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Full text of "Mélanges d'archéologie et d'histoire"

A^\\)\£iûl 



ECOLE FRANCALSK DE ROME 



MÉLANGES 



D'ARCHEOLOGIE ET D'HISTOIRE 



XXXIX* année — 1921-1922 



PARIS 

Ancienne Librairie FONTEMOING & C^ 

E. DE BOCCARD, Successeur ^1>^ 

1, rue de Médicis ^ ^^ ^y^ "y^ 

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ROME -" > 

SPITHÔVER, Place d'Espagne. 



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Les premières feuilles du présent fascicule des Mélanges 
étaient sous presse, lorsque notre Ecole a été brusquement frappée 
du deuil le plus cruel: Mgr. Duchesne, après une courte ma- 
ladie, s'est éteint dans la soirée du vendredi 21 avril. 

Il ne nous appartient pas de dire tout ce qu'ont perdu, par 
sa mort, les lettres et l'érudition françaises; mais nous sentons, 
avec une émotion profonde, ce que notre chère Ecole a perdu : 
cette bonté affectueuse, ces conseils tempérés de douce ironie, 
la conversation la plus spirituelle et la plus acérée alternant 
avec les évocations les plus hautes de la thi'ologie et de l'his- 
toire, et surtout, pendant vingt-sept années, l'exemple d'un la- 
beur incessant, conduit avec une méthode presque infaillible. 
On n'imagine guère ce qu'aurait pu être ce recueil sans sa col- 
laboration de plus d'un quart de siècle; jamais elle ne lui a 
fait défaut. L'article qui ouvre ce volume est le dernier dont 
n otre Directeur ait corrigé les éjneuves; sa belle écriture est 
demeurée vive et nette jusqu'à la fin. 

Nos Mélanges, comme la plupart des Kevues savantes, ont 
été gravement retardés par la guerre; il nous a paru bon, pour 
leur rendre leur activité normale, de réunir en un seul volume 
les années 1921 et 1922; et nous exprimons le vœn que l'an- 
née 1923 soit entièrement consacrée à la glorieuse mémoire de 



.M{;r. Uiic-Lesne. Des articles de ses amis les plus fidèles ôvo- 
qiierout sa figure et feront eounaitre la f^irandeur de ses tra- 
vaux. D'autres travaux, dûs aux plus notables pjuini les au- 
cieus membres de l'Ecole, s'accorderont autant que possible, à 
sou esprit et à sa méthode; et les i)lus jeunes de l'Ecole, ceux 
(|ni ont eu la faveur de ses dernières paroles et qui lui ont dit 
le suprême adieu, tiendront à iionneur, si imparfaite (pie soit 
encore leur science, à être admis, auprès de leurs émineuts de- 
vanciers, dans riiommage rendu par cette Revue à celui qui 
en fut l'âme. 

André Pékaté, Directeur intérimaire 

Joseph Roserot de Mei.in - Emile G. Léonard 
Jean Colin - Pierre Fabre - Charles Terrasse 
Fernand Benoit - Marcel Durrt - Pierre Noailles 
Jean Porcher, membres de V Ecole. 



'b 



LE SANCTUAIRE DE SAINT LAURENT 



Le sanctuaire de saint Laurent, sur la voie Tiljurtine, est, après 
ceux des apôtres Pierre et Paul, le plus vénérable de la banlieue 
romaine. Il s'offre à nous sous l'aspect de deux nefs d'église, mises 
bout à bout et dos à dos, -différentes de niveau et aussi de struc- 
ture. La nef du fond, à l'est, primitivement plus basse que l'autre, 
a été relevée de quelques mètres, de sorte que son pavé actuel est 
plus haut que celui de l'autre nef. Cette nef du fond a été amé- 
nagée pour servir de clireur, en arrière de l'autel, lequel est au 
niveau relevé. L'autre nef se prolonge jusqu'à la façade, à l'ouest. 
De ce coté l'église s'ouvre sur la voie publique par un porche où 
l'on voit, entre autres décorations, le portrait du pape Honorius III 
(1216-1227). Chronologiquement, c'est le point d";trrivée, car de- 
puis le XIIP siècle l'édifice n'a pas subi de modification essen- 
tielle. Sous Pie IX on le restaura, on le décora, mais en somme 
on le respecta. C'est alors que De Rossi en fit l'oVijet d'une étude 
importante ', dout par la suite je fis mon profit dans le commen- 
taire du JÀher pontificulis. Depuis la publication du tome I"^ de 
mon édition (188.5), M. Santé Pesariui a étudié de très près ce mo- 
nument composite ; il a même pu, avec M. Josi, y faire des fouilles ', 
et ces fouilles, quoique limitées, ont donné des résultats importants, 
qui, sur certains points, ont renouvelé le sujet. 

Je crois devoir revenir ici sur l'exposition que j'avais présentée 
dans mon édition du Liber pont ifiraJis'. Sur bien des points je me 

' Bullett., 1864, p. 42 ; cf 1876, p. 22, 2.S. 

' Stiuli Bomani, t. I, p. 37. 

' Silvestre. note 84; Xvste III, n. 12; Pelage, II, nn. 5 et 6. 



4 LE SANCTUAIRE DE SAINT LAURENT 

raiif,'e à ro|)inioii de M. Pesariiii, dont J'apprécie fort les travaux 
sur les basiliques roniaiues, Saint-l'aui. Saiiitefîmix et autres. Quand 
je me vois obligé de le contredire, ce n'est pas, qu'on le sache 
l)ien, avec plaisir, car il est de ceux dont, en ces matières, le suf- 
fraffe importe. 

Le S!inctiiiiir«> primitif. 

La plus aneienni^ deseriptiun du s:mctu:iirc de saint Laurent 
nous est fournie par la vie de Silvestre dans le Liber /joiififii-atis '. 
Le passage où nous la trouvons parait bien i)rovenir d'un docu- 
ment du temps de Constantin. Voici ce qui en l'ésuUe : 

1° Constantin élève une basilique an martyr sur la voie Ti- 
burtine, au dessus ' du souterrain, supra arennriu rri/jttae. 

2" Cette liasilique ne contient pas la tombe sainte, mais elle 
communique par un escalier avec le souterrain où elle se trouve: 
nsqne ad corpus s. Laurentii marti/ris fecit f/radus ascensionis et 
dcscensionis. 

' Eodem tempore fecit basilicam beato Lauientio martyii \na Ti- 
burtina in agrum Veranum supra aienavio cryptae et usipie ad corpus 
sancti Laurentii mavtyris fecit grados ascensionis et descensionis; in quo 
loco construxit absidam et exoinavit niarmoribus porpliyreticis et de- 
super loci conclusit de argento et cancellis de argento piirissimo ornavit 
qui pens. libras mille, et ante ipsum locuni in erypta po.suit Inceniaui .. . 

^ Les niss. A ont ici la variante suJi aroian'o, qui semble bien n'être 
qu'une cacographie de swpra. Ainsi du moins en avons-nous jugé, Momm- 
sen et moi, car, dans nos deux éditions, nous avons adopté la leçon 
des antres manuscrits. Sub arenario n'u en efifet aucun sens; on n'ira pas 
chercher une basilique sous les galeries d'un arénaire ou d'une cataconibe. 
Si l'auteur avait -soulu dire dans le souterrain, il aurait écrit in nrenario 
comme le font de nombreuses passions de martyrs romains (v. Michèle de 
Kosai, Roma soit, t. L P- H; '9''"'' Romani, t. I, p. 37-52 et le L. P. 
lui-mcuie, p. 151 l'ar., 332). L'expression sub arenario ne se rencontre 
qu'à propos de la décollation des martyrs Marins etc. (19 janvier); encore 
ne senible-t elle pas indiquer un lieu souterrain, mais un lieu découvert, 
situé sur une déclivité, à proximité d'un arénaire, mais à un niveau 
plus bas. 



LE SAKCrrAIRE DE SAINT LAURENT 5 

3° Dans ce lieu souterrain, in crypta ', il construit une abside 
et l'orne d'un placage de porphyre : cette abside s'ouvrait sans 
doute eu face de la tombe sainte. 

4° Le dessus de celle-ci (desuper loci) a une fermeture d'argent 
iconclusit de ar<ie>ito) : il y a des grilles d'argent du poids de 
mille livres. Pour bien comprendre ces détails, il faudrait savoir 
au juste quelle était la forme du tombeau. Il semble bien, par le 
mot conclusit, que ce n'était pas un sarcophage simplement adossé 
au mnr, mais plutôt un sarcophage sous niche ou un arcosoliwn. 
Dans ces conditions, la fermeture s'appliquait à l'espace libre 
entre le tombeau et le sommet de la niche. Quant aux grilles, 
je les conçois comme formant balustrade un peu en avant de la 
tombe. 

5 ' En avant de la tombe aussi sont suspendues une lampe d"or 
à dix becs et une couronne d'argent ornée de cinquante dauphins. 
Le luminaire est complété par deux grands candélabres de bronze. 

6" Devant le tombeau, des reliefs en argent représentant la pas- 
sion de s. Laurent : chacun d'eux est éclairé par une lampe à 
deux becs. Où étaient au juste ces médaillons? Sur la grille? C'est 
difficile; ils auraient empêché de voir la tombe sainte. Plutôt dans 
l'abside. 

Ainsi, deux parties: une basilique à ciel ouvert, une chambre 
souterraine, reliées par un escalier. Il faut noter que, dans la 
chambre souterraine, il n'est pas questiop d'autel. 11 n'en est pas 
question non plus à propos de la l)asilique: mais de celle ci on 
ne donne ancune description, de sorte que le silence à son égard 
n'a pas la même importance que pour le sanctuaire souterrain. 
Aussi n'est-il pas douteux qu'il ne faille rapporter à la basilique 

' In quo loco. Locus a ici le sens ordinaire: uu peu plus loin, dans 
la même phrase, il a, par deux fois, le sens de tombeau. C'est en ce sens 
que Prudence l'emploie, précisément à propos de ce sanctuaire, dans un 
passage cité plus loin. 



6 LE .SAN(TIIAIUE I>K SAINT I.ATRKNT 

le mobilier eucharistique dont la suite du texte nous donne une 
énumératiou, sous une rul)rique spéciale, Donum (juod ohMit (Cons- 
tantinus); uni! iiatèiie d'or, deux d'argent, un si///i/i)is d'or, deux 
d'argent; dix calices «ministériels» en argent, deux amae. aussi 
d'argent ; enlin un métrètc, d'argent encore. 

Au milieu de ce catalogue de vaisselle liturgique apparaissent 
trente lampad;iires (fura) d'argent, de vingt livres chacun. Comme 
on ne voit pas comment tant de lampadaires aiirairnt pu tenir dans 
la crypte, il est naturel de les attribuer à la basilique et nous 
avons ici un nouvel argument pour établir que notre liste a bien 
rapport à cet édifice et nmi au sanctuaire d'en bas. 

Cett(! seconde liste d'olijets sacrés est séparée de la première 
par une énumératiou de liuit immeubles appartenant au sanctuaire 
laurentien. Cette disposition, cette distril)ution du mobilier sacré en 
deux listes nettement distinctes, est un indice de plus en faveur de 
la distinction des deux i)arties du sanctuaire. 

C'est ce lieu saint que Prudence a eu sous les yeux ; il le men- 
tionne rapidement à propos de saint Laurent ' lui-même: 

AEnEMQrE, Luiiri'nti, fuam 
vestalis intrat Chtudia . . . 
Beatus Urhis ivrohi. 
qi(i te (te tuorum cominus 
sedem célébrât ossumn ! 
Cui 'propter advolvi licet, 
qui flelibns spargit locum . . . 

Mais c'est à propos de saint Hippolyte qu'il le décrit *. Celui-ci 
avait, de l'autre côté de la voie Tiburtine, nn sanctuaire souter- 
rain, plus complet que celui de s. Laurent, car on y trouvait un 
autel, sai-ramenti donutrix mensa^ et Ton y recevait la communion 

' Peristeph., II, 527-8; 534. 
2 Peristeph., XI, 215 230. 



LE SANCTUAIRE DE SAINT LAURENT 7 

pascit item saiicfis Tibricolas thijjibus. Mais, lea jours de fête, cette 
petite église souterraine deveuait insuffisante et force était de se 
transporter dans une basilique voisine, dont les hautes murailles 
splendidement décorées accueillaient des foules nombreuses. Deux 
rangées de colonnes soutenaient le toit et les poutres dorées de la 
charpente; trois nefs, celle du milieu plus large, plus élevée; au 
fond, sur des degrés, la chaire épiscopale. 

C'est dans cette église que l'on célébrait les vigiles solennelles. 
Il en est question dans la vie de sainte Mélanie la jeune ' à propos 
de la vigile de saint Laurent à laquelle la sainte aurait voulu assister 
iii sancti martyris basilica. Comme elle en fut empêchée, elle se 
dédommagea le lendemain en allant prier avec sa mère ad mar- 
tyrium heati Laurentii. Si je ne me trompe, les deux termes ba- 
silica et martyrium correspondent dans ce texte à la basilique su- 
périeure, spacieuse et bien éclairée, appropriée k de grandes réu- 
nions nocturnes, et à la crypte sainte, plus indiquée pour la prière 
individuelle. 

Cette crypte est mentionnée expressément dans une inscription 
de Tannée 405, trouvée en 1900 dans les travaux du Campo Ve- 
rano ' ; sa teneur renseigne exactement sur l'emplacement (ju'elle 
occupait à l'origine : FI. Eu) talus lu h. comparavit locum sivi se 
rivo ad mesa beat/ marturis Laurenti descendentib . in cripta parte 
dextra de fossore . . . (lo)ci ipsius die III Kal. mains FI. Stilicone 
secundo conss. La mensa {mesa) B. Laurentii, c'est le tombeau du 
saint ; la crypte, c'est le souterrain dans lequel on descend par des 
degrés. Ce texte est en parfaite conformité avec la description du 
Liber pontifkalis. 

A côté de cette inscription il convient d'en citer une autre qui, 
elle, a disparu depuis longtemps, mais dont nous avons le texte 

' Rampolla, .S'. Jlchuna giuniore, p. 6. 

- Nuovo Bull., 1900, p. 127, pi. III, avec le commentaire de M. Ma- 
rucchi. 



« LE «ANCTfAIUE I>E SAINT LAURENT 

daii.1 un rccui-il ('^])igraplii(|iu' du IX' siècle '. Klle y est indiquée 
in hiisUiiii S. l.diiii'iitii lircit ilturnm : 

Siiccediinl meliotii tihi mirunda tufinii 
qnae Leopaidi liihor cura et rigUmida ferit. 
SiimplihxK Iku'c propriis ornarit mnenin C/irisli. 
licspice et inç/ressu x>^('<''<^<> nora quneqtte révisa : 
i/ielestis manns ecre Dei (/tiae praemin rerldit 
ijiKie cumuJdtd rides iliii)i(i in iieci-lesia Cliristi. 

Le dernier vers est iil)sciir ; mais de l'ensemlilc! se dégage l'idée 
du renouvellement d'un éditire sacré. H semble que, parmi ces 
■meliiira iiiirinidn. l'un duive distingner la déeoi'ation eu mosaïque 
d'une conque absidale : la main de Dieu tenant une couronne est 
un motif assez fré(|uent de ces ornementations. Le Leopardus, qui 
en a eu l'idée et qui en a fait les frais, nous est bien connu, ''est 
un prêtre romain du temps de Sirice (384-399), qui l'envoya en 
mission à Milan eu 390 '. Vers ce tenips-l:i il s'occupait de la res- 
tauration de la basilique Pndentieuiie : plus tard, sous le pape In- 
nocent (402-417), il s'occupa de Saint-Vital I //<«'/«« Vestirtae) ai àt 
Sainte-Agnès sur la voie Xomentane '. C'était évidemment un homme 
riche et généreux. 

Le fait que son inscriptioM ti^iire dans le recueil de Wurtzliourg 
donne lieu de croire (|u'une partie du monument |irimitif avait été 
conservée ilans les remaniements considérables opérés entre le V"' siècle 
et le IX". f'ircu choruni, dit la rulirique. Cela parait signifier « dans 
la courl)e de l'abside ». L'inscription de Leopardus n'est pas, on le 

' De Rossi, Inscr., t. II, p. 155. Dans mon couinientaire au L. P.. 
t. I, p. 198 et .SIO, j'ai e.\primé l'idée que, dès avant Pelage II, la basi- 
lique constanlinienne avait été démolie et reconstruite au niveau du 
sol de la crypte souterraine. Cette manière de voir ne me semble plus 
soutenable. 

= .Jaft'é, 260. 

' L. P.. vie d'Innocent. 



LE SANCTUAIRbJ I)E SAINT LAURENT !t 

virra liiciitot, le seul arfiiiment que l'dii puisse faii-e valoir en fa- 
veur (le la eduservatioii, bien longtemps après le IV" sièele, do cette 
très ancienne abside. 



La basilicii siHM-iosior. 

Le sanctuaire de saint Laurent ne conserva pas indéfininient la 
disposition qu'on lui avait donnée sous Constantin: une basilique 
au dessus du sol, une crypte souterraine où était la tombe sainte. 
Ainsi le virent Damase, Prudence, Leopardus, Mélanie. Mais par la 
suite il se produisit des changements. 

Les itinéraires des pèlerins au VIT siècle ' distin;.;uent en cet 
endroit deux basili((ues appelées par eux, l'une hnsilira waior, 
l'autre busilicd sjicciosior ou nova. C'est dans celle-ci qu'est la tombe 
sainte, et non pins i», crypla, dans une chambre on galerie sou- 
terraine. De la basilique speciosior nous avons encore sous les yeux 
les nefs avec la tombe sainte, laquelle n'est plus dans nue crypte 
souterraine mais dans l'église elle-raême. Cette basilique, nous le 
savons par ses inscriptions et ses mosaïques, fut construite par le 
pape Pelage II (579-590): il n'est pas étonnant qu'une cinquan- 
taine d'années plus tard, ce qui est le temps des itinéraires, elle 
ait fait l'etfet d'être neuve et brillante, nom, spci-iosior. 

Ainsi, sous Pelage II et depuis, il y avait deux basiliques; les 
documents les mentionnent de temps :i autre, jusqu'au milieu du 
IX" siècle. Négligeons, pour le moment, les temps postérieurs à 

' Salisb.: Postea peivenies ad ecclesiam s. Laïuentii; ibi sunt nia- 
gnae basilicae in (|iiaruiii quis speciosioiein (sic) et pausat... Epitome-. 
Prope eaiidem viain (Tihurtinam) ecclesia est s. Lamentii maior, in qua 
corpus eius primum fuerat hnmatuui, et ibi basilica nova pulchritu- 
dinis ubi ipse modo icquiescit ... jVo//<!a: luxta hanc viam (riftitrtmam) 
iacet S. Laurentiiis in sua ecclesia... et ibi prope in altéra ecclesia pan- 
sant hi inartyies, Ciiiaca, etc. (De Rossi, B(wi<t sott., t. I, p. 178. 179). 



10 LE SANCTirAlUK DE MAINT LAI'UENT 

l'chige et tiichoiift de percer les ténèbres qui enveloppent i)oiir noua 
l'histoire (lu monument entre le IV' sièele et l:i lin du V! . 

Deux points sont siirs: 

1" Dè8 avant l'élage, la IxisHim iwt'n»- existait et on l'appe- 
lait ainsi. Ceci résulte de deux inscriptions du V siècle environ, 
ou du commencement du VI', dans lesquelles cette liasilique est 
mentionnée '. Or une hnsilim maiur suppose une basilim minor. 
I/édiliee péla-icn a donc succédé à une autre basilique, que l'on 
appelait ou pouvait appeler b<isHir<i minor. 

2° Jusqu'en 468 au moins le tomlieau de saint Laurent est 
demeuré souterrain. Trois papes du V" siècle, Zosime (f ^l^), 
XysU- 111 (t t^0)> Hilaire Cf ■^'^'^)^ <'"''*'"t enterrés à S" Laurent. 
Si, pour Zosime, le livre pontifical se conteTitc .rindi(iucr la sé- 
pulture iiixta corims B. Lmtrentii nmrtyris, pour les deux antres, 
il marque expressément que leurs sépultures étaient in criipta, ce 
qui, d'après un usage constant, veut dire qu'elles étaient sous terre. 

Ainsi l'élage a tiwivé une busiliva minor préexistante, à laquelle 
il a substitué la sienne. Etait-ce encore la basilique de Constantin 
située au dessus du s(d, ou bien l'avait-on déjà reconstruite et dé- 
placée, en l'enfonçant pour ainsi dire jusqu'au niveau de la tombe 
sainte? Voyons si nous ne trouverons pas quelque éclairi'isscment 
là-dessus dans rinscrii)tion " où sont décrits les travaux exécutés 
sous Pelage : 

Demovil Domiinis trnfhrns, ut har crenia 
lus quondam latebris nunr modo fulgor inest. 
Angustos adifus renernbile corpus habebaf 

' De Rossi, BiilL, 1876, p. 22, 2.J: in fcASSILTCA MAXIO,r... IX 
BASILICA MAIORE AI) DOMXV LAVRESTIVM. 

'■ Cette inscription a été refaite en niosaïiiiie et placée en liaut de 
l'arc triomphal. Mais il est fort douteux que telle soit sa place primi- 
tive, .le croirais plutôt qu'elle se lisait au bas de l'église, comme les 
inscriptions analogues de Sainte-Sabine et de Sainte-Marie-.Majeure (celle-ci 
disparue). Rien ne prouve (lu'elle ait été en mosaïque. 



LE SAK'CTCAIKE DE SAINT LAURENT U 

hiii- uhi »unr jMpitluni largior ' auta capit. 
Enda pi uni lies imtuit su h monte reciso 
estqiie remota (/nui mole ruina mina.r. 

Ainsi, oppositimi de l:i nuit et du jour: le sanctuaire nrl corpus 
était étroit, obscur, difficile d'accès; des éUoulements étaient à 
craindre; tel était l'état antérieur. Maintenant une large enceinte, 
obtenue en tranchant et en dél)layant uue partie de la colline, de 
sorte que Tédifice est désormais en sûreté. Supposons que Pelage 
eût déjà trouvé la basilique enfoncée dans le sid et ((u'il se fût 
borné à l'exhausser en y étaldissant un étage de galeries, on voit 
bien qu'il y aurait donné plus de jour, mais ou ne voit pas qu'il eût 
rendu plus facile d'accès le saint tombeau, ni qu'il eût élargi l'en- 
ceinte; on ne comprend pas que, pour ses travaux, il ait eu besoin 
de se procurer un emplacement en taillant dans la colline voisine. 

Ainsi la disposition nouvelle ", la basilique enfoncée jusqu'au 
niveau de la tombe sainte, est très vraisemblablement du temps de 
Pelage. Depuis l'année -168, où l'ancienne disposition durait encore, 
rien de ce côté n'avait été changé. 

Pelage lui-même ne paraît pas avoir tout supprimé. La tombe 
du martyr, bien entendu, ne put être changée de place. Cependant, 
comme on démolissait la catacorabe autour d'elle, en vue de l'isoler 
complètement, elle perdit son aspect primitif. C'est pendant ces 
travaux que se produisit le fait rapporté par saint Grégoire ' ; un 
accident eut lieu : la tombe sainte fut ouverte ; les ouvriers et autres 
personnes présentes aperçurent les ossements du martyr. Ils mou- 
rurent tous dans les dix jours. 

' Lotuiior. par erreur, sur la mosaïque actuelle. 

- Ou dirait que les tombeaux des trois papes Zosime, Xyste Itl et 
Hilaire furent sacrifiés aux nouveaux arrangements ou tout au moins 
placés moins en vue: aucun d'eus n'est mentionné dans les itinéraires 
du VIF siècle. 

' Reg., IV, 30 (594). 



12 I,K SANCTIIAIUK I)K SAINT LAI'RENT 

Les (liiiize belles coUinnes, dont leH cliaijiti'iuix si éiégiints siip- 
lioitciit riiicoliérent eiitablenioiit de Pélag-i' II et sa (galerie supé- 
rieure, doivent provenir de quel((uc éililicc ])lus ancien. Ce n'est 
pas une eonjeeture trop hasardée (|ue de supposer ([u'elles ont été 
tout sini])ienient déména},'écs de la basilique eonslMiitiiiiiiine, où elles 
avaient dû venir d'ailleui's. Mais on jx'iit, je orciis, jionsser les 
conjectures plus loin. 

La mosaïque de Tare nous offre, sur sa surf.iee plane, une dé- 
coration qui ne se rencontre guère que dans les conques alisidales. 
Le Christ, assis sur le globe terrestre, entre les apôtres Pierre et 
r.iul, Mccucille, d'un rôté, le pape l'élage II présenté par saint 
Laurent, de l'autre saint Hippolyte, présenté par saint Etienne. 
Pour que ce sujet n'ait pas été réservé à l'abside, il fallait que 
celle-ci ne fût pas disponible. Or si cette abside avait été construite 
ou reconstruite par Pelage, c'est à lui qu'il eût incombé de la 
décorer. S'il ne l'a pas décorée, c'est qu'elle l'était déjA ; ainsi 
elle lui était antérieure ; c'était l'abside de la basilique constan- 
tinienne. Ici il faut en revenir à l'inscription de Leopardus, la- 
quelle se présente comme la dédicace d'une mos.iù|ue absidale, 
exécutée, vers l'année 400, dans cette basilique, et visible en- 
core au IX'' siècle. Ces deux indications, celle que fournit la 
mosaïque de Pelage et celle qui se déduit de l'inscription de Leo- 
pardus, convergent merveilleusement ; il est difficile de ne pas en 
tenir compte. 

Une particularité de cette église, c'est que la tombe sainte 
était au milieu de la nef et non pas sous l'arc principal, ni en 
arrière vers l'abside. Dans le dispositif moderne ceci a été corrigé. 
On a transporté l'autel pour le mettre à l'aplomb du tombeau de 
saint Laurent. 



LE .SAiNLTIJAlRE DE SAINT LAURENT 13 

La hasilica luaior. 

Maintenant il fant nous occuper de la basilirrt niaior. 

Le livre pontifical, après avoir relaté la fondation du sanctuaire 
au temps de Constantin, n'en parle plus avant celui de Valenti- 
nien ill, dans la vie du pape Xyste III (432-440). Une vingtaine 
d'années avant ce pape, Rome avait été assiégée, mise à rançon 
et pillée par Alarie. La plupart des églises avaient perdu leurs 
ornements en métal précieux, soit parce que les barbares les avaient 
emportés, soit parce que les autorités ecclésiastiques les avaient elles- 
mêmes réquisitionnés pour aider à paj^er les impositions des vain- 
queurs. La tranquillité revenue, le gouvernement de Placidie et de 
son fils Valentinien 111 s'efïorçait de rendre aux églises une partie 
de ce qu'elles avaient perdu. C'est ce qu'on les voit faire à Saint- 
Pierre, à Saint-Paul et au Latran. Pour ces trois églises le livre 
pontifical rapporte expressément l'intervention de l'empereur. En 
ce qui regarde Saint-Laurent, dont il s'occupe ensuite, il commence 
par dire que le pape Xyste fit, c'est-à-dire refit, la confession du 
martyr ; qu'il y plaça des colonnes de porphyre, une balustrade 
en porphyre, surmontée de grilles d'argent ; que l'autel et la con- 
fession reçurent des ornements d'argent: qu'il refit aussi l'aliside, 
y plaça une statue du saint et aussi des grilles. Dans ces travaux 
on retrouve les principaux éléments de la décoration constantinienne, 
que, semhle-t-il, on s'attaclia à reconstituer. Toutefois il faut noter 
l'adjonction d'un autel. 

Mais le livre pontifical continue : Ferit axtem husilieam s. Lau- 
rentio qitod Valentivianiis Aug. concessit, ttbi et obtidit . . . Suit 
une énumération de vaisselle sacrée, adaptée aux exigences d'une 
grande église. 

Où était cette église? J. B. de Rossi la place sans hésiter à 
Saint-Laureut-hors-les-raurs. Cette attribution a été contestée ces 



14 LE SANCTI'AIRK I>E SAINT LAVRENT 

temps (Icniicrs par des i)ersonnes qui. reiionvelaiit tiiie ojiiniDii an- 
cienne, ridentifient ù S' Laurent in Liicinu et proposent à ce sujet 
des arguments d'apparence sérieuse. Aussi dois-je exposer les raisons 
pour lesciuelles je demeure, sur ce point, fidèle au sentiment de 
De Kossi ' et comment je résons les objections qu'il a suscitées. 

1° Le Liber poiitificalis, quand, après s'ctre occupé d'églises 
extra muros, il passe à des églises intra-muros ■ signale d'ordinaire 
ce cliîingement par quelque formule comme in nrhe Borna, intra 
urbem Jlomam, etc. Ainsi dans la notice d'IIilaire, après avoir 
parlé de Saint-Pierre, de Saint-Paul et de Saint-Laurent, il passe 
aux tittiU de la ville : in urbe vero Roma. Un peu plus bas dans 
la même notice, après les constructions élevées près de S' Laurent, 
il passe à un monastère urbain, intra urbe Roma. Dans la notice 
de Symmaque, après avoir énuméré diverses fondations suburbaines, 
il en vient à l'église des ss. Silvestre et Martin : intra ciritatem 
Romanam. Ici, rien de semblable : nous sommes d'abord à Saint- 
Laurent-hors-les-murs; après avoir énuméré divers embellissements 
ou restaurations de la tombe sainte, on nous parle, sans autre ex- 
plication, d'une basilique de même vocable. Il est naturel de croire 
que nous sommes encore au lieu appelé par antonomase Ad s. Lau- 
rentium, c'est-à-dire près du tombeau du saint. 

2° .l'ajiniterai que l'usage constant du Liber jwntificalis et, en 
général, de tous Us documents romains est de réserver au sanctuaire 
du Verano la dénomination Ad s. LMureritium, sans autre qualificatif. 
Les autres églises de S' Laurent sont désignées par quelque spé 



' t'ependiint, à la suite des' observations de M. Santé Pesarini et de 
ses exi)crtises du moniiiuent, je crois devoir abandonner l'identification, 
admise par De Rossi, entre l'ancienne . ftasîfica maior et la nef de la 
liasilicnic actuelle. Cette nef est, comme le poicbe occidental, du teiuiis 
d'Honorius III. Mais elle me paraît occuper une partie de l'emplace- 
ment de la basilica maior. 

' Sauf pour la basilique de Latian, mentionnée d'iialiitudc avec celles 
de s. Pierre et de s. Paul. 



LE SANCTUAIRE DE SAINT LAURENT 15 

cification, i» Dumnso, in Lucina. in Formoso. Autrement des con- 
fusions n'auraient pas manqué de se produire. C'est comme pour 
les églises de Sainte-Marie, de Saint-André, etc. Tant qu'il n'y eut 
qu'une église de Sainte-Marie, le livre pontifical appelle cette église 
Sainte-Marie tout court. Quand les églises de ce vocable se multi- 
plièrent, apparurent les désignations de S. Maria Maior et S. Ma- 
ria ad Praesepe. Le nom du saint ne suffisait pas à indiquer l'église 
dont on parlait. Or ici rien de semblable : pas question de Lucine 
pas plus que de la situation à l'intérieur des murs ou de la qua- 
lité d'église titulaire. Interprété d'après Tusage courant du temps 
où il a été écrit, ce texte nous conduit à S' Laurent-hors-les-murs 
et non ailleurs. 

3° Mais, nous dit on, comment expliquer les mots quod Talen- 
tinianus Any. concessit .? Quel besoin d'une autorisation impériale 
poui' construire une église dans Vager Yerarms qui appartenait à 
l'église romaine dès avant la persécution ? Tandis que la basilique 
in Lucina s'élève sur un emplacement qui, en partie, était occupé 
par un édifice public, le cadran solaire du Champ de Mars. En 
vain dirions-nous que l'église in Lucina existait déjà en 366, puis 
qu'on y fit l'élection du pape Damase. On répond que, dans le récit 
des Gesta inter Liberinm et Felicem où il est question de cette 
élection, le lieu où fut élu Damase est désigné simplement par 
l'expression in Jjucinis, tandis que celui où fu.t, le même jour, 
élu son compétiteur Ursinus est indiqué par l'expression in basi- 
lica Iidii. Cette différence doit signifier (jne la basilique de Jules 
était un édifice spacieux, une vraie basilique, tandis que, au lieu 
dit in Lucinis, il n'y avait qu'un local restreint enserré dans les 
édifices publics. — Cette distinction me parait bien subtile. Du mo- 
ment où les électeurs de Damase avaient choisi le lieu in Lucinis 
pour s'assembler, c'est qu'il devait offrir un espace assez grand, 
les élections épiscopales attirant toujours beaucoup de monde. De 
plus il serait difficile de signaler une élection pontificale célébrée 



IG LE SAN<;TrAIRK i)K SAINT LAI'RENT 

en ces toini>s-l;i en (Icihura iriine église. Enfin, il est facile de dire 
que le cadran solaire du (Jliamp de Mars existait encore au IV siècle : 
mais cette affirmation est liien risquée. I^es régionnaires du IV* siècle 
indiquent robélisque in Cumpo ]\fnrfio, sans souffler mot de la sur- 
face où, A l'origine, un système de lignes et de chiffres indiquait 
l'heure d'après la longueur de l'ombre i)rojetée par l'oliélisque ; ils 
ne parlent que de l'oljélisque lui-même ; Ammien Marcellin en 
fait exactement autant (XVII, 4, 12); l'itinéraire d'Einsiedlen men- 
tionne en même temps l'obélisciue et l'église Saint-Laurent in Lu- 
cina. Ainsi l'église et l'obélisque ont coexisté jusqu'au VIII*' siècle ; 
on peut même dire jusqu'au XVIIT, car c'est seulement alors que 
Benoît XIV fit déterrer les fragments du monolithe, tombé et brisé 
depuis longtemps sur son emplacement primitif, pour en orner la 
place de Monte Citorio. Rien n'oblige d'admettre que la surface 
occupée à l'origine par le cadran solaire ne fût pas disponible dès 
le IV'' siècle: déjà, au temps de Pline, le fameux horoJoghim était 
détraqué depuis longtemps et ne donnait plus que des indications 
inexactes '. Il semble que, si l'appareil chronométrique eût encore 
fonctionné sous leurs yeux, les régionnaires ne se seraient pas bornés 
;"i mentionner l'obélisque, mais qu'ils auraient employé le terme 
hoiologium ou quelque autre de même sens. Du reste, qui sait si 
l'église actuelle, reliâtie au XVII' siècle aiirès l'avoir été déjA au 
XII", occupe exactement rempl.-u'cment de celle des temps anté- 
rieurs î" 

Je disais tout à l'henre (|u'il y avait (|neb|ne suljtilité à opposer 
les deux désignations in hasHicn lulii et in Lucinis, la première 
visant une grande basilique, la seconde les édifices assez étroits 
(l'un ancien fitiili(s. Regardons-y de plus prés. Est il bien sûr que 
la formule //( Lncitiis soit, en elle-uiéme ou par opposition à l'autre, 
in hasilira Inlii. exclusive d'une véritable basilique? Saint Jérôme, 

' Pline, Hist. iiat., XXXVl, 73. 



LE SANCTUAIRE DE SAINT LAURENT 17 

en racontant dans sa chronique les raëines événements, désigne la 
basilique libérienne par le mot Sicininum, tout court: Ursinus a 
qiiihusdam ejiiscojnts co)tstitutus Sicininum cnm suis inraâit. Il 
s'agit là d'une vraie basilique, toute neuve encore, puisque sa 
construction remontait à quatorze ans au pins. S' Jérôme et l'au- 
teur des Gestd sont contemporains: ils parlent des mêmes événe- 
ments: s'il est impossible de voir dans l'expression Sicininum de 
S' Jérôme autre chose qu'une vraie basilique, pourquoi cette inter- 
prétation ne vaudrait elle pas pour la fcirmule in Lucinis^ Pour 
indiquer les stations liturgiques de la l)asilique de Latran, on di- 
sait couramment in Lateranis on ud Lateranis '. 

Je conclus donc que rien n'autorise à détourner cette formule 
de son sens naturel et qu'une basilique in Lncinis existait en 366, 
soixante-dix ans avant Xyste III. 

Mais pourquoi Xyste III a-t-il eu besoin, pour sa basilique de 
Saint-Laurent, d'une autorisation officielle ? Nous n'en savons rien. 
Le livre ])ontifical parle de Saint-Laurent après avoir mentionné 
les liliéralités de Valentinieu III en faveur des basiliques de Latran, 
de Saint-Pierre et de Saint-Paul. Peut-être, pour Saint-Laurent, 
comme pour les trois autres sanctuaires, s'agit-il seulement d'une 
contribution pécuniaire. La famille impériale d'Occident était, nous 
le savons, très dévouée au culte du grand martyr. Mais admettons 
qu'il se soit agi d'une autorisation de bâtir. Qui sait si les nou 
velles constructions n'empiétaient pas sur le domaine public ou sur 
quelque domaine funéraire privé ^ La voie Tiburtine était tout 
proche : si la nouvelle basilique méritait vraiment le qualificatif 
maior. comme elle ne commençait (on le verra bientôt) qu'à l'ouest 
des ambons actuels, elle devait étendre ses nefs bien au delà du 
porche d'Honorius III. Ajoutons encore l'atrium dont elle dut être 
précédée et l'ouverture sur la voie publique : il y a, dans ces dé- 

' Lectionnaire romain publié dans la Jievue bénédictine, 1910, p. 49 
et suiv. 

Mélanges d'Arch. et d'Hist. 1921. 2 



18 I,E SANCTI'AIRK DK SAINT I.AI'RKNT 

vcloppeineiits, de ([uni l';iii(' su]iiiosci' une extension uii ileli'i du ilo- 
iiiaine ('cclésiusticiue de ïnt/er Veranus et, par suite, di' quoi cxpli 
quer la nécessité d'une autorisation officielle. 

■C'e n'est pas seulement de ce coté que l'af/er Veranus était 
limité. Au sud et au sud-est de la basilique ad l'orpus s'étendait, au 
IV' siècle encore, une propriété privée, celle d'un riche païen appelé 
Léon, qui plus tard se convertit et devint même évêque '. Le tom- 
beau de S' Laurent était dans Vnger Veraniis. oui: mais à quehiues 
mètres de là on était eu dehors de ce domaine ecclésiastique. 

4" Au rapport de Pompeo Ugonio (1588j', on voyait de son 
temps dans l'abside de S' Laurent in Lucina une peinture repré- 
sentant le Christ entre les apôtres Pierre et Paul, les martyrs 
Laurent et Etienne, puis, d'un côté, Lucine, tenant le modèle de 
l'église, de l'autre côté. Sixte III, l'un et l'autre avec leurs noms 
écrits au dessus de leurs têtes. De ceci il ])eut résulter que Tau- 
teur de ces peintures interprétait le Liber poHtifirdJis comme le 
fait maintenant M. Saute Pesarini, ou procédait d'après une tra- 
dition fondée sur cette interprétation. P. Ugonio estimait que la 
peinture pouvait remonter à « qualche centinaia d'anni>>; elle ne 
devait pas être antérieure k la reconstruction de l'église au XII" 
siècle et h sa consécration par Anaclet II (1130)'. 

En ces temps-là, il n'y avait plus, au Verano, ([u'une seule ba- 
silique de Saint Laurent, la basili(|ue pélngienne, ou ad inrjius : 
l'autre, on le verra bientôt, avait perdu sou vocable i)our devenir 

' L. P., t. I, p. 250, note 3. 

« Siaziom, p. 184. 

' Est il bien sûr que le pape ligure dans cette eoinposition ait toujours 
été Sixte III? Anaclet II ue répugnait pas à se faire représenter dans 
les monuments de son temps. J'ai expliqué ailleurs (L. /'., t. II. p. :î25^ 
qu'il avait figuré au Latran dans la cliajjelle de Saint-Xicolas, avec son 
nouj ; et que, par la suite, ce nom fâcheux avait été remplace d'abord 
par celui de Calixte II, puis par celui d'Anastasc IV. Qui sait si le nom 
de Sixte III que P. Ugonio lisait vers la fin du XVP siècle ne repré- 
sentait ])as une correction ? 



LE SANCTUAIRE DE SAINT LAURENT 19 

une église de Sainte-Marie. Dans ces conditions il était naturel 
de chercher ailleurs la basilique de Xyste III. Ou avait le choix 
entre les deux vieilles églises titulaires in Bamaso et in Lu- 
riiia. Mais la fondation de la première était attribuée par le livre 
pontifical au pape Dainase, tandis que la fondation de l'église 
in Lucinn n'y est marquée nulle part. C'est à celle-ci qu'inévita- 
blement on devait rattacher le texte de la vie de Xyste III, que 
Ton n'était plus tenté d'appliquer à la Ixisilica mnior de la voie 
Tibnrtine. 

Revenons au V*^ siècle. C'est, je pense, la basilica maior de 
saint Laurent dont la dédicace est consignée daus le martyrologe 
hiérônymien, le 2 novembre: Dedivatio hasilicae sanrtorum Xysti, 
Hippolijfi et Laurentii. Les dédicaces des églises constantiniennes, 
du Latrau. du Vatican, de la voie d'Ostie et autres ne figurent 
pas dans cette compilation. En revanche on y trouve celle de deux 
autres édifices auxquels Xyste III s'est intéressé. Saiiite-Marie-Majeure 
et Saint-Pierre-ès-liens. Le culte d'Hippolyte. nous le voyons par 
Prudence, fusionna de bonne heure avec celui de Laurent, dans le 
sanctuaire de celui-ci. cela par pure raison de voisinage, car les 
histoires ' de ces deux martyrs n'offrent aucun point de contact. 
Pour le pape Xyste, le maître de Laurent, c'est le contraire : s'il 
est adjoint ici au martyr de la voie Tiburtine, bien que son tom- 
beau, à lui, fût sur la voie Appienne, c'est parce que son souvenir 
demeurait intimement lié à celui de son diacre. 

C'est sans doute encore la basilica maior qui apparaît avec la 
basilica minor dans la vie du pape Hilaire; il y a là, à la suite 
l'une de l'autre, deux listes de pièces d'orfèvrerie, où sous deux 
rubriques différentes, ad hentum I.aurentium marti/rem ' et in ba- 

' La légen<le. elle, en établit bientôt; mais elle dérive des monu- 
ment? et non pas ceux-ci d'elle. 

2 Maiorem, letton adoptée par De Rossi à la suite de Vignoli. n'est 
pas documentée par les manuscrits. 



20 LE SAN'CTI'AIRE DE SAINT LAURENT 

sUiru heati Lmirentii marti/r/s. Los édificps se inultii)li;iiciit autmir 
(lu sanctuaire de la voie Tiburtiiie. Le même pape Ililaire y cons- 
truisit un monastère, deux bains, une maison de campagne (prae- 
totium), deux bibliothèques '. Son successeur Simplicius y fonda • 
une « basilique » en l'honneur de saint l'Etienne ; Symniaque un 
hospice (hahiiari(lu) pour les pauvres ^. Au delà de Symmaque et 
pendant longtemps, le livre pontifical parle peu de Saint-Laurent. 
Les constructions de Pelage II sont cependant notées: Hic fecit 
supra lorpris heati Laiiroitii warti/ris hasilicnni a finidamento 
constructam et tuhulis argenteis exornavit sepidclirum eiiis. Dans 
la vie de Grégoire 11 (715-731) on relate des réparations à l'église 
Saint-Laurent qui mena(;ait ruine, sa charpente ayant lieaucoup 
souffert : mais on ne nous dit pas à laquelle des deux basiliques 
furent faites ces réparations. Du reste, les biographes pontificaux, 
dans leurs énumérations de dons sacrés ■*, se bornent souvent à 
mentionner l'église Saint-Laurent, sans spécifier; je pense qu'ils 
visent ainsi la basilique tifl corpus, plutôt que l'autre. Les deux sont 
bien distinguées dans les vies d'Hadrien (772-795) et de Léon IV 
(847-855); nous y voyons aussi que la bnsilica maior avait fini par 
être mise sous le vocable de la sainte Vierge. Ce changement 
pourrait bien avoir eu lieu du temps d'Hadrien. Voici les textes: 
Hadrien (49 Vign.; p. 500 de mon édition): Fccit in iiecclesia 
heati Laurentii martyr is foris muros, scilicet uhi sanctum eins 
corpus requiescif. restem de stauracim : et in aecclrsia maiore 
uliam simiJiter fecit restem. Nam et tectum eiusdem Ijeuti Laurentii 
l)assilicae maiore, qui iam distertus erat et traties eius cnnfracti, 
noviter fecit. 

' L. P, t. I, p. 245. 

« JJirf., p. 249. 

3 J6»rf., p. 263. 

* Vies d'Adrien, p. 500. 504, .505. 508, 511, 512; de Léon III, t. II, 
p. 2, 9, 10, 20; de Grégoire IV, p. 76; de Léon IV, p. 120; de Benoît III, 
p. 145. 14IÎ; de Ximlas, p. 153, 166. 



LB SANCTITAIRE DE SAINT LAURENT 21 

Ihid., 64 Vign.; p. 505: In basiliea maiore quae appellatur 
suncte Dei genetricis qui aderat (acUuieret) iuxta hnsilimm sancti 
Lanrentii martyris adque lévite tihi dus sanrtmn corpus requiescit, 
foris muros huius civitatis Bomae obtulit vêla, etc. 

Ihid., 75 Vign.; p. 508: BasiUcam S. Laurentii martyris uhi 
sanctum eins corpus quiescit, adne.iam Ijfisilicae maioris quae 
dudum isdem praesul coHstru.rerat, ultro citroque noviter restau- 
ravit. 

Léon IV, 59 Vign.; p. 120: Olitidit in hasilica sanctae Dei 
genetricis... quae ponitur foris muros istius civitatis Romanae 
iuxta Ijeatum Laurentium vestem, etc. Et in ecclesia heati Laurentii 
martijris quae ponitur foris muros oljtulit turibulum,, etc. 

Nibby ', trompé par le cliangemeut de vocable, ne reconnut pas 
dans ce dernier texte l'ancienne l/asilica maior, encore distincte, 
au milieu du IX'^ siècle, de la basilique pélagienne ; il attribua au 
pape Hadrien la réunion des deux basiliques eu une seule. 

Les textes u"'' 2 et 3 de la vie d'Hadrien nous donnent un 
précieux renseignement topograpliique. La basilique majeure, disent- 
ils, est unie (adne.ra), adhérente {quae adhaeret), à la basilique 
ad corpus. Or la ligne de contact n'est pas à chercher sur le flanc 
nord ni sur la façade est de la basilique ad corpus: cela est exclu 
par la déclivité de la coUiue. Du coté du sud ont toujours été les 
monastères, oratoires et autres dépendances ; l'église Saint-Etienne 
s'y voyait aussi : la place était prise. C'est seulement du côté de 
l'ouest qu'il y avait l'espace nécessaire i)our une autre basilique. 
L'adhérence devait se produire par les absides ; autrement l'accès 
de la nouvelle basilique efit été difficile; d'ailleurs on a dû tenir 
à ce que l'autel et l'abside de la basilique majeure fussent rap- 
prochés le plus possible de la tombe sainte. En somme la basilique 
majeure devait s'élever à peu près sur l'emplacement où s'élèvent 

' Dintonii, t. II, p. 252. ^ 



22 LK SANCTUAIRE DK SAINT l.AUKBNT 

les nefs actuelles et s'ouvrir, eomine à présent, sur la voie Ti- 
burtine. 

C'est en cette éf;lise (|U(' le pape Léon IV institua la station 
de l'octave de l'Assomption (22 août;, avec nue vigile solennelle. 
Il voulut la célébrer lui-même, la première année; et, constatant 
avec plaisir (|u'il y était venu beaucoup de fidèles, il les récompensa 
de leur zèle en leur faisant une distribution d'argent '. 

Dans cette église il y avait alors ' trois chapelles ou oratoires, 
dédiés respectivement à sainte Harlie, à saint Nicolas et à sainte 
Eugénie; il n'en reste plus trace. Du reste, comment en resterait-il 
trace? L'église elle-même, la basilica maior. a disparu. 

Car — et ici les observations et les fouilles de MM. .losi et Santé 
Pesarini conduisent à des résultats certains — la partie occidentale du 
monument, celle à laquelle on accède parle portique d'Honorius III, 
ne saurait être identifiée avec la basilica maior du \' siècle. Les 
colonnades de la nef sont du même temps que celle du portique 
extérieur, c'est-à-dire du XllT' siècle. Pour obtenir le dispositif 
actuel on a dû jeter bas la hasilira maior; quelques-uns de ses 
matériaux, colonnes et autres, ont pu entrer dans la reconstruction; 
mais l'eusemble de celle-ci représente une bâtisse nouvelle. 

Les fouilles, mallieureusement, n'ont pas pu être poursuivies 
jusqu'au point où l'on eût souhaité qu'elles le fussent. Cependant 
elles ont amené un résultat très important. Les arasements de la 
première abside, celle de la Imsilica speciosior ou nd corjnis, ont 
été mis au jour, assez loin, vers l'ouest, de l'endroit où l'on au- 
rait pensé les retrouver. 11 est établi maintenant que l'arc où l'on 
voit la mosaïque de Pelage II n'est pas le front d'une abside, mais 
un véritable arc triomphal, ouvert entre la nef majeure et un transept. 
De celui-ci nul n'avait soHp(;ouné l'existence avant M. Pesarini. Il 
était fort large, et cette largeur inusitée doit, ici comme à Saint- 

1 L. P., t. II, p. 112. 

2 /.. P., t. II, p. 112. 



LE SANCTIAIRË PE SAINT I.AIREXT 23 

Paul, trouver son explication dans quelque nécessité d'ordre reli- 
gieux. Je soupçonne que Pelage II aura voulu comprendre dans la 
même enceinte et l'abside de l'église constantinienne et le tombeau 
du martyr. La distance entre les deux était trop grande pour qu'il 
fût possible d'installer l'autel à l'apltmili de la tombe sainte; on 
se résigna à laisser celle-ci an milieu de la grande nef, assez loin 
de l'autel. Maintenant ils sont à l'aplomb l'un de l'autre : mais 
cette disposition ne remonte qu'aux remaniements d'Honorius III. 

En somme, tenant compte des testes, de l'état présent du mo- 
nument, des fouilles de MM. .losi et Santé Pesarini et des expli- 
cations de celui-ci. Je proposerais de tracer ainsi qu'il suit, les 
gi'andes lignes de l'histoire de Saint-Laurent-hors-les-murs. 

1° En 258 et jusqu'à Constantin, tombeau souterrain. 

2° Au IV' siècle, sanctuaire :\ deux étages, la crypte souter- 
raine où se trouve la tombe sainte; la basilique au dessus du sol, 
communiquant avec la crypte par un escalier. Cet état de choses 
se maintient jusqu'à Pelage II. De la basilique d'alors il ne reste 
que l'inscription de Leopardus. conservée dans les manuscrits, et 
les colonnes en marbre blanc, transportées daus la basilique péla- 
gienne. 

3° Au y siècle le pape Xyste 111 fait construire derrière la 
basilique constantinienne, c'est-à-dire à l'ouest de celle ci, une se- 
conde basilique, que ses proportions font qualifier de maior. Ainsi 
le sanctuaire comporte deux basiliques au dessus du sol et une 
crypte dd corpus. 

■4° Sous Pelage II la I)a8ilique eonstautinifnne est démolie, son 
emplacement est déblayé et creusé jusqu'au niveau de la tombe 
sainte. A ce niveau une nouvelle basilique est construite, en uti- 
lisant les colonnes de l'ancienne et en conservant son abside. 

5° Vers la fin du VHP siècle la basiJica maior est placée sons 
le vocable de sainte Marie ; au IX" siècle, Léon IV y établit une 
station pour l'octave de l'Assomption. La basilique cesse d'être une 



24 I.E SANCTrAIKE DK SAINT LAPHENT 

basilique de Saint-Laiircnt ft l'on commence de rapporter à S' Lau- 
rent in Lucina ce que le Liber pontificalis dit de la fondation 
de Xyste III. 

6° Sous Ilonorius III, la ljasili(iHe majeure, sans doute en mau- 
vais état, est dcnioiie ; il en est de même du chevet et du transept 
de la liasili(|uc p( la^^icnne ; avec les nefs de celle-ci on arrange un 
cliienr qui s'étend derrièi-e nn nouveau maitreautel, celni-ci à 
l'aplomb de la tombe sainte; à l'ouist de cette partie ancienne, 
Ilonorius 111 fait établir les nefs et le ))oi'clie (|iie l'on voit au- 
jourd'hui. 

L. DrCHF.SNE. 



SITULA DI TERRACOTTA 
IN FORMA DI CARRO PROCESSION A LE 

ED AT.TRl UTENSILI DELLA SECONDA ETÀ DEL BKONZO 

ATTINENTI AL MITO SOLARE 

(PI. I) 



I recenti atudi intorno al simbolismo primitive, specialmente 
dell'età del brouzo, teudouo a riaffermare sempre pii'i l'esistenza 
d'una fase religiosa, costituita dai culti délie cosi dette divinità 
solari od astrali, intorno ai quali è raggruppato tutto un nuovo 
sistema di scopei'te dalFItalia alla Scaudinavia e dalla Gallia alla 
regione dell'Egeo. L"importaiiza e l'esteusione di quei culti è oramai 
un fatto assicurato Uinto uel moudo greco-egeo, cume iu tutta TEu- 
ropa centrale. 

II famoso carro di Trundholm (Isole di Seeland) del 2' pe- 
riodo dell'età del bronzo, mouumento preellenico délia cosi detta ci- 
viltà del bronzo spiralizzato, è stato come il punto di partenza per 
addivenire alla identificazione di tutta uua série di suppellettili cul- 
tuali, contrassegnate da simboli eliaci, la cui messe, finora abbon- 
dantissima, è andata sempre più arricchendosi '. 

Le più anticlie manifestazioni religiose, relative ai culti so- 
lari, si lianno, com'è noto, da soggetti di earri o di barche, sim- 
boli del tragitto del sole intorno alla terra, secondo la concezione 
primitiva ; e quei soggetti risalgono alla preistoria in apparenza 

' Cfr. Eeginald A. Smith, Proceedings of the Society of Antiquaires 
of London (dec. 3, 1903, fig. 5, 6, 7); Déclielette J., Le culte du Soleil aux 
temps préliistoriqties [Rev. Arche'ol.^ Paris, 1909, 4" sér., t. XIV, p. 309 
suiv.}; Id., Man. d'Archéol. prehisl., II, 413 suiv. 



2B SITL'LA IH TERRACOTTA 

(li sculture rupestri, eninc ((luU'- clie si os.servaiio sulle roccie délia 
Scandinavia, di ruotc, di disclii e di altri simlioli astrali rlie dcco- 
rano le sup|)cllt'ttili délia siTdiida rtà del liroiiz". Lr lifrui'c dcl 
cigno e del eavallo preesiHtevano fin dall'età pii'i reniota eoiiie di 
conduttori délia barea o del carro, veicoli Holari. La presenza di quegli 
auiiiiali clilic larga diffusicnic in tutt.i riMiroiia e lo stessu nome 
« Cycniis i> nelhi initoiogia gi'eco-runiana l'u applicato agli eroi le 
riii avveiiture si riannodano direttanicnte al cielo eliaco '. 

Jj'immagine del cigno, conie qnella dcl cavallo, la rnota, i cerclii 
a spirale, quelli concentrici, i disclii stellati, quelli radiati, la 
swastika ed altri siniboli stilizzati aljbondano, corne è noto, nelle 
snppellettili del période halstattiano dell'Europa centrale e segna- 
tamente deiritalia del nord lino alla fase finale delFetà del bronze 
Il a quella iniziale del ferro, a cominciare dagli ossuarii d'argilla 
délie necropoli felsinee, per continuare ininterrottaniente sulle ciste 
a disegno geometrico, sui cinturoni di bronzo battiito, sugli scudi, 
siii caschi, snlle corazze, ecc, ecc. 



Alla liinga série di questi nteusili contrassegnati ila siniboli 
astrali, mi sia concesso aggiuugere altri tre originali, conservati 
nella mia privata coUezione d'antichit:\. 

Il primo (tav. I, n. 1), rinvenuto nella necropoli di Cervetri, 
consiste in una coppa di bronzo, a lamina martellata, con labbro 
decorato da sottile cordoncino spiraliforme, avente l'ausa di fianco 
rappresentata da una laminetta accartocciata e retta da due bol- 
loncini. Al di sopra dell'ansa si éleva una decorazione a traforo, 
composta di circoli concentrici, arieggianti la forma di tre barche 

' Maury, Mdiijioit de ht (iirce, t. I, p. 417, n. 6; Deeliarnip. Mi/tho- 
log. de lu Grèce auh'que, p. 104; Lang Andr., ^[ythes, citlics et reUgio)ii! 
(trad. Marinier), Paris, 1896, p. 257 suiv. 



IN FORMA DI CARRO PROCE8SIONALE 27 

solari e terniiiiauti alFestremità in teste di cigno a beeco alluugato. 
Due (li questi animali, poggiati sulTorlo, sostengono rispettivameiite 
col becco un gruppo di tre eatenelle le qiiali si distacoano dal più 
basso dei cerchi. Al di sotto del recipiente si osaerva, di riauco, 
una himinetta rettangolare fermata da due bolloucini, con le estre- 
mità ripiegate a forma di un banchettn, la quale, in contraste col 
fondo sporgente délia coppa, serve a mantenerla in equilibrio. 

11 lato caratteristico di questo vaso è costituito dalla décora 
zione sinibolica a traforo clie si sopraeleva al fiance, la quale so- 
miglia in tutto a quella dei tre scudi di bronzo di Nackiialle (Isole 
Halland délia Svezia), di Magdebourg (Sassonia prussiana) e di 
Clonbrin (Contea di Longford in irlanda), recanti il segno naviforme 
tradiziouale, costituito da circoli convergenti che arieggiano la figura 
di cigni '. Di queste applicazioni, con disegni a traforo, si hanno 
altri esenipi, più o meno corrispondenti, ma sempre staccati dai 
recipieuti cui appartenevano; e si possono citare quelli délia ne- 
cropoli.di Verucchio, di Tarquinia, di Vetulonia, di Perugia e del 
ripostiglio di S. Francesco di Bologna, risalenti all'ultima fase 
dell'età del bronzo o alla prima età del ferro '. Fer il fatto d'es- 
sersi finora rinvenute staccate dai loro recipienti, quelle applica- 
zioni anse traforate furono crédule tanti dischi o pendagli. L'Evans 
le paragona al famoso pendaglio d'oro eginetico, e la loro prove- 
nienza tipica orientale, seconde il Pigorini, sarebbe argomento per 
dover cercare dalla parte dell'Egeo gli elementi i quali penetra- 
rono nella primitiva civiltà del pepolo délie terreraare, trasfornian- 
dola gradatamente in quella posteriore di Villauova, non estante 

' Armstrong. Procceding of the lioijal Irisli Academy, 1909, p. 251, 
pi. XIII; Déchelette, Manuel cit., II, p. 439. fig. 181. 

- Brizie, Notiz. degli Scavi, 1894, p. 292 segg. ; Id., Notù. cit., 
tav. XIII bis, 19; Ghiiardini, Notiz. cit., 1882, tav. XIII bis, 19 e p. 190; 
Falchi, Vetulonia, tav. XVIII, 16; Zannoni, La fonderia di Bologna, 
tav. XLIV, 62; Pigorini, Antichità italiche del tipo di Villanova nel Cir- 
condario di Rimini (in BoUett. di Palttn. Ital, a. XX, 1894, n. 10-12). 



28 SITia.A 1)1 TKItHACOTTA 

riipiiiiolie del Reinadi, clic la iiuova lucc si propaKasse invece dal- 
rcK'cidente verwo oriente '. 

L'altro utensilc, riprodotto al ii. 2 dclla tavnla a^;,'iiinta. lia 
niolta rassomiglianza coi fiisti ciliiidrici di lironzo sormoutati dalla 
lifîura del eigiio, corne quelli scopcrti a Gréoiilx i Basse Aljii), a 
Svijany iHoemiaj e conservati m-l musco di Loiidra ". Aircstrcinità 
supcriore vi si seorge un cijjno posato, e sottostaiite aU'impugna- 
tura, ch'è costituita da una spirale, è sitiiata una l)arca votiva for- 
mata da due eigni associât! a meta corpo. Non mancano altri esem])i 
di queste barche formate daU'unione di due cigni lu opposte di- 
rezioni, corne pu("> vedersi nei due modelli di tiliule di Szatmâr (Un- 
glieria) e di Corneto ïarquinia '. Il gambo sottostante alla barca, 
nel nostro eseraplare, è attravcrsato da iin cordoncino disposto ad elica 
per lutta la lungliezza del t'usto. 

L'originalità di questo curioso utensile consiste poi in un fascio 
d'anelletti rotondi, sciolti l'iiuo dall'altro, clie sono infilati attorno 
al mauico, in maniera da non poterne uscire. A eiic servivauo quegli 
anelletti ? 

Non è improbaliile olie, rome i eigni, essi al)liiano iiotuto avère 
un ideutico signiticato solare. Motivo a sospettarlo è Tcsistenza di 
quel piecoli cilindri vuoti, guarniti di campanelle o inaniglie aile 
quali sono attaccate tante série d'anelli, e clie sono stati riuveimti 
nelle palafitte di Grésine, lago di IJouiget, ed in qualclie altra lo- 

' Evans A., Mycenaean ireasure from Aegitia, in Journ. of Helleti. 
Stnd., vol. XIII, part. II, p. 195 e sogg. ; Pigorini, IH, p. 174. 

- Défhelette, Manuel, p. 48, tig. 187, n. 1-3. Alcuni di questi fusti 
cilindrici, aormontati da animaletti associât! a meta corpo, dalla inisura 
di 0"',24 a 0"',.-50, furono rinvenuti iii Sardegna e più tardi in Olimpia. 
Dai più furono ritenuti per tante spade votive, ovvero piecoli scettri. 
di propoizione ridotta (Ved. l'ais E., Il rijwstiylio di brotui di Albini, 
pressa Teti, in Biillett. Archeohg. Sardo, 1884, pp. 67-179; De Kiddcr, 
Les bromes antiq. du Louvre, II, n. 3719. 

3 Montelius, Civ. primit. d'Italie, II, tav. 277, fig. 2; Hoernes, Ury. 
d. Ktinst, pi. XIV, fig. 9; Oédielette, Ivi, p. 441, fig. 182. 



TN rORMA r>I CAKIiO PUOCESSIONAI.R 2Î) 

oalità (lella Franoia orientale '. Quel cilindri, appartcnenti aU'ultiiiia 
fase (leiretà del bronzo, sono stati consi(l>M-ati coiue tanti sistri o 
stninuuiti cultuali. atti a ]iro(lurrc- runiore, e veiif<ono para^onati 
pure a quel scettri con disco a sospensione di cui *)iio niunitc fcrte 
statuette, relativaraente moderne, raffiguranti 
il dio Bouddha. Ma poicliè aleuni di quei ci- 
lindri, corne (luelli trovati a Brésnier ("Ain), 
con uiia spada di bronzo del tiiio Ronzano, re- 
cano, al luogo degli anelli, dei crescenti ino- 
bili parimenti attaccati ad anelli, cosi sono 
atati classificati fra gli utensili rituali aduperati 
uelle cerimonie riferentisi al culto dellc divi- 
nità solari e lunari. 

Anelletti niobili sospesi a maniglie si ri- 
scontrauo pure in certe figurine provenienti 
dalla Scandinavia, la cui relazione con i culti 
solari non puo essere messa in dubbio. Ma 
una conferraa évidente ci viene dalla statuetta 
di bronzo dello Zeus celtico, trovata a Chàtelet, 
presso Saint-Dizier (Alta Marna), oggi al museo 
del Louvre ^ (fig. 1). 

Il nume, di évidente significato solare, lia la m.ino sinistra 
appoggiata alla ruota, nientre con l'altra solleva il fulmine. Alla 
spalla destra è so.speso, a modo di bandoliera, un grosso anello al 
quale stanno intilati undici anelli o inagliette composte da un filo di 
bronzo ripiegato a forma di S. Intorno a quelle strano vilnppo d'anelli 
magliette è d'uopo fermare Tattenzioue, perché a me semltra clie 
niuno, sino ad ora, sia riuscito a coglienie il significato preciso. 




FlG. 1. 



1 Déchelettc, Ivi, t. Il, p. 304. 

' Gaidoz, Le dieux gaidoi» du Soleil (Keviie ArcheoL, 1884, t. Il, .'Î3); 
Reinach S., Repert. de la staticaire grecq. et rain., t. 11, vol. 1, p. 17. n. 3; 
Déchelette, Ilrid., p. 466, fig. 168. 



30 SITIU.A MI TEKKAirrrTA 

Il sei,'II<) / . CDinc r Hiitii. 11(111 I' c'Iii- IIIIH (idppia spirMJe n (ii'Uli- 

swiistika (Mirviliiica, »inili(plii soIuit, divciiuto il motivo urnamcntale 
pil'i romuiic di iiii;l série iiifiiiita di (if;;;etti. F. detto aiiehe spirale 
(I ourle, canr ri>rri-iitf e « ((in-imi dieti'ii ». Infatti (iiielle eiirvc ii 
Kpirali ;,'iiistapi)().ste senil)ra eiie si s(dle\iiin l'iina appresso alTaltra 
per i-a\v(il;;prsi su loro stessc in un innviir'intii uniforme die rap- 
l)resenta corne le onde del mare. La « 8()iraie a onde » non sarebbe, 
secondo aleiini, elie « Fesprcssione sistematica délie onde del mare, 
Mietainoifnsata in seni]>lice eoncetto decorativo » '. La si rinviene in- 
fatti in una quantità di inonunienti, ineominciando dai vasi a «le- 
eorazione geomotrica délie provincie meridionali ", per continuare 
snlle steli funerarie etriiselie ', sugli s]iecclii, ecc. . . . '. La sua ])ro- 
venienza daU'oriente non è duhl)ia, riscontrandosi tra i manufatti 
délia Creta niinoica lefr. i <;< pitlioi » di Gnosso) e dell'agro di Mi- 
cene ''. Tralaseio ora le tante spiegazioni clie si sono date al gruppo 
délie spirali poste in braecio allô Zeus celtico *. Quel gruppo, per 

' Ducati 1'., Le piètre funernrie fehinec \\\\ ^[oninn. dei Linrei, 1911. 
col. 502). 

' Patroni (in Monum. dei I.incei, VI, tav. XIII, p. 1-2. col. .S57, 358, 
fig. 4, 5; cfr. col. 387;, 

* Ducati, Le piètre fnn. cit., col. 501 e segg. : Id., Osserraz. archeol. 
s»7/a permanema degli Etriischi in Felsiiia, in Atti e Mem.. I90S. ]). 6-1, 
n. 2. 

< Gerhard, FArush. Spiegel, tav. LXX e CCCXCIV. Per altri nionu- 
menti, ved. Monum. dejriKtit., I, 1882, tav. XLII, n. 2-5 (fregio d!una 
tomba di Boraarzo); Martlia, Art éfriisii., tig. 273. p. 402; Montelius, Cir. 
prini., tav. 107, fig. 15. Escinpio tipico di .sjjirali a onde, in inezzo aile 
(piali si scorgono dei pcsci natanti, offre una stelc etrnsca di Bologna 
(Notii. degli Scam, 1876, p. 68); Ducati, Piètre fitn., n. 10, tig. 82, col. 585. 

■■■ Monum. dei Lincei, VI, col. 344 (cfr. Tesoro d'Aireo u Micené); 
Perrot-Chipiez, Hisf. de l'Art. VI. tav. A', fig. 269-75, p. 622 segg. Spi- 
rali corabinate, orizzontali c verticali, sulle stèle di Micene, ved. in 
Schlieniann, 3Iiicénef. fig. 140; PerrotCliipiez, Ibid., fig. 360, p. 765. 

^ Possono \'edersi in Balfoiu- E., The évolution of décorative Art. 
London, 1893, p. 121 seg. ; Soldi-Colbert, /,« languf sacrée, t. I, « Le my- 
stère de la création •, p. 452: Flouest Ed., Deu.r stèles de laraire. stiiri 
d'une note sur le signe symbolique en S. Paris, 1885, p. 78 e segg.: Houssay 



IN FORMA DI CARRO PROCESSIONALE 31 

analogia al fulmine clic si vedc in maiio del Niinieed alla riiota 
situata al fianco, dal cui niUio dériva corne il rumore del tiiono, 
;lovrel)be, seoondo alciini, simbolizzare la pioggia. AlTidca d'un sini- 
l)olo nieteorico era vcuuto il Flouest, supponendo elie il gruppo 
délie maglictte a spirale dovesse più proprianiente rapin-esentarc 
l'oUa ripiena da cui si riversa l'acqua, iu forma di pioggia ferti- 
lizzante, sulia terra '. Ma questa apiegazione non è eompleta e va, a 
mio giudizio, integrata nel senso che il grujjpo délie spirali at- 
taccate aU'aaello, non è soltanto l'inimagine astratta d'un sirabolo 
meteorico, quello délia pioggia, ma è la figura d'un vero e proprio 
istrumento magico, adoperato iiclla liturgia priniitiva, C(d qiiale si 
produceva il tintinnio siguifieativo che doveva imitare la caduta 
délia pioggia. In questo senso, l'ordigno posto in mano a Zens è 
in perfetta corrispondenza con ((uelli di oui ci stiamo occupando, 
1 quali rappresentano tante specie di crepitaouli di uso magico-reli- 
gioso. 

Non sembra potersi dubitare che tutti quegli utensili, costituiti 
da anelli niobili infilati o atlaecati ad un sosteguo, dovessero ri- 
vestire un carattere eultuale e venissero utilizzati nelle cerimonie 
magiche e lustrali corne una specie di tintinnnbula o, meglio, di 
crepitacula, a fine di seongiuro per provocare la pioggia. E noto corne 

Fed., Nouvelles recherch. sur la fiiune et hi flore des rases peints de l'époque 
mycénienne, in Rev. Archéol., Paris, 1897, p. 11 segg.; Ballet, de t'Acud. 
roy. de Belgique, 3" sér., t. XVI, p. 623 segg. ; William-Simpson (in Journ. 
of tlie Roy. Asiat. Society, 1890, t. XXII, nouv. sér., p. 306^; Sehlieuiann. 
Mycènes. p. 8.ô. 

' Flouest, Deu.r stèles, p. 79. L'acqiia o la pioggia sta in relazione 
non solo cnn la focondità della vita terrestre, ma ancora con la rinaseita 
nella vita futura. In questo senso il simbolo ilella spirale, come niotivo 
di deeorazione. è rappresentato nelle stèle fuiierarie e negli stessi monu- 
menti cristiani (vedi Goblet-D'Alviella in Btilkt. de VAcad. Roy. de Bel- 
gique, Class. de Lettr., 1900, n. 9-10, pp. 707-3.') . Il Gozzadini invcce 
aveva ritenuto olie la figura della spirale nei monumenti sepolcrali do 
vesse siinholizzare l'Oceaiui o la palude Stygia, le cui onde circonda- 
vano il niondo infpmalo { itti dei IJucei, ser. 3, vol. XII, 188ô, p. 298). 



.'Î2 sjiii.A m iKunAcorrA 

il liiitiiiiiiii ilrl raille .ivcva ^r.iiiili' iiillin-uza nrlla (•clrlira/.iiiiic di 
;ilcuni riti '. (iuest'intt'rpri'tazionc ('■ fuvoritu d;il niimero jiiuttosto 
alilxiiidapte ili (|iief?li nteiisili, spccialmcnte fni le suppellcttili «Iclle 
tmiilic ililla prima clà (Ici fcrro. in iiiczzo 
aile (iiiali pii'i freiiucntc <a riiivwiirsi è 
(|uclla s]iicic (li soiiagliera costituita lia 
1111 ^rossll aiidlo al (jiiak' staniio infilati 
taiiti aiu'Ui più piccoli •' i fitç. 2). 

(Jrcati dal nimlmlismo astrale, sittatti 
iiti'iisili facevano parte del rituale ina- 
gico-reli^^ioso, corne avvenue più tardi 
délia ruota inaf^iea e del disciis, clie 
tanta diffusione ebbero nelle cerimouie 
sacre dei ^Teci e de! romani e peiietrarono in seguito nella stessa 
litiirifia délia Cliiesa '. 




FiG. 2. 



' Heinacli S.. Orphcufi, yi. l-_>7 (tiadiiz. Dflla Toiic). 

' Caylus, Uccueil, t. 1, p. 201 e pi. LXXXI. n. 2; Cli. Cornault. in Re>:. 
ArcMol.^ n. s., t. XVIII (1868;, p. 5(5: Babelon-Blanehet, Cat. des hroii- 
ze», etc. p. 639, Hg. 188;5; DaU'Osso I., Guida al mttseo naz. d'Ancona, 
Ivi, 1915, pp. 115, 123. Per altri utensili analoglii, tiovati nella necropoli 
di Bologna e altrove, vedi Gozzadini (Rev. Archéoh, 1886, II, p. 130); 
.luthnei-, Jahreshefte d. osterr. arch. Inst., VII (1901), pp. 146, 149, Kg. 67 ; 
Saglio, /J/e/ioHn. d. Antiq., ». v. « Tintinnabiilum », « Crcpitaculniii •, « Di- 
8CUS », « Sistrum » ; Lindenschmit, Die Alterthumer unserev heidnischen 
Vorzeit, t. II, fasc. X, tav. II. Alcuni esemplari di fusti eilindrici, sor- 
montati da una specie di porno al ((iiale stanno infilati tanti anelletti a 
giiisa di sonaglieia. sono segnalati da G. v A. De Mortillet (.I/hncV jjreliist.. 
2' édit., pi. cm, n. 13S4) e dallo Chantre E. (Age du bronze. I, pp. 201 
e 155). Anche (luci disehi di bronzo attaccati ad un manubrio dal quale 
pendono altri disehi più piccoli, adoperati neirnltinia fase dell'otà del 
bronzo come tains-tams o tintinnabula, vengono ritenuti per utensili di 
évidente carattere solare (G. e A. De Mortillet, Ibid., pi XC, n. 1133; Dé- 
chelette, Ibid., p. 305). 

^ Siilla ruota liturgica, sui cerclii c disclii di métallo ed altri ordegni 
adoperati come ainesi di culto presso i Greci ed i Koniani, come pure 
presso altri popoli iiido-cuiopei e, nel modio evo, dalla Cliiesa, vedi Wil- 
liam Simpson, The Biiddliist Prcihyng-Wheel, a collection of ynateriah 



IN FORMA DI CARRO l'ROCBSSIONALE 33 

11 significato évidente di questi arredi oiiltuali ci proviene da 
una pittura cainpana del V secolo, nella quale si scorge un aacer- 
dote che con la mano sinistra sostiene un sistro, mentre reca nella 
destra un altro istrumento formato da una série di anelli infilati 
ad un sostegno '. 

Altro forme analoglie a questa specie di sonaglietto potrebbero 
ricavarsi da quella del crepitacnhim, il eui nome Marziale ed 
Apuleio applicarono al sistro egiziano ^, ma ehe in realtà è dovuto 
a quella specie di sonaglietto puérile {puérile crepitaculum) che fa 
rumore qnando si agita. Un esemplare di questo génère, proveniente 
da una tomba di Vulci, consiste in un cerchio metallico, numito 
di manico, al quale sono applicati, nella periferia, tanti anellini 
mobili ^. Altro tipo somigliante, trovato a Pompei, consiste in un 
cerchio metallico guarnito di piccoli sonagli alla periferia *. 



Ma l'attenzione principale, in mezzo a tutto il gruppo di og- 
getti che rivestouo un carattere niagico e religioso, di contenuto 
solare ^, è dovuta a quei curiosi recipienti in forma di palmipedi, 
poggianti sopra un carro a due o più ruote, i quali appartengono 
alla série dei recipienti votivi délia seconda età del bronzo, dedi- 
cati aile divinità solari, com'è raanifesto dalla preseuza di una o 
più figure di cigni che vi si scorgono associati. 

bearing upon the symboUsm of the wheel and circular movements, Londres, 
1896; Goblet d'Alviella, Moulins à prières, roues magiques et circumam- 
bulattons (in Croyances, rites, institutions, t. 1, Pans, fJeuthner, 1911, 
p. 24 suiv.). 

' Holbig, Wandegemdlâe Campanicns. i\. 1112. 

2 .Mait., XIV, .04; Apul.. Met., XI, p. 240. 

» De Witte, Gat. de la collect. Durand, n. 1881. 

* Cfr. Saglio, Dictionn. cit., s. v. «Crepitaculum». 

= L'elenco più completo di tali oggetti si ha daU'Hoernes .M., \ Mittheil. 
der Anthropolog. Gesell. in Wien, Ivi, 1892, p. 107). Cfr. ancht Reinaeh S., 
La Sculpture en Europe (Anthropolog., 1896, p. 172). 

Mélanges fl'Arch. ut d'Hisf. 19-21. 3 



34 SITULA m TERRACOTTA 

A ([ucsta sperii' di situle iii form.-i di carri ])i-occsnioiiali t-il al- 
l'uso a cui erano destinate, occorre rivolgere aiicora l'attenzione, 
poicliè le opinioni fiiiora pmfestsate a ri;riiardo di esse non mi Hem- 
braiio abl)astaiiza cliiaic e ciiiivincenti. l'are an/ituttii assodato clie 
quei carrctti di bronzn sicno tante ridiizioni votive di modelli di 
grandi dimensioiii plie venivano trasportati propessionalmente nelle 
cerimonie reli^'iose '. Il Déclielctte, fin' lia tontata una classifica 
di (lui'lle sitiilc, tanto di quelle mnntate -iiillc niote, clie délie altre 
più scmplici olie venivano rccate a braecia, le di\ide in tre ca- 
tégorie : 

1'^ Sitiile senipliei, in foi'ina di reeipienti nniinarii. non montate 
siille ruote, con deeorazione di ei^^ni o d'altri cinlilcini sdlari. Ap- 
partengono a qiiesta categoria le aitiile di brnnzo, a derurazione geo- 
metrica, di Orvieto e di Bolognsl. 

2" Situle in forma di reeipienti nitnati sul carretto. decorate 
di figure di cigni elie si vedono jier lo più disposti salle assi o 
siiUe ruote stesse del carretto (esenipl. di Skallerup e di Szaszva- 
rosszék, del niuseo di Vienna). 

3" Situle costituite da uiio o pin eigni colloeati sul carretto 
(osempj. di Bourg-snr-Sprée [Lusace inférieure] e di Conieto Tar- 
quinia). Queste tre catégorie di situle, provenienti anche dalle 
tombe dell'Etruria, appartengono ai periodi proto-etrusco ed etrusco. 

' Aiiticliissinio è l'nso di fortiiie di ruote gli arrt-di cultiiali e pro- 
vienc forse daU'epoca délie prime niigrazioni dei popoli. I carri preisto- 
rici in génère possono cssere rignardati conie riprodnzioni ridotte di ar- 
redi cultuali i quali, corne il leggendario cavallo troiano e gli arredi 
sacri, mobili,dellIndia (carro di Krishraas in (liagganathi, abbisognavano, 
per essere trasportati, di raolti uomini e di raolti cavalli (Hoernes M., 
Ungeschichtc d. hildenden Kunst in Europa, tav. XXXIII, XXXV, 2; 
XXXVI, 6; Id. L'iiomo, storia nat. e preistoria, traduz. Zanolli, Soc. 
Edit. Libr., 191.-5, vol. II, p. 510 segg.). Una situla processionale sopra un 
carro tirato dai cavalli si scorge, in rozzo graffito, sopra nn frammento 
vascolare della fine deU'età del bronzo, trovato a Oedunburg (Unglieria) 
(L. Bella, Anngrahiiiigen nuf deiii Jiurgstult hei Oedenhurg in Mittheil. 
d. Aiilhrnpol. frit^ell.^rli. h) TI'/c». 1S9I, Sitsini;isherichle, p. 80, fig. 11). 



IN FORMA DI CARRO PROCESSIONALE 35 

Ma nelle tre catégorie ricordate il Dtk'iielette ha dimenticato 
di comprendere, pure avendoli menziouati in altro luogo, quei car- 
retti semplici, senza protome di cigni, recanti nel mezzo un reci- 
piente per lo più rotondo, di bronze martelhito, corne il carretto 
di Peccatel (Mecklembourg) e di Mihivec (Roeraia), ed altri di forma 
e striittura consimile, scoperti, per la maggior parte, iiei paesi del 
Sud e principalmente in Italia ', ai quali non puù uegarsi, per quelle 
elle vedremo, un'identiea destinazione cultuale. 

Tutti i inodelli qui ricordati di situle montate sul carretto sono 
di bronze. Un solo tipo di terracotta, se i raiei riscontri sono esatti, 
ne costituirebbe reccezieue, ed è prepriamente l'esemplare ripro- 
dotto al n. 3 délia tavela 1, appartenente alla mia privata raecolta 
di antichità. 

Questo esemplare, proveniente dal niezzogiorno d'italia, tu rin- 
venute presse Canosa, a nord délia città, in une scavo praticato 
per la costruzione deiracquedotto pugliese, seconde le informazioui 
avute dal sig. Gaetauo Pepe, antiquario di Napoli, presse il qnale. 
or sono pochi anni, ebbi roccasione d'acquistarlo. Faceva parte di 
una tomlia, la cui suppellettile andô quasi totalraente dispersa. 

L'oggetto consiste in un cigno ad ali spiegate, posato sul car- 
retto a quattro ruote di quattre raggi prominenti. La testa deU'uc- 
cello è divisa per meta da un'apertura longitudinale, come negli 
altri esemplari di ciguo cemuni alla regione média d'italia ^. Sulle 
due pareti delFapertura sono praticati quattro piccoli buelii, i quali 
servivano probabiimente a raantenere altrettanti lacciuoli o briglie. 
Una piccola apertura rettangolare si osserva sul dorso delTanimale, 
alla quale forse doveva corrispondere il coperchio. Délia presenza 
di quest'ultimo potrebbe farci sospettare un altro esemplare ana- 

' Reinecke, Grabfunde vomEnde der reinen Biomeseit ans Norddeutsch- 
land, AlterthUmer. V, tab. 39; Virchow, Congr. Internat, d' Anthropol. et 
d'ArcMol. préhist.. Paris, 1867, p. 251; Undset, ^Ji</fe Wageii-Gebilde (in 
Zeitsch. fur Ethnol., Berlin, 1890, p. 49); Déchelette, II, 284 suiv. 

' Vedi Déchelette, Ivi, 445, fig. 186. 



36 HITIIA 1)1 TKUKACOTTA 

loj^o di cij^mi coricuto su (■;irrc'tt<i di lumizd, |ini\ l'iiiiMite «lai tuiimli 
di GlaHiuac iHosnia). Tntttasi di un cigno di proporzioui più pic- 
c'dle, applicnto, como coperciiio, HuiraixTtuni clie si scorgc nel dorso 
(li altro ei^no. Fui'i darsi riio la li^curiua soprastante al copcivliio. 
invecc di quella d'un cigno, fosse stata qualclie volta una ti;^urina 
uinana, come quella del torso di donna, in atto di supplicare il 
ciclii, riscontrata dal Furtwaengler sopra un' impronta sigillare di 
piraniidc vntiva in tcrracotta. 11 Furtwaenfrler orede trattarsi délia 
madré Terra, in atto d'iniplorare da ZeuM la pioggia, seconde la 
descrizione riportata da l'ausania d'una statua in queiratteggiameuto, 
elle sorgeva neiracropoli di Atene, jjresao l'Erectlieion : << l'r,; y.-^r>.<i.r 
'-•/.îTE'jo'jTT); 'JTa'. 'j': tov Aia ' ». Pen'i a torto ritiene clie al disotto 
del mezzo buste di donna si seorga une strato di erba o di culmi 
di grano recisi ', dovendo trattarsi iuveee d'un earro proeessionale ^. 
Tornando all'interessante terracotta di Canosa, unioa iifl suo gé- 
nère, aggiungerô che essa è vagamente policroniata uei tre colori, 
bianco, rosso e turchino. Misura cm. 18 ' ', di altezza dalla testa del 
eigno alla base, e em. 1^^ ' „ di lun.ijhczza. 



La mancanza di doeunieiiti archeologiei e storioi non consente 
di distinguere esattaniente tra la religione astrale, l'astrologia e la 

' Zeus, accnnmlatore délie nuvole (N'3o=).t.-)= tît-t;) le faoeva ricadere 
in forma di pioggia ('VjVis;, 'Oy-Ppis; AiaiT^p). Nei paesi di siccità s'in- 
vocava il nunie percliè scendesse in forma di acqua:'V<j:/, jusi (dicevano 
gli Atenicsi) w -Jt"'.! Z=0, /.i-i. tt.; àpo'j^a: t'Ùv 'AST.-.otiwi tai tmi -sîiwv. 
Nelle monete di Ephesus si vede Zeus assise snl monte Peion, col fulmine 
nella desti-ii e con la sinistia nell'atto di riversare la pioggia sulla terra 
(Mionnet, Siij^pkm., VI, 141, n. -113; Lenoimant Cli., Ao»»'. </«?. mythoh. 
pi. VIII, n. 1-2). 

' Furtwai'ngler, Kunsiinnchiihlirhf Untersuchungen, p. ^.^T ; Seller. 
Class. Reneii-, 1897, p. 175; 1898, p. I;î7; Id., Mei^terwerke, cit., p. 257. 
Cfr. ivi la nota del Frazer e rO\-erbecli, Kunstimjtholog., « Zeus », p. 227. 

' Vedi Hoeiiies M., L'uomn, stmid iint. e priiglnria, sop. cit., 1. cit. 



IN FORMA 1)1 CAUUll PUOCK.SSIONALE 37 

magia proprianiente detta nelle diverse epoclie délia preistoria. Ma 
è molto probabile che quei carri abbiano avuto un carattere piut- 
tosto raagico che religioso. 11 Déchelette, elie è st;ito il primo a fare 
dei ciilti solari la base délia religione neU'età del bronzo, studiaudo 
la provenienza di quei carretti processionali alla situla, è tratto 
a sospettare che essi abbiano avuta qualche relazione con le divi- 
nità solari preposte al culto délie acque termali. Buoua parte, in- 
fatti, provengono da località dov'erauo situate sorgenti d'acque mi- 
nerali. Non v'ha dubbio che aile acque le quali presentano qualità 
curative, soprassedessero le divinità solari e principalmente ApoUo. 
Ma siffatta considerazioue, l)enchè affiancata da un'esegesi rigorosa, 
filologica ed epigratica, ha uu carattere piuttosto vago e non ab- 
bastanza sicuro per poter determinare, nel suo lato précise, l'uso 
a cui quei carretti erano destinât! '. 

Dubitando infatti dell'interpretazioue proposta dal Déchelette, cosi 
si esprime il Loisy a proposito del carro di Seeland : « Bien dif- 
ficile de dire si ces petits chariots solaires servaient k honorer 
le Soleil, à lui rendre un culte proprement religieux, ou n'étaient 
pas plutôt des objets servant à des rites magiques aj'ant pour but 
d'aider, stimuler, renforcer le Soil dans sa course, comme ces 
quadriges que chaque année à Rhodes, ou précipitait à la mer » '. 
Il passe di Festo sul sacrificio annuale délia quadriga solare, che 
si praticava a Rodi, dice cosi : « liliudii qui quotannis qnadrigas 
Soli l'onserratas in nuire iiiciinif. qiiod is fali ciirriciilo fertur cir- 
cumrehi mundum ». Lasciando ora da parte l'opinione del Blinken- 
berg, iutorno all'uso di quei earri ', nemmeno è da ritcnersi soli- 

' Seeondo aleuni, trattaiidosi di acque teniiali, curative, non man- 
cherebbero élément! per riferirsi al eulto d'un dio spéciale délia pioggia. 
Vedi Haddon A. C, Lo studio deU'uomo (trad. A. Giardina), R. Sandron 
edit.. p. 286. 

' Loisy Alfr., Bévue d'histoire et de Uttér. religieuse, 1912, p. 186. 

' Il Blinkenberg {Me'm. de la Soc. Royal des Antiq. du Xord, Co- 
pénague, 1896, p. 83) richiaraa il passe d'Omero {Odi/ss., IV, 131) ove 



38 SlTUl.A DI TEUUACOTTA 

damento foiidata qiirlla dcl Tlimpel e del (ii'Ui)]i<', i qu.ili hanno 
cercato di riaiinodaiT al inito délia caduta di Fetonte il rittiale 
rodiano délia preeipita/.ione délie quadrighe nel mare '. Ma il tnito 
di Fetouto, secoiido la concezione pii'i récente del Keinacli, ni spiega 
per un rito sacrificale, originato dalla presen/a del oavallo bianco 
del cavallo-sole, sia clie questo venisse precipitato in mare, ov- 
vero gettato aile fianniie ''. Xiimerose sopravvivenze infatti di quel 
rito, tanto neiranticliità, eonie iielle odierne eostumanze poi)olai'i, 
tendouo a dimostrare, secondo riOtnogratia e<)nii)arata, elle l'uso di 
quelle ecrimonie (l'incendid o raiiiiefjaniento dei carri, dei cavalli, 
il precipitare délie ruote iiili.immatc dalle colline verso la riviera. i 
cuai detti fuoclii di San (Jiovanni, ecc. . . .) rispoude ad un princi- 
pio generico di magia sinipatiea, ciré una concezione di carattere 
astrale, eonuine aile mitologie vediclie, iraniclie. germaniche ^. Il 
rito infatti in tutte le sue molteplici e svariate nianifcstazioni, dalle 
cerimonie anticlie aile coatumanze popolari odierne, non riispeccliia 
elle une dei soliti processi di magia, mercè il qiiale Tnomo ere- 
deva d'asservire, d'csaltare o diniinuire le forze iiaturali. 

Ritornando al carro di Seeland, bene a ragione il lieiiiadi ha 
atfermato clie tanto qucsro ebe altri carri simili, recanti seinplice 
mente il disco piazzato nel ccntro, servissero aile praticlie di niagia 
intese ad aecrescere l'eflicacia del sole, nieiitn- tiiltc le .iltie specie 



Elciia liceve un caiicstro d'aigento moiilalo sul oani'tto, per deiiositarvi 
la lana (Vei], Furtwaciigler, Meislenrerke des yriechiscli. jiliisiik, 1893, 
pp. 257-63). 

' Tilnipel, Philol. Jahrb.. siip])!. XVI, 1887, p. 165: Gruppe, Griech. 
Mythol., p. 265. 

' lleinacb S., Cultes, Mi/thes et Jieligiong, Paris, Leroux, 1912, t. IV, 
p. 45 suiv. 

^ Rosclicr, LexHcon, s. v. « Ilelios » : Frazer, Golden liough, t. III, 
pp. 238, 301. Sulle sopravvivenze del mito solare nel f'olk-lon moderne, 
vedi Gaidoz, Le dieu gaulois du Soleil, cit. tBei: Archéol., 1884, II, p. 33): 
Frazer, Les origines magiques de la Royauté (tiad. Loyson], Paris, (ieuth- 
ner, 1920, p. 108. 



IN FORMA Dl CARRO PROCESSIONALE 39 

di ciirri, fostituite da recipienti montati sulle ruote, erano destiuate 
a riti speciali per provocare la piogjçia '. 

Quest' interpretazione è favorita dalla testinionianza di qualche 
scrittore e sopratutto daU'esempio che ci offre il famoso carro di 
Crannon. Questo carro, ccnie si scorge sulle nioiiete, è a similitu- 
dine perfetta degli altri carri ai quali abbiamo acceunato, recanti 
un recipiente di rame di forma rotondeggiante (carri di Milavec 
e di Peecatel). Le monete in oui si vede effigiato, quando sieno 
di perfetta conservazione, lasciano pure scorgere, poggiati sulle assi 
délie ruote posteriori, dei cigni ". 

La presenza del carro sulle monete di Crannon vuole alludere, 
com' è noto, aile cerimonie magiohe che si celebravano in quel paese 
per provocMre la pioggia. Antigono Carystio ricorda corne il carro 
di Crannon, nei periodi di siccità, veniva posto in movimento e 
si faceva scorrere l'acqua dal recipiente che vi era istallato per 
imitare la pioggia, corne dallo stesso movimento délie ruote deri- 
vava il rumore che imitava il tuono '. Questi carri probabilmente 
erano rauniti di grosse ruote (ii/nquina) che, per ragioue délia loro 
rassomiglianza col taraburo, dovevano produrre un fracasso assor- 
dante che veniva paragonato al tuono ■*. In questo senso la ruota 
doveva forse simbolizzare il tuono, attrihuto di Giove, come si è visto 
più addietro nella statuetta di bronzo dello Zeus celtico. La fuuzione 
magico-religiosa del carro di Crannon puo raettersi in relazione con 
quello che dice Livio délia siccità che regiiava in quel paese: «■ Et 
riae inopis aqnanim, quae inter Sycnrium et Cranona est » ". 



' In, p. 48, n. 1. Sev. hist. des Belig., 1908, p. 3. 

' Vedi esempl. in Brit. Mus. Cat. (Thessalia), pi. II, 11-15; Head, 
Hist. Ntimoi-um, Oxford, 1887, p. 249; Leake \V. M., JVum. helh:ii., Lon- 
don, 1854, p. 43. 

■^ Antig. C'aryst., Hist. mirai}, (in Script. Ber. Mirah. Graeci, Edit. 
Westeiinann, c. XV, p. 64). Cfr. Furtwaengler, Meisierwerke, etc., loc. cit. 

< Piob., ad Virg. Georg., I, 163; II, 444. 

5 Liv., XLII, 64. 



40 SITCI-A 1)1 TEIIHACOTTA 

Quel rito magico, intoso a provorare la pioggia, non doveva es^ 
sere sconosciiito agli Klirei. Un passo dcU'Antico Testamento ac- 
cenna alTesistenza crun vaso a l'otcili- iicl te iiipici di Salomunc '. 

L'impiego di un i-'tiMiincntd, i c il caiiu, iiilia litiirgia pri- 

niitiva, sflihciif t'ai'cia parti', cunii' niaiiirt'stazidiic ndij^'iuHa, deiran- 
tico cerinioniale inerente al culto dcUe divinità solari, non è in 
realtà che nna pratica di niagia, i)rod()tto di quel misticismo po- 

](olarc flif j^li ctiHij^rali dcsigiiano col noi ]i « iiiagia iiuitativa » 

o « mimetiea » (imitaziouc dclla naturaj, o di <t niagia omeoi)atica » 
(simpatia naturale), le oui operazioni imniaginarie si fondano su pre- 
tesi ra])|)oi'ti tVa l'uoiiin c la natura, nci qiiali l'energia magica, 
per contatto diretto o nicdiato, intcrvieiie pci' invertire quei rap- 
port! ^. Dall'arte di provocare l'energia magica dériva principal- 
raente l'essenza del culto nell'età primitiva, culto sopratutto utili- 
tario dal punto di vista sacerdotale, scevro di preoccupazioni sen- 
tiinentali o idealisticlic. L'iniziazione ai misteri délia niagia, dice 
il Saintyves, « procure à la fois une force et une science, une va- 
leur personnelle et une autorité sociale » ^. 

Ma Tuso del carro processionalc, cunie arredo cultuale presse 
i Romani, sembra doversi riscoiitrarc^ auclie nelle leriniunie sacre 
che accompagnavano la celeluazidne ûfWAqiiaelicium. Nel testo 
grammaticale di Varrone iiKiiialis luji/s iudica, como è uoto, la 



' Jtoy., III, c. VII, 1.5-51: « l^iatiior qnoiiué lotae. . . cohacrebant sibi 
subter basini... Taies autem lotae eiant, (pialcs soient in curni tieri... 
In suuiraitate antem basis eiat (piaedam lotunditas dimidii eubiti, ita 
fabrefaeta, ut liiter desuper posset imponi ». La pratica si rieonnette 
all'uso dello stesso popolo di provocare la pioggia, il quale consistera 
nel versare suH'altaïc del tcmpio l'acipia délia fontana di Siloe durante 
il frastuono délie trombe ((Joblet D'Alviella, CwDancfs, rites, etc., cit., 
II, p. 106). 

- Reinach S., L'art et la magie, in Anthropologie, 1903, pp. 257-66; Id., 
Cultes, Mythes, etc , I, p- 129 suiv.; Frazer, Les origines, cit., p. 35 suiv. 

■' Saintyves P., Xa force magique di( maiia des j^riyiiiti/s, etc., Paris, 
Nourry, 1914, p. 64. 



m FORMA DI CARRO PROCESSIONALB 41 

« pietrii dellji pioggia », i1a nidnare (scorrerej. A questo appella- 
tivo iniplicanto il ricordu (Vuiia liturf;:ia primitivamente in uro, 
parrebbe succeduta l'esegesi posteriore apportata aH'antico testo 
pontificale clie considerava la parola eome derivata da mnnes, quasi 
a dinotare la pietra clic serviva da porta nWOrvus, vasta fossa 
destinata a ricevere le primizie dei prodotti locali, offerte ai niani 
nella cerinionia cbe precedeva la fondazione délia città '. D'altra 
parte il testo anteriore conservatoci da Lalieone addita precisamente 
le miififiles petrae come quelle ch' era in uso di portare in giro 
(verrere) in tempo di siccità, per impetrare la pioggia ". Questo 
rite faceva parte délia disciplina augurale degii Etrusclii, dai quali 
i Romani derivarono anche quello del mundus ', e lo introdussero 
nella cerimonia AdWAquaeJicium^ in cui il Japis iiianalis era por- 
tato in processione fino al tempio di Giove, aceompagnato dalle ma- 
trone che incedevano a piedi nudi, circostanza clie fece applicare 
alla eeriraouia il nome di nudipedalia '. L'azione che, secondo i 
grammatici, chiarisce l'impiego del lapis manalis, va ricercata nelle 
parole movere o trahere lapidem ", le quali indicano il trasporto cbe 
facevasi délia pietra. Questa, essendo di proporzioni grosse, non 
poteva essere portata sulle braccia, ma trascinata da un veicolo. 
Se poi si riflette che era di fiirma cilindrica (/*( modiim ciilindro- 



' Secondo alciini, tra i riti niagici per ottenere la pioggia, e la reli- 
gione dei moiti vi era un' intima connessione. Vedi Frazer, Le rameau 
d'or, I, 106 suiv., 122; E. Hoffmann, K/ie/x. il/its. fur PhiloL, L, 1895, 
p. 484 seg. ; Pettazzoni R., La reh/jioiie primitira in Sardegna, Piacenza, 
1912, p. 110 seg. 

- Fulgent-Planciad, De prisco sermone, s. v. « Manales », p. 388; 
cfr. MuUei-Deecke, Etrusker, II, p. 184. 

^ MuUer-Deecke, Ivi, p. 99. 

* Preller, Eomische Mythol. (2-^ edit.), pp. 172, 312. I testi relativi alla 
funzione del lajns manalis sono riportati dal Marc|uardt (Ze culte chez ks 
Romains, trad. Brissaud, t, I, p. 312), Paris, Thorin, 1889 ; cfr. Mannhardt, 
Mythol. Forsch., Octoberross, p. 128. 

' Non. Marc, 547; Serv., Aen., III, 175. 



42 srriiLA ni tkuhacotta 

rum) e che da Varrone viene appellata truUewm, cioè bacino ', do- 
veva certamente consistere in un recipiente di pietra di {grandi di- 
mi'nsioiii, die recavasi in processione sopra un caiTo c da cui soa- 
tiirivii raciiiia iinitMiidu il fadcrc délia pioggia '. 



Ija cerimonia aiiticliissima ([v\V AqudeJicium cd altre praticlie 
derivanti dall'applicazione di congegni divcrsi, creati dal rituale 
inagico, per invertire l'ordine di successions nci fenomeni naturali, 
tanto nell'aiiticliità clie nei teinpi presenti, dipciidono, cnme si è 
detto, dalla credenïa, comune a quasi tutti i popoli, in quella spe- 
cie di leganie misterioso fra l'uomo e la natura, per cui quelle si 
crede in diritto di ottenere da questa cio che vu(de, imitandniie 
l'esempio con Firapiego di nicz/.i artiticiali clic custituiscono la cosi 
detta magia simpatica. 

Questo principio applieato ai riti di magia fulguralc e toni- 
truale, apiega anche l'origine di alcuni miti e leggende favolose. 
La pratica del carro di Ci-annon, di fondo tessalico, era assoeiata 
al cultn deireroe locale Salmoneo. Caduta in disuso, il rito si cri- 



' ^'al■l■, 1. I de rit/t P. li. ap. Non. Marc. cit.. 15, 32. Xonio Marcello 
afferma che il tndleum era propriamente l'utensile atto a lavarsi le maui. 
Secondo Vanone, starebbe fra il mateUin e \2i pelris; ma quegli soggiunge 
ancora che mediante Vurceolus, chiamato pure ariuaemanaUs, aquimanah, 
aquimanarimn (xsp'îss''), si ^■ersava racqua nel IruUeum (Varr. ap. Non. 
Marc, Ibid., Gloss. Labbe, s. v. ; Saglio-Daremberg, Dictionn. d. Antiq., s. v.). 

* Cfr. Warde Fowler, Rom. festk-als of the period. of thc Jiepublic, 
London, 1899, p. 233. Due cerimonie che si praticavano in Francia e nel 
Portogallo nascondono forse il rito antichissimo del hipis manalis. In 
Francia, dipartimento deU'Iscre, fino a mezzo secolo addietro, in circo- 
stanza di siccità si potevano vedere processioni recantisi a visitare un 
sasso ritenuto portentoso, il quale veniva dai processionanti sollcv.ato dal 
siiolo e girato due o tre volte, secondo la quantità dcU'acqna che si de- 
siderava. Per altre pratiche curiose, relative alla pietra délia pioggia, 
vedi Sebillot P., Le paganisme contemporain, Paris, Doin, 1908, p. 243 suiv. 



IN FORMA DI CARRO PROCESSIONALE 43 

stallizzo nella leggenda. Seeoiido la favola, Salmoiieo aveva preteso 
d'irnitare Giove, affettandoiie. rattitndine col lanciare folgori da un 
carni dal qiiale derivava odiiic il rumore del tiiono e lo serosciare 
délia piuggia. Per taie audacia fu da Giove fulminato '. Col trionfo 
delle idée antropomorfiche, dalla scomparsa del rito nacque la leg- 
genda deireroe, corne dall'annegamento rituale dei cavalli liianchi 
era derivato il raito di Fetonte. Cosi pure quelle di Danae si deve 
alla personifîcazioiie d'un rito niagico per provocare la pioggia, se- 
condo la più récente concezione del Keinach '", il quale peraltro crede 
potersi questo proeesso di evoluzione estendere a tutte quelle leg- 

' V'iig., Aen., 6, 585 seg. ; Apollod., I, 9, 7. 

- Cultes, mythes:, etc.. II, 196; IV, 4; Id., OrpUeus (trad. Délia Torie), 
I, 118-21. Danae in greco significa • secca » e vonebbe personificare 
l'aridezza délia terra. La pioggia d'oro inviata da Giove, seconde la fa- 
vola, sarebbe stata una pioggia naturale, benefica più dell'oro per i tc- 
sori che apporta. Evidenteuiente nel rito antiehissimo, primitive dell'Ar- 
golide, la giovinetta Danae siniboleggiava la terra e veniva, seconde un 
rituale magico, cerimonialmente annatiiata, corne si usa anche o^gidi in 
alcuni paesi délia Roinania, délia Serbia e délia Germania, nei qnali, 
quando la pioggia tarda a cadere, si affretta con un rito popolare di niagia 
simpatica. Viene spogliata una giovinetta de' suoi abiti e le si fanno ablu- 
zioni d'acqua per tutto il eorpo. Un rito magico di questa specie si po- 
trebbe riseontrare nella statuetta di terracotta, trovata a Cipro, già délia 
collezione Lawrence-Cesnola, oggi del British Muséum. Rappresenta una 
giovinetta seduta sopra un piede ed appoggiata ad uno scoglio sulla cui 
cima da un mascherone sgorga l'acqua. Essa è in atto di rovesciarsi sulle 
spalle un' idra piena del liquide. Alla base è scritto; OKA H OMBIMOI 
{la dea délia pioggia). Le Danaidi sarebbcro state delle sacerdotesse del- 
l'Argolide, le qnali con processi magici provocavano la pioggia. Quest'in- 
terpretazione è favorita da nna tradizione locale, riferita da Esiodo, poscia 
da Strabone, Servie, Plinio, Eustazio, seconde la quale le tiglio del re 
Danaos sarebbero state le prime a scavare i pozzi nell'Argolide. La tra- 
dizione locale dice senz'altro che quelle eroine benetattrici, pervenute 
dallEgitto, avrebbero arreeata l'acqua in un paese arido (-iXjS'.'y'.ii 
'Apfoç, come le chiama Omero). Vedi Hesiod., Fragm.^ LXIX, 72, alias 35; 
Eust., ad Iliad., p. 461: Roscher, Lexilion, s. v. » Danaiden ». La loro 
immagine di benefica attivit.à fu trasformata, da un' esegesi tardiva suc- 
ceduta al rito, in (piella di condannate al supplizio consistente r.ell'uso 
continue del vaglio forato. Lo Schwartz pure (Der TTraprung der Mytho- 
logie, p. 160) considéra Danae come un mito délia pioggia. 



44 HITIÎl.A 1)1 TKHKAO'nTA 

gciiilc iiiitdlo^'iclif clic rillcttoïKi f,'li ci-oi pcriti o s;ici-iti(';iti dalla 
collera, délia diviiiità. A qiicHto ;,'rup|)o di eroi siipjilii-iati appar- 
tengono, corne è iinto, Adoiie, Orfeo, DioiiiHÎo Zagreo, Atteoiie, Pcn- 
teo, Ippolito ed altri '. 

Nelle reli^'idui primitive, diiii(|iir. il culto dc^'li ci-oi dériva dal- 
rev(plii/,ioiie niitiea délia |)ratiia saei rdotale, oondeusata iiei rili di 
iiiagia; coiicetto qiiesto elie riflette iii génère Torigirie stessa délia 
divinità. E note, infatti, clie la credcnza nella magia ha preceduto, 
iicllo svolgiinento dcH'idea religiosa, (|uella iiegli dei '. L'antica 
iU'uspicina considerava il tnono, la folgore e lo scrosciare délia 
pioggia corne veicoli di forza magiea, prodotto di correnti fra cielo 
e terra, base di legami e di scarabi fra l'uomo e la divinité. 

Nell'antica atoria di Roma la leggeiida di Saltnoneo si traduce 
in altri cpisodi di eroi saerificati, i qnali ne ra])preseutano tante 
duplicazioui. Col ricorso ai riti di magia i prinii re di Roma, clie 
erauo sopratutto sacerdoti, provocavano il tuouo e la pioggia. Amu- 
lio Romolo Silvio, re d'Alhalonga, la cui reggia fu inghiottita 
dalle acque, era stato fulminato da Giove perché, con nna mac- 
china che si era costrnita, pretendeva d'imitare il riimore del tuono 
e lo scrosciare dell'acqna ^. Riscontri simili si hanno nelle leggende 
di Romolo, Tuilo Ostilio e, secondo alcnni, anche in (inella di Enea *. 

Il Frazer ed il Granger riteugouo che quci primi re pastori e 
selvaggi della Roma preistorica incarnassero lo spirito délia vege- 
tazione (cfr. il re di Xemi dalla barba a foglie di canna, i Silvii 
d'AIba, simlmleggianti le foreste. Quirino, pcrsoniticaziono della 
« Quercus », ecc); nia il coucctto del loro castigo licorne quello del re di 

' Reinach, Cultes, Mythes, etc., II, 164 suiv., IV. 45 suiv. 

' Frazei- J. G., Les origines, cit., p. 32 suiv. 

' Euseb., Chr. Can., 1. I, e. 45-6. Vedi Piganiol A., Essai sur les 
origines de Jiome (in Bihlioih. des Ecol. franc. d'Athènes et de Rome, 
fasc. ex, 1917, p. 256); Frazer, Les origines magic^ues, cit.. p. 223 suiv. 

* Frazer, Ivi; Pais E.. Storia di Jioma, vol. 1, [laite 1 ' (Toiino, Clausen, 
1898, p. 192). 



IN FORMA m CARKO l'ROCESSlONALE 45 

Marsig;lia, del re di Nemi, del re de" Satuniali, dp,i phnrmacoi 
délia Grecia) derivava 'lalTesipiazione e dal sacrifizio che dovevano 
compiere a beneticin délia comunità. délia tribu o del élan. In altre 
parole, il loro destino tragico e l'assassinio obbligatorio facevano parte 
del rito del dio-re sacrifieato, coraune a tutto il mondo mediter- 
raneo '. 

X fîoma la ceriiuonia del Regifuiiiiim. seeondo alciini, sarebbe 
stata ispirata dalla leggeuda delPassas^iinio di Romolo. Costui è uc- 
ciso e fatto a pezzi (assassinio rituale) ed i pezzi vengouo divisi 
fra gli astanti. Vi è in quest" allusione al rito selvaggio deU'owiw- 
phagia qualclie riflesso alla cerimonia di Orfeo, Dionisio, Zagreo 
e di altri eroi sacrificati ". 

Tornando ora al rito di provocare la pioggia, è noto corne esso 
fu esercitato in tutti i tempi, sotto l'aspetto di pratiche svariate, 
in quasi tutti i paesi d'Europa, associato ad elementi del culto pre- 
valente ^ 

' Frazer, Golden Bowjh. 2-^ ediz., I, Magic. Art., t. II. p. 171, «The 
kings of Roma and Alba »: Id., Les origines magiques, p. 306 siilv.; Gvanger F., 
A portrait of the rex Xemorensis, in Class. Rer., XXI, 1907, p. 194: 
Reinacli, Cidtes, Mythes, etc., I, 332 suiv. 

' Paiily-Wissowa, Real Kncyclop., 469, s. v. « Regifiigium », art. di 
A. Rosemberg; Reinacli, Cultes, etc., II, «ri 96; HI, 37: Id., Herue Ar- 
chéol, 1902, II, 242; Fonçait P., Le culte de Dioni/.'iios en Attique, 1904, 
p. 24 ; Piganiol, Essai, cit., p. 260. La luga del le, coine indica la voce 
stessa (Regifugium), sarebbe stata, seeondo il Fiazer, una cerimonia ine- 
rente al rito agrario dei Saturnali, islituita per addolcire il ricordo d'un 
costume anteriore, il qu.ale esigeva la condanna a morte del re in per- 
sona, sacrifizio annuale che se non fu più praticato, sopravvisse, in forma 
di simbolo, fino allera cristiana (Frazer. Les origines, etc., p. 300 suiv.). 
Un accenno alla morte violenta (assassinio rituale) dei primi re d'Alba 
e di Roma, corne personificazioni divine, si rinvienc in Plauto tCasina. 
II, 5, 2.3-29). Il passo è segnalato dallo stesso Fiazer (li-i. p. 317). Vedi 
pure sulla morte del lii.r Xemorensis, p. 328. 

' Al contenuto magico délia favola di Salmoneo ci riporta un'usanza 
ch'esisteva a Dorpat, villaggio délia Livonia. Gli abitanti di quel vil- 
laggio, in eircostanza di siccit;"i, erano soliti di ricorrere ad una pra- 
tica curiosa. Tre persone si arrampicavano ad un albero di pino; una 



4fi srni.A m TiouKACO'rrA 

(!li ctiKifirafi li.-iniKi dcsrritte e s(';;uitc iifl loi-o svol^'inii'iito tuttc 
le opriiiioiiie derivjite in questo hciiso dall'aiitichitA, quelle clie oggi 
si svolgono intonio alla co»i detta « pietra délia pioggia », quelle 
délia « baKiiatura délie statue » (m1 altre elie rivelano il sovrapporsi 
dell'idea cristiana a quelle aiitiehissime delTepoca tnitologiea o pre- 
mitologica. Délie quali, se talora preseutano diversitàin apparenza, 
non intaceano il eontenuto sostanziale fondato sul jn-ineipio niagieo- 
animistico, comune alla credenza di tutti i popoli '. 

Giovanni Pansa. 



di esse perciioteva con un martello un recipicnte di métallo, piovocando 
un rumore assordante; l'altra aptava t'uriosamentc un tizzone acceso da 
cui si spandevano attorno infinité scintille; la terza infine immergeva un 
grosso rarao in un seceliio d'aeipia e ne sparscva il liqui<lo attorno (Fra- 
zer, Golden Boiigh, t, I, p. 82; Mannliardt. Antihe ll'dW- uiul Felillnilte, 
p. 342; Reinaeh, Cultes, etc., II, p. 164). 

' Spcciali investigazioni sulle pratiche usate per provocare la piog- 
gia sono state fatte dal Frazer, dal iMannhardt, dal .Sebillot, dal Tylor, 
dal Pitre, dal Bellucci e da altri etnografi. Da notarsi, pev la densità 
délie notizie raccolte snil'argomento, il dotto e diligentissiiuo studio di 
R. Corso, col titolo : Deus Phmiis. Sagyio di Mitolofiia popolare, pub- 
blicato in Hilychnis (giugno 1918). 



E T u D p: s 

SUR LES 

RELATIONS DU SAIXÏ-SIÈGE ET DR L'EGLISE DE FRANCE 

DANS LA SECONDE MOITIÉ DU XVI» SIÈCLE 



I. 

ROME ET P0I8SY 

(1560-1561) 

Introduction. — Les sources. 

Sommaire. — La lenomuiée exagérée du • colloque » a fait oublier 
l'événement plus important dont il n'est qu'un épisode: l'Assemblée de 
Poissy. 

Les sources utilisées jusqu'à ce jour - récit de Claude d'Espence, 
Commentaires de La Place et correspondances contemporaines - de même 
que les relations modernes ne donnent qu'un aspect incomplet. 

Il faut interroger aussi les sources «romaines»: papiers de la non- 
ciature, documents pontificaux, lettres, awisi et diarii. 

La petite ville de Poissy, aux environs de Paris, jouit d'une 
certaine notoriété dans l'histoire de France. Elle y a droit. Un 
roi y reçut le baptême, qui fut ensuite un excellent chef d'Etat 
et un grand saint. Des « parlements » de justice — et Ton sait 
quel juge parfait les présidait — s'y tinrent sous son règne. Cela 
pouvait sutfire i\ consacrer son rôle historique. 

Mais la renommée est nue personne capricieuse ; elle aime le 
bruit et l'étrange. Aussi a-t-elle oublié — ou peu s'en faut — ce que 
le saint roi aimait à rappeler en s'intitulant « Louis de Poissy ». Des 
ministres réformés étant venus, un beau jour de septembre 1561, 
argumenter avec des théologiens catholiques dans la petite ville, elle 



40 ROME ET IMUSSY 

a inannK- an cniiliairi' iiiic ;,'raii(li' atti'iitinii. Kt |)arcc (lu'im a ac- 
coutumé (le ((ualifior ce « colloque * de fumeur, c'est lui qui dé- 
tonnais si^^iialc l'oissy à la mémoire des historiens. Les deux noms 
paraissent inséparaliles. 

La fj^loire de Poissy pourrait être d'un meilleur aloi. Les hommes 
ont un particulier penchant à prolon;^er le souvenir de ce qui les di- 
vise : tout au iiKiins, le ^oû' '^^ ^'<^ chicane prime, chez eux, celui de 
la concorde. Le colloque les sert à souhait. Ce magnifique exemple 
(lu fiiror thrologicus — dont on a dit. au reste, i)lus de mal qu'il 
n'est séant — est un prétexte trop commode aux polémistes pour 
qu'ils y renoncent volontiers. Matière à controverses inépuisables, 
les uns y voient une manœuvre hardie du protestantisme, avide de 
s'imposer k un gouvernement hésitant — manœuvre qui aurait at- 
teint sou but, du moins en partie; les autres n'y reconnaissent qu'une 
regrettable complaisance des catholiques séduits par un espoir sans 
fondement. Aiusi, selon l'humeur qui l'agite, l'historien du colloque 
de Poissy accuse l'intranaigeance du cardinal de Lorraine ou celle 
de Théodore de Bèze, et stigmatise, en deux sens contraires, la vi- 
vacité des passions qui firent échouer cet essai de conciliation. 

D'aucuns voudraient élever le déliât Jus((u';i la « grande his- 
toire ». A les entendre, tout l'intérêt de la situation religieuse 
de 1561 converge sur le «fameux» colloque: celui ci aurait in- 
fluencé d'une manière décisive les événements contemporains. M. le 
baron de RuWe, son plus récent historien, nous assure qu' « il est... 
le point de déjiart de la guerre civile, la première rencontre où 
l'historien peut mesurer la profondeur de l'aliime qui séparait les 
deux partis » '. 

Il n'est assurément pas sans intérêt de rechercher si, au rao- 
miMit où la lutte religieuse allait prendre un caractère tragique, 
quelque moyen existait de la conjurer et s'il a été tenté. On de 

' Ruble (baron Alphonse de). Le Colloque de Poinm/ clans les Ménuiires 
de la Société de VlUxtoire de Paris, t. XVI (18S9), p. I. 



LES SOURCES 49 

vrait toutefois établir que ce moyen était bien celui dont le gou- 
vernement (le Catherine de Médicis prit l'initiative à Poissy. C'est 
une question, en effet, de savoir si des conférences contradictoires 
entre théologiens répondaient à ce but, comme c'en est une, plus 
générale, que jamais doctrinaires opposés aient retiré de pareilles 
joutes autre chose que plus de raisons de persévérer dans leurs 
opinions respectives. Alors — comme en des temps plus proches 
de nous — les circoustauces exigeaient peut-être plus d'action, in- 
telligente mais ferme, que de conférences. 

Quoi qu'il en soit, le regret de constater que le Colloque. « par 
une sorte de parti pris, a toujours été négligé » ' des historiens tant 
protestants, que catholiques ou neutres, a conduit, semble-t-il, ceux 
qui s'en sont occupés, k en exagérer l'importance. A première vue, 
n'est-il pas déjà piquant de voir attribuer le titre de CoUo'pie de 
Poissfi à une étude dont l'objet est de publier, comme l'a fait 
M. de Ruble, un <.< journal » où il est question, à titre au moins égal, 
de bien autre chose: à savoir d'une assemblée chargée d'étudier 
les questions qui seraient soumises au concile général .^ M. de Ruble 
est à ce point absorbé par le colloque aux dépens de l'assemblée 
qu'il lui arrive de prendre celle-ci pour l'autre ". De même, c'est 
encore ce titre qu'a choisi un de ses devanciers, M. Henri Klipffel, 
pour le travail, d'une portée déjà plus générale, qu'il a donné sur 
l'assemblée aussi bien que sur le colloque. On semble ainsi vouloir 
indiquer que cette réunion de l'épiscopat français n'avait pour objet 
que de préparer l'audition des docteurs de la Réforme. C'est bien 
l'impression qui ressort du récit fourni par VHisfoire de France 
de M. L-ivisse : de Fassemldée, rieu — si ce n'est, dan^< un passage 
assez confus, l'alhisiou à un programme qu'elle ne traita point — 

' Ibid. 

■ Cfr. Ruble, Le Colloque de Poissy, p. 10, où il dit que la com- 
munion générale faite par les évêques le 3 août eut lieu « le lendemain 
de l'ouverture du colloque». Or si l'assemblée commença le 30 — ou le 
31 — juillet, on sait que « l'ouverture du colloque » se fit le 9 septembre. 

Mélanges <fArch. et d'Hist. 19-21. 4 



50 KOME ET poissy 

rien, Hiii'iii (|ii'i'llc fait ti;,'iire de siiii])!!- prétexte au colloque '. Le 
P. Prat, dans son étude sur Le 1'. lAvjncz au Colloque de Poissa 
et à Paris en 1501 ', eonimet la même erreur quand, parlant de 
« rassemblée du clerj^é ili' Frame (|ui devait se réunir au mois de 
septembre 1561 k Poissy », et à laquelle Catherine de Médicis avait 
prié les « chefs » huguenots « de venir exposer leurs difficultés, 
leurs prétentions et leurs griefs », il ajoute : « cette as8eml)lée fut 
appelée le colloque de Poissy ». 

Dans un style beaucoui) plus imagé, M. Napoléon Peyrat nous 
raconte qu'eu « août 1501 » Catherine quitta le Louvre pour Saint- 
Germain accompagnée de « soixante prélats de l'église gallicane » qui 
venaient, « au milieu des chasses féodales et de jeux chevaleresques, 
assister au colloque de Poissy .. . Ils espéraient peut-être, singulière 
illusion, réconcilier par ces combats de la parole la Kéforniation toute 
sanglante cncoi'e de son martyre et la théocratie romaine qui ne transige 
pas avec l'esprit humain » '. M. Peyrat ne méconnaît pas toutefois 
que les évêques ne songeaient pas seulement aux chasses féodales 
et k la réconciliation de la Réforme avec la théocratie romaine: 
ils se rendirent à Poissy. dit-il. où ils avaient à voter des subsides 
k la régente et « k déléguer un prélat pour assister à la clôture 
du concile de Trente » ■*. Et c'est tout pour l'assemblée. 

La réalité est toute diflTérente et oblige à reconnaître que si le 
colloque est célèbre » il convient de le réduire, avec M. Henri 
Hauser, ans proportions d'un « épisode ». Rien plus, on ne peut 
l'étudier comme un fait isolé, complet en lui-même. Il est indis- 
pcnsal)lc pr)ur en saisir la i)ortée, voire même pour s'expliquer 
la manière dont il s'est déroulé, de le replacer dans son cadre ira- 

> Cfr. t. VF. p. 47. 

■ Parue dans la CoJkdion de précis historiques, 1889, pp. 71-.S5, 
puis en tiré à part (1889;. 

' Le Colloque de Poissi/ et les conférences de Saint-Germain eu 1:V!1, 
Paris, 1868, in Kl. p. -2. 

' Ilnd., p. 51. 



LES SOURCES 51 

médiat. Or ce cadre naturel et uéeessaire lui est fourni jiar un 
événement d'une tout autre envergure que cette expérience politi- 
que de Catherine et du Chancelier, et qui est précisément l'as- 
semblée ou, comme on l'a encore appelée, le concile national de 
Poissj-. La direction que va prendre le colloque, les éléments de 
snccès ou d'échec qu'il renferme, dépendent étroitement des dis- 
positions de ces évoques de France, témoins, ou même acteurs, du 
débat. Dès lors, ce qu'il importe d'établir avant tout, ce sont ces 
dispositions, les influences qui s'exercent sur ce « concile », les cou- 
ditioDS posées par lui — car il pose des conditions — à cette 
conversation. Kt puis, plus liant que cette assemblée, la dominant 
de toute son autorité, n'y a-t-il pas un autre témoin à interroger ? 
A lire ce que Jusqu'à ce jour on nous a raconté de Poissy, ne 
semUle-t-il pas que ces évêques n'ont affaire qu'avec le gouverne- 
ment roj'al qu'ils secondent et le calvinisme qu'ils écoutent.' L'Eglise 
de France, à Poissy, est-elle à ce point « gallicane » qu'elle agisse 
de sa seule et indépendante volonté, ou bien son chef suprême, le 
pape, y joue t-il son rôle? L'a-ton consulté, quel compte a été 
tenu de sa réponse, coniment a-t-il envisagé cette entreprise, l'a-t-il 
suivie, aidée, modérée ou contrariée ? Bref, quelle a été l'influence 
de Kome sur les délibérations tant de l'assemblée que du colloque ? 
Et quels seutiraents a-t-elle rencontrés dans l'episcopat frani'ais: de 
factieux ou de coopérateurs, ou simplement de dociles suliordoiinés ? 
Autant de questions à résoudre sous peine de n'avoir ([u'une idée 
incomplète, sinon inexacte, des événements de Poissy. 



Ce n'est ni des comptes rendus contemporains, ni des relations 
modernes qu'il faut attendre la réponse à ces questions '. 

' La hibUoyrnphie de Poissy a été établie, pour les sources impri- 
mées, par le si utile manuel de M. Henri Hauser, Les sources de î'hist. de 
Fratice, XVl' s., t. III (1912), pp. 177-179 et passm, 2 Wd. et t. II ; 1909): 



52 nOME ET fOISSV 

Los iircniic'i'rt Huiit réili^'és, ([ue U-ui's auteurs h- \cinllciit mi imii. 
avec une préoccupation trop apolof^étique pour que celles-ci y trou- 
vent leur place, du moins exacte C'est le «- joui'ual » où le docteur 

par les annotations de Itaiini et ('unit/, dans leur édition île V Histoire 
cccleKiaiiti(iue des Â'glises réforméea an roijmtme de France^ t. I''' (188."i), 
pp. 556-737 et celles du baron de Huble {Le CoUn/jue de Poissy dans les 

Mémoires de In Société de l'IIint. de Paris t. ,\V1 (I8H9), ])p. 2-54); 

auxquelles on peut ajouter les indications du ('(ttniogue de l'IIist. de 
France Ao la Bibliothèque nationale, t. I"'^1895), pp. 252-253; — pour 
les sources manuscrites, par les ouvrages spéciaux dont on trouvera la 
mention à la lin de la liste qui suit, en particulier par Kuble, op. cit. 

Voici cette liibliogiaplne, complétée sur différents points, telle qu'elle 
a été utilisée ju8(iii'à ce jour. 

A. Sources directes. 

1" Docxtmenis isolés puhli es dès l'ifil: a) Les diseonrs de Hèze pro- 
noncés dans les séances des 9, 24 et 26 sept. ; — h) les quatre requêtes 
présentées au roi par les réformés; — e) le discours du card. de Lor- 
raine le 16 sept.; — d) les Articles de Vasscmhlée de /'oissi/ proposez en 
riiosfrl ... du card. de Lorrains, le 1'''' août; — e) la Proposition et haran- 
gue faite par monsieur le Chancelier de France... à l'assemldé'- des Pré- 
lats. — Cfr. C'itnloyue de THist. de France, loc. cit. 

2° KelatlonK: a) Discours des actes d" Poissy repri.s dans une autre 
éd. sous le titre Ample discours des actes de Poissi/ parus en 1561 ; — 
6) L'accord du poinct de la Cène accordée au concile national tenu ii Poissy, 
relatif à la réunion privée du l''' octobre, paru avant le 6 janvier 1562 
(date d'une lettre d'Espence à I'cvê(|ue de Paris protestant contre cette 
publication); c) de 1561 (?): un récit anonyme des séances des 1.3, 26 et 
30 sept. (B. N. franc. ^ri:i:i. f. 21); une lettre datée du 24 sept. 1561 ra- 
contant celles des 9 et 10 sept. [Ihid., Coll. Moreau740, f. 124); une lettre 
de Pierre Martyr à BuUinger, du 19 sept. 1561, relative aux 16, 17 et 
19 sept. (Bibl. S'« Geneviève, w.s. .H47; tî. 158-163 v", copie XVIII'', re- 
produite en partie seulement, dans les Calrini opéra. XVIII, col. 723- 
725) et un récit du même Martyr (Vermilii relatio colloquii Possiaceni) 
sans date, relatant dilïérents entretiens avec la reine-mère et les séan- 
ces des 16, 24 et 26 septembre, publié par Hoîtinger i ff/s/. eccl., t. VII, 
p. 714 et suiv.) et reproduit par les Calrini opéra, XVIII, col. 760-774: 
— (/) le journal de Claude d'Espence, vraisemblablement rédigé en 1561. 
en tout cas avant le 1°'" oct. I.î70, comme le prouve une lettre du card. 
d'Armagnac de ce jour {Coll. Dupuy 309, f. 34). De ce journal, la Bibl. 
nat. conserve deux copies {Coll. Dtipuy (141 et fonds franc. l/f^I.'l) sous 
le titre Brief rcceiiil et sommaire de tout ce qui s'est faict en la ville de 
Puissy durant l'u'^rirmh'ée des prelal: de l'église gallicane scavoyr depuis 



LES SOURCES 53 

catholique Claude d'Espence, appliqué à mettre eu valeur son rôle 
conciliateur, n'envisage la situation que du point de vue français — 
Je veux dire, dans ses rapporta avec la politique royale et l'état du 

le XXVP jour chi )»ois de juillet jusque au XIII I d'octobre lôdl. Deux 
autres se trouvent dans le registre G 8 * 58S des Arch. Nat., une à la 
Bibl. Mazarine (»is. 3510, 1489 A), une dans les archives des PP. Jésuites 
de la province de Lyon (cfr. Fouqueray, Hist. de la C'« de Je'sus en 
France, t. \"' (1910), p. 250, n. 3), et la Bibl. du Sénat en possède deux 
résumés, l'un qui va du 31 juillet au 24 sept. (ms. 9117, coté 266 dans 
le nouveau catalogue mais classé encore dans les armoires sous son an- 
cien n°, pp. 6fi5-669), l'autre ne conuneni;ant (pi'au 9 sept, et s'arrêtant 
au 3 oct. (ms. 9449, coté 1098 dans le nouv. cat., pp. 185-204). — Le 
même auteur a laissé un second récit n'embrassant que la période du 
9 sept, au 13 oct. dont original (?) dans la Coll. Dupuy 309, flf. 8-16, et 
copies dans le fonds français de la B. N. {17814, S. 76 114 et 3943, f. 92 
et suiv.), aux Arch. Nat. {G 8 * 588), à la Bibl. Mazarine {ms. 3510, 
1489 A) et à la Bibl. du Sénat {ms. 9117, pp. 671-698 et {ms. 9449, 
pp 219-271). — Le premier journal d'Espence à été utilisé par la Coll. 
des Procès-rerbau.r des assemblées générales du clergé de France, t. I"' (1767), 
pp. 15-40, et publié in extenso (sauf deux dissertations de l'auteur rel.v 
tives à un texte présenté le 4 oct.) par le baron de Kuble {Le Colloque 
de Poissy) qui a donné aussi le second journal en partie; — e) en 
1562, Cl. d'Espence publie son traité. De ri rcrbi T>ei in sacris scrip- 
turis, eollatio habita Sangermani cum minislris, traduit l'année suivante 
sous le titre Traité de l'efficace et i-ertu de la parole de Dieu où il ra- 
conte les conférences privées du 25 sept, au 13 octobre. Une lettre de 
lui, en latin, adressée à l'év. de Paris, Eustache du Bellay, le 6 jan- 
vier 1.562, traite des points discutés dans ces mêmes conférences, et a 
été însérée par Raynaldi dans les Annules ecclesiastici, t. XV de l'éd. 
Mansi (1756), pp. 175 179; — /') les documents isolés publiés dès 1561: 
le Discours et VAinple discour.s. rejjroduits in e.rtenso où résumés, cons- 
tituent le fond du récit relatif à Poissy qui se trouve dans les Com- 
mentaires de V estât de la religion et republique souhz les rois Henry et 
François seconds et Charles neuflème publiés en 1565 par le président 
Pierre de La Place (réédités sons le titre Ilistoire de nostre temps, s. 1., 
1566, et insérés dans les Mémoires de Cdndé, éd. Secousse, 1743, puis 
par Biichon dans les Chroniques et 3Iémoires sur Vhist. de France, XVI s., 
éd. du Panthéon littéraire), repris par Jean de Serres (Commentariorum 
de Statu religionis... libri très, s. 1., 1571), La Popelinière {La vraie et 
entière histoire de ces derniers troubles, Cologjie, 1571), Jean Le Frère, de 
Laval {La vraie et entière histoire dt ces derniers troubles ... Paris, 1573) 
qui démarque La Place dans un sens catlioliqiie, Simon Goulart {Mémoires 



f)4 Kf)MK r/r roiasv 

pays — et un traité où il i-st olili-^ô de se défendre fontre le» ac- 
cusations de tiédeur et de (■(impiaisanre qui lui viennent de deux 
côtés à la fois. Ce sont les C'ommniliiirrs du président l'ierre de 

(If rratiit (k France sans Chitrlea neii/iime.. ., 1876. et — si elle est bien 
de lui — Yllistoire ecvlésiustique des F.ijlises réformées au royaume de 
France, Anvers, 1580, rééditée par Banm et Cunitz (t. I"'', Paris, 1883, 
pp. 556-737). 

B. Sources indiukutb.s. 

1" Lettres de contemporains : de C.allieiine de Mr(licis (publ. L;i l'i'i- 
rièie dans les Doc. inéd. de l'Hist. de Fr., t. I'''', 1880); de Calvin, Bèze, 
Pierre Martyr (loannix Calrini oj)era dans le Corpus reformalorum, éd. 
liaiim, Cunitz et Keuss, 1860-1000); de Sébastien de Laubespine, év. de 
Limoges (Négociations... relatives au règne de François IJ, piibl. Paris, 
dans les Doc. inéd., 1841); de Cliantonay {Arcli. Xat., K. 149:i, 141)4 et 
14!)r>)-, d'iimbassadenrs anglais (Cnlendars of State papers. Foreign, 1561- 
15(i2), toscans (Négociations diplomatiques de la France arec la Toscane, 
publ. Desjaidins dans les Doc. inéd., t. III, 186.Î), vénitiens (Xégoda- 
tions des ambassadeurs vénitiens, publ. Tomuiaseo dans les Doc. inéd., 
t. I"', 1838 1: d'Hubert Languet, agent du duc de Saxe (Epistolac se- 
cretae... Halle, 1699, liv. Il), de Coligny, Condé, .Jeanne d'Albret (Arcli. 
et bibl. de la ville de Genève) ; de Babou de La Bouidaisière, ambassa- 
deur à Rome (B. N. franc. 310.^, 2S12; Coll. Dupuy 35/ ; Cinq cents de 
Colhert 343, 300), de divers (Pasquier, (Kurres complètes. Amsterdam, 1723); 
du nonce Santa Croce (.^ymon, Tous les synodes nativnau.r des Eglises 
réformées de France, La Haye, 1710, et Ciuilter et Uanjou, Archives cu- 
lieuses..., 1ère série, t. VI, 1835). 

2° Journaux et mémoires: Brusiart (Nicolas), .f<turi«il des choses plus 
remarqtmliles... i.ô.W-Î.V// publ. dans les Mémoires de Condé, éd. .Secousse, 
t. P''; Mémoires de Castelnau publ. Le Laboureur, Bruxelles, 1731 : ilfe'm. 
du duc de Guise publ. Micband et Poujoulat (Co/^ rfe Mém. pour l'Jiist. 
de France, l«'ie série, l. \ 1. ISS!»); Mém. de Claude llaton publ. Bour- 
quelot dans les Doc. inéd., t. V', 1857. 

3° Pièces diverses: (Marquets (Anne de) | Sonets, prières et denses 
en forme de pasqmns pour Vassemhlée de messieurs ks Prélats et Docteurs 
enue a Poissij M. D. LXI, s. 1., 1566; Taran(Ier,'/>e.s actes dePoissy mis- 
en Jiyme françoyse . . . s. 1. n. d.; liecueil de pièces de vers, ehmusons, son- 
nets... rassemblés par Passe des Noeiids (B. 'H. franc. ii^tiOii-iiiiôO.')): une 
poésie sur les membres du Colloque (B. N. franc. lOUlO). 

4" Recueih de documents: V Histoire du président Montagne (B. N. 
franc. 15404); Mémoires de Condé, résultat de publications successives 
de 1564 :'i 1568, reprises, avec des additions, par Secousse en 1743 ; Coll. 
des Procès-verbaux des .assemblées .générales du clergé de France, t. l", 



LES so(;rces 55 

La Place, protestant, qui, repris par les écrivains de son parti, no- 
tamment dans l'Histoire ecclésiastique des Eglises re'formées, servi- 
ront à souligner le lieau rôle que les Calvinistes se persuadent 
d'avoir en, opposé à l'opiniâtreté et mauvaise foi de leurs adver- 
saires. Pas plus que la relation catholique, le récit protestant ne 
nous renseigne sur l'action de Rome, quelques allusions méprisantes 
au pape et an concile ne pouvant tenir lieu de documentation vé- 
ritable. En outre, si le journal d'Espence va du 26 juillet au 14 oc- 
tobre, et englobe ainsi l'assemblée et le colloque, l'Histoire eccle'- 
siastiqi(e — pour ne citer désormais La Place que dans sa forme la 
plus complète — ne vise presque exclusivement que le colloque. 
Tels sont les deux chefs de ce qu'on peut appeler « la tradition 
de Poissy ». 

C'est elle qui a inspiré les liistoriens modernes. Il n'est donc 
pas étonnant que leur point de vue soit demeuré aussi restreint. Sans 

1767; les Œuvres complètes de 2IicheI de. VHospitat publ. Duféy de l'Yonne, 
Paris, 1824; loannis Calrini opéra déjà cité. 

C. Histoires générales: pour rappel, La Place, SeiTes, La Popeli- 
nière. Le Frère de Laval, Goulart, VHist. eccle's. des Egl. Re'f. : Thou ^J.-A. 
de), nistoriariim siil temporis, liv. XXVHl (éd. 1620, 1621. 1626 et 1733); 
Sacchini (Francesco), Historiae societatis lesii pars secunda, Anvers, 1620, 
liv. V, n. 199 et ss. ; Raynaldi, Annales ecclesiastici, anu. 1561 (t. XV. 
dans réd. Mansi, 1766, pp. 168-186): Sattler, Geschichte des Herzogthums 
Wurtemberg, Ubn, 1769-178.3, 13 vol. in-8", t. IV (1771). pp. 180188; 
fiaum (Jean-Guillaume), Tlieodor Seza, Leipzig, 181.3, 2 vol. in-S'; Sol- 
dan, Geschichte des Protestaittismus in Fraiikreich, Leipzig, 1885, 2 vol. 
in-8°, t. l"'. J'y ajoute pour couiplément de bibliographie, bien qu'il 
n'ait pas encore été utilisé, l'ouvrage du P. Fouqueray, Histoire de la 
C'e de Jésus en France, t. 1". 1910, pp. 248-262. 

D. Ouvrages spéciaux : Mourgues (Emile), Etude sur le Colloque de 
Poissy I thèse présentée à la faculté de théologie protestante de Stras- 
bourg), Strasbourg, 1858, in-S', 52 pp.; Kliptfel (H.), Le Colloque de 
Poissy, Paris [1867], in -18, 206 pp.: Peyrat (Xapoléon), Le Colloque de 
Poissy et les conférences de Saint-Germain en lôdl, Paris, 1888, in-12, 
98 pp.; Delaborde (Comte Jules), Les Protestants à la cour de Saint- 
Germain lors du Colloque de Poissy, Paris, 1874, in-8', 85 pp.; Ruble 
(Baron Alphonse de). Le Colloque de Poissy dans les Mém. de la Société de 
IHist. de Paris..., t. XVI (1889), 54 pp. 



56 KOMK KT l'IMSSV 

doute, on h pensé l'élargir en faisant appel, en guise de commen- 
taire, aux éléments que Cournit la littérature épistolaire, mémoria- 
liste ou documentaire de l'éiioque. C'est ainsi que des enipi'uiits ont 
été faits à la corresijiindaiicc de Cliantonay l'ambassadeur espagnol, 
à celle des représentants de l'Angleterre, de la Toscane, du Duc 
de Saxe ou de Venise. Les agents du roi à l'étninger, un Lau- 
l>csj)iii(' à M;iilriil, un llalioii de l/a iionrd.-iisiéri' à Rome, ont dit 
leur mot (jui n'i'st pns innlilc. Iticn cntiMidii, <iii ;i consulté Im riclie 
collection du ('orpus rcformiUorum pour en extraire des letties de 
Calvin, de Rèze, de Pierre Martyr. ("Catherine de Médicis a fourni 
les siennes, ce n'est i|Mc justirc. i.cs arcliivi's et la liililiotliè()uc de 
la ville de Genève en ont livré de Cidigny, de (Jondé et de .Icaniie 
d'Albret. Des mémoires (oit été utilisés : ceux de Castelnau et du 
duc de (luise, ceux de Claude ll.iton, plus disert mais plus suspect 
aussi, le journal de Nicolas liruslart. I"t, avec i-ux, des relations 
fragmentaires, des pièces de geni'(! divers, recueillies par les Mé- 
moires dits de Condé, par Rayualdi continuateur des Annales ec- 
desiustici de Baronius, par Le Plat dans ses Monumenta du Con- 
cile de Trente ou Louis Paris dans ses Nnjoriaiions irliil/rcs nu 
règne de Franmis II. sans compter ([uelques documents de la Col 
lection Ditpuii ou du loniN français de la Hibliotliéque nationale. 
Môme la poésie est venue égayer ce sujet de « pasquins » et son- 
nets moqueurs. 

De ces historiens de Poissy. certains n'ont fait que lui con- 
sacrer quelques pages, leur but principal n'étant pas de l'étudier. 
Ainsi Soldan au cours de son Histoire dn protestantisme en France, 
Hauni, avec plus d'insistance déjà i)our sou Théodore de B'cze. Plus 
récemment Kruger, dans la Grande encyclope'die, sans entrer dans 
le détail, a émis un jugement général. Le P. Fouqueray, reprenant 
les données de son confrère du XVII' siècle, le P. Saccliini, réserve 
au rôle des Jésuites à Poissy plusieurs pages de son Histoire de 
la Conqmr/nie de Jésus en France, et ce sont peut-être les plus 



LES SOURCES ;) I 

neuves qu'on ait écrites sur la matière. D'autres, dans des travaux 
peu étendus d'ailleurs, Mourgues, Peyrat, Klipffel, le comte De- 
laliorde, le baron de Rublc ont visé directement le sujet. 

Mais toutes ces productions appellent une même remarque: à 
l'exception de quelques indications, forcément très brèves, du P. Fou- 
queray, et de trois ou quatre pages de Ruble, le Colloque seul en 
fait l'objet, soit qu'on y suive, comme ce dernier, le texte d'Es- 
pence, soit qu'on s'inspire de l'Histoire ecclésiastique. Seul, KlipflFel 
est bien près d'élargir le snjet puisqu'il ajoute des considérations sur 
les articles de réforme proposés :Y l'assemblée et un aperçu du rôle 
des Jésuites '. 

Si l'on passe à l'examen des préoccupations qui ont guidé ces 
auteurs -- et on s'aperçoit vite que plusieurs paraissent étrangères 
à l'histoire " — on ne peut que constater davantage combien il leur 
a manqué des sources essentielles pour emlirasser la question dans 
son ensemble, et ainsi ne point risquer de la fausser. Tous, en etïet, 
tournent dans le cercle, à peine plus large, des premiers récits — 
tous n'ayant interrogé que les sources que J'appellerai « françai- 
ses ». J'entends par là qu'elles proviennent, soit des chefs ou des 
agents de la politique royale et de ceux qui, à l'étranger comme 
à l'intérieur, en reçoivent les échos; soit des narrateurs de la pre- 

' Si les dix lignes consacrées au Colloiiue par M. Monnet, dans son 
Histoire générale de l'Eglise (t. V, La Renaissance et la Réforme. Paris 
19)0, pp. 429-4.30), sont suffisantes, étant donné le caractère très général, 
de l'ouvrage, on est assez surpris de n'y trouver aucune mention de l'as- 
semblée des évêques. Elle aurait peut-être pu se placer p. 496, dans le 
eh. snr la réforme catholique, quand on signale que « les princes ne par- 
laient plus que de conciles nationaux (c'est moi qui souligne), de confé- 
rences, de collociues ». 

- Pour Kliptïel, par exemple, c'est jmr peur t[\w le clergé consent à 
entendre les réformés; les décrets disciplinaires sont « une simple manœu- 
vre du clergé contre l'ordonnance d'Orléans dont il s'agissait d'atténuer l'ef- 
fet », etc. Cfr. le compte rendu qui a été donné de son travail par Henri 
de l'Epinois dans la Reme des Questions historiques, t. IV' (1868), pp. 362 
et 363. 



58 nOMB ET l'OISSV 

mi(''i'r' lifiiri'. tnus tlié<ilo;^iciiH mi liiKtniiciis fraiirais mus par les même8 
pi't'oceupatioiis que le gouverucmiiit de Charles IX. Des témoins 
« nimains » — c'est-à-dire eeux qui peuvent refléter la situation jugée 
(lu |iniiit lie vue (If lîmiie — un seul jusqu'ici a déposé: le nonce 
.Santa Croce. Mais il le fait iiicidrniiin'iit. par l'intermédiaire du 
trop fâcheux Aymon, et sans faraud piotit pinir nous. Il n'est en 
effet arrivé à Paris qu'après la dissolution de l'assemblée et ne de- 
viendra réellement utile que pour l'essai de reprise du colloque en 
Janvier et lévrier 1562 li Saint-ticiniain. 

En résumé, pour établir 1rs rclatinns de rEglis(' de France avec 
le Saint-Siège dans la seconde moitié du XVF siècle, relations dont 
Poissy forme le premier acte, il nous faut recueillir un écho direct, 
de source romaine. Or il n'est pas vraisemblable que le Saint- 
Siège n'ait pas manifesté ses idées très explicitement dans une ma- 
tière qui l'intéressait au premier chef. Il est impossible qu'il ait 
nbanilonné le soin de les faire connaître à quelque Chantonay plus 
ou moins acrimonieux et maladroit. Pour ne parler que de la se- 
erétairerie d'Etat, si attentive toujours aux affaires de France, ou- 
tillée autant que nulle autre chancellerie à cette époque, servie par 
des agents que pouvaient lui envier les autres gouvernements. ])eut- 
on admettre qu'elle n'ait ])as donné les instructions les jiliis jné 
eises à ses nonces ? Avec quelle science de la situation elle l'aura 
fait, quel souc^i des nuances, quelle souplesse, quel libéralisme même, 
nous aurons l'occasion d'en juger. Va\ tout cas, elle a une oreille :\ 
Paris, à Madrid, près de l'empereur, en Pologne, à Veuise, i)artout 
où quelque chose d'utile ;'i entendre peut-être entendu. Elle est 
donc k même d'être renseignée. Soyons convaincus qu'elle aura su 
en profiter pour agir. A côté de ces agents diplomatiques, il ne 
faut pas onldier qu'à Trente, à Bruxelles ou à Anvers, tel cardinal 
légat, tel envoyé extraordinaire, ju-éposés à la reprise des séances 
du Concile, s'efforcent eux aussi ;l ne rien ignorer de tous ces con- 



LES SOtTRCES 59 

seils du roi, diètes, assemblées, conciliabules, colloques, provoqués 
par des préoccupations identiques à celles qui président à la grande 
œuvre de Trente. Or tous ces représentants du Saint-Siège se 
connaissent. Relations de famille, de « clientèle », amitiés nouées 
au temps de communes occupations :i la curie pontificale : les mo 
tifs sont nombreux qui maintiennent entre eux le contact. Autour 
de ces chefs de service qui s'écrivent, ne fût-ce qu'en raison de 
leur fonction, tout un personnel subalterne vit, regarde, écoute et 
agit. Tel secrétaire, à Trente, renseignera son ancien « patron » 
demeuré à Rome, tel agent — comme tous les cardinaux en avaient 
un dans l'entourage du pape — reste en commuui cation suivie 
avec le Légat parti vers quelque cour. Il y a donc bien des chan- 
ces pour que — si ces correspondances n'ont pas disparu — nous 
y retrouvions la trace des intentions, des espoirs, des directives de 
Rome quant aux affaires qui préoccupent Catherine et son Chan- 
celier, les Guises ou Coudé, le cardinal de Tournon ou Lorraine, 
les catholiques de Paris ou les réformés de Genève. Tout n'y aura 
pas le même caractère de document. On sait combien, au XVl" 
siècle — et peut-être encore à une époque assez récente — il s'est 
mêlé d'éléments divers dans les informations qui remplissent ces 
correspondances. A côté de l'otticiel — soigneusement transmis en 
chiffre s'il est besoin — nous trouverons les confidences les plus 
variées sur la vie privée : commissions de courtoisie ou d'utilité 
banale, détails de santé, calculs de budget ou de « carrière ». Il 
faudra faire un tri. Mais presque tout sera précieux ne fût-ce que 
pour mieux saisir un caractère et, par là, mieux discerner la portée 
d'une influence. Ignore-t on ce que peuvent entraîner de conséquen- 
ces, pour la marche d'une négociation, l'humeur chagrine d'un diplo- 
mate ou sa cordialité, une dyspepsie ou une belle santé, son ai- 
sance et sa bonne grâce ou son air rogue et sa gaucherie à l'au- 
dieuce dans la chambre de la Reine '!■ 



60 KOMB ET l'oiasv 

Il 11'}' a pafl ({»(• dans la clianibre de Callieriiii- (|ii(> l'on s'oc- 
cupe des att'aire.s religieuses de France. Elles intéressent, à un 
degré presque égal, le roi d'Espagne et l'empereur, pour ne citer, 
après le nii très-chrétien, que les deux plu» puissants partenaires 
de la partie qui se joue en Europe au moment des revendications 
protestantes et des efforts catlinli(|nes autour du Concile général. 
Près de ces souverains, Konie a des mandataires. Nous avons in- 
térêt à savoir d'eux de quelle manière ils étaient chargés de pi'ésenter, 
d'appuyer ou de cniitrariiT lasscnihh'M^ de l'uissy. L'n Cli.-intimay 
est trop partial ])our nous renseigner avec profit, mais un nonce 
Delfino paraîtra un esprit assez clairvoyant, indépendant même, 
iwiir (|ue niius puissions ilous lier à sou témoignage. 

\a\ dehors de ces correspondances diplomatiques n'y a-t-il pas 
à supposer ([ue nous trouverons d'autres sources romaines? Bien en- 
tendu, tout ce qui émane du Souverain Pontife, bulles, brefs, ins- 
tructions, allocutions consistoriales, conversations avec tel cardinal 
OH tel aniliassadeur, devra être consulté. Peut-être même nous ar- 
rivera-t-il de rencontrer des annotations de la main même du pape 
en marge d'une proposition des évêques de Poissy. On devra faire 
la part du tem])érament du l'iief de l'Eirlisc ))our ne ]ias juger 
également de la valeur d'une liiille et de celle d'une répli(|ue en 
consistoire. Mais, à des degrés divers et sous des formes (|ui la 
rendront ]ilus vivante, nous aurons du moins la pensée pon- 
tificale. 

Et enfin, si une heureuse fortune nous mettait sous les yeux, 
faisant pendant au «journal» d'Espenee, quelqu'un de ces diarii 
dont étaient friands les Italiens du XVP siècle, une relation mi- 
nutieuse des ge.stes des prélats fr.mçais de Poissy, et des appré- 
ciations sur eux, et des jugements sur les grands actenrs de la 
politique royale, et des impressions sur les orateurs de la Réforme, 
et des détails sur le rôle du légat Hippolyte d'Esté, sur celui 
des théologiens — principalement des Jésuites — qui lui servaient 



LES SOURCES 61 

(le conseils ? Est-il impossible que les archives romaines ne nous 
réservent pas de ces surprises ? 

Correspondances de nonces, documents pinitificaux, et môme diarii 
et arrisi, les arcliives de Rome ou de telle autre ville d'Italie en 
renferment en effet. Ils constituent ces sources romaines indispensa- 
bles :'i ([ui veut établir les relations de l'Eglise de France avec le 
Saint-Siège dans la seconde moitié du XYI' siècle et, pour com- 
mencer, pendant l'assemblée et le colloque de Poissy. 



Papiers de la nonciature de France. - La nonciature de France 
avait pour titulaire en 1561 Sebastiano (lualterio, plus connu sous 
le nom d'évêque de Viterbe '. Nommé à ce poste le 29 mars 1560, 
après l'avoir occupé une première fois de 155-1 à 1566, il ne 
devait le quitter que le 30 octobre 1561. C'est doue lui qui a 
dirigé la politique du Saint-Siège dans notre pays pendant toute 
la période qui nous intéresse. Sa coh-espondanee sera dès lors la 
première source romaine à consulter. 11 est toutefois malaisé de la 
reconstituer, et elle reste incomplète. Dom René Ancel, dans l'in- 
troduction k son premier volume des Nonciatures de Paul IV ^ a 
signalé la dislocation des archives de la famille Gualterio vers le 
milieu du XVIT siècle. Depuis cette époque les originaux ont dis- 
paru, à des très rares exceptions près, et les copies qui demeurent 
des lettres expédiées ou reçues par le nonce sont dispersées, :Y l'état 
souvent de simples résumés ou d'extraits, dans les dépôts du Va- 
tican, de Modène ou de Naples. C'est là que j'ai dû les chercher. 
Un autre travailleur y était passé avant moi. M. Josef Susta, dans 
ses quatre volumes sur la Curie romaine et le Concile de Trente 



' Cfr. sa l)iogrnpliic diins Ancel, Nimc'uture.i de Paid IV, t. 1' (1900), 
]!]). xix-xw. 

■^ IIM., pp. 1-11. 



fi2 HOMK hVT l'OISSV 

SOUS l'if / r. ;i i-('Miiii i|ii.tMti't('' (le inati'Tiaiix : cijiTC'MpoïKl.iiicfs de 
nonces, de légats, brefs du jjape, iiistruftioiis de la secrétairerie 
d'Ktat. (|iril a aco()ni])aj,'tiéa de copieux commentaires '. Je n'ai eu 
l(^ plus slinvcut ((u'à ciiutn'iliT sur place ses indications. Il m'est 
arrivé aussi de |)ouv()ir les cuiiiplctc'r, n^is préoccupations irétant 
pas toujours les mêmes. 

I.i's pièces publiées, ou simi)lement signalées, par Susta com- 
menccut en Janvier lôfil. Mais les extraits de Modéne débutent 
en Juin 15(i0et vont Jus(|u'au 2S octol)re de l'année suivante '. Ils sont 
complétés par ceux que donne un rcf^istre des ardiives du Vatican, 
le Concilio ISS ^ qui pourrait bien être le recueil orifcinal des 

' Susta (Joseph), Die rocmische Kurie iind das Konzil ron Tri&iit 
uiiter Plus IV, Vienne, 1904-1914, 4 vol. in-.S". 

' Susta les indi(iue sous la mention Concilio ou Cahiers de Viterho. 
La cote exacte, à VArcMvio di Statn de Modcne, est la suivante: 7)ocm- 
menti di slati esteri, Jioma, busta 110, fiha Concilio di Trento. Ces do- 
cuments font partie de la série cataloguée Camelleriit ducale Jistense ; 
h'.sleri). La liasse Concilio di Trento en compieml plusieurs autres ainsi 
réparties: 1) Rapports sur les art'aires de France par Ilippolyte d'Esté 
(12 nov. 1561-8 mars 15()2), traduction de la correspondance cliiffrée, 
H9 pp.; trad. de la corr. chiffrée de Santa Croce (26 mars-2H déc. 1562), 
38 pp. — 2) Une chemise avec ce titre Diario imperfetto del colloquio 
di Poissy con altri alcuni raggiiayli délie cosc civili e religionarie di Vran- 
cin negli anni I.VIO, l.'>(il, 16(12, indication rédigée au XIX"' s. et inexacte, 
pui.si|u'il ne s'agit pas d'un diario, mais 1" d'une relation de rassemblée 
de Fontainebleau le 21 août 1.560 (11 jip.), 2° de cinq cahiers contenant 
des analyses de lettres de l'év. de Viterbe, les trois premiers désignés 
])ar les capitales A, B, C, le quatrième intitulé Copia degli articoli, ren- 
fermant, il est vrai, le texte des quatre articles proposés par les réfor- 
més le 17 août 1561, mais aussi des extraits de lettres du nonce; elle 
cinquième sans titre, faisant suite au précédent; en tout 157 pages (et 
non folios comme dit Susta) pour des lettres qui vont dn 5 juin 1560 au 18 
oct. 1561. Toutes ces copies sont du XVI". Je saisis l'occasion qui m'est 
offerte pour dire avec ([uel empressement et quelle parfaite cordialité 
les travailleurs sont accueillis :i YArrhivio di Stato et à la Biblioteca 
Kstense de Modène par MM. l'mberto Dallari et Douienico Fava conser 
valeurs de ces deux deiiôts, à la Biblioteca Naiionale de Naples par 
MM. Martini et Tortora Brayda. Je les en remercie très vivement. 

3 Ff. 85 v°-89 V". 



LES SOURCES fi3 

analj'ses faites à la Secrétairerie d'Ertat aussitôt après réception 
(les courriers et où l'on trouve des résumés pour les lettres du mois 
d'amit et une 'le septcmlirc 1561. Dans la même série Coiieilio, 
le registre 150 nous fournit une lettre du 8 sept, qui n'est pas 
dans les deux précédents recueils. Enfin, toujours aux arcliivos du 
Vatican, les Varia Poîiticorum 9 et 14 en donnent douze entre le 
29 mai et le 8 sept. 15(51. Presque toutes ces lettres sont adressées 
au cardinal Borromeo dont un registre de la Bibliothèque natio- 
nale de Naples nous otfre inversement la correspondance avec le 
nonce '. En y ajoutant des documents tels que les instructions re- 
mises ;l l'évèque de Viterbe à son départ pour Paris ", nous pos- 
sédons déjà bon nombre d'éléments pour juger des idées qui vont 
diriger la politique pontificale durant cette difficile nonciature, et 
aussi pour apprécier la manière dont le titulaire de ce poste saura 
les présenter et travailler à leur succès. 

Nous verrons comment cette « manière » ne répondit pas à l'at- 
tente de Rome et provoqua le rappel de Sebastiano Gualterio. Sou 
remplaçant, Prospero Santa Croce, avait, lui aussi, représenté une 
première fois le Saint Siège à Paris de 1552 à 1554. En octobre 
1561, il venait de Portugal, et nous trouverons dans la corres- 
pondance de cette nonciature quelques indications sur ses senti- 
ments en rejoignant son nouveau po^^te ^. Arrivé à Paris alors que 
les prélats de Poissy venaient de se séparer, il ne pourra nous 
donner sur l'assemblée qu'un témoignage de deuxième main, mais 
il n'en sera pas moins un informateur utile pour nous dire en quel 
état il recueillait la succession de son prédécesseur, quelle opinion 

' Ms. XL G. 3, Rffjistro di httere di S. Carlo (146 ff.) copies du 
XVIP s. de lettres écrites du 2 juillet 1561 au 29 août 1563 au carrt. 
de Ferrare, légat en France (ff. 1-64), du 26 janvier 1560 au 25 août 1561 
aux êvêqucs de Fermo, de Viterbe et au nonce Santa Croce (ff. 69-146). 

2 Arch. Vat., Vai: Polit 116, f. 374 v°: 1560, 1" mai. 

' Ihid., Niimiature direrse 10?. 



64 KOME ET l'OISSV 

il avait de Him actiiiii. et noii-i iiiilii|nrr rDiiciitatinn <li- celle (nie, 
liii-inéme se i)ropo8ait. De plus, c'est lui qui va assister au pro- 
longement (lu collotiue dans les conférences de Saint-Germain en 
Janvier l."iil2, en suivre les résultats, noter la répercussion des dé- 
crets (le l'asseiiililée sur les tractatiims qu'il est chargé de conduire 
en vue du concile de Trente. Miidii, il est le témoin des événements 
dont va sortir la première guerre civile. Aussi les papiers de sa 
nonciature seront-ils une source indispensable i)our l'histoire de cette 
périiide. Hn attendant l'édition, certainement très soignée, que nous 
en promet M. (i. Constant, ancien membre de l'Ecole française de 
Rome, nous avons la ressource de les consulter aux archives du 
Vatican '. Si les originaux ont disp.iru du moins j'ignore où 

ils ont échoué — des copies en plusiiMirs exemplaires nous en ont 
été con.servées. Plus favorisés que pnur la correspondance du pré- 
cédent nonce, nous trouvons celle de Santa Croce soigneusement 
transcrite vers la fin du XVIT siècle dans un gros registre de tJ9:î 
folios, le Nn)i.:i(itur<' diverse 32 bis". Elle commence au 1(> oetn- 
lire 15(51 pour ne s'arrêter ((u'au 10 janvier 1664. 

Correspondances diverses. — Autour des correspondances de 
ces deux nonces, d'autres viennent se grouper qui les complètent 
henren^ement. .l'ai déjà signalé celle du cirdinal Rorromeo avec 
l'évèque de Viterlic. Il faut y ajouter celii' du même secrétaire 



' M. Serbat t'ait erreur (juaud il dit : ' les lettres de Santa Croce 
ont été imprimées • (Les assemblées du clergé de France, p. 11 . Une très 
petite partie, oui - quarante-neuf en tout —que le prêtre apostat Jean 
Aymon déroba à la Bibliothèque royale de Paris et publia, en l'accom- 
pagnant d'une lamentable traduction fran(;aise, dans son livre intitulé 
Tous les synodes nationaux des Eglises réformées de France, La Haye. 
1710, 9 vol. in-4". C'est cette édition partielle qu'ont reproduite Ciniber 
et Danjou dans leurs Archives curieuses de rhi.'itoire de France, lèri^ sôiie. 
t. VI, pp. 1-170. 

- Un autre registre, le Pio f>:' (ancien Pio 133) contient la même 
correspondance. Un peu plus ancien, peut-être, il est beaucoup moins 
soigné comme écriture. 



LES .SOl'RCES 65 

d'Etat avec Hipjjulyte d'Esté iiendant la durée de sa légation en 
France (juin 1561 à mars 1563)', avec les légats à Trente ', les 
nonces d'Espagne, d'Allemagne, de Portugal, de Pologne ^. Voici 
également des lettres et des rapports du cardinal de Ferrare, de- 
puis le 12 juillet 1561 jusqu'au 13 juin 1563, dans une copie 
du XVI" siècle conservée à la Bibl. Vallicelliana de Rome iL 13, 
tf. 7-136) ^. Elles sont adressées pour la plupart à Francesco Maria 
Visconti, l'agent du cardinal à Rome, les autres au secrétaire d'Etat. 
On en rencontre encore dans diverses séries des archives et de la 
bibliothèque du Vatican ^. 

Les Monumenta histurica sociefa/is lesti ont pulilié les lettres 
des PP. Lainez, de Polanco et du Coudret qui accompagnèrent 
Ferrare en France, du P. Broët préposé pendant longtemps à la 
direction des maisons des Jésuites en France, du Père Salmeron 
vicaire de la Compagnie à Rome *'. On y trouvera bien des rensei- 

' Arch. Vat., Numiature Germania 4. 

' Ibid., Coneilio 50, 60, 150. 

^ Arch. Vat., Vnr. Polit. 14, Xumiat. Germania i, yun<:iat. dir. 107, 
Nunziat. Venezia 2, Niimiat. Colonia 170 A ; Bibl. Vat., liarberini 
lat. 814 fcorr. de nonces en Allemagne). — On sait (pie l'Institut liis- 
tori(iiie prussien de Rome a poussé très activement la publication des 
nonciatures d'Allemagne, travail à peine amorcé chez nous. Je n'ai donc 
eu qu'à dépouiller les deux volumes donnés sur la période 1560 156.3, 
Steinherz, Nuntinturberichte aus Deutschland, Vienne, 1897-1914; t. l"'' (Ho- 
sius und Delfino, 1560-1.561) et t. III (Delfino, 1562-1563). 

* Aux Arch. du Vat., le Vnr. Polit. 130 est une copie du XNII*' siècle 
de la même correspondance. 

^ Arch. Vat., Miscellanra, nrm. I, t. .30, f" 139 (nouv. nuraér."") extrait 
d'une lettre du 18 avr. 1562, Paris, aux légats à Trente; Var. Polit. 124 
(f. 17) et Var. Polit. 136 (f. 49), lettre ilu cardinal à l'év. de Caserte 
(1562, 2 janvier, St. Germain-en-Layel pour se justitier des critiques fai- 
tes à sa légation, qui a été publiée dans Lettere di principi, Venise, 1581, 
f. 231-232 v°. — Bibl. Vat, Barherini 576{Unov. 1561-28 juillet 1562', 
lettres publiées dans Babize Mansi, ISliscellanea t. IV. d'après un ras. de 
la bibl. des Ermites de S. Augustin à Lucques, dérivant, dit la préface, 
d'un ms. de la Bibl. du Vatican. 

" Monumenta historica Sorietatis lesu: Lainii rnonumenta, t. ^' et ^T 
(1.560-1567), Madrid, 1915; Polancï complemenla, t. 1='' (1541-1567), et 

Mélangen d'Arch. et d'Hinl. 19-21. 5 



6B HUME ET l'OISSY 

giieraents sur la situation rcligieune et l'action tlt; la nonvelic so- 
ciété toute (li'voiiée à la politique du Saint-Sièfîe, eu particulier 
des détails sur la légation du cardinal. 

A Trente, un secrétaire aotif comme Mu/.io Calino ', h Vienne 
le sage cardinal Ilosius', à Rome le savant cardinal Amulio '' re- 
çoivent sur les affaires de Franco des informations (|u"il sera Iton 
de ne pas négliger. 

On sait aussi l'activité épistolaire des amliassadeurs anglais, tos- 
cans, vénitiens. 

Documents pontificaux. — Les actes de Pie IV — bulles, lirefs 
instructions, allocutions — .sont di.sséminés dans les différentes sé- 
ries des Arcliives du Vatican: lîefiest<t Vaticana 1!)23, 1931^ Varia 
l'uliticonnn ll(i, Xiinziature diverse 107, ConciJio 90, 150, Aiiii, 
consisioriulia cuncdldrii S, entre autres. On en trouvera encore à 
la Bibliotliè([ue du Vatican {Burherini lat. 858, 2877), à la Bi- 
bliothèque nationale de Naples {XI, G. 3). Mgr Stephan Eh.ses les 
a interrogés, en ce qui concerne le concile de Trente, pour son 
tome V des Artn. paru en 1919 dans la Vielle collection que publie 
la Goerresyeseïïschnft. Je n'aurai qu'à profiter de son travail, quitte 
à voir si telles pièces qu'il a simplement signalées ou analysées ne 
sont pas pour nous d'un intérêt direct. 

Documents divers. — F>ntîn, dans la masse des copies qui for- 
ment la collection bigarrée des Varia Politicornm ou de telle au- 
tre armoire des MisceUanea, parmi celles du fonds Borghese ou de 
Il Biblidtlièque Barherini, il y a à glaner des textes de documents 

Appendi.r f) ibi t. II (L'iGT, Madrid. llUlî-UtlT: h'pixtohie PP. Paschasii 
lfcoe;îetc.(lfJ42-15li2i. Madrid. 190;i: Kjiist. P.Sabm-ronis.U I" (1.536-1565), 
Madrid, 1906. 

' Cfr. ses lettres dans Baluze-Maiisi, Miscellanen. t. IV, p. 192 et sq. 

' Cfr. Stdiiislai Hosii opéra, éd. Cologne, 1584; 2 vol, in-f" et Stein- 
hcrz, NioilidiKrliericlite..., tA". 

■' Bilil. Vat.. Imrh'n-ini .'>T.il (1560-1561). 



LES SOURCES 67 

officiels ( couvocatioii des évêques. ordonnanees du mi, artiides et 
décrets de rassemblée), des informations sur tel conseil du roi, des 
cinnptes rendus de séances, résumés de discours du Cliancelier, re- 
uiontraiices espagnoles, rapports du nonce '. Toutes ces ressources ne 
sont pas d'une égale valeur. Les renseignements qu'on y pourra 
puiser ne concernent pas tous directement l'objet de notre étude. 
Mais il n'en est pas qui ne nous aide à constituer le cadre des 
événements et — si l'on veut me permettre cette figure — à nous 
donner l'atmosphère et la température de la cour de Rome. Xe fût- 
ce que par leur nombre et les fréquentes répétitions de nouvelles 
semblables, elles nous prouveront au moins l'attention avec laquelle 
on suivait h Rome les événements de Poissy et de Saint-Oerniain. 

« Avvisi » . relations et « Diarii » . — Que si l'on tient à plus 
de précision et de détails, ou à plus d'encliainemeut dans la des- 
cription des faits et gestes qui constituent la vie de l'assemblée de 
Poissy, telle que la jugeait ou la désirait ou la provoquait le Saint- 
Siège, là encore les archives l'omaines peuvent satisfaii'e notre cu- 
riosité. Il n'y a qu'A, ouvrir les Diarii qu'elles nous ont conservés. 

Commençons par écarter le document improprement désigné sous 
le nom de Diario imperfeito del coUoquio di Poissy des archives 
de Modène ^. Dans l'esprit du rédacteur moderne de cette mention, 
il s'agit d'un journal «incomplet». Son défaut est ailleurs: les 

1 Arcli. Vat., MisceUanea, arm. I. t. 30 (ti', 7,5-92. 124-130, 137-138, 
1.Ô1-150, 161-162) copies des articles de Poissy, an-isi sur les séances de 
l'assemblée ou du colloque, ordonnance de Charles IX sur le fait de la 
religion, etc. — Ihid., arm. II (Varia j)olHicon(m) pièces déjà signalées 
pour la nonciature de l'év. de Viterbe dans Var. Polit, f) et i4; autres 
1 épli(iues ou pièces nouvelles dans les registres ?8, 33, 3(i, si, S3, 130. 
— Cnncilio 103 (Décrets de Poissy'. — Borf/hese I, f. ^3 (relation sur 
l'assemblée de Fontainebleau, instructions du card, de Tournon), t. 44 
(lettre de Ferrare). t. 3S0-2SS (lettre de l'év. de Viterbe) ; II, t. 47(! (lettre 
de Ferrare). — Bibl. Vat., Barherini laf. 850 (Decreto irapio fatto in 
Poissy), S95 (décrets de Poissy). Urbhiri.'i 817 (tableau du gouvcriieiiient 
de Catli. de Médieis). 

■^ Documeiiti csteri, lîoma. Inistn 110, liasse Concilio di Treiito. à. 



G8 ROME ET POISSY 

pièces groupùes sous ce titre ne sont pas un <<; Jimrnal » mais seu- 
lement, comme je l'ai dit plus haut, des extraits ou des analyses 
de la correspondance du nonce, l'évêque de Viterbe. 

Ce dernier avait pourtant tenu — ou fait tenir — un véri- 
table «journal » des séances de Poissy. Ou n'en i)eut douter à cer- 
tains passajjes des lettres échangées entre la Secrétairerie d'Etat 
et les légats à Trente, entre ceux-ci et le nonce lui-même. Aux 
légats, le nonce écrit de 8aint-Cloud, le 8 septembre 1561: «Vos 
Seigneuries en jugeront par la copie d'un journal que j'ai fait » '. 
Il est vrai que le texte italien (una copia d'un diario che n'ho fatto) 
ne permet pas de décider s'il se donne pour l'auteur du diario ou 
simplement de la copie. Mais il y a un diario approuvé par lui : 
voilà qui est déjà certain. On le remercie de Trente, le 22 septem- 
bre, et de la lettre du 8, et du journal qu'il a envoyé « en même 
temps », et aussi « di questa diligente fatiea sua di raccogliere le 
attioni di tanti giorni et mandarci, in un tratto, cosi certo et fidèle 
ragguaglio di tutto » ". 

Peut-être même, à entendre cette dernière phrase, faut-il pen- 
ser que c'est bien lui l'auteur. 

J'aimerais à connaître le sort de ce « journal » envoyé aux lé- 
gats. Mais avant d'en trouver un ailleurs que dans leurs papiers, 
on ne dépouillera pas ceux-ci sans quelque profit. A défaut d'un 
diario proprement dit, on y rencontre en effet deux documents d'un 
genre tout voisin '. Ce sont des feuilles à'avrisi qui furent envoyées 
par le cardinal de Mantoue an nonce Commendone alors à Anvers, 
ainsi qu'en témoignent les mentions inscrites au dos de ces pièces. 
Sur la première, on lit cette indication du destinataire: <( per nions. 
Commendone », puis — de la main de ce dernier, autant que j'en 

' Areh. Vat., ConciUo lôO, f. 122. — Susta, I, p. 249. 

» Arch. Vat., Concilia 150, f. 123 v". 

' md., Misccllanea, arm. I, t. 30, flf. 128-159, et 1;35-1.3B (nouv. 

nuiuér.""). 



LES SOURCES 69 

puisse juger — « lô(il. Avrisi di Pari;// de H V d'agosto. lii- 
cevuti in Aurersd iili 25 di sett., dal rard. di Mantora. legato » ; sur 
la seconde, toujours de la même main, « 15f>l. Arvisi di Francia, 
XV fin a XXI. Eicevuti in Arirersa a (ici le feuillet a été ro- 
gné) di setl. dal Car. (rogné) Mantora legato ». Le cardinal de 
Mantoue, Ercole Gonzaga, était en effet à Trente, en qualité de 
légat, depuis le 16 avril 1561 '. Nous savons d'autre part que 
Gian Francesco Commendone, évêque de Zante, avait été adjoint 
à Hosiua et Delfino, nonces près de l'empereur, et qu'après avoir 
parcouru l'Allemagne pour engager des négociations avec les prin- 
ces protestants, il était arrivé à Anvers au mois de mai '. Il avait 
pour instruction de se tenir en rapport étroit avec les légats '. C'est 
ainsi que Mantoue le mettait au courant, par ces arvisi, de l'as- 
semblée de Poissy. Ceux du 5 août relatent les faits du 30 juillet 
et des l" et 3 août. Les autres embrassent les événements des 8, 
12, 24, 25, 27 et 30 août ^ 

La première de ces deux pièces est telle qu'elle fut expédiée 
de Paris. Le style direct qu'on y emploie en est la preuve : « Di 

Poissi habbiamo nuova...;la processione et communione che 

fu liieri » est-il dit avant l'inscription de la date du 5 août, 

mise en fin de l'information par la même main qui a rédigé celle-ci. 
La seconde n'est qu'un résumé de la pièce originale, comme le 
montre la forme usitée pour tous les extraits du même genre: 

« C/ie nell'assemblea . . .; che s'eranno ridotti li stati » etc. Si 

l'on rapproche la date de réception à Anvers (25 sept.) de celle 

' C'fr. Drei (Giovanni), Il eard. IJrcole Gonzaga alla presidema del 
concilio di Trento, dans VArchirio délia R. Società romana di Storia 
patria, t. XL (1917), p. 212. 

* Cfr. Pallavicini, Hist. du Conc. de Trente, éd. Migue, t. II, col. 966. 
' Cfr. Drei, op. cit., p. 215. 

* t XV fin a XXI > porte la mention des seconds an-isi. Le chiffre 
XXI est une distraction, puisqu'il est parlé des faits du 30 août. De 
même, en tête de la pièce, une main postérieure a ajouté la date erro- 
née de 1563. 



70 ItOMK ET POISSY 

OÙ les légats reçurent à Trente le Diario de Viterbe (22 gcpt.au 
plus tard) on est amené i\ eonclure que ces arrisi peuvent être 
un extrait du diaiitj en question, ou du moins s'en inspirent. 

Un troisième courrier a])portc à Commendone un écho des ren- 
seignements fournis aux légats par le nonce de France. La copie 
qui en conserve des extraits dans les liliscfllnnea. ann. I. t. 30, 
f. 130, porte cette mention de Commendone « l'ifll, Arrisi di Frnn- 
riu â[e^\ 29 d'nfiosto. Jîirevuti in Bnisselle n li S d'ot\M}re^ d<il 
rurdj di Minifoni ». Elle donne quelques indications pour la ])é- 
riode du 24 au 27 août. C'est un résumé des avis faussement in- 
titulés t Arrisi di l'oi/sl ili'l C/ird. di Ffirrini » <|u'oii trouve dans 
le Varia poliiirorum 14, f. 135. Au lieu de Ferrara il faut lire 
Viterbo. Nou seulement Ferrare n'arriva en France que le 19 sep- 
tembre, mais il y a concordance parfaite entre plusieurs des nou- 
velles données par ces arrisi et les extraits de lettre de Viterbe 
dans Concilia 138, ff. 85 v° et 88 '. 

Tous ces documents, si utiles qu'ils soient, sont encore bien dé- 
cousus. On dirait autant de dépêches laconiques, volontairement im- 
personnelles. Mais Commendone continue de se tenir ;iu courant. 
Et voici que, grâce à ses correspondants, nous avons le premier 
récit d'origine « romaine » que Ton i)uisse présenter pour la séance 
d'ouverture du enUdque. Il ne s'a.irit plus d'une de ces notes hâ- 
tives où seuls ont été consignés les points principaux, ainsi que des 
chefs d'arguments. Cette fois, on met sous nos yeux une véritable 
narration, détaillée et vivante. Elle occupe dans ce même t. 30 
des Miscellanea les folios 89 à 92. Au dos du dernier feuillet, 
Commendone s'est contenté d'inscrire « IndJ. Arrisi de hi coiifira- 
tione (sic) di Poi/si di IX di set/'' » sans indiquer le lieu ni la date 
de la réception, non plus que l'expéditeur. Est-ce l'original ? Oui, 



' L'attribution des rimsî' di Poj/si i\ Ferrare les a fait (|ualitier d' « a- 
nonynies » par Susta (I, p. 242). 



LES SOURCES 71 

A en juger par le caractère de ratures et de siircliarges qui ne pa- 
raissent pas le fait d'un copiste, et aussi par l'écriture, italienne, 
plus petite et plus irrégiilière que celle k laquelle nous ont Iia- 
liitués les chancelleries romaines de cette époque. Mais l'auteur, 
s'il parle à la première personne et s'adresse directement à son 
correspondant, garde néanmoins l'anonymat. Pas de signature. C'est 
un rapport plutôt qu'une lettre. Après avoir indiqué la composi- 
tion de l'assemblée de Poissy et l'objet de ses délibérations, on 
nous donne tout au long, avec commentaires, la séance du 9 septem- 
bre, puis, plus brièvement, celle du 10. Par quelques détails, ce 
récit diffère des autres que nous pourrons avoir de cette ouverture 
du colloque, ou les complète. 

Qui peut bien être ce narrateur ? Quelqu'un de la nonciature 
aurait, serable-t-il, écrit en italien, à l'accoutumée. Or cette rela- 
tion est en latin. Elle accuse toutefois une personne dont la mis- 
sion est de renseigner; le ton de certaines phrases suffirait à, l'in- 
diquer. Cet agent est un catholique. L'emploi du latin fait sup- 
poser qu'on n'a pas affaire h un laïc: italien, français, espagnol, 
il se fût servi de sa langue; allemand ou anglais, il ne serait pas 
catholique. On songe aux Jésuites que nous allons bientôt voir si 
attentifs aux. discussions avec les réformés. Muzio Calino, l'un de 
ces actifs informateurs qui, de Trente, restaient en correspondance 
suivie avec des membres de la curie romaine, éeriva, le 28 octo- 
bre, que les légats « sont habitués à recevoir même des diarii de 
ce qui se passe au colloque » '. 11 dit cela à propos di'arrisi du 
P. de Polanco que vient de lui communiquer le cardinal Cornaro. 
Polanco n'est pas encore à Paris à la date du 9 septembre. L'au- 
teur de notre récit s'y trouve et part avant le 16, puisqu'il ter- 
mine ainsi : et quia conipulsiis siini iter arripere et non Uciiit po- 
stremum Patnim responsum audire^ i\di<pm ab allô querenda snnt : 

' Baluze-M.anBi, Miscellanea, t. IV, p. 196; lettre au card. Cornaro. 



72 HOMB ET P0IS8V 

a me union islu nunc dntd suffiriiint. Je ne voudrais pas forcer 
les h3'potlièses, dans inoii désir de fonnaitre le rédacteur de ce 
docuracnt; mais l'impression qu'il s'agit d'un religieux chargé de 
renseigner ses supérieurs et qui passe la main à un confrère pour 
le reste de sa mission, cst-i'lle exagérée? Ne serait-il pas l'un des 
Jésuites de la maison de Pai-is dont le supérieur, le V. l'ascliase 
Hroët, informe soigneusement li- I'. Lainez de la situation religieuse, 
en particulier des ])réparatit's du i-(ill(M|iie ' ? 

Quelle (|iie sdil la valeur de ces rapi)roelienients et la conclusion 
qu'on en voudra tirei-. nous n'avons ])as, dans le narrateur du septem 
bre, un témoin direct. Comme l'auteur des nrrisi, il raconte ce qu'il 
a entendu dire, ainsi ([ue le spécifie sa première phrase : <r /ler 
suhI que de siinndo nd l'ulsinriim (sic) in GuUia celebrata intrl- 
Uyere potui : die !) septeiiihris, nnno lôdl ». 

Avec le témoignage suivant, nous faisons un pas de plus. Sans 
doute, c'est aussi un (nii dire, mais nous savons le nom du rap- 
porteur. 11 est donné par une copii' du XVI'' siècle qui se trouve 
à la liililiotlièque Casanatense de Uome ())is. .5/'.S'.'^, f. 73) et porte 
ce titre : « copia d'alcnni capituli d'utia IHtera scritùi dal P. M." Po- 
lanco nella aorte di Franein a' i'I di seltembre l-iCl ». On y lit 
un résumé général et très liref des deux discours (|ui ont occupé 
les séances des it et Iti septemljre, et (|nelques réflexions intéres- 
santes sur la situation religieuse, le rôle du Père Lainez et l'at- 
titude des prélats fran(;.iis. Bien que cette pièce ne tignre pas au 
nombre des lettres du P. de Polanco publiées par les Moiuinienta 

' CiV. Monitmentn histaiica Societiitis lesii, Kpixtohe PP. Paxvha.tii 

Broeit, etc , Madrid, 1903. — En tout cas, le récit du 9 sept, dont il 

est ici question ne tigure pas parmi les lettres du P. Broët ni celles 
d'aucun des Jésuites dont les ilfo»i(«ip«/rt publient la correspondance. Je 
<lois noter également ipie ce récit n'est pas précédé de la divise /'<w 
Chrisii usitée par les Jésuites dans leurs lettres de cette épO(|ue. Il est 
vrai (ju'elle n'accompagne pas davantage les extraits d'une lettre du P. de 
Polanco, ni même l'original d'une longue relation de la séance du 
2ô sept, par le même religieux dont il va être parlé. 



LES SOURCES 73 

historicd Sorii-tatis Ifsn, il n'y a pas lieu de rejeter l'atti-ibiitioii 
que lui en t'ait le ms. de la Casanateiise. Celui ci est compris dans 
un recueil des Miscellanea rariart<m narrntiomim et rerum nora- 
rum composé en 1697, comme l'indique le titre placé au premier 
feuillet par nne main du XVIT siècle — titre suivi de cette indi- 
cation de propriété « Procurntorie goneralis Soc. lesu ». Or c'est 
aussi au XVII" siècle qu'on a mis, au verso du feuillet contenant 
le document en question, cette note : « del 2>- Pol. Belle cose di 
Frayiza et miserie di qitesto regno nella religione ». L'origine est 
ainsi autliontiiiuée par un membre de la ('onipagnie de Jésus. On 
lit d'ailleurs, à la suite de cet extrait, un autre emprunt fait au 
même religieux, et qui peut convenir, quant au fond, à une lettre 
dudit Polanco datée du 29 décembre et publiée par les Monmnenta '. 
Encore un pas de plus, et nous possédons la déposition d'un 
témoin oculaire, la première en date, et peut-être la seule, avec 
celle d'Espence, du côté des catholiques. De nouveau, c'est au P. 
de Polanco que nous la devons. Il a assisté aux séances des 24 
et 26 septembre et en a laissé le récit << vécu » dans une longue 
lettre adressée le 27 de Poissy, à son confrère le P. Salmeron, 
vicaire de la Compagnie à Rome -. Le texte est en espagnol et a 
été inséré dans les Lainii monumenta (t. VI, pp. 54-.58); mais 
une traduction italienne en fut faite dont les Monumenta liistorira 
Societdtis lesu signalent un exemplaire dans les ai'(iiives de la 
Compagnie ^. .l'en ai trouvé un autre — peut-être même est-ce la tra- 

' Cfr. Lainii monumenta, t. VI, p. 183. 

* Ce récit a été utilisée par le P. Francesco Saccliiiii, continuateur 
d'Orlandini, dans V Histnriae Soeietatis lesu pars secunda sive Laiiiius, 
Anvers, 1620; in f., n° 199, puis par le P. Piat de la même Compagnie 
dans la Coll. de Précis historiques, janvier 1H89, et en tiré à ijart (Le 
}'. Laynes au Colloque de Poissi/ et à Paris en 1.561). 

' Sous la cote ' cod. Epist. Polanci, n" 37 ^, cfr. Lainii monumenta, 
t. VI, p. 54, n. 2. L'éditeur fait remarquer (|iie l'original autograjihe ne 
porte ni la devise Pax Christi ni la mention de lieu Di Poisi que donne 
la trad. italienne. C'est cette trad. ital. qne publie le P. Prat. 



74 ROME ET POISSV 

diu'tion originale — aux arrhivps du Vatican (Miscpllanen. nrm. I, 
t. 30, ff. IGl iiiouv.)-lfi2j. Elle porte une mention qui nous in- 
téresse j)ar('c ()uVlle est de la main de Commendone, comme celles 
des documents déjà signalés que lui transmettait le cardinal de 
Mantoue. Sous les ratures qui l'ont effacée, on peut deviner An- 
rersn. Au-dessus est écrit « De rehus nov[is\ G[aUi^^canis ». Pas 
de date de la réception ni de nom d'expéditeur. Rien non plu» 
qui iiiiliqui- rautt'ur mi le copiste lie cette version. Kaut-il nttri 
liuer celle-ci, comme le récit anonyme du 9 septembre, à quelque 
membre de la communauté de Paris ' ? 

En tout cas. c'est un compagnon français du P. de Polanco et 
du P. Lainez à Poissy, le P. Annil)al du Coudret, qui écrivit en 
italien à un confrère resté en Sicile, le P. Domenecli, un autre 
compte rendu de la même séance du 27. Il figure dans \ts Lainii 
momtmenla, t. VI, à la suite du récit de Polanco dont il ne donne 
d'ailleurs qu'un très bref résumé au milieu d'informations plus 
générales. 

Aux Pères de la Compagnie de Jésus nous sommes redevables 
d'un dernier document où sont consignés quelques renseignements 
directs et indirects sur le colloque. C'est le journal tenu par Po- 
lanco depuis la fin de mai 1561 jusqu'au début de 1563. On le 

' Il faudrait, pour donner à ces hypothèses une réponse satisfaisante, 
pouvoir comparer ces différentes pièces au.\ originaux des lettres soit 
du P. Broët, soit de ses confrères de Paris et de Kome, originaux 
conservés dans les archives des PP. Jésuites. M. llauser, après avoir 
répété avec M. Monod que « personne en dehors de la Société ne sait 
uiênie où (ces archives} se trouvent >, conclut: «tout contrôle est donc 
iuqjossible > {Sources de l'histoire de France, XV!' s., t. 11, p. 138J. Est- 
ce bien sûr? Le livre du P. Fouqueray donne les références des docu- 
ments utilisés. Quant aux dépôts où ils se trouvent, il n'est pas prouvé 
qu'on en refuse impitoyablement l'accès. Si je n'ai pas encore |ni faire 
le contrôle (pie j'indique, je peux affirmer que. du moins à Kome. les 
travailleurs trouvent près du P. Grossi Gondi, archiviste de IT'niversité 
Grégorienne, comme près du P. Tacchi Venturi, le savant historien de 
la Compagnie en Italie, le plus cordial accueil, et j'aime à les en re- 
mercier sincèrement. 



LES .SOURCES 75 

trouvfi'H en appendice dans les PoUinci complementa ', t. II, pp. 838 
;'i 844, avec ce titre : De itinere Lainii ac Polanci in GaUiam 
(t/iiio h'iCl. Il est rédigé en espagnol. 

11 tant encore mentionner nn compte rendu, en latin, des séan- 
ces dn 24 et du 26 sept., adressé vraisemblal)lement au cardinal 
Seripando, dans les papiers de qui il est conservé à la Bibliothè- 
([ue nationale de Naples ^ L'auteur doit être un théologien, ;V en 
juger par la précision dogmatique avec laquelle il a résumé les 
discussions qui remplirent ces deux séances. Aussi bien, est-ce plutôt 
un exposé des thèses mises en présence qu'un récit historique pro- 
prement dit. On y trouvera peu de détails sur les orateurs et les 
assistants. Néanmoins sur ce dernier point, son utilité est appré- 
ciable: c'est le seul document, que je connaisse, où soit donné le 
nom du dominicain qui accompagna le cardinal de Ferrare dans 
sa légation. 

Avis, rapports, relations au cours d'une lettre, nous n'avons 
eu jusqu'à présent que des aperçus fragmentaires de l'assemblée. 

Voici enfin un récit complet. 

Dom René Ancel, dans s&^ Nonciatures de Paul IV {t. 1', p. V, 
n. 2), signalait eu 1908 un « Diaire de l'assemblée des évêques 
à Poissj' » conservé dans le Varia Politironnii 124 des archives 
du Vatican \ 

' MoxKiaenta liistorica Soeietatis lesu, Madrid, 1917. 

- Bilil. naz. Naples, ms. IX. A. 49, t. Il, ff. 356-.367: Coîloquiiim de 
reliyioiie Poyssiactim. Ce document est signalé dans les Documenti ine- 
diti... siil concilia di Treiito (Rome, 1874, in-8', p. 330, n° 28) du P. Ge- 
neroso Calenzio qui ajoute: « pare autografo del Seripando». — Je dois 
les plus vifs remerciements au Comte Ambrogio Caiacciolo di Torchia- 
rolo qui a bien voulu prendre la peine de copier pour moi ce document, 
et à l'extrême obligeance duquel i"ai maintes fois eu leconrs pour mon 
étude sur Antonio Caiacciolo. 

^ Ff. 188-240 (ane. num."" 186, et non 1.^8 comme l'indique D. Ancel, 
à 238). Pour éviter toute confusion en ce qui concerne les références aux vo- 
lumes des ^'al^^ll Politicoritm, je signale ipril n'y a pins à distinguer 
entre leur numéro ancien et noureau. Cette double nuuiération prove- 



7G ROME ET rOISSY 

J'en ai renrontré depuis une réplique dans le vol. 136 de la 
même collection '. Cette dernière est toutefois plus courte: elle 
est interrompue dans le récit de la séance du 2fi septembre, alors 
que l'autre s'étend jusqu'au 9 octobre, mais cesse Itrusquement 
au milieu du développement d'un vote de l'évêque de V^alence. Ccjï 
deux manuscrits sont, le iircinirr, de la fin du XVI' s., le second, 
du XVII", peut-être mC'uie du coniincmenient du XVIII'' siècle. Leur 
contriliutii)n à l'histoire de Poissy nie paraissait assurément des plus 
appréciables, mais Je déplorais d'en rester au discours tronqué de 
révé(|ue de Valence, et plus encore de tenir ainsi la preuve d'un 
premier journal plus complet et (jui m'éelia|)pait. Un heureux hasard 
me récompensa du parti pris d'interroger indistinctement tous les 
dépôts de Rome, n'eussé-je aucun esjioir précis d'y recueillir quel- 
que pièce pour mon travail. La Hibliothèque Vittorio Emanuele pos- 
sède un fonds, le fonda gesnit'u-o, dont les manuscrits proviennent 

nait de ce qu'on avait intercalé, après le vol. 30 de cette série, ini 
recueil A'indiei di varie istruzioni qui n'avait rien à faire avec elle. 
Le recueil ayant été catalogué sous le n° 31, l'ancien 31 était de- 
venu 32, et ainsi de suite, les deux cotes figurant simultanément 
au dos du volume, la première sous la rubrique Varia Politicoriim, 
la seconde avec celle de Jliscellanea, arm. II. D'où de fréi|uentcs 
erreurs, tant dans les demandes des volumes que dans les irféieii- 
ces des auteurs qui les avaient utilisés (c'est ainsi que D. Ancel aj)- 
pelle Var. Polit. 125 le 124, sans spécifier s'il s'agit du n" ancien ou du 
nouveau). Pour remédier à cCs inconvénients, il a été décidé, au cours 
des remaniements auxquels on procède actuellement aux archives du 
Vatican, de conserver aux Var. l'olit. la numération qu'ils portent, c. à. d. 
l'ancienne. La nouvelle signifiera désormais : Miscellanea, arm. II. Le vol. 
136 fait toutefois exception, son n" CXXXV de Varia- l'olit. ayant été 
transformé, par l'adjonction d'un trait, en CXXXVI, en même temps qu'on 
lui donnait ce n° comme Miscellanea, arm. II. L'employé ne peut donc 
faire aucune erreur matérielle à son sujet. 

' Ff. 468-583. Le T'. /'. i:SfJ a, de toute évidence, été copié sur le 
V.P. 124. Il comprend les mêmes omissions de phrases, la même orthographe 
des noms propres — à de très rares exceptions près — et ne se distingue 
de l'autre que par la modernisation de l'orthographe courante: teologi, 
congregasione, nunzio, Paolo, etc. au lieu de thmlogi, congregatione. nuvtio, 
Paulo. 



LES SOURCES 77 

des archives de la maison généralice des Jésuites. J'en connaissais 
le très utile inventaire dressé par M. Georges Bourgin ', ancien 
membre de l'Ecole française de Rome. Mais il ne signale pas ledocu- 
ment que je vis indiqué, sous la cote ms. 403 ^, par le catalogue ma- 
nuscrit de la bibliothèque '* avec ce titre : Diario delVasseniblea 
de'rescori di Poissi/ per Je rose délia reVuiione et espedieiifl 2>resi 
per qitelhi l'nniio 1561. Au premier coup d'np.il je reconnus le « .jour- 
nal * des Varia Politicornm 134 et 13f!, mais complet celui-là, car 
il comprend, avec la fin du discours de Valence, les autres discus- 
sions du 9 octobre et les dernières séances de l'assemblée. Il ajoute 
même quelque chose au récit d'Espence puisqu'il s'achève sur une 
mention du 17 octobre. De plus je constatai qu'à la suite de ce 
diario venaient des arrisi non signalés par l'inventaire, véritable 
diario, eux aussi, pour la période du 19 septembre au 26 octobre. 

Ce sont ces deux documents qu'il me reste à étudier. 

Le ms. gesuifico 403 est un gros volume de 576 folios où sont 
réunies des pièces concernant les affaires religieuses de la France 
au XVI' siècle. Le Diario âeWassembJea de' vesrovi a Poiss;/ — 
tel est son titre exact — y occupe les folios 127 ù 164. 11 for- 
mait primitivement, avec les avvisi ([ui lui font suite, un cahier 



' Bourgin (Georges), Inventaire analytique et extraits des inss. du fonda 
gesuitico de la Bihlioteea nazionale Vittorio Emanuele de Rome concernant 
l'hist. de France (XV1''-X1X' s.) extr. de la. Sev. des Bibliothèques, ji^n- 
vier-fév. 1906) Paris, 1906; in-8°, 80 pp. 

2 L'inventaire de M. Bourgin dit seulement (p. 44): « 399-403, 417, 418 » . 
« Miscellanea... venete e d'altri paesi, del aecolo XVI •, XVI= siècle. 

^ L'auteur de ee catalogue est le commandeur Giorgi, aiijourrt'luii 
directeur de la Bibliothè(ine Casanatense où —comme le commandeur Ca- 
sanova, surintendant des Arcliives du royaume, à PArchivio di Stato, 
le docteur De Gregori à la Vittorio Emanuele, les directeurs des biblio- 
thèques Angelica, Cliigi, Corsini, Vallieelliana — il m'a témoigné la cour- 
toisie la plus empressée et (loniié toutes les facilités possibles de travail. 
Je ne saurais dire assez combien l'accueil de tous les archivistes et bi- 
bliothécaires d'Italie que j'ai eu jusqu'à présent l'occasion de voir, est à 
la fois cordial, serviable et simple. 



78 KdMK KT IMIISSV 

isdir il(jiit 1.1 riiliiil.-itiiiii priiprc a ('•li- siirrliai-géc de celle ilii l'i'- 
j^istre. Sou éiwiture italienne, presque droite, régulière et nette, est 
cell(^ (|ue l'on reneontre eouraininent dann des lettres de 1561. Il 
ne jieut jias i-tre ilc lieauenup postérieur à cette date et se trouve 
ainsi l'ainé îles trois manuscrits du lUiirio. Son antériorité par rap- 
port aux lieux autres est encore soulignée par des formes et une 
orthographe plus arciiaique: fiissf, HljbitJ/f!S<>. l'ipinh', /los/ifi, f.rleriore, 
texto, Saxonid. au lieu de fosse, obhedisse, p<jii(df', oslia, asteriore, 
testa, Sassoniii, liieu qu'on puisse souvent relever une comparaison 
inverse avec le Vnr. Polit. 124. 

Quelle parenté y a-t-il entre ce manuscrit de la \ittiirio Knia- 
nuele et ceux du Vatican, enti'e eux et roriginai ? Comme les Va- 
ria Politicorum, le Gestiitico 403 n'est qu'une copie. Ecrit du com- 
mencement à la fin de la même main appliquée — celle qui trans- 
crivit également les avris/ suivants — il ne trahit, à ]>art quel- 
ques étourderies de lecture, aucune des hésitations que emiiporte 
une première l'édactiou. On s'i^n rend mieux compte encore à com- 
parer certains passages des trois manuscrits — disons désormais 
des deux, le Vnr. Polit. 130 copiant très fidèlement le Vur. Polit. 124. 
Là en effet où le copiste de (les. 103 a omis une plir.ise donnée 
par Var. Pol. 124, on constate qu'il a été trompé dans sa lecture 
par deux mots identiques entre lesquels se trouve la phrase sautée. 
Le fait se renouvelle plusieurs fois. 8"il n'y .avait les raisons de 
.date que j'ai notées, on pourrait ainsi penser que Vnr. Polit. 124 
a servi de modèle à Ges. 403. M.iis ce dernier ne se distin>;'ue pas 
de l'autre seulement par des mots ou des membres de phrases omis; 
il en diffère e.icore par des expressions dissemblaltles, ajoutées, 
et môme contraires. De plus, il lui m;ini|Ue tout le eoiiiiite rendu 
de la séance du I' octobre que donne i)ar contre le \'(ir. Polit. 121. 
Pour supposer la dé|)endance entre eux il faudrait donc admettre 
que le copiste de Ges. 403 a omis déliliérémeut ce iiassage, une 
simple inattention ni> pouvant expliquer l'absence des trente ligues 



LES SOl'RCES 79 

et plus, précédées d'une date visible, qu'il comprend. Inversement, 
une autre preuve s'ajoute à celles-ci pour rejeter l'emploi de Ges. 403 
par Ym'. Polit. 124. Elle est dans l'interruption de ce dernier au 
milieu du récit du 9 octobre, tandis que le premier poursuit jus- 
qu'au 17. Il ne s'agit pas d'une suppression de feuillets du Var. 
Polit. 124: l'interruption a lieu en effet en pleine page. 

Pour ces motifs, il faut considérer que ces deux copies sont 
indépendantes et qu'elles n'ont pas été établies d'après le même 
modèle. De celui qui a servi :\ chacune d'elles je ne sais rien. Mais 
les manuscrits du Vatican et de la Vittorio Emanuele permettent 
de préciser certains points concernant l'original. 

Celui-ci n'était pas une compilation faite, à l'aide de docu- 
ments antérieurs, quelque temps après les événements. Avant de 
rechercher si l'auteur du diario assiste lui-même à ceux qu'il dé- 
crit, on peut du moins affirmer qu'il rédige ses notes pendant la 
tenue de rassemblée et souvent au jour le jour, à mesure que se 
déroulent les séances. « Hoggi, XXX di luglio — aujourd'hui, 
30 juillet, a eu lieu la première réunion des prélats. ..». C'est 
ainsi qu'il débute. Il continuera de la même manière : « Questa 
mattina poi, prima di agosto ... ; questa matfina de' due d'agosto ... ; 
in questo si è eonsuramato tutto il di d'oggi XII di questo [mese] ». 
On a remis aux évêques le programme des questions « che si ha- 
veranno da trattare in queste prime congregationi ». Il annonce 
son intention d'informer son correspondant à mesure que ces ques- 
tions seront traitées : « Non si mancherà di seriverne et avvisarne 
a mano a mano». Toutefois, il est certain qu'il rédige d'ordinaire 
au passé. Sans trop tenir compte de sa formule la plus habituelle : 
« alli 14...: la matina de i XVIII etc.» qui peut fort bien s'en- 
tendre Comme un équivalent de: « aujourd'hui l-i . , . , ce matin 18 », 
le caractère de récit iiost erentum ressort nettement d'indications 
comme celle-ci: «cette délibération s'est poursuivie fin tiitto il di 
XXIX . . . onde // d) segitente ... ; daUi X sino alli XVI ... on traita 



80 KOMK ET PdlSSy 

de la Miihvriilidii . .. iii«(|ir;'i cf (|uc survint la jniiiiiéc du IC fixée 
à iiiiiiiseignciir illustrissime de Loii'aiiie... ». De même, alléguant 
une absence (|u"il a dû faire du 17 au 20 septembre, il déclare 
n'avoir rien appris de mitaliii- (pii se soit passé jusqu'au 25. Ces 
exemples pourraient être multipliés; niais s'il lui arrive d'être en 
retard de i(U(d(|ues jours, son récit n'en conserve pas moins toutes 
les mari[ues diiu véritable «journal». La rédaction devait en 
être terminée au plus tard à la fin d'octobre. Le -i novembre, une 
lettre de Ferrare au pape montre que le légat avait à cette date 
pris connaissance des décrets de Poisay ', dont il est dit, ])armi les 
dernières informations du Diario ; «lea cardinaux demandèrent, le 
14 octobre, la permission de les lui communiquer». 

L'auteur du Diario est un homme bien renseigné. A-t-il assisté 
à quelques unes des séances? Une expression comme le sf heu mi 
ricordo — si je m'en souviens bien — qu'il em]iloie. le jour même 
de l'ouverture de l'assemblée, en résumant le discours du Chan- 
celier, peut ne pas être une simple allusion à un exposé qu'on 
viendrait de lui en rapporter. Mais il ne se sert nulle part de ce mode 
direct qu'on trouvera sous la plume du P. de Polauco (« et je les vis 
alor.s etc...>>j qui puisse sans contredit attester sa présence. A de 
nombreux indices, on se rend compte néanmoins qu'il sait aussi exac- 
tement le détail de telles attitudes, de tels mouvements de l'auditoire, 
que s'il les avait constatés personnellement. Il noter.i (|ue le cardinal 
de Tournon s'étant d'abord levé se rassit sur un ordre du roi; il 
spécifiera que l.i harangue de Pierre Martyr « fi'i lunga di mez/.a 
liora », que le I'. Lainez s'approcha du cardinal de Lorraine pour 
lui demander l.i permission de parler. Quand il rapporte l'impres- 
sion jiroduite par la fameuse phi-ase de Bèze sur l'Eucharistie, il 
ajoute : « Qiiando . . . dette quella comparatione ... si scorse in ogu'uno 
generalmente . . . un pallore estr.iordinario, dico etiam di quelli délia 

' Arcb. Vat., Concilio ]5(i, i. 1.52. cfr. Susta, I, p. 29:!. 



LES SOURCES 81 

nuov.i >i('tta >>. Ce n'est là pourtant qu'une connaissance par oui- 
tiire. 11 le iléelare lui-même en mentionnant ù propos de l'attitude 
du roi (|ui fit mine de se lever après la phrase de Bèze : « il quale 
atfetto, diroiiu clie si scorse hucIk! nel Re di Navarra ». De toute 
façon, sou information parait puisée :\ la meilleure source. 

Il est indiiliitable encore qu'il ne s'est pas uniquement servi 
de ses souvenirs personnels ou de ceux d'un témoin qui le rensei- 
gnait. Lorsqu'il insère in extenso des morceaux aussi considérables 
que les discours de Bèze ou d'Espence, il est bien évident qu'il 
ne les a pas retenus de mémoire et qu'on ne les lui a pas réci- 
tés. De même, s'il reproduit la censure de la confession de Bèze. 
11 a doue eu des documents sous les yeux. A ce propos, telle de 
ses réflexions sera intéressante A, retenir. Dans le récit de la séance 
du 9 septembre, au moment de copier la harangue de Bèze, il 
l'annonce ainsi : l'oratione c/ie lia data in stmnpu, aucor che sia 
stata ampliata d'un moudo, seguita in questo modo ». Nous sa- 
vions déjà que le texte imprimé de son discours avait été publié 
par Bèze dès 15G1, et les éditeurs de V Histoire ecclésiastique 
estiment que ce fut « probalilemeut . . . peu de jours après le col- 
loque » '. La phrase du diario pourrait préciser la date. A moins de 
supposer que l'auteur, rompant avec son habitude de rédiger son 
journal, sinon après chaque séance, du moins k très peu de temps 
d'intervalle, ait laissé son récit en suspens à partir du 9 septem- 
bre pour ne l'achever que le colloque terminé, il faut admettre 
que le discours de Bèze fut imprimé presque aussitôt après qu'il 
eut été prononcé. Ou bien, sans interrompre pour autant son récit, 
le narrateur se serait réservé d'intercaler ce discours par la suite? 
De toute manière, il parait impossible, vu l'allure générale du 
diario, qu'il ait dil en attendre la communication jusqu'après le 
colloque. Ce texte aurait donc été imprimé entre le 9 septembre 

' Histoire eccle'siastique des Eglisa réformées, éd. Banni et Cunit?, 
t V, p. 560, n. 2. 

MflauneH ifAnh. ,1 dllisl. U«l. 6 



82 lidMK KT l'OISSY 

et le Iti cictolii-c il:it<: fni.ilc (lu iliiino. M;iis si Ton (Mitciid l'ai 
liiaioii faite |iar raiitciii' à smi alisciioi^ du 17 au 20 soptemlire 
— ainsi i|ii'il scinhlc li'';,''itiine — roiiiini; uni' indication qu'il vu 
reprendre un j'uiriial déjà mené Jus(|u'à répoque <le son départ, 
il en résulter.iit (pie le diseonrs était imprimé avant le 17 sep- 
temlire. 

Le (Utirio pourra dnne servir à résoudre r|uelqnes problèmes 
de ce genre. Son intérêt, s'il se Uornait à cela, .serait néanmoins 
assez mince. Il est lieureusenient ailleurs. On eu jugera par le 
texte même qui sera joint, comme pièce Justificative, à cet exposé 
des sources «romaines» de Poissy. Je ne ferai ici (prénumérer 
les prineiiwles raisons de cet intérêt. 

La i)remière est de nons faire connaître l'attitude de l'épis- 
copat fran(^ais et le jugement que porte sur lui l'informateur « ro- 
main » du (Jiniio. Espence à peine nous renseigne sur un ou deux 
votes. Ici nous savons ce que pensent les évêques d'Evreux, de 
Lisieux, de Saint-lirieuc, de Paris et de Troyes. Bèze s'est contenté 
de souligner les « violences » du premier. On nous dit l'opinion 
des prélats sur la ([uestion des annates. des préventions, qui ton- 
client de si près la curie romaine. On calcule les appuis ou les 
résistances que celle-ci doit rencontrer dans son action. 

Espence et Vllistoi}-/' eidcsiastique nous donnent des textes ou 
des résumés des principaux discours: le d'iarlo, beaucoup plus com- 
plet, en fournit d'I'.spence lui-même, de Pierre Martyr, de Tournon, 
des théologiens, qu'on ne rencontre ni dans le Brief receuil ouïe 
Traite' de Vefjicnec et rertn de la parole de Diett. ni dans l'His- 
toire ecch'siasfiiine. La longue di-scussion sur les ordres monastii|ues, 
les 20 août et 4 à S seiiteiiilire, apparaîtra en particulier comme 
toute nouvelle. 

Enfin, si le diario ne commence qu'au oO juillet tandis que 
Espence débute au 2ti. il s'étend un peu plus loin que ce dernier 
et surtout donne des renseignements sur des séances dont celui-ci 



LES SOUKCES 83 

ne parle pas (4, 5, 9, 12, 1:5, 14, 16, 18, 20, 21, 25, 26, 28 
août; 4, 8, 10, 28 sept.) ou les eomplète (7 août; 2, 16, 26 
sept.; 4 oot.). Ij' Histoire ecclésiastique n'a touché à l'assemlilée 
qu'en passant ; pour le colloque lui-même qui fait l'objet de ses 
développements, non seulement le cliario rend, naturellement, un 
autre son, mais apporte de nouveaux documents. 

Le rédacteur du dinrio est donc particulièrement liien reiiseiRné 
sur ce qui se passe à Poissj-. 
Qui peut-il être ? 

Un Italien: cela parait certain, non pas tant à cause de la 
langue dans laquelle est écrit le dinrio, langue familière à beau- 
coup de Français d'alors, que pour certaines maladresses lorsqu'il 
traduit un texte français comme le discours de Bèze ou la confes- 
sion de foi des prélats (cette façon, par exemple, de rendre le 
pronom on par Vhuomo, ou perceroir par 2^er questo vedere, pour 
ce voir!). On pourrait, Je crois, préciser (|ue cet Italien est un ro- 
main, si l'on fait attention à des formes, particulières aujourd'hui 
encore à la région de Rome : dita pour due, magnate pour man- 
yiate, emploj'ées, la première par le (jesuitico 403, la seconde par 
le Varia Politicorum 124. 

Un catholique : sans aucun doute, ne fût-ce que pour le ton 
dont il parle des réformés: et un catholique ennemi des tolérances 
du Chancelier. 

Un ecclésiastique : tout au moins un homme versé dans les ques- 
tions théologiques, cela se sent à la façon dont il les résume. 

Un agent de la diplomatie pontificale, ou quelqu'un chargé de 
renseigner la Secrétairerie d'Etat: témoin le soin qu'il met à noter 
les sentiments de l'assemblée quant aux exemptions de la juridic- 
tion épiscopale accordées aux chapitres et aux monastères, quant aux 
dispenses d'âge, aux préventions et aux annates, toutes choses en 
quoi sont visées les prérogatives du Saint-Siège. 



84 I«1MK KT l'OISSV 

A groii])Pr cpfl divor.s vlrmi-iits, on iicquiiTt l.i cniu iition (pie 
le diarin provient, à n'en pas doutei-, de la nonciature de Pari». 
Dans le rej^istre Concilio 138 où sont réunies des analyses de cor- 
respondanres di|)loniati(|iies, il en exist(! un al)ré;,'é, pour la période 
du 16 au ^1) août, sous le titre Esiratto del diario. il s'y trouve 
intercalé au milieu de résumés de lettres du nonce '. 

Que celui-ci ait rédigé lui-même le diario, on peut être tenté 
de le croire si l'on inter])réte rij^oureusement sa phrase dn 8 sep- 
tembre aux légats leur annonçant l'envoi d'uni' copie d'un diario 
«qu'il a fait», si également on relève le ton d'autorité des juge- 
ments formulés. Mais l'expression de la lettre aux légats peut aussi 
bien signifier que ce journal est étalili par ses ordi-es et ((u'il 
l'adopte pour sien, de même que ces Jugements peuvent n'être que 
ratifiés par lui. Quand on a l'habitude du courrier de Vitei-be, on 
est même amené à trouver le style du diario un peu trop imper- 
sonnel pour qu'on puisse y reconnaître le langage toujours tran- 
chant, souvent emporté, qui est celui des lettres du nonce. Peut- 
être aussi cette formule indirecte: « du 17 au 20, l'auteur du diario 
s'en fut à la rencontre de monseigneur le légat » et cette autre: 
« le cardinal de Châtillon fit savoir que le nonce s'était plaint » 
indiquent elles que ce dernier ne tient pas lui-même la plume. Peut- 
être encore, comme je l'ai mentionné, faut-il voir dans certaines 
phrases — le « se ben mi ricordo » du début, par exemple — la 
preuve que le rédacteur assista à quelques séances de l'assemblée; 
or, pour ce discours auquel s'applique ce << si je m'en souviens 
bien », le nonce écrit au secrétaire d"Etat qu'il a « entendu dire » 
que le Chancelier avait qualifié l'assemblée de concile national '. 

Il est donc plus vraisemblalile que le diario est l'œuvre d'un 
agent de la nmK'iatnre. ,1'ainierais assurément ;'i pouvoir préciser 



' Arcb. Vat., Concilio 138, f. 90 r» et v°. 
« Ihid., f. 87 r»; 7 août. 



LES SOURCES »0 

davantage. Mais il faudrait couuaitre tout le personuel attaché à 
l'évèque de Viterbe pour avoir quelque raison sérieuse de mettre 
un nom en avant. Voici tout ce que j'en sais: le nonce avait un 
secrétaire, Cipriano Saracinello, qu'il envoya à Rome avec un rapport 
daté du 8 septembre et différentes pièces. Saracinello arriva à Kome 
le 19 '. C'est lui, vraisemblablement, qui remit au secrétaire d'Etat 
la partie du diario dont le Concilio 138 donne un résumé. Etant 
donnée cette dernière date, il ne peut être l'auteur en question 
puisque celui-ci est dit avoir été du 17 au 20 septembre au-de- 
vant du cardinal de Ferrare près d'arriver à Saint-Germain. Tout 
au plus pourrait-il être celui de la première partie et on devrait 
admettre qu'il passa la main à un successeur. 

Un autre agent de la diplomatie pontificale apparaît souvent à 
cette époque : Niquet, abbé de Saiat-Gildas au-Bois. Secrétaire et 
liomme de confiance de Ferrare, il apporta en France, au mois de 
mars 1561, la bulle de réouverture du concile et remporta la ré- 
ponse à Rome. Pour lui attribuer le dlan'o, il faudrait d'abord 
établir qu'il était de nouveau à Paris de fin juillet à fin octoljre. Pour 
octobre, c'est exact, et c'est probable pour septembre, du moins 
en partie. A lui, la phrase sur l'absence, du 17 au 20 septembre, 
occasionnée par l'arrivée du légat, peut convenir. Ferrare l'envoya 
à Rome le 4 novembre ". Il a pu à cette date emporter la dernière 
partie du diario. En était-il l'auteur tandis que Saracinello le se- 
rait de la première ? 

' Cfr. Susta, I. p. 254. A ce propos, on relève les indications sui- 
vantes en ce qui concerne les relations de la nonciature de Paris avec 
Rome ou les légats; il fallait environ 10 jours à un courrier pour attein- 
dre Rome (Saracinello porteur dun pli du 8 septembre arrive le 19); 
10 jours ég.^lelnent de Paris à Trente en remettant les lettres ;i Bologne 
(Saracinello, dans le même voyage, remit à Bologne, au courrier les lé- 
gats, des pièces qui furent rei;ues à Trente le 19); 5 jours environ de 
Rome à Trente (une lettre de Borromeo datée du 26 juillet pars-int aux 
légats le !"■ août. Cfr. Susta. 1. p. 54). 

' Ibid., p. 302. 



Ob ROME ET POiaSY 

11 ne faut ]);ih, je crois, songer iri :i Tiin des Jésuites de la 
maison de Paris. Il aurait sans doute souligné la reconnaissance de 
la Conii)agnie par rassemblée le 15 septembre, et, dans la séance 
du 26, qualifié Lainez de «notre Père» ou «notre Père f^énéral * 
M(!lon l'usage de ces relifiicux. 

(Jm'iim démontre <iii imii l'une de l'es liy|iotliè?<i's (|ii;iiit à l'au- 
teur effectif du diario, il est cei'taiu que le nonce en est bien l'au- 
teur responsable : par l'ordre qu'il a donné de le tenir, la surveil- 
Imucc qu'il a exercée sur ce travail, et l'expression des sentiments 
(ju'il a couverts de sou autorité. Dans cette relation nous avons 
l'écho fidèle des événements de Poissy tels que les connut et les 
apprécia le représentant du Saint-Siège à Paris. 

Le dernier document dont j'aie à parler complète très heureuse- 
ment et ce récit, et ces jugements ? Ce sont les ArrisI di Francia 
MDLXI qui, à la suite du Diario, occupent dans le ms. gesuHico 103 
les folios 164 k 193. 

Ecrits de la même main que le diario, eux aussi ne sont qu'une 
copie. Le fait qu'ils commencent, avec leur date du 19 septembre, 
sur la même feuille où s'achève le diario avec la mention du 17 
octobre, suffirait à le prouver. 

Ils embrassent la période du vendredi 19 septembre au dimanche 
26 octobre. Ces dates pourraient au premier al)ord faire conclure k 
une simple réplique d'une fraction du diario à laquelle on aurait 
donné une suite. Il n'en est rien. Sans doute, on trouvera dans ces 
arrisi un résumé de l'assemblée et du colloque (ff. 166 v° 174 v°j, 
mais différent d'allure de celui du diario. Plus commentaire que 
compte rendu, il est précédé, entremêlé et suivi de considérations 
sur la situation générale, d'anecdotes, de descriptions de fêtes, de por- 
traits, bref de ces mille détails auxquels on reconnaît un informateur 
curieux, témoin souvent de ce qu'il décrit et ayant toujours l'oreille 
aux écoutes pour recueillir tout ce qui, de près ou de loin, peut 
intéresser son correspondant. Avec des qualités en partie seulement 



LES soi: RUES 8( 

aemblahles, le rédacteur du diario fait plutôt figure d'einploj'é cons- 
«ieucieux, Treil fixé sur la tâche précise, strictement documentaire, 
ini peu sèche et uu peu froide, qui lui a été assignée. 

Aus-îi, au lieu d'un procès-verbal de l'assemblée et du colloque 
tic Poissy, le^ Avvisi constituent ils nu tableau général où ces deux 
événements se relieut à l'ensemble de la vie de cour, de la vie re- 
ligieuse, politique et mondaine, en cette année 1561. Dès lors, il 
y aur.i lieu de se méfier de certaines informations qui risquent 
<le n'être que des racontars. Mais le cadre de Poissy en est élargi 
«t plus vivant. Le diario y bénéficiera aussi de précisions intéres- 
santes, tel le récit détaillé de l'arrivée du cardinal de Ferrare, sa 
réception, son installation, son genre de vie, la manière dont il rem- 
plit sa mission — toutes choses résumées (?j par le diario dans la pe- 
tite phrase laconique déjà citée: «Du 17 au 20 septembre, l'auteur 
•s'en fut au-devant de monseigneur illustrissime le légat ». 

Car, pour être plus libre dans son récit, le rédacteur des ai- 
visi ne vise pas moins à l'exactitude. Il se trompera sur quelques 
<late8' en ce qui concerne les événements antérieurs à son « arrivée 
A la cour». Mais, pour les faits passés sous ses yeux — car il 
est, au contraire de l'auteur du diario, le témoin de la plupart 
des choses qu'il raconte — les détails qu'il fournit seront d'un 
précieux intérêt. 

« .Tournai » aussi que ces tirvisi, du moins pour une bonne partie. 
Bien des phrases le prouvent: <,< 13 oct. - on a raconté (la /lier à 
Paris ... ; 14 oct. - aujourd'hui sont revenus à la cour ... : 19 oct. - 
Monseigneur Santa Croce est arrivé à Paris hier . . .\2h oct. -je 
suis venu liier soir ici...*. 

On peut facilement préciser, môme pour les passages qui ne 
portent pas une date bien définie, l'époque de la rédaction. Les 
premières pages semblent avoir été écrites aussitôt après l'arrivée 
du légat (19 septembre) par laquelle débute le récit. Ce qui suit, 
c'est-à-dire le résumé de l'assemblée et du colloque, est rédigé 



88 KOMK ET l'OISSV 

avjiiit lo 1 :i octolii'c ,iii plii-i t;ii-il. ])lli^^(|U(■ à ce Jour li- c.irMftère 
de « joiirii;il » est attesté par la manière même dont parle l'auteur. 
Comme Je I'mI dit, cette rédaction se termine au 26 oetolire. 

I,:i minutie avec laquelle sont décrits les gestes du cardinal 
de F( rr:iie. le fait (jue son arrivée à la cour semlile coïncider — 
:i ]ieM de jniir-^ i)rès du nioin?* — ■ avec celle du iKirr.iteur. dniment 
h penser qu'il faut chereher ce dernier parmi les personu:i;,'es qui 
accompagnaient le cardinal. Ici le choix devient assez ditfieile. On 
VdV.iit dans cette suite trois évêques, des .lésuites. un Frère mineur 
et un Dominicain. Ne discutons pas maintenant l'e-vactitudô de 
cette liste fournie — on mieux, complétée — parle nonce f^anta 
Croce '. Quelle qu'elle soit, les avvisi, par le genre de vie qu'ils 
8U])pnsent chez leur auteur, ne paraissent pas convenir ;\ un reli- 
gieux Franeiseain ou Duniiuicain, non ])lus qu'au P. Laine/ et à 
ses eompagnouB. L'évèque d'Adria, ou celui de Sinigaglia, «m celui 
de Fermo? Mettons qu'ils aient accompagné le cardinal, je crois 
(|u'il faut voir de iiréférence dans l'aud'ur des arrisi un persim- 
nage tout à la fois moins en vue que ces prélats et attaché d'une 
manière plus étroite à l:i personne de Ferrare. Les soupçons se 
porteraient alors sur cet abbé de 8aint-(4ildas-au-Bois, celui (jue 
les correspondances de l'époque appellent tout simplement « Ni- 
chetto », secrétaire, confident, agent du Légat, et son courrier de 
coutianee pour les missions k Romf'. 

.Je reconnais ne faire là qu'une suiipositiou. le texte même des 
avvisi ne' trahissant ])oint l'anonynint. Impossible en tout cas d'y 
voir caché l'évèque de Viterbe, comme derrière l'anonymnt du â'ntrio. 
En effet, sans s'arrêter ;'i d'autres invraisemblances, il -:u()it de no- 
ter que l'auteur des nrvisi résume les événements de 1561, anté- 
rieurs au 19 septembre, comme ayant précédé son arrivée k la 
cour, ('ela ne peut convenir à Viterbe. Le choix ne jiMrait pas non 

' Cfr. De ciriUlms (hiUia dissdisioniJius pulil. Marténe (Coll. Scripto- 
nan. t. Y, col. 14271. 



LES .SOURCES 89 

[il IIS devoir se porter sur les représentants de Venise, de Florence ou 
(le Ferrare. La raison qui exclut Viterbe les atteint aussi, ou telle 
autre équivalente. L'ambassadeur de Ferrare est nommé comme un 
tiers par l'auteur des cirvisi. Il en est de même pour celui de Man- 
toue qui d'ailleurs n'y aurait pas fait le récit d'une aventure où 
son rôle n'est rien moins que glorieux. Michèle Soriano, dans ses 
dépêches, parle du légat d'une autre manière que les avrisi ' ; de 
plus, ce n'est pas lui qui aurait résumé l'assemblée et le colloque 
comme des événements antérieurs à son arrivée, puisqu'il était à Paris 
de Juillet à novembre 1561. M. -Antonio Barbaro, qui lui succéda, 
déclare ne rien vouloir dire de l'assemblée parce qu'elle << n'eut pas 
lieu de [son] temps », et s'il parle de Ferrare, rien ne rappelle 
dans ses renseignements ceux des avrisi^. Niccolô Tornabuoni, à 
Paris dès juillet 1560, dans ses rapports :Y Cosme de' Medici, ne 
mentionne même pas l'arrivée de Ferrare, et la façon dont il traite, 
très succinctement, du colloque ne concorde pas avec celle des avrisi ^. 
Restons en donc à l'hypothèse de Nichetto, comme vraisemblalile 
sinon prouvée, sans exclure toute autre solution. 



Cet examen des sources que j'ai appelées «romaines» suffira, je 
pense, pour montrer l'intérêt qu'il y a à ne pas les négliger. On n'a 
entendu jusqu'à présent que la voix du gouvernement royal et celle 
du parti réformé. Convenons que le pape et les évêques de France 
ont aussi leur mot à dire en ces matières. Ces sources nous révè- 
lent ce qu'ils ont dit et fait. Files justifient l'idée que j'exprimais 

' Cfr. Despatches of Michèle Suriano . . . publ. sir Heniy Layard [Hu- 
gnenot Society, t. VI), 1891. 

^ Cfr. Relazioni degli amhasciatori veneti uJ Seiialo, publ. Alberi, 
ser. I, t. IV; p. 151 et sq. 

' Cfr. Négocialions diplomatiques de la France arec la Toscane publ. 
Desjardins {Coll. Doc. inéd.\ t. III, p. 459 et sq. 



:iu itoME KT l'ornsv 

îiu début, à savoir (|ue le colloquo de l'oissy a fixé trop excliisive- 
ment l'attention de.s historiens de cette évolution religieuse dont 
l'année 1561 passe, à bon droit, pour être une date décisive, et que 
l'assemblée est d'une tout autre importance au point de vue de l'orien- 
tation des idées qui vont diriger la politique religieuse jusqu'à l'E- 
dit de Nantes. Si l'on tient :i faire du colloque une «clé» permet- 
tant de pénétrer le secret des combinaisons de Catherine de Médi- 
cis, les sources romaines prouvent qu'il faut en employer une se- 
conde pour déchiffrer entièrement le texte confus de cette époque. 
Cette seconde « clé », les sources romaines nous la livrent. Elles met- 
tent la politique de Uome en face de celle de la reine. 

Ce sont les origines et le développement de ce cdutiit que je 
vais essayer de retracer. 

(A suivre) . 

Joseph Rosekot dk Melix. 



MDLXI. Diai'io dellassemblea de' Veseovi ii l'uissy '. 

A. Original inconnu. 

B. Copie du XVI" s. — Rome, Bibl. Vittorio Enianuele, fonda ge- 
sititico, ms. 403, ff. 127-164. 

C. Copie fin XXl' s. couim.' XVII''. Aieh. Vaticanes, Miscellanea, 
aiiu. II, vol. 125 ;ou Varia Poh'ticoriim 124). 

D. Copie XVII'= s. ou connu.' XVHI". Aich. Vaticanes, Miscellanea, 
aim. II. vol. l.SH (ou ]'ar. Polit. 13tj). 



127 Hoggi, XXX di luglio, è stata la prima cougregatione de' pre- 

lati dove è interveuuto il re eon la madré et cou tutto il suo 
cousiglio. Et si li è dato principio con non su che poche parole 
elle ha detto Sua Maestà. [le qualijj, con tutto che da i più non 
fussero iutese, parve pen'i elle volessero inferire che biso^n.iva che 
in questa aduuauza si quietassero i tnmulti et divisione ch'erano 
iu questo regno per couto délia religione. Il quai propos! to fu poi 
seguitato dal cancelliere cou uua lunga oratione nel princiiiio dell.i 

' La copie qui porte ce titie et dont le te.Kte est donné ici est celle 
du lus. yesuitico 4()3 que j" ai préférée à celles de Varia Politicorum 124 
et 131! pour les raisons exposées au chap. des sources romaines. Je la 
complète ou la corrige à l'aide de Var. Polit. I:i4 (et, dans nn seul cas. 
de Var. Polit. 130]. Les additions sont mises entre crochets [ ] ; les 
lectures préférées sont signalées en note ainsi que les variantes intéres- 
santes qui ne pouvaient toutefois servir de complément ou de correc- 
tion. — Pour lune comme pour lautie de ces copies, je ne tiens aucun 
compte de la ponctuation, ni de l'attribution des majuscules, ni des 
formes u pour v, ou v pour u. (Qu'il suffise de dire que dans ces mss. 
tous les v sont écrits u et quelques u, au commencement d un mot, sont 
écrits v). Mais je conserve telle quelle l'accentuation, les j finaux, la ma- 
nière de transcrire les chiffres, certaines abbréviations d'une signification 
évidente, comme S. S'", S. il/'", S"", car''', ill»'^ etc., et, naturellement, 
l'orthographe des noms propres, même celle des noms communs, sauf à 
mentionner par sic les cas incontestables d'inattention. 

« F. P. 134. 



92 BOME ET IMUSSY 

(|iliile, scusamlosi, Sdttn il (•iiiii.iti(l:iiiii-iitii (Ici n-, du- à lui r-li'ci-a 
ignorante H pcffatore fusse tocco (Il nioRtrare, in un conseiiso «le 
tanti sig." di hiioniRsima vita et di eccellénte doctrina, quello olie 
si havesse à tare, disse ehe si doveva eredere che essendo il cuore 
de i re in niano di Dio, S. M/" eliristianissiina, per diviua inspi- 
ratione si fusse mossa à eonvocarli, liavendn per avventura riser- 
vato à Ici la gratia di poter ridurre in tranquillità et unione 
quelle discordie et tr.-ivagli ehe, da qnaldie teni]») in quà. si erano 
suscitati in Francia jht ccinto délia rfligionc, rosa che non era 
piaciuta a S. M. divina di eoncedere ne al re Francesco primo, 
110 à llenrico et Francesco seconde, si corne non gli piacque che 
Moyse iiitroducesse il populo noUa terra di proinissione et David 
dedicasse il tempio, ma si beiie Josuè et Salamone fsie) : et eoii 
cio sia che altre volte era stato risoluto che il vero et solo rime- 
dio de' presenti mali era un coneilio /< générale o nationale, il re 
Francesco haveva fatto pin volte instanza al papa che volesse cou 
l'autorit;'! ,Mi;i ))rocurarc che si liavesse un i)Uon coneilio. etc. Ma 
coine la cliristianità è divisa in tanti potentati che son difficili 
ad accordarsi in questa parte, il negotio era andato tuttavia alla 
lunga, et che, anco adesso che era inditto, Dio sa qnando se ne 
fusse venuto alla fine ! Di modo che si poteva temere che fra tanto 
il maie di questo regno non si facesse incuraliile essendo urgen- 
tissimo et havendo bisogno di rimedio présente il quale era nelle 
mani di essi prelati et che loro erano fatti giudici di questa causa 
nella discussioiie ' délia quale si dovevano perô spogliare di tutte 
le passioni et interessi proprij et proporsi solamente per fine 
l'honore di Dio, il benefitio délia Francia et la carità verso il 
prossimo. Et su questo disse clie cou quelli delh» nuova religioue 
si havevano da portare come padri et come pastori, ammonendoli, 
iiisegnandoli et tirandoli doleemente, et non nsare quel rigore del 

' G. 4(lS : divisione. 



joriiXAi, DK l'assemblée 93 

tuocd elle s'era usato per il passato, il quale haveva fattd scmpre 
nuiltiplieare in luoco d'estingiiere il uumero degli Iieretici; et 
qiiesto eonfermo con più esempi et particolarmente con quelle 
délia setta ariiana. Entn'i poi à dire clie si niaravigliava che vi 
fiissero alcuni che trovassero strano elle si t'acesse uù coiicilio 
nationale, essendo che questa non era cosa nuova et che non sola- 
v" mente [se n']erano fatti altre volte, ma si era visto che ne i | con- 
cilij provinciali erano stati ritrattati de concilij uuiversali allegando 
(se ben mi ricordo) la ritrattatione del eoneilio ariminense. Et ad 
altri che dicevano che questo non si dovesse fare in tempo che 
eravamo cosi sotto al eoneilio générale che già si era risposto, 
che 1 riniedio di qnello per le difficultà dette di sopra era troppo 
lontano, oltra che loro, per la cognitione che havevano dell'infir- 
iiiità délia Fi-ancia, et per Taffettioue che dovevano havere à gli 
ammalati ch'erano lor padri^ figliuoli et fratelli, potevano trovare 
et applicare medicamenti più salutari ' che non haverelibe fatto 
UU medico forastiero : auzi che esso teneva per certo che '1 papa 
niedesimo -, quando in questo gli havessero domandato consiglio, 
non haverebbe fatto altro che consigllarsi con loro corne quelli che 
beu sapevano dove peceavano gli humori ; et che quando non lo 
havessero voluto '' cliiamar coueilio, lo chiamassero assemblea, ô 
con quel nome che volevano, pur * che con esso si remédiasse à 
i presenti bisogui : et che tutto quello che determinassero si saria 
potuto mandare al eoneilio générale, se si facesse, o sottoposto alla 
censura del papa et délia Sede Apostolica, et che dovevano assi- 
curarsi che S. S.''^ l'haveria trovato ' buouo purche vedesse che ci 
tusse il servitio di IHo et Tutilità di questo regno; et che tauto 



* V. P. 134: rimedii più salutiferi. 
2 Omis par F. P. 1^4. 

' F. P. 124: si saria potuto. 

* G. 403: più. 

' F. 1'. 124 : ritrovato. 



94 HO.MK ET l>UI.S.sy 

])ii'i si (lovevaiio sforzarc di far l)eiie quaiito in tal caso potevaiio 
psser ccrti clie il re liaveria fatt" osservare inviolaliilniciit*; i loro 
editti et constitiitioiii. Dove inaiicaiido per il contrario ai debito 
loro, oltra die quel die determinasisei-o non duraria tre giorni, 
li.-tvevano da temere Tira di l'io, et di non esnere astretti poi a 
fare. loro mal grado, <iU('llo dio non liavessero voluto fare di liuona 
voglia. Fiuito chc ebbe il oancelliere, il rev.'"" car.'" di Turnone, 
corne j)resideute et cape dell'assembla (sic), si levo su, et ritor- 
nato poi à sedere, per comandaraonto dd ré, ringratiô Sua M.'" 
clie si fusse degnata di aiidarc ad liononirc qudla compagnia con 
la preseuza sua. et, ad iniitatione di Costantino, messosi à sedere 
cou gli altri vescovi, et délia Ijuona volontà clie mostrava a suoi 
sudditi. Uispose che, credendo loro che se li havesse da parlare 
sopra i capi die conteneva la lettera in virtù délia quale S. M.'-' 
gli havcva fatti adunare, già si erano apparecebiati alla risposta, 
ma che, essendo stata la proposta di inonsigaore cancelliere di versa 
da qublla, era for/.ato a pregare S. M.'-' che gli volesse dar li- 
centia d'ussemblarsi fra loro per cousultare ciù die si liavesse da 
rispondere, et, a fine che lo potessero far più maturamente, si 
contentasse anche di voler far dar loro la detta proposta ' in 
f. 128 scriptis; et che, in tanto, esso poteva || assicurare S. M.*" che lei 
non haveria saputo desiderare ne maggior zelo, ne miglior volont;'i 
di quel che si scoiiriva in tutti quei prdati : et che, quanto a 
quelli délia nuova religioue essi si sariano portât! con loro da 
padri et da pastori se si fussero voluti riconoseere et ricevere gli 
aramaestramenti et ammonitionj et non darle. Ne si passn per 
all'hora più oltre. liavendo questa risposta di Turnone ben sodi- 
, sfatto al re et a tutta l'assemblca. cccetto die il caucdliere ri- 
spose di non poter dare la sua proposta in scriptis perche, podie 
bore innanzi, gli era bisognatu niutare il proposito che liaveva 

' G. 403: risposta; I'. J'. l:J4 : preposta. 



JOURNAL DE L ASSEMBLEE 9f> 

peiisato di tenere, di sorte che potev;i dire di liaver parl.ito al- 
l'improviso. Et esseiidogli di nuovo fatto istanza da' prelati, et 
dal re et regina acconsentito, che si desse, lui disse che erano in 
quella comjjagnia hnoraini taiito dotti et di taiito buona meniDria 
che si sarebbono ricordati di quel circgli liaveva detto ; et che 
lui havria potuto heu fare un'altra nratioiie, ma dir le medesime 
cose et cou tiucirordiiie era impossiliile. Tuttavolta, quanto più 
subterfugij esso cereava di non voler mettere nuUa in scriptis, 
tanto più replicavano et instavano i detti prelati, et la regina 
coniando che si desse in ogni modo. 

Questa mattina poi, prima di agosto, i prelati 8i sono radunati 
fra loro, et havendo votato su la proposta del Cancielliere (sic), si 
è risoluto di non volere acconsentire in aleun modo a concilio na 
tionale, ma si bene à una semplice asserablea, con patto perô che 
non s'hahbia da entrare a dentro [più] ' di quel che possono et 
devono liuonamentc, rimettendo tutto quel che faranno alla censura 
di S. S.** et délia Sede Apostolica. 

VA per il vero non si puô laudare à bastanza l'unione che si 
vede insin (jui in tutti i jirelati ", non essendone inteso pure un 
s)lo che alibi dato voto scandaloso, anzi essondosi sentito ' quel 
che molti non aspettavano dal car.^® Ciattiglione *, havendo S. S. 
ill.'"-^ '' dettu bene la scntentia sua et di più t'atto un lnnf;'o en- 
comio in lande di N. S."'. F. stato anco risoluto fra loro che in 
((uesta prima domenica si cauti una messa solenne la ([uale sarà 
celebrata dal S.<"' car.''' Arraignach '', et che tanto i vescovi come 
i deputati jiabliino a ricevere il santissimo sacramento et che chi 

' V. P. 1:^4: ad entrai- più dcntio di quel. 

'^ V. P. 124: si vede sin (pii de prelati. 

3 F. P. 124: inteso. 

* Châtillon. 

^ V. P. l:iii: sua Santità ill."'-*. 

« F. P. 124: d'Arniignaili. 



ROME ET l'OI.S.SV 



lion vi si trova niia e-sduso del tutto ila qucsta compagnia. Fu aii- 
v" elle ] risoluto flic non si faeease congrégation générale se non due 
volte la scttiniaiia. iIim'- il liinecli et giovedi, la domenica si va- 
casse il i divini ullirij, et clie gli altri 4 giorni si consultassf, — 
fra i (leputati clie sono i SS.""' eardinali di Lorena et Borhone, 
l'arcivescovo di Torsi ' et i vescovi di Uses, Evreux, Soes ', Paris, 
Orlean ^, Lavaiir ', Lisienx ", inaienic con alcnni tlieologi, — 
quello elle si havesse a proporre nella congregatione générale. 
I quali essendosi congregati il dopo desinare, i theologi fecero in- 
stanza di volere intervciiirc et dare aiieo loro il voto nella cor- 
gregation générale, il clie qucgli altri non volsero acconsentiie 
senza la particiiiatioiie di tutta la eompagnia. Onde, et per questo, 
et perche si era odorato che doppo clie i prelati son ridotti *• à 
Poissy il re hareria risoluto un editto nel quale ordinas-se che, da 
qui innanzi, le parrocchiali fussero elettive, et di più che negli 
atati che si hanno da tenerc a Pintoisa " voleva separare da i 
vescovi lo stato ecclesiastico et trattare con essi a parti (sic), fu 
intimata istraordinariamente la congrégation générale per questa 
matina de' * due d'agosto nella quale, essendosi resi i voti sopra 
tntte tre queste eose, fu risoluto circn alla prima, che si eleges- 
sero XII theologi i quali havessero da entrare in congregatione 
solamente quando fussero domandati, et all'hora parlare per modo di 
consultatione. Et qnanto alFaltre, due furono eletti i eardinali Armi- 
irnacli et Sciattiglione et 11 vescovi di Kvreux et di Bainsa' ad andare 



' Tours. 

' Séez. V. P. 124: Sois. . 

■■< V. P. IM: Oïliens. 

* V. P. 124: La Vacar. 

5 G. 403: Liseux. 

« Omis par F. P. 124. 

' Pontoise. 

« Omis par V. P. 124. 

^ Baveux. T'. P. H4 : Ravusa. 



.lOl'RNAL J)K L'AS.SE.MIiLKK 97 

ilitinnii ;i rimostrare al re clie, essendo qiiesto editto seaiidalo.so, 
di m.ila consequeiitia et trojjpo pre{,nuditiale alla lil)ertà ecclesia- 
stica, S. M/" non vo^lia imblicarlo ne innovare eosa aleuna du- 
rante questa assemblea, o almeno gli faccia dar copia deU'editto, 
affine che loro possino dire aU'incontro le lor ragioni, et non vogli 
far cosa che non possi senza liavergli uditi '. Et, quanto all'altro 
particnlare, che, essendo Fordine ecclesiastico tutto un corpo, 
S. M.*-' non vogli dividerlo, massime che il lor clerc non si con- 
tenta ne puo rispouder' nulla aile pr[opJoste di S. M.'^'^ senza i 
suoi vescovi. 

Si è anco niandato hoggi a sollecitare il cancelliere che dia 
la copia délia sua proposta, ma in lui si è scoperta poca fantasia 
di darla. 

Domenica a' '■ tre d'agosto si [è] atteso solamente aile cose 
{. 129 delTanima, havendo tanto i cardinal! et || vescovi corae i deputati 
de gli absenti et i theologi preso il santissimo sacramento tutti 
di coiupagnia, eccettuati pei'o il S."'' car.'*" di Sciattiglion, Valenza, 
i due vicarij di Tolosa ^ et Beovois ', due de' quali, ciô è i 
primi, furono comraunicati da parte dal vescovo di Uses, et gli altri 
due dall'abbate di Salignac; la quai cosa non è passata senza 
scaudalo di molti, per qualche ombra et sospitione che si ha del- 
l'opinione " di questi vj. Il doppo desinare andorno i due cardi- 
nali e i due vescovi deputati ad esponere la loro ambasciata alla 
regina et al consiglio : et fu loro risposto ch'erano stati maie in- 
formati quanto al particolare délie parrocliiali, perche di quello 
non se u'era mai parlato, nia si bene di mandare ad esecutione 

' V. P. 124 : senza essere uditj. 

2 Omis par T'. P. 134. 

3 Toulouse. G. 403: Tolesa. 
* Beauvais. 

° V. P. 134: s' ha di qnesti sei. 

Mèlaiiçies d'Arcli. et d'HM. 19-21. 7 



9H Rd.MK i:t roissv 

cio clii- In lisdliitii iij <>iliiMs ciic.i l;i iiiiiiii)iati<in(' df i vescovadi 
elle vacHvatxi iliiraiito la initinr l'tà (Ici vc. cii»'- clic xij iiobili et 
xij cittadiiii layci. insicmc cdI iiictni]iolitaiiii et simi sufrra;,'aiii et 
il rapitolo et cmati dclla cliicsa clic Rarà vacante, lialiliiiio j,'!!!!!- 
tamentp a ])rocedcre alla elcttioiu; di iij iicrsoiiaggi, iiiio de" quali 
sarà poi eletto dal re ot iiominafo a X. S."'. Kt havciido fatto i 
detti ' S.'' (Icpiitati iiistantia clic aiiclic di (|ncsto non volessero 
[dejterniinarc cosa alcnna sinn a tanto clic craiio occupati ncU'as- 
semblca, fi'i lor risposto olie in qiiestn non si facova prefrinditii» 
se non al rc, la conscicn/.M d<'l ([uale volevano vcdcrc di non a-r- 
gravarla durante la sua piieritia. Kt cosi s'iiitendc cliç lianno poi ' 
esegnito, liavendo niandato ])er monsij;.''' di Silva ^ al parlampnto 
qnesta espeditione, insieme con moite altre clie furono accordate 
in (h'iiens tocoaiiti la politia dcl re;riio : et, per quel die si cicde, 
sarà facil cosa clio '1 dotto ])arianicnto non voglia acconsentire clio 
i laici lialibino jjarte in qnesta elettionc, jier participare délie 
préposition! et opinionj' di Oalvino et atte ■* a cavare '" più tosto 
inalc elle 'icnc. (^nanto ]ioi al pardcolar" délia separatione di die 
s'erano <lolnti, fn trovafa la pétition loro ra^'ionevole, et die, es- 
sendo o doveiido venire i depiitati dcl clcin .1 l'ontoisa, ne es.sendo 
ragione die essi prelatj lassassero '" la fattioiie piii importante per 
vacaro a quest'altra, andassero pensando fra loro la sovventione 
die vorriano dare al rè, perche 8. M.'-' Tassicnrava die non | lia- 
veria voliito da loro pii'i di quello die liavessero potuto et voluto. 
Kt ultiniamente si risolsero di non voler dare la propositione del 
caiicellierc in scri])tis. non liavendo quel sig."' detto cosa iirenie- 



' Omis par T. 1'. VM. 

^ ^'. p. J.'l : s"inten<lc )ioi cl 

■' Selve. 

* G. 4()H: con atti. 

■' V. P. 134 : causare. 

"' V. P. rj-l : interlassassero. 



JOURNAL DE 1," ASSEMBLÉE 99 

ditataiTiente, ne dovendo lor vcscovi ponderare o star ' tanto suUe 
parole: clie lassassero star gli effetti, essendo clie il line dalla 
proposta di esso cancelllere non tcndeva ad altro elie à esortargli 
a pigliare qualche riraedio aile turliulentie di questo regno che 
non pativano dilatione. Et con questa risolutione detti s.'' se ne 
tornaro à Poissy. La sera poi al tardj, fu mandate a tutti i pre- 
iati la nota délie proposition! che si haveranno da trattare in 
queste prime congregationi, che sarà con questa. Et come ci sia 
niente di risoiuto, non si mancherà di scriverne et avvisarne a 
mano a mano, non esseudosi sino ad hora odorato altro se non che, 
quanto all'articolo délia pluralità de' benefitij, il sig.'' cardinale 
di Borboue ha dato un voto degno délia bontà, pietà et grandezza 
sua, cioè che si contenta di restare con due soli di v o vij che 
u'iia. 

Alli i et 5, non si è fatto altro clie ragionare délia cosa délia 
sovventione, perche esseudosi sparso un rômore, si ben con poco 
fondamento, che il rè diseguava di gravar' forte la mano sopra 
gli ecclesiastici et cavarne per il menu da xvij milioni di franchi 
con alienarue per un milione d'entrata, sono stati a consultare il 
partito che si haveva da pigliare. senza perô che sia coucluso 
nulla fra loro. 

Alli 6, comparse poi a Poissy il connestabile et niousig.' di 
Mortier mandati dalla regina. pjt essendo ricevuti in congregatione, 
detto connestabile espose la causa délia lor venuta, la quale era 
in sostauza che la regina gli mandava per visitar quella compa- 
gnia et per fargli inteudere che S. M.'" si trovava molto contenta 
et sodisfatta del buon priiicipio che havevan dato a questo saut" 
negoti" (lella religione, massime colla precedentia délia conimunionc 

' r. P. 1:24: pondérale tanto su le parole. 



100 KOMK KT PrjlSHY 

gênerait^ clic si eru fatta : et clic spcrava clic ropcra si saria coii- 
dotta in modo clie, prima, qiiesto regiio, et, consequcutcmciite, tutta 
hi cristianità n'iiaveria Bcntito liciiefitio ; ma die lien S. M.'" »i 
doleva clie l'havcssei-o tralassata un poco pcr attciidciv à una 
f. 130 eo8a || di nianco importanza eon haver dato oreccliie a nn:i voce 
vana du; il rè disegnasse di fare alienatione de' béni délia 
Chiesa, etc. perche questa non era stata mai sua iiitentione et non 
se n'era mai ragionato se non da qnalcli iino privatamente et per 
modo di divisare ', et clie si assicurassero pure die S. M.'" vo- 
leva conservare et accrescer' quelle stato più presto die diininiiirlo. 
Ma die era ben vero die, essendo stati quasi tutti loro beiieticati 
dal padre et dall'avo del l'è, dovevano liavcrlo per raccomandato 
ncUe sue nécessita, et che in questo non si ))refigeva loro alcun 
termine, ma solamente clie facessero quel elie potessero et voles- 
sero et ne trattassero quando gli (sic) pareva, ne per questo aflfare 
interrompessero punto la loro ]irincipale impresa; se liene gl'eBor- 
tava, per benefitio loro et d"altri, à terminarc il tutto più jircsto 
clie fusse possibile. Dipoi il detto s/"" connestabile fece le sue 
eerimonie private, mostrando rafTettioiie et devotione die haveva 
a quel dignissinio ordine et quanto " desiderava di potergli far 
servitio in publico et in privato. Fugli risposto dal s/" car.'*" di 
Tornoiie, in nome di tutta la compagnia, die loro ringratiavano 
la regina del favore die gli haveva fatto in mandarli a visitare, 
il quale era stato tanto maggiore quanto s'era servits d'un perso- 
naggio dolla portata ch'era rEeeellenza sua: la ringratiavano pa- 
riinenti dell'opinione die liaveva che in quella assemblea si fusse 
per fare qualche buon frutto [nel] che si sariano affaticati quanto 
dovevano ; et ultimamente deirinimanit;\ et modestia clie usava cou 
essi circa il fatto délia sovventione et ch'egli ' liavesse levato ogiii 

' G. 40o : dicusare. . 

- Ibid. : (|uanto clie. 

•' V. P. 134: che gli havessc levato ogni sciiipulo dall aiiiniu. 



JOURNAL DE l'aSSEMBLÉIB 101 

scrupnlo lial lor" animo perche, in efFetto, se beiie in congregatione 
non s'era mai ragionato de i disegni ehe si diceva havere il rè 
sopra le cose délia Cliiesa, pur s'erano divolgati de" propositi in 
questa materia ehe portavan fastidio a loro et uiuno honore alla 
S. M/-'', la quale haverebbe anciii! conosciuto in questa parte ehe 
gli erano araorevolissinii et fidelissimi suggetti, etc. La iiresentia 
del connestabile et la qualità dell'ambasciata ha molto confortato 
questi s.'' prelati di modo ehe attendono incessantemente alla loro 
impresa, et dove havevauo ordinato di far congrégation publica 
due volte la settimana, adesso la fanno ogni di due volte, luivendo 
cominciato alli vij à entrare nelle cose délia riforma al ehe son 
procedute non so ehe poche parole del s."'' cardinale di Turuone, 
il quale, parlando in laude délia buon'opera ehe incominciavano, 
concluse pero ehe tutto quel ehe si déterminasse s'intendesse con 
protesta del beneplacito et censura del papa, délia Sede Apostolica 
et del concilio ehe era già aperto ; la quai cosa non solaniente fù 
approvata, ma risoluto ehe se lie rogasse un acto solenne, et cosi 
fu fatto. Si comincio poi dal primo articulo ehe contiene : Quid 
praescribe/idion sit ejj/scopis. Et sopra questo fu opinato lunga- 
raente da iij theologi de i sij deputati, et il doppo desinare ne 
parlorno iij altri. 

Alli viij si è seguito il medesimo ordine, ne si è fatto altro se 
non ehe hanno cousultato gli altri vj theologi et alcuni canonisti. 

Alli viiij poi, prima ehe i vescùvi ehe dovevano dire l'opinion 
loro nella medesima materia comiuciorno ' à parlare, il cardinale 
di Tornone propose ehe, per meglio mostrare Tunione ehe era fra 
essi, si dovesse fare una confessione di fede [générale] ^ in quel 



' V. P. IM: cominciassero. 

- G. 403: confessione di fede qitantu (?). 



102 HOMK ET POISSV 

modo elle fusse parso all;i comp;ignia ; la qnal proposta parendo 
a (|iialciriiiio clie, se fusse stata adniessa, potesse facilnioiite causar 
disordini' et confiiRiono, et iiin-isimc se fniMlfli'iiiio liavessc )-if>usato 
di escquirla corne si poteva sospettarc, non pass" altrimciite. Ma 
fil per li pii'i conrliiso che se ])iir parca neeessario clu; la detta 
confessiiiiie si faeesse, questo si riserbasse alla fine dell'assemblea, 
et elle in taiito s'iiavesse taeitamente per fatta [oon] la commii- 
niont' elle fecero iiisicme l'altro f,'iorno ; si clic, sciiz'alti'a ))i-ece- 
dentia, si venne al dir de' pareri, ne quali, et per essere la ma- 
teria di inolti capi et appartcnenfe alla persona di essi veseovi, si 
c lassato il campo liheni a ciascuiio di compiaccrsi in quel che 
f. 131 pii'i j;li c piaeinto. || Et in questo si è consummato tutto il di 
d'hog^i xij di questo, et ci resta aucora a cavare gli articuli di 
quel che si è dette, d'approvarli et di forniai'nc il decreto. Si po- 
triano dire molti particolari d'intorno alfopinioni che sono uscite ; 
ma si riserl)ono a mandargli cou i capi distintaraente deile >eM- 
tentie più notabili et niassime de' theologi et canonisti a' quali, 
senza aggiungerei nnlla ' che importi, si è rimessa una gran parte 
de' veseovi. L'orationc del sig.'" card.'*' di Lorena è stata, fra 
l'altre, illustre, havendo molto ordinatamento compreso con essa 
quasi tutto quello che si pu<') dire circa munus episcopale. Et in 
particularc, quanto alla rcsidenti.i, lia detto clie se il rè vorrà 
astrlngere quelli clic suuo del suo coiisiglio privato a st.ar conti- 
novainente alla corte, essi dehliino più tosto risegnare il veseovado 
che stare di continovo absent! dalla sua chiesa; et che si debba 
jiregare il rè' a non aniniettere [piùj "' per l'avvenire veseovi in 
detto consiglio. Ha consultato ancora che si deveria supplicare à 
S. S.'" di concedere manco suffraganei che si puo in questo regno, 
et che non volesse, da qui innanzi, approvare la persona de' ve- 



' r. P. lâà: cosa nnlla. 

• G. 403: non ammettere per l'avrenirc più veseovi. 



.loi" UN AI. 1)K l'assemblée 103 

scovi elle saniiino nominati se non con quelle couditioni elle coii- 
tieiie la forma de coneordati. Seiattiglione nella sua parte ' lia 
coiicliisi) cou L'oreua fsic; et ha detto che si doverebbe scrivere 
al papa et reiidergli conto di quest'assemblea. Ma ha bene agglunto 
elle qiie^ti délia iiuova religione non si dovevano, per sua opinione ', 
(hiamar loro avvei-sarij ma pii'i presto ^ deviati, et che bisognava 
iiisegiiarli et cerear" ogni iiiezzo di ridurli con caritA. et non con 
asprezza. Et di questo lia parhito in un certo modo ' che alcuni 
lianno creduto elle egli sappi che qiialeh'un d'essi ha da coniparire 
in steceato. Valenza si è contenuto sin qui dentro à termini ne 
ha detto cosa che possi dar' ombra o sospitione alcuna, se non in 
quanto parlando deiramministratioue de' sacramenti che il vescovo 
deveria tare spesse volte per se stesso, corne di battezzare '' et 
altro, disse che saria stato anche bene che quattro o sei volte 
v" l'anno havesse fatto una communione générale et fatto partecipe | il 
suo popolo del corpo et del sangue del Siguore. Dal che alcuni 
hanno preso occasione di calunniarlo che egli halibia voluto inten- 
dere che cio si dovesse fare sub utraque specie come pare che 
inferisclii nel suo catechisino. 

AUi xiij. essendosi inteso che gli heretici havevano occupato 
le chiese délia Vaura et d'Appames ^, la congregatione deputù i 
S.'' cardinal! di Toruoue et d'Armignacli ' per audare a pregare 
la regiua che volasse ripriniere queste insolentie con qualche buoua 
provisione. Et Lavendo eseguito l'uffitio loro, et fattolo confermare 
da un gentirhuomo che era venuto k posta con questa nuova, oltra 

' T'. P. 124 : nella più parte. 

' T". P. 124: suo parère. 

3 V. P. 124: tosto. 

* V. P. 124: mezzo. 

'^ F. P. 124: fare per se istesso, come di battezzare spesse volte. 

•^ Lavaur, Pamiers. 

" T'. P. 124 : et Armignac. 



1U4 HOMK KT r'OlSSV 

l'essersi haviitd .-iwisri olic 'I sig.'" cardinale Strozzi liaveva por- 
tato un siinil pericolo nella persona sna, et che si eraiio fatte 
altre novitA in |iii'i |iarti (Ici regno, S. M.'" risjiDSc cIk; voIcvh die 
le cose dellu Cliicsa fiiHsoro (•(inscrvatc in o;,'iii modo et ordini'i rlie 
si spedissero letterc patciiti a tutti i ;<ovei'Mat()ri de' liio;;flii et 
offitiali regij clie in simili occasioni pigliaasero le armi et faecs- 
sero osscfvare l'editto del rè. 11 clie è giiidicato elie sia un buoii 
rimedio. 

(iuesto medesimo giornn, liavendo tutti i vcscovi tiuito di votare 
so))ra il primo articnio, et parendo (•hf il S.'" far.''' di L'ireno 
liavesse dette ' et compreso ogni cosa cmi il sim voto, fi'i pregato 
a volerlo mettere in isoritto per ])otcre con (|Mrll(i prineipalmente 
t'ormare il lor "^ decri'ti), il qnale o alnieno la sostanza si niaiidonV 
corne sar;\ fatto. Hor, mentre che clii ha il carico attende à far 
questo, si entro per non perder tempo à dire Topinioni sopra gli 
altri artiouli, csaiiiiiiando (|iici [(•in(|iiej ^ flie seguono suceessiva- 
mente doppo il primo, tutti iii nua volta, et cominciando secondo 
Tordinc da i theologi ehe, quel di, ne ])arlaroiio sei, tra' i|nali 
furono de i primi Buttiglier et Salignac, intervenendovi il ])rinoi))(ï 
di Coude et quello délia Rocca Sorion * ehe ne pregarono la con- 
gregatione et furno niodestirai ascoltatori. Il detto Buttigliere par- 
f. 132 lando de || dignitatibus ecclesiarum cathedralium tooco il primato 
délia Cliiesa, et redegit in ordinem la romana mettendola la terza 
o quarta cathédrale tra vj ehe ne noniino ci<iè la detta romana, 
la hierosolimitana, alcssandrina, antioehena, eonstantinopolitaua et 
rartaginese, et hiasmo anche gli organi et qualeh'altra cirimonia 
che s'usa nella ('hiesa. Et, in somma, in tutti i suoi parcri an- 
dava daudo qnalche saggio délia sua poco buona dottrina, si come 

' V. r. IM : detto benissimo. 

- Omis par V. P. r^4. 

^ G. 403 : quel vescovi che . . . 

' V. P. i:J4 : Roccasurion (I.a Hoclie-siir-'^'on). 



JOURNAI. DE l'assemblée 105 

iiel primo articulo niostro di tenere secondo l'opinione d'Aerio 
olie episcopus non esset supra praesbitenim et disse parimente 
t'iie, quanto a lui, teneva clic i suffraganei non liavessero aiitorità 
nessuna. 

Alli xiiij, furono ascoltati altri quattro theologi solaraente, 
de" quali non vi è per adesso altro clie dire di notaliile. se non 
che. tanto questi conie qiielli che havevano parlato prima, par clie 
quasi tutti dieno niolto a traverso aU'esentione, che si concède a 
i capituli, délia potestà de' vescovi. 

Alli XV, s'attese a celelirare la festa. 

Alli xvj, seguitando i canonisti et theologi di dire il parer 
loro fu da alcuno di essi proposto che per l'avvenire si provedesse 
à i beneficij con cuni per elettione del populo, accioche non ea- 
dessero in mani di persone ignoranti, di niala vita et non atte a 
siniil carieo, si come interveniva bene spesso in coloro che si erano 
provisti, o per via di Roma dove si davano a chi correva nieglio, 
o verameute da i vescovi clie gli couferivano senza distintione a 
staffieri ', cuochi * et ad altri simili lor servitori. Ma à ' questo fu 
risposto ' che non per cin si venivano a fuggire gli iuconvenienti, 
anzi che col farli elettivi si saria dato occasione a ' pratiche ille- 
cite, à simonie et a raolti altri disordini, oltra che non era cosa 
honesta che i pastori che havevano a rispondere " del lor gregge 
non havessero anco a sodisfarsi di qtiesta sorte di ministri. Onde 
convennero che il meglio fusse di pregare il papa che li piacesse 

' V. P. 124: cocchieri. 

2 Omis par T'. P. J2i. 

3 M. 

* V. P. IM: visto. 

5 G. 403: à. 

"■ V. P. 124 : (lisponere. 



106 ROME ET POI.SSV 

<li levjir via la preventioiie et rimetterli ;ill:i (iispcisitioiie di qiicUi 
a chi toc'ca ordinariamente conferirli, i qiiali, cciu l'ordine ehc si 
farà rirm i ciirati, dovoraiino eleggcr semprc pi-rsone idonee et 
v° suffieioiiti. Si h. | anolio parlato ehe la troppo facile coiicessione 
dclle ilispense è stata caiisii di iiKilti alnisi, et 1)it taiito si è de- 
terniinato che s\ supplic.lii parimeiite S. S/" a ikhi volcrc dispeii- 
aare su2)fir aetate, taiito ne' curati corne ne can<inii'i ' et di questi ' 
non volerue crear più ad eff'eclum. 

x\lli xvij i pri'lati non si adiinanino per csserc il di di do- 
menica. 

La niattina de i xviij, il s.'"" rar.''' Sciattiglione, siguendo 
l'ordine che haveva dalla regina et dal ir di Navarra, espose in 
«ougregatione corne il nuntio del papa si ci'.i duluto eon loro del 
perdimento àA tcuipo clic si faceva à Poissy, occupandosi ((uei 
sig." tutto il di in dispute che eiano pcr la raaggior parte su- 
perflue, et mcttendo a canipo cose che non potevano ne dovevano 
trattarne, con tutta la protesta ^ che liavevano fatto di sottoniet- 
tere ogni decisione alla censura di S. S.'", et che da questo lor 
procedere si poteva giudicare che havessero poco riguardo all'in- 
teresse délie altre uatioui délie quali una gran parte s'cra inca- 
niinata a Trento, et al dispendio che ne risultava a S. S.*'', ha- 
vendo consunimato xv giorni nelle discussioni d'uno articulo che si 
poteva risolvere in uno o in due al più ; et che in oltre haveva 
il detto nuntio ricordato che la licentia che si pigliavano una gran 
parte de' prelati d'andar tutto il di à Parigi generava più tosto 
-scandalo che alcun * Ijuono etïetto ; et che per tante haveva fatto 

' (t. 403: canonisti. 
- Ihid. : questo. 
3 Ihid.: potestà. 
* V. P. li>4: un. 



JOURNAL DE L'ASSEMULÉE 107 

graiidissima instauza cbe volessero soUeeitarli alla speditioiie. Onde, 
parendo a lor M. M.'" che detto nuntio fusse mosso da moite buone 
ragioni et clie fusse per il vern poca dignità che i prelati clie sono 
stati chiamati per «no effetto a Poissy si vedessero cotidianamente 
per le strade di Parigi, gli esortavano a volere accelerare quanto 
prima il lor negotio ne :\ musarsi nelle arenglie rlie facevano or- 
dinarianiente i tlieologi et canonisti, et ultimatameute a non par- 
tirai di Poiss.y senza famé dir prima uua parolo (sic) alla regina. 
Comineiarono poi i prelati a votare sopra i detti articnli che erano 
stati discussi da i theologi et canonisti. Et Lorena che fu uno de' 
primi che parlasse si porto liene al solito, ancorche mostrasse di 
non approvare ne anche lui ' la cosa dell'esentioni, di che parlô 
perù con tutta quella modestia et reservatione che conviene, cosa 
f. 133 che non haveva fatto || l'abbate Salignach, il quale, discorrendo 
sopra qnesta medesima materia, disse apertamente che il papa non 
haveva più autorità d'esimere il clero dalla inriditione del vescovo 
che si havesse di dispensare il figliuolo che non ul)bidisse al padre. 
Il car.'" Ciattiglione anccra ha detto - assai buon voto, non si 
essendo disteso ^ quasi in altro che in commendare le buone ordi- 
nationi de' canoni et osortare all'osservantia di quelli. 

Alli xjx comparse in congregatione raonsign.'*' di Mortiere man- 
dato dalla regina a far ilitendere a quel s/' che dovessero inviare 
a Poutoisa i lor deputati per gli stati, et che tutti quelli che erano 
del consiglio dovessero trovarsi domenica a San Gerraano. Et eirca 
le opinioni de vescovi che parlarono non vi fu cosa di considera- 
tione. discorrendo per il più sopra cose dette da altri, o riraet- 
tendosi a qnei che havevauo parlato. 



' F. P. l'ii: anchora ohe non approvasse manco lui. 

- Ibid.: dato. 

3 Ibid.: quasi steso. 



lO.S KOMK KT l'OIMSY 

Il (li (Ici XX tocco tra gli altri a dir la «lia neiitentia al vc- 
8C0V0 (li Troia ', et, dove tutti fin (|ui lianrio parlato fratizesf!, esso 
recitù uii'diatioiK' latiiia clic liaveva portata scritta, la quale con- 
tcncvM ])ci- la iiiaggior parte cose extra areiiani '. Bia8ro<'i coiiie 
ahusd clie gli iiuoinini si incensassero nelle chiese, et mostrô anche 
lui (li tenere quclla (jjjinione che fusse eguale l'autorità del vescovo 
et del ])rete. Et, parlaiido de gli abusi ehe causava il numéro 
grande de saeerdoti povcri, disse che dovcvain^ iniparare ^ ([ualche 
arte per guadagnarsi da vivere, et non isdegnarsi di quelli eser- 
citij che havevano fatto Pietro, Giovanni, et gli altri apostoli clie 
erano stati ô pescatori, n fatto (|ualclie altro mestiero. Il vescovo 
di Parigi che siede appresso * al dctto di Troia, nel principio del 
sno voto, tasso in générale queste lunghe declarationi ^ che si fa- 
cevano lontane per lo più dalla niateria proposta, le quali non 
servivano ad altro che a consuiumare il tem])o in darno, et di poi, 
senza nomiiiare anche '^ persona, entro a confutare tuttc quelle cose 
scandalose, che pareva che potessero inferirsi ad alcuni luoglii 
dell'oratione del detto nions.™ di Troia. 

Alli xxi hanno seguitato i vescovi di «lare il vot(i, et Valenza 
si è portato nel suo assai bene, et ha rieordato che si suppliciii 
N. S. ad ordinare che in Roma non si promovino più preti fran- 
zesi, del che ha assicurato tutta questa compagnia che S. S.'" se 
v" ne contentera. | D'altri non s'è inteso alcun particolare notahilc. 
Onde, havendo ciascuno finito di votare, sono stati iiij giorni se- 
gueuti senza far nulla, se non che '1 car.'" d'Armignach, la mattina 
del XXV, disse ciregli era stato il di innanzi alla Corte et che la 

' Troyes. 

' V. P. 124: ascuani. 

' G. 403 : guadagnare. 

< Omis par V. P. 124. 

^ V. P. 124 : declamationi. 

« Omis par F. P. 124. 



JOURNAL DE I.'aSSEMBI.ÉE 109 

lefjina jrli liaveva cumandato d'esponere alla cougregatione olip il 
rè POU il siio eoiisiglio havevano risolnto clie questi délia miova 
religione fussero uditi in ogni modo, et clie pero pensassero iu che 
maniera et in clie tempo Thavessero a ricevere. Sopra la quai 
propositioue, il dopo desinare, si diedero i voti. Et esso Armignach 
fu il primo approvando clie dovessero essere rieevuti et ascoltati, 
se ben, che non si haveva da venire in contentione con loro, ti- 
rando a questo proposilo non so che passo délia Sapientia. Il s."'' 
car.'*' di Lorena che seguito appresso, disse che quella compagnia 
era in aspettatione che si havessero a consultare se costoro si 
havessero da ricevere o no ; ma poi che di questo si era dato la 
sententia prima che loro ne trattassero, ne gli restava a vedere 
se non del modo et del tempo ; che a lui pareva che si ordinasse 
che questi heretici dessino il carico a un solo di comparire, il 
quale portasse in scritto quello che volevano dire sotto scritto (sic) 
pero da tutti gli altri lor deputati, et che costui fusse ascoltato 
in presentia de tlieologi deputati, et poi si gli rispondesse, in voce 
in scritto, secondo che pareva alla compagnia; ma che, prima 
che si venissa (sic) a far questo, era bene di finire d'esaminare 
questi articuli che si son proposti per la riformatione. Alla quai 
sententia fu acconsetito (sic) da tutti i vescovi eecetto che da 
cinqup ' [i] quali dicevano et protestavano che questi heretici non 
si dovevano ammettere in nessun modo. Et ci fu di loro che disse 
che questo era un far contro ius divinum. Et il vescovo di Cor- 
novaglia " disse che, avanti che si délibérasse se havessero da 
compartire ^ o no, s'era bene di veder' quarintententione (sic) fusse 
la loro et se venivano in quel modo che '1 caucellier' havea pro- 



' G. 403: uno. 

' Comouaille (Quimper). 

^ V. P. 124 : coniparere, ce qui donne un sens différent : < avant de 
délibérer s'ils [les ministres! avaient à comparaître » au lieu de « avant 
(le délibérer s'ils [les prélats] avaient à octroyer [cette faveur] ». 



110 UOM1-; Kl l'oi.s.sv 

|)onto, C'i('i ('• cijine (isliil"li ;'i pailri et volessero rii'onosccre i vesnivi 

|)iT giiidici : altiiiiienti cciiscliat non esse adniittcndos. 



AUi xxvi funiiiii ])roi)iisti duc altri arti<'uli, ciù i' JM ipfonna- 
i. 134 fione monasteriorum et Quid \\ sentiendiim de comniendis, 8opra i 
qiiali comiuc'iorno al solito a diHcorrere i tlieologi. Et Saligiiac clie 
fil il iiiiiiio disse clie la institution nionastica era eomiuciata per 
liaura et per nécessita, cii'i è per fuggire la j)erseeutione de" firanni 
et il t'urore de' gli heretici ; et la divise in tre sorti, cioé in 
anchoreti (sicj clie erano quelli clie si ritiravano nelle solitiidini, 
et in questo proposito, parlando di S.*" Antonio elle alla morte di 
Paulo Hereniita prese la sua veste, disse che questo s'era conver- 
tito poi in superstitione. Li altri [cliiamôj crenobiti etrecitodifu- 
samente quelle che ne scrive San Gieronirao, et disse che tanto 
questi come i primi erano seculari in quel primi tempi. Fecene 
poi una terza speeie et gli nomino Removath ' in lingua egiptia, 
et questi disse che erano peggiori di tutti et elie hanno con l'ipo- 
crisia corrotto la santità délia vita, et gli dipinse in questo modo 
che porta vano le maniche larghe, le calze alla marinaresca, et che 
era lor peculiare il sospirare sjiesso, Tandare a visitare le vergini 
et dir maie de' preti. Biasmo la varietà dell'habito et del nome, 
et la vita otiosa che tenevano, et reprovô molto l'ordine mendi- 
cante come [cosa] che répugna alla carità ehristiana la quale non 
permette che nessun vada mendicando ma elie si gli provedesse da 
chi haveva il modo, et che loro aneora dovessero guadagnarsi da 
vivere con qualche essercitio manuale, addueendo tra l'altre un'au- 
torità di Justino '' martire il quale, sopra quel passo « mmue /'abri 
films est hicY^, dice che Cristo faceva de' carri, de gli aratri et 
altre opère de legiiame. Detesto molto gli abusi et gli errori elie 



I V. P. 124: Removot; V. l'. 13>> : Reiiovot. 
s F. P. iU: Agostino. 



JOUKNAL DE L ASSEMBLEE 111 

er.-uio tra moiiacj, li qnali colloeavano la pietà christiauM in lebiis 
adiaplioris, conie saria a dire un gran numéro di salmj, il volere 
plie protittasse aU'anima il farsi seppcllire o nelle vesti di Saiv 
Fraucesco o di San Domenico. Et sopra tutto gli pareva impietà 
elle dicessero elie la professione era il seconde battesrao. Et qui 
tassi'i molto un libro che si cliiama Laracrum conscient.iœ. Et 
quanto alla riforma, è stato di parère flie i monaci tutti indiffe- 
rentemente debbano essere sottoposti al vescovo; che i nionasterii 
v" siano scuole et nessuno vi habbi grado, se non | coloro che inse 
gnauo: clie le raonache imparino lettere, et, ne gli uffitij, doppo 
che havevauo cantato in latino, dichino anche qualche cosa in vol- 
gare i)er coloro che non intendono. Et, in somma, si ritorni ogui 
cosa alla pristina purità et splendore. Circa le coramende, ha detto 
solamente che, pure '1 commendatario facci il débite suo, non i'ap- 
prova manco che uno che sia monaco. Buttigliere è stato délia 
medesima opinione di Salignae circa Torigine de' monasteri, et non 
più di lui ha approvato la varietà ' de gli ordini, et h.i detto 
che. essendo il nome di ehristiano aniplissimo et eccellenti^simo ', 
hanuo voluto esser chiamati religiosi, et che sono andati spar-cndo 
(1 "lia ver nieriti d'avanzo, i quali chiamano opéra supererofiatJonis, 
et gli applicano a benefitio di questo et di quelle, et asseri-;con(> 
ihe lero solamente sono nella vita di perfettione. Et ha biasiniato- 
parimente il numéro inlinito che ve n'è, allegando che,. a tempo 
di papa Pio secondo, il générale di Cordeglieri offerse per la cru- 
ciata 20000 frati da portar'armi, senza che ne venisse a jiatir 
piinto nelle chiesc il cnlto divine. Et, quanto al sue voto. si puo 
comprendere che più teste saria d'opiniene che s'havessero da 
snpprimere del tutto che riformare, se bene ha detto che la vita 
hereniitica è parsa a qualch'uno odiosa. tuttavia si è fatta laiida- 



' G. 403: veiità. 

-' Omis par V. P. Ti4. 



112 KOMK KT l'OI.S-sV 

Itilc |i(>i- 1 iiistitutioni ili S.'' l'adi'i. Laiiiio anche i inoiiasteri ni 
«lessei'u più tustn in cciniinciKla clic in titulo, )icr il ' clie f^li ab- 
bâti non attendono ad altm chr alla crapiila, intanto clic si dice 
per proverbio essere un miracolo (HiaMd<j «i trova un nmnacd clic 
non crépi per aver troppo nian);iatii o tmjipo bcvutn. A ([ueste 
duc opinioni c M:dn conti-adcttii ([uasi da tutti jrli altri tlicologi, 
et clii lia risposto à uiia parte, et clii à un'altra, essendo.si pr<i- 
vata l'iii8titutionc de' inonasteri anticliissima, et non solamente ]ier 
nécessita, ma anche jicr devotioiie, et antichissimo aiicora il iionie 
di religioso. Si è ancd detîu che il bene et l'orationi clie si faniio 
per i fondatori et licncfattoi-i délie cliiese, non solamente gio- 
f. 135 vaiio, Il ma che non ne dovevauo esser defraudati in" alciin modo; 
et vi è statu clii l'iia provato et col testimonio di Calvino il quai 
dice in un hmco clic non consiglieria mai nessunu délia sua setta 
à tener beuefitij perche ^ono obligati a tare per i fondotorj (sic; 
quella sorte di prece et oratione clie esso non approva ; aggiuu- 
gendû " costui che allego il luego che pero si maravigliava che 
alciini che tenevano Topinione del dctto Calvino non liavessero 
sornpolo di conscienza di teiiere de" luioni vescovadi et abbadie. 
Furono anche difesi gli ordiiij de" meiulicanti, et oltra il testimo- 
nio de' dottori, l'essempio del poveio Lazzaro et altri, fu detto 
che le riccliezze che havevaiid niolti monasteri iKui eraiio altro clie 
elemosine, et che si corne era stato licito a coloro di jiigliar Tassai, 
cosi non era disconveniente a quest'altri di prendere il poco. Et 
quanto al numéro grande, [fu detto] che nel Testamento Veccliio 
si trova che tra i (!iudei, che non havevano 100 leglie di paese, 
vivevano ^ in un iiiedesimo tempo più di 200O0 leviti i quali 
non si occupavano ne aiico loro in essercitij manuali, et che taiito 
maggiormente dovevano questi religiosi esser nutriti in Francia 

' V. r. l:J4 : a causa. 

- V. P. I:i4 : soggiuiigeiido. 

3 G. 4(13: venivaiio. 



.lOlîKXAL DE 1,'ASSKMI!I-ÉE 113 

elle î' 1111 regiio cosi gi'amle et cnsi alioïKl.-intc, et clie se disonliiie 
vi er.i circ.i gli offiiij, nnitiuiii, lialiiti, et altre ceriiiuuiie, che 
questo iiasceva per colpa di quelli che rusavano ad 1 bitum et 
non de' priini institutori. Qiiello dove si vede iuclinare buona ' 
parte de' tlieologi, circa la rifnrnia de' detti monasteri, si è che 
per ravveuire s'usi maggior circouspettione et diligentia iiel rice- 
vcre de" monaci, et specialmente " che siano tali che ne posai 
ritornar qualclie utile spirituale ad honor di Dio et benefitio de' 
popoli : et che è bene che entrino giovanettj, ma non faccino la 
professioue se non grandi et ne gli anni che conoscliino vera- 
mente cio che essi fanno ^ ; et questo s'intende tanto per gli huo- 
mini corne * per le donne. Et perche pare in un certo modo che 
v° l'havere a i)agar danari per entrare in una J religione sia spetie 
di simoiiia. ciie tanto i monaci corne- le raonache o non liabbino :\ 
pagar uiilla, ù veramente questo sia moderato, massime dove sono 
i conventi ricchi. Che gli abbati faccino residentia, et siano sacer- 
doti, et servino all'altare : altriniente non possino godere de' pri- 
vilegij. Et che i religiosi d'ogui sorte non habbino licentia di 
potere " uscii-e de' lor claustri, come si fa spesso, rediicendosi à 
una vita secolare et scandalosa. Quanto aile essemptiouj de' mo- 
nasteri dalla iuriditione de" vescovi, molti gli coucludono contra, 
fondati su l'autorità de' concilij generali a' quali disse Salignac 
che i pontefici non potevano derogare. Ma k questo fu risposto che 
in materia fidei i concilij obligano ciascuno, ma, iu quelle cose 
che soDO iuris positivi ^ et secunduni politiam, il papa puô dispensare 
ex diversitate temporum et personarura. Uno di questi theologi ha 
dato nu voto inolto différente da gli altri, dicendo che è come im- 

' V. P. 124: niolta. 

- Ihid.: precipuaniente. 

' Ihid.: cio che si faccino. 

* Ihid.: q^ianto. 

^ Ihid. : non liabbino da nscire. 

" Ihid.: petitivi. 



114 HOMK KT l'dlSSV 

poasil)ilc elle siipiM (|iiestii cosa de" nioii:isti.'ri si possa far rifoniia 
alcniKi in (|iiell;i Im' a-isenihlra, et iiiostra clip la diffieiiltà proeedi; 
da fi eau*-: la prima !■ per rispetto di i-oIoi-d elle Ikiiiiim faeulià 
di diire le aliliadic. iiel elie. per il pii'i. nim si guarda à qualità 
di liei-soiie : la 2', per rispetl'i di (|Melli elie t,'ià tPll'^Olio l'abliadic. 
i (|iiali antepniii;(inii il giiadagiio alla pietà et al doMto l'iio. et 
sono iii j;raii parte |)ei'.>onp elip diffieilmeiitf si wittoporraTiiio alla 
riforiiia ; la ÎS". pei' la niolti|)lioità et \ariptà de' monasteri del- 
l'iino et dell'alti'o sesso, iiel (|iial easo hisogneria rliiamare tutti 
quelli cdip v'Iianno intéresse à dire la ra.uiou loro : la 4°, jier le 
diffei-eiitie délie eoiisiietildini et délie ref^olo : la 5". per gli abusi 
i (|iiali liorniiiai eiMiio ereseiiiti in ti'opjio Lrran eoj)ia : la fi°, per 
la VMrii'tà délie opiiiioni elle si dieevaiio tr.i loro sopra ' le ]il'iine 
institution! de" detti monasteri et sopra - la riforma cite si pri'- 
tendeva di fare. Sono stnte da molti iniiiroliate ^ le rommende. et 
si è detto ehe essendo depositi tein]Mirarij si erano ))oi jier almso 
fatte perpétue; et de ^^li aeeoiioinati (piasi eiaseuiio ne sente maie, 
f. 136 Et si è eonsumniato || in asecdt.ue i[uesti tlieologi fin tutto il 
di XXIX, et niassinie <-lie il j;:ornn didli xwij si vaen pei' ri^petto 
délia posa de .^li Sîtati. Xel (|iial di. fii seiilita un'oratione di rinello 
del terzo Stato, non sol.imeiite <e.ind.ilosa. ma seeleraln et einpia. 
liavendo persuaso elie si dovesse abolire del tutto l'ordine eeide- 
siastieo, et de,tto in qnesto ])roposito elie, si eome Dio liavev.a 
riserv.ito ad (»sia. elie eomineio à l'e.niiare di viij anni. elie al suo 
tempo si retrov.-isse l.-i le,;,'-j;-e elie era persa. et jier idolatri feee 
ammazzar' |>oi tutti i preti elie er;iiio a ipiel teinjio. et fii ripu^ 
tato il mi.ulior re elie liavessero liavuto iirima o li.-ivessero do])po 
lui j;li llelirei, eosi liaveva risevvato a qiiesto giovinetto re elie 



' T'. r. 1^4 : tanto sopra. 
2 Ihid.: quanto délia riforma. 
^ Jliid. : appioliate. 



.lOlRNAL DK 1. ASSEMBLEE llO 

era il vero Osia, che ;i tempo suo si st-oprisse la purità ' del- 
TEvaugelio et la veritiY délia parola di Dio che era stata iiascosta 
daU'arvciiiniento di Cliristo in qiia ; persuadendogli quasi aperta- 
meute ad imitarlo et nietter maiio nel saugue de' preti come caus;i 
deiridolatrie che si commettono hoggi ; et disse che nessuuo si 
doveva maravigliare di qtiello clie lui haveva detto che la parola 
di Dio fusse stata cosi luugainente celata, perclie auche nel testa- 
mento vecciiio fu proniessa ad Adam et ratificata ad Abrani, ne 
peiVi gli tïi data tino al tempo di Moisè, che ci corsero più di 
2000 anni. Onde i prelati, il di seguente, risolsero tra loro che 
tutti i cardinali, insieme cou molti ' vescovi dovessero andare à 
domaadar giustitia alla regiua contra di costui il quale, senza 
havernc commissione alcuna, haveva havuto ardire di lasciarsi 
uscire di bocca Ijiasteme cosi horreude et scélérate. 11 che non fn 
eseguito subito perche la corte doveva partire per iij o iiij giorui 
da S.*" Germano. 

AUi XXX, non si è parlato se non délia sovventione, et, havendo lo 
stato ecclesiastico di disempegnare il domiuio del re tolto assunto ', 
lianuo deputato alcunj prelati à vedere quanto importa questo 
debito, et pensare iu che modo et in quanto tempo potrauuo satisfare. 

Alli xxxj che fu donienica si riposarouo et cosi il di seguente \ 

A" ij di settembre tutti i cardinali et vescovi congregati a 
Poissy furono à San Germano a rimostrare al re gli insulti et gli 



' 1'. P 1J4 : verità. 

' Ihid.: molti altri. 

^ llikJ. : liavendo lo stato ecclesiastico tolto assunto di disimpesnaïc 
il douiinio del Re. 

* Ibid.: si posonio essendo domenica et cosi paiimente il di se- 
guente. 



116 itd.ME i;t I'oissy 

aggravi chu sono loi- fatti in moite l)ande del 8no re;rno, pt a 
dolersi che l'editto non fusse osservato; ma non mono a f;iro in 
stanza per il castigo di quello dip fcce l'orationc ]i<t il tcrzo 
stato ', essendo clie, se bene roiidonavano ' volentieri l'ingiuria 
rlie ora stata fatta a tutti in générale, non potevano [)fiVi non 
(lesiderare et prnriirare Tenienda ili (|uclla elie era stata f^itta a 
Dio, alla Chiesa sua et al rc. Il (|iiaie, linjio liaver risposto garlia- 
tamente ch'egli si voleva eonsei-vaie cou gli efTetti il nome di 
ehristianissimo diede eommessione al eaneelliere di supplii'e al resto 
per lui. Ma il detto fingendo di non liaver' udito olie qiiollo del 
terzo ordine ^ si fusse dishonestato tauto nella sua orationc et non 
diseendendo ad aleuii rimedio di quelli che haveria desiderato 
quella eompagnia, fù più tosto eagione di aeerescere in loro il 
dispiacere elie di sminuirlo. Pure la i-egina et il re di Navara 
diedero buona intentionc et di voler dar' ordine clie l'editto si 
osservasse per tutto et di voler far eastigare quello del terzo stato. 
Et a canto a cauto gli ricercarono à volersi eonteut.ire ilic 'I re 
potesse alienare per 500000 franelii d'entrata délie Inr nndite. 
la ([ual cosa fu ricusata corne non Iccita, ma dato pero intentione 
che in qualche modo si sariiino sforzati per la parte loro di sati- 
sfare aile nécessita di S. M/'\ conforme a qnello di cbe poco prima 
liavevano dato intentione. 

Alli iiij poi, comiucioriio i catliolici (sic) et i vescovi a votare 
sopi-a i due articuli de refnrmaiinne monasterionnn et de commen- 
dis, et continuorno niattina et sera fîno alli viij, nel quai di, ha- 
vendo finito ogniuno di dare la sua o|)inioue, fu risoluto che si 
terminasse il coUoquio et [sij desse il earico al S.""" car.'* di Lo- 
f. lo7 rena di riveder |j eon diligentia i voti di ciascnno et formare i 

' r. P. 124: ordine. 
' G. 403: condanavano. 
3 V. P. 124: stato. 



JOURNAL DE L ASSEMBLEE 1 1 i 

eanoni per mandarj^li poi alla censura di N. S. et dcl concilio. 
In tutti questi voti, non si è intesa cosa che liabbia oITeso, se non 
quello l'he lianno detto prima il vescovo di Usez, dipoi il car.'" 
Ciattislioae, et ultimo loco Valenza, intorno all'opere ' de supe- 
rerogatidue, diceudo Usez che ara una arrogantia ;ï dire che '1 
christiano ne poteva havere per rivendere, allegando quel passo 
deU'Evaugelio dove Cristo disse a quel giovane che haveva fatto 
tutto quello che deveva : « Vade et tende rem ", et abiit tristis » ; 
et Ciattiglione, che era inettia k dire che le nostre opère appli- 
cliino il merito délia passioue di Gie.su Christo ad altri, allegando 
S.'" Ag"Stino quando dice che non ci è mai stato apostolo che non 
habbi havuto bisoguo di dire : « Dimitte nohis débita nostra » ; et 
Valenza, che il vocabulo de supererogatione era stato trovato stra- 
nio, allegando San Paulo ad Galatas et ad Ephesios; et che la 
parabola quicquid supeieroyaieiis ex [seusuj allegorico non elice- 
batur ^ argumentum ; et che se questo fusse stato detto al pecca- 
tore haveria maggiore apparenza. Aile quali opposition! fu risposto 
dal vescovo di S.'" Brius ■*, che '1 negare che i nostri meriti et 
oratioui non possino servire per aiutare l'un' l'altro era un negare 
che noi siamo merabri di Christo, allegando i Cor. ^°, et l'oratione 
dominicale che dice « dimitte nohis » et non « dimitte mihi » ; et 
concludendo ' che questa era una délie propositioui di Calviuo per 
impugnare il raerito delFopere, et che tanto niaucava che lui lusse 
di questa opinione, che non si voleva guardare di dire che l'opère 
erano state cosi grate a Dio che sopra di quelle ei'ano fondate le 
promesse fatte à i nostri antichi padri Abram etc. ; dicliiarando 
l'ethimologia del verbo supererogare che non era far pin che 



' V. P. r^4: al \'0t0. 

2 Ibid.: etc. 

3 G. 403: dicebatiir. 
* Saint-Brieuc. 

5 G. 403: conebido. 



118 ROMK KT roissv 

l'iluomo non doveva, corne cr.-i stiito presiiposto. ma clic nogare 
sin^nificava donarr, et snpprrn/f/dre tlonare largamente. Diede 
v° anclie [ un jioco di scandain (|iicllo che disse detto car.'" Ciatti- 
f,'lione dell'ordine de' meiidicanti cioè clie la loro era iina terrihil 
jii-ofessione ' per esscrne stata privata la Cliieaa di Din per lo 
spatio (Il 1200 aiini in sino à tanto che sia stata portata dentro 
uiia bisaecia ; et clie, intanto che siano hiiomini da hene et ubi- 
dienti k lor vescovi, siano accarezzati, piirche non si ciioprino 
di'll'omlira di certe Olcmcntinc. l'arinieiitc, lu trovato stranici «luello 
elle il veacnvo di Valenza si fcce cadere in proposito, parlando ' 
de" frati in forma di dcrisione: eio è che San Thomiiso diclii che 
tanta ^ratia si riceva nella professione quanta nel hattesmo et che 
iin'altra ("sic), che lui non voleva noniinare, diche (sic) che si ri- 
mette la pcna et la colpa. 

Ci fu anche chi disse che le comraende non poterant sulistineri 
de iure et che '1 papa non poteva tare che i monaci havessero 
nulla di proprio. 

Alli IX, il n- colla i-e;;ina et fratello, cou il re et repina di 
Navarra et tutto il suo consig-lio, fu a Poissy, dove, essendosi 
posti nel luogho deputato à sedere. stettero per un poco aspettando 
che fussero introdutti i ministri della uuova rcligionc ; i quali, 
essendo finalniente comparsi, si posero in ginocchioni et diedero 
spatio h un gentiThuorno normande di adimandare audienza per 
loi'o : il quale liavendola impctrata, Tlicodoro incomincin a parlare. 
et l'oratione che ha dato in stampa, ancora che sia stata ampliata 
(riiM nioiulo, seguita in qucsto modo: 

Suit (tf. 137 v" à 147 v") le discours de Bèze. traduit en italien. Le texte, 
dirtVrcnt de ocliii ilc La Place (|u"a reproduit VHisioire ecclesiasti(jiie, n'est 



' V. F. lai: perfettione. 
' Ibid.: parando. 



JOURNAL DE l'aSSEMULÉE 119 

\y.\s non pins entii-ieinent conforme à la première édition imprimée parue 
pou i\v Jours après la séance du 9 sept. Il concorde, sans doute, avec 
celui que Bèze remit ce jour-là et (|ui fut confié au cardinal de Tournon 
qui l'aura communiqué à l'auteur du âiario. Les différences ne sont pas 
d'ailleurs telles qu'on puisse, avec ce dernier, qualifier d'« ampliata d'un 
nioudo » la version originale imprimée. Elles consistent 1° (f° 139 v°) 
dans un appel au roi Je Navarre: « Et quello clie v'appartiene, Ke di 
Navarra, Sire, et a voi SS." 111.'' principi del sangue » i Vur. pol. 12i, 
place Sire avant Hé di Xavarraj alors que le texte français porte sim- 
plement : « C'est la droicture de vous, Sire, et des illustres princes du 
sang > (Hist. ecclh., I, p. 564) appel réitéré f° HT « da voi, Re di Na- 
varra, Sire, et dagli altri eccellentissimi piincipi del sangue » au lieu de 

• de vous, Sire, et îles très excellents... > (Hist. eccle's., I, p. 577); 2° une 
apostrophe directe aux cvêques: « che voi Prelati monsignori » tandis 
(|u'il y a: " vous Messieurs» dans YBist. eccli's. (I, p. 564): 3" (pielques 
mots omis: f" 137 V dall'assistentia del nostro Iddio > au lieu de •< de 
l'assistance et faveur de nostre Dieu • {Hist. ecclés., I, p. 560) ; f 140 v°, 

• proprii ta di quelle » au lieu de <■ propriétés substantielles d'icelles » 
(Hist. ecclÂs.,!., p. 566): f° 141 v° • d'oiîerire par la remissione » au lieu 
de « l'offrir derechef pour la rémission » (Hist. eccle's., I, p. 568) ; f ° 145 v" 
« quanto agli aitri sacramenti » au lieu de « quant aux autres cinq sa- 
crements o (Hisl. ecclés., I, p. 575) — ou ajoutés: f" 141 « quello ch'è stato 
fatto di nuovo, secondo che noi possiam conoscere, non è stato sempre 
fatto » au lieu de « ce qui a esté hasti n'a tousiours esté basti... » (Hist. 
ecclés., I. p. 567) ; et quelques conjonctions (et) on membres de phrase 
{egli -diee) sans importance; — ou modifiés: f° 142 ♦ S. Giovanni nella sua 
prima catholicâ» au lieu de « en sa première canonique » (Hist. ecclés., I, 
p. 568); f° 142 v° « ci è fatto buono » au lieu de « nous est alloué • (Hist. 
ecclés., I, p. 569); f° 145 v° «alla nostra cogitatione « au lieu de «à la 
conjonction de nous » (Hist. ecclés., I, p. 574) ; ibid. <■ io non tocco punto . . . 
io credo » au lieu de « nous ne touchons point . . . nous croyons » (Hist. 
eeclés.. I, p. 575); ibid. «nella vera cognitione > au lieu de «en vraye 
recognoissance » (Hist. ecclés., 1, p. 575); f° 147 « ci conduce, nous con- 
duit « au lieu de « nous a conduis • (Hist. ecclés.,!, p. 577); ô". 143 V, 
144 v" « l'araor di Dio » au lieu de • l'honneur de Dieu > (Hist. ecclés., 
l, pp. 571, 573). 



120 KIIMK KT l'OIS.SY 

QlUllliIo il (Icttn 'l'iicddni-o ilcttr (|llcll;i (■•iIllli.-llvltioMi- di'lla (lis- 

tantia (loi corpo del S/" neirimstia alla distantia ' dt-l cielo nel 
centro délia terra, si scorse in ofçni iiiin •^eiieralmcnto un risen- 
timeiito et un pallori' cstraordiii.irin. dico etiani di i|iiilli dcila 
niiova rclii;i(iiic '•. in tantn clic rm-atorc si •i^^niincnto et si fcrmo 
taiitii l'Iic il S.'"' car.''' di Tiirniinc licldic siiatin di diri' ((Mcstc jjarolc: 
« Ali, Madama, eonie potete voi comportare clie in presenza vostra 
si dieano questc l)iantenie ! Alnieno, dateei licenza elie nui possianio 
partirc di ([ua ». Al clio S. M.'" non fccc altra risposta clie eo '1 
far senihiautc di volerai rizzare et dar segno d'iiaverne presa ;^rande 
alteratione. Il qnale affetto ' dieono clie si seoper.se ■* anelie nel rè 
di Navarra. Kt se il dettu car.''' di Tiinidne fusse stato se^niitato 
da dua (sic) o trc altri. i'» ojiinion di iiiolti che .si sariii interrotto 
questo eongresso. T'omc il detto Tlicodoro lidibc poste fine alla 
,sua arenga, il detto cardinale, rizzatosi in piedi, et indrizzato nic- 
desimamcnto il slio jiai'lare al re, adimandô ehe Tlieodoro des.se in 
scrittura ((uel clic liaveva detto, perche oonlidavano lor vescovi. eon 
l'ainto di. l)io et délia gloriosa Vergine et di tutti i santi, di ri- 
spondere come si eonveniva al çrado et uffitio loro. Et per questo 
effetto adiinundo un.i audicnza, et gli fi'i accordata per il di xvi. 

La niattina scgiu'ntc clie fii alli x, si feee congregatione gé- 
nérale per consultare sopra la risposta che si dovesse fare alla 
propositione di Théodore Besa. Et poi che fu dispntato da alcuni 
molto à lungo se si havesse a rispondcre particolarmeiite à tutti 
i punti tocchi da detto Besa, ô vcro à (|iiattro capi soli che erano 
stati i principali, essendo la ])rima ii])ininne seguitata da molti 
de'theologi, i (|ii;ili )ici- lo più scrviv.-ino airostentationc dclla lor 

' V. P. 1^4: distantia delln siiiiiiiiità del cielo. 

■ Ihid: set ta. 

3 Ihid.: effetto. 

* Ihid. : si scorse. 



.loVRXAL DE l'assemblée 121 

dottriiui, il vescovo di Samlir '. quando venue a dare il voto i5U0 
f. 14S concluse con diverse ragioni et autoritA che, poi che i] il Besa in 
mme de. i ministri di Ginevra haveva diretto il suo parlare al rè, 
alla regiiia et principi del sangne, ncm si doveva in modo alcuno 
condursi a parlare in forma di risposta, perche il farlo non sa- 
rebbe altro che un voler" entrare in lite con gli heretici, facendo 
l'offitio di parte et mostrando di consentire nel giuditio di quelli 
à i quali si parlava. Et che perô l'opinion sua cra che si facesse, 
non risposta. ma una - remostranza per la qnale havesse da esser 
conosciuto corne il trattare di tal materia apparteneva solo al con- 
cilio universale, et che altri non ne potevano ne dovevano esserne 
auditori non clic giudici. Et il vescovo di Valenza al quale tocco 
a parlare dipoi. laudando et approvando in ogni parte il voto di 
detto vescovo, disse che a lui non restava da dire altra cosa se 
non questa clio. non solo non credeva che il re, la regina, i prin- 
cipi del sangue, liavessero pensato mai a farsi giudici nelle cose 
délia rdigione, ma che sapeva ben lui esser vero il contrario. Onde, 
essendo stato ' seguitato il voto di detto vescovo per i più, fù 
concluso che monsig/'' ill.""" di Lorena fusse quello che facesse 
detta rimostratione et si estendesse solo suU'autorità délia chiesa 
et suUa verità del vero corpo di Christo nel sagramento deireu- 
charestia, C(.n conditione che se ne havesse à formare una scrittura 
la quale restasse in man sua sottoscritta da tutti délia * con- 
gregatione. Il che gli fu accordato, corne cosa che, per discarico 
suo, fu trovato (sic) ragionevole da ciascuno. Et cosi tutti i car- 
dinali corne i vescovi, dico etiam quei pochi che son riputati su- 
spetti. si sottoscrissero airautorità délia Chiesa et alla realità et 
presentia del sautissimo sacramento. 



' Saint-Brieuc. 

■ T'. P. I:i4 : una certa limostranza. 

^ Omis pai- V. P. 134. 

* F. P. ]:J4 : da tutta la. 



122 



KdMK KT POISSV 



Dalli X sino alli xvij si attese iV trattar délia sovveiitione clie 

Mi liaveva da dare al ri;, sen/.a pero clie si venissc à eoin-lusione 

alcnna, esscnili» clic i prcl.-it j iimi vulcvano passai- rull'cit.i die lia- 

v' vevaiio fatta ili riscuotere il domiiiio del | rc in vj aiiiii, et la ii-- 

;,'iiia desiderava clie in qnesto scambin acconsentissero ad ima alic- 

ni 
iiatioiii' di . t'raiiclii d'ciitrata. lOt suiira ((iiesto aiidarniiu à torinp 

nioltc praticlic, tanto clic supra^^iuiise la j,noriiata dc'xvj ' asscgnata 
a monsig.'''' ilI."'" di Loruna, il quale, oltre alli iniiiistri soliti. 
hebbe d'avantaggio, per auditore, l'ietro Martire, veiiuto due giorni 
avanti sotto un salvci coiidoUo del rè, et, pcr quaiitu si dice, enn 
iina provisionc di 12 scndj il giorno. Uora S. S." ill.'"". voltando 
il suo parlarc al rc il qiialc liavcva incnata molto niaggiore com- 
pagnia clie non liavea fatto il giorno dcUi ix, disse cIjc |o i-ico- 
iioscevano per lor vero sovrano et natiiral sigiioie, et cije di loro 
si liaveva da proniettere qiiella niedesima obedieiitia clie era stata 
prestata a gli altri rc da i loro antecessori : ma clie la S. M.'-' 
liaveva ben da sapere clie la podestà ehe lianuo i rè viene da Dio, 
et die pen'i come sono suoi ministri, eosi sono andie délia Chiesji 
sua et non capi ; la ([ual cosa coiitirmo cou niulte autorità, et in 
particolare cou iina di 8aii (iiovan Grisost(niio (sic; die parla di 
Constantino iniperatore. Et aggi[o]nse questo ehe li rè non solo non 
erano capi délia Cliiesa, ma die erano conimessi alla cura de'pa- 
stori come l'altre pécore. Propose dipoi di volere tare intendere a 
S. M.** in nome di dii egli parlava, et dopo questo esporre quanto 
liaveva da loro in commessione. Onde, al primo disse die parlava 
])êr tutti gli arcivescovi et vescovi presenti et per li procuratori 
degli absent! délia Francia, et die liaveva in comraissione, lassando 
ogni altra cosa, da trattare solo délia Cliiesa et del santissimo sa- 
cramento mostrando ehe le interpretationi délie Scrittiire apparte- 

' G. mi: XVII. 



jorKXAi. DE lassemhi.be i-io 

neva (sic) alla Cliicsa catholica et apostoliea, et chc nelle contro- 
vei-sie délia religione gli autichi padri haniio havuto di mauo in 
mano riooi-so aile Cliiese supeiiori, et che sopra tutt.', et univer- 
sale, è stata teuiita sempre quella della qiiale è capo hoggi N. S.''*' 
f. 1 4!i che è a Roma ; 1| et elle iioi liabbianio la parola di Dio in due 
niodi : per traditione ' o per iscrittura, dichiaraudo che la detta 
parola fu innanzi alla Chiesa et la Cliiesa innanzi alla Scrittiira, 
et provaudo che i eoncilij non potevano errare neqiie cirea doctri- 
iiam. neque circa mores; et in questo proposito dichiaro un luogo 
di S.*" Agostino allegato da Theodoro che si contradichino in his 
(juae recipiunt rautationem seeuudum diversitatem temporum et lo- 
oorum. Quanto poi alla materia del santissimo sacramento, si fermù 
sopra quelle pai'ole « /loc est corpus meiim. etc. » raostraudo che non 
potevano esser più ehiare. et che quello che non fn dichiarato dal 
primo evaugelista saria stato dichiarato dal secondo, et se non dal 
secondo dal terzo, coiue ^^ vede in molti altri Juoghi, allegando 
quello del Ricco ; et che non si puo intendere che in queste pa- 
role sia parahola o sorte alcnna di oscurità, essendo quella una 
historia, un testainento coufermato colla morte, un coraaudamento 
et un sacramento, dannando ' molto la curiosità di qnelli che vo- 
gliono mettere in disputa cose cosi alte, che avanzauo la lor ca- 
pacità et i quali cominciano i lor primi quesiti con questa prima 
dimanda: « come puo essere questo?». Et clie la uostra era fede 
et eoii quella bisognava procedere, che liaveva letto iu una serit- 
tura fatto (sic) ultimaraente da uno della Confessione d'Augusta et 
di più reputati uella Gerraania, che queste parole erano chiarissime 
et indubitatissime, et che non era stata cosa lodevole parlare coutra gli 
absent!, volendo (credo io) tassare Theodoro per haver parlato nella 
sua oratione non sô che contra à quelli della detta Confessione 



' G. 403: traduttione. 
' V. P. 124: dandando. 



124 KO.MK KT l'OlSSY 

d'Auguata. Xcll'iiltiiMH partr, csurtô et »ii|)])lici'i il vl- à viih-re coii- 
Hervai'si iii i[iii'lla rcli^^ionc clie liavcvaiio teiiuta il padre, l'avo, 
l'ava, il IVatcllo et tutti f,'li aiitciossori, et esorto et siipplico la 
regiua, noininandola lor sovrana dama, a voler coiiservare il rè suo ' 
v" figlinoli) iielFaiitica religioiic de i suoi | aiiteoessori et del rè padre 
di lui et iiuuitu di lei, et far di sorte elie gli potesse al suo tempo 
restitiiij-e il deposito, che era stato fatto in sua mano, del rè suo 
figliuolo, in quello stato che i'haveva ricevuto ; et che nel conser- 
vare la religione nel figliuolo non couseg(iirel)be lei miner laude clie 
faeesse Terentilla neirhaverla acquistata nel rè Clovis suo marito ; 
et di ([uesto medesimo fcee insitantia a tutti i principi del sangue, 
uominaiido solo Antonio, re di Navarra. 

Il car.'" Turnone, subito che Loreiia hclilie (inito, si levo in 
pledi, ma liaveiido cominciato lies-a à jjarlare et stando ciascuno 
ferrao, gli conveiine tornare à sedere. Il quai Besa disse che, se 
non duhitasse di tediar troppo S. M.'" , vorrebbe fare di présente 
risposta :ï quello eiie era stato detto contra di loro, et che diman- 
davano fusse lor dnto et luoco et tempo di poterlo fare. Et detto 
questo, si butto con gli altri .-ipostati " in ginoceliioni. AU'liora Tur- 
none s'accosto al rè et alla regina et disse che .se loro volevauo 
sottoscriversi alli due articoli dichiarati dell' ' autorità délia Chiesa 
et del sacramento, che corne à penitenti aprirebbono le braccia per 
ricevergli ; ma quando stessino ostinati, non volevauo trattar' cosa 
cosa alcuna con loro et clie non erano per haver mai altro che un 
solo Dio, iina sola frde et un solo rè. 

Dalli xvij sino alli xx. l'aiitoi'e del diario fu ad iucoutrare 
mons."' ill.'"" legato, ne ha iuteso che, da quel di sino alli xxv, 



' y. P. 124: loro. 

- Il y a Apost.\ une autre (?) main a ajouté en surcharge: ati. 
V. P. 124: apostoli. 

3 G. 403 et 1'. P. 134: dall". 



.TOIRXAL DE l'aSSBMBLËE 125 

si:i aocaduta cosa die méritasse di esser uotata, essendo la parte 
de" veseovi occupata nel uegotio délia sovventione, iutoriio alla 
qnale si risolsero di comune conseiiso di non voler passare Tofferta 
[fatta] et di mandare dire alla regina, come fecero poi per il 
car.''" di Loreua et Borbone. che loro non volevano disponere délia 
parte de' lor frutti che toccavano à i poveri et aile chiese, ma 
solo di quello che toecava aile persone loro : et ministri (sic) a 
f. 150 prepararsi per |j la giornata cbe era atata assignata il giorno 
delli XXV (sic) per udire, seeondo dicevano, i nostri luoghi che il 
s."^ car.'*' di Lorena si era oflFerto nella sua arenga di mostrare 
circa Taiitorità délia Chiesa et del sagramento, senza havere ad 
entrare in nessuna sorte di disputa, et, secoudo loro, per havere a 
cementare tutte Topinioni che sono lioggi in controversia con i nostri. 

Hora essendo veuuto mercoredi xxv (sic i di settembre, présente 
la regina, re di Navarra et la regina sua moglie, i principi del 
sangue et tutti i sig." del consiglio, eccettuato il s."'' car.'*" di 
Tnrnoiie, il s.''"' car.''" di Lorena propose che desiderava d'iuten- 
dere da gli avver.'^arij se volevano accousentire à quel [due] ' 
articuli, cioè délia Chiesa eatholica et délia presenza del corpo di 
N. S.''" nel sacramento deU'eucharestia : et se havevano qualche 
diflScultà sopra i detti articuli, la potevano esporre che sarebbe. 
stata lor fatta anipia risposta. Besa, accompagnato da Pietro Mar- 
tire et da xv ô xx di quella setta, rispose al primo articulo, 
confessando che la Chiesa era una evoeatione in quanto alTethi- 
mologia del vocabulo, la quale evoeatione dichiarô di due sorti : 
cioè interiore et exteriore. L'interiore è solamente congregatione 
de gli eletti et predestiuati délia qnale parla San Paulo à i Ro- 
man j cosi dicendo: <i Qnos praescivU. hos prardestinarit, et quos 
praedesfinarit. lios et rocarit ron formes fier/, etc. ». La evoeatione 

' G. 403: X. 



12() KOMK K|- l'OI.SSV 

extoriiii-e è l;i roiisrcKîitimie co.si di-lli iji-i-dcstiiiati comi (sic; de 
i reprobi. El di qunsti iiitege N. S."- ncirEvangelio adducendo la 
iiietatorii (telle x ver-iiii (iclie i|iiali v eraiio stolte et v prudeiiti, 
i;t qiiella délia letc gittata iii iiiai-e iiella qiiale si eoiiteneva ogni 
sorta di pesci, ete. ; coneludondo iii questa parte aeeordar.si con 
l'opinione di mous."'' car.'" di Lorena. Dieliiara sic; pni i segni 
délia vera Cliiesa esser due: ciù c la purità dcUa dottrina et 
ramiiiiiiistratioiie de' sacraineiiti, cliiaiiiaiido qiiesti due se^iii es- 
sentiali, i quali mostravauo che la Cliiesa loro era vera coiiciosia 
ehe essi predicassero la dottrina ravata dalla purità délia Scrittura 
sacra seuza af^f;iungcrvi i> dimimiirvi cusa alcuna. et il mcdesimo 
facessero de' sacranieiiti. | Aggiuiise un'altro | seguoj per il 3" [ il] 
quale chiauio extriuseco et accidentale che è la suceessione perso- 
nalc, cLiamandd la prima extraordinaria et la seconda ordinaria. 
Délia suceessione |della dottrina] addusse Tesempio di Hieremia 
et di Esaia, di Daniel et di molti altri profeti i quali non succe- 
devano personalmente al saeerdotio levitico, ma furono cliiamati 
extraordinariamente per annunciare la vera parola di Dio al po- 
pulo, poiche gli ordinarij sacerdoti liavevano oseurata et oorrotta 
la vera dottrina, et clic la medesinia vocatione fatta liaveva Dio 
verso loro per predicarc la verità délia sua parola, aceusaiido i 
noatri di haverla oseurata et velata, talclie si posero nel numéro 
de' ministri extraordinarij di Dio. Soggiunse poi che la suceessione 
personale o veramcnte ordinaria si faceva per inipositioiieni niaiiuuni. 
la quale, ancor che tacitamente esso accett_asse non essere cosi 
manifesta appresso di loro come era appresso noi altri, nondimeno 
la noatra pativa moite difticultà tra le (|uali vi messe qnella di 
papa Giovanni feniina et di Giovanni xxii heretico. Veiine poi 
all'autoritîY di essa Cliiesa, la quale autorità dissi (sici dovcrc esser 
regolata tutta et fondata tutta ' s<ipra l'espressa parola di Dio 

' Omis par T'. /'. 1:^4. 



JOURNAL DE L ASSEMBLÉE 127 

esponendo quel luogo di San Panlo: <( Qnod Ecclesia est roi uni nu 
et fun(Jfimentnni reritafis » passive et non activé, cioè che la Ciiiesa 
non è colonna et fuiulamento délia verità, ma deve sustentarsi et 
appoggiarsi alla parola di Dio clie è la colonna et fondameuto 
délia verità, dalla quai parola di Dio ogni volta clie essa Cliiesa 
si dipart^i et discompagni, veramente erra. In questo senso accetto 
i qnattro concilij prinii generali et i dottori che furno in que" 
tenipi, i quali. in quanto sono coufornii all'espressa parola di Dio, 
mm hanno errato, ma nel resto potevano errare, et lianno f'atto de 
gli errori ; adducendo in esempio il primo concilio Niceno al quale, 
seconde che riferisce Sozomeuo, havendo deliberato di fare un de- 
creto che i saeerdoti non togliessero moglie all'avvenire, un solo 
huomo, detto Paphnutio, si oppose à questo decreto talche non fu 
F. 151 messo in essecutione. Addusse poi uu'autorità |j di Agostino che 
dice che concilia priora eniendantur a posterioribus, et nltimamente 
si scus('i di non voler parlare délia cena conciosia che fusse un 
misterio ineffabile et incomprensibile, et che era molto meglio ra- 
gionar prima di molt'altre cose che erano in controversia ; et eon 
questo coiicluse la sua arenga. Mons.'*' il car.''^ di Lorcua dette 
c.irico di rlspondere a monsig.''" Despansa ', dottore délia Sorbona, 
il ([uale, doppo haver detto un picciolo proemio per manifestare 
il desiderio che haveva délia pace et unione délia Chiesa, si volto 
a Hesa cosi dicendo : <.< Maistre Théodore Bese, se voi nella vostra 
arenga haveste * posto nella Chiesa questa distintione d'intcriore 
et exteriore. mons.''' il car.'" di Lorena non haveria durato fatiga 
di rispondere in qnella parte per confutare la vostra opinione. Et 
([uaiito a i segni délia Chiesa (lassando per hora di ragionare se 
voi liavete la vera dottrina et i veri sacramenti, percioche questo 
si esaminerà nell'articulo del S."^° sacramento delFencharestia dove 



' Claude d'Espence. — V. P. 124: De Spansa. 
■ V. P. ]J4 : havessino. 



l2S HOME ET POl.SSV 

s|)fi'i;imo, iii L)i(», di mostrarvi cliiarainente i-lie voi sicte iu uno 
aliiSîSo (li errori,) parlera solamente del terzo segno, cioè délia siie- 
cessione, la quale voi liavete distinta in extraordinaria et ordiiiaria, 
ut vi siete po.sto iiel numéro de' ministri extraordinarij, adducendo 
eaempi del Veecliio Testainciito i qtiali, eonic siani» veri, non fanno 
a proposito délia vostra successione. Iraperoehe, quando Dio cliia- 
mo extraordinariamente i profeti et altri liuomini santissimi neila 
lege vecchia. fai'eva manifesta la loro voeatione o eou niiracoli, u 
con presentin et auturità délia Serittura, eome leggiamo di Moisè 
il quale provn la sua missione eon molti miraecli, per i quali, esso 
et la sua dottrina, ancor e}ie paresse nuova, fu accettata dal po- 
pulo d'Israël. Il medesimo diciamo d'Isaia, Daniel, et altri profeti, 
i quali provorno la loro missione con qualclie mirac(d<p. In San 
(iiovan Battista clie apportù la dottrina nuova et inaudita, cio è 
il battesmo nell'aequa per la remissione de' peccati, vediamo la 
sua vocatione essere approvata con l'autorità délia Serittura, per- 
v° cioclie I essendo egli domandato clii fusse: «Ego roicJamaiiiis i» 
déserta, etc. ». Il N. S.''', parlando di lui, a])provo la sua voca- 
tione con la medesima antorità délia serittura, eosi dieendo: << Hic 
enirn est de qno scriptum est: Ecce eijo iiiifto (ine/eli<m meum qui 
precedet, etc. ». Eccovi adunque clie questa vocatione o missione 
extraordinaria, h fine che ella sia recevuta et creduta, bisogna clie 
sia approvata, et con miraecli, et con prescientia et autorità délia 
Serittura. Ilora, maistro Théodore Bese, raostrateci, vi prego, qualehe 
uno do' vostri clie liahlii fatto miracoli, o ven'i addueeteci qualcbe 
luoecj délia serittura clie ci liabbi profetizzato o avvertiti di questa 
vostra extraordinaria vocatione, et allhora iioi vi erederemo et rice- 
veremo voleutieri la vostra nuova dottrina. Ma perclie voi non potete 
mostrare ne Tuno ne Taltro, si conclude elie vui non siate ministri 
di successione extraordinaria. Ne potete dire che voi siate de gli 
ordinarij, non havendo irapositione di mano, senza la quale voi 
non ])otrete addurmi esempio veruno che, dopo gli apostoli et di- 



JIHUNAl. DE l'assemblée 129 

«repoli (li N. S.'*' i quali li:ivev;iuo inmediate rieevuta qiiesta au- 
torité drt lui, vi sia stato vescovo o sacerilote veruuo, approvato 
et ricevuto dalla Chiesa senza questa visibiie impositioue di mano. 
Ne vol, m." Théodore Bese, quaiulo partisti (sic) da Parigi, las- 
aando la vostra madré Chiesa, credo io che voi haveste rieevuta 
impositione di mano. Vi potrei per questo dimandare chi siete voi ? 
[con che] ' autorità inculcate al populo una nuova dottrina et am- 
rainistrate ' i sacramenti ? poscia che voi non siete ministri ne 
extraordinarij ne ordinarij délia Chiesa. 'Veugo liera all'autorità di 
essa Chiesa et de' concilij, i quali vi mostrerA per hora ad Itomi- 
nem che non possono errare nelle cose appartenenti alla fede, non 
bisogiiando metterci la conditione che voi dite, cio è che sia hisogno 
che i detti concilij siano conformi all'espressa parola délia Scrit- 
tura. Voi confessate che il Padre è ingenito et il Figliuolo sia 
omusio, eioè consustantiale al Padre ; che i putti si devino bat- 
f. 152 tezzar'; || che la madré di N. S.™ sia stata senipre vergiue et 
innanzi et doppo '1 parto; et nondimeno non mi potrete addurne 
espressa Scrittura di questo nome ingenito, dell'omusio, del bat- 
tesmii de" putti et délia perpétua virginità délia madonna dopo il 
parto. liesta adunque che, si come la Chiesa ci ha data et appro- 
vata cou testimouio tutta la Scrittura sacra, cosi parimeute ella ci 
ha manifestato et manifesta tutta via i veri sensi di essa Scrittura. 
Et in questo non ho approvata mai quella questione che va per 
la bocca di ciascuno se la Chiesa [sia sopra la Scrittura, ô la 
Scrittura sopra la Chiesa] K Ma ho crcduto et hora affermo che 
la Chiesa et la Scrittura siano di pari autoritii, percioche quelle 
istesse Spirito S.*" che dittù à i profeti, à gli apostoli et altri 
huominj santi, quelle istesse Spirito S.*^", dico, è et assiste conti- 

' G. 403 : dunque, mis en surcharge. 
' V. P. 124: adininistratione de sacramenti. 

' V. P. 134 s'arrête après ♦ o la Scrittura»; V. P. 136 : a achevé 
la phrase. 

MéUivçies d'Arrh. et d'Ilixt. Util. ^ 



KiO UOMK ET l'olShV 

iiuanu'iite ' ncllu sua Oliiesa, l't per taiitd (|uaiit1(i iiasco ' rlifficultà 
sopra quak'lie ' senso délia Scrittiira. bisngna olic quello istfsso 
Spiritii S.'" clic fcpo la Srrittiira et assiste iiclla fliiesa ci inostri 
et (licliiari il vcro soiiso siio. coinc av\('mic iicl primo coiicilio 
Nicciio (lo\(' ilispiitaiiilusi dclhi iliviiiitM lii Cliristd nc^'ata (la frii 
Arriaiii. i catliolici adùiicevano quella auforità di San (iiovaiiiii: 
« Jù/o ri Pater inuini .sinniis» per provare la consustantialità dd 
Figliiiolo Col Padrc, et coiilirinavaiio la detta aulorità coii raltie 
autorità délia Sorittui'a. [(ili Arriani aU'iiiçonti-o recevevano la 
raedesma autorità interi)retaiido quello innmi vnliiiitate et non na- 
tura, provaiido i|iiesta ioro interpretatioiie cou nM'alfro liio^^o d(dla 
Scrittiira] clie dice; « Volo ni fxtis /iinini sirnti /■(/o r/ l'utcr 
uiniM SKDiiis ». Hcro\ i clie un inedesimo liioi^o dcUa Scrittura, 
ricevuto parimentc da i catliolici et da yli Arriani, era divorsa- 
inente interpretato da Ioro. Era jicr tanto liisnirno che lo Spirito 
S.*^", in ([uel concilio uni\ersale ciie raiipresentava la CliieHa uni- 
versale, manifestasse (comc veramente nianilesti')) il vero senso di 
quel Inogo dclhi Serittura, ciô è elie quel luogo iinnm s'intendesse 
per Tunità délia natiira et non s(damente délia volontà. Cii'ca lo 
esempio di l'aplmniitio isic). aneorelie jiotrei dirxi elle Sozonieno 
fusse stato, i>er il testinionio di (ire.norio piinio. ineolpato di liavere 
adlierito alla niiova * setta de" Novatiaui, | et elie per conséquente 
la sna Uisttii'ni non fusse da esser ' rieevuta, nondimeno voglio 
valernii del suo testinionio eome di autore approvato, ma con cor- 
rettione. Il detto esempio di Paphnutio è stato allegato falsamente 
et fnor di proposito, conoiosia ehe Sozomeno non diclii che '1 con- 
cilio Xieeiio lialilii \(ilnto far Icgge o decreto die i sacei-doti si 



' V. P. 1:J4 : oïdinaiiaiiiente. 

- Ihid. : nasce (pialchc. 

^ Ibid.: alcun. 

* Onn's pai- T'. /'. lx'4. 

■'• Ces <leux mots omis pai T. /'. ]./4. 



JOUUNAI, DE I.'aS.SEMBLKE 131 

maritassero (percioclie questo non si trovo mai dal teuipo de gli 
apostoli sino all'hora ohe qiielli die erano già fatti sacerdoti po- 
tessero tor moglie.) ma era beue in iino uso, corne è hoggi nella 
Chiesa greca, cbe quelli clie havessero moglie potevano poi farsi 
preti. Onde Sozomeno dice in quel luogo che '1 concilie deliberava 
di fare una legge o decreto, che i vescovi o sacerdoti [ c'havessero 
tolto prima moglie quando poi venivaiio a farsi vescovi o sacerdoti] 
si asteuessero dalle raogli, et che solo Paphuutio si oppose à qnesto 
decreto, dicendo clie era castità Thaver commertio colle mogli '. 
In oltre, il coucilio non havea aucora decretato ; talche in questo 
(ancora che quello che era posto in deliberatione fusse stato errore 
come non era errore) non si puo dire che "1 concilie havesse er- 
rato. Quanto aU'autorità d'Agostino, voi sapete beue che innanzi 
a lui non erano stati più che tre concilij generali, ciô è il Niceno, 
Constantinopolitano et Ephesino, de" quali leggiamo bene che 1 
secoudo approvo la fede del primo, et il 3" approvo la cmifessiouc 
del primo et del 2°; et non si trova già clie l'uuo habbia emen- 
dato ralfro. La onde non è verisimile che Agostino inteudesse che 
l'uno correggesse Taltro, ma si bene che '1 posteriore dichiarasse 
il superiore. vero si puo dire che, poiche i concilij non possono 
errare ne nelle cose délia fede, ne nelle cose appartenenti ;\ i 
costumi, vero è che le cose délia fede son immutabili, ma quelle 
de' costumi si mutano secondo il luogo et le persone, si puo dire, 
dico, elle Agostino intendesse che un concilio posteriore possi emen- 
dare un concilio superiore nelle cose appartenenti à i costumi, non 
già rhe il coucilio superiore havesse errato in quel tempo che li 
t. 153 determiiii'i, ma che al tempo dell'altro |i concilio che segue, per la 
niutatione de" tempi, de" luoghi et délie persone, dette cose ap- 
partenenti à i costumi dovevano mutarsi et, per conseguente, 
emendarsi. Et di questa emendatioue è ragionevole che Agostino 

' Tout ce membre de phrase, clepuis -^ et che solo Paplniiitin •, est 
omis par T'. P. 1^4. 



132 KO.MK ET I-OISSY 

intend<^s«e ». Et qiiesta mi pare clie fusso la nomma ddla risposta ' 
(li moiis.""" Dospansa il quale, ancorclie non rispoiidesso a certe 
miniitit» addiitti' dal Mesa como diro di p:i|(a (iiovaiini fciniiia et 
di papa Giovanni xxij heretiro. risposp et satisfece aile rose prin- 
cipal! pienamente, oon Ratisfattione et contentezza di tutti i catho- 
liei, et con rossore et eonfusione de gli avvcrsarij i quali non 
potevano in modo nessiino provare qnella loro extraordinaria et 
fanatica vocatione. VA in etfetto ^'■li argnmenti de nostri fiirmi si 
potenti et eflficaci che gli avversarij non seppero che si rispondere 
se non dire clie erano stati approvati dal magistrato civile. Et à 
questo fu risposto loro clic '1 magistrato non liaveva tal' autorité 
et nemo dat quod non Iiahet. Mons."^' il car.'" di Lorcna, doppo 
molti ragionamenti tra l'nna et l'altra parte, fece ex tempore una 
Iiclla et dotta condnsione, dicendo che essendosi ragionato a pieno 
del primo articnlo cio è dcU'autorità délia Cliiesa et de' concilij, 
et conoseendosi gjà cliiaramente la verità clie era dcl canto nostro, 
hisognava venire al seconde articulo cioè alla verità del corpo ' di 
N. S.'" nel santissimo sacramento deireucharestia, sopra del qnale, 
si corne egli si è offerto nella stia arenga niostrar loro con con- 
senso universale di tutti i dottori de' primi 500 anni la detta 
verità, cosi liaveva già pronti i libri et l'autorità di ciascnno di 
detti dottori. Et quando non volsero stare à i dottori, che non 
voleva altro per provargli questa verità che l'espresso texto del- 
ri'.vangelio; concludcndo che se essi non si sottoscrivevaiio a qiiesto 
articulo non sariauo stati pii'i ammessi in altro ragionamento. 
Mostn') poi una confessione délia verità del corpo di N. S.'''' del 
(sic) sacramento sottoscritta da cento ministri in circa di (|uclli 
v° délia confessione Augnstana, la quale scrittura sottoscritta è stata 
mandata ultimamente al re da i dnchi di Vittinburg ' et Saxonia, 

' ^'. P. 1^4: che fosse la risposta. 
2 Ibid. : alla verità di N. S.-^" 
•'* Wurtemberg. 



JOURNAL DE L'ASSEMBLÉE l'i'i 

Aa\ couti Palatiiij et l'antgravio d'Oxia ', i qiiali havendo havuto 
nuovo (sic) (li questa assumblea di Poissy s'erano a' xv d'agosto 
asseuiblati in Luiiiberg ° cou i detti tninistri, dove havendo di 
comun coiiseiiso fatta la detta confessione la maiidavano a S. M." 
pregandola et persuadendola clie vogli pii'i tosto stare nella con- 
fessione délia Cliieaa romana clie lassarsi tirare aU'assurda, falsa 
et fantastica opiuioue de' calviuisti. Esso s.°^' car.'" per maggior 
teiTore de gli avversarij ha volute servirsi délia detta confessione, 
con intentione che se costoro eonfessaranno la presentia di N. S.'«> 
nel sagramento si possino poi più facilmente ridurre ajla verità 
délia transubstautiatione. Gli avversarij risposero che in questo 
volevano consultar fra loro et poi risponderiano quando piacesse 
alla regina, la quale assignô loro il terzo giorno che fu il venerdi. 

Il di de i xxvj, essendo parao a tiitta la compagnia de'vescovi 
che '1 s.""^ car.''' di Lorena, che haveva solamente a rimostrare i 
luoghi citati uella sua arenga, si fusse lassato tirare a quello che 
meno loro approvavano di disputare de' dograi, fecero un'atto alla 
presentia sua per il quale dichiaravano rhe quello che passava in 
qneste conferentie circa la dottrina era senza consenso loro, et che 
intendevauo di stare alla determinatione che [non] se ne facesse. 
Et questo non ostaute, il venerdi xxvij (sic) di settembre, il pre- 
fato car.''' di Lorena, présente la regina, re et regina di Navarra, 
et gli altri principi del sangue et siguori del consiglio privati (sic), 
cou più di veuticinque vescovi et altritanti theologi, propose bre- 
vemeute che essendosi neU'altro congresso presa risolntione che Besa 
f. 154 et altri, ô sotto scrivessero il seconde articule, o che non si || do- 
vesse più ragionar con esso (sic) lero, desiderava d'intendere quel 
che deliberavano di fare. AUhera Besa, con i medesimi et mag- 
gior numéro di compagni, doppo havere detto un Itreve jiroliemie 

' Landgrave de Hesse. 

« Naumbourg(?) — V. P. VU: Lunembergh ; V.P. 136: Luxembergh. 



134 KOMK KT POISSV 

in Miiii scusîi, (liï<se che per fnrsi meglio inti'iider»' liavcva p<ii-tat") 
in scriptis qnelle coRe le quali flcsidorava fare intendere alla re- 
gina et alla rompa^nia. La detta sfrittiira, in somma, eontcneva 
duo capi. Nel primo, si dolse dcl s.'"' car.'" du- i simi tlifolo^'i 
siano nel primo eon^^resso piitrati a ragionare dclla loro vofationi-, 
esaendo rajfioncvole die si dovcva jirima ragionare délia duttrina 
che venire a questa parte délia vocatione. Et in qiiesto mostrava 
elle fusse stato lor fatto torto perelie aneor'esso potrebbe domandar 
loro se quando fnrno f'atti vescovi erano stafi elctti dal p(i|iulo et 
se liavevano la vita et la dottrina elie si ricereava a siniil grado, 
o vero se liavevano eomprata questa dignità per favore, pei" ser- 
vitù, o per (lanari. VA in quest'ultima parte toceo taeitamente l'an- 
nate et parve a lui di li.ivere posto in dubbio l'autoritA de'nostri 
vescovi et liaverci pagato délia medesima nioneta. Xel 2° eapo, en- 
tro nella materia del sacramento, facendo unu confessione oseura 
et dnbia secondo il solito, ci(') è che uella cena essi ricevevano vc- 
ramente il eorpo et il sangue di N. S.'"'' aggiungendovi la solita 
elausola per fede, et che '1 modo di riceverlo era ineffabile et in- 
comprensibile. Preg<S poi il s."* car.''' di Loreua che dicesse loro se 
parlava ' in nome di tutta la compagnia o privato nome, aggiungendo 
in oltre che se il detto s.'" si contentava dell'articulo délia cena 
délia confessione Augustana, essi per aventura lo sottoscriveriano 
volentieri. 11 s.™ car.'® non inancô di risponder subito alla detta 
scrittura, mostrando, nel primo cajio, che Besa havesse ))Oca espe- 
ricntia di fare i vescovi in Francia. et che dove haveva spe- 
rato prima che di qnesti congressi si dovesse venire h qualche 
buona | et sauta uiiione, hora considerava che essi s'allontauavano 
il più che potevano da questa santa opéra, percioche erano entrati 
a biasimare l'elettioni de'nostri vescovi coii grandissirao pregiuditio 
delTautorità del re ; et ridasse questo punto in materia di stato, 

' Le ms. V. P. l:S6 s'arrête là. 



JOURNAL DE l'aSSEMBI.KE 135 

(k'duceiido oou ragioni clie essi volevano non solaraente biasimare 
r.uitoi-ità del re présente et de'passati, ma cercavano ancora di di- 
niiniiiila a fatti). Et in qiiesta parte dechiarô clie tiitta l'autorità del 
populo di Fraiicia, per conseuso di esso populo, era data alla maestà- 
regia, di maniera che la persona denomiuata dal re ad alcuna cliiesa 
veuiva per eonseguente ad esserc approvata et eletta dal populo : 
ollra di ciè, dopo cbe il papa liaveva eletta la persona denonii- 
nata dal re nelle boUe vi è una lettera indirizzata al clero et 
al populo per aeeon>ientire alla detta elettione, [talclie, in quu- 
luiiqiie modo s'intenda l'elettione] de vescovi di Francia, si tro- 
verà il modo houosto et ragiouevole. Venue poi a ragionare del- 
l'aunate, provaudo che non vi era simonia percioclie si fa eon con- 
sentiniento et comune accorde in segno di riconoscere la superio- 
rità délia S.*" Sede Apostolica. Et, quanto alFatiVonto che Besa 
diceva essergli stato t'atto, disse che il raedesmo Besa n'era stato 
cagioné, haveudo detto che essi erano ministri estraordinarij. Et 
il detto Besa fu ancora causa di entrare in ragionamento délia 
veritù del corpo di N. S.''* uel sacraniento délia eucharestia, ha- 
veudo in quella sua prima arenga detto in pubblico quella biastema 
eio t che '1 corpo di N. S.'" era cosl loutano dalla cena eome il più 
alto del cielo al più profonde délia terra, et che per questo era 
necessario ragionare di questa santissima et vera presentia del corpo 
del nostro Sig.''' nel detto sacramento per tor via lo scandalo et 
qualche mala opinione che poteva essere impressa neU'auimi degli 
auditori. Soggiuuse poi clie egli et la compagnia de'theologi non pro- 
posero quello articulo délia Confessione Augustana quasi approvan- 
f. 155 dolo il , ma perche conoscevauo che la via di condurgli alla ve- 
rità délia transustantiatione era di farli confessare la presentia 
reale del corpo di N. S." nel sacramento, et, iu questa parte, quelli 
délia Confessione Augustana era[no] più vicini alla verità che essi. 
Concluse poi in un bello et eflScacissimo modo la detta presentia 
con l'autorità di tre evangelisti et con quella di San Paulo : « Ac- 



13() KOME KT l"l)l.SSV 

(■ijiHf \i'f\ rtiiiimt'fl/fe, lior est corpus mi'iim. liihite ex hoc otnnes, 
hic est sanguis meus, etc. » et finalmonte non domandava alfr'arrae 
l)er profunir qnosta verità elie l'espressa parola di r);<i. Besa rispose 
brevcmente et non molto a propositf», talclu- l'iotro Martire volso 
ainfarlc (sic) mn iin.i jii'i'nu'ilitata uratidiif la qnalc e^'li récita iii 
linj;iia italiana. si'ns:in(liisi clic cosi ^li cra stato comniaiidato dalla 
regina. La sua iiratimn- l'u liui^^a di iiic/z'm-a, et cinitciini' iliic 
parti priiicii)ali : l'uiia cinc cIk^ la lui'n vocatimie cra légitima, 
l'altr.i fil tntta ad inipruliarc la jiiitiia oratioiie clic fece il car.'" 
di Lorena qiiando parlo délia vcrità et pi-csentia dcl corpo di 
Christo nel sacramento. Kt disse clic in (|iicl mistcrio vi erano 
quattro cosc, cioc : liistoria alla quale aiiparticue dire la verità 
senza parlar figurato ; la seconda die vi er.i il precetto, « et j)receptiim 
Boniini lucidum [est\ iUvminans oculos. etc.»; la terza, che vi 
era testamento ncl qnalc vcraniciitc si dclilic dire hi Vdluntà dcl 
testatore; la qnarta et nltinia, clie era sacramento il qnalc dcliba 
tenere il segno et la cosa significata. Et in qnesto, qnanto alla 
prima disse clie, circa alla successione délia dottrina, che toro pen- 
savano d'haverla, predicando (corne facevano) la pnra ' parola di 
Dio, et che, ancora clie non liavessero imposition di niano, l'iiave- 
vano pero in virtiitc et clie la nécessita gli scusava se non liave- 
vaiio l'attiiale, nmi havendo da clii riceverla, perche se fussero an- 
dati da i vescovi essi non gliel'haveriano dat.i, tenendo iiiia dot- 
trina contraria alla loro, et per il contrario essi si sariano tatti 
v° eonscientia di | rieeverli (sic) per non mostrarc con scandale d'altri 
d'approvare la loro autorit:'». Et in questo proposito addnsse due 
esempi, l'nno di (|uella isie) che stava tra gli infîdeli et credeva 
in Christo et. non liavendo clii lo liattez/.assc, pregava un turco 
che gli buttasse l'acqua addossn con l.i forma délie parole: « ego 
te haptizzo in m/iiiiiie l'utris et FiliJ rf Spirittts Sancti » di 

' Omis par T. /'. V34. 



JOURNAL DE L'aSSEMBLÉE 137 

modo che, conie il biittizzaiite uon era ministre) di Dio non ha 
vendo mai liavuta impositioue di mano et non per questo il bat- 
tizzato, venendo tni i christiunj, haveva bisogno di niiovo battesmo, 
cosi loro potevano ricevere la impositione di mano ' esteriore come 
in effetto liavevano ricevuta da i miuistri délie lor cliiese o da'ma- 
ijistrati civili. Et l'altro esempio è di Sefora, moglie di Mosè, la 
quale c'ssendo femmina et gentile et, per conseguenza, non ministra 
délia circuncisione, cireuncise il fîgliuolo generato da Mosè, ne si 
dubbito délia validit;\ di detta circuncisione. Quanto poi alla se- 
conda che coutiene la confntatione délie ragioni del s.""' car.'® di 
Lorena, si sforzù, eon l'autorita délia Scrittura, di provare che 
neU'historia spesso vi è parlar ligurato, et cosi anche ne precetti, 
ne sacramenti et ne testameuti. Per la prima, allego due autorità 
del Genesi che sono: ^penitet me fecisse hominem, etc.» et « om- 
nes anime que exieraiit e.r htmbis Jacob et ingresse sunt in Egiptum 
erant numéro septuaginta », dove pare che '1 parlar sia tigurato. 
Contra la seconda, cioè i precetti, addusse "" l'autorita di N. S.™ 
in San Matteo: f. C arête à f'ermento p/iariseorum, etc. ». [Contra, 'û 
terzo et il quarto, coniuncendo insieme il testamento cou il sacra- 
mento, coucio sia che '1 sagrameuto sia come un sigillo del testa- 
mento, allego Tautorità deU'Exodo: « Çiiod magnum est P/iase] 
idest transitât (sic) Dominj». Et in elTetto in tutta questa seconda 
parte non. hebbe altra mira che di improbare la verità del corpo 
del sacraniento, ancorche astutamente raostrasse di voler dire altro. 
Mons.'''' di Spansa rispose bcnissimo ' à quest'ultima parte, percioche 
alla prima parte dove provava la sua vocatione era stato già ri- 
f. 156 sposto nel primo congresso, dicendo che gli argumenti || non erano 
à proposito, percioche il car.'"" non provô quella verità délia histo- 



' Tout ce membre de phrase, depuis « et uon per iiuesto » jusqu'à 
\-A impositione di mano >, a été omis par V. P. 124. 
' G, 403: ehe et addusse. 
' I". P. 1.24: buonissime. 



homf: i;t I'oissy 



ria |ho1:i|, ma ila tiitff i|Ui|lc ijuattro cosc iusienK-, li- i)iiali. lutte 
iiisiemente trovandosi iii quel santissimo misterio, facevaiut clie le 
l>arole dovevano inteud'-rsi sciniilicemente et assolutameute seuza 
tiiippii ' o pai'lare (ii;iirat(i veiMiiii». VA uoii si trovcrà mai luii;;o 
aUniiio uiiUa Scritlura cIk^ euutenj^iii queste quattro eo.se iiisieine 
cioè historia, iireoetto, H-ieraniento et testameiito, elie lialilii parlai- 
iigurato. Et non obstante questa vera solutione, si rispose nell'ai- 
giimento contra il precetto, clie N. S.""" medesimo si dichiaro dicendo 
a gli aïKjstuli : « 7v/o dico (If frniifiito plidriseorum /[iKid esl liipo- 
crisis ». Contra l'argumento ultime, si è risposto clie il texto non 
dice quod agnus est Phase, ne s'iuteude a questo modo, ma dice: 
^ Comedite /ï'stin(i>//er. est (fiiim triinsiliis Domiiii » ciù è: « nian- 
giate presto questo agnello per cio die il ■Sig.''*' passa » ù « vera- 
mente | èj il passaggio del Sig.''' », come se noi dicessimo: « niangiate 
con allegrezza pereioche è la doinenica et la festa del Sig.'*». 
Et iii eti'etio si satiaf'ece à pieiio et con sutisfattione di ciascuno à 
gli argomenti di esso l'ietro Martire il (iiialc pereioche iiel Hue délia 
sua areiiga liaveva exortato ogiii uno a propalare liheraiiioiite qiiello 
elle sentiva di dentro. 

Il Padre Laynes accostatosi al s.'''* car.'*' di Lorena et preso 
d.i lui licenza di parlare, voltatosi alla regina, disse clie con tutto 
clie egli fusse forestière, clie uoudimcno trattaudosi d'uiia cosa coin- 
nniue con ogni uno, et mosso aiicora daU'invito di fra Pietro Mar- 
tire che cosi lo domando sempre, fece un bello, devoto et dotto 
ragionameuto, mostraiido con efficacissime ragioni l'autorità délia 
Cliiesa catliolica et délia Santa Sede Apostolica, et clie alla detta 
Cliiesa appertiene (sic) solamente rinterpretatione del vero senso 
doUa Scrittura.. Et in questo coufutè l'espositione che Besa liaveva 
v° data délia ] Cbiesa « qiiod ipsa erat columnn et firnuimentum 
veritaiis » ; et chi si parte da essa entra iii iiifiiiiti crrori : et 

' Il seinblo iiuil iiianiiiu' ici un ou plusieurs mots. 



JOURNAL i)K l'assemblée 139 

olie (luosti délia nuova reIi.^■ione iinitaiio li altri clie si devinnio 
dalla Cliiesa, [i] qiiali, con dolo.i parole et aotto spetie di pietà, 
sparjîono et imhoccano velenosa et pestifera dottrina' nelli animi 
delli aiiditori et massime di quelli clie non sono versati et periti 
délia Sacra Serittnra; et clio. pcr qiiesto, l'aseoltarli cosi in pu- 
l)lico era pericolosissimo et di molto scandalo ; talclie S. M.*-' de- 
veva, per honor di Dio et per sicurezza délia conscientia sua, non 
trovarsi in simili ragionamenti, ma jjotria deputare alfuiii liuomini 
dotti i quali potrebbono disputare nella presentia di (iiialcirnno de 
principi che hanno autorità à fine clie non nasea qualclie disordine. 
Prese poi occasione di dichiarare la verità del santo sacramento con 
questo esempio facile et sensato clie S. M. *^ si tigurasse un principe 
il quale, vedendo assediata la sua citt;\ con periculo manifeste di 
essere disolata, si espose contra gli inimici esgo inedesimo, i quali 
liavendo seacciati et debellati libero la patria sua; et clie, volendo 
di una vittoria cosi grande lassar qualelie memoria [et] potendolo fare 
in tre modi, cio è con istituire clie in un certo tempo determinato 
si leggesse quella liistcria in presentia di tutti i cittadinj liberati, 
6 eo 1 fare rappresentare questa fattione come in una comedia dove 
si fingesse che si combattesse contra gli inimici et ottenesse vittoria, 
o vero col comparire esso medesimo in seena per maggior memoria 
di quel fatto, havesse voluto eleggere questo terzo come più noliile, 
L 157 più' degno et più eccellente; et che in questo modo N. S.''' Jesu 
Christo' haveva voluto lassare una memoria d'ùna rappreseutatione 
délia morte sua per segno d'haver liberata la generatione luimana 
dalla morte et dal peccato colla presentia del suo medesimo corpo. 
Et haveudo qui finito di parlare con molto zelo, il Besa, voltato 
alla regina, disse : « Madama, costui ci voi-ria ' mandare a Trento, — 
et questa saria una buona via di pacifîcare le cose délia religione 
in Francia — , et fa ' che la cena sia una comedia et che Christo 

' T. P. 124: liaveria vobito. 
2 G. 403: far. 



140 liO.MK KT l'OlSSY 

sia qiiello clie vi giiinclii cli l);i;,';!ttcllc ». Si venue poi u. disputure, 
cou arf,'umenti in forma, délia iircseiitia del eorpo di X. S.'" nel 
sacraniento. Et di (iiielli clic arKunieiitorno iJ Hesa fu il i)rinio clie 
adomandô confuBumente ' sopra le parole deiriCvau'jelio « lioc est 
corpus meum, etc. » se quel pi-mioine demostrativo hoc demostrava 
qiialchc cosa, cioè il pane o veraiiiciitc il corpo del Si^îuore; perclie, 
se demostrava il pane, veneria in eoiiseqiienza che il pane era il 
corpo del S.'", dove se non dimostrava altro che il corpo, dalle 
parole di N. S/'' in questa institutione si cava che qucsto sacra- 
m(!nto sia dimidiato et imperfetto, perche coutiene la cosa signili- 
cata et non il segno cioè la specie. Gli fu risposto da Dujjre che 
quel prouome hoc non dimostrava il pane, iierchc saria inia iirc- 
positione enormissima " che "1 pane fusse il corpo del S." , ma clie 
era un pronome vago et non signato, che bisognava congiungerlo 
con il suo predicato cio è il corpo, et cosi viene a diraostrare 80- 
laraeute il corpo del S.''" ; et che, quauto al segno, lo contiene be 
nissimo, perche non lii.sogniava (sic) disgiungere queste parole dalle 
précèdent! dette nella medesima cena, cioè « accepit Dominus ^ pa- 
nem, henedixit, fregit, dicendo: hoc est corpus meum, » et che 
mettendo tutte queste i)arole insieme et non separando l'una dalTaltra 
si inteudono insieraemente le spetie del pane che è il segno, et la 
cosa significata che è il corpo del S.''"' ; talche il sacranieuto non 
v° viene ad esser | imperfetto, anzi perfettissimo, contenendo in questa 
iustitutioue il segno et la cosa significata. Hor Besa volendo re- 
plicare et non iutendendo bene l'argumento coine quel che non in- 
tendeva quel dimostrativo vago et signato \ ancurche egli l'havesse 
dichiarato con uno eserapio materiale, Dnpre gli disse che venisse 
alla loro scuola per imparare i termini, et provocù Fietro Martine 

' V. P. 134: asaai confusamente. 
^ Iliid.: eronicissima. 
' G. 403: accepte Domino papem. 
* V. P. 124: significato. 



.HH'RN'AL DE I. ASSEMBLEE 141 

elle iiitendeva meglio dettj terminj a fjirsi innanzi. Allora Pietro 
Martire fece due argnmenti, uno ' c'uiè clie Cliristo in qiiella insti- 
tiitioiie aceepit paiiem, benedixit paiioni et fregit paneni : facendo 
tuttavia mentione del pane, bisogiiava rlie non inlendesse altro se 
non [che ilj ' pane era il sno rorpo, cloè significava et era fignra 
del suo corpo '. Et adducendo in qnesto nna interpretatione di Ter- 
tnliano in i° Whvo Adrersus MarrioDeni /lereticum che dice:«7Jro- 
fessns itaqiie se conmpisrctitin roncupisse eâere paschn. ncceptnm 
pane»! et distrihufum discipulis corpus staim illum fecit, hoc est 
corpus meum dicendo. idest fiçiura corporls mei. etc. ». L'altro ar- 
guraento fu cIip San Panlo, ad Corinthios, et San Luca, negli Atti 
de ç/li Aposfoli, cliiamorno questo sacramento pane. Di San Pnulo 
citô quelFautorità: « panis \quem] frangimus, nonne*, etc.». Di 
San Luca: « communicabant in frartione jJanis ». Et per roborare 
il suo argnmento, addusse iin'autnrità di S.'" Agostino, libro contra 
Adimantum. che dice : «non duhitavit Dominus dicere: hoc est 
corpus mexm, ciim ^ signmn daret sui corporis ». Al primo ar- 
gumente fu risposto che non si negava che in tutta quella insti- 
tutione Christo " dicesse: « nccepif panem, Ijenedirit panem. fregit 
panent » : ma si uegava bene la consequentia cioè che ne " seguisse 
che quel pane fn.sse il corpo di Nostro S.''", percioche per virtù 
di quella parola hoc est corpus meum la 8ustantia del pane si 
transmutô nella sustantia del corpo di Christo, altramente la sua 
parola non sarebbe stata vera, perche disse « questo è il corpo mio » ^ 



' Omis par V. P. 124. 

« G. 4Ô3: quel. 

■' V. P. 124: significava il suo corpo et figurava il suo corpo. 

* G. 403: frangi meus non ne etc. 
s F. P. 124: in. 

* 11 faut sans doute reconstituer la phrase : « che. in tutta questa in- 
stitutione di Christo, si dicesse ». 

" G. 403: non. 

* Mio est omis par V. P. 124 • 



142 HOME ET l'Ol.sSV 

i. 158 et non « questa || è la fi;j»ra del corpo niio ». Kt il detto DupK- 
(lisse clie si era offerto di provaiT questa vcrità mn la cspressa 
parola ili Dio scnza aggiuugere o diiniuiiire parola veruna. All'iii- 
tcrpretationi di TertiiUiano rispose clie cséo Tertulliauo in molti 
altri luo;;lii ha dccdiiarata l'opinion sua di questa verità, come, fccc 
ncl liliru Df rrsiiyrertione caniis clie disse « earo corpore et san- 
guine CJiristi vescitur ut' et anima de Ueo saginetur » ; et die in 
quell (sic) libro Adrersus Marcionem, parlando contra Marcione 
elle metteva in Cliristô un corpo fautastico et non vero, volse pro- 
varli coii questo saeramcnto clie Christo liaveva vero corpo perche 
qiiesto sagramento era figura del corpo suo, et rei non verae iiulla est 
figura. Al secondo argumento fu detto [clie] da Panlo et da Luca 
il corpo di N. S/*' era chiamato pane cioè cilio et nutrimento. se- 
condo la consuctudine de gli Hebrei elie cliiainano pane ogni sorte 
di ciljo; et, in questo significato, la carne et il corpo di X. S.''' era 
vero cibo et vero nutrimento nostro '. Fu fatto (sic) un" altra 
risposta a questo proposito che Christo si chiamava veramente 
pane corne è scritto in S. Oiovanni: « eyo sum punis rerus qui 
de cela (sic) descendi ». Et in questo significato, San Paulo, San 
Luca et altri dottori antichi cliiamorno la carne del S/* pane perche 
veramente nutrisce Fanima nostra. AlFautorità d'Augustino (sio 
rispose che esso Agostino in inliniti altri luoghi confessa la vei-ità 
et la presentia del corpo di N. S.'"' uel sacramento, et che biso- 
gnava interpretare Augustino (sic) per Agostino. Et percioche uel 
sacramento è il ^ segno visibile et la cosa significata visibile, Agu- 
stino (sic) dice che il S.'*" non dubito dire: « questo è il corpo mio » 
ancorche quel segno visibile fusse figura del corpo suo. Finiti questi 
argumenti, volsero ragionar' di altre cose, ma non si audo pii'i oltre 
perche la regina si levo, essendo già notte. 

' Omis pai- V. P. U4. 

2 V. P. I2i: céleste. 

3 Omis par V. P. 134. 



JOl'RXAI. DE L ASSEMHLEE H.'i 

Alli xxviij la regina col suo eonsiglio accettô l'offerta elie li.-i- 
veva fatta la Cliiesa di risouotere in vi anni il dominio dol iv, il 
qiialc imiiorta cosi confusaniente 16000000 di franchi, se liene alla 
Chiesa importa di xxi o xxij milioni. Onde la congregatione maiidn 
snbito il vescovo di San Briux ' alla caméra de'conti a Parigi pcr 
ritrarre veraniente quelle che il re '" cava délie iiij décime, liavondo 
opinione, con una accrescimento di dua (sic) o trecento mila fraiiclii 
di pin, di poter pagarc detta somma in termine di xij anni, se 
liene il rè, come si è dette, ribavrà il sno in termine di sei. 

Alli xxviiij et xxx il s.'"' car.''' di Lorena se ne ando a Me- 
dine ', et lasciù la carica di formare * i canoni [al sig.'' cardinal 
(Il Tornone in compagnia di non so quanti vescovi o ^ tlieologi, i 
quali vi attesero ineessantemente due virlte il giorno. 

[A di primo d'ottoVive, havendo monsig.'*" 111.'"" di Lorena tro- 
vato, nel ritorno suo da Medone, clie monsig.''" ill.'"" di Tornone 
et altri prelati et theologi c' liaveano vacato in qnesta sua a'psentia 
a formare i canoni sopra le cose delliberate nelle loro congrega 
tioni. elle, di quelle che Sua S. ill.'"" n'havea formate prima, ne 
cr.i stato siancellato o vero altei-ato non so che uno, sene dolse 
acerhamente nella congregatione générale, indrizzando il suo par- 
l.ire al sig."' cardinal di Tornone, et concludendo a buona cera che 
non era per comportarlo. Onde scusando queU'altro sopra tutti i 
deputati ch'erano stati di questo parère et non acquietandosi per 
questo Lorena, Tornone dis.se che poiclie sua sig." ill."'" voleva e^■- 
s'rc snjira le eongregationi. cirei;li si protestav.i di non volerci in- 



' Saint-Brieuc. 

- r. r. 124: che '1 cava. 

' Mendon. — )'. P. 1J4: .Medon. 

* F. P. ÎV4 ; la carica di seguitare di fonnaie. 

•'■ Ihid.: et. 



144 ROME KT l'OlSSY 

tervcnire pii'i ; et, cosi detto, sene usci fiiora et ni f«cf portare nell<- 
sue camere. La quai cosa dettr forte uel nano a tutti i vescovi. 
parendoli che Loreiia si vpudicasse troppa autorità sopra di loro, 
et pertanto sene dolseni modesta mente et lo feoero capace del torto 
che S. S. 111. ""* havea, poiiendof^li in eonsiderationc la eontentez/.a 
rhe sariano per piirliare (picsti ininistri iiitendiMiiln rlir tia huo 
incomineiasse ad essere disnnione. Onde rironoseiiitosi Ldrena, parvc 
l)ene alla eonçregatione di inaiidar monsig.""'' d'Amiens et d"Orleans 
a pregare il detto sig/'' cardinale ciic v(de!)se ritoniaïc, essendo 
che la congregatione havea pn'8o per prnpria riiiipiitatione du- 
Lorena gli dava, et fattogli confessarc che nnn si ]ioteva dolere di 
lui. Del die Tornone non sene rese difficile, et cosi, senza moite 
parole, fu posto fine a qtiesta alteratione] '. 

Alli ij es.sendosi inteso clie i vescovi di Usez, Valenza, Sali- 
gnach et Buttiglieri et Disiiansa ei-ano convenuti due volte à di- 
sj)utare privatamente cdn (|iicsti niinistri. et clie il niincire cm-n-va 
che i dctti ciiiqiie si vaiilavano di csscrc stati deiJiitati dalla con- 
gregatione, fu da tutti dctln clie se, cra vero che iiessumi di (juel 
corpo si fusse gloriato di essere stato eletto da loro à disputare, 
die meritavano non solo di essore scacciali da qnella eomiiagnia 
ma' di essere connumerati nd ninmni di altii lieretici. 11 medesimn 
di, Besa feee appresentare nella cougregatinne Finclusa confessione 
die egli et i eompagni volevano fare intornd aU'articiilo del sa- 
eramento. et scgnila [in (iiicstn modo|. 

Suit la traduction du texte de cette confession telle qu'on la trouve 
dans VHist. écriés., 1, pp. 676-677 et dans Espence (Kuble, p. 41) avec 
cette seule ditférence, que l'auteur du diario a inintelligeminent traduit 
< prend . par <■ parendo » et omis . donne » dans la formule « présente, 
donne et exhibe veiitahlemeiit la sulistance de son cor|)s •. Ile même 

' Tout ce paragiaiilie iLiani|ue ilans G. -KiS, 
3 G. 403: et. 



JOIRNAI, DE l'assemblée 145 

il naduit .percevoir» par > per iinesto vedere, pour ce voir»! — Le 
Vai: poUl. 125, contraireinent à Gas. 403, Ait - la fede rende vere le 
cose promesse • au lieu de « rende presenti », qui est ponforme au texte 
de Bèze. 

Ne mancarono di quelli che consigliavano che detta confessione 
si accettasse ', usando di questo termine che da un mal pagatore 
l)isognava accettare quel ehe si poteva havere. Al che fu risposto 
che non era da paragonare le cose délia fede con il dare et con 
rhavere, perche bisognava parlarne chiarameute et non con tante 
coperte et ombre conie facevano co^toro. Et pero fu risoluto da 
tutti di non accettarla. 

Fu anco ragionato et risoluto di tare fare un cathechismo il 
quale habbino ad usare tutti i curati per la F'rancia ad instruire 
il populo, et di eensurare la confessione di Calvino ; ma sin hora 
non è stato dichiaratn du ne liabbi da liavere la cura. 

Alli iiij il vescovo di Valenza ° porto in congregatione un'altra 
confessione di Theodi>ro dcU'inoluso tenore : 

Ici traduction de la formule donnée par Espence (Rublb, pp. 41-42) 
et VJJist. I celés.. I, p. GTS, sauf les différences suivantes: ■> et che noi 
pigliamo et mangiamo spirituahiiente » au lieu du « que nous mangeons 
sacramentel lenient » d'Espence, du « que nous recevons et mangeons sa- 
cramentellement, spirituellement » de VHist. ecclés. ; — « per esserne vivi- 
ficati > conforme à VHiii. ecclés. alors qu' Espence ajoute «et rassasiés »; — 
Ijijrliamo realmente et con effetto il vcro... » au lieu de « nous prenons 
très véritablement et de fait, seu realiter et re ipsa, le vray » (Espence- 
Rrm.E); « nous prenons vrayement et de faict le vray... » {Hist. ecclés.) ; 
l'adjonction de « nostro Salvatore Giesii Cristo » à cette phrase, Espence 
disant t Nostre Seigneur Jésus-Christ » et Vffist. Ecclés. simplement « nos- 
tre Seigneur »; — dans la dernière phrase « del nostro salvatore ,Jesu 

' V. P. Ii4 : s'eccettuasse. 

' V. P. 124 ajoute : in nome délia Reggina. 

Melaïujfn i/'.-l i-cft. ••! il'Ilint. Util. ^0 



■14b rio.Mi': KT l'oissy 

Cristo . au lifu de . iriccliiy • (Ksi'KXfE-Kiiiii.K , . (rict-liiy nostre Sau- 
veur • {Hist. ecclé.1.]; — pntin • per servare, pour conservf r • traduisant 
le «percevoir» d'Espence et de Vlfist. erclés. 

Va ponlio il (Ictto vcscovo nidstro (|u;isi clif l.i rc;,'in:i deHJde- 
rasse rlic si aoeettasse detta confossione, la conj^re^^jatioiie deputo 
il veseovo di Legiiix, délia Vaiira et di Cialone ', a forinare la eoii- 
fcssione ehe voleaiio clie facessero a S. M.'" , et a dolersi del pro- 
cèdes maliffno di costoro. 

Il veseovo di Seex ', iiel medesfinio giorim, dnjio essersi scu- 
sato de colloquuij elie liaveva fatti con questi niiiiistri, disse clic 
poi clie ia eongre^ratioiie non li trovava IjHonJ, si eome non }rli 
ti-ovava anco lui. non sentendo mai useir dalla lioeca di detti mi- 
niatri se non cose perniciose, esso non ci voleva j>ii'i intervenire, 
et pregô la eompaïnin ' h volerlo scusare eon la rc.^ina. 

Dalli iiij sino alli xiiij ^ è suecesso clie il veseovo di Lexias ', 
il pii'i veecliio dei tre vescovi ehe furno députât! a loruiare la 
confessione de" prélat! et la " censura di quella del IJesa et com- 
pagni, dopo havere fatto prima un poco d"orat!oneella, appresentô 
la tletta confessione insienie cun la censura, ii- (|Uali t'uruo lette 
ad alta voce da un de sefriTtariJ, et il tciiorc deU'una et delTal- 
tra è quello ehe seguita : 

Confessione de" prelati, 

La traduction placée ici est identiijue au texte donné par l'/Zis/. ecclés., 
1, p. GSf), sauf « iiubstantialuiente » au lieu de « transubstantiellement » en 
f. ItiO (|uoi il concorde avec Espense (Kiiiîle, pp. 42-43) dont il diffère en di- 
sant « per la virtù et. potentia délia divina parola», conforme à VHht. 

' Lisieux, Lavaur, t'iiâlons. — 1^'. P. I:i4 : Legieux, la Vaura. 

• Séez. — T'. P. 1^1: Seir. 

' T'. P. 134 : congregatione. 

< Ihid. : dalli 4 sino alli 9. 

"" Lisieux. — V. P. J34: Lexius. 

" G. 40:i: la confcsi-ione de' jirelati alla censura. 



.lOUK.VAL DE l'assemblée 147 

ecclés., tandis qu'Espence dit seulement « par la puissance de la divine 
parole ». Le traducteur a omis « Jésus-Christ » ajouté par les deux textes 
aux derniers mots • Nostre Seigneur ». 
Vient ensuite: 

Censura délia confessione di Tlieodoro Besa tatta da prelati et 
theologi. 

Traduction identique au texte donné par VHist. ecclés., I. pp. 680- 
682, à part de légères moditications : adjonction de «et spetialmente^ » 
dans la premièie phrase, ♦ realmente » dans la phrase « est aussi actuel- 
lement an sainct sacrement », et « sacra » ajouté au dernier mot « l'Ecri- 
ture » : — omission de « chi lo mangia indegnamente » dans la phrase 
f. 161 de S. Paul, avant « si mangia il giuditio » ; — traduction par « have- 
vano vera fede » de « auroient toutesfois en vraye foy ». 

Dopoi il s.*"' car.'"" di Tornoiie, corne présidente, fece dare la 
detta confessione al s.""" ear.'^ d'Armignach perche l'approvasse, et 
S. S. ill.™-'. replicando tre volte quella prima parola « io credo 
et cont'esso », proruppe in tante lachrinie, che eccito per il vero 
nella maggior parte una eontritioue mirabile. Di poi seguito il 
car.'*' dell'Lorena (sic), et recitô anelie lui semplicemente il tenore 
délia detta confessione, con qiiesta aggiunta : ch'anathematizzava la 
confessione di Théodore Besa et eompagui. Borhone fece il mede- 
sirao et si ufferse k sottoscriverla cou il proprio sangue. Guisa an- 
v° cora ] disse quasi una cosa simile. Et il medesimo fecero tutti gli 
altri vescovi '. di Usez, Ciartres, Vencia ' et Valenza iji fnore, de'i 
quali i prinii tre: chi disse, che ci si voleva pensare : chi si scuso 
di haverla fatta una volta ; et chi disse che il concilio et il papa 
solo lo poteva astringere à una confessione di fede. Ma Valenza 
replicn. quanto al santissimo sacramento, che fides quae nititur 
verho Del inducit et efficit presentia (sic) Domi)ii, volendo inferire 

' 11 manque un mot, sans doute ■ quelli •. 
^ Chartres, Vence. 



14S KO.MK ET POI.S.SV 

rlie daU'assistputi;! «idla tVdc liave«-^e da diiicndon- la prescntia del 
corpo del S/''; ot continiiô qiiesto cou 3 aiitnrità : priiiia « e.nil- 
tarit Abraham, etc.» dove dire «se riflisse iliem Ihinini »\ se- 
conde per la {^iii-<tificatioiic olif i'- fatta in nui per iiistitiani Del 
la quale <• pure in cielo; tertio alle^f') il concilio Niecno ' in une 
articulo che non è impresso, dieendo clie in quello ai leggeva « fide 
efficiemiis agnitm Dei esse snper mensnm ' ete ». Finito elie elihe 
Valenza, et non curandosi Turnone elie si gli replieasse, dai)oi che 
la cosa si era vinta per la pluralità de i voti, il signor card.'" del 
Lorena (sic) disse a tutti quel S." elie essendo stato incolpato Des- 
pansa di haver sottoseritto la confessione del Besa, voleva clie egli 
uiedesimo se ne giustificasse, et gli dette adito di dire eiô che vo- 
leva. Ma costui, in eambio di scusarsi, si cavi'j una scrittiira fuor 
di petto et cominciù a leggerla pin con il capo che con la hocea, 
fermandosi quasi sopra ogni parola, et perciie ooncliiudeva niente 
fu giudicato fusse mezzo fuor di s^. In ultime parve che volesse 
inferire che la confessione che egli liaveva, non so se rai deliba dire 
accettata h sottoscritta, ô exortato che si approvasse, non diceva 
f. 162 I' clic la fede appoggiata in su la parola di Dio facessc et rendesse 
presenti le cose promesse, ma che la parola di Dio appoggiata su 
la fede faceva questo etfetto, et che quel che lui haveva ô detto, o 
sottoseritto, posto innanzi, l'haveva sostenuto serapre, biasmando 
quel termine che .si era usato di anathematizzare et dichiarare he- 
retica la confessione délia •i)arte contraria, essendo che loro non 
eran di quella vita et dottrina de" padri de' primi cinque cento anni, 
che dovessero assicurarsi cosi facilmente ad anathematizzare et che 
i iiostri avversarij ci- havevano poi fatto una risposta che ci haveva 
(lato da fare, volendo inferire che la loro confessione liaveva l'es- 
chisiva da poterla dichiarare hcrctica. Et in etfetto fu facile a 



' 1,1' ms. V. P. 134 s'arrête la. 
* Il V a meiisem. 



JOURNAL DE L'aSSBMBLÉE 149 

scnprire <li ' luiver sentito puliliciire lieretica iina confessioiie ilella 
quale era stato i)ortatore, et clie, per minor maie, liaveva persuaso 
ch(î si aeeettasse, gli haveva fatto passare i termini clie gli ap- 
partcuevaiio et raassimi' verso il car.''" di Loreua suo padrone. 
Airiiora si fecc iniiaiizi un maestro Pellettier, dottore délia Sor- 
bona, et disse ehe, quanto costoro rispondessero, Dio suseitenï molti 
elle coufuteriano facilmente tutti i loro argumenti. Et di poi, vol- 
tato a nions.'" di V'alenza, coniincio ad impugnare la sua opinione 
corne lieretica, allegaudo, oltra gli altri passi tocclii nella censura, 
clie Abraham vidit fide diem Domini corne cosa cbe haveva da 
essere, et che nos iustificamur ctiam ex iustitia nostra, et ehe l'ar- 
ticulo del concilie Niceno era stato allegato falsamente perche non 
diceva « fide efficiemus » sed « inieUigimus » et sic non faciebat 
v" ad proposituni. Aile | quali coufutatioui, Valenza non seppe che si 
replicare se non buttar la cosa in risa et dire che quel monaco 
si voleva attaccar con lui. In questo mentre. Despansa, ragiouando 
cou Bottigliere, faceva seiubiante di liiasmare le resolutioni che 
erano state prese. Onde, che gli era accanto prese occasione di farli 
un poco di riprensione et dirgli che doveva captivare l'intelletto 
suo cou quello di tanti personaggi litterati che erano stati di quelle 
parère. Dal elie irritato Despansa cominciô ad insultare mous.™ di 
Ambruno ', et la pit'i niodesta parola fu che egli dovesse andare 
alla scuola, et replicandogli quell'altro raodestameute, entro nella 
liza Bottigliere et cominciô parinieute ad insultare Ambruiio, et 
replicandogli raltro che egli non amava di essere laudato da un 
frate sfratato, Buttigliere gli diede una mentita per conclusione. 
Despansa quel giorno perse tutto qucUo che si era acquistato quel 
due giorni délie conferentie, ancorche dapoi si sia raveduto et ha 
domandato perdono aU'arcivescovo d"Ambruno. 

' Il manque sans doute un mot: > fù facile a scoprire che, di ha. 
ver...» ou » che Fliaver sentito... gli haveva fatto passare...». 
' Embrun. 



lîiO nOME ET P0I8SY 

Dn'.iltro giorno, fii lttt;i in congregatione una aggionta che al- 
iiini rioordavano clie si facessero canoni di supplicare il i)apa pr-r 
la commimione sub iitraqiie aporio. Kt essendosi vemito -i i voti, 
fu riaoluto clie non si dovcsse fare, stante la prohiliitioiie che ne 
i'aiino i concilij Constanticnsc et di Basilea. Ma fu ben detfo clie 
qiielli elle la desifleravano potevano partieularmente adimandarla 
al papa o al eoneilio. Fii |iariiiienti' i)ropnsto elie si dovesse pi'o- 
vedere al numéro eceessivo délie messe, et elie per l'avvenire non 
potesse ogni une ad libitum far dipingere délie imagini, et che 
i. 1G3 nelle cathedrali et collégiale || i ministri et assistenti liavessero à 
fiimmiinioarsi conie il saeerdotc sub una specie. Ma perche si da- 
bitô che sotto questa jjroposta de i ministri et assistenti non si 
audasse a caraino di toglier via le messe basse, fu dechiarato che 
detti ministri et assistenti s'intendessero il diacono et subdiacooo 
solo. 

Fra questo tempo torm'i il vescovo di San Briux da l'arigi et 
referi di baver trovato nella r'.uinTa de" eonti che délie (piattro 
décime non son venuti mai al re di netto più di un millione et 
quando centotrentasette milia franchi. Onde, con raccrescimento di 
200000 di avantaggio, si son chiariti di poter colorire il disegno 
loro come di sopra si ^ detto: et, nel compartire questo accresci- 
mento, ci è' stato non ])<ico romorc. perche li cnrati volcvano essere 
esenti. Pure, alla fine, ogni cosa si è accommodata, et Taccommo- 
daraento è stato : che i vescovi pagheranno einque décime, gli 
abbati et priori soi. et i cnrati (|nnttni. ITora, si atti'iide a for- 
mare alcuue conditioni sutto le ([uali vojilioiio i i>rclati far que- 
st'obligo al re. 

La sera dclli xiiij, i prelati liuirono i lor canoni et le con- 
ditioni che adiman(lava[no] al re in contracambio dclla sovventione 
che ImporterA alla f'hicsa 22000OOO di franchi, se bene a Sua 



JOURNAL DE l'aSSEMBLÈE 151 

Maestà non ne verrannii in vj iinni se non svj, i quali si hanuo 
(l.i impiegar tutti a riscuotere il siui dominio. Tra dette conditioni, 
vi è che S. M.'' Iiabbi a livucaie tutti gli editti che ha fatti 
V iiiutia [ la libertà ecclesiastica, et scacciare dal suo regno tutti i 
uiinistri délia nuova religione. Fecero poi tra loro una confessione 
generalis.-iima, dal siguore ear.''" Ciattiglione in poi, che, conie non 
ei-a stato présente all'altra et a moite cose che havevano fatte in 
quest'ultimo, cosi negô di volerai sottoscrivere a questa, doleudosi 
che si cercasse ' con questi luodi di volere sospeudere la persona. 
In quanto al vescovo di Usez, V^alenza, Vancia et Ciartrcs, non 
fiirno quel di prescnti, et stimati che fussero stati avvertiti di 
quello che si doveva fare; ma, in cambio loro, vi furno quattro 
altri che non vi furno alla prima. 

Fatta la confessione fn dicliiarato l'assemblea fiuita, et seuza 
nietter tempo in niezzo, o dare spatio in corte che fussero fatti 
fermare a Poissy, tutti li eardinali se ne vennero a San Gerraauo 
et appresentonu) i lor canouj alla regina, domandandogli ° liceutia 
di potergli dare al Legato. Et di piiï, fecero instantia che N. S.'*" 
non fusse spogliato délie preventioui perche, quantunque lor sup- 
plicassero che S. S.*" se ne volesse spotestare, non intenderouo 
pero di haverla contra il suo beneplacito. Dltimamente, adomau- 
f. 164 darono liceutia || per tutti i vescovi di poter tornai-e aile lor chiese. 
Et S. M.'^'' rimesse tutte queste deliberationi al suo consiglio, il 
quale, tutto il giorno delli xvj, si occupé solo a intendere i canoni, 
et resolse che alli xvij non si trattasse d'altro che d'iutendere il 
voto d'ognuno circa i rimedij che si potriano applicare a tanti 
disordini che surgouo In diverse parti del regno per conte délia 
religione. 

' Il y a cerasse. 

' Il y a doiiunidadogli. 



LETTERA INEDITA 1)1 GIOVANNI ARGIROPULO 

AD ANDREOLO GIUSTINIANl 



Aile dodici lettere latine dell' umanista bizantino Giovanni 
Argiropulo pubblicate dal Lanipros, 'ApYupo7:o'j>i£i3:, Atene, 1910, 
p. 187-203 ', è da aggiungerne una tredieesima, clie si conserva 
in fonde al codice Vaficaiio greco 889 cartaeeo del secolo decimo 
sesto. Il codice, che puô dirsi gemello del VaUiceUano greco 22 
(B-99), perché scritto da uno stesso anianuense con eguale carta 
e inchiostro e contiene molti opuscoli in comune °, dopo il quater- 
nione formate dai fogli 169-176 (nianca il numéro /-|i', che gli 
spetterebbej e un qiiaternione vnoto, ha tre fogli pergamenacei di 
cm. l-t X 9i5i <^' cwi '1 pi'inio è in bianco, il secoiido contiene la 
lettera dell' Argiropulo, il ter/o, incollato aU'assicella di legno 
délia legatura, sotto il titolo Ex Cl/iriac/io Ancoiiitano, ha una 
ricetta per fabbricare l'inchiostro, scritta da mano diversa. 

La lettera è iudirizzata ad Andreolo Giiistiniani, persouaggio 
ben noto délia prima raetà del secolo decimoquinto. Infatti lo Hopf, 
Chroniques Grr'co-Romaines, p. 505, registra, nell'albero genealo- 
gico délia famiglia Giustiuiani Banca, genovese e corapartecipe délia 
Magaona di Chio, un Andreolo (1392-1456) di Nicolo e i suoi 
tredici figli avuti da Carenza Longo. Quest' Andreolo non solo col- 



' La stampa di alcuue lettere latine dellAigimpulo o attinenti al- 
1 Argir. sarebbe liuscita più corietta, se il Lanipros avesse conosciuto 
l'edizioiie fattane dallo Zippel, Ver la biografa dclV Argiropulo, Giornale 
storico délia letieratura italiana, 28 (1896), p. 9-2-112. Vedi anche la cri- 
tica di X. Festa. Atene e Borna, 13 (1910), col. 370 s. 

- Anche il cod. Vaticano greco 94!) sembla scritto dalla stessa mano. 



Iâ4 I.BTTBHA INKlJlTA 

tivava le lettere (lia scrittu iina Itdazionr deU'atlacco e difesii di 
Scio nel 1431 ïd terza rima, édita da G. Porro Lambertciighi in 
MisceU'inea di Storia IMiana, 6 [Toriiio, 1865], p. 543 558), 
ma era anche un appasiiiiinato collezionista di manitscritti, moncte, 
statue ed altri oggetti d'arte. Alla sua lilteralità e alla sua pro- 
tezioiie facevaiio ricursi) ;,'li uiiuinisti coiitemporaiici jmt appa^çare 
la loro brama di possédera o scoprire i lesori delTantichità flas- 
sica, corne Ciriaco d'Ancona, Giacomo Hracelli ', l'oggio Braceio- 
lini, dei qnali ci sono pervenute diverse lettere a lai indirizzate per 
chiedcre qualelie og<^etto antioo in regalo o il suo aiuto. In omago^io 
alla sua dottrina o alla sua lihenilità gli lianiio dedicato opère 
iimanisti eminenti conie, ad escmpio, Ciriaco d'Ancona la tradu- 
zione di una vita d'Kuripide', Ambrogio Traversari la versjone del 
De animarum immortulifale et corporis resiirreclione di Enea di 
Gaza', Epistol. 2-'>, 11, ed. Melius, col. 969 s., e Leonardo di Chio 
il De lera nobiUtate contra Poggium *. 

' Cfr. Biaggio t'arlo, Giacomo BraceUi e V itmanesinio dei Lignri al 
siio tempo, Atii delta Società Ligure di storia patria. 2'i (1890), p. 39-51. 
.Miller AV., TJie Latins in tlie Levant, London, 1908, p. 423, inenziona 
Andreolo « a connoisseur o( art and a writer of Italian verse, to wliom 
Miany of his letters (di Ciriaco) are addressed ». 

- Cfr. Braggio, o. t., p. 46. 

' La versione del Tra\eisari fu édita prima a Venezia ./jer Ate-xun- 
dnnii de Pagniiiitiit a. ]n]:i menue Vllliri: indi a Basilea dal Frobenio 
nelTottobre 1516 sotto il titolo Aeneae Platonici cliristiani de immortalitate 

aiiimi, deqiie eorporum re.vitrrectione dialogus aiireus Ambrosio Camal- 

dulensi interprète, insieme con Atcnagora, De resurrcctione, tradotto da 
Marsilio Ficino e colle sentenzc di Sisto, tradotte da Rufino. La stampa 
veneta fu riprodotta a fîenova nel 1645 coU'aggiunta di lettere del doge 
Kaffaele Adorno e del Biacelli ad Andreolo. La versione riprodotta in 
Migne, P. G., 85, col. 871-1003 c quella di Giovanni Wolf. 

* 11 trattatello lia forma di lettera ad Andreolo (Incip. : -Andreolo 
.lustiniano, viro iiisigni, Leonardus Archiepiscopus Lesbi salutem dicit. 
t'um coram praestanti viro Lucliino G;itelu.\io ». Expl. : « Vale igitur, et 
tu vir spectabilis et insignis .^ndreole, hoc nostro sermone utaris » cet.): 
cfr. Caroli Poggii />e nobilitate...; Leonardi Chiensis De vera iiobilitate 
contra Pogyiinn ...: Abcllini, 1657, p. h'i-^i. 



Dl lilOVANNI ARGIROI'ULO 155 

Il Truversari parla di Andreolo anche in una lettera a Nicolo 
5îicoli del 18 novembre U80 — Episf., 8, 35, Mehus, col. 393, 
a proposito di Francesco da Pistoia {quello stesso clie nel l-t33 
(•ercava e trovava codici in Siria per il Nicoli, Epist., 8, 48), il quale 
« literas ad me dédit, quibus multa pollicetur mihi de Andreolo illo 
(îeniiense nobili... Ceteriim ex alio Tlieologo Jacobo illiiis socio sum 
tactils certior quod, qnum fratcr eius ex liisce locis rediisset, dixerit 
sibi vidisse, se pênes Andreara ipsuni nummos aureos vetustissimos, et 
quaedam id genus, quae mittere ille instituisset dono ; et quuni ea me- 
inoratus juvenis tuto perferre esset pollicitus, noluisse illuni ; verum 
ad redditum Francisci, qui proxime futnrus est, reservare malle, 
ut ipse ea perferat ad te ». 

Notizie più concrète intorno alla .scoperta di monete e statue 
antiche avvenuta a Chio in quel tempo, e intorno al nostro An- 
dreolo, si hanno nell'epistolario del Poggio, il quale eon lettera 
allô stesso Nicoli del 23 settembre dice che il nominato Francesco 
di Pistoia ' « satis diligens fuit iu exequendis mandatis meis, uam 
lieri redditae milii sunt ab eo litterae scriptae Ciiii, quibus milii 
significat se habere nomine meo tria capita marmorea... Addit etiani, 
quemdam Andreoluni .liistinianum nescio quid ad te niissuruni . . . 
l'jgo statim rescripsi Magistro Francisco et scripsi Andreolo (est 
enim ut audio a Rinuccio nostro -, vir admodum doctusj, ut per- 
(|uiraiit au aliqua ex eis statuis lialieri posset vel precio, vel preci- 
bus, et in eo adliibeant operani et diligentiam, mihique enarrent 
liane rem diligeutius ». 

Il Poggio infatti, assillato dalla smania di venire in possesso 
délie teste marmoree, o meglio di statue intègre, soUecito più volte 
per lettera tanto il missionario domenicauo, quanto il nobile signore 
Genovese. 

' Poggii Episf. IV, 12, éd. De Tonellis, I, p. 325. 
' Kinuccio da Castiglione, sul quale v. Sabbadini, Le scojyerte dei 
codici lat'ini e greci ne' secoli XIV e XV, Firenze, 1905, p. 49, 66, 69. 



156 I.K-riKRA INICDITA 

Al P. Maestr» Fraucesco (la l'i^itoia cnsi scrivc ila Ruina ' : 
« rridem liu'uiii littera» a te ex Cliio iliiplii-aUis : auti;a Labueram alias,' 
(liiihiis lespondi ; et item scripsi ad praestantinsiniuni virum Aii- 
dream Justiniamim, quas litteras misi Cajetam . . . lu prioribus 
litteris... wribis te Iialiere numiiie iiieo, hoc est qiiae te ad nie 
delatuiuni pdlliccris, tria caiiita inainKirca cxiniii o|ii"ris unum Mi- 
iiurvae, alterum .lunonis, tertium Bacclii... Si qiiid vero signuni 
iiitoj,'rum pusses reperirc, qiiod tecum afferres, triiimpliarem certe. 
Ad hoc advoca consilium Andreae uosti i, oui etiam hac de re scribo, 
qui si mihi aliquid de suis miserit, bene foeiieratus feret. Id certe 
re ipsa experietur se coniplacuisse homiui minime in^rato. Satist'a- 
ciam saltem litteris Ueneficio sue, eiimque eelelirem reddam apud 
multos pro sua, si qua erit in me, l)enefieentia . . . Quoniam scio 
te non esse pecuuiosuiii. (|uidi|uid dandum esset pro bis et aliis 
capitibus, aut signis, pro adiniplendo memoriali meo, sumas aliunde 
mutuo sub fide mea... Quaniquam rogavi quemdam Januensem, ut 
scribat istic Andreolu iiostro, aut alteri. ut tibi vd XX vel XXX 
aureos uomine meo tradat, si tibi fuerit opus pro eniendis scul- 
pturis... Valc et me Andreolo nostro commenda ». 

SuUo stesso argomento il Poggio scrive direttamente ad An- 
dreolo Giustiniaui ■ : 

« Poggiiis pi. sal. dirit .\ndreolo Justiniano V. C. — Licet vel 
nimium tibi raolestus, qui binis jani litteris de eadem re tecum 
agam, vel parum prudens possim videri, qui iguoto mihi aliquid 
oiieris iraponere audeani, nullo meo in te otticio praeeunte, tamen 
confisus tua, (|uam eximiam dicuut, luiraauitate, malui desiderii mei 
quam modestiae rationem habere... Scripsit ad me duabus jam epi 
stolis... Franciscus Pistoriensis habere se capita quaedani marmorea 
rairaudi operis, quae dono velit ad me déferre, additque in litteris 

' Poggii Epist. IV, 15, éd. De Tonellis. 1. p. o30 = Kpist. XVIII, 
p. 181 delledizione di Parigi, 1723. 

' Poggii Ephi. IV, 18, éd. De Tonellis, I, p. 341. 



Di (JiovANXi ak(;iroi'i:lo 1o< 

suis te queraadmodiim decet virura ingenii praestantis atque eriiditi, 
copiosum e«se sciilpturarum, quas egregias multis ex locis eonqnisieris. 
lusuper eura te liberalissimum testetur, meanim vern litterarum 
cupidnm. linrtatur. nt ad te scribatn. petamqne aliqnid in qiio te mihi 
satisfaotiirnm affirmât... Peto igitiir a te rogoque... ut si quod habes 
signiim niarranreum, vel caput nohite, in quo dando mm magnopere 
ofFendari.?, velis id mihi elargiri, mittereque per Franciscum doniim, 
fnturum mihi gratissimum omnium, qnae mihi donari possent . . . 

» Roniae XXII die .Januarii (aniii, ut opinor, 1431, oome an- 
nota ginstamente l'editore) ». 

Ma il Poggio non era stato il solo a rivolgergli simile richiesta, 
giaccliè il Bracelli scrive ad Andreolo il 2 luglio 1440: « Piget 
nie quod dilitias tuas maimorea signa petierim : inopem enim te, 
quod ignorabam, earuni rcrum liheralitas fecit. Itaque oro te desinas 
statuam ad me mittere: si quis vero casus effecerit, ut eiusraodi sta- 
tuarum copia tibi sit, tune patiar ut electo aliquo Phidiaco vel 
Polycletico opère meas aedes, quae tuae sunt, exornes»'. Il passo 
è una chiara testimonianza délia liberalità di Andreolo. che inviô 
doni anfhe ad Kugenio IV e allô .stesso Poggio. Costui pero, riniasto 
frodato délia maggior parte dei l'egali dalla scaltrezza di Franceseo 
da Pistoia, si vendicô denunciandone al donatore con roventi pa- 
role la eondotta indegna e sleale ■. 

' Cfr. Braggio, o. c, p. 45, nota 2. 

' Tutto cio risulta dalla lettera del Poggio .scritta ad Andreolo da 
Ferrara il 15 iiiaggio 14.38. « Non respondi antea litteris tuis, neqne tibi 
gratias egi pro muneribus, quae ad me misisti, propterea quod Franciscus 
Pistoriensis qui ea detulit, adeo suis mendaeiis, quae phira sunt verbis, 
mihi stomachum commovit, ut non possem quieto esse animo ad respon- 
dendum. praesertim cum de eo mihi scribendum esset, qui longe abest 
a l)oni viri moribus, qualeni eum esse existiraabam cet. Dona tua l'on- 
titici, me intermedio, sunt reddita: quae ille grato animo caepit ». Il Poggio 
ringrazia anche per il dono nianilato alla propria moglie dalla consorte 
d'Andreolo. Ct'r. Poggii Opéra, Basilea 1513, fol. 124 '' ; Mil, 1538, p. 329; 
Poggii Epist., éd. De Tonellis, II, p. 174-177. V. anche Walser, Pnggius 
Florentinus, Leben ttnd Werke, Leipzig, Teubner, 1914, j). 148. 



158 l.KTTKKA INKIilTA 

Cosi stnndo If cose, erii beii iiaturale clie :il iiobile (Jenovese 
si rivolgessero anche i dotti bizantini per soddisfare la sua brama 
di intrattenersi con persone dotte o di acquistare libri ed oggetti 
antichi, utteiiendoiie in eompenso sussidi nelle loro angustie finan- 
ziarie e comnieiidatizie per i principi e sigiiori italiani, presso i 
((uali si trovarono fostretti a rifugiarsi negli aiiiii liii- jireeedettero 
e elle scguirono la caduta di Costantinopoli. 

Tra questi dotti dobbiamo ora annoverare auclie (iiovaniii Ar- 
giropulo, corne risulta dalla lettera latina, che qui pultl)licliiamo, 
benehè dalle opère di lui e dalla Idografia, che ne ha tesHuto re- 
centemcnte il Lampros, nulla traliica délie relazioni avute con il 
Giustiniani e del sue passaggio per Cliio. Cio non deve sorpren- 
dere, quando si rifletta alla scarsezza di particolari intorno alla 
vit.i di un autore, di cui non si conosce esattamente ne Tanno di 
nascita ne quello délia morte (serondo il Lampros o. c. p. l'j' e 
ça', l'Argiropulo sarelibe nato circa il 1410 e niorto ueiraiitiinno 
del 1491 o 1492: seconde una notizia del cod. Barber, hit. 878 
del s. XVII, pubblicata in Bessarione, 25 [1920J, p. 146, egli sa- 
rebbe morto il 26 giugno 1487j. 

Nella lettera l'Argiropulo chiede scusa di non essersi recato 
a far visita e atto di ossequio ad Andreolo, inentre era di pas- 
saggio per Chio. Egli attril>nisce la mancata visita aile sue di- 
sgrazie e calaniità, che non gli pennettono faeilmente di presen- 
tarsi al. cospetto di personaggi esimii, perché potrelibe sembrare 
che lo facesse non per amore délia virti'i e del proprio migliora- 
nieuto spirituale. ma per chiedere i rimedi contre tali calaniità : e 
accenna anche al suo « innatus (luidam piidor, queni non iion()nam 
habentem ledere experientia docet ». K tinisee cou una Iode dci 
« preclara facinora » e délie « eximiae virtutes », che la fama ha 
propalato iihique ferrnnon. « Nobillitas enim, probitas, virtusque 
scientiaque tua me non modo in tuum compulsere amorem, vernm 
etiam tuornm facinorum preconem egregiura mérite confecere ». 



DI filOVANNI ARGIKUPULO l.)!l 

Si deve intendere il seguente « Vale continue felis atque beatus », 
col quale l'autore suol ehiudeir altrp sue lettere (ad esi. le lettere 8- 1 ). 
corne définitive commiato dairamiro, iicll'istaiiti' di lasciare l'isola, 
puntd di sosta nella sua peregrinazionc ? O piuttosto tutta la let- 
tera va interpretata corne un garliato e pudibondo annunzid. 
o preavviso del suo arrivo a Cliin in cosi misère eondizioni, per 
provoeare' indirettamente Taiuto e la protezione del mecenate, dci 
cui « facinora » era divenuto « preco egreg'ius » ? 

L'accenno alla fama è proprio uuo dei luoglii più coniuni, è 
il tasto che gli umanisti toccano i)iii di t'rei|uente per muovere l'amor 
proprio o la vanità délie persone poteiiti e facoltose a confédéré 
sussidi o protezione. L'ha toccato anche il Poggio, quando promette 
ad Aiidreolo di renderlo célèbre, se lo soddisfenY nel suo desiderio 
di possedere qualcuna dellc statur •^"*' '■ .-".-to .,11-,..^ ., r'^.■,,. i_ 

Per cio non è improbabile che Tepistola sia una soUecitazione 
di aiuto, concepita in terraini alquauto sostenuti, conforme al na- 
tiirale alquanto altero ed arrogante di ilii la scrisse. 

Ma in clie auiio fu scritta ? Xon lo possiamo sapere, perché 
l'autore lia oniessu nella data proprio Fanno, corne ha fatto anche 
in altre lettere, le quali pero in buona parte si possono datare in 
base alla segnatura del giorno, mese ed anno, in cui furono ri- 
cevutc (cosi le lettere 6, 7, 8, 11). 

Daltra parte l'accenno aile disagiate eondizioni dello scrivente 
non ci offre un sut'Kciente indizio cronologico, essendosi trovato 
l'ArgiropuIo quasi senipre in l'istnttezzi' tinanziaric, anche quando 
percepiva pubblico onorario, e cio in grau parte i>er sua colpi 
(cfr. Migne, P. G., 158, col. 989 : Lampros. o. r ., v/,'-;). Perô è da 
vedere, se dall'esame délia vita dell'Argiropulo non si possa sup- 
porre corne probabile un detcrminato y^eriodo di tempo. 

' Vedi il passo lifeiito a p. Inti. 



IhO I.ETTKKA INKDITA 

L'Ai-;^ii'oiiiilii, iiitcl-vciiiiti) al rcMicilii) di FiTiara iicl 14:î'.l, ai 
ritrova al principio del 1441 a Costaiitiimpcili, (Idvp riceve una 
lettfira di Fi'ancescn Filelfo, cho gli raccoinaiida il proprio fi^iclin 
(iiammario e Piotro l'ci'lconi, aiidati cidà |ici' ra^ioni di stiidin. 
Alla fine dello stesso aiino si stabilisco pres*i lesiile fioreiitiiiu 
Palla Strozzi a Padova, dove iiise^na privataniPiite e attende a^li 
stiidi di latiiin, Hlo^ilia c mediciiia, eonse^iiendo nel 1444 la laiirea 
dottorale 'T/im|»ros. (/.<■.. ]>. •.-/ -/.'). Tornato a Hisanzio, tiene la 
cattedra di tih-sofia iiidla scinda detta Z;v(.jv dal 1444 al 1450 
(<>. fl., p. y.'-'/.'/). Tra la fine del 1450 e il i)rincipio del 1451 
accompagna a Roma il cardinale Isidoro di Rnsnia e présenta a 
Xicoli'i V nna lettera, in cui t'a apcrta profcssiune di t'cde catto- 
lioa e racconianda al jinntcficp i duc figli Alessandro e Nicola 
(o. c, p. 129-141). Si trova di niiovd a Costantinopoli nel 1452 
insieme con il cardinale Isidoro, con Farcivescovo latino di Chin 
Leonardo (îinstiniani, con Michèle Apoatolio ed altri poclii greci 
favorpvoli all'unione (o. c, p. A;' ss. ). 

Si ignorano completamente le peripezie deU'Argiropnlo durante 
Fasaedio e subito dopo la presu di Costantinopoli. Fgli si sarebbe rifu- 
giato nel Peloponneso colla fanii.irlia, pii sarebbe venuto in Italia 
da solo, per cercarvi i nic/.zi di snssistenza. Pcrsnaso che non gli 
sarebbe stato inipossiliilç di sisteniarc se e i suoi. specialmente a 
Firenze mediante la prote/.innc di .unici intluenti fad eserajiio, di 
Donato Aceiaioli), torm'i in Murca ]wr i)render seco in Italia la 
famiglia. Ma non pote ripartirne subito con i suoi, perché il despota 
di Morea Tommaso Paleologo, minacciato dai Tnrchi, credette di 
valersi délia sua eloqnenza e influenza personale per riuscire ad 
ottenere soccorsi dal ji.-ipa e dai sovr.-ini occidentali i o. c, p. aT ss). 

Ed ecco la lettera di Callisto 111 did 15 niar/.o 1456 che rac- 
conianda al Diica Francescii Stor/a FArgiropulo couie legato di 
Tommaso Paleologo, e qnella del Filelt'o al medico di Carlo VIII 
di Francia (o. r., p. 314, 317 s.). Durante il suo viaggio in Francia 



m i;lciVANNI AlUilUOPHI.U 



vieiie noiniu.ito pnif'essorc iiello studio tioréiitino, ove prese a com- 
ment.irp l'otiea Niconiaolica il 4 fohbraio 1-157 e contiiiU('p a pro- 
fess.-uT siii" al 1471 (o. c, p. ux-yy'). Passato a Roma nell'aii- 
tiiniio (li qiiest'anno, insognA lettere grcelie neirUniversità Komana 
fiiio alla sua morte, semiire in mezzo ;ul aiigU8tie eoononiiclie, 
giusta il passe, forae alquaiito esagerato, délia lettera di Costantino 
Lascaris a Giovanni Pardo: x.aTKAîi-to 'M tov Êy.iv ■/.y3rr^'r,-ry 

Iwâvw.v TOV ' ApY'jpOTîO'jXov £V [l-écr, 'Pl-»J.r, -îvoy.jvov y.yi y.vM t- 
•/.y.'7--r\'i Tv; ia'jToCi piâ>.0'j; àxo'V,'^ô|/£vov (o. c, p. vy; ss.)- 

Ma è inutile segnire le vicende dell'Argiropnlo oltre il 1456, 
dal moniento che il destinatario Audreolo fiinstiniaiii è morte 
proprio in queiranno. 

Se anteriorraente al 1456 v'è nella vita dell'nmanista bizan- 
tino nn période di tempe, eui si pessa con niaggier probabilità 
assegnare la sua lettera al Giustiniani, dev'essere quelle che segnl 
imniediatamente la presa di Costantinopoli. In qnali tristissime 
condizioni siasi trovato allora l'egregio professore di filosofia, è 
facile immaginare, e le si puo arguire anehe dalle descrizioni che 
di quel tragici moraenti ci hanne lasciato altri suoi compagni d 
sventura. Fer l'Argiropulo, di cui nulla ci è pervenulo interne ai 
suoi tristi casi, parla invece Douato Acciaioli nella lettera a Gia- 
corao Amnianati del 5 agosto 1454: « Cum Johannes Argyropolus 
bisantius, vir iam pridem in Italia clarus, nunc vero in fortuna 
misera censtitutus, nuper Florentiam venisset... Is igitur aversa 
fleggi : cversa) nobilissima patria, tiliis in manibus barliarorum 
relictis, omnibus bonis spoliatus ad iiontiticem confngere statuit, 
quem unicum praesidium fertunis suis in tante (leggi : tanta) rerum 
iactnra futurum esse cenfidit » (o. c, p. 313). 

Sono peri'i abbastanza significative anche le brevi t'rasi iniziali 
délia lettera ad Andreolo : « Fortunae perversae meae atque cala- 
mitates ». Fer cui si puo tranquillamente supporre che la lettera 



imaufjK d'Anh. et d'UM. IWl. 



162 I.KITKKA INKIilTA 

appartenga a quel travagliatissimo iiit<M'vallo dclla vita dcU'Ar;.'!- 
l'opulo, in ciii era in cerca di rifnjci" it di inf/.zi di siissistenza. 

Comiinqup aia, la lettcra ad Aiidreoln ('■ la pii'i aiitica fra le 
lettere latine scritte daU'Argiropiiln. cssendo le Icttere 1" e 2" 
del 1460, la 3" del 14(18, la r," dcl 1470, la ti" e 7" den471, 
la 8» e 9- dcl 1472. la 10" <• 11" dcl 147(i. 

<iuesta cil'costanza, cd ;inclic il disagin in ciii t'ii scritta. li 
dànno la ragione dellc drficonzc délia lettcra (luanto all;i lingiia 
e allô stile latino (basta rilevare il « eompiilsen' »;. Sfabilitosi jioi 
in Italia c preso maggior eontatto colla Ictteratnra latina classica 
cd umaiiistica, in condi/iciii d'aniinn pii'i favnrcvuli. TAivii^opill" 
riescirà a scrivere Icttcrc latine ]>ii'i accnratc. 

Rouja, diceiiibie 1921. 

Su. vin GllSKI'l'K JIkr(ati. 



UOVANNl AUGIHDPUI.O 



Clarissimo ;ic spcctatissimo Viro diomiuo) Andreolo Justiiiiaiio. 
Johannoa Ar^iroptilus ' (■onstantinopolitaniis sfalntem) p(hirimam) 
d(icit). 

Foitiiiiar perversae ineae atqiie calamitates haiid ' me facile 
preditiis at(iiie ornatos ' uiros adiré sane permittiuit. iioii enim for- 
tasse aiiiDi'e uii-tutum ae ut ex eis me melior exeam, sed ut cala- 
mitatum l'emedia postulem eos, adiré uidebor. Quod etsi u(iii turpe 
pernitiosumque est (pietatem enim includit atque al) ineredibili 
qiiadam necessitate procedere solet), tameii inoportunitatem qnan- 
dam molestiainque atïerre uidetur. quae sapientis esse equidem dnxi 
ex actibus suis expellere continueque exterminare. banc, praestan- 
tissime uir, uelim existiraes causam ne fuisse, quo meam in te 
summiin bonivolentiam unico saltera ad te aditu minus potuissem 
ostendere. accessit ad hoc et pudor quidam ■* inuatus, qnem non 
nonquam iialientem ledere experientia docet. Quam ob rem uenia 
me dignura | esse existimes, si non negligentia sed industria mo- 
raentoue nature te non adiuisse mihi contigisse uidetur. qui pro- 
fecto niin nuper tua preclara faeinora exiniiasue tuas uirtutes, 
nerum ubique fama déférente ' terrarum, iamdiu intellexi rairarique 
caepi at(iue laudibus summis extollere. nobillitas enim, probitas, 
uirtus scientiaque tua me non modo in tuum compulsere amorem, 
nerum etiam tuorura facinorum preeonem aegregium merito confe- 
cere. Vale continue felix atque l)eatus et me aemper tuum esse 
cognosce. 

Ex Cliio, dum eo peregrinarer in eandera, tertio Kalendas Au- 

gustas. 

(Ex Cad. Vat. f/i: 8S0). 

' Ex Argiro|jobis entend. 

' A'.r haut emeiirl. 

■^ l'redietos atque hornatos (c et /( expuiictis). 

* Quidam aiipra lin. add. 

■'■ Deflferente ipriore /' expuncto). 



LA BASILIQUE SOUTERRAINE 
DE LA PORTA MAGGIORE 

(PI. II-V) 



Dans son savant article de la Revue Ardie'ologique ' M. Franz 
Ciimont considère la basilique souterraine de la Porta Maggiore 
comme la plus importante des découvertes faites k Rome depuis 
celle des Catacombes. Le Gouvernement italien semble être du même 
avis. Non content d'avoir déblayé à grands frais et au milieu de 
difficultés de toute sorte le remarquable monument qui attire de- 
puis (juplques années l'attention de tous les savants s'intéressant 
aux questions de religion et d'art antiques, il prépare l'édition d'un 
grand ouvrage illustré où se trouveront une centaine de reproduc- 
tions photographiques et de restitutions des stucs décoratifs, dues 
à des spécialistes. Comme la situation de lu basilique, au dessous 
de la voie ferrée de Rome-Naples, est très précaire, comme l'hu- 
midité fait courir ;i la décoration les plus grands dangers, on a 
décidé de dévier la ligne et de faire disparaître le talus qui re- 
couvre l'édifice. 

Découverte et descriptioii générale de l'értiiice. 

En avril 1917 un affaissement observé par le personnel du 
chemin de fer Rome-Naples, inexplicable au premier moment, obli- 
gea les ingénieurs du réseau à faire des recherches dans le sous- 



' Fr. Cuuiont, La hasilique souterniine de la Porta Maggiore, dans 
la Revue Archéologique, 1918, II, p. 52-73. 



166 I.A liA.SII.KJI'K .SorTKKKAl.NK 

sol. Ôii constata d'abord rcxistcnce d'un jitiits ciiciilain', jniis d'un 
P'and corridor soiiterriùn légcremeiit incliné fenviron 15 " „' et enfin 
d'un grand édifice (fig. 1) décoré de stucs lilancs et rempli de terre jus- 



»i: -yp'.i'ï;'?'"!^-'??!? 




qu'au tiers de la hauteur primitive. La Direction des Fouilles, 
aussitôt avertie, fit déblayer soigneusement une partie du corridor 
et de la basilique même. La très légère montée du corridor et la 
différence de niveau d'au moins 10 m. entre la voie Prénestine 
antique et le sol de la basilique, prouve que dans l'antiquité on 



DE I.A IMPUTA MAUdlDRE Jbl 

ne pouvait entrer dans celle-ci qu'après une promenade relative- 
111 'nt longue dans une demi-obscurité, éclaircie seulement de temps 
en temps par un trou dans le plafond. Ueaucoup mieux illuminé 
était le « prouaos » dans lequel ou arrive en empruntant le cor- 
ridor. Ce vestibule est à peu prés carré (H, 62 > 3,50 m.) comme 
l'atrium qui précédait les anciennes églises chrétiennes. Le pave- 
ment est formé par une mosaïque de pierre blanche. Une double 
liôrdure de petites pierres noires fait le tour du vestibule ; une 
antre, également double, forme au centre un ])lan carré placé à 
un niveau légèrement inférieur. Les angles de ce dernier carré de 
lignes noires sont ornés de palraettes. Au centre se trouve un puits, 
creusé dans le tuf et pourvu d'un canal de dérivation. Ce fut pro- 
bablement l'emiilacement d'un liénitier, comme on en trouvait de- 
vant les temples grecs '. 

On entre immédiatement du pronaos dans la basilique. Celle- 
ci se compose de trois nefs d'une longueur de 12 m. et d'une lar- 
geur respective de 2,3 et 2 m., divisée de chaque côté par trois 
piliers rectangulaires (env. 0,95, 1,15 m.) qui sont à leur tour 
réunis par des arcades surbaissées. Au contraire les voûtes des 
nefs sont à tonneaux semi-cylindriques; à l'extrémité de la nef 
principale se trouve une abside semi-circulaire avec un rayon de 
1,55 m. La basilique est pavée comme l'atrium; les piliers sont 
entourés de doubles bandes noires, 'qui contournent aussi quelques 
trous, ayant renfermé probablement des mosaïques précieuses ou 
des incrustations de marbre, volées postérieurement [lar des pil- 
lards à une époque jusqu'à présent indéfinie". Sir Arthur Evans 



' Voyez Daremberg et Saglio, Diclfonnaire des antiquités, s. v. Lus- 
tratio (Bouché-Leclercq), p. 1407-1408. 

' M. Lanciani espère trouver dans quebiue musée les parties enlevées 
et avec celles-ci la solution de quelques unes des questions touchant les 
moyens de ses constructeurs {Il Santuario sotterraiieo, etc., Boîlettino 
ComnnaJe di Borna, XLVI, p. 69-84). 



168 I.A HASll-lyCK SdlTKUUAINK 

m'a fait reinanjucr <|iii' la doiililc Imnliiri' nuire (|iii suit tuul le 
pourtour de la iiasiliqiie est interroniime di^vant l'aliside. et a rap- 
proché ce détail d'une lialustradi; placée dans une villa roj'ale dé- 
couverte près de Knossos en Crète, et ((ui est interrompue )»réci- 
sement devant l'emplacement du trône '. Dans l'abside de notre 
basilique ou voit nettement les traces laissées |)ar un sié^e (thro- 
nos) jadis attaché au mur de fond '. 

On voit dans les piliers les cadres et les tenons de fer ([iii at- 
tachaient probablement des plaques de niarlire. Au dessus de ces 
cadres se trouvent de ]ietites consoles d'une hauteur de O.Sd m. 
et d'une largeur de 0,;J5 m. 

Cette courte description prouve que l'édifice souterrain a par- 
faitement l'aspect du second type de basili(|ue décrit dans le livre 
très connu de C. Leroux ' et destiné à servir de lieu de réunion 
pour les initiés aux mystères. 11 sutiira de comparer le Iflfsleiion 
de Samothrace (fîf;-. 2), datant du IIl' siècle avant notre ère et le 
lîakeheion d'Atliènes i II' siècle ajjrès .1. C.j ■*. 



' La remarqué au sujet du tiûtie tut faite pour la première fuis par 
Sir Arthur Evans après la communication sur la Basilique lue par Ma- 
dame Strons devant la Ilellenic Society à Londres en octobre 1920; lors 
de son séjour à Kouie en février de cette année, Sir Arthur visita la 
basili(|ue avee Madame Strong et constata le détail de la iKirclure noire. 
Le lendemain même, je rencontrai Sir Arthur à la lîritish School. où il 
voulut bien me communiquer ses précieuses observations. 

- M. le prof. (i. Bendinelli a voulu expliiiuer les trous dans le mur 
de fond comme des points d'appui d'une statue. Cette supposition ne me 
semble pas très probable. Je ne connais aucun exemple d'une statue at- 
tachée de cette manière à une muraille et je crois que le fait que la 
partie inférieure du mur de fond a été peinte en couleurs jusqu'à une 
hauteur de moins de 2 m., exclut la présence d'une statue qui, si l'on 
admettait la thèse de M. Bendinelli, se serait détachée sur le mur du 
fond en partie contre une paroi lilanche et en partie contre une surface 
coloriée. 

' G. Leroux, Les ori<jin(s île Véihficc hi/posh/h (Bibliothè(|ue des éco- 
les françaises d'Athènes et de Rome, fasc. lOS . Paris, 1913. 

* Lerou.x, p. lt)0 (fig. 59) et p. 319. 



DE LA PORTA MAGGIORE 169 

Le siège, dont on a les attaches, et pour lequel M. Evans 
nous a trouvé un joli point de coraparaisou dans un pays où le 
roi était toujours à la fois le grand-prêtre, 
nous a t'ait penser au |io'j/.61o; nommé plu- 
sieurs fois dans les mystères orphiques '. 

On a déblayé dans le fond de l'abside 
une cavité creusée dans le roc, qui s'étend 
jusque sous le mur même de rhémicyr-le. 
Cette cavité contenait les ossements d'un 
chien et d'un porcelet. Les deux petits trous, 
au milieu de la cavité, indiqués sur le 
plan ^ ffig. 1), ont problabement servi à re- 
cueillir le sang de ces sacrifiées. Le sang 
du chien et celui du porc avaient selon les 
anciens des qualités purificatrices ^. En outre 
le sacrifice du porc est très fréquent dans 
les mystères *, circonstance qui me semble 
prouver avec évidence le caractère religieux 
de l'édifice. 

La nef centrale de la basilique n'était 
éclairée que par une grande ouverture au 
dessus de l'entrée qui donne sur le pronaos. 
Ce trou étant bouché, on peut, dans les cir- 
constances actuelles, juger de l'effet de cet éclairage quand ou fait 
éteindre toute la lumière électrique disposée dans l'édifice, ii l'excep- 




FiG. 2. 



' Cf. Ht/mni Oi-phtri (rd. Abel), I, 10 et XXXI, 7; E. Maass, Oriiliciis, 
Munich, 1895, p. 180; 0. Kern, Das Demeterheiligtum von Pergamu» und 
die Orpliischen Hymnen, dans l'Hermès, 40 (1911), p. 431-436. 

- D'après les Notùie degli Scavi, 1918 (Gattit qui donnent aux pa- 
ges 30 et suivantes la piemière relation des fouilles. 

^ Voyez les sources citées par M. Foinaii dans les XotUie, 1. c. 

* .M. G. A. Rizzo, Dioiiyi:os Myntes dans les Memorie délia lîeule Ac- 
cademia di Aicheoloyia di Xiipoli, vol. III (1918), p. 42-43. 



170 I,A HA.SII,I(;rK .SlltTKItUAINK 

tion (les nmporiles placées en liant 'lu proiiaos. On s'aijcivoit alors 
quo la décoration de stiie aoquiert un relief licaiieonp plus aeeentué, 
l'R fÏL'nres se détaillant pre-ique eiitiérciiicnt du |daf(ind. C'est sans 
doute cet effet pour ainsi dire magique qui a i'apj)elé à M. Cumont ' 
le texte connu de Platon ' nous décrivant les vivants comme des 
êtres enchaînés dans une grotte de façon qu'ils ne voii-nt ipie la 
])aroi opposée à la lumière derrière eux, en haut et très loin. « Kn- 
través de telle manière dans leurs m<iuvements, les mortels ne dis- 
tinguent ([ue l'ombre des choses réelles qui s'interposent entre eux 
et le feu et se dessinent sur la i)aroi illuminée ». l'iaton a emprunté 
cette comparaison aux Pytli.i;idriciens. l'cupliyrc ' luius Tassiire et 
riaton lui-même, dans le passage où il définit ' la philosophie une 
méditation sur la mort et le corps un tomhcau, nomme comme son 
précurseur dans ces idées le Pythagoricien Pliilulaos ''. 
- L'esprit entièrement fixé sui' cette idée, M. Fianz Cumont s'est 
liuiilé à chereiier uniquement chez les Pythagoriciens des analogies 
pour l'explication des scènes que l'on voit représentées dans la ha- 
silique souterraine. ,Ic suis d".i\ is que l'éminent savant a trop res- 
treint le terrain de se^ recherches. Il me semble évident (|ue les 
théories pj'thagoriciennes se sont combinées très tôt avec les idées 
religieuses professées par les Orphiques et le culte de Dionysos. 
La première fusion se trouve déjà dans les dialogues de Platon ''% 
et dans les tumuli de la nécropole de Sybaris, qui renferment sans 
doute les dépouilles des derniers Pythagoi-iciens. et dans lesquels 
on trouve à coté de la tète lUi dans la main droite des morts des 



' liev. arch., 1. c., p. tit. 

' Platon, République. VII. 511. 

■* Porphyre, De antro nynipharum, 6. 

* Platon, CraUjlus, \Q0 G. Cf. Cumont, Jiasse;/»a d'arte. K\\ (1921), 
2. p. 44, ann. 3. 

5 Platon, Phiiedo, (il B-62 B. 

" Voy. J. Buinet dans Hn-^tiiiris Kiiei/clop/ieâia nf religions nnd ethics, 
X (1918), p. 527, col. 1. 



UE LA PORTA MAGCIORE 171 

tablettes d'or contenant des sentences orphiques '. Les symboles 
dionj'siaques sont très fréquents sur les vases funéraires de l'Italie 
méridionale ^. 

La survivance des idées pythagoriciennes et orphiques et de 
b-ur intime union jusqu'au commencement de notre ère me semble 
jirouvée par la préférence donnée par Ovide — qui connaissait si 
bien les besoins intellectuels et spirituels de son époque — aux 
tliéories de la métempsychose exposées par le philosophe de Saraos 
et décrites avec tant de ferveur par l'orphicisant Virgile ^. 

Dans l'art ornemental le formalisme pythagoricien et le spiri- 
tualisme pur de la religion orphique cèdent la première place au 
cycle Dionysiaque. Dionysos entré dans les cultes des mystères ■*, 
on commença à Juger tout son thiasos digne de figurer sur les tom- 
beaux et les sarcophages, comme symbole de « l'ivresse éternelle » 
promise par Musée et son fils aux purs '. La mort n'est plus con- 
sidérée comme un triste départ, telle qu'elle est représentée par 
les reliefs funéraires des Grecs de l'époque classique, mais comme 
une victoire. Un scholiaste d'Aristophane "^ écrit : «On donnait aux 
morts des couronnes parce qu'on les considérait comme vainqueurs 
dans la lutte de la vie ». Sur une des petites plaques d'or trouvée 
dans le tombeau d'un pythagoricien à Thnrii on lit: « .l'ai échappé 

' Voy. Notizie degli Scavi, 1879, p. 86.T (Cavallari) et D. Coniparetti, 
Laniinette orfiche, Florence, 1910, p. 43; 

■ Voy. Albizzati, Saggio di esegesi .tperimeHlah nellc pitture funerarie 
dei vasi italo-greci, dans Dissrrfdzioni délia Poniificia Aecademia di Ar- 
cheologia, sér. II, tome XIV, Rome, 1920. p. 147-232. 

^ Cf. C. Pascal, Le credeme d'oltre tomba iielle opère letterarie deî- 
l'antiehità classica, Catania, 1912, II, p. 1.Ô8160; sur la pénétration or- 
phique en Italie F. Weege, Etrush'sche Malerei, Halle, 1921, p. 25-56. 

* Il se fond avec Zagreus, il est initié aux mystères d'Eleusis 1 Pla- 
ton], Axiochos, 31. D. Abel, Orphica, p. 284, 13 et il possède des mystè- 
res à Tegée et à Argos (Pausanias, VIII. 54, 5). 

^ Platon, Bépiihlique, 313 D. Cf. J. Harrison, Piolegnmena to the study 
of greek religion, 2«' éd. Cambridge, 1908, p. 613. 

^ Schol. Aristopli., Lysistr., 601. 



172 l.A HASII.IQLE SOITKRKAINB 

:iu cercle triste et luKiil)re de» réiiuMniutidiis ; j'ai gagné dans une 
course rapide la couronne tant sonliaitée et je suis descendu dans 
le sein de la Reine de l'Enfer»'. 

De nombreux vases funéraires de l'Italie méridionale et les pein- 
tures sépulcrales de FaestuTii représentent le mort corainc un vain- 
(lueur de retour d'un (Mincoiiis .-itlilrtifiuc. Il reçoit de l.i main 
de la Victoire une couronne, un diadème ou une écuelle pleine d'eau. 
« Nikè devient une figure tombale par excellence ; on la trouve 
représentée assise sur une stèle ou un tumulus ; offrant les symboles 
non seulement à des jeunes hommes — qui ue sont plus figurés 
comme des athlètes — mais aussi à des femmes » '. Des couronnes 
en or ou en cuivre doré se trouvent souvent dans des tombeaux grecs. 

Puisqu'on rencontre aussi très souvent la Victoire sur les sar- 
cophages et les autels funéraires de l'époque impériale ^', selon mon 
avis, ou ne peut renoncer k la conclusion que la croyance antique 
qui considérait la mort comme une victoire et comme la couronne 
de la vie eut beaucoup d'adeptes pendant toute l'antiquité. La con- 
séquence inévitable de cette conviction doit être l.i j^lorilicUion de 
la mort considérée comme nue vie meilleure et désiralile aviuit toute 
autre chose, et la théorie que la vie est seulement une prépara- 
tion à l'outretomlie. Telle fut déjà la conviction des Orphiques. 
Ceux qui étaient initiés à leurs mystères faisaient tous les efforts 
possibles pour être plus justes, meilleurs que les autres hommes*: 
ils menaient une vie pure ^ et terminaient leurs prières en souhai- 
tant une mort heureuse » ". 

' Comparetti, iMininette orficlie, p. 27 avec ann. 2. 

' G. l'atroni, Im ceramica antica delVltalia méridionale, Napks, 1807, 
p. 162. 

' W. Altmann, Jiômische GrahalUire, Berlin, 1905, p. 101 et suiv. 

■• Diodor. Sic., V, 49, h. 

^ Cf. par ex. Hymni Orphici (édit. Abel, Leipzig, 1885), IV, 9, XVII, 
10, LVIII, 10, LXIl, 12, Eurip., Hippol, 99t; et suiv. et V. Maccliioro, 
Zagreus, Bail, 1920, p. 157, n. 4. 

« Cf. p. e. Hymni Orphici, XIII, 10, XX, T,, XXVIII. 11, XXXV, 7. 



DE I.A PORTA MAGGIORE 



Quoique la doctrine orphique soit relativement liien connue de- 
puis longtemps ' et la symbolique dionysiaque des tombeaux ro- 
mains suffisamment étudiée ', on u"a presque jamais pensé à dé- 
montrer le lien étroit qui existait entre les deux. On était géné- 
ralement d'opinion que l'orphisme n'a joué qu'uu rôle secondaire 
au milieu des antres religions étrangères '. Cependant la place im- 
portante occupée par la théorie orphique et la figure de Pythagore 
dans les renvres d'Ennius, Ovide et Virgile, les nombreux frag- 
ments d'une litérature orphique sous l'Empire et surtout la col- 
lection des « Hymnes orphiques » rédigés à une époque tardive * 
et présentant le caractère très prononcé de litanies, auraient dû 
faire supposer que l'orphisme, après la disparition des Pythagori- 
ciens comme parti politique, a fondé un peu partout des « com- 
munautés >■> qui ont existé pendant un temps relativement long. 
Cicéron parle d'une de ces « communautés » dans son discours contre 
Vatinius^. Pendant le règne d' Auguste, Nigidius Figulus se considérait 
comme prophète du Pythagoreïsme et l'empereur se vit contraint 
d'expulser de l'Italie un Pythagoricien grec connu comme « magus » ". 

Une communauté orphique a laissé ses traces à Pergame, où 
elle doit avoir existé depuis le troisième siècle avant .T. C. jusqu'au 



' La seule source complète et encore utilisable est r^(7?aoi)7iaw»s de' 
Lobcck (Regensburg, 1829). A présent on peut utiliser le travail inté- 
ressant de V. Macchioro, Zagrevs, Bari, 1920. Les sources récentes d'in- 
formation anglaises sont nommées par M. me A. Stiong, Apotheosis and 
AfUr Life, London, 1918. p. 24, et M. P. (Jardner in Hastitujs Encijcl., 
IX (1917), p. 82. 

' W. Altmann, Rômische Grahnltàre: H. Duetschke, liavennatische 
Studien, Leipzig, 1909; V. Macchioro, Il simh /h'smo nelh figurmioni se- 
pohrali romane, dans Memorie R. Ace. di Xapoli, 1 (1911), p. 9-144, 
M.inf Strong, 1. c. 

' M.nip A. Strong, 1. c. 

* Christ, Griechische Liierahtrgeschichte, h" édition, p. 796. 

' Cicéron, in Vat., VI, 14 cité par M. Ctimont, Rev. Arch.., 1. c, p. 62. 

^ Jérôme, Chronic. Oh/mp., 188, 1: « Anaxilaus Larisaeus Pytagori- 
cus et magus ab Augusto Urbe et Italia pellitur » cité par M. Cuuiont, ib. 



174 i.A liAsii.Uin-; .sorrKKUAiM-: 

second après J. *'• '. Si les iioinljreux savants '■' i|ui sont d'avis que 
les belles peintures murale» d"une villa suliurbaine de Pompei 
découverte en 1909 représentent l'initiation aux mystères orphi- 
ques ont raison, nous possédons là une auti-e preuve de la persis- 
tance de la foi orphique. Il n'y a doue selon nous pas de motif 
valalilf pour nier a pi-iori que notre basilique soit le local oi'i se 
réunissait une communauté d'une religion syncrétique, composée 
d'éléments pythagoriques, orphi(|ues et dionysiaques. 

Revenons maintenant m la desrription de l'édifice et de sa dé- 
coration. 

Les traces de sacriiiees purificatoires sous Ut mur même de 
l'aliside nous a déjà prouvé le caractère religieux de la basilique. 
La blancheur de tonte la décoration en stuc (dans laquelle il n'y 
avait que le fond sin- lequel était placé le siège du « pasteur * 
et le plafond du vestibule qui formassent des taches de couleur) 
nous semble indiquer l'idée or])hique de la pureté. Les orphiques 
couvraient leurs morts d'un linceul de lin blanc et bal)illaii'nt de 
la même manière leurs initiés ^. 

La (léc()iati<»ii eu stuc dn vestibule. 

Le plafond du vestibule ne nous est conservé (jne sur trois 
côtés, le quatrième est entièrement détruit. On y distingue, dans 
des encadrements très prononcés, plusieurs petits tableaux peint.s 
sur fonds coloriés, qui nous ramènent tous à la symbolique des 
tombeaux. Nous avons déjà jiarié de la signification funéraire de la 

' Voy. infra. 

• Enumérés par Maceliioro, Zmjrciis, p. 12. Le Nestor des savants ita- 
liens, M. D. Couipaietti (Le nozze di Ilacco ed Arianna, etc., Florence, 1921) 
et le célèbre mythologue allemand M. 0. Gruppe (Philologisclu- îloc^eii- 
schrift, 2 mais 1921, col. 245-250) (l'article nous a été courtoisement in- 
diqué par M.mp Strong) nient tout rapport avec les mystères. 

3 Voy. Cavallari, Kotizie degli Scan, 1879, 1. c. et Maceliioro. Za- 
greus, p. 241. 



DE LA PdRTA MAGGIORB J (O 

Victoire, clont nous retrouverons partout diins hi liasiliqiie des exem- 
plaires magnifiques. Les Ménades montant des panthères et portant 
le tliyrse sont des figures bien connues du thiasos de Dionysos. La 
liseuse qu'on rencontre tant de fois sur le.s sarcophages peut figurer 
l'âme qui lit dans le livre de la vie ' ou bien le catéchumène qui 
étudie le livre sacré des mystères '. 11 me semble probable que les 
candélabres qu'on voit ici seuls, mais combinés dans la basilique 
avec des Victoires, peuvent être considérés comme symboles de l'âme, 
représentée comme une fiamme dans la philosophie d'Heraclite — 
ici probablement interprète d'une opinion orphique ^ — et dans 
la foi populaire romaine *. Cette idée se confond aisément avec 
celle du tombeau. On connait l'habitude d'allumer des lampes 
dans les cimetières''. La pensée du lieu du dernier repos est vive 
dans toute la basilique; la partie iufériciirc des parois tant d;i ves- 
tibule que de l'édifice principal est ornée des symboles du tom- 
beau: colonnes ou arbres entourés d'un enclos. 

Dans plusieurs caissons sont figurés de petits amours: tantôt 
ils montent des chars attelés de boucs ou d'autres animaux et for- 
ment un élément du thiasos qui représente le cortège des initiés, 
tantôt ils ver.sent l'eau d'une cruche. Dans ce dernier cas ils ont 
la même signification que nous avons donné aux Victoires funé- 
raires: ils oft'reut l'eau de la vie éternelle aux âmes des fidèles. 



' Duetsflike. BaroDiiilische Siiidifii, p. 18 < et t^uiv. 

- R. Paribpiii, Xotùie degli fcavi. 1919, p. 112; Maccliioio. Zat/reus, 
p. 74. 

■* Maccliioro, Kraclito e Vorfismo, dans Gnosis, Bivista di utoha re- 
ligiosa, I (1920), p. 1 et suiv. et dans Zagreus, p. 247, ann. 1. 

* Plante, Trhi., 11,4, 91 (492): » scintillulam aniniae quam quuni extem- 
plo eiuisimus •; Térence, Ad., III 2, 16: « seni animaui piimum extingue- 
rem». Uf. Cicéron, Som». Scnj)., III, 7: » aninnis datus est ex illis seiupi- 
ternis ignibus »: Verg . Aen., VI, 745 et suiv. 

•"■ Cf. p. e. .Marquardt-Mau, Prhat leben der Borner, p. 3(38, ann. 1 
et G. Spano, La iUuminazione délie vie di Pompei dans Atti délia Beale 
Ace. di Arch. di Napoli, VII (1920), II, p. 72 et suiv. 



176 I.A IIA.SIl,l(ii:K SOI TKKliAI.NE 

[iC petit tableau sur lequel on voit les petits amours ehasser (les 
l)api lions et s'amuser avec reux qu'ils ont pris doit avoir en un 
sens synil)iili(|iie [imicc (|u'nu le rctionve très souvent sur des mo- 
numents funéi'aires '. M. Cnniont '• cite à propos de notre basilique 
un passage de Pliifarque ' : «Le vrai amoureux, c'est à dire celui 
qui s'est épris du vo/.rov /.y/ov ajirf'S sa mort ir.-i^oiry.'. v.y.: /.y.- 

TCOpYia-TTai /M 'V.aTîAîC T.fÀ TOV ajTOV rïOV fKrOS) ZVOi y'jit'ldt'l 

y.v.i n'i'^j.r.iYiT.O.Cfi, y/'-'-', o'j t.'j'i.vi v.\ t'^'j; '^it:'r,ir,\ /.yÀ \\ZiZ'j- 
'"iiT/, ; ^ciij.(o-/5t; î).,rwv /.y.i y.y.-y.hy.o^iyj STîpa; y.^y r,zy\, yîvÉtîoj; ». 

D'une conception au moins également élevée témoigne rii\n)Ui- 
orpliique dédié à F.ros, (|iii nous semlile donner i.'à et \îi un com- 
mentaire des scènes ligurées dans le vestibule \ 

Sur la paroi qui sépare le vestibule de la basilique et préci- 
sément au-dessus de l'entrée de celle ci on distingue une grande 
tète d'Océanus cnti'c deux divinités marines. Océanus. une des figures 
de dernier plan dans l.i mytiiologie grecque ', était considéré par 
les orphiques comme le prince des Titans, le seul bienfaisant p;irmi 
eux '', et a été célébré dans un de leurs hvmnes. C'est justement 



' Voy. Maccliioio. Simluilixmn, passim. Cf. p. e. C. I. L., \'I. 211011: 
« Scita hic sita est jiapilio volitans texto religatus araneo est illi piaeda 
lepens huic data mors siibita est », et le petit poème fait par renipcieur 
Hadrien sur son lit de moi t.: « Animula vagiila blandiila Ilospes coines- 
que corporis. Quae nunc abibis in loca Pallidula, rigida, nudula. Nec ut 
soles dabis iocos ». 

* Cumont, Rer. Arcli., 1. c, p. âT. 

^ l'iutarqne, Amiiton'iin, c. 20, p. 76li B. 

* Hymn. (hyhic, UIII (édit. Abel, p. 89). 

To;»>./.T, 1T7 = p JîiTat. -ypippi^iv (nos. -up tSpi ;i: i), ij&p5y.ji ipy.r. 
<7uu.ir ai'ovra tjîoT; rM Svïitsî; àvspwTtoi;, 

î'JTràXotiisv, SiouT, (céleste et mortel '), iràvTui /.>.t.?c«; v/Di-i 

àXXà, u.àzap, xa;opaT; ^■lù.i.ït; u.ùarT,oi auiî'pyovi, 
'^aùlo'j; S'îzTiTrii'j; 3''>p;j.à; k~i> Twvî'à-i— cu.r = . 

^ A'^oy. Rnscher, MylhoJcg. Ladkcn, s. v. Oleaiios (WeiszSckcn, 
col. 817. 

^ Abel, Oriihiat, fr. 3!> et 100. 



\->K I.A PORTA MAGCIORE 177 

(lan-i cet liymiR'-çi qu'on trouve une expres'sioii qui, selon mon opi- 
nion, ]ieut expliquer le sens syinliolique de l;i tète d'Oeéanus qu'on 
trouve en haut île la porte d'entrée de la basilique. On y lit : 

K/.v.r;, ij.7./.y.-j, T.'j'l.Wt.'ii, S'îGv zyvt'Taz asy^TOv, 
xiay.y. oTao-/ yxir,:, ^■^J'^- "oAo'j, ÔYpo/.ïls'jSï, 
l).5o'.: îùaîvîwv u.'jn-y.'.'. y.t/y.^'.nu.i'i'j-, ztîs '. 

Kst ee que le construeteur de la basilique a voulu indiquer que 
l'entrée de celle-ci est « la fin des choses terrestres, olijet de nos 
désirs, et la porte du ciel •» ? 

La décoration eu stuc, de la basilique. 

L'édifice principal qui fait suite au vestibule est orné avec 
grande profusion de bas-reliefs en stuc, distribués sur les murs, 
les piliers et les voiites. A ce qu'il me semble on a suivi dans la 
disposition de cette décoration un système logique. 

La rangée inférieure nous montre partout des tomlieaux traités 
symboliquement dans la manière décrite plus haut en parlant du 
vestibule et entremêlés :Y des scènes de vénération des images sa- 
crées '. Le visiteur de la basilique se promène donc dans un en- 
tourage qui lui rappelle toujours la mort et les occupations ter- 
restres qui sont la meilleure préparation à la vie d'outre-tombe. 

Au dessus des cimetières et des lieux sacrés pendent des oscilla 
de formes différentes. Les oscilla servaient comme purification de 
l'air '. Ou doit supposer que les tables chargées d'offrandes qu'on 

1 Hymiii Orphici [éd. Abel), LXXXIII, v. s. 6-9. 

' Dans une de celles-ci on voit une personne s'agenouiller devant la 
statue d'un dieu. M. Cuniont {Rev. Arch., 1. c.) rappelle qu'on avait jusqu'à 
présent constaté ou du moins rendu probable cette attitude seulement 
pour les mitliriaques. Voy. Cumont, Textes et monuments, etc., II, p. 62. 

•' Seivius, Aen., VI, 741, XII, 603, Georg., II, 389, 0. Boetticher, 
Der Baumlultus der Hellenen, Berlin, 1856, p. 83, Hiid dans Daremberg 
et Saglio, Dictionn. â. Ant., s. v. Oscilla, p. 257, II. 



1-2 



178 l,A HASII.K^IK SIHTKHlt^NK 

voit à l:i même liiiiitcur sur les pîirois ])ostériciirPS des nefs laté- 
rales avaient nn sens identique et rappelaient dans la mémoire îles 
(idéies le souvenir de leurs (uiiipai. Un des hymnes orphiques parle 
de la préparation d'une telle tahle '. On la retrouve avee plusieurs 
symboles haehiques sur le eippe d'Aniemptus '. Le rameau de pal- 
iniei' sur une de ees tables symbolise probablement Timpressiou de 
victoiio ot d'élévation morale pi'oduite par Tagapè dans l'âme du 
coniminiiant. Les agapai et l'adoration des dieux étaient les moyens 
pour arriver ;\ l'extiise, l'inspiration dionysiaque, l'état de grâec 
dans lequel on voit prochaine la vietoire sur la cliaii-. 

Cette inspiration même me semble indiquée par les Vietoii'cs, 
les grands vases et les tambourins qui décorent la partie supé- 
rieure des parois latérales et des piliers. Le syml)oIi8me est ex- 
j)rimé d'une manière jilus claiiv en b;i-; d'une des voûtes latérales. 
On voit là deux si)hinx ;'i eoté d'un ciatére, image connue de l'àme 
éprise de la divinité '. 

Les voûtes enfin représentent à ec i|iril nie semble la substance 
de ces espoirs, nourris i)ar l'inspiniti'in et la piété. 

En dépit de raiijiarente loL;ii|iie d'une telle division, il reste 
beaucoup d'incertitude dans l'explication des différentes scènes, sur- 
tout dans celles des voûtes. Mais aussi sur les parois latérales et 
les piliers les énigmes insolubles ne font i>as défaut. (>ufl est le 
sens précis des hermés, des dieux bai'lius, des figures ilebout avec 
les bras étendus? Dans les dei-nières on ])eut voir — comme l'a 
déjà fait M. Cumont — des « orantes », c'est-à-dire des Ames im- 
plorant un bon accueil dans le règne des morts, en se fondant pour 



' tlymni Orphici (édit. Abcli. XI, IV, ,s 9. Cf. aussi .Maecliioro. Xa- 
yreiis, p. 76-80. 

• Altmann, Sâw. GifihnDdre. ]). 111, plancli. I et II: Maecliioro. Sitn- 
holimie, p. 79-80. 

^ Dareniberg et Saglio. Dictioiiii. des Autiquiiés, s. v. Sphin.r iH. Ni- 
cole). 



DE LA PORTA MAGGIOKE 179 

cette explication .sur les reliefs de le partie inférieure de Faliside, 
où une Victoire oflFre :\ Tune des crantes qui la flanquent une cou- 
ronne. Cette scène nous rappelle tout de suite les mosaïques absi- 
dales de l'époque chrétienne, où la main de Dieu oft're aux martyrs 
leurs couronnes. 

Dans les cymbales et les Hûtea — symboles des mystères ' — 
qu'eu rencontre sur les parois, on pourrait voir aussi une allusion 
k la passion de Zagréus, célébré par les orphiques comme Ré- 
dempteur. Firniicus Maternus - raconte que les orphiques imitaient 
avec des cymbales et des flûtes les hochets k l'aide desquels l'en- 
fant Zagreus fut leurré par les Titans. Il est possible que les por- 
traits dont on voit les traces sur les piliers aient représenté — 
comme le suppose M. Cumont — les sages grecs; mais l'état très 
mauvais de conservation rend difficile toute identification certaine. 
Eu outre il me semble qu'on peut élargir de beaucoup le choix, 
.lamblique ' donne une liste de ce qu'on pourrait nommer les « pa- 
pes » pythagoriciens et, k la fin de son livre, il énumère 218 hom- 
mes et 17 femmes qu'on pourrait définir comme saiuts ou héros 
de la foi. Un fragment de stuc, conservé dans le musée de l'An- 
tiquarium à Rome, appartenant sans doute à un portrait en mé- 
daillon, prouve qu'Apollonius de Tyane lui aussi était vénéré comme 
un saint '. 

Les petites boites qu'on voit représentées dans plusieurs endroits 
sont sans doute des cistae mysticae contenant les arrann ''. 

Deux piliers sont ornés de reliefs. Sur l'un Deraeter — carac- 
térisée comme déesse des mystères par la cista mj'stica, d'où sort 

' Cp. p. e. Proclus sur Platon, Alcib., I, p. 479 (Cousin, 2" rd.): ;■< 

tol; a'joTT.ptit; /.a; l-i rai; T:XcTaT; y^praïas; ô au>.5;. 

2 Pirmicus Mat., de erroi: prof, reîig., VI, 5; Abel, Orphica, fr. 200. 
^ Janibliche, de vif. pyth.., c. 38. 

< Cp. E. Meyer dans Jfermef:, 52 (1917), p. 38(), ann. 1 ; C. 1. 1.., M. 
29828. 

^ Cp. Mail dans Paulj'-Wissow.T, RealcncycL, III, col. 2592. 



180 I.A KASIIMQIK SdlTKKUAlNK 

le serppiit — donne ;Y Triptol^mc 1cm ('i)is de lil/' ', b'pMfnit ciM-hrlt 
par les hymnes orptiicjncs roinnif sym'iole de jiaix et di' liiejii-tre '. 
Snr l'aiitre pilier Hercule reeo't les pomme» d'or des mains 
d'une Ilespéride. Il faut se rappeler (pie les IFespéride» sfnit très 
fréquentes sur les vases funéraires de l'Italie méridionale ' et que 
leurs pommes étaient parmi les instruments employés par les Ti- 
tans pour séduire Zagreus '. Selon une forme pen connue du mythe 
d'Hercule '", celui-ci, après un long et difficile voyage dans la coupe 
du soleil, aurait tué le dragon Ladon et reçu après ces dures 
épreuves les pommes d'or qui lui assuraient l'immortalité. H est 
très probable que les orphiques ont considéré les exploits du iiéros 
comme une espèce de passion comparable aux travaux que l'àme 
immortelle doit supporter sur la terre. Ils considéraient Hercule 
comme ayant existé depuis la création '^', c'est-à-dire qu'ils voyaient 
en lui un dieu descendu sur la terre et l'adoraient comme un Sau- 
veur portant son aide à tous les malheureux '. 

L'abside. 

Dans toutes les églises, la coquille de l'abside est ornée du sujet 
le plus important, le plus dogmatique. Il est donc a priori pro- 
bable qu'on doit chercher là la clef du secret de la basilique sou- 
terraine. D'autres circonstances fortifient selon moi cette opinion. 
Le relief qui remplit tonte la coquille est beaucoup plus grand 
que tous les antres, la composition en est plus compliquée et le 
travail plutôt médiocre. C'est surtout cette dernière constatation qui 

' Abel, Orphica, fr. 217. 

- Bymni Orphici (éd. Abel), XL. 

^ Albizzati, 1. c, p. 207. 

* Abel, Orphica, fr. 196. 

^ Gp. Pauly-Wissowa, Bt!a}encyc1., VIII, col. 1245 (Sittig). 

« Abel, Orphica, fr. 36 et 39. 

" Bymni Orphici (éd. Abel), XII. 



DE l.A PORTA MAOfilURE lOl 

uic fuit suppost^r (lu'iei les prêtres n'ont pas i)erniis aux ouvriers 
(le s'inspirer de modèles antérieurs. Comme cette partie de la dé- 
coration est très mal conservée et que la reproduction photographique 
(pi. Il, fig. Ij tt'est pas suffisamment claire, j'emprunte la description 
à l'article de M.' Cumont '. 

« Nous avons devant nous au premier plan une mer houleuse 
où se dressent des rochers. Sur les récifs qui, à droite, bordent 
le rivage, une femme entièrement voilée tenant A la main une Ij're 
descend vers les dots; derrière elle, un Amour ailé semble la pous- 
ser doucement par les épaules ; devant elle, enfoncée dans l'eau 
jusqu'à mi-corps, une ligure tient à deux mains, pour la recevoir, 
une étotfe, qui, en s'abaissant vers le milieu, dessine une sorte de 
nacelle, où la ligure voilée s'ap])rête à poser un pied. Sur les ro- 
chers de gauche, un autre personnage lui correspond: c'est un homme 
assis sur une pierre, la tête appuyée tristement sur la main ou se 
cachant le visage dans les mains; devant lui, au milieu des va- 
gues soulevées, se dresse un Triton tenant ses attributs habituels, 
une rame et une conque marine. Entin, au fond, sur un écueil 
isolé ou sur un Ilot, Apollon est debout; il porte son arc de la 
main gauche et étend la droite vers la femme voilée. Un autre 
rocher sort de la mer entre lui et elle, mais il n'est plus possi- 
ble de déterminer si un personnage s'y trouvait représenté ; on 
songerait à Diane à côté d'Apollon ». 

M. Fornari qui 'fut le premier à décrire la basilique pensait 
au pi'emier moment ' à la mort de 8appho, mais écartant ensuite 

' Cumont, Bev. Arch., p. 65. 

- \'oy. l'allusion de M. R. Paribiui dans le Bolletlino d'Arie, 2"^ sé- 
rie, I (1021), III, p. 104, ann. 4. M. C. Densmore Cuitis a développé la 
même hypothèse dans un article de Y American Journal of Archaeology 
(XXXIV, 1920, p. 146 et suiv.) en se fondant sur la conformité complète 
avec Ovide {HerouL, XV, 161 suiv.}. Tout en admettant cette concordance 
on doit supposer pourtant (avec Cumont, Hassegna d'Arte, VIII (1921), 
2, p. 44) un sens symbolique pareil à celui de la .Sappho d'.lusone, 
c. VI (cf. F. Weege, Etruskische Malerei, p. 34). 



1X2 LA HASIMCJUE .SOL'TERHAI.NE 

cette idée, il publia sa seconde explication acceptée et fortifiée par 
M. Ciiinont, et restée, selon mon opinion, lu plus probable. Toute 
la comiwsition illustrerait le voyage de l'àme (représentée ici, 
«•omme dans un des toml)caux de la Voie Latine, par une femme 
Vdiléej vers les lies des Hicnlicurenx, localisées selon les l'ytliago- 
riciens d;iiis le soleil et l;i luiic. i>M forme de la « nacelle », res- 
semblant à la fois à la lune et à une barque, ra])])elle à M. Cu- 
mont le bateau de Kà qui transporte les morts égyptiens et la 
théorie dos Manichéens qui croient que la lune est un vaisse;iu 
dans lequel les âmes voyagent de la terre au soleil. La mer hou- 
leuse serait selon les Pythagoriciens « la matière dont ils oppo- 
saient l'agitation tumultueuse à rharmonie constante des cieux *. La 
lyre servirait à caractériser le désir mystique, la nostalgie du ciel, 
et le personnage assis en face de l'àme voilée « le pécheur accablé 
de honte et de remords, auquel il est interdit d'atteindre le séjour 
des élus » '. 

Nous avons déjà montré qu'il n'y a pas besoin, dans l'inter- 
prétation de la basilique, de se limiter aux seules idées pytliago- 
ricienucs, et croyons donc pouvoir trouver ailleurs quelques argu- 
ments pour corroborer la théorie de MM. Fornari et Cumont. Les 
Néréides et les autres divinités marines se trouvent comme figures 
sépulcrales dès le cinquième siècle sur les vases de l'Italie méri- 
dionale". Les hymnes orphiques' les invoquent pour porter le sa- 
lut aux initiés parce que les Néréides étaient ïes premières :\ mon- 
trer la vénérable t-I-t/: de Bacchus et de Perséphone \ S 'Ion Ser 
vins ■' Virgile a voulu indiquer la lune comme séjour des bienheu- 
reux et Plutarque en parle amplement ''. Le « liatean des morts » 

' t'umont, Rev. Arch., I. c, p. 69. 

- Albizzati, 1. c, p. 200. 

' Hijmni Orphici (éd. Abel\ XXIV. 

* Cp. Maass, Orpheus, p. 191. 

'S Serv., Am., VI, 887 et V, 735. 

'» Plutarque, de fade tn orbe lunae, c. 28 et suiv. 



DE LA PORTA MAGOIORK IP.i 

Hci trouve aussi, à ce qu'il semble, sur un vase italiote '. Le per- 
scinuai^e triste, assis sur le rocher, t'ait pense)' à Juvénal ", « at 
illc I:ini sedi't in ripa taeti'uniquc novicius liorret l'ortiimea nec spe- 
rat caeuosi gurgitis aluura Infelix ». Selon les initiés c'est unique- 
ment ceux qui avaient méprisé les mystères qui étaient condamués 
aux peines de l'enfer décrites p.ir la tradition populaire *. 

Un fragment orphique me semble indiquer que cette doctrine 
supposait aussi un passage de Tànie k travers l'air '. 

La lyre Joue un rôle important dans les mystères °, surtout à 
cause de son influence civilisatrice ". Je suppose que l'arbre qu'on 
voit sur le rocher même d'où descend la figure voilée, représente 
symlioliquement le tombeau, situé très souvent dans un lucus '. 

Les stucs (les voûtes. 

La décoration des nefs latérales montre très souvent les mêmes 
sujets traités dans une manière différente. Cette uniformité me sem- 
ble indiquer qu'à l'époque de la construction de la basilique le 
sens symbolique de ces combinaisons était à tel point tixé et pré- 
dominait tellement l'exécution qu'on n'avait pas à craindre les cri- 
tiques sévères, mais plutôt à espérer le jugement bienveillant des 
âmes pieuses, parfaitement disposées à voir à travers l'enveloppe 
parfois défectueuse l'éternelle beauté du texte illustré. Malheureu- 
sement c'est précisément ce texte qui nous fait défaut. A peine 
pouvons-nous tenter de sentir le symbolisme des Victoires, des 



' Albizzati, 1. c, p. 194-195. 
^ Juv., III, 261 et suiv. 

3 Platon, Fhaedo, p. 69 C. Cp. S. Reinaeli, Rur. Aich., 1903, I, p. 151- 
200; Hairison, Prokgomena, p. 614-62.3. 

* Abel, Oiphica, fr. 156: 'OpjrJ; -r.i 'A/_ipij<T;îtJ Aiavr.-) àssii-j /.aX=T. 

^ Cp. Macchioro, Zagrens, p. 91-94. 

'^ Martian., e. IX, 923. 

' Serv., Aen., HI, 302; E. Rhode, Psyché, 4^ éd., p. 230. 



184 I.A liASlI.lQUK .SDITKHIfAINK 

Orantes, des ligures tr;ms|)(irt«es par des ilivinité.s mariiii'.s: mais que 
faut-il i)ciiser des Méiiadcs qui pufilleut des fruits, font des sacrifices 
en Jouaiit de la lli\tr, se réunissent aiitonr d"un arlii'i': i|iie si^rnifie cette 
réunion de iirètres autour d'Aindlon ! Coniiiient ex|)li(|Uer les scènes 
itliyplialliques, la procession dn van saci'f; ', la punition de Marsyas? 
OV'st la tradition écrite qui nous manque, ce i|ui rend juste- 
ment « mystérieuses » des choses qui étaient révélées même aux 
simples. Une comparaison avec le syinlinlisme clii-étien démontre 
avec évidence Jusqu'à (|uel point nous déi)endons des textes dans 
nos tentatives d'exi)lieation. Qui aurait clierelié dans la figure hu- 
maine sortant de la ;:uenle d'un monstre marin une allusion à la 
résurrection, si le Nouveau Testament ne nous avait pas informés 
<ln fond symbolique de l'Iiistoire de Jouas ? Mais qui nous expli- 
(|n(^ la pensée du ])eintrc des vases grecs qui a représenté dans 
la même situation le chef des Argonautes. .lason ' ? Comment pour- 
rait-on interpréter la riche iconographie chrétienne si l'on avait 
uniquement à sa disposition les écrits des auteurs païens ou quatre- 
vingt-liuit prières en forme de litanie-s, comme nous les jjossédons 
des orphi(iues ? Qui aurait deviné une signification mystique d'une 
telle profondeur dans la danse des lîaccliantes avec la tête d'Orpiiée, 
(pi. II, fig. 2) si le hasard ne nous avait p.is conservé les spécu- 
lations sur sa mort expiatoire qui mit fin au ressentiment de Zeus 
contre les hommes, ])rovoqué par le meurtre perpétré par les Titans 
sur la personne de Zagreus ? 

Lii voûte (le lu iieC centrale. 

Les marges du plafond ciiili-al sont peuplées d'une grande 
quantité de « scènes de genre » (|ui senildcnt rei>ivsenter la vie réelle. 

' Cp. J. E. Harrison in Jonnial of lulkuic sfudies. XXIII (1903), 
p. 32.^ fit 8uiv. et dans l'rolegnmena, j). .")19, 527, .'J31-Ô34: Rizzo, Dio- 
iiysos Mysles, p. 80. 

• Roscher, Mytholdij. T.e.ticun, .s. \-. Jnson, col. S.'i-Sli. 



DE LA rOHTA MA(iliI()UK lor> 

On y distingue (pi. lllj des exercices de gymnastique et d'escrime, 
dirigés quelquefois par un pédagogue, des rencontres de person- 
iriges solennellement habillés, des jongleurs et des prestidigitateurs. 
Ou 'est tenté de croire à une imitation dans le goût hellénistique 

I caractérisé par les formes trop pleines) des « tranches de vie » 
qu'on admire sur les vases et les reliefs de l'époque grecque clas- 
sique. La scène de jonglerie par exemple est sans doute une ré- 
plique de celle qu'on trouve sur un vase de bronze du Louvre '. 

II y aurait pourtant un détail qui nous en ferait douter. Les acteurs 
d'un de ces reliefs sont des pygmées ; on retrouve ces nains con- 
trefaits sur les peintures du columhurium de la Villa Doria-Pam- 
pliili où l'on a supposé qu'ils symbolisent la vanité des occupa- 
tions d'ici-bas ^. 

Autour du centre on voit quatre table;iux d'un caractère tout à 
l'ait différent. La fig. 1 de la pi. I\' nous montre une âme représentée 
par une femme, le visage empreint d'une ferveur, d'une résignation 
très rare dans l'art antique : Hermès, caractérisé, à ce qu'il sem- 
ble, comme dieu de la mort par une tige de pavot, la conduit par 
la main. Hermès était vénéré par les Pythagoriciens comme -yij.'.y.-^ 
T(ov 'y'jywv ^. En face (fig. 2) se trouve .Jason qui, aidé par Médée, 
s'empare de la Toison d'Or. Il est certain que le héros de lolcos a 
joué un rôle important dans 1" hagiographie orpliique. Nous possé- 
dons même des « Argonautica » avec une introduction parfaitement 
orphique. 11 nous est pourtant impossible de trouver la moindre 
preuve (|u"on ait jamais considéré ses ^tovosvtî; y.ib'i'j'. * comme 
une vie de martyr. La descente dans l'intérieur d'un monstre ma- 
rin, dont nous avons parlé, et le passage de Pindare ^, « Phrixus 

' De Ridder, Bronzes antiques, tig. 52, p. 104, cité par M. l'ornari. 
= Cp. E. Samter dans Rom. MMh.. VIII (189:5), p. 101 et suiv. et 
IJoscher, Mithol. Lexicon. s. v. Pygmaeeii, col. 331>>. 
■' Diogèn. Laerce, VIII, 1, 31. 
* Hésiode, Theogoii.. 994. 
' Pindare, Pi/th., [V, 159 avec le sclioliaste. 



186 I.A IIASIMQIK SOITKKRAIXK 

nous prie d'aller au palais d'yEètè» et (le transporter son âme », 
restent inexplicables. Notri- tableau présente un déUiil curieux. 
Jason est munté sur une table, au dessous de laquelle se trouve 
une autre table surmontée d'une petite caisse. Il me semble très 
probable qu'on doive penser ici à un appareil magique tel que la 
table mentionnée dans un |),'ipyrMs de Leyilc '. 

A ces reliefs font |)cndant deux autres. La signification de 
l'un est claire. 11 repiéscnte la lil)ération d'ilésione par Hercule. 
Plusieurs monuments trouvés le long du Rhin montrent que l'épo- 
que impériale a trouvé dans ce vieux mythe une allusion à la li- 
bération de l'âme par un lîédenipteur. Sur une gemme on voit aux 
pieds de la vierge encbaîiiée un cotVrct (jui rapi)ellc iirobablement 
la eista mi/stica '. 

En face du tableau d'ilésione on en voit nu (|iiatriénie ( pi. V, fig. 1 ) 
<lont l'explication, autant ([uc Je sache, n'est pas encore trouvée. Sur 
un troue très sinipU^, on plutôt sur un liane formé de deux blocs 
de pierre quadrangulaires profilés, une femme est assise dans nue 
attitude pensive, la tète appuyée sur la main droite, la gauche te- 
nant une idole qui ressemble à la déesse Athéna armée d'un bou- 
clier et tenant probablement mie laiice de la main droite élevée. 
Les vêtements ne couvrent que la parlie inférieure du corps. Un 
homme entièrement nu, dont le manteau — est-ce une peau de 
bête ? — a glissé sur la cuisse gauche, est debout devant elle. 
Les boucliers au dessus de la figure de l'iiomme et les guirlandes 
attachées avec des rittae me semblent indiquer que la scène se passe 
devant ou dans un temple. Le pied gauche de l'homme est appuyé 
sur un bloc de pierre grossièrement éiiuarri, qui ressemble de très 



' Publié par Dietericli dans les Johi-h. /'. <l. I:h(ss. Alteit. Supple- 
mentband, XVI, p. 799-830, v. s. 26 et suiv. 

- Cp. Drexler dans Rosciier, Mythol. Lexikon, s. v. Hesiou, col. 2593- 
2594. 



DK LA PORTA MAOtilOUB 1H7 

près aux -rli'i^oi se trouvant selon M. Maccliioro ' dans beaucoup 
(le scènes relatives aux mvstères. 

Les reliefs du centre (pi. 111 et pi. V, fig. 2) représentent tous les 
deux un rapt. Au milieu du plafond nous voyons Ganyniède porté au 
ciel par un génie ou un dieu, symbole connu de l'apothéose '. Ganymède 
porte dans la main droite une aiguière, dans l'autre un tlarabeau. Ces 
ol)jets symbolisent sans doute respectivement l'enthousiasme diou}-- 
siaque ' et la fervente ai-deurdcTàme. Le second des tableaux centraux 
(pi. \, fig. 2) représente l'enlèvement d'une des Leucippides, scène que 
l'on rencontre également sur plusieurs sarcophages *. Il n'est pas pro- 
bable qu'on ait pensé à autre chose qu'à l'ascension de l'âme, l'apo- 
théose — qui est-ce qui se ferait faire un sarcophage décoré d'une de- 
scente en enfer? — et pourtant il y a un contraste incontestable entre 
la conduite de Ganymède et celle de la Leueippide. Le visage du Dio- 
scure rappelle l'idée de la beauté sombre qu'on se forme ordinaire- 
ment de Lucifer. N'oublions pas que l'on voit dans les nefs latérales 
«u châtiment de Marsyas et le travail impuissant des Danaides ". 

' Macehioro, Zagreus, p. 28-42. 

- L'idée de rapothéose si fréquente pendant l'époque impériale (cf. 
e. a. Altraann, Uômisclie Grahalttire. p. 276 et suiv. E. Arthur Strong dans 
le Journal of Roman Shtdies, I, p. 24 et suiv. et dans Apotheosis and 
after Jife, passim) se trouve déjà dans le douzième livre des lettres de Ci- 
céron à Atlicus. 

' L'aiguière se trouve sur de nombreux autels et placiues funéraires, 
où l'un ne peut pas supposer le sens astrologique, que M. Cumont croit 
trouver dans notre relief. 

* Mélanges de VEc. de Borne, 1885, pi. 12; Robert, Sarkoplmgsrehefs, 
III, 2, 57 et .08 (p. 180-184): S. Reinaeh, BeNefi=, II, 197 (= III, 288), III, 
33, 256, 379. — Cf. maintenant G. Bendinelli, Di un frawincnto marmo- 
reo, etc. dans Ausonia, X (1921). 

^ M. Cumont (dans la Bassegna d'arte antica e moderna, VIII (1921), 
2, p .38, ann. 6) explique les Danaides comme des âmes avides de vo- 
lupté, insatiables de jouissances et cite Platon, Gorg., 493 A, Lucrèce, III, 
935 et suiv., 1003 et suiv., Rhode, Psyché, I, p. 326 et suiv, Norden, In 
Varronis saturas, p. 332 et suiv. Il me semble pourtant plus probable 
d'y voir les non-initiés (cf J. E. Harrison, Prolegomena ta Greek Beli- 
gion, p. 613-623). 



l.A HASII.igi'E SOITERKAINK 



(loiistiMutioii et stvl»'. 



Il seiM prudent (riittcndro le déblaiement eomplet de l'éditiee 
])our se déeider sur les dates fournies ])ar la construction. MM. For- 
nari et Gatti ont constaté que, dans les parties visibles du béton, 
ne se trouvent pas de fraj^ments de marbre ou de briques; cela 
indii|uerait la iireniiére moitié du I" siècle a]irés .lésus ('liri>*t. Un 
Trafiment (Vojms reticnlatum d'excellente exécution entrevu par 
M. Gatti an-dessus de l'ouverture qui illumine le pronaos, pour- 
r.iit indi(|uer la même période. M. lîendinelli, un des prochains édi- 
teurs de la basilique, a cité une foule d'analogies pour les sujets 
et la manière d'exécution de la décoration en stuc qui corroborent 
les indications plutôt vagues de la construction et rappellent aussi 
la première moitié on le milieu du P' siècle de notre ère ". 

Je veu,\ remarquer à ce propos que l'évidente inégalité de style 
des reliefs constatée tout de suite par M. Fornari ' et la tendance 
archaïsante, dont on voit des exemples dans nos figures, caracté- 
risent aussi les peintures murales de la maison de la Farnesine, 
conservées au Musée des Thermes, dont les stucs représentent des 
scènes des mystères. 

En outre il me semble que l'on peut retenir dans la décoration 
de la voûte centrais une circonstance qui n'est pas sans importance. 
Exception faite des reliefs de Ganymède et de l'enlèvement de la 
Leucippide, on distingue très bien deux parois, divisées dans la m;i- 
niére habituelle des peintures murales de Porapei, par exemple 
celles de la maison des Vettii. Le socle est formé par une espèce 
de predella remplie de petites scènes ol)longues. Les es|)aces vi- 

' Une savante conférence de cet archéologue fut faite pour la première 
fois devant « l'Accademia l'ontificia » le 21 avril li)21 et répétée ensuite 
à l'Associazione IJomana di Arclieologia. 

2 Cp. R. Paribeni, Catahxjo âel Museo délie Terme, 3'' édit. (1920), 
n" 710 et 720. 



DE LA PORTA .MACiCilORE 189 

des, siirnioiitnnt ce socle, présentent des scènes encadrées comme 
de vrais tableaux (Hermès et l'âme, Jason et Médée) ou bien re- 
présentées comme vues par une fenêtre (Hésione et Hercule). Cette 
division est parfaitement indiquée pour une paroi — on la re- 
trouve par exemple dans la maison de Livie sur le Palatin — 
mais pas du tout pour une voûte. Sans en avoir eu l'intention, on 
a démontré cette impropriété en exposant au Musée des Thermes 
les stucs de la Farnésine, qui formaient une voûte sur des parois 
concaves mais nmi plafonnantes, le long des murs verticaux, non 
seulement sans en changer la perspective, mais même en améliorant 
leur effet. J'en conclus que le cycle des représentations mystiques de 
la Farnésine et de notre basilique a été inventé et représenté pour 
la première fois dans un pays où l'on n'avait pas l'habitude de con- 
struire des voûtes, par exemple dans la Grèce et l'Italie méridionale. 
Les candélabres stylisés et les palmettes qui remplissent avec des 
masques ' les vides entre les tableaux de la voûte centrale sont 
également bien plus appropriés à un mur vertical qu'à une voûte. 
M. Fornari a voulu déterminer aussi l'identité du constructeur 
de notre édifice et il l'a fait d'une manière, selon moi, très ingé- 
nieuse et vraisemblable. Il a fait remarquer' qu'à une distance d'en- 
viron deux cents mètres de la basilique ont été trouvées de nom- 
breuses inscriptions d'esclaves et d'affranchis appartenants à la fa- 
milia des Statilii ^. Une de ces épitaphes porte le cognonien très 
rare de Mystes *. En outre on a découvert dans le même cimetière 

' De tels masques barbus sont très fréquents sur les monuments fu- 
néraires. M. Maechioro (Zagrem, p. 119-120) les veut expliquer comme 
le visage du dieu, symbole de sa présence parmi les fidèles. Le dieu su- 
prême des orphiques était, comme tous les dieux de? mystères. Un et 
sans forme définie (Proclus, Enneail., I, 6, 9 cité par Harrison, Prole- 
gometia, p. 624). 

^ Notizie degli Scari^ 1. c. p. 50-52. 

' C. I. L., VI. 62l.S-fi640, cj). Jordan-Hulsen, Topographie /l'oms, I, 
3, p. 363, ann. 52, Kichter, Topographie Boms, p. 352. 

* C. I. L., VI, 6632. 



190 I.A IIA.SII.KJIK Slil TKHItAIXK 

iiiif lii'llc unie de inarlirc avec des scène» qui se réfèrent aux mys- 
tères d'Hleusis '. Ces indioations sont combinées par M. Foruari 
avec le procès contre le proconsul T. Statilius Taiirus, accusé de 
magicae suj/erstitiones'' par les complices d'Ag-rippine. 

La conjecture de M. Fornari me semble très vraisemldaldc et 
je crois pouvoir la fortifier encore en mettant le fait isolé dans 
le cadre complet de la lutte de rcli^'ions t|iron peut entrevoir dan-< 
le premier siècle de notre ère. 

L'crapcrenr Caligula semble avoir eu des tendances égyptiennes 
prononcées ''. Son successeur Claude au contraire fut un admirateur 
sincère de tout ce (|ui était grec * et essaya entre autre d'introduire 
les mystères d'Eleusis !i Rome ". Il est donc très proliable qu'il 
ait autorisé T. Statilius Taurus à construire une basilique orphique. 
Mais Cl:n;;Ic était dominé par l'autorité de sa femme .\;,'rip])ine. 
Nous ne savons pas quelles ont été les sympathies religieuses de 
celle-ci, mais il est très remarquable de constater que les cultes 
féminins de Cybèlc et d'isis jouissaient de la faxcur de Néron, le 
tiis d'Agrippine '''. Il aura été très facile à celle-ci de trouver 
des arguments d'accusation contre les Orphiques et leur protecteur 
Statilius. Déjà Cicéron reproche aux f>rphiques le meurtre rituel ' 
et le fameux seiiatns rotisultuM ilc h'iiir/i(i»(ilil>us défendait les 

' Cp. e. a. llelbig-Anicliing, Fiilirer cintrh dif Mttseen liomis. ;i"' éd.. 
II, n° 1325, I). 111 et suiv. : G. E. Rizzo, // sarto/'ago di Torre nom dans 
Bôm. Mitt., 1910, p. 106, 131 et suiv.. planche VII (la première répro- 
duction satisfaisante); Paribeni. Catiilotin. n" 440. 

' Tacite, Ami., XIT, r>9. 

' H. JI. K. Leopold, (Jiilirikkclhig niu ket Heidendom in Home (K\o- 
lution du paganisme à Home). Rotterdam, 1918, p. 110. 

* Voj'. le témoignage non suspect de Sénèque dans TApokololcynthosi». 

^ Suétone, Claude, c. 25 : Sacra J'^Ieiishiia etiam tinnsferrc e.T Attiea 
liomam conatnit est. 

^ Cp. F. Cuniont, I.cs leJiijifnis orieiitaks dans VKinpire Boniain (p. 66 
et suiv. de la traduction allemande de (iehrich, 2' édit., Leipzig, 1914) 
et G. Lafaye, Divinités d'Alexandrie, l'aris. 1SS4, p. 59. 

' Cicéron, in Vat., VI, 14. 



DE LA PORTA MAGGIOKE 1;)1 

réiinidns iimnlireuses, telles qu'elles auraient pu êti'e d'après k's 
dimensions de notre basilique. Le suicide de Statilius, qui con- 
sidérait naturellement la mort comme un bienfait pai-ce qu'elle li- 
bérait son àme immortelle, et l'indignation des sénateurs qui con- 
naissaient certainement le caractère très élevé de la doctrine des 
mj'stères, s'expliquent avec facilité. En outre le merveilleux état 
de conservation de tous les stucs, l'absence complète de graffhi et 
de traces de fumée me pai'aissent prouver que l'édifice souterrain 
n'a été fréquenté que pendant un temps très court. 

Mais les arguments d'une défaveur des mystères grecs dans 
l'empire romain à partir du milieu du premier siècle après Jésus 
Christ me semlileraient faibles, si je ne rencontrais leurs traces 
dans une autre partie du monde antique, en Asie Mineure. 

Là le culte impérial est lié très étroitement à celui des mys- 
tères justement dans la première moitié du premier siècle. Des mon- 
naies attril)uent à Livie, épouse d'Auguste, et à Agrippine majeure 
l'épitbète de Kap-ooôpo; '. Des inscriptions appellent celle-ci 3'sà 
It^P'Ai-cy. AioAi; K^pTio^opo; '. Elle fut vénérée à Mitylène, oi'i 
naquit en 18 sa tille .Iulia ', de 20 à 31 après Jésus-Christ, avec 
son mari (iermanicus, qui porte le nom vraiment orphique de véo; 
rîô;, c'est-à-dire Zagreus '. Les memlires de la famille impériale 
eu général sont étroitement liés aux cultes des mystères ^. Les ar- 
chéologues allemands ont retrouvé dans le sanctuaire de Déméter à 
Pergame — bâti entre 269 et 263 avant J. C. et fréquenté jusque 
dans la second'! moitié du deuxième siècle après J. C. — des sta- 
tues de membres de la famille impériale et des dédicaces à ces 
membres mêmes. Mais il y a un rapprodiement très curieux et, selon 

' H. Hepding dans Atheii. Mittli. (litlO), p. 44.3. 
- Hepding, ihid. 
■' Tacite. Ann.. II, 54. 

* Tiiuipel dans Pauly-Wissowa. lieaknc, I, 1036, cp. Abel, Oiphica, 
IV. 191. 

^ Hepding, ihid. 



192 LA HASILKilK SOI TKKKAINK 

moi, très iiii|i(]it:uit à f.iii-c jnnir riiisturicn île notre baRiliquc. On 
a trouvé dans le winctiiMire de l'ergame de» statues d"Aujj;uste, 
d'Agrippine majeure et d'un niemlire de la famille Claudius, pn>- 
hahlement Tilière ', puis on saute au règne d'Hadrien. Si Ton eoni- 
l)ine l'existence de cette lacune avec le fait que le pronaos du 
temi)le de l'erganie a été restauré par un certain C. Clandius Si- 
lanus dans la seconde moitié du deuxième siècle ', il nous semble 
po8sil)le de conclure que le sanctuaire dans lequel on trouve les 
traces évidentes de tend.nices ori)liiques ' n'a ])as joui des faveurs 
de la famille imijériale et i)ar conséquent des munificences de pro- 
tecteurs riclii's durant une période qui s'étend d'environ l'an ôO 
après .1. C. jusqu'au règjie d'Hadrien. Il semble que la doctrine 
orphique, favorisée par les premiers empereui-s, célébrée par Vir- 
gile — avec naturcUemiiit la sympatliie d'Auguste — sur le point 
de devenir religion otlicielle avec Claude, a été étouffée par les em- 
pereurs suivants qui montrent tous des tendances « égyptisjintes » '. 
Peut-être la liasilique souterraine construite avec la permission de 
Chiude, mais fermée an-sitot après ;V cause de l'opposition d'Agrippine, 
nous indique-t-clle le mouient précis du re\irement des opinions '. 

H. M. H. Lkopoi.i.. 

' Ilepding. 1. c. p. ."lUO-âOl. 

- Hcpding, 1. c, p. 4-12. 

■' 0. Kern, Das Demeterheiligtum run l'ergamon tiiid die Oijihischeii 
Hymnen dans VTIenncs, 46 (1911), p. 431-436. 

■• G. Lafaye, Divinités d' Alexandrie, Paris, 1884, p. .56 et suiv. ; 11. M. 
R. Leopold, Ontirikheling ran het Heidendom in Home (Evolution du 
paganisme î'i Konie), Rotterdam, 191S. p. 111112. 

^ Madame E. Arthur Strong, qui a suivi et assiste mes études avec 
un empressement (jui est an-dessns de ma reconnaissance, a bien voulu at- 
tirer mon attention sur une étude du savant professeur Cli. Hiilsen (Die 
Ausgrahnngeu lu Hum im W. Jahrhjiiidcrt, Hl, 3 (29, 1, 21], p. 48-52;. 
L'illustre archéologne voit <lans la basilique une salle à manger souter- 
raine et explique toute la décoration comme une « Vcrlierrlicliung von 
Gesang und Wein ». Tout ce cpii précède montre que Je ne puis partager 
l'opinion de l'cniinent spécialiste de la topographie romaine. 



!.!• DEVELOPPEMENT DE l/HIvSTOIPiE DE JOSEPH 

DANS LA LITTÉKATURE ET DANS L'ART 
AU COURS DES DOUZE PREMIERS SIÈCLES 



II n'est pas question de faire, en ces quelques pages, une revue 
ooraplète et détaillée des monuments iconograpliiciues où se trouve 
retracée l'iiistoire de Joseph, depuis le début de Fart chrétien 
jusqu'au XIII' siècle: il y faudrait tout un livre. Je me propose 
seulement de marquer, par quelques exemples, les étapes de ce 
développement, et d'essayer d'en comprendre les raisons. Pourquoi 
cette histoire, plutôt qu'un autre épisode de la Genèse? Le choix 
n'en est p;is arbitraire: les monuments où elle figure sont nombreux: 
mieux qu'une autre, on la retrouve presque toujours dans les cycles 
un tant soit peu étendus de l'Ancien Testament; même aux époques 
de pleine décadence, on en découvre quelques représentations. Les 
Pères, de leur côté, l'atfectiounent entre toutes; elle jouit enfin 
d'une renommée et d'une popularité singulières, et qui vont toujours 
en s'allirniant davantage. 

Un fait surpi'end d'abord: parmi les p(Miitures des catacombes, 
on n'a pas jusqu'ici trouvé trace de l'histoire de Joseph. Ce récit 
touchant et merveilleux, un des plus variés et des plus mouve- 
mentés i);irmi ceux que nous rapporte l'Ancien Testament, ce récit, 
où l'on retrouvait si bien le doigt de Dieu, devait pourtant frapper 
r:îme et l'imagination populaires. Il a tout le charme de la légende ; 
il ouvre à la rêverie d'immenses horizons. Mais cette longue hir- 
toire auecdotique et pittoresque ne s'accordait pas avec l'art des 

MélntigfK d'Àrch. et d'HM. 19-21. 13 



194 l.E llliN Kl.lil'i'K.MKSr 

(■:it;i(iimlics : un snit :\*si-/. ipio <i-t ;irt n'a jriioiv- (le |iri''iiccii|ia- 
liniis ii:irr;itivcs. et rin'il ivsiiini' plutôt (|u"il ni' racoiiti'. 

l'iiiirtaiit, iriiii aiiti'r |i(i;iit de vue .liisi-|ili ii'ntriMit-il pas, (•(uiitmc 
Suzanne, ou Daniel an milieu des liims, (ni ciicuir les trois Ilélireux 
dans la fciurnaise, un témoi-rnajre éclatant de la Miisérieurde et de 
la ])nitection divines':' Di^s épiscides (•diniMe .Icisepli sm'taiit de la 
eiterne, on .Inscpli tiré de prison, n'étaientils pas aussi rielies de 
symbolisme funéraire que Noé sortant de l'arclie, ou .lonas vimii 
par le monstre? Sans doute: mais on n'avait évidemment pas Tlia 
liitude do les considérer de e<'tte façon. Nous toindions ici une 
nouvelle preuve <le Télroite rtdat'ou (pli unit tniiti' une sérii- de 
fresques des catacombes et les oraisons de la liturgie funéraii'e '. 
Qu"on relise en etfet la belle et véiu''i-able prière des agonisants, 
la ('(Duinrtuhtfii) a»h)iiic du bréviaire rimiain. qui' Le r.i.-iiit met 
en parallèle avec la décoration des sare(q)liages ° : on y voit ajipa- 
raitre successivement Hénoeli et Elle, Noé, Job, Isaae, Moïse, Da- 
niel, les trois (léln-eiix. Sii/.ainie, David, et fnllii Pierre et l'aiil ; 
il n'y est fait aucune iiieiitinn de .losepli '. 

C'est que. dès le début du 111'' s'èele, mi était aeeoiitiimé à 
cliercher dans l'iiistoire de Joseph un syinb(disme ])lus coinpli(|ué 
et plus spécialement tliéologi(ine. Jose])li est une figure du ("lirist. 
Isaae aussi, il est vrai, .binas aussi, et la meilleure. puis(|ue 
c'est Jésus Ini-inéme qui s'i'St <'omparé à lui '. Mais Isaae, comme 

' l'eut-éti-e moins étroite ceiiendaiil (pi'oii ne l'admet aiijounlliiii 
eomuiunéraent. 

'-' Etude sur les sarcophages chrétiens autiijites de la rille d'Arlrs. 
p. xxvi. — Cf. aussi A. Pératé, Archéologie chrétienne, p. 72. 

^ De niênie la prière de Severus, dans la(|uelle sont énuiuérés .Noé. 
Abialiain, Isaac, Jacob, l,otli, Moïse, Josué, les trois Hébreux, Daniel, 
.lonas. Judith, Suzanne, Esther. 'Dnites ces inières ont leur origine dans 
lin rituel juif. 

* Math., XII, 40. — « SicMit iniiii fuit .lonas in ventre ccti tribus 
<liebu8 et tribus noetibiis, sic erit Pilins liominis in corde torrae trilnis 
diebu6 et tribus nootibiis». 



1>B I."H1.ST(MRE de JOSEPH 195 

Jonas, ue préfij^ureiit le Christ (m'a un momeut détenu i né, dans 
une circonstance particulière. 11 y avait là, étant donné l'art de 
l'époque, qui ne craint ni les copies, ni les imitations, des modèles 
fixés une fois pour tontes, de véritables types qui se transmettaient 
et qu'il suffisait de reproduire. L'avantage était double: les artistes, 
entraînés par Tliabitude, exécutaient facilement et vite de sembla- 
bles morceaux ; et les fidèles, qui les retrouvaient partout à peu 
près les mêmes, les reconnaissaient sans peine, et atteignaient, 
derrière l'image, l'idée qui y était si intimement associée. Plus 
difficile était l'histoire de Joseph. Très vite, on vit dans le pa- 
triarche un type du Christ, non pas dans tel ou tel accident de 
sa vie, mais dans sa vie tout entière. Déjà TertuUien en dégage 
tout un symbolisme raffiné : « .loseph, lui aussi, figure le Christ, déjà 
par ce senl fait — pour ne pas m'attarder — qu'il a .souffert persé- 
cution de la part de ses frères, par la grâce de Dieu, comme le 
Christ, trahi par Judas, a été vendu par les juifs, ses frères selon la 
chair. Mais il est béni aussi en ces termes: «Sa beauté est celle 
» du taureau, ses cornes sont les cornes de la licorne»... en ceci 
aussi il préfigurait le Christ » '. Je ue suivrai pas TertuUien dans 
les arguties par trop subtiles de son symbolisme ; je retiendrai seu- 
lement que déjà la méthode d'exégèse allégorique a trouvé dans 
l'histoire de Joseph un de ses sujets de prédilection. .Mais, ou le 
voit, elle n'avait pas encore pénétré vraiment l'âme du peuple: 
l'art des catacombes ne raffinait pas tant, et le symbolisme en 
était plus accessilile. Voilà sans Joute la raison ))oiir laquelle 
l'hisfnire de Josepli n'y apparaît i>as. 

Il faut aller jusqu'à l'époque constantiuienne pour en trouver 
les premières traces ; encore l'rpuvre elle-même, du moins sous sa 
forme primitive, a-t-elle depuis longtemps disparu. Suivant une in- 

' Ad Mai;.. III, 18. 



19() I.K DKVKI.Ol'I'KMKNT 

^tîiiieiiwe et sédiiisantc liyiidtlit'sc de M;,'i- Wil]H'rt ', — tro]) iii'^énipuse 
et troll S(!diiis;iiite peut-être, — lis utiles li:ir()(|ues qui ornent 
:iu.jourd"liui la grande nef de S' .lenii de Latran, et qui sont dÙH à 
Innocent X (J 644-1 655) seraient la dernière transformation des 
niosaii|ues originales. Nous savons en effet ' que Constantin avait 
fait décorer cette nef de scènes eni]iruiitées à l'Aniien et au Nouveau 
Testament, dont les deux premières représentaient d'un côté Adam 
cliassé du Paradis terrestre, de l'autre le bon larron. Tel est pré- 
cisément le sujet des deux lias reliefs les iiliis pi-oelies de l'autel ; 
il parait donc très vraisemblable (pie le souvenir de cette toncor- 
dance des deux Testaments se soit, à travers toutes sortes de chan 
gements et de vicissitudes, conservé jusqu'à nous. Le.s pi'incipales 
scènes de la vie du Clirist se déroulaient sur la paroi de droite, 
tandis que celle do gauebe présentait les fUjuri's correspondantes. 
Nous avons ainsi le Baptême de Jésus, et, en face, le Déluge; le 
Sacrifice d'Isaac, et le Portement de croix; .Josepli vendu par ses 
frères, et Judas; le Passage de la Mer Ronge et la Di'srciite aux 
limbes; enfin, la Délivrance de Jouas et la Résurrection. Les sym- 
boles se' font plus variés que dans les catacombes ; rexplieation 
allégorique de la Bible commence :\ entrer davantage dans les ha- 
bitudes des fidèles: et puis, comme, dans ces concordances^, le sens 
de la figure est éclairé par la scène du Nouveau Testament qui 
lui fait face, le symbolisme reste facilement accessible. Ce rappro- 
eliement entre Joseph vendu par ses frères et la trahison de Judas 
.■ivait, du reste, été fait depnis longtemps, puisque Tertullien, 



' Mosfiiken nud 3Ialeieicn, p. 202 et suiv. 

2 Migne, P. L., CXXIX. 2S9. . Petnis, et Petrus T)eo ainabiles pre- 
» sbyteri et vicaiii Adiiani Papac Renioris Komae dixerunt : • Taie cjuid 
> et divae mcmoiiae Coiistantimis niagniis impeiator olim focit: aediticato 
. enim templo Salvatoris Roniae. in duobus parietibus tenipii iiistorias 

• veteies et novas dcsignavit, hinc Adam de paradiso exeuntem, et nide 

• laironem in paradist<7n intrantem figiirans •. 

' Dont celle-ci est le premier exemple. 



I>E 1. HISTOIRE DE JOSEPH liu 

dans le passage cité tout à l"heiire, se borne à Tindiquer comme 
une chose déjà connue, et se détend d'y insister '. 

Il est possible que des scènes de l'iiistoire de Joseph aient 
décoré, sous Constantin, d'antres basiliques: mais tout souvenir 
en a disparu. Sous le pontificat de Libère (352-366) elles ont 
dû contribuer à orner S' Pierre, et la basilique libérienne, qui 
n'était pas encore S"" Marie Majeure. Ici encore, nous sommes ré- 
duits à rhypothèse : il est vrai qu'elle touche ;\ la certitude. 
Bien que datant du pape Formose (891-896j, les peintures de la 
nef de S' Pierre, dont une description et deux dessins de Grimaldi 
nous ont conservé une partie ', reproduisaient, selon toute appa- 
rence, les mosaïques antérieures. Un passage du Liber rontiflcalis 
semblerait déjà l'indiquer ^. Panvinio, tout en faisant remonter 
jusqu'à Constantin la décoration primitive, parait aussi le penser *. 
Mais Mgr Wilpert apporte à ces témoignages incertains une con- 
firmation à peu près indiscutable '. Dans la série des médaillons 
des Papes qui courait au-dessous de ces peintures, Libère est seul 
représenté, avant Formose, avec le nimbe carré, Vindichim rirent/s : 
c'est donc au plus tard sous son pontificat qu'on avait exécuté ces 
médaillons, depuis restaurés et continués à ditl'érentes reprises, et le 
reste de la décoration, auquel ils sont étroitement liés. Il y avait là, 
du côté nord, 46 scènes de l'Ancien Testament, et, de l'autre côté, 

' Tert., loc. cit. « Ne demorer cuisuiu •. 

- Eugène Jilïintz, liecherdies .<»c l'u'iivie areliéologiiiue de Jacques Gri- 
maldi, âàm Bibliotltèque des Ecoles françaises d'Atlu'nes et de Rome, t. I, 
p. 247 sq. 

' L. P., éd. Duchesne, U, 227. « Hic pei' ])ictmam lenovavit totani 
ecclesiain beati Pétri principis apostolorum > . 

■* Panvinio, De rébus antiquis memorabilihus et praestantia basilicae 
saneti Pétri, dans Mai, Spicilegium, IX, 233. « Kormosus Papa totam 
sanetl Pétri apostoli Ijasilicani, vetere pictuia quaiu ex musivo Constan- 
tinus fecerat exolescente, variis novis picturis eximie totam condecora- 
vit, quae adliuc siipersunt ». 

5 ■\Vilpert, op. cit., p. 379. 



198 I,K KKVKI.OI'I'KMKNT 

4t> du Xoiiveau '. ({rimaldi ne put maUieiireimenient en voir qu'une 
inoitit', le reste étant déjà détruit : et e'est préeisément dans ee 
qui maiiquc qui- riiistnirc ilc ,Iosf|ili. (|iii ne pouvait i)as ne pa»* faire 
partie de ee ^nind cuscnilile. devait se dévelo]q)er. 

A S''' Marie Majeure, dont pinirtaut un Imii uuinlire de mosaï- 
ques sont parvenues Jusqu'à nous ', nous ne sommes ])as i)lus heu- 
reux, et nous ne pouvons que constater, entre l'histoire de Jaroli 
([Ui aeliève la série de franche, et eelle de Moïse (|ui eoninienee la 
séi'ie de droite, un liiatiis qui devait être eomldé par trois seènes 
de la vie de Joseph. Quelles étaient oes scènes? En Talisence de 
toute indication, on ne i)eut ])as même le ennjeeturer ^. An reste, 
ici comme à S' Pierre, elles faisaient partie d'un jrrand ensemMe 
historique; si ce n'est, à S"' Marie Majeure. (|u'iui chapitre de 
l'épopée du peuple hébreu, depuis Abraham Ju.squ'à .Josué, tandis 
qu'à S' Pierre toute la Genè.se se déroulait, et l'Exode après la 
Genèse, il n'y a pourtant pas de ditféreuce essentielle entre les deux 
séries ^ Désormais t.-i fiiiKi-f peut se passer de réplique: nous ne 

' Mgr Wilpert dit -ii. Mais le plan de Tilierio Alfarano montre qu'il 
y avait 22 colonnes, plus 2 piliers, et, par conséquent, 2'i entre-colonne- 
ments; dans chacun de ceux-ci. d'après les dessins de Grinialdi, étaient 
disposés deux tableaux. En réalité, en tous cas du temps de Formose, 
il n'y avait que 13 scènes du Nouveau Testament, la Crucifixion tenant 
un espace quadruple des autres. 

' Il est bien vraisemblable que ces mosaïques datent de Libère; 
néanmoins le plus sage est peut-être de s'en tenir à la formule de Mgr 
Wilpert: «Die [Mosaïken] der Hochwiinde sind unmittelbar oder mit- 
telbar Liberius zuzuschreiben », op. cit., p. 417. 

^ Peut-être faudrait-il penser plutôt à des scènes ou l'aide de Dieu 
est plus particulièrement manifeste ; le secours que Dieu apporte an Juste 
p.araît être, en effet, l'idée dominante qui a guidé, dans imc certaine 
mesure, le choix des autres épisodes. Il serait d'ailleurs téméraire de 
s'avancer trop loin dans cette voie. 

* Il faut noter cependant à S'» iMarie Majeure la première mani- 
festation d'une tendance ([ui dominera de plus en plus dans les siècles 
suivants, et (pi'on peut appeler inirrdutiijiir. Encore cette observation ne 
porte-telle pas sur la vie de Joseph, qui était, là comme à S' Pierre, 
racontée à grands traits pour l'êditicatioii des fidèles. 



DE L HISTOIRE DE JUSEI'Il r.'.l 

trouvons même pas exprimée A S'' Marie Majeure riinion des deux 
Testaments qui est proclamée à S' Pierre. Mais qu'on ne s'y trompe 
p.is : à la basilique Vaticane non plus, Tl n'y a pas de parallé- 
lisme eorarae au Latran : entre les scènes qui se font face il serait 
vain de vouloir clierelier une eorrespondanee qui n'existe pas. 
L'histoire du Peuple Saint et des liéros de l'ancienne Loi, c'est, 
pour le chrétien, l'histoire des ancêtres '. Elle est maintenant snftisani- 
inent connue, suffisamment populaire, pour pouvoir être écrite d'un 
bout à l'autre, et se passer de tout commentaire. A cette fin du 
IV' siècle, l'explication allégorique et symbolique de la Bible est 
devenue tout à fait courante; saint Hilaire, saint Ambroise et leurs 
disciples l'ont répandue partout. On sait comment un passage donné 
du Texte Sacré est susceptilde de fournir un triple sens ', un sens 
littéral, un sens figuré par lequel, sous un événement de l'Ancien 
Testament, on découvre, avec plus ou moins de clarté, l'annonce 
d'un fait du Nouveau: enfin un sens moral: nous devons tirer une 
règle de conduite des exemples que nous ont laissés nos pères. Ainsi, 
dans les sermons purement moraux comme dans ceux où s'expri- 
nniient des aperi,-us théologiques, l'histoire de l'Ancien Testament 
avait sa place, et une place importante. Quoi d'étonnant, dès lors, 
((u'elle se répétât sur les murs des basiliques ? 

Aussi voit-on partout se multiplier ces grands cycles, à la fin 
du IV'' et au début du V' siècle '. Joseph y venait à son rang, 

' Cf. S' Jean Damascène, De fide ortliodoxa, 1. IV. ♦ Sanctis Pa- 
tiibus visum est, ut, refricandae quam prinium meiuoiiae causa, tamquaui 
praeclara quaedam tiophaea. in imaginibus pingantur». 

' Origène, lUji ifx'^', IV, P. G., XI, 364 sq., a le premier donné hi 
tliéorie de ce système d'exégèse. 

' Par exemple. S' Laurent in Dauiaso, décorée « histoiiis saevis » 
(lettre du pape Hadrien à Chartenmijne). — S' Ambroise de Milan, dont 
il nous reste les titnU, de S' Ambroise lut-raême. — S' Félix, à Noie. — 
S' Paul hors les murs. — L'église dont le Dittochaeiim de Prudence nous 
a conservé les tiiiili — etc. 



200 I.K I>KVKI,Or>l"KMi;NT 

après Isaae et .laro'i. Déj:'! sa vie eomnieii(;ait à devenir une des plus 
illustres de l'Ancien Testament. Des prédieateurs comme saint Am- 
lu'oise ', des écrivains comme Prosper d'Aquitaine', pour ne citei' 
que ceux là, en étudiaient chaque détail, tiraient de eliaque pas- 
sage un enseignement tliéologique on nioral. Un des premiers, 
le premier peut-être parmi les patriarches, Joseph reçoit le titre 
de sunctus \ Néanmoins, à en juger jiar les documents que nous 
possédons — inallieureusenient en trojp petit noniUre — son his- 
toire n'est guère tracée, en général, que du point de vue narratif, 
et dans ses grandes lignes, aux murs des églises. Les titiiU de 
saint Ambroise ne font mention qiu' di' ([natre tableaux '. Moindre 
encore en était le développement dans la série de peintures dont 
Prudence nous a conservé les inscriiitions : deux épisodes seulement, 
sur vingt-quatre pour l'Ancien Testament, y étaient consacrés ■'. 
Le peintre de 8' Paul était, lui, i)lns explicite ". Sur les quarante- 



' De Joseph piitrinrca, .Migne, ]'. 7.., XIW Ii41. 

' Lihey de promisitionibus et jjraeilictionilms Dei. I. -20 

^ Ambroise, loc. cit. « Justum est igitur ut cum in Aljraliaui didi- 
cei'itis impigiam fidei ilevotionem, in Isaac sinceiae mentis puiitatem, in 
Jacob, etc.Sit igitur nobis propositns .>.«>îcfM.<' Josepli tamquam spécu- 
lum castitatis ». — Il faut ajouter d'ailleurs (pie, dans d'autres passa- 
ges, S' Ambroise ne refuse pas à quelques patriarches le titré de sancius. 

* 1. Présentation à Jacob de la tunique ensanglantée. — 2. Joseph 
emmené en Egypte. — 3. La chasteté de Joseph. — 4. Joseph devenu tout 
puissant, sans doute avec le rappel du songe (pii lui prédisait sa gran- 
deur. Les (/h(?/ sont cités par Garrucci, I, 4lil, S-9-lO-n. Dans ces com- 
mentaires de la décoration jieinte, le.* préoccup.ations théologiques se mêlent 
aux préoccupations morales; mais, ici comme d.ins le De Joseph pa- 
triarca, les premières le cèdent aux secondes. 

■' 1. Le songe de Pharaon. — 2. Josci)li reconnu par ses frères. Le 
choix paraît assez singulier: on peut penser cependant que l'artiste a 
voulu montrer, dans le piemier épisode, l'appui que Dieu donne à l'âme 
fidèle (• interprète Cliristo»): dans le second la beauté du pardon des 
injures. 11 n'est en aucun cas possible d'y voir le développement suivi 
d'une idée symbolique, pas plus que dans les iiluli de S' Ambroise. 

^ J'admets, avec Mgr Wilpert, (pie les peintures cle Cavallini qui 
couvraient autrefois les murs de la nef, et (pie nous a conservées le 



DE I. UISTOIUE DE JO.SEl'H JUl 

deux tableaux qui couvraient la paroi droite de la nef, neuf étaient 
réservés à Joseph. Ils racontent en détail toute la première partie 
do l'histoire du patriarche, jusqu'au songe de Pharaon ' : il est vrai 
qu'ils passent le reste sous silence. Il est particulièrement surpre- 
nint de voir supprimée, dans une basilique consacrée à saint Paul, 
cette deuxièmie partie : dans toutes les' explications allégoriques, 
Heujamiu est en effet considéré comme le type de l'Apôtre '. Il 
eût donc été très naturel que son histoire fût racontée eu détail, 
d'autant i)lus qu'elle se serait eu quelque mesure opposée au récit 
de la vie du saint qui se déroulait peut-être déjà sur la paroi de 
gauche. Voilà la preuve que les artistes qui exécutaient ces grands 
cycles n'avaient guère de préoccupations symboliques. 

Ces peintures sont donc nettement narratives, et on y retrouve 
ce caractère anecdotique que nous avons vu se manifester pour la 
première fois aux mosaïques de S" Marie Majeure. On a r.ittaché, 
et avec raison, l'origine de cette tendance, qui, à mesure que l'on 
pénètre dais le Moj'eu Age, s'affirme de plus en plus, àl'iutluence 
des Bibles historiées, dont le nombre,' depuis le IV" siècle, s'ac- 
e.-oit sans cesse *. Mais les homélies des Pères }' ont aussi leur 

Barb. 4406. n'étaient que le renouvçllenient d'une décoration antique, très 
vraisemblablement du Y" siècle. 

' 1. Songe de .Joseph. — 2. Il le raconte aux siens. — 3. Il va 
trouver ses frères. — 4. Il est jeté dans la citerne. — ii. Il est vendu. 
— 6. Chasteté de Joseph. — 7. Joseph en prison. — 8. Songe de Pha- 
raon. — 9. Explication du songe. 

' Arabroise, de Joseph pritriarca, VIII, X, XI, XIII. — Prosper 
d'Ai|uitaine, Liber de promisfiionibits ef praedietionihus TJei, I, 30, 31, etc. 

' Cf. un catalogue dans Tikkanen, Die Genesismosaikeit von S. Marco 
in Venedig, und ihr Verhdîfniss zu den Miniaturen dei Culluiwibel, nebst 
einer Untersitehung ilber der Urspmnrj der mitielalterïichen Genedsdarstel- 
lang, besonders in der byzantinischen und italienischen Kunat {Acta Socie- 
tatis scientiaruin Fennicae, Helsingfors, 1889). Qu'il suffise ici de citer 
la Genèse de Vienne, la Bible de Cotton, le Pentateuque d'Ashburnham, 
qui sont, avec la Bible de Qaedlimbourg, les monuments les plus vénéra- 
bles. A l'époiiue carolingienne, la diffusion des manuscrits à miniatures est 
encore accrue. 



•JJ2 i.iv i)i;vKr.i)i'i'F;MK.NT 

l):ir(. Il ne faudrait d'aillfiirs jjas cniiie que le récit pluH Holjrc. 
i|iii ne retrace que les scènes ])i'irici|)ales. soit J:iDiais abandonné. 
Il ne retrouve par exemple, .m \'Iir ou au IX" siècle, aux murs 
de 8" Marie Antique: sur une vinj,'taiue de tableaux empruntés 
à la (ienèse, l'histoire de .losepli n'en occuim (jne quatre, et eom- 
pr(!ud seulement six scènes''. Mais la tendance aiiecdotique est de 
beaucoup la plus forte: pour n'emprunter d'exemples qu'au récit 
qui nous intéresse, il suttit de citer, ;in VI' siècle, la chaire de 
Muxiinicn, à Ravenne, qui y consacre dix scènes, et, au XIl' ou 
XUI'' siècles, les mosaïques de S' Marc de Venise, où il est r.ieonté 
<'n trente -huit tableaux. 

Ces exemples, on ne saurait en allonirer iiulétîniraent l:i liste. 
Sobres ou prolixes, encouragés par les Féres, trouvant dans les 
manuscrits k miniatures des recueils de modèles qu'ils peuvent 
imiter plus ou moins servilement, les décorateurs semblernient 
devoir multiplier, aux murs des liasiliciues, les représentations de 
la llenèso. Il n'en est rieji : pendant ti-ois siècles, on ne renconire 
presque plus de ces grands enseml)les. On est d'abord tenté de 
croire qu' à Rome les invasions des Goths, les attaques des Lom- 
bards, ont dû briser tout elt'ort .-irtistiiiue. et que, si l'Iiistoire de 
.loseph, comme l'Ancien Testament entier, disparait, c'est ([ue toute 
décoration disparait. 11 n'en est rien cependant, et, dans les temps 
les ])lus troublés, on ne cesse pas, non seulement d'orner les lia- 



^ 1. Joseph raconte ses songes. — 2. Il e.*t vendu. — 3. Il est présenté 
à Putiphar. — 4. Chasteté de Joseph. — ï>. Joseph conduit en prison. — 6. l.e 
festin de Pharaon. II est d'ailleurs probable qu'une 5« fresque a disparu. 
Mais, on le voit, seuls sont relatés les événements les plus importants. Griin- 
eisen rapporte ces peintures an pape Nicolas F'' (858-67), Mgr Wilpeit ;i 
Paul V (757-67). Je pencherais plutôt en faveur de cette dernière opinion. 
Il est en effet de toute vraisemblance que l'église fut abandonnée après le 
tremblement de terre de 847, puisque sous Léon IV on la construit ^juxta 
\'iani sacram •> (cf. L. P., II, 145 et 15S) 



DE 1,'hI.STOIKE de JOSEPH 203 

siliqiies, mais d'en construire ou d'eu reconstruire '. Sans doute, 
un certain nombre de ces monuments sont ignorés de nous, et ont 
disparu sans laisser de traces ; mais il est néanmoims difficile d'ad- 
mettre que, si le cycle de la Genèse y avait figuré souvent, il 
n'en eût subsisté d'autre exemplaire que celui de S"' Marie Antique. 
A Ravenne non plus, qui était encore, au VI" siècle, en pleine pros- 
périté, et où plusieui'S grands ensembles ont été conservés, nous 
ne trouvons, à S' Vital, que ([Uelques représentations isolées de 
l'Ancienne Loi ', et, à S' Apollinare Nuovo. ce sont les miracles 
et la Passion du Christ qu-i occupent les deux côtés de la nef ^. 
Seules paraissent rester en faveur les scènes de l'Ancien Testament 
qui permettent le développement des concordances. C'est une con- 
cordance que la basilique dont Ru^ticus Elpidius nous a conservé 
les tituli * montrait au long de ses parois, assez analogue — plus 
développée peut-être — à celle du Latran ". Au siècle sui\ ant, c'est 

' Au VI*' siècle, la grande mosaïque de SS. Corne et Dauiien, sous 
Félix IV (^526 530) — lare triomphal de S' Laurent, sous PéLage II 
(079-5901 — probablement la mosaïque absidale de S' Théodore. 

Au Vil" siècle, les mosaïques de S'" Agnès (llonorius, 625-6.30) et 
de S' Etienne le Rond (Théodore, 642-649). 

Au VIII'?, la chapelle de .lean VII (705-707 1 — les peintures de 
S' Chrysogone (Grégoire III, 731-741) — les mosaïques de S'^' Suzanne 
et des SS. Nérée et Achillée (Léon III, 795-816). 

Au IX', les mosaïques de S'"? Cécile et de S'^ Praxède (Pascal I, 817-824) 
— celles de S' Marc, et la décoration de S' Georges (Grégoire IV, 827-844). 

Il faut ajouter à cette liste, forcéme^it très incomplète, les peintures 
de S''ï .Marie Antique, et celles de S' Clément, qui s'échelonnent jusqu' au 
XP siècle. 

- Moïse gardant les troupeaux — se déciiaussant devant le buisson 
ardent — recevant les Tables de la Loi. — Dans les lunettes mêmes, 
sacrifice d'Abel et de Melehisédech. — Sacrifice d'Abraham et Abraham 
recevant les trois anges. 

' Cf. Baumstark, I mosaici di S. Apollinare Niiovo e Vantico anno 
lifiirgico ravennate, dans Rassegna Gregoriana, 1910. p. 34 sqq. Il y a 
là un curieux essai d'explication du choix des sujets représentés. 

< Migne, P. L., LXII, 543. 

= Eve séduite par le serpent était opposée à l'Annonciation: le bon 
larron entrant au paradis répondait — comme au Latran — à l'expulsion 



204 LK IJÉVBLOI'FEMENT 

encore une concordanoe, pins restreinte, celle-là, que lienoit, ablié 
(le Wearmoutli, fait peinilre « pour orner le nionastère et l'église de 
S' Paul » '. Mais l'histoire du iicuple de Dieu ne décore plus les 
rnurs des basiliques. 

Faut-il en chercher la raison dans un état d'e»])rit analogue 
à celui de Maxime Planudes, ((iie cite M. IJréhier dans sun liel 
ouvrage sur Fart chrétien ': « l-ntiv le pi'finier et le nouvel Adam, 
la nuit s'étendit sur le monde » '. Il y aurait eu aioi--; une espèce 
de dédain pour cette nuit, que l'on eût jugé inutile de représen- 
ter. Mais Maxime Planudes, comme le fait remarquer d'ailleurs 
M. Bréhier, est du XIV'' siècle, et rien ne prouve (|ue cette ma- 
nière de penser existât déjà, à Rome, huit siècles aiiiiaravant. 
Tout au contraire, Grégoire le Grand n'écrit-il pas, à la lin du 
VF siècle, de nombreuses homélies sur l'Ancien Testament * ? l'onr 
nous en tenir à l'objet de notre étude, il parle fort souvent de 
Joseph, dont il commente l'histoire au point de \ ue allé;;oriquf 
comme au point dt^ vue moral ". Mais il y a une autre explication, 



d'Adam et d'Eve, la Vision de Pierre aux animaux de l'aiche, le Don 
des langues à la Tour de Babel. Joseph vendu par ses frères faisait 
pendant à la trahison de Judas, le Sacrifice d'Abraham à la Montée au 
Calvaire — encore comme au Latran — la manne à la Multiplication 
dos pains, Mo'ise montant au Siiiaï au Sermon sur la Jlontagne. — l.a 
basilique à laquelle se rapportent ces tifiili de Rusticus Elpidius peut, 
au reste, être antérieure au VP siècle. 

' Bède, Viia '> SS. Ahhatum, F. L., XC'XIV, 720. 11 ne signale que 
(juatie tableaux. « Isaac. ligna quibns inimolaretur portantem, et Domi- 
nun) cnicein in ((ua pateretur ae(|ue portantem » — toujours le sujet du 
Latran — « proxima super invicem regione, pictura conjunxit. Item ser- 
penti in eremo a Moyse exaltato, Filiuui liouiinis iu cruce exalt.itiiui 
coniparavit ». 

- L. Bréhier, L^art chrétien, son déirlopjiement icoxoijrttphiiiuf des 
origines à nos jours, p. 114. 

^ Migne, P. G., CXLVII, 1008. 

* Ejpositio in heatum Job. — IJliri ihio in Kiechiilem. 

5 Migne, P. L., LXXV, 58:"). 

6 Migue, P. L., LXXV, 74.Ô; LXXVI, 546, 1054. 



DE I,"|I1ST(11RK DE .lO.SBPIl 205 

la plus simple de tontes, et qui est ])eutètre la vraie. N'est-il pas 
très probable que, d'une manière générale, par suite des guerres, 
des pillages, et de la barbarie envahissante, la connaissance des 
Livres Saints ait été moins répandue qu'il l'époque précédente? On 
ne savait plus « l'Histoire Sainte », ou on ne la savait plus que 
fort mal. Combien de catholiques, de nos Jours, l'esteraient hési- 
tants devant un épisode quelconque de la vie de Joseph ' ? A quoi 
lion exposer à la vue des tidèles des images qu'ils ne compren- 
draient pas? La connaissance de l'Ancien Testament se restreint 
de plus en plus à l'élite intellectuelle, laïque et surtout religieuse: 
le peuple l'oublie, en dehors des événements principaux ". Pour 
qu'il l'ait vraiment rappris, il fant attendre le XIF siècle. Et, 
par un phénomène assez singulier, tout le terrain que perd la Bible 
est gagné par les légendes de martj'rs et de saints ^. 

.lusqu'ici, toutes les représentations de l'histoire de .loseph que 
nous avons rencontrées étaient intimement liées à un cycle plus 
ou moins étendu de l'Ancien Testament. Ces cycles disparaissant, 
cette histoire quitte aussi les murs des basiliques ; mais la tradi- 
tion iconographique s'en perpétue de diverses manières : sans par- 
ler des Bibles illustrées, on la retrouve ça et là sur un siège épis- 
copal, sur une pyxide, parfois encore associée k d'autres épisodes 
de la Genèse, le plus souvent isolée *. Sans doute, ces représenta- 
tions sont rares: elles permettent pourtant de se rendre compte 
f|ue l'on s'habitue à considérer l'histoire de .loseph comme une 



' Kxce])tons toutefois l'épisode de la femme de Putiphar, popularisé 
par la Renaissance. 

- Comme je le faisais remarquer plus haut, les concordances lui de- 
meuiaient plus accessibles, les scènes s'expliquant et s'éclairant l'une 
l'autre; elles sont d'ailleurs, au demeurant, presque toujours les mêmes. 

' S' Chrysogone, S' Clément. 8"= Marie Antique. 

* Chaire de Maxiraien. pyxides de la collection Basilewsky, du mu- 
sée de Berlin, coffret de Sens; cf. Garrucci, VI, 439. 



206 I.K I)KVl:l,l)l'PK.MK.NT 

uiiit<', et non plus sculcnuMit cciiiiinr une sini])li' |)artic «le l;i ;,'ran(lf 
épopée. Le missel de Hobbio, publié ]):u- Mabillon, sous le titre de 
Sncramrntarium (kiHiraiium ', et que M. Delisle fait remonter au 
VII'' siècle, lions montre du reste, mieux que les monument», iii- 
eomplets et fra;;mentaires. riniportaiiee croissante qu'elle continue 
à prendre : une préface particulière y est consacrée à .losepli '■', ce 
((ui n'arrive pour aucun autre des liéro.s de l'Ancienne Loi. Il est 
la figure par excellence, celle qiii résume et complète toutes les 
antres, le vérital)le type de .lésus-Clirisi. l'coutons le texte litnr- 

.i;iqne. <;< Vere di;;nnm et justiim est per C'iiristnm Dominum 

nostnim. Cujns typum .losi'pli iinrtan-i. immcnso aiiiore a pâtre di- 
lii,ntiir. in occulto odio a fratriUus repoitatur. lUum denifpic ode- 
rant fratres sui ])ropter niysteria somniorum: et Cliristum Dominum 
perse(|uebantiir .Indaci propter maiiifest.-itionem virtiitiim. Illr ad 
visitandnra populum a Deo Pâtre piissimo destinatur: ille errabat 
pei- lieremuni. ut inveniret fratres. qui noscebantur pastores. Hic 
{'liristus Dnminus praediealiat in iiojhiIo, ut al) errore converteret 
pereatores. llliim in Dotaliini \ cndiderunt fratres. et occidere tracta- 
vornnt: linne Cliristum l»ominuiii lîithania La/.arum snsoitantein 
dohierunt Judaei, et erueifigere statuernnt. Ille in cisterna servan- 
dus reputatnr: liif custodiae militum deputatur. Ille a frati-ibus: 
liic Christus Dominus a .liidaeis traditiir. Ille Ismaelitis tri^inta 
argenteis veuditur in descrto : hic Christus Dominas trijrinta ar- 
jcenteis a .hidaeis. llhim fratres vendiderunt in ^Egypto: liunc mi- 
lites exspolia\i'riiiit. Ille addicitur scrvitnti: hic Christus Dominus 
adfigitnr cniei. Illi- in .E,i::ypto descendit : hic Cliristus Dominus in 
ligno pependit. <'iim illo duo d.uiin.iti scrv.intur in carcere: cnm 
<'hristo Domino duo iatroiies adiniisniilMr in crnce. .bisejdi.damna- 



' Il n'est pas .spéc.iti<pieiiient gallican: c'est un essai • extiaordinai- 
leiuent mal réussi » de combinaison entre l'usage romain et l'usage gal- 
lican. Cf. Duchesne, Origines du culte chrétien, p. 167 (V" éd.). 

' Mabillon, Musaeum Italiciim. I. ;508. — Conteslatio de Joseph. 



liE i.'msTiiiRK iiK .i(i.si;i'ii 207 

tis somnia exponit: Cliristus Domimis hitroiii praemia pi-nmittit 
acterna. .loscpli de er-jastiild egressus ('oniixinitiir: Christus Domi- 
mis iiiteniiim oxs])oliatiiftis aiigirilitur. IIlo post tribulatioiiem per- 
veiiit afl lionoreni : Cliristus Domimis ])ost resiirrectioneQi triuin- 
plians ascendit ad Pativm. Tlle frumenta distrihuit iu -Egypto: liir 
iMii'liaristiaiii eoiisecra\ it in imindo. Illc a fr.itrilms est adoratus 
in terris: liie Cliristus Doniinus al) Angelis jiigiter adoratiir in coe- 
lis. Cni etc. ». Il y a là tout le développement A\iQe concordtnuf. on 
(juinze talileaux de I:i vie de Joseph s'opposent au récit de la Passion 
dn Christ et de sa glorieuse Résurrection '. Ce n'est pas à dire que ce 
parallélisme soit une miuveanté au VU' siècle: suffisamment de pas 
sages cités dans le cours de cet article prouvent le contraire". Seule- 
ment nulle part il u'a été encore développé avec une symétrie aussi 
concise et aussi rigoureuse. Mais il faut attendre pour voir se réa- 
liser dans l'art cette longue série de représentations symlioliques. 

' Voici cette roticonlaiire, telle qu'elle ressort du texte. — 1. Josepli 
est poursuivi par la liaine de ses frères, le Christ par celle des juifs. — 
2. Joseph cherche ses frères, comme le Christ les cherche par la prédi- 
cation. — .3. Les frères de Joseph méditent sa mort, comme, après la 
résurrection de Lazare, les Juifs méditent la mort du Christ. — 4. Josej)!! 
est jeté dans la citerne, le Christ entre les maies des soldats. — ."i Jo- 
seph est vendu comme le Christ. — 6. Il est vendu trente deniers d'ar- 
gent, comme le Christ (remarquez que, dans la Vulgate, Joseph est 
vendu, non pas trente deniers, mais vingt pièces d'or). — 7. Joseph est 
vendu pour .aller en Egypte (qui est le type de l'enfer, de la mort et 
du dénuement): le Christ est dépouillé de scS vêtements. — 8. Joseph est 
réduit en servitude, comme le Christ est attaché à la croix. — 9. Joseph 
va en Egypte, c'est-à dire vers la mort, coinnie le Christ en croix. — 
10. L'échanson et le panetier s'opposent :\n lior. et an mauvais larron. 
— 11. Joseph explique les songes de ses compagnons, le Christ promet 
au bon larron la vie éternelle. — 12. Joseph sort de prison, le Christ 
ressuscité descend aux Limbes. — 1;>. Joseph arrive aux honneurs: le 
Christ, après ses souffrances terrestres, monte vers son Père. — 14. Joseph 
distribue le blé, qui est la figure de l'Eucharistie. — l.ô. Joseph est adoré 
par ses frères, comme le Christ par les anges. 

■ Il y faut ajouter, comme un peu antérieur au ."ilissel, le cli. XXX 
(\es (ihiaestiones in Oevesim d'Isidore de Sèville (Migne. P. L.. LXXXIII. 
p. 271 sqq.). 



20H l,K I>KVKI.01'PKMENT 

NijiiH voyons repiil'.-iitri- l'iiistnii-c di^ .I<is('])li. avic l;i rjciiésc 
tout eiitièn-, ilans la net' de S' l'icrri' in Krrcntillo coinme dans 
celle de S' Jean l'nitc latine: mais, dans rnnc. il ne subsiste que 
deux seènes ' ; dans l'aiure, les nécessités de lu décoration ont ré- 
duit l'artiste à ne re])résenter qn'nn seul épisode: c'est le sonjre 
de Joseph, ((ni termine, sur le mur de uMiielie, la série des snjets 
de l'Aneien Testament: il senihle que l'on ait voulu, la place man- 
quant pour retracer la vie du ])atrinrclie, rappeler du moins son 
existence. Au reste, ces peintures, où s'allirme d'ailleurs une \<- 
ritable Renaissance, ne sont guère (|n"iiiie reprise des grands cycles 
basilicaux du IV' et du V'' siècle. 

Au XIII" sié' 1'^, toute l'iiistoii-e de Joseph se déroule, détaillée 
sans prolixité, sur une des deux ])l;iques de marbre — provenant 
(l'ambons. sans doute — ([ui sont aiijnunriini encastrées dans les 
])arois d'une chapelle de S"' Restitute, :i Naples, Santa Maria del 
Principio. Celle ([ui nous occupe décore le mnr de gauche '. Ces 
quinze petits talileanx, d'exécution sol)re. de style pres(|ne antique, 
sont une narration très vivante, mais probablement sans intention 
de symbolisme ^. Si nous voulons trouver une illustration parfaite 

' 1-e songe de Joseph. — Les frères de Joseph en Egypte. 

* Bertaux, L'Art daiix l'Ilcdie méridionale, p. 775, et pi. XXXIV 
et. Alinari, 11598). Il l'attribue, et non sans de solides raisons, à Técole) 
•de Peregrino. qui a sculpté le porche de Sessa. L'opinion courante datait 
ce bas-relief du VIII'- siècle. \'enturi (Storia dell'urte italiana, III. .55-2) 
l'assigne à la fin du ML'. 

■' Les sujets sont disposés par rangs de cin(|, et, par «ne • anomalie 
singulière » se suivent de droite à gauche. La première rangée raconte 
l'histoire de Joseph avant sa captivité en Egypte; la seconde, cette capti- 
vité; la troisième, son élévation. 

1. Joseph raconte son songe à Jacob en présence de ses frères 
{(iett., XXXVII, 9). — -2. Jacob envoie Joseph retrouver ses frères; Joseph 
part, un ballot au bout d'un bâton; son chien saute devant lui; un oiseau, 
dont la signification m'échappe, est perché au dessus (XXXVII, l.'M4). 
— 3. A droite, Joseph est entouré et entraîné par ses frères ; ;'i gauche 
l'un d'eux le met dans la citerne (XXXVII, 24). — 4. La tunique ensan- 
glantée est présentée ;'i Jacob, qui déchire ses vêtements (XXX\'II.32-:54V 



|>K 1, 'histoire de josbfii 209 

(It^ Grégoire le Grand et d'Isidore de Séville, du Missel de Bobbio 
et de Walafried Stralto, c'est eu France qu'il faudrait aller: une 
étude des vitraux d<' Honrges, de Chartres, d'Auxerre, de Poitiers 
serait nécessaire. 

Une telle étude, qui a d'ailleurs été faite, ne saurait entrer 
dans le cadre de cet article : qu'il suffise d'avoir suivi les représen- 
tations de l'histoire de Joseph depuis les origines jusqu'à leur complet 
épanouissement. Du long chemin parcouru, il n'est peut-être pas 
inutile de marquer les étapes principales. Dès son apparition au 

— 5. Joseph est vendu aux Madianites; il est, à droite, sur un cha- 
meau, tandis qu'à gauche un Madianite reçoit les vingt pièces d'or 
(XXXVII, 28). Il y a interversion entre ces deux dernières scènes; je 
n'en découvre pas de raison profonde. II faut sans doute penser que le 
sculpteur, ayant place le deuil.de Jacoli dans le ((uatriènie compartiment, 
n'a pas trouvé, pour remplir le cinquième, d'autre épisode postérieur de 
l'enfance de Joseph, et a été obligé de revenir en arrière. 

6. Joseph est vendu à Putiphar, qui l'accueille, assis devant sa 
uuiison (XXXVII, 63> — 7. Il s'enfnit en laissant son manteau (XXXIX, 12). 

— 8. La femme de Putiphar accuse Joseph en présentant le manteau 
comme pièce à conviction : Joseph, à gauche, est saisi par deux gardes 
(XXXIX, 17-20). — 9. Songes de l'échanson — à gauche — et du panc- 
tier — à droite — (XL, 9 sqq.). — 10. Songe de Pharaon. A droite on voit les 
vaches et les épis; à gauche, Pharaon couché dans un lit (XLI, 1-7). 

11. Explication du songe. Pharaon est à droite, sur un trône; de- 
vant lui, Joseph parle; à gauche, une foule écoute dans une attitude 
admirative (XLI. 15-37). — 12. Joseph est promené en triomphe sur un 
char (XLI, 43). — 13. En prévision des années de disette, il fait amasser 
rlu grain dans les greniers (XLI, 48-49). — 14. La coupe est retrouvée 
<lans le sac de Benjamin, qui se croise les bras, tandis que ses frères 
font des gestes d'étonneraent (XLIV, 12). — 15. Rencontre de Joseph 
et de Jacob: tons deux s'embrassent (XLVI, 29). 

On voit que, jusqu'au treizième épisode, la narration est assez dé- 
taillée. Au contraire, avec les deux derniers, les événements se précipi- 
tent. On ne peut guère expliquer cette singularité que, comme tout à 
l'heure, par une raison matérielle. L'artiste paraît s'être aperçu tout à 
coup du manque de place et il s'est vu obligé, pour arriver à une con- 
clusion, de santer par dessus un assez grand nombre de scènes, néces- 
saires cependant à l'intelligence du récit. Du moins a-t-il tenu à termi- 
ner ce récit. 

MelaiH/es il'Arch. et dfli.il. liyi. 14 



210 I.K IIKVKI.Ol'I'K.MKNT 

IV* siècle, cette histoire n'est qu'une i)artie <le la jurande liistoirc 
(lu peuple (le Dieu: elle en est inséi)aral)li': c'est ainsi qu'elle trouve 
place aux mnrs des l)asili(|ues. dans les sérirs narratives r|ui do- 
minent nettement :'i la fin du IV'' siècle et au V'", comme dans les 
séries allégoriques, plus proelies de la décoration des catacombes, 
qui, antérienres sans doute aux précédentes, mais éclipsées un mo- 
ment par elles, se perpétuent encore après leur presque complète 
disparition. Dans la longue période qui s'étend du Vr an XII' siècle, 
Je n'ai pu relever qu'un petit nombre de représentations de l'histoire 
de Joseph: mais elles ont pourtant leur valeur: c'est le moment où 
la vie du patri;irclie. qui n'rst plus encastrée dans la fJenèse, va 
prendre une certaine indépendance, et former un tout en elle même. 
Mais, pour comprendre l'achèvement de cette évolution, qui n'est plei- 
nement accomplie qu'au Xlll' siècle, il faut consulter la littérature 
ecelésiastiqne ; ici, point de ces ;irrèts. ])iiint de ces reculs, au moins 
apparents, que nous avons cnnstatés dans riconoj;rai)hie : la ligne 
est droite, de TertuUien à saint Hilaire et ;i saint Amhroise, de Gré- 
goire le Grand et d'Isidore de .'léville à Raban Maur et :i Wala- 
fried Strabo. Et, sans ibiute. qiuiiul TertuUien écrit les lignes que 
l'on ;i lues tout à l'heure, le symbolisme de Joseph est déjà fixé 
dans ses grands traits: mais chaque Père, de sîèele en siècle, le 
précise, l'accroit, l'établit dans des détails de plus en plus minutieux. 
Il suffit de comparer les deux bouts de la i-haine, TertuUien ' et 
Walafried Strabo -, on même s.-iint Amhroise ' et le missel de Bobbio, 
pour se rendre compte des progrès réalisés. Souvent, il est vrai, 
ces écrivains se répètent: mais une étude nu peu attentive de ceux 
mêmes qui paraissent se lépéter le jilus montrera presque toujours 
quelque perfectionnement. (|uel(|ui' pierre nouvelle ajoutée à l'édi- 

'-' Glossa ordiiiana. iii (Itit., XXXVII S(|q. 

^ De ,To^r})h pnfncinn. Migne. P. L.. XIV, 641 sqq. 



DE I- HISTOIRE DE JOSEPH 211 

fice '. Peu à peu, Joseph est ainsi devenu la figure la plus popu- 
laire (le l'Ancien Testament, et celle aussi dont le symlxilisme était 
le mieux connu et le plus développé. « Noster Joseph. Oliristus Do- 
minus»; « Verus Joseph, Dominus Jésus Christus », s'écrie, avec 
Prosper d'Aquitaine ' et Isidore de Séville ', tout le Moyen Age. 
L'expression artistique de cette idée était déjà esquissée au Latrau : 
mais c'est seulement aux vitraux des cathédrales du XIII" siècle 
qu'elle prend tout son développement et toute son ampleur. 

Pierre Fabre. 



' Par exemple Prosper d'Aquitaine, Liber de promissionibits et prae- 
dictionibus Dei, I, XXV à XXXII, et Isidore de Séville, Çuaesfiones in 
Gen., Migne, P. L., LXXXIII, 271 sqq. 

' Op. cit., XXIX. 

' In Gen., XXX. Isidore de Séville a d'ailleurs développé aussi un 
long parallèle entre Moïse et le Christ. Cf. Qwiestiones in E.rodum, P. L., 
LXXXIII, 287 sqq. 



ASKLÈPIOS ET LES CHARITES 



NOTE AD SUJET D'UN BAS-RELIEF DU VATICAN • 
(PI. VI) 

Sur l'invitatiou d'un de nos maîtres, nous avons étudié un bas- 
relief du Musée Pio-CIementino, qui est actuellement dans la Ro- 
tonde et qui représente, de gauche à droite, Hermès et un homme 
agenouille, Asklèpios, les trois Charités. La reproduction la plus an- 
cienne est celle de Visconti ^ et elle semble bien être l'archétype 
des reproductions ultérieures, toutes plus ou moins fidèles. Eu ou- 
tre jamais cet ex-voto n'a été reproduit en liéliogravure, la pu- 
blication de l'ouvrage de M. Ameluug ayant été interrompue. Une 
communication ' faite récemment à l'Académie des Inscriptions na- 
t-cUe pas enfin donné un renouveau d'intérêt à ce qui touche au 
culte d'Asklèpios ? 

Visconti nous apprend que ce bas-relief se trouvait autrefois dans 
la loggia scnperta. l'ancienne loggia d'Innocent VIII, que l'on gagne 
de la Salle des ^lusques; la. Besc/ireibinig Bonis* précise encore: 
le bas-relief était sous la première fenêtre, parmi les parents pau- 

' Je suis heureux de remercier de leur aide M. Salomon Reinach et 
M. Noscara. ainsi que M. Amelung. qui m'a permis de publier une pho- 
tographie à paraître dans le 3^ volume de ses Sculpturcn des Vaticanischen 
Muséums. 

' E. Q. Visconti, IV, pi. 13 (l*-'" éd., 1788; éd. des Œuvres complè- 
tes, 1820) î — un erratum de Moller-Osterley a été reproduit par Saglio : 
I, p. 125, s. V. Aesculapitis, n. 44, lire: Mus. Pio-C'lem.. IV, pi. 13 et non 
I, pi. 32. 

^ Communication de M. Carcopino sur une mosaïque de Lauibiridi 
(3 et 10 mars 1922); je n'en connais encore qu'un résumé succinct. 

* II, p. 195, n° 12. 



214 ASKI.KIMO.S F/r I.K.S CIIAHITKS 

vres (lu musée. Maintenant la place est vide ; c'est que, la loggia 
scoperfa n'étant plus accessible au puMie, l'ex-voto a été jugé 
(ligne (le la Rotonde et placé vers 1885 dans la base de la statue 
de Claude mentionnée dans Ilclbip au n" 299 de la 3' édition. De- 
puis lors tous les catalofifucs ' imtciit son existence; mais Helbig 
a omis de compléter son nrticir siii- l,i statue de Claude |i:ir la 
description du bas-relief (|ui en orne le piédestal. 

Le long séjour (jue cet ex-voto a fait sur la loijgin srojjertii 
explique l'état de mauvaise conservation dans lequel il se trouve 
actuellement; la pierre a partout été entamée par les intemp('rie8 
et l'on ne distingue plus que les lignes générales. Au centre Asklè- 
pio8, chevelu et barbu, vêtu d'un manteau qui laisse à découvert 
la poitrine et l'épaule droite et nenveloppe que le bras gauche et 
les jambes ; la main droite passe devant le corps et s'appuie sur 
le bâton autour duquel s'enroule le serpent; le bras gauche est 
allongé; la représentation d'Asklè])ios la pins voisine de celle-ci est 
celle que l'on voit sur un diptyque " autrefois à Rome et mainte- 
nant à Liverpool. A gauche Hermès, selon le type hellénique du 
IV* siècle; il semble jeune et imberbe; on distingue les bords roulés 
du pétase sans toutefois voir des traces d'ailes; une courte clila- 
myde couvre seulement le bras gauche et laisse le corps à peu près 
nu ; dans la main gauche on voit le caducée. Devant Hermès est 
agenouillé un homme vêtu, comme Asklèpios, d'un manteau qui 
laisse à découvert le côté droit. A droite le groupe des trois Cha- 
rités :« nudae, connexac, . . . una aversa pingitur, duae nos respi- 
ciunt » '; le groupe est assez connu pour qu'il n'y ait rien à ajouter 
à la brève description de Servius, si ce n'est que le mouvement 
des têtes (deux étant tournées vers la gauche, la troisième au con 
traire vers la droite) assure et l'équilibre du groupe et celui de l.i 

' Catalogue officiel, deni. ('(l. tVan(;ai8e. 1914, n° 550. 
- Reinach, Ueliefs, II, p. 455. n° :i. 
' Serv., ad Aen., I, 720. 



ASKI-KPli'S ET LES CHARITES 215 

composition de l'ex-voto tout entier: c'est exactement le groupe du 
Louvre et celui de Sienne '. celui aussi que reproduisent un sarco- 
phage de la Villa Mattei et un fragment conservé au Campo Santo 
de Pise '. 

Nous ne savons pas où ce bas-relief a été trouvé, mais la nature 
du marbre, la tète barbue et le costume du dédieant. enfin la wm- 
l)arai8on avec un bas-relief de la Salle des Statues ', tout porte à 
croire que nous sommes en ])résence d'une ceuvre grec<[ue : la nu- 
<lité des Charités et l'Hermès obligent à lui assigner une date assez 
tardive. Notre bas-relief est évidemment uu ex-voto à Asklèpios : le 
travail en est assez grossier; Térosion a affiné les formes, mais on 
reconnaît aisément qu'à l'origine le groupe des Charités était lourd ; 
nous serions donc en présence de l'œuvre non d'un artiste, mais 
d'un marbrier travaillant selon des modèles courants: nous aurions 
en effet pu multiplier les exemples de représentations identiques. 
D'où viennent donc les difficultés d'interprétation ? D'abord on ne 
distingue plus ni physionomies, ni détails; on ne sait si le dédieant 
vient implorer ou remercier; on ne sait quels étaient les attributs 
des Charités. En second lieu, si sur cet ex-voto les divinités sont 
représentées d'après des types connus, c'est leur réunion dans une 
même composition qui étonne ; l'étude de toutes les représentations ^ 
que nous ayons des Charités ne nous fournit presque aucun élément 
de comparaison; nous sommes en présence d'un groupement nouveau 
dû à \:\ fantaisie du client et à la nature particulière de sou vreu. 
La question est de savoir quelle était aux yeux du dédieant. sup 



' Reiiiach, Stafiutire, I. p. 152 et p. 34(i. 

-' Reinach, Reliefs, III, p. 295, n° 1 et p. 115, n" 1. 

^ Amelung, Sculpt. des Vatic. 3Ius., n" 260. pi. 53: — Helbig. n° 188- 

* Cf. Jahn (Otto), Die EntflUintng der Europa, Wien. 1870. — A propos 
d'un fragment, l'auteur consacre une longue digression (p. 32-44) aux 
Charités: son étude, à laquelle est joint en note) un catalogue des re- 
présentations figurées, est très importante et forme la base des travaux 
ultérieurs. 



216 ASKI.lilMO.S ET l.liS CIIARITE.S 

pliant 011 remerciant, la raison <ln rapproclienieiit d'Asklèpios et des 
Charités. 

Chez Visconti ' nous trouvons une explication que reprendront 
plusieurs commentateurs, entre autres Guigniaut ' et K. 0. Millier '. 
D'après Visconti cet ex-voto serait en un mot un rébus: les Grâces 
seraient là pour montrer ((ue le dédieant f/ratias agit. Dire que les 
Grâces ont toujours été le symbole de la reconnaissance, citer l'exem- 
ple des habitants de la Olicrsonèse q\ii leur élevèrent un autel pour 
les remercier du secours venu d'Athènes, oe n'est pas prouver que 
le sculpteur ait eu l'intention de jouer sur les mots. Visconti fait 
en outre appel à un ex voto du Capitole ' dédié aux Nymphes: 
au centre Hercule et Mercure sur un rocher, au-dessous d'eux un 
dieu fluvial appuyé sur une urne, :'i droite deux nyrai)lies qui en- 
lèvent Hylas, le favori d'Hercule, :'i gauche le groupe des trois 
Grâces. Visconti explique ce bas-relief comme le précédent, dont 
il a eu raison de le rapprocher. Mais on accepterait plus vo- 
lontiers soit l'explicatiou de Jalin "', jiour qui les Grâces représen- 
tent ici la puissance de la nature ([ui a su réveiller les sources, 
soit celle de M. Stuart Jones ", qui voit en elles des divinités lo- 
cales; le groupe des Grâces enfin a peut-être été imposé â des clients 
dociles pour faire pendant à celui des Nymphes et d" Hylas. Kn 
tous cas on ne saurait guère admettre un calembour qui eût cer- 
tainement frappé d'une fa(,'on si vive les anciens que nous en trouve- 
rions des traces nombreuses et sur les monuments et dans les textes. 



' Op. cit., p. !i-2. 

' Notiv. Gakrie Myth., XCI, n° 313. 

' Handb. der Arch. der Knnsf, 3« éd. [1878], S 394, n° 3. 

* Reinach, Reliefs. III, p. 191, n° 1 ; — Stuart Jones, n° 93, pi. .53; — 
mancpie également dans Hclbig. — Notons en passant l'insuliisance des 
commentaires publiés au sujet de cet ex-voto; il y aurait à étudier ses 
trois inscriptions (C. 1. L., VI, 166) et leurs rapports de date et de sens. 

^ Op. cit., p. 38. 

^ Catalogue, texte, p. 220. 



ASKLÈPKIS ET LES CHARITES 217 

Mais toutes ces remarques n'ont d'ailleurs de valeur que si nous 
sommes en présence d'une œuvre romaine; c'est à ce seul point de 
vue que se sont placés jusqu'ici les commentateurs. Si on admet, 
comme il nous parait nécessaire de le faire, que ce bas-relief est 
une œuvre grecque, l'hypothèse de Visconti est définitivement rui- 
née, puisque la langue grecque ne se prêtait pas à ce jeu de mots. 
L'une des Charités ayant le même nom, Aglaé, que l'une des 
filles d'Asklèpios, Panofka ' est d'avis que ce sont les trois filles 
du dieu que le sculpteur a représentées sous la forme des trois 
Charités. Mais il faudrait dire: trois des filles du dieu, car on lui 
'en reconnaît le plus souvent quatre '. Pour affermir son explica- 
tion Panofka avance qu'il s'agit d'une prière et non d'un remer- 
ciement ; il veut tirer argument des physionomies, des attitudes et 
de l'absence de présents ; nous avons déjà vu que les physiono- 
mies étaient trop abimées, les attitudes trop conventionnelles pour 
fournir une indication quelconque; quant aux présents on n'en voit 
pas habituellement sur les ex-voto à Asklèpios ^. 

Jahn * repousse aussi l'explication de Visconti, note celle de Pa- 
nofka sans se décider à l'approuver; il préfère une explication 
beaucoup plus générale : les Charités sont pour lui un symliole de 
reconnaissance, mais aussi de force vitale aux yeux du malade 
guéri de tous ses maux, de même que, sur le bas-relief du Capi- 
tole, elles représentaient la puissance de la nature. L'auteur de 
V urticle Aesculapius" du Saglio se. ralliait à l'explication de Pa- 



' Asklèpios «. (lie Asklepiade», Abhandl. der Berliner Aead., 1845, 
p. .350 et n. 5. 

■' Plin., Hisi. Kat., XXXV, 137. 

3 Cf. P. Girard, B. G. H., 1877 et 1878; — VAskUpeion d'Athènes, 
1881 [tout le chapitre sur les ex-voto, p. 97 et sqq.] ; — M. Besnier. L'Ile 
Tihérine dans l'antiquité, 1902 [3'^ partie, le Sanctuaire d'Esculape, 
p. 135 et Bqq.|. 

* Op. cit., p. 39. 

* I, p. 125, milieu de la colonne de droite. 



218 ASKI.ÈPIDS KT I.EN tltAKlTK.S 

iiofka : cdiii de l'article (hiilinc ' a suivi une i-xplicatioii i|ui eut 
inspirée de celle de Jalin et se contente de la compléter nur un 
point: c'est de celle de L. Ménard que je veux parler; il la ré- 
sume lui-même ainsi : * Le groupe des charités {sic) placé à coté 
i-xpiinie à la fois le bienfait du Dieu et la reconnaissiince de celui 
((ui a fait exécuter cet ex-voto»'. 

A notre "avis on peut admettre aussi que ce has-relief repré- 
sente deux scènes; puis(|iie le dédicant est accompagné de Mercure, 
c'est qu'il vient intercéder: donc mu- ])reniière scène nous montre 
la première partie de l'iiistoire, la sup))lication du malade. Les 
Charités représenteraient dans une deuxième scène la guérison oh- 
tenue. tjiiiii i|u'il en soit, sur la question primordiale de la signi- 
fication du groupe des Cliarites nous sommes d'accord ;ivec Jahn : 
peut-être nous permettrions-nous de ])réciser un ])eu plus qui' lui 
en disant qu'en dei-nière analyse il représente ici la santé. 

L'explication de Visconti (les Grâces symbolisent l'expression 
ijratiits atjfirc) est à rejeter: celle de l'anofka (les GnJees repré- 
sentent trois des lilles d'Esculape) est peu vrai.semblabe. L'expli- 
cation de Jahn et celle que nous venons à notre tour de proposer 
s'accordent à reconnaître que les trois Charités personnifient non seu- 
lement le bienfait et la reconnaissance, mais aussi la force vitjile 
dans tout ce qu'elle a de Vion. Pour préciser notre pensée, nous 
dirons que dans le cas qui nous occupe les trois Grjvces tiennent 
la place d'Hygie, presque toujours représentée auprès de son père. 
Sénèque ' s'est déjà moqué des interi)rétations trop subtiles — ///.«.• 
ineptiis — ; les deux dernières ont au contraire le mérite de recon- 
uaitre au groupe des Cliarites une signilication des plus larges. 

Marcki. Di rky. 

' II, p. Itjtio, milieu de la colonne de droite. 

' Xfs chariiéft, si/ntholi" du lieu social, Gx/.. Beaux Arts. t. \"II. l.sT.'l. 
p. l.'îl. 

5 lifii.. I. ;i. 



École française de Rome, Mélanges 1921. 



PI. I. 




Ecole française de Rome, Mélanges 1921. 



PI. II. 




FiG. 1. 




FiG. 2. 



Ecole française de Rome, Mélanges 1921. 



PI. m. 



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Ecole française de Rome, Mélanges 1921. 



PI. IV. 




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F 10. 2. 



Ecole française de Rome, Mélanges 1921 



PI. V. 




V 



l-iu. 1. 




FiG. 2. 



Ecole française de Rome, Mélanges 1921. 



PI. VI 



A 




7' 



HERCULE FUNERAIRE 
(PI. vil) 



L'uttentiou de M. Franz Curaoïit fut attirée eu même temps 
que la mienne sur le monument que nous publions aujourd'hui 
sur son conseil. C'est un couvercle de sarcophage négligé, non pas 
inconnu, puisque Furtwiingler et Collignon en ont fait mention ', 
et que Matz et von Duhu l'ont décrit ^ Il se trouve au Palais 
Farnèse, à gauche du passage qui mène de la cour dans le jardin, 
à la base d'une sorte de trophée pittoresque de débris antiques, et 
posé sur une cuve qui lui est étrangère. Ni sa valeur artistique 
ni son état de conservation ne le recommandent k l'attention, mais 
bien les conceptions religieuses et funéraires auxquelles il donne 
une forme sensible : à ce titre il mérite, nous semble-t-il, les pho- 
tographies que nous en avons fait exécuter (planche VII). 

Sur un lit de repos sont étendus les deux époux. Le mari, torse 
uu et athlétique, avec un large collier sur la poitrine, les cheveux 
courts, la barbe très courte, tient de la main gauche un large 
scijpJius et passe le bras droit derrière l'épaule de sa femme. Celle-ci, 
coiffée à la mode du IIP siècle de notre ère, vêtue de la stola 
ceinte au-dessous de la poitrine, et couchée sur son manteau qui 
lui enveloppe les jambes et retombe sur l'épaule gauche, s'accoude 
du bras gauche et laisse pendre de la main droite un collier ou 
une couronne. Aux pieds de la femme, un enfant, dont la tète a 

' Furtwiingler, in BuUettino deU'lnstituto, 1877, p. 125. — M. Col- 
lignon, Les statues funéraires dans l'Art Grec (1911), p. 322. 

- Matz et von Duhn, A)itike BihJwerke in Bnm (1881!, II, p. 478, 
n. 3411. 

Mélaïujeu rl'Arcli. fl dHint. li>21-lfl->2. 15 



220 HEHUI'LE KINÉItAlHE 

disparu, tient une grappe de raisin et un oiseau. Derrière le dos 
de riiomme se voient la tète d'une dépouille de lion, nn carquois 
rempli (U- ll(''clies et uni- massue noueuse. 

Ces trois attributs, et aussi bien d'ailleurs le scyp/iiis. caracté- 
risent le mort, et en font un Hercule IJomain. 

L'origine de ce monument nous est inconnue, mais nous savons 
par disse Aldroandi qu'il se trouvait déjà au milieu du XVI* siècle 
« nel Palagio nuovo del Reverendiss. Farnese, clie stà fra Campo 
di Fiore, e '1 Tevere », sous le portique, à main gauche eu entrant : 
la description du savant naturaliste est assez précise, et prouve 
que le groupe attirait l'attentiou à cette date '. 

Nous ne chercherons pas à renmnter plus haut. Le groupe 
existe : il pose une question : Hercule a-t-il joué nn rôle propre- 
ment funéraire dans les conceptions religieuses Romaines ? Nous 
voulons essayer de répondre ;\ cette question. 

I. — Les Saucophaces « héracléexs ». 

(}. Micali n'eu doutait pas, au moins i)our ce qui est des Etrus- 
ques: « Questa grande divozione per Ercole nel rito sepolcrale, 
écrivait-il ', veniva forse dal mito clie lo tiene per vincitore délia 
morte uella sua discesa agli inferni ». Le malheur est qu'il n'a 
pas pris la peine d'énumérer les doeumeuts (jui prouveraient « cette 
grande dévotion », ni de montrer en quoi consistait le rite sépul- 
cral étrusque et ccminient Hercule y participait. Bien plus: Hercule 
n'apparaît presque jamais de façon sûre dans les scènes mytholo- 

' <. Qui presso, écrit Aldroandi. sono giù a terra ili niezzo riiievo 
(lue tigure giacenti, una di liuoino, l'altra di donna: l'huonio alibraceia la 
donna, c con la mano sinistra tiene una scuilellina; la donna si tiene la 
niano sinistra sotto la gola; e sotto le spalle deU'huomo è una testa di 
leone >. {Le statue antiche che per fiilta Sonia si rerigono. raccolte e (h- 
.<critte per M. L'iisse Aldroandi, Venetia, 1056 et 1Ô.Ô8, Roma. 156i, p. 146). 

' G. Micali, Storia degli antichi popoli italiani ' (1S36). III, p. 46. 



HERCULE Fl'NÉRAIRE 221 

giques sculptées avec tant d'aboiidaiice par les Etrusques sur leurs 
nrues fuuéraires '. Force nous est doue de croire que Micali a donné 
une forme beaucoup trop précise à une idée vague ou à une im- 
pression due à l'abondance des vases béracléens de fabrique grecque 
trouvés dans les sépultures étrusques. 

E. Petersen a mieux orienté la recherche eu notant la fréquence 
relative de l'image d'Hercule sur les sarcophages et tombeaux ro- 
mains ", et le précieux ouvrage de Cari Robert ' permet enfin une 
étude systématique de ces monuments *. Mais, pour la commodité 
de notre recherche, nous les distribuerons autrement que le savant 
allemand. 

Et d'abord, il arrive parfois qu'aux angles d'un sarcophage 
apparaissent des masques d'Hercule coiffé de la Ironie '' ou des her- 
mès du héros ". On pourrrait croire que ce détail comporte un sens 
funéraire précis, comme sans doute les masques d'Haramon fréquents 
aux angles des sarcophages et des urnes cinéraires ". Mais aux 
mêmes places se voient ailleurs des figures sans caractère déter- 

' Cfr. H. Brunn, BuUett. delVInsL, 1859, p. Ifi2. 

= Annali delVInst., XXXII, 1860, p. 373 s(|. 

3 C. Robert, Die antiken Sarhophagrelief'fi Berlin, 1890; 1897; 1904). 

* C. Robert a indiqué (III. 1. p. 120) les savants qui, avant bii, avaient 
dressé des listes plus ou moins complètes des sarcophages héracléens : 
Zoega, Li Bassirilieii. àntichi ai Borna (1808), II, p. 52 sqq. ; Hagen, 
lie Herciilis laboribus (1827), p. 69 sq(|. ; Stephani, IJer ausruhende Heralles 
(1852), p. 199 sqq. ; Klllgmann. Annali dfirinst., XXX"VI (1864), p. 301 sqq. 
— Il faut y joindre : H. Heydemann, iX''» Hanischex WincUelmannspro- 
gramm (1884), p. 17 (l'ivresse d'Heicnle). 

5 Par exemple: couvercle de sarcophage au Vatican (Annali dell'Inst. 
XL, 1868, p. 263). Le sarcophage représente les travaux d'Hercule. 

^ Sarcophage des Amazones, provenant de Salonique, au Louvre. 
(C. Robert, II, p. 84, n. 69 et pi. 29). .\ux deux autres angles figurent 
des « caryatides » féminines. 

' Haramon est appelé par Nonnos (D«o»iys., XIII, 371): ■|:(iivsp:o; Zïû;. 
On rapprochera l'épitliète du nom des Hespérides, et de l'épigramme fu- 
néraire du Ps. Platon, fr. 15: 'A^t;.;: irpii ;j,âv D.aïAîte; hi ÇwcTgiv Iwo;, iùv 
&£ fjïvùi Xàu.T^-'.i "i:(j77=|io; il (fliAivii-, (citée par B. Schweitzer, Herakles, 
(1922), p. 134, n. 1). 



222 HER(;i:i,t; funéraire 

miné, ou des rauRques de Barbares ou de Satyres '. A supposer 
donc qu'on ne doive pas restreindre leur intérêt à une fonction dé- 
corative, on pourra tout au plus leur accorder une valeur apotro- 
païque, comme aux antétixes similaires des temples étrusques. 

Restent les sarcophages enx-mème-*. 

1° Un très grand nombre d'entre eux représentent de façon 
plus ou moins complète la suite des travaux d'Hercule. C. Robert 
distingue trois séries successives d'après la disposition des scènes ' : 
la plus ancienne ne semble pas antérieure an IT siècle de notre 
ère, et il se pourrait que la passion de Commode pour Hercule 
eût contril)né à la diffusion de ce type sous une forme un peu moT 
difiée. Mais la représentation des Douze Travaux sans choix, et sans 
même qu'une scène aussi importante i)our l'eschatologie que la des- 
cente d'Hercule aux Enfers soit jamais mise en valeur (elle est 
reléguée soit dans un coin, soit sur l'une des petites faces), ne 
saurait a priori suffire à faire attribuer au héros un rôle funéraire. 
Peut-être même Hercule n'y figure-t-il pas. selon l'expression de 
C. Robert, « comme idéal de la perfection humaine, voué à la gué- 
rison de l'humanité », mais ])lus simplement comme symbole des 
triiverses de la vie liumaine. De toute façon, la question devra 
être discutée. 

Deux sarcophages de ce type méritent par contre d'être isolés 
pour le groupement original des scènes qu'ils représentent : 

a) C.Robert, u. 116, pi. XXXII (Rome, Palais Torlonia) : Le 
couvercle porte aux angles des masques d'Hercule ; à l'extrémité 
gauche de la frise peut-être le jeune Hercule aux prises avec les 
serpents; à l'extrémité droite, peut être trois Hespérides pleurant 
le vol des fruits par le héros. La cuve commence à gauche la série 
p.ir l'épisode du lion, la termine à droite par celui des Hespérides. 



' Voir cependant i»fra. p. 250 et 262. le rôle funéraire des Satyres. 
^ III, 1, p. 115-117. 



HERCULE FUNÉRAIRE 223 

/;) C.Robert, u. 120, pi. XXXIII (Londres, British Muséum): 
Le couvercle porte aux angles des masques d'Hercule; à l'extré- 
mité gauche de la frise, Hercule enfant aux prises avec les ser- 
pents; à l'extrémité droite, le héros assis sur la Ic'ontè prenant une 
vaste tasse des mains de la Victoire eu présence de Minerve. La 
cuve représente, de gauche à droite : Cerbère, l'Amazone, Y Arbre 
des Hespe'rkles, les juments de Diomède, et le lion. 

Daus ces deux sarcophages il semble, par comparaison avec les 
autres du même type, que la disposition des scènes réponde à une 
conception particulière de la vie d'Hercule, marquée par des triom- 
phes successifs sur la mort, ou aboutissant à des jouissances d'im- 
mortalité. Sans même user du premier monument décrit, dont l'in- 
terprétation est parfois douteuse, le second nous présente deux 
séries indépendantes des exploits du héros, dont l'une (celle de la 
cuvej nous conduit à sa victoire sur Cerbère, c'est-à-dire sur la 
puissance iufernale; l'autre (celle du couvercle) à son triomphe 
olympien et à l'acquisition de l'immortalité. Intention d'autant plus 
nette que l'une des séries se développe de gauche à droite et l'autre 
en sens inverse. Enfin la scène des Hespérides, ancienne image de 
l'île des Bienheureux, séjour des héros, figure au centre de la cuve, 
à la place la plus en vue, alors que, dans le premier sarcophage 
cité, elle est représentée, une et peut-être deux fois, en fin de série, 
à son rang pour ainsi dire chronologique, comme terme de la vie 
terrestre d'Hercule. Ajoutons enfin que le sarcophage n. 120 est 
saus doute le plus ancien des monuments romains de ce genre qui 
représentent la suite des travaux d'Hercule '. 

2° Il y a longtemps déjà que Stephani a établi une liste des 
sarcophages ou Hercule se trouve mêlé au thiase bachique ^ eu 
indiquant que de telles représentations devaient figurer l'éternité 



' Selon C. Robert [op. cit., p. 142) il date du milieu du II« siècle p. C. 
2 Stephani, Ver Ausruhende Herakles, p. 197 sq. 



224 HBRCL'LE FUNÉRAIRE 

bienlieureuse des « élus », plus spécialement des initiés. Non seu- 
lement Hereiile est uni :"i Bacchus dans l'Assemblée des dieux ' ; mais, 
sur un saiT()i)h;ij;e du Palais Mattei ^, aux trois figures d'une ménade 
entre deux IJacehus tenant des cantliarcs et accompagnés de Pan, 
répondent trois images statuaires d'ilcvculc: l'une symbolisant le 
repos (type FariièseJ, une anti-e la victoire (Hercule tenant les pom- 
mes des llespérides), la tmisirnic la Jouissance élysiaque (Hercule 
lyricine). Un fragment cntin. du Palais Mattei ^, nous montre le 
banquet d'Hercule et nacdius, couchés, eu présence des divinités 
capitoliues. Minerve, Jupiter et Junon, assises. Ce monument mé- 
nage pour nous la transition avec un auti-e gioujje d'un intérêt plus 
direct ici. 

3° Hercule est en ert'et parfois représenté à-demi couché, dans 
l'attitude du convive, non seulement sur le fragment du Palais 
Mattei, mais sur un sarcophage de la Vill;i Pamfili*: on le voit 
là, étendu sur la Ir'oittè, la main droite sur la massue, à la gau- 
che le scypltus, devant une caverne ou un arbre: deux Amours 
cherchent k le désarmer. La scène est encadrée entre deux Victoires 
tenant des bandelettes ; aux angles, des génies renversent des tor- 
ches. Dès l'abord, C. Robert semble avoir raison de voir dans cette 
représentation « l'apothéose du mort sous les traits d'Hercule » : 
d'.uitaut plus que le héros tient ici la place du médaillon nù sont 
le plus souvent figurés les défunts. Le sarcophage du Palais Far- 
nèse répond ;l la même conception, qu'il exprime avec plus de force 
encore. 

4° Entre les <$ parcrga » d'Ilerculc, i|ui Hgureut isolément sur 
des sarcophages, il faut distinguer la lutte contre les Centaures '", 



' C. Holicit, ni, -2. n."* 193 et 194. 

2 Id. 111. 1. n. 141. 

^ M., ih., n. 140 et p. 164. 

* h\ , Hk. n. 142 et p. 166. 

^ Id., (V)., M. i:J2 et suiv. 



HERCULE FUXÉRAIKE 225 

à cause du nombre des exemplaires et de l'ancieuneté relative du 
type '. On se doute que cette scène, souvent traitée déjà par les 
artisans campaniens et étrMS({ue3, peut avoir un sens funéraire"; 
normalement il semble qu'elle doive ici en avoir un ; mais rien 
n'est encore éclairci. 

ô° Les autres travaux du héros se rencontrent rarement isolés. 

A : Hercule assiste à renlèvement de Proserpine sur un sarco- 
phage du Capitole^: à l'enlèvemeut d'Hylas pur les Nymphes sur 
un sarcophage du milieu du III" siècle ' : deux scènes assez claires 
de symbolisme funéraire. 

B : Accompagné de Vénus, il domine et contemple Tunion de 
Mars et Rhéa Silvia (portant les traits des morts) auprès du Ti- 
l)re " : scèue plus difficile à expliquer. 

C: Ou le voit, sur d'autres sarcophages, peut-être (le per- 
sonnage n'est pas très net) initié aux mystères d'Eleusis avant sa 
descente aux Enfers '': et ramenant Alceste des Enfers, lui-même cou- 
ronné du peuplier infernal ". Les allusions sont claires. 

D: Une seule fois à, notre connaissance, il est représenté lut- 
tant contre les juments de Diomède ': sens obscur. 

6" Hercule est figuré sur un sarcophage ^ baisant en signe de 
remerciement la main de Minerve: au nwin9 conclu sioti de ses tra- 
vaux terrestres, dans lesquels la déesse l'aida avec constance: mais 



' Les n"* 135 et 136 i-euioiiteiit à la première moitié du IL' siècle p. C. 

' Cfr. Rosclier-Tiiuipel, lioscliers Le.r der Mijth., s. v. Kentaureii, 2', 
col. 1054-105(;. 

'■> C. Robert, 111, 1, n. 144. 

^ 1(1, ih., n. 130 et p. 163. 

^ Id., ih., n. 88. 

^ NotUie deiili Scavi, 1905, p. 410 sqq. Cfr. G. E. Rizzo, Rom. Mit- 
heil, XXV (1910), p. 89 sqq. et pi. II-VH. 

" C. Robert, 111, 1, n. 22 et suiv. (nombreux exemplaires) et p. 30. 

* Petit sarcophage du Louvre, ex Carapana (Catalogue sommaife des 
tiiarbrcs antifpies, 1896, n. 1495). 

9 C. Robert, IH, 1, n. 138 et p. 162. 



226 HERCULE KUNKRAIKE 

peut-être iiii;i;,'e «le son iijiotht'usc, si on rapiiroclie eette image du 
monument funéraire «Flgel, où Ton voit le eliar de Minerve, en- 
tourr ilu eerele zodiacal, enlever Ilereulc au eiel '. 

7" 11 reste enfin trois monuments des plus singuliers, certaine- 
ment très ])leins d'idées, mais qui doivent être interprétés avec une 
prudence extrême : 

A : Sarcophage romano étrusque du Musée de Palerme, da- 
tant sans doute du premier siècle avant notre ère. Il présente: aux 
extrémités, d'une part, Hercule entraînant Cerltère ; dr l'autre, un 
nocher poussant sa l)aniue sur les tlots; — au centre: un iiomine 
couché sur nu lit à pavillon entre deux Charons ailés, à figure de 
satyre, appuj'és chacun sur un cipiie. 

B: C. Robert, III, 1, n. 140, pi. LU, p. 152 s(,q. De gauche 
à droite se présentent successivement: un mort conduit par Mercure : 
— - Ulysse passant devant le roclier des Sirènes qui, avec Cerbère, 
marquent l'entrée des Enfers ; — Hercule marchant vivement 
vers la droite; — Bacchant et Bacchante jouant de la doulile tinte 
et du tympanou; — Danaide agenouillée tenant une urne; — deux 
Sources debout". Sans tenir compte des détails obscurs, l'unité de 
la scèue est marquée par la présence de Mercure Psychopompe 
:i gauche, la localisation de l'entrée des Enfers, la représentation 
des joies et des peines infernales par les Bacchants et la Da- 
naïde ■*. Dans ces conditions. Hercule se trouve être entré aux 
Enfers; Ulysse passant prés du seuil, échappe aux dieux souter- 
r;iins; un défunt conduit \r.iv Mercure s'achemine vers eux. Her- 
cule a donc été choisi, ici, non comme héros, mais comme symbole 
d'une ci-oyance relative aux Enfers: ne serait-ce pas celle de la 



' S. Kcinach, Rép. th reliefs, I, p. 103. Cfi'. Kenie il'Hisl. îles Re- 
ligions, 1-2, {1915}, p. 386 et 80 (1919), p. 76. 

^ Même représentation sur un relief grec funéraire de l'Italie Aléd- 
dionale, Areh. Jahrb. (Amtig.) X.KIX, 1,^1-1. p. \i^\^ »i\., tii;. p. 455. 

s Cfr. Platon, Gorgias, 493 B. 



HERCULE FLNÉRAIRE 227 

résurrection ? Il représente celui qui. après avoir vu Pluton, re- 
vint au jour. 

C: H. He3demann a signalé' dans la cour du Liceo Gian- 
none, à Béuévent, un bas relief sans doute funéraire (0",90 sur 
1"',75) dont la superficie est très abimée, trouvé près de la <;< Porta 
Calore », aujourd'hui rasée. Hercule y est représenté les jambes en- 
veloppées d'un tablier, la massue dans la main droite, les pommes 
dans la gauche : vers lui vient un cavalier barbu, vêtu d'uu man- 
teau. — Ces derniers détails excluent l'iiypothèse d'un relief votif, 
comme il s'en trouve à Athènes et ailleurs; au surplus, le cava- 
lier en tenue de voyage est une des formes les plus fréquentes que 
revêt le mort sur les urnes funéraires étrusco-latines; enfin l'atti- 
tude même d'Hercule et le détail caractéristique des jambes enve- 
loppées ■ en font le héros victorieux arrivé au calme immortel. Mais 
en pouvons-nous conclure, dès maintenant, que le relief représente 
l'arrivée du mort au pays des Bienheureux (distinct de l'Olympe), 
figuré par Hercule lui-même .? 

Tels sont les sarchophages héracléens. Si quelques-un.s .semblent 
pouvoir admettre une explication symbolique funéraire, le sens de 
la plupart demeure incertain: et les séries les plus importantes, 
celles des Douze Travaux, de la vie Dionysiaque, des Centaures, 
ou bien souffrent toutes sortes d'interprétations ou bien restent to- 
talement énigmatiques. Avant donc d'en entreprendre la discussion, 
n'est il pas opportun de se rendre compte, p.ir la comparaison de.s 
autres .sarcopliages figurés romains, s'il est légitime de chercher 
sous ces images un sens, quel qu'il soit, ou .s'il n'est pas préféra- 
ble de les considérer comme de simples ornements tirés de l'im- 
mense bagage mythologique ? 



' Bullettino delVImt., 1868, p. 102. 
■ ' Voir infra. 



228 



HKUtlI.E KUNKKAIKK 



Classement drs sdrcojilKiijes /It/iiri's romains. 

La liste, li)ii;,'iic, et ;ui prcniiiT aljurd coiifusc t\f ces représen- 
tations a été établie par M. Martlia ', reproduite i)ar M. K. Cahen ', 
et doit être complétée d'après C. Robert. Sans cliercher à Tapprofon- 
<!ir (les dangers d'interprétation Ini semblent trop graves), M. Cahen, 
après av'oirnoté l'abondaneedes fal)les relatives à la fragilité humaine, 
reconnaît d'autres mythes très populaires (dont celui d'Hercule), « ce- 
pendant moins souvent traités » '. II nous parait ici nécessaire de risquer 
un classement, avec d'ailleurs la plus grande prudence possible. Mais 
pouvons-nous admettre, avec M, Cahen, que des fables aussi différentes 
que celles d'IIippolyte, d'Alceste, et de Proserpine, par exemple, 
n'aient eu qu'une signification: la caducité des choses de ce monde ? 

1° Celle-ci est fréquemment représentée par des catastrophes 
mythologiques: d'accord. Mais plus fréquentes encore sont les scènes 
d'enlèvement''. Il suffit de dresser les deux listes: 



A : Enlèvements 



B: Catastrop/ies 



d'Ariane (par Baeehus) 

d'Europe 

de Ganymède 

d'Hélène 

d'Hellé et Phryxos 

d'Hippodamie (par Pélopsj 

d'Hylas 

des Leucippides 

de Proserpine 



Actéon 

Amazones 

Hippolyte 

Géants 

Marsyas 

Méléagre 

Niobides 

Phaèton 



' Qiiid significnrerint sejjtdcralea Xereidum figurae, p. 111. 

' Daremberg-Saglio, s. v. Sarcophngus, 107-1, ii. 1. 

' Il attiimc même (1. c, n. 2) ((ue les leprésentations des Tiavaux 
sont très peu nombreuses. Or 0. Kobert en a relevé plus de trente exem- 
plaires (III, 1, n. 101 à i:il). 

■■ Qui se retrouvent d'ailleur.s dans les stucs des tombeaux de la Voie 
Latine et de la Basilique souterraine de la Porta Maggiore à Rome. 



HEKCULE Fl'NERAIRE 



229 



D'autres représentations se groupent sans difficulté sous trois 
chefs, dont deux au moins sont d'interprétation aisée: 



C: Amours d/rines 
et immortalifc' 



L) : Descentes aux Enfers 
et lietoiir des Enfers 



Adonis et Vénus 
Castor et Pollux ' 
Diane et Endymion 
Léda et Jupiter 
Mars et Rhéa Sih'ia 
Mars et Vé^us 
Pelée et Thètis 
Psyché et l'Amour " 



Alceste 

Orphée et Eurydice 



La dernière série que nous déterminerons est très distincte des 
autres, sinon facile à définir; elle comprend les figurations d'un 
homme assailli par des êtres hostiles: 

E. 

Actéon et ses chiens ^ 
Oreste et les Furies 
Penthée et les Méiiades 

On se rendra mieux compte de l'individualité de cette série, 
si l'on se rappelle les nombreuses urnes funéraires étrusques oii est 
sculpté un homme fou une femme), symbolisant le mort, aux prises 
avec des monstres variés (fauves, Scyllas, Tritons, Charons) repré- 
sentant les forces infernales. Les sarcophages romains ont, suivant 



' On sait que Pollux, immortel, partagea son bonheur divin avec 
Castor mortel: par amour fraternel. 

' Sans compter le symbolisme facile du nom de Psyché: on ferait 
facilement de ce mythe, tant il est clair, la tête de la série. 

' Les Anciens eux-mêmes rapprochaient Penthée d'Actéon. Cfr. Lu- 
cien, Deoruni Concil., 7; de Peiegriru morte, 2. 



230 HERCILE FUNÉRAIRE 

leur tendiinofi ordinaire, substitué des scènes mythologiques précises 
aux figurations purement symboliques; au reste les Furies ont un 
caractère infernal constant; les Ménades, compagnes de Bacchus 
souterrain ', punissent sur Pentliée la violation des mystères. On 
pourrait éprouver quelque scrupule à placer dans cette série la fable 
d'Aotéon, si le l)eau sarcophage peint de Florence (qui date du 
jV^me siècle avant J. C.) ne portait sur chaque fronton tin Jwmme 
assailli par des chiens, non autrement caractérisé comme Actéon : 
le chien n'est-il pas ici l'animal infernal, comme Cerbère, ou Orthros 
le chien de Géryon, parent du loup ou semlilal)le au loup, dont la 
déi)ouille sert de coiffure au Fluton étrusco-latin ? Quifl qu'il en soit, 
le sens funéraire indéniable de la représentation à une date aussi 
haute lui donne un intérêt particulier. 

Ainsi, la plus grande part des représentations figurées sur les 
.sarcophages romains se rattachent à quelques idées très simples: 
départ de ce monde (enlèvements), fragilité de l'homme (catastro- 
phes), espérances dans la protection divine et dans le triomphe sur 
la mort (Amours divines, descentes aux Enfers), crainte des êtres 
infernaux. Nous ne voulons pas dire par 1;Y que tout Romain, en 
commandant un sarcophage de ce genre, songeait aux idées symbo- 
lisées par les figures; avec les temps, le symbolisme primitif, devenu 
routinier, devait avoir perdu toute sa force (qui songe aujourd'hui 
k la]^signification des couronnes que nous continuons à déposer sur 
les tombes?); mais, comme il n'est rien de plus persistant que les 
coutumes religieuses et surtout funéraires, les marbriers continuaient 
à représenter sur les sarcophages certains sujets, à l'exclusion des 
antres, même quand ils avaient cessé d'y attacher un sens. 

2° Un second groupe est constitué par des scènes héroïques 
qu'avaient popularisées l'épopée et la tragédie. 

' Ce sont les déesses clithoniennes iiui envoient et apaisent la folie : 
le nom des Ménades est doi.c significatif. Cfr. Oriihée, violateur des En- 
fers, déchiré par elles. 



HERCULE FUNÉRAIRE 231 

A : Cijde Troyen : 

Ilion: Achille: Ulysse: 

Jugement de Paris (iLariagede Tliétiset Pelée) Enlèvement du Pal- 
Prise d'Ilion Achille à Skyros ladium 

Hector attaquant les vais- Ulysse et Philoctète 

seaux Ulysse et les Sirènes 

Priam aux pieds d'Achille 

Dispute des armes d'Achille 

B: Antres Cycles: 

Jason : Œdipe : Oreste 

Jasou en Colchide Œdipe et le Sphinx Meurtre de Clytemnestre 
Médée à Corinthe Vie d'Œdipe Oreste et Iphigénie 

C: Antres héros: 

Bellérophon. — Dédale et Icare. — Prométhée... '. 

Un tel « répertoire » à l'usage de la sculpture funéraire remonte 
sensiblement plus haut que l'Empire : à preuve les urnes étrusques 
ou étrusco romaines accumulées au Musée de Volterra -. Nous ne 
saurions affirmer que dans le choix de ces représentations les idées 
symboliques ci-dessus mentionnées n'ont joué aucun rôle^: il est 
même difficile de discerner si la notion d'/ieroisation n'a pas con- 
tribué à faire sculpter de telles scènes sur les sarcophages *. Mais 
l'incertitude nous oblige à garder à ce groupe son individualité en 
face des sarcophages à sens symbolique. 

3° Les sarcophages « héracléens » qui nous occupent forment- 
ils un troisième groupe, ou doivent-ils être interprétés comme ceux 

' Reste non classé le sarcophage C. Robert, III, 1, n° 33, de sujet 
d'ailleurs incertain. 

- Et aussi (pielques monuments grecs italiotes: Voir infra. 

^ C'est au contraire probable dans des scènes comme « la prise d'Ilion », 
« Ulysse et les Sirènes», «Œdipe et le Sphinx »... 

* Cfr. Lucien, Ver. hist.. II, 6 sqq. : les héros sont réunis dans l'île 
des Bienheureux, sous le commandement (V Achille. 



232 IIEUCn-E Kl'NKRAIRE 

du premier ou du second ? C'est uue question que nous ne pour- 
rons résoudre qu'à l'aide des textes ou par une comparaison mi- 
nutieuse des monuments. Sans préjuger la n'-ponse, il importe ce- 
pendant de remarquer que ces sarci'pliages, comparés avec les autres 
monuments du nicme genre classés ci-dessus, nous donnent l'inipri-s- 
sion d'une ri'cliiTclic symlioliquc. Kn effet: 

a) I/extrême variété et rincohérence des tlièiiics héracléens 
traités par les marbiers ne concordent pas avec l'exacte limitation 
et la netteté chronologique des thèmes empruntés à uue tradition 
littéraire (tragédie ou épopée); 

h) La singularité de certains épisodes triés dans la vie d'Her- 
cule, sans qne leur célébrité les aient recommandés à l'attention, 
incite à leur chercher une signification spéciale : 

c) La présence d'Hercule dans des scènes où il ne joue pas 
le premier rôle, ou qui sont même tout à fait étrangères à sa lé- 
gende : enlèvement d'Hylas ', enlèvement de Proserpine ", union 
de Mars et Rhéa Silvia, non seulement témoigne d'une espèce d'en- 
traînement k le faire figurer sur les monuments funéraires, mais 
nous oblige A nous demander si, outre le symbolistne purement ra- 
tionnel dont nous avons donné plus haut des exemples, les Romains 
n'avaient pas des raisons reliç/ieuses de le faire sculpter, de pré- 
férence à d'autres liénis, sur leurs sarcophages. 

Ces indices nous encouragent à chercher maintenant la discus- 
sion, et, si possible, la preuve. Nous procéderons, normalement, des 
temps les plus proches de nous vers les influences italiques plus 
anciennes qui se sont exercées sur la pensée Romaine, et vers la 
source de ces influences, autant que nous jinurrons la saisir par les 
textes confrontés avec les monuments. 



' La fable Alexandrine ([ui fait d'Hercule rainant d'Hylas exi-use la 
présence du héros, mais ne l'explique pas. 

' Il est peu probable qu'il y ait ici une allusion à l'ingérence d'Her- 
cule dans le culte syracusain de Proserpine. 



HERCULE FUNÉRAIRE 233 

II. — Le symbolisme des «Douze Tkavaux » 

AUX deux PKEMIEKS SIECLES DE NOTRE ÈRE. 

Les sarcophages qui représentent la série des Douze Travaux 
ne remontent pas plus haut que le milieu du IT siècle après J. C. 
IjCS idées philosophiques ou religieuses qui les expliquent doivent 
donc se chercher dans les auteurs des débuts de l'Empire Romain. 
Nous prendrons surtout nos exemples dans Sénèque, bien qu'il se 
soit adonné plus à la direction qu'à la prédication ', Dion Chrysos- 
tonie, Plutarqne, et Lucien qui, grâce à sa qualité de pamphlétaire, 
aborde des idées plus communes, moins purement philosophiques 
que les précédents. 

Ce n'est pas que la popularité d'Hercule dans le monde italo- 
sicilien dût beaucoup d'abord aux philosophes. La religion y eut 
la principale part; après elle, les auteurs comiques^ et les peintres 
de vases qui, dans la Grande-Grèce, utilisaient leurs imaginations'. 
L'influence de la comédie et du drame .satyrique attiques, qui ridi- 
culisaient de si bonne grâce le héros ^, ne se fit sentir que plus 
tard, et modérément, semble t-il, tandis que la tragédie devait, au- 
delA des pièces de Sénèque '', fournir pour une part importante aux 
thèmes de ballet: spectacle vraiment populaire qui, au second siècle 
de l'Empire, utilisa sans discrétion les divers épisodes de la vie 

' Cf. G. Boissier, La Meligion Romaine (V Auguste aux Antonins, 

t. n, p. 25. 

- Epicliarnie avait écrit un 'Hoï/.X-?; -n.-A. i|>o>.r,, et uu "Hêi; ^ày-c;. 

'■' Scènes de phi vaques sur les Vases Apuiiens. Voir 0. Navarre, Da- 
remberg Safflio, s. v. Phlyalces, p. 435 sqq. 

* Dio Chrys., XXXII (éd. Teubner, I, p. 432). 

'■ Hercules furens. — Hercules Oetaeus. — Même si cette dernière 
pièce doit être retirée à Sénèque, en tout ou en partie, comme le pensent 
i-ci'tains savants (et la conclusion n"est pas certaine), elle appartient à 
son temps et à l'inspiration stoïcienne: ce qui nous suffit ici (Voir la 
bibliographie résumée du problème dans l'édition Peiper-Richter, Leipzig, 
l!t02, p. 319 sq.). 



2:14 iiKRciiLK ki;néraire 

d'Hercule '. En même temps, la faveur de VAra Maximn, fort 
ai'f^rui" à partir du III" siècle avant J. C, et peut-être renouvelée 
à la tin (in promior ^'râce à Auguste et Vir;rilo, donnait à toute 
cette iniaf,'crii' un intérêt iiatinnal et reli;<ieux. 

1 . Ileriiitr siinihale de ht Jierfeciion pliilosoj)hiijii/>. 

L'interprétation ]ihil(is(ipliique, elle, se fit f<urtout i:\-i\fc aux 
Stoïciens et aux Cyniques. Ils furent d'accord, dès le premier siècle 
de notre ère, et d'autres avec eux, pour créer une sorte de /.oiv^ 
pliilosophi(|ue, h tendance morale, et qui n'était qu"« une sorte de 
stoïcisme aifailili » ". Ainsi les deux sectes travaillent par des moj'ens 
divers, les Cyniques par li-nr zèle de propagande ', les Stoïciens 
])ar leur long effort pour unir la philosophie aux religions popu- 
laires ■*, à un même résultat, acquis à la fin du II" siècle: la vul- 
garisation de leurs principes moraux en conformité avec les formes 
extérieures de l'ancienne mythologie ". 

Or Héraclès est, pour les Cyniques, le « fondateur » de la Secte, 
leur dieu '', qu'ils cherchent à imiter jusque dans ses attitudes ", 
qu'ils appellent « le meilleur de tous les hommes, homme divin 
certes, et que Ton a raison de croire un dieu » ". tenant aux Stoï- 

' Lucien, De Saltatione, 41 et 50. 

^ G. Boissicr, La Tldifiion R'imainc d'Auguste au.r A iitonhiR, t. II. p. 13. 

' Ils arrêtaient les passants pour les endoctriniT: cfr. Sénèque, 
Jip., 29, 2. 

* G. Boissier, oj). cit., II, p. 105. 

^ L'emploi prédominant de la langue grecque dans la prédication 
philosophique au II'' siècle est peut-être, comme le pense Boissier [oji. 
cit., II, p. 102) un signe de son expansion à travers le peuple. 

'' Lucien, Conririum, 16: « Ilps-ivu ooi, (à K^.javOî, . dit le Cynique 
Alcidama.s, «'Hpi/.Xî'ou; 'A^/tr.ii'-y^ » — et plus loin: « ïsô rasTî'fî'j 5îo5 
-'yj 'Hjjïz.Xî'ou; ». On comparera, sur Héraclès héros des Cyniques, les pages 
de M. L. François {Essai sur Dion Chrysostome, 1921, p. 150-171), de 
caractère plus strictement philosophique. 

' Apulée, Florid.f 22. — Lucien. Conriv.. 14. 

' Lucien, Cynicus, l.'î. 



HERcri-B FUNÉRAIRE 235 

cieiis, non contents de considérer Hercule comme un «sage» ', ils 
«n font le symbole de l'esprit philosophique lui-même '. Tous étant 
d'accord, d'ailleurs, pour vanter presque dans les mêmes termes sa 
résistance à la volupté, sa force et son énergie '' ; pour atténuer les 
crimes ou les faiblesses que l'ancienne légende, plus humaine, lui 
avait laissés ■* ; pour en faire en un mot le type de la perfection 
telle qu'ils la concevaient ^ ; c"e8t-;\-dire de la philosophie dédai- 
gneuse ^, ;\ la fois active et contemplative ", au besoin sententiense : ' 
au point que Lucien, éprouvant le besoin de distinguer les vrais 
des faux philosophes (et cela est cependant, selon son habitude, 
dirigé contre les Cyniques), ne trouve personne à adjoindre à Piii- 
losophie, chargée de cette enquête, sinon Héraclès lui-même, le héros 
des Cyniques ". 

2. Hercule rapiirorhr du peuple. 

Cette perfection philosophique n'eût sans doute pas été fort 
propre à toucher le peuple, si la prédication n'avait attaché ses 
soins à présenter surtout Hercule comme un « purificateur » de 

' Ou « pliilosoplie », Sapiens: Sénèque, De Conat. Sap., 2. — Comme 
tel : pieux (Epictète, Entr., III, 26, 32), strictemenl obéissant aux ordres 
de la divinité (id., /b., III, 22, 57) qui d'ailleurs l'accompagne en toutes 
circonstances (id., ih., II, 16. 44}, et l'exerce à la vertu au moyen des 
épreuves imposées par Eurysthée (id., ?7)., I, 6, 30-36; cfr. Il, 16, 44). 

2 Plutarque, Mor., 376 (;. 

' Cfr. Sénèque, De Const. Sap., 3; et Lucien, Cynicii», 13: s-jv-pa-rA; 
xat xapTipô; rr* /.ai /.o-x-ih r.9;>.E x.at Tp'jcpîv su/. ÈêoOXîTS. 

* Sénèque, Herc. fur., 487, dénombre Géryon à la suite des hôtes 
criminels, tandis que Pindare, fr. 169 Schroeder, condamne la violence 
d'Héraclès. — Et Plutarque, Moi:, 785 E, trouve que c'est une plaisan- 
terie déplacée de la part des peintres de le représenter aux pieds d'omphale. 

5 Plut., 3loral., 192 C; 217 D; 1065 C. 

« Dio Chrys., LXVI (Teulin., II, p. 227); — Plut., 3Ior., 90 D. 

' Plut., 3}oi:, 387 DE. 

' «Toutes mes actions, disait Alexandre, ne valent pas une parole 
d'Héraclès . (Plut., Mor., 181 D). 

^ Lucien, Fugitiri, 23. 

Mélange» d'Arch. et dllM. l!^21-lf^>2. 16 



236 IlKltClI-B llNfcHAlHK 

lii terre ' un « vengeur » (irsinti'Tessè •, un tenant de la Jnstiee. 
qui partiiut poursuit les méehunts et «eeourt les lions ', et au be 
soin s'élève contre la vanité et la richesse ■*. Il est rare pourtant 
que le prédicateur oublie la leçon morale : Hercule purifia la terre, 
ainsi doit on purifier son ârae^; Hercule détruit ses maux physi- 
ques sur le bûcher de l'Oeta: avec une même énergie, luttez contre 
le mal moral"; — au besoin même, il modifiera la légende pour 
les nécessités de son enseignement '. Il n'en reste pas moins que 
le héros est sans cesse présenté sous la fi;;ure éminemment popu- 
laire du roi juste destructeur des tyrans * et du pacificateur nni- 
verseP': belles images qui flattent la foule. 

Mieux encore. Au lieu d'en faii'c un idéal inaccessible, et par 
suite décourageant, les iirédicalciirs pujiulaires surent çà et là in- 
diquer qu'Hercule avait ii.-irt'ois failli, (|u"il avait « péché » avec 
H.ylas, s'était laissé flatter par les Cereopes, que son bel éf|uilibre 
philosophique avait été rompu par un accès de fblie '". Et ainsi. 

' Lucien, Deoi: Dial., 13. — Epictéte insiste surtout sur le caractère 
moral de cette purification: voir lùitretienx, II, 16, 44; II, 16, 45: III. 
24, 13; ni, 26, 32. Cfr. III, 26, 31-32. où il attribue à la seule puissance 
morale d'Héraclès sa domination sur le monde. 

' Sénèque, De lienef., I, 13. 

3 Lucien, BîsylecHS., 20 (c'est la doctrine stoïcienne); — Sér... Uni. 
fur., 271 sq(i.; Dio Chrys., IX (t. I, p. 155). 

« Dio Chrys., VIII 't. 1, p. 150}. ffr. .\pulée, Apolofiia. 22. 

= Dio Chrys., V (t. I. p. 94). 

s Id., LXXVIII (t. II, p. 284). 

■ Ainsi l'épi.'^ode de Nessus: Dio Chiys., LX (t. II, p. 190 sq.) — 
Sur l'interprétation morale des travaux d'Hercule, cfr. E. Weber, De IMone 
Clirys. Cyniconim nectatore, p. 139 sq. et 236-257. L'ancienneté du pro- 
cédé est attestée par le titre d'un dialogue d'Antistènes: 'Hfaz.Xx; i u-siîlw-. 
r. -ifi ços-i-noîcu; /.«i layxii; iCrusius. Bhein. 3Iuii., 44, 311,4). Les Stoïciens 
suivirent sur ce point les Cyniques (Ed. Xorden, Jw Varrotii.'< satura.^ 
Menippeas observationesi seleclae. ]i. 300). 

' Dio Chrys., 1 (t. I. p. 12 sq(|.;:— Sén.. Traii., pasxhn, surtout dans 
Herc. fur. 

' Sén., Herc. fur., 250; ih., 442-445: — llerc. oet., 794 s.|(i. 

'" Plut., Mor., 990 E; 60 C; 167 D. 



HERCULE FUNÉRAIRE 237 

qu'ils le voulusseut ou non, ils satisfaisaient la foule qui s'était 
attachée à Hercule autant pour le pittoresque de ses aventures et 
même pour ses défauts que pour ses vertus. De sorte que la phi- 
losophie des deux premiers siècles de l'Empire avait trouvé un nou- 
veau moyeu, plus « actuel », de contribuer à la popularité d'Her- 
cule, sans pour cela gêner les habitudes religieuses ou autres qui 
avaient fondé cette popularité. 

Car, malgré la tendance officielle de considérer à Rome Hercule 
comme un Dieu ', le peuple, par affection sans doute, préférait le 
rapprocher de lui et en faire un héros. A vrai dire, dès Hérodote, 
on hésitait ^, et l'ambiguïté de cette situation fournit encore aux 
railleries de Lucien, qui se demande comment Hercule peut A la 
fois se trouver au ciel et avoir son ombre aux Enfers ^. Les phi- 
losophes, non sans habileté, concilièrent ces diverses tendances, en 
affirmant qu'Hercule était un mortel que sa vertu avait fait con- 
sidérer comme fils de Jupiter ■*, et qui, par son courage et ses bien- 
faits, avait mérité les honneurs divins, comme les Dioscures ou Bac- 
chus': et les mauvais plaisants admettaient implicitement ce sys- 
tème, lorsqu'ils fiisaient disputer Hercule de préséance avec Bac- 
chus ou Esculape, liomme, lui aussi, divinisé pour ses mérites ". 

' Ce qui explique sans doute l'eneur voulue de Virgile qui fait invoquer 
à VAra Jla.diiia les autres dieux auprès d'Hercule {Arii., ^'III, 103), alors 
que nous savons par Servius {ad hc.) que le rite du sanctuaire exigeait 
au contraire que la prière fût adressée à Hercule seul : lite réservé aux 
héros, non aux dieux, comme nous l'apprend Plutarque {Moral, 285 E). 

' Hérodote prétendait qu'il était dieu chez les Egyptiens, héros chez 
les Grecs: Cf. Plutarque, Mor., 857 D. Voir: Mnsée Belge, 1910, p. 313- 
340: Héraclès, le dieu et le héros. 

' Lucien, Dial. Mort., 16. 

* Dio Chrj's., II (t. I, p. 38); — Epictète, J'Jntr., II, 16, 44. 

^ Ps. Lucien, Chandemns, 6; — Plut., il/oc, 361 E; — Apulée, Apo- 
logia, 22. Cfr. Epictète, Mitr., III, 22, 57. — A la tin de l'Antiquité 
païenne encore, Nonnos (Dionys., XIII, 21-34) affirme qu'Hermès, Apollon, 
Dionysos, et Zens lui-niênie, n'ont mérité le ciel que par leurs fatigues et 
leure exploits. 

^ Lucien, Jup. Tray., 12; Deor. I)ial.. 13. 



238 HEUCI:LE KtNKItAIRE 

On ne s'arrêta pas en si beau cliomiii : Ifr héms Hercule est 
volontiers considéré comme un homme, tout simplement, victime d'ac- 
cidents misérables ', au reste serviable ;\ ses concitoyens '. Et l'on 
donne couramment sou nom à tel contemporain ', à un SôstratoB 
de Béotie, qui vit sur le Parnasse, à la dure, détruit les brigands, 
fait des routes et des chaussées *. Ainsi s'achève l'humanisation du 
héros. 

3. Hercide symljoli' de hi fortime et de l'infortune humaines. 

Le voilà familièrement adoré, ou, pour mieux dire, fréquenté 
par les soldats et les paysans'^, par les ouvriers et les esclaves ': 
par tout le petit peuple. Mais, plus ^généralement encore, devenu 
le symbole suprême à la fois de la fortune et de l'infortune, c'est- 
à dire de toute condition humaine. 

Sans avoir jamais été affranchi des nécessités de l'existence, 
les biens lui ont coulé en abondance, il a été toujours vainqueur, 
la Fortune l'a sans cesse accompagné dans le cours de ses travaux ": 
est-ce pour la récompenser qu'il lui a donné la corne d'Achelôos, l'un 
des plus hauts présents de la nature, qui « figure l'affluence des biens 
et le bonheur » ? * Eu tout cas. la Fortune et Hercule se trouvent 
intimement liés ". 

' Sén., Herc. Oet., puKxim ; — Ps. Dio Clirys., LXIV (t. II. p. 212). 

2 Dio Cbiys, XLVII (t. II, p. 130). 

■' Varron, 'A">.),»; sîts; 'Hpot/.Xr?. 

* Lu''ien, Demona.r, 1: « iv 'Hpa/.).:'a si "EXXr.v-; {y.iXyn /.i: m;i-s iliit >. 

5 Hercules Militaris; Hercules Jiiisticus. 

^ G. Boissier, La Keligion Romaine d'Auguste au.r Antonins, II, 240. 

' Plut., Mor., 1058 C; Dio Chrys., XXXVII (t. II, p. 297): LXIII 
(t. II, p. 205). 

s Dio Chrys.. LXIV (t. II, p. 208); LXIII (t. II, p. 205 sq) 

'■' Déjà dans l'Iiyiune homérique à Héraclès (XV, 9). les hommes de- 
mandent à Héraclès divinisé, avec le courage, le bonheur matériel. Et 
les Grecs de la péninsule italiipie l'imploraient pour « la lionne réputa- 
tion », oi;av à-yiOiv: nous dirions « la réussite » (inscription archaïque de 
S. Manro Forte, près Potenza: l\ot. d. Seari, 1882, p. 120 et pi. XI). 



HERCULE FUNÉRAIRE 239 

Mais le héros n'en est pas moins, il est peut-être davantage, 
le sj'mbole de la souffrance '. Il partage avec Peuthée et Actéon, 
qui figurent si souvent sur les sarcophages à ce titre ^, le triste 
privilège d'être appelé le plus malheureux des hommes, et on le 
priait pour éviter les malheurs ^. Mieux (et en cela il fournit aux 
infortunés un symbole plus flatteur encore), il est une sorte de 
martyr de la vertu ■*. Et, si Ton reconnaît avec Plutarque ^ que la 
vie n'est qu'un long cercle de peines, si l'on avoue avec Senèque " 
« qu'elle est dure la route qui mène au ciel », Hercule, qui « par 
de grandes peines a acheté l'immortalité ~ », n'est-il pas, comme 
l'affirment les philosophes, l'image la plus nette à la fois et la plus 
populaire des misères de ce monde et des espérances de récompense 
céleste ? 

■i. Hercule et le « Triomphe sur la mort » ; 
sa lutte contre les Enfers. 

Telle apparaissait sj'mboliquement la vie d'Hercule. Mais il 
est quelque chose qui semble avoir intéressé encore davantage les 
Romains, c'est son triomphe sur la mort. On a remarqué à bon 
droit combien les descriptions et représentations des Enfers les préoc- 
cupaient plus que le Grecs * : que cela fût dans leur Génie naturel, 
ou qu'ils eussent subi l'influence des Etrusques ', ou même des py- 
thagoriciens (ou orphiques) de l'Italie méridionale '". Et à nul mo- 

I Daus Euripide déjà (fferc. fur., 1010 et 1195 sqq.): mais en des 
formules tragiques très banales. 

• Lucien, Deor. Goncit., 7. 

••• Dio Chrys., VIII (t. I, p. 149). 

* Id., XXXI (t. I. p. 349). 
' Plut , 3Ior., 107 A-C. 

^ Herc. fur., 437: «Non est ad astra mollis e tenis via ». 
" Lucien, Deor. Concil., 6. 

^ G. Boissier La Religion Romaine... , I, p. 273 et 27G .<q. 
^ Cfi-. F. Weege, Die Etruskifclw Malerei, ^Halle, 1921), ixissim. 
'" E. Nordcn, Vcrg. Aen.VI', p. 21. 



240 HERCULE FrNÉUAIKE 

ment sans doute davantage qu'aux I"" et II" siècle de notre ère '. 
Nous avons la bonne fortune de posséder deux tragédies de Sé- 
nèque sur Hercule (Heirules f'iirens; llorcules OeUieus) et leurs mo- 
dèles grecs (Euripide, 'Mis:/./."?;; y.7'.voaîvo; : — Sophocle, les Tra- 
chiniennes). L'occasion est belle pour qui veut se rendre compte 
de l'évolution des idées et de la différence des préoccupations. Or, 
dans les pièces latines, il est sans cesse question des Knfers, de la 
mort, de la vie future, alors qu'on serait en peine d'en trouver 
deux ou trois mentions dans les pièces grecques. Il est vrai que 
Sopliocle en avait écrit une intitulée 'lIpz/./.v;; ir.': Ty.vy.pw, où il 
traitait de la descente d"IIér:ieb'"s au.\ ICnfers: mais c'était un drame 
satyrique, où le héros devait avoir un rôle peu sévère, selon la tradi- 
tion, et qui par suite se prêtait difficilement à la philosophie. 

Que nous apprennent done les tragédies de Sénèque ? 

Trois fois Hereule a été aux prises avec les divinités de la 
mort, et trois fois il en a triomphé: voilà (e qui a frappé 8énèque, 
et ce qu'il dit avec une force extrême, exagérée encore p.ir l'emploi 
constant de l'antithèse. 

à) Et d'abord à Pylos ', il engage la lutte contre <,< le roi 
qui règne sur les peuples les plus nombreux » : il le blesse, « et 
mortis dominus pertimuit mori » ^. 

h) Puis il descend aux Enfers, pour aller y chercher Cer- 
bère. Mais Sènèque a grand soin de représenter ce voyage comme 
une entreprise violente dirigée contre Plutou, et qui alioutit à la 
confusion des puissances de mort, dont les droits sont frustrés *. 

■ Cfi'. les fantaisies impériales île Caligula, et d'Hadiien dans sa villa 
de Tibur, G. Boissier, Fromenades A trheoloniqties ', p. 2.Ô0. 

- La légende se trouve déjà dans Homère, 7/., E, 89.5 sqq. 

^ Sén., Herc. fur., 565. 

* Id. ib., 47 sqq. : « EftVcgit'eccc liiiieii infenii loiiis, | et opima uicti 
régis ad superos refert ■> . — « K<edus umbraruui périt > . — Ih., 55 sq. : <■ Pa- 
tefaeta ab imis manibus retio nia est, | et sacra dirae mortis in aperto 
iacent». — Cfr. id., Herc. Uet., 1558: « Morte dcuicta » — Xe dirait-on 
pas d'un poète chrétien qui chanterait la victoire du Christ sur la moit ? 



HERCLLE FLXÉRAIRE 241 

c) Enfin le bûcher de l'Oeta lui permet « âe briser à nou- 
veau l'affreuse puissance de la mort », « île vaincre à nouveau 
l'Kufer » '. 

Des affirmations aussi nettes et aussi répétées ' ne laissent au- 
cun doute sur le sens symbolique attadié par Sénéque à ces trois 
épisodes de la vie d'Hercule. Ce n'est pas le lieu de rechercher 
s'ils avaient ce sens ciiez les Grecs ' : mais nous sommes bien forcés 
de remarquer que ni chez Sophocle ni chez Euripide on ne trouve 
rien de semblable ni même d'approchant. 

Il y avait une difficulté dans cette interprétation, si Ton veut 
simplement considérer le mythe d'Hercule comme une belle histoire 
bien ordonnée. C'est que ces triomphes successifs sur la mort mar- 
([uaient autant Je fois la tin logique du cycle d'aventures^. Les 
Grecs n'en étaient pas gênés, puisqu'ils n'insistaient pas sur le sens 
profond de ces épisodes; sms doute, lorsqu' Euripide indique que 
la descente aux Enfers est le dernier des travaux ordonnées par 
Eurysthée \ utilise-t-il une vieille tradition conforme au sens réel 

' Lorsque le litiros est brûlé par la tunique de N'essus, Alcmène les- 
horte en ces termes {Itère Œt., 1376): « Mortemque differ: quos soles, 
vince iuferos ». — Son ombre apparaît à Alcmène qui s'écrie (»6., 1947 sq.) : 
«A .Styge, gnate, redis iterum milii: | fractaque non semel est mors bor- 
rida ?» ; — et il répond '^1976) : « Inferna uiei rursus Alcides loca » . 

- Nous n'avons pas cité tous les passages que l'on pourrait invoquer. 

' Il semble que de telles idées n'aient pas été tout à fait étrangères 
au moins à certaines parties de la population hellénique. Sur la croyance 
en la valeur purifiante et libératrice du feu manifestée par le biicher de 
rOeta, voir: B. Schweitzer, HeniJchs, 1922, p. 235: mais cette croyance 
semble s'être afl'aiblie avant de reprendre une force sensible au siècle 
dont nous nous occupons. — Le symbolisme de» délivrance contenu dans 
le mythe d'Héraclès aux Enfers semble assuré par un vase de l'Italie 
méridionale qui représente à la fois la descente d'Orphée chez Hadès, 
celle d'Héraclès vainqueur de Cerbère et la délii-rance de Thésée (W. Ame- 
lung, Orj^hisches in unieritalischen Vasenmalerei, Boni. MitiheiL, 1898, p. 103 
et 106 sq.). 

* Il en était d'ailleurs de même, mais moins nettement, de l'aven- 
ture des Hespérides. 

" Eurip., 'H:. _u.»ijiM.., 827 sqq. Cfr. ih., 427. 



242 HERCULE FUNÉRAIRE 

de cet événement ' ; mais il n'en fait d'autre usa;^e qui- de donner 
désormais le droit à liera de se décliaiiier personnellement contre 
le héros, dont les ratij,'iieH ne sont donc pas linies '. Mais Sénèque, 
insistant sur le symbolisme de ces aventures, ne peut qu'eu subir 
l'incohérence. Il allirme non seulement que la Descenff aux Enfer» 
est le douzième des travaux ^; mais que c'est l;'i le lalpciir suprême, 
et le couronnement de sa carrière vi<t(iricusc ', l'exiduit au dessus 
duquel il n'y a plus rien ''. \'A il se tniuve jiar suiti' fort embar- 
rassé pour qualifier le bûcher de l'Octa (;t signifier qu'il marque 
« la dernière fin » de la vie d'Hercule '^ : la gradation se trouve ainsi 
sauvegardée dans la mi'sure du po9sil)le. <''est-à-dire fort mal. Encore 
a-t-il fallu négliger l'aventure de Pylos, moins connue que les autres. 
Mais on peut penser que de telles subtilités étaient étrangères 
à la généralité des Romains; que pour eux la Descente aux Enfers 
et le Bûcher de- l'Oeta avaient exactement même signification et que 
l'un des deux évènenu;nts suffisait à figurer le triom|)lic sur la mort. 
Il est même probable que le peuple était plus sensible au symbo- 
lisme de la Descente aux Enfers, d'un effet plus direct sur des 
imaginations vulgaires, possédées par la ti'rreur des peines d'ontre- 

' CtV. Dio Ciiiys., XLVII (t. II, p. l.-JO). — Selon von Wilaniowitz- 
JMoelleudorff {Heraklea ', I, p. no), la légende argienne antê-liésiodique 
d'Héraclès se terminait par un voyage aux Enfers et un voyage au ciel, 
conformes d'ailleuis à la légende primitive. Sans aller jn.squ'à une re- 
construction aussi complète, et par suite aussi aventureuse, il ne semble 
pas douteux que le voyage vers Hadès ait été originairement le dernier 
exploit du héros (0. Gruppe, Pauly-Wissowa Beat-Kncycl., Suppl. III, 
1027 s(|. — Cfr. Ettig, Adwntntica, Leipziyer Siud. z. class. Fhilol., \:\, 
p. 283). 

- L'ancienne légende ne connaissait pas cette interdiction faite à liera 
d'accabler Héraclès durant le cycle des Douze Travaux, et Sénèque ne 
l'utilise pas. 

3 Sén., Herc. fur., 832 sq.; et 12S2. 

* Sén., Herc. Oet., 1197: «Spolia nunc traxi nltima \ fato stupent««. 

^ Sén., Herc. fur.., 614: « Da, si (piid ultra est •. 

" Sén. Herc. Oet., 1477 sq.: « Hir tilii (llerculil cmenso fieta | ter- 
rasi|uc et umbras, finis e.rtremus (bitur. 



HERCl'LE FUNÉRAIRE 243 

tombe et crédules à oertaiiies superstitions qui, entre autres moyens 
magiques d'acquérir l'immortalité bienheureuse, énou(;aient, « la 
vue de Vcdiiis (Jnpiter infernal ^ Phiton) et de sa femme »'. 11 
est curieux de voir Sénèque faire nu usage direct de ces croyances 
populaires: ce (lui ajoute à la contîance que nous pouvons avoir 
dans l'objectivité des conceptions eschatologiques énoncées dans ses 
pièces. En effet, non seulement il indique qu'étant descendu vivant 
aux Enfers, Hercule désormais ne peut plus mourir °, mais il af- 
firme :\ plusieurs reprises que cet exploit lui donne des droits à 
la vie immortelle en compagnie des dieux ''. Il est même possible, 



' Maitianus Capella, II, 142. Cette tradition est certainement an- 
cienne, piiis(|n'elle remontait à rEtrurie(« Vedium oum uxore conspicere, 
sicut suadebat Etriuia»). Les Grecs ne la connaissaient pas. C'est ainsi 
i)ue Sophocle {2'rach., 1202) montre Héraclès, près de monter sur le bû- 
cher d'Oeta, s'attendant à aller aux Enfers, comme tous les hommes après 
h'ur mort: il menace son fils Hyllos, s'il n'accomplit pas ses dernières 
volontés, de le punir du fond de l'Hadès, v-pO-v. — Au contraire, Virgile 
semble bien y faire allusion ,4e»., VI, 129. C'est à peine, dit-il, si Ju- 
piter accorde la fuvevr de pénétrer vivant aux Enfers à quelques enfants 
des dieux, qui la méritent par leur vertu. La vue des Enfers est donc 
ici conçue comme une récompense réservée à des hommes qui ont des 
droits à riraraortalité bienheureuse. Quelle peut être cette récompense, 
sinon de leur permettre d'acquérir ensuite plus facilement cette immor- 
talité? — L'introduction de cette superstition dans le monde Romain 
doit donc être assez ancienne, en tout cas antérieure à la ruine totale 
de l'Etrurie, consommée par Sylla. On n'invoquera pas contre une telle 
conclusion les tentatives épicuriennes du début du premier siècle avant 
J. C. pour supprimer les terreurs de l'Enfer par l'aflirmation de la mort 
totale de l'individu (cfr. G. BoiBiier, La Beligion liomaine..., I, p. .SOTsqq.): 
elles s'adressaient au public restreint de l'aristocratie dé}h fortement tou- 
chée par l'irréligion. Si des nobles presque athées craignaient encore les 
peines d'outre-tonibe, que devait-il en être du peuple '.' Et quelles supers- 
titions variées devaient lui offrir des consolations ou des espérances'/ 

' Sén., Herc. Oet., 766 sq. : «Mors refugit illum, victa quae in regno 
suo I semel est •. 

^ Sén., Herc. Oet., 79 sq. : Que le monde soit bouleversé, s'écrie 
Hercule « si post feras, post bella, post stygium canem 1 haud dum astr;i 
merui ». — Et la formule est parfaitement claire Herc. fur., 423: « In- 
ferna tetigit (Hercules), posset ut supera assequi ». 



244 HBKCILE KI'.NÉKAIRE 

dans fies conditions, que la de.<eente d'IIeri-iile aux Enfers soit pour 
les hommes non seulement un s;/mhoIe. mais une ijaiantie d'ira- 
niortalité: e'est du moins ce que semblent indiquer quelques vers 
d'interprétation difficile '. Hercule, dit Sénèque, a étaldi la paix 
à travers le monde ' ; et le poète continue en ces termes : 

Transuectus iiada Tartari 

paca'is redit inferis, 

iam nullus superest timor : 

iiil ultra iacet inferos. 

Le sens général est très clair: la descente aux Enfers marque 
l'achèvement de la pacification universelle. Mais comment compren- 
dre cette pacification, sinon (ce que fait Sénèque) comme la des- 
truction de tous les monstres, de tous les tyrans qui oppriment 
l'humanité f Et alors il faut bien entendre « timor (homintim) », et 
conclure que VEnfer n'est plus à crainde pour les mortels. A 
quoi répond cette affirmation, comment se figurait-on cette déli- 
vrance, c'est ce qu'il nous est impossible de dire. « On croit, nous 
rapporte Servius ', qu'avec le secours des morts un homme peut 
arriver ;\ tenir tête au destin », c'est à dire à la prédestination 
de sa vie et surtout de sa mort. Cette simple phrase nous autorise-t- 
elle à supposer que les dévots d'Hercule espéraient, grâce à lui, 
échapper à Pluton :' 

5. Ilf'nule et « le Triomphe sur lu mort » : l'apotlicose p(tr le feu. 

Mais si le peuple se figurait d'ordinaire le séjour des âmes 
sous la terre et dans le tombeau, la société cultivée le pla(;ait de 
préférence dans les astres*; et il est donc logique que, la foule 

' Ilerc. fur., SS9 snq. 

^ L'idée est commune à cette date, et très firijucmmeiit exprimée 
p.Tr Sénè(iue. 

^ Ad Virg. Georg., I, 277. 

' Cfr. G. Boissier, La Jieligioii Uoiiuiiiie..., I, p. 304 sqq. 



HERCULE FUNÉRAIRE 245 

s'attachant surtout ;\ la Descente aux Enfers, l'aristocratie de l'esprit 
ait choisi plutôt comme symbole du triomphe sur la mort le bûcher 
de rOeta. 

Les préférences de Sénèque ne sont point douteuses. Quand il 
parle pour son compte, avec une entière sincérité, il déclare que 
« c'est la vertu qui trace le chemin vers les astres et les dieux » ' ; 
ou, de façon un peu plus atténuée, « que les mérites de l'homme 
sur terre l'autorisent k demander à la divinité d'accepter son esprit 
dans les astres » " : sans se soucier d'ailleurs de la contradiction 
réelle entre de telles formules et les vers où il exprime les croyances 
populaires ^. Sous forme mythologique, c'est l'apothéose d'Hercule, sa 
réconciliation avec Junou, son mariage avec Hébé : toutes choses rebat- 
tues, et dont il se débarrasse par une prophétie *. Mais, philosophique- 
ment parlant, cette apothéose n'est que la figure de celle des justes. 

Aussi Sénèque trouvet-il utile d'exprimer cette idée non point 
seulement sous l'image d'Hercule, mais en termes tout généraux : 
« la vertu, dit-il, a sa place marquée parmi les astres » " ; plus pré- 
cisément, le courage ^ ; mieux encore, la résistance stoique et silen- 
cieuse à la douleur '. Avec les philosophes, les rois justes gagneront 
le ciel, ou, à la rigueur, siégeront comme juges aux Champs-Elysées *. 



' Sén., Herc. Oet., 1942 sq. 

' Id., (6., 1701 sqq. 

^ Voii- supra. — A la suite du dernier passage cité, Hercule a l'air 
très persuadé que, sans une volonté expresse de Jupiter, il ira avec les 
autres morts aux Enfers. — Dans Herc. fur.., l. c, la Descente aux En- 
fers suffisait à lui livres l'accès auprès des immortels. 

* Sén., Herc. Oet., 1432 sijq. 
= Id., ib., 1564. 

'^ Id., ib., 1984 sqq.: < Uiuiiiit fortes, i nec Tietliaeos saeua per amnes 
I uos fata trahent ». 

' Id., ib., 1710 sqi).: «Si noces dolor | abstnlerit iiUas, pande tum 
Stygios lacus, | et redde fatis ». 

* Sén., Herc. fur., 739 sqq. — Il y a, dans ce dernier passage, un 
curieux mélange des croyances philosophiques et des traditions de la 
religion populaire, 



246 HKRCl'LE FliSKRAlItE 

A vrai dire, il est parfois difficile de déterminer dans Séuèque 
s'il conçoit ce séjour dans les astres comme une réalité métapliy^itiue 
(ce que semlile faire Plutarquej, ou si ce n'est pour lui (iii'une 
façon enipiiatique de signifier l'immortalité de la gloire '. Mais les 
philosopiies stoïciens ou cyniques ne se contentaient pas toujours 
de prendre le hiiclier de l'Oeta pour un symbole, et de conseiller 
à leurs adeptes « de faire an moral ce que fit Hercule sur TOeta, 
lorsque, détruisant ce qui était humain en lui, il devint dien*'; 
tel d'entre eux, le Cynique Peregrinus, curieusement frotté de chris- 
tianisme et de brahmanisme, se brûla vif, laissant courir un soi- 
disant oracle, « qu'il allait siéger auprès d'Héphaistos et du prince . 
Héraclès » '. Et l'apothéose impériale n'était rien autre chose, sauf 
le détail que le souverain était mort: le philosophe s'était mieux 
conformé au rite d'immortalité institué par Hercule. 

Car c'est bien un rite. La foule qui assiste à l'apothéose im- 
périale ft (|ui voit lin aigle s'échapper du bûcher * est persuadée 
qu'à ce moment le prince mort devient dieu : comme Hercule. Mais, 
nous l'avons vu '', Hercule, ayant aperçu de son vivant l'iuton et 
l'roserpine, par cela seul, qui est encore un rite, s'est affranchi 
de la mort. Et les deux conceptions, cependant contradictoires, se 
retrouvent dans les mêmes pièces de Sénèque : attestant simplement 
ceci, que les différentes classes de la population cherchaient de fa- 
çons différentes à satisfaire les mêmes aspirations, mais dans une 
seule légende, celle d'Hercule. 

' Voir Herc. Oet., 1986 sq(j. : « Scd cuui suminas | exiget lioias con- 
sumpta dies, | iter ad superos (/^^r/if pandet «.Cfr. De trinKiitiU. aiiiiin\ là. 

' Ijucien, Hermotim., 7. C'est un Stoïcien qui parle. 

' Lucien, De Peregrini morte, ât*. — Pour l'ancienneté du rite: voir 
Phorkys ressuscitant sa tille par le feu (Lycopliron, 48). A Rome: Cfr. Cic, 
De divin., L 23. 

* Lucien, l. c, pour se moquer de Peregrinus et des crédules, dit 
qu'un énorme vautour s'est écliappé des tlanimes en criant: c 'ICXi-s-. -vîo 
fianw o'È; 'OX'ju.ttsv » parodie très sensible. 

5 Supra, p. LM3-244. 



HERCULE FUNÉRAIRE 247 

Quant à l'esprit et même k la manie d'interprétation mystiqne 
;'i cette date, quelle nieillenre preuve en donner que cette remar- 
que de Dion Clirysostôme ' qu'on voyait « k Athènes la statue d'un 
enfant initié aux mystères d'Eleusis, sans inscription : et l'on dit 
que c'est Héraclès » ; alors que l'ancienne tradition prétendait que 
le liéros avait été initié à l'âge d'homme ? Mais quoi ? Le myste 
éleusinien n'avait il pas subi des épreuves ? Ne voyait-il pas face 
à face les dieux souterrains ? N'était il pas, par cela seul, assuré 
d'une immortalité bienheureuse ? Et ne représentait-il pas, somme 
tonte, par ces différents traits, les mêmes eiforts, les mêmes rites, 
les même.s espérances que tous, peuple et aristocratie, se plaisaient 
à retrouver dans la vie aventureuse d'Hercule ? 

Conclusions. 

Ainsi s'affirme le symbolisme des sarcophages << aux Douze Tra- 
vaux », le plus ancien d'entre eux' insistant le plus sur les scènes 
du triomphe sur la mort, sans hésiter même à bouleverser l'ordre 
des tra\aux pour mieux mettre ces scènes en valeur: c'est l'exact 
commentaire figuré des vers de Sénèque, des phrases que nous 
trouvons dans Lucien, Epictète et Dion. 

Pourquoi, daus la suite, le symbolisme de ces sarcophages sem- 
b!e-t il négliger les scènes d'immortalité pour s'attacher, semble-t-il, 
aux seules traverses de la vie d'Hercule, considéré • comme l'exemple 
A la fois de l'acharnement du sort et de l'appui constant de la 
Fortune : c'est une question à laquelle il nous est difficile de ré- 
pondre. Faut-il voir dans ce fait le témoignage d"un fléchissement 
des conceptions métaphysiques, une vue plus réaliste de la destinée 
liumaine ? 



nio Chrys., XXXI (t. p. 375). 
N. 120 de C. Robert. 



248 HERCII.E KI'.NKRAIRE 

Dm iiKiiiis sommes-nous sûrs que l'idée de l'immortalité ratta- 
chée au mytlie d'Hernile n'avait pas disparu à la fin du H' et au 
III' siècles de notre ère. Elle avait pris d'autres formes, peut-être 
plus parlantes. puis(|n'elles dé;,Mf^eaient la scène essentielle de l'en- 
semlile légeiul.-iire : edle, très ancienne, de l'hommage rendu à Mi- 
nerve grâce à qui le héros est monté au ciel ' ; ou celles, bien plus 
fréquentes, de sou initiation aux mystères d'Eleusis, ou du retour 
d'Alceste sauvée i)ar lui des Enfers ■. 

Et (lu'il soit liii'ii spécifié que, lorsque nous parlons de sym- 
bolisme, nons n'entendons pas exclure pour cela l'hypothèse de» 
croyances magiques dont nous avons parlé plus haut: mais le se- 
cond ])niiit est encore douteux, le premier est sûr. 

II. — Symbolisme Dionysiaque: Hercule et 15.\cchus. 
1. Hercule et la rie future Dionysiaque. 

Le groupe le plus homogène des sarcophages héracléens, après 
celui des Douze Travaux, comprend des représentations variées d'Her- 
cule mêlé au thiase I)achique ''. C'est précisément l'inverse des pré 
cédentes: d'une part, le héros souffrant; de l'autre, le héros plongé 
dans la joie et le iilaisir. 

Mais, au reste, et de longue date, Dionysos a chez les Grecs un 
rôle ehthonien et quasi infernal. Déjà Heraclite affirmait qu'il était 
« le même qu'Hadès »^ ; Aristophane avait représenté aux Enfers le 
cha'ur suave des initiés d'Eleusis invoquant à la fois Hacelios et 
Démèter chthouienne '', et, dans la même pièce, faisait allusion au 



' Sxtpra. p. 225. 

* Supra, p. 225. 

' Supra, p. 223 sq. 

* Cfr. E. Norden, TVr^. Aeii., VP, p. 16ti. 
^ Aristoph., Jian., 316 sqq. 



HERCLI-E FUNÉRAIRE 249 

banquet des bienlieureux, auquel participent les morts justes': 
la tradition voulait qu'ils s'y enivrassent, conception à coup sûr 
])opiilaire (peut-être orphique) de la vie future, et dont Platon est 
écœuré ^. 

Ces croyances se répandirent de lionne heure en Italie ^, et sur- 
tout en Etrurie où elles se révèlent non seulement par divers sym- 
boles aux frontons des tombes \ mais par les représentations ex- 
pressives et d'ailleurs bien connues du bacchant étendu sur un sar- 
cophage de Corneto '" et du cortège des âmes conduites par des dé- 
mons dionysiaques, peint dans la Tomba del Tifone, à Corneto aussi ^. 
L'Empire Romain ne les oublia pas : pommes de pin, grappes de raisin, 
grenades, lièvres, phallus sculptés sur les tombes des premiers 
siècles de notre ère, témoignent de la persistance de cette concep- 
tion dionysiaque (en partie aussi aphrodisiaque) de la vie future"; 
comme aussi l'inscription souvent citée où les morts sont assimilés 
aux Satyres et aux Naïades ^ et celle qui fait allusion à l'ivresse 

' Aristoph., Ban., 85. 

^ Platon, Besp., II, 363 C-D. — Cfr., id. Plmedr., 248 G. 

^ Cfi'. B. Schnpder, Studien ^^« dcn GrahdenJcmalern der Bomischen 
Kaiserzcif {Bonnet- Jahrb.. 1902), p. 55-60, surtout p. 60. — On songeia 
aussi au.\ vases fabrifiués dans l'Italie Méridionale: les symboles dionysia- 
ques s'y multiplient de la fa(;on la plus curieuse. Un exemple qui nous 
intéresse ici est celui de l'Hydiie à fig. rouges trouvée à Abella et conser- 
vée à Naples (Heydemann, 2852;, qui représente Hercule cueillant les 
fi'uits des Hespérides: symbolisme d'outre-tombe très possible. Dans le 
champ et sous les anses se voient un chevreuil, un lièvre et deux fau- 
ves : images dionysiaques certaines. 

* Silènes, ])anthères. fauves de part et d'autre d'un cratère (dès hi 
fin du VF et durant tout le V*^ s. avant J. C). '\'oir F. Weege, Die 
Etriisl-ixche Mahrei (Halle. 1921), p. 94, tig. SO: p. 91, fig. 77; p. 68, 
fig. 62; p. 99, fig. 83. 

^ Du IV'-III» siècle? Dessin ancien, à lunitié fidèle, dans F. Weege, 
op. cit., p. 15, fig. 12. 

"> Epoque romano-étrusi|ue. F. AVeegp, op. cit.. p. 43, fig. 39 et 
pi. 49, 2. 

■ B. Schrœder, Grahdenhm., p. 72; 59; 60; 73. 

» C. I. X., III, 686. 



250 HERCULE PrN'ËKAIRE 

iiiiisiciili' (lu I':ii;ulis flionysi;i(|iiP '. Kt les témoignage» littéraires 
eimlirinoiit ceux des mimiinu'iits '. 

Une telle conception de la vie fntnic offrait trois thèmes plas- 
tiqnes : le chant fniii mi iiun m la dansej et la musique (tlûte ou 
lyre); — l'ivresse au milieu du tliiase bachique; — le banquet 
couché. Tous trois utilisèrent Hercule comme figure marquante de 
riiorame arrivé à la béatitude éternelle; et tous trois furent rais 
en reuvre sous cette forme ])ar les artisans grecs des VT' et V' siècles 
avant notre ère, dont les vases s'exportaient en (|nantitè dans l'Italie 
Centrale et surtout en Etriirie. 

Le premier semble le plus ancien ' et donne de la vie future 
dionysiaque une image moins grossière que les autres. Mais dès la 
première moitié du V siècle un cratère attique ;"i fig. r. de Népi * 
montre Héraclès ivre et chancelant, accompagné de Dionysos, d'Her- 
mès et d'un Satyre qui joue de la double flûte. Et d'autres vases, 
à peu près aussi anciens, représentent Héraclès couché servi par 
des Satyres ^ ou buvant en compagnie de Dionysos ". Imitées en 
Ktrurio, ou dans les pays d'influence étrusque, comme le prouvent 



' C. I. L., VI, 30122. 

' Voir pav ex. Lucien, Ucr. hitf., II, 6 s(|i|. 

■" Ilydrie à fig. n. de Vulci (Miinich : .lalin 132): fig. dans Micali, 
Slorin degli ant. pop. ital.' flS.îti), pi. XCIX, 8. — .\nipliore à fig. n. 
de Viilci (Rome, Vatican: Helbig, Fiihrei; 1912, n. 4ôt;);fig. 3/Hseo Gre- 
goriano, II, pi. LVI (ou -XL), 1. — Staninos î"! fig. r. d'Etrnrie (Florence. 
Musée Aich. : H. Heydemann, BuV. Iitst., 1870, p. 181). — Sur les deux 
premiers vases, Héraclès joue de la cithare en présence de Dionysos; 
sur le troisième, de la double flûte entre deux Satyres. Nombreuses sont 
les autres représentations du héros citharède en présence non plus de 
Dionysos; mais d'Athéna. Hermès on Zens: nous ne les énuméi-ons pas 
ici parcequ'ils sont moins probants. 

< Nof. d. Scaci, 1918, p. 19. 

^ Coupe de Caeré à fig. r.: E. Pottier, Kpih/kos, Monum. l'iot. IX 
(1902), p. 160 sq. et pi. XV. — Cratère à fig. r., provenant d'Etrurie: 
CataL Campana, IV-VII, A. 80. 

® Cylix attique à fig. r. de Xola (au British Muséum): W. Helbig, 
TiuU. Inst., 1864, p. 182. — Gr. Taxes Brit. Mus., t. III (1896), E 66. 



HERCULE Kr.NÈKAIRE 251 

une coupe h fig. r. île Chiusi ' et la frise de l:i grande ciste de 
Préneste conservée au Louvre ", ces représentations se retrouvent 
sans cliangenients sur les sarcophages Romains des II" et III'' siècles 
de notre ère : témoignage de la vitalité singulière de ces conceptions, 
qui nous sont encore attestées au IV' siècle ', neuf cents ans après les 
premiers documents figurés qui s'}' réfèrent. 

Et, sans doute, il n'est pas étonnant que cette conception de 
la vie future dionysiaque ait été plus foi-te que le symbolisme phi- 
losophique du bûcher de l'Oeta et de l'apothéose d'Hercule par les 
flammes*; mais plutôt que les sarcophages relatifs à la vie souf- 
frante du héros soient plus nombreux que ceux qui insistent sur 
l'ivresse de l'au-delà. Il est vrai que les sarcophages sculptés 
ne pouvaient être à l'usage que de familles assez riches et d'un 
certain raffinement; et rien ne nous dit que la niasse du peuple 
ne continuait pas à vivre sur les vieilles idées grossières de la 
bienheureuse immortalité dionysiaque: Héraclès, le héros souffrant, 
mais au reste grand buveur et même dissolu ', fournissait un sym- 
'nole fort expressif de ce délassement immortel, par l'excès de ses 
jouissances aussi bien que de ses travaux. 

2. Les Hercules couche's : leur siijnifiiafion dionijsiîKine et funéraire. 

Il n'y a donc point de doute sur le sens qu'il faut attribuer 
à ces représentations d'Hercule, lorsque le héros est Joint k Bac- 
chus ou à des personnages de son thiase. Mais l'incertitude subsiste 



' Musée de Berlin: Furtwângler, n. 2947. 

' H. Brunn, Annali Inst, XXXIV (]862), p. 5 sqq.; 6g. Monumenti, 
VI-VII, pi. LXI LXII. — Hercule est couché à côté d'une femme (Hébé?) 
dans un banquet bacliique très caractérisé. 

' Autel (Clarac, Mus. de Sciilpi., II. pj. 134 et 1.3.5) : à Baechus sont 
joints Mercure et Hercule. 

* Von WiiamoAvitz-.Moellendorfï, HemVles, p. 304. 

^ Voir par ex. Ps. Lncien, Amores, 1. 



3Maugt.i <l\irch. et ilHist. lffll-lSf>2. 



252 IIKUCII.K I-INKHAIHK 

Mil siijf't lift-; « Ilcri'iilcs ciiiiclii'-s tcii.-iiit l:i cinipc », (ine nous uviiii* 
trouvés sur certains sarcopliag-es '. Quoi sens Ifs Romains atta 
cliaient-ils ;V ces fif^ures? Kt comment y ('•taient-ils arrivés? 

Les savants discutent encore pour savoir si le banquet, qm- 
les artisans ^recs commencent d^s le IV siècle :\ sculpter assidû- 
ment sur les stèles fiiiit''i-;iiics. est une image de la vie future ou 
une représentation du déi'uut dans ruii des actes de sa vie ' ; la 
présence du serpent, du pore sacrificiel, du cheval, sur nombre de- 
ces reliefs semlilc devoir imus imliner à la |iremièrc interprétation '. 
Le fait (pie le baufinet des bienheureux se retrouve en Amérique, 
dans rinde, clu'n les iieiiples Germaniques^; la confusion des Enfers- 
avec une sorte d"« ile des plaisirs» dniis l,i e(pmédie grecque ''.- 
le devoir que se font les ])liiloso])lies de mettre en garde les ima- 
ginations populaires contre une telle cnneeption de la vie future'^: 
la confirment, nous parait il, de façon suffisante. 

Duc autre preuve, un peu plus oblique, ])artira de la remarque- 
pleine de sens faite par E. Rohde ". que la cérémonie du O:ôvo;, 
théoxénie ;\ l'ancienne mode, où les convives étaient assis, non cou- 
chés, devint plus tard celle de la yJ.i'jr,, an théoxénie couchée " r 

' Siipra, p. 2-24. 

' B. Schrœder, Grahdenkm., p. 50, en admettant les deux interpré- 
tations, préfère dans la plupart des cas la seconde. 

3 Cfr. S. Rcinach, R'perf. Hdieff^ Gr. et R.\ II. p. 43; 50; 148; 15:i: 
IBO; 176; 415; 41»!; 417; 418; 4.31 : lit, p. 441. - Voir, pour le cheval,. 
L. Malten, Arch. Jnhrh., XXIX, (1914), p. 218 S(iq. 

* Ettig, Acheruntica, Leipz. Stud. z. class. Thilol., 13, p. 396 et n. 3. 

"' Voir Aiistoph. Enn., jmsaim: les bouti(iues de victuailles et les 
jouiies ilansouses ((ui attendent le faux Héraclès: - Phérécrate, \\i-i'i.'i.y.;, 
tV. 108. — Cfr. Kttig, l. c, p. 299. 

'' Ces « antres de Dionysos • aux Enfers, selon Platon (TUaedr.. 
248 C), ne donnent qu'une nourriture imaginaire; pour Plntanpie (Moral., 
565 E-566 A), ils constituent le I.étlié. i|u'il faut fuir. — Cfr. Kttig. /. c. 
p. 325 et n. 2. 

" E. Rohde, Psijche. p. lt>() sqq. : 121, n. 2: et p. 693 ad p. 121. 

"* La différence est la nième (pi'à Rome entre le seUisterniiim et Ifr 
lectisternmm. 



HERCrLE FfNÉRAIRE 253 

l'une et l'autre presque réservées aux dieux chthoniens. Mais au 
lien d'une simple succession, peut-être vaudrait-il mieux parler d'une 
alternance des deux rites. Car, antérieurement à la période classique- 
archaïque, les rois de Sparte et les grands personnages mycéniens, 
assimilés à des héros, étaient couches dans leur tombe avec les at- 
tributs de la vie et en particulier de^ gobelets d"or et d'argent à 
portée de la main ' : tandis que, jj/î^s tard, les reliefs funéraires 
trouvés à Sparte ° représentent les morts héroïsés d'une taille dé- 
mesurée, recevant assis des offrandes. Dans ces conditions, ceux, 
beaucoup plus récents, de Locres Epizépbyi-ienne, qui gardent aux 
morts plus ou moins assimilés aux dieux infernaux, l'attitude as- 
sise ' ont la même signification que les nombreuses terre-cuites fu- 
néraires de Tarente, remontant jusqu'au VIP siècle *, et qui offrent 
les mêmes représentations, mais couchées, ou que les reliefs pan- 
helléniques d'où uous sommes partis. 

Ces monuments qui, de diverses façons, s'appliquent à donner 
au mort un aspect surhumain et des attributs dionysiaques nous 
obligent à conclure que l'hérolsation de caractère bachique était 



' E. lîohde. Psychf, p. 153 156. — A V.ipliio, cfr. Pussaud, Les Ci- 
rih'satious préiieUétiitjues^ ]). 169. 

• Dé même à Xanthos, au tombeau des Harpyes {Monum.. IV, pi. III). 
3 T.. Malten. Arch. Jahrh., XXIX, 19U, p. 248 sq. 

* Voir F. Lenoimant, Gaz. Arch., 1881-82, p. 1.56-163; — Monum. 
deirimt., XI, pi. LV et LVÏ; — Amiali dell'Inst., 1883, p. 194 sqq.; — 
Journal of liellenic stud.. 1886, p. 8-10, pi. 63 et 64: — F. Dueramler, 
Kleine Schriften (^ Annah. 1883, mais avec figures). 1901, III, p, 5 sqq.; 
— E. Pottier. Statuettes de terre-cuite dans V Antiquité, p. 206. — Remar- 
quer particulièrement (W. Helbig, Bull, de TInst.., 1881, p. 197 sq.): 
a) Homme seul, couché: près de lui une amjjhore; — h) Homme seul, 
couché; près de son épaule, masque ;irchaï(iue de Silène, de face: — 
c) autres avec la tasse (ou canthare); ou avec la tasse et la h/re : tous 
symboles dionysiaques. — Autres figures couchées du même genre: dans 
une sépulture à liosamo-Medma (Xot. d. Scari, 1917, p. 42 sq. et fig. 8): 
autres de même provenance {Th., 1902, p. 48); — figurine couchée te- 
nant un kéras, bronze de Locres Epizéphyrienne (J7>., p. 42). 



254 HBRCL'LB F|IN|i;HAIKK 

couninte en (ivkcc, ot surtout dans l'Italie Méridionale: peut-être 
même le nombre prodif^ieiix de pareilleH figures A Tarente s'explicpie- 
t-il Justement par l'extension anormale du culte des héros dans 
cette ville '. 

Nous voilà conduits d'autre part à donner toi't à M. Collignon, 
qui prétend ' que l'origine des statues funéraires deini-coucliées n'est 
pas en Grèce, mais en Etrurie. Les Etrusques en sculptant dans 
les derniers siècles avant notre ère les innombrables couvercles figu- 
rés de leurs urnes cinéraires, n'ont innové que sur un point, grave 
il est vrai, en re])rodiusant d'une faeon réaliste les traits des 
défunts'. Mais, (|\i;int au tliènie, ils le trouvaient réali.sé, partie 
dans les reliefs et terres-cuites helléniques ■*, partie dans les sar- 
cophages anthropoïdes gréco-sémitiques, dont on a trouvé de si 
beaux exemplaires ii Parthage. 

Il est remarquable qu'à ce souci bien italien du réalisme cor- 
respond un affaiblissement du caractère divin ou héroïque des figu- 
res. Si cet affaiblissement est dans la seule expression, ou s'il est 
dans la conception même de la mort et de la vie futni-e pendant 
cette période, c'est ce que nous ne saurions dire. M.iis il reste en 
tout cas que, si le mort étrusque ne prend plus les traits ni l'ap- 
parence sereine d'une divinité, il continue à participer aux Joies du 
])aradis dionysiaque. Quelques-uns en effet peuvent liien conserver 
les attributs de leur i)rofession ou de leur vie terrestre: le plus 
grand nombre, et de beaucoup, tiennent, soit la phiale, soit le rhyton 

' E, Rohde, l'si/che. p. KÎO, 

^ M. Collignon, Statues fum'rairrs . . . ^ p. 347 sqq. 

' Encore ne faut-il pas exagérer, même sur ce point. Il importe de 
tenir compte du développement chronologique du thème: lorsque les Etru.s- 
ques peignaient les meniez scè)tes dans leurs tomlies souterraines aux V'' 
et IV"^ siècles, leurs personnages sont idéalisés comme ceux des repré- 
sentations grecques contemporaines. 

* Aussi bien l'inilnence grecque se fait-elle sentir directement en Om- 
lirie. X'oir le petit bronze (citliarède couché) de Norcia (JV. d. Scari. 187.S, 
p. 22 et pi. II, 5), et le relief funéraire d'Assise {Ib., 1894, p. 48). 



HERCULE FUNÉUAIRE 255 

bachique, étant les vrais desceudauts des belles figures qui ban- 
quettent sous terre à Corneto '. 

Mais en ce détail encore de la coupe mise aux mains du mort, 
les Etrusques sont les disciples des Grecs qui, outre leurs idées 
sur Tivresse des bienheureux, prétendaient que l'immortalité pou- 
vait s'acquérir par simple participation au nectar, à Tambroisie, 
à une boisson divine, quelle qu'elle soit: idée soutenue encore au 
ir siècle de notre ère ^, et que les auteurs de l'extrême décadence 
continuent à exprimer avec une parfaite clarté, lorsqu'ils veulent 
expliquer comment les fils adultérins de Jupiter ont pu accéder à 
l'Olympe ^. Ce breuvage d'immortalité était sans doute à l'origine 
la source de vie \ dont la fontaine Mnémosyne des Orphiques, vers 
laquelle se hâtent les initiés, est un souvenir précis \ Mais il n'y 
a pas au fond de différence entre la source et le breuvage com- 
posé: soma des Indiens, ambroisie et peut-être vin chez les Grecs ". 



' Le bacchant, que nous citions plus liant, peut-être un prêtre de 
Dionysos paré de ses attributs ; mais le sculpteur ne l'aurait pas fait, s'il 
n'avait pensé que ces signes extérieurs d'initiation étaient par euxmèmes 
une promesse, ou même une garantie (voir infru) de béatitude. 

2 Pausan., II, 13. Cfr. Annali delVImt., 1830, p. 14« sqq. 

^ Bacchus: voir Nonnos, Dion., XL, 419 sqq.; — Mercure: voir Mar- 
tianus Capella, I, 34: « luno... tune etiam Cyllenium diligebat, quodeius 
uberibus educatus poculum immortalitatis exhauserat ». — D'un point de 
vue tout général, le même auteur (II, 141) donne le poculum immortalitatis 
comme un des moyens magiques d'acquérir l'immortalité ; Cfr. *., II, 134. 

* Sur la source de vie dans le folklore européen, voir: A. Wiinsche, 
Die Sagen i-om Stbenshuuvi und Leheiiswasser (Ex oriente hi.r, I, 1905). 
C'est une croyance peut-être plus ancienne chez les Indo- Européens que 
le fruit d'immortalité (B. Seliweitzer, Herakles, p. 134, n. 1}, devenu chez 
les Grecs la pomme des Hespérides (cfr. 0. Gruppe, Pnuhj-Wissotva, 
Suppl. Illf 1077). 

^ Voir infra. 

•* On remarquera que cette boisson de vie se trouve chez les Celtes 
et les Slaves (B. Schweitzer. Herakles, p. 233), mais d'ailleurs aussi bien 
chez les Babyloniens, aux mains du Roi du Monde Souterrain, de même 
que c'est Dionysos Chtlioiiien (|ui dispense le vin aux bienheureux dans 
le Paradis hellénique. 



256 HEUCULK Fl'Nl';nAlKE 

Or nul des liéros privilégiés appelés dans l'Olympe n'était ])liis 
populaire qu'Héraclès. Qu'on y joigne, si l'on veut, sa réputation 
d'intrépidiî liuvcur. réjjandue par la comédie attique et la farce 
siculo-italiote. Mais d'on venait-elle, cette réputation ? Voilà un 
des cas les plus nets où nous aboutissons à une impasse. Avant 
la naissance de la comédie, Héraclès nous le verrons, buvait 
auprès du Centaui't; l'iiolos. VA ce serait le contraire du lion 
sens que de croin^ qu'un auteur l'oniiciuc, si original fût il, ait 
innové d'une fa^'on grotesque sur un personnage sympathique; 
la comédie vit d'exagération sur des faits connus; si elle fait 
d'Héraclès un ivrogne, c'est (lu'ancienneineiit déjà Héraclès se 
trouvait en rapjxirts quelconques, mais sérieux, avec Dionysos, 
ou avec le vin, ou avec n'importe qiwA liquide d'une puissance 
reconnue. 

Le plus ancien témoignage sur le scy|)lius d'Héraclès est celui 
de Stésichore, donc grec occidental, et se rattache à l'aventure de 
Pholos ' ; au temps d'Euripide, ce gobelet est devenu un attribut 
personnel et bien connu du héros '. Mais les représe/itntiuiis 2)his- 
tiques de r« Héraclès au Scyphus » apparaissent aux V'^-IV siècles 
avec tous les caractères de l'originalité dans les cités helléniques 
de Grande-Grèce, Crotoue, Tarente, Héraclée ', et peut-être en Sicile 
à Sélinonte *. Le fait que, dans ces figures, le héros est toujours 
au repos, que parfois il tient la corne d'abondance, ou est accom- 



' Stésichore, ir. 7: -zJ-ï-is-i ôi kiAùii Sî'-a; sy.;y.îTfOv w3 TptXi-yuvo» | 
iTÎv£i £7rta;^saevo;, ri pi &t Tripiôxxî 'hoXs; /.cpioa;. 

' Eurip., Aie, 726 sqq. ; 795 sqq. 

3 Gr. Coins Brit. Mus., Itahj, p. 253 (lliintcria» Coll.. I, p. 131); 
— p. 218; — p. 226, 229 et 2.32. — Anneau dor du VI« siècle prove- 
nant de Grande- Grèce: r'urtw.-ingk^i', (feschn. Steiiien im Antiqiiarium ron 
Birliii, n. 291. 

* Plombs représentant, senitile-til, Héraclès tenant le t-antiiare et la 
corne d'abondance {Not. d. Snir!. l^^H, p. .(02. n. XX scjq.). Mais ces 
monuments sont-ils d'origine giecqiie? 



HERCULE FUNERAIRE 



pAfTiié de la Victoire, est au moins une forte présomption en faveur 
de riiypotiièse qu"il s'agit ici d'Héraclès arrivé au bonheur per- 
pétuel dionysiaque que lui ont mérité ses travaux. 

Le thème se précise légèrement au IV siècle dans un sens déjà 
indiqué par des monnaies de Crotone, d'Héraclée et de Mél^ponte', 
mais qui trouva son expression suprême dans la statue de Lysippe, 
1"« Héraclès Epitrapézios », assis, et tenant, semble-t-il, le scyphus " : 
type qui se répandit rapidement dans toute l'Italie ^. 

Mais, tandis que la figure de THercule au scyphus assis ou 
•debout dégénérait très vite en celle ù'Hercules Bibax, ivre et chan- 
celant, dont on trouve de nombreux esmplaires surtout dans le 
•domaine étrusque ', et se perpétuait sous l'Empire romain jusqu'à 
faire le sujet, fort vulgaiie, de nombreuses tessères de plomb '', 
une autre représentation prenait corps à la même date et sans 
<loute dans la même région : celle de l'Héraclès couché *. Elle était 
fort ancienne, nous le verrons, et remontait jusqu'au W siècle 
par les peintuix-s des vases attiques ' : mais c'est à Tarente qu'elle 
-semble avoir pris la forme statuaire et peut-être sa pleine valeur 



' Gr. Coins Brlt. Mas., Ilaly.p. -25.3: — p. 243; — p. 231 (Hunterian 
<JoU.. I, p. 87: début du III'' siècle). 

^ Stace, Siht., IV, 6, 56: « Tenet liaec marcentia fiatris poeiila. adhiic 
uieminit manus altéra caedis >. — Cfr. Martial, IX, 43. 

■'' Cfr., pour le style, le bronze de Pomi)ei : Xot. d. Scavi, 1902, 
p. 572 sqq. et flg. 3; — pour l'extension du type: Jlacrobe, Sai., V, 21, 
16: « Herculem ueio fictores ueteres non sine causa cuiu poculo fece- 
runt, et non nuiuquaui cassabundum et ebriuni, etc. ». — Une indica- 
tion chronologique précieuse nous est donnée par une pierre gravée de 
trarail Hulique, du III'' ou II"" siècle avant notre ère; Furtwiingler, Geschn. 
Steinen Antiquar. Berlin, n. lol7. 

* Xot. d. Scavi, 1916, p. 114-116. 

5 A Kome et Ostie: Xof. d. Scavi, 1900, p. 263 et 268. 

"■ Liste des Hercules couchés dans Stephaui, Der ausntheiide Herakles, 
p. 125-128. 

" Par exemple: Gerhard, Aiiserles. Vasenhilder, II, pi. 108, p. 82 sq. ; 
— Plus tard, la coupe de Biygos (Gr. Vases Brit. Mus.. III, 1896, E. 66 
et pi. VI). 



258 HKRITLE Ff.NLRAIRE 

symbolique': Lysippu encore peut avoir tnivaillé ù son éhtbora- 
tion ilélinitivc '. Mais ce qui est sftr, c'est qu'elle se répajidit dans 
le pays latin, puisqu'on en trouve des répliques importantes sur la 
Via Portiiensis ", et à Home même au Forum Boarium, où on 
l'appelait soit Hercules Cuhans, soit Hercules Oliunrhis *, non par- 
ce qu'il se trouvait dans le quartier des huiliers ', mais parcequ'il 
portait la couronne olympique d'olivier '^'^ insigne de la victoire qui 
lui avait mérité le repos '. 

Ces différents caractères, seyplius, position assise ou couchée, 
lorsque les Romains les donnent à Hercule, gardent visiblement 
leur sens d'héroisation dionysiaque, on d'immortalité bienheureuse. 
C'est ainsi que sur le tombeau des Haterii, à Centocelle, un temple 
est figuré, dans lequel est assis Hercule, et .sur le fronton duquel 
se voient l'arc, la massue et le scyphus '^ : prés de Rome, au bord 



' F. Lenoimant, 0(u\ Arcli., 1^81-82, p. lf>8. — L. Maiiani .Vf*«. </. 
Scan, 1897, p. 227 scm. (avec figures). — Voir supra, p. 252 si). 

- Cfr. Bionze giéco-Honiain d'Esté: Not. d. Scavi, 1888, p. 'M sq. 
et pi. I, 8 et 8 bis. La statuette est de type lysippcen. 

■î L. Mariani. /. c. p. 228. 

* Cfr. Petersen, Xnt. d. Sciivi, 189.5, p. 458 sqq.: — Id. Uôm Mtttlicil., 
96, p. 99 sqq. 

^ Les Olean'i étaient groupés plus au noid-est, dans le Vélabre. 
Cfr. Plante, Capi., 4»9: « Oiniies de conipecto rem agunt quasi in l'o- 
labro olearii >. 

•■ Preller, Hegionen, p. 194 s([. 

' Petersen prétendait (Not. â. Scavi, 1895. p. 4G0; de même Hiilsen, 
th., p. 261) que la couronne olymiii(nie était inconciliable avec l'attitude 
du héros couché. Mais justement le repos n'est-il pas pour Héraclès le 
fruit et la récompense de ses victohe.<<'! D'autres représentations du uièuie 
genre (Lanvy, lidm. MiUheiL, 1897, XII, p. 56 u\i\. et 144 S(iq.) ne mon- 
trent-elles pas Hercule la tête ceinte des bandelettes de Victoire, ou ac- 
compagné du laurier, qui a la même sens? L'une d'elles même n'a-telle 
pas été dédiée par un sophroniste pour une victoire remportée par ses 
éplièbes à Eleusis (Lu-wy, /. c, p. 61)'? — Pour le sens dionysiaque (pii 
s'attachait aussi k cette figure, cfr. le Silène couché, une tasse à la main, 
d'un relief d'Ostie (Not. d. Scai-I, 1909, p. 199. et fig. 1, p. 200). 

' Monumenii dcU'Inst.. V, pi. VI II. 



HERCULE FUNÉRAIRE 259 

de la Via Portuensis, dans une chapelle d'Hercule Vainqueur, le 
héros est représenté deux fois, assis tenant la pomme des Hespé- 
rides, coiiclic' tenant le scypus : ' deux images d'immortalité, mais 
dont la seconde insiste sur le caractère dionysiaque de ce repos. 
Mieux encore : à Acqua Traversa, à l'ouest de la Via ClocUa, on 
a trouvé dans un petit temple de Bacchus la statue d'une divinité 
orientale, et les figures de Bacchus et d'Hercule couclié : ' le même 
qui se voit ailleurs, près de l'arbre et du serpent «héroïques», 
au milieu des Nymphes et servi par des Satyres '. 

3. Le défunt sous le traits d'Hercnle. 

C'est précisément ce symbolisme, ancien en Italie, nous venons 
de le voir, mais d'ailleurs assez simple, qui explique le choix de 
l'Hercule couché sur certaines tombes Romaines, aux lieu et place 
de l'image du défunt *, ou même avec les traits du défunt ■'. 

On nous dit que la représentation du mort sous la forme d'un 
dieu, en particulier avec les attributs de Dionysos ou d'Hermès, 
ne remonte en Grèce qu'au III' siècle, après Alexandre ". Mais c'est 
ne pas vouloir tenir compte d'une tendance, à laquelle se ratta- 
chent les croyances orpiiiques ", et qui date de bien plus loin, si 
l'on songe à l'iiéroisation des rois archaïques *. Mais il eiît vrai 
qu'il y a souvent indétermination dans le type divin qui sert de 



' Xot. d. Scavi, 1889, p. 24;i sqq. 
•^ Bev. Archeol., 1919, t. X, p. 229. 

^ Kelief de Madara, en Bulgarie (Arch. Jahrh., Aiizeig., XXVI, 1911, 
p. 367). 

* Supra, p. 224 scj. 

^ Sarcophage Farnèse. 

^ M. Colligon, Les statues funéraires dans l'Art Grec, p. 31(5. 

' Cfr. F. Weege, Etriisk. Malerei^ p. 25. 

* Supra, p. 253. On pense naturellement au mort égyptien transuiué 
en Osiiis: Cfr. Maspero, Histoire de V Orient classique, les Origines, p. 182. 



260 ilKKCri.K KI'NËKAIRE 

«support» an défunt; et iiouâ ne pouvons affirmer que le<» reliefs 
trouvés à Lucres Epizéphirieune (et qui datent des deux premiers 
tifis du V siècle) représentent les morts sous les traits des dieux 
infernaux : si nou^ en étions silrs, la question serait bien simplifiée. 

Quoi qu'il en soit des iiiHuenccs diverses qui ont pu à ce sujet 
s'exercer sur l'Italie, il est certain qu'on y tmuvait à une date 
assez reculée des prédispositions sinjjulières à cette habitude. La 
plus ancienne de ces pratiques consistait à déposer dans le tombeau 
sur la face du mort uu masque présentant les symboles égyptiens 
ou, plus généralement, sémitiques du soleil radié ou du disque so- 
laire': ou les traits d'un Satyre ou de Silène"; ou ceux d'un 
Cliaron plus ou moins dionysiaque '. Ce qui est- bien différent des 
bijoux funéraires à symboles ajiotropaïques qu'on enfermait aussi 
dans les toml)es '. Eu effet, ces masques doivent sans doute, comme 
les bijoux, protéger le mort dans son voyage aux Enfers, mais en 
lui donnant précisément l'apjjarence des êtres divins qu'il rencon- 
trera sur sa route, et en particulier de ceux qui peuvent lui être 
dangereux. De sorte que cette pratique révèle un essai de con- 
fusion entre le mort et des êtres divins déterminés, et une croyance 
dans l'efficacité magique de cette ressemblance ''. 

Faut-il penser que les statues étrusques, d'apparence archaïque, 
servant d'urnes cinéraires, que l'on a trouvées en assez grand nom- 

' Le soleil radie flanqué de deux urw.is; le disque solaire inscrit 
dans le croissant de lune: à Cliiusi (Xot. d. Scavi, 1915, p. 15 et (ig. H-10) 
— en Sardaigne {Xot. d. Scan, 1918, p. 152 sqq., fig. 7-8). 

* En Sardaigne. Voir Helbig, l'Epopée homérique, p. 73, n. 5. — Not. 
d. Scan, 1918, p. 145 sqq.; fig. 1-2. 

^ .Musée d'Orvieto. 

* Par ex.: diadème terminé jiai- deux têtes d'.\clielôos, trouvé :i l'o 
pulonia {Xvt. d. Scari, 1908, p. 201. tig. ;3). 

^ De uième sens, nous senilile-t-il, mais avec moins de clarté comme 
il est normal d'une civilisation plus raffinée, sont les liermês portraits 
(jue Ion voit sur des stèles gree(iucs: parfois avec les attributs d'ilcr- 
mis ou d'Héraclès. Le caractère apotropaïque des hermès est bien connu. 
\'oir sur ces monuments: M. Collignon, Statues funéraires... p. 324 sqq. 



HERCULE FUNÉRAIRE 261 

bre', représentent des divinités à l'apparence desquelles est confié 
le salut du mort? Si l'idéalisme de leurs traits peut le faire penser, 
nous n'avons cependant aucune certitude à ce sujet. Mais il est 
apparent que, sans assimiler tout à fait le défunt à une divinité, 
on le mettait volontiers en Italie sous la sauvegarde de Jupiter, 
Juuon, Vénus '". 

Enfin, quoi qu'en dise M. Wissowa (et que ce soit ou non sous 
une influence grecque), l'héroisation n'était pas tout k fait étran- 
gère à la pensée italique. D'après Ennius ^, Romulus vit dans le 
ciel cum dis genitalilms : c'est-à-dire, semble-t-il, avec les dieux 
mêmes du terroir latin, Picus, Faunus, Latinus. Si cette croyance 
ne put résister au réalisme des annalistes, les sentiments qui l'avaient 
soutenue reprenaient de la vigueur dans les douleurs particulières \ 
et contribuèrent sans doute à faire adopter la coutume de l'apo- 
tiiéose impériale, sinon ;Y faire croire toujours k sa réalité ^. Mais 
les Empereurs défunts n'étaient pas seuls à être considérés comme 
des héros ou comme des « Saints » ". 

L'assimilation du mort romain à un dieu ' est une résultante 
de ces difierents agents : magie funéraire, confiance dans la protec- 
tion des dieux, croyance aux héros, fortifiés par l'infiueuce hellé- 



' Musée grégorien (cfr. Annali d. Insf., XV, 184.3. p. oô7); — Musée 
de Berlin (Catalogue [1891], n. 1282);— Musée de Chiusi, n. 483; — etc. 

- C. I. L.. H, 6054; VI, 2461.3. — Voir M. Coilignon, Statues fu- 
néraires; — Daremberg-Saglio s. u. Sepulcrum, p. 1268; — Schr<ciler, 
Grabdenkiii., p. 62, n. 2. 

■' Eanius, Annal., 119, (Vahlen). Cfr. G. Bohsiei; Beligion Eomaine, 
1. p. 114 et n. 4. 

* Parex. Cicéronet sa fille Tiillia. Cfr. G. Boissier, op. cit. I, p. 117-118. 

■'' Cfr. G. Boissier, op. cit., I, p. 179. La croyance dans les effets de 
rapotliéo.se s'affaiblit au I"' siècle, reprend beaucoup de vigueur au II=, 
est encore persistante au IV"^ (Voir Capitolin, Marc-Aur., 18). 

« Cfr. C. I. i., VI, 7581: « Deae Sanctae meae Primillae ». 

' Sclirœder, Grahdenl-m., p. 61 66. — C. I. L., VI, 15592 sq. affirme 
sans précision que le mort est in formam deormn. 



262 HBRCl'LK FUNÉRAIRE 

nique, surtout ;'i partir ilii II'' Nièdc a. (\ Mais l'attriliucr à cette 
seule inHueiiee serait une fort lourde erreur. 

Et, de même que les Grecs paraissent avoir choisi pour jouer 
ce rôle des divinités de sens funéraire, les Romains s'en tinrent 
presque exclusivement aux << déesses de la naissance et de la mort », 
Juuon, Vénus, Diane; ' ou aux divinités ayant un rapport très net 
avec les Enfers, comme Mercure, l'iuton, Proserpine, Gérés, avec 
lesquels se confondent par exemple les membres de la famille des 
Haterii sur leur tonilieau de Centocelle ' ; très fréquemment aussi 
Baccliua ' et les personnages de son thiase, Satj'res ou Naïades *, 
dont la signification n'était pas différente. Et sans doute cela parait 
normal, logique, de confondre le mort avec un dieu souterrain: mais 
l'ancienne magie n'y est p.as étrangère. 

Parmi les antres divinités qui assument ce rôle se trouvent en- 
core Attis et les Dioscures °, dont les légendes de résurrection sont 
expressives": Spes ^, dont le symbolisme funèbre est assez clair: 
et Fortiiua *, qui, à Préueste, se trouve liée à Diane Trivia et Liber 
Pater ', et, daus un petit sanctuaire trouvé à Rome, à Vénus, Plu- 
ton, Sérapis, sans comjjter trois licrmès bachiques '". Cela ne ferait 

' Schrceder, loc. cit., p. 62. Ct'r. M. Collignon, oj). cit., p. 323. 

- Monumeiiti, V, pi. VII. 

^ Cfr. Statue de Denys l'Ancien à Syracuse {M. Collignon. op. cit., 
p. 237), mais peutètie avec Jeu do mots. — Eu Etrurie, aupra, p. 249. — 
Sous l'Empire: .M. Collignon, op. cit., p. 328; C. I. L., M, 15314; Apulée, 
Metam., S, 7. — Cfr. Kolide, Psijche, II', p. 360. 

< Heuzey, Mission en Macédoine, p. 129. — Peidrizet, Cultes et my- 
thes du Pange'e, p. 96. 

■> Schrœder, Gi-obdenkm., p. 63. — C I.L.. VI, 21521 P. 1109 (ilu temps 
des Flaviens ?). 

'^ Attis est un autre .\donis; Castor et Pollux fnViuentent alterna- 
tivement l'Olympe et les Enfers. 

' Par ex.: C. I. L., \l, 15292 sq. 

' C. I. L.. Ih. — Voir E. Calicn, rhuemhertj-Sayliu, s. u. .Sepulcrum, 
p. 1328. 

' Cfr. .innali d. Inst., 1873, p. 236. « 

'" Not. d. Scavi, 1885, p. 67. 



HERCULE FUNÉIiAlUE 263 

donc pas difficiiltt', si rim no trouvait aussi en sa compagnie Her- 
cule et Apollon. Et là en effet est le point délicat: car on voit 
ailleurs le mort, non seulement sous les traits d'Hereule, mais sous 
ceux du Soleil ou d'Apollon, aussi bien en Grèce qu'à Rome '. Or, 
il semble difficile, a priori, de faire de ce dernier un dieu in- 
fernal . . . 

Mais un dieu protecteur de l'àme dans son voyage infernal, oui. 
Car ce n'est pas sans raison que Sardes et Etrusques mettaient son 
symbole sur le masque funéraire, an lieu de lui donner les traits 
du Satyre ou de Cliaron ' : et ce n'est pas non plus sans raison que 
les Hellènes de Grande-Grèce, et les indigènes à leur ressemblance, 
mettaient dans les tombes de petits bateaux pour faciliter aux morts 
le voyage versHadès'. Influences égyptiennes, dira t-on. Qu'en savons- 
nous ? Prenons les choses comme elles se présentent, elles sont par 
elles mêmes assez riclies de signification. La route appareute du 
Soleil ven rO"cident est la même que celle des héros, Héraclès 
et Dionysos en particulier, vers les îles des Bienheureux, vers le 
pays des Hespérides aussi, qui est un autre paradis héroïque. Mieux: 
Apollon va, dit la légende, chez les Ilyperboréens ; or les-Hyper- 
boréens figurent aussi une région bienheureuse ', de bombance et de 
vie immortelle'': et l'on a pu supposer, non sans raison, qu'Apol- 
lon s'y était substitué an Dionysos tlirace '''. Mais Hér:iclès aussi, 

' En Grèce: voir M, Collignon, Statues funéraires..., p, 321. — A 
Rome: Sclirœdei', Grab. Denhm., p. 63. — Un frère et une sœur con- 
foniius avec Diane et Apollon, en Macêloine: Heuzey, Mission en Ma- 
ce'doine, p. 236, n. 107. 

» Supra, p. 260. 

3 L. Malten, Arch. Jahrh., XXIX. lOU, p. 228 sq. 

< Cfr. Arcl.ii: f. Bel. Wissensclmft, X, 1907, p. l.'>2 sqii. 

^ Hé.si0!le. fr. 60-62 et 209 (Rzsach): — Pindare, Pi/th.. X. 

« 0. Sclmeder. Archir. /". Jiel. Wiss.. VIH, 1905, p. 69 sqq. et sur- 
tout p. 84. — Le texte obscur de VAxioclws (III, 3) unit, à Délos, Ar- 
téuiis-Oupis et Apollon Hécaergos au dieu infernal Hadès, à Dionysos et 
Héraclès, en relation avec les Hvperboréens (Cfr. XoKrelhs A>inales. 1836, 
p. 62). 



264 HERCILK FI,'Ni;;l{AIHK 

allant vers l'ouest, avait iic'-iiétré cliez les Ilyperborécns ', au moins 
selon l'une des nombreuses traditions relatives :\ ses découvertes 
de paradis terrestres. Kt si l'on désire une preuve pins nette du 
parallélisme des deux divinités dans ee trajet fabuleux vers l'Oc- 
cident, on la possède : car, pour traverser l'Océan lorsqu'il allait 
vers riiifernal Géryon, c'est la « coupe » du Soleil que réclame 
Héraclès, et qu'il obtient de gré ou de force '. 

Telle est, à vrai dire, la seule tradition où nous voyons Apol- 
lon (ou le Soleil: la distinction ici n'est pas très nette) jouer un nde 
funéraii'e ; plus précisément, où nous le voj'ons tracer la route ou 
faciliter le voyage vers les pays ultra-terrestres. Et c'était sans 
doute une assez valable raison d"invo(|uer son aidi- pour des êtres 
•chers appelés par la mort à tenter ce même trajet; et môme de 
mettre le défunt plus directement sous sa protection, en lui faisant 
prendre les traits et les attributs du dieu auquel nul ne pouvait 
résister. 

Mais, par la même occasion, il se trouve qu'achèvent de s'ex- 
pliquer les images du mort sous les traits ou avec les attributs 
d'Hercule. Ce n'est pas seulement un symbole d'une vie future bien- 
heureuse, sous la figure du héros qui, après avoir tant souffert, 
avait enfin obtenu la béatitude dionysiaque. Car on ne s'explique- 
rait pas alors que la statue fût un portrait. La masse des ancien- 
nes croyances plus ou moins oubliées, plus ou moins confuses, dont 



' Documents rassemblés par: Millier. Dorier-, I, p. 279. 

• Voir les textes rassemblés: Aintah d. Inst., XXIV, 1852, p. % sq. 
— Cette coupe est un dépas d'or selon Stésicliore: un léhè.<: selon Tliéo- 
lytos. Héraclès est représenté naviptuant dans cet esquif d'un nouveau genre 
sur un vase célèbre du Vatican ucproduit dans Dareniberg-Saglio, s. v. Her- 
rtiles. p. 93, fig. 8763; efr. Apollon tenant la lyre et naviguant sur le 
trépied à travers l'Océan ^^ftls. Gregor., II, pi. XV): le parallélisme est 
absolu, n'y ayant point de ditlërence entre le lébès seul et le lébès posé 
sur trépied. 



HERCULE FUXÉUAIRE 265 

nous retrouvons des traces dans cette figure est bien autrement im- 
pressionnante que le symltolisme philosophique ou même populaire 
des Douze Travaux sculptés sur les Sarcophages. 

Ce demi-gisant est le descendant direct des Etrusques couchés 
sur leurs urnes, des statues enfermant dans leur poitrine les cen- 
dres des morts, des squelettes que Ton retrouve tout parés de leurs 
bijoux, armés, et la coupe à portée de la main : la persistante il- 
lusion de ce que les Egyptiens appelaient le « double » explique 
le soin que les vivants prenaient de sauvegarder autour des morts, 
ou de leurs images ', les apparences de la vie. Mais cela ne leur 
suffisait pas encore ; car le mort, pensait-on (les Pythagoriciens et 
les Orphiques avaient plus que quiconque contribué à répandre de 
telles idées en Italie ^) avait uii dur voyage à accomplir: un voj'age 
où il trouverait des divinités sévères, et d'autres cruelles ; et d'au- 
tres aussi, sans doute, prometteuses de félicités immortelles, mais 
dont il fallait gagner l'amitié si l'on voulait être de leur suite. 
Le moyen magique d'adoucir les démons et d'entrer dans la fami- 
liarité des dieux bienfaisants, c'était de leur ressembler; ou de 
ressembler au héros puissant qui avait brisé les portes des Enfers, 
Ce n'est pas pour une autre raison que le Dionysos d'Aristophane 
a pris la massue et la Ic'otité, et qu'il va consulter Héraclès sur 
le chemin qui mène au Styx: sous la vulgarité réaliste des détails, 
la foi en Héraclès se devine encore; mais la bouffonnerie est com- 
plète en ce que Dionysos lui-même, sans tout l'attirail dont il s'est 
embarrassé, aurait dû avoir facile accès aux Enfers, où ses « mystes » 
chantent en son honneur. Le Romain inconnu qui, au IIP siècle de 



' Au premier siècle de notre ère, on croit encore naïvement dans 
certains milieux que la statue funéraire est animée (Pétrone, Sut., 71 et 
74. Cfr. Sclirœder, Grabâenkv)., p. 48). 

- Cfr. B. Sciiweitzer, Herakks, p. 79, n. 1. 



266 HEItCirLB FIXÉKAIRE 

notre ère, se f:iisait représenter en Hercule sur sa. tombe, qu'il le 
voulût ou non, suivait les antiques traditions et s'assurait, sous les 
traits du héros, uno heureuse descente au pays des ombres '. 

Jean Bayet. 

{A siiiire). 



' Cette habitude de confondre les morts avec les dieux, (jui se ré- 
pand surtout depuis Nerva (.Sclud-der, Grahdenkm., p. 66), s'exerce avec 
une certaine sûreté encore au III" siècle, où l"on voit sur des sareopha 
ges Méléagre et Atalante (C. Robert, Ant. Sark. Bel, III, 2, n"" 23f>, 
240, 258^, Diane et Hippoyte (Id., ib., 179'), Mars et Kliéa Silvia (Id., ih. 
188 et 190), Achille et Penthésilée (Id., th., 92, 94, 95. 99), pourvus des 
traits des morts. .Mais déjà, dans le fait de choisir pour cet usage indiffé- 
remment des héros ou des dinux, se marque la décadence des antiques con- 
oeptious. On ne tient plus (|u";i une chose: faire figurer les portraits des 
défunts dans la scène sculptée sur le sarcophage. I,a déculfnce est com- 
plète par ex. C. Robert, III, 2, nos igs et 179, où tous les personnages 
sont confondus. 



L'INTERROGATOIRE DE MAROARIT 



Document inédit sur Benoit XIII (1410-1411) 

ET SUPPLÉMEMT À l'InVENTAIRE DU FONDS DES NOTAIRES d'OraNGE 
CONSERVÉ À LA BIBLIOTHÈQUE DU VATICAN 



Il existe à l;i bililiotlièqiie et aux areliives du Vntifan des fonds 
encore peu étudiés ou tout à fait ignorés, qui fouiniruient d'impor- 
tantes sources :ï l'iiistoire de la Provence et du eonitat V'^enaissin. 

L'un d'eux, surtout intéressant pour la ])rincipauté d'Orange aux 
XlV^et XV siècles, est constitué par les registres des notaires de cette 
ville, dont un répertoire a paru dans les Mélanges de l'Ecole fran- 
çaise de Rome '. Ce fonds avait été transporté d'Orange au palais 
d'Avignon pendant les guerres de religion, saus doute vers 1562, 
pour être mis à l'abri des bandes du baron des Adi'ets;'" il fut 
<lans la suite enrichi de quelques registres de notaires provenant 
d'Avignon et du comtat. 

Deux répertoires en furent dressés, l'un, malheureusement partiel, 
en 1594, sous la légation du cardinal d'Aequaviva^, l'autre, inachevé 
et sans date, écrit au moment de l'expédition des registres à Rome ^. 

' A. de Boilaril, Le fonds des notaires d'Orange à lu hiblio'hètjne du 
Vatican [391 numérosl, dans les Mélanges d'archéologie et d'histoire, t. XXX, 
1910, pp. 209-256. 

■' Voir la note de la fin du XVII" siècle publiée pai' de Boiiard, op. 
cit., p. 210, note 1. 

' Indice n. 146 (Arcliives du 'S'atican): Inde.c lihroritm manuscripto- 
rum qui in archivio Palatii Avinionensis reperti sunt iempore legationis 
m. et R. D. D. Octarii, cardinalis de Acguavira, anno Domini 1.594. 
fol. 4-5", et fol. 150"-152. — Il ne signale qu'un seul registre de Pons 
Simon (1429-1432) et aucim de Guillaume Simon, tous deux largement 
représentés dans le fonds du Vatican et le répertoire de 1631. 

* Archives du Vatican, Miscellanca, Arm. I, \ol. 175, fol. 115-152\ 
Les feuillets 149, 150 et 151'' sont en blanc. 

Mélangea d'Arch. et d'Ilist. 1921-192-2. 18 



268 i,'ixTi;i!i!ii(;.\T()ii(i: i>k .mah(;ai!It 

Soi-to de liorrlcroaii iVcnvoi. il c^t iiifitiih'' sur le dernier feuillet: 
« Nota de lihri de »(j(nri rlic /'urorio }i(jrl(ili ii Homn d'Aii- 
gnone ». 

On ifruorait jufçqu'ioi la date à laquelle cette seetion des ar- 
chives palatines d'Avignon avait été transpoi-tée à Rome. Des en- 
vois ])artiels eurent lieu sans arrêt depuis le XVF siècle jusqu'à 
l'annexion du comtat Veuaissin, notamment sous les pontificats de 
Pie IV, de Clément VIII et d'I'rbaiii VIII '. C'est à ce dernier 
pape que l'on doit attribuer la venue au diâteau Saint-An^re dn 
fonds ((ui nous occupe en ce moment. 

Les habitants d'Orange ou du comtat Venaissin avaient fréquem- 
ment besoin d'extraits des regisitres notariaux qui se trouvaient à 
lîomc : ils devaient à cette occasion s'adresser à des fonctionnaires 
des archives du cliâteau Saint-Ange. Par hasard, une de ces de- 
mandes de recherches, émanée de la légation, et relative au collège 
Saint-Martial d'Avignon-, permet de dater de ItiSl la iiotu de 
lihri de noturi che fvrono porfiiii a Borna d'Arigiionc. L'expédi- 
tion dut être l'œuvre de Gio. Battista Quaratesi, l'archiviste en- 
voyé par Urbain VIII en lt)28 an palais d'Avignon, qui dès son 
arrivée faisait un tri parmi les archives utiles à la cour romaine '. 

' \'oii' Uachard, Les nrcliires du Vatican (IJnixelIcs, 1874), pp. 8-i;!. 

- Fia le scritture portate d'Avignone l'anno 1631 vi sono li atti del 
notaro Pietro Bassarelli [Le même sans lionte (pie Massarelli dont un 
registre de 1454 (?i est mentionné dans la Noia de Hbri...\ che viveva 
l'anno 137!1 a tempo di Clémente VIT. antipapa, successore in Avignone 
di (iregorio XI"", regnando alloia in Ronia papa Uibaiio VI°. 11 s'' Bi- 
saica e i)iegato di ceioaie si fia le scritture ed atti del d° notaro vi é 
i|Malclie cosa aspettante al rettoiato di S. Martiale, ilell'oriline di S. Be- 
niMÎctto cliiniaecns., e di esse pigliarne una nota, perche si sara neces- 
.•-ario, si t'aiaimo copiaie per exteiiKum .. (Archives du Vatican, 3Iiscel- 
latiea, Arm. I. vol. 170, fol. 171). — Ce registre est aujourd'hui perdu. 

^ Lettre de Quaratesi au cardinal Fr. Barberini, légat d'Avignon. 
!) sept. 1626. (Bibliothèque du Vatican, 5oW-m»i/ M//»/, 9747, fol. 188).— 
Voir également une lettre de J. .M. Siiarés, évéque de \'aison, au car- 
dinal C. Barberini {iiidei». ;!055: et 2059, fol. 22:i). 



L INTERROGATOIRE DE MARGARIT 2bH 

Les deux inventaires dressés en Avignon, malgré de grandes 
inesactitudes de noms et de dates ', renferment des indications assez 
précises pour que Ton ne puisse douter qu'ils concernaient le fonds 
des notaires actuellement conservé à la Bibliothèque du Vatican ', 
dont le répertoire présente 393 numéros. Tel qu"il existait avant 
le transport à Rome, il était beaucoup plus riche; on s'en rend 
compte facilement par les anciennes cotes que porte le dos de chacun 
des registres. Il est d'ailleurs possible qu'il fût déjà incomplet eu 
1631, vu l'état de désordre des archives palatines. 

Parmi les registres perdus, il suffira de citer les Hecognitiones 
hononim immobiliuni hahitatorum ciritatis Aracisensis (1500 et 
1544) et les registres de Castellus Berengarii (1326-1328) indiqués 
dans VIndke de 1594; les registres de Jacobus Episcopi et le Liher 
causiiritm criminaliiim perjudices de 1481 de Nicolas de Bellaudio ^ 
signalés par le même Indice et par le répertoire de 1631 ; enfin les 
nombreux registres dont fait mention ce dernier, parmi lesquels ceux 
de Johannes Gardabatii de 1303-1304, de Bertrandus Berardi de 
1340, 1390 et 1412, de Castellus Berengarii de 1354-1356, de Bi- 
chen [Nicolas de Brelien] de 1405, de Guillaume Simon de 1408 et 
1425, le ctitnsti-iim honorum civifutis Ardusicensis de 1409 etc.... 

On trouvera ci-dessons, sous les numéros 392 et 393, un in- 
ventaire de MisceUnnea. récemment réunis au fonds des Atti no- 
tariU di Orange conservé à la Bibliothèque du Vatican, et qu'a 
bien voulu nous indiquer Mgr Le Grelle. 

' Ainsi dans les dates de certains registres de Pons Simon (1428 
us(iue ad WHO, et 1423 usque ad 1034^, et de Beraudus Gilii et Petnis 
Trabalii (124f: nsque ad 1350), indiciués par la Xota rf* lihri... 

- Par exemple: Ant. det^iinteno, 1406 (Inv.de 1594 et n" 392 du fonds) : 
Guil. Boetii (Inv. de 1594 et nos 41-42); p. Simonis, 2 Nov. 1411-9 Mars 1412 
et 141.8-15 (Inv. de 1631 et nos 288 et 290): .T. Gardatas, 1311 (ihidem et 
n" 133), Curif epiitcopah's Araumcensis, 1460 et 1464 {ibidem et ii"» 359 et 
360), Befiisiiiini in causa Nieiensi, 1357 {ibidem et n" 371) etc 

^ Le nom du notaire n'est pas indiqué, dans le répertoire de 1631. 
Il est orthographié, dans l'Indice de 1594. Bellundi. 



270 



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L INTERROGATOIRE DE MARGARIT 



Parmi ces fragments, il est un csiliier écrit par le notaire Pierre 
Jeun, sans doute aviguonuais ', dont le contenu sort de l'ordinaire 
des actes notariés: l'interrogatoire d'un catalan, Esinanart Margarit, 
au service de Pierre de Luna (Benoit XIII). Dans le style précis 
de ces sortes de pièces, malgré une langue très barbare, cette dé- 
position relative au siège du palais des Papes d'Avignon en 1410- 
1-111, complète les renseignements fournis par la chronique de 
Martin d'Alpartil et le chronicon jmrnim Ârhiionense de scbismate 
et beJlo °. Elle éclaire l'activité des agents du pape d'Avignon. 

Chargé par le chanoine Antoine Vincent, gouverneur pour Be- 
noit XIII de la place-forte d'Oppède, de négocier des alliances utiles 
;i la délivrance du Palais, Margarit quitta Opj^ède, le 5 Août 1410. 
.\près dix mois de voyages et de pourparlers, il fut fuit prisonnier 
pai' les troupes du roi de France à la traversée du Rhône, au début 
du mois de juin 1411, et conduit à Tournon. Il y fit une première 
déposition devant Gasconet, bailli du Yivarais: et, les 10 et 11 juin, 
les notaires mandés en hâte à cet effet lui firent subir un interro- 
gatoire plus détaillé, dont on trouvera ci-dessous le procès-verbal. 

La torture arracha à Margarit des renseignements bien précieux; 
mais ils ne lui valurent pas une grâce qu'il n'était pas coutume 



' Les comptes de la trésorerie d'Avignon portent un ordre de paî- 
ment, le 4 juillet, au nom de « Xerio Buzaffi, speciator, pro expensis per 
ipsum faetis cuin magistro Petro lohanni, notario... pro examinando quem- 
dam catalanum vocatum Margarit, et steterunt septem diebus • (Avignon, 
Archives de la ville, EE 637, fol. 282^1. 

* Chrouique en provençal allant de 1397 à 1416, publiée par le chev. 
Carreri, d'après un ms. des archives du marquis Rangoni Machiavelli, 
dans les Annales d'Avignon et du Comtat-Veitatsxin , 4* année, 1916 
N.Valois en avait fait une reconstitution partielle (Extrait de l'^lHdKaî're 
du BiiUetiii de la Société de l'Hittoire de Fiance, 190'2). Les clironi(iues 
de P. de Arenis ou de Bertrand Boysset ne donne:it presque rien sur 
l'époque du siège du Palais. 



272 l.'lNTEItUDdATOinE I)K MAKGAUIT 

d'accorder aux émissaires de Pierre de Luua. Avec l'autoriRation 
royale, les Avi^noniiais prirent possession du prisonnier, et, le 24 août, 
li; bâtard de Poitiers ' eut mission de le transférer de Tnurnon en 
Avignon '•'. Le 21 septembre, il était décapité sur la jdace Saint- 
Didier ', et sa tète et les quartiers de son corps, exposés aux jwrtes 
de. la viUc sciviiiiit d'(\ciii|dc aux partisans de Benoit XIII. Pour 
taire ce t'iiiiébre transport, les syndics n'avaient trouvé d'autre 
a;^ent, ((u'un Juif, Léonet Pallier, exécuteur de basses besognes; 
précédemment, il avait été cliargé de préparer deux cent cinquante 
barils de fumier et d"ordures, destinés à être lancés sur les assiégés 
«ad damiuni vexationeni » ■* ! 

L'exécution de Margarit sonna le glas de la défense catalane. 
]je 80 septembre, la garnison signait une capitulation qui devait 
avoir lieu d.ms Tespaie de cinquante jours, si des secours d'ici là 
n'étaient jioint arrivés '. Le 22 novenilire, les catalans évacuaient 
le pal.iis des Pajies (rAvignoii. 

' Etienne, frèic de Philippe île Poitiers, chainbelian du roi. 

- o Solvit Nntinus, tliesauraiins, Stéphane dicto bastanio de Pictavio, 
pro expeusis per eum et doniinum Franciscum Alberassii, procuratoreui 
et actorem civitatis Avinionis, cnin eoiuin societatc fiendis apml locuui 
de Tunwne. ubi de pioxinio accessuri suiit ad liabendum et addnrendum 
ad banc presentem civitatom queindam catlialanum voc-atuni Margarit 
pênes dominum Gasconbtum, militem, baylivum Vivariensem extantein 
captivuni scu prcsonerium, vz, flor, XX ». (Avignon, .\rchives de la ville. 
Comptes de la guerre des ciittiTans, EE [sans numéro] fol. 227). Communi- 
cation de M. P. Pansier). 

^ « Solvit Nutinus Doininico Arenguerii, raercatore, factori pretlicti 
Anthonii de Nardiiclio [mercatoris\ .ab iina parte flor. V per ipsum de nian- 
dato douiinorum \xi»dicnrum\ sohitos dicto Muscailello, carnifici, pro exe- 
qntione facta per eum in per.sonam cnjusdam catlialaiii ex inimicis, nun- 
cupati Margarit, suis exliigentibus démentis decapitati die XXI niensis 
Inijus. — Item plus ab alla parte pro removendo capud ipsius deffuncti 
a platea S. Desiderii ubi deeapitatus extitit extra civitatem portando, 
flor. !.. 2« sept. 1411 Ubùlem, fol. 232). 

* Mandat du restant de la somme due \m\w les deux besognes. 
1« mai 1412 [ibidem, fol. 2.06"). 

^ N. Valois, La France et le ijraiid schisme d'Orient, t. IV, p. 169. 



L INTEltltOliATdlItE I>E MAROARIT 



>[ar,i;;irit, en mourant, avait emporté les derniers espoirs d'un re- 
tour de fortune. Krrant depuis le mois d'août 1410 sur les routes 
de France, de Savoie et d'Ai-agon, après avoir reçu les promesses 
les plus encoura.£reaiites, il avait vu la défection ou la lassitude 
gagner les partisans de son maître. 

Le pape d'Avignon avait quitté cette ville dès 1403: prisonnier 
à son tonr dans l'état pontifical, qui au siècle précédent avait été le 
refuge de la papauté. i)risonnière des factions à Rome, il avait dû 
olierdier une lilierté vagabonde dans le royaume d'Aragon. 11 ne ces- 
sait do proclamer, avec une confiance pleine d'orgueil et de dignité, les 
droits sacrés qu'il avait reçus au conclave d'Avignon, et, refusant de 
se démettre, voyait une partie de la chrétienté suivre son obédience. 

Les Avignonnais, jouant de cet esprit d'indépendance où ils se 
plaisaient d'être ;'i l'égird de leurs souverains, s'étaient déclarés 
en 1410 pour le pape de Rome, Alexandre V, proclamé par le 
concile de Pisi\ La mort rapide du nouveau pontife, et l'élection 
de Jem XXIll (17 mai) n'amenèrent point une réconciliation entre 
les deux fractions de l'église. Bien au conti-aire, lîenoit XIII avait 
recommencé la guerre, et, des troupes étant arrivées de Catalogne, 
son neveu Rodrigue de Luna s'était enfermé au début du mois de 
mai derrière les hautes murailles du palais des Papes, pour conserver 
au moins à sou maître un signe visible de domination. Ses soldats 
s'étaient partagé la garde de quelques points de la ville ' et avaient 
occupé la jilace forte d'Oppède ', dans le conitat. 

' Entie autres la ^'il^e-GL■l•euce, la roche des Doms, le petit Palais 
et la tour du pont Saiut-Benezet, qui n'allait pas tarder à ètie prise. 

- Lé gouverneur en était le olianoine Antlioiuiis Viiicentii, déjà men- 
tionné eu 1398 parmi les défenseurs du Palais, comme étant l'un des 
magistri uxeiii. Son neveu Barthélémy sera otage à la reddition du 
Palais en 1411 \R. P. Ehrlo, Martin de Alpartils chroidca aciiiarum tem- 
poribiis Benedicti XIII, dans (Quelle» luid Fomchuiigen . .. herausgegehen 
i-on der Guireggenelhclial'l, t. XII (1906), p. 59 et p. 564 1. 



274 I.'lXTIJKUOflATOlRK I>K MAKOAKIT 

Le projet des catalans était (l'atteiidre ; ils escomptaient un re- 
virement (les Avi-^noniiais, et espéi'aient que, ^'râce à ries secours qui 
ne pouvaient tarde)-, liemiit XIII )-entrerait dans la seconde Rome 
revenue à son nliédience. Le mot d'ordre qu'avait re^-u Rodrigue 
de Luna était de ne pas s'épuiser en escarmouches, mais de bien 
;;aiiler le Palais. . . 

La iiiissioii (le Marj^arit ('tait donc de ;;rande importance. Les 
chroniques ne lions renseignent que sur la situation apparente des 
adversaires et sur le résultat des opérations; l'interrogatoire de 
cet obscur partisan de Pierre de Luna nous lait rntrevoir les n(-go- 
ciations qu'il poursuivit inlassablement. 

De nouveaux roncours étaient promis à Hiiinit XIII. Marg.irit 
se rencontra près de Berne avec deux capitaines qui combattaient 
alors contre les Sui.sses pour le compte d'Amédée VIII de Savoie, 
le seigneur de Sallenôves ' et Guignes de Montliel. seigneur dT-n- 
tremont '. Ils n'étaient point des inconnus dans le comtat Venaissin. 
Le premier en juin 1410 avait fait un traité avec Rodrigue de 
Luua, et le bmit courait parmi les Avignonnais (|ne « lo segnor 
de Saranovo dévié intrar au dicli palays, et puys corre la villa, 
et la mètre à saqueman » '. (^uant à (inigues de Montbcl, à la tête 
de ses bandes, il .avait ravagé certaines iilaees du cnmtat en 1401 '. 



' Guignes, seigneur de Sallen(')ves (arr. ilAiniecy. Hmite-Saroie), d'une 
famille appaientée aux Viry. Au XVI^' siècle, la baionnie de Sallen(")ves 
appartiendra aux Viry (^voir Bibliothèque Nationale, Nouveau d'IIozier, 
vol. 335, ytilice yénéalogique d'ailleurs très inexacte^. 

' Entreniont, arr. de Bonncville (Haute-Savoie). (înigues de Montbel, 
fils de .Jean, (''tait en outre seigneur de Montellicr, de Gré-ey (voir C"^ de 
Vorîys. Armoriai et iiubiliaire de Vdiirieii diuhe' de Sarair (îrcnoble. IPOO). 
t. IV, p. 68". 

^ Chroniei»! parrum Ariniuiiense de ncliismate et hello, Joe. cit., p. KH 
(14 juin). Cfr. également Bibliotliè(|ue Nationale, latin 8.^75, fol. 268''. 

* Jos. Fornéry, Histoire du comte' renai.'min et de la rille d' Acignon 
éd. Duhamel (Avignon, 1909), t. I, p. 404. 



L'INTERROGATOIRE DE MARGARIT 2(:) 

A la suite des négoci<ations de Margarit, dès le mois d'octobre 1410, 
il envoya quelques hommes d'armes daus la contrée ; leur présence 
inquiéta les Aviynonnais qui deinandorent i)roteption au duc de Berry, 
gouverneur du Languedoc '. 

Un autre capitaine savoyard, un des grands condottieri de 
l'époque, Amé de Virj' ", qui s'était distingué dans les armées bour- 
guignonnes pendant la campagne de Liège ■', venait de rompre avec 
le comte de Savoie :\ la suite d'une guerre malheureuse contre le 
duc de Bourbon. 11 se proposait de descendre dans le comtat Ve- 
naissin, et rien n'était plus à craindre pour les Avignonnais que l'ini- 
mitié de celui qui avait répandu la terreur dans le Bourbonnais '. 

Benoit XIII reyut même des offres d'un de ses anciens adversaires, 
Randon, seigneur de Joyeuse '', nommé un an auparavant capitaine 
dins le comtat Venaissin par le roi et le légat d'Avignon, cardinal 
de Thury ", et qui pour des retards de paiment s'apprêtait k fran- 
chir le Rhône. Enfin, depuis la mort de Louis II ', le nouveau duc 
de Bourbon, .lean l", était amené par sa politique autibourgui- 
gnonne, et par ressentiment contre le roi *, à se ranger sous l'obé- 
dience du pape d'Avignon. 11 permettait libre passage dans ses 



' Lettre du duc de Berry aux syndics d'Avignon leur annonçant 
l'envoi de son sénécli.al d'Auvergne, 7 oct. [1410] (Avignon, Arcliivcs de 
la ville, AA Si et EE 350). 

- Viry, canton de .Saint Julien-en-Genevois {Haute-Sanoie}. 

^ Cfr. J. L. (ïrillet. Dictionnaire historique des dép. du Mont-Blanc 
et du Lànaii (1807), t. 111, p. 438. 

* Voir sur cette guerre la Chronique du bon duc Loys de Bourbon 
(Société de l'Histoire de France), pp. 292-302; et la Chronique d'En- 
guerran de Monstreht (ibidem), t. Il, pp. 2 3. 

^ Joyeuse, arr. de Largentière {Ardèche). 

^ Le 22 mars 1410 il paraît avec ce titre (N. Valois, op. cit., t. IX. 
pp. 161-162). 

" Louis II mourut le 19 août 1410. 

* Le roi confisqua en 1411 le Beaujolais, appartenant an duc de 
Bourbon, et une partie du comté de Tonnerre, dont il donna le gouver- 
nement au duc de Bourgogne. 



276 i,'inti;ku(»«atoirk i>k maiuiarit 

terres aux V>ande:4 du seigneur d'Eiitremont, et liieiitôt se vit ntlVir 
par Pierre de Luiia le gouveniemciit de l'état pontifical '. 

Plusieurs places du comtat, nous apprend é;^aleinent la déposi- 
tion de Margarit, avaient promis d'uuvrir leurs porte»: les châte- 
lains de Pout-de-Sorgue, de Cliâteauueuf-de-Gadague, d'Kntraigues 
et de bien d'autres villes étaient prêts à recevoir les secours envoyés 
au pape scliisinatique. 

Ainsi 1(! |)rintenips de l'année 141 1 était inaniué de signes en- 
Odurageants pour la diplomatie de Benoit XIII ; le comtat Venaissin 
était menacé d'une guerre dévastatrice, qui serait peut-être favô- 
ralile au pape d'Avignon. 

Mais les catalans se heurtèrent à fnrte partie. Charles VI, de- 
puis le concile de Pise, était décidé à mettre lin au schisme qui 
était en voie de s'éterniser. Les ordres donnés à ses officiers et la part 
plus active prise par les ducs de Berry et de Bourgogne encoura- 
gèrent les Avignonnais. A prix d'argent ils obtinrent la défection des 
condottieri et le concours de leurs voisins. Amé de Viry, que ses 
querelles avec le duc de Bourbon rangeaient d'ailleurs dans le parti 
bourguignon, disparut de la scène '. Le sire de Sallenôves, travaillé 
depuis longtemps par le comte de Savoie '', et pressenti par Renier 

' N. Valois, op. cit., t. IV, p. IGT. 

^ Paîment effectué le i n)ai 1411 ^jar Nutinus, trésorier d'Avignon, 
au notaire d'Orange, » prete.\tu salaril pro instruraenlis compromissi et 
sententie nuper factis, habitis et celebralis iiiter dominos sindicos Avi- 
nionis... et Ameueum de Vihiaco, et alios suos conipliccs pro parte do- 
mini de Intermontibus, super nonnullis querelis et petilionibus quas ipse 
doiiiinus de lutenuontibus faciebat et habere pretendebat contra civi- 
tatem •. (Avignon, Archives de la ville. Comptes de layuerre des catalans, 
EE [sans numéro], fol. 256. Communication de AI. 1'. Paiisier). 

^ Voir les lettres du comte de Savoie aux syndics: Ki nov.. 1:.' dc'c. 
1410 et 26 mars 1411; la réclamation d'une récompense par Jacques Garet, 
secrétaire du comte, qui s'est entremis auprès des seigneurs d'Entreiuont 
et de Sallenôves (de AiildiiorK) et n'a touché que douze florins, I.t nov. 
1410 [ibidem, A A 34 >. 



L INTERROGATOIRE DE MARGARIT 'J I ( 

Pot, gouverneur du Dauphiué, passa à la fin d'avril 1411 au ser- 
vice du duc de Bourgogne; le gouverneur en récompense reçut de 
la ville les témoignages les plus vifs de reconnaissance accompa- 
gnés de cinq cents florins '. Quant au seigneur d'Entremont, égale- 
ment circonvenu par le comte de Savoie ", il montra dés lors peu 
d'empressement à tenir ses engagements. 

Les secours d'ailleurs auraient été levés en vain. Le roi, ap- 
prenant, disait-il, que « les seigneurs de Jouyeuse, d'Antreraont et 
de Salenove, Jehan de Torckefelou, escuier, son frère Ferrebourt, 
et aultres se sont efforciez et efforcent de mettre sus et assembler 
gens d'armes tant de nostre royaume comme d'ailleurs, en enteuciou 
d'aller lever le siège que ont tenu et fait tenir par l'espace de 
XIIIl moys ou environ Nostre-Saiut-Père le Pappe et les lial)itans 
de la ville d'Avignon devant le palais » enjoignait le 29 mai k 
tous ses officiers de s'opposer par les armes à leurs incursions '. 
11 donnait des ordres an sénéchal de Beaucaire pour la garde des 
passes du Rhône, faisait surveiller celles de l'Isère et de la Du- 
rance, et à la même date prescrivait (jue fussent payés immédia- 
tement au seigneur de Joyeuse les gages qui lui étaient dus par 

' Lettre des syndics à Renier Pot, 2 mai 141 1 : « A magnifie et puis- 
sant seigneur, Mons. Eegnier Pot, chevalier, gouverneur du Dalphiné, 
conseiller et chambellan du roy, nostre très cliier et reduuhté seigneur. 
Très honoié et puissant sire, nous nous reecomandons humblement à la 
vostre niagniticence. Si avons entendu pleinement et aperceu tant par le 
noble Ardoyn de Launay, parent vostie, pourteur des présentes, (piant par 
Mons. le Recteur et par Mous, le \'iguier de ceste présente cité la bonne 
volante et affection et la bonne diligence qu'il vous ha pieu de mettre 
et faire sur la provision des enneinix de ceste présent cité et de la 
comté de Veneisse, c'est assavoir du seigneur d'Eîs'TUEMON.s et de Sel- 
LENEUVE et des aultres leur complices, par la ipielle provision et par 
vostre moyen leur venue et leur entreprinse c'est destournée ». (Avignon, 
Archives de la ville, EE 3ôl). 

' \'oir siijira, p. 276, note 3. 

^ Lettre de Charles '^^l {ibidem, boite 39). Cfr. lettre de Raspondi, 
aml)assadenr de la ville à Paris, en avisant les syndics (iT/h/^)», EE 351, 
2, en italien). 



278 I,'lNTERK(lflATI>IUK I>K MAUCARIT 

le cardinal de Tliury, lé^^at sous Alexandre V, dussent-ils ôtre 
payés sur la succession même du cardinal '. 

Enfin, le 20 juin, il donnait pleins pouvoirs à riiili|)](e de 
Poitiers pour diriger les opérations du siège '. 

Eu face de pareilles mesures, Pierre de Luna ne pouvait rien. 
Les quelques troupes fidMes qui avaient tenté de forcer le blocus 
s'étaient fait battre : ainsi était il advenu à la passe de Malleniort ', 
sur la Durance, de cent \ingt catalans dél)ar(iués k Bouc; et vers 
le même temps, îi Caromb ■*, des vingt-cinq cavaliers que Guicliard 
de la Tour, écuyer du seigneur de Sallenoves, amenait de Savoie, 
et ([ui étaient tout ce que la corruption pratiquée par les ennemis 
de Pierre de Luna n'avait pu détacher de son service. Pendant 
ce temps, de la roche de Peniseola, où il avait trouvé un dernier 
asile, le pape d'Avignon voyait le vide se faire autour de lui: 
sans argeut, abandonné de ses cardinaux, il ne re])résentait plus 
qu'un principe d'opposition A l'Eglise Romaine. Il ne pouvait ce- 
pendant croire à la défection de ses condottieres, et disait encore 
le 13 octobre, alors que la capitulation du palais des Papes était 
signée, d'attendre, et que le duc de Hourbon allait sauver le siège 
pontifical ''. 

Fei{x.\xii Benoit. 

' Lettre de Charles VI au sénéchal de Beaueaire tiliidem, boite 39, 
n° 20). Le cardinal était mort à Saint-André de Villeneuve le 20 dé- 
cembre (Chronicon parmim Avhiionense, loc. cii., p. IBS). 

' Avignon, Archives de la ville, EE 35L 2, n" 1;3. 

' Mallemort, arr. d'Arles, canton d'Eygnières (BoucheadH-Bhùnè). — 
Lettre des syndics et élus de la guerre d'Avignon à un habit,int des 
Martigues, 30 mai 1411 (Avignon. Archives de la ville, EE 351,2, n» 11). 
Cfr. X. Valois, op. cit., t. I\', p. 166. Les catalans furent battus par Pierre 
d'Acigné, sénéchal de Provence. 

* Caromb, arr. de Carpentras {Vnucltise). X. Valois, np. cit., t. IV. 
p. 166, note 3. 

s N. Valois, op. cit., t. IV. p. 170, note 1 (Bulle de Benoît XIII datO.- 
de Peniseola). 



l'intekuogatoire de- maiïgarit 279 

L'intt'i-rogatoire (le Margarit (Juin 1411). ' 

|M0 Juin]. 

I. Depositio j)rima fada per infrasrriptuni Març/arit roram 
domifw bai/lirio de Vivaresio *, rommissario in loco de Tornono, 
ahsentihus Kertio Buzaffi et Petrn Johannis notariis. 

Quibiis peracti.s, dictiis doniinus baylivitis et coramissarius vo- 
leiis scire juxta tenoreoi sue comiuissionis quis esset, et unde erat 
idem Mai-garit Ksmaiiart, prisonerius. ipsnm interrogavit, niedio suo 
corporali jnrameuto, unde erat, qui dixit quod ipse erat de Soba- 
deil ', diocesis Barcellonie. Requisitus eum dicto juramento quid 
faeiebat in présent! patria, qui disit quod ipse erat et fuerat in 
venditione, sciiicet in rastri) d'Oppeda \ ad stipendia Pétri de Luiia '', 
ubi stetit spatio septem mensium, et dixit verum fore quod ipse 
dioessit a dicto loco d'Oppeda, de precepto domini Antlionii Vin- 
centii, canonici et gubernatoris dicti loei d'Oppeda, in niense au- i) août 1410 
gusti " proxime lapso, et accessit in comitatu Sabaudie ad domi- 
nuni de Salanova et dominum d'Antreniout; et rcpperto in Sperna ", 
proppe Beniam *, ul)i erat || iu stipendiis domini comitis Sabaudie, 
in exercitu quem faeiebat idem dominus cornes contra illos de 
Berna, ipsum dominum de Salanova requisivit quathinus atten- 
dere vçllet pacta que fecerat cum domino Roddigiio. capitaneo pa- 
latii Avinionensis ''. l,iui(iuidem dominus de Salanova sibi ijjsi lo- 

' Cahier de 18 folios, papier. Atti iKjiarili di Oran(je, vol. 392, 1. 
' Gasconet. 

^ Sabadell, en Catalogne. 

■' Oppède, arr. d'Apt, canton de Bnniiieux {Vauclusc). 
5 Benoît XIII. 
'' Voir infra S II. 

' Spins ;?) près de Berne, district d'Aarberg (Suisse). 
* Berne, en Suisse. 

5 Voir supra l'Introduction. Le 14 .Iiiin 1410 le seigneur de Salle- 
nôvea devait mettre la ville à sac. 



2H0 I.'I.NTKKKDGATOIUK DF. MAKCAKIT 

(liicnti ns|)riii(lit qii"(l f;ic<T('t lilieritt-r si liaborct ar;^entiini, m-i] 
quia non liabdiat argontum non pnferat sil)i attciKlfi'e. VA sn])cr 
hoc dictiis doniiiiiis de Salaiiova, lialiita supor hof dr-liberatione, 
misit queiidam scntiffcruin. vocatiini (liiicliardiim <li- Tiirr»', cdmi- 
tatus Saliandie. qui acorssit ad dictmii Petrnm de I>una, a Terra- 
gona, ulii crat'. l't ijisc lo((u<-iis tiiiu- traiisivit pcr dictum lociim 
d'Oppeda ad dictum domiuum Antlioniuin Vinccntii, si volebat quic- 
quani scriberc dicto Petro de Luna. (|ui sihi dixit quod sic, et sibi tra- 
didif dii.is littiras olausas, ijuas ipse loqueiis ]iortavit dicto Petro 
de Luna. Et post. duni fuerint ipse loquens et dictus Gnicliardus 
in presentia dicti Pétri de Luna, ip?e loquena dixit j] ' dicto Petro 
de Luna quod dictus de Salanova Sue Sanctitati se recomendal'St 
et sihi niittel)at dictum Guicbardum de Turre. qui Guicbardus ex 
parte diiti doniini de Salanova dicto Petro de Luna dicere habebat 
illa que sibi dixerat et oneraverat idem dominus de Salanova. Et 
super hoc, idem Guicbardus dicto Petro de Luna dixit illa que 
sibi dicere babuit. lîequisitus si fuit presens in verbis sibi dictis 
dicto Petro de Luna, dixit quod non, sed hene verum est (|Uod 
dictus Fetrus de Luna sibi dicto Guichardo deliberare fecit in Bar- 
cellonia quatuor milia tlor. et super hoc idem Guicbardus dédit 
cautiones honas et sutîicientes de restitucndo dicto Petro de Luna, 
seu suis gentibus, dicta quatuor milia floren. casu quo non deser- 
virent silii. Et hiis actis retrocesscrunt ad dictum dominum de Sa- 
lanova, in Sabaudia, cui idem Guicbardus dixit quod habuerat a 
dicto Petro de Luna IlIT' mili.i tlor.: et tune idem domiiius de 
Salanova fuit coutentus de hoc, et super hoc liene scit quod dictus 
dominus de Salanova fecit totum qnod potuit de veniendo || in 



' Le pape était airivé à Tarragone en juin: il ipiitta cette ville 
pour Sarago.sse le 5 novembre. I/entreviie eut donc lieu avant cette date 
(H. Denitle, Chronique de P. de Arenis. Archn- fiir l.itterntur tind Kiiclieir 
genchichte defi Mitielullers. t. III 1 18.S7\ p. HiS]. On trouvera un récit dé- 
taillé de l'entrevue iiif'ra au S II. 



l'iXTERROUATOIRB de MAROARIT 28t' 

coiiiit.-itii Vciijiyssini fiuii diotis cei'tis geiitiliiis :u-mnrum, sed uon 
potuit. caus.im scientie rcdfleiis, qni:i vidit ft<\... 

10 Juin 1411. 
II. Seqiiitur (Irjiosifio facfn per (liifiim Mui-guritum in jire- 
sentia dicti domini haiilivil. présente ibidem Xeryo Buzuffi. in qna 
srripsit Peints Johaiinis notarius mandata prefati domini hai/liri. 

Aiino Domini millesimo quateiTeutesinio iiiulecimo, et die dé- 
cima meiisis juuii, coustitutus preffatus Margarit coiam dicto do- 
mino liaylivo, commissario auctoritate regia deputato, qui juravit 
super sancta Dei euvaugelia, per eum corporaliter libre tacto, di- 
cere, respondere, et testifficare veritatem, et perlecta eidem in vul- 
gari prescripta depositione in dicto loco de Tornono ', et coram 
eodem domino baylivo facta, ipse Margaritus integraliter in eadem 
persévéra vit. 

Item, ulterius ibidem extitit ipse Jlargaritus [j ' interrogatus si 
ipse Margaritus ipsi domini (sic) liaylivio omnimodam dixit seu 
confessus fuit veritatem, dixit quod sic, de iiiis de quibus extitit 
interrogatus, 

Item, ulteri\is interrogatus quando exivit locum d'Oppeda dixit 5 août 1410 
quod die quiutu mensis augusti, vcl circa, preteriti. 

Item, ulterius interrogatus dictus Margaritus si tune exivit solus 
aut associatus, dixit quod tune recessit sibi àssociato uuo homine 
loci predicti d'Oppeda, vocato Alziario Fermandi dicti loci. 

Item, ulterius interrogatus dictus Margaritus cujus mandato 
exivit, uec (sir) quo ivit cum eo ipse AIziarius, dixit quod maudato 
domini Antlionii Vincentii. in sua alia depositione norainati. 

Item, ulterius interrogatus dictus Margaritus cujus status erat 
ipse Alziaiius, dixit quod est satis juvenis liomo, et est homo ru- 
sticus, sive aft'avator. 

' Touinon [Ardèche). 



282 i,"inteiîro(;ati)1rk dk MAHt;AHiT 

Item, ulteriiis interrogatua dietus Margaritus quo iverunt iiisimiil, 
ilixit quod uwqHe iji lorum dp Payorna ' pf fiducialiter se liabendo 
nnns servando aliiim. 

Item, ulterius interrogatns dietus Margarit si iverunt ])ede.stri 
vel II equestri, respondit et dixit quod pedestri. 

Item, nltpriu>< iIlte|•rogatu^^ dietus Margarit si eo tune dietus 
Antlioiiius dédit eisdem argentum pro eorum sumptibus, dixit quod 
sic, scilieet unum scutum in auro et unum Horenum in aiiro. 

Interrogatns ulterius dietus Margarit quani viam teniiernnt ten- 
dendo iter pei- comitatnm Venayssini, dixit quod prima die iverunt 
eirea loeuin de (!(inla. et versus loenm de Paternis, et deinde vereus 
lociini de Carpentorate, et deinde versus loenm de Carunbo, non 
intrantibus loea ipsa, et inde versus Auraycam ", ubi etiam non intra- 
runt, et inde subsequenter secpiti fiierunt eorum iter quousqne fne- 
rnnt in dicto loeo de Payernii. 

Item, ulterius interrogatus dietus Margaritus si medin tempore, 
potins qnam exiverunt comitatum predictum, fuit loeutns eum aliquo 
in aliquo loeo dieti eomitatus, dixit quod non, née de die. née de 
nocte. 

Item, ulterius interrogatns si, dum fuit in dictis partibns Sa- 
baudie, fuit loeutns enm dieto domino de Salanova | ■* et domino 
d"Antrenions, dixit quiul sie. 

Item, ulterius interrogatns dietus Margaritus in quo loeo loeutns 
fuit cum dominis de Salanova et d'Antremons, dixit quod in loeo 
de Payerna predicto. ubi fuit loeutns cum dictis dominis de Sala- 
nova et d'Antremons; et eo tnne ipse Alziarius reddiit versus loeum 
])iTdietum d'Oppeda. ipso loqnente tune iliidem diniisso. 

Item, ulterius interrogatns dietus Margaritus qnid eo tune ipse 
loquens dietis dominis de Salanova et d'Antremons [dixif], dixit 



' Payerne, canton de Vaud (Suisse). 

' Gordes, Penic.«, Cai-pentras, Caromb et Orange {Vaiicluse). 



l/lNTERROGATOIltE DE MAUGAItlT 283 

qiiod prout iii ali;i sua depositioiie ' facta coram dirto domino baj'- 
livin fontinetur. 

Item, iilterius interrogatus dictas Margarit si ipse dominus de 
Salaiiova scripsit dicto domino Anthonio, dixit quod sic, scilicet 
quod Mai'garitiis predictiis latins eideni domino Anthonio deberet 
scribei-e ab omnibus, et eo tune ipse Margaritiis latins sibi per 
dictum Alziarinm dicto domino Autlionio scripsit. 

Item, nlterins inteiTogatus dictns Margaritus quantum tempus 
stetit ipse Margarit loquens in partibus illis, dixit quod per quinque 
septimanas, et hoc || in Payerna ', Gebenna ^ et (de) Salanova ^, 
ubi ciintinne procuravit quod ipse dominus de Salanova in partibus 
Avinionis et coraitatus Vena3'ssini veniret cum gentibus armoruni 
quos ducere dehebat. 

Item, ulterius interrogatns dictus Margaritus quod in numéro 
gentium duccre debebat in partiVius Avinionis et comitatus Venays- 
sini, dixil qnnd cum ipse dominus de Salanova, quam dominus 
d'Aiitremons, qui simul fecerant liguam, numéro XII'' equorum. 

Item, ulterius interrogatus dictus Margaritus si tnuf temporis 
erat Ouichardns de Turre cum ipsis dominis de Salanova et quidam 
(sir) alio pro jiarte domini d'Antremons, vocato Cotcyart, quia ipse 
dominus d'Antremons non poterat interesse, fuit ipse Guicliardus cum 
eisdem ubi fecerunt eorum tractatum ; et, ipso loquente présente, 
dixit ipse dominus de Salanova quod non poterant habere gentes, 
neque possent, nisi mediantilius peccuniis. VA eo tune ipse loquens 
respondit sibi domino de Salanova quod, licet ipse dominus de Sala- 
nova haliuisset tria milia flor., nichil pro dicto ejus niagistro || ^ fece- 
rat, sed si daret niagistro suo Petro de Luna bonos fidejussores, ipse 
ab eodem haberet. 

' Voir supra S I- 

' Payerne, canton de A'aud (Suisse). 

' Genève. 

* Sallenôves. canton d'Annecy (Hinitc Savoie). 

Mélaiifies d'Arch. r> d'IIiif. 19-21-lÇi->2. 19 



284 l.'lNTKKUlICATIllHK DK MAHfiAItlT 

Item, iilteriiis interrogatus dictiis Mar^aritus si tune obtiilerimt 
dari fidojiissorcs, dixit quod sic, soiliret Antlionium Morrey de Say- 
ccllo, (|iiiMii !]).■;(> <iiiicli;n-dus scfuiii diixit \cisiis |)artcs Catlialoiiie, 
in quibiis partiljus ipsi- Ouicliardus ivit al( iina parte sine ipso lo- 
quente, et ipse loqiieiis ab alia, et 8o siniiil reperiermit in loco de 
Pei'pinhiaco '. It(3ui, ulterius interrogatus dictiis Margaritus loquens 
si ipse dominns de Salanova aliquid sibi dicto loqnenti dédit. p<i- 
tius (|uani rcccclcrct. dixit quod sic, niiiini equm valoris XI! tior.. 
iiiinni jiai' stivalloriini, IIII"' tior. in nidiieta Sabaudic 

Item, dirit idem MargaritiK (jiind tiinc fuit faeiendo itei- simni 
et yens versus Ilnpjicdani, diiiii fuit in loen de (iratianupoli • in 
hostaleria Boris, reperiit quenidam Petrnm Oriselli, qui pro parte 
dieti doniini de Salauova versus ipsnm loquentem veniebat. eum 
quo simnl ivernnt usque in loeum d'0]>peda predietura. Item, ulte- 
rius interrogatus dietus Margaritus I! l()(|uens ad quid ipse domi- 
nns de Salanovn mandaliat ipsuni Petrum Tlriselii cum eodem in 
dietum loeum, dixit quod adeo ut ipse loqueretnr eum domino An- 
tlionio Vineentii, ut sibi dicto domino de Salunova mandaret qua- 
tuor vel V"^ Ûciv., ut in iina littera per ipsuni tune sibi pro parte 
ipsius domiiii de Salanova per ipsum Petrum portata latins conti- 
nebatur, et bue i)r" iialjondo geutes armorum in partibus Lombar- 
die. Va tune ipse dominas Antbonius si')i domino de Salanova per 
dietum Petrum portari feeit IP seuta, et post, facta per ipsum lo- 
quentem relatioue ipsi domino Antlmnio de omnibus |)cr ipsum 
loquentem per antliea'mi in illis partilms faetis, ijise bi(|uens stetit 
ibidem per duaa noetes et per nnam diem. 

Item, ulterius interrogatus dietus lo(|uens Margaritus si scit quod 
ipse dominns de Salanova proeuraverit habere gentes armorum de 
partibus illis, dixit quod neseit, q\ioniam niejiil adliue feeit. 



' Perpignan (Pjiréiiées-(hientules). 
- Grenoble (Isère). 



l'interrogatoire de margarit 2S5 

Item, ulterius hiterrogatiis dictus Margarittis 8i ivit post || ''' hoc 
versus niagistrum suiim Petriim de Luua, dixit quod sic, et quod 
eo tune idem Aiithouios sibi loquenti tradidit duas litteras clausas 
ipsi Petro de Luua magistro suo portandas et tradeudas. 

Item, ulteriu-; interrogatus dictus Margaritus quid eontinebatur 
iu illis, dixit se nescire. 

Item, ulteriui^ interrogatus dictus Margaritus loquens per quam 
viam ivit ipse loquens dura reecssit, dixit quod ipse loqueus equester 
cum une parvo pedite simul trausiveruut per porti/m de Malamorte ' , 
et inde iverunt u^que iu iusula Martici *. Et, dum ibidem fuit ipse 
loquens, tradidit dietum equm dicte famulo, causa reverteudi et re 
deundi ipsura in loto predicto de Oppeda, et ipse intravit mare iu 
uua barca cujusdam Pétri, de ejus cognoraine dixit se non recor- 
dare, super qua ivit usque prope Agatham ^, et ibidem locavit 
unam raulam, quam equitavit usque in locum de Bitterris \ ubi 
émit uiuun rousinuni pretio quinque francorura, cum quo ivit usque 
in Perpinhiauo ', et ipso ibidem tune in dicto loco, et in bostaleriam 
Eqiii Aibi applieato, stetit circa duas || dies in dicte loco et hosta- 
leria, potius quam ipse Guichardus ibidem applicaret. Sed tune lapsis 
dictis duobus diebus, ipse applicuit cum dicto tidejussore supradicto, 
euntes eques (s/<), et cum unô famulo, quein cum eis ducebaut, et . ■ 

in crastiuum simul iverunt quousque fuerunt in Terragoua ". 5 uov. 1410 

Et ibidem magistro ipsius loquentis Petro de Luua ipse loquens 
fecit relationem suam de gestis per eura in partibus Sabaudie pre- 
dictis, et litteras quas portabat eidem tradidit, et inde dixit dicto 
magistro suo quod quidam Guichardus de Turre ibidem erat, seu 
cum eodeni applicuerat, et qui cum eodem applicuerat qui cum 

' Malleniort, sur la Duiance, arr. d'Arles i Bouches-du-Bhône). 

- Martigues (Bouches-du-Bhône). 

^ Agde (Hérault). 

* Béziers l'Hérault). 

^ Perpignan (Pyrénées-Orientales). 

'• Sur la date de l'entrevue de Tarragone voir supra, p. 280, note. 



286 L'INTEKUIIOATOIKK DE MAKIiAHlT 

eodem loqui volebat. VA tune ipse ejus miigister Petnis de Luna 
sibi lo(iU(;nti primo dixit, si ipse loqiiens sciebat nova de palatio; 
qui iii(|iuMis tiiiu: eepit dieei'f qiiod sic: seilieet, quod ipse doininiis 
Antlioniiis silii Irxiiieiiti dieerat quod palatium Avinionis miiiabatiir 
fortitci-, rt tuiic ipse cjus ma^ister oepit reddere. Et ulterins in- 
terroKavit ii)suni biqucutcni (juid faeiel)at ipse dominiis Antlionius 
Vinceiitii, ([ui biqucus dixit j| " quod bene, et qnod recomendabat se 
eidem et Suc Sanotitati. Kt ulterins dixit eidcni Petro de Lima 
quod dominus de Salanova et d'Antremous se eidem reeomeudabaiit, 
et quod multuni affeetabaut sibi servire, sed nieliil jioterant facere 
sine ])eceuuiis, et. prout prcdixerat, inandaliant (iuiidiardo de la 
Tour predietuni pro habendis IIH" tloren., et qui secum dueebat 
unum niereatorem, qui mercator daret in Barchinonia fidejussorem 
in eisum restituendi. Ju quciii ipsi inf'ra ecrtiini tcniiius minime 
servirent, seilieet nsque in frstum Paselie tune t'uturum ', de resti- 
tuendd (lieta (juatuor niilia floren., et qnod ipse Guieliardus de 
Turre, qui ibidem erat, latins eidem explicaret. Tune vcro ipse 
roagister suus Petrns de I^una dixit et jussit quod iiisc finieliardus 
eorani ij)s() veniret, quiiil l'actuni fuit: et eo tune ipse (iniehardns 
sibi dicto Petro de Lnna presentavit et porrexit unam litteram 
credentie, quam vidit et legit, et, qua visa sive leeta, fuerunt loquti 
ad invicem sine || ipso loquente. 

Item, ulterins interrogatns dietus Marg.uitus loqnens (piid eidem 
dixit, dixit (|nod crédit (juod fuerant loeuti de materia et traetatu 
snpradieto. 

Item, ulteiMUS interniijatns qnid inde fVcerunt siiniil de (jremissis, 
dixit quod ipse magister suus Petnis de Luna jussit et voluit dicta 
quatuor milia Horen. aiiri per (^nillelniuni de FeiKillieto ' ibidem 
expedienda. 

' 12 avril 1411. 

- Guillaume de Fenouillet servit d'intermédiaire entre Benoît XIII et 
ses partisans de Provence. Peu auparavant, il avait remis de la part de 



l'interrogatoire de mXrgarit 287 

Item, ulterius interrogatus per quem modiim fuit expetlitiis, 
dixit ([iiod dictas Anthoiiiiis Morrey de Saycello, qui cum dicta 
Guicli.irdip, ut premittitur, iverat, rogavit Nicolaum Carrerie de 
Gebeuna, ibidem in Barchinonia tenentera mercaturas, ut vellet pro 
eodem per modum carabii respoiidere pro II II" tlov. predictis infra 
cortum terminum tradendis in Geltenua. qui Xicolaus lioc consentiit 
faccre in coralho : et iu pignore erga ipsiim Guillermum de Fe- 
nolheto ipsuui coralhiuni dimisit, et tune ipse Gn'ûlelmus de Fe- 
uolheto se obtulit ipsi Authonio et Nicliolao tradere in peccunia 
sumraam dictorum quatuor milia (sic) floren. 

Item, ulteriu? interrogatus dictas ilargaritus si tune ipsi Anthonius 
et Nicolaus habueruntseu reeeperunt dicta IIII*' (| * Hor. dixit quod An- 
thonius Morrey habuit tune mille flor., et ipse Nicolaus IX'^^ libras dicte 
moiiete Barchinonis, valentes mille scnta. Et ulterius dixerunt inter se, 
ipsi Anthonius et Nicolaus, minime se récépissé de dictis IIIP' flor. 
Item, ulterius interrogatus dictus Margaritus si ipse Anthonius 
dictos mille flor. auri expe(njdivit dictis dominis de Salanova et 
d'Antremons, dixit quod sic, scilicet sexcentos dicto domino de Sa- 
lanova et IIII"' eeutos dicto domino d'Antremons, et hoc in pre- 
sentia fratris Michaelis, preceptoris de Calateus, de Velha '. Item, 
ulterius interrogatus si ipse Nicolaus Chaj'riera expedivit seu tra- 
didit dicta mile scnta, dixit quod non, sed illa reddidit seu resti- 
tuit, sicut a dicto Anthonio Morrey dici audivit. 



l'évèque de Barcelone 40 florins à l'cvêque de Vaison, G. de Pesserat, 
0. P. (Voir lettre de remereîments de levêque de Vaison à l'évèque de 
Barcelone, 19 mai 1410, Puig y Puig, Pedro de Lima, ûUimo paj)a de 
Aviîiihi. Barcelona, 1920, iD-4°. p. 533), 

' Sans doute le commandeur de Calatayud, de l'ordre des Hospi- 
taliers de Saint-Jean de Jérusalem, originaire de la ville de Vêla (située 
à l'Ouest de Ualatayud, prov. de Soria), Rodrigue de Luna était lui-même 
commandeur de l'ordre, auprès duquel il trouva quelque appui; un frère 
de Tordre, Bardachin, qui était à son service, fut capturé par les Avi- 
gnonnais. 



288 l.'lNTERUOGATOlItE l)K MAKGARIT 

Item, interrog.ituH dii-tiis Mar^'aritus (|iiarc ergo ipse Nicolaus 
dicta mile Hcuta non tradidit dictis domino de Salanova et d'Aii- 
tremons, dixit qiiod ex eo, quia cum t'uerunt in Oebenna, siciid 
ipse loquens dici audivit, ipse Xicolaus Chareyria et Aiitlionins 
Morrey cum ipsis || contL'nipdcliaiit, co (piia duliifaliant jn-optcrfa non 
facereut illud servitium. quod t'acerc convi'niraiit, et qiind non dc- 
derunt eautionem mercatorum sive pcrsonarum ydonearum, et di- 
xeruiit 'i\m Antiioniua et Nieolaus quod non eisdem (kliberareut 
eisdem illa mille sciita, siriid dici audivit a dirto Antliouio: icversus 
fuit ipsi (iuillclmeto de Fenolheto, ut re vera ymaginatur ipse loquens. 

Item, ulterius interrogatus si tune temporis erat iu partions 
illis Sabaudie ipse Margaritus, dixit quod sic, et quod tune tem- 
poris infirmabatur ipse loquens propter tibiam unam. Et nicliil pro- 
tune fuit confessus, uec per eonsequens exaiiiinatiM. 

11 Juin 1 111. 
III. De iimne itndecirna intitulata mensis junii, fidl nUerins 
(lir/iis Jlniriaritus interrogatus qnid inde fuit subseii>ilni)i. Dixit 
février 1411 quod tractu temporis, scilicet quin(iue septiraauarum, ipsi domini 
de Salanova et d'Antremons simul in loco de Yerna ' loeuti fue- 
runt. Il " ipso loquente absente, et coucordaruut quod mandarent pro 
quodam capitaueo gentium armoruni, qui liul)el)at Xll^ equos, vocato 
Ferrabot ", oui scripseruut, et inde ipse Ferrabot iu loco Fontis 
Bellivicini ^, ubi ipse dominus d'Antremons venit locutuui cura eo, 
et simul coiicord.ivcnnit ([uod iret in l<i('o de Beleys % ubi crat do- 

' Yeune, air. de CliambiMy {Sanoie). 

' Fenabot ou Fenebourt, capitaine dauphiiiois, frère de Jean de Tor- 
chefelon (Avignon, Archives de la ville, EK 637, f. 277; cfr. lettre de 
Oiarles VI du 29 mai 1411, citée p. 277, Archives de la ville, boite 39). 
Les deux frères sont désignés par Charles VI parmi les capitaines qui au 
printenq)S de 1411 rassendjiaient des troupes pour la levée du siège 
d'Avignon. 

' Pont-de-Beauvoisin. arr. dr CJKiinlic'ry [Sarnir). 

< Bellcy {.iiii). 



l'interrogatoire de marc.arit 289 

minus predictiis de Salaiiov.i, et ex eo ut simul pussent eolloquinm 
liabere et ibidem siniul uiia etiani cuni ipso loquente. Ibidem fuerunt 
loeuti ad invieem, et conconlaverunt ipsi doniinus de Salaiiova et 
d'Aiitrenions ((uod sibi dicto Ferrabut dare[HJt sexeentum (sic) tior., 
in diniinutione stipeudiornm ejusdem, scilicet ipse doniinus de Sala- 
nova ducentum(s/(") tlor. et ipse doniinus d'Antremons quatuorceutîOH. 
Et tertia die sequenti iverunt in loco Sancti Dionisii ', qui est dicti 
domini de Salanova, ubi liubuit a dieto domino d'Antremons du- 
centioH rtor. in pecuiiia sabaiidiensi, et alios ducentum in corseriis, 
et Inde ibidem liaberet ab ipso doniimo de Sala || nova quatuoi- 
tacias et uiinm peytral argeuti iii deductione dictornm ducentum 
tloren. per ipsuni, ut preraittitur, premissorum pro nouaginta quinque 
tior.: et residuura nsqne supplemeutum dictorum dneentorum tioren. 
debebat sibi solvere in octava die martii sequenti, ubi debebat ipse 
doniinus d'Antremons cum dieto Ferrabot. per terrain domini de 
Bur'ion/o ', favore ipsius domini d'Antremons, transitiim ipsorum 
t'acere; et ibidem debebant transire inter Villamfrancani ' et la 
mayson blanra*, et ijisos ibidem, qui dicto transitu ipse dominus 
d'Antremons illos debebat recipere, et Itacnlum capitaneatus ipsorum 
sumere. Qua die adveiiiente, ipse Ferrabot fuit et ibidem applicuit 
cum gentibus suis, sed eo tnnc ipse dominus d'Antremons non ibidem 
venit, sed in dicta dieta deflfecit. Et ulterius ipse 'Ferrabot, videns 
quod idem dominus d'Antremons non veniebat, se redduxit circa ab- 
batum (sic) de Cluliiaeo "j sed ibidem non niultum stetit, quia ba- 
stardus de Bourbon/o " qui contra ipsum diseurreret |j "' voluit, et 
propterea reeessit ab illo loco, nescit tanien quo ivit. 

' Saint-Denis-le-Cliosson, canton d'Ambin-ieu (Ain). 
' Jean de Bouibon, comte de Clermont ,t 1433). 
^ Villefraiiche-sui-Saône (lihône). 

* La Maison-Blanche, cant. de Trévoux, en*- de Pareicux (Ain). 
^ Cluny. arr. de Mâcon (Saône-et-Loire). 

"^ Hector de Bourbon, fieie du duc Jean, ciéi' chevalier en 1409 et 
tué au siège de Soissons en 1414. 



290 I,"1NTKUI<0(1AT(IIRK I)K MAKIiAUlT 

Item, iilterius iiiterrogîitus dictus Mui-garitiis qua de causa non 
fuit iii dicta dicta doiiiiMus d'Aiitrciniiiis ouiii dicto Fcrraliot coii- 
V(!iita, dixit quod ex eu quia ipse lo(|ii(iis dici midivit (piod ipsc do- 
iiiinus d'Aiitrciiious prociiral)at liabere argeiituiii in loeo de (Jhani- 
l)ayriiiii '. Interrogatus in ((no loco erat pro tiiiie ipse loqiiens, dixit 
(|ii{»d in locd Sancti Dyonisii ciiiii dicto domino de Salanova. ul)i 
expectabaut ((uoil i]isc dniMinus d'Aiitrcnioiis cuni aliis tiansitun; 
fecissent, et i|iiod dum fiiissiMit in S.iliaiidia se iiosnlsscnt cuni eis, 
et percepto quod ipse domiuus d'Antrenioii.s detKcerat in dicta dicta, 
et per consequens ipse Ferraliot recedebat, quia doniinus predi- 
ctum (sic) d'Antreiiions venerat ibidem in dicto loco Sancti Kyonisii, 
et fiierat lociitus cuni ipso domino de Salauova et ipso lo(iuente 
super predictis. Ijjse dominus d'Antremons, post plura et divcrsa 
vcrVia inter se babita, eiinitavit et sihi arriimit iter \ ersus bjcuni 
(b' Villa Fraiica, sed potins ([uani iliidcni cssct, et cxistens eirca 
lociiin de lîonig', ipse || dominii-; (rAiitreinons niandavit duos bo- 
ulines, équités suos, voeatos Fraiicisquuin et Vingaudum. portantes 
unam litterain ipsi Ferrabot quod rediret ; et qui ipsum Ferrabot 
reperiei'Uiit per quatuordecini Icncas ultra dictani alibatiani Cluliia- 
censem. Qui Ferabot responsnni sibi feeit, qnod ipse non defTicerat 
iu sua dieta, et quod culpa ipsius domini d'Antremons fuerat quia 
recesserat, et qund iniantiim in codcm crat non reddiret, nisi liabcret 
solutionem unius nunsis. F,t lialiita dicta responcione, ipse dominus 
d'Antremons reddiit in dicto loco Sancti Dionisii, ubi ciini dicto do- 
mino de Salanova, et eodeni lixincnte iliidein existcnte, fueruiit sininl 
de dicta niateria locuti. 

Quil>ns peractis, tune idem (b)niiMUs d'Antremons et dominus de 
S.ilanova concorda\ criint (|Uod siuiiil cer:a die repei'irent se in loco 



' Cliauibéry (Snroie]. 

^ Bognens, lianiean de la commune d'Andert-Coiidoii, sur la rivière 
Furans, à environ 2 kil. N. O. de BcUey {Ain). 



l/lXTERROGATOlUE DE MARGARIT 291 

voeato (le Vymier ', qui est cnjusdam abbatis, (|ui est de parentela 
dicti domini d'Antremons, in qua dieta fuerunt, et ipse loquens. Ubi 
t'iiermit coiRurdes quod ipse domintis de Salanova iret locutuni cuin 
.lohanue d'Aix, et Johanne Guioraardi, et aliis eapitaneis et soeiis, 
cum quibus fuit locutus; || " et cura eis convenit quod, completo ser- 
vieio per eos pi'omisso comiti de Tonaii *, ipsi libenter cum eodeui 
venirent ad diseurrendum eontra comitatum Venayssiuum et civi- 
tateni Aviiiioiiis. Et eo tune quidam Quilmetus, capitaneus, et quidam 
Yvonetus de Nuce sibi dicto domino de Salanova convenerunt et 
promiserunt venire, eo quia societas dieti comitis de Toruaii '" non 
lisdem placebat. Et subito dieti omnes eapitauey, qui erant nu- 
méro XXII capitaneorum, cepenint ire versus dominum eomitem de 
ïonerre ', existentem in loco predioto de Villa Franca,et ipse dominus 
de Salanova ivit et reddiit in dicto loco Vimerii, ubi per presens 
ipse dominus de Salanova ipsum dominum d'Antremons fef] ipsum 
loqueutem dim;sera(u)t. Et tune ipsi Yvonetus et Quilmotus se de 
societate predictoriim, qui iverant in dicto loco de Yilla Franca, 
dicesserunt, et reversi fuerunt ante dictura locum de Yimier, et erant 
numéro novemcentum equi vel circa, ubi fiiin dictis dominis de Sala- 
nova et d'Antremons convenerunt, scilicet quod quilibet lionio armo- 
rum habens très equos haberet pro mense quindecim Hor,. || et capita- 
neus pro qualibet lancea liabere deberet unum florenum pro suo statu. 
Et convento per hune modum inter eos, in crastinum transive- 
runt Sonam, circa locum predictum de Vimier ', et iverunt in terra 



' Vimy. aujoid'hui Neuville-sur Saône, arv. de Lyon (Bhône). Appar- 
tenait à l'alibaye de l'Ile-Barbe, dont l'abbé était alors Aynard de Cordon 
« gentilhomme de bon lieu, voisin et amy du seigneur d'Entremons ^ 
Le Laboureur, Le maziire,? de Vahhai/e royale de rile-Barhe-les-Li/oii 
(Paris. 1681), p. 217). 

' Le Comte de Tonnerre, Louis II de Châlon. li était alors en fort 
mauvais ternies avec le roi et le duc de Bourgogne (Voir supra Intro- 
duction). 

^ Neuvillc-sur-Saône (l-tlninc). 



292 l'iNTERROGATOIKK DK MAIUiARIT 

S.ih.indi»:, et in die festivitatis Fiische fuerimt iii rippa Rudani intiT 
1-2 aviil 1411 lociiin <U' Moiitelrolt ' et de Lugduno ', aden ut transirent si pas- 
sent, et, ipse loquens nna cum eis sein])er, non putueruiit transire 
propter deffeetum navigioruni. 

Item, nlterius interrogatus si fecerat tieri navigia jjer antliea, 
dixit ((iiod sic in loeo de Sayeello ', sed fnerunt capta per gentes 
Dalpiiinatus, et, (|uia non potuerunt esse dicte liarque in dicta die, 
non potuerunt venire ad ipsoruni optatum trausseunda. 

Item, nlterius iiitirrogatus dirtus Margaritus, qiio uomine vo- 
caliatur magister ([ui dictas liarquas fecit ia Sayeello, dixit se 
ncscire. 

Item, ulterius interrogatus dictus Margarit si idem loquens pro 
faeiendo lieii dictas barcas mandavit domino Anthonio pro peccuniis, 
dixit quod sic, et mandavit et scripsit dicto domino Anthonio ., '" per 
Hernardum, t'amulum Hernini de Mortiers, quod sibi maudaret du- 
eentum tlor., aut quod ipse dominus Antlionius scriberet uuam lit- 
tei'am securitatis, (|uoniam (iuicliardus de la Tour iUos mutuaret. 
Et ipse dominus Autiionius scripsit unam litteram, quam portavit 
ipse Bernardus ipsi Guicliardo, pro dictis ducentis llor. tradeud/s, 
qui Guichardus \ visa dicta litteras paratum se obtulit ipsos IF' 
tloren. rautuare, et inde illos mutuavit, de qnibus recepit ipse lo- 
quens XLI tlor. et dictus dominus de Salanova nonaginta duos Hor., 
et residuum fuit solutura pro dictis duabus barquis. 

Item, ulterius interrogatus ([uid inde fecerunt dictus dominus de 
Salanova et ipse loquens cum aliis supradictis capitaueis etgentibus. 
ex eo quia non poterant eorum transitum facere seu habere, dixit 
quod tune venit ibidem ergo {sic) ipsos dominus Andréas de Ve- 

' I,ieu inconnu. 

- Lyon (Uhone). 

'" Seyssel, sui- le UluMie, liauuau du canton de Lluiis. air. de Belley 
UMn). 

* Guichard de la Tour fut fait ]iiisouMicr \w\\ après en avril à Ca- 
rouib (V''i"cbise). 



l'iXTERROUATOIRE de MAIIGARIT 293 

liuo ', miles, qui sibi dicto domino de Salanova dixit quid volebat 
ipse dominus de Salanova, quoniam non poterat sine periculo tran- 
sire, qnoniam si transivisset ipse esset invasus et debellatus, et quid 
fac-ei'e intendebat ; |j non erat in terra de Sabaudia, de quo eidem 
poterat prossequi unum magnum dampnura, et quod si ipse volebat 
veuire cum domino gubernatore Dalphinatus ' in servitio domini 
Burgundie, ipse dominus gubernator faceret sibi dare stipendia unius 
mensis, et faceret ipsum retincre de domo ipsius domini duxis ', et 
ipse dominus gubernator faceret sibi responsura de stipendiis pre- 
dictis, tamquam Raynerus Pot, et non tamquam gubernator. Tune 
vero ipse dominus de Salanova respondit quod ipse loqueretur cum 
dictis capitaneis, et, inde illis facta mentione de predictis, fuerunt 
contenti se ponere et ire in servitio dicti domini duxis Burgundie, 
et in crastinura fuenmt cum dicto domino gubernatore locuti, et fue- 
runt inter se concordes. Tandem post dictam concordiam, ipse do- 
minus de Salanova fuit sibi loquenti loqutus, cui dixit, et quod bene 
poterat videre : quod non poterant transire, et quod dictus dominus 
gubernator volebat in ipsos incurrere, sed ipsura opportebat recipere 
dictum viagium in servicio dicti domini duxis Burgundie, ne gentes 



' André de Vélin, chevalier dauphinois. 

- lîenier Pot, souveiuenr du Dauphiné. La défection du seigneur de 
Salleuôves eut lieu avant le 2 mai 1411 (Voir p. 277, note 1, la lettre des 
syndics d'Avignon à Renier Pot^. 

3 Le duc de Bourgogne tint sa promesse, et donna une charge au 
.seigneur de Sallenôves. L'état des officiers et domestiques de Jean duc 
de Bourgogne contient en effet cette mention : ♦ Guigue, seigneur de Sa- 
lenove, escuier, conseiller, chambellan » (Mémoires pour serrir à ^'histoire 
de France et de Bourgoijne contenant ... les états des maisons et officiers 
des ducs de Bourgogne (Paris, 1729). 2<^ partie, p. 107). 11 cessa quelques 
années de paraître dans le comtat: fut en 1411 gouverneur pour Char- 
'es VI de la forteresse de Montfaucon en Berry et obligea le duc de 
Bourbon à en lever le siège (Le Laboureur, Histoire de Charles VI (Pa- 
ris, 1663). t. Il, p. 812): reçut le 19 août 1412 du duc de Bourgogne le 
château de Santans (D. Plancher. Histoire de Bourgogne (Dijon, 1748), 
t . III, p. 353). 



2il4 i,'intekr<x;at(jiue dk mahcakit 

cuin codera existentes inter se (lispergfreiitiir, et, post, hipso dicto 
mense, ipse (| '' dominus de Salaiiova, si posset, fapere[/J t|iiod pro- 
miserat. 

Et tiiiic ipsi' loquens dicessit ab ipso domino de Salanova niul- 
tum conteinptiose, et sine boua voluntate, et ipse loquens, ipso duniiiio 
de Salanova ibidem dimisso, ivit versus dominum d'Antremons, quem 
nipperiit in loco de Lanieu ', cui narravit conventa per ipsum do- 
niinnni de Salanova eum dicto domino giib(!rnatore. Qui dominus 
irAntrcMiiiiis ccjjit valde eontristari, et «uliito ccpit mandare bastar- 
dam de Guil)elleta ' versus Joliannem de (îuiomart, qui (se) de sei- 
vicio comitis de Tornono ^ se retraxerat, qui bastardus yens et indè 
reddiens retulit dicto domino d'Antremons, quod subito erga ipsum 
veniret, et erat presto facere servitium suiim, hoc est transituni 
f'acere in coniitatu Venayssini contra civitateni Avinionensem ; et 
illo tune habita responcione predieta per pretlatum dominum de 
Tonneirra, ipse dominus d'Antremons, et ipse loquens associatus 
eisdem, alii(Mibns in societate ijjsius domini d'Antremons existentibus, 
dicesseruiit de dicto loco Sancti Dyimisii. et ivcnint in loco de Ora- 

' Lagnieu, air. de Belicy {Ai>ii. 

• Sans doute un bâtard de la famille de Giblet. Cette famille origi- 
naire du royaume de Chypre tire son nom de la ville de Bihlium. éga- 
lement comme sous les formes Gibellctnm, Zibelet, Ciblet (Voir E. Petit, 
Chartes de Vahbaye. cistercienne de S'-Serge de Gildet, dans Mi'ni. Soc. 
Nat. Antiquaires de France, t. XLVIII; Mon. Hist. Patriae, Liber iuriiim 
reipuhlicae Genuensis, pp. 230, 308, etc . .). Le royaune de Chypre n'est 
pas sans être en relation aux XIV'' et XV" siècles avec la maison de 
Savoie: en 1325 Jean de Giblet est choisi pas Andronique le .leiine. em- 
pereur de Constantinople, pour aller chercher en son nom Jeanne, fille 
du comte de Savoie, qu'il allait épouser. Plus tard, en 1432, un Henri de 
Giblet est témoin à Nicosie au mariage d'Anne de l.nsignan, fille du roi 
Janus avec Louis de Savoie, comte de Genève, fils du duc Amédée VIII. 
(Voir Du Cange, Familles d'Outremer, seigneurs de Giblet: Mas-Latrie, 
Histoire de Chypre, t. II, p. 525). 

^ Inadvertiince du scribe. Il s'agit du comte de Tonnerre (^voir su- 
pra, p. 291, où il est dit (jue .lean de (Jiiiomart était au service de ce 
comte). 



1,'INTERROGATOIRE DE MAKGARIT 295 

pona ', ulii reperierunt Johannem Giiioinarfli predictuni || cuni certis 
aliis capitaneis, et dorainum de Jaiigosa^ cum q[iio] domino de Jau- 
gosa simul feceriint certa pacta et coiicordantias, scilicet qiiod aimiil 
debebant transira in dicte comitatu contra eundem et dictam civitatem 
Avinionis. Et inde simul venerunt in Vivaresio, sine dicto domino de 
.laugosa, et circa locum de Mastra ^, et, dum fuerunt ibidem, scientes 
et percipientes contra gentes pacem se admiseere jungebant, dictiis 
Joliannes Giiiomardi fuit cum gentilius suis versus montem et ap- 
plicuit circa pontera Sancti Ranberti ■*. Ipse autem dominus d'Antre- 
mons cum ipso loquente remanserunt in dicto loco de Mastra, et ex 
post ipse loquens percepit quod ipse .loliannes Guiomard ibidem fuit 
diffaidatus cum geutibus suis, quo facto et percepto per eos ipse do- 
minus d'AntremoTis dicessit a loco Sancti Desiderii % eundo versus 
domum suam, et dictus dominus de Jaugosa ad requisitionem dicti 
doinini d'Antremons, associato sibi loqueute uno homine dicti domini 
de Jaugosa vocato Ruscivel, transire feeit Rodanura, qui Ruscivelhis 
ipsum loquentem dusit usque in loco de Tornono ', et dum || '^ fue- 
runt in ripperia Rodani causa transenndi, fuit quidam Perulhonus 
Do... ", qui ipsinn Margarituiii in prc/.onariiini cepit ex jiarte regia, 
et inde dicto domino liailivio scu in suis manilius expedivit. 

Item, ultcrins iuterrogatus cujus intentionis tune crat ipse Mar- 
garit, dixit quod erat intentionis redeundi versus dictum dominnm 
d'Antremons causa liabendi litteras nb ipso, que dirigerentur dicto 
domino Anfbonio in excnsatione ipsius loqnentis ac prcmissorum. 

Item, ulteriusquid portabat ipse Margaritus, dixit super equo sno 
non habebat nisi quasdam bigias in quibus ab infra erant certe 

' Craponne, arr. de Lyon (Rhône). 

• Randon, seigneur de Joyeuse. 

^ La Piastre, air. de Tournon ÇArdèche). 

* Saint-Kambert d'Albon, air. de Valence (T)rôme). 

^ Saint-Didier-de-Crussol, arr. de Tournon (Ardèche). 

" Touinon- (Ardèche). 

' Le papier est déchiré à cet endroit. 



296 I.'lNTKKHlXiATDIUK I)K .MAI«;AK1T 

llttere, acilicet duc que fiierunt iiiipei- pcr ilDiniiiinn foiiiitem Valeii- 
ihiensem ' mise difto doiniiio d'AiitiTinoiis rogatorie, qiiod, quando 
gcntes RUc esset (sic) loj^i;itr in terra sua, (quodj vellet de eadeni 
exire, et quod non faeeret dampnnni in partibus suis. 

Item, ulterius interro^atus dictiis ^[ai-garit si nuper convenerant, 
([niid in i-ej:iio, adeo ut pusset eurnm transitum facere, reciperent 
fortalitia et eastra in regno, dixit quod iiun, nain non opportebat 
illud t'M(( Tc. (|iiiini.ini dictus domiiui^i de .laugosa liabebat || litterain 
transitiis, sicud ipse dominus de .laugosa dicerat eis. 

[Item |, ultei'ius interro.uatus si, medio tenipore dum fuerunt in 
))artil)iis Vivaricn-tihus, quecunquo liabuei'unt née ' receperuiit eausa 
Vivendi solverunt, dixit quod ille jet ipse] dominus d'Antremons 
(ipse) ceperunt, [victualia de] quibus vixerunt, soluta fuerunt [ad] 
vicera que ipse .loliannes Guioniardi ; non, quando vixerunt super 
patria, sirud est de more fieri inter gentes arma sequentes. 

Item, ulterius interrogatus si scit quod, ante quod ipse Margarit 
in fine bujusmodi negotii premissornm in dieto portu esset captus, 
iiabuit litter.-is ali aliqno de partibus romitatus et Avinionis. conti- 
nentes qiiod sul)ito venire debereut et transitum ipsorum facerent in 
eoraitatu, quoniam paratum erat eis apperire januas locorum, qui 
Margaritns resi)onderat et dixerat quod, tempore quo erat altereatio 
propter unum lioniinem de Carpentorr;/»» eaptum pendente tregua eci- 
mitatus et loei predieti d'Oppeda, fuit iiuidam Guilhetus de Saneto 
Petro et quidam (| '^ voeatus Franciscus, alias Filholus, quos eredit 
morari eura Bernardono de Serris ^. qui ibant propter debatum dum 
capti siiit: idem doininus Anthuiiius qui recpiisivit ipsum Frauei- 

■ Louis II de Poitiers, comte de Valentinois. 

' Lire vel. Aux lignes suivantes le texte est effacé. 

•' Bernardon de Serres, seigneur de Malaucène, capitaine gascon, qui 
en 1412 combattra aux ordres du duc de Bourbon contre Amé de \"irv 
{Chroniqite (V Enguerra» de Motixtrehi. .Société de l'Histoire de France, 
t. II, p. 255). 



L INTEKROGATOIRE I>E MARGARIT 



spiim. alias voeatum Filholnni, si vellet in partibus Sahaiiriie portare 
unam litteram tradeiifiani i])si domino de Salanova, qui Filiiolus re- 
spondit qiiod sic, et convenerunt quod qnia ipse Filholus debeliat 
ire iu loco Pontis Sorgie ' causa videndi et providendi uni equo suo 
ibidem existent! excanbioso, tune vero dictus dominus Antlionius 
fuit in concordia cum ipso Filliolo, et eidem dixit quod litteram 
sibi scribetur et mandaret in dicto loco Pontis Sorgie, quod et fecit; 
et dum ipse Franciscus. alias Filliolus, narravit Bertrando, castel- 
lano dieti loci Pontis Sorgie, recessum suum, ipse Bertrandus sibi 
dicto Francisco dédit unam litteram credeutie, dirigendani dicto do- 
mino de Salanova. 

Item, nlterius interrogatua quid continebat credentia illa, dixit 
et respondit quod ipse Franciscus, de sui Bertrandi parte, diceret 
quod nuper ipse Bertrandus ipsi domino de Salanova pactum fe- 
cerat. et sibi || sub tide corporis sui promiserat quod quandoeunque 
ipse dominus de Salanova cum suis gentibus ibidem veniret, quod 
ipse ipsum cum gentibus suis recoUigeret et apperiret dictum locum 
Pontis Sorgie, et hoc quod ipsa promisio facta extiterat post pacta 
t':icta inter dominum Rodericum et dominum de Salanova, dum exi- 
verat palatiura, qui inter se feceraut nnum signum, scilicet quod 
fregerant unum denarium et quilibet sibi retinuerat medietatem, et 
quod dum esset in comitatu et patria ipsius, et se reddidissent ma- 
gistro suo Petro de Luna, quod idem faceret ipse de loco predicto 
Pontis Sorgie. dum tamen certe alie fortalitie dicti comitatus se 
reddidissent. 

Item, ultei-ius interrogatus si nuper ipse Margarit verba liée, 
scilicet quod nuper iliidem veuerat iiuidam famulus qui dixit quod 
castellus (sir) Pontis Sorgie a])peruit Januas dicti loci modo per ipsum 
Bernardum dicto, dum tamen alii loci dicti comitatus se redderent, 
dixit quod non per alium moduiii. 

' Pont-deSorgiie, arr. d'Avignon ' }'(iuclii!ie). 



298 I.'lNTKUHOliATOIHB DE MAKdAUlT 

Item, ulterius interrogatus si ijwe fitmulus alia -vice ibidem 
fuerat, dixit qiiod sic, portando ex parte ipsiiis doraini Anthonii || '^ 
litteras contiiiftites qiiod festiiiaret gentes iit venirent iii partibiis 
predictis, si venirc dcbebant, alias non. 

Item, iiltBrius interroKatns qiiid contiiii'liatiir iii littri'a dicti di>- 
iiiiiii Aiilliiiiiii Viiicciitii iiii|>er primo lier dictiim Fraiicisciim. alias 
Filliohim, inissa uiia cum dicta litteni dicti Hertrandi, qnoniam rc- 
spondit quod ipso rcgebat ipsum domiinim de Salanova quod, quam 
luiiinnii ]K)S8et, se expediret de venieiido cum gentibus suis iii dicto 
CDiiiitatii, quoniam ipse satis habebat peccuuias pro soIvpikIo «-i^. et 
quod qiiandii veiiircnt lacèrent eis boiium festiim. 

'27 tV\iiiT 141 1 Item, iiltcrius intcrrogatus si scit quod circa die III cai'iiis- 

jirivii, \\)^o li)qiieiitc exeiinte, in loco Belleycense ' applicnit quidam 
l'eyrotus, de natione Aragonum, de steblita Iloppede, qui portavit 
sibi l(i(iuenti et dicto domino de Salanova pro parte ipsius domini 
Antliiinii Vincentii litteras, dixit quod sic, continentes quod eidem 
notiim faciebat quod diceret dominis de Salanova et d'Autremons 
quod non dubitarent in aliquo. quoniam dum applicuissent in dicto 
comitatu, satis liabebant fortalitia in quibus se possent recolligere, 
et quod ipse Peyrotus vcrbaliter sibi jnxta credeutiam dictarum 
litterarum sibi ex i>arte dicti ii<imiiii Antiinnii, (piod domiiius Castri 
Xovi '" se t'ortem fecerat erua eum, quod, quandocuiKiue venirent, 
^iiii faccrct dari introytiini ([uinque :| fortalitiarum, scilicet Castri 
Xovi, de Vedena, de luteraquis, de Rubione et Coste '. 

Item, ulterius interrogatus qualiter hoc scit. dixit ([luid dictns 
doniinns Antlionius maiidaxcrat eisdçm (piod babeivnt introytum et 
retractum dictorum castrorum, dixit (|uod ex eo quia ipse dominus 
Castri Novi dicto domino Antiionio scripserat, et exinde i)er ipsum 

' Belley {Ai»). 

•î Châteauueuf-de-Oadagne {Vatichise). 

s Vedène, Entraignes, Robion et La Coste (Vaiicliixe). 



L INTEHROIJATOIRE DK MAKdARIT •>.^\^ 

Peyretum pro parte dicti domini Anthonii sibi loquenti dixi fecerat 
in dicta credentia sua, et inde post iiec ipse Margaritus predictis 
dominis de Salanova et d'Aiitrenions exposiiit et iiarravit. 

Item, ulterius iiiterrogatus si scit qiiod sint alia fortalitia, sive 
loca, in quibns iii dicto comitatu ipsi debere[»]t iiiiinicia se redducere 
et recolligere, qui dixit et respondit se tantuni scire quod ipse Pey- 
retus fanuilus predictiis per dictam suam credentiam sibi ex parte 
dicti domini Antiiunii dixit quod ipsi essent recolletti in loco Insuie et 
de Cavallione ', et quod niagis esset de hiis certus, quoniam aliqui 
scindici eorum cum aliquibus de dictis locis debebant venire (locum) 
cura eodem iu dicto loco d'Oppeda. 

Item, dixit ulterius quod nuper ipse Bernardus per presens 
portaverat unam litteram ex parte dicti domini Anthonii, quod, 
quandocunque veuirent casus quod essent in partibus comitatus pre- 
dicti, ipse scriberet, || " quod fecit, et quara litteram ipse Bernardus 
portavit, et sibi loquenti tradidit, et illam ipsi domino de Salanova 
tradidit, [et] domine de Montedracone ', coromatri sue, quod quando 
ibidem e»sent, quod eisdem darent victualia, et inde reduceret eos 
ibidem ; tamen non fuerunt certi de eisdem. 

Interrogatus ulterius si scit aliquem de Avinione qui de die, nec 
de nocte, aliqualiter istis de palatio prebendo victualia, ne alias eis 
scribendo consilium, auxilium, nec favorem dederint, dixit quod non. 

Item, ulterius interrogatus si ipse scit de comitatu aliquem seu 
aliquoa qui similiter hoc fecerint, dixit quod non. 

Item, ulterius interrogatus si s[r]it aliquem qui intraverit nec 
exiverit palatium, dixit quod sic: scilicet, Bernardus predictus qui 
pluribus vicibus intravit. et exivit, et plures alii homiiies de 
Hoppeda. 

Item, interrogatus qui fuerunt alii qui ibidem palatium exive- 
rent, dixit se nescire. 

' L'Isle-surSorgue et Cavaillon (Vauelusr). 
^ Montdiagon, comm. de Saint-Genix (Savoie). 

Mélunges tl'Arch. et ilHht. IMl-Ufi-J. 20 



300 l/lNTHUHOUATOlUK, I>K MAKriAKIT 

Itcin, iuti'rrDjjiitiis .-ni i|iiiil cvivcniiit jicc i-ccldiciinit. dixit (|Hoi| 
ex eo quod iiiterdiiin ixirtalmnt littcras liinciudc, et alla victiialia 
neccessaria, acilicet sotulatas. calif^as, et quamplura alia. 

Item, iiltorius iiiterroKatiis iiiidc ciiicruiit illi predicta que iii diefo 
palatic) portaverunt, dixit quod in Hi>p|)eda et alilii iii l'roviiicia. 

Item, ulterius interrogatus per qtietn locum intraverunt, dixit 
quod »ubtus || pontein. 

Item, ulterius interm^'atus si lialiuiTUiit de pulvei'e lioiiliarda- 
rum, dixit quod aliqiii de cxeuntil)iis portaverunt ([uiiique vel sex 
quintalia salpêtre, sed eertive de eorum nominiiius dixit se neseire. 

Item, ulterius interrogatus qualiter hoc scit, dixit quod ex eb 
quia Peyrotus silii dixit. 

Item, fuit ulterius interrogatus si 8[c]it quod in dicto palatio 
sint vietualia magna, dixit quod nuper dioi audivit a dieto Ber- 
nardo, qui infra dietum palatium fuit et exivit, quia satis erat de 
blado, et satis de carniUus saisis, et satis de vino, et higuminibus 
dixit se nieliil petisse. et satis erat de bescuelie, et satis erat de 
oleo, et quingenta pondéra risi. 

Item, ulterius interrogatus si s[^]it (|uod infra dietum palatium 
intraverunt gentes, dixit quod nuper, antequam Mardonenehn ' e[s]t 
in Avinione captus, audivit dici a dieto Peyroto, in parti'ius Sa- 
b.uidie, quod infra dietum palatium dixit quod dici audivit a dieto 
Beruardo quod eirea XX vel XXV in universo. 

Item, ulterius interrogatus si s[f]it quod sunt in dietn palatio 
liomines, dixit (luod llll' 'j et XI " in die insultus faeti in Avinione. 



' Jacques de Hardonèclie fut jdis, alors qu'il jiortait des vivres au 
palais, et eut la tète tianchéo le -21 février 1411. Sa tête fut exposée 
devant la Roche des Douis {Chronicon parrnm Avinioiieii.te de schismate 
et bello). 

' Ce cliitfre conconle avec le nombre de • t.nO prisonniers estans an 
dit palays et chastel d'Oppède > auxquels le roi Charles VI accordera un 
sauf-conduit après la levée du siège (Avignon, Archives de la villr. 

EE XA. -r. 



I.'lXTERROGATOlUK l>^; MAR(iAKir .301 

ItiMii, ulteriiis iiiten-ogatus si s[r]it (lund iii dicto iiisultu ' de 
dictis liominilms palatii fueruiit murtiii, dixit se iiescire, tamen 
crédit (|Uod fueriint plnres viilnerati. 

Item, ultei-ius iiiteiTOgatus si sf'Jit qiiod siiit de artilhiaria satis 
iminiti. dixit (jund audivit dici qiiod imper feceruiit inu:enia fustea, 
et qiiod fueriint interdiini tVacta et iuterdiiin nititHoata, et de aliis 
dixit .se iieseire. 

Item, ulterius iiiterrogatus si s[(Jit qiiod siiit homines armorum 
in loeo predicto de Oppeda, dixit se nescire. 

Item, ulteriiis iuterrogatus si s[tjit quod siiit bene provisi de 
omnibus, dixit quod sic, sicut dici audivit. 

Item, ulterius interrogatus si s[c'Jit quod infra palatium luiper 
ejus raagister scripserit. dicit quod scit auuo presenti, dum ultimo 
ipse loqueus fuit in Terragona, dominus Cenessencis ', qui sild lo- 
((uenti dixit quod ipse magister suus Petrus de Luua seripserat 
domino Roderico per modum bulle, quod non destruerent civitatem 
Avinionis quantum posseut, et non exierent erga {sic) palatium || 
escaramussando, .sed quod custodirent bene palatium, et alla de hiis 
dixit se nescire. 

Item, ulterius interrogatus si s[r]it statiim gentium Avinionis 
captarura intVa dictum palatium, dixit quod audivit dici a dicto 
Peyroto quod aliqui(sj de ipsis fuerunt mortui '. Et alias non fuit 
interrogatus. 

' L'assaut eut lieu le 15 tëvriei- 1411. 

-' L'évêque de Senez, Aviaio Nicolai, de l'ordre des Dominicains, 
connu pour sa sympathie envers Benoît XIII (voir N. Valois, La France 
et le grand achisme d'Occident, t. III, p. 490; t. IV, p. 278: R. P. Ehrle, 
Martin de Alpartih chronica...^ dans Çuellen und Forschnngen... heratis- 
gegehen von der Gôrres-GeseUsehaft, t. XII, p. 187, note 3). Il prenait en- 
core ce titre en 1414; Benoît XIII lui donnera plus tard le siège de Huesca. 

^ Il s'agit sans doute des notables d'Avignon enfermés dans le pa- 
lais en mai 1410, et dont trois moururent de maladie en janvier 1411 
[Chronicon j)arrun) Avinionevse de schi^male et hello, opus cit., p. ISiM. 



LE8 TROPHEES FARNESE 

(PI. VIII) 

Sous le sefoiul porche du Palais Faruése, daus les deux niches 
([ui à droite et ;i gauche précèdent le jardin, on peut voir deux 
« ensembles de fragments », proches parents de ceux que composent 
les architectes de la Villa Médicis pour certains de leurs « envois » : 
entassement d'ornements les plus di\ ers, urnes, frises et sarcophages. 
Deux trophées (pi. VIII, fragm. A et B), un dans chaque groupe, occu- 
pent le centre. Ce sont eux que je voudrais étudier ; en effet ils n'ont 
été cités par les anciens Farnésiens qu'en passant et en bloc ' et pour 
ainsi dire jamais reproduits : ils méritent d'ailleurs de retenir l'at- 
tention, tant le travail en est tin et soigné; ils ont en outre une 
valeur documentaire, puisque l'on en connaît l'origine et partant 
la date. 

Ils faisaient partie d'un entablement qui ressautait à l'aplomb 
de colonnes et décoraient la face du ressaut, tandis que les côtés 
étaient ornés de gritfons et d'arimaspes; ils sont eu marbre et re- 
présentent une Victoire couronnant un trophée ; celui-ci se compose 
de ce que j'appellerai le trophée i)roprement dit (bonnet et tunique 
ennemis sur un arbre en croix) encadré de boucliers et dressé sur 
un monceau d'armes. L'ensemble du relief a 0,68 m. de largeur ; 
ou peut seulement déduire quelle était la liauteur, puisque la partie 
supérieure des deux trophées a été tronquée : elle était d'envi- 
ron 0,62 m., comme celle du plus complet de nos fragments ffig. A). 
An-dessous d'eux on voit encore l'architrave décorée de moulurations 

' Hoiirdon et Laurent- Vibert, Le l'alain Farnéi-e d'après l'inrcntaire 
de ir,:,3, Mélanges, XXIX (1909), p. 145. 



iiOi i.ics ■[■itoiMlioios i-aum:si.; 

diverses : rangées d'îicantliea, d'ovcn, ... ; ils ('faient siirmriiiti'-K iriiiie 
forniclio rf)ni]iii''t«' fort travailii-o, dont on possède ('■f,';i!<'iiifnt (|iir|(|ucs 
restes au Palais FaiMièsi'. 

C'est en 1820 que ces reliefs furent placés on ils sont '. Ils 
vinrent remplacer dans leurs niclies vides une statue d'empereur 
avec inscrijjtion et une représentation de la Forliiiui ïierlu.r trans- 
portées à Naples • et rappeler l'admirable e(dleetion d'anti(|ues 
qu'enfermait le Palais an temps de Fnlvio Orsini '. 

Ils viennent de la Ilniiixs Flmin du l'alatiii: lîiaiieliiiii les dé- 
crit: « ...si vdjijnisoilii ijinlld j.diirili ffi-ijin. iln- ndjiriialurn ml >i))i> 
(le nipHiUi ihJlf idlinnit' : iii-llu i/iiiilf ii'di'si hiki Vitlarid dhlln 
coronure loi trofeo coinposlo /If' .•i/Knilir mililnii cnn dllre iippiedi 
elefiantem/'nti; inirerciatc i> ' et sa planche IV donne un dessin sur 
lequel nous leviendrons. 

Hiancliiui nous dit aussi ". et ses indications ont été tout à la 
fois utilisées et précisées par ceux qui ont tenté de reconstituer le 
palais des Flaviens '', (|uclle était la jilaee de cet entablement. 
11 courait tout autour île VAidd Maiiiid: il y avait seize ressauts 

' Ce renseignement est dû à Niliby, Borna nelanno MDCCCXXX VI IT, 
Parte II, antica, p. 430; tout ce (pii provenait du Palatin est parti à Naples 
(lit-il, « mena alcmii /'rammenti di airhitettitru che vi restaioiio fiii'<il- 
Vannn 1820, ed oggi esistono nel Palazzo Farneac •. yuelle est la source 
de Nibby, je ne sais. Mais alors que ses indications touchant le XN'I*" 
et le XV II" siècles sont .souvent peu dignes de foi, il efit naturel de ne 
pas mettre en doute un fait dont il a été contemporain. 

- Bourdon et Laurcnt-Vibert, art. rite, p. 192, n. 1. 

^ DeNolhac, Xcs- rnllection>t d'antiquités deFulrio Orsini. MélatKjrs, IV 
(1884), p. 139. 

■* Bianchini, del J'ala-zo de' Ct-snri, Vérone, 17:î8. p. 04. 

■• Id., p. 50 sqq. 

" Cf.. entre autres, Deslane. I.r Palais des Césars au M' Palatin^ 
Gaz. areh., XIV (liSSS', p. 121 st|(|.: — id., Monuiiicnts antiques relerés 
et restaurés par les architectes pensionnaires de l'Académie de France, II, 
pi. 123-4; — Btthlmann-.Miinclien. der Palast der Flaricr auf dem Palatm 
in Koni. Zeitschrift fur Gesch. der .\rcliit.. I, |fé\-. 1!»0S|. p. 113 sipp : en 
particulier p. 123, fig. 7. 



LES TROPHEES KAR.NESK 



305 



ilomiiiJiiit autant tle colonnes et formant aiiiHi des niches que gar- 
nissaient des statues colossales. 

Si Ton veut sentii- tlotter un peu de la poésie des ruines, où ils 
furent trouvés gisants, siir ces fragments isolés aujourd'hui, et dé- 
pouillés de leur prestige, il faut regarder un dessin de la fin du 
XVIII'' s., œuvre d'nn certain Nadorp ; il fait partie delà collection 
privée du sénateur Lanciani, (|ui me Ta aimablement communiqué '. 




Fjg. 1. 



Fragment C. 



Il représente le sommet des Jardins Farnèse, c'est-à-dire le péristyle 
du palais de Domitien ; au fond et à gauche l'ancien couvent de la 
Visitation ; au premier plan, à gauche également, un des énormes cha- 
piteaux corinthiens qui sont demeurés sur les lieux, et à droite un 
de nos deux ressauts; on distingue la Victoire et le trophée. 

On peut compléter ces fragments grâce à d'autres et grâce aussi 
à des dessins. Si l'on erre sur le Palatin et que Ton examine tous 



' Il lu'a paiii inutile de le reproduiie ici à cause de l'imprécision 
des détails. 



.'ÎOfi I.KS TUOIMIKKS KAKNI^ISK 

ICH débria (|iii l'oniciit encore, on retrouve hi Jlmiiiia Flnriii éparsi- 
dans les anciens .lai'dins Farnèse. J'ai découvert (l"al)onl un frafçinent 
de tropliée (fig. 1, fra^ni. (') encastré dans un des piliers (|ui sont de- 
vant le ('asino Farni^se, en Ixirdure du CUr-us Virtorine (celui de 
droite pour qui rejrai'de le Forum . 11 s'agit d'armes en monceau: le 
fragment a une haiiteiir de ii.'-!'i m., une largeur de 0,44 m.: ces 
dimensions correspondent fort Iden à celtes des monceaux d'annes des 
tropliées Farnèse yl et 7? ' ; l'enclievêtrenient semble calqué; si un 
examen attentif révèle (|nelqiie détail différent, n'oulilions pas que A 
et B ne sont pas non ])liis tout-à fait semblal)leâ l'un à l'autre et 
que cette variété ajoutait au charme de la décoration; enfin ce reste 
se trouve tout près de la Domus Fluiia; toutes ces raisons amènent 
à conclure que l'on est bien en présence d'un fragment du même 
entablement. 

Parmi les ruines mêmes du palais des Flaviens, dans une des salles 
voisines dn péristyle, on a conservé un trophée : un bonnet et une 
sorte de tunir|iie de fourrure (fig. 2, fragm. D) : ce fragment a 0,22 m. 
de hauteur, dimension exacte de la place où sur. le fragment li 
manque le trophée pi-oprement dit ; l'un complète évidemment l'autre. 

Ou s'attendrait ;'i trouver des vestiges plus importants de ces 
seize reliefs. Mais dans les nombreux « inventaires Farnèse » ° nulle 
indication de trophée, l'arme n'.i i)Our ainsi dire plus rien (|ui vienne 
du Palatin. Le dernier Calnhupie du 3Iusre de KitpJes ne révèle 
l'existence d'aucun débris de ce genre dans le musée auquel est 
échue la presque totalité des collections Farnèse. 

Comme reproduction nous avons avant tout celle de Biaucliiui '. 
La Victoire se tient à droite comme dans le fragment B\ elle étend 

' Fragment A hauteur 0.28 ui.: largeur 0.40 ni. 

h . 0,28 m.; . 0,3r) m. 

C . 0.2(5 m.: . 0,44 m. 
^ Dociitiienti inédit! jicr servi iv alla sloria dei ^fll.^iei d' Itulia. Imeii- 
tari J-'arnefiiani. I, p. 72 (invent, de InfiS). III. p. 18(i (invent, ilc 17i>7). 
^ Bianchini, op. cit., pi. IV. 



LKS TR(irHKES FAltNI^SE HOT 

le liras droit vt ciiiiriiiiiic un tmiilirc qui jini^tc un bonnet et une 
tuni(|iie li.-ii'li.-ircs: ,iii pied linéiques Mpnies. Ce dessin est bien dif- 
férent des trophées (|ni simt .-ni l'iiL-iis Farnèse. Quelle pnuvreté, 
quelle séelieresse dans les détails! A la fuurrui'e earaetéristii|iie dont 




FiC4. 2. 



Fiasnieut I>. 



sont faits le bonnet et la tunique l'auteur a substitué une étotfe 
quelconque. (îràee à lui nous reconnaissons à coté de la Victoire un 
candélabre dont nous devinerions à peine le ])ied sans son concours ; 
il uous indique aussi le geste des Victoires, mais le niouvenieut des 
Jambes et des ailes encore intactes sur no^ fragments sufiit à nous 
montrer combien elles étaient en réalité plus légères. Ou Biancliini 
s'est inspiré d'un relief ditféreut de ceux que nous avons; cela me 



308 I.KS rliOl'IlKlOS KAKNKSB 

parait ])ru probable: nos frafjnients proviennent (le trois trophée» 
courus dans le même esprit, et anciin des seize reliefs ne devait 
être si priifoiKléinenl disseniblalilc. (lu liii'ii encore — ce ()ui nie 
senïljle très plausil)le — partant d'iiii de ees trophées, qu'il l'ait 
vu complet on qu'il ait en à le leeoiistituer, il l'a reproduit 
avec une ainialile fantaisie; sa traduction est une « belle infidèle», 
on, jioui- mieux dire, elle est infidèle sans plus: non seulement les 
détails sont inexacts, mais encore la v;ileiir artistique du bas-relief 
disparait à peu près complètement. 

Canina, lui. reproduit le dessin de liiancbini retourné ijonr ainsi 
dire: l.i \'ictoire se trouve :i fi;uielie '. l?eaucon|i plus intéressjinte 
est la reproduction de Ilaugwit/ ". il prétend la donner « tiar/i (1er 
Zeichnuncj Bidtir/ihii's » : mais en réalité elle se rapproche davan- 
taj^e du dessin de (':inin;i et en re;;ardant de plus pvl-H on se rend 
compte qu'elle a été insjjirée |i;ir le frajrment .1 du l'alais Farné.se ; 
la \'ietoire ne se présente pins de face; le liouelier rond avec aigle 
est au premier plan. Sans vouloir le dire, Haugwitz a complété le 
dessin de Canina à l'aide du fragment A ; sa figure n'est d'ailleurs 
pas suliisamment distincte^. 

Sur chacun de nos bas reliefs — pour en venir maintenant ;i 
une description détaillée — nous devinons encore une Victoire; on 
ne voit plus que le bas de la robe qui, très longue, laissait seulement 
dépasser le bout des pieds chau.ssés de cnlcei de la forme la plus 
simple. Les ailes à demi-déployées sont grandes: elles devaient monter 
aussi haut que la tète et descendent plus bas que le genou ; cha- 

' Canina, (;/;■ ed^/!^i ,ti Kmtia, IS.')!, III, ji. Ui et IV, pi. -2!^, fig. 1: 
— le commentaire est insignifiant. 

- Ilangwitz, Der Palatin..., litOI, tig. l.î. 

' En outre l'article cité de Biihlraann-Miinclien donne la photogiapliie 
(p. 122, fig. Ô-6) des deux ensembles de fragments du Palais Farnèse; — 
le n" 28980 de la Collection .Minnri donne l'ensemble de gauche; — 
aucune de ces reprodiictions ne permet l'ctude des armes. 



LES TROPIIKBS FARNESE 309 

cune des déesses avait une attitude particulière. Les représentations 
de Victoires couronnant des trophées sont innoniljrables tant sur les 
bas-reliefs que sur les monnaies ' ; en se fondant sur ce qui reste 
de nos deux Victoires on peut essayer quelques rapprochements. On 
songe aussitôt à celle qui couronne un trophée sur le côté droit de l'autel 
des Lares Augustes^; mais elle est prête à s'envoler et d'un autre 
type ^. Il en est d'autres assez voisines : une Victoire sur nue base 
dédiée à Jupiter, Sol, Sérapis \ dresse un tiophée auprès de Rome (?) 
personnifiée, mais elle a moins de majesté ; la statuaire nous donne 
un type semblable dans la Victoire de Lyon ^ d'une tenue plus 
sévère, d'une ligne plus ancienne. La représentation la plus proclie. 
Je la trouve sur la liante voûte de l'are de Rénévent '' : la Victoire 
couronne Trajan. On peut donc dire que l'on a là un motif assez 
répandu, sans qu'il y ait pourtant une Victoire vraiment identique 
aux nôtres. A rapprocher ainsi de leurs srpurs les Victoire Farnèse, 
on arrive moins à les compléter qu à sentir mieux leur grâce et 
leur majesté; grâce dont étaient empreints les types hellénistiques 
qui leur ont donné naissance ', majesté plus proprement romaine et 
due au ciseau national. 

Cette perfection nous la retrouverons dans les armes : je ne 
m'arrête pas aux candélabres presqu'entièreraent disparus et que 
nous sommes réduits à admirer à travers Hiancliini. Kii principe 



' Furtwiiiigler, Arcli. Jnhrh., III, p. 203. — Inihoof-Bluiner, Niimism. 
Zeiisch., Wieii. 1871, III, p. 1. — Woeleke, Beitriiçie zur Geschichte des 
Tropaions, Bon». Jahrh.^ 1911, p. U)2. — Ad. Reinacli dans Sayllo s. v. 
Tropaeum^ \', 507 b sqq. 

'' Reinach, Reliefs, III, p. 3'2. — Woeleke, art. cité, p. 191, 

' Cf. Amehmg, Sculpt. des Vatic. Mus., II, 87'', texte p. iM4: autre 
autel des Lares avec Victoire. 

* Reinacl), Reliefs, III, p. 188. — Strong, Roman sciilptuie. Londou», 
1907. pi. 97. 

■^ .Julliaii, Gallifi, p. 269. 

'^ Reinacli, Reliefs, I, p. 66, n° 2. 

' Studniczka, Die Sieyesgdttin, Leipzig, 1S98, p. 26. 



.'ilO LES TROI'IIKKS FAKNfcSE 

un trii|)lié<; doit rc])réseiiter des armes Piiiiemies; c'est de là qu'il 
faut partir pniir exaininer d'altord ce qui daus nos inoucfaux d'annos 
n'est de toute évidence pas romain. Li- tVa^'uii'nt I>. cnnipipsi'; Itii- 
méme de deux morceaux qui se conii)lètent, montre en quoi consistait 
le trophée proiirenient dit: une espèce de tnni<|ne et un bonnet de 
tiiiirnirc: celui ci l'st petit et tel ((iic ikpus le retrouvons sur bien 
liis tiMplit'cs. L.i foiiriMire a la lornic d'un dmible plastron avec une 
rTliaiicniic- ([iii prriiii't de passer la tcte : c'est, en plus simple, ce- 
que nous avons sur l'un des trii)diées dits de Marins, à f^antlie de 
l'escalier du Oapitolc '. Sur .1 et sur B les armes viennent se ;rrouper 
.nitiiiir d'une riiurnne de fniiiie ciini(|ue. .\u ])reniier .aspect on voit 
en elle l'ancêtre du bonnet à poils: il faut f.iire au bon sens l.i 
concession d'avouer que c'est fort possiltle. .Mais si naturelle qiu- 
soit l'explication, je ne la crois pas exacte: ces bonnets seraient 
trop frr.inds et non .'i réclielle : ni la Colonne Trajane, ni la Co- 
lonne .Xurélienuc ne rej)résentent aucune coiffure de ce genre: on 
croit la reeonnaitre, alors qu'on voit seulement l'abondante cheve- 
lure en liroussailles qui caractérise les Barbares ; si le lionnet de 
fourrure est bien connu de l'antiiiuitc, ainsi que le prouvent le 
fragmemt D et de nombreux sarcophages -, il est plus bas et de 
forme ronde ; Je ne le retronvc pas ici *, où Je vois de prétërenci- 
une fourrure disposée connue un draj) à l'étalage d'un tailleur et 
|il.i<ee là ])onr servir de centre à tout le monceau. Sur les trophées, 
la fourrure symbolise le pays t'roid, et. naturellement, aux yeux 
des Romains la contrée nordii|ue par excellence, la Cermanie. Sans 



I Reinach, IMiefif. I, p. 291. — Helbig-Amelnng, Fiihrer..., 1, p. 40i». 

- Bienkowski, Die DarsteUungen der GaUier..., Wien. 190S : cfr. 
KnjiimunijHnfeln^ IV, VII. 

• ' On pense aussi aux glands :'i franges qui se trouvaient à la liase 
des enseignes (efr. Domaszewski, Die Fiihiieii im nimisclieti Heere, Vienne. 
1SS5, p. 64, fig. 80: enseignes prétoiiennes de l'arc des Argentarii au 
Forum Bon ri II m): mais que signifierait cet ornement en l'absence de toute 
enseigne V 



LES TROPHEES FARNESE dl 1 

doute est-elle également portée pur des sh/i/iferi et des niiisiriens 
romains ', ou par des (iaulois ', mais Doniitieii est le triouipliateur 
des Germains, 

Vi(t(jr II iiperbiirnei) mimen nh (irJic iiiUt^; 

aussi semble-t-il que la vieloire évoquée ici soit bien eelle qu'il a 
reui])ortéc sur les Germains. 

La Daeie à son tour est rappelée par un couteau à lame pointue 
et recourbée (fragment B). le même que l'on voit à tout instant sur 
les reliefs de la Colonne Trajane * : au-dessus une lame de forme 
semblable, beaucoup plus grande, sans doute également dace, mais 
que la Colonne Trajane ignore. 

Les fragments A et B portent un instrument singulier (lieauioup 
plus net sur B). 11 se compose d'un tulie recourbé et d'un pavillon 
de forme allongée. Je crois que nous sommes en présence d'une 
trompette et plus particulièrement d'une espèce de carnyx '. A bien 
dire cet instrument ne ressemble en rien aux carni/ces que nous 
observons par exemple sur la cuirasse de l'Auguste de Prima Porta " 
ou sur les trophées de l'Arc d'Orange ', car on n'y retrouve point 
une tète d'animal ; toutefois on peut voir dans le pavillon les mâ- 
choires du monstre, et dans les deux échancrures centrales leur point 
d'attache. Il s'agit donc en définitive, à mon sens, d'une cafny.c 
simplifiée ; d'abord gauloise, cette trompette devint par la suite la 
caractéristique de tous les Barbares du Nord; celle-ci peut appar- 
tenir à un peuple voisin des Gaules, i)eut-étre aux Chattes. 



' l'icllorius, Die Tntiiiiigsiiiile, pi. Vil, \'I1I: II, jj. 21), 3f). 37. 

■' Bienkow'ski, op. cit., toc. cit. 

3 Martial, X, 102. 

* Ciehoiius, op. cit., pi. LVIl et CV. 

■■* Wit'lcke, iirt. cité; cfr. note 104: bibiiograpliie de la cnnii/.r. 

'' Bii>nko\vski, De simulacris Burhanirnm ycnti'iim apwt Koiiiuno^ 
Ciacovie, 1900, fig. 2 et 5. 

" Espéraudieu, Bas-reliefs de la Gaule romaine, I, p. 198 sq(|. 



312 I.KS THOrilKKS KAUNfcSE 

Les lances sont rciiiar(|ualilcs: cUi's ont avec leurs deux pointes 
int'érieui'es la forme l)ieM coiiiiiio du « fer de lance » ; or celles qui 
se trouvent aui- les tombes militaires de la région rhénane ont l'extré- 
mité sciiililaliic M uni- rciiiiji' allongée ', celle des Barbares de la Co- 
loiinr Ainéliciine à une pyiamide ; rexplication est aisée: le com- 
battant doit retirer sans peine son arme du corps de l'adversaire. 
Seules les pointes de tiédies ont exactement la forme qui nous oc- 
cupe ', mais nos armes n'eu sont point, étant donnée leur taille. Par 
exce|)tion, au centre d'un trophée daee du liritish Muséum ' se 
dresse une lance identique: la nôtre peut donc être avec vraisem- 
blance une arme dace que sa forme rendait particulièrement meur- 
trière. 

Les haches sont très pesantes, :ï tranchant unique, large et recti- 
ligne. Les légionnaires et les vigiles en ont d'ordinaire une dont 
le deuxième tranchant est remplacé par un pic et que Ton ap- 
pelle dohihia ' ; nous avons ici un outil plus simple et sans doute 
barbare. 

Parmi les armes restantes, il en est qui sont tout à la fois ro- 
maines et barbares. De l'entassement des boucliers émergent dans 
nos trois fragments des poignées de glaives; c'est le pommeau rond 
{ca/mhisi du rjlitdiiis /lisjxuiicHsiii, que porte habituellement le légion- 
naire ^. Mais après avoir passé de l'Kspagne à Rome, ce gladiiis 
avait passé de Rome dans les provinces du Danube. On le trouve 
dans la main du Noricum ( l) personnifié de la basilique de Neptune " 



I Jionn. Jahrb., LXXVII (18S4), pi. I, n. 1. 

' Baiimeister, Deiikmnlcr dcr Klass. Alterl.. s. v. Wuff'eii (.Vil). .Miiliei) 
«g. 2812. 

' A. H. Siiiitli, ^1 Catulogiie of fculptiire ... Srttish SImeum, Lon- 
dres, 1904, III. p. 427, n" 2620. 

* Ciehorius, op. cit., pi. LX\'I1. 

^ Baumeister, oj>. cit., p. 2072. tig. 229n-9t>: pommeaux en ivoire 
trouvés près de Mayence. 

'' Bienkowski, De simulacris p. (i4, fig. 53. 



LES TROPHÉES KARXÈ.SB 318 

et avec plus de netteté encore sur le bas-relief du Louvn' où un 
guerrier dace s'apprête à en frapper un soldat romain '. 

Le carquois tel qu'on le voit sur les trophées dits de Marins 
appartient aux Barbares et aux auxiliaires qui combattaient pour 
Rome; le trophée du Britisii, un sarcophage de la Villa DoriaPam- 
phili ■ en ont d'analogues à ceux de notre frise: il faut remarquer 
la boucle ronde qui servait à les attacher. 

Voici enfin les armes pour lesquelles l'artiste, tout en demeurant 
fidèle à certaines données réelles, s'est le plus complaisamment livré 
à la fantaisie, les casques et les boucliers. Les fragments B et C 
contiennent chacun un casque: celui de B a eu le frontal brisé par 
le temps ; les nécessités techniques ont obligé l'artiste à en relever 
le couvre-nuque et à en éeourter le garde-joue visible; par contre 
celui de C a un frontal, mais ni couvre-nuque, ni garde-joue; il 
semble d'ailleurs avoir été scié à sa partie inférieure par ceux qui 
l'ont encastré oîi il est. Quoi qu'il en soit, tous deux sont assez 
semblables entre eux et rappellent un casque romain reproduit par 
Lindenschmit ' ; les Barbares en ont d'analogues, bien que ceux des 
Daces en particulier soient d'ordinaire oblongs ' ; mais à la base de 
notre dessin il y a un modèle romain. La fantaisie est surtout prouvée 
par la décoration. Sur le casque de B un gi'iffon, pareil à ceux que 
l'on voit encore sur les reliefs latéraux de notre ressaut; sur l'antre 
un cavalier nu, monté sur un cheval. Ils sont donc comparables aux 
cuirasses « historiées» " ; le griffon se retrouve, portant Apollon, sur 
la hanche droite de l'Auguste de Priiiut Porta : mais le casque 



' Reinach, Statuaire, I, pi. 141. — Michnn, Lp< Bas-reliefs Itistariques 
romains du Loucre, Mon. Piot, XVII, p. 207. 

^ Matz-Duhu, II, 331.9; — Bienkowski, op. cit.. ûg. ,5.S. 

^ Bauraeister, op. cit., fig. •22SS-89. 

'' Cichorius, ojj. cit.. pi. LVU. 

^ Reinach, Statuaire, II, p. 574 sqq. — Wiclcke, art. cité, p. 188: 
liste des cuirasses » historiées ». 



ni4 LKS TltDl-IIÉK.S FAUNteK 

liistorié est lui auHsi un olijot de luxe ; ooiifiirc de piiradi', mi ne 
le porte pas: il n'est (|iic dn <loniaii)e artistiqnc. 

Les bonclier» sont jxiui- la plupart plats et ovales, sortes de 
soilii, Tiiais avec cette partieiilarité d'être reetilifines aux deux 
extrémités: c'est là un moyen terme entre le liouelier réellement 
ovale et le tioufdier liexaf^onal, d'abord gaulois, puis germain '. Il y 
a également deux lioueliers ronds, — d'autres ovales, mais pointus 
vers le lias, le liant étant par contre large et fortement liomité, — 
sur le l'ragiiKMit (' enfin une sorte (\t pella (le pointillé indique que 
le bouclier n'est jias lirisé, mais complet); ces deux derniers genres, 
on le sait, ne t'ont point partie de l'armement régulier du soldat 
romain, sans que toutefois aucun monument autorise à en faire 
l'attribut de telle ou t«lle race de Barbares. 

Les décorations sont variées. Mais remarquons d'abord un sctiliim 
du fragment (' : en haut et en bas deux aigles opposées, chacune sur 
nu fondre : ce bouclier se retrouve à plusieurs reprises sur la Co- 
lonne Trajane '; M. Cichdrius y voit l'emblème de la / uhi Civium 
Uomunornm, qui était en Pannonie en 80, 84 et 85 '; sur i^ on 
peut reconnaître un bouclier orné de deux lions et ce fauve était 
l'emblème de la IV Vhtrhi, légion créée par Vespasien et (|ui 
prit part aux expéditions daccs de Domitien. Ces ornements, qui 
ont une origine historique, ne sont pas les seuls; il y a des oies, 
v(datiles qui accdnipagneiit souvent Mars'; des daui)liins. motif qui 
orne une grande partie des frises et des corniches de Y Aidn Mai/un : 
un bouclier rond du t'ragment .1 montre une .'ligle sur un foudre; 
le grand oiseau de proie joue un rôle de prédilection dans la déco- 
ration de la Domiis Fhiiin ; on en reti'onve encore actuellement 



' Babelon, QuchjHes monnaies tU V Kmpereur Domitien (Germanin 
('(t}ilitj, liev. Xinii., 1917-l.S, p. :î-2 et pi. I, particulièrement tig. 10. 
^ Cichorius, op. cit., pi. XXVII (II, p. 1S4); — pb XLIII : — pi. XLVII. 
^ C: I. J.., m, Dipl. XIII (XI), XVI ^LXXIV). XVII (XII). 
< Pauly-Wissowa, s. v. Gai,^ ((Kck). VII, 1, p. T8.'>. 



LES TROl'HÉES FAKXÉSE 315 

plusieui-s dans ses ruines: sur le fragment (' un scarabée stylisé '. 
Les rapports même de la décoration des frises et des boucliers, et 
en même teraps. la variété des détails, la recherche de la diversité, 
prouvent le fantaisie de l'artiste '. 

Après toutes ces démonstrations de détail, et née d'elles, une 
question se pose: quelles victoires représentent ces trophées? Il est 
facile d'y répondre. Le Palais a été achevé en 92 seulement ^. Do- 
mitien portait le titre de Germaiiirus depuis le premier semestre 
de 84: d'autre part il avait triomphé des Daces à deux reprises, en 86 
après avoir vengé la défaite d'Oijpius Sabinus, et en 89 après avoir 
vengé celle de Cornélius Fuscus. Evidemment ces trophées font allu- 
sion, malgré les mélanges et les fioritures Imaginatives, aux deux 
triomphes de Domitien sur les Chattes et sur les Daces 

. . . tnodo Germanas mies, modo Daca sonantem 
Praplia *. 

De même que sur les trophées de la colonne Trajane " sfr mêlent 
armes daces et sarmates. parce que Trajan a célébré à la fois le 
triomphe sur denx peuples distincts, de même nous avons ici des 
armes daces et germaines. Mais de plus, grâce à un contre-sens du 
sculpteur, nous voyons des armes romaines et des annes de fantaisie. 
C'est que déjà, tout en conservant, on l'a vu, une valeur documen- 



' Un 5' fragment trouvé au Palatin au moment de la mise en page 
porte deux boucliers présentant encore d'autres dessins: croissant, etc. 

- Pour les Victoires et pour les armes voir également: Beccarini. 
Un deceunio di nuovi scari in Pompei, Milan. 1922, pi. XXIII (armamen- 
tarium) : Musées de T Algérie et de la Tunisie, Delattre, iliisée Larigerie 
de S' Louis de Carihage, II, Leroux. 1.H99. p. 5 et pi. I (en particulier bou- 
cliers des trois formes indiquées plus haut). 

^ Gsell. Essai sur Je règne de Domilien, p. 9.5: — cfr. Martial. VII. 56. 

* Stace, Silv.. IV. 2, 65. 

^ Cicliorius, op. cit.. pi. LVII. — II. p. 371. 

ilélmiri'S' li'Arrh. .1 <flli.<l. 19-21-192i. 9^ 



;{H) I.KS llîol'IlKKS KAriXK.sK 

taire n'-fUe, le tropliéi' n'i^st plus ^'iii'ir (iiriiii motif rli'-cnr.itif '. 
Dôcorative rimprécisioii volontaire, qui pitrmet au visiteur <1c ilonnrr 
un peu cours à son ima;;inntioii sans être arrêté par des détails 
trop nets, décoratifs l'appel à des motifs iri-aoiousenient irréels, le 
mélange de l'exuetitude à l'invention, décoratif encore le choix arlii- 
traire de l'artiste qui, par un caprice souverain, omet le détail at- 
tendu pour (juelque autre imperceptible : il rappelle les Daces i)ar 
leur couteau à peine visible, mais supprime leur dragon-enseigne 
qui eût été si caractéristi(|ue '. 

Ce motif décoratif semble avoir atteint sons sa main une sorte 
de perfection. Dans la composition nous sommes à un point d'alion- 
tissement. On eonsidère d'ii.iliitude qu'il y a deux sortes de tro- 
phées: des armes en monceau forment l'une, des armes en panoplie 
l'autre '. Ici les deux types sont combinés ; le tropliée est, ])eut-on 
dire, complet: Victoire, panoplie, mouce.ni d'armes. 

Quitte à négliger un peu l'exaetifude, dans la symétrie de ses 
seize reliefs le sculpteur .1 veillé .'1 la variété. Son souci artistique 
a été raffiné: il a voulu éviter la monotonie par des nuances dis- 
semblables, ne négliger nul détail, même ceux qui sont destinés à 
perdre leur individualité, :'i se fondre dans le tout, ne laisser au 
hasard aucune de ces minuties que le jjrofaue dédaigne et qui font 
le régal des délicats; il a rêvé d'un ensemble imposant et martial. 



' Cfr. Bartoccini, I.n drcora'ioiie deltu luise detla cohniio tniifum. 
Bail. dclVnssoc. arch. roiii., 1!UI, p. 140: l'auteur démontre que les relief> 
de la ("olonne obéissent ;i la vérité historique, tandis qu'il y a dans les 
trophées de la base des armes (pii ne sont pas daces (tuniques à focah-. 
cuirasses segmeniatac, carni/rrs). 

^ Le but est si bien atteint que les opinions les plus diverses i-e 
peuvent excuser. Ainsi Bi;incliini, o;j. c//., p. 54: ^ ira le quali si pos^sono 
riconoscere le proprie ancor de' Gerniani, du berettoni tessiiti di finohl. 
o di lava, di capelli, ad nso dellu nasiotie, » — et par contre Beschici- 
hioig Ttom'.i, III, p. 87: « Die KapUdleti iraren mit Tiophâe» geschiiiiiclt. 
<i>( deiiDi man dadsche Miitzcn erhUelcie ». 

' .\d. Keinach. Saylio. art. ril,\ V. j). .")14 et sq(|. 



LES TROPHEES FARNBSE 611 

mais il a voulu que l'œil, dont les c.iprices sont aiultiples, pût aussi 
errer avec complaisance sur la flexibilité de motifs secondaires, 
mais ingénieusement diversifiés; il a représenté presque toutes les 
formes de boucliers, prenant soin de n'en répéter que très rarement 
rornenieutation. La finesse du détail est telle que l'on peut dire 
comme Bianchini ' le fait de bases de colonnes placées dans la même 
salle: « scoJjiite quanta finamente potrehhero formarsi in cera ». Les 
armes du deuxième plan sont travaillées avec le même soin : les 
ornements des casques et des boucliers sont d'nne rare délicatesse, 
les poignées de glaives, les haches ont été minutieusement représen- 
tées et le carquois montre encore la mince courroie qui servait à 
le pendre à l'épaule. 

Sans doute si l'on compare uos deux Victoires aux œuvres grec- 
ques et aux statuettes de bronze d'inspiration hellénistique directe, 
on est prêt à leur reprocher quelque lourdeur : le genou est bas et 
les plis se répètent, monotones ; mais qu'on les rapproche d'autres 
reliefs romains, on sent qu'il y a là une habileté inconnue à l'époque 
d'Auguste et perdue à celle des Antonius. Surtout — et c'est ce 
qui donne peut-être à cette sculpture sa saveur originale — si les 
détails sont précis, l'ensemble garde pourtant une sorte de fluidité, 
quelque chose de flou, d'estompé; il y a là, peut-on dire, de l'im- 
pressionisrae. La seule aile qui reste à la Victoire du fragment B est 
bien caractéristique à cet égard : ni raide, ni stylisée, elle dessine 
comme nonchalamment une courbe moelleuse. Et la déesse est plus 
vivante avec cette langueur souple qu'elle ne le serait droite et 
hiératique. Sur elle comme sur les armes qu'elle domine, les lu- 
mières et les ombres se plaisent à jouer très marquées; ainsi les 
fantasmagories aériennes viennent parer l'aMivre d'une nouvelle 
grâce. 

' Bianchini. op. cit., p. ,52. 



318 LK.S TROIMIKKS FARNKSK 

Martial évntiiif une fi'tc on Dumition ro(;oit à sa table 

equcs, popwhisijue patresque, 

pour ("élébrer ses succès, 

Tantu tuas, Caesar. cflehrunt conriria J/ninis '. 

Nos trophées Farnèse, comme les vers du poète, redisaient les 
louanges de l'empereur, mais i)lus discrètement. Le cadre qu'ils 
rehaussaient de leur beauté était digne de recevoir les plus nobles, 
les plus fastueux personnages. Même aujourd'hui, en dépit de leur 
mutilation, ils sont de ces glorieux vestiges où s'affirme l'épanouis- 
sement artistique dont peut s'enorgueillir — on le reconnait main- 
tenant volontiers ° — le principal sinistre et grandiose de Domitien. 

Marcel Dirky. 

' Martial VIII, 50, £)1. 

- Strong, 02J. cit., p. 145 sqfi. 



JEAN DE CANDIDA 
ET LE CARDINAL DE SAINT-DENIS 



Lursqu'il partit pour Rome en novembre 1491, chargé par le 
roi de France d'une importante mission auprès du pape, Jean de 
Billières-Lagraulas, abbé de Saint-Denis, emmenait parmi les person- 
nes qui composaient son ambassade le napolitain Jean de Candida '. 
S'il l'avait choisi, c'est qu'il le connaissait depuis plusieurs an- 
nées ; il appréciait l'étendue de ses connaissances historiques, et 
avait été à la cour de Charles VIII un de ses protecteurs les plus 
actifs : nous l'apprenons de Jean de Candida lui-même, dans la 
préface d'une courte Chronique des rois de Sicile qu'il écrivit à la 
demande de l'abbé et que nous a conservée le manuscrit latin 7578 
du Vatican '. 

Ce que nous savions jusqu'à présent de la" vie de cet italien, 
français d'adoption, également liabile, au dire de son ami Robert 



■ Godefroy, if/.sf. de Charles VIII, p. (îlT; Ch. Saniaian, Jean de 
Bilhères-Lagraulas {Moyen Aye. 1920), pag. loi. 

* Au f. 93 *. Voir a la fin de cet article, app. I. Le manuscrit, tout 
entier du XV" siècle, contient en outre: 1" Trois compilations latines 
sans valeur '^deux Histoires de France des origines à Pliilippe VI, qui 
s'étendent des ff. 1 à 16 et 17 à 85; la première est datée de mai 1331; 
— ime Histoire des Comtes de Toulouse d'après Guill. de Puj'laurens et 
Pierre des Vaux-de-Cernay, du f. 86 au f. 9'] ). 2° Une généalogie des rois 
de Fiance depuis Louis VIII, intitulée Figura généalogie qua multis vi- 
rihus ReJ' Francorum Caroïus oetavus qui hodie est extat naturalis et le- 
gitimus hères et successor regni Sicilie, progenitus ab isto Ludovico octavo 
qui progenuit reges Sicilie de domo Andegavie (f. 92). Elle se termine par 
une signature, malheureusement grattée avec soin, dont il n'est plus pos- 
sible de lire qu'un P initial. — Le texte de Jean de Candida porte des 
rubriques et des corrections autographes de l'auteur. 



.'Î20 .FKAN DE CANDIDA 

lîi'ironiHjt, à l;i (liphiinatic, à l'iiistoire, et k la -gravure en mé- 
dailles ', peut tenir en quelques lignes. Les documents nous le 
montrent d'aWord au service des ducs de l'ourfrojjne ; il y était 
eu 1477, et y resta au moins jusqu'en 1479, date ;\ laquelle 
il fut, on ne sait pourquoi, cmprisunné h Lille ". Nous le trou- 
viius ensuite à la cour du jeune Charles VIII, auquel il présenta 
une Histoire de France latine, et dont il devint bientôt le conseiller '. 
Dès lors son nom parait dans un certain nombre de circonstances 
où la ])olitique tV.uieoitalieiine est en cause. Il fit i)artie en avi-il 
1490 de l'ambassade envoyée par le roi de France :\ la duchesse 
Blanche de Savoie pour l'aider, ainsi que son fils Charles II, contre 
les prétentions de P!iili]ipe de liiigey \ Kn novembre 1491, il est 
à Rome, avec Jean de r.iliiéres. 11 y retourna dans les dei-niers 
mois de l'année 1493, pour le compte cette fois de Guillaume 
Bri(;(iniiet. (jui dut peut-être :\ ses démarches son chapeau de car- 
dinal ''. On perd sa trace après 1503, date à laquelle il exécuta 
les médailles de Pierre Bri(;onnet, .yénéral de Laugiiedoil, et de 
Thomas Bohier, général de Normandie ''. 

Il faut compléter ces maigres données par celles que fournit 
le texte de sa nomination de pi-otonotaire apostolique '. Cette pièce 
est du 19 avril 1488: déjà, elle le montre, il était conseiller du 
roi, et désigné comme ambassadeur auprès du Saint-Siège. On l'at- 

' Lettre signalée par L. Delisle, JiHilioth. (h- VEcole des Chartes, 
1890, p. olO: « Robeitus etc. .Joanni CanJidae, siinuuo et oratori et hi- 
stovieo ac sculptoriae artis atque plastices liac aetate omnium consuni- 

matissimo, S. P. D > {Guiliehui de Mara e/)(s<o/ne, ep. XXII, édit. de 

1514, f. 8h). 

- H. de la Toui'. Jean de Candida {lier, de Xumismatiqtie, 1894) p. 327. 

^ Ibid., p. 465. La préface de ce petit ouvrage a été publiée par 
C. Couderc, liiljî. de VEr. des Chartes, 1894, p. 566. 

* Lettre de Charles VIII à l'arclievêque d'Auch. 23 mai 1490 (Lettres 
de Charles VIII, édit. P. Pélicier, III, p. 39). 

^ H. de la Tour, toc. cit., p. 171. 

« Ilrid.. p. 493. 

' Reg. Vaîie. (Î9.ô. fol. i;i;i. Voir jibis bas. app. 11. 



ET LE CARDINAL DE SALXT-DEN'IS 321 

tendait suus \wn à Rome, (ii'i il devait prêter serment jioiir s;i nou- 
velle eliarge entre les mains du cardinal de Saint-Georges, Raphaël 
Riario: il est possible qu'il y ait été euvoyé dès cette époque. 

Si Tipiivre artistique de Jean de Caiidida, dont nous n'avons 
pas à nous oeeuper ici, est maintenant Iden connue ', ou ignore 
tout de son rôle exact comme diplomate; l'on n'était guère plus 
heureux jusqu'ici pour son œuvre historique, dont il ne restait 
qu'un seul témoin, In médiocre compilation offerte à Charles VIII ; 
et l'on doutait même, malgré les afHrmations de l'auteur, que ses 
travaux eussent jamais eu dans cet ordre une importance quelcouque. 
IjC texte qui fait l'objet de la présente note prouve tout au moins 
que ses contemporains fondaient sur lui de grands espfiirs. Il n'est 
l)as daté, mais la Chronique qui lui fait suite s'arrête à l'avène- 
ment de Louis XII: elle fut donc écrite entre le 7 avril 1-198 
et le 6 aoiit 1499, date de la mort du cardinal abbé de Saint- 
Denis qui en reçut la dédicace. 

Ce dernier, aui(uel Lonis XI et Charles Vlll confièrent de nom- 
Itreuses missions diplomatiques en Espagne, en Bretagne, à Rome, 
était évêque de Lombez depuis 1473; il devint abbé de Saint- 
Denis eu 1474, et cardinal du titre de Sainte-Sabine le 20 sep- 
tembre 1493. Entre temps il avait été nommé président de l'Echi- 
(juier de Normandie (2G mai 1484j. Envoyé à Rome en 1491, il 
ne devait plus quitter l'Italie, où il eut à jouer le rôle délicat 
d'intermédiaire entre Charles VIII et Alexandre VI pendant l'ex- 
pédition de Naples '"'. 

De par ses fonctions mêmes, l'abbé de Saint-Denis, ehef^dii 
monastère où se poursuivait depuis des siècles la rédaction des 
C/ironiques latines de Saint-Denis et des Grandes Chroniques de 
France, était appelé à s'occuper de questions relatives ù l'histoire. 



' H. de la Tour. op. cit. 
- L'h. .'^ainaian, op. rit. 



322 JKAN DE CANKIKA 

.leaii de Billi^res en effet (lemaiidii et obtint en 1482 du eliauee- 
lier Pierre d"Oriole que la eliarge d'iiistoriograplie du royaume, 
qu'avait exercée par exception jusqu'en 1476 ral)lié de Saint-Manr 
.Jean Castel, fût rendue à un moine de Saint-Denis '. C'est lui, nous 
apprend la préface à la Ç/ironiipic tics rois dr Siiilr. qui, d'accord 
avec le successeur de l'icrrc d'Oriole, <!nilbnime di- Itocliefort, et 
par conséquent de façon officielle, confia à Jean de Caudida la ré- 
daction d'une Jurande histoire de France où seraient résumés tous 
les ouvrages antérieurs. Ce travail, i)onr leiiuel ils le savaient bien 
préparé pai- ses recherches dans de noml)reHses liililiothèques, fut 
commencé, mais interrompu, nous dit l'auteur, par l'ambassade à 
Home de 1491. la mort du chancelier Guillaume de Hochefort 
(12 août 1402), et la fin malheureuse de l'expédition de Naples, 
i|ui lui poita. nous l'en croyons volontiei's. un très jri'os dommage. 
11 est peu probable qu'il n'ait dû qu'à la petite Histoire de France 
présentée au roi d"être désigné pour un ouvrage aussi important; 
s.-uis doute, sa qualité de napniitMiii l'iit pdiir beaucoup daus le choix 
"du chancelier et de Tablié de .Saint-Denis. A cette époque en effet 
l'on s'occupait déjà de rassembler de toutes parts des documents 
prouvant les droits de Charles VIII sur le royaume de Naples. En 
juillet 1484 arrivait à Paris le mémoire rédigé par des clercs de 
Provence sous l'inspiration dT-tienne de \'csc poui' démontrer que 
riiéritage des droits des angevins appartenait au roi de France*, 
.lea'n de Bilhères-Lagraulas travaillait lui-même à réunir des té- 
moignages ^. Bientôt allait paraître le Traite' des droits du lloji 
Ç/iarles VIII (txx roi/aumes de Xaples. Sicile et Arrngon de Léo- 
nard Baronnat (1491) ^ .lean de Caudida. nap(ditain gagné ;\ la 



' Cil. Saniaran, op. cit.. p. 228 s. 

- H.-Fr. Delaborde, L'expédition de Chartes VIII en Italie, p. 164. 
^ A. de Boislisle, Notice sur Etienne de Vei>c (Ann.-Biill. de la Soc. 
de VHist. de France, 1880), p. 2:i7. n. 2. 

< Godefroy, Hist. de Cliarlfn VIII. p. 67.Ô. 



ET LE CARDINAL DE SAINT-DENIS 323 

cause française, historieu, était l'homme qu'il fallait. Il est signi- 
ficatif qu'il ait été préféré à Robert Gaguin: dès la mort de Jean 
Oastel cil 1476, celui-ci avait demandé à Pierre d'Oriole la faveur 
d'être chargé de la composition d'une histoire de France latine 
depuis les origines *. Il ne l'obtint jamais, malgré ses instances, et 
n'en arriva pas moins, seul, sans aide, à terminer son Compeiidium 
de oriyine et yestis Franco m m, alors que Jean de Candida ne fit 
rien. Vers le même temps, un autre italien, Paul Emile, était nommé 
liistoriographe du royaume, à charge d'écrire une liistoire de France 
en beau latin classique ". C'est à lui, seinble-t-il, et aux Grandes 
Chroniques, que notre auteur fait allusion, lorsqu'il avoue s'être 
demandé pourquoi on le priait d'écrire, lui aussi, une œuvre ana- 
logue: «ego, tametsi Francorum cronice jam accepte vulgo cireum- 
ferreutur, et essent qui regio stipeiulio iddeni opus politius aggressi 
elaborare pergereut, tamen . . . opus incepi ». Nous partageons son 
étounement. Mais, comme lui, nous ne pouvons guère que consta- 
ter le fait, sans chercjier à Texpliquer: les premières années du 
règne de Charles VllI ont vu la publication ou la mise en train 
de trois histoires otlicielles, les Grandes Chroniques de France ^, 
l'histoire de Paul Emile et, la dernière en date d'après ses pro- 
pres termes et si nous les avons bien compris, celle de Jean 
de Candida. 

A Rouen, alors qu'il présidait l'écliiquier de Normandie, Jean 
de lîiliières avait communiqué à son protégé les chroniques eon- 



' L. Thuasne, Roherti Gaguini epistolae et orationes, I, p. 38, 252, 278. 

^ Elle parut pour la première fois en 1517 (Brunet, Manuel, I, 64). 

^ On lit dans la préface de l'édition Fr. Regnault, Paris, s. d. : « A 
l'honneur et louange de X. .S. Jhû Clnist et de toute la court eelestielle 
de paradis et à l'honneur et révérence de vous, mon tresredoubté et tres- 
souverain seigneur Ciiarles huitiesme de ce nom treschrestien roy de 
France, je vostre treshunible et tresobeyssant serviteur nprcg votre com- 
mandement, ay fait les grandes croniques de France conteaans ces pre- 
sens trois volumes >. 



324 JKAN UK CA.NIUDA 

servées dans les « anckiines ari'liivos » ' de cette ville. Les notes que 
prit alors celui ci lui servirent plus tard pour sa C/ironique des 
rois de Sicile. Il se flatte d'avoir, ^râce à elles, écrit l'histoire de 
rétablissement des noniiaiids dans rilalic méridionale avec plus 
d'exactitude que ceux (|ui avaient traité ce sujet avant lui, Gio- 
viano Pontano et Flavio liicimld de Forli. Sans donie l'untano ne 
lui consacre qu'une demi-page au début du de hello Neapolitano.- 
Mais sou ouvrage ne comportait pas plus, tenant k Flavio Biondo, 
le récit qu'il en donne dans ses llistoriae ah inrlimtlione romani 
imperii ad unmnn 11 10 '' n'est pas aussi eironé que Jean de ('andida 
voudrait le faire croire. 

Je.\n Pokcheh. 



Préface de la ('hi-onique des rois de Sicile de Jean de Catidida. 

[Ad Reverendissiniuni d. Cardinalem Sancti Dynnisii etc. cro- 
nica Keguni SicilieJ '. 

Keverendissimo iu Cliristo Patri et Uomino Domino .lohauni Ab- 
bati Sancti Dionisii Parisiorum, Epieoopo Lumbariensi, Sancte Ro- 
mane Ecclesie tituli Saucte Sabine presbytero Cardiuali, devotus 
et fidelis servitor Johannes Candida prosperitatem. 

Egerat sepe mecum Reverendissima Paternitas tua una cum 
clarissimo viro Guillermo de Rupeforti, Francie cancellario, ut Fran- 
corum liistoriam a variis varie couscrii)tam nieo modo ab origine 

' Probablement hi bil)li((tbi'i(ue caiiitulaiie. ou relie de l'abbaye de 
Saint-Ouen. Ct'r. U. Omont, Catal. goiOi-. des Manuscrits de.i Bihh piibl. 
de France, I, Rouen, p. X s. 

' Decad. II, lib. 2, édit. de lô.'ii), p. 190 E. 

' De la luaiu de Jean de Candida. 



ET LE CARDINAL 1»E SAINT DE.Nl.S iJ25 

contexeiTui, rati vos ambo me iiloneum esse uegotio, quem iiove- 
ratis al) adiilescentia amatorein historié, ac, per oinnes quas multas 
penigravi terras, bihliothecas veteres diligenti cura atque studio 
quesivisse si quid in illis seriptuni de Francis reperirem. Quod 
ego, tametsi Francorum cronice Jam accepte vulgo circumfer- 
rentiir, et essent qui regio stipendio iddem opus politius aggressi 
elaborare pergerent, tanieu voluntati vestre morem gerens, opus 
quidem incepi, inceptura vero quominus ad exitum perducerem 
obitus effecit cancellarii, et tua roniana profectio, ac subinde michi 
non parva ex neapolitana rebellione secuta calamitas. Xunc autem 
Rome cum te cupere diceres, ut laborem susciperem ordine tibi 
describeudi qui fuerint Sicilie reges et uude ortum habuerint, 
nichil me tibi pro meis viribus licet recusare, presertim preclara 
et honesta petenti, taraen. Reverendissime Pater, in disserenda re- 
ruin origine res siue laljore non est: laburavit euini in ea re re- 
gil)us suis Ferdinando et Alfonso vir etatis nostre doctissimus Jo 
lianues Pontanus; sed nec ipse, neque patrum nostrorum memoria 
diligentissimus 'scriptor Blondus, Normanoruni Comitum in Italia, 
ex quibus Rogerius prinius rex extitit, exactam originem prodide- 
riint. At ego Rothomagi, nbi diu iiiclita Normanoruni diicum se- 
des fuit, tuo et Cancellarii presidio, qui illic michi cronicas eorum 
a veteribus ipsius urbis archivis in manibus venire curastis, raulta 
de Normanis que ab historia desiderantur repperi preterniissa. Ve- 
rura, Reverendissime Pater, si quando quod desideratur plane ha- 
beri non po^sit, at illud quod est desiderio proxiraum spernendum 
non puto. Tua tamen Révérend issi ma Paternitas in hoc opuscule 
non.tam meam facultatem quani fidem et diligentiara sibi arcceptam 
dignabitur suscipere. 

Vatic. l.it. lï>l!<. fol. !t3»i 



326 .IKAN DE CANDIDA 



Innocent VIII noinme Jran ih: (.Uindida protonoùtire aposto- 
lique. — Home, III arril I48H. 

Innocentius etc. I)il(!eto filio magistro Johanni Candida clerico 
Avelinensis diocesis, iiotario nostro, salutem etc. Ad prcclara vir- 
tutiiiii doua ((iiibiis te ali illdriiiii largitoro multipliciter insiguitum 
fiognovimus iiostre dirigente» coiisideratioiiis intuitum, dignum re- 
putainus et debitum ut te specialibus attollamus laiidibus et pre- 
cipuis titulis decoremus. Ciim itaque, sicut aecepiinus, tii, qui vir- 
tutuui decoraris oriiatibus, iiostris et romane ecclesie obsequiis di- 
sponas insistere, uosque alias gratuni seutiamus tue famé et probi 
tatis odorem, et propterea persoiiain tuam grato prosequentes af- 
feetu, et intendeiitcs pro incritis digiiioris nominis titulo dccoraro, 
motu proprio, non ad tuam vol altcrins pro te nohis super hoe 
ohlate petitionis instantiam, sed de nostra mei'a liberalitate, te, qui 
pro parte carisaimi in Christo filii nostri Caroli Franeoruni régis 
ilhistris ad nos et Sedem Apostolifam orator destinatus, et, ut ac- 
ceiiimns, ejnsdera régis consiliai-iiis cxistis, in nostrum et dicte sedia 
notariura tenore presentiiim reeipimiis auctoritate apostoliea et con- 
stituimus ac aliorum nostrorum et ejusdem sedis notariorum numéro 
et eonsortio favorabiliter agregnmus. 

Volumus autem ut, antequam insiguia offieii hujusmodi recipias, 
de eo fideliter exercendo in manibus dilecti filii nostri Raphaelis, 
i^ancti Georgii ad Vélum Ann'um diaconi cardinalis, camerarii no 
stri, prestes nostro et romane erclesie nomine fidelitatis deltite in 
forma solita juramentum. Nulli etc. nostre receptionis, constitu- 
tionis, agregationis, eoncessionis, et voluntatis infringere eto. Si 
quis etc. Datum Rome, apud Sanctum Petrum, anno etc. 1488, 
tertiodecimo Kalendas Maii, Pontilieatus nostri anno quarto. 

(Reg. V.itic. 69.Ô. fol. fitii'-tîT"). 



AD BUECHELER, 634 



Haec tihi, kaia, luus cons(rip[si reibfi] maritus 

dulcis coniunr, de[rtrae sola\men amissae. 

lam sine te orh\a domus mo]lesta mih[i manet, Or]cus 

Et caeJ[ebs mihi\ vita placet, [^neqtie d]t<ras amab[o] 

Funere mut[undas] t(des acce\ ndere] faces. 

Telle se présente, dans le recueil désormais classique de Riie- 
cheler, sons le n° 634 ', une inscription d'Henchir-el-Ksour, prés 
Tébessa (Algérie), dont les lacunes étendues et la métrique capri- 
cieuse ont, à diverses reprises, sollicité l'ingénieux effort des lati- 
nistes. Auparavant, les Comptes-Feiidus de l' Académie d'Hijipone 
en avaient publié une reconstitution fantastique ', et Schmidt, au 
Corpus. VIII, 16737, ne s'était risqué qu'à lui donner, par en- 
droits, quelques compléments fragmentaires. Depuis, Cbolodniak ^ a 
voulu arracher aux lignes suivantes un secret dont Buecbeler avait 
justement désespéré, et que la pauvreté des vestiges encore visibles 
nous dérobera toujours. Mais lorsque ce virtuose du vers latin, 
jouant avec les quelques lettres qui apparaissent encore à la ligne 7 
(RVC) et :i la ligne 8 (NVTRISTlSj, prétend continuer Buecbeler, 
il ne nous offre, sous le nom de compléments, qu'une composition 
de son cru : et lorsque, dans les parties de l'inscription qui comportent 
une légitime tentative de restitution, il parait se séparer de Bue- 
cbeler, il se borne à modifier dans le détail la forme des idées qu'il 
lui emprunte fidèlement. Et certes, je n'aurais point conçu l'espoir 

' Buecheler, Carmina Epigraphica. I, p. 301. 

^ Année 1888, p. CXVII et CXXXI. 

^ Cholodniak, Carmina sepuleralia latina epiyraphica -, n" Î2-2. 



328 Ali HtBCHKLER, Ki4 

(Vamender Biicclielcr, si ce in.-iitre n'avait pus dft se contenter, 
comme Sclimidt. pour accomplii- nue tâclie aussi délicate, des estam- 
pages plus on moins ini|);irraits des archéologues locaux, et si l'ad- 
mirable tome \" ([vti Jnsrriptioiis Jatines de V Algérie, Ast M. Osell, 
ne venait point d'apporter an texte en discussion, par l'examen 
minutieux et sûi' auquel M. (!sell lui-même et M. AHiertini ont sou- 
mis l'original, le secours décisif de leçons nouvelles et certaines '. 
L.i ligne 6 de l'inscription, après le mot FVNERE par le<|ui'l 
elle commence, ne présente, ni le groupe MVI que porte le Corpus. 
ni le groupe MVT qu'a adopté Rneclieler. mais le groupe ATV sui\i 
d'une courlie ([ui n'a i)u api)artcuir qu'à un C ou à un O. Après 
quoi, s'ouvre une lacune que la comparaison avec les ligues précé- 
dentes force d'évaluer ;\ quatre ou cinq lettres au maximum : et cette 
lacune est elle-même suivie, non d'un T, mais d'un I. lîneclieler 
s'est donc fourvoyé dans sa transcription : 

nei[ve d\uras umiih\i)\ 

Fiinere muf\anrhis] taies ftcce[ndere\' fares. 

Sclimidt, au Corpus, avait approché davantage la vérité, en indi- 
quant qu'il devait s'agir de la torche nui)tiale: mais, à peine éhau- 
chée, son interprétation ne prend corps qu'avec la lecture de M. Gsell 
et les compléments qu'elle lui a si heureusement suggérés: 

nec d])(r(is (iniali[o] 

F>n>ere ii ti(\o »uj)f]iales ncie[»dere] fines. 

Inconsolalile de la mort de sa femme, le mari qui a rédigé cette 
épitaphe se refuse à rallumer, sur le liûclier funêUre de la bien-aimée, 
les torches d'un second et cruel liyincn. 



' Stéphane Gsell, hiscripiious latines de l'A Ige'rie, tome I, Iiiacriplions 
de la Proconsulaire, Paris, 1922. n" .S599. 



AD liUECUELER, <Î34 329 

Seulement, qu'on y prenne garde: cette première difficulté vaincue, 
d'antres vont surgir aussitôt. 

D'abord, l'énergie désespérée avec laquelle le survivant s'at- 
tache au souvenir de la disparue disqualifie la forme dont tons le.s 
éditeurs ont, jusqu'ici, revêtu ses regrets: 

Et c(ieJ\ehs miJii^ rilti placet . . . 

Horace a bien pu clianter la vie du célibataire: 

Xihil (lit esse prias, nieliiis )ii} raelibe rita ' : 

et cette réminiscence des EpHyes n'est sans doute pas étrangère 
aux compléments de Buecheler. Mais, à y réfléchir, elle doit suffire 
à les écarter. Même atténué par le contexte et la signification res- 
treinte qu'il donne au mot ciielebs, cet air de veuf apaisé, sinon 
joyeux, sonne faux sur une tombe. Sed nuiic non erat his îoctis, 
comme dit le poète ', dont la philosophie facile serait ici d'une 
inadmissible inconvenance. A vrai dire, on s'attend au langage con- 
traire: et, au lieu de mU/i] rita i^lacet, l'époux en deuil a plutôt 
dicté: neque^ rita jilaref. 

Mais il y a plus. Aux vers précédents, les éditeurs s'accordent 
à entendre que le mari aspire :\ rejoindre celle qu'il a perdue. 
Buecheler a compris: 

lam sine te orhfa dowiis mo^lesta mih[i niaiiet, Or]ii<s 
Et ine}[ehs milnl ritn placet. 

Cholodniak. de son côté, transcrit: 

lam sine te orbi[tas nwllesta mi i^estat et ro]fii(s 
Et rael[ebs mi lit] rita i^laeet. 



' H or., Serm., I, 1, 88 
* Hor.. Ars poet., 19. 



380 AD niFECHELER, d'M 

Or aucune de ces lectures n'arrive à rendre cohérents les vers 
qu'elles estropient. La contradiction est voilée dans la seconde, si 
n)\fpis désigne le ln'ichcr (|ui sci'vit ;uix funérailles de la femme et 
dont le mari garde ]irésfiite la vision douloui-euse : 

. . . rof/KS aspiciendiis iimalde 
Coniiuiis '. 

Elle est tlaijraiitf' dans la première, où le survii^ant est partagé 
entre la résignation à son veuvage et le désir d'en finir avec l'exis- 
tence. Elle subsiste dans les deux, puisque, dans chacune d'elles, 
le vers 4 accepte le sort — pJacet — dont le vers 3 dépeint l'into- 
léralile fardeau — mo]lest<i mi — . Enfin l'une et l'autre exagèrent 
jusqu'à l'invraisemblance les licences que s'octroient avec la quan- 
tité les plus maladroits dos versificateurs africains, et les mots 
qu'elles imaginent substituent au dactyle et au spondée fou trochée) 
exigés par la règle des mètres d'une monstrueuse difformité " : 

... t)u/i[ï tiiilnf'f, (ii-yitx 
. . . ml rlf'xfilf ('f nijgus: 

Visiblement, l'interprétation s'égare. Il n'est, pour rorient<'r sur 
une meilleure voie, qu'à suivre, .-iijpés MM. Osell et .VIbertini, les 
enseignements de l'original. 

Le détail des restitutions proposées par IJuecheler est condamné 
liar les constatations qu'ils ont faites. 

Il nous est interdit de conserver orl/\ii ihtmiis] puisque''le R de 
OI'iB est suivi d'un I qui, nettement marqué sur la pierre, entraîne 
le substantif orbi]tas auquel l'adjectif féminin mo\lesta va se rat- 



' .luvénal, X, 241-242. 

' Il est à noter cependant ini'à la fin du v. 4, la désinence de (l]iiras 
est abrégée sans droit, et qu'à la fin du v. 2 IVi de itmisftae est traité 
comme une brève. 



An BIECHELER. (i.H4 331 

tacher tout natiirellemoiit : orb[jtas m()\h'sta mi (s. e. est), la soli- 
tude m'est intolérable. 

De même, »iili\l ))ianet\ doit disparaitre, jiiiis(iu'au lieu de l'H que 
Bueclieler pensait avoir lu sur ses estampages, l'inscription montre les 
restes iucontestaldes d'une lettre bouclée qui ne peut être qu'un P, 
un B ou un K. Elle ne permet plus de décider si les trois derniers 
caractères du vers 3 sont CVS ou GVS, et pourrait donc autoriser 
aussi bien Cholodniak à lire ro](ins que Buecheler à compléter Orjcus 
ou 0>\(ius. Mais, comme le juge M. Gsell, ces restitutions « sont 
aussi peu satisfaisantes l'une que l'autre », et, en réalité, elles tom- 
bent toutes ensemble devant ce fait que le premier mot du vers à 
rétablir ne consiste point dans radverl)e iani, mais dans la conjonction 
n(tm. Entre ce vers et le vers précédent : 

(luhis foniun.r, de[.itrae s<Aa\me» amissac 

comme le lisent Bueclieler et M. Gsill, ou mieux', peut-être, comme 
l'avait lu Schmidt : 

dulcis coniunx, <le[rtrae 1eni]men (imissaf 

il existe un lien rationnel, qu'elles méconnaissent, mais (|u'on aura 
vite fait de renouer si l'on a soin de rendre aux vocables latins 
leui- signification normale. L'apposition du vers 2 ne peut offrir 
qu'un sens: l'épouse que pleure le rédacteur de l'épitaphe d'Henchir 
el Ksour était la consolation, ou. mieux, le soulagement du malheui' 
qui l'avait dès longtemps frappé et qui va redoubler de cruauté, 
maintenant qu'elle ne sera plus près de lui pour en atténuer les 
coups: la perte de la main droite — de[.rtr(ie . . . amissae]. La dé- 
tresse où cette mort l'a laissé est affreusement pénililc. En efî'et 
— iHuii — , sans sa femme, sans l'assistance coutinnello de sa ten- 

' Avec Icmmeii. dont la picmiére syllabe est brève, le vers est un 
peu moins faux. Le terme, d'ailleurs, est plus juste. Enfin levamcn et amilto 
sont rapprochés par Virgile u4f«., III. 709 et 710). 

Jlelaiifics (lArch. tt d'IUft. lWl-l!e2. 22 



332 AI) HIKCIIBI.EK, B31 

(licwR ', il r.-ssentiia Tanif rtiim.' <l.- la solituile, et il vwhm-r.K toute 
la souffrance de son infirmité: 

Nam sine le <,rhi\liis „io\l'-!^l'i wi. i\esto>iue ,>,'n,\r„s 

Et (■ael[i'lis . . . 

Aussi na-t-il jilus de plaisir à vivre: [ne'iue\ >ilu plarel: et. 
IM.urtant, il ne se remariera jamais: [tier (ï]uras <i)mlj\o\... 

Ainsi compris, les vers d'IIencliir el Ksour ne contiennent pas 
plus de talent. Mais dal.ord ils sont plus corrects et se tcnninent 
ordinairement par les j.ieds oldij^atoires des hexamètres. Kn outre, 
ils ae succèdent selon un di-velopperaent progressif, où la logique 
— enfin — reprend ses droits, et (pie marque, avec le nam qui 
Tamorce, la symétrie de ses deux affirmations et de ses deux né- 
gations consécutives et lialancées— »rs/02Me muncus et melebs..; 
neque vitu plaret wr duras umaho. Enfin ils révèlent chez leur 
auteur, pauvre victime d'une vie deux fois brisée, la sincérité d'une 
douleur ejiceptionnelle et poignante, un sentiment naïf et profond: 
et, mieux que des élégances de style et des ornements d'emprunt, 
la simplicité de cette plainte émouvante saura toujours, et surtout 
aujourd'liui, trouver le chemin de nos cTurs : 

Haec til)i, kara, tuiis consaip[si verba] maritus. 
duMs coniunr. de\3trae leva\men amissae. 
Xatn sine te orbi[tas 7no]lesta mi, r\estoqHe m(in]ais 
Et cnel[el>s. neqne] rifn plaret, {nev d]uras umab\o} 
Funere a tn\<) nnpt\ia\i-s arie{ndeye\ faces. 

Jérôme C.^iicopino. 



' Le passé uutn^li '\n\ fibrine -i la diTiiiéic lipio de linscription y 
fait pputètre allusion. 



NECROLOGIE 



Ferdinand Chalandon 

(1875-1921) 



Le 31 octobre 1921 mourait à Laus.iiiiic, d'un mal contracté 
;\ la guerre, Ferdinand Chalandon, ancien élève de l'Ecole des Char- 
tes, ancien meml)re de l'Ecole de Rome. Avec une tristesse mêlée 
d'orgueil, nous ùisci-ivons son nom auprès de ceux des nombreux ca- 
marades, jeunes gens ou hommes mûrs, qui ont sacrifié généreuse- 
ment ;\ la patrie une vie tantôt riclie de promesses, tantôt déjà 
féconde en œuvres. 

Ferdinand Chalandon était né le 10 février 1875, ;\ Lyon; il 
y commença ses études, et vint les achever h Paris au lycée Louis- 
le-Grand. En 1895, il prenait sa licence d'histoire et entrait à 
l'Ecole des Gliartes; en 1897, il obtenait le diplôme des Hautes- 
Etudes et, deux ans après, celui d'archiviste-paléographe. En sor- 
tant de l'Ecole des Chartes, il était envoyé au Palais F.irnèse. 

C'est là que Je le connus et que se noua bientôt entre nous 
une amitié que la mort seule a pu rompre. Nous avions débarqué 
à Rome à quelques jours d'intervalle : nous en fîmes ensemble l'inou- 
bliable découverte. Premières visites au Forum et au Palatin, aux 
églises et aux musées, promenades dans Rome et dans la Campa- 
gne : il n'est pas de lieu ici où je ne le retrouve. 



.U4 Ii;l!lllNANIl CirAI.AMiOS 

Altiste et li-ttiv. <'lial;iii(1oii ii'ét.-iit pas de ceux ilfiiit les lii- 
liliii(liè(|iies cl les Mri-lii\is ulisorlieiit les journées entières et é|inisent 
tinilc 1:1 cni-insiti-. Il MMil.iit tout voir et était apte à tout ;?o(lter. 
('i' qu'on apereevait d'ahonl en lui, <''était une faculté remarqua- 
ble d'attention et d'oUservation : il fallait quelque temps, et quel- 
(|iie intimité, pour dé<'onvrir une vivaeité et une rieliesse d'impres- 
sions que masquait, tiuitot une réserve assez froide, t.-uitôt uni- ironie 
un i)eu amère. Dans la conversation la plus familière, s'il déclarait 
volontiers son Ju.:;enient. il éprouvait comme une ^'êne ou une ])U- 
deiir à exprimer son sentiment ou à laisser deviner son émotion. 

Les deux .-innées qne ( 'li.il.inilon passa en It ilii- furent à moitié 
remplies par des voyages. L'étude qu'il avait entreprise sur la do- 
mination des Normands le conduisit à visiter méthodiquement le 
X.ipolitain. la O.ilalire. les l'ouiUes et la Sicile. Il .illait de couvent 
en couvent, d'une l)il)liothèque communale à une archive capitulaire. 
ne se laissant rebuter ni par les mauvais gites, ni par les accueils dé 
courageants. Les démêlés de Ohalandou avec certains chanoines de 
l'Italie méridionale sont demeurés légendaires dans les fastes dt 
notre Kcole. Tantôt par iguor.mce paresseuse, tantôt par méfiance, 
ces braves gens commençaient toujour.s par nier l'exi-îtence des do- 
cuments qu'ils po^sédaient, on p.ir en refuser la communication. 
Xoti-e ami savait les mettre dans l'embari-as .sans les contredire ; 
presque toujours son insistance courtoise et surtout son calme ini 
|)erturbable av.iieut raison des résistances et des ruses de l'archi- 
viste ineommoile. Oouili'eii (r.icte> iMi|iortaMls, enni'iieu de précieux 
diplômes, dénicliés par Cli iluidou dans des eachetti's invraisembla- 
bles, furent .ainsi déchiffrés et cojiiés à la hâte, sous l'ivil inquiet 
ou courroucé d'un chanoine ! 

Les résultats de ces ri'chcrclies apparaissent d'al)ord partielle- 
ment dans les Mélanu^es de TR'-ole de Rome (Diplomifiqiie de9 
Normands de Sirilc et dr l'Itiilie Méridionale, t. XX, p. 155 et 
auiv. ; Etat politi'iiie d" l'Italie Méridionale à l'arrivée des Xor- 



FERDINAND CUAl.ANDON 335 

wdiiils. t. XXI, p. 411 et suiv.). De retour n Paris, Clialaiidon 
met en anivre l'eusemlile des matériaux rapportés d'Italie et publie 
en 1903 la Ki(misinatique des Normands de Sicile, en 1907 Vliis- 
luire de ht domination normande en Sicile et dans V Italie Méri- 
dionale. Ce dernier ouvrage lui valut en 1909 le grand-prix Gobert. 

Mais avant de venir à Rome, Chalandon avait abordé une autre 
étu(h', qu'il a poursuivie aussi longtemps qu'il a pu travailler, et 
que sa mort devait niallieureusenient interroniiire : l'histoire de l'em- 
pire byzantin. A VEssai tur le règne d'Alexis Comncne, qu'il 
présenta comme thèse lois de sa sortie de l'Ecole des Chartes 
(1900J, firent suite, en 1912, deux études consacrées k Jean II et 
à Manuel. Le prix Bordin récompensa à deux reprises cette col- 
lection remarquable. La Société d'Histoire du Moyen Age de Cam- 
l)ridge voulut associer Chalandon à son entreprise : deux impor- 
tants chapitres de la Cambridge' s Mediœral lUstory sont signés de 
lui (t. IV : Conqtiête de l'Italie par les Normands : t. V : Les 
premiers Comnènes). 

Peu à peu son dessein s'élargit et il rêve d'écrive une histoire 
complète de l'empire byzantin de|)uis .Justinien. On a retrouvé dans 
ses papiers la rédaction inachevée d'un volume, qui devait faire 
suite à la monographie de Manuel, et l'ébauche de plusieurs tra- 
vaux qui se rapportent aux périodes antérii ures et postérieures de 
l'histoire byzantine. 

Enfin de lîyzance, la curiosité de Chalandon s'étaité tendue à 
l'Asie-Mineure et à l'Orient Latin. L'examen critique qu'il avait 
fait des sources chrétiennes et occidentales de l'histoire des Croisades, 
l'amenait à cette conclusion, qu'on ne connaîtrait l;i vérité sur ces 
expéditions lointaines et diversement héroïques, qu'après avoir rap- 
l)roché des chroniqueurs chrétiens les liistoriens arabes, et revisé 
les traditions d'occident par l'étude des sources musulmanes. Plusieurs 
fois, il m'avait confié son ambition d'écrire un livre qu'on pût enfin 
intituler sans mentir « Histoire des Croisades >>. 

Mêla tiges d A rch. et d Hist. l'Jil-lifii. 22* 



:Î3(» KKUllINANI" CIIAI.AMION 

Aux premiers jours «le l'.'12, j'étais chargé d'une mission «l'étude 
dans le Levant. Clialandnn me |)ri>posa île nraceompa^iner. Je re- 
tripuvai avee joie I 'Mn<'ien eonip;i;.'uoii des années d'Italie, et nous 
partîmes ensrniMe pour Coiistantiiiople. Pendant six mois, un iti- 
néraire qu'il avait préjjaré lui même avec un soin minutieux, nous 
conduisait de Tlirace en Kgypte, et de là en Palestine ; nous par- 
courions ensuite la Syrie: puis achevai, en voiture, en AV7e/- (ra- 
deau), nous allions dA!e]i à Oi't'a et à Diarliékir, de Diarhékir, 
en descendant le Tigre, à Mossoul et à lîagdad ; nous retournions 
enfin, par le désert, de Bagdad à Damas et à lieyrouth. .le n'ai 
jamais mieux apprécié qu'au cours de ce voyage les qualités qui 
faisaient de Chalanilon, non pas seulement un érudit, mais un histo- 
rien. Sa culture étendue et son excellente mémoire ne l'encomhraient 
pnint de références et de souvenirs: elles le guidaient simplement 
d;iiis cette évocation directe du passé qne nous demandions tour à 
tour :iux inscriptions et aux ruines, aux monuments et aux paysa- 
ges... La dernière fois que je l'ai vu, :i Paris, quelques mois 
avant sa mort, il ne m'a parlé que de l'Orient, réveillant en moi. 
l'un après l'autre, les souvenirs de ce voyage merveilleux. 

Des travaux par lesquels Chalandon s'était préparé à l'étude 
de ce dernier sujet, il en est qu'il a amenés à une forme presque 
définitive, comme la SigiUographie de VOrient Latin à Irpoque 
des Croisades, entreprise en collaboration avec M. Schlumbei-ger, 
et qui, nous l'espérons, sera liicTitôt achevée et publiée. D'autres 
ne .sont qu'ébauchés : c'est le cas de deux études .sommaires, inti- 
tulées l'une Le Moyen Age chrétien et musulman du V au XIII' 
siècle, l'autre Mahomet, les .inities, les Jfuns qu'il :ivait promises 
:'i M, Eugène Cavaignac pour son Histoire Universelle, et qui, dans 
son dessein, devaient être terminées en 192:}. Madame Chalandon, 
(|ui était [lonr iiotie ami. non seulement une admirable compagne, 
mais aussi une ((dlabor.itrice éprouvée, a pieusement entrepris de 
rassembler et d'ordonner, sans y faire ni adjonction ni retouche. 



FERDINAND CIIALANDON 337 

les nombreuses notes manuscrites laissées par sou mari. Nous pos- 
séderons ainsi, grâce k elle, outre une bibliographie complète, un 
Cadre exact où viendront s'inscrire à leur rang toutes les ])arties 
d'une o'uvre eousidéralde par son étendue et par sa valeui'. 

Cette leuvre, les spécialistes d'histoire du Moyen Age et parti- 
culièrement d'histoire 1)yzantine en ont déjà relevé les très rares 
mérites. Leurs jugements autorisés indiquent assez la place que 
tenait le savant et l'écrivain dans le monde de l'érudition et de 
la recherche historique. On a voulu marquer ici celle que continue 
d'occuper, dans le souvenir ému des « Romains » qui l'ont connu 
et aimé, le camarade et l'ami trop tôt disparu. 

Maurice Pernot. 



Ecole française de Rome. Mélanges 1921-1922. 



PI. Vil. 




A. ENSf-.WBLE 




SARCOPHAGE DU PALAIS FARNÈSE. 



Ecole française de Rome. Mélanges 1921-1922. 



PI. Vlll. 





.^^ 



TABLE DES MATIERES 



l,f sanctuaire île saint Lauient, par L. Duchesne 3 

Silula di teiiacotta in fonua ili cario processionale ed altri nten- 

sili délia seconda età del Ijionzo attinenti al mito solare, par 

(i. Pansa (pi. I) 25 

Etudes sur les relations du Saint-Siège et l'Eglise de France dans 

la seconde moitié du XVI" siècle: I. Rome et Poissy (1560-1501), 

par J. RosEROT de Melin 47 

Lettera inedita di Giovanni Argiropulo ad Andreolo Ginstiniani. 

par S. G. Mbrcati 153 

La basilique souterraine de la Porta Maggiore, par H. M. R. Leo- 

POLD (pi. II-V) 165 

Le développement de l'histoire de Joseph dans la littérature et dans 

l'art an cours des douze premiers siècles, par I'. Fabre . . 193 
Asklèpios et les Charités. Note au stijet d'un bas-relief du Vatican, 

par M. DURRV (pi. VI) 213 

Hercule funéraire, par .T. Bavet (pi. Vil) 219 

L'interrogatoire de Margarit, par F. Benoit 267 

Les trophées Farnèse, par M. Dijrrv (p!. VIII) 303 

Jean de Candida et le cardinal de Saint-Denis, par J. Porcher . 319 

Ad Buecheler, 634, par J. Carcopino 327 

Ferdinand ( 'halaudon. Nécrologie, par M. Pbknot 333 

Planches hors texte: I. Utensili délia seconda età del bronzo attinenti 
al mito solare. -^ II, III, IV. V. La basilique souterraine de la 
Porta Maggiore. — VI. Ex-voto à Asklèpios. — Vil. Sarcophages 
du Palais Farnèse. — VIII. Les trophées Farnèse. 



ECOLE FKANÇAISE DE ROME 

l 



MÉLANGES 



D'ARCHEOLOGIE ET D'HISTOIRE 



XL" aimée (1923) - Fasc. Ml 



PARIS 

Ancienne Librairie FONTEMOING & C= 

E. DE BOCCARD, Successeue 

1, rue de Médicis 

ROME 

SPITHOVER, Place d'Espagne. 



UN AUTEL DU CULTE PHRYGIEN 
AU MUSÉE DU LATRAN 



Au CDurs r]e travaux exécutés au Pàlazzo dei Conrertendi, qu'il- 
lustre le souvenir de Bramante et de Raphaël, et dont la façade 
s'étend, entre le Borgo Niiovo et le Boryo Yecchio, sur tout le côté 
ouest de la place Scossarnralli ', on a retrouvé, dans l'été de 1919, 
•k environ trois mètres de profondeur, un autel de marbre, dont 
la partie inférieure a disparu, et dont la face antérieure porte une 
inscription grecque, tandis que les deux côtés et la face postérieure 
présentent une série de symboles en bas-relief qui ont évidemment 
rapport au culte de Cybèle et d'Attis. M. Marucchi, qui a très bien 
vu l'importance de cet autel, l'a fait transporter au Musée du La- 
tran ■ : il en a de plus donné un commentaire assez nourri, ac- 
compagné de bonnes photogravures \ dans les Notizie degli Scari * 
et dans les Atti délia Ponf/firia Arcademia romnna di arrJieolof/ia ". 
C'est sur ce commentaire que je me propose ici de revenir, l'il- 
lustre archéologue n'ayant voulu apporter qu'un jjr/mo (nmiinzia 
de la découverte et ayant dû le faire assez rapidement '^. 

' Ces piécisions sont nécessaires, M. Marucchi, ou plutôt, jf pense, 
son typograplie (Xoihie deyli Scari. 1922. p. 81} plaçant ce palais au 
Borgo Pio. 

' Salle \, n" 247. 

^ Malheureusement tfop réduites, du luoiiis en ce qui couceine l'ins- 
cription. 

* 1922, p. 81-87. 

= Série II, t. XV, p. 271-278. 

^ Avant de commencer cette étude, qui n'est mienne qu'en partie, je 
tiens à dire ici ce que je dois: à M. Carcopino, Directeur de l'Ecole, qui 
a attiré mon attention sur le sujet et m'a libéralement confié une série de 
notes qu'il pensait mettre lui-même en «euvre ; à M. Franz Cumont. qui 



4 UN AITKI, Dr CILTK l'KKVOlEN 

L'autel a environ <)"'.75 de large, 0"',H0 de profondeur, et, 
dans l'état où il nous est parvenu, 0"',57 de haut '. Sur le côté 
droit est sculpté un arbre qu'à sa forme, à ses feuilles en aiguilles 
et à ses fruits, on reronn;iit aisément pour un pin. A ses branches 
sont suspendus, à j^auclie une syrin^e à oin(| tuyaux ", :'i droite un 
tiimpanum. et peut-être un pedum '. Au tronc de l'arbre est ap- 
puyée la double flûte : dans la partie inférieure était représenté 
un taureau, dont on peut voir encore la tête, le cou et la croupe. 

Du enté gauche est répété le même arlire, ans l)ranches du- 
([uel on voit, cette fois, d'un coté les cymbales, de l'autre le bon- 
net ])hryf;ien, qui coiffe l'extrémité d'un rameau, et la syringe, ici 
à quatre tuyaux seulement *. Au pied de l'arbre on distingue en- 
core, nuil;;ré plusieurs cassures de la pierre, la tête, le cou, et la 
croupe d'un bélier '. Ces deux reliefs sont exécutés sans élégance, 
mais avec un certain soin. 

La face postérieure di' l'autel est :n\ enntr.-iire sculptée très 
sommairement et grossièrement. Dans les champs triangulaires cir- 
conscrits par deux torches croisées en forme d'X, ou reconnaît, en 

m'a suggéré nue Iiypotliése féeon<le, et ma aidé de toutes les manières, 
mettant à ma disposition, avec une inlassable bonne grâce, les trésors 
<le sa science et de sa bildiothèque; à mon collègue et ami M. Louis 
Leschi, dont le secours ma été bien précieux, et qui a passé avec moi 
(le longues heures au Latran. pour essayer d'arriver à une lecture plus 
complète de l'inscription. 

' 0'",65, en comprenant les volutes ou coussinets ipii en bordent la 
partie supérieure. 

■ La forme à cinc] tuyaux est i-elativement rare: on cite un Hermès 
archa'Miue du musée de r.\cropole. un sarcophage du musée de Taormine, 
un autre sarcophage précisément au Latran. 

^ M. Marucchi l'affirme: Je n'oserais l'assurer avec autant de certi- 
tude. Il pourrait s'agir d'une bandelette, infnla. ou simplement de l'cxtré- 
mité du lien qui sert à soutenir le tympanum. 

* f'est là, à ma connaissance, une représentation unique. 

•■* I,a courbe qui se dessine au dessus et en arrière de la tête du 
bélier n'est pas, comme on ])ourrait le croire d'après les reproductions, une 
corne de l'animal, mais l'extrémité recourbée d'un pedum. 



AU MUSEE DU LATRAN O 

haut, une patère, à gauche un pedum, à droite une aiguière. Tout 
autour se déroule une longue guirlande, évidemment une infida. 

Toutes ces représentations, ou n'a pas de peine à s'en rendre 
compte, se rattachent étroitement au culte de Cybèle et d'Attis, et 
particulièrement à la cérémonie du taurobole. Aux branches du 
pin, l'arbre sacré de l'Ida, l'arbre qui, coupé chaque printemi>s 
par les Dendrophores, était le symbole et l'image même du dieu 
mourant, enseveli, et ressuscité ', sont suspendus ou appuj'és les at- 
tributs d'Attis, bonnet phrygien, pedum pastoral, Hûte champêtre. 
Torches, bandelettes, aiguière, patère, cymbales, double chalumeau, 
tambourin, tous ces objets avaient leur place au sacrifice régéné- 
rateur qu'achève d'évoquer l'image du bélier et du taureau. Seul 
manque l'instrument essentiel du sacrifice, le couteau. 11 parait 
donc certain qu'il s'agit ici d'un de ces autels dits taiiroholiques, 
ou comménioratifs d'un taurobole, que l'on a retrouvés en assez 
grand nombre ^ et sur les reliefs desquels prennent place, en des 
groupements variés, tels ou tels des attributs qui viennent d'être 
détaillés ici. C'est ainsi que, sur l'autel de Périgueux ^, on re- 
trouve, avec le bucrane et la tête de bélier qui sont, pour ainsi 
dire, de fondation, le pin, le pedum, les infulae, le bonnet phry- 
gien, la syringe ', les cymbales, le doul)le chalumeau, l'aiguière, 
la patère: il ne manque que le tyrapanum, et encore faut-il sans 
doute le reconnaître, suspendu au pin, à côté du pedum '. 

Mais, ;\ côté des bas-reliefs, il y a l'inscription, dont le sens 
se laisse saisir avec moins de facilité. Cette inscription couvre en- 



' (^'fr. Griaillot, Le culte de Cybèle, Mère des Dieuj; cli. III. 

' Voir la liste dans Graillot, op. cit., p. 1.Ô9-160, eu note, et 167 
171, également en note. 

^ Cfr. Espérandieu, Keciieil général des bas-reliefs de la Gaule ro- 
maine, II, n° 1267. 

■* Ici à sept tuyaux, ce qui est un type fréquent. 

^ L'autel de Périgueux montre en outre un buste d'Attis sur un petit 
autel, et le poignard à crochet, harpe, instrument rituel du sacrifice. . 



(l UN AUTKh I>r UrLTE PIIKYGIEN 

tirriMMiMit la face aiiti'riciirf de l'aiitel. sauf l'espace occiipé par la 
moulure qui l'encadre '. Dans l'état actuel, elle se compose de six 
vers grecs à peu près complets, au l>as desquels on peut déchif- 
frer quelques lettres d'un se pticme vers. A et- dernier devaient 
faire suite un. trois ou ciiu| autres, car la disposition même de 
l'inscription, où les vers 2. 4, (> sont gravés en retrait, montre que 
l'on a affaire à une série de distiques. La lecture n'en est pas très 
aisée, le marl)re étant en assez mauvais état, les lettres souvent 
assez serrées et peu profoiidéincnt gravées, les mots enfin se sui- 
vant sans aucun intervalle "'. \'oici celle que donne M. Marucchi, 
avec les suppléments qu'il propose ^, 

"Kpya voov îrpr;;'.^ [iiov îço/ov É'tQaz zjottzvtz * 
Ila[[x0'j]).to'j :rpa-;;iXw[vJ to'jto "pépw to OOy.a 

"0; o[i]; 77«Xîv(ij3'7<Jv £t:' IvJp'jêiriV -y.'K'. TaOpov 
"llvxyz /.y.'. xpïLov 7'jy.ê&Xov îÙT'jyt"/;; 

'0/.TW vàp Âu/.âf-jxv-a; iTz' ôï/.[o](7'.v -^pîaiovTx; 
Nûy.Ta XtxiTxei^àTa; aù9i; £9y)/.£ cpâo;. 

Kt voici la trailuctiim ciuil en donne: 

« Le opère, i pensieri, gli atti, sono utili prima di ogni cosa 
a rendere eccelleute la vita. lo ara porto questa sacra uflerta di 
l'.-untilio, il quaic duc voltc conduase ad Kiiriliia nuovamente re- 



' Le champ laissé lilnc pom- l'iusciiiition niesiire eiivirou 0"' -41 de 
large, sur 0'" 61 de haut jusqu'à la cassure de la pierre, La hauteur des 
lettres varie de 0'" 025 à 0™ 035. 

' L'inscription reçoit le Jour de face, de sorte que l'éclairage en est 
très mauvais: ou peut s'aider heureusement d'un assez bon estampage qui 
est dans la même salle, près d'une fenêtre. 

= Atti, XV, 275. et Xotinv. 1922, «6. 

•* llps T»>(Ta dans .1»/. C'est sans doute une erreur typographique; il 
y en a quelques antres au point de vue de l'accentuation. On peut se de- 
mander aussi ponr(|uoi, dans les ,1/^', tous les vers, sauf un. commencent 
par une minuscule, alors ({ue dans les Xothie, tous, sauf un également, 
commencent par une majuscule. 



Ar MC'SÉB DU LATRAN 7 

trocedente il toro e Tariete sirabolo di félicita. I cessanti vent'otto 
anni disperdeudo la iiotte niiov^amente ripose la luce ». 

II faut avouer que cette traduction réclame un commentaire. Il 
est donné par Texcellent helléniste qu'est M. Comparetti, dans une 
lettre que publie aussitôt après M. Marucclii. Mais ce commentaire 
commence par ruiner l'interprétation du premier distique, et par 
y substituer ce qui me parait être la véritable traduction. Celle 
que Ton vient de lire, en efîet, n'est pas soutenable un instant, 
d'abord du point de vue du grec: s'il est ditticile d'admettre une 
coupure après le premier vers d'un distique, et surtout du premier 
distique, il est tout à fait impossible de considérer isolément cette 
suite de mots à l'accusatif, qui ne sont appuyés par aucun verbe 
ni par aucun sujet, et Je renonce à comprendre comment M. Ma- 
rucchi a pu en tirer la phrase qu'il nous présente. Il faudrait en- 
core la repousser, cette phrase, au point de vue du simple bon 
sens: qu'est-ce en effet que cette vie, que les œuvres, les pensées', 
les actes servent ;'i rendre excellente, mais qui, par conséquent, pour- 
rait être considérée en dehors de toute pensée et de toute action ? 
Qu'est-ce autre chose qu'une entité absolument vide de sens? Aussi, 
sans s'attarder plus lonjjtemps sur ce qui ne peut être qu'un lapsus, 
la seule traductimi (|u'il faille considérer est celle qui se dégage 
du commentaire de M. Comparetti, et du rapprochement intéressant 
qu'il fait avec une autre inscription taurobolique : 

« Poichè il monumento consiste in un'ara cou sopra i due lati 
scolpiti i simiioli del taurobolio e criobolio, chiaro é il signiticatu 
del primo distico, nel quale l'autore dell'epigrafe, riconlando le 
squisite virtù dell'anima del defunto Pamfilio, nelle opère, pensieri 
e atti, ci dice essere questa la sacra otïerta sacrificale, 6Civ.x, che 
egli apporta su quell'ara : concetto questo che va ravvicinato a 
quanto si dice neiriscri/.ione dedicatoria Orelli Henzen n. 1900" 

' Et le grec dit -''-ov, donc la pensée. 
^ C'est -idire C. I. T.., VI, 499. 



" UN ai;tel du culte phrygien 

« Taurobolio priobolioqiie pf-rfccto . . . iliis .-iiiimac suae tnt-nti!>que 
cnstodibus aram dicavit >> '. 

Pour les autres distiques, M. Marucclii et M. Comparetti sont 
parfaitement d'accord. IJtiii/bia. ("est la Plirygie, où Pamphylios 
est allé offrir deux fois le taurobole et le eriobole. Son sacrifice 
fait, il voit, du vaisseau qui le ramène vers Rome, les côtes phry- 
giennes s'effacer de nouveau à l'horizon (Tua^f/opiov): image in- 
génieuse et poétique, tmp ingénieuse ))fut-étri'. et, même pour ce 
texte en vers, trop poétique. Au retour de son second voyage, ses 
années s'arrêtent (vipsaîovTa:) ; il meurt à vingt-liuit ans, la nuit 
se disperse, et de nouveau brille pour lui l'éternelle lumière. Ainsi 
l'inscription serait, non point dédicatoire, mais funéraire °, et ne 
commémorerait ((uc d'une façon tout à fait indirecte un sacrifice tau- 
robolique. 

Avant de discuter cette traduction et cette intcrprétatinn, il 
faut signaler que la lecture faite par M. Marucchi et M. llallilierr, 
et les suppléments proposés par eux, semblent devoir être rectifiés 
sur quelques points. Au début du vers 2. on lit très nettement, 
non point II A, mais TA: le Jambage de l'A pénètre assez avant 
sous la barre du F, et la comparaison avec r.zo-y.'i-y. dn vers l 
et rr.'y.yz du vers 4 ne peut laisser jjlace à aucun doute. Le nom 
de l'initié n'est donc pas Pamphylios. Il fant peut-être lire Vv.- 
[u.zJawj, d'autant mieux qu'avant le A il semble bien que l'on 
distingue deux jambages obliques qui conviendraient parfaitement 
à un A. (Jamalias est un nom rare, il est vrai, mais oriental ^, et 
que pouvait par conséquent fort bien porter un disciple de la Grande 
Mère. 

' Atti. XV, 275. 

- On a vu plus haut que M. Couiparotti i);irle du « ilefunto > Pamphy- 
lios. M. Maïucehi dit expressément (.4 »;, XV, 274) (|iie réminent helléniste 
• giudico per prima cosa clie l'iscrizione non è dcdieatoria. ma funèbre ". 

' On le trouve sur une monnaie de Pergame (cfr. -Mionnet, Descrip- 
tion de médailles nni/gMes. siippl.V, 427 fMysie,92471)à l'etfigie d'Auguste. 



AU MISEE DU LATRAX It 

Ceci est d'ailleurs de peu d'importance. C'est assurément par 
le nom de l'initié que débute le vers 2. Qu'il s'appelle Garaalias 
ou Pampbylc, Iç sens de l'inscription n'en est pas changé le moins 
du monde. Il en va tout auti'enient du début du vers 3, où M. Ma- 
rueolii lit : <.< o: f)[',]: rrzAÎvop'TOv ... ». On voit nettement sur le mar- 
bre, en effet, ^ et ;; mais entre ces deux lettres, l'espace est as- 
sez grand pour en loger trois ou quatre, et non pas une. On pour- 
rait piMiser. il est vrai, que. la pierre étant en cet endroit en mau- 
vais état, le lapicide aurait négligé un certain espace, pour re- 
prendre la gravure sur une partie meilleure : il aurait, en somme, 
laissé un « blanc ». et le t'ait se rencontre plus d'une fois en épi- 
gra])hie. Mais une autre oljjection vient renforcer la première. Si 

on admet le i)i:, on est obligé de scander -y.Atvop'T&v — u, 

autrement dit de donner à TriAiv la valeur de deux longues, alors 
que sa valeur réelle est de deux Itrèves, et qu'il se retrouve, avec 
l'ctte valeur de deux brèves, dans le même vers. Ces différences 
se rencontreraient difficilement déjà dans une pièce où les négli- 
gences de prosodie seraient continuelles: dans cette inscription qui 
est, par ailleurs, d'uue correction presque parfaite ', elles sont pu- 
rement et simplement inadmissibles -. Il faut donc rejeter le Si;, 
et trouver une autre lecture. Un examen attentif de la pierre per- 
met de distinguer assez nettement, après le A, deux hastes verti- 
cales, qui pourraient être les jambages d'un M. Près du C, on dis- 
tingue vaguement le lias d'une liaste. Ces traces peuvent autoriser 
à lire AHOVC; mais ce ne saurait être qu'une conjecture. Une 
autre lecture bien tentante serait AITIC. Mais nous n'avons en épi- 
graphie aucun exemple de ce nom transposé en grec. 

' Je n'ai relevé qu'une seule faute de quantité, au vers 2, où la 
première syllabe de Oîy.a est comptée pour une brève, alors que, régu- 
lièrement, elle est longue. Encore faut-il noter que, si la première syllabe 
de Oju est longue au présent et à l'imparfait, elle est brève à l'aoriste, 
de même que celle de ii-jih. 

- Il faudrait en outre faire de ou une longue. 



10 fN AI'TEI, Dr Cri.TK l'IlKVOIEN 

Pour les ver» 4, 5 et 6, la icetiire de M. Marueclii parait exeel- 
Icnte. Ije septième vers, très mutilé, laisse pourtant encore apercevoir 
quelques lettres, mais ilont Je ne réussis à tirer aucun sens. Voici, 
en résumé, la leçon et les suppléments qu'il semble falloir proposer: 

"l'ipyz 'l'j'j'i 7:i-/i;iv fiiov îi'y/yi ii^'i.r -jo-avTz 
\'y['j.y.\i.wt -py.r:'.S(.j[v] tojto oîooj to H~j<j.y. 

"0; A[/,''/jJ; nzA'.vop'ïov à-' V,j-y/'y.i\'i T.rK: txO;ov 
"lly^Yî /-z'. v.iî'.ov 'î'jv.ooAov îjT'j/_îr,:. 

'0/.TW vas ).'jy.2!^y.vT5:; é-;r' îîx.07'.v vipî'/îovrz; 
>j'j/.ry. rt'.yjXcàâ^a: 5:00'.; ïO/i/.î ozo: 

.../,x.['j| [vJ'>o; r,;.>.(ôv 

Il nv :i pas à revenir sur le sens des deux premiers xava, 
qui parait liien être celui qu'indique dans son commentaire M. Com- 
paretti. Seul doit être chauffé le nom de l'initié. Mais, pour le 
vers 3, et sans mêuu' tenir CDiiipte de la nonvelli' Irfturc projrosée, 
il est permis d'élever des doutes. Tour (|ue l'on puisse voir les 
côtes phrygiennes s'etfaeer à l'horizon, il f;uidrait .-iv.mt tout que 
la Phrygie eût des cotes. Or, un coup d'œil sur une carte suffit 
pour se rendre compte qu'au III'' comme au IV siècle, la Phrygie 
était séparée de la mer par l.i Pampiiylie et la Pisidie, la Lycie, 
la Carie, etc. Mais d'ailleurs, pourquoi le mot K'jp'j^ji"/) signifierait-il 
Phrj-gie ? Ce nom est employé par Hésiode, à deux reprises', 
comme celui d'une fille de Pontos et de Gaia. Hésiode nous ap- 
prend qu'elle av.iit un cuMir d'airain, et quelle eut des enfants du 
titan Krios ''. Une autre Rniyliia était une Amazone, t\\w tua llé- 
raklès ^. Une autre était tille d(^ Thespios '. Itien. dans tout cela, 

' Hés., Tbéog., 23!», 375. 

' On est tenté d'abord d'aftaoliei- une importance particulière à ce 
nom à propos d'une inscription où il est question de riiohule. Mais il ne 
faut voir là qu'une coïncidence. 

' Diodore, 4, Iti. 

* ApoUodore, 2, 7. s. 2. 



AT MISÉE I)l' LATlîAX 11 

qui rappelle le moins du inonde la Plirygie ', et Je ne vois pas 
sur quoi M. Comparetti a fondé cette interprétation. 

Mais V.'jyj'oirr' pourrait être l'aociisatif, non point de KJp'jêt'a, 
mais de Ivjpjêir;; -, qui est à peu prés l'équivalent grec du latin 
omnipotens. Ce serait donc vers le Tout-Puissant ^ que Gamalias 
aurait conduit taureau et bélier, c'est-à-dire, bien évidemment, vers 
Attis:^ et l'épitliète de -XAiv^pcov, traduction grecque de resur- 
(jeutem. doit être aussi rapportée an même dieu, au dieu qui, clia- 
que année, après que ses fidèles l'avaient pleuré et mis au tom- 
beau, triomphait de la mort au jour des Htlnria ". Quant à AïioC;, 
(in sait quels liens étroits unissent Démèter ou Deo et Cybèle": 
un texte de Clément d'Alexandrie montre qu'on allait jusqu'à les 
identifier '. On peut seulement se demander s'il faut rattacher A/;oij; 
à TzOpov et à x-p'/jv, et alors il y aurait là une allusion à quel- 
C|ue tradition inconnue *■, ou s'il ne faut pas traduire « le resaus- 

' On peut ajouter ([u'un initié qui ani-ait fait deux fois le voyage 
de Phrygie pour se faire taurobolier eût montré un zèle peu commun. Nous 
savons que Julien, marchant contre les Perses, se détourna de son che- 
min pour voir Pessinonte: mais il n'était pas venu de Rome pour cela, 
("est à Rome même que les Romains recevaient le taurobole : point n'était 
besoin d'aller en Phrygie. 

' C'est M. Franz ('nniont qui m'a suggéré cette hypotlièse et la tra- 
duction qui eu découle, et qui, me semble-t-il, emporte la certitude. 

'' On trouve iOpjS'.r; accolé comme épithète à plusieurs noms de di- 
vinités: à Poséidon (Pindare, 01., 6, 58): à Hadés (Juliani Aeg., Anih. 
2ml.. VII, 599, 6); à Apollon {ibid.. IX, 525. ti). 

* Omnipotens est une épithète fréquente de Cybèle et dAttis. Cfr. 
Graillot, op. cit., index : omnipotentes. — C. I. i., VI, 509, autel dédié 
♦ 'Attîi 6' 'ji]/ioT9 zai ouvj'ysvTi to tiîv ». — Keil et von Premerstem, Zweite 
Heise, 1911, p. 110. n. 211: « Kl; ô^i; i-' îùoa-'sT; un-^a; m-i oOpàvts- y.Efi>,Ti 
ôjvay.i; To3 àfiai-aT:v S-iO » (ce dernier rapprochement m'a été fourni par 
M. Curaont). 

5 Le 25 mars. Cfr. Graillot, op. cit., 131-132. 

'■ Cfr. Graillot, op. cit., 156, 178-179, 516. 

" Clément d'Alexandrie, Protrept.. II, 15 (Dindorf.i. Cfr. Graillot, loc. 
cit. ; Hepding, ylMîs, 31; voir aussi Proclus, In Platoni rempuhlicam eomin., 
éd. Kroll, I, 125. 

" C'est l'avis de M. Cnmont. 



12 UN ACTEL Dl' CII.TE l'IlKYGIEX 

cité (le Deô », ce qui neniit une farmi |ilu8 iwtU- encore de dési- 
gner Attis '. 

Reste le dernier disti(|iic, où M. Mariicclii it M. ('omi).intti ont 
voulu voir la mort de l'initié ;ï vingt-liuit ans, et son entrée dans 
la béatitude éternelle. Pour cela, il a fallu traduire -/ipîiy.sovTK; 
par « eessanti, arrestatisi », et M. Comparetti retire même de ce 
mot rimpresaiori d'une mort subite ^ Mais -/ipEt/.Éw parait liien ne 
Jamais si;^iiilier antre ciiosc- que <,< être paisible, tranquille, rester 
eu repos ». C'est par essence un verbe qui, pour parler comme les 
vieilles grammaires, exprime un état, et point du tout un change- 
ment ^. 11 est donc questinii ici d'années paisibles et non d'années 
qui finissent brusquement. Ajoutons que la traduction de M. Ma- 
ruechi fait trop bon marché de la préposition ir.i, qu'elle supprime 
purement et simplement. I^e sens n'est donc pas. à couj) sûr. eelni 
(lu'ont admis les deux érudits. 

Mais (lucl est-il Mo ne me flatte pas de l'étaldir avec certitude. 
Un mot-à-mot conscieucieu.x parait ne pouvoir aboutir qu'à la tran.s- 
position suivante: «En effet, ayant dispersé la nuit.il j-établit la 
lumière pour vin;;t-linit années ])aisiblcs»\ Or cette plirase ])rend 
un sens, pour peu que l'on se souvienne des croyances des fidèles 
d'Attis et de Cybèle. Le baptême sanglant qu'était le taurobole 
n'avait ((u'une efficacité limitée. L'initié, an bout d'un certain temps, 



' On voit que la lecture Aiti; s'cxi)li(iuerait d'elle-même et donnerait 
à l'interprétation du vers une certitinlc liien séduisante: «celui qui est 
revenu de chez Pluton ». 

' Aiti, XV, 276. ♦ Seml)ra clie morisse improvvisamente, al termine 
del suo seconde viaggio, forse nel viaggio di ritorno ». 

' C'est e.\actemcnt le latin (juiesco. Sextns Empirions oppose r.fE^sîi 
à ■nkfazTsaHoLi (712, 15). 

* M. Cnmont, qui m'a proposé cette traduction, à laquelle j'étais ar- 
rivé de mon côté, cite pour le sens de Èai, Thuc., III, ti8 « èti Sixa 
sTr, ., et Xén., Anab., VI, 6, iitj « i-i Tfsî< iiaipa; .. On pourrait multi- 
plier les exemples. Peut-être un autre uiot-à-uiot serait-il valable, qui 
dissocierait o/.tm et sî/.ioii; mais je n'ai pu aboutir de ce côté. 



AU MrSÉE DU I.ATRA.N 13 

devait se racheter de iionveau : un nouveau taurobole était néces- 
saire pour retrouver « l'état de grâce ». La durée de cette période 
d'« immunité » jiarait bien, il est vrai, avoir été de vingt ans et 
non point de vingt-huit '. Mais ne peut-on admettre que dans cer- 
tains cas, et après un second taurobole, par exemple, cette période 
était plus longue •, ou que le eriobole avait aussi une vertu purifi- 
catrice dont la durée s'étendait à huit ans? D'ailleurs, si quelques 
textes parlent de vingt ans, d'autres parlent d'une régénération défi- 
nitive ■^. 11 semble donc que le chift're de vingt ne soit pas exclusif. 
Cependant, tant que d'autres textes ne seront pas venus appuyer 
celui-ci, le sens proposé ici ne saurait être considéré comme certain. 

Pour résumer et conclure cette trop longue discussion, voici à peu 
près comment il faudrait, semble-t-il, traduire ces quelques vers: 

« ,1e porte comme offrande les œuvres, la pensée, l'action °, la 
vie supérieure *, toutes les vertus de l'.àme de Gamalias, qui au Tout 
Puissant Ressuscité [de Deoj, a dtnix fois amené le taureau ' et le 

' Cfr. InreHi carmen contra jxtganos. v. ti2 (Hepding, op. cit.. 61): 
• Vivere cmn speras viginti mundus in annos ». — C. I. L., VI, 504 et .012. 

* Aj"!',; prouve bien qu'il s'agit ici seulement du second taurobole. 
^ CI. L.. VI, 510 et 733: < In aeteinum renatus,.. > « Renatus in 

aeternum ». 

* Pour Hippocrate, le chitïie vingt-huit avait une particulière impor- 
tance: « Hippocrates medicus in septeni gradus aetates distribuit. Finem 
primae putavit esse septiuium annum, secundae quartum deeimum, tertiae 
duodetricensitmon . . . y (Censorinus, De die natali, XIV [Hultsch, 25, 2]). 

Vingt-huit est d'ailleurs un multiple de sept. On sait la valeur 
(pravait ce chiffre dans l'astrologie et la magie pour l'évahiation de la 
durée de la vie. Cfr. Firmicus Maternas, il/'irt. (Kroll) I, 25fi, 17: < Sane 
extra cetcros climaeteras etiam septimi .anni et noni per omne vitae tem- 
jius inultiplicata ratione currentes naturali quadam et latenti ratione va- 
riis homineni periculorum discriminibus scniper afficiunt,.,». Et Censo- 
rinus, op. cit., 26, 16: « Unde apparet, ut in morbis dies s>^ptimi suspecti 
sunt et crîsimic dicuntur, ita per omnera vitam septiuium quo(iue an- 
num periculosum et velut crisinion esse et climactericum vocitari». 

= Il est difficile de différencier nettement l^-^a et -pÀ^w. 

® C'est la vie de l'initié. 

" Ou peut-être: «le taureau de Deo ■. 



14 l'N AITBI- l>|- (.Ml.TK l'IIHVGIEX 

l)élier, gage du lioiiliciir. Il ;i, en effet ', dispersé la nuit, et, pour 
vingt liuit années de paix, rétabli la himière du salut»'"'. 

Il n'y ;i (l(pne ici rien de funéraire, et il s'agit d'une inseription 
dédieatoire. Mais le caractère en est assez singulier. Faite pour com- 
mémorer un taurobole, elle n'eu prononce même pas le nom. A la 
iii-e, 1111 ne se douterait guère qu'il s'agit d'un rite barbare et gros- 
si(!r; à peine soup(,-oiinerait-on un sacrifiée sanglant sous cette pé- 
riplirase: tkOsov Ti'iy.'^'z '. Au reste, ce n'est pas de ce sacrifice (|ue 
le dédieant fait lunninage à la divinité: il lui consacre, comme la 
seule chose vraiment digne d'elle, l'âme régénérée et parée de toutes 
les vertus que le i-(juge baptême a fait iiaitn-. La pensée s'est dé- 
gagée de la grossièreté du rite et s'élève bien au dessus: elle est 
toute imprégnée de spiritualisme et d'idéalisme; on y retrouve presque 
comme un éclui affaibli des paroles de l'adiniralde psaume: 

« Quoniain si voluisses sacrificium, dedisseni utique: lioloeaustis 
non ileleetaberis. 

» Sacrificium Oeo spiritus contribulatii^; : cor contritum l't liumi 
liatum, Ueus, non despicies » ■*. 

Sans doute, les inscriptions nous ont laissé d'autres exemples de 
cette transformation du culte plirygieii, surtout au IV' siècle, de cette 
superposition d'idées morales et de toute une tlié(dngie spiritualiste 
;nix pratiques du matérialisme le ]ilus bas '. Cette épuration du culte, 

' ;\I. Manicchi ne traduit pas le ^ip. Ce mot paraît introduire l'expli- 
cation du premier vers. C'est parce que l'initié s'est assuré la grâce que 
sa vie est pure et jiarfaite. 

- C'est le double sens de ï>'";. M. (^omparetti rapproche ce mot île 
la formule clirétienni!: • Lux perpétua liice:U eis ». Oui, à condition dé 
carter le sens funéraire. Cfr. Firm. Mat., />c errore prof. reZ., XIX: « .\iTjs 
•àvi <i)'3; » et aussi • 6rxa; 'jio;[w] lii^a; rpw; > (K. 262, 6). 

' De iiiënie. sur les l)as-reliefs de rantel. la hnrpr n'est pas leprc- 
seiitée. 

* Ps. .50. I7-l,s. 

^ Dittenberger, iSylloge ■' n"!t85: « "AfOiGTi; r.rt: i-^i'là: ôtavcia; -;i-Tt5 
iiopidt y.n: -vjiai;i ». — ('. /. T^. VI, 499 •• diis animae suae nientisque custo- 
dibus...» XII, 1277: • Helns fortnnae rector nientisque magister ». 



AU MUSÉE nu LATKAX 15 

SOUS l'influence des idées courantes, de doctrines mystiques comme 
les mystères d'Isis et d'Eleusis, et peut-être aussi du christianisme, 
qu'il fallait comliattre par ses propres armes, est déjà connue '. 
Mais nulle part elle n'est aussi marquée, nulle part n'est aussi dé- 
veloppé l'élément moral. 

J'ai ])arlé du IV'' siècle. A dire vrai, rien ne permet de donner 
à cette inscription une date précise. M. Marucclii penche pour les 
premières années du IV% ou peut-être la fin du III' siècle, à cause 
de l'emploi de la langue grecque '. Mais il n'y a pas à appliquer 
ici les règles de l'épigraphie chrétienne. Les-deux inscriptions grecques 
datées du culte de C.ybèle qui ont été retrouvées à Rome sont au 
contraire de la tin du IV'' siècle '. M. Graillot * estime que la rédaction 
des dédicaces en langue grecque, voire même en dialecte ionien ', 
et en vers, est un des traits de cette affectation d'archaïsme dont 
.luHen a donné l'exemple, et qui marque particulièrement les der- 
niers temps du paganisme. Les tendances idéalistes qui viennent 
d'être relevées donnent une impression analogue. Mais il ne peut 
s'agir ici que de probabilité. 

En tous cas, et quelle qu'en soit la date exacte d'érection, cet 
autel doit être rapproché de ceux qui ont été découverts dans les 
mêmes parage.s, au début du XVH' siècle, et dont les inscriptions ont 
été conservées par Grimaldi ''. Tous sont évidemment en relation avec 
le Plirtifiianum, le grand temple de la Mère des dieux qui, ju8qu''à 
la fin du IV'' siècle, lutta, sur la colline du Vatican, colline sainte 

' Cfr. Graillot, op. cil., 543. 

- Atti, XV, 278. 

^ C. 1. L. VI, 509. (370). Ihid. 30966 (377). 

* (iiai)lot, 0}i. cit.. p. 550. 

'■' Ce qui est précisément le cas de celle qui nous occupe. Les mots 
qui y sont employés semblent presque tous tirés d'Homère ou d'Hésiode, 
de même que certaines expressions comme, ;Sr,/.= -iic;. (Cû: Iliade, VI, 5-6). 

^ Elles sont reproduites par Marucchi, ^Ȕ, XV', 276-278. Mais on les 
trouve au Corpus, VI, n"* 497-504. Deux seulement de ces autels sont 
encore existants; l'un (n" 503) est au Capitole, l'autre (n" 497) au Louvre. 



16 l'N AUTEL DU CULTE l'HKVlilKN 

pour l(;s doux i-cli;?ii)ii.s, (Mintrc le christianisme. L'eniplacwneut de 
cp Piiryf^ianuin. dont parli'iit les rù^ionnaires du IV* siècle, n"e8t 
I)as coiiiiu avi'c pivcisioii '. Les autels découverts au XVH" siècle 
l'ont été à langle sud-est de la façade de S' Pieire, et au palais 
Cesi ■■'. Mais s'agit-il, comme on l'a cru Jusqu'ici, du palais Cesi qui 
se trouve derrière la colonnade, entn; la rhi tlel SanfUflizio et 




1. Palazzo dei ConverteuUi. 

2. Bases d'autels trouvées dans le cirque. 



'à. Palazzo Cesi. 

4. Palazzo Cesi . in Egii<to ■ 



la strmJa deUi' Catenc*. Ne serait-ce pas plutôt de celui (|u"a\aient 
acheté, une (|Mar.intaine d'années plus tôt, Anjrelo et Pierdonato Cesi, 
« in borgo Veccliio » ? Ce dernier emplacement .serait singulière- 
ment proche de celui où a été trouvé notre autel. Et précisément, 
ce palais est dit s'élever « in luogo detto Egipto » ^. N"est-il pas 
tentant de voir là le dernier et vague souvenir de la céléhration. en 
ce lieu même, des mystères orientaux, qui, à travers tout le Moyeu 
Age. aurait atteint le X\"r siècle? 



' Cfr. Duclicsne, Vaticana, Mél. d'arcli. et d'hi^t.. 1!I02, 8: Joidan- 
Huelsen, Topographie, I, 3, 659. 
2 C. /. i., VI, p. 93. 
^ Lanciani. Storin dejili scai'i, IV, 108. 



Al Mr.SÉE Dr I.ATKAX 17 

Tout ceci, il f:iut le reconuaitre, est liypotlièse. et hypotiièse fra 
gile. Les autels trouvés dans les fondations de S' Pierre n'étaient 
pas i» situ. Brisés pour la plupart « cnn mazzi di ferro ». ils 
avaient été jetés là. nous dit Grimaldi ', « in disprezzo di qiiesta 
idolatria, uno sopra Talti'o ». Ceux du palais Cesi, où qu'ils fus- 
sent, ne devaient pus être non plus à leur emplacement primitif. 
Le notre l'était-il davantage ? Rien ne le prouve, quoi qu'en pense 
M. Marurclii " : la partie inférieure en eût été retrouvée. Cependant 
les uns et les autres n'étaient pas, sans doute, très éloignés de l'en- 
droit où ils avaient été érigés, car il n'est pas vraisemblable que 
les chrétiens qui les ont brisés en aient transporté les morceaux à 
de grandes distances '. De cette dispersion, on est donc en droit de 
conclure que le Plu-ygianum. dans le voisinage immédiat duquel 
tous ces autels devaient se dresser, occupait, avec ses dépendances — 
baptistère, etc. — une étendue de terrain considérable. Peut-être aussi 
la découverte du nouvel autel devra-t-elle conduire à cliercher l'em- 
placement du Piirygianum plus à l'est qu'on ne l'a fait jusqu'ici '. 

Si minces, si incertains que soient ces renseignements, il en faut 
pourtant tenir cunipti'. L'autel du pàluszo dei Conrertendi ne peut 
les donner que si l'on admet qu'il est commémoratif d'un tauro- 
l»ole, et non funéiaire ". L'objet de cette étude a été d'essayer de 

' Cfr. C. I. L.. VI. ],. 93. 

- Atti. XV, 272. 

^ Les autels trouvés dans les fondations de S' Pierre avaient été Jetés 
dans ce qui restait du cirque do Xéron, abandonné depuis que la basilique 
en occupait le côté nonl. Mais c'est évidemment en dehors du cirque qu'il 
faut cherclier lenii)lacement du Phrygianuni. (Cfr. Duchesne, Vatirxoin, p. 8}. 

* Vraisemblablement dans l'espace compris entre la via Cornelia (ou 
l'ortica Sancti Pétri) au nord, la via Septimiana à l'est, et la via Aurélia 
Xova (?) à l'ouest. 

"' Aussi comprend-on mal le parti i|u"essaie d'en tirer, au point de 
vue topograpliique, M. .Marucchi. Il n'y a aucune raison, si on considère 
lé monument comme funéraire, de le mettre en relation avec le Phry- 
gianum. Pure co'incidence, si ce tombeau, placé le long de la via Cor- 
nelia, est voisin du temple de Cybèle. 

Mehtiiiiejt d'Arch.et ri'IlM.KHa. 2 



18 L'S AITEI, Dr CII.TE l'IlBtVCIEN 

le démontrer, d'essayer aussi de donner de l"insfripti<pn une expli- 
cation plus fidèle et peut-être plus elaire. Mais liien des points en 
eore demeurent obscurs. Moins lieiinux (|iii' l'initié, jf m- puis 
prétendre avoir entièrement dispersé la nuit, <•! rétaldi jtartont la 
lumière. Sonliaitons qu'elle n'ait pas à attendre vinjrt liuit ans pour 
briller de tout son éclat. 

J'iKURK F.abue:. 



HERCULE FUNERAIRE 

(Snite et fin. of. t. XXXIX'. tas.-. IV-Vi 



IV. — Symbolisme Dio.n'ysi.^que (suite): 
Hercile et les Centaures. 

Le groupe le plu;* iiuportaut des sarcophages liéraeléeus, après 
ceux des « Douze Travaux » et du « Repos Dionysiaque », est celui 
des « Centauroraacliies ». Rien de plus étrange, au premier abord, 
que de voir une telle représentation choisie comme sujet funéraire, 
parmi tous les pairrija du héros. Car les Centaures ne sont pas 
des hommes, et leur extermination par le héros ne semble pou- 
voir prêter à aucun symbolisme religieux. 

Xous voulons ici chercher à nous rendre compte: 1" à quel 
ensemble de légendes et de monuments se rattache cette représen- 
tation: 2° si elle a pris, à un moment donné, un sens funéraire 
précis; et sous quelles influences. 

Ces questions demeureraient insolubles, si nous n'avions dès main- 
tenant un guide: le caractère dionysiaque des Centaures. 

Leur nature n":i pas au fond varié pendant tout le cours de 
l'antiquité classique. Fils d'Ixion et de la Nuée, Nephela, selon 
Pindare ', c'est-à-dire, suivant sa propre expression, assimilés aux 
«eaux des orages célestes» ". ils deviennent seulement plus vo- 
lontiers, semble-t-il, vers la fin du paganisme, les fils des « Hya- 
des humides », filles du fleuve Lamos ' ; c'est-à-dire des formes 

' Pindare, Pifth., II, 66 et 79 sqq. 

2 Pind., 01., X, 2 sq.: lùpaviwv uoiTùi-, iy-Ksw-y, jrœiS.,,-, .\t*ï>.a;. 

' Xounos, Diont/s., XIV, 143 sqq. 



20 IIKUCII.K KINKKAIKK 

(les ciiiix IfiTcstres. Uiio .-iiitru rMce de CentaurnB a d'aillpurs 
('■ti' ))i-iirlnit(' par la spiiiciicf timiliéf à terre de Zens poursuivant 
Aplirorlite ' : et ce mytlie, à (Irfaiit d'autre mérite, a celui de 
iMiueilier l'origine rhthovinme et l'origine c'ieslt' attriliuées siieceB- 
siveiiieiit aux Centaures'. An surplus, les noms que les Anciens leur 
(loniKMit évoquent souvent cette nature aquatique et chthonienne ^. 
Il n'est donc pas étonnant qu'ils aient été de très lionne heure liés 
à Dionysos, dieu du principi' luimide et dieu souterrain*: traînant 
son cliar. jiortant même le dieu '" que leurs mères ont sauvé de 
la colère d'iléi-a ^: sujets :'i s'enivrer aussi bien que les Satyres dont 
ils reproduisent certains traits physiques ■ et ])arfiiis même leA 



' Nonnes. Dionys., Xl\, 19."! sqq.; XXXII. 72. 

- Cette légende peut être une création fantaisiste de Nonnos lui-même 
(Betlie, Pnnhi-'W'isnova, s. v. Kenlmtren, col. 173): elle n'en reste pas 
moins expressive, i)ar sa signitication voulue. 

■* La liste la plus longue dans Ovide, .Wtnm.. XII, 210 sqq. Outre 
les noms à signification géograijluque (ex.: Ilélimns. Ménalée, Riiiliée) 
ou guerrière (Areus. Antiniaque. Bianor. Dêmoléon. Doiylas. Stiplielus. 
Térée), (pii ne nous intéressent pas ici, les plus nombreux ont un sen.s 
aquatique (Cyllarus ?, Cyniehis. Cliromis, Creneus. Eurytns. Hêlops. Opliio 
née, Petreus) ou souterrain (Brouius, Erigdupus?. Cbtlionius.Dictys ?. Eu- 
rynoniiis). Dans Nonnos. qui ne donne que douze noms de Centaures, on 
trouve: Kétens, l'étraios, Spargeus (D/ohj/s.. XIV, 1«7 s<|i|.) de significa- 
tion aquati(pic. Sur un Canthare attiqiie de Vulci (Berlin, n. 1737: fig. 
dans Gerhard, ?Jtr. Camp. VnxetthiM., pi. XIII. 1-3", l'un des trois Cen- 
taures se nomme encore l'étraios. 

* Le Centaure Bromus. d'Ovide, rappelle Dionysos Bromios. 

' Nonnos, 7))'ohi/s.. XIV, 2fi4. 

'' Les Nymphes fluviales, filles de Lamos, reçoivent Dionysos enfant 
(Nonnos. Jh'ovps., IX. 28: XLVII. <î7s). if en ])unition sont frappées de 
folie par Héra (Id.. ih.. IX. .3S}. 

" Les Centaures-Phères de Nonnos {iJwu.. XIV, 171 scjq.) ont la qneiie 
de cheval comme les Satyres, mais les cornes de taureau, comme Dio- 
nvsos lui-même. — On trouve des Centaures îi face de Satyre ou de Si- 
lène sur des vases grecs importés en Italie, et représentant la lutte d'Ilé- 
raclés contre les Centaures: a) Oenochoé à fig. n. de Bologne (E. Brizio, 
JJ)(?/. /ji.s^, 1872, p. 83): — h) Stammos ;i fig. r. de Corneto (W. IIell>ig, 
Bull Inst.. 18(î9, p. 172). 



HERCLLE FUNÉRAIRE 21 

noms '. Tout cela est assez connu pour ne pas exiger de plus amples 
développements '. 

Mais voici qui est plus curieux : d'après les documents figurés, 
Héraclès se trouve engagé dans une double série parallèle d'aven- 
tures contradictoii-es avec les Centaures et les Satyres. D'une part, 
ami des Centaures et ami des Satyres ; de l'autre, liostile aux Cen- 
taures et hostile aux Satyres; enfin engagé dans une lutte précise 
contre un Centaure et un Satyre. 

1. Alliance tJ' Héraclès arec les Centaures et les Sati/res. 

Si, en effet, la tradition littéraire, généralement acceptée sans 
nuances par les modernes, voulait que le Centaure Pholos eût reçu 
de Dionysos un tonneau (pit/ios) plein d'un vin délicieux, qu'il de- 
vait ouvrir pour le seul Héraclès lorsqu'il se présenterait devant 
lui ^ ; qu'attirés par le parfum les autres Centaures fussent accourus 
et, avec leur ordinaire brutalité, eussent engagé la lutte contre le héros 
qui les extermina \ — d'autres traditions représentaient le pithos 
comme contenant le vin des Centaures (et ils accouraient donc contre 

' Le Centiuiie Phlégiéon d'Ovide rappelle le Satyre Phlégréos (Noim., 
Dion., XIV, 107); l'un des Centaures de Nonnos (î6., XIV, 191) s'appelle 
Phaunos. 

- Leur parenté originelle est avec les Silènes asiatiques, dieux des 
soiu'ces et des marécages, que la tradition attique (début du V" siècle), 
puis pau-liellénique, confondit eux-mêmes avec les Satyres. Cfr. L. de Ron- 
chaud, Dar.-Sagîio, a. v. Centauri, p. 1010; — Nicole, ih., s. v. Sniyri- 
Sileni, p. 1091 sq. ; — Bethe, Pauly-Wissoica, s. x.Kentaitren, col. 173 sq. 

^ Uoscher-Tilmpel, lioschers Lex., 2, 1043. 

* C'est le mythe le plus souvent figuré sur les vases. A. Héraclès 
amicalement reçu par Pholos: aj Anqjhore à fig. n. de Vulci (Annali 
(l. Inst., III, 1831, p. 150. n. 373*. Sans doute à Munich, Jahn, 691); b) Pe- 
tit vase à fig. n. de Cliiusi {Bull. Tnst.^ 1850, p. 163); c) Amphoie à fig. n. 
de Corneto (Bruschi, Bull. Inst.. 1859, p. 132); dj Amphore ;i fig. n. de 
Corneto (Bull. Inst.., 1866, p. 234) ; e) Amphore à fig. n. provenant d"E- 
trurie (ex-Campana. Musée de Florence. Cfr. Drittes Hallisclies Winckel- 
mamtsprog., p. 95, n. 47): f) Amphoie ;'i fig. n. de Corneto (N. d. Scavi, 
1892, p. 157); y) Amphore à fig. n. de Bologne (Heydeniann, Miitlml.., 



22 IIERCILK Kl'.NKRAIItK 

n/Tiicl^s pour (lé Fendre leur liieii légitime), et certains vases (ij^urent 
lléradès en train de boire tranquillement, non pins avec le seul 
Pholos, mais en compagnie de deux ou i)lnaieurs Centanres '. D'ail- 
leurs Pliolos n'est pas le senl sympathique de cette race monstrueuse 
dans la légende héroïque des (irecs: Chiron. le maître d'Achille, de 
.lason et d'Asclépios ", est un reste de la même conception, qui se pré- 
cise de fa(,îon intéressante par les fresques de Pompei, sûrement imi- 
tées de modèles alexandrins, où l'on voit Chiron enseigner à Achille 
non plus la chasse et les arts virils, mais le jeu de la lyre ^. 

Les Satyres et Silènes ne manquent pas d'ontourer Héraclès des 
mêmes prévenances que les Centaures : ils lui servent le vin, l'eni- 
vrent, enveloppent de leurs danses le héros citharède on tihicine *. 
Les mêmes thèmes se trouvent repris par la sculpture funéraire ro- 

p. 59 = Gerliaid, Aiiserles Vasenh.. pi. 119-120. 5-6 = S. Reinach, I{('jj. 
Vases P., II, p. 64); h) Amphore à fig. n. d'Etiiirie (e.\-Canino. De Witte, 
Deser. 1837, n. l^-=ilirit. Mus., Cat. 1S51, n. (jGl); i) Amphore à fig. n. 
d'Etrurie {Cfitnl. Cnmpana, IV'-VII, A, 446). — B. Héraclès auprès du pi- 
tlios, assailli par les Centaures: n Amphore à fig. n. de \"ulci (ex-Can- 
delori. Miinich, Jahn, 622 = Mîcali, Storia d. uni. popoli ital.^ III, p. 159 sq. 
et pi. XCIX, 9); h) Amphore à fig. n. de La Tolfa (Bull. Imi., 1866, 
p. 229 sq.); c) Vase do Corneto (ex-Bruschi. Bull. Iiisl., 1869, p. 172); 

d) Cratère de Bologne (Arnoaldi Veli, Bull. Iiigt.. 1879, p. 214 sqq.); 

e) Stamnos à fig. r. de Faléries (A. Délia Seta, Museo di Villv Giulia, 
I, p. 63, n. 868). — Autant que possible, nous ne citons dans cette étude 
(pie des vases trouvés en Italie, et, de préférence, en Etrurie. 

' Par ex.: a) Cylix à fig. r. de Vulci (ex-Canino, 564. Cfr. Ainml. 
Inst.. III, 1831, p. 150, n. 373*): Héraclès assis au milieu de Centaures 
(pli s'enivrent. — h) Cratère à fig. r. d'Etrurie (Calai. Campana, IV-VII, 
A, 72): Héraclès imberbe découvrant le pithos en présence de deux Cen- 
taures. — cj Léeythe à fig. n. de provenance inconnue ; Louvre, Pottier, 
F. 470): Uéraclès lève le couvercle du pithos entre deu.r Centaures. — 
Peut-être aussi l'hydrie à fig. n. de Vulci ex-Candelori, Munich (Jahn) 435. 

' Piudare, Xeiii.. III, troisième triade. 

^ Voir W. Helbig, Waiidgemâlde Campaniens (1S6S), 1291-1295. La 
conception peut remonter plus liant que rAlexandrini:>ine, puisque déjà 
dans Homère Achille est repivsenté jouant de la lyre (7/., 1, 186 sqq.). 

* On voit Hercule: A: Servi par un seul Satyre on Silène: a Coiiiie 
attique à fig. r. de Vulci (Berlin. Furtwiingler 2.534 : fig. dans Gerhard. 
Tririlsch. und Ge/ïisye. pi. VIII); b) Cratère à fig. r. d'Etrurie (Catal. Cam- 



IIKHCULE irXERAIRB 2.r> 

maille avec uik- persistance singulière ' ; et il n'est pas douteux que 
ces monuments soient relatifs k la vie future dionysiaque ' ; mais leur 
rapprochement avec les précédents, qui nous montrent Hercule dans 
les mêmes rapports avec les Centaures, va en devenir très instructif. 
En etfet, le tliiase des Centaures ' amis d'Hercule n'est-il pas 
l'équivalent du thiase des Satyres folâtrant autour du héros? * 
Plus brutalement: la réception d'Hercule par Pholos ii'est-elle pas 

pana, IV-VII, A., 80. Le Satyre lui apporte la lyre et l'umoclioé. Déjà 
cité); — ou par plusiems: c; Coupe à tig. r. de Caeié (E. Pottier, 3Ion. 
Piot, IX, 1902. p. 160 sq. et pi. XV. Déjà citée); d) Fragment de Cra- 
tère à tig. r. de Sant'AfÇata dei Coti (Vatican. Héraclès assis sur une 
chlamyde devant un portique, tenant la massue, est servi, en présence 
d'Athéna, par deu.x Satyres qui lui apportent l'un un plateau, l'autre un 
scyplius; deux autres Satyres regardent). — B: Jouant de la tlûte, ac- 
compagné par des Satyres; e) Lécytlie à fig. r. (Vienne. De Laborde, 
Vases (In C" de JAimherg, 11, pi. IX b et XV = S. Reinaeh. liép. Vases 
peints, II, p. 221); /) Staninos à fig. r. provenant d'Etrurie (Musée de 
Florence, Bull. Inst., 1870, p. 181. Déjà cité). — On remarquera que tou- 
tes ces représentations (sauf e) sont de date plus récente (pie les figu- 
rations de l'Amitié d'Héraclès avec les Centaures. 

' Stucs d'une tombe de la voie Latine: Hercule jouant de la cithare 
en présence de Diane, Minerve, Bacchus et un Satyre (Annnli Inst., 
XXXIII, 1861, p. 230-23:i; Monumenti, VI, pi. LUI). — Pour les sar- 
cophages, voir supra, l" art., I. Remarquer ceux du Vatican (Museo Pio- 
C'iementino, IV, pi. 26 = Annal. Inst., XXXV, 1868, p. 384 = Stefan i, 
Ausruhende Hemk'.es, p. 195), oi'i Hercule triomphe en même temps que 
Bacchus ; de Lyon (Bail. Inst, 1871, p. 183), où il tient le scyphus au 
milieu d'un cortège bachique (cfr. la patère des Pennes au Cabinet des 
Médailles); le sarcophage ovale Ouvarofï (ex-Altemps, Bull. Inst., 18S0, 
p. 27 sqq.) où il est couché au milieu du thiase, — En dehors des re- 
présentations funéraires, voir aussi la vasque de fontaine de Gortyne 
(Louvre Catal. sommaire, 1896, n, 2237) où Nymphes, Satyres, Silène, 
Hercule, entourent l'enfant Bacchus endormi, 

- Supra, 1«'' art., IL 

^ Les Centa\ircs entourent Bacchus comme ailleurs le font les Sa- 
tyres sur un fraquent de sarcophage du Louvre (n. 1658 1. 

* Selon Bethe {Pauly- Wissoica, a. v. Kentauren, 173), les Centaures 
n'apparaissent dans le thiase bachique qu'à partir du IV<^ siècle a. C. — 
Mais les vases à fig. n. qui représentent la réception amicale d'Héraclès 
par Pholos prouvent qu'ils dispensaient, comme les Satyres le breuvage 
de Dionysos. Or ces vases datent presque tous de la fin du VP siècle. 



24 IIEKCII.K KISKRAIRE 

mic image de racccssion <hi lirnis à la vie future (lioiiysiaiiuc .' 
On pourrait croire que les Grecs dans cette aventure considéraient 
surtout la participation au breuvage divin (pie lui avait réservé 
Dionysos, à le voir représenter, i)ar exemple, au fond d'une eylix 
à fig. n. de Vulci '. seul devant le pitlios où il plonge la main, 
plein d'une Joie muette ': mais les documents sont insuffisants. Plus 
expressif est le fait qu'il soit accompagné auprès de Pholos par 
Hermès^, oh Atliéna *, ou ])ar les deux:'' comme cela se passe 
sur les innouilirables vases (|ui le représentent emmené vers les 
dieux sur le char d'Atliéna; et comme c'est la règle lors(|u'il est 
introduit dans l'assemblée Olympienne en récompense de ses fati- 
gues terrestres. Mais quoi ^ Il arrive si souvent qu'Atliéna l'assiste 
dans n'importe le(|uel de ses travaux, et ((u'IIerniès l'accompagne, 
par exemple dans sa descente aux Enfers, qu'on ne peut vraiment 
rien conclure de ce détail encore. 

Mais voici le point important, dont l'interprétation ne nous 
parait pas douteuse. Non sfulenient Héraclès reçu par l'holos est 
.souvent représenté couché, dans l'attitude de repos qu'il prend ail- 
leurs en la compagnie de Dionysos liii-méiiie, lorsciue l'artiste a 
voulu indiquer qu'il était arrivé au terme de ses fatigues et à la 
récompense bien méritée de ses exploits '': mais sur une ncnochoé à 

' Ex-t'andrlori. Mimicli. Jalin. 1097. 

'' Ce thème siinplitiê seudde avoir été préféré par les Ktiuf<|ues. Veil- 
le scarabée: Furlwlingler, Aiit. (ietiunen. pi. XVII, 22. 

^ Amphore :'i fig. n. de Coineto {Bull. Inst., 1866, p. 234). 

< Amphore à fig. n. de Corncto {Bull. Imt., 1859, p. 132); Amphore 
à fig. 11. de La Tolfa ((6., 1866, p. 229 sq.) ; llydrie à fig. n. de Vulci 
(Miinicli, .Jahn, -i;55): Cyatbe à tig. n. de Vnici (V Biit. Mus.. Cat. 18.il, 
661): Amphore :i fig. n. d'Italie ;? Bull. Imt.. 1S69, p. 127). 

'■ Amphore à fig. n. de Bologne (S. Reinacli, Bep. Vase^ P.. 11, 
p. 64, 2-5). 

* Amphore à fi;;, n. d'Etniiie (7^W(^fs Hall. Winckelm. progr.. p. 95, 
n. 47): Amphore :i fig. n. de Vulci (Munich, .lahn. 691 — Annali Inst.. 
1831, p. 150 ?}: Cylix ;i fig. r. de Vulci ex-Oanino 564. Auuali Iiiist.. 
1831, p. 150, n. 373 •). 



HERCULE FUNERAIRE 2o 

fig. n. de rancienne collection Oppermaiin ', on le voit désnrmé, 
couronné, les jdmbes enveloppées dans ini nuin/ciiii, assis sur le 
lit la patère à la Tnain, auiirés de Diolos eouclié, tons deux sous 
un berceau de rameaux et de fruits. Or il apparaît que, toutes les 
fois qu'un artiste grec représente Héraclès en manteau (souvent eu 
manteau lirodé\ c'est qu'il veut indiquer le repos définitif du héros 
et son accès aux voluptés divines •. lît cette lialiitude persiste chez 

' Au Cabinet des Médailles, à Paris: <le lîidder, n. 271 (provenance 
inconnue). 

' Voir en particulier : A : H. sur le point de monter au bûcher de TOeta : 
Vase à fig. r. de Nola {BkV. 7».sf., 1845, p. .'i7). — B: Ennneiié chez les 
dieux dans le char d'Athèua: Vase à fîg. n. de Chiusi (Bull. Inst., ISnl, 
p. 52); Amphore à fig. n. de Vulci (Brit. Mus., Caf. 1851, n. 600); Pe- 
liké lucanienne à fig. r. (Munich, Jahn, 384; .I/o»;»/"., IV, pi. XH). — 
C: Apothéose dans un quadrige guidé par Hermès: Cratère ;'\ fig. r. de 
Bologne {Bull. Iiist, 1879, p. 221, Annali lust., 1880, p. 100 sqq. et pi.); 
Amphore (étrusque?) à fig. r. de la Sabine (Lisbonne: S. Keinach, Bép. 
V. P., I, p. 368, 1). — J) : Banquet Dionj'siaque d'Héraclès : Ocnochoé 
à fig. n. de Vulci (Bibl. Nationale, De Kidder, n. 264); Cyli.v à fig. r. 
de Nola iBrit. Mus, Bull. Inst., 1864. p. 182: H. Heydemann IX'-" Hall. 
Winchelm. progr., p. 14). — E : H. ivre conduit par Dionysos et Her- 
mès: Cratère à fig. r. de Népi {Not. cl. Scai-i, 1918, p. 19). — F: H. couché 
parmi les dieux ou les satyres: Hydrie à fig. n. de Vulci (Brit. Mus., 
Caf. 1851, 454) ; Oenochoé à fig. n. d'Etrurie (Berlin, Cat. 1924. Peut être); 
Amphore à fig. r. et n. de Vulci (.Mlinich, Jahn, 388): Coupe ;'i fig. r. de 
Caeré (E. Pottier; Mon. l'iot, IX, 1902. p. 160 sq. et pi. XV). — (i: 
H. assis servi par des satyres: fragment de Cratéie à fig. r. de .San- 
t'Agata dei Goti (Saticula) (Museo Gregoriano\ — H: H. assis avec 
Atlu'iia au milieu des dieux: Oenochoé ;i fig. n. de Caeré (Louvre, Pottier, 
F. 117); .Vraphore à fig. n. de Corneto .Musée de Covneto, n. I(i36. Bnll. 
Insf., 1885, p. 79); Coupe ;"i fig. n. de Vulci (S. Reinach, Bcp. V.P.,ll, 
p. 70, 6-8). — I: Même scène, le manteau jeté sur la léontè: Oenochoé 
à fig. H. d'Etrurie (iM. de Florence, Uitll. hist., 1870, p. 181); Amphore à 
fig. n. de Vulci (Munich, .Jahn, 270) ; Petite amphore à fig. r. de la col- 
lection Faina (Orvieto. Athéna, accompagnée d'un taureau, verse ;i boire 
à Héraclès; an revers Dionysos). — J; H. avec les Muses: fragment de 
vase à reliefs à inscriptions grecques, trouvé à Arezzo (Nof. tl. Scari, 
1884, p. 377 et pi. VIII). — I/hydrie :i fig. r. de Vulci (Bull. Iiist., 1844, 
p. 36 s(i. et p. 41 sq.) représentant un (piadrige :u'Compagné d'une feuimç, 
d'Hermès et d'.A.théna, et sur lequel se tient Hér;iclès en manteau et une 
femme couverte de la léontè et tenant les rênes (Omphale ?) est d'inter- 



2h IIKKCII.E irXIOKAlKE 

Iph l'tiiisqiics ', et clans la sfiil|)tiiir île l'iôiiipiic liuiiiaiii : '' dnii- 
naiit ainsi ririiprcssioii d'iiiK! quasi-ril)lij[^ation ritiielie. Kt au ci'é- 
piiscule du paganisme, le; même sens s'attachait, 8fml)le-t-i!, au 
« manteau constellé » (|iii' le granil Héraclès remet à I)ionys(js au 
terme de ses exjjliMts ten-i.'stres, en lui taisant Ixiire le nectar, vers 
1,1 lin lie réjjopée de Ximnos ■'. 

Nous sommes ainsi amenés à conclure que l'amitié d'Hercule 
avec les Centaures est, an même titre que ses bons rapports avec 
les Satj'res, une iniauc lii- la liéatitiidi' dionysiaque réservée aux 
héros après leni nimt. 

2. Luttr (f lli'iarli s lontre h'S Centaures et les Safi/res. 

Aussi liien. si l'on a coiitnine di- parler de l'externiination des 
Centaures par Hercule, ne devrait-on pas ouldier que, d'après les 
monuments figurés, ses rapports avec les Satyres sont souvent mau- 

liiétation iloiiteuse, iii:vis ne saïuaif, étant donné la présence des dieux 
et la ressenililance du thème avec celui du char d'Athéna, contredire 
l'interpiétation générale de tons ces monuments. — Sur cette question, 
voir déjà: Brunn, Bull. Imt., 1850, p. 52. 

' Acrotère de style sévère de Caeré (an Louvre), représentant Athéna 
qui sort A boire à Hercule assis devant elle (H. Heydeniann, A'//''» HaV. 
^V'inckelm. pvoyr.. p. 35). — Miroir gravé de Popnlonia: II. demi-nu, les 
jambes enveloppées dans un grand manteau et tenant une phiale, embrasse 
Alcniène en présence de .Inpiter (A'o/. d. Senvi, 190i>, p. 7 sq. et tig. 2). -- 
Coupe à fig. r. de Chiusi (Berlin, 29J7): H. jeune et couronné, sans léontè, 
mais portant un clude sur les bras, regarde une Ménade assi.se sur un rocher. 

- Statue du Louvre {Cat. 1896, lôGô) provenant d'Alexandrie: Her- 
cule, les jambes enveloppées dans un manteau, la léontè sous la massue 
sur laquelle il s'appuie, tient de la main gauche le bandeau de l'athlète 
et un cep de vigne. — Sarcophage des Amours de Mars et Vénus (C.Ro- 
bert, Ant. Sark. Rel.^ III, 2, n. 194): Hercule, parmi les dieu.r, est à 
moitié nu, et un grand manteau lui enveloppe les jambes. — Bronze 
trouvé à Vienne, en France {Bull. jTh.s/.. l.'-iGT, p. 42): Hercule, temnil le 
.•ictjplius dionijsiaque. porte, outre la léontè, le pallium et la tuuiiiue talaire. 

■' Nonnos, liionys., XL, 420 sq. et 578. Le duc de Luynes (Xou- 
relles Annales. 1831), p. 67) assimilait à tort ce manteau à la nébride. 



HKUUL I-IC FINKUAIKE -J l 

v;iis '. Kt s:iiis doute li;s critiinics ont tendance :i exi)li(|Mer ces re- 
l)réseiit;itions ]i,ii' l'intliicnco du divimc satyriqiie: mais ne devront-ils 
pis reoonnaitiT que la conlusiou sensible des Cercopes avec les 
Satyres ■, et la destruction des vignes de Syleus par le liéros ^ re- 
présentent les restes d'une légende où Héraclès était foncièrement 
liostile à Dionysos et à son tliiase *. coninie il Test d'ordinaire aux 
Centaures, et même parfois :i Pliolos, d'lial)itiule son ami '. 

Sans chercher ici l'explication de ce phénomène, il est donc rigou- 
i-enscment vrai de dire (|u'llercule ne se conduit pas avec les Centaures 
autrement i|u'avec les Satyres: tantôt leur ami, tantôt leur ennemi ". 



' Voir les listes dressées par II. Heydeinann, IX''^ Hall. M'inckelm. 
l'roijr.. (1884), p. 9, n. 22 (Héraclès volé par les Satyres;; et p. 13 sq. 
(Rapports d'H. avec les Satyres). Parmi les vases trouvés en Italie, re. 
niarquei-: A: Hercule volé par les Satyres: Cratère de Kuvo (H. Heyde- 
u;ann, lor. cit.^ pi. I et II); Scyphus à fij; r. de Nola (Louvre. Catal. 
Campana. XI, 85. Cfr. PhiMogus, 27, p. 17, pi. II, I); Hydrie à fig. r. 
de provenance iuconnue (Mnsco (Iregririano, II, pi. 19, 1. Cfr. Helbig, 
Fïihrer (1912), n. 531). — B: Héraclès buvant, défendant son canthare 
contre les Satyres: Scypiius de Ruvo {Ilull. InsL, 183fj, p. 113). — C: H. dé- 
tendant les déesses assaillies par les Satyres: Cylix à fig. r. de Brygos 
trouvée à Capoue (Brit. Mus., E. 65. (ig. Moiiuinenfi, IX, pi. XLVI;. — 
D: H. attaquant un Satyre: Amphore a fig. r. de Vulci (Musée de Parme. 
H. Hcydcmann, ///'«''' H«ll. Winclcelin. proijr.^ p. 48). 

■' Schol. ad Lycophr., -l/ec, 691. — Millingen, Peintures^ de vases 
ijrecs, pi. XXXV et p. 56 sq. ; Peliké à fig. r. de S. Maria di Capua (Berlin, 
11. 2359. Cfr. XVII'f^ Berliner WhicMiiiaïuisprogr.. p. 3 sqq., et pi. 1-2;. 

■' Cylix à fig. r. de Capoue (Musée de Ziirich. Annali I)isi., 1878, 
p. ;U s(|. et pi. C); Cylix à fig. r. de Vulci (ex-Campana. S. Reinach, 
/.''■>. r. P.. I, p. 392, 1-2): Amphore :i fig. r. d'Orvicto (id., ih., I, p. 228 sq. 
Moiriiiiiiiiti\ XI, pi. L). 

* Ailleurs, c'est un géant, non caractérisé comme Héraclès, ipii est 
en lutte contre les Satyres (BuUet. Coimmale, 1889, p. 17-25). 

^ Amphore à fig. n. de provenance inconnue, au Louvre (Pottier, F. 266 ; 
fig. id., th., II, pi. 81): Héraclès défend le pithos contre Pholos et les 
autres Centaures, de même qu'il défend sa coupe de vin contre les Satyres. 

* Cette remarque siittit à rendre vaines les tentatives, incertaines 
d'ailleurs, de Kidgewaj- 7'he carhj a<je of Greece, I, 177) et de Bethe 
(Pnuly-Wissoira, ». v. Kentaiiren, eo\. 172-173) pour expliquer l'union de 
la douceur et de la sau\agerie chez les Ceutaures. 



'28 HERCULE FfNÉRAIRE 

Va \:i iliHiciilt(; n'est pas dans l"iiitci|)i(-tHtii)ii dionysiaque, qu'il 
/'nui donner aux uns comme aux autres des partenaires d'Hercule, 
mais dans la singularité d'une telle contradiction qui les intéresse 
les MUS luiiniie les autres. 

3. Lutte. (V 1 [('rades contre un Centaure et un Satyre, 

La comparaison se ])oursuit avec une pareille aisance lorsque le 
héros, suivant l'esprit simplificateur des Grecs, s'oppose non plus 
à un j^roupe, mais à un seul adversaire. Centaure ou Satyre. 

Est-ce faute de i)lacc que le dessinateur s'est si souvent contente 
de mettre a\ix prises Héraclès et un seul Centaure? ' Ou la sim- 
plification est-elle purement symbolique ? " Elle prend une forme bien 
])lus |)récise lorsqu'il s'agit de Nessns, ou. si l'on i>réfèrç, du Centaure 
ravisseur de l'emme ' : les représentations en sont fort nombreuses *, 

' «) Ocnociioé à lig. n. de Bologne {Bull. Inst, l>s72, p. m. Déjà 
citée); — fi) ('oui)e à fig. n. d'Etiurie {('atal. Campana, IV-VII, D, 718 
= Pottiei-Louvre, F. B7 ; tig. tfi., II, pi. 68); — c) Oenoclioé à fig. d. de 
Vulci (Leyde. S. Keinaoh, Bcp. V. P., Il, p. 269, 5); — rf) Cylix à fig. 
n. de Vulci (ex-Candelori. Mtinich, Jahn. 6.Ô0); — e) Cyathe à fig. n. de 
Vnlci (Museo Gregoriano, II, pi. A. IV, 4): — /') Amphore à fig. n. de Cor- 
neto (Musée de Corneto); — (j) Amphore à fig. n. de Vulci (Miinicli, 
Jahn, ô5). — On donne souvent au Centaure, et la plupart du temps sans 
raison, le nom d'Eurytion: en fait la représentation simplifiée remonte 
aux origines mêmes de l'art grec. 

» Cfr. par ex. le camée Demidotf {Bull. Inst, 1834, p. 120). 

^ La fréquente présence dans ces scènes d'enlèvement de personnages 
accessoires, hommes ou femmes, dans des attitudes très singulièrement 
tran(|uilles; et même d'Hermès et d'Athéna (Amphore à fig. n. de Vulci: 
Museo Gregoriano, II, pi. A. XXXII, 2 = Helbig, Fiihrer, n" 446. — 
Amphore à fig. n. d'Etrurie: Cat. Campana, IV-VII, D. 1081); sur une 
amphoie archaïque à fig. n. (Etrurie, Cat. Campana, II, 418) l'attitude 
d'Héraclès, (pii tient la femme du bras ganche et attend de pied ferme 
latta(iue du Centaure: nous font douter (pi'il s'agisse, dans tous les cas, 
de l'enlèvement prccis de Déjanirc. 

' Nous en avons relevé jusiiuà di\-niiif ex<mplaircs trouvés à coup 
sûr dans les pays étrusques, presi|ue tous vases ;i fig. n.. et ipiphpies-uns 
fort anciens. 



HERCILE FUNERAIRE iJi» 

et assez monotones en général. Mais eelles qui sortent de la ba- 
Tialité sont instructives. Quelques unes en effet montrent, contrai- 
rement à la légende, Xessus accompagné d'autres Centaures, comme 
si l'enlèvement de la femme intéressait toute la race des « fîls de 
la Nuée », et telle est la conception qui semble avoir été reçue par 
les Etrusques lorsqu'ils sculptèrent des Centaures sur leurs urnes 
funéraires ', Ce thème du rapt et du secours trouvé en Hercule 
semble encore précisé par la double représentation, d'un parallé- 
lisme voulu, d'une amphore à fig, n. ° qui figure: d'une part, Hé 
raclés cherchant à enlever une femme au Centaure: de l'autre, une 
femme conduite par Hermès vers Héraclès qui tire de l'arc sur un 
homme barbu en fuite. Rien ne nous autorise h suivre le commen- 
tateur qui veut voir en cette dernière scène l'histoire d'Iole et Eu- 
rytos: mais il est très sûr, d'après l'attitude d'Hermès et de l'homme 
qui s'enfuit, que la femme vient d'être délivrée de quelque danger 
par l'intervention d'Héraclès. Les deux scènes se font donc pendant. 
.Te ne sais si on peut être aussi affirraatif à propos d'une amphore 
de Vulci ^, où. à un héros hnherhe et non raracterisc délivrant une 
femme des mains d'un Centaure en présence de deux hommes et 
de deux femmes, répond, sur l'autre face, un groupe d'un symbo- 
lisme funéraire très évident : un oiseau à tète humaine entre deux 
sphinx. Le fait même qu'à Héraclès est substitué un héros quel- 
conque prouve que cette représentation était, aux j-eux des Grecs, 
d'un sens plus général que l'Iiistoriette de Nessus *, Et si l'on ad- 

' Voir jnfru. 

- De provenance incertaine, Bull. Inat.. lS4fi, p, 65 sq. 

' A fig. n. : Berlin, n" 1702, 

* Ce monument semble particulièrement probant contre l'opinion de 
M. Bethe {Pauhj-Vrissoica. s. v. Kenianie», col, 173). qui ])rctend (|ue le 
rapt des femmes ne devient caractéristique des Centaures » qu'à partir 
de 500 >. Mais d'ailleurs le mythe dit de Xessus aurait-il été si répandu 
au VP siècle, s'il n'avait été parlant, s'il n'avait en une signification gé- 
nérale? — Remarquer aussi t\ue le seul Héraclès se trouve aux prises 
avec (Jeii.r Centaures, Eurytion et Xessus, à propos de la seule Déjanire. 



30 IIKUCILE FINÉKAIKK 

mettait que les* dftux scènes se répondent, on serait amené dès main- 
tenant :'i se demander si le Centaure avec lequel Iléraelès est si 
souvent aux prises n'est pas un monstre infernal qui enlève les 
hommes, au même titre par exemple qne le Cliaron souvent repré- 
senté sur les monuments funéraires des Etrus(|ue8. 

Cette liypotlièsc trouverait une sorte de confirmation dan- la 
lutte d'IIéraelès contre If Satyre voleur, pendant tlu r'entaur<- ra- 
visseur de femme. 

Sans doute les vols du Satyre ont-ils le plus souvent dans les re- 
présentations qui nous en sont parvenues une allure peu sérieuse '. Mais 
il semble que, dans l.i lé;;(ende primitive, il en était tout auti'ement; 
Xous pos.sédons en etl'et un doul)let de la légende de l'Héraclès Arca- 
dien dans le récit des exploits d'Argos Panoptès ', qui, pasteur de 
bœufs comme Héraclès ^, comme lui tue un sanglier qui dévastait l'Ar- 
cadie et se couvre de sa peau ', tue le monstre infernal Rcliidna qni 
enlevait les pa.ssants comme Héraclès détruit l'Hydre de Lerne '', met 
enfin à mort « le Satyre », Satyros, qui tyrannisait l'Arcadie et volait 
les troupeaux '', comme Héraclès en Italie, selon les légendes grecques 
et gréco-latines, tue Lakin(]s à Crotone, ' Latinos à Locres *, Cacus 
à Ronu' ■'. un videur incninui sur le fameux vase de Capoue "\ 

' Siq)r<i. p. 27, 11. 1. .Joindre: u) S. Heinach, Jiép. V. P., II, p. ;!18. 1 
(= Jaiin, PhiUiloym, 1868. p. 18); — h) Arch. Jahrh.. I. p. 273, D. 

5 Apollodore, Bih}., IL 1, 2. — Cfr. v.Wilamowit/.-Môllendorft', Criech. 
Tra;/., Préface du Cyclope, 7. 

' C'est lui qni fut donné comme gardien à lô transfonm-e en \aclie. 
CfV. Ed. Mcyer, Forsch., l, p. 78. 

< \'oii' Hercule ooiflë d'une dépouille de sanglier . "sur un q'iaihntif Ko- 
mano-( 'arapanien (Babelon, Hloniiaief de In Jiép. Romaine, I, p. lit, iv'* lti-18). 

^ I/hydie, selon Hésiode ( r/ico//., 813), est tille d'Kcliidn.i, qui enfante 
aus.si Ortluos, le chien infernal de (iéryon. et Cerbère. Voir infm. 

^ Sur Argo.s-lIéraelés contre Satyros, voir: Rosrhcr, I.e.rilttn, s. v. 
jSatj/ros, col. 447. 

" Diod. Sic, IV, 24, 7; — Serv., ad Verg. Aen., III, 552. 

* Conon, Xair., 3 (p. 126, 4 sqq. ■\Ve>term.). 

» Virg., Aeii., VIII: — Tite-I.ive. etc.... 

'" Ânvali deJriDut., XXIII (1S5I). 



IIBKCI'LE FlNÉItAIKB 31 

Il :ipparnit donc qu'à Torigiue Héraclès était aussi bien l'eu- 
nciiii mortel du Satyre qu'aux temps classiques il Test du Centaure, 
Nessus si l'on veut. Or le satyre chapardeur des vases du V*™" siècle 
était aussi, et beaucoup plus brutalement, un enleveur de femmes, 
-"riv.vj.y.rr,;, qui tiouvait devant lui Héraclès, par exemple dans 
la célèbre coupe de Brygos que nous citions plus liant: de la même 
façon (|Ue le Centaure qui veut emporter Déjanire. Seulement, au 
fur et à mesure que le Satyre, pour des raisons littéraires, devenait 
un personnage comique, ce rôle se trouvait réservé aux Centaures, 
dont la face humaine prenait d'ailleurs au besoin les traits du Sa- 
tyre ou du Silène ' : l'exploit et le châtiment, qui primitivement 
étaient le lot commun de Satyre et du Centaure, se trouvèrent la 
])art exclusive du dernier. 

A quoi mms ont conduit ces longs détours? D'abord à ceci: 
que nous devons considérer les sarcophages où Hercule lutte contre 
les Centîuues comme étant de caractère dionysiaque, malgré leur 
ap]iarente contradiction avec ceux où le héros fait amicalement partie 
du thiase bachique '. Mais ensuite, et surtout, à la certitude d'un 
parallélisme absolu, dès le VP ou le X' siècle a. C, entre l'atti- 
tude d'Hercule à l'égard des Centaures et sa conduite avec les sa- 
tyres; en conséquence, nous disposons d'un instrument d'investigation 
jilus puiss int i)our résoudre la question essentielle ici : la lutte entre 
Th'vculr et les Çr))i<nires fi-t-i'lle idie râleur funéraire pre'cise? En 
effet, les documents relatifs aux Satyres funéraires nous aideront à 
interpréter ceux qui concernent les Centaures funéraires: secours 
non négligeable dans un problème aussi délicat. 



' Siiprn, p. :>0, n. 7. Voir surtout lAuipliore de Caeré {Bidl. Inst., 
ISSI. ]). Ifi4 S(i. Déjà citée), où Nessus (?) a une tète de Silène ar- 
chaïque. 

^ Sans exclure, bien entendu, la possibilité d'une évolution différente. 
et même divergente, des deux thèmes. 



;-52 iiKiiri;i,E f-i'.\f;iiAiUK 



4. I.r prohlrmo dr lu « iiiif/irr hi/'rnirilr » dfS f'PDliiurns. 

La questiou du rûle infernal des ('entaures a été débattue avee 
une extrême incertitude par Roscher-Tumpel ', qui, après avoir ac- 
cumulé des docuuieuts très mêlés, concluent à l'existence d'une obs- 
cure légende italo-étrusque ; plus récemment par Ed. Norden ", qui 
rejette la conclusion de Uosclier et aflirme q\ie « toute la pensée est 
jrrecque » ; et par Korte '', qui indiqui' un point de départ voisin 
du nôtre, mais d'une telle généralité i|n'aufune conclnsinii jirécise 
ne ]tiMit en être espérée '. 

Tous trois ont peut-être en tort de se tenir de fro|) près au 
texte célèbre de Virgile, qui place les Centaures dans le vestibule 
des Enfers ". Ces vers ont bî mérite d'éliranler riraaginatiou et de 
nous contraindre, pour ainsi dire, à poser la question. Mais ils ne 
sont qu'un document au milieu d'une foule d'autres qui s'y ratta- 
chent de plus ou moins loin, et qui doivent être systématiquement 
groupés, si l'on vent essayer de se reconnaître dans les conceptions 
très variées et très cliangeaiites de l'eschatologie gréco-italique '. 

' Roschcr, Le.riloii. II. 1, col. 10.'i4-105li. 

- Verg. Aen., \l°, p. 21ô sq. 

' Lettre citée par Ed. Norden, op. cit., p. 215. 

■• II se contente de rappeler que les Centaures sont originairement 
très voisins des Silènes ioniens à pieds de chevaux, qui sont la suite du 
Dionysos souverain des ombres. Nous avons montré que les Satyres, cou- 
fondus avec les Silènes, avaient eu, danf: les temps historiques, une car- 
rière ])arallèle à celle des Centaures, dans leurs rapports arec Héraclès. 

'' Virg., Aen., VI, 289 sq, — Imité par: Stace, Théh., 10, i>34 et 
Sih:. V, .-i, 277 sqq.; et Sénèque, Herc. fur., 782 sqq. 

'■ C'est dire (pie ne peuvent nous contenter ni les aftiruiations de 
M. Betlie {l'atdij-Vissoira, s. v. Kentanren, col. 174, 28-4.'5| qui se tire 
d'aft'aire en niant purement et simplement que Silène ou Centaure aient 
Jamais joué un rôle funéraire, et en taxant Virgile d'imagination poé- 
tique, sans d'ailleurs apporter aucune discussion de ce qu'il critique ni 
aiu'uue preuve de ce qu'il avance ; — ni le raisonnement de M. B. Schw ei- 
tzei- ( Héraclès, p. 80 et 105 sq.) qui, se fondant sur le ' fait rai)porté 



HKKtTLE FII.NEKAIKE àr, 

Que n'.-i ton reiii;iri|ué d'abord les contriulk-tioiis ronstantes dans 
la foule des légendes helléniques relatives aux Centaures? Cette 
race, selon Pindare également odieuse aux hommes et aux dieux ', 
(et c'est le caractère même des êtres infernaux, en particulier 
d'Hadès), a cependant fourni l'éducateur des héi'os fils des Olym- 
piens unis aux mortelles, et celui qui re<;ut avec tant de bienveil- 
lance dans sa caverne Héraclès, le héros presque dieu. — Cette race 
vonée à la mort, cette race exterminée comme pourrait l'être u'em- 
porte quel groupe humain (et pourtant elle est d'origine divine), 
a pour suprême représentant un être immortel, Chiron. — Et cepen- 
dant cet immortel est rélégué aux Enfers; et de pitoyables légendes 
cherchent à expliquer gauchement pourquoi il y est, après on ne 
sait quel pacte avec les Erynnies -. — Que n'avouentelles (ce serait 
plus simple) qu'il n'y a point de différence essentielle entre Chiron 
et les autres Centaures, que tous sont immortels, mais démons in- 
fernaux ? Ainsi s'expliquerait qu'au lieu d'avoir les traits des Sa- 
tj'res ou des Silènes, on en trouve qui présentent la face horriljle 
de la Gorgone ', de même qu'ailleurs on voit la (iorgoue infer- 
nale * sous la forme d'une Centauresse °. 

par Elien ( l'or, hint., IX. IG) que le Centaure Mares, ancêtre des Anso- 
uiens, avait trois âmes, ce (jui le rapproche en effet des êtres infernaux 
multiples et en iiarticnlier de Géryon (voir infra), a voulu conclure de 
cet indice fragile an caractère funéraire des Centaures en Italie ; mais 
la donnée d'Elien est insuffisante, et le raisonnement de M. Schweitzer, 
très oblique, n'est pas tonjours convaincant. 

' Pindare, J'illh.. Il, SO: 70V0-... yj^'li à'-Spi-îi •(ifanoip-.u sûr | 1-1 
HiÙ-i ■/i./.5i;. 

' Àpollodore. Bibl., II. h. 4. 

^ Scarabée archa'unie. Cfr. Miiller-Wiesi'ler, T). a. K., 1, n" 324. 

■* Infernale déjà dans Homère, Od., "', fi.U. 

^ Vase béotien à reliefs du Louvre. Voir L. Malten, lJ(i<t Pferd iin To- 
teiHjlaiibeii, Arch. Jahrh.. XXIX, 1914, p. 182, fig. 3. — M. Malten sup- 
pose que Méduse, primitive déesse infernale et chevaline, ne fut introduite 
que plus tard dans le cercle des Gorgones non chevalines il. c, p. 181-184i. 
Mais le texte d'Homère et le scarabée cité supra rendent l'iiypotlièse à la 
fois inutile et aventureuse. — Cfr. deux scarabées grecs d'influence pliéni- 

méhimiei <rArch. et fVHii^t. iii2i. 3 



.il llKlilILK KINI^ItAlliE 

CiiiniiK'iit sr l'ait il i-iicore (|uc, voues primitivement aux eaux 
pures (les ora;;es et des SiUirces Jailliss;iiites ', on les trouve ailleurs 
rélé;i:ués dans l'Iiumidc o'iscurité du chaos": mieux encore, liés au 
llux des l'Miix suiruriMi>i's à l'impure odeur de cadavre ^, qui, aux 
yeux (le tiiiitc l'Antiquité, étaient d'origine infernale? — Et comment 
exi)li(iiicr ciiliii nm- le sang de Xessus soit un poison mortel aux pro- 
digieux effets ', tandis que la mystérieuse Centaurée ( KevTZ'jp i; -oir.) 
ressuscite les morts et fait revenir vivant de l'Hadès sans retour? ^. 

Ce sont là autant d'indices d'une doulile nature des Centaures, 
avec prédominance nette du caractère infernal, surtout peut-être en 
Orient, où ils semblent se trouver mêlés à la démonologie vulgaire ''. 
Mais ce double caractère explique avec une parfaite netteté qu'aux 
temps classi(|ues Héraclès se montre, comme nous l'avons vu, tantôt 
leur ami, taiitiit leur adversuire. selon qu'ils sont des demis-dieux 
bienfaisants ou des démous funestes. Quant à savoir huiuelle des 
deux fonctions leur fut attribuée d'abord, c'est ce qui échappe to- 
talement à notre reclierelie. 



cienne, provenivit sans doute d'Etriiiie: la Gorgone ailée, à corps de che- 
val, tient sur l'un un lion, sur l'antre un sanglier (Fnrtwiingler, Ant. Gem- 
vieil, pi. VH, 39 et 40 = Micali, .S'<onn. .., pi. 46. 18 et 17): tous deux 
semblent dater du VI' siècle. 

I Siqjia, p. 19. 

- Bérose, f'rngm.. I, 4 (Millier}. 

^ Pansan.. V, 5, 10; — Philon. -i?-. i..'ii:7..i: Ki-j.:j, I (Bernays). 
— Textes réunis par Kosclier, loc. cit. 

* Voir Sophocle, Trach., 688 sqq. ; — Sénèque, Herc. oei.. 720 sqq. 

■"' Nonnos. Dioiiys.. XXXV, 63. — Chiron. selon certaines légendes, 
ressuscite Actéon et i)eiit-êtrc Iliiipolyte >. Rfinach, Aicliit: f'iir Heli- 
gionsicis., X, 1907, p. fil). 

'' Voir la platpie de bronze archaïque d'01ynq)ie (Uoscher. Le.rikon, 
s. V. Keiitduren, 1047, fîg. 4): en ipiatre registres de haut en b:\s: trois 
oiseaux: deux gritî'ons affrontés : Héraclès tirant sur un Centaure i|ui 
s'enfuit: Artémis « persique • entre deux lions qu'elle tient la tète en 
bas. Cette tigure rappelle celle d'Ishtai-, la déesse infernale des Babylo- 
niens: les gritt'ons ont aussi un caractère funéraire. — Cfr. les Onoeen- 
taures en .Judée, sorte de démons infernaux iRoscher, loc. cil.]. 



HERCULE FUNERAIRE 35 

Les Centaures pénétrèrent en Italie sans doute par plus d'une 
voie; mais ils ne semblent avoir connu une réelle popularité que 
dans deux domaines: la Campanie et IKtrurie '. De prétendre avec 
Elien ' qu'ils furent naturalisés dans la péninsule parce que Mares, 
père des Ausoniens, avait la forme d'un Centaure, c'est une plaisan- 
terie. Il est naturel d'attribuer leur introduction en Campanie aux 
colons locriens fondateurs de Cunies ' : quant aux monuments étrus- 
ques, dont quelques-uns remontent fnrt haut, ils n'excluent pas, 
tant s'en faut, la possibilité d'influences orientales. 

Telle quelle, la légende italique des Centaures est d'une pau- 
vreté stupéfiante: dans les termes où la connaissait Lycopliron, 
elle se bornait à dire que, chassés de Thessalie par Hercule, ils 
avaient traversé la Tursénie et s'étaient réfugiés dans l'ile des Si- 
rènes, dont les chants les avaient fait mourir ''. Intéressante ce- 
pendant à divers égards: d'abord en ce qu'elle rattache (gauclie- 
mentj l'aventure des Centaures :'i l'histoire d'Héraclès ; — ensuite 
en ce qu'elle ne peut citer aucun épisode de leur vie terrestre en 
Italie "^ ; — enfin en ce qu'elle s'applique à lier matériellement, 
par la course fuyante des Centaures, les deux seules régions où 
nous les voyons bien connus '". Cette légende a donc tous les ca- 
ractères d'une création mixte, d'un échafaudage pénible; sa mes- 
quinerie s'en aggrave d'autant: il devient sensible que les Cen- 
taures n'ont pas eu d'existence active sur le sol italii|ue. 

' La Sicile ne semble pas s'être beaucoup occupée d'eux. Cfr. cependant 
la comédie dEpichanne, 'Hpaz.Àr; -api 'I'oam, témoignage littéraire en con- 
cordance, malgré ([uelque retard, avec rimagcrie aftique de cette légende. 

- Elien, Vai: hist., IX, 16. 

' Roscher, Le.rH:nn, s. v. Kciitaureii, col. 1044 s((. 

* Lycophr., .4Zc./-., 670, et Tzetzes, ad loc. — Cfr. Ptoléinée, Xor. hirif. 
ô, p. 192, 22 (Westenn.): Apollodore, Bibl, II, 5, 4. 

^ Les monuments figurés non plus ne nous permettent, d'en recons- 
tituer aucun. 

"" L'île des .Sirènes est, selon toute vraisemblance, une création Cn- 
méenne. 



36 IIKKCILE FlNI^;i{AIKK 

Il n'y ont pas vécu: mais ils y sont morts. Kt de quelle mort! 
Il vaudrait mieux appeler eela une disparition. Car enfin l'île des 
Sirènes peut, par telle eolonie ^reeque, être localisée en un point 
déterminé de la côte italienne. Mais, mytliiquement parlant, c'est 
une ile infernale du lontain Occident; ' les Sirènes, tous les Grecs 
le savent Cet leurs discijiles italiens), sont des démons qui attirent 
les hommes aux ;,ninfl'n's inrcrnaux: Ulysse est trop connu dans ces 
parages pour (lUc nul on i^omi-e. Et si quelqu'un l'tait tinte d'ou- 
blier ce que signifient au juste ces « îles occidentales », on lui rap- 
pellerait, et le jardin des Ilespérides. et les lies des liérns liienlien- 
reux. et rRrytliic du tri)ilc (Ji'ryon. pasteur (ril.idi's : on lui «lirait 
((ue la rJorgone infernale aussi habite une île << océanique » ', et 
de nirine les (larpyes ^. Et il serait sans doute amené à se demander 
])iiui'(iuoi dans la légende it.iliote l'île des Sirènes devient aussi 
l'ile (les Centaures? Au juste, les Satyres eux aussi n'habitent-ils 
]ias de lointaines iles occidentales, qui portent leur nom ^ ? Mais 
tandis (|iie les S.-ityres y vivent leur lihi'e vie dinnysiai|iie, les 



' Alix contins du monde, cest-à-dire :'i l'entrée de l'iladès: Voir 
l'Iaton, Cmti/I., 403 D. Cfr. L. Malien, .-trc/i. Ja/irft., X.MX. l!ill. p. 239. 

' A. Fnrtwiingler, liosfliers Le.ril-on. s. v., Itiilô. 

' (iardieniies de rArliie des Ilespérides, selon certaines traditions. 
Cfr. (). Kern, De Orphei theorinniis, p. 88, (cité par E. Norden, Vrni. 
Aeii., \'I-, p. 215). 

■* Stiabon, X, 466. — Même si l'on admet que c'est là une anecdote 
!îéographi(iue et rationaliste provenant de navigations assez tardives, il 
resterait à se demander pounpioi les navigateurs ont tronvé des satyres 
dans ces parages, et pourquoi ils ont répandu l'historiette. Le moins 
qu'on eu puisse dire, c'est ([u'ils s'attendaient à tontes sortes de mer- 
veilles en approchant des contins occidentaux autrefois hantés par Dio- 
nysos (Lucien. Ver. hist., \. 7, jiarle d'une île occidentale où ont abordé 
seuls Dionysos et Héraclès). Mais, plus proliableiuent. ils comptaient at- 
teindre soit les jardins des Ilespérides. soit un quelconque paradis dio- 
nysiaque. Martianus Capella, (]ui place les Ilespérides à l'extrémité de 
rAfri(pie, fait du Mont Atlas ce petit tableau... fantaisiste, mais pit- 
toresque: <i Per diem silet, nocte et ignibus micat; tibiis, fistnlis, cym- 
halis tyuipanisque percrepat, Satyris Aeyipanisqiie bacchantibus' (VI, 667). 



HERCULE FUNÉRAIRE 37 

Centaures n'atteignent à l'ile (les Sirènes que pour y mourir; 
oui certes : mais pour y mourir à force d'entendre des chants 
mélodieux, ce qui était considéré comme une jouissance para- 
disiaque. 

Nous voilà conduits à nue contradiction claire, mais inextri- 
cahle. Eu effet, ne possédant aucune autre forme de la légende, 
nous ne pouvons expliquer comment, de modification en modifica- 
tion, elle a pu aboutir à une telle absurdité ou, si Ton préfère, 
incohérence. On voit bien qu'à un moment donné en Italie (sans 
doute en Campanie) les Centaures, inexistants sur terre, se sont trouvés 
lie's aujc Sirènes, êtres infernaux ; on soupçonne qu'ils ont eu, pour 
ces populations occidentales, un rôle funéraire plus accentué du fait 
que leur rôle terresti-e était plus réduit, tandis qu'en Grèce la 
distinction n'avait jamais été nette : et c'est tout. 

Les mêmes difficultés se représentent lorsqu'on serre d'un peu 
près les textes littéraires que certains critiques ont invoqués pour 
prouver le rôle infernal des Centaures. Virgile ' a placé dans le 
« vestibule » des Enfers les Centaures, les Scyllas, Briarée, l'Hydre 
de Lerne, la Chimère, les Gorgones, les Harpyes : mais ce sont des 
ombres. On part de là pour affirmer que les Centaures figurent dans 
cette liste comme pourraient le faire des morts quelconques ; donc 
qu'ils n'ont aucun nde funéraire. Mais, pour la moyenne des ima- 
ginations populaires, les Gorgones (sauf Méduse) et les Harpyes 
continuaient à exister et à enlever les morts: de même Scylla ; 
taudis que la Chimère et l'Hydre avaient été tuées de fait. Le texte 
de Virgile ne prouve donc rien, puisque le poète a modifié de parti- 
pris les croyances communes de son temps. Il a voulu symboliser 
à l'entrée des Enfers la destruction des monstres, infernaux ou ter- 
restres, par les héros bienfaisants. Mais cela ne préjuge pas la double 
question qui nous intéresse: parmi ces monstres, les Centaures sont-ils 

' Virg., Aen., VI, âS;') sqq. 



38 HERCIXE KI'NKKAIUE 

iiitVi'ii.uix OU teri'f.-ftrcs ? Etaient-ils, avant Virjjile. placés à l'entrée 
des Knfers, selon des croyances ])lus ou moins populaires ' ? 

Les vers de Sénèque ne sont pas plus clairs ', sauf en ceci que 
les Centaures « émergent » de la foule anonj'me des morts, comme 
s'ils étaient caractéristiques du lieu, comme l'Hydre, dont la nature 
infernale est bien assurée '. Mais la présence des Lapithes vient 
confondre toute certitude. 

Et il y a pire incertitude dans les deux passaj^es de .Stace que 
l'on iuviKiuê pour le mènie olijet: l'un, en effet, fait des Centaures 
de vaines ombres, parmi celles des monstres punis, tont en laissant 
entendre que ces monstres api)artiennent en propre à l'Ercbe ' : 
tandis que l'autre groupe nettement les Centaures avec Cfrbère. 
l'hydre et Scylla, comme des êtres « diaboliques » attachés à la 
punition des coupables, et qui s'écartent devant les morts justes \ 

Ces textes nous laissent dans l'état pénible d'un homme qui 
ferait toujours le même rêve, en prévoirait sans cesse la conclusion. 
et dont les idées se confondraient régulièrement au moment où la 
solution est ])rocl]e. Nous avons l'impression que les trois poètes, 
travaillant sui- une matière commune fon ne ])eut dire en effet que 
Sénèque et Stace siiin-nt Virgile, puisque les trois conceptions dif- 



' Le texte du l's. l'iatoi-. A.'iochos. III. pouir.iit faire penser que 
les Grecs unissaient les Centaures à Scylla, comme monstres infernaux: 
« C'est comme si Axioehos craignait Scytla on ii» Centaure, qui n'existent 
pas à présent et qui n'existeront pas non plus aprrs s« mort'. 

• Sen., Herc. fur., 782 sqq. — Hercule tra\ersc le Létlié dans la 
barque de Charon: « Tune u.asta trépidant monstra. Ceiitauri truces. | La- 
pithaeque multo ad bella succensi mero...», puis l'Hydre de Lcrne. 

' Cfr. E. Norden, Verg. Aen., VP, p. 215 et 275. Voir infra. 

* Stace, Théb., IV, 534 sqq.: « Quid tibi monstra Erebi, Scyll.^s, et 
inane furentes | Centauros, solideque intorta adamante gigantum | uincula. 
et.angustam centeni Aegeonis uuibramV». — C'est à peu près la con- 
ception de Virgile, moins iiomogène cependant, parce que les deux ca- 
r.ictères contradictoires sont exagérés chacun dans son sens. 

^ Stace, .S'(7t\, V, 3, 277: < Nidlo sonet asper ianitor ore | Centan- 
rosque hydraeque grèges Scyllaeaiiue monstra I aue^ae cèlent valles ». 



HERCtrLE fUXKRAIRE 39 

forent entre ellesj, ont interprété selon leurs propres idées philc- 
sriphiques et l'à-propos momentané de leurs œuvres des données 
pi>piil:iirês dont ils ne voulaient pas se faire les complices, ([uoiqu'ils 
fussent séduits par leur caractère poétique. Mais ce n'est là qu'une 
impressiiin. 

5. Lr rôle fuiii'fiiivf drs C'eiifaiires. 

La clarté, ce qui paraîtra sans doute singulier, vient des mo- 
numents étrusi|ues: en particulier des urnes funéraires si nombreuses, 
surtout à Volterra. et classées dans le grand recueil de Brunn- 
Korte '. 

Un premier point luirs de doute, c'est que, sur ces monuments, 
les Centaures se trouvent fréquemment groupés avec des êtres in- 
fernaux : Gorgone '" ; Scylla ' ; la Chimère ' : enfin le Sphinx, Charon 

' Brunn-Koite, I r/licri délie Urne etnisclie, II, p. 15ô-17l.i et pi. LXflI 
à I.XXIII. 

- .leunes Centaures de part et d'autre d'une tête de Gorgone sur deux 
urnes de Montepulciano au Musée de Palerme (Brunn-Kôrte, II, pi. LXIV, 
4 et 5). — Pour le caractère funéraire de cette représentation en Etrnrie, 
on comparera les urnes de Volterra, n"' 88, 39 et 42, où figurent des 
tètes de Gorgones à ailettes, rapprochées d'une urne (sans n°) du même 
Musée, où se voit à la même place un démon femelle ailé, des ailettes 
aux clieveux, tenant une épée et assis sur un rocher: thème funéraire 
fréquent (le plus souvent le démon est de caractère marin et enlève un 
homme). — Ce groupement et sa signification peuvent d'ailleurs venir 
de la Grèce archaïque (voir supra, p. 33 et n. 5): limportant ici est de 
voir (praux temps classiques, et en Italie, il n"a rien perdu de son sens, 
au contraire. 

■' Roseher, LexiliOH. s. v. Kentauren, 1055. Le démon marin enle- 
vant le mort est fréquent sur les urnes de Volterra : voir par ex. n° 392 ; 
un curieux Sej'lla mâle sur les urnes n"" 71 et 449. — Scylla a un ca- 
ractère infernal déjà dans Homère {Od., /, 100) ; cfr. E. Norden, Verg. 
Aen., VP, p. 215, et supra, p. 37. 

■• Roseher, Le.ril-ori. s. v. Kentauren^ 1055 ; cfr. id., Gorgotien, p. 28 sqq. 
— Pour le caractère infernal de la Chimère, voir: Usener, De Iliadis 
carminé quodam Phocaico (Bonn, 1875), p. 40 ; Ettig^ Acheruniicn, Leipz. 
Si. z. class. Phil., XIII. p. 336; E. Norden, op. cit., p. 215. Textes exprès- 



40 IIKRCL'LE KINÉKAIKK 

et une Furie, mir une urne (|ui sciiilili' vouloir cumuler tous les 
thèmes funéraires possibles '. 

Il arrive d'autre part (jue, sur ces urnes, les thèmes de la lé- 
gende grecque soient repris, mais avec des modifications expressives. 
C'est ainsi que la Centaurouiacliie. à laquelle une ciste italique ' 
donne une forme déjà extrêmement vague et générale, parait repré- 
sentée, au mépris des traditions grecques, comme la lutte de plu- 
sieurs hommes contre un seul Centaure ', ou, si l'on préfère, comme 
le sauvetage d'un homme des mains ennemies du Centaure; sans 
(|ue l'amphore qui y figure fasse aucunement allusion au pitlios de 
Plmlos. comme lr prouvent et sa position et sa présence dans quau' 
tité d'autres moiniMiciits du même genre où il ne saurait en êti'e 

sit's de Lucien, Dial. invrl., 30, 1 ; Meiiipp., 13 sq. — Sur le uiênie mo- 
nument, avec le Centaure et la Cliiuière se voit une fomuie ailée qui est 
soit Gorge, soit Aitémis persi(iue. Cette déesse, très ré])andne en Ktrurie 
sous la forme de la lloTna 'jt.owv, et dont les origines orientales ne sont 
pas douteuses (Fr. l'oulsen, Der Orient iiml die fmligriech. Kunst, p. 113 
sqq. I. figure elle uiême dans des représentations peut-être funéraires 
(Diadèmes en or de Kiev: luttes de cavaliers contre des Griffons et Ar- 
témis pcrsique: Arch. Ameig., XXXIII. lOlS, p. UOs(|q. — Cfr. Gerhard, 
Etiuskische Spieyel, pi. 243 .A. : .\rtéinis persique et Gorgone. 

' De Volterra (Hrunn-Ktirte. II, pi. LXIII, 3). Petites faces : «) Cliaron 
et Furie, chacun tenant un serpent, de part et d'autre d'un objet droit, 
peut-être un eippe funéraire; b) Spliin.x terrassant un homme et tournant 
la tête vers un oiseau. Face principale: Centaure luttant {?) contre un 
serpent. — La lutte d'un démon infernal contre le serpent se comprend 
très bien même à côté d'autres démons ayant le serpent comme attribut: 
car le serpent funéraire représente aussi bien le dieu infernal que le mort 
(0. Seiffert, Die Totenschlange auflakotiisvhen Keliefn). De la même façon 
le griffon est figuré sur un sarcophage dévorant un serpent (C. Robert, 
III, 2, 166 a et b). 

■ Cari .lacobsen, N;/ Carhbeiy Ghjptothel;, Hclbiij Museet. 4. 81. p. 'iH. 

^ Brunn-KOrte, II, pi. LXVII, 2: Deux centaures dos à dos assaillis 
par deux guerriers; sous chacun «Veux un jeune homme en bonni.-t 
phrygien terrassé; entre eux deux, une amphore pointue renversée. — 
Id.. [b.. II, pi. LXVII, 1: Un homme terrasse le centaure, un antre ac- 
court: un troisième, clevant, semble fuir: devant lui, une amphore de- 
bout. — La représentation de la première urne doit être considérée comme 
double et symétriiiue. 



HERCULE FUNÉRAIRE 41 

question '. De même le mythe de Nessus est modifié de la façon la 
plus singulière : si parfois il arrive que soit figuré assez nettement 
Hercule délivrant une femme des mains du Centaure ', ici encore, 
comme dans les représentations précédentes, le Centaure est isolé 
et il a plusieurs adversaires : fait si remarquable que les éditeurs 
de la seconde y voient « Hercule introduit dans une Centauroraachie, 
on ne sait pourquoi » ^. Disons simplement que le mythe de Nessus 
a été généralisé par les sculpteurs étrusques pour devenir le thème 
du Centaure enleveur de femme assailli par les héros, nous serons 
plus près de la vérité : à preuve d'autres urnes de même genre, 
mais où manque Hercule '. 

Ainsi les Etrusques, en reprenant les images des Grecs, ne les 
comprennent plus comme illustrations de légendes précises. Hs gé- 
néralisent ; et toujours dans le même sens. Des aventures aussi dif- 
férentes à l'origine que celles de Pholos et de Nessus fpeut-ètre 
contaminée par celle d'Eurytion) deviennent une seule et même 
chose : l'homme (ou la femme) tombé aux mains du Centaure tt 
délivré par l'intervention du héros, qui, loi'squ'il se précise, est 
Hercule. Que ces représentations, par leur généralité même, puis- 
sent avoir un sens symbolique, cela est assez clair; mais la dé- 
monstration n'en sera possible qu'après examen d'antres monuments. 

Car le Centaure apparaît d'urdinaire sur les urnes étrusques 
dans une tout autre position. 11 est seul, toujours, et triomphe à 
la fois de plusieurs ennemis ''. Les (Jrecs ne connaissaient rien de 
semblable. Or quand ou voit les peuples italiques innover dans des 
représentations d'origine hellénique, on doit y porter une extrême 

' Voir par ex. Biunii-Kôrte, II, pi. LXIII, 2: Jeune Centaure cou- 
rant au-dessus d'une amphore renversée. Voir infra. 

2 Urne de Chinsi (BiiU. 7)i,s/., 1S59, p. 162); — Urne de Pérouse 
(Brunn-Korte, II, pi. LXXI, 9). 

' Brunn-Korte, ad loc. cit. 

< Brunn-Korte. II, pi. LXXI, 10 et 11. 

'" Brunu-Korte (II, pi. LXIX sqq.) en comptent seize exemplaires. 



4Z IIEKITI.K Fr.NKUAlHE 

attention. Mais il y :i plus. Ce tiième du Centaure vainqueur de 
])luHienrs adver.sairi-s se trouve mêlé, d'étrange façon, au mythe 
d'Oonomaos sur deux urnes de Volterr.i '. Ce mythe e^lt Tun des plus 
expressifs de la scnlplure funéraire romaine: il représente à la fois 
l.i soudaineté et la vulgarité des accidents mortels, et renchainement 
des eatawtro])lios entraînées l'une par r.-iutre. L'introduction dans 
une pareille scéni' du Centaure tricini])liant ne tiguretelli- pas la 
\Lctoire d'IIadès et la vastf déruute des iionimes devant la mort ! 
Simple hypothèse encore. — Voici d'autres urnes où se voit 
le Centaure seul fou deux Centaures symétrii|tu's, ce qui revient 
au même) enlevant une femme "' (|ui, dcirdiii.iire, ronseiil à soir 
enlhement': plusieurs fois le Centaure tient une palme. Kt le 
sens funéraire de ces représentations est attesté soit par la présence 
de la patère oinbili(|uée '. soit par les représentations annexes du 
;;rifl"on hippocampe ', suit i)ir le groupement complexe de divers 
éléments sur l'une de ces urnes. Ou y voit", entre les deux Cen- 
taures barbus qui, dos à dos, et reposant chacun sur une grande 
amphore, enlèvent des femmes, un jeune homme assis de face, une 

' HninnKiirlp, II, pi. LW'III, 3 et 4. — Ce i)Oiiiiait être nue bévue 
du sculptcui-: un sarcopliage romain du Louvre (^74 ex-Boighèse) figure, 
devant le chai- dOenomaos, un cavalier vu de dos, dont le tronc hu- 
main semble prolonger le corps du cheval. Mais, étant donné l'abon- 
dance des urnes du groupe précédent, dont le thème exact se retrouve 
dans ces deux monuments, il est certain (pie l'erreur des sculpteurs (s'il 
y a erreur) a été \-olontaire. 

' Urne étrusque du Musée de Païenne n. .'i,'). t'fr. Brunu Korte. II, 
pi. LXVI, s. 

^ Urnes de Cliiusi lininn-Koiti-. Il, |il. LXIV, (î) et de N'olterra 
(id., «■&., pi. LXIV, 7). 

* Sur des urnes de \'olten.M (nu. .">-2, ;U, iïtlSi. la grande phiale oui- 
biliquée est présentée par deux déuious ailés nus, coiunie ailleurs le (ior- 
goneion. 

5 Urne de Palerme. — .Les dénions mr.rins, dérivés de la croyance 
à un voyage maritime vers les Enfers, sont fréquents et sur les urnes 
étrusques et sur les sarcophages romains. 

^ Brunn-Kiirte, II, pi. LXV, 7. 



HERCILE FINÉRAIRE 43 

épée nue ;\ la main: sur les petits notés, d'une part le couple des 
défunts se tenant par la main; riiomnie en armes accompagné de 
son clK'\al : de l'autre un Cdnjjle. l'Iiomme tenant nn rouleau, dc- 
liout devant un homme assis tenant lui-même un rouleau. Que Ton 
interprète comme on veut ces deux dernières scènes (peut-être le 
«congé» et le «jugement»), il est visible qu'il s'agit ici des 
défunts, si souvent représentés ailleurs sur le couvercle des urnes. 
Quant à la figure centrale, elle ressemble singulièrement, pour l'ar- 
mement et pour la place qu'elle occupe, au démon marin on au 
démon femelle tenant une épée. que l'on voit sur d'autres monu- 
ments funéraires étrusques '. La face iirincipale a donc un sens 
siimbolique (mort et enlèvement), tandis que les faces secondaires 
sont des representafioiis n'iil/stfs: leur union pouvant figurer, si 
l'wii veut, la succession clironologique du congé, de la mort, du 
voyage infernal, du jugement. Laissons même de côté cette dernière 
liypotliése, peut-être trop séduisante: il reste comme fait certain 
que le Cextaiire ici Joue un rôle funéraire '". 

Le curieux, dans ces derniers monuments, c'est (|ue la femme 
ciiusente à son enlèvement, tandis que, dans les précédents, le Cen- 
taure faisait figure de meurtrier ou de ravisseur brutal. Plus saisis- 
sante encore la contradiction, lorsque l'on remarque sur les uns et sur 
les autres des symboles dionysiaques très clairs : soit les amphores. 
Soit souvent dans les groupes où le Centaure terrasse plusieurs ad- 
versaires, l'écharpe de lierre qu'il porte au travers dn torse. L'in- 
terprétation de ce dernier détail est certaine. Celle des amphores 
nous force à entrer dans quelque détail. 

' Urne de Volterra n. 62; autre s;ins ii.. citée déjà suprii. 

■ Il importe de remarquer qu'ici encore une influence grecque est 
possible. Un relief de terre-cuite, du début du IV' siècle, trouvé à Ta- 
rente, représente un mort liéroïsé emporté par un Centaure vers le Lit et 
le Banquet (Bom. MittheiL, XII, 1897. pi. VII). Le monument est isolé, 
mais expressif. KeplaL'é au milieu de notre argumentation, il la confirme, 
nous semble-til, tout en tirant d'elle une nouvelle force. 



44 HERCULE rrNÉRAIRB 

Porphyre, dont l'éducation symboliste ne laisse rien il désirer, 
hésite entre deux interprétations: Cratères et Amphores sont les 
symboles des sources, dit-il quelque part; de Bacehus et des Nym- 
phes, énonce-t-il ailleurs '. Etant donné la nature de Bacehus, 
il n'y a pas là contradiction, mais seulement indétermination. Au 
surplus, les sources elles-mêmes ne sont pas étrangères, tant s'en 
faut, au monde infernal ni aux pratiques funéraires: sans revenir 
sur la Mnémosyne des Orphiques', sans suivre dans ses hardies 
hypothèses Furtwiingler qui voit sur certains monuments grecs et 
étrusques Hercule en train de recueillir l'eau merveilleuse des En- 
fers à la Source de Vie ', il est certain que la lustration aux fon- 
taines emportait presque toujours pour les imaginations antiques le 
sens d'une purification, et finit même par être expressément notée 
comme un moyeu magique d'ac(|uérir l'immortalité \ 

Mais le symbolisme dionysiaque des amphores est l)ien plus 
probable. Les nombreux monuments qui représentent Hercule na- 
viguant sur un radeau d'amphores ^ ne font que donner une forme 
mythique :'i un thème très général, au moins influencé par les con- 
ceptions dionysiaques ", et qui doit être celui de la navigation vers 

' Poipbyie, Antre des Nymphes^ 17 et 13. 

* Supra, 1" art., II, 2. 

' Furtwiingler, Ant. Gemmen, W. p. 107 198. Ces hypothèses peu- 
vent être fondées : mais nous nous en tenons ici :\ une étude aussi objec- 
tive que possible. 

* Martianus Capella, II, 142: « lympba subluere ». 

^ Pierres gravées: Furtwângler, Ant. Gemmen, pi. XIX, 38; LXIV, 
26; XX, 41 (étrusques); XIX, 37 et 38 (italiques). — Miroirs gravés: 
Gerhard, Etr. Spiegel, I, pi. XXIX, 18; CXLIX; CCCXLI,1; CCCXCVIII. 
— Voir sur ce sujet Martlia, Art Jitrusipie, p. 593 (qui propose à ce 
thème une origine assyrienne): Courbaud, La yaoigaiion d'Hercule, in 
Mélanges de V Ecole de Rome, XII, 1892, p. 274; Furtwângler, Aut. 
Gemmen, III, p. 198. 

•^ Le navigateur n'est pas toujours Hercule: Furtwiingler. Ant. Gem- 
men, pi. XIX, 36 et XX, 39. C'est un Satyre ou Silène sur lienx scara- 
bées étrusco-italiques (id.. il>., pi. XVIII. 13 et XIX, 35). Le personnage 
de l'intaille XIX, 36 tient une amphore et probablement un poisson: le 



HERCULE FUNÉRAIRE 45 

les iles Fortunées, le pays des Hespérides, en tout cas un paradis 
liai^liique ' : sens survivant encore, bien (|u'avili par des conseils épi- 
curiens, !<ur les intailles hellénistiques ou romaines qui figurent 
des squelettes aux prises avec des amphores à coup siir pleines de 
vin ■'. On a remarqué d'autre part qu'au \W siècle les coupes et 
les amphores se multiplient dans les scènes liachiques gravées sur 
les miroirs étrusques: il faut y joindre cette constatation que, snr 
des miroirs où l'on voit Hercule le pied sur une amphore renversée, 
le héros est accompagné par des Victoires '. Or, pour les Etrus- 
ques, victoire, accession k l'Olympe, et bonheur dionysiaque se con- 
fondaient, comme le prouve un miroir où l'on voit, au milieu de 
symboles bachiques, Hercule assis dans le giron de Junon qui l'al- 



satyre de XIX, 35, tient le thyise et un poisson : le rapprochement est 
instructif. — L'origine plastique du thème est-elle dionysiaque? On pour- 
lait le penser en voyant sur un scarabée italique (ou étrusque) de Ber- 
lin (Furtwangler, Avt. Gemmen, XIX, 40) Hercule imberbe, assis fatigué 
sur une ainpliore, et sous lui trois amphores réunies. L'amphore comme 
symbole du repos se trouve derrière Héraclès Jeune, assis sur une mon- 
naie grecque de Phaestos (E. Babelon. Mon. Grecques, pi. 256, 6 et 8). 

' Une hydrie à tig. r. trouvée à Abella (Naples, Heydemann, 2852) 
donne un caractère dionysiaque très net au jardin des Hespérides: Hé- 
raclès cueille tranquillement les fruits : on voit un lièvre, un chevreuil, 
des fauves. 

2 Furtwiingler, Aiit. Gemmen. pi. XXIX, 47 et 49; XLVI, 26. — 
Ces pierres, montées en anneaux, étaient à coup sûr destinées à exerci- 
tcr les buveurs à profiter de la vie, comme les vases de Boseo-Reale; 
cfr. Pétrone, Sat., 34. Mais les attitudes rivantes des squelettes ivrognes 
sont dérivées des anciennes croyances en la vie future dionysiaque, dont 
les Epicuriens se moquaient, aussi bien i|ue Piaton, mais poiu' d'autres 
raisons. 

' Gerhard, Etr. Spieç/el, V. pi. 63. 2: pi. 64. — Considérer l'am- 
phore comme un prix agonisticpie est une hypothèse bien fragile: de quoi? 
et pouniuoi apparaît-elle dans des circonstances si variées? Sans netteté, 
et sans préciser la différence entre la victoire agonistique et l'hérolsation, 
M. Schroeder écrit [Grabdenhii., p. 54): < In den Aniphoren aber, die 
hiiufig in der Zweimahl vorkommen, mag sieh eine Erinnernng an die 
zuni Grabkult und dann in Agonistichem Sinnc zum Hrros in Bcziehung 
stehenden Amphoren forterben . 



in IIKKCri.K FINKItAlKK 

laite ' en présenre de Jupiter, Minerve, Tiiran (V'enusj et Méaii ("Vic- 
t(iire) tenant prêts les rameaux de la vietoire. Il résulte d une étude 
ciimparée de ce» monuments (pie, le plus souvent, à jtartir du 
HT' siècle, ram])liore a, en Etrurie, un sens bachique, ordinaire- 
ment lié à une conception dionysiaque de l'immortalité liienlieureuse'. 

Les iii-iies (|ui nous occupent ne remontent pas plus haut que- 
ce siècle, tant s'en faut: et doivent donc être interprétées suivant 
ces princi])es. L'aniphnre qui y ligure se retrouve sur les sarco- 
phages Romains sous la forme de cornes d"al)ondance croisées ', 
ou sous celle, plus nette encore, des cratères, ou corbeilles de fruits, 
renversés, parfois joints à des syralioles bachiques '. 

("(■la étant donné, le problème des urnes funéraires étrusques 
à r('i)résentations de Centaures se pose en ces termes: le Centaure 
étrusque est tanttit un massacreur, tantôt un enleveur de femme ; 
et, dans ce dernier cas, tautut la femme appelle la délivrance, 
tantiit elle consent à son enlèvement: enfin, en toutes ces circon 
stances, le Centaure a un caractère di(inysia(]ue. Comment se con- 
cilient ces éléments ? 

Nous rappelons qu'aux VI'-V siècles les nioiiununts (/)■'(,« nous 
représentaient Héraclès, de fa(;iin à ])en près seniblal)le, alternati- 
vement ami et :idversaire des Centaures bachiques et des Satyres: 
((u'au IV siècle, dans l'Italie méridionale se multiplient les pein- 
tures et sculptures, de caractère peut-être nrpliieiue i iivee sûrement 

' L'allaitcnieul ii:irllér:i coiiiiiie rite (ragrêgation d'ini liéros ;i rulyiiqie 
est bien connu. 

■ l'ne urne étrusque du Louvre figure un jrrilVon courant au dessus 
d'une amphore renversée: ce (|Hi montre liieii ipu'. de dionysia(iue. h' 
symbolisme était devenu funéraire. 

' Motit très fréquent. Sur un sareopliage du Louvre, elles sont te- 
nues par deux fleuves ooiicliés entre les(|nels se voit une baripie ;'i un 
rameur, sous le méil.iillon du di'l'uiil: allusion très nette au voyage vers 
l'au-delà. 

* Par ex. panthères, satyres. — 11 arrive jiurfois, bien entendu. i|ue 
ces corbeilles .soient de simples bouche-trous. 



HERCULE FUNBRAIItE 47 

influence pytliagoricienne), qui figurent avec complaisance les tour- 
ments des Enfers et donnent un sens symbolique aux « Descentes » 
d'Orphée, d'Héraclès, etc.; qu'entiii rKtrurie, par l'intermédiaire 
de la Canipanie ou autrement, pénétrée à une date reculée par les 
croyances et les espérances dionysiaques, se fait peu à peu sur 
l'au-delà des idées de plus en plus sombres, sans renoncer pour 
cela à ses conceptions d'iiéroisation bachique. Et nous demandons 
si les Centaures dionysiaques des urnes étrusques ne sont pas les 
envoj'és du dieu souterrain, conçu tantôt comme un tyran, tantôt 
comme un bienfaiteur? 

Que l'on n'oppose pas à cette conclusion la contradiction ([u'elle 
semble présenter. Sous l'Empire Romain encore, si l'enlèvement de 
l'àme était reproché d'ordinaire aux immites dei (Pluton, Ditis, 
Proserpine) ou aux âirae iioJucres (Harpyes, Gritïon, Aigle, Sphinx) 
d'autres textes funéraires l'attribuent à de plus douces divinités, 
aux souffles de l'air (niirae). à Vénus, aux Nymphes ', qui en fe- 
ront leur compagne dans le thiase bachique. Ue même les Cen- 
taures, que, sous des influences sans doute orientales, les Etrusques 
représentaient autrefois ailés " comme les ravisseurs infernaux aux- 
quels ils se substituaient déjà dans certaines imaginations grecques ', 
enlèvent doucement les femmes sur les urnes étrusques dans le 
même temps où l'on voit Charon aux oreilles de Silène, à la face 
de Satyre ^ presser cruellement le voyage du mort vers les Enfers. 
Et si les Centaures infernaux, bienveillants dans certains cas, dans 
d'autres se imoitrent cruels ", ils ne diffèrent [nis j)(>ur cela des 

' Sohroeder. Grabdeiil.iii.. p. 69-70 et p. 69, n. 6. 

'• Rosclier, Le.iikon, s. v. Kentauren, col. 1045. Cfr. supra, p 3.3, n. 5 

' Cfr. Vv. Boll., Aus: der Offenbarung Johannis, p. 72; et lettre de 
Kôrte citant le vase italique ^rc/t. Jahrh.. I, p. 304, n. 10 (Norden, Ver<j. 
Aen., VI-, p. 215 sq.). Joindre: supra, p. 4.S, n. 2. 

* Par ex. >irne de Volterra n. 400: Quadrige conduit par Satyre- 
Cliaron (nu, ailé, tenant un serpent et le pedum) et soutenu par Triton ailé. 

"^ Théognis (542) les appelle ù'i-i-^iy.:. C'est un des caractères des 
démons de l'Hadès. Cfr. Dieterich, NeJcyia, p. 48 sq. 



4» IIBRCII.K FINKKAIHK 

BHtyres-Silènes qui, criipls en Italie et parfois déjà en Orèee ', l'-taient 
d'antres foin, dans le même pays, les représentants de la jfpiiissancc 
diiinysiaqne ". 

La eontradietion en res matières gênait si |)en les ICtnisqne» 
:i la tin de la Képnblique Romaine que, sur une peinture célèbre 
de la Tomba ib'l Tifone ^, on voit un cortège d'âmes accompagné 
])ar des démons dionysiaques, aux clievenx serrés dans un nœud 
de serpents, les uns ayant les traits synipatliiques d'uni' jeune mé- 
nade, d'un satyrisque, d'un joueur de trompe, tandis que l'iiorrihle 
Cliaron, à farf de Silène, à la patte de Jion, tient son redoutable 
niarti'au. Cette belle, mais incertaine re|irésentHtiiin confond les idées 
.si nettement ti^inées nu III'' siècle avant notre ère dans les pein- 
tures de la Tomha del Cardinale (à Corneto au.ssij on l'Ame du mort 
se trouve attaquée ]>;\v un m.uivais démon, mais défendue par un 
« ange gardien » \ ( bi peut certes trouver qu'il y a eu décadence 
dans les conceptions funéraires des Etrusques : mais ici nous avons 
à constater, non à discuter, encore moins à juffer. 

6. De la ili'radence e'tn(si/i(r à V Empire romain. 

L'art funéraire de l'Kiniiirc, tout en acceptant vcdontiers les 
tliémes des urnes étrusques, choisit entre eux. augmente on diminue 
leur importance '', les modifie en tel ou tel sens. 

' .Satyres dans des scènes d'ouiopliagie : voir G. Nicole. Daremh.-Sa- 
glio, s. V. Saii/n-SHeni, p, 1095, col. 2. — Cfr. .Stèle funéraire de Bo- 
logne {Mommi. d. Liiirei, 1910, XX, p. 651, p. 66-68): torse d'un démon- 
Silène gigantesque sortant du sol et tenant le mort. 

' Voir par ex. la tombe peinte de Corneto déjà reproduite par Mi- 
caii, Storia d. niitiihi pop. ItaUani ^. 1836, III, p. 103 sq. et pi. I.XVII. 
Elle représente des jeux et des danses bachiques; en fronton, deux .■Si- 
lènes ithyplialliques. canards et panthères 

' F. Weege. Etmsl;. Mahrei. fig. 39 (p. 4.3) et pi. 49. -2. 

* Id., ih., p. 87 sc|q. 

^ Ainsi l'image du démon marin brandissant la rame se trouve re- 
léguée, en toutes petites diraen.sious, sous le médaillon réservé au défunt. 



IlElilTLE FUNÉRAIRE 49 

Il gard.i l;i doiiSk' oiinception funéraire des Centaures. Muis aux 
Centaures f.ivoralilcs il rouserva le caractère dionysiaque ', et il 
accentua encore leur sens de compagnons bienveillants du mort dans 
le voyage infernal eu leur donnant une forme à moitié marine '. 
Aux Centaures meurti'iers. au contraire, il n'attribua aucun signe 
dionysiaque ; il leur donna régulièrement comme adversaire Hercule ; 
et, au lieu d'admettre, comme le faisait la somlire imagination des 
Etrusques, la déroute des hommes écrasés par ces monstres, il pré- 
féra montrer l'écrasement des Centaures par le héros protecteur. 

Mais cette modification progressive des idées eschatologiques ne 
saurait étonner; beaucoup plus frappante nous parait être la per- 
pétuité des deux thèmes opposés, que nous avons notés dès les 
VF-V siècles en Grèce, et retrouvés chez les Etrusques. 



V. — HkKOI'LE CriNTKE LE.S MONSTRES INFERNAUX. 

Toutes ces singularités jjrésentées par les monuments funéraires 
italiques, et cette sorte de perpétuité fondamentale depuis les plus 
lointaines conceptions mythologiques des Grecs (à nous directement 
accessibles) Jusqu'aux premiers siècles de l'Empire Romain nous 
autorisent à nous demander si la légende hellénique primitive n'avait 
pas retenu dans l'iiistoire d'Héraclès un élément infernal puissant, 
et peut-être prépondérant. 

Il est bien entendu que nous restreignons la question de pnrti- 
pris: il ne s'agit pas de rechercher les éléments i-htlnmiois du per- 
sonnage et du culte d'Héraclès, mais le rôle (]u"il joue d(ni.< If minide 

' Cfr. Sarcophages du Louvre n"^ :.'SH et lOl:» (Catai. 1896). 
C'est ainsi que le médaillon du mort est soutenu par des Centaures 
marins tandis qu'au dessous le monstre Scylla brandit vainement sa rame 
sur les sarcophages du Louvre n"* :584 et ;J9G. Voir aussi u" 322(Catal. 1896). 
Déjà, dans certaines uincs étrusques, l'auipiiore sur laquelle repose le Cen- 
taure pourrait figurer la traversée d'un fleuve ou de la mer. 

HMiiiHjes crArr)i. ,•! <l'lli«l. Utt:;. 4 



;>U iiBK) ri.i': FixiiitAiiiK 

(les Knfi'is. Ce rôle est visible ilans l'aventure de Ci-rbère; il a été 
l)ien mis en Inmiére dans eelle de fJéryon '. Ce «ont des pareclles 
de \éi'ité: non-i vidiions essayer iei niip synthèse aussi complète que 

|)iissililo. 

1. Les roiiai/rs d'Hercule vers l'uK-delà. 

II subirait pr('s(|ue de ce voyage bien connu vers le Pays des 
liienlieunux ' pour déceler une véritable olistination à mêler Hé- 
raclès aux choses d'outretombe. Tous les « doublets >> du Paradis 
ont tour à tour sa visite: il vaudrait mieux dire que la multiplicité 
de ces aventures a beaucoup nui à la clironologie liéradéeniie, car 
on ne sait toujours où )ila<er telle ou telle expédition. 

C'est ainsi (pic, sous sa forme la plus générale. Tile des Bien- 
heureux, à l'extrême Oeeideut ', avait pour souverain tantôt Kronos 
seul \ tantôt avec lui Héraclès, selon Plutarciue ', qui la confond 
avec l'iIc (i'Ogygie: et sans doute atil raison. 

Mais ce pays des Bienheureux, pour de jeunes imaginations, 
n'est guère remarquable que par l'abondance de.s arbres porteurs 
de fruits merveilleux ' : c'est dire qu'il n'est point différent de celui 
des llespérides. où Héraclès va, audcl.ï de l'Océan et toujours à 
l'ouest, cueillir les fruits, symlioles à l.i fois d'immortalité et «le 
fécondité '. Mais, d'.uitic part, l'île des llespérides n'est pas plus 

' Voir Weifker, l'anh/- ]}'issoicu, s. v. Geryon, col. 12.^9. 

- Sur la date de l'intioduction en Grèce de l'île des Bienheureux 
(apiès la l'atroclide et la Xekyia homériques), von Rohde, Psi/che, 
j). 72 sq. — On a tendance aujourd'hui à penser que le voyage hellénique 
des âmes n'est pas déiivé de croyances égyptiennes oh indiennes: il s'agit 
lilutôt d'une ancienne paienté IPauly-M'issoira, s. v. Katahasi.% 2361). 

' Kohde, Psi/rhe, p. 77. 

* Hésiode. Cfr. Rolide. J'.s-i/c/ic, p. i«t. 

'' Plutar(|ue, 3Iot(il., 941 : légende du nord, nioilitiée par les Grecs. 

■^ Pind:ire, Oli/nip.. M. (il si|q. et fr. lOtî Berg!<. Cfr. Stepliani. l)er 
atisniheitde Heiallex. p. 27. 

" Sittij;-, /'ni(?y-117.<.«i/m. VIII, 1, col. 1244 si|. — B. Schweitzer, 
Heraldef. p. l:i4. n. 1, 



HERCULE FUNÉRAIRE 51 

séparable des Enfers pour les anciens Grecs, que les Champs-Elysées 
du Léthé ou du Tartare pour les imaginations classiques : car les 
Gorgones infernales, selon Hésiode, lialiiteut « au-delà de l'Océan, 
aux limites de la Xuit, là où sont les Hespérides harmonieuses » '. 
La descente d"Héraclès vers Cerbère n'est donc qu'un épisode ou 
une dérivation des aventures précédentes ' ; seulement elle traite 
des côtés terribles de Tautre vie, au lieu d'insister sur les pro 
messes de bonhenr immortel. 

Celle de Géryon a le même sens. Daus son ile d'Erythie, tou- 
jours au-delà de l'Océan, le monstre tient ses troupeaux enfermés 
dans une étabJe « nébuleuse » ^; il vaudi'ait mieux traduire par 
<,< infernale » '. Ce n'est que plus tard que la spéculation des my- 
thographes distingua la lutte d'Héraclès contre le bouvier Géryon 
près de Gadès, et celle qu'il soutiut contre Menoitès, bouvier d'Ha- 
dès, dans les Enfers mêmes '. 

Et d'autres légendes le faisaient encore aller au pays des Hy- 
perboréens '', qui est une autre région bienlieureuse ', oîi règne, 
plutôt qu'Apollon, le Dionysos Thrace *. 

Et même, à cette tradition des voyages funéraires, qui étaient 
con(;us de préférence comme se faisant par eau, à travers l'Océan ', 

' Hésiode, 'Tlicoy., 274 sq. 

- Les aventures des Hespérides et de Cerbère sont jointes dans la 
plus ancienne conception du Dodekathlos. Voir B. Sehweitzer, Herakîes, 
p. 135. 

' Hésiode, Thi-oij., 294: <7Taô;j.M =■' r.spo'c-iTi. 

■* Cet àr.j est celui qui rend invisible; c'est la caractéristique d'Ha- 
ilès et la propriété de sa y.jrir.. Erinys est f.spotpsîTi:. Cfr. Hésiode, Tlieug., 
tibS: j-i îitpsu rïpiîvTo;. Id., il'.. 682: TipTapsv r.tpiti-coL. 

5 Apollod., B/hl, II, V. 10 et 12. 

^ Pindare, Olymp.. III, 28. 

' Id., Pyth., X, 45 sqq. 

s Cfr. 0. Schroeder, Hyperhoreer (Anhit: f. JiMj. \\'Us.. \'II1, 11105, 
p. 79-81 et 84). Voir supra, l"'' art., suh fine. 

' C'est peut-être une ancienne façon de signifier la ditSculté d'ac- 
céder aux pays bienheureux, tous localisés hors de la portée des hom- 
mes (E. Kohde, Psyché, p. 78). — Cfr. Bateaux trouvés dans les tomltes 



52 IlERCrLE FUNÉRAIRK 

se rattache, semblp-t-il, une aiirienne figure d'Héraclès, aussi cé- 
lèbre par les exploits maritinips que par ses victoires terrestres'. 
Mais tiiiit cela ne nous ponnet pas une eonelusidn très ])réci8e. 
En eft'ct, nous voyons Ijien que, lii encore, comme lorsqu'il s'agis- 
sait (les Satyres et des Centaures, Héraclès se trouve engagé mainte 
fois dans des aventures d'outre-tomhe, seml)lables au fond, mais 
d'apparences contradictoires : bonheur immortel ou voyage plein 
de dangers. Mais le fait même que ces aventures sont des « dou- 
blets » l'une de l'autre nous empêche de déterminer si cette série 
de légendes est secondaire ou essentielle dans le caractère du héros. 

2. Les ruces infernalrs d' Hr'sioiJe à Virgile. 

Vnjci (|Mi est plus net Hésiode, qui se pique dans sa Théo- 
gouie de dire l'exacte vérité, indique deux lignées infernales: 

A: les enfants de la Nuit": Moros, Kér^. TArtwatos, Hypnos, 
les Songes, Mômos et Oizus, les Hespérides. li's Moires et les Kères, 
Némésis, Apaté, Philotès, Géras, Eris. — Création visiblement plii- 
losophique et atisti'aiti' que nous laisserons de côté ))oui' le moment. 

li: la race de Fliorkus et Kétô ', qui donne au premier degré: 
les Orées, l(>s Gorgones. Echidna, le Serpent des Ilespe'rides: de 

apulieimes (L. Malten. Ari-h. Jiilirh., XXIX, 1914. p. 22>S sq.): — Syni- 
bolisuie marin des tombes étrusques (F. Weege, £tr. ilalerei, fig. 55 
et 7;"); pi. 8, 66; Beilage, III, 1, 2,4); des urnes étrusques (infra). — 
Sous l'Empire: voir Schroeder, Grabdenkm., p. 66 sq. et 68: V. Mac- 
chioro, H simbolismo neUe figurmioni sepolcrali romane (Napies. 1909). 

— Mêmes croyances chez les Anglo-Saxons (B. Schweitzer, Heiakles, 
p. 22it|. — Ailleurs, le voyage est symbolisé par le cheval ou le char 
(Delbriick, .4)-c/i. Ameig., 1912, p. 271; — I,. Malten, /m. o/.. p. 186 s.|.: 

— Sciiroeder, loc. cit.. p. 69). 

' Pindare, Nem., I, 95 sq. 
2 Hésiode, Théog., 211 sqq. 

^ Xous indiquons en italiques les adversaires (pie la légende clas^i- 
que oppose à Héraelès. 

* Hésiode, Theng., 270 sqq. 



HERCULE FUNÉRAIRE 53 

Médousa, l'une des Gorgones, sont issus Pégase et Chrysaoi-; et de 
Clirysaor, Ge'ri/on ; d'Echidna descendent à différents degrés: Or- 
lltros, Ccrhcrc. V Hi/dre de Lerne, la (^'liimère, le Lion de Némée 
et le Sphinx. 

Cette dernière généalogie est pour nous du plus haut intérêt 
parce (pfelle est composée d'éléments nettement hétérogènes, mais 
ayant tous une « personnalité », et de façon k constituer une fa- 
mille d'un caractère infernal non douteux '. 

Or cette famille infernale, décimée par plusieurs héros ' fournit 
au seul Héraclès «<.(• de ses victimes: le Serpent des Hespérides, 
Gèrynu, Orthros, Cerbère, THydre, et le Lion; et la descendance 
d'Echidna en particulier disparaît presque tout entière sous sa main. 
Ce fait, rapproché de ses nombreux « voyages vers l'au-delà », est 

' 11 n'y a d'incertitude que dans la descendance directe de Médousa : 
mais sou petit-fils ("xéryou possède ce caractère au plus haut degré. — 
Pour les Grées: cfr. leurs noms, Enyô et Pemphrêdô (de T7ïia«'.'u? ou Béot. 
pour TsvôpYiSuj-/ = la Suceuse); et Schol. ad Apoll. Rhod., (Aryon.. IV, 1515)- 

— Les Gorgones sont liées aux Hespérides par Hésiode lui-même (T/ieoj/., 
274 sqq.); au reste bien connues à cet égard. — Ecliidna est àixa-'n 
[ib., ;300) comme les démons de l'Hadès: et toute sa descendance est in- 
fernale. — Le Serpent des Hespérides, souterrain comme Echidna (/ft., 344), 
habite les extrémités de la terre (ih.. 335: Trupioi/ h ■ii'(iXa:z: une correc- 
tion ne s'impose pas), c'est-à-dire les Enfers. Voir supra. — Pour Gé- 
ryon, Orthros son chien, Cerbère (àanuTîn; comme Echidna : liés., Théog. 
311), cela va de soi. — L'Hydre, Xuvpà lojTa («6., 313. Cfr. Echidna qua- 
lifiée lie Xuff-ri: ib., 304), habite le marais de Lerne, une des entrées du 
monde infernal (on y faisait des offrandes aux morts; voir Archiv fïir 
Relig. Wiss., XII, 1909, p. 294 sq.); cfr. B. Sahweitzer, Herakles, p. Ib6. 

— Pour la Chimère, voir références dans E. Norden, Very. Aen., VP, 
p. 215; Ettig, Acheruntica (Ltipz. Stud. z. class. Pliil., 13), p. 336. — 
Le Lion invulnérable (Bibl. Apollod., II, V, 1), -■/;,/.' àvBpMToi; (Hés., Théog., 
329), à côté de la Sphinx (ôXoio : Tliéog., 324. Etymologiquement ; celle 
qui serre, qui étreint), figure constamment sur les tombes gréco-asiati- 
ques, étrusques et Romaines en un sens infernal non douteux que nous 
aurons à préciser dans la suite. 

- .Médousa tuée p.ar Persée (Hés., Théog., 280); la Chimère par Bel- 
lérophon (ib., 325); la Sphinx par Oedipe. Cfr. B. Schweitzer, Heraklea, 
p. 87: «.leder ordeiitliclie Héros musi einmtil mit dem Todesdiunon selbst- 
ringen ». 



54 HERCULE FUNÉRAIRE 

au moins troublant. l'U. même si le» victoire» du héros sont an- 
t(''rieui-es ;'i la ^^énéalogic constituée par Hésiode, il n'en reste pas 
moins que, le caractère de ces monstres étant poni' inu- Ixiiine part 
originel et attaché :"i leur forme même, elles doivent être considé- 
rées, jus(|u':'i preuve du rontraire, comme des ricfoires sur V<s. Enfer-». 
Mais sans rhcrchcr à i-einontcr plus li:iiit ((u'Hésiode, ce qni 
est fort aventureux, on peut suivre (rindice en indice cette con- 
ception dans le cours des siècles. Nous avons pour guides dans 
cette recherche les caractères spécifiques prêtés i)ar l'imagination 
populaire aux monstres infernaux : d'altord l'anthropophagie ' : puis 
la multiplication des organes, en particulier des bras et des têtes " : 

— enfin le polymorphisme '. 

Les indices li/f/'rain's de la ii('ri)étuité de la tradition hésio- 
dique se groupent d'uni' ]i.irl au V siècle avant notre ère; de 
l'autre dans les deux premiers siècles de l"Kmpire Romain. 

Les vers des « Grenouilles ^ » qui rassemblent à l'entrée des 
Enft'rs, deri'ière r.\clii''ron, « des scri)ents et des monstres terribles », 

' Par ex.: en Grèce: Eurynoinos, Perséplione confondue avec Hé- 
cate, Cerbère, etc ; sans doute Hadès lui-même (Ettig, Acherunticu. 

|). 279, n. 2 et Addeiirhim, p. 407; L. Malten, Arch..Jalirb., XXIX. 19!4, 
p. 247); — (le là en Italie (Lucrèce, 1,852; Yiig., j4f)(., \'I. 207: Arnobe, 
Adn. Gent., II, 5;ii. 

• Le triple Géryon, la tiiiile Hécate, le triple Cerbère; le triple Ty- 
phon (B. Schweit'/.er, Henihla^. p. 72-7(i): Hennés infernal (id., iV)., p. 85(. 

— Mais, dans Hésiode (Throy., 312), Cerbère a cinquante têtes comme 
l'Hydre de Virgile; Echidna dans Aristophane {Jiati., 473) en a cent. 
Briarée et ses frères, qui ont cent bras, malgré l'incohérence de la lé- 
gende où ils sont 'déj;\ engagés du temps <rilésiode, gardent chez Ini 
très nettement un caractère infernal (A'oir Theog., (j21 sq. et 7.'î4sqq.: 
ils sont les gardiens iln Tartare). — Une explication de cette bizarrerie 
a été tentée par M. B. Schweitzer (Heralcle.t, p. 84), mais implicitement 
contreilite par lui-mênie. lors(|n'il constate le même phénomène dans les 
mythologies du nord ;id., th.. p. 86). 

^ Empousa ( Avistoph.. Ttnn., 289-292) se fait tantôt bceuf, tantôt 
mulet, ou femme, ou chien. Cfr. L. Malten, Areh. Jahrb., XXIX, 1914. 
1). ISO, et n. .'J. 

' 14:! sq. ; — 470 sqq. 



HEIÎCl LE FUXhKAIUE 55 

«les Chiens du Cocyte, Ecliidna h cent tètes, la Murène '. les Gor- 
gones », peuvent être nue parodie du Tliésée d'Euripide ; 51. Norden 
les fait remonter plus haut, à une 'HpK/./.ÉO'j; /.aràoz'ji; ", dont 
on retrouve des traces précises par t-semple dans Bacelij'lide : on 
peut aussi bien supposer des inflnences orpliico-pythagoriciennes; ce 
qui est sûr, c'est que ces images ne sont indépendantes ni de la 
Théogonie d'Hésiode ni de la légende d'Héraclès. Dans les mêmes 
années Euripide, qui appelle un fou <s ' X'.bo'j f^xy.yo-^, attri- 
bue au venin de l'hydre le pouvoir de rendre insensé * : établissant 
ainsi un rapport net entre le monstre tué par Héraclès et les 
Enfers '. 

Mais si, d'autre part, on passait saus transition de notre re- 
marque sur Hésiode au fameux passage de l'Enéide, VI, 273 sqq., 
il semblerait que Virgile s'est contenté de donner une forme poé- 
tique et plastique aux généalogies du poète grec. Car, en dehors 
d'autres personnifications du même genre, on retrouve chez lui le 
Deuil (Liirtus ^= 'O'i^O;), les Soucis et les Maladies [Ciirae, Morhi 
= Mcilfzt), la Vieillesse (Senectus = r/,3à:), la Misère (Ef/esfas, 
Lahor = Môoo;), la Mort (Letian = Hzvztoi, kv-;) et le Sommeil 
{Sopr/r = "V-vo;), les Euménides (=: les Kères), la Discorde (Di- 
scordiii = 'Kp!;) et les Songes; et, à coté des Centaures, Scyllae 
et Harpyes, on voit Briarée, l'Hydre '', la Chimère, les Gorgones 
et Géryon. Il semble donc y avoir des motifs non point pour dire 

' On songera que Pliorkus et Kétô, ciéateuis de cette race hésio- 
diqup, sont des dieux marins. 

■ E, Norden, Very. Aeii. VI-. p, '27.Ô. 

' Eurip., Hen: fur., 1119. 

* Id., ih., llSO-1190: y.aw5y.=vw -iTjXw ->.a-y/.'H;; | U7.-:^aio:u.i,'j .Sïuit; 

' La folie est, pour les Grecs, toujouis envoyée par des divinités 
infernales, ou au moins chtouiennes. 

•^ L'Hydre apparaît à Virgile (après Euripide, .Aristophane, Hésiode) 
comme tellement symbolique des Enfers qu'il en place une seconde an 
second seuil des Enfers (celui du Tartare): Aen., VI, 576, 



»b IIERCUl.B FINKHAlKi-; 

simplement, comme Milelilm-fer ', (Hie i-e développement vient des 
croyances populaire», mais pour le l'atfaciier à la lonffue tradition 
A moitié populaire à moitié savante qui n-inoiiti' à Hésiode. Les Silius 
Italiens, Valcrius Flaccns, Sénèque le Trafique '", lorsqu'ils se conten- 
tent de suivre Vir^^ile, n'aioutent rien à riinportance expressive de ce 
passage ; mais il est curieux de voir, grâce à eux. l'idée de 1' « Hnl'er » 
liée, encore aux I" et II' siècles de notre ère, à l'apparition des 
monstres tués par Hercule ou au moins de leurs ombres^. Survi- 
vance de la conception liésiodi(iue ? Nous ne l'aflirmerons pas en- 
core: mais cette liaison fondamentale entre le liéros et les monstres 
inrcniaux est encore possible à cette date. 

Tels sont les jalons: voyons si les ninriuments ne nous aident 
jias :'i p;isser de l'un ;i l'autre. 

On conn;iit l.i iViMiucnce sur les toml)iaux étrusques des ligures 
de Centaures, de Cliiméres \ de Spliinx et lions de caractère ionien 
archaïque ' ; de lions surtout '"'. Rappeler que le lion funéraire figure 
souvent en (îrèce par Jeu de mots av(!c le nom du mort ' n'en- 
traîne aucune consé(ni(nee (juand il s'agit de monuments étrusques 
ou puniques". I)ire(|iril symbolise la garde, le courage héroïque", 

1 .Milclilicefer, .1»/; dn- Kiinsl., p. 229. n. 1. Cfr. Ettig. Acheruiilicii, 
p. 350, n. 2. 

■^ Siliiis Ital.. riirh.. IV, WM snq.-. Sihi.. V. :3, 277. — Valer. l'Iaccus. 
III, 224 siiq. — Séuè(|iu'. Hcrc. fur., 782 s(|(|. 

^ Sen., Hcrc. Oel., 1936 sqq.: « Anguesquc suos | Ilydia sub undi.s 
territa mersit, | teque laborex, a gnate, timentV » — Lucien, Jup. trcuj.. 32. 

* Milchh(pfer, Anf. dcr Kttnsf. p. 229; K. :\leyor, GUumhirren iind 
Kentuure» : Heyne, ad Verij. loc. cit. 

^ E. Calien, Daremherg-Saglio. s. v. Sepulcrum, p. 1231. 

<■' Voii- Xot. d. Scavi, 1903, p. 17 sq. ; p. .3.02 sqq.; — 191(5, p. 27ii sqi|. 
— Les lions de l'ancienne sépulture dite de Romnlns, sur le Forum Romain. 
Cfr. E. F. Wecge, Etr. Makrei. p. 17. — Le gisant du sarcophage dit d'I 
Mugnaic (Musée de Corneto) a des sphinx :i ses pieds, ;i sa tète des lioin'. 

' Gardner, Scidptnred tomb.<i of IMlas, p. 1 .30 sq. ; E. Italien, /. c, p. 1 222. 

' Toutain, Bemic dex Jifttdcs .'l»c., XIII. 1911. ]i. Kî.t si|q.: F. Cu- 
niont. il)., p. 379 sq, 

'' M. Collignon, Statue.'! fiincrmrcs..., ji. 4.3; Cfr. il/., p. 22() scjq. 



HERtULE FUNÉRAIRE 57 

peut être juste dans certains cas. Mais, après ce qui précède, ne 
doit-on pas préférer l'interprétation qui en fait un démon de la 
mort', rî/Opo>.£ojv qui déchire les âmes'-, autre forme de Cer- 
bère"^; ou, d'un autre point de vue l'animal dionj'siaque \ que 
Ton voit paré de lierre comme les Centaures des urnes étrusques ^ : 
en tout cas un être infernal, une sorte de lion de Némée ' ? De même 
le serpent funéraire, qui pour le Grecs avait fini par représenter 
le mort, était primitivement le dieu infernal lui-même ' ; et les 
Etrusques s'obstinaient à lui confier le rôle de ministre redoutable 
d'Hadés ". «iuant aux Centaures, nous avons vu ce qu'il fallait en 
penser, i'-n un mot, une lionne part des monstres infernaux d'Hé- 
siode et de Virgile se retrouvent sur les monuments étrusques. Dans 
ces conditions, n'est-il pas plus qu'aventureux, pour mieux dire n'ap- 
paraît il pas systématique et faux d'affirmer avec C. Sittl, et bien 
d'autres à sa suite, que, dans ces monuments, « les figures fautas- 
tiques des Orientaux et des Grecs ipar exemple les satj'res et les 
Centaures) ne servaient qu'à la décoration, sans que les Etrusques 
s'occupassent de leur signification mytliologique » ' ? 

' l'sener. De lliad. carminé ijiwflnm Phoctiico, p. o'i sqq. ; Binckner, 
Friedhof um Krida)ios^ p. 76-79. 

^ Kaibel. Epiçjr. ex lapid. coll.. it.'). cité pai- L. Malten. Arcli. Jahrh.. 
XXIX, 1914. p. 213. n. 3. 

^ Sur un sarcophage d'Athènes représentant les travaux ilHèraclès 
(C. Robei-t, Ant. Sark. Bel.. III. 1, n° 99), Cerbère a une tète de lion 
entre deux têtes de chien. 

* Xonnns, Dionys., XIV. I(i2. 

^ Lion sans doute funéraire d'Ancône: Noi. d. Scavi. 1902. p. 44ti sqq. 
— Cl'r. ib.. p. 478 sq. 

^ Peut être conçu comme apparente à l'Hydre de Lerne encore dans 
Nonnos, Dionys., VIII, 240: X^a/TsêoTM -asà Xi^-ir,. 

' 0. Seitfert. Die l^otensclilanye auf lakonischcn lieliefs: — Archir. 
f. Kclig. Wi$.s., XX, p. 146. — Pour la fréquence de l'alternance, cfr. 
L. Malten, Arch. Jahrb.. XXIX. 1914, p. 235 sqq. 

" Voir par ex. F. Weege. Eti: Mal, p. 30 et 39: fig. 22 (Tomba 
deirOrco, Corneto) et 49 (Vase Faina, Orvieto). 

■' C. SittI, Annali deirinst, LVII, 188.Ô, p. 135. 



ÔH HEHCIXE FINÈHAIKE 

Nous ne prétendons pas en faire des élèves d"!Iésiode ; mais 
nous sommes en droit de dire que les conceptions populaires que 
nous trouvons systématisées dans la Théogonie, plus ou moins mê- 
lées, plus ou moins contaminées (surtout par les idées orphiques et 
dionysiaques en Italie vivaient eiifoi'e en Ktrurie entre le IV et 
le IV siècle, avant di- irparaitre presiiue sans aucun «■liangement 
<lans Virgile. 

3. Hercule contre les races infernales : 
rlérelop pements de la conception . 

Les preuves de la \italité de cette conception ne manquent pas. 
C'est ainsi que, d"une part, au H' siècle av.int notre ère, l'aigle 
qui dévorait l'rométliée et que l'ancienne tradition ' faisait périr de 
la main d'Héraclès, se trouve introduite dans la généalogie infer- 
nale d'Hésiode, comme tille de Typhon et d'Echidua ° : — que, d'autre 
part, les Harpyes, très anciens démons de la mort ', dans les Théo- 
gonies dites d'Acusilaos, Phérécydes, Epiménides, deviennent les sen- 
tinelles du Tartare et les gardiennes de l'arbre des Hespérides, c'est 
à-dire figurent à la fois parmi les adversaires d'Héraclès et :\ côté des 
races infernales d'Hésiode : peut-être même y entrèrent-elles par con- 
fusion avec les Gorgones * : et de même la Spli3'nx, au lieu d'Œdipe, 
trouva sans doute, selon certaines légendes, un adversaire en Héraclès^. 

' Hésiode. Tliéoij., 52'> s(|q. 

- Apollod., BiliL, II, V, 11. — Nous rappelons que l'aigle ligure, 
comme la Goigone, le sphinx et le griffon, sur les monuments funéraires 
Uoinaiiis (Cfr. E. Calien, Daremherg-Sagh'o, s. v. Sepulcndii. p. 123.5. 

' Hom., 0(1, a, 211 sq.: ;, 371; j, 61 65; 79 sqq. Cfr. Rolide, Psyché, 
p. 65 sq. et 69, n. 2. 

■• Vase ctnif:fp(e à tig. n. (Berlin, 2157): cfr. A. Furtwiingler, lioscherx 
Lex.^ s. V. Gorgonen, 1708. — Les Harpyes considérées connue des cavales : 
voir L. Malten, Arch. Jiihrb., XXIX, 1914, p. 199. Cfr. t^iipra, p. 33, le 
rapprochement entre les (lorgones et les Centaures. 

5 Bull. d. Iiist., 1S50. p. 33. Cfr. Gerhard, Aitserles. Vaseiibihi. 128, 
p. 152-154. 



HEUCLLK ITNKRAIRE Ôt) 

Selon le même esprit, Héraclès prend position plus nettement 
<|ue du temps d'Hésiode contre l;i première race infernale, contre les 
entants de la Nuit. H est inutile d'insister sur Texpéditioii vers les 
Hespérides, ses anciennes ennemies (et parfois, par contre, ses bien- 
faitrices). Mais les hymnes orphiques appellent le héros K-/;pa;^.'jvT7;:, 
celui qui chasse Kêr ou les Kères '. Et, de même, Héraclès est re- 
])résenté sur des vases trouvés en Italie comme accablant la Vieil- 
lesse, Géras, fils de la Nuit ". Quant à sa lutte contre Thanatos, 
tous les lecteurs d'Euripide la connaissent. 

Comme si les raythographes postérieurs tenaient à accentuer 
les deux caractères essentiels de ces généalogies d'Hésiode : leur 
effort de groupement de tous les monstres infernaux et lenr insis- 
tance :Y leur opposer le héros Héraclès. 

Même extension, plus large encore, dans le monde grec occi- 
dental. Triton, le dieu marin, que l'art du VIIT siècle mettait déjà 
aux prises avec Héraclès ', est localisé par les colons grecs aux 
environs de Curaes, où il prend nn (•.uactère chtlionien et infernal, 
et où ("peut être dès le VT sièclej il <Milève Misène, comme le fe- 
rait Charon ou tout auti'c démon de THadès ■" : voilà donc encoi'e 

' Hymnea Ori^h.^ X[[, IH. C'est ce ([ue. au lémoignage de Théognis 
(3: xaità: o'à-i zrpa; âXa)./.:), fait aussi Aitéiiiis, la déesse que l'on re- 
présente généralement comme nue tueuse d'hommes et de fauves (comme 
Héraclès lui-même): car les deux fonctions sont connexes. Cfr. supra les 
Centaures et les Satyres; infra Ecliidna, lîadés. tantôt meurtriers tantôt 
bienfaisants. 

■ Surtout le vase nolan trouvé à Capoue {Scavi, 1877, p. 16 sq.). 
Peut-être aussi l'œnochoé à fig. n. de Vulci (Berlin, 1927). Cfr. C. Smith, 
Journal of hellenic studies. IV, 1883, p. 104 sqq. 

' Coupe de Praisos. Cfr. Anmial Brit. School Athena, X, pi. III. 

■■ E. Norden, Verg. Aen., VI', p. 179-180. — Remarquer que pour 
Hésiode déjà il est un 5=wi; Bio; {Thértf/.. 933i. — Lucaiu (P/iore., IX, 
348 sqq.) suit la tradition italique, fortement enracinée dans les imagi- 
nations par les urnes funéraires étrusques, lorsqu'il jilace ce dieu au 
lac Triton en Afrique, près du Léthé et du Dragon des Hespérides: en 
im mot aux portes des Enfeis. Mais des influences sémitiques sont en 
outre fort possibles. 



60 HERCULE FL'NÉRAIKE 

un exploit d'Héraclès précise dans le sens de la pensée liésiodique. 

— L;i source utilisée par Lycopliron ', selon laquelle Héraclès fut 
englouti par le monstre marin auquel était exposée Hésione, et 
sortit cliaiive de cette aventure, est-elle aussi d'origine occidentale 
et peut-elle s'interpréter de la même façon ? Ce n'est pas certain '. 

— Mais voici (|iii se rattache sans ambiguïté à cette conception: c'est 
la légende rapportée par Lycophron encore ', et qui veut que Scylla, 
ayant volé les bœufs d'Héraclès, ait été tuée par le héros, mais 
ressuscitée ]>ar son père Pliorkus. 11 n'est rien de plus uet que 
cette anecdote: Scylla, parente des Harpyes et cliienne de l'Ha- 
dès ', a été rattadiée, par Pliorkus, à la race infernale constituée 
dans la Tiiéogonie : et opposée à Héraclès, comme ses frères et ses 
neveux; seulement, comme elle était immortelle, la cohérence de 
la légende s'en est ressentie. Quoi qu'il en soit, on retrouvera 
Scylla et sur les urnes étrusques et dans les textes latins où il 
est question des Enfers, multipliée pour les besoins de la c:iuse, 
de façon k faire pendant aux Furies, Centaures, etc '. 

Les Etrusques, que nous venons de voir directement influencés 
en ce sens par les (!rees occidentaux, allèrent- plus loin, par leui's 
propres forces, semlile-t-il, et avec ce génie de généralisation qui 
se manifestait déjà à propos des Centaures. Le Griffon, sans doute, 
uni aux Ariniaspes dans le pays des Cimmériens, avait déjà chez 
les Grecs un car:ictère infernal : les Etrusciues l'accentuèrent, peut- 
être relativement t.ird. comiiie le pense Conestabile '', en tout cas 



' Lycophi-., Ak.i:, ,32-37 et .S'e7io/. nd 34 et 37. 

- D'origine sud-asiatique selon L. Frobenius, lias Zeitallcr des Soii- 
nfnyottes. 

' Lycophr., Alex., 44-49 et Schol. ad 46. 

* Homère, Od., y., 100. 

' E. Norden, op. cit., p. 215, ne trouve de Scyllae. au i>luriel, qu'avec 
Lucrèce, de naf. rer., IV, 732 et V, 893. 

" A propos d'une urne funéiaire de Pérouse {Peiuyin. V, XXI'"-, '2. 
— Cfi-, pi. LV, LXXXI. 4). 



HERCULE FUNERAIRE Dl 

de la façon la plus nette '. Or des monuments étrusques représen- 
tent d'une part Hercule combattant un Griffon -, de l'autre un héros 
quelconque tirant le monstre d'une caverne ^ comme Hercule tire 
Cerbère des Enfers *. Le rapprochement de ces deux figurations 
rend caduque riijpothèse singulière de Conestabile, qu'il s'agit 
dans le dernier cas d'une déformation des jeux du Cirque, le griffon 
ayant été substitué à un lion ; non : le griffon, être infernal comme 
les Centaures, trouve chez les hommes des adversaii-es héroïques, 
dont Hercule est l'un. Peut-être la lutte d'Hercule contre des mons- 
tres anguipèdes ^ a-t-elle le même sens, si on la rapproche des 
figurations de ces monstres dans la Tomba del Tifone à Corneto, 
et sur certaines urnes funéraires étrusques: une certitude est ici 



' Démons à type de giiffon dans la Tomba deU'Orco à Corneto. Voir 
F. Wee^e, i?/r. 3Ialerei, p. 50 sq. et fig 25 et 53. — Char de Pioser- 
pine tiré par des griffons sur deux vases de la collection Faina (id., ih., 
p. 5;-i sq. et fig. 49). — De là, la fréquence des griffons dévorant des ani- 
maux ou devant la torche funéraire, svir les sarcophages Romains (voir 
par ex. C. Robert, Ant. Sari. Bel, II, 140; III, 1, 24^ et SI"-'': 111,2, 

166»-''; etc ). Pour le symbolisme de la première représentation, voir 

infra. C'est plus tarJ seulement, nous semble-t-il, que le griffon devient, 
comme l'aigle, un symbole de l'Apothéose (voir F. Cumont, Heviie Hi.'^i. 
des Bel, LXIV, 1911, p. 154). 

2 De Witte, Bull. d. Inst, 1867, p. 131: « Vaso di rozzo stile etrusco 
in possesso dell'Instituto ». Cfr. J. Roulez, Annali d. Inst., 1871, p. 150 sq. 
— Le thème n'est pas abandonné par les Romains : Hercule figure entre 
deux griffons qu'il semble vouloir étrangler sur la cuirasse d'une statue 
impériale (Zoega, Bassiril., II, pi. 109, p. 274). — La liaison était peut- 
être déjà établie entre le moni^tre et le héros par des Grecs occidentaux: 
sur des monnaies d'Ambracie, on voit à l'avers la tête d'Héraclès, au 
revers les Griffons. 

^ Déjà sur une intaille mycénienne: Fnrtwangler, Ant. Gemmen, 
III, pi. VI, 18 (= Penot- Chipiez, Hist. de l'Art Ant., pi. XVL 16, et 
fig. 374}. — Pour les monuments étrusques, voir Milani, Stiidi e Mate- 
riali, II, p. 7 s(|(|. 

■■ Cfr. P. Ducati, Boidic. d. Lincei., série V, t. 19, p. 179, n. 3. 

^ Vase de Munich (Jahn, 337); — Bronzes Etrusques (Conestabile, 
J'erugia, pi. LXXVI et LXXXV). Cfr. A. Reinach. Les têtes coripées 
d'Alise et Hercule à Alesia {iiihl. Pro Alesia, fasc. 3), p. 10 n. 3. 



02 iiKm;i:i.n ku.skuaikk 

ilifticile à obtenir. Mais an rm'-mc urrlre de pensées apparCu-tiiieiit 
sans auciiii (loiitf, d'une |)art cette tasse conservée û Copenliague 
représentant llérailé-; en tiain d'extraire' d'une caverne nu monstre 
à tête énfirnie et (|ui tire la langiu- '. de l'autre les fameuses urnes 
étrusques m'i l'un vnit un iiéros, ))eut-ètre Ulysse, l'épée ou la pa- 
tére à la main, recevant un monstre denii-liumain fattaclié lui aussi 
par un licol) Iiors d'un jmtcal: rejjrésentation certainement infer- 
nale ■ ; évocation de morts ou de démons contre lesquels on a pi-is 
des précautions comme envers des êtres hostiles. 

Le mouvement d'imaf;ination que révèlent ces monuments est 
fout à fait seml)Ialdo à lelui que tr.iliit In Théogonie d'Hésiode; 
mais avec des miidificatiiins qui iirou\cMt (pie les Etrusques ne se 
contentaient \n\!i de répéter une lei-on liicii apprise, mais avaient 
fait entivr cette conce])tion lielléui(|ue dans leurs croyances propres 
relatives aux enfers. 

4. Coiiiliision. 

Dune. Iiirsi|ue Virgile reproduit pres(|ue dans 1rs inrMnes ter 
mes, nous l'avons vu, li's ;;énéal()gies d'Hésiode, mais eu en sjié- 
cifiaiit le earactèi'e infernal, il riq)résente. selon son hahitude, la 

' Ihdktl. Xiip<ililm\6, Xiiwa Série, V. 1 1 = Hosclier, I.e.r.A. oooi 
= S. Keinach JiVi). V. PehiU, I, p. 490. 

- Yoh: Amhmi, De'moiwlogie KtiHi<ijue{Mèla>i<ie'i de l'Kcole ih ]liiiiii: 
XXX, 1910, p. 257) et P. Oucati, J'Jse(jesi di dhiine urne etriisclic [Jien- 
die. Acecid. d. Lincei, ser. V. t. 19, 1910) p. 161-180, et surtout p. ltj«. 
— On lemaiipiera (pi'en Italie l'iysse se substitue volontiers à Hercule 
dans le rôle infernal que nous étudions: les épisodes des .Sirènes, du Cy- 
clope, de Circé, se trouvent sur des urnes étrusciues (Ducati, loc. cit., 
p. 1(58); Polyplième figure, peut-être comme démon antliropophaf;e. dans 
la Timha dcïï'Orco (F. Weege, Etr. Malerei, p. 28) ; et Ulysse infernal 
aussi sur les peintures de l'Esquilin, du V' siècle a. C. (id., »/<.. p. 'M). 
Les philosophes (pii unissent Hercule et Ulysse comme iicros symholi- 
i|ues de même signifii-ation (Sénèque, De Coiist. Snjj., 2, par ex.) ne font 
i|ue suivre le mouvement des croyances populaires. 



HERCULE FUXBUAIRE b^ 

plus aurienne pensée grecque, enrichie et modifiée par le travail 
séculaire des peuples italiques, en particulier des Etrusques, et en- 
nnldic par sa philosophie personnelle: mais la part des traditions 
est incomparablement plus grande que celle de l'imagination poé- 
ti(iue. Et, s'il en est ainsi, on con(;oit rimportance de ce rôle d'Her- 
cule ennemi des monstres infernaux : rôle déjà précis au temps 
d'Hésiode, élargi de siècle en siècle, et surtout dans le monde grec 
occidental : mais généralisé par les Etrusques de fayon à symbo- 
liser, aux dépens même de la personnalité d'Hercule, la lutte des 
héros contre la puissance d'Hadès. Peut-être faut-il ajouter que la 
popularité croissante d'Hercule à Rome, surtout à partir du IP siècle 
(t. ('.. a préparé la réaction des marbriers de l'Empire contre le 
syuihiilisnip trop vague et trop général des Etrusques, en faveur 
ùu dieu de VAiri Ma.rima. 



VI. — Relations coxtkadictoikes d'Hercule 
AVEC i,Ks Dieux de la Mort. 

Ce i)arti-pris d'opposer Hercule aux puissances infernales prend 
une forme plus franche, lorsque récits mythiques et monuments 
figurés le mettent aux prises avec les dieux même de la mort. 
Mais comme ces documents sont rares et dispersés, il importait 
de montrer d'aljord (jue nous nons trouvons avec eux en face 
des déljris d'une forte et durable conception, non de fantaisies 
mythographiques. La preuve est faite que le héros était systé- 
mati((Uemcnt opposé aux familles infernales. Nous aurons désor- 
mais mnins de surprise à le voir eugagé dans des rapports va- 
rialiles et même contradictoires avec Hadès, on autres divinités 
apparentées. 



M IlEKCn.E FI NKi<AII{E 



1. Héraclès ru lutte contre tes Dirinites de la Mort: 
Iladès, liera. Poséidon. 

Le témoignage le plus ancien, et l'nn des phn expressifs, est 
celni de l'Iliade ', qu'il faut eonsidérer dans son enseinlile. malgré 
son apparence déeouaue. 

'{"l.f, "^''llp/,, OTî v.'.v /.sîTTîio; -zî; 'Ay.O'.TyJi-jvo; 
oî^iTspov y.y.-r y.y^ov oïttw zz'.'^'\o)y'.-ii 

'^ï^AVÎ/.ît • TÔTî /.ai 'J.IV ZVV^iCî'TT'jV '/.Off'-jVI à"Avo:. 

T)v^ (i"A'.'V/;; àv roîcjt —sî.wito; (oy.'jv o'wrov, 

£ÙT£ ;a'.v wJTO; ivy.p, 'jîo; A'.o; aÏYiO/ot'j, 

Èv -'!(/(.) £v vî/.jci7'7t SaAÎvWv, 'jh'j'/riC'.'i ihi-tv.z'i . . . 

Héraclès Idesse Héra et Iladés. Ou ne nous dit pas si c'est le même 
jour, en la même occasion. Mais c'est fort possilile, comme nous 
allons le voir. 

Lorsque la légende se fut ;i la fois jjrécisée topograpliiiiuement 
et altérée mytliologiquement, Héraclès trouva devant lui comme 
adversaires, à P/ilos. Poséidon, Phoibos, et Hadès • : il y a, dans 
la coalition de ces trois dieux, une sorte d'absurdité, on, jiou)' miens 
dire, prééminence de leur caractère anthropomorpliique sur leur 
nature originelle. Aujourd'hui, on a tendance à expliquer « iv — 'j).(.) 
£v ^z/.'jz'yy'. » par « au seuil du royaume des morts » : la légende 
c'est ensuite développée, dit-on, par jeu de mots sur -'Aoz '. L'es- 
sentiel de cette explication nous semble irréfutable : il s'agit ici 
d'un combat cmiti'e la puissance infernale '. Dans ces conditions. 



' lloni.. llimi: E.. .Wâ sqq. 

2 Pindare, 01., L\, 43 sqq. 

3 Ettig, Achenniticd, p. 392-394. 

' Aussi bien Pylos de Messénie est-il une des portes des Knter?. 
Cfr. Holule, Ffiiehe, p. 53, n. 1. 



HEKCTLE FINÈRAIUK 65 

il n'y a aucune difficulté, mais plutôt vraisemblance à penser qu'Héi'a 
était groupée avec Hadès contre Héraclès, de même qu'au témoi- 
gnage d'Hésiode elle suscitait contre le liéms des monstres de race 
infernale, l'Hydre, le Lion ' : sa nature originelle clitliouienne a été 
démontrée ". N'accepterait on pas riiypothèse, il resterait qn'Héra, 
divinité souterraine comme Hadès, et qui prend ciiez lui des com- 
plices, a trouvé eu Héraclès un adversaire audacieux et heureux. 
Mais nous avons peut-être des raisons d'affirmer l'alliance, à un 
moment précis, d'Héra et Hadès. 

H suffit de se rendre compte de l'étroite parenté entre Hadès 
et Poséidon, dont il sul)siste encore des traces dans le texte de Pin- 
darc que nous citions tout à l'heure '. Or une amphore à figures 
noires de Vulci, peut-être grecque, mais alors très influencée par 
des conceptions et représentations italiques (nous la croyons plutôt 
pour notre part italique), représente Hercule, suivi d'une femme, 
8'avan(;ant dans une attitude menaçante contre Junon Caprotiue ac- 
compagnée de Neptune \ C'est une scène bien singulière. Directe- 
ment, Hercule n'a eorabattu qu'une fois. ;\ notre connaissance, contre 
Neptune: et c'est à Pylos. comme le dit Pindare : et. d'autre part, 
la blessure qu'il infligea à .lunon est unique, elle aussi. En bonne 
logique, il en résulterait que le vase représente la bataille de 
Pylos: îv -'j),w îv vî/.'jîTT',. Mais la logique seule en pareil cas 
est bien dangereuse, Jious dira-t-on. Comment se fait-il alors que 

' Voir supra. 

' Voir en particulier Sam Wide, Chthonische utid liimmhache Gôtter 
{Archiv. f. Helùj. M'iss., X. 1907), p. 2."-> 7-268. 

' Sur cette parenté, voir L. Malten, Areh. Jahrb., XXIX. 1914. 
p. 179-181. Mais, trop cantonné dans des questions d'onomastii|ue et 
détymologie, ce savant n'a pas pensé à utiliser le monument, bien connu 
cependant, sur lequel nous tondons notre discussion. 

* British Muséum, Cnf.. II, B. 57 (ex-427). Voir Rom. Mitilml.. 1887, 
p. 174. — Figures dans: Gerhard, Auserles. Vasenh., pi. 127; et S. Rei- 
nach, lîépert. vases peints, II, p. 67, (9, 10 et 11). — Etudié par Miss 
E. M. Douglas, Journal of Roniati Sfudies, III, 1913, p. 61 73. 

.Vi-latigei> d'Areh. ft dHht. 19-2B. 5 



66 IIBRCUI.K rCXKHAlKK 

Sénèqur, décrivîiiit cette l):it:iille, arme l'iiiton «riin trident, roiiime 
s'il était Neptune ' ? Pour un imitateur aussi raffiné des Grers. un 
vulj^aire contre-sens est incroyable, une cnnfusion de réminiscences ' 
reste possible, mais n'explique pas tout, surtout dans un passage 
choral, c'est-à-dire particulièrement soigné; il faut admettre que la 
confusion plastique entre Pluton et Neptune était courante dans 
cette aventure de Pylos. Et peut être, dans ces conditions, le 
« Poseldôu S) du vase de V'ulci n'est-il pas Poséidon, mais Hadès? 
Mieux vaut dire qu'ils ne se distinguent pas nettement. 

Simple eouclusion : à Pylos, Héraclès a livré une grande bataille 
contre les divinités infernales, et il en est sorti vainqueur: lui mortel 
contre trois immortels! '. 

La lutte contre Cerbère ^déjù dans iiomère) est-elle une atté- 
nuation de cette lutte directe contre Hadès? Aucune donnée chro- 
nologique ne nous permet de l'affirmer. Mais il est certain que les 
deux légendes avaient le même .sens. Et sans doute ce sens restait-il 
très limpide en Italie, et surtout en Etrurie, où le loup (ou le chien ) 
est la forme courante du démon évoqué des Enfers ^ et du dieu même 
des morts qui se coiffe de sa dépouille ' : encon- au XIV''"'' siècle, nti- 

' Sen.. Hftc. fur., 564 sqq.: « Ilic, qui rex populis phiribus iinpe- 
rat, I bello cura peteres Nestoreara Pylon, | tecum eonseruit pestiferas 
raanus, ] ielum iergcmina cuspide praeferens ». — Le choeur s'adresse à 
Hercule. 

* Pour fixer les idées, le Tfi-jXû/.-.vt sVstw d'Homère, par exemple. 

^ Que ce soit confusion, ou variante de cette légende, une tradition 
conseivée par Panyasis (frg. 7 et 20. Cité par Weicker, P«H7y-ll'/>soirfl. 
s. v. Geiyon, 1287) rapportait qu'Héra avait été blessée par Héraclès 
dans son combat contre Géryoïi h lljXw y.[i.ifiivi-:. Mais (îéryon. être 
infernal (inf'ra, p. 4()). n'est ici, connue la notation du lieu l'indique, 
qu'un substitut d'IIadès: ce qui confirme singulièrcuient notre inter|iré- 
tation du texte d'Homère et du vase itali(|ue. 

^ Cfr. Deux des urnes citées supra. 

" Toniha Golini d'Orvieto (.Martha, Art Etrusque, tig. 2ti6. 279. 292): 
Tomba delF Orco à Corneto (vers le milieu du IV'-' s. a. C). Voir F. Weege. 
Ktr. Malerei, p. 27, tig. 22 et 68. Cfr. Hadès de la Tomha Campiuinri 
à Vulci (Dennis, Ciliés and Cemeteries . . . ^ I, p. 465). 



HBRCl'LE iTN'ÉRAlRE 67 

lisant la croyance populaire qui fait du loup le symbole de l'avarice, 
Dante jette k « Pluto », sons-ordre de Satan, l'injure de « male- 
detto lupo » '. 

Cette inimitié se saisira d'autre part, d'une façon plus large, 
mais aussi plus confuse, dans les rapports mytliologiques d'Héraclès 
avec l:t famille de Poséidon. 

M. Malten a mis en valeur à bon droit la ressemblance entre 
Poséidon et Hadès -. En dehors des arguments qu'il apporte, il suf- 
firait sans doute de remarquer d'uue part la double origine ma- 
rine (Phorkus et Ivétô) de la grande race infernale d'Hésiode ^ ; 
de l'autre, la double activité des Telcliines, démons marins, qui 
ont forgé le trident de Poséidon ■", et stérilisé l'Ile de Rhodes, d'où 
ils avaient été chassés par les fils du Soleil, en y répandant les 
eaux du Styx et du Tartare ', pour être très persuadé qu'il y a 
relation ou même confusion entre les êtres marins et les êtres in- 
fernaux ^. Dans ces conditions, et après ce qui précède, on sera 
moins étonné de voir dans la légende grecque Héraclès accabler 
non seulement Nélée, fils de Poséidon, et Periklymenos, son fils 
ou petit-fils, dont les noms sont d'ailleurs expressifs ', mais aussi 

' Dante, Iiiferuo VII, 8. Les autres réféiences d'Ettig, Acheruniiea, 
p. 49, ne sont pas du tout probantes. 

- L. Malten, loc. cit. (;fr. B. Sclnveitzer, Herakles, p, 90. 

■^ Remarque faite pour la seule Gorgone par A. Furtwiingler, Roricher. 
s. V., Ifi95. 

* Callimatiue, Hymn. IV i» Del., .'31. Comme forgerons, apparentés 
aux Cyclopes, (|ui n'ont qu'un n'il commi' plusieurs autres rtres in- 
fernaux. 

^ Nounos, Dioiii/s., XIV', ;i(:)-48: comme ailleurs les Erynies (id., */(., 
XLIV, 258-263). 

'^ Cfr. lott'rande de poissons aux UKuts dans l'Italie du sud {Xoi. </. 
Scavi. 1908, p. 7). M. B. Schweitzer {Hentldes, p. 190 sq.) a réuni des 
exemples qui prouvent les rapports établis entre les poissons et l'âme 
des morts dans une grande partie du monde. 

" Le « Sans-pitié > et !"« Illustre au loin» (Cfr. Sén., loc. c//.,p. 40, 
n. 1). Voir L. Malten, loc. cit., p. 179 et 188, p. 180 et n. 1 : il cite la 
glose expressive d'Hésychius: ll:jn>'.XiJy.svo; • 6 IIXîOtwi. 



68 HERCILE KINÈKAIRE 

Ktéatos ', Aiiti'-c '. Husiris ', Eurypyle ■*, Sarpédon '^, Alébion et 
Derkynos en Ligurie ", Kryx en Sicile ' : tous fils de Poséidon : — 
Polyj?onos et Télégonos *, ses petits-fils : — Angeas et les Molio- 
nides, que Ton appelle fils de Poséidon, en Klide ". Un pareil mas- 
sacre de la descendance de Poséidon par un seul héros ne peut 
être que voulu : et il n'est comparable comme ampleur et signifi- 
cation qu'il celui des enfants d'Ecliidna par le même Héraclès. 

Le sens infernal non douteux de certains de ces noms '" : le fait 
que plusieurs de ces adversaires provoquent directement le héros " : 
le détail d'après lequel Eryx a été vaincu f7-ois fois rie suite à la 
lutte '' : le caractère sanguinaire de Busiris qui immole tons les 
étrangers qui touchent à son royaume, pour olitenii- la pluie '': au- 
tant d'indices qui confirment cette interprétation. 

Il e><t dmii' linrs de doute qu'lléraelès n'a pas seulement conihattu 
les monstres liorrihles des Enfers, mais qu'il est entré en lutte directe 
contre les divinités de la mort: Héra, Hadès. Poséidon et sa race '''. 

' Pindare. <)}., XI, 33. 

'^ ApoUod.. Bibl, II, V, 11. Antée est fils de la Terre. Hécate, la 
déesse infernale triple, est surnommée 'Aiti-ï (Hésychins, s. v.). Cfr. E. 
Norden, Verg. Aen.. VI', p. 203. 

3 Apollod., Bibl. II, V, 11. 

* Id., /'-.. Il, VII. 1. 

■' M., 'V,.. II. \-. ;i. 

« Id.. /',., II. V, 10. 
' Id., /'-. 

» Id., ih., II, V, 'X 
3 Id., ib., TI, VII, 2. 

'" Nélée, Péiiklyniénos, Eiirypyle. Ktéatos 'cfr. -j.ojtwi). 
" Antée, Eryx. 

'■ La ' triplicité infernale • est bien connue. Voir iiifrn. p. 73. 
'•' Rapprocher la eoiitnme assez fréquente chez les demi-civilisés 
d'établir un rapport entre les morts et la pluie: ainsi chez les Zufii 
en Amérique (Loisy, Le sacrifice^ p. 38H st[. et 481 sq.), chez les Dinka 
d'.\fri<jne (id.. ib., p. 481) ; et de même chez les Romains, d'après ce que 
nous savons du rite du Mnnalis lapis. 

* .\ ces divinités de la mort, peut-être faut-il ioindre Tyidiée. en- 
nemi d'Hercule selon Virgile {Aen., VIII. 298). 



HERCULE FL'.N'ÉRAIRE 69 

2. Héraclès' allié aux divinités infernales. 

En face de ces documents directs et de sens certain, des in- 
dications dispersées de sens contraire peuvent être réunies. On n'in- 
voquera pas contre elles leur apparence sporadique : car, quelles 
que soient la richesse et la confusion des légendes gréco- italiques, 
il est fatal qu'une conception maitresse aussi forte et aussi ancienne 
que la précédente ait amené la ruine de la conception opposée, en 
n'en laissant subsister que de vagues débris. Xi la contradiction 
qu'elles semblent présenter: car nous avons étudié une contradic- 
tion du même genre lorsqu'il s'agissait des Centaures et de leurs 
rapports avec Héraclès. La question de date, seule, se pose et reste 
primordiale, mais ne prendra toute sa valeur que lorsque nous 
serons en état de faire une synthèse définitive. 

Il y a d'abord quelques indices obliques de date récente (sous 
la forme où ils nous sont parvenus), mais expressifs par cela même. 
Si, en effet, « Apollodore » (IV siècle a. C.) nous parle dans sa 
« Bibliothèque » de Minos et de Rhadamante, nous sommes à peu 
près sûrs qu'il ne remonte pas à la signification historique ni à l'acti- 
vité réelle de ces deux personnages, mais qu'il les connaît comme 
juges des Enfers, dans leur rôle mythologiqiie. Il est normal, dans 
ces conditions, qu'Héraclès mène la guerre contre les fils de Minos, 
comme il le fait contre ceux de Poséidon: il l'est moins qu'il donne 
ensuite l'ile de Thasos aux petits-fils de ce même Minos '. Admet- 
tons cependant ici la survivance incohérente de deux traditions 
historico-mythologiques contraires. Comment se fait-il alors qu'après 
la mort d'Amphitryon Alcmène, mère d'Héraclès (et qu'on retrouve 
snr des monuments de l'âge classique, surtout en Etrurie, dans 
l'Olympe avec son fils), épouse Rliadamante, héros des Enfers et 

' Apollod.. B,I>1.. II. V. !i. 



70 mOItCll.K f'IXKRAlHE 

siégeant li\-bas à rôté de Miiios ' ! Et pren (Irons nous avec sim- 
plicité comme; un conti; de nonrrico l'îinecdotp que nous a trans- 
mise le même texte, à pni])ii>i (rKrraflès lui-même ? Quand il partit, 
nous raconte-t-on. pour comliattre le lion de Némée, il conseilla à 
son hôte M(dorclios de remettre ie sacrifice qu'il préparait : « Si je 
reviens, lui dit-il, vous sacrifierez à Zeus Sauveur: sinon à Hn-acUs 
lirros il/'s Enfers» '. (h\ i)eiit prétendre, il est vrai, qu'à la date où 
écrit « Apollodore » la iintiiMi iriirnusatinn est si répandue que n'im- 
porte quel mort peut être qualifié de héros (=: (7/ mnties, sans plus): 
cependant la substitution d'Héraclès a Zeus comme bénéficiaire du sa- 
crifice semble exclure l'idée d'une simple nffrande fiiiiér.iire ; ensuite, 
on n'oubliera pas que, pour l'auteur de la Xekyia Odysséenne, Héraclès 
errait éternellement aux Enfers, ce qui provoqua plus tard la glose 
maladroite et scandalisée de la vulgate ': et n'y avait-il pas une sur- 
vivance de ])areilles conceptions à Colone, ville de cultes chtho- 
niens, di'i un autel <VHéraclès se trouvait près de la ])iirte d'Hadès ■* ? 
Nous ne cherchons pas à dissimuler la fragilité de tels indices. 
Le moins cependant (|u"on en puisse dire, c'est qu'il nous donnent 
rinijjression d'un groupement d'Héraclès avec Hadès et les demi- 
dieux des Enfers. Miuos et Khadamante. Cette union est réalisée par 
la spéculation postérieure. Stobée. pour expliquer que. dans le texte 
homérique de la Nekyia. Héraclès soit en-derh du Heuve des morts, 
en fait un gardien du Seuil, une sorte d'éjiouvantail pour les criminels, 
un iiiinisti-e des hautes-œuvres de Pltiton. comme pouvaient l'être Cer- 

' ApoUod.. Tiihl.. II, IV, 11. — .Selon le poète épique Asios, Alcmène 
e.-Jt, avec Kuiydiké et Démôiiassa (de nom et peut être de rôle infernal i, fille 
d'Eiiphylé et d'Auiphiar.aos (l'ausan.. V. 17. 7 sq.) Or Auiphiaraof, comme 
Troplionios, a été englouti vivant dans les Enfers et y vit éternellement 
(Kohde. Psyché, p. 106 s(|q.): en cela plus caractérisé comme ' démon » du 
monde souterrain que Tirésias. un autre devin, lui aussi au-dessus de la foule 
des morts, mais qui aux Enfers n'a plus de corps Hohde. Psijche, p. 110 . 

2 Apollod., BihJ.. II, V. 1. 

^ Hom., 0(7., )., 602 sqq. 

* Archir f. ReUg. Wixseiisrlmft. 14. (U'ii;. p. .'i90. 



HERCCI.E FIXEIÎAIRB il 

bère, ou Géryon cliez les Etrusques '. Et une inscription latine groupe 
sans amphibologie possible Hercule et Dis Pater dans la même invo- 
cation '. Documents liien tardifs, dira-t-on. Soit; bien que nul n'ignore 
le sacrifice institué par Héraclès prés de Syracuse à la source C\"anée, 
noire entrée des Enfers P""i' Perse plioue. déesse infernale. l\ est 
vrai que si Ton s'arrêtait à tous les sacrifices faits par le héros . . . 

De fait, voici le témoignage essentiel de cette alliance d'Hé- 
raclès avec les divinités de la mort, le texte qui donne leur sens 
;'i ces indications dispersées et sujettes à discussion. 

Aux VP-V siècles a. C, les Grecs du Pont étaient en posses- 
sion d'une légende singulière, qui nous a été conservée par Héro- 
dote '. Revenant d'Erythie après avoir vaincu Géryon, Héraclès ar- 
riva, disait-on, dans le pays désert qui devait plus tard s 'appeler 
la Scytliie; pendant son sommeil, ses chevaux disparurent; il ne les 
recouvra qu'après s'être uni daus V'Vlxir, yvi (« la Terre boisée ») 
au monstre Ecliidna, qui eut de lui trois fils, dont Scythes. En dehors 
de sa conclusion éponymique, ce récit a une extrême valeur grâce 
aux autres traditions de même source qui l'accompagnent et qui 
prouvent que la Scythie autrefois passait justement chez les Grecs 
piiur la Terre des morts, quelque chose de mixte entre le Paradis 
et ri'ufer \ 11 n'y a donc aucun doute: cette légende tenait à unir 

' Stobée, Ecl,\, 423 W.: . T!y.Mj = tTai i/.Ti; à. --yj-. iôi/.ou; œavTMia; 
'»oêîpà; iy.:r2iuv toù €â>.X5VTs; /.ai ti^£U5vt5; ., . Où -^àp or. /.ai cuts; twv xs- 
).a^oy.î'v(i>/ HOTiv, û; 'ApiaTap^w SîzsT, àXXj. -io-i /.îXa^ovTMv. — Cité par Ettig, 
Acheruniica, p. 274: n. 1. 

- C. I. L.. VI, 139: Diti patii | et Ilerculi. 

3 Hérodote, IV, 8-10. 

* Et plus proche de l'Enfer que du Paradis. — C'était autrefois le 
pays des Cimraériens (Hérod., IV, II}, habité par les Arimaspes (qui n'ont 
qu'un œil comme les Grées) et des '-i-'ôpioi-j-si (Hérod., IV, 18). Même cette 
' VXair. -j^iô, OÙ habite Ecbidna dans sa caverne, « seul endroit boisé de toute 
la région » (Hérod., IV, 19) n'est pas sans rappeler les îles des Bienheureux, 
ou, mieux, le pays des Hyperboréens, oii, « aux sources ombreuses de 
ristros » Héraclès «admira les arbres», et d'où il rapporta l'olivier à 
Olympie (Pindare, 01, lll, 20 et 57. Cfr. Pausianas, V. 7, 89). 



(Si lIERCrLE FL'XKKAIRK 

dans un monde d'outre-tomlie Héraclès et Kchidna, déesse Infernale 
et mère de toute; une race infernale ' exterminée, peu s'en faut, 
par Héraclès lui-même. Contradiction évidente. Bien entendu. Mais 
n'en avons nous pas trouvé une du même ^enre lorsiju'il s'agi.ssait 
des rapports d'Hercule avec les Satyres et les Centaures, êtres 
:'i moitié lia(lii(|nes, à moitié infernaux ' ? 

:i. 1 ni midi' et alJ innée d'Hercule avec Géryon. 

Géryon fournit un antre rxiMni)lc, plus ciim[)lexc, mais intéres- 
sant, «lu même |iliéiioinéne. 

Il seniUle étalili anjord'luii qu'il était orifjituiiri'mciit un être 
infernal . pent-etre .iiiparenté à l'osoidim, dieu des aliimes, qui 
ébranle la terre * : connu en tout cas des Etrusques '' comme un as- 
sistant majestueux au trône d'IIadès''. .\utour de lui, dans la lé- 
g'ende lielléni(|Ue. hou cliien Ortlims, frère de Cerlière. comme lui 
déchire les criminels aux Enfers ' ; son bouvier Eui'ytion, que tue 
Héraclès, porte le même nom que le Centaure qui. avant Nessos, 
essaya d'enlever Déj.mire au héros: Menoitès enfin, qui annonce à 
Géryon la niorfde son chien et de son pâtre, est forinellement spé- 



' Voir supra, p. 71. 

' Voir supra, IV. 

' V. Wilamowitz-Mcellendorfï, Héraclès, I', p. 45 et 6.5. — Weickcr. 
Paiily-Wissoii-a, \'Ii, 1289. — B. Scllweitzer, Herakles, p. 87. 
■ * 0. Gruppe, Griech. Mythol., p. 459, n. 1. 

' A. Reinach, Les têtes coupées d'A lise, p. 3, ii. 3. — V. Weejçe. Etr. 3{al., 
p. 28. Peut-être représenté comme un personnage à trois têtes de taureau 
(De Witte, Xourelles Amiales, 1838, p. 214; Revue Arch., 1875, II, p. 381 1. 

^ Corneto, Ti»)il)a (lell'Oreo. 

' Silius Ital., Punie, XIII, 844 sqq.; Cfr. Ettig. Avheruniica, p. 381 
et n. 7. — Géryon lui-même devient dans l'imagination populaire un 
doublet de Cerbère, aussi à craindre que lui; voir Lucien, FugiVi'it', 31 : 
il s'agit d'une femme soi disant couverte par trois chiens: ■ Ki'pëfjjîv 
Tc/o, dit un des interlocuteurs, xili-ai 021 r, l'r.zji-.r.i, ù; r/_:i i lifaxXf; 
CÎTS; aJîi; i7ii-5< .. Cfr. id., rt., 32. 



HERCULE FUNÉRAIRE 73 

oifié coiTime bouvier d'Hadès, et, selon une autre légende, fut ren- 
contré et vaincu par Héraclès dans les Enfers mêmes '. On est allé 
jusqu'à dire (non sans fondement) que la lutte Héraclès-Cerbère n'était 
qu'un doublet relativement récent de la lutte Héraclès-Géryon *. 
Aussi bien, même si sa )iature ne l'avait poiut comporté, la 
forme même de Géryon le vouait à ce rôle infernal. Stésichore se 
le représentait ailé comme tant d'autres monstres de l'Hadès ^. Et 
sa triple fête (ou son triple corps) le condamnait à être parent des 
Trinités féminines de la fécondité ^ d'Hécate et de Cerbère ''. en un 
mot des êtres infernaux. Et cela aussi bien dans le monde italique, 
même en deliors des influence grecques '', ou dans les pays celtiques ' ? 

' .\pollod., Bihl, II, V. 12. 

' B. .Schweitzer, Heraldes, p. 102. 

3 Stcsich.. fr. 14 (Siiclifort) r= Schol. ad Hesiod. Theoy., 287. De même 
dans certains monuments figurés: ainsi l'amphore à fig. n. de Vulci, de 
la collection de Luyries (Cabinet des Médailles, de Ridder, 202). 

* Horai, .Moirai, Cliarites. Cfr. lier. Hist. d. Bel, fi9 (1914;, p. 355. 

^ Appelé par Euripide tantôt -fi-A^xii,- {Herc. fui:, (jll, 1277. — Cfr. 
(îéryon rpizàpr-is;), tantôt TpiaMu.ar;; (ib., 24). — .Sur la tricéplialie en 
Grèce, cfr. Ad. Reinacli, Féfichfs Etoliens {Rev. d' Kthnographie et de So- 
ciologie, 1912). — .Sur la multiplication des organes cliez les êtres infer- 
nau.x, voir supra, n. 4 et infrn, n. 6 et 7. — Cfr. le piêcisv yp'joîir,^ tpi-étviXsj 
prêté à Hermès, dieu psychopompe, par VHi/mne homêr., III, 530. 

"■ Buste à trois tètes opposées trouvé dans une tombe de Terni {Xot. 
d. Scari, 191(i, p. 197 et fig. 5). — Soi-disant Géryon à Padoue (Suét., 
Tib., 14) et Agyrion (Diod. .Sic, IV, 24, 3). — Peut-être des divinités 
secondaires apparentées aux orages (Cfr. en Grèce les Harpyes inferna- 
lesi: .Martian. Capella, II, 164: « inteniperiae et alii triptes* ( tricipites? — 
Grotins: thripes) diuorum ». — Le souterrain Cacus à Rome ^Properce, V, 
9, 10). — Herilus, tils de linfernale Feronia (Virg., .-IfK., VIII, .5(51; 
Servius, ad toc. ; Lydus, de Mens, I, 8). = L'influence grecque est plus 
sensible dans Varron (Sat. TpisôiTT.; TjtTrjXis; et -spi l^a-ju-^r;. Cfr. Ettig, 

Aeheruntiea, p. 347 et n. 1), Stace {Théb., IV, 455 sqq.), etc = Mais 

les croyances populaires semblent reparaître avec Dante, qui représente 
Lucifer comme un géant ailé, à triple face, sortant à mi-corps de la glace 
(Inf., XXXIV, 38 sq(i.\ 

' Dieu :'i trois têtes ou à trois faces, à cornes de taureau (S. Rei- 
nach, Cultes, Mythesct lieliyions, III, p. I(i6 et 1691. Assimilé à Orcus (A. Rei- 
nach, Les têtes coupées d'Alise, p. 3 et 15) ou à Dispater (^B. Schweitzer. 



74 IIERCCLE KINÉRAIKE 

Seuli;meiit, selon la remarqui' profonde de Miss ,1. K. Harrison ', 
les héros de l'Ancien temps sont démons ponr le nouveau ; et, même 
devenus démons, conservent parfois en certains lieux des adorateurs. 
C'est ainsi ])ar exemple (jne Tityos, torturé par les Olympiens aux 
Enfers ', en Eubée est honoré comme un héros '. Sans doute vaut-il 
mieux dire i|uç riinaginatioii aMtii|iic m- distiii;j^ue pas très nette- 
ment le liéros du démon: carie «Mort Local» aie plus souvent 
en Grèce tout à l:i fois le rôle liicnfais.int du guérisseur et celui, 
moins aimable, du sorcier qui envoie les intempéries et ruine les 
récoltes. Quoi d'étonnant, dans ces conditions, à vo\v les habitants 
de (iadés l'aire des lihatinns de sanjr sur l.i tnmbe de Géryoïi ', et 
les Thébains conserver ses os comme des reliques'? Mais il est 
plus singulier à coup sûr d'apprendre ([u'iléraclés, qui avait tué 
déryon en l'rythie, l'honora comme un héros à Agyrion en Sicile, 
en même t(;Mi|)s ([u'Iolaos lui môme, son compagnon dans cette expé- 
dition vers l'extrême Occident ". 

On peut dire, il est vrai, qu'Agyrion est une ville sikèle dont 
l'hellénisme est tout de surface, que le culte d'Héraclès s'est su- 
perjwsé à celui d'une divinité triple locale, et que la tradition de 
Diodore représente l'ett'ort de conciliation entre le culte grec des 
Léontins et le cnlte indigène des Agyriens. Il y aurait fort à dire 
sur cette conceptiini : le très beau monnayage d'.\gyrion présente 

Herakles, p. 39), ce qui le rapproche de Géryon infernal, dont il prit même 
le nom [k. lleinach, l. c); identifié d'autre part à Mars (Ttei: Et. Ane, 
X, 1908, p. 17,3), Silvain (B. Schweitzer, 1. c.\ .Mercure gardien des routes 
et des marchés (B. Schweitzer, op. cit., p. 67 sq.), ce qui le rapproche de 
l'Hercule italique. Il ré.alisc donc en terre barbare l'union Hercule-Géryon 
dont nous allons nous occuper. - 

' J. E. Harrison, Prolegomi'na to the .•itiid;/ uf yrech lieligio»', 1908, 
p. 194 et .•i37. 

- Homère, Orf., >., ô76. 

3 .Strabon, IX, 3, 423. 

* Philostrate. Vit. ApoUon., V, 5. 

^ Lucien, Adu. indoctum, 14. 

« Diod. .Sic, IV, 24. 



HERCULE FUNÉRAIRE 75 

un Héraclès juvénile de pure race grecque, qui ne donne aucune- 
ment l'impression de la barbarie. Mais, au reste, la fusion ou con- 
fusion des cultes est-elle chose si rare en Grèce et en Italie qu'il 
faille la suspecter lorsqu'on la rencontre sur son chemin ? Nous 
nous occupons ici d'Hercule funéraire en Italie ; et nous trouvons des 
exemples, dans ce même domaine, d'une conception doul)le et con- 
tradictoire des rapports entre Hercule et Géryon. Il suffirait de le 
constater. Mais le fait en question est-il si isolé dans ce pays, et 
par suite si inexplicable qu'on veut bien le dire ? Héraclès d'Agyrion 
honore l'infernal Géryon tout comme Héraclès de Syracuse établit 
le culte de l'infernale Perséplione à la Cvanée. Ce que l'on peut 
en inférer, c'est qu'en Sicile, soit à la suite d'interprétations cosmi- 
ques des colons grecs eux-mêmes, soit par pénétration des croyances 
locales, les relations amicales d'Héraclès avec les divinités infer- 
nales ont été plus précises, peut-être, qu'elles ne le furent en Grèce 
jiropre. 

H y avait entre Héraclès et Géryon des liens, et une sorte de 
prédisposition à s'allier et à se confondre. Tous les deux pasteurs 
guerriers d'immenses troupeaux de breufs ', peut-être l'un et l'autre 
héros prophylactiques '", leur culte semble en bien des endi'oits lié 
au jaillissement des sources chaudes ' : trois caractères qui convien- 



' Géryon taureau lui-même : Cfr. son étymologie {'[xaùn-i = mugir). 
Géryon est appelé aussi Tauriseos, surtout en Gaule (Animien Marcel., 
XV, 9). Voir A. Keinach, Les fêtes coupées d'Alise, p. 3. 

' Héraclès àAt;!xa/.3ç: rôle développé chez les peuples italiciues. — 
Le taureau est propliylactique (comme le lion cliez les Hindous, les Hit- 
tites...) chez les Grecs. EtiHS(iues et Romains: cfr. les cornes, les faces 
d'Achelôos comme emblèmes protecteurs des monuments funéraires (Voir 
Archiv f. Relig. Wiss., 15, 1912, p. 475 sq.). — Il n'y a d'ailleurs pas op. 
position, tant s'en faut, entre le rôle prophylactique et le rôle infernal 
d'un héros: voir supra p. 47 et infra. 

^ La chose est bien connue pour Hercule. — M. 0. Gruppe {Pauly- 
Wissoirri, suppl. 111, s. v. Heraldes, 1064, 12) a réuni les documents qui 
prouvent le fait pour Géryon : il y a certitude ou forte probabilité à 



76 HEROl'LE FU.NKUAIRE 

lient fort bien à des liéros infernuiix '. II n'est donc pas éton- 
nant que, eonfonnénient ;ï leur nature et non à leur histoire, ils 
aient eoni'lii alliance à Ajjyrion ; ni que peut-être Géryon se soit 
substitué à Hercule dans une variante de la légende Romaine de 
Cacus '■'. 



Snitta en Lydie {loc. cit.. 972, 67), Ségeste-Eiyx en Sicile {loc. «'«.,991, 
52), Bauli et Padoue en Italie {loc. cit., 995, 44; 996, 64); mais ce sont 
coujectuies gratuites quand ce savant veut lier un culte de Uéryon aux 
sources des Tlieinioijyles {loc. cit., 941, 38), d'Akélè en Lydie {loc. cit., 
972, 42) d'iliméra en Sicile [loc. cit., 991, 64): où le culte d'Héraclès 
n'entraîne pas forcément celui de Gérj"on. — On ajoutera qu'Eurj-iion, 
bouvier de Géryon, a un nom de source; comme d'ailleurs le Centaure Eu- 
rytion et le Molionide Eurytos (B. Schweitzcr, HeraMes, p. 154), tués eux 
aussi par Héraclès. 

' Pour la valeur funéraire du Taureau et de la magie propliylac- 
ti(jue, voir supra. — Pour le sens funéraire attaché aux sources chau- 
des et à l'eau en général, in fia p. 81 sqq. Plusieurs sarcophages Romains 
présentent sous le médaillon du défunt des fleuves couchés; un autre, 
bien plus expressif, dont le couvercle figure le couple couché, a donné 
à riiouiine la forme d'un fleuve : il est nu, accoudé sur un masque qui 
verse de l'eau, ou boit un oiseau {Antiali d. I»st.. VII. 1835. p. 3 et 
tav. d'ufjy. A. 4. Au Louvre). 

' Selon Veiriiis Flaccus (Orig. Geiit. Jîom., 6 et 8), dont le nom 
même est >ine recommandation, le vainqueur de Cacus fut non pas Her- 
cule, mais « un p;"itre très fort » nommé Garanus ou Becaranus. Les ef- 
forts pour ramener le nom de Garanus à A'erifs (Criti(|ue dans: Winter, 
Tlie myth of Hercules al Rome, University of Micliigan Studies, Iluma- 
nist. séries, vol. IV, 1910, p. 255-257) ou à Kanitws (Jordan, Hermès, 
III, lvS69, p. 409. Combattu par Peter, Eoschers Lex., I, 2274. et Wis- 
sowa, Paît/y- n'!'s,w«'fl, III, 1168) sont restés vains. On tend atijourd'hui 
(Hôfer, Ro.-ichers Le.v., s. v. Becaranus, 72) :\ rapprocher hi nom de la 
forme Garyoncus (Tctpj I'ovï;;^ Geryoneus) qu'on lit sur \in vase chalcidien 
(Bibl. Nationale, de Ridder, 202. Kretschmer. Griech. ^'aseni)lsehrif^., 47). La 
(jualiti': de pâtre, l'indication d'une très grande force, sont communes a 
Hercule et à Géryon (Géryon dit le plus fort de tous les mortels déjà 
dans Hésiode, Tlieog., 981); le nom donné par Verrius Flaccus se rap- 
proche singulièrement de celui de Géryon tandis que ses actes sont ceux 
que la vulgate attribue ;i Hercule: s'il ne s'agissait que de logique, la 
conclusion ne serait pas douteuse. Mais d'aillenis tous les faits précé- 
dents semblent concorder avec la logique. 



HERCULE FUNERAIRE 11 

i. Confusion iVI[t'r<i(}t' nier des dieux ou héros infernaux. 

Cette confusion entre Herenle et Géryon est probable, non cer- 
taine: son ifTentification avec le dien celtique à triple tête est pos- 
sible, non prouvée. Pour aller plus loin, il nous faut prendre d'au- 
tres guides. Ce seront, si l'on veut, les Géants, vêtus de peaux de 
fauves comme Hercule '. parfois pasteurs de boeufs comme Géryon "' : 
souterrains au surplus, soit de leur nature propre comme fils de la 
Terre, soit (dit la légende tardive) pai-ce qu'ils ont été rélégués 
aux Enfers à la suite de leur révolte contre Zeus. Lucien, décri- 
vant l'Héraclès Ogmios des Gaulois ^, le déclare « plus semblable 
à Charon ou Japet ou à l'un des ÛT:orasTzocoi qu'au dieu grec », 
bien qu'il en porte les attributs: arc, massue et peau de lion. A 
défaut d'autre intérêt, cette indication nous autorise à faire ce que 
faisaient les Grecs, c'est à-dire à ne pas refuser la comparaison 
entre Héraclès et les Géants infernaux. 

Briarée est, pour Hésiode, un dieu gardien de l'Hadès * : pour 
Callimaqne. un monstre foudroyé, enseveli sons l'Etna à la place 
de Typhœus ' ; l'Iliade enfin '' lui donne aussi le nom d'Aegaeôn 
qu'il partage avec Poséidon : autant de preuves de sa nature in- 
fernale. Mais, d'autre part, les colonnes d'Hercule s'appelaient au- 
trefois B;'.7;£(o cTf'/.x'. ■ : et on trouve mentionné en toutes lettres 



' Cfr. S. Reinach. Bépert. de vases peints, I. p. 245; II, p. 41, 5-6. 

' Le géant Polybôtès est étymologiquement le « riche en bœufs » 
{Scliol. ad Theocrit.. X, 15t ; ou, si l'on préfère, avec Wilamowitz, le 
<■ X^elbruUer » (voir E. Xorden, Verg. Aen. VI-, p. 2.59): les deux inter- 
prétations sont voisines des deux sens étymologiques de « Gérvon ». 

' Lucien, Héraclès. 1. 

* Hésiode, The'og., 617 s(i(|. Voir suprn^ V. 2°. 

^ Callimaque. Hymn. IV, iti Del.. 143. 

« Homère, II, A, 404. 

' Aristt. EL, F. H., 5, 3 (Didot fr. 296 b.); cfr. Cliarax Pergamen., 
Fr. hist. gr. (Millier), III. p. 640, 16. 



78 HKKCI'I.K FINKRAIUK 

iréraclès l$sizpî(.j; ' : c'est-à-iliic un II/t.k-Ii's ciiiifiiiulii avec Rriarée- 
Aegaeôn. 

Morrheus, l'eiincnii acliani<'- de Dionysos, non seulement e>t sem- 
lilaWe aux Oéants, nous dit Nonnos ', mais il est fils de Tj-phon ' 
et comme tel appartient à une race infernale. Or on l'appelle 
ly.^>h,; niyyù.ic,', \ 

Faunus, fils de Neptune et de Circé ^, a de t|ui tenir: et il 
n'est pas besoin de la niaise explication de Servins" pour recon- 
naître en lui un dieu infernal. Hercule, selon une légende qui nous 
a été conservée par Derkylos ", tua Faunus. Mais d'autre part, 
chacun eonnait l'union cultuelle d'Hercule et Faunus, représenté par 
Silvain, sou dérivé ancien et son substitut i)resque constant à l'âge 
classique''; on est allé jusqu'à dire, sans preuves suffisantes, que 
Silène-Silvain, démon des eaux bienfaisant et sage, n'est pas dif- 
férent d'Hercule dieu des sources''. En tout cas, sous l'Kmpire Ho- 
niaiii, certaines n^ivres d'art représentent de façon indiscutable Her- 
cule dans l'attitude de Silvain-Faunus, tenant des fruits dans un 
pli de la léonté '" : et, dans un texte bizarre. Hercule apotro)iaiqne 
est dit petif-tils (le Silvain ". 

Bien entendu, ces identifications assez tardives re'po.sent, pour 
une part, sur la banale conception de la « force d'Hercule ». Orecs 

' Cléaniue. ap. Zenol).. V. 48 ;/■>. /i/s(. gr.. II, [). :i20, 56). 

~ Xonnos, Dioiiys.. XXXIV, isi. 

3 Id., ib., 183. 

* Id., (6., 192. 

5 Id., ih., XIII, 330. 

^ Ad ^'erg. Aeii.^ VII. 91: « Faunus infernus dicitiir ileiis: et con- 
jrrue: nam nihil est tena inferius in qua tiabitat >. 

* Derkylos. Jtal., III = F. H. G., Miiller, p. 387, H. 

* ^■oir surtout R. Peter, lioschers Lcr., I, 29.i0-29.",9 et 29«3-29t;i^. 
t'fr. Boeinn, Pmihj-Wissoa-a, VIII, 590-593. 

^ Furtwiingler, Antik. Gemme», III, p. 196-199. 

'" C. I. L.. VI, 274. — Clarac, Musée de Sciilpt.. n. 990 (t. V. pi. 796 1. 
" C. I. L., VI, .30738: « Hercules Inuicte Sancte Sihiani iiepos, Imc 
aduenisti, ne quid hic fiât inali •. 



HERCULE FINÉRAIRE 79 

et Romains, avec leur belle manie de eliereluT à tout dieu étran- 
ger un équivalent Romain ou Grec, utilisaient Hercule comme subs- 
titut de tout être divin remarquable par sa force physique. Mais 
cela n'explique pas, ou fort incomplètement, sou identification avec 
Hriarée, Grec, et Silvain, Romain. Et il reste que le troisième dieu 
auquel il se sul)8titue, Morrlieus-Sandès, a, comme les deux autres, 
un caractère infernal .'iccentué. 

5. CoRclusioH. ' 

Il faut convenir, après ces recherches un peu divergentes d'ori- 
gine, mais de résultats concordants, qu'Héraclès avait été assidû- 
ment mêlé par les Grecs aux dieux de la Mort, soit pour les com- 
battre, .soit pour se joindre à eux, soit même pour se confondre 
avec eux. H ue s'agit pas ici d'un symbolisme philosophique, ni 
de conceptions sur la vie d'outre-tombe, mais de la légende elle- 
même, et telle, et si singulière, qu'il faut se demander si la nature 
même d'Héraclès ne le prédisposait pas à ce rôle. Pour que cette 
recherche soit valable, il convient d'en exclure autant que possible 
les éléments proprement héroïques, les qualité qu'Héraclès partage 
avec les autres demi-dieux ou héros locaux. Réduits à des indices 
moins nomlireux, nous n'eu serons que plus fort dans nos conclusions. 

VII. — Les prédispositions infernales d'Héraclès 

1. IjCs jijdntes lirrnc} rennes. 

S'il est vrai que l'arbre ou la plante qui se trouvent attachés 
à une personne divine nous aident à concevoir sa nature originelle, 
le doute ne sera pas possible concernant Héraclès. Saus même faire 
état de la légende cependant assez ancienne, mais locale, qui faisait 
naître l'aconit de la bave de Cerbère tiré des Enfers p;ir le 



W IIKKII I.K FI NKKAlliE 

liéros ', Iph deux arbres qui lui sont consacrés, l'ulivicr et le peu- 
l>licr, ont un CMractcre infernal tr^s net. 

l.'iiljvier avait été apporté à Olympie par Héraclès °. fin dit 
qu'il n'y fut donné en ])rix qu'à jjurtir de la septième Olympiade, 
en remplacement de la pomme ' : ce qui fournirait un terminus 
post quem puiir la légende reçue dans le monde grec au début 
du V siècle, selon laquelle Héraclès avait été le cliercher au pays 
des Hyperlwréens pour en ombrager l'Altis *. Mais sans doute l'union 
d'Héraclès avec rolivier est elle plus ancienne, peut-être même pri- 
mitive ■'. Ce i|ui cil tout cas n'est pas douteux, c'est la provenance 
infernale de cet arbre, liien établie an \' siècle'': et son rôle fu- 
néraire, encore exploité par Calliniaque '. 

Même légende pour le i)euplier blanc, urhos /icmiled * : Héraclès 
l'a apporté à Olynipie des bords de l'Acliérou. « Heuve de Tliesprotic », 
ajoute le prudent et rationaliste Fausianas ": autant dire des Enfers '". 
Car, dans la Nekyia homérique, le bois sacré de Perséplione est composé 
de peupliers coupés de prairies ", et, aux temps classiques, le culte 
mystérieux de Sabazios Dionysos, dieu clitlionieu, se célébrait la tète 
couronnée de fenouil et de peuplier, symboles géuésiques et infernaux'-. 

Les témoignages sur ce point sont donc clairs et concoi'dauts. 

' Hérodoros d'Héraclée, fr. 25 (K. H. G. Mliller, II, p. :55». — Xéno- 
plion, Anab., VI, 2, ."i. — Cfr. Ettig, Acheritntica, p. ;il5 S(|. 

- l'ausan., V, 7. 8. 

3 Cfr. Bev. Hist. /.V/ilg/oHs, 69, (19U). p. .î-lli. 

< Pindare, 01, III, 24 sqq. 

^ La massue, arme personnelle et caractéristique d'Héraclès, est de- 
venue un olivier à 'Prézène (Cfr. A. Keinacli, Jier. JfiM. lieligions. Ii9, 
'1914), p. 353 et n. 2). 

" Kscliyle, Clmeph., ;57:!. 

" Calliniaque, ïambes, II, 23 sqq. (éd. Budé, p. 169). 

" Virgile, Aeji., VIII, 276: 216 : « llercnlea bicolor... popnlu.s uuibra •. 

' Pausan., V, U, 2. 

'" Serv., ad Vrni. Aeii.. V. i;!4: VIII. 27l3. Cfr. YAtig.. Acheiiditica. 
p. 316, n. 4. 

" Homère, Od., /.. 510. Cfr. Rolule, Psiiflie. p. 49. 

'• Déuiosthène, Coron.. 313. 



IIEIÎCILE FI NÉKAIUE 81 

2. Bc'iarli's dieu des eaii.r: l'euu infernale. 

L'importance d'Héiarlèti comme dieu des eaux a été mainte 
fois mise en valeur: nous ne rappellerons ici que quelques détails. 

Créateur de lacs, à Léontinoi en Sicile ', en Etrurie aussi, dans 
la forêt Ciminienne °, Héraclès se trouve, par rapport aux fleuves, 
dans une situation double analogue à celle que nous avons remar- 
quée dans ses relations avec les Centaures et les dieux de la mort : 
ayant la haute main sur leur sources ^, il est l'ennemi du fleuve 
Aclieloos ^, détourne l'Alpliée et le Péuée dans les écuries d'Augias °; 
mais, selon une autre légende assez ancienne, il reçoit l'aide du 
fleuve Duras ". Nous avons d'autre part dit déjà quelques mots de 
son rôle marin ', de ses traversées océaniques très comparables :\ 
son trajet marin vers l'Hadès *, rappelées fréquemment encore dans 
Sénèque ''. Mais c'est comme dieu des sources, et de préférence des 
sources cliatidos qu'Héraclès est surtout caractérisé '". Et c'est ainsi 

' Diod. Sic, IV. -24. 

- Virg., AeiK. Vil. fit»? : Serv., ad loc; Stiabon, V, 22(î; Liv., XXII, 
1 ; etc. . . . 

' Aelius Aristid., V, 35: « /.wpi; 6i irr.fai itczati.iia-i ûêdTuv £™vuu.5t 
K»t aÙTai To3 OîsO ('Hpa/,>.:Ou;) ■ TSootÙTr.-i ivapà rat; Nù;J.tpat; zïf.nX' '^'i"' ^osi- 
ôpia-j ». 

* Apollod., Bihl.. II, VII, .j. 

^ kl., il).. Il, V, 5. 

<5 Hérodote, VI, IHS. 

" Suprit, p. 52. 

' Euripide, Herc. fur., 400, 851. Cfr. Id., *.. 427: - iir/.su^' i- "Aioav ». 

^ St'iièqne, Herc. Oet.. 49 sqq.; Herc. fur., 275, 327 sqq., 539 sqq., 
554 sq(i. 

'" Cfr. Gei-lianl, Auserhi- Vaseiib.. II, p. 162 et n. 8-15; — Jahn, 
.irch. Beitriige, pi. 4: — Hartwig, Herakles mit dem Fullhorn, 15; — 
Pieller, Griech. Mijth., IV. 274: — Id., Riim. Myth., IP, p. 144-297; - 
Peter, lioschent Le.r., I, 2964; — 0. Gruppe, Griech. Myth.. 454. — Les 
textes généraux les phis expressifs sont ceux d'Athénée (512 F) et de Plu- 
tarqiie {Moral.. 776 D: Héraclès découvreur de sources). C(V. Id. Moral. 
307 C. 

Mi'lmujes iVArrli. W allixi. I<i28. 6 



82 lIEUliLE ir.NÉUAlKli 

quV'ii (irèfe ', en Sicile ", en Cainpanie ' et en Etniric ', de l:i dans 
tout l'Empire Humain, Hercule règne sur les sources et les thermes '■'. 
ly;i croyance à la provenance ehtlionienne des eaux chaudes, in- 
fernale des eaux sulfureuses, est hien connue, et pour ainsi dire 
Monnaie. 11 est d'un intérêt beaucoup plus puissant ici de montrer 
avec (|iiclle persistance et quelle universalité l'eau sous toutes ses 
formes a été mise en l'apports avec l'Empire des morts. 

Il existe, pour rantiquité g-recque, un texte d'une force d'expres- 
sion rcmarqualile, deux vers d'Empédocle '', dont Diojrèiie Laërce 
nous donne la clef: 

.N-^TT',: 0' r. Sz/.;j'j'.; i-i7:'./.zo~. oi/.as: Ïîotscuv 

« Zeus éclatant avec Hérè nourricière, dit le philosophe: et Aido- 
nens avec Nèstis, qui emplit de l'amertume des larmes les j'eus 
des mortels...». Et Dioj;cne ajoute: « Par Zeus il entend le feu; 
par Hérè la terre ; par Ai'dôneus l'air; par Nèstis l'eau » '. Le grou- 
pement de ces quatre noms, les épithèfes, les gloses, l'étj'mologie 
même *, concordent de la fa(;on la plus absolue : au couple céleste 

' Surtout les sources ehaïuies de l'Œta: Hérodote. VIT. ITfi: Sophocle, 
Tvachhi., 6o4 : etc. . . . 

-' Par ex. :i Himéra: Diod. Sic, IV, 2;3, 1. 

^ A Bauli. 

^ Par ex. à Vetulonia (Mcmorie deU'Inst., I, 1832, p. 109); ii Caeré 
(I.iv.. XXII, 1. 10). 

■'■ Un exemple très net à Lauibèse : voir .1. Bayet, Les statues d'Hercule 
dans les grands thermes de Lamhèse, Société arch. Coiistantine, 48 (1914». 

^ Fr. 57 (Karst). — Te.xte un peu différent, de même sens: Fr. Phil. 

Omec, Mullach (161): « IVt'ît:; S'.t- ôaxpisi; tî'-v-jî! /.jïs'j-iwaa ^fîT-'.iv ». 

" Diog. Laert., VIII, 76: « it» y-i-, zi rùp ki-ju-i • 'Hfr.i ii -rr.i fî-i- 
Aïôwvîa ôi Tà< i-'soc yf.iTii ii -i jSwj ». — Glose comparable dans Stobée 
(«7. I. 10, 11 b. Waelisni.): «-.NrfJT!;- ts or:p;j.a c.ai -i God? ». 

'* Zeus: cfr. dies: le jour, la foudre, le feu. — Héra: étymologie con- 
testée (peut-être le ciel?). — .Wdôneus : l'invisible: cfr. VUrz homérique 
cpii cache les divinités et la /.jih. dHadès qui rend Bellérophon invi- 
^iilplc. — Nèstis: de n.-'-it.) = à Jeun. On se rappellera le jeûne de Coré 



IIEKCULE FUNÉKAIRE 83 

Zeus-IIéra fait pendant le couple souterrain Aulôneus-Nêstis ' ou 
Hadès-Perséphonè. Et cette déesse des Knfers, qu'on lui donne l'em- 
pire des mers et des poissons ', ou qu'on la rapproche de Coré, engloutie 
dans la source Cyané avec Hadès ravisseur, est de toute certitude 
une déesse des eanx et celle qui, pour la philosophie d'Empédocle, 
représente cet élément à l'exclusion des autres divinités. Autour de 
ce texte précieux pourraient se grouper de nombreuses indications 
mythologiques qui, à sa lumière, prennent toute leur valeur ^. Mais 
les autres confirmations ne manquent pas. 

On a remarqué que « l'association des morts à la production 
de la pluie est assez commune et significative » ■* chez les demi-civi- 
lisés de la Nouvelle-Calédonie '^ et de l'Australie '^, d'Afrique ', d'Amé- 
rique ' ; mais aussi bien d'ailleurs dans les civilisations antiques, 
■ peut-être chez les Israélites ', à coup sûr dans la religion avestique, 



rompu par des grains de grenade; et le jeûne prolongé de sa mère allant 
à sa recherche. Eriskigal, déesse babylonienne des Enfers (A. Jeremias, 
Roseliers Le.r.. s. v. Nenjal, \i. 259-260), déesse de l'obscurité (cfr. Evinys 
rsîîœorTi;) comme Hadès, <• mange de la terre au lieu de pain, boit des 
lannes au lieu de vin > ; et les morts babyloniens ne mangent pus. 

' En particulier en Sicile, sembie-til: Photius, Le.r.,.- .N^utt,; • lu.z\i./.r, 
6ïi; ■ -.^Xiti;. Cfr. Eustatiie, II., 1180, 14. 

^ Hippolyte, Jief'ttt. omn. haeres., 7, 384. y-r.GT:- est le nom d'un 
poisson. Cfr. Wagner-Drexler. Roachers Lex., s. v., III, 287-289. 

■* Ainsi: l'influence liumide de Diana-Luna (Macrobe, .?««., VII, 16): 
01- la lune est, selon une ancienne tradition, le séjour des morts (Plut., 
Moral., 942 D-F). — Hécate, souvent confondue avec la lune, est dite 
parfois -raups/.ipais;, et mugit (Roscher, Selenc, n. 84; 13.): et p. 177): 
or le taureau, pour les Grecs et les Romains à leur suite, est la forme 
animale constante des fleuves et des torrents. 

■* Loisy, 7>e sacrifice, p. 211. 

^ Id., iv*., p. 212. 

''' Pour certaines peuplades australiennes, des animaux aquatiques, 
comme les requins, les crocodiles, les serpents, passent pour servir d'habi- 
tacle aux défunts (Loisy, Le sacrifice, p. 470). 

■ Chez les Dinka {ib., p. 481) et les Bambara («6., p. 167). 

^ Chez les Zurii (ib., p. 144, 169, 388 8(|(i., 4SI s.). 

" l.K)isy, Le sacrifice, p. 158. 



84 HBKCILE KfNKRAlKK 

aux Anthestéries d'Athènes, à Romr- avec- le rite singulier du lapis ma- 
italis '. Il se peut, d'autre part, qu'Hercule se soit trouvé mêlé à 
de pareilles pratiques. Ku ctfet, parmi les proeédés magiques em- 
ployés par les primitifs pour pmduin' la pluie, il en est un qui 
eunsiste à uriuer, parfois à paraître uriner du sang ', et il existe 
des indices d'un tel rite dans l'antiquité préhelléniqiie '. Or, si l'on 
adopte la méthode proposée par M. Deonua pour expliquer par la 
religion l'origine des types ])lastiques de l'antiquité classique, ne 
serat nn pas conduit non seulement à considérer la représentation 
d"« Hercule la main sur la hanche » comme un dérivé ])lus décent 
de r<< Hercule la main au ]>hallus », geste de la génération ', mais 
encore à rappeler les figurines (V HeiritJes mitigens, multipliées sous 
l'Empire Romain avec le sens grossier des suites de l'ivresse, et 
;\ mettre ce tv'iie en rapport avec la nature du dieu des sources 
et de l'eau "' ! Simple hyj)othèse, d'ailleurs iiivéritialdc. 

Les auteurs latins du premier siècle de noti-e ère ne manquaient 
pas '' de se représenter les ahords des Enfers comme une forêt 
d'arbres funèbres, ifs, yeuses, cyprès, sapins, où volent les mânes, 
et dans les prufondeurs de laquelle (■(•nie une source '. l'eut-être 
suivaient-ils, consciemment ou non, les croyances des mystiques 
grecs de Pltalic méridionale, qui conduisaient l'âme vei-s le lieu 
désiré où la source infernale s'épanchait au pied du « cyprès blanc » '. 
Mais ces mysti(iues utilisaient eux mêmes d'antiques croyances dont 
nous trouvons des traces précises dans les légendes classiques; car 

' hl, il>.. p. 181 sq.: 183: 214. 

2 Ul., th., p. «2 et n. 3: p. 211 et n. -_'. (fr. Usener, Archir. f. JieL 
Wiss., 1904, p. 28.^. 

' Cfr. JfcîM/e Hist. lieliy.. .Mai-Juin ini4, p. .'iSci. 

' Cfr. lieiiie nist. Keliji.. 1919 (t. 80), p. 77 sqq. 

•'' Le même geste se retrouve dans des figures de Silène, dieu aqna- 
tii|ue lui aussi. 

'' X'oir Ettig, Aeheruntica. p. 367 sq. et 368, u. 1. 

" Sénèque, Oed., 545; — T/ii/., 665; — Lucain, Plitirs., IIL 411. 

« l. G„ Si,, 641. Cfr. E. Norden, Verg. Aeii., VP, p. 167, n. 1. 



HERCULE FfNÈKAIRE 85 

h l'arbre des Hespérides coulait aussi une source, source merveil- 
leuse d'ambroisie, nous dit le poète', c'est-à-dire d'immortalité; 
sans doute Héraclès n'allait-il pas chercher dans l'ile lointaine les 
seuls fruits que lui demandait Eurj'sthée; il allait vers le paradis 
terrestre goûter l'eau magique qui lui assurerait le bonheur éternel, 
comme aux initiés de Graude-Grèce. N'y avait-il pas nue variante de 
cette légende, qui lui faisait rencontrer aux Enfers mêmes la source 
gardée par le serpent^ ? En tout cas, la confusion paraît encore sensible 
dans Callimaque, d'après lequel Dénièter cherchant Coré alla Jusqu'au 
jardin des Hespérides ''. A cette source infernale comme à la Cyanée, 
nous retrouvons groupés Héraclès et Perséphone. Et ce rôle infernal 
de la source n'est point particulier aux croyances helléniques: que 
l'on se rappelle les fontaines de Judée, d'où sortent les âmes ■*. 

Les Heuves des Enfers sont célèbres; et non seulement le Co- 
cyte ou l'Achérou , mais un fleuve géographiquement bien observé, 
l'Eridan. pour Virgile encore, parcourt les Champs-Elysées ". La lé- 
gende vulgarisée à son sujet ne savait plus bien distinguer, sem- 
ble-t-il, s'il fallait le considérer comme fleuve infernal à l'égal de 



' Euripide. Hippol., 74-1 sq. Cfr. H. Heydemann, Bull. d. Inst., 1871, 
p. 223. — Elle est repiésentée sur un vase de Ruvo {Bull. d. Tnst.^ 1836, 
p. 119). 

- Dans Soplioele, 'Hpa-i/.?,; =-; Tgc'<a;'.), où il était question de la 
descente du héros aux Enfers (fr. 216 Dindorft'): « Tpî'tpojui xpr-jr.; tpùXaxa 
xupiir.v ô((i[i .. Mais l'interprétation locale est douteuse. 

^ Callimaque, Hymn. VI, in Cerei:, 11. 

* Dieterich, Mutter Erde-, p. 18 sqq. Cfr. Archiv. f. Rel. TT^'is.ç., 17 
(1914), p. 352. — On trouverait, pensons-nous, des croyances analogues 
dans l'antiquité romaine. Mais la discussion des documents nous condui- 
rait trop loin : nous la remettons à une autre étude. 

^ La légende de sa traversée par les morts (substituée à celle de 
l'Océan) se répand chez les peuples italiques dès le IV*^ siècle avant no- 
tre ère (Cfr. Uamurrini, Anncili d. I)ist., 1872, p. 288). 

6 Virg., Aen., VI, 6n9. - Voir Th. Bergk, Kl. Schriften, II, 718 ; 
Dieterich, Nehyia. 27; E. Norden, Venj. Aen., VI', p. 29ô sq. — C'est 
grâce aux Nymphes de l'Eridan qu'Héraclès peut apprendre le chemin 
qui mène au Jardin des Hespérides (Apollod., Bibl., II, V, 11). 



8(> IIBKCILE FINÉRAIUE 

l'ArlKM'nii, lin j/aradisifiqur comme la source des Hespérides; c'est 
dans SCS flots, en effet, que Pliaéton avait été enseveli au milieu 
de ses sipuin ti'ansformécs en prupjiers ' avant d'être ramené au 
ciel parmi les astres ' : mais, d'autre part, A'irgile en réserve la 
Jouissance aux morts liieniicurcnx et Lucien ' fait voler sur se» 
bords « les iiomiiics liienliciircux com])af;nons d'Apollon *> transfor- 
més eu cygnes. Nous rencontrons toujours devant nous cette même 
incertitude: f.iut-il voir dans Irs Knfcrs une odieuse demeure sou- 
terraine ou les douces prairies dans lesquelles s'exerce la libre ac- 
tivité des héros? Et de même l'Ister. dans la région voisine de 
ses sources, est. nous l'avons vu. pour l'indai'c, un fleuve des Hy- 
perlioréens aux rives duquel pousse l'olivier, arbre infernal comme 
les peupliers qui l)ordcnt l'Eridan *. De même encore Aclielôos, 
dont le uias(]iic cornu ajjparait si souvent avec un caractère apn- 
tropaïque sur les temples des Etrusques et sur leurs monuments 
funéraires. Il était ciiez les Grecs souvent considéré comme le dieu 
suprême des eaux''; mais ses filles, les Sirènes, sont du cortège 
infernal de Perséplione '^. et habitent un marais près de Catane en Si- 
cile ". comme Per.séi)iione possède une source pi'ès de .Syracuse. Aussi 
bien le taureau, forme que prenait habituellement Aclielôos, avait-il à 
la fois un sens aquatique ** et funéraire ''. Et c'est peut-être en tant 
que dieu infernal (lu'.Vrlii'lôos entre en lutte avec Héraclès. 

' Ovide. Métam.. II. ;-524 sqq.: — Sénèqiie. f/err. Oit. IST S(|(i.: — 
Lucien. De eleciro sett cycnin, 4. 

- Xonnos, Diorn/s.. XyXVIII. 424. 

' Lucien, loc. rit. 

* Pindare, 01.. 111,24 sqq. Voir supra p. 80. 

» Cfr. Furtwiuiglei-, Collection Saboiii-nff. I, pi. XXVII et XXVIII. 

" Knripide.-Hc/., 175 si]. — Apollon. Rhod., ^r/;o». , 8i)4-S<lfi. - Cn. 
Ch. Michel, Daremlierg-Safilin., s. v., 1.353 sqq. 

■ Nonnos, Dioiiys., XIII. .312-31.3. 

' Ovide, FasI., VI, 197 sq.: Nonnos, l)ioiii/s.. L 4^2. 

5 Gardner, Sculptnred tomhs of Hellti.t, IS94, p. 130 sq.: M. Colli- 

gnon, Statues funéraires p. 234 sq. — Les bœufs de Oéryon: voir 

supra, p. 75. Ceux d'Hadès: dans les KpaîTâT».X;i, comédie de Phérécrate: 



HBRCL'LE FINÉRAIRE 87 

Nous avons incliqué plus haut la uatnre foncièrement infer- 
nale de plusieurs ilivinités marines ' et n'y reviendrons pas. sinon 
pour achever de coustater que l'eau, sous toutes ses formes, a été 
considérée par l'Antiquité comme une production ehthonienne et 
infernale, non comme une émanation céleste. Elle a ce double ca- 
ractère, que nous retrouvons si souvent dans ce domaine, d'être 
bienfaisante comme ag-ent purificateur '", et d'être maudite comme 
cliâtiment éternel des grands coupables '. Et, d'autre part. Hercule, 
dieu des sources, se trouve miitliologiquemeiit avec les divinités des 
eaux en rapports tantôt d'amitié tantôt d'inimitié, comme il l'est 
avec les Satj'res, les Centaures, et les divinités de la mort. 

3. La Tîlchessr et ta Fr'condité d'origine irifertinle. 

Il est un fait reconnu, complexe seulement du point de vue 
de la chronologie, c'est que le dieu de la richesse est en union 
étroite avec le dieu de la mort, quand il ne se confond pas avec 
lui. Il apparaît assez vraisemblable (jucn Grèce cette identification 
de Ploutos ou Ploutôu avec Hadès ne fut absolue d'abord qu'à 
Eleusis * : ce qui obligerait à eu concevoir l'extension comme assez 
tardive. S'il est vrai cependant que cette conception repose sur 

Apollod., Bihl.. H, V. 12; cfr. Ettig, Acheruntica. p. 2^8 et n. 5. — Voir 
aussi Callimaque, Epigr. XIII, 5-6; lamb., I, 2 (cd. Budé). 

' ^^oir siqjra, p. 67 sqq. 

- I. Scheftelowitz, iJw' Smidentilgung diirch Wasser {Arcliii^ f. Belig. 
Tl'îss.. 17, 1914, p. 35.^ sqq.). 

^ Platon, Besp., II, 363 C. — Châtiment transféré aux Danaïdes pour 
l.\ première- fois dans VAxioclius : cfr. Ettig, Aclieruntica, p. 314. — C'est 
une conception originaiiement ifaliote, semble-t-il : voir Platon, Gonjias, 
493 A-B. Il est intéressant de rapprocher de ce texte expressif deux mo- 
numents funéraires, rungrecapulien(^'l)-c/i. Anzeig., XXIX, 1914, p. 453 sq., 
fig, p. 45.5), l'autre romain (C. Robert, Ant. Saric. Hel., III, 1, n. 140, 
pi. LU et p. 152 8(1.), où les Danaïdes, à elles seules, sj-mbolisent les peines 
de l'Enfer. 

■* E. Xorden, Verg. Aen.. XI", p. 39. 



88 HBRCL'I.K KfNI-;i{AlKB 

riili'p ti't's priiiiitivi' (In iioinlire incalculalile des morts et sur celle 
lie l'orif^iiie souterraine des rielies moissons ', si d'autre part elle 
est liée à rima;i;iiiation po])iilaii-e du festin des Bienheureux '. il 
n'est pas indispensable de rattacher au développement et à lu 
faveur des cultes éleusiniens les croyances analofriies des peiipli-s 
italiques sur le «Trésor d'Orcus » ' et sur la iluulilc natiiic du 
Saturne Romain, dieu agricole d'une part, de l'autre gardien du 
Trésor puhlic et de la bonne foi commerciale *, d'ailleurs divinité 
infernale^. Aussi bien la distinctinn entre les esprits des morts et 
les esprits d(^ la nature est-elle eu général peu nette *. 

Or, selon une tradition grecque, Héraclès et Cronos ('.Saturne) 
régnaient ensemble sur l'ile fabuleuse d'Ogygie à l'Occident, c'est- 
à-dire sur le l'aradis des Bienheureux '. Selon une tradition gréro- 
latine, c'était Hercule qui a\;Mt dressé le |inmier autel romain à 
Saturne"; et Ton pimv.iit rapprocher les cultes romains des deux 
divinités", l't une inscription purement italique, dont nous avons 
déj;\ parlé, unit lli'rcnle et Dis l'atei'. dieu à la t'ois des morts 
et des richesses '". C'est (lu'IIereule en Italie avait en garde les 
trésors aussi bien (|m";'i Rome Saturne"; mieux, il en faisait dè- 

' C'est ainsi (jue déjà pour Hésiode {Theofi.. 420) Hécate donne aux 
lioninies qui la ])iient la richesse (i>.Si;) dont elle dispose. Et de même 
les hommes de la race d'or, devenus 3ai;;.i-i£: après leur mort, sont ap- 
pelés par lui -XouTooorai (Hés., Ojj., 126) 

'' Ettig, Acheruiitka, p. 296 sq. et 297, n. 1. 

'' Moriis thesauri : Orcinus tliesaunts. Cfr. l'iellcr. Rom. Miitli.-'. Il, 
p. 63. 

* Plutarqiie. Ti. Gracchiis, 10: MniiiL. 27.5 A-B: — Appieri. /;. c, I, .'il. 
5 Osov ûrrouSaîo-i /.ai /_9i-!;-. (Plntar(|Me. M'iriiL, 266 E). 

^ TyOisy, Le Sacrifice, p. 131. 

' Plutarque, .Iforo/.. 941 et 11. 'il. 

* Dionys., Hal., VI. I, 4. 

" Plutan|ue, 3/(«v('., 266 E: ;'i lleriiile aiis>i un sacrifie tête découverte, 
et il est dieu de la vérité. 

I" C. I. L.. VI, 139. 

" Zvetaieft", Si/lh.iif J)>sri: O.sranim. 187S, n. 56. p. .'Uî oK; — C. I. J... 
X. 7197. 



HERCULE Fl'NÉRAIRE 89 

couvrir, en Grèce sans doute, mais surtout dans le monde italique ', 
comme par exemple, parmi les demi-civilisés les Haida croient que 
les morts envoient des richesses ;\ leurs parents pauvres restés sur 
terre": sur ce point la différence entre le dieu des richesses et le 
simple mort-héros bienfaisant n'est pas très nette. 

Mais le plus curieux, c'est de voir peu à peu cette qualité de 
dieu de l'abondance se limiter à une représentation particulière 
d'Hei-cule, et justement à la plus expressive en matière funéraire, 
celle de l'Hercule couché. C'était une imagination de pure saveur 
italique ^ de représenter l'avare « couché », nous dirions accroupi 
sur ses trésors *. La statue d'Enules Olitmrius, qui se trouvait au 
forum Bonrium, au centre du marché campagnard de Rome, et qui, 
d'après les dernières découvertes archéologiques, représentait le dieu 
couché, put donner matière à des applications précises du proverbe, et 
même à des légendes populaires. De fait, un itinéraire du liant Moj'en- 
âge "" mentionne dans la Begio TrunsUhiriiKt un <,< Ifciciilcs suit terni 
riiediiis rubans, snh qno j/luriuiitiii uiiruni jiositum est » : résidu singu- 
lier, mais sans ambiguïté, du travail séculaire de l'antiquité païenne. 

Nous passons sans difficulté de la notion de richesse à celle de 
fécondité. Héraclès avait sur l'Œta « un Jardin luxuriant que tous 
pouvaient cueillir » " : et il est possible que ce soient des colons lo- 
criens, venus de la même région, qui aient transporté la légende 
d'Héraclès en Grande-Grèce au cap Lacinien '. Plastiqueraent, cette 
conception s'exprime par la figure d'Hercule tenant la corne d'abon- 

' Diod. Sic. IV, 21; Dionys.. H.il.. I. 40: Horace, Sat., II. VI. 10-13: 
Perse, II, 10. 

- Van Gennep, Les Rites de pcissuf/e, p. 223. Vf. suprii, p. 88. n. 1. 

^ Cfr. E. Norden, Veig. Aen.. VI-, p. 288 sq. 

* Pétrone. .S'a?., 38 (Inciibus): Horace, Sat.. I, 1, 70 sq.; Liv., VI, 1.5. ô 
(incubantes jiublicis thesmiris]; Quintilien, X, 1. 2. — Cfr. A. Otto, Spricli- 
wôrler (1890), p. 173 sq. 

^ Glose du Curiositm. Rey. XIV. Cfr. .lonlan, Tnp., II, p. 13. 

« Eusèbe, Pr. ev., V. 21, 4 et 22, 1. 

" 0. Grappe, Griech. Mythol., p. 372, n. 10 et 4.57, n. 4, 



f>0 lIKItL'ILK Kl XKRAIKK 

(lance ' ; figure multipliée tle façon singulière par les Grées italiotes 
sous toutes les formes, iutailles, l>n)ii/.es, mais surtout terres- 
cuites ", ee (|ui proiivi' sa i)iipiilarité: aimée des Romains, ijui la 
peignent, la seiili)tent et la gravent '. 

Les différentes légendes gree(|ues sur la corne d'aluinrlanee, qu'elle 
ait été prise :iu dieu des eaux Aclieloos ', ou remplie de fruits par 
les Xymphes-llespérides, ou donnée à Héraclès par Plonton-liadès '' 
et présentée par le héros à Zens et Héra, unissent toutes au sym- 
Itolisme de fécondité les souvenirs des expéditions d'Héraclès vers 
les Enfers ou les îles des Bienheureux. On peut penser, il est vrai, 
que ces histoires n'eurent pas gi'ande pu'dicité, ou du moins grande 
influence, dans les milieux popula'res italiques: l'idée d'almndanee 
primait très certainement le sens funéi'aire de ces représentations, 
au moins à l.i tin de la liépuhlique et sons l'Empire romain. Mais 
il senilile n'en avoir pas été de même au temps où les cités grecques. 
étrus((ues et latines étaient encore assez vivantes pour agir les unes 
sur les autres. Monuments et textes prouvent qu'au déhut de notre 
ère encore Hei-cnle prenait assez volontiers la forme ou le symbole 
d'un (lien ])liali(iphorr. i|ui le rattaciient aux très anciennes reli- 
gions naturistes de la ijéninsnlc itali(|n(' ''. Or les représentations 

' En (irècc proiji-r. sur luie nioniiaic d .Vtliènes (voir fî^. linschen) 
Lex., I, 2157). 

- Monnaies d'HéiacKe de l,ncanie: onyx à Pétrograd. — Bronze du 
IV siècle à Berlin. — Terres cuites de Tarentc, Fasano, Ignazia. Pae- 

stum, etc — Voir RoDchers Lea:, loc. cit.. 2159 et 2176 : Bull. â. Inst.. 

1S84, p. 236; etc.... 

' Par ex, Annali d. Inst.. 187i), pi. .M ; — Ib., 1S78, p. 210 sq. et il/o- 
numenti, X, pi. LVl, 1; — Cohen, Médailles itiip., Antonin, 383, 

* V. Wilamowitz-.Moellendortf, Heraldes, p. 291. 

^ Gerhard, Gesamin. Akad. AhhniidL. ]). 46. n. :!1 et 32: Fnrtwiingler, 
KoKchers Lex., I, 21S7 sq. 

* Colson, Hercule Phallophore {An)iiile.< du Mii^ee Guimct, t. IV t. — 
Voir en particulier un bronze de l'Italie Mcriilionale, où de la corne d'abon- 
dance tenue par Hercule sortent des phallus [Gaiette archéol., 1877, pi. 26) : 
cfr. l'anecdote sur Commode (Ael. Lamprid., 10. 9), (|ui fait d'un fiivori 
> pêne prominente ultro modum animaliuui • un prêtre A'Hercules Rtistictis. 



HERCULE ITNEUAinE HI 

des parties naturelles avaient à coup sûr un emploi et une valenr 
funéi-aircs, non pas uniquement apotroitaïques, mais qui semblent se 
rattacher i)lutôt au culte de Démcter et de Ploutos-Hadès dans les 
cités grecques de Sicile et d'Italie ', et aussi bien en Etrurie, à 
Arezzo, à Castiglione délia Pescaia". Et la philosophie tardive n'avait 
pas oublié cet antique symbolisme, puisque Porphyre dit encore ' 
que Perséphone veille « snr tout ce qui nait d'une semence » '. 

4. ('onchisio)i. 

Ainsi, certains des caractères essentiels de rHéraclès Grec, dé- 
veloppés encore dans le monde italique, rapprochaient le héros 
des divinités infernales. Cela ne veut pas dire qu'il ait été con- 
fondu avec elles, mais cela explique qu'il ait Joué un rôle parmi 
elles. Et ce rôle, presque toutes les fois que nous avons voulu le 
j)réciser, est apparu double et contradictoire : amitié et inimitié. 



VIII. — CoORtiIXATION DES KÉSrU'ATS. 

Nous avons sans doute maintenant le droit de tenter une syr.- 
thèse qui rende compte de cette contradiction. Et d'aliord, résu- 
mons la suite chronologique de nos certitudes. 

' A Syracuse: Not. d. Smri, 1897, p. 485 avec fîg. : cfr. Kekule, 
Terracotten ans Sicilien, pi. 51. — A Locres Epizéphyrienne : Not. </. Scari, 
1917, p. 105 et fig. 8 ; p. 153, et fig. 58. 

2 Not. d. Scavi, 1878, p. 335; 1882, p. 258. 

■' Porphyre, Antre des Ni/mphes, 14. 

< L'idée est très ancienne. Déjà Hésiode {Théog., 450 sqq.) se repré- 
sentait Hécate comme une déesse nourricière « conrotrophe ^, et en même 
temps dispensatrice de la richesse (voir siq^ra, p. 88). D'autre part, Dé- 
nièter, déesse de la terre féconde, est considérée souvent comme une déesse 
des morts {Myt». Maynum, p. 218. 49 et 281, 9. — Cfr. Saglio-Pottier. 
s. V. Ceres, p. 1025). 



92 HERCULE FUNÉRAIRE 

1° La plus ancienne synthèse mythologique à nous connue, 
celle d'Hésiode, met aux prises systématiquement Héraclès avec les 
familles infernales; et cette conception, loin de s'atténuer, se précise 
au cours des siècles. 

2° P^ntre le VI' et le V siècle, on se renil compte, d'après les 
textes, mais surtout avec l'aide des vases de fabrique attique, de 
l'union étroite Héraclès-Dionysos. Le thème général est celui du 
repos héroïque dans un paradis bachique. Mais parmi les servants 
de Dionysos, les Satyres tendent de plus en plus :i être les ami» 
d'Héraclès, les Centaures deviennent presque toujours ses ennemis. 

3" Le flottement entre les deux conceptions des êtres infernaux, 
redoutables ou bienfaisants, est dès lors constant, surtout, semble-t-il, 
eu Italie, où les théories orphico-pythagoricieiines insistaient avec 
prédilection sur les peines des Enfers, tandis que par contre les 
caractères chthonions d'Hercule prenaient un développement parti- 
culier. 

4° Aussi, à partir du III" siècle (ou de la fin du IV'), Hercule 
n'apparait-il plus que par exception sur les monuments funéraires, 
en Etrurie par exemple, bien que les idées des Etrusques sur les 
Enfers concordent très strictement avec les conceptions grecques in- 
diquées plus haut, avec tendance progressive à s'assombrir et à in- 
spirer la terreur plutôt que l'espérance. 

5° La fin de la République romaine et le premier siècle de 
l'Empire marquent une reprise intelligente à la fois des représen- 
tations étrusques et des idées hésiodiques, plus ou moins obnubi- 
lées, mais toujours subsistantes. La philosophie les étaie d'un sym- 
bolisme précis en accord avec les idées populaires sur Hercule. 

t)° Les ir et II r siècles de notre ère nous révèlent par les 
nombreux sarcophages héraeléens qui nous sont parvenus (et en par- 
ticulier celui du palais Farnèse) que ce travail n'a pas été vain. 
Mais si toutes les conceptions antiques s'y retrouvent, la pensée 
moderne n'a pas réalisé davantage l'unité que ne le faisaient les 



HERCri.E FUNERAIRE 9iJ 

Grecs du V" siècle: Enfer ou Paradis? Hercule symbole de la lutte 
ou du repos éternel ? elle ne choisit pas. Les images d'Hercule ont 
un vague sens funéraire, mais ne témoignent pas d'une conception 
cscliatologique précise. 

1. Lit diffindtr essenfieUfi. 

Nous avons montré en passant comliien les thèmes iconogra- 
phiques avaient été persistants, et avec quelle délicatesse et quelles 
nuances ils avaient évolué de Grèce en Etrurie et d'Etrurie à Rome. 
Ce n'est donc ni dans la suite, parfaitement établie, des jalons 
chronologiques, ni dans les variantes des monuments figurés que 
réside la difficulté de cette synthèse. Le doute subsiste sur deux 
points : d'abord, comment se fait-il qne la notion d'Hercule funé- 
raire ait survécu entre le IV* et le \" siècles avant notre ère, mal- 
gré la contradictiou des idées courantes sur les rapports avec les 
dieux ou démons de l'au-delà î' — ensuite, sous quelle forme doit-on 
se représenter ce sens fune'raire indéterminé' attaché à la figure 
d'Hercule encore au 111° siècle de notre ère ? Mais, en fait, ces 
deux questions se ramènent à une seule : quelle est la croyance 
fondamentale qui, parmi tous ses avatars et ses contradictions, a 
permis à l'Hercule funéraire de sulisister pendant neuf cents ou 
mille ans? 

Le problème nous semlile pduvoir être résolu avec une suf- 
fisante approximation : la certitude, espérons-le, sera acquise par la 
poursuite des fouilles et par les nouvelles découvertes. 

2. La leçon des fouilles de &rande-&rèce. 

Celles de Locres Epizéphyrienne et de Rosarno-Medma, à elles 
seules, sont fort instructives. On a trouvé dans les sépultures de 
Locres un nombre considérable de plaques en terre cuite, frag- 



M iifsnci'i.K rr.Nioit.MKK 

ineiitées, ayant appartenu à de petits autels d'usage funéraire ' : ce 
sont, pour la pln))art. des répliques d"un sujet bien connu de l'an- 
cien art ionien, Fattaiiue d'un animal faillie, en général un cervidé, 
l)ar un ou deux fauves ". Font exception les sujets suivants: 

u) Un hippogriffe fou griffon) saisissant un chevreuil par der- 
rière ■'' : 

h) Un sphinx assis ' ; 

n) La lutte d'Héraclès contre Adielôos ' ; 

(I) Un taui-eau " : 

e) Un quadrige en course". 

Les deux dernières de ces reiirésentations ont un sens indé- 
terminé : le taureau peut être prophylactique ou figurer l'animal 
du sacrifice; — le quadrige peut être agonistique ou faire allusion 
à l'enlèvement du mort par Iladès. Dans le doute, force nous est 
de ne rien conclure. 

Mais les trois autres sont plus i)réciscs. La présence du sphinx, 
monstre k coup sûr funéraire, sur l'un de ces autels nous aide 
à concevoir le sens qui s'attachait à la lutte du gritTun. autre 
monstre infernal, contre le chevreuil. Sans doute une telle scène 
est-elle assez commune avec une valeur purement ornementale, par 
exemple sur les objets ciselés trouvés dans les tombes de la Russie 
Méridionale: mais elle se rap|)riiclic aussi de toutes les représen- 



' Voir les raisons de M. P. Orsi {yot. d. Scan, 1917, p. 149). — Ils 
formaient parfois deux des parois de la fosse (par ex. dans les sépul- 
tures n. 1-224 et 1.-M7). 

- P. Orsi, loc. cit., p. II."), 120, 1-19. etc.... 

^ Loc. cit., fig. .")5. 

■• Loc. cit., fig. hi. 

^ Loc. cit.. fig. 24 (.sépulture n. ia47 . M. Orsi remarque: « È la ii;im:i 
volta elle una di codeste arulette esee dal carapo ovvio e generico délie 
lotte animal), per otïrirci un soggetto mitologico •. 

'• Xol. d. Scam, 1913, Supplem.. p. 33 {.Sép. n. ^00). 

• Xot. d. Scavi, 1917, Hg. 17 (Sep. n. 1224). 



HEKCULE FI'NÉRAIIÎE 95 

tatious 011 légendes d'honinies victimes des monstres de l'Enfer ', 
et fignre à ce titre plus tard sui- les sarcophages romains; et si 
un synil)olisme de cette nature n'est pas certain pour tous les au- 
tels où figurent des luttes entre animaux, il n'est pourtant pas impos- 
sible u-ijriori. Dans ces conditions, il n'y aurait point difficulté k 
voir dans la lutte d'Héraclès contre Achelôos une scène de sens 
funéraiie. et le premier eu date des monuments héracléens d'une 
telle signification. 

La question est un peu compliquée du fait qu'à Caulonia des 
autels du même genre ont été trouvés non pas dans des tombes, mais 
dans des habitations, que par suite leur usage était domestique, 
non funéraire comme à Loeres - ; et qu'à Medma, colonie de Locres, 
les sujets des autels funéraires sont tirés de la tragédie et de la 
mythologie \ comme la plupart de ceux des urnes étrusques et des 
sarcophages romains. De sorte que nous sommes conduits à recher- 
cher pour ces représentations, en particulier celle de la lutte d'Hé- 
raclès contre Achelôos, ou celle de sa lutte contre le lion sur une 
urne de Gr.agnano \ un sens assez général pour convenir aussi bien 
à un autel domestique qu'à un autel funéraire, et à telle scène 
mythologique de supplication nu de purilicatiou. qui figure sur l'autel 
de Medma % tout en étant susceptil)le d'un développement plus 
exclusivement funéraire, le cas échéant. 

n n'y a qu'une conception, nous semble-t-il. (jui réponde à ces 
diverses conditions: celle de la valeur apotropaïque ou, si l'on pré- 
fère, prophylactique de telle figure ou de telle divinité. 



' \ou siqjtd. V. 2. 

^ P. Orsi, Kot. d. Scaii, 1913, Snpplem., p. 3:!, n. 1. 

" Id., !b., p. 59 sqq.; — Not. d. Scat% 1917, p. SB sq., 45, 53. 

* Près de Naples: Not. d. Scavi, 1888, p. tiô. 

= Les interpiétations diffèrent : les uns y voyant les vieiges lociien- 
nes suppliantes à l'autel d'Atlièna d'Ilion: les autres le niytlie des 
Prœtides. 



96 HEIKII.E FI NKKAIUK 



'■j. 1,11 ntKfiip iijioln/jjai'jiie. 

La fonction apotropaïqne s"oj)ère soit p;ir la répnlsion ( pliallu». 
parties natnrelles en général, peut-être les fornes), soit par le mi- 
rat''tisnip (par ex. li- dessin île IVeil ])Oiir combattre le mauvais n-il, 
l'enfouissement de la pierre de foudre ou de la hache pour pro- 
téger la maison de la foudre '). Le funeste Gorgonéion devient 
ainsi, l'f pour les deux raisons, la figure apotrnpauiue type chez 
les Grecs ( lioucliers. temples, etc...... 

Lorsque rimagin.ititin appuie sur les dangers de l'antre monde 
et s'etfraie des monstres qu'elle a créés, il est naturel, dans ces 
conditions, qu'elle utilise les figures de ces monstres pour en re- 
pousser l'attaqur. On a conclu nu peu vite, et sans lieaucoup pré- 
ciser ce que l'on voulait dire, que les Centaures, Scylla, Hriarée, 

Hydre, Chimère, etc placés aux portes des Enfei-s par les 

poètes, avaient un nile apotropaique '" : ce qui n'a ])as grand sens 
en pareil lieu. Mais sur hs tombes, c'est tout autre chose; l'image 
fioirraire de la (iorgone éloiguera la Gorgone /'/(/V'rnrtZe elle-même 
des sépultures grecques ou étrusques ', de même que le taureau 
prophylactique chez les Indiens .sera une garantie contre le dieu 
de la mort, Yania .lux cornes de taureau '. Ht. d'une façon plus 
expressive encore et plus directe, nous l'avons vu, le masque de 
Satyre ou de Charon, déposé par certains Sardes ou Etrusques sur 
la face du mort ou auprès de lui. le met à l'abri des entreprises 
brutales des démous infernaux ". 

' Cfr. B. Scliweitzev, Heml.h.t, p. 30. 

' Hoscliers Ia'x.. s. v. Keniaiiren, 10ô4-105ti. 

' Govgoneia apotropaïcpies des tombes du V^' s. à Kcitscli : .\. Fuit- 
wiingler. lioschem Lcx.. s. v. Gorgo, 1715. — Gorgone tenant des lions 
sur les monuments étrusques: id., (6., 1707. 

* Archiv f. Kehg. ]Vifssenschnft. \h (1912:, V- -t7.'> sq. et 4.'i7. 

^ Voir mnra III. 3. 



MKlK'll.E KINÈRAIIÎK 97 

Une dt'rnii'Te surtc {l'apotropaisme consiste ;'i se mettre sous la 
protection fii/itrr'f d'un dieu puissant. Car pour tous les esprits 
primitifs l'image équivaut à la réalité: c'est même une conception, 
magique sans doute elle aussi, mais beaucoup moins irrationnelle 
que les deux précédentes: nous admettons encore sans ditliculté 
qu'une tombe soit sous la sauvegarde de la croix. Mais, dans l'An- 
tiquité, les vieilles idées mimétiques demeurent inséparables de cette 
crojance. Le mort fi.:;uré sous les traits d'Héraclès ou Dionysos 
revêt le personnage fort et heureux qu'ont été l'un et l'autre de 
ces dieux, et s'impuse pnur ainsi dire, par confusion, à la bien- 
veillance des êtres infernaux. C'est ce que prouvent les textes des 
comiques: l'idée d'Aristophane de costumer Dionysos en Héraclès 
pour lui pi'rmettre d'accéder à l'Hadès atteint, il est vrai, k la 
boufî'onnerie, en ce que Dionysos était par lui-même assez préservé 
contre les embûches du voj'age ; mais lorsqu'un mage, préparant 
Méuippe :'i descendre .imx Enfers, lui donne la léonté, le « pileus » 
et la lyre ', il ne tait qui' lui donner V<q)pnrence des liéros qni 
ont su braver l'KntVr, Hérailés, Ulysse, Orpiiée '. Hercule était 
tout désigné pour ce dernier emploi prophylactique, étant le gar- 
dien du seuil en Grèce et en Italie, le protecteur des routes, mais 
aussi le << chasseur de Kères » et l'ennemi de la Mort ^. 

Ce double rôle de protecteur domestique et infernal (que nous 
avons indiqué :i propo-i des autels des cités grecques du Bruttinm) 
lui était un avantage considérable. « Ange gardien » en toutes les 
circonstances de la vie et de la mort, il ne risquait pas de perdre ce 
caractère par désuétude, an cas on les idées sur les périls de Tâme 
en voyage vers l'Hadès se seraient atténuées jusqu'à disparaître ; il 
l'exerçait seulement avec plus de force lorsque, périodiquement, les 



' Lucien. Mrnippe, 8. 

- L'intention comiiiue est dans racciimulation d'attributs inconciliables, 
s 'Hpi-./.Ç-: n-.j.>/y,-.-r.;: Lvcopliron, AL, 663 et Scliol. ; — Etymol. Maqn., 
>11, 27; Enstathc. (kl. XIV. 529, p. 1771, 45. 



JMaiH/ei' (l'Arcli. et tVllM. lii-23. 



98 IIRItcri.K l'I.NKHAlUK 

crises (!<• teneurs infcnialfs rcBuaisisBaient \e monde; et comme il 
y (Hait toiijoiMN pivt. (III s'explique sa pfipnlarité en ce domaine. 

Il avait iraillrins une antre force, et une garantie de dnrée, 
dans son alliance avec Bacclins-Dionysos. Car, si les Grecs limi- 
taient l'action de Dionysos à la pn'îsidence d'une sorte de |)aradis 
liiciilicnriiix. irs l'",triisi|ii('s scnilileiit avoir adiiiis (iirilai1('>s liii-ni(!me 
ponvait |)rcndre un caract(''i'e dionysiaque sans que pour cela fût 
adoucie la férocité des démons, ses serviteurs '. Et, selon les pré- 
férences particulières, ou celles du téni))s, Hercule i>ouvait ou don- 
ner r(!spéranec du paradis dionysiaque, ou se faire invoquer de 
coni|)af;ni(' avec U-. dieu des Enfers, Dispater-Dionysos, ou offrir 
une garantie individuelle contre les démons infernaux, même lia- 
cliiques, comme les Centaures. C'était, en fait de croyances d'outre- 
tciinlie. un (lieu à toutes lins, et toujuurs lion à invoipier. 

A ce point même, on a tort sans doute de se limiter à une 
certjiine sorte d'apotropaïsme. .Aussi bien les distinctions que nous 
avons établies plus haut pour la couniiiidité de l'exposition n'ont- 
elles auciine portée dans la iiratique de ces procédés. Tel geste, 
telle ligure a, pour celui ([ui l'enipldie. une imimrtauce délinie. 
mais irraisonnée. C'est proprement un urte mat/iqui', qui échappe 
à la discussion et développe ses conséquences en deiiors des lois 
de la nature, lleccule apotro]iai(|ue n'est pas essentiellement dif- 
férent de la (iorgone apotmiiaique nu des cornes i)ropliylacti(iues. 

4. Lu )iiii<i/i' il'niiiiioifiil/fe. 

|)ans quelle mesure cette croyance», cette confiance eu la force 
niagi(iue d'Hercule s'est-elle perpétuée à travers les derniers siècles 
de l'Antiquité, c'est ce qu'il est difficile de déterminer. Ce dieu était 

' Fres(|ne de Coineto. 'l'intiliri del Tifone. Cf. supra. W. h. auh fine. 
— Vase Faina, oi'i Hadès, tenant le rtynse, préside aux supplices des 
morts: cfr. F. Weege, JCtrii.ik. Mahrei, p. 5.-5 sq. et tig. 49. 



HERCULE ITNÉRAIRE 99 

tellement caractérisé par ses attributs et son histoire qu'il échap- 
pait en partie au puissant syncrétisme religieux qui domina le monde 
Romain. D'ailleurs, à côté de cet effort rationnel et quasi-scienti- 
fique vers l'unité divine, l'antique magie subsistait: elle précisait 
seulement son but. semble-til. et se donnait pour objet l'acquisition 
de l'immortalité. Martianus Capella a réuni sept moyens de l'obtenir: 
1" Boire au «poculum iramortalitatis » et se couronner d'iîi'Ctoo/ ': 
2" « Voir Védius et son épouse, selon le précepte des Etrusques » ": 
?>" Evoquer les Euménides effray.mtes. par les merveilleux pro- 
cédés des mages . de Chaldée ' ; 
■i" « Se consumer par le feu » : 
5° « Se laver :i la source » : 

fi" « Battre une image de l'àrae, selon l'enseignement d'un certain 
Syrien » * : 

' Martianus Capella, II, 141. 

• Id., II, 142: < Tune Philologia ex aioin:ite praeparato aceiraque pio- 
pria Athanasiae primitus supplicauit. iinUriqiie eius (/. e. Apotlieosi) gra.- 
tiammultaiitationepersoluit. i|iiod nec Uediuracum uxore couspexcrit sicut 
suadebat Etrurla, use Eumenida.< et Chaldaea miracula formidarit, nec igné 
usseiit (/. c. Apotheosis) eaui, nec lymplia subhieiit, née animae simulacrum 
Syri cuiusdam dogmate uerberarit, née Piiasi senis litu Chaiontis manibns 
inuolutani immovtalitatem moi-tis auspicio oonsecrarit ». — On comparera 
Virgile {Aen., VI, 740 sqq.) qui décrit la purification des âmes, aux En- 
fers, par lair, l'eau et le feu : . Aliae panduntur inanes | suspensae ad uen- 
tos: aliis sub gurgite nasto | infeetuui eluitur scelus, aut exuritur igni». 

' Le texte dit: «Trembler devant les Euménides et les merveilles 
des Chaldéens •. Il est si vague i|u'il faut l'interpréter. 

* Il est impossible ici de prendre shniilacnim dans le sens indiqué 
parServius fad Veivi. Aen., IV, 654). d" < apparence corporelle des hommes 
devenus dieux par r.A.pothéose ». Il y aurait aussi des difficultés :i accepter 
le sens de Lucrèce ;l, 120-123;, qui suit Ennins et sans doute une doc- 
trine pythagoricienne (Gianola, La fortuna di Pitagora, p. 26), et selon 
lequel les simiilcw ra sont, ax.r h'nfers. des formes intermédiaires entre 
les :\nies et les corps. Faut-il traduire par . l'apparence corporelle (jui 
enferme l'âme ., c'est-à-dire le corps du patient? on par « une figure 
représentant l'âme.? — Dans l'un on l'autre cas, il sagit dune fusti- 
gation rituelle d'initiation: on comparera la curieuse fresque delà villa 
Item .à Pompei où se voit une femme fouettée par un génie ailr. 



100 IIERCII.E Kt:NÉRAIRE 

7" « Suivre le rite du \ iiill.irii Pliasus, griire :iii(|ucl l'iinmipr- 
talité cachée dans les maiiii^ de ('liaron est appelée eliez les dieux 
au innmeiit même de la mort s> ' : 

Aniolio incntiDiinc en outre des sacrifices auxquels les Etrusques 
attriliii.iifiit le putivoir de procurer l'immortalité': mais le texte 
est trop |)i'u préeis |)iiiir être utilisable de façon directe. Tenons- 
nous en donc aux procédés indiqués par Martianus Oa))ella. 

Trois d'entre eux (les troisième, sixième et sc])tième) se rat- 
tachent aux superstitions orientales et sont <rorig:ine relativement 
récente dans le monde Romain. Mais les quatre autres remontent 
à des croyances grecques qui s'étaient implantées sans difficulté dans 
le domaine italifiue. Nous avons déjà parlé du « poculum immor- 
talitatis >> ', qui, sans entrer dans tous les raffinements de Martianus 
Oapell.i, était représenté soit ]);u' la conjjc d'ambroisie '. soit par 
l'allaitement divin ''. Le feu, outre sa puissance purificatrice, pro- 
duit l'immortalité et dans l'ancienne légende et dans les croyances 
des temps historiques'^. I^es sources sont, avec la mer, les plus vi- 
goureux agents de lustration. Et même la vertu libératrice de la vue 
des dieux, n'était pas un dogme purement étrusque, quoi qu'en dise 
le grammairien : les mystes d'Eleusis, eux aussi, voyaient les dieux, 
et en concevaient des espérances précises d'immortalité bienheureuse ". 

' Mot-àinot: «au début de la mort». 

- Arnobe, II, p. 8(>: « .\tqiie Ktruria libris in Acheronticis pollicetur, 
certoriim aninialinm sanguine nuniiuibus certis dato, diuinas animas fïeri 
et ab legibus mortalitatis eduei ». 

' Supra. III, 2. 

* Voir par ex. Apulée, 3Ietam.. VI, 2'A: « Jupiter, porrecto anibrosiae 
poeulo. « Sume, inquit, Psyelie, et iinmortalis esto». — Cfr. Ovide. 
Metam., XIV, 606-607. 

^ Supra, loc. cit. 

" Cfr. la légende de Déiuétcr et Dênioplion {H;inni. Tlom.. IV. :2o7 sqq.): 
celle de la fille de l'horkus ressuscitée par le feu (Lyoopliron, .^1/., 48). — 
Aux temps historiiiues: l'Indien Calanus ;Cicéron, J)e Diiiin.. 1,23); Papo- 
théose impériale, etc — Voir supra, II, 5. 

■ .Vpulée. 3Wr(»i.,XÎ. 23. Voir Arehiv.f.Relig. Wiss.. 14 0911). P- ô69. 



HERCULE FUNÉRAIRE 101 

Or ces quatre procédés magiques d'acquérir l'immortalité avaient 
en Hercule pour ainsi dire leur prototype: Hercule couché tenant 
la coupe (ou allaité par Junon '), Hercule debout en présence du 
couple infernal, Hercule montant au ciel au-dessus du bûcher de 
rtEta, Hercule se baignant à. la source vive ', c'étaient des thèmes 
courants déjà entre le VP et le IV' siècle avant notre ère. Et il 
se trouvait que le même héros qui avait multiplié sans utilité ses 
voyages vers rau-delà ^, et qui avait presque monopolisé les luttes 
contre les monstres infernaux ^, avait aussi épi'ouvé sur lui tous les 
moyens d'acquérir l'immortalité. Hlogisme frappant dans un cas 
comme dans l'autre. 

5. Conclusion. 

Mais la distinction de ces trois thèmes est elle-même une illu- 
sion. Ce sont trois images d'une seule réalité. Héraclès, et après 
lui Hercule, fut toujours le protecteur des hommes obsédés par les 
espérances et les terreurs de l'au-delà: il extermina d'abord les 
monstres de cauchemar dévorateurs des morts ; il fraya plus tard 
les routes qui menaient aux paradis terrestres : il donna enfin à la 
croyance en l'immortalité de l'âme plusieurs formes sensibles, aussi 
réelles que des certitudes. 

A l'origine, qu'en était-il? Héraclès avait-il ce rôle funéraire 
au moment où il naquit comme dieu? H est impossible de le savoir, 
et la question même n'a en soi aucun sens. La certitude commence 
pour nous avec le texte d'Hésiode et les poteries du VF siècle. 
C'est un travail roulu qui a mêlé Hercule à toutes les représen- 

' Par ex. sur des miroirs étrusi(ue8 : Gerhard, Etrusk. Spiegel, II, 
pi. 126. 

- Cette dernière représentation surtout en Etrurie. 
■'' Supra, V, 1. 
* Supra, V, -2, .3. 



102 IIKK(;ll.K FI XÉltAIKK 

tiitioiin lie la vio iiifi'i-iiali'. (,' a t;ti'; la voloiitt- des Oi-i'c», des Ktrus- 
ques et de» Koiiiaiiis, que ses ((ualités dp divinité forte, bienfaisante 
et protectrice fussent des garanties ma;^iques pour la vie future. 
Le sarcophage du l'alais Farnèse réalise par son type, sinon 
par l'intention de Fartisaii qui le sculpta, la synthèse d'une foule 
d'idées qui vont plonger Jusque dans la magie primitive et qui, en- 
richic-i de siècle en siècle, aboutissent à faire d'Hercule le double 
d'un mort anonyme, son puissant protecteur d'outre-torabe, son garant 
d'une immortalité bienheureuse. 

Jeax Bayet. 



quelqup:s italiens d'avkinon 

AU XIV'^ SIÈCLE 



1. 
Les archives de Datini à Prato. 

Francesco di Marco Datini, dont le nom est resté populaire à 
l'rato, sa ville natale, est peu connu en Italie ' et totalement ignoré 
en France ; cependant le personnage est curieux et nous lui de- 
vons l'existence d'archives de première importance. 

Francesco est né ;V Prato vers 1330 '". Son père était un mo- 
deste marchand et c'est chez lui qu'il acquit cette science de la 
comptabilité qu'il devait pousser à un degré de perfection inconnu 
de ses contemporains. II fut de bunne heure livré à lui-même: en 
1348 Marco di Datino succomba à la peste qui sévissait en Tos- 
cane; Francesco avait 18 ans. Pendant quelques temps il vécut 
avec sa mère et trois frères plus jeunes sous la direction d'un tu- 
teur dont il semble ne pas avoir eu trop ;\ se louer ^. Les diffi- 
cultés qu'il trouvait dans sa famille le poussèrent à tenter fortune 

' C. Guasti, dans l'iiitioduction de son Ser Lapn Mazzei, lettere di 
un notuio a un mercante (M secolo XIV, Florence, Le Monnier, 1880, a 
donné une bonne notice biographique à laquelle tous ceux qui ont parlé 
de Francesco Datini ont emprunté largement, tels I. Del Lungo, Fran- 
cesco di Marco Datini mercante e benefattore, Prato, 1897, réinqiriiné dans 
les Conférence Florentine, Milan, 1901 ; t'arradori, F. di M. Datini mer- 
cante pratese del sec. XIV, Prato; 0. Daini, Notizie storiche mita Pin 
Casa dei Ceppi e su F. di M. Datini da Prato, Prato, 1910. 

• Voy. dans C. Gruasti, op. cit., les lettres 12, 1 18, 234. 

' C. Gnasti, op. cit., II, p. 349. 



104 (K'EI.IJUES ITALIENS Ii'A VKiXIlN AT XIV*: .SIÈCLE 

ailleurs; à peine Mvitit il .itteiiit sa innjorité (|ii'il deiiiaiula et ob- 
tint le partage dii patrinioiiu* paternel et se rendit à Pise '. 

CiMiihien denienrat-il ilans ee grand port de commerce, nous 
ne savons: alla t-il sï-falilir ailleurs, c'est probable, et Guasti le 
propose ', sans en avancer d'ailleurs aucune preuve, mais les ar- 
cliives sont muettes il cet égard. Une chose certaine c'est que nous 
le voyons fixé à Avignon en 1358 ^. Le choix était heureux. Dé- 
liais (|Me la résidence des papes faisait de cette ville la capitale du 
inonde clirétieii. ratiliicm e des pèlerins, le luxe des eardinaiix, le pas- 
sage continuel df^ ambassades, le séjour des princes à la cour pon- 
tificale, tout ce mouvement d'hommes et d^irgcnt favorisait le com- 
merce d'une f.-ieoM |iarticnliéi-e. D'Italie, de France surtout, les mar- 
chands, les liaiiquiers, les changeurs accouraient * : il n'y avait pas 
de grosse maison qui n'eût des représentants dans la ville papale '. 

' V. Guasti, ijp. lit.. 1, |], xviii, 

^ « Diconolma non ne lio docmnento) che. lasciato iu l'isa il tratiieo 
in luano a un coinpagno, passasse a Genooa; e quivi pure fatta com- 
pagnia, se n'and.asse a Valema e a Barcellona « . — Ces villes sont pré- 
ciseiuent celles où il eut plus tard des comptoirs et des associes, mais 
rien ne prouve ((u'il les ait habitées. 

■' Acte de i)rocni:Uion du 21 février 1358 reproduit par C. Ouasti. 
op. cit.., p. xvui (Florence, Arch. dijjlo-m. provenant des Ceppi de Prato'. 

* Voy. C. Piton, Les Lombards en France et à Paris, Paris, 1892; 
La Sorsa, L'organizzazionc dei camhiatori fioreitiini nel medio evo, Ceri- 
gnola, 1904. Consultez aussi Yver, Le commerce et les tnurchaiits dans 
l'Italie méridionale au XIll' et au XIV' siècles, Paris, 190:!, et Peruzzi 
Storia dcl cnmmercio e dei bancUieri di FIrtiise, Florence, 1868. 

= Peut-être que l'appât du gain n'était pas le seul mobile de Fran 
cesco qni pensait rencontrer de nombreux compatriotes sur les bords du 
Kliôiie. I,c cardinal de Prato, Nicolas Albertini, ipii avait tant fait pour 
fixer dans le Cointat Clément V, avait certainement attiré autour de lui 
des gens de la ville natale, et depuis sa mort, survenue en 1321, les 
relations n'avaient pas cessé cntie Prato et Avignon. Nous relevons par 
exemple dans Schafer, Die Auagahen dcr apostoliachen Kammer... Pader- 
born, 1914 {Vatikanische Quellen... ron der Gorresfie.'selhchaftjt. IU) quel- 
ques individus originaires de Prato, parmi lescpiels Pantins, cainérier du 
pape en 1335 (p. 23\ Bernard, sergent d'armes du roi d'Aragon en 1353 
(p. 523}. 



Qt'BLljrBS ITALIENS d'aVIGNON AU XIV^ SIÈCLE 105 

A côté d'antiques et de riches maisons eoniine celle des lîardi, 
des Peruzzi, des Alberti, celle de Francesco était bien modeste. 
En 1367 encore', ce n'était qii'nne boutique de peu d'importance, 
mais il 'y dépensait une activité inlassable et ses affaires ne ces- 
saient de s'étendre. Sa spécialité était la vente des armes, les temps 
étaient favorables à ce genre de commerce ' ; mais en même temps 
par le procédé si souple de la société en commandite ^, il avait 
des intérêts dans de multiples affaires *. De Florence, il faisait 
venir des tableaux à sujets religieux, des émaux, des ornements 
sacerdotaux, de beaux coffres peints, de Crémone des draps fins, de 
Gènes des voiles do coton, de Venise des soieries, d'Espagne des 
épices, de Bourgogne des toiles, de Paris des chaperons de couleur; 
sa fortune croissait de Jour en jour. Un événement qui aurait pu 
la compromettre vint au contraire lui donner un essor inattendu. 
La mésintelligence qui depuis deux années s'accusait entre Flo 
rence et le Saint-Siège '', éclata au consistoire du ^!l mars 1376, 
lorsque Grégoire XI lança l'interdit sur la ville rebelle, révoqua 
tous ses privilèges et confisqua tous ses biens ". Un des premiers 
effets de l'exconimunicatiiin fut l'expulsion des marchands Horen- 
tins d".\vignon ". Francesco Datiiii échappa à cette mesure, sans 



' A cette date commence la s:nie inimciroiiipiie des registres du fo»- 
daco d'Avignon. 

- C'est le moment où les grandes compagnies et tous les pillards 
ciu'ellcs traînaient à leur suite ravageaient le Comtat. 

' E. Bensa, I)i alcune importanti notizie attinenti alla sfon'a del dt- 
riito commerciale che emergono dai dociimenti delV Archivio Datiiii {Atti del 
Ctnigreaxn internagioniile di scienze storiche, Rome, 1901. vol. IX, p. lO.ôl. 

* En particulier le commerce du sel; voy. dans les registres d'.\vi- 
gnon le Memoriule -IS (1368-1370), p. 186 et suiv. 

^ A. Gherardi, La guerra dei Fiorentini con papa Gregorio XI detta 
la gnerra degli oito Santi... Florence, 1868. 

"* F. I, Perrens, Histoire de Florence, t. V, p. 121 et suiv. 

" Ils auraient été au nombre de 600: voy. Croît, pis., R. I. S., t. XV, 
col. 1070. — Selon Poggio Bracciolini. R. I. .S., t. XX, col. 233, plus 
de 500. 



106 wUELQrtS ITAI.IKN.S d'aVIIINON" AT XIV'- SIÉCI.K 

(liie MOUS safliioiis cxaftiMiieiit pDiirquoi. A vrai dire il était de 
Prato et non de Floiviioe. cette raison pouvait à la ri;^iieiir suf- 
fire '. Xoiis eroyoïis ])liitôt (lu'il avait su déjà s'assurer de puis- 
santes amitiés, à la four imntitieaie - et que ses coffres s'étaient 
généreusement ouverts aux tVé(iU{iits emprunt-^ di' la f^'liaiii^re apos- 
tolique. 

Franeeseo restant à jieu près seul sur le mai-clié d'Avi-^non ^, 
ses aff.iires prirent une extension eousidéralile. Il était rielie, il 
venait de faire eoiistruire une lielle maison', il avait 4ii ans: ses 
amis l'engageaient vivement à se marier, jugeant (|ue la vie qu'il 
menait Jusqu'alors était peu digne de son rang ''. 

Notre mai'cliand s'aperçut al<irs qu'une de ses voisines, veuve 
d'un certain Domenico Bandini, exécuté à Florenee lors de la ré- 
\idution des Ciompi, avait deux filles. 11 demanda l'une, Marglie- 
rita. en mariage: elle ne lui apportait rien'' mais elle a\ait vingt 
ans. Les noces se firent ;in carnaval de l'aiiuée l;l7l> '. 

« lo credo clie Dio ordiim ([uando na(|ni ch'io dovese avère mogle 
elle fose lîoi-entina, clie tanto io credo averlla tolta una fanciilla 



' C'est celle qu'indique Bonin.segna di Matteo, son associé d'Avignon, 
dans une lettre qu'il lui adresse en 1384 en faisant allusion à ces évé- 
nements. 

- Nous avons relevé dans les registres d'Avignou des traces de ses 
étroits rapports d'amitié avec le maréchal du pape Aymar d'Aigrefenille, 
et surtout avec le fils de ce dernier, Jean d'Aigrefenille. seigneur de 
firaniat. (Lot, arrond.' de Gourdon). 

^ Notons cependant qu'un bon nombre de tlorentins étaient demeu- 
rés dans la ville. Voyez à cet égard un document curieux déjà signalé 
par de Loye dans l^s archire.t de la Chambre Apostolique au XIV' s. 
{liihl. (les &. franc. d'Athènex et de Bonie., fasc. 80t la liste de la popu 
lation d'Avignon en 1378 [Jiey. Aven. Greg. XI, 32, f. 428-507). 

* - trope chose ne! chapo e tutti volta foe murare e bastire una 
bella cliasa e botegha...» Lettre du 2S mars 1374 a Moima Piera di 
Pratese {Cartegyi prirati dirersi. cartella E . 

^ C. Guasti. op. cit.. p. xxxin. 

"^ Id., I. 28. 74. 

" Voy. le document publié par <). Dami, op. cit., p. 30. 



QUELQUES ITALIENS d'aVIGNOX AU XIV- SIECLE 107 

cli'a nome Marglici-it:i, hiqiiale fue fig'luola (li Doraenicho Baiidini 
iilqiiale fue taglata la ttsta a Firenze, gia fa piu tempo, clie fue 
aiHiolpato (lare Fireuze a miinsingiiore '. La madré di (luesta faeulla a 
nome Mona Ivanora, seroclia del Pilice Gherardini %• rimase di questo 
Domenielio III fanculle e III figluoli: e la donna giovnne di venti 
anui, liiiona donna cliome fnse mai inPirenze etenutauna altra nionna 
Diana; Tuua serodia e maritata a Firen/.e a uno cifa nome Nieeliolo 
del Amanato. (•on])angiio di me^er Pazino, l'altre due sono qua mie 
vieine cliola madré e elio fratelli. lo elionoscho loro ed eglino eho- 
nosclieno me, e grande tenpo cli'ahiamo anta amista inscrae... » ^. 

Franceseo vécut eneon- quelques, années à Avignnn, mais il 
n'avait jamais perdu l'espoir de retourner dans sa patrie et les amis 
qu'il avait trouvés eu Provence ne pouvaient lui faire oublier ceux de 
Toscane '. Vax 1382, après avoir laissé sa maison entre les mains d'as- 
sociés très surs ', il quitta Aviguim où il avait vécu plus de oO ans. 

Francescii était sans doute heureux de uioutrer à ses compa- 
triotes sa jeune femme et de j'ouir de la considération que lui valait 

' Baitolonieo des Medici que le parti de lopposition avait mis à sa 
tète en septembre 1360. Fossati, Il tiimulto dei Ciompi con l'aiuto di 
n'wvi docitmeiiti, p. 91, dans les Ptihblicazioni del R. Istituto di studi su- 
periori in Fireme. sesioïie fiJosofia e filoJopia, vol. I, lô juin 1873. Dans 
la liste des conjurés condamnés par contumace: T)ominicnm Donati Ban- 
dini, populi Saneti Tridiaui, ... condeunati nella testa e confiscazione dei 
béni... (p. 20.5). Il ne fut exécuté que lors du soulèvement de 1364. 

■ Costoro furono quegli che voUeno guastare lo stato di Firenze... 
J)oinenico di Donato Bandiiii, del Fondaccio, fugli mozzo il capo... Pel- 
licia Gherardini della casa de" Oherardiui . . . Tutti costoro volievano so- 
vertire il popolo di Firenze. [Diario d'anouivio fiorentino, dans les Doev- 
menti di sioria itnliaiin^ T. VI, p. 298). 

. ' Lettre du 28 août 1376 à Monna Fiera {Ccirley. prir. diversi, car- 
teUa E). 

* Jusque Ifi la guerre de Florence avec le pape ne l'engageait guère 
à rentrer, mais le parlement de 1382 remettant un peu d'ordre dans la Ré- 
publique, le moment lui sembla favorable. (C. Guasti, op. cit., p. xxxvii). 

' Boninsegna di Matteo e Tieri di Benci. Voy. l'excellente intro- 
duction dont le prof. S. Xicastro a fait précéder l'inventaire des archives 
de Datini. {Gli archiri della Storia d'Italia, série II, vol. IV). 



10>S tJl'EI.QlES ITAI.IKNS Ij'aVICNON AC XIV> SIKUI.K 

une lortunc (li;j:i légeiulaire ; dès son nîtoiir :'i Prato, il s'occupa de 
construire un palais et de le faire décorer par des artistes choisis 
avec soin ', mais sou activité était trop grande pour qu'il al>an- 
donnât déjà les affaires. Cette année même il fonde une couipa^jnie 
A. Prato ■', puis Tannée suivante, en 1383, une compagnie à Pise '. 
A ce moment il s'établit industriel; Varie délia htna tlorissait à 
Prato depuis de lonj^nies années, Francesco décide d'avoir une fa- 
brique M son prdjire cumpte '. En 1383 enfin, il est « tavoliere » 
c'est à dire lianquier, au marché neuf de la Porta Rossa, à Flo- 
rence ''. Toutes ces sociétés g-ardaieut avec Avignon et les grandes 
villes commerçantes du bassin méditerranéen les relations les plus 
étroites. 

Pour achever cette rapide énumération, signalons les derniers 
<( fondar/ii » créés par Datini, celui de Gènes en 1392, celui de 
\'alence en Espagne en 1393 : la même année celui de Barcelone 
qui lui survécut et dura jusqu'en 1-tll; enfin, le dernier en date, 
celui de Majorque qui s'ouvre en 1395. 

Cependant au milieu de tant d'entreprises qui réussissaient 
toujours à souhait, Francesco n'était pas heureux; il se désolait 
de n'avoir pas d'héritier '' et pour fléchir la nature il s'adressait 

' C. (xuasti, 02>. cit., p. xlii et suiv. Cet auteur a" publié le plus 
grand nombre des lettres d'artistes adressées à Datini. Ce palais existe 
encore, c'est aujourd'hui la Pia casa dei Ceppi i|iii abrite les archives 

' S. Nicastro, op. cit., p. xv. 

* 7fî., p. xvii. 

■• /(/., p. xvr 

^ Id., p. xvii. Sur l'rato, voy. la BihlioijralUi pralcsc, Prato, 184-1. 
IjBs histoires de Prato sout demeurées manuscrites, voy. S. Nicastro, 
op. cit., p. II en note. 

" C. (jtuasti, op. cit., p. xi.v et suiv. parle assez mystérieusement 
d'une tille naturelle de Francesco, Ginevra. Elle fut mariée en 1407 à Léo 
nardo di Ser Tomaso. {Cait. fam. e priv., cartella X). 

' En 1395 encore son ami, maître Naddino, médecin du pape Be- 
noît XIII, envoie à sa femme certaine ordonnance dont il avait éprouvé 
l'efficacité sur une de ses clientes d'.Vvignon. {Cart. fam. e priv., car- 
tella VI,. 



QUELQUES ITALIENS d'aVIGNOX AU XIV: SIÈCLE 109 

aux raérleehis les plus réputés. Cette situation le rendit plus apte 
à écouter les pieuses exhortations d'un de ses amis, le notaire ser LapjM) 
Mazzei ', et pour obéir à ses conseils, il décida de léguer sa for- 
tune à une œuvre charitable établie à Prato depuis longtemps déjà, 
les Cepjii dei poveri '-. 

Ce qui intéresse plus directement l'historien que cet acte de 
philanthropie, c'est la disposition particulière du testateur' qui voulut 
qu'après sa mort toutes les archives des différents comptoirs fondés 
par lui, des compagnies de commerce dont il avait fait partie, 
toutes les lettres même échangées entre lui et ses multiples cor- 
respondants fussent réunies et conservées dans sa ville natale. Cette 
heureuse disposition fut rigoureusement exécutée, et en dépit des 
pertes et des accidents survenus, elle explique la présence à Prato 
d'archives peut-être uniques au monde. 

Nous n'entreprendrons pas la description de ce fonds que Livi 
a classé avec soin ' et dont le professeur 8. Nicastro a publié un 
inventaire excellent ^ rendant faciles les recherches ''. Pour donner 
une idée de son importance, nous dirons seulement qu'il renferme 
plus de 700 registres uu caliiers et environ 420 liasses contenant 

' Ses relations avec Datini remontent à 1390: C. Guasti. op. cit., 
p. Lxvi et suiv. 

' Sur le sens de ce mot et l'oiisine de l'iastitiition. voy. 0. Danii, 
op. cit., p. 13 et suiv. 

' Testament du 31 juillet 1410, publié par C. Guasti, o^j. cit., t. II, 
p. 273 et suiv. Datini mourut le 16 août 1410 et fut enterré dans l'église 
San Franeesco de Piato. 

* G. Livi, L'arehirio ai un mercante toscano del sec. XIV, dans l'Ar- 
chivio storieo italiano, sér. V, tome XXXI, p. 425; brève connnunication 
signalant leur intérêt. L'auteur a donné un meilleur aperçu de son tra- 
vail, ainsi qu'un inventaire paitiel et des extraits de documents dans 
une brochure intitulée: DfiU'nrdiiiio rli F. Datini menante pratese, Fi- 
renze, Lumachi, 1910. 

^ Voy. plus haut p. 107, note 5. 

^ Nous tenons à remercier M. Franchi, prorreditore de la Fia casa 
dei Ceppi de Prato de la bienveillance avec laquelle il a favorisé nos 
recherches dans le riche dépôt confié à sa garde. 



110 l^L'EUilj'ES ITAI.IKNS UAVKJXON' Af MV»: SIÈCLE 

lilus (le 100.000 Icttri's ', sjiiis fMtiii))t<'r le-i iiièces détachées ile pr.i- 
venaiice diverse. 

Cette masse iniposanti- de dueumeiits est répartie eu autant de 
séries (iiiil y a eu de « mgioni » c"est à dire de maisons fondées, 
plus deux séries comprenant les « es/rane/ s> et les « /Ihe e f'rnm- 
menfi ». Chaque série se subdivise eu deux sections: dans la pre- 
mière, les « lihri *, les livres de comptal)ilité, rangés par catégories 
{Cumpioni. Mi'moriali, lîicorfJanzr. atc.) et jiar ordre chronulogique, 
dont hi iiuménitation est continue: dans l.i seconde, li' « rartfififfio » 
comprenant lii e()rrespondance commerciale, les lettres étant classées 
dans l'ordre alphabétique des villes dont elles proviennent. Il convient 
de faire dans la série de Prato une place spéciale à deux groupes de 
lettres précieuses, le <,< cartcyyiu /'(tiniliare e privato » contenant la 
correspondance échangée entre Franeesco et ses parents et amis, et 
les « cartcggi priruti âhersi » formés de lettres de caractère privé. 

Il nous reste maintenant à chercher ce qu'on peut tirer de cette 
source si importante de documents. Leur nature môme a invité les 
érudits à les utiliser pour l'histoire du conimeroe ". A cet point de 
vue ce n'est |).is leur ancienneté (pli les rend particulièrement pré- 
cieux ■'' mais plutôt leur richesse, leur ét:it de conservation et leur 



' S. Nicastio, op. lit., p. II, reproduisant une noie de Livi, (-value 
ce nombre à 140.000. Les liasses (pie nous avons d(''pouillçes rent'evnianr 
en moyenne de 230 à 250 lettres, le cliift're que nous donnons ne nous 
paraît i):>s exagéré. 

- E. Bensa, Di alcime importnnti notizic nitinetiii alla aioria del di- 
ritto commerciale clie emeryono dai documenti dell'archivio Datini {Alti 
del Coiiriresso inteni. di scienze storiche, Roma, 1003). L'auteui- a indi(iu('- 
combien cette étude pouvait éclairer les origines du droit connnen-ial 
moderne. — G. Arias, Le societîi di commercio medierali in rapporto con 
la Chiesa (Arch. di Storia patria, vol. XXIX, p. 351). — Signalons enfin 
un récent ouvrage du prof. Corsani, non encore paru en librairie, snr la 
comptaliilit(' employée par Datini et ses agents et en particulier sur la 
(piestion de la tenue des livres en jiartie doidile. 

' On conserve en Italie des archives coniniereiales beancoiqj plus 
anciennes (voy. Yver et l'enizzi, op. cit.,). Poui' la France, voy. Blan- 



QUELQUES ITALIENS D'aVIGNOX AT XIVE SIÈCLE 111 

composition. Pour chaque « ragione » une série presqu'intégrale de 
livres de compte, la eoiieordaiice des divers registres, grand livre, 
entrées et sorties, livrc> de caisse, etc., nous permet de suivre de 
près les différents opérations commerciales, de faire des recherches 
rainutieu.ses et d'obtenir des résultats précis. 

Signalons en passant ' les indications multiples qu"on peut eu 
tirer sur la vie économique au moyen-âge, les grandes routes com- 
merciales, les moyens et les frais de transport par terre et par mer ', 
le trafic de Fargent. les relations de l'Italie et de la France mé- 
ridionale avec rOrieut '\ autant de questions qui mériteraient une 
étude approfondie. 

Il ne faudrait pas croire cependant que ces archives d'une 
maison de commerce du XIV' s. n'intéressent que . les économistes, 
Farchéologue pourra les consulter avec fruit pour l'histoire de l'ar- 
mement et du costume en général ^ ; l'historien d'art relèvei-a des 
notes aliondantes sur le commerce des tableaux et des objets d'art 
à lette époque, utiles pour expliquer la diUusion et l'influence de 
l'art florentin. 

Ce qui fait, à nos yeux, la valeur exceptionnelle de ces archi- 
ves, c'est la masse vraiment funsidérable des lettres qu'elles con- 

card, Documents inédits sur le commerce de JlarseiUe au 37. aye (XIII" s.), 
Marseille, 1884-5, 2 vol. — Voy. également divers articles de Forestié 
relatifs aux livies de compte des frères Bonis raarclumds à Montauban 
an XIV*" s. {Arch. hist. de (htscogne, n"' 20. 2.3, 26). 

' Xous avons l'intention de consacrer un pioehaiii article à une des 
plus anciennes compagnies dont ces archives aient gardé la trace, celle 
conclue, en ]3(i7, à Avignon entre Francesco di Marco et Toio di Alberto 
de Florence. 

' Voy. E. Bensa, Il contralto d'assicurazione nel Medio Kto, Gênes. 
1884. Les éléments de ce travail sont tirés des archives de Prato. 

^ Sans intérêt est déjà signalé par G. Livi, DalVarchivio . . . 

' Signalons comme exemple dans le carteggio de Barcelone (lettres 
d'Avignon, année 1393) une lettre contenant des dessins de tissus, en 
l'espèce des velours à deux tons. On conserve même à Prato, une lettre 
datée de 1405 à laquelle sont encore attachés des échantillons de drap. 



1 !2 y(Kl,(ilK.S ITAI.IKNS DAVIONON AT XIV'- SIKtLK 

tieiinfiit '. Fi-.iiirescip avait des agents vt des cniTespoiidants répan- 
dus dans tonte l'Kurope méridionalo, et c'étaient des gens de toutes 
conditions, des niarrliands pour la plnpart, mais aussi de grands 
seigneurs, des princes de l'Kglise ", des littérateurs, des ai-tistes ^, 
des médecins ■•. Les lettres (jui, par leur valeur littéraire, ou parce 
qu'elles étaient signées de noms connus, ont attiré l'attention des 
érudits italiens, sont maintenant publiées en grande partie, mais 
les autres ne sont pas à dédaigner *, elles nous donnent sur la vie 
privée du temps des renseignements vivants: ce sont des documents 
humains de premier ordre pour une époque qu'il iic tant ])as seu- 
lement étudier à l'aide de sources diplomatiques. 

Il n'est pas jusqu'aux lettres de nature commerciale qui n'aient 
leur utilité pour l'Iiistoi-ien. On l'a déjà dit ". et à juste raison, 
les marchands du moyen âge peuvent être considérés comme les 
premiers journalistes. Les événements politiques, en ce temi)s là. 
comme aujourd'hui, avaient une répercussion .sur les changes et sur 
les prix, les mouvements de troupes faisaient la vente ou la nié 
vente, les guerres on les désordres entravaient ou arrêtaient les 
moyens de transport, autant de motifs pour se tenir, aussi exacte- 
ment que possible, au courant des événements. Voilà pourquoi il 
ne faut pas craindre de i)arcourir cette volumineuse correspondance, 
au milieu de l'énuniér.ition fastidieuse des marchandises reçues et 

' Voy. p. 110, note 1. 

- S. Nicastro, op. rit., p. 111 et suiv. Il cite liiiiaUlo degli Alhi/.zi. 
Niccolô da Uzano, Guido dcl Palagio. les Strozzi. les Bardi. les Corsini. 
les Fiescobaldi. les Pugliesi; les cardinaux Ammanati, d'Ailly et ("ossa. 

3 Voy. p. 108, note L 

* L'intérêt de leurs lettres est indiqué par G. Livi {.lich. stor. itiil.. 
sér. V, t. XXXI, p. 4-25). 

^ Signalons également l'intérêt philolojrique de textes aussi anciens 
CM langue vulgaire. Quoi(pie la grande majorité des correspondants soient 
italiens, ou trouve des lettres en provençal, provenant de Marseille. d'Arles 
et des Martigues (B. du Rli.), d'autres en catalan. Il existe même des 
pièces en arabe et en liébreu. 

i» G. Livi, oj). cit. 



yUELQLES ITALIENS d'aVIGNO.V Al' XU'K SIÈCLE 113 

expédiées, on trouvera de place en place la mention d'un fait con- 
temporain, daté avec précision, souvent transcrit par un témoin 
oculaire, et qui nous offre parfois le moyen de savoir ce que les chro- 
niqueurs ne nous disent pas '. 

Tels sont, rapidement éuumerés, les renseignements qu'on peut 
demander aux archives de Datini, elles sont assez riches pour y 
répondre. On jugera sans doute qu'elles méritent d'occuper une 
place de premier ordre au milieu des archives commerciales trop 
souvent considérées comme négligeables. Peut-être même, qu'à un 
point de vue plus général, elles pourront figurer en bon rang parmi 
les sources de l'histoire des paj's méditerranéens. 

Robert Brun. 



' En particulier les lettres de Cirioni sur le siège de Pise (1405-6) 
et celles de Piero di Benintendi sur la domination française à Gênes. 



Mélanges d'Arch. et <lllist. ly-i3. 



ELPENOR A ANTIUM? 



Dans son Histoire des Antiquitr's Romaines, I, 72, Deuys d'Ha- 
licarnasse cite Aristote comme ayant raconté que des guerriers Acliéens 
après la guerre de Troie étaient venus sur les côtes de la mer 
Tyrrliénienne : «ApiCTOTÉ^ïi; Se ô cpiXodoço; 'A/xioiv tivz; ['Ttcoeî... 
tëT^E'jtwvtx: slQsïv sî; tÔv tottov tî); O"!/.'?;; o: •axIz'.zx'. Aa- 

Dans son bel ouvrage sur Virgile et les oritjines d'(>stie, p. 201, 
.1. Carc.opino, citant ce texte à son tour, après avoir dit qu'il re- 
produit la leçon de tous les manuscrits de Denys, fait justement 
remarquer, quïl ne comporte que deux interprétations: «Ou bien 
l'on donne à rô-o; le sens de contrée, et par Aartviov, c'est le 
Latium qu'il faut entendre, mais alors il convient de corriger Aa- 
Tiv'.ov en Aarivr.. Ou bien plutôt l'on prend to-o; dans l'accep- 
tion restreinte d'une localité précise: mais alors comme ou ne Don- 
nait aucune ville de ce nom en Italie sur la mer Tyrrhéuieune, 
il faut corriger, comme l'a fait l'éditeur Kiessling, Arriviov en 
Aaouîvtov ». 

.le crois aussi qu'il faut plutôt prendre t6— o; dans l'acception 
d'une localité précise, mais j'hésiterais à changer Aa-tv.ov en Az- 
'ji'.-i'.'yi, avec Kiessling: je le cliangerais plutôt en ''Avti&v. En 
d'autres termes, la localité visée par ce texte est pour moi la vieille 
ville latine d'Antium, située sur la mer Tyrrliénienne. 

Paléographiquement, on a pu, si je ne me trompe, pa.sser aussi 
facilement de "Avtiov que de, Aa&'jiviov à Aariviov, surtout dans 
l'écriture capitale (ANTION): et géograpliiqueraeiit. Antium me 



116 EI.Pfc.NOU A anthmV 

scnibli' n'-])oM(ln' .iiissi l)i(ii mu luoiii» (jik' L.iviniuni aux cxi^rcnfcs 

(lu texte. 

M:iis il va, à mm sens, uik^ nii'illciirc raison de pivIVTi;!' Au- 
tium. C'est qu'Homère nie semble s'être fait, bien avant Aristote, 
réolio (le la même tradition, et avoir visé le site. d'Antium, dans 
le r(''cit de raventiirc d'F.I])énor. 

Celle-ci est racont(ie dans l'Odyssi-e, aux chants X, 552-560 ; 
XI, 51-78; et XII, 1-15. Rappelons-la brièvement: «Il y avait, 
dit le iioèto, un tout jeune lioinmc qui n"ét;iit p;ts très brave k 
la j;ii('ire, ni d'esprit liicu (■quilibré. Sur le toit de Cireè. où il 
('■tait venu ciierclii r le trais, il s'était couehé, ai)j)es;uiti )iar le vin. 
Et il dormait à l'écart de ses compagnons, lorsque, réveillé en 
sursaut par le brouhalia du départ, il se leva soudainement, et 
oMbli:iMt i|iril devait revenir en .ai'rière (z'!/Oiiov) pour descendre par 
le grand escalier, il alla du côté opposé, en face ly.y.-:yM~iy.:.{j), 
et tomba du toit. Il se rompit le cou et son âme descendit chez 
lladès ». 

Des enfers, Elpéiior renionte vers la lumière iorscprUlysse vient 
à l'entrée, et après lui avoir rac<intè sa fin ni.ilbeurense, il le sup- 
plie de veiller, lors(iu'il sera retourné à l'ile d'Eaea. chez Circé, h 
brûler son corps, et ii lui élever au bord de la mer un tumulus 
(cYi'j.y.), « monument, dit-il. d'un malheureux, qui piquera la cu- 
riosité des hommes il venir ». 

Ulysse revenu chez Circé fait ce qui lui a été demandé. On 
l)riile le cor|)s au bord de la mer, à l'extrémité de la lanç/ue de 
terre (jiii s'tirarice dans lis flots (6f)' «xpoTaTr, Tz^ôz/' y.'A.Tr,) ; on 
élève \\n nTt'j.y et on place dessus une sfèle et une rame. 

\'oil;'i l'épisode d'Elpéilor. 

Les philologues les moins portés aux interprétations géographi- 
(jues du texte homérique reconnaissent que le poète a une pensée 
de derrière la tête. Ils soupçonnent, dans son insistance ;V préciser 



ELPÉNOR À ANTIUM? 117 

le lieu et les circonstances de la séi)ulture, une intention qui est 
à dégager. 

Cette intention, il ne semble pas malaisé de la découvrir quand 
on prend garde au dessein qu'ont manifestement poursuivi d'au- 
tres poètes eu racontant des aventm-es semblables. L'un de ceux-ci 
est l'auteur de l'Enéide. Son intention est claire quand il invente 
les aventures de Misène et de Palinure, et l'apparition de Thybris 
à Enée '. Il connaît sur la côte italienne deux caps, l'un appelé 
Palinure, l'autre Misène : près de l'emboueliure du Tibre un vieux 
temple a existé, centre d'une fédération religieuse. Il veut expli- 
quer les noms des caps, et l'origine du sanctuaire. Il invente les 
épisodes de Palinure et de Misène et l'apparition du vieux Dieu 
local, à Enée, à qui il annonce la future construction d'un temple en 
cet endroit ". On est donc fondé à croire qu'usant d'un même pro- 
cédé le poète Odysséen a voulu expliquer l'origine du nom de 
quelque promontoire peut-être surmonté d'un tertre tunuilaire avec 
stèle, ou lui-même en forme de tumulus. 

Dans l'Iliade, comme dans l'Enéide, il est question, en divers 
endroits, de tel ou tel (7"Ôu.« ou ;j.v?;y,a consacré à un personnage 
plus ou moins célèbre (de Sarpédon, en Lycie, IL. XVI, 45.5 sq.; 
de Miryna. en Troade, 77., II, 813, 814). Achille, après la mort 
de Patrocle, demande qu'on lui élève un haut tumulus au bord de 
rUellespont, {II., 23, 248), et qu'après sa mort à lui on en élève 
un autre plus grand à côté de celui de Patrocle. Et aujourd'hui 
encore, dans la plaine de Troie, auprès du cap Sigée, ou montre 
deux tumulus situés à côté l'un de l'autre, et présentant la dif- 
férence de proportions qu"indi(|ue le poète. Il les avait donc en 

' V. .En., V, 835; VI, 327 sq.; VIII. fô. 

' Au lieu de exit., dans le vers: « Hic milii magna domus celsi caput 
urbibus exit », je propose extet, qui vaut mieux pour le sens et liont la con- 
fusion avec exit était très facile dans l'écriture capitale. EXTET ressemble 
à EXIT dont on fit exit pour le vers. En sens contraire, L. Havet et Car- 
copino, op. cit., p. 55.3, n. 5. 



118 EI-PfeNOU À antil'mV 

vue (vniimc des ri;;ilitr-s existantes, lorsqu'il iinai^iiuiit les reconi- 

iiKUiil.'itiims (rAcliillc. 

Il est donc à sui)])oser, que romme raiitirui- d»- THnéide, et ce- 
lui (le l'Iliade, quel qu'il soit, le poète Odysséen a visé quelqut? 
ré.-ilité fréographiqup, et comme il place chez Circé et aux environs 
l'aventure d'Elpénor, il est vraisemblalile que ri/.:oTXTr, T/.-rr , 
dont il parle, doit être cherchée dans les environs de Monte Circeo 
où la tradition j)lace le séjour de la magicienne. 

Avons-nous le moyen d'appuyer cette hypothèse ? La question 
relevant de la géographie, c'est à la géographie d'aliord qu'il con- 
vient de donner la parole. 

Un document du plus haut intérêt est le périple de la Médi- 
terranée attribué à Seylax de Carianda. Il a été retouché, croit-on 
au IV" s. avant notre ère. Mais les renseignements qu'il renferme 
sont dignes de foi et remontent souvent, comme ceux des péri- 
l)les, à \ine haute anti(iiiité. Si nous ouvrons ce périple, et que 
nous y suivions la description des côtes de la Méditerranée dans la 
région qui nous occupe, nous lisons ceci . . . 

<;< T). Tyrrhéniens. A partir d'Antihes est la nation des Tyrrhé 
niens jusqu'à la ville de lîonie. 

li. 7. Les iles de Corse et de Sardaigne... 

8. Les Latins. A la Tyrrhéuie confine le pays des Latins, jus- 
qu'à Circei. Le monument d'Elpénor ito I''.a-/;vo;o; ii.'ir.ij.y.) t'ait 
]>artie du ))ays latin. La navigation le long des côtes latines est 
d'un jour et d'une nuit. 

9. Les Volsqnes . . . 

10. Les Campaniens. .\ux Volsques confinent les Campaniens. 
Les villes grecques en Campanie sont : Cumes, Naples. La naviga- 
tion le long de l;i Camji.inie est d'un jour ». 

On remarquera la brièveté de ces indications, et que si elles 
nous renseignent sur la durée des circumnavigations, elles ne nous 



ELPEKOR A AXTIUM .-' lll» 

font pas connaitre la distance d'une ville à Tautre sur la cote, ou 
même d'un point à un autre, en dehors des terminus. On ne nous 
dit rien, par exemple, de la distance de Ciimes à Naples, ni de 
celle du tumulus d'Elpénor à la Tyrrhénie ou au Circeo. Un poète 
qui utiliserait de tels documents serait exposé à altérer les rap- 
ports de distance. 

Le renseignement important, ici. c'est l'existence sur la cote 
du Latium, entre Circei et Rome, d'un tumulus d'Elpénor, et cela 
à une époque très ancienne, car vraisemblablement ce o.v^y.z est anté- 
rieur à rOdyssée, comme les tumulus qui portent les noms d'Achille 
et de Patrocle le sont à l'Iliade, comme les caps Palinure et Mi- 
sène le sont à l'Enéide. 

Peut-on eu déterminer l'emplacement d'une façon un peu pré- 
cise? Je le crois. Le fait que, le poète place l'aventure d'Elpénor 
chez Circé invite, nou* l'avons dit, à chercher son tumulus de ce 
Coté, mais d'a|)rès le péri|ile, il ne faut pas le chercher à Circei 
même. Si en effet il avait voulu le mettre là, le géographe aurait 
parlé autrement. Car quand il écrit que le pays des Latins s'étend 
jusqu'à Circei, c'est jusqu'à Circei exclusivement, tout comme plus 
haut quand il dit que la Tyrrhénie s'étend jusqu'à la ville de 
Rome, il met Rome hors de la Tyrrhénie. Donc pour lui le avry.z 
fait partie du pays latiu; il le dit expressément, mais pas Circei. 
Ils ne sont donc pas à la même place. Il faut donc le chercher au 
pays latin, et, d'après le poème, sur une langue de terre qui s'a- 
vance dans la mer. 

Or, entre Circei et les Bouches du Tibre, il n'y a guère que 
deux promontoires de ce genre : la pointe d'Astura et celle d'An- 
tium. La première ne semble pas avoir présenté d'intérêt pour la 
géographie ancienne. Du moins Strabon, entre Rome et Circei, ne 
mentionne cju'Antium. C'est donc plutôt, semble-t-il, au promontoire 
où s'éleva le très ancien établissement latin de ce nom, qu'il faut 
rattacher le 'J.^ir.ij.x d'Elpénor. 



120 ELPÉNOR À ANTIIM? 

A cette suggestion de lu géographie l'ononuistiquc donne, je 
crois, une confirmation intéressante. 

Pour des Sémites (Carthaginois, IMiénicicns i)iirs ou plus uu 
moins hellénisés comme les Chalcidiens qui fondèrent Cumes au 
XI'' s. avant notre ère) ces expressions, deiant, en face, ont un sens 
particulier. \ e:in^e de leur manière de s'orienter, en se tnurnant 
non pas, comme nous, vers le nord, mais vers l'est, ce qui est </'•■ 
rant pour eux est au lerant, l'i l'orient. Il en est de même, na- 
turellement, de ce qui est vers la lumière, face h la lumière. Or 
cela se dit justement el-peneij-or. Elpénor est donc, pour des Sémi- 
tes, ou des Grecs connaissant une langue sémitique, le doublet sé- 
mantique, l'équivalent au point de vue du sens, à la fois du grec 
àvTiov, 3:vT!/.p'!i, et du latin Antium. 

Mais ici une objection est h écarter. Klpénor, à moins de raison 
contraire, doit être interprété d'après le grec. C'est vrai. Le mal- 
heur est que l'explication grecque de ce nom « l'homme de resjié- 
rance » va contre le récit de sa malheureuse aventure, et tout particu- 
lièrement contre l'épithète de malheureux. «''"/)g 6tJ'7vr,vo:, que lui 
donne le poète. Même en admettant une explication grecque du ntun 
d'Elpénor, il resterait que le poète a établi sa l)roderie poétique 
sur un [Aviiaa historique, situé sur la côte du Latium. 

Mais une interprétation sémitique e«t d'autant plus légitime, 
qu'outre qu'elle explique certains détails de l.-i mort accidentelle 
du personnage, le passage abonde en façons de jiarler <iMifi(rmes à 
celles des peuples sémitiques. Ainsi la plupart des commentateurs 
de l'Odyssée sont d'accord pour admettre que le nom de Cimmé- 
riens, dont il est question en cet endroit (11, 14, sq.) et que le poète 
fait vivre dans une nuit funèbre, se rattache au sémitique Ivimmer, 
lequel signifie obscurité, ténèbres. Il faut bien reconnaître aus*i 
qu'en parlant, à propos du pays de Circé (XII, 3, -1) de « la maison 
de l'aurore » le poète emploie une expression semblable à celle 
dont use l'auteur du livre de .)ob, lorsqu'il parle (XXXIII, 19-20) 



ELPÉNOR À ANTIUM ? 121 

de « la maison de la lumière, et de celle des ténèbres ». Enfin 
rauteur de l'Odyssée connaît la façon de s'orienter en se tournant 
vers Test, et cluv. lui aussi, ou Ta fait remarquer, « derrière » si- 
gnifie quelquefois « à Votiest >>, et <.< vers la lumière » « à l'est ». Ho- 
mère dit d'Ulj'sse, par exemple, que beaucoup d'iiomuies en ont 
entendu parler, soit de ceux qui habitent vers l'aurore et le soleil, 
soit de ceux qui haliitent derrière, vers le (^ôcpo; ténébreux ' (Od., 
XIII, 240-241). Donc, une interprétation sémitique du nom d"El- 
pénor semble indiquée en cet endroit, comme s'accordaut bien avec 
la façon de parler que le poète emprunte à des sources plus ou 
moins directement sémitiques. 

De plus, comme nous l'avons dit plus haut, eu admettant cette 
interprétation, on trouve an récit poétique, d'un naturel si parfait, 
un charme de plus, et on en comprend mieux le caractère. Par un 
périple ou autrement, le poète connaît, à quelque distance vers le 
nord de monte Cirreo, sur une langue de terre s'avauçant dans la 
mer, un [xvyjy.z d'Elpénor. Il sait de plus le rapport de sens qu'il 
y a entre 'ElTtTÎvwp et ivTÎov, àvri/.p'j ou /.ZTzvTcx-pû. Il établit 
sur ces données le jeu de sa fiction, et tonte sa broderie ])oétique. 
l'entre les diverses manières possibles de faire périr son héros, il 
choisit celle qui le désoriente, pour ainsi parler, et le fait tomber 
du toit de Circé, en allant non pas en arrière, vers l'ouest où était 
le grand escalier, comme dans les palais Mycéniens ou Achéeus, 
mais en face. y.aTavrix.o'j, et vers la lumière, à l'est, el-penej'-or. 
,\iusi le nom d'Elpénor explique certaines circonstances du récit 
Odysséen. 

Explique-t-il aussi, comme un original les mots qui le traduisent, 
les noms grec d'zvrtov, et latin d'Autium, cela est possible, et 
l'on a des cas analogues, mais nullement nécessaires à notre thèse. 

' Cité par Béraid, les Pliéiiieiens et l'Odyssée, II, p. 319. ,Ie suis d'au- 
tant plus heureux d'invoquer ici le savant ouvrage de M. V. Bérard que 
j'y ai pris la première idée de ce travail. 



122 KI.I'IONOK A ANTMM? 

Il >!' pimrraif tvf's Ijicii en l'flVt (lu'iiii ('■(.iMissoment ;rreo situé en 
face du Ktpy.aîov en ;iit pris le; nom d' Avtiov, comme la ville si- 
tuée en face de N-.-dzïa (Xice) sur la cote de Provence a pris le 
mm d'AvTÎTCoX'.; fAutibesj et est appelée quelquefoi8 ' Avtiov par 
des géographes fommc Srylax. Même sans cette équivalence éty- 
mologique, les arguments précédeminciit invoqués rendent vi-aisem- 
blablc la venue an ])ri>ini)ntnii(' d'Antium, d'Acliéeiis retour de 
Troie. 

Il faut ajouter que d'anciennes tradititms appuient cette vraiscni- 
Mancc. Sans jjarlcr dn témoignage d'Aristote, rappelé au début de 
ce travail, et qui pourrait viser aussi l>ien notre promontoire que 
n'importe quelle autre partie de la côte latine, même si l'on n'ad- 
met \nm que Azrtv'.ov vienne d''A/Ttov, il y en a une autre qui at- 
tribue la fondation d'Antiura à un fils (V Ulysse et de Cirre'\et 
une autre encore, à moins (|ue ce ne soit la même, rappelée h la 
fin de la T/ii'ogonie (1011), et d'après laquelle « nés d'Dlysse et de 
Circé, dans les retraites des îles sacrc'es (les caps sont .souvent ap- 
pelés îles par les poètes de ce temps) Lalinos, Telegonos, et Agrios 
régnèrent sur les illustres Tyrrliéniens ». 

Il est donc vraisemblable que ce n'est pas seulement le so\i- 
venir de IWiiollon du lielvédère et des Rostres trouvés à .\ntiuni, 
mais que c'est encore un des épisodes les plus célèbres de l'Odys- 
sée, qu'il faut rattacher au nom ou du moins au site de l'antique 
cité latine. 

L. Bavard. 

' Cfr. Dciiys. op. rtt., I. 72, 5. 



LETTRES 
ÉMANANT DE LA COUR PONTIFICALE 

À L'ÉPOQUE BU CONCLAVE DE VITERBE 

(1-270- 1272 : 



Le Manuscrit 505 (ancien 1>. 8. 9) de la Biblioteca Angelica, 
à Rome, est un recueil de formulaires du XIIP s., d'origines di- 
verses, suivi du dialogue De ira de Sénèque. La notice que lui a con- 
sacrée Narducci ' aurait grand besoin d'être complétée ; mais ce tra- 
vail dépasserait les limites de cet article '. Du feuillet 14 au feuillet 21 
s'étend une collection de 39 lettres de la deusième moitié du XlIP s., 
la plupart adressées à des Français. Ce n'est là qu'un mauvais brouil- 
lon, plein d'incorrections, où règne le plus grand désordre. Peut-être 
l'auteur avait-il l'intention d'en composer un ars dictaminls, comme 
il était de mode alors. De lui-même nous ne savons que fort peu 
de choses: on lit dans le n" 6 de la série, anonyme, qui sans doute 
devait servir d'introduction à l'ouvrage : « Ecce quasdam epistolarum 
fiirmulas, quas olim ad desideria plurimorum dictavi, collectas in 
uuum tibi transmitto ». Si. comme il est probable, ces mots s'ap- 
pliquent à l'auteur de la collection, les lettres ont été toutes 

' Catalogns codicum maïuiscriptuniiii ... in Bihliotheca AnyeUca. I, 
p. 223. 

- Le u" 4 de Narducci (« Epistolae aiuatoriae ») n'est autre que la 
Rota Veneris du célèbre et fécond dictator Boncompagno da Sigua. On 
a de ce petit formulaire à l'usage des amoureu.ic d'autres manuscrits. 
Cfr. C. Sutter, Ans Leben u. Sehriften des M. Boncomxmgno, p. 81, et 
Gaudenzi, dans BuU. Istit. storico iial.. .\1V, p. 88 ss. Des extraits ont 
.été publiés par Sutter, et par Monaci, Rendiconti Ace. dei Lincei, ser. W, 
vol. ô (1889), p. 68. 



124 LETTKK.S ÉMANANT DE LA COUR PONTIFICALE 

composées par lui : de plus il est certain ijuil trnait de près à la 
cour pontificale : y était-il nhbmiator, comme son contemporain Ri- 
chard de l'ofi ? ' Rien n'est moins invraisemblaltle : son recueil en 
ettet ne contient guère que des pièces écrites pour des personnages 
do la curie. 

Beaucoup d'entre elles sont dépourvues d'adresse sans qu'il soit 
possible de compléter cette lacune par les indications du texte; quel- 
ques-unes sont représentées seulement jiar de courts fragments: les 
unes et les autres ne sont plus que des dél)ris inutilisables. Le reste 
se date facilement des années 1270-1272: on trouvera ici, intégra-- 
lement ou en partie, celles qui ont paru mériter d'être connues. 

Jkax Pohchkr. 



(fol. 14). P. Uberti, notaire apostolique, avise les frères mi- 
neurs de Nîmes qu'une somme de 40 livres tournois leur a c'té 
attribuée sur la succession du cardinal Henri de' Bartholomeis, 
e'vêque d'Ostie (entre le 25 oct. 1271 et le 24 juill. 1272). 

Religiosis et vencrandis viris suis aniicis in Oliristo carissiniis 
guardiano et fratrilius Nemausensilius ordinis fratruni Minorum • 
P. Uberti, apostolice sedis notarius, salutem in eo qui est omnium 
vera sains. Sancte conversationis et vite studio, prout novimus, 



1 Les termes qu'emploie celui-ci dans l'introduction de son formulaire 
sont très-voisins de ceux qui viennent d'être cites: « quasdani litteras di- 
versaruni forniarura secundum Romane curie stilum ex niandato superioris 
et ingenii uiei parvitate confectas >. (H. Bresslau, Handb. d. Urkunden- 
lehre, II-, I, 266 n.). 

- Cfr. le Provinciale ordinis frutnim Minorum tetHStissiinuiit, XV, I, 
dans Sbaralea, Bidlariwn, V, 588. 



A l'époque du conclave de VITEKBB 125 

diligentor insistifis. et animarum prooiirande saluti sollicite desii- 
datis. Ilujusmodi siquitlem vestra sanctissitna mérita propensius at- 
teiidentes. mine cum facilitas se obtiilit sollicitam adhibinins operam 
et sollicitudinem operosam, ut vobis gravatis paupertatis oneribus 
super qua vester ordo saliibriter est fiindatus aliquid proveiiiret oon- 
solationis subsidiuiii, saltini sumptiiose vestre fabriee oportunum. Hinc 
est quod cum pie raemorie doniinus H[eiiricus] Ostiensis et Vêle 
trensis episcopus ' in egritiidine de qua obiit constitutus de bonis 
suis testamentum condiderit, ae venerabiles dominum S[imonem] ' 
tituli Sancte Cecilie presbjternm, dominum (([ttobonum] '' Sancti 
Adriani diaconum cardinales, necnon virura houorabilem magistrum 
P[etruni] de Montebruno ^ camerarium apostolice sedis et nos ipsos 
cum i]isius testament! executores constituens nonnulla bona ad se 
expectantia per nianus illorum et nostras in usus pios indistincte 
reliquerit erogiuida, nos ad premissa vestra mérita pie mentis oculos 
cnnvertentes cum executoribus ipsis procuravimus qnod de hnjusmodi 
lionis indistincte relictis vobis .xl. lil)re turrouenses dari debeant in 
opus vestre fabriee integraliter comorande, predictam autem pecu- 
niam de manibus mercatorum Senensium qui in Montepessulano mo- 
rantes super hoc spéciales litteras recipinnt ab eorum sociis qui 
noscuiitiir in Roraana curia residere faciatis recipi, predicte fabriee 
usibus deputandam, ac supradicti episc.opi animam liabeatis in ve- 
stris orationibus commendatam, niissarum solleniis quot et qualiter 
vobis visum fnerit pro remissione peccatnrnm illius devotissirae ce- 



' Henri de" Bartliolomeis, le célèbre juriste, connu au Moyen Age 
sous le nom d'Hostiensis, nioi-t le 25 oet. 1271. C'est lui qui, malade, fut 
autorisé le 8 Juin 1270 à sortir du « palais découvert » de Viterbe oi'i se 
tenait le conclave. Les cardinaux .Simon et Ottoboni. dont il est question 
plus bas, l'avaient quitté pour la même raison deux jours auparavant. 
Cfr. G. Signorelli, Vitevho nelhi !<torin délia Chiem. p. 261. 

- Simon de Brion, le futur Martin IV. 

' Ottoboni Fiesclii, plus tard Adrien V. 

' Pierre de Montlniin devint archevêque cle Xarlionne le 24 juill.1272. 



\-2(< l.KITKKS KMA.NANT l)K LA COCK l'UNTlFlCALK 

leliratis mib illiua optentu fiducie, qiiotl si possibilitas atllierit (sii) 
Iiujusmodi elotriDsine do nostris vol de bonis aliis allquid adici no- 
stra diligeiitia i)nifurabit. 

II. 

(fol. 14''). Lettre d' encuurayement à V Eglise de Paris ((in de 
Tannée 1271 '). 

Sorit's iiinlestiarum que comiiiiiiii iiiatri Parisiensi ecclesie infc- 
nintiir vestras milii suniiii.itini tacta jifr littoras nt per discretum 
viiMiin iii.i;;istriiiii [ R. | vcsti'iiiii miiifcium scriatim (^xposita sic au- 
dientis lurbavit audituni, quod et ad occureiidum illis in ipso eoriini 
iiiitio P(i amplius audientis ;ininiuni exritavit, quo majore inculeau- 
doi'iini siiiiiliuiii iirotciidit iiidiciu, iiimm potins détériora verisinii- 
liter comniinatur. Licet auteni status curie adhibendis eirca talia 
remediis propter defectnni capitis luicusque prorsus ineptus et sol- 
licite inst.uitie memorati niayistri et devotorum ipsi ecclesie votis 
abstiterit, ut uec collegii revereudoriini p.itrum dominonim cardina- 
liuiu littcrc iilitincri potucrint wc ali.i sii>sidia que negocii exigebat 
qualitas procurari, qui,\ tanien virtus Altissimi doninm David sua 
pietate respiciens in ea ccirnu .salutis erexit, in universali ecclesia 
prr ipsiiis miserioordiani dosidpr.ito quaniqiiam ]iost diutine vaca- 
tionis incomoda creato ])astore, spes non indigne succrescit (|Hod 
post ipsins pastoris ad partes istas adventum, quem audivistis, nt 
credo, jipud .Vrcdii clertiimis sut- t< inpore constitutura *, in hiis et aliis 
relevatinuis débite proniptitudn non deerit. sed autore Domino adc- 
runt .-inxilia ijnitectionis .•iceonindi' in tempère nportnu" .. . F,t c(in- 



' .^ur b'S (léuiêlés oiitrc l'évéïiiie de Paris rt l'adiiiinistralion loyab', 
Cfr. Jordan, lier/. Clément IV, n'» 835, 18(î2. l!tl-2. 1913: (Juiiand. «f/;. 
Grég. X, n"« 528, 987, 101«, 106H, 1076, etc. 

' Grégoire X. élu le l""' sejjt. 1271 alors ciu'il était en Terre Sainte, 
n'arriva en Italie qu'en janvier 1272. 



À LÉPtXJUE DU CONCLAVE DE VITERBE 127 

sidérantes qiieso, si placet, quod si veuerauda l'arisiensis ' ecclesia, 
quain Virgo virgiimm. que in ea sui noininis vineulo insiguita sibi 
spéciale tripudiiim sue laudis elegit, personaruni insignium et fa- 
cultatum liabuudautia iusignivit, primis succumbat iusultibus, facile 
minores ecclesie inremediabiliter sequentibus opprimentur. vobis et 
aliis providere in soliditate vestre constantie studeatis... 



III. 



(fol. 15''j. Michel de Toulouse^, vice-cltancelier de V Eglise Ro- 
maine, exprime au roi de France Phili^jpe III ses condoléances 
pour la mort de Saint Louis et lui recommande les inte'réts de 
la Chrétienté') entre le 9 mars et le 21 août 1271'. 

Streuuissimi.p prinoipi domino Pii[ilippuJ Dei gratia victorioso et 
illustri régi Fraucorum . . etc. louge vite spaciura, prosperitatis ple- 
nitudinem et honoris aucmentum. Ab eo tempore quo discretionis 
annos attigi et cepi quanturalibet de rébus ingruentibus ae de con- 
ditionibus domoruin illustrium nieditari, occurrit mee considerationis 
obtutibus regalis aula Fraucie, preiens ' edibus seculariura princi- 
pum, sublimis fama, potentia et virtute, in quibns bec aula pre- 
fulgida et a largitore bonorum omnium benedicta non solum habuit 
oonsistentie coutiuuitate preconium, set divina sibi assistente cle- 
mentia suscepit usque in fines orbis terre predicabile increnientum, 



' JIs. Ve)>erandi pr. 

- Le nom de l'expéditenr de la lettre a disparu de l'adresse, mais 
comme il se dit originaire des terres d'Alfonse de Poitiers, il est fort 
probable que c'est Michel de Toulouse. Il est souvent question de lui 
dans la correspondance d'Alfonse de Poitiers, auprès duquel il semble 
avoir été persona yrata (Molinier, Corr. atJmitiistr. d'A. de P., n°s 1381i 
1.S82, 1618. 2043). Le comte de Toulouse, encore vivant à l'époque de la 
lettre, est mort à Savone le 21 aoiit 1271. 

' Ms. : precniitis. 



128 I.KTTKKS ÉMANANT l»K I,A (;i)ru l'ONTlKICALK 

jinmt cvidriitia fiicti decl:init, ox eo qiiod reges illiii» incliti non 
solum a mari iisiiiic ad mare suos geiierosos propagaverunt ' pal- 
mites, sed (-tiam ultra ceperunt ■ victoriosis aiispiciis ramos exteii- 
<lere ac barltaras sibi subicere nationes. Processit ergo iiimiriim de 
considcratione liiijusmodi quod me predicte aille clarissime piiro 
corde, siiiccn» aiiimo rt lidc imn lii-ta iiidissoliiliilitcr me devdvi, 
ut ex tune l'ecolende memorie domino L| iidovicoj régi Francoriim 
piissimo patri vcstro suiscjne germanis natisque snblimibtis, preser- 
tiiii riim dr terra inagnilii'i |)riiici]iis dnmiiii A[lf(insi| Pictavensis 
et Tiniltisf cDiiiitis vestri patrui virtimsi urrigincm traxerim, .sic 
dcviitiiiii et olisequiosuni me reddenni. (|niid si ci vel nomeu suiim 
invocaiitibus placere possem aliquando me inter feliees felicissimuni 
rcputarem. Quare de ipsius genitoris vestri precelsi obitu dolore 
inexplicaliili didui ', et lacrimas cupiosas ett'udi, (piod vobis latins 
aperuissem jiresentibus \ nisi pepercisseni occnpationibus vestris 
onini cumpassione dignissimis vel timuissem sopiti materiani siisci- 
tare doloris; ])re8ertim cum Imnerosa vestrarum sollicitndinum mul- 
titude nnnc ad alia n<iii debeat pertralii, nisi ad illa que lionorem 
Dei concineiit et salutem cummissi vobis exercitus eliristiaiii. Agite 
igitur ooustanter, magnifiée princeps, lesn Cbristi ncgocium quod 
idem pater veater assumpsit salnbriter proscquendum, ut sicut ipse 
in regno sulis rcliquit lieredcni iuclitum. sic in virtntum exereitio 
successorem liabeat geuerosum. V'erum cum ego illam circa perso- 
nam vestram clarissimam l'egali preminentia decoratam devotionis 
gerara et fidei plcuitndiuem que adjectionem non recipiat, sed pla- 
cide promptitudincm cxeciitionis admictat, vestrc celsitudini perso- 
nam et bona totalitcr ott'erens et ex])onens intègre vestris et ve- 
stroriirn obsfi[uiis ac régie jussioni jirecise siibmittens. queso snji- 

' Ms. : propagant. 

' Ms. : cepit. 

' Ms. : dohri. 

* Philippe m ('tait a: rivé à Vitcibe le ',» mars 1271. 



À i.'ki'oqub du conclave de viterbe 129 

pliciter et siippliro reverenter ' qiiatenus me vestrorum aimiuiif- 
rautes devotoruin et tidelium numéro (lij;iiemini ad statum amumie- 
rationis jiuiicimn milii qiiandoque precipere, ut experiatur serenitas 
regia quod ei eupio magis obsequia opère quam serraone. 

IV. 

ffol. 11). MklieJ de Toulouse déplore la maladie d'Alfonse de 
Poitiers et donne des iionrelles du conclave {sifAut le 21 août 1271). 

Nobili et egregio viro domino . . spécial! amico M. de . . sa- 
lutis plenitudiiiem et paratam etc. Quedam vestre littere tristitiam 
coutiueiites mihi nuper fueruiit per qiiemdam ipsarum Iiajulum pre- 
sentate. Tristitiam siquidcm super eo quod principem illum raagui- 
ficum dumiiiuin.. comitera pati deiiiital)ant in tibia. Liravi uiclii' 
lominus debilitate corporis exinde subsecuta '. Super quo amaris- 
simam puuoturara in corde sentio, patienti plene compatior et cum 
languente langueo. et ita patior cum intirmo, quod carnis et san- 
guinis libentis'îime vellera Jacturam reraediabilem perpeti, cum tali 
pacto quod idem meus dominus deberet cito restitui pristine sani- 
tati. Undf jjrecor ex corde divine pietatis cleraentiam quod ei 
salutem conférât integram et festinam ... De creatioue vero Ro- 
mani pontificis et c-ousolatione vidue nostre raatris, secundum ea 
que hiis diebiis accitata suut et cotidie aceitantur non minima spes 
promittitur quod hiis finis in proximo apponetur. Set non audeo 
scribere superassertive amicis et dominis. cum non sit determinata 
Veritas de futnris . . . 



1 Ms.: re. 

- Il s'agit éviilenmieut ici d'Alfonse de Poitiers, malade depuis son 
l't'toui' (le Tanis. et qui devait mourir à Savone le 21 aoi"it 1271. 

HMunge» ilArcli. tt tilihl. lifiS. 9 



VM LE'rrRKS émanant de I.A CoIR I'OXTIFIUAI.E 

V. 

(fol. 17). Mic/ie] (Je Toulouse rcprorhr ok ilitnirelier de C/Kirlrs 
d'Anjou Geojfroi de Beaumont, enrichi en Afrique, d'aroir écrit 
des plaisanteries désobligeantes à son égard, se plaint de son ava- 
rice, et lui conseille, dans son intérêt, de se montrer géuéren.r 
envers lui (entre h' T"' nov. 1270 et le l"' sept. 1271)'. 

Deaiirato diuliim nmic, utiuam sine prejudicio amicoriim, tota- 
liter aui-eo domino G. de Bellomonte caneellario regio veneraiidn. 
811US M. de Tliolosa sanete Romaue ecclesie vieeeanoellarius. olini 
argenteus, nunc nec etiam argrentatris. salutein et sie prndeiiter inil- 
larinos congregare ac aureos, ut nhlivionj niiiiic non conimittat aniicus. 
Non est novum neque insolitum, immo comnne fere jani nnniilius, 
qnod de jejuniis libenter disputât venter plenus. Unde si l'oituna. 
(lue eeca non indigne deseriliitur. vos iiltr:i s])em et meritiun mm 
gustalibus fulvidis et granis aureis ae tarenis replevit. in tantum, 
ut, indueta exinde quadam nausea juxta morem pregnaiitium que 
triticenm panem et odorif'erum viuum fastidiiint appetentes interdnni 
lateres et aeetum, pallor argenteus quem diseolor prndueebat AtlVioa 
vobis fieret optativns, ])rofe<'tn sine adinirationis inonrsu non -ohini 
exenipla yronica set ridieulosa ])roverbia erant audaeter adversus 
vestros aniieos et dominos. quiVius eadem fortuna tergum porrigit, 
indueenda. sicut in (niibusdaiu vestris littcris nujier ex en i-ontr.-i 
me insultare eurastis, qnod, velnt niediei dolentes pro.^perit.itcni 
aeris pre dolore lucri mm babiti eirca dilectorura memoriani \i- 

' Cette curieuse lottri'. d'un style très coniiiliciué et souvent ol)scui-, 
fait allusion aux richesses accumulées par le ministre du roi de Sicile 
à la suite du traité de Tunis (ju'il avait hii-niême négocie (l""' nov. 1270). 
jMichcl de Toulouse ne partage pas sur les opérations financières df 
Charles d'Anjou la vertueuse indignation de certains de ses contemporains 
(cfr. Guill. de Xangis. Oexta Phil. III. dans ///«/. dr Fr.. XX, 47(î K): 
mais sa lettre la justifie. 



À l'époque du conclave de VITERBE 131 

dentur raorbum inourrisse, ego attenuatis divitiis et earens cum 
receptionibus numorum ' assuetis vos agentes in barbaricis partibus 
non visitavei'ani nuncio sive scriptis. Sane hujusmodi visitationis 
omissio ex dolore tali non accidit, sed es illa sola causa processit, 
quod dedignor intra illorura esse eollegiiim de quibiis vos estis et 
vestri similes qui verbalibus cedulis arairoruni memoriam comen- 
datis, quam ego seraper liabeo in meute firinissiniam, non verborum 
volantium, sed liberalis efficatie productivam. 

Verum diffiteri nolo, quia forte fonseientia salva non posseni, 
quod olim Iialiito pâtre ae domino generoso •, sub cujus telioi do- 
minio ab iuferioribus venerabar, visitabar a sociis, et a superioribus 
amplexabar, cujusque secundis temporibus carebat loeulus ^ ruga 
meus, copliiui pecunias vomebant et esquisita joealia, caméra qiioque 
spleudebat soericis (sic) rubrieata, eram longe jocundior, ut * qui 
sim nunc earens tanti patris solatio, dura vix a paucis verbali sa- 
lutatioue solliciter, dum etiam crumena prolixo vacat otio si in eo 
fundo jam, proh dolor!, immédiate perspecto. Set si, ut scripsistis 
et credo, farciti de olim cesareo et nunc regali numismate ac ma- 
rabottinis dupplicibus et albis Affrice millarinis sic extollimini, quod 
vestris amicis, ne dixerim domiuis, non nisi de jocoso dictamine 
serviatis, affirmantes expresse supervaeuam vestrarum opuni liabun- 
dantiam non esse vacuitatum loculorum et scrineorum sitientium 
supplecturara, vosque per cousequens de jactantia in.solita et par 
citate non cognita déférentes, quis vestri tiuibriani vestimenti tan- 
gere poterit cum taudem Grecorum yperpera triumplialiter lian 
rietis ', picturata tolletis tapetia, et paunos sericos co]ise(|uemini 

' Ms. : luimenim. 

- Le pape. 

' Ms. : foruhj. 

* Ms.: .'. 

^ Le bruit courait que Charles d'Anjou allait taire une expédition 
contre Michel Paléologue. Cfr. la lettre de P. de t^ondé citée par Ch.-V. 
Langlois, Règne de Phil. III, p. .50. 



132 LETTRES ÉMANANT l>E LA «OrK PONTIFICALE 

îuiro tectos ? Certe, iii»i deiciatur' ab aliqiiibuR (juod pro «e loqiiitiir 
(Ti-atianiis, consiiUfi |tis vobis fnret et longe iitiliiis, qiiod, juxta pro- 
VRrl)iiiiii ili' i|iiii ciiiisiliuin suinitur satis saniim. iit advoeatus seii 
inedieus iiiterdum sit ])ro fiitiiro tempore salutandu», ex nuiie me 
respieeretis '" realiter, de supeiHiia saltem de qua vos jaetastis di- 
vitiariiiu afflucntia, que distribiite eoiiereseuiit, eonservate putrescunt, 
seminate terminant, retente diffamant, quam si exjjeetaretis erea- 
tionem dante Domino proximam Romani pontiKcis, quaiido tliesanros 
volentimn et nolentium nostre vaeiialiit exeellentia majestatis. Cete 
rnm de intimata sainte eatholieorum prineipiim vestra qiioqne ae do- 
mini l'I rtrij ^eniiani vestri frloriosi eamerarii eoniitis nostri domini 
specialis, qiiem affeetnose saliitari deposeo, ac de insinnatis nimoril)iis 
et processu exereitns cliristiaiii sinceritati vestre referens ;,'ratiarnm 
multipliées aetiones. volo seire ae tenere vos tirniiter quod me sic ple- 
iiarie possidetis eorde et animo nt deineeps adjeotionom nnllani reei- 
piat liujusmodi plenitud<i. 

VI. 

rfol. 18''i. ConsfiH tnt.r rnrdinnv.r rr'miis en conclave de hâter 
l'élection dit pape. Xotirelles fin dur de Bourgogne et de son fils 
Robert (début di- l'année 1271?). 

Qnia Roni.ine matiis ecelesie aiino fere revoliito seonudo sponsi 
solatio destitute ueuoi-ium videtnr ad preseiis an desidie forpore 

' Ms. : deiceiiir. 

- Ms. : respiictis. La correction respiceiTlis (resptc'etis) s'appuie sur un 
exeni])le de Ducanji^e, t. V. p. 729, col. .S: respirere aliquem mxinere. Le 
sens général de la phrase est clair: faisant allusion à la plaisanterie 
de Ci. de Beauraont qui l'avait comparé à un médecin rendu malade par 
la santé de son client, M. de Toulouse lui conseille d'ajcir envers lui 
coninie envers un médecin (ou un avocat), dont il est a\ antai^eux de se 
ménager pour plus tard les bonnes grâces: de lui témoigner son respect 
par quelque générosité, sans attendre la création du pape, (pii ne se gê- 
nera pas pour vider sa bourse, avec ou sans son autorisation. — Je ne 
sais :'i ((uel passage de (iratien l'auteur fait allusion. 



À l'époque du conclave de VITBRBE 133 

neglectum seu tedio lassitatis l^sic) sopituni aut errore ignorantie post 
terga projeetum sive labore invidie vel raiioore alterius cujuscumque 
malitie destitiitum veluti desperatum, dignum duxi hoc derelictum 
negocium ia mente vestra facere redivivum, si forte cogitatus iii- 
cidat vestre cure de ipsius relevatioue fortune, ad quod me humaui- 
tatis affectio débita movit, caritatis vestre ratio impulit, et reipu- 
hlice amor aecendit. Humanitatis enim cultum quem debeo vobis 
impendo cum in adversis spiritum comijassionis exliibeo. Scio quippe 
quod sunt nonnuUa quibus vexamini gravia et periculosa iucomoda 
sicut quod in operibus ejus ad quod estis specialiter deputati non 
prosperamiui, set casus vos excipiunt luctuosi tanto per discordiara 
nocui quanto essent per concordiam profuturi . . . Egre quidem nun- 
ctio luctuosisque suspiriis refero quod vestrum coUegium eo de- 
solationi est proximum, quo in se ipso divisum, ejusque populus per- 
cusso pastore dispersus est lupis crassantibus dissipatus. Vos enim 
dilferendo iiegoeium quod vestris solis incumbit eervicibus promoven- 
dnm deflueudo deticitis, alios vero super quos etiam geniens contristor 
et dolens compatior expectaudo aftiigitis, titubantes sternitis, vulne- 
ratos etiam jugulatis, et quamvis ex predictis malis sitis interius 
angustiati et exterius angustati, exteriora tamen vestra non multum 
deploro ineomoda, quia facile reparabilia sunt temporalia detri- 
menta, et plerumque correptionis sunt causa, intima vero mala quibus 
animi vestri langueut et coiiscientie sordent, que verè vestrum col- 
legium constituant miserum, meum reddunt spiritum geniebundum. 
Errorem igitur istum dum sic est recens corrigite, antequam pre- 
valeat scisma extinguite, ne si mora convaleat non prius vos de- 
serat (|uam extinguat... Presens Robertus domini ducis Burgundie 
vestri et ecclesie Romane devoti residuorum liberorum primogenitus ' 
reverentie vestre conjunctum et divisum offert illud posse modi- 



' Les autres fils du duc Hugues IV «'■taient morts, Eudes en 1266, 
Jean en 1267. 



134 LETTRES ÉMANANT l)B LA COL'U l'ONTITICALE 

ciiiii i|iio(] lialict exteriuM et ImiiaD) vr)liiiitatcin que latet interiiis, 
<l(ia iii liac vila nicliil discretiiis vel majiis, siip]»licans obnixius lit 
ipsuni vcstra lai-itas statuât inter illos quos aniat. Preterea du- 
minus., diix lîiirj;iiiidic jiatcr eju8 a Neapuli ' U!*que Aretiuin, 
ubi nie iiivtiiit casiialiti^r, iiimtius, sfrii)sit mandatiim ", ut eiini in 
vestro auditorio dili^ontci- et solicm])iiitei' reddcreni exeu.satuni super 
eo quod vobis non scripserat transieus per Cornetum, et licet pr<> 
vero asserat se tune ydoneum non babuisse seriptorcni, nicliilominns 
tanien nniltuni se reddit culpaliibnn. l'nde si placet eulpe cognitio 
et exce])tionis ratio re(bbuit ipsnm le^ittime jienes vestram béni- 
volentiam excusatum. 



' De nov. 1270 à février 1271, le duc de Hourgof^iie avait exercé 
les fonctions de vicaire général du roi de Sicile (Durrieu, Reg. Aiig., 1, 139) 

- Ms. : mandumus. Le mot nnniius, de lecture certaine, est peut-être 
une faute. 



ATTIDEIA 



I. 

Sur la date de riutroductiou officielle à Rome 
du culte d'Attis. 

Lorsqu'en 204 avaut uotre ère, les Romains ' se décidèrent à 
introduire dans la ville le culte de Cybèle, ils eurent soin d'en 
éliminer les éléments orgiastiques trop manifestement contraires aux 
sereines tendances de leur religion traditionnelle. La Grande Mère 
des Dieux fut installée sur le Palatin, mais son trouble compagnon, 
le liei Attis mutilé dont les sectateurs orientaux imitaient les trans- 
ports et portaient la blessure, fut relégué à la porte du sanctuaire. 
Un prêtre et une prêtresse empruntés à la Phrygie se chargèrent 
d'accomplir dans l'ombre les rites où la dignité romaine ne se sou- 
ciait point de descendre ; et les seules fêtes reconnues par l'Etat et 
déploj'ées par ses soins se célébraient more romcDw et graeco ritu. 
sous la surveillance du Sénat et avec le concours de sodalités aris- 
tocratiques en dehors desquelles la foule impressionnable des petites 
gens était jalousement maintenue. De fait, ni les jeux en quoi elles 
consistaient, les Mefirilensia, qui duraient du 4 au 10 avril, et 
auxquels Térence a donné la plupart de ses comédies, ni les sa- 
crifices qui en ouvraient et fermaient le cycle solennel et où les 
officiants, la tête ceinte d'une couronne de laurier, offraient une 
génisse à la déesse, tandis qu'un édile curule venait déposer sur 

' Sur ce point, voir le livre très complet de Graillot, Le culte de Cy- 
bèle Mère des Dieux à Rome et dans l'Empire romain, Paris, 1912. La 
page <|ul suit résume les idées développées en ses deux premiers cha- 
pitres. 



l:i(i ATTIDKIA 

ses genoux les prémic's de l;i innisscrii pructiainc. ni mêiiic la ci'-- 
réinonie de la lamtio, qu'Ovide fixe au 4 avril, et au cour.» de la- 
(liiclle l'idole et son attirail étaient plongés dans VAlwo, à peu prés 
comme Héi-a Argienne était jnirifiéc dans la source Kanatlios et 
Maia dans l'eau de la mer à Ostie ', n'avaient de quoi effaronclier 
la piété romaine toujours en garde eontre les effusions qui peuvent 
troubler les âmes des liomraes ', ou même dérouter ses habitudes. 
Il semblait qu'en entrant dans le l'autiiéon de la Répulili(|Mi- 
ridéenne se fût transformée à stni exemple et qu'elle eût dépouillé 
les caractères essentiels de sa religion orientale. Mais ce n"était 
qu'une apparence, ou plutôt "-e ne fut ((u'une étape de sa carrière 
romaine. La suite compromettante' dont elle .avait été séparée par 
l.i iirudence des Pntres devait finir par la rejoindre. Sous rp.ni- 
pire. Atfi^ vint partager son a]iotliéose ollicicllc, et les mythes et 
les rites qui, en Asie Mineure, faisaient coitége ;\ leurs divinités as- 
sociées obtinrent droit de cité à leur tour et se déroulèrent pub!;- 
(luement dans la suite des fêtes du mois de Mars, à travers les 
lamentations du «jour du sang» et l'allégresse des H/lfiritt. C'tM 
ici, d'ailleurs, ([ue les historiens cessent de s'entendre: et la date 
qu'ils assignent à cette extension révolutionnaire du rnlte de la Mé;i- 
des Dieux varie, selon leurs ralculs. de la première moitié du I' 
siècle ap. .1. C. an dernier tiers du troisième. D'après M. Cuniont . 
suivi par M. Graillot ^ l'intronisation d'Attis dans le férial romain 
fut roMivre de Claude: d'après M. Wissowa, qui a connu ces eon- 



' Cfr. J. Caivopino, Virgile et les origines d'Ostie, Paris, lillit. p. 14") 
et I4G. 

' Paul, Sent., V, 21, 2: Qui novas sectas vel ratiotie incoyiiitas riti- 
(jioiies induciint, ex quibus atiimi hominum îiioveantur, honestiores deportan- 
tur, humiliores capite puniiintur. 

' Franz Cuiuont, Les religions orientales dans le l'aganisme romain -, 
Paris, 1909, p. 83. M. Hepding. Attis. Gieszen, 1903. i). 147. avait sou- 
tenu aussi cette opinion. 

■• Graillot, op. cit.. p. 115. 



ATTIDEIA 137 

olusions mais ne s'y est point rallié ', il est impossible qu'elle ait 
précédé le milieu du II' siècle; enfin, d'après M. von Domaszewski, 
elle serait bien plus tardive encore et ne remonterait pas plus haut 
que le principat de Claude II (268-270) ^ Je voudrais apporter 
à l'opinion de M. Cumont l'appui de documents qui, laissés jus- 
qu'ici en dehors de cette question chronologique, paraîtront peut- 
être de nature à la trancher définitivement. 



Un texte domine le débat : niallieureusement, il est de basse épo- 
que, et peu explicite: c'est le passage du De Mensibus du byzan- 
tin Johannès Laurentius Lydus, auquel les modernes, quelles que 
soient l'importance et l'iiiterprétation qu'ils lui donnent, doivent se 
référer d'abord : 

TY, —z'j t^z/.y.'J.'.y.- Kr.Aïvàôiv W-y'/ioi'i (Jîvdpov ttit'j; -7.;i tmv 
i^tvàsooôcwv èûîiîTO i-i Tw IIzaztko' t"/;v .le éostÀv IvÂaCà'.o; o 
lia^ùîù; x.5'.T£<;-/;'77.T0 (Lydus, Z)eJie«s(6MS, IV, 59, p. 113 WuensehJ. 

11 n'est pas douteux que I'joût/, visée dans ces lignes ne coïn- 
cide avec Varhor Intriit du calendrier de Philocalus ■*. Même date, 
le 11 des kalendes d'avril ou 22 mars, même procession du pin 
sacré, qu'escortent les dendrophores. Il n'est pas douteux, non plus, 
que, pour l'auteur, cette addition au calendrier religieux de la cité 
romaine n'ait exigé l'intervention du Prince, et que cette initia- 
tive ait, non seulement impliqué la reconnaissance par l'Etat du col- 
lège religieux des dendrophores, mais décidé de l'avènement dans 
les Fastes de la Ville de tout le cycle cnltiiel que la République 
avait ignoré et qui gravita désormais autour de la mort et de la 

' Wissowa, Religion ii. Kultus der Jiomer -. Jliinich, 1912, p. 321-322. 
' Von Domaszewski, Mnyita Mater in Roman inscriptions, dans le 
Journut of roman Studies, 1911. p. .06. 
' C. T. L.. P, p. 260. 



rùsurref.-tiou il'Attis. 11 n'en est (|iic plus intéressant <li- savoir à 
quel empereur — K7.z'j5'.o; o ISaTÙî'j; — nous devons le rapporter. 

Dans son article du Jounial of roman Sliidies. paru en ll'll, 
M. Von Domaszewski a soutenu (|u'il s'agissait de Claude II, et 
voici brièvement résumée sa spécieuse argumentation. 

Il est raconté dans VHisfoire Aiifiuste que la nouvelle de l'é- 
lévation de Claude II à l'Kmpire par les légions assemblées au 
siège de Milan fut annoncée à Rome, dans le sanctuaire palatin de 
la Magna Mater, le jour du .sang, le 24 mars: imiti rmii »ii)i- 
tiatuin esset VIII /.■al(eiirlas) a2)ri}is ijiso in sacrario Matris, san- 
ffuinis die. Chindiiim imperutorem fuclum . .. \ Or un papyrus de 
Strasbourg tixe au 28 août 268 le comuieneemeut du règne de 
Claude II '. Par conséquent, l'information de l' His/oirr Antiiiste qui 
l'avance au 24 mars de la même année est destituée de fondement. 
Le biographe qui savait que Claude II avait accrédité à Rome les 
fêtes d'Attis se serait amusé, si l'on en croit M. von Domaszewski, 
à associer le souvenir de sou avènement à celui de leur institution: 
et si, par ce détour, la véracité de ['Histoire Auguste est entamée 
une fois de plus, du moins cette fiction supplémentaire dont on 
charge la mémoire de ses auteurs luius pro<-ure-t-elle l'avantage 
d'éclaircir et corroborer l'assertion de Lydus. Ce n'est plus le té- 
moignage unique et tardif que son isolement autant que son éloi- 
gnemeut frappaient d'une légitime suspicion, et la personnalité de 
Claude II dont a parlé Lydus se trouve établie par la légende qui 
s'est greffée sur l'un de ses actes authentiques ". 

A cette ingénieu.se mais fragile construction, l'on pourrait com- 
mencer par opposer, soit les in.scriptions qui ont servi :'i M. Wissowa 
à reporter cent ans i)lus tôt l'introduction à Rome du culte d'.\ttis *, 

» nta Claiulii. 4, 2. 

2 Pap. Str., I, 32. 

^ Cfr. l'article précité de JI. vou Douiaszewski, p. .jti. 

* Wissowa, oj). cit.. p. 322. 



ATTIDEIA 139 

soit les textes littéraires qui attribuent aux fêtes d'Attis une ori- 
gine sensiblement plus haute, notamment celui de VHistoire An- 
ilHstf qui nous muntre Alexandre Sévère eonseutant à corser la fru- 
galité habituelle de ses menus à roccasiou des grandes réjouissan- 
ces de Tannée, comme le Jour des Hilarin ', soit celui de Tertul- 
lien qui raille rarcliigalle ruinai ii d'avoir versé sou sang pour le 
salut de Marc-Auréle, à la date rituelle du dix des kaleudes d'avril, 
exactement six jours après la mort de cet empereur, survenue le 
17 mars aux frontières, mais connue à Rome seulement après le 2i '. 

Mais point n'est besoin de sortir des textes visés par M. von Do- 
maszewski pour écarter les conclusions qu'il en a sollicitées : celui 
de l'Histoire Auguste ne recèle point la contradiction qu'il lui prête; 
([Uant à celui de Johannès Laurentius Lj'dus, il exclut formellement 
l'interprétation qu'il en donne. 

Assurément, le papyrus de Strasbourg auquel M. von Doniaszewski 
s'est référé compte la première année du i)rincipat de Claude, en 
268, non du dies satKjuinis, le 24 mars, mais du 22 août, cinq 
mois plus tard. Toutefois, il résulte d'une étude approfondie des jm- 
Pliri que la chronologie impériale était essentiellement variable en 
Egypte et qu'elle y donne lieu k des difficultés peu communes : tout 
récemment, M. Arthur Stein, dans V ArcJiiv fi'ir PapyrusforscJinnfi, 
y a dénombré plusieurs systèmes concurrents, celui d'Alexandrie, 
dont les monnaies nous fournissent les éléments, et ceux de la /(op^z, 
que les papijri permettent de reconstituer, et qui, en constant re- 
tai-d sur le précédent, ne s'accordent pas toujours entre eux. C'est 



' Vitu Severi Alexnndri, 37, H: Adliibebalur anser diehus festis J;alen- 
dis autein ianuariis et hilctriis... 

- Tertullien, Ajj., 25: Itaque maiestatis suae in Urbem conlaiae grande 
documentmn nostrae etiam aetati proposait, eum Marco Aurelio apud Sir- 
niium reipublicae exempta, die decimo sexto halendarum aprilium, archi- 
gallus ille sanctissivius die nono kalend. earuindem, quo saiiguinem . . . U- 
hahat, pro sainte imperaloris Marci iam intercepti, solita aeque imperia 
mandant. 



ainsi, par exemple, que nonilire de papipi placent Tavénenient de 
Claude II au cours de la seizième année du principal de Gallien, 
tandis que les monnaies alexandrines l'assignent à la quinzième, et 
qu'un papyrus de TeMynis, renchérissant encore sur les préten- 
dues précisions du papyrus de Strasbourg, prolonge le principat de 
Gallien jusqu'au 28 octobre 268 '. Qu'est ce à dire, sinon que le 
point de départ des années régnahs, loin d'être fixe en Egypte, s'y 
déplaçait suivant la i)lus ou moins grande rapidité avec laquelle la 
nouvelle des changements politiques survenus en cette période con- 
vulsive se propageait de Rome jusqu'aux extrêmes confins de la 
•/WG5! ? Les divergences qui sulisistent entre le comput alexandrin 
et celui de nos sources littéraires, puis entre le comput des papi/ri 
et le comput alexandrin, expriment tour à tour la durée qui s'écoula 
entre Tavénement théori(ine de Claude II à Home et s;i reconnais- 
sance ultérieure à Alexandrie, puis dans les divers nomes égyptiens. 
Ainsi l'anecdote de V Histoire Aur/uste, touchant les circonstances de 
la proclamation de Claude II à Itome. qui cadre, d'ailleurs, avec 
les indications d'Eusèbe ", se concilie parfaitement avec les données 
papyrologiques qu'on a tort de lui objecter. Les chronologies aux- 
quelles se réfèrent respectivement ces données et l'anecdote ne se 
déroulent point sur le même plan, et il n'y a rien à tirer d'une con- 
tradiction qui, au vrai, ne saurait exister entre elles '. Au surplus, 
il est impossible de fortifier par quelque raisonnement que ce soit 
une identification qui n'est point dans Lydus. Car le contexte de cet 
auteur, et c'est de quoi l'on ne s'est pas encore avisé, exclut for- 
mellement celle que M. von Domaszewski lui a prêtée. Le seul Claude 
qu'ait connu Lydus, le seul, en tout cas, dont il ait parlé dans le De 
Mensibus, c'est le troisième successeur d'Auguste, Ti. Claudius Nero. 

' Pap. Tebt., II, 581. Cfr. Arthur Stcin, Archii- fur Pttpyni/sforschumi, 
VII. 1923, p. 30 et suiv. 

^ Eusèbe, ap. Hieron., p. 182 Sch. 
' Stein, op. cit., loc. cit., p. 45. 



ATTIDKIA 141 

Eli (l(>li(irs (lu pass.i^ic qui nous arrête, L^vdus a, en effet, cité 
une antre fois Claude en des termes qui méritent de retenir notre 
attention. Lydus vient de nous entretenir des crises d'épilepsie dont 
Jules César avait souffert, et, avec une crédulité qui nous fait sou- 
rire, il s'enquiert des remèdes propres à ■i^uérir cette terrible ma- 
ladie. Il raconte: 

'AsETT^; os -(~yi i;y.r,vi,T(ôv 'A;â?(ov o'j).ai/o: lv7,«'j5io) Ky.lrsy.z'. 
Ypxçwv £7rt<7To).r,v -ept -%■, O'.' opvsojv Oîpot-îia; or.'riv, vi-ap Y'-'~'j; 
T'jv TÔ) y.(ij.'y.-7'. 0— Tov ij.z-y. ij.i\<-rj; f^w6|^.îvov é-i é^ooazoa; rpsT: 
5:~r A^vâTTîiv £T'."/.v;'i^iz;, oaoùo; oi v.y.i t/,v y.y.zh'.y.^ -vj Y'-'~''j;, otî 
^TioavO"/;, év 'jf)»—', d'.ooy.£v/iv tw "«o too— w in/'iv.v (Lydus, De 
Mensihus, IV. KU, p. l-t-S Wuenscli). 

Bien entendu, nous laissons ;'i Lydus l'étrange pharmacopée à 
base de foie de vautour rôti au miel et de cœur de vautour pul- 
vérisé dont il nous garantit Tefficace. Mais quand il se \ante de 
l'emprunter à une lettre adressée à KàzO'^io; Kaïczp par Arétas, 
phylarque des Arabes, nous sommes obligés de confesser la vraisem- 
blance et la sfireté de ses informations. Nous connaissons plusieurs 
« Caïds » arabes du nom d'Arétas: r'ApÉr-/; o rwv Api^cov Tjpy.wo; 
dont il est question au livre II des Maecabées et auprès duquel, 
en 169 av. .1. C, le grand prêtre de .lérusalem, .Fason, avait espéré 
trouver un refuge qui lui manqua'; l'Arétas o ' ApzSojv '^jyjù.v'j-. 
que Josèphe nous montre écliouaut. en 96 av. ,T. C, dans son projet 
de délivrer Gaza alors assiégée par Alexandre Jaunée ' ; l'Arétas 
dont les monnaies répètent ce titre de \\y.n<.\v'j-, et qui a guerroyé 
contre Pompée et ses lieutenants en 62 av. .1. C. '. Mais sous l'Em- 
pire, il n'y en a qu'un dont le souvenir soit venu jusqu'à nous: 
Arétas JV, qui gouverna les Nabatéen à partir de 9 av. J. C. et 
dont les monnaies s'arrêtent jusqu'ici à la quarante-huitième année 

' Macf.. II, 5, 8. Cfr. P.-TP., II, c. 673. 

2 Josèphe, Ani.. XIII, 360 et suiv. Cfr. P.- 11'., ihid. 

' Josèphe. BeU. hid., I, 8, 1. Cfr. 7^.-11'.. II, c. 674. 



142 ATTIUKIA 

(le son règne, «nit en 3!» ap. J. C. '. C'est de lui que dépendait 
namns, quand Saint Paul dut s'enfuir de cette ville ", sans doute 
;'i l:i fin dr ■!'.•. Il est ])(issilde (|U<,' son gouvernement se soit ])ro- 
loiigé quelque temps encore, au delà du iTi janvier 41, tlies im- 
perii de Claude; possible que celui-ii n'ait |ias attendu d'être em- 
pereur pour améliorer une santé qui fut |)répaire surtout pendant 
sa jeunesse: per omne fere pueritiue atque adulescnfine teni//)is 
rariis et tenucibns morliis lonflictatus est \ Si Suétone ni Hiou 
Cassius ne font de Claude un épileptique. ils traoeiit de lui un por- 
trait où il n'en vaut guère mieux. Il était agité d'un perpétuel trem- 
Idenieiit de la tc-te et des mains: -', àï hr. nGi'j.v. -/o-roiii/,; cottî 
y.y.\ -r, y.soaAv; y.y.i -y.'.-, /i^nvi ut.'^j'zzz'j.zvi * : H. dans l'empereur 
qu'il était devenu, la honehe baveuse, les narines humides, le bal- 
butiement et une agitation ineoereible ne cessaient point de dé- 
noncer la lameutalile faiblesse nerveuse d'un anormal: risus inde- 
cens. ira fni-pior, spiinutnte r/ctit. umeiitilms- nnriliiis. praeterea 
l/)igufie titithfuitia. rapittqtie mm semper tinti in ijimntiilociimiiue 
actn rel mn.rime trenmlntu '. Il est tout à fait vraisembable que 
Claude, avec cette curiosité érudite qui est un des traits syni))a 
thiques de sa nature, ait cherché un soulagement à ses maux Jiis(|ue 
chez les Arabes. Il est sûr, en tout cas, qu'entre Arétas et lui les 
intermédiaires ne manquaient pas, puisqu'Arétas était le propre 
beau-père du tétrar(|ne Antipas" et que personne n'ignore les rap 
ports dintimité eonliautc (|ui unirent ('lande, avant et ai)rès son 
élévation au tnine. aux princes de la dynastie Juive d'IIérode ". 
Les Coïncidences nous interdisent de rejeter, comme apocryphe, 

' Cfi-. Wilckcn. s. v. Aretas, 7'.- M'.. W. r. i;H. 

- II Cor.. II, :i-2. 

' Suét.. Cldwl. 2. 

« Cass. Dio, L.\, 2. 2. 

"' Suét., Claiid., m. 

'' Clerraont-Oanneau, Ker. Arrli. m:, II. p. 37<S. 

■ Groag, s. v. Clavdim, P.- II".. 111. c 2783. 



ATTinEIA 143 

riii>;iifnifi;inte iiotioe de Lydus. Ccliii-r'i nous a transmis la mémoire 
d'un petit fait que tais^-nt les sourees à nous eonservées. mais qu'il 
n'a pas inventé; et le KXaôXio; KyJ.fyxp aucjuel il le rai)porte est. 
à fiiup sûr, Ti. Claudius Nero. 

Si. maintenant, l'on relit les quelques lignes de Lydus sur l'éopTvî 
du -2 mars, on s'aperçoit que le lO.a'jèto: o Wrijù-Vj; qu'elles men- 
tionnent se confond de même avec cet empereur. Lydus l'y désigne 
clairement par les mots qui accompaniient, comme une fiche signa- 
létique. l'auteur de la réforme cultuelle qu'il vient d'enregistrer: 

T/v fSî èopTr.v lO.îi'jfî'.o: 6 IW.'T'.AîÙ; x.ztîctv^tzto, zv/;p o'jtco 
Sîxzio: T.z'J. Tz; y.-J.'JS.'.'., co; aYi-spz tov éx'jtv;; tvzîoz às-/o'jL».îv7|7 
/.î^.î'jTa'. ù'jy.vzi z,biT,^i vza7i9"/;vat zÙTw, rrv àà z— s'.— O'j'iav /.itvzt 
'j:r-izy. i Lyilus. 7)r ^[rmihus. IV, .^9, p. 113 Wuensch'. 

Le trait est frappant et sans réplitjue. Si, en effet, Claude n'a 
pas été l'homme Juste que vante ici Lydus, il a été, si l'on peut 
dire, le juge fait homme, chez (jui la passion du tribunal tour- 
nait à la manie. Suétone, qui insiste sur ce côté de son caractère, 
a remarqué avec complaisance la légèreté et la solidité alternées 
de sa jurisprudence. Or quel exemple, entre autres, l'historien des 
Douze Césars nous donne-t-il de son à-propos ? Précisément ie même 
qu'a iiai'ré Lydus et qui, nous dépeignant Claude comme une sorte 
de Salomon joyenx, le met aux prises avec une difficulté d'attri- 
bution d'enfant plus on nmins analogue à celle que la Bible pose 
au roi de .Térnsalem, et la lui fait résoudre par une supercherie de 
comédie, en contraignant une mère à reconnaître le fils qu'elle se 
refuse h éjjonser: fcmhiam non iifii/osrrnfem filiiim siiiim. dithia 
utrhnqiie arffn mentonnti fine, ad ronfessionem compiilit indicfn ma- 
trimonio inrenis '. Du rapprochement des deux textes jaillit, réha- 
bilitée, la science de Lydus. Ce compilateur était un pauvre esprit, 
chimérique et borné, envahi de préjugés ineptes et de curiosités 

' Suét.. Chiud.. 15. 



144 ATTIDf;IA 

dérisoires ; mais il posst'-dait une excellente liil)liotli('(|Ue que nous 
avons |)erdue : et n'eussions nons ]r.)s d'antres témoignages qui nous 
pcrinJHScnt de ra|))>i>rti'r ;'i Ti. Plandins Xero l'insci-tion des fêtes 
d'Attia dans le ealendrier romain, que nous n'aurions pas plus le 
droit de révoquer en doute l'assertion de Lydus sur ce point ([ue 
nous ne sommes autorisés A écarter les anecdotes qu'il nous conte eu 
passant sur la lettre d'Arétas à Claude, ou sur l'ingénieuse manière 
dont Claude s'y prit, un jour, pour confondre une mar/itn-. A plus 
forte raison, sommes nous tenus de croire Lydus, quand de nom- 
breuses attestations du culte romain d'Attis se sont produites à des 
époiincs, non seulement antérieures aux régnes d'Antonin et de 
Marc-Aurèle, auxquels M. Wissowa assigne le début à Rome des 
fêtes métroaques du mois de mars, mais encore si voisines du prin- 
cijjat de Claude que l'indication du Dr Mensibtig. irrécu.sable n 
priori, va se trouver, en quelque sorte, vérifiée p.ir l'expérience. 



Certes — et M. Wissowa, fidèle interprète d'un matériel épi- 
graphique qu'il possède et manie en maître, ne s'y est pas trompé — 
les inscriptions métroaques, à elles seules, ne sauraient nous con- 
duire aussi haut. 

Elles se réiiartissent essentiellemenl en deux groupes: les ins- 
criptions relatives :\ des dendrophores, dont les collèges religieux 
furent nécessairement contemporains du culte i)our lequel ils ont 
été organisés; les inscriptions qui comniéiuorent le taurobole, ce sa- 
crifice dont l'offrande solennelle au Caiaiinm. placée par le calen- 
drier de Philocalus le 28 mars, au lendemain de la clôture du 
cycle férié d'.Vttis '. in présuppose l'institution. 

Or. il f.iut r.ivouer. ni les unes ni les autres n'apparaissent 
avant le i)rini'ipat d'.Xntonin le l'ienx. 

' l'iiilocalus. ap. C I. /... I*, p. 2tiO: I' A»/, (ipr.^ iuitium Vaiaiti. 



ATTIDEIA 14f> 

M. Grailldt, il est vrai, croit discerner le souvenir (riiii tau- 
robole dans une dédicace d'Osilippo (Lisbonne), datée du consulat 
de M. Atilius et Annius (iallus, en 108 ap. J. C. '. Mais, outre 
qu'elle vient d'une province éloignée de l'Empire, ce qui en af- 
faiblit d'autant la portée, elle est, à mon avis, bien loin d'auto- 
riser une pareille interprétation. Le texte porte: Mntri De | um 
M(Kj(niie) Ide \ ae Phrtjiyiac) Flfuria) Tjirhe cerna \ phur(a) per 
M(arcHiii) IitUiinni Cnss(ium) et Cass(ium) Ser(ermn) ". Du fait 
qu'il émane d'une ceruophore, et que le kernos. >.< plateau circulaire 
qui supporte une série de petits récipients » ^ a été utilisé dans les 
tauroboles, M.draillot en tire l'indice que la dédicace commémore un 
taurobole. De ce que Flavia Tyclié n'a point consacré elle-même 
son offrande, et de ce que, souvent, les tauroboles s'accomplissaient 
par procuration, M. Graillot tire une présomption plus forte en- 
core. Mais l'indice est faible, et la présoinjjtion se l'etouriie contre 
la thèse. D'aliord, le l;enios n'a rien de spécitiquement taurobolique. 
Accessoire banal de tous les cultes, nous le retrouvons dans les mys- 
tères d'Lleusis, dans les rites égyptiens, dans la religion punique *. 
Dans le culte métro.ique, il remplissait des fonctions trop nombreu- 
ses et diverses pour que nous ayons le droit de conelure de son 
emploi à la réalité d'un taurobole. Il jouait un rôle dans toutes 
les processions, dans toutes les danses sacrées où des jeunes filles 
le tenaient dans la main ou le portaient sur la tète. Suivant la 
définition du sdioliaste, la ceruophore est la prêtresse chargée du 
vase sur lequel on place d'habitude, non les vires du taureau égorgé, 
mais les lami)es où l)rille la flamme mystique ". Quant aux inter- 
médiaires à qui Flavia Tyché s'en est remise, il serait contraire 

' Graillât, op. cit., p. I."i9. 

^ C. 1. i., II, 17;i. 

■' Graillot, up. cit.. \\. ITs. 

* Ibid., p. 178-179. 

'" Ihid., p. 25.'!, n. .'<. 

M<'l(iiHi''s ifArrh. ,1 tlllM. 1<«1 10 



146 ATTIIIKIA 

:i tous les exemplfs qu'ils lui ensiseiit prêté leurs liou8 offices pour 
un tanrobole : cette forme de sacrifice ne requiert, à l'ordinaire, 
qu"uu officiant: ou le niyste lui-même, ou le prêtre à qui le mystc 
s'est adressé et qui a qualité pour communiquer aux simples lidéles 
les vertus inliérentcs à ce répu;,'nant lpa|)téme: mais, dans la fossi; 
où se répand à Hots le sang du taureau, nous ne voyons jamais 
descendre qu'un tauroliolié à la fois '. Flavia Tycliè n'a point né- 
cessairement subi le tanrobole parce qu'elle était cernopliore ; et si 
jamais elle s'y est exposée, ce ne fut sûrement pas par l'entremise des 
deux personnages que nomme sou inscription et à qui, selon toute 
probabilité, elle avait simplement confié le soin d'ériger le petit monu- 
ment qui nous a conservé son nom. Kn quelque sens qu'on la retourne, 
il n'y a rien à faire, en vérité, de la dédicace de Lisbonne. 

M. Cumont qui, à juste titre, dédaigne d'y recourir, a allégué, 
pour son compte, une inscription de Pouzzoles, de 13-t ap. J. C, 
qui rappelle le second taurobole dont a bénéficié, cette année-là, 
une certaine Herennia Fortunata ". Mais ce n'est point Attis ni la 
(îrande Mère à qui ce sacrifice fut offert; c'est Vénus Caelestis; 
je ne pense pas qu'on puisse faire état, pour résoudre le problème 
((ui nous occupe, d'un texte qui ne l'intéresse pas directement : et, 
passé 104, nous retombons, avec les dédicaces tuuroboliques, sur 
les mêmes exemples dont M. Wissowa s'est prévalu et qui, pro- 
venant de Lyon et de Leetoure, datent l'un de 160 et les autres 
de quelques années plus tard ^. 

C'est à peine si nous serons plus heureux avec les dendropho- 
rcs, qui ne commencent à poindre à l'horizon épigraphique qu'avec 
des inscriptions d'Ostie, sous Antimin le Pieux \ 

' (fr. les inscriptions n'unies par (îraillot. op. rit., p. I5;i et ItiO et 
la description, si précise, de Prudence. reii.-<teph., X, 1016-1020. 

- '\ /. L., X, 1096: efr. Cumont. s. v. Crioholium. dans 7'.- H'.. IV. 
c. 17i;i. 

» CI. L.. Xlll. 520 et 1751. 

4 C. 1. L., XIV. 97, (17, 3.$ et 280. 



ATTIDEIA 147 

Aujuiravant, M. Graillot a invoqué une iiisci-ijitioii de Rome 
puMiée dans le recueil irCh-elli et ITenzen et reproduite dans le 
beau livre de M. Waltziii^ sur Lrs lor^xiralions iirufe.ssiontieUi's île 
VEmpire romain : 

Dis manibus.\ Entijcheti Caes(aris) n(ostri) \ liberfo, qui reli- 
qiiH I colhffio sno den<lvoph(orum) \ (sesiertium mille) n(ummum) 
ut ex reditu | omnibus annis ei parentent \ ciim rep(iihlica) col- 
1e(i(ii) dendropli(orum) \ aère collato bene | merenti \ Suret et Se- 
iiet'(io)te) co(n)s(n}ibus) (Orelli, 4412; Waltzing, 1377). 

Le consulat de L. Liiinius Sura et Q. Sosius Senecio se place 
en 107; et ce texte serait concluant, s'il était autlieutique. Mal- 
heureusement, nous ne le connaissons que par une copie de C4ori ', 
et aussi bieii les singularités de sa rédaction que l'étrangeté de 
ses sigles ■ et le chiffre ridicule de sa donation justifient les édi- 
teurs du Corpus de ne l'y avoir pas accueilli et M. Dessau de l'avoir 
formellement accusé de faux ^. 

M. Cumont, qui a eu soin de s'en passer dans son remarquable 
article sur les Deiidropl/ori. dans la Bealet/ci/clopaedie de Panly- 
Wissowa, a cru néanmoins pouvoir refouler sur le 1" siècle, d'abord 
en 79, puis en 97, les mentions qui concernent l'activité de cette 
corporation raétroaque. 

Le fait est qu'une • inscription de Reggio Cahibria, datée du 
5 des ides d'avril du 9' consulat de Vespasien et du 8'' de Titus, 
a été gravée « ob muiii/icentinm earum \ quue dendroplioros | ho- 
nororerutit » ■*, et il en résulte que Rhegium, dès 79 ap. J. C, 
possédait un collège de dendrophores; mais, bien que je partage 
l'opinion de M. Cumont, ((u'il doit s'agir là des dendrophores de 



' Avec cette indication: Koniae iii vinea lohannis Bancheiii; cfr. Oori, 
Symholae litterariae, Deeas RoiiHoia. IX. p. 232 (Rome, 17n4(. 
- Rep. = republica. 
^ Ap. AVissowa, op. cit., p. 322, n. 3. 
^ C. I. L., X, 7. 



148 ATTIDEIA 

f'vbMe et d'Attis. et que leur reconiiuissancc officielle a l'extrémité 
niéridioiiaie de ritalii' implique leur i-eeonnaissaiire à Rome, je ne 
puis l'avaufcr (|Ui' cuninii' uni' doul)lc l]y|)otliése. De même, l'autre 
texte, cité par M. Cumoiit. qui, datant de 97 et découvert dans la 
banlieue de Rome « in vinea Honelli », prés de la porta Portesi', 
consiste en une dédicace il Silvaniis ]).... par les iultores SH- 
ravi D....', irintéressc les dendrophores (|uc si, par comparaison 
avec les dédicaces, cci-taiuenient postérieures' et exluimées de la 
Basilira JlHariiiiiii sur le Caelius, on admet par avance (|uc le 
nom du Silvauus auciucl il est consacré doit se restituer lu Sil- 
rninis Dendnijilntriis. et, en outre, que les riilfurn; qui l'ont ré- 
digé, ou bien sont des dendrophores, ce (jui, je le crains, n'est ni 
démontré ni démontrable, ou, du moins, soutiennent avec les den- 
drophores des ra|)ports éti-oits. ((u'il est léfritime de eonjecfui'er. 
mais (|Mi n'ac(iMirrcnt de consist.ince (pie d.ans l;i mesure où la 
constitution M l'icinic. et antérieurement ;'i i'T, d'un collège métroaque 
des dendrophores, a été démontrée par ailleurs. 

A plus forte raison, des l'éserves ideuti(|ues doivent-illes être 
formulées à l'égard de la subtile et forte ilémonstratinu par laquelle 
M. (Jraillot s'est etl'orcé d'extraire d'une inscriiJfion de lîonie datée 
de 206 la preuve indirecte que c'est sous Claude, et vraisembla- 
bleiiiriit par son intervention, que le collège des dendro])hores avait 
été i-econnu par le Sénat comme association légalement autori.séc. 
Kn cette année 2(Mi. le collège des dendrophores de Rome, i/iiihiis 
ex s. c. coire Jicet, reçut d'un certain Ti. Claudius Chresimus, « oli 
Jionforew) qiiint/iietimiJ/fri/is », une somme de 10.000 sesterces dont 
le revenu serait ]iartagc chaque année entre ses membres, an jour 
anniversaire de si t'ondation, le 1'"^ août ^. Or c'est pn-ciM'inent un 

' C. T. L., VI, (;4-2. 

■ Cfr. C. I. L.. VI, ti41 et 30973. M. Graillot date la Insilica Hihi- 
riiuKi du régne d'Hadrien {i>2). cit., p. 149); cfr. Huelsen, Jioin. Mitt.. VI. 
is;n, p. 110. 

' C. I. /.., VI, 2ii(;!ii. 



ATTIDEIA 149 

l" août — le l"' août 10 av. J. C. — que Claude naquit à Lyon '. 
Ce n'est sans doute pas le hasard qui a fait coïncider ainsi les 
deux natalUia. celui du collège et celui de TEmpereur, mais bien 
plutôt uue harmonie préétablie par la bienveillance de Claude en- 
vers ces dendrophores auxquels il a conféré l'existence corporative, 
et la gratitude du collège que Claude a fondé ". Mais cette déduction, 
à laquelle j'adhère sans réticence, n'est solide que si déjà Ton est 
convaiucu de rorganisation claudienne du collège des dendrophores. 
Ainsi donc, si nous n'avions pas accepté au préalable l'histo- 
rieité du texte de Lydus, toutes ces remarques, quelle qu'en soit 
la finesse, tous ces rapprochements, quelque pénétration qu'où leur 
accorde, perdraient toute valeur probante contre les statistiques 
èpigraphiques de M. Wissowa. Assurément, celles-ci ne sauraient 
lui être objectées, car il y a une erreur commune, mais certaine, 
à conclure des premiers exemples que nous possédions du fonction- 
nement d'une institution à la date de cette institution même ; et, 
à tout prendre, il n'est pas plus extraordinaire d'ouvrir entre la 
création des dendrophores, que Lydus attribue k Claude, et les 
premiers souvenirs que les dendrophores nous aient laissés sous 
Antonin le Pieux, un intervalle d'un siècle, qu'il ne l'est de cons- 
tater près d'un siècle et demi de distance entre l'ultime mention 
que l'épigraphie nous ait encore fournie de leur activité, en 288 
ap. J. C. ^, et la constitution impériale qui les a définitivement 
supprimés en 415 \ Mais, d'antre part, ce serait se bercer d'il- 

' C. I. i., I-, p. 240 et 248 : Suét.. Claiid.. 2, 10 etc. 

* Graillot, op. cit., p. 143. Après bien des recherches, je n'ai trouvé, 
quant à moi, qu'une inscription qui, à la rigueur, pourrait attester la 
célébration du culte d'Attis à Rome, dès lépoque flavienne, c'est l'épi- 
taphe métrique C. I. L., VI, 10098 (Bnecheler, 1110), qui commence par 
le vers Qui colitis Cyhelea et qui Phryija plangitis Attia et se termine 
par un appel à Domitille. Mais encore faudrait-il être sûr de la person- 
nalité de cette dernière et du sens même de la poésie. 

3 VI. L., VIll, 8457. 

•" Cod. Tlieod.. XVI. 10, 20. 2. 



lusicms que de solliciter des inscriptions .intérieures aux statistiques de 
M. Wissowa un témoign.-ige en faveur de Lydus, et comme la preuve 
d'une véracité ((ue présupposent les interprétations par lesquelles 
on se H;ittr de la démontrer. Hn résumé, l'épigrapliie, livrée à elle 
niùmi', ristc miitrc au déliât, et c'est aux sources littéraii'cs qu'il 
nous appartiriit ilr iiiiiscj- les i-(inli]'niatiiins (|ni nous manquent. 



On lit dans les Tiihtihi d'Arrien, au chapitre ^>''> un éloge mé- 
rité de la faculté d'adaptation des Romains ([ui n'ont ixiint hésité à 
emprunter aux Barbares, soit les armes, soit les méthodes de combat 
dont ils appréciaient l'utilité. Au risque de passer poui' les triljii- 
taires des peniiles ((u'ils avaient soumis, lliércs on ( iaiihiis, ils s'as 
similaient à leur école de nouveaux moyens de \;iiniic. Tel était, 
ajoute Arrien, leur amour passionné de la patiic ([uils prenaient 
son liicn ])artout où ils le croyaient découvrir et (|u"ils attiraient 
sur la Ville la piofectinn des divinités étrangères. Entn; autres 
rites, ils ont accompli ceux de la religion phrygienne — àpÎTZ'. 
hi îi-'.-'i y. /.'A <I>;'j-''.a. Dans Rome, non seulement est adorée la 
dée8.se de Pessinonte, mais la passion d'Attis est pleurée à la mode 
d'Asie: x.z; yzp r, 'Vix yJ)-:v.; r, it>^r-'.7. tvj.xzx'. i/. Wz'^cvi'ÀJZ'j; 
éXOoOffx y.xï To 7:£vOo; to xysi tw ' .\ttyi «l'pvyiov sv 'l^ioar, —z-i- 
OîTtzi (Arrien, Tnltikn, 38, 4). .\rrien a donc connu la célébration 
puldique, à Rome, du Siiiiiinis, le 2-1 mars. Il en parle an pré- 
sent, entre une allusion .-nix cultes grecs et une autre à la législa- 
tion des XII tables, comme d'un usage li;iliitiiel et dés longtemps 
passé dans les moeurs '. Or Arrien ;i composé son traité dans l.i 



' (tV. Graillot, "p. cit.. ji. 137: «En liîT, année qui précéda la mort 
du piince, le deuil autour d'Attis et le bain de Cybéle sont déjà consi- 
dérés connue de grandes fêtes romaines •. En réalité, le texte d'.-Vrrien in 
dique moins rinqwrtance que l'ancienneté du culte d'Attis. 



ATTIDEIA 151 

vingtième année du règne d'Hadrien '. Kn 136-137, par conséqnent, 
les fêtes du mois de mars étaient une coutume déj:\ vieille; et l'in- 
troduction ofticii-lle du culte d'Attis à Rome est par là reportée à 
plusieurs généi-ations en arriére. 

Le récit par Suétone de la précipitation avec laquelle, en mars 69, 
Otlion brusqua son départ de Rome pour cette campagne de Bé- 
driac contre les Vitelliens qui devait lui être fatale, nous contraint, 
en effet, de remonter jusqu";\ la dynastie .liilio Claudienne. En voici 
la phrase principale : 

Erpeditinxpni attfem impigre atqiie etiam praepiropere inrhoarit 
{OfJio), iniUa nr reJifjioniim cura, si'd et mofls necdnm conditis 
(nirihbits (quod utiti'piHiis infaustmn habetur) et die qno cultores 
deum Matris lamentnri et plangere inciphint (Suét., Otho. 8) '. 

Dan.s l'esprit de ses c.outemporains, Othon s'est exposé :\ la colère 
divine par ses négligences sacrilèges: nuUa ne retigionum cura. 
Le pluriel icli(iioiuim. dont s'est servi Suétone, est significatif. De 
fait, Othon a manqué à deux religions ensemble: il a failli à la 
religion de Mars, lors(|ue l'empereur ne s'est point donné la peine 
d'accomplir jus(in';iu bout le rite, obligatoire en toute saisun pour 
le général qui se rend ans armées, imposé chaque année, en dehors 
de toute expédition militaire, par le retour, entre les Equirria 
du 27 février et du 14 mars, du Çtiinquatnis du 19 mars et du 
Tubilustr'nim du 23 mars, des grandes fêtes dédiées au dieu de 
la guerre, et qui consiste non seulement à promener solennelle- 
ment les boucliers sacrés de reposoir en reposoir — anciUa mo- 
rere — mais à les rapporter avec dévotion en leur temple de la 
regia — - nncili