Théâtre; lors du dernier cortège historique on 
fit encore de la musique ancienne ; mais ici on fera non seulement 
de la musique ancienne, mais la musique ancienne savante. 

Bibliographie historique. — Nous sommes heureux de signaler 
aux lecteurs du Messager des sciences historiques, le premier volume 
du Manuel de Bibliographie historique que M'' Ch.-V. Langlois, 
chargé de cours à la Faculté des lettres de Paris, vient de publier 
chez Hachette. Consacré aux « instruments bibliographiques », ce 
volume énumère les principaux répertoires généraux et spéciaux qui 
intéressent les historiens. Grâce à l'ordre que l'auteur a su y mettre, 
aux excellentes classifications qu'il a créées, le manuel est très aisé 
à consulter. D'autre part, il indique parfaitement les terrains encore 
inexplorés et donne ainsi une utile orientation à ceux qui veulent se 
consacrer à la bibliographie historique. En tête se trouvent des 
éléments de bibliographie générale, où M'' Langlois passe en revue et 
critique sommairement les bibliographies des bibliographies, les 
répertoires de bibliographie universelle et les répertoires de biblio- 
graphie nationale. Au courant des travaux les plus récents et conçu 
avec méthode, le manuel de M'' Langlois sera accueilli avec faveur 
par les historiens comme par les bibliographes. 11 fait vivement 
désirer la publication de la seconde partie, qui formera une histoire 
et un tableau de l'organisation comparée du travail historique dans 
les divers pays. Paul Beegmans. 

Memling. — M. A. J. Wauters vient de donner dans la Biographie 
nationale une notice sur Memling qui rejette toutes les légendes qu'on 
a mises en circulation sur le célèbre auteur de la Châsse de sainte 
Ursule, et résume tout ce que de longues et patientes recherches ont 
réuni de renseignements à son égard. Le nom sous lequel Memling 
est connu dans l'histoire, n'est point son nom de famille. On demeure 
d'accord aujourd'hui que c'est celui d'un petit village du pays de 
Mayence, d'où il était originaire. Dans le livre de la Gilde de Bruges 
pn trouve inscrit Jan van Memmelijnghe. En 1604 van Mander écrit 



— 149 — 

encore Memmclhick. M. Waiiters pense que Memling fut élève de 
Stepbau Lochner à Cologne d'où il serait passé à l'atelier de R. Van 
der Weyden à Bruxelles. En 1479 il exécute pour l'hôpital Saint-Jean 
à Bruges le Mariage mystique de sainte Catherine. De 1480 date le 
panneau Les sept joies de la Vierge qui a longtemps orné l'église 
Notre-Dame à Bruges et qui est aujourd'hui conservé à la Pinaco- 
thèque de Munich. Des découvertes de M. J. Weale dans les archives 
de Bruges ont fait connaître qu'en cette même année 1480, Memling 
achetait trois immeubles situés à Bruges. En même temps avec deux 
cent quarante-six citoyens notables de Bruges l'artiste prêtait de 
l'argent à la ville pour aider aux frais de la guerre entreprise par 
Maximilien d'Autriche, contre le roi de France. A cette époque la 
légende montre Memling à l'hôpital, blessé, malade et misérable. 

Le chanoine de Doppere inscrit dans son journal : « Le 11 aoiàt 
« (1424) est mort à Bruges Hans Memmelinck, réputé à cette époque 
« le plus habile et le meilleur peintre de la chrétienté. Il était origi- 
« naire de Mayence, et est inhumé dans l'église Saint-Ciilles à Bruges.» 

Après l'énumération des principales œuvres de Memling M. Wauters 
termine sa belle notice par ces lignes judicieuses qui la résument : 
« Au pauvre hère dépeint comme chétif et mendiant, se substitue un 
citoyen indépendant et fort, un artiste fier et honoré, un producteur 
infatigable, un des plus nobles artistes de l'école. Car, bien que d'ori- 
gine allemande et ayant vraisemblablement commencé à former son 
talent sous l'influence des maîtres rhénans, il n'en est pas moins 
flamand par au moins trente années de séjour et de production inces- 
sante en Flandre, ainsi que par une œuvre marquée de tous les carac. 
tères de l'école nationale. » D. 

Découvertes archéologiques. — La petite commune de Marie- 
mont, jadis Mont-de-Marie, attire, en ce moment, une foule considé- 
rable de visiteurs, parmi lesquels nous signalons les archéologues 
carolorégiens, à cause de la découverte des restes de l'abbaye de 
l'Olive, un vieux monastère de femmes de l'ordi-e des Citeaux, 
construit par l'ermite Jean Guillaume, vers 1218. 

Constraste frappant, les charbonnages de Mariemont s'étendent 
tout autour de l'ancien couvent et un puits d'extraction (fosse Saint- 
Abel), un traînage mécanique, l'ancien chemin de fer de l'Olive à 
l'Etoile, le tir communal de Morlanwelz, sont situés dans le bois qui 
cachait naguère le cloître, l'église et les tombeaux de l'abbaye de 
l'Olive. Ce coin de l'antique forêt de Mariemont, qui depuis le 

10 



— 150 — 

XIII* siècle, lorsque les aboiements des meutes et les fanfares du cor 
le laissaient en repos, n'avait pour ainsi dire entendu que les tinte- 
ments des cloches et les hymnes religieuses des nonnes, ne résonne 
plus d'ordinaire que des gémissements des machines et des ronfle- 
ments d'usines en activité. 

Avcint les découvertes actuelles, il ne restait de l'abbaye de l'Olive, 
désignée dans le principe sous le nom de l'Hermitage, que quelques 
petits bâtiments convertis en maisons ouvrières enclavées au milieu 
de la concession des mines des charbonnages de Mariemont. 

Comment a-t-on été amené découvrir ces ruines ? 

Un des locataires des maisons citées plus haut s'étant plaint à 
différentes reprises à la direction des charbonnages qu'il ne pouvait 
jamais rien récolter dans son jardin, où il découvrait constamment 
des pierres, M. Peny, ingénieur en chef, ordonna des fouilles, qui 
mirent à nu les murs de l'église de l'abbaye. 

En procédant méthodiquement on a exhumé le chœur, le grand 
autel, des fûts de colonnes magnifiques, etc. 

Dans le chœur, on a trouvé des caveaux de sépultures très bien 
conservés dont quelques-uns, construits en moellons bruts, peuvent 
dater du treizième siècle. 

Les squelettes sont des mieux conservés : l'un d'eux ne mesure 
pas moins de l'^Ql de longueur sur O^Sé entre épaules; un autre 
mesure l'^Sô, il a les bras croisés et porte un collier; ce dernier pour- 
rait être, selon toutes probabilités, celui de S. E. Mgr. Corbinian, 
premier ministre de S. A. Maximilien-Emmanuel de Bavière, ancien 
gouverneur-général des Pays-Bas et résidant au palais royal de 
Mariemont, inhumé à l'Olive en 1707, ainsi que les registres de l'état 
civil de Morlanwelz en font mention. 

Le squelette se trouvant au milieu du chœur serait celui de Jean 
Guillaume, fondateur de l'abbaye de l'Olive. 

A l'intérieur de l'église, plusieurs nouveaux squelettes ont été 
retrouvés dans les bas-fonds des caveaux primitivement fouillés et 
dans les nouveaux caveaux récemment découverts. Ce sont des 
squelettes de femme, notamment celui d'une abbesse de petite taille, 
qui portait sur la poitrine une croix de Lorraine avec une inscription 
espagnole. 11 faut noter que l'abbaye incendiée en 1554 fut recon- 
struite en 1566 et incendiée de nouveau en 1794. Ces squelettes datent 
vraisemblablement de la domination espagnole. 

Une médaille appendue à la croix représente un ermite et une 



— 151 — 

chapelle au-dessus de laquelle des anges adorent la Vierge et l'Enfant 
Jésus. On a trouvé dans le même tombeau un dé à coudre et une 
paire do ciseaux à ressorts d'ancien modèle. L'on suppose que ces 
objets auront été laissés par oubli dans la poche de l'abbesse défunte. 

Tout à côté, on a mis au jour une dalle d'une longueur de 3 mètres 
sur 1 mètre de largeur. Une abhesse y est très bien dessinée en gran- 
deur naturelle avec sa crosse abbatiale, coiffure du quinzième siècle, 
robe avec rabat blanc et cordelière avec grelots serrant la ceinture; 
une croix en marbre blanc est incrustée sur sa poitrine. 

Cette dalle recouvrait la tombe d'une abhesse inhumée antérieure- 
ment à 1554, probablement celle de la dix-huitième abhesse de l'Olive, 
du nom de Jeanne 11 de Walusielle (Warlusel ?) ou de la dix-neuvième, 
Eléonore Bourghoise, décédée le 8 avril 1526. 

Les trouvailles faites jusqu'ici à la surface consistent en débris de 
moulures, colonettes, bouts de corniches, chapiteaux de colonnes, 
culs-de-lampes, bénitiers, fragments de pierres avec inscriptions, 
morceaux de verre, poteries de dimensions et formes divei'ses, etc. 

On a découvert également, d'une façon tout à fait accidentelle, en 
creusant un trou de piquet de clôture, un paquet de pièces de mon- 
naies en argent collées pour ainsi dire ensemble par la chaleur de 
l'incendie, notamment deux gros patacons dont l'un d'un duc de 
Brabant, l'autre d'un seigneur du Tournaisis; une autre pièce du 
règne de Philippe H, 1560, etc. 

Dans le cloître de l'église qu'on fouille on ce moment, plusieurs 
pierres de dimensions colossales ont été mises au jour. Sur l'une 
d'elles, on lit une inscription latine : « Ci-git le Seigneur Jean, chape- 
lain au château de Morlanwelz, qui fut adjoint au fi-ère Guillaume 
dans la fondation de l'église de la bienheureuse Marie de l'Olive. 
Priez Dieu. Année 1259, 3 mai, décédé, Jean Chapelain... » 

De ce qui précède, on peut conclure qu'en 1213, du temps de la 
veuve d'Eustache du Rœulx, qui habitait le château de Morlanwelz 
et qui a donné le terrain nécessaire pour bâtir l'abbaye de l'Olive, ce 
fut le seigneur Jean, chapelain du château, que la donatrice adjoignit 
à l'ermite Jean-Guillaume pour fonder l'abbaye, ce dernier n'étant pas 
encore prêtre. 

Les principaux objets retrouvés ont été déposés provisoirement 
dans une salle d'une maison ouvrière voisine, transformée en musée. 

Les fouilles sont gardées nuit et jour par les gardes-chasse de 
Mariemont. 



— 152 — 

Les dimanches et jours de fête, c'est par milliers que les étrangers 
arrivent. Le service d'ordre est des plus difficiles, les visiteurs ne 
pouvant être admis que par dix k la fois, à cause de l'exiguïté des 
chantiers. 

Divers. — Les squelettes trouvés près de la barrière de Péronnes 
et Binche, sont au nombre de 17. M. le bourgmestre de Bincho a 
interdit les fouilles jusqu'à nouvel ordre. Le terrain appartient au 
bureau de bienfaisance, qui le loue à un cultivateur de Péronnes. 
Les squelettes découverts ont été transportés au cimetière, par 
ordre du bourgmestre qui a également réclamé les pièces de mon- 
naie retrouvées. 

Il est presque certain que ces squelettes sont des victimes des 
guerres religieuses qui désolèrent notre pays sous le règne de 
Philippe II, pendant le gouvernement de Marguerite de Parme. Cette 
hypothèse semble se confirmer par la découverte qu'on a faite dans 
les fouilles d'une pièce de monnaie de 1563. 

Dans les fondations du vélodrome qu'on construit actuellement on 
vient de mettre au jour plusieurs pièces romaines. On sait que 
Binche occupe l'emplacement d'un camp retranché de la période 
belgo-romane. D'autres monnaies, d'époques plus récentes, sont 
également découvertes, parmi lesquelles des Louis XIV, XV, XVI, 
des Albert et Isabelle, des hollandaises, etc. 

— Une médaille comme morative. — Lors de fouilles faites en 
Hollande, on a trouvé une pièce eu cuivre, frappée en souvenir de 
l'attentat manqué contre la vie de Guillaume-le-Taciturne. On sait 
que le coup fut porté le 18 mars 1528, par Jean Jaureguy. 

L'une des faces de la pièce donne une représentation du fait, l'autre 
offre le portrait du roi d'Espagne entre deux de ses conseillers. 

D'après Van Loon, Philippe II trépigne parce que le coup fut 
manqué; car le prince ne reçut qu'u)ie légère blessure à la tête, dont 
il guérit. 

Les inscriptions sont en latin et se traduisent ainsi : « L'on agit par 
trahison, non par les armes. » — « Le traître expira. » 

— Pendant plusieurs mois, les fouilles entreprises à Delphes 
n'avaient guère mis au jour que des substructions d'édifices plus 
intéressantes pour les savants que pour les artistes. Depuis quelques 
semaines, au contraire, les travaux ont amené la découverte d'un 
certain nombre de sculptures remarquables et d'inscriptions pré- 



-- 153 — 

cieuses. Nous avons déjà parlé de l'importante statue d'homme 
conduisant un char; on a trouvé, il y a quelques jours, une nouvelle 
statue de bronze de petites dimensions mais d'une extrême beauté, 
représentant Apollon ; enfin, on a découvert une inscription très 
curieuse du quatrième siècle. Cette inscription qui porte sur le règle- 
ment de la faillite commerciale donne plusieurs détails inconnus 
sur le taux de la capitalisation des intérêts dans l'antiquité. 

— Un curieux ensemble de sépultures, remontant à la seconde 
période de l'âge de la pierre, vient d'être mis au jour en Allemagne, 
dans les environs de Worms, par le docteur Kœhl, conservateur du 
Paulus-Museum. 

On n'a encore ouvert jusqu'ici qu'une partie des tombes retrouvées, 
mais des fouilles, dans les soixante-dix tombes explorées, ont donné 
des résultats d'un haut intérêt. On a recueilli plus de cent vases, 
ornés pour la plupart d'une décoration pleine de goût, et quantité 
d'armes et de bijoux; — on n'a point trouvé trace de métal. Plusieurs 
squelettes féminins portaient à l'avant- bras ou au bras des bracelets 
en ardoise bleu ou grise. Près du squelette d'un homme, à la hauteur 
du cou, gisait un petit cône de piex-re polie, non percé, mais pourvu 
d'une entaille qui devait servir à tenir l'objet suspendu au moyen 
d'un cordon. 

Les autres ornements consistent en perles, en coquilles de moules, 
en défenses de sangliers percées d'un trou et en petits coquillages 
fossiles. Ces ornements étaient portés indistinctement par l'un et 
l'autre sexe. Les tombes contenaient aussi des fragments d'ocre rouge 
et jaune. On les employait pour se tatouer ou se teindre le corps. 

Les tombes de femmes, presque toutes, contenaient des moulins 
à écraser le grain, formes de petites meules de pierre. Les tombes 
d'hommes renfermaient, en même temps que des armes, des outils, 
le tout en silex. On y a trouvé des marteaux percés d'un trou pour le 
manche, des haches et des congnées pai-faitement affilées, des ciseaux 
à froid, des couteaux, des grattoirs et des pierres à aiguiser. 

La région devait être riche en gibier, à en juger par la quantité 
d'os d'animaux, de toutes les espèces, entassés dans les tombes 
près des huit ou thx vases que chaque sépultm-e contenait en 
moyenne. 

A l'ouverture des tombes, on a photographié à plusieurs reprises 
leur contenu, afin de déterminer d'une façon précise l'emplacement 
que les armes, les ornements et les vases occupaient autour des 

10* 



— 154 — 

squelettes. La précaution n'était pas inutile. Pour que des décou- 
vertes de ce genre conservent au point de vue archéologique leur 
valeur, il importe en effet que rien ne soit changé à la disposition 
primitive. 

— En ce moment sont exposés, dans la grande salle carrée du 
Musée ancien (Palais des Beaux-Arts) à Bruxelles, quelques tableaux 
nouvellement acquis et qui, en attendant leur placement définitif, 
sont provisoirement offerts sur des chevalets à la curiosité du public. 
La plus importante de ces acquisitions est un portrait de famille (de 
la famille de Hemptine) par Navez. C'est une œuvre qui étonnera 
bien du monde, une œuvre ayant des qualités d'un ordre vraiment 
supérieur, et près de laquelle les grands tableaux du même artiste 
que possède le Musée pâlissent singulièrement. Ce portrait de famille 
comprend trois personnages : le père debout, la mère assise et tenant 
sur ses genoux une petite fille. L'œuvre date de 1816, elle est anté- 
rieure au voyage de Navez en Italie. L'homme est superbe; on ne 
citerait peut-être pas un portrait du siècle qui lui fût supérieur. La 
femme, bien que souriante, est d'une simplicité charmante. Chose 
étrange, l'enfant seul manque de naturel, et c'est lui surtout qui 
devrait avoir cette qualité ; il regarde son père avec une affectation 
de tendresse conforme non pas certes à la vérité, mais aux idées de 
sensiblerie de l'époque. Si les tableaux d'histoire de Navez valaient 
ce portrait de famille, leur auteur tiendrait une grande place dans 
l'histoire de la peinture contemporaine. 

De Snyders, un superbe tableau de nature morte : des poissons 
entiers ou découpés, un homard non cuit, bien plus pittoresque avec 
ses colorations naturelles et variées que sous la livrée rouge qu'ont 
ses semblables métamorphosés par l'apprêt culinaire, des tranches 
de saumon, un plat d'huîtres ouvertes, un chat maraudeur aux 
aguets, épisode souvent reproduit dans les sujets de ce genre ; sans 
compter les gouttes d'eau éparses sur les planches luisantes de la 
tables, qui sont la vérité même. Une page de peinture à mettre au 
premier rang dans tous les musées du monde. 

De Blés, le paysagiste wallon (de Bouvignes, sur la Meuse) fin du 
XV^ siècle, une vue d'un pays imaginaire : des entassements de 
rochers aux premiers plans, et au fond des plaines accidentées où 
l'artiste a placé, suivant l'usage du temps, quantité de petites choses : 
maisons, arbres, bêtes et gens, à voir à la loupe ; sur le devant, non 
comme sujet, mais comme prétexte, une prédication de saint Jean, 



— 155 — 

n'ayant pas d'autre raison d'être que cette convention d'alors qu'un 
peintre ne pouvait guère se mettre à l'ouvrage sans que ce fût pour 
représenter un épisode biblique ou évangélique. La signature s'y 
trouve sous la forme adoptée par l'artiste d'une petite chouette 
placée dans un endroit peu apparent, pour donner aux amateurs le 
plaisir de la chercher et de la trouver, en établissant des paris, comme 
le dit Van Mander, à qui la découvrirait. 

Un autre joli paysage introduit dans le catalogue du Musée un nom 
nouveau, celui de Lucas Van Valckenborcht, peintre malinois de la 
seconde moitié du X VI" siècle, qui s'est expatrié comme tant d'autres 
artistes de cette époque, qui a constamment résidé en Allemagne, à 
Linz et à Nuremberg particulièrement, et dont les œuvres sont très 
rares ailleurs que dans son pays d'adoption où l'on en voit de fort 
distinguées dans les galeries de Vienne, de Francfort et de Brunswick. 
Le paysage que vient d'acquérir le Musée de Bruxelles est une 
production très caractéristique de son pinceau fin et délicat. 

Un tableau d'Adotn et Eve sous l'arbre du péché dont ils ont cueilli 
des fruits qu'ils tiennent à la main, œuvre anonyme, attribuée à un 
peintre flamand influencé par Albert Durer, morceau d'un grand 
caractère, qui n'a ni la naïveté des primitifs, ni la technique habile 
des maîtres dont la manière plus libre a trouvé des effets nouveaux. 
Adam et Eve sont, en somme, des figures assez insignifiantes. 

Une excellente acquisition pour notre galerie dites des gothiques : 
les Noces de Cana, œuvre anonyme de l'école allemande du XV"* siècle, 
curieuse par l'originalité des types, par le charme de cette exécution 
où le fini ne dégénérait pas en préciosité, et par une conservation 
parfaite. 

Un tableau de nature morte de David de Heem, un des maîtres 

hollandais de ce nom qui ont traité ce genre de peinture et celui dont 

les œuvres se rencontrent le plus rarement. 

(Indépendance.) 

— Le cabinet de numismatique de la Bibliothèque royale de 
Bruxelles vient de s'enrichir de cent cinquante-cinq monnaies en 
argent, mérovingiennes, carolingiennes, ou féodales françaises, et de 
quelques pièces de l'Orient latin, dues à la générosité d'un de nos 
compatriotes, établi depuis quinze ans à Paris, M. Raymond Serrure, 
l'expert numismate bien connu. 

Ce don vient compléter certaines séries jusqu'à ce jour peu repré- 
sentées dans notre collection nationale. Parmi les pièces les plus 



— 156 — 

cmùeuses, sinon les plus rares qui la composent, nous citerons 
quelques monnaies frappées dans l'île de Rhodes par les grands- 
maîtres de l'Ordre de Jérusalem. 

— Les travaux en cours d'exécution à Bourges, pour l'agrandisse- 
ment de la Préfecture du Cher et la nouvelle installation des archives 
départementales, ont mis tout récemment à découvert, dans l'ancien 
palais du duc Jean de Berry, deux portes gothiques de la fin du 
XIV" siècle ou commencement du XV^ siècle. La conservation de ces 
deux portes fort gracieuses est parfaite : l'une est d'un style plus 
simple et un peu plus archaïque que l'autre ; leurs tj^mpans sont 
ornés d'un superbe écusson mi-partie aux armes de France et 
d'Auvergne (un gonfanon). Ce sont, avec les deux immenses che- 
minées, à la décoration si riche, mais maintenant si délabrée, les 
seuls vestiges artistiques de la célèbre demeure du troisième fils du 
roi Jean le Bon, « très excellent et puissant prince monseigneur le 
duc de Berry et d'Auvergne, comte de Poictou, d'Estampes, de Bou- 
logne et d'Auvergne. » A l'exception de ces portes et de ces che- 
minées, il ne reste plus guère du palais que les énormes murailles, 
soutenues p.ir d'épais contre-forts, et qui offrent actuellement encore, 
vues du S.-O., un aspect féodal saisissant. Avant la construction de 
la résidence ducale, il existait, au même emplacement, dès la monar- 
chie carolingienne, une résidence royale (palatluni), oh séjournèrent 
de temps en temps les premiers Capétiens. Les travaux qui viennent 
d'être effectués établissent une fois de plus que dans les fondations 
de cet édifice sont entrés, comme d'ailleurs dans la primitive enceinte 
de Bourges, des matériaux de toute espèce ; on peut même voir dans 
l'un des caveaux du palais, et encastré dans le mur, un petit monu- 
ment gallo-romain de la tin de l'empire; c'est une sculpture provenant 
sans doute d'un tombeau, et représentant une tête humaine en assez 
mauvais état. 

— La nouvelle flèche de Sahit-Bénlgne de la Cathédrale de Dijon. 
— Jeudi 28 mai a été solennellement inaugm'ée et bénie la nouvelle 
flèche de la cathédrale Saint-Bénigne de Dijon; cette flèche est le 
travail le plus considérable en ce genre qui ait été exécuté en France 
depuis le renouvellement de l'architecture ogivale. 

Saint-Bénigne est un beau vaisseau ogival de soixante-seize mètres 
de longueur commencé à la fin du treizième siècle, sur les bases d'un 
édifice écroulé du onzième, achevé dans les premières années du 
quatorzième; la façade occidentale est accompagnée de deux tours 



— 157 - 

d'une belle masse, et une flèche en charpente revêtue de plomb, petite 
et simple, comme il était d'usage pour les flèches de transept, s'éle- 
vait à l'origine au dessus de la croisée. 

Le 22 juin 1506, elle fut frappée de la foudre et aussitôt rétablie, 
mais plus haute, par l'abbé Claude de Charmes. 

Au siècle suivant, le dimanche 23 février 1625, le tonnerre l'embrasa 
tout entière et elle flaml)a jusqu'au lendemain comme une torche 
colossale d'oii ruisselait le plomb fondu. On rétablit, eu l'exhaussant 
un peu et dans le goût du temps, cette reine des nombreuses flèches 
en charpente qui faisaient l'orgueil des Dijonnais. Nouveau coup de 
foudre le 24 juin 1679; enfin, le dimanche 17 août 1738, un cyclone 
la déracina entièrement; mais les entrepreneurs Sauvestre et Linas- 
sier firent si bien, qu'en 1742, une troisième flèche se dressait 
au-dessus du comble ; pour plaire au goût populaire, on lui avait donné 
une hauteur supérieure à celle de la précédente. 

Les Dijonnais croyaient que la flèche démolie il y a dix ans était 
celle de 1742; c'est une erreur, l'aiguille avait été renversée dans les 
premières années de ce siècle, puis refaite en mauvais bois qui 
jouèrent et donnèrent à cette haute et grêle pyramide ces formes 
penchantes et tordues, que l'on en était venu à prendre pour des 
grâces de plus. La structure en était d'ailleurs détestable ; ainsi les 
charpentiers de 1742 et de 1808 avaient posé leurs bois à même le 
bahut de pierre formant cofi're au-dessus de la croisée. Qu'arriva-t-il r* 
C'est qu'il y a quarante-cinq ans il fallut d'urgence consolider la 
lanterne et employer quatre-vingt-dix mètres cubes de bois pour 
éviter un effondrement. Sous ses charges et surcharges les arcs et 
piles éclatèrent. 11 a fallu reprendre ces maçonneries du haut en bas. 

La flèche de 1808 avait 100 mètres de hauteur, dix, par conséquent, 
de plus que celle de 1742; dans ces dernières années, elle penchait 
d'une façon de plus en plus inquiétante, et pendant les orages on la 
voyait osciller comme un balancier gigantesque. Il fallut donc se 
résoudre à un démontage, et l'œuvre, conduite par M. Ch. Suisse, 
architecte du gouvernement à Dijon et architecte diocésain, fut 
achevée sans accident de personne. M. Charles Suisse fit les plans 
d'une nouvelle flèche. 

C'est, moins ses dorures, celle de Claude de Charmes, que nous a 
rendue M. Suisse; les travaux commencés à la fin de 1894 étaient 
terminés dans les derniers jours de 1895, et Dijon possède maintenant 
la plus haute flèche en charpente qui soit en France. Avec ses 



... 158 - 

93 mètres 50, elle a 15 mètres de plus que celle du Xyill"^ siècle, 
6 mètres 50 de moins que celle de 1808, différence peu ou point appré- 
ciable pour l'œil; elle dépasse donc les flèches du transept de Notre- 
Dame de Paris et de Notre-Dame d'Amiens; je ne parle pas de 
l'aiguille en fer de Rouen. 

Elle pèse en tout 380,000 kilogrammes, et il y entre llô mètres cubes 
de bois de moins que dans celle de 1808. Suivant la formule bour- 
guignonne, M. Suisse l'a composée d'une lanterne, formant ini tronc 
de pyramide, sur laquelle vient se placer une autre pyramide qui est 
l'aiguille même; dans l'Ile-de-France, au contraire, les flèches filent 
d'une seule vernie à partir de leur base, mais nous sommes en Bour- 
gogne et il fallait faire du bourguignon, bien qu'il y ait une grande 
difficulté technique à solidariser l'une avec l'autre ces deux pyra- 
mides superposées. C'est pour y parvenir que l'architecte a établi 
ces contreforts inclinés, qui partent du pied même de la souche et 
viennent, bien au-dessus du point de jonction, embrasser et moiser 
l'aiguille pyramide. 

Ces figures dessinées par M. Suisse, exécutées par M. Camille 
Lefèvre, un hors concours aux Salons de Paris, représentent sainte 
Paschasie, une martyre bourguignonne ; sainte Grégoire, évêque de 
Langres; le pape Eugène III, qui dédia la première basilique; l'abbé 
Hugues d'Arc, le constructeur de l'église actuelle ; la duchesse 
Alix de Vergy, mère du duc Hugues IV; le duc Philippe-le-Bon; 
Etienne Barbisey, vicomte-maïeur de Dijon au quinzaine siècle; 
sainte Chaptal. Au l'ang supérieur, les fausses gargouilles figurées en 
animaux fantastiques, mais construits selon toutes les règles de 
l'animalité, et les oiseaux perchés sur les pinacles des seconds 
contreforts ont été exécutés sur les modèles de M. Vassal, un des 
plus habiles sculpteurs formés à la solide école de la Commission des 
Monuments historiques. 

Toutes ces statues et figures ornementales, les moulures, les fenes- 
trages, les revêtements des bois, etc., ont été martelés en cuivre 
épais de 9 dixièmes de millimètre dans les ateliers de la maison 
Monduit. 

La flèche proprement dite jaillit fine et droite de cette double 
couronne de contreforts ornementés ; elle donne en plan un polygone 
étoile à seize faces, dont les creux et les arêtes modèlent vivement 
en clair et ombre cette haute aiguille oii joue le soleil sur l'ardoise. 
Les douze derniers mètres ont reçu une enveloppe de cuivre hérissée 



— 150 — 

de crochets, qui accentuent ce qu'il y aurait de trop sec dans cet 
amincissement extrême; eniin, au point oii toutes les lignes se 
réunissent, l'architecte a placé une couronne en cuivre largement dé- 
coupé qui fait la transition entre le cône et la croix en fer forgé, 
exécutée en perfection par M. Chaussenot, de Dijon. Le paratonnerre 
traverse le coq mobile qui remonte au XIII<= siècle; étincelant de sa 
dorure nouvelle, il a recouvré sa queue déployée, qu'emporta un pro- 
jectile allemand le 30 octobre 1870. 

Toute cette masse repose sur les quatre solides corbeaux d'angle, 
que le moyen-âge avait ménagés dans le bahut de pierre assis sur les 
quatre grands arcs de la croisée. Un double et puissant chaînage 
enserre la maçonnerie à deux hauteurs différentes et des vis do pres- 
sion permettraient, au besoin, d'arrêter les mouvements s'il s'en 
produisait. 

(Tiré par extraits du Journal des Arts.) 

— Une tiare en or. — Plusieurs journaux nous ont raconté que les 
collections du Louvre se sont récemment enrichies d'un des plus 
beaux bijoux que nous ait légués l'antiquité ; c'est une tiare en or 
qu'offriront, dit une belle inscription grecque, le Sénat et le peuple 
d'Olbios au roi Saïtapharnès. Le roi Saïtapharnès était Scythe; le 
Sénat et le peuple d'Olbios étaient une colonie grecque établie dans 
la Dacie tout près des frontières du royaume du Bosphore. 

On sait par une autre inscription qu'un citoyen d'Olbios, Proto- 
gène, avait déjà payé au roi Saïtapharnès un tribut de sept cents 
talents : il est probable que, non content de ce premier cadeau, le 
barbare en avait exigé un second ; c'est la tiare que M. Héron de 
Villefosse a eu le bonheur et l'honneur de faire entrer au Louvre, en 
même temps qu'une parure d'or, de la plus grande beauté, trouvée 
dans le même tumulus criméen. Les deux objets datent du lllo siècle 
et nous ne pensons pas qu'aucun musée puisse, dans les séries de cet 
ordre, offrir aucune pièce de cette valeur et de cette importance. 

La tiare d'or, merveilleusement conservée, se termine à sa partie 
supérieure par un serpent enroulé dont la tête se redresse. Au- 
dessous, un bandeau ajouré de beau style que surmonte un bas-relief 
circulaire où l'artiste a représenté, en suivant le texte avec une exac- 
titude littérale, deux épisodes de rZ/m^É"; Briséis conduite à Achille 
par Ulysse, et le bûcher de Patrocle. La tiare se termine par une frise 
plus étroite, où sont représentées quelques scènes de chasse d'un 
réalisme ingénieux. 



— IGO — 

L'inscription — qui ajoute à la valeur d'art de ce monument un 
mtérét historique et documentaire de premier ordre — est tracée avec 
infiniment de goût sur les remparts d'une ville dont la silhouette 
rappelle ce que des textes anciens nous apprennent des remparts 
d'Olljios. La parure est, pour l'élégance et la pureté du goût, d'une 
valeur au moins égale. Elle se compose d'un collier et do pendeloques, 
avec pierreries, verroteries et or hligrané. Ces belles acquisitions 
seront exposées dans la salle des bijoux, à côté du Trésor de Bosco- 
Reale. 

Voici maintenant ce qu'on lit à ce sujet dans le Journal des 
Débats : 

La fameuse tiare du roi Saïtapharnès, récemment acquise à grand 
prix par le musée du Louvre, serait-elle un simple pastiche? Des 
journaux ont reproduit, à ce sujet, une lettre adressée au Nouveau 
Temps par M. Vesselovsky, professeur à l'Université de Saint-Péters- 
bourg, dont voici la teneur : 

« 11 est temps de dire que cette tiare est incontestablement une 
falsification de la fabrication d'Otchakof de nos jours. La falsifica- 
cation d'antiquités se produit à Otehakof depuis déjà quelques années 
et se perfectionne tous les jours davantage, à tel point qu'elle trompe 
les archéologues. La fameuse tiare de Saïtapharnès n'est pas le seul 
objet de cette espèce. A Kherson existe, dans des mains particu- 
lières, une couronne de même travail, mais d'une autre forme. 

« Veuillez agréer, etc. » 

Par un heureux hasard, la couronne de Kerson est actuellement à 
Paris, promenée par des marchands qui cherchent à la placer et qui 
l'ont même proposée au Louvre, où elle a été immédiatement refusée. 
La comparaison qui en a été faite avec la tiare de Saïtapharnès 
prouve, avec la dernière évidence, qu'il n'y a entre les deux objets 
aucune similitude de travail et de style, aucun lien de parenté et, par 
conséquent d'origine. M. Héron de Villefosse, conservateur des 
Antiques, fait d'ailleurs remarquer que l'affirmation du professeur 
russe ne repose sur rien et qu'il résulte des termes même de sa 
lettre qu'il n'a pas vu la tiare du Louvre : « M. Vesselovsky, 
ajoute-t-il, se contente de dire qu'on fabrique à Otchakoft' des anti- 
quités : nous ne le savions depuis longtemps. On en fabrique aussi à 
Rome et à Naples ; mais il n'est jamais venu à l'idée de personne qu'il 
suffisait qu'un objet provînt des environs de l'une de ces deux villes 
pour être déclai'é moderne. » 



— 161 — 



LES 

IMPRIMEURS BELGES 

A L'ÉTRANGER. 



Comme je l'ai dit dans mes A^ialectes helgiques 
(p. 187), « c'est un fait remarquable que de 
toutes les nations de l'Europe, la Belgique et la 
Hollande soient peut-être celles qui ont contribué 
le plus, eu égard à leur étendue et à leur popu- 
lation, à la diffusion de l'art typographique. 
A peine l'imprimerie est-elle connue et com- 
mence-t-elle à se répandre que les Néerlandais 
s'emparent de la merveilleuse découverte, la pro- 
pagent dans leur patrie, la portent à l'étranger. . . » . 

Dans les pages qui vont suivre, je ne m'occu- 
perai que des artistes originaires des provinces 
méridionales des Pays-Bas, ou plus exactement 
du territoire formant la Belgique actuelle. 

Parmi les Belges, donc, qui ont ainsi contribué 
à la régénération littéraire de l'Europe, mention- 
nons d'abord Gérard de Lisa, de Flandre, qui 
se rend en Italie et introduit l'art de Gutenberg 
à Trévise, en 1471, à Vicence, en 1476; il quitte 



— 162 — 

cette ville pour aller à Venise, où brillait alors 
Nicolas Jenson, puis il revient terminer sa carrière 
à Trévise, après avoir encore porté l'imprimerie 
à Cividale, en 1480, et à Udine, en 1484. 

D'autres également s'expatrient avant que l'im- 
primerie soit connue dans leur pays. Arnold de 
Bruxelles, un des premiers imprimeurs de Naples, 
y arrive vers 1472 et y forme plusieurs élèves. 
A Gênes et à Mondovi, l'imprimerie fut introduite, 
en 1472, par Antonius Mathias d'Anvers, ville 
qui ne vit s'ouvrir un atelier typographique que 
dix ans plus tard. 

Citons encore, en Italie, le liégeois Paul Leenen, 
que l'on trouve établi à Rome, en 1474; Jean 
de Tournai, qui se fixa à Ferrare, en 1475 ; Daniel 
van Bomberghen, qui monta à Venise, en 1515, 
une vaste officine pour la publication d'ouvrages 
hébraïques ; le poète gantois Nicolas de Stoop qui 
aurait, parait-il, installé une imprimerie dans 
la même ville, où il mourut en 1568. 

En Espagne, nous rencontrons un Mathseus 
Flander florissant à Saragosse, de 1475 à 1478, 
ainsi qu'un Teodorico aleman, auquel Ferdinand 
et Isabelle accordent à Séville, en 1477, des 
privilèges, et qu'un savant américain, W.-J. 
Knapp, a identifié, non sans vraisemblance, avec 
Thierry Martens; en Angleterre, Guillaume de 
Machlinia, ou de Malines, qui imprima à Londres, 
de 1482 k 1490. 

La France surtout reçut beaucoup de nos com- 
patriotes , depuis que Pierre de Keysere eut 
imprimé à Paris, de 1471 à 1509, succédant à 



— 163 — 

Ulric Gering. C'est d'abord Guillaume Régis ou 
Le Roy, de Liège, qui est à la tête d'un des plus 
importants ateliers lyonnais, de 1473 à 1493. 
Le célèbre Josse Badins Ascensius, que je suis 
porté à considérer comme un Van Assche de Gand, 
après avoir étudié à Ferrare et à Lyon, vint 
exercer à Paris, de 1499 à 1535, et ne jouit pas 
d'une réputation moins grande de savant philo- 
logue que d'habile typographe. Josse Horenweghe, 
Jean Meganc, Jean Waterloes, Georges Biermant 
de Bruges, Louis Cyaneus ou Blaublomme de Gand, 
Chrétien Wechel de Lierre, Jean Louis ou Loys de 
Thielt, furent également imprimeurs ou libraires 
à Paris dans les premières années du XVP siècle. 

Comme on le voit, le premier courant d'émigra- 
tion, aux débuts de l'art typographique, conduit 
principalement nos compatriotes dans le midi de 
l'Europe, en France, en Italie et en Espagne. 

Un second mouvement se produit un siècle 
plus tard, à la suite des édits de religion. Cette 
fois nous voyons ceux de nos compatriotes qui 
ont embrassé les idées nouvelles, chercher un 
refuge dans les pays protestants qui entourent 
leur patrie : les Pays-Bas septentrionaux, l'Alle- 
magne et l'Angleterre. 

Etienne Mierdman s'enfuit à Londres, en 1551, 
d'où il gagne Emden, vers 1554, de même que 
Gillen Vanden Erven ou Gellius Ctematius, qui 
imprima dans les mêmes villes sous le nom de 
Collinus Volckwinner. Le maître d'école gantois 
Pierre-Anastase de Zuttere possédait une petite 
imprimerie particulière à Emden , et Nicolas 



— 164 — 

Biestkeiis, de Diest, y imprima, en 1562, la 
première version néerlandaise téléobaptiste du 
Nouveau Testament. Biestkens alla se fixer plus 
tard à Amsterdam où exerça Zacharie Heyns, qui 
finit sa carrière à Zwolle. Le liégeois Augustin 
van Hasselt fut l'imprimeur des illuminés qui 
s'intitulaient la Famille de charité àKampen, puis 
à Yianen et à Cologne. N'oublions point que c'est 
à Louvain qu'était né, en 1540, Louis Elzevier qui 
alla fonder à Leiden, un établissement que ses 
descendants devaient rendre si célèbre. L'anver- 
sois Félix van Sambix va à Rotterdam. C'est là 
que se rend également Jean van Waesberghe, 
souche d'une importante famille d'imprimeurs qui 
existe encore actuellement. Gilles Yanden Rade, 
imprimeur anversois né à Gand, fut de 1586 à 
1611, imprimeur de l'université de Franeker et 
des États de Frise. 

Jean de Berg ou Montanus, de Gand, s'associe 
vers 1540, avec Ulrich Neuber à Nuremberg et 
fonde, dans cette ville, un établissement considé- 
rable pour rimpression de la musique. De 1557 à 
1587, Materne Cholinus, d'Arlon, fait rouler ses 
presses à Cologne ; il devient membre du Sénat de 
la ville et acquiert une grande fortune. En 1570, 
le graveur liégeois Théodore de Bry ouvre à 
Francfort une librairie que rendit célèbre sa col- 
lection des Grands et petits voyages. Lié vin Hulsius 
ou Hulse, de Gand, entreprit une collection ana- 
logue à Nuremberg, ville qu'il quitta dans la suite 
pour se fixer à Francfort. 

En Suisse, un typographe appelé Pierre-Stepha- 



— 165 — 

nus van Gendt, et dont le nom indique assez 
Torigine gantoise, réimprime à Genève, au XVP 
siècle, les Psaumes de David d'après l'édition de 
Baie, 152G. Nous trouvons, de 1561 à 1582, dans 
cette dernière ville, Thomas Guarin, de Tournai, 
qui imprima notamment la bible espagnole, dite 
de rOurs. 

A côté de ces deux courants nettement carac- 
térisés, s'effectuent encore, à des époques diverses, 
de nombreuses migrations individuelles qui se 
poursuivent jusqu'à nos jours. 

Bornons-nous à en citer quelques exemples : 
Jean Flamenco, est directeur, en 1610, de l'im- 
primerie royale à Madrid; Pierre Craesbeeck, 
d'Anvers, fonde à Lisbonne une officine qui, conti- 
nuée par ses descendants, fut pendant tout le 
XVIP siècle la plus considérable du Portugal. 
En Autriche, Jean van Ghelen, d'Anvers, institue 
à Vienne, en 1670, après avoir travaillé dans 
l'atelier de son concitoyen, J.-B. Hacque, une 
imprimerie qui devint la plus importante de la 
capitale autrichienne. Rappelons la singulière 
physionomie de cet aventurier, bouquiniste et 
homme de lettres, Jean-François deLos-Rios, qui 
vécut longtemps à Lyon, au XVIIP siècle, et se 
distingua, entre autres bizarreries, par la dédicace 
de ses Œuvres à son cheval ! 

Si je ne m'assignais volontairement pour limite 
les dernières années du XVIIP siècle, je pourrais 
indiquer de nombreuses et importantes officines 
contemporaines créées par des Belges, telles que 
la librairie Pion à Paris. 



— 166 — 

Ces quelques détails montrent, je pense, quelle 
part nos compatriotes ont prise à la diffusion de 
l'art typographique en Europe. 

On trouvera, dans le présent travail , une liste 
de toutes les localités où des Belges ont exercé, 
avec une notice, volontairement très brève, sur 
chacun d'eux. 

Malgré toutes mes recherches, cette liste, je 
le sais, est encore fort loin d'être complète, 
et certaines attributions pourront être discutées. 
Je crois cependant qu'elle a son utilité : elle 
peut être considérée comme un guide pour les 
chercheurs, à qui elle permettra de s'attacher à 
traiter, isolément, et cette fois à fond, l'histoire 
de tel ou tel atelier belge à l'étranger. 

Paul Bekgmans. 

l«r août 1896. 



167 — 



LISTE GEOGRAPHIQUE 



DES 



Imprimeurs et Libraires belges établis à l'Etranger. 

ALCALA DE HÉNARÉS. 

1552-1553. JEAN MEY, ou DE MEY, Flandro'. 

Il eut d'abord une officine à Valence, où il publia un 
recueil de Fueros. A Alcala, il imprima divers ouvrages 
importants, tels que le Tractatus sacerdotalis de ecclesias- 
tieis sacramentis de Nicolas de Ploue, divers traités de 
saint Thomas d'Aquin, et de Christophe de Vega, etc. Jean 
de Mey, qui se distingua surtout par la pureté de ses 
caractères et la correction de ses impressions, fit usage de 
trois marques typographiques, dont deux sont reproduites 
dans la bibliographie complutienne de J.-C. Garcia. Il se 
peut qu'il soit retourné en 1515 à Valence (voir ce nom). 
Il laissait deux fils, Philippe et Pierre-Patrice, qui furent 
à leur tour des imprimeurs notables à Tarragona et à 
Valence (voir ces noms); un troisième fils, Aurèle, aurait 
également exercé l'art typographique. 

ALTONA. 

1673. CORNEILLE VANDER MEULEN. 

Dans son Dictionnaire de géographie ancienne et moderne 
à Vusage du libraire, P. Deschamps dit qu'il ignore le titre 
du volume sur lequel se base le docteur Cotton pour fixer à 
l'année 1673 l'introduction de l'imprimerie dans cette ville 



1 J.-C. Garcia, Ensayo de una t!po[/)-afia 'complutense (Madrid, 
1889), n°^ 243, 256, 264, 266-269, 271, 272 et pp. 615-616. 



— 168 — 

du Holstein. Il s'agit sans doute de l'opuscule suivant de la 
célèbre femme philologue Anne-Marie à Schurman : 

A. M. à SCHURMAN |1 EvxX?]qicc \\ SEU || Melioris Partis || 
ELECTIO. Il Tractatus |1 Brevem Vitse ejus Delineationem 
exhibens. \\ ... 

ALTON.î: ad Albim. \\ Ex Officiua H CORNELII van der 
MEULEN. Il ANNO clo loc lxxiii. || 

Pet. in-8», 207 pp. cliiffr. et 1 p. cV errata. 

[Bibl. univ. Gand, Hist. 1435]. 

Le nom de l'imprimeur semble bien indiijuer une origine 
flamande. Les biographies belges mentionnent plusieurs 
peintres et poètes du nom de Vander Meulen, depuis le 
XVP siècle jusqu'à nos jours. 

AMSTERDAM. 

1578-1 5S8. NICOLAS BIESTKENS, de Diest, venant de 
Emden (voir ce nom). 

La Bibliotheca helgica cite des impressions de Biestkens 
à Amsterdam en 1578, notamment une édition de VOffer 
des Heeren, et en 1579. En 1582-1583, il imprime les deux 
parties du chansonnier : Veelderhande liedehens, et doime, 
sur le titre, son adresse : dans l'étroite rue de l'Église 
(m de enge Kercksteege), à l'enseigne du lys entouré 
d'épines, emblème que reproduit sa marque typogra- 
phique. 

Des impressions de NICOLAS BIESTKENS, le jeune, 
apparemment fils du précédent, sont citées en 1590 et 1595, 
également avec l'adresse de la maison au lys entre les 
épines. 

En 161G-1626, Nicolas Biestkens imprime des œuvres 
dramatiques de Th. Rodenburgh, S. Coster et sa propre 
pièce : Claas Kloet (1619). Il s'agit, je pense, de Nicolas 



— 169 — 

Biestkens, le jeune, qui aura pu supprimer cette qualifica- 
tion par suite de la mort de son père. 

1.595-1605. ZACHARIE HEYNS ', d'Anvers. 

Né à Anvers, en 1570, et fils du poète et maître d'école 
Pierre Heyns, Zacharie dut quitter la Belgique avec ses 
parents pour fuir la persécution religieuse. Il s'établit 




comme imprimeur à Amsterdam, où il fit rouler ses presses, 
de 1595 à 1605, dans la rue aux Herbes potagères [War- 
moesstrate) à l'enseigne des trois vertus cardinales, tout en 
se livrant à la poésie et à la gravure. C'est ainsi qu'il 
publia lui-même sa géographie rimée des Pays-Bas : Den 
nederlandtschen Landtspiegel in ryme gestelt (1 599) et ses 
deux pièces de théâtre en cinq actes et en vers : Vriendts- 
siftieghel et Pest-spieghel (1602). En 1605, il alla s'établir à 
ZwoUe (voir ce nom). La marque typographique de Zacharie 
Heyns représente l'humanité guidée par les trois vertus 
cardinales, avec la devise : Sic itiir ad astra; il en existe 
plusieurs variétés. 



1 Biographie nationale puhliée par l'Académie royale deBelgigue, 
t. IX (Bruxelles, 1886-1887), col. 360-362. — Bibl. helgica, v° Heyns. 



— 170 — 

1606-1622. PIERRE KEERIUS, K^RIUS ou VANDEN 
KEERES deGand. 

Fils de l'imprimeur-auteur gantois, Henri Vanden Keere, 
Pierre s'établit à Amsterdam comme graveur et éditeur. 
Il publia, notamment, en 1617, un bel atlas des Pays-Bas, 
qu'il fit reparaître en 1622. Il employa la même marque 
que son père, c'est-à-dire un cadran dont l'axe est une tête 
de mort, et la même enseigne : au temps incertain {de on- 
seecker tyt). 

XVIIP siècle. PIERRE VAN DAMME^ de Gand. 

Né à Gand, le 20 juin 1727, Pierre-Bernard van Damme 
se rendit, jeune encore, à Amsterdam, pour se consacrer à 
la librairie et fut bientôt à la tête d'un établissement des 
plus prospères et des plus importants. Passionné biblio- 
phile, il se forma une collection particulière des plus 
riches; mais l'étude de la numismatique, à laquelle il 
s'appliqua spécialement, l'absorba au point de lui faire 
quitter son commerce dont il vendit le fonds en 1767, après 
s'être défait, en 1764, de sa propre bibliothèque ^ Il 
écrivit plusieurs mémoires sur la numismatique et légua, 
en mourant (13 janvier 1806), la bibliothèque spéciale qu'il 
avait rassemblée sur ce sujet, ainsi que sa collection de 
médailles, à la Société Tôt Nut voor t Algemeen, qui en fit 
publier un inventaire raisonné *, orné de son portrait. 

Parmi les ouvrages qui portent l'adresse de Pierre van 
Damme, citons la traduction du traité de Gérard Meerman 



1 P. Bergmans, Analectes belgiqiies (Gand, 1896), p. 60. 

" Biographie nationale piibliée par l'Académie royale de Belgique, 
t. IV (Bruxelles, 1873), col. 659-661, et les sources indiquées dans 
cette notice. 

3 Catalogus van eene uytmuniende bibliotheek... Catalogue d'une 
bibliothèque incomparable. La Haye, 1764 ; in-8o, 3 vol. 

* W. Van Westreenen, Catalogue de la bibliothèque et du cabinet 
de médailles de Pierre van Damme. La Haye, 1807 ; in-8°, 2 vol. 



— 171 - 

sur rinventioii de rimpriraerie, par Henri Gockinga, avec 
une liste des incunables néerlandais par Jacques Visser 
(1767). 

ARRAS. 

1591-1634. GUILLAUME RIVIÈRE ou DE LA RI- 
VIÈRE*. 

Né à Caen, Guillaume de La Rivière n'appartiendrait 
pas à cette étude s'il n'avait fait son apprentissage chez 
Plantin, qui épousa sa cousine, Jeanne Rivière. Guillaume 
de La Rivière entra à l'imprimerie plantinienne, comme 
compagnon, en 1569; le 6 avril 1576, il se fit recevoir 
bourgeois d'Anvers et maître imprimeur ; il travailla chez 
Plantin jusqu'au mois de février 1591. Au mois d'avril de 
la même année, nous le trouvons établi à Arras % dont 
il devint un des principaux typographes ^ Son fils imprima 
quelque temps à Cambrai (1610-1616), puis revint à Arras 
où il travailla comme associé de son père, à l'enseigne du 
bon pasteur, de 1629 à 1634; cette dernière date est pro- 
bablement celle de la mort de Guillaume de La Rivière. 

La vignette de ce dernier est accompagnée de sa devise : 
Madent a flumine valles, oii l'on reconnaîtra aisément un 
jeu de mot sur son nom patronymique. Il en existe deux 
dessins différents, qui se rencontrent chacun en plusieurs 
variétés. Parmi les principaux travaux de Guillaume de 
La Rivière, il faut citer la Somme de saint Thomas avec 
les notes de Paul Boudot (1610), les lettres d'Etienne 
Pasquier (1598), les œuvres de Jean Cassien avec le com- 
mentaire d'AUart Gazet (1628), etc. 

i A. De Deckek, Eeniye antwerpsche druhkers in den vreemde 
(Anvers, 1881), pp. 64-65. 

2 M. RoosES, Ch ristophe Plantin {Anvers, 1882), T^.ld. 

5 A. DiNAUX, Bibliographie cambrésienne (Douai, 1822), p. 29. — 
D'Héricourt et Caron, Recherches sur les livres imprimés à Arras, 
lr« partie (Arras, 1851), pp. 18-19 etpassim. 



— 172 



BALE. 



1 51 6-1 521 (?). LAMBERT HOLONIUS ou DE BOLOGNE ' , 

de Liège. 

Holonius travailla à Bâle, comme prote, dans l'impri- 
merie de Jean Froben. S'étant procuré, on ne sait comment, 
la copie des Colloques d'Érasme, il la vendit, pour un 
prix très élevé, à son maître qui publia ainsi, en 1518, 
la première édition des Colloquia. Holonius publia égale- 
ment des extraits de Laurent Valla, faits par Érasme, sous 
le titre de Paraphrases elegantiarum. Le grand humaniste 
fut loin d'être satisfait, et sa correspondance contient 
plusieurs passages des moins flatteurs pour le Typographiis 
leodiensis -. 

1561-1582. THOMAS GUARIN', de Tournai. 

Après avoir peut-être imprimé à Lyon (voir ce nom), 
Thomas Guarin, originaire de Tournai, fit rouler ses 
presses de 1561 à 1582, à Bâle, qui était alors encore un 
centre typographique important. H épousa la fille de son 
collègue Michel Isengrin dont il continua vraisemblable- 
ment l'officine, et dont il employa la marque typographique 
jusqu'en 1567; à partir de cette année, il eut sa marque 
propre*, d'un dessin fort original et représentant un ours 
debout contre un arbre, dans le tronc duquel des abeilles 



i Messager des sciences historiques de Belgique, 1843, pp. 26-29. — 
Biographie nationale publiée par l'Académie royale de Belgique, t. IX 
(Bruxelles, 1886-1887), col. 436. 

2 Trompé par cette appellation. De Villenfagne a cru qu'Holonius 
était le premier imprimeur liégeois {Mélanges sur l'histoire de Liège, 
t. II, p. 84). 

^ F.-F.-J. Lecotjvet-Gabin, Thomas Guarin, tournalslen, impri- 
meur à Bâle au XVP siècle (Gand, 1858); extr. du Messager des 
sciences historiques de Belgique. 

* Elle est reproduite dans Imm. Stokmeyer et Balth. Reber, Bel- 
tràge zur Basler Buclidruckergeschlchte (Bâle, 1840), p. 157. 



— 173 — 

ont fixé leur essaim. Thomas Guariu était fort instruit, 
doctissimus, dit Sanderus, et plusieurs de ses éditions sont 
accompagnées d'épîtres écrites par lui ; il connaissait le 
grec, et donna, notamment, des éditions d'Aristote, de 
Mosclius et de Xénoplion. C'est Guarin qui imprima, en 
1569, la bible espagnole que sa marque fit surnommer la 
Bible de r Ours*. Il mourut le 6 mai 1592, âgé de 03 ans^. 

BEVERLEY. 

15... HUGUES GOES. Voir York. 

BOIS-LE-DUC. 

1549-1610. JEAN DE TURNHOUT. 

Deux imprimeurs de ce nom ont travaillé à Bois-le-Duc 
dans la seconde moitié du XVP et au commencement du 
XVIP siècle. 

BORDEAUX. 

1618. ÉGIDE ou GILLES BEYS ^ d'Anvers. 

Fils d'Égide Beys, qui imprima à Paris, et de Madeleine 
Plantin, la fille du grand imprimeur anversois. Égide II ou 
Gilles Beys fut baptisé dans la cathédrale d'Anvers le 
19 janvier 1574. Il suivit la carrière paternelle et, après 
avoir fait son apprentissage chez ses oncles Jean Moretus, 
à Anvers, et François van llaphelinghen, à Leyde, il s'éta- 
blit comme libraire à Bordeaux, en 1618. 



i Aux 24 impressions de Griiarin citées par Lecoiivet, je puis ajouter 
une bible latine de 1578 (in-8°, 2 vol.) et le De re nautica de E.-Er.-M. 
Laetus (1573 ; in-8»). 

* V. son épitaphe dans le Messager des sciences historiques de 
Belgique, 1878, pp. 222-223. 

3 M. RoosES, Christophe Plantin, p. 381. — A. De Decker, ouvr. 
cité, p. 36. 



— 174 — 
CAMBRIDGE. 

1525. NICOLAS SPERYNG et GERARD-GODFROY 
VAN GRATEN. 
Signalés par Mi' E. Gordon Duff. 

CIVIDALE DEL FRIULI. 

1480-1481. GÉRARD DE LISA DE FLANDRE. Voir 
Trévise. 

Cest à Cividale del Friuli que l'on retrouve Gérard de 
Lisa après son départ de Venise ; il n'y fit qu'un court 
séjour, et se rendit ensuite à Udine, qui est situé à dix- 
sept kilomètres de Cividale. 

COLOGNE. 

On ignore le lieu de naissance exact d'ARNOLD ÏHER- 
HOERNEN ou TER HOERNEN ', qui fut le second impri- 
meur de Cologne (1469-1483) ; il était originaire des 
Pays-Bas, mais la forme de son nom patronymique ainsi 
que les caractères qu'il a employés me le font considérer 
comme un Hollandais plutôt qu'un Belge, et je dois donc 
l'écarter de ces recherches. Il en est de même pour Jean de 
Ruremonde - qui imprima à Cologne, vers 1540, avec le 
matériel de Martin de Keyser, d'Anvers. 



i P.-C. Vandek Meebsch, Recherches sur la vie et les travaux des 
imprimeurs belges et néerlandais établis à l'étranger (Gand, 1856), 
1. 1 [seul paru], pp. 189-272. — Beschreibeiider Catalog desbibllogra- 
pMschen Muséums von H. Klemnt (Dresde, 1884), pp. 164-167. 

Le Catalogue des incunables de Versailles, l'édigé par M"® M. Felle- 
cliet (Paris, 1889) mentionne erronément (p. 2, n° 3 et à la table des 
imprimeurs) Adrianus Ter Hoernen ; c'est Arnoldus qu'il faut lire, 
comme le montre, d'ailleurs, le colophon de l'ouvrage décrit dans cet 
inventaire. 

2 Bulletin du biblioj)hile, 3^ série, n" 1 (Paris, 1838), pp. 5-6. 



— 175 — 

1511. ANTON KEYSER^ 
1518. NICOLAUS CAESAR '. 

1519-1523. CONRADUS CAESAR •'. 

Ces typographes appartiennent-ils à la famille belge des 
De Keyser dont plusieurs membres sont célèbres, tels 
qu'Arnaud, le premier imprimeur d'Audenarde et de Gand? 
C'est à cette famille que se rattachent Pierre de Keysere? 
fixé cà Paris, Daniel de Keysere, à Rome, et peut-être 
Bartholomeo l'Imperadore, à Venise. 

1557. JACQUES BATHEN. Voir Maestrieht. 

1557-1584.MATERNE CHOLINUS^ ou COLIN, d'Arlon. 

Natif d'Arlon, Materne Cholinus s'établit à Cologne, vers 
le milieu du XVP siècle. Ses talents et son industrie lui 
firent acquérir une grande fortune, et il fut membre 
du Sénat de cette ville. Sa marque représente une main 
sortant d'un nuage et portant une couronne, avec la devise : 
Benedices coronae anni henignitatis tuae. Psal. 64. Il se 
consacra surtout à la publication d'ouvrages de théologie, 
mais imprima aussi d'autres volumes d'un certain intérêt 
scientifique, tels qu'une édition grecque, avec traduction 
latine, des éléments d'Euclide(1584). 

Son fils, GOSWIN CHOLINUS, fut également impri- 
meur et libraire à Cologne de 1583 à 1604^ A cette der- 
nière date, sa marque porte la devise : Ex literarum 
studiis immort alitas acquiritur. 



1 Beschreibender Catalog des hihlîographischen Muséums von 
H. Klemm (Dresden, 1884), p. 194. 

2 Id., ibid. 

3 Id., p. 186. 

4 A. Neyen, Biographie luxembourgeoise (Luxembourg, 1860), 
pp. 119-120. — Annales de l'Institut archéologiriuc du Luxembourg, 
t. XXX (Arlon, 1895), pp. 3-7. 

s V. la table de la Bibliotheca belgica, où sont décrites sept de ses 
publications. 



- 176 — 

(V. 1570)-1591. AUGUSTIN VAN HASSELT. Voir 
Kani'pen. 

1620. MICHEL DALIUS ou VAN DALEN, d'Anvers. 
Voir Munster. 

V. 1675. JEAN-CHRYSOSTOME MALTE. Noir Lille. 

DELFT. 

1615-1634. FÉLIX VAN SAMBIX. Voir Rotterdam. 

DOUAI. 

1563-1578. JACQUES BOSCARD % de Louvain. 

Né au commencement duXVL" siècle, à Louvain, Jacques 
Boscard était imprimeur dans cette ville quand fut fondée, 
en 1562, l'université de Douai. Il accepta les offres favorables 
que lui firent les magistrats douaisiens pour le décider à se 
mettre au service de la nouvelle institution, et ses presses 
furent établies dans une maison située rue des Ecoles, 
L'année suivante, un promoteur de l'université, Loys de 
Winde, dont le nom a une tournure bien flamande, monta 
une autre imprimerie qui fut installée dans le local même 
de l'université. 

Jean Boscard, dont les impressions sont correctement 
exécutées, avait pour enseigne VÉcii de Bourgogne et pour 
marque un bûcheron abattant un chêne, avec la devise : 
Ardet, non combur [it\ Sa veuve continua ses affaires de 
1588 à 1605. Son fils Charles imprima, de 1592 à 1610, à 
l'enseigne du Missel d'or, puis il se rendit à Saint-Omer 
(voir ce nom). 



i H.-R. DuTHiLLŒUL, Bibliographie douaisienne (Douai, 1842-1854), 
1. 1, pp. XX, 1-lÛ, 401-402 et t. II, pp. xiii, 1-2. — Biographie nationale 
publiée par l'Académie royale de Belgique, t. II (Bruxelles, 1868), 
col. 733-734. 



— 177 — 

1564-1576. LOYS ou LOUIS DE WINDE. 

Comme je viens de le dire, il se pourrait que ce typo- 
graphe fût d'origine flamande. C'est un point que je n'ai 
pu éclaircir jusqu'à présent. Loys de Winde imprima les 
premières publications douaisiennes de Jacques Bogard 
(voir plus loin). 

1575-1579. LOUIS ELZEVIER, de Louvain, libraire. 
Voir Leyde. 

1590-1694. BALTHAZAR BELLÈRE \ d'Anvers. 

Balthazar Bellère, fils de l'imprimeur anversois Jean 
Beelaert, Bellerus ou Bellère, naquit en 1564, et se rendit à 
l'âge de vingt-six ans à Douai. Son établissement, situé rue 
des Ecoles, à l'enseigne du Compas d'or, devint rapide- 
ment florissant, et ses impressions se chiffrent par cen- 
taines. Parmi les plus importantes, on cite sa Bible, en six 
volumes in-folio (1617), la dernière édition du Spéculum 
quadruplex de Vincent de Beauvais (1624), et VHistoria 
universa, sacra et profana d'André Hoius (1629). 

On présume que Balthazar est mort vers le milieu du 
XVIIe siècle et que son établissement a été continué jus- 
qu'à 1691 par un fils qui portait le même prénom. La veuve 
de ce dernier imprima de 1691 à 1713, et ses successeurs 
jusqu'en 1722. 

Balthazar Bellère employa plusieurs vignettes; celle qui 
se rencontre le plus fréquemment représente une licorne 
plongeant sa corne dans un fleuve, avec la devise : Veneno 
pello. 



i H.-R. DuTHTLLŒUL, ouvr. cité, 1. 1, p. xxxvi, 69-143, 405-406, 459, 
et t. II, p. r2-18. — Biographie nationale, t. II, col. 136-138. — 
A. De Deckek, ouvr. cité, pp. 69-72. — Fk. Olthoff, De boek- 
dritkkers, boekverkoopers en uitgevers in Antiverpen (Anvers, 1891), 
p. 6. 

12 



— 178 — 

lGOO-1634. JEAN BOGARD ', BOGAERT, BOOGAERTS 

ou VANDENBOOGAERDE, de Louvain. 

Né à Louvain vers le milieu du XVI* siècle, Jean Bogard 
imprima dans sa ville natale, à partir de 1564. En 1574, il 
ouvrit une librairie à Douai, où il débita les livres sortis 
des presses de Loys de Winde. Enfin en 1600, il transféra 
à Douai son propre atelier typographique, dans la rue des 
Ecoles. Ses productions sont remarquables tant par leur 
nombre que par le soin qu'il apporta à leur impression. 
Sa marque représente une bible placée au-dessus d'un 
cœur ailé et entouré d'arabesques, avec cette devise : Cor 
rectum inquirit scientiam. Jean Bogard mourut vers 1634 ; 
son établissement fut continué par ses fils Pierre et Martin. 

1604-1G06. PIERRE BORREMANS \ 

H.-R. Duthillœul le dit natif du Hainaut; je le crois 
plutôt Bruxellois d'origine, son nom ayant été porté par 
divers personnages connus, nés à Bruxelles au XVl" et au 
XVIP siècles. Il fut d'abord libraire, puis imprima de 
nombreux ouvrages, parmi lesquels le curieux recueil de 
poésies de Jean Franeau (1616). Il publia en 1614 son 
catalogue de librairie sous le titre : Hortulus hibliotheca- 
rius \ Son enseigne et sa marque étaient les apôtres saints 
Pierre et Paul. Sa veuve continua son officine jusqu'en 
1622. 

1640. DENIS HUDSEBAUT *. 

Encore un nom bien flamand, mais dont l'origine exacte 

1 H.-R. Duthillœul, ouvr. cité, t. I, p. xx, 16-69, 403-404, 457-458, 
t. II, pp. 3-11. — Biographie nationale, t. II, col. 615-616. — P. Bebg- 
MANs, Notes hîhliographiques sur le dictionnaire de géographie de 
Deschamps (Paris, 1894; extr. de la Bévue des bibliothèques), p. 7. 

2 H.-R. Duthillœul, ouvr. cité, t. I, pp. 186-188, 203, 408 et t. II, 
pp. 20-21. 

3 Bulletin du bibliophile belge, t. VH (Bruxelles, 1850), pp. 438-437. 
* H.-R. Duthillœul, ouvr. cité, t. I, pp. 237-238 et 412. 



— 179 — 

reste à établir. Denis Hudsebaut, qui imprima à renseigne 
des Parisiens, paraît avoir succédé à la veuve de Martin 
Bogard. 

EMDEN. 

1554-1558. ETIENNE MIERDMAN *. 

Etienne Mierdman ou Myerdmann, imprimeur à Anvers, 
dans le deuxième quart du XVP siècle, publia des Bibles 
en langue néerlandaise qui inquiétèrent l'autorité ecclé- 
siastique et lui valurent des poursuites. Il se réfugia à 
Londres où il publia notamment, en lb51 , le New herball 
de William Turner. Après l'avènement de Marie Tudor, 
Mierdman quitta l'Angleterre et se rendit à Emden, où il 
acquit droit de bourgeoisie en 1554. Il y imprima, en 1558, 
la première bible néerlandaise vraiment luthérienne ; cette 
version avait été faite par Mierdman et Jean Gheillyaert 
sur l'édition allemande de Magdebourg (1554). 

155G-1.562. GILLES VANDER ERVEN \ 

En 1556, Gilles Vander Erven, Gellius Ctematius ou Col- 
lin us Volckwinner imprima à Emden des œuvres de Martin 
Microen ou De Kleyne, qui était ministre calviniste à 
Norden, non loin d'Emden. En 1562, il édita, sous la sur- 
veillance de Godefroid van Winghen, la confession de foi 
des églises réformées des Pays-Bas et une nouvelle tra- 
duction néerlandaise de la Bible. 

1562-1570. NICOLAS BIESTKENS % de Diest. 
Nicolas Biestkens *, originaire de Diest en Brabant, im- 
prima à Emden, en 1502, la première version néerlandaise 



1 De Decker, pp. 75-77. 

* Blhliotheca belglca, y° Microen. 
3 BibJiotheca belgica, v° Offer. 

* Un imprimeur de ce nom travaillait à Anvers, en 1577. Fr. Olt- 
HOFF, ouvr. cité, p. 9. 



— 180 — 

téléobaptiste du Nouveau Testament : Dat niemve Testa- 
ment^. Les trois premières éditions du célèbre martyro- 
loge téléobaptiste néerlandais : Het offer des Heeven, 
datées de 15G2-15n3, 1567. et 1570, seraient également dues 
aux presses de Nicolas Biestkens, d'a])rès J. Koning, dont 
l'attribution est admise par les auteurs de la Bihliotheca 
helgica. Biestkens alla ensuite se fixer à Amsterdam (voir 
ce nom). 

1570-1574. PIERRE-ANATASE DE ZUTTERE S de 

Gand. 

Le ministre réformé, Pierre-Anastase de Zuttere, 
Overdhaye, en latin Huperphragmus, originaire de Gand, 
se trouvait, en 1570-1574, à Emden; il y possédait une 




petite imprimerie particulière qui lui servit à publier 
divers traités de théologie protestante, tant de lui même, 
que de Séb. Franck, H. Roi, etc. D'Emden, il se rendit à 
Rotterdam, puis à Gand, oii nous le retrouvons en 1551. 



' J.-I. DoEDES, Collectie van rarîora (2^ éd., Utrecht [1892]), p. 25. 

' Chr. Sepp, Drie evangeliedienaren tilt den Hjd der hervorming 
(Leiden, 1879), pp. 81-122. — W". Moll et J. G. de Hoop Schepfer, 
Stiidiën en bijdragen op 't gebîed der hlstorîsche théologie, t. IV, 
(Amsterdam, 1880), pp. 329-369. — Bibliotheca helgica, passim. 



— 181 — 

Il desservit ensuite différentes chaires en Hollande, où il 
est mort vraisemblablement à la fin du XVP siècle. 

1605. FRANS DE VLAMINGH. 

Een loonderliche nieuioe prophecye van de Nederlanden... 
door... Jerassemus van Eydenborch^ de 1605 (in-4o, 8 ff.), 
porte l'adresse d'Emden, Frans de Vlamingh (littérale- 
ment François le Flamand), peut-être imaginaire. 

ESTELLA. 

1564. ADRIEN D'ANVERS ^ 

Deux rarissimes romans de chevalerie : El septimo libro de 
A madis en el quai se trata de los grandes hechos en armas 
de Lisvarte de Grecia et Cronica de los muys notables 
cavalleros Tablante de Recamonte y de Jofre, hijo del conde 
Donason furent imprimés en 1564, par Adrien d'Anvers, 
dans la petite ville espagnole d'Estella sur l'Ega, dans la 
province de Pampelune. 

FERRARE. 

1475. JEAN DE TOURNAI \ 

En 1475, Pierre de Avanceyo et Jean de Tournai impri- 
mèrent à Ferrare les Quotidiana et aurea consilia seu 
allegationes de Nicolas de Tudeschis, Cette édition est très 
remarquable, tant par la pureté des caractères que par la 
beauté du papier. 

L'abbé Baruffaldi suppose, dans son Délia tipografia 
ferrarese delVanno 1471-1500 (Ferrare, 1777), que l'impri- 
meur Augustin Carnerius, qui publia en 1474 dans cette 
ville une édition d'Horace, est originaire de la Flandre; 

1 Alph. De Decker, ouvr. cité, pp. 10-12. 

2 P.-C. Vander Meeesch, Recherches sur la vîe et les travaux de 
quelques imprimeurs belges établis à l'étranger, V-VII (Gand, 1847), 
pp. 188-191. 



— 182 — 

mais cette hypothèse est dénuée de tout fondement, comme 
Ta fait remarquer P.-C. Vander Meersch'. 

FRANCFORT-SUR-MEIN. 

1571-1593. THÉODORE DE BRY ^ de Liège. 

Né à Liège, en 1528, Théodore de Bry fut un graveur 
distingué; s'étant rallié aux idées luthériennes, il fut livré 
en 1570 aux bras de la justice qui le bannit de sa ville 
natale et confisqua ses biens. De Bry se rendit à Francfort, 
où il établit une libraire à laquelle était annexé un atelier 
de gravure. Pour faire prospérer son commerce, il entreprit 
de nombreux voyages, notamment en Angleterre, et il 
réussit, grâce à son activité, à se créer une grande fortune. 
La principale publication de Théodore de Bry est sa collec- 
tion dite des Grands et petits voyages, qui comprend treize 
parties et qui parut simultanément en français, en latin et 
en allemand. Les six premières parties parurent de 1590 à 
1596; les sept autres furent achevées par ses fils, Jean- 
Théodore (voir plus loin) et Jean-Israël, et le gendre de 
Jean-Théodore, Mathieu Mérian. Théodore de Bry mourut 
à Francfort le 27 mars 1598. Son portrait, fait en 1597, orne 
le catalogue officinal que ses fils publièrent en 1609 et qui 
est reproduit par Lempertz; sa devise était ; Nul sans 
soucy ^ de Bry. 

Son fils, JEAN-THÉODORE DE BRY ^ né à Liège, 
en 1561, mort à Francfort, en 1623, résida à Francfort et à 
Oppenheim et prit successivement sur ses publications le 
titre de citoyen de chacune de ces villes. 

i P.-C. Vander Meeesch, oiivr. cité, pp. 187-188. 

* H. Lempertz, Bilder-Hefte zur Geschichte des Bilcherhandels 
(Cologne, 1853-1865), 1855, pi. III et 1862, pi. IV et V. — Bioc/raphie 
7iationale publiée par V Académie royale de Belgique, t. III (Bruxelles, 
1872), col. 125-128. 

3 Biographie nationale, t. III, col. 128-129. 



— 183 — 

1603-1606. LIÉVIN HULSIUS, ou HULSE, de Gand. 

A la suite de son voyage en Hollande et en Angleterre 
(1600), Liévin Hulsius se décida à quitter Nuremberg (voir 
ce nom) pour venir s'établir à Francfort. Le désir de se 
rapprocher des de Bry, avec lesquels il était en relations 
d'affaires et d'amitié, ne fut sans doute pas étranger à cette 
résolution. Il réimprima à Francfort, oii il arriva au com- 
mencement de 1603, celles de ses publications qui étaient 
épuisées, et continua sa collection de voyages et de trai- 
tés de mathématiques. Après sa mort, survenue en 1606, 
sa veuve et ses fils continuèrent son officine. 

FRANEKER. 

1586-1611. GILLES VANDEN RADE ', ou RADIUS, 
de Gand. 

Né à Gand, Gilles Vanden Rade obtint, le P*" juin 1571, 
droit de bourgeoisie à Anvers, et fut reçu, l'année suivante, 
franc-maître dans la confrérie de Saint-Luc. Il s'établit 
comme imprimeur op H vlemincxvelt ^ et publia divers 
ouvrages, tels que les œuvres poétiques françaises de Jean 
Vander Noot, qui sont actuellement fort recherchés. Gilles 
Vanden Rade quitta Anvers en même temps que Christophe 
Plantin, à l'époque du siège de cette ville par le prince de 
Parme, et alla s'établir à Franeker, oii il devint l'impri- 
meur de l'Université qui venait d'être établie dans cette 
ville, et des États de Frise. Il avait deux fils qui embras- 
sèrent sa carrière : Abraham, à Leeuwarden, et Jean, à 
Groningue. Sa devise était : Consilio numinis; sa marque 
est reproduite dans A. De Decker. 



1 A.-M. Ledeboer, Alphahetische lijst der boekdrukkers, boeJc- 
verkoopers en uitgevers in Noord-Nederland (Utrecht, 1876), pp. 138- 
139. — Alph. De Deckee, ouvr. cité, pp. 79-81. — Fk. Olthoff, ouvr. 
cité, pp. 83-84. 



— 184 



GÊNES. 



1471-1474. ANTOINE MATHIAS ', d'Anvers. 

Au commencement de Tannée 1471, Antoine Matliias, 
d'Anvers, accompagné de Lambert Laurenszoon ^, de Delft, 
arriva à Gênes pour y établir l'imprimerie. Les deux étran- 
gers y formèrent, dans ce but, nne association avec trois 
bailleurs de fonds, les jurisconsultes Francesco Marchese, 
Luca Grimai di et Francesco Pammoleo (20 février 1471); 
le 20 juin 1472, Laurenszoon vendit sa part à Balthazar 
Cordero, de Mondovi, Des textes ' établissent que les 
presses de Matthias fonctionnaient en 1471-1472, mais je 
n'ai pu retrouver aucun des livres qui en sont sortis. Une 
épidémie força les deux nouveaux associés de se transporter 
à Mondovi, où ils publièrent le De institutioyie confessorum 
sive summa confessioniim de l'archevêque de Florence, saint 
Antonin, et les satires de Juvénal, suivies des héroïdes 
d'Ovide. Des difficultés s'élevèrent entre Cordero et 
Mathias; ce dernier fut emprisonné, puis relâché; nous ne 
connaissons, d'ailleurs, qu'incomplètement cette affaire. 
Quoiqu'il en soit, Cordero se rend à Turin, oii il imprime en 
1474, tandis que Mathias, revenu à Gênes, s'y associe avec 
Henri d'Anvers; le 25 mai 1474, il vend ses presses et 
tout son matériel à Michel Scopus d'Ulra. On perd alors ses 
traces à moins qu'on ne puisse l'identifier avec le Matthœus 
Flander établi à Saragosse (voir ce nom), de 1475 à 1478. 



* P. Bergmans, Analectes helgiques, pp. 187-205. 

' Dans ses Monmnenta Germaniœ et Italiœ typographica, K. Burger 
reproduit (1" liv., pi. 10) une page du Dante imprimé à Florence en 
1481, par Nicholo de Lorenzo ou Nicolaus Laurentii, c'est à dire 
Laurenszoon. Faut-il rapprocher ce dernier de notre Lambert 
Laurenszoon? 

' ... reddetur bona, vera et legalîs ratio ... tam de lihris trans- 
missis in Lombardiam ac alto, quam NapoUm, ex lihris per eos 
impressis. 



— 185 — 

1473-1471. HENRI D'ANVERS <. 

Associé d'Antoine Mathias (voir ci-dessus), il se recon- 
naît, le 30 octobre 1473, solidairement débiteur avec lui, 
pour une somme de vingt ducats, de Martin dal Pozzo, de 
Milan, que les deux imprimeurs ont eu à leur service. 
L'acte officiel donne à Henri d'Anvers le titre de magister 
impressv.re litterarum. 

GENÈVE. 

15... PIERRE STEPHANUS [Stevens?], de Gand. 

Une version flamande des Psaumes de David, faite 
d'après la traduction allemande du réformateur Martin 
Bucerus, fut imprimée à Genève, au XVP siècle, ^^vPetrus 
Stephanus vanGendt^c'est-k-dire Pierre Stephanus [= Ste- 
vens ?J de Gand . 

GRONINGUE. 

1606-1613. JEAN VANDEN RADE, d'Anvers. 
Il était le second iils de Gilles Vanden Rade, imprimeur 
à Franeker (voir ce nom). 

KAMPEN. 

1562-1564. AUGUSTIN VAN HASSELT \ 
Né dans le pays de Liège, pi-obablement dans la ville dont 
il porte le nom, Augustin van Hasselt embrassa d'abord les 
idées des anabaptistes de Miinster, puis s'affilia à la secte 
d'illuminés créée par Henri Niclaes sous le nom de Famille 
de la charité, dont il devint l'imprimeur en titre, à 
Kampen, dans l'Overyssel, vers 1562. Il resta dans cette 

1 P. Bergmans, Analectes helglques, p. 203. 

2 Max Rooses, Christophe Plantin, passim. — Biographie natio- 
nale publiée par l'Académie royale de Belgique, t. VIII (Bruxelles, 

1884-1885), col. 751-753. 



— 186 — 

localité jusqu'en 1564. De 1564 à 1566, il travailla clans les 
ateliers de Christophe Plantin à Anvers. En 1566, il se fixa 
à Vianen ' , sur les domaines d'Henri de Brederode; le maté- 
riel et les fonds nécessaires à l'impression des ouvrages 
hétérodoxes avaient été fournis par Plantin. Après un court 
séjour à Wesel, Augustin van Hasselt revint à Vianen, 
pour s'établir ensuite à Cologne où résidait Henri Niclaes. 
Un des disciples de ce dernier, Henri Janssen de Barrefelt, 
plus connu sous son pseudonyme de Hiel, ayant fondé une 
secte dissidente, Van Hasselt quitta Niclaes et devint le 
typographe de Barrefelt, pour lequel il imprima de nom- 
breux ouvrages de propagande sur une presse clandestine. 
En 1591, il était encore à Cologne. 

LA HAYE. 

1599-1625. LOUIS ELZEVIER^, deuxième du nom. 

Né à Anvers, vers 1566, il suivit son père à Leyde (voir 
ce nom) puis s'établit comme libraire à La Haye, en 1590; 
il mourut dans cette ville vers 1620. Les publications qu'il 
a fait paraître pour son compte personnel sont peu nom- 
breuses et peu importantes. 

LEEUWARDEN. 

1603-1621. ABRAHAM VANDEN RADE, d'Anvers. 
Il était le fils aîné de Gilles Vanden Rade (voir Franeher). 
Ses propres fils, Jean et Pierre, continuèrent son officine 
de 1621 à 1642. 

i Bulletin diihihUophile belge, t. VII (Bruxelles, 1850), pp. 287-293. 

2 Biographie nationale publiée par l'Académie royale de Belgique, 
t. VI (Bruxelles, 1878), col. -569. — A. Willems, Les Elzevier 
(Bruxelles, 1880), pp. cli-clii. — Cf. sur les Elzevier, Éd. Rahib, Cata- 
logue d'une collection unique de volumes imprimés par les Elzevier 
(Paris, 1896). 



— 187 



LEYDE. 



1578-1580. GUILLAUME SILVIUS», ou SYLVIUS. 

Né à Bois-le-Duc, Guillaume Silvius vint se fixer à 
Anvers où il fit reçu dans la gilde de Saint-Luc en 1651 ; 
son habileté lui valut le titre d'imprimeur royal. Zélé 
partisan du prince d'Orange, il fut nommé, le 8 juin 1 578, 
imprimeur de l'Université de Leyde, ville oii il se fixa en 
1579 ; il y mourut vers le mois d'août 1580. 

Guillaume Silvius a employé une marque typographique^ 
dont il existe une dizaine de variétés, et avait pour devise : 
Serutamini. 

1580-1582. VEUVE DE GUILL. SIVIUS et CHARLES 
SILVIUS. 

La veuve de Guillaume Silvius et son fils Charles ' conti- 
nèrent ses affaires qu'ils cédèrent, en 1582, à Christophe 
Plantin. 

1580-1617. LOUIS ELZEVIER^ de Louvain. 

Né à Louvain, vers 1540, Louis Elzevier, le premier dont 
il soit fait mention, fut successivement relieur et libraire 
à Anvers ^, où il fut au service de Plantin, à Wesel et à 
Douai. 

En 1580, il alla se fixer à Leyde où il fonda une impri- 
merie que ses descendants devaient rendre si célèbre. Il 
mourut à Leyde au commencement de l'année 1617. 



1 Alph. De Deckeb, ouvr. cité, pp. 82-84. — Fe. Olthoff, ouvr. 
cité, pp. 97-98. — Max Rooses, Christophe Plantin, pp. 351-352. 

2 G. Van Havre, Marques typographiques des imprimeurs et 
littéraires anversois (Anvers, 1883-1884), t. II. 

3 Charles Silvius prêta serment, le 28 octobre 1580, comme impri- 
meur de l'Université. 

■* A. WiLLEMS, Les Elzevier, pp. cxxvii-cxLVii. 
s Fr. Olthoff ne le mentionne pas. 



— 188 — 

1583-1585. CHRISTOPHE PLANTIN *. 

Le célèbre typographe anversois, — car il mérite bien ce 
nom quoiqu'il soit né aux environs de Tours, -- reprit 
comme on vient de voir l'établissement de Silvius; il se 
fixa à Leyde au commencement de 1583; sa nomina- 
tion, comme imprimeur de l'Université, ne date que du 
14 mai 1584. Les sollicitations de Juste Lipse ne furent 
certes pas étrangères à ce déplacement que Plantin 
expliquait par les pertes pécuniaires qu'il avait faites et 
le délabrement de sa santé. Les magistrats de Leyde 
promirent à Plantin de lui payer une pension et de ne 
l'obliger à rien imprimer qui fût contraire à la religion 
catholique. Les livres qu'il imprima à Leyde, sont des 
traités de Juste Lipse, de Simon Stevin et de Pierre 
Ramus, des auteurs classiques, l'histoire des comtes de 
Hollande d'Adrien Barlandus, l'atlas marin de L.-J. 
Waghenaer. Son officine anversoise, qu'il avait laissée sous 
la direction de ses gendres, François Raplielengien et Jean 
Moretus, ne chôma d'ailleurs pas pendant le séjour de 
Plantin à Leyde. Après un voyage accidenté à Hambourg, 
à Francfort et à Cologne, où il eut un moment le dessein 
de se fixer, Christophe Plantin revint à Anvers en novembre 
1585; il céda à François Raplielengien son officine de 
Leyde. 

1585-1589. FRANÇOIS RAPHELENGIEN ^ 

François Raphelenghien ou Van Ravelinghen , né à 
Lannoy aux environs de Lille, dans la Flandre française, 
le 27 février 1539, étudia à Gand, puis à Paris; après avoir 
été professeur de grec à Cambridge, il devint correcteur 
à Anvers en 1564, chez Plantin dont il épousa la fille aînée, 

i Max Rooses, Christophe Plantin, pp. 3.51-360. 
2 Ibid., pp. 214-218, 360, 378-379. — Alph. De. Decker, ouvr. cité, 
pp. 56-63. 



— 189 — 

Marguerite, en 1565. liaplielengieu prit une grande part à 
la rédaction et à la correction de la Bible royale. En 1585, 
il reprit l'officine de son beau-père à Leyde. Il fut nommé 
professeur d'hébreu à l'Université en 1586, et mourut le 
20 juillet 1597, à l'âge de 58 ans, après avoir imprimé une 
série d'ouvrages scientifiques ou littéraires de valeur. Deux 
de ses fils : Christophe, calviniste, et François, catholique, 
suivirent la carrière paternelle. 

1597-1601. CHRISTOPHE RAPHELENGIEN, d'Anvers 
(t 10 février 1601). 

1597-1601. FRANÇOIS RAPHELENGIEN, fils, d'Anvers. 

Il avait fait son apprentissage chez Plantin, mais il ne 
soigna guère ses affaires et dut fermer ses ateliers en 1619. 
Il mourut à Leyde, le 22 mars 1643. 

1617-1622. MATTHIAS ELZEVIER \ d'Anvers. 

L'aîné des neufs enfants de Louis Elzevier, il était né à 
Anvers et suivit ses parents dans leurs pérégrinations. 
Après la mort de son père, il s'associa avec le cadet de ses 
frères, Bonaventure, qui était né à Leyde, pour continuer 
la boutique de cette ville. En 1622, il céda sa part dans 
l'association à son fils aîné, Abraham. Il mourut à Leyde 
le 6 décembre 1640. 

Les autres Elzevier étant nés en Hollande n'appar- 
tiennent plus au domaine que j'explore. 

LILLE. 

1595. ANTOINE TACK^ 

Belge de naissance, Antoine Tack fut le premier impri- 
meur de Lille; son privilège est daté de Bruxelles, le 
19 juillet 1594. Les trois impressions de Tack qui nous sont 

i A. WiLLEMS, Les Elzevier, pp. cxlviii-cl. 

2 J. HouDOY, Les imprimeurs lillois (Paris, 1879), pp. 39-47. 



— 190 — 

connues portent la date de 1595. Il avait pour marque un 
lys couronné environné d'épines, qu'expliquait sa devise : 
Sicut lilium inter spinas. 

1596-1598. GUILLAUME STROOBANT'. 

Il fut d'abord libraire et imprimeur à Anvers, où il fut 
reçu dans la gilde de Saint-Luc en 1593. En 1595, il céda 
son officine à son frère Paul et alla s'établir à Lille ^ 

1623-1625. SIMON DE NEUFVILLE^ de Tournai. 
Nous ne connaissons aucune production de cet imprimeur 
qui sollicita, en 1625, l'autorisation d'ouvrir une école. 

1677-1710. JEAN-CHRYSOSTOME MALTE \ 
Né à Mons, il fit son apprentissage dans cette ville chez 
Gilles Ursmer; après avoir travaillé à Bruxelles, à Anvers 
et à Cologne, il se fixa à Lille, où il remplaça Baltbazar Le 
Franc comme imprimeur de la ville, en 1691. Sa maison 
avait pour enseigne le Bon Pasteur, que figurait sa 
marque. Il mourut vers 1710, et son fils François continua, 
jusque vers 1720, son établissement. 

LISBONNE. 

1597-1632. PIERRE CRAESBEECK^ ou PIERRE DE 
CRAESBEECK. 

Suivant les généalogistes", le premier membre connu de 
la famille anversoise des Craesbeeck serait Guillaume 



1 J. HouDOY, ouvr. cité, pp. 47-49. — Fe. Olthoff, ouvr. cité, p. 97. 
— A. De Decker, ouvr. cité, pp. 72-74. 

2 Le petit-fils de Christophe Plantin, Christophe Beys, qui imprima 
à Lille de 1610 à 1645, est né à Paris. 

' J. HouDOY, ouvr. cité, pp. 165-167. 

* J. HouDOY, ouvr. cité, pp. 111-113. 

^ A. De Decker, ouvr. cité, p. 13. 

^ Panorama, jornal Utferano e instructîvo da Sociedade propaga- 
dora dos conhecinientos uteis (Lisbonne), 1839. Résumé communiqué 
par M"" Abraham Bensaude, à Lisbonne. 



— 191 — 

Craesbeeck, soldat valeureux, qui, pour la bravoure dont 
il avait fait preuve ù la bataille de Pavie, aurait été anobli 
par Charles-Quint, à Anvers, le 4 avril 1545. 

Son petit-fils Pierre vint s'établir au Portugal en 1580, et 
fonda à Lisbonne une imprimerie qui devint rapidement 
des plus importantes, et d'où sortirent les œuvres des 
principaux auteurs portugais et espagnols de son temps *. 
En récompense de ses services, le roi Philippe lui accorda 
le privilège de chevalier de sa maison, par décret du 
25 octobre 1617. 

Pierre Craesbeeck épousa à Lisbonne Suzanne Domingues 
de Beja qui lui donna deux fils, Laurent et Paul. 

Laurent, né à Lisbonne en 1599, alla faire ses études dans 
la ville natale de son père. Revenu à Lisbonne, il y succéda 
à celui-ci, et continua l'officine craesbeeckienne, tout en 
cultivant les lettres. On lui doit, notamment: Silvia de 
Lysardo, recopilada por Lourenço Craesbeeck. Il signa 
parfois ses impressions du nom de Lourenço de Anveres. La 
Silvia de Lysardo fut imprimée en 1651 par son frère Paul. 
Ce dernier, qui se qualifie à'impressor dos ordens militares, 
fut le père de Pierre (II) Craesbeeck; celui-ci embrassa 
la carrière militaire, servit dans la guerre de VAcclamacâo, 
fut à la bataille de Montijo et devint successivement lieu- 
tenant et capitaine sous les ordres du général François 
de Brito Freire (1655). Pierre (II) Craesbeeck avait deux 
demi-frères : Antoine Craesbeeck de Mello et Diego Soares 
Craesbeeck, qui habita Porto ; le premier publia, en 1672, 
les Dialogos de varia historia de Mariz, acrecentados por 
Ant. Craesbeeck. Un autre frère, Jean, fut abbé des béné- 
dictins de Santarem. 



i Notons, à la date de 1626, une très rare édition musicale : Ant. 
Fernandez. Arte de musica de canto doryans et canto chans, e pro- 
porcoes de musica dividades harmonîcamente. Lisboa, Pedro Craes- 
beeck, 1626; in-4». 



192 — 



LONDRES. 



1482-1490. WILLIAM DE MECHLINIA, DE MACH- 
LINIA ou MACKLYN, ou GUILLAUME DE MALINES '. 

Il s'associa, vers 1482, avec John Letton, le premier impri- 
meur de Londres; un des cinq ouvrages sortis de cette 
association, les Tenores novelli, porte l'adresse : juxta 
ecclesiam omnium sanciorum. Vers 1483-1484, John Letton 
disparaît et Guillaume, resté seul, imprime une vingtaine 
de volumes, dont aucun n'est daté, et dont quatre seule- 
ment portent son nom. Son édition de VAlbertus tnagnus 
de secretis donne son adresse : juxta pontem qui vulgariter 
dicitur Flete brigge. Il indique parfois aussi l'adresse 
d'Holborn. Guillaume de Malines paraît avoir imprimé 
jusque vers 1490 ; le premier livre daté de Richard Pynson, 
qui semble avoir été sou successeur, est de 1493. Il employa 
onze types de caractères, de provenance diverse. On trou- 
vera, dans l'ouvrage cité de E. Gordon DufF, le fac-similé 
d'une page du Sarum horœ de Guillaume de Malines, avec 
encadrement gravé sur bois composé de motifs floraux. 

1550-1553. ETIENNE MIERDMAN \ d'Anvers. Voir 
Emden . 

Sa première impression à Londres est un opuscule de 
William Harrys sur l'usure : The market or fayre of 
usurers, de 1550. 

1554. GILLES VANDER ERVEN. 

Avant d'aller à Emden (voir ce nom), Gilles VanderErven 
imprima à Londres, où il donna, en 1554, sous le nom 
de Collinus Volckwinner, un opuscule de M. Microen, 



1 J. Ames, Typographical antîquities, publié par W. Herbert 
(Londres, 1785-1790), t. 1, p. 112-114 et t. III, p. 1773. — E. Gordon 
DuFF, Earlij jn'infed hoolcs (Londres, 1893), pp. 160-165. 

- J. Ames, ouvr. cité, t. II, pp. 770-771. 



— 193 — 

1566-1584. HENRI BYNNEMAN, ou BINNEMAN '. 

Je ne sais jusqu'à quel point on peut revendiquer pour 
la Belgique ce t^'pographe fécond, dont l'officine fut un 
des plus importants ateliers de Londres dans la seconde 
moitié du XVP siècle ; le nom semble déceler une origine 
flamande. Il en est de même pour les deux suivants : 

1568-1590. HANS SïELL ou JOHN STILL^. 

En 1568 il reçoit la permission d'imprimer avec Arnold 
van Gulke « an almanacke in Duché ». Le 5 septembre 
1580, il est admis dans la corporation des imprimeurs et 
libraires de Londres. 

1594-1595. CHARLES YETSWEIRT ^ (littéralement : 
valant quelque chose). 

Ce typographe appartenait vraisemblablement à la 
famille du poète Jacques Yetzweirtius, qui écrivit, notam- 
ment, un poème sur la prise d'Audenarde par les Gueux, 
en 1572 : Aldenardias, qui fut imprimé à Anvers, en 1573, 
par Gilles Vanden Rade (voir Franeker) pour le libraire 
gantois Jean Vanden Steene. Sa veuve, Jeanne, continua 
son établissement jusqu'en 1597. 

15... HUGUES GOES. Voir York. 

15... NICOLAS VAN BERGHEN. 

\J Edictum de librorum prohibitorum catcdogo ohservando 
(Anvers, 1570) mentionne, p. 82 : Een cort hegryp ende 
slot vander gansser heyliger scriftueren des oiiden ende 
nieuice testamentz, gedruckt te Londen, hy Niclaes van 
Berghen. 



1 J, Ames, ouvr. cité, t. Il, 965-993. 

2 Ibid., t. III, p. 1.344. 

3 Ibid., t. II, pp. 1130-1132. 



13 



194 — 



LYON. 



U73-1494.GUILLAUME LE ROY ou REGIS de Liège '. 

Originaire de Liège, d'après les découvertes de Natalis 
Rondot ^, Guillaume Le Roy s'établit à Lyon où il s'associa 
avec Barthélémy Buyer. De ses presses sortit, en 1473, le 
Compendhim Lotarii qui est la première impression lyon- 
naise de date connue. M'" Vingtrinier conjecture que les 
deux associés ont dû commencer à travailler quelques 
années auparavant. Quoi qu'il en soit, leur activité fut des 
plus grandes et leur établissement, dans le quartier des 
Augustins, fut un des plus importants de France. Buyer 
était plutôt libraire et Le Roy, imprimeur ; le premier alla 
même se fixer à Toulouse abandonnant à Le Roy la direc- 
tion de la maison de Lyon : « Pendant que Le Roy, grâce 
à un personnel nombreux et bien conduit, créait, sur son 
fameux papier à la roue dentée, des éditions avidement 
reclierchées aujourd'hui, Buyer, sérieusement établi à 
Toulouse, écoulait, par lui-même ou par ses employés, les 
produits de la maison, et disputait le marché delà France 
méridionale à Philippe de Rensheim, à Perrin Lathomi, à 
Maréchal Husz, Reinhart, Du pré, à Trechsel, surtout, dont 
les beaux produits attiraient tous les érudits, et séduisaient 
tous les amateurs. Malheureusement, les deux associés 



^ A. Vingtrinier, Histoire de Vimprimerie à Lyon (Lyon, 1894), 
pp. 36-52. 

2 ]y[iie Pellechet a émis l'hypothèse que Guillelmus Régis serait 
un allemand : Wilhelm Konig, en rapprochant ses caractères de ceux 
de Vindelin de Spire, à Venise, et de Jean Koelhoff, à Cologne. Bévue 
des hibliothèques, 3^ année (Paris, 1893), pp. 5-7. 

Natalis Rondot a retrouvé à Lyon, à la fin du XV' siècle, des 
peintres flamands, auxquels les imprimeurs auront recouru, tels que 
Roboam de Masles (1490-1499), Jean, le peintre flamand (1492-1505) ; 
Pierre le Flamand (1493-1503), et Guillaume Le Roy, peintre flamand 
(1493-1528), allié à notre imprimeur. Bulletins de l'Académie royale 
de Belgique, 3« série, t. 32 (Bruxelles, 1896), pp. 206-207. 



— 195 



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— 196 — 

négligeaient le plus souvent, comme tous leurs rivaux, de 
mettre leur nom, leur adresse et une date aux produits 
précieux de leurs presses ^ » Jusqu'en 1476, Le Roy se 
servit de caractères gothiques^. En 1477, il fit un voyage à 
Venise, d'où il rapporta les élégants caractères ronds 
inventés par Jenson ainsi qu'un assortiment de papiers 
vénitiens. Il profita même de son séjour à Venise pour y 
imprimer VOpusculum de baptismo sancti spiritus, du prêtre 
Simon le Dalmate, impressum Venetiis per magistrwn 
Guliehnum gallum^ du 14 octobre 1477 '. Buyer étant mort 
vers 1492, Le Roy continua ses travaux, qu'il paraît avoir 
cessés vers 1493-1494. Un ancien chroniqueur rapporte que 
Louis XI, dans ses promenades avec le vieux roi René, 
se plaisait à aller visiter Guillaume Le Roy et Barthélemi 
Buyer ^ . 

1494-1498. JOSSE BADIUS ASCENSIUS. Voir Paris. 

1553. THOMAS GUERIN. 

Un imprimeur de ce nom publia YEpitome du trésor des 
antiquitez de Jacques de Strada, traduit par Jean Louveau. 
C'est peut-être le tournaisien Thomas Guarin, qui imprima 
à Bâle (voir ce nom) de 1561 à 1582, et dont la première 
impression dans cette ville porte le nom de Guerinus. 

1766-1794. JEAN-FRANÇOIS DE LOS-RIOS. 

Né à Anvers, en 1727, ce libraire eut une vie des plus 
accidentées". Je me bornerai à rappeler ici que, de 1766 à 
1794, il fut établi à Lyon, oii il s'adonna au commerce de 
vieux livres, dont il publia de nombreux catalogues à prix 
marqués. En 1789, il en comptait environ cent cinquante 

1 A. ViNGTRiNiEB, ouvr. cité, p. 44. 

2 Le cliché ci-contre m'a été obligeamment prêté par M"' M. Pelle- 
chet, ainsi que celui de Gérard de Nova Civitate, à Metz. 

^ Un ex. à la bibl. mazarine, à Paris, n° 149 du cat. impr. 

* A. ViNGTRiNiER, ouvr. cité, p. 52. 

^ p. Bergmans, Afiahctes beJgiques, pp. 25-48. 



— 197 — 

dans une petite note autobiographique qu'il avait rédigée 
pour le dictionnaire historique imprimé par les frères 
Bruyset, à Lyon; il ajoute que ces catalogues étaient 
accompagnés de « quelques notes remarquables sur les 
« livres rares et souvent de préfaces extravagantes, d'un 
« style baroque, qui ont amusé quelques moments les 
« apprentis philosophes, ou les hommes de la petite litté- 
« rature, etc. » Los-Rios fut également éditeur, si l'on en 
juge par la souscription de l'ouvrage suivant : Lettres fami- 
lières de MM. Boileau- Despréaux et Brossette pour servir 
de suite aux Œuvres du premier, publiées par Cizeron- 
Rival. Lyon, François de Los-Rios, 1770 ; pet. in-12o, 3 vol. 
Vers la fin de sa vie, Los-Rios se retira à Malines, oii il 
mourut dans la misère, le 24 novembre 1820. Son portrait 
ligure en tête de sa Bibliographie instructive parue à 
Avignon, en 1777. 

MADRID. 

1600-1610. JUAN FLAMENCO ou JOANNES FLANDER. 

Au commencement du XV IP siècle, un typographe de ce 

nom était à la tête de l'imprimerie royale de Madrid. Juan 

Flamenco publia, en 1600, une œuvre musicale des plus 

rares, les Missœ de Thomas-Louis de Victoria. L'année 

suivante, il imprima, notamment, une Descripcion de las 

Indias ocidentales, in-folio, et VHistoria gênerai de las 

hechos de las Castellanos de Antonio de Herrera; en 1610, 

il édita le Commentarius rerum in Belgio gestarum de 

M. -A. Del Rio. Diego (Jacques) Flamenco, parent de Juan, 

peut-être son fils, est cité comme imprimeur madrilène, à la 

fin d'une gazette de Verhoeven d'Anvers, n° 11 de février 

1624. 

MAESTRICHT. 

1552-1554. JACQUES BATHEN «. 

1 Le BihlioiMle belge, 1. 1 (Bruxelles, 1867), pp. 405-407. 



— 198 — 

Après avoir imprimé à Louvain, Jacques Bathen, fit 
rouler, de 1552 à 1554, ses presses à Maestriclit. VExtraict 
et recueil des ordonnances, conclusions et recès du sainct 
Empire touchant la contribution et collecte du commun 
denier pour la defence de la foy et résistence contre les 
Turcqz, in-4", est le premier ouvrage imprimé dans cette 
ville ; il porte l'adresse suivante : Imprimé à Traict-sur- 
Meuse^ au mandement et ordonnance du très-révérend père 
en Dieu Vévesque de Liège, en la maison de Jacques 
Bathen, en 1552, au moys de décembre '. Sa marque typo- 
graphique, reproduite dans le Bibliophile belye{l8G7^ p.49G, 
pl.II,no 4), représente un portique dont Tentrée est occupée 
par une couronne au centre de laquelle s'élève, entre des 
nuages, un caducée surmonté d'un liibou ; elle ])orte la 
devise : Prudenter vigilem laurea serta manent. En 1577, 
nous trouvons Bathen établi à Cologne, où il imprime, selon 
Maittaire ^, les Ritus ecclesiœ romance in eligendo papa. 

1597-1604. JEAN (III) VAN GHELEN \ 

Né à Anvers, oii il fut reçu franc-maître de la gilde de 
Saint-Luc, en 1577, Jean (III) Van Ghelen imprima dans sa 
ville natale et se rendit, en 1597, à Maestriclit, où il fit 
rouler ses presses. Il dut quitter cette ville, en lfi04, à la 
suite d'un différend avec le maître d'école Hubert Bouille, 
et s'établit alors à Rotterdam (voir ce nom). 

METZ. 

1482. GÉRARD DE NOVA CIVITATE. 



1 X. DE Theux, Bibliographie liégeoise (2' éd., Bruges, 1885), 
col. 1312, où l'on trouvera une série d'impressions maestrichtoises de 
J. Bathen. 

« T. V, 2« partie, p. 118. 

5 A.-A. VoRSTEBMAN VAN Oyen, Les Voti Ghelen, imprimeurs 
(Gand, 1883; extr. du Messager des sciences), pp. 17-19. 



199 



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aahè 1 î^o q c cioïa î oib? aii nicbil vnq; \xtit n^ 
mo:if 6 ota ci viuîît 'z ab viutû îdî dané bcpiimt 
'iVIcnîh? Tp fimB a qi pbitû n 5 rebit tps âïitic fo 
licitubïc q biligcna nfi^.acqrco vtutca J£)l Ki::: 
}3i8 tcpcfccîcipicij niaU^rê ^i âtbebetie te ab 
(çruozc ÏUC1C8 niagnâ |?a(x 1 fencics Uuiozc lài^ 
tozc ^t' bel grâ^ 'Z ^tutf aniozc- \bÔ frtuib? et 
bi%c8 ab oia c parât?. IVIaiodabczc rcfiffcre 
vîcri8 'Zpaffiomb? ^ cozpalib? ïflibarc laboii; 
bue ^ui patuo0 nô vttAt bcird? paufaam la:î 
bi* abmaîozca • Gaubcbia fcmpctbc tsefpcrefi 
bicm c;:pêbaa fructuofc Vigiia fiipct tcipfîutiî 
^%ciî2i tcipflini . inionc tel pfiim et quitq lUb bc 
alfjs fit. non nccific^as tcipftmi Tantuni piohci 
<s quantum tibhpfi vim intuktie . 'Zc- 



^E;;pïicmt amoniccncs ab fpt:: 
tituaUm vicam vtilc»- 

CCI "ipîcfTc m âtâtc Mcfcnîî 
pet ftàtrem loba^mc Co'^rti* O: 
bims iratniin Catmclitr»tum. 
6t gctljarbum bc noua rifcjtc. 
ï\fnio towini MWc''- GGCG* 

Ammonieioncs, impr. à Metz, en 1482, par Jean et Gérard de Nova Civitate, fo 24, r". 



— 200 — 

Dans son Catalogue des incunables de la bibliothèque de 
Metz (Metz, 1876, p. 257) Victor Jacob décrit les Ammoni- 
ciones ad vitam spiritualem (livre I" de l'Imitation de J.-C.) 
imprimées à Metz, en 1482, per fratrem Johannem Colini, 
ordinis fratrum carmelitariim et Gerharduyn de Nova 
Civitate. 

M"" M. Pellechet' dit que, suivant Lorrain (Bulletin de 
l'académie de Metz, 1867, p. 101), Novacivitas « doit se 
rapporter à Laneuveville ou même à Neufcliâteau, dont le 
nom est quelquefois rendu en latin par Nova-civitas. » Si 
Gérard était réellement de Neufcliâteau, dans le Luxem- 
bourg belge, Jean Colini n'appartiendrait-il pas à la famille 
arlonnaise des Colin, dont un des membres, Materne Choli- 
nus, fut imprimeur à Cologne (voir ce nom)? 

MONDOVI. 

1472-1473. ANTONIUS MATHIAS 2, d'Anvers. Voir 
Oênes. 

MUNSTER, en Westphalie. 

1610-1 628. MICHEL DALIU S ou VAN DALEN, d'Anvers. 

Il entra en relations avec le principal imprimeur de 
Miinster, Lambert Rasfeldt, qui mourut en 1618 et dont il 
épousa, vers 1624,1a veuve, après avoir été associé quelque 
temps avec Jean Volmari. En 1620 il avait été associé dans 
une librairie de Cologne. La dernière impression de Michel 
van Dalen paraît être la Clams regia sacerdotum ... sunip- 
tibus Mich. Dalii et Bernardi Rasfeldt. Ce dernier, fils de 
Lambert, continua l'officine. 



1 Revue des bibliothèques, 6^ année (Paris, 1896J, p. 130. Je suppose 
que la graphie constante Novocivitas n'est qu'une faute d'impression. 

2 J.-B. NoRDHOFF, Denkwilrdighetten aus dem milnsterischen Huma- 
nismus (Miinster, 1874), pp. 152-153. 



201 — 



NAPLES. 



1472-1477. ARNOLD DE BRUXELLES *. 

Arnoldus ou Arnaldus de Bruxelles, aussi appelé Fia- 
mengo, fut le second imprimeur de Naples, le premier étant 
Sixtus Riessinger. En 1472, il publia dans cette ville la 
Rhétorique de Cicéron, et il fit paraître, depuis cette année 
jusqu'en 1477, une série d'éditions remarquables tant au 
point de vue du texte que de la netteté des caractères. Il 
faut citer spécialement son Horace (1474) et son Liber cibalis 
et medicinalis deMatthœus Sylvaticus. 

1631. MATTEONUCCL 

Ce typographe musical qui publia en 1631 le Specchio 
seconda di musica de S. Picerli, n'appartiendrait-il pas à la 
famille des Nutius qui fournit trois générations d'impri- 
meurs à Anvers ? 

NUREMBERG. 

1542-1563. JEAN MONTANUS ou VAN BERG^. 

Originaire de Gand, selon Fétis^, Jean Montanus, dont le 
nom flamand devait être Van den Berghe (de la Montagne), 
imprima à Nuremberg, en société avec Ulrich Neuber. Il 
se livra principalement à l'édition d'œuvres musicales, 
mais imprima aussi d'autres ouvrages, tels que le De ele- 
mentis et orbibus cœlestibus de Messahala (1549). Après sa 
mort survenue en 1563, ses héritiers continuèrent pendant 
quelques années l'officine avec Neuber; en 1566, ce dernier 
s'associa avec Théodore Gerlach, qui continua bientôt seul 



1 P.-C. Vandee Meeesch, ouvr. cité, 2« éd., pp. 367-402. — Bio- 
grapJde nationale, 1. 1, col. 441-442. 

2 Biographie universelle des musiciens, 2^ éd., 1. 1, p. 354. 

5 Ch.-Fe. Gessner et J.-G. Hahek, Die so nilttig aïs niUzliche Buch- 
drucJcerkunst (Leipzig, 1740-1745), t. II, p. 88. 



202 



les affaires ; un recueil de Magnificat de Roland de Lassus 
paru eu 1567 porte l'adresse : Noribergœ, apud Theodo- 




B^atïTS popialus qui fci^ iubdadonart 

ricum Gerlatzenum in officina Joannis Montant piœ me- 
moriœ. 

1594-1602. LIÉVIN HULSIUS ou HULSE, de Gand •. 

Né à Gand, vers 1546, Liévin Hulse embrassa les idées de 
la Réforme, ce qui l'obligea à quitter sa patrie. Il s'établit 
vers 1590 à Nuremberg, qui était alors un centre typogra- 
phique important grâce à sa proximité de l'université 
d'Altdorf. Après avoir été maître d'école, puis notaire 



1 Biographie nationale, t. IX, col. 690-691. — A. Asher, Bihliogra- 
phical essai/ on the collection of voyages edited by Levînus Hulsîus 
(Londres, 1839). 



— 203 — 

public, Liévin Hiilse devint libraire, en 1594, et publia 
divers ouvrages d'histoire et de géographie, ainsi que 
des dictionnaires allemand-français et allemand-italien. 
Séduit par le succès des Voyages publiés par De Bry à 
Francfort, il entreprit, en 1598, de publier une collection 
analogue, qui fut continuée par ses héritiers et dont 
26 volumes parurent de 1598 h 1650. Il forma également le 
projet d'une encyclopédie mathématique, dont quatre par- 
ties virent le jour. En vue de rassembler des matériaux 
pour ces entreprises et de les faire connaître, Hulsius entre- 
prit, en janvier 1600, un voyage dans les Pays-Bas et en 
Angleterre, à la suite duquel il alla se fixer à Francfort 
(voir ce nom). 

OPPENHEIM. 

1614-1617. JEAN-THÉODORE DE BRY, de Liège. Voir 
Francfort. 

PARIS. 

1473-1509. PIERRE DE KEYSERE '. 

Parent d'Arnaud de Keysere, qui fut le premier impri- 
meur d'Audenarde (1479) et de Gand (1483), Pierre de 
Keysere était vraisemblablement originaire d'Audenarde 
comme ce dernier. Il se rendit à Paris et s'initia à l'art 
typographique dans l'atelier d'Ulrich Gering, auquel il 
succéda vers 1473, en s'associant avec Jean Stol, d'origine 
allemande. Très instruit, comme la plupart de ses collègues, 
il indique presque toujours sa qualité de maître es arts. 
De 1474 à 1509, il produisit une quarantaine d'ouvrages, 
où les classiques latins sont surtout représentés. Il avait 

1 P.-C. VANDERMEERSCH.ouvr. cité,2« éd., pp. ^OZAlh. — Biographie 
nationale, t. V, col. 239. — J. de La Caille, Histoire de V imprimerie 
(Paris, 1689), p. 61. 



- 204 — 

pour marque une vignette représentant l'intérieur de son 
imprimerie : prelmn Cœsareum. Un personnage du même 
nom, mais qui ne paraît pas appartenir à la même famille 
fut imprimeur et relieur à Gand au commencement du 
XVI" siècle. 

1500-1534. JOSSE BADIUS ASCENSIUS ou VAN 
ASSCHE, de Gand ^ 

Egaré par la forme du nom patronymique de ce célèbre 
imprimeur, on a longtemps cru que Josse Badius Ascen- 
sius était originaire de la petite localité brabançonne 
d'Assche. Pourtant une lettre de Despautère à Georges 
Haloinus, datée de Bergues-Saint-Winoc, 1515, et publiée 
dans ses Versificatoria, le qualifie de Flander, et Conrad 
Gesner l'appelle Gandensls dans son Epitome hibliothecœ 
(1555, f. 112 v), ainsi que Bulée dans son Historia univer- 
sitatis Parisiensis et Trithème, dans son De scriptoribus 
ecclesiastibus (p. 393). Son origine gantoise est rendue 
encore plus probable * par le fait qu'il s'appelle lui-même 
Gandensis ou Gandavensis dans diverses de ses œuvres. 
C'est ainsi que l'on trouve dans la Vita Christi de Ludolplie 
de Saxe, imprimée à Lyon, en 1516, par Jean Moylin pour 
Etienne Gueynard sous la direction d'Ascensius lui-même, 
un quatrain de ce dernier intitulé : Jodoci Badii GAN- 
DENSIS Tetrastichon de saneta Amia. 

Badius serait un surnom, et la signification — brun ou 
châtain — de ce vocable, me fait supposer qu'il fait allusion 



* Biographie nationale publiée par l'Académie royale de Belgique, 
t. I (Bruxelles, 1886), col. 610-616. — J. de La Caille, ouvr. cité, 
pp. 71-75. — Em. Hoyois, Notice sur Josse Bade (extr. du t. III des 
Mémoires de la Société des Sciences, des Arts et des Lettres du Hai- 
naiit, à Mons). 

2 Je n'ose pas dire certaine, puisque Sanderus, né à Anvers, s'est 
parfois qualifié de Gandavensis, uoiâmmeTut sur le titre de la Flandria 
illustrata. 



205 




— 206 — 

à la couleur de cheveux de Van Assclie, pour lui restituer 
son véritable nom patronymique ' . 

11 fit ses premières études à l'école des Frères de la vie 
commune, ou Hiéronymites, de sa ville natale puis se rendit 
en Italie. Il séjourna à Ferrare, oii il eut pour maître 
Guarini, et se rendit ensuite à Lyon, où il enseigna les 
belles-lettres. Il s'attacha également à l'imprimeur Jean 
Trechsel de cette ville, comme correcteur. En 1494, celui-ci 
lui donna en mariage sa fille Thélife ou Thélèse, et dès ce 
moment Van Assclie publia avec Trechsel de nombreux 
auteurs classiques. Sur les exhortations de l'historien Robert 
Gaguin, bibliothécaire du Louvre, il se rendit, en 1499, à 
Paris, où il établit dans la rue Saint-Jacques, à l'enseigne 
des Trois Loups, son imprimerie, qui devait devenir si 
célèbre sous le nom Prœlum Ascensianum. Il eut le mérite 
de remplacer les caractères gothiques par les caractères 
romains, plus lisibles et plus harmonieux d'aspect. Lettré 
très distingué, il avait publié jusqu'alors divers ouvrages, 
tels qu'une paraphrase de le Nef des folles de Sébastien 
Brandt et des Sylvœ morales^ un traité de l'art épisto- 
laire, etc. Il renonça momentanément à ses goûts litté- 
raires pour se consacrer tout entier aux soins de son 
imprimerie d'où sortirent de nombreuses et remarquables 
éditions des principaux classiques ainsi que des humanistes 
les plus distingués de son temps ; beaucoup de ces ouvrages 
sont précédés de lettres-préfaces dans lesquelles « l'on 
trouve sur sa manière de vivre, sur sa famille, sur ses 
relations littéraires, sur l'exercice de son art, des détails, 
pleins d'intérêt, qui dépeignent à la fois l'homme et le 
siècle de rénovation sociale où il vivait -». Son premier 

1 Les comptes de la ville de Gand mentionnent plusieurs Van 
Assche au XV^ siècle. C'est M"' Ferd. Vander Haeglien qui a le 
premier signalé, en 1884, l'origine gantoise probable de Badins, dans 
son liapport sur la bibliothèque de la ville et de l'université de Gand. 

2 Biographie nationale, 1. 1, col. 613. 



— 207 — 

ouvrage publié à Paris est le Philobihlion de Richard de 
Bury (1500); les deux derniers sont le traité d'Alphonse 
de Castro contre les hérétiques (1534) et le commentaire de 
Pierre Lombard sur les épîtres de Saint-Paul. Parmi ses 
impressions, on peut citer ses Riidimenta Ascensiana 
(1523-1525) *. La marque typographique de Josse Van 
Assche représentait son imprimerie : PrœlumAscensianum; 
sa devise était : 

Aère meret Badius laudem auctorum arte legentium. 

En 1507, il avait obtenu le titre d'imprimeur de l'Univer- 
sité; c'est en cette qualité, notamment, qu'il fut chargé en 
1521 de publier la censure des hérésies de Luther. Plu- 
sieurs de ses éditions portent, accolé à son nom, celui du 
libraire Jean Petit. Il mourut âgé de plus de soixante- 
douze ans et fut inhumé dans le cimetière du cloître de 
Saint-Benoît, Il eut de son mariage avec Thélèse Trechsel 
deux fils, dont l'aîné mourut prématurément en 1526, 
comme nous l'apprend la touchante préface d'un traité de 
saint Jean Chrysostome; l'autre, Conrad, né à Paris en 1510, 
suivit la carrière paternelle et, ayant embrassé la religion 
luthérienne, exerça son art à Genève, où il mourut en 1568. 
Parmi les filles de Badius, Jeanne épousa le libraire Jean 
de Roigny, et Perrette le célèbre Robert Estienne. Michel 
Vascosan épousa la fille de Conrad, Catherine. 

J. de La Caille ^ mentionne un frère de Josse Badius, 
Jean, qui exerça la librairie à Paris de 1517 à 1533. 

1505. JOSSE HORENWEGHE, Flamand. 

Un Juvénal avec le commentaire de Mancinelli imprimé 

1 Bibliothèque de l'école des chartes, t. LVII (Paris, 1896), pp. 205-216 
[L'imprimeur parisien Josse Bade et le prof esseur écossais Jean Vans, 
par L. Delisle). L'éminent bibliographe français fait l'éloge de l'im- 
pi'imeur, < dont le savoir et l'activité littéraire ne sont pas moins 
admirables que l'habileté industrielle et commerciale ». 

2 P. 88. 



— 208 — 

par Josse Baclius van Assche à Paris, en 1505, porte la sous- 
cription suivante : Impressum est hoc opus rursns in edihus 
Ascensianis apud Parrhisios impensis Joannis Meganc, 
Joannis Waterloose. Et Jodoci Horemceghe flandrorum. 
Anno salutis christiane. M.CCCCC. V. ad Nonas Martias. 

1505. JEAN MEGANC, Flamand. 

Ce libraire, cité clans la souscription qu'on vient de lire, 
est probablement apparenté au grammairien Pierre Me- 
ganck, né à Ninove et qui vécut au XVI® siècle. 

1505-1519. JEAN WATERLOES ' ou WATERLOOSE, 

Flamand. 

Ce libraire, mentionné également dans la souscription 
du Juvénal de 1505, fut associé depuis 1509 jusqu'en 1519 
avec l'Allemand Berthold Remboldt, dans l'ancienne impri- 
merie d'Ulricli Gering, à l'enseigne du Soleil d'or. Les noms 
des deux associés iigurent sur deux éditions du Parro- 
chio.le curatorum de Michel Loclimaier (1509 et 1511), le 
De religione christiana de Marsilius Ficinus (1510), divers 
ouvrages de Maplieus Vegius (1511), les oeuvres de saint 
Cyprien (1512), etc. 

1511. GEORGES BIERMANT, de Bruges. 

Il imprima en 1511, pour Jean Granjou le De partibus 
œdium de Fr. M. Grapoldi ^. 

1512. ROBERT DE KEYSERE, deGand(?). 

Pierre de Keysere (voir plus haut) semble avoir eu pour 
successeur à Paris Robert de Keysere '" à en juger par une 

1 Beschreibende Catalog des bibltographischen Muséums von Hein- 
rich Klemm, pp. 396-397. 

2 J. DE La Caille, ouvr. cité, p. 82. 

3 Dans une lettre de 1507, le précepteur de Charles-Quint se plaint 
qu'un certain Robert de Gand veut l'évincer de son emploi. Le Glay, 
qui a publié ces lettres [Bulletins de la Commission royale d'histoire, 
t. IV, 1841, pp. 108-112), se demande qui est ce Robert. Serait-ce notre 
imprimeur ? 



— 209 — 

édition des Argonautiques de Valerius Flaccus imprimée, 
en janvier 1512, pour Ascensius et Jean Petit, in prelo 
Cesareo. Dans une épître en tête du volume, Gervais 
Amoenus Drucencis félicite le typof^raplie , Robert de 
Keysere, qui ad grœcarum Utterarum famam tanquam ad 
aureum vellus advolans utriusque litteraturce prelum ma- 
gnis tuis impensis excitasti. Si Robert de Keysere a réelle- 
ment imprimé cet ouvrage à Paris, ce dont je ne suis pas 
absolument certain, il revint rapidement à Gand; en 1513, 
son élève Éloi Houckaert lui dédie, en effet, une pièce de 
vers ainsi conçue : 

Robepto Caesari Gandavo prœceploi'i colendissimo Eligitis Houcarius S. 

Quod tua Gandavos illustrent prsela pénates : 
Afficis hoc gentem Caesar honore tuam. 

Ipse etenim piliis cum sis dignissimus annis 
Das aliis nulla secla abitura die. 

Unde accepta fero nostrœ rudimenta juventœ 
Atque Robertinis nomina clara notis. 

Le recueil où ligure cette pièce est imprimé à Gand, à 
l'enseigne du Lynx, sans nom de typographe, mais avec 
des caractères identiques à ceux du Valerius Flaccus. En 
1521, Robert Empereur reçoit de Cbarles-Quint une grati- 
fication de soixante livres pour son ouvrage, intitulé : 
Officia Salomonis '. 

1517-1533. JEAN BADIUS ASCENSIUS, frère de Josse. 
Voir plus haut à l'article de ce dernier. 

152G-1546. LOUIS CYANEUS, BLAUBLOMME ou 
PEE11S(?), deGand. 
II fit rouler ses presses à Paris de 1526 à 1546. En 1537 



1 Al. Henné, Histoire du règne de Charles-Quint en Belgique, 
t. V, p. 45, note, 

14 



— 210 — 

il est associé avec J. Toucher pour la publication d'un 
opuscule d'Érasme : De formis oratoriarum argumenta- 
tionum En 154G, il imprime pour Jacques Kerver le songe 
de Poliphile'. Mais il imprime surtout pour Simon de 
Colines, et ses productions sont identiques à celles de ce 
dernier, au point de vue des caractères, des ornements*, etc. 
Je ne sais s'il faut l'identifier avec le philologue Louis 
Blaviflos de Gand, dont on possède une Threnodia sur la 
mort de Jean Dullaert (Gand, 1513) et qui soigna une 
édition des œuvres de saint Grégoire, imprimée à Paris, 
en 1523, par B. Remboldt pour A. Chevallon. 

En 1559 et 1571 nous trouvons un maître imprimeur 
parisien du nom de Claude Cyaneus ^ En 1568, paraît à 
Paris, chez Gilles Gourbin, une traduction française de 
l'histoire ecclésiastique dite Histoire tripartite, due à 
Louis Cyaneus, selon la Croix du Maine * qui ne sait si le 
traducteur est le même personnage que l'imprimeur; De la 
Monnoye ajoute cette note : « C'est assurément le même 
qui imprima le Traité de Sénècjue de Clementiâ, en 1532, à 
Paris, in-4". avec les Commentaires de Calvin, âge seule- 
ment alors de vingt-trois ans, & qui gardoit encore l'exté- 
rieur de Catholique. Cyaneus étoit de Gand, & imprimoit 
pour Simon de Colines. Son nom flamand étoit Péers, 
sorte de bleu, (jue nous appelons aussi Pers, en grec 

1528-1550. CHRÉTIEN WECHEL, de Lierre. 
C'est à M" Henri Stein que nous devons de connaître 
l'origine belge de ce fécond typographe parisien. Notre 



1 J. DE La Caille, ouvr. cité, p. 103. 

2 Ph. Renouard, Simon de Colines (Paris, 1894), p. 445. 

' J. PiGHON et G. Vicaire, Documents pour servir à l'histoire des 
libraires de Paris (Paris, 1895), pp. 118-119. 
■* Bibliothèque française, t. II, p. 47. 



— 211 — 

savant confrère et ami compte lui consacrer prochainement 
une notice, que nous espérons voir paraître bientôt. 

Après la mort de Chrétien Wechel, son fils lui succéda et 
lit rouler ses presses à Paris, jusqu'en 1573; forcé, pour 
cause de religion, de quitter la France, il alla établir son 
oihcine à Francfort. 

1535-1547. JEAN LOYS ou LOUIS, Tiletanus ou de 
Thielt, en Flandre ^. 

Habei 'k muIi-« fpjenem 




X 






e X formica' fu/< bili» ineft. 

Imprimeur fécond , Jean Louis travailla pour Jean 
Roigny, Jean Petit, J. Bouille, Michel Vascosan, Guillaume 
Richard, les héritiers d'Ascensius, Ch. Guillard, Simon 
de Colines, etc. Il eut, comme graveur, Conrad Neobarius 



1 Lottin prétend qu'il est < de Thielt en Gueldre > (lisez Tiel) ; 
l'opinion la plus répandue en fait cependant un Flamand. Notons à ce 
propos que l'on connaît trois poètes de ce nom nés à Douai, au 
XVl^ siècle, et un poète flamand du XVIIP siècle, né à Ypres. 



— 212 — 

et, comme correcteur, Guillaume Morelius. Lors de sa mort, 
en 1547, Henri Estienne lui composa deux épitaphes; 
Martial Regerius avait déjà fait l'éloge de Loys en tête de 
son édition du Lœlius de Cicéron, L'imprimeur parisien 
Thomas Brumenius, mort avant 1588, avait épousé Made- 
leine Louys, tille (?) de Jean. 

1541-1548. JACQUES BOGARD. 

1567-1616. OFFICINE PLANTINIENNE'. 

Au commencement de 1567, Christophe Plantin ouvrit à 
Paris, dans la maison de Pierre Porret, rue Saint- Jacques, 
au Compas d'or, une librairie qui fut gérée jusqu'en 1577 
par son gendre, Égide Beys, originaire de Breda. Le 
22 août de cette année, Plantin la vendit au libraire pari- 
sien, Michel Sonnius. Égide Beys continua toutefois à 
habiter Paris, où il publia plusieurs ouvrages pour son 
propre compte; sa marque représentait un plant de lys 
avec cette devise : Casta placent superis. Mais ses affaires 
périclitèrent et, n'ayant plus de quoi subvenir aux besoins 
de ses nombreux enfants, il alla, en 1590, à Anvers 
oii il s'établit près de l'officine de son beau-frère, Jean 
Moretus. Beys retourna à Paris, vers 1594, et y mourut le 
19 août 1595. Parmi ses fils, Christophe, qui était né à Paris 
et qui eut une vie des plus déréglées, imprima à Paris, à 
Rennes et à Lille, et Égide (II) à Bordeaux. 

La veuve d'Égide Beys se remaria en 1596 avec l'impri- 
meur Adrien Périer, et mourut le 27 décembre 1599. Son 
mari employa la marque plantinienne jusqu'à sa mort 
survenue en 1616. Le père de ce dernier, Jérémie Périer, 
qui fut également imprimeur-libraire à Paris, épousa en 
1596 Madeleine Beys, fille d'Égide. 

1 Max Rooses, Chrîstox)he Plantin, pp. 256-257, 379-380. 



— 213 — 

1625-1643. MICHEL VAN LOCHEM', d'Anvers. 

Né à Anvers, en 1601, Michel van Locliem se livra à la 
gravure et alla chercher fortune à Paris, où il devint 
« graveur du roi et imprimeur pour ses tailles-douces. » Il 
y épousa en 1625 Marguerite Le Noir et ouvrit, rue Saint- 
Jacques, à la Rose blanche couronnée, une librairie, qu'il 
céda en 1643 à sa parente la veuve de Guillaume Le Noir; 
il mourut à Paris, le 23 janvier 1647. 

1789-1807. PHILIPPE-JOSEPH DE NENY^. 

Grand bailli et président des Etats de Tournai, il se 
rendit à Paris; au moment où la Révolution française 
éclata, il ouvrit une librairie, près du palais de l'Institut, 
afin d'échapper à la proscription. Il se trouvait encore à 
Paris en 1807. 

POTTENDORFF. 

1668. JÉRÔME VERDUSSEN '. 

Après avoir imprimé avec Jean-Baptiste Hacke à Vienne 
(voir ce nom), Jérôme Verdussen, qui appartient à la famille 
anversoise d'imprimeurs de ce nom, alla se fixer dans la 
petite localité autrichienne de Pottendorff, sur les frontières 
hongroises, où il imprima en 1668 les deux ouvrages sui- 
vants : Cynosura juristarum, loca decretalia et articulas 
novissimarum constitutionum inclyti regni Hungariœ, usque 
ad 1659 reprœsantans, et Articidi universormn statuumet 
ordinum inclyti regni Hungariœ. 



* Biographie nationale publiée par l'Académie royale de Belgique, 
t. XII (Bruxelles, 1892-1893), col. 300-303. 

2 P. Bergmans, Analectes belgiques, pp. 5-24; j'ai publié dans cet 
ouvrage un mémoire inédit de Ph.-J. de Neny sur les archives de 
Flandre. 

5 A. Mayeb, Wiens Buchdrucker-Geschichte (Vienne 1883-1887), 
1. 1, p. 286. 



— 214 — 



ROME. 



1474-1476. PAUL LEENEN'. 

Paul Leenen, qui se qualifie de clericiis diœcesis Leo- 
diensis, imprima à Rome avec Tallemand Jean Reynhard 
d'Eyningen, de 1474 à 1476, les trois ouvrages suivants : 
Lectnra Antonii de Biitrio super quarto Decretaliutn 
(26 août 1474), Bartholomœi Cepollœ de servitutihus (1" sep- 
tembre 1475) et Nicolai Perotti rudiment a grammatices 
(1476). 

14... DANIEL DE KEYSERE (?). 

Victor Gaillard a relevé à Rome, dans Téglise de Saint- 
Julien, répitaphe de Daniel Cœsar de Flandria, mort le 
.31 décembre 1484; il émet l'hypothèse assez fondée qu'il 
pourrait appartenir à la famille des imprimeurs deKeysere, 
que l'on rencontre à Audenarde, à Gand et à Paris, et 
ajoute cette conjecture dont nous lui laissons la responsa- 
bilité : « nous sommes même tenté de croire que son nom 
jDOurrait être ajouté à la liste des imprimeurs belges qui 
s'établirent à l'étranger ^ ». 

ROTTERDAM. 

1585-1.590. JEAN VAN WAESBERGHE \ 
Né à Breyvelde, dans le pays d'Alost, vers 1528, Jean 
van Waesberghe vint se fixer à Anvers, en 1555, et fut reçu, 
en 1557, franc-maître dans la gilde de Saint-Luc. Il épousa 
la tille de l'imprimeur Jean Roelants, chez lequel il avait 
peut-être fait son apprentissage et s'établit à l'écu de 



1 P.-C. Vander Meersch, ouvr. cité, 1'" édition, p. 176. 

2 Annales de la Société rot/aie des Beaux Arts et de Littérature de 
Gand, t. IV (Gand, 1851-1852), p. 106. 

3 AiPH. De Decker, ou vr. cité, pp. 78-79. — Olthoff, ouvr. cité, 
pp. 113-114. 



— 215 — 

Flandre, au cimetière Notre-Dame. Arrêté en janvier 1500, 
avec plusieurs de ses confrères suspects d'hérésie, et em- 
prisonné au Steen, il fut relâché peu de temps après. Lors 
delà reddition d'Anvers, en 1585, il envoya son fils Jean à 
Rotterdam, pour y établir une imprimerie et une librairie. 
Aussitôt celles-ci installées, il s'y rendit lui-même avec sa 
femme et exerça à Rotterdam, où il eut le titre d'impri- 
meur de l'amirauté, jusqu'à sa mort, survenue le 9 avril 
1590; la femme le suivit dans la tombe le 17 septembre 
1595. Jean van Waesberghe fut la souche d'une importante 
famille d'imprimeurs qui existe encore actuellement*. Sa 
marque représentant un triton est accompagnée de la fière 
devise : Litterœ immort alitatem parhmt. Les familles Van 
Waesberghe et les Elzevier, toutes deux originaires de la 
Belgique, sont de celles qui contribuèrent le plus à assurer 
la gloire typographique des Pays-Bas septentrionaux, ainsi 
que A. -M. Ledeboer le fait remarquer avec une louable 
impartialité. 

1.589-1624. JEAN (II) VAN WAESBERGHE. 

Fils du précédent, il naquit à Anvers, en 1556, et fut 
reçu dans la gilde de Saint-Luc, comme fils de maître, 
en 1577. Il succéda à son père comme imprimeur de l'uni- 
versité, à Rotterdam, oii il mourut le 25 mai 1626. Les 
autres Van Waesberghe, nés en Hollande, n'appartiennent 
pas à ces recherches . 

1606-1610. JEAN (III) VAN GHELEN ^ 

Venant de Maestricht, Jean (III) Van Ghelen, né à 
Anvers, s'établit en 1606 à Rotterdam, où il exerça son 
art jusqu'en 1610, époque probable de sa mort. Sa veuve. 



i A.-M. Ledeboeb, Het geslacht van Waesberghe (2* éd., La Haye, 

1869). 
2 A.-A. VoRSTERMâ.N VAN Oyen, ouvi'. cité, pp. 1921. 



— 216 — 

née Jeanne van Huckelroy, continua son officine en 
1610-1611. 

1611-1615. FÉLIX VAN SAMBIX. 

Cet imprimeur, né en 1553 à Anvers, vint en Hollande 
oîi il fut maître d'école; il s'acquit une grande répu- 
tation comme calligraphe. Il épousa, le 6 septembre 
1608, Elisabeth van Waesberghe et s'établit à Rotterdam, 
à l'enseigne de la Bible comme imprimeur-libraire. Il 
édita diverses œuvres espagnoles, qu'il traduisit lui-même 
en néerlandais. En 1615, il alla se fixer à Delft, où on le 
trouve jusqu'en 1634, date de sa mort. Sambix avait choisi 
pour marque un phénix avec cette devise : Rara avis in 
terra phœnix. 

Voici un sonnet de Félix van Sambix qui figure en tête 
du Spieghel der schrijfkonste, de Jean Vande Velde 
(Rotterdam, 1605) : 

A Irès-exceJlenl escrivain M"" Jean du Champ, mon Irès-clier compère. 

Approchez, amateurs, approchez hardiment, 
Admirez les beaux traits, tirez à ladvantage. 
Quant & quant l'escriture en maint divers langage, 
Formez de par du Champ d'un art nayvement. 

Admirez, je vous pri', de quel grand jugement 
Les mots sont façonnez, chasque à son vraye usage. 
Et vous serez ravis au profond du courage. 
Voyant les raritez d'escrits moût nettement. 

O Somer, où es-tu, Paret & vous Beau-Chesne ? 
Agard ce doux sourgeon, qui abat un gros chesne 
Par ses coups merveilleux, tirez à la grandeur. 

Couronnons de lauriers l'admirable science 

Que Dieu semé en ce Champ par sa grande clémence, 

Et concluons qu'il est des escrivains la Fleur. 



— 217 — 

Si la pièce ne prouve guère en faveur du talent poétique 
de son auteur, elle montre du moins que Sambix savait 
rendre justice aux mérites d'un confrère. 

SAINT-OMER. 

1602-1609. FRANÇOIS BELLET '. 

Neveu de Jean Moerentorf, François Bellet fit son ap- 
prentissage à l'officine plantinienne et se rendit à Saiut- 
Omer, en 1602 ; sur les sollicitations du Magistrat d'Ypres, 
il vint, en 1609, se fixer dans cette ville, oîi il mourut une 
quinzaine d'années plus tard. 

1610-1619. CHARLES BOSCARD^. 

Fils du premier imprimeur de Douai, Charles Boscard 
imprima dans cette ville de 1592 à 1610. A la suite du 
départ de François Bellet de Saint-Omer, Boscard vint le 
remplacer sur les instances du Magistrat audomarois. 
Après sa mort, survenu en 1619, sa veuve continua 
jusqu'en 1652 son établissement. 

SALAMANQUE. 

1605-1615. ARTUS TABERNIEL, d'Anvers. 

Imprimeur de l'Université de Salamanque au commence- 
ment du XVIP siècle, Artus Taberniel prend soin de se 
qualifier û^Antverpianus dans la souscription delà disser- 
tation du professeur Jean de Solorzano Pereira sur le 
parricide, qu'il imprima en 1605^ L'année suivante, il 
publia Las antiguedades de Salamanca de Gil Gonzalez de 
Avila. Sa marque, qui figure sur le titre de cette édition, 
représente un cartouche d'assez mauvais goût, avec une 



1 A. De Decker, ouvr. cité, pp. 65-68. 

2 DuTHiLLŒUL, BibViogrcqyhie doxiaisiemu, t. I, p. 407. 
^ A. De Decker, ouvr. cité, p. 12. 



— 218 — 

presse et un caducée soutenant un livre; elle porte en 
exergue la devise : Arte natus liber, anagramme du nom 




d'Artus Taberniel*. On peut vraisemblablement consi- 
dérer comme fils de ce dernier, Hyacinthe ou Jacinthe 
Taberniel qui imprima en 1631 les Scholasticœ et morales 
disputationes de tribus virtutibus theologicis de Pierre 
Hurtado de Mendoza. Le deuxième volume, traitant de 
la foi, le seul que j'aie rencontré *, offre une particularité 
curieuse ; le titre est suivi d'un feuillet d'errata, au bas 
duquel se trouve la signature du correcteur : His mendis 
correctis, convertit Me liber cuin originali auctoris, pro quo- 
rum fide meo nomine subscripsi, Salmanticœ, 2 Decembris, 
Anna 1630. Corrector M, Gonzalus Correa. 

SARAGOSSE. 

1475-1478. MATH^US FLANDER. 

Ce Flamand imprima à Saragosse le Manipulus cura- 



1 Le Livre, partie moderne, 1883, p. 214, note. 

2 Bibl. de l'Université de Gand, Ace. 9576i. 



— 219 — 

torum de Guido de Monte Rocherii (1475), et le Liber de 
exposiiione missœ de Benoît de Pientinis (1478). On n'a 
aucun autre renseignement sur lui. J'ai émis l'iiypotlièse 
qu'il pourrait être identifié avec Antonius Mathias, le pre- 
mier imprimeur de Gênes (voir ce nom) et de Mondovi. 

SE VILLE. 

1477(9). THIERRY MARTENS, d'Alost '. 

On a cru longtemps que le premier imprimeur belge, 
Thierry Martens, après avoir imprimé à Alost, alla s'établir 
à Anvers à la suite du départ de Jean de Westphalie pour 
Louvain. On citait, à l'appui de cette opinion, un recueil 
d'opuscules de Rodolphe Agricola, daté d'Anvers, 1476, et 
la Summa experimentorum sive thésaurus pauperum de 
Pierre Alphonse, datée du 22 mai de la même année; mais 
on a péremptoirement établi que la première de ces éditions 
peut être considérée comme inexistante, et que la seconde 
porte 1476 par suite d'une faute d'impression; sa date 
véritable est 1497. On a conjecturé aussi que Martens est 
resté attaché à Jean de Westphalie comme associé, ou peut- 
être comme fondeur de caractères, jus(iu'à ce que, environ 
dix ans après, il ouvrît pour son propre compte, une 
officine dans sa ville natale. 

Or, un savant américain, W.-J. Knapp, a publié, en 
1881, une reproduction littérale d'une ordonnance espa- 
gnole de Ferdinand et Isabelle, datée de Séville, le 25 dé- 
cembre 1477, et dont l'original est conservé aux archives de 
Murcie. L'ordonnance porte qu'un Teodorieo aleman, impri- 
meur, ne sera ni molesté ni inquiété par les receveurs, et ne 
payera aucun droit pour ses livres. Voici la traduction du 
passage principal, telle que l'a donnée M"" J. Petit : « Sachent 



i Biographie nationale publiée par l'Académie royale de Belgique, 
t. Xlir (Bruxelles, 1894-1895), col. 879-893. 



— 220 — 

« tous que Thierry le Flamand, imprimeur de livres de 
« moule, se trouvant en nos États, nous a exposé dans 
« sa requête qu'il avait été l'un des principaux inven- 
« teurs et artisans de livres de moule de tout genre ; 
« qu'il avait résolu de s'exposer aux multiples périls de 
« la mer pour apporter en ce pays de nombreux et remar- 
« quables ouvrages de toute espèce, dont il a enrichi quan- 
« tité de nos Etats, d'où il ne rejaillira pas moins d'honneur 
« que d'utilité sur notre pays et ses habitants ; qu'il s'est 
« exposé à tous ces périls dans l'espoir qu'il recevrait 
« parmi nous un bon accueil, qu'on ne frapperait pas ses 
« livres d'impôts trop lourds et que ceux qu'il vendrait 
« seraient exemptés de tous droits d'entrée et autres, ce 
« que nous lui avons octroyé. Qu'il soit également connu 
« de tous que nous avons pris sous notre royale protection 
« ledit Thierry et ses ouvriers ou agents... » Ce Thierry, 
dit Knapp, est Thierry Martens. Mais si de nombreux 
exemples contemporains permettent de dire qii'aleman cor- 
respond à Flamand, il est plus difficile de démontrer que 
ce Teodorico est notre Martens. Quelque ingénieuse que 
soit cette identification, qui expli(iue la lacune existant 
dans la vie de Martens, ce n'est qu'une conjecture ; pour la 
transformer en fait acquis, il faudrait des preuves qu'on 
n'a pu découvrir jusqu'ici. 

Je dois ajouter cependant que beaucoup de bibliographes 
tendent actuellement à admettre la conjecture de Knapp. 

TARRAGONE. 

1579-1586. PHILIPPE MEY. 

Philippe Mey, fils de Jean Mey ou De Mey, imprimeur 
à Valence et à Alcala (voir ce nom), fit rouler ses presses à 
Tarragone en Catalogne. En 1586, il imprima sa traduction 
en vers espagnols des sept premiers livres des métamor- 
phoses d'Ovide, accompagnées d'autres poésies, sonnets et 



— 221 — 

épîtres amoureuses dans le goût italien ' : yo, dit-il dans 
sa préface, porque mi impresion no estuviese ociosa,fuicasi 
constrenido a sacar esta parte a luz entre tantoque acudia 
obra de mas importancia, no ddndome mi poca posibilidad 
y occupaciones ordinarias y de obligacias espacio para que 
tan presto pudiera juntar los demas libres. 

TOURS. 

1496. JEHAN DE LIÈGE. 

Matthieu Lateron imprime à Tours, le 7 mai 1496, la 
Vie et miracles de saint Martin « pour Jehan du Liège, 
marchand libraire à Tours » . 

TRÉVISE. 

1471-1474 et 1490-1498. GÉRARD DE LISA DE 
FLANDRE ^. 

Originaire de la Flandre, des bords de la Lys à en juger 
par son nom, de Harlebeke près de Courtrai, selon Vander 
Meersch, Gérard de Lisa semble avoir accompagné, à Venise, 
Nicolas Jenson. C'est, en tous cas, avec les beaux caractères 
romains créés par ce dernier, qu'il imprima, en 1471, à Tré- 
vise \e De sainte sive de aspiratione animœ ad Deum de saint 
Augustin ; en 1474, il fait usage de caractères gothiques 
pour l'impression du Tesoro de Brunetto Latini. A la suite 
de l'arrivée d'un concurrent, Michel Manzoli, de Parme, 
Gérard de Lisa quitta Trévise. Il n'est pas absolument 
certain qu'il transporta ses presses à Vicence (1476); mais 
on le trouve établi à Venise, en 1477. En 1480-1481, nous 
le voyons travailler à Cividale del Friuli et en 1484-1485, 
à Udine;puis nous le perdons de vue jusqu'en 1489. Il 



1 B.-J. Gallabdo, Ensayo de una hiblioteca espanola de libres raros 
y curiosos (Madrid, 1863-l'889), t. III, col. 803-804, n» 3065. 

2 P.-C. Vander Meersch, ouvr. cité, '2« éd., p. 273. 



— 222 — 

revient alors à Trévise, où il resta probablement jusqu'à 

sa mort; parmi les impressions de son second séjour dans 

cette ville, on cite les Anterotica de Pierre Hœdus, véritable 

chef-d'œuvre typographique, et le rarissime Terminorum 

musicce diffinitorium du célèbre musicien belge , Jean 

Tinctoris. 

UDINE. 

1484-1485. GÉRARD DE LISA DE FLANDRE. Voir 
Trévise. 

UPS AL A. 

Fin du XVIP siècle. HENRI DE KEYSERE '. 

VALENCE. 

1545 et 1555-1565. JEAN MEY ou DE MEY. 

Ce typographe qui lit rouler ses presses de 1552 à 1554 
à Alcala de Hénarès (voir ce nom) avait imprimé en 1545, 
à Valence ; il semble être revenu dans cette dernière ville 
après son séjour à Alcala, car il y imprima en 1555, El 
verdadero sucesso de la famosa hatalla de Roncesvalles 
de Francisco Garrido de Villena^ et, en 1565, le Honra de 
escrivanos de Pedro de Madarjaga Vizcayno. Son fils, Pierre- 
Patrice, lui succéda dans cette ville ; il y imprima notam- 
ment, en 1604, la Coronica gênerai de toda Espaha. 

VALENCIENNES. 

(1500). JEHAN DE LIÈGE \ 

Jehan de Liège imprima à Valenciennes vers 1500, peut- 

1 AuG. DeReume, Variétés hibliographiques et littéraires {QxnyieWeB, 
1848), p. 78. 

2 Le hibliophih belge, t. III (Bruxelles, 1846), p. 258. 

3 A. Leroy et A. Dinaux. Archives historiques et littéraires du 
Nord de la France, t. III (Valenciennes, 1833), pp. 280-290. — H.-R. 
DuTHiLLŒUL, Bibliographie douaisienne, t. Il, pp. XI-XII. 



— 223 — 

être même avant, six gothiques français très rares; ce sont 
des pièces de Jean Molinet, Georges Cliastelain et Olivier 
de La Marche. Il semble avoir été établi d'abord devant le 
couvent de sainct-Pol, puis entre le pont des Ronneaux et 
le toucqiiet du lac devant le soleil. 

1()10-1634. JEAN VERVLIET'. 

Fils de l'imprimeur anversois Daniel Vervliet, Jean 
continue l'officine paternelle jusqu'en 1609. En 1610 il vint 
s'établir à Valenciennes, à la Bible d'or ; ses affaires prospé- 
rèrent et son établissement prit une certaine extension. 
J. Vervliet imprimait encore en 1634. 

VENISE. 
1477. GUILLAUME LE ROY, de Liège. Voir Lyon. 

1477-1478. GÉRARD DE LISA, de Flandre. Voir Tré- 
vise. 

1483. JEAN DE LIÈGES 

1517-1549. DANIEL BOMBERG ou VAN BOMBER- 
GHEN, d'Anvers \ 

Délaissant le commerce auquel il s'adonnait dans sa 
ville natale, Daniel van Bomberghen se rendit vers 1515 à 
Venise et y établit une imprimerie hébraïque. En 1517, il 
fit paraître la première édition de la Biblia hebraïca, qui 
en eut cinq, de plus en plus correctes (1517, 1521, 1525, 
1533, 1544), ainsi que sa grande Biblia Rabbinorum, qu'il 
réimprima en 1526 et en 1547. En 1520, il commença l'im- 
pression du Talmud de Babylone qui comprend douze 
volumes in-folio, et qu'il réimprima trois fois. 



i De Decker, ouvr. cité, p. 74. 

2 C. Castellani, La Stampa in Venezia (Venise, 1889), p. xxxix. 
^ Biographie nationale pahliée par l'Académie royale de Belgique, 
t. II, col. 666-667. — A. De Decker, ouvr. cité, pp. 6-8. 



— 224 — 

Nicolas Clénarcl ou Cleynaerds, rapporte que les livres 
hébreux de Bomberg passaient en Afrique, en Ethiopie, 
dans rinde, partout oii les Juifs étaient établis \ 

Ces nombreux et considérables travaux lui coûtèrent 
beaucoup d argent, et, d'après Scaliger, Daniel van Bom- 
berghe n'y aurait pas employé moins de trois millions 
d'écus; le personnel de son imprimerie comprenait deux 
cents compositeurs et cent correcteurs, tous juifs. 

Aussi mourut-il ruiné ; ses fils Corneille et Charles 
retournèrent à Anvers, oii ils furent associés avec Christophe 
Plantin en 1563-1567. 

1549. BARTOLOMEO L'IMPERADOR. 

D'après De Reume ^, il faudrait identifier avec un De 
Keysere, le Bartolomeo Tlmperador qui imprime à Venise, 
en 1549, le poème la Spagna de Sostegno di Zanobi. 

(c. 1550)-1555. JACQUES DE BUUS ou BUYS \ 

Né dans les Pays-Bas, vers 1510, Jacques de Buus fut 

organiste de Saint-Marc à Venise, où il fonda, vers 1550, 

une imprimerie musicale et oii il mourut en 1555. 

Un certain Jehan Buys obtient, concurremment avec 

Henri Loys, le 22 août 1540, un privilège de trois ans pour 

l'impression de certains livres de musique *. 

(15..)-1568. NICOLAS DE STOOP ou STOPIUS S de 
Gand. 

Ce poète latin serait allé se fixer à Venise, où il aurait 
été correcteur, puis imprimeur, d'après un biographe qui 

1 Mercure belge, t. IV (Bruxelles, 1818), p. 193. 

2 Variétés bibliographiques, p. 78. 

3 Éd. Grégoir, Histoire de l'orgue (Bruxelles, 1865), p. 217. 

* A. GoovAERTS, Histoire et bibliographie de la tij2)ographie musi- 
cale dans les Pays-Bas (Anvers, 1880, p. 16). 

^ Biographie nationale publiée par l'Académie royale de Belgique, 
t. V (Bruxelles, 1876), col. 809-810. 



— 225 — 

n'apporte d'ailleurs aucune preuve à l'appui de ses affir- 
mations. Il mourut à Venise, le 8 mai 15G8. 

VIANEN. 
1566-1567. AUGUSTIN VAN HASSELT. Voir iTampew. 

VICENCE. 

1476. GÉRARD DE LIS A, de Flandre. Voir Trévise. 

VIENNE. 

15.59-1565. IMPRIMERIE PARTICULIÈRE DES 
JÉSUITES *. 

Le P. Jean de Victoria, qui fut directeur du collège des 
Jésuites à Vienne en 1559-1562, fonda, en 1559, une impri- 
merie pour obvier aux dangers que couraient les catholiques 
par la diffusion des ouvrages protestants et la difificulté de 
se procurer des livres orthodoxes. Le personnel se compo- 
sait de deux frères coadjuteurs comme compositeurs et 
d'un correcteur; ce dernier se nommait Antoine Ghuse. 
Des deux premiers nous ne connaissons que les prénoms : 
Petrus et Nicolus, qui sont tous deux suivis de la qualifi- 
cation de Flander. 

1663-1678. JEAN-BAPTISTE HACQUE ^ 

Né à Anvers, il arriva à Vienne au commencement de 
l'année 1660; sa première impression connue est un épi- 
IhaUime de Girolamo Branchi imprimé en 1663. En 1667, 
Hacque s'associa avec son concitoyen, H. Verdussen ; mais 

1 A. Mayer, Wiens Buchdrucker-Geschichte, t. I, pp. 94-96. — 
C. SoMMERVOGEL, Les Jésuites de Rome et de Vienne en M.D.LXI 
(Bruxelles, 1892), pp. 17-18 et xxi. 

* A. Meyer, ouvr. cité, 1. 1, pp. 286-291 et 320. 

15 



— 226 — 

celui-ci le quitta l'année suivante pour aller s'établir à Pot- 
tendorff (voir ce nom). Le 1 5 janvier 1671 , J.-B.Hacque reçut 
le privilège important de faire imprimer les nouvelles étran- 
gères qu'il recevait de Madrid, Paris, Londres, La Haye, 
Venise et Rome et de les vendre; c'est ainsi qu'il publiais 
journal, intitulé : Il coriero ordinario, ou Avisi italiani 
ordinarii e estraordinarii^ dont on n'a pu retrouver les 
premières années ; la collection de la bibliothèque impériale 
de Vienne, qui comprend vingt-trois volumes, commence 
en 1677. Il imprima en italien, en latin, en allemand et en 
hongrois, mais surtout dans les deux premières de ces 
langues. Ses publications sont remarquables par la beauté 
des caractères et des ornements ; plusieurs sont ornées de 
gravures sur cuivre, telles que la Servitus Mariana d'Au- 
gustin Piomer (1667) et VHistoria di Leopoldo de Gualdo 
(1670-1674). Il se servait d'une marque typographique 
reproduite par A. Mayer et représentant un vérin ou cric, 
que fait manœuvrer une main sortant d'un nuage, avec la 
devise : Ingenio et viris. Après sa mort, survenue au com- 
mencement de juillet 1678, sa veuve, Anne Hacque, fille 
aîné d'un riche orfèvre viennois, de La Fontaine, continua 
quelques mois l'officine, qu'elle vendit ensuite à son beau- 
frère Jean van Ghelen. 

1678-1721. JEAN VAN GHELEN '. 

Appartenant à la célèbre famille anversoise des impri- 
meurs Van Ghelen, Jean, quatrième de ce nom, naquit à 
Anvers, où il fut baptisé dans l'église Notre-Dame le 
23 mai 1645. Après de solides études sous la direction des 
Jésuites et des Augustins, il exerça la carrière paternelle, 
successivement à Anvers, à Bruxelles et à Lille. Décidé à 
se fixer à l'étranger, il arriva à Vienne en 1 670 et entra 



i A. Mayer, ouvr. cité, t. I, pp. 320 328, avec portrait et armoiries 
de Jean vau Gbeleu. 



— 227 — 

dans l'atelier de J.-B, Hacque, son concitoyen (voir plus 
haut), dont il épousa, le 28 février 1C72, la belle-sœur : 
Elisabeth de La Fontaine . Ses connaissances linguis- 
tiques — il possédait, eu effet, le latin, le flamand, 
lallemand, le hongrois, le français, l'italien et l'espagnol — 
furent très utiles à Hacque pour la publication de ses Avisi 
italiani, et valurent à Van Ghelen l'estime des savants 
viennois. En 1678, à la mort de Hacque, il acheta l'officine 
de ce dernier, et fut inscrit, le 23 septembre de la même 
année, comme imprimeur de l'Université ; le 5 novembre 
suivant, il obtint le privilège de vendre les journaux 
latins et français. Sous sa direction éclairée, les affaires 
prirent rapidement un grand essor. Le 17 février 1701, il 
obtint le titre d'imprimeur italien de la cour, qui lui fut 
accordé tant en considération de ses publications que du 
dévoûment dont il avait fait preuve lors d'une épidémie de 
peste (1679) et du siège de Vienne (1683); le 6 novembre 
1720, il devint l'imprimeur ofhciel et effectif de la cour. 
Dans les dernières années de sa vie, Jean van Ghelen 
abandonna la direction de son imprimerie, à son fils Jean- 
Pierre'; après avoir fait un testament, le 2 juin 1720, il 
mourut le 13 mai 1721, âgé de près de soixante-six ans. 
Son établissement, le plus important de Vienne avec celui 
de Cosmerovius, comprenait un matériel considérable com- 
])Osé de cinq presses et d'un fond important de caractères ; 
une fonderie particulière y était annexée. Ses publications 
sont remarquables par une impression correcte et claire 
ainsi que par le choix du papier. H faut remarquer parmi 
elles quelques livres français rarissimes tels que le Por- 
trait d'un véritable héros d'Adrien-Joseph Willemin (1684), 
et les ouvrages de l'ingénieur Jacques de La Vergne. En 
1703, il fonda, sous le titre de Wiener Diarium, le premier 

1 Ce dernier fut anobli par Marie-Thérèse. 



— 228 — 

journal périodique régulier de Vienne, dont la publication 

se poursuit encore actuellement sous le nom de Wiener 

Zeitung. 

"WESEL. 

1566. AUGUSTIN VAN HASSELT. Voir iCampen. 

1567-1574. LOUIS ELZEVIER, de Louvain. Voir Leic/en. 

YORK. 

1500. HUGUES GOES'. 

Hugues Goes, originaire des Pays-Bas, imprima à York, 
en 1509, le Pica sive directorium sacerdotum de Téglise 
d'York. Il publia à Londres, sans date, une grammaire 
latine. Enfin, une planche, décrite par Ames, porte son 
nom avec l'adresse de Beverley, dans le Yorksliire. Il ap- 
partient plus probablement aux Pays-Bas septentrionaux. 

ZUTPHEN. 

1616-1625. ANDRÉ JANSSEN, d'Alost 

Appartenant vraisemblablement à la famille alostoise 
dont sont issus le graveur Michel Janssen, le poète latin 
Gabriel Janssen et le dominicain Jean Janssen qui vécurent 
tous trois au commencement du XVIP siècle, André 
Janssen fut libraire à Zutphen de 1616 à 1625. 

ZWOLLE. 

1605-1640. ZACHAPJE HEYNS, d'Anvers. 

Venant d'Amsterdam (voir ce nom), Zacharie Heins 
s'établit, en 1605, à Zwolle où il imprima jusqu'à sa mort, 
en 1640. C'est là, notamment, qu'il publia sa traduction en 
vers néerlandais des œuvres de Guillaume de Saluste, 
seigneur du Bartas. 

1 J. Ames, ouvr. cité, t. [Il, pp. 1437-1439. 



229 — 



Table alphabétique des noms d'imprimeurs. 



Adkien d'Anvei'S. Estella. 
Aleman (Teodorico). Voir Mar- 

TENS. 

Anvers (Adrien d'). Voir Adrien. 

— (Henri d'). Voir Henri. 
Arnold de Bruxelles. Naples. 
AscENSius. Voir AsscHE (van). 
AsscHE (Jean Badins van). Paris. 
AsscHE (JosseBadiusvan). Lyon, 

Paris. 
Augustin van Hasselt. Cologne, 

Kampen, Vianen, Wesel. 

BADius(Josse).VoirAsscHE (van). 
Bartolomeo rimperador. Voir 

L'Imperador. 
Bathen (Jacques). Cologne, Maes- 

triclit. 
Bellère (Balthazar). Douai. 
Bellet (François). Saint-Omer. 
Berg (Jean van), ou Montanus. 

Nuremberg. 
Berghen (Nicolas van). Londres. 
Beys (Égide ou Gilles). Bordeaux. 
Biermant (Georges). Paris. 
Biestkens (Nicolas). Amsterdam, 

Emden. 
Binnesian (Henri), ouBynneman. 

Londres. 
Blaublomme (Louis), Cyaneus ou 

Peers. Paris. 
Bogaerts (Jean). Voir Bogaed. 



Bogard (Jacques). Paris. 

— (Jean), Bogaerts, Boogaerts 
ou Vanden Boogaerde. Paris. 

BoMBERG (Daniel), ou VanBom- 

berghen. Venise. 
Boogaerde (Jean vanden), ou 

Boogaerts. Voir Bogard. 
BoRREMANS (Pierre). Douai. 
Boscard (Charles). Saint-Omer. 

— (Jacques). Douai. 
Bruxelles (Arnold de). Voir 

Arnold. 
Bry (Jean-Théodore de). Franc- 
fort, Oppenheim. 

— (Théodore de). Francfort. 
Buus (Jacques de) , ou Buys. 

Venise. 
Bynneman (Henri). Voir Binne- 

MAN. 

C^SAR (Conradus). Cologne. 

— (Nicolaus). Cologne. 

— (Petrus). Voir Keysere (de). 

— (Robertus) .Voir Keysere (de). 
Cholinus (Goswin). Cologne. 

— (Materne), ou Colin. Cologne. 
CoLiNi (Jean). Metz. 
Ceaesbeeck (Pierre). Lisbonne. 
Ctematius (Gellius). Voir Erven 

(Vander). 
Cyaneus (Louis). Voir Blau- 
blomme. 



- 230 



Dalen (Michel van), ou Dalius. 

Cologne, Munster. 
Damme (Pierre van). Amsterdam. 

Elzevier (Louis). Douai, Leyde, 
Wesel. 

— (Louis II). La Haye. 

— (Matthieu). Leyde. 

Erven (Gilles Vander), Gellius 
Ctematius ou Collinus Volck- 
winner. Emden, Londres. 

Flamenco (Juan). Voir Juan. 
FLANDER(Gerardus).Volr Gérard. 

— (Joannes). Voir Juan. 

— (Mathœus). Voir Math^us. 

— (Nicolas). Voir Nicolus. 

— (Petrus). Voir Petrus. 
Flandre (Gérard de) .Voir Gérard. 
F'rans de Vlamingh. Voir Vla- 

MINGH. 

Gérard de Lisa de Flandre. Civi- 
dale, Trévise, Udine, Venise, 
Vicence. 

— de Nova Civitate. Metz. 
Ghelen (Jean van). Vienne. 

— (Jean III van). Maestricht, 

Rotterdam. 
Ghendt (Pierre Stephanus van). 

Voir Stephanus. 
Ghuse (Antoine). Vienne. 
GoES (Hugues). Beverley,Londres, 

York. 
Graten ( Gérard-Godfroy van). 

Cambridge. 
GuARiN (Thomas). Baie. 
GuERiN (Thomas). Lyon. 
Guillaume de Malines, ou Wil- 
liam de Machlinia, ou de Mack- 

lyn. Londres. 

Hacque (Jean-Baptiste). Vienne. 
Hasselt (Augustin van). Voir 
Augustin. 



Henri d'Anvers. Gênes. 

Heyns (Zacharie). Amsterdam, 

Zwolle. 
HoLOGNE (Lambert de), ou Holo- 

nius. Bâle. 
HoRENAVEGHE (Josse). Paris. 
Hudsebaut (Denis). Douai. 
HuLSE (Liévin), ouHulsius.Franc- 

fort, Nuremberg. 

Janssen (André). Zutphen. 
Jean de Liège, 1483. Venise. 

— de Tournai. Ferrare. 

— de Turnhout. Bois-le-Duc. 
Jehan de Liège, 1496. Tours. 

V. 1500. Valenciennes. 

JÉsuiTEs(Imprimerie des). Vienne. 
Joannes Flander. Voir Juan. 
Juan Flamenco. Madrid. 

Keeke (Pierre Vanden), Keerius 

ou Kserius. Amsterdam. 
Keyser (Anton). Cologne. 
Keysere (Daniel de). Rome. 

— (Henri de). Upsala. 

— (Pierre de). Paris. 

— (Robert de). Paris. 

La Rivière (Guillaume de), ou 

Rivière. Arras. 
Leenen (Paul). Rome. 
Le Roy (Guillaume), ou Régis. 

Lyon, Venise. 
Liège (Jean de). Voir Jean. 

— (Jehan de). Voir Jehan. 
LTMPERADOR(Bartolomeo).Venise 
Lisa (Gérard de). Voir Gérard. 
LocHEM (Michel van). Paris. 
Los-Rios(Jean-François de).Lyon. 
Louis (Jean), ou Loys. Paris. 

Malines (Guillaume de). Voir 
Guillaume. 



— 231 — 



Malte (Jean-Chrysostome). Co- 
logne, Lille. 

Martens (Thierry). Séville. 

Math^us Flander. Saragosse. 

Mathias (Antonius). Gênes, Mon- 
dovi. 

Mechlinia (Guilelmus ouWilliam 
de). Voir Guillaume. 

Meganc (Jean).Pai-i8. 

Meulen (Corneille Vander). Al- 
tona. 

Me Y (Jean), ou de Mey. Alcala, 
Valence. 

— (Philippe). Tarragone. 
MiEKDMAN (Etienne). Emden, Lon- 
dres. 

Montanus (Jean). VoirBERO. 

Neny (Philippe- Joseph de). Paris. 
Neufville (Simon de). Lille. 
NicoLUS Flander. Vienne. 
Nova Civitate (Gérardus de). 

Voir Gérard. 
Nucci (Matteo). Naples. 

Peers (Louis). Voir Blaublomme. 
Petrus Flander. Vienne. 
Plantin (Christophe). Leyde. 
Plantjnienne (Officine). Paris. 

Rade (Abraham Vanden). Leeu- 
warden. 

— (Gilles Vanden), ou Radœus. 

Franeker. 

— (Jean Vanden). Groningue. 
Raphelenghien ( Christophe ) . 

Leyde. 

— (François), ou Van Ravelin- 

ghen. Leyde. 

— (François II). Leyde. 
Régis (Guillaume). Voir Le Roy. 
Rivière (Guillaume). Voir La Ri- 
vière (De). 



Sambix (Félix van). Delft, Rottei-- 

dam. 
Silvius (Charles). Leyde. 

— (Guillaume), ou Sylvius. 

Leyde. 

Speryng (Nicolas). Cambridge. 

Stell (Hans), ou John Still. Lon- 
dres. 

Stephanus (Pierre). Genève. 

Still (John). Voir Stell. 

Stoop (Nicolas de), ou Stopius. 
Venise. 

Stroobant (Guillaume). Lille. 

Sylvius (Guillaume). Voir Silvius 

Taberniel (Artus). Salamanque. 
Tack (Antoine). Lille. 
Teodorico Aleman. Voir Mar- 
tens. 
Therhoeknen (Arnold). Cologne. 
Tournai (Jean de). Voir Jean. 
TuRNHOUT (Jean de). Voir Jean. 

Verdussen (Jérôme). Potten- 

dorff. 
Vervliet (Jean). Valenciennes. 
Vlamingh (Frans de). Emden. 
Volckwinner (CoUinus). Voir 

Erven (Vander). 

Waesberghe (Jean van). Rotter- 
dam. 

— (Jean II van). Rotterdam. 
Waterloes (Jean), ou Water- 

loose. Paris. 

Wechel (Chrétien). Paris. 

William de Machlinia. Voir Guil- 
laume. 

WiNDE (Louis de). Douai. 

Yetsweirt (Charles). Londres. 

Zuttere ( Pierre-Anastase do). 
Emden. 



— 232 



Table chronologique des imprimeurs belges 



à^" 



XV« SIECLE. 

1469. Arnold Therhoernen. Co- 1505. 

logne. 
1471. Antoine Mathias. Gênes. 

1471. Gérard de Lisa de Flandre. 1509. 

Trévise. 1511. 

1472. Arnold de Bruxelles. Na- — 

pies. 1512. 

1473. Henri d'Anvers. Gênes. 1516. 

— Pierre de Keysere. Paris. 1517. 

— Guillaume Le Roy. Lyon. 

1474. Paul Leenen. Rome. — 

1475. Jean de Tournai. Ferrare. 1518. 

— Mathaeus Flander. Sara- 1519. 

gosse. 1525. 
1477. Thierry Martens. Séville. 

1482. Gérard de Nova Civitate et 1526. 

Jean Colini. Metz. 1528. 

— Guillaume de Malines. Lon- 1535. 

dres. 1541. 

1483. Jean de Liège. Venise. 1542. 
1494. Josse Badius van Assche. 1549. 

Lyon. 
1496. Jehan de Liège. Tours. — 

14... Daniel de Keysere. Rome. 

1500. Jehan de Liège. Valen- 1550. 

ciennes. 



XVP SIECLE. 

Josse Horenweghe , Jean 
Meganc et Jean Water- 
loes. Paris. 

Hugues Goes. York. 

Georges Biermant. Paris. 

Anton Keyser. Cologne. 

Robert de Keysere. Paris. 

Lambert de Hologne. Bâle. 

Jean Badius van Assche. 
Paris. 

Daniel Bomberg. Venise. 

Nicolaus Csesar. Cologne. 

Conradus Cœsar. Cologne. 

G.-G. van Graten et Nicolas 
Speryng. Cambridge. 

Louis Blaublomme. Paris. 

Chrétien Wechel. Paris. 

Jean Louis. Paris. 

Jacques Bogard. Paris. 

Jean van Berg. Nuremberg. 

Jean de Turnhout. Bois-le- 
Duc. 

Bartolomeo L'Imperador. 
Venise. 

Etienne Mierdraan. Lon- 
dres. 



1 Pour les imprimeurs qui ont travaillé dans plusieurs villes, 
je n'ai tenu compte que de leur premier établissement à l'étranger. 



— 233 — 



1550. Jacques de Buus. Venise. 

— Nicolas de Stoop. Venise. 
1552. Jacques Bathen.Maestricht. 

— Jean Mey. Alcala. 

1558. Thomas Guerin. Lyon. 
1554. Gilles Vander Erven. Lon- 
dres. 

1557. Materne Cholinus. Cologne. 

1559. Imprimerie des Jésuites. 

Vienne. 

1561. Thomas Guarin. Bâle. 

1562. Nicolas Biestkens. Eraden. 

— Augustin van Hasselt. 

Karapen. 

1563. Jacques Boscard. Douai. 

1564. Adrien d'Anvers. Estella. 

— Louis de Winde. Douai. 

1566. Henri Binneman. Londres. 

1567. Louis Elzevier. Wezel. 

— Officine plantinienne. Pa- 

ris. 

1568. Hans Stell. Londres. 

1570. Pierre -An. de Zuttere. 

Emden. 

1571. Théodore de Bry. Franc- 

fort. 
1574. Jean Bogard. Douai. 
1878. Guillaume Silvius. Leyde. 

1579. Philippe Mey. Tarragone. 

1580. Charles Silvius. Leyde. 

— Jean-Théodore de Bry. 

Francfort. 
1583. Goswin Cholinus. Cologne. 

— Christophe Plantin. Leyde. 

1585. François Raphelenghien. 

Leyde. 

— Jean van Waesberghe. 

Rotterdam. 

1586. Gilles Vanden Rade. Frane- 

ker. 

1589. Jean (II) van Waesberghe. 

Rotterdam. 

1590. Balthazar Bellère. Douai. 



1590. Louis (II) Elzevier. La 

Haye. 

1591. Guillaume de La Rivière. 

Arras. 

1594. Liévin Hulse. Nuremberg. 

— CharlesYetsweirt. Londres. 

1595. Zacharie Heyns. Amster- 

dam. 

— Antoine Tack. Lille. 

1596. Guillaume Stroobant. Lille. 

1597. Pierre Craesbeeck. Lis- 

bonne. 

— Jean (III) van Ghelen. 

Maestricht. 

— Christophe et François (II) 

Raphelenghien. Leyde. 
15... Nicolas van Berghen. Lon- 
dres. 

— Pierre Stephanus van 

Ghendt. Genève. 
1600. Juan Flamenco. Madrid. 

XVII» SIÈCLE. 

1602. François Bellet. Saint- 

Omer. 

1603. Abraham Vanden Rade. 

Leeuwarden. 

1604. Pierre Borremans. Douai. 

1605. Artus Taberniel. Salaman- 

que. 

— Frans deVlamingh. Emden. 

1606. Pierre Vanden Keere. Am- 

sterdam. 

— Jean Vanden Rade. Gro- 

ningue. 

1610. Charles Boscard. Saint- 

Omer. 

— Michel van Dalen. Munster. 

— JeanVervliet.Valenciennes. 

1611. Félix van Sambix. Rotter- 

dam. 
1616. André Janssen. Zutphen. 



— 234 



1617. Matthieu Elzevier. Leyde. 

1618. Égide Beys. Bordeaux. 
1623. Simon de Neufville. Lille. 
1625. Michel van Lochem. Paris. 
1631. Matteo Nucci. Naples. 
1640. Denis Hudsebaut. Douai. 
1663. Jean-Baptiste Hacque. 

Vienne. 
1668. Jérôme Verdussen. Potten- 

dorff. 
1673. Corneille Vander Meulen. 

Altona. 



(1675) Jean-Chrysostome Malte, 

Cologne. 
1678. Jean van Ghelen. Vienne. 
16... Henri de Keysere. Upsala. 

XVIIIe SIÈCLE. 

1750. Pierre van Damme. Am- 
sterdam. 

1766. Jean-François de Los Rios. 
Lyon. 

1789. Philippe-Joseph de Neny. 
Paris. 



235 



LA PRINCESSE DE CONDE 

AUX PAYS-BAS. 
SON SÊUOUH A aAND. 1653. 

14^ 



Les événements, dont les provinces méridio- 
nales de la France furent le théâtre aux mois de 
juillet et d'août 1653, mirent un terme au mou- 
vement insurrectionnel à la tête duquel se trou- 
vait Louis II de Bourbon, x^i'i^ce de Condé, 
connu dans Thistoire sous le nom de « le Grand 
Condé. » 

Le drapeau rouge disparut des clochers et des 
édifices publics pour faire place au drapeau blanc. 
Ce fut la fin des guerres de la Fronde qui, de 1648 
à 1653, avaient ensanglanté la France pendant la 
minorité du roi Louis XIV. 

Le 3 août 1653, le duc de Candale et le duc de 
Vendôme firent leur entrée à Bordeaux, centre de 
l'insurrection. Cette ville venait de se soumettre 
à l'autorité du roi et du cardinal Mazarin. « Ainsi 



— 236 — 

finit la guerre de Guyenne, dit M. le duc d'Aumale, 
et s'évanouirent les dernières illusions de M. le 
prince sur l'assistance ou la diversion qu'il pou- 
vait attendre du Midi '. » 



La femme du prince de Condé, Claire-Clémence 
de Maillé, duchesse de Fronsac , marquise de 
Brézé, nièce par sa mère du cardinal de Richelieu, 
qu'il avait épousée le 11 février 1641, se trouvait 
à Bordeaux avec son fils, le jeune duc d'Enghien. 
Le séjour de cette ville, où elle jouissait cepen- 
dant d'une certaine popularité, lui était devenu 
impossible. La princesse quitta Bordeaux et s'em- 
barqua à Lesparre pour aller rejoindre son 
mari en Flandre, Elle arriva le 26 août à Dun- 
kerque. 

Dès que le roi d'Espagne, Philippe IV, apprit 
que la princesse se proposait de venir dans les 
Pays-Bas il envoya ses instructions au gouverneur- 
général, l'archiduc d'Autriche Léopold- Guillaume. 
Celui-ci reçut l'ordre de traiter la femme du grand 
Condé avec la plus grande munificence et de lui 
faire rendre les mêmes honneurs qu'à l'archidu- 
chesse gouvernante. 

Il nous faut ajouter qu'il n'en coûta rien ni au 
gouvernement des Pays-Bas espagnols ni à Phi- 
lippe IV lui-même, d'user de l'hospitalité la plus 
large et la plus somptueuse à l'égard de la noble 
exilée. Toutes les dépenses, en effet, occasionnées 

i Histoire des Princes de Condé pendant les XVP et XVII^ siècles, 
par le duc d'Aumale. Tome VI, page 307. 



— 237 — 

par son séjour dans les Pays-Pays, lurent suppor- 
tées par les villes où résida la princesse. 

Voici en quels termes M. le duc d'Aumale parle, 
dans l'ouvrage que nous venons de citer (tome VI, 
page 315), de la réception faite à la princesse 
pendant son séjour dans les Pays-Bas espagnols : 

« Claire-Clémence reçut aux Pays-Bas le traitement 
d'une reine. Un des principaux personnages de la cour de 
l'Archiduc, le comte de la Motterie, l'attendait à Dun- 
kerque, oii elle débarqua le 26 août. 

« Partout Tordre avait été donné de la loger avec magni- 
ficence et de pourvoir sans compter à sa dépense et à celle 
de son train. 

a Accompagnée de son fils, elle s'achemina lentement 
par Nieuport, Bruges, Gand, Audenarde jusqu'à Valen- 
ciennes où elle établit sa résidence (18 septembre), lourde 
charge pourla ville, bientôt accrue par l'arrivée de Madame 
de Marsin et d'une suite nombreuse. » 

Nous allons voir ce que coûta, notamment à la 
ville de Bruges et à la ville de Gand, l'honneur 
d'avoir pu héberger pendant quelques jours la 
princesse de Condé, son escorte et les personnages 
de sa suite. 

Le 9 septembre 1653 la princesse arriva à Nieu- 
port, venant de Dunkerque. Nieuport, heureuse- 
ment pour ses finances, en fut quitte à fort bon 
compte. La princesse ne s'y arrêta pas et ne fit 
que traverser la ville. Elle se dirigea directement 
vers Bruges où elle arriva le lendemain 10 sep- 
tembre. 



— 238 — 

Nieuport dut uniquement payer le vin consommé 
par son auguste visiteuse et par les personnes de 
son entourage. La dépense s'éleva à la somme de 
314 livres parisis et 12 escalins, soit environ 
285 francs de notre monnaie; ce qui est loin d'être 
exorbitant. 

Cette dépense figure dans le compte communal 
au chapitre des présent wijnen. On désigne sous 
cette expression les pièces ou les mesures de vin 
que les autorités communales avaient l'habitude 
d'offrir aux souverains et aux personnages de dis- 
tinction qui visitaient la ville. Le compte des 
recettes et des dépenses de la ville de Nieuport 
pour l'année 1653-1654 porte : 

« Uytghaven ende hetalynghen ghedaen van présent 
roijnen an diversche personen die de stadt mogen tveerdigh 
loesen. » 

« Ghepresenteert door de tcets an de princesse de Condé 
de wijh ten hehoefeyt van haer tafel alhier binnen Nieuport 
ivesende op den xi september i653 ende is daervoren be- 
taelt an Anth. Moreel die de leverynghe ghedaen heeft de 
sont van iii'^ xiiii Ib. xii sch. p. 

Le compte porte encore en dépense la somme de 
douze livres parisis pour la bière consommée à la 
table de la princesse. 

C'est par suite d'une erreur de plume, croyons- 
nous, que l'article du compte cité plus haut porte 
œi september 1653. Il faut plutôt lire ix september 
1653. puisque le lendemain, 10 septembre, la prin- 



— 230 — 

cesse de Condé et sa suite faisaient déjà leur 
entrée dans la ville de Bruges. 

Si les finances de la ville de Nieuport n'eurent 
pas à souffrir du passage de la princesse de Condé, 
il n'en fut pas de même de celles de Bruges qui 
ne s'en tira pas à aussi bon marché. Cette visite, 
qui se prolongea pendant quatre jours, lui coûta 
la somme de 586 livres 14 escalins et 4 deniers de 
gros, soit environ 6400 francs de notre monnaie, 
chiffre considérable si on tient compte de la valeur 
de l'argent à cette époque. 

Ce chiffre est presque identique à celui payé 
par la ville de Gand, 597 livres et 11 escalins de 
gros, ainsi que nous le verrons plus loin. 

Le compte communal de Bruges du 2 septembre 
1653 au 2 septembre 1654 porte à l'article 2 du 
f-^ 124 : 

ff Betaelt over aile (Voncosten van het traictement ende 
defroy vande Princesse van Condé met den Prince haren 
sone binnen deser stede ghecmmnen synde ende ghelogiert 
stadts coste ten huuse vanden marquys Strossy, in de maent 
van September xvi" dry en vichtich, hy een receul mette veri- 
ficatien daer toe dienende, de somme van vyf honderd 
Ixxxvi Ib. xiiii se. iii d. grote. » 

On peut encore ajouter à cette somme celle de 
17 livres 19 escalins et 10 deniers de gros (même 
compte, folio 86, n"« 3-5), payée par la ville de 
Bruges pour le séjour à Gand, pendant les journées 
des 14, 15 et 16 septembre 1653 que la princesse 
de Condé passa dans cette ville, du bourgmestre 
Alphonse de Gras de Bouchoutte, de l'échevin 



240 — 



Jacques Wynkelman, du trésorier Jean vander 
Lepe, du pensionnaire Nicaise van Volden et du 
messager Jean Stalens. 



Tous les détails relatifs à la réception et au 
séjour de la princesse de Condé à Bruges sont 
puisés dans les registres des Résolutions secrètes 
du magistrat de cette ville (1642-1653, folio 337 v% 
n° 3) dont le conservateur des archives, M. Gil- 
liodts-Van Severen, a eu l'obligeance de nous 
donner une analyse et traduction sommaires : 

« 6 septembre. — Un courrier annonce au conseil l'arri- 
vée pour le soir d'une partie de l'escorte de la princesse de 
Condé. Résolu de lui fournir logement au taux d'un florin 
par tête. 

« 7 septembre. — Le greffier de la maison de la prin- 
cesse remet au conseil la liste de l'escorte arrivée hier soir 
en ville. 

« 8 septembre. — L'adjudant marquis de Strossy annonce 
que l'abbé de Saint-Marc (?) est venu à Bruges pour « con- 
gratuler » la princesse et sollicite que la ville prenne à sa 
charge le logement de l'abbé et de sa suite. Répondu que 
cet abbé ne figurant pas sur la liste remise par le comte de 
Lamotry, on ne peut accéder à la demande. 

« 10 septembre. — Arrivée de la princesse et de son fils 
le duc d'Enghien, qui avait été annoncée par lettre de La- 
motry datée de Dunkerque. Envoyée à leur rencontre deux 
compagnies de mousquetaires, inusqueUiers , de cent 
hommes chacune, sur la digue du canal d'Ostende au-delà 
du pont de Schipdale, près du Tempelhof, chargés de les 
saluer par des salvos et de les accompagner à l'hôtel de 
Pitthem ; de plus une salvo de 21 coups de canon devait, 
du haut des remparts, aux deux côtés de la porte d'Ostende, 



— 241 - 

saluer leur entrée en ville ; et les deux bourgmestres, le 
premier éclievin et le greffier civil devaient les compli- 
menter. Elle arriva à cinq heures de Taprès-midi. 

« 13 septembre. — Départ de la princesse pour Gaud 
par le canal. Mêmes cérémonies qu'à son arrivée. » 

La princesse était escortée par une espèce de 
garde d'honneur, fournie par le gouverneur-géné- 
ral des Pays-Bas, dont une partie était déjà arrivée 
à Bruges dans la soirée du 6 septembre, comme 
nous l'apprend le Resolutiehoeck du magistrat : 

« ...een deel van den train van het volch hy syn Hoocheyt 
afgezonden omme te gheinoele te commen de Princesse van 
Condé .... » 

La princesse de Condé quitta Bruges dans la 
matinée du 13 septembre et s'embarqua avec son 
fils et sa suite sur des bateaux mis à sa disposition 
par les autorités provinciales, qui avaient la police 
et l'entretien du canal à leur charge. Quelques 
personnes de la suite firent le trajet de Bruges à 
Gand en voiture ou à cheval, pour surveiller les 
bagages dont une partie fut transportée à Gand. 
par chariots. 

La flotille — car on pouvait donner ce nom à 
cette longue file d'embarcations — était escortée 
sur les deux rives du canal par la garde d'honneur 
envoyée par le gouverneur-général. 

Rappelons, en passant, que le canal de Gand à 
Bruges, fut creusé en 1613 par les soins et aux 
frais des États de Flandre. 

16 



— 242 — 

Dans les preDiiers jours du mois de septembre 
1653 le collège des éclievins de la Keiire de Gand 
reçut avis que la femme du grand Condé, en se 
rendant à Yalenciennes, se proposait de passer 
par leur ville et d'y faire un court séjour. 

Vif émoi et non sans raison. Non pas, comme 
on pourrait le croire, que cette nouvelle, si flat- 
teuse pour la ville de Gand, allait remplir de joie 
le cœur des magistrats communaux. Bien au con- 
traire ! Ce fut avec la plus vive consternation que 
les éclievins prirent connaissance du message leur 
annonçant l'arrivée prochaine de la princesse de 
Condé. 

L'expérience leur avait malheureusement appris 
que les séjours des princes et des grands seigneurs 
ne sont pas sans entraîner avec eux quelques 
menues dépenses, dont la caisse communale peut 
finalement solder le montant. Leurs craintes 
étaient d'autant plus justifiées dans l'occurence 
qu'ils avaient reçu communication des instructions 
émanées du gouverneur-général, Léopold d'Au- 
triche, et ordonnant aux autorités locales de 
traiter la princesse et sa suite avec la plus grande 
munificence et sans regarder à la dépense. 



Dès que le comte de la Motterie, attaché spécia- 
lement à la personne de la princesse par le gou- 
vernement des Pays-Bas espagnols, fut arrivé à 
Bruges, les éclievins de la Keure lai envoyèrent 
une députation afin d'obtenir que Son Altesse mo- 
difiât son itinéraire et se rendît à Yalenciennes 



— 243 — 

sans traverser la ville de Gancl. Cette délicate et 
peu agréable mission fut confiée à l'éclievin de la 
Heure Denis van Vaernewijck, seigneur de Die- 
penbroeck, et au conseiller-pensionnaire du Laury. 

Ils passèrent cinq jours à Bruges. Toutes leurs 
démarches furent inutiles et ils durent revenir à 
Gand sans être parvenus à obtenir du comte de la 
Motterie que Fitinéraire primitivement fixé fût 
modifié. La ville pouvait donc, sans plus tarder, 
se préparer h recevoir et à héberger la princesse 
de Condé et les nombreux personnages de sa suite. 

Les frais de ce voyage à Bruges sont libellés 
dans les termes suivants au folio cxxvi v" des 
comptes de la ville de Gand pour Tannée 1653- 
1654 : 

« Betaelt den heere Denys van Vaernewyck heere van 
Diepenbroeck schepenen cnde den pensionnaris du Laury 
de sotnme van derthien ponden vi s. viii grooten over vyf 
daghen vacatien by hemlicden ghedaen binnen Brugghe in 
het negotieren by den Grave van Lamotterye dat de prin- 
cesse van Condé soude eenen anderen loeg nemen als door 
dese stede. » 

La princesse de Condé, accompagnée de son fils 
le duc d'Enghien, arriva à Gand le 13 septembre 
1653 et débarqua au faubourg de la jjorte de 
Bruges. Le Resolutiehoek des échevins de la Keitre 
ne fait pas mention du cérémonial observé à cette 
occasion. Nous supposons qu'en vertu des instruc- 
tions reçues de Tarchiduc Léopold, les honneurs 
souverains lui furent rendus. 

Voici le cérém.onial observé ordinairement à 



— 244 — 

cette époque, pour la réception cVun souverain ou 
d'un haut personnage rendant visite à la ville de 
Gand. 

Les dix-huit compagnies de la garde bourgeoise, 
horgherlycke loacht, faisaient la haie sur tout le 
parcours du cortège qui était ouvert par le timba- 
lier et les trompettes de la ville à cheval. A côté 
des carrosses, dans lesquels se trouvaient le souve- 
rain, les personnes de sa suite et les autorités, 
marchaient, un flambeau allumé à la main, les 
cent gardes formant la compagnie d'élite des 
escrimeurs de la chef- confrérie de Saint-Michel et 
connus sous le nom de honderd keiœlijcke mannen. 
Selon l'ancien usage, une escorte à cheval com- 
posée de membres aj)partenant à la corporation 
des bouchers et à celle des poissonniers accom- 
pagnait le cortège. 

A l'arrivée et au départ, des salves d'artillerie 
étaient tirées à la citadelle et du haut des rem- 
parts, pendant que les cloches du beffroi sonnaient 
à toute volée et que le carillon faisait entendre 
ses airs les i^lus joyeux. 

L'autorité communale offrait à la personne, qui 
honorait la ville de sa présence, deux pièces de 
vin. Les deux pièces, peintes et décorées, étaient 
placées sur un chariot pavoisé que traînaient 
quatre chevaux et qu'escortaient les kraenkinders 
ou soutireurs de vin. Ce chariot venait ordinaire- 
ment à la suite du cortège. Les deux pièces de vin 
offertes à la princesse de Condé coûtèrent, d'après 
les comptes, chacune dix livres et quinze escalins 
de gros. 



- 245 - 

Le 13 septembre 1653 donc, la princesse de 
Condé débarqua, pendant l'après-midi, au fau- 
bourg de la porte de Bruges où l'attendaient les 
échevins des deux bancs, de la Keure et des Par- 
chons, revêtus de leur costume de cérémonie, met 
/naine iabbaerden. 

Après les compliments d'usage, le cortège se 
mit en marche et conduisit la princesse et son fils 
à riiôtellerie de la Pomme d'or, den gidden Apjjel, 
que la ville avait entièrement retenue pour elle. 

Den gidden Appel, situé près du pont aux 
Pommes, était à cette époque l'hôtellerie la plus 
importante de la ville de Gand. C'était là que des- 
cendaient principalement les voyageurs apparte- 
nant à la classe aisée de la société. On en a fait 
deux habitations distinctes, marquées n"^ 7 et 9 et 
appartenant aujourd'hui à la famille Hye-Hoys. 



Les craintes des échevins au sujet des frais que 
cette visite princière allait coûter à la ville de 
Gand se réalisèrent complètement. Ces frais, 
com.me nous l'avons déjà dit, s'élevèrent à la 
somme considérable de 597 livres et 11 escalins 
de gros, libellée comme suit aux comptes de la 
ville pour l'année 1653-1654, folio cl \° : 

« I)en ontfanghen bringht van ghelycken in uutgheven de 
somme van vyf hondert seven entnegentich pojiden cet schel- 
Ihighen grooten sxdckx als becostigJit heeft de fourieringhe 
van de princesse van Condé ende de gone van hare suyte 
alhier binnen dese stede wesende volghende den billette 
inhoudende speci/îcatie ende der ordonnantie u° iiii^^ xvii Ih. 
xi se. grooten. » 



— 246 — 

Cette somme de 597 livres de gros forme la 
quarante-troisième partie des dépenses totales de 
la ville de Gand qui, pour l'année administrative 
1653-1654, s'élevèrent à la somme de 25,522 livres 
de gros. Si nous appliquons ce calcul au budget 
actuel de la ville de Gand, voici l'intéressant ré- 
sultat auquel nous arrivons. Les dépenses pour 
l'exercice 1895 se sont élevées à la somme de 
5,410,419 francs dont la quarante- troisième partie 
est, en chifires ronds, 126,000 francs. 

Ce chiffre de 126,000 francs représente donc 
ce que, de nos jours, la caisse communale pour- 
rait payer si la ville se trouvait obligée de pour- 
voir aux frais d'entretien et de logement d'un 
haut personnage quelconque, venant passer deux 
ou trois jours à Gand dans les mêmes conditions 
que la princesse de Condé le fit en 1653. Nous 
croyons que, comme leurs prédécesseurs de 1653, 
nos édiles communaux se passeraient volontiers 
de l'honneur d'une pareille visite. 

La somme de 597 livres n'a rien d'étonnant 
quand on considère que le nombre des personnes, 
hébergées pendant trois jours, s'élevait à plus de 
deux cents. 



Dans la suite des personnes de tous rangs et de 
toutes conditions, dont la princesse de Condé et 
son fils étaient accompagnés, nous trouvons, pour 
ne citer que ceux-là : des pages, sept cuisiniers 
et leurs aides, un lavandier également avec ses 
aides, deux postillons, deux tailleurs, quatre 



— 247 — 

toiirnebroches, deux trompettes, deux porteurs 
de chaises. 

Tout ce monde était réparti entre le gulden 
Appel et onze hôtelleries dont nous trouvons les 
noms dans les pièces justificatives des comptes du 
trésorier de la ville pour Tannée 1G53-1654 : 

« De Kroon hy Cbelfort, den Spiegel ten Putte, de Fon- 
tcyne, de Sicaem, den Leeuic ten Putte, t Gulden hooft op 
de Burgstrate, de Ster, in Audenarde, V Schaek, de Draeke, 
't Hemdryk. » 

Tous les logements avaient été retenus par des 
employés de la ville et par un « fourrier » de la 
princesse, arrivé quelques jours à l'avance pour 
présider aux installations. Les écuries de ces hôtel- 
leries ne suffisant pas pour placer les chevaux et 
les mulets, on avait été obligé d'en louer encore 
d'autres en ville. La location de ces écuries sup- 
plémentaires coûta plus de trente livres de gros. 



Parmi les victuailles, servies à la princesse de 
Condé et à ceux, seigneurs, dames et serviteurs, 
qin logèrent avec elle à l'hôtel du gidden Appel, 
plusieurs furent fournies directement par la ville. 
Il y a, entre autres, le compte d'un marchand de 
poissons sur lequel nous voyons figurer quarante- 
trois carpes, vingt-quatre brochets, et cent dix 
soles, tout cela sans parler des saumons, des 
plies, des turbots, des anguilles et d'autres pois- 
sons dont le nombre n'est pas indiqué ! 

Les comptes de la viande, de la volaille et du 
gibier, fournis aux frais de la ville, nous ren- 



— 248 — 

seignent que sur la table de la princesse et snr 
celles de son entourage figurèrent de la viande de 
bœuf, de veau et de porc, des saucissons et de la 
langue fumée, des ris et des rognons de veau, des 
poulets, des chapons, des dindes, des pigeons, des 
perdreaux et des bécassines ! 



La ville dut fournir une vingtaine d'ouvriers 
pour décharger les bagages arrivés de Bruges par 
bateaux et par chariots. Il en fallut autant pour 
recharger les bagages au moment du départ pour 
Audenarde. Messieurs les laquais de la princesse 
ainsi que ceux des seigneurs et des dames de sa 
suite, jugeaient, sans aucun doute, au-dessous de 
leur dignité de se livrer à une besogne aussi vile 
et aussi roturière. 

Pour donner une idée de ce que devait être le 
train de bagages et d'objets de toutes sortes qui 
suivait la princesse et sa suite dans leur voyage 
en Flandre, il nous suffira de citer le compte d'une 
seule des hôtelleries mentionnées plus haut. Nous 
y trouvons que sept domestiques logèrent et 
prirent leurs repas à l'hôtellerie et qu'on plaça 
cinq chevaux et trois chariots dans les écuries et 
les remises. 

Plusieurs chambres de l'hôtellerie du gulden 
Appel furent tapissées et meublées complètement 
à neuf , toujours aux frais de la ville. « Behangen 
van camers met tapyten, » « versie7Hng van seven 
camers, » lisons-nous dans les comptes. 



— 249 — 

La ville dut également faire racqiiisition de 
porcelaines, de faïences, de cristaux, de serviettes, 
de nappes, de draps de lit, de batteries de cui- 
sine, etc. Un de ces comptes, intitulé tafelgerief, 
s'élève à la somme de dix-neuf livres de gros. 

N'oublions pas de mentionner les salaires extra- 
ordinaires payés aux hallebardiers, aux sergents 
et messagers de l'hôtel de ville, et aux mor^kinderen 
ou ribauds qui, nuit et jour, furent au service de 
la princesse, soit pour monter la garde devant 
l'hôtel et l'escorter dans ses promenades en ville, 
soit pour veiller sur les bagages et les équipages, 
soit pour remplir d'autres devoirs ne rentrant pas 
dans leurs fonctions habituelles. 



Tous les comptes détaillés, avec les requêtes et 
les pièces justificatives, de ce que la ville de Gand 
dut payer à ses employés, aux hôteliers, aux 
différents fournisseurs et aux ouvriers de toutes 
sortes forment, aux archives communales, un 
volumineux dossier renfermant plusieurs pièces 
d'un intérêt réel (série IIP"'', n" 1, Inhuldi7igen). 

Telle est la requête adressée aux échevins de la 
Keu7^e par l'hôtelier du gulden Appel, qui demande 
à être indemnisé de la perte considérable -que le 
séjour de la princesse de Condé lui a fait éprouver. 
Il dit que, sur l'ordre du Magistrat, il a dû ren- 
voyer tous ses clients dont plusieurs ne descen- 
dront peut-être plus dans son hôtellerie. Il se 
plaint également de ce qu'un grand nombre d'ob- 
jets lui ont été dérobés. 



— 250 — 

Voici le texte de cette requête et de l'ordonnance 
qui fit droit à la réclamation : 

«An myn Edele Heeren Schepenen vander Keure. 

« Supplierende vertoont reverentelyh Bcdtazar vande 
Casteele hostelier vanden Gulden appel hoe dat door het 
logement van zyne A Iteze de princesse van Condé met haere 
suyte boven de depjense tsync liuyse ghedaen heloopende 
volghende de gheannexeerde billetten speeificatie ter somme 
van 42 lib. 18 sch. 10 gr. den suppliant gheleden heeft 
groot verlies ende excessive schaede midts dat aile de ghone 
die tsyne huyse ghelogiert ivaeren hebben tnoeten vertrechen 
ende oock gheen andere en heeft connen ofte moghen 
logieren loaerdorre oock te vreesen is het verlies van eenyghe 
syne andere callanten boven tgonne dat oock is ontvreindt 
al te îvel hy andermael niet en saude willen onderstaen voor 
de somme van vyf hondert guldens ende alsoo al tselve 
hennelyk is an myne edele heeren keert hem totte selve. 

« Biddende de selve ghedient te syne an hem over tvoor- 
nomde logement ende verlies by te legghen de somme van 
vier hondert guldens daervan ende vande voornomde te 
verleenen ordonnance van betaling op den heer trésorier 
ttcelke doende... » 

Ordonnance de paiement : 

« Schepenen vander Keure hebben anden suppliant byghe- 
legt over tlogement ende verlies by hem onderstaen door 
haere hoocheyt de princesse van Condé, als de gheene van 
haere suyte de somme van dry en dertich ponden zes schel- 
lingen acht groote metsgaders over de dispence ende verlies 
van eenighe tneubelen de somme van zes en dertich ponden 
achthien schellyngen thien grooteyi volghende den billiette 
van speeificatie ter dese annexe tsamen uytbrynghende de 
somme van tzeventich ponden vyf schellyngen zes groote die 



— 251 — 

hem zullen betaelt ïcorden hy den secretaris onderschreven. 
« Actum den 26 September 165S. 

« OVERWAELE. » 

Parmi les autres pièces curieuses à citer, se 
trouve une requête adressée aux échevins de la 
Keure par le personnel de l'hôtellerie du gidden 
Afrpel^ composé de cinq domestiques et de quatre 
servantes. Le texte de cette requête doit nous 
faire supposer que la princesse de Condé, à qui le 
gouvernement permettait de voyager et de se faire 
héberger gratuitement par les localités qu'elle 
honorait de sa présence, oubliait de donner des 
pourboires aux gens qui l'avaient servie. 

Les requérants énumèrent longuement tout ce 
qu'ils ont fait pour le service de la princesse. Ils 
parlent entre autres de « ...maecken imn de bed- 
den, cwjsschen van de camers, aile dinglien loederom 
op syne plaelse gestelt... » Ce qui, d'après eux, 
méritait un pourboire ou une gratification qu'ils 
se permettent de demander à l'autorité commu- 
nale « ...hen te veree?'en met eene courtoisie ter 
belle fie van myne edele Heeren... » 

Même requête de la part des sergents et des 
messagers de l'hôtel de ville qui ont soigné pour 
les logements et veillé nuit et jour sur les objets 
d'ameublement et sur les provisions fournies par 
les échevins à la princesse de Condé : 

« ...gheemployeert gheioeest int foerieren van den Edel- 
dom van der princesse van Condé mette gone van haer 
swiete ...Jiebbende de selve drye daeghen daermede besig 
gheioeest dag ende nacht... » 



- 252 — 

« ...alsoock sorge te draeghen over aile zahen soo van 
speyse, dranch, meubelen ende catheylen die hy de stadt 
aldaer ghelevert syn gheioeest ten dienste van de princesse 
van Condé. » 

Le 15 septembre 1653 la princesse de Condé 
et sa suite prirent enfin congé de la ville de Gand 
pour se diriger sur Audenarde. 

Une requête de Jean van Léaucourt, doyen des 
francs-bateliers, nous fait connaître que, comme 
de Bruges à Gand, le voyage, pour une partie de 
la suite tout au moins, se fit également par eau. 
Van Léaucourt réclama, pour lui et ses com- 
pagnons, la somme de dix- sept livres de gros, qui 
lui fut payée par la ville, pour avoir conduit 
jusqu'à Audenarde un grand bateau, eene groote 
j)leyte, et trois bateaux de moindre dimension, dry 
hylanders, avec quarante à cinquante personnes de 
la suite de la princesse et leurs bagages : 

« ...eene groote pleyte en dry bylanders met bagaigen 
mitsgaders veertich a vyftich persoonen van de suytte van 
tnyvrauto de princesse van Condé... » 

Nous ne connaissons rien de la réception que le 
magistrat d' Audenarde fit à la princesse de Condé. 
Il n'existe aux archives de cette ville aucun docu- 
ment concernant cette réception. Quant aux 
comptes communaux, ils ne peuvent fournir aucun 
renseignement à ce sujet; ils présentent en effet 
une lacune embrassant précisément la période 
allant du 31 mars 1653 au 21 juillet 1654. 

Tout ce que nous savons c'est que la princesse 
ne fit que traverser Audenarde car le lendemain 



253 — 



de son départ à Gand elle arrivait déjà à Tournai. 
Cette célérité doit nous faire admettre que depuis 
Gand la princesse et la plus grande partie de sa 
suite voyagaient en voiture ou à cheval. 



* * 



Le 16 septembre 1653 la princesse de Condé fit 
son entrée solennelle à Tournai où son arrivée 
avait été annoncée par une missive du comte de la 
Motterie, ainsi que le mentionne le registre des 
Consaux au n" 213, page 392 : 

« A esté faicte lecture des lettres cln s^' comte de la Mot- 
terye en date du 14^ de ce mois, escrites à Gandt, adres- 
santes à voz seigneuries, contenantes que comme Madame 
la Princesse de Condé, debvoit partir le lendemain dudit 
Gandt vers Audenarde pour le jour ensuivant venir logier 
en cette ville ; il en avoit bien voulu advertir voz seigneu- 
ries, à ce qu'il leur plairoit de préparer son logement et 
traictement auquel effect il en envoyeroit des domestiques 
de S. A. pour y assister. » 

Elle arriva à Tournai par la porte de Morelle où 
les honneurs militaires lui furent rendus par deux 
compagnies de 160 hommes. Ces deux compagnies, 
commandées chacune par un capitaine, escortèrent 
la princesse jusqu'à l'abbaye de Saint-Martin où 
elle logea et où les membres du Magistrat com- 
munal tournaisien vinrent lui faire la visite offi- 
cielle et présenter les compliments d'usage. 



Nous ignorons par suite de quelle heureuse cir- 
constance la ville de Tournai n'eut rien à payer 



— 254 ~ 

pour le « logement et traictement » de la princesse 
et de sa suite. D'après les comptes communaux le 
tout se borna au don d'une pièce de vin offerte au 
comte de la Motterie : 

« A ce massart compteur pour le rembourser de la 
somme de ii*" £ flandres pour la valeur d'une pièche de vin 
dont at esté fait présent au seigneur comte de la Motterie 
estant ens ceste ville avecq la dame princesse de Condé par 
ordonnance et quitance ladite somme. . . . ii^^^fl.» 

La date du départ de la princesse de Condé 
pour Valenciennes, où elle arriva le 18 septembre, 
ne se trouve renseigné nulle part. 

Nous devons à la complaisance de M. l'archi- 
viste communal, M. Ad. Hocquet, les renseigne- 
ments qui précèdent sur le séjour de la princesse 
de Condé à Tournai. 

Le 18 septembre 1653 la princesse de Condé fit 
son entrée solennelle à Valenciennes à six heures 
du soir. La princesse et les principaux personnages 
de sa suite étaient assis dans quatre carrosses 
attelés chacun de six chevaux. 

Si les plaintes des échevins gantois au sujet des 
frais qu'occasionna la visite de la princesse de 
Condé furent vives, jugez de ce que durent être 
celles du Magistrat de la ville de Valenciennes qui 
eut rhonneur de pouvoir héberger ses nobles hôtes 
pendant plus de quinze mois. Les charges que la 
ville de Valenciennes eut à supporter de ce chef 
furent très considérables car la suite de la prin- 



— 255 



cesse comportait, ainsi que nous l'avons vu plus 
haut, au delà de deux cents personnes. 



Cette petite cour manquait de distractions. Le 
gouverneur-général , l'archiduc Léopold , s'em- 
pressa de lui en procurer. Il envoya à Valen- 
ciennes la troupe de comédiens, connue sous le 
nom de comédiens du prince d'Orange, qui donnait 
à ce moment des représentations à Bruxelles. 

Dans les Recherches historiques, bibliographiques, 
critiques et littéraires sur le théâtre deValenciennes\ 
on cite le chroniqueur Simon Leboucqqui rapporte 
la décision prise par les autorités locales au sujet 
de ces représentations : 

« Lues lettres de son Altesse Impériale du 20 de ce mois 
escript de Tournay disant qu'il envoyoit en ceste ville des 
Comédiens (qui estoient ceulx du Prince d'Orange) pour 
représenter huit à dix actions par devant sa cousine la 
Princesse de Condé, nous ordonnant de désigner place et 
théâtre aux dicts Comédiens. » 

Simon Leboucq dit que ces représentations se 
donnèrent dans la « Chambre de Saint-Georges. » 
La première eut lieu le 29 novembre 1653, et la 
dernière le 15 décembre suivant. 

Cette troupe avait déjà donné des représenta- 
tions à Gand en 1651. Elle se composait alors de 
vingt acteurs et actrices, accompagnés de leurs 
serviteurs-. De même que pour les représentations 



i Paris, Hécart, libraire, 1816. Bibliothèque de la ville de Gand. 
Histoire, n" 7139. 

- Histoire du Théâtre à Gand. Tome 1, chapitre III. Tome II, 
chapitre II. 



— 256 — 

données à Gand, nous ne connaissons pas les titres 
des pièces jouées à Valenciennes. 



Une notice historique sur le séjour de la prin- 
cesse de Condé dans cette ville en 1653 et 1654, 
due à la plume de M. le docteur R. Lejeal, a paru 
en 1865 dans les Mémoires de la Société historique 
de Valenciennes. C'est un travail fort complet et 
dont les détails, comme le dit fort bien l'auteur, 
« nous donnent pour ainsi dire la photographie 
exacte d'une époque. » 



La princesse de Condé qui, comme nous venons 
de le voir, résidait déjà à Valenciennes depuis le 
18 septembre 1653, quitta enfin cette ville le 
30 décembre 1654, et alla s'établir à Malines. Ce 
départ eut lieu à la suite des réclamations conti- 
nuelles du Magistrat qui estimait, et à juste titre, 
que cette charge, dont la ville supportait une forte 
partie, était trop lourde pour les finances commu- 
nales. 

Il aurait été intéressant de connaître la liste 
complète des nobles et puissants seigneurs, et des 
gentes et honestes dames qui accompagnèrent la 
princesse de Condé et qui, comme elle, se firent 
traiter et héberger gratuitement pendant leur sé- 
jour aux Pays-Bas. Malheureusement, tous les 
documents que nous avons eus à notre disposition 
ne renferment aucune indication à ce sujet. 

Dans les délibérations du Magistrat de Bruges 



— 257 — 

il est fait mention d'une lyste van het volck, mais 
le procès-verbal de la séance, pendant laquelle 
cette liste fat déposée par le greffier, n'entre dans 
aucun détail et ne cite aucun nom. La liste remise 
par le comte de Lamotterie n'est également 
transcrite nulle part. 

Il n'entre pas dans le cadre de cet article de 
suivre la princesse et son fils dans leurs nouvelles 
pérégrinations Qu'il nous suffise de dire qu'à 
Malines, sa nouvelle résidence, elle fut privée de 
tout subside et dut pourvoir elle-même à son entre- 
tien et à celui des personnes qui l'avaient accom- 
pagnée. 

Aussi ses ressources furent-elles bientôt complè- 
tement épuisées. Elle en fut même réduite à vendre 
successivement ses chevaux et ses carrosses, et 
même jusqu'à des objets d'habillement. Plus de 
crédit nulle part et, si l'on en croit les chroni- 
queurs de l'époque, le pain manquait parfois sur 
la table de son Altesse. Il arriva même que son 
maître d'hôtel fut emprisonné à la requête des 
fournisseurs, las d'attendre après le paiement de 
leurs comptes restés en souffrance. 

On voit qu'à Malines l'ordinaire de la princesse 
était loin de ressembler aux menus qu'on lui 
servait, un an auparavant, sur la table de Thôtel- 
lerie du gulden Ajjpel à Gand. 

Combien cet état de gène et de privations^ 
momentané il est vrai, contrastait avec la vie 
large et facile que la femme du grand Condé avait 

17 



— 258 — 

menée, pendant plus d'un an, au dépens de nos 
bonnes villes, depuis Dunkerque jusqu'à Valen- 
ciennes !^ 

Nous venons de voir combien les magistrats 
communaux se montraient peu enthousiastes de 
riionneur que la princesse de Condé leur faisait 
en daignant séjourner dans leur ville. 

Ce n'était pas la première fois que l'annonce de 
l'arrivée d'une princesse étrangère dans .les Pays- 
Bas fut accueillie avec un vif déplaisir par les 
autorités. Un fait analogue s'était déjà produit en 
1577 lors du voyage à Spa de la duchesse de 
Vendôme, sœur du roi de France Henri III et 
belle-sœur du roi d'Espagne Philippe IL 

La duchesse, qui venait de quitter Paris pour se 
rendre à Spa, devait nécessairement traverser les 
Pays-Bas. Le gouverneur -général. Don Juan 
d'Autriche, tout en faisant connaître qu'il enver- 
rait le comte de Lalaing et le comte de Fromont à 
Namur pour la recevoir à la frontière, ne put 
s'empêcher de manifester le mécontentement que 
lui causait cette visite. 

Don Juan songeait-il aux frais et aux embarras 
de toutes sortes que le voyage et le séjour de la 
duchesse de Vendôme allaient probablement occa- 
sionner au gouvernement? Nous sommes enclins 
à le sujDposer d'après les termes de la lettre que, 

' Dunkerque et Valenciennes, avec plusieurs autres villes impor- 
tantes de la France actuelle, furent enlevées aux Pays-Bas, la pre- 
mière par le traité des Pyrénées (1660) et la seconde par la paix de 
Nimègue (1678). 



— 259 — 

le 7 juillet 1577, il écrivit de Malines aux dé- 
putés des États-généraux réunis à ce moment à 
Bruxelles. 

Après avoir affirmé, assez faiblement d'ailleurs, 
son intention de bien recevoir la duchesse, il finit 
sa lettre par la phrase suivante dont le sens est 
des plus significatifs : 

« ...et eusse bien désiré que ceste venue ne se eust 
offerte en ceste conjoncture. « 

Cette lettre est transcrite en entier au fol. 230 v° 
du registre Y de la collection connue aux archives 
communales sous le nom de a les 47 Registres. » 

Prosper Claeys. 



2G0 — 



UN FILS DE RYHOVE. 



Plusieurs gentilshommes flamands ont servi 
dans les armées et sous les ordres du Prince Mau- 
rice de Nassau. Parmi ceux qui s'illustrèrent par 
leur vaillance et les services éminents qu'ils ren- 
dirent à la cause de l'indépendance des Pays-Bas, 
figure au premier rang Louis de la Kethulle 
seigneur de Ryhove. 

Cet oflicier distingué était le second fils de 
François de la Kethulle seigneur de Ryhove, le 
partisan et champion dévoué du Taciturne, au 
cours des événements qui se déroulèrent à Gand 
et dans les Flandres de 1577 à 1584. Il était issu 
du mariage de son père avec Suzanne vanden 
Houte, dame de Houte et de Haultcamp, de noble 
maison fixée à cette époque à Ypres '. 

Il naquit en 1565 ^, très probablement dans la 



i Sa généalogie jusqu'au début du XIV® siècle est établie par quan- 
tité de documents reposant dans les archives communales de Gand, 
Ypres, Bruges, dans les archives de l'État à Gand et dans d'autres 
dépôts. 

2 Arch. de Gand. Farde Ryhovestuks, série 94bis, n° 22. 

Arch. d' Ypres. Poorterie-Èoeken, reg. 10, f" 189. 



— 261 — 

ville que nous venons de nommer ; car c'est là 
qu'il passa les premières années de son enfance, 
ainsi qu'on le constate dans les « Poorterie-Boe- 
ken )) de cette cité ' . 

Sa mère mourut à Gand le 17 octobre 1569 "". 

Il suivit les vicissitudes des dernières années de 
l'existence de son père, qui était resté en Hollande 
après le rétablissement complet de la domination 
espagnole dans les Flandres (1584), et qui j finit 
ses jours le 15 juin 1585 \ 

Entré au service des armées des Provinces- 
Unies, Louis de la Ketliulle ne tarda pas à s'y 
faire remarquer par sa valeur. 

Il était officier de cavalerie dans les troupes 
avec lesquelles le Prince Maurice de Nassau alla 
assiéger Deventer au mois de juin 1591, et il 
devait, déjà à cette époque, avoir donné à son 
chef des preuves certaines de sa bravoure et de 
son habileté dans le maniement des armes. Le 
Prince rendit, en effet, un éclatant hommage à 
ses mérites en lui confiant l'honneur d'être son 
champion et celui de son armée pour combattre 
en champ clos un officier albanais de la garnison 
de Deventer, qui, solennellement, du haut des 
remparts, avait fait défier le plus vaillant de toute 
l'armée assiégeante d'oser venir se mesurer avec 
lui. Cet Albanais était un guerrier remarquable 
par sa force et sa haute stature : les chroniqueurs 



* Arch. d' Ypres. Poorterie-Boeken, loco citnfo. 

2 Ibid. Reg. Quytscheldingen, n" 29, f" 58. 

3 Arch. de Gand. Reg. Keure 1609-1611, a» 1610, f» 116. 



— 2(32 — 

du temps le comparent à Goliath. Le Prince 
défendit d'abord aux siens d'accepter ce cartel. 
Peut-être craignait-il l'effet démoralisant qu'un 
échec aurait pu produire sur sa jeune armée. 
Mais Ryhove ne pouvant supporter les bravades 
de l'Albanais, insista tant qu'il obtint de son chef 
l'autorisation de relever le défi. Ce combat renou- 
velé dos temps anciens, eut lieu entre les deux 
armées assistant à ce spectacle émouvant, l'une 
du haut de ses remparts, l'autre de ses retranche- 
ments. Les deux champions montés sur leurs 
meilleurs chevaux et parés de brillantes armures 
se chargèrent d'abord à la lance ; mais n'obtenant 
pas de résultat, ils passèrent aux autres armes. 
L'Albanais, qui à Tins a de Ryhove était armé 
d'un pistolet, le braqua traîtreusement sur son 
adversaire. Mais celui-ci avec une promptitude, 
une adresse et une force remarquables, lui porta 
sur le poignet un coup de coutelas si bien appli- 
qué, qu'il lui trancha presque complètement ce 
membre, et fit tomber l'arme de sa main pante- 
lante. L'Albanais demanda grâce, et s'avouant 
vaincu passa lui-même au cou du vainqueur la 
chaîne d'or qui ornait sa cuirasse. Ryhove laissa 
la vie à son adversaire mutilé, et livra son pri- 
sonnier entre les mains du Prince Maurice, qui 
fit panser sa blessure et le renvoya dans la place 
porteur d'un message pour le Gouverneur. 

Revins et Van Meteren, contemporains de ces 
événements, et après eux d'autres historiens, 
notamment Corvin-Wierbitzky, ont rapporté les 
détails de cet exploit mémorable du gentilhomme 



-■ 26.- 



flamand, âgé à cette époque d'environ vingt-six 
.s'. 
Nous reproduisons le texte de Van Meteren : 



ans '. 



« Het is oock noterens weert van een duellam ofte 
campvecht hier ghebeurt van twee dappere lielden, te 
weten tusschen joncher Lowys vander Cathulle, sone van 
den heer van Eyhove van Gent ende eenen kloecken stryt- 
baren ruyter Albanoys, die uyt de stadt Deventer int be- 
legh quam braveren ende trotselyck beroepen als eenen 
Goliad eenen jegelycken, die liist hadde eene lancie met 
hem te breken : Het welcke Prince Mauritz de synen te 
wagen verbod. Doch de heere van Ryhoven inder lenghde 
't zelfde niet konnende lyden verkreeg van den veldoversten 
verlof, presenterende hem ; also renden tegen malkande- 
ren : Maer metter Lancien niet afwinnende quamen zy 
totten korten geweere : Den Albanoys een pistolet noch 
hebbende sonder wete van Ryhoven : Hierop taste Ryhoven 
alleen met syn cortelas onderwaert de Albanoys aen ; het 
roer in de vuyst hebbende, ende hieuw hem dieselve vuyst 
bynaer gansch af, dat het roer hem ontviel ende vuyst 
afhinck : Ende werdt alsoo van hem gevange : Dies de 
Albanoys sigh overwonneu bekennende, syn eighen gouden 
ketene den Ryhoven aen den hais wierp : Ende werdt 
daerna door den Prince Mauritz met eenen brief aen den 
gouverneur ghesonden ende los gegeven als ghenoegh synen 
hoogmoet ghestraft zynde ... » - 



* Revius, Deventria illustrata, i° 527. — Van Meteren, Hist. der 
Nederlanden, 16 B., bl. .317. — Corvin-Wierbitzky, De tachtigjarigc 
oorlog, JV, f" 410. — Moonen, Kurte chromjcke der stadt Dcveiifei: — 
V. encore : Revius, Over-i/sselsche zangcn en dichten, '2® édit. Leide, 
1634. 

2 La famille de Meetkerque paya également son tribut à la cause de 
l'indépendance des Pays-Bas. 

Antoine de Meetkerque, fils d'Adolphe, président du Conseil de 



— 264 — 

Les données manquent au sujet du rôle que 
Louis de la Kethulle fut appelé à jouer dans les 
nombreuses expéditions et les combats qui eurent 
lieu au cours des années suivantes. On trouve 
seulement qu'en mai 1596, il tenait garnison à 
Breda, et que de là il mena un raid de cavalerie 
jusqu'à Echternacli, dont il s'empara presque 
sans coup férir. Il ramena heureusement ses 
troupes dans leurs quartiers, avec le butin qu'elles 
avaient fait, malgré quantité de rencontres avec 
les bandes ennemies '. 

Peu d'années après, Ryhove s'illustra de nou- 
veau par la prise de Wachtendonck. Cette place 
forte, située dans la Gueldre supérieure, quartier 
d'outre-Meuse, sur la rivière Niers, était entourée 
de bons remparts et défendue par un château : 
elle se trouvait en plein pays ennemi, au milieu 
d'autres places que les Espagnols tenaient encore. 
La possession de ce point stratégique était du 
plus haut intérêt pour l'armée des Provinces-Unies 
parce qu'elle devait permettre de retarder et 
même d'empêcher l'exécution des plans de Men- 
doza qui commandait alors les troupes espagnoles. 
Au mois de janvier 1600, le Prince Maurice résolut 
de faire une tentative pour s'en emparer : il réu- 

Flandre institué par le Taciturne, fut mortellement blessé sur la 
brèche de Deventer et mourut le lendemain de la prise de la ville, à 
l'âge d'envù-on 30 ans. Son frère Nicolas, alors âgé de 19 ans, avait 
perdu la vie au siège de Zutphen. 

Deux autres fils d'Adolphe de Meetkerque servaient aussi parmi 
les officiers du Prince Maurice. 

V. Baudart, Guerres de Nassau, siège de Deventer, a" 1591, f" 156. 

i Van Meteken, Historié der Nederlanden, 1596, f" 391. — Bor, 
Nederlandsche historié, a° 1596. 



-- 265 — 

nit dans ce but de bonnes troupes au cloître de 
Bebber près de Clèves sous les ordres supérieurs 
de son frère le comte Louis de Nassau, et confia 
à Ryhove le soin d'exécuter l'attaque ' . L'assaut 
eut lieu dans la nuit du 23 janvier. La ville dont 
les fossés étaient pris par la glace, tomba au 
pouvoir des assaillants, qui s'emparèrent da châ- 
teau le lendemain. Ce fut à Ryhove qu'échut le 
périlleux honneur de maintenir cette conquête au 
milieu des garnisons ennemies avoisinantes. Le 
jour même de la prise de la place, il en fut 
installé gouverneur par le comte Louis \ 

Il en conserva le commandement pendant plu- 
sieurs années. Mais peu à peu, suivant que les 
besoins s'en faisaient sentir ailleurs, on affaiblit la 
garnison, si bien qu'au mois de mars 1603, Ryhove 
n'avait plus que très peu de soldats auprès de lui. 

L'ennemi profita de cette circonstance, et le 5 
du dit mois de mars, lesgens du comte Henri van 
den Berg réussirent à se rendre maîtres du châ- 
teau grâce à la trahison d'un certain Peelhase et 
à un stratagème renouvelé de la prise de Breda 
en 1589. Ce Peelhase était un pêcheur habitué à 
fournir du poisson au gouverneur et à la garnison. 
Ayant caché dans son bateau quelques soldats 
ennemis déterminés qu'il dissimula sous de la 
paille, il arriva pendant la nuit au pont du châ- 



1 « Zoo heeft Prince Mauritz door den heere van Rylioven geprac- 
tiseert eenen aenslach op Wachtendonck ... » 

V. Van Meteken. Liv. 22, f» 469. 

2 Bob. A" 1600, f» 569. — Baudabt, Guerres de Nassau, t. II, f» 300. 
— Van Meteren. B. 22, bl. 469. 



— 266 - 

teau. Il interpella la sentinelle, qu'il connaissait 
fort bien, et réclama son assistance pour amarrer 
sa barque. Le soldat lui tendit la main sans dé- 
fiance; mais Peelhase, par une brusque secousse, 
précipita le malheureux dans la rivière et le noya. 
Les Espagnols pénétrèrent sans résistance dans 
le château, et s'emparèrent de la personne du 
gouverneur qu'ils emmenèrent, en toute hâte, 
prisonnier à Venloo. Cependant la ville même 
résista à leurs attaques. Des secours furent rapi- 
dement envoyés à ses défenseurs, et dès le 11 du 
mois le château retombait entre les mains des 
troupes des Provinces -Unies. On s'empressa 
d'échanger Ryhove contre des officiers espagnols 
prisonniers, et dès qu'il fut relâché, il fut immé- 
diatement rétabli comme gouverneur de Wachten- 
donck. « ...Geste prise, dit l'historien Baudart, 
n'estant advenue par sa faute'. » 

Les renseignements font défaut au sujet du 
23ersonnage dont nous nous occupons jusqu'au 
mois de décembre 1618, époque à laquelle Mau- 
rice de Nassau l'appela au commandement de 
Bergen-op-Zoom. Cette ville, avec les remparts et 
les forts qui l'entouraient, constituait une des 
principales places fortes des Pays-Bas : située 
près de la frontière, elle était le premier boule- 
vard de son indépendance, parce qu'elle était 
exposée à toutes les attaques de l'ennemi en cas 
de reprise des hostilités. Le choix que le célèbre 
général néerlandais fit de Ryhove prouve en 
quelle haute estime il tenait cet officier. 

i Baudart. T. U, f» 367. 



— 267 — 

Le message du Prince informant le Magistrat 
de Bergen de la nomination de Ryhove repose 
aux archives de cette ville : il est du 7 décembre 
1618. On se trouvait alors encore en pleine trêve, 
et il importait de mettre à la tête de la garnison 
un homme capable de maintenir parmi les troupes 
l'ordre et la discipline qui, dans ce temps-là, 
fléchissaient si vite dans l'inaction et l'oisiveté. 
« ...ende dat van nood is, écrit le Prince, dat 
« een bequaem persoon aldaer (te Bergen) dient 
« te wesen omme het garnisoen in goede ordre 
« ende discipline te houden , soo hebben wy 
« geraedtsaem gevonden den heere van Ryhoven 
cf derwaerts te senden omme over het garnisoen 
c( aldaer te commanderen... » 

Louis de la Kethulle, âgé de cinquante-trois 
ans, était, lors de sa nomination à Bergen, colonel 
de trois régiments de cavalerie et chef (ritniees- 
ter) d'une compagnie de cuirassiers'. 

Il exerçait encore le commandement à Bergen 
lorsque la trêve prit fin, et les hostilités avaient 
à peine recommencé que le marquis de Spinola, 
après une feinte destinée à tromper ses adver- 
saires, dirigea brusquement son armée sur cette 
place (juillet 1622). 

Eyhove venait précisément d'être appelé à Rees 

i « ...Edelen gestrengen erntfeste heer Joncheer Louys de la 
Kethulle, heere van Ryhove, gouverneur der stadt ende fortten van 
Bergen op ten Zoom, collonel van drye regimenten cavallerie ende 
capiteyn (ritmeester) over eene compagnie curassiers... » V. Bergen 
op den Zoom beleghert ende ontleghert, cité plus loin, et différents 
actes du notaire Van Wezel aux archives du Brabant septen- 
trional. 



— 26S — 

avec toute sa cavalerie pour rejoindre le Prince 
Maurice qui rassemblait une puissante armée 
dans les environs de cette ville. Il était déjà en 
route quand un messager envoyé en toute hâte 
par le Magistrat, l'informa de la marche et des 
desseins de Spinola, le suppliant de venir au 
secours de la ville dégarnie de troupes. La situa- 
tion était délicate : Bergen risquait de tomber 
entre les mains de l'ennemi, et d'autre part les 
ordres formels du Prince lui prescrivaient de 
venir sans délai renforcer son armée. Cependant 
arrivé près de Breda, Ryhove rencontra le Prince 
Justin de Nassau, qui après en avoir délibéré avec 
lui et ses principaux officiers jugea qu'il devait 
retourner à Bergen. Cette décision fut exécutée 
avec tant de rapidité et de vigueur que Ryhove 
parvint à rentrer dans la ville menacée avec les 
quatre compagnies de cavalerie qu'il conduisait, 
avant que l'armée de Spinola n'eût pris ses 
quartiers autour des remparts. Outre la cavalerie, 
il n'y avait en ce moment dans Bergen que dix 
compagnies d'infanterie * . La place fut investie 
le 18 juillet 1622 : toute l'attention des Provinces- 
Unies fut aussitôt concentrée sur ce siège. 

Ce n'était cependant pas sans jalousie ni 
défiance que quelques bataves voyaient que la 
défense de cette position importante et le com- 
mandement suprême de toutes les troupes de 



1 V. notamment : Berguen op den Zoom beleghert op 18 July 1622 
ende ontleghert den 3 Octobrîs des zelven jaers, door Lambert de 
Rycke, Nathan Vay en Job Durieu. — Mémoires de Frédéric Henri, 
f°29. 



— 269 — 

secours qu'on allait y envoyer, étaient confiés 
à un officier flamand. Le commissaire des États 
manifesta même le désir que le gouverneur fût 
remplacé. Mais Maurice de Nassau qui, mieux 
que le magistrat civil, connaissait les qualités 
militaires et la fidélité de son lieutenant, s'y 
opposa : il consentit seulement à lui adjoindre un 
conseil de guérite spécial. « ...Wel had, écrit 
l'historien Arend, de gecommiteerde der staten 
gaarne gezien dat de gouverneur de heer van 
Ryhoven, een vlaming, door een ander vervangen 
werd; maar de prins achtte dit onraadzaam : 
slechts stelde hy hem eenen byzonderen Krygs- 
raad ter zyde...< » 

Des secours furent bientôt envoyés aux assié- 
gés, qui avaient repoussé les premières attaques. 
La place fut défendue avec une habileté et un 
courage remarquables, et elle résista à tous les 
assauts jusqu'au moment où le Prince Maurice 
vint la délivrer avec une armée, devant laquelle 
Spinola se retira. Le siège fut levé le 3 octobre. 
Le lendemain le Prince partit de Roosendael 
avec sa cavalerie, et entra dans Bergen, où il 
remercia le Gouverneur et toute la garnison pour 
les services rendus par eux à la patrie et les 
vertus militaires dont ils avaient fait preuve 
durant le sièges. 

Dans une réunion tenue par le Magistrat de la 
ville le 16 octobre, on résolut d'accorder des 



1 Aeend, AJgemeene geschiedenis des vaderlands, 3* deel, 3* stuk, 
bl. 736. 
* Mémoires de Frédéric Henri, f" 16. 



— 270 — 

récompenses à ceux qui avaient rendu les services 
les plus éminents : au Gouverneur fut attribué 
un don de la valeur de 40 florins carolus'. 

La nouvelle de la retraite de Spinola fut ac- 
cueillie dans toute la Hollande par des transports 
d'allégresse, et les poètes célébrèrent dans leurs 
vers la délivrance de Bergen- op-Zoom, Dans 
un chant de triomphe composé par Hofferus, on 
lit, au sujet de Louis de la Kethulle, le passage 
suivant dans lequel l'auteur fait allusion aux 
exploits de son héros devant Deventer en 1591. 
Après avoir cité les principaux chefs de l'armée 
assiégeante, il passe à ceux des assiégés et s'écrie : 

« ...doch and're vrome helden 
Zyn binnen U gestelt ; te veel om al te melden, 
Hier siet ghy onder U Ryhoven, end' den raan 
Die eertyds d'Albanois end' synen trots verwan, 
Wiens overste belegd, end' moedigheid wy mercken, 
End' binnen inde stad, end' buyten in de werken, 
Daer legert hem een held, daerop de vyand loert, 
Dien fama met syn eer op haren waghen voert ; 
2> 

Du reste, le souvenir de cet épisode des guerres 
nationales est resté vivant parmi le peuple hol- 
landais; et récemment encore il a fait le sujet 
d'un splendide cortège historique organisé à 
Leyde au mois de juin 1895. Ce cortège était 
divisé en deux parties : dans l'une on voyait les 
plus célèbres officiers de larmée de secours et à 
la tête de ceux-ci était figuré le Prince Maurice 
de Nassau. L'autre représentait les principaux per- 

' Archives de Bergen-op-Zoom, Resolutie-Boek : à la date. 

2 V. Berghen op den Zoom heleghert ende ontJegheii, cité plus haut. 



— 271 - 

sonnages qui se trouvaient dans la ville assiégée 
et parmi ceux-ci brillait au premier rang le 
Gouverneur messire Louis de la Kethulle'. 

Il existe un journal des événements du siège 
de Bergen-op-Zoom , tenu par trois pasteurs 
protestants de la ville et publié sous le titre : 
Bergen op den Zoom beleghert clen 18 Juhj 1622 
ende ontleghert den 3 Octobris des selven jaers, édité 
à Middelbourg en 1623. L'historien Cliappujs 
en donne également un récit circonstanciée 

Le vaillant officier qui s'était rendu si digne 
des importantes fonctions qui lui avaient été 
confiées, les conserva jusqu'à la fin de sa vie. 

Il mourut à Bergen-op-Zoom, à l'âge de soixante- 
six ans, vers le 31 octobre 1631. A cette date le 
Magistrat informa le Prince d'Orange de son dé- 
cès, et le pria de pourvoir à son remplacement e 

Son corps fut enterré dans la grande église, où 
l'on voit encore aujourd'hui son mausolée sur 
lequel figure l'épitaphe suivante : 

TIBI 

LUDOVICE DE KETULLE, DYNASTA DE 

RIHOVE, QUI PRIMARIIS IN EQUESTRI 

MILITIA DIGNITATIBUS DEFUNCTUS, 

VITAM CUM URBIS HUJUS REGIMINE AMISISTI 

CUJUS 

VIRTUTEM ADMIRANTUR SINGULI, 

PRUDENTIAM OMNES, 

MORTEM NEMO, 

UXOR MOESTA H. M. P 

OBIIT ANNO Crj. 10. CXXXI. 



< V. Programma van de maskerade ...op dinsdag 18 juni 1^95, édité 
Leyden, H. Kleyn. — Journal VaderJand du 19 juin 1895, etc. 
- Chappuys, Histoire Je la guerre de Flandre. 
2 Archives Bergen-op-Zoom. Resolutie-Boek, à la date. 



— 272 — 

Louis de la Kethulle portait le titre de seigneur 
de « Ryhove, » nom d'une seigneurie située en 
Flandre près de Ninove. Nylioff lui donne aussi 
le titre de seigneur de « Tamers'. » La qualifica- 
tion de « Seigneur de Ryhove » « den lieer van 
Ryhove i) ou simplement le nom de la seigneurie 
« Ryhove « sont indifféremment employés pour 
le désigner sans aucune adjonction de nom patro- 
nymique. Il signait : « Louys de la Kethulle » 
ainsi qu'on le voit, au bas de deux lettres auto- 
graphes, datées de Delft, conservées aux archives 
de Gand% ou parfois aussi « Louys de Ryhove » 
signature qu'on lit sur une procuration passée 
par le notaire Van Wezel de Bergen-op-Zoom le 
7 juillet 1621'. 

Il avait épousé à Delft, le 26 février 1598, 
dame Françoise van Steelant, veuve du seigneur 
de Brantwyck laquelle mourut sans descendance 
en 1617*. 

Il épousa en secondes noces, le 15 février 1621, 
dame Emérence van Raves waey, veuve de messire 
Abraham van Maie, de son vivant drossart de la 
ville et des pays de Steenbergen etdeCruyskerke% 
Celle-ci mourut en 1634. Suivant le désir exprimé 
dans son testament (reçu par le notaire Van Wezel 



i Nyhopf, Bjjdraghe voor de vaderlandsche geschîedenis, DIV, 
bl. 147, 148. 

2 Archives de Gand. Consignation 480. 

3 Archives du Brabant septentrional. 

4 Genealogische verzameling der waische bibliotbeek te Leyden 
et autres documents généalogiques. 

5 Divers actes du notaire Van Wezel aux archives du Bi'abant sep- 
tentrional, et autres documents généalogiques. 



— 273 — 

le 20 août 1632), elle fut enterrée auprès de son 
mari dans 1 église de Bergen, sous la même 
pierre tombale, qui porte aussi son épitaplie 
conçue dans les termes suivants : 

NOBILISSIMA DOMINA AMORENSIA DE RAVESWAIJ 

FRAGILITATIS HUMANT EXEMPLAR, 

PATIEXTLE IXVIGT.E SPECULUM, 

MORBOSUM VIT^ SU^ GURSUM GONFEGIT 

ANNO ^R^ CHRISTIAN^ M 10 GXXXIII 

avec les quatre quartiers : 

SAINT-OMER-GORTEVILLE-ZUL-VANDEN BROECK. 

Celte tombe est aussi ornée des blasons des 
« la KetliuUe » et des « Raveswaey. » 

Du second mariage de Louis de la Kethulle 

naquit un seul enfant, une fille « Jeanne-Barbe. » 

Elle épousa messire Thomas -Waleran d'Arkel 

baron d'Amelroy, appartenant à l'une des plus 

illustres maisons des Pays-Bas*. Elle n'eut point 

d'enfants, et décéda en 1694 au château d'Ypelaer, 

iuridiction de Breda^ 

A. K. R. 



^ Van Leetjwen, Batavia illustrata, tome II, f° 852. 

2 Documents généalogiques. Consultez aussi : Biographie nationale 
de Belgique, notice par M. P. Fredericq. — Dictionnaire biographique 
néerlandais, de Van der Aa. 



18 



— 274 



FR. VAN DEN ENDE^ 

UN BELGE. 



A propos de l'apparition à La Haye d'un livre 
sur Spinoza : « Spinoza en zijn kring » par 
Meinsma, M. de Wjzewa a fait récemment dans la 
Revue des Deux Mondes nn intéressant exposé du 
milieu dans lequel vivait le philosophe, et il a mis 
notamment en lumière la personnalité très curieuse 
d'un Belge, François Van denEnden, auquel revien- 
drait évidemment une notice dans la Biographie 
nationale. Nous empruntons à M. de Wyzewa les 
détails qui suivent : 

« Franciscus Affinius Van den Ende est né en 
1600, à Anvers, d'une vieille famille flamande. 
Après de fortes études faites à l'Université de 
Louvain, il entra dans Tordre des jésuites ; mais 
sans doute il n'y alla point au delà du noviciat, 
car en 1642 on le retrouve à Anvers se mariant le 
plus saintement du monde avec Clara Maria Ver- 
meren. Trois ans après il s'installe à Amsterdam; 
nous le voyons à plusieurs reprises de 1645 à 1651 
signalé sur les registres de l'église catholique en 
qualité de parrain. C'est durant cette période qu'on 



— 275 — 

suppose qu'il fut envoyé à Madrid, eu mission 
diplomatique, par les magistrats d'Amsterdam. 
Mais il n'en rapporte point, semble-t-il, de bien 
grands profits, car, en 1650, il dut ouvrir, sur le 
Nés, une boutique de libraire qu'il fut d'ailleurs 
obligé de fermer dès l'année suivante, sur les 
instances de ses créanciers. 

« C'est alors que l'idée lui vint d'utiliser sa 
science qu'il n'avait jamais cessé d'entretenir et 
d'accroitre depuis sa jeunesse. Des humanités clas- 
siques jusqu'au droit et à la médecine, il n'y avait 
pas une branche du savoir où il n'excellât. Ses 
contemporains sont d'accord pour reconnaître que 
personne en Hollande ne connaissait et ne compre- 
nait aussi bien les doctrines nouvelles, celles de 
Bacon, de Hobbes et de Descartes en particulier; 
mais les doctrines anciennes ne lui étaient pas 
moins familières à en juger par ses traductions de 
Platon et des Alexandrins. Il était poète aussi, 
poète latin, et nous a laissé une comédie imitée de 
T évence ^ Philhédenius ou l'Ami du Plaisir. Msàs tous 
ces talents ne l'empêchaient point de mourir de 
faim avec sa femme et ses cinq enfants, lorsqu'il 
entreprit, en 1652, d'ouvrir à Amsterdam une 
école de latin, où les enfants de la bourgeoisie 
hollandaise seraient instruits des langues d'Athènes 
et de Rome. L'entreprise devint bientôt excellente. 
Les meilleures familles de la ville n'hésitèrent pas 
à confier leurs enfants à ce catholique ; il lui vint 
même des élèves d'Allemagne, d'Angleterre et de 
France. 

« Lorsque Spinoza le rencontra dans une réunion 



— 276 — 

des mennonites, son école se trouvait en pleine 
prospérité. Frappé de l'intelligence du juif, Van 
den Enden lui offrit aussitôt de compléter son 
éducation : et jusqu'à son départ pour Rhynsbourg 
en 1661, Spinoza resta près de lui, occupé sans 
doute dans l'école en qualité de sous-maître. Et 
quand les dénonciations de son ancien maître 
Morteira, en 1661, lui firent interdire le séjour 
d'Amsterdam, non seulement le hollandais et le 
latin lui étaient devenus familiers, mais il avait 
déjà écrit son traité de V Amélioration de r Esprit et 
projeté son Exposé géométrique de la philosophie 
Carlésie7ine. 

« Son maître Van den Enden, cependant, restait 
à Amsterdam. Il avait trouvé une collaboratrice 
incomparable dans la personne de sa fille aînée, 
Clara-Maria, dont la laideur était encore dépassée 
par l'étendue et la variété de ses connaissances. 
Latiniste accomplie, elle était devenue à seize ans 
le meilleur latiniste de toute l'école. Spinoza eut-il 
vraiment, comme Taflirme Colerus, l'intention de 
demander sa main? La chose, en tout cas, n'aurait 
pu avoir lieu qu'après son départ d'Amsterdam; 
mais M. Meinsma ne la croit pas impossible. 

« Une bonne fortune imprévue échut en 1671 au 
vieux Van den Enden : il fut nommé médecin du 
roi Louis XIV. Mais hélas ! mieux eût valu pour lui 
rester maître d'école en Hollande ! A Paris, où il 
se hâta de venir s'installer, aucune de ses belles 
espérances ne se trouva réalisée. Le roi ne parut 
pas même se souvenir de son existence, et le 
vieillard se vit forcé d'ouvrir à Picpus une école de 



— 277 — 

latin pour gagner de quoi vivre. Il l'intitula pom- 
peusement le Temple des Muses, mit tout en œuvre 
pour la faire connaître. Mais les élèves ne venaient 
toujours pas. C'est alors qu'avec quelques gentils- 
hommes français, il forma le projet d'une grande 
conspiration ; il s'agissait d'organiser une émeute 
en Normandie et d'ouvrir à la flotte hollandaise le 
port de Quillebœuf. 

« Le 17 septembre 1674, Van den Enden, ren- 
trant chez lui de Bruxelles, où il était allé régler, 
avec des émissaires hollandais, les derniers détails 
du complot, apprit par sa fille que ses complices 
étaient arrêtés. Il reprit le chemin de Bruxelles. 
Mais un de ses élèves, nommé Du Caux, l'avait 
dénoncé. Arrêté au Bourget, il fut conduit à la 
Bastille, condamné à mort et pendu. Ainsi périt le 
27 novembre 1674, à soixante-quatorze ans, le seul 
véritable maître de Benoit de Spinoza. » 

M. de Wyzewa ajoute : 

« Franciscus Van den Enden est une étrange et 
saisissante figure. Parmi ces braves hollandais 
altérés de la seule « vérité » , il ax3paraît comme un 
dilettante, un amant de la beauté sous ses formes 
les plus diverses. Catholique pratiquant et athée 
déclaré, tour à tour jésuite, libraire, diplomate, 
maître d'école et conspirateur, on comprend qu'il 
ait fait, toute sa vie, l'étonnement de ses contem- 
porains. A deux siècles de distance, il nous étonne 
encore ; et nous ne saurions trop regretter que les 
renseignements nous soient parvenus en si petit 
nombre sur lui. » L. 



278 



UN PEINTRE BELGE 

DE LA. FIN DU DIX-HXJITIÈ^MK SIÈ;CrjE: 

ANTOINE CLEVENBERGH, 

DE L OU VAIN". 



Un artiste louvaniste de nos amis visita, 
en 1872, à Londres, une de ces expositions de 
tableaux anciens, comme on en organise de temps 
à autre, dans la métropole anglaise. Les écoles 
flamande et hollandaise y brillaient de tout leur 
éclat par des productions des maîtres les plus en 
renom. Dans ce pêle-mêle de belles peintures se 
trouvait un splendide tableau de gibier, portant 
le nom de Jean Weenincx, le grand peintre hollan- 
dais de la fin du XVII'' sciècle <. Cette toile était 
d'un arrangement si agréable, d'une facture si 
ferme et d'un coloris si brillant, qu'elle faisait l'ad- 
miration et l'envie des amateurs. Notre ami passa 
et repassa devant le tableau. Frappé de la grande 
analogie qu'il remarqua entre cette peinture et les 
productions d'un ancien peintre louvaniste, il 
l'examina plus en détail. Grand fut son étonne- 

1 Jean Weenincx, né à Amsterdam, en 1640, mort en 1719. 



— 279 — 

ment, losqu'il y découvrit, sous un empâtement 
maladroit des restes de la signature de son compa- 
triote. Ce beau tableau avait passé par les mains 
d'un marchand qui, dans le but d'en obtenir un 
plus haut prix, avait fait substituer à la signature 
du peintre louvaniste celle du maître hollandais, 
La toile, qui passait pour une production de 
Weenincx, était tout bonnement l'œuvre du lou- 
vaniste Antoine Clevenbergh. 

Clevenbergh est un de nos artistes du XVIIP 
siècle, d'un incontestable mérite. Dans les collec- 
tions ses toiles peuvent être suspendues, sans 
dissonance à côté de celles de Weenincx et de Van 
Utrecht. Malheureusement, il a été négligé par 
les historiens de Fart. Il n'a pas de notice dans 
notre biographie nationale, et ailleurs on ne trouve 
sur lui aucun renseignement exact. Nous allons 
essayer de réparer cet oubli. Il nous a semblé que 
donner à ce compatriote une place dans l'histoire 
de l'art, c'était non seulement poser un acte de 
patriotisme, mais aussi un acte de justice. 

Clevenbergh était le fils de ses œuvres. Sa vie 
fut une lutte non interrompue pour la conquête 
de l'art et du pain quotidien. Fils d'un Bohême, 
il fut obligé, dès l'âge de quatorze ans, à pour- 
voir à son existence. Malgré cela, il parvint 
par son travail et sa persévérance à réussir dans 
l'art et à laisser des œuvres qui honorent l'école 
flamande. 

Dans notre jeunesse nous eûmes de grands 
rapports avec la famille de l'artiste. Son fils 
Charles-Antoine était un ami de notre père et 



- 280 — 

venait souvent nous voir ; Joseph un autre de ses 
fils, fut notre professeur de dessin à l'Académie 
de Louvain. On comprendra que nous avons été 
en situation de recueillir des renseignements 
exacts et complets sur la carrière de l'artiste 

distingué. 

Antoine Clevenbergh naquit à Louvain, pa- 
roisse de Saint-Pierre, le 14 juillet 1755, de 
Pierre Clevenbergh ', peintre-décorateur, et de 
Marie Thérèse Van Dyck, fille de Philippe Van 
Dyck et de Catherine van der Borch. 

Vers le milieu du règne de Marie-Thérèse il y 
avait, à Louvain, un mouvement artistique assez 
notable. Le plus grand peintre belge de l'époque 
Pierre-Joseph Verhaghen, y exécutait alors ses 
toiles gigantesques. Autour du maître travaillaient 
plusieurs coloristes de mérite parmi lesquels il 
importe de citer François Jacquin, portraitiste 
d'un sérieux talent; Jean -Joseph Verhaghen, 
frère de Pierre-Joseph, surnommé Pottekens Ver- 
haghen, qui traitait des sujets dans le genre de 
David Teniers; Martin van Dorne, peintre de la 
Cour de Charles de Lorraine, et François Huygens, 
qui reproduisaient les fleurs et les fruits avec une 
saisissante vérité; Laurent Geets, qui peignait 
habilement le gibier mort appendu contre un mur 
blanc; enfin Herman Gillis et Albert van Campen 
qui exécutaient des pages d'histoire. La présence 
à Louvain de ces artistes exerça une incontestable 



1 Ce Pierre Clevenbergh était fils d'Antoine, également peintre- 
décorateur, et de Marie-Marguerite de Kerridder. 



— 281 - 

influence sur la formation du peintre dont nous 
allons nous occuper. 

Pierre Clevenbergli exécutait des panneaux de 
salons, des dessus de portes, des trumeaux de 
glaces, des paravents et des armoiries universi- 
taires. C'était un ouvrier d'une certaine habilité, 
mais un véritable Bohême, vivant au jour le jour, 
s'occupant médiocrement de son ménage, s'attar- 
dant souvent jusqu'à, l'aube dans les tavernes. 
Quand ce gai compère était émêché, ce qui lui 
arrivait parfois, il ennuj^ait tout le monde par ses 
vanteries et ses propos incohérents. Par dérision 
on le qualifiait de Rubens *. Il mourut à l'hôpital, 
en 1782. 

A l'âge de huit ans, le jeune Antoine alla à 
l'école paroissiale et s'y fit remarquer par une 
vive intelligence. Cependant il n'y fit pas grand 
chose, si ce n'est des malices au maître, respec- 
table chapelain de la collégiale de Saint-Pierre. 
Dès qu'il eut une plume à la main ce fut pour 
dessiner. Tout en apprenant la calligraphie, il 
faisait des croquis partout et à propos de tout. 

Dans la maison paternelle, l'enfant n'avait trouvé 
d'autres jouets que les pinceaux de son père. Il 
peignit donc dès sa plus tendre enfance. Malheu- 
reusement l'enseignement qu'il reçut se réduisit à 
fort peu de chose. Clevenbergh fut un véritable 
autodidacte, un artiste qui s'était instruit et 



1 Dans une déposition devant le mayeur de Louvain, le 27 mai 1777, 
Dorothée Haus, veuve de Charles de Vleeschouwer, hôtesse de la 
taverne Turnhouf, Vieux Marché, qualifie Pierre Clevenbergh < in 
de Wandeling genoemt Rubens. > 



- 282 — 

formé lui même. Il réussit dans l'art presque sans 
s'en douter. En examinant ses œuvres on est 
étonné de constater qu'il savait tant de choses 
sans avoir fréquenté l'atelier d'un artiste de valeur. 

Pierre Clevenbergli, qui n'avait pas tardé à 
constater que son fils était né peintre, l'associa 
à ses travaux. De prime abord il lui rendit des 
services. Malheureusement les travaux dont il 
était chargé ne pouvaient aider à développer les 
heureuses dispositions du jeune Antoine. Aspirant 
à devenir artiste, l'élève comprit qu'il faisait 
fausse route en s'occupant de peintures décora- 
tives. Un jour donc il tira sa révérence aux 
dessus de portes et aux paravents de son père, 
courut les églises de Louvain et commença par 
étudier les productions des anciens maîtres fla- 
mands. Après avoir étudié ces œuvres, il se plaça 
devant l'œuvre de Dieu, la nature. Là il trouva 
son véritable maître. Heureux du bonheur que 
donne le culte du beau, il s'en alla à la campagne, 
comme quelqu'un qui avait tout son temps à 
perdre. Il aimait les grands arbres avec leurs 
ramages chantants; les champs couverts de blé, 
les prairies émaillées de marguerites, ne se sen- 
tant bien qu'au milieu de la belle nature. Ce qu'il 
affectionnait surtout c'étaient les riants coteaux 
d'Héverléet de vieux Héverlé, d'où l'œil contemple 
les frais amphithéâtres des bois et les grasses 
prairies qu'arrosent les eaux de la Dyle. 

Traités dans un ton clair et doux, ses premiers 
paysages eurent du succès. Comme il n'en exigeait 
pas de gros prix, il les vendait couramment. 



— 283 — 

Clevenbergli était alors un jenne homme d'une 
taille élancée : 1 mètre 70 centimètres. Il avait 
une physionomie expressive, spirituelle et mo- 
queuse, des yeux noirs et des cheveux bruns. 

Il approchait alors de sa vingtième année. 
Pour Tamour, on le sait, il ne faut qu'une appari- 
tion, qu'un regard, ce regard tendre de Juliette à 
Roméo. Le cœur demande fort peu pour com- 
mencer le roman de la vie. Un jour, à une fête 
dramatique donnée au local de la Table Ronde ^ il 
rencontra une jeune personne qui le captiva par 
sa tournure gracieuse et son regard entraînant. 
Elle n'avait que quinze ans et se trouvait, par 
conséquent, à l'époque où les jeunes filles passent 
de Tadolescence dans la jeunesse, où elles ré- 
pandent autour d'elles toute la fraîcheur de l'aube 
matinale. C'était une blonde d'une taille au-dessus 
de l'ordinaire, svelte, aisée et souple. Elle avait 
une physionomie ardente et expressive. Ses yeux 
d'un bleu de pervenche étaient ombragés par 
des cils d'or. Un aimable sourire voltigeait sur 
ses lèvres. Nulle autre ne pouvait lutter avec elle 
sur le terrain de la coquetterie, par la tournure 
qu'elle savait prêter au moindre chiffon, par le 
chic qu'elle mettait à tout ce qu'elle portait. Avec 
l'enthousiasme de son âge, Clevenbergh trouva 
dans la jeune fille — elle se nommait Anna 
Thielens — tant de beauté corporelle, tant de 
qualités morales, qu'il finit par s'en amouracher 
follement. Stimulé par l'amour il se livra sérieuse- 
ment à l'étude dans l'espoir d'obtenir la main 
d'Anna. 



— 2«4 — 

Un jour du mois de mai 1775, Clevenbergh 
s'était rendu de grand matin à la forêt de vieux 
Héverlé pour peindre d'après nature. S'étant assis 
à l'ombre d'un vieux chêne, il esquissait une vue 
de la belle vallée de Steenbergen. Lorsqu'il était 
sur le point de terminer son étude, il vit arriver 
devant lui un cavalier suivi d'un palefrenier. 
C'était le duc Engelbert d'Arenberg qui faisait sa 
promenade quotidienne autour des étangs appelés 
les Eaux douces. Grand amateur de peinture, le 
prince s'arrêta et examina attentivement le travail 
du jeune coloriste. Il y constata des qualités si 
sérieuses qu'il invita Clevenbergh à son château 
d'Héverlé pour lui donner quelques conseils. 

Le jeune artiste, qui n'avait pas l'usage du 
monde, n'osait se présenter chez le duc. Mais 
enhardi par sa chère Anna, il finit par se rendre 
au château. Le duc, qui était d'une grande sim- 
plicité, l'accueillit avec bonté et lui parla avec 
tant de douceur et de raison qu'il en fut ravi. 
Après une conversation de plus d'une heure le 
prince lui remit deux Louis et une collection de 
gravures d'après des maîtres du XVIP siècle. 
Touché de la bonté du duc, Clevenbergh lui 
montra, dans la suite, toutes ses études. Malheu- 
reusement, il n'eut plus longtemps ce bonheur : 
dans une partie de chasse, au parc d'Enghien, le 
9 septembre 1775, un malheureux coup de fusil 
rendit le noble duc aveugle pour toujours. Malgré 
cette infirmité il continua à s'intéresser au jeune 
peintre. 

Au commencement de l'hiver de chaque année, 



— 285 — 

le duc d'Arenberg quittait son château d'Héverlé 
pour se rendre dans sa principauté de Rekling- 
hausen. Convaincu qu'un voyage ouvrirait de 
nouveaux horizons à Clevenberg, il offrit de lui 
faire voir les bords du Rhin. Mais s'éloigner de sa 
chère Anna était chose pénible pour lui. Cepen- 
dant il n'osait pas refuser : il accepta. 

A cette époque nos pères étaient encore très 
casaniers. Un voyage à Bruxelles était une affaire 
considérable et celui qui se rendait à Paris était 
l'objet de l'étonnement de toute la ville. Du 
voyage de Clevenbergh on parlait comme d'un 
événement. C'était la nouvelle du jour. Un matin 
les équipages de la maison d'Arenberg quittèrent 
le château d'Héverlé et traversèrent la ville de 
Louvain. Tous les voisins étaient sur le seuil de 
leurs portes pour voir partir le jeune artiste. 
Notre Clevenbergh, se trouvant dans l'une des 
voitures, saluait affectueusement ses concitoyens. 
Il portait un vêtement doublé de fourrure et avait 
l'air d'un descendant de grande maison. L'artiste 
trouva les bords du Rhin admirables ; cependanjb 
il n'était pas heureux : Anna Thielens était restée 
à Louvain et cette absence lui devenait de jour en 
jour plus insupportable. Au bout d'un mois il alla 
trouver le duc d'Arenberg et en prit congé. Il va 
sans dire qu'il s'empressa de prendre la route de 
son pays. 

Un jour quatre musiciens ambulants entrèrent à 
Louvain par la porte de Namur. Les habitants 
coururent à leurs portes pour savoir ce qui 
se passait. A leur grand étonnement, ils virent 



— 286 — 

marcher derrière les musiciens, Clevenberg tenant 
par la main sa bien aimée. Le jeune artiste venait 
d'arriver au château d'Héverlé dans une voiture 
de la maison d'Arenberg et entrait en ville en 
dansant avec Anna, à la manière des paysans de 
Teniers. 

Le 14 avril 1777, Antoine Clevenbeegh épousa, 
à l'église de Saint Pierre, Anne -Marie Thielens. 
Elle était née à Louvain, le 23 février 1760, et était 
fille de Guillaume Thielens et d'Anne Catherine 
Lefébure. 

A partir de sou mariage, l'artiste commença 
cette vie pénible, cette lutte soutenue jusqu'à la 
mort contre l'infortune et l'obscurité, sans décou- 
ragement et sans murmure. Il travailla bravement, 
exécutant tous les travaux qu'on lui demandait, 
donnant dans toutes ses productions des preuves 
d'un sérieux talent. 

Après son retour d'Italie (1773), Pierre-Joseph 
Verhaghen exécuta quatre grandes compositions 
pour être placées dans le chœur de l'église de 
l'abbaye de Parc. Elles représentent : 1'' V Adora- 
tion des Mages, 2''lojjTande an Temple, %°le baptê7}ie 
du Sauveur et 4° le Christ enseignant les enfants. 
Ces toiles, qui ornent encore l'église de Parc, 
faisaient courir tous les amateurs, étant consi- 
dérées comme des chefs-d'œuvre. Avec l'assenti- 
ment de l'artiste, Clevenbergh entreprit d'en faire 
des copies, mais dans des proportions réduites. 
Quoique la tâche fût extrêmement difficile, il y 
réussit si bien que plus d'un connaisseur envisagea 
ses productions comme des toiles du peintre de 



— 287 — 

Marie-Thérèse . C e succès contraria M™" Verliaghen . 
A partir de ce moment, il ne pouvait plus péné- 
trer dans l'atelier du maître. Dans sa simplicité 
la bonne femme croyait que Clevenbergli avait 
fini par s'approprier le talent de son mari. On 
comprend que Verliaghen, qui aimait beaucoup 
son jeune confrère, en rit aux larmes. Trois de 
ces copies ornent actuellement l'église de Saint- 
Pierre, à Louvain. Mais elles se trouvent en mau- 
vais état. 

Clevenbergh possédait les qualités du vrai 
peintre : le dessin, la couleur et le rendu. Il avait 
la fécondité et la facilité. Tout ce qu'il produisait 
avait un côté original et ingénieux. On comprend 
que ses œuvres devaient se ressentir de son amour 
de la nature champêtre. La plupart de ses tableaux 
représentaient des vues prises dans les environs 
de Louvain. Les terrains et la verdure étaient 
détaillés avec soin, les bouquets d'arbres et les 
mares témoignaient d'une grande intelligence de 
la nature. Sur les premiers plans de ses tableaux 
on observait des vaches, des moutons et des 
chèvres, surveillés par un pâtre ou par une ber- 
gère, quelquefois par des enfants. Ses tableaux 
se distinguaient par un dessin correct et une cou- 
leur agréable. 

Plus d'une fois Clevenbergh se tourna vers les 
anciens et constata chaque fois que les morts en- 
seignent mieux que les vivants. Un tableau de 
Weenincx — un lièvre mort attaché par une de ses 
pattes à un tronc d'arbre et entoura d'oiseaux 
morts — lui révéla le genre dans lequel il devait se 



- 288 — 

faire un nom. A partir de cette époque, il s'ap- 
pliqua à reproduire du gibier mort, grand comme 
nature, des lièvres, des renards, des faisans, des 
canards entourés de petits oiseaux. D'un beau 
lièvre mort couché sur le gazon ou attaché par 
une de ses pattes à une branche d'arbre, Cleven- 
bergh formait le centre de son tableau. Au bas 
du lièvre il arrangeait une perdrix, un ramier, 
un rouge gorge, un verdier, un gros bec et autres 
oiseaux indigènes. Il j plaça parfois un nid 
rempli d'œufs et quelques engins de chasse, un 
fusil, une carnassière, un cor, etc. Quand on lui 
demandait un pendant, ce qui arrivait parfois, un 
superbe renard prenait la place du lièvre. Les 
fonds de ses tableauxoffraient toujours d'agréables 
paysages. Mais, tout en arrangeant ses trophées 
de chasse dans le goût de Weenincx, il ne s'en 
montrait jamais un aveugle disciple. 11 savait im- 
primer à ses compositions un cachet bien distinct, 
soit par l'arrangement, soit par les fonds, soit par 
le coloris. Comme tous les artistes de valeur, il 
consultait la nature pour le moindre détail de son 
œuvre. Adroit chasseur il abattait lui-même les 
sujets dont il avait besoin. Maître du pinceau, il 
savait exprimer le poil et les plumes d'une manière 
à faire illusion. Dans tous ses tableaux de gibier, 
on remarque une richesse de ton, une fermeté de 
touche et une justesse d'expression admirables. 
Comme Weenincx notre Clevenbergh exécutait 
non seulement du gibier mort, mais des paysages, 
des animaux de toute espèce, des fleurs et des 
fruits . 



— 289 — 

Notre artiste avait un talent tout particulier 
pour peindre les fleurs et les fruits. 

Depuis Juste Lij^se jusqu'au premier quart de 
notre siècle, Louvain comptait des amateurs pas- 
sionnés de tulipes. Cette belle fleur y était culti- 
vée par plusieurs membres de la noblesse, du 
clergé et de l'Université. Grand amateur de tulipes, 
Clevenbergli y consacra son pinceau. Son tableau, 
qu'il vendit au curé de Rare, dont nous parlerons 
plus loin, offre un vase en verre, d'une forme très 
simple, contenant huit tulipes, à nuances variées. 
A gauche du vase, est posé un nid contenant six 
œufs. C'est un véritable tour de force. Le rendu 
et le fini y sont poussés aux dernières limites, non 
pour arriver à ce poli extrême qui charme le vul- 
gaire, mais pour exprimer le vrai dans ses détails 
les plus intimement étudiés. On ne saurait voir 
rien de plus gracieux, ni de plus aimable. Plus 
d'une fois, nous avons entendu prononcer devant 
ce tableau, qui nous appartient actuellement, le 
nom de van Huysum. L'œuvre n'est pas indigne 
de cet artiste distingué. 

Les amateurs commencèrent à apprécier les 
peintures de Clevenbergh et les commandes lui 
arrivèrent en grand nombre. Il n'eût tenu qu'à lui 
de faire fortune à Bruxelles, à Anvers ou dans un 
autre grand centre. Mais à aucun prix il ne voulut 
quitter sa ville natale, où il avait les relations les 
plus agréables et oii il ne comptait que des amis. 
C'était d'ailleurs un grand enfant naïf et indolent, 
comme Brauwer, s'amusant de tout, oubliant 
l'heure et le chemin; une rêverie oisive s'était 

19 



— 290 — 

emparée de son esprit et l'égarait en mille détours. 

La pauvreté était sa véritable muse inspiratrice. 
Dès qu'il jDOSsédait un sou, il ne pouvait plus tra- 
vailler. Sa femme était une personne très hon- 
nête et d'une conduite tout à fait irréprochable, 
mais qui n'avait aucune qualité pour conduire à 
bien les affaires d'un ménage. Quand son mari 
vendait un tableau, elle en dépensait le produit 
sans discernement, sans calcul du lendemain. Tant 
qu'il j avait de l'argent, tout allait bien, mais 
quand la misère venait s'asseoir au foyer tout 
allait au plus mal. Alors elle devenait arrogante 
et despotique. 

L'avenir était pour le pauvre artiste sans bon- 
heur et sans espérance ; mais il n'y songeait point. 
Des peines de la vie, dont la part lui avait été faite 
si large et si lourde, il retranchait le souci et mar- 
chait toujours sans songer au moyen d'en alléger le 
poids. Content de peu il trouvait drôle qu'on pût 
faire tant d'efforts pour amasser de l'argent sans 
en avoir besoin. 

La famille de l'artiste augmentait toujours. Sou- 
vent on le surprenait ébauchant un tableau au 
milieu de cinq ou six enfants barbouillés, mal 
peignés et déguenillés, tapageant et sautant de 
toutes parts. Il ne s'en jDlaignait pas. Mais, quand 
il avait assez de leurs cris et de leurs gambades, 
il suspendait son travail, prenait ses filets et s'en 
allait à la pêche. On comprend que cette indolence 
n'était pas faite pour calmer l'humeur despotique 
d'Anna Thielens, qui devenait de plus en plus 
acariâtre et insolente. Souvent elle courait à la 



— 291 — 

poursuite de son mari, ayant un marmot dans les 
bras et trois ou quatre aux pans de sa robe. Alors 
une pluie de reproches et d'injures tombait sur le 
pauvre artiste. Il ne s'en préoccupait point. Le 
soir, il régalait sa famille du produit de sa pêche 
et la paix se rétablissait immédiatement. 

Clevenbergh était né avec un esprit bouffon et 
cet esprit survécut à tous ses revers. Il colorait 
gaiement pour lui les images les plus tristes et les 
plus sombres. Au milieu de la misère il continuait 
à rire et à faire rire autour de lui. Il prisait les 
farces spirituelles et en faisait souvent lui-même. 
Nous allons en faire connaître une couple pour en 
caractériser le genre. 

Un jour Pierre van Ex, qui habitait la chaussée 
de Namur, à Héverlé, vint trouver son ami Cleven- 
bergh et le pria de lui exécuter une enseigne pour 
sa taverne Au Chien. L'artiste lui demanda si le 
chien devait être attaché ou libre — « libre » fut 
la réponse. « Parfait, » répliqua l'artiste. Il peignit 
l'animal à la détrempe et y passa un léger vernis. 
Le toutou était superbe et faisait l'admiration de 
toute la commune. Déjà un amateur avait offert 
une jolie somme pour cette partie de lenseigne. 
Mais une averse arriva et il ne resta plus trace du 
chien. Furieux de colère van Ex arriva chez 
Clevenbergh et l'agonisa de la belle manière. 
«Votre colère m'étonne, » observa Tartiste. «Selon 
votre désir, j'ai exécuté un chien non attaché. 
Une pluie battante est arrivée. Le brave animal 
a profité de sa liberté pour se mettre à l'abri de 
l'eau. N'auriez-vous pas suivi son exemple?» — Le 



— 292 - 

tavernier était désarmé. Clevenbergh exécuta 
gratuitement une nouvelle enseigne pour van Ex; 
mais cette fois le chien était attaché. 

Le baron de Woelmont, prélat de l'abbaye 
noble de Sainte-Gertrude, était un colombophile 
passionné. Il payait largement les pigeons rares 
qu'on lui apportait. Instruit de ce fait, Clevenbergh 
voulut faire profiter des largesses du dignitaire 
un pauvre paysan qui venait de perdre sa vache, 
c'est-à-dire toute sa fortune. Il se procura donc 
deux pigeons de basse-cour et simula sur leurs 
ailes des fleurs rehaussées d'un brin d'or et 
d'argent. Le travail avait si jmrfaitement réussi 
que les plus fins amateurs s'y trompaient. Cleven- 
bergh remit les pigeons au paysan pour les offrir 
en vente au prélat en lui persuadant qu'il pouvait 
en empocher le prix. Le dignitaire, qui passait 
cej^endant pour un bon naturaliste, en était émer- 
veillé. Il s'empressa de les acquérir. Le paysan en 
toucha trois Louis. Tous les amateurs de la ville 
allèrent à Sainte-Gertrude pour admirer cette 
nouvelle espèce de pigeons. Mais la joie du prélat 
ne dura point : dès que les oiseaux commencèrent 
à changer de plumes, on constata la supercherie. 
Toute la ville s'en amusa. Quant au paysan, il 
avait appliqué ses trois Louis à l'acquisition d'une 
nouvelle vache. Le prélat lui-même finit par 
prendre la farce du bon côté. Il commanda un 
tableau à Clevenbergh. 

Clevenbergh savait badiner d'une manière spi- 
rituelle, mais toujours avec cette allure bon enfant 
qui le caractérisait. A Festaminet il amusait le 



— 293 — 

inonde avec ses gais propos et ses anecdotes 
saillantes. Ses estaminets favoris étaient La Boule 
de Fer, et Le Navet, rue de Naraur, alors fréquentés 
par la bourgeoisie louvaniste. 

L'artiste était aimé à cause de son caractère 
jovial, franc et honnête. Quoique pauvre, il était 
fort recherché par l'aristocratie et les membres de 
l'Université. Excellent veneur, il était de toutes 
les parties de chasse, qui avaient lieu dans les 
environs de Louvain. 

Clevenbergh exécuta, en 1793, une grande com- 
position représentant le Christ au jardin des Oliviers^ 
pour être posée dans la boiserie de l'église des 
pères Dominicains, qui renferme phisieurs toiles 
de Verhaghen. L'œuvre décore encore le même 
temple. En observant cette page on est étonné de 
constater qu'un artiste qui n'avait jamais exécuté 
un tableau d'église, soit parvenu à produire une 
œuvre de cette importance. Le Christ est d'une 
grande élévation de sentiment et d'expression; 
l'ange, qui présente la coupe au Sauveur, est d'une 
tournure agréable. Un profond sentiment reli- 
gieux, règne dans cette toile qui est exécutée 
d'un pinceau ferme et sûr. Ce tableau portait la 
signature de l'artiste. En restaurant la peinture il 
y a une vingtaine d'années on en a fait disparaître 
la signature. 

Clevenbergh affectionnait le théâtre. 11 s'était 
fait admettre à la Chambre de Rhétorique la 
Marguerite (de Kersouw) qui donnait alors pério- 
diquement des représentations flamandes dans 
une salle du deuxième étage du local de la Table 



- 294 — 

Ronde. Après son mariage, il lui était parfois 
difficile de payer les rétributions prescrites par 
le règlement. En 1779, il offrit à la compagnie de 
décorer gratuitement sa scène, si elle voulait le 
libérer du payement de la cotisation mensuelle. 
Cette offre fut acceptée avec empressement (Rés. 
du 4 janvier 1779) et l'artiste continua à suivre 
les fêtes de la Marguerite . En 1786, il travailla de 
nouveau au théâtre de la Marguetnte, qui continua 
à donner des représentations jusqu'en 1802. 

L'invasion française lui enleva toutes ses com- 
mandes. Il n'avait plus rien à faire et, partant, 
plus rien à gagner. Cependant, l'artiste ne se laissa 
pas entraîner, comme tant d'autres, dans les 
désordres de l'époque. Son nom ne se lit nulle part 
dans les relations des événements révolutionnaires 
qui se produisirent à Louvain. Dans ces jours 
néfastes, personne ne songeait qu'un homme de 
valeur, alors dans tout l'éclat de son talent, se 
rouillait dans l'oisiveté et l'indigence. Malheureux 
de son abandon, Clevenbergh l'était plus encore 
par la position faite à sa famille, obligée de s'en- 
detter. Pendant trois ans, il vécut péniblement, 
exécutant de temps en temps un portrait pour 
vivre. Par bonheur il trouva dans le respectable 
pasteur de sa paroisse, Joseph de Rare, curé de 
Saint-Quentin, un ami et un soutien. C'était non- 
seulement un digne prêtre, mais aussi un homme 
d'une belle intelligence et d'un grand cœur. 
A une haute instruction il unissait un grand 
amour des beaux-arts. Fils d'un modeste maître 
menuisier, il s'était élevé par son propre mérite et 



— 295 - 

avait obtenu, jeune encore, un canonicat au cha- 
pitre de Mons. En s'imposant les plus grands 
sacrifices, de Rare se forma une collection de 
tableaux anciens et modernes très remarquable. 
jSTous eûmes le plaisir de la voir bien souvent 
pendant notre jeunesse. Elle était visitée avec 
intérêt par les amateurs de l'époque. 

Un jour, le curé, qui veillait sur l'artiste avec 
une sollicitude vraiment paternelle, lui commanda 
un lièvre. Clevenborgh en fixa le prix à 40 florins. 
Le curé trouva le prix trop minime. Il dit à l'ar- 
tiste : « Tâchez de me faire un bon tableau, vous 
en aurez 50 florins. » Clevenbergh lui apporta 
un lièvre magnifique. Le curé en était enchanté. 
Il montra avec orgueil le tableau de son paroissien 
et le conserva pendant toute sa vie. Le beau lièvre 
fut vendu à la vente de M. de Rare, en 1842, et 
passa malheureusement en Angleterre. 

Grâce aux recommandations de de Rare, Cleven- 
bergh travailla beaucoup pour les particuliers 
de Louvain, exécutant tour à tour des tableaux 
de genre, des paysages, des nature morte et des 
portraits. Il peignit un lièvre et un renard pour 
M. van Buggenhout, un lièvre pour le chirurgien 
vander Taelen, des tableaux de genre pour le 
notaire Neeffs, le licencié de Becker, le négociant 
Jacques Peeters. Il exécuta les portraits de Paul 
Lorengeois, capitaine de Tarmée patriotique, de M. 
et M'"*' d'Udekem d'Acoz, de M. et M'"*-^ Zerezo, à 
Diest, de Madame van Buggenhout, du docteur 
Van Aenvanck, de M. S mets, de M'"''Mascard, etc. 

A la fin de sa trop courte carrière, l'artiste 



— 29fi — 

exécuta plusieurs portraits d'enfauts que leurs 
parents offrirent à Notre-Dame des Fièvres, à 
Louvain. Ces portraits furent enlevés de cette 
chapelle en 1826. 

Antoine Clevenbergli mourut, à Louvain, le 
6 janvier 1810, dans une petite maison de la rue 
de Namur, qui portait alors le n" 54 et qui fait 
actuellement partie du couvent des Carmélites. 
L'artiste s'en alla au champ de repos, pauvre et 
obscur comme il avait vécu. Personne ne vint 
saluer sa dépouille mortelle. Après les prières de 
l'église, on l'inhuma au cimetière communal, hors 
la ci-devant porte de Tirlemont. Dans la popula- 
tion louvaniste il laissa la réputation d'un brave 
homme et d'un artiste de talent, digne d'un 
meilleur sort. 

Le pauvre artiste laissa une veuve avec sept 
enfants, dont quatre fils, qui s'adonnèrent à la 
pratique de l'art, savoir : L* Michel, né en 1788; 
2° Charles-Antoine, né en 1791 ; 3" Toussaint- 
Joseph, né en 1796, et 4" Alexandre- Apollon, 
né en 1802. 

Après la mort de leur père, ils furent guidés 
par le portraitiste Fr. Jacquin. Michel remporta 
au concours de l'Académie, en 1811, le premier 
prix de la classe de nature; Charles l'obtint en 
1817, et Joseph en 1818. Michel abandonna l'art 
pour s'occuper d'agriculture, le premier des arts 
au dire d'un sage. Charles réussit assez bien dans 
la nature morte ayant passé une année dans 
l'atelier de Verboeckhoven, et Joseph, qui peignit 
également le gibier, mourut professeur-adjoint de 



— 297 — 

dessin à l'Académie des Beaux-Arts de Louvain. 

Comme son père, Joseph Clevenbergh aimait 
la franche gaieté. Pour lui les farces populaires 
avaient un puissant attrait. C'était un-vive-la-joie 
qui avait de Fesprit à tout propos. Ayant la langue 
bien pendue, il parlait agréablement et émaillait 
sa conversation d'épigrarames et de proverbes 
pleins de sel et d'à-propos. 

Anne-Marie Tliielens, qui avait continué à 
habiter avec ses deux fils non mariés, Charles et 
Joseph, mourut à Louvain, dans une maison située 
rue de Namur, n" 210, en face de l'église de 
Saint-Quentin, le 24 juillet 1832. 

Depuis cinquante ans, les œuvres de Cleven- 
bergh ont été recherchées j3ar les amateurs an- 
glais. Il ne reste plus beaucoup de ses peintures 
en Belgique. 

Le musée communal de Louvain renferme deux 
petits tableaux de l'artiste. Le premier est un 
paysage avec figures, offrant une vue de l'ancien 
château de Louvain dit Château César; le second 
est également un paysage avec figures, offrant 
une vue du Mont César, en 1805. Ces deux tableaux 
ont été reproduits dans notre livre : Louvain dans 
le passé et dans le présent. 

Clevenbergh avait un talent d'assimilation peu 
commun. Il savait pasticher les maîtres, surtout 
Verhaghen et Ommeganck,avec une rare habileté. 
Nous possédons de l'artiste une importante com- 
position exécutée dans le goût et le coloris de 
Verhagen. Elle représente La vocation de saint 
Mathieu, Vévangéliste, et compte dix personnages. 



— 298 ■- 

Les meilleurs connaisseurs prennent la toile pour 
une œuvre de Verhagen. A cette époque les 
paysages avec moutons d'Orameganck commen- 
çaient à avoir du succès. Notre artiste exécuta 
des paysages dans la manière fraîche, claire et 
ensoleillée du maître anversois. Mais, tout en 
peignant les mêmes sujets que ce dernier, il savait 
leur donner un cachet personnel, distinct. Ce ne 
sont ni les mêmes sites, ni les mêmes arbres, 
ni surtout les mêmes moutons. Aujourd'hui plus 
d'un tableau de Clevenbergh passe pour un 
Ommeganck. 

M. J. J. de Bruyn, vice-président honoraire du 
tribunal de Louvain, possède cinq tableaux de 
notre artiste : 1° une toile de trumeau offrant 
une scène de Vhistoire d Abraham; 2° un paysage 
avec moutons et chèvre; 3" une étahle, avec flgu7^es 
et animaux; 4" un pâturage avec figures et bestiaux; 
temps orageux; 5° pâturage, également avec figures 
et bestiaux, temps calme ^ pendant du précédent. 
L'artiste les exécuta pour un amateur louvaniste 
Jacques-Henri Peeters, dit Kobeken Peeters^ mort 
à Louvain, en 1862. La toile de trumeau est de 
1778 et appartient, par conséquent, au premier 
temps du maître, alors qu'il se trouvait sous l'in- 
fluence de Verhaghen. Le paysage, où on remarque 
un jeune homme gardant des moutons, est un ta- 
bleau d'une harmonie charmante et d'une touche 
libre et légère. Dans l'étable on observe un homme 
et une femme occupés à soigner les animaux. 
Le premier propriétaire de ce tableau, que nous 
avons très bien connu, a toujours affirmé que ces 



— 290 - 

deux figures représentent l'artiste et sa femme. 
La peinture est pleine de vie, d'esprit et de cou- 
leurs. Les deux pâturages sont également des 
peintures bien conçues et bien exécutées. Tous 
ces tableaux sont peints sur bois et portent la 
signature du maître. 

Nous possédons dans notre collection deux ta- 
bleaux de Clevenbergh, genre Ommeganck. L'ar- 
tiste les exécuta, en 1806, à Tabbaye de Valduc 
pour le notaire Pierre-Louis Néefs, alors proprié- 
taire de ce monastère, supprimé par la révolution. 
Nous les avons achetés en 1877 de l'héritière du 
fils de ce notaire, M'^" Moise, à Louvain. Le pre- 
mier ■ tableau représente un pâturage, où se 
trouvent, sur le premier plan, deux vaches et 
deux moutons ; ces bestiaux sont gardés par un 
petit garçon, le fils de l'artiste, appelé Joseph. 
Dans le lointain, on remarque encore trois vaches 
et une femme. Le pendant de ce tableau est un 
paysage, où l'on voit, au premier plan, deux 
vaches, un mouton et une chèvre. Au pied d'un 
vieux chêne, à droite, deux enfants, un garçon et 
une petite fille, ont fait un petit feu de braises. 
Le garçon est assis, la petite fille se chauffe les 
mains. Les animaux qu'on remarque dans ces 
deux tableaux sont dignes d'Ommeganck. Ils 
sont peints sur bois et portent la signature du 
maître ainsi que le millésime 1806. 

M. Eugène Frische, architecte de la ville de 
Louvain, possède de Clevenbergh un paysage avec 
figures. Il est peint sur bois et a 5B centimètres 
de largeur et 43 centimètres du hauteur. Dans un 



- 300 — 

site pittoresque de la vallée de la Dyle, l'artiste a 
groupé des bestiaux que garde une jeune et 
agréable villageoise à jupon rouge. Elle est assise 
dans l'herbe et file son chanvre. Près d'elle dort 
son chien. D'un côté, on remarque deux beaux 
moutons, de l'autre deux vaches, dont l'une au 
repos. Sur l'avant-plan, à gauche, un chêne mu- 
tilé j)ar le temps. Au second plan, à droite, s'élève 
un monticule, couvert de broussailles; au bas, un 
cheval et une vache, à gauche, un campagnard 
conduisant un troupeau de vaches et de chèvres. 
Le second plan offre de gras pâturages et dans le 
lointain, on observe la silhouette du clocher de 
Parc. Le tableau est d'un coloris harmonieux et 
d'une délicatesse extrême de pinceau. 

Clevenbergh laissa bon nombre de toiles de 
trumeaux, de portraits et d'armoiries universi- 
taires. Mais c'est, ainsi qu'il a été dit plus haut, 
par ses tableaux de nature morte — ses lièvres 
surtout — qu'il mérite une page dans l'histoire 
de l'art. 

La galerie Vanden Schrieck, vendue à Louvain, 
en 1861, renfermait deux beaux tableaux de 
nature morte de Clevenbergh, n''^ 189 et 190. 
Dans le catalogue de cette célèbre collection le 
premier de ces numéros est renseigné, comme 
suit : 

« Auprès d'un vase sculpté qui décore l'entrée 
d'un parc, un beau lièvre est suspendu par l'une 
de ses pattes à une branche d'arbre, et son corps 
retombe jusque sur un pan de mur où sa tête 
vient reposer. A une longue cordelette qui le 



— 301 — 

retient à la même brandie est attaché un cornet 
de chasse. Au pied du vase une bécasse est étendue 
près d'un faisan doré. Et sur le sol au-dessous du 
lièvre se trouvent deux perdrix et un petit oiseau. 
Quelques prunes et une belle grappe de chasselas 
blanc étalent à gauche leurs couleurs brillantes. 
Sur le mur re^iose un fusil que cache en partie le 
corps du lièvre. Aux bords de l'eau qui traverse 
un paysage pittoresque on distingue quelques 
figures. » Haut r"25; large 80 centimètres, toile. 

Le second tableau est décrit comme suit : 

« Suspendu à un arbre, se présente un lièvre, 
dont le corps retombe abandonné sur un pan de 
muraille au bas duquel des raisins noirs, des 
raisins blancs , des poires et des pêches sont 
amoncelés, non loin d'une perdrix que l'on voit 
tombée sur le sol à droite. Une bécasse est étendue 
auprès du lièvre et sur la pierre, où sa tête repose. 
Sur le mur et passant sous le corps du lièvre, on 
ajDerçoit l'instrument de mort. Deux pigeons 
vivants sont juchés au-dessus du mur, et un large 
iilet suspendu à droite retombe jusqu'à terre. 
Le paysage est fortement boisé. » Haut l'"ll; 
large 99 centimètres, toile. 

« Ces deux productions, dit le catalogue de la 
galerie Vanden Schrieck, sont les meilleures de ce 
maître. » Elles furent adjugées à M. Grietens; 
la première à 580 francs, la seconde à 530 francs. 

Clevenbergh exécuta, en 1807, deux tableaux 
faisant pendants, un lièvre et un renard, grands 
comme nature pour Jean- Dominique van Buggen- 
hout, de Louvain. Il hs peignit, àCorbeek-Loo, au 



— 302 — 

château de cet amateur, à raison cVune couronne 
de Brabant par jour, plus bouche à table. Mais, 
au lieu de consacrer tout son temps à son œuvre, 
le doux Bohême n'y travaillait qu'une ou deux 
heures par jour, passant le reste de la journée à 
la chasse ou à la pêche. Il ne quitta Corbeek 
qu'après un séjour de quatre mois. Après la mort 
de van Buggenhout, les deux tableaux devinrent 
la propriété de son gendre M. Jacques Brion, 
notaire, à Louvain. A la vente de ce dernier en 
1875, ils furent acquis par M. Félix De Ridder, 
qui avait épousé une petite hlle de van Buggen- 
hout. Nous avons fait l'acquisition de ces tableaux 
à la vente de M. De Ridder, le 26 juin 1889, au 
prix de 1000 francs. Ils sont peints sur toile. 

Le premier tableau a pour fond un paysage. 
A une branche de tronc de chêne est appendu par 
la patte gauche un lièvre, dont le corps retombe 
jusqu'à terre, où sa tête se repose. A sa patte 
droite est attachée une perdrix. Un rouge gorge 
git devant le lièvre. Un large filet est étendu sur 
un monticule qui se trouve derrière le lièvre. 

Le fond du second tableau offre également un 
paysage. A une branche de chêne est suspendu, 
par la patte gauche, un superbe renard, dont le 
corps retombe jusqu'à terre, où se repose sa 
tête. Près de cet animal sont étendus un pigeon 
et deux autres oiseaux. A un fil, attaché à une 
branche de tronc de chêne, sont suspendus un 
bouvreuil et un chardonneret. 

Ces victimes de la chasse sont reproduites avec 
une rare habileté. L'artiste a rendu leurs poils et 



— 303 — 

leurs plumes à faire illusion. On y remarque une 
ricliesse de ton, une fierté de touche et une finesse 
d'expression admirables. 

Clevenbergli exécuta, en 1808, un beau lièvre 
pour le chirurgien vander Taelen, àLouvain. Le 
tableau est haut de 1 mètre, large de 77 centi- 
mètres. A la branche d'un arbre au tronc noueux 
est pendu un lièvre. Un verdier, un rouge-gorge 
et un gros-bec sont pendus par un fil au même 
arbre. A droite, un martin-pêcheur sur un carnier 
posé par terre et plus loin un nid contenant 
quatre œufs. Un paysage montagneux et boisé 
forme le fond de cette belle composition. Après 
la mort de vander Taelen, le tableau a fait partie 
de la collection de Nicolas Maes, de Louvain, qui 
fut vendue à Bruxelles, le 10 novembre 1867.; il 
y fut adjugé au prix de 510 francs. 

M. Lucien de Troostembergh d'Oplinter, au 
château de Cleerbeek, à Hauwaert, possède de 
notre artiste deux tableaux de nature morte, un 
lièvre et un perdreau, entourés d'oiseaux. Dans 
ces toiles le gibier est traité avec une finesse et 
une précision incroyables. 

Telles sont les œuvres de Clevenbergh que nos 
recherches nous ont fait découvrir. Ainsi qu'il 
a été dit plus haut, ses autres productions se 
trouvent, en grande partie, en Angleterre. 

Edward Van Even. 

Louvain, novembre 1896. 



— 304 — 



AU SUJET D'UN 

DICTIONAIRE FLAMEN-FRANCOIS 

IDU XVI" SIÊ]OrjE 

ET DE 

Quelques Dicliounaires Français-Flamands 

DU MÊME TEMPS. 



L'étude du français n'a jamais été négligée chez 
nous, et parmi les œuvres qui y ont été consacrées 
dès le XVI" siècle, il en est qui méritent encore 
notre attention. De ce nombre est le dictionnaire 
qui parut en 1563 sous le titre suivant : 

« Dictionaire flamen-francois, iiouuellement mis en 
lumière, corrigé et augmenté pour l'anancement de la 
Jeunesse, par M. Henry du Tour. — A Gand, chez lean de 
Salenson, demouraut sur le Haultport, à renseigne de la 
Byble d'or. » 

L'octroi qui termine le volume porte : 

« Het is geconsenteerfc Henri c van den Keere, dat hy desen 
thegenwoordigen naembouck sal moghen prenten, venten 
ende distribueren alommo iu dese laiideu van lierwaerts 



— 305 — 

ouere, zoiuler daeromme eenighsins te misdoene. Ghedaen 
te Bruessele deii ellefsten dagh van Junio, an. xv*" Ixiii. 

Onderteekendt : I. de la Tokee. » 

A bien des points de vue ce livre (décrit par 
M. Bergmans dans ce Recueil, 1891, p. 427), est 
intéressant et instructif. Et comme l'exemplaire 
que nous avons sous les yeux {Bibl. Gand, — G. 
n. 132'') est peut-être unique, en tous cas des plus 
rares, nous croyons utile d'en signaler, par de 
courts extraits, toute l'importance. 

L'auteur se borne à traduire. Parfois il intercale 
une phrase, un dicton, un proverbe. Sur les sources 
où il a puisé, il ne donne aucun renseignement. Il 
semble avoir une grande répugnance à reprendre 
les mots bâtards, et il les omet la plupart, peut- 
être parce qu'il a cru superflu de les traduire. 

Prins, procureur, profijt, proi^lieet en une seule 
page, manquent à son dictionnaire, tandis qu'on 
les trouve tous dans le vocabulaire de Meurier 
dont il sera parlé plus loin. 

A chaque page on peut relever, non pas seule- 
ment des mots qui depuis ont changé de forme, 
mais des pertes regrettables que la langue fran- 
çaise a faites, et d'autres aussi subies par le 
flamand. 

Blad, hladynghe que nous n'avons plus, signifient 
douaire, comme le mot tocht. 

Ballast, notre lest d'aujourd'hui, est traduit par 
« saburre et gTOSse arène de quo}^ on charge les 
navires à fin d'aller plus fermes. » 

Barguiner est donné comme traduction de hedijn- 

ghen, marchander; — escouiller pour châtrer; — 

20 



— 306 — 

une jouée pour un soufflet, muulpeere ; — coignier 
pour cognassier, queappelboom; — tillet pour 
tilleul; — blaueole pour bluet, coorenblomme; — • 
suseau ou suriau pour clierhoom, sureau ; — fouteau 
ou fayant, pour hêtre, bouckhoom ; — aubeau pour 
tremble, abeel; — hayon pour étal, craem; — 
chevir (de chef) pour diriger, dompter, bestier e7i- 
— un fouant, comme synonyme de taupe; — un 
palu ou marescage, ^narasch ; — partissement pour 
distribution; — bessons pour jumeaux; — bribeur 
et caimand pour mendiant, bedelere. 

Le mot flamand belhamel, littéralement le mou- 
ton qui ]3orte la clochette, est traduit par : « Le 
chef premier ou principal de tous. » 

Des substantifs dont les équivalents d'aujour- 
d'hui sont autrement formés, se rencontrent fré- 
quemment pour désigner diiïérentes actions : 
assiègement pour siège, — preschement pour pré- 
dication, — couvrement pour deckynghe, — 
fendement, de fendre, pour clievynghe, — deman- 
gement pour démangeaison, jokte, — fouissement 
pour creusement, — medecinement pour médica- 
tion, — vomition pour vomissement, etc. 

Certaines mentions ont, quant aux usages 
d'autrefois, un intérêt historique. Cabaret est 
donné comme nom flamand avec l'explication : 
Daer men ivaerm spyse cookt oft vercoopt, avec la 
traduction : charcuicterie ou rôtisserie. Cabarettier 
est donné comme le nom flamand du « charcuictier 
ou rôtisseur. « Herberghe est encore une « hostel- 
lerie » et nous ne trouvons pas encore de trace de 
l'estaminet qui en est la traduction d'aujourd'hui. 



— 307 — 

Tachentig est traduit par octante, qu'on regrette 
de voir remplacé par notre laid et compliqué 
quatre-vingt. 

Eemoe, où l'on ne voit plus aujourd'hui que 
siècle, ce qui s'accorde mal avec eeuwig, j)erpétuel, 
est traduit par : temps, saison, âge ou siècle. 

Le mot taeljoore que nous employons encore 
pour signifier assiette, et que les hollandais n'ont 
pas, est bien la corruption du français tailloir, 
comme le confirme la traduction : trenchoir. 

L'auteur donne bigotie pour bigotisme, qu'il 
traduit par la jolie expression pilaerbiterie ; il 
donne aussi un bigot pour pilae7'biter que nous 
avons encore ' . 

La même année où parut à Gand le Dictionaire 
famen-francois de Henry du Tour ou Van der 
Keere, déjà remarquable pour un premier essai, 
paraissait à Anvers (chez lean Waesberghe) le 
Dictionaire flamen- français nouuellement mis en 
lumière par Gabriel Meurier avec dédicace datée 
du 9 septembre 1563. L'œuvre était précédée d'un 
Vocabulaire francois-flameng du même, daté de 
1562\ 

Meurier et Yan der Keere avaient travaillé vers 
le même temps, probablement sans connaître l'un 
l'œuvre de l'autre et sans pouvoir se copier, mais 
d'après un plan qui est à peu près le même. 



1 La liste des proverbes, parfois traduits en flamand, que Van der 
Keere intercale dans son dictionnaire, a été donnée par M. Bergmans 
[Messager des sciences, 1891, p. 428). 

2 Sur les nombreuses publications de Meurier, voir la BihUotheca 
Belglca. 



— 308 — 

Des deux, c'est Meurier qui a la nomenclature la 
moins complète, quoiqu'il admette le plus de mots 
bâtards ; il traduit aussi le moins exactement. Pour 
les mots pris par corruption du français, nous 
lisons dès la première colonne : ahiectie, abiect, 
abricocken, ahsoluer^en, absoluyt, absolutie,abstractie, 
accident, accorxleren, accoort, accordatie. Van der 
Keere n'a pas ces mots, mais il donne par contre 
abse7it, absenteren, abiiys, abiiijseren que n'a podnt 
Meurier. Tout compte fait, c'est Van der Keere qui 
a la langue la plus riche et la moins corrompue, 
comme si à Anvers la langue fût déjà plus mau- 
vaise qu'à Gand. 

Meurier, dans cette première édition, a aussi les 
omissions les plus étranges : il n'a par exemple ni 
paus ni pape, ni cardinaux, et il omet nombre de 
mots que lui même emploie dans « l'épistre dédi- 
catoire. » 

Plus complète est l'édition de 1584 (Anvers, 
lean Waesberghe) ayant pour titre : Dictionaire 
francoys-flanieng p^^emierement mis en lumière 
par Gabriel Meurier auesnois, Reueu, augmetité et 
enrichy d''un très copieux nombre de vocables et oultre 
toutes aultres éditions par le mesme autheur melioré. 

Meurier n'est point partisan de la simplification 
de l'orthographe, « car combien, dit-il dans l'aver- 
tissement, que le François escriue aulcunes lettres 
et ne les prononce, sujuant toutes fois l'Orthogra- 
phye, Prosodye et l'Ethimologye, il a mestier 
de toutes ses lettres et n'en a pas une seule super- 
flue. » 

Néanmoins Meurier écrit fantaisie que d'autres 



— 309 — 

en ce temps écrivaient phantaisie, et utensiles qui 
vaut mieux que notre mot ustensiles, bisarrie pour 
bizarrerie, dictionaire meilleur que dictionnaire, 
oblier pour oublier, mecredi pour mercredi, fron- 
de pour furoncle, haran pour hareng, etc., c'est-à- 
dire que jouissant d'une liberté qui n'existe plus 
pour nous, il écrivait mieux que son avertissement 
ne semblait annoncer. 

Meurier a du reste pu faire son profit d'une 
œuvre de grand mérite et beaucoup plus complète 
que la première édition de la sienne, à savoir, du 
Dictionaire francois-f.mnen autrement clict, les mots 
français tourniez en fianien, avec plusieurs phrases 
ou manières de parler fort propres pour apprendre 
rusage dHceidœ. Recueilli et mis en lumière par lean 
Taye, maistre d'escole française (Gand, chez lean 
Salenson, 1582). 

Des exemplaires, qui ne diffèrent que par les 
deux premières pages et les quatre dernières, ont 
paru sous le nom de Gilles Verniers, également 
(c maistre d'escole à Gand » [Biblioth. de Gand, G. 
n^« 570 et 571). 

Dans sa dédicace aux « Grand bailly, Eschevins 
et doyens de la ville de Gand » lean Taye dit très 
sensément : 

« ...Entre les choses esquelles la Jeunesse se 
doibt appliquer, il est certain que la cognoissance 
des langues n'est pas des dernières, car sans icelles 
tant s'en fault qu'ayons accès aux arts, que mes- 
mes sommes forclos de toute communication des 
uns avec les autres, de toute hantise et trafique 
mutuelle : comme l'expérience le monstre assez 



— 310 — 

journellement au très grand regret de plusieurs. 
Et pource que la cognoissance de la langue Fran- 
çoise est aujourd'huy aux Flamens de quelque 
estât qualité ou condition qu'ilz soient, autant 
nécessaire que nulle autre, pour ceste cause, et 
pour en partie satisfaire au désir que j'ay d'ayder 
selon mon petit pouvoir à ce que la Jeunesse 
soit bien enseignée et instruicte, en partie pour 
m'acquiter du debvoir qui m'oblige à ma nation , il 
m'a semblé bon et expédient pour le soulagement 
et le profit de la dicte Jeunesse, de translater de 
François en nostre langue vulgaire, les dictions et 
mots compris au grand Dictionaire de feu Robert 
Estienne : et pour meilleure et plus claire intelli- 
gence de la propriété d'iceulx, y adjouster et 
approprier quelque-fois une ou deux des plus 
notables sentences et manières de parler, le plus 
élégamment qu'il m'a esté possible... » 

Avec un guide tel que R. Estienne, on comprend 
que l'œuvre de I. Taye nous donne sans trop de 
lacunes considérables, la langue française du 
temps; et comme Fauteur y ajoute des traductions 
très exactes, par périphrases au besoin s'il ne 
trouve pas de mot flamand équivalent, son diction- 
naire est, en somme, excellent et paraît avoir été 
mis à contribution par tous ses successeurs. Meu- 
rier le premier y a largement puisé pour son édition 
augmentée de 1584. On le voit surtout là où, 
pour traduire, Taye recourt à une périphrase : 
souvent celle-ci a passé dans la nouvelle édition 
de Meurier. 

Néanmoins préoccupé, semble-t-il, de ces ques- 



— 311 — 

tions d'antériorité, Meunier écrit dans un dernier 
avis au lecteur : 

« ...Si les ravasseurs et brouillons se deuoient 
distiller le cerveau à contrefaire et saccager noz 
lucubrations, ils ne trouueront pas, et ne pour- 
ront avec vérité nijer que Meurier n'ait été le 
premier en tous ces pays-bas qui a mis en lumière 
le Dictionaire P'rançois-Flameng et vice verse- 
ment le Flamend-François. » 

Quoi qu'il en soit de ce brevet que Meurier se 
décerne à lui-même, on aura remarqué que son 
orthographe a peu de fixité puisqu'il écrit ici 
Flameng et Flamend, à quoi il faut ajouter qu'au 
titre môme le dictionnaire dont il parle, portait 
flamen, comme le titre d'un autre de ses ouvrages 
portait : coniugaisons flamen- françaises . 

Très supérieure à l'œuvre de Meurier est le 
« Dictionaiae françois-flameng très ample et copieux, 
auquel on trouvera un nombre presque i^ifmi de 
termes et dictions, plus qu'en ceux qui jusques à 
présent sont sortiz en lumière, auec plusieurs formes 
et manières de parler tres-ele gantes — recueilli des 
plus accomplis dictionaires dernièrement imprimez 
en France, par Mathias Sasbout » (Anvers, chez 
lean Waesberghe, 1579). 

L'auteur nous apprend, dans sa dédicace aux 
seigneurs députés du Conseil d'État de Hollande, 
datée de Dordrecht, qu'après avoir bon espace de 
temps travaillé à la composition d'un « Dictionaire 
Flamen- Françoy s n qui (ni imprimé en son absence, 
il s'employa « plus ardemment qu'au parauant à 
translater de Françoys en bas Aleman le grand 



— 312 — 

Dictionaire Françoys-Latin de R. Estienne, de 
nagLières augmenté par Jacques du Puis. » Sans 
parler ni de Vander Keere, ni de Meurier, il ajoute 
« D'iceluy amplifié auons suiuy et interprété les 
termes et dictions le plus naiuement qu'il nous a 
esté possible en y adioustant quelques foys une 
ou deux sentences et manières de parler, pour plus 
ample déclaration et pour mieux démons trer la 
diversité des significations des vocables... » 

Le travail de Sasbout a donc été celui d'un 
copiste pour le français, et d'un traducteur en son 
texte flamand. Ses traductions paraissent d'ailleurs 
soignées, exactes et d'une bonne langue. Bas- 
allemand et Flamand étaient alors deux noms de 
la même langue, plus tard appelée thioise, qui se 
parlait en Hollande comme en Flandre. 

L'important pour nous, dans les œuvres dont il 
vient d'être parlé, c'est, nous semble- t-il, la 
preuve du soin qu'on mettait chez nous , jus- 
qu'aux temps les plus troublés du seizième siècle, 
à l'étude de la langue française, et le mérite 
sérieux des œuvres qu'on y consacrait. 

Ad. D. 



— 313 



ICONOGRAPHIE NORBERTINE. 



m. 



séries de gravures représentant la vie de 
saint Norbert. 



An dix-sej)tième siècle, les abbayes et les 
monastères contribuèrent, pour une large part, 
au remarquable essor que prirent les beaux-arts, 
dans les Pays-Bas surtout. Les chefs-d'œuvres qui, 
de nos jours, ayant échappé heureusement à la 
tourmente révolutionnaire, ornent nos églises et 
nos musées, attestent hautement ces faits bien 
dignes d'attention. 

Désirant faire connaître aux foules, afin de la 
rendre populaire, la physionomie des Saints qui 
ont illustré leurs Ordres, les supérieurs des commu- 
nautés religieuses eurent recours au pinceau des 
artistes, au burin des graveurs, pour reproduire 
les images, les traits les plus marquants de la vie 
de ces Bienheureux. 

De là, cette nombreuse collection si recherchée 



— 314 — 

de nos jours, de gravures placées en séries et 
retraçant les principaux événements de la vie des 
Saints fondateurs d'ordres religieux. La troisième 
livraison de l'Iconographie Norbertine contient la 
description des vies illustrées de saint Norbert, 
fondateur de l'Ordre de Prémontré '. 

Nous connaissons actuellement trois séries de 
ce genre : la première, gravée par Théodore Galle 
(1622); celle de Pfeffel (1756) et celle de Klauber 
(1789), auxquelles nous croyons devoir ajouter 
une quatrième, ne se composant, il est vrai, que 
d'une planche : le portrait de saint Norbert, 
entouré de médaillons , exposant les principales 
scènes de la vie du glorieux Saint. 

I. 

La Vie de saint Norbert, 
Par THÉODORE GALLE. 

La série de gravures due au burin de Th. Galle réclame 
la première place à titre d'ancienneté ; on pourrait même 
dire et à titre de supériorité, car elle a puissamment guidé 
et inspiré tous les artistes qui depuis lors, ont traité le 
même sujet. Ces gravures se distinguent par une rare 
finesse d'expression, une extrême délicatesse dans les 
moindres détails. 

De format in-S» m., elle se compose : a) d'un magnifique 
frontispice gravé; &) d'une dédicace de quatre pages non 
paginées suivies de deux autres pages, relatant les éloges 
décernés à l'Ordre de Prémontré et à son chef illustre, et 

1 Saint Norbert naquit vers 1092, et mourut en 1134. 



— 315 — 

enfin l'approbation ecclésiastique; c) un portrait de saint 
Norbert précède les 34 gravures représentant les princi- 
pales scènes de la vie du Saint. 

Les exemplaires complets contiennent, à la suite des 
susdites gravures, l'abrégé en trois langues : espagnole, 
flamande et française, de la vie du Bienheureux; abrégé 
qui consiste dans la traduction des notes biographiques 
écrites en latin au bas de chaque gravure. Le texte espagnol 
compte sept pages : le flamand, en caractères gothiques, en 
a huit, et le texte français, huit, non paginées. Il existe 
plusieurs tirages de cette vie de saint Norbert. La première 
édition, avec la dédicace et le sommaire biographique en 
trois langues, est très rare. Il est, de nos jours extrême- 
ment difficile d'en rencontrer des exemplaires, tirés sur 
vélin ou coloriés. Les tirages ultérieurs ont été très nom- 
breux, et ont fini par user les planches, c'est pourquoi 
l'on recherche surtout les premières éditions qui ornent 
souvent aussi la vie de saint Norbert, écrite en langue 
flamande par Chrysostôme Van der Sterre^ 

Il nous a été donné de composer cette étude, d'après 
l'exemplaire provenant de la bibliothèque de ce savant 
abbé de Saint-Michel, co-auteur de la vie gravée par 
Th. Galle. Cet exemplaire, qui se distingue par la beauté 
des épreuves, se conserve à l'abbaye du Parc lez-Louvain. 
Le Révérendissime Prélat de ce monastère, Monseigneur 
F. Versteylen, a daigné nous le communiquer, avec une 
bienveillance rare, et nous sommes heureux de pouvoir 
lui renouveler ici l'expression de notre vive et profonde 
gratitude. 

Au sommet de chaque gravure est imprimé un texte 
de l'Écriture Sainte, se rapportant à la scène représentée, 

« Chr. Van der Sterre, né à Bois-le-Duc en 1591, élu abbé de Saint- 
Michel en 1629, mourut en 1652. 



— 316 — 

dont l'explication historique est donnée sommairement au 
bas de l'image. 

Ces sommaires encadrés d'un double filet noir, sont 
l'œuvre du R. Ghrysostôme Van der Sterre. Les gravures, 
texte compris, mesurent : 0,15 sur 0,07. 

Frontispice. — Le frontispice présente le titre suivant, 
entouré d'un gracieux ovale : « Vita S. Norberti, canoni- 
' corum Prsemonstratensium Patriarchge Antverpise apos- 
' toli Archiepisc. Magdeburg. ac totius Germanise pri- 
' matis, Goncinnabat et Elogiis illustrabat R. P. F. lo. 
' Ghrysostomus Van der Sterre S. T. B. FOR. in S. 
' Michaele Prior Antverpise. » 

Aux chapiteaux annelés de deux piliers, unis entre eux 
par une corniche enrichie d'ornements, est suspendue une 
tapisserie frangée, gracieusement relevée par une tète 
d'ange aux ailes déployées. Sur un fond blanc, de forme 
ovale, se détache le titre susdit. Au-dessus de la corniche 
le Divin Sauveur, apparaît entouré de rayons et de nuages, 
la tête nue, et les cheveux frisés, la main droite étendue, 
et tenant, de la gauche, un globe surmonté d'une croix. 
Sur le chapiteau du pilier de droite, un médaillon encadré 
et enguirlandé présente l'effigie du pape Gélase II; sur le 
piédestal du même pilier, se dresse un ange ailé, symboli- 
sant la vie contemplative; il est richement vêtu d'une 
tunique et d'un pourpoint à lambrequins et chaussé de 
brodequins; sa tête, où ondule une chevelure abondante, 
est entourée d'un cercle flamboyant. De la main droite, il 
soutient un livre, surmonté d'un calice d'où s'élève une 
sainte hostie; dans la main gauche, il porte un cœur ailé 
surmonté d'une flamme; ses regards se dirigent vers le 
divin Sauveur. Sur le socle du même piher est gravée cette 
inscription : vita contemp., et, plus bas, un médaillon 
encadré, à l'eflîgie du pape Honorius II. 



— 317 — 

Au-dessus de la corniche du pilier gauche, est placé un 
médaillon en guirlande à l'efligie du pape Gallixte II. Au 
pilier gauche est adossé un ange ailé figurant la Tie active, 
sous la figure d'un pèlerin. Il est vêtu simplement d'une 
courte tunique avec pèlerine, et chaussé de larges brode- 
quins. Sa tète, couverte d'un chapeau, est entourée de 
rayons; de la main droite, il porte un flambeau allumé, 
une gourde, un livre et une discipline; sa main gauche 
soutient un bâton de pèlerin, et un panier est attaché à son 
bras gauche. Sur le socle, on lit ces mots : vita activa, et 
plus bas, est représentée l'effigie du pape Innocent II, dans 
un médaillon encadré; une riche guirlande de fruits se 
rattache par des anneaux au socle de chaque pilier. Puis, 
à la base de ces socles, un cartouche avec enroulements et 
arabesques, porte la dédicace suivante : 

« Admodum Reverendo Patri ac Domino. 

« D. Matthseo lersselio 

«« Ecclesise S. Michselis Antverp. Ord. Praem. 

«* Abbati Amphssimo. Th. Gallseus. L. M. D. G. Q. » 

Un écu aux armoiries de l'abbé Van lersel', s'élève sur le 
cartel de la dédicace, et est surmonté d'une mitre accostée 
d'une crosse de chaque côté. 

Sous le chapiteau du pilier, à droite, est gravée cette 
inscription : « Inspice et fac. » Sous celui de gauche : 
« Secundum exemplar. » Le texte suivant est inscrit au 
haut de la gravure : « Sentite de domino in bonitate. 
Sap. 1, 1. » Puis, au bas : « Antverpiae Theodorus Gallseus 
excudit. Cum Licentia Luperiorum. » 

Dédicace. — Dans la dédicace adressée à l'abbé Matthieu 
Van lersel, Révérendissime Prélat de Saint-Michel, le Père 



1 D'argent à la fasce d'or, surmontée d'une rose de gueules, et trois 
bandes d'azur en pointe. 



— 318 — 

Chrysostûme Van der Sterre rappelle brièvement les éloges 
décernés à saint Norbert par plusieurs Souverains Pontifes, 
et les faveurs éclatantes qu'ils daignèrent accorder à son 
Ordre en considération de ses mérites et de sa sainteté : 
'■ Ces témoignages éclatants du profond respect des Papes, 
ajoute-t-il, ont engagé le célèbre graveur Théodore Galle, 
à publier en images la vie apostolique de saint Norbert, 
sachant bien que l'exemple est la meilleure de toutes les 
leçons. Afin que cette publication, complétée par des expli- 
cations qui lui paraissaient nécessaires, pût décider les 
lecteurs à marcher sur les traces d'un si glorieux Saint, il 
me pria d'y ajouter, soit des éloges concis, soit des récits 
historiques parfaitement exacts, rédigés d'après les vies 
plus détaillées que déjà nous avons publiées. Théodore 
Galle, par cette publication, a bien mérité de la ville 
d'Anvers, en reproduisant, cinq cents ans après sa mémo- 
rable arrivée dans notre ville, la sainte et glorieuse image 
de l'apôtre de la cité. Et de plus il a bien mérité de l'Ordre 
de Prémontré, en rappelant à tous les membres de la 
famille Norbertine, les vertus éclatantes que leur illustre 
fondateur leur a laissées à imiter. » 

De la part de l'auteur du texte explicatif, la dédicace de 
cette œuvre était due au RR™^ Prélat de Saint-Michel. 
Diverses raisons engageaient le graveur. Th. Galle, à 
suivre l'exemple de l'écrivain. 

Cette dédicace, datée du 23 septembre 1622, se termine 
par des vœux de bonheur adressés au R. Prélat Matthieu 
Van lersel, par son très humble et tout dévoué frère Jean 
Ghrysostôme Van der Sterre. 

Les deux pages suivantes contiennent les éloges décernés 
à l'Ordre de Prémontré et à son glorieux fondateur par 
saint Bernard, et par les papes Adrien IV, Innocent IV, 
Boniface VIII, Clément VIII et Grégoire XV. 



— 319 — 

L'approbation du censeur ecclésiastique d'Anvers, 
datée du 26 septembre 1622, est signée : Cornélius de 
Witte S. T. L., archidiacre de la Cathédrale. 

Portrait de saint Norbert. — D'abord, au haut de la 
gravure, se lit cette inscription : <• In Fide et lenitate ipsius 
« Sanctum fecit illum. Ecclici 45, 4. » 

Le portrait du Saint est placé au milieu d'un ovale 
encadré d'arabesques et d'enroulements, orné de branches 
de laurier et surmonté de deux anges ailés, ayant la tête 
frisée et des écharpes flottantes; portant d'une main, une 
branche de lis, de l'autre soutenant une couronne de 
lauriers qui s'élève au-dessus du cadre. Saint Norbert est 
représenté à mi-corps, la tète nimbée et couverte d'une 
mitre richement décorée. Par dessus les habits de l'Ordre, 
il porte une chape parsemée d'étoiles et ornée du pallium; 
de la main droite, il soutient l'ostensoir du Saint Sacrement 
et de la main gauche, il présente une palme et une croix. 

Au bas du cadre, une tète d'ange ailé surmonte un car- 
touche encadré et enguirlandé, où se lit l'inscription 
suivante : 

« Sanctus Norbertus, Gandidi Prœmonstratensium Gano- 
« nicorum Ordinis Antesignanus et Parens, Antverpise 
« Apostolus Archiepus Magdeburgensis,totiusque Germanise 
« Primas. » 

A droite du Saint se tient debout, sur la base évasée du 
cartouche, une femme d'un âge avancé, vêtue d'une robe 
longue avec tunicelle, et la tête couverte d'un voile. Elle a, 
dans sa main droite, un livre rehé surmonté d'une tiare; 
au petit doigt de la même main, sont suspendues deux clefs. 
De la main gauche, elle montre un calice surmonté d'une 
hostie sainte. Au-dessus de la tiare plane, les ailes étendues 
une colombe entourée de rayons. Sous les pieds, chaussés 



— 320 — 

de brodequins, de cette figure symbolique se lit ce seul 
mot : Fides. 

A gauche du portrait du Saint, apparaît une jeune 
femme, debout, vêtue d'une robe longue et d'une tunique 
aux manches garnies en biais, rattachée par une ceinture, 
la tête couverte d'un ample voile, le front ceint d'une 
couronne d'épines. De la main droite elle tient, pressé 
contre elle, un crucifix qu'elle contemple avec amour; la 
main gauche soulève un pli de la tunique supérieure, et 
sous ses pieds nus, se lit cette brève inscription : Patientia. 
Au bas de la gravure, est inscrit ce texte de l'Écriture 
Sainte : «' Qui docti fuerint fulgebunt quasi splendor firma- 
'- menti, et qui ad juslitiam erudiunt multos, tamquam 
« stellse in perpétuas seternitates. Dan. 12. 3. " 

Les traits du Saint sont énergiques et dénotent une 
grande fermeté tempérée par la douceur. La physionomie 
diffère, sous plus d'un rapport, du type traditionnel. 

Série de 34 gravures représentant la Vie de saint Norbert. 

Planche I""». 
Naissance de saint Norbert. 

Dans une chambre bien meublée, le jour pénètre par 
deux fenêtres vitrées, à volets et avec encadrements. Une 
glace est suspendue au mur. A gauche, sur un lit à baldaquin 
avec colonnettes sculptées, et orné de rideaux à franges, 
repose Hadwige, mère de Norbert. Un rayon lumineux sur 
lesquels se lisent ces mots « yEquo animo esto Hadwigis 
« quoniam magnus apud Deum futurus est etc., » semble 
passer à travers les vitraux, et descend vers l'heureuse 
mère. 

Vis-à-vis, sur l'avant-plan, auprès d'un lavabo à pieds 
contournés, deux femmes à genoux donnent leurs soins à 



— 321 — 

l'enfant qui vient de naître. Deux autres femmes, dont 
l'une porte une aiguière, sont debout, à droite de la salle, 
et regardent le nouveau né avec une visible attention. Au 
fond est dressée une table couverte d'un riche tapis brodé 
et entourée de sièges. 

Au haut de la gravure, on lit : « Erit magnus coram 
« Domino. Luc. 1, 15. » Au bas, est gravé ce sommaire : 
" Nascitur Sanctis in Glivia Norbertus loco multorum 
« martyrum sanguine olim nobilitato, genus trahens ex 
« illustri Francorum et Germanorum illorum prosapia qui 
« Salici vocati sunt, parentibus nobilissimis Heriberto et 
«• Hadwige, quse ante ejus ortum cœlesti oraculo de futura 
«« infantis dignitate divinitus edocetur. ■> 

Planche II. 
Norbert à la cour de l'Empereur. 

Sur un trône que domine un baldaquin à lambrequins, 
orné de riches draperies, se voit l'empereur Henri, assis 
dans un fauteuil surmonté d'un aigle à deux tètes, blason 
impérial des souverains de l'Allemagne. L'empereur portant 
la couronne du Saint Empire, revêtu du manteau impérial, 
le glaive nu dans la main droite, appuie sa main gauche 
sur un globe surmonté d'une croix. Ses regards se dirigent 
vers Norbert qui se tient debout devant lui, à gauche. A 
droite du trône est placé le chancelier de la cour, vêtu d'un 
manteau avec camail en hermine, la tête couverte d'une 
toque, tenant en main une charte ; près de lui le comman- 
dant des gardes impériaux, dont on aperçoit les lances, les 
hallebardes et les casques. Norbert, la tête nue et les 
cheveux flottants, ceint de l'épée de chevalier, portant le 
riche costume des gentilshommes, et les bottes à éperons, 
tient dans la main gauche son chaperon orné de plumes, et 

21 



— 322 — 

étend la main droite, comme pour attester la vérité des 
paroles qu'il adresse à son souverain. Il est suivi de deux 
pages, dont l'un tient en laisse un lévrier. Dans l'angle 
gauche, la draperie soulevée laisse apercevoir à travers 
une fenêtre ouverte, ce qui se passe à l'extérieur. Là, 
auprès d'une porte, se voient deux dames richement vêtues, 
Norbert s'incline devant elles, et leur offre des hommages. 

En haut de la gravure est gravé le texte : « Factus est 
« Ephraim quasi coluraba seducta, non habens cor. 
« Osée 7, 11. » 

Au bas, le sommaire : «• Blandientis mundi Norbertus 
« captus illecebris, viam spatiosam ingreditur sinistri 
« lateris, et aeternae salutis immemor primum inventas 
« florem in Aulis tum Friderici Goloniensis. Archiepiscopi. 
« tum Henrici IIII Imperatoris, qui et ipse de Salicorum 
« stirpe fuit, lasciviendo dissipât. » 

Planche III. 
Norbert terrassé. 

Près d'un rocher d'où s'élance un arbre aux branches 
étendues, Norbert, somptueusement vêtu, est étendu à 
terre, à côté de son cheval caparaçonné et renversé égale- 
ment. Au haut du ciel, couvert de nuages épais, les éclairs 
fulgurants projettent sur le malheureux chevaher, leurs 
rayons que perce la foudre. Un autre rayon plus faible, qui 
sort de la bouche du cavalier, semble remonter vers le ciel 
portant gravés ces mots : « Domine, quid me vis facere? » 

A droite, le serviteur de Norbert, debout, terrifié, étend 
les mains pour marquer sa frayeur et pour relever son 
maître. A gauche, à l'arrière plan, on aperçoit la ville de 
Freden entourée de coUines. 

En haut de la gravure se lit cette inscription : « Vas 



— 323 — 

« electionis est m ihi iste, ut portet nomen meum coram 
« gentibus. Act. 9. 15. » 

En bas : « Dum phalerato equo in Freden tendit, horridà 
« abortà tempestate, per fulmen equo excutitur : exanimis- 
« que propemodum in terram delapsus, post liorse circiter 
«« spatium sibi redditus, iam prsepotenti Dei manu conver- 
« sus, melioris vitse suspirat novitatem. » 

Planche IV, 
Norbert au Couvent de Siegburg. 

Dans une salle entourée de colonnes sont assis — auprès 
d'une table couverte d'un tapis, où sont étalés un manteau, 
une tète de mort, deux disciplines et plusieurs livres 
ouverts — Norbert placé à droite, sur un siège à dossier, et 
le R. Gonon, abbé de Siegburg. 

Norbert, richement vêtu, la tête couverte de la toque des 
nobles, le collier de chevalier au cou, s'entretient avec 
l'abbé qui, revêtu des habits monastiques, la tête nue, et 
tenant la crosse de la main gauche, étend la droite vers le 
noble pénitent, comme pour le convaincre de la nécessité 
où il se trouve de chercher à connaître la volonté de Dieu, 
afin d'y conforme)' ses actions et sa vie. Le pieux prélat est 
entouré de six religieux, en habits de chœur, qui écoutent 
les avis de leur père; le plus jeune d'entr'eux paraît inat- 
tentif et s'occupe à examiner l'un des livres ouverts étendus 
sur la table. 

Au fond de la salle, à droite, dans une niche entourée 
d'un encadrement, se voit la statue du Sauveur du monde, 
la main droite étendue, tenant un globe dans la main 
gauche; du côté opposé, s'élève dans une niche toute 
pareille, l'image de la Très Sainte Vierge portant l'Enfant 
Jésus, 



— 324 — 

Au milieu du mur du fond entre les deux colonnes, une 
espèce de porte, ou de passage ouvert, montre au loin des 
bâtiments d'apparence imposante. 

Au haut de la planche est gravé ce texte de l'Écriture : 
« Relinquite civitates, et habitate in petra habitatores 
« Moab. lerem. 48, 28. » 

Au bas : « Relictis aulse vanitatibus, et mundi nauseans 
«' delicias, ad sacrum se confert Sigebergense Divi Bene- 
« dicti Cœnobium, ubi sub pollice B. m. Gononis Abbatis, 
« inter sanctos illos religiosos, prima pietatis tyrocinia 
« ponit, et spiritualibus exercitiis Dei super se beneplaci- 
«' tum exquirit. » 

Planche V. 
Norbert renonce au monde et est ordonné prêtre. 

A l'avant-plan, Norbert, entouré de divers personnages, 
la tête nue et ceinte d'un rayon lumineux, nu-pieds, vêtu 
d'une grossière tunique de peaux d'agneau, ayant une 
simple corde pour ceinture lève sa main gauche vers le ciel. 
De la main droite, il montre, délaissés et jetés à terre, son 
collier, son casque, son épée, sa cuirasse, sa toque et ses 
jambières de chevalier. Les divers personnages qui l'en- 
tourent expriment leur étonnement. 

Au second plan, on voit le chœur d'une église romane, 
dont les voûtes sont soutenues par des colonnes et les 
fenêtres ornées de vitraux. 

Au pied de l'autel est agenouillé Norbert, vêtu d'une 
chasuble, la tête nue et entourée de rayons. Près de lui, 
l'évêque assis est entouré de quatre assistants, dont l'un 
porte la crosse, un autre tient ouvert le missel, le troisième 
est debout, faisant l'office de diacre, et le quatrième est à 
genoux. La table de l'autel est couverte d'un tapis; sur 
l'autel se dressent autour du cahce, le missel et deux chan- 



— 325 — 

deliers, avec les cierges allumés. Au-dessus de l'autel, est 
suspendu un tableau qui représente Saint-Michel armé du 
glaive, terrassant le serpent. Sur les volets, à droite est 
figurée l'image d'un Saint; à gauche, celle de la Très 
Sainte Vierge avec le divin Enfant. 

De l'autre côté de la balustrade qui entoure le sanctuaire, 
une foule recueillie assiste à la cérémonie de l'ordination 
sacerdotale. 

Au haut de la gravure, se lit ce texte de saint Paul : 
« Renovamini spiritu mentis vestrse, et induite novum 
« hominem. Ephes. 4. 23. 24. » 

Au bas : « Depositis publice pretiosis illis vestibus quibus 
« hactenus mundo sub vanitatis Labaro militaverat, as- 
« sumpto ad carnem horrido cilicio, desuper contexto ex 
« pellibus agninis habitu se induit, quo deperditse inno- 
« centisB assiduo admoneretur : atque ita sacro Presbyterii 
« honore insignitur, » 

Planche VI. 
Norbert est insulté au moment où il prêche la parole de Dieu. 

Au milieu d'une place publique, Norbert nu-pieds, la tête 
nue et nimbée, vêtu d'une tunique de peaux ceinte d'une 
corde, tenant un crucifix dans la main gauche, la main 
droite étendue, prêche l'Évangile à la foule qui l'entoure. 
Aux pieds du missionnaire sont assises des femmes avec 
leurs enfants ; en face d'elles se tiennent deux chanoines, la 
tête couverte du biretum et revêtus de leurs aumusses ; ils 
étendent les mains pour manifester leur étonnement, un 
homme aux traits farouches et irrités s'approche brusque- 
ment du Saint et lui crache au visage. 

Au fond du tableau, une porte monumentale, ouverte 
toute grande, laisse voir dans le lointain une sorte de 
pyramide . 



— 326 — 

L'inscription suivante se lit en haut de la gravure : 
« Argue, obsecra in omni patientia et doctrina. 2 Timoth. 
« 4. 2. " 

Au bas : « Incalescente in prœcordiis ejus igné Spiritus 
« sancti, prsedicationi Evangelicse se accingit, quà devios 
«' ab errore retrahat, et peccati veterno sepultos ad novam 
" vitam excitet, unde graves patitur calumnias, et ab igno- 
« bili clerico ignominiose conspuitur, sed detersa facie 
« lacrymis injuriam ultus est. » 

Planche VIT. 
Norbert célébrant la messe à Rolduc. 

Dans une crypte soutenue par des colonnes, Norbert la 
tête couronnée de rayons lumineux, revêtu d'une riche 
chasuble, célèbre la sainte messe à un autel recouvert d'un 
tapis avec bordures à franges. Sur cet autel, surmonté d'un 
dais avec tentures relevées, un crucifix est placé entre 
deux chandeliers portant des cierges allumés; il s'y trouve 
aussi un missel, un canon ou tableau et un corporal déployé. 

A côté de l'autel les burettes sont placées sur un petit 
coffre carré recouvert d'une nappe. Le Saint, soulevant le 
calice de la main droite et tenant la patène de la main 
gauche, consomme le précieux sang. Au-dessus du Bien- 
heureux, on voit pendre à la voûte une toile d'araignée, 
pour rappeler le fait arrivé en cette circonstance. Une 
araignée énorme étant tombée dans le calice déjà consacré, 
le Saint n'hésite pas à avaler l'insecte, avec le sang de 
Jésus-Christ. Au pied de l'autel, se tient agenouillé l'acolyte 
dans son large surplis; puis une dame pieuse, vêtue modes- 
tement, portant suspendues à sa ceinture une clef et une 
aumônière, et enfin quatre personnages qui, les mains 
jointes, assistent respectueusement à la célébration du 



— 327 — 

Saint Sacrifice. Deux lampes suspendues au centre de la 
voûte éclairent cette scène. 

En haut de la gravure, on lit : « Si mortiferum quid 
» biberint, non eis nocebit. Marci 16. 18. » 

Au bas : « Gelebranti in crypta Sancto Norberto grandis 
« aranea in calicem consecratuin delabitur, quam magna in 
« Deum fide (in quâ miriflce semper excelluit) cum sanguine 
« dominico illsesus sorbuit, quod vires suas venenum, 
« salutifero hoc antidoto crederet amisisse. » 

Planche VUI. 
Norbert assistant auprès du Cardinal légat, au concile de Fritzlar. 

Dans une vaste salle voûtée en plein cintre et éclairée 
par des fenêtres à vitraux, le Cardinal légat, vêtu du rochet 
et de la mozette, et la tète couverte du chapeau de car- 
dinal, est assis sur un trône à deux marches, surmonté 
d'un dais avec draperies relevées. Il est entouré d'évèques 
mitres, de chanoines et de religieux, assis sur des fauteuils 
ou sur des bancs. 

Deux chanoines, coiffes du biretum, et trois autres per- 
sonnages laïques, sont placés sur un banc adossé au mur 
latéral. 

Norbert, nu-pieds, la tète entourée de rayons, vêtu d'une 
tunique grossière, tenant un livre dans la main gauche, 
étendant la main droite dans la chaleur de son discours, 
adresse la parole au Cardinal légat, président de l'assem- 
blée. Un rayon d'en haut vient tomber sur le courageux 
orateur, dont l'ardente éloquence confond ses adversaires. 
L'attitude des assistants indique leur admiration. 

A l'entrée de la salle, dans le vestibule se tiennent des 
soldats armés de hallebardes, qui gardent l'entrée de la 
porte largement ouverte. 



— 328 — 

On lit ces mots, en haut de la gravure : <• Dabo vobis os, 
« et sapientiam, cui non poterunt résistera. Luc. 21. 15. » 

En bas : <• Ut niliil Norberto deesset ad exercitium 
" patientiae, prseter complures tam publicas quam privatas, 
« quod Dei gloriam zelaret, et peccata acriter perstrin- 
« geret, sibi factas molestias; in Goncilio Friteslariensi 
«« corain Gonone Cardinale Prsenestino causam dicere 
« jussus, Spiritu Sancto patrocinante de adversariis trium- 
" phat. » 

Planche IX. 
Norbert distribue ses biens aux pauvres. 

Dans une salle ouverte, soutenue par des colonnes, 
éclairée par deux fenêtres à vitraux losanges, ornée de 
bancs de bois à dossiers sculptés et d'un buffet armorié 
dont les battants sont décorés de ciselures, Norbert dis- 
tribue ses biens aux pauvres. Devant une table couverte 
de sacs d'argent, il se tient les pieds nus, la tête entourée 
de rayons, vêtu d'une tunique de peau ceinte d'une corde, 
et remet des pièces d'argent aux pauvres qui lui tendent 
leur escarcelle. Parmi ces malheureux se voit un pauvre 
estropié, aux pieds nus, qui s'appuie sur une courte 
béquille; des enfants ramassent les pièces tombées à terre, 
et tendent leurs bras vers le Saint ; à côté de Norbert, des 
serviteurs distribuent des vêtements aux misérables. Des 
portefaix avec leurs fardeaux s'éloignent par la porte 
d'entrée. Les traits de Norbert expriment la douceur et le 
contentement. Près de la table se voit un coffre fortement 
cerclé de fer. 

En haut de la gravure, on lit : « Dispersit, dédit paupe- 
« ribus, justitia ejus manet in sseculum sseculi. Psalm. 
« 111. 9. » 

Au bas : « Ut expeditius cœlum peteret, quidquid ipsi 



— 329 — 

« hactenus vel ex patrimonils (quse amplissima liabuit) vel 
" aliimde obvenerat bonorum; per manus pauperum raro 
« liberalitatis exemple, ad cœlos prœmittit, Deum posthac 
" in hîereditatem habiturus. » 

Planche X. 
Norbert aux pieds de Gélase IL 

Le pape Gélase est assis sur un trône à baldaquin, avec 
lambrequins et tentures relevées. Revêtu d'une étole et 
d'une mozette, la tète couverte d'une calotte, il présente de 
la main gauche un diplôme, muni du sceau pontifical, à 
Norbert qui se tient à genoux devant lui, et qu'il bénit de 
la main droite. A droite du pape, sont assis deux évèques 
mitres, et se tiennent deux jeunes clercs-camériers ; à 
gauche du Souverain Pontife siège un haut dignitaire ecclé- 
siastique, coiffé d'un biretum et vêtu d'un rochet avec 
caniail. Norbert, pieds nus, la tête tonsurée et cerclée de 
rayons, vêtu d'une tunique en laine et d'un manteau sur 
lequel est attaché un large chapeau rond, reçoit du pape 
Gélase l'autorisation de prêcher dans toutes les contrées de 
la terre. Le fidèle compagnon du courageux apôtre, et 
deux autres personnages, sont à genoux auprès de lui. 

Au-delà de la balustrade qui coupe l'avant-plan, se dresse 
l'église St-Pierre avec son dôme et sa coupole. 

En haut de la gravure, on lit : « Opus fac Evangelistae, 
« ministerium tuum impie. 2 Timoth. 4. 5. » 

En bas : « Nuda nudi Jesu vestigia toto mentis annisu 
« sequi affectans, tunica lanea et paupere pallio supra 
« cilicium suum amictus, nudis ut jam triennio fecerat 
'• pedibus in Galhas ad Gelasium PP. IL contendit : a quo 
« per totum mundum prsedicandi potestatem accipit, recu- 
« satis humiliter quos offerebat amplissimis honoribus. » 



— 330 — 

Planche XI. 
Norbert rend visite à Burchard, évêque de Cambrai. 

Une salle, dont la porte est ouverte, laisse entrevoir au- 
delà de vastes bâtiments. Deux fenêtres encadrées et vitrées 
y donnent accès à la lumière. L'ameublement se compose, 
au fond, de trois chaises à dossier placées près d'une 
grande table couverte d'un tapis, sur laquelle se trouvent 
un pupitre et un sablier. Sur une tablette sont rangés quel- 
ques volumes reliés, avec fermoirs, une brosse et un vase 
à encre s'y trouvent suspendus. Au centre de la salle, sur 
une petite table couverte d'un tapis, se voit un encrier avec 
sa plume et aussi deux manuscrits. Un fauteuil à bras 
garni d'un coussin, est placé tout auprès. Burchard, la tète 
couverte du biretum, vêtu du rocliet et du camail avec 
croix pectorale, reçoit entre ses bras Norbert, qui s'incline 
vers lui en étendant les mains. Le Bienheureux, nu-pieds, la 
tête tonsurée, et entourée de rayons, est vêtu d'une tunique 
et d'un pauvre manteau auquel, au moyen d'une corde, est 
attaché le chapeau de pèlerin. Près de Burchard se tient 
debout, pleurant et essuyant ses larmes, Hugues, chapelain 
de l'évêque ; il est vêtu de l'habit ecclésiastique et sa tête nue 
est également entourée de rayons. Le plafond est à pou- 
trelles en bois, des dalles carrées recouvrent le sol de la salle. 

En haut de la planche, on lit : « Fidelis Deus, per quem 
« vocati estis in societatem fllii ejus. I Cor. 1,9. » 

Au bas : « Gum Valencenis Burchardum inviseret Game- 
" racensem Episcopum, qui cum in Imperatoris palatio 
" nutritus erat, stuperetque Episcopus ob tantam Norbert! 
« mutationem, lacrymansque irrueret in collum ejus; in 
« propositi sui Socium B. Hugonem acquirit, qui Sancti 
» Patris spiritualibus excultus monitis, in magnam adole- 
« vit Sancti tatis perfectionem. » 



— 331 — 

Planche XII. 
Norbert partant en mission. 

Norbert, nu-pieds, la tête couverte d'un large chapeau et 
entourée de rayons, vêtu d'un manteau et d'une tunique en 
laine, étendant la main droite et appuyant sur un bâton 
sa main gauche, qui tient une branche d'olivier, prêche la 
parole de Dieu à la foule accourue pour l'entendre. A côté du 
Saint se tient son compagnon, Hugues, vêtu d'une tunique 
et d'un manteau, la tête couverte d'un large chapeau et 
surmontée d'un cercle ou nimbe; il porte de la main droite un 
gros livre relié, appuyant la main gauche sur son bâton; il 
regarde le missionnaire qui lui montre la foule. Près d'eux, 
deux femmes assises avec un enfant, et plusieurs autres 
personnages, attachent sur le prédicateur des regards où 
l'étonnement se mêle à l'admiration. A gauche du Saint, 
un âne harnaché est bridé par son guide qui le menace du 
bâton. Au fond, quelques bâtiments surmontés d'une tour. 
De la porte de la ville sortent des pèlerins qui accourent 
vers le missionnaire. Au loin s'étend un joli paysage que le 
soleil levant colore de ses ardents rayons, et où paraît un 
bâtiment servant d'étable aux brebis que garde un berger 
assis sous un arbre. 

En haut de la gravure, on lit : « Quasi tuba exaita 
« vocem tuam, et annuncia populo meo scelera eorum. Isa. 
« 59, 1. » 

En bas : « Norbertus incredibili flagrans pereuntium 
« animarum zelo, Urbes, pagos, Gastella perambulabat, 
« Apostolicse vitse exercitiis ad meliorem frugem plurimos 
« convertendo : quem turmatim excipiunt populi : nec 
'<■ ulla unquam cœli inclementia vel hiemis asperitate ab 
« incepto retardari potuit, quod nobiliore intus divinse 
« charitatis flamma caleret. » 



— 332 — 

Planche XIII. 
Norbert réconcilie deux ennemis. 

Sur une place publique s'élève une église surmontée d'un 
clocher; un mur crénelé sépare les personnages des habi- 
tations qu'on aperçoit alignées dans le fond du tableau. Sur 
un brancard recouvert d'un tapis, est posée une châsse avec 
couvercle à deux versants; la façade et les parois latéraux 
sont ornés de pilastres et d'ouvertures ornementées, et au 
milieu de la façade se dresse la statue d'un Saint. 

A droite et à gauche de cette châsse, deux seigneurs 
richement vêtus la tête couverte d'une toque à panache, se 
donnent la main droite en signe de reconciliation; ils sont 
accompagnés de plusieurs bourgeois qui assistent, comme 
témoins, à cette scène édifiante. 

Devant les deux seigneurs, Norbert, pieds nus, la tête 
rasée et entoui'ée de rayons, le chapeau attaché sur le dos, 
tenant de la main gauche une branche d'olivier, pose douce- 
ment sa main droite sur la main de l'un des deux ennemis 
qu'il a réconciliés. A la gauche du Saint, on voit, debout, son 
compagnon de voyage, ayant la tête auréolée et couverte 
d'un large chapeau, les pieds nus et tenant un bâton dans la 
main gauche. De gros nuages roulent dans un ciel orageux. 

En haut de la gravure, on lit : <• Quam pulchri super 
' montes pedes annunciantis et prsedicantis pacem ! Isa. 
' 52. 7. r> 

En bas : « Cupiens quam maxime amplificare regnum 

• Ghristi, quem sciret Principem pacis; indefesso studio 
« circumferens velut altéra Noë columba ramum olivse; 

• sese exhibuit (quoad vixit) Angelum pacis : qui invete- 
' rata ubique odia restingueret, et capitalibus ab invicem 
» inimicitiis dissidentes, Sanctorum reliquiis in medio 
' positis, reduceret ad pacem. » 



— 333 — 

Planche XIV. 
Norbert auprès du pape Calltxte II. 

Devant un édifice imposant que précède une galerie 
à colonnes, le pape Gélase, revêtu d'une étole et d'un 
camail, la tète couverte de la calotte pontificale, se tient 
debout, accompagné de plusieurs dignitaires ecclésiasti- 
ques. Norbert est prosterné devant lui, pieds nus, la tête 
tonsurée, cerclée d'un nimbe rayonnant, portant de la 
main gauche une branche d'olivier et baisant la mule du 
pape; le chapeau du pèlerin est attaché sur le manteau qui 
couvre le missionnaire. A droite du Souverain Pontife, on 
voit debout, Barthélemi, évêque de Laon, la tête nue, le 
bonnet à la main, vêtu du camail avec croix pectorale; 
à gauche, un légat pontifical, la tête couverte d'un cha- 
peau rond. Une escouade de hallebardiers richement vêtus 
occupe la gauche du tableau. 

En haut de la gravure : <• Labora sicut bonus miles 
« Ghristi Jesu. 2. Timoth 2, 3. » 

En bas : » S. Norbertus a Patribus Rhemensis Goncilii 
« anno 1119 celebrati, honorifice habitus, collatam sibi per 
• totum mundum concionandi facultatem, a Papa Gallisto II 
' renovari supplex petiit : qui non solum postulatis ipsius 
' bénigne annuit; sed Bartholoma30 insuper Laudunensi 

Episcopo illum impense commendat, qui conatus ipsius 

cum divinae glorise incremento proveheret. » 

Planche XV. 
Norbert reçoit la robe blanche des mains de la T, Sainte-Vierge. 

Dans une chapelle soutenue par des colonnes enguir- 
landées, la Mère de Dieu offre à Norbert la robe blanche 
qu'elle lui destine. Norbert est à genoux, nu-pieds, la tète 



— 334 — 

découverte entourée de rayons, vêtu de la tunique et du 
manteau de l'Ordre. Ses mains étendues et son visage 
radieux expriment son ravissement; il élève ses regards 
vers la divine Mère qui daigne se montrer à lui. La Vierge 
Marie, dont la tête voilée est entourée de rayons, vêtue 
d'un large manteau, désigne de la main droite, à Norbert, 
l'habit blanc, avec le capuchon et le scapulaire que lui 
présentent de sa part deux anges ailés ceints d'une 
écharpe. Marie porte sur son bras gauche l'Enfant- Jésus, 
couvert d'une tunique blanche, et le front ceint d'une 
auréole. De sa petite main levée dans un geste naïf, 
l'Enfant divin bénit son serviteur Norbert. Des anges 
groupés au milieu des nuages qui entourent la Vierge Mère, 
expriment leur joie et leur vénération, en répandant des 
fleurs qui jonchent le pavé. Aux pieds de Norbert, on 
voit, étendus sur les dalles, un livre ouvert, une branche 
d'olivier, un chapeau et des roses. A droite du Saint au 
second plan, se tient son compagnon, la tête nue et 
auréolée, les pieds nus, vêtu du manteau des religieux. 
Agenouillé devant un petit autel, ou prie-Dieu, couvert 
d'un tapis et éclairé par une lampe, il prie en regardant 
un livre qu'il tient entre ses mains; son chapeau de pèlerin 
est posé à terre, près de l'autel. 

En haut, on lit ces mots : « Omni tempore sint vesti- 
« menta tua candida. Eccles. 9, 8. » 

Au bas : « Gloriosa cœlorum Regina S. Norberto 
« apparet in Capella S. Joannis Baptistse Prsemonstrati 
« pernoctanti quse : preces ipsius exauditas denunciat, 
« locumque ubi primum Ordinis sui Gœnobium extrueret 
« praemonstrat : candidumque similiter habitum exhibet, 
« his additis verbis : Fili accipe Candidam vestem, atque 
«' ita Norbertus eodem ipso anno 1120 in vere, sub Candido 
« SUD vexillo Socios conscribere incipit. » 



— 335 — 

Planche XVI. 
Norbert découvre les reliques de Saint Géréon, etc. 

Dans une église romane à colonnes cylindriques, éclai- 
rée par des fenêtres à plein cintre, Norbert, vêtu de 
l'habit blanc, la tête rasée et cerclée de rayons, ayant la 
main droite posée sur la poitrine, et tenant dans la main 
gauche une branche d'olivier, est agenouillé devant un 
autel recouvert d'un tapis. Ses yeux levés au ciel, se 
fixent sur le bienheureux Géréon, qui lui apparaît et lui 
indique de la main droite le lieu de sa sépulture resté 
inconnue depuis 800 ans. Un livre ouvert et un biretum 
sont déposés à terre, devant le serviteur de Dieu. Le Saint 
martyr, entouré de nuages et de rayons, est revêtu de son 
costume de guerre : cuirasse, casque, bouclier; il tient de 
la main gauche une branche d'olivier. Au second plan, 
deux religieux, que dirige un évêque mitre et revêtu d'une 
chape richement ornementée, indiquant du doigt la place 
où ils doivent fouiller, creusent diligemment le sol, au 
moyen d'une pelle. Auprès d'eux, deux prélats en chape, 
portant la crosse et le bonnet, deux acolytes tenant chacun 
un cierge allumé, un clerc avec la croix épiscopale, et 
divers autres religieux, sont témoins de la précieuse décou- 
verte. Autour des membres du clergé, se presse la foule 
des curieux qui remplit toute l'église. 

En haut se lit l'inscription suivante : « Gustodit Domi- 
« nus omnia ossa eorum : unum ex his non conteretur. 
« Ps. 33. 21. » 

En bas : « Intelligens Norbertus quantum novo quod 
« meditabatur Gœnobio prœsidii accederet, si Sacris Divo- 
« rum rehquiis bene foret instructum ; Goloniam conten- 
« dit, ubi inter csetera S. Martyris Gereonis, ex ejusdem 
« Sancti (qui Norberto apparuerat) designatione, tumulum 



— 336 — 

« per 800 annos ignoratiim, anno 1121 mirabiliter detegit : 
« cui ex variis SS. ossibus duo ibidem Goloniae feretra 
« instruuntur. » 

Planche XVII. 
Saint Augustin offre sa règle à Norbert. 

Saint Augustin, la tête mitrée et ceinte d'une auréole, 
la barbe longue, tenant dans la main gauche la crosse 
épiscopale avec un cœur percé de deux flèches et surmonté 
de flammes, offre de la main droite un livre ouvert au 
digne serviteur de Dieu. Celui-ci humblement agenouillé, 
contemple avec admiration le saint évêque qui lui appa- 
raît, porté sur des nuages. Une banderole sur laquelle on 
lit ces mots : Aiigustinus ego sum, habes regiilam etc., 
va, avec de gracieuses ondulations, de la bouche de saint 
Augustin, s'étendre jusqu'au front de Norbert. Celui-ci, la 
tête tonsurée, entourée de rayons, vêtu d'un long manteau 
avec capuchon, tenant de la main gauche une palme et la 
crosse abbatiale, reçoit le livre ouvert qui lui est présenté 
et où se lit cette inscription : SU vobis atiinia una et cor 
unum in Deo, et non dicatis aliquid propriwn. 

Devant Norbert, un livre ouvert est étendu à terre, près 
d'un bonnet carré et d'une disciphne. Dans l'angle gauche 
du tableau, sur une table couverte d'un tapis, se trouvent 
placés : un crucifix, des volumes reliés : sermones, anno- 
tationes, etc., une tête de mort, un sablier, un vase. Au- 
dessus de la table, est suspendu au mur un tryptique à 
volets représentant la Vierge Mère qui tient le Divin 
Enfant ; une lampe brûle devant cette image. 

En haut se lisent ces mots : « Quicumque hanc regulam 
« secuti fuerint; pax super illos. Galat. 6, 16. » 

En bas : « S. Norbertus. Gum pro régula anxius fluc- 



— 337 — 

« tuaret Norbertus fratribusque preces indixisset ; Beatus 
" illi visus est Augustinus, qui a latere dextro prolalam 
« auream regulam suain, sub quâ deinceps militaret, cum 
'• luculentis promissis porrexit : atque Ita in festo Nativi- 
'• tatis Ghristi, anno U21, cum nova sua Societate in obse- 
«« quium perpetuum parvulo Jesu nato, solenni professione 
« sese devovendo, sub eadein régula se victurum spo- 
« pondit. » 

Planche XVIII. 
Vision du Divin Sauveur attaché à la croix. 

Aux pieds du Christ attaché à la croix, la tête couronnée 
d'épines et entourée d'un cercle lumineux d'où s'élancent 
sept rayons, plusieurs pèlerins sont prosternés ou étendus 
à terre. Tous ont revêtu la pèlerine; ils ont le chapeau sur 
le dos, la gourde à la ceinture, le bâton à la main ; quel- 
ques-uns sont pieds nus; plusieurs d'entr'eux, étreignant 
l'arbre de la croix, baisent les pieds du Divin Sauveur, 
Dans les angles du tableau, d'autres pèlerins, debout, fixent 
leurs regards sur le divin supplicié et étendent vers lui 
leurs mains suppliantes. 

Au second plan s'étend un riant paysage; à gauche, on 
voit une petite église, et à droite, un rehgieux, à genoux, en 
prières. 

En haut, on ht : «-Levabit signum in nationes, et congre- 
gabit profugos Israël. Is. 11, 12. » 

En bas : « Ghristus in Gruce septem solaribus radiis 
« conspicuus, visus est extruendse Pra^monstrati Ecclesise 
'• locum designare, ad quem magna peregrinorum multi- 
« tudo visa est accessisse : Ex quo S. Norbertus varias 
« ordini suo intellexit imminere procellas : verum suffectu- 
« rum semper Deum novos commilitones, qui sub sangui- 

22 



— 338 — 

« nolento Grucis Labaro, in Gandidâ sua Societate ad flnem 
« usque decertarent. » 

Planche XIX. 

Norbert exorcisant des possédés. 

Cette gravure représente une église romane soutenue 
par des colonnes et éclairée par deux fenêtres ; à droite un 
autel surmonté d'un tableau, où est peint le Christ en croix, 
avec des draperies relevées; sur l'autel, on voit un calice, 
un livre ouvert, un chandelier portant un cierge allumé; 
devant l'autel , plusieurs religieux , debout , sont en 
prières. 

Norbert, debout, vêtu du costume de l'Ordre, la tête 
couverte du biretum et ceinte d'une auréole tenant de la 
main gauche une palme et un livre, bénit de la main droite 
un enfant possédé que soutient un religieux, dont la tête 
est entourée d'un nimbe. Deux possédés sont debout près 
du Saint. Ils lèvent le poing, des flammes jaillissent de 
leur bouche; leurs traits convulsés expriment une vive 
souffrance; au-dessus d'eux s'envolent des démons. 

Aux pieds de Norbert, à droite, est couché un monstre 
hideux armé d'une fourche, ayant devant lui une marmite 
d'où sort un horrible crapaud. Il jette sur le Saint des 
regards furieux. Dans l'angle droit, près de l'autel, on voit, 
assis à terre, un possédé aux traits hagards, à peine vêtu, 
secoué par de fortes convulsions. 

En haut : « Super aspidem et basilicum ambulabis, et 
" conculcabis leonem et draconem. Ps. 90, 13. » 

Au bas de la gravure : « Apostolicae vitee Norbertus 
«: munia prosequens, cui ex divinâ inspiratione jam dudum 
>' sese devoverat : quà prœdicando, qua devios ab errore 
« reducendo, discordesque paciflcando ; augenda? divinee 



— 339 — 

« glorise, et animarum saluti impense studet : doctrinam 
«' suam signis et virtutibus confirmât, atque in expellendis 
<• e coi'poribus obsessorum Daemonibus, mira Dei virtute 
«' pollet. » 

Planche XX. 
Norbert se défend contre un ours. 

Au-dessus d'un autel à pilastres est posé un tableau 
représentant saint Jean portant une croix, à genoux aux 
pieds de la Sainte Famille. Les tentures de l'autel sont 
relevées; une lampe à deux bras fixée en haut de la voûte, 
éclaire la scène. Sur l'autel couvert d'un tapis, on voit, à 
droite, un coussin, à gauche un livre, dans l'angle gauche, 
une crédence où flotte une riche draperie, est dressée près 
de l'autel. Sur les marches de l'autel est posé le biretum 
du Saint qui se tient debout, la tête nue et cerclée de 
rayons, revêtu de ses habits religieux. Dans sa main 
gauche, il porte la crosse, et étend la main droite, pour le 
calmer, vers un ours colossal qui le menace de ses griffes, 
et dont la gueule lance des tourbillons de flammes. Aux 
pieds de Norbert, une discipHne est étendue à terre. 

En haut ce texte : « Guircuit quEerens quem devoret, cui 
resistite fortes in fide. I Petr. 5, 8, 9. » 

En bas : '• Praesagus immensi quod regno suo per 
«' S. Norbertum et Praemonstratensem Ordinem immineret 
» damni Diabolus ; incredibili odio nascentis hujus militise 
« initia subvertere tentavit : mirabilibus prsestigiis, 
«• arinatâ nonnumquain manu Prsemonstratum invadere 
» visus; qui etiam in specie horribilis ursi Norberto in 
«» precibus excubanti apparuit, quem tainen continuo ma- 
« gniflca suâ in Deum fide abegit. » 



— 340 — 

Planche XXI. 
Norbert combat à Anvers l'hérésie de Tanchelîn. 

Sur une place publique de la ville d'Anvers, Norbert 
debout, vêtu du costume religieux, la tète couverte du 
biretum et ornée d'un cercle lumineux, une palme dans la 
main gauche, levant la main droite vers le ciel, prêche la 
parole de. Dieu à un auditoire composé de chanoines, de 
bourgeois, de femmes, qui, par leurs gestes et leur attitude, 
témoignent leur admiration. Près du missionnaire, se 
trouvent trois religieux de son Ordre; dans l'angle gauche 
une femme assise tient un enfant qui joint ses petites 
mains. Aux pieds de Norbert, une femme est étendue à terre 
sur une crosse; dans la main gauche, elle tient une hostie; 
dans la droite un calice avec un livre ouvert sur lequel 
sont écrits ces mots : Adamitica et SacramUaria Tan- 
chelini hœresis . Auprès d'elle se voient, à terre, une mitre, 
un calice, une tête d'homme. Le pied droit du Saint semble 
écraser ces créatures qui symbolisent l'hérésie, l'orgueil, la 
rébellion, etc. A gauche du tableau, au second plan, s'élève 
une chapelle ouverte, dont la porte ou façade est soutenue 
par deux colonnes enguirlandées avec chapitaux ornés de 
feuillages sculptés. Sur les marches de l'entrée sont 
agenouillés deux religieux tenant dans leurs mains une 
nappe étendue; devant eux se présente un prêtre vêtu d'un 
surplis et d'une étole, avec l'aumusse sur le bras gauche, 
qui porte dans ses mains la sainte Eucharistie. A l'intérieur 
se dresse un autel, surmonté d'un dais et d'un tableau, 
représentant saint Michel terrassant Lucifer. Au fond du 
tableau, s'élèvent des constructions gothiques qui rap- 
pellent l'abbaye de Saint-Michel, la tour de la cathé- 
drale, etc. Au dessus de la gravure se dessine un écusson, 
entouré d'une couronne de feuilles et encadré d'une guir- 



— 341 — 

lande de fleurs, portant les armoiries de la ville d'Anvers*. 

En haut de la gravure : « Signa Apostolatus mei facta 
« sunt super vos in omni patientia, in signis et prodigiis, 
« II, Cor. 12. " 

En bas : « Gum Haeresiarchae Tanchelini venenosus 
« sermo Gatliolicam fldem in Antverpiensi Ecclesia pessum- 
« dedisset; dominico actus Spiritu S. Norbertus, 12 Soda- 
« libus comitatus, anno 1112. Antverpiam venit : de Ada- 
« mitica et Sacramentaria Hseresi gloriose triumphat,verus 
« Antverpiensium Apostolus; ubi ex variis piorum tum 
« Ducis, quâ Cleri, ac populi donariis Antverpiense suum 
«' Gœnobium auspicatur, cui B. M. Waltmannum primum 
" Abbateman. 1123 prseficit. » 

Planche XXII. 

Norbert rencontre Godefroid, coitite de Cappenherg. 

Godefroid, comte de Cappenberg, la tète nue et entourée 
de rayons, avec de longs cheveux flottants, richement vêtu 
et chaussé de brodequins, pose sa main sur l'épaule de 
Norbert qui salue le noble chevalier. Le Saint, dont la tète 
entourée de rayons est couverte du biretum, et qui porte le 
manteau blanc relevé de la main gauche, tient la main 
droite appuyée sur son cœur. 

Aux pieds du comte Godefroid est agenouillée son épouse, 
élégamment vêtue, les cheveux tressés et roulés sous un 
panache; tendant les mains vers Norbert, elle le contemple 
avec une profonde admiration. Une jeune suivante est 
debout près de la comtesse. A gauche du Saint est 
agenouillé le comte Otton, frère de Godefroid, très riche- 

1 Forteresse à trois tours, surmontée de deux mains ; en chef, un 
aigle à deux têtes éployé. La gravure n'indique pas les émaux. 



— 342 — 

ment vêtu, ayant l'épée au côté, et, sur ses cheveux 
bouclés, une toque à panache. Auprès de lui se tient un 
écuyer, vers lequel il étend la main. Près de Godefroid, se 
voient groupés, debout, des pages ou chevaliers, la tète 
également couverte d'une toque à panache; l'un d'eux 
porte un écu aux armes du comte, que surmonte la cou- 
ronne comtale. A gauche de Norbert et du comte Otton, se 
tiennent trois rehgieux debout, la tète couverte, l'un d'eux 
ayant l'auréole des Saints. Tous les personnages sont assem- 
blés devant une église ou chapelle, surmontée d'un clocher 
en forme de dôme. Au fond du tableau, à droite, une autre 
église en construction, avec mur crénelé, etc. 

En haut est gravé le texte : '• Adducam eos in monte 
«« Sanctum meû, et, et Isetificabo eos in domo orationis 
«• mese. Is. 56, T. » 

Au bas : « B. Godefridus Comes Gappenbergensis cum 
« conjuge suâ nobilissimâ et Ottone fratre, cœlesti elo- 
«« quentià S. Norberti permotus, collatis in erectionem 
>' triû Gœnobiorum amphssimis bonis suis : Candidu Prse- 
« raonstrati Ordinis institutura amplexatur : quorum 
« exemple complures postmodum Magnâtes et Principes, 
« abdicatis honorum titulis, et fallacis mundi spretis illece- 
" bris, nuda nudi lesu vestigia in Gandida hac militia et 
« Schola Grucis, magnanimiter tenuerunt. » 

Planche XXIII. 
Le pape Norbert II confirme V Ordre de Prémontré. 

Dans une salle soutenue par des colonnes et séparée par 
des balustrades de la cour extérieure, est assis sur un 
trône, avec dais, tentures et lambrequins relevés, le pape 
Honorius, portant la barbe longue, coiffé de la tiare ponti- 
ficale, revêtu d'une chape couverte d'ornements. Il bénit 



— 343 — 

le Saint de la main droite, et, de la main gauche, lui pré- 
sente une bulle munie du sceau pontifical. Norbert est 
agenouillé aux pieds du Souverain Pontife, vêtu du man- 
teau de l'Ordre, la tête nue et raj-onnée. Il reçoit de la 
main droite, la bulle pontificale et, de la gauche, il tient 
son biretum; ses regards, humbles et attendris, sont fixés 
sur le saint Père. Auprès de lui se voient trois religieux, 
debout, la tête nue; l'un d'eux a la tête entourée d'une 
auréole, et pose sa main droite sur sa poitrine. Dans 
l'angle droit du tableau, devant une petite table, sur 
laquelle est placé un livre, est assis, dans un fauteuil, un 
cardinal, la tête couverte du biretum. Près du pape, à 
droite, un clerc en surplis, tête nue, porte la croix ponti- 
ficale; à gauche, se voient, debout, un cardinal portant 
le chapeau rond à cordelières, et un évêque coiffe de la 
mitre. Au second plan, derrière la balustrade à droite, 
quatre gardes pontificaux, armés de hallebardes, veillent 
à l'entrée de la salle. A gauche, dans un oratoire éclairé par 
des rayons lumineux, trois religieux agenouillés sur des 
prie-Dieu, tiennent en mains leur bréviaire. La lumière 
qui vient d'en haut entoure, comme d'une auréole, la tète 
d'un de ces religieux. Ce fut en effet lorsque Norbert était 
à l'église, plongé dans la méditation et la prière, qu'il 
entendit une voix du ciel, lui annonçant qu'il serait évêque 
de Magdebourg. 

En haut est gravé le texte : «• Grescas in mille millia, 
« et possideat semen tuum portas inimicorum suorum. 
« Gènes. 24, 60. » 

En bas : « Honorius II. Pontifex Maximus Candidum 
« Institutum Ganonicorum Prasmonstratensium, jam ante 
« Gallisto II. probatum, ad supplicationem S. Norbert! 
« confirmât; quem Romam profcctum Papa honorifice 
« excepit, votorumque suorum compotem effécit : quin et 



— 344 — 

«« ibidem pro more, Norberto cum Sodalibus rerum divina- 
« rum meditationi intento, vox qusedam cselitus ab iisdem 
« manifeste auditur; Partlienopolis Norbertum futurum 
« Episcopum. '» 

Planche XXIV. 

Norbert rend la vue à une femme aveugle. 

La gravure qui suit représente l'église romane de 
Wijrtzbourg, dont les voûtes élevées sont soutenues par des 
colonnes. Près de l'autel se groupe une foule nombreuse, 
stationnant des deux côtés de la balustrade qui ferme 
l'entrée du chœur. Devant l'autel, entre les colonnes duquel 
un retable à volets représente la résurrection du divin 
Sauveur, et qui porte avec la croix un missel, un calice 
et quatre chandeliers ayant leurs cierges allumés, Norbert, 
la tête nue, ceinte de l'auréole, vêtue d'une riche cha- 
suble, se tourne vers la femme aveugle qui, accompagnée 
de sa suivante, s'est agenouillée sur la marche de l'autel 
couverte d'un tapis à franges. Le diacre et le sous-diacre, 
revêtus de dalmatiques, assistants du saint prélat, joignant 
les mains, se tiennent à ses côtés. Norbert, levant sa main 
droite, en signe de bénédiction, soulève de la main gauche, 
le bandeau de l'aveugle, qui relève la tête, joint les mains 
et semble regarder son puissant bienfaiteur. 

La mise des deux femmes est d'une grande simplicité ; 
l'une et l'autre sont vêtues d'une jaquette, avec un petit 
bonnet couvre-chef. 

Au pied de l'autel, à droite, sont agenouillées quatre 
personnes, dont une dame richement vêtue, paraissant 
exprimer une profonde admiration ; à gauche, trois religieux 
à genoux, la tête nue, le bonnet à la main, sont en prières- 

En haut, on lit : « Scitote quoniam mirificavit Dominus 
" Sanctum suum. » Psalm 44. 



— 345 — 

En bas : « Quam sibi grata foret vita illa Apostolica 
« Norberti,Deus mundo testatum volens ; variis illum mira- 
« culis illustravit ; adeo ut etiam verbo usus imperii inorbos 
« fugaret : atque inter caetera Herbipoli oblatam sibi inter 
« celebrandum in Paschate csecam mulierem, insufflando 
•• illuminât, populo stupente, et divinam in Norberto vir- 
« tutem coUaudante. qui Sanctitatis radiis, et miraculorum 
«« splendore longe lateque coruscabat , eximium divinae 
«• potentise instrumentum. » 

Planche XXV. 
Norbert sacré évêque. 

Au centre d'une église romane, éclairée par des fenêtres 
à vitraux losanges, et dont la nef latérale est remplie par 
la foule, est dressé un autel surmonté d'un baldaquin, por- 
tant l'écu pontifical ^ avec la tiare et les deux clefs, 
qu'accompagnent, à droite et à gauche, les armoiries de 
Norbert 2, et celles de l'évèque^ consécrateur. Le tableau 
qui orne l'autel représente un guerrier, debout, tenant une 
palme de la main gauche. Sur la table de l'autel, on voit 
un crucifix, deux chandeliers avec leurs cierges allumés et 
un livre fermé. 

Devant l'autel est assis l'évèque consécrateur, la mitre en 
tète, vêtu d'une riche chasuble avec le pallium. Aidé d'un 
évêque assistant, également mitre et vêtu d'une chape 
ornementée, il dépose la mitre épiscopale sur la tête de 
Norbert. Celui-ci, les mains jointes, à genoux sur un 
coussin, a la tète entourée de rayons, et est revêtu d'une 



1 Une fasce. 

2 Voir la planche 33. 

3 Au 1""^ et au 4™* on aperçoit vaguement une croix; au 2™«et au 3"* 
un chevron. 



— 34G — 

chasuble. Près de l'évèque officiant, un chanoine en sur- 
phs, l'aumusse sur le bras, est à genoux et tient un missel 
ouvert. Un dignitaire ecclésiastique, vêtu d'un camail, la 
tète couverte du bonnet carré est assis sur un fauteuil qui 
occupe l'angle de droite. Derrière l'évèque de Spire, un 
diacre en dalmatique, ayant la tète nue, est debout, tenant 
la crosse épiscopale de la main gauche, et indique de la 
main droite, les cérémonies prescrites dans le pontifical. 
Dans l'angle gauche sont placés, sur une petite table 
couverte d'un tapis, les tonnelets et les pains prescrits 
par la liturgie; les pains sont couverts d'une écharpe, 
les tonnelets portent des armoiries. De l'autre côté de la 
table, se groupent plusieurs religieux dont l'un qui a la 
tète nue, tient un flambeau allumé ; puis quelques prêtres 
et un évèque, vêtu de la chape et de la mitre, qu'accom- 
pagne son acolyte. On remarque encore le siège, ou 
fauteuil épiscopal, adossé à l'un des piliers de la nef prin- 
cipale. 

En haut est gravé le texte : « Dédit illi sacerdo- 
« tium gentis, et beatiflcavit illum in gloria. Ecclici. 
« 45. 8. " 

En bas : « S. Norbertus, vir potens in sermone et opère, 
« cum Spiram forte venisset, invitus ad Archiepiscopatû 
« rapitur Magdeburgensem, et tanquam lucerna ardens et 
« lucens, super Gandelabrum ponitur nobilissimae Ecclesise, 
« exeunte anno 1125 : qui nudis pedibus et paupere cul tu 
«« Magdeburgum ingressus; quo sublimius extollebatur, eo 
« se altius ad ima humilitatis deprimebat : adeo ut etiam a 
« Pontiflealis palatii janitore non agnitus; ab ingressu 
« repulsam tulerit. » 



347 — 



Planche XXVI. 



Norbert prédit, à un injuste détenteur des biens de l'Eglise, le 
châtiment que Dieu lui réserve. 

Devant un iDortique à colonnes, un seigneur richement 
vêtu, portant l'épée au côté et la tète couverte d'un chapeau 
à panache, accompagné d'un page qui tient un lévrier par 
son anneau, en appuyant la main gauche sur la hanche, 
étend fièrement la main droite vers Norbert, en levant 
devant lui la main gauche. Le saint prélat lui prédit le 
châtiment dont la justice divine ne tardera pas à le frapper. 
Norbert est vêtu du rochet et du camail avec la croix 
pectorale; sa tète, couverte du biretum, est entourée de 
rayons ; de sa bouche s'élance vers la voûte une banderole 
contournée sur laquelle sont gravés ces mots : « Hoc anno 
ah hac prœdatione Dei repellet^is judicio. » Près de lui 
se voient deux religieux vêtus du costume blanc de l'ordre, 
la tête couverte du biretum; celui de droite tient un livre 
de la main gauche; celui de gauche appuie sa main gauche 
sur sa poitrine, et, de la main droite, soulève un pli de sa 
robe. Deux personnages, à tête nue, se tiennent derrière 
d'eux. Près du portique, on voit un édifice dont la façade 
est surmontée d'un globe d'où s'élève une croix. Au fond 
du tableau s'étend un paysage très accidenté, au milieu 
duquel est une église. A quelque distance de l'église, est 
étendu à terre un individu, que deux agresseurs arrêtent 
et menacent du glaive. Le ciel est couvert de nuages, au 
milieu desquels se dessine un cercle de rayons lumineux. 

En haut est gravé ce texte : « Fidelis dispensator, et 
« prudens, quem constituit Dominus super famiham suam. 
« Luc. 12. 42. " 

En bas : « Gonscius Norbertus, quid a se muneris impo- 
« siti magnitudo exigeret; cum Ecclesiae suse proventus 



— 348 — 

" amplissiinos propemodum dilapidatos esse, et ab injustis 
« possessoribusdetineri intelligeret; sese patrimonii Ghristi 
« vindicem strenuissimum, magna licet multorum contra- 
« dictione exbibet : atque inter csetera, violento cuidam 
«. Prsedoni de injusta sua possessione decedere nolenti, 
« Spiritu propbetico (quo etiam alias ssepius illustratus 
«« fuit) adventuram brevi Dei vindictam prsedixit. » 



Planche XXVII. 

Des conjurés forment le projet d'assassiner Norbert. 

Dans une salle ornée de tentures, dont la porte encadrée 
est entr'ouverte, Norbert est assis dans un fauteuil artiste- 
ment sculpté, à dossier en forme de coquille, surmonté 
d'une tète d'ange ailé ; les accoudoirs décrivant une courbe 
gracieuse se terminent en tète d'aigles, et reposent sur des 
pieds simulant des griffes d'animaux; des draperies 
élégamment ornées et relevées flottent au-dessus de ce 
trône. L'évèque, vêtu du surplis et du camail avec croix 
pectorale, la tête couverte du bonnet et entourée de rayons, 
appuie sa main gauche sur le bras du fauteuil, et étend 
sa main droite vers les misérables qui s'avancent pour 
l'assassiner. Devant le prélat, se tient agenouillé, la tête 
nue, un faux pénitent, qu'accompagnent deux hommes à 
figures sinistres, coiffes de chapeaux à grands bords, 
armés : l'un d'un couteau énorme, et l'autre d'une épée. 
Un troisième personnage, de figure moins sinistre, assiste 
à cette scène. Au fond du tableau, près de la porte, un 
homme misérablement vêtu semble regarder attentivement 
le prélat et les conjurés. A côté de Norbert, est posée une 
petite table couverte d'un tapis, sur laquelle se trouvent 
un sablier et un livre ouvert. Au milieu de la salle se voit 



— 349 — 

une autre table couverte d'un tapis ; puis deux chaises au 
dossier armorié, avec têtes de lions aux supports. 

En haut, est gravé ce texte : «^ Quoniam in me speravit, 
« liberabo eum : protegam eum, quoniam cognovit nomen 
« meum. Ps. 90. 14. » 

En bas : « Cum S. Norbertus collapsam Ecclesiasticam 
« disciplinam,et corruptos Gleri et populi sui mores, arden- 
«' tissimo quo flagrabat amplificandse divinae glorise zelo 
« restituere ac reformare conaretur; ingens iniquorum 
'- odium incurrit : qui in Sancti Pontificis necem aliquoties 
«' conjurati; in Gœna Domini virum S. excipiendis suorum 
« confessionibus intentum, submisso sub habitu psenitentis 
« Sicario, crudeliter trucidassent, si non divina inspiratione 
« edoctus, rem hanc cselitus cognovisset : qui tamen pro 
« sua mansuetudine, scelesto huic conceptum hoc énorme 
« parricidium bénigne ignovit. 

Planche XXVIII. 
Le divin Sauveur apparaît à Norbert et à Hugues. 

A côté d'une porte ouverte soutenue par une colonne 
dorique au chapiteau orné de feuillage, le divin Sauveur 
apparaît au B. Hugues, qui lui est présenté par saint 
Norbert. Le Christ, debout, la tête nue, entourée de 
rayons flamboyants et d'un cercle d'anges ailés, vêtu d'un 
large manteau flottant sur ses épaules, tient élevée, de la 
main gauche, une croix sur laquelle se déploie une bannière 
ou banderole portant également une croix, et off're sa main 
droite au B. Hugues qui la reçoit dans sa main droite. 
Hugues, revêtu du manteau de l'Ordre, la tête nue et 
nimbée, est à genoux devant le Sauveur. Norbert la tête 
mitrée et rayonnée, vêtu d'une chape richement ornée, 
tenant la crosse dans la main gauche, la droite posée sur 



— 350 — 

l'épaule du B. Hugues, le présente au divin Sauveur à 
qui il adresse ces paroles inscrites sur une banderole, qui 
sort de sa bouche et se déroule en spirales montant vers 
les nuages : « Hune a te Domine mihi commissum tuse 
« SS. Majestati reprsesento. » 

En haut de la gravure : " Benedictus Dominus, qui non 
« est passus, ut deflceret Successor familise tuse. Ruth. 4. 14." 

En bas : « S. P. Norbertus, quo Ordini suo adhuc 
" tenello prospiceret, qui ademptum sibi optimum Parentem 
« dolebat : suum in Prsemonstratensi Archicœnobio succes- 
«• sorem,ettotiusOrdinis Secundum GeneralemB.Hugonem 
'^ constituit : qui hanc de se factam electionem divinitus 
'■ edoctus est, dum a S. P. Norberto se Ghristo praesentari, 
«• in visione cognovit : atque paternarum virtutum hseres, 
« Ordinem mirifice amplificavit, adeo ut primis 80 annis 
« supra 1800 Cœnobia numerarentur, in quibus varii 
« magna Sanctitate ac miraculis floruerunt. " 

Planche XXIX. 
Tentative d'assassinat. 

Cette gravure représente une salle de l'église de Saint- 
Maurice, tapissée de riches tentures et éclairée par une 
lampe double suspendue au plafond. Norbert, la tête mitrée 
et entourée de rayons, revêtu de la chape épiscopale, la 
crosse dans la main gauche, la main droite posée sur la 
poitrine, se présente intrépidement aux assassins, qui 
s'avancent vers lui levant leurs glaives. L'un d'eux menace 
le saint prélat de la pointe de son épée, tandis qu'un autre 
le saisit par l'épaule, et lève son épée pour l'assommer. 
Aux pieds de l'archevêque, un des assasins, les bras éten- 
dus, est renversé à terre. Au fond de la salle se trouvent 
debout deux évêques, portant la mitre, revêtus d'habits 



— 351 — 

pontificaux et entourés d'une foule nombreuse. Les assas- 
sins, richement vêtus, ont la tête couverte d'une toque à 
panaclie; leurs traits expriment l'angoisse et la fureur. 

En liaut de la gravure : « Bonus pastor animam suam 
« dat pro ovibus suis. Luc. 10. 11. " 

En bas : Gum pollutam S.Mauritii Ecclesiam ex Canonum 
«' prsescripto Norbertus expurgat: tota inillum Magdebur- 
«« gensis civitas commovetur : quem divinis laudibus una 
«i cum duobus aliis Episcopis et clericis quamplurimis 
'• intentum, cum districtis gladiis irrumpentes trucidare 
« vellent ; ne cuiquam suorum nocerent, Sanctus occurrens 
« Archiepiscopus obvium pectus magnanimiter protulit : 
« qui etiam ingenti gladii ictu super humerum percussus, 
« adinstar Adamantis, divinitus permansit illsesus. » 

Planche XXX. 
Innocent II rentre à Rome. 

Au fond du tableau se dessinent les murs d'enceinte et 
une des portes de la ville de Rome. Hauts murs crénelés, 
porte monumentale à colonnes surmontée d'un fronton. Au- 
dessus de la porte sont gravées ces initiales : S. P. Q. R. 
Derrière les murs, on aperçoit des arbres et une église. 

Précédé des cardinaux, des évêques et des clercs portant 
des bannières et des flambeaux allumés le pape Innocent, 
vêtu d'une somptueuse chape ornée de pierreries, la tiare 
en tête, la croix papale dans la main gauche, étend et lève 
sa main droite pour donner sa bénédiction. Derrière lui, 
l'empereur Lothaire, couronne impériale en tête, vêtu du 
manteau impérial, portant le sceptre dans la main gauche, 
s'entretient avec saint Norbert, qui est placé à sa droite. 
Norbert, la tète couverte d'un long chapeau et entourée de 
rayons, étend sa main droite vers Lothaire. A gauche de 



— 352 — 

l'empereur paraît, la tête nue et auréolée, saint Bernard, 
qui semble plongé dans une méditation profonde. Viennent 
ensuite sept évêques mitres, portant la chape, escortés 
d'une troupe de cavaliers armés de lances et de bannières. 
Dans l'angle gauche, non loin du pape, un garde pontifical 
armé d'une épée, la hallebarde sur l'épaule, étend la main 
gauche vers la foule. 

En haut, se lit ce texte : « Dabit imperium Régi suo et 
« sublimabit cornu Ghristi sui. 2 Reg. 2. 16. " 

En bas : « Superatis mira orationis suae virtute inimicis- 
« suis, quorum furori cedens extra urbem sese receperat; 
« magna gloria in Thronum restituitur : ac deinceps in pace 
« ministerium suum honoriflcans, sese (ut semper fecerat) 
« persequendis Ecclesise hostibus accinxit : quare etiam 
« Innocentium II. in Sedem Apostolicam, quam Antipapa 
« Anacletus invaserat, cum rege Lothario, et S. Bernardo 
« ac pluribus aliis, Romse restituit : ubi Papa de Ecclesia 
« optime meritos, Lotharium in Romanorum Imperatorem, 
« S. Norbertum in totius Germanise Primatem confirmât. »> 

Planche XXXI. 
Entrevue de l'Empereur Lothaire avec saint Norbert et saint Bernard. 

Dans une salle soutenue par des colonnes, ayant à droite 
une fenêtre qui laisse voir, à l'extérieur, un édifice avec 
une galerie ouverte, surmontée d'une balustrade, se dresse 
un trône a colonnes taillées en bosse et richement ornées, 
et au-dessus duquel est tendu un dais à longues franges. 
Le degré de ce trône est couvert d'un tapis, le siège du 
fauteuil a un dossier en forme d'éventail. Lothaire, la tête 
couronnée, ayant une barbe épaisse qui descend sur la 
poitrine, est vêtu d'un riche manteau relevé sur ses genoux. 
Il tient un glaive nu dans sa main droite ; la main gauche 



— 353 — 

s'appuie sur un globe surmonté d'une croix. Devant l'Em- 
pereur sont assis : à droite saint Norbert ; à gauche saint 
Bernard. Celui-ci vêtu de la robe monastique, ayant la tête 
nue et entourée de rayons, étend devant lui sa main droite, 
et appuie la main gauche sur le bras de son fauteuil. Saint 
Norbert, la tête couverte du biretum et entourée de rayons, 
vêtu du camail épiscopal, fixe ses regards vers l'empereur 
vers lequel il tend ses deux mains. Le fauteuil qu'il occupe 
est à haut dossier ornementé, avec les aigles impériales 
ciselées sur le dos, et une rosace sur le côté. 

En haut est gravé, ce texte : « Ipse tamquam imbres 
« emittet eloquia Sapientise suse. Ecclici 39. 9. « 

En bas : « Lotharius Imperator jam olim sibi familiaris- 
« simi Pontiflcis Norberti (cujus ipsi eximia Sanctitas et 
» Sapientia optime nota erant) prudentibus assiduo consiliis 
« utitur, quod ab eo cselestis dulcedinis potum hauriret, et 
'• pane divinse refectionis quotidie reficeretur : quin et 
'■ mellifluus Bernardus (qui S. Norberto plurimum semper 
« detulit) aliquando sibi gratulatus est, quod verba vitse 
« haurire potuerit, ex illa (ut scribit) cœlesti fistulâ, ore 
« S. Norberti. » 

Planche XXXII. 
Mort de saint Norbert. 

Sur un lit surmonté d'un dais à lambrequins, dont les 
rideaux sont relevés, est étendu le saint évêque de Magde- 
bourg, la tête nue et entourée de rayons. Ses traits sem- 
blent indiquer un grand calme, il tient entre ses mains un 
crucifix qui repose sur sa poitrine. De sa bouche s'élance un 
rayon, sur lequel s'envole un petit corps au naturel, montant 
dans la clarté vers le ciel. Là, dans le haut de la gravure, 
porté sur des nuages d'où sortent des rayons, apparaît le 

23 



— 354 — 

Père céleste sous la forme d'un vieillard, la tête nue et 
rayonnante, vêtu d'une chape de prêtre , de la main droite 
bénissant le mourant, et soutenant un globe dans la main 
gauche. On lit ces mots sur un rayon, qui descend vers 
l'agonisant : « Ve7ii, soror mea, requiesce. » 

A gauche du moribond, se dresse la croix épiscopale; 
puis une table couverte d'un tapis, sur laquelle sont posés 
un crucifix, le pallium avec la mitre et un bonnet carré. 
Debout dans l'angle, près de la table, un religieux tête nue, 
ayant à ses pieds un livre relié, récite des prières qu'il lit 
dans un bréviaire tenu entre ses mains. Au pied du lit, cinq 
religieux, à genoux, tête nue, sont en prières; devant la 
table, près du lit, un religieux est agenouillé, les mains 
jointes, la tête nimbée, ayant posé son bonnet près de lui, 
à terre. Dans l'angle droit du tableau au-dessous du Père 
éternel, porté sur des nuages qui remplissent une fenêtre 
ouverte, saint Norbert, la tête couronnée de rayons et cou- 
verte du biretum, vêtu du manteau de l'Ordre, tenant une 
branche d'olivier dans la main droite, tend sa main gauche 
à un religieux agenouillé devant lui. 

En haut de la gravure on lit : « Euge serve bone et 
« fidelis intrain gaudium Domini tui. Matt. 25. 21. 

Au bas : " Gupiens Deus Labores per S. Norbertum cum 
«• tanto divinae suae glorise incremento, exantlatos, seternse 
«' salutis bravio remunerari; lento eum permisit 4. men- 
« sium morbo pulsari, quo ad extrema perductus, die 
" sexta Junii anno 1134 plenus Spiritu S. placidissime 
«' beatam suam animam in manus sui Greatoris resignavit. 
« Excepta est illa a Sponso suo mellifluis hisce verbis : 
«' Veni Soror mea requiesce : atque eodem momento cum 
« ramo olivœ sanctus Norbertus cuidam apparuit. » 



— 355 — 

Planche XXXIII. 
Le corps de saint Norbert exposé à la vénération des fidèles. 

Le saint archevêque est étendu sur un catafalque, cou- 
vert d'un tapis funéraire, portant un écu aux armes sym- 
boliques du défunt ', entouré de la croix à deux branches 
et du chapeau d'archevêque, avec la devise <• Fide et 
patientia, » sur une banderole. Six cierges allumés, posés 
sur des chandeliers, entourent l'estrade funèbre. Le Saint, 
revêtu du pallium, et d'une riche chasuble, tient, de la 
main droite, la crosse épiscopale et une branche d'olivier ; 
dans la main gauche, un crucifix. Sa tête qui repose sur 
un coussin roulé dont les coins sont ornés de glands, est 
couverte d'une mitre enrichie de pierreries, et entourée de 
rayons ; ses mains gantées portent plusieurs bagues, et à 
ses souliers se voient des boucles en forme de croisettes. 
Devant l'estrade sont agenouillés, en prières, trois reli- 
gieux, la tête nue, vêtus du manteau de l'ordre; au pied 
du catafalque, se tient un malheureux estropié s'appuyant 
sur des béquilles; il élève la main droite pour invoquer la 
protection du Saint. Sa petite fille est aussi debout près de 
lui. De l'autre côté de l'estrade, la foule immense qui paraît 
remplir la salle, vient vénérer les restes mortels du saint 
prélat. On y voit des rehgieux, qui prient en joignant les 
mains; des seigneurs, des bourgeois, des femmes. Au fond 
de la salle tendue de noir, deux fenêtres sont ouvertes. Dans 
celle de l'angle gauche, paraissent deux personnages entourés 
de rayons, assis sur les nuages : un évêque, mitre et vêtu 



1 Écu chargé d'une croix: sur le tout : un calice avec hostie, 
accompagné d'une branche de palmier à dextre, d'une branche d'oli- 
vier à senestre. La croix à deux branches, posée derrière l'écu et 
surmontée d'un chapeau épiscopal, à trois rangées de glands. En bas 
sur une banderole, la devise fide et patientia. 



— 356 — 

d'une chape, tenant une croix à deux bras, étend les mains 
vers un religieux, qui, la tête couverte du biretum, ayant 
une crosse dans la main gauche, présente la main droite à 
son interlocuteur. 

Tout en haut du tableau, sur des nuages que traversent 
des rayons lumineux, deux anges, vêtus et ailés, les che- 
veux bouclés, s'envolent, la main gauche étendue; delà 
main droite, ils tiennent et présentent un bouquet de fleurs 
de lis. 

En haut, ce texte : « Pretiosa in conspectu Domini 
« mors Sanctorum ejus. Psalm. 115. » 

En bas : Gorpore soluta Anima S. Norberti ad portum 
' beatse immortalitatis appulit : quse adinstar Lilii visa est 
' per Angelos in cœlum deferri; quin et B. Hugoni in 
' magna luce apparuit. Corpus vero, nullis quidem aroma- 
« tibus, sed virtutibus quamplurimis heroicis conditum, 
' etsi pluribus diebus insepultum, in summo sestu, nulla 
' tamen corruptionis indicia prsebet : quod juxta, S. Patris 
' desiderium, qui hoc B. Evermodo commendarat, in 
' Gœnobio S. Mariée sepelitur : cujus praesidium et azylum 
' in multis hactenus necessitatibus Magdeburgum exper- 
» tum est. » 

Planche XXXIV. 
Apothéose de saint Norbert. 

La partie supérieure du tableau représente, dans des 
nuages, saint Norbert, dont la tête mitrée est entourée de 
rayons. Le Saint est vêtu d'un rochet avec camail, du 
pallium avec la croix pectorale. Il tient une palme dans la 
main gauche, et lève la droite pour bénir. A gauche un 
ange ailé porte une croix épiscopale. Aux côtés du Saint, 
sur les nuages, se trouvent les uns debout, les autres assis, 



— 357 — 

les Saints et les Bienheureux de l'Ordre de Prémontré : 
parmi eux on distingue des évêques portant la mitre et la 
crosse, des martyrs tenant une palme, des prélats, des 
religieux, coiffés du biretum, une religieuse, la tête ceinte 
d'une couronne. Au-dessus de la gravure du Saint, un demi- 
cercle de nuages doubles de rayons, à tètes d'anges ailés, 
encadre le nom hébreu de lehova. Au-dessus des autres per- 
sonnages, dans l'angle gauche de la gravure, deux anges 
ailés, aux cheveux bouclés, proclament, au son de la trom- 
pette, avec de joyeux transports, la gloire et les vertus des 
fils de saint Norbert ; à droite deux autres anges chantent 
des hymnes à la louange des saints. Au-dessous de saint 
Norbert, l'artiste a représenté une assemblée d'abbés 
rangés en cercle, tous à genoux, revêtus du manteau de 
l'Ordre, et portant la mitre et la crosse. Ils ont tous les 
mains jointes, sauf celui du milieu, qui étend sa main 
droite; presque tous dirigent leurs regards vers leur père 
et leurs frères qui régnent au ciel. Derrière les prélats, 
plusieurs cercles de simples religieux, tête nue. 

A l'avant-plan, à droite, un prélat aux traits vénérables 
est agenouillé sur un coussin, devant un prie-Dieu orné 
d'un écusson surmonté d'une mitre et de deux crosses, aux 
armoiries du RR'"'' Pierre Gosset, général de l'Ordre. Au 
milieu, près de l'abbé général, deux anges ailés, aux che- 
veux bouclés, soutiennent un écusson encadré, aux armes 
de l'Ordre de Prémontré \ surmonté d'une mitre et de deux 
crosses en sautoir, avec la devise : Candore et fide. 
En haut est gravé ce texte : « Potens in terra erit semen 

«• ejus, generatio rectorum benedicetur. Psalm. 111. 2. » 
Au bas : " S. Norbertus; inter Gonscriptos Gœli Patres 

« a temporibus Innocentii III adlectus, et in Tabulas Eccle- 

^ Semées de lis. 



— 358 — 

« siasticas relatus; collecto secum in Gœlo, magno numéro 
« ex Ordine suo Beatorum Pontiflcum, Prselatorum Mar- 
« tyrum Gonfessorum atque Virginum ; setei'na gloria frui- 
«' tur, fidelissiraus totius Gatholicse Ecclesise atque Ordinis 
«' sui in terris militantes Patronus : cujus lisec sunt ad 
« Parentem Sanctissimum vota : 

« Ordinis una tui Cœlo Norberte triumphat, 

< Altéra pars luget mœsta relicta Solo : 
« Vivere dimidii sine te Norberte nequimus : 

« Nos infer Gœlis ergo, vel ipse redi. » 



II. 

La Vie de saint Norbert, 
Par J. A. PFEFFEL i. 

La collection de gravures de Pfeffel, représentant la vie 
de saint Norbert, se compose d'un frontispice et d'une suite 
de 35 planches numérotées, mesurant 0,107 mill. de hauteur 
sur 0,062 mill. de largeur. 

Ghaque planche est surmontée d'un texte de l'Écriture- 
Sainte et au bas est inscrit un distique latin, suivi d'un 
distique allemand. Ces inscriptions, remarquables par leur 
concision et leur élégance, résument le sujet représenté 
par le tableau. Les gravures à l'exception du frontispice et 
des planches 21, 25 et 35, sont la reproduction réduite, et 
parfois modifiée, des scènes de la vie de saint Norbert 
composée par Galle, d'après les indications du savant 



* Jean Adrien Pfeffel, né à Bisschoflingen, en 1674, mort en 1750, 
fit d'abord ses études à l'Académie de Vienne, et vint ensuite se fixer 
à Augsbourg. 



— 359 — 

Glirysostôme Van der Sterre, prieur de l'abbaye de Saint- 
Michel. 

Nous aurons soin d'indiquer, en décrivant chaque 
planche, ces diverses modifications. Gomme exécution, les 
gravures de Pfeffel sont inférieures à l'œuvre de Th. Galle. 
Le burin de l'artiste allemand n'a ni la finesse et la netteté, 
ni la fermeté et la délicatesse, par lesquelles se distingue 
l'œuvre du graveur flamand. 

L'auteur des inscriptions latines et allemandes nous est 
inconnu. 

Les textes de l'Écriture-Sainte sont identiques à ceux de 
la vie de saint Norbert par Galle et Van der Sterre. 

Toutes les planches \ entourées d'un filet noir encadrant 
le texte biblique, le tableau et les inscriptions poé- 
tiques, portent la signature suivante : G. P. S. G. M. 
— L A. P. exe. A. V. 

Frontispice. — Le frontispice porte ce titre : «' Vita 
« S. Norberti Ordinis Ganonicorum Prsemonstratensium 
« Fundatoris, Magdeburgensis Archiepiscopi, Antverpise 
«• Apostoli , Totiusque Germanise Primatis , per icônes 
« XXXV reprsesentata. » 

En haut est gi'avé le texte : « In fide et lenitate ipsius 
«' Sanctum fecit illum. Eccli. 45. v. 4. » 

Au bas de la gravure : 

« En Norbertinse sunt haec compendia Vitae 

« Hic quod mireris, quodque sequaris, habes. 
« Norberti Leben hier wird allen vorgestellt, 
« Dasselb vil Wunder-Ding, vil zur Nachfolg enthàlt. » 

Le frontispice se compose d'une pierre monumentale 
concave, échancrée des deux côtés, et portée sur un 

1 La plupart de ses planches sont traitées à la manière noire. — 
Cfr. Nagler, Neues Allgenu Kunster-Lexicon. 



— 360 — 

soubassement, ayant le titre inscrit au centre. Le sommet, 
en anse de panier, est orné de trois têtes d'anges ailés, 
reliées entre elles par deux festons. Des deux côtés du 
monument, on aperçoit, debout sur des bases carrées 
réunies au soubassement, deux figures allégoriques : la Foi 
et la Patience. La foi est représentée, à droite, sous les 
traits d'une jeune femme, la tète couverte d'un voile, vêtue 
d'une robe longue et d'un corsage étroit, les pieds nus dans 
des cothurnes. De la main gauche, elle tient un calice d'où 
s'élève une hostie, et, de la main droite, un livre relié 
(la S. Bible) surmonté d'une tiare, et orné de deux clefs. 

L'autre figure, la Patience, nous montre une femme 
penchée vers le crucifix qu'elle serre de la main droite sur 
son cœur, de la main gauche, elle tient une discipline; elle 
est vêtue d'une robe longue et d'un manteau en écharpe ; sa 
tête est couronnée d'épines. 

Au miheu du soubassement, sous une tête d'ange ailé, 
se voient les armoiries symboliques de saint Norbert : la 
croix, avec le calice, accostée d'une branche de vigne et 
d'un épi de froment, surmontée d'un chapeau d'archevêque, 
d'où pendent des glands. Au dessus des armoiries, on lit : 
« Insignia S. Patris Norberti ; » en bas, ce texte de l'Écri- 
ture Sainte : « Frumento et vino stabilivi eum. Gen. 27, 37.» 

Le monument est surmonté d'un médaillon enguirlandé 
contenant le buste de saint Norbert, que soutiennent et 
couronnent de roses deux anges vêtus, ailés, ayant les 
cheveux bouclés, portant l'un une palme, l'autre une 
branche de lis. Saint Norbert, la tête couverte de la mitre 
et entourée de rayons, tient de la main droite un ostensoir, 
de la main gauche, une croix et une palme ; il est revêtu de 
l'habit religieux, avec camail, pallium et croix pectorale. 



— 361 — 

Planche I. 

Naissance de Norbert. 

I. Poue metum Hadwigis : sic vox monet aetliere lapsa : 

« Tara mundo Illustrera gignere digna Virura. 
« Hadwig ira schlaff von Gott deutlich berichtet wird 
« das ihr kind werden sollt eiri grosser Seelen Hirt. » 

La planche est absolument pareille à celle de Galle. 
Seulement Pfeffel a ajouté, près du lavabo à terre, un drap 
ou une couverture qui ne se trouve pas sur l'original. 

Planche II. 

Norbert à la cour de l'Empereur. 

» Csesaris hinc juvenem favor allicit, inde Voluptas 

» Addictura studiis dura tenet aula suis. 
« Ara kayserlichen Hoff in grosser Ehr und Precht 
« Sein lugend hat Norbert sehr uppig zugebracht. » 

Planche ITI. 

Norbert renversé de cheval. 

« Ardeatut Superis intusraens arduaflammis, 

« Corpus salvifico fulrainis igné cadit. 
« Norbertus wird von Pferd gesturzt durch Donner Knall, 
« Steht auf, bekehret sich : gluckseliger Fall. » 

Planche IV. 

Norbert en retraite à Sigeberg. 

« Protinus ad sacras Tyro volât impiger aedes, 

« Deserit et lubricum, quod maie trivit, iter. 
« Norbertus, ausz der Welt ins Closter fiieht behend, 
i. Wo erzurHeiligkeit gelegt dasFundameut. » 



— 362 — 

Planche V. 

Norbert ordonné prêtre. 

« Pellibus agninis gemmis auror[ue nitentem 

« Permutât populo Mysta stupente togam. 
« Zuni Hoheu Priester-stand Norbertus wird geweyht 
« an statt des eitlen prachts, mit schaaf-fell sich bekleidt. « 

Planche VI. 

Norbert est insulté pendant sa prédication. 

« Verbis ssepe tonat sacras Orator ad aras, 

« Forti Sputa animo» probraque mille ferens. 
« Norbertus predigt Buss, und straffet ohngescheut 
« die Laster, wird darum ins augesicht verspeyt. » 

Planche VII. 

Saint Norbert célèbre la Sainte Messe dans une crypte à Rolduc. 

o Labitur in Calicem dura grandis aranea sacrum 

« Toxica Magnanimus nil nocitura bibit. 
« Eine spin herab in Kelch des heilgen Blutes sinckt, 
« durch glaubens starck Norbert sie ohne schaden trinckt. 

Planche VIII. 

Saint Norbert défend sa cause devant le Cardinal-légat à Frîtzlar. 

K Quid mirura. Tua si causa hic Norberte triuraphat, 

« Spreta Reum raundi gloria quando facit. 
k'Zu Frideslar man hait ein grossen Kirchen-rath, 
« der selbst Norberti Lehr gantz gut geheissen gat. » 

Planche IX. 

Saint Norbert distribue ses biens aux pauvres. 

« Argent! vilescithonos, nimiumque cupitas 
« Prodiga Norberti dextera spargit opes. 
« Reichtum Norberto seynd nur schade, wust und koth ; 
n drum Ers den armen gibt hilfft ihnen aus der Noth. » 



— 363 — 

Planche X. 

Saint Norbert aux pieds du pape Gelasse 11. 

« I Prfeco totum, Gelasius inquit, in orbem ; 
« Fac, caleant flammis omnia régna tuis. 
« Der Papst Norberto gibt gewalt in aile orth, 
« Zu predigendie Buss, nach wahrem Gottes wort. « 

Planche XI. 

Saint Norbert rencontre l'évêque Burchard à Valenciennes. 

« Hic vitee Comitem recipit Norbertus Hugonem ; 

« Burckardi hinc lacrymis Praesulis ora madent. 
« Sein ersten gesellen hier Norbert Hugonem findt. 
« dem Bisschof zu Camrich das Hertz aucli abgewinnt. » 

Planche XII. 

Saint Norbert prêche au peuple la parole de Dieu. 

« Certatim populi accurrunt facunda videre 
« Ora Viri, cunctos nam trahit eloquio. 
« Das einfaltige Volck Norbertus eiffrig lehrt, 
Zein wolberedte Zung jeder mit lust anhort. » 

Planche XIH. 

Saint Norbert réconcilie des ennemis. 

« Saepius armatae coeunt in fœdera dextrse, 
u Norberto hostiles paeificante globos. 
« De Ohl-Zweig trkgt Norbert, wie Noë Taub im mund ; 
« Zwischen Todts-Feinden stifft Er Frid und Freundschaffts 

[Bund. » 

Planche XIV. 

Norbert, à Reims, est accueilli par le pape Callixte. 

« Norberti pia vota probat sacer ipse Senatus ; 

« Callistus cœptis annuit atque favet. 
« Zu Rhems derkirchen Rath Norberti institut 
« mit Papst Callisto selbst, hier approbiren thut. » 



— 364 — 

Planche XV. 

La sainte Vierge présente l'habit blanc à Norbert. 

« Norberto ni veas vestes, ceu Signa pudoris, 

« Offert Angelioa Virgo Maria manu. 
« Das weisse Ordens kleid Norberto zum Liebs-Pfand. 
« Maria reichet dar, mit Miitterlicher Hand. » 

Planche XVI. 

Découverte des ossements de saint Géréon, etc. 

« Exuvias Ubise genti Gereone docente 

« Sacras Norbertus detegit, atque levât. 
t< Sanct Gereonis Leib zu Côilen in der Stadt 
« mit andrer heilgen gbein Norbert erfunden bat. » 

Planche XVII. 

Saint Augustin offre sa règle à Norbert. 

« Dans legera Aurelius vitee morumque Magistrara, 

« Morigeros maneant praemia quanta docet. 
« Norbert von Augustin ein Regul auch empfangt, 
« der sie recht hait, kein forcht im Tod Bett den bedraugt. « 

Planche XVIII. 

Vision du Crucifix. 

« Prsemonstratensem radiis Crux fulgida monstrat, 

« Et peregrinorum plurima turba locum. 
« Den orth zu Prsemonstrat Christus Norberto zeigt, 
« Umgeben mit Pilgram, mit strahleu hell beleucht. » 

Planche XIX. 

Saint Norbert exorcise des possédés du démon. 

« Obsesso stygias e Cor^iore ssepe Cohortes, 
« Orci Norbertus Cseca sub antra fugat. 
Norbertus durchs Gebett die Teuffel treibet auss, 
« Zu weichen Er sie zwingt aus dem besessnen haus. » 



— 365 — 

Planche XX. 

Saint Norbert calme un animal furieux. 

« Immanem Deemoii fingit dum Callidus ursura. 

« Cogitur imbellem mox celerare fugam. 
u Der Satan sucht revancli, Norberto sich darstelt, 
« in Bahrn-gestalt, doch nicht erschrickt der tapter held. » 

Planche XXI. 

Saint Norbert trionijihe de l'hérésie de Tanchelin. 

« lam Tanchelini per Te Norberte nefandam 

« Conversa ejurat Belgica terra luem. 
«. Durch Ketzeren Antorff von Tanchelin verblendt 
« das wahre glaubens Licht durch Norbertum erkennt. » 

Cette planche diffère notablement de celle qui, dans la 
Vie de saint Norbert par Galle, représente la même scène. 

Sur une place publique de la ville d'Anvers, Norbert 
debout, la tête nue et nimbée, vêtu d'un long surplis bordé 
de dentelles, portant, sur son camail, la croix pectorale et 
le cordon, tient dans la main droite un ostensoir, et de la 
main gauche une branche d'olivier ; il est suivi de deux 
serviteurs portant un baldaquin incliné vers le Saint 
Sacrement. A la gauche du prélat, un clerc la tête nue, 
vêtu d'un ample surplis avec étole fléchit le genou et agite 
des deux mains un encensoir fumant; à droite, un autre 
clerc, debout; la tête nue, vêtu d'un ample rochet avec 
étole, tient de la main droite un flambeau allumé, et de la 
main gauche un biretum. Aux pieds du Saint sont groupés 
trois hérétiques, la tête nue, et vêtus richement : l'un d'eux 
renversé à terre sur un livre, la main droite étendue, la 
main gauche s'accrochant aux vêtements du Saint; le 
second, également couché à terre, la main droite posée sur 



— 366 — 

la tête, vient de renverser un calice; le troisième, debout, 
dans une attitude indiquant l'audace et la fierté, tient en 
main une hostie, et regarde le Saint avec un mépris évident. 

A droite du tableau, se trouvent debout, près de Norbert, 
des chanoines, la tète couverte du biretum, des femmes 
assises, et une foule de curieux. Dans le fond du tableau, 
au centre, se voient divers bâtiments et une tour assez 
haute. Dans l'angle droit s'élève une église ouverte dont 
l'entrée est soutenue par des colonnes enguirlandées; 
devant un autel orné d'un tableau représentant saint 
Michel, un prêtre distribue la sainte communion à deux 
religieux agenouillés. 

L'artiste, dans la composition de son tableau, a modifié 
la planche gravée par Galle, en empruntant à la gravure : 
Triomphe de saint Norbert, publiée par Lommelin*, les 
détails de l'ostension du Saint Sacrement par saint Norbert, 
avec deux acolytes et deux porteurs du dais pour protéger 
la sainte Eucharistie. 

Au-dessus de la planche de Pfeffel, est gravé ce texte : 
« Signa Apostolatus mei facta sunt super vos in domni 
« patientia, in signis, et prodigiis. IL Cor. 12. » 

Planche XXII. 

Norbert reçoit la visite du comte Godefroid de Cappenherg. 

« Godfridus Cornes hic, comitis cum conjuge Frate"" 

« Nomina Militise dant pretiosanovfe. 
« Von Cappenlierg Gottfried Graff von Norbert bewegt 
« sammbt gemahlin und Brudern das Ordens Kleid anlegt. » 

* Né à Anvers, en 1637. 



— 367 — 

Planche XXIII. 

Le pape Honorius confirme l'Ordre de Prémontré. 

« Approliat Honorius, multisque favoriluis ornât 
« Prœmonstrateiisis germina prima domus. 
« Honorius der Zweht Norberti Ordeu Ziert 
« mit privilegien, und selben confirmirt. » 

Planche XXIV. 

Saint Norbert rend la vue à une femme aveugle. 

« Herbipoli gemino Matronae luraine cassée. 

« Afflatis tenebras jussit abire genis. 
« Zu Wurtzburg ein blind Weib die Hostiam empfangt 
« von Norbert, und zugleich das Augenliecht erlangt. » 

Planche XXV. 

Saint Norbert repoussé, à Magdebourg, par le portier du palais. 

•' Nudipes ignare fert a Custode repulsam, 

« Ad Magdeburgensem dum trahitur Cathedram. 
« Zum Ertz-Bistumb erwehit, gefuhrt in deu Pallast, 
« Weil Er baarfuessig, arm, die Wacht Ihn nicht einlasst. » 

Dans l'avant-cour du palais épiscopal de Magdebourg, 
entre les deux portes, saint Norbert se tient debout, la tète 
nue et nimbée, pieds nus, revêtu de l'habit de l'Ordre, et 
accompagné d'un jeune religieux. Les gardes du palais, le 
casque en tête, vêtus d'une cuirasse, et armés d'une halle- 
barde, arrêtent le Saint sur le seuil. Des hommes armés, à 
cheval, qui se tiennent de chaque côté, expriment leur 
étonnement en indiquant du doigt le saint évêque. 

On aperçoit, dans le fond, une riante campagne, à tra- 
vers le cintre que décrit la portre d'entrée. 

En haut de la gravure, est inscrit ce texte ; « Sapientia 



— 368 — 

« lîumilitate exaltabit Gaput illius, et in medio Magnatum 
« consedere eum faciet. Eccl. 11, 2. « 

Galle, dans sa Vie du saint fondateur de l'Ordre de 
Prémontré, n'a pas représenté cet épisode si mouvementé, 
d'où il résulte que les numéros suivants des gravures de 
Pfeffel ne correspondent plus aux numéros des planches du 
graveur flamand. 

Planche XXVI. 

Saint Norbert consacré évêque. 

o Tetnpora Norberti nunc Magdeburgica cingit 

« Inter Tentonicas Infula prima Mitras 
a ZumErtz-Bisschoff Norbert zu Magdeburg geweyht 
« die Inful hat verdient durch Lebens-heiligkeit. » 

Planche XXVII. 

Saint Norbert prédit la mort d'un injuste détenteur des biens 

de l'Église. 

« Raptori injustis renuit dum cedere praedis 
« prsesago instantem nuntiat ore necem. 
« Norbert schutzt seinerKirch recht guter undFreyheit, 
« dem Rauber trolit den Tod ungluck Ihm prophezeyt. « 

Cette gravure se distingue de celle de Galle par le 
pallium, que Norbert porte sur ses habits religieux. 

Planche XXVTII. 

Saint Norbert échappe aux coups de ses meurtriers. 

« Norberto insidians latro, sed proditus, Ipsum 

(• Patronum Causse gaudet habere suée. 
« Unter den schein der Beicht sucht mann Norberti Tod, 
Il an statt der racli Er hilfft dem Thàter aus der Noth. » 



— 369 — 

Planche XXIX. 

Le divin Sauveur apparaît à saint Norbert et au B, Htigties. 

« Orbatte domui statuit Norbertus Hugoiiem, 

« Abbatem, Cliristo hune suscipiente Patrem. 
« Zum Ordens HauptHugo zu Preemonstrat erwehlt, 
« Wird Christo Jesu selbst von Norbert vorgestellt. » 

Planche XXX. 

Saint Norbert attaqué par ses ennemis. 

« Cœlitus illtesus, stricto licet ense petitus, 

« pectoradat proprio, non violanda, Gregi. 
« Ein schwerd-streich auf Norbert grimmig gefùhret wird. 
« Sein eigne heerd verfolgt den treûen Seelen Hirt. « 

Planche XXXI. 

Saint Norbert assiste à la rentrée, à Borne, du pape Innocent. 

« Norbert! studiis Anarleti schismate presso, 

« Legitimo Capiti Roma quieta subes. 
« Norbert den Affter-Papst mit andem hier vertreibt, 
« Dem Innocentio der Romisch-Stubl verbleibt. 

Planche XXXII. 

Saint No}'be}'t avec saint Bernard, auprès de l'empereur 

Lothaire. 

« Lotharium eloquii mira dulcedine tractum, 

« Mellifluumque sibijungit amore Patrem. 
« Kayser Lotharius Norberti guten rath, 



« seine wohlredenheit Bernard gerùhmet hat. » 



24 



— 370 — 

Planche XXXIII. 

Mort de saint Norbert. 

« Finis adest vitee, finis Norberte laborum, 

« Ad sua Te Cliristus régna beata vocat. 
« Dûrch saiifft und heilgen Tod der Miih und arbeit Lolm, 
« Endlich emfangt Norbert die ewig Himmels Cron. » 

A cette planche, le graveur PfefFel a remplacé, par une 
fenêtre à losanges, la petite scène : " saint Norbert appa- 
raissant après sa mort à l'un de ses religieux » qui orne 
l'angle droit supérieur de la pi. 32 de la Vie de saint 
Norbert par Galle. 

Planche XXXIV. 

Funérailles de saint Norbert. 

« iEmula dum sacro certant de pignore Templa, 

« Cœlesti semper Corpus odore fragrat. 
" In Somers Hitz der Leib Norberti vile Tag, 
« mit lieblichen gerucli gantz unversehret lag. » 

PfefFel a modifié la planche 33 de la Vie de saint Norbert 
par Galle en supprimant la croix épiscopale qui se trouve 
à la tête du catafalque, et les anges, avec le lis, entourés 
de rayons. La petite scène représentant l'entretien du saint 
évêque avec le B. Hugues se trouve remplacée par une 
fenêtre à barreaux; au miheu du mur du fond, à l'endroit 
où Galle avait placé deux anges, se voit une petite fenêtre, 
ou ouverture circulaire grillée, en œil de bœuf. 



— 371 — 

Planche XXXV. 

Saint Norbert apparaît à l'un des frères de Prémontré. 

« Lilia Canclorem, l'ructum dant pacis Olivae, 

« Has Nor])ertus ovans, Angélus illa tulit. 
« Mit griinein Ohl-Zweig hier Norbert sich zeiget bald, 
« In liimniel getragen wird in weisserEilgen gestallt. » 

Un religieux, la tète nue, revêtu d'un large rochet et 
d'une aumusse en forme de camail, est agenouillé devant 
un prie-Dieu, sur lequel est déposé un livre ouvert. Le 
chanoine Norbertin, les mains étendues, dirige ses regards 
vers le saint fondateur qui, la tête nue et rayonnée, revêtu 
du manteau de l'Ordre avec le pallium et la croix pectorale, 
s'élève devant lui, porté sur des nuages, tenant dans la 
main droite une tige de lis en fleurs, et étendant la main 
gauche, comme en signe d'adieu. Au-dessus de la gravure, 
deux anges ailés, vêtus d'une tunique, les cheveux bouclés, 
entourés de nuages et de rayons lumineux, tiennent une 
fleur de lis. Le prie-Dieu, en forme de piédestal, est orné 
d'une tête d'ange avec ornements en festons, et joint à un 
petit banc sur lequel se trouvent des livres, et un biretum. 
Au fond du tableau, à droite, une fenêtre à vitrail losange; 
à gauche, est suspendue une draperie relevée par des 
glands. Au dessus de la planche, est gravé ce texte sacré : 
« Germinabit sicut lilium, et erit quasi Oliva gloria ejus. 
" Osée. 14, 6 et 7. » 

Th. Galle a représenté cette même scène dans l'angle 
droit supérieur de la planche 32 de la Vie de saint 
Norbert. 



— 372 — 

III. 

La Vie de saint Norbert, 
Illustrée par les Frères KLAUBER. 

La Vie de saint Norbert, reproduite en gravures par les 
frères Klauber, diffère complètement de celles qu'ont gra- 
vées Galle et Pfeffel. 

Elle se distingue d'abord par la manière dont les sujets 
sont traités, et surtout par le style, genre rococo, propre 
à la dernière moitié du dix-huitième siècle. Ce stj^le, on le 
sait, est caractérisé par la profusion des ornements, par la 
quantité de draperies, d'enroulements, de guirlandes de 
fleurs et de fruits, enlacées d'une manière plus ou moins 
naturelle, par des courbes brisées, etc., par des cartouches 
à rinceaux, à formes contournées, et empruntés au règne 
végétal. Les vêtements de plusieurs personnages rappellent 
les costumes portés du temps de Louis XV. 

La Vie de saint Norbert, en gravures, attribuée aux 
frères Klauber, se compose d'un frontispice, et de 19 
planches mesurant 0,15 sur 0,10. Le titre gravé sur le 
frontispice nous apprend que le chanoine Sébastien Sailer, 
religieux de l'abbaye Norbertine de Marchtal, en est 
l'auteur, ce qui signifie sans doute qu'il a, non seule- 
ment composé les inscriptions latines qui surmontent les 
planches, et les quatrains latins gravés sur les cartouches 
d'en bas, mais qu'il a également dirigé la composition des 
dessins, comme le fit, pour la Vie illustrée par Galle, le 
savant Ghrysostôme Van der Sterre, prieur, et plus tard, 
abbé de Saint-Michel à Anvers. 

A en croire le titre, les gravures seraient dues au burin 
des frères, Klauber, tandis que les 19 planches de la Vie 



— 373 — 

du saint fondateur de l'Oi'dre de Prémontré, portent la 
signature de Gatliarina Klauber, sœur des frères susdits. 
Gomme nous l'avons fait observer, chacune des planches, 
y compris le frontispice, est surmontée d'un titre ou texte, 
résumant la scène représentée par la gravure, qui, au bas, 
est ornée d'un cartouche servant de base au tableau. Le 
cartouche du frontispice donne un texte de l'Écriture- 
Sainte; les cartouches des 19 planches suivantes con- 
tiennent un quatrain latin, se rapportant au sujet ou à 
l'épisode de la Vie du saint . 

Frontispice. — Le titre : Yita S. Norbe?ii Prœm. 
Fund. se trouve au-dessus du frontispice, et est complété 
par ces mots gravés sur la base du cartouche inférieur : 
Aiiih. P. Sailer C. M. 

La table du cartouche porte ce texte sacré : « Quis est 
« hic, et laudabimus eum. Fecit enim mirabilia in vita sua. 
« Eccl. 31, V. 9. " 

Au bas de la planche est gravé ce qui suit : 

Ftrês Klauber Catli. Ser. et Rev. Archiep. et Elect. Trev. et Ep. 

[Aug. ac 

Princ. Prœpos. Elvac. uti et Ser. Elect. et com. Palat. nec non Cels. 

[Princ. 
Kampidun. Chalc. Aulici, Sculps. Aug. V. A» 1779. 

Le frontispice représente saint Norbert, la tète nue et 
entourée d'un cercle lumineux, vêtu d'un rochet garni de 
dentelle avec camail-pallium. Il est agenouillé près d'un 
piédestal, la main gauche sur le cœur, la main droite 
étendue; devant lui, posées à terre, se trouvent la mitre et 
la crosse; il adore le Saint Sacrement exposé, à gauche du 
tableau, dans un ostensoir porté sur des nuages et envi- 
ronné de rayons lumineux ; un rayon partant de la Sainte 
Hostie, vient éclairer le front du Saint. A l'entour des 



— 374 — 

rayons et dans les nuages qui avoisinent l'ostensoir, se 
voient des têtes d'anges ailés. Un ange ailé, ceint d'une 
écliarpe, écarte une ample draperie à franges qui est sus- 
pendue dans l'angle gauche supérieur, et descend jusqu'au 
bas du cartouche; dans l'angle gauche inférieur, vis-à-vis 
de saint Norbert, un médaillon, encadré de feuillage et de 
fleurs, représente les armes symboliques de la sainte 
Eucharistie : un calice surmonté d'une hostie, accosté d'une 
branche de vigne et d'un épi de froment. 

Au-dessus du Saint, à droite, est assise, entourée de 
rayons, une femme vêtue d'une ample chape, la tête sur- 
montée de la tiare, ayant une large croix posée sur le bras 
gauche ; elle tient de la main droite, trois chartes ou bulles 
munies de sceaux, sur lesquelles on lit les noms des papes : 
Gelasius, Honorius, Calliœtus; dans la main gauche, elle 
a également une bulle avec l'inscription : Bened. XIV 
Oneroso. Auprès d'elle, un ange ailé indique une bulle qui 
porte inscrit le nom du pape Innocentius ; un peu plus 
haut, une colombe entourée de rayons lumineux figure le 
Saint Esprit qui se dirige vers l'église. 

Le cartouche est surmonté de guirlandes enroulées, 
recourbées, avec des branchages. 

Planche I". 

Le titre suivant, qui accompagne la première planche, 
en indique le sujet : 

« B. Hedwigis Comitissa mater prsegnans 
« S. Norberti per Somnium de Filio 
« Archipra;sule Futui-o monetur. 

La mère de saint Norbert est étendue sur un lit que 
recouvre une étoffe dont le bord est tuyauté, et qui est 



— 375 — 

surmonté de rideaux formant baldaquin. En haut du lit, un 
ange ailé, revêtu d'une légère draperie, tenant de la main 
gauche, le caducée, symbole de la paix, étend sa main 
droite vers Hadwige, mère de Norbert. La draperie flot- 
tante autour du corps de l'ange est parsemée d'étoiles, de 
même que le ciel qui l'entoure. 

Près d'Hadwige, à droite, un petit enfant vêtu d'une 
courte écharpe et d'un pallium, ayant une mitre sur la tête, 
et une crosse dans la main gauche, soulève, de la main 
droite, le rideau du lit où repose sa mère, les bras posés sur 
les couvertures. A droite faisant pendant à l'ange ailé, est 
assise sur des nuages et soutenue par deux autres anges, 
une femme ayant la tête voilée, vêtue d'une large draperie, 
portant de la main droite un sceptre surmonté d'un triangle 
avec l'œil divin au milieu ; elle étend la main gauche vers 
Hadwige, et semble symboliser la sagesse divine qui dirige 
toutes choses et d'avance ht dans l'avenir. A gauche du lit, 
une console enguirlandée. 

Joli cartouche, orné de branches contournées aux extré- 
mités. 

« Quse Sobolem maneant sortes, quse fata, Parentem, 
« Dum Somno opprimitur, Somuia Sacra docent. 

« Non semper fingis Morplieu. Te ver a locutum, 
« Et Pueri, et magni Praesulis acta probant. » 

Planche II. 
Fulminis ictii dejectus de Sonîpede altiora nieditari incipit. 

Au milieu d'une plaine entourée d'arbres verdoyants, 
Norbert, vêtu avec élégance, est étendu à terre près de son 
cheval renversé; il élève une main vers le ciel, et, de 
l'autre, s'appuie sur le sol. Le valet qui l'accompagne à 
cheval, lève les mains, exprimant son étonnement et sa 



— 376 — 

frayeur. Dans les branches de l'arbre, on distingue les 
sillons.de la foudre; en haut, des rayons, jaillissant des 
nuages, viennent se poser sur Norbert. Au fond du paysage, 
une rotonde surmontée d'un dôme. Joh cartouche enguir- 
landé. 

« Sternitur in terram Norbertus Fulminis ictu, 

« Et sapit inclamans percutientis opem. 
<i Mirum ! prosternant cum Fulmina qusequas deorsum, 

« Hune Sursura contra Fulminis ictus agit. » 

Planche III. 
Abjedis splendîdîs vestihus pelle ovina, seu melofe, induit ur. 

Devant une galerie à colonnes, Norbert, la tète nue et 
entourée d'un cercle lumineux, nu-pieds, revêtu d'une robe 
de peaux d'agneau, a les mains jointes, et dirige ses 
regards vers le ciel d'où descend un rayon qui illumine son 
visage. Devant lui, est posé à terre un coffre ouvert renfer- 
mant des monnaies et un collier avec médaillon, qu'il foule 
dédaigneusement du pied. Près de Norbert, à droite, sont 
assis et appuyés sur une console, un homme et une femme 
qui étendent les bras; à gauche, des femmes agenouillées et 
des hommes debout expriment, par leurs gestes, leur éton- 
nement et leur admiration. Au fond du tableau se voient 
d'autres personnages dans la même attitude. En haut, se 
groupent des nuages. Cartouche orné d'une guirlande de 
fruits et de fleurs. 

« Ite procul vanse, tegumenta superflua, vestes, 
« Non ego vos posthac .... Pellis ovina veni ! 

» Agnos ut pascam per meque, meosque deinceps, 
« ! Domini Salve Caula ! sed Aula Vale ! 



— 377 — 

Planche IV. 

Mores pravos cleri Suffillans a malo clerico publlce conspiiitur. 

Devant des bâtiments somptueux, d'une architecture 
grandiose, Norbert nu-pieds, vêtu simplement, la tète nue 
et auréolée, un livre ouvert posé sur le bras gauche, 
élevant de la main droite un crucifix, rappelle aux cha- 
noines et aux clercs leurs devoirs envers Dieu. L'un d'eux, 
la tète nue, portant le costume d'un abbé de cour du temps 
de Louis XV, le rabat au cou, le poing sur le côté, lance un 
crachat à la figure du Saint. Autour d'eux, est groupée une 
foule de curieux qui expriment : les uns, leur mécontente- 
ment, les autres, leur admiration profonde. Aux pieds du 
Saint, à gauche, est agenouillée une femme, les mains 
jointes, ayant près d'elle deux petits enfants qui s'ébattent 
et jouent avec l'insouciance de leur âge. De chaque côté de 
la scène, des arbustes couverts de feuillage. Cartouche 
enroulé où se noue im ruban enlacé. 

« P^xcreat in Faciem Spurcae tetra phlegmata linguEe 

« Sacri oratoris quem pia liugua monet. 
a Nil hinc turbaris, Norberte ! sed Excremenla 

« Incrementa tibi mentis amantis erant. » 

Planche V. 
Cum Sanguine Evcharîstico Magnarn Araneam Innoxîe sumît. 

Dans une crypte, ou église souterraine, soutenue par des 
colonnes, éclairée par une lampe suspendue à la voûte, 
Norbert célèbre la Sainte Messe. Le Saint, la tète entourée 
d'un cercle lumineux, revêtu d'une chasuble avec la croix, 
est au moment de boire le Saint Sang du calice qu'il tient 
levé dans la main droite, en l'approchant de ses lèvres, et 
tient la patène de la main gauche. Dans le calice on aper(^oit 



— 378 — 

une araignée, dont le fil remonte jusqu'à la voûte où s'étend 
son immense toile. Dans l'angle gauche du tableau, se 
dresse l'autel, couvert d'une nappe bordée de dentelles, 
surmonté d'un baldaquin avec draperies relevées, et orné 
d'un crucifix, de deux chandeliers avec leurs cierges 
allumés, d'un missel et d'un canon liturgique. A côté de 
l'autel est placée une petite crédence soutenant deux 
burettes. Derrière le célébrant, un clerc à genoux, revêtu 
d'un large surplis, lève les deux mains vers le ciel; plu- 
sieurs personnes assistent pieusement au Saint Sacrifice. 
Près de l'autel et de la crédence, se voit agenouillé, la tète 
tournée vers Norbert, un jeune gentilhomme vêtu avec 
élégance, son chapeau à panache déposé à ses pieds; il 
étend ses mains, en signe d'admiration. Au fond de la 
crypte, se groupe, près des marches de l'escalier, une foule 
de pieux assistants. Une draperie relevée se dessine au haut 
de la gravure et descend gracieusement de chaque côté, 
en forme de rideau. Cartouche avec guirlande et branches 
contournées. 

<t Intrepidus Sacro cura Sanguine Sumis arachnen : 

« Nempe bibens vitam toxica nuUa times. 
« Mox, ubi sternutas, innoxius exilit hostis ; 

« Hincfuit, et merito, tune Tibi dicta Salus. » 

Planche VI. 

A Cruciftxo Septein radiis illustrato edocfus în prato nionstrato 
ordinis Siù Canonici primordia struit. 

Dans une plaine accidentée, on voit le Christ attaché à 
la croix d'où s'étendent sept rayons lumineux; devant lui, 
saint Norbert est à genoux nu-pieds, la tête nue et auréolée, 
vêtu de sa tunique de peaux, les mains étendues et regar- 
dant le Christ. A gauche de la croix, se tient un pèlerin, 



— 379 — 

tête nue et nu-pieds, vêtu du collet rabattu (pèlerine) orné 
de coquilles, la gourde au côté, le chapeau attaché sur 
l'épaule, tenant de la main droite, outre le bâton de voyage, 
une fleur de lis qu'il dépose aux pieds du Christ, et levant 
un doigt de la main gauche. A droite, près de Norbert, un 
pèlerin debout, vêtu comme son compagnon, le bâton dans 
la main droite, lève sa main gauche vers le Christ, qu'il 
regarde attentivement. Au fond du tableau, à droite, s'élève 
un rocher près d'une église surmontée d'une tour carrée. 
Dans le haut des nuages, des arbustes effeuillés encadrent 
le tableau ; à droite, deux serpents enroulés se tordent aux 
parois du rocher et se lancent dans le vide, hors du cadre. 
Cartouche gracieusement recourbé en ovale, et doublé de 
guirlandes mêlées de feuillages. 

« Ecce ! crucifixi Norberto apparet Imago, 

« a Septem radiis Splendida, clara Suis. 
« Pratum monstratum Septena luce corust-utn 

« ordinis esse caput coepit ut octo boni. » 

Planche VII. 

Emanïbus Beatisslmœ Virgînis Delparœ candidum ordinis hahitum 
in Signuin Immaculatœ Ejusdem conceptionîs acctjjit. 

La Très sainte Vierge, vêtue d'une large robe flottante, la 
tête couverte d'un voile et entourée de rayons lumineux, 
portée sur des nuages que soutiennent des têtes d'anges 
ailés, apparaît à Norbert. Le saint nu-pieds, vêtu d'une 
robe grossière, la tête nue ceinte d'une auréole, est à 
genoux, et reçoit des deux mains la robe blanche que lui 
présente de la main gauche, la Vierge Immaculée, tout en 
étendant la main droite. A gauche de la Mère de Dieu, un 
ange ailé, vêtu d'une draperie, tient des deux mains le 
biretum et une ceinture flottante. A droite, dans l'angle 



— 380 — 

supérieur, un ange ailé, soutenu par deux petits anges 
vêtus d'une simple écharpe, porte le manteau de chœur. En 
haut, au milieu des nuages, on aperçoit deux têtes d'anges 
ailés, dont les traits expriment la joie. Aux angles du 
cartouche, se dressent des branches de lis, autour des- 
quelles sont enroulés des serpents qui vomissent des 
flammes. 

» De uive cœligenum Virgo Immaculata ministrat 
« Vestem, quae postliac ieque, tuosque tegat. 

« Et decuit bene conceptam sine labe parentem, 
« Ut Natis vestem det sine labe suis. » 



Planche VIII. 

A S. Aurelio Augnstlno in visione Canonicam et Auream Regulam 

Sortitur. 

Sous une draperie bordée de franges, et relevée gracieu- 
sement par trois anges ailés, vêtus d'écharpes, on voit 
saint Norbert à genoux, la tête nue et auréolée, vêtu de 
l'habit de l'Ordre, et recevant des deux mains le livre de la 
règle que lui offre saint Augustin. L'évêque d'Hippone, 
porté sur des nuages, vêtu d'une large chape, ayant la 
mitre épiscopale sur sa tête ceinte d'une auréole, avec la 
barbe bien fournie, un cœur surmonté de flammes posé sur 
la poitrine, lui présente de la main gauche un livre ouvert 
sur lequel on lit ces mots : Ante omnia diligatur Deus. 
Il tient la main droite étendue. A gauche d'Augustin se 
voient deux anges ailés, dont l'un porte la crosse d'une 
main, tandis que l'autre ange relève tant soit peu la chape 
du pontife. A gauche, au-dessus de Norbert, trois anges 
ailés, ceints d'une écharpe, soulèvent dans leur vol, les 
plis d'une draperie qui descend jusqu'au bas du tableau. 
Entre le saint évèque et Norbert, deux têtes d'anges ailés 



— 381 — 

semblent regarder avec complaisance le fondateur de 
Prémontré. Aux pieds de Norbert est posé à terre un 
bonnet carré, et devant lui gisent sur le sol un compas, et 
un plan déroulé sur un mètre. Cartouche enguirlandé, sur- 
monté de branches de feuillages aux angles supérieurs. 

« Aurea de Sursum [: dédit hanc Aurelius ipse :] 

« Régula, proque tuis ter pretiosa venit. 
« Aureus Author erat, sed et Aurea dogmata. Numquid 

« Ordo tuus dici hinc Aureus ordo potest? 

Planche IX. 

Nivigellœ in Brahantia puellam Energumenam a dœmone libérât 
a quo Sarcastice alhus canis vocatur. 

Devant une porte monumentale, entourée de murs épais, 
où s'élève un donjon, Norbert apparaît, debout, la tète 
nue et nimbée, vêtu de l'habit de l'Ordre, accompagné de 
deux religieux également tète nue. Il élève la main gauclie 
et étend la main droite vers une femme possédée, dont les 
traits sont convulsés, le visage effrayant, soutenue dans les 
bras d'une femme, accompagnée d'un enfant et d'un homme 
qui tient ses mains jointes. De la bouche de la possédée, 
jaillit et s'élève une traînée flamboyante, surmontée d'un 
petit diable en forme de chauve-souris. Aux pieds de la 
malheureuse, un loup étendu à terre et mordu par un 
boule-dogue. Près du Saint, un caniche aboie, visiblement 
irrité contre la misérable possédée. Au second ijlan der- 
rière l'esplanade où se dressent les murs, un homme et 
une femme, témoins de cette scène, joignent les mains et 
paraissent prier. Au fond du tableau, près du donjon, un 
homme, la tête nue, accompagné d'un enfant, étend les 
bras, en signe d'admiration et de respect. Cartouche en- 
touré de fleurs très gracieusement disposées. 



— 382 — 

« Quum Nivigellae Sathanam de corde puellse 

« Propulsas, album te vocat illecanem, 
« Tartareum dum nempe lupum mordesquefugasque 

« Ipse l'uga Domini Te probat esse canem. » 

Planche X. 
Herhipoli post Sacrum HaJitu cœcmn multerem, ut videret, illuminât. 

Devant un autel accosté d'une colonne que surmonte une 
draperie à franges, relevée vers la voûte de l'édifice, puis 
retombant du côté gauche, saint Norbert se tient debout, 
revêtu d'un long surplis et d'une chape richement ornée, la 
tête couverte de la mitre et ceinte d'une auréole. A sa droite, 
se tient un diacre vêtu d'une dalmatique ; à gauche, plu- 
sieurs clercs, dont l'un présente le missel; le sous-diacre 
portant la crosse. Le Saint se tourne vers une femme 
aveugle agenouillée devant lui, les mains jointes, un bâton 
appuyé au bras droit ; elle est accompagnée d'une jeune 
femme et d'un page également à genoux. Le Saint bénit 
l'aveugle de la main droite, pose la main gauche sur sa 
tête, et lui souffle au visage. L'autel, orné d'une garniture 
de dentelles, porte un crucifix entre deux chandeliers avec 
leurs cierges allumés, et un petit cadre au milieu. Au fond 
de la chapelle, derrière une balustrade, on voit, assis sur 
un tertre, un malheureux à peine couvert; le Père Éternel, 
au nimbe triangulaire, ayant la tête nue et une longue 
barbe, lui souffle également au visage. Cartouche encadré 
et surmonté de fleurs. 

« Dum Sacris operatus eras de luraine plenus 

« Cœlesti, mulier cseca recepit opem. 
« In csecam Exsufflans lumen de himine confers. 

« Hactenus Exsufflans luminaNemo dédit. » 



— 383 — 

Planche XI. 

Daenion sub Specie Ursi apparentem Signo crucis deturhat. 

Près d'une double colonnade surmontée d'une galerie 
ajourée et comme encadrée de feuillages, Norbert, debout, 
la tète nue, ceinte d'une auréole, paraît, vêtu de l'habit 
blanc avec la croix pectorale, suivi de deux religieux qui 
élèvent les mains. Le Saint étend vers le ciel sa main droite 
retournée, et tient, dans la main gauche, une croix qu'il 
dirige vers un ours furieux. L'animal posté au pied d'un 
arbre, sur un tertre au pied duquel serpente une petite 
rivière, se tourne, menaçant, vers Norbert, et de sa gueule 
lance des flammes. A l'horizon, une colline, deux bar- 
rières de lattes treillagées, et des nuages dans le fond du 
tableau. Cartouche rustique avec fleurs et feuillages. 

« E Styge terrifici Specie dum prosilit ursi 

« Dsemon, nil trépidas, nil et alj hoste times. 

« Mox cruce Signata, rétro ut Saltaret, ageLas, 
« Sic regredi jussus nunquid et ursus erat? » 

Planche XII. 
Lupiini ovtcuîœ raptorem ad greg'is custodîam députât. 

Dans une campagne coupée de collines et encadrée de 
groupes d'arbres, saint Norbert, debout, la tète nue et 
auréolée, vêtu de l'habit religieux avec la croix pectorale, 
et accompagné de trois religieux élève la main gauche 
vers le ciel et étend la main droite vers un loup qui, à ses 
pieds, terrasse une brebis. L'un des religieux élève la main 
et un autre l'étend en signe d'admiration. Au second plan, 
à droite sous une touffe d'arbustes, sont assis deux bergers 
jouant de la musette, ayant, couchés à leurs pieds un chien 
et un agneau, à côté de quelques instruments de musique. 
Près d'eux, un autre pasteur qui se tient debout, lève sa 



— 384 — 

houlette pour mettre un loup en fuite. Joli cartouche 
enroulé, décoré de guirlandes. 

« De grege dum Ssevus tenerum Lupus abstulit agnum, 
« Raptor cum prœda, Te revocante, redit. 

« Ut pascat, non mactet oves, Lupus Ergo juhetur, 
« Discite pastores, quod Lupus iste facit. » 

Planche XIII. 

Hostes, înterposîtîs S.S. Reliquiis, inter se mire conciliât optimus 
pacis Christianœ Fecialis. 

Dans une plaine entourée de collines et encadrée de 
deux magnifiques palmiers, Norbert, la tête nue et auréolée, 
vêtu de l'habit religieux portant de la main droite une 
branche d'ohvier, étend la main gauche vers deux seigneurs, 
ennemis invétérés, qu'il réconcilie, en présence des saintes 
reliques dont la châsse est déposée près d'eux à terre. Ces 
deux seigneurs, suivis de deux témoins, sont richement 
vêtus, portant des toques à panaches; ils se donnent la 
main et jurent une éternelle paix, leurs épées nues sont 
déposées près d'eux, à terre. Deux religieux accompagnent 
le saint pacificateur, et, par leurs gestes, expriment toute 
leur admiration. Dans les arbres on voit, à droite, voltiger 
un ange ailé vêtu d'une draperie, tenant, dans chaque main 
une branche de palmier; à gauche, deux autres anges ailés, 
vêtus de même, présentent également des palmes. Au-dessus 
des personnages du tableau, vole dans l'air une colombe, 
portant dans son bec une branche d'olivier. Cartouche élé- 
gamment encadré et enroulé. 

« In manibus gestans oleam, dum Foedera suadet, 
(I Ossa super Divum hsec consolidare Solet. 

« Et bene ! cum Divi nunc Sancta in pace quiescant, 
w Yivis, ut Divis non sit arnica quiee? » 



— 385 — 

Planche XIV. 
Antverpiœ Sacramentariam Tanchelini Hœresîn funditus Extirpât. 

La gravure représente une place s'étendant devant une 
des portes de la ville d'Anvers, dont on voit, par de là le 
mur d'enceinte, deux des églises avec dômes et tours. Une 
procession, précédée de la croix, composée de plusieurs 
clercs, se dirige vers la porte de la cité, escortant le Saint 
Sacrement de l'Eucharistie, porté par saint Norbert. Le 
Saint, la tête nue et auréolée, revêtu d'une ample chape, 
dont le bord est tenu et relevé par un jeune page, porte des 
deux mains l'ostensoir à rayons; il est suivi de deux por- 
teurs du dais qui protège le Saint Sacrement; devant lui, 
un prêtre vêtu d'une étole, tient un flambeau, et un acolyte 
à genoux balance un encensoir. Près du jeune page, une 
femme à genoux tient en mains une toque; au fond, à 
gauche, se groupe une foule d'assistants. En haut, dans 
l'air, au-dessus de la porte, l'Eglise du Christ apparaît, 
représentée par une femme assise sur des nuages, la tête 
surmontée de la tiare, tenant de la main gauche une croix, 
et posant de la main droite un cahce eucharistique sur le 
dôme d'un édifice octogone, autour duquel on lit : Confrat. 
S. S. Sacramenti in ord. Prœ^n. Au-dessus du dais qui 
abrite le Saint Sacrement, voltigent deux anges ailés, 
dont l'un a les mains jointes et l'autre balance un encen- 
soir. Dans l'angle droit, au premier plan, s'appuyant 
contre une borne ou un piédestal encadré, on voit, debout, 
deux personnages, la tête nue, à la figure sinistre, aux 
gestes effarés, qui s'empressent de prendre la fuite et 
regardent le Saint d'un air farouche. Sous leurs pieds 
gisent à terre deux livres ouverts, sur l'un desquels est 
renversé un calice d'où s'élève une flamme; l'autre ouvert 

aussi, et foulé par les fuyards. L'un des deux hérétiques 

25 



— 386 — 

porte au cou un médaillon suspendu à une chaîne. Adroite 
et à gauche, des massifs d'arbustes chargés de feuillages. 
Cartouche surmonté d'arabesques. 

« In corpus Domini quod Tankeline 1 nefandum 

« Peccas, Norbert! Zelus ah urbe fugat. 
« Norbertina cohors manet hinc Prsetoria semper, 

« Quse corpus Domini mente, manuque tegat. » 

Planclie XV. 

Parthenopolîm ArM-Episcopus nudipes Ingreditur, et Janitorem 
sïbl contrarium amplectitur. 

Sous une porte monumentale, dont le centre est orné 
d'un cartel blasoné et d'une statue de la Renommée, on voit 
Norbert, nu pieds, la tète auréolée, revêtu de l'habit reli- 
gieux, attirant vers lui un homme armé d'une épée et d'une 
hallebarde, qui, l'air triste et embarrassé, posant la main 
droite sur la poitrine, paraît faire des excuses au Saint, 
pour lui avoir refusé l'entrée du palais épiscopal. Le saint 
prélat est suivi de trois religieux. Aux deux angles de la 
gravure se voient, debout, la tête couverte d'une toque 
à panaches, deux personnages vêtus en bourgeois, qui 
tiennent leurs mains étendues, exprimant leur étonnement. 
Au pieds du gardien de l'évêché, un chien couché à terre, 
aboie contre le Saint. Dans le fond du tableau, trois femmes 
regardent cette scène; plus loin, dans la perpective, se 
dessinent les murs d'une forteresse, et une église surmontée 
de tours. Une draperie à franges tombe du haut de la 
gravure sur les deux côtés du cadre, dessiné, à droite et à 
gauche, par des hallebardes. Joli cartouche enroulé et 
orné de fleurs. 

« Ad proprias PrEesul dum pergis nudipes eedes, 
" Mendicum reputans Janitor inde movet. 

(1 Quis sis, dum novit, mctuentem pessima mulces; 
H Quisque Futurus et in Limine nonne probae ? » 



— 387 — 

Planche XVI. 

Pro Jurium Ecclesiœ suce defensione Persecutiones diras patîtur. 

Au centre d'une salle soutenue par des colonnes et 
éclairée par une couronne de lumières, suspendue à la 
voûte, Norbert, la tète mitrée et ceinte d'une auréole, 
revêtu d'une chape somptueuse avec croix pectorale, tenant 
de la main gauche la croix épiscopale, tend la main droite 
vers l'un des misérables qui viennent pour l'assassiner. 
Aux pieds du Saint, à gauche, un clerc, vêtu d'un rochet, 
s'agenouille, les bras étendus; à droite, un religieux est 
également à genoux, les mains jointes, tandis qu'un autre, 
debout, étend le bras pour protéger l'évêque contre les 
coups de ses ennemis. Dans l'angle droit, un des assassins, 
homme à figure sinistre, tenant de la main droite un glaive 
nu, lève la main gauche et menace le saint prélat; un autre 
meurtrier, prenant le Saint de la main gauche, brandit de 
la main droite son épée pour le frapper ; un troisième con- 
juré, levant aussi le bras, est suivi d'une troupe d'hommes 
armés de piques. Au fond du tableau deux femmes se 
lamentent entourées d'un groupe de curieux. Une draperie 
à lambrequins encadre le haut du tableau, et déroule de 
chaque côté ses bords garnis de franges. Joli cartouche, 
orné de fleurs et d'arabesques. 

« Vix Canonum Sacra jura Foves, ï'ervensque tueris, 

« Mox Enses, Hastas effera turba movet. 
« Stas taraen Impavidus ; turbaeque, Hostesque recedunt. 

a In Sacra jus gladii nilque valere docent. « 

Planche XVII. 

Innocentium IL contra Anacletum Antipapam cum sancto Bernardo 
Clarœvallensî Strenue tiietur. 

Devant une des portes de Rome, largement ouverte, au 



— 388 — 

milieu des murs d'enceinte derrière lesquels s'élèvent des 
églises surmontées d'un vaste dôme, saint Norbert et saint 
Bernard paraissent, suivant immédiatement le Pape Inno- 
cent qui rentre dans sa capitale. Le Pape, revêtu d'une 
chape somptueusement ornée, portant la tiare, étend la 
main droite pour bénir, et, de la main gauche, tient la 
croix papale; il est précédé de deux bannières, de clercs 
portant des flambeaux, de cardinaux et d'évèques. Norbert, 
la tète mitrée et entourée de rayons, vêtu de riches habits 
pontificaux, lève la main droite, et tient de la main gauche 
une branche d'olivier. Il s'entretient avec saint Bernard qui, 
la tête nue, cerclée d'une auréole, vêtu du froc monastique, 
tenant le bras gauche élevé, regarde son compagnon. Les 
deux Saints sont suivis de prélats mitres, de clercs, etc. 
Dans l'angle gauche, près du Pape, figure un garde ponti- 
fical armé d'un glaive et d'une hallebarde. A droite, on 
aperçoit, au second plan un personnage vêtu d'une chape, 
la tiare en tête, qui s'éloigne de Rome en tenant les bras 
étendus. Devant lui, une colombe emporte dans son bec 
les deux clefs pontificales; à côté de lui, court un chien 
aboyant. Cartouche garni de feuilles et de fleurs, surmonté, 
à droite, d'un joli arbuste formant encadrement. 

« Schisma Anacleti quando Norberte ! coerces, 

« Clara tibi comitem vallis arnica dédit, 
(I Innocui papee partes meliusne tueri 

« lu mundo quis, quam Lilium, apisque, queat? » 

Planche XVIII. 
Sancte moritur, et suh Lilii specîe Coelo ah angelis înferrî conspîcîtur. 

Saint Norbert, la tête nue, ceinte d'une auréole, couvert 
de ses habits religieux avec le pallium, expire, les mains 
jointes, étendu sur son lit. Un religieux le soutient dans 



— 389 — 

ses bras; un autre religieux, debout, la tète nue, son 
bonnet à ses pieds, récite, le livre à la main, les prières des 
agonisants; à gauche du Saint, près d'une petite table cou- 
verte d'un tapis, sur laquelle se trouve une mitre, on voit 
un religieux tète nue, à genoux, tenant un livre de la main 
gauche, et la main droite élevée. Un autre religieux, ac- 
compagné de deux clercs, se trouve un peu plus loin et, 
levant les bras au ciel, exprime son admiration. Sur des 
rayons lumineux accompagnés de quatre têtes d'anges 
ailés, un superbe lis parait s'envoler vers le ciel. La croix 
épiscopale est posée, au fond de l'angle gauche, sur l'oreiller 
de l'agonisant. Des deux côtés du tableau s'élèvent des 
branches de lis qui au sommet, s'unissent aux draperies 
flottantes. Plus haut sont groupés des nuages. Cartel 
enroulé, au milieu duquel figure un bouquet de fleurs. 

«I Liligeri Fueras qui tu Pater ordinis, Euge I 

« In cœlum moriens Lilii adinstar aliis. 
« Optima nempe tuEe Fuerant htec Symbola vitae, 

« Hinc fuit ex horto Flosculus iste tuo. » 

Planche XIX. 

Non sine slngularl Nuininis providentia Ossa S. Norberti Patroni 
Bohemiœ adlecti ParthenopoU Pragam deferuntur. 

Devant la porte et l'enceinte de la ville de Prague, dont 
on aperçoit au loin les châteaux, les églises et les tours, se 
déroule une procession, bannières et flambeaux en tète. La 
châsse contenant les reliques de saint Norbert, est portée 
par quatre clercs, sur un brancard orné de draperies. Les 
porteurs, tète nue, vêtus de longs rochets, sont suivis de 
deux prélats mitres, la crosse en main, et vêtus de riches 
chapes. 

A droite, un prélat, la mitre en tète, la crosse en main, 



— 390 — 

élève ses bras vers la châsse ; il est accompagné d'un cha- 
noine en surplis. Deux femmes sont à genoux, à l'avant- 
plan, et invoquent le Saint; l'une accompagnée de son 
enfant, a les mains jointes, et l'autre les bras étendus. Au 
milieu du ciel, où se sont amassés des nuages, brille l'œil 
triangulaire de Dieu le Père, d'où jaillissent des rayons 
lumineux. Cartouche encadré, ayant une guirlande au 
centre et portant des branches fleuries, qui remontent de 
chaque côté en guise d'ornement. 

« Divorum cineres clum Islebica turba profanât, 

« Tu procul antiqua de Statione fugis, 
« Inter Virgineos recipit ïe Praga pénates : 

« Lilia Stare loco num meliore queant? » 



IV. 

Aux vies de saint Norbert, illustrées par le burin de 
Galle, Pfeffel et Klauber, nous ajoutons la description d'une 
planche représentant saint Norbert entouré de douze mé- 
daillons figurant autant de scènes de la vie du Saint. 

Le portrait du Bienheureux, qui est le même que celui 
qui orne la vie dessinée par Galle, occupe le centre de la 
planche. 

Le portrait en ovale, est entouré de quatre coins formant 
le carré de l'encadrement, au bas duquel on lit : « Ipse est 
« directus divinitus in pœnitentia gentis et tulit abomina- 
« tiones iniquitatis. Eccl. 49. » 

Les douze médaillons sont reliés entr'eux par des guir- 
landes et des draperies flottantes très légères, ceux du 
miheu, par une tête d'ange ailé et par des ornements en 
forme de glands. Dans les angles des médaillons, sont 



— 391 — 

gravés des fleurs et des bouquets. Sous chaque médaillon 
est placé un cartel, ou bande, dont l'inscription en latin 
indique le sujet représenté. Chaque médaillon mesure 0"'05 
sur 0™05, l'ovale du portrait O'^OO sur 0"UOG, la planche 
entière 0^25 de haut sur 0™20 de large. 

Premier Médaillon. 
Nascitur Sanctus in CUvia Norbertus. 

La mère de Norbert est étendue sur un lit à baldaquin 
avec rideaux entr'ouverts. Devant elle, se trouve une ser- 
vante tenant un verre à la main. En haut, un ange, vêtu 
et ailé, entouré de nuages, fait descendre sur Hadwige un 
raj^on lumineux. En bas, deux femmes assises : l'une 
porte un vase, l'autre un petit enfant dont la tête est ceinte 
d'une auréole, et à qui elles donnent leurs soins. Au fond, 
à gauche, près d'une cheminée, une servante sèche des 
hnges. 

Deuxième Médaillon. 
Fulmine ex equo dejectus convertitur. 

Norbert, étendu à terre à côté de son cheval également 
renversé, pose sa main droite sur son cœur. Son serviteur, 
tête nue, l'épée au côté, est debout près de lui et le regarde 
avec émotion, en étendant la main. Des éclairs sillonnent 
les nuages. Au fond, une plaine, des bâtiments, des arbres. 

Troisième MédaiUon. 
Ahjectis vestihus pretiosis, agnlnîs se pelUbus induit. 

Dans une salle voûtée, soutenue par des colonnes, Nor- 
bert, la tète nue, entourée de rayons, nu-pieds et revêtu 
d'un habit de peau d'agneau, ayant une corde pour ceinture, 



— 392 — 

tenant dans la main gauche une croix, de la main droite, 
indique ses vêtements de chevalier étendus devant lui à 
terre. A sa droite et à sa gauche, de nobles seigneurs, 
groupés dans diverses attitudes, manifestent leur étonne- 
mentet leur expression. 

Quatrième MédaiUon. 
Omnia sua païqierihus distribuif. 

Près d'un riche portique, devant un table couverte de 
tapis, sont étendus les riches vêtements que Norbert, la 
tête nue, ceinte d'une auréole, distribue aux indigents. 
Derrière le Saint, un serviteur. Au fond la campagne. 

Cinquième Médaillon. 
Mira gratta poUet pacîficandî discordes. 

Dans une salle voûtée, soutenue par des colonnes, le 
Saint, la tête nue et nimbée, nu-pieds, tenant dans sa main 
droite une branche d'olivier, réconcilie deux seigneurs 
ennemis; à gauche, trois rehgieux, à droite trois bourgeois, 
sont témoins de cette réconciliation faite devant un autel 
sur lequel se voit un chandelier avec cierge allumé. 

Sixième Médaillon. 
Habitum candidum a Beatissima Deipara stiscijrit. 

Dans une église à colonnes, au pied d'un autel sur lequel 
se trouve un crucifix, Norbert, à genoux, la tête nue et 
auréolée, lève les deux bras vers le ciel. Il est accompagné 
de deux religieux dont l'un, la tête ceinte d'une auréole, 
est agenouillé près du Saint, auquel un ange vêtu et ailé 
présente un robe monastique. Au-dessus de la voûte, sur des 



— 393 — 

nuages, la Très Sainte Vierge apparaît avec le Divin 
Enfant, entourée, à droite, d'un ange qui joue du violon; à 
gauche, d'un autre ange qui sonne de la trompette. 

Septième MédaiUon. 
S. Augusfînus Norberto Clericorum regiilam porrîgit. 

Dans une modeste chapelle, dont la porte est entr'ou- 
verte, apparaît sur des nuages, entouré de rayons, saint 
Augustin à mi-corps, la tête mitrée, la barbe longue, la 
main droite étendue, offrant de la main gauche à Norbert, 
un livre ouvert. Celui-ci, la tète nue et auréolée, vêtu de 
l'habit religieux, est agenouillé devant un autel sur lequel 
sont placés un crucifix, un livre, un sablier, une tète de 
mort et une discipline. 

Huitième MédaiUon. 
Honorius PP II confirmât Ordineni Prœmonstratensem. 

Dans une salle tendue de riches tapisseries, le pape 
Honorius, assis sur un trône surmonté d'un dôme à balda- 
quin, et ayant à droite et à gauche deux dignitaires ecclé- 
siastiques, offre à Norbert la Bulle de confirmation de 
l'Ordre de Prémontré. Le Saint, vêtu du manteau monas- 
tique, la tète nue et auréolée, est accompagné de deux reli- 
gieux à genoux. Le pape est revêtu d'une large chape et 
porte la tiare. Au fond, une fenêtre ouverte laisse entrer 
le jour dans la salle. 

Neuvième MédaiUon. 
Inter cœtera mlracula exîmia claret virtute pellendi dcemones. 

Dans une vaste salle, devant une table sur laquelle brûle 
un cierge, Norbert, vêtu de la tunique blanche, coiffé d'un 



— 894 — 

bonnet et la tète entourée d'un nimbe, une palme dans la 
main gauclie, bénit de la main droite trois possédés pros- 
ternés à ses pieds. Trois esprits diaboliques prennent la 
fuite devant lui. A côté du Saint est couchée une petite 
brebis. 

Dixième Médaillon. 
Consecratur Archiepiscopus Magdehurgensis, 

Dans une église soutenue par des colonnes, Norbert, la 
tète nue et auréolée, à genoux, les mains jointes, revêtu 
des habits sacerdotaux, est consacré évèque. Devant lui, 
l'évêque consécrateur, portant la mitre, étend la main; un 
religieux l'assiste et tient la croix; un clerc à genoux, 
présente le missel; un haut dignitaire, la tète couverte du 
bonnet est assis dans un fauteuil. Derrière le Saint, deux 
évèques, la tète mitrée, assistent à la cérémonie; l'un 
d'eux dépose, avec l'évêque consécrateur, la mitre sur la 
tête du Saint. Au fond à gauche, un reUgieux et divers 
curieux, une petite table couverte d'un tapis, sur laquelle 
sont posés deux tonnelets couverts par une toile. A droite, 
le trône épiscopal. 

Onzième MédaiUon. 
B. Hugonem in Prœmonstrato suum suceessorem Chrîsto prœsentat. 

Devant le divin Sauveur, revêtu d'un manteau, la tète 
nimbée et entourée de nuages, le B. Hugues, à genoux, la 
tête nue et entourée d'un cercle lumineux, tend la main 
droite au Sauveur, auquel il est présenté par saint Norbert. 
Celui-ci, vêtu d'une chape et la tète mitrée, pose sa main 
droite sur l'épaule du Bienheureux, et tient la crosse de la 
main gauche. Une bande enroulée monte de la bouche du 
Saint jusqu'aux nues. Le divin Sauveur, de la main gauche, 
indique une banderole flottante. 



— 395 — 

Douzième Médaillon. 
Multîs miracuUs et meritis gloriosuf) ad cœlos migrât. 

Norbert, revêtu de ses habits pontificaux, la tète mitrée 
et auréolée, les bras étendus, un crucifix et une crosse dans 
les mains, est placé sur un lit de parade entouré de quatre 
chandeliers avec des cierges allumés. Près de lui six per- 
sonnages sont à genoux, en prières; un septième, debout 
aux pieds du Saint, étend la main droite et serre son 
chapeau contre sa poitrine. En haut, des rayons et, sur des 
nuages, deux anges vêtus et ailés portant une branche de hs. 

Au bas de la planche, qui ne porte aucune signature? 
on lit : " S. Norbertus Canonicorum Prsemonstratensium 
« Princeps, Antverpiensium Apostolus, Archiepiscopus 
« Magdeburgensis, & totius Germanise Primas, ad cœlos 
« migravit anno 1134. Festum celebratur 11. Iulii. » 



Une jolie gravure d'Abraham Van Merlen représente 
quatre épisodes de la vie de saint Norbert : 1" sa naissance; 
2° la vision du Crucifix ; 3^* la sainte Vierge lui offrant de 
ses mains la robe blanche ; 4° saint Augustin lui donnant sa 
règle. Planche remarquable par la finesse d'exécution. 

Dans un ovale de 0'"094 sur 0'"068 encadré d'enroule- 
ments en guise de cartouche, saint Norbert est représenté 
debout, la tête mitrée et nimbée; il est revêtu d'un long 
surplis avec franges, et d'une chape dont l'agrafe a la 
forme d'une feuille de trèfle ; de la main droite, il soutient 
l'ostensoir du Très Saint-Sacrement, et tient, de la main 
gauche, la croix épiscopale et une branche d'olivier. Les 



- 396 — 

pieds du Saint foulent un personnage étendu à terre, dont 
le buste se voit à droite; il est vêtu à l'espagnole, et appuie 
la main droite sur son cœur, tenant dans son autre main 
une hostie qu'il élève. A gauche du Saint, se voit, égale- 
ment renversé à terre, un monstre ailé, ayant un dard 
dans la gueule, et levant sa griffe droite crochue. Au fond 
du tableau, l'Escaut, où naviguent des vaisseaux et des 
barques, baigne les quais de la ville d'Anvers, dont l'église 
Notre-Dame s'élève à droite avec ses tours; à gauche, se 
profile l'abbaye Norbertine de Saint-Michel. 

Dans les coins de la planche, restés vides autour de 
l'ovale, se voient quatre petits médaillons, de 0™025 sur 
O'^OIO, dont une inscription latine, imprimée dans l'en- 
cadrement, indique le sujet. 

Dans l'angle droit, en haut de la planche, est placé un 
médaillon dont le sujet est indiqué à l'intérieur du cadre. 
1. S. Norbertus cœlesti voce matri prœmonstratus. 

Dans une chambre éclairée par une fenêtre, et dont la 
porte est ouverte, la mère de Norbert est étendue sur un lit 
à rideaux. Un nuage, planant en haut, lance vers elle un 
rayon sur lequel on lit ces mots : jEquo animo esto 
Hadw. Au pied du lit, sur une petite table, un bougeoir 
avec un flambeau. 

Le deuxième médaillon, en haut, dans l'angle gauche, 
porte cette inscription : 2. Locus j)rœmonstratensis a 
eruciflxo prœmonstratus. Aux pieds du Christ, attaché 
à une croix que surmontent sept rayons entourés de 
nuages, sont agenouillés dix pèlerins, la tète nue, les mains 
jointes, munis du bâton et de la gourde. Au bas de la croix, 
on lit : Prœmonstratum. 

Le troisième médaillon, dans l'angle droit, au bas de 
l'ovale, porte inscrits dans l'encadrement, ces mots : 
3. Habitiis candidus ah virginepi^œmonstratus. Devant 



— 397 — 

un autel sur lequel sont posés deux chandeliers avec des 
cierges allumés, Norbert, la tête nue et nimbée, couvert 
du manteau de pèlerin, est agenouillé, les mains jointes. 
La très sainte Vierge, couronnée, portant l'Enfant Jésus 
sur son bras droit, et tenant un sceptre de la main gauche, 
apparaît sur des nuages; elle est entourée de tètes d'anges, 
et aussi de deux anges vêtus qui déploient une robe 
blanche. Sur un rayon émané d'Elle et se dirigeant vers 
Norbert, est gravée cette inscription : Fili accipe candid. 
vest. Au fond, une porte ouverte. 

Le quatrième médaillon, en bas, dans l'angle gauche, 
porte dans l'encadrement : 4. Régula Norberio a S. Au- 
gustino Prœmonstrata . Devant une table, Norbert, vêtu 
du manteau de l'Ordre, tête nue et nimbée, tenant un cha- 
pelet de la main gauche, reçoit de la main droite le volume 
que lui offre saint Augustin. Ce dernier, la tête mitrée, 
revêtu d'une chape, tenant de la main gauche un cœur percé 
d'une flèche et surmonté de flammes, apparaît, porté sur 
des nuages entourés de rayons. Sur un de ces rayons qui 
vient rencontrer saint Norbert, on lit : Hahes regulam 
quam. Au fond, une fenêtre ouverte laisse entrevoir la 
campagne. 

Dans l'encadrement de l'ovale, on lit : S. Norbertus 
Prœmonstr. ordinis princeps archiepiscopius magde- 
burgensis Antcerpiœ apostolus. Au bas de la planche qui 
mesure 0,13 sur 0,085 est gravé le quatrain suivant : 

a 4. Aurelius dat aui'eam Legem ! ' Ordinis 
« Spondetui" author cœlitus. ^ dat Caudidam 
« Maria vestem. ^ Crux locum sedis prsenotat : 
« Et esse Prsemonstratus ordonisi hicpotest? » 

avec la signature de l'auteur : Abraham van Merlen 
fecit et eœcudit. 



— 398 — 



VI. 



Nous ajoutons encore comme curieux spécimen de gra- 
vure Norbertine historiée, une carte de communication ou 
de participation aux sacrifices et aux bonnes œuvres qui se 
font dans l'Ordre, faveur accordée aux bienfaiteurs par le 
supérieur général de la Congrégation Norbertine d'Es- 
pagne. 

L'encadrement de cette carte, chargé de consoles ornées 
de fleurs, de vases d'encens, d'arabesques, et surmonté de 
trois petits médaillons où sont retracés trois épisodes de la 
Vie de saint Norbert. Celui du milieu représente : Norbert 
à genoux devant le crucifix d'où sortent sept rayons. En 
haut une banderole porte cette inscription : Prœmonstrat 
Christus œdem Norberto parenti. Dans le médaillon de 
droite, soutenu par deux anges ailés se voit saint Norbert à 
genoux devant la Très sainte Vierge qui, assise sur des 
nuages, lui présente la robe blanche. Une banderole, en 
haut du médaillon, porte ces mots : Prœmonstrat Virgo 
vestem candore nitentem. Le médaillon à gauche, 
soutenu par deux anges ailés, représente saint Augustin 
assis sur des nuages, offrant sa règle à saint Norbert à 
genoux devant lui. La banderole porte ce texte : Prœmon- 
strat vitœ amussim Aurelius almœ. 

Au bas de cette carte, un médaillon porte, au centre, les 
armes de saint Norbert, et est surmonté d'un chapeau 
d'archevêque avec glands, accosté d'une crosse et d'une 
croix archiépiscopale. Sur une banderole se lisent ces 
mots : Norbe7'tina stemmata. Une main présente une 
branche de vigne sur laquelle repose l'ostensoir du Très 
Saint Sacrement, et une branche de fleurs de lis sur 
laquelle se tient la Vierge Immaculée, A droite se dessine 



— 399 — 

un médaillon ouvert; à gauclie, un médaillon aux armes du 
Vicaire général de l'Ordre en Espagne. Au-dessous de 
cet écu armorié, on lit : Joseph GonzaP f* M^' ano 1753. 



VII. 

On nous signale, au moment où nous allions 
terminer cet article, une planche gravée, égale- 
ment destinée à illustrer la Vie de saint Norbert, 
et conservée au Cabinet d'Estampes de la Biblio- 
thèque Koyale. Nous nous sommes immédiatement 
adressé à Bruxelles au Conservateur, chargé de 
la direction de ce département. M. L. Hymans, 
avec une très gracieuse obligeance, a bien voulu 
nous adresser une photographie de la planche 
susdite. En voici la description : 

Cette gravure, qui mesure 0'"285 sur 0'"45 représente 
saint Norbert qu'entourent, en guise de cadre, dix com- 
partiments carrés, parmi lesquels ceux qui se trouvent 
placés en haut, de même que ceux du bas, figurent des 
scènes diverses de la Vie de saint Norbert. Les six carrés 
latéraux offrent des sujets variés, avec différents person- 
nages. Une tète d'ange ailé, à laquelle se rattache un 
bouquet de fruits suspendu par des nœuds de rubans, 
semble planer au-dessus des groupes supérieurs. 

Entre les deux médaillons inférieurs, contenus dans le 
même cadre, sont gravées les armes de l'abbaye d'Ursperg, 
surmontées d'une mitre et d'une crosse abbatiale, d'où 
pendent des rubans, et sur lesquelles semble planer une 
gerbe de rayons. Des guirlandes de fruits, flottant en 



— 400 — 

courbes gracieuses, se rattachent aux deux côtés de ce 
cartel; tout au bas de la planche, une bande encadrée, 
ayant à ses extrémités deux têtes d'anges, porte cette 
inscription : « Révérend. Admod. Ghristo. P. ac Dno. D. 
«« Joanni Celeberrimi ad Mindulam Urspergens.Monasterii 
« Abbati nec non Gandidi ordin. Praemonstraten. per Sue- 
« viam Visitatori Vigilantiss. etc. strense loco submisse. 
«î Opfert. Dominic. Gustos A. V. Anne V. P. cIo. Id. cV. » 
Dans le compartiment du milieu, qui représente l'inté- 
rieur d'une église, saint Norbert debout, la tète nue et 
tonsurée, revêtu du costume de l'Ordre : froc, scapulaire, 
corde et manteau avec capuchon, porte dans sa main 
droite, un calice plein de fruits, et tient, de la main gauche, 
une crosse où flotte un long voile. Un piédestal, recouvert 
d'un tapis à franges, se dresse au milieu de la nef et sert 
de support à une mitre abbatiale. Précisément au-dessus, 
un retable fixé au mur représente le Ghrist attaché à la 
croix, ayant à ses pieds sa Divine Mère, avec saint Jean et 
une des saintes femmes. Sur l'un des volets de ce tableau, 
est figuré le mystère de l'Incarnation : l'ange Gabriel, 
porté sur des nuages, apparaissant à la Bienheureuse 
Vierge Marie pieusement agenouillée. L'autre volet repré- 
sente le Martyre de Saint-Sébastien ; on y voit le Saint 
attaché à un arbre et percé de flèches. L'inscription sui- 
vante se lit au bas de ce compartiment : « S. Norbertus, 
« Ordinis Ganonicor. Prsemonstratens. fundat et Archiepis- 
«♦ copus Magdeburg. » 

« lam-nunc. corpus, erant. ceréalia. munera. facta. 
o lam nunc. dona. sacer. Bacchica. facta. cruor. 
o De. trabe. suLlimis. cum. lapsus, abaneus. alta. 

« In. calicem. reprobo. toxica. certa. viro. 
« Tu-Norberte. tamen. lethalia. pocula. sumis. 

(( Et, quod. mors, aliis. id. tibi, vita. fuit. » 



— 401 — 

Dans le premier médaillon placé en haut de la gravure, 
saint Norbert revêtu de son costume de chevalier, est 
tombé de son cheval et étendu à terre, ayant près de lui 
sa toque empanachée ; deux autres cavaliers se trouvent à 
côté. Dans le fond, à gauche, apparaît, au milieu des 
nuages, et entouré d'une écharpe flottante, le Père Éternel, 
qui adresse à Norbert ces mots tracés sur une bande- 
role : « JSorberte quo vadis? » Dans le fond, un gracieux 
paysage, que traverse une rivière. Le médaillon de droite 
de ce même cadre représente saint Augustin donnant sa 
règle à saint Norbert. L'évèque d'Hippone, sortant du milieu 
d'un nuage, apparaît à mi-corps, vêtu de la chape épisco- 
pale, la tête nue et nimbée; des deux mains, il tient ouvert 
un livre portant inscrits ces mots : « Accipe regulam. » 
Plus à gauche, auprès d'un portique, Norbert présente 
cette règle à cinq de ses religieux. Diverses constructions 
s'élèvent dans le fond, sur le rivage même de la mer, où 
flotte un navire tendant ses voiles. 

Dans le compartiment de la gauche, au bas de la gra- 
vure, se voit saint Norbert à genoux, la tête nue, revêtu 
du scapulaire, du capuce et du froc monacal. Deux anges 
ailés, aux cheveux bouclés, les pieds nus, ayant sur leur 
robe flottante une courte tunicelle, présentent au Bienheu- 
reux l'ample manteau de chœur. Auprès d'eux rayonnent 
deux flambeaux allumés. Une banderole avec cette inscrip- 
tion : «• Accipe candidam vestem » se déroule au-dessus 
du groupe. 

Le compartiment de droite représente la vision du cru- 
cifix : saint Norbert, nue-tête, les mains jointes, portant 
l'habit monacal, suivi de six religieux en costume de 
l'Ordre, est en prières au milieu d'une plaine plantée de 
quelques arbres et légèrement ondulée. Le Christ attaché à 
la croix lui apparaît dans un nuage. Un large rayon par- 

26 



— 402 — 

tant du crucifix et allant toucher le front du Saint, porte 
gravés ces mots : " Hic œdifica. » 

Le premier compartiment latéral placé à gauche nous 
montre la Vierge Marie vêtue d'une robe flottante, ayant 
au front une couronne, entourée partout de rayons, et dont 
les pieds s'appuient sur un croissant. De la main gauche, 
elle tient un sceptre et porte l'Enfant-Jésus sur le bras droit. 
Le cadre circulaire est orné d'une tète d'ange; au bas, se 
lit cette inscription: « Patron. Or cl. cancUdi. S. Maria. » 

Dans le second compartiment se voit saint Jean-Baptiste 
retiré au désert. Vêtu d'un large manteau, le Saint, nu- 
pieds, la tête nue et nimbée, tient dans la main gauche un 
petit agneau reposant sur un livre. Une nacelle flotte sur 
les eaux du Jourdain, qu'on aperçoit tout près de là, et au- 
dessous de la gravure, sont inscrits ces mots : « S. Joan. 
Paptista. » 

Enfin le compartiment inférieur représente saint Au- 
gustin, debout, portant la mitre, vêtu d'une chape avec la 
tunicelle, tenant dans la main gauche, la croix archiépis- 
copale, et ayant un livre dans la main droite. Dans le fond, 
un paysage où divers édifices se détachent au miheu des 
collines, et au bas l'inscription : « S. Augustinus. » 

Trois compartiments égaux sont placés de même à droite. 
D'abord, dans un cadre gracieusement décoré, que sur- 
monte une tète d'ange, est représentée la scène de la 
Transfiguration, sur le Thabor, le Divin Sauveur apparaît 
au milieu des nuages; à sa droite Moïse, deux cornes 
au front, présente les tables de la loi; à gauche, on voit 
Elie, la tête nue et les mains jointes, avec une longue barbe 
flottante. Au bas de la montagne, les trois apôtres, à demi 
couchés, sont en extase, et lèvent les mains pour prier. On 
lit l'inscription suivante : « Dies festi solemmo7^es. 
Transftgiiratio. ^> 



— 403 — 

Le second compartiment nous montre saint Jean l'Évan- 
geliste, vêtu d'an long manteau, la tête nue et entourée 
d'un nimbe. Il tient dans la main droite une coupe d'où 
s'échappe un petit serpent. Au fond, se voit un riant 
paysage. L'inscription " 5. Joan. Eocmgelista •■■> se lit 
au-dessous de l'image. Enfin, dans le troisième cadre, 
paraît saint Nicolas, debout, vêtu d'une chasuble et la tète 
mitrée. Il porte dans la main droite, sa crosse épiscopale, 
et, de la main gauche semble présenter un livre où sont 
posés trois pains. C'est également un gracieux paj^sage qui 
forme l'arrière plan de cette gravure. 

L'auteur de cette planche, Dominique Gustos, né à 
Anvers, travailla à Augsbourg et mourut en 1612. 

Van Spilbeeck. 



TABLE. 



Introduction 313 

I. Vie de saint Norbert, par Th. Galle 314 

IL Vie de saint Norbert, par J. A. Pfeffel 358 

in. Vie de saint Norbert, par Klauber 372 

IV. Portrait de saint Norbert, entouré de 12 médaillons. . . 390 
V. Image de saint Norbert, avec 4 médaillons, par A. Van 

Merlen 395 

VI. Carte espagnole ornée de 4 médaillons 398 

VII. Image de saint Norbert, gravée par Dom. Custos . . . 399 



— 404 — 



VARIÉTÉS, 



-^*- 



PlÈCE DE VERS EN l'hONNEUE DU GÉNÉEAL VaNDEE 

Mersch. — Dans une lettre datée de Gand le 19 avril 1790, 
mais dont malheureusement la signature est raturée, se 
trouve insérée une pièce de vers en l'honneur du général 
belge Jean-André Vander Mersch, à ce moment emprisonné 
dans la citadelle d'Anvers sur les ordres du Congrès souve- 
rain des États Belgiques Unis. 

On connaît la part active prise par le général Vander 
Mersch à la révolution brabançonne dont il fut, à l'origine, 
le chef militaire. Ce furent, en grande partie, ses brillants 
faits d'armes et principalement la victoire décisive qu'il 
remporta le 27 octobre 1789 à Turnhout sur les troupes 
autrichiennes, qui forcèrent l'empereur Léopold II, succes- 
seur de Joseph II, à renoncer momentanément au gouver- 
nement des Pays-Bas méridionaux. Nous disons momenta- 
nément, car un an après les États Belgiques Unis avaient 
cessé de vivre, et l'armée autrichienne reprenait possession 
de nos contrées. 

Soupçonné de vouloir, d'accord avec l'avocat Vonck et le 
duc d'Ursel, porter atteinte aux privilèges du clergé et 
de la noblesse, Vander Mersch fut accusé de trahison. 
Il se présenta volontairement, le 8 avril 1790, devant les 
membres du congrès qui refusèrent d'entendre sa défense 
et le tirent incarcérer, sans jugement, dans le donjon de la 



— 405 — 

porte de Hal à Bruxelles. Le 14 avril suivant il fut trans- 
féré rà la citadelle d'Anvers et delà à Louvain et à Tournai. 
C'est pendant la détention de Vander Mersch h la cita- 
delle d'Anvers qu'un de ses partisans de Gand, où il était 
très populaire, composa les vers suivants insérés dans sa 

lettre du 19 avril 1790 : 

« Gand, ce 19 avril 1790. 

« Monsieur, 

« Voici quelques vers faits àThonneur du général Vander 
Mersch qui ne peuvent que faire plaisir à tout ami du 
peuple : 

Vander Mersch de nos cœurs interprête fidèle, 
Bravant de Vander Noot les plus affreux complots, 
A l'univers entier servira de modèle. 
Les Gantois trouveront remède à tous ses maux. 

Carthage en Annibal eut un chef héroïque, 
Rome eut dans Fabius un guerrier politique, 
Washington surpassa ces deux chefs à la fois 
Et Vander Mersch ici nous les offre tous trois. 

Au sein des ennemis le seul honneur le guide; 
La candeur de son front les terrasse à jamais. 
Cette noble fierté lui servira d'égide 
Contre les vains efforts de leurs perfides traits. 

Qui pourrait refuser des pleurs à Bélisaire? 
Qui peut à Vander Mersch refuser son amour ? 
Payés d'ingratitude et noircis tour-à-tour. 
Leur front tient des vertus l'auguste caractère. 

Dans ce Club national oîi la vertu préside. 
Où des cœurs réunis Vander Mersch est le guide. 
Nous ne souffrirons pas qu'un lâche accusateur 
Du père des Flamands veuille ternir l'honneur. 

« Le Marquis de la Fayette a écrit une lettre au Congrès 
pour avoir les griefs contre M. Vander Mersch atin de 



- 406 — 

pouvoir juger s'il est indigne de porter plus longtemps la 
Croix de Saint-Louis avec intimation de ménager l'honneur 
d'un si grand guerrier. 

« Son procès donc va aussi être instruit en France ; 
fussions-nous aussi éclairés que les Français ! il ne serait 
point à la citadelle d'Anvers. 

« J'apprends en ce moment que les États de West-Flandre 
vont se soustraire à l'union en cas que le général ne soit 
rendu à la Flandre. Ce qu'il y a de sûr, c'est le refus des 
subsides de leur part. 

« En attendant le triomphe du plus intrépide comme du 
plus juste défenseur de la Patrie, je suis, avec les senti- 
ments inviolables de l'amitié 

« de Monsieur 

« le dévoué serviteur et ami. » 

( Signature ratui'ée.) 

L'approche des troupes autrichiennes, qui reprirent pos- 
session delà Belgique au mois de novembre 1790, mit fin à 
la captivité de Vander Merscli. Il se retira à Lille. Peu de 
temps après il rentra en Belgique et mourut le 14 sep- 
tembre 1792 à sa maison de campagne de Dadizeele, près 
de Menin. 

Vander Mersch, qui avant la révolution brabançonne 
avait été au service de la France pendant la guerre de sept 
ans avec le grade de lieutenant-colonel, était décoré de la 
croix de Saint-Louis. C'est ce qui explique l'intervention 
du général Lafayette dont parle la lettre du 19 avril 1790. 
Le général Vander Mersch jouissait d'une grande popu- 
larité dans la Flandre et notamment à Gand où, le 25 fé- 
vrier 1790, il fit une véritable entrée triomphale. Les 
autorités allèrent à sa rencontre à la porte de Bruxelles où 
se trouvaient rangés les différents corps de volontaires en 
uniformes et en armes, et avec leurs musiques. Ce fut au 
bruit du canon de la citadelle et pendant que les cloches 



— 407 — 

du beffroi et celles de tous les couvents et églises de la 
ville sonnaient à toute volée, que Vander Mersch se rendit 
à l'hôtel de ville où il fut complimenté par les États de 
Flandre. Le cortège, qui le conduisit à travers les rues 
pavoisées et ornées de verdure, se composait des volon- 
taires que suivait une longue file de carrosses dans les- 
quels avaient pris place les autorités et les principaux 
personnages de la ville de Gand. 

Après sa réception à la maison communale Vander 
Mersch, escorté par les volontaires à cheval, se rendit à 
l'abbaye de Saint-Pierre oii, ainsi qu'on le faisait pour les 
souverains, des appartements lui avaient été réservés. 

Le soir une grande fête lui fut offerte par la famille de 
Nockere dans son hôtel de la place du Marais ^ On y 
récita des pièces de vers et Ton y chanta des couplets de 
circonstance. 

L'une de ces pièces de vers, imprimée chez P. F. de 
Goesin, est intitulée : 

« A Monsieur le général Vander Mersch en le décorant 
de la Couronne civique au souper chez Monsieur de 
Nockere le 25 février 1790. » 

Parmi les couplets de circonstance il eu est un qui se 
chantait sur l'air de « Marlborough. » 

Le lendemain matin le général Vander Mersch, escorté 
par les volontaires à cheval, quitta la ville de Gand pour 
se rendre à Courtrai et de là à Menin, sa ville natale. 

Prosper Claeys. 



Les annonces de journaux en 1803 et 1804. — En 
parcourant le Journal du Commerce, des Annonces et Avis 
du département de t Escaut de 1803 et 1804, nous avons 

1 Depuis 1876, local du Cercle catholique. 



— 408 — 

rencontré plusieurs annonces dont le caractère original 
autant que la rédaction fantaisiste avaient attiré notre 
attention. Nous en avons choisi quelques-unes qui, à ce 
double titre, nous ont paru tout particulièrement mérité 
d'être tirées de l'oubli dans lequel elles étaient plongées 
depuis près d'un siècle. 

Nous allons d'abord en donner une qui nous montre que 
les annonces matrimoniales ne sont pas d'invention mo- 
derne. Elles servaient déjà en ce temps « à rapprocher 
deux êtres appelés à s'aimer et à se compléter mutuelle- 
ment, » ainsi que le portent ordinairement les prospectus 
des agences modernes, s'occupant spécialement de ce genre 

de « rapprochement. » 

« 30 novembre 1803. 

« Un particulier, âgé de 63 ans, d'une bonne constitution 
et dont la moralité ne laissera rien à désirer, étant parfai- 
tement connu depuis plus de 40 ans par beaucoup d'hon- 
nêtes gens, ayant des fonds pour achever de se faire 13 à 
1400 fr. de rente, indépendamment d'un bon mobilier, 
désirerait connaître une dame sans enfants, de bonnes 
mœurs, d'une caractère doux et qui eut un avoir à peu près 
équivalent au sien, à laquelle il offrirait sa main si, après 
s'être fréquentés un temps convenable, leur moralité res- 
pective leur laissait espérer de couler des jours heureux. 

« Ou si elle le préférait de réunir seulement leurs intérêts 
pour vivre avec beaucoup plus d'aisance soit en ville ou à 
la campagne sans d'antres liens que ceux de l'amitié et de 
l'attachement sur lesquels elle pourrait compter de sa part. 

« S'adresser par écrit en affranchissant les lettres aux 
éditeurs de ce journal. » 

On pourrait appeler cette annonce une demande de 
mariage ad libitum : union des cœurs ou union des intérêts. 
Il est probable que vu l'âge du prétendant on s'en sera 
tenu au second genre d'union. 



— 409 — 

On connaissait déjà flans ce temps cette variété de la 
réclame, qui consiste à se rappeler au souvenir du public, 
en démentant le bruit (pi^on allait quitter la ville ou cesser 
les affaires. En voici un exemple que nous trouvons dans 
le numéro du 28 mai 1803 : 

«Le sieur Pascal, coiffeur de Paris, apprenant que le 
bruit s'est répandu qu'il allait quitter cette ville, a l'hon- 
neur de prévenir le public qu'il continuera son art, connu 
par la belle tournure qu'il donne à la coupe des cheveux. 
La perfection (ju'il met aux perruques à la Titus et au 
nouveau genre de Lantinus détruit par leurs agréments, 
toutes celles qui ont paru jusqu'à ce jour. 

« Il fait particulièrement, dans le dernier goût, tout ce 
qui a rapport à la coiffure des dames. L reçoit journelle- 
ment, des meilleurs coiffeurs de Paris, les changements 
dont cet art est susceptible, ainsi que des faux toupets à 
jour et autres qu'il fait tenir sans les coller. 

« Il est logé chez la veuve Renard, vis-à-vis la petite 
Boucherie, N° 62, à Gand. » 



Un marchand d'estampes, de musique, etc., annonce en 
ces termes, dans le numéro du 21 novembre 1803, qu'il vient 
de s'établir pour quinze jours à Gand : 

« AVIS AUX AMATKUES. 

« p. Godefroy, marchand d'estampes et de musiques, 
principes de dessin et d'écriture, cartes géographiques du 
théâtre de la guerre et autres, est déplié au Boeren-Hol, 
sur le Contre, pour quinze jours. » 

Le Boeren-Hol était le nom donné par les Gantois à 
l'hôtellerie de Wapens van Engeland, située à la place 
d'Armes à côté de la maison formant le coin de la rue du 



— 410 — 

Soleil. C'était de là que partaient les diligences se rendant 
à Courtrai, Lille, Paris, Bruxelles, Liège, etc. 

Au siècle dernier, et jusque dans les premières années 
du siècle actuel, existait au hameau de Royghem-lez-Gand 
un pensionnat pour jeunes gens. Ce pensionnat, momen- 
tanément fermé, fut réouvert en 1803. Le nouveau direc- 
teur, qui avait déjà tenu une école à Gand, fit connaître 
la réouverture de l'établissement au moyen de l'annonce 
suivante, insérée dans le Journal du Commerce du 16 plu- 
viôse an XI (5 février 1803) : 

« Le nouveau directeur et propriétaire de l'ancien et 
renommé pensionnat à Royghem-lez-Gand par la porte de 
Bruges, François-Jean Claes, ci-devant instituteur parti- 
culier dans la rue de l'Etrille à Gand, a l'honneur d'annoncer 
au public que cette maison d'éducation a repris son activité 
du premier janvier 1803 (11 nivôse an XI). 

« On y enseigne par principe la belle écriture, les 
langues flamande et française, l'arithmétique, l'histoire, 
la géographie, le style épistolaire et le commerce avec 
toutes ses branches, mais principalement la doctrine chré- 
tienne et la civilité. 

« La situation spacieuse, saine et tranquille, et le local 
vaste et aéré à un quart de lieu de la ville, joint au sou- 
venir des instructions données par le directeur dans son 
ancien domicile, ainsi que les soins, zèle et attention in- 
fatigables qu'il destine encore à la perfection de ses élèves, 
laissent tout espoir de recommandation favorable. 

« Ceux qui veulent y confier des jeunes gens, ou qui 
désirent faire d'autres informations sont priés de s'adresser 
verbalement ou par lettres affranchies au dit pensionnat. » 

Si c'est un modèle de rédaction française que le nouveau 
directeur du pensionnat de Royghem a voulu, en publiant 



— 411 — 

cette annonce, offrir aux parents dont les enfants devaient 
lui être confiés, il faut avouer qu'il avait réussi complète- 
ment. Au point de vue du style épistolaire, notamment, il 
est certain que les lettres écrites par le professeur Claes 
n'avaient rien à redouter d'une comparaison avec les 
épitres de Madame de Sévigné. 

Un négociant a besoin d'une demoiselle de magasin au 
courant du commerce d'étoffes et de lingeries. Voici en 
quels ternies il annonce au public qu'une place de ce genre 
est ouverte dans sa maison : 

< 8 Germinal an XII (29 mars 1804). 

« On désire une personne de 27 à 32 ans, demoiselle ou 
veuve, sans suite, qui ait été élevée dans le commerce de 
lingerie ou étoffes, et non dans ceux de bouche, pour entrer 
chez un homme seul et s'y occuper des magasins qui exigent 
intelligence, vivacité et beaucoup d'assiduité. 

« On veut quelqu'un de recommandable car on tiendra 
aux plus scrupuleux renseignements. 

« On ne communiquera qu'avec la personne même. 

« S'adresser au bureau du journal. » 

L'expression « sans suite, » employée pour faire com- 
prendre discrètement que la personne, demoiselle ou veuve, 
ne peut avoir de famille, et cette autre « et non dans ceux 
débouche » par laquelle on prévient les postulantes qu'elles 
ne peuvent avoir été élevées ni dans la boucherie, ni dans la 
charcuterie, ni dans la boulangerie, ni dans l'épicerie, etc., 
ces expressions font le plus grand honneur cà l'imagination 
du rédacteur de l'annonce. 

L'ouverture des cours de chirurgie, d'anatomie et d'ac- 
couchements (]ui se donnaient dans une des salles du 



— 412 — 

Pakhuis au marché aux Grains , est annoncée dans le 
numéro du 28 vendémiaire an XI (20 octobre 1803). Le 
cours d'accouchements se donnait par le docteur de Breucq, 
d'après ce que nous apprend l'annonce : 

« Il explique dans ses leçons la partie théorique et 
pratique de cette science , ainsi (jue les maladies des 
femmes en couches. 

« Chaque cours est terminé par l'exercice sur le fantôme, 
afin d'habituer les élèves aux manœuvres qui ont rapport 
à cette branche importante. » 

C'était donc à l'aide d'un mannequin, designé sous le 
nom de fantôme, que le professeur enseignait à ses élèves 
« les manœuvres » des accouchements. 



Nous pourrions multiplier ces exemples à l'infini. Ceux 
que nous venons de transcrire suffisent amplement à 
donner une idée de la façon ultra -fantaisiste dont étaient 
rédigées les annonces publiées dans les journaux de ce 
temps. 

Pour finir, voici une annonce, plus récente il est vrai, 
mais qui au point de vue de l'originalité ne le cède en rien 
à celles de 1803 et de 1801. Nous la trouvons dans le Mes- 
sager de Gand et des Pays-Bas^ du 30 septembre 183S : 

« Le sieur F. Lerois-Schiellemans a l'honneur d'infor- 
mer le public que depuis 4 mois, il a pris en location 
Y Estaminet Saint -Jacques, vis-à-vis la bibliothèque en cette 
ville; que pendant cet intervalle il a fait peindre, d'après 
le goût le plus moderne, la salle de son établissement. Un 
billard et un buffet en bois d'acajou y charment la vue, une 
glace d'une belle dimension, ainsi qu'une pendule, placée 
en face de la cheminée, y produisent un coup d'œil char- 
mant. 



— 413 — 

« Il ose espérer que l'ensemble de son Estaminet- 
Café, plaira aux plus difficiles. MM. les amateurs y trou- 
veront à toute heure des beefsteak succulents, une bière 
exquise, etc. » 

Le 2 vendémiaire an XI (24 septembre 1802) parut à 
Gand le premier numéro du journal, intitulé : Annonces et 
avis divers du département de V Escaut. Le 5 juin 1804 
il prit le titre de Journal du commerce., de politique et de 
littérature du département de VEscaut, qu'il conserva jus- 
qu'au 31 décembre 1814. Le 1" janvier 1815 il parut sous le 
titre de Journal de Gand qu'il changea le 10 décembre 1830 
en celui de Messager de Oand et le 25 décembre 1836 
en Messager de Gand et des Pays-Bas. Le l*"" janvier 1857 
il reprit celui de Journal de Gand qu'il conserve encore 
aujourd'hui. 

Pkosper Claeys. 



L'Hôpital de Gand en 1796. — Le régime, auquel on 
soumettait autrefois les malades et les blessés admis en 
traitement à l'hôpital de la Bijloke, souleva de tous temps 
les protestations les plus vives de la part des médecins 
attachés à cet établissement. Dans une précédente notice*, 
nous avons, notamment, fait connaître les plaintes adres- 
sées par ces médecins, en 1757, aux échevins de la Keure. 

Ces plaintes et ces protestations, qui se renouvelèrent 
souvent, eurent pour effet de faire disparaître momen- 
tanément les abus les plus flagrants, sans toutefois donner 
satisfaction complète à ceux qui désiraient voir introduire 
des réformes sérieuses et durables dans l'administration 



i Mélanges historiques et anecdotiques sur la ville de Gand, 
Tome I; chapitre XLIX. 



— 414 — 

de l'hôpital. La pièce, dont nous allons donner quelques 
extraits, nous montre ce qu'était encore le régime de la 
Bijlohe à la fin du siècle dernier. 

Le L5 vendémiaire an VI (6 octobre 1797) fut nommée la 
première Commission chargée d'administrer les hospices 
civils en vertu de la loi du 16 vendémiaire an V, publiée 
par arrêté du directoire du 24 vendémiaire suivant. 

Cette Commission, qui tenait ses séances et dont les 
bureaux étaient situés au Pakhuis\ marché aux Grains, 
se composait comme suit : 

B. Coppens, médecin, 

J. J. Papejans. 

J. Cleramen-Tricot. 

Ph. Mertens. 

Philippe de Hertogs, secrétaire. 

Bernard Loridon, receveur, 

A peine installés dans leurs nouvelles fonctions, les mem- 
bres de la Commission des hospices reçurent une requête 
des médecins de l'hôpital réclamant un changement com- 
plet dans l'organisation du service médical de la Bijlohe. 
Ce document est intitulé : 

« Mémoire des officiers de santé de l'hôpital civil adressé 
à la Commission des hospices civils sur la nécessité de 
changer l'hôpital actuel et de l'avantage qu'offre à ce sujet 
la ci-devant abbaye. » 

Nous y lisons entre autres : 

« C'est un ancien bâtiment qui a plutôt été construit 
pour une église que pour un hôpital. Il ne présente qu'une 
salle, les malades y sont couchés pêlemêle, les femmes ne 

1 Le Pakhnis, construit en 1719 sur l'emplacement de l'ancienne 
prison, a été démoli au mois de février 1897. Voir Pages d'histoire 
locale; série 3, chapitre XVII. 



— 415 — 

sont guères séparées des hommes, les blessés des malades, 
et ceux aliectés de maladies aiguës et contagieuses sont 
couchés parmi les maladies chroniques et les convales- 
cents. » 

« Il arrive souvent et nous ne pouvons l'empêcher qu'une 
personne accablée d'une légère maladie ne soit couchée à 
côté d'un moribond, à côté d'une maladie contagieuse et 
qu'il n'absorbe le même germe de destruction. » 

« Les lits sont comme autant de bacs dans lesquels l'air 
méphitique et contagieux est retenu. Le mélange de toute 
espèce de maladies dans une même salle ne peut manquer 
d'être le foyer de toutes sortes de contagion. » 

« La mauvaise construction du local fait que dans l'hiver, 
ayant aucun poêle ni aucun feu, le froid y est insuppor- 
table, les médicaments y gèlent et perdent toutes leurs 
vertus. » 

« Le moindre bruit se fait entendre dans toute la salle, 
la sonnette de la porte est suspendue au milieu des malades 
et toutes les fois que l'on sonne leur repos est interrompu. 
S'il y a un blessé à qui l'on fait une opération, ses cris 
pénètrent dans toute la salle et inspirent la consternation 
la plus sinistre à tous ceux qui habitent ce lieu. » 

« Les latrines sont au nombre de deux seulement pour 
un nombre quelquefois de 200 malades. » 

« Trois petites chambres de six pieds quarrés sans che- 
minées et sans air est tout ce qui environne ce local, et si 
par la plus grande puanteur on est obligé d'y mettre un 
malade, il y est isolé, mal soigné et quelquefois oublié. » 

« Nous nous résumons à dire que le local de l'hôpital 
actuel ressemble plus à un caveau funèbre qu'à un azyle de 



— 416 — 

santé. Nous le répétons, un lieu qui n'offre qu'une salle 
non aérée dans laquelle les malades sont renfermés, 
couchés pêlemêle, où la contagion se communique de l'un 
à l'autre, oii de petites blessures, des maladies légères sont 
changées en plaies graves et en maladies mortelles. Un tel 
lieu ne peut mériter le nom d'hôpital, l'indigent entre ses 
quatre murailles nues recule d'horreur à la vue de cet 
azyle. » 

Les médecins finissent leur requête en engageant l'admi- 
nistration des hospices à convertir en hôpital l'abbaye de 
la Bijloke dont la grande salle n'était qu'une dépendance et 
qui avait toujours été occupée par l'abbesse, les religieuses 
et les sœurs. Voici ce qu'ils en disent : 

« L'abbaye présente toutes les commodités d'un hôpital. 
Il y a une douzaine de salles très vastes et élevées et par- 
faitement bien aérées, propres à séparer toutes les classes 
de malades tant d'hommes que de femmes. Les malades 
convalescens et blessés y ont des promenades à couvert et 
des cours particulières à l'air libre... » 

« Enfin les salles et autres accessoires nécessaires à un 
hôpital se trouvent si bien distribués dans l'abbbaye que 
nous avons lieu de douter que dans un hôpital construit 
expressément à cet effet, il y ait plus de commodité et plus 
d'utilité. » 

Toutes ces réclamations, pas plus que les précédentes 
n'eurent aucun effet réellement sérieux. Les mêmes abus, 
légèrement mitigés il est vrai, continuèrent de subsister. 
Ils ne disparurent qu'en 1869 avec l'ouverture du nouvel 
hôpital actuel dont le conseil communal décida en principe 
la constri^ction en 1862. 

Pkosper Claeys. 



— 417 



NÉCROLOGIE. 



Baeckelmans (François), l'architecte bien connu d'Anvers, est 
décédé le 30 janvier 1896, à l'âge de 69 ans. Baeckelmans était pro- 
fesseur à l'Institut supérieur des Beaux-Arts d'Anvers, membre de 
la Commission royale des monuments; on lui doit la construction 
de plusieurs édifices publics. 

Leroy (Alphonse), professeur émérite de l'Université de Liège, 
décédé en cette ville le 4 mars 1896, à l'âge de 74 ans. Il s'occupa 
surtout de littérature walonne, sous le pseudonyme de Alcide Priar. 

Wagener (Auguste), né à Ruremonde le 2 juin 1829, mort à Gand 
le 14 mai 1896. Docteur en philosophie et lettres de l'Université de 
Bonn, en 1850 chargé de cours et en 1858 professeur à l'Université 
de Gand, dont il fut administrateur-inspecteur de 1878 à 1895. 
Conseiller communal, puis échevin de l'instruction publique (1863- 
1877) de la ville de Gand, et membre de la Chambre des représentants 
(1882-1886). Comme savant, ses études étaient dirigées vers l'histoire 
et la philologie classiques. Parmi ses principaux travaux scienti- 
fiques, citons : Essai sur les rapports qui existent entre les apologues 
de l'Inde et les apologues de la Grèce (1852) et son Mémoire sur la 
symphonie des anciens (1861), etc. Depuis 1871, Wagener faisait partie 
de l'Académie royale de Belgique. Il était commandeur de l'ordre 
de Léopold, et décoré de plusieurs ordres étrangers. 

CooMANS (J.-B.), littérateur, historien, romancier, journaliste, 
député au Parlement belge depuis 1848; décédé à Bruxelles le 
27 juillet 1896, à l'âge de 83 ans. 11 publia une trentaine de volumes 
d'histoire, de philosophie, des romans, des brochures de polémique. 
Ses principaux ouvrages furent : Histoire de la Belgique, Bichilde, 

27 



— 418 — 

Baudouin Bras de Fer, Ejnsodes de la Révolution hrahançonne, les 
Communes belges; Jeanne Goetgehuer, Jean le victorieux, comédie 
historique en trois actes; la Bourse et le Chapeau de Forfunatus, 
Etudes sur des questions d'intérêt matériel (1848), Une académie de 
fous{cet ouvrage a eu un énorme succès); le Portefeuille d'un flâneur; 
le Duel, etc. 

De Gock (Pierre-Xavier), paysagiste, animalier bien connu, est 
mort à Deurle le 11 août, à l'âge de 78 ans. 11 était né à Gand et avait 
longtemps travaillé à Paris, où en 1867 il fut médaillé pour ses Vaches 
enj^rairie et ses Vaches à l'abreuvoir. 

Lagye (Victor), peintre, né à Gand et établi à Anvers oii il est mort 
à l'âge de 72 ans. Il était professeur à l'Institut supérieur des Beaux- 
Arts à Anvers, et recteur de cette institution ; son dernier travail 
important est la décoration de la salle des mariages à l'Hôtel de ville 
d'Anvers. Elève d'Henri Leys, il excellait dans la reproduction des 
scènes d'intérieur. 

Verras (Jean), peintre, décédé le 30 octobre à Schaerbeek, dans sa 
63™® année. 11 était né à Termonde. Citons parmi ses principales 
oeuvres : Maître peintre, au musée de Gand; Revue des écoles de 
Bruxelles, au musée de Bruxelles; la Plage d'Heyst, l'Estacade, les 
Martyrs de la plage, etc. 

Henrabd (Paul), lieutenant-général, membre de l'Académie royale 
de Belgique, mort le 14 novembre à l'âge de 70 ans. 11 laisse des 
travaux historiques de valeur, insérés spécialement dans les Annales 
de l'Académie d'Archéologie, et de l'Académie royale, hwy Jules César, 
Charles-le-Té méraire , la Maison Plantin, le Siège d'Ostende, les 
Guerres du XVIP siècle, Henri IV et la Princesse de Condé. 

Leighton (Lord), le célèbre peintre anglais, plus connu sous le 
nom de sir Frederick Leighton, décédé le 27 janvier 1896, à sa rési- 
dence de Holland-Park-Road, Kensington, à l'âge de 66 ans. 

Lord Leighton était président de la Royal Academy. 

De Backer (Louis), né à Saint-Omer le 16 avril 1814 est mort à 
Paris, le 4 février ; c'était un érudit distingué, et professa pendant 
quelques années sous l'Empire à la salle Gerson dépendante de la 
faculté des lettres. Ses travaux historiques sont nombreux. 



— 419 — 

Thomas (Ambroise), célèbre compositeur de musique, né a Metz en 
1811, décédé à Paris le 5 février 1896. En 1871 il remplaça Auber, 
comme directeur du Conservatoire de Paris, poste qu'il occupa pen- 
dant vingt-cinq ans. Citons parmi ses plus belles œuvres : le 
Caïd (1849), Mignon (1866), HanUet 1868). Avec Ambroise Thomas 
disparaît la vieille école de musique française. Ses obsèques 
ont été célébrées aux frais de l'Etat. 

WiNKELMANN (Edouard), un des historiens les plus connus de l'Alle- 
magne, décédé à Heidelberg, le 15 février 1896. Après avoir enseigné 
à Riga et à Berne, il fut nommé en 1873, professeur à la grande 
Université badoise et y occupa jusqu'à sa mort la chaire d'histoire 
du moyen-âge. On lui doit un Mémoire sur l'Histoire de l'Empereur 
Frédéric II (le dernier des Hohenstaufen) et le tome P"" de l'Histoire 
définitive de Frédéric II et de son temps. 

HoussAYE (Arsène), de son vrai nom Housset, né à Bruyères dans 
l'Aisne en 1815, décédé à Paris le 26 février. Outre ses romans, il 
laisse des travaux plus sérieux comme critique d'art et historien 
artistique. 

Say (Léon), membre de l'académie française, économiste, né le 
6 luin 1826, décédé le 22 avril 1896. Ses principaux ouvrages sont : 
Les finances de la France, Le socialisme d'Etat, Les solutions démo- 
cratiques de la question des impôts et un Dictionnaire des Finances. 

Simon (Jules), académicien, économiste et homme d'Etat français, 
décédé le 8 juin 1896. Il était né à Lorient le 27 décembre 1814. Il se 
nommait de son véritable nom Jules-François-Simon Suisse; mais, 
dès son enfance, il avait porté comme nom de famille le prénom de 
son père. 

Son activité dans la presse a été considérable. Comme économiste 
et comme philosophe, son œuvre est également des plus vastes et 
l'énumération des livres qu'il a publiés prendrait une colonne entière 
de journal. 

CouRAJOD (Louis), conservateur des Musées de sculpture du 
Louvre, est mort à Paris. Il était professeur d'histoire de la sculpture 
à l'École du Louvre et membre de la Commission des monuments. 
Ses travaux sur l'archéologie sont fort nombreux et très appréciée. 



— 420 — 

MiLLAis (John), peintre anglais, décédé à Londres le 16 août 1896; 
âgé de 67 ans. Depuis la mort récente de Leighton il était président 
de la Royal Academy. Sa célébrité date de la formation par lui, avec 
Rosetti et Madox Brown, du célèbre groupe des Préraphaélites qui 
en 1850, régénéra la peinture anglaise et organisa le mouvement 
réaliste prêché par Ruskin et si dénaturé depuis. 

Challemel-Lacour (Paul), académicien, sénateur, né à Avranches, 
le 19 mai 1827 est mort à Paris le 26 octobre. Il s'est acquis par ses 
écrits une réputation de philosophe et d'écrivain de talent. Il fut 
attaché au Temps, collaborateur de la Bévue des Deux Mondes, de la 
Revue moderne, de la Revue Germanique, etc. 

d'Hulst (Mgr Maurice Lesage d'Hauteroche), député du Finistère, 
recteur de l'Université catholique de Paris, né en cette ville en 1841, 
décédé le 8 novembre 1896. Mgr d'Hulst a publié plusieurs ouvrages 
parmi lesquels on remarque surtout Les Conférences de Notre-Dame, 
Renan, L'Abbé de Broglie, en outre de nombreux articles dans Le 
Correspondant et dans La Revue du Clergé français. 

Du Bois (Reymond), physiologiste, décédé à Berlin le 27 dé- 
cembre 1896. Du Bois a figuré avec T. Mommsen au premier rang des 
savants allemands. Il laisse un grand nombre d'écrits parmi lesquels 
nous citerons : Voltaire et la science de la nature, Sur V Enseignement 
des Universités, Les Idées de Leibnitz et les Sciences naturelles 
modernes. Les Limites de la connaissance de la Nature, Civilisation 
et Science de la nature, etc., deux séries de Discours sur la littéra- 
ture, la philosophie, l'histoire, la biographie et la science. 



— 421 — 



TABLE DES MATIÈRES, 



ANNEE 1896. 



NOTICES ET DISSERTATIONS. 

Analectes belgiques. — XI. Jean Van Doesborgh, imprimeur 
anversois du commencement du XVI® siècle. — Par Paul 

Bebgmans 1 

L'abbaye d'Eename. — Par D 18 

Les artistes du Wurtemberg, leur vie et leurs œuvres. — Par L. 39 
Renée de France, duchesse de Ferrare. — Par J. Proost ... 48 

Manuscrits flamands en Espagne 85 

L'inventaire des meubles délaissés, lors de son entrée en reli- 
gion, par Antoine d'Arenberg, comte de Seneghem. — Par 

B°" François Béthune 102 

Les imprimeurs belges à l'étranger. — Par Paul Bergmans . . 161 
La Princesse de Condé aux Pays-Bas. Son séjour à Gand. 1653. 

— Par Prosper Claeys 235 

Un fils de Ryhove. — Par A. K. R 260 

Fr. Van den Ende, un Belge. — Par L 274 

Un peintre belge de la fin du dix-huitième siècle, Antoine Cle- 
venbergh, de Louvain. — Par Edward Van Even 278 



— 422 — 

Au sujet d'un « Dictionnaire iiamen-fi-ancois » du XVP siècle et 
de quelques dictionnaires français-flamands du même auteur. 
— Par Ad. D 304 

Iconographie Norbertine. — 111. Séries de gravures représentant 
la vie de saint Norbert. — Par Van Spilbeeck 313 



VARIETES. 

Démêlés entre le Gouvernement et la Collace de Gand. — Par 

Prospeb Claeys 59 

Sousci'iptions militaires pour la construction de l'église des 

Jésuites à Gand. — Par Prosper Claeys 62 

Relation d'un voyage à Gand en 1799. — Par Prosper Claeys 65 

Deux autographes. — Par Emile V 71 

La reddition d'Anvers (1832) 73 

Le Gras de Bercagny. — Par D 75 

Mémoire de Hovinnes sur le Gouvernement du Pays-Bas. — 

ParD 76 

Au sujet d'une chaire à prêcher de Poperinghe. — Par D. . . 78 

Noms estropiés. — Par D 79 

Maître G., peintre tournaisien au XlIP siècle. — Par L. St. . 80 
Frais de l'installation de Joseph II en qualité de comte de 

Flandre. — Par Prosper Claeys 110 

Conflits relatifs aux enterrements. — Par Prosper Claeys . . 115 
La Fête du 1" vendémiaire. — La Déesse de la Liberté. — Par 

Prosper Claeys Hg 

Quelques pièces relatives à l'époque de Joseph II. — Par Ém. V. 122 

Première lithographie à Gand. — Par D I35 

Bourse des pauvres à Bruges au XV1« siècle. — Par D. , . . 137 

Encore la correspondance de Napoléon I". — Par D 139 

Hugo Grotius. — Par D 141 

Une bibliothèque américaine. — Par Paul Bergmans .... 142 
Pièce de vers en l'honneur du général Vander Mersch. — Par 

Prosper Claeys 4O4 

Les annonces de journaux en 1803 et 1804. — Par Prosper 

Claeys 407 

L'Hôpital de Gand en 1796. — Par Prosper Claeys 413 



— 423 — 



CHRONIQUE. 

La peinture à Chantilly. Ecoles étrangèi'es. — Pai- D 81 

Au sujet de la mort de Bayle. — Par D. . . 81 

La peinture en Europe. — La Belgique. — Par D 82 

Musées 83 

Académie royale de Belgique. — Classe des Lettres 83 

Divers 83,152 

Congrès d'archéologie 146 

Bibliographie historique 148 

Memling 148 

Découvertes archéologiques 149 



NECROLOGIE. 

Baeckelmans (François) 417 

Leroy (Alphonse) 417 

Wagener (Auguste) ; 417 

Coomans (J.-B.) 417 

De Cock (Pierre-Xavier) 418 

Lagye (Victor) 418 

Verhas (Jean) 418 

Henrard (Paul) 418 

Leighton (Lord) 418 

De Backer (Louis) 418 

Thomas (Ambroise) 419 

Winckelmann (Edouard) 419 

Houssaye (Arsène) 419 

Say (Léon) 419 

Simon (Jules) 419 

Courajod (Louis) 419 

Millais (John) 420 

Challemel-Lacour (Paul) 420 

d'Hulst (Mgr Maurice Lesage d'Hauteroche) 420 

Du Bois (Reymond) 420 



— 424 — 

Flanelles. 

Carte des établissements des imprimeurs belges à l'étranger . 161 



Table des matières du Messager des Sciences historiques de 
Belgique pour les années 1875 à 1894. — Par J. Proost 121 à 200 



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