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Full text of "Mémoires"

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MÉMOIRES 

m Là 
SOCIÉTÉ NATIONALE 

DES ANTIQUAIRES 

DE FRANCE 
TOME QUARANTE-SEPTIÈME 

GINQUlàNB StalB, TOHB vn 



Nogenl-le-Rotrou, impriniene Daupeley-Gouternbur. 



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MÉMOIRES 

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SOCIÉTÉ NATIONALE 



DES ANTIQUAIRES 

DE FRANCE-. 



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CINQUIÈME SÉRIE 
TOME SEPTIÈME 




PARIS 
C. KLINCKSIECK 

LIBRAIRE DS LA SOCIÉTÉ 

ii, RUE DB LILLE, il 
M DGGC LXXXTI 



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^ 



LA JUSTICE PRIVÉE 

ET 

L'IMMUNITÉ 

Par M. Aug. Piost, membre résidant. 

Lu dans les séances des 22, 29 jnillet, 18, 25 noTombre 
et 23 décembre 1885. 



SOMMAIRE. 

I. Préambule. § 1. La justice privée. § 2. L'immunité. — 
II. LHmmnntté. § 3. Les capitulaires , les formules, les 
diplômes.— m. Le diplôme dUmmunité. § 4. Le préam- 
bule et les quatre parties du diplôme. § 5. Première par^ 
tie, les interdictions. § 6. Seconde partie, la concession de 
rimmunité. § 7. Troisième partie, l'obéissance au soutc- 
rain. § 8. Quatrième partie, la concession des droits du 
fisc. — IV. Les Freda. § 9. Texte particulier aux lois 
des Bipuaires et des Lombards. Première explication. 
§ 10. Seconde explication. § il. Dernières éditions de ces 
lois. — V. Les plaids. § 12. La juridiction de droit 
commun. § 13. La juridiction dans Fimmunité. § 14. Les 
locutions jwtitiam facere, reddere et percipere ; les justices, 
Justitis. —> VI. La mundeburde royale. § 15. Ses con- 
ditions originaires et ultérieures. § 16. Affaiblissement de 
son régime. § 17. Altération de sens du mot. § 18. Elle, 
n'implique pas ainsi suppression de la juridiction des 
juges ordinaires. — VII. La jnstioe privée. J^ 19. ElTe 
n'est pas substituée par l'immunité à la justiflipublique. 
§ 20. L'opinion contraire. » VIII. L'origjpT de la Jos- 

XLVII f/ i 



LA JUSTICE PRlViE 

Uce privée. § 2\ . Théories diverses. — IX. Les Juristes 
du XIII« siècle. § 22. Considérants d'un jugement de 
1275. § 23. Origine de Topinion qui s'y manifeste sur la 
concession des droits du fisc. — X. Loysean. § 24. C!on- 
ception indépendante des Gonsidérations sur l'immunité. 
§ 25. Retour à ces considérations. — XI. Bignon. § 26. 
Sa théorie fondée sur les interdictions de Fimmunité. 
§ 27. Son argumentation sur ces interdictions. § 28. Sur 
le caractère ecclésiastique des juges privés. § 29. Sur le 
rôle judiciaire des juges privés. § 30. Résumé de ses opi- 
nions. — XII. Montesquieu. § 31. Sa théorie. § 32. Son 
argumentation sur les formules et diplômes. § 33. Sur les 
capitulaires. § 34. Résumé de ses opinions. — XIII. 
MaJ>ly. § 35. Sa théorie. § 36. Son argumentation. § 37. 
Résumé de ses opinions. — XTV. Houard. § 38. Sa théo- 
rie. § 39. Son argumentation. § 40. Résumé de ses opi- 
nions. — XV. Gk>urcy. § 41. Sa théorie. § 42. Son argu- 
mentation. § 43. Résumé de ses opinions. — XVI. Naudet. 
§ 44. Sa théorie. § 45. Son argumentation. § 46. Résumé 
de ses opinions. — XVII. Pardessus. § 47. Ses trois 
mémoires sur la question. § 48. Sa théorie d'après ses 
deux premiers mémoires. § 49. Son argumentation. § 50. 
Son troisième mémoire. § 51. Résumé de ses opinions. — 
XVIII. Lehuerou. § 52. Sa théorie. § 53. Son argumen- 
tation. I 54. Résumé de ses opinions. — - XIX. Gham- 
pionnière. § 55. Sa théorie. § 56. Résumé de ses opinions. 
— • XX. Boutaric. § 57. Sa théorie. § 58. Résumé de ses 
opinions. — XXI. Fustel de Goulanges. § 59. Sa théo- 
rie. § 60. Son argumentation sur le caractère de bénéfice 
de l'immunité. § 61. Sur l'interdiction de juger dans le 
privilège d'immunité. § 62. Sur les autres interdictions et 
sur la mainbumie royale. § 63. Sur les capitulaires. § 64. 
Résumé de ses opinions. — XXII. J. Flach. § 65. Sa 
théorie. § 66. Portée précise de ses idées. § 67. Résumé de 
ses opinions. — XXIII. Vue d'ensemble sur ces théo- 
ries. § 68. Résumé des idées qu'elles contiennent. § 69. 
EUstoire de l'opinion que la justice privée vient de l'im- 
munité, -r- XXIV. Conclusion. § 70. La justice privée ne 
vient pas de l'immunité. § 71. D'où vient-elle? 



I. Préambule. 

§ 4 . — ^ La justice dans un État est un des attri- 
buts de Tautorité souveraine. La justice privée 
est comme un démembrement de la puissance 
publique. Elle date de loin, et s'est conservée 
presque jusqu'à nos jours dans les justices sei- 
gneuriales qui n'ont été abolies qu'en 1 789 seu- 
lement. 

La justice privée a eu pendant tout le moyen 
âge une grande place dans le mécanisme de la 
vie sociale. Tout ce qui la concerne est digne de 
fixer l'attention. Le problème de son origine s'est 
naturellement présenté à ceux qui se sont occupés 
de cette institution, à ceux surtout qui, pour des 
causes diverses, en ont ou attaqué ou défendu 
la légitimité. Ainsi posée, la question a eu long- 
temps une portée pratique. Elle n'a plus aujour^ 
d'hui qu'un intérêt purement historique. Dans 
ces termes, cependant, et à ce point de vue spé- 
dal, elle a encore de l'importance et mérite qu'on 
s'y arrête. 

§ 2. — Le privilège de l'immunité, diverse- 
ment interprété, a de bonne heure été considéré 
comme ayant joué un rôle dans les origines de 
la justice {>rivée. Jusqu'ici, cependant, on n'a pu 
à cet égard se mettre d'accord ; les appréciations 
différent notablement sur le caractère et sur les 
conséquences du privilège ; et, tandis que les uns 
considèrent le titre de concession d'immunité 



4 LA JUSTICE P1IV<E 

comme impliquant en même temps la concession 
et rinstitution en quelque sorte immédiate de la 
justice privée, d'autres n'y voient que rétablis- 
sement d'un régime de bien moindre importance 
et d'une signification tout autre, dans le prin- 
cipe surtout, qui, loio d'être la source originaire 
de la justice privée, a simplement contribué, et 
pour une part seulement avec d'autres causes, à 
ses développements* ultérieurs. 

Malgré de nombreuses et savantes études, de 
nos jours principalement, sur cette question, en 
France et à l'étranger, elle est encore ouverte. 
Diverses causes ont de tout temps concouru à la 
compliquer et à en retarder la solution. Les inté- 
rêts contradictoires enfantés par le régime des 
justices seigneuriales y ont été d'abord pour beau- 
coup, et l'on ne s'est longtemps occupé de l'im- 
munité que pour emprunter à ses conditions des 
arguments ou favorables ou contraires à ce 
régime, suivant le point de vue auquel on se pla- 
çait. Plus tard, les justices seigneuriales ayant 
disparu, on a continué sur le même terrain le 
débat dans un esprit purement scientifique, en 
partant des conceptions antérieurement enfantées 
dans un intérêt pratique. En un mot, des idées 
préconçues et étrangères à la question de l'im- 
munité elle-même ont généralement dominé dans 
les travaux dont elle a été l'objet. Entrant à notre 
tour dans le débat, après avoir accepté longtemps 
sur ce sujet des opinions d'emprunt, nous avons 



vouhi, avant de prendre définitivânent fMurti sur 
les points en discussion, examiner le privilège 
sans préoccupation autre que celle des faits cons- 
tatés et de la teneur précise des textes dans les 
formules, dans les diplômes et dans les capitu- 
bdres. Cet examen occupe la première partie 
d'une étude publiée en 1889^. Nous* allons en 
rappeler les conclusions essentielles. Il peut être 
bon de les remémorer avant d'aller plus loin. 

n. L'omuiOTÉ. 

§ 3. — Les textes relatifs au privilège de l'im- 
munité sont très nombreux ; ils sont fournis sur- 
tout par les capitulaires, par les formules et par 
les diplômes. Les capitulaires dont on a de nom- 
breuses éditions^ contiennent, au milieu de disposi- 
tions de toute sorte relatives aux institutions et au 
régime général de la société, du vi* au ix* siècle, 
de nombreux renseignements sur le régime par- 
ticulier de l'immunité, en vigueur dès cette 
époque. Ces renseignements sont de précieux élé- 
ments de discussion pour fixer le sens des indi- 
cations fournies par les textes spéciaux, savoir 

0. VImmunité. Étude iur l'origine et les développements de 
cette institution, dans la Nouvelle Revue historique du droit 
français et étranger, 1882. 

1. Celles notamment de Baluze, CapitulaHa regum fran- 
corum, t. I et II, 1780; de Pertz, Monumenta Germani» his- 
torica. Legum t. I et H, 1835-1837; et de Boretius, dans 
l'édition in-4* des Monumenta. Legum 1. 1 et II, 1881. 



les formules et les diplAmes. Geax-d ne oons- 
titneot en qudque sorte qu'une seule et même 
classe de documents, les formules n'étant autre 
diose que des modèles de rédaction conformes 
au texte des diplômes. Les formules de toute ori- 
gine sont réunies dans le recueil définitif de M. de 
Rozîère^. Quant aux diplômes, il en existe un 
très grand nombre. Sans parler de ceux qui sont 
encore inédits ou qui se trouvent dans des publi- 
cations que nous n'avons pas pu consulter, nous 
en avons relevé un millier dans les grandes col- 
lections du Gallia christiana^^ de Dom Bouquet^, 
de Lunig^, de Muratori* et de Pertz^. 

m. Le diplôme D'ooiUNmÊ. 

§ 4. — La plupart des titres d'immunité que 
Ton possède concernent des domaines ecclésias- 
tiques. Ce n'est pas que le privilège leur fût spé- 
cialement et exclusivement réservé. Il était au 
contraire accordé aux grands possesseurs laïques 

2. Recueil général des formules usitées dans Vempire des 
Francs, du F» au J« siècU, 3 vol. in-8», 4859-1871. 

3. Gallia christiana, t. I à XYI, in-fol., 1715-1865. 

4. Recueil des historiens des Gaules et de la France, t. IV à 
XI, 1741-1767. 

5. Reiehs-Archiv, t. I à XXIV, 1713-1722. 

* 6. Antiquitates Italien, t. I à VI, 1738-1742. 

7. Monumenta Germanis historica. JHplomatum 1. 1, 1872. 
NouB avons préféré ce recueil à celui de Pardesgus (1843-1849), 
parce qu'il est plus récent et plus facile à consulter, ne con- 
tenant que des diplômes, tandis que l'autre joint à ceux-ci 
un certain nombre de documents de nature différente. 



ET L'iMMHlini. S 4. 7 

msà Ikxk qa'aux églises^. Les cirooofltaiioeft ont 
partH»lîèreiiieDt fiivorisé la oonservatîoD des 
titres ecclésiastiques; ainsi s'exptique en partie la 
prédominanoe de leur nombre dans les Recueils 
venus jusqu'à nous, et dans les dépôts actuels. 

Les textes des formules et des dipUtanes d*ini- 
munité se rapportent tous à un type fixé de bonne 
heure, que beaucoup de titres reproduisent oom* 
plèteùient et uniformémant dès les premiers 
temps et jusqu'à la fin, c'estnànlire du v^ au 
XV* âècle, et dont les autres renferment en plus 
ou moins grand nombre les diverses dispositions 
(^ 62, note S). On voit par là comment, dressés 
sur un même plan, les diplômes d'immunité que 
nous possédons contiennent, les uns le type com- 
plet, les abtres des spécimens incomplets, à 
divers degrés, du privil^e. L'étude de ces docu- 
ments^ permet de reconnaître et de distribuer 
en quatre parties, indépendamment du préam- 
bule, les éléments qui constituent, dans leur 
ensemble, le privilège de l'immunité^. 

i. L'Immunité, 4882, § 3. 

2. Le traTail publié en 1882, que nons venons de rappeler 
tout à rheure et d'où se dégagent nos conclusions, porte sur 
les diplômes surtout extraits du Gallia christiana, au nombre 
de 196, compris entre les dates extrêmes de 496 et de 1473 
(V Immunité, 1882, § 2). Les notions fournies par ceux que 
nous ayons relevés ultérieurement dans les autres recueils 
mentionnés tout à l'heure (§ 3, dotes 4, 5, 6, 7) sont parfai- 
tement d'accord, à tous les points de vue, avec celles qui 
résultaient de cette première enquête. 

3. Nous ne reproduirons pas ici le texte complet, et assez 



8 U JUSTICE PRIVil 

Le préambule, auquel nous ne nous arrêterons 
pas, fournit quelques indications sur le caractère 
du privilège ; après quoi viennent les quatre par- 
ties que nous venons de signaler dans le corps 
même de celui-ci. 

r* partie. — Interdiction à tout officier de 
justice, fudex publieuSy vel quislibet ex judiciaria 
potestatBj d'entrer dans le domaine privilégié, in 
possesmnes ingredi (§ 5). 

V partie. — Concession de Tinmiunité, défense, 
protection et mundeburde royale, regia immur 
nitasy defensiOj tuitio^ régis mundeburdiunif au 
possesseur privilégié (§ 6). 

3^ partie. — Maintien formel de la sujétion du 
privilégié envers le souverain, imperio parère (§7). 

4* partie. — Concession des droits du fisc, quid- 
quidjus fisci exigere poterit, au privilégié (§ 8). 

Ainsi se classent les clauses ou constitutives 
ou accessoires du privilège d'immunité relevées, 
en plus ou moins grand nombre, dans les titres 
qui sont venus jusqu'à nous. 



long, du titre d'immunité, nous bornant à renvoyer aux 
spécimens qu'on en trouve dans des recueils qui sont partout 
(§ 3, notes 2 à 7), et particulièrement à celui que nous avons 
publié dans notre premier travail (L'Immunité, 1882, § 4). 
Nous ferons observer que ce dernier texte appartient à la 
catégorie de ceux, relativement assez rares, qui contiennent 
toutes les parties essentielles de la formule (§ 62, note 2) ; 
sauf qu'il lui manque la concession accessoire de la munde- 
burde royale, qui ne se trouve exprimée que dans un très 
petit nombre, conune nous l'expliquerons ({ 15^ note 1). 



ET L'nufimRl S 5. 9 

§ 5. — Des quatre parties que nous venons de 
signaler dans le privilège d'immunité, la première 
s'adresse aux agents de toute sorte de l'autorité 
publique, notamment aux comtes qui sont les 
principaux, pour leur défendre de pénétrer dans 
le domaine privilégié. On y trouve mentionnés 
les actes que l'interdiction d'entrer dans les lieux 
couverts par l'inununité empêche ces ofiSciers d'y 
accomplir, savoir : juger ou tenir leurs plaids, 
causas audire; lever les produits de la justice et 
des impôts, freda aut trUmta exiger e; prendre 
gtte et provende, mansiones vel paratas facere; 
enlever des garants ou cautions, fidejussares tôl- 
ière; saisir et conti^aindre les hommes libres et 
non libres habitant le domaine, hamines tam inge- 
nuas quam serves super terram eommarantes dis- 
trmgere; percevoir des redevances ou tailles 
illicites, redhUntiones aut illicitas occasiones 
requirere. 

Nous avons, dans notre précédente étude 
(1 882), expliqué ce que sont les actes divers que 
nous venons d'énumérer, et dont l'immunité 
interdisait aux officiers publics l'accomplissement 
dans le domaine privilégié. Tout le monde est à 
peu près d'accord, croyons-nous, sur le carac- 
tère de ces actes, sauf pour ce qui est du 
premier d'entre eux, lequel nécessite quelques 
expUcations ; nous y reviendrons tout à l'heure 
(§§12, 13). Nous passons donc pour le moment 
sur la prohibition exprimée en tète de toutes les 



40 LA lOmCB nXTÉM 

autres, celle qui interdit aux juges publics de 
juger ou tenir leurs plaids sur les terres de l'im- 
munité. La seconde leur défend de venir y lever 
les produits de la justice, freda^ et ceux des 
impôts, trilmta. Il ne peut y avoir aucune incertitude 
sur la signification bien connue des mots freda et 
tributa, conune nous l'avons montré dans notre 
premier travail (4 8SS) . Cependant, pour ce qui est 
des freday nous avons quelque chose à dire encore, 
et nous le dirons un peu plus loin (§g 9 à 44), à 
propos de la manière dont il en est parlé dans un 
texte commun à la loi des Ripuaires et à celles des 
Lombards, qui exige certains éclaircissements. 

On comprend, sans qu'il soit nécessaire d'y 
insister, quelles fadlités offrait à l'arbitraire et 
aux abus la perception des freda et des tributa 
par les officiers publics auxquels l'enlevait l'im- 
munité. La même observation s'applique à plus 
forte raison aux prises de gite et de provende qui 
leur sont aussi interdites,, ainsi qu'à la saisie par 
eux des hommes de l'immunité, soit pour servir 
de garants ou cautions, fidejussores, soit pour tout 
autre motif de justice, de police ou d'administra- 
tion. Nous rappelons qu'en cela, pour ce qui con- 
cerne les fidejussares ^ il est question, non des 
cautions volontaires, mais des cautions forcées, 
comme nous l'avons expliqué ailleurs^, occasion 
d'excès odieux auxquels il était mis fin par le pri- 

4. U Immunité, 1882, § il. 



IT L'iMMIUllfi. i 5. 44 

vilège, du» les domaines oouTerts par rimmu- 
mté^ 

Plus significative enoc»*e dans le même sens est 
rintotiiction «gnifiée après toutes les autres aux 
oflScîers publics de lever désormais dans le 
domaine de Fimmunité des redevances et des 
tailies illidtes, redhibitianes et illicUas œeamnes. 
La «mple énondation du fait, dans de pareils 
termes, montre qu'il s'agissait surtout de répri- 
mer des abus, et donne par là son accent vrai et 
son évidente signification à l'article tout entier qui 
défend aux ofi^ers publics d'entrer sur les terres 
couvertes par l'immunité. La défense d'y tenir 
leurs plaids, à l'examen de laquelle nous avons 
annoncé que nous reviendrions, n'a pas d'autre 
signification ni d'autre portée non plus. Nous le 
fflontrenwiS tout à l'heure (§13). 

Les interdictions formulées dans la première 
partie du privilège sous la défense générale fiûte 

2. Nous avons montré dans notre premier trayail qu'un de 
ces abus était de contraindre des /idtjussores saisis d'autorité 
à répondre personnellement de prévenus qu'on les chargeait 
de conduire devant la justice. L'immunité interdisait, dans 
le domaine privilégié, cette saisie de fidejussores, déjà illicite, 
ce semble, en droit commun; car, à défaut de fid^ussares 
volontaires offrant de garantir la comparution des prévenus 
au mallum, c'était aux officiers publics que Tobligation incom- 
bait de les y conduire, comme on peut l'inférer du texte sui- 
vant : c Ciomprehensus autem si tidejussores habere potuerit 
c per fidejussores ad mallum adducatur; si iidejussores 
f habere non potuerit, a ministris comitis custodiatur et ad 
c mallum perducatur. i — Garoli Galvi, Titul. XLV, an. 873, 
c. 3. — Baluze, Capitularia, t. n, p. 229. 



42 LA JosviGi pinrii 

à tout officier public, judex publicus vel quislir 
bet ex judiciaria potestate, de pénétrer sur le 
domaine privilégié sont l'essence même de Tim- 
munité. Elles ont évidemment pour objet avant 
tout de protéger ce domaine et ses habitants 
contre l'intrusion sous un prétexte quelconque de 
ces officiers, et de supprimer ainsi toute occasion 
pour eux d'y commettre les abus de pouvoir et 
les exactionà qu'on avait à craindre de leur part. 
Il existe de nombreuses preuves des excès de ce 
genre dans les plaintes qu'ils provoquaient ; on en 
a maint témoignage. Â défaut d'autres indices, 
ceux qui résultent des dispositions prises pour y 
obvier, comme on vient de le voir, dans les 
diplômes d'immunité, suffiraient pour en établir 
la réalité. 

§ 6. — Nous venons de dire, sous la réserve 
de certaines explications à fournir ultérieurement 
touchant le caractère des freda et la tenue des 
plaids, quelles observations il y a lieu de faire sur 
la première des quatre parties de la formule de 
l'immunité, celle qui interdit aux officiers publics, 
judices publiciy d'entrer sur les terres couvertes 
par le privilège. La seconde partie de la formule, 
qui en bonne logique eût dû être la première — 
genre d'interversion dont il y a de fréquents 
exemples dans les anciens documents — la 
seconde partie est consacrée à renonciation de la 
concession du privilège, regia immunitas, défera 
sio^ tuitiOf régis mundeburdium. 



ET L'nnimnrf. S 6. 19 

Ces expresrions ne sont pas absoluiiient équi- 
valentes. C'est au régime que mentionne spéciale* 
ment œlie d^immunUaSy que se rapporte Timpor* 
tante garantie de la compositio de 600 sols édictée 
dans les lois de drmt commun contre toute infrac- 
tion au privilège d'ioomunité, mmunUoê fraeta^. 
Cette compositio de 600 sols était si bien devenue 
un des traits essentiels de rinununité qu'elle sert 
quelquefois à la qualifier. Nous pouvons citer 
dans un diplôme de 875 de Charles le Chauve, 
pour Tabbaye de Noirmoutier, la locution Àmim- 
nitas sexcerUorum solidarum^. 

La compositio de 600 sols était considérable. 

i. c Si quis in immanitate damnam aliquid fecerit, sex- 
c oentos solidos componat. > — Gapitul. U, an. 803, c. 2; 
Capitularium 1. IH, c. 26; 1. V, c. 262 ; 1. VI, c. 291 ; Caroli 
Calvi, Titul. XXXVI, an. 864, c. 48; Titul. XLV, an. 873, 
c. 3. — Baluze, Capitularia, 1. 1, fol. 387, 759, 876, 972 ; t. H, 
p. 182, 229. 

c Qaidqoid intra hujusmodi mnnimenta (immunitatis 
g nomine)... a quolibet homine, nocendi vel damnum iiffe* 
t rendi causa, spontanea voluntate committitar, in hoc facto 
c immonitas fracta judicatur. Quôd vero in agros... qu» 
c nallo modo munitione cinguntur... damnum factum fue« 
t rit... non in hoc immuni tas fracta judicanda est. Et ideo 
c non sexcentoram solidorum compositione... is muitandus 
t est qui scandalum vel damnam... fecisse convictus fuerit. » 
— Capitularium 1. V, c. 279. — Baluze, CapitiUaria, U I, 
p. 881. 

2. fl Immunitatem quoque sexcentorum solidorum quam 
• genitor meus Ludovicus augustus et Garolus avus meus et 
€ proavus Pipinus eis concesserunt, concedimus... — Gallia 
christ., t. IV, p. 224, et D. Bouquet, Recueil des historims, 
etc., t. VUI, p. 647. 



14 LA JUmCB PBIT^B 

C'était celle qui était due pour le meurtre d'un 
antrustion du roi^, pour celui d'un ï*ranc, homo 
franeuê^y pour celui d'un prêtre^, pour l'homi- 
cide commis dans une église, pourvu qu'on pût 
prouver cas de légitime défense ; autrement, il y 
avait peine de mort^. La compositio due pour la 
violation du ban royal n'était que de 60 aols'^. Ces 
rapprochements permettent de se faire une idée de 
ce qu'était en réalité la compositio de 600 sols, 
celle qui frappait la violation de l'immunité, et 
d'apprécier par là quelle garantie elle offrait à 
l'exécution des clauses de ce privilège. Nous 
aurons tout à l'heure occasion de faire valoir 
cette considération (§ 13). 

On se demandera peut-être si le fait de viola- 
tion de l'immunité, immunitas fracta^ entraînant 
la compositio de 600 sols, comprenait, avec les 
crimes et délits ordinaires exécutés dans le 

domaikie privilégié, damnum in immunitate foc- 

« 

3. Marcalfi formai., 1. I, n« 18. — Baluze, Capitularia, 
t. n, p. 386. 

4. Capital, m, an. 813, c 2. — Balaze, Capitularia, 1. 1, 
p. 511. 

5. Ripaar. lex, tit. 36, c. 8; Gapitulariam 1. III, c. 25 et 
1. V, c. 261. — Balaze, Capitularia, t I, p. 36, 759, 876. 

6. Capital. I, an. 819, c. 1; Capital., an. 829, Ut. m, 
c. 1; Capitalariam 1. IV, c. 13. — Baluze, Capitularia, t. I, 
p. 597, 669, 776. 

7. « 81 quis infira regnam rapinam fecerit... in triplo... 
c legibas componat^ et insaper bannam nostram, id est 
« sexaginta solides nobis persolvat. » — Capital., an. 826, 
cl.— Balaze, Capitularia, 1. 1, p. 647. 



HT VmiminL | 6. 45 

tem, les înfractkms ecHiimises par qui que ce fiftt, 
notamment par les oflfiders publics^ aux disposi- 
tioDB de la lettre d'kninunité. L'affirmative ne 
oottssendile pas douteuse, d'après la manière 
dont certaÎDS textes s'expliquent sur le privilège, 
en donnant à son application et aux pénalités que 
sa violation entraîne un caractère beaucoup plus 
^éral que cekd de punir des crimes et délits 
ordinanres^. La campositio de 600 sols frappe évi- 
demment toute infraction aux diqM>8itîons de 
Timmunité. L'opinion contraire n'infirmerait d'ail- 
leurs en rien les considérations que nous présen- 
tons sur le régime de Tinmiunité, notamment en 
ce qui touche l'exercice de la juridiction (§13). 

Un fait qui semblera peut-être singulier, c'est 
que la compasitio de 600 sols appliquée à la viola- 
tion de l'immunité, immunitas frçLCta^ ne soit pas 
stipidée dans les chartes constitutives du pri- 
vilège, et que la première mention qu'on en 

8. c Et hoc mstituimus ut emonitates... in omnibus sic 
f conservatas esse debeant, sicut est jussio... domini nostri 
« Karoli régis. • — Pippini régis Ital. Capital., an. 793, c. 8. 
— Balnze, Capitularia, 1. 1, p. 537. 

« PrsBdia... Deo... tradita... sab immunitatis toitione per- 
t petua finnitate perdurent... 3i quis contra hœc ^enerit, 
« componat sicut de immunitate constituimus. » — Garoli 
Imp. Gapitul., an. 814, c. 4. — Ibid., t. I, p. 520. 

« Que ipsius sanctas ecclesi® propria sunt, nemo... sibi . 
fl vindicare prsesumat. Quod si quisquam fecerit..., inunu- 
« nitatem ipsius ecclesise persoivat et bannum nostrum tri- 
c pliciter componat... »— Caroli Galvi imp. Capital., an. 877, 
c 3. — Ibid., t. n, p. 239. 



46 LA JirsnCB PltT<B 

trouve ne remonte pas plus haut que le conunen- 
cernent du ix^ siècle dans le capitulaire II de 
Tannée 803. On pourrait tout au plus inférer de 
là que cette sanction pénale de Tinununité» dont 
la réalité est d'ailleurs certaine, ne date pas de 
Tori^ne de Tinstitution, et que la nécessité ne 
s*en était pas fait sentir tout d'abord. 

La clause pénale de la camponUo de 600 sols 
introduite dans la législation de droit commun 
n'est nullement une des clauses constitutives de 
l'immunité, et donne seulement un supplément de 
force aux diverses dispositions du privilège, aux 
interdictions notanunent qui sont son essence 
même. Il ne peut y avoir aucune conclusion à tirer 
de là touchant le caractère reconnu de l'inmiu- 
nité, lequel, pour ce qui regarde particulièrement 
les juges ou officiers publics, est de protéger le 
domaine privilégié contre les entreprises et les 
excès de toute sorte que pouvait engendrer ou 
favoriser leur intrusion dans ce domaine sous un 
prétexte quelconque. 

La protection royale, defensiOj tuitio, dont la 
mention accompagne celle de l'immunité, immu- 
nitaSy dans beaucoup de textes, ne parait pas 
avoir un caractère particulier et précis, mais plu- 
tôt un caractère général et jusqu'à un certain 
point indéterminé, qui accentue simplement la 
situation créée par l'immunité. Il n'en est peut- 
être pas autrement, à un certain moment au moins, 
de la mundeburde royale elle-même, régis mutir 



BT L'llllIUlfIT<. i 6. 17 

deburdium ou mundeburdis. Gependant, en prii^ 
cipe, oemot se rapporte conmie celui d'mmunitas 
à un régime spécial parfaitement déterminé, sur 
lequel il convient de s'expliquer. C'est ce que nous 
ferons plus loin (§§ 15 à 48). On ne peut guère, 
d'après ces considérations, regarder comme abso- 
loment équivalents les mots mmunitaSy defmsio^ 
tfidto, mmndeiurdiufn dans les diplômes d'inunu- 
nité, où on les trouve parfois rapprochés pour la 
qualification du privilège. 

§ 7. — La troisième partie de la formule de 
l'immunité contient, avec la recommandation de 
garder l'obéissance due au souverain, imperio 
parère^ celle de prier pour son salut et pour celui 
de l'État, pro incolumitate nostra seu etiam totius 
imperii Deum exarare. Nous n'avons rien à dire 
ici de ces recommandations. Bornons-nous à rap- 
peler qu'elles peuvent, la prenuère tout particu- 
lièrement, être opposées à ceux qui supposeraient, 
et on l'a prétendu, que le privilège d'immunité 
avait pour objet et pour conséquence de concé- 
der l'indépendance à ceux qui en étaient investis. 

§ 8. — La quatrième partie de la formule de 
l'immunité, celle qui contient la concession des 
droits du fisc, jus fiscij est de grande importance. 
Ses dispositions sont de beaucoup celles de tout 
le privilège d'immunité qui ont eu les consé- 
quences les plus graves et les plus prolongées. 

XLYII 2 



48 LA JQSTIGB VUViB 

Cette ooDcession était comme le complément de ia 
mesure qui, parmi les interdictions énumérées 
dans la première partie de la formule, défendait 
aux officiers publics de venir dans le domaine de 
rimmunité pour y lever les freda et les tributa 
(§ 5). C'était là en effet pour une part notable, 
avec des revenus divers, ce qui constituait le droit 
du fisc, jus fiscif dont il est ici question. Ces 
revenus et produits de la justice et de Timpôt, 
qui ne pouvaient plus* être levés par les officiers 
publics, devaient l'être par le possesseur et par 
ses agents dans ses domaines, au profit du trésor 
royal auquel il était tenu d'en remettre le produit. 
On a la preuve qu'il en a effectivement été d'abord 
ainsi, et que le possesseur, avant d'avoir obtenu 
la jouissance de ces revenus, en devait compte au 
souverain^! Plus tard seulement, la concession lui 
en étant formellement faite, il en conserva les 
produits. Ces particularités s'accordent très bien 
avec le fait que la concession des droits du fisc 
est omise dans un grand nombre de diplômes 

1. Uq diplôme sans date de Ghildebert UŒ (v. 705 ou 706), 
pour Saint-Serge d'Angers, confirme à cette abbaye son pri- 
vilège d'immunité, avec Tinterdiction aux juges publics de 
percevoir dans son domaine les droits du fisc, dont la levée et 
la remise au trésor royal seront faites dès lors par Tabbé ou son 
missus. Deux diplômes de Dagobert III (713) et de Thierry lY 
(722), pour Téglise du Mans et l'abbaye d'Ânisole, leur con- 
firment l'immunité et leur concèdent la jouissance des droits 
du fisc jusque-là levés et transmis, est-il dit, au trésor royal 
par l'éTéque et ses missi, — Dom Bouquet, Recueil des kis^ 
toriens, etc., t. IV, p. 681, 688, 700, n*» 92, 100 et 116. 



HT h'mamnt. S S- 49 

d'immunité^. Une pente naturdie devait conduire 
le souverain à l'abandon de ces droits, que Féloi- 
gnement des officiers publics ne pouvait que lais- 
ser en scMiffranoe» et, de là, à leur ooncessioD 
formelle en faveur des privilégiés. Cette conces- 
sion s'explique d'autant mieux que les revenus 
cmrespondant à ces droits du fisc étaient vrai* 
semblablement d'abord peu considérables dans 
des domaines qui, à l'origine au moins, n'avaient 
probablement pas one très grande étendue. 

Bien des causes, comme on peut facilement s'en 
rendre compte, durent contribuer d'ailleurs à 
généraliser cette concession, ou formellement, ou 
par un consentement tacite. Sa mention dans les 
diplômes qui la contenaient prêta ultérieurement 
à des interprétations abusives, en vertu desquelles 
on en vint à tirer de cet abandon des revenus, 
modestes à l'origine, du jus fisci^ la prétendue 
concession du droit de juridiction, -^ nous le 
montrerons bientôt (§ 2S), — celle des regalia 
juta eux-mêmes pour en déduire la légitime pos- 
session de villes, de provinces entières, et jusqu'au 
droit de souveraineté enfin. Nous nous sommes 
étendu ailleurs sur l'appréciation de ces déve- 
loppements du privilège^. Il n'y a pas lieu de 
revenir ici sur ces considérations. 

2. Parmi les 196 diplômes d'immunité relevés dans le 
Gallia ehrùttana, 56 seulement contiennent la concession des 
droits du fisc. — L'Immunité, 1882, § 15. 

3. L'immiuniié, 1882, §§ 15, et 20 à 27. 



20 LA JUSTICE VmfiE 

Nous venons de rappeler les points essentiels 
mentionnés dans les quatre parties constitutives 
du privilège d'immunité. Nous l'avons fait briève- 
ment pouc conserver à leur ensemble Tunité d'as* 
pect qui correspond à leur groupement dans les 
formules et diplômes de concession ou de confir- 
mation du privilège. Nous allons revenir main* 
tenant sur quelques particularités qui les con- 
cernent» dont nous avons, au cours de cette 
rapide exposition, réservé Fexamen détaillé pour 
le faire à part plus librement. Ces particularités 
signalées en passant sont celles qui rc^rdent le 
caractère des freda^ la tenue des plaids et le 
régime de la mundeburde royale. 

lY. Les Freda. 

§ 9. *- Nous avons annoncé (§ 5) que nous 
aurions quelques éclaircissements à donner tou- 
chant les freday à propos de la manière dont il en 
est parlé dans un texte conunun à la loi des 
Ripuaires et à celles des Lombards ^ Les freda^ 

1. Nous avons déjà présenté, dans notre travail de 1882, 
quelques observations à ce sujet. Il nous semble cependant 
d'autant plus opportun d'y revenir aujourd'hui que nous nous 
étions, parait-il, assez mal expliqué alors pour donner à pen- 
ser que cette interprétation d'un cas particulier devait, sui- 
vant nous, s'appliquer aux freda en général, dans tous les cas 
où il en est question. 11 n'y avait dans cette appréciation qu'une 
méprise, à laquelle nous regrettons d'avoir pu induire un 
savant professeur, qui nous prend à partie à ce sujet dans 
un mémoire sur VimmuniU mérovingienne publié en 1883 



BT L'aaamni. S 9. 34 

suÎTant certains interprètes, seraient une amende 
due au fisc pour la violation du droit ou de la 
paix publique par Tanteur d'un crime ou d'un 
délit '. Dans le texte particulier que nous venons 
de mentionner, et qui forme le d^ap. 89 de la loi 
des Ripuaires', ainsi que Tun des articles ajoutés 
aux lois des Lombards par Gharl^nagne^, et le 
n"" XXXII des Excerpta de ces lois en Fan 804 ^, 
les freda se présentent, ce semble à première 
vue, avec une signification diffiirente. de texte en 
outre, dans ces trois versions et dans les nom- 
breux manuscrits qu'elles représentent, s'oSte 

par la Revue historique, M. Pustel de Goulanges n'avait pas 
reconnu, dans le texte que nous discutions, le chap. 89 de 
la loi des Ripuaires et une addition de Gharlemagne aux 
lois des Lombards, dont il ne soupçonnait, parait-il, pas les 
incorrections; et il avait pris ce texte pour une version arbi- 
trairement modifiée par nous, afin d*en tirer argument en 
faveur d'une conception dénuée de fondement, au lieu d'y 
voir, comme il y avait lieu de le faire, les données d'un pro- 
blème à résoudre. •— Revue historique, 1883, t. XXII, p. 284, 
note i ; et 1884, t. XXIV, p. 357 à 360; t. XXV, p. 356 à 358. 

2. Bignon relate dans ses notes cette opinion, sans paraître 
du reste s'y ranger : « Fredum Joacbimus Vadianus et 
c Amerpachius à Grermanicà voce frid deducunt, quasi dicas 
t violât» pacis pœnam,*, Quod quidem Germanis expenden- 
c dum reUnqno. • — Bignanii notm, dans Baluse, Capituta" 
ria, t. n, col. 880, 

3. Baluze, Capitularia, t. I, p. 52. •— Pertz, Monumenta 
Germ. hùtor. Legum t. V, fasc. 2, 1883. 

4. Legis Longobardorum libri très, 1. n, tit. 52, c. 13, 
éd. Lindenbrog, 1613. — I4ber papiensis Karoli. M. n« 125, 
éd. Boretius , dans Monumenta Germ. histor, Legum t. IV, 
p. 510. 

5. Baluze, CapUularia, 1. 1, p. 354. 



22 LA lusriCB nmriB 

avec des variantes qui dénotent d'assez graves 
altérations apportées à leur teneur originaire. 

Suivant le texte en question» il est défendu au 
juge public de lever les freda avant que n'ait été 
payée la campoHtio; et il est ordonne en outre 
que ce paiement soit fait en présence de témoins, 
non par le coupable, l'offenseur, mais par la 
victime, l'offensé, préalablement indenmisée ainsi, 
aux dépens de l'autre, afin d'assurer, est-il dit, le 
maintien de la paix : < Nec nullus judex fiscalis 

< de quacunquelibet causa freda non exigat, prius* 

< quam facinus componatur. . . Fredum autem non 

< illi (ille) judici tribuat cui (qi^) culpam com- 

< misit, sed illi (ille) qui solutionem redpit, ter- 
€ tiam partem coram testibus fisco tribuat, ut pax 

< perpétua stabilis permaneat. > Les corrections 
que nous proposons entre parenthèses sont justi- 
fiées par le rapprochement des textes donnés dans 
la loi des Ripuaires et dans celles des Lombards, 
et par les variantes fournies pour ces textes par 
les manuscrits. La principale d'entre elles est de 
plus confirmée par une glose citée dans l'édition 
de Boretius du Liber papiensis Karoli M., ainsi 
conçue : < Fredum autem non illi judici tribuat 

< êcilicet reus qui culpam commisit, sed ille qui 

< solutionem recepit. > 

On peut croire que ces dispositions ont pour 
objet d'assurer la paix ultérieure entre les parties, 
et tout spécialement la sécurité de celle des deux 
qui, ayant eu gain de cause, et qui, ayant été 



indasiDiflée, paye le fredum et par là s'aaaore 
garantie contre toute revendîcatîon ou yengeance 
de la part de cdle qui a été condamnée à Tin- 
demnifier. Ainâ s'expliquerait, disions-nous au 
paragraphe 9 de notre travail de 4888, le paie- 
ment des freda^ non par le coupable, mais par 
la victime^. 

Le contraste de cette singularité avec les con- 
ditions ordinaires du fredum nous avait suggéré 
la pensée qu'elle pourrait cmrespondre à un 
régime particulier, depuis plus ou moins long- 
temps di^Nuni, et dont il ne subsisterait plus 
que cette dernière trace. Dans tQUs les cas, nous 
semblait-il, le fredum serait le prix de la paix, 
paeis peeuniaj friedensgeld^ comme disent les 
Allemands. Dans les cas ordinaires, il s'agirait de 
la paix publique, violée antérieurement; dans le 
cas particulier auquel se rapporteraient les dis- 
positions spéciales de la loi des Ripuaires et des 
lois des Lombards, il serait question de la paix 
assurée ultérieurement entre deux parties, c'estr 
ib-dire d'une paix privée en quelque sorte. 



6. Montesquieu ansti, dont l'attention avait été attirée par 
l'article 89 de la loi des Ripuaires, considère ie fredum non 
eomme le prix de la paix violée antérieurement, mais comme 
celui de la paix assurée ultérieurement entre les parties ; il 
constate que, suivant cette loi, le fredum devait être versé 
au fisc, non par le coupable, mais par la partie adverse; tou- 
tefois, il se borne à mentionner cette singularité ^ et n'en 
fournit aucune explication (§ li, note 1). — Esijprii des Uns, 
1. XXX, c. 20. 



24 LÀ JUSTICE PHinfB 

§ 1 0. — Telle était Texplication à laquelle nous 
nous étions arrêté dans notre étude de 1 882. Elle 
ne nous satisfaisait pas complètement cependant^. 
Un nouvel examen du sujet nous en a fait conce- 
voir une autre qui, tout en tenant compte du texte 
singulier reproduit et dans la loi des Ripuaires et 
dans les lois des Lombards, aurait le mérite de 
ne rien changer à la signification ordinaire, ou 
pour mieux dire aux conditions habituelles du 
fredum. Dans ces conditions, le fredum est à la 
charge du cbupable. Suivant le texte en question, 
il doit être remis au fisc en présence de témoins 
par la partie ac^verse, préalablement indemnisée 
aux dépens du coupable qui lui a payé la compth 
sitio dont le fredum est le tiers. Au fond, le 
fredum est toujours ainsi une charge subie par le 
coupable, puisque c'est lui qui a dû payer la 
eompositio sur laquelle est pris ce fredum. 

Gomment expliquer maintenant, autrement que 
nous ne l'avions fait une première, fois, la subs* 
titution de la victime au coupable dans l'obliga- 
tion d'effectuer le paiement du fredum f Cette 

1. Cette réserve est exprimée dans ane lettre écrite à ce 
sujet, le 18 mars 1884, au directeur de la Rwue historique, 
et qui se termine ainsi : a Je ne me flatte pas d'avoir épuisé 
« la discussion. Loin de là. Je serais désireux, au contraire, 
t d'en voir proposer — une faute d'impression me fait dire 
« à tort d'avoir proposé — une explication qui serait, je le 
« déclare, plus satisfaisante'que la mienne, si elle permettait 
« de conserver au fredum, dans ce cas, de même que dans 
ff tous les autres, sa signification ordinaire. » — Revue histo- 
rique, 1884, tome XXV, p. 358. 



sT L'mmini. { 10. 25 

siibfitîtatioD résulte de la défense expresse au juge 
public de percevoir le fredmn avant que n*ait âé 
payée la compomiio; à quoi est jointe Tobligation 
dek percevoir, en présrâce de témoins, des mains 
de celui qui a reçu cette eompoiiHo dmit le fredwm 
est le tiers. Ces prescriptions pourraient bien 
avoir pour objet, entre autres dioses, d'empêdier 
le juge public de faire payer abusivement deux fois 
le fredum : une première fois directement par le 
coupable, avant paiement de la eampontio^ et une 
seconde fois par l'indemnisé, après le paiement 
de cette compoHtio. Cette explication nous a été 
suggérée par un article de la loi. salique où est 
mentionnés Taltemative de ce double mode de 
paiement du fredum*; ce qui donne à penser 
qu'un pareil abus était possiÛe et qu'on a eu par 
conséquent quelque raison de prendre des mesures 
pour le prévenir. De là, la prescription d'effectuer 
le paiement du fredum en présence de témoins, 
ce qui rendait difficile de l'exiger une seconde 

2. c £t si fredas antea de ipsa causa non fuerat datus, 
c dnas partes ille cnjas causa est ad se revocet, et grafio ter- 
« tiam partem obtineat. * ^ Lex salica, titre 52, § 3. ^ 
Baluze, Capitularia, t. I, p. 316. Cette version appartient 
à la Lex emendata de Gharlemagne, le dernier des cinq textes 
donnés dans Tonvrage de Pardessus, Loi saliqite, 1843. Les 
versions des quatre autres textes ne diffèrent pas d^une 
manière essentielle, au point de vue de la présente étude, 
de celle-ci, laquelle est, des cinq, la plus propre à être rap- 
prochée de Tarticle 89 de la loi des Ripuaires, ainsi que de 
l'article correspondant des lois des Lombards, qui sont du 
même temps, comme il est dit un peu plus loin. 



26 LA JUSTICE FinnfB 

fois» Ainsi s'expliquerait pour une part le texte 
singulier au premier abord que reproduisent et 
la loi des Ripuaires dans son article 89, et les lois 
des Lombards dans une des additions faites à ces 
lois par Gharlemagne (le n'' 125 du Liber papten-^ 
sis de Boretius). 

Reste à rendre raison de ce qui fait la prind- 
pale singularité du texte de loi que nous étudions, 
la substitution de la victime au coupable dans le 
paiement du fredum. H y a lieu de faire observer 
à cet égard que, la victime en possession préalable 
de la campositio prélevant sur celle-ci en présence 
de témoins le fredum^ on possédait ainsi tout à la 
fois, non seulement la preuve que celui-ci était 
acquitté, conune nous venons de le dire, mais 
celle encore que la campositio l'avait été aussi, et 
que le droit de vengeance dont elle était le rachat 
se trouvait par là éteint. Cette considération justifie 
le rôle imposé par la loi à la partie offensée, à 
la victime, à laquelle appartenait ce droit de 
vengeance authentiquement satisfait ainsi; elle 
explique en outre les derniers mots de Tarticle 
de loi, lesquels, sans cela, ne semblent se rappor- 
ter à rien de précis : c Ut pax perpétua stabilis 
c permaneat. » 

Ces appréciations étant admises, le texte en 
question ne dénoterait pas autre chose qu'une 
procédure particulière introduite dans la législa- 
tion ordinaire, sans y apporter au fond aucun 
changement notable. Ce serait une simple amélio- 



ET L'nonnmtf. S 40. ST 

raticm du régime en vigueur, une réforme de détail 
apportée à ki pratique usitée antérieurement. Ces 
vues nous semblent justifiées par ce double fait que 
le texte qui nous occupe, dans l'article 89 de la loi 
des Ripuaires, appartient à une époque relative- 
ment tardive, comme le dit Sohm dans son intro- 
duction à cette loi, où il établit que les articles 80 
à 89 de ceQe-ci constituent une addition du 
vm^ siècle à la rédaction originaire, laquelle serait 
des VI* et vo^ s.^, et que le même texte dans les lois 
des Lombards appartient aux additions de Char- 
lemagne, qui sont du même temps^. Ces indices 
dironologiques sont bien ceux qui conviennent à 
une innovation introduite après coup, comme nous 
le disons, dans des lois anciennes. Les considéra- 
tions qui précèdent sont de nature, ce nous 
semble, à donner une certaine valeur à la nou- 
velle explication que nous venons de proposer 
pour le texte qui nous avait arrêté. 

§11. — Quoi qu'on pense de nos hypothèses 
sur le petit problème dont il est question dans 
les deux paragraphes précédents, on voudra bien 
tenir compte à ce sujet de ce fait qu'aucune 
explication n'avait encore été tentée^ de la pres- 

3. Leœ Rilmaria, in editione R. Sohm. Introd. cap. I, §$ 5, 
6. — Mùnumenta Germ. hist Legum t. V, fasc. 2, 1883. 

4. Legis Longobardarum libri très, I. Il, tit. 52, c. 13. 
Lindenbrog, Codex leg. anUq., 1613, t. I, 652. — Liber 
papUnsU laroli M., n« 125. Monumenta Germ, hist. Ugum 
t. IV, 1868, p. 510. 

1. Montesquieu, qni avait remarqué, disions-nous tout à 



28 LA IVSnCI TÊXftE 

criptkm singulière de bire payer, non par le 
coupable, mais par la partie adverse, le freànm^ 
comme le veut le texte relevé tout à la fois dans 
la loi des Ripuaires et dans les lois des Lombards. 
Les dernières éditions de ces deux documents ne 
disent rien de plus à cet ^ard — quoiqu'un 
contradicteur ait prétendu le contraire (§ 68, 
note 1 ) — que celles qui les ont précédées. 

L'édition de la loi des Ripuaires donnée par 
Sohm en 1883 fournit, d'âpre les manuscrits, de 
nombreuses variantes qui prouvent assez la 
nécessité d'améliorer le texte que nous avons étu- 
dié et qui justifient les corrections que nous avons 
proposé d'y faire ; mais, ni dans l'introduction, ni 
dans les notes qui accompagnent le document, il 
n'est fait aucune mention de la substitution de la 
victime indemnisée au coupable condamné, pour 
le paiement du fredum. L'introduction ne parle 
pas du tout de l'article 89, où il est question de 
ce fait, et les notes 6, 7, 8, 9* qui se rapportent 
à cet article ne disent rien pour expliquer la sin- 
gularité qui forme la principale difficulté de son 
interprétation^. 

rheure, Tarticle 89 de la loi des Ripnaires, en avait très bien 
compris le sens littéral ; mais il n'avait fait aucune observa- 
tion sur la singularité de ses dispositions et n'en avait pro- 
posé aucune explication (§ 9, note 6). 

2. Ge qui est dit dans ces notes, c'est que l'article 89 est 
intimement lié à l'article 88, et qu'il a pour commune ori- 
gine avec lui une constitution royale (note 6) ; que, chez les 
Francs, la sonune saisie sur le débiteur récalcitrant allait 



R L^UUIIIJIIIÏ* S i4, M 

QBantaux lois des Lombards, bdenûère édîtîoD 
qu'on eo possède est œlle donnée par Bluhme et 
BcNretius en 4868*. La préface qui la précède ne 
dit rien de la question qui nous occupe, et le 
texte n'est accompagné d'aucune nc^e qui puisse 
nous éclairer à ce sujet. Boretius, éditeur du Liber 
pofiensis^ où se trouve notre texte, sous le n^ 125 
des additions de Gbarlemagne à ce recueil, Lege$ 
Caroli Magni^ a joint à cette publication des 
extraits d'une Expositio ancienne de. la loi, tirée 
d'un manuscrit de Naples du xi* ou du xn^ siècle, 
laquelle sert de commentaire perpétuel au docu- 
ment originaire. Mais cette ExpositiOy dans ce 
qu'elle dit de l'article 125 des additions de Ghar- 
lemagne, ne fournit non plus aucune explication 
de la singularité en question^. Boretius d'ailleurs 

ponr les deux tiers à la partie adverse, et pour an tiers, 
eomme flredum, au comte (note 7) ; que les mots illi (ille) 
qui solucionem recipit désignent la partie adverse (note 8) ; 
que le firedum était, chez les Francs, le tiers de la eampasitio, 
mais que chez les Ghameves il était autre (note 9). 

3. Monumenta Germanim hisiorica, Legum t. IV, 1868. 

4. VBxpositio ancienne publiée par Boretius ne contient 
pas autre chose, pour l'article 125, que des observations sur 
les variations de la compasiiio suivant la nationalité des inté« 
ressés; sur Tobligation de payer la oompositio avant le fre- 
dum, parce que, y est-il dit, dans le cas contraire, le fredum 
ayant été payé d'abord, il pourrait ne plus rester de quoi 
payer la eompositio — appréciation d'une valeur contestable 
— de sorte que la paix ne pourrait être rétablie entre les 
parties; sur la prescription.de payer le fredum par-devant 
témoins, pour qu'il ne puisse plus être réclamé par le fisc 
dans aucun cas ; mais il n'est rien dit de satisfaisant dans 



80 LA jusnoB nut^E 

donne d'après les manuscs'its pour le texte des 
lois des Lombards, comme Sohm le fait pour 
celui de la loi des Ripuaires, de ncmibreases 
variantes qui permettent d'améliorer ce texte et 
prouvent en même temps la nécessité de le faire, 
il reproduit en outre, avec ces variantes, une 
glose ancienne : c Judici tribuat sdlicet rêus^ i 
qui justifie tout particulièrement la principale de 
ces corrections. 

En résumé, les derniers éditeurs de la loi des 
Ripuaires et des lois des Lombards, pas plus que 
leurs devanciers, ne fournissent l'explication de 
certaines singularités relatives au paiement des 
freda, que contient le texte commun à ces deux 
codes de lois, dans l'article 89 du premier et dans 
l'une des additions de Gharlemagne au second. 
Ils démontrent d'un autre côté, par les variantes 
et glose qu'ils fournissent, la nécessité des amé- 
liorations qu'exige ce texte défectueux. Nous 
croyons suffisamment justifiées ainsi les correc* 
tiens que nous y avons apportées et les essais 
d'interprétation que nous en avons tentés. Les 
explications nouvelles que nous avions à donner 
à ce sujet nous ont retenu quelque peu; nous 
allons entrer maintenant dans celles que nous 
avons annoncées touchant la défense faite aux 



cette ExposiUo sur l'obligation transportée du coupable à la 
victime de payer le fredum; obligation qui étendait à la 
eompositio la preuve par témoins, assurée spécialement au 
fredum, que le paiement en avait été réellement effectué. 



ET L'mnjHnrf. S 44. SI 

juges pablks de tenir leurs plaids sur les terres 
de rinmuinité. 

V. Les Plaids. 

§ 4 S. — L'interdiction aux juges pubUcs de 
juger ou tenir leurs plaids sur les terres de Tim- 
munité (§5) mérite une attention particulière» 
parce que, depuis les travaux de Bignon au 
xvn* siècle, cette interdiction a été souvent consi- 
dérée, éL que de nos jours elle Test encore par 
quelques-uns, c(Hnme impliquant la suppression 
de la juridiction des officiers publics de justice, 
fudiees publia^ sur les hommes et les choses de 
Timmunité, avec l'institution à sa place d'une 
juridiction nouvelle, la juridiction privée, au pro- 
fit du possesseur privilégié et de ses agents ou 
officiers particuliers, Judices prwati. Pour décider 
de la valeur de cette appréciation, il convient de 
rappeler ce qu'était alors Texercioe de la juridic- 
tion, en droit commun, et d'examiner ce qu'elle 
devient au sein de l'immunité. En rapprochant 
l'un de l'autre les deux régimes, on se fera une 
idée de ce que le privilège de l'inununité aura pu 
introduire de nouveau dans l'administration de 
la justice, s'il a en effet innové à cet égard. 

En droit commun, la juridiction appartenait 
aux officias publics de justice, judices publid, 
qui l'exerçaient sur les hommes de toute condi- 
tion. Ces honunes, de condition diverse, sont 
signalés par catégories dans un texte qui explique 



•8 Li insnci nsHà 

Gommeiit les mis et les autres devaioit être maiH 
dés an plaid do ocHOte, et, s'il y avait lieu, omh 
traiots d'y comparaître. Ce sont les homiiies 
libres, liberi hamineSy les hommes da fisc, fisea- 
lini, les hommes d'immunité, colani de immunir 
taJte^ les hoomies de corps enfin, sertn^. 

I. f De iliis liberis honUnibus qui infomes vel damodici 

« flont..., si... res et mancipia vel mobile habent, fiât de illis 
c sicut in quarto libre capitalar., c. xxix didtur, cum ad mai- 
c Inm comitis venerint. 81 autem ad maiiam non venerint 
c banniantnr (et per res et mancipia vel mobile distringan- 
« tur) ut veniant.. Et si post secundam comitis admonitio- 
« nem ad mallum venire noluerint, rébus eorum in bannum 
c missis, venire et justitiam reddere compellantur... Et qui 
c res et mancipia vel mobile non habent, per qnœ distringi 
c possint ut ad mallum veniant,... post secundam bannitio- 
« nem comitis, si ad mallum non venerint comprehendan- 
c tur secundum... capitulare libri lU, c. lxi... (quicumque... 
c comprehenderit nullum damnnm ezinde patiatur)... Si 
a vero taies... ad mallum addud non potuerint in forban- 
c nnm mittantur... Si autem fisoalinus noster ita infamis 
c in fiscum nostrum confugerit, vel colonus de immunitate 
c in immunitatem confugerit, mandet comes judici nostro 
c vei advocato cnjuscumque casse dei ut talem infamem 
c in mallo suo prsBsentet... Si autem judex... vel advo- 
c catus... non praesentaverit, fiât inde secundum capitulare 
a libri m, c. xxYi, (ad tertiam inquisitionem comes ipse 
« bominem ubicumque, etiam in fisco aut immunitate quœ- 
« rat). Et si servus alicujus ita clamosus est, comes dominum 
c servi commoneat ut eum in mallo prœsentet... Si autem 
« doiûinus servi eundem... comiti in mallo preesentare nolue- 
« rit, fiât inde secundum capitulare libri m, c. xxvi (ad 
« tertiam inquisitionem comes ipse bominem ubicumque 
« etiam in fisco aut immunitate quserat). » — Garoli Câlvi 
titul. XLV, an. 873, c. 3. — Baluze, Capitularia, t. II, 
p. 228. -* Si l'on ne possédait que ce texte, on pourrait 



R L'i]fiiimiT<. s 42. M 

Les juges publics exerçaient leur juridiclioa 
dans des plaids de deux sortes : les grands plaids» 
placUa majora^ tenus solennellement au mallian 
dans des lieux déterminés, m€Ulidicia loea; les 
petits plaids, placita minora, tenus exceptionnel- 
lement, suivant le besoin, dans des lieux quel- 
conques, sauf dans les églises, à la ocmdition 
toutefois que le possesseur du lieu le permit, si 
œ lieu avait un maître particulier autre que le 
juge public lui-même*. Cette dernière prescrip- 
tion ne semble pas différer beaucoup, il est bon 
de le faire observer, de Tinterdiction formulée 
dans rimmunité. Un texte de cette interdiction 
que nous citons plus loin (§13, note 3) justifie 
cette appréciation, en montrant que Timmunité 
n'a pour objet, en fait de justice, que d'empêcher 
le juge public d'établir son siège dans un lieu 
appartenant au domaine privilégié. 

croire, à la manière dont il est rédigé, que le comte n'avait 
juridiction sur les hommes de fisc ou d'immunité que pour 
les crimes commis hors du territoire privilégié. Un autre 
texte que nous donnons plus loin (§ 13, note i) ne permet 
pas de douter qu'il ne les jugeât également pour les crimes 
commis dans l'immunité, et dans le fisc aussi dût-on t^roire 
par analogie. 

2. c Mallus... neque in ecclesià neque in atrioejns habea- 
c tur. Minora vero placita comes, sive intra suam potestatem, 
« Tel ubi impetrarepotuerit, habeat. > •— Gapitul. I, an. 819, 
c. 14; Gapitularium 1. IV, c. 28; Garoli Galvi titul. XLV, 
an. 873, c. 12. Baluze, CapHuiaria, t. I, p. 603, 782; t. II, 
p. 233, 1193. — Lez Longobard., 1. U, tit. 55, c. 26, édit. 
Lindenbrog, Cod, legum antiq,^ 1613, t. I, p. 662. 

XLVII 3 



M u iirtTfCB nvri% 

A ces plaids, grands et petite, tenus par les 
officiers publics, étaient, sauf le cas de nuinde- 
burde royale doat nous parlerons tout à Theure, 
débattues et jugées, sans distinction des choses 
d'ordre civil et de celles d'ordre criminel, les 
affaires qui pouvaient concerner les hommes libres 
et francs, soit directement, parce qu'ils y étaient 
personnellement en cause, soit indirectement, 
parce qu'elles regardaient leurs hommes, libres 
et non libres, dont ils étaient responsables^, étant 
tenus en conséquence de répondre pour eux ou 
bien de les amener devant le comte au mallum^. 



3. Ci-après, note 6, texte 2. 

4. La responsabilité du maître pour ses hommes est clai- 
rement exprimée dans le texte suivant : « Ut servi... qui... 
« terram ecclesiasticam coiunt... si... de aliquo crimine 
c aocusantur, episcopus primo compelletnr; et ipse per advo- 
c catum suum secundum quod lex est; juxta conditionem 
« singularum personarum justitiam faciat... Gaeteri vero 
« homines qui vel commendationem vel beneficium eccle- 
« siasticum habent, sicut reliqui homines justitiam fadant. » 
-~ Garoli Magni Gapitul. excerpta ex Loge Longobard. circa 
an. SOI, c. 20. — Baluze, Capitularia, 1. 1, p. 352. — Dans 
ce texte, la locution justitiam facere (sicut rêliqui homines] 
ne signifie pas juger, mais faire droit, et correspond, comme 
l'expression eompeUetur, à la situation non d'un juge, mus 
d'un justiciable. Nous citons plus loin quelques exemples 
encore de la locution justitiam faeere dans la même accep- 
tion (§ 14, notes 2, 3, 4, 5). 

5. L'Immunité, 1862, § 12. Aux exemples cités dans ce 
travail, on peut ajouter les suivants : 

< Quicumque servum criminosum habuerit, et eî judex 
c rogaverit ipsum prœsentaro et noluerit, suum widrigil- 
« dum omnino componat. » — Decretum Ghiideberti circa 



Les affaires étaient d'ailleurs dassées d'après leur 
caractàre et leur importaQoe ; ou les distinguait 
en eoMm majores et cous» minores*» Les prasûères 

aiL 595, c. 10. Balaze, O^inMaria, t I, p. 19. -«* Gf. QiSDli 
GalYi Utul. XLY, c 3. Baliue, CapUularia, t, II, p. 2^. 

c Si gais... de potentioribus senris... de crimine habetnr 
c saspectns, domino secretiùs cmn testibufi condioatar, ni 
c iuta XX noctes ipsom uite jadieem debeat pnMeDtue. 
f Quod si... non fecerit, dominos status sni jnxta modom 
c cnlpae inter fredum et faidum oompensabitur. » — Ghlo- 
tharii II decretio circa an. 595, c. 9. — Balnze, Capitularia, 
U I, p. 20. 

c De ]îhens hominibas qui super aiterius res résident et 
« usqne nanc a ministris reipublicœ contra legem ad placita 
s protrabebantar et ideo pignorabantur, constitaimus ut 
t secandum legem patroni eorum eos ad plaoitum adducant. > 
-^ Lndovici II Ck>nYeotu8 Ticinensifi ni an. 855, c, 3. — 
Pertz, Monumenta Germ. hist. Legum, t. I, p. 435. 

6. c De farto, Yei de minoribus causis statuimus, si ille 
i cajus causa faerit jurata dicere voluerit quod ille qui jura* 
f ^t se Bciente perjurasset^ vel campo vel cnice contendat... 
c De majoribus vero causis lex qu» a longo tempore fuit 
« observetur. » — Karol. imp. in lege Longobard. lib. II, 
tit. LV, c. 25, édit. Lindenbrog, Cod. Uffum antiq., 1613, 
t, I, p. 661. 

c Ipsi (Hispani profugi) ... pro majoribus causis, sicut 
€ Bunt bomicidia, raptus, incendia, deprèdationes, oiem** 
« brorum amputationes, furta, iatrocinia, alienarum rerum 
c invasiones, et undecunqne à yicino suo aut criœinaliter 
I aut ciTîliter fuerit accuaatus et ad piacitnm venire jussus 
c ad comitis sui mallum... venire non récusant. Gceteras 
c vero minoras causa» more guo... inter se mutuo définira 
I non probibeantur. » — • Ludovici Pii pnecept. I, circa 
an. 815, c. 2. — Baluze, CapUul^ria, U I, p. 550. 

c Quispiam eorum (Hispanorum profng.).., alios hami**' 
c nés... adtraxerit... in portione sua (adprisioiie)... lioeat 
c ilU eos distringere ad justitiSA faciendas, quales ipsi inter se 



36 LA JUSTICE PRIVEE 

appartenaient nécessairement à la juridiction du 
comte ou juge public ; parmi les autres se ran- 
geaient les a&ires de minime importance relevant 
d'une juridiction d'ordre secondaire qui pouvait 
être laissée aux grands possesseurs. 

 la responsabilité et aux obligations du maître 
correspondaient en effet un droit indispensable de 
contrainte, et même une juridibtion inférieure, la 
juridiction patrimoniale, exercée sur ses hommes 
par lui et par ses officiers particuliers. Telle était 
la situation d'un grand possesseur ayant sur sa 
terre, et dans sa dépendance par conséquent, des 
honunes de condition servile tout à la fois et des 
hommes libres qui, n'ayant pas de domaine 
propre, vivaient avec son agrément sur le sien, 
placés ainsi comme ses hommes propres sous son 
mundium. Le mundium était une sorte de patro- 
nage légal doublé d'autorité, fondé sur les cou- 
tumes traditionnelles les plus anciennes. 

On voit ce qu'était en droit commun la justice 
exercée en principe sur tous par les comtes ou 

c definire possunt. Gœtera Yero judicia, id est criminales 
c actiones ad examen comitis reserventur. » — Idem, c. 3. 
— Baluze, Capitularia, 1. 1, p. 551. 

c Ut nisi pro tribus criminalibus actionibus, id est homi- 
c cidio, rapto et incendie nec ipsi (Hispani profug.) nec 
c eorum homines a quolibet comité aut ministro judiciaris 
« potestatis... judicentur aut distringantur. Sed liceat ipsis 
c secundum eorum legem de aliis hominibus judicia termi- 
c nare et... de se et de eorum hominibus secundum pro- 
c priam legem omnia mutuo definire.- > — Garoli Galvi 
Titul. VI an. 844, c. 3. — Baluze, Capitularia, t. U, p. 27. 



R L'nonnmtf. S 42. 37 

juges publics; mais, exceptionnellement dans les 
grands domaines, partagée entre eux, pour les 
causes qu'ils retenaient, et les possesseurs, pour 
celles qui étaient laissées à leur décision comme 
relevant de la justice patrimoniale. 

§ 1 3* — Sous le régime de l'immunité, les traits 
essentiels de cette situation persistent. Le pos- 
sesseur privilégié est toujours justiciable des juges 
publics et tenu de comparaître devant «eux, soit 
pour lui-même, soit pour ses hommes libres et 
non libres, ou bien de conduire ces honunes à 
leur plaid^ dans certains cas (§12). On a des rai- 
sons de penser que le comte pouvait d'aiUeurs, 
sans violer l'immunité, saisir lui-même sur le 



1. « Ut latrones de infra emanitatem a judice ipsim 
« emunitatis in comitis placito pnesentontur. Et qui hoc 
t non fecerit i)eQeficium et honorem perdat. Similiter yassi 
c nostri... » — Gapitularium I. Y, c. 195. fialuze, Capi^ 
tularia, i. I, p. 860. -- Cf. GapituL, an. 779, c. 9; Gapitnl. 
excerpt. ex lege Longob., c. 18; Gapitularinm add. IV, 
c. iîS. Baluze, Capitularia, t I, p. 197, 851, 1220. — 
Lex Longobard., 1. II, lit. XL, c. 3, édit. Lindenbrog, Cod. 
Ug. arUiq,, 1613, 1. 1^ p. 636. — Ce texte concerne Texer- 
cioe de la juridiction du comte ou officier public sur les 
hommes de l'immunité pour les causes réservées à sa 
compétence, causa me^ores. Pour ce qui est de Timmu- 
niste, c'est-à-dire du maître lui-même, en parlant plus loin 
de la mundeburde royale, nous citons des textes d'où res- 
sort la preuYe que, malgré l'immunité, le possesseur privi- 
légié restait soumis à la juridiction des juges publics, puisque 
dans les cas exceptionnels il pouvait, en vertu de cette mun- 
deburde, réclamer, pour y échapper, le jugement du roi 
(I 16). 



3â LA n&ncE nstti 

territoire privilégié rhonmie qa'on aurait refusé 
de lui livrer^. La juridietion du comte sur le pri- 
vilégié et ses hommes subsistait donc malgré Tim^ 

2. c Si quis in immunitate âamnum aliqnid feoeiit, soli-* 
c dis DG culpàbilis judicatur (aiias : dg solid. composât), 
c Si autem homo furtiim aut homicidium fecerit, vel 
« quodlibet crimen foras committens infra immnnitatem 
• fagerit, mandei cornes vel episoopo, vel abbati vel vioe- 
c domino... nt reddet ei reum. Si... eum reddere noluerit,... 
« ad tertiam inqnisitionem... damnum... solvere cogatur. 
t Et ipse cornes veniens licentiam habeat ipsnm hominem 
c infra immunitatem ^œrendi, ubicnnqne eum invenire 
a potuerit... » Capital., an. 803, n, c.2; Gapitularium 1. V, 
c. 263; 1. VI, c. 291. — Baluze, Capitularia, t. I, p. 387, 
876, 972. — Ce texte, où sont visés snecessivement les 
faits accomplis an dedans et au dehors de Timmanité, oon- 
ceme : l® tout homme qui aura commis dans Timmunité 
un crime, furtum aut homicidium, dont le jugement appar- 
tient au comte; 2* tout homme qui, ayant commis un crime 
quelconque, quodlibet crimen, hors de l'immunité, s'y sera 
ensuite réfugié. Il est difficile de croire qu'il doive être 
interprété différemment, d'après certaines variantes (Lex 
Longob., 1. n, tit. XL, c. 4; Garoli Galvi, tit. XXXVI, 
c. 18; Gapitular. 1. lU, e. 26), et qu'il vise exclusivement 
les crimes commis au dehors de l'immunité. Quant à la per- 
sonne du coupable, peut-on admettre que ces dispositions 
ne concernent que celui qui était étranger à l'immunité , de 
sorte que le comte ne pût saisir que celui-^ci, en cas de refus 
de le lui livrer ; et que le maître pût soustraire à sa pour-' 
suite ses hommes propres, qu'il était tenu cepeùdant de livrer 
à sa justice, suivant le texte donné au commencement de la 
note précédente? Quoi qu'on en pense, ce dernier texte suf- 
firait, en tout cas, à la justification de notre thèse, que l'im- 
munité n'empêchait pas les hommes du domaine privilégié 
de rester soumis à la juridiction des juges publics pour les 
causes qui dépassaient la compétence de la juridiction patri- 
moniale. 



R L*nnniifiTf. § 43. 3t 

nmnîté, Umte réserve fiiite cependant pour leè 
oonséqoenoes de la mnndeburde royale dont il va 
être question* Cette exception de la mundeburde 
royale était au reste d'usage ancien et antérieure 
an régime de l'imoiunité, avec laquelle on voit 
néanmoins la mundeburde, après certaines modi- 
fications de ses conditions originaires, se mêler à 
la longne et se confondre en quelque sorte 

Le juge public continue ainsi de juger et le pri- 
vil^é et ses hommes, mais il ne peut toutefois, 
pour le faire, tenir son plaid sur les terres défen- 
dues par le privilège. En droit conmiun déjà, 
nous Tavons fait remarquer, il en était à peu près 
de même, le juge public ne pouvant tenir son plaid 
sur un domaine particulier sans la permission du 
possesseur (§ 12). Le droit que celui-ci avait 
incontestablement de la refuser n'impliquait assu- 
rément pas, il est bon de le faire remarquer, celui 
de supprimer ainsi ou de suspendre à sa volonté la 
juridiction du juge public ; d'où l'on peut conclure 
que l'interdiction formulée pour le même objet 
par l'immunité ne devait pas plus avoir, quoi 
qu'on en ait dit, cette conséquence, que l'on veut 
bira à tort considérer comme forcée en quelque 
sorte. 

L'interdiction absolue qui résulte de l'immu- 
nité ne semble pas, à première vue, différer beau- 
coup de la prohibition de droit commun. Il y a 
grandement lieu cependant de tenir compte à cet 



40 LA lusncE PKirfE 

égard d'une distinction très réelle qu'il conviait 
de faire entre l'interdiction absolue de tenir le 
plaid dans le domaine privilégié, laquelle résulte 
de l'immunité, et celle beaucoup moins complète 
qui, en droit commun, laisse au juge public la 
faculté de l'y tenir, sous la condition de l'assenti- 
ment du possesseur. Cette distinction n'est pas 
aussi spécieuse qu'on pourrait être tenté de le 
croire ; car il y a loin de l'interdiction formelle de 
tenir le plaid dans ces conditions, à une simple 
défense de le faire, mitigée par la faculté d'y 
échapper moyennant la formalité d'une autorisa- 
tion que le juge public pouvait bien, en mainte 
circonstance, ne pas même daigner demander, et 
qu'en tout cas il eût été peut-être parfois difficile 
de lui refuser, s'il la demandait. C'était là cepen- 
dant déjà quelque chose. Mais l'introduction dans 
le privilège d'immunité d'une interdiction absolue 
conforme du reste à la défense, qui était de droit 
commun, avait en fait une incontestable impor- 
tance. 

Il était paré ainsi dans une certaine mesure aux 
abus qui résultaient de la violation trop facile et 
probablement fréquente — on ne saurait en 
douter — des prescriptions de droit commun 
destinées à protéger le domaine et les droits du 
grand possesseur. Mais ce premier résultat de 
l'inununité devait être encore notablement aug- 
menté, et l'efficacité de l'interdiction ainsi formu- 
lée considérablement renforcée par l'introduction 



R i.'nDfimflrf. S ''8. 44 

de la eampositio de 600 soi», édictée en outre contre 
toute iriolatîon de rimmunité, tmmtmîtat fraeta 

(§6). 

Voilà quelle est la ^signification, voilà quelle est 
k p<»rtée de la dause du privilège, nec ad causas 
waàiendas ingredi. C'est la consécration, avec un 
accent plus prononcé, d'une disposition de droit 
commun, ayant pour objet de protéger le domaine 
privé contre l'intrusion abusive des juges publics, 
intrusion déjà refrénée par la législation ordi- 
naire, mais absolument interdite en cas d'immu- 
nité, et finalement frappée par une pénalité spé- 
ciale de gravité exceptionnelle, qui ne se fit pas 
beaucoup attendre et ne dut pas rester sans ^et. 
On comprend d'ailleurs quelles charges, quels 
abus et excès de tout genre pouvaient sans cela 
résulter d'une facilité laissée aux juges publics 
de s'introduire par cette voie dans les domaines 
privés; sérieux inconvénients auxquels coupait 
court le privilège de l'immunité, sous la garantie 
d'une campositio énorme en cas de violation du 
droit (§ 6). 

A cela se boroait l'innovation. C'était beaucoup; 
mais il ne résultait immédiatement de là ni sup- 
pression ni même modification essentielle de la 
juridiction des officiers publics de justice, à 
laquelle rien n'était changé que la faculté, dès 
.lors supprimée, de tenir, moyennant permission, 
leurs plaids dans le domaine privilégié. Il n'en 
résultait, pas plus que du refus permis en droit 



4i u luancs pih^e 

ooimnun au propriétaire d'empêcher la tenue dea 
plaida aur son terrain, la auppreasion de la juri** 
diction ordinaire. Il n'en résultait surtout nulle 
introduction d'une juridiction nouvelle au profit 
du possesseur investi de l'immunité, dont la juri- 
diction patrimoniale n'était augmentée en rien, 
mais simplement raffermie et sauvegardée; son 
exercice habituel étant ainsi affrandû de la gène 
et des entraves que l'intrusion des juges publics 
aurait pu y apporter. L'interdiction faite par l'im- 
munité aux juges publics de tenir leurs plaids 
dans le domaine privilégié n'allait pas plus loin. 
Me ne portait donc nullement sur le droit de 
juger en général, pas même sur celui de juger en 
particulier telle ou telle nature de causes; elle 
portait simplement sur le droit de le faire dans 
un lieu dépendant du domaine privilégié. 

Cette signification de l'interdiction est déter- 
minée avec une incontestable précision par le 
texte d'un diplôme de 697, grâce à une variante 
de forme qu'il contient dans la définition de l'acte 
interdit. Il y est dit, non pas que le juge public 
ne pourra pas juger, mais qu'il ne pourra pas 
avoir un lieu pour le faire, dans l'immunité^; par 
où l'on voit clairement quel'inmmnité n'a d'autre 

9. ff Neqtie uilus jadex pnblioas neque officialis ejne ad 
c judicandam vel distringendiim locum ibi habere audeai. ■ 

— Ghildeberli régis privilegium Gaëoldo Yiennensi episcopo 
et Ephibio abbati, de villa Geniciaco, concessum, an. 697. 

— lyAchery, Spieilège, iû-4% t. XII, p. 103. 



objet, ea œ qui concerne k justice, que d'em- 
pédier le juge d'installer son »ège dans un lieu 
dépendant de l'immunité, ce qui n'implique mA* 
lement impossibilité de siéger ailleurs pour exer* 
cer sa juridiction. Tout au contraire, pourrait-on 
dire. L'existence de cette juridiction n'était donc 
aucunement mise ainsi en question. Ces considé- 
rations font évanouir les conclusions qu'on a par^ 
fois tirées de l'interdiction de tenir les plaids dans 
le domaine privilégié pour étayer le système qui 
fait venir de l'immunité la justice privée. 

L'exist^fice signalée dans la précédente discus» 
son de la justice patrimoniale, indépendante de 
l'immunité et antérieure à son institution, implique 
nécessairement l'existence antérieure aussi des 
juges privés ou agents particuliers des posses- 
seurs chargés d'exercer cette justice patrimoniale. 
Le r6lc judiciaire de ces officiers et la juridiction 
qu'ils exercent dans ce cas n*ont aucun rapport 
avec l'immunité» Il ne suffit donc pas de trouver 
dans un texte la mention des juges privés avec un^ 
r5le judiciaire quelconque, pour conclure de là à 
l'existence d'une juridiction privée procédant de 
l'inununité, puisqu'il peut n'être question dans ce 
cas que de la juridiction patrimoniale qui est tout 
autre chose. Ces observations démontrent l'inanité 
d'une argumentation fondée sur ces appréciations 
et souvent invoquée, à tort on le voit, pour établir 
que la justice privée vieni de l'immunité. Nous 
aurons occasion de le rappeler ultérieurement. 



44 LA JUanS FUT^B / 

§ 14. — Les obeervatîoDft. qui terattDent le 
paragraphe précédent montrent qu'on ne saurait 
consîdérar certains actes de juridiction inférieure 
exercés de tout temps par les agents des grands pos- 
sesseurs* soit laïques, soit ecdésjastiquesi comme 
impliquant la substitution de la ju^ce' privée à 
la justice publique par suite de Tinummité. On a 
sans plus de raison, pour arriver aux mêmes 
conclusions, attribué souvent le caractère d'actes 
de juridiction à ce qui avait une tout autre signi- 
fication, chaque fois par exemple qu'on trouvait 
le rôle de ces agents particuliers qualifié à l'aide 
de la locution justitiam facere^ ou de quel- 
qu'autre analogue. Cette remarque nous amène à 
fournir quelques explications sur cette locution 
pour n'avoir pas à y revenir chaque fois que nous 
rencontrerons ces appréciations. 

La locution justitiam facere signifie quelquefois 
juger, jtêdiearej judicmm facere; mais elle signifie 
parfois aussi faire droit, rectum ou judicatum 
facere^ s' exécater conformément au droit ou à la 
sentence du juge. Nous avons eu déjà occasion de 
nous expliquer sur cette double signification ^ . De 
nouvelles investigations nous ont mis en posses- 
sion d'arguments, c'est-à-dire de preuves que 
nous n'avions pas encore à ce sujet. Nous laissons 
de côté les textes où justiciam facere peut signi- 
fier judicare; le sens de ceux-là n'est cpntesté 

1. L'ImmuniU, 1882, § 30, note 1. 



n L'mnnifnf. § 14. 45 

par personne. Parmi ceux où Ton doit, croyons- 
nous, interpréter la locution dans le sens de rec^ 
ttm ou judieatum facere^ il en est qui pourraient 
sembler d'une signilBoation amlngué ; mais il en 
est w^j et il est bon de les rapprocher des 
autres, qui ne permettent aucune incertitude, et 
où le sens que nous croyons devoir leur attribuer 
est évident, c'est-à-dire nécessaire et forcé, sous 
peine d'absurdité. Nous en avons relevé plusieurs. 

Dans un de ces textes^, il est question de deuf 
individus, Tun devant recevoir, et l'autre, payer 
le prix de la faida^ qui sont les parties adverses 
engagées dans la même affaire. Celui des deux de 
qui il est dit qu'il ne veut ni racheter la faida, le 
droit de vengeance de l'autre, nec pro faida pre- 
tium solvere^ ni faire droit, nec justidam exinde 
facere^ est incontestablement un justiciable et 
non un juge. Justiciam facere ne peut donc pas 
signifier ici juger, mais signifie certainement reo- 
tvm ou judieatum facere. 

Dans un autre texte', il est parlé de refus et 



2. « Si qaîs pro faida pretium recipere non volt... eum 
ff dirigemus ubi damnom minime possit facere... Et qui pro 
« fidda pretium Bolyêre nolaerit, nec jastitiam exinde facere, 
« in tali loco eum mittere Tolumus ut pro eodem majus 

• damnum non crescat. » — GapituL, an 779, c. 22.— Baluze, 
Captularia, t. I, p. 498. 

3. c Ut ubicnnque misai nostri... quemlibet quocunque 
c honore prœditum invenerint qui justitiam facere noluerit 

• 7€l prohibuerit... » — GapituL, an. 793, c. 13. — Baluae, 
Capitularia, t. I, p. 545. 



4ft u fvnum fvtriB 

même d'empèchemeiit sqpporlé à oe que justice ne 
soit faite. Ce texte itérait assurémeot difliçile à 
comprendre si Ton voulait y voir un jug«^ coupable 
de ne pas vouloir juger ou d'empèdier de juger. 
Il s'explique au contraire tout naturellement s'il 
s'agit non d'un juge, mais d'un justiciable, de 
qudque rang qu'il fôt, qui refuserait ou empè* 
dierait de faire droit, c'est^-^re d'exécuter un 
jugement. Ici encore, jwtidam /a<^6 signifie 
nécessairement rectum pu Judicatum faœre. 

Ailleurs^, les comtes et les centeniers sont 
diargés d'obliger les gens à faire justice, jusHUam 
facere. Il s'agit évidemment pour ces officiers de 
contraindre tout le monde, non pas à juger, mais 
à faire droit ou justice en se soumettant aux juge- 
ments. Dans ce texte, justitiam facere signifie 
donc également rectum on judicatum facere. Nous 
avons cité précédemment (§ 4SI, note 4) un spé- 
cimen encore de la même locution dans cette 
acception, à la date de 30f , 

Ces exemples suffisent, çroyons-nous, pour 
démontrer que, dans la langue des Gapitulaires, 
la locution justitiam facere peut signifier non seu- 
lement juiicare^ mais encore, en certains cas, 
rectum eu judicatum facere. C'est ce dernier sens 
que nous lui donnons, concurremment avec le 
sens judicarcj dans plusieurs autres textes aux- 

4. c Ut comités et ce^tenarii omnas ad justitiam fi&cien« 
« dam campellant... » ^ Capital., an. 802, c. 25. -^Baluze, 
Capitularia, t. I, p. 370. 



If h'tmmatt. S 44. 47 

qods ncm qoub bornons ici à renvoya, sans le» 
citer m esUenso^. 

La locution justitiam faeere se retrouve sous ]• 
fonne justitiam redàerê^ avec le sens rectwi^ ou 
jnéieatum facere dans une autre locution un 
peu phis complexe qui n'a jamais été, que nous 
sachionB» bien comprise, dans la locution jtêêtitiam 
perdpere et reddere (faeere) ^. Cette locution, dans 
cette forme et dans d'autres aoalogueSt signifie, 
croyoDSpiious, rectum ou judicatum accipere et 
reddere alt^nativemeiA, soit comme demandeur, 
scHt coomie défendeur, soit comme ayant eu gain 
de cause, soit comme condamné, dans une a&ire 
judiciaire; ce qui te rapporte, dans ces divers 

5. GapUul.,aii. 779, c. 2i ; Capitol., an. 793, c. iO;Gapîtul., 
an. 800, c. 52; Capital., an. 802, c. 13; Capital., an. 815, c. 3; 
Capital., an. S49 V, c 23; Gapitiilarium additio IV, c. 139. 
-- Baliue, Capitularia, 1. 1, p. 198, 544, 338, 366, 551, 617, 
1222. — Additio Caroli M. ad legem Longobard. Tit. XLIV, 
c. 2, èdit. Lindenbrog, Cod, legum antiq,, 1613, t. I, p. 642. 

6. Tous ceux qai ont interprété la locution en question 
aWt pas bétité à faire de justUiam reddere l'équivalent de 
justitiam faeere, mais avec le sens inexact de juger, dans le 
texte notamment si souvent cité : c Episcopi vel potentes... 
etc., 1 de Tan 615, donné un peu plus loin dans la note 9 du 
présent paragraphe. On trouvent la locution avec la forme 
justidam faeere i^mt justitiam reddere, dans un autre texte 
de 812, reproduit également ci-après, note 10. Quant au 
sens propre de justitiam reddere ponr jwtitiam faeere, il est 
nettement déterminé par la locution justitiam reddere compel" 
lantur (infâmes et damodiot), qu'on trouve dans la première 
partie d'un texte cité ci-dessus, g 12, note 1, et par le rappro- 
chement des textes cités dans les notes 9 et 10 du présent 
paragraphe. 



48 Li JvsnGB FirnfB 

cas, à la condition de justiciable et non à celle 
de juge. Nous avons des textes qui ne pera^ttent 
pas, ce nous semble, de douter que tel ne soit le 
sens de la locution en question. 

Le premier de ces textes est fourni par une for- 
mule relative aux délais accordés en justice à un 
absent, de qui il est dit qu'à son retour les causes 
qui le concernent seront reprises par lui, soit à 
titre de défendeur, soit à titre de demandeur, 
suivant le cas*^. Il ne s'agit évidemment pas pour 
rintéressé de prendre ici le r6le de juge dans sa 
propre cause. 

Dans un second texte emprunté à un diplôme 
donné en 845 par Temp^^ur Lothaire à l'abbaye 
de Novalèse^, il est dit que les hommes de l'ab- 
baye, pour tout crime, doivent, suivant le cas, 
rendre ou recevoir justice, c'est-à-dire être pour- 
suivis ou exercer eux-mêmes les poursuites devant 
le comte du lieu. H' s'agit encore là de justiciables 
et non de juges. 

Ces textes ne laissent aucune incertitude sur le 
caractère de justiciable de ceux qui y sont dits 
faire ou prendre justice, justitiam ou justitias 
reddere aut recipere, devant le comte notamment, 
ni sur la signific^ition de la locution dans ces deux 

7. c In suspenso resedeant (cansœ), et postea unicuique 
« justitiam reddat (absens redox) et ab aliis simili modo reci- 
« plat. • — Rozière, Rectteil général des formules, n^ 455. 

8. c Pro criminalibus culpis... ante comitem îLlias loci... 
c justitias reddant et ab aliis recipiant. » — Muratori, ÀrUi" 
quitates ilalicm, t. V, p. 971. 



BT Vmmmftti. § 44. 49 

cas et dans quelques sûtres analogues. Tels spot 
certams cas où la locution est appliquée aux agaits, 
aux adfM)caH par exemple des grands posses- 
seurs laïques ou ecclésiastiques. Bien que ces 
agents soient parfois investis du droit d^exercer 
pour le mattre une sorte de juridiction , la juri- 
diction patrimoniale, comme nous Favons dit pré- 
cédemment (§§ 4S, 13), ce n'est pas de cela qu'il 
s'agit vraisemblablement dans deux documents 
entre autres où ces advoeati sont signalés comme 
devant prendre et rendre justice, justitiam perd- 
père et aliie reddere^; justitiam suscipere et facere^^ . 
Leur rôle dans ce cas n*est pas celui de juge, mais 
cdui de justiciable, conune mandataires chargés 
d'ester pour le maître en justice, soit comme 
demandeurs ou comme ayant eu gain de cause, ad 
juetUiam perdpiendam^ suseipiendam, soit comme 
défendeurs ou comme condamnés, ad justitiam 
reddendam^ faciendam. 

Outre les observations qui précèdent sur l'in- 
terprétation des locutions justitiam facere et 

9. « Ëpîscopi vel poteates qui in aliis possident regioaibuB, 
c judices vel missos discassores de aliis provinciis non îns- 
c titnant nisî 4e loco, qui justitiam percipiant et aliis red- 
c dant. » — GapituL, an. 615, c. 19. — BÎduze, Capitularia, 
1. 1, p. 24. 

10. « Ut qui se reclamaverit super pontificem, qui justi- 
c tiam habeat ad requirendum, dirigat illum cornes... ad 
c ipsum pontificem... Et... ubicunque substantiam pontifez 
c habneht, advocatum habeat in ipso comitatu, ut absque 
« tarditate justitiam faciat et suscipiat. »— Gapitul., an. 812, 
c. 29. ~ Baluze, Capituiaria, t. I, p. 548. 

XLYII 4 



50 ht JUSTICE nvrÉE 

reddete, onpercipere et aecipere^ îl y en a quelques^ 
unes à faire encore sur le sens du mot jusHHa. 
Dans les capîtulaires notamment, ce sens est mul- 
tiple et varie beaucoup . Dans les locutions que nous 
venons de rappeler, et dans quelques autres ana- 
logues, comme justitiam peter e^ redpere^ dilor- 
tare^^y la signification de justitia peut aller de Tidée 
du jugement prononcé ou subi jusqu'à celle de la 
compositio adjugée ou perçue. Il eu est à peu près 
de même des locutions justitia ou justitiœ eccle^ 
siarum^ viduarum, orphanorum^ pupillorum, paun 
perunij où la signification du mot justitia irait de 
ridée de droit, de procès, de cause engagée et 
vidéci jusqu'à celle de campositio également. De 
même dans justitiam suam recipere^ le sens de 
justitia comprendrait avec l'idée du droit reconnu 
et proclamé en jugement celle de la campositio 
accordée en même temps. Dans les locutions jus-- 
titia régis, imperatoris, comitis^ le mot justitia 
correspond aux idées de juridiction, de compé- 
tence» ainsi qu'à celles de jugement et probable- 
ment de jouissance des profits de la justice, freda. 
Ce qui montre que déjà dans les capîtulaires la 
signification du mot justitia pourrait aller jusqu'à 
l'expression des produits ou fi'uits de la justice, 
eampositiones et freda, c'est que cette interpréta- 
tion s'accorde avec le sens des textes, et que par 

41. Pour leB locations que nous citons, Toir les textes visés 
d&ns les tables de Tédition de Baiuze des Capitulaires, î vol. 
in-fol., 1780. 



n L'nmmrrf. S 44. 54 

la suite oq ne tarde pas à trouver la juatifioatkn 
d'une semblable appi^iation dans de nombreuses 
preuves d'où résulte que bientôt il en est évi- 
demment ainsi. Les justices, justitiœ^ désignent en 
mainte droonstance les amendes et même toute 
espèce de revenus» prestations et impôts^*. 

JugHtia^ justitiœ^ ce sont, on le voit, dans beau- 
coup de cas, les produits de la justice. C'est là le 
sens propre de ces mots pendant tout le moyen 
âge. Montesquieu le leur reconnaît au xvm* siècle 
(^ 31 , 33) ; et, quel qu'en soit le fondement, il 
n'y a aucune raison pour en contester la réalité. 
C^ expressions ainsi entendues ont pu n'être pas 
étrangères à la conception de la théorie que la 
jouissance des fruits de la justice, justiticBy était 
on titre suffisant pour légitimer la possession de 
la jusUce seigneuriale, comme nous le verrons 
affirmer au xm^ siècle (§ 22) : doctrine juridique 
qui se confond avec le système que la concession 
des droits du fisc a pu engendrer la justice privée. 
Cette opinion, nous le reconnaîtrons, remonte 
très haut. Elle régnait exclusivement au moyen 
âge. Condamnée implicitement au xvn^ siècle par 
Bignon, qui, sans s'expliquer davantage à ce sujet, 
substitue à la thèse ancienne une théorie nouvelle 
(§ 26) ; elle est reprise encore dans une certaine 
mesure ultérieurement, réveillée par Montesquieu 
(§ 34), relevée par Naudet (§ 44), admise acces- 

12. Du Gange, Glossarium, v» Jusiitia, 



52 £A IVdnCB PElVlfE 

Mîi^emeût par Boutaric (§ 58), par H. Fuatel de 
Goulanges (§ 62) et par H. Flach (§ 65). 

YL La Mumdeburds royale. 

§ 1 5. — Les expressions immunitas^ defensio^ 
tuitio, mundeburdium ou mundeburdis^ qui figurent 
souvent dans les qualifications appliquées au pri- 
vilège, ne sont pas, nous Pavons dit (§ 6), tout à 
fait équivalentes, quoiqu'elles semblent dans ces 
qualifications présentées parfois à peu près comme 
telles. La dernière, sous les deux formes mundebur- 
dium^ mundeburdis, est du reste beaucoup plus 
rarement employée que les autres*. Toute réserve 
faite pour l'effacement graduel de sa significa- 
tion originaire, comme nous le montrerons, dans 
des diplômes où son introduction a pu finir par 
n'être plus à la longue que de style seulement, il 
y a lieu de se demander quel était en principe le 
sens propre de cette locution, et jusqu'à quel 
point ce sens primitif a pu s'altérer, dans les con- 
ditions que nous venons d'indiquer. 

Les deux expressions defensio et tuitio se corn- 

1. Dans les 196 diplômes d'immunité que nous avons 
empruntés au Gallia christiana (L'Immunité, 1882, § 2), 
Texpression mundeburdium est employée 8 fois seulement et 
Vexpression immunitas 77 fois pour désigner le privilège. 
Dans les 178 diplômes d'immunité tirés du Beichs arehiv de 
Lunig, il ne s'en trouve que 18 mentionnant le mundebur" 
dium; dans les 202 diplômes eztraiU des Antiquitates Italie» 
de Muratori, 22 ; et une dizaine dans les Diplomata mercwtn- 
gica de Pertz. 



prernieot aisément. Elles ont un caractère général, 
une signification un peu flottante sous laqudle 
peuvent se ranger diverses idées particulières. II 
ne parait pas devoir en être au fond de même des 
mots immunitas et mundeburdium qui correspon- 
daient originairement à des notions spéciales, 
distinctes et parfaitement précises. L'immunité, 
immumtaSy était, avant tout, Tinterdiction oppo- 
sée à tout ofScier public de pénétrer pour Tac- 
compUssement d'un acte quelconque sur le 
domaine privilégié (§5). La mundeburde royale, 
numd^mrdis, mundeburdium , était, conune son 
nom rindique, un régime fondé sur le mundium 
du roi. Nous avons dit ce que c'était que le m«ii- 
Hum (§ 12). La mundeburde royale était origi- 
nairement une institution en vertu de laquelle la 
joridictioD sur ceux qui jouissaient de ce privilège 
8e trouvait transportée des juges publics au roi 
lui-même et aux officiers exerçant près de lui ce 
qu'on appelait la justice du palais, palatium. 

L'immunité et la mundeburde étaient en prin- 
cipe, on le voit, des institutions tout à fait dis- 
tinctes et indépendantes l'une de l'autre. Elles 
appartenaient même dans leurs origines à des 
temps différents. La mundeburde était, on a lieu 
de le croire, plus ancienne que l'inununité. Plus 
tard, cependant, associées l'une à l'autre, elles 
tendent à se confondre. Dans cette confusion, il 
convient de le constater, c'est la mundeburde qui 
change gradueUement de «caractère. Associée à 



M LA jcsaa nifis 



rimmainté, la mnDdeburde royile ne tarde pas à 
perdre sa portée originaire^; ce qui indique dans 
son régime on affidblissement d'où découle Fef- 
tàoemeùL de esract^^ que nous signalons, ten- 
tât, en effist, elle n'a plus pour coDséquaace la 
substitution complète de la juridiction du roi à 
celle des juges puUics en faveur du privil^é. 
EDe ne donne plus à ce darnier que la faculté de 
réclamer acddentellement, dans certains cas, cette 
substitution. Bien plus, Toubli rapide du -sens 
propre de l'expression tnundehurdium ou munde- 
burdis permet de penser que ce recours accidentel 
au roi était peu fréquent, de plus en plus rare 
probablement, et qu'il a pu tomber graduellement 
dans une sorte de désuétude. Ce ne sont pas là de 
pures suppositions. Les faits justifient ces asser- 
tions, comme il est aisé de le constater. 

2. Les chartes de Tabbaye d'Anisole permettent d'observer 
la marche suivie par ces modifications. Deux de ces chartes 
des années 528 et 546 montrent la mundeburde royale pro- 
duisant, ce senible, tous ses effets ainsi définis : « Quaprop- 
c ter... jubemus ut neque vos (judices publici) neque succès- 
c sores vestri nec aiiquis de fideiibus nostris in causas aut 
< in rébus ipsius sancti viri ingredere non prœsumatis. ■ 
(Charte de 528, dans Pertz, Diplomatum t I, p. 3, n* 2.) 
c Quapropter jubemus ut neque vos neque juniores vestri aut 
a successores, vel missi de palatio nostro discurrentes... nec 
c condemnare necinquietare... non praesumatis. b (Charte de 
546y ibidem, 1. 1, p. 6, n« 4.) — Dans deux chartes ultérieures 
de 562 et 681, il n'en est plus de môme. La défense de juger, 
condemnare, n'y est pas absolue, mais réduite à certains cas, 
comme on peut le voir par les extraits de ces chartes donnés 
dans la note 1 du paragraphe suivant . 



ET L'aofoimnf. S 16. m 

§ 16. -^ Poar ce qui est du recours non per- 
maneut coaune à rorigiue, mais fN^emeut acd- 
dentel du privilégié à la justice du roi, en vertu 
de b mundeburde assodée à rioiimumté, certains 
diplômes où les deux privilèges sont mentionnés 
expressément montrent que, dans cette combi- 
naison, loin de substituer absolument à la juri-^ 
diction des oi&eiers pubUcs celle du roi, c'est-è- 
dire au jugement du mallum^ le jugement du 
palatûim^ la mundeburde royale n'entraîne ce 
déplacement de compétence que dans certains cas 
seulement, où le privilégié a la faculté de se sous* 
traire exceptionnellement ainsi à la juridiction 
ordinaire des officiers publics, et de recourir à 
celle du palais, au jugement du roi. 

Les conséquences modifiées de la mundeburde 
royale s'accusent en ces termes dans des chartes 
des VI*, vn® et vm® siècles, où, la mundeburde 
étant formellement associée à Timmunité, il est 
dit que, pour cette raison-, dans certains cas où 
une cause intéressant le privilégié ne saurait être 
jugée au mallum sans préjudice pour lui, cette 
cause devra être réservée à la juridiction du palon 
tum, c'est-à-dire à celle même du roi ou des offi- 
ciers de son palais^. 

i. c Crallns abbas... ezpetiit nt eum et., monasterinm 
« (Âniflolam). . . mandeburdio noatro recipere deberemns. Qna- 
c propter... liceat eis «ah sermone nostne taitioais vel snb 
c emunitate nostra quietos Yivere... et si aliqnaB causa» 
c adveream ipsum monastoriam... surrexerint (quas) a yobis 
c (judic. pnbl.) aut jnnioribus yestris absque eorum iniqao 



56 tk josncE nuvtfB 

Si, après s'être modkiée, la mundeborde royale 
associée à rimmuDité avait eu, comme à l'origine, 
pour conséquence de substituer complètement à 
l'égard de ceux qui jouissaient de ce privilège la 
juridiction du roi à celle des juges publics, le 
jugement du palatium à celui du tnallum, il n'y 
eût eu aucunement lieu de stipuler, ainsi que nous 
venons de le voir, cette substitution pour les cas 
spécialement où le jugement au mallum semble* 
rait devoir être préjudiciable aux intérêts du pri- 
vilégié. Ces dispositions prouvent que tout au 
contraire celui-ci, malgré la mundeburde royale 

« dispendio terminatas non fuerint, usque in presentia nos- 
« tra omnimodis servetur et ibidem finidyam sententiam... 
c debeant accipere... » — 562. Ghilperici régis diploma pro 
Ânisolensi monasterio. — Pertz, Diplomatum i, I, p. 12, 
n* 9. 

a ... Liceat eis sub sermone tuitionis nostrœ vel sub emu- 
c nitatis nostre quietos vivere... Et si alignas causas adver- 
« sum ipsum monasterium aut mitio ipsius abbatis, ortas 
« fuerint aut surrexerint, quas a vobis aut junioribus yestris 
« absque eorum iniquo dispendio terminatas non fuerint, 
a manu eorum... (et) vestra quousque in presentiam nostram 
c omnimodo servetur, et ibidem finitivam sententiam per 
ff legem et justiciam debeant accipere... » — 681. Tbeoderici 
régis diploma pro Anisolensi monasterio. — Pertz, Diplo- 
matum t. I, p. 45, no 50. 

« Et si taies causœ adversum ipsum Dubanum (abbatem) 
ff aut homines suos prseceperint aut ortœ fuerint, qusB in 
c pago absque suo iniquo dispendio recte definitœ non fue- 
« rint, nos omnimodis jubemus ut sint suspense \el reser- 
« vats, et postea per nos pro lege et justicia finitivas acci* 
« plant sententias. » — 748. Pippini majoris domûs diploma 
pro Hohenaugiensi monasterio. •— Pertz^ ÎHplomatum t. I, 
p. 105, n« 20. 



iT L ^umuai T l I 46. 57 

modifiée, aussi bien que malgré Fimmunité qui le 
oouvrai^t, oontinuait à ressortir dans les cas ordi- 
naires à la juridiction des officiers publics, à la 
justice du comte, au tribunal du nuMum pro- 
vincîaK 

Il est permis de conclure de là qu'en fait, dans 
les privilèges où eUe est associée à Timmunité, la 
mundeburde royale, après certaines modifica* 
tiens, ne supprimait pas absolument la juridiction 
des officiers publics sur le privilégié, mais per- 
mettttt seulement à celui-ci de décliner exception- 
neilanent cette juridiction, dans certains cas, 
pour recourir à la justice du roi lui-même, exercée 
au palatium. 

§ 17. — Dans son association à l'immunité, la 
mundeburde royale, nous venons de le constater, 
ne donne bientôt plus, comme nous Tavions 
aDDoncé, au privilégié que la faculté de recourir 
accidentellement et dans certains cas seulement 
à la juridiction du roi. Nous avions ajouté que, 
de plus, ce recours devait être rare et de moins 
en moins fréquent, et qu'à la longue il avait 
enfin dû tomber tout à fait en désuétude. Ces 
oondusions résulteraient, avions-nous dit, de cette 
observation que le sens propre du mot munde^ 
hurdium se perd rapidement. La signification de 
cette expression parait en effet de bonne heure 
assez flottante, et elle se modifie à ce point qu'on 
finit, ce semble, par ne plus savoir à quoi elle 
répondait dans le principe. Il faut bien pour cela 



58 u jumgb nnin 

que rinstitutioo elle-même ait été oubliée et qu'a* 
près avoir été de moiiift en moiaa mise en jeu» 
elle ait graduellement à peu près disparu. On ne 
saurait guère, en présence de tek faits, se refuser 
à reconnaître la légitimité de ces inductions. 

Les documents oit se trouve mentionnée la mun- 
deburde royale ne sont pas, nous l'avons fait 
observer, très nombreux. Leur rareté estd*accord 
^vec les considérations qui précèdent. Nous avons 
relevé une soixantaine seulement de documents 
ainsi caractérisés parmi un millier de diartes 
d'immunité, dans un dépouillement méthodique 
des collections du Gallia chrisHanaf des DipUmûxta 
merovingica de Pertz, du Reichs arehiv de Lunig 
et des Antiquitates italicm de Muratori (§ 15, 
note 1). 

Nous y trouvons l'expression mundeburdium 
rapprochée de celles de defensto, tuitiOy tutela^ 
jus imperatofisy immunitas:, dans des énumérations 
dont voici des exemples : 9ub imperatoris munde- 
burdio et defenmne^ 8311 ; wb immunitate et mutir- 
debufdio, 898; mb régis tuitionis defensione et 
mundeburdio, 920; sub régis tutela et mundeburdiOj 
988 ; sub régis jure^ mundeburdio et defensimôj 
1013. Dans ces exemples, dont on a des spéci- 
mens répartis entre les dates extrêmes de 800 à 
12313, la mundeburde royale pourrait bien s'en* 
tendre parfois avec son sens propre, déjà modifié 
cependant conformément aux observations que 
nous avons faites tout à l'heure sur sa portée res- 



freiiite, quand elle est associée à rimmunité (§16) ; 
ma» souvent aussi, en raison de la désuétude évi» 
dente qui attdnt de bonne heure c^te institution, 
la mention qu'on en trouve ne doit plus être pro* 
bablement que de style seulement, crasme cela a 
lieu dans hôa nombre des documents où elle est 
nommée, à partir du x* siède notamment et 
même plus tôt peut-être. 

De très bonne heure, l'expression mimd^f^ 
dium perd sa signification précise, et on la voit 
employée conune Téquivalent à peu près de celles 
qui sont simplement rapprochées d'elle dans des 
énumérations c<»nme celles que nous venons de 
signaler. Ainsi, on trouve mundelmrdium aive 
iefensio en 773 et en 850; mundeburdium vel tui- 
tiodès 528; mundeburdium vel immunitae en 5S8, 
546, 56S, 681 ^ Dans ces locutions, l'expression 

1. « Liceat eis per haac auctoritatem a nobis firmatam, 
• sub immunitatis nostrm tuitione vel mundeburde quietos 
« resedere... » — 528. Ghildeberti régis diploma pro Aniso- 
iensi monasterio. -*- Pertz, Diplomatum 1. 1, p. 3, n* 2. — Dans 
ce texte, il faut lire, cToyons-oous, non pas sub tuitione vel 
mundeburde immunitatis nostrg, mais sub tuitione immunitatis 
fuatras vel mundeburde, c'est-à-dire sub immunitate nostra, 
«d mundeburde. Cette appréciation eat justifiée par troia 
aaties chartes données à la même abbaye par les rois Ghii- 
debert en 546, Ghilpéric I*» en 562, Théodoric m en 681 ; 
d'où ressort l'équivalence des locations sermo tuitionis régis, 
nmndeburdis, et immuniUu, rapprochées dans cette fonmde 
que les trois documents reproduisent d'une manière à peu 
près identique : c Âbba de monasterio Anîpola expetiit ut 
< monastarium sub strmone tuitionis nùstrs vel mundeburde 
« redpere deberemus... quapropter liceat sub senmme lui* 



M Ul jiotigb nmfB 

mundeburdium ne peut avcw âé présentée oonune 
réquivaleot, ou à peu près, des mots defensio^ 
tuUio, immunitas^ qu'à la condition seulement 
d'avoir perdu la précision et la spécialité de son 
sens originaire. 

Dans d'autres cas, cette modification de sens 
s'accuse d'une manière plus sensible encore par 
l'emploi du même mot mundeburâtum avec le 
sens propre des mots dont il semble pris conmie 
l'équivalent dans les exemples précédents. On 
trouve mundeburdium defensionis sous les dates 
de 898, 992, 1 022, 1 177, au lieu de dêfeMW mun- 
deburdii dont on a des exemples de 683, v. 870, 
896, 1 007. On trouve mundeburdium tuitianis sous 
les dates de 943, 1055, 1177, au lieu de tuitio 
mundeburdiij dont on a des exemples de 896, 
1 1 1 7. On trouve mundeburdium imperialis prateo- 
tianis sou$ la date de 1 055, au lieu de protectio 
mundeburdii donné sous la date de 1177. 

Dans ces dernières locutions, le mot mundebur- 
dium prend le sens général et assez vague de 
défense, garde, protection, qui est celui des mots 
defensiOj tuitio, protectio y auxquels il est substitué, 
au lieu du sens précis et tout spécial de la mun- 
deburde royale, auquel seul il répondait originai- 
rement. Le changement d'acception avec passage 
d'une signification particulière à une signification 
générale est encore plus marqué dans la locution 

« iùmis nostr» vel sttb emunitate nostra.,, vivere. » *— Pertz, 
Diplomatum 1. 1, p. 6, i2, 45. 



nmndihuriiwm imnmintaHê^ <pi'on trouve mAs les 
dates de 843, 850, 879^ et qui ae peut signifier 
que la défense ou protection résultant de rimoiilH 
nité. lie iiiot.iiMiiMleiiffdMMi ii*a évidemmept plus 
kâ que cette signification d'un caractère général, 
et ne curespond plus du tout à la mundeburde 
wjdit et à ses CQnsé(]piences de juridiction exoep-» 
tîoondle réservée au roi. A plus forte raison en 
est-il encore ainsi de Temploi du même mot pour 
exprimer par exemple la protection d*un saint 
patron, sub mundeburdio et defensione sancti Petri^ 
dans un diplôme de Fabbaye d'Andlau, de 916^, 
où il D*est certainement pas question de substituer 
la juridiction de saint Pierre à celle des juges 
publics. 

On se rappelait alors si peu ce qu'était jadis la 
mundeburde royale qu'à la fin du x* siècle, dans 
une diarte de 961 , donnée par Otto P' à l'église de 
Mbden, le souverain déclare que sa mundeburde 
royale place les bommes de cette église sous la 

2. t Sub nostr» immunitatù mundeburdio ponimas. » — 843. 
Lotharii imp. diploma pro Arelinensi eoclesia. — Moratori, 
AfUiquiL lUU., t. T, p. 941. 

t Sub nostrs luitùmU et immuniUUis mundeburdio recepi- 
mus. 9 — 850. Garoli régis diploma pro Lemoyicensi ecclesia. 
— Gallia ehristiana, t. II, Instnim. p. 166. 

c Sub nostrs immunitatis mundeburdio pooimos ac confir- 
mamtia. » — 879. Garoli régis diploma pro Aretinensi eccle- 
sia. -* Moratori, Àntiquit Ital., t. V, p. 943. 

3. 916. Garoli régis diploma pro £leoneiisi#ioiia8torio. — 
Lnnig, Reichs archiv. SpUsileg, ecdesùui., t. Vn, pars 2, 
p. 119. 



(9 LA JUflnCE f iiffs 

juridieliaii de Févéque et de ses oflBciers^. La 
muodeburde du roi, mundeburdium régale, loin 
d^emporter ici le droit de ressortir à la juridictioD 
royale, implique simplement celui d'être soumis 
à une juridiction privilégiée, celle dans ce cas d*an 
évéque. Le privilège n'est plus autre diose dans 
ces termes qu'une concession ou confirmation de 
juridiction à cet évéque; ce qui diff^ notable- 
ment d'une concession de la mundeburde du roi. 

§ 18. — Arrêtons-nous dans cet examen. Il 
permet de constater l'efTacement graduel du carac- 
tèrc originaire de la mundeburde royale, à partir 
du moment où on la voit associée à rinununité ; 
raffdiblissement dans ces conditions du régime 
auquel correspond l'institution ; la désuétude enfin 
où elle tombe, jusqu'à produire l'oubli du sens 
propre longtemps attaché à son nom, mundebur- 
dium. Ces résultats sont d'accord avec le fait, 
reconnu d'ailleurs d'après des témoignages posi- 
tifs, que pendant cette période d'amoindrisse- 
ment la mundeburde, dans son association à 
l'immunité, n'a bientôt plus sa signification abso- 
lue originaire, mais une signification restreinte; 
et que, dans ces termes, le privilège, avant de 
perdre toute valeur, n implique la mise en jeu de 

4. « Hominibos ttooaslaii mundebnrdiom el taidonem 
« iMMtlrau coQslilQimus, ni conin nuiU jadkiam potoBUte 
« «"xandotMitu^ nisi oortm efùsoopo aut «dToetlo qnem ele- 
« ^U.. » -• Laoifr. Mdb «rvAtr* J^No^icy. êœUsimsi., t. Ili, 
par» l> p. !«, 



kl juridiGtion royale que d'une manière aociden^ 
telle, et dam certains cas seolemeat {% 16). 

Alt point de vue de la présente étude, nous 
tirerons de ces considénitioos et des parlkmiarités 
qui les motivent cette conclusion : que la munde* 
bnrde royale, modifiée dans son association à 
rimnounité, n'iaiplique pas plus la suf^ression 
absolue de la juridiction ordinaire des juges publics, 
crantes et autres, pour y substituer la justice 
directe du roi au|»a{aliiim, que ne le fait l'immu- 
nité elle-même pour instituer à sa place celle des 
juges privés, agents du possesseur. La munde- 
burde oppose seulement à Taction des juges publics 
quelques exceptions qui limitent et suspendent 
dans certains cas leur compétence à Tégard du 
privilégié ; situation qui semble même ne s'être 
pas beaucoup prolongée, et qui ne supprime nul- 
lement leur juridiction* Ce résultat est analogue à 
celui de l'immunité elle-même, dont l'objet était 
surtout, rappelons-le, d'interdire aux officiers 
publics de pénétrer dans le domaine privilégié ; 
interdiction qui comprenait celle d'y tenir leurs 
plaids. L'immunité ne contenait rien de plus tou- 
diant l'exercice de la juridiction, laquelle n'était 
par là nullemait enlevée aux juges publics, pour 
être attribuée aux juges privés. 

VU. La Justice privée. 

§ 1 9« «^ Nous pouvons regarder c0mme acquise 
la démonstration de ce fait que ni l'institution de 



64 hk insmcB PBiviB 

riminiiBitét ni l'adjonctioa qui, dans certains 
termes, a pu lui être faite parfois de la mundeburde 
royale ne visent à supprimer la juridiction des 
juges publics. Q ne résulte de la dernière que la 
substitution accidentelle des juges du palais à eux ; 
mais de la première on ne peut déduire rien d'anar 
logue au bénéfice des juges privés, ni à plus forte 
raison lui attribuer le remplacement absolu des 
juges publics par ceux-ci, et y voir par conséquent 
aucMne concession ni institution de justice privée. 
L'interdiction notamment aux juges publics de 
tenir leurs plaids dans les domaines privilégiés 
n'a pas cette signification ni cette portée, et n'est 
autre chose que le rappel et la confirmation en 
termes plus absolus d'une prescription de droit 
commun qui ne leur laissait pas la faculté de tenir 
plaid à leur gré dans un lieu appartenant à un par^ 
ticulier, et ne leur permettait de le faire que 
moyennant l'autorisation du maître ou possesseur 
de ce lieu (§ \%). 

L'immunité laisse donc à peu près intacte la 
justice ordinaire rendue par les officiers publics 
(§ 1 3)« Quant à la mundeburde royale, associée à 
l'immunité et de bonne heure modifiée dans cette 
association, elle atteint un peu il est vrai la jus- 
tice des officiers publics en raison du droit qu'elle 
confère au privilégié de réclamer exceptionnelle- 
ment, dans certains cas, la justice du roi; mais 
quelque étendue que l'on accorde à cette faculté, 
probablement fort réduite dans la pratique — 



D LinnniRi. S 19. m 

ravow montré (|g 45 à 18) — od M «M- 
rat k coiBkléi«' oonune înipliqiiaiit k sappr^^ 
de la jostioe ordinaire exercée par le comte et par 
les antres oflBksiers pubUca de josHoe. Elle ne 
donne en tout cas, pas plus que Timmunilé elle» 
même par ses intordictioos« — nous insistons 
sisr ce fiât — aucun droit nouveau de juridietion 
an possesseur privilégié ni à ses agents et ctSckn 
partîculiera. 

De ces diverses ccMDsîdéralions ressort cette con- 
séquence que rimmunité n'avait pas du tout pour 
bot et ne pouvait avoir pour résultat direct d'intro- 
duire des innovations essentielles dans le régime 
de k justice; que surtout elle n'emportait nulle- 
ment constitution de la justice privée aux mains 
des grands possesseurs et de leurs agents. Son 
objet tout autre était de garantir ces possesseurs 
contre l'intrusion, et les exactions qui s'ensui- 
vaient, des comtes et autres officiers publics dans 
les domaines couverts par le privilège. Yoik ce 
qa'était l'immunité dans scm principe. Elle a pu 
devenir par la suite l'occasion d'importantes 
acquisitions au profit des possesseurs qu'elle pro- 
tégeait, et le point de départ d'empiétements 
accomplis par eux au delà et en dehors de leurs 
droits légitimes. La justice patrimoniale, qui était 
antérieurement déjà un de ces droits, a dû à l'im- 
munité un affranchissement immédiat et un essor 
ultérieur qui ont pu favoriser à la longue la cons- 
titution de la justice privée; mais c'est là une 

XLYII 5 



u u jvmcM nivtfs 

questioD dont nous n'avons pas à nous occuper 
maintenant. Nous l'avons étudiée ailleurs^. Nous 
n'avons pas ici en vue le développement des faits 
qui par la suite ont pu aider à la constitution de 
la justice privée, mais l'origine seulement de cette 
institution, et, en particulier, la part qu'on a pré- 
tendu y assigner à l'immunité, 

§ 20. — La justice privée ne vient pas deTîna- 
munité. Telle était déjà la conclusion de notre 
premier travail (1882). L'opinion contraire que 
nous heurtions nécessairement ainsi a été relevée 
dans les termes les plus précis par un savant pro- 
fesseur qui se porte le champion de cette opinion, 
c H. Âug. Prost pense et dit très clairement, 
c ainsi s'exprime M. Fustel de Cioulanges, que la 
c juridiction du comte était maintenue (malgré 
c l'immunité). Mon opinion, au contraire, ajoute- 
c t-il, est qu'elle était supprimée, sauf un cas que 
c j'ai signalé^. > Ce cas était, suivant M. F. de 
Cioulanges, celui où un homme du domaine était 
en conflit avec un étranger'. Il existe des textes 

0. L'Immunité, 1882, §§ 18 à 27 : Développements ultérieurd. 

1. R0vue hûtorique, 1884, t. XXIV, p. 359. 

2. Voici comment le cas est signalé par M. F. de Cou- 
langes : a Les textes ne veulent pas dire que l'immuniste et 
« ses hommes échappent pour toutes sortes de procès et de 
c délits à la justice du comte... Les textes marquent bien 
« que, dans tout conflit entre un homme du domaine et on 
c étranger, la juridiction publique subsiste. Oôs lors, quels 

c peuvent être les cas où cette juridiction disparait? Il 

€ nous semble que ce sont les affaires où les deux parties 



ET L'mnmntf. g âO. 67 

montrant que, après oorame avant rimmunité, le 
oomte jageait les hoaimes des grands domaines 
amenés devant loi au plaid public par leur maître, 
par le possesseur lui-même ; mais sans qu'il soit 
dit nulle part qu'il ne dût s'agir dans ee cas que de 
conBit entre ces hcHumes et des étrangers. La 
distinction ^aMie à ce point de vue entre les 
causes caractérisées ainsi et celles qui n'intéres- 
flaiatit que des honunes seulement du domaine est 
une simple opinion qui procède évidemment du 
préjugé préalable que l'immunité implique créa- 
tic» de la justice privée. L'opinion en question 
ne semble d'ailleurs pas correspondre à la réalité 
du mécanisme judiciaire alors en vigueur. 

Dans celui-ci, en effet, se manifeste>plut6t, nous 
l'avons vu, la distinction entre les causes qui, en 
raison de leur importance, sont réservée aux 
juges publics et celles qui, pour le motif con- 
traire, sont abandonnées à la compétence du pos- 
sesseur (§ 12). Le possesseur décidant des petites 
causes qui, d'ancienneté, relevaient de la juridio- 
tioQ patrimoniale, le juge public, le comte, jugeait 
avant l'immunité et juge encore après l'immunité 
les causes plus importiuites, dont la connaissance 
lui appartenait exclusivement. Elle lui appartenait 
vraisemblablement, on n'a aucune preuve du 

• appartiennent également au domaine privilégié; il ne se 
< peut agir que des procès issus sur le domaine lui-môme 
( ou des délits qui y ont été commis. » — Étude sur {ïm- 
muTnUé méravingimne, 1883, p. 34, 35. 



68 LA JU9TIGB nUVifi 

contraire, soit qae le fait concernât les hommes 
seulement de l'immunité, soit qu'il intéressât 
aussi des étrangers. Ni dans les capitulaires ou 
les formules, ni dans les diplômes d'immunité, 
on ne trouve rien qui implique, par suite du pri- 
vilège, un changement quelconque à cette situa- 
tion. Les hommes de l'immunité devaient toujours, 
quand le cas l'exigeait, être amenés au plaid du 
comte par leur maître, que la cause intéressât 
ou n'intéressât pas un étranger. Cette distinction 
n'est formulée nulle part. Il n'importait nullement 
non plus que ce plaid (Ùt oui ou non interdit au 
dedans et tenu au dehors du domaine privilégié, 
en vertu d'une disposition de l'immunité qui après 
tout ne faisait guère que confirmer à cet égara 
un usage antérieur de droit commun (§ 12). Il 
n'y avait rien là qui dût modifier le régime de la 
juridiction. Gomment ne pas le reconnaître? 

On hésite à le faire, parce que l'explication géné- 
ralement admise de l'immunité y est intéressée. 
Sur la signification et les conséquences du privi- 
lège, on a peine évidemment à s'affranchir d'une 
opinion acceptée, non sans contradictions du 
reste, depuis longtemps; préjugé invétéré dont 
nous montrerons les origines et le caractère véri- 
table. On veut que l'immunité ait modifié absolu- 
ment, supprimé même l'exercice de la juridiction 
ordinaire. Il n'en est rien cependant. Les consé- 
quences elles-mêmes de la mundeburde royale, 
associée parfois à l'immunité, n'ont, en raison des 



réaenres signalées plus haut à oe sujet, que très 
înqMfffiâtemeDt uoe portée de ce genre (§g 4 5 à 4 8) . 
Elks scxit d'ailleurs conformes au droit général 
de Tépoque et ne constituent nullonent une non* 
veauté. Quant à Timmunité proprement dtte, elle 
n'iimove pour ainsi dire en rien dans ce qui touche 
à la juridiction ; comme le prouvent, nous Tavons 
montré, l'examen des textes et le rapproch^nent 
des faits qui ooncernent l'administration de la jus- 
tice tant au dehors qu'au dedans de l'immunité, 
ou en les considérant soit avant, soit après l'ins- 
titution du privilège (§§ 4SI, 43). 

Tdles sont les considérations qui reconmiandent 
r(4>inion à laqueOe nous nous rangeons. Les doD- 
nées n'en sont pas nouvelles; il nous semble 
opportun de le faire remarquer. On en trouve 
efiectivement des manifestations plus ou moins 
déddées, plus ou moins nettes, dans les déclara- 
tions de quelques-uns de ceux qui se sont précé- 
demment occupés de la question. Il n'est pas sans 
btérèt d'en signaler les indices là où ik se ren- 
coDtrent. Leur redierdie dans les travaux de nos 
devanciers nous permettra de reconnaître en 
même temps l'origine et les phases de développe- 
ment de l'opinion que nous combattons. U peut 
être utile de voir comment cette opinion s'est for- 
mée et d'où elle vient. Nous allons, après l'exa- 
men de certains faits qui se rapportent au même 
sujet, procéder à cette sorte d'enquête par une 
analyse des écrits consacrés jusqu'aujourd'hui chez 



70 LA JD8TICI PUTJB 

nous à cet objet. Après ce tra^il de reoomiais- 
sanoe, noUs poorrons dégager de nos observations 
des vues sur l'histoire et sur le caractère d'une 
opinion qui nous semble n'avoir d'autre fonde- 
ment qu'un préjugé. 

yill. L'Originb de la Justice privée. 

§ 31 . — Sur la question de l'origine de la 
justice privée et du rôle qu'on y attribue à l'im- 
munité, les études véritablement critiques ne 
commencent guère qu'au xvn* ^ècle. Il convient 
néanmoins de remonter plus haut et le plus loin 
possible, dans la période qui les précède, pour 
constater ce qu'on pensait avant ces travaux sur le 
sujet qu'ils concernent, et pour signaler les idées 
en présence desquelles se trouvent placés leurs 
auteurs, au moment où ils abordent la difficulté. 

Nous pouvons saisir l'opinion à cet égard dès 
le xm^ siècle. Elle s'ofire alors à nous, dans les 
considérants d'un jugement du prévôt de Paris sur 
la matière, en 1S75. Ce jugement reflète une doc- 
trine qui règne, d'accord avec les préjugés du 
temps, jusqu'aux premières tentatives d'analyse 
et de discussion historique des textes. Il ne peut 
être jusque-là question que du point de vue pure- 
ment pratique dans la manière de considérer les 
choses. Ainsi sont conçues les théories admises 
par les jurisconsultes du moyen âge. Nous en trou- 
vons encore l'impression dans les écrits de Loy- 



h'OÊmni. S M. 74 



seao qui ^^vait aux x?i* et xya^ aièdw. Aux 
doctrines exposées en pratîcieii par Loyaeau too- 
oèdeDt, à court intervalle, les théories sdenti- 
fiques de Bignon ; lequel appartient par sa nais- 
sanoe au xvi* siècle, mais déjà au xyvf par ses 
études. On saute ensuite de ces spéculations à 
celles de Montesquieu au xvm* siècle ; après les- 
qadles, pendant la dernière partie de ce même 
siècle, on rencontre les travaux de Mably, de 
Hcoard, de Gourcy ; puis, au cours du xix* siècle 
et jusqu'à notre traips, ceux de Naudet, de Par- 
dessus, de Lehuërou, de Ghampionnière, de Sou- 
tane et des contemporains enfin avec lesquek la 
discussion est ouverte aujourd'hui, M. Fustel de 
Goolanges et M. Flach entre autres. 

L'examen des ouvrages de ces savants satisfera 
à l'objet, que nous nous proposons maintenant, de 
voir quelles idées ont été successivement admises 
par DOS prédécesseurs sur la question qui nous 
occape^ Il nous montrera par quelles phases a 
passé l'opinion, défendue encore aujourd'hui, que 
l'immunité a engendré la justice privée. Aupara- 
vant, le jugement de 4SI75 du prévôt dé Paris 
nous permettra de remonter jusqu'aux origines 
de cette opinion. L'histoire d'un préjugé est un 

1. Dana notre travail de 1882, nous avons rendu compte 
des idées émises sur le sujet de Timmunité par quelques 
auteurs allemands, Waita et Heusler notamment (L7mm«- 
mu, 1882, § 8). Le cadre de la présente étude n'est plus le 
même, et nous nous bornons à y parler des opinions reçues 
par les savants firançais exclusivement. 



n 



des phis «ère waycoB de le oombattre, d'^nrecoii- 
nattre le ctfactère et d*en démontrer rioanité. 



IX. LB8 JCBffinS DU XBI* SIÈGU. 

§ 22. — Nous avoDS annoDoé tout à Theure 
(§24) qu'en remontant jusqu'au xm* siècle, on 
trouve dans un jugement de 1 275 la plus ancienne 
manifestation que nous possédions d'une opinion 
précise sur le rôle attribué à Timmunité dans les 
origines de la justice privée. Par ce jugement, 
Renaud Barbou, prévôt de Paris, reconnaît à 
l'abbé de Saint-Haur le droit de haute, moyenne 
et basse justice, et décide en conséquence la remise 
entre ses mains de deux honunes accusés de fabri- 
cation et d'émission de fausse monnaie sur les 
terres de l'abbaye. Le prévôt de Paris se prononce 
ainsi, sur le vu, dit-il, des chartes de deux rois 
contenant qu'ils donnaient à l'abbaye tout ce que 
le fisc pouvait réclamer sur ses domaines^. On 
ne saurait méconnaître dans ces indications la 
prise en considération de deux chartes d'immu- 

1. « Yisis cartis ecclesie de daobus regibas, in quibus cod- 
c tinebatar qnod quidquid fiscus sperare ant exigera poterel 
c de reboB ecclesie, totam dicte ecclesie dabant et coacede- 
c bant... dictam justitiam dicto abbati reddidit. > La men- 
tion de ce jugement, de 1275, est transcrite en ces tennes 
dans un pouillé de l'abbaye de Saint-Manr rédigé vers 1280, 
qni se trouve aux Archives nationales à Paris (LL 112, 
fol. 191 v^). Ce curieux document est signalé par M. Bou- 
tarie dans un mémoire intitulé : Le régime féodal, etc. — 
Retme des questions historiques, 1875, t. XVDI. 



ET h'namofi. § 32. 7S 

nité Gontenant la dause de conoession des droits 
du fisc, géoéralenieiiit annexée à ces diplômes 

(§8). 
dette présomption est pleinement oonfirmée 

par les faits. M. Boutaric, à qui Ton doit la 
découverte du jugement de 1275 dans un pouillé 
du xm* siècle de l'abbaye de Saint-Maur, a trouvé 
outre ce pouillé, dans les layettes des Archives 
nationales, les deux diplômes en question accor* 
dés à l'abbaye de Saint-Maur, l'un par l'empereur 
Louis le Débonnaire en 816, l'autre, qui n'est que 
la confirmation du premier, par le roi Charles le 
Chauve en 8i1 ^. Les deux chartes d'inunum'té, de 
816 et 8i1, contiennent en effet la concession à 
Fabbaye des droits du fisc, jus fisci. L'induction 
que tire de là le prévôt Renaud Barbou est d'ail- 
leurs tout à fait abusive. Nous savons parfaitement 
ce que sont les droits du fisc dont il est fait men- 
tion dans les chartes d'immunité. Ce sont certains 
revenus, les produits notamment des freda et des 
trUmta, abandonnés ainsi au privilégié. Le prévôt 
de Paris déclare que ces droits sont ceux de la 
juridiction elle-même. C'est là un préjugé de son 
temps, nous le montrerons tout à l'heure en disant 
d'où il vient. 

2. Les deux âiplômea sont consenrés en originaux aux 
ArchiTes nationales à Paris, cartons des Rois, K 8, n« 3; 
• K 9, n* 9. Ds ont été publiés plusieurs fois, notamment par 
Dom Bouquet dans le Recunl des historiens de France, t. VI, 
p. 491, et t. VIU, p. 430. Ces documents sont signalés par 
M. Boutarie dans son travail sur Le régime féodal. 



74 LA JUSnCB FUHà 

Nous retiendroDB de l'argumentation de Renaud 
Barbou cette observation seulement que, pour 
justifier au xm* siècle la possession de la justice 
seigneuriale» la haute» moyenne et basse justice, 
il suffisait de produire un diplôme d'immu* 
nité rédigé dans les termes usités aux ym* et 
ix^ siècles, avec la clause accessoire de la conces- 
sion des droits du fisc. On considérait donc, chose 
à noter, le diplôme d'immunité comme impliquant 
la concession de la justice sur le territoire privi- 
légié et sur ceux qui l'habitaient, non pas, ainsi 
qu'on l'a fait depuis, à cause de l'interdiction aux 
juges publics de tenir leurs plaids sur ce terri- 
toire — on ne pensait pas alors à tirer de celte 
interdiction de semblables conséquences et nous 
savons qu'elle ne les comporte pas (§19) — mais 
à cause de la concession des droits du fisc inter- 
prétée d'une manière abusive et comprenant en 
réalité, avec un caractère purement fiscal, la 
simple jouissance de certains revenus, de ceux 
entre autres produits par la perception des freda 
et des tributa. 

Nous avons fait observer précédemment (§ 4 4) 
que ces perceptions fiscales avaient été de bonde 
heure appelées des justices, justitis^; que cette 
dénomination leur est restée, et qu'elle a bien pu 
n'être pas étrangère à l'idée que leur jouissance 
impliquait la possession de la juridiction. Cette 
opinion paraît avoir été celle du prévôt de Paris, 
en 4 375. Il attribue, en effet, à l'abbaye de Saint- 



Ihur, eo vertu de son.arguni^atation sur la con* 
oessioD des droits du fisc attachée à rimmunité, 
DOD pas ou simple droit fiscal de perception, mais 
Tezerdce même de la juridictloD, puisque Taffiadre 
qu'il décide en sa faveur concerne la poursmte et 
la saisie de deux mal&iteurs prévenus de crimes 
commis sur les terres de Tabbaye, ce qui est un 
cas de haute justice. 

§ 23. _ D'où peut venir, à la date de 1275, 
UDC interprétation de Fimmunité si éloignée de la 
signification originaire du privilège ? On peut, sui- 
vant l'observation que nous venons de faire, expli- 
quer cette singularité par une confusion d'idées 
résultant assez naturellement de la qualification de 
justices, justitiœ^ donnée depuis longtemps aux 
perceptions fiscales des fruits de la justice et même 
des produits de l'impôt. Elle peut venir aussi, 
pour une part au moins croyons-nous, de cer- 
taines opinions qui avaient cours à cette époque 
sur la portée du privilège d'immunité, d'accord 
avec les développements plus ou moins abusifs 
graduellement pris depuis trois ou quatre siècles 
par le régime qu'avait enfanté le privilège. 

Nous avons consacré à l'explication de cette 
évolution une partie de notre travail de 1882^. 
Nous y avons fait ressortir l'importance acquise, 
dans ce mouvement d'expansion, par les dévelop- 

1. V Immunité, 1882, §g 18 à 27 : Développements ultérieurs 
de rimmunité. 



76 LA JDSnCB niv^E 

pements tout particulièrement donnés à la conoes- 
»on originaire des droits du iBsc, jus fisà^; et nous 
avons montré qu'on avait fini par attribuer à cette 
locution, dont la signification était d'abord assez 
étroite et limitée à la perception de certains reve- 
nus, éi celle eptre autres des freda et des tributa^ 
un sens de plus en plus large; qu'on en était venu 
enfin à la considérer comme équivalant à celle de 
regalia jura. La justice pouvait être réputée un 
de ces droits du souverain. On voit sur quel fond 
de doctrine reposait l'appréciation faite, en 4S75, 
par le prévôt de Paris, de la concession du jus 
fisci. Il y avait un siècle et plus peut-être qu'à la 
chancellerie même du roi, d'après un diplôme de 
1465, jus fisci était considéré comme synonyme 
de regalia jura^. Les conclusions du prévôt de 
Paris n'ont rien qui doive nous surprendre. 

Elles nous montrent comment, en réalité, l'im- 
munité a pu contribuer à l'établissement des jus- 
tices privées. Ce n'est nullement, nous l'avons 
déjà dit ailleurs^, en vertu d^ ses dispositions 
propres, ni dans l'esprit de son institution origi- 

2. 1dm, §§ 20 à 25. 

3. Cette interprétation, dae aux empiétements abusifs des 
privilégiés, s'était accréditée graduellement à ce point qu'elle 
était acceptée par le souverain même dont elle sapait l'auto- 
rité. On trouve dans le diplôme de 1165 donné par le roi 
Louis Vn à l'église de Narbonne : « Quidquid jus fisci.,, 
c exigere poterat, boc est omnia regalia Jura.,, concedimas, 
« etc. I — Gallia christiana, t. VJ, Instrum., p. 44. 

4. VImmunité, 1882, §§ 18 à 27. 



ET h'mmvnai. {23. 77 

Daire. C'est eo conséquence deis développeiDents 
idtériears du régime enfanté par elle, et en raison 
de la portée gradueltement et abusivement attri- 
buée à ses données premières. Ces remarques 
suiBsent pour expliquer comment l'immunité, 
tout en n'étant peut-être pas étrangère aux déve- 
loppements de la justice privée, Test au moins à 
son origine. 

Nous avons insisté sur les observations que 
provoque l'interprétation erronée donnée au 
xm* siècle à la concession des droits du fisc qui 
accompagne souvent celle de l'immunité. On 
n'avait pas hésité à déduire de cette concession 
odie de la juridiction. Nous avons dit comment. 
L'erreur était favorisée par cette particularité que 
la juridiction était en même temps de la part des 
souverains l'objet d'aliénations formelles, dont on 
a des exemples de plus en plus nombreux, à par- 
tir du x* siècle '^. 

L'aliénation de la juridiction n'était donc pas 
un fait anormal. Elle était moins fréquente cepen- 
dant que la concession del'inmiunité, avec laquelle 
on en vient à la confondre. Bien des intérêts con- 
oouraienlf à produire et accréditer cette confusion 
consacrée par une doctrine dont on saisit certains 
éléments, dès la fin du xn* siècle, dans le diplôme 
royal de 4165, et qui arrive à constituer en 

5. Noas en avons cité plusieurs sous les dates de 974, 
V. 1108, 1124, 1131, 1142, v. 1145, U87, 1230. — L'Immu- 
mu, 1882, § 8. 



78 LA joftncB nurriB 

qudqiie sorte un axiome de droit au xfli*, comme 
le montre le jugement de 1S75 du prévôt de 
Paris. L'idée de la concession de juridiction reste 
ainsi attadiée conuBe conséquence à la concession 
de l'immunité. Cette opinion délaissée ensuite par 
les juristes» nous le dirons tout à l'heure, reparait 
un peu plus tard et s'impose comme un fait 
acquis en quelque sorte aux historiens, le jour où 
à leur tour ils abordent enfin ces questions. Elle 
se produit alors avec une appréciation nouvelle 
d^s documents. C'est bien toujours l'immunité qui 
est ditron la source de la justice privée, mais ce 
n'est plus en vertu de la clause de concession des 
droits du fisc. Cette conséquence est attribuée à 
une autre clause du privilège, comme nous le dirons 
bientôt : théorie nouvelle qui ne fait pas oublier 
cependant tout à fait la vieille doctrine du 
xm® siècle. Efiacée pour un temps, celle-ci renaît 
à un certain moment; ses conclusions sont encore 
acceptées par quelques-uns aujourd'hui (§ H). 

X. LOTSEAU. 

§ 34. — Avant d'arriver à l'examen des tra- 
vaux d'érudition inaugurés par Bignon, il convient 
de nous arrêter un moment à l'œuvre d'un homme 
dont les théories nous montrent où en était l'opi- 
nion sur la question de la justice privée, lorsque 
la critique historique commence sur ce sujet son 
œuvre de discussion. 



nr i.'iiiiimnf. { 24. n 

LoTseaa, «pii a véoa juqo'» 1687, now oftre 
dans ses éerits le dernier mot des juristes du 
vrf siède sar les matières seigneuriales. Il ne se 
tanoe pss dans les considérations histmques et 
dans Tanalyse des textes, oomme le feront bientftt 
ceux qui vont le suivre. U est avant tout juri»* 
oûnnlte, vise aux résultats (Modiques et ne se 
reAue pas aux conceptions systématiques. Dans 
800 Troàé des seigneuries j il s'explique ample* 
meot sur la justice, sur celle des seigneurs soit 
laiqaes soit ecclésiastiques naturellement, mais il 
s'oodi^ fort peu des origines, lesquelles nous 
iotéresseiA ici surtout. Son système n'est du reste 
qu'une pure conception. La seigneurie, suivant 
lui, remonterait à la conquête du territoire par 
les Francs, et elle comprendrait deux parties, le 
fief et la justice, unis dès l'origine, mais avec des 
caractères différents. Le fief serait la terre donnée 
au guerrier après la conquête. Quant à la justice 
sur ce domaine, ce serait simplement un office 
oooféré en même temps au fiévé par le roi, et 
plus tard seulement retenu et conservé abusive- 
m^t à titre de propriété par le détenteur. 

La justice associée ainsi au fief dans la seigneu- 
rie, la justice sagneuriale, ajoute Loyseau, est la 
haute justice emportant la jouissance des droits 
du fisc, savoir la dévolution suivant lui des biens 
tombés en déshérence, ainsi que des biens vacants, 
et avant tout la possession des fruits judiciaires, 
c'estrà-dire des confiscations et des amendes appli- 



80 u ^nsnoB FUV^B 

quées — * indépendamment des peines oorporelles, 
jusqu'à la peine de mort même — avec le béné- 
fice de ce principe qu'en France, cmnme il le dit, 
les peines sont arbitraires. La jouissance des droits 
du fisc n'est plus ici une cause, comme dans la 
doctrine admise au xm* siècle par le prévôt de 
Paris ; c'est une conséquence. Ce n'est pas cette 
jouissance qui engendre la juridiction ; mais ette 
en résulte, et celle-ci se rattadie originairement 
à d'autres principes. 

Ajoutons que, suivant Loyseau, la justice ne 
peut guère venir aux églises que d'usurpation, 
sauf, en certains cas dit-il, par suite d'acquisition 
de la puissance temporelle. 

Il n'y a dans une semblable théorie aucune place 
pour l'immunité, au point de vue du rôle qu'on lui 
avait antérieurement assigné, et qui lui est nous le 
verrons ultérieurement rendu, dans l'origine de 
la justice privée. Aussi p'est-il guère question de 
l'immunité dans le Traité des seigneuries de Loy- 
seau. Il parait même ignorer, ou il oublie au moins, 
qu'autrefois on justifiait par l'allégation de cef pri- 
vilège la possession du droit de justice. Des con- 
testations se produisant pour cet objet, on devait, 
suivant lui, juger le différend d'après l'état de 
possession. Il n'est donc plus question, comme 
au xm* siècle en pareil cas, de titres contenant 
avec la concession de l'immunité celle des droits 
du fisc et impliquant, 'en conséquence — ainsi 
l'avait-on cru précédenunent — la concession de 



sr i.'nnnniif<. {24. M 

la joridictMMi. U n'est pas «krantage question de 
diplAmes portant eoncession formeUe de celle-ei. 
Nous ssvoDs cependant qa'il existait des chartes 
ayant pour objet cette concession directe de la 
juridiction^. 

Tels sont les traits essentids du système de 
Loyseaa, touchant Torigine de la justice privée. 
L'aotair ne contredit pas les données que nous 
avons tirées de Texamen des textes (§§ 1 8, 4 3, 1 9), 
puisqu'il ne rattadie pas cette origine à rinununité ; 
mais il s'éloigne notablement et fort arbitraire- 
ment de la réalité, dans la Conception où il associe 
rinstitation en quelque sorte de la justice privée 
à celle du fief, pour les faire commencer ensemble 
à la conquête des Fnmcs. 

§ S5. — Nous venons dé voir ce que les juristes 
avaient fait des questions d'origine touchant la 
justice privée. Leur conception se réduit à cet 
égard, en théorie, à l'idée d'une usurpation dans le 
passé, et en pratique, pour le présent, à l'appré- 
ciation d'un état de possession couvert par la 
prescription. Cette conception était associée à une 
opinion que nous avons signalée dans le traité de 
Loyseau et dont nous retrouverons encore les 
traces dans le livre de Montesquieu; celle de cer- 
taines attaches qui relieraient originairement l'un 
à l'autre le fief et la justice. 

1. Uïmmunité, 4882, § 8. 

nvii 6 



8S LA JcrncB nMvin 

. Les juristes avaient abandonné l'idée que la jus- 
tice privée prooédàt de l'inmiuaité. Ce privil^e 
dès longtemps tombé en désuétude était laissé par 
eux dans Tombre. H ne devait en sortir que pour 
répondre à la curiosité et aux investigations des 
historiens. Au point où s'étaient arrêtés les der- 
niers praticiens qui s'en étaient occupés, l'inmiu- 
nité était une ocmcession de juridiction résultant 
de la donation des droits du fisc. C'est avec ce 
caractère, admis d'ancienneté, qu'elle s'offre aux 
observations et aux études des critiques, à Fouver- 
ture du xvn* siècle. L'évidence les obligeant, au 
cours de ces études, à renoncer à cette opinion par- 
ticulière que ce serait la clause relative à la con- 
cession du jus fisci qui aurait originairement pro- 
duit ce résultat, ils tentent de le rattacher à une 
autre clause qui intéresse spécialement l'exercice 
de la juridiction et qui semble, à première vue, se 
prêter à cette interprétation. La clause nouvelle 
qu'ils invoquent ainsi est celle qui contient l'inter- 
diction nec ad causas audiendaSj par laquelle il est 
défendu au juge public de tenir ses plaids dans le 
domaine privilégié. Us tâchent de sauvegarder 
autant que possible dans ces nouvelles conditions 
la vieille doctrine, remise en crédit, que l'immunité 
est la source de la justice privée. Les subtilités et les 
artifices d'une savante argumentation sont appli- 
qués à la défense de cette thèse préconçue et préa- 
lablement admise en principe. C'est ce que nous 
verrons dans l'examen de certains écrits consacrés 



Et L'nomnrtf. 1 S5. M 

après hofjmm à la quertioo. Les pnmkn qui se 
préseotent à nous sont ceux de Bignon. 

XL Bionoif. 

§ S6. — Loyseau vivait encore quand Jérôme 
Bignon, savant préooœ, publie en 1613, à TAge 
de vingtrdeux ans, le célèbre recueil des formules 
de MûTcnlfe avec Timportant c(»nmentaire qu'il 
y a joint^. A propos de la formule De emunitate 
regii^ la trdsième du livre I*', Bignon s'explique 
sur le caractère de l'immunité, en donnant pour 
Ibodement à son argumentation, aveo cette for- 
mule et plusieurs autres du même genre, certains 
diplômes de concession du privilège et quelques 
autres documents. 

Pour ce qui est des inductions tirées jadis de la 
teueur du privilège, les juristes avaient abandonné 
dans les derniers temps, nous l'avons dit (§ S5), 
la théorie en vertu de laquelle on alléguait au 
xm* siècle que la concession des droits du fisc, 
qui accompagnait ordinairement Fimmunité, impli- 
quait celle du droit de justice privée. Loyseau 
n'eu avait rien dit. Bignon n'en parle pas davan- 
tage; dans ses notes sur la formule de l'immunité, 
il ne s'arrête pas à la concession du jus fisci que 
contient cette formule. Il ne pouvait ignorer cepen- 
dant la signification précédemment donnée à cette 

i. Marculfi monaehi formulas, 1643. — Reproduit dans 
Baluse, Capitularia, 4780, t. II. 



84 U JUffiCB fUrtM 

oonoesaîoD. Il ne la combat pas néanmoÎDS, mais 
ne Tadop^Dt pas il se borne à la passer sous 
silence; car il ne la signale nullement, tout en 
citant, sans y faire aucune allusion, une charte qui 
mentionne le jus fisci (§ 27) ; et il propose une 
opinion nouvelle sur la manière de faire sortir de 
l'immunité la justice privée. La concession des 
droits du fisc n'appartenait d'ailleurs pas, à pro- 
prement parler, comme clause constitutive, au 
privilège d'immunité; elle ne lui était même pas 
toujours annexée, nous l'avons fait r^narquer 
(§ 8, note 2). 

Bignon emprunte au corps même du privilège 
ses arguments,- et c'est en vertu de la clause inter- 
disant aux juges publics l'entrée du domaine pri- 
vilégié, pour y accomplir notamment les actes de 
justice, qu'il lui semble possible de faire de la 
concession de l'immunité celle de la juridiction ; 
mais au profit des domaines ecclésiastiques seu- 
lement : € Vides banc terrarum ecclesiasticarum 
€ inmiunitatem praecipuè ad jurisdictionem et 
€ justitiam pertinere, ut scilicet eorum subditi et 
€ coloni à nullo judice distringi possint... Quo 
€ fit ut eo nomine in subditos jurisdicUo eis 
€ concessa videatur^. > 



2. Baluze, Capitularia, U n, col. 879. A prendre au pied 
de la lettre la déclaration de Bignon c quo lit ut... juris- 
c dictio eis concessa videatur, » on pourrait la croire pure- 
ment dubitative et penser que, suivant lui, il résultait du 
privilège, non pas que la juridiction en fût, mais seulement 



R L'mnmRi. | 96. 85 

Ce texte mentioDDe exdusrvement rimmonité 
eodésîastique. Bîgnoa, en effet, limite aux figlites 
les coosécpieDoes qu'il tire de la ooDoessioD du 
pmilège, touchant la jouissance de la juridictîoD ; 
en contradiction sur ce point, remarquons-le en 
passant, avec Loyseau, qui regardât comme 
n'ayant jamais été qu'exceptionnellement le réscd* 
tat d'une concession et comme étant particulière- 
ment entachée d'usurpation, la possession de la 
juridiction temporelle par les ecclésiastiques 
(§ Ht). Tel n'était pas l'avis de Kgnon qui attri- 
iHiait au contraire exclusivement aux 'Églises la 
jooissanoe légitime de la juridiction fondés sur le 
privilège de l'inomunité. 

§ 27. — BignoD prétendait trouver la conces- 
sion de la juridiction, non plus avons-nous dit 
(§ 26), comme on l'avait voulu jadis, dans la con- 
cession des droits du fisc, mais dans la clause du 
privilège d'immunité qui interdisait aux juges et 
officiers publics d'entrer dans le domaine privilé- 
gié pour y tenir leurs plaids, pour y lever les pro- 
duits de la justice, freday et pour y saisir des cau- 
.tions, fidejussores. 

Touchant les deux premières interdictions 

qu'elle semblât en être la conséquence. Il y a lieu de remar* 
qner cependant que, dans les diplômes dont la lecture était 
âunilière à Bignon, Fexpression fréquemment employée esse 
videhir a ordinairement an sens absolument affirmatif. Il en 
est probablement de même dans l'usage qu'il fait lui-même 
ici de cette location. 



86 Là lUfflCE PlIVtfB 

signelées ainsi par Fauteur, c ut nuUns judex 
c puUious ad causas audiendas, aut ireda exi- 
c geuda... prœsumat ingredi, sed hoc... pou- 
c tifex vel successores... valeant dominaTe, > il 
dit qu'elles impliquent la concession de la juridic- 
tion au possesseur du donoaine : € quo fit ut... 
€ juriBdictio eis ccmcessa videatur. > liais, pour 
justifier cette appréciation, il invoque assez singu- 
lièrement, sans en donner toutefois le texte, une 
charte de 1060, où le roi Henri V\ au lieu de 
parler de ces interdictions, sauf celle de lever 
aucune rédhibition accorde simplement à Tabbaye 
de 8aint-Martin*<les-Ghamps l'exemption du paye- 
ment des droits du fisc, thelanea^ freda^ justitiœ 
et quœcunque jus exigit fisci^. Dans ces termes, 
la charte de 1 060 ne correspond pas même à l'opi- 
nion, abandonnée alors, que la possession des 
droits du fisc impliquait celle de la juridiction, 
comme on le prétendait au xm® siècle (§ %%) ; elle 
est encore moins d'accord avec la théorie de 
Bignon qui fait sortir des clauses d'interdiction 
formulées dans le privilège d'immunité la conces- 
sion ou au moins la jouissance de la juridiction. 
Ces considérations ôtent toute valeur à ce diplôme 
pour l'argumentation de Bignon. 
Sans insister autrement sur ces observations, 

i. Cette charte, publiée par Marrier dans son lùstoire de 
Pabbaye de Saint-Bdartin-des-Ghamps, 4636, eat reproduite, 
d'après lui, par Dom Bouquet, ReeueH dês hùtarieni, etc., 
t. XI, p. 605. 



ET L'immiiii* S ^7. g7 

nous en ferons une autre qui «iflBnit pour iofir- 
m^ les déductions tirées par Bignon des deux 
ifltardictions que nous venons de signaler; c'est 
que ces interdictions» quoique firéquentes dans les 
dipiômes d'immunité, y font cependant quelque» 
fois dé&ut', et qu'on ne saurait par conséquent 
en déduire, comme prétend le faire Bignon, un 
caractère général du privil^e. 

Pour ce qui est de la troisième interdiction prise 
en considération par Bignon à l'appui de sa thèse, 
celle qui défend aux juges publics d'entrer dans 
le diHuaine privilégié pour y saisir des cautions 
ou garants, fidejusêùre^ tollere^ il donne à entendre 
qu'il s'agit en cela de l'obligation oii étaient les 
prévenus, soit de se rendre immédiatement au 
plaid du juge public sur son mandement, soit 
après condamnation de s'exécuter sur l'heure, à 
moins que, dans l'un ou l'autre cas, ils n'ob- 
tinsfient répit, 91 velint dimUti dit l'auteur, &à 
d(Huiant des garants, fidejussores^ qui enga- 
geassent pour eux leur responsabilité. Sans qu'on 
saisisse bien nettement comment, suivant Bignon, 
Tadmission de cette pratique pouvait être favo- 
rable, ou son interdiction, contraire à l'exercice 
de la juridiction par les juges publics dans le 
domaine privilégié — car ce n'est pas au moyen 

^. Sur les 196 titres d'immunité relevés dans les preuves 
^11 fiattia ehristùma de 496 à 4473, 8i seulement contiennent 
rinterâielion c nec ad causas audiendas, • et 78 celle « nec 
< ad freda exigenda. » ^ L'Immunité, 4882, §§ 8 et 9. 



88 Là J1I8IICB FllVfe 

de garants, fidejiUioreSy qu'on était ordinsarement 
contraint de comparaître au mallum (§§ 5, note S, 
et 4S, note 1) — il suffit de constater, pour 
apprécier la valeur de son arjgumentation sur ce 
point, que les garants ou cautions, fidejussoreSj 
qu'il a en vue d'après le commentaire donné par lui 
du texte en question, sont ceux qui, à la prière 
d'un homme ou prévenu ou condamné et deman- 
dant répit, consentaient à s'engager pour lui d'une 
manière toute volontaire ; tandis qu'il s'agit sui- 
vant les termes du privilège d'immunité non des 
garants, qui répondaient volontairement, mais de 
ceux qui étment saisis et levés malgré eux pour 
cet objet par les juges publics, dans certains cas 
bien connus^. Cette méprise ruine l'argumenta- 
tion de Bignon sur ce point. 

L'interdiction relative à Iqt levée des fidejussores 
ne se trouve d'ailleurs pas plus que les deux autres 
dans tous les diplômes d'immunité^ et ne pour- 
rait, pas plus qu'elles, être l'indice d'un caractère 
général du privilège. 

§ 28, — Outre ce qui résulte de l'argumenta- 
tion dont nous venons de rendre compte, sur les 
clauses d'interdiction du privilège qui concernent 
la tenue des plaids, la levée des freda et la saisie 

3. U Immunité, 1882, g 11. 

4. Sur les 196 titres d'immunité relevés dans les preuves 
du Gallia diristianaée 496 à 1473, 71 seulement contieooent 
l'interdiction nec fid^ussares UOUndos. ^ VJmmunUé, 1882. 
SU. 



ET L'iMKunrri. S 28. 89 

des garaots, fidefuss&resj Bignon, qui tire de là 
comme oooséqueiice rinstitution de la justice pri- 
vée, se demande ce qu'étaient les magistrats dbar- 
gés d'exercer cette juridictioD particulière. Ce ne 
pouvaient être, pense*t-il, que des juges d'Ëglise; 
d'accord en cela avec le caractère ecclésiastique 
delà plupart des titres d'immunité qu'on possède 
et avec sa propre conception que la justice privée, 
qui découlait de ce privilège, appartenait exclusive* 
mentaux Églises (§ 9S6). Ainsi, à propos des agents 
partioiliers que l'éicignement des juges pubUcs 
laissait plus ouonoins libres d'agir dans l'intérieur 
des domaines privilégiés, Bignon prétend qu'il ne 
saurait être question en ce cas que de juges ecclé- 
siastiques et non de juges indistinctement laïques 
(m ecclésiastiques, qu'on pût qualifier d'une 
manière générale juges privés, judiees prwati. 

Cette opinion de Bignon vient d'une interpréta- 
tion inexacte,' ce nous semble, d'un texte cité par 
loi à cette occasion. Ce texte concerne une déci- 
sion adoptée par un synode de 755^, confirmée 
à Metz en 756 ^ et introduite avec quelques modi- 
fications dans le recueil d'Ansegise^. Il y est dit : 
< Ut omnes faciant justitiam tàm publici quàm 
c ecclesiastici. » La locution justitiam facere a 
quelquefois le sens judicarSy mais quelquefois 

1. SynocU Vememis capitula, 755, c. 29. — BalQze, Capitul., 
1 1, p. 167. 

2. CapiMare Metense, 756, c. 9. — Ibid., t. I, p. 177. 

3. Ânsegùi capitularium 1. V, c. 16. — Ibid., t. I, p. 828. 



90 tk JU8T1CB PlIViB 

aussi — et c'est ici croyons-oous le cas -^ le sens 
judicatum facere^ comme nous l'avons montré pré- 
cédemment (§ 1 i) ; ce qui fait des puhlid et des 
ecclesiastici mis en présence dans le texte en que&- 
ticm, non pas des juges, mais des jugés, des jus- 
ticiables, comme dans un autre texte appartenant 
à Fédit de 61 5 du roi Glotaire II et ainsi conçu : 
€ Quod si causa inter personam publicam et homi- 
€ nés Ecclesiae steterit, pariter ab utraque parte 
€ prœpositi Ecclesiarum et judex publicus in 
€ audientia publica positi ea debeant judicare^. > 
Dans ce dernier texte, \esloctxtionsper8ona publica 
et hamines EceleHœ désignent évidemment des 
justiciables et non des juges; ce qui autorise, 
croyons-nous, la même interprétation pour les 
termes correspondants publici et ecclesiastici du 
texte cité par Bignon. 

§ 29. — Indépendanunent de sa conception évi- 
demment erronée touchant le caractère purement 
ecclésiastique des juges privés de l'immunité, 
Bignon présente sur ce qu'il considère comme leur 
rôle judiciaire et sur la preuve qu'il en déduit de la 
réalité de leur existence, liée suivant lui à celle de 
la justice privée, des considérations qu'il prétend 
justifier à l'aide de textes appartenant, les uns 
aux capitulaires des vn*, vni* et ix* siècles, les 
autres à des documents du même temps, ou même 

4. Bdietum Chlotharii II régis in oondlio Parisiensi V 
datum, 6i5, c. 5. — Baluze, Oapitul.j L I, p. 21. 



ET L'nannmt. S ^- M 

de date postérieure. Ces documents lui sembleot, 
connue ceux que nous venons d'expliquer et par* 
fins sans plus de raison, mentionner des juges par- 
ticuliers chargés d'exercer la justice privée» en&n- 
tée suivant lui par l'immunité. Nous avons dit 
précédemment que la présence, fût-elle constatée, 
de juges privés à cette époque ne saurait avoir la 
portée qu'on lui attribue en faveur de l'opinion 
que la justice privée vient de l'immunité, parce 
que l'existence de pareils juges est indépendante 
de celle du privilège et antérieure à son institu- 
tion (§13). Nous avons montré d'ailleurs que bien 
souvent, comme dans le cas cité tout à l'heure, 
on s'abuse dans l'appréciation qu'on fait du rôle 
de ces agents, en croyant voir un jugement rendu 
là où il n'est en réalité question que d'un juge- 
ment ou sollicité ou subi, dans la condition de jus- 
ticiable qui est tout l'opposé de celle déjuge (§14). 
Les textes des capihilaires sont au premier rang 
de ceux dont on discute, comme Bignon en donne 
l'exemple, les données pour rattacher la justice 
privée à l'immunité. On y joint encore, ainsi qu'il 
le fait également, des titres contemporains de ces 
documents, auxquels, sans raison su£8sante du 
reste, on en mêle d'autres d'époques postérieures 
— il le fait aussi — ayant avec les précédents 
quelque analogie. Bignon entrant dans cette voie 
l'indique à ses successeurs qui l'y suivent. On 
invoque surtout dans ces débats les formules et les 
diplômes d'inunudité. Quelques auteurs cep^i- 



$% LA jusncB 'ntriM 

dant, oomme Houard (§ 38), Pardessus à un cen- 
tain moment (§ 48), Lehuérou (§ 69), et M. F. de 
Ck)ulanges lui-même (§ 61), sont d'accord pour 
convenir, malgré la diversité de leurs conclusions, 
que ces textes ne parlent pas formellement de la 
concession de la justice privée. 

§ 30. — Bignon, qui soutient Topinion con- 
traire, est le premier qui, rattachant les origines 
de la justice privée à Timmunité, la fait dériver 
non plus comme on l'avait fait précédemment de 
la concession des droits du fisc, généralement 
annexée au privilège, mais des clauses constitu- 
tives de celui-ci, des interdictions qu'il oppose à 
l'action des juges publics, de celle entre autres de 
tenir leurs plaids dans le domaine privilégié : par- 
ticularité à laquelle surtout s'attacheront plus tard, 
en vue des mêmes conclusions, ceux qui suivront 
Bignon dans la voie ouverte ainsi par lui. 

Rappelons en même temps que Bignon limite 
aux Églises seules la jouissance de la justice privée 
instituée ainsi (§ %S) ; réserve qui après lui sera 
encore adoptée par quelques-uns, rejetée cepen- 
dant par d'autres et notanunent par ceux qui 
défendent aujourd'hui la thèse que la justice privée 
a été engendrée par l'immunité, mais pour tous 
également, pour les laïques aussi bien que pour 
les ecclésiastiques. 

Bignon ne fait aucune allusion à une juridiction 
quelconque de caractère privé qui, suivant cer- 
taines appréciations, se rattacherait comme un 



ET L'mmmoL S 30. M 

tttribat naturel à la propriété, aÎDBi que le donne 
à peoser Montesquieu au siècle suivant {% 34). 

Xil. MœfrBSQoiKu. 

§ 31 • — Montesquieu est le premier qui, après 
BignoD, offre à notre examen une théorie nou- 
vc^e sur les origines de la justice privée, la justice 
des seigneurs, il Tappelle ainsi, et sur Timmunité. 
Avec Loyseau, il regarde la justice privée exercée 
par les laïques comme une fonction ou prérogative 
attadiée au fief, ajoutant pour son compte qu'elle 
est en quelque sorte un droit propre de celui-ci. 
Eatre les mains des ecclésiastiques, il y voit une 
espèce d'attribut de la propriété^, mis en vigueur 
aa moyen de Tinmiunité, dont la concession est, 
suivant lui, le mode employé pour assurer ainsi 
aux terres tenues par les Églises la condition 
qu'elles auraient eue à cet égard en devenant des 
fiefs. Le droit de justice serait donc originaire- 
ment, autant qu'il semble suivant Montesquieu, 
an attribut inhérent à la propriété. Il resterait 

1. Montesquieu o'ezpose pas avec une parfaite précision 
MB idées à ce sujet, et l*on ne voit pas bien si cet attribut 
qu'il reconnaît aux domaines des Églises était, suivant lui, 
l'attribat de toute propriété ou celui des terres venant du fisc 
lealement. Il dit, en effet, que ce privilège suivait la terre 
da fisc doûnée à une Église ; mais il a dit aussi deux lignes 
plas baut que les biens des ecclésiastiques, c'est-à-dire les 
domaines des Églises, avaient ce privilège. Or, les domaines 
des Églises se composaient de donations ou acquisitions 
diverses dont les terres venant du fisc n'étaient qu'une partie. 



naturellémeDt attaché à ceHe-d daM le fief, lequel 
remonte, dit-^0, à la conquête; et il la suivrait, 
grâce à Timmunité, dans le domaine ecclésias- 
tique constitué ultérieurement. Gomment Mon- 
tesquieu est-il amené à cette conception, où il 
rapproche, sans les concilier cependant sur cer- 
tains points essentiels, des opinions qui repré- 
sentent plus ou moins complètement celles de ses 
devanciers, Loyseau et Bignon? C'est ce que nous 
allons dire. 

Dans son grand ouvrage, V esprit des lois, 
publié en 1718, Montesquieu, au cours de son 
travail, arrive à la justice privée, la justice sei- 
gneuriale, ainsi s'exprime-t-il, par des considéra- 
tions sur la compositio et le fredum des lois bar- 
bares : la compositio due comme indemnité par le 
coupable à celui qu'il a offensé; le fredum dû, 
par le coupable également, au détenteur de Tau- 
torité, comme prix, suivant Fauteur, de la protec- 
tion dont le souverain le couvre en conséquence, 
et qui lui rend la paix, la sécurité, après le forfait 
qui les lui a fait perdre. Le droit de faire payer 
la compositio et le fredum et d'en tirer les fruits, 
c'est là ce qui constituait la justice, dit Montes- 
quieu, les jusiiceSj justitÙBj dit-il aussi, et ce droit 
passait naturellement, croit-il, avec le territoire, 
des mains du souverain dans celles du détenteur 
du fief, c La justice, ajoute-t-il, était donc un droit 
c inhérent au fief même, un droit lucratif qui en 
€ faisait partie. > Quant aux terres donnée^ aux 



If L^oaranii. S 34. 95 

Églises» dks éfadent douées des prérogatives 
qu'elles aoniieiit eues si elles avaient été données 
en fief à un laïque : c de droit était dans la nature 
€ de la chose donnée ; le bien des ecdésiastiques 
c avait ce privilège parce qu'on ne le lui ôtait pas. > 

Tout cda est prouvé» dit Tauteur, c par les 
c formules qui portent la confirmation ou la trans- 
c lation à peipétuité d'un fief en faveur d'un 

€ leude ou des privilèges des fiefs en faveur 

c des Églises. > Les formules que Montesquieu 
signale ainsi ne sont autres que les formules 
d'immunité, qu'il vise à cette occasion', et les 
diplâmes par conséquent d'immunité dressés sui- 
vant les termes de ces formules, qu'il indique 
positivement en renvoyant, pour leur examen, au 
tome Y du Recueil des historiens des Gaules et 
de la France, où Dom Bouquet en donne en effet 
00 certain nombre. 

Les juges publics étant, suivant ces actes, 
exdus des domaines qu'ils concernent, les fonc- 
tions de ces officiers passent nécessairement, dit 
M(Hitesquieu, aux maîtres de ces domaines. C'est 
ainsi qu'il résout la question de l'origine de la 

2. LeB quatre formules de Marcnife citées pour cet objet 
par Montesquieu sont celles qui portent les n<» 2, 3, 4, 17 
du liyre I; les trois premières pour la concession ou la confir- 
mation de Timmunité à une Eglise, la quatrième pour une 
oonfirmation du môme genre à un laïque, détenteur d'une villa 
proYenant du fisc royal; ce qui donne à cet acte, aux yeux 
de Montesquieu, le caractère d'une constitution ou plutôt 
d'une confirmation de fief. 



96 LA JUSnCB FËÉfiE 

justice privée, oi^nisée par rîmmnnité dans les 
seigneuries aussi bien laïques qu'ecclésiastiques, 
en vertu de droits antérieurs inhérents à la pro- 
priété, semble-t-il croire. II n'y a d'ailleurs, fait-il 
observer, dans le privil^e constitué ainsi aucune 
trace d'usurpation conune l'avait prétendu Loy- 
seau. Quant au principe et aux origines lointaines 
de l'institution, ditril encore, c'est dans les cou- 
tumes et usages des Germains qu'il faut les cher- 
cher. Mably combat un peu plus tard cette 
dernière opinion. 

Montesquieu, il y a lieu de le faire observer, 
admet évidenunent, sans le dire formellement 
cependant, que la perception fiscale, la jouissance 
des justices, justitiœ^ constitue en quelque sorte 
la justice, droit de juridiction uni au fief et attri- 
bué ensuite aux églises en vertu des interdictions 
de l'immunité, qui le font passer des juges publics 
aux possesseurs ecclésiastiques et à leurs agents. 
On voit comment, sans répudier absolument la 
vieille doctrine en crédit au xm* siècle (§§ SS, 33), 
Montesquieu se range à l'opinion que la justice 
privée est engendrée, au profit des Églises au 
moins, par les interdictions de l'inmiunité, tout en 
la regardant d'ailleurs comme un droit naturel 
du fief. Nous n'avons pas besoin de faire remar- 
quer ce qu'il y a d'arbitraire et, jusqu'à un cer- 
tain point, d'incohérent dans ce système. 

Telle est la théorie de Montesquieu sur les ori- 
gines de la justice privée et sur le rôle que peut y 



R L*UUIIUIlTi. 1 S4. 97 

jouer le privilège de rimmanité. Les deux traits 
essentiels de soo système sont rétroite liaison de la 
justice et du fief, qu'il emprunte à Loyseau sans 
en donner plus de preuve que ne Ta fait Loyseau 
Im-mème, et la distinction entre Timmunité laïque 
d; Timmunité ecclésiastique, dont Fidée parait lui 
venir de Bignon, qui ne traite que de la seconde. 
Cette théorie n'^ d'ailleurs pour une bonne 
part qu'une pure conception, malgré l'appareil 
de preuves que l'auteur produit pour la confir- 
mer, d'après les formules, les diplômes d'immu- 
nité et les textes empruntés aux capitulaires. 

§ 38. — Pour ce qui est des formules et 
diplômes, Montesquieu ne s'arrête pas à faire une 
étude détaillée de ces documents. Il se contente 
d'expliquer sommairement, d'après Bignon ce 
semble, mais sans le citer cependant, les trois 
points de la clause d'interdiction du privilège qui 
OQucement les causœ^ les freda^ les fidejussares^ 
savoir l'interdiction aux juges publics de tenir leurs 
plaids dans le domaine couvert par l'immunité, 
d'y lever les freda et d'y saisir des garants ou 
cautions, fidejussares. 

Sur ces trois points, Montesquieu admet pure- 
ment et amplement la substitution du possesseur 
aux juges publics, aux juges royaux, dit-il, dans 
l'exercice des fonctions qui, à cet égard, incom- 
baient à ces derniers avant l'interdiction qui leur 
ferme l'accès du domaine privilégié. 

XITO 7 



98 u iDsncE PinnSE 

Pour ce qui est de la tenue des plaids, on voit, 
à la manière dont le rôle des cautions, fidejussores^ 
est interprété par Montesquieu, que le jugement 
au plaid, l'exercice de la juridiction, est par 
excellence à ses yeux la justice même, bien qu'il 
ait dédaré en commençant que ce sont les percep- 
tions des eompositiones et des freda ou justices, 
justUuBj qui ont ce caractère. Touchant les freda^ 
à propos de l'interdiction de les lever opposée 
par l'immunité aux juges publics, Montesquieu dit 
que leur paiement par le coupable au détenteur 
de l'autorité, au souverain, était le prix de la paix 
assurée ultérieurement à celui qui l'avait violée 
par son forfait; et il cite en même temps, sans 
expliquer l'apparente contradiction qui résulte de 
ce rapprochement, l'article 89 de la loi des 
Ripuaires dont nous avons parlé précédemment 
(§§ 9 à < <), qui prescrit de faire payer le fredum 
non par le coupable, mais par la victime^. 

Quant aux cautions, fidejussores ; à propos de 
l'interdiction aux juges publics de les saisir, Mon- 
tesquieu dit que défen;se leur étant faite ainsi 
c d'obliger les parties de donner des cautions pour 

i. Montesqaiea comprend bien le sens littéral de ce texte 
de la loi des Ripuaires, mais il n'en explique pas les singu- 
lières dispositions, c La loi des Ripuaires, dit-il, défendait 
f (au juge territorial) d'exiger lui-môme le fredum; elle vou- 
€ lait que la partie qui avait obtenu gain de cause le reçût et 
i le por|àt au fisc pour que la paix, dit la loi, fût éternelie 
« entre les Ripuaires. • {Ueiprit des lois, \, XXX, ç. 20.) 
Nous avons expliqué ci-dessus cet article (§§ 9, 10). 



ET L'omuimtf. I 82. M 

c comparaître devant eux, c'était dès lors à celai 
c qui recevait le territoire à les exiger. » Cette 
appréciation du née fidejussaree tollere dOSère peu 
de ceOe qu'en fait Bignon. EUe vise ccmune elle les 
garants volontaires et non les garants contraints 
A forcés, pris d'autorité, dont il est en réalité 
qaestion dans le texte du privilège, comme le 
prouvent et l'expression tollere, et les exemples 
que l'histoire fournit de ces abus^. Reparaissant 
dans l'œuvre de Montesquieu, cette opinion déjà 
produite par Bignon (§ SI7) trahit, avec quelques 
autres particularités, la source à laquelle Montes- 
quieu a pu prendre pour une part au moins les 
vues qu'il expose sur le privilège de l'immunité. 
L'auteur joint à ce qu'il dit des trois points de 
la clause d'interdiction du privilège étudiés par 
BigDon, une brève explication qui lui appartient, 
touchant la défense aux juges puUics d'exiger le 
gîte, ifMftsiafieê faeercj dans le territoire de l'im- 
manité : prohibition où il ne voit qu'une simple 
conséquence des autres interdictions ; le juge 
public qui n'avait plus aucune fonction, dit-il, 
dans le domaine n'ayant plus, suivant lui, besoin 
d'y t demander de logement. » 

§ 33. — Après ce qu'il juge à propos de rele- 
ver dans les formules et les diplômes d'immunité, 
Montesquieu emprunte quelques textes aux capi- 
tulaires et à certaines chartes touchant les juges 

î. Vlmmunité, 4882, S ii- 



400 u JUSTICE vwrriE 

privés surtout. Les oonsidératioDS sur le r6le des 
juges privés, agents des grands possesseurs, 
n*importent pas autant qu'on pourrait le croire à 
la discussion des origines de la justice privée, 
touchant notamment la part qui peut y revenir 
à rimmunité. L'argumentation fondée sur ces 
considérations, inaugurée par Bignon dès le 
xvn* siècle, et très usitée encore aujourd'hui, 
déplace au contraire beaucoup plus qu'il ne sem- 
blerait à première vue la question. En effet, les 
conclusions auxquelles on est ainsi conduit peuvent 
bien démontrer l'existence d'agents particuliers 
susceptibles d'être qualifiés juges privés, à une 
époque relativement ancienne; mais elles ne sau- 
raient prouver que l'institution de ceux-ci et celle 
de la justice privée résultassent de la concession 
de l'immunité, parce que le rôle de ces agents des 
grands possesseurs, fût-ce dans l'exercice d'une 
sorte de juridiction, est indépendant de Tiounu- 
nité et lui est même vraisemblablement antérieur. 
Nous avons déjà fait précédemment cette obser- 
vation (g 13). 

Montesquieu entre plus avant que Bignon dans 
les considérations relatives à l'existence et au 
r6le desjtuiicesprivatij pour en tirer des preuves 
à l'appui de sa théorie sur l'origine de la justice 
privée, soit laïque, soit ecclésiastique. Il signale 
d'abord la mention des domaines particuliers pour 
lesquels ces juges privés ont pu être institués et 
croit la reconnaître dans des textes dont les termes 



n'indiquent d'ailleurs nullement l'exercioe psr 
oeox-ci de la juridiction. 11 dte ainsi les fideUum 
termim présentés comme distincts du territoire de 
la emtenay dans Tédit de Ghildebert donné vers 595 , 
et la trustis mentionnée d'une manière analogue 
dans un édit de Glotaire II de la même époque à 
peu près^ ; les potentis alieujus poteêtas aut prih 
prietas et les aliorum fotestates que mentionnent, 
après les immunités et les terres du fisc, les capi- 
tulaires de Gharies le Chauve de 857 et 864*; 
documents qu'il ne reproduit pas d'ailleurs dans 
ses extraits d'une manière suffisante pour pei^- 
mettre d'en faire, d'après ce qu'il en donne, une 
appréciation exacte. 

Quant aux juges eux-mêmes, judiees privatiy 
agents particuliers des grands possesseurs laïques 
ou ecclésiastiques dans leurs domaines ou leurs 
immunités, Montesquieu reconnaît pour tels les 
jiidices et les missi discussores^ des évéques et 
des potentes; les prœpositi EccleHarum du capitu- 
laire de Glotaire II de 615^; les advccati, les 
ffiee domini et leurs ministeriales^ les centenarii 

1. Ghildeberti régie decfetio, circa an. 595, c. 12; et Ghlo- 
thani n régis decretio, circa an. 595, c. 3 et 12. •— Baiuze, 
Capitularia, 1. 1, p. 17 et 19. 

2. Caroli régis titul. XXTV, an. 857, c. 4, et titul. XXXVI, 
an. 864, c. 18. — Baiuze, Capitularia, t. Il, p. 96 et 181. 

3. DiscQssores, id est cognitores renim flscaiium. ^ Du 
Gange, Glossarium. 

4. Edictnm Ghlotharii n régis an. 615, c. 5, 7, 19. — • 
Balnze, Capitularia, 1. 1, p. 21. 



4#2 LA JUSTICE PIIY^E 

des capitulaires de Gharlemagne de 802 et de 
Charles le Chauve de 861 ^. La plupart semblent en 
effet, dans certains cas, investis du droit de faire 
certains actes de juridiction, mais quelquefois ils 
sont signalés conune soumis à la juridiction du 
juge public et obligés de répondre devant lui, 
soit pour leur patron, soit pour ses hommes, dans 
la condition de justiciables plutM que dans celle 
de juges. Telle est, en effet, la signification fré- 
quente de la locution justUiam facere^ que Mon- 
tesquieu a le tort d'interpréter toujours dans le 
sens de juger, judieare. Cette locution a quelque- 
fois, en effet, cette dernière signification, il 
convient de le rappeler ; mais elle a souvent aussi 
celle toute contraire de judicatum ou rectum 
facere^ conmie nous l'avons montré précédem- 
ment (§U). 

Les textes sur lesquels Montesquieu fonde son 
argumentation sont loin d'être péremptoires en 
faveur de sa thèse, puisqu'il en résulterait tout au 
plus que les agents des grands possesseurs, sou- 
mis dans les cas ordinaires à la juridiction des 
juges publics, peuvent cependant exercer parfois 
eux-mêmes une certaine juridiction; ce qui ne 
prouverait pas du reste, nous l'avons constaté 
(§ ^^)' 4^^ ^^te juridiction particulière vint de 
l'inununité. 

5. Garoli Magni capitul. an. 802, 1, c. 13, et Garoli Galvi 
titui. XXXIII, an. 861. — Baluze, Gapitularia, 1. 1, p. 366, 
et t. II, p. 152. 



Il Doas reste à dire deux mots d'un dernier 
texte visé également par Montesquieu, où il est 
ordoimé que les ÉgUsM aient les justioes de leurs 
hommes, jusHtias tâm m vUa quam m peemms 
eomm^. Ce texte ne se rapporte vraisanblaUe- 
ment pas, comme le fait obsenrer Houard (§ 39), 
à Texerdoe proprement dit de la juridictîoD, à 
l'acte de juger, mais plutôt à la levée des justices, 
jwHHafy c'estrà-dire à la perception de la campih 
sitio et du fredum. C'est là, il est vrai, ce que 
Montesquieu déclare être proprement la justice 
mteie, justitiœ; mais, dans l'interprétation de ce 
texte particulièrement, il semble perdre de vue 
cette appréciation et entrer dans un ordre d'idées 
différent, Iwsqu'il prétend, conmie d'autres, 
comme Mably, Gourcy et Pardessus ce semble 
l'ont prétendu aussi après lui, y trouver la preuve 
que les Églises avaient, aux termes mêmes de ce 
texte du capitulaire de 806 (ou 810?), la justice 
oriminelle et civile sur tous ceux qui habitaient 
leur territoire. 

Entendrait-il par là que la formule justitiœ in 
vita habere correspondit suivant cette interpréta- 
tioD à ce qu'on appelle le droit de vie et de mort? 



6. f In primis omnium jnbendum est ut habeant Ecclesiae 
c eanim justitiaB, tam in vita iliorum qui habitant in ipsis 
• Eoclesiis quamque in pecuniis et snbstantiis eoram. > — 
Gapitul. an. 806, IV, c. 1, et Gapitnlarium 1. VI, c. 245. 
Baloze, Capitularia, t. I, p. 449 et 964. — Gapitnl. Bai- 
waricum, circa an. 810 (?). Boretins, Capitularia, 1. 1, p. 158. 



104 là jïïsncB nxftE 

Telle n'est pas cq>eDdanty selon toute vraisem- 
blance, le sens qu'il convient de lui donner. On 
serait probablement plus près de la vérité en 
cherdiant sa signification dans le rapprodiement 
qu'on peut en faire avec la locution eampûnere de 
vUa que donne un texte du vi* siècle''. Nous 
aurons occasion de rappeler ultérieurement ces 
considérations à propos de ce qui est dit par 
d'autres encore, après Montesquieu, à ce sujet 
(§§ 36, 39, 42, 49). 

Montesquieu ne cite pas toujours et se contente 
le plus souvent de viser les textes dont il allègue 
Tau tonte dans son ai^umentation. Nous en avons 
rapporte quelques-uns, d'après ses indications, 
ceux surtout pour lesquels nous avons éte dans le 
cas de contester l'interprétation qu'il en donne. La 
mise en lumière et la discussion de ces documente 
nous ont semblé d'autant plus nécessaires que 
nombre d'auteurs après Montesquieu, en le citant 
ou sans le citer, se sont bornés à reproduire ses 
appréciations et ses assertions en ce qui les con- 
cerne. Ils y ont joint cependant parfois, conune 
nous le verrons, d'autres titres analogues que 
Montesquieu avait ou ignorés ou négligés, et dont 
nous aurons ainsi occasion de parler. 

7. f Si quis in domo alterius ubi ciavis est fàrtmn îutb- 
« nerit Dominus domûs de vita componat. > — Décret. 
Ghiotharii II régis circa an. 595, c. 4. Baluze, Capiiularia, 
t. I, p. 20. — Décret. Ghiotharii, an. (?), c. 10. Boretias, 
Capiiularia, 1. 1, p. 6. 



CT h'mumni. { 34. 4M 

§ 34. — - En réramé, dam on spUm» on pen 
Qfmhs (§ 31 ), Montefiquieu, au xvm* siècle, admet, 
omune aux x\i* et xyn* l'avait fiiit Loyseau, 
que la justice est en principe intimement liée au 
fief; mais, contrairement à lui, il conteste que 
cette prérogative soit le résultat d*une usurpa- 
tion. La justice est, ce semble, suivant Montes- 
quieu, une sorte d'attribut de la propriété. Pour 
oe qui est de l'immunité, il affirme, avec Bignon, 
qu'eUe implique jouissance de la juridiction ; que 
oe privilège, sans être absolument étranger aux 
laïques, est surtout propre aux %lises ; et que c'est 
tout spécialement la forme sous laquelle le droit 



Mais cette justice, droit inhérent au fief et, grâce 
à l'immunité, reconnu dans les mêmes termes aux 
%lises, la justice des seigneurs, comme il le dit, 
et celle des %Iises ne seraient en iquelque sorte 
pas autre diose que le droit de faire payer la cam^ 
fositio due à la partie lésée et le fredum levé au 
profit du détenteur de l'autorité, au profit du sei- 
gneur territorial, du maître du draaaine. C'est 
cet avantage qu'aurait assuré, suivant lui, aux 
Églises le privilège de l'immunité, qui contient 
l'interdiction à tout juge public ou officier royal 
d'entrer, pour cet objet non plus que pour au- 
cun autre, dans le domaine du privilégié. De là, 
comme conséquence, pour celui-ci le droit et en 
quelque sorte l'obligation de juger lui-même ou 
de faire juger par ses agents, par les juges pri- 



406 LA /Uni€B P1IY<B 

vés, à la place du juge public. Voilà comment, 
suivant Montesquieu , la justice privée serait 
eogendrée, mais au profit des Églises surtout, par 
rimmunité. 

Montesquieu tàdie ainsi de concilier jusqu'à un 
certain point les idées de Loyseau et celles de 
Bignon sur l'origine de la justice privée et sur 
la part qui peut y revenir à l'immunité. Il n'en 
reconnaît à ce privilège qu'une très minime et 
tout à fait secondaire, dans la dévolution du droit 
de justice au grand possesseur laïque : à peu près 
d'accord en cela avec Loyseau, qui ne lui en attri- 
buait aucune pour cet objet. Gonune Bignon, il lui 
en accorde au contraire une très grande dans la 
constitution de la justice privée au profit des 
Églises, c'est-à-dire des ecclésiastiques. Il intro- 
duit en outre, assez timidement du reste, dans 
l'appréciation, du fait une opinion nouvelle, sui- 
vant laquelle il fait, en principe, de la justice 
privée une sorte d'attribut de la propriété; par- 
ticularité qu'il rattache pour ce qui est de ses 
origines aux usages des peuples germaniques 
(§ 31 ). Montesquieu prend place ainsi à la tète en 
quelque sorte de ceux qui considèrent le droit de 
justice privée comme une sorte de corollaire du 
droit de propriété. 

Telles sont en définitive les opinions de Mon- 
tesquieu sur la question. 



R h'mmntrL i 35. 4d7 

XIII. Mably. 

§ 35. — Mably, après Montesquieu, parle à son 
tour de la justice prirée et de rinunuDité. On 
trouve ses opinions à œ sujet au livre I de ses 
Observatianê mr Vkutaire de France publiées en 
1765, dans les remarques surtout qui accom- 
pagnent le corps de Touvrage. Ce qu'il en dit ainsi 
manque un peu de liaison; de Ûi une certaine 
ioconsistance dans le système qui parait se dégager 
de ses écrits ; et, sur quelques points, l'absence 
de précision dans les notions qui le constituent. 

Pas plus que Loyseau, Mably ne considère la jus- 
tice privée, ce qu'il appelle la justice seigneuriale, 
comme devant en principe son origine à l'immu- 
nité. Il n*admet même pas avec Bignon qu'il en 
soit au moins ainsi, exceptionnellement, pour ce 
qui regarde spécialement les Églises. Tout au con- 
traire, Timmunité soit laïque, soit ecclésiastique, 
— Mably ne les distingue pas comme Bignon et 
Montesquieu l'une de l'autre, — - aurait été, sui- 
vant lui, la suite et le complément, la coosécra- 
ticHi en quelque sorte de l'exercice antérieur de la 
justice privée : ce qui revient à peu près à Topi- 
oion de Montesquieu (§31). Mably conteste d'ail- 
leurs à celui-ci que la justice privée se rattache aux 
usages germaniques (§ 31) et ne semble pas non 
plus lui accorder qu'elle ne soit jamais le résultat 
de l'usurpation : les détenteurs des seigneuries 
s'attribuent de bonne heure, dit-il, le droit de 



408 LA IVSnCB PRIffi 

justice, et ce droit est, lorsqu'il apparaît, étroite- 
ment lié à la seigneurie patrimoniale, qui, suivant 
lui, a commencé presque toujours ainsi. Quoi 
qu'il en soit, voici Texplication que donne Mably 
des origines de la justice privée. 

La justice privée, démembrement suivant 
Mably de la juridiction publique des comtes, 
résulterait, croit-il, des pratiques de Tarbitrage 
librement consenti par les parties engagées dam 
un litige, pour se soustraire aux abus de pouvoir, 
à la tyrannie des oflBciers et juges publics. Les 
arbitres choisis étant naturellement, dit Mably, les 
seigneurs eux-mêmes, la juridiction acquise par 
eux, à ce titre, du consentement des justiciables, 
et consacrée par Tusage, leur est finalement assu- 
rée par les décisions de € l'assemblée des Leudes, 
c ainsi s'exprime-t-il, qui défendent expressément 
c aux magistrats publics d'exercer aucun acte de 
c juridiction dans les terres des seigneurs. » Voilà 
comment se trouvent instituées, suivant Mably, 
les fonctions judiciaires et, partant, le droit de 
justice de ces derniers. 

La pratique très ancienne du jugement arbitral 
est attestée comme un usage de droit commun 
par des documents dont Mably aurait pu invo- 
quer l'autorité, ce qu'il ne fait pas toutefois^. Mais 

i. « Dirimere causas nulli licebit nisi aut à principibuB 
< potestate concessa, aut ex consensu partium electo judioe. » 
Lex Wisigoth., lib. H, titul. I, c. 14. — Dom Bouquet, 
Recueil de$ historiens des Gaules et de la France, t. IV, p. 296. 



R L'unioifivi. I 85. 4M 

le parti qa'fl tire de cet usage pour expliquer 
Fongioe de la justice privée parait peu acceptable. 
Qoant au r6le qu'il donne à rassemblée des Leudes 
dans cette institution, c'est une conception tout à 
fait singulière qui se rattache évidenunent à la 
théorie bien connue de Mably sur le jeu des assem- 
blées publiques dans les premiera temps de la 
mooarchie'. U explique ainsi à la fois Forigine de 
la justice privée et celle de l'immunité, puisque 
celle-ci n'est, suivant lui, que le complément et 
oomine la consécration de celle-là. 

Gréée de cette manière, la justice privée se 
généralise, dit l'auteur; les rois en font l'accompa- 
gDement de toute concession de bénéfice. Cepen- 
dant Mably, qui ne confond pas les bénéfices avec 
les fiefs, dit que les premiera bénéfices étaient 
sans justice; mais qu'il n'en est pas de même ulté- 
rieurement, c Dès que les rois, en conférant des 
€ bénéfices, leur attribuèrent, ajoute-t-il, le droit 
< de justice, il Ait défendu aux juges publics d'y 
€ faire aucun acte de juridiction. > Cette interdio^ 
tioo, il est facile de le reconnaître, n'est au senti- 
ment de l'auteur .autre chose que le privilège 
d'immunité lui-même ; et dire que les rois donnant 
UQ bénéfice faisaient suivre la donation de cette 
intmlietion, c'est dire qu'à la collation du pre« 
niier était jointe celle de l'immunité. 

Mably, à cette occasion, rend compte suc- 

2. Mftbly, Observations sur l'histoire de France, 1. II, c. 2, 
Remarques et preuves. 



440 LA JUSTICE PUT^B 

cinctenent des prohibitions qui sont l'essence 
même du privilège, tel qu'il est formulé dans les 
diplômes royaux portant concession d'immunité ; 
mais il n'entre dans aucune explication détaillée 
en ce qui les concerne. 

Pour ce qui est de l'époque à laquelle remon- 
teraient ces faits, dans leurs premières manifesta- 
tions, Mably est peu précis. Il y a même quelques 
contradictions dans ses déclarations à ce sujet. 
La justice privée, dont l'immunité serait insépa- 
rable puisque celle-ci en est la consécration eo 
quelque sorte, aurait été attachée à la seigneu- 
rie patrimoniale postérieurement au vm^ siècle, 
par Gharlemagne dit-il quelque part. Ailleurs il 
avance qu'elle a peut-être commencé au vn* siècle 
et même vers la fin du vi*, sous les Mérovingiens. 
Quant aux Églises, elles auraient eu, dit-il, justice 
et plaids dès les premiers temps de la monarchie. 
Il y a désaccord complet entre ces indications. 
Mably dit, après tout cela, qu'il a pu se tromper 
sur les causes, mais non sur l'époque de l'éta- 
blissement des seigneuries, établissement solidaire 
de celui de la justice privée et partant de l'immu- 
nité, dans son système. Il pourrait bien se faire 
qu'il s'abusât sur le mérite de ses allégations dans 
l'un aussi bien que dans l'autre cas, vraisembla- 
blement. 

On voit ce que peuvent valoir les opinions for- 
mulées ainsi par Mably sur les origines de la jus- 
tice privée et sur l'immunité. Elles constituent un 



R L'nmmirf. S 8S* ^^* 

répme mngÎDftîre dont il laisse ftottante la date 
ioitîale et dont il ne justifie par aucune preuve 
suffisante la conception. 

§ 36. — A ces notions imparfaites, Mably joint 
œpendant la citation de quelques textes. Mais ces 
textes ne semblent guère propres à les corrobo- 
rer. Ge sont deux formules de Marculfe, celles qui 
portent les numéros SI et 3 au livre I et qui con- 
cernent la concession de Tinmiunité à une Église; 
plus trois chartes de 630, 636, 638, empruntées 
à Dom Bouquet^ : celle de 630 pour la donation 
par Dagobert à Tabbaye de Saint-Denis de cer- 
tains domaines, villœ cum justitiis et dominiis; 
celle de 636, du même roi, et celle de 638, de 
Glovis II, pour la concession de l'immunité à 
deux autres abbayes. Rebais et Saint-Haur-des- 
Fossés. Rapprochant, comme il le fait, ces cita- 
tions de ce qu'il dit de la défense opposée aux 
juges publics de faire acte de justice dans les 
domaines concédés en bénéfice par le roi, ce qu'il 
présente comme une confirmation en quelque 
sorte du droit de justice, Mably peut être juste- 
ment soupçonné de prendre dans le premier des 
trois diplômes les mots cum justitiis pour l'ex- 
pression de ce droit de justice, du droit même de 
juger, au lieu d'y voir, comme il convient ce 
semble, le privilège de recueillir simplement les 

1. Dom Bouquet, RM*eil des historiens des Gaules et de la 
— ^, t. IV, p. 628, 630, 633. 



143 LA nmruM FUfiB 

firuits de la jortioe, c'est-^àrdire les amendes, les 
confiscations, etc., la jouissance des droits du fisc 
en un mot (§ 14). 

Au cours de ses explications touchant l'cHrigioe 
et le caractère de la justice privée, llably cite 
encore certains textes empruntés aux capitulaires 
et à d'autres documents du même temps, où il 
croit, comme Montesquieu et d'après lui peut- 
être, trouver des preuves de l'exercice de cette 
juridiction par les juges privés. Il tire ces conclu- 
sions des locutions justUiam ou justitias facere^ 
justitias percipere et reddere qu'il trouve dans ces 
textes. Nous avons expliqué précédemment la véri- 
table signification de ces expressions (§ 14) sur le 
sens desquelles Mably se méprend. Il en est de 
même de son interprétation de la proposition c ut 

c habeant Ecclesiae justitias in vita illorum qui 

c habitant in ipsis Ecclesiis > (§ 33, note 6), où il 
croit voir, comme d'autres l'ont cru aussi, l'expres- 
sion du droit de vie et de mort, mais dont le sens 
ne saurait vraisemblablement être tel. Nous avons 
relevé pour la première fois, chez Montesquieu, 
cette opinion inacceptable; nous nous contente- 
rons ici de renvoyer aux considérations que nous 
avons présentées alors à ce sujet (§33). 

§ 37. — En résumé, dans le système de Mably, 
les abus de pouvoir des juges publics et le besoin 
d'échapper à leur tyrannie auraient généralisé 
parmi les honunes des domaines privés l'usage, 
conforme à d'anciennes coutumes, de recourir 



du» lêm diftér«Mb à rarbîtrage, et oetaïUlnige 
remis an seigoair aurait bîentàt coosâtné à aoa 
profit une juridiction que vient compléter ulté- 
rieurement l'interdictîfm opposée aux ju^espubKca 
d'exeroer aucun acte de justice dans Tintérieur 
de œs domaines. Les rds, pour assurer cet avàn* 
tage de la juridiction privée aux possesseurs des 
béoéices, aussi bien ecdésîastiques que laïques, le 
leur auraient garanti au moyen de la même intei^ 
diction, formulée dans le privilège d'immunité 
qu'ils confèrent en même temps que le bénéfice. 

La justice privée aurait ainsi pour origine la 
pratique de l'arbitrage, con^létée ensuite et con* 
sa<a*ée par les interdictions de l'immunité.^ Elle 
résulterait ultérieurement des termes en quelque 
sorte de ce privilège, qui l'engendrerait alors au 
profit de tout détenteur de bénéfice concédé dans 
ces conditions par le roi. Mably regarde en défi* 
nitive l'immunité conosne introduite postérieure- 
ment à la constitution de la justice privée ; mais 
il admet que par la §uite celle-ci est assurée, 
garantie, enfontée en quelque sorte par le privi- 
lège. On pourrait peut-^tre, à la rigueur, ranger 
d'après cela Mably parmi ceux qui considèrent 
l'immunité comme engradrant la justice privée, 
bien qu'il reconnaisse en principe à celle-ci une 
aotre origine, l'arbitrage. 

XIV. HOUARD. 

§ 38. — Houard, contemporain de Mably, 
XLTn 8 



446 LA insncB ji^u^iE 

Gependant, à un point de vue plus général, 
Houarçl reconnaît , à côté de la juridiction des 
juges publics, Tautorité du mattre sur ses honupDes, 
dont il lui appartenait de juger à ce titre certaines 
causes par l'intermédiaire de ses agents oa offi- 
ciera particuliers ; régime purement laïque» dont le 
type est fourni, dit4ly par celui des terres du fisc, 
tel qu'il ressort des dispositions du capitulaire de 
vilUs. Houard se rapproche par là de ropioion 
qu'il combat chez Montesquieu. On ne peut pas 
ne pas relever cette contradiction. C'est aiasî 
qu'il admet, sans tirer néanmoins de là les consé- 
quences qui peuvent en découler, une sorte de 
juridiction inférieure exercée par le possesseur 
sur ses hommes, pour la police intérieure, le nuùn- 
tien de Tordre, Tadministration et la bonne direc- 
tion du travail dans son domaine ; droit naturd, 
suivant lui, de tout homme libre; droit du maître, 
damnu&^ dans son alleu, analogue à celui qu'on 
voit le roi exercer dans les terres du fisc. 

§ 39. — Au cours de sa dissertation, Houard 
discute, à propos de sa thèse, quelques-uns des 
textes qui avaient déjà fixé précéd^nmeot l'atten- 
tion de ses devanciers. Il en fournit à son toiu* 
l'interprétation et, sans résoudre toutes les diffi- 
cultés qu'elle présente, il approche en quelques 
points plus cgx'on ne l'avait encore ùit de la 
vérité. 

C'est ainsi que, dans certains textes où se 
trouvent les mots/Mfttia, justitiœ^ qu'on y oonsi- 



CT L'innmii<. S S9. 447 

déraft avant lai oomme exprimant Texeraoe même 

de la jarîdiotîont c'est-è-dire Tacte de juger, il 

propose de ne voir autre choae que la mentimi 

des amaMles, freda. Il applique notamment cette 

appréciation à Texplication de la locution /mIîNm 

m vita hâberêy dans un texte où, avant lui. Montes* 

qnieu (§ 33), Mably (§ 36) et après lui encore 

Gooncy (§ 4S) et Pardessus, ce semble (§ 49), 

veolent trouver l'expression du droit de vie et de 

mort qui suivant eux caractériserait ainsi Texer- 

cîce de la justice crimineUe/. Il applique encore 

la même appréciation à la locution jugtitiam ou 

jîutitias perdpere et. reddere^^ qu'ailleurs on 

expliquait et qu'on explique encore quelquefois 

parjurer, judicare (§44)* 

Pour ce qui est du texte où se trouve la première 
de ces deux locutions, justiHas in vita habere^ 
Houard dit nettement qu'il concerne non l'exercice 
de la juridiction, mais la perception des freda 
accordée aux Églises par les capitnlaires, et que le 
mot jusUtia a encore, dans dés documents ulté- 
rieurs, le sens de redevance, ce qui est d'accord 
avec la signification qu'il lui donne ici. 

Quant au texte qui contient la seconde locxk^ 
^on, justitias percipere et reddere, Houard est sur 
la voie d'une bonne interprétation qu'il ne trouve 
pas cependant, parce que, dans l'alternative expri- 
mée par les deux verbes percipere et rèddere^ il 

\. Ge texte est donné ci-dessus, % 33, note 6. 
l. Dans un texte donné ci-dessus, § 14, note 9. 



in t 

donne ABoeeMÎvcnieDl an luAjmttiUm dem sens 
différents. Il dit, en effet, qoe, dans le premier 
eus, il s'agit des msm ^i ê c û fêmm vd p atentum 
ébvgés de percevoir les smôides, /mIÂîm jmt- 
dpere; en qnm il est dans le vrai, mais n*a pas 
tout à fait raison, car il anrait idlo plnlM dire 
éburgés de recevoir la campoi Ui o. Dans le second 
cas fl s'agirait, suivant lui, des agents de la jus^ 
tice publique, judiees camitmmy diargés, ditril, 
de juger ou rendre la justice, jmtùiâê reddere; 
et id il a tout à fiût turt. 

Houard aurait dû cependant être éclairé dans 
cette appréciation par le rapprochement qu'il fait 
de ces textes et de ccJui d'une ordonnance de 4 309 
de Philippe-Auguste' qu'il cite ei où, il aurait pu 
le voir, k locution reddere jutHtiam signifie payw 
une redcTance ; ce qui prouve qu'elle ne ccNcres- 
pond pas nécessairement à l'idée de juger. Dans 
le texte qu'il Radiait, la locution complète signi- 
fie, nous l'avons montré (§ 44), ester en justice 
soit comme demandeur (perdpere) soit comme 
défendeur (reddere), ou li^en recevwr ou payer 
indemnité, eempoeitio. 

3. c Quilibet... secuDdum quod de feodo illo tenebit, ser- 
c vitium tenebitar exibere, et illi domino deservire, et red- 
c dere rachatum et omnem justitiâm..., » où le moi jiutitiû 
signiie, dit Laaiiôre dans une note, dmits, deroiis ou rede- 
vances. ^ Philippns rex, de feodalibns tenementi», i*' mai 
1209, art. 2. — Ordonnances des roù de France, 1. 1, 1723, 
p. 29. 



§ iO. — Hooard, dana sa dîasertatioD, part, on 
k voit, de la critique des opinions de Montesquieu 
av let joBtîees eoclésiastiquM, d'où il étend ses 
obMmÉâoDS au régiioe tout, entier de la justîoe 
privée. 

Ed résumé, suivant hii, les Églises exdnmre"- 
nmÉ en possession de la justîoe spiritu^e u'iM 
pu avoir, sinon exceptionnêllenient, aucune justice 
civfle; pure usurpation entre leurs mains, disait 
Lojseau* Les bénéfiders non plus n'avaient, oroit- 
il, aucun droit de justice, bien qu'il reconoaisse 
à tout libre possesseur une aorte de juridiction 
inférieure sur les bonunes de son alleu, dans des 
termes analogues à celle exeroée par le roî sur les 
hommes du fisc. Quant à Tiaununité, elle ne ren- 
ferme, ditril, aucune concessiom de justice (§ 38), 
mais empcMie la simple jouissance de ses fruits, 
en raison de la concession des amendes, freda. 
EHe laisse aux juges publics l'exercice de leur 
juridiction habituelle. 

Cette doctrine, prise dans son ensemble et fouit- 
lée dans tous ses détails, permet de ranger Hôuard 
panai ceux qui, n'accordant pas à l'immunité 
d'être la source de la justice privée, vdent 
quelques traits de celle-ci, aabs tirer de là aucua^ 
oonclusioa du reste , dans l^utorité et dans un 
certain droit de police du possesseur sur.sa.tenie 
et sur ses hommes. 



4M LA jomcB nui^B 

XV. GOURCY. 

§44 .---L'abbé de iJkMiPcy^api^ Houard, ei^poee 
ses idées sur les origines dîe la justice privée et sor 
rimmuoité dans un ouvrage courooné eu 176S 
par TÂcadémie des iDsoriptioas et publié l'année 
suivante sous oe titre : Quel fiU VitëJt des perMtmes 
en France sous la première ^t la seconde race de 
nos raisf L'auteur identifie les justices privées 
avec les seigneuries, conune il le marque en disant 
au début de sa discussion sur cet objet : c II ne 
€ me reste plus qu'à examiner s'il y avait des sei- 

< gneuries ou justices privées sous les deux pre- 

< mières races. > On a soutenu» dit*-il encore, 
qu'elles n'avaient commencé que vers le déclin de 
la seconde race, par les usurpations des ducs et 
des comtes, qui se seraient approprié alors les 
droits dont ils n'avaient que l'exercice par délé- 
gation du souverain. Cette c^inion, ajoute-t-*ili est 
celle d'Adrien de Valois, de l'abbé Dubos, de Tahbé 
Legendre, de Dom Vaissette, (fe Ghaotereau* 
Lefebvre, de Fleury. Et il continue : ces usurpa- 
tions ne sont que trop vraies, mais, les justices 
privées commencent bien plus tôt et poocèdent 
dès tors d'une double -origine ; l'une peu régulière 
— *- il Testime ainsi -^ par la transformation gra- 
duelle en juridiction de l'autorité particulière du 
maître sur les serfs de son domaine, aussi bien que 
sur une certaine catégorie d'hommes libres vivant 
également sur ses terres, et à ce titre volontaire- 



ment somik à son «itcNrité pour jouir de sa pro- 
tection; fttttre, plus légitime — td est son sentip 
meot — suite de Fexonptton de toute juridiction 
des juges pnbbGs, formeUement accordée par les 
rois dsns des dMoies dont on a des âpécimras 
qui remontent aux premiers temps de la monar- 
éie. Ce sont les diartes d'immunité qu'il appré- 
cie et mentionne ainsi. 

Telle est en deux mots la théorie de Gourcy. Il 
ooDteste d'ailleurs expressément que la justice soit« 
comme le veut Montesquieu (§31), un droit inhé- 
rent au fief, car il y a, difc-il, notamment en Nor- 
mandie, un grand nondi>re de fiefs sans justice; 
nais le privilège de l'exercer est ordinaimaent 
attadié au bén^ce ; le droit de juger accmnpagne, 
dit-il, presque toutes les concessions royales. 
Attaquant encore Montesquieu sur un autre point 
(§31), Gourcy nie, comme Mably (§ 35), qu'on 
trouve aucune trace de justice territoriale (justice 
privée) chez les anciens Germains, ni cl^ les 
Gaulois, d'après le tableau que César et Tacite ont 
donné de leurs mœurs el de leurs usages. 

L'abbé de Gourcy rapporte, en définitive, à 
trois sources différentes l'origine de la justice 
privée : premièrement, aux développements et à 
la transformation de l'autorité du nialtre sur ses 
hommes, où il ne voit qu'abus et empiétements 
illégitimes, et sur lesquels il n'insiste pas beau- 
coup; secondement, aux usurpations, lesquelles 
se multiplient vers la firt dQ la seconde raoe^ de la 



part des seignean, (ks ducs, des comtes, qui 
s'attribuent k propriété des domaines et des 
offices doDt ils étaient investis, ûisant ainsi de k 
juridiction royale, qu'ils exerçaient dans des oon* 
ditîons d'amovibilité, une juridiction seigneuriale 
héréditaire; troisièmement, aux eonoessioiis 
royales surtout, qui en sont à ses yeux le prin- 
cipe le plus pur et qui remontent, dit*il, aux pre- 
miers temps de la monarchie. Ge que l'abbé de 
Gourcy appelle des concessions de juridiction, ce 
sont, rappelons-le, les diartes d'immunité, aux- 
quelles il mêle sans le distinguer des autres un 
diplôme qui a en effet le caractère qu'il attribue à 
toutes; c'est une charte de 815^ contenant, en 
faveur du privilégié, un abandon formel du droit 
de juger qu'on ne trouve pas dans les chartes 
d'inmiunité. 

§ 42. — L'argumentation de l'abbé de Gourcy 
porte principalement sur les chartes d'immunité. 

< Ces actes contiennent presque tous, dit- il 
c d'après Montesquieu, une défense aux juges ou 
c officiers du roi d'entrer dans le territoire d'une 
€ Église ou d'un Fidèle pour y exercer quelque 
c acte de justice ou y exiger quelque émolument de 

< justice que ce fût. Dès que les juges royaux ne 

< pouvaient plus rien exiger dans un district, ils 

< n'entraient plus dans ce district; et ceux à qui 
c restait ce district y faisaient les fonctions que 

1. fialiise, CapiMaria, t. H, 4406. 



fceu-^à y avment fiâtes. »<joorey,àoe8iqet,cite 
00 certaÎD nombre de œs diartes d'imniumté et 
meottoime en tête de rtoamà«tk>n qu'il en fait 
celles qu'cm attritMie à Glovis et à Qùbiite l^ pour 
Tabbaye de Réomaux. On a nié leur authenticité, 
dit41; peu importe ; ue foule de pièeea incontea- 
tables du même g^ire fournissent des témoignages 
évidents de Texistence des justices privées aux Yl* 
et vu* siècles. TeUes sont, suivant lui, trois chartes 
notamment données à l'abbaye de Saint-Cialais, 
soiis les dates de 5S8, 598 et 567 (pour 547). 

A la mention des chartes d'immunité, l'abbé 
de Gourcy joint ceUe des formules de Marculfe 
relatives au privilège; puis le diplôme de 815, 
que nous avons signalé tout à l'heure (§41), par 
lequel Louis le Débonnaire donne expressément à 
on fideliSj pour lui et ses successeurs, le droit de 
juger les habitants de leur domaine. 

Gourcy joint à ces documents, pour justifier la 
signification qu'il leur donne, certains textes 
empruntés aux capitulaires. Ce sont ceux allégués 
déjà par d'autres en faveur de là même thèse. 
L'auteur prétend tirer de ces textes, comme on 
l'avait fait précédemment, des preuves qui éta- 
blissent, suivant lui, et l'existence et le rôle judi- 
ciaire des juges privés dès le vi* «ècle, pour en 
déduire la conséquence que la justice privée exis- 
tait aussi à la même époque. Nous avons dit ce 
que peuvent valoir ces considérations pour l'usage 
qu'on en fait ainsi (§13). Gouroy s'appuie, dans 



434 LA jusnci raifit 

son ar{;iiiiieDtatioD , sur ces textes, onmoe ses 
prédécesseurs Tout fidt ayaut lui, oomme d'autres 
le feront encore après lui. Voici rinterprétàtioD 
qu'il en d<xine. 

. Dans un capitulaire que Tanteur dte sous la date 
de 552, et auquel Baluze assigne cdlede 595 à peu 
près, l'expression fidelium termnU opposée à celle 
de eentena doit désigner, dit Gourcy d'après Mon- 
tesquieu (§ 33) , une terre à laquelle le droit de jus- 
tice des fidèles était attaché ; ce qui, dans un autre 
document du même genre, dans une constitution 
de Glotaire II suivant Baluze, de Glotaîre V sui- 
vant D. Bouquet, est rendu par le mot truatis. 

Dans des capitulaires de 779, 793, 803, 81 9 qui 
imposent au fideliSj au vassalluSj au FranùuSj au 
Langobardus l'obligation de faire justice, juHitiam 
facere^ Gourcy, interprétant par fudicare cette 
dernière locution, voit la preuve que les person- 
nages désignés ainsi jouissent de la juridiction. 

Le capitulaire de 61 5, ordonnant aux évèques 
et aux puissants laïques d'instituer des oflSciers, 
judices vel missi discussores qui justittam perd' 
fiant et aliis reddant (§ 1i, note 9), est inter^ 
prêté par Gourcy dans le même sens ; il prouve, 
suivant lui, que le droit de justice privée est 
alors bien établi et nécessairement accordé, fait-il 
observer, par le roi, qui est éminemment le seul 
justicier du royaume. 

Dans le capitulaire de 806 (ou 810?), la locu- 
tion justitUta in vita habere (§ 33, note 6) impli- 



qomnt, crat41 a:vec d'autres, la poatoaaiop pw 
In^gbea de k justice erimiiidle aussi ïnen que 
œlle de la ju^îce oîvUe sur tous ceux ijui 
halntent leur territoire. 

Iku» PappréoiiÉioD (pi*il fiât de ces doouflients 
CkMffcy se'coofiMraie'à oeUe que nous en avons 
déjà TU frire par d'autres av»A bu. Nous nous 
somaiesy à oette ooeasion, ex|diqi]^ à leur sujet. 
La manière dont les fideUtan Urmm sont ib»h 
tîonnés dans le capitulaire dté n'implique néoes- 
sûrement auoune juridiction aiyprofit de ces fideUê 
(§ 33). JfêsHtiam facete^ qui signifie quelquefois 
juger, correspond souvent aussi à Tidée toute 
eoofaraire d'exécuter ce qu'un jugement a prescrit 
ou devait presoire, ce que le droit exige : %m 
judieare^ sed judicatum me judieandmn vel rec- 
tum fàcere (§ 1 4). La locution a toujours ce dernier 
sens dans la proposition ytMftttamp^f^^we m/ ojtîs 
reddere (faeeré), exprimant notanmiait Taltema- 
tive entre les deux situations de demandeur et de 
défendeur dans une affaire judiciaire» et se raj^x»^ 
tant par conséquent au rôle de justiciable et non 
à celui de juge (§14). JustUiœ désigne non l'exer- 
cice de la juridiction» mais la levée ou la joui»- 
aaooe dea revenus ou finiits de la justice (§ 14). 
Dans la locutMm ./Mtito in vita^ le mot juâtUim 
a un sens qui dérive de celui-là (§ 33). C'est éga- 
lement ainsi qu'il faut interpréter le. même iuot 
dans on dipl6iue de 630 portant donation de 
domaines par Dagobert V à l'abbaye de Saint- 



426 tk luAns ntïiz 

Benisv èmn 0nmiiu& justUHa et dMmm; diplAme 
qui a évideiement pourGeurcy, d'après lamamère 
dont il le cite, là valeur d^une donation de jurîdii>- 
tion. Celui de 63S, du même roi an même monaft* 
tèl«, aecable èlreà ses yci|K ooe ooa^nmtko du 
ùàbr par Toppositioa ^u'il y trouve des juUceê 
frin&ti mÊX judioês publiée. JMlaiaoQUsafWEiarino»- 
tfé que, de Texiateiiee des judiees privatif on ne 
peut tirer aucun, argument pour OMcluré à oeUe, 
dès le mAme temps, de jiBtîees privées constituées 
en vertu du privil^e de l'immunité (§43). 

§ 43. — * Eh résumé, l'abbé de Gourcy voit dans 
les diplômes d'immunité et dans les textes de dîf* 
lérente nature qu'il groupe à côté d'eux la preuve 
de l'existence de la justice privée dès les premiers 
temps de la monarchie, et regarde son institution 
comme la conséquence nécessaire de ce privilège 
de riitimunité. Gelninn impliquait, suivant lui, 
exemption de la juridiction des juges publics, et 
cette exemption équivalait, croit-il d'après Mcmtes- 
quim, à la concession de la juridiction. Telle est, 
pour Gourcy, la source principiJe et légitime 
d'Cfù provient te régime de la justice privée. 
D'autres causes cependant, il le reconnaît, ont pu 
concourir aussi, mais pour une moindre part, et 
moins légitimement ajoute-t-il, au même résultat : 
le développement de l'autorité très ancienne do 
miAtre sur ses hommes et les empiétements et 
usurpations qui, au déclin de la seconde race, 
immobilisent à titfê de propriété entre les mains 



■r h'mamfL S 4S. *« 

des jqies poUk», des oomie» notanuBeot, les 
droits de juridiction dont ils étaient investis à 
litre d'i^Bfice par les soutrerains. 

JBq déimtive, Gouroy doit être rangé parmi 
ceux qui regardent le privilège d'ioumiaitéeoninie 
k priacqpe de la justioe privée^ tout en OMotieiH 
ouït, sans y insister dn rester oertaios droits 
ishéniats à la propriété, œux du maître sor ses 
hoflunes, comme ayant eu également im rôle daas 
M8 origines. 

XVI. Naudet. 

§ 4&« — Naudet reprend, iprès Goivey, la 
question de Forigine de la jastioe privée dans son 
mémoire : De Vétai des perwtmss en Fnmce $<m$ 
ks rois de la fremière race^ publié en 18S7, au 
Urne VIII des Nouveaux mémoires de TAcadéflue 
des Inscriptions. Son opinion diffère sur plus d'un 
point de ccAe de son prédécesseur, en ce qui 
ooneeme notamment le principe de la juatioe pri«- 
vée, lecaradère de ceUe-ci, et fat nalure des droits 
qu'e&e conoporte. 

Pour Naudet, la jastioe est, sous la première 
moe d^, un des attributs du bénéfice, c Le 
€ bénéfice, ditp-il, ajoutait à la personne du leode 
c des privilèges de justice résultant de la pos- 
c seflBÎon d'une terre royale, et cet usage avait 
««a racine dans les mowrs des Germains. > 
Ces privilèges n'étai«it autres d^ailleurs que le 
drat de percevoir les profits de la ^tice, in4>li* 



128 u jv8n«fi pinnfB 

quaût, non comnie un avantage, mais oomme i 
charge, Tobligation déjuger. Naudet revient ainsi 
à peu près à la théorie admise sur ce sujet au 
XBO^ siècle (§ S2), théorie suivant laqodJe la jus- 
tice privée procédwait bien de rîmanioité, maia. 
tx>inmeune suite de la possession des droits du fisc 
qui accompagne ordinairement le privilège, etnon 
comme conséquence de TinterdictioB'Opposée par 
celui-ci aux juges publics d'entrer sur. le terri- 
toire privilégié et d'y tenir leurs plaids, ainsi qu'on 
le prétendait généralement depuis Bignon. Nau- 
det se rapproche aussi par là de l'idée initiale de 
Montesquieu, que la justice était surtout i un droit 
lucratif, » le droit de faire payer la campontio et 
le fredmn et d'en tirer les fruits (§31). 

Au début de sa discussion, Naudet prend à 
partie les opinions de Montesquieu et de Mably 
sur certains points du sujet. Il conteste, comnoie 
Gourcy, au premier que la justice soit un droit 
inhérent au fief, et il constate avec Mably, ce qu'ad- 
met également Gourcy, que c'est, nous l'avons dit 
tout à l'heure, un attribut du bénéfice. Il devrait, 
à cette occasion, reconnaître que l'apparente 
erreur de Montesquieu vient seulement de ce 
qu'il confond le bénéfice avec le JSef , ainsi que 
Houard le fait observer (§ 38). 

Pour ce qui est des opinions de Mably en parti- 
euliery Naudet les attaque non seulement en raison 
de l'origine qu'il y trouve assignée à la justice pri- 
vée (§ 36), mais encore à propos de la omfiision 



Bf t'nmimnHf. S ^' *» 

qa^û y «giNJe entre le bén^ee et la tdgoe urie à 
lâqoeÛe aurait été originairemeot attadiée, dit cet 
aoteor, la justice privée; ce qui pourrait remon- 
ter, suivant loi, jusqu^au VT siède (§ 35). i Mais, 
ajoute Nandet, les bénéfices héréditaires diffé- 
raient beaucoup des seigneuries, parce que les 
partioitiiers compris dans les districts de jus- 
tices bâaéfidaires, n^étant point les hoounes de 
ceux à qui appartenaient les bénéfices, ne pou- 
vment tomber sons leur dépendance que par an 
acte de violence et de tyrannie, non par un 
usage légitime ; à moins qu'ils ne se recomman- 
dassent aux bénéficiera, s'ils étaient hommes, 
libres possédant un alleu, ou qulls ne tinssent 
d'eux une possession à cens s'ils étaient libres 
sans aUeu. » 

Naudet introduit ainsi la distinction, que doit 
loi emprunter ultérieurement Pardessus, entre la 
justice attadiée au bén^ce ou justice patrimo- 
niale, et la justice sâgneuriale proprement dke; 
distinction fondée sur cdle qui sépare le bénéfice 
héréditaire de la seigneurie. Nous retrouverons 
ces appréciations dans la théorie de Pardessus, 
qd reprend cette conception après Naudet et qui, 
fe développant, en complète l'expression laissée 
imparfaite par son auteur* 

Naudet a consulté le mémoire de Gourcy, qu'il 
cite quelquefois. Il lui doit certaines idées et lui 
emprunte, sans les vérifier toutefois, quelques- 
unes de ses citations. Les trois pièces notamment 
xivii 9 



4M U iVtmSM PEirb 

doDtiéeo pw Natidet» squ9 les datas de 6^8, 538, 
557, comme chartes d'immuDÎté portant conces- 
sîoa des droits du fisc, pour lesquelles il renvoie 
non à Gourcy m^is à Dom Bouquet.ayec pagination 
inexacte, sont précisément celles qiie mentionne 
Gourcy, la troisième avec une faute de date (557 
pour 647) qui n'existe pas chez Dom fiouqu^et et 
qfxe reproduit Naudet* U e0t bon d$ faire observer 
que ces chartes sont citées par Naudet comme des 
spécimens de concessions royales comportant c le 
< privilège de percevoir les prc^ts de la justice efc 
c en même temps Fobligation de la faire rendre. » 
C'est ainsi qu'il rattache la concession de la jua* 
tice privée à l'immunité, déclarant que ces chartes 
de concession ou de confirmation du privilège 
sont l'expression de cette ^concession. 

§ 46. — Nous venons de mentionner trois 
chartes du vi^ siède citées par Naudet dans son 
mémoire, sous les dates de 5S8, 538, 557, en fai- 
Mût remarquer qu'il parait en avoir emprunté 
simi^ement l'indication à Gourcy sans vérifier sa 
citation, peut-être m^ne,* pourrait-on ajouter, 
sans avoir lu les pièces, car il les mentionne toutes 
trois comme des chartes d'immunité, et la seconde 
n'est qu'une confirmation de biens. U rappelle, en 
outre, après Montesquieu et Gourcy (§§ 33 et4S), 
les deux textes de la fin du vi* siècle, où il est 
question des fidelium termini et de la trustis^ qui 
lui semblent non pas supposer, comme on l'avait 
dit, mais prouver certainement, il s'exprime ainsi, 



R L'mnmffli. S 45. iS4 

ime jiiri(fictk»Q étaUie partout dans les domaînes 
des fidèles. Naadet cite également, comme ses 
prédécesseurs, le texte relatif à Tinstitution des 
agents particuliers des évèques et des puissants 
hlqaes : c Episoopi Tel potentes. . * judices vel mis- 
c 806 discussores... instituant*. • qui justitiam per* 
c dpiant et aliis reddant » (§ H» note 9). Pour 
Tinterprétation de ce texte, H s*écarte des expli* 
cations données ju8qtte4à par tous ceux qui pré- 
cédeounent Tavaient étudié. Juititiam percipere et 
dm reddere ne signifie plus, suivant lui, comme 
on le prétendait auparavant, juger, judieare^ pure- 
meot et simplement, mais t percevoir les.profits 
€ de la justice et la faire rendre. > Par cette 
interprétation, Naudet approdie plus qu'on ne 
Favait fait précédemment de la véiîté ; mais il ne 
l'atteint cependant pas encore complètement, 
paroe qu'il donne successivement au mot justUia^ 
dans les deux termes de la proposition, deux sens 
différents, suivant lesquels justitiam percipere 
serait percevoir les profits de la justice, eampoei- 
tûmes et freda percipere , tandis que Justitiam 
reddere serait juger, judidum reddere^ judieare. 
Or CD ne peut raisonnablement admetbre qu'un 
seul et même sens pour le mot justitia dans les 
deux termes de la proposition ; et ceux-ci corres- 
poodent à la double situation du demandeur et du 
défendeur devant la justice, ou du gagnant et du 
perdant après chose jugée, comme nous l'avons 
dit (§ U). Ge sens unique aérait à peu près celui 



4M LA JUmCE fUfiM 

que Naudet avait prq>06é, mais pour le premier 
des deux termes seulement. H y a lieu de faire 
observer cependant qu'en réalité, dans la propo- 
sition, le sens de justitiam percipere n'est pas tout 
à fait percevcHr les profits de la justice, comme 
le dit Naudet, c'est-à-dire lever les freda^ ce qui 
est le droit du jugeur ; mais réclamer ou recevoir 
la composition ce qui est le fait du justiciable. 

§ 46. — Les traits essentiels de la théorie de 
Naudet sont que la justice aux mains des particu- 
liers, la justice privée, est un attribut du bénéfice 
et Taccompagnement ordinaire des concessions de 
terres royales, mais que cette justice est en principe 
bien moins une juridiction qu'une jouissance de 
droits utiles, en conséquence de la levée de la com- 
positio et du fredunty qui résulte de la concession 
des droits du fisc jointe à celle de l'immunité. 
C'est cette jouissance des produits de la justice qui 
entraînerait l'exercice de la juridiction ; la posses- 
sion des fruits de la justice devant emporter avec 
elle, suivant lui, l'obligation de juger. Voilà com- 
ment, dans ce système, la justice privée se rat- 
tache, à titre de conséquence, à l'immunité. En 
définitive, la théorie dé Naudet se range parmi les 
systèmes qui font sortir la justice privée de l'im- 
munité; mais, comme on le croyait au xm* siècle, 
en vertu de la concession des droits du fisc, non 
plus, comme on le voulait depuis le xvii*, en vertu 
de l'interdiction aux juges publics de tenir leurs 
plaids dans l'intérieur du domaine privilégié. 



nr Vmmni. S 47. 4St 

XYII. Pardbssus. 

§ 17. — Pardessus, dont Fœuvre s'ofiBre main- 
teoaot à nos observations, nous fournit pour la 
première fois des travaux étendus, spécialement 
consacrés à l'étude de la justice privée. Sa théo- 
rie sur cet objet est consignée dans trois écrits 
publiés dans l'espace d'une dizaine d'années, de 
1840 à 1849; savoir : deux mémoires, d'abord, 
qui sont à peu près la reproduction l'un de l'autre, 
non sans quelques modifications cependant d'une 
œrtaine importance pour la forme au moins, 
imprimés en 1 840 et en 1 843 ; puis un troisième 
mémoire composé sur un plan nouveau et donné 
en 1849. Le premier mémoire se trouve dans la 
Bibliothèque de VÊcole des chartes, où il est inti*- 
tuié : Des juridictions privées ou patrimoniales 
sous les deux premières races^; le second, sous ce 
titre Les Juridictions patrimoniales^ fait partie 
du grand ouvrage de l'auteur sur la Loi salique^; 
le troisième, dans lequel le savant écrivain dit 
son dernier mot sur la question de la justice pri- 
vée, forme, sous ce titre Des Justices seigneur- 
riaXes^ la seconde partie d'un mémoire lu à l'Aca- 
démie des inscriptions en 1846, 1847, 1848, qui 
sert d'introduction au tome XXI des Ordonnances 
àes rois de France^. 

1. Bibliothèque de VÈooU des chartes, t. H, 1840-1841, p. 97 

2. Loi mUque; 1843. Dissertatfon IX^ section S, p: 563^596:* 

3. Mémoire sur l*&rgani9aiionjudieiairê et l'adtn^is(rat»M 



484 U JUSTICE PlIttfE 

Les deux preimers mémoires ne se distinguent 
guère Tun de Tautre que par la forme, avon&- 
nous dit. Leurs conclusions, en effet, sont les 
mêmes ; mais certaines choses contenues dans le 
premier ne se retrouvent pas dans le second, et 
celui-ci en renferme, au contraire, qui manquaient 
dans le premier. Ainsi, des considérations expo- 
sées dans le premier ^mémoire sur le compagnon- 
nage des Germains et sur la vassalité sous la pre- 
mière race, avec certains extraits des capitulaires 
de 803, 807, 815, 864, 869 et des diplômes de 
772, 775, 783, 8U, 815, ainsi que des textes 
empruntés à la loi salique, à la loi des Ripuaires 
et à celles des Lombards , morceaux jugés avec 
raison par l'auteur inutiles ou même contraires 
parfois à ses déductions, ont disparu du second 
mémoire. Celui-ci renferme, en revanche, des 
choses que ne contenait pas le premier travail : 
des observations sur Forigine de la justice seigneu- 
riale, la mention d'une formule de Marculfe et celle 
de deux diplômes de 497 et 71 7, avec le rétablis- 
sement de la date exacte de 815 pour une charte 
citée souvent dans le premier mémoire sous la 
date fautive de 806, par suite d'une inadvertance 
qu'on ne s'explique pas; correction d'autant plus 
nécessaire que le document — qu'il serait sans 
cela très difficile de retrouver — ne parait pas 

de la justice en France, depuis le commencetnent de la troisième 
ram jusqu'à ki.fin du règne de louis IIL — IntrodactîoiL au 
tQCBa XXI des Ordonnances ^esrois é/e France, 1849. 



ET i^'aonnnii. g 47. 4W 

avoir le caractère que kii anigne l'auteur; il eat 
faon qpi'oQ piBsae le conatater. Ce n'est effective- 
meirt pas une charte d'immuttîté, comnne seod^le 
rimpUqonr rinterprétation qu'il en donne \ maia 
ime oonceasicm direele de justice, ce qui eat fort 



§ 48. — Le travail de Pardessus est essentiel- 
lement historique et purement scientifique, sur un 
sujet qui ne pouvait plus avoir de son temps 
aucune portée pratique. L'auteur y rappelle 
d'abord les opinions émises en d'autres temps 
sur la question de la justice privée, dans un inté- 
rêt qui alors était au contraire surtout pratique, 
touchant les justices seigneuriales, dont la légiti- 
mité attaquée, dit-il, par Loyseau et Houard avait 
été défendue par Montesquieu et par l'abbé de 
Gourcy. 

A ce sujet. Pardessus adopte la distinction 
introduite par Naudet le premier (§ 44) entre la 
justice seigneuriale qui fleurit, dit-il, sous la troi- 
sième race, et la justice patrimoniale qui appar- 
tient au régime en vigueur sous les deux pre- 
mières races. La justice seigneuriale était, suivant 
lui, fondée sur d'autres principes que la justice 
patrimoniale, celle-ci ayant seulement, comme il 
ledit, € donné l'idée, fourni le prétexte et préparé 
€ rintrt>duction » de l'autre. La différence entre 

4. Baluze, CapUul, t.. U, p. ikÇih.-^BiUMhèqw d» l'École 
des chartes, t. H, p. 100 et 110. — Loi salique, p. 585 et 592. 



486 Li lusnoB mvii 

068 deux régimes aorait consisté, suiYant Tauteur, 
en ce que la justice sagneuriale s'exat^t sof 
tout ce qui était compris, hommes et choses, dans 
la circoDScription de la seigneurie, tandis que, 
antérieurement, la juridiction patrimoniale c con- 
c cédée par les diplômes ne portait que sur les 
c domaines appartenant à Timmuniste, soit en 
c propre et d'une manière absolue, soit en béné- 
c fice et à un titre précaire et de vassalité. > Il 
dit en outre que c cette juridiction était incontes- 
c tablement fondée sur un titre de concession. > 
 cette dernière déclaration tout à fait formelle. 
Pardessus ajoute ces considérations^ que la justice 
dominicale ou justice domestique des Francs est 
le principe du régime de justice organisé dans les 
terres du fisc, et que cette justice des terres du 
iBisc n'est autre que la justice patrimoniale elle- 
même, qui, pour les domaines privilégiés, découle 
de rimmunité. La concession de l'immunité, voilà 
donc le titre qui, suivant Pardessus, sert de fon- 
dement à la constitution de ce qu'il nomme la 
juridiction patrimoniale, le modèle de celle-ci 
étant fourni par le régime des terres du fisc. Ainsi 
viendrait de l'immunité, — telle est en définitive 
son opinion^, — la justice privée, 

1. Telle est Bon opinion ou au moins la forme qu'il donne 
à son expression ; car, en serrant de près son argumentation, 
on verrait qu'au fond, dans son système, le point de départ 
du régime de la justice privée est véritablement la justice 
domestique, élément essentiel de la justice domaniale ou 
patrimoniale (j$ 71, note i). 



R L'UMinri. S 48. 487 

LaoQoœptic» dePardefiBi» est ÎDgémeuae, mais 
il loi enlève loinnènie toute autorité par un aveu 
qu'impose à sa nncérité Fétude des documenta et 
qae, dans ses deux premiers mémoires, il exprime 
eo reconnaissant, ocunme l'avait fait Houard ^ 38), 
comme devaient le faire Aissi Lehuërou (§ 5S) et 
M. F. de Goulanges (§ 61), qu'il n'était dit for- 
mellement dans aucun texte que l'immunité eût 
pour accompagnement nécessaire l'institution 
de la justice privée au profit du privilégié et 
l'exercice par lui dé la juridiction : c Les chartes 
c (d'immunité) , dit-il , ne déclaraient pas d'une 
c manière expresse que cet exercice appartien** 
€ drait à l'immuniste. » Mais Bignon, ajoute-t-il 
pom* détrmre ou atténuer au moins l'objection 
eamème temps qu'elle s'ofire à lui, c Bignon 
«. n'a pas hésité à dire, que ce droit était une 
c conséquence légale de la concession d'immu* 
c mté. > 

L'observation n'est pas tout à fait exacte. 

Bignon, qui n'a d'ailleurs exclusivement en vue 

que l'immunité ecclésiastique, celle qui concerne 

les domaines des Églises, ne parle pas de consé- 

qooice légale, comme le lui fait dire Pardessus; 

mais il déclare seulement, à propos du privilège 

octroyé ainsi aux Églises, que leurs sujets ne 

peuvent plus être actionnés par aucun juge, c à 

< nullo judice distringi possunt, » et que par là 

est faite à ces Églises la concession de la juridic- 

boD, c ^o fit ut eo nomine, in rabditos jurisdictio 



4S8 u iusxiCB nnrifB 

c eis ooDcessa videatur^. » BigiK»i n'ea dit pas 
davantage, et se borne à la déclaration que nous 
venons de reproduire (§ 26). Quant à Pardessus, 
il étend notablement hi théorie, comme nous le 
montrerons tout à Theure (§ 49), en avançaDt 
que la charte d'immij^iité interdit aux juges 
publics, non seulement de tenir leurs plaids dans 
le domaine privilégié, mais encore d'appeler les 
hommes de ce domaine devant eux; ce qu'ils 
pouvaient cependant toujours faire dans des plaids 
tenus au dehors du territoire où ils ne devaient 
pas pénétrer (§ 13). Si la première proposition 
n'est pas inadmissible, la dernière est absolument 
dénuée de fondement (§§12, 43). Les allégations 
de Pardessus et les déductions qu'il en tire sont 
loin, on le voit, d'être irréprochables, pour œ qui 
regarde l'origine de la justice privée et la con- 
cession qu'il croit en trouver dans le privilège de 
l'immunité. 

§ 49. — Nous venons de faire connaître la 
théorie de Pardessus touchant l'origine de la jus- 
tice privée. C'est une pure conception que ne ju^ 
tifie nullement, il ne peut s'empêcher de le recon- 
naître, la teneur des documents qui, même dans 
son système, doivent avant tout décider de la 

2. Il semblerait qu'on put £ure qaelqtiee réserves sor la 
signification en apparence dubitative de la forme ctmoessa 
videatur. Mais nous avons reconnu que, sous la plume de 
Bignon, cette forme doit vraisemblablement avoir un sens 
fcancbement affirmatif (| 26, note 2). 



n t'inrami. § 49. 4lt 

qnestioii, les diartes d'immamtéw Nous avons dit 
oomment Tanteiir use de ces documents^ dool il 
fait le fondement de sa doctrine, tout en dédarant 
qu'ils ne contîenneBt expressément rien en sa 
faveur. Il cite avec eux, pour la corroborer, 
d'autres documents encore que nous devons signai 
1er aussi. On en trouve dans le nombre quelques* 
uns invoqués déjà par ses devanciers, dont il 
adopte généralement les appréciations en ce qui 
les concerne. 

A prendre dans leur ensemble les documents 
assez nombreux sur lesquels Pardessus s'appuie 
dans son argumentation, il est bon de signaler 
d'abord ce fait que, sur vingtrs^t titres notam- 
ment cités dans ses deux premiers mémoires, huit 
donnés dans le premier seulement ne reparaissent 
pas dans le second et .deux figurent exclusivement 
dans ce dernier. Six de ces vingt-^sept titres, sous 
les dates de 497, 773, 775, 783, 814, 846, sont 
de simples chartes d'immunité, ne contenant pas 
autre chose que la formule du privilège, sans 
aucune concession de juridiction, ainsi que l'auteur 
l'a reconnu ; les autres sont des édita ou capitu* 
laires et des diplômes divers. 

Touchant les chartes d'immunité, Pardessus 
résume comme il suit, oonformémast à ce que nous 
venons d'exposer, l'appréciation qu'il en fait. Les 
chartes d'inununité contiennent, dit-il, c la défense 
€ aux juges ordinaires d'exercer des actes de jurî- 
c diction dans les domaines ooncédés (par le roi), 



440 LA lusnoB nnU 

c d'appeler en jugement devant eux et de pour^ 
€ suivre les hommes qui y habitaient > ou c qd 
c en dépendaient ^ > Il y a là deux assertîcms dis- 
tinctes. Pour la première, œ n'est pas assez de dire 
que les chartes d'immunité défendent aux juges 
ordinaires d'exercer des actes de juridiction cbuis le 
domaine privilégié ; il faut dire, pour rendre exac- 
tement la nature de l'interdiction formulée dans 
ces chartes, qu'elles défendent aux juges ordi- 
naires d'entrer dans ce domaine pour y exercer 
une fonction quelconque, soit fiscale, soit adminis- 
trative, soit judiciaire, pour y tenir leurs plaids 
notamment. Quant à l'autre allégation, il est 
absolument inexact, nous le répétons, de dire, 
comme le fait Pardessus, que les chartes d'inunu- 
nité défendaient aux juges ordinaires d'appeler en 
jugement devant eux et de poursuivre les hommes 
de l'immunité, c'est-à-dire leur interdisaient — il 
s'exprime encore ainsi — < l'exercice de la juri- 
c diction ordinaire > sur ces hommes. Les témoi- 
gnages abondent pour prouver au contraire que les 
juges publics, les juges ordmeiireSj judiees publici, 
pouvaient appeler et faire comparaître devant 
eux, mais dans des plaids nécessairement tenus 
au dehors du territoire privilégié, les hommes qui 
l'habitaient et l'immuniste même, le maître, le 
seigneur; celui-ci étant obligé d'y répondre et 
pour lui-même et pour eux, en cas de besoin, ou 

1. Bibliothèque de VÉcok des chartes, t. U, 1840-1841, p. 98. 
— Lot saliqtie, 1843, p. 588. 



n h*mitmni. § 49. 444 

fie les jr amener, ainsi qae no» Favoni rappelé 
m cocDinencement du présent travail (§§ 18, 1 3, 
16, <8, 49). 

Pour ce qui est des textes empruntéa à divers 
documents autres qoe les duirtes d'inunanité, 
Pardessus, comme les auteurs qui l'ont précédé^ 
en cite beaucoup qu'il n'interprète pas toujours, 
000 plus que ses devanciers, très exactement^. 
Il rappelle ainsi divers titres des vi*, vn*, vm* 
et a* siècles, notamment un diplème de Ghilpé- 
rie n, 717, déclarant que toute terre concédée 
par le fisc a droit à l'immunité, c omnis fiscus 
c coDcessus hoc (immunitatis privilegium) habeat 
c coDcessum ; » l'édit de Ghildebert de 596 men- 
tioonant lesjidelium termini; des titres de 61 5, 755, 
775, 779, 81 9, où les locutions jmtitiam facerCj 
reddere^perâpere sont employées pour qualifier les 
actes accomplis par les grands possesseurs et leurs 
agents ou officiers ; un texte de 802 mentionnant 
l'exercice de la justice par ces agents, judidum 
exereentea; le capitulaire de 806 (ou 810?), où se 
trouve la locution justitiœ in vita^ qu'on interpré- 
tait comme impliquant l'exercice de la justice cri- 
imnelle; des titres de 803, 847, 864 signalant le 
rôle de police des agents du possesseur, reum 
iistringerBy reum judici publieo reddere; d'autres, 

2. Nous ayons en toute circonstance reooaru au texte môme 
des docaments que cite Pardessus et pu ainsi contrôler tou- 
jours, compléter souvent les emprunts qu'il leur fait, et rec- 
tifier parfois les appréciations qu'il en donne. 



142 tA mimm ntrin 

de 8f& et 8i4, où Fou peut reooimaltre la disliiic- 
tion des causes jugées par les comtes de celies 
qui sont laissées au jugemeut du possesseur et de 
ses officiers; un diplôme de 796 mentîonnaDt 
rexerctce de la justitia familiarisa par ceux-ci; 
deux diplômes de 846 et 8S3, portant concessioD 
de la juridiction, une notitia de 870 d'un pladr 
tum tenu par les agents, misêij d'un évèque. 

On s'explique assez bien quel parti peut tiret 
de ces documents Pardessus, dans son système, 
en cherchant à les expliquer d'une manière favo- 
rable à son opinion. Pour ce qui est du diplôme 
de Ghilpéric II, 717, déclarant que toute terre 
concédée par le fisc a droit à l'immunité, les don- 
nées d'un pareil document, combinées avec l'idée 
préconçue que l'immunité emporte concession de 
juridiction, procurent à Pardessus un vaste champ 
à l'application de sa théorie. L'édit de Ghildebert 
de 595, désignant, suivant lui, sous la forme fid&- 
lium termini les bénéfices concédés aux fidèles du 
roi, l'édit lui-même c suppose, > dit-ii comme 
d'autres l'avaient déjà dit avant lui, < l'existence 
c de juridictions privées sur ces domaines, t 
Pardessus est ainsi amené à expliquer, comme ses 
devanciers, dans le sens de juger, judicare^ le$ 

3. La justitia familiaris mentionnée dans le diplôme de 
796 donné par Gharlemagnè à Téglise du Mans n'est pas 
signalée en ces termes dans les emprunts que fait Pardessus 
à ce diplôme. Cette omission d'un texte aussi important 
pour le sujet en question ne saurait passer inaperçue. 



ET L'uranl § i9. U% 

kMxâkmjugtitiÊm fmeêre^ rêddere^ fmwfere^ qu'il 
btHiTO daos des titres de 645, 755, 775, 77», 
819, où ils servent à qualifier les actes aoeoroplis 
par les grands possesseurs et leurs agents ou offi- 
ciers. Nous avons expliqué précédenunent que, 
si la fimne jusUiiam faeere signifie quelquefois 
juger, juUciMm faeere^ elle n'implique pas néoes- 
surement que la juridiction dont elle exprime 
aiDfii l'exwdee soit k résultat de Timmunité (g§ 1 3, 
1 4); mais nous avons montré en outre que souvent 
juUtiam faeere signifie simplement judieatmm^ 
oa redum faeere; que oette forme de langage a 
notamment toujours ce sens dans les locutions 
complexes juetitiampereipere et reddere ou faeere^ 
exprimant Fidée que Ic agents du possesseur 
doivent, suivant les cas, ester pour lui ou pour 
ses hommes en justice, soit comme demandeurs, 
fioit comme défendeurs, ou bien comme chargés 
de recevoir ou de payer la eempeeitio; et qu'elle 
conre8pond ainsi à une situation passive, et non 
active ocnnme le croit avec beaucoup d'autres 
Pardessus, à la situation de justiciable et non à 
ceUe de juge, dans les actes concernant l'exercice 
de la juridiction (§ 4 Jr). L'observation faite à pro*- 
pos de la forme de langage justiUam faeere^ dans 
les cas où elle signifie juger, s'applique également 
à celle de judidum exercerez laquelle, dans le titre 
de SOS, n'est pas davantage la preuve qu'il s'agisse 
eu cela de l'exercice d'une juridiction qui résultât 
deVimmunité (§§13, 14). 



444 Li nsanoL niriB 

Pardesaos mentioime, avons-noiis dit, avec ces 
titres relatifs, suivant loi, à la juridiction engen- 
drée par rimmuntté, le capitadaire de 806 (ou 
81 0?), où la locution justitim m vUa avait paru à 
d'autres déjà, comme il. le rappelle, à Montesquieu 
{§ 33), à Mably (§ 36), à Gourcy (§42), indiquer 
spécialement Texerdce de la juridiction onmi- 
nelle; conclusion vers laquelle il paraît incliner 
aussi, mais sans le dire formdlement cependant. 

Sur ces divers textes. Pardessus a pu être 
trompé comme ses devanciers par les apparences. 
Gomment a-t-il pu se méprendre sur le sens de 
quelques autres parmi ceux qu'il cite encore à 
divers points de vue, avec ceux-là, en faveur de sa 
thèse? Tels sont les titres notamment de 803, 847, 
864, relatifs au rôle des officiers de l'immunité, 
reum distringerey reum judid publico redderêj où 
Pardessus reconnaît lui-même le caractère subor- 
donné de l'agent du possesseur privilégié et la 
persistance de l'exercice de la juridiction par les 
juges publics, sans tirer de là les conséquences 
qui ressortent de ce fait contre sa propre théorie. 

Ciomment d'autres documents, qu'il cite égale- 
ment, ne l'éclairent-ils pas siir la situation vraie qui 
résulte de cette coexistence de la justice publique 
exercée par les comtes et d'une justice partica* 
lière d'ordre inférieur réservée au possesseur et à 
ses officiers? Tels sont les textes de 815 et .844, 
qui consacrent la distinction de deux juridictions 
et celle des causes qui en relèvent, les causes 



ET L'iMKirNITi. | 49. 145 

d'ordre supérieur, dont la couDaissance apparte- 
nait aa juge public, au comte, les causes d'ordre 
ioférieur laissées généralement aux mains des pos- 
sesseurs et de leurs agents (§12); tel est surtout le 
diplôme de 796, mentionnant Texercioe de la/M- 
titia familiaris qu'il ne semble pas y avoir asseï 
remarqué, et qui désigne si clairement dans une 
des phases de son développement cette juridio- 
tioD inférieure. 

Quant aux deux diplômes de 81 5 et 823, portant 
ou impliquant concession de la juridiction, on ne 
saurait les confondre avec de simples diplômes 
d'immunité où l'on ne trouve jamais, quoi qu'on en 
dise, rien de semblable (§ 70, note 1). Ces con- 
cessions de juridiction, qui commencent de bonne 
heure, seraient plutôt que celle de l'immunité la 
source première de la justice privée, si l'on n'avait 
pas de celle-ci des traces plus anciennes dans la 
juridiction restreinte des possesseurs jugeant de 
toute ancienneté les causes d'ordre inférieur, les 
causes laissées à la justitia familiaris (§§ 12, 71)* 

Le plaid tenu en 870 par les agents d'un 
évèque peut se rattacher à l'exercice de la justice 
privée omstituée dans une quelconque de ces 
conditions, sans qu'il soit nécessaire de faire inter- 
venir dans son institution le privilège de l'immu- 
nité (§13). 

Pardessus, au cours de ses deux premiers 
mémoires, fait entrer dans sa discussion les textes 
que nous venons de signaler, mais en leur don- 

XLYH 40 



146 LA JUSTICE WÈXfiE 

nant souvent, comme nous Tavons dit, une signi- 
fication qu'ils n'ont pas. Il en tire des arguments, 
dont la valeur est par conséquent contestable, en 
faveur de la thèse que l'immunité impliquerait la 
substitution de la justice privée à la justice 
publique dans les domaines investis du privilège. 

A les examiner de près, on n'y voit riea de 
semblable. Qu'y voit-on en effSet? La mention, il 
est vrai, de ce fait que le régime de l'immunité 
suit la concession de tout domaine du fisc ; mais 
le rappd ensuite de la juridiction ordinaire des 
comtes ou juges publics, et la preuve qu'ils ne 
cessent pas de l'exercer sur les hommes de l'im- 
munité. On y voit que, de leur c6té, les grands 
possesseurs et les agents chaînés par eux d'ester 
en justice soit comme demandeurs, soit comme 
défendeurs, pour le maître et ses honmies, ont l'obli- 
gation de se soumettre pour eux au verdict des 
juges publics, tout en exerçant eux-^némes, dans 
certains cas, pour le maître une juridiction propre, 
d'ordre inférieur vraisemblablement, la justitia 
familiaria. On y reconnaît enfin que, si l'on trouve 
parfois le privilégié en possession de la juridiction 
tout entière, c'est non pas plus ou moins indirec- 
tement en vertu de l'immunité, mais directement 
en raison de concessions formelles dont on a de 
bonne heure des exemples et qui se multiplient 
avec le temps*. 

Tout cela s'accorde parfaitement avec ce que 

4. UImmuniU, 1882, § 8. 



nous avcm dit préoédenunent du régime ordi- 

nére H géoénl de la jostioe» en tenant oompte 
des coDséqiienoes du régime particulier de Tim- 
monité (^ 1S, 1 3). Ces coosidkérations confirment 
en outre l'observation feite à cette occasion que 
fexeraœ par les juges privés d'une jmîdictîon 
propre, dans les domaines pourvus de Timmunité, 
ne prouve pas que cette juridiction vienne de ce 
privilège (§43). 

§ 50. — Nous pouvons maintenant nous faire 
uoe idée de ce que sont, d'après ses deux pre- 
miers niémoires, les opinions de Pardessus tou- 
chant les origines de la justice privée et le rôle 
qa'il y assigne à l'immunité. Il nous reste main- 
tenant à dire deux mots de son troisième mémoire 
sur ce sujet, celui qui feit partie de l'introduction 
au tome XXI des Ordonnances des rais de France. 
Cest là que doit naturellement se trouver son 
dernier mot sur la question. 

On ne saurait douter, après avoir lu ce travail, 
que le savant auteur ne se soit définitivement 
arrêté à l'idée que l'exercice de la juridiction était 
pour le privilégié la conséquence de Tinmiunité. 
Celle-ci était, dit-il, 'l'exemption de la juridiction 
commune, exemption toujours concédée avec le 
bénéfice. Pas plus qu'auparavant, il ne tient 
compte de ce fait incontestable, méconnu cepen- 
dant par lui dans ses premiers travaux, que 
les hommes du grand possesseur, doué même de 
rimmunité, continuaient à répondre par Tinter- 



448 LA lusncB rtivtfB 

médiaire de celui-ci ou de ses ofiScîers» sinon 
par eux-mèodes au tribunal du comte ou juge 
public. Ses conclusions sont accompagnées de la 
déclaration que le fief et la justice ont pu, comme 
le veut Montesquieu, être unis dans le principey 
contrairement à l'adage : < fief et justice n'ont rieo 
€ de conmiun, > ce que Loysel, dans ses Itistitutes, 
rappelle en ces termes : c autre chose est le fief, 
c autre chose est la justice. > Pardessus accepte 
l'opinion de Montesquieu pour les temps anciens, 
tout en tenant compte, pour les temps ultérieurs, 
de l'adhésion donnée au fameux aphorisme par la 
plupart des feudistes pour en faire le fondement 
de leurs doctrines sur ces matières. Nous men- 
tionnons le fait, bien qu'il ne se rattache que d'une 
manière indirecte à notre sujet, pour montrer 
avec quels tempéraments frisant la contradiction 
Pardessus se prononce quelquefois sur les ques- 
tions qui s'offrent à son examen. Il donne un 
notable exemple de cette manière de procéder à 
propos du problème, qui nous occupe, de l'origine 
de la justice privée et de la part qu'on y a sou- 
vent assignée à l'ioununité. Pardessus revendique 
ce rôle contestable pour l'immunité, tout en recon- 
naissant que les chartes les plus anciennes qui 
confèrent ce privilège n'en disent rien (§§ 48, 70). 
§ 51 . — Le problème des origines de la justice 
privée a longtemps préoccupé Pardessus. De 1 840 
à 1849, il a écrit, conune on l'a vu, plusieurs 
mémoires sur ce sujet. Nous avons fait connaître 



les arguments qu'il invoque dans ses discussions 
à oe prc^fMM. En résumé, la justice privée, iâ 
justice patrimoniale, comme il l'appelle d'après 
Nsodet, dérive suivant lui de la justice dominicale 
ou justice domestique des Francs. Cette justice 
dominicale ou patrimoniale est le régime propre 
des terres du fisc, et devient par suite celui 
des bénéfices constitués par la donation de ces 
doottines. Pour oe qui est de l'immunité, tout en 
reconnaissant qu'elle ne contient originairement 
ancone disposition constitutive de la justice pri- 
vée, Pardessus dédare néanmoins qu'elle a pour 
conséquence légale l'institution de celle-<Â ; opinion 
qu'il attribue à Bignon, dont il force quelque peu 
en cela les conclusions. Il fait enfin de ce privi* 
lège la forme dans laquelle les grands possesseurs 
entrent en jouissance de la juridiction (§ 48). 

En définitive, Pardessus, d'après les conclusions 
énoncées dans son dernier ouvrage, doit être mis 
au nombre de ceux au jugement de qui l'inunu* 
nité engendre la justice privée, analogue à celle 
du fisc à laquelle il reconnaît pour origine la 
justice domestique des Francs. 

XVIII. LEmjÊROu. 

§ 53. •— Ldiuërou, presque en même temps 
que Pardessus, traite la question de l'immunité et 
des origines^de la justice privée dans son livre 
de& Inriitutians ewrolingiennes, publié en 1843. Il 



450 U J^STICB PBiriB 

énonce à ce sujet des idées qui, malgré des diffé* 
renées essentidies, ne sont pas sans analogie en 
certains points avec celles que le précédent auteur 
émettait à la même époque sur ces matières. 

La justice privée, dans le système de Lehuërou, 
doit beaucoup au développement de certaines con* 
séquences de l'immunité, maïs elle prend ailleurs, 
croit-il, son origine. Elle a, suivant lui, pour fon* 
dément ou point de départ la justice domaniale, 
attribut naturel de toute propriété, la justice 
dcMuestique des Germains, dont le capitulràre ie 
vUlis fournit, dit-il, une sorte de traité. Ces ori- 
gines germaniques de l'institution avaient été 
entrevues par Montesquieu (§ 34), dont l'opinion, 
combattue par Mably (§ 35) et par Gourcy (§ 41 ), 
reparaît dans les écrits de Naudet (§ 44) et de 
Pardessus (§ 48). La justice domaniale était exer- 
cée par le possesseur, par le maître, patranus^ 
dcmrmSy en vertu de son mundium sur les hommes 
de sa dépendance. Elle avait pour compétence le 
règlement des petites affaires, causœ minaresj et 
ne s'étendait pas au delà des limites du domaine 
et des intérêts de ses hommes (§ 1SI). 

Quant à l'immunité, privilège concédé par le 
souverain, elle ne contient — Lehuërou le recon- 
naît conune Houard (§ 38) et sauf réserves Par- 
dessus (§ 48) avant lui, conmie M. F. de Goulaoges 
(§ 61) ultérieurement aussi — aucune disposition 
qui confère la juridiction; mais, en interdisant 
l'entrée du domaine aux juges publics, elle pro* 



ET L'uimiiflnf. § 52. 454 

cure, dît-il, à la juridiction domaniale c'estràrdire 
aux officiers du possesseur diargés de Texercer, 
et d'une manière générale à ce dernier, une pré- 
cieuse indépendance, grâce à laquelle les droits 
et attributions qui leur appartenaient déjà pren- 
Deot gradueUement un notable développement. 

Lehuërou parait croire en même temps, à en 
juger par la manière dont il s'exprime, que dans 
la ooDoession d'immunité il s'agit d'un affranchis- 
sement de ressort pour la juridiction du juge 
privé, subordonnée sans cela, suivant lui, à celle 
du comte ou juge public, c L'inmiunité était, dit*il, 
€ non la concession d'une juridiction patrimoniale 

< et domestique, puisque le propriétaire en était 
c déjà investi ; mais une exemption perpétuelle 
c de la juridiction du comte, à laquelle les justices 
c seigneuriales restaient toujours sujettes, à moins 
€ que le prince ne renonçât formellanent à son 
c droit, en accordant l'immunité. Mais, ajoute-lril, 
c l'objet de la concession de l'inununité était de 
€ placer le propriétaire et sa propriété sous son 
€ mundeburd (la mundeburde du roi). > En con- 
séquence, dit-il encore, < les justices seigneuriales 
€ qui ressortissaient au tribunal du comte... ne 

< ressortissant que du tribunal même du roi. > 
Lehuërou voit juste quand il dit que l'immunité 

ne confère pas de juridiction au privilégié. Il est 
moins bien inspiré quand il avance que, par la con- 
cession du privilège, le souverain exempte de 
la juridiction du comte le privilégié, sa terre, et 



452 LA jusncB furtM 

ses hommes, qui restent dès lors sous son mu$ir 
dium^ sous sa mundeburde royale, sous sa juri- 
diction directe. 

Pour ce qui est de l'exemption de la juridiction 
du comte ou suppression de cette juridiction, le 
privilège d'immunité ne dit rien de semblable. 
Touchant le rôle des juges publics, il se borne à 
leur interdire d'entrer dans le domaine privilégié 
afin d'y exercer les actes ordinaires de justice, de 
police, d'administration et autres qui étaient dans 
leurs attributions, et d'y commettre les exactions 
qu'ils s'y permettaient trop souvent. Quant à la 
substitution de la juridiction du roi à celle des 
juges publics, en raison de la mundeburde royale 
instituée avec l'immunité, nous rappellerons, pour 
ce qui la concerne, ce que nous avons dit précé- 
demment de cette mundeburde royale, dont 
l'adjonction au privilège de l'immunité est stipu- 
lée dans quelques chartes, en très petit nombre 
du reste. Nous avons montré qu'il ne s'agit nul- 
lement en cela de la mundeburde royale ori- 
ginaire, laquelle soustrayait absolument le pri- 
vilégié à toute juridiction autre que celle du roi 
(§ 15), mais seulement d'un régime de munde- 
burde profondément modifié, en vertu duquel le 
privilégié avait simplement la faculté de réclamer 
exceptionnellement, dans certains cas, le juge- 
ment au palatium, au lieu du jugement au malUm 
{% 16)- Dans ces termes, le privilège de la mun- 
deburde royale est loin de permettre l'interpréta- 



nr L^iMMinnv<. S 52. 49t 

&m de caractère absolu que Lebuërou lui donne. 
Od ne peut donc pas dire, comme le fait Lehué» 
roa, que le privilège d'immunité ait eu pour objet 
de supprimer la juridiction du comte, à laquelle 
aurait été subordonnée jusque-là celle du posses- 
seur et de ses agents, pour la r^nplaoer par la 
juridiction du roi, avec cette conséquence que 
riiDOiunité consacrait c la souveraineté des jus- 
c tices seigneuriales qui dans l'état normal 

< ressortîssaient au tribunal du comte et qui, 
€ dans l'état exceptionnel créé par l'immunité, 
€ ne ressortîssaient que du tribunal même du 

c roi , » le [Nrivilégié se trouvant dès lors en 

possession d'une c juridiction absolue, sans res- 
€ trictions et sans limites, puisqu'elle s'étendait à 

< tous les cas, à tous les lieux, à tous les temps, 
€ et n'était soumise à aucun contrôle, sauf cdui 
c du roi en personne. > On ne saurait non plus 
ajouter, avec l'auteur, que < la terre privilégiée 
c était soustraite à la juridiction ordinaire du 
c comte pour tous les cas sans exception et pla- 

< cée directancint sous la direction spéciale et le 

< mundium du roi. > 

Ces déductions sont certainement exagérées. 
Elles laissent intactes, du reste, les conclusions 
essentielles du système de Ldiuërou sur la justice 
privée et l'immunité, savoir que la justice privée 
n'est autre chose que la justice domaniale, attribut 
mlurel de la propriété, et que l'immunité, laquelle 

trouve le possesseur en jouissance de cette juri- 



154 LA JfimCM PlIVâl 

diction inférieure, n'emporte concession d'aucune 
autre en sa faveur. 

§ 53. — Nous venons de signaler quelle est, 
suivant nous, la part de la vérité dans le système 
de Lehuërou sur la justice privée et l'immunité. 
Nous ne répéterons pas, à cette occasion, ce que 
nous avons dit précédenmient sur le même sujet 
d'après la teneur des documents (§§ 1S, 43). 
Quant à ce qui nous semble inacceptaJi)le dans le 
système de l'auteur, le caractère de ressort supé- 
rieur qu'il donne à la juridiction du comte sur 
celle du possesseur ou du juge privé, son agent, 
et la suppression absolue de cette juridiction du 
comte, avec l'introduction à sa place de celle da 
roi, nous ne pouvons voir là qu'une conception 
toute gratuite pour le premia^ point, une inad- 
vertance pour le second, et pour le troisième une 
erreur. Il est bon de montrer conmieBt Lehuërou 
essaie de justifier ces chinions. 

Touchant le premier point, le caractère de ressort 
supérieur de la juridiction du comte sur celle du 
possesseur, Lehuërou a dû forcer, dans l'expres- 
sion au moins, ses conclusions sans voir en 
quelque sorte où elles le conduisaient; car il les 
établit sur des textes et des appréciations qui 
concernent simplement la compétence distincte 
de deux juridictions différentes, celle du sou- 
verain et celle du possesseur, chose sur laquelle 
tout le monde est d'accord et qu'on ne saurait 
confondre avec la subordination de ressort de 



n i'iionmiTtf. S 58. 455 

Tooe par rapport à Taatre. Il s'agit de la joridio- 
tion du sdgneur sur son homme et de oeUe du roi 
nr tous deux en cas de diffiérend^ c Charles le 
€ Chauve retient, dilnl, jusqu'à la dernière extré- 
€ mité le droit de relever Tappel des juridictions 

< seigneuriales. > — < Il est bien constant, dit-il 

< encore, qae la compétence des justices seigneu- 
€ riales était limitée; et cela suffirait pour mon- 
€ trer qu'elles n'étaient pas souveraines, c'est-à* 

< dire indépendantes et sans appel. » Il ne serait 
nullement superflu de fournir, en plus de ce rai- 
sonnement, des preuves que la juridiction du pos- 
sesseur était soumise en appel à la juridiction du 
Ofxnte; car tdle est la question. C'est ce que ne 
&it pas l'auteur, qui se borne à rappeler les 
limites assez étroites de la compétence assignée à 
la juridiction patrimoniale et l'étendue au contraire 
presque illimitée de celle du roi. Il montre celui-ci 
maître absolu d'agir par ses officiers sur le posses- 
seur, scHt pour l'obliger à faire justice , justitiam 
faeerêj ce qui, d'ailleurs, ne signifie pas toujours 
juger (§ 14), soit pour décider entre lui et ses 

1. c Et si aliquis episcopus, abbas aut abbatissa, vel cornes 
« ac Tassas noster sno homini contra fectam et justitiain 
« feeerit, et se mde ad nos redamaveiit, sciât quia'sicut 

< ratio et lez atque justitia est hoc emendare faciemus. » — 
Caroli Calvi titul. XL, an. 869. Adnunciatio Caroli régis, 
c. 2. — Baiuze, Capitularia, t. II, p. 215. — 11 s'agit, ce 
nous semble, dans ce texte, non pas de la réforme d'un 
jugement par voie d'appel,, mais de la réparation d*an tort 
on de la répression d'un abus qualifié « contra rectum et 
« justitiam facere. » 



456 LA JDSnCB PEIViE 

hommes en cas de plaintes de ceux-ci contre lui, 
indépendanunent du droit du roi de juger, quand 
il y a lieu, les causes de ceux qu'il a reçus dans 
sa cammendatio et sous sa mundeburde. Rien 
dans tout cela ne justifie le prétendu ressort de la 
justice du comte sur celle du possesseur, c'estrà- 
dire la connaissance en appel par le premier des 
causes déjà jugées par le second. 

Pour le second point, la suppression absolue de 
la juridiction du comte en conséquence de l'im- 
munité, Lehuërou cite les textes qui précisément 
servent de fondement à l'opinion contraire, celle 
de l'exercice persistant de la juridiction du comte 
en dépit de l'immunité et non pas, comme consé- 
quence de celle-ci, la suppression de cette juri- 
diction. — € Que les hommes ingénus, dit-il, qui 
c demeurent sur la terre (douée de l'immunité) 
c soient tenus nonobstant de répondre devant 
c nos juges (les comtes) de leurs négligences sur 
€ les trois points que voici : 4^ l'ost, c'estrà-dire 
c notre ban, lorsqu'il a été publié; S^ les gardes 
c d'obligation; 3*^ les travaux des ponts. » *— 
c Que les voleurs réfugiés dans une immunité 
c soient présentés au plaid du comte. > — c Si 
€ quelqu'un commet un vol, un honâidde ou tout 
c autre crime, et qu'après l'avoir commis il se 
c réfugie dans l'immunité..., le comte est auto- 
c risé à envahir l'immunité à main armée après 
c trois refus consécutifs de livrer le coupable^. » 

2. Le premier de ces trois textes est emprunté par l'auteur 



n i/mmmti. %M. 157 

Ges textes montrent la juridiction du comte s'ezer- 
çàùt Air les hcmiines de Fimmuoité et parfois dans 
le temloire privilégié loi-mènie. Pour échapper 
aox conclusions qu'impose l^ir signification réelle, 
Lehaêrou veut n'y voir que des exceptions, dea 
réformes, des amélioraUons introduites après 
coup, suivant lui, pour corriger les inconvénients 
reconnus du r^me de l'immunité; des varia* 
tions de l^islation sur la matière; source de con- 
tradictions apparentes, ditrih Leur significati<Hi 
est, croyons-nous, tout autre. Telles sont les 
objections que nous avons à foire valoir contre 
la proposition de Lehuërou que l'immunité avait 
supprimé absolument la juridiction du comte sur 
les hommes et les choses couverts par le privi- 
lège. 

Le troisième point, ce nous semble inadmissible 
dans la conception de Lehuërou, est la substitution 
absolue de la juridiction directe du roi à celle du 
comte dans l'immunité, < la terre privilégiée 

< étant, dit l'auteur, soustraite à la juridiction 

< ordinaire du comte, pour tous les cas sans 
f exception, et placée directement sous la pro- 

à un diplôme de l'an 775 donné par D. Bouquet (Recueil des 

kkt,, etc., t. V, p. 727). Le second texte est une interpréta* 

tùm ineiacte, ce nous semble, de Tart. 9 d'un capitnlaire de 

119 cité précédemment avec l'article 195 da livre V des 

Captularia (§ 13, note 1), et qui serait plutôt d'accord avec 

notre explication du texte suivant, le troisième texte, fourni 

pu un oapitalaire de Tan 803 que nous aivons dté également 

1} 13, note 2). 



458 LA lUSnCB tPAlV<E 

c tectîon spéciale et le mundium du roi. » Noas 
avoDs répondu tout à Theure à cette propositioD 
(§ 5S), en disant qu'elle repose sur une exagéra- 
tion évidente de Tinterprétation donnée par Le- 
huërou à la mundeburde royale, privilège assodé 
dans quelques diplômes, en petit nombre, à celui 
de l'immunité, et qu'il a d'ailleurs le tort de oonsi* 
dérer dans ce cas comme ayant tous les caractères 
du régime de la mundeburde à son origine. Pour 
la discussion détaillée de cette question, nous avons 
renvoyé et nous renvoyons encore à l'exposition 
que nous en avons faite précédemment en parfatnt 
de la mundeburde elle-même (§§ 15, 16). 

 ses conceptions principales sur le caractère 
de l'immunité et sur les origines de la justice pri- 
vée, Lehuërou en ajoute accessoirement d'autres, 
qui s'y rattachent, touchant la justice palatine et 
la justice féodale, auxquelles il n'est pas de notre 
sujet de nous arrêter. 

§ 54. — Avant de quitter Lehuërou, résu- 
mons en quelques mots sa doctrine. Pour ce qui 
est de la justice privée, de la justice seigneuriale, 
il la rattache par ses origines à la justice domini- 
cale ou domaniale, c'est-à-dire patrimoniale, 
attribut de toute propriété, ajoutant que ses élé- 
m^its fondamentaux appartiennent en principe à 
l'ancienne Germanie. Cette dernière idée avait été 
formulée déjà par Montesquieu, combattue ensuite 
par Mably et Grotircy, puis rappelée dans les écrite 
de Naudet et de Pardessus (§ 68, note 8). 



ET L'nnoifni. f M. iW 

Quant à rimmunité» die n'a» suivant Lehoêrou, 
produit aucune juridictîon. Son unique résuhat 
aurait été, dans son système, < d'imprimer un 
c caractère de souveraineté et d'indépendance 
c (mais) vis-à*>vis de la justice du comte seule* 
c ment a la justice privée, > à la juridiction du 
possesseur, placé en même temps avec ses terres 
et ses hommes sous celle du rciy en vertu de la 
mondeiNirde royale dont la concession aceom* 
pagne celte de l'inmiunité; adjonction dont on a 
des exemples, il est vrai, mais qui était assez rare, 
bien loin d'avoir été constante, nous l'avons fait 
remarquer (§ 15). 

Lehuêrou, on le voit, doit être rangé parmi 
ceux qui refusent à l'immunité d'avoir engendré 
la justice privée, et qui reconnaissent au contraire 
les origines de celle-d dans un attribut du droit 
de propriété. 

XIX. GHAMPIOIimèRB. 

§ 55. «— Ghampionnière est l'auteur de tra- 
vaux qui, sur la question de la justice privée, 
se placent chronologiquement après ceux de 
LebuArou. Dans son livre De la propriété des 
eaux courantes, publié en 1846, l'auteur est 
naturallanent amené à parler des institutions sei- 
gneuriales auxquelles se rattache ce qui concerne 
k justice privée. Il ne touche cependant à celle-d 
que par queues points. II s'applique d'abord à 



160 LA lumcB ranriB 

démontrer que ce qui, dans les doeumwts, est 
appelé jtutitiœ et généralement apprécié comme 
concernant Texercice d'une juridiction, est en 
réalité chose toute différente. Il énonce ensuite 
ses vues sur Torigine des juridictions particuli^s 
qui constituent la justice privée proprement dite. 

hesjustitiœ sont, dit Glûmpionnière, des droits 
purement fiscaux qui font, sous le nom de jus 
fisà^ l'objet d'une donation jointe ordinairement 
à la concession d'immunité. Telle était l'opinion 
des légistes du xm^ siècle qui déduisaient en outre 
de cette donation du jus fisà la mise en possession 
de la juridiction au profit du privilégié dans les 
conditions de la justice privée (§§ 2S, 23). 
Ghampionnière cependant ne tire pas de là cette 
conséquence. S'il insiste sur ces particularités, 
c'est uniquement pour établir sur ce fondement 
la distinction de la justice, justUia, justUiœ, et du 
fief, point capital de sa théorie et objet essentiel 
de son ouvrage. Il passe ainsi, sans s'y arrêter, 
à côté de l'inmiunité, dans l'appréciation qu'il 
fait des justitim et de leur concession avec celle 
de ce privilège. 

Il ne s'arrête pas davantage aux origines de la 
justice privée, dont le sujet le ramène encore par 
un détour assez singulier à l'immunité. Voici 
comment. La justice privée vient, suivant lui, du 
droit de toute corporation d'administrer la justice 
à ses membres, conformément dit-il aux usages 
germaniques, où tout homme libre avait le droit 



ET L'umunni. | 55. 461 

de se frire jostioe luinnème. De là, le régime dès 
tmpasitianes et des freda^ par suite des premiers 
essais de régularisation de œ droit primordial, 
transporté de Tiodividu à la corporation à laquelle 
il appartenait, sous la supériorité et l'action pré- 
pondérante du chef de cette corporation, tribu, 
association, ghilde ou séniorat. 

Ainsi a pu, dit Ghampioonière, se consti- 
tuer la justice privée dans quelques immuni* 
tés, mais non dans toutes, c Toutes les immu- 
nités, ajoute-t-il à cette occasion, n'étaient pas 
CQQstituées en confédération; cette condition 
dn moins ne se manifesta pas dans toutes ; elle 
ne comprit pas même tous les habitants des 
terres endavées dans le tetritoire de Tim- 

mune D'un autre côté, l'immune conces- 

sioDnaire des droits du comte exerça deux jus- 
tioes : l'une dérivant de la confédération qu'il 
avait établie sur l'immunité, l'autre qu'il tenait 
de la concession royale; chacune ayant son 
caractère, sa compétence et ses justidables 
propres et particuliers. » L'assodation ecclé- 
siastique possède au même titre sa justice partir 
colière, développée ultérieurement dans ce qu'on 
appelle les Cours de chrétienté. L'association com- 
munale possède aussi la sienne. On trouve dans 
ces institutions c les mêmes pouvoirs, les mêmes 
c r^les, les mêmes éléments, et au fond le même 
( caractère essentiel, l'association. > 
L'association, tel est, dans ce système, le 
zLTn U 



I6t LA icaonGB nPfiE 

régime qui, sous tout» les formes, dôme nais- 
sance à la justiœ privée. On ne peut ne pas être 
frappé de la singularité et de Toriginalité de cette 
doctrine si différente de celles dont nous avons eu 
à rendre compte jusqu'ici sur ce sujet. Elle ne 
diffère pas moins de celles dont il nous reste à 
parler encore. Il est impossiUe du reste d'y voir 
autre chose qu'une appréciation toute person- 
nelle, une conception de légiste. Le livre de Tau* 
teur est abondamment pourvu de citations de 
textes .originaux ; mais, dans les quelques pages 
consacrées à l'exposition de ses idées touchant la 
justice en particulier, il ne s'en trouve à peu près 
aucune. 

§ 56. — Résumons, avant de passer outre, la 
théorie de Ghampionnière sur les origines de la 
justice privée, et sur l'immunité. Le fondement 
de la première est, suivant lui, l'association, et la 
seconde ne concourt à son organisation que par 
la constitution exceptionnelle de groupements de 
ce genre, dans le sein de quelques-uns seulement 
des domaines investis de ce privilège. Ge résultat 
n'a pas, on le voit, suivant l'auteur, un caractère 
général dans le régime de l'immunité, et il ne 
procède même d'aucune particularité essentielle- 
ment propre à l'institution. Ghampionnière ne 
doit donc pas être compté parmi ceux qui font 
venir des dispositions mêmes de l'inmiunité Ja 
justice privée, pas plus que parmi ceux qui la rat- 
tachent en principe aux droits inhérents à la pro- 



R l'ibiunit^* f 56. 163 

priété. Il ne fait auoane alhistoD aux considéra- 
tioos de œ genre. 

XX. BOUTARIG. 

§ 57. — Bootario succède, après un assez long 
iotervalie, à Oiampionnière dans Tétude des ques-^ 
tk)08 rdativesà la justice privée. Il revient, contre 
les conclusions forcées suivant lui de ce der* 
mer, à la vieille opinion que l'immunité impti-» 
qoerait crniœsdon de la justice ; et il y revient, 
chose qui mérite d'être signalée, par les deux 
voies simultanément qui. Tune après l'autre, y 
avaient conduit ses devanciers, en tenant compte 
à la fois pour cela de la concession des droits du 
fisc (§§ 9À, S3) et des interdictions formulées par 
l'immunité contre l'action des juges publics (§ 916). 

Le sujet est abordé par Boutaric dans un tra- 
vail intitulé : Le Régime féodal^ son origine et 
s&n établissement^ et particulièrement de Fimmi^ 
fdté, imprin^ en 4875 au tome XYIII de la Revue 
des fuestûms historiques. Contrairement à ce qu'on 
serait en droit d'attendre de l'auteur, d'après 
le titre de son mémoire, il n'y dR pas grand'- 
diose et n'y fournit que fort peu d'explications 
sur l'immunité en elle-mÊme. Il se contente de 
présater quelques faits isolés relatifs à son 
régime, sans prendre même la préoaoticMi d'avertir 
à cet égard que ces faits se rapportent aux consé- 
quMiees éloignées et tardives de TiBStitution, et 



I 

I IM . LA insriGE PiiirÉB 



nuDemeot, coinine on pourrait être tenté de le 
croire d'après la manière dont il en parle, à ses 
conditions premières. Ce qu'il a d'ailleurs en vue, 
il le déclare, ce n'est pas la discussion à fond du 
sujet, mais une simple exposition de certaines 
conceptions confirmées par des textes peu nom- 
breux, mais, croit*il, décisifs, c Je n'ai pas la 
c prétention, dit-il, de donner à mes assertions 
c toutes les preuves qu'elles comportent, quand 
c ces assertions ne font pas intégralement partie 
c de mon sujet. » Or son sujet, ce n'est, à pro- 
prement parler, ni la justice privée, ni l'immunité, 
lesquelles n'y apparaissent qu'incidemment. Il 
s'agit, surtout, pour lui, des origines du régime 
féodal. Voici comment il les explique et com- 
ment elles l'amènent à parler de la justice privée 
et de l'inmiunité. 

Le besoin de protection dans ces temps trou- 
blés crée entre les hommes des liens volontaires. 
Tels sont ceux de la recommandation ; et la 
recommandation devient l'hommage du fiévé. Peu 
à peu s'établit ainsi le régime féodal, ou plutôt, 
dit-il, le régime seigneurial que caractérise la 
confusion de la propriété et de la souveraineté. 
La concession simultanée de l'une et de l'autre aux 
Églises, c'est là suivant Boutaric l'immunité, par 
laquelle le roi donne les terres du fisc en se 
dépouillant en même temps de ses droits souve- 
rains sur elles. Ce privilège prodigué aux Églises 
est d'ailleurs, il le reconnaît, concédé quelquefois 



ET L'nmoHR^. s 57. 465 

aussi aux laïques. L'immunité est une véritable 
seigoeurie oii le maître jouit des drmts régaliens 
doDt le roi s'est dessaisi en sa faveur, et où les 
officiers publics n'ont aucune autorité, ni fiscale, 
ni judiciaire, pas même le droit d'y entrer : situa- 
tion qui implique ce lui semble pour les privi- 
légiés en possession de Tininuinité la jouissance 
de la juridiction. Le régime de l'immunité, ajoute 
Boataric, est, à cet égard, le même que celui des 
terres du fisc décrit dans le capitulaire De VUliê. 
Au xm* siècle, l'existence d'une charte d'immu- 
nité suffisait pour prouver concession royale de 
la juridiction et assurer la jouissance du droit de 
haute justice. 

C'est au profit de cette thèse que Boutaric cite 
le jugement de 49175 du prévôt de Paris, dont 
nous avons parlé précédenmient (§§ S2, S3); 
curieux document qui nous « permis de recon- 
naître comment s'est introduite originairement, en 
remontant au xm* siècle, de là au xn* et plus haut 
encore, l'opinion que la justice privée avait été 
engendrée par le privilège de l'immunité. Nous 
avons vu cette opinion bien établie au xm* siècle 
sur cette conception que la justice privée était une 
conséquence de la concession des droits du fisc, 
jointe souvent à celle de l'inoununité et estimée 
équivaloir à la concession des droits régaliens 
eux-mêmes, regaliajura (§§912, S3). Nous avons 
vu aussi conmient plus tard, au xvii^ siècle, cette 
conception abandonnée fait place à celle que la 



466 11 IDBTICB fftiVjfl 

justice privée est une conséquenoe de l'interdio^ 
tion formulée dans le privilège contre les juges 
privés, d'entrer dans Timmunité et d*y tenir leurs 
plaids (§ SI6). Il y a là une succession, ou au 
moins une substitution d'idées très remarquable, 
qui montre quel a été le mouvement des esprits 
sur ces questions. Boutaric néglige tout à fait 
ces vues qu'il nous aide à démêler sans paraître 
même les soupçonner, et il se borne à mention- 
ner, comme si elles se confirmaient simplement 
l'une fautre, ces deux manières différentes de 
faire sortir de l'immunité la justice privée. On 
connaissait l'interprétation abusive en vartu de 
laquelle la concession dixjusfisci est, non pas dans 
les premiers temps, mais à la longue assimilée à 
odle des regalia jura^. Quant aux conséquences 
qu'on en a tirées, touchant l'exercice de la jus- 
tice privée, c'est pour une bonne part à Boutaric 
qu'on en doit la connaissance, avec celle des 
textes si instructifs qui ccmoerncnt le jugeaient 
de 1275 du prévôt de Paris. 

§ 58. — C'est donc plutôt deux fois qu'une 
qu'on est fondé à ranger Boutaric parmi ceux qui 
regardent l'immunité comme la source de la jus- 
tice privée. Il adopte à cet égard simultanément 
les deux opinions qui se sont succédé sur ce sujet : 
celle qui présente la justice privée comme une 
conséquence de la concession des droits du fisc, 

i. L'hnmumité, 1862, §g 20, 2i. 



ET h'mmmi. S ^^- 4$r 

laqoeBe accompagne aouveot, ainoii toigouraf le 
privilège, et celle qui la fait déceuler dea iiitav 
didîaiis opposées à Vaction des juges .piri>Ues 
par ce mteôe privilège dont eUea sont reasenoe 
même. 

L'immumté, suivant Boutaric, est Tabandott 
par le roi de ses droits souverains, les droits 
régaliens, aux ÊgUses surtout, et dans (fuelques 
cas aux laïques également. À cette doctrine il 
rattache drâx théories : celle aoerédttée au 
xm* siècle que Texistence d'une diaiie d'immu- 
oité avec abandon des droits du fisc in^^liquait 
concession ancienne de la haute justice, et œlle 
introduite plus tard, au xvn^ siède seulement, 
que Fexerciee de la justice privée était la consé- 
quence de rinterdiction, édictée dans la charte 
d'immunité contre les juges pubtics, d'entrer dans 
le domaine privilégié, et d'y accomplir aucun des 
actes de leur compétence ordinaire, aucun acte 
judiciaire notamment. 

XXI. FUSTEL DE COULANGES. 

§ 59. — M. Fustel de Goulanges, à son tour, 
expose ses idées sur la justice privée et sur Tinv- 
munité dans trois publications qui ont paru en 
l'espace d'une dizaine d'années^ les deux premières 
sur les Origines du régime féodal, sous les dates 
de 1873 et 187i, la troisième sur Y Immunité 
mérovingienne en 1 883. Le titre des deux premiers 
ouvrages indique le point de vue où s'était placé 



4êi hk iUSTfCB WËXfiB 

le savant professeur, et où il s'est maintena jusque 
dans le dernier encore pour étudier son sujet. A 
ses yeux, Finimunité est un bénéfice et à ce titre 
une des institutions génératrices de la féodalité. 
Pour donner une idée de ce que sont, dans leurs 
lignes essentielles, ses conceptions, nous ne pou- 
vons mieux faire que de renvoyer aux conclusions 
qu'il formule à cet égard en terminant son dernier 
travail. 

c L'immunité, dit-il, est une faveur, un henefi^ 
c eium. Elle est accordée par le roi personnelle- 
c ment à un homme qui d'ordinaire s'est pré^ 
€ sente en personne. Elle ne vient qu'à la suite 
c d'une demande ou prière dont mention est faite 
c dans l'acte. Puis cette prière et cette faveur se 
c renouvellent à chaque décès. Tous ces traits, 
c qui semblent de pure forme, nous font pourtant 
c saisir le lien étroit qui unit l'immunité aux 
c autres institutions génératrices de la féoda- 
c lité. > 

c Le privilège d'immunité consiste à affranchir 
c l'évéque, l'abbé ou le grand seigneur laïque de 
c l'autorité administrative, soit pour la juridio- 
c tion, soit pour la levée de l'impôt, soit pour la 
c police locale. Elle ne détruit pas d'une manière 
c générale la hiérarchie des ducs, comtes et cen- 
c teniers, mais elle soustrait des milliers de 
c domaines à leur autorité. > 

c Elle ne supprime pas l'autorité royale; le roi 
c ne renonce nulle part à ses droits, il renonce 



R Vmmmrti. $89. I6t 

seideon^it à les foire exercer par rintermédiaire 
de fies agents. Dès lors, U arrive que Tautorité 
royale, qui ne peut plus agir adniiûstrative- 
ment, prend le caractère d'un patronage direct 
et personnel ; le sujet n'est pk» qu'un fidèle. » 
c L'immunité est toujours accordée à un grand 
propri^aire foncier, évèque, abbé ou seigneur 
lidqoe. • . Tons les droits dont la royauté dessaisit 
ses agents, c'est au grand propriétaire qu'elle 
les donne... Ckmmie conséquence naturelle de 
l'exclusion du fonctionnaîre royal, le grand pro- 
priétaire devient le juge de tous les hommes 
qui sont sur ses terres, et la justice publique se 
diange, dans l'intérieur des domaines privilé- 
giés, en justice privée... Toutes les obligations 
que les hommes des domaines avaient eues 
auparavant envers l'État, ils les ont désormais 
envers le grand propriétaire. > 
D'après ces indications, l'immunité aurait été, 
avant tout, un bénéfice, une feveur individuelle 
solicitée et renouvelée à chaque changement de 
personne, soit du donateur, soit du donataire, 
un privilège essentiellement personnel et viager, 
c L'immunité est toujours, dit l'auteur, le privi- 

< l^e d'une personne... Cette concession con- 

< serve toujours la forme d'un pur bienfait, et 

< n'est perpétuelle que par le renouvellement 
c qu'on en fait à chaque décès du concédant ou 

< du concessionnaire. > 

L'immunité soustrayait le privilégié et son 



470 u mmscB ptnn<B 

domaine à raiitorité des officiers publies, notaiiH 
meot pour la juridiction , Le roi n'en conservait pas 
moins sur eux son autorité; mais il ne pouvait plus 
Texercer que directement, à titre de patronage, 
c'cst-è-dire en mainbumie. La mainbiumie était 
à peu près inséparable de rimmunité, dit ailleurs 
M. F. de Goulanges. L'autorité des officiers pu* 
blics étant ainsi écartée, leur juridiction passe au 
privilégié, au propriétaire devenu chess lui un n» 
— c'est l'expression dont se sert l'auteur. -^ U 
est maître absolu sur sa terre et juge de t€Nis les 
hommes qui y résident, c La justice de l'Étrt 
c cesse d'avoir entrée dans l'intérieur du domaine; 
c elle ne peut même pas entendre les débats qui 
c y naissent. > Les officiers publics n'ont plus le 
drœt de venir y juger les hommes de l'immunité, 
ni même de les appeler devant eux hors de ce 
territoire, c Nous verrons, est-il ajouté, certaines 
c clauses de nos diplèmes qui empédient le 
c comte d'appeler devant lui les honunes du 
c domaine. > Néanmoins, il a toiqours le droit 
de les juger quand ils ont à r^ondre de crimes 
commis hors de ce domaine, et, dans tous hs cas 
où ils sont mis en cause par un homme qui lui 
est étranger. 

II y a dans ce corps de doctrines quelques allé- 
gations qui ne s'accordent pas avec ce que les 
documents nous apprennent de l'exercice de la 
juridiction à l'époque où s'introduit l'immunité. 
Nous renvoyons, pour la plupart, à ce que nous 



ET i^'wKmni. I M. 174 

anm dît précédemment à oet égard (gS 42, 43, 
19, 20) ; mais noos reviendrons tout à Tbem^ sur 
qoelques^mes d'entre elles qui peuvent réckuaer 
de nouvelles explications. 

Nous venons de dire œ cpi'est pour M. F. de 
Gooianges rimnmnilé, et comment, suivant lui, 
elk engendre la justice privée. Pour ce qui est de 
l'origine du privilège, il dit encore : rimmuoité 
mérovH^;ienne n'est ni romaine ni germanique 
dans son principe, c II faut la prendre, ainai 
< 6 exprimo-tril, comme un fait qui a surgi dans 
c le désordre du vi* siècle et qui, se dévdop- 
€ pant et prenant des formes de plus en plus 
c arrêtées, est devenu au vu* siècle l'institution 
« que nous avons vue* > 

§ 60. — Les conceptions de M. F. de Cou- 
iaoges sur rimmunité et la justice privée sont très 
bien résumées par lui dans les paragraphes que 
nous avons empruntés tout à l'teure (§ 59) aux 
conclusions de son mémoire sur l'immunité méro- 
vingienne. Nous voudrions maintenant examiner 
l'argumentation sur laquelle il en fonde les points 
principaux . Le premier de ces points est le caractère 
de bénéfice, beneficium, qu'il assigne à l'immunité, 
caractère auquel se rapporteraient, suivant lui^, 
avec d'autres traits moins importants, deux par- 

i. Voir la première des citations qne nous empruntons au 
mémoire de M. F. de Goulanges en tôte du paragraphe pré- 
eédflnt. 



4712 mjl JUBTicB nrféE 

ticularités significatives, savoir que rianminité 
est personnelle et qu'elle est viagère. Ces deux 
qualités sont présentées conune essentielles, sem- 
ble-t-il. Elles sont loin pourtant de se dégager 
nettement de l'observation des faits, e'est«à«dire 
de Tétude des textes. M. F. de Goulanges en 
maintient néanmoins finalement Taffirmation à la 
dernière page de son mémoire, non sans avoir 
reconnu pourtant les témoignages nombreux qu'il 
ne peut s'empêcher de relever lui-même dans les 
documents, contre ses propres conclusions à cet 
égard. 

Et d'abord, pour ce qui est du caractère per- 
sonnel, suivant lui, mais à ce qu'il semble plutôt 
réel du privilège, c si l'on observe, dit-il, la 
c teneur des diplômes, on reconnaîtra que Tim- 
c munité, bien qu'elle soit accordée au nom per- 
c sonnel de l'évéque ou de l'abbé, ne porte 
c jamais sur sa personne, mais porte toujours sur 

c les terres de l'évêché ou du couvent Mani- 

c festement, l'immunité vise, non la personne du 
c concessionnaire, mais les terres qu'il possède. » 

Quant au caractère viager assigné au privilège, 
M. F. de Goulanges ne peut méconnaître dans 
l'immunité les preuves toutes contraires de son 
évidente perpétuité, c Était-elle viagère ou perpé- 
c tueiie, c'est, dit-il, ce qu'il est assez difficile 
c d'établir. D'une part, les diplômes sont remplis 

€ d'expres3ions qui impliquent la perpétuité 

c Mais, d'autre part, la série des diplômes nous 



ET L*nnnr!iiri. S M. 473 

€ montre que Ton fiûsait reoouveler Tacte à chaque 

< génération D'après la lettre des diplômes, 

c rimmunité est perpétuelle; d'après la pratique, 

c il sasiMe bieo qu'elle soit révocable Elle 

c est toujours le privilège d'une personne , et 

c D*est perpétuelle que par le renouvellement 

< qu'on en fait à diaque décès du concédant ou 
t da concessionnaire. » 

Ces confirmations même renouvelées du privî* 
lëge ne nous semblent pas avoir la portée que l'au- 
teur leur assigne ; elles n'ont vraisemblablenoient 
pas une signification autre que les confirmations 
analogues de lûens et possessions, dont on a tant 
d'exraiples, et d'où l'on n'a jamais pensé à 
induire qu'elles infirmassent le caractère de per- 
manence et de continuité du droit de propriété. 
Une confirmation de ce genre était tout simple- 
ment un acte de reconnaissance, une sorte d'af- 
firmation du fait existant. La perpétuité du pri- 
vilège est d'ailleurs incontestable, et va jusqu'à 
ooDcemer non seulement les biens présentement 
possédés, mais encore ceux qui seront ultérieu- 
rement acquis par le privilégié et ses successeurs : 
€ Possessiones quas» moderno tempore, possidet 
c Ecclesia, vel ea quœ deinceps in jure ipsius 
€ sancti loci voluerit divina pietas augeri. > Rien 
n'est plus contraire à l'idée que l'immunité soit 
essentiellement personnelle et purement viagère. 

H. F. de Goulanges dit encore de la concession 
de l'immunité : c II faut qu'elle ait été réelle- 



174 LA insTtcG mviB 

c ment et expreMémeot demandée par le conœs- 
€ aionnaire, et le diplôme ne manque pas de 

€ constater que cette condition a été renapUe 

c Pourtant il n'est pas sans exemple que Tévèque 
c ou Tabbé transmit sa demande par des 
€ envoyés. > 

L'auteur ne se dissimule pas, oa le voit^ les 
réserves qu'il y a lieu de foire à ses appréciations 
touchant le caractère qu*il assigne à l'immunité. 
En réalité, l'immunité est bien, conmie il le 
constate, une conces»on gracieuse du souverain 
accordée au privilégié par qui ou pour qui elle a 
été sollicitée ; mais elle est conférée à titre perpé- 
tuel, pour lui et pour ses successeurs, et attadiée 
expressément à leurs domaines présents et futurs^; 
ce qui est loin d'en ftiire un privilège personnel 
et viager. Il est difficile de justifier par des indices 
aussi peu assurés le caractère de bénéfice qai 
permettrait de rattacher l'immunité, comme le 
propose M. F. de Goulanges, aux c institutions 
€ génératrices de la féodalité. » 

§ 61 . — Les considérations qui précèdent sur 
le caractère de bénéfice attribué par M. F. de 
Goulanges à Timmunité portent sur les termes du 
préambule reproduit à peu près uniformément 

î. On poeeôde des actes de cession de domaines stipulant 
celle en môme ten^ps de rimmunité qui y était attachée 
antérieurement. M. F. de Goulanges lui-même en cite deux 
spécimens qu'il emprunte à Pardessus, Diplomala, n^ f 08, et 
à Rozière, Becueil géftérûl dei fiprmules, n* 571. 



BT k^mnmiil | 64. I7S 



eo tête de toas les diplAiiies de eonoestmi oq de 
ooDfimiation du privilège. Ce sont là les oonditions 
extérieures, diUiU de rimmunité. Il passe ensuite 
à rexameo de ce qu'il appelle ses oonditions 
lotîmes, à rappréciation des avantages partico* 
iiefs qu'elle emportait^ C'est le ca*ps même du 
diplôoie qui lui fournit naturellement la matière 
de œtte étude. 

C'est dans cette partie de son travail que 
M. F. de Gmknges développe le point capital 
de sa théorie, à savoir que rinumnité a pour 
résottat la suppression de la justice des comtes 
ou officiere publics sur les privilégiés et sur leurs 
iiommes, et à sa place, quant à ceux*ci, la consti- 
tution de la justice privée» Voici quelle est son 
ai^giunentation à ce sujet. 

Ce qui domine dans rinumnité, iait-il observer 
avec raison, c^est la défense à tout fonctionnaire 
poblic d'^itrer sur les terres privilèges, c C'est 
c ici que se trouve, ditril^ le trait principal et ce 
c qui fait le fond de l'immunité. Toutes les autres 
c clauses peuvent être supprimées ou sous^nten^ 
i dues, et elles le sont en effet dans beaucoup da 
c diplômes ; mais la clause qui interdit aux fonc- 
« tionnaires l'entrée du domaine se trouve dans 
< tous nos actes. Il n'y a pas d'immunité sans 

c elle Abêque introiiu judicum. Toute l'immu* 

c nité est comprise dans ces trois mots. > Rien 
n'est plus vrai que cette déclaration ; mais quelles 
conséquences estril permis d'en déduire? C'est là 



476 Li JUSTIGB FAIT<E 

qu'on peut errer en dépassant la portée réelle de 
la proposition. 

Les diplômes contiennent, pour la pliq)«rt, le 
détail des actes que les juges publics se voient 
interdit d'accomplir dans le domaine privilégié 
où il leur est défendu de pénétrer. M. F. de 
Goulanges les énumère : c'est d'entendre les pro- 
cès, c'est-à-dire de juger, causas audire; de per- 
cevoir les fruits de la justice et, des impôts, fireda 
aut tributa exigera; de saisir des répondants, 
fidejuasores tôlier e; d'exercer contrainte sur les 
hommes, homines distringere; de prendre gîte et 
fournitures, mansianes vel parafas faeere; d'opé- 
rer des perceptions abusives et illicites, nec ullas 
redhibitiones aut illicitas occamnes requirere. 

S'attachant avant tout à l'objet de la première 
interdiction, celle d'entrer dans le domaine privi- 
légié pour y juger, causas audire^ M. F. de Gou- 
langes établit d'abord qu'il s'agit en cela de toute 
justice, aussi bien au civil qu'au criminel, dont 
l'exercice enlevé au juge public passe nécessai- 
rement, suivant lui, au possesseur : c Le juge 
c public disparu, il ne reste, dit-il, dans l'inté- 
c rieur du domaine que le propriétaire. Il jugera 

c donc forcément ou par lui-même ou par 

c ses agents. » L'officier royal c n'a plus aucune 
c juridiction sur les hommes du domaine privi- 
c légié, et toute action judiciaire sur eux lui est 
c devenue impossible. > Voilà conunent M. F. de 
Goulanges arrive à cette couception que la juri- 



R Vmmmrrt. | 64. 177 

dictioD est eidevée par rimmuDité au juge poUio 
et donnée au propriétaire du sol. c II est bien 

< yrai que les diplômes ne le disent pas, > Tau* 
teur ne peut se défendre de le reconnaître en ces 
ternies — Houard (§ 38), Pardessus (§ 48), 
Lehuëron (§ 58) Favaient déjà reconnu et déclaré 
aussi — c mais, ajoute-t-il, les diplômes n'avaient 

< pas besoin de le dire. > 

Cette déclaration suffirait pour prouver que 
dans la conception de M. F. de Goulanges, il y a 
uo peu plus que ce que contiennent les textes. Il 
annonce cependant.qu'il veut les serrer de près, 
c n faut, ditril, nous tenir au texte littéral des 
€ diplômes. Us ne disent pas... le juge royal ne 
c jugera jamais... Ils disent... le juge royal n'en- 
€ trera pas dans les domaines (privilégiés) . . . pour 
c rendre la justice. Ne dépassons pas nos textes; 
c fls ne parlent que de la justice qui serait à 
c rendre dans l'intérieur cki domaine. Ils ne 

< veulent pas dire que l'immunité et ses hommes 
c échappent pour toutes sortes de procès et de 

c délits à la justice du comte Dès lors, quels 

c peuvent être les cas où cette juridiction dispa- 
c ralt? > En posant cette question, M. F. de Cou- 
langes sort, sans paraître s'en apercevoir, de la 
teneur des textes à la lettre desquels il voulait, 
avec raison, se tenir. 

Dans ces textes, en ^et, il est question, nous 
le rappellerons, non pas des cas où le juge public 
peut ou bien ne peut pas juger, mais des lieux 
uvii 43 



I7t LA lusncB rinrtfE 

où il lui est interdit de le faire; savœr, les lieux 
situés dans Vintérieur du dcmiaine privilégié. Les 
diplômes ne disent pas autre chose à œ sujet. La 
nature des causes n'est ici nullement mise ea 
question ^ L'auteur dit encore que < les diplômes 
c et les formules n'ont pas un mot qui implique 
< que les habitants du domaine devront se rendre 
c au tribunal du comte ; » à quoi il eût pa «^* 
ter qu'ils n'ont pas un mot non plus impliquant 
qu'ils ne dussent pas le faire. Ils le faisai^it aupa- 
ravant, ils le feront après ; l'immunité laisse à cet 
égard les choses en l'état où elle les trouve. Tou^ 
chant Fexercice de la juridiction ordinaire, le 
diplôme d'immunité ne contient qu'une prescrip- 
tion : les juges publics ne pourront pas entrer 
dans le domaine privilégié; ils ne pourront oocu* 
per aucun lieu de ce domaine pour y juger, ^'est- 
à-dire pour y tenir leurs plaids. 

Tout ce que M. P. de Goulanges dit de plus est 
étranger aux textes dont il entend ne pas s'écar- 
ter. H s'en écarte cependant ainsi, et il en dépasse 
le sens, tout en croyant s'y renferma, quand il 
ajoute : c Nous verrons tout à l'heure certaines 
c dauses de nos diplômes qui empêchent le oomte 
c d'appeler devant lui les hommes du domaine. 



i. La portée exacte du privilège d'immanité sar ce point 
eat aettameat indiquée par la manière dont cette interdiction 
est exprimée dans un texte que nous avons cité précédem- 
ment : a Neque uUus judex publicus... ad judicandum... 
« locum ihi habere audeat. t (§ 13, note 30 



c AqiKN eût-il servi d'aîlleors à rimmuniste d'être 
€ exempté d'avoir le juge chez lui, s'il eût été 
< tenu d'aller se présenter devant ce même juge 
c et de lui amener ses hommes? > 

Pour ce qui est de la prétendue interdiction aux 
juges publics d'appeler devant eux et le privilégié 
et ses hommes, c'est une allégation tout à fait 
déinée de fondem^it, et formellement contredite 
par les textes (§18). Nous l'avons fait observer 
déjà en rencontrant une première fois cette pro^ 
pcràioD dans les mémoires de Pardessus (§§ 48, 
i9). Est-ce à cette source que M. F. de Goulanges 
Ta empruntée? Quant aux clauses de diplômes 
aononcées par lui à cette occasion, ce ne peuvent 
tiie que les dispositions relatives à la mainburnie 
royale dont il parle un peu plus loin, ou bien 
cdies qui concenient l'interdiction d'enlever des 
cautions, ^jussoreêy équivalant suivant lui à 
l'empêchement absolu de juger, dont il parle 
également. 

La mainburaie royale constitue un régime spé^ 
àal sur lequel nous nous sonnnes expliqué 
(g <5 à 18), et d'où l'on ne peut rien inférer 
toâchant le régime propre de l'immunité, bien 
qu'il lui soit parfois, dans une certaine mesure, 
assodé. Quant à ce qui regarde les fidejussoreSy 
visés peut-être aussi dans le passage que nous 
venons de citer, nous ne croyons pas qu'on doive 
interpréter, comme le fait M. F. de Goulanges, 
les particularités qu'il rdève dans les diplômes, à 



49ê Là icnfci navfa 

leor sujet. Nom v reviendroos toat à Theure 

(8 62)- 

Les textes abmideDt pour prouver que le pos- 
sesseur, même sous b protection de l'inmnimté, 
noD seulement pouvait être appelé pour son 
compte devant le juge public, mais était de plus 
toujours taiu d'y conduire ou faire conduire ses 
hommes lorsqu'ils y étaient mandés (§§12» 13). 
M« F. de Goulanges a donc tort de penser qu'il ne 
saurait en être ainsi. Il n'en a pas moins de 
croire que le privilège, s'il n'eût supprimé cette 
obligation, eût été sans objet, et de se demander 
à quoi, dès lors, aurait servi l'immunité. Nous 
avons répondu d'avance à cette observation (§ 5). 
L'immunité était destinée à protéger le privilégié 
contre l'intrusion et les exactions des officiers 
publics dans son domaine. C'est pour cela surtout 
qu'elle leur en interdisait l'entrée (§19). 

Voilà à quoi servait l'immunité. Quant à la 
juridiction, elle y touchait à peine, bien loin de 
l'annuler. Nous avons montré que M. F. de Gou- 
langes se trompait en disant le contraire, même 
avec le correctif d'une exception concernant cer- 
taines causes (§ âO). L'immunité n'avait d'autre 
conséquence pour ce qui regarde la juridiction des 
juges publics que de leur interdire absolument de 
tenir leurs plaids dans le domaine privilégié, où 
du reste, en droit commun, ils n'eussent pu 
régulièrement le faire , non plus que dans tout 
autre domaine particulier, sans la permission du 



ET L'imnmiTtf. § 64. 484 

possesseur (§12). Nous avons dit, en rappelant 
œs dispositions, ce que le régime de l'immunité 
ajoutait sur ce point au régime de droit commun 

(§<3). 

§ 62* — Les autres actes interdits aux juges 
publics dans les domaines couverts par Tinmiu- 
oité ont mcHns d'importance que le premier, l'acte 
de juger, causas audire, pour le sujet qui nous 
occupe. Nous ferons remarquer que M. F. de Cou- 
langes mentionne à peine ceux de ces actes dont 
Fioterdiction sert peut-être le mieux à fixer le 
caractère véritable de l'inmiunité. Il ne parle 
presque pas des perceptions illicites défendues 
dans le domaine privilégié, redhibitiones airi illi- 
dtaê occasiones requirere. Rien cependant, nous 
Tavons fait remarquer (§ 5), ne montre plus 
dairemeot que le privilège a pour objet d'empê- 
cher les exactions des officiers publics. L'auteur 
ne rappelle qu'incidemment ces exactions, à pro- 
pos de l'interdiction de lever les impôts réguliers, 
inbuta^ et en mettant comme au second plan les 
considérations essentielles relatives à ces abus, 
c Ainsi, dit-il, ce que le roi interdit à ses agents, 
€ ce ne sont pas seulement les perceptions abu- 
€ sives et arbitraires, c'est la perception des véri- 

< tables impôts publics, des impôts les plus régu- 

< liers. > S'exprimer ainsi, ce n'est évidemment 
pas reconnaître et faire sentir quelle importance 
a, en réalité, pour l'explication du privilège, Ym- 
terdiction des perceptions abuëives ; c'est au con- 



4S2 Là JuftTicB rinrfB 

traire signaler oonuue plus grave en quelque sorte 
rempèchement de lever les impôts réguliers. 
La perception des freda^ enlevée aux ofificiers 



1. Le caractàre général dea fir^da payés ao fiac pour (ont 
crime ou délit ne fait question pour personne. Mais, parmi 
les textes anciens qui les concernent, il en est un, donné et 
par la loi des Ripuaires et par les lois des Lombards, dont 
l'interprétation soulève quelques difficultés (§g 9, iO, 11). Ge 
texte peu remarqué impose le paiement du flredum, non au 
coupable condamné, mais à la partie adverse indemnisée par 
lui. Touchant cette singularité, qui n'a jamais été que nous 
sachions expliquée, nous avions dans notre travail de 1862 sur 
l'immunité, proposé hypothétiquemont une interprétation 
que nous avons rappelée ci-dessus quoiqu*ayant à en présenter 
ensuite, dans les mômes conditions, une seconde ^§S 9, 10). 
La première, qui, en 1882, n*avait pas été exposée avec toute 
la clarté nécessaire, avait été pour M. F. de CSoulanges Toc- 
casion d'une méprise dont nous avons parlé précédemment 
(§ 9, note 1). Le texte que nous commentions lui avait paru 
n'être qu'une version sans autorité, modifiée arbitrairemant 
pour justifier une appréciation nouvelle du caractère géné- 
ral des freda, que nous n'avions nullement l'intention de 
contester cependant. Ayant bien voulu reconnaître un peu 
plus tard cette méprise, M. F. de Goulanges parait s'en tenir 
à considérer comme superflue toute tentative d*éclaircir la 
difficulté qui nous avait arrêté, une explication très simple en 
ayant été fournie, croit-il, par 8ohm et Boretius dans les 
éditions données par eux de la loi des Ripuaires et des lois 
des Lombards, ou mieux encore, dit-il, dans une Expoiiiio 
ancienne de ces dernières lois, jointe à l'édition de Boretias 
(Revue hist., 1884, t. XXV, p. 358). Il était en effet naturel 
de penser, comme l'a fait M. F. de Goulanges, que le vieux 
commentaire aussi bien que ceux des modernes éditeurs 
avaient pu élucider la question. Il n'en est rien cependant. 
Si notre contradicteur veut bien revoir les écrits qu'il cite, 
comme nous l'avons fait à cette occasion (§ 11), il pourra 
s'assurer que, ni dans les préfaces, ni dans les notes de Sofam 



puUieft et leur posaesfiîon attribuée de bonne heure 
au pmilégié par la concession du jus fUci sug- 
gèrent à M. F. de Goulanges cette observation : 
« De même que toute juridiction donnait droit à 
c la percq>tion des fireda^ de même la perceptioa 
€ des freda supposait nécessairement la juridic* 
c tion. Aux yeux des hommes, la possession des 
c freda était comme la preuve matérielle de la 
c possession légitime de la justice. » Nous recon- 
naissons dans ces appréciations une argumenta- 
tion très voisine de celle des juristes du moyen 
âge, lesquels concluaient de la possession des 
droits du fisc au droit d'exercer la haute justice, 

et de Borotitts (§ il, notes 2, 3), non plus que dans VSwpo* 
àUo ancienne jointe au Liber Papiensis des lois lombardes et 
publiée avec elles par ce dernier (§ ii, note 4), s'il est parlé 
de certaines particularités du texte en question, on ne 
trouve nullement Fexplication de la singularité dont nous 
aTODs tâché de rendre raison, touchant Tobligation trans- 
portée du coupable à la victime- de payer le fredum : savoir 
qu'en prescrivant le paiement du fredum, en présence de 
témoins, par celui qui avait reçu la eomponlio dont ce fre* 
dian était le tiers, on étendait de fut les garanties de ce 
témoignage à Facquittement préalable de cette compositio 
qui éteignait le droit de vengeance de Toffensé. C'est ainsi 
que la mesure prescrite assurait la paix entre les parties, 
« ut pax perpétua stabilis permanent, » était-il dit. Cette 
explication n'avait jamais été proposée ; on voudra bien le 
reconnaître. On pourra constater en môme temps, d'après les 
variantes admises par les savants éditeurs dont on a cité les 
tr&Yaux, que le texte défectueux étudié et interprété ainsi 
nécessite des corrections indispensables, dont ils fournissent 
les éléments et que nous étions parfaitement fondé à y 
introduire, bien qu'on les juge abusives, à ce qu'il semble. 



484 LA JUSTICE PRIVES 

ainsi que nous Tavons constaté dans le jugement 
de 4275 du prévôt de Paris (§ 28). M. f. de Cou- 
langes ne s*y arrête d'ailleurs pas beaucoup. C'est 
l'interdiction de juger, causas audire^ dans l'im- 
munité qui est pour lui la preuve essentielle que 
le privilège enlève aux juges publics la juridiction 
sur le domaine ainsi défendu contre leur intrusion, 
pour la faire passer au possess^ir et à ses agents 
particuliers* 

Constatons en passant que M. F. de Goulanges 
laisse tout à fait dans l'ombre l'interdiction de 
lever les tributa, qui, dans les diplômes d'immu- 
nité, est jointe à celle de lever les freda. Il se 
borne à dire, comme nous l'avons reconnu tout à 
l'heure, que cette levée des tributa est comprise 
dans ce qu'on appelle les revenus du fisc royal, 
dont le roi interdit la levée à ses agents. Il n'y a 
du reste pas lieu d'y insister davantage. 

Pour ce qui est de l'interdiction de saisir des 
cautions, fidejussores tôlière^ M. F. de Goulanges 
voit très bien qu'il s'agit en cela non des cautions 
volontaires, mais des cautions forcées, c qui font, 
€ dit-il, une sorte d'office de police et même 
<E quelque chose de plus. » Cela est vrai. Mais 
l'auteur nous semble moins bien inspiré lorsque, 
après cette observation, il ajoute : < Supprimez 
c la saisie des cautions, il n'y a plus de justice. 
« Le comte ne pourra plus obliger l'habitant du 
« domaine privilégié à comparaître à son tribu- 
< nal La clause qui défend au comte de saisir 



< des répondante équivaut pour lui à la défense 
€ déjuger... On lui 6te le moyen d'appeler à lui 
c les hommes de ce domaine et de les juger dans 
c 800 plaid, à moins qu'ils n'y viennent volontaire- 
« ment. » M. F. de Goulanges oublie que le maître 
était toujours obligé de présenter ses hommes 
au plaid du comte, sur son mandement (§13). 
Ce n'est donc pas seulement au moyen de cau- 
tions répondant des hommes de l'immunité que les 
jtÊgCA publics les faisaient comparaître devant eux . 
Qimnt au maitre lui-même, l^er hamo, ce n'était 
pas non plus toujours ainsi, nous l'avons vu (§ 1 2, 
note 1), que le comte le forçait à se présenter à 
son jugement, pas plus dans le cas où il avait des 
biens qu'on pût saisir pour l'y contraindre qu'en 
Fabseoce de biens qui permissent de le faire : 
situation à laquelle pouvait après tout se rappor- 
ter celle du maitre pourvu d'immunité, dans le 
domaine privilégié duquel l'officier public ne pou- 
vait pas pénétrer pour y faire des saisies. Le for- 
bannissement était, à la rigueur et faute d'autres 
moyens quand il n'y en avait pas, le terme 
extrême auquel on pouvait en venir pour con- 
traindre ceux qu'on ne pouvait saisir. Ces obser- 
vations font tomber l'a^ument que l'auteur semble 
tirer, comme nous l'avons dit tout à l'heure (§ 61 ) , 
de rinterdiction d'enlever des cautions, jidejwso- 
f€Sy pour établir que certaines clauses des diplômes 
empêchaient le comte de juger à son mallum les 
bomraes du domaine privilégié. 



181 LA JUanCB PtiVtfB 

Après avoir parlé de la défense faite au juge 
public de saisir des cautions, M. F. de Goolanges 
dit : c Quelques diplômes^ ajoutent encore une 
c interdiction qui est formulée en ces termes : 

€ neque ad hamines distringendos Par consé» 

c quent, si Fun des honunes de Tiomiunité est 
<E accusé d'un crime ou d'un délit, le comte ne 
c pourra ni se saisir de sa personne ni mettre la 
c main sur ses biens. > Nous rappellerons, pour 
répondre à cette observation, ce que nous avons 
dit tout à l'heure à propos de l'interdiction de sair 
sir des répondants ou cautions. Les considérations 
présentées alors sur l'obligation pour le maître 
pourvu d'immunité de soumettre ses hommes au 
juge public, et sur celle où il était aussi de s'y 
soumettre lui-même, avec l'indication des moyens 
qu'on avait pour l'y contraindre, montrent jus- 
qu'où l'on pouvait aller pour cela, et permettent 

2. M. F. de Goulanges, en parlant ainsi, semble croire que 
cette interdiction de saisir, homines distringere, qu'il signale 
dans six diplômes est une disposition rare et en quelque 
sorte exceptionnelle dans les chartes d'immunité. Tel n'est 
pas son caractère. Sur les 196 diplômes d'immunité que nous 
avons relevés dans le Gallia christiana, 76 contiennent cette 
interdiction de saisir, homines distringere; 71 contiennent 
celle d'enlever des cautions, /id^ussores tollere; 78, celle d'exi- 
ger les freda, freda et tributa exigersy- 79, celle de prendre 
gite et fournitures, mansiones et paratas facere ; 80, celle de 
percevoir des redevances ou tailles illicites, redMfiiiones 
aut illicitas ocoasiones requirere; 81, celle de juger, oaïutu 
audire. On ne trouve d'ailleurs que dans 67 seulement l'en- 
semble de toutes les interdictions à la fois. — U Immunité, 
1882, §§ 8 à 13. 



R h'mrntmri. % e2. 4tT 

de ne pas s'arrêter à cette dernière «éjection. Il 
est boa de rappder eaowe que l'interdictioa 
opposée «1 juge poblic de faire des saisies dans le 
donuône (HÎvilégîé n'était pas absolue et qu'elle 
admettait des exceptions dcmt nous avons parlé 
précédemment (§ 13, note 2). 

Noos n'avons rien à dire de la manière dont 
M. F. de Goulanges apprécie l'interdiction faite 
aux officiers pobUcs d'user du droit de gite dans 
les domaines couverts par l'immunite. Pour la 
dernière interdiction, celle de percevoir des 
redevances et des teilles ilUcîtes, redhibitUmes aut 
iUicitas oocanane^ requirere^ nous avons feiit 
observer, au conunencraaent du présent para- 
graphe, qu'il en parle à peine, malgré son impor- 
tance comme indication du sens véritable et de 
la portée rédie du privilège lui-même. 

M. F. de Goulanges complète l'exposition de 
ses idées sur les interdictions de l'immunité et 
SOT leurs conséquences par cette déclaration : < En 
c résumé, grâce à cette série de précautions que 
€ le roi prend contre son propre agent, celui-ci 
« o'a plus aucune juridiction sur les hommes du 
c doHMiine privilégié, et toute action judiciaire 
c sur eux lui est devenue impossible. » C'est là 
le dernier mot de l'auteur sur les conséquences de 
Fimmunité et sur la manière dont la justice privée 
est, suivant lui, substituée par elle à la justice 
publique. 

A ces observations relatives aux interdictions, 



488 1*4 JUSriGB »nrfB 

qui sont Tessence même de l'immunité et qui, aux 
yeux de M. F. de Goulanges, ont pour résultat de 
soustraire le domaine privilège à la juridictîoo 
du oomte, il en joint quelques autres encore tau* 
chant le maintien de la juridiction royale c sous- 
€ entendu, suivant lui, dans les chartes d'immu- 
c nité, > et résultant d'ailleurs de la mainburnie 
ou mainbour royale qu'on y trouve étroitement 
liée. € On ne saurait dire, ajoute-t-il, laquelle 
c a précédé et a provoqué l'autre. Ce qui est 
c certain , c'est qu'elles sont à peu près insépa- 
€ rables. La mainbour royale soustrait la per- 
c sonne du concessionnaire à l'autorité des agents 
c royaux. L'immunité soustrait les terres du oon- 
€ cessionnaire à l'autorité de ces mêmes agents, 
c Entre ces deux actes si semblables,... la confu- 
c sion s'est bientôt faite. > Sans entrer dans l'ap- 
préciation détaillée de cette conception beaucoup 
trop absolue, croyons-nous, des conséquences 
engendrées par le rapprochement de l'immunité 
et de la mundeburde royale, nous nous contente- 
rons de renvoyer à ce que nous avons dit précé- 
denunent de cette mundeburde, de son r^ime 
originaire, des modifications de ce régime et de 
ce qu'il est devenu, quand on le trouve associé à 
celui de l'immunité (§§ 1S à 18), ce dont on n'a 
pas du reste d'exemples très fréquents dans les 
diplômes (§ 15, note 1). 

§ 63. — Nous avons fait connaître les ali- 
ments tirés par M. F. de Goulanges des diplômes 



ir Vmumnt. S 63. 4M 

d'inununité poar justifier sa théorie sur la nature 
de œ privilège et sur les OMiséquenoes qu'il en 
déduit touchant l'institution de la justice privée 
(§§60-62). Gonune ses devanciers, il en ajoute 
à œox-là quelques autres, empruntés aux textes 
des eapitnlaires et concernant surtout le r6le 
des juges privés, juiieeê privatij dont l'existence 
hd semble une preuve de plus de la réalité de 
cette justice privée, engendrée prétendH)ii par 
riammoité, qu'ils sont dwrgés d'exercer. Ces 
arguments sont loin d'avoir en faveur de la thèse 
en question l'importance qu'on leur a générale- 
meut accordée à ce point de vue. Nous l'avons 
fiât remarquer en montrant qae l'existence des 
juges priv^ et d'une juridiction exercée par eux 
ne saurait prouver que celle-ci vint de l'inmiunité, 
puisqu'elle pourrait avoir une autre origine (§13)* 
M. F. de Goulanges s'arrête cependant aussi à 
cette argumentation. Il relève, comme la plupart 
de ceux qui l'ont précédé, la mention des agentes 
/wtefitem, des juMeea vel missi diseurêores episco^ 
fmm vel potentum, du judex immunitatis. Ce 
sont là des juges privés, judices privatif fait-il 
observer, c Nous voyons dès ce moment, ditnl, 
€ les évèques, les abbés et aussi les riches laïques 
< avoir sur leurs différents domaines des judices 
c qu'ib choisissent eux-mêmes, et à qui ils délè- 
€ guent leur autorité judiciaire. Chaque domaine 
c immuniste eut désormais son judex privatus, 
c qui renqilaça le judex publicus. Au foodion- 



I9# lA jxMMiE pinnfB 

€ naire da roiose subatitna le f<nctioiiimîre ou 
c TageDt da grand propriétaire. » 

Oui sans doute les grands propriétaires ont d^ 
agents, judices prwaU^ chargea de juger quelque- 
fois, dans les affaires notamment qui relèvent de la 
juridiction patrimoniale^ dont l'exercice est un des 
droits du maître (§ 4 S), mais chargés souvent aussi 
de fonctions toutes différentes. L'idée de ne voir eo 
enx que des juges a ioduit la plupart des critiques 
à interpréter exclusivMiient dans ce sens tous les 
textes qui les concernent; source d'erreurs (§ U) 
auxquelles n'échappe pas plus que ces derniers 
M. F. de Goalanges. Après avok* énoncé, dans les 
termes que nous venons de rappeler, la thèse que 
dans diaque domaine d'inununité le juge public 
est remplacé par un juge privé, le fonctionnaire 
du roi par un agent du possesseur, l'auteur, pour 
prouver la réalité de ce qu'il dit des juges pri- 
vés, judex episeopi vel patêntiSy judex mmunàor 
tis^ renvoie à des textes qui les mentionnent, 3 
est vrai, mais qui leur aangnei^ en même tmips 
un rôle tout autre que celui qu'il leur attribue. 
Ces textes, il semble ne pas s'en apercevoir, vont 
même formellement contre sa théorie. Ils ne mou-* 
trent nullement les juges privés en possession de 
la juridiction des juges publics et substitués à eux 
pour l'exercer. Us prouvent au contraire la per- 
sistance de la juridicÂton de ces derniers et dmoent 
à côté d'eux aux juges privés des attributions accès-* 
soires tout autres que celle de juger eux-mêmes. 



Le premier texte dté par Taotear dans eette 
circxxistaDoe est Tarticle 49 d'uo édit de Glotaire II 
par leqod il est prescrit aux évéques et aux 
grands possesseurs, Uâei patentée^ d^avoir dans 
leurs domaîiiss des agents, judices et ndsii discÊU^ 
êarUy char^ de les représenter en justice, c'est- ' 
sedffe devant le oomteS car telle est la véri* 
taUe signifieation des actes qualifiés, juêHtiam 
fêrà p efe at ahu reddere^ nous allons le montrer. 
Les autres textes invoqués ensuite sont empruntés 
àlartiele 9 d'un capitubire de 779 et à l'article 
t96 du livre V de la ooUection d'Ansegise; et il y 
est dit que les juges d'inununité doivent amener 
au plaid du comte les voleurs de l'immunité*. Ils 
ne justifient assurément pas plus que le précédent 
k prétendue substituticn des juges privés aux 
juges publics. Tout au contraire. 

Les deux derniers textes ne présentent à cet 
égard aucune ambiguïté. Il n'en est peut-être pas 
de même du premier, et M. F. de Goulanges, dans 

1. • E^isGopi vel potentes qai in aliis po8Bident regioni*- 
« bus, judices vel misses discussores (alias discursores) de 

< aliÎB provlnciis non instituant, nisi de ioco, qui justitiam 
• perapi&nt et aliis reddant » — Edict. Ghlotharii II, 
an. 615, c. 19. — Baliue, Capitularia, 1. 1, p. 24. — PerU, 
Legum 1. 1, p. 15. 

2. c Ut latrones de infra emunitatem , illi judices ad 
( eomitam placita pnesenteat, etc. » — Gapitul., an. 779, 
m. 9. -« Baluae, Capituiaria, 1. 1, p. 197. — i Ut latrones 
« de infra emunitatem a judice ipsius emunitatis in comitis 

< placito prœsententur. t — Gapitniarium 1. V, c. 195. — 
Biltue, Capitularia, 1. 1, p. 8S0. 



492 LA JUSnCB PUT^B 

l'interprétation qu'il en donne aussi bien que dans 
l'emploi qu'il en fait, pouvait s'autoriser de 
l'exemple de plusieurs de ses devanciers, qui, 
dans des écrits antérieurs, ont conmiis l'erreur 
avant lui et qu'il n'a fait que suivre. JuêiUiam 
percipere et aUis reddere^ comme il est dit dans 
ce texte, signifie, nous l'avons démontré (§ U), 
recevoir la justice qui vous est due et rendre celle 
que vous devez , c'est^-<lire recouvrer ou payer 
la composition ou bien ester en justice soit comme 
demandeur (percipere) soit comme défendeur (redr 
dere)^ situations qui sont celles d'un justiciable et 
non celles d'un juge. Les exemples que nous avons 
produits à ce sujet ne laissent pas sur ce point la 
moindre incertitude. Dans l'un, il est question des 
délais accordés en justice à un absent, de telle 
sorte que, à son retour, il rende et reçoive la jus- 
tice due par lui ou à lui dans les affaires restées 
en suspens : c Unicuique justitiam reddat et ab 
< aliis recipiat. > Dans un autre, il est dit des 
hommes d'une abbaye qu'ils doivent rendre et 
recevoir justice par-devant le comte : t Pro cri- 
c minalibus culpis... ante comitem illius loci... 
c justitias reddant et ab aliis recipiant. > Dans un 
troisième enfin, qui est comme le conunentaire 
direct de celui cité par M. F. de Goulanges, l'agent 
de l'évèque est un advocatus chargé de répondre 
pour lui sur toute plainte reçue contre le prélat 
par le comte : c Ut qui se reclamaverit super pon- 
c tificem... dirigat illum comes... ad ipsum poo- 



f tifinm— et... pontifex... advocatum hàbett... 
€ in ipso oomitatu, ut abaque tarditate justitiam 
€ haûi et auadpîat. v Rapprochés les uns des 
autres ces exempfes.ne laisaent aucun doute sur 
le sens de la looutiion (§ 44). ; . 

Aucun des teides cités par M. F. de Goulanges 
ne justifie donc sa proposition que, dans rinoumi- 
vàié^lb judes^frwatuê est substitué mipidex publia 
dtt. Tout au. oontraîre, ces textes montimit Tageiik 
dttgraiid possesseur soit eoclésiastique;, amtlaïquo 
dans la situation d'un justiciable devant le comte 
oa oflkier public, dont il esidémontré par là que, 
)m à'Ute supprimée^ la juridictioa persiste. 

§ 64. — En résumé^ M. Fr de Goulanges, parti 
de l'iàée peu justifiée ce semble que l'immunité 
est un bénéfice et à ce titre une des institutions 
génératrices de la féodalité, passe de cette pre- 
mièce conception à oelte-ci, aussi peu fondée 
croyons-noiis, que l'immanhë est également la 
source de la justice privée. Il arrive à cette der^ 
ai^ conclusion. par deux voies. Elle est en effet, 
suivant lui, la conséquence de deux dispositions 
essentidlles du privilège d'immunité : Finterdio- 
tioQ au juge public d'entrer dans le domaine pri- 
vflégié pour y juger, et la copcession au privilégié 
des fr^ ou produits de la justice impliquant, 
ditril, la jouissance de la juridiction. L'auteur ne 
s'arrête pas beaucoup cependant à cette seconde 
considération; c'est la première qui a évidem- 

XLYU iS 



194 XA jomcB fwriE. 

ment, à seg yeux^ le phis d'iiQportaDGe dans sa 
théorie. 

Suivant cette théorie > le juge public est, da 
fiit de l'kiumiQÎté, «xdu do domaine piivitégié, et 
ce domaine se trouve aiom soustrait à son auto- 
rîti^ notamment pour la juridîction; l-interdietion 
d'y entrer équivdant, semMe^fe-iliè Fauteur, à 
Finterdietioo de juger. Bien plus, eertainea danses 
des diplômes empochent, croit«Jl à tort, le ôomte 
d'appeler derpint hii, de l'intérieur du dofinaine 
dont l'entrée lui est fermée, les hommes de ce 
d<Mrnaine. Dès lors, dans te territoire couvert par 
l'inummité, ta justice; publique se change, dit 
M. F. de Goubteges» ^n justice privée^ 
' En même ten^ que la terre privilégiée et ses 
hoomies sont sounaâs dnsi au juge privé par l'im^* 
munité, la personne du possesseur est soumise, 
de son côté, dit l'auteur, à la juridiction directe 
du roi par la mondeburde royale, privilège spè* 
cial associé et intinaiôment lié, i^0ute«;t«4l, à l'anfcre. 
Mais cette association est loin d'avoir les confié* 
quences qu'il y attache (§ 46), et l'on n'en a d-ai)* 
leurs que des excuses peu nonA^reux, nous 
l'avons montré (§ 45, note t). 

M. F. de Goulanges doit être compté, on le 
vent, parmi c^ix qui font procéder derifflmuaité 
la justice privée. 



n Limniiitf. § 65. 4$ê 

XXII. J. FlACH. 

^ (Hk -^ M. Flacà n'a paB fiût, coninie M. F. de 
CoahngcBy ud ouvrage spécial sur riBunaoïfté; 
mm il parle amplement de cette kulitutioD dans 
UD Ime publié en 1884 sur Les oriffineê de Vmr 
àeimeFnBHoe-^La condition des pêrsannea etdeê 
totea, de Bmgaêâ Cn/pet à Lamé le GroSy ok dewr 
dnpitrea^ les chafMtres Ym et n, sont eoosaorés 
à ee sQJet particulier^. Ge que considère surtout 
Facteur dûs Tétude qu'il en &it ainsi , ce sont 
les points par lesquels il ha parait toucher aux 
origines de la justiee privée. Il mtroduit en outre 
dans son trairail des considérations nombreuses 
sur toutes les parties de la question et arrive 
«ni à un système en apparence asseï cenapliqué 
dans Texposîtion qu'il en fait, mais, au fond» 
beaneoop pk» simple dans sa pensée intimev 
eooane nous le montrerons d'fiqarès ses dedans- 
tioDs mènses. 

IL Flacb part de ce fait que, dans le principe, 
ooe îaridiotion domestique allant, dit--il, jusqu'au 
dfwt de vie et.de mort était exercée par le maître, 
par le profsnétaire, sur les personnes placées sous 
son mundmmf en raison de leur résidence sur sa 

f . Au cours de notre publication, M. Flach a complété la 
siense en faisant dn liTre imprimé %n 1884, et sans y rien 
ebuiger, in pramière partie d'un nouvel ouvrage donné sous 
le titre Let origines de Vancimne France — Le régime sei^ 
gneurial — !• et XI* siècles. Paris, 1886. 



4M tA JUSTICE PUT<B 

terre ; et qu'il les représentait daos tout débat avec 
des étrangers. Cette situation persiste même après 
que- s'est développée la population, du domhine, 
composée dès lors d'éléo^ents de toute sorte, 
colons et tenanciers, libres et non libres; le imHi- 
diumj lien de famille, s'étant changé enmttum oo 
supériorité territoriale* Pour \e& hommes libres 
qui, dans cette condition, se trouvent sous la 
dépendance du maître, la juridiction du grand 
propriétaire se transforme dans l'intârieur da 
domaine en un arbitrage accepté libranent par 
eux — conception analogue à celle de Mably — * 
et, au dehors, elle est remplacée par le droit qu'il 
a de représenter ces honunes au tribunal du 
comte. 

La juridiction domaniale n'excluait nullen^nt 
celle du juge public, du comte, au mMumj mais 
celle-ci n'sJlait pas sans maints abus : la saisie 
arbitraire par exemple des garants, fidejmsth 
reSj pour assurer, dit l'auteur, soit la oomp- 
ration des prévenus devant lui, soit le paiement 
des amendes, freda, par les condanmés. Le grand 
possesseur cependant, toujours libre de livrer 
pour les juger ses honunes au juge public, pouvait 
aussi écarter celui-ci, dit-il encore, im se réser- 
vant les causes qui intéressaient exclusivement 
les habitants de son domaine et même celles où un 
étranger avait part. L'étranger, néanmoins, ayant 
à se plaindre de quelqu'un des hommes du grand 



BT L'minnfiTi. § 65. «IfT 

pofisesaesr, les appelait au tribuDal do comte, où 
le maître était obligé de les amener. Seulement il 
ne pouvait y être contraint, suivant M. Flach, 
que par le roi. Cette situation était de droit ancien ; 
die est non pas concédée, mais simplement garan- 
tie par le diplôme d'immunité, par une diarte 
accordant le miindtiimr&^ ou Ymmunitas, exprès- 
âons synonymes, ainsi parie M. Flach. De là le 
{Npivilëge de la mundeburde royale pour ceux qui 
sont en possession de l'immunité. 

L'auteur conçoit, on le voit, l'immunité origi- 
nale comme une simple confirmation de la juri- 
diction domaniale. La sanction et la garantie de 
celle-ci par l'autre, tel est, suivant lui, l'objet de 
l'immunité mérovingienne. Quant à certains pos- 
sesseurs laïques et aux églises, qui ne jouissaient 
pas encore de ces droits affectés à la grande pro- 
priété, une concession formelle était nécessaire 
pour leur en assura* les avantages par leur 
admission sous le mundium du roi , avec le don 
de l'immunité , conq>ortant l'abandon des droits 
du fisc, in^ts et amendes, tributa et freda. 

De là, trois sortes d'immunités : une première 
immunité laïque et confirmative de droits anté- 
rieurs; une seconde immunité laïque, pour con- 
céder ces mêmes droits à ceux qui pouvaient ne 
pas les posséder encore ; et l'immunité ecclésias- 
tique, pour les conférer de même aux Églises. 

L'immunité ecclésiastique comprenait la conces- 



lOT LA jusncB fmiE 

sioD des redevaneeB dues au fisc, tfibuta^ freia, 
rinterdiction aux juges publics d'entrer dans les 
domaines privilégiés, et î'obligatioii pour Vimnm- 
niste de conduire ses hommes au try^unal du comte 
ou d'y comparaître, à moins que, ^di vertu de k 
mundeburde royale, il ne recourût au tribuaalda 
roi. Les adwcati4>u defmsore^ étaient les agents 
diargés d'aooomplir ces obligations pour les pré- 
lats, évéques ou abbés, et de remplir pour eux 
également le devoir de iâire la police, diHrictWy 
et les exécutions dans les domaineseoclésiastiques. 
Quant au droit de juger, il était exarcé, au nom 
de l'Élise, par le judex imnmmtatiSy sous la 
garantie, est-il dit, de la clause du privilège inter- 
disant au juge puUic d'entrer dans i'inununité 
pour y juger, pour y tenir son plaid, ad canuoê 
audiandas^ et en conséquence dç l'abaDdon des 
freda; car la jouissance des fruits de la justice 
impliquait la possession de la juridiction, t la 
< levée de l'amende judiciaire emportant en règle, 
c dit M. Flach, le àroU de juger. > NéanmcHos, 
dit-il encore, la pratique semble s'être conservée 
de faire conduire parfois les hommes de l'inomu- 
nité au mallum du comte, alors même que les 
oontestations ne s'agitaient qu'entre eux; et le 
jugement du comte ^it d'ailleurs de droit dans 
les causes où des bonunes du dehors étaient en 
querelle avec ceux du dedans. 
A la longue, ajoute l'auteur, les inGumaistes 



dévdoppeot et éteodeot ieura drmts pnimtâ£i».Ik 
s'âttnbuent jusqu'à la oounaissanoe de toot ooûflit 
venant à naître sur leur territoire, non seulemeot 
eidre ceux qui Thahiteiit et des étrangers, mais 
peut-être, dit M. Fladi, entre étrangers eux» 
mêmes. Dès ie ym^ siède et au ix* encore, on 
rencontre, assure-t-il, des dbartes qui consacrent 
ces usages. 

§ 66. — Te^ est, dans ses traits essentiels, la 
thème de M. Flach sur rimmunité et sur son rfrle 
dans les cnîgines de ta justice privée, d'après les 
deux diapitres de son Ûvre, dont le paragraphe 
qui précède est une simple analyse. Cette Uiéorie 
prend en omsidération et rapproche deux opi* 
nions, dont Tune donne pour principe à la justice 
privée un attribut du droit de propriété, et dont 
l'antre la fait dériver du {H^ivilège de l'immunité, 
en vertu des deux clauses à la fois de la conces*- 
âon des fteda ou fruits de la justice et de l'inter^ 
diction aux juges publics de pénétrer dans les do- 
maines privilégiés pour j juger. Ces deux clauses, 
nous l'avons monh^, avaient fourni l'une après 
l'autre, et à l'exclusion d'abord l'une de l'autre, 
les preuves invoquées en faveur de cette thèse. 
Nous avons vu la première en possession de le 
faire au xm* siècle notamment (§ %%) ; la seconde 
substituée à celle-Jà par Bignon au xvn^ siècle 
(§ 26). La première avait été imparfaitement 
rappelée ensuite par Montesquieu (§ 34), puis 



200 hk jinncE riiv<E 

reprise comme ai^mnent principal par Naudet 
(§ U). M. F. de Ckiulanges enfin (§ 6%), à b suite 
de Boutarie (§ 58)» avait plus tard associé, dans 
sa discussion, les arguments empruntés aux deux 
clauses à la fois; M. Flach fait de même (§ 65). 
Le trait caractéristique et tout à fait original de 
la théorie de M. Flach réside dans la distinction 
qu'il admet de trois espèces dififérentes d'immu- 
nités. Cette singulière conception semble procéder 
surtout du désir de concilier certaines notioos 
contradictoires, celle par exemple qui rattache au 
droit de propriété les origines de la justice privée 
avec celle qui la fait venir de l'iomiunité. Il n'y 
a, en réalité, qu'une seule espèce d'immunité. Les 
distinctions introduites par M. Flach sont tout à 
fait artificielles ; it n'est pas loin de le reconnaître. 
€ Au fond, il n'existe dans sa pensée — il nous l'a 
€ déclaré de vive voix — qu'une seule sorte d'im- 
c munité, dont les effets sont plus ou moins éten- 
c dus, suivant que le besoin de protection l'exige; 

< d'où résultent deux types de concession du pri- 

< vilège : l'un où l'on assure la continuation de 

< l'exercice des droits primordiaux existants; 
€ l'autre où l'on place l'inununiste dans des con- 
c ditions qui rendent possible l'exercice de ces 
c droits en levant les obstacles qui s'y opposaient. 

< C'est le cas notamment des Églises. > Les lignes 
que nous venons de marquer de guillemets nous 
ont été dictées par M. Flach lui-même. La décla- 



R L'nronmi. % M. 9M 

ntkm qu'eKes oontiennent rédoît à peu de chose 
le rôle de rimmunité dans les origines de la joa* 
tiœ priirée, que l'auteur rattadie expressément à 
certaÛMs conditions essentielles du droit de pro* 

prîété. 

§ 67. — En résumé, la théorie de M. Flach, 
après une évolution décisive, perd pour une bonne 
part le caractère complexe qu'elle avait dans sa 
publication de 1884. L'immunité n'y est plus, à 
proprement parler, constitutive de la justice pri- 
Tée. Gelle-ci lui emprunte seulement des garanties, 
et ses origines ne sont autres que la justice patri- 
mooiale, attribut de la grande propriété. Les 
garanties données par l'immunité à ces droits du 
grand possesseur n'annulent pas la juridiction des 
juges publics, mais, en même temps, les abus et 
exactions de ceux-ci sont refrénés soit par Timmu- 
mté, qui leur interdit l'entrée des domaines ainsi 
défendus, soit par la mundeburde royale associée 
à l'immunité, avec laquelle, dit M. Flach, elle se 
confond, et qui permet le recours du privilégié à 
la justice du roi, quand il croit nécessaire ce mode 
de protection. L'immunité était, en somme, sui- 
vant l'auteur, un bénéfice accordé par le roi et 
emportant concession de la mundeburde royale, 
avec protection contre les spoliations et les abus 
de pouvoir des fonctionnaires ou juges publics. 
Les éléments essentiels du privilège sont, dit-il, 
la dispense des impôts et l'inviolabilité du terri- 
toire par les officiers de justice. 



2i3 LA lutncB ntfiB 

M. Flach 86 sépare iooonteatablemeat de oeux 
qui font de rimmunité la source de la justioe pii* 
vée. C'est au développement de k juridietioa du 
maître, l'un des attributs du drmt de prapriétéi 
qu'il la rattache. 

XXIII. Vue d'ensemble sur ces théories. 

§ 68. — Notre enquête est terminée. En la 
commençant, nous annoncions (§ SI) qu'dle nous 
permettrait d'apprécier en connaissance de cause 
l'opinion, inacceptable ce nous semble, que la 
justice privée vient de l'immunité et de recon- 
naître, d'après l'origine de cette opinion et les 
phases de son développement, le caractère et la 
valeur d'une pareille doctrine. Reprenons dans 
une vue d'ensemble le tableau d^ différentes 
idées adniises à ce sujet, en disant dans quels 
term^ elles se fomàulent. Nous rappelleroos 
ensuite coounent elles se sont produites dans le 
mouvement d'évolution dessiné par leur succès* 
sion* 

Nous avons vu ce que pensaient de la question 
ceux qui nous ont précédés. Au xm* siècle on 
regardait la concession de l'immunité avec les 
droits du fisc, assimilés à tort aux regalia jura, 
comme impliquant aussi la concession de la juridic- 
tion. Loyseau traitant plus tard, au point de vue 
surtout pratique, des justices seigneuriales, c'est- 
à-dire de la justice privée, s'occupe fort peu des 
origines et ne parle pas de l'immunité. Bignon, 



tvee q« an xya^ aiède oonaneDoeirt le» études 
mtî|Be8, acknet eneore, comnie on Fevût fait <k 
beoDe heive, que k joetiGe pmée vknt de Vkor 
moHlé, meis il fende en nitaie tmape oette opi- 
«ion sur des eonôdératioiis ncnw^esu Le pre<- 
nier, il attribue ce résultat à la clause du prîvil^ 
qui ioterdit aux juges publics de tenir leurs plaids 
èuM les domaines privilégiés, abandonnant ainsi 
ridée li-ès ancienne que oette conséquence appar- 
tenait, cumafee nous venons de le dire, à la diause 
toute diflEérente qui porte concession des droits du 
fisc anx privilégiés investis de Tinunumté. Bignon 
d'ailleurs limite ces considérations à ce qni regarde 
ksfiglises. 

Après Bignon viennent Montesquieu, Kably, 
Hoaard, qni s'éloignent de la thèae inaugurée par 
hd ; KcnlMquîea en ^gnalant dans la justice privée 
one sorte d'attribut de la propriétés dont les ori- 
gines lointaines la rattacheraient, croit-il, aux 
usages des Germains'; Mably en la faisant déri- 
ver des pratiques de l'arbitrage. Houard, sans 

t. Telle parait être an fond l'opinion de Monteegnien^ 
aouot qu'on peut on fiç^r d'<4>rè8 uae exposition qui n'a 
peut-être pas toute la précision désirable (§ 31, note 1). 

2. Cette opinion touchant les origines germaniques de la 
JQStiee privée, introduite par Montesquieu {§ 31), oombattoe 
par Mably (§ 3ô) et par Gourcy (§ 41>» repaiait dans les écrite 
de Naudet (§ 44), de Pardessus (§ 48), de Lehuërou (§5 52, 
54) et de Ghampionnière (§ 55) ; mais chez ce dernier à un 
poïnl dé -vue particulier. 



«e prononcer du reste, iaoluerait à la faire venir 
de la justice patrimoniale, qui se fonde sor les 
droits de la propriété. Gourcy, Naudet et Par- 
dessus reviennent, après Houard, à Tidée que la 
justice privée estxnriginaireineot une oonséquenoe 
de rimmunité; Naudet en raison de la jouissance 
des freda ou droits du fisc, comme on Tavait cru 
d'ancienneté ; Gourcy et Pardessus en vertu de la 
clause d'interdiction opposée aux juges publics 
d'entrer et de juger dans le domaine privilégié, 
ainsi que l'avait pn^osé Bignon. Lehuërou et 
Ghampionnière après eux n'admettent pas les 
attaches de la justice privée à l'imnuinité. Lehuè- 
rou reconnaît comme en étant la source la justice 
patrimoniale, attribut de la propriété; sohitioD 
entrevue par Houard, à laqudle tendent plus ou 
moins Gourcy et Pardessus. Ghampiomiière la 
fait venir d'un certain droit de juridiction propre 
à tout chef de cwporation ; l'ensemble des sujets 
du seigneur privilégié devant être, suivant lui, 
considéré comme ayant ce dernier caractère. 

Naudet avait repris la vieille opinion que la jus- 
tice privée est engendrée par l'inmiunité, en vertu 
de la jouissance que celle-ci comporte des droits 
du fisc, des freda surtout. A la suite de Naudet, 
Boutaric, M. F. de Coulanges et M. Flaoh accep- 
tent ses conclusions à cet égard, quoiqu'ils n'en 
fassent pas leur argument principal pour ratr 
tacher la justice privée à l'immunité. C'est chez 



R L'uHiuntf. s '68. MS 

60Z, à'Cèt.cffBt, oomme une CMwkiéMtioii anoss- 
smre, à dVté de cette deJ'îiiterdîction aux jages 
pdblios de temr lears plùids daos les donniiwn 
firitîtégiés en verta d^uiie aotoe clause de Finn 
miwlé, interdictîmi qui parait être anmottôut 
déteiiimiMaite à leurs yeux pour cet objel. ! Lés 
deux notûmas. antèrieunnieitt admises à l'exdu* 
sion en quelque aorte ruiie»de l'antre, soiil rap- 
prochées, ainsi que nous venons de la dîire, et 
adoptées simultanéoient par les trois dwoiers 
autears que nous avons nouMnés. M. Hach néaih-. 
mous reconnaît avant tout dans la juridiction 
domestique, dans la justice patrimoniaie» attribut 
de la grande propriâté, la source première de la 
jasdce privée. 

On voit d'un coup d'oail, dans cette succincte 
analyse, Tincertitude des opinions et leurs varia- 
tioDs sur la question générale des origines de la 
justice privée et même sur celle toute particulière 
qui présente l'immunité comme en étant le principe; 
les uns accordant ce rôle au privilège en vertu d^ 
la dause de concession des droits du fisc, lesquels 
impliquent la jouissance des freda; les loutres en 
vertu de la clause d'interdiction aux juges pubiKcs 
d'entrer sur le territoire privilégié et d'y tenir 
leurs plaids; quelques-uns, à la fin, en vertu de 
ces deux clauses à la fois. Ces vapiatioo^ ne sont 
pas faites pour recommander la thèse qu'elles 
oonoernent. Ce qu'on sait des conditions oii elles 



Me U JUÉBGB mvtfB 

9fr «oBtprdduitttBv e'eskè-dâre de là iHailîère dont 
k dièse ea queition sfest établie, ne: la reeooH 
HWide pts. daTanlagé. Goe cerfaioe doM d'dribfr- 
taraire panât «a a^mr généfaleteent décidé, et en 
étÉâe ks partieanB Jes pins résdus éeik doetarine 
aiiisi fonnulée' ne > y admettent ftas sansi quelques 
réserves ou festrietîoH; .Voû en deiix. mots 
Fhiatoire de cette évolution dans h mouvement 
de&îdëee. 

§ 0^.— *L*opinion,lie préjugé potfrrailH>Ddire, 
cfM la jfnstice privée vient de Tinimunibé est, m 
Xin^ sièole, un axiome de jurisprudence fondé Mr 
une interprétation abusive du privilège, dont on 
trouve l^expression dans les considérants d'm 
jugement du prévôt de Paris en 127S, savoir que 
la concession des droits du fisc, jointe k celle de 
Fittimunité, implique concession simultanée de 1» 
juridiction (§ SS^). L'inexactitude de cette appré- 
Cfstiôn devail nécessairement sauter aux yeux des 
premiers qui, dans un esprit critique, s^occupent 
nltérieuretnenl de la question en consultant les 
textes. L'opinion ainsi motivée est donc abandon- 
née au xvh* siècle. 

L'examen des textes ayant , venons-nous de dire, 
démontré alors TinanHé de la conception swvaDt 
kquelle la concession des droits du fisc, accom- 
pagnement ordinaire de rimmunité, aurait eu pour 
conséquence celle de la juridiction avec finstitu* 
tion de la justice privée , il semblerait que cette 



noiiteck» «fnie «niMr 4]e|i^ 
cKtée eût élk entraliier la mine de ropioioQ cjin s'y 
rattâdiaît, à savoir qoe rimiHumté était la soane 
de k justîoe privée, fi û^eii téb vimat cgpeaJiwt* 

lie fM^ogé dont nous vimoDS de sigoûder Tab»^ 
sÎTe origifie est à peme ébranlé par la perte de 
BOB mima soutien. La elmee relative awL dMÎIs 
da fisc ne pâtissant plus 4e?^r être invdqaée 
oomme preuve^ en sa fevenr, qnoiqae des adhé- 
sions aient encore été accordées uhérieununaat à 
cette opinidn, c'est à une autre clause du privilège 
qu'on p^ise alors à donner ce rèle. On l'attribue, 
sans plus de raison, à la clause contenant Tintei^ 
Acëon fiûte atK juges piMîcs de terâr leurs plaîd|B 
dans le domaine couvart par riammnité. GTesl 
sous cette fwme rajeunie que le préjugé, auqud 
on tient emnine par une swte d'habitude, se ptr^ 
pétoe jusqu'à nous> et qu'il est encore aujourd'hui 
recommandé et défendu par qqelquesmnsde nos 
cofiteBporains. 

Le prenûer qui propose le thème nouveau, 
nous l'avons vu, c'est Bignon au xvn^ siècle. Il ne 
le fart pas du reste sans oertânes réserves, car il 
limite aux Églises ta jouissancodu droit de justice 
que lut 8«]blent impliquer les empôdi^ents 
af>p<xiés p«r Fimmanité à l'exerdce de la juri^ 
didtion des juges pubKes. Bignon avak* repris 
dans ces termes restreints l'opinion ancienne^ 
restaurée et maintenant fondée sur d^s oonsidé- 



rtttioBS'iMMivriled, ^«e rimimimté ailraît eagMidré 
la justice privée. Montesquieu non plus que Mably, 
au siède suivaîDt, ue se conforment pas encore 
complètement à sa doctrine^ et HoiUM*4 s'en écarte 
aelablament, mais elle est accotée, ensuite par 
Gourisy ; et, plus près de nous. Pardessus, Bour 
tapîc.etll. F. de Goulanges Tadoptent empalement, 
à c6té^ de eeox qui proposent d'autres, solutions 
de la question, comme le font Naudet, Lehuërou, 
Gbampionnière, et finajkment M. Flach après 
qpuelques hésitations. 

Bignon ne s'était paf» prononcé, nous venons 
de le dire, sans mitiger son système par quel- 
qaes réserves. Il limitait en effet aux inmumités 
ecclésiastiques, c'estrà-dirç à celles concédées 
aux Églises, le rôle qu'il . proposait ainsi pour 
certaines clauses de rinununité dans les origines 
de la justice privée. Gomme Bignon, Montesquieu, 
dans ce qu'il accote de sa théorie, puis, en se 
rapprochant de nous, Boutaric et M. Flach admet* 
tent jusqu'à un certain point. la distinction qui 
donpe à l'immunité ecclésiastique un râle à part 
dans les origines dé la justice privée. Les aiûres 
amoindrissent de différentes manières ce r^e du 
privilège quand ils ne le lui enlèvent pas complè- 
temçnU Pour tous, le vieux pi^jugé, dont on con- 
naît maintenant le caractère et l'origine, ne v^ pas 
sans quelques réserves ou sans restrictions. 

De nos jours, chose digne de remarque, on eu 



R h'mmmrri. S ^9- M9 

trouve encore mêlées à la théorie d*UD savant 
plus explicite cependant que nul ne l'avait jamais 
été dans ses aflBraiations à ce sujet. La justice pri<- 
vée, suivant M. F. de Goulanges, vient nécessaire- 
mmt de rinmiunité, dont le résultat essentiel, à 
ses yeux, est de supprimer la juridiction du comte 
et des officiers puMics sur le territoire privilégié 
et sur les hommes qui Thabitent, aussi bien que 
sur le maître hii-mème soumis dès lors à la juri- 
diction direct du roi, il le déclare expre^ment. 
c Chaque domaine immuniste eut désormais, dit-il, 
c son judex privatus^ qui remplaça lejudexpubli- 
c eus. > — c L'autorité royale prend le caractère 

c d'un patronage direct et personnel La 

c mainbour royale soustrait la personne du con- 
c cessionnaire à l'autorité des agents royaux. » 

Du reste, pour M. F. de Goulanges, ce n'est 
pas seulement la défense de tenir des plaids 
dans le domaine privilégié, c'est l'ensemble de 
toutes les interdictions, formulées avec celle-là 
dans le privilège, qui produit la transformation de 
la justice publique en justice privée, c Grâce à 
c cette série de précautions, dit-il, celui-ci (le 

< juge public) n'a plus aucune juridiction sur les 

< hommes du domaine privilégié, et toute action 

< judiciaire sur eux lui est devenue impossible. » 
Ailleurs toutefois il ajoute c sauf un cas. > Ainsi est 
introduite la restriction admise par lui aussi dans 
la théorie dont il se porte le champion. Nous avons 

xLvn 44 



S4§ LA JGSTIGE PUYÉE 

précédemment apprécié la valeur de cette excep- 
tion (§ %0). Quoi qu'on en pense, die a, dans le 
corps de doctrines exposé par M. F. de Goulanges, 
te caractère très fonnel d'une réserve* Elle classe 
son auteur, malgré ce que ses idées ont d'absolu, 
parmi ceux qui admettent, mais qui ne sauraient 
le faire sans un correctif au moins, ropioion que 
le privilège change en justice privée la justice 
publique, conformément au vieux préjugé que la 
justice [frivée est enfantée par l'immunité^. 

Telle est l'histoire de l'opinion suivant laquelle 
l'immunité aurait engendré la justice privée. Elle 
permet d'apprécier l'origine et le mode de déve- 
loppement de cette opinion. Ces considérations 
ne sont pas faites, croyons-nous, pour la recom- 
mander. 

XXIV. Conclusion. 

§ 70. — Nous avons vu d'où venait et comment 
s'était formée, en passant par des modifications 
successives, non sans restrictions, non sans plus 
d'une réserve toutefois, l'opinion que l'immunité 

1. Cette opinioa est défendue encore dans un Qnvrage 
pjiblié depuis Tachèvement de la présente étude, et dont 
nous n'avons eu que tardivement et tout récemment con- 
naissance, VHistoire de l'organisation judiciaire en France. 
Époque franque, par' Ludovic Beaachet, professeur à la 
faculté de droit de Nancy. Paris, 1886. Nous ne pouvons 
que mentionner ici cette œuvre importante, nous réservant 
de Tôtudier ultériearement, comme il convient de le faire. 



ET L'imnncml. S 70. %U 

est la source de la justice priirée* Noas savons, par 
Thistoire de cette opinion, ce qu'il est permis d'en 
penser. Les documents lui sont d'ailleurs tout à 
fait contraires. 

L'immunité, nous l'avons reconnu, n'a nullement 
pour objet, d'après les titres, de constituer une 
juridiction et de donner à cet effet des droits non-* 
veaux au privilégié. Elle ne tend pas à autre chose 
qu'à protéger odui-ci dans l'exercice de ses droits 
antérieurs, en le mettant à l'abri des entreprises 
et des exactions des juges ou officiers publics, 
laissant toutefois à peu près intacte la juridiction 
de œs derniers, dans les limites que leur imposait 
déjà la justice patrimoniale des grands possesseurs 
(§§ 48, 1 3), et sous la réserve de ce qui pouvait 
résulter en outre de la mundeburde du roi dont 
rimmunité comportait accessoirement, dans une 
c^laine mesure, l'exercice (§§ 15 à 18). La mise 
en jeu de cette mundeburde était au reste peu iré» 
qaente, on a lieu de le croire, dans ces condi- 
tions, et ne concernait guère que des cas excep- 
tionnels. Ajoutons que l'institution, nous l'avons 
fait remarquer, n'était pas une innovation, mais 
un ressort appartenant d'ancienneté au droit 
général de ce temps. Pour ce qui est de l'inmiu- 
nité proprement dite, afin de discuter en connais- 
sance de cause ce qui en a été dit à l'occasion de 
la justice privée, nous avons rappelé ce qu'on peut 
déduire àce sujet de l'étude des textes (§§ 4 à 80). 



242 LA JUSTICE nvrtE 

Nous regardons comme acquis, d'après ces 
documents, que les dispositions essentielles de 
l'immunité sont les interdictions qu'elle oppose aux 
juges publics, d'entrer pour y accomplir aucun 
acte judiciaire ou administratif dans les domaines 
privilégiés, et que ces dispositions ne sont constir 
tutives d'aucune juridiction nouvelle. Quant à 
l'importante concession des droits du fisc, qui 
accompagne ordinairement l'immunité, ce n'est 
qu'une disposition accessoire qui lui est en prin- 
cipe étrangère et qui, avec un caractère avant 
tout fiscal concernant exclusivement la jouissance 
de certains revenus, celle notamment des produits 
de la justice et des impôts, n'implique nullement 
dans ses conditions originaires l'exerdoe de la 
juridiction. 

Voilà ce que nous apprennent les textes. Les 
objections qui en ressortent contre les systèmes 
que nous combattons ne sont pas nouvelles. On 
en trouve l'expression plus ou moins précise ou au 
moins des indications dans les écrits des auteurs 
de tous les temps, depuis le xvn^ siècle. Sans 
s'expliquer formellement sur la part assignée par 
le vieux préjugé à l'immunité dans les origines de 
la justice privée, plusieurs se montrent, par omis- 
sion au moins, contraires à l'opinion qu'elle en 
ait été la source. C'est ce qu'on peut conclure 
du silence qu'ils gardent à cet égard, et plus 
encore de ce qu'ils attribuent ce rôle à d'autres 



ET L'nminiiTi. S 70. 21 S 

causes. Pardessus va plus loin et, dans ses pre- 
miers écrits sur la matière, il reconnaît, quoiqu^il 
ait défînitiveiiient conclu d'une manière toute 
contraire, que les chartes d'inomunité ne contien- 
nent l'expression d'aucune concession de juridic- 
tion : c Les chartes (de la première race), dit-il, 
c ne déclaraient pas d'une manière expresse que 
c cet exercice (celui de la juridiction) appartien- 
c drait à l'immuniste^. » Un semblable aveu a de 
l'importance, de la part d'un homme qui regarde 
la justice privée comme engendrée par l'immunité. 
Avant Pardessus et après lui, des déclarations 
analogues sont faites par Houard (§ 38) et par 
Lehuêrou (§ 52), dont elles ne contrariaient pas, 
il est vrai, les systèmes. Il est plus extraordinaire 
et plus intéressant de relever la même observa- 
tion dans le dernier écrit de M. F. de Goulanges 
@ 61), qui admet cependant, comme Pardessus, 
que la justice privée résulte de l'immunité. Nous 

i. Bibliothèque de l'École des chartes, t. II, 1840-4841, p. 99, 
et Loi salique, i843, p. 584. — La déclaration de Pardessus, 
dont il a été déjà précédemment question ($§ 48, 49), vise 
spécialement (une inadvertance nous a seule empoché de le 
marquer) les chartes d'immunité les plus anciennes, celles 
de la première race. Mais les chartes subséquentes ne disent 
rien de plus touchant la justice, sauf celles en très petit 
nombre qui contiennent en outre, comme le diplôme de 815 
(Balnze, Capitul., t. Il, p. 1405), une concession expresse 
de la juridiction. Elles doivent naturellement dans ce cas 
être appréciées autrement que comme de simples chartes . 
d'immunité. 



V 



214 LA JusncE niWs 

n'avons rien de plus à dire de ceux qui suivent 
cette opinion. 

Quant aux conceptions que certains auteurs 
substituent au thème accrédité par le vieux pré- 
jugé, elles semblent, pour ce qui est de quelques- 
unes au moins, imaginées à priori en vertu de 
théories enfantées indépendanunent de toute 
appréciation préalable des textes qui concernent 
spécialement la question (§ 68), et plus ou moins 
li^ureusement étayées ensuite sur quelques-uns de 
ces textes, détachés des autres comme se prêtant 
plus particulièrement à cette application, sans 
parler des inexactitudes à relever dans les inter- 
prétations données parfois à ceux invoqués ainsi. 

L'inununité n'est en réalité nullement le prin- 
cipe, la source première de la justice privée. Elle 
n'a exercé quelque influence sur Tinstitution que 
dans ses développements ultérieurs, et d'une 
manière indirecte seulement^. Quant à en avoir été 

t. Ces résultats, au reste, ont pu ne pas se faire beaucoup 
attendre. De là, l'erreur de ceux qui ont pris ces conséquences 
indirectes et plus ou moins éloignées du privilège pour un 
régime immédiatement et formellement constitué avec lui. 
Dans les sociétés où est institué le privilège de l'immunité, le 
droit de justice avait pour le souverain un caractère surtout 
fiscal. Percevoir les fl^eda en était l'attribut essentiel. Cette 
perception étant en vertu du privilège enlevée au comte, 
souvent abandonnée ensuite par le fisc, l'exercice de la juri- 
diction n'était plus pour le souverain et ses ofi&ciers qu'une 
charge sans profit. Asse» naturellement délaissée par eux 
dans ces conditions, en même temps qu'elle était recherchée 



ET h^vmmai. ^ 70. 215 

en quelque sorte le code oons^tutif , rîeo a'egt 
nsoins vrai. On tire cette condusîoo de certaines 
déductions mal établies. Left textes œ contiennent 
pas un mot qui ait propreuMUt une semblable 



§ 74 . — La justice privée ne vient pas or%i-* 
nairement de Timmunité. Ce point admis, une 
question se présente. Si la justice privée ne vient 
pas de l^inmiunité, d'où vient-elle? La justice pri- 
vée vient certainement pour une bpnne part de 
coooessions directes du droit de justice, qu'il ne 
faut pas confondre avec les concessions d'immu- 
nité et dont on trouve des exemples à partir du 
H* siècle an moins. Toute>éserve faite pour cette 
source très positive de- la justice privée, dans 
certains cas particuliers, n'y a-t-41 pas quelque 

par les possesseurs qui, dans les limites de la justice patri* 
moniale, en avaient déjà uae partie, la juridiction devait 
tendre forcément à passer dans les mains de ces derniers. 
Ainsi a-t-il pu sembler, ainsi a*t^n pu dire que concéder 
les fireda, les droits du fise, c'était ooiicéderla juridiction. U' 
n'en est rien cependant. L'entrée en jouissance de la juridic- 
tion par l'immuniste n'est pas un fait normal, mais un chan- 
gement irrégulier, un développement accidentel qui se pro- 
duit d'ailleurs d'une manière inégale suivant les temps et 
suivant les lieux. De là, bien des conséquences. La physlo*- 
nomie de Thistoire sur ce point en est profondément affectée. 
Ce n'est donc pas chose indifférente. Ces considérations 
s'adressent à ceux surtout qui, dans les temps modernes, 
ont relevé touchant la question d'origine de la justice privée 
la vieille opinion admise au moyen âge à ce sujet, sur les 
conséquences de l'aliénation des droits du fisc (§ 22). ' 



216 LA JUsncB nrràE 

pratique ou usage andeD d'une significatimi moins 
précise, mais d'un caractère phis général, aux- 
quels on puisse la rattacher? 

En étudiant dans les pages qui précèdent ce 
qu'ont dit nos devanciers et nos contemporains 
.sur cette question, nous en avons trouvé, à c6té de 
ceux d'entre eux qui font procéder de l'immunité 
la justice privée, un certain nombre d'autrea qui 
lui assignent des origines différentes. Ce serait, 
suivant l'un, la justice arbitrale volontairement 
attribuée au maître, au seigneur; suivant un 
second, l'autorité qui appartient à celui-ci comme 
chef d'une corporation ; suivant d'autres encore, 
l'usurpation pure et simple. Pour quelques-uns 
enfin, le principe de la justice privée serait un des 
attributs de la propriété. Cette dernière opinion 
mérite, ce nous semble, tout particulièrement 
d'être prise en considération. C'est vers elle que 
nous inclinons finalement. 

Les faits eux-mêmes recommandent, croyons- 
nous, cette solution. Revenons, pour nous en 
rendre compte, au point de départ de la présente 
étude, à l'analyse que, à son début, nous avons 
donnée des textes du privilège d'immunité, avec 
le tableau de ce qu'était le régime ordinaire de la 
juridiction lorsqu'apparait cette institution (§§ 12, 
13). La juridiction émanant de la puissance 
publique était en principe exercée par le souve- 
rain dans sa cour, au palatiurrij et dans les pro- 



R L'oonmiTi. | 71. 217 

viooes, dans lespagi, par ses agents et délégaés, les 
ocxntes et autres officiers publics, an maUum dans 
les plaeita majora ou bîen dans les plaids de 
moindre importance, placUa minora. Ciette juri- 
diction avait un caractère général; mais, de toute 
aDcienneté, sans qu'on sût commet oda avait 
oommaicé, elle s'arrttait en quelques points 
devwt les droits du maître investi d'une certaine 
autorité sur les choses de son domaine et sur les 
hommes qui, à divers titres, y vivaient soumis de 
œ fait à son mundiumy à son patronage^. 

Ces droits du maître dans son domaine ne sont 
contestés par personne*. Un de leurs corollaires 
bias établi était la req[>onsabilité du patron pour 
ses honunes, l'obligation où il était de répondre 
d'eca et pour eux devant les juges publics, de les 
amener même à lau* tribunal, lorsque la nature 
de la cause le comportait ; en dehors de quoi, les 
affaires d'ordre inférieur qui pouvaient les oon- 

1. « Une charte de conceflaion de justice n'était pas néces- 
« saire à un maître pour qu'il exerçât son pouvoir dômes- 
« tique et économique sur les esclaves, sur ce que le cha- 
f pitre TV en capitnlaire de Mlis appelle familia. » Ainsi 
s'exprime Pardessus dans ses premiers mémoires (Bihl. et 
i'Écok des chartes, t. U, p. 104, et Loi salique, p. 591). Cette 
déclaration du savant auteur est d'accord avec une opinion 
que nous avons cru ponvdr dégager de son argumentation 
sur les origines de la justice privée (§ 48, note i). 

2. Quelques-uns môme, comme Montesquieu (§ 31) et 
comme Houard (| 38), mentionnent cette notion, sans la faire 
entrer dans leur théorie sur les origines de la justice privée. 



248 LÀ JUSTICE nrriE 

cerner étaient réglées par lui, en vertu de Tauto- 
rité qu'il avait ^sur eux, laquelle allait jusqu'à les 
contraindre et à les punir au besoin. Il résultait de 
là, au profit des détenteurs de la grande pro* 
priété, une sorte de juridiction inférieure, la juri- 
diction patrimoniale, justitia familiaris (§ 49, 
note 8). C'est la juridiction du maître, patranus, 
exercée soit par lui-même, soit par ses agents 
ou officiers particuliers : régime indépendant de 
l'immunité et antérieur à elle. Ce régime est 
notamment celui des terres du fisc, sur lequel on 
est suffîsanunent renseigné et qui offre de cette 
situation un tableau auquel il n'y a que peu de 
chose à changer pour condure de ce qui se passait 
dans le domaine privé du roi, à ce qui existait 
d'une manière analogue dans cdui de tout grand 
possesseur, touchant l'exercice de la justice patri- 
moniale. 

Tels sont les faits. Ils sont, croyons-nous, au- 
dessus de toute contestation. Leur examen con- 
duit naturellement à des inductions qui n'ont 
peut-être pas autant qu'eux le caractère de la cer- 
titude, mais qui leur empruntent au moins celui 
d'une grande probabilité. Ces inductions donnent 
lieu de penser que les droits dont ces faits sont 
la manifestation, et dont la notion se dégage de 
leur appréciation, doivent remonter loin. Il 
semble qu'ils ont pu résulter de la combinaison de 
deux éléments, de caractère l'un domestique, 



ET L'iMHiniRi. il4. 249 

rmtre dcMnanml. Le premier procéderait de Tau- 
torité d'ordre en qudqœ sorte naturel qui, dès 
une haute antiquité, appartient dhez tous les 
peuples au père sur sa famiUe, au maître sur ses 
esdayes;^ le second se formulerait comme une 
espèce de corollaire du droit de propriété, et 
impliquerait pour le possesseur autorité dans son 
domaine, et sur le fonds et sur orax qui, de son 
aveu, y vivent; faifselon toute apparence primor- 
dial, qui semble comme la propriété elle-même 
ua des prindpes essentiels et constitutifs des 
sodétés à leur naissance. 

Laferri^re, dans ses études sur le droit français, 
signale chez nous des indices très apciens de ces 
droits inhérents à la propriété. Il les reconnaît, 
avec un caractère historique, dans les coutumes 
galliques notamment, où Ton retrouve des traces 
do régime social des Gaulois, nos ancêtres ; puis» 
en descendant vers nous, dans le ptUrocmium 
gallo-romain du v^ siècle, dans les coutumes caro- 
lingiennes que nous révèlent les capîtukires et les 
formules; et, en se rapprochant toujours de nous, 
dans certaines coutumes de nos vieilles provinces, 
comme les usances du domaine congéable en 
Bretagne, la juridiction du grand propriétaire 
d'alleu dans le midi de la France, usages immé- 
moriaux, fondés sur une tradition qui, en remon- 
taot, dépasse les premiers jalons des connaissances 
historiques. 



3S0 LA iUtnCB. PEIVlfs 

On trouve là quelques traits du caractère et des 
origines de la juridiction patrimoniale, devant 
laquelle s'arrête, à l'entrée du domaine privé, la 
justice publique, dans l'État carolingien comme 
sous les Mérovingiens : droit antique du grand 
possesseur, attribut à ce qu'il semble de la 
propriété elle-même. C'est ce droit notamment, 
plus ou moins compromis par les empiétements 
abusifs et par les exactions des officiers de jus- 
tice, que vient garantir, au moyen de prescrip* 
tions bientôt renforcées par une pénalité spéciale, 
le privilège de l'immunité. Sous cette garantie, 
les droits du possesseur s'affermissent et se déve- 
loppent de plus en plus. Gomment ne pas recon- 
naître que dans cet ensemble de faits se manifeste 
la constitution première de la justice privée eUe- 
même ; que l'immunité a pu grandement favoriser 
l'essor de ce régime spécial, mais qu'elle n'en est 
pas le principe ; et que ce principe, c'est dans cette 
autorité reconnue comme un attribut de la pro- 
priété même, dans la )uridiction patrimoniale dont 
on voit ainsi l'origine, qu'il faut le chercher? 

Cette solution du problème n'est pas une nou- 
veauté. Elle a été entrevue et indiquée, le plus 
souvent dans les considérations accessoires jointes 
a leurs conclusions, par plusieurs de ceux qui se 
sont occupés de la question. Montesquieu se rap- 
proche de cette idée en disant que la justice est 
pour les laïques un droit propre du fief, pour les 



R h'mmvnni. $ 74. 224 

Églises une sorte d'attribat de la propriété (§31); 
Houard, en reconnaissant Texistenoe d'une juridic- 
tion inférieure exercée sur les honunes de son 
domaine par le maître, le possesseur (§ 38). La 
juridiction du maître sur les hoomies libres et non 
libres vivant dans son domaine est acceptée aussi 
par Tabbé de Gourcy (§41). Pardessus n'admet 
pas que la justice patrimoniale soit autre chose 
que le résuttat d'une concession, mais il la rap- 
prodie du régime en vigueur sur les teires du 
fisc, dont il voit le principe dans ce qu'il appelle 
la justice dominicale ou domestique des Francs 
(§ 48). Lehuërou déclare formellement que la jus- 
tice privée a son origine dans la justice domaniale, 
attribut naturel, dit-il, de toute propriété (§ 52). 
M. Fladi adopte plus tard à peu près les mêmes 
idées (g 65). 

Nous pouvions, on le voit, nous appuyer sur 
des précédents de quelque autorité en rattachant 
à certains attributs de la propriété les origines de 
la justice privée. C'est ainsi que nous avons été 
amené à déclarer, dans notre premier travail, 

< que l'immunité n'est pas la source des justices 
c privées, et que c'est à un développement du 

< droit de propriété que ce rôle appartient vrai- 

< semblablement^. » Après la nouvelle enquête 
que nous venons de faire, après avoir revu et les 

3. Vîmmunité, 1882, § 12. 



2^ Li JUSTICE PtrrtE 

textes et les apprëeîatioDS qu'ils oDt inspirées à 
ceux qui ont étudié jusqu'aujourd'hui la question, 
cette déclaration se présente toujours à nous 
comme la sdution cherchée. Ce sera encore la 
conclusion de notre travail actuel. 

Ces considérations n'infirment pas l'observation, 
con$ignée au commencement du présent para- 
graphe, que la justice privée vient pour une 
bonne part des concessions directes de la juridic- 
tion, dont on a de nombreux exemples à partir du 
IX* siècle. A ces concessions se rapporte ce que 
nous avons dit, au début de notre travail, que la 
justice privée était comme un démembrement de 
la puissance pubUque (§1). C'est là, en effet, une 
des sources de la justice privée, c'en est la source 
la plus abondante peut--ètre, mais non la source 
primordiale. Celle-ci serait plutôt la justice patri- 
moniale, attribut du droit de propriété, comme 
nous l'avons dit. 

En se rattachant ainsi à la justice patrimoniale, 
aux droits du possesseur et du dief de famille, 
la justice privée prend un caractère inattendu. Ce 
n'est plus celui d'un lambeau arraché aux préro- 
gatives de la souveraineté dans ses. défaillances et 
d'un régime institué accidentellement en vertu 
de dispositions particulières. C'est celui d'un 
mécanisme en quelque sorte autonome résultant 
de la nature des choses. A ce point de vue et dans 
ces données, la justice privée s'élève; son origine 



s'enfonce dans le passé et remonte à une date 
plus ancienne peut-être que celle où commence 
la justice publique elle-même, si l'on considère 
que l'existence de la famille et la constitution 
de son domaine sont des faits nécessairement 
antérieurs à l'institution et à la police des États. 
La justice privée nous apparaît dès lors comme 
OD des ressorts de l'organisme des plus anciennes 
sociétés bumaines, comme un débris persistant de 
leur régime originaire, comme une de ces formes 
primordiales qui sont destinées à s'effacer graduel- 
leoient et à disparaître insensiblement au milieu des 
améliorations et des perfectionnements dus aux 
développements de la civilisation. Entraînée sur 
la pente naturelle qu'elle descendait ainsi, la jus- 
tice privée se serait perdue bientôt, au sein de 
l'État en progrès, si les désordres du moyen âge 
n'étaient venus lui rendre fortuitement une vitalité 
qui s'est soutenue presque jusqu'à nos jours. Les 
concessions de juridiction dont nous avons parlé 
ODt été un des agents directs de cette reprise et 
de cette prolongation d'existence. L'immunité, 
par ses conséquences plus ou moins éloignées, y a 
aussi, à son heure, indirectement contribué. A 
cela se réduit sa part, non dans l'origine — celle-ci 
lui est étrangère — mais dans les développe- 
ments ultérieurs et dans l'organisation progres- 
sive de la justice privée. 



224 



LA iUSnCB FETriE ET L'iHKUNlri. 



EMENDANDA. 



Au iieu de : 
P. 30, 1. 30 : e£fectué. 

P. S6, 1. 4 : secondaire 

P. 96, i. 9 : les chercher. 
P. 130, 1. 25 : de biens. 



P. 137, 1. 8 : aucun texte 



P. 
P. 



137, 1. 12 
139, 1. 4 : 



: (dlmmunité), 
qu'ils 



LisôM : 

efifectué; c'est là ce qu'il eût 

fiBdlu montrer, 
secondaire, justifia fimiliaris 

m 49, 71), 

les chercher (g 68, note 2). 

de biens. Les deux autres sont 
des concessions de munde* 
burde plutôt que d'immu- 
nité. Dans aucune de ces 
trois chartes il n'est ques- 
tion de la concession du jus 
fisci. 

aucun texte, à l'époque méro- 
vingienne au moins (§ 70, 
note 1), 

(d'immunité mérovingiennes), 

que les plus anciens 



LES SCEAUX 

DES ÂRGHITBS 

DE L'ORDRE DE SAINT-JEAN DE JÉRUSALEM 

A MALTE 

Par M. J. Dblatille Le Roolx, assodé eorrespondant 
national. 

Lu dans la séance du 21 avril 1886. 



L'attention des érudits s'est, depuis quelques 
années, pcHiée avec une persistante activité vers 
l'histoire des croisades et des établissements latins 
du Levant au moyen âge. La sphragistique n'est 
pas restée en dehors de ce mouvem^it, et l'on 
peut prévoir le temps où la sigillographie de 
l'Orient btin aura,. comme la numismatique, son 
Corpus complet et définitif. 

Aucun dépôt d'archives, dans cet ordre d'idées, 
œ semble, plus que celui de Malte, capable de 
fournir une moisson abondante. En peut-il être 
autrement, si l'on songe que l'ordre de Saint-Jean 
de Jérusalem a joué, durant plus de quatre siècles, 
en Terre Sainte et à Rhodes, un rôle prépondé- 
rant, a été intimement méié, durant cette période, 
à tous les événements qui agitèrent le Levant, et a 

XLVII 45 



226 8GBAUX DBS ARCHIVES DE l'OBB&E 

conservé, malgré de nombreuses vicissitudes, la 
plus grande partie de ses archives? 

Malheureusement, la fragilité des monuments 
sigillographiques, surtout celle des sceaux de cire, 
auxquels les circonstances dimatériques ont été 
funestes, les déplacements successifs des Hospita- 
liers de Palestine à Chypre, à Rhodes et à Malte, 
Toubli même dans lequel ont été laissées à Malte, 
à une époque récente, les archives de l'ordre 
de fiaint-lean, ont cauaé la ruine d'un grand 
nombre de sceaux. A peine un quart de ceux que 
S. Pauli avait dessinés, il y a à peine un siècle 
et demi, subsiste-t-il aujourd'hui. 

Cependant, malgré de pareilles pertes, les sceaux 
conservés à Malte méritent à tous égards d'être 
connus et publiés. S'ils sont peu nombreux, ils 
radiètent leur petit nombre par leur importance et 
leur rareté. Parmi lesérudits qui, depuis Paulî, ont 
eu acoès aux archives de Malte, aucun n'a man- 
qué à les flîgualer ^ ; Pauli les a presque tous repro- 

1. 8. Pauli (Codice diplomatico del sacro militare ordim 
Gerosolimitano, Lucques, i733-7, 2 vol. in-folio) a consacré 
9 planches, 8 à la fin du premier volume et i à la fin du 
flODond, à la reproduction de 93 sceaux ^t bulles. Piciaiidi 
{Memorie de" gran maestri del sacro militare ordine Gerosolim" 
iano, Parme, 1780, 3 vol. in-i*) adonné huit sceaux qui servent 
à l'omementation de son ouvrage. Dans P.-Â. Paoli {Bdi* ori' 
gins êd istituto del sacro militare ordine di S, QiâmmMiitia 
GsrasoUmUano, Rome, 1781, in-4*) figurent les reproductioas 
de quatre sceaux de Malte et d'un sceau du prieur anglais de 
l'Hôpital, Garnier de Naplouse. M. de Mas Latrie (ffotice 
sur iet arthmês de MalU à CiU*la-ValetU, dans las Ânekwei 



DE tAflrr^BAW DB tWÊSSAMMÊÊ A KUTB. 927 

duitft, maïs ses dessins sont trop inexacts pour 
permrttre ane étude complète et raisonnée de ces 
roomnents. 

Il ne nous a pas paru sans intérêt de refidrev 
«près haàj cette publication, en la limitant aux 
•œsux et bidles qui conoemeot spécûlenient 
rOrient latjn; aussi bien ceux««i foment-ils If 
majeure partie de la collection «gillographiquQ de 
Malte; les sceaux d'Occident, peu nombreux, sont, 
du reste, connus des sigillographes, et nous ne 
leur apprendrions rien en leur signalant, par 
exemple, un sccigu d'empereiir d'Allemagne, de 
m de France ou une bulle pontificale^. 

L'ensemble des sceaux des aftihÎTes de Malte 
tonœ non pas une suite, mais une collection. Sauf 
pour la série des bulles magistrales et capitulaires 
de l'ordre de l'Hôpital, dont nous avons déjà 
signalé les principaux types', les représentations 
«gillographiques appartiennent aux diverses auto- 

^ miMSions sdetUiflquês , YI, 1» série, 1857, p. 4-24#) a 
ngDilé quelques exemplaires échappés à Pauli et à Padandi. 
Notts-m6]|ie ILes Archives, la BibliaÙUqiu et le Trésor de l'ardre 
àe SairU'Jean de Jérusalem à Malte, Paris, 1883, in-8o) avons 
dressé la liste des sceaux de Malte (p. 48-52). 

1. Il tàvX cependant faire une exception en faveur d'une 
balle 4e ^kmb de Guillaume, évèque d'Oraage (1280) (J^rch. 
de Malte, div. I, vol. x, n* 29), inconnue jusqu'à présent et 
qui mérite d'^étre étudiée. 

% Us Àrthwee de Malte, p. 48-52. — Nak sur k» scêom de 
tarare de SaM-Jsan de Jérusalem, dans les Mémoires de la 
SûdéU naièomU des antiquaires, t. XL{ (timge à part, Bwis, 
1881, 34 p. in-8* et 3 planches en héUegsravuse). 



228 seiAUx deb abcbitbs de l'okdie 

ritéft eodésiastiques ou laïques de Terre Sainte, et 
comme les rapports des Hospitaliers s'étendaient 
à tous les pouvoirs latins du Levant,, la diversité 
est le caractère dominant des sceaux dont nous 
donnons ici la description ; nous les avons grou-^ 
pésy pour en faciliter l'étude, sous deux chefs 
principaux, suivant qu'ils émanent de personnages 
laïques ou ecclésiastiques. 



SCEAUX laïques. 

L — Baudoin IV, roi de Jérusalbm 

(1173-1183)^ 

Sceau de plomb, de 0°^,045 de diamètre. Type 
ordinaire des rois de Jérusalem. Au centre, le roi, 
couronné, de face, assis, tenant de la main droite 
un bâton crucifère, de la gauche une boule cruci- 
fère. Légende entre deux cercles concentriques : 
m BALDVinVS Oei 6*RAGIR R6X I€RVSAL6H 
— Revers : le Saint Sépulcre. Légende entre deux 
cercles concentriques : * GIVITAS : RGG'IS : 
R6&VH OIyMIVM 

Cette bulle est appendue à un diplôme du 

1. Lie lecteur remarquera que les dates données iei etplas 
loin ne sont pas absolues ; elles se réfèrent aux actes extrêmes, 
aujourd'hui connus, dans lesquels fièrent les personnages 
dont nous nous occupons, mais ne doivent pas être considé- 
rées comme définitives. 



DK SAINT-JIAH DB lEHDSALIV A MALTS. Si9 

1" mars 1484, par leqael Baudoin IV fait un 
édnoge avec l'abbé du Mont-Thabor à Acre 
(Arck. de Malte, div. I, vol. iv, n* 9. Ed. Pauli, 
Cod. d^Ly h n"" 3, p. f»%). Ce sceau n'a pas été 
publié, mais les types analogues des sceaux de 
Baudoin III (Pauli, Cod. d^Ly I, planche 2, n^ 47, 
et Pa(âaudi, Memoriey I, p. 48), de Guy de Lusk» 
gnan (Blancard, Iconographie des sceaux et bulles. . . 
des archives départementales des Bouches^dur 
Vhèm, p. 444 et pi. 64, n"" 3), d'Âmaury I (de 
Togoé, Revue de numismatique^ 4864, p. 896 et 
planche 4 34 , reproduit dans les Églises de Terre 
^aifiiey du même auteur) sont connus. 

II. — BOHÉMOND IV, PRINCE d'AnTIOGHE 

(4 4 98 M 233). 

Sceau de plomb, de 0"',05 de diamètre. Type 
habituel des sceaux des princes d'Antioche. Au 
centre, saint Pierre et saint Paul, de face, debout, 
à mi-corps, nimbés. Saint Pierre bénit, saint Paul 
tient de la main droite un bâton crucifère. Légende 
enJre deux grènetis concentriques : * SHNCTVS ; 
P6TRVS : SHHCTVS PHVLVS. — Revers : type 
équestre à gauche. Légende entre deux grè- 
netis concentriques : « BORœviy : PRICePS : 
StIOCÇ* y COMES tPE. 

1. On trouve dès 1198 des actes au nom deBohémond IV, 
prince d'Antioche; Bohémond lU, cependant, ne mourut 
(jue vers 1201. 



Cette bulle scelle un aote du 27 octobre 1231 , 
ptr lequel Bohémond d'Autiocbe assigne asx Hos- 
pitaliers une rente annuelle de 316 besants de 
Tripoli sur ta ville et seigneurie de Tripoli (Ateh. 
de MaUe, div. I, toK y, pièce 3. Ed« Pauli, Coà. 
dipl., l, n* 114, p. 122). Le sceau de Bohé- 
mond IV est inédit^ mais nous connaissoos les tjrpes 
analogues de Bohémond 111 (Pauli, Cod. dipL^ 1, 
pL 1 » n"" 1 ; de Vogiié, Mélanges de numismatique^ 
1877, p. 180 (p. 15 du tirage à part) et pL 8, 
nMO), de Rayitiond Rupin (Pauli, Cod. dipl., I, 
ph k, nf" 46), etc. 

III. — Raymond III, comte de Tripou 
(1163-1187). 

Sceau de plomb, de 0",04 de diamètre. Type 
équestre. Au centre^ un cheYalier^ cas<}ué^ tenant 
au bras gauche un bouclier triangulaire; le bras 
droit porte Une lance à gonftinon tenue horiionta- 








DE &A»T-JKiJf DE JBIUSiUUl à MilTB. 



Ml 



lement; le cheval est tourné à gauçbe. Légende 
entre deux cercle» eoucentriques : « RAOIVHDVS 
COMes [TRlPO]LITAHI7S. — Revers : une porte 
de ville onénelée, surmoiitée de .trois tours créne- 
lées, celle du milieu plus haute que les deu^ 
autres. Légende entre deux cercles concentriques : 
t 6T H€E SVR QVITHS TRIPOLIS. 




Âppendu à un acte*du 19 janvier 1163,|par 
lequel Raymond, comte de Tripoli, confirme une 
vente faite aux Hospitaliers par Guillaume de 
Mareclée (Arch. de Malte^ div. I, vol. n, pièce 25. 
Ed. Pauli, Cod. dipL, I, n^ 38, p. 39). Ce sceau 
a été dessiné par Pauli (Cod. dtp/., I, pi. 2, n** 23) 
et omis dans Mas Latrie {Notice j p. 7). 

lY. — Gauthier Granier I, seigneur de Gésarée 
(1131, f avant 1160). 
Sceau de plomb, de 0"',03 de diamètre. Type 



282 



8GB1UX VBS AECHIVIS DB L^OEOIE 



équestre. Au centre, un chevalier, r^ardant de 
face. Il tient horizontalement de la main droite 
une lance. Légende assez fruste entre deux cercles 
concentriques : M SI6*ILLVH 6*ALT6Rn 6*RA- 
HeRlI. 




Revers : l'enceinte d'un château ayant la forme 
d'un quadrilatère. Un des angles saillants fait 




face au spectateur; au milieu s'élève une tour; 



OB SAnrrWEÂN DB IBftVSALBlI A H1I.TB. 288 

les deux angles rentrants de gauche et de droite 
sont flanqués diacun d'une tour pkis petite que la 
tour centrale^. Légende entre deux cercles om- 
œntriques : a» EeSARGA dVITAS. 

Il est scellé sur double queue, avec lacs de soie 
rouge, à un document du jeudi 19 décembre 4 1 35, 
par lequel Hysembard vend à THôpital le casai 
Arthabec, sis au territoire de Gésarée, moyennant 
dOObesants (Arch. de MaUe^ div. I, vol. i, pièce 30. 
Ed. Delaville Le Roulx, Les Archives^... p. 7S). 11 
a été dessiné assez inexactement par Pauli {Cod. 
(iip/., I, pL \, nM2). 



SCEAUX ECCLÉSIASTIQUES. 

V. — GuUiLAUME 1, PATRIARCHE DE JÉRUSALEM 
(1130-45). 

Sceau de plomb, de O'^jOSS de diamètre. Au 
droit, le patriarche, de face, assis, mitre, bénis- 
sant de la main droite, et tenant de la main gauche 

i. Il est à remarquer que nous devons avoir ici la repré- 
sentation du château de Gésarée; nous ne connaissons 
aujourd'hui que les ruines des murailles élevées en 1251 
par saint Louis. L'ancien château devait occuper la pres- 
qu'île avançant dans la mer, au S.-O. de la ville, et dont la 
forme générale correspond assez hien à la disposition donnée 
sur le sceau. La tour centrale représenterait le donjon dont 
M. Rey signale les traces au centre de cette presqu'île (Ë. G. 
Rey, Ètuâe sur les monuments de Varchiteeture militaire des 
croUés en Syrie, Paris, 1871, p. 221-7, et pi. 22). 



294 8GIAUX MS ABGHITB8 DE l'oIMB 

un tau. Dans le champ, à droite et à gaudie» deux 
roses ; au-dessous de celle de drmte est un petit 
cercle. Légende entre deux grèâMtisconœntrkpies: 
« SI&ILLVH * ^^ITlLeLMI PATRIAROie. 

Revers : un ange> vêtu et nimbé, montre aux- 
trois saintes femmes, qui pcnrtent des parfums, le 
sépulcre vide* Légende entre deux grènetis : 
«I o SePVLGRVH OOHIHI NOSTRI IHY XPI o 

Ce sceau, sur double queue et lacs de soie, 
scelle un acte du 1 S! juillet 1 1 37, par lequel Guil- 
laume, patriarche de Jérusalem, autorise la vente 
par Gautier c de Lucia > à Robert le Mire d'uœ 
maison sise près du lac des Rains (Arch. de Malte, 
div. I, vol. I, n"" 34 b. Ed. Delaville Le Roulx, Les 
Archives. . . , p . 73) . Il a été décrit par Douët d'Ârcq 
(Collection des sceaux des archives de FEmpire, 
II, n* 6281), et reproduit par Pauli (Cod. dipL, 
I, pi. 2, n"" 1 3) et par le comte de Marsy (Bulletin 
de la Société des antiquaires de France^ 1878, 
p. 196-7). 

Le même prélat avait un second sceau, plus petit, 
aujourd'hui perdu, dont Pauli nous a conservé le 
dessin (Cod. dipL, I, pi. 2, n"" 1i) et qui figure 
dans une charte de 1 1 43 ^ Au droit, le patriarche 
est vu, de face, à mi-corps, mitre, bénissant et 
tenant le tau de la main gauche, avec la légende : 

i. 1143. Ûon par Guillaume I, patriarche de Jérusalem, à 
rH6pital d'une église et de ses dépendances à Acheldema^ 
{Aroh. éU MalU, div. I, yoI. i, pièce 42. Ed. PauU, Cad. dipl., 
I, n« 22, p. 23). 



DB SiUVT-iBi?! DB IBftlTSlLEH 1 HILTB. 



285 



• ynuJBiMVB PATMARClft ; au revers, la cou- 
pole oeotrale de Fégliae du Saint-Sépulcre avec 
la légende : m SePVLOlVH DIM IHV«XFI- 

VI. ^ GUILLAIJIIE n, PATIUAKGHE DE JÉHUSALEII 

(1Î62.1267)^ 

Sceau de cire rouge, de 0*^,055 de diamètre. Au 
eeotre., le patriarche de face, mitre, revêtu du 
pallium^ bàliasant de la main droite et tenant de 
la gaudie le bâton pastoral à double croix. Il est 
assis sur un trône dont les pieds et les bras repré- 
sMoEit des pattes et des tètes de chien. Au^les^ 
sds de diaque tète^ on voit une fleur de lys^ acoos^ 




*. II mourut en 1^70, d*après î)ucange, Familles d'outre- 



236 . SCEAUX DES ABGHITE8 DB L*QEOBE 

tée de deux points. Légende entre deux oerdes 
concentriques : «( : S G'UILLeRmi DOI 6*RA : 
PATRIARQI>e II>eROSOLimiTARI. 

Revers : contre-sceau de 0"",03 de diamètre ; les 
saintes femmes au sépulcre. Le Christ est étendu 
dans un tombeau antique; au second plan, une 
des femmes tient des parfums ; elle est sous un 
dais d'architecture, composé de deux arcades 
surmontées d'une rose ; de la clef de voûte des 
arcades pendent deux lampes; les deux autres 
personnages sont sur la même ligne que celui du 
milieu, mais en dehors du dais. Il est curieux de 
comparer ce type à celui des sceaux de l'Hôpital ; 
la disposition de l'édifice, du personnage couché 
au premier plan est identique dans les deux repré- 
sentations. Légende entre deux cercles concen- 
triques : * • SGPVLCRVO) [XPISTI V]IVeHTIS. 




Ce sceau, appendu à un acte d'accord, du 
1 4 mars 1 265, entre Pierre, archevêque d'Hébron, 



DE 8AiIfT-JBlN DE JElUSiliElI 1 lULTB. 



237 



et Hugues Revel, grand maitre des Hospitaliers, 
rebtiTement au casai de Naherie, sis au territoire 
d'Antioche (Areh. de Malte y div. I, vol. xvm, 
n*^ 5), est scellé sur le repli en lacs de soie rouge. 
Ud meilleur exemplaire, décrit par Douét d'Arcq 
(Colketian des sceaux des archives de Vempire^ 
n, n" 638S), a servi à la reproduction ci-contre ; 
0008 devons à l'exemplaire de Malte la restitution 
complète des légendes de Tavers et du revers. 

VII. — Pierre, archevêque de Césarée 
(1207-1235). 

Sceau de cire brune, ovale, de 0'",04 sur 0"',03, 
saDs contre-sceau. L'évêque, debout, vu de face, 




286 MSÀVX BIB ilCIiyiB DE L^OBMIE 

revêtu de ses oraements saoerdoIjuiK, béoit de la 
main droite et tient de la gauche le bâton paato* 
rai. Légende, entre deux oerclea : [SqfflLLVœ 

[P]eTR{i ces]ARieH ARCHiep[i]: 

Il est scellé sur double queue, avec lacs de soie 
blaoobe et rouge, et ooi^nitie (entre 1 81 5 et 19S0) 
un acte du 4 5 juin 4 499 par lequel Bohémond IV, 
oomte de Tripoli, fait uoe concession aux Hospî* 
taliers (Arûh. de Malte, div. I, vol. i, pièoe 90. 
Ed. Delaville Le Roulx, Les Archives,... p. 166). 
Pauli Ta reproduit {Cod. dipl., I, pi. 1, n"^ 6), 
d'après un exemplaire, aujourd'hui perdu, des 
archives de Malte. 

VIII. — Pierre, arcptevêque d'Apaméb (1254). 

Sceau de cire brune, de 0'",04 de diamètre, sans 
contre-sceau. Le prélat, mitre, revêtu du pallium, 
est vu de face, à mi-corps; il béoit de la main 
droite et tient, de la gaudie, la crosse; il est 
accosté à droite d'une étoile. 

Légende, très fruste : m S'PeTRI : ARCl^IâPI : 
APAHieHSIS* 

Ce sceau, scellé sur lacs de soie rouge et 
blanche, est appeodu à un acte du 1 1 décembre 
1244 {Areh. de Malte, div. I, vol. iv, pièce 31), 
vidimant la donation de Valftoie et de Margat 
faite à l'Hôpital par Benaud Mausuer et confirmée 
par Bohémond Ul d'Aiitioebe le i février 1 1 86 



DE Uan^ElU BB JBWORAUm A MUTE. 2S0 

(Ed. PauM. Cad. dipL, I, n^ 77, p. 77). Il a été 
deMÎDé PAT Pauli {Cod. dipL, l, pi. 4, n' 42) ^ 

Le prélat auquel il appartiait était jusqu'à pré- 
sent îoeoimu. 

IX. ~ Pierre ^ évéque d'IIébron (1865). 

Sceau de plomb, de 0"",04de diamètre. L'évêque, 
mitré, revêtu de aea ornemeots sacerdotaux, 
bénissant, la crosse dans la main gauche, est vu 
de face et debout ; les pieds et le bas de la sou- 



^^^^ 




''-' ^5^' ^9^ 



i. Nous avions nous-même (Les Archives,,,, p. 51) attribué 
à tort ce sceau à un patriarche d'Ântioche. 

ï. Ge prélat semble incouiiu. M. Ë. G. Rey {SomnuUre du 
sttfflémmt wx familles d'outre mer. Chartrûs, 1881, in-S», 
p. 22) s'est borné à l'indiquer d'après le présent document 
cité dans Pauli. Il n'était plus évêque d'Hébron en 1268 
(G. Schlumberger, Sceaux et bulles de l'Orient latin au moyen 
âge. Paris, 1879, p. 20). 



240 SCBAUX DES ARCHIVES DB l'oRDEB 

tane empiètent sur la place réservée à la légende. 
Légende, entre deux grènetis concentriques : 
«t : S : PGTRI : GPISCOPI : enRORORSIS. 

Revers : Abraham, Isaac et Jacob, nimbés, 
barbus, assis, de face. On sait que la sépulture 
de ces trois patriardies se trouvait à Hébron et y 
était l'objet d'une pieuse vénération. Légende, 
entre deux grènetis concentriques : f» : ABRA- 
I^AO! : ISAAC : GT : IACOB-: 




Cette bulle appendue, comme le sceau de Guil- 
laume II, patriarche de Jérusalem (v. plus haut. 
Sceaux ecclésiastiques^ n** VI) , à un acte du 1 4 mars 
1265 (Delaville LeRoulx, Les Archives^... p. 229), 
est scellée sur le repli en lacs de soie verte. Elle 
a été dessinée par Pauli {Cod, dipL, I, pi. 7, 
n*^ 71). 



DE SlIIfT-JEAN Dl JBftIJSALBM A MUTE. 



244 



x. — eustokge de montaigu, archevêque de 
Nicosie (1217-1250). 

Sceau de cire rouge, de O'^^Oi de diamètre, 
sans contre-sceau. Au centre, Févèque, mitre, 
assis, de face, bénissant, et tenant la crosse de la 
main gauche. Légende, entre deux grènetis con- 
centriques : lii S : eVST0R61I RIC0SI6R : 
ARCI>ie[PI] 




Ce sceau est appendu à un vidimus par Eus- 
torçe, archevêque de Nicosie, et P., archevêque 
de Césarée (vers 1220), d'une donation faite aux 
Hospitaliers par Bohémond III, d'Antioche, le 
6 septembre 1199 {Arch. de Malte, div. I, vol. i, 
pièce 21. Ed. Pauli, Cod. dipl., I, n^ 82, p. 88). 
Il est scellé sur lacs de soie et a été reproduit 
par Pauli {Cod. dipL, I, pi. 1, n" 7). 

XLVii 46 



2i2 



SCEAUX 1>£S ARGUIVKS DE L OftBRB 



XL — Cardinal Elbe de Nabinaux, arche- 
vêque DE Nicosie (1332-44). 

Grand sceau ovale en cire rouge, sans contre- 
sceau, de 0",08 sur 0'",05. 

Le motif central représente la transfiguration. 
Le Christ, nimbé, vêtu, debout, les bras levés 




pour bénir, entouré de rayons, est environné d'un 
cercle ovale. Il est accosté des prophètes Moïse et 



DE SAIinr-JBAlf DE iEUDSALKM A MAINTE. MB 

Élîe» agenouillés sur des nuages et tournés vers 
le Christ. Au-dessous, les trois disciples Pierre, 
Jacques et Jean, celui du miUeu prosterné, les 
deux autres agenouillés et tendant les bras vers 
ie Christ. Enfin, dans la partie inférieure, le 
patriarche, mitre, tenant un bâton crucifère, 
tourné à gauche, est à genoux. Deux écus Tac- 
costent ; Tun, celui de gauche, qui porte comme 
seule pièce une croix, semble être un blason ecclé- 
siastique ; l'autre, sur lequel on croit distinguer 
trois têtes de chien ou farois hures de sanglier, 
posées S et 1 et accompagnées de trois roses, 
devait appartenir à la famille du cardinal. Le haut 
du sceau est formé par un dais d'architecture. 
La légende, entre deux grènetis, est : S ; P* 

i)eLie«De-n A alis* AROi>iepi«niQi>o 

Ce sceau est scellé sur deux cordelettes de soie 
rouge, et appendu à un document du 22 janvier 
1337, par lequel Tévêque de Nicosie accuse récep- 
tion d'une protestation, en date du 31 décembre 
1336, émanée du grand mattre des Hospitaliers, 
Roger des Pins, au nom de Fr, Gérard des Bois, 
précepteur de Chypre, à l'occasion d'usurpations 
commises au royaume de Chypre contre les droits 
de l'ordre (Arch. deMalte^ div. I, vol. xxi, n*'2). 

XII. — Abbaye de Sainte-Marie latine 

(1267). 

Sceau de plomb, de 0" , 04 de diamètre . Au centre , 
la Vierge, de face, tenant dans ses bras l'enfant 



244 



SCEAUX DBS ARCHIVES DB L ORDRE 



Jésus ; à droite, dans le champ : HA ; à gaudie, 
XC. Légende, entre deux cercles concentriques : 
«t [S] SilNCTe HARI€ LflTIHe. 




Revers : l'abbé, en costume bénédictin, assis, 
reçoit la crosse des mains de saint Etienne, debout 
et nimbé. Dans le champ se lit le mot ABAS. 
Légende : m S* [S]CI 5T€PHANI P^T^HRIS. 




DB SAIHT-JEAN DE JUITSAUM A MiLTE. S45 

Ce sœaa est scellé avec Jacs de soie rouge sur 
le repli d'uo acte d*aooord du 29 octobre 1S67 
entre le grand maître des Hospitaliers, Hugues 
Revel, et Henri, abbé de la Latine ^ au sujet des 
casaux de Mondisd^, de la Tour-Rouge et de 
Caco {Arch. de Malte ^ div. I, vol. xvui» n"" 6. 
Ed. Delaville Le Rouk, Les Archives,... p. 330). 
11 a été reproduit dans Pauli (Cad. dipl., I, 
pi. 7, n"" 78), qui n'a pu déchiffi^r la légeiide du 
revers. 

Quelque réduite que soit aujourd'hui la col- 
lection sigillographique de Malte, elle est loin 
d'être dépourvue d'intérêt. Si les sceaux de 
Baudoin lY et de Bohémond lY ne sont pas iné- 
dits, s'ils se rapprochent des exemplaires déjà 
ooûDUS des prédécesseurs ou des successeurs de 
ces personnages, ils n'en sont pas moins pré- 
cieux à un double point de vue : ils complè- 
tent heureusement la série sigillographique des 
rois de Jérusalem et des princes d'Antioche, 
et un observateur attentif ne manquera pas de 
discerner quelques différences avec les bulles des 
mêmes types. Les sceaux de Raymond de Tripoli 
et de Gauthier Granier de Gésarée se distinguent, 
non seulement par leur exécution artistique, mais 

1. Cet abbé n'est, jusqu'à présent, connu que par quelques 
lignes que lui a consacrées Roccho Pirri {Sicilia sacra, éd. 
de Païenne, 1739, in-fol., II, il 32). Il résidait à Messine, 
d'après cet auteur, et gouverna Tabbaye da 1260 à 1269. 



246 SGEiox DES mcaiTfis de l^oedbe 

Mssi pëf les repréaeotatioos topographtqaes, tou- 
jours si curieuses, de leurs revers. On comparera 
avec fruit Tinterprétation diverse domée à une 
même scène, la mise au tombeau, à plus d'un 
siècle de distance, dans les bulles des patriarches 
de Jérusalem, et, dans la dernière de celles-ci, la 
préoccupation de Tartiste qui a cherché à rester 
Adèle au type traditionnel des sceaux des Hospi* 
taliers. 

Si Tarchevèque Pierre de Gésarée, dont nous 
avons étudié le sceau, est peu connu, la bulle de 
Vévèque dHébron, Pierre, et celle de Tarchevéque 
d'Âpamée nous révèlent Texistence de deux pré- 
lats jusqu'à présent ignorés. Le sceau de Fabbaye 
de Sainte-Marie nous a réservé une surprise ana- 
logue ; nous ne connaissions que par un dessin de 
PauH, dont les légendes étaient mal lues, la bulle 
de cet établissement, le premier que les Latins 
aient possédé en terre sainte et dont rorigine 
remonte à Gharlemagne ; en même temps, le docu- 
ment auquel appartenait ce sceau nous donnait le 
nom d*un abbé de ce monastère, Henri, que per- 
sonne, si ce n*est Pirri, n'avait encore mentionné. 
Enfin, si les récents travaux de M. de Mas Latrie 
ont éclairct d'une manière définitive l'histoire des 
archevêques de Nicosie, les sceaux d'Eustorge de 
Montaigu et d'Élie de Nabinaux, — ce dernier 
surtout, — nous ont ofifert des spécimens très 
remarquables et très artistiques de la »gillogra- 
phie chypriote. 



B8 SlIIfT-IElN Dl mUSALni A HALTE. 247 

L'intérêt qu'offrent les sceaux des ardiives de 
Malte est, on le voit, de plus d'une sorte, et 
justifie, nous fespérons du moins, là présente 

publication. 



LART D'ENLUMINER 

TRAITÉ ITALIEN DU XIV SIÈCLE. 

Par M. Lbcot de la Maaghe, membre résidanl. 
Lu dans les séances des 15 et 22 juillet 1886. 

Le curieux traité dont je vais donner le texte 
intégral, après en avoir communiqué l'analyse à 
la Société, existe en manuscrit à la Bibliothèque 
nationale de NaplesS où j'ai eu l'occasion de le 
transcrire en 1873. Il a été imprimé en 1877 par 
M. Salazaro, inspecteur du Musée de cette ville ^. 
L'édition qu'il en a donnée est surtout intéres- 
sante par les rapprochements établis entre cer^ 
tains passages du traité et ceux du livre de Gen- 
nino Gennini portant sur les mêmes points. Mais 
elle est fort peu connue en France, et, de plus, 
elle laisse beaucoup à désirer au point de vue de 
l'exactitude, comme l'indiquent les mauvaises 
leçons, en trop grand nombre, que j'aurai à rele- 
ver plus loin, et dont plusieurs altèrent grave- 
ment le sens. Il y avait donc une double raison 
pour publier ici ce manuel technique de l'enlumi- 

1. Ms. Xn, E, 27. 

2. L'Arte délia miniatura nel secolo XIV, codice delta bihlio- 
teca nazionale di Napoli, messo à stampa per cura di DemetHo 
Salaxaro, Napoli, 1877, in-l». 



l'ibt d'eulumuike. 249 

neiir, doot j'ai signalé ailleurs l'importance excep- 
tioanelle^. 

Quelques mots sur le manuscrit et sur l'oeuvre 
en elle-même suffiront comme préambule. liC 
pranier est vraisemblablement un original, ou 
toot au moins une copie contemporaine. L'écri- 
lare est celle dont les scribes italiens se servaient 
daos la seconde moitié du xiv^ siècle. Le traité 
est complet, quoi qu'en ait pensé M. Salazaro ; il 
contient même trois additions successives, fadles 
à constater au moyen des formules finales par 
lesquelles l'auteur a terminé certains chapitres, 
dans la pensée qu'il n'aurait plus rien à ajoutar 
{Deo grattas; Amen). Le titre général du livre 
nous mamque seul; toutefoîs il n'y a aucune raison 
pour ne pas adopter celui que restitue le catalogue 
delaBiUiothèque de Naples : De arte illuminandi. 

L'auteur ne nous a point fait connaître sa per- 
aoime; mais il a suffisamment trahi sa nationalité 
par la tournure de certaines phrases, par son 
orthographe et par des idiotismes significatifs. 
C'était certainement un Italien, et sans doute un 
Napolitain, ou peut-être un Romain : les rensei- 
gQements particuli^^ qu'il nous donne sur quel- 
ques produits du pays, sur le giallolinOj sur les 
prugnemerole^ confirment absolument les indices 
fournis par sa manière d'écrire. C'était, de plus, 
on artiste et un homme du métier : les détails 

1. V. là Gazette des Beaux-Arts, n»» des l*' novembre 1885, 
i« janvier et i* lévrier 4886. 



250 L'itT D'EffLUMUflt. 

minutieux dans lesquels il entre à chaque iostent, 
les expériences qu'il déclare avoir faites lui^mèiiie, 
la haute estime qu'il professe pour Tart de Teolu- 
minure en sont la preuve irrécusable. 

Son ouvrage a pour but de présenter, sous une 
forme claire et concise, les règles à suivre pour 
illustrer les livres au moyen du pinceau et de la 
plume. Hais c'est plus qu'un simple recueil de 
recettes comme ceux de Tbéophilei de Pierre de 
Saint-Omer ou d'Héradius. C'est une explicatk» 
méthodique (au moins dans l'intention de l'auteur) 
de la composition et du broiement des couleors, 
de la manière de s'en servir, de la façon d'appli- 
quer l'or sur le parchemin, etc. C'est, en un mot, 
un manuel spécial de l'enluminure, taudis que les 
auteurs que je viens de nonuner et la phipart de 
leurs congénères s'occupent de tous les arts à la 
fois et ne parlent de celui-là qu'à titre accessoire. 
Ajoutons que certains passages de son livre con- 
cernent également la grande peinture et peuvent 
contribuer à éclairer l'histoire des procédés enn 
ployés par elle. 

Quant à la forme extérieure, le traité de l'en- 
luminure ne tient pas toujours tes promesses de 
l'écrivain : il est quelquefois obscur; il est un 
peu décousu, comme le veulent les additions qu'il 
a subies ; néanmoins il est divisé en chapitres 
distincts, portant des titres clairs, et auxquels je 
me suis contenté d'assigner, pour plus de clarté, 
des numéros d'ordre. Il n'a, bien entendu, aucune 



l'iBT D'tlILVlItlIEft. 254 

prétention littéraire, puisque c'est un guide pra- 
tique. Mais, tel qu'il est, il a dû rendre de grands 
services aux hommes de l'art, aux élèves des 
maîtres renommés qui tenaient école dans l'Italie 
ee&tfale et mérîdîoQale, et dont l'auteur faisait 
peut-être partie luî«mème. Il peut en rendre encore 
aôjoiird'hui , non seulement aux archéologues, 
mais à ces patients artistes qui, séduits par l'édat 
et la finesse des miniatures du moyen âge, cher- 
cheot, peur les imiter, à percer les mystères de nos 
ancieDS ateliers. Et, de fait, il en a déjà rendu à 
qadques-UDS d'entre eux; c»r, depuis que j'ai 
signalé son intérêt technique, d'habiles praticiens, 
comme MM. Van Driesten, de Lille, et Beaufils, de 
Bar-]e4>uc, ont rois à profit les recettes qu'il ren- 
fenne pour l'application de l'or en feuilles, et 
BoiA arrivés, soit sous le rapport de l'éclat métal- 
lique, soit sous celui de la solidité et de l'adhé- 
rence parfaite, qualités dont le secret avait été 
longtemps cherché en vain, à des résultats véri- 
tablement surprenants. Des spécimens de leurs 
heureuses imitations ont passé sous les yeux de 
la Société, qui a émis le regret de ne pouvoir les 
reproduire ici à Taîde de la chromolithographie. 
Il faut espérer que la publication de ce traité sera 
encore utile de plusieurs autres façons aux artistes- 
français, et qu'ils prendront peu à peu la bonne 
habitude de recourir aux sources originales, aux 
manuels . techniques du temps, pour retrouver 
les admirables procédés des maitres anciens. 



252 Ii'aIT d'jINI.I7]I1]IIE. 



[DE ARTE ILLUMINANDL] 



4. [I]n nomîne sancte et individue TrinîtaUs. Amen. 
Inprimis quidem simpitcîter et sine aliqua atteslatione, 
caritaUve tamen, quedam ad artem îlluminature litNrorum 
tam cum penna quam cum pineello pertinentia describere 
intendo, et, quanquam per multos retroactis temporibus 
sit notiflcatum per eorum scripta\ nichilominus tamen, 
ad lucidandum magis veras et breviores vias ', ut docU 
cônflrmeutur in suis forte melioribus opinionibus, et 
indocli banc artem acquirere volentes plane et liquide 
intelligere yaleant ac etîam operari, de coioribus et tem- 
peramentis eorum bine' sUccinte describendo» manlfes- 
tabo res exportas et probatas. 

[G]um, inquio^, secundum physlcam' 1res sint colores 
principales, videlicet niger, albus et rubeus, omnes ergo 
alii colores sunt medii istorum, sicut diffinitum est in 
libris omnium physicorum ^, etc. Naturales tamen^ colores 
ac necessarii ad illuminandum sunt ?iii, videlicet niger, 
albus, rubeus, glaucus^, azurinus, violàceus, rosaceus, 
viridis. Et ex istis quidam sunt naturales, et quidam arti- 
ficiales. Naturales vero sunt azurium ultramarinum et 



i. Seripturis, dans Tédition Salazaro. 

2. Magis viam et breviorem fnam, Sal. 

3. Hic, Sal. 

4. Pour inqîMm. fnquid, ms. 

5. Secundum Plinium, Sal. Pline ne dit cependant rien de 
semblable. 

6. Philùsophorum, Sal. 

7. Tantum, Sal. 

8. La suite dn texte prouve que l'auteur entend par oe 
mot la couleur jaxme. 



l'ait D*«n.inniia; 253 

azarium de Alamania * . Et niger color ' est quedam terra 
nigra sive lapis naturalis. Rubeus color similiter est que- 
dam terra nibea, alias vulgariter dicla maera^. Et vtridis, 
terra sîve TÎride azurium *. Et giaueus ^ est terra glauca, 
me auripigmeotum *, yel aunun finum, sive crocum ^. 
Artifleiato Tero sunt omnes alii colores, videlicet niger 
qui fli ex carbonibus Tttum aeu aliorum Ugnorum yei ex 
Ibmo candetamm, eere vel oM, aut 9tfpi * in baccino aut 
sealeHa Titreata nooUeeto ; rubeas oolor, ut est cino- 
brium*, quod fit ex sniphure et argento viro, siTe minium^ ^, 

i. L'azur d'Allemagne, si répandu au moyen Age, se tirait 
d'une pierre particulière. V. plus loin, n« 10. 

2. Après le mot color, il faudrait sons-entendre 9111, d'après 
M. âalazaroy qui place une virgule après le mot Alamania, 
On ne Toit pas la néoeasité de cette correction. 

3. Les Napolitains appelaient màcra une terre maigre et 
saUooiieuae, analogue à notre ocre rouge, et qui servait en 
Italie à marquer la porte des gens qu'on voulait outrager. 
Charles-Quint dut même sévir, en 1549, contre ce genre 
d'insulte, et Philippe II alla jusqu'à prononcer la peine de 
mort contre les abus de la macriata, 

4. La terre verte de Vérone était employée par les Grecs 
et les Romains et Test encore de nos jours, ainsi que l'azur 
OQ l'outremer vert. Ci ci-apiès le n<» il. 

5. Bt fflatteui id ssi, Sal. Addition inutile. 

6. Orpiment ou orpin, minéral jaune composé de trisuU 
iure d'arsenic. 

7. Safran. 

8. Ï4g9 sM vel iem, dit M. Salazaro. La leçon originale est 
c^>endant meilleare. Ge mot désigne ici le noir extrait de la 
sècbe («cfria ou $0ps), 

9. Oinabriutn, Sal. Le cinabre est le vermillon. 

10. Le minium, qui a donné son nom à la miniature, parce 
qu'il formait primitivement l'élément unique de Tornemen- 
tation des manuscrits, est un rouge tirant davantage sur 
l'orangé. Sa composition, comme celle du cinabre, est restée 
la même depuis Tépoque où ce traité a été rédigé. 



254 hÀKt BlfLUMimi. 

aut alias stoppiumS quod fit ex plumbo ; albus eolor qui 
fit ex plumbo, \idelicet cerusa, sive ex ossibus animaliôin 
combustis; glaueus qui fit ex radice curcumi' ?el ex berba 
foUonum^ cum cerusa^ et aliter fit per suUimatiOBem et 
dicitur purpurina eive aunim musicum^ et aliter fit ex 
vitro et vocatur giallulinum^. Azurium etiam artiflciale fit 
ex herba que dicitur toma-ad-solem *, et ex eadem herba 
pro tempore fit violaceus color. Viridis color artiftcialie fit 
ex bere et ex prunis que vulgariter mincupantur prugoa^ 
meroli ^ et reperiuntur tempore vindemîarum juxta sepes 
vinearum ; et aliter etiam fit ex fioribus lilîorum azurino- 



1. Ce mot, écrit plus loin stupium, et donné comme l'équi- 
valent de minium, est cité par Dieffenbacb comme dési- 
gnant, dans la basse latinité, une variété de ronge {tiùpp$us]. 
Il était peu usité. 

2. Gurcuma, safran des Indes ou soacbet, plante très riche 
en couleur, produisant une teinture orangée et servant 
encore à la composition des jaunes. 

3. Follonum, Sal. C'est peut-être l'herbe à foulon. 

4. Pour musivum. Or mussif ou bisulfure d*étain. 

5. Giallulino, Sal. Le giallulino (diminutif de giallo, jaune) 
était une spécialité napolitaine. Il équivalait au jaune pâle 
qu'on nomme encore aujourd'hui jaune de Napict. Les 
traités spéciaux varient beaucoup an sujet de sa composi- 
tion ; notre auteur semble le donner ici comme fiait avec la 
guède {vitrum), 

6. Tournesol ou héliotrope, plante toujours en usage ches 
les teinturiers et appelée plaa loin pesola ou peexola (n«* Î4 , fil 

7. Espèce de prunelle fort commune aux «iviions de 
Rome, comme on le voit par le n» 11. C'est probablement 
une variété du nerprun. 

8. Iris, appelé aussi lis bleu. Les violettes et les pensées 
fournissaient aussi une couleur verte d'infiision de violettes 
oifre, comme l'on sait, la même nuance). Le vert d'iris, très 
fréquemment employé autrefois dans la miniature, a été 
abandonné comme trop fugace. 



l'âës d'enlukotci. 255 

2. De Mtuminibus adpanendum aurum, 

[B]ittuiniiia ad ponendum aurum snnt bee, videlicet 
ooUa drbuna^ aut cartarum seu pisdum, et hiis similia. 

3. De aquis eum qnibus temperaniur eohres ad ponendum 

in caria. 

[A]que vero cum quibus ponuntur colores sunt bec, 
videlicet ovorum gaUinaruoi clara et vitella eorum, 
gumme arabice et gamme draganti' cum aqua pura fontis 
reaolute. Et aqua mellis sive aqua zucchari aut candi ' 
sunt ad dulcificandum interdum necessaria, prout in pre- 
parationibus eanim particulariter declarabo, Domino con- 
eedenle. 

4. De eohribus ariificialibus comodo fiunt ^, et primo de 

nigro. 

[N]5ger color multiplicîter fit. Primo et communiter fit 
optime et bene de sarmentorum vitum carbonibus, vide- 
licet comburendo sarmenta vitum de quibus vinum orîtur ; 
et antequam incînerentur, prohiciatur aqua paulative 
super ea, et permîctantur extingui, et carbones mundi ^ a 
cineribus reponantur*. Item fit alio modo, videlicet babea< 
tar hacchinnm de auricalco^ mundum vel terre vitrea- 

1. Ge mot, écrit ailleurs eerbuna (n« 16), désigne sans 
doute une colle ûdte avec les cartilages de certains animaux, 
notamment du cerf, qui paraît lui avoir donné son nom. 

2. Gomme adragant, tirée de la plante nommée dragan- 
tum ou tragaeanthum. 

3. Sucre candi, appelé plus loin cannidum (conditum). Gf. 
les n«» 19, 23 et 32. 

4. Bt eomodo fiuntur, Sal. 

5. Mundos, Sah 

6. Seponantur, Sal. 

7. Laiton. 



256 l'art D'EirLUMIIIER. 

tum \ et subtus pone candelam oere mande aeoensam, et 
quod flamma ejus perculiat prope concavitatem bacehini, 
et iilud nigrum quod ex fumo generatur coUîge caute et 
pone, et fac de illo quantum vis. 

5. De (Mo. 

[A]]bum colorem^ pro arte illuminandi unum tantum pro- 
bavi esse bonum, \idelicet album plumbi sive aliter cerusa, 
quia album de ossibus combustis non valet, eoquod nimis 
sit pastosum. Et modum faciendi cerusam non expedit 
ponere, cum salis sit communiter quasi omnibus mani- 
festum quod ex plumbo fit et ubique satis reperitur. 

6. De ruheo colore artifieiali. 

[R]ubeus color artifîcialis fit ex sulfure [et] argento 
vivo, et Yocatur cinobrium^. Et alio modo fit, videlicetex 
plumbo, et vocatur minium sive stupium. Et quia etiam 
de istis coloribus satis ubique reperiuntur, ideo modum 
conficiendi non posui. 

7. De glauco, 

[GJlaucus color artifîcialis fit multipliciter ; primo, vide- 
licet, ut superius dictum est, fit ex radice cureumi sive ex 
herba rocchia^ aliter dicta berba lintorum. Fît ergo sic : 
Recipe radices cureumi bene et subtiliter incisas cum cul- 
tello, unciam i, et pone in média peticta " aque communis, 

1. D'après l'emploi que notre auteur fait de ce terme eu 
plusieurs passages, il semble désigner, non des vases en 
verre, mais des poteries en terre cuite vernissée ou émailiée. 

2. Allms color, ms>. 

3. Cinabrium, Sal. 

4. Rocchia, Sal. Cette herbe des teinturiers n'est sans doute 
pas autre chose que la garance {rubia tinctorum), 

5. Pencta, Sal. Cette forme du mot pitUa, pinte, est bien 
invraisemblable. Du Cange cite, au contraire, la pelita 



l'ait P^ENLCMINBa. 257 

et intus miete unam dragmam aluminis roeche% in vase 
terreo vilreato sustinente ignem, et permicte nnolUflcari 
per diem et noctem, et, cum fuerit bene glaucum, micte 
intus unciam unam eenise plumbi bene oontriti^, et misée 
cum baculo, et permitte stare ad ignem aliquantulum, 
semper duoendo cum baeulo ne per spumam exeat'. 
Deinde cola per paonum Uni in vase terreo cocto et non 
vitreato, et permicte residere, et aquam eîce^ caute, et 
sicca, et repone ad opus tuum. Fit etiam simili modo ex 
dicta berba tinctonim. Recîpe ergo dictam herbam, et 
îTidde mînutatim cum cultello, et pone in aqua commuai 
sive lixîvio competenter forti, et fec quod aqua sive lixi- 
Tjum babundet super berbam in bona quantitate; fac bene 
buliire per aliquod spatium ; deinde, si de berba ftierit 
manipulum unum, pone unciam i' cum dimidia de cerusa 
bene cootrita intus, sed, ante quam mictas cerusam, oon- 
tere unciam i aluminis rocche bene, et micte in dicto vase 
cnm decoctione illius herbe, et eam fac liqueflèri, et, cum 
fiierit liquelkcta^ micte cerusam paulatire, movendo sem- 
per cum baculo, donec sint bene incorporata omnia ista ; 
et, focto^ cola per pannum lini in scutella terrea cocta* et 
non vitreata, et permicte residere, et eice aquam, et ite- 
nun^ micte de aqua communi clara, et, cum materia 

comme une mesure usitée précisément chez les Romains 
vers Tan 1300, et dont le nom serait venu d'un certain 
Pœtus. (Au mot Petitum.) 

i. L'alun de roche, tiré de certaines pierres, est surtout 
commun en Italie. On le nommait aussi alun de Rome. 

2. Contriti, 8al. 

3. Crescat, Sal. Le manuscrit porte eseat (prononciation 
italienne). ' 

4. Pour ^ice. 

5. Dans l'original, le mot unciam est représenté, ici comme 
plus loin, par cette abréviation ; ^ ,. 

6. Copia dans le ms. 

7. Et intus, Sal. 

XLVn 47 



258 L'iEX D'BNLUimigR. 

résident, eice aquam, et siccari permitte, et rqK)ne. Simi- 
liter etiam cerusa potest tingi cum croco. Et nota quod, si 
non esset bene tincta, potest sibi dari plus de ooI(h«. Et si 
nimis habeat^ de colore, pone plus de cerusa. 

8. De purpuréo colore, 

[Ë]st etiam ^ alius color artiflcialis glaucus, qui vocator 
aurum musicum^ sive purpurina^, et fit hoc modo : vide- 
licet, recipe stangni ' partem unam, et funde, et proioe 
super eo partem unam argenti vivi puri, et statim depone 
cfe igné, et 1ère cum aceto. et modico sale communi, et 
lava cum aqua clara calida vel frîgida, donec exeat aqua 
Clara et sine sale, et deinde iterum funde materiam in 
igné, et pone super marmore ; et postmodum recipe sul- 
phurius® vivi, mundi et puri sicut ambram, partem unam 
et salis armoniaci ^ partem unam, et contere peroptime, 
et totum incorpora simul cum supradicto mercurio et 
stangno, donec tantum nigrescat sicut carbo et sit bene 
incorporatum. Deinde habeas unum vas vitri ad modum 
ampuUe cum largo et brevi collo, ita quod vas sit ita 
magnum quod, posita intus materia, medietas sit vaeua 
ad minus; quod vas debetur bene lutari de bona argilla, 
bene speciata cum stercore asinino et cum cimatura pan- 

1. Et si minits haberet, Sal. Le sens indique que cette 
leçon est fautive. 

2. Est et, Sal. 

3. Pour musivum, ainsi que plus haut. 

4. La pourpre allait, comme l'on sait, du rouge clair au 
violet foncé. La purpurine dont parle ici notre auteur devait 
être une nuance se rapprochant de l'orangé , puisqu'il la 
range parmi les jaunes et qu'il en fait un équivalent de l'or 
mussif. 

5. Pour stanni (ital. $iagno\ étain. 

6. Sulphuris, Sal. 

7. Ammoniaque. 



) 



l'art D'EIfLOlIlfll. 359 

oorujD^ adspixitudinem uniusdigiU; et vas débet tantum 
esse lutàtxm quantum materia tenet. Et, posita intus 
materfa nipradicla, loca eum in ftirnelio corn pUa forata, 
tântam quantum sit partis ampulle lutate eapax ^, et obtura 
Janediras intus^ et pilam que est in fumello eum cineribus 
madeftetis eum aqua. Et suptus aooende inprimîs ignem 
deUlem de lignis salicis sive de eandis^ yd bajusmodi, 
fortjâeando ignem uaque ad ?nii horas, vei plus aut 
iDiiias, usque ad sîgnum inferius descriptum. Et vas 
débet esse eooperium eum nna tegula libéra, ita quod 
poijt' amoveri et reponi ad nutnm. Et primo videbitur 
fiimus niger, deinde albus, postea mistus. Et sepe micta- 
tar intus baculus unus siccus et mundus, hoc est in vase 
ttbi est materia, ita quod non tangat materiam, et semper 
paulative vîgoretur ignis, donec videantur in baculo scin- 
tille auree ; et tune dimictatur ignis, quia 6ctum est, et 
infrigidato vase fracto recipiatur materia aurea, et serve- 
tur-, Deo gracias ^ 

9. De glauco colore naturali. 

[N]aturalis color glaucus reperitur, videlîcet aurum 
flnum, et terra glauca, et crocum, ac etiam auripig- 

mentum. 

1. Zimatura pannorum, Sal. Il s'agit des débris provenant 
de la tonte des draps. (V. Du Gange, au mot Gimare.) 

1 Peut-être faut-il lire : quantum sit pars ampulle lutata 
eapax. 

3. Internas, Sal. Le ms. porte, par erreur, in tuas. 

4. Pour cannîs, suivant M. Salazaro. 

5. Pour possit. Vx et Vs sont équivalents dans la pronon- 
ciation de Tanteur. (Cf., plus haut, eseat pour exeat, etc.) 

6. Ici, la formule Deo gracias ne marque pas la fin du 
traité ou d'une de ses parties ; elle signifie simplement : 
« Alors l'opération est finie. » 



260 

'lO. De azurio sive cetesti colore tMturali et artificiali, 

[A]zuriuin multipliciter reperitur, videlicet ultnunari- 
nuiD, quod ût de lapide azuli, cujus moduoi feciendî in 
fine hujus iibri ponamV et quod etiam omnibus aliis 
prevalet. Aliud azurium est quod fit de lapide qui nascitur 
in Alamania'; et aliud etiam fit de laminis argenteis, 
sicut ponit Albertus magnus '. Aliud vero fit artiflcialiter 
et grossum, id est indico^ optimo et cerusa. Item fit aliter 
de herba que vocatur torna-ad-solem, et durât in colore 
azurii per annum ; postea conrertitur in violaceum colo- 
rera. Modus autem faciendi colorem de dicta berba talis 
est. Recipe ergo grana illius herbe, que colliguntur infra 

1. M. Saiazaro a cru que le traité était incomplet ou 
inachevé, parce que la recette annoncée ici ne se trouvait 
pas à la fin même du livre, comme Fauteur le dit. La 
manière de préparer Foutremer est cependant décrite un peu . 
avant la fin (n^ 20). Ainsi , s'il fallait prendre à la lettre les 
mots in fine, cela prouverait, au contraire, que le traité a été 
allongé et que les n»* 21 et suivants sont des additions faites 
après coup. Il semble bien que les derniers chapitres ont 
été, en effet, ajoutés successivement ; mais le fait n*est cer- 
tain qu*à partir du n9 24, le no 23 étant le premier qui se 
termine par une formule finale {Deo gratias)^ sauf l'exception 
constatée au u9 8, où ces mots signifient autre chose. 

2. Le nom d'azur d'Allemagne s'est étendu depuis à la 
teinture recueillie sur les minerais d'argent de tous les pays. 

3. Avant le perfectionnement et l'extension considérables 
donnés de nos jours à la fabrication des outremers, on faisait 
encore un azur commun avec des lames d'argent et des sels 
ammoniaques. 

4. Ce mot, répété au n* H, prouve que l'indigo, qui, 
d'après certains auteurs, aurait été apporté de l'Inde en 
Europe vers le milieu du xvi» siècle, était connu bien aupa- 
ravant. Du reste, Pline et Vitruve parlent d'un bleu indien 
qui était combustible et qui devait être, par conséquent, une 
espèce d'indigo. 



Vàxt n'iNLiniiifn. 364 

medietatem mensis julii osque ad medielatem nuaMls 

seplembris, et habet glauoosS et fructus ejus, id est, 

ipsa graoa sont trianglata ^j hoc est qood sunt tria grana 

in nno conjancta ; et debent coUigl quando tempus est 

xrenum; et grana debent esse sine ftiste ubi pendent, et 

pm in pecia iini vei canapi antiqua et munda ; et rednde 

paoDum, el dueas per manus donec pecia inebrîetur sueo, 

et graDoram nucilU non fraogantur ; et habeas scatellam 

vitreatam, et exprime sucum de dicta pecia in dicta scii^ 

tella; et itenim accipe alla grana ipsius herbe reoentia, et 

extrah^ sucum per eundem modum, donec habeas de eo 

satis. Deinde recipe alias pecias Uni bene mundas et usi- 

latas, et que sint primo balneate in lixivio facto de aqua 

et calce viva, semel vd bis, et postea cum aqua clara la?a 

peroptime, et sicca; et etiam simpliciter sine calce possunt 

fîeri; et desiccatas ' micte in dicta scutella, ubi sucus pre- 

dide herbe est, et fac ut pecie recipiant de dlcto suco tan- 

lum quod bene inebrientur, et permicte stare in dicta 

acutella per diem unam vel noctem. Postea habeas locum 

ot»carum et [hjumidum, obi ponas terram bonam de orto 

in uno scbifo sive alio vase apto, aut supra cellario, ubi 

ventus, sol neque pluvia yel aqua pertingant, et super qua 

terra sit projecta de multa urina sani hominis bibentis 

vinum, et super qua eUam (àcias magisterium^ de candis' 



1. Habeant glaucos, Sal. Il faudrait plutôt corriger glauca, 

2. Triangulata, Sal. Le mot qus, que le môme éditeur 
suppose manquer ici {grana qua sunt)^ ne ferait que déna- 
turer le sens de ce membre de phrase. 

3. Desiccate, ms. et Sal. 

4. Ge mot est ainsi abrégé dans le manuscrit : magrium. 
M. Salazaro a lu comme nous ; et, en effet, le mot magiste^ 
no existe en italien pour désigner un ouvrage ou un édifice 
de maître. (Gf. Du Gange, MAOïsTsnruM.) Peut-être veut-il 
dire ici, par extension, un échafaudage. 

5. Pour eannis, suivant le même éditeur. 



262 L^AET D^BlfUmUIBB. 

sobiilibus ?el aliis virgulis * lingneis, ita quod pecie isle 
ftic balneate de dicto suco possint extendi supra vaporem 
urine, ita quod non tangant terram balneatam urina, 
gicul; Bupra dictum est, quia degoastarentur j et sic postea 
stent per très vel quatuor dies, aut quousque ibi desic- 
centur. Deinde dictas pedas pone infra ^ libros, et tene in 
cassa', vd pone in vase vitri, et obtura, et pone infira^ 
calcem rivam, non extinctam, in loco remoto et sîcco, et 
serva. 

U. De viridi colore. 

[V]îridi8 color naturalis reperîtur sic : vîdclicet, terra 
viridis, qua communiter pictores utuntur, et virîde azu- 
rium'. Alie autem species viridis coloris artiflcialiter 
extrahuntur a rébus naluralibus compositis, in quibus 
ipsa natura operata est, et in eis est potentialiter, et non- 
dum ad actum productus*, sed per debitum artifîdum 
deducuntur de potentia ad actum, verbi gratta, ut apparet 
in ère, quod est rubeum et per artificium fit viride ; et 
ctiam apparet in prunis merolis, de quibus superius feci 
mentionem^, que ita vocantur juxta vulgare romanum, 
in cujus territorio habundant®. Et tertio raanifestatur in 
liliis* azurinis, que vocantur hyrcos *^, el tamen convertun- 

1. Virguliis, 8al. 

2. Inter, Bal. 

3. Gapsa, Sal. 

4. Mer, Sal. 

5. V. ci-dessus, n» 4. 

6. Producta, Sal. 

7. V. le n- 1. 

8. Halmndantur, Sal. Une abréviation qui se trouve à la 
fin du mot peut justifier cette leçon. Ce passage est une des 
preuves de l'origine italienne du traité. 

9. Aliis, ms. Le texte du n« 1 permet do rétablir le mot. 

10. Hyrcos, Sal. Hy^reos doit être une variante, défigurée par 
le copiste, du nom moderne de cette fleur (iris). 



l'ait B'BHumiiitt. 8M 

tar in porisaimiim eolorom viridon per arlifidom. De 
quibas liliis' ooior fit sic : reeipe flores predictos reoenti» 
tempore veris, quaiido crescimt, et pista in mortario mar^ 
moreo vel eaeo, et cum una peeia exprime sucum in scu* 
teUa vitreata, et in dieto sueo faalnea aiias peeias Uni 
mondas, et semei vel bis ])alneata8 et desiecatas in aqua 
aiominis roeche; et, com bene inebriate fuerint pecie 
hujusmodî in dieto suco iiliorum, pennicte sieeari ad 
uinbram, et serva inter cartas librorum, quia ex isto suoo 
sic reservato fit cum giallulino poloerrimnm viride et 
nobite ad ponendum in carta. Et nota quod, postquam 
fuerint desîccate pecie, si iterum balneantur in dieto. suco 
et desiccentur, prevalebunt. El similiter fit de dictis prun- 
gamerolis ', que reperiuntur tempore vindemîarum, vide- 
licet hoc modo : reeipe grana sive pruna supradicta, et 
micte in scutdla yitreata, et firange sive contunde bene 
cum digitis ; deinde distempera in lixivio claro non minis 
forte de alumine roeche quantum dissolvere potest juxta 
ignem, et de isto lixivio cum dieto alumine pone super 
dictis prunis in dicta scutella tantum quod cooperiat dicta 
pruna confracta, ut dictum est; et permicte stare sic in 
loco remoto per très dies, et postea exprime cum manibus 
in pecia lini, et cola sucum in alia scutella vitreata; et 
si vis reservare in peciis Uni, potes; fac per omnia ut 
supra dictum est de suco liUorum. Sin autem^ pone îh 
ampulla vitri, et serva obturando ampuUam. Et [si] cum 
isto sueo poteris conterere es viride, est optimum -, et si 
contrîveris azurium de Alamania, convertetur in pulceri- 
mum viride; et cum giallulino miscetur vel cerusa ad 
opus pinzelU, et investiuntur folia, etc., et umbrantur 
cum suco liliorum extracto de peciis cum clara ovorum \ 

1. Aliis, ms., comme ci-dessus. 

2. Prugnamerolù, SaL Le nom local de ce Irait est, du 
reste, écrit par Fautear de trois façons différentes. (Cf. ie 
Q* 1 et le commencement de celoi-ci.) 



264 l'ait D'niLinaifBR. 

et similiter potest umbrari cum suoo pninomm ipsocum 
aut eum puro azarioc coaverso ia viride colore, tempe- 
rando dulciter cum aqua gummata aut clara. Aliud viride 
fit cum auripigmento et indico booo, sed non est bonum 
àuripigmento uti in earta» quia ceruaam, minium et viride 
es odore suo reducit ad proprium colorem metallieum ; et 
idcirco de isto nec de viride ère modum fadendi ponere 
non curavi. 

'I2. De colore rosiiceo^ alias dicto roieeia. 

[C]oIor rosaceus, videlicet rosecta, que in earta commu- 
niter eperatur, tam pro investitura pannorum aut folio- 
rum nec non corporum litterarum\ quam etîam ad 
faciendum eam liquidam^ absque corpore, ad umbrandum 
folia vei corpora Utterarum. Rosecta corporea hoc modo 
fit. Recipe lignum brasiii ' optimum, çujus bec est pro- 
bacio, videlicet quod, posito in ore, iit^ dulce quando 
masticatur et vertitur in colorem rosaceum, et rade ex 
dicto ligno cum cultello vel vitro partem quam volueris, 
et pone in lixivio facto de lignis vitum vel quercum^ et, si 
est antiquum lixivium, melius est, et hoc in vase vitrealo 
quod sustineat ignem, et lixivium supernatet supra dio 
tum brasile» ita quod quicquid est in eo resolubile poxil 
bene resoivi in dicto lixivio, et ad molliflcandum per noc- 
tem vel diem unam permicte stare in dicto lixivio ; deinde 

1. La rosette, d'après ce passage, était l'espèce d'encre 
carminée qui servait à tracer sur le vélin le contour des 
lettres ou des figures. 

2. Bois de brésil. On voit que ce bois rouge était connu 
bien avant la contrée qui porte le même nom, et que celle-ci, 
loin de lui communiquer le sien, a dû, au contraire, être 
appelée ainsi parce qu'elle produisait une grande quantité 
de bois de brésil. Cette substance entre encore dans la com- 
position de nos laques carminées. 

3. SU, 8al. 



l'ait d'bulvhiii». 265 

poM juita ignem, et caleOat uaque ad buUiUoneiiiy et non 
buOiat tamen, et fréquenter moveas cam baeuio. Poet hee 
scias quantum (tait brasUe rasum, et tantum habeas de 
optimo marmore albo bene et peroptime trito «ne tactu 
super porfiduoi'* Yel eum coltello raso, et tantum [de] 
alumine zuocbarino^ vel alias de roocha quantum est 
etiam brasiie, et, bene stmul oontritis, micte paulatim* in 
dido vase duœndo senper cum baculo, donec ait spuma 
qoam fadet^ sedata et bene tinctum, et postea coletur 
eom peeia Hni vel canapi munda in scutella vitreata sive 
non vitreata. Et nota quod aliqui dicunt quod, postquam 
liiiviuffl est bene tinctum , oolari débet per pannum in 
vase vitreato, et calefkctum modicum mictunt alumini et 
marmori ', et statim redpiet colorem, et separabitur aqua 
quaà Clara superius^ quam caute eiee, et hoc est melius. 
Sed liiivium débet esse antiquum per xv dies ante *, aut 
factom de aqua pluviali putreÊicta in aliquo lapideo vase 
vel coûcavitate arborum, sicut pierumque invenitur, quia 
illa aqua nimium opUma est et trahit pulcriorem colorem ; 
quod alîqui tenent pro meiiori ut humiditas lixivii reci- 
pialar a scutella ; aîii vero, qui ponunt in vase vitreato, 
permictunt residere, et postea paùlative ac suaviter extra- 
huotlixivium et permictunt siccari materiam. Item aliqui 
cavant mactonem de terra coctum , et in illa concavitate 
ponunt materiam ad desiccandum. Et quando vis^ quod 
duret in longum tempus, mole cum aqua gummata, et 
pennicte siccari, et repone in frustis®. Et qui [vult] eam 

1. Pour porpiiyrium (ital. parfldo). 

2. L'alun succharin est une composition d'alun, d'eau 
rose et de blanc d'œuf. 

3. Paùlative, Sal. 
*• Fadt, Sal. 

â- Mictatur alumen et marmor, Sal. 

6. AîUea, Sal. 

7. Vult, ms. 

8. Frustrii, ms. 



266 l'ibt d'enlumirbe. 

facere nobiliorem, quando ponit lignum braaile, ponat 
eum eo in lixivio octavam partem vel sextam partem^ aut 
plus vel minus ad libitum ponderis ipsius brasilis de 
grana tinctorum, si haberi potest, quia magis perdurât in 
stabilitate coloris etpulcnor erit, et prosequatur ut supra; 
tamen pulerioris coloris est de brasili solo quam oûslo ' 
cum grana ; ikc quod volueris. Item, si in dicto brasili 
soluto in lixivici, ut supra, posueris pro corpore coquillas 
ovorum positas per noctem in aceto forti et de mane pel* 
liculas extractas et lotas cum aqua clara et molitas super 
porfidum ^ sine tactu cum alumine in pondère supradicto^ 
et mictas ^ in colatorio panni Uni , et remictas * itertim 
quod colat in colatorio bis vel ter, et remanebit in oolato- 
rio tota materia bona^ et permîctas ^ siocari ad aerem in 
dicto colatorio, quod non tangat eum sol, et repone et fee 
ut supra, optimum erit 

4 S. De colore brasili liquido et sine corpore ad facien^ 
dum utnbraturam. 

[RJecipe ligni predicti quantum volueris, rasum ut 
supra, et si habes de grana predicta et vis ponere, ponas; 
sin autem, simpliciter fac de brasili et in vase vitreato, et 
superpone de clara ovorum bene fracta cum spongîa 
marina, quod bene cooperiat dictum brasile^ et sucus ejus 
per modum mollificationis bene extrahatur, et peraiîcte 
stare cum dicta clara ovorum per duos vel très dies*. Et 

i . Pour mixto (prononciation italienne). 

2. Ut supra. 

3. Micte, Sal. 

4. Remicte, Sal. 

5. PermicU, Sal. 

6. L'éditeur a vu là deux membres de phrase transposés 
et propose de lire ainsi : Et permicte stare oum dicta dara 
ovorum per duos vel très dies, et sucus t^us per modum moi^ 
lificationis bene extrahatur. Cette correction ne me paraît 



l'ait d'bitujhiiise. 267 

dcinde habeas modieum de alumine zuccharîiio vel de 
roœba, viddicet, ad mediam unciam, [et] braaili ad quanii- 
tatem duorum granorum commanium fobarum vel trium 
ad plus, el resohe in aqua gummata, et commiace cum 
dicto brasili et eiara, et stet adhuc per unam diem, et 
postea eola per pannum lineuin in vase terreo vitreato 
bene amplo, in fundo apeeialiter, et permitte siocarî ; et 
aliqui siocant super porfldum ^ ut citius fiât; et reconde, 
et quando volueris eo uti, accipe modieum de eo vd aïeul 
est tibi oportunum, et micte in vasello vitreato vel coquilla 
pisdum, et distempera cum aqua communi, et pone priu»- 
qoam' fuerit distemperatum de aqua melis modieum, 
quantum eiun asta pînzelli capere poterîs vel quantum est 
sibi neeessarium quod non fadat post dedceationem cre- 
pâturas; et, sî deest sibi temperamenlum, quod non esset 
bene relucens propter aquam communem, miete plus de 
Clara ovorum seu aqua gummata, sed melior est clara, et 
caveas quod non habeat multum de mêle, quia deguastaret 
sibi colorem, et cave etiam ne habeat multum de tempe- 
ramento, quia carpet alios colores; el propter hoc ponitur 
aqua mollis, sicul seiunt omnes expert! ; et hoc non scribo 
Disi causa reducendi ad memoriam illis qui incaute labo- 
rant interdum. De alaccha^ non euro : dimitto pictoribus. 

^Â. De assûa adponendum awrum in earta. 

[A]3sisa ad ponendum aurum in carta multipliciter fit. 
Tamen de ea aliquem modnm ponam et bonum et proba- 
tum. Reeipe ergo gessum eoctum et curatnm quo plctores 
ad ponendum aurum in tabulis utuntur, videlicet de sub- 
tiliori, quantum volueris, et quarlam partem ipsius optimi 

pas nécessaire, et, d'ailleurs^ le mot ^us, qui se rapporte à 
hrasile, s'en trouverait ainsi beaucoup trop éloigné. 

1. Vt supra. 

2. Postquam, Sal. 

3. Pour î/iccha, la laque. 



268 l'art D'EfriumirER. 

boli armenici \ et contere super lapidem porfirieum eam 
aqua clara usque ad summam eoQtrictionem ; deinde per- 
micte siccari in dicto lapide, et recipe de eo partem quam 
Yolueris, alia parte reservata^ et tere cum aqua colle cer- 
bune ^ seu cartarum, et micte tantum de nielle quod con- 
sidères posse dulcificari ut oportet -, et in hoc te oportet 
esse cautum, ut neb nimis nec parum ponas, sed seoim- 
dum quantitatem materie, tantum quod posita modiea 
pars malerie in ore vix sentiat de dulcedine. Et scias quod 
ad unum panrum vasellum quo pictores utuntur sufBcit 
quantum vis^ cum puncta aste pinzelli accipias'*, et, si 
minus esset, degpastaretur materia, et contricto bene mie- 
tas in vasello vitreato, et statim ponas aquam claram 
superius cauto modo sine misculatione materie, tanta 
quod cooperiat eam, et statim ita rectificabitur, quod non 
faciet' anpullas neque foramina postquam fuerit desiccata. 
Et quando volueris ponere, post aliquam moruiam proioe 
aquam desuper natantem sine aliquo motu materie. Et 
semper, antequam ponas asaisam in loco proprio ubi debes 
operari in carta, debes probare in aliqua carta oonsimiii 
si est bene temperata, et, desiccata, pone modicum de auro 
superius, et videas si bene brunitur. Et nota quod, si 
haberet multum de tempera aut melie, fac remedlum 
ponendo aquam duicem communem super eam in vase 
sine motu, et çfficietur melioris tempérament! si stat per 
ail quod spatîum, et-postmodum prohiciatur aqua etiam 
sine motu. Et, si indigeat * tempera fortiori, pone plus de 

i. Le bol d'Arménie ou terre arménienne produit une 
couleur rouge par la calcination. Il était, employé par les 
anciens et l'est encore ; mais son nom s'applique par exten- 
sion à quelques argiles de nos contrées. 

2. Cf. le n^ 2 et la note qui s'y rapporte. 

3. Bis, Sal. 

4. Àccipes, Sal. 

5. Faciat, Sal. 

6. Indigeret, Sal. 



l'ait D'ERLUHinift. 269 

coUa, seilioet aqna sua* aut de aqua mellis, si Aierit opus, 
ita quod tibi placeat materia. Et quia in hoc magis valet 
praliea quam scripla documenta, îdcirco non euro parti- 
cuhriter que sentio explanare ; saplenli pauca, etc. ' 

45. De modo utendi ea. 

[Njotandum est quod, quando littere sive folia aut ima- 
gines in carta fuerint designate, in locis ubi aurum poni 
débet, inungi débet cum frusto colle cerbune aut piscium 
hoc modo, videlicet madebciendo fruslum illius colle in 
ore, gejuno stomaco vel post digestionem, quousque fuerit 
moilificatum ^ et sic cum eo, sepe madefaciendo dictum 
frnstam colle, linla ' locum ubi aurum débet poni, quia 
carta efBcietur habilior ad recipiendum assisam ; et aliqui 
hoc modo cum dicta coUa liniunt totum designamentum, 
at omnes colores etiam meiius incorporentur ; sed hoc 
omoimode esset neoessarium quando pergamenum erit 
pilosum vel rude. Et etiam similiter potest balneari sive 
liniri carta ubi débet poni aurum et colores cum aqua 
eolle dulcificata cum modico de mêle, et liniri cum bom- 
maœ' apto modo, sicut decet, vel pinzeilo, et boc est 
melins. Deinde recipe dictam assisam bene, ut dictum est, 
temperatam'*, et cum pinzeilo ad hoc apto liquido modo 
pone primo, et, quasi desiccata, pone alia vice super ipsam 
assisam, et hoc fac' bis vel ter, donec videatur quod bene 
stet et quod non sit nimis grossa neque subtilis, sed com- 
petenter ; qua ultimo bene desiccata, duldter cum bono et 
apto culteiio rade superficiemi et munda cum pede leporis. 

1. Peut-être fant-il lire ici aqua suechari, comme le pro- 
pose l'éditeur italien. 

2. Pour Uni, suivant Sal. Mais le verbe liniare existait 
aussi au moyen &ge. 

3. Pour bombace (coton). Bammaee, Sal. 

4. Tmperata, Sal. 

5. Facto, ms. 



270 l'art D^BNLOUmBR. 

Deinde recipe daram ovorum fraetam cam pinzdlo sitolare* 
aut eanna gcissa et adaptata ad illud, sicut pietores foerant, 
et, postquam tota clara facta fuerit spuma, pone desuper 
tantum de aqua communi sive mista cutn vino albo optimo, 
vel modicum de lixivio, aut simpliciter, quod utrumque est 
bonum, et prohice post modicum spacium de spuma quam' 
superius faciet, et sic que remanebit erit bona. Recipe ergo 
de ipsa cum pinzello apto ad hoc^ et balnea super dictam 
assisam sapienter et discrète, ita quod dicta assisa habili- 
ter recipiat aurum vel argentum, ut pietores &ciuDt in 
tabulis quando aurum ponunt, et incide aurum cum cul- 
tello super cartam, ut scis^ secundum quantitatem ioco- 
rum ubi aurum poui débet; et^ si opus fuerit, facias plan- 
qum^ adherere assise cum modico de bommice^ ; et, post 
aliquam morulam, cum fuerit quasi desiccatum et poterit 
substioere brunitiouem, brunias eum cum dente lupi vel 
vituie aptato aut cum lapide amatiti'. sicut pietores faciunt, 
super tabulam bussi vel alterius iigni bene puliti etsolidi. 
Et, siiualiquo loca defecerit aurum, babiea sapienter cum 
dicta Clara illum locum ubi aurum déficit, et pone aurum 
comprimendo, si oportet, cum bommace^; et postquam 
fuerit totum aurum brunitum, frica modicum cum pede 
leporis, et quod per pedem non removetur rade, planaque^ 
cum cultello bene acuto superfluitates tantum, et, remolis 

1. Siiularum, d*après Téditeur, qui voit dans cet instru- 
ment un pinceau fait de soies (è setis). Mais, suivant Du 
Gange, on appelait, au moyen âge, situla on situlus le vase 
contenant Tean bénite; ainsi le pincellum siMare serait 
plutôt un petit goupillon. 

2. Que, 8al. 

3. Plane, 8al. Ge terme s'applique sans doute à la feuille 
d'or découpée. 

4. Pour bombice. 

5. Pour amethysti. On disait en fVançais amatitre. 

6. Ut supra. 

7. Planeque, ms. 



L*AET D'aiLUUnlBB. 271 

superfluitatibus, itenim branias, donee tibi optimeplaoeat^ 
Et sie cam lapide amaUti vel alionim ferramentomm ad 
boc preparatorum poteril quis super tabulam bussi ant 
alterios ligni, etc^ aurum sic posilum lineare aut graneo< 
tare, et sic erit completum. Et cum pluribus aliîs modis 
aurum vel argentum in cartam ponere aede [duribus aliis 
rébus assisam facere possit, tamen de isto modo simplid* 
ter posui, eo quod videtur michl esse de melîorlbus et, 
cum apud omnes illuminatores modus iste est safis com- 
munîs. 

46. De aquis seu bictuminUnu ad arlem illiimmandi 
neecessariis et primo de aqua colle. 

Redpe ergo coUam cerbunam^ seu cartarum, id est de 
extremitatibus pergamenorum factam, que est melior, et 
nota quod, quanto magls carte sunt pulgriores, tanto magis 
colla venît albior et melior, et pone in vase vitreato, et 
desuper funde tantum de aqua communi dara quod coo- 
penat ipsam collam bene et habundanter, et permicte bene 
ffloUiâcari; et colla débet esse clarissima; et deinde dis- 
tempera ad lentum ignem, et, si erit nimis fortis, tempera 
cum aqua clara commuai, et proba hoc modo : acdpe de 
dicta colla liquefacta cum digito, et pone digitum super 
mauum tuam; si accipit inmediate digitum, est nimis 
fortis pro hoc opère; si vero in prima vice, quando posue- 
ris digitum, non accipit, sed in secunda yel tertia tune 
accipit, bona est, utere ea. Et, si conservare volueris eam 
liquidam^ pone plus de aqua communi, et dimicte stare, 
et post aliquos^ dies stabit liquida sine igné; licet det feto- 

i. Placiat, ms. 

2. Stiam, Sal. 

3. Colla cerbuna, Sal. Cf. les n<» 2 et 14. Cette colle est 
digtincte de la colle de parchemin, malgré l'amphibologie du 
texte. 

4. Aliquot, Sal. 



I 272 l'aET D*KftUMINEft. 

I rem, tâmen optima est. Et nota quod colla plsduni[quo]- 

I que bene distemperatur cum aqua communi hoc modo, 

I excepto quod débet habere plus de aqua communi quam 

colla cartarum. Et nota quod colla cartarum seu cerbuna 

optime molliflcatur cum optimo aceto, et, mollificata, éjecte 

' ^ acéto, pone aquam communem et distempera, et foc ut die- 

tum est. 

47. î)e Clara ovomm et quomodo preparaiur, 

[Cjlara ovorum gallinarum, que meliora sunt, sic fit. 
Recipe ova recentia, unum, duo vel plura, secundum quod 
opus fuerit, et frange caute, et extrae clara\ et sépara 
gallaturam ab eis, et vitellum cum ea non misceas ; et micte 
in scutella vitreata, et, cum spongia marina recenti, quia 
melior est, si habes, sin autem, non est vix, dummodosit 
bene Iota*, ducas tan tum cum manibus, donec tota clara 
recipiatur a dicta ; et spongia débet esse in tanta quanti- 
tate, quod poxit in se capere dictam quanti tatem clarequam 
accepisti ; et tune tamdiu exprime in dicta scutella et reci- 
pia, cum spongia, donec non faciat spumam et currat ut 
aqua-, tune operare' cum ea. Et, si vis quod conservetur in 
longum sine fetore et non putrescat, pone in ampulla vitri 
cum Clara modicum de realgaro^ rubeo, ad quantitatem 
unius fabe vel duarum ad plus, aut modicum de canfora, 
sive duos gariofolos*, et conservabitur. Et, quando volueris 

1. Extrahe claram, Sal. Mais les mots ah eis, qui suivent, 
veulent plutôt clara (pluriel de darum, usité dans le même 



2. Sin autem non est (recens?), vix dummodo sit bene Iota, 
Sal. Ce changement de ponctuation produit un non-sens. 
Mais l'éditeur italien ne connaissait peut-être pas la locution 
française « Ce n'est pas la peine i, qui est simplement cal- 
quée dans ce passage. 

3. Operatur, Sal. 

4. Realgare, Sal. Réalgar ou réagal, bisulfure d'arsenic. 

5. Gariofalos, Sal. Clous de girofle. 



l'aet D*E!aitlnifSB. 273 

ponere eum ea aunim, fhmge ipsa cum pinzello silulare * 
vel canna sdsaa, sicut superius didum est. 

48. De aqua gimime oratrice. 

Aedpe' gummam arabicam albam et daram, et frange 
in parvis frustis, sive tere, et micte in vase Yitreato, et 
desoper pone tantum de aqoa oommuni quod oooperiat per 
duos digitos, et permicte stare per diem et noctem, et pos* 
tea pone super eineres calidos per aliquod spacium, donec 
solYaUir -, et sicut probasti aquam oolle, proba istam, et, si 
bene est in bona temperantia, quod non sit nimis fortis vel 
dulds, cola per pannum, et serva in ampulla, et utere ea. 
Et, si vis aquam gumme draganti habere, redpe de dicta 
gamma draganti parum, et micte in vase vitreato, et pone 
salis de aqua communi, et permicte stare donec molliQce» 
tur et crescet nimium ; calefac modicum, et ponas tantum 
de aqua quod stet per se soluta, et, si vis, utere ea-, tamen 
modicum est utilis. 

\%, De aqm mellis vel zuechari. 

[A]qua meliis vel zucchari est plurimum neccessaria ad 
temperamentum aque colle et dare. Fit autem sic. Recipe 
mei purum et album, si potes, et decoque in amplo vase 
Tiireato lento igné, et spumam eîce donec sit darum, et 
luDc micte in eo tantum de aqua, et fecias buUire eum in 
?ase vitreato, ut supra dictum est, et mictas in eo modicum 
de albumine ovorum fracto cum aqua communi, sicut 
bclunt spedarii'; et ponitur modicum, quia modicum 
islius mellis satis est; et micte in dicte melle, et permicte 
bollire insimul miscendo, donec aqua quasi exaletur, et 
deinde cola per stamineam sive pannum lineum, et serva 

i. Sitularum, Sal. Ut supra. 

2. Rtcipe, Sal. 

3. Spesiali (pharmaciens), Sal. 

XLVU 4 S 



274 l'aat D'ElfLUKUnOl. 

in ampulla. El hoc modo etiam potest fleri aqua zuœhari. 
El etiam, si non vull quis habere istos labores, ponat mel 
aut zuccharum simpliciter cumaquaaut sine aqua; tamen 
boc scripsi quia, quanto magis est purum^ melius est; et 
sic est de zuccaro candi loco zuccari communis. 

20. De cohribus, quomodo debent moleri et inviem 
miseeri ae in pergameno pani. 

[S]ciendum est quod niger color carbonum aut lapidis 
naturalis débet moleri super lapidem porfiricum aut alte- 
rius specieî fortissime cum aqua communi, quousque flat 
sine lactu, et postea miclî* in vasellis terreis vitreatis; et, 
cum resederit, eiciatur aqua caute, et ponatur de recenti, 
et sic uno etoptimo modo conservantur quamdiu placitam 
fùerit operanti ; et, si aqua defeceritaut putréfiai^, ponatur 
semper de recenti. Et simili modo conteruntur promajori 
parte omnes colores qui habent corpus, excepto viride es, 
quod teritur cum aceto, sive cum suco foliorum liliorum 
azurinorum, aut cum suco prunorum supradictorum, 
et alii conterunt cum suco rute^ et modico croco, et tem- 
pérant eum cum vitello ovorum. Alii vero colores conte- 
runtur et conservantur simili modo, ut supra dictum est. 
Et nota quod, si azurium ultramarinum est bene subtile et 
mundum, potest in vasello siye in cornu cum tempera sive 
aqua cum digito miseeri ; sin autem non sit bene subtile, 
tune molendum est super lapidem, qui non fodiatur cum 
molitur, quia deguastarentur^ azurium et alii colores duri, 
videlicet giallolinum', quia de aliis coloribus moUioribus 
non esset tanta vix ^. Redeo ad azurium ultramarinum 

1. Micte, Sal. 

2. Putrescat, Sal. 

3. Rue, plante médicinale. 

4. Deguastaretur, Bal. 

5. Giallulinum, Sal. Gf. le nM. 

6. Pour vis, dit Téditeur, qui, comme plus haut, n'entend 
pas le mot vix. 



l'ut D'inannina. 275 

grossam et non bene lotiim, quod teri débet cum quarta 
parte vel minus salis armoniad, et postea cum aqua corn- 
muni vel lixiyio non nimis forti ; et, molito ad placitum 
grossitadinis et subtilitatis, micte in vase terreo vitreato et 
amplo, secundum quantitatem azurii, et desuper pone de 
aqua commnm clara, ita ut dupernatet» et misce cum manu 
Tel bacalo, et penniete residere, et eiee aquam caute, et 
pone aliam aquam recentem, et misce, et, pausata, itenim 
eîoe, et hoe fiât* donec aqua exeat clara et azurium rema- 
neatpurum et sine salzedine, et sioca ad umbram, et serva. 
Et, ai vis quod sit in ullima subtilitate, tere ipsum sine 
taetu, et pone in vase cum multa aqua commun!, et misce 
bene, et cola per sindonem sive pannum lineum, donec 
eieat iotum illud quod poterit exire, et permicte residere, 
et eiee aquam, et quod remanet in fundo vasis desicca ad 
aerem ateque sole, quia optimum erit ad omnes operatio- 
nes quoad subtilitatem, sive cum penna, sive cum pin* 
zeUo. 

Et deinde dicendum est de azurio de Alamania. Sciendum 
est [quod], quando azurium [est] grossum et turpe, et vis' 
eam meliorari, hoc modo faciès. Becipe azurium de Ala- 
fflania, et oontere super lapidem, ut supra, quantum tibi 
piacaerit subtiiiare', et hoc (àc cum aqua gumme compe- 
tenter spissa, et deinde pone in vase vitreato amplo, et 
fonde desuper de aqua communi clara, et misce bene, et, 
quando competenter residerit^ eicé aquam caute in alio 
Tase vitreato, ita quod, si aliquid iret cum aqua de bono, 
non perdatur-, et iterum pone de aqua communi, et fiic 
similiter, et hoc tociens réitéra donec azurium remaneat 
punim et mundum^ et^ lioet diminuatur, tamen est mul- 
tum melioratum. Et, si vis &oere sicut de azurio ultra- 

i. Foc, Sal. 

2. De azurio de Alamannia, quod est quoddam axurium 
grmum et iurpe, et si vis, Sal. Altération manifeste. 

3. Suhtiliore, Bai. 



276 l'ait D'BNLUinifEE. 

marino, conterendo et âdeodo tranâre per pannam sive 
sericum^ potes; sed azurium forte istudalamanicamper- 
deret nimium oolorem, ita quod sine alio adjutorio pcMstea 
[non] valeret* ; et tune desicca et serva. Et, quando vis azu- 
rium laborare cum pinzeUo, distempera eum cum aqua 
gummata; et atiqui ponunt duas vei très guetasdareovo- 
rum; fac quod melius est, ut post probationem tibi vide- 
bitur. Item, quando vis facere corpora litterarum cum 
penna, notiflco quod aliquidistemperant azurium cum aqua 
gumme, et aiiqui cum clara ovorum, et ponunt modicum 
de zuccaro, quasi granum frumenti; et aiiqui ponunt très 
partes aque gummate et unam partem clare : fac quod ?is, 
quia utrumque bonum est. Ad florizandum azurium ultra- 
marinum, primo sciatur quod débet esse bene subUIe et 
distemperari cum clara ovorum, et aliquid poni' de aqua 
zucchari sive mellis, et aliter cum aqua gumme et dara; 
et nicbilominus, si neccesse fuerit^ poni potest aliquid de 
aqua zucbari vel meilis, ut supra : fkc quod vis, quia, si 
eris cognoscens naturas istariim rerum, bene tibi veniçt. 
Nota quod, ubicumque dicilur de aqua meilis vel zucbari, 
potest suppleri cum zucharo candi, sed débet poni in 
modico^ majori quanti tate, distemperato cum aqua vel 
[clara]. Et nota quod, si interdum in cornu ingrossabitur 
tempera azurii, pone aquam claram, seu de novo tempe- 
ramento mole super lapidem ; et, [si] erit nimis viscosa, 
pone aquam claram, et permicte molliflcari, et eice, et pone 
novam temperam, et semper ducas bene cum baculo in 
cornu. Et nota quod, quando cinabrium ingrossatur, teri- 
tur similiter; et, [si] clara fuerit grossa et viscosa, pona- 
tur una gupta vel due^ lixivii, secundum quantitatem 

1. Siricum, Sal. 

2. Sine alio acljutorio pauca valeret, Sal. 

3. Pone, SaL 

4. Modica, Sal. 

5. Duas, Sal. 



L'ilT D'BIfLmmfBl. 277 

materie, et eurret velodter, quia lixivium subtiliat Tisco- 
sitatem clare. 

24. De modo operandi colores. 

[I]tem, si vis florizare de torna-ad-solem , vel alias 
pezola ^ redpe de pecia ipsa quantum volueris, et micte in 
coquilla marina, et distempera cum dara ovorum bene 
lîracta; et non exprimas sucum, sed remaneat pecia mol- 
lificata in coquilla, sicut bommax' in calamario cum 
incausto; et, quando dessicatur, mollifica cum aqua vel 
dafa temperata cum aqua. 

22. Ad flarizandum de azurio de Alamania, 

[R]ecipe' azurium de Alamania et oontere subtilissime, 
et distempera cum clara ovorum fracta cum spongia^ et in 
qua Clara si tdistemperatum'* modicum de torna-ad-solem, 
sive alias peezola, et fac sicut de azurio ultramarlno. Item, 
si azurium de Alamania esset turpe, tere optime super 
lapidem, et tere cum eo modicum de cerusa, et deinde 
distempera similiter cum clara ovorum, ut supra, et in 
qua sit dîssoluta de dicta peezola blarea ' vel violata, et fac 
ut supra. 

23. Ad ftorizandum cinabrium, 

Recipe cinabrium optimum* et contere bene super lapi- 
dem eum lixivio competenter forti, et, postquam fuerit 
bene molitum, sine tactu, micte in scutella vitreata, et 
desuper iunde satis de aqua communi, et misce bene cum 

1. Peezola, Sal. Cf. le n» 22. 

2. Pour bombax, ut supîra, 

3. Accipe, Sal. 

4. Distemp&rata, Sal. 

5. Blanca, Sal. 

6. Cinabrium bonum, Sal. 



278 l'abt d'euluiiiiise. 

digiUB, et cola eam per pannum sericum ^ vel Uni subUle 
et spissum in alio vase vitreato, et illud grossum quod 
remanet iterum mole et cola^ ut supra, et deinde permlcte 
résidera, et proloe aquam, et desioca ad aerem, et serva. Et 
aliqui ponunt, quando conterunt cinabrium, modicum de 
stuppio, alias minio, videlicet yiii*"' partem îpsius, et 
ikciunt ut supra de simplici cinabrio ; fac quod volueris, et 
modum tibi placitum rétine, quia utrumque bonum est. Et 
quando volueris ex eo facere flores, distempera cum clara 
ovorum super lapidera, et micte in cornu vitreo vel bovino ; 
et, si Clara facit spumam,cerotum aurium hominum^ inme- 
diate, si modicum de eo posueris, destruet eam; et hoc est 
secretum. Et nota quod azurium, et potissime ullramari- 
num, et cinabrium faoc modo optime florizatur, sive ex eis 
flores flunt : videlicet, primo tere competenter super por- 
fidum cum gumma vel clara, etc. , et modicum de zuccharo 
sive candi ^, et permicte siccari super lapidem, cavendo a 
pulveribus ; quo desiccato, azurium iterum molliflca cum 
nova clara, et cinabrium cum dara et aliquibus guctis 
lixivii beneclari distempera, et micte in cornu, et utere; 
et scias quod iste modus prevalet omnibus aliis modis, et 
etiam pro faciendis corporlbus litterarum. Deo gratias^. 

24. Ad faciendum corpora licterarum de cinabrio, 

[R]ecipe' ergo de cinnabrio optimo et tere ad siecum 
peroptime; deinde distempera cum dara ovorum, et, post- 
quam Aierit sine tactu, permicte siccari super eodem 
lapide; deinde distempera cum alla nova clara ovorum, et, 

1. Siricum, Sal. 

2. Ge singulier cérat est la matière jaune sécrétée par 
Toreille humaine. Cf. le n<» 24. 

3. Cf. les nw 3, 19 et 32. 

4. Cette formule finale donne à entendre que ce qui sait 
est une première addition faite par l'auteur à son traité. 

5. Accipe, Bal. 



l'ait D'naraoïEi. 279 

bene molUOcata, micte in corou, et micte de oerulo aurinm, 
et modicum modicum * de melle, ita quod, quando positum 
lùerit in carta, cinabrium reiacescat et non fk*angatur. Et 
nota quod, si nraltum ponerea de melle, devastaretur. Et 
hc quod cum elara ovoram in ampulla semper sit modi- 
cum de realgaro * Tel alia re, que h2d)et ipsam conservare 
a putrefectione, ut dictum est superius. 

25. De eolaribus ad illuminandum cumpisello^. 

[Tjtem nota quod colores, quando sunt bene contriti cum 
aqua, et qecta aqua, et desiccati, tune poteris eos molere^ 
eam aqua gummata \ et permictantur stare in vase suo ; et^ 
si desiccantur, tune molliûcari possunt eum aqua clara 
commuai, et iterum, sive super lapidem, sive cum digito, 
in lase distempera, et melius operantur. 

26. Ad temperandum eerusam causa pro/tlandi folia et 
alia opéra pizelli '. 

[R]ecipe* eerusam molitam primo cum aqua clara, et 
desiccatam, et iterum mole super lapidem cum aqua 
'gumme arabîce, et permicte siccari super eodem lapide; 
deinde abrade cum cultello, et serva ad opus tuum. Et, 
quando volueris ex ea operari, tune aocipe de eo quantum 
vis, et in vasello pone cum tanta aqua communi quod bene 
poxit distemperari, et, moUiflcato, contere super lapidem, 
et repone in vasello, et utere eo, quia bonum est. Et est 
scieudum quod, [quando] profilatur^ super campum sive 
folia azurini seu rosacei aut alterius coloris^ si misceatur 

i. C'est la locution italienne : poco poco, 

2. Rêolçare, Sal 

3. Pinzelh, Sal. 

4. Miscere, Sal. 

5. Pinzelli, Sal. 

6. Aecipe, Sal. 

7. ProfUatB signifie ici dessiner au trait. 



280 l'IBT D'ENLirifllIBB. 

de dicta cerusa dicto oolori *, super quo debes profllare, 
parum parum^, ita quod vix appareat mutare colorem, 
multo meliuB profllatur, quia omne simile adplaudit suo 
simili; et, si hoc ftceres, oporteret quod pro quolibet 
colore profllando haberesunum vasellum dealbo, lieethoc 
non oporteat fàcere nisi super azurium et super rosectaac 
super viride*. Et, si hoc erit difQcile, fac simpliciter corn 
cerusa, ut supra. 

27. De croco, 

[I]tem, scias quod crocum distemperatur semper cum 
Clara ovorum, et, si desiccatur, uno semel, iterum etiam 
cum alia clara recenti distemperetur, et relucebit ut 
vitrum. Et, quando datur cum pincello super licterasnigras 
sive rubeas elevatas^, tantum débet habere de clara quod 
color sit subtilis et ad formam auri. Et, quando nimium 
haberet de clara, potest temperari cum aqua pura. Et nota 
quod giallolinum' et glaucus coior*, et illud quod fit ex 
herba roeca^ tintorum, semper debent stare cum aqua 
communi in vasellis; et, quando voluerit quis ex eis ope- 
rari, accipiat et temperet ad velle suum. Et similiter terra 
glauca melius servatur cum aqua clara quam cum tem- 
pera, licet, si esset cum tempera, bene posset^ sîcut alii 
colores conservari. Faciat quis ut melius sibi videbitur. 

1. De dicto colore, Sal. 

2. Gomme modicum modicum (pooo poco). 

3. Viridum, ma. 

4. c Lettres rouges saillantes, » traduit l'éditeur; « lettres 
enlevées i vaudrait mieux, je crois. 

5. Giallulinum, Sal., comme plus bas. Gf. les n^ i et 20. 

6. Glaucum colorera, ms. 

7. Hocca, Sal. Gf. le n* 7. 

8. Possent, ms. 



l'ait d KifLimifSE. 284 

28. Ad faciendvm $eribendum de eimUnio*, 

[RJeeipe' einabrium et tere peroptime super lapidem ad 
sieeum, et distempera emn dara OYorum bèxie fracta cum 



29. Ad faeiendum primam investituram cutnpwllo^. 

[I]tein, quando miscentur colores ad faeiendum primam 
myestîturam cum pizello, azurium et rosecta miscentur 
cerusa^ ; cmabrium et minium, aurum musîcum et gial- 
loJinum ponantur simpliciier^ licet bene possînt misceri, 
sed meiius et pulcrius apparent simpllcîter positi. Viride es 
miscetur bene cum utroque, Yidelicet cum giallolino et cum 
cenisa, et sic quodlibet aliud viride. Et, si vis, bene est 
quod quamiibet mixturam serves pro se' in vasello suo, 
el temperatam cum aqua gummata; et, si desiccentur, et 
efSduQtur meliores, et semper postea* poteris distempe- 
rare cum aqua dara; et conteruntur super lapidem ite- 
nim, si fuerit opus, aut cum digito in vasello; et additur 
interdum de tempera, si opus erit. Et, si vis fiicere bifftim^ 
colorem, id est violatum colorem, recipe torna-ad-solem 
mutatam in eodem violato colore, et distempera cum dara 
8i?e gumma, et misée cum cerusa, et postea fac et labora 
saper primam investituram cum pura pezola^, donec tibi 

i. Cum cinabrio, Sal. 

2. Accipe, Sal. 

3. PinzelU), Sal., comme plus haut et plus bas. 

4. Cum cerusa, Sai. 

5. Per se, Sal. 

6. Mot omis dans l'édition italienne. 

7. Bissum, Sal. 

8. Peciola, Sal. Ce passage prouve que la pezola est bien 
la même chose que le tournesol. On ne peut expliquer un 
tel nom que par le morceau de soie ou le mouchoir (pezzolo) 
auquel on incorporait quelquefois la teinture extraite du 
tournesol, pour l'employer et la conserver. 



282 L*AI.T D'iIfLUMllIBB. 

placueril et Aient bene operata ad complemenUim operis. 
Item, aliter fit violatus color, videlicet cum azurio mixto 
cum oerusa ; et umbra cum rosecta oorporata vel sîne oor- 
pore, et bene erit. Item, fit ex modieo indioo et satis deaUm 
cum rosecta, et bene est. Item, omnes colores mixti cmn 
cerusa possunt et debent umbrari in fine cum puro colore 
non mixto cum albo. Et azurium potest augmentari in 
colore in ultima extremitate umbre cum modieo de rosa 
sine corpore, cum qua umbratur rosecta et dnabrium; et 
illa rosa incorporea est quasi communis et universalis 
umbra ad omnes colores, et similiter quasi fadt peczolA 
violata. Item aurum musicum umbratur cum croeoetver- 
zino^ sive^ rosecta, et sic galliolinum. Item, ad &ciendum 
criseum colorem^, recipe de nigroet albo et glauco, et, si 
vis quod tendat aliqualiter ad rubedinem, pone modicum 
de rubeo. 

Si vis fkcere ihcamaturam faciei vd aliorum membro- 
rum^, primo debes investire locum totum quod debes 
incarnare de terra viridi cum multo albo, ita quod modi- 
cum appareat viriditas, et liquido modo, deinde cum ter- 
recta', que fit ex glauco et nigro indico et rubeo, liquido 
modo reinvestiendo proprietales figurarum, umbrando 
loca débita; deinde cum dbo et modieo viride releva^ vd 
clarifica loca elevanda, sicut pictore^fadunt. PosUuodum 
vero babeas rubeum cum pauco albo, et colora loca que 
debent esse colorata, et lento modo da de eadem materia 



1. Nom italien du bois de'brésil. 

2. Sine, Sal. 

3. Couleur grise. 

4. Le manuscrit porte id, en marge : Nota fnodum thcar- 
nandi fades et alia me7nbra. 

5. La terrette, nom qui, dans cette acception, parait par- 
ticulier au pays de l'auteur. 

6. Terme resté avec cette signification dans la langue dee 
peintres. 



l'ait B'Biiivimm. 288 

super loca umbnta, et finaditer cum multo albo et paueo 
rolieOf sicut vis colorare incarnaturam, liquidissimo modo 
toUun inearoationem lineas^ sed magis loca relevata^ quam 
ufflbrata. Et, si figure essent nimis panre, quasi non tan- 
gas nisi loca relevata, et in fine iterum relefa melius cum 
albopuro^ si vis; et fac album in oculis et nigrum; et toc 
profîlaturas in locis debilis cum rubeo et nigro et^odico 
de glauco mixtis, vel cum indico, si vis, aut nîgro^, quod 
melius est, et apta ut scis; et hec superfldaliter sufflciant 



30. Ad illustrandum colores post operationem eùrum. 

[A]d luddandum rames colores in carta positos post 
operationem eorum, sive in extremitate umbrarum, vel 
etiam per totam operationem, et potissime in opère pin- 
zsUi, boc modo fades. Redpe ergo gomme arabiœ partem i 
et dare ovorum bene fraete cum sp(»igia partem i, et misce 
aimai in vase vitri vel vitreatO:, et permicte siccari; et 
qoando via lustrare colores ex eo, et quod relucescant ad 
modom vemidi in tabula pictorum, distempera de ista 
mistura gumme etclare, ut supra, cum aqua dara fontis; 
et, si neccesee est ponere aliquid plus de dara ovorum, 
cuisa miyoria ludditatis, pone; et, cum distemperatum 
âve resolutum f uerit, tune pone intus modicum de melle 
corn esta pinzelli, secundum quantitatem materie, iia quod 
sîDt neque mujtum neque parum, et da cum pinzello apto^ 
modo super opus tuum, et, desiccato, rducebit sicut verni- 
cium. Sed nota^, antequam ponas in operationem, pro- 
bare debes in aliquo loco ubi non ait dandum, et, siccato, 
vide si fadt crepaturas : signum est quod babet parum de 
melle; et, si non desiccaretur et adbereret digito, signum 

i. Magis bene relevata, Sal. 

2. Nigrum, ms. 

3. Aeto, ms. 

4. Bt nota, Sal. 



284 l'aET D'BNLUMnfBR. 

est quod multum habet de melle. Et in hoc quilibet débet 
esse sollicitus et prudens, ut det ei pondus et mensuram, 
non solum in hoc, sed in omnibus aliis temp^ramentis. 
Deogratias. Amen^ 

34 . Ad ponendum aurutn cum mordente qui accipit aunm 
per seipsum. 

[R]ecipe armoniacum optimum et frange in frusta, et 
micte in vase vitri vel vitreato ^ et pone de aqua communl 
tantum quod coperiat bene ipsum et quod bene poxitmol- 
liflcari, et permicte stare quousque si t bene moUi&catum; 
deinde cola per pannum lineum et intus dissolve modicum 
de zuccharo candi bene contrito; quo facto, micte intus 
unam vel duas guctas aque gumme arabice, et misce bene; 
deinde scribe cum penna vel pinzello quod vis, et, desic- 
cato aliquantulum, pone aurum, et munda cum bommace. 

[IJtem, alio modo fit cum lîquore inferius descripto. 
Recipe pecias virides factas cum lUio azurino, ut supra 
dictum, et, si sint de eodem anno, meliores sunt, et dis- 
tempera cum dicto liquore, et permicte stare duos aut très' 
dies, et erit valde gummosus; et cum ipso scribe litteras 
vel quicquid volueris, et permicte siccari, et calefiicias 
cum anelitu, et ponas aurum vel argentum, et preme cum 
bommace^-, et non brunias cum dente, quia devastaretur, 
sed cum bummace bruni leniter, ut scis. Deo gratias. 
Amen*. 

i. Après ces mots commence vraisemblablement une 
deuxième addition au traité. 

2. Vitriaco, ms. 

3. Duos vel très, 8al. 

4. Cum bonitate, Sal. (I) 

5. Troisième formule finale et troisième addition. 



l'iet d'bnlvmiïibr. 285 

32. [Rjegla* singularis ad faeiendum gummam aptitnam 
pro iUtminatione litterarutn^ tam cum pinzello quant 
eliam^ eum penna. 

Et primo flat dara ovorum cam spongia, sicut didum 
est, deinde aqaa gumme*, ûeut superius est enaratum, et 
subsequenter aqua mellis, et in dicta aqua resolvatur tan* 
tom de cannido * zuocbaro quantum in dicta aqua solvi 
polest. Et postea recipe i partem gumme et aliam partem 
dare ovorum, et misce simul in ampulla, et intus micte 
aoam partem vel minus aque mellis cum zuccharo, et per- 
miete stare simul-, et^ cum dariflcata fkierint, cum isto 
temperamento colores multo pulcerrime ponuntur, si 
magister scit illo uti. Et nota quod melius est quod ponas ' 
minus de aqua mellis quam de aliis partibus alîarum 
renmiy et ratio est quia, si nimis poneretur, resolveretur 
statim in humido, et, si parum, statim colores facerent 
crepa^uras. Et in hoc débet quilibet advertere quod acci- 
piat temperantiam. 

[I]tem, est notandum quod cum ista compositione aqua- 
rom potest possi aurum et argentum in carta mirabiliter. 
Et primo fit sic : recipe gissum optimum pictorum, m par- 
tes, et boli armenici i partem, et tere super lapidem por- 
flricum peroptirae ; postea imbibe et tere cum dlcto liquore, 
tantum quod sit sicut dnnabrium quando fis sèribere-, et 
tere peroptime in dicto lapide, et super dictum lapidem 
permicte siccare ad solem, et, cum siccatum fuerit, dele de 
lapide cum cultello et repone in carta in loco sicco; et, 
quando Yolueris operari, accipe de eo quantum vis, et pone 
in cornu vitreo, et micte superius de aqua commun! clara 

1. Régula, Sal. 

2. Mot omis dans l'édition italienne. 

3. Gummi, ms. 

4. Pour candito, candi. Y. plus haut, n«« 3, 19, 23, etc. 

5. Pomtur, Sal. 



286 l'aET O'ElfLVlimEE. 

quod coperiat ipsam materiam, et permicte moUifieari; 
postea eice tantum de aqua quod remaneat materia liquida; 
quam iterum tere super lapidem, et repone in cornu, et 
scribe sicut cinabrium. Et, quando ftierit desiccatum, cale- 
fac parum cum anelitu, el pone superius panellum de auro 
vel argento, et preme cum dente ad bruniendum, et bni- 
nias super tabuiam, et fac sicut ecis, quia optimum erit. 
Deo graUas. Amen. 



LE COMBAT 

D'ÉRËCHTHÉE ET D'IMMARADOS 

SUR UNB TBSSiRB GRKOQUB BN PLOKB. 

Par M. Max. Gollionon, membre résidant. 
Lu dtms la séance du 7 avril 1886. 



M. Arthur Ëngel a publié, dans le Bulletin de 
correspondance hellénique de 1884^ un choix de 
tessères grecques en plomb tirées des collections 
athéniennes. Quelques-uns de ces monuments 
doivent figurer parmi les documents numisma- 
tiqoes qui peuvent servir à l'histoire de la sculp- 
ture grecque. Ainsi, sur trois de ces jetons^, 
dont Tun est reproduit ci-joint, on reconnaît 




1. P. l-îi et pi. I*VI. 

1 PI. n, nw 38 et 48; pi. IV, n* 111, 



288 LE COMBAT D'tflBGHTHtfB ET D^IMMAllDOS. 

FÂthéna Parthénos de Phidias, telle qu^elle est 
figurée sur des monnaies d'Athènes^. Le témoi- 
gnage de ces tessères confirme ce que nous 
apprenaient les monnaies sur la position de la 
lance ; la déesse la tenait de la main gauche, qui 
posait sur le rebord du bouclier. Deux autres tes- 
sères^ représentent, conmie Ta reconnu M. Engel, 
le groupe des Tyrannicides d'Ânténor, copié par 
Gritios et Nésiotès ; elles viennent s'ajouter à celles 




qu'ont déjà publiées MM. 0. Benndorf et Peter- 
sen^. Enfin, le sujet que représente la tessère 
figurée planche VI, n"* 224, paraît inspiré par une 
œuvre de sculpture. M. Engel le décrit ainsi : 
€ Enfant nu, debout, levant la main droite pour 
prendre une grappe d'une treille placée au-dessus 
de lui et saisissant de la gauche deux épis. » 
M. Michaelis a réuni tout un groupe de monuments 
qui procèdent de la même conception, et parmi 
lesquels il place une statue d'Ëros du musée du 

i. Beulé, Monnaies d'Athènes, p. 258; cf. Michaelis, Der 
Parthenon, atlas, pi. XV, fig. 20. 

2. PL m, no» 71 et 72. 

3. O. Benndorf, Arch. Zeitung, 1870, pi. XXIV, n« 1, et 
Zeitschrift fur (ester. Gymn,, 1875, p. 618. Petersen, Areh. 
epigr. Mittheilungen aus Œsterreich, 1879, t. m, pi. VI, n» 2. 



U COMBAT D^âl£GfiTH<l KT d'iMHAIUDOB. 989 

Louvre, et un groupe de la galerie de Doughty 
House à Richmond^. Le type d^Eros cueillaot le 
raisin n^est pas antérieur à Tépoque hellénistique, 
et la série déjà longue de monuments qui le repré- 
sentent permet de supposer qu'une statue célèbre 
avait mis ce motif en faveur auprès des artistes. 
La tessère publiée par, M. Engel reproduit une 
variante de ki même idée et peut être rapprochée 
d'une améthyste du cabinet de Berlin, depuis 
longtemps connue et décrite par Winckelmann ^ ; 
mais elle o£fre avec les statues du Louvre et de 
Richmond une analogie plus étroite encore que la 
pierre gravée de Berlin ; elle semble donc plus 
voisine de Foriginal conunun, d'où dérivent toutes 
les répliques aujourd'hui conservées. 

Ces tessères rentrent dans des séries déjà for- 
mées; il est donc inutile d'y insister. Celle qui 
est figurée sur la planche lY (fig. 133), et dont 
nous donnons ici le dessin, nous parait offrir 
au contraire un intérêt tout particulier, en nous 
révélant l'ensemble d'une œuvre à laquelle un 
texte ancien fait allusion. Elle représente deux 
personnages combattant l'un contre l'autre. Celui 
de gauche, debout, les jambes écartées, dans l'at- 
titude de l'attaque, lève le bras droit et s'apprête 
à frapper; de la main gauche, il maintient son 
adversaire, qui est tombé sur un genou. Ce der- 

1. Michaelis, Eros in der Weinlaube; Arch, Zeitung, 1879. 

2. Winckelmann, DesGr, des pierres gravées du baron de 
Stoseh, cl. n, 802; Ql Areh. Zeitung, 1879, pi. XIV, 3. 

XLvii 49 



290 LE COmkt D'i&EGHTlrfE ET D'nnfAlADOft. 

nier tient encore son bouclier, et, le bras drcnt 
relevé au-dessus de la tète, il tente de se défendre. 




Les graveurs qui ont exécuté les coins de ces tes- 
sères de plomb ont fait de trop fréquents 
emprunts aux œuvres de la grande sculpture 
pour qu'on ne soit pas tenté de reconnaître ici, 
au premier coup d'œil, l'imitation d'un groupe en 
ronde bosse. Ce qui n'était qu'une hypothèse 
devient presque une certitude, si l'on se rappelle 
qu'il y avait sur l'Acropole un groupe très en vue, 
bien placé pour être copié, et dont la description 
offre de saisissantes analogies avec le sujet figuré 
sur la tessère. 

Pausanias signale en effet sur l'Acropole 
d'Athènes, près du temple d'Athéna Polias, deux 
grandes statues en bronze, représentant deux 
hommes combattant : c à^àX^iara fxeyàXa joîk' 
xoO, Sie^TTÔTÊÇ ivSpe^ l^ H^'^Q^** • H ajoute : < On 
appelle l'un d'eux Ërechthée et l'autre Eumolpos; 
mais tous les Athéniens qui connaissent les choses 
antiques (xà àjç>jfAfï) n'ignorent pas que c'est 
Immarados, fils d'Eumolpos, qui fbt mis à mort 
par Ërechthée. » La réflexion de Pausanias semble 

1. 1, 27, 4. 



U COHIAT D'nECaTBiB BT I>'llUflftAJ)06. 294 

indiquer que le groupe était eo place depuk long* 
tempe; on avait eu le temps d'eu oublier le véri- 
table sujet. 

Si ToD examine avec soin le groupe figuré sur la 
teesère, on n'hésitera pas à l'identifier avec celui 
que décrit Pausanias. Les termes dont se sert 
l'émvain grec, Scearûret; i^ K^X'')^» conviennent 
tout à fait à l'attitude des deux combattants, qui 
sont en effet séparés et ne forment pas un groupe 
étroitement lié. Bien que Pausanias n'indique 
aucune date pour les statues de bronze de l'Acro- 
pole, le parti qu'a suivi l'artiste permet d'en pro- 
poser une ; ce serait la première moitié du v® siècle. 
C'est en effet une convention chère à la sculpture 
grecque, jusqu'au milieu du v^ siècle, de compo- 
ser les groupes à l'aide de figures juxtaposées et 
de faire» pour employer une expression technique, 
des groupes non groupants. Or, cette convention 
a été respectée par Fauteur des statues copiées sur 
la tessère. Il y a plus; nous pouvons rapprocher 
du groupe une œuvre de sculpture attique dont la 
date est certaine, et qui n'est pas de beaucoup pos^ 
térieure à la période où nous plaçons volontiers 
l'original imité par le graveur; nous voulons parler 
d'une des métopes de la façade orientale du Parthé- 
non. L'une des scènes de la Gigantomachie, repré- 
sentée sur les métopes de la façade est, montre une 
divinité combattant contre un géant^ ; c'est celle 

\. Micbaelis, Der Parthenon, atlas, pi. V, n* 1. 



292 LB COMBAT D'iBECHTHÉE ET d'iMMIRIPOS. 

OÙ M. Robert a reconnu Hennés^ . L'adversaire du 
dieu est tombé sur le genou gauche dans la même 
attitude que l'Immarados de notre groupe, et le 
mouvement d'Hermès ofiRre de grandes analogies 
avec celui du vainqueur, Ërecbthée. Nous croyons 
donc très légitime de conclure l'^que le groupe 
de la tessère est une copie des deux statues de 
bronze de l'Acropole ; 2^ qu'il représente le com- 
bat d'Erechthée contre Immarados; 3^ que le 
groupe mentionné par Pausauias est une œuvre 
attique de la première moitié du v^ siècle. 

Est-il possible d'aller plus loin et de proposer 
un nom d'artiste pour le groupe de l'Acropole? 
Avant que la tessère de plomb fiilit publiée, 
M. Micbaelis avait déjà proposé de reconnaître une 
œuvre de Myron dans les statues de l'Acropole*. 
On sait en effet que l'auteur du Discobole avait 
exécuté une statue d'Erechthée qu'on voyait à 
Athènes. Pausanias en fait mention à propos du 
Dionysos de Myron, qui était placé dans l'hiéroQ 
des Muses sur l'Hélicon, et il la désigne comme 
l'œuvre la plus remarquable du maître d'Éleu- 
thères^. M. Micbaelis a développé les raisons qui 
lui font penser que l'Erechthée de Myron n'était 
pas la statue du héros qui occupait la cinquième 

1. G. Robert, Die Ostmetopen des Parthenon; Àrch. Zeitung, 
1884. 

2. Mittheilungen des arch, Inst, in Aihen, t. E, p. 85-87; 
Der Erechtheus des Myron. 

3. ... Spyov TÛv M^pfidvoç O^c (làXtora 2f(ov iirràTe iVv 'Â0^vv)9tv 
"Epe-fiéa, IX, 30, i. 



LE COMBAT D^ilECflTfl^B R D*UI]U«ADOB. 293 

place daos la série des statues des Eponymes consa- 
crées sur l'Agora d'Athènes^. Pour lui, l'Erechlbée 
doDt Pausanias parle avec tant d'éloges serait 
celui du groupe de l'Acropole, et il invoque à 
l'appui de son opinion les raisons suivantes. Les 
statues d'Erechthée et d'Immarados étaient en 
bronze ; or, c'est la matière que Myron travaillait 
avec prédilection. En outre, les grandes dimen- 
sioos de ces monuments font penser aux trois 
statues colossales exécutées par Myron pour l'Hé- 
raion de Samos^. Enfin, le sujet, où l'intérêt rési- 
dait surtout dans l'énergie et le mouvement des 
attitudes, est tout à fait conforme au goût de 
Myron, le maître réaliste par excellence. Il est 
vrai que Pausanias ne dit pas que l'Ërechthée fit 
partie d'un groupe; mais H. Michaelis cite des 
exemples concluants de groupes et de composi- 
tions d'ensemble désignés par la figure principale, 
et d'ailleurs il est permis de croire que TErech- 
thée était de beaucoup la figure la mieux réussie. 
Les arguments de M. Michaelis sont fort plausibles, 
et rien, croyons -nous, n'ëmpèche d'admettre 
l'identification proposée entre l'œuvre de Myron 
et le groupe de l'Acropole^. Si Pausanias, en le 

1. L'Ërechthée de l'Agora est signalé par Pausanias, I, 5, 
2. L'hypothèse suivant laquelle cette statue serait l'œuvre de 
Myron est émise, mais avec des réserves, par M. Engelmann : 
art. Ereehtheus, dans Roscher, AusfûhrU Lexikon der griech, 
und rdm, JUythologie, 

2. Strabon, XIV, p. 637. 

3. Une inscription trouvée près de l'Acropole porte la signa* 



décrivant, n'en nomme pas Tauteur, il n'y a pas 
lieu d'en être surpris; de semblables omissîoDS 
ne sont pas rares chez l'écrivain grec. Il est hm 
prouvé que le groupe d'Athéna et de MarsyaB, 
signalé par Pausanias sur l'Acropole, est une œuvre 
de MyronS et cependant le périégète n'en dit 
rien. Même silence à propos de la statue d'Athéoa, 
Hygieia, dont nous connaissons l'auteur, Pyr- 
rhos, par le témoignage d'une inscription. Enfin, 
il oublie de citer l'auteur du cheval Dourien, qui 
est Strongylion. 

Si les conclusions de H. Hichaelis sont fondées, 
— et nous n'avons aucune raison de les révoquer 
en doute, — l'intérêt de la tessère de plomb 
publiée par M. Ëngel s'accrott singulièrement. 
Elle nous révèle les lignes générales d'une osuvre 
célèbre, sur laquelle les renseignements nous fai- 
saient défaut. De même qu'on a reconnu sur une 
monnaie d'Athènes le groupe d'Athéna et de Mar- 
syas', nous retrouvons ici un autre groupe de 
Myron, conçu dans le même esprit, avec Je même 
goût pour les oppositions d'attitudes et pour Tex- 
ture de Myron (C. I. A., I, 411 ; cf. E. Lœwy, JnsehriftBn 
grieck, Bildhauer, n» 417). Mais il est difficile de décider 
si elle se rapporte aa groupe d'Erechthée ou au Persée de 
Myron, qui se trouvait aussi sur TAcropole. 

1. Cf. notre notice sur Marsyas, dans les Monumen.U de Vcuri 
antique, publiés par M. O. Rayet. 

2. Ludwig von Sybel : Athena und Marsyas, Bronzemûnse 
des Berliner Muséums, Marbourg, 1879. 



LE GOMBiT D'tflSCHTH^I ST n'iHHilADOB. 295 

pression des sentiments violents. C'est un docu- 
ment précieux pour l'étude de Foeuvre d'un sculp- 
teur qui compte parmi les trois plus grands 
maîtres du y* siècle. 



TABLE DES MATIÈRES 



CONTSmiBS 



DANS CE VOLUME. 



Pifes 

GoLLiaifON (Max.)> M. R. Le combat d'Érechthée et 
d'ImmaradoB sur une tessère grecque en bronze. . 288 

Lbgoy de la Marche, M. R. L'art d'enluminer, traité 
italien du xiv* siècle • . . 248 

Dblavillb Le Roulx (J.), A. G. N. Les sceau^L des 
archives de Tordre de SaintJean de Jérusalem . . 225 

Prost (Auguste)y M. R. La justice privée et l'immu- 
nité i 



Nogent-le-Rotrou, imprimerie DAUPSLBr-GooTXRiixnB. 



BULLETIN 

DK U 

SOCIÉTÉ NATIONALE 

DES ANTIQUAIRES 

DE FRANCE 



Nogenl-le-Rotrou, imprimerie Daupelbt-Gootbambur. 



BULLETIN 



SB I^ 



SOCIÉTÉ NATIONALE 

DES ANTIQUAIRES 

DE FRANGE 

1886 




PARIS 

CHEZ LB LIBIUIBE DE LA BOCrflJ 

G. KLINGKSIECR 

SUE DE LnXE, 11 



BULLETIN 

DE LA 

SOCIÉTÉ NATIONALE 

DES ANTIQUAIBES 

DE FRANGE 



BURBAU DE LA SOCIÉTÉ 

poua L'ANNiB 1886. 

MM. E. Saglio, Président. 

A. HéRON DE V1LLEPO8SE, Premier Vice-Président. 

A. LoNONON, Deuxième Vice-Président. 

R. DE Lastetrie, Secrétaire. 

E. Corroyer, Secrétaire-Adjoint. 

Ed. ÂUBERT, Trésorier. 

PoL. NiGARD, Bibliothécaire-Archiviste. 

Membres de la Gommlssion des Impressioiis. 

MM. Ul. Robert. 

Abbé Thédenat. 

MlCHELAltT. 
H. BORDIER. 

A. SB Barthélémy. 

Membres de la Commission des Fonds. 

MM. G. DuPLBSsis. 
E. Guillaume. 

L. GOURAJOD. 



LISTE 

DES MEMBRES HONORAIRES 
Au 45 Juin 1886. 



MM. 

i. NiEirwERKERKB (le comte de), G. 0. ^, membre libre de 
rinstitut (Académie des beaux-arts) (1854). 

2. Maury (Alfred), G. ^^ membre de l'Institut (Académie 
des inscriptions et belles-lettres), directeur général des 
Archives nationales, professeur au Cîollège de France, 
au palais des Archives, rue des Francs-Bourgeois, 60 
(1842-1858). 

3. Dbloghe (Maximin), G. ^, membre de Tlnstitut (Aca- 
démie des inscriptions et belles-lettres), directeur hono- 
raire au ministère de l'Agriculture et du Gommerce, 
avenue de Gravelle, 60, à Saint-Maurice (Seine) (1856- 
1879). 

4. Barthélémy (Anatole de), >|f(, membre du Gomité des 
travaux historiques et scientifiques, rue d'AnJou-Saint- 
flonoré, 9 (1861-1882). 

5. Le Blant (Edmond), 0. ^, membre de l'Institut (Acadé- 
mie des inscriptions et belles-lettres), président du 
Comité des travaux historiques et scientifiques (section 
d'archéologie) , directeur de TÉcole française d'archéo- 
logie de Rome, rue Leroux, 7 (1859-1883). 



— 7 — 
MM. 

6. Ghabouillet (P.-M.-Anatole), 0. ^ conservateur sous- 
directeur du département des médailles et antiques de 
la Bibliothèque nationale, vice -président du Comité 
des travaux historiques et scientifiques, rue Golbert, 
12 (1861-1884). 

7. Renan (Ernest), G. jj^f, membre de Tlnstitut (Académie 
française et Acadéoiie des inscriptions et belles-lettres), 
bibliothécaire honoraire au département des manuscrits 
de la Bibliothèque nationale, administrateur du Collège 
de France, place du Collège de France, 1 (1851-1884). 

8. MiGHELANT (Heuh- Victor) , ^, membre honoraire du 
Comité des travaux historiques et scientifiques et de la 
Commission du catalogue des manuscrits des départe- 
ments, conservateur sous-directeur du département des 
manuscrits de la Bibliothèque nationale, avenue Tru- 
daine, 11 (1853-1885). 

9. Dblisle (Léopold), C. ^, membre de l'Institut (Académie 
des inscriptions et belles-lettres), président du Comité 
des travaux historiques et scientifiques (section d'his- 
toire), président de la Commission du catalogue des 
manuscrits des départements, administrateur général 
de la Bibliothèque nationale, rue des Petits-Champs, 8 
(1855-1885). 

10. Passy (Louis), docteur en droit, député, rue de Clichy, 
45 (1861-1886). 



LISTE 

DES MEMBRES RÉSIDANTS 
Au 15 Juin 1886. 



MM. 

1. MoNTAioLON (Anatole de Goubds de), ^^ professeur à 
rÉcole des Chartes, membre du Comité des travaux 
historiques et scientifiques, place Royale, 9 (10 février 
1851). 

2. BoRDiER (Henri), bibliothécaire honoraire au département 
des manuscrits de la Bibliothèque nationale, rue de 
Rivoli, 182 (9 avril 1851). 

3. NiCARD (Pol.), rue de Sèvres, 38 (9 mai 1851). 

4. Waddimgton (William -Henry) y membre de l'Institut 
(Académie des inscriptions et belles-lettres), sénateur, 
ambassadeur de France à Londres, rue Dumont-d'Ur- 
ville, 31 (19 décembre 1853). 

5. YoouÉ (le marquis Melchior de), G. ^, membre libre de 
l'Institut (Académie des inscriptions et belles-lettres), 
rue Fabert, 2 (4 juillet 1860). 

6. Bertrand (Alexandre), ^, membre de Tlnstitut (Aca- 
démie des inscriptions et belles-lettres), conservateur du 
Musée de Saint-Germain-en-Lraye, membre du Comité 
des travaux historiques et scientifiques, rue Soufllot, 
22, et au château de St-Germain (7 août 1861). 

7. Rey (A.-E. Guillaume), #, rue de Vigny, 1 (5 fé- 
vrier 1862). 



— 9 — 

MM. 

8. GoÉRiH (Victor), e)J», docteur ès-lettres, rue du Regard, 5 
(3 décembre 1862). 

9. Riant (le comte), membre de Tlnstitut (Académie des 
inscriptions et belles-lettres), boulevard de Gourcelles, 51 
(2 mai 1866). 

10. Reao (Charles), ^y boulevard Saint-Germain, 2 (6 mars 
1867). 

11. Hbuzey (Léon), 0. ^, membre de Tlnstitut (Académie 
des inscriptions et belles-lettres et Académie des beaux- 
arts), membre du Comité des travaux historiques et 
scientifiques, professeur à TÉcole des beaux-arts et à 
rËcole du Louvre, conservateur des antiquités orientales 
au Musée du Louvre, avenue Montaigne, 5 (l^' mai 1867). 

42. AuBERT (Edouard), rue d'Anjou-Saint-Honoré, 9 (3 juil- 
let 1867). 

13. Pebrot (Georges), 0. ^, membre de l'Institut (Académie 
des inscriptions et belles-lettres), membre du Comité 
des travaux historiques et scientifiques, directeur de 
rÉcole normale, professeur d'archéologie à la Faculté 
des lettres, rue d'Ûlm, 45 (8 janvier 1868). 

14. Wbsgher (Carie), !j(^, conservateur sous-directeur adjoint 
du département des manuscrits de la Bibliothèque na- 
tionale, ruo de Yaugirard, 89 (3 juin 1868). 

15. RoBBRT (P.-Charles), C. ij^, intendant général en retraite, 
membre libre de l'Institut (Académie des inscriptions 
et belles-lettres), membre du Comité des travaux histo- 
riques et scientifiques, avenue de "Latour-Maubourg, 25 
(3 mars 1869). 

16. Prost (Auguste), ^, rue de la Banque, 21 (8 novembre 
1871). 

17. DuPLESsis (Georges),^, conservateur sous-directenr adjoint 

du département des estampes de la Bibliothèque natio- 
nale, rue de Madame, 31 (6 décembre 1871). 



— 40 — 

MM. 

18. Dbmay (Germain), ^, chef de section aux Archives 
nationales, membre du Comité des travaux historiques 
et scientifiques, place Royale, 5 (2 avril 1873). 

19. Guillaume (Edmond), ijfc, architecte du palais du Louvre, 
membre de la Commission des bâtiments civils, rae 
Jean-Bart, 3 (1<^ juillet 1874). 

20. CouRAJOD (Louis), conservateur-adjoint de la sculpture 
et des objets d'art du moyen &ge, de la renaissance et 
des temps modernes au Musée du Louvre, membre du 
Comité des travaux historiques et scientifiques^ membre 
de la Commission des monuments historiques, rue 
Raynouard, 39, à Passy (5 mai 1875). 

21. RozièRE (Eugène ue), O. ^, membre de l'Institut (Aca- 
démie des inscriptions et belles-lettres), sénateur, rue 
Lincohi, 8 (5 mai 1875). 

22. Saolio (Edmond), i}(i, conservateur de la sculpture et des 
objets d'art du moyen âge, de la renaissance et des temps 
modernes au Musée du Louvre, rue de Coudé, 24 (3 no- 
vembre 1875). 

23. ViLLBFossB (Antoine HinoN de),!^^, membre de l'Institut 
(Académie des inscriptions et belles-lettres), conserva- 
teur de la sculpture grecque et romaine au Musée du 
Louvre, membre du Comité des travaux historiques et 
scientifiques, maître de conférences à l'École pratique 
des Hautes-Études, rue de Grenelle-Saint-Germain, 80 
(5 janvier 1876). 

24. LoNONON (Auguste), ij/f^y membre de l'Institut (Académie 
des inscriptions et belles-lettres), archiviste aux Archives 
nationales, membre du Comité des travaux historiques 
et scientifiques, maître de conférences à l'École pratique 
dee Hautes-Études, boulevard des Invalides, 34 (7 juin 
1876). 

25. GmmBT ( Juliee), #, archiviste aux Archives nationales, 
membre du Comité des travaux historiques et scienti- 
fiques, rue d^Hauteville, 1 (7 février 1677). 



— u — 

MM. 

26. SoHLuicBBEeBft (Gnsta^e), i||f, membre de llnstitat (Âc»* 
démie des inecriptions et belle»-lettrea), membre du 
Comité des trairaux historiques et scientifiques, me du 
Faubouig-âaint-Honoré, 140 <7 féYrier 1877). 

27. Ratbt ( Olivier ), ^^ professeur d'archéologie près la 
Bibliothèque nationale, membre du Comité des travaux 
historiques et scientifiques, rue Notrc-Dame-des*Ghamps, 
75 (4 avril 1877). 

28. GAn>oz (Henri), directeur à FÉcole pratique des Hautes- 
Études, me Servandoni, 22 (7 novembre 1877). 

29. Mûnz (£ugène), ^^ conservateur de la bibliothèque, des 
archives et du musée de TËcoie des Beaux-Ârts, membre 
du Comité des travaux historiques et scientifiques, me 
de Gondé, 14 (8 mai 1878). 

30. MowAT (Robert), 0. ^, chef d'escadrons d'artillerie en 
retraite, rue des Feuillantines, 10 (6 novembre 1878). 

31. GoRBOTKa (Edouard), ^^ architecte du gouvernement, me 
de Gourcelles, 14 (5 février 1879). 

32. Lastbyrie (le comte Robert de), ^, secrétaire du Comité 
des travaux historiques et scientifiques (section d'ar- 
chéologie), membre de la Commission des monuments 
historiques, professeur à l'École des Chartes, rue du 
Pré-aux-Clercs, 10 Us (5 novembre 1879). 

33. DuGHESNB (l'abbé L.), professeur à l'Institut catholique de 
Paris, maître de conférences à l'École pratique des 
Hautes-Études, me de Yaugirard, 66 (3 décembre 1879). 

34. BoisLiSLB (Arthur db), ^^ membre libre de l'Institut 
(Académie des inscriptions et I)elles-Iettre8), membre 
du Comité des travaux historiques et scientifiques, me 
de l'Université, 18 (4 mai 1881). 

35. Assois de Jubaiitville (Henri d*), ^, membre de lins- 
titnt (Académie des inscriptions et belles*lettres), pro- 
fesseur au Collège de France, boulevard Montparnasse, 
84 (5 avril 1882). 



— 42 — 

MH. 

36. RoBBRT (Ulysse), ^, inspectenr général des archives et 
des bibÙothèques départementales, Grrande-Rue, 31, à 
Saint-Mandé (5 avril 1882). 

37. Rouoé (le vicomte Jacques de), rue de l'Université, 35 
(5 juillet 1882). 

38. Thédenat (l*abbé Henri), ancien supérieur du collège de 
Juilly, quai des Gélestins, 2 (8 novembre 1882). 

39. Ramé (Alfred), ^^ conseiller à la Cour d'appel, membre 
honoraire du Comité des travaux historiques et scien- 
tifiques, rue de Provence, 62 (4 avril 1883). 

40. Flouest (Edouard), j)(i, ancien procureur général, rue de 
Rivoli, 158 (5 mars 1884). 

41. Bapst (Germain), boulevard Haussmann, 153 (4 février 

1885). 

42. MoLiNiER (Emile), attaché au département de la sculp- 
ture et des objets d*art du moyen Age, de la renaissance 
et des temps modernes au Musée du Louvre, quai Bour- 
bon, 53 (4 février 1885). 

43. Lbgoy DE LA BIarghe (Albert), archiviste aux Archives 
nationales, rue du Faubourg-Saint-Honoré, 222 (6 mai 
1885). 

44. GoLLiONON (Maxime), professeur à la Faculté des lettres, 
rue Herschel, 6 (6 janvier 1886). 

45. Babrlon (Ernest), attaché au Cabinet des antiques à la 
Bibliothèque nationale, rue du Regard, 9 (7 avril 1886). 



LISTE 

DES ASSOCIÉS CORRESPONDANTS 

NATIONAUX ET élUANOESS 
AU 15 Juin 1886. 



oofrespondants iiit*l«niuix<. 

Jin. 
MJA.» 

Nyd fl'abbé), à Sermoyer, par Pont-de-Vaux (6 avril 1881). 

Aisne, 

Péchbdr (Fabbé), à Crouy, près Soissons (4 mars 1857). 
MoBBAD (Frédéric), ^, à Fère-en-Tardenois (3 novembre 

1875). 
Phlot, agent-voyer d'arrondissement, à Saint -Quentin 

|13 février 1884). 

Alpes (Basses-). 

Pabbb (Marc), notaire honoraire, à Larche, par Gondamine- 
Ghâtelard (4 juin 1879). 

HiPBBT-MoNGLAR (le marquis de), ^, au château d'Alle- 
magne, par Ries (4 février 1885). 



1. Le CMoité de publiettion croit deToir rappeler qn'aax termes de l'art. 8 du 
Règlemantf la qualification à'Aisoeié corretpondant national ou étranger est la 
Mole qui puisse être prise par les personoea dont les noms soireot. La qualificatioa 
fe Hembre de la Société des Antiquairei de France est réservée aux 45 membres 
''■idaots st aux 10 membres honoraires. 



— 44 — 

Alpei (Hcmtei-). 
MM. 
Roman (Joseph), au château de Picomtal, près Embnm 
(1« mars 1876). 

Ardemut. 

Dblahaut (Charles), i GharleviUe, Soua-laS'Allées, 59 (12 dé- 
cembre 1883). 

Aube. 

PiOBOTTE (Léon), à Troyes, rue du Palais-de-Justice (7 féyrier 

1872). 
Lalobe (l'abbé Charles), ancien professeur de théologie an 

grand séminaire, à Troyes (3 février 1875). 
Babeàu (Albert), à Troyes (3 juillet 1878). 

Aveyron. 

GàBàs (l'abbé), directeur du Musée, à Rodez (10 juillet 1872). 

Mfort (Territoire de). 

MossMANN, à Belfort (6 février 1867). 

Bauches-^U'Rhâne, 

Pabrogel (E.), ^^ membre de l'Académie de Marseille, à 
Marseille (7 avril 1868). 

Pbnon (C), directeur du Musée Borély, i Marseille (8 no- 
vembre 1869). 

Teissush (Octave), ^, membre non résidant du Comité des 
travaux historiques et scientifiques, à Marseille, boule- 
vard Longcbamp, 135 (2 juin 1872), 

BlaMcabd (Louis), ^, correspondant de l'Institut (Académie 
des inscriptions et belles-lettres), archiviste du départe- 
ment, à Marseille, rue Silvabelle, 2 (5 novembre 1878). 

BAtTHéLEMY (lo docteur), i Marseille, boulevard Chave, Tilla 
Doria (5 mai 1880). 

Rémusat (Joseph de), à Marseille, rue Grîgnan, 66 (2 juillet 
1884). 



— 45 — 

MM. 

Ghassl (Eugène), ancien archimte du département, membre 

de rAcadéinie de Gaen, à Gaen (4 février 1863). 
Du FannB ds Bbaugouit (le marquis 6.), au château de 

Morainville, par Blangy (!«' mars 1865). 
MoisT (Henri), i lisieux (3 janvier 1877). 
Travbbs (Emile), secrétaire de ia Société dee beaux-arts, à 

Gaen (7 mars 1877). 
BsiDEBPAiBB (Eugène na Robiujlrd db), ijj^^ secrétaire de la 

Société des Antiquaires de Normandie, à Gaen (5 mai 

1879). 

Charente, 

LiàYBB, président du Consistoire, à Angouléme (7 juin 1876), 
Ghauvbt, président de la Société archéologique et historique 
de la Charente, à Ruffec (2 avril 1884). 

CharetUe-Inférùnre, 

Juubn-Lafbrbièbb (l'abbé), chanoine de la cathédrale^ à la 
Rochelle, rue des Augustins, 8 (6 mars 1878). 

Md8sbt, bibliothécaire de la ville, à ia Rochelle (6 février 
1884). 

Cher. 

BuBOT DB Kbrskbs, à Bourges (5 juin 1872). 

Lsion (Louis), ^^ à Nohan, commune d'AUichamps (3 fé- 
vrier 1875). 

GoT (Pierre de), à Bourges (2 avril 1884). 

Gn&RE (le comte Alphonse de la), à Bourges, rue de Para- 
dis, 22 (5 novembre 1884). 

Corrège, 

Rup» (Ernest), vioe-président de la Société scientifique, his- 
torique et archéologique de la Corrèze, à Brive, boule* 
vard des Sœurs (1" février 1882). 



— 46 — 

MM, 

LAPÂRonsB (Grustave), ^, à Ghâtillon-eur-Seine (3 juin ' 

AaBAUMONT (Jules d'), secrétaire de la Commission d'archéo- 
logie de la Gôte-d'Or, à Dijon (15 noYembre 4865). 

AuBERTm (Charles), correspondant du ministère de ^instra^ 
tion publique, à Beaune (10 janvier 1866) . 

BEA0VOI8 (E.), à Gorberon (28 juin 1871). 

Beaudouin (Jules), e^, suppléant de la justice de paix, à 
Ghàtillon-sur-Seine (4 décembre 1872). 

MoNTiLLE (L. de), ^, à Beaune (7 avril 1880). 

BouQOT, professeur à la Faculté des lettres, à Dijon (1* fé- 
vrier 1882). 

BiOABNE (Ch.), à Chorey, par Beaune (7 février 1883). 

Louis-Lucas (Paul), professeur à la Faculté de droit, à Dijon, 
boulevard Garnot, 5 (5 mars 1884). 

Wbiss (André), professeur à la Faculté de droit, à Dijon, 
(5 mars 1884). 

MiLLON,- vice-président du tribunal civil, à Dijon (2 juillet 
1884). 

Côieê-du^Nord, 

Rhoné (Arthur), à Kéravel en Plouha (5 janvier 1876). 

Creuse, 

Gbssac (le comte P. os), au château du Mouchetard, près 
Guéret (2 décembre 1868). 

Dordogne, 

Hardy (Michel), archiviste, à Périgueux (17 mars 1875). 
Galy (le docteur), 0. #, conservateur du Musée, à Périgueux 

(10 décembre 1879). 
Gay (Victor), à Labarde, par la Coquille (5 mai 1880). 
Fayolle (le comte db), au château de Fayolle, par Tocane- 

Saint-Apre (3 juin 1885). 



— 47 — 

Douhs, 

MM. 

Gastan (Auguste), ^, oorreBpondant de l'Institut (Académie 

des inscriptions et belles-lettres), bibliothécaire de la 

ville, à Besançon (3 juillet 1872). 
Gauthier (Jules), archiviste du département, à Besançon 

(8 novembre 1882). 
DuTEBROY (G.), conservateur du musée, à MontbéUard 

(7 mars 1883). 

DrôtM. 

Ghevâluer (le chanoine Ulysse), ^^ membre non résidant 
du Comité des travaux historiques et scientifiques, à 
Romans (3 février 1869). 

Vallentin (Ludovic), juge, à Montélimart (9 décembre 1874). 

Sqerakne (le comte Fernand de la), au château de Beau- 
semblant, par Saint- Vallier (11 mai 1881), 

Eure^et'Loir, 

Gouverneur (Aristide), à Nogent-le-Rotrou (2 mai 1877). 
Finistère. 

Bremokd d'Abs (le comte Anatole de), e^, au château de la 
Porte-Neuve, par Pontaven, et à Nantes, rue Harroûys, 5 
(3 avril 1878). 

Ghatbllibr (P. du), an château de Kernuz, par Pont-FAbbé 
(7 janvier 1880). 

GOLLBVQ.LE (le vicomto DE), à Quimperlé (2 juin 1886). 

Gard, 

AuBÂs, 0. ^, ingénieur en chef des ponts-et-chaussées en 

retraite, à Nimes (11 janvier 1865). 
RÂYon. (Henri), 0. ^, correspondant de Flnstitut (Académie 

des beaux-arts), architecte du gouvernement, à Nimes 

(4 juin 1873). 

ANT. BULLETIN. 2 



— *« — 

MM. 

ËspiBANDUBU (Emile), lieutenant au 17« régiment d'infanterie, 
à Alais, rue de THôtel-de- Ville, 14 (29 juillet 1885). 

Garonne {Ëaute-), 

RosGHAGH (Ernest), ^, archiviste de la Tille, à Tonlouse, rue 

Baint-Rome, 21 (16 janvier 1867). 
MoREL (Jean-Pierre-Marie), bibliothécaire-archiviste, à Saint- 

Qattdens (8 juin 1874). 
Lebègue, professeur à la Faculté des lettres, à Toulouse 

(14 novembre 1877). 
Sagaze (Julien), avocat, à Saint-Gaudens (28 juillet 1880). 
SAlHT-PAùt (Anthyme), à Toulouse, rue Montaudran, 31 

(9 février 1881). 

Gironde. 

BRumtr (Gustave), à Bordeaux (8 mai 1852). 

Drouyn (Léo)i ^9 ^ Bordeaux, rue Desfoumiel, 30 (2 dé- 
cembre 1859). 

Grellbt-Balouerie (Charles), à Bordeaux, rue Ducan, 25 
(3 juin 1863). 

HéramU. 

RiGARo (Adolphe), secrétaire de la Société d'archéologie, à 

Montpellier (9 octobre 1852). 
AzAîs (Gabriel), secrétaire de la Société d'archéologie, à 

BézierSf descente de la Citadelle (4 mars 1863). 
Cazalis de Fondougb, à Montpellier, rue des Études, 18 

(12 juin 1878). 
NoouiER (Louis), à Béziers, rue de la Promenade, 5 (10 dé' 

cembre 1879). 

IHe-^t^VUtUne. 

RoBion (Félix), correspondant de Tlnstitut (Académie des 
inscriptioas et belles-lettres), professeur d'histoire à la 
Faculté des lettres, à Rennes (5 mars 1879). 



— 19 — 

MM: 

JouON DBS LoNORÀis, à Roimes, rae du GriffoDi 4 (11 avril 
i681). 

Indfê. 

Daiouson (Maarice), à Ghàteauroux (14 janvier 1885). 

Paldstrb (Léon)y directear honoraire de la Société française 

d'archéologie, à Tours (7 avril 1875). 
Dbuvillb Lb Rodli (J.), axchivist^paléographe, à Monta 

(5 février 1879). 

lière, 

Gariel, ancien conservateur de la Bibliothèque, à Grenoble 
(4 juillet 1866). 

Jura. 

Bbbthelet (Charles), à Arlay (21 janvier 1885). 
Landes. 

Tabtièrb (Henri), archiviste du département, à Mon|-de* 

Marsan (7 février 1872). 
Taillebois (Emile), archiviste de la Société de Borda, à 

ûaz (12 décembre 1883). 

Loire. 

Ghaterondier (Auguste), ^, archiviste du département, à 

8amt-Ëtienne (6 juin 1866). 
IHiBAHD (Vincent), secrétaire de la Société archéologique du 

Fores, à Allieu, par Boên*8ur-Lignon (7 juillet 1875). 
&ûraiAU), à Saint-Étienne, rue Saint-Louis, 52 (10 décembre 

1879). 
Jeamnez (Edouard), à Roanne (6 avril 1881). 
Brassabt (Eleuthère), à THôpital-sous-Rochefort, par Boên- 

8ur-Lignon (4 novembre 1885). 



— 20 — 

Loire (Haute^), 
MM. 

Atmard, conservateur du Musée, au Puy (9 novembre 1848). 
GHASBAma (Augustin), {)(i, juge au tribunal de première ins- 
tance> au Puy (21 février 1872). 

Loire-Inférieure. 

NiGOLuÈRE (S. DE LA), à Nautes, rue Deshoulières, 1 (2 juin 

1869). 
WisMBs (le baron de), à Nantes, rue Royale, 9 (7 juin 1876). 
Kervilbïi (René Pogaed-), e^, ingénieur des ponts-et-chaos- 

sées, à Saint-Nazaire (6 décembre 1876). 
PrntB de Lislb, secrétaire de la Société archéologique, à 

Nantes, rue Félix, 12 (19 avril 1882). 

Loiret. 

PiBRAC (Germain-Philippe-Anatole du Fauh, comte de), an- 
cien élève de l'École polytechnique, à Orléans, rue des 
Anglaises, 12 (15 mai 1865). 

Boucher de Molandon, ^, à Orléans (2 décembre 1868). 

LoiSELBUR (Jules), ^y bibliothécaire de la ville, à Orléans 
(16 février 1870). 

Dbsnoyers (l'abbé), président de la Société archéologique de 
rOrléanais, à Orléans (7 mai 1873). 

GouRBT (Alphonse), ancien magistrat, à Orléans (7 novembre 
1877). 

Loir-et-Cher, 

Du Plessis (G.), à Blois (9 avril 1840). 

Roghambbau (le marquis Achille de), ^, au château de 

Rochambeau, commune de Thoré (6 novembre 1867). 
Storblli (André), conservateur du Musée, à Blois (3 juillet 

1878). 

Lot. 
FoNTENiLLES (Paul de), à Gahors (15 février 1882). 



— 24 — 

Lot-et-Garonne. 

MU. 

Magen (Adolphe), à Agen (1« février 1865). 

Tholdi (Georges), archiviste du département, à Âgen, nie 
Scaliger (5 mars 4873). 

Tamizet se Labroqub, e^, correspondant de Tlnstitut (Acap- 
démie des inscriptions et belles-lettres), membre non 
résidant du Comité des travaux historiques et scien- 
tifiques, à Gontaud (6 février 1884). 

Losère. 

P&umàBBs (le docteur), à Marvéjols (3 mai 1876). 
Gkbher-Duiiand (François), architecte du département, à 
Monde (15 décembre 1880). 

MaineTet''LoiTe. 

Godabd-Faultribr, à Angers (11 avril 1866). 

PoKT (Gélestin), 0. ^, correspondant de Tlnstitut (Académie 
des inscriptions et belles- lettres), membre non résidant 
du Comité des travaux historiques et scientifiques, archi- 
viste du département, à Angers (3 mars 1875). 

'PiETrE (Edouard), juge au tribunal civil, à Angers, rue 
de la Préfecture, 18 (8 novembre 1876). 

Fargy (Louis de), à Angers, parvis Saint-Maurice, 3 (30 jan- 
vier 1884). 

Marne. 

LoRiQUET (Charles), conservateur de la Bibliothèque publique 

et du Musée, à Reims (6 juillet 1864). 
GivBLET (Charles), membre de TAcadémie de Reims, à Reims 

(9 janvier 1867). 

Barthélémy (le comte Edouard de), ^, membre non résidant 
du Comité des travaux historiques et scientifiques, à 
Courmelois (5 mars 1873). 



MM. 
Baye (le baron Joseph de), à Baye (i» avril 1874). 
LuGOT (l'abbé), chanoine archiprôtre de la cathédrale, à Ghâ- 

lons-Bur-Marne (i^* oeU>bre 1879). 
Dbmaiboit, archivifita de la ville, à Heims (20 juillet 1881). 
NiGAiBE (Auguste), à Gh&lons-suF-Mame (12 juillet 1882). 
Jadart (Henry), à Reims, rue des Murs, 26 (5 novembre 

1884). 

Brocard (Henry), architecte, k I^ngres (3 avril 1878). 
La Boullaye (E. Jullten de), conservateur de la biblio- 
thèque, à Langres (17 juillet 1878). 
Boooard (le docteur), à Bourbonne-les-Bains (7 janvier 1880). 
Daquin, à Nogent-le-Roi (3 décembre 1884). 

Mayenne, 

Farcy (Paul de), à Ghâteau-Gontier, rue Dorée (10 octobre 
1877). 

Meurthe^êt'-MoseUe, 

Mouqenot (Léon), vice-consul d'Espagne à Nancy, à Mahé- 
ville, près Napcy (10 juin 1861). 

PuYMAïQRE (le comte de), au ch&teau d'Ingls^age, pf^r Metzer- 
visse, et à Briey (4 juin 1862). 

RouYER (Jules), à Thiaucourt (2 mars 1864). 

Durand de Distrofp (Anatole), avocat, à Briey (5 avril 1865). . 

Gqdrnault (Charles), *, conservateur du Musée lorrain, à 
Nancy (9 février 1870). 

Germaiw (Léon), à Nancy, rue Héré, 26 (7 mars 1883). 

Des Robert, à Nancy, terrasse de la Pépinière, 1 (5 décem- 
bre 1883). 

Fayard (Emile), directeur des Cristalleries, à Baccarat 
(2 juin 1886). 



-- »- 

Meus^. 
MM. 

Maxb-Wbhly, à Bar-le-Duc (10 octobre 4877). 
Jacob (Alfred), coD9eryateur du Muséei à Bar^le-Duc, place 
Saint-Pierre (g juillet 1881). 

MofbiAam. 
BsakVD (l'abbé B.), à Gonrin (2 mai 1883). 
Nièvre. 

^ouLTRAiT (le comte Georges db), ^, membre non résidant du 
Comité des travaux bistoriques et scientifii{De8, à 
Toury-sur-Abron, par Doraes (2 février 1864). 

Ls^FDussE (René Lbblanc de), arcbiviate-paléograpbe, ^i| 
château de Luanges, par Guérigny (!«' juillet 1868). 

Nord. 

Maxrier (E.), ancien notaire, à la Bassée (5 juin 1861). 
Van Rende (Ed.), à Lille, rue Masséoa, 50 (!«' juillet 1866). 
(^rTÂBi), doyen de la Faculté des sciences à l'Institua 

catholique, à Lille (6 mars 1872). 
Delattre (Victor), membre de la Commission bistorique du 

département, à Cambrai (2 juillet 1873). 
RiQATjx (Henri), à Lille, rue de l'Hôpital-Militaire, 112 (4 fé- 
vrier 1874). 
CAmAux (Henri), archiviste de la ville, à Yalenciennes 

(l" décembre 1875). 
FociDRiGNiER (Ëdouard), à Maubeuge (4 juin 1879). 
Dbhaisnes (Fabbé), secrétaire de l'Institut catholique, à Lille 

(7 juin 1882). 
QuARai-REYBOUBBON, à LiUo, boulevard de la Liberté, 70 

(5 décembre 1883). 
FmoT (Jules), archiviste du département, & Lille (12 décem« 

bre 1883). 
UffliAT (René), ehafgé de eovrs à la Faculté des lettres, à 

Ùonai (9 janvier 1884). 



— 24 — 

Oise. 
MM. 

LoNapÉRTER-GRiMOARD (le comte Alfred Prévost de), à Long- 
périer, près Lagny-le-Sec (5 mars 1856). 

Marsy (le comte de), directeur de la Société française d'ar- 
chéologie, à Compiègne (12 décembre 1866). 

Caix de Saint- Aymour (Amédée db), membre de la Commis- 
sion des monuments historiques, à Senlis (13 décembre 
1876). 

LuQAY (le comte de), ^^ membre du Comité des travaux bis* 
toriques et scientifiques, au ch&teau de Saint-Agnan, 
par Mouy (3 juillet 1878). 

LousTAu (G.), îjji, ingénieur civil, à Crépy-en- Valois, rue des 
Béguines, 4 (16 mars 1881). 

Du Lac (Jules), à Compiègne, rue des Minimes, 10 (11 mai 
1881). 

Orne. 

JoussET (le docteur), à Bellesme (6 janvier 1869). 

DuvAL (Louis), archiviste du département, à Alençon (18 fé- 

xTier 1868). 
Letrône (Ludovic), à la Motte, par Ceton (15 novembre 1882). 
DuRUFLé (Gustave), au Renouard, par Vimoutiers (10 février 

1886). 
Godet (Fabbé), au Pas-Saint-Lhomer, par Moutiers-au- 

Perche (7 avril 1886). 

PcU'de-Calaii, 

Desghamps de Pas (Louis), ^y correspondant de Tlnstitat 
(Académie des inscriptions et belles-lettres), ingénieur 
en chef des ponts-et-chaussées en retraite, à Saint-Omer 
(19 février 1839). 

Van Drival (l'abbé), chanoine titulaire, président de la 
Commission des antiquités du département, à Arras 
(9 janvier 1854). 



— » — 

BUft* 
Liras (Gharlas db), ^^ membre non résidant du Comité des 
travaux historiques et scientifiques, à Arras (2 mars 



Bkq de FouQvràBEs, à Ramecourt (3 mars 1869). 
Dancoishb, notaire honoraire, à Hénin-Liétard (5 mars 1873). 
Tebnihck (A.), à Boisbernard, par Vimy (2 juillet 1873). 
Mo!CŒCovB (Félix lu Sbrgsant de), il^y ancien député, à Saint- 

Omer (4 mars 1874). 
Da&d (le baron), O. ^, à Aire-sur-la-Lys (25 juillet 1883). 
Paqabt d'Hebmansart, à Saint-Omer (13 février 18&4). 
Garobyacque (Adolphe de), à Arras (2 juillet 1884). 

Puy-^'Dâme, 

Mallat (Emile), architecte, inspecteur des travaux d'achève- 
ment de la cathédrale, à Glermont-Ferrand (7 avril 1875). 
BouROADE La Dabdtb (de), à Lezoux (8 février 1882). 
PucQUB (le docteur), à Lezoux (20 juin 1883). 

Pyrénéts (Basses-). 

Laoràzb (Basgle de), ^^ conseiller-doyen à la Cour d*appel, 
à Pau (9 août 1847). 

Pyrénées (Hautes^). 

FaossAju) (le pasteur), à Bagnéres-de-Bigorre (6 juin 1883). 

Pothieb (Edgard), ^^ lieutenant-colonel d'artillerie, direc- 
teur de rÉcole d'artillerie du 18* corps d'armée, à Tarbes 
(16 janvier 1884). 

Rhùne. 

AI.LMBB (Auguste), ^, correspondant de l'Institut (Académie 
des inscriptions et belles-lettres), à Lyon, quai Claude 
Bernard, 47 (6 mars 1861). 

MoRiN-Poiis (Henri), à Lyon (4 janvier 1865). 

GmoDB (M.-C.), ^, archiviste du département, à Lyon 
(5 février 1868). 



- 86- 

MM. 

CQAii9Rf]K Ds RosomoMT (Art. db), à la Girar4iôrf , p«r S^ 

Yille«sar-*6aône (5 juillet i876). 
Bayet (Charles), professeur à la Faculté des lettres, à Lyon 

(2 juillet 1879). 
GiRAUD (J.-B.), conservateur des musées d'archéologie de U 

ville, à Lyon (7 avril 1880). 
Mabtha (Jules), maître de conférences à la Faculté dee 

lettres, à Lyon (2 mai 1882). 
Lafate (Georges), professeur à la Faculté des lettre, i Lyop, 

avenue de Noailles, 5 (4 avril 1883). 
Bloch (G.), professeur à La Faculté des lettres, i Lyon 

(11 juin 1884). 

Saône-et' Loire, 

BuLtiOT (G.), ^^ président de la Société Ëduenn^, ^ 4utuû 

(6 novembre 1862]. 
Charmasse (Anatole de), à Autun (14 mars 1866). 
FoNTENAY (Harold de), à Autun (5 janvier 1870). 

8arthe. 

HucHER (E.), ^, membre non résidant du Comité des tra- 
vaux historiques et scientifiques, conservateur du Musée 
archéologique de la ville, au Mans (18 novembre 1863). 

Charles (l'abbé Robert), au Mans (3 juillet 1878). 

]teiTRAND (Arthur), archiviste-paléographe, vice^président 
de la Société historique et archéologique du Maine, au 
Mans, rue de Flore, 48 (2 juillet 1879). 

Savoie. 

Rabitt (Laurent), professeur au Lycée, à Ghambéry {i% no« 
vembre 187^). 

Seine. 

Casati (Charles), conseiller à la Cour d'a^^ de Paris 
(5 mars 1873). 



— i7- 

MM. 

Mazaad (H. -A.), à Neallly, avenne de Nenilly, 85 (46 juin 
1875). 

Làuiiâiis (Julw db), secrétaire général de la Société fran- 
çaise d'archéologie, à Paris, me des Sainta-Péres, 15 
(3 mai 1876). 

HoMouLE, ^^ professeur au Collège de France, boulevard 
Saint-Germain, 177 (7 avril 1880). 

Gjiubd (Paul), professeur à la Faculté des lettres, à Pans, 
rue Saint-Placide, 51 (15 février 1882). 

Bbububi (l'abbé), professeur à l'Institut catholique, à Paris, 
boulevard de Vangirard, 4 (4 mars 1885). 

S€tiie-«/-Jf ame. 

Poirroii d'Amécodbt (le vicomte de), *, à Trilport (21 dé- 
cembre 1864). 

Gràau (Julien), à Nemours (4 juin 1884). 

BoRDBs (Fabbé), censeur au collège de Juilly, à Juilly 
|4 mars 1885). 

TiLLEFossE (Etienne Héron de), à Ghartronges (2 juin 1886). 

Stinê^t-Oiêt7 

tfoOTii (Auguste), ^, à Rambouillet (9 mars 1849). 

GoRBLBT (le chanoine Jules), !)((, à Versailles, rue Saint- 
Louis, 13 (12 mai 1858). 

Lebeurieb (le chanoine), ancien archiviste du département de 
l'Eure, à Mantes (4 juin 1862). 

CoDONY (E.), inspecteur d'Académie, à Versailles (4 janvier 
1865). 

Hekhebeat, 0. ^, lieutenant-colonel du génie, professeur de 
fortification à l'École militaire de Saint-Gyr, à Versailles» 
rue Saint-Honoré, 10 (3 janvier 1«72). 

Chabdin (Paul), à Ville-d'Avray (10 décembre 1873). 

Pécoxjl (Auguste), à Draveil (3 avril 1878). 

Garo» (S.), aux Gamaldules, par Yerres (6 avril 1881). 

Lktajllb (Joseph), à Bellevue (20 janvier 1886). 



— 28 — 

Sdne'InfMetire. 

MM. 

8BPTENVILLE (le baron de), au château de Bois-Robin, par 
Âumale (!«' mars 1865). 

Beaurepaire (Gh. de Robillard de), ^, correspondant de 
l'Institut (Académie des inscriptions et belles-lettres), 
archiviste du département, à Rouen (6 avril 1870). 

Sauvage (Fabbé E.), à Ectot-l'Auber, par Yerville (13 no- 
vembre 1872). 

EsTAiNTOT (le comte Robert d*)', à Rouen (1« décembre 1875). 

Allard (Paul), à Rouen, rue du Rempart, 4 (10 décembre 
1879). 

Le Breton (Gaston), ^, directeur du Musée céramique, à 
Rouen, rue Thiers, 25 6m (!•' février 1882). 

Kermaingant (de), 4^, au Tréport (3 janvier 1883). 

8lvr€9 {Deux-). 

Beauchet-Filleau, juge de paix, à Ghef-Boutonne (11 mai 
1865). 

Favre (Louis), à Niort (18 décembre 1878). 

Berthelé (Joseph), archiviste du département, à Niort (7 no- 
vembre 1883). 

Piet^Lataudrie, à Niort (2 décembre 1885). 

Somme, 

Garnier (Jacques), «)^, secrétaire perpétuel de la Société des 
Antiquaires de Picardie, conservateur de la Bibliothèque 
de la ville, à Amiens (9 mai 1851). 

Gagny (le chanoine Paul de), à Amiens, rue Lemerchier, 36 
(5 mai 1858). 

Van Robais (A.), à Abbeville, rue Millevoye, 28 (12 no- 
vembre 1873). 

Janvier (Auguste), à Amiens (5 décembre 1877). 

Duhamel -DécÉjEAN, à Amiens, rue Saint -Fuscien, 7£ 
(28 juUlet 1884). 



— a» — 

JAnU 
PouoL BB FaÉGHBiiGouKT (Femand), i Amiffl», rue de Glo- 
nette, 6 (7 ayril 1886). 

Tam. 

Glausabb (Gustave de), avocat, à Rabastens (9 juin 1847). 

Tam-et-Garaimê. 
M<iiMm.r.m (Pabbé), à Montauban (9 décembre 1843). 
Vauehue. 

DsLOTB (Auguste), ^^ conservateur du Musée Galvet, à Avi- 
gnon (2 mai 1866). 

MoBSL (Léon), receveur particulier des finances, à Garpen« 
tra8(l«'juiUetl874). 

Vendée. 

Vallbitb (René), secrétaire de la Société archéologique de 
la Vendée, à Fontenay-le43omte (23 juillet 1884). 

Vienne, 

LEGonmB-Dopoirr (G.), à Poitiers (9 janvier 1844). 

ÂuBBR (Pabbé), chanoine titulaire, historiographe du diocèse, 

à Poitiers, rue Sainte-Radégonde (9 janvier 1851). 
La Croix (le R. P. G. de), conservateur du Musée des Anti« 

quaires de l'Ouest, à Poitiers (1« juin 1881). 
Ledain (Bélisaire), à Poitiers (19 mai 1886). 

Vienne (Haute-). 

MoMTéGUT (de), à Limoges (2 juillet 1884). 

Vosges. 

Lbclbrc (Lucien), ^, médecin*major en retraite, à Ville«sur- 

Dlon, par Dompaire-Laviéville (20 novembre 1851). 
Voulût, conservateur du Musée, à Ëpinal (5 février 1879). 
Baillant, à Ëpinal (4 mars 1885). 



— M — 

Yonne. 
MM. 

Salmon (Philippe), à Cerisiers, près 8ens (9 mai 1855). 

JuLLiOT (G.), à Sens (7 février 1872). 

Petit (Ernest), membre du Conseil académique de la Faculté 

de Dijon, à Vausse, par Noyers-sur-Serein (7 février 

1883). 

Algérie et Tunitie, 

Blanghère (René de la), délégué du Ministère de rinstrac- 

tion publique, ft Tunis (4 mars 1885). 
Prudhommb (db), capitaine au 83* régiment d'infanterie, à 

Sousse (Tunisie) (4 mars 1885). 

Assooléfl oorrespondaais nationaiix résidant 
à rétraager. 

ËNOBL (Ârtbur), ancien membre des Écoles françaises de 

Rome et d'Atbènes, à Bàle (Suisse) (5 décembre 1877). 
Sàinte-Mabib (Ë. Pricot de), ^, consul de France, à Saio- 

nique (Turquie) (5 février 1879). 
SoRtra-DoRiONT, à Constantinople (l« juin 1881). 
8aige, conservateur des archives et de la bibliothèque du 

Palais, à Monaco (!«' mars 1882). 
Lallemand (l'abbé), à Vergavilie (Alsace-Lorraine) (7 février 

1883). 
Làioub (Louis de), ^y consul de France, à Livoume (Italie) 

(5 décembre 1883). 

▲flsoolés oorrespondants étrangers. 

AngUterte, 

BmcH (Samuel), correspondant de l'Institut (Académie des 
t inscriptions et belles-lettres), conservateur des antiquités 
égyptiennes et assyriennes du Musée Britannique, à 
Londres (9 décembre 1850). 



— M - 
MM. 

BoACH SxiTH (Charles), membre de la Société des Antiquaires 
de Londres, à Rochester (9 avril 1851). 

CoLLiNawooD Bruce (John), membre de la Société des Anti- 
quaires de Londres, à Newcastle-sur-Tyne (9 mai 1853). 

LoFTos, à Ettrich (Ecosse) (4 novembre 1857). 

Mâtbr (Joseph), à Liverpool (il août 1858). 

Franks (Augustus^WoUaston), membre de la Société des 
Antiquaires de Londres, conservateur au Musée Britan- 
nique (5 février 1862). 

Hàbth (William-Henri), à Londres (6 juillet 1864). 

Lewis (le Rév. Samuel Savage), fellow et bibliothécaire de 
Ciorpus Ghhsti Collège, à Cambridge (14 février 1872). 

BiniKBLL Lewis, membre de la Société des Antiquaires de 
Londres, Queen's Collège, à Cork (Irlande) (7 mars 
1883). 

Biwet-Carnag, Esq'*, à Allahabad (Lides Orientales) (10 dé- 
cembre 1884). 

Brique, 

WrrTE (le baron J. de)) ^y associé étranger de l'Institut 

(Académie des inscriptions et belles-lettres), membre de 

P Académie royale de Belgique, à Anvers (19 mai 1846). 
Ghalon (Renier), membre de TAcadémie royale de Belgique, 

à Bruxelles (29 août 1851). 
Sghaepkens (A.), artiste peintre, à Bruxelles (2 juillet 1856). 
Dk Mabiiol, président de la Société archéologique de Namur, 

à Namur (20 mars 1861). 
Vam dkr Straten Ponthoz (le comte François), à Bruxelles, 

rue de la Loi, 13 (18 janvier 1865). 
DooNéB (Bugène-M. 0.), !)((, à Liège (6 juin 1867). 
Hblbto (Jules), directeur de la Bemie de VArt chrétte% à 

Liège, rue de Joie, 8 (2 mai 1883). 
GLoovn (L.), à Tournai, boulevard Léopold (3 décembre 

1884). 



Danemark. 
MM. 

WoRSAAB (J. J. A.), ancien ministre, inspecteur général des 

monuments historiques du Danemark, à Copenhague 

(9 août 1854). 
MuLLER (Louis), inspecteur du Cabinet royal des médailles, 

à Copenhague (25 mars 1858). 
ScmaDT (le professeur Waldemar), i}(i, à Copenhague (3 juin 

1868). 

Espagne, 

Castellanos de Losada (Basile-Sébastien), membre de l'Aca- 
démie d'archéologie, à Madrid (9 avril 1851). 

Martmez y REauERA (le docteur Leopoldo), à Bujalance, pro- 
vince de Cordoue (6 novembre 1867). 

Rahon-Soriano-Tomba, à Barcelone (19 novembre 1879). 

GiRBAL (Henri-Claude), à Gérone (i*' décembre 1880). 

EiatS'Unii, 

SouiER (E. G.), à New- York (9 juillet 1851). 

EvBRETT (Edward), correspondant de l'Institut (Académie 

des sciences morales et politiques), à Boston (9 juillet 

1851). 

/ Grèce. 

Rahoabé (A. Rizo), correspondant de l'Institut (Académie 
des inscriptions et belles-lettres), à Athènes (19 octobre 
1849). 

Caeapamos (Constantin), ^^ correspondant de l'Institut (Aca- 
démie des beaux-arts), à Athènes (10 avril 1878). 

Hollande. 

Wal (J. os), professeur à l'Université, à Leyde (10 décembre 
1849). 



— 33 — 
MM. 

Lbdiams (le doctear Conrad), directeur du Musée d'anti* 

quités, à Leyde (9 janvier 1852). 
Dnuu (le docteur J.), à Leeu'vrarden (3 mars 1869). 

Italie. 

BoNHEFOT (Fabbé), à Jarsy (9 mars 4842). 

FcsGO (Giuseppe-Maria), à Naples (9 décembre 1850). 

Rossi (le commandeur G.-B. de), ^, associé étranger de 
riastitnt (Académie des inscriptions et belles-lettres), 
interprète des manuscrits à la Bibliothèque du Vatican, 
membre de la Ck)mmission des antiquités chrétiennes et 
du collège philologique de l'Université, à Rome (10 jan- 
Tier 1853). 

Hbnzen (le docteur Wilhem), ^^ correspondant de Tlnstitut 
(Académie des inscriptions et belles-lettres), à Rome 
(16 janvier 1867). 

BBnoLom (le chevalier), directeur des archives d'État, à 
Mantoue (8 janvier 1879). 

Norwège. 
Unqbr, professeur à l'Université, à Christiania (28 juin 1871). 

Russie, 

KoBicB (le baron Bernard ni), conseiller d'État actuel, à 

Saint-Pétersbourg (10 décembre 1849). 
SiSNNiGKi (Stanislas-Joseph), à Varsovie (3 février 1875). 

Suisse. 

QuiQDERBz, à Bellerive, près Oélémont, canton de Berne 
(19 février 1847). 

VuLLiBMiN (Louis), à Lausanne (10 décembre 1849). 

ScHHBLLBR, à Lucome {{^ juillet 1857). 

Fazy (Henry), membre du Conseil d'État, à Genève (4 fé- 
vrier 1863). 

ANT. BULLETIN. 3 



— S4 — 
MM. 

MoliBL-PiiTia (AmoM), eondervatear du Musée, à Lausanne 

(il juillet 1866). 
GEYMiJLLBB (te baroii Henry db), à Ghampitet près Lausanne 

(6 février 1884). 
Briquet (G. M.), à Genève, rue de la Gité, 6 (23 décembre 

1885). 



LISTE 

DES SOCIÉTÉS SAVANTES 
«T8e lesquelles la Compagnie est ea eorre^ondance. 



Sociétés françaises. 

ÂGAotMiE des inscriptions et belles-lettres de Flnstitut na- 
tional de France. 

AiSKB, Scunt-Quentin, Société académique. 
Alusr, Moulins. Société d'émulation. 
Alpes (Hautes-), Gap. Société des études historiques. 
Alpes-Mautimbs, Nice. Société des lettres, soiences et arte. 
Aube, Troyes. Société d'agriculture, sciences, arts et belles- 
lettres du d^artement. 
Belfort (Territoire de). Société Belfortaine d'émulation. 
Calvados, Caen. Société des Antiquaires de Normandie. 

— — Académie des sciences, arts et belles-lettres. 
^ Baymuc. Société d'agrieultnre, sciences, arts et 

belles-lettres. 

Gharerte, AngtmUme. Société d'agriculture, arts et com- 
merce du département. 

— ^ Société archéologique et historique 

de la Charente. 
GHiUkENTB-lRf éaiEniE, Saintes. Société archéologique de la 

Gharente^Ittférieure. - 
— — Société des archives histo- 

riques de la Sahitonge ei 
de TAvnis. 
•^ Sidnt'Jettnt^Angély. Société Itnnéenne 

de la Gharente^Inférieu^. 



— 36 — 

Cher, Bourges. Commission historique du Cher. 

— — Société des Antiquaires du Centre. 
CoRRàzE, Brive. Société scientifique, historique et archéolo- 
gique de la Corrèze. 

C^te-d'Or, Dijon. Commission des antiquités du départe- 
ment. 

— Beaune. Société d'archéologie, d'histoire et de 

littérature. 

— 8emur. Société des sciences historiques et nata- 

relles. 

G6tes-du-Nord, Saint'Brieuc. Société archéologique et his- 
torique des Côtes-du-Nord. 

Creuse, Guéret. Société des sciences naturelles et archéolo- 
giques de la Creuse. 

OoRBOONB, Périffueux. Société historique et archéologique 
du Périgord. 

DouBS, Besançon. Société d'émulation du Douhs. 

Or6he, Rowutns. Société d'histoire ecclésiastique et d'archéo- 
logie. 

Eure-et-Loir, Chartres. Société archéologique du départe- 
ment. 

Gard, Nùnes. Académie du Gard. 

— AUtis, Société scientifique et littéraire. 

Garonne (Haute-), Toulouse. Académie des sciences, inscrip- 
tions et belles-lettres. 
— — Société archéologique du midi 

de la France. 
GmoNDB, Bordeaux. Commission des monuments et docu- 
ments historiques de la Gironde. 

— — Société archéologique de Bordeaux. 
Hérault, Montpellier. Société archéologique. 

— Béners, Société archéologique. 
Illb-et- Vilaine, Rennes, Société archéologique. 
Indre-et-Loire, Tours. Société archéologique. 

— — Société française d'archéologie. 

Landes, Dax. Société de Borda. 



— 87 — 

Lon-BT-GnsB, Bhns^ Société des sciences et lettres. 

» VendSme. Société archéologique du Vend6- 

mois. 
Loire, Montbrùan, La Diana, société historique et archéo- 
logique du Forez. 
LoiBB (Hautb-), Le Puy. Société d'agriculture, sciences, arts 

et commerce. 
Loibs-Infèbibure, Nantes, Société archéologique. 
LoiBET, (MéoMs, Société archéologique de l'Orléanais. 

— Tombent. Société archéologique du Gfttinais. 
MADiB-ET-LoniB, Angers. Répertoire archéologique de TAnjou. 

— — Académie des sciences et helles- 

lettres d'Angers. 
Manche, Cherbourg, Société nationale académique de Cher- 
bourg. 
Mabue, ChâUms-twT'Mame. Société d*agriculture, commerce, 
sciences et arts. 
— • Reims, Académie de Reims. 
Màbme (Haute-), Langres, Société historique et archéologique. 
Mbubthb-et-'Mosbi.le, Nancy, Académie de Stanislas. 

— — Société d'archéologie lorraine. 

Meuse, Bar^le-Ihic, Société des lettres, sciences et arts. 

— Verdun^ Société philomathique. 

Morbihan, Vannes. Société polymathique du Morbihan. 
Nord, LUÎe. Société des sciences, de Tagricuiture et des arts. 

— Jvesnes. Société archéologique. 

— Cambrai, Société d'émulation. 

— Douai. Société centrale d'agriculture, sciences et arts. 

— Dunkerque. Société Dunkerquoise pour l'encourage- 

ment des sciences, des lettres et des arts. 
Oise, Beauvais. Société académique d'archéologie, sciences 
et arts. 

— Compiègne. Société historique. 
Pas-de-Calais, Arras, Académie d'Arras. 

— Saint'Omer, Société des Antiquaires de la 

Morinie. 



— 38 — 

Rbônb, Lyon. Académie des sciences, ))elle8«letire8 et arto. 

SAÔRB-BT-LofflB, Auivm. Société Éduenne. 

— ChahnrturSaâne. Société des sciences nata- 

reiies de Saône-et^-Loire. 

Sabthb, Le MoMM. Société archéologique du Maine. 

Savoie, Chambéry. Société Savoisienne d'histoire et d'ar- 
chéologie. 

Savoie (Hautb-), Annecy. Société Florimontane. 

Sbine, Pont. Société française de numismatique et d'archéo- 
logie, 
-r^ — Société de l'histoire de France. 
-^ — Société des études historiques. 

— -* Société philotechnique. 
SBmE-BT-MARNE, Melun. Société d'archéologie, sdences^ 

lettres et arta. 

— Fontainebleau, Société archéologique du 

Gàtiaais. 

Sbimb^bt-Oisb, VersaUiês. Société des sciences morales, des 

lettres et des arts. 
— Commission des antiquités du 

département. 

— Ramhoumei. Société archéologique. 

— Pontoise, Société historique et archéologique 

de Pontoise et du Veidn. 
SEUfE-lNFéRiEUHE, Rouen. Académie des sciences, belles- 
lettres et arts. 

— — Commission dépaxtementale des 

antiquités de la Seine-Infé- 
rieure. 

Sèvbbs Peux-), Niort, Société de statistique. 

Somme, Amiens, Société des Antiquaires de Picardie. 

— — Académie du département de la Somme. 

— AbbevUle. Conférence scientifique d*Abbe¥ille et de 

Ponthieu. 
Vak, Toulon. Société des sciences» belles-lettres et arts. 



— a» — 

Vaugluse, Amguon. Académie de Vauclasa. 
Vbhixéb, I«t JBoc^»«icr« Jon* Société d'émulation de la Vendée. 
ViEinfEy PiriHen. Société dot Antiquaires de l'Ouest. 
YiEKRE (HAirrB-), Limoges, Société arohéok)|;iqTte et bisto- 

rique du Limousin. 
Vosges, Épinàl. Société d'émulation. 

— Stnni'DU. Société philomathiqne yosgienne. 
YoiiRB, Auxerre, Société des sciences historiques et natu- 
relles. 

— Sens. Société archéologique. 
Aloérie, Algtt. Société historique algérienne. 

— . CoiMtoMfàM. Société arohéologique de la provlnee. 

— Omn, Société de géographie et d'archéologie. 
~~ BSne, Académie d'Hippône. 

Sociétés étrangères. 

ÂLaAQB^LoaBAncE, Colmar, Société d'histoire natnieUe. 
^ Mets, Académie. 

— HtUàoHH. Société induatrielle. 

— • SirmihcfUTff, Société pour la conservation 

des monum^ta historiques de l'Alsace. 
Anoleterre, Londres. Société royale des Antiquaires. 
^ -^ Institut archéologique de Grande- 

Bretagne et d'Irlande. 
-^ Cambridge, Société des Antiquaires. 
— Edimbourg, Société des Antiquaires d'Ecosse. 
^ Société nomiamatique. 

ÂuTBiGHB, Vienne, Académie impériale des sciences. 

— Grmtn, Sodété historique de Styrie. 

-<• Loy&ocA. Société hiatoique de la Gamiole* 

— Zagrel'Agram, Société archéologique. 
Bade, Manheim, Société hiaM^que. 

BaniiB, ÊÊiÊàick, Académie royale des Beienoei< 

— Bamberf» Société historiqneu 

— Nuremberg, Ktlseam fCrmaniilue. 

— Ratishonne, Société historique du Hant««Palatinat. 



— 40 — 

Belqiqub, BruxeUêt. Académie royale de Belgique. 

— *- Société royale de numismatique hâ^. 

— AnvêTi, Académie d'archéologie de Belgique. 

— Gond. Comité central des publications de k 

Flandre. 

— Liège, Société liégeoise de littérature wallonne. 

— Mans, Société des sciences, des arts et des lettres 

du Hainaut 
Danemabk, Copenhague. Société royale des Antiquaires da 
Nord. 

— Odensée. Société littéraire de Fionie. 
EsPAQNB, Madrid, Académie royale d'histoire. 

— •— Académie royale des beaux-arts de San- 

Fernando. 

— — Société libre des archives, bibliothèques 

et musées. 

— Valence. Société archéologique. 

Etats-Unis, Baltimore. Université de John Hopkîns pour 
l'étude des sciences historiques et politiques. 

— Botton, Société des Antiquaires. 

— — Institut archéologique d'Amérique. 

— New-York. Société ethnologique d'histoire na- 

turelle. 
•— Philadelphie. Société philosophique américaine. 

— Topeka. Société historique de l'état du Kansas. 

— Urbana. Association centrale scientifique de 

rOhio. 

— Washington. Institut Smihtsonien. 
Grègb, Athènes. Société archéologique. 
Hesse-Darmstadt, Magence. Société des Antiquaires. 
Hollande, Leeuwarden. Société d'histoire et des antiquités 

de la Frise. 
Italie, Rome. Académie des Lincei. 

— Modène. Académie royale des sciences, lettres et arts. 

— Turin. Académie royale des sciences. 
Luxembourg, Luxembourg. Institut Royal Grand-Ducal, sec- 
tion historique. 



— A4 — 

Nassau, Wieibaden, Société des Antiquaires. 
Portugal, Liabonmê, Académie royale des sciences. 
Prukb, Bonn. Société des Antiquaires du Rhin. 

— léna. Société d'histoire et d'archéologie de la Thu- 

ringe. 

— Trèœs. Société des recherches utiles. 

Russie, 8<dat^Pétenhourg. Académie impériale des sciences. 
8nÈDB, Stockholm. Académie royale des inscriptions et 

belles-lettres. ^ 
SuisfiB, Bâle. Société nationale des Antiquaires. 

— Genève. Société d'histoire et d'archéologie. 

— Lausanne. Société d'histoire de la Suisse Romande. 

— Lnceme: Société historique des cinq Gantons pri- 

mitifs. 

— Zurich. Société des Antiquaires. 
Turquie, Constantinople. Société centrale. 



LISTE ALPHABÉTIQUE 

DES ASSOaÉS CORRESPONDANTS NATIONAUX 
Au 15 Juin 1886. 



MM. 

Allard (Paul), Seine-Inférieure. 

Allher (Auguste), Rhône. 

Arbaumont (Jules d'), Gôte-d'Or. 

AuBER (l'abbé), Vienne. 

AuBERTiN (Charles), Gôte-d'Or. 

AuRÈs, Gard. 

Aymard, Haute-Loire. 

AzAïs (Gabriel), Hérault. 

Base AU (Albert), Aube. 

Barthélémy (le comte Edouard de), Marne. 

Barthélémy (le docteur), Bouches-du-Rh6ne. 

Baye (le baron Joseph de), Marne. 

Bayet (Charles), Rhône. 

Bbaughet-Filleau, Deux-Sèvres. 

Beaudouin (Jules), Côte-d'Or. 

Beaurbpaire (Eugène de Rorillard de), Calvados. 

Beaurepaire (Charles de Robillard de), Seine-Inférieure. 

Beauvois (E.), Côte-d'Or. 

Becq de Fouquières, Pas-de-Calais. 

Bernard (l'abbé E.), Morbihan. 

Berthelé (J.), Deux-Sèvres. 

Berthelst (Charles), Jura. 

Bertrand (Arthur), Sarthe. 

Beurlier (l'abbé), Seine. 

Biqarne (Charles), Côte-d'Or. 

Blangard (Louis), Bouches-du-Rhône. 

Blanghèrb (René de la), Tunis. 

Blogh (G.), Rhône. 

Bordes (l'abbé), Seine-et-Marne. 

Boucher de Molandon, Loiret. 

Bouoard (le docteur), Haute-Marne. 



— 43 — 

MM. 

BouGOT, C6te-d'0r. 

Bourgade La Dardye (de), Puy-d&^Dôme. 

Brassabt (£.), Loire. 

BiiéMoirr d'ârs (le comte Anatole iib)> Finistère. 

Bbogard (Henry), Haute-Marne. 

Brunst (Gustave), Gironde. 

BuHOT DE Kebserb^ Cher. 

BuLLiOT (G.), Saône-et-Loire. 

Caffiaui (Henry), Nord. 

Gagnât (René), Nord. 

Caony (l'abbé Paul de), Somme. 

Gaix de Saint-Atuour (Âmédée de), Oise. 

Gardeyacque (Adolphe de), Pas-de-Calais. 

Gabon (B.), Seine-'et^^Oise. 

Gasati (Charles), Seine. 

Gastan (Auguste), Doubs. 

Gazalis de Fondouge, Hérault. 

Gérés (l'abbé), Aveyron. 

Gessâc (le tomte P. db), Creuse. 

GfiAHBRuN DE HoSEHONT (Art. db), Khôse. 

Ghardw (Paul), Seine-et-Oise. 

Charles (Vabbé Robert), Sarthe. 

Charmasse (Anatole de), Saône-et*Laire* 

Chassaimo (Augustin), Haute-Loire. 

Ghatel (Eugène), Calvados. 

Ghatellier (P. du), Finistère. 

Ghadtard, Nord. 

Ghauvet, Charente. 

Ghaverondier (Auguste), Loire. 

Chevallier (le chanoine Ulysse), Drème. 

Clausade (Gustave de), Tarn. 

CoLLEvn.LE (le vicomte m), Finistèjee. 

GoRBLET (le chanoine Jules), Seine*et-Oise. 

CouoNY (E.), Seine-et-Oise. 

CouRBT (Alphonse), Loiret. 

GoDRHAULT (Charlos), Menrtbe^t-^MoseUe. 

Daguin, Haute-Marne. 



— 44 — 

MM. 

Daiouson, Indre. 

Dangoisne, Pas-de-Calais. 

Dard (le baron), Pas-de-Calais. 

Dehaisnbs (l'abbé), Nord. 

Delahaut, Ardennes. 

Delattbb (Victor), Nord. 

Dblaville Le Roulx (J.), Indre-et-Loire. 

Dblote (Auguste), Yaucluse. 

Dehaison, Marne. 

Deschamps de Pas (Louis), Pas-de-Calais. 

Dbsnotbrs (l'abbé), Loiret. 

Des Robert, Meurthe-et-Moselle. 

Drouyn (Léo), Gironde. 

Du Fresne db Bbaugourt (le marquis G.), Calvados. 

DuHAHEL-DéCÉJBAN, SoDUnO. 

Du Lac (Jules), Oise. 

Du Plessis (G.), Loir-et-Cher. 

Durand (Vincent), Loire. 

Durand de Distroff (Anatole), Meurthe-et-Moselle. 

Duruflé (Gustave), Orne. 

DuvAL (Louis), Orne. 

DuvBRNOY (C), Doubs. 

Engbl (Arthur), Suisse. 

EspÉRANDiBu, Gard. 

EsTAiNTOT (le comte Robert d'), Seine-Inférieure. 

Fabrb (Marc), fiasses-Alpes. 

Fargt (Louis DE), Maine-et-Loire. 

Fargy (Paul db), Mayenne. 

Favrb (Louis), Deux-Sèvres. 

Fayolle (le comte de), Dordogne. 

Finot (Jules), Nord. 

FoNTENAY (Harold de), Sa6ne-et-Loire. 

Fontbnillbs (Paul de), Lot. 

FouRDRiONiER (Édouard), Nord. 

Frossard, Hautes-Pyrénées. 

Galy (le docteur), Dordogne. 

Garibl, Isère. 



— 45 — 

MM. 
Gabiokr (Jacques), Somme. 
Gautbibr (Jules), Donbs. 
Gat (Victor), Dordogne. 
Gbbiuin (L.), Meurthe-et-Moselle. . 
Ggama-DuBAHD (François), Lozère. 
GmARD (Paul), Seine. 
GmAUB (J.-B.), Rhône. 
GivELBT (Charles), Marne. 
Godabo-Faultrier, Maine«et*Loire. 
Godet (l'abbé), Orne. 
GoNNABD, Loire. 

Gou^ERNEUB (Aristide), Eure-et-Loir. 
GoT (Pierre de), Cher. 
GsÉAu (Julien), Seine-et-Marne. 
Grbllet-Balouerie (Charles), Gironde. 
Guère (le comte Alphonse de la), Cher. 
GuiQDE (M.-C), Rhône. 
Raillant, Vosges. 
Hahdy (Michel), Dordogne. 
Henmebbbt, Seine-et-Oise. 
HoMOLLB, Seine. 
HuGHBB, Sarthe. 
Jacob (Alfred), Meuse. 
Jadabt (Henry), Marne. 
Janvier (Auguste), Somiqe, 
Jeannbz (Edouard), Loire. 
JotJON DES Lonorais, lUe-et-YUaine. 
J0D88ET (le docteur), Orne. 

Jdlien-Laferrièrb (le chanoine),* Cîharente-Inférieure. 
Jdlliot (G.), Yonne. 
Kermainoant (de), Seine-Liférieure. 
Keryileb (René Pogard-), Loire-Inférieure. 
La Boullatb (ë. Jullien de), Haute-Marne. 
La Croix (le R. P. C. de). Vienne. 
Lafate (Geoi^s), Rhône. 
Laobâze (Basgle de), Basses-Pyrénées. 
Laigdb (Louis de), Livoume. 



— 46 — 

AIM. 

liALLEHAin) (l'abbé), Alsace-Lorraine. 

LijiOBE (l'abbé (Ibarles), Aube. 

LiAPéBonsB (Gustave), Cîôte-d'Or. 

Laurièbs (Jules de), Seine. 

Lebèoue, Haute-Garonne. 

Lbbbueibr (le chanoine), Seine^t^Oise. 

Le Breton (Gaston), Seine-Inférieure. 

Leglerg (Lucien), Vosges. 

LBGoraTRs-DupONT (G.), Vienne. 

Ledàin (Bélisaire), Vienne. 

Lefort (Louis), Cher. 

Lbspdiassb (René Leblaro de), Niôtre. 

LETAHiLE (Joseph), Seine-ot-Oise. 

Letrônb (Ludovic), Orne. 

Lièvre, (Parente. 

LniAS (Charles de), Pas-de-Calais. 

LoiSELEUR (Jules), Loiret. 

LoNOPÉRiBR-GRniOARo (l0 comto Alfred PaAvost de), Oise. 

LoRiQUET (Charles), Marne. 

Louis-LuGA.s, Cîôte-d'Or. 

LousTAU (G.), Oise. 

LuçAT (le comte de), Oise. 

LuGOT (Fabbé), Marne. 

Maobn (Adolphe), Lot-et-(jaronne. 

Mallay (Emile), Puy-de-D6me. 

Mannier (E.), Nord. 

Margelle (Fabbé), Tam«ei-Garon&e. 

Marsy (le comte de), Oise. 

MAintA (Jules), Rhône. 

Maxe-Werly, Meuse. 

Mazaro (H.-A.), Seine. 

MiLLOM, C;6te-d'0r. 

MoisY (Henry), Calvados. 

MoNNEGovE (Félix le gtattOdAUT bb), Pas-de^Galais. 

MoNTéauT (de), Haute- Vienne. 

MoNTiLLE (L. de), Côte-d'Or. 

MoRBAu (Frédéric)y Aisne. 



— 47 — 

MM* 

MoRBL (Jean-Pierre-Marie), Hante-Garomie. 

MoRSL (Léon), Vaucluse. 

MoRDf-PoNs (Henry), Rhône. 

MossxAim, Belfoft. 

MouGEHOT (Ijéon), Meurthe^**Mo9elle. 

MounÉ (Angnste), 8eine-et-01se. 

Mdsset, Charente-Inférieure. 

N1GAI8E (Augoste), Marne. 

NiGOLLiÈEiE (S. DE la), Loire-Inférieure. 

NoGuiEB (Louis)^ Hérault. 

Ntd (l'ahbé), Ain. 

Pagaat d'Hebmansart, Pas-de-Calais. 

Palustre (Léon), Indre-et-Loire. 

Pabrogel (Ë.), fiouches-da-Rhône. 

Payard (Emile), Meurthe-eWMoselle. 

Pêgheur (l'abbé), Aisne. 

PécouL (Auguste), Seine-et-Oise. 

Penom (C), Bouches-du-Rhône. 

PsTn (Ernest), Yonne. 

PiBRAG (Anatole du Faur, comte db), Loiret. 

Piet-Lataudrie, Deux-Sèvres. 

PiBTTB (Edouard), Maine-et-Loire. 

PiGEOTTE (Léon), Aube. 

PiLLOT, Aisne. 

Pitre db Lisle, Loire-Inférieure. 

Pligqub (le docteur), Puy-de-Dôme. 

PoRTOH n'AMécouRT (le vicomte de), Seine-et-Marne. 

Port (Célestin), Maine-et-Loire. 

PoTHiER (Edgaid), Hautes-Pyrénées. 

PoujOL DE Frâghbngourt, Somme. 

Pruoeommb (db), Sousse (Tunisie). 

Prunièbes (le docienr), Lozère. 

Putmaiorb (le comte de), Meurthe-et-Moselle. 

QDARBâ-RmoDRBOii, Nord. 

Rabut (Laurent), Savoie. 

RAmusat (Joseph de), Bouches-4u-Rb6ne. 

Révoil (Henry), Gard. 



— 48 — 

MM. 

Rhône (Arthur), Gôtes-du-Nord. 

Ricard (Adolphe), Hérault. 

RiOAUx (Henry), Nord. 

RiPEar-MoNGLAR (le marquis db), Basses- Alpes. 

RoBiou (Félix), Ille^t- Vilaine. 

RoGHAMBBAu (le marquis Achille dk), Loir-et-Cher. 

RoifAN (Joseph), Hautes-Alpes. 

RosGHAGH (Ernest), Haute-Garonne. 

RouYBB (Jules), Meurthe-et-Moseile. 

Rupin (Ernest), Ciorrèze. 

Sagaze (Julien), Haute-Garonne. 

Saige (<^.), Monaco. 

Saint-Paul (Anthyme), Haute-Garonne. 

Sainte-Marie (E. Prigot db), Turquie. 

Salmon (Philippe), Yonne. 

Sauyaqb (rabbé £.), Seine-Inférieure. 

Septbnyillb (le baron de), Seine-Inférieure. 

SizBRANNB (le comte Monnier de la), Drôme. 

SoRLm-DoRioNY, Cionstantinople. 

Soultrait (le comte de), Nièvre. 

Storelli (André), Loir-et-Cher. 

Taillbbois (Emile), Landes. 

Taiuzby db Larroqub, Lot-et-Garonne. 

Tartière (Henry), Landes. 

Teissier (Octave), fiouches-du-Rhône. 

Tbrnuigk (A.), Pas-de-Calais. 

Tholin (Georges), Lot-et-Garonne. 

Travers (Emile), Calvados. 

Yallbntin (Ludovic), Dr6me. 

Vallbttb (René), Vendée. 

Van Hendb, Nord. 

Van Drival (le chanoine), Pas-de-Calais. 

Van Rodais, Somme. 

Villefosse (Etienne HéaoN de), Seine-et-Marne. 

Voulot, Vosges. 

Wbiss (André), Côte-d'Or. 

WisMBs (le baron de), Loire-Inférieure. 



— 49 — 

EXTRAIT DES PROCÈS-VERBAUX 

DU i« TRIMESTRE DE 1886. 



Séance du 6 Janvier 1886. 

Présidence de MM. L. Gourajoo et E. Saglio. 

M. Gonrajody président sortant, prend la parole et s'exprime 
an ces termes : 

■ Messieurs, 

c n y a dix ans, tos sofirages m'ont fait votre confrère. U 
y a un an, les mêmes suffrages, dans leur inaltérable indul- 
gence, m'ont appelé à Thonnenr de présider votre Compa- 
gnie. Je vous suis vivement reconnaissant d'avoir ratifié et 
confirmé, après réflexion, le vote trop bienveillant déjà de la 
première heure. Je vous remercie de m'avoir conféré ce second 
baptême. Les liens de gratitude qui m'attachaient à vous 
s'en trouveront fortifiés; désormais, je vous appartiens 
deux fois. 

c Le premier devoir de la charge honorable que vous 
m'avez confiée et que votre affectueux concours m'a rendue 
si fiuôle et si douce est d'évoquer, dans cette séance d'adieu, 
le souvenir des confrères décédés depuis un an. La mort a 
été cruelle pour nous en 1885. Elle s'est acharnée sur la 
Société, et c'est à la tête qu'elle l'a frappée en nous enlevant 
Léon Renier et Emile Egger. J'ai réservé à deux disciples, 
qui siégeaient ici, à côté des maitres disparus, le soin de con- 
sacrer leur mémoire par une étude biographique définitive. 
Vous lirez prochainement et nos publications transmettront 
à nos successeurs les notices approfondies que nous devrons 
à M. Héron de Villefosse et à M. l'abbé Thédenat. C'est là 
seulement que nos confrères pourront trouver les éloges dont 
ils étaient dignes. Permettez cependant, Messieurs, à votre 
président, si peu préparé qu'il soit à cette tâche difficile, de 

AMT. BULLETOf. * 4 



— 50 — 

se faire dès aujourd'hui l'écho de votre douleur et l'orgaDede 
vos regrets. 

f Gharlea-AiphoDse-Lôon Renier, né à GharleTiUe le 2 mai 
1809, est mort à la Sorbonne le 11 juin 1885. Admis le 
9 mai 1845 dans notre 8ooiété, 11 0n fat pendant quarante 
ans le plus dévoué collaborateur. J'ai déjà essayé, Mes- 
sieurs, par quelques lignes que vous avez bien voulu insérer 
dans votre Bulletin*, d'exposer les nombreux titres de 
M. Renier à &ôtf& reconnaissance. Je n'ai pas à revenir 
non plus sur la glorieuse carrière du grand épigraphiste 
français. Des plumes plus autorisées que la mienne se 
dont acquittées dé cette honoMble miseion^ Je dois seu- 
lement vous rappeler combien, dans le deuil universel 
éprouvé par la science, la mort de M. Léon Renier a été, 
pour la Société des Antiquaires, un malheur personnel. Le 
fécond rédacteur du Dictionnaire encyclopédique de la France, 
du Journal de linsiruction publique^ de la Revue archMo- 
ffique; le fondateur de la Hevue de phUoeophie, de littérature 
et d^hiêtoire ancienne; le directeur de V Encyclopédie moderm; 
le bibliothécaire devenu plus, tard l'administrateur de la 
bibliothèque de la Sorbonne vous avait toujours destiné les 
plus précieux de ses travaux et avait voulu les faire paraître 
sous vos auspices. Nommé par vous secrétaire, trois ans après 
son élection, il publia dans VJnnuoire de 1848 et dans celai 
de 1850 des éditions critiques des textes les plus importants 
de la géographie de la Gaule, fin 1852, il vous apportait les 
prémices de soh admirables investigations sur l'Afrique 
romaine et vous insériee dans un volume de vos JUémovet 
ses Eeckerches sur la tfiUe de Itombèee. En 1865, vous éditiez 
ses Mélanges épigraphiques» C'est la fleur de ses découvertes 
qu'il venait ainsi déposer tous les ans dans le trésor commun 
de la Compagnie. 



1. a* irioMtf* d« IS85, p. sot. 

2. VoyoE BrM> Rwue eritigue da S2 jaw 188$; «bbé ThédMMl, BidUtin 
critiquey 1" juillet 1885; Héron de VUleroBse, Bévue critiçue. 20 juillet 1885; 
Mowat, BulUtin épigraphique, 1885, p. 154; E. Desjardins, ibiéU, p. 155; Beou, 
i6td., p. 157; £. Leblant, Bulletin du cûmité dei traoaH» Mttorfquei (leetioa 
d'arahéoloffie) ; SàlNbMi Reltiàeh« TfUieé ««>* Léen JtBMfe^« 



— 54 — 

c Léon Hoiier n'avait eesdé d'être iBcrétaire qne pour deve- 
nir membre de Totre comité de paUication. La tàdie ne suf- 
fit pas longtemps à son activité, à son sèle, et, bien qne sa 
nomination à l'Institnt offrit, dès 4856, à ses écrits une pnblî* 
cité pins recherchée et plus flattense, il fonda, en 1857, le 
BmIUHm périodique de notre Société. Il le dirigea pendant 
trois ans avec un talent au-dessus de tout éloge et ne le 
quitta que malgré lui, quand une mission en Italie et son 
enseignement au Collège de France ne lui laissèrent plus 
aucun loisir. 

« Si, à partir de ce jour, Léon Renier ftit un peu moins 
régulier à vos réunions, il ne cessa jamais de prendre part à 
vos études, à vos discussions et aux élections qui assuraient 
le bon recrutement de votre Compagnie. Quelque lourdes et 
quelque nombreuses qu'aient été les charges imposées à son 
dévouement, le professeur sous «directeur du Collège de 
Pranee, le président de la section d'archéologie du Comité 
des travaux historiques et scientifiques, le directeur de 
l'École des hautes études trouvait toujours un moment pour 
venir de temps en temps honorer de sa présence la Société 
qui avait encouragé ses débuts et rendu, la première, hom* 
mage aux œuvres de sa jeunesse. 

c En dépit d'une apparente difficulté de parole, la vie de 
notre confère a été à la fin consacrée tout entière à l'ensei- 
gnement. Sa vocation, après s'être révélée dans les nom- 
breuses oommunications qu'il faisait à vos séances, trouva 
une vaste carrière à remplir dans les cours professés par lui 
au Collège de France, k l'École des hautes études et par le 
rôle qu'il fut appelé à jouer dans la direction des sciences 
archéologiques, t Léon Renier ne fut pas utile seulement par 
c ses écrits, i disait récemment notre confrère M. l'abbé 
Thédenat, dont j'emprunte les paroles, t il est tout un côté 
• de sa vie qu'on ne peut passer sous silence. Une femme émi- 
€ nente, dont la haute influence fut plus d'une fois bienfai- 
c santé pour l'archéologie. M»* Cornu, présenta Léon Renier 
■ àNapoléonlII. L'empereurarchéologue s'éprit pour lesavant 
« épigraphiste d'une amitié aussi honorable pour le prince que 
I pour le sujet. Léon Renier devint vite tout-puissant sur l'ee* 



— 52 — 

^ prit du soQveram ; jamais il n'usa de son pouvoir en faveur 
€ de ses ambitions personnelles ; la science seule en bénéficia. 
• Il refusa le portefeuille de Tinstruction publique, ne Youbmt 
c pas renoncer à ses études pour une situation politique, 
f quelque brillante qu'elle dût être. Des missions confiées aux 
t plus savants et aux plus dignes, les fouilles du Palatin, 
< Tacquisition et la publication des papiers de Borgbesi aux 
a frais de la liste civile, Tachât de la collection Gampana, la 
€ création d'une chaire d'épigraphie romaine, la fondation 
t et la direction de la section d'histoire et de philologie de 
« rÉoole pratique des hautes études, telles sont les ceuvres 
« fécondes au service desquelles Léon Renier mit son influence 
f et son activité. » 

f Tous les instincts généreux du maître étaient satisfaits. 
Cîomme un aïeul qui voit grandir et prospérer sa famille. 
Renier vieillit doucement et mourut heureux. 

c Emile Egger, né le 18 juillet 1813 et décédé à Royat le 
30 août 1885, appartenait à la Société depuis 1858. Parisien 
de naissance et d'éducation, il était sorti d'une famille ori- 
ginaire de Garinthie. Aux qualités héréditaires de patience 
dans les investigations scientifiques et de volonté dans la 
poursuite des analyses, il joignit de bonne heure un talent 
très développé d'exposition et le sentiment littéraire de la 
forme. Rien ne lui fut indifférent dans le domaine des 
lettres anciennes. Tout le passionnait dans l'histoire des 
lettres grecques. Sans être jamais superficiel, sans cesser 
d*être fidèle à la plus rigoureuse méthode, l'auteur de VHd- 
lénûme en France ressemblait aux plus brillants humanistes 
d'autrefois. Il n'est donc pas étonnant qu'il en ait si bien 
parlé. 

a Docteur es lettres à vingt ans sur la production de deux 
thèses très remarquées, élève puis successeur de Boissonnade, 
par des éditions comme celles qu'il a données de Longin,de 
Featus, de Varron, de la Poétique d'Aristote, c Egger, » a fort 
bien dit un de ses élèves dans une récente notice ^ c fut le 



1. Article de M. l'abM Pierre Batiffol dani le Bulletin eritiçue dn i« noremlm 
1885. 



-58-. 

c tndt d'union entre l'andenne école française de philologie 
f et la nouvelle. Par son ApoUoniui Dyscole, par ses Notùmê 
f 4UmMiUait€S dé grammaire comparée^ il inaugura chez nous 
■ l'étude de la grammaire historique. La paléographie lui 
a doit en grande partie la publication des papyrus grecs de 
c Paris que Letronne n'avait pu terminer. Ûépigraphie, sur- 
fl tout, ne saurait oublier ce qu'il fit pour elle, depuis ce petit 
a livre qui était, en 1844, quelque chose de bien nouveau, les 
c Epigraphices graecojt specimina selecta in usum praelectÛH 
f num academiearum^ jusqu'à l'espérance qu'il eut un instant 
c d'entreprendre avec l'Académie l'édition d'un Corpus des 
« Inscriptions latines, projet réalisé depuis par l'Académie 
< de Berlin. » 

f Dans cette rapide notice, je ne puis vous parler ni de 
VEitioire de la critique chex les Grecs^ dont notre confrère 
préparait une édition nouvelle au moment de sa mort, ni de 
tous les livres que son inépuisable fécondité nous a prodigués 
pendant quarante ans, ni de son enseignement à la Sorbonne 
et à l'École normale, ni des innombrables articles insérés dans 
les Mémoires de V Académie des inscriptions, dans la Revue 
archéologique^ le Journal des Savants^ le Journal des Débats^ 
ISL Bévue des Deux-Mondes, le Journal général de Vinstruction 
pubUque^ etc., etc. Je voulais me borner à vous entretenir 
des travaux qu'il consacra spécialement à notre Société. J'en 
ai dressé la liste, la voici. Mais cette simple table des 
matières est devenue si longue que je renonce à vous la lire 
en ce moment. Elle trouvera son emploi plus tard dans votre 
BuUetin * si vous le jugez convenable. 

1. Void U liftts des mémoires et des notes de M. Egg^r insérés dsns les pnbli- 
ettions de 1« Société des Antiquaires : 

Anciens artistes grecs omis dans les catalognes. {Bulletin de 18S8, p. 95.) 

Explication da mot çavrao'ix. 

Objets antiques tronrés près de Melle (Denx-Sérres) . (BuUetin, ibid., p, 138.) 

De )a falsification des eacbets dans l'antiqnité an moyen d'empreintes et de 
rasage de reporter récritore d*ane substance sur une autre. {Bulletin de 1859, 
p. 105.) 

Les lettres de ehsnge des Grecs. {Bulletin de 1860, p. 95.) 

Obsenrations sur une épitaphe antique et sur des antiquités trourées dans Téglise 
de Saint-Pierre de Vienne (isére). {Bulletin, ibid., p. 145.) 



— 54 — 

t C'est qu'en effet M. Bgger n'avait voulu entrer dans votre 
Société que pour s'y rendre utile et e'associer à tous sestn^i 
vaux. Il la présida pendant Tannée 1863. Aussi assida à vos 
séances que ses nombreuses occupations le lui permettaient, 

ImeriiiUM «a IM3 trouTé* à CoB|ilè«ie nr uim pltqve d« ptonb. {BuUelm dt 
I9«l, p. 72.) 

Notice SOT une représanUtion des Perses d'Esehyle an p«l«i8 épisoopsl d'Or- 
léans. (Bulletin de 1862, p. 75-94.) 

Antiquités recueillies dans des puits antiques sur remplaoement de râeole des 
minM. {Bulletin, MfL, p. 9S-97.) 

Bxplioatioo d'un papyrus grée. {Bulletin^ ibid«, p. 128.) 

Conpte-rendu d*une excursion archéologique dans la fordl de Compiègoe. {Bul- 
letin de 18C3, p. 57.) 

Explication d'une Inscription grecque en vers déoourerte dans rarenue de 
sphinx qui mène au Sarapeum. {Bulletin, ibid., p. 146.) 

Explication d'inacriptiont grecques. {Bulletin^ ibtd., p. 160.) 

Rapport sur des communications épigraphiques de M. AUmer. {Bulletin de 1864, 
p. 44.) 

Vases de fabrique gallo-romaine de la eoUeetion de M. Loisel. {Bulletin de 
1865, p. 30.) 

Empreinte de dans monnaies méroTingianoea oomnnmqvéaa au nom de 11. de 
Cougny. {Bulletint ibid., p. 63.) 

Résumé des communications de M. Allmer sur des fouilles exécutées à Vieon« 
(Isère). {Bulletin, ibid., p. 68.) 

RémiBé des i^sultata obtemis dane laa foaUlaa da Seulis. {Bulletin, 1805, p. 95.) 

Loterie organisée pour entreprendre des fooillea archéologiqaea annoseées par 
M. Egger. (Bulletin, ibid., p. 178.) 

Note sur la mosaïque de Trêves. {Bulletin de 1866, p. 80.) 

Note sur la géologie de TAttique. {Bulletin, ibid., p. 105.) 

Explication da l'inscriptioB métriqQS d'Arias. {Bulletin, ibid., p. 109.) 

Note sur les anciennes forêts da TAttique. (Bulletin, ibid., p. 132.) 

Fouilles aux arènes de Senlis. (Bulletin de 1860, p. 101.) 

Note sur les noms grecs qui ont servi à désigner Tencre chez les anciens et ta 
moyen fcge. (Bulletin de 1870, p. 151.) 

De remploi daa pigeons voyageurs dans rantiquilé. (Bulletin, iUd., p. 161) 

Trois balles de fronde trouvées à Marathon par M. Lartai et rapportées ai 
France par rinreatenr. {Bulletin de 1872, p. 179.) 

Plaque de corporation communiquée par M. Egger. (Bulletin de 1876, p. 124-) 

Observations critiques sur divers monuments relatifs à la métrologie greeqvt et 
à la métrologie romaine. (Mémoires de le, Société, troisiàase série, toaa V, p. 85, 
1862.) 

Note sur le mot Uisos par lequel les auteurs grecs traduisent le latin Piium. 
(Mémoires de la Société, 1865, p. 285.) 

Un sénatns-consulta romain eontre las industriels qui spécnloBt sur la déœli- 
tiondes édifices. (Mémoires de la Soeiélét 1872, lone XXXUl, p. I55J 



il n'y parât jamais sans nous teoir aaos le ohariQ^ do «on 
âéganfte parâla ei sans nooa faire profiter de son uni^rseUe 
érudition. Bien qu'il fi&t depuia longtemps membre de corpa 
flavants beaoeoap plna illustrée qae le aôtre, il ne dédaigna 
et n'oublia jamais la Société des Aatiquairea. La cruelle 
eédté qui, à la fin de sa yie, voila ses yeux sans altérer la 
sérénité de son àme, ralentit à peine sa constante assiduité. 
Dans toutes les occasions solennelles, aux jours d'élections 
par exemple, il se faisait guider à travers nos longs corridors 
jusqu'à la salle de nos séances, nous y reconnaissait tous à la 
tdIx, prenait part à nos discussions, et c'était ensuite un 
honneur disputé entre nous que de reconduire à sa demeure 
notre confrère aveugle. 

f Ë^ger ne fut pas seulement un maître par Tautorité du 
savoir, mais encore par tous les dons du cœur. Possédant au 
suprême d^ré la première des qualités que l'Université déve- 
loppe chez les jeunes gens qu'elle reçoit à l'École normale, 
l'aptitude morale à l'enseignement, il fit de cette qualité une 
vertu, et du culte de cette vertu La passion de sa vie. Le 
cabinet et la bibliothèque du professeur étaient toujours 
ouverts au plus humble étudiant. On voyait le nmitre inter* 
rompre de la meilleure grâce du monde les plus importants 
travaux pour corriger le thème grec d'un candidat à la 
licence. Un de nos confrères, M. Benan, dans des souvenirs 
intimes remontant à 1845, s'est complu à déposer par écrit 
sar Egger le témoignage suivant : « Jeune, pauvre et cher- 
• chant ma voie, je trouvai en lui un guide sûr. 9 £t plus 
loin : « M. Egger a été pour une foule de débutants devenus 
« ensuite des maîtres le meilleur des introducteurs dans la 
c carrière des travaux utiles. » Touchant hommage, Mes- 
sieurs, que je devrais recueillir pour démontrer qu'imitant 
la doctrine du philosophe grec et pratiquant son obstétrique 
intellectuelle, notre confrère amena à la lumière scientifique 
quelques-uns des esprits les plus éminenta de notre temps ^ 

1. Il faut consulter sur ^Ue Bggtr : Eniest Reum, Jovmai de$ Débats do 
4 septembre 1885; Desjardins, ibid.f 5 septembre; Bréal, le TempSj 6 sep- 
tembre 1885; raJ>bé Pierre Batiffol, Bulletin critique da i» novembre 1885, 
et vn srtiele aéorol<^qae da M. Salomoa Reinach, 1885, in*8«. 



— M — 

c II m'est facile, Messieurs, d'associer dans un commua 
éloge la mémoire des deux savants dont nous déplorons la 
perte. Aucun d'eux ne s'isola dans une hautaine supériorité 
intellectuelle. Ils aimaient la science non pas en avares, 
pour les avantages qu'elle procure à ceux qui la cultivent 
avec succès, mais pour le plaisir qu'ils éprouvaient à en 
répandre autour d'eux les résultats. Plus fiers de la cohorte 
de leurs élèves que des livres dont ils avaient grossi nos 
bibliothèques, ils s'oubliaient eux-mêmes, en véritables pères 
de famille, ne songeant qu*à la jeunesse studieuse qu'ils 
entraînaient à la conquête de la vérité. Un de leurs plus 
anciens disciples, naguère président de l'Académie des ins- 
criptions, a prononcé avec émotion sur la tombe de Léon 
Renier ce bel éloge : « Je lui dois tout. » Bien d'autres dettes 
de reconnaissance ont été contractées envers ces maîtres dont 
les débiteurs ont été ou seront les premiers à proclamer 
l'existence. Enfin, si nos deux confrères parvinrent à une 
haute situation, ils ne le durent absolument qu'à leur mérite. 
Les honneurs, sans avoir été sollicités par eux, vinrent les 
surprendre. Gela s'est vu même de notre temps, et il est bon 
de le constater. 

c Ces traditions. Messieurs, qukont toujours été celles de 
la Société des Antiquaires, ne s'éteindront pas avec nos 
regrettés confrères. Elles restent vivantes et bien vivantes 
encore parmi nous. Je n'en veux citer aujourd'hui qu'un 
représentant que vous nommerez tous en même temps qœ 
moi, notre éminent doyen, M. Alfred Maury. Qui donc, 
parmi les plus jeunes membres de la Ciompagnie, n'a pas 
rencontré aux heures pénibles du début sa bienfaisante et 
paternelle intervention ? Pour moi, je n'oublie pas, en ce 
jour où j'ai le droit de parler au nom de la Société des Anti- 
quaires, ce que je dois au savant qui m'a ouvert les portes de 
cette Société en me permettant de poursuivre, en dehors des 
heures réglementaires et dans son propre cabinet, des tra- 
vaux que sans lui je n'aurais jamais pu entreprendre. Une 
seule condition fut mise au bienfait : mon silence. Pardon- 
nez-moi, mon cher maître, si je manque à- ma parole. Je 
crains de mourir avant d'avoir rendu publiquement témoi- 



— 57 — 

gitane à des vertas qui sont d'un antre Age, et dont, & notre 
époqne égoïste, certaines coteries acides et personnelles 
Enraient tant besoin de s'inspirer. Il manque nn chapitre an 
traité de Bénèqne Dg BenefMû. C'est l'art de faire le bien en 
matière d'érudition. Ce chapitre, vous poorriei l'écrire, car 
TOUS pratiques depuis plus de quarante ans la théorie qu'il 
s'agit d'y enseigner. Continuel longtemps parmi nous les 
nobles habitudes de la haute génération de savants à laquelle 
vous appartenez, celle de vos amis, les Jules Quicherat, les 
Renier et les Egger. 

c La funèbre liste n'est pas close. Noms avons encore perdu, 
parmi nos associés correspondants nationaux, MM. le comte 
de Liesville, Victor Cauvel de Beauvillé, le comte Bégouen, 
MasqneleK, Tabbé Barrère, et, parmi les associés correspon* 
dants étrangers, M. Worsaae et le R. P. Garmcci. 

c Membre de la Société des antiquaires de Normandie, M. de 
LiesTille, quittant définitivement \a, province, ayait été nommé 
depuis quelques années conservateur adjoint de la Biblio- 
thèque de la ville de Paris. Des études sur la céramique, de 
curieuses collections sur Thistoire des trois républiques fran- 
çaises (1792, 1848 et 1871), un dévouement éprouvé à l'art et 
i ia science, après l'avoir fait connaître, lui avaient mérité 
vos suffrages. Ses dernières volontés ont montré combien il 
en était digne. De généreuses et intelligentes donations feront 
vivre le nom de ce modeste et bieniaisant amateur. 

c M. Victor Cauvel de Beauvillé était correspondant de 
votre Compagnie depuis le 8 décembre 1858. Membre de la 
Société des Antiquaires de Picardie, très dévoué aux inté- 
rêts arehéologiques de sa province, il avait publié, en trois 
volumes in-4*, une Histoire de la vUle de Manididier^ œuvre 
excellente et pleine de critique qui fut très louée ici même 
lorsque l'auteur posa sa candidature. 

c Une partie des travaux publiés par le comte Bégouen ont 
trait à la philosophie plutôt qu'aux sciences historiques, mais 
cet esprit curieux et éclairé avait déjà révélé ses aptitudes à 
Tarehéologie dans de nombreuses communications présentées 
à la Société archéologique du midi de la France, lorsque vous 
l'avez admis, le 2 juillet 1884, à faire partie de votre Société 



— M — 

et nommé associé correspondant à Gompiègne (Oise). Noos 
avions le droit de compter longtemps encore sur son conooam. 

f M. Masqaelez, bibliothécaire de FÉoole de SaintpCyr, 
décédé le i7 septembre 1885, était des nôtres depuis le 
l*r février 4865. Ses beaux travanxsorla castrametationdes 
Romains et snr leurs institutions militaires avaient dapols 
plus de vingt ans marqué sa place parmi vous. 

a M. l'abbé Joseph Barrère, né à Mésin (LiOt-et-6«ionne), 
en 1809, est mort en juillet 1885. Après avoir appartenu pen- 
dant quelque temps au clergé de Tile de la Réunion, il fut, 
dès son retour en France, nommé professeur d'archéologie 
au petit séminaire d'Âgen. Il y enseigna pendant une dicaine 
d'années. Il a publié une Sûtoire nUgiemse et wumumetUéU 
du dioche d^Agen (Agen, 1855-4856, 2 volumes in«8*), une 
Histoire de VEtmitage dé êednt Vincent de Pompefae^ un 
volume in-12, et plusieurs articles archéologiques et histo- 
riques sur les hommes et les choses de son pays dans les 
journaux politiques d'Agen et dans la Revue de G€M»gm4. 
Tous ces travaux d'histoire étaient puisés aux meiiieares 
sources locales, notamment aux archives des communes et 
des paroisses. Depuis assez longtemps notre confrère n'éeri* 
vait plus et ses dernières années se sont passées dans la 
retraite. 

« M. J.-J.-A. Worsaae était certainement l'antiquaiie le 
plus distingué et le plus zélé du Danemark. Membre de La 
Commission des antiquités nationales de ce royaume, ancien 
ministre et homme politique, il a exploré, avec plus d'atlen* 
tion et de soin qu'on ne Tavait fait jusqu'à lui, les nombreux 
monuments datant du moyen âge qui se trouvent répandus 
dans le Jutland. Ses longues et méthodiques explorations du 
sol danois lui permirent d'écrire un ouvrage curieux, rempli 
d'aperçus ingénieux, intitulé : Lee premiers temps du Ihme^ 
mark expliqués par les antiquités et les tumulus. Ce livre a été 
traduit en allemand par M. Bertelsen et a paru à Copenhague 
en 4844. Le Musée des antiquités du Nord, à Copenhague, 
œuvre de notre confrère, est une des collections les plus 
curieuses de l'Europe et de notre temps. 

t Ensuite, M. Worsaae poursuivit ses investigatîoiis sur 



— 5t — 

rhistoîie et les antiquités des Danois dans toutes les con- 
trées où ees hardis navigatears allèrent s'établir. Il avait élu-» 
dié tont d'abord en Angleterre les traces du passage des 
popalatioDs Scandinaves, il publia à cette occasion une rela* 
tion du séjour des Danois et des Norvégiens en Angleterre, 
en Ecosse et en Irlande; ouvrage qui parut en anglais^ à 
Londres, en 1852. 

■ M. Worsaae étudia aussi dans notre pays et sur le sol nor« 
mand les vestiges de l'ancienne civilisation du Nord, et, 
pendant eon voyage en France, il fut reçu par la Société des 
Antiquaires de France, qui n'apprécia pas moins les qualités 
ûmables de Tbomme que la haute valeur du savant. 

c Décédé à Rome le 6 mai 1885, le R. P. Raffaêle Gar* 
racci, ancien professeur au collège romain, était membre 
de l'Institut archéologique de Rome. Je ne puis citer ici 
les très nombreux ouvrages et toutes les dissertations du 
célèbre archéologue. Je rappellerai seulement sa longue 
collaboration au BuUeiino nqpoletano d'Avellino et, après la 
mort de ce savant, la part extrêmement active qu'il prit 
à la rédaction et à la direction du recueil en compagnie 
de Minervini. Tous les amis de l'antiquité classique con* 
naissent les Questioui pampeiame (1853, un vol. in-8*) et le 
beau mémoire sur la flotte de Mieène ayant pour titre ; 
Classas praetoriae MisenensU^ piae^ vindicis^ gordiemae, pM* 
Uppiamae monumenia quae extant (in*4<>). C'est la monographie 
très intéressante d'un puissant corps militaire, à l'appui de 
laquelle le P. Garrucci a publié «plus de 260 inscriptions 
tn extenso. Je signalerai encore : La Sioria di Isemia Hea- 
vatadtù monumenti (1845, un volume in-8*) ; les Pltmhs latiiu 
du asrdmal AUieri (1847); ttn Mémoire sur Vorigine et la 
valeur des accents latins^ couronné par Tlnstitut en 1854 ; les 
Verres càréiiens àjigure dfor (1858-1863) ; les Sculptures du 
Lairan (1861); deux recueils de dissertations archéologiques 
(1864-1866); Sylioge des inscriptions latines antérieures à 
VEmpire (1875*1877) et enfin la Staria dM' arie cristiana 
(1872-1881), ouvrage capital composé de six volumes in-folio 
et de 500 planches et qui, quoi qu'il arrive, restera une des 
principales sources de l'archéologie chrétienne. 



— M — 

c Plueienre des ouvrages du P. Garrueci ont été publiés en 
français et à Paris ; ils ont pour titre : Myttkreê du Syncr^ 
Htme phrygien et Mélanges d^épigraphie ancienne^ 1856. Le 
plus connu a été traduit par un membre de notre Société, le 
P. Arthur Martin; c'est le livre des Graffltei de Pampéi, 1853, 
I volume in-4*. Notre associé ne cessa jamais d'être en cor- 
respondance avec votre Compagnie. Ses travaux, qui ont été 
vivement discutés, ne sont pas sans doute exempts d'imper- 
fections ni de taches, mais ils témoignent d'une rare saga- 
cité, d'une science incontestable alliée à une prodigieuse con- 
naissance des monuments ^ 

c Le rapport d'Adrien de Longpérier, rédigé le 9 juillet 
4854 pour faire valoir les titres de l'éminent archéologae ita- 
lien dont la réputation était alors naissante, débutait ainsi : 
c La commission chargée de vous entretenir des travaux do 
ff R. P. Raphaël Garrueci, de Naples, à qui la Société, «mii< 
fl de son initiative^ s'est proposé de décerner le titre d'associé 
« correspondant, a une tâche fort agréable, celle qui consiste à 
c vous parler d'nn antiquaire plein de zélé et d'érudition et 
ff qui justifie chaque année davantage les espérances que ses 
f premières publications avaient fait naître. > 

€ En ce temps-là, vous le voyez, Messieurs, l'article 10 de 
votre règlement actuel n'existait pas et n'imposait pas aux 
savants étrangers, contrairement à leurs habitudes natio- 
nales, l'obligation de solliciter par écrit leur admission dans 
la Société. Grâce à l'esprit libéral de cet ancien règlement, 
vous avez pu inscrire sus vos listes quelques-uns des pins 
grands noms de l'Europe savante. Mais tous les ans la mort 
fait des vides parmi vos associés correspondants étrangers, et 
ce sont là des brèches que vous ne pouvez plus réparer spon- 
tanément. Je recommande à vos méditations le danger créé 
pour votre recrutement international par ce terrible et impru- 
dent article 10. Si vous n'y mettez bon ordre, à un moment 
donné et qu'il est bien facile de prévoir, vous vous trouverez 
complètement isolés et sans aucune relation en Europe. 



1. Voyez une bonne notice nécrologique sur le P. O&rracci publiée dans TAii- 
nuaire de la Société française de numitmatiçue et d'archéologie^ <8S5,p. 808. 



— M -. 

c Je ne f^ndniB pas, j'«n rais sûr, à roê ittteatioBs, si 
je laissais partir sans un mot d*adiou le yieoz libraire de la 
Société des Antiquaires. M. J.-B. Dumoulin, décédé le 
20 septembre dernier, était dépositaire de nos publications 
depuis Tannée 1846; la boutique du quai des Grands-Âugus- 
lins était familière à plusieurs d'entre nous. C'est de là que 
nous sont Tei^us tant de bons livres que nous feuilletons 
quotidiennement dans nos bibliothèques; et l'aimable phy- 
sionomie du maître de la maison, — type disparu du libraire 
d'autrefois, — ne s'effacera pas de la mémoire de tous les 
fureteurs qu'il a obligés dans la pénible recherche de volumes 
introuvables. 

t Ce pieux devoir accompli avec les morts, je me tourne 
vers les nouveaux confrères auxquels vous avez ouvert vos 
rangs pendant l'année qui vient de s'écouler et je leur sou** 
haite la bienvenue. Je n'ai pas à vous les présenter. MM. Ger- 
main Bapst, Emile Molinier et Lecoy de la Marche étaient 
connus par leurs travaux avant d'entrer dans cette enceinte. 
Depuis qu'ils y siègent, ils se sont déjà fait apprécier de vous 
par d'intéressantes communicatious que votre BuîleHn s'est 
empressé d'enregistrer. Vous avez acquis de laborieux col- 
laborateurs sur lesquels vous pouvez compter pour l'avenir. 
Dans la lotte ardente à laquelle ont donné lieu la multipli- 
cité des candidatures et le petit nombre de places vacantes, 
vos portes n'ont pas été franchies par tous ceux que vous 
désiriez associer à vos travaux. Mais les jeunes savants, qui 
sont encore candidats, n'ont pas longtemps à attendre. Je 
puis prévoir facilement leur succès et j'envie à mon succès* 
seur le plaisir qu'il éprouvera à les proclamer. 

i Je dois consigner ici, en n^me temps, les autres modi- 
fications qu'il conviendra d'apporter en 1886 à la liste des 
membres résidants de la Société. Deux de nos plus éminents 
confrères, regrettant de ne pouvoir assister comme autrefois 
à toutes vos séances, ont voulu, sans nous quitter, ménager 
à de jeunes savants plus libres de leur temps Toccasion d'en- 
trer dans la Compagnie, et ils ont demandé à passer dans la 
dasse des honoraires. La proposition de MM. Michelant et 
Delisle a été accueillie comme elle devait l'être, et, depiMs 



que j'ai on fhOBtidur dd proclatnâr le résultat dé votre vote, 
nos confk^res aous ont déjà donné maint témoignage de Hn* 
térôt et de la sympathie qu'ils <sontiiinent de nous porter. 

« Ija liste de voe associés correspondants, jamais temée, 
s'est augmentée de plusieurs noms honorables qui se recom- 
mandaient particulièrement à vos suffrages. La natalité, ^ 
comme on dit en économie politique, — a été bonne cette 
année pour la Société. Le nombre des naissances à été supé- 
rieur à celui des décès. Il y a lieu de s'en réjouir. Plusieurs 
de mes prédécesseurs ont exprimé le désir de voir la Société 
se développer et répandre au loin ses doctrines par l'affilia- 
tion de très nombreux correspondants. Je ne puis que renou- 
veler ce tœu,^ convaincu que vous saurez, en môme temps, 
maintenir dans l'examen des candidatures nouvelles la sévé- 
rité indispensable à la bonne renommée de notre Ciompagnie. 

« Ont été, pendant le cours de l'année 4885, proclamés 
associés correspondants nationaux, MM. Daiguzon, à Ghà* 
teauroux (Lidre); Berthelet, à Arlay (Jura); marquis de 
Ripert*Monclar, au château d* Allemagne, près Riez (Basses- 
Alpes) ; Saillant, à Épinal (Vosges) ; le capitaine de Pru- 
dhomme, à Souse (Tunisie); Tabbé Bordes, à Juilly (Seîne- 
et-Oise) ; René de la Blanchère, à Tunis ; l'al^ Beurlier, à 
Dammartin (Beine*et^ise); le comte de FayoUe, au château 
de Fayolle, par Tocàne-Saint-Apre (Dordognc); Cai. Rœss- 
1er, au Havre (Seine-Inférieure); Eleuthère Brassart, â l'HÔ- 
pitaWsous-Rochefort, par Boen (Loire) ; Piet Lataudrie, â 
Niort (Deux-Sèvres). M. Briquet a été élu associé correspon- 
dant étranger à (^enève (Suisse). 

« Les travaux de votre Ciompagnie ont marché régalière- 
ment, ainsi qu'en font foi les excellents procès*» verbaux dans 
lesquels votre consciencieux secrétaire a résumé toutes vos 
discussions. L'augmentation du nombre de vos séances, par 
l'addition, eonformément à votre nouveau règlement, de vos 
réunions des derniers mercredis du mois, n'a ralenti ni votre 
assiduité ni votre zèle. Vos publications, échangées depuis 
longtemps avec celles de nombreuses compagnies savantes, 
ont été recherchées cette année par de nouvelles sociétés. Les 
principales revues scientifiques et les journaux d'art de Paris 



•- 6S ~ 

insérant tomles las flenuiaes le «uninai/e de vos piocài- 
vedNMix. 

t Mon prédéceeaear irons a enireteous de la suite qu'avait 
oomportée» sous sa présideace, la décision prise le 25 juio 
1884 de iK>us associer au vœu émiis sur la proposition de 
M. Gh. Bobert par rAcadémie des iascriptions pour la co&r 
MTtatioii et la protection des monuments historiques dans 
IsspQsiesBieas françaises. Unecommiision nommée par yousi 
après avoir développé ce vœu et l'avoir défini dans une iof^ 
mole précise^ Ta communiqué à toutes les sociétés savantes 
de France el d'Algérie. Un très grand nombre d'adjeiésions 
voBB sont parvenues. CSes adh^ions ont élé groupée» par les 
soins d'une nouvelle commission présidée par notre ^onirére 
M. de Rosières et seront en temps utile trsnsmises à M* le 
Ministiede Tlnstmction publique. Votre intervention contri* 
buera, vous pouves en étie certains, à éclairer le législateur 
et à arrêter, gréée à de nouvelles dispositions insérées dans 
le ^et de loi actuellement à Tétude, les progrès effrayants 
du vandalisme. Deux de nos associés correspondants^ 
M. fisperandieu et M. Fallu de Lessert, vous ont tracé 
récemment un tableau épouvantable du triste état de cboeeis 
soquel il s'agit de remédier. 

■ Le UHne XLV de vos Mémsire» a paru le 16 décembre 
1886. li contient les travaux suivants ^ dont i^ous evie? 
entendu la lecture en 1884 et 1885 : De gaclgtiss ^taxnypês an 
6oÎ9 dé VEcàU de Marim SchançoMer^ par M. G* Dupkessis. 
•- Le palais pot^ieed de Sorgues, 1309-1395, par hi. JSug. 
Mûntz; Us PeùUures de Simone Martmi à Jvigiwm; GwlUme 
ds San GaUo et les monuments antiques du midi de la France^ 
par le même auteur. -^ Observations sur le monument de 
MeUebaude à PoUiers^ par M. Alfred Ramé. ^ Dœuments 
înMis sur les manmscriU et les ouvres d^arckiieciure de la 
femUle de San GaUo ainsi que suf plusieurs memmenis de 
VltàUsy par M. le baron H. de GeymûUer, associé correspon- 
dant étranger. — Notice sur Vancienm abbai^edeScànt-Remi^ 
Qisjourd'kei VBétd^Dieu de Beims, par M. Henry Jadart* — 
iVolt sur la voie auréUenne à Aix et sur les antiquités de la 
Roque d'Anthéron {Bouckes-diu-Bhône)^ par M. G. Lafaye. — 



— 64 — 

Obiêrvatknu *ur ie$ duiins de Oiàikmo da Satu GaOo, par 
M. Jules de Laurière. ^ FibuU et coUier eu or inmk h 
TotainiriUe (Yosgee), par M. Maxe-Werly. — Un prMème 
tut les préludée du epneréHsme gréco-éfiyptieny par M. Robico. 

c J*auraiB voulu, selon l'usage, rappeler à votre mémoire 
les principales communications que vous avez reçnes pea- 
dant Tannée 1885. Mais vos séances ont été si bien remplies, 
les lectures si fréquentes, que l'énumération de ces travaux, 
quelque brève qu'elle fût, m'arrêterait trop longtemps. Vous 
possédez déjà, d'ailleurs, grâce à l'activité de votre comité de 
publication, les trois premiers fascicules du BuUetim, de 4885. 
Le quatrième et dernier vous sera distribué dans quelques 
jours. Ma froide analyse serait donc bien inutile. 

« Je résume en deux mots, pour l'année 1885, le bilan que 
tous vos présidents doivent dresser à la fin de leur exercice : 
votre passé, tout rempli des plus nobles souvenirs et recom- 
mandé par des noms illustres, est marqué par de longs ser- 
vices rendus à la science. Votre présent, plein d'ardeur et 
de zèle, est resté fidèle aux exemples qu'il a trouvés chez les 
ancêtres et chez les aines de la Camille. L'avenir se présente 
à vous avec le cortège des plus flatteuses espérances. Tel est 
le patrimoine social dont j'ai reçu la gérance des mains 
expérimentées de mon prédécesseur, M. Guillaume, et qu'en 
votre nom je confie au dévouement de mon successeur, 
M. Edmond Saglio. 

c J'invite votre nouveau président, M. Saglio, et votre 
nouveau secrétaire, M. le comte de Lasteyrie, à vouloir bien 
prendre place au bureau. » 

Sur la proposition de M. Saglio, président élu, des remer- 
ciements sont votés au président et au bureau sortant. 

La Compagnie décide que le discours de M. Gourajod sera 
imprimé dans le Bulletin. 

Ouvrages offerts : 
Bulletin critique^ publié sous la direction de MM. Duchesne, 
Ingold, Lescœur, Thédenat, Vn« année, n' 1, janvier 1886, 
in-8-. 



— 45 — 

Bê9ite ci^HcotM, 29* année, n* 179, 8epi.H>ct. 1885, in-8*. 
Rmme helgt de mmitma/tgiM, 42* année, l^* liv. 1886, in-8*. 
AuBte. NowhI csfot de rêstUutiom de rvucrtpiian amtique de$ 

haÎMS de la Foniamê^ 2« rapport. Nîmes, 1885, in-8». 
PniAnBL (Antonio). Ncmbree çeograpkicos de Mexico, Cala- 

loço al/abetieo de lot nombre» de Imgar perteneciente» oit 

moma naktaiL Mexico, 1885, in4*. 

Travaux. 

L'ordre da jour appelle le vote ponr procéder à Télection 
d'an membre résidant en remplacement de M. L. Delisle, 
promu à Thonorariat. 

Au nom des commissions nommées à cet effet, MM. de 
Lasteyrie et Perrot donnent lecture des rapports rédigés sur 
les candidatures de MM. Babelon et Goliignon. On passe au 
vote, et M. Goliignon, ayant réuni le nombre de sufiTrages 
exigé par le règlement, est proclamé membre résidant de la 
Société nationale des Antiquaires de France. 

M. Pol Nicard lit ensuite un rapport favorable sur la 
demande de M. L. Passy tendant à être admis à l'honora- 
riat. On passe au vote, et M. Passy, ayant obtenu le nombre 
de suffirages exigé par le règlement, est proclamé membre 
honoraire. — Le président déclare sa place vacante; il sera 
procédé à son remplacement dans la première séance de 
février. 

M. G. fiapst expose que les archéologues sont généralement 
portés à croire que Tétain dont on se servait dans l'antiquité, 
principalement aux temps préhistoriques, provenait du Cau- 
case. Or, d'après les géologues et les savants russes et armé- 
niens, il n'y a pas de mines d'étain dans le Caucase ; M. Bapst 
pense qu'il faut chercher la provenance de i'étain dans l'Ex- 
trème Orient, aux environs de la presqu'île de Malacca, ainsi 
que le jade blanc dont on fabriquait des haches dans Tanti^ 
quité la plus reculée. 

M. Flouest, sans nier l'idée émise par M. Bapst, M% 
remarquer que d'autres régions moins éloignées, comme le 

ANT. BULLETIN. 5 



— 66 — 

plateau de rindoo-Konscfa, inhabitables aujourd'hui, ont pu 
être exploitées à une époque reculée. 

M. de Lasteyrie demande pourquoi on n'admettrait puque 
rétain dont on se servait dès les temps les plus antiques, 
dans le Gaucase comme dans tout le bassin méditerranéen, 
provenait des lies Britanniques. 

M. d'Arbois de Jubainvïlle appuie cette hypothèse; il 
ajoute que le commerce phénicien s'étendait jusque sur les 
côtes de TOcéan à une date très reculée, mais qui ne peut 
être fixée par les textes; elle est peut4tre aussi ancienne 
que les plus anciens objets d*étain que l'on possède aujour- 
d'hui. L'Espagne possédait également des mines d'étain que 
l'antiquité a exploitées, mais Tétat actuel de nos connais- 
sances chronologiques ne permet pas de deviner à quelle 
époque les habitants des côtes orientales de la Méditerranée 
ont eu leurs premières relations avec TËspagne. 

MM. Flouest et Bapst reconnaissent que les mines de 
Bretagne et d'Espagne ont pu fournir de l'étain à tout le 
bassin de la Méditerranée plusieurs siècles avant l'ère chré- 
tienne; mais, lyoutent-ils, tous les faits concourent à établir 
que la métallurgie a son berceau dans TËxtrème Orient; 
c'est donc là qu'il faut chercher les mines d'où l'on a tiré 
rétain qui a servi à la fiibrication des premiers objets en 
bronze. 



Séance du 1 3 Janvier. 

Présidence de M. E. Saolio, président 

Ouvrages offerts : « 

AaMme eu «cteaess, o^rtciUtert, atU et bêUei4Htre9 éPAit. 

Séance publique. Aix, 1885, in-8*. 
Annales de la Société d^émMlaiiom du département de» Vosga. 

Épinal, 1885, in-8*. 
AtH ddla tedle Accademia dei lAneei^ A^ série, vol. I, 

27« fasc. Roma, 1885, in 4*. 
Bulletin de la Société archéologique éPEure^t'^Loir^ n* 171. 

Chartres, 1885, in-8<'. 



— «» — 

-^ de ta Société d:éi9d4ide$Hamiu^Mpê$^ 5*uuiée, nM . Gap, 

1886, in-S*. 

— d$ ia Société kiUorique cl archéologique dm Péngord^ 

t. Xn, 6« liyr. Périgueax, 1885, iii-8*. 
^dela Société induMtridlê de MMouse^ noY.-déc. 1885, in-8*. 
Jounud des §avant$^ décembre 1885, m-4*. 
Mémoires de la Société de§ antiquairm du Centre^ t. XIII, 

2» fasc. Bourges, 1885, ia-8». 
Société archéologique de Bordeaux^ t. IX, l^^fasc. fiordeanx, 

1882, in-^\ 
LoucAGE^wiGH (Platon). De rorigine de la kmgue A^rot^fiw, 

texte ru88e. Kief, 1882, in-8*. 
— Tables météorologiques^ m-8*. 
Maxe-Wbrly (L.). De la classification des monmaies gauloises, 

Brive, 1885, in-8*. 

CorrespondoMce, 

M. Collignon adresse une lettre de remerciements à Toc- 
casion de son admission au nombre des membres résidants. 

Travaux. 

M. Gourajod donne lecture d'un mémoire sur les imitations 
d'osavres antiques fiiites par les artistes italiens de la Renais- 
sance, et en particulier sur quelques contr^çons de bronzes 
antiques qui sont actuellement conservées dans la collection 
d'Âmbras à Vienne et dans diverses autres collections. Il 
ftit ressortir l'intérêt de ces oeuvres, qui, dues souvent à de 
grands artistes, ne sont pas toujours appréciées à leur valeur 
dans nos musées. 

Plusieurs membres font remarquer que, dans les reproduc- 
tions d'antiques faites par les artistes de la Renaissance, il y 
a |dut6t imitation que contrefaçon. M. Mûntz croit que les 
artistes du xv* siècle n'auraient eu aucun profit à faire de ces 
imitations, étant donnée la petite valeur des antiques à oette 
époque. 

M. Saglio présente à la Compagnie plusieurs médaillons 



— 68 — 

de la RenaiMaiice. M. Molinier fait quelques ohaerrUioiift 
sur l'un d'eux qui est l'œuvre de Gavino, et dont le revers, 
copié sur une estampe de Hans-8ebald Beham, représente 
Hercule recevant la tunique de Nessus. 

M. Maxe-Werly communique une magnifique boucle de 
ceinturon, d'une remarquable conservation, découverte dans 
une sépulture à Fleury-sur-Aire, dans les travaux de cons- 
truction du chemin de fer de Bar à Glermont. Cette boucle 
est aujourd'hui la propriété du Musée de Bar-le-Duc. 



Séance du 20 Janvier. 

Présidence de M. E. Saolio, président. 

Ouvrages offerts : 

Annuaire de la Société française de numiematiquë et d archéo- 
logie^ 1885, 4* trimestre, in-8«. 

Bulletin de V Académie impériale des sciences de Saint-Péters- 
bourg ^ t. XXX, fasc. il à 20, in-4*. 

— delà Société des antiquaires de la Morinie, 136* livr.,OCt. 
à déc. 1885, in-8*. 

AuBBRTni (Gh.). Les s^^ures historiques de Véglise Saml' 
Pierre de Beaune^ 1885, in-8*. 

Hasselberg (B.). ZurSpectrokopiedesStikstofs, Saint-Péters- 
bouiig, 1885, in-4*. 

LiLiENBEBO (G.). Beitrige sur Histologie und Histogenèse des 
Knochengewebes, SainUPétersbourg, in-4«. 

LiNOBNTHAL (E. Zach.). Ud>er den Verfasser und die QusUen 
des pseudo'photianischen Nopsokanon. Saint-Pétersbourg, 
1885, in-4*. 

Oettinobn (Arthur von). Die thermodynamiscken BeriekungeiL 
Saint-Pétersbourg, in*4*. 

Sghmidt (Garl). Hydrologische Untersuchungen xliv. Die 
Thermalwasser Kamtschaikas. Saint-Pétersbourg, in-4*. 

Sghvidt (Fr.). Umsian der Osthaliischên silurischen Trilo- 
biten. Saint-Pétersbourg, in-4*. 



— 69 — 

COTTtipOMdtMCt, 

M. L. Pftssy écrit poar remercier la Compagnie à ToccasioD 
de son admission an titre de membre honoraire* 

M. Gnstave Duroflé, présenté par MM. Gh. Read et Schlum- 
berger, pose sa candidature au titre d'associé correspondant 
national. Le président désigne MM. Héron de Villefosse, 
Thédenat et Flouest pour former la commission chargée de 
faire un rapport sur les titres scientifiques du candidat. 

TfOlMItfX. 

M. de Lasteyrie, au nom de la commission nommée à cet 
effet, lit un rapport favorable sur la candidature de M. Le- 
taille. On passe au vote, et le candidat, ayant réuni le 
nombre de suffrages exigé par le règlement, est proclamé 
associé correspondant national à Bellevue (Seine). 

M. Gourajod présente de nouveau un médaillon de la 
Renaissance qu'il avait déjà montré à la Société en 1882 et 
dont l'authenticité avait été contestée. Or, cette pièce est 
gravée dans le PrmnptuarÎMm icanum insigniorum^ publié à 
Lyon en 1553 ; elle y figure sous le nom d'Antigone, mais, 
en réalité, c'est une imitation des monnaies de Démétrius. 
H. Gourajod dépose sur le bureau d'autres imitations antiques 
qui font partie de son cabinet. A cette occasion, M. de Mon- 
taiglon, revenant sur la discussion engagée dans la dernière 
séance, conclut que les artistes de la Renaissance faisaient 
des imitations et non des contrefaçons de l'antique. 

M. de Montaiglon entretient ensuite la Gompagnio du 
sceau de l'abbaye de Loya, en Espagne, publié récemment 
avec un intéressant commentaire par M. Emile Travers, 
associé correspondant. Dans ce mémoire, M. Travers cite 
un sceau padouan dont la légende a été jusqu'ici déclarée 
indéchiffrable; elle est ainsi conçue : 

MUSON : MONSATBS : MARE : CBRTOS : DANT : UICHIPINRS. 

M. de Montaiglon fait remarquer que le sens devient très 
clair si on rectifie la ponctuation : 

Muson, Minu^ Atties^ mare^ certo» dant michi fines. 



— 70 — 

M. Mowat présente au nom de M. Âurès l'empreinte an 
frottis noir d'une inscription récemment découverte à Nîmes, 
près de l'usine à gaz : 

D M 
MAXIMIAE 
MARGELUNAE 
MARGmiA 
MÂTfiR 
PIENTI8////////// 

Z>(tû) M(ambu») MaxkMOê MarcèUinae Marcùùa wuUer pie»' 
tii[nma]. 
L. 4, les lettres N et I sont liées. 

M. Mowat présente ensuite de la part de M. le baron de 
Bonstetten Tempreinte du frottis d'une autre inscription 
servant de pierre d'angle de la maison presbytérale d'ÂmsoI- 
dingen, près de Thoune, canton de Berne; elle est an ras du 
sol et a perda une lettre au commencement de chacune de 
ses lignes : 

D M 

..8EVERIC0M 
ifiENDATIDBN 
dROPHORAVGA 
pINVLA • CONIV* 

D{m) MÇanilms) [-] Severi(%i Com\m]endaHy dendrophor(i) 
aug{usialis)y J[]a]inula conju[x]. 

La restitution du nom Apinula est rendue possible &L même 
certaine par une inscription d'Auzerre où ce nom se lit inté- 
gralement. L'inscription d'Amsoldingen offre le premier 
exemple d'un dendrophore augustal^ qualification qui se 
retrouve aussi sur une inscription de Lyon, m|iis qui parait 
être restée inexpliquée à Wilmanns. 

Il est donné lecture de la suite du mémoire de M. le lieu- 
tenant-colonel de la Noë sur l'oppidum gaulois. 



— 74 — 

Séance du S7 Janvier. 

Présidence de M. E. Saauo, président. 

Ouvrages offerts : 
AtH délia reaU Accademia dei Lincei, 4« série, t. I, fasc. 28. 

Rome, 1885, in-8». 
BviUeHn critique^ publié sous la direction de MM. Dachesne, 

Ingold, Lescœur, Thôdenat, 15 janvier 1886. Paris, itt-8». 
"delà Diana^ t. III, n<* 5. Mohtbrison, 1886, in-8*. 
•^dela Société d^arehéoloffie tt de statUtiqyLe de la Dr&me^ 

janvier 1886, in-8*. 
^dela Société historique et archéologique de Laingrei^ t. Il, 

in-8*. 
--delà Société hel/ortaine d'émulation, n' 7, in-8*. 
Mémoires de V Académie de Metx^ 3' série, li« année, 1885, 

in-8*. 

— de V Académie de VoMcluse, t. IV, 1885. Avignon, in-S». 
-- de la Société d'histoire et d^archéologie de Beaune^ 1885, 

in-8«. 

BecueU de la commission des arts et monuments historiques de 
la Charente'Inférieure, 3« série, t. 1, 5« livr. Saintes, 1886, 
in-8«. 

Revue saooisienne^ juin à nov. 1885, in-8o. 

RoHAN (Joseph). Dépouillement du registre des requêtes pré- 
sentées au roi de France en 1586 et 1587. Paris, 1885, in-8o. 

— Mémoire d'Honoré de Bonne sur les droits du Dauphin dans 
Gap, et Vévêque Gabriel de Sclaffanatis (1510). 1885, in-8<». 

— Les aventures du capitaine J,'B, Gentil de Florac^ 1585- 
1650. Grenoble, 1885, in-8o. 

— Expédition projetée par le comte de Provence contre la 
vUle de Gap, en 1415. Valence, 1885, in-8o. 

Correspondance. 

La Compagnie apprend la mort de M. le comte du Faur de 
Pibrac, associé correspondant à Orléans. M. le Président se 
&it l'interprète des regrets de la Compagnie. 



— 72 — 

Traoamx, 

M. de Laigue, associé correspondant, signale une inscrip- 
tion trouvée à Ronda-la-Vieja (Espagne). 

M. Tabbé Tbédenat fait observer que cette inscription a 
été publiée par M. Hûbner dans ses Inscriptvme$ Hitpofdae 
chrùtianae^ n. 34. 

M. Bapst demande que la Société intervienne ponr la con« 
servation des pierres faisant partie des diamants de la Goa- 
ronne qui ont un intérêt historique. La Compagnie invite 
M. Bapst à rédiger une note dans laquelle il réunirait tous 
les renseignements que Ton possède sur ces pierreries, res^ 
seignements dont les membres des commissions parlemen- 
taires compétentes ne paraissent pas avoir connaissance. 

M. Ed. Corroyer présente le moulage en plâtre et le des- 
sin d'une bague conservée dans la sacristie de la cathédrale 
de Tours. 

Cette bague est particulièrement remarquable par le nom 
qu'elle porte, gravé en deux lignes sur le chaton. Son exis- 
tence a été signalée déjà par plusieurs archéologues, notam- 
ment par M. Noël Ghampoiseau, dans les tableaux chrono« 
logiques de rhistoire de la Touraine, publiés sous les 
auspices de la Société archéologique, et par M. Edm. Le 
Blant dans son recueil des inscriptions chrétiennes de la 
Gaule , — dessins de Combrouse ; — cependant il peut être 
intéressant de donner dans le Bulletin de notre Société un 



^5M^J3 



K^C-fTEl 



dessin exact de ce bijou, désigné comme Tanneau de saint 
Lubais. 
li'anneau sigillaire de TiOubacius (saint Lubais), disciple 




— 73 — 

de saint Ours, fondateur de l'abbaye de Sennevières, près de 
Loches, avant la fin du t« siècle ^ parait être un travail d'or- 
ièvrerie gallo- romaine ou mérovingienne. L'anneau, en 
argent, est formé de serpents entrelacés, grossièrement ciselés, 
dont les tètes viennent affronter le chaton, portant en deux 
lignes, au centre de l'anneau, le nom : 
LEVBA 
GIV8 
A l'opposé du chaton, les signes gravés représentent pro- 
bablement la formule : In nomine DanUni^ qui se rencontre 
8Qr d'autres bijoux du même temps. Les ciselures rudi- 
mentaires qui accompagnent ces signes sont intéressantes à 




examiner, parce qu'elles rappellent naïvement le dessin des 
entrelacs et des palmettes antiques, vestiges dégénérés du 
grand art gréco-romain. 

M. rabbé Thédenat fait circuler trois plats en bronze qui 
lai ont été communiqués par notre confrère M. Maxe-Werly. 
Ces plats ont été trouvés, avec de nombreux débris antiques, 
dans les travaux entrepris à Bar-le-Duc sur l'emplacement 
de l'usine à gaz. Ils sont creux, de dimensions à peu près 
égales, leur diamètre variant entre 22 et 25 centimètres. 

L'un de ces plats, posé sur un pied peu élevé, a été autre- 
fois argenté ; le pied , formé d'une feuille de enivre très 
mince, est rapporté ; on l'a consolidé en y coulant du plomb. 
Au-dessous, on voit trois lettres cursives, négligemment tra- 
cées à la pointe : 

MAS 

On connaît plusieurs noms commençant par cette syllabe ; 
il serait bien inutile de chercher lequel on a voulu graver ici. 

1. SoiTuit dom Rnin&rt, saint Oare fonda, en 491, on monutire à Loches, «pris 
«Toir luBié à Lrabados 1* dinetion de i'abbtye de StfmeTières. 



— 741 — 

Le second plat, monlé eur un pied adhérent, porte des 
traces d'étamage. Âu-deesons, on lit le graffîte : 
SON 

Oa, si rinscription est rétrograde : 
NOS 

Le troisième plat, moins profond qne les deux antres, est 
sans pied ; comme le précédent, il porte des traces d'étamage, 
il est orné au-dessous de plusieurs cercles en creux. Od y 
reconnaît avec certitude, quoiqu'elles soient très effacées, les 
lettres suivantes, tracées à la pointe : 
NIIRA . 

C'est probablement le commencement du nom Neratm, 

Enfin, avec les plats précédents, on a trouvé des fragments 
ayant appartenu à un quatrième plat étamé et sur lesquels 
on aperçoit des traces de graffites d'où il est impossible de 
tirer une lecture satisfaisante. 

La Société entend ensuite la continuation de la lectore da 
mémoire de M. le colonel de la Noë sur Toppidum gaulois. 



Séance du 3 Février. 

Présidence de M. E. Saouo, président. 

Ouvrages offerts : 
Bulletin de V Académie du Var, nouvelle série, t. XII, 2* Das- 

cicule. Toulon, 1885, in-8'. 
— de la Société historique et archéologique de VOrléoMiSy 
. t. Vm, n' 125. Orléans, 1885, in-8'. 
"-delà Société d'histoire naturelle de Colmar, années 24-26 

(1883-1885). Colmar, 1885, in-8*. 
Jahrbûcher des Vereins von Alterthumsfreunden in Rheinlande^ 

Uvr. LXXVni-LXXX. Bon, 1885, in-8v 
Journal des savants^ janvier, 1886. Paris, in-4*. 
Mémoires de la Société d^ émulation du.Douhs^ 5« série, t. IX 

(1884). Besançon, 1885, in-8*. 



— 75 — . 

fkê amfriam Jammal of arckêof&gff a»d of tÂe kkiùty of ike 

pié ùTts^ octobre 4885. Baltimoie, iii-8*. 
Viestmk htvaUkoga DrwUva, t. YIII, n* 1. Zagrel-Agram. 
Bbbtolotti (â.). Artisii holognesiy ferraresi td alcuni altri 

d^ già stato p<mt%fie%o in Ratna, n<t secoli XV ^ XVI ^ XVII, 

Bologne, 4885, in-8o. 

— àrtisti suhaipim in ^ma nei aecoli XV ^ XVI e XVII, 
Mantoue, 4884, in-8*. 

— Ariitti sviMxeri in Rama nei ieeoli XV, XVI e XVII, 
1885, in-8*. 

" GimUo agît artisii bdgi ed oîandm in Rama nei eecoh 

XVI e XVII, Rome, 4885, in.8*. 
DuïOUR (Théophile). Notice de Jean Periesin et Jacques Tôt- 

torel. Paris, 4885, in-8\ 
Hgmbeb (Gh.). Supplément au ImUetin de la Sociéié d'kistaire 

naturdle de Calmar, 4883-4885. Golmar, 4885, in-4* oblong. 
Jaoart {H.,), La maison natale de dom Mahillan et son mon»- 

ment dans Véglise de SainUPierremont (Ardennes). GaeD,* 

1885, in-8o. 
Laioue (A.«-J. de). Les famUles françaises considérées sous le 

rapport de leurs prérogatives hanori^ues héréditaires,,. 

Paris, 4848, m-8*. 
Pshafibl (Antonio). Nombres geograficos de Mexico. Catalogo 

al/abetico de las nombres de Lugar pertenecientes ai idioma 

na&uati. Mexico, 4885, in*8*. 

CorrespoTidance, 

M. Watkin écrit pour annoncer la mort de M. Joseph 
Mayer, associé correspondant étranger à Liverpool. M. le 
Président exprime les regrets de la Compagnie { M. de Mon- 
taiglon rappelle, à cette occasion, les titres de M. Mayer à 
la reconnaissance et à l'estime des archéologues. 

M. Salomon Reinacb, présenté par MM. G. Perrot et A. 
Bertrand, écrit pour poser sa candidature à la place de 
membre résidant laissée Tacante par la promotion de M. Louis 
Passy à Phonorariat. Le Président désigne MM. SchIambe^ 



— 76 — 

ger, Gollignon et Mante pour former la oommlieion chaiigée 
de présenter un rapport sur les titres scientifiques du cm- 
didat. 

Travaux, 

M. L. Ciourajod offre à la Compagnie, au nom de l'antear, 
plusieurs ouvrages de M. A. Bertolotti, associé correspondant 
étranger. 

M. Flouest présente le dessin d'antiquités gauloises dont 
la découverte a donné lieu à d'intéressantes remarques. Elles 
ont été recueillies par MM. Camille et Joseph Royer, de 
Langres, à Cusey, sur les confins des départements de la 
Haute-Marne et de la Côte-d'Or : 

c En explorant les restes d'un tumulus aux trois quarts 
détruit par la culture, ces messieurs ont rencontré, au niveaa 
du sol naturel, quatre squelettes, dont deux, relativement 
voisins du bord du tumulus, étaient juxtaposés de manière 
à faire admettre une seule et même sépulture. Les denx 
autres, plus rapprochés du centre, gisaient à quelque distance 
Tun de l'autre et dans des conditions de parfiaite indépen- 
dance, mais sur une même ligne transversale de Test à 
Touest. Les corps avaient tous été inhumés de la même 
manière : les bras allongés sur les côtés, les pieds au nord, 
la tète au sud. Les grosses pierres brutes, choisies pourTédi- 
fication des assises concentriques les plus inférieures du 
tumulus, avaient été disposées de manière à les protéger. 
Leur agencement général, leur régulière inclinaison en 
recouvrement les unes des autres dans la direction du centre, 
et l'uniforme tassement de la terre forcément massée dans 
les interstices, comme un mortier, laissent Timpression 
que le travail d'inhumation, accompli d'une seule traite, 
n'avait été l'objet d'aucun remaniement postérieur. 

f L'un des squelettes isolés a fourni, pour toute dépooille, 
un bracelet en fer de 0"056 de diamètre intérieur, formé 
d'une tige simple à section torique. 

c L'antre squelette isolé et ceux qui étaient étendus oéte à 
c6te avaient reçu une parure moins rudimentaire. Cette 



— 77 — 

parure (et c'est ici que Tintérèt commence) était la jnIbm 
pour tous, disposée de la m^e façon et empruntée aux 
mimei éléments : on est tenté de dire, afin d'en mieux faire 
ressortir le caractère, qu'elle constituait une parure d'iuu« 
farmê. 

f Elle se composait de deux bracelets à chaque poignet et 
de quatre péritcdù^ on anneaux de cheville, à chaque jambe. 

« Des deux bracelets garnissant chaque poignet, l'un était 
en bronze, l'autre était fait de cette substance encore mal 
définie qu'on a longtemps appelée bois d^if et qui a fonrni 
aux Gaulois de nos régions orientales, pour Fomement des 
bras, ces larges et massifs bandeaux circulaires, à surface 
lisse, qu'on ne peut comparer mieux, sous le rapport de la 
forme, qu'à nos ronds de serviette. 

c Les quatre anneaux ou périêcéUê recueillis au bas de 
chaque jambe sont tous en bronze, tous semblables pour le 
même mort, presque tous (22 sur 24) brisés en menus frag- 
ments, alors que les bracelets n'ont subi d'autres détériora- 
tions que celles résultant de l'action du temps. Ds relèvent 
de deux types seulement, types très voisins d'ailleurs l'un de 
l'autre, si bien que le squelette isolé et l'un des squelettes 
couchés côte à c6te fournissent à eux deux seize anneaux 
alMolument semblables. 

c Tous ces cercles de bronze, qu'ils aient été rencontrés 
aux bras ou aux jambes, ne forment pas un tour continu et 
fermé : ils sont, suivant l'expression usitée, ouverts, parce 
qu'il existe une solution de continuité entre les deux extré- 
mités du bandeau métallique qui les constitue, mais la sec- 
tion transversale tracée par le petit bourrelet qui caractérise 
ces extrémités, est toujours fort étroite. Dans quelques cas 
U y a contiguïté et môme chevauchement. 

c Ils sont tous très massifs d'aspect et de matière ; ils pré- 
sentent du c6té interne un plan rectiligne, à surface lisse, et, 
à l'extérieur, un renflement en arc de cercle, large de 0°>010 
à (M)25, destiné à recevoir la décoration. De légères saillies 
verticales ou obliques, dont les lignes, insuffisamment accen- 
tuées au sortir du moule, ont été ensuite avivées par la lime 
ou la burin, font tous les frais de cette décoration. Suivant la 



— T8 — 

façon dont on lés a disposées, ces saillies présentent des fois- 
ceaux de petites côtes, de? croix de Saint- André on des che- 
vrons, se combinant parfois d'une façon plus ou moins 
heureuse sur le même anneau. Somme toute, le travail orne* 
mental est sommaire et grossier ; il trahit la même main et 
ne laisse supposer aucune délicatesse. Il y a loin de ces 
produits courants de la plus vulgaire industrie locale à ces 
bijoux de bronze élégants et raffinés que possédaient les 
Gatalauni et les Rémi, si voisins des Lingons. 

c Les bracelets jugés les plus flatteurs sont au bras gauche; 
s'il existe une différence entre ceux qui étalait destinés à 
une même parure, elle parait toujours se produire an détri- 
ment du bras droit. On ne semble pas d'ailleurs s'être soucié 
d'en appairer les éléments, ni d'établir une exacte symétrie 
à droite et à gauche. Les deux squelettes contigus portent 
chacun, au bras droit, un petit bracelet à chevrons, dont la 
réunion constitue exactement la paire ; mais il a été jn^ 
sans intérêt de les conserver Tun prés de l'autre, puisqu'ils 
ont été portés par deux personnes différentes. 

« Le diamètre des bracelets varie entre 0»059 et 0»063; 
celui des périscelù^ entre 0»^073 et 0"075. Si délicates qu'on 
puisse supposer les attaches dans un corps masculin, il n'est 
pas admissible qu'elles soient susceptibles d'admettre d'aussi 
minimes proportions. C'est, avec le caractère d'ensemble de 
la parure, une raison de plus pour voir des sépultures de 
femmes dans ces quatre inhumations. 

c II ne paraît pas douteux que ces femmes aient été inhu- 
mées en même temps, et leur disposition, comme leur situa- 
tion relative dans le tumulus, ne leur y assigne qu'un rôle 
secondaire et accessoire. Il devient ainsi rationnel de les rat- 
tacher à la sépulture principale, depuis longtemps détruite, 
qui a provoqué l'érection d'un galgal de réelle importance et 
construit avec soin. Mais par quelle cause expliquer la mort 
et l'inhumation simultanée de ces quatre femmes, dont trois 
au moins semblent avoir été pendant leur vie de môme con- 
dition? S'il est difficile de ne pas se poser cette question en 
présence des constatations faites par les explorateurs, il est 
plus difficile encore d'y répondre avec confiance. On a soup- 



— Tt — • 

^oné quelquefois Inexistence chez les grands, an temps de 
à Gaule indépendante, d'une polygamie plus ou moins 
égale, ayant eu pour conséquence l'obligation, de la part 
les femmes, de suivre leur mari jusque dans la tombe. Il 
311 aurait été d'elles, sous ce rapport, conune de ces solduree, 
issociés fidèles pour la mort comme pour la vie, que men- 
ioDDent certains textes. Ceux qui accordent quelque poids à 
lette hypothèse inclineront à en voir la confirmation dans la 
lécouverte de MM. Royer; mais les faits si attentivement 
^rifiés par eux peuvent être retenus sans qu'il devienne 
odispensable d'en tirer dès à présent une conclusion. 

c On aura une notion complète des résultats de leur fouille 
orsqn'il aura été ajouté qu'ils ont encore rencontré confondus 
ans la masse des matériaux et sans qu'il ait paru possible 
e les rattacher en propre à une sépulture déterminée : 

c Deux fragments travaillés d'un silex étranger à la cons- 
itution géologique locale et dont l'apport volontaire dans le 
amulus parait inc(Mitestable ; 

c Une petite lancette en fer, à longue soie, à lame courte, 
)rte et obliquement subquad'rangulaire , dont on connaît 
lusieurs exemplaires en bronze ; 

c Des débris très nombreux de poteries de diverses natures. 

■ Quelques-uns de ces débris sont d'une grossièreté extrême 
. d'une épaisseur dépassant parfois deux centimètres, 
^autres, moins épais, à pâte plus fine, ont une belle teinte 
}ire paraissant avoir été rehaussée par l'application d'un 
iduit graisseux. D'autres encore ont été soumis, lors de la 
lisson, à une chaleur aasez intense pour avoir rubéfié sur 
s deux parois une couche d'engobe répandue sur la pâte 
stée noire à l'intérieur^ 

c Certains fragments permettent de se rendre compte de 
décoration de ces poteries. On y remarque, en outre, des 
ions contigus et parallèles légèrement tracés au dehors, par 
xtrémité du doigt, de vives incisions à la pointe sèche 
ant dessiné des foisceaux de traits ou de petits vides cir- 
laires régulièrement alignés, remplis ensuite d'une barbo- 
te de couleur claire dont la teinte tranchait agréablement 
r le fond noir ou brun du vase, i 



— 80 — 

M. L. Ciourajod met sons les yeux de la Société la photo- 
graphie d'ane porte de tabernacle en bronze conservée à 
Vienne dans la collection d'Âmbras. Dans cette plaque de 
bronze dorée et émaillée, M. Cîourajod reconnaît une œuvre 
de Giovanni Turini, Tun des artistes qui ont, en coUaboratioa 
avec Ghiberti, Donatello et Giacomo délia Quercia, travaillé 
aux fonts baptismaux du dôme de Sienne. 

M. Molinier ajoute qu'il est plus que probable que œ 
monument est la porte môme exécutée par Turini pour le 
tabernacle qui s'élève au milieu de la cuve baptismale de 
Sienne. Cette porte est décrite dans les comptes de l'œuvre 
du dôme et, des renseignements que M. Molinier a pu se pro- 
curer à Vienne même, il résulte que cette porte a disparu 
depuis de longues années déjà. 

L'élection d'un membre résidant, en remplacement de 
*M. Louis Passy, élu membre honoraire, est fixée au mercredi 
6 avril. 

M. Â. de Barthélémy continue la lecture du commandant 
de la Noê sur Toppidum gaulois. 



Séance du 10 Février. 

Présidence de M. E. Saolio, président. 
Ouvrages offerts : 

Asiociacion artistico'arquêologica barceloneia. Lista de los 
dres socioi quê la componen^ anno 1886. Li-8*. 

Btdleitino di archeologia e storia ddmata^ anno VIE, n* 12, 
décembre 1885. Spalato, in-8». 

John Hopkins University Studies, 4« série. Irving Eltng, 
Dutch village, communities wd the Hudson rwer. Balti- 
more, in-8*. 

KorreepondenMatt der westdeutichen Zeitschri/t fér Gf 
schichte und Kunet; 5« année, n* 1, 1886, in-8'. 

Mémoiree de V Académie des sciences, lettres et arts ^Jrrat^ 
t. XVI. Arras, 1885, in-8«. 



— M — 

Bitmê de rari dkréikm^ nouvelle série, t. IV, l** liTraiaoo. 

In-8*. 
GHAMBBinf DB RosEMONT (A.). Es$ai (f «Il comMêntairê icUnU* 

/fjve de ïa Gtmàiê. Paris, 1883, iQ-8*. 
RoMAM (J.). C^wipiê dê$ obêèqMêi H du dtuU de Ckatiês^ àm 

(POrUaMt-Vaioù. Paris, 1885, ïn^B\ 
Yan DtiYAL (le chanoine). Hùtoirê de CkarUmagne. Amiens, 

1885, in-8*. 

Carrupondancê, 

M. J. de Laorière, présenté par MM. R. de Lasteyrie et 
L. Gonrajod, écrit pour poser sa candidature à la place de 
membre résidant laissée libre par suite de la promotion de 
M. L. Passy à l'honorariat. 

Travaux. 

M. de Ghambrun de Rosemont fait hommage à la Cîompa- 
gnie d'un commentaire sur la Genèse, dont il est l'auteur. 

Au nom de la commission nommée à cet eflfet, M. A. 
Héron de Yillefosse lit un rapport sur la candidature dé 
M. G. Duruflé au titre d'associé correspondant national. On 
procède au vote, et M. Duruflé, ayant obtenu le nombre de 
voix exigé par le règlement, est proclamé associé correspon- 
dant national au Renouard, par Yimoutiers (Orne). 

M. de Laigue, associé correspondant à Livoume, envoie 
des renseignements sur les fouilles opérées dans une nécro- 
pole étrusque : 

« Ces temps derniers, sur le territoire de Gorchiano, com- 
mune de Cività Gastellana et à dix kilomètres de cette ville, 
rancienne Paierie, fut découverte une nécropole étrusque. 

c Cette découverte m'ayant été signalée il y a une quinzaine 
de jours environ, j'avais écrit immédiatement au maire de 
Cività Gastellana, qui m'a envoyé la liste des objets jus- 
qu'ici rencontrés et pouvant être regardés comme d'origine 
étrusque. 

c Parmi les objets en métal, on peut signaler un anneau 

Airr. BULLBTIIf. 6 



I 



— «2 — 

d'er, en forme d'étrier, orné, à la partie snpérieare, dhme 
petite tête ; un petit anneau d'or formé de deux iils tresKS, 
un anneau d'argent, un trépied en bronse haut de 80 centi- 
mètres, un miroir non gravé, des vases et coupes en hronxe 
de différentes capacités, des buUes, brac^ets en bronze, etc. 
Les objets en bronze ^ont revêtus d'une patine d'un beau 
vert. 

c Les terres cuites se composent de vases et de coupes 
dont un certain nombre sont ornés de sujets peints, de 
lampes, de briques, etc. 

« Cette énumération aura au moins l'avantage de ramener 
à ses véritabies proportions une trouvaille dont ii avait été 
fait du bruit et qui, entre autres choses, au dire des jour- 
naux, contenait 90 lits de bronze intacts. En réalité, les 
découvertes paraissent peu intéressantes, si Ton excepte Tan- 
neau d'or en forme d'étrier, le trépied de bronze et dix vases 
grecs figurés. 

c Une société s'était formée à Gività Gastellana pour opé- 
rer des recherches méthodiques. Mais les fouilles durent être 
suspendues avant qu'on ait obtenu des résultats intéressants, 
vu la nécessité d'attendre l'autorisation ministérielle qui n'a 
pas encore été délivrée. » 

Le même correspondant envoie la note suivante : 

c Au nombre des objets que j'ai rapportés d'Espagne, 
figure un sceau en bronze muni d'un anneau faisant office 
de poignée et recouvert d'une bonne patine. 

c La plaque gravée mesure O^OGO de long sur 0^026 de 
large, et son épaisseur est d'environ Qo^OOS. 

c J'ai acquis cet objet d'un bourgeois campagnard qui me 
l'a présenté comme trouvé dans les environs de l'ancienne 
Munda, au pays des Turdétans. Je donne cette indication 
pour ce qu'elle vaut. 

« Sur le plat de la plaque est gravée, en creux, l'inscrip- 
tion suivante rétrograde : 

CGJP MAR 
« Notre confrère M. Mowat, à qui j'ai soumis ce petit 
monument, m'a envoyé les renseignements suivants : 



— $3 ^ 

c DaaB le seem G * G * F MAR, il y a prol^ablemeat un 
cfMMnt qni se coafwd avec i'agrafe du F et qai sépare 
c cette sigle du nom suivant MÂR ; quoi qu'il eu soit, je 
c regarde la pcemiëre lettre G comme sigle du praeuomen 
I G(ail) ; G et F comme sigles de deux gentiiices , tels que 

• Gavii, Gellii, etc., et Fannii, Fabii, etc.; enfin MÂR comme 
I abréviation d'un cogoomen Marini, Martini, etc. U peut se 
c Mie cependant que F représente un premier cognomen 
f Felids, Fausti, etc. Au i*' siècle, Tusage des doubles gen- 
c ûlices (paternel et maternel) était fréquent. Je trouve dans 
c le Corpus vucr. Uuinar.y t. X, n<> 8059 (80), un sceau ana- 

• logue au vôtre l G G M VE j ; en voici d'autres où les 



'♦r 



I 



i noms sont en entier; voir Corp, Inscr. Lat,^ X 



L CASVRI GA 
VI 8ABINI 



PATTIAVIT 
IVNIANI 



MANTATTAU 
VLPIANI 



LIGÏNI 

GORNVn 

GABINIANI 



M. Maxe-Werly communique le dessin du fragment 
d'un support en pierre trouvé dans des ruines romaines à 
Bar-le-Duc : 

« Ge support est haut de 0»135 et large de 0»19 ; les faces 
latérales sont percées de trois ouvertures rectangulaires; 
celle du centre est placée sous une baie en plein cintre ; les 
angles sont ornés de petits pilastres cannelés, qui vont jus- 
qu'à mi-hauteur du support. 

c Dans son ouvrage sur les Art$ et métiers des anciens^ 
Grivaud de la Vincelle reproduit les dessins de deux frag- 
ments identiques à celui-ci ; il les classe dans la catégorie 
des instruments de cuisine et n'en indique ni la matière ni 
rasage. Je serais disposé à regaider ces instruments comme 
des supports destinés à recevoir des vases sans pied comme 
les amphores, forme assez commune dans Tantiquité. Le 



— 84 — 

Masée d'Ëpinal et le Mosée de Bar poasèdent des firagmento 
de supports en terre coite qui paraissent avoir en la même 
destination; mais je ne crois pas qu'ils soient antiques; 
peut-être même ne remontent-ils qu'à la Renaissance. » 

M. P. Nicard continue la lecture du mémoire du comman- 
dant de la Noé sur Toppidum gaulois. 



Séance du 17 Février. 

Présidence de M. E. Saqlio, président 

Ouvrages offerts : 
BnUetim criiiqmê^ publié sous la direction de MM. Duchesne, 

Ingold, Lescœur, Thédenat, 7« année, n« 3. Paris, Thorin, 

1886, in-8'. 
^dela SocUté aeadémiqtu de Brut, 2« série, t. X, 1884-1885. 

Brest, in-8'. 
-^dêla Société archéologique ^Ewre^-Loir^ n« 172, février 

1886. Chartres, 1886, in-8o. 
— delà Société industrielle de MMlkouse^ janvier-février 1886. 

Mulhouse, 1886, in-8*. 
Mémoiree de f Académie nationale de$ teieiice», art$ et bdles- 

lettres de Caen. Gaen, 1885, in-8*. 
Renue savoisienne^ 26* année, décembre 1885. Annecy, 1885, 

in-8». 
Numismatique mérovingienne. Un tiers de sol d^or frtqppé à 

Die, Valence, 1886, in.8*. 
Héron db Yillefosse (A.). Notes d^épigrapkie africaine, 

Mâcon, 1885, in.8*- 
BiANT (le G*«). Le martyr de TMmnon de Sabibourg^ 28 sep- 
tembre (1120). Paris, 1886, in-8o. (Extrait de la Rme dm 

questions historiques,) 
BoiCAN (J.). Tarif des droits de Lepde et de Marche perçus 

par ordre des consuls d^Embrun à la fin du XIV* ou au 

commencement du XV* siècle. 1886, in-8*. 



— 85 — 

Correipfmdancê, *' 

M. de la Noê écrit pour poser sa candidature à la place 
vacaDte de membre résidant. 

M. Salomon Reinach écrit pour retirer sa candidature à la 
place de membre résidant 

M. 6. Duruflé remercie, par lettre, la Compagnie de Tavoir 
admis au nombre des associés correspondants. 

Travaux. 

M. Âubert, trésorier, lit un rapport sur la situation finan- 
cière de la Compagnie pendant l'exercice 1885 ; les conclu- 
sions du rapport sont adoptées et la Compagnie vote des 
remerciements au trésorier. 

M. G. Duplessis communique à la Compagnie un portrait 
de Tjouis n d'Anjou, père du roi René, œuvre originale du 
zv« siècle. Cette œuvre intéressante appartenait à M. Miller, 
membre de Tlnstitut, et sa veuve, en exécution de ses der- 
nières volontés, vient d'en faire don à la Bibliothèque 
nationale. 

M. Gourajod lit une note sur une statue conservée au 
Musée de Versailles sous le nom de Renaud de Dormans. 
£lle y est entrée avec une figure de femme dont on a fait une 
sœur de Renaud de Dormans. Or, on peut voir que le cos- 
tume n'est pas celui d'un chanoine ; c'est celui d'un prési- 
dent au Parlement vêtu de la robe rouge, — le monument 
original porte encore de nombreuses traces de couleur. — 
M. Gourajod démontre que cette statue est celle de Philippe 
de Morvilliers, inhumé à Saint-Martin-des-Champs. 

M. Emile Molinier communique une reproduction d'un 
contrat relatif à l'exécution d'un bas-relief en terre émaillée 
par le dominicain Mathias délia Robbia. Sur le contrat 
figure l'esquisse du monument à exécuter. Ce Mathias, qu'il 
faut sans doute ajouter aux sept fils déjà connus d'Andréa 
délia Robbia, ne figure sur aucun document publié jusqu'ici. 



— w — 

M. Mowtt oommaniqDe un croqoÎB à la plame qu'il a 
reçu de M. le lieutenant Espérandien et qni représente un 
dppe conserré à Bordj-Messaoudl (Tunisie). Cest un dppe 
quadrangulaire à oomiche sunnontée de deux volutes et dont 
la base est brisée. Sur la face antérieure, on voit une niche 
cintrée renfermant les bustes des deux personnages ; au-des- 
sus, le tympan est orné d'un bas-relief représentant la tète 
radiée du Soleil, de profil, à gauche ; en avant, une étoile à 
hait rayons précédée d'une petite figure ailée tenant un 
flambeau (probablement Phosphoros) ; plus loin encore, en 
avant, le croissant lunaire supportant le profil de Diane. 
Cette représentation, qui n'est pas sans exemple, emprunte 
son intérêt à cette circonstance qu'elle sert ici d'ornement 
à un monument funéraire. 

M. Letaille dit qu'il a signalé à la commission de Tunisie, 
au Ministère de l'instruction publique, deux monuments 
analogues. 



M. l'abbé L. Dnchesne présente quelques observations sur 
le sens du mot centenarium^ qui se rencontre dans certains 
textes du Liber pontiflcalii et dans quelques inscriptions 
africaines récemment découvertes (C. /. L.y t. Vin, 8713, 
9010; Epkem. epigr., t. V, n* 932). Dans le Uber pontili' 
colis le mot centenarium a évidemment le sens de tuyau de 
conduite en plomb. La Vie du pape Hadrien (p. 503, édit. 
Duchesne) parle assez longuement d*un centenarium qui 
conduisait Teau de l'aqueduc de Trajan depuis le sommet du 
Janicule jusque dans l'atrium de la basilique de Saint- 
Pierre; c'était un tuyau de plomb : « Centenarium illud qui 
ex eandem formam (Traianam) in atrio ecciesiae beati Pétri 
decurrebat, dum per nimiam negiectus incuriam plumbum 
conquassatum, protinus isdem praecipuus pastor (Hadrienl*'), 
addita multitudine plumbi, ipsum centinarium noviter fecit, 
et, Deo auspice, aqua in atrio beati Pétri... sicut antiqnitns 
abundanter decurri fecit » — C<ii/«iartMi dérive ici de 
l'expression /Istula cenienaria (Vitruve, VIO, 208), qui signi- 
fie un tuyau de cent doigts de circonférence ou de O^^ de 
diamètre. Dans les inscriptions africaines, le même mot 



— 87 — 

s'applique anssi à des trayaux de conduite d'eaux, maiâ avee 
une acception on peu ^différente : Ctntenarium Solis a $olo 
contiruxit et dediccanl... Centenarium ajundamenta 9uù s^m^ 
tUmifêeU et cUtcavif... CentemarmH aqua friçida restituit 
alque ad meliorem itatum reformamt,.. Ces trois textes par- 
lent de magistrats qui construisent, restaurent, dédient 
roavrage appelé centenarium. Un tel langage suppose que 
par centenarium on entendait non pas un simple tuyau de 
conduite, mais, probablement, la fontaine ou piscine à 
laquelle il aboutissait. Le sens du mot est donc plus éloigné 
ici de Tacception primitive qu'il ne Test dans la phrase 
du Liber pontificaliSy bien que le texte de la Vie d'Hadrien 
soit du Yiu« siècle et les inscriptions du iv«. 

M. Héron de Viilefosse lit la note suivante de M. d*Arbois 
de Jubainville : 

f L'Aeademjf du 17 octobre 4885 a publié, page 257, col. 1, 
nne note de M. Whitley Stokes qui pourra tout particuliè- 
rement intéresser les archéologues. Le savant auteur y a 
réuni un certain nombre de textes relatifs à Tusage des tom- 
belles sépulcrales formées à Paide d'amas de pierres, dans les 
régions celtiques. Le plus connu de ces textes est un distique 
de Virgile. Ce distique est une épitaphe proposée pour la 
tombe d'un brigand nommé Ballista : 

Monte sob hoc lapidum tegltor Ballista sepultus ; 
Nocte die totum carpe, viator, iter^ 

I Virgile était de Mantoue, ville étrusque, mais iilimédia- 
tement voisine âes régions celtiques do la haute Italie. Le 
nom du mort oSre le môme suf&xe de dérivation que Tolisto^ 
premier terme du nom des TolUto-hoti^ peuple gaulois d'Asie- 
Mineure. 

« On doit considérer comme plus ancienne l'inscription 
de Todi : • 

Atêçnati Drutieni camitu artvass Coistê DnUicnas. 
Ategnati JDruticni camitu logan CoisU Druticnos. 



I. Serrins, éditlan ThOo, t. I, p. il. 



i 

f 



— 88 — 
c'est-à-dire : 

Ategnati Droti filii congeMît lapides sq>iilchrale8 Gcrisis Dniti 
filios. 
Ategnati Drati filii congeflsit tomnliiBi Mais Dniti fiUos^ 

Bien que trouvée dans Tltalie centrale, sur Tes bords du 
Tibre, dans l'ancienne Ombrie, cette inscription est gauloise 
et a été gravée sur la tombe d'un Gaulois. 

c Uépitaphe suivante nous transporte dans le pays de Galles, 
au comté de Caernavon, a Penmachno, et vers la fin du 
v« siècle de notre ère : 

CarausHu McJaeU <n hoc concertes topicfum'. 

c  la même région appartient le passage suivant de Nen- 
nius, § 73 : Arthur postea congregavit eongestum lapidmm tub 
lapide quo erat veetigium eamit jus et vocaiur Cam Cahal. 

a La plus vieille littérature irlandaise nous fournit deux 
textes analogues ; l'un appartient à la vie de saint Golumba, 
mort vers 598; cette vie fut composée par Âdamnan, mort 
en 705. Elle rapporte que saint Golumba s'étant rendu dans 
riie de Skye, une des Hébrides, amena au christianisme 
un personnage qui portait le nom irlandais d'Artbranan. A 
peine baptisé, dit Adamnan, le converti meurt et on l'en- 
terre : ÛfiéUmque eocU congeeto lapidum acervo sepdimd^. 
L'autre texte irlandais que nous avons annoncé nous con- 
duit des Hébrides en Irlande ; il est emprunté au livre d'Ar- 
magh, manuscrit bien connu du ix« siècle : et aepelimt Uium 
aurigam Totum Cahum, id est Tôt mad et congregavit îapiàee 
erga septUcrun. » 

M. Gaidoz et M. Flouest font quelques observations an 
sujet de cette communication et montrent que cette coutume 
de conserver le souvenir d'une sépulture par un amas de 



1. WhiUey Stokat, Ceitie deetenâonf pp. 43-45. Beitroege de Rohn, t. ID, 
pp. 65, 69. 73, 170. FabreUi, Glouaritm UcUieum, o* 86, pluelM XXI. Uoaai- 
seo, Corpus inser^timum latinamm, t. I, n* 1408; t. V, p. 719. 

2. Rhys, Leeturtt on welsh phUology, deuxième édition, p. 369. HAbner, /»• 
eriptUme» Britamiae ehrittianae, n* 136. Westwood, Lapidarium Gûltùe, 
pluiolM LXXIX, n* S. 

3. RatTat, T%« life of swU Columba, p. 63, 



— 89 — 

pierres s'est perpétuée dans divers pays jasqu'anx tempe 
modernes. 

M. l*abbé Bernard ftit la commnnioation snWante ; 

ff Kergloff est une petite commune du Finistère, à quatre 
Mlomètres de Garhaiz. Son église, avec ses nefs à toiture 
aplatie, pour prêter moins le flanc aux vents de la montagne, 
atteste une construction gothique, reprise à différentes 
époques, vu la forme des piliers et des fenêtres ; son clocher 
ressemble à tous les clochers bretons. Rien de remarquable 
ne parait devoir attirer et arrêter sous ces modestes voûtes 
l'attention d'un antiquaire. 

< Derrière le maître-autel, le fond de Tabside est percé 
d'une large fenêtre ogivale, que l'on avait eu la malencon- 
treuse idée de boucher en remplissant la baie par un jpur 
de maçonnerie légère. Un jour, la pensée vint de démolir ce 
mur pour rendre au sanctuaire sa clarté primitive, et l'on 
mit en lumière une magnifique verrière à quatre meneaux, 
datant des premières années du xvi« siècle. Le recteur de 
Kergloff, M. l'abbé Bernard, a chargé M. Hucher, du Mans, 
de restaurer cette verrière; l'artiste a bien voulu nous 
envoyer la maquette pantographiée que nous mettons sous 
vos yeux. 

f De la partie supérieure de ce vitrail, il ne reste que la 
mort de la sainte Vierge ; les autres sujets ont malheureuse- 
ment disparu, mais la partie inférieure est demeurée à peu 
près intacte. Elle est enfermée dans un encadrement archi- 
tectural d'une grande élégance ; au sommet, les quatre baies 
cintrées présentent une figure ailée qui tient le centre de 
chaque voussure ;^ à la base, huit figurines disposées en 
médaillons alternent avec des consoles, les unes libres, les 
autres en partie engagées dans les meneaux. La portion du 
vitrail comprise entre ces motifs d'architecture a échappé 
aux injures du temps, et surtout à la maladresse des ouvriers 
chargés de boucher la fenêtre ; elle représente la Descente 
de croix. 

f La scène est à huit personnages, dont deux femmes 
vêtnes et coiffées à la mode du temps ; la première, à côté de 



-* fê- 



la ninte Vierge, d'un itng plus èle^ comme rindifn It 
bande d'or qui orne m coiffore, s'essuie les yeux «fee an 
moochoir; la seconde supporte d'one main le bras inerte da 
Sauveur. Marie Madeleine, avec le vase deparflima, est a^ 
nooillée aux pieds do Ghnsl. Nioodème se reooiinait à la 
mixtnre d'aloës dont parie l'Évangile. Auprès de la sainte 
Vierge apparaît Joseph d' Arimaihie, avec la conroime d'épines 
appuyée contre sa poitrine. Cette descente de croix se dis- 
tingue par on grand caractère de tristesse, et les personnages 
sont bien gronpés dans l'espace limité par les deux meneau 
du centre. 

f Les deux meneaux extrêmes sont remplis, l'un, du o6té 
de l'Évangile, par le portrait de Vincent de Ploeuc, l'antre, 
du côté de Tépître, par celui de son épouse, Jeanne de Ros- 
ma4ec, tous deux seigneurs de Kerlégouan, dont les mines 
subsistent encore à un kilomètre du bourg de Kergloff. 

c Vincent de Ploeuc figure dans la réformation des fonagee 
de la paroisse de Kergloff, en 1535. U avait ^usé en 1503 
Jeanne de Rosmadec. 

t Le vitrail représente Vincent de Ploeuc, à genoux, les 
mains jointes devant un prie-Dieu où s'étale ouvert un grand 
livre àe messe in-4«. Son pourpoint couvert de ses armes 
laisse dépasser le bas d'une cotte de mailles; les brassards, 
les cuissards et les jambards, l'épée et les éperons sont de 
l'époque ; le casque surmonté d'un panache est à terre. Un 
peu en arrière se dresse la figure de saint Vincent Ferrier, 
son patron, habillé en dominicain, le soutenant d'une main, 
et de Tautre montrant un nuage lumineux, où paraît Notre- 
Seigneur, les mains élevées vers le ciel. Saint Vincent Fer^ 
rier, mort à Vannes en 1419, fut canonisé^en 1455. 

f Jeanne de Rosmadec est également agenouillée, les mains 
jointes, devant un prie-Dieu et son livre de messe ouvert 
Derrière, saint Jean-Baptiste, debout, la soutient de la mam 
gauche, tandis que de la droite il porte un livre avec un 
agneau couché et traversé par une croix. Saint Jean est vètn, 
sous son manteau, d'une tunique simulant les poils de cha^ 
meau. 

c Jeanne de Rosmadec est en grande toilette de l'époque. 



— w — 

La figure seule a dû être refiûte à la place de Fanâenne^ qui 
n'existait plus. Son Toile, gradeasementreleYé et retombant 
sur les épaules, ne laisse point Toir les cheveox, mais un 
bonnet de eoulear jaune, semé de petits carrés très réguliers, 
STec un bord formé de feuilles de trèfle. Un ooilier de perles 
s'enroule autour du cou. Les manchettes sont à tuyaux. Le 
corsage, d'hermines comme le mantelet, est fermé par uo 
hffge galon d*or ouvragé; ils descendent (dus bas que la cein* 
tare. Le reste du corps disparait sous un éciwson aux armes 
de Ploeuc et de Rosmadec. 

• Ploeuc porte d'hermines, à trois cherrons de gueuler, et 
Rosmadec paie d'argent et d'azur, à six pièces. 

ff La famiille de Ploeuc est une des plus anciennes de Bre^ 
tagne, où ses alliances lui ayaient donné autant de puissance 
que de renom. Tftnneguy du Ghàtel, vicomte de la Bellière^ 
conseiller et chambellan du roi, grand maître de l'écurie de 
Charles Vil, en 1454, grand écuyer de F^nce en 1455 , était 
fils puîné d'Olivier du Gh&tel et de Jeanne de Ploeuc^ . Tan- 
neguy du Gh&tel épousa une fille de Jean de Malestroit^ 
maréchal de Bretagne >. En 1443, Guillaume de Maies irait 
occupait le siège épiscopal de Nantes. • Il avait, dit l'auteur 
c de la Gailia ChrisHana, Vkme haute et les sentimf^nts 
c élevés 3. » En 1462, il abdiqua en faveur de son Devau, 
Âmaury d'Âcigné, fils de Jean et de Catherine de Male^troit. 

« François Hyacinthe de Ploeuc du Tymour était évoque 
deQuimper en 1707*. 

t La famille de Rosmadec n'est pas moins illustre. Sébas- 
tien de Rosmadec était évéque de Vannes en 1622*; il eut 
l'honneur de diriger les enquêtes qui amenèrent le rétablif;- 
sement du culte de sainte Anne, la patronne des Bretons, au 
village de Keranna, près Auray«. En 1646, il se démit de sa 
charge en faveur de son neveu Charles de Rosmadec. * 

1. Lettret de Louis XI, t. II, p. 213. 

2. /»«., p. 302. 

3. GalHa ekristiana, t. XV, p. 829 : « Altos Gaillelmas gerebat animoB. k 

4. Ibid., p. 890. 

5. Ibid., t XV, p. 938. 

6. Les Gloires de Sainte- Annf-é^Auray y par l'abbé Euét. Bernard, In-ïB^ 
ehex Leeoffn. 



— M — 

M. A. de DarUiéleiny Ut une note de M. Berthelé, aanciè 
correspondant national, sur les statues équestres de Constan- 
tin placées dans les églises de Touest de la France : 

c Le mémoire, publié Tannée dernière par M. l'abbé Arbel* 
lot, 9ur lê9 statvêi éqHe$tr9$ de Comtaniin, plaeéei datu Um 
égUset de FOuest de la France*^ a porté à cinq^ le nombre des 
c cavaliers » pour lesquels on a des textes précis établissant 
que le moyen âge a vu dans ces sculptures des représenta- 
tions de Constantin. 

c M. l'abbé Largeault, secrétaire-adjoint de la Société de 
statistique des Deux-Sèvres, a découvert, il y a quelques 
jours, dans deux manuscrits conservés à la BibÛotbèque poi- 
tevine des arcbives départementales de Niort, la preuve que 
cette appellation de Constantin s'est conservée dans le 
peuple, à Parlbenay-le-Vieux et à Melle, jusqu'au commen- 
cement du XIX* siècle. Le total des Constantins incontestables 
se trouve donc actuellement porté à sept. 

c Les deux manuscrits datent de 1810. Ils sont catalogués 
sous les no* 1460 et 1461. 

c Le premier, anonyme, est intitulé : Notice sur la vSie de 
Parthenay, son château^ ses $eiffneur$y et sur le château de la 
MetUeraie. Le passage relatif au cavalier de Parthenay-le- 
Vieux est ainsi conçu : 

c L'église de Saint-Pierre [de Parthenay-le-Vieux] est très 
c ancienne. C'était la sépulture ordinaire des seigneurs. 
« Hugues III y fut enterré en 1230. La statue équestre que 
c le peuple prend pour la figure de l'empereur Constautin 
• n'est autre sans doute que celle du fondateur vers le ix«oo 
c x« siècle. • 

t Le rédacteur de cette notice se trompe de quelques lustres 



f . Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, t. XXXn, 
p. 1 à 34 ; tiré à part. — Cf. le Bulletin du Comité de* travaux historiques, 
section d'histoire, d'arehéologie et de philologie, année 1882, n* 2, p. 138 i 140, 
et Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest^ tome VII de la 2* série, 
année 1884, p. 189 à 192. 

2. 1* Notre-Dame-la- Grande à Poitiers; 2* temple Saint-Jean i Poitiers; 
3* Notre-Dame de Saintes ; 4* église d'Aubeterre (Charente) ; 5* fontaioe da 
Cheralet, à Limoges. 



— w — 

i pnqpos de la date de la fondalion de PârtlieDay-l^VieaXf 
cette fondation ne remontant qu'à la fin du xi« siède. Uin- 
terprétation qn'ii donne du candier n'est qu'une opinion à lui 
personnelle. Mais ceci est secondaire. L'intéressant, dans ce 
texte, c'est de savoir qu'il y a quatre-vingts ans, le populaire 
prenait encore la statue équestre de Parthenay^le- Vieux pour 
la figure de l'empereur Constantin. 

c L'existence de cette tradition a échappé à l'historien de 
Parthenay et de la G&tine, M. Bélisaire Ledain. 

ff Le second manuscrit a pour titre : Notu dêfodU kûio» 
Tiques, etc.^ mKoayén à M, U jftàftt dêi IMmxSèvrmy d^aij^èê M 
émamdê contenue en ta lettre du ii juin 1810 à Jf. Àymé^ pré- 
tident du tribunal dml de Melle. Voici le passage où il est 
question du cavalier placé au-dessus du portail latéral de 
l'église Baint-Hilaire : 

< On voit encore à l'extrémité des deux faubourgs de Melle 
ff les églises de Saint-Pierre et de Saint-Hilaire, couvertes 

• de figures gothiques {sic) avec des statues, l'une équestre, 

• l'autre pédestre, des empereurs Constantin et Chariemagne, 
c à ce que l'on rapporte. Ces deux statues ont été mutilées. » 

t La conservation de la tradition de Constantin à Melle 
n'est pas moins curieuse que le fait analogue relevé à Parthe- 
nay-le-Vieux. 

i Les deux manuscrits contenant ces renseignements pro- 
viennent des dossiers réunis par le préfet Dupin à l'occasion 
des enquêtes statistiques organisées par l'administration. Il 
existe des pièces analogues dans les autres dépôts d'archives 
départementales et l'on peut espérer y trouver, en faveur de 
Constantin, des arguments nouveaux qui compléteront ceux 
que M. l'abbé Largeault a eu la bonne fortune de rencontrer. » 



Séance du 3l4 Février. 

Présidence de M. E. Saglio, président. 

Ouvrages offerts : 
Bulletin critique, publié sous la direction de MM. Duchesnei 
Ingold, Lescœur, Thédenat. 15 février 1886. 



— u — 

— dê^Ui SoeàéU arckMogifÊtey MÔmêifiqme et HUénân d» 

Vendâmaû, t. XXIV. Vendôme, 1885, iii-8*. 
^^dêia Société dêê âàencei kiêtoriqiimtt.naturMmdeSemMt^ 

Côte^Vr^ 2* série, n* 1, 1884, iii-8«. 
Mémoit^ de ht Société àMmkerquoiupomrrmeoÊoraf^^ 

oeiêuees, du kttnt et dês oH», 1881-1883, t. XXII. Dnn- 

kerque, 1884, m-8*. 
Be»me delà Société duéimdei kiêtorigwei^faûtmt sniiêà fli^ 

vêsiigateuf^ 4* série, t. III, 1885, inp^. 
Bmme do Commmges. BuUêtiM, de la Société des étedm de Corn* 

mmgee^ t. n, 1886, l«r trimestre. Samt-Gandens, 1886, 

m-8«. 
Société Goiif'Lueiac. Bmme dee eàemcee^ n* 7. 
Third oammei report oftke huream of etkm^ogp to tke eœr^ 

tory ofthe emUhsonian inetitution. 1881-1882. 
Aubes (Augaste). Eeeai eur le eifêtème métrique iitfjrrigs, 

fiisc. 5 et 6. Paris, 1885, in-8«. 

Travaux. 

M. Flouest présente à la Société deux fascicules de VEseâ 
eur le système métrique assyrieuy de M. Aurès, correspondant 
de la Société à Nîmes. U fait ressortir l'intérêt de ce traYail. 

M. R. de Lasteyrie lit un mémoire sur un célèbre émail 
de Limoges, provenant de l'autel de Grandmont et conservé 
an Musée de Gluny. Le mémoire de M. R. de Lasteyrie est 
renvoyé à la Commission des impressions. 

M. de Barthélémy lit au nom de M. Chardin un m^noire 
sur de curieuses peintures du xv* siècle, conservées sur le 
lambris qui recouvre la nef de l'église de Kermaria-Nisqnlt, 
commune de Plouha (C6tes-du-Nord). 



Séance du 3 Mars. 
Présidence de M. £. Saqlto, président. 

OnynigesxkflSBrts e 

Aarbogerfar nordùk oldkywâighêd og hiiiorU, 1885, 8* Uvr. 
Copenhague, 1886, in-8*. 

Ammud repari of thê comptroUer of tke eurreney to thé fLttt 
$mùm qf 6U 49« OwgwM ofJJU UtiHèd Bwu^ \^ dé- 
cembre 1885, in-8*. 

MUtm €i mémmres de Ul Société archéologiguê du déporté* 
mmi d'IUe^-VUniM, t. XVU, l^* partie. Rennes, 1885, 
in-8*. 

— kûiarique^ archéologique et artiftdqwi de Vaueimêe et dee 
départements Umitrophei^ !• année. Avignon, 1885, in-8<>. 

— memeuel de la Société académique de Chauny. Archéologie 
et camféreecuy L I. Ghanny, in-S». 

— momiemeKial^ dirigé par le comte de Maisy, 6* série, 1. 1, 
LI« de la collection. Paris, 1885, in-8*. 

Congrès archéologique de France^ 11* session. Gaen-Paris, 

1885, in-8\ 
Institut canadien français d^OttaiDa^iSb2''iS71 y célébration du 

25« anniversaire. Ottawa, 1879, in-8o. 
Korrespondensblatt der wsstdeutschen Zeitschrift fur Ges* 

ckichie undKunst. Bonne, février 1886, in-8*. 
Proceedings of the american phUosophical Society ^ t. XXIIl, 

n« 121. Janvier, 1886, in-8». 
Beport of the proceedings of the nwmismaiic and antiquarian 

Society of PhiladelpMay an. 1885. Philadelphie, 1886, in-8*. 
Bexme savoisienney 27« année, janvier-février 1886, in-8o. 
JuuEM-LAFBBBlÈas. L'art en Saintonge et en AuniSy arrondis" 

sèment de Saintes^ n* 12. Toulouse, 1884, in-4'. 
LoDGACEWiGH (Platon). Origine de la langue grecque (en russe). 

Kief, 1869, in-8-. 

— Origine de la langue latine (en russe). Kief, 1871, in-8«. 
AiUrsy (le G^« db). Le château de Montataire. Gompiègne, 

1886, in-8\ 



— «6 — 

— Thomas dé Grouchy, camtiUer au parUmeiU de MeiXy 16i0« 

1675. Gand, 4886, in-S*. 
QuARHÉ-REYBOURBOif (L.). Un fégieidê. Béthune, 1886, in-iS. 
RoMAU (J.). Chartêê de liberté ou de prwUègesdelarégùm det 

Alpes, Paris, 1886, iii-8*. 
Saolio. Dictionnaire des anHfuités grecques ei rcmaimei , 

10* fascicule, Paris, 1886, in^4*. 

Correspondance. 

M. Poujôl de Fréchenoourt, présenté par MM. Rey et R. de 
Lasteyrie, écrit pour poser sa candidature au titre d'associé 
correspondant national à Amiens. Le présidât désigne 
MM. A. de Barthélémy, Gourajod et Guiifrey pour fbmter 
la commission chargée de présenter un rapport sur les titres 
scientifiques du candidat. 

TrifvcMx, 

M. le baron de Baye fait la communication suivante : 

t La Société des Antiquaires a déjà reçu une communica- 
tion relative aux urnes funéraires portant trois perforations 
sur la pansée Ces urnes, d'origine rémoise, proviennent 
du cimetière situé à la fosse Jean-Fat, territoire de Reims. 
Elles ont été signalées comme inconnues jusqu'alors en 
Champagne^. 

c L*examen qui en a été fait parait avoir eu pour résultat 
une certaine réserve au point de vue de l'authenticité des 
pièces. Une interprétation discutable de ces perforations, 
proposée par Tauteur de la communication, était propre aussi 
à faille naître des doutes. Il y a, du reste, une certaine 
hardiesse à chercher trop vite Texplication de faits nouveaux, 
et la Société elle-même, de son cétc, n'avait, pour former son 
opinion, que des dessins ou des photographies qui laissent 
toujours à désirer. 

« J'ai Thonneur de présenter deux spécimens de ces urnes, 



1. Bulletin, iiSZ, p. 150. 

2. La forme est celle des ornée ftméniret lei plue nombreoMs à répoqne giUo* 
romaine. 



— 97 — 

trouvés également à la fosse Jean-Fat. Des vases ponrws de 
perforations ont été plusieurs fois mentionnés et diversement 
interprétés. La confusion n*est pins possible ; je soumets les 
urnes elles-mêmes à l'examen de mes confrères. 

ff L'authenticité pour moi n'est pas à mettre en doute. Les 
perforations sont contemporaines de l'incinération. La 
forme, la terre, la cuisson de ces vases s'harmonisât parfai- 
tement avec les urnes qui ont été trouvées en grand nombre 
dans la môme région. Mon opinion est basée sur un examen 
minutieux et sur la comparaison avec les vases nombreux 
que j'ai exhumés. Un homme fort compétent^ M. Demaison, 
archiviste de Reims, m'écrivait à une date récente, au sujet 
de monuments semblables : « Je n'ai aucun doute sur l'au- 
• thenticité des urnes funéraires percées de trois trous. Depuis 
c quelques années, de nombreux spécimens de ces urnes ont 
t été trouvés à Reims par divers archéologues, et tous offrent 
t les mêmes caractères. Notre musée vient d'acquérir cette 
t semaine un lot de cinq vases de cette espèce. On nous les 
f a apportés sans les avoir débarrassés de la croûte de terre 
I qui était restée attachée lorsqu'on les a retirés du sol. J'ai 
c donc pu les examiner en quelque sorte à l'état brut, et je 
c n'y ai découvert aucune trace de supercherie. » 

c Les urnes étaient remplies de restes d'incinération. Cette 
particularité seule démontre leur indiscutable origine. Les 
ossements qu'elles contenaient appartiennent à l'espèce 
humaine ; il est superflu d'insister sur ce point. 

c Les perforations sont disposées deux et une ; eUes sont 
antérieures à l'inhumation. Ces trous, grossièrement prati- 
qués après la cuisson, ont été nécessairement percés de 
dehors en dedans. L'effet de la pression exercée a détaché 
intérieurement des éclats plus larges que la perforation 
visible à l'extérieur. La couche de terre adhérente sur toute 
la surface du vase présentait partout un aspect identique. 
La temte est aussi uniforme et la patine des perforations 
ne diffère pas de celle qui recouvre les autres parties du 
vase. On ne voit pas bien^ du reste, dans quel but un faus- 
saire aurait pu pratiquer les perforations au risque de cam- 

AltT. BULLETIN. 7 



— fi — 



ée tous le» cmctiras 



• D n'a fÊM Hé wê/mê «tilité 4e teur la question en siw- 
pena. De nomelks imaB ont été Inarrées, les rechefchesse 
taatBaltipliéca,etdenuaiotieiins précantions ont été prises 
ponr dÎMÎper les donlea. Laa étodea âdtes dans le calme 
foin 111 twt aetnellHBflDt dn docomenta qni pennettent de 
chwrhw «ne sohitiao téneofleaient motivée. 

c L'inieqiréution dea pefforations offre hien deadifficoltée. 
8à Ton oonaidère à on poini de Toe général les vases poa> 
T1I5 de tnms qui ont été étudiés psf les archéologaes, les 
explications sont fi^dles et asseï nombreuses. On connaît, 
en eflet, bon nombre de Tsses munis de trons, afifoctés à des 
emptiMs domestiqnes on industriels. L'antenr de la première 
communication ne semble pas s'être préoccupé de ces 
dïTerses interprétations. Son silence, qm était certainement 
intentionné!, se jastiiie pleinement. Les vases connus por- 
tant des perforations ne sont pas susceptibles d'être placés 
an même rang que les urnes funéraires de la Fosse-Jean-Fat. 

« liO r6le de ces dernières est bien déterminé; elles rentrent 
incontestablement dans la catégorie des vases funéraires. Il 
faut donc négliger l'opinion qui leur assignerait un usage 
pratique, industriel ou domestique. Les perforations doiTent 
avoir quelque rapport avec Tintroduction des restes incinérés 
dans l'urne, on bien avec un rite funèbre observé chez les 
Rémi. 

t L'hypothèse qui propose de voi^ un rite dans les triples 
perforations parait avoir été accueillie avec fiaveur par plu- 
sieurs savants archéologues. Le culte des morts a toujours 
été accompagné de rites de formes symboliques. Le nombre 
<r<Hf, par son r61e remarquable et généralisé, a été partout 
Tolijet d'une attention qui lui injprime le caractère d'une tra- 
dition universelle ; ne ppurrait-on pas cher<^er là Texplica' 
tion du fait qui nous occupe? Les motifs ne manquent pas. 
Cependant, en admettanjt que les perforations étaient l'ex- 
pression d'un rite funèbre, il y a li^u de s'étonner que les 
urnes ne se trouvent pas en plus grand nombre dans les 
sépultures qui environnent la grande cité rémoise. Enfin, le 



-.co- 
lite étaat pratiqué, ne peat-OE pas 8s demander poarqaoi les 
âmes n'étaient pas préparées d'avance comaie les autres 
lases foa«rairesy et pourquoi les perfiorations étaient fûtes 
après la caisson? Âi prévision d'un usage quotidien, il 
flemUe que les urnes auraient dû être disposées au préalable 
pour répondre aux cugenees d*un rite, adopté et fréquem- 
ment usité. 

c Quelques archéologues ont pensé que les trous avaient 
élè pratiqués pour donner aecés à Tair, actif?er et achever la 
eombusIioQ des cendres incandescentes, au moment où elles 
étaient renfermées dans l'urne, ou empocher que cdle-ci 
n'éclatât par suite de la chaleur. 

« L'usage de vases funéraires percés de trous s'est conservé 
jusqu'au moyen âge. On rencontre, dans des sépultures de 
cette période, des vases perforés, destinés à recevoir des 
charbons sur lesquels on brûlait l'encens; bien que par leur 
destination ils ne puissent pas être assimilés aux urnes 
fànéraires à perforations, celles-ci ont pu être, dans les 
deux cas, pratiquées pour le même motif. 

c L'idée de voir dans les trois perforations la représenta- 
tion de la figure humaine semble fort aventurée. On con- 
naît des vases romains ornés sur la panse de la figure 
humaine, mais ces ornementa sont sans rapport avec la gros- 
sière ébauche indiquée par les perlwrations. Les époques les 
plus pi'imitives n'ont rien donné d'aussi grossier et d'aussi 
rudimentaire. » 

M. Flouest rappelle les découvertes faites en Troade et en - 
Belgique de vases sur lesquels on a figuré grossièrement des 
visages humains à l'aide de petits points en relief sur la 
panse du vase. 

M. Sagiio dit que l'on a trouvé depuis les découvertes de 
Schliemann en Troade beaucoup d'autres vases à représenta- 
tions humaines. 

M. CioUignon ne croit pas qu'on puisse établir aucun rap- 
port entre la céramique troyenne et les vases de Reims. 

M. Mowat croit que ces trous servaient à faire pénétrer 
jusqu'aux cendres du défunt les libations qui, à certains 
jours, se flBÛsaient sur sa tombe. 



— 400 — 

M. de Lasteyjrie demande s'il est bien certain qu'on n'ait 
jamais trouvé en Champagne d'autres vases percés de trous 
offrant d'autres dispositions. I) rappelle qu'au moyen âge on 
trouve assez souvent dans les sépultures des vases percés de 
trous, qui étaient destinés à faciliter la combustion de Ten- 
cens qu'on y déposait. Mais ces trous n'ont aucune disposi- 
tion régulière. 

M. Héron de Viilefosse présente une petite réglette en 
bronze, inscrite sur ses quatre faces, affectant la forme d'une 
tessère de gladiateur et récomment découverte à Entrains 
(Nièvre). Cette tessère appartient à M. Julllen, conservateur 
du Musée de Clamecy. 

Les inscriptions, d'ailleurs fort obscures et difficiles à lire, 
surtout sur les faces 3 et 4, sont ainsi conçues : 

i. XII8AGTUM 

2. CVRACONSUL 

3. DBLGULERIRFIER 

4. CAVEMULIAE 

La longueur comprise entre les deux extrémités arron- 
dies en forme de tète de clou est de 0b062. L'épaisseur des 
tranches varie entre 0"008 et (H)09. 

M. Héron de Viilefosse considère ce petit monament 
comme absolument suspect. Sans douter de la bonne foi de 
M. Jullien et môme du fait de la découverte du monument 
à Entrains, il rappelle que cette localité a déjà fourni un cer- 
tain nombre d'inscriptions douteuses et surtout un texte 
notoirement faux publié au siècle dernier par l'abbé Lebeaf . 

M. Mowat mentionne, à cette occasion, une tessère de 
gladiateur en bronze, conservée au Cabinet des médailles et 
qui doit être classée, comme la tessère d'Entrains, parmi les 
monuments suspects. C'est, du reste, l'opinion de M. Gha- 



i. Biat. de l'Âead. de» Inecr., t. XXV, 1750, p. 118; ef. 
les Antiquités d'Entrains, 1879, p. 23. 



HérOB de VQlefow, 



— 4(M — 

bonillet, qui a décrit ce petit monument dans son Catalogue 
80118 le n* 3174. 

M. Flouest présente de la part de M. le comte de la Size- 
ranne, associé correspondant national dans le département 
de la Dréme, un fragment d'une plaque d'ardoise très fine- 
ment sculptée, récemment découvert à Pact * . Le plateau qui 
8'éteDd derrière Téglise du village a été, de très ancienne 
date, un lieu de séjour pour la population du pays. Des 
fouilles entreprises sous la direction du curé de la paroisse 
ont ramené au jour des antiquités d'époques très diverses, 
attestant une longue série de générations. Les unes, notam- 
ment un couteau en bronze, à douille, du type de ceux des 
cités lacustres de la Suisse et de la Savoie, peuvent remonter 
i ce que Ton appelle Vâge du hronse ; d'autres descendent 
jusqu'à la fin du xvn* siècle, peut-être môme au delà. On a 
recaeilli au milieu d'elles un certain nombre de pétrifications 
relevant de la paléontologie ou constituant quelques-uns de 
ces c ludus naturae • à qui les curieux d'autrefois donnaient 
si volontiers place dans leurs cabinets. 

L'époque de la domination romaine a laissé à Pact des 
vestiges particulièrement abondants et caractéristiques. Elle 
a fourni, outre les objets qu'on est habitué à rencontrer par- 
tout où il a existé un centre d'habitation à cette époque, 
quelques statuettes en bronze ayant vraisemblablement appar* 
tenu à des laraires. Elles ne se distinguent ni par la finesse 
du travail, ni par la rareté des représentations, mais elles 
témoignent une fois de plus de la faveur dont certains types 
jouissaient d'un bout à l'autre du territoire. Les antiquaires 
ayant gardé mémoire de ce passage des commentaires : 
ff deum tÊoximê Mereurnm coluniy » ne sont pas surpris d'aper- 
cevoir ce dieu au milieu d'elles. Presque aussi dégagée que 
la sienne est l'allure de ce génie adolescent bien connu, cou- 
ronné de pampres, court vêtu, mais portant néanmoins une 
tunique et une chlamyde, qui, le bras gauche levé, dirige 



I. Canton de Be&areptire, arrondiiMment de Vienne (Isère), dans le roisinagre 
de la DrAme. 



— 402 — 

vers ia patère placée dans sa main droite le jet d'un rhyUm 
qu'il tient de l'autre main. On l'a déjà rencontré en dinars 
lieux, et il est peu de collections de quelque importance où 
on ne le Toie figurer. 

Les épaves du moyen ige ne semblent pas de grand inté- 
rêt et il paraît difficile de foire remonter jusqu'à cette période 
le fragment de plaque d'ardoise qui a plus particttlièrement 
déterminé la communication de M. de la Sizeranne. Ge fnm^ 
ment est à peine la huitième ou la dixième partie de Tobjet 
auquel il a appartenu ; quelques segments de cercles nette- 
ment conservés permettent de se rendre assez bien compte 
de l'aspect général de cet objet. 

La plaque, dans son intégrité originaire, présentait fort 
probablement la configuration d'un carré de 0»2d0 de edté, 
avec une épaisseur d'environ un centimètre. Le carré enfer- 
mait deux cercles concentriques, distants l'un de l'autre de 
On033 et dont le plus grand, par ses diamètres dans le sens 
vertical et horizontal, se rapprochait de très près (0"003) de 
la ligne marginale du carré, sans être toutefois tangente. Le 
cercle qui s'y trouvait inscrit n'était pas, comme loi, conttnn, 
il s'interrompait à la rencontre de courbes transversales des- 
sinant quatre ellipses à court foyer et absorbant ensemble on 
bon tiers de la surface totale de la plaque. Ces ellipses, 
symétriquement disposées dans l'axe des diamètres, for- 
maient à la partie médiane une sorte de croix équiiatérale 
sans que les éléments constitutifs de ses bras fussent cepen- 
dant contigus. 

La partie subsistante est minutieusement couverte de sculp- 
tures en très bas-relief, dont l'exécution relève, dans son prin- 
cipe, du procédé par champlevé. L'artiste, après avoir enkfé 
le champ de manière à donner aux sujets figurés un relief d'un 
millimètre environ, a délicateikient retouché ceux-ci au burin 
pour en accentuer les détails et bien faire ressortir chaque 
élément du motif ornemental. Grâce au soin qu'il a pris, U 
nature s'en reconnaît sans hésitation et la critique n'a rien à 
reprendre à son œuvre. 

Elle a été conçue par lui dans ce style oriental qne le 
butin rapporté des croisades a particulièrement fait coonaitre 



— 408 — 

aux pays occideatanz. L'inspiimUona'estpasdovteuBd) BMie 
le pastldie n'est pas si âhsohi qa'il n'ait comporté une cer- 
taine liberté d'allure personnelle. L'intérêt de la jMèoe s'en 
aceroit peat*ôtre an pdnt de tue artistique, mais il devient 
d'autant ji^los difiiciie de trouver dans ses caractère* spéciaux 
le moyen d'indiquer l'époque à laquelle il convient de la rap« 
porter. Le fond du motif est l'affrontement successif de deux 
animaux se dressant plus ou moins menaçants en face Tun 
de l'autre, au milieu de feuillages touffus dont les groupe- 
ments ascensionnels, ou disposés en rinceaux, comportent 
invariablement une tige uniformément garnie, de droite et 
de gauche, d'une large feuille charnue, à court pétiole, avec 
une fleur largement épanouie à son extrémité. Une tige 
principale ou secondaire s'interpose toujours entre les ani- 
maux qui s'observent. 

Ces animaux semblent avoir été exclusivement choisis 
parmi les mammifères et les oiseaux. Dans l'espace triangu- 
laire déterminé par la rencontre de deux des bords de la 
plaque et le listel qui trace le grand cercle, un gros oiseau au 
bec puissant et de forme trapue, paraissant appartenir à la 
famille des corvidés, surveille les mouvements d'une cigogne, 
dont l'attitude peut à bon droit lui paraître inquiétante lùal- 
gré raii)ri88eau feuillu qui les sépare. Le port de cet arbris- 
seau et le développement latéral de sa ramure relèvent étroi- 
tement des représentations si connues du h6me ou arbre de 
vie des légendes persanes. 

Une autre série d'animaux opposés occupait toute la zone 
délimitée par le tracé des deux cercles concentriques. On y 
distingue un singe assez finement rendu qu'une oie ou un 
butor charge avec furie. De l'autre côté du singe et derrière 
un rameau qui sert d'encadrement à une nouvelle scène, se 
dresse un léopard aux griffeci^uissantes et de tournure héral- 
dique, que la cassure de la plaque a séparé de son antago- 
niste. 

Le fragment décrit par M. Flouest passe sous les yeui des 
membres présents. Leur opinion reste assez hésitante sur 
l'époque à laquelle il convient d'attribuer la plaque, comme 
sur sa destination, d'il ne paraît pas impossible de la faire 



— 404 — 

remonter jusqu'à la fin du moyen âge, rien ne s'oppose non 
plus à ce qu'on lui assigne une date beaucoup plus réosnte. 
L'hypothèse qui parait la plus vraisemblable est celle qui 
attribue ce bas-relief, d'un trayail si soigné et si fin, à La 
décoration d'un de ces meubles dont les panneaux de bois, 
incrustés de métaux, de marbres, de pierres précieuses, se 
distinguaient par Téclat de la couleur ou la perfection d'une 
mise en œuvre artistique. 

M. Molinier lit de la part de M. de Gessac un mémoire sur 
une épitaphe qui se voyait jadis dans Tabbaye de GrandmoDt 
et que les auteurs qui Tout publiée ont attribuée à tort à 
Hugues IX de Lusignan ; elle se rapporte à Hugues XIII, 
mort en 1303. 

Ce mémoire est renvoyé à la Commission des impressions. 



Séance du 10 Mars. 
Présidence de M. E. Saqlio, président. 

Ouvrages offerts : 
annuaire de la Société française de numismatiqMê et d^archèh 

logie^ janvier-février 1886. Paris, in-8*. 
AtH délia reale Accademia dei Lincei, an. GGLXXXIU (1885- 

1886), série IV, t. II, fasc. 3. Rome, 1886, in-4'. 
Bulletin critique^ publié sous la direction de MM. Duchesne, 

Ingold, Lescœur, Thédenat, 7« année, {•' mars 1886, in-8*. 

— de r Académie d'Hippone, n<> 21, fascicule 3. Bone, 1886, 
in-8<». 

— de la Commission des antiquités de la Seine-Inférieurt, 
t. VI, 3« livr. Rouen, 1885, ^-8*. 

•--delà Société des Antiquaires de VOuest^ 4» trim. Poitiers, 

1885, in-8«. 
Bullettino di archeologia e storia DalmcUa^ an. IX, n<* 1. Spa- 

lato, 1886, in-8*. 
Courrier de Vaugelas (Le), Onzième année, n* 1. 1886, iii-8". 
Journal des Savants^ février 1886. Paris, in-4». 



_ 405 — 

GoBBunr (L'abbé Jules). L'MMtion dm 
Amiens, 1885, in-8*. 



^KM^w9m ^^N^T^^^WMVr« 



Correspondance. 

M. Bélisaire Ledain, présenté par MM. Aubert et A. de 
Barthélémy, écrit poar poser sa candidature à la place d'as- 
socié correspondant à Poitiers. Le président désigne MM. de 
MoDtaiglon, Mûntz et Gourajod pour former la commission 
chargée de présenter un rapport sur les titres du candidat. 

Travaux, 

M. A. de Barthélémy rend compte d'une communication 
de M. de Laigue, relative à une médaille de Néron, sur Teffigie 
de laquelle est inscrite la contremarque 8. P. Q. Il y a lieu 
de penser que l'empreinte de cette contremarque n'est pas 
complète, et que la dernière lettre n*a pas marqué sur le flan. 
Elle devait être 8. P. Q. R. 8aulcy, qui s'est beaucoup 
occupé des contremarques des monnaies romaines du haut 
Empire, a constaté que cell&-ci était fréquente sur les bronzes 
de Néron. Il suppose qu'aussitôt après la mort de Néron on 
s'empressa de la placer sur ses monnaies en signe de répro- 
bation ^ 

M. Mowat dit qu'il a observé dans le médaillier de la ville 
de Rennes des monnaies de bronze frappées par d'autres 
empereurs que Néron et contremarquées sur l'effigie. Il a 
communiqué cette remarque à M. de 8aulcy après la publi- 
cation de son mémoire sur les contremarques paru dans le 
Journal des Savants. 

M. de Barthélémy lit une autre lettre de M. de Laigue 
relative à des découvertes qui viennent d'être faites sur le 
territoire de Vico Equense, non loin de Gastellamare. Des 
travaux de voirie exécutés dans cette localité ont amené la 
découverte de sépultures contenant des vases en terre cuite, 

I. Cf. JHevue nwnitmatique, 1870, p. 393 et 400. — Journal det Savante, 
i879, p. 7S8. — Mélanges de numismatique, 1875, p. 180. — Lenormant, La 
monnaie dans ^antiquité, t, II, p. 389. 



— 406 — 

en bronze et en verre ; entre antres^ on a tronvé un Tase eo 
verre bleuâtre, à panse arrondie, muni de deux anses el 
d'un couvercle, plein d'ossements incinérés et renfermé dans 
un récipient en plomb, à couvercle plat. 

M. Pol Nicard lit une note sur des fouilles qui ont ét( 
faites récemment à Woliishoffen, auprès de Zurich. Uik 
curieuse palafitte y a été trouvée, et de nombreux objets 
dont quelques-uns sont fort élégamment décorés, y ont éU 
recueillis. 



Séance du 1 7 Mars. 
Présidence de M. Héron de Villbfosse, vice-président. 

Ouvrages offerts : 

Annuaire de la Société (Témulaiion de la Vendée, Trente- 
deuxième année, 1885, in-8*. 

Atli délia reale Accadenda dei Lincei, an. GCLXXXIII (1885- 
1886), série IV, t. II, fasc. 4. Rome, 1886, in-4«». 

— délia reale Accademia dei Lincei. Memorie deUa daue à 
scienxe moralij storiche e fUologiche^ série m, t. IX, X, 
XI. Rome, 1881, in-4o. 

Bulletin de la Société scientijiquey hittorique et arckéohgiqm 
de la Corrhe, t. VII, 4* livr. Brive, 1885, in-8». 

Jokns Hopkine Universiiy étudiée in historical and poUiiem 
science , 4* série ; II , Town govemment in Rhode IsUmd 
by W.-E. Forster; in, The NarraganeHt plantere^ bj 
Edward Ghanning. Baltimore, 1885, in-8o. 

Mémoires de V Académie de VéNcluse^ t. IV, ann. 1885, 4« trim. 
Avignon, 1885, in-8<». 

— de r Académie impériale des sciences de Saint-Pétershourg^ 
Vn» série, t. XXXm, n* 3. Saint-Pétersbourg, 1885, in-4«. 

Proceedings of the Society of Antiquaries of London, Nov. 

1884-juillet 1885. Londres, 1885, in-8«. 
Verhandlungen des kistoricken Vereines von OberpfcUs rnnd 

Eegensburg, t. XXXIX. Stadtamhof, 1885, in-^. 



-m- X 



QHAfnLm (Paal su). MtUMmx pmur ikùioért primUwê H 

imimiiê dêPkommi. i^86, ift^*. 
*■* PiMffc êCMiptêê f^êooÊtvttOit MM jÉynMnw Mut futwMf » 

Chroffot, Fmùière. Paris, 1886, ia-8*. 
Haionebé (L'abbé Daniel). Les charité de Saini-Bertin^ 1. 1, 

848-4240. SamUOmer, t886, ia.4«. 
Lastbtbib (R. db) et lAFàVBB-PoMTALis. BUdiogrtq>hiê dm 

trwMÉMX kittonqueê et mtrehéohgiqitêi^ publiée par l$$ sœiétéi 

MMomitê de la Framee, 2* livr. Paris, 1886, iii-4*. 
LoBBAY (Henri). OrigiMm froMqueê. Paris, 1886, in-8<». |f 

Madldb (R* db). Procédareê poUHquei du règne de Louis XII, 

Paris, 1885, in-8<». i|*^ 

I- 
Traoaux, ^ 

M. de la Guère écrit au sujet d'une inscription de CSali- ^^\ 

gula, découverte à Bourges et publiée en 1882 dans les ^ 

Mémoiree de la Société des antiquaires du Centre. Il conteste 
la lecture qui en a été donnée par M. Héron de Villefosse 
dans le Bulletin de la Compagnie. 

M. Héron de Villefosse soumet à la Société un moulage 
de cette inscription qu'il doit à Tobligeance de M. de la 
Guère lai-4néme et sur lequel on constate la trace des 
lettres martelées qui justifient sa lecture. 

M. de Geymûller entretient la Société d'un dessin de 

Ducerceau représentant un temple antique ; la légende de ce 

dessin nomme ce monument le temple de Diacolis; M. de 

Geymûller ignore quel est ce nom, et demande si quelqu'un 

peut lui en donner l'interprétation. 

H 
M. Joseph Roman lit une note sur les renseignements l 

archéologiques que Ton trouve dans un obituaire de Forçai- 

quier récemment découvert par M. Auguste Molinier dans 

le ms. 5248 de la Bibliothèque nationale. Cet obituaire donne 

la date de la consécration de l'église de Forcalquier ; elle eut 

lieu en 1408. 

1408, 21 avril. 
Anno domini millésime CCCC® VlUo die vicesima prima 



— 108 — 

mensis apiilis reverendus in GhrîBto pater et dominiiB B 
Sistaricensis episcopns conflecravit presentem eocleaiam beat 
Marii exiatentibas ibi dominis canonicis dicte ecdeaie. 

1416, 28 mai. 

Ânno domini millesimo UH^ XVI, die ym menais madii 
fuit factum de novo brachinm sanctissimi Marii in civitat 
Avinionis per magistnim Âniquinum Lepot, aarifabnn 
dicte civitatià Ayinionensis, quod brachium aovnm pondéra 
in argento sex marches, denarios xv, démpto pede deanrat 
qui etiam très marchos pondérât. Habuit magister pro fine 
tione pro quolibet marche argenti florenos très et fuit depoi 
tatum ad ecclesiam beati Marii in presenti loco, die xzyii 
dicti mensis, qui erat Assencio domini, per venerabilen 
yÏTum dominum Anthonium Rigaudi, clericum beneficiaton 
dicte ecclesie. 

(Bibl. nat., mss. lat. 5248. Obituaire de Saint-Mari de Forçai 
quier et de Bodon.) 

M. Mowat revient sur la question des monnaies romain» 
contremarquées ; il apporte plusieurs pièces qui prouvent qu( 
la contremarque a été placée sur l'effigie d'autres empereun 
que Néron, il en montre notamment de Tibère et d'Augusti 
contremarquées sur la joue ou sur le cou. 

M. Mowat communique ensuite un petit bronze romaic 
inédit, d'origine évidemment africaine. Il a pour légende : 

VAGAXA • T • TIRO • JSD 
et au revers : 

MARATV8 • PRiEF 

M. Gh. Robert envoie l'analyse d'une note de M. Teminck 
relative aux marques de potiers trouvées dans l'Artois et les 
fait suivre de quelques observations*. 

c A l'appui des observations présentées par M. Lièvre, le 
4 juin 1884, à la Société des antiquaires de France, M. Ter- 

1. Voir plus loin la communication de M. Bourgfade, p. Ii7. [Note de la Com- 
miition dei impresiions.] 



— 4H — 

ninck rappelle les observatiouB formttléee par loi en 1874 
dans ficm étude «or VMrébaiù ei> en 1880, dans celle sar 
VArtois Sfmterrain. 

f D fidt remarquer : 

c 1* Que les noms de potiers se rencontrent sur les vases 
des trois premiers siècles et disparaissent au iv. 

f 2* Que les noms ALBV8 • AVÏTV • VERBGVNDV8 se 
retrouvent, le premier à Rouvroi et à Étaples sous la forme 
ALBV8I, le deuxième sur une poterie de Bavay, le troi- 
sième à Rouen. 

* • 3* Que rarement le môme nom se trouve répété ou 4« 
moins multiple sur les vases recueillis dans les mêmes lieux, 
cimetières, dépôts de cuisine, décharges publiques. 

• n signale la rencontre faite au vieil Arras de moules en 
pierre calcaire, de coupes élégantes, ce qui le porte à croire 
que les riches propriétaires fiusaient fabriquer dans leurs 
domaines, par des ouvriers ou des esclaves dressés à ce tra- 
vail, les vases dont ils avaient besoin. 

ff H rappelle avoir déjà émis l'opinion que tous les noms 
inscrits sur les vases ne sauraient être ceux des fabricants ; 
que parfois ils désignent le propriétaire ou la personne à 
laquelle on voulait les offrir, et peut-être dans certains cas 
l'esclave chargé de cette partie du service; que ces noms pré- 
cédés des lettres O. OF désignent les ateliers publics, ceux 
accompagnés des lettres M. ou F. indiquent les esclaves X)u 
ouvriers qui les ont Mts; les autres lui paraissent être ceux 
du propriétaire. » 

Après avoir donné l'analyse qui précède de la note de 
M. Teminck, M. Gh. Robert fait observer qu'elle renferme 
de très bonnes observations, mais qu'il n'est pas certain que 
la fabrication de la poterie en Gaule ait été, dès le i*** siècle 
de notre ère, aussi active que le pense l'auteur. C'est à tort 
aussi que M. Terninck considère l'abréviation du mot OFFI- 
GLNA comme indiquant un atelier public. 



M. d'Arbois de Jubainville entretient la Société d'un 
ouvrage irlandais qui vient de paraître et qui prouve que les 
palafittes ont été en usage dans ce pays jusqu'au xvu« si,ècle. 



— IH — 

Des fovilles oui pfrMi» de rttromver dtns le» pdafiltes éa 
objets d» to«4e époque^ dspuie ll^e de pierre JQS^l tnc 
date toute voisine de nous. 



Séaûoe du %i Mare. 

Présidence de M. E. Sàqlio, président. 

Ouvrages offerts : 
Ammtdf en JnbHothèqtiêê 1 dm arekàfêê pmtr 1886. Paris 

1886, in-12. 
Bulletin crtHqmêy publié sous la direction de MM. Dachesne 

Ingold, Lescœur, Thédenat, 7* année, 15 mars. Par», 1885, 

in^*. 

— des hibUoihèquêi et êee arekhei, publié sous les auspkei 
du ministère de l'instruction publique, an. 188$, n* 2 
Paris, 1886, in-8*. 

'^dela Diana^ t III, n* 5, supplément. Montbrieon, 1886, 
in-8^ 
^dtlà Société d^étude de$ ihuiee-Alpes, 188Î. 

— {{6 la Société historique et archéologique du Périgoré^ t. XIII^ 
livr. 1. Périgueux, in-8-*. 

Le Gay-Lussac, Revue des sciences. Paris, hi-8*. 

Mémoires de P Académie des sciences^ inscriptions et Mlet- 

lettres de Toulouse, VIII« série, t. Vil, 1» et 2» semestres 

Toulouse, 1885, in-8*. 
Proceediugs ofthe Canadian TnsUtute, t. XXXI, février 1886 

Toronto, 1886^ in-8". 
Revue africaine^ XXI« année, n* 174, novembre-décembre 

1885. Alger, 1886, in-8o. 
Travaux de V Académie nationale de Reims^ t. LXII, année 

1884-1885, n«» 3-4. Reims, 1886, in-8r 
Guillaume (L'abbé Paul). Le mystère de saint Anihoine dâ 

Vienne, publié diaprés une copie de Pan 1506. Gap, 1884, 

in-8^ 
Laïque (L. de). Une excursion aux ruines des haine romains de 

Massaciuecoli. Paris, 1^6, in-8*. 



— 411 ^ 

Uber iMHnumUonm mmnêHaUiÊm. Ctuffulmn du Gmilmitt 

de MomtjftlUtr^ publié par U Sociélé «xehtelogîqu* de 
Moa4»elUer, 2* !aBC. Montpellier, 1885, ln-4*. 

CorrtspimiaMce, 

M. Tabbé Godet, curé du Pas-Saint-Lhdmeff, présenté par 
MM. de MoBtaiglon et Gourajod, écrit poar poser sa candi- 
daiare au titre d'associé correspondant national. Le président 
désigM MBI. Fkmest, Molinier et Corroyer pour former la 
eomiaisiioii chaînée de présenter un rapport sur les titres 
scientifiques du candidat 

Traoa/ux. 

M. Gaidoz offre à la Compagnie une notice bibliographique 
snr feu M. Birch, ancien correspondant de la Société. Cette 
notice est accompagnée d'un portrait. 

M. Môntz lit une notice sur quelques artistes avignonnais 
da pontificat de Benoit XIII : 

c Dans la dernière séance, notre confrère M. Roman a 
entretenu la Compagnie d*un orfèvre du nom de Hennequin 
Lepoft, qui travaillait à Avignon en 1416. Les documents que 
j'ii recueillis sur Thistoire des arts à Avignon au xiv* et au 
XT* siècle me permettent, si je ne m'abuse, d'ajouter quelques 
détails à la biographie de ce maître. 

c Et, tout d'abord, qu'il y ait identité entre Torfèvre Henne- 
^In Lepot, signalé par M. Roman , et l'orfèvre Johannes 
Alpot, mentionné par mes documents, c'est une hypothèse 
que l'on peut produire sans trop de témérité. Hennequin, 
oottaeon sait, est la forme flamande de Jean. Quant à Alpot 
au lieu de Lepot, cette différence surprendrait plus justement, 
sil'sBneconnaissait kss fantaisies orthographiques des scribes 
du moyen âge ou de la Renaissance. 

« Nos documents nous montrent qu'en 1405, « magister 
i Johannes Alpot argentarius i travaillait pour la cour ponti- 
ficale; il exécutait à ce moment pour elle le harnachement ou 
pbis exactement le chanfrein de la mule du pape, véritable 
ouvrage d'orfèvrerie, car il était orné de quarante grands 



— IIS - 

émaux et de treat^-eept f>etit8, non compris^ quatre émaux 
recouvrant le sommet. Ge chanfrein était destiné, ainsi que 
plusieurs autres ouvrages, qui avuent également pour auteur 
Jean Âipot, à être envoyés au pape, qui se trouvait alors à 
Nice. L'émailleur chargé de compléter Tœuvre de maître 
Johannes s'appelait Guigon^ 

ff 1405. — 31 mars, liiartino Pamperati.campsori avinion. 
pro. XVI marchis argent! fiai ab eo receptis, precio vn flor. 
curr. XV s. pro inarcho, traditis mag»> Johanni Alpot êig^' 
tario avij». pro freno mulari (iic) de novo per eum facto pro 
servicio dfii firi pape cxxn fl. çurr. 

c Et pro vn marchis, im unciis, xu d. argenti curie ab eo 
receptis precio vn flor. curr. vi s. pro marco et traditis pre- 
dicto msiff^ Johanni pro dicto freno uiu flor. curr., xxi s. 

c Et quos dictus Martinus tradidit eidem magistro Joanni 
pro suo labore pro factura predicti freni quod ponderavit 
xxui march., un une, xu d. ad racionem mi flor. curr. pro 
march. xcim fl. curr., vim s. 

c Et pro xl magnis smaltis pro dicto freno fiictis precio 
vmi s. pro quolibet smalto, xv fl. curr., quos dictus Marti- 
nus solvit dicto mag~ Guiguoni qui fecit dictos smaltos et 
quos dictus Martinus solvit dicto magistro Guiguoni pro. 
factura xxxvu smaltorum minorum precio xn d. pro quo- 
libet pro eodem freno, i fl. curr. xiu s. 

c Et pro mî9' aliis smaltis positis supra pomellum testerie 
dicti freni xu s. 

c Et pro aliis n. smaltis factis pro mostra (me) quos habuit 
dfls Johannes Romani, xvi s. 

« Et pro duabus chapis de argento fino ponderis v une, 
xn d. factis pro mostra et quas etiam habuit dfis Johannes 
Romani, v fl. curr., vi s. 

« Et pro feuîtura earumdem duarum chaparum ad racionem 
nn<>'' fl. curr. pro marco, xvm s. 

c Et pro mossu [sic) ferreo dicti freni xvi s., que omnia 

i. Dei nombreux joyaux commandéi par Banott XIII, e'ett à paina ai Toa peut 
citer encore le calice que, d'aprdi la tradition, il a offert à la cathédrale de To^ 
tosa, en Espagne. Ce précieux petit monument a été gnré dani le Magasin pit- 
tortiçw, t. XXXI, 1868, p. 101. ' 



i 



— 448 — 

fuenmt missa apud Niciam predicto Martino recipienti pre- 
cium omniam predictorum := fl. ca. n^ xxxvin, 8. m. 

« Item eadem die, ultima dicti mensis marcii, fuerunt 
solnti eidem Martino Pamperati pro im^ spinolis seu acu- 
bus retortis de argento deaurato, ponderis xm den. quas fecit 
fieri pro dao firo papa, xxim s. 

f Et pro una uncia argenti posiii in naveta dfti ftri pape 
ultra illud quod jam erat, xxiin s. 

« Et pro factura smaltorum ensis hcii pro nocte nativita- 
tis dSi proxime preterite, vi sol. Et pro factura vi smalto- 
nim turribuli et navete dili Ari pape xvi s. 

f Et pro mior boclis seu fevellis et uii«' pendentibus de 
argento deaurato pro sotularibus dili firi pape ponderis xxi 
deo., xxxYi s. 

a Et pro factura un parvorum scutorum de argento eum 
armis dfii firi pape et ecclesie, xvi s. 

f Et pro bruniendo seu mundando amolas (sic) argenti pro 
crismate et balsamo dfii firi pape, vm s. Et pro v unciis, vi d. 
perlarum ab eo emptis pro manipule novo dfii firi pape xliii fl. 
curr. Ti d. 

f Et pro uno saphiro xv flor. curr. Et pro tribus bonis 
balassis xli fl. curr. vi s. Et pro aliis tribus balasiis non 
ita bonis xm fl. carr., xn s., pro rosa presentis anni, que 
omnia fuerunt missa apud Niciam dicto Martino recipienti 
predum omnium flor. ca. Lxxxxnn s. xvi d. vi. — A. 8. V. 
Int. et Ex. Cam. 1404-1405, n* 376, fol. 187 et 188. 

c 30 juin. Martino Pamperati factori Johannis Retron- 
chini quos solvit Lancelucho corraterio pro corretagiis 
m™ franc, per dfim thesaurarium hic receptorum et sol- 
vendorum Parisiis per dfim coUectorem Parisiensem duo 
flor. ca. 

« Et pro quibusdam tachetis de argento deaurato factis per 
magistrum Johannem Alpot argentarium, pro sella dfii firi 
pape, ponderis xi unziarum, xii den. precio xxi gross. pro 
uncia, xx flor. curr. vi s. 

a Et pro una cruce de crupo (sic) * deaurata facta per die- 

1. Pour tt cQpro. » 

▲NT. BULLETIN. 8 



I 



tum mag^i^ Johanaein prq freno equi dni fin pfype u fl. 
curr., iiM gros. 

« ^t pro iiii unz., xyn den. de argentp ûno pro xv smaitis 
faptis pro frepi^ et cum armis dfii hr\ pape et pro factura 
eQrqm vu fl. çurr., xt s., yi d. 

c Et pro bruniendo iiiio' frena de predictis, duo flor. curr. 

X 8. 

. ff Et quos tradidit magro jSuigoni esmallatori pro y» 
miigois smaitis per e^m factis pro pede ypiaginis sancti 
Yinc^iicii, très fl. ciipr* Et pro portando vaxellam argenti 
quam tenet in pignore Jobannes fletroncbini de palacio ad 
dpmuin su^m m s., dicto Martine recipjente, yK[e^i flor. ca. 
x^x, s. ]^xui, d. yi. — Ibid., fol 237 v. 



c ^e ne quitterai pas ce sujet sans produire quelques docu- 
ments propres à montrer quels éléiiients nouvei^ux le 
déppuillement des i^rcl^iyes du Vatican dpit ajouter à l'his- 
toire de Tart a» mpyen 4go. 

c Qn sait CQQ^bien fut agité le pontiQcat de Pierre de 
Luna, devenu l'antipape Benoit XIII. Dans le cours de son 
existence s| avei^tureuse, les n^ocalinies sont rares, {^a période 
dont je in'occuperai aujqurd'hui est celle qui s*étend de son 
arrivée à Ms^rseille, eu janvier i404, à son départ pour 
Gênes, en mai 1405. 

ff Les maîtres d'œuvres attachés au service de Benoit Xin 
sont pendant cet;te période : 

f * f Jobannes Garcie canonicus cordubensis exercens offî- 
ff pium Qperum palacii dfii flri pi^pe (1404-1405). • Cet artiste 
trf^vaille successivement aH monastère de Saint-Victor, à 
l^f^fseille, au cbàteau de Nice, au coi^yent des Franciscains 
de Gènes et au t castelletum i de la même ville. 

2* < Ppininu^ Didt^^us Navarre, Nayarri ou ^avarrii, direc- 
« tor pperis rupis dominp Qostre de Doi^is » ou c operis mûri 
« novi super rupem Aviuipnensem (1404-1405). t Le travail 
confié à ce maître était mené avec |)eauçoup de vigueur, 
comme op pei|t juger par les versements qui s'élevaient 
jusqu'à 480 florins à la fois. 

t Pour la peinture, je relève les noms de c magister Ber- 



— 4U — 

• trandns pictor avinionensis (1404), » et de c Nicolaus pictor 
ff Nide... in Castro Nicie (1405). i 

< Le charpentier c Johannes Gaufinet fustarius palacii dfti 
f Sri pape » travaille en 1405 pour le compte de Benoit XIII 
à Savone et à Nice. 

• Ciommo orfèvres, nous rencontrons, en 1404- 1405 ^ 
c magister Rubinus de Anelha (ailleurs Donelha) aigenta- 
«hus, 9 l'auteur d'une des roses d'or distribuées par 
Benoit XIII, t Crerardinus qui facit relogia (horologia) pro 
f una acu sive spera ad cognoscendum boras pro ddo flro 
i papa, » et c magister (^aus Rehauver argentarius, » ou 
i Nicolaus Hauver. i 

f La broderie est représentée par c Petrus Orge, magister 
« pannorum et velorum de sirico, i par • Andréas de Frezen- 

• gis, brondator dfii iiri pape, » par c Henricus Amoin bron- 
c dator. i 

f Si ces quelques notes paraissent à la Compagnie de 
nature à l'intéresser, je me ferai un plaisir de les compléter 
dans une de nos prochaines séances par des documents sur 
les autres parties du pontificat de Benoît XIII. » 

M. Gourajod lit un mémoire sur un groupe de marbre 
conservé au Musée du Louvre, représentant des enfants, que 
l'on attribue à Pierre Puget. Il démontre que ce groupe, que 
Ton a confondu à tort avec un autre morceau de sculpture 
provenant du Musée des Petits- Augustins et conservé actuel- 
lement à rÉcole des beaux-arts, n'est pas de Puget, mais de 
son principal collaborateur, le sculpteur Veirier. 

M. Mowat revient sur la communication qu'il a faite à la 
dernière séance d'une monnaie inédite d'Afrique. Il propose 
d'identifier le nom de VAGAXA qui s'y lit avec celui de 
Bagaxi, ville de la Maurétanie Tingitane, mentionnée par 
Ptolémée. 

M. l'abbé Thédenat fait la communication suivante : 
« Un assez grand nombre d'auteurs ont introduit dans le 
panthéon romain une déesse Cura. L'existence de- cette divi- 
nité repose sur des text^ d'auteurs et sur un monument 
épigraphique. 



— 446 — 

f Hygin raconte que Cura traversant un fleuve prit du 
limon et en forma le corps de i*homme,auqnelJQpiter donna 
la vie. Cnra, Jupiter et la Terre se disputèrent ensuite Thon- 
nenr de dénommer cet être nouveau. Saturne, pris pour 
juge, décida que Jupiter posséderait le corps de l'homine, 
que celui-ci serait, pendant toute sa vie, sous la dépendance 
de Curay enfin que la Terre (humus), dont il était formé, loi 
donnerait son nom (komo)*,^ 

ff On cite aussi plusieurs textes de poètes dont le princi- 
pal est de Virgile : 

Vêstibulum ante ipsum primitque in faucibus Orci 
Luclui et uUricet poiuere cvbUia Curae '. 

« La fable d'Hygin ressemble fort à un apologue ; les vers 
de Virgile, surtout si on les compare au contexte, et les 
autres textes allégués ne semblent être que des personnifi- 
cations poétiques. 

t Le texte épigraphique est gravé sur une de ces coupes 
qui portent les noms d'anciennes divinités du Latium. 
M. Mommsen, qui n'a pas vu la coupe, donne le texte de 
rinscription sous toute réserve, d'après des indications indi- 
rectement fournies par le P. Garrucci : 

œERAE • POGOLO» 
i Mais le P. Garrucci, qui a publié cette même inscription 
après M. Mommsen, propose sa copie comme des plus incer- 
taines, le monument étant perdu : 

GOFRA • POCOLO 
peut-être GOIRA^ 

s M. Zangmeister a trouvé, chez un antiquaire d'Horta, 
le dessin d'une coupe analogue qui donne un plus grand 
crédit à la lecture GOERAE; toutefois, ajoute sagement 
G. Wilmanns, c ab explicatione satius est abstinere'. » 

c Dans un mémoire récent, M. Jordan a réuni toutes les 



I. Hygin, Fabulae, cxx. 
«. jBn„ 1. VI, T. 278. 

3. Corp. ifuer. lot., t. I, n* 45. 

4. SiUoge inseriptionum rotnanarum^ n* 478. 

5. Bphemeris «pigntphiea, l. 1, p. 8, n» 6. 



— 447 — 

variantes proposées par les dilTéients éditeurs de cette ins- 
cription^; il se prononce pour la lecture GOERAË, équiva* 
lente à GURÂE. Son choix ne saurait être regardé comme 
absolument certain en l'absence du monument ; il est tout 
au moins très soutenable. 

c En tout cas, quand même la lecture curae serait admise, 
je ne crois pas qu'on puisse établir le moindre rapport entre 
la Cura des poètes classiques et cette divinité latine archaïque, 
dont le nom même reste incertain, dont la nature ne peut 
être établie que par des rapprochements ingénieux, mais 
hypothétiques^. 

« Il est donc fort probable que la déesse Citra, de l'époque 
classique, n'a jamais été qu'une personnification poétique 
du chagrin, comme dans ce vers bien connu, imité d'Horace ; 
Le chagrin monte en croupe et galope avec lui. » 

M. de Bourgade demande la parole et s'exprime en ces 
termes : 

« M. CJh, Robert a communiqué dans la dernière séance 
une note dans laquelle M. Temink résume les observations 
qu'il a pu faire dans ses nombreuses fouilles, pratiquées au 
N.-E. de la France, sur la poterie gallo-romaine rouge. 

c Elles peuvent se résumer sous deux chefs principaux : 
1» Fixation de la période durant laquelle ce genre céramique 
a été employé dans la région du nord. 2» Interprétation des 
estampilles relevées sur ces poteries. 

c Le premier point présente un fort grand intérêt; il per- 
met de contrôler un fait important établi par le D^ Plicque 
dans ses fouilles de Lezoux. En effet, la région explorée par 
M. Ternink était uniquement approvisionnée, ainsi qu'il 
résulte de nos recherches, par les ateliers céramiques d* Au- 
vergne, durant la période d'occupation romaine des Gaules. 



1 . TaxMa voleente eon Uerisione latina arehaiea, dans Annalli deW intti- 
tuto areheologieo di Koma^ L LV1, 1884. 

2. Id., ibid.^ p. 13-14. — Sur la déesse cura, cf. Jacobi, Dictionnaire mytho- 
logique y traduit par Bernard, t* cura; — Pauly, Bealeneyclopaedie ; — Vincent de 
Vit, Onomastieon ; — Aus/\trliches Lexicon der grieçhitchen und rœmitche^t 
Mythologie. 



:i; 



— 448 — 

Il en résulte que lee obeervations relevées par les explora- 
teurs de cette région sur la poterie rouge ont un rapport 
direct avec les fouilles de Lezoux. 

f M. Ternink n'a jamais rencontré de poteries rouges en 
dehors des terrains et des monuments remontant anx trois 
premiers siècles de notre ère. 

« Ainsi formulée, cette proposition, \raie dans son 
ensemble, ne peut cependant pas être admise dans toBte sa 
riguenr. 

c M. Piicque a en effet démontré d'une manière rigoureuse 
que les fabriques arvemes de céramique avaient disparu dans 
le milieu du m* siècle, probablement lors de l'invasion de 
Ghrochus, durant laquelle fut détruit le temple de Vasso- 
Galate, dont on a retrouvé les restes sur le sommet da Puy- 
de-Dôme. Â ce moment, du reste, la poterie rouge touchait 
à son déclin ; la mode en était en partie passée et les pro- 
duits des fabriques arvemes qui étaient encore en circula- 
tion sentaient la décadence. La catastrophe du m* siècle mit 
donc fin à une situation qui n'aurait pas tardé à se dénouer 
toute seule, par Tarrèt volontaire de la fabrication, ainsi que 
cela s'était déjà passé à Aretium. 

ff II faut donc diminuer de cinquante ans environ la période 
indiquée par M. Ternink, et dire que la poterie rouge ne fut 
plus employée dans le Nord d'une manière générale après la 
première moitié du iii« siècle. Il se peut que d'antres fabriques, 
comme celle de Rheinzabem, aient expédié à ce moment de 
la vaisselle dans cette région, mais ce fut une exception qui 
ne peut en aucune façon amoindrir la règle générale que nous 
venons de poser. 

a D'un autre côté, M. Piicque a démontré que la fabrica- 
tion de la poterie rouge en Auvergne remonte seulement 
aux premières années du h« siècle. Pendant le i*' siècle, on 
ne fabriqua que des poteries à pâtes jaunes ou noires, des 
poteries blanches à peinture, semblables à celle dont 
M. Piicque a publié un fac-similé dans la Gazette archéolo' 
gique, et enfin les admirables poteries que nous désignons 
sous le nom de poteries roses et dont le fabricant Atepamanu 
poussa si loin la perfection. 



^ 449 — 



é Là poteiie rouge propretîietit dite, qui fut une sorte de 
renaissance de la fabrication d'Aretium, ne fil son apparition 
qu'au n* siècle, probablement avec Id pdtier LQmrUu. 

c II fiiut donc restreindre encore la proposition de M. Ter- 
nink et dire que 1& poterie rouge gallo-romaine ne se retrouve 
dans les régions tributaires des fabriques arvemes que pen- 
dant une période de cent cinquante ans, allant des premières 
années du n* siècle à la moitié du m*. 

■ Celles d'une autre époque n'appartiennent pas à la fabri- 
cation arreme et sont alors en infime minorité. 

c Avant peu, nous pourrons, le ]> Plicque et moi, établir 
dans cette période des sous-divisions qui permetth)nt d'ap- 
porter encore plus de précision dans la filàiion de l'ftge des 
différentes variétés de poteries rouges. 

c La seconde partie de la note de M. Temink, qui a trait 
à l'interprétation des estampilles relevées sur ées poteries, 
appelle de nombreuses critiques. 

c M. Temink pense qu'il ne faut pas toujours voir dans 
ces marques la signature du potier, mais qu'on a souvent 
affaire au nom du propriétaire du vase. Je ne crois pas que 
cette manière de voir puisse être admise à l'heure actuelle. 
Il est aujourd'hui démontré par de nombreux faits, sur les- 
quels il serait trop long d'insister ici, que ces marques he 
sont pas autre chose que la signature de l'ouvrier potier. Le 
D' Plicque pense, avec de nombreuses preuves à l'appui, que 
ces marques, très souvent réduites à l'état de sigles, ser- 
vaient uniquement à différencier l'ouvrage des employés de 
la même fabrique, afin de reconnaître plus facilement pour la 
paie la somme du travail de chacun d'eux. 

c Quant à la terminaison offibina que Ton relève sur 
quelques-unes de ces estampilles, et où M. Ternink voudrait 
voir la marque d'ateliers publics, elle désigne des ateliers 
particuliers appartenant à des fabricants comme Borillbs, 
Libertus, Mammus, etb..., dont nous avoxls retrouvé de nom- 
breuses traces dans nos fouilles. Nous ne croyons pas qu'on 
ait jamais signalé l'existence d'ateliers publics, et du reste il 
serait difficile de concilier cette opinion avec la fbrihule 
même de ces estampilles où le mot oficina est toujours 



lii 



— 420 — 

accompagné du nom d'un particulier, évidemment le pro- 
priétaire de Tatelier. 

« Quant aux terminaisons M ou MA, il ne faut pas ton- 
jours y voir une abréviation du mot MANV. Dans la géaé- 
raiité des cas, c'est bien là la véritable interprétation ; mais, 
quelquefois, ces lettres finales appartiennent au nom lui- 
même de l'ouvrier, qu*on a abrégé de façon à faire porter la 
coupure précisément sur ces lettres. Nous en trouvons un 
exemple dans le nom d'ATEPOMARVS, qui eat souveni 
libellé ATEPOM. et ATEPOMA. Il serait facile de citer d( 
nombreux faits analogues. 

c De même la terminaison ne doit pas toujours étn 
prise comme l'abréviation à!offlcina. Bien au contraire, on ne 
doit la considérer comme telle que lorsqu'une estampille 
déjà connue vient confirmer la lecture ; comme dans le cat 
de Testampille BORILLIO, dont la lecture est donnée pai 
l'inscription connue BORILLI OFFIGINA. Mais ces &iU 
sont très rares. La lettre est souvent Pabréviation du mol 
opus employé comme similaire de la formule MANV. Dans 
d'autres cas, la lettre appartient au nom lui-même, témoiD 
ATEPO pour ATEPOM ARV8. Enfin, dans certains cas, 
est la terminaison même du nom, comme dans ILLIXO, 
BILLICaSDO, etc. » 



Séance du 31 Mars. 

Présidence de M. E. Saolio, président. 

Ouvrages offerts : 
Aarboger for nardisk oldkyndighêd og historié^ 1886, livr. 1. 

Gopenbague, in-S». 
AUi délia reaU Accademia dei Lincei, ann. GGLXXXIII, 1885- 

1886, série IV, t. II, fasc. 5-6. Rome, 1886, in-8«. 
Bullelin de la Société des antiquaires de Picardie, t XV, 

1885-1886. In-8o. 
Bxdlettino di archeologia e storia dalmata^ anno IX, n» 3. Spa- 

lato, 1886, in-8*. 



— 424 — 

Kmrtêtpimdmutblaii der WêHd€iit$chêm Znlsckrift fur Ge- 

tehickte mmd Kwstj 5* année, mars 1886. Trêves, in-8«. 
Remie hêlgt de muniitÊoUquê^ 42* année, 2* livr. Brnxelles, 

1886, in-8o. 
Rime poitmmê et saMongeoiiê^ n9 24, février, 1886. In-8<». 
SmitkâoniaM institution; ammo/ report for tke ywr 1883. 

Washington, 1885, in-8*. 
Robert (Charles). O^^uttii*, dûn d% V éloquence^ flgure^t-U sur 

les monnaies armoricaines? Paris, 1886, in-8*. 
— Qudgues mots sur le mobilier préhistorique et sur le (io»- 

ger d^y comprendre des objets qui n*en /ont pas partie. 

Paris, 1886, in-8». 

Travaux. 

M. le Président fait part à la Compagnie de la mort de 
M. Tabbé Tourret, associé correspondant à Perpignan. 

M. A. de Barthélémy présente à la Compagnie deux 
notices de M. Ch. Robert : 

• Ces deux notices, bien que très courtes, méritent d'être 
signalées à cause des conseils très sensés que notre confrère 
donne aux archéologues qui, entraînés par leur imagination 
ou par des partis pris, sont conduits à poser comme prouvées 
des déductions tré» hypothétiques. Toutes deux ont été lues 
à l'Académie des inscriptions et belles-lettres. 

t La première notice esta l'adresse des numismatistes qui 
supposent trop d'érudition aux graveurs de coins des Gau- 
lois. Certaines monnaies armoricaines représentent un profil 
humain entouré de deux ou trois petites tètes qui y sont 
rattachées par des cordons de perles; des numismatistes 
crurent y voir une image de TOgmius de Lucien enchaînant 
à sa parole ses auditeurs; Longpérier, M. Hucher, moi- 
même, je le confesse, nous avons été séduits par cette hypo- 
thèse. M. Robert établit que nous nous sommes trompés et 
propose, sous toutes réserves, de n'y voir qu'un souvenir de 
l'habitude qu'avaient les Gaulois de faire des trophées avec 
les têtes des ennemis tués en combattant. 

• L'autre notice est consacrée à un vase appartenant, sui- 



vant les classifications adoptées, aux temps àii» préhùtariqm^ 
et contenant un trésor de montiaieS gauloises du n« siècle 
avant Fëre chrétienne; puis des haches en pièrie polie 
recueillies dans une maison byzantine avec des inonnaies 
des IX* et x* siècles. De ces detix faits, M. Oh. Robert 
conclut que Ton se presse trop de partager le passé en 
grandes divisions tranchées au point de vue du mobilier et 
des armes ; que Ton doit admettre que des objets grossiers 
ont continué, pendant de longues périodes, à être fabriqués 
et employés, alors môme que la civilisation créait de véri- 
tables objets d'art pour les classes supérieures, ({ui pouvaient 
s'en payer le luxe. » 

M. Gaidoz dit qu'on a employé du silex, sous le nom de 
pierre de tonnerre^ en guise d'amulettes, jusqu'à une époque 
très récente. 

M. Molinier communique un bronze de la Renaissance 
qui parait être l'empreinte d'un sceau ayant appartenu an 
cardinal Gibo, dont il porte les armes. Ce bronze est la 
propriété de M. Piette. 

M. de Montaiglon ne croit pas que cette pièce puisse être 
une empreinte de sceau ; il pense qu'elle a dû être faite pour 
orner un coffret. M. Molinier admet qu'elle a pu être 
employée pour décorer un objet quelconque, mais il prouTe, 
par d'autres pièces analogues du Musée du Louvre, que c'est 
bien une empreinte de sceau. 

M. Gourajod rapproche de cette pièce plusieurs sceaux de 
la Renaissance. 



M. de Goy communique une épée et d'autres objets de 
bronze découverts en Berry, et notamment une fibule d'une 
forme assez commune en Italie, mais très rare en Gaule. Il 
communique aussi les photographies d'un petit Mercure et 
d'un aigle de bronze, de très basse époque, découverts au 
château de Jouy. 

M. de Baye fait remarquer que l'épée de M. de Goy est 
d'un type très commun en Angleterre et en Irlande. 

M. Flouest présente quelques observations sur cette com- 



— 423 - 

municatioQ, en particalier sur un poignard de bronse très 
bien conservé et sur un auM poignard qui a été trouvé en 
même temps qu'une épée de fer. L'emploi siniultané du poi- 
gnard et de l'épée indique une date relativement récente. 

M. G. Bapst présente le mémoire détaillé des travaux ex^ 
catés pour le bureau de Louis XV, conservé au Louvre. 
Grâce à cotte pièce, on peut déterminer, avec exactitude, les 
restaurations qui ont été alites à ce meuble. 

Quoique ce document ne se rapporte pas aux époques dont 
s'occupe la CSompagnie, Timpression en est votée à cause de 
9on intérêt exceptionnel. 

Mémoirt détaillé des ouvrages fait pour la perfection du bureau 
fait pour 8a Majesté^ sous les ordres de M. le chevalier de 
Foniameu controUeur général des garde-meubles de la cou- 
ronne, par Riesener^ ébéniste du Roy à V Arsenal^ livré à 
Versailles en may 1769. 

Premièrement. 
Avoir £&it un model en petit, fkit en cire tous 
les différents objets, des bronzes, fleurs, figures 
et autres sujets, avoir fait peindre en couleur 
naturel, tous les projets de marqtteterie ddmitie 
trophées attributs et autres, de différentes façons 
pour donner Tidée dé totlttes lés parties qui 
doivent le composer. Fait deux desseitis en pers- 
pectives pour représenter le bureau de tous les 
cotez. Fait un bàty en grand de bois de Vaulge 
chantourné et ceintré suivant ledit model et des- 
seins, l'avoir assemblé de façon qu'il se puisse 
démonter à cause des bronzes et figures, avoir 
modelé sur ledit bftty tous les ôrnemens figures, 
guirhindes, fleurs, vazes, cassolette, pendule, 
moulures, carderond et palmes, tel que la chose 
devoit être en bronze. Avoir fait changé plu- 
sieurs choses audit model et bâti, pour donner 
à tout un tour agréable, avoir fait les coupes des 
diteé sires, les avoir moulée en pl&tre, avoir fait 



vant les classifications adoptées, aux temps dits prékiàioriqu»^ 
et contenant iin trésor de monnaies gauloises du n* siècle 
ayant Tëre chrétienne; puis des haches en pièr^ polie 
recueillies dans une maison byzantine avec des tnonnaies 
des IX* et x« siècles. De ces deux faits, M. Qh. Robert 
conclut que l'on se presse trop de partager le passé en 
grandes divisions tranchées au point de Tue du mobilier et 
des armes ; que l'on doit admettre que des objets grossiers 
ont continué, pendant de longues périodes, à être fabriqués 
et employés, alors même que la civilisation créait de véri- 
tables objets d'art pour les classes supérieures, qui pouvaient 
s'en payer le luxe. » 

M. Gaidoz dit qu'on a employé du silex, sous le nom de 
pierre de tonnerre^ en guise d'amulettes, jusqu'à une époque 
très récente. 

M. Molinier communique un bronze de la Renaissance 
qui parait être l'empreinte d'un sceau ayant appartenu an 
cardinal Gibo, dont il porte les armes. Ce bronxe est la 
propriété de M. Piette. 

M. de Montaiglon ne croit pas que cette pièce puisse ôtre 
une empreinte de sceau ; il pense qu'elle a dû être fkite pour 
orner un coffret. M. Molinier admet qu'elle a pu être 
employée pour décorer un objet quelconque, mais il prouve, 
par d'autres pièces analogues du Musée du Louvre, que c*est 
bien une empreinte de sceau. 

M. Gonrajod rapproche de cette pièce plusieurs sceaux de 
la Renaissance. 

M. de Qoy communique une épée et d'autres objets de 
bronze découverts en Berry, et notamment une fibule d'une 
forme assez commune en Italie, mais très rare en Gaule. Il 
communique aussi les photographies d'un petit Mercure et 
d'un aigle de bronze, de très basse époque, découverts au 
château de Jouy. 

M. de Baye fait remarquer que l'épée de M. de Goy est 
d'un type très commun en Angleterre et en Irlande. 

M. FÎouest présente quelques observations sur eMte com* 



— 42S - 

municatioii, en particulier sur un poignard de bronze très 
bien conservé et sur un aulrt poignard qui a été trouvé en 
même temps qu'une épée de fèr. L'emploi simultané du poi- 
gnard et de Fépée indique une date relativement récente. 

M. G. BapsI présente le mémoire détaillé des travaux ex^ 
entés pour le bureau de Louis XV^ conservé au Louvre. 
Grftce à cette pièce, on peut déterminer, avec exacttfeude, les 
restaurations qui ont été âutes à ce meuble. 

Quoique ce document ne se rapporte pas aux époques dont 
s'occupe la Compagnie, Fimpression en est votée à cause de 
son intérêt exceptionnel. 

Mémoire détaUlé des ouvrages fait pour la perfection du bureau 
fait pour 8a Majesté^ sous les ordres de M. le chevalier de 
FouUaiieu controllear général des garde-meubles de la cou» 
romu, par Biesener^ ébéniste du Roy à l'Arsenal^ livré à 
Versailles en may 1769. 

Premièrement. 
Avoir fait un model en petit, ildt en cire tous 
les différents objets, des bronzes, fleurs, figures ^ 

et autres sujets, avoir fait peindre en couleur 
naturel, tous les projets de marqueterie edmuie 
trophées attributs et autres, de différentes façons 
ponr donner l'idée de totlttes lès parties qui 
doivent le composer. Fait deux desseitis en pers- 
pectives pour représenter le bureau de tous les 
cotez. Fait un bàty en grand de bois de Vaulge 
chantourné et ceintré suivant ledit model et des- 
seins, ravoir assemblé de façon qu'il se puisse 
démonter à cause des bronzes et figures, avoir 
modelé sur ledit bftty tous les ornemens figures, 
guirlandes, fleurs, vazes, cassolette, pendule, 
moulures, carderond et palmes, tel que la chose 
devoit être en bronze. Avoir fait changé plu- 
sieurs choses audit model et bâti, pour donner 
à tout un tour agréable, avoir fait les coupes des 
diteè sires, les avoir moulée en pl&tre, avoir fait 



— 4M — 



observé que le tout soit aussi bie& rendu et oobré 
que la peintura ce qui a oouté iin te^p consi- 
dérable, pour troayer les assortiment du bois 
convenable oa qui a occasionné à recommencer 
plusieurs fois a can^e de la quantité des diffé- 
rentes teintes, estimé tout ce que dessus la 
somme de 11,760 l 

Avoir fait diflEéientes méchaniques pour trou- 
ver le moien de faire monter et déoendie 1^ 
cilindre sans toucher ^vec la main ny monter de 
ressort ayant fiait pour y parvenir plusieurs 
machines pe^pendicuh^res, composées de plu-: 
sieurs rouages et ressort qui pour les premiers 
n'ont pu servir a cause qu'il iÎBilloit monter tous 
les jours les ressorts comme le mouvement d'une 
pendule, il a fallu chercher les moiens de trou- 
ver une méchanique qui ne soit pas susceptible 
d'être monté, ce qui a occasionné une quantité 
de model qui ont pouté un temp considérable. 
Avoir exécuté la méchanique horisontalement 
suivant quantité de mode! que j*ai fait pour trou- 
ver régaiité de forée pour ouvrir et fermer éga- 
lement, ce qui a obligé de faire une quantité de 
ressort exprès pour trouver le point certain 
estimé tout ce que dessus la somme de . . . 

Avoir démonté tpus les bronses du bureau les 
avoir fait dérocher et limé très proprement tout 
ce qui devoit être bruny, et avoir fi^t pointillé 
tout ce qui devoit être n^àte, avoir fait les ragre- 
ments de touttes les bronses en place avant de 
les faire dorer, avoir fiiit ajuster la boite de la 
pandule pour que l'on puisse lever tout le cou- 
ronnement d'une seule pièce, le tout avec beau* 
coup de soin, fait une caisse de fer pour empê- 
cher que le balenoier ne touche aucune partie de 
la méchanique avoir ^t florer tous les bronzes 
dudit bureau en pr moulu, sans rien épargner 
Le tout ce que dessus vaut la somme de . . . ii,84û i. 



10,450 1. 



Avoir £i4t poUr lout le corp dudit bureau en 
marqueterie Uni m dehors qu'ei^ dedans avqjr 
fait garnir tous les dedans de tiroir en ^noire 
bleu avec un galon d'aiigent au pourtour, fait 
garnir \^ dea^os du pupitjre l^^ velours vert et via 
galon d'or au pourtour, ayoir fait n^onter tous les 
brpnzeji dpreç avec beaucQpp de «ujettion pour 
évitar d$ gat^r le poli de la dor^r^ et piarquete- 
rie, fvqir fait les i)eu^ épritoires en boi^ de 
sedce i^e avoir fajt garnir de si^ cproe^, en 
argent massif avoir ajusté les deu^ tiroir^ dans 
lesquels sont posés lesd. écritoires de façon que 
Ton liée puisse ouvrir par dehors sans avoir la 
clef, par le mpien d'un secret, avoir fait une clef 
d'aci0r poli garni d'iine fleur de Vyn dans la tige 
et le pfinnetpn avoir fait sciseler Tanneau du 
chiffre du Roy couronné de laurier et palxpes, 
un médaillon dans le milieu représentant d'un 
côté le portrait du Roy et les trois fleurs de Tys 
de l'autre, damasquiné en or en avoir fait plu- 
sieurs pour pouvoir pjirvenira en avoir une par- 
faitte avoir démonté et remonté le bureau pour 
pouvoir être transporté, porté par une quantité 
d'hommes à Versailles sur des brancards, em- 
mené quatre ouvriers avec moy pour le nètoyer 
monter et polir en place, estimé le tout, compris 
les faux frais de courses et démarches, à la 

somme de 3,860 1. 

62,985 1. 

Je soussigné, Garde Générai des meubles de la Couronne, 
certifie le présent mémoire véritable conformément aux 
Registres d'ordres et de réception, à Paris, le 20 janvier 4770. 

De Pommery. 

Le présent ipi^^oire a été arrêté à la spfnp^ de spix^te 
deux mille neuf cent quatre vingt pinq livre» par nous 
Intendant et Contrôleur Général des meubles de la Gou- 
roni^e, ^ Paris le 21 janvier 1770. 

Fontanieu. 



— 428 — 

Garde de mon Trésor Royal, M* Pierre Joseph Micaolt 
d'HarveUty, payez comptant au Trésorier Général de mon 
argenterie, menas plaisirs et affaires de ma Chambre 
M* Antoine François Hébert la somme de trente nenf 
mille sept cent soixante et quinze livres pour employer 
au fait de sa charge , môme iceile délivrer a Riezener 
ébéniste, ladite somme fusant avec zzxiij» 1. reçues par 
ordonnances des 26 novembre 1766 et 28 may 1769 celle 
de Ixijm vij<> Izxv 1. pour son payement d'un secrétaire de 
marqueterie de différons bois des Indes a placages garnis de 
deux écritoires d'argent orné en dehors et dedans de bronze 
cizelé et surdoré d'or moulu avec différents ressorts mécha- 
niques pour Touvrir et le fermer, ledit secrétaire ordonné 
pour mon service personnel a deffunct Oeben ébéniste 
dès l'année 1760 et terminé par ledit Riezener, y compris 
vijc Ixxv 1. pour les trois deniers pour livre de Ixij» 1. attri- 
bués audit trésorier. 

Fait à 



Noie concernant les bronxes du bureau du Roy; faits etfoumy 
par Hervieu fondeur ciseleur a la veuve Oeben ou au sieur 
Riesener son mary ebeniste à VArcenal. 

Livré dapprés lordre du 11 may 1767, signée de monsieur 
de Pommery les bronzes que jay fait et fourny audit bureau 
a la veuve Oeben ou au sieur Riesener son mary qui par 
l'es arbitres nommés et leurs extimation faites, c'est trouvé 

dedliuites a la somme de 7644 1. »i >> 

sans comprendre la fonte que jai 
fourny de 307 1. 10 onces fait le total 
de 565 1. 12 s. 6 d. 



sur laquelle somme j'ay reçu. 
A Paris, le 13 may 1769. 



8209 1. 12 s. 6 d. 
1665 1. >» » 



M. Tabbé Thédenat donne lecture d'une communication 
de M. de Laigae, associé correspondant national à Livoume : 



— 419 — 

f La GomiMignie aara déjà, sans nul doute, été inlècniée 
de la déooaYerte de deux inacriptioiii miees ao jour tout 
réoemment à Vérone. 

« J^ai obtenu, de l'obligeanoe de M. J.-*B. Alberti, maire 
de Vérone, les cq>ie8 de ces inscriptions, que j'ai l'honneur 
de soumettre à la Compagnie : 

i. 
M • 8ELIV8 
8PERATV8 
8IBIET 
M8ELI0MAXIM0 
PATW VIVIR • AVG 
8ELI • AEMILIAE 
MODESTAE 
MATRI 

t Cette inscription, gravée sur une pierre haute de i»00 et 
large de O^SO, est encadrée dans une moulure. Elle est sur- 
montée d'un fronton triangulaire sur lequel est sculptée une 
grappe de raisin placée entre deux lapins. 



P • 8ATRIV8 • P • F 

NIGER * SIBI • ET 

P • 8ATRI0 ' C • P 



I Je profite de cette occasion pour rendre compte d'une 
trouvaille qui a eu lieu à Naples, il y a quinze jours environ. 

f Quoique, grâce aux invasions successives, aux dépréda- 
tions constantes, la Naples antique, grecque ou romaine, n'ait 
guère laissé de traces durant un séjour de plus de cinq ans, 
j'ai pu me convaincre que l'ancienne cité devait occuper un 
emplacement sensiblement plus oriental que celui où elle 
s'étend aujourd'hui. Ainsi, les deux seules colonnes encore 
aujourd'hui existantes font saillie, en hors-d'œuvre, sur la 
façade d'une des églises du vieux Naples angevin. 

f C'est pourquoi l'on est généralement d'accord pour con- 
sidérer la Piazza municipio actuelle, sise tout près du 

AXT. BULLirm. 9 



— 180 — 

^léàtre Saint-Charles, comme établie sur on terrain qui 
autrefois était situé extra muroê. 

€ C'est sur cette place, et auprès de Thabitation d'un ban- 
quier suisse du nom de Meuricoffire, qu'en creusant les fon- 
dations d'une nouvelle maison, on a rencontré, à 4 mètrei 
au-dessous de la chaussée actuelle, des soubassements ei 
maçonnerie, et, à 2 mètres plus bas, une suite de dix-sepi 
tombes composées toutes de trois parois de dalles en tem 
cuite, le cadavre reposant naturellement sur celle du fond, 
tandis que la partie supérieure était formée de deux plau 
incUnés Tun vers l'autre en forme de toit. Il existe, au Musée 
municipal de Livoume, un sépulcre affectant précisémeni 
cette forme. 

f Sur le même emplacement, on a aussi relevé l'existence d( 
plusieurs urnes coniques renfermant des ossements d'enfants. 

c Une découverte de môme nature a eu lieu, quelque tempt 
auparavant, sur la montée qui conduit à Santa Blaria degli 
Angeli aile Groci. 

« Enfin, non loin du Gastel Nuovo, des ouvriers ont mis 
la main sur un amas de petites monnaies angevines excessi- 
vement minces ; ces monnaies sont si intimement soudées 
les unes aux autres qu'on n'a pas pu, jusqu'ici, les lire ni 
en faire l'attribution. • 

M. l'abbé Thédenat fait observer que, sur la première ins- 
cription, la sixième ligne est certainement mal lue; un 
nouvel examen de la pierre serait nécessaire pour déterminer 
les lettres qui se trouvent à la place du mot SELI qui n'est 
pas admissible. Il ajoute qu'on a trouvé un peu partout, en 
Gaule, des sépultures formées de briques plates disposées en 
forme de toit; lui-même et notre confrère l'abbé Bordes en 
ont trouvé dans le tumulus qui supporte les ruines de l'église 
Saint-Hippolyte (commune de Marquefave, Haute-Garonne), 
curieuse église romane qni mériterait une étude spéciale. 



Séance du 7 Avril. 
Présidence de M. E. Saqlio, président. 
Ouvrages offerts : 
BulUlin critique^ publié sous la direction de MM. Duchesne, 



— 484 — 

Ingold, Lescœar, Thédenat, VII* année^ a* 7, i« ayril. 
Paris, 4886, in-8o. 

— de correspandanee africaine^ publié par PËoole snpérieare 
des lettres d'AVer, 2* année, fascicules I-II. Alger, 1886, 
in-8». 

--delà Société de Bordoy XI* année, 4«' trimestre de l'an- 
née 4886. Dax, 4886, in-S*. 

— monumental, publié sous la direction de M. le comte de 
Marsy, VI« série, t. H. Caen- Paris, 4886, in-8^ 

Catalogue de la collection Merici de Rome. Rome, 4886, in-8*. 

Journal de» eavanti^ mars, 4886. In-4«. 

Mémoire de la Société d^émulation de Monthéliard, Uî* série, 

t. XVI. Montbéliard, 4885, in-8«. 
^ de la Société nationale é^ agriculture y ecienceê et artê 

d Angers, ancienne Académie d Angers y nouvelle période, 

t. XX Vn. Angers, 4885» in.8*. 
Précis analytique des trav€tux de F Académie des Sciences ^ 

hellee-lettres et arts de Rouen pendant 4884-4885. Rouen, 

4886, in^o. 
Westdeutsche Zeitschrift fur Gesckichte und Kunsty V« année, 

4« livr. Trêves, 4886, in-8«. 
Babbau (Albert). Du Bwisson-Auhenaf, Voyage d^un archéologue 

dans le sud^uest de la Champagne en 4646, publié avec des 

notes, Troyes, 4886, in-8«. 

— Jacques Juliot et les bas-reliefs de Végliàe SaUnt-^ean de 
Troyes. Troyes, 4886, in-8». 

— La tour Saint-Lambert ; l'ancienne glaeihe de I*royes. 
Troyes, 4886, in-8o. 

— Voyage de du Buisson^Aubenay au prieuré de Macherety  
Saint'Just et à Montmirail, en 4646. Troyes, 4885, in-8o. 

Germain (Léon). La chapelle de dom Loupvent et les Richier. 
Nancy, 4886, in-8». 

— Recherches sur la famille FesseAer alias Foêceleiy Fasselet 
etc., Wisse et de Wisse^ xv«-xvi« siècle. Nancy, 4886, in-8«. 

— Tomb$ â^ Isabelle de Musset^ femme de Gilles de Basleyden. 
Paris, 4886, in-8». 

Sebrurb (R.). Monnaies mérovingiennes, Avranches^ Ambasac^ 
Arras, eU. ln-*>. 



— IM — 

âiéàtre Saînt^-Gharles, comme établie sar on terrain qui 
autrefois était ntaô étira nmroê. 

f (Test sur cette place, et aaprès de Thahitatioii d'un han* 
qaier saiaee da iumq de Bienricoffire, qa'en creusant les fon- 
dations d'une nonveile maison, on a rencontré, à 4 mètres 
au-dessous de la chaussée actuelle, des soubassements en 
maçonnerie, et, à 2 mètres plus bas, une suite de dix-sept 
tombes composées toutes de trois parois de dalles en terre 
cuite, le cadavre reposant naturellement sur celle du fond, 
tandis que la partie supérieure était formée de deux plans 
inclinés l'un vers l'autre en forme de toit. Il existe, au Musée 
municipal de LiTOume, un sépulcre affectant précisément 
cette forme. 

f Sur le même emplacement, on a aussi relevé l'existence de 
plusieurs urnes coniques renfermant des ossements d'enfants. 

c Une découverte de même nature a eu lieu, quelque temps 
auparavant, sur U montée qui conduit à Santa Maria degU 
Angeli aile Groci. 

« Enfin, non loin du Gastel Nuovo, des ouvriers ont mis 
la main sur un amas de petites monnaies angevines excessi- 
vement minces ; ces monnaies sont si intimement soudées 
les unes aux autres qu'on n'a pas pu, jusqu'ici, les lire ni 
en faire l'attribution. • 

M. l'abbé Thédenat fait observer que, sur la première ins- 
cription, la sixième ligne est certainement mal lue; un 
nouvel examen de la pierre serait nécessaire pour déterminer 
les lettres qui se trouvent à la place du mot SBU qui n'est 
pas admissible. Il ajoute qu'on a trouvé un peu partout, en 
Gaule, des sépultures formées de briques plates disposées en 
forme de toit; lui-même et notre confrère Tabbé Bordes en 
ont trouvé dans le tumulus qui supporte les ruines de Téglise 
Baint-Hippolyte (commune de Marquefove, Haute-Garonne), 
curieuse église romane qui mériterait une étude spéciale. 

Séance du 7 Avril. 
Présidence de M. E. Saqlio, président. 
Ouvrages offerts : 
BulUiin critique^ publié sous la direction de MM. i>nchesne, 



— 484 — 

Ingoldy Lescœnr, Thédenat, VU* année, n* 7, i« avril. 
Paria, 4886, in-8«. 

— de eorresponéUmee africaine^ publié par l'ËooIe snpérienre 
des lettres d'AVer, 2* année, fascicules I-II. Alger, 1886, 
în-S». 

— (2e 2a Société de Borda^ XI* année, !«" trimestre de Tan- 
née 1886. Dax, 1886, in-S». 

^ maniumental, publié sons la direction de M. le comte de 

Marsy, VI* série, t. II. Gaen-Paris, 1886, in-8^ 
Catalogue de la eoUectùm Merid de Rome, ^ome^ 1886, in-8*. 
Jfmmal de» savantSy mars, 1886. In-4*. 
Mémoire de la Société d^émnlation de MonthéHard, III* série, 

t. XVI. Montbéliard, 1885, in-8*. 
^ de la Sodéié nationale S agriculture^ ecienceê et arts 

^Angere, ancienne Académie d^ Angers^ nouvelle période, 

t. XXVn. Angers, 1885^ in-8*. 
Précis analptiqne des travaux de V Académie des sciences ^ 

belles-lettres et arts de Rouen pendant 1884-1885. Rouen, 

1886, in-8o. 
Westdeutscke Zeiischrift fur Gesekichte und Kunst^ V* année, 

1" livr. Trêves, 1886, in-8*. 
Babbau (Albert). Du Buisson' Aubenay, Voyage d^un archéologue 

dans le sud^^mest de la Champagne en 1646, publié avec des 

notes. Troyes, 1886, in-8«. 

— Jacques Juliot et les bas-reUe/s de V église Saint-^ean de 
Troyes. Troyes, 1886, in-8*. 

-^La tour Saint^Lambert ; l'ancienne glaàkre de Troyes, 
Troyes, 1886, in-8*. 

— Voyage de du Buisson^Aubenay au prieuré de Macheret^ à 
SaùU'Just et à Montndrail, en 1646. Troyes, 1885, iQ-8*. 

GEBMAnf (Léon). La chapelle de dom Loupveni et les Richier. 
Nancy, 1886, in-8«. 

— Recherches sur la famille Fesseler alias Fascelet^ Fasselet 
etc., Wisse et de Wisse^ xv«-xyi* siècle, Nancy, 1886, in-8*. 

— Tomber d^ Isabelle de Musset^ femme de Gilles de Basleyien. 
Paris, 1886, in-8*. 

SBaauftB (R.). MonndieeméroviingienneSf Avranches^ Ambasac^ 
Arras^ etc. In-^. 



— 434 — 

celte de rAmériqne centrale soigneusement ouvrés, oi 
remarque des exemplaires encore complets ; d'autres, pla 
nombreux, sont des moitiés, des quarts ou môme de ph 
petites fractions de celts. D est facile de Toir que ces petit 
fragments sont des parties de celt, en examinant leur form 
et le reste de biseau subsistant encore sur presque tous le 
exemplaires. La précision avec laquelle deux morceau 
s'adaptent, formant ainsi une moitié de celt, vient appuyé 
cette opinion. Cette moitié de celt elle-même, munie primi 
tivement d'un trou pour la suspendre comme ornement, 
été ensuite séparée en deux. Puis les deux fragment 
devinrent eux-mômes deux ornements, et chacun d'eux fa 
perforé pour la suspension. Huit morceaux de jadéite taillé 
de la sorte ont reçu des perforations, et un neuvième es 
muni d'encoches. 

c Ces faits, dit M. Putnam, méritent de fixer Tattentioi 
des savants. Car on y trouve un argument tendant à prouvei 
que les habitants primitifs du centre de l'Amérique avaient 
émigré de l'Asie. » 

M. Gaidoz lit une note de M. Rochetin, associé corres- 
pondant à Avignon, sur une inscription en caractères grecs : 




c Cette inscription a été gravée au trait sur une' tablette 
de bronze, incomplète en haut et à gauche et qui fut decou- 



— 485 — 

Yerte il y a quelques aimées sur le territoire de Montdragon 

(Vandiue), en creusant le canal de Pierrelatte. Elle a été 

yendue, il y a quelques mois, à M. Rousset, orlèvre coUe&- 

tionneur à Uzès (Gard), et c'est avec son autorisation que 

j'ai pu en faire prendre des moulages. Le quartier où cette 

ioscriptipn a été trouvée est à deux kilomètres au midi de 

Montdragon, le long du chemin de fer de Marseille et de la 

grande route nationale de Paris à Ântibes. Il y a là de belles 

sources, celle de la Madeleine, très abondante, et, à quelques , 

pas plus au midi, plusieurs autres dites de Saint-Loup. Sur , 

chacun de ces points s'élève une chapelle. 

a La nature de l'objet trouvé et la visite des lieux m'amènent 
à conclure ce qui suit : ces belles sources ont dû être ancien- 
nement divinisées. Les chapelles de la Madeleine et de 
Saint-Loup ont probablement remplacé les petits temples 
élevés à la divinité de la source, et la plaque de bronze qui 
nous occupe était sans doute une tablette votive suspendue 
dans un de ces temples par un dévot gaulois. 

c La divinisation de ces sources et l'existence d'anciens 
temples à cet endroit s'expliquent encore plus facilement 1 \ 

lorsqu'on sait qu'elles sont situées le long de la rive gauche , i 

du Rh6ne et qu'une voie secondaire assurément importante 
passait là, desservant les petites localités (vici) qui s'y trou- 
vaient échelonnées et qu'on appelle aujourd'hui Montdragon ' 
et Momas. Dans la première, on vient de découvrir un cime- 
tière gaolois (époque de lïncinération). On trouve, à la hau- 
teur de la Croisière, un reste de cette ancienne voie romaine 
se dirigeant vers Montdragon ; c'est un tronçon de chemin 
que n'a pas absorbé la route nationale actuelle et qui porte 
le nom de camin ferrât (chemin ferré), dénomination caracté- 
ristique des anciennes voies romaines dans la partie septen- 
trionale du département de Vaucluse. Cette voie suivait le 
bord d'un massif montagneux sur une grande partie de son 
parcours; elle était surélevée et complètement à l'abri des 
inondations du Rhône. U y avait donc là un passage impor- 
tant, et naturellement les sources qui coulaient au bord de 
la voie étaient l'objet de la vénération d'un nombre considé- 
rable de dévots, i 



I I 



— 484 — 

celte de rAmérique centrale soigneueement onvrés, on 
remarque des exemplaires encore complète; d'antres, pins 
nombreux, sont des moitiés, des quarte ou môme de plus 
petites fractions de celte. D est facile de Toir qne ces petits 
fragmente sont des parties de celt, en examinant leur forme 
et le reste de biseau subsistant encore sur presque tous les 
exemplaires. La précision avec laquelle deux morceaux 
s'adaptent, formant ainsi une moitié de celt, vient appuyer 
cette opinion. Cette moitié de celt elle-même, munie primi- 
tivement d'un trou pour la suspendre comme ornement, a 
été ensuite séparée en deux. Puis les deux fragmente 
devinrent eux-mêmes deux ornemente, et chacun d'eux fut 
perforé pour la suspension. Huit morceaux de jadéite taillés 
de la sorte ont reçu des perforations, et un neuvième est 
muni d*encoches. 

c Ces faits, dit M. Putnam, méritent de fixer l'attention 
des savante. Car on y trouve un argument tendant i pronver 
que les habitante primitifs du centre de l'Amérique avaient 
émigré de l'Asie. » 

M. Gaidos lit une note de M. Rochetin, associé corres- 
pondant à Avignon, sur une inscription en caractères grecs : 




c CSette inscription a été gravée au trait sur une' tablette 
de bronze, incomplète en haut et à gauche et qui fut décoa« 



— 485 — 

verte il y a quelques aimées sur le territoire de Montdragon 
(VanelaBe), ea erensant le canal de Pierrelatte. Elle a été 
vendue, il y a quelques mois, à M. Rousset, orfèvre coUeo- 
tionneur à Uzès (Gard), et c'est avec son autorisation que 
j'ai pu en faire prendre des moulages. Le quartier où cette 
inscription a été trouvée est à deux kilomètres au midi de 
Montdragon, le long du chemin de fer de Marseille et de la 
grande route nationale de Paris à Ântibes. Il y a là de belles 
sources, celle de la Madeleine, très abondante, et, à quelques 
pas plus au midi, plusieurs autres dites de Saint-Loup. Sur 
chacun de ces points s'élève une chapelle. 

a La nature de l'objet trouvé et la visite des lieux m'amènent 
à conclure ce qui suit : ces belles sources ont dû être ancien- 
nement divinisées. Les chapelles de la Madeleine et de 
Saint-Loup ont probablement remplacé les petits temples 
élevés à la divinité de la source, et la plaque de bronze qui 
nous occupe était sans doute une tablette votive suspendue 
dans un de ces temples par un dévot gaulois. 

ff La divinisation de ces sources et l'existence d'anciens 
temples à cet endroit s'expliquent encore plus facilement 
lorsqu'on sait qu'elles sont situées le long de la rive gauche 
du Rhône et qu'une voie secondaire assurément importante 
passait là, desservant les petites localités (vici) qui s'y trou- 
vaient échelonnées et qu'on appelle aujourd'hui Montdragon 
et Momas. Dans la première, on vient de découvrir un cime- 
tière gaulois (époque de Tincinération). On trouve, à la hau- 
teur de la Croisière, un reste de cette ancienne voie romaine 
se dirigeant vers Montdragon; c'est un tronçon de chemin 
que n'a pas absorbé la route nationale actuelle et qui porte 
le nom de camin ferrât (chemin ferré), dénomination caracté- 
ristique des anciennes voies romaines dans la partie septen- 
trionale du département de Vaucluse. Cette voie suivait le 
bord d'un massif montagneux sur une grande partie de son 
parcours ; elle était surélevée et complètement à l'abri des 
inondations du Rhéne. Il y avait donc là un passage impor- 
tant, et naturellement les sources qui coulaient au bord de 
la Toie étaient l'objet de la vénération d'un nombre considé- 
rable de dévots, t 



— ISS — 



Tcout alimenter m TMte léeertcir sitaé en hee du poitaîl 
de l'église, dans on iM»-iDiid, formé jadis par une firoioDde 
excaralioa, et dont le nom trahit encore anjoardlmi Uiii- 
cienne origme. 

fl Psumi les soaTenirs laissés là par la dvilisation romaiDe, 
OD a troQTé ane pièce d'or d'Âugnste assez bien oonserrée^ 

fl Le réserroir entretena par cet aqoedac fournissait l'etn 
nécessaire à des bains dont les mines s'étendent dans la 
propriété de M. Nédélec, maire de Caiiiaix. Des piscines, des 
étnyes, des bypocaastes, des restes de payements attestent 
l'importance de ces bains. Aux environs, le sol est plein de 
vestiges de poteries romaines de tonte sorte et de tonte 
dimension. Les fooilies très superficielles ont fait découTrir, 
ayec des médailles de bronze de divers empereurs, deux cha- 
tons de bague gravés en creux. 

fl L'un est un jaspe ovale de (Miit de long sur (M)10 de 
large, d'une exécution grossière. On y voit un homme assis 
sur un rocher et tenant à la main une tige à laquelle un 
objet est suspendu. 

« L'autre chaton est également ovale : il mesure 0H)13 de 
long sur 0^12 de large, d'une pierre brûlée, blanche, d'un 
grain très fin, d'une transparence rougeàtre. Ce chaton 
représente un cavalier montant un coursier qu'il enlève, en 
se penchant pour frapper de sa lance un animal qui res- 
semble à un Ûon. Le travail est d'une grande perfection. 

fl  quelque distance des bains, on a mis au jour un amas 
considérable de pointes de flèches en silex de différentes 
dimensions, toutes du même modèle, qui paraissent signaler 
l'existence d'une fabrique ou d'an dépôt d'armes de ce genre. • 

M. de Baye présente quelques observations sur cette com- 
munication : 

« La découverte de flèches en silex dont M. Tabbé Bernard 
vient d'entretenir la Société me semble digne de fixer l'at- 
tention. L'état de ces projectiles, entièrement achevés lors- 
qu'ils ont été enfouis, prouve qu'il s'agit plutôt d'un arsenal, 
d'une provision de chasseur que de la cachette d'un fiibricanL 



I. Cohen, Detcript. deê wumnaie» impérittin^ 1880, t. I, p. 69, a* 41. 



— 489 — 

f Ces dépôts de flèches sont très rares en France. Cepen- 
dant, il en a été signalé dans le département des Landes. Ils 
sont plus nombreux en Italie et en Grimée. Les vitrines des 
mnsées de Stockholm et de Copenhague nous montrent que 
les trouvailles de ce genre sont fréquentes en Scandinavie et 
en Danemark où elles ont été spécialement étudiées. Ces 
dépôts de flèches sont caractérisés par leur situation. Ils ont 
été généralement découverts sur les côtes. C^est là, en effet, 
que les populations primitivM, habiles à tirer de Tare, pou- 
vaient abattre un nombre considérable "d'oiseaux de passage. 
Les Kjôkkenmôdings, ces monticules composés de débris de 
repas, explorés sur les côtes danoises, ont fourni parmi les 
coquilles une quantité d'ossements d'oiseaux. 

I J'ai été moi-môme assez heureux pour découvrir une 
cachette de chasseur contenant environ 75 flèches en silex. 
Cette découverte a été faite en Champagne, par conséquent 
dans une région bien éloignée de la mer. Cependant les chas- 
seurs primitifs se trouvaient sur les bords du marais de 
Saint^Crond, à peu près dans les mêmes conditions que ceux 
des r^ons côtières. A cette époque reculée, le marais était 
un vaste lac, et les oiseaux aquatiques devaient fournir une 
abondante nourriture aux anciens habitants de cette région. 
Le mobilier extrait des nombreuses grottes que nous avons 
explorées dans la vallée du Petit-Morin nous a prouvé que 
les populations de l'âge de pierre utilisaient soigneusement 
les os des échassiers tués à la chasse. Les tibias de ces 
oiseaux ont été appointés et. formaient ainsi des poinçons 
fort résistants. 

c Je me borne à signaler ces quelques faits, dans le but de 
faire ressortir tout Pintérét de la communication de M. l'abbé 
Bernard, i 



M. Prost communique un dessin représentant un monu- 
ment découvert à Heddemheim, près Francfort, qui res- 
semble d'ujie façon frappante à la colonne de Merten, et lit 
la note suivante : 

c Au milieu de novembre 4884, a été découvert à Heddem- 
heim, près Francfort-6.-l.-M., un monument analogue à 



— 440 — 

celui qui avait été trouvé à Merten au mois de janvier 1878, â 
propos duquel j'ai foit à la Société des antiquaires, les 3 avril 
et il décembre de cette année, des communications résuméef 
dans une note qui a été publiée dans son Bulletin sous li 
date du 8 janvier 4879. Les deux monuments comprenneni 
également un groupe équestre sur une colonne qjie supporU 
un soubassement composé de deux étages, Tétage inférieoi 
quadrangulaire, l'étage supérieur polygonal. Défalcation laiU 
des socles hypothétiques proposés pour former la base de cet 
monuments, celui de Merten à il "50, celui de Heddembein 
4»96 de haut. 

c J'ai donné dans la note imprimée au Bulletin de 1879, 
et avec plus de détails dans un mémoire publié par la Remu 
archéologique de 1879, une description du monument de He^ 
ten, à laquelle je n'aurai à ajouter que celle des quatre sta- 
tues qui décoraient l'étage inférieur de son soubassement et 
qui alors étaient encore indéterminées. Je les ai reconstituées 
depuis lors, en étudiant les fragments malheureusement très 
incomplets qui en proviennent; elles représentaient, conmie 
je le donnais à penser dans mon mémoire de 1879 (p. 33), 
Minêrvê^ Junon^ Apollon et Hercule. Je ne sais rien de plus 
que ce que j'ai dit alors sur les sept statues qui décoraient 
l'étage supérieur du soubassement octogonal que je suppo- 
sais avoir pu être celles des divinités de la semaine. Quant 
aux quatre têtes qui ornaient le chapiteau de la colonne, je 
puis confirmer la supposition, énoncée alors, qu'elles repré- 
sentaient les saisons. Celles qu'on connaît se rapportent très 
bien à une représentation de l'hiver et du printemps. Quant 
à celles qui manquent, on en a retrouvé le front couronné 
pour l'une de fruits, pour l'autre de feuillages, ce qui per^ 
met d'admettre qu'elles représentaient l'été et l'automne. 

ff Le monument de Heddernheim vient d'être décrit par 
M. Otto Donnez von Richter dans une brochure accompagnée 
de planches que j'ai sous les yeux (Reddemheimer Ausgndmt^ 
gen^ 1885, 20 pages in-4» avec 5 planches). Le principal inté- 
rêt de ce monument est qu'il porte deux inscriptions d'où 
l'on peut tirer quelques lumières sur la date de son érection 
et sur son caractère. Il est du reste composé comme celui de 



/ 



— U4 — 

Merten, dont il diilère cependant par ses moindres dimen- 
sions et par quelques particularités. La principale est que 
rétage supérieur du soubassement y est hexagonal, tan- 
dis qu'à Merten il est octogonal. Les deux inscriptions y 
occupent l'une un des côtés de l'étage inférieur quadrangu- 
laire du soubassement, l'autre les six côtés de la plinthe qui 
forme à la fois le couronnement de l'étage hexagonal et la 
base de la colonne* Les six faces de ce tambour hexagonal sont 
ornées de statues qui semblent représenter : i» Mars ; 2* un 
personnage masculin tenant une corne d'abondance de la 
main gauche, une couronne ou une patère de l'autre ; 3<» un 
personnage féminin tenant une corne d'abondance de la main 
gauche, un flambeau renversé de la droite ; 4* un personnage 
féminin portant une corbeille de fleurs ou de fruits de la 
main gauche, un objet indéterminé de la main droite; 
5<» Vénus ; 6* une Victoire. Les trois côtés de l'étage infé- 
rieur autres que celui qui porte l'inscription sont décorés des 
statues de Minerve, d'Hercule et de Junon, Le groupe 
équestre qui surmonte le monument est moins hardiment 
conçu et exécuté que celui de Merten. Les deux jambes de 
devant du cheval y reposent sur les épaules de l'anguipéde 
au lieu de poser d'un pied seulement sur la tête du monstre. 
Le cavalier est également revêtu, dans Tun et l'autre, du 
costume d'un guerrier romain. 

• L'inscription principale du monument de Heddemheim 
est gravée sur il lignes en lettres de 0^03 de haut. Elle est 
ainsi conçue : 

/// O : M • IVNONI • REGiNA /// 
G • 8EDATIV8 • 8TEPHANV8 
DEG • G • T • ET • GATURIGLA 
CRESGENTINA • EIV8 • GVM 
8THEPflANll8 • MAXIMO 
DECG-8-8TAEET- FE8TA 
MAXIMINO • MAXIMINA 
HONORATA • FlLIl8 
IN 8V0 /// RESTITVERVNT 
m • IDV8 • MART • 8ABIN0 
II • ET • VENV8Ï0 • GOS 



— 440 — 

celai qui avait été trouvé i Merten au mois de janvier 1878, & 
propos duquel j'ai fait i la Société des antiquaires, les 3 avril 
et 11 décembre de cette année, des communications résumées 
dans une note qui a été publiée dans son Bulletin sous la 
date du 8 janvier 1879. Les deux monuments comprennent 
également un groupe équestre sur une colonne qiie supporte 
un soubassement composé de deux étages, l'étage inférieur 
quadrangulaire, l'étage supérieur polygonal. DéMcation fidte 
des socles hypothétiques propoaés pour former la base de eei 
monuments, celui de Merten à 11"50, celui de Heddemheim 
4»96 de haut. 

c J'ai donné dans la note imprimée au Bulletin de 1879, 
et avec plus de détails dans un mémoire publié par la Revue 
archéohgique de 1879, une description du monument de Mer- 
ten, à laquelle je n'aurai à ajouter que celle des quatre sta- 
tues qui décoraient l'étage inférieur de son soubassement et 
qui alors étaient encore indéterminées. Je les ai reconstituées 
depuis lors, en étudiant les fragments malheureusement très 
incomplets qui en proviennent ; elles représentaient, comme 
je le donnais à penser dans mon mémoire de 1879 (p. 33), 
Minerve^ Juno»^ Apollon et Hercuie. Je ne sais rien de plus 
que ce que j'ai dit alors sur les sept statues qui décoraient 
l'étage supérieur du soubassement octogonal que je suppo- 
sais avoir pu être celles des divinités de la semaine. Quant 
aux quatre têtes qui ornaient le chapiteau de la colonne, je 
puis confirmer la supposition, énoncée alors, qu'elles repré- 
sentaient les saisons. Celles qu'on connaît se rapportent très 
bien à une représentation de l'hiver et du printemps. Quant 
à celles qui manquent, on en a retrouvé le front couronné 
pour Tune de fruits, pour l'autre de feuillages, ce qui per- 
met d'admettre qu'elles représentaient l'été et l'automne. 

ff Le monument de Heddernheim vient d'ôtre décrit par 
M. Otto Donnez von Richter dans une brochure accompagnée 
de planches que j'ai sous les yeux {ReddemheÎMer AMegraJbmur 
geny 1885, 20 pages in-4» avec 5 planches). Le principal inté- 
rêt de ce monument est qu'il porte deux inscriptions d'où 
l'on peut tirer quelques lumières sur la date de son érection 
et sur son caractère. U est du reste composé comme celui de 



— 441 — 

ICerten, dont il diilère cependant par ses moindres dimen- 
sions et par qnelqnes particularités. La principale est que 
l'étage sapérieur da soubassement y est hexagonal, tan» 
dis qu'à Merten il est octogonal. Les deux inscriptions y 
occupent Tune un des o6tés de l'étage inférieur quadrangu- 
laire du soubassement, l'autre les six côtés de la plinthe qui 
forme à la fois le couronnement de l'étage hexagonal et la 
base de la cobnne. Les six faces de ce tambour hexagonal sont 
ornées de statues qui semblent représenter : i^ Mars ; 2* un 
personnage masculin tenant une corne d'abondance de la 
main gauche, une couronne ou une patère de l'autre ; 3» un 
persoonage féminin tenant une corne d'abondance de la main 
gauche, un flambeau renversé de la droite; 4^ un personnage 
féminin portant une corbeille de fleurs ou de fruits de la 
main gauche, un objet indéterminé de la main droite; 
5» Vénus ; 6* une Victoire. Les trois côtés de l'étage infé- 
rieur autres que celui qui porte l'inscription sont décorés des 
statues de Minerve, d'Hercule et de Junon. Le groupe 
équestre qui surmonte le monument est moins hardiment 
conçu et exécuté que celui de Merten. Les deux jambes de 
devant du cheval y reposent sur les épaules de l'anguipéde 
au lieu de poser d'un pied seulement sur la tête du monstre. 
Le cavalier est également revêtu, dans l'un et l'autre, du 
costume d'un guerrier romain. 

c L'inscription principale du monument de Heddernheim 
est gravée sur il lignes en lettres de 0^03 de haut. Elle est 
ainsi conçue : 

/// : M • IVNONI • REGiNA /// 
G • 8EDATIVS • 8TEPHANV8 
DEC • G • T • ET • GATURIGLA 
GRE8GENTINA • EIV8 • GVM 
8THEPHAN1I8 • MAXIMO 
DBG • G • 8 • 8TAE • ET • FE8T A 
MAXIMINO • MAXIMINA 
flONORATA • FILII8 
IN 8V0 /// RE8TITVERVNT 
lu • IDV8 • MART • 8ABIN0 
II • ET • VENV8T0 • G08 



— 441 — 

que M: 0. Donnez von Richter propose de lire : 

•/Im opHmo maximo^ Junani reginoêj | C Sûdaiius St^^ 
met, I dêcurio cwitatis Tauitensium^ et Caturigia \ Cretcenima 
efus (coi^uw)j cum \ Stephaniis Maximo^ \ decurio\e cwUaiis 
tupriucriptae ^ et Ftsta^ \ Maximino^ Maximina^ | Hanoraia 
fUiis I in iuo (fundo) restiiuerunt; \ III idtu martiai^ Sabino 
I // et Vemuto cantuUbus. 

a Le second consulat de Sabinus avec Venustus pour col- 
lègue correspond à Tannée 240 de notre ère, le 3 des ides 
de mars au 13 mars. Telle serait la date de Tinscription. 

a La seconde inscription comprend les noms seulement 
des cinq enfants et de la femme de Sedatius Stephanus : 
i* Mcucimus; 2* Maximinus; 3^ Festa; 4<> Maximina; b^Hono* 
rata; 6^ Crescentinaj correspondant aux figures qui, dans le 
môme ordre, décorent les six côtés de Tétage hexagonal et 
que M. O. Donnez von Richter suppose représenter les divi- 
nités ou génies tutélaires des six personnages. 

c L'inscription principale rappelle, on Ta remarqué, non 
pas rérection primitive du monument, mais une restitution 
qui parait môme n'avoir pas été la première; cette inecrip- 
tion en efifet est accompagnée de traces visibles d'une autre 
inscription en grande partie détruite, dont les lettres étaient 
un peu plus grandes (0bO47), fragment très incomplet où 
M. O. Donnez von Richter croit voir : 

I /// /// V D /// A /// OT 
I/////////OVAVI/// 

qu'il propose de lire : im $uo ex voto \ remfvamt» 

« De ces particularités résultent diverses notions qu'il est 
intéressant de signaler. Avant de le faire, il est bon de rap- 
peler que les monuments analogues à ceux de Merten et de 
Heddernheim sont nombreux dans la région du Rhin et de 
la Sarre, et qu'on en a trouvé aussi quelques rares exem- 
plaires un peu plus loin et jusqu'en Bourgogne et en 
Auvergne^ En 1879, j'en signalais 23; aujourd'hui on en 



I. U. F. Hettner, conserrateur du musée de Trères, a publié l'an dernier m 
ces monnmenti, à l'oeension de la déeouTeiie de eelui de Beddernbeim, un néoioin 



— us — 

connaît 44. Ajoutons qu'on ne possède de la plupart que des 
fngments appartenant au groupe équestre, presque tous d'un 
style très barbare et d'assez petites dimensions. Trois seule- 
ment donnent quelque chose des autres parties du monu- 
ment : à Gussy, les deux étages inférieurs du soubassement 
avec la partie inférieure du fût de la colonne; à Seltz, le 
haut du f&t de la colonne, avec son chapiteau décoré de 
quatre têtes, et le groupe équestre, à Portieux-la^Colonne. 

fl L'inscription du monument de Heddemheim, datée de 
240, prouve qu'il faut faire remonter à la première moitié du 
m* siècle au moins l'érection première de ce monument et 
probablement aussi celle du monument de Merten, qui, en 
raison de son importance et de son style, parait devoir être 
considéré comme le prototype des autres. J'avais précédem- 
ment fait descendre la date de celui-ci à la seconde moitié 
du w* siècle et proposé de l'attribuer particulièrement à l'em- 
pereur Probus à la suite de ses victoires sur les Germains 
en 277. J'abandonne cette supposition. Je pense en outre 
que ce monument et tous les autres analogues ont un 
caractère général plutèt que particulier. Ils auraient pour 
objet de glorifier non pas une victoire déterminée, mais le 
triomphe des armes et de la civilisation romaines sur les 
Germains. TelJe serait la signification du groupe équestre 
qui est le morceau principal de ces monuments ; les statues 
et figures distribuées sur les autres parties seraient surtout 
décoratives et n'auraient aucun rapport direct avec l'objet 
commémoratif de celui-ci, pas même avec sa dédicace à une 
on plusieurs divinités, comme à Jupiter et Junon, par 
exemple, à Heddemheim, où il est permis de croire que cette 
dédicace avait accompagné la première exécution, comme 
elle accompagne la restauration due à Sedatius Stephanus. 

fl Le groupe équestre est seul en rapport direct avec le 
motif d'érection du monument. Sa composition est bien 
d'accord avec cette appréciation. L'anguipède terrassé est 
l'image symbolique du désordre et de la barbarie révoltés et 
vaincus. Il est employé avec cette signification dès une haute , 

intitiilé /uppitert Saûlen, 24 pt^ in-S», dani la Westdeutiche Zeittchrift ffkr 
Ge$ehiehte fmd Kmut, 1885, p. 805-388. 



— 444 — 

antiquité daiu le mythe des Titans refoulés par les dieux, 
mythe dont on a de nombreuses représentations antiques où 
les Titans sont figurés quelquefois sous la forme d*angui- 
pèdes. Les dieux qui les combattent et en triomphent sont 
généralement à pied ou en char, rarement à cheval, ce qui 
ne conviendrait guère qu'à Neptune. Pausanias (I, 2) cite i 
Athènes un groupe de cette sorte où il croyait voir Neptune 
i cheval menaçant de sa lance le géant Polybotôs. 

c M. Wagner de Garlsruhe (dans un mémoire donné en 
1882 à la IVeitdeÊU9cke ZeitschrU J%r Ouehickte wnd Kjtut 
et intitulé : NepiMM m Giganten Kampf auf rcgmischen Mmm- 
wumten) se fonde sur ce fait pour déclarer que le groupe équestre 
observé sur nos monuments représente Neptune combattant 
Fanguipède. Il se trompe assurément. Le cavalier vêtu en 
guerrier romain n'est pas un dieu. Ce n'est pas une figure 
mythologique, mais une figure historique. C'est probable- 
ment une représentation impersonnelle de la puissance 
romaine. L'anguipède terrassé conserve seul dans le groupe 
son caractère propre et donne à la composition sa sigmfica- 
tion symbolique, i 

M. de Rongé communique une lettre qu'il a reçue de 
M. Maspéro et qui contient l'annonce d'une intéressante 
découverte qui vient d'être faite en Egypte. 

Il existe au Musée de Berlin un papyrus très ancien^ bien 
connu des savants ; malheureusement le début manque entiè- 
rement. Ce papyrus renferme l'histoire d'un Égyptien nommé 
Sincha, qui vivait dans la XII* dynastie. Il a été traduit en 
dernier lieu par M. Maspéro dans son volume de contes 
égyptiens. Sincha y raconte lui-même ses aventures. Obligé 
de fuir l'Egypte au retour d'une mission dont il avait été 
chargé en Libye, il passe la frontière orientale du Delta et 
est recueilli dans une tribu de Bédouins. Le chef de la tribu, 
reconnaissant sa valeur, lui fournit des tentes et des trou- 
peaux et lui donne plus tard sa fille en mariage. Après des 
pourparlers dont le papyrus nous donne tout au long les 
détails, Sincha rentre en grâces auprès du Pharaon et revient 
en Egypte où les plus grands honneurs l'attendent. 



— 445 — 

€Se moroean litléraiie était érndemment classique; car il 
existe au Musée britannique un ostrtUum sur lequel est traus* 
crit une portion de ce même récit^ la partie finale. On pou- 
vait donc espérer retrouver un jour une copie de la partie 
manquant au papyrus de Berlin. CTest ce qui vient d'arriver 
à M. Maspéro. D a découvert à Thèbes, sur un immense 
éclat de calcaire, le début de Thistoire de Sincha, et il compte 
le lîBûre paraître bientét dans le second volume des Mémoirtê 
âê rinilUut ég^titn. 

Cette découverte fera connaître sans aucun doute les rai- 
sons qui avaient forcé Sincha. à s'expatrier, raisons qui ne 
peuvent manquer d'intérêt, car, d'après certains passages 
du papyrus, elles semblent se rattacher à une conspiration 
de palais qui faillit faire tomber du trône le Pharaon 
Ammemha I**. 

M. Mowat entretient la Société d'un vase découvert à 
Gurium, dans Tile de Chypre, et sur lequel se lit une ins- 
cription grecque ainsi conçue : 

BASIAEOS nrOAEUAIOT «lAOIIATOPOD 

M. Mowat engage ses collègues à aller voir ce vase, qui est 
déposé chez M. Feuardent. 

M. Gourajod lit, au nom de la Commission des fonds, un 
rapport sur la gestion financière de l'année 4885; les comptes 
sont approuvés conformément aux conclusions du rapport, 
et, sur la proposition du rapporteur, des remerciements sont 
votés à l'unanimité à M. Aubert, pour le dévouement avec 
lequel il gère les intérêts de la Compagnie. 

M. Maxe-Werly, associé correspondant à Bar-le-Duc, 
soumet à l'examen de la Compagnie, de la part de M. L. 
Foucher, qui assiste à la séance, trois vases en terre, d'en- 
viron 0"2ô de hauteur, rencontrés dans des fouilles ûiites 
sur le territoire de Reims, aux lieux dits c la fosse Plan- 
tine » et c la Maladrerie, t dans des champs de sépulture. 
Ces vases, qui représentent des singes assis, ont entre eux 
une ressemblance telle qu'il devient difficile de ne pas les 
croire contemporains et peut-être sortis d'une même officine ; 

AXn. BULLBTDf. iO 



i 



— 446 — 

la pose et les gestes de ces animanx sont identiques; chacun 
d'eox tient dans la main droite on objet de ibrme oblongne 
dont il serait difficile de déterminer la nature, mais qui pour- 
rait être nn grand Terre à boire. 

Deux de ces vases, qui renfermaient, dit-on, des ossements 
incinérés, auraient été découverts à une profondeur de i"&0, 
contre la voie romaine de Reims à Mouzon, sous des frag- 
ments de stèles acquis depuis peu par le Musée de Reims. 

La forme étrange de ces vases ne permet toutefois de se 
prononcer qu'avec une grande réserve sur leur Age et leur 
authenticité. 



Séance du SI Avril. 

Présidence de M. £. Saolio, président. 

Ouvrages offerts : 
Bulletin critiqué^ publié sous la direction de MM. Dachesne, 
Ingold, Lescœur, Thédenat, Vil» année, n* 8. Paris, 1886, 
in-8*. 

— de 2a Diana, t m, n* 6. Montbrison, 4886, in-8*. 

— delà SocUÛ archéologique de Nantes et du département de 
la Loire-Inférienre, t. XXIV, année i885. Nantes, 1885, 
in-8o. 

— delà Société archéologique de Touraine^ t. VI, 3« et 4« tri- 
mestres de 4885. Tours, 4885, in-8*. 

— de la Société départementale d'archéologie de la Drame, 
avril 4886. Valence, in-8o. 

— delà Société de statieiiquey sciences j lettres et arts du dépar- 
tement des Deux-Sèvres f janvier-mars 4886, in-8*. 

BouGHBR UB MoLANDON. Notice sur la découverte par M. DeHsU 

d^une complainte orléanaise du XIII* siècle avec sa notation 

musicale retrouvée. 
HoLGOMB (William). Pennsylvania borings {Johns hopkÎMS 

unioersity studies). 4886. Baltimore, in-8<». 
Lkdain (Bélisaire). Découverte d'un autd portatif et de reHqéet 

de saÎMt Bnêfin dans VégUse de Moutiers^ Deux^èvres, In-8*. 



— 147 — 

— Déeomeriê éTunê êtatu9 rawudm à Samt^oepui de Mcm^ 
tauboM. Jnr%\ 

tdHers en Gaulé. Poitiers, 1885, in-8*. 

— desorigime» de la commune de Poitiers. Poitiers, 1883, in-8*. 
— Fouiliet de deux tumuhu et d*un dolmen près Brsssuire, In-8*. 

— FowUe du tombeau de Pierre /«, àbhé dAirwmU, In-8«. 
-^ Histoire d^ Alphonse^ frère de saint Lauis^ et du comté du 

Poitou^ souê son admmistraiiony 1241-1271. Poitiers, 1809, 
in-8*. 

— Histoire de la viUe de Parthena^^ de ses amàens seigneurs 
et de la Gâiine de Poitou, Paris, 1858, ki-8'. 

— Journal historique de Denis GénèrouXy notaire à Partkenojf, 
1567-1576. Niort, 1885, in-8'. 

— L'tKûentairs du château de Thouars^ du 2 mars 1470. Saint- 
Maixent, 1886, in-8*. 

— Mémoire sur Penceinte galio^romaine do Poitiers, Poitiers, 
1872, in-8*. 

— Musée de la Société des antiquaires de VOuest^ catalogue de 
la galerie lapidaire, Poitiers, 1884, in-8o. 

« Notice historique et archéologique sur V abbaye de Saint» 
Jouin de Marnes, Poitiers, 1881, in-8o. 

— Notice historique sur les seigneurs de Vemay, la Bemair» 
dière et la Ronde, Poitiers, 1877, in-8«. 

— Trois églises antérieures au XI* siècle : ChdtiUon^-sur- 
Thoué, Saint-Cléwteutin et Voultegon. In-8*. 

M6lt (F. de). Le trésor de Chartres^ 1310-1793. Paris, 1886, 

in-8*. 
RoBBRT (P.-Gh.). Les médaUleurs de la Renaissance, par 

M, Aïolis Heiss. 

Travaux, 

M. le président donne lecture d'une note de M. Pninières, 
associé correspondant national à Marvejols, sur des antiqui- 
tés découvertes dans la plaine de Ghanac (Lozère). 

c Dès les années 1859 et 1860, j'avais constaté, sur le fiifte 
d'une haute croupe allongée, appelée La Boulène^ au nord-est 
de Grèses, des tumuli placés en ligne le bng d'un sentier. 



— 448 — 

L'un d'entre eux, appelé Lou Clamai dés pétsœnénio, était 
légendaire chez les paysans des environs. Ce tumulns [terirt 
des chagrms) me donna un vase plein d'os humains incinérés, 
qui reposait sur une épaisse couche de charbon; au milieu 
du vase se trouvaient de nombreux bracelets tordus, fondus, 
agglutinés par le feu ; des débris de fibule et une perle en or : 
le comte Gonestabile aurait trouvé une perle semblable dans 
une sépulture étrusque. 

ff L'étude de ces divers tnmuli et leur direction sur le 
tracé d'un sentier me firent découvrir une antique voie, ou 
DroMj se dirigeant du côté du nord vers Javols, et au sud, 
par la plaine de Marijoulet, vers Ghanac, après avoir envoyé 
un embranchement au castrum Gndonentê, 

a Dans cette plaine, la plus fertile de la Lozère, je consta- 
tais la présence de nombreux débris romains. 

c J'inlerrogeai les habitants du pays : tous me dirent 
qu'il y avait eu là une ville... une villa? Plusieurs vieillards 
avaient vu longtemps, et encore récemment, une pierre avec 
plusieurs lignes de lettres dans le mur d'un champ de cette 
plaine. J'ai longuement et vainement cherché cette pierre. 
On croit qu'un paysan l'aura utilisée. Serait-ce Tinscriptioii 
de Ghanac éditée récemment dans les bulletins de la Société 
des Antiquaires de France par M. l'abbé Thédenat * ? 

< Quoi qu'il en soit, ces recherches me firent découvrir de 
nombreux débris de colonnes engagées dans des murs, et des 
quantités considérables de fragments, de tablettes de marbre, 
de poteries, d'amphores, etc. 

i Aidé par un ingénieur de mes amis, je fis pratiquer des 
tranchées sur un point qui avait donné lieu à une récente 
trouvaille. Je mis au jour des fondations de murs encore 
couverts de peintures; un fragment de cariatide en pierre; 
des monnaies et des fragments de poteries très fines, etc. 

« Ges découvertes, jointes à l'étude et à la direction de la 
voie de la Boulène, me firent penser à un chemin indiqué 
par Sidoine Apollinaire et à la demeure des deux frères Jut- 
tinus et Sacerdos (Carmen 24). 



1. BuUêtin de 1883, p. S36. 



— 149 — 

c J'ingérai à ce sujet une assez longue note dans les bul- 
letins de la Société d'agriculture de la Loière^ 

« Depuis cette époque, j'ai souvent parcouru la plaine de 
Marijoulet; mais je n'ai plus eu l'occasion de publier mes 
trouYailles. 

« Cependant ces trouvailles m'avaient donné la conviction 
que c'était ifien là qu'était la demeure des frères Justinus et 
Sacerdos. J*ai exprimé cette opinion personnelle, en 1875, 
dans une communication à la Société des Antiquaires^. Une 
trouvaille récente, et c'est là le motif de ma lettre, appor- 
tera-t-elle un nouveau et meilleur commencement de preuve 
à mon opinion? 

« Void le &it. 

c II y a quelque temps, en creusant un trou dans cette 
plaine de Ghanac, on tomba, comme cela arrive fréquemment, 
sur des restes gallo-romains, plâtras, poteries, déÂ>ris d'am- 
phores, etc. Au milieu de ces déblais gisait une bague en or 
jaune, du poids de 10 grammes et dont le chaton ovale porte 
l'inscription : 

iVSTINi 

L'anneau est très petit, le jonc est orné de feuillages'. 

c Je continue mes fouilles en Lozère, surtout dans les 
sépultures antiques. L'année qui a fini m'a donné, au. point 
de vue archéologique, quelques beaux résultats : une épingle 
en argent trouvée par moi sous un dolmen. Dans un tumu- 
lus, une belle épée de bronze (avec sa bouteroUe) fort sem- 
blable, si j'en juge par des dessins, à certaines épées de 
Mycènes; ailleurs, des bracelets en bronze, des fibules, etc., 
et un épais mais petit anneau en or grossièrement festonné 
à la surface. Ces objets pourraient peut-être intéresser la 
Société des Antiquaires. Je les ai présentés à la Société 
française d'archéologie pour dater des crânes et des débris 
de squelettes trouvés en même temps, t 

M. E. Molinier présente, au nom de M. Charles Robert, le 

1. Année 1868, p. 111 et raiT. 

2. Ce mémoire eet mentionné dtns les bulletins de eette année 1875. 

3. Le dessin de eet annean sera oltérieurement donné dans le Bulletin, 



— 450 — 

compte-rendu du 6* fascicule des MédaiUêun de la i 
de M. Aloîs Heiss. Ce compi&-reiidu fait connaître un docu- 
ment publié depuis plusieurs années déjà en Italie, mais qui 
parait avoir échappé aux numismatistes français; il établit 
d'une façon indiscutable que le célèbre médailleur Speran- 
dio, au sujet duquel on a beaucoup discuté, s'appelait de 
son vrai nom Savelli, et était originaire de Rolhe. 



M. Tabbé Thédenat fait la communication suivante : 
c II y a environ un an, M. Mireur, archiviste du Var^ me 
signala un fragment de borne milliaire encastré dans le mur 
d'une «ncienne chapelle située près de Trans et où il eut 
l'obligeance de m'accompagner. Cette chapelle dépend aujour- 
d'hui d'une ferme, au quartier Saint- Vincent, à droite de la 
route, avant d'entrer à Trans en venant du Muy. 

c Ce fragment de borne est large de 56 centimètres, liant 
de 36, épais de 31 ; il porte les lettres suivantes : 

///A.AU1 

///ESTlTVlTE/// 
REFECIT 

c n nous fut facile de reconnaître que ce fragment avait 
fait partie d'une de ces bornes rectangulaires datées des 
années 31-32 et mentionnant une réparation de la voie 
antique par Tibère. 

c II y a quelque temps, M. Mireur et ses confrères de la 
Société d'études scientifiques et archéologiques de Dragui- 
gnan obtinrent du propriétaire de Tancienne chapelle l'au- 
torisation d'enlever le fragment de la borne milliaire pour 
le transporter dans leur musée. En faisant cette opération, 
ils découvrirent dans la même muraille un autre fragment 
de la môme borne. M. Mireur fut assez aimable pour m'en 
adresser un estampage, sur lequel je pus prendre cette 
copie : 

IAVGFA\ 
D///TMAXV 
raPOTES/// 
///vvnt 



— IM — 

c Ge second fragment est haut de 36 centimètres, il est 
brisé à droite et à gauche. 

c La réunion des deux fragments nous donne le texte 
presque complet du milliaire qui doit être ainsi rétabli : 



2* fragment. 



!•» fragment, 
c (Ma copie.) 



tih. caeiar 
dwIAYGFAV^ 
l>OiiTMAXVm 
<rIBP0TE8< 

xxxni 

rESTlTVlTE/ 
REFECIT 



année 31-32. 



[Tib{€riu8) Caesar, dw]i A%g(u8Hj /[iHus)^ Ju[g{u$lut\ 
p]o[n\t{ifex) maxu[m(us) , tr]ib{uniHa) potm[Haiê) x]xxm^ 
[r^ttUuit e[t] rgjecii. 

c Cette inscription est inédite, mais je ne crois pas qu'elle 
soit inconnue. Fauchet avait sans doute eu connaissance du 
fragment le plus apparent, contenant les trois dernières 
lignes de Tinscription, et c'est lui qui le signala le premier 
dans le passage suivant de sa StalitHçme : 

c Les itinéraires ne font point mention d'une route directe 
c de Fréjus à Riez, qui s'embranchait à Anteis même ; son 
c existence est cependant prouvée par une pierre* milliaire 
f trouvée à Trans, près du chemin du Muy. On y lit encore 
f les mots REFEGIT ET RESTITYIT. Cette route passait 
c par Trans et Draguignan^ » 

c Noyon, de son côté, signale le même fragment en ces 
termes : 

c Les deux points desquels je viens de parler, une borne 
c milliaire trouvée à Trans, près du chemin du Muy, où on 
f lisait ces mots : REFECIT ET RESXITVIT, et enfin la 
i disposition des lieux ne laissent aucun doute sur ce second 
i embranchement, dont il ne reste plus rien aujourd'hui 3. » 



1. Statittique généraie de la Fnmeê, pobliéa ptr ordre de Sa Majesté l'Bm- 
Ptfeur et Roi. Département du Var, par M. Fanehet Paris, 1805, io^,' p. 195. 

2. Sttttiitique du Var, édit. de 1888 et de 1846, p. S82-S38. 



— 152 — 

« Séguier^ Bouche^^ et après enx'de nombreux antean, 
ont publié un milliaire semblable, trouvé yers le milieu du 
X7II* siècle dans la rivière d'Argens et transporté an château 
du Muy. On pourrait être tenté de supposer que la pierre de 
Trans n'est autre que celle du Muy; il n'y a pas, en effet, da 
Muy à Trans une distance assez considérable pour que le &it 
puisse paraître improbable. Mais, comme me Va fait obser- 
ver avec raison M. Mireur, cette supposition doit être écar- 
tée, car la construction de la chapelle du quartier Saint-Vin- 
cent, dans laquelle la pierre de Trans a été utilisée, remonte 
à une date trop ancienne. En effet, les auteurs qui se sont 
occupés de la borne du Muy la signalent comme existant 
encore à une époque beaucoup plus récente que celle de la 
construction de cette chapelle. 

« La pierre de Trans appartient aux bornes de Fembran- 
chement de la voie AuréUenne qui se dirigeait vers Riez et 
mentionne une restauration de cet embranchement, exécutée 
par ordre de Tibère, en 31-32 ap. J.-G. 

a On connaît deux autres bornes de cette môme série, 
appartenant au même embranchement : 

« On a longtemps conservé un fragment de la première 
à la ferme Saint-Uermentaire , à un kilomètre environ de 
Draguignan ; transporté aujourd'hui au musée de la Société 
de Draguignan, ce fragment est brisé de tous les côtés; il a 
29 centimètres d'épaisseur et porte les lettres' : 

aIBP 
XXXI 

E8TIT 
c (Copie Villefosse-Thédenat.) 
a II doit se restituer ainsi : 

tih. caeiar 

divi aug.f. aug 

pont maxum 



1. Bibl. de Ntmes, ms. 13795. 

2. La ehoroçraphie ou deteription de Provence, U I, p. 253-i54 et 470. 

3. Ce fkv^ent a été lignalé par Bonetettan, Carte arehMogique du Ver, 
p. 17. 



W' 



— 4M — 

tRÎB'Potêst 
XXXIft 

r£STIT«f < et 

refeeii. 

c Peiresc nons a conservé la copie de la seconde qui exis- 
tait autrefois pins au nord, à Âmpus : 

c Inscription antique tirée sur une grosse pierre qu'une 
f inondation a fait découvrir au village d' Ampus, en Tan 
f 1676, par M. le chanoine Antelmi, de Fréjus... La pierre 
c a quatre pieds d'hauteur, deux pieds de largeur, deux pieds 
c d'épaisseur. 

TI • CAE8AR 

DIVIAYGP-AVG 

PONT • MAXVM 

TRIB • POTEBT- 

XX XIII • E T 

RE8TITVIT • ET 

REFECaT 

I Elle est présentement brisée en deux et a esté tirée en un 
• petit valon fort proche du grand chemin. Ge qui me fait 
c croire que c'estoit une pierre posée sous quelque arche d'un 
c pont pareille à celle que l'on trouva sous celuy d'Argens^ » 

f Le ET de la cinquième ligne a été mis là par inadver- 
tance ; il n'existait pas sur la pierre. 

I C'est la môme borne qui a été publiée par Muratori avec 
la mention f AmpurUs tu Provincia ex schedù meis^T » La 
division des lignes est identique; 1. 5, au lieu de ET, Mura- 
tori donne PP. Il n'y avait ni ET ni PP; Tibère a toujours 
refusé de prendre le titre de pater patriae. 

fl Elle n'a été signalée par aucun des auteurs qui se sont 
occupés des inscriptions romaines de cette région. 

c Deux autres bornes du même empereur et de la même 
année, dressées à l'occasion d'une restauration de la voie Auré- 
lienne, ont été trouvées à peu prés dans la même .région : 

1. Psirae, huer^Honei tmtiquoêt ms. eonMrré à U BlUiottièqm utionale, 
Comii klia, n» 8958, fol. 198. 
S. P. CDXUn, 6. 



— 154 — 

a L'une, découverte en 1856 au golfe Jouan^, a été trans- 
portée à Vallauris (Alpef-Maritimes) et encastrée dans le 
mur d'un lavoir; il y à trois ans environ, le lavoir ayant été 
détruit, la pierre fut déposée dans le vestibule de la mairie, 
où elle est encore. De nombreux auteurs l'ont publiée; les 
plus récents sont MM. Ed. Blanc^ et Allmer^. 

TiB • CAESAR 
DIVI • AVG • F • AVG 
PONTI ' M AXVM 
TRI • POTE • XXXiK 
VIAM- REFECIf 
c (Ma copie.) 

« Hauteur, 1°»25; largeur, 0"»60; épaisseur, 0«30. 
c L'autre est signalée par Muratori comme étant à Saint- 
Gannat, près d'Aix : c In agro sancti Canati in Provincia ex 
P. Ànt. Pagioy v, el,*. » Elle serait, si l'on en croit la copie 
suivie par Muratori, de la XXn« puissance tribunitienne 
de Tibère, c'est-à-dire de l'année 20-21. Il est absolument 
certain que la copie est fautive, et que, comme toutes les 
bornes de cette série, elle marquait la XXXIU* puissance 
tribunitienne et appartenait à Tannée 31-32. 

« Enfin j'ai eu occasion de copier deux autres bornes de 
Tibère, appartenant à la voie qui suivait la rive gauche du 
Rhône. 

« La première, trouvée près de Maillanne (Bouches-du- 
Rhône), est conservée à la mairie de cette ville, encastrée 
dans le mur du vestibule : 

TIGAE 8 AR DIVI 
AVGV8TI • F • AV^iif 
TVS • PONTIFEX 



1. « Cette pierre a été trouTée ea golfe Jooan, en 1856, dans. la propriété de 
« M. Antoine Goiol, à 50 mètres environ de la route impériale, au nord, à 30 métret 
« d*ane maisonnette, en allant rers Tooest. • L'abbé Alliez, Les tles de LérM% 
Cannes et les rivages environnants^ Paris, 1860, iii-8% p. S6t et note f dtla 
même ptge. 

S. Épigrophiê antique des Alpee-M^ritimes, U I, p. 130, ■• 108. 

8. Rev. ^igr, du midi de la France, t. I, p. 101, n* 113. 

4. P. CDXLII, ». 



— «5 — 

MAXVMVSTRf 
BVNICIA • POTBS 
TaTE- XXXIIIRe 
FEGIT • ET • RESTlTvrr 
I (Ma copie.) 

• Hauteur, 1™; largeur, 0»79. 

c Ligne 1 : la partie supérieure des trois premières et des 
cinq dernières lettres a été emportée par une cassure. — 
L. 2 : les lettres T et I sont liées dans le mot AYGYSTI. 

c M. Ludoyic Vallentin conserve la seconde dans sa belle 
collection de monuments épigraphiques, à Moniélimar 
(Drôme). Elle a été publiée, entre autres, par son fils, le 
regretté Florian Vallentin*. 

c La pierre, haute de in32, large de O^GO et épaisse de 
0»28, est entière; elle a été brisée par le milieu dans toute 
sa hauteur. Les deux parties ont été ajustées et rapprochées 
avec soin, mais une partie des lettres a disparu et beaucoup 
d'autres ne sont visibles que par quelques traits : 

TI • CA* 8AR 
DiVlAVGVSTF 
AVGPoNTIFEX 
M A X « m V S 
TRib u n i c i a 
PO t e i t aTlË 
XXxtIIrcPECiT 
ET • R«fTITVIT 
f (Ma copie.) 

c Cette borne a été trouvée à Rac, au sud de Montélimar, 
près du ruisseau de la Réale, à Tendroit où se trouvait un 
pont antique 3. 

< Toute cette série de bornes prouve que la trente-troi- 
sième année de son règne, c*e8t-à-dire en 31-32 après J.-G., 
l'empereur Tibère fit restaurer la voie Aurélienne, l'embran- 
chement de cette voie qui se dirigeait sur Riez, et la voie 
d' Agrippa, qui descendait de Lyon à Arles, en suivant la 

1. La volé d^Agrippa^ p. t8, n* XVI. 

2. RftnMignement fourni par M. L. Villentin. 



— 156 — 

rive gauche du Rhône. Une série de milllaires semblables 
mentionne une restauration de la voie Domitienne*. 

a Quoique toutes les bornes de cette série soient de la même 
année et mentionnent la môme restauration, les formules 
finales ne sont pas identiques. Sur les homes de Trans, de 
Draguignan, d'Ampus, appartenant à l'embranchement qui 
se dirigeait sur Riez, on lit : 

RE8TITVIT ET REFEGIT 
c Sur celle de Vallauris, appartenant à la voie Aurélienne : 

VIAM REFEGIT 
c Sur celles de Maillanne et de la collection Vallentin, 
appartenant à la voie qui suivait la rive gauche du Rhône : 
REFEGIT ET RESTITVIT 

c De plus, les divisions des lignes ne sont pas toujours les 
mêmes. 

« Ges exemples nous montrent des formules variant d'ime 
voie à l'autre, mais étant uniformes sur les bornes de la 
môme voie. G^est un fait à noter et qui peut avoir un certain 
intérêt pour l'étude de l'administration des voies romaines. 

a Tout récemment, on vient de trouver à Brignoles (Yar) 
une borne appartenant à une autre série de milliaires plan- 
tés sur la voie Aurélienne, en mémoire d'une restauration 
nouvelle, faite par l'empereur Néron vingt-six ans plus tard. 
Gette pierre fut trouvée dans les fondations d'une maison 
ancienne d'environ deux ou trois cents ans, située an quar- 
tier des Gapucins, à Brignoles, et que M. Victor Giraud a 
fait démolir, pour la reconstruire. Le milliaire est actuelle- 
ment dans le jardin de M. Giraud. 

« Gette borne, de forme rectangulaire, comme toutes celles 
de cette série, est haute de 84 centimètres, large de 60, 
épaisse de 30. Elle porte l'inscription suivante, que j'ai trans- 
crite d'après un estampage que je dois encore à l'inépuisable 
obligeance de M. Mireur. 



1. Cr. Cutlii d0 Fondonee, Barnet miUiûirêt du dépvimaU de FMéwM, 
H" S, 5, 10, il, il, U, 17, 19; Aurto, Bornêt mUliairet du Gmtd, ■>• a, M. 
», U, M, 40, 41 , et p. 175 et enîT. 



— 157 — 

hEROGLAVDIVS 
DIVI • CLAVDI • F 
6ERMANIGI • GAESARIt 
NEP • TI • CAE8 ARIS AVG • PRo 
NEPDiViAVG- ABNEP08 

GAEBAR • AVG • 
GERMANIGV8P0NTIF; 

MAX • T R • p o T • nn • I M p • nn 

G08 • m • P • P • RESTITVrr 

c L. i, les lettres V et 8 sont liées. 

[N]êro CUmdùu^ dkn C2aiu2t(t) fiUùu)^ Gemuuiici (7asfa- 
ri{s] nêp(a$), Ti(beriij C<tê$aris A%g{uiHj pr[o]n^(aê), dm 
Augiusti) abneposy Caesar Aug(uitus) Gerwumicut^ p<mti/(ex) 
max(MmMs)y tr{ihunic%a} pot€t(tat€) guarttanj imp(erator) quar- 
tmm, eo(n)${ul) tertiumj p(ater) p{airiae)y resiUuii. 

c A la partie inférieure de la pierre, on a gravé les lettres 
soiTantes, tracées négligemment et mal formées : 

R POTim 

M 

• 

c Ces lettres ne sont pas antiques; elles ont dû être ajou- 
tées après coup^ sans doute par quelque archéologue qui, 
ayant déchiffré l'inscription, a transcrit à part Tindication de 
Tannée de la puissance trihunitienne, parce que c'est elle qui 
donne la date précise. En tout cas, le fait remonterait au 
moins à deux ou trois cents ans, c'est-à-dire à une date anté- 
rieure à la construction de la maison dont la pierre formait 
la fondation. 

c Aussitôt après avoir été découverte, cette inscription a 
été publiée dans un journal locale 

c Le texte donné dans cet article est exact, sauf omission 
de la ligne surajoutée, qui, d'ailleurs, ne fait pas partie de 
Finscription antique. Mais l'auteur anonyme commet une 
grave erreur dans le commentaire dont il a fait suivre le 
texte. 

c II rapproche avec raison la nouvelle pierre de Brignoles 

1. Le Cùurritr ék Var, SI man 1886. 



— 458 — 

d'nne antre borne de la même série, trouTée au Luc (Yar)^ 
et connue uniquement par une copie de Peiresc ^. La copie 
de Peiresc ofifre, avec la pierre de Brignoles et toutes lei 
autres bornes connues, la variante suivante : 
TRPOT-nïî-IMPITER 

a Cette variante est donc en contradiction avec le texte d( 
toutes les bornes analogues qui mentionnent non la seconde 
mais la quatrième puissance tribunitienne; l'auteur ajoat( 
foi à la lecture du monument qui n'existe plus, et pen» 
que, sur tous les autres, on a, par erreur, gravé DiP * III 
au lieu de IMP * ITËR. U lui a sans doute smablé impos- 
sible que les nombreux auteurs qui ont édité la piarre di 
Luc se soient tous trompés. Le fait lui aurait paru moini 
improbable si, ayant pu consulter tous les livres où ce tezU 
a été publié, il avait constaté que tous les textes procèdent 
directement ou indirectement, de la copie de Peiresc. Il 
n'y a donc eu, en somme, qu'une seule erreur, aveuglémeni 
répétée par les éditeurs qui se sont succédé. 

a La thèse soutenue par l'auteur n'est pas nouvelle; il l'a 
vraisemblablement empruntée à Papou, qui,* prenant aussi 
comme point de départ la copie fautive de l'inscription dv 
Luc, veut également, sur les autres bornes, corriger im en 
ITERa. 

c Dès l'année 1818 cependant, l'auteur d'un article public 
dans VAlmanach du Var avait compris combien il était diffi- 
cile de supposer une même erreur de date reproduite sui 
plusieurs monuments; et, tout en proposant une explication 
inadmissible, il maintient avec raison, contre Papon, la 
lecture IMP im \ 

c U n'est pas nécessaire d'aller chercher bien loin les 
explications : la simple comparaison des dates diverses men- 
tionnées sur ces pierres suffit pour démontrer l'erreur de la 
copie de Peiresc, qui devrait être redressée, quand bien 
même on n'aurait pas sous les yeux les textes des trois bornes 
existant encore. En effet, sur cette inscription, Néron est : 



1. Mb. 8958, fol. 20. 

1. Histoire générale de /Vomum, 1776-i78S, t. 1, p. Ht, 

3. Ahnanach du Var pour 1818, p. 197-199. 



— «5f — 

i* dam sa quatrième puissance tribniUtieime, 2* imperator 
pour la quatrième fois, 3* consul pour la troisième fois. Or, 
la quatrième puissance tribunitienne de Néron court du 
13 octobre 57 au 12 octobre 58; au premier janvier 58, il 
lut consul pour la troisième fois ; cette même année, il fut 
iw^perator guarium^ sans doute à l'occasion des victoires de 
Gorbulon en Arménie. Dès Tannée suivante, il était impera- 
tar sextmm*. Sur une inscription de l'année 57, la troisième 
de sa poissanœ tribunitienne, il est iMptroiar tertùim^; ce 
fut aussi Tannée de son second consulat. 

« La mention de la seconde proclamation impératoriale, 
imperator iterum^ devrait donc, sur les inscriptions de Néron, 
coïncider avec la première ou la seconde année de la puis- 
sance tribunitienne et avec le premier consulat, et non avec 
la quatrième puissance tribunitienne et le troisième consulat. 

c Sur la borne du Luc et sur toutes celles de la série, il 
faut donc lire imperator quartum^ la seule mention qui con- 
vienne à Tannée 58, date de Tinscription. 

c Pas plus que la borne de Trans, celle de Brignoles n'est 
nouvelle. C'est évidemment la même qui fut publiée dans 
VAlnuMach du'Var avec la mention suivante : c On ignore 
c ce qu^est devenue aujourd'hui la pierre trouvée à Brignoles, » 
Depuis longtemps déjà, elle était dans les fondations de la 
maison du quartier des Capucins. Pour être convaincu de 
cette identité, il suffit de comparer le texte de VAlmanach du 
Var avec celui de la borne rendue à la lumière. La division 
des lignes est la même, ce qui ne se rencontre pas si Ton 
compare cette borne avec les autres de la même série. De 
plus, sur les deux textes, ligne 1, V et S sont liés; 1. 2, il y 
a un point après le F ; 1. 3 et 4, la lettre finale a disparu ; 
1. 6, il y a un point après AVG. 

c Trois autres bornes semblables ont été trouvées près de 
Brignoles. 

« L'une se voit encore non loin de Brignoles, sur le 
Cannn aureliany au lieu dit Candumy, près Gabasse, à Ten- 
trée de Tavenue de la ferme appelée La Grande'Piècey appar- 
tenant à M. Gavoty. 

i. Aeta ArtmUwn, Corp. inter, lot., t. VI, f. 48a, 1. 41. 
S. Corp, imer. lat„ t. U, n« 4734. 



— 460 — 

NBR0CLAVDIV8 
DlYiGLAVDI F- 

6EBMARMANIGIGAE ^ 
NTIGAESARIS- AVG • PHO 
NEP • Dl VI • AVG • ABNEPOTI {sié\ 

GABSAR • AVG 
GERMANIGV8 • P OJN T I F 
MAXTRPOTimiMPiniGOS 
in • P • P • RBBTITVIT 
c (Gopie Viliefosse-Thédenat.) 

c L. 1, on ne voit que le bas du 8; il est très rapproché 
du V, et semble avoir été lié avec loi, comme sur la borne 
de Brignoles. 

c De Tautre côté de Brignoles, entre cette ville et Tonnes, 
existait un autre milliaire de Néron. Gette pierre, trouvée 
en 1745 dans le territoire de Tourves^, fut transportée par le 
comte de Valbelle dans les jardins de son château. Le chl^ 
teau de Tourves fut brûlé, mais la pierre se voit encore, à 
l'entrée des ruines, sur une terrasse, debout à l'endroit où le 
comte de Valbelle la fit dresser. 

c Elle est parfaitement intacte, le texte antique est suivi 
de quelques lignes que le comte de Valbelle fit graver : 

NBRO • GLAVDIV8 

DiVl • GLAVDI • P 
GERMANIGI • GAE8AR 
•NEPj_TI • GABSARIS • AVG 
PRON • dIvI • AVG • ABNEjp 
GAE8AR • AVG * GERMANIG V8 (NI liàf 
PONTIP MAX • TR j^T • IHI 
IMP • im • G08 • m • P • P • 

RESTITVrr 
ET • ITERUM 
RESTITUIT/ 
A N N 1 7 6 5 
J08 • ALPH • AUDOM • 

1. Abiumûek du Var pour l'aimée iSiS; cf. Papou, Voifûfff de Ptwtnett 
t. I, p. 90, ot Siat. gén. de Promené», t. I, p. 112. 



— 464 — 



COMES DE VALBELLE 
DUX MILITARI8 
a (Copie Villefosse-Thédenat.) 

c Lors de notre passage à Brignoles, M. Vian, imprimear 
dans cette ville, nous a montré, à M. de Yillefosse et à moi, 
une carte manuscrite de Brignoles et du {>ays environnant. 
Elle est ainsi intitulée : 
c Tableau | msroRiQUE | de la | vigaibib | de Brignolle | 

AVEC le plan I SdÂNOGRAPHIQUE | DE SON TERRITOIRE | ROMB 

PBcrr I 1773. 

c Cette carte a été exécutée par ordre de M. Toussaint 
Goujon, curé de Brignoles ^ Tout autour, il a fiait repré- 
senter la série des curés de Brignoles ; lui-môme y figure 
avec cette mention : i Toussaint Goujon, prêtre de Brignolle, 
« D' en Théologie, pourveu en 1765, xxx« curé. » Tout à 
rheure, nous aurons à reparler de Toussaint Goujon. 

c A gauche et à droite de la carte, on lit le texte de deux 
bornes miiliaires : 

a Borne de gauche : 



NBRO • CLAVDIV8 | dIvI • 
CLAVDI FI GERMANICI 
GAE8AR I NEP j^TI • GAESARI8 
AVG • I PRON • DiVl • AVG 
ABNE- I GAESAR • AVG • 
GERMANIGVS | PONTIF • 
MAX • T^- POT • IIII I IMP • 
lUI C08 m I P • P • I 
RE8TITVIT 

Tramporiée au châteoM de Tourve». 

4 



« L. 6 : N et I sont liés dans GERMANICY8. 

1. Cf, Histoire de Brignoles t aans nom d'aatear, [J. Raynooard, Mcrétaire 
perpétuel de l'Académie Traiiçaite,] Brignoles, 1829, p. 23^ réimpression de 1883, 
même p«ge. 

Am. BULLBTIN. H 



— 462 — 

f Borne de droite : 



NERO • CLAVDIV8 • | DIvI • 
CLAVDl • F • j GBRMANICI • 
GAES ARIS • I NËP * 
TI GAE8ARI8 AVG 
PROINEP DiVl • AVG 
ABNEP08- I GAB8AR'AVG- 
GERMANICV8 PONTIF • 
MAX • TR j^OT • mi IMP • 
im G08 • lU P • P • 
RE8TITVIT 

Tramsportée à la battidê d» 

r S^'MarguêHtêj dite La Liêuê^ 

et de là à S^PUrrt. 

109 



c Une note écrite dans la marge de la carte mentionne 
ainsi la découTerte des deux bornes : 

c On ne peut douter que ce ne soit [il s'agit de Brignoles] 
« le Matavone de la grande voie Aurellienne , depuis la 
« découverte de deux pierres milliaires trouvées demière- 
c ment à chaque extrémité de son terroir, sur la grande route 
« actuelle f exactement semblables à celle du Luc, dont 
« Bouche donne aussi l'explication. » 

« Nous savons, par la carte même, que la borne de gauche 
est celle qui fut transportée au château de Tourves; elle est 
désignée par le numéro 4 qui correspond sur la carte i 
un point de la route de Brignoles à Tourves, situé eaa. face 
d'une ferme appelée Gatel. Vers cet endroit existe encore 
aujourd'hui une borne portant d'un côté les armes de Bri- 
gnoles, de l'autre les armes de Tourves, et, sur la face, la 
date 1638. On voit que la note mentionnant que les mil- 
liaires ont été trouvés à chaque « extrémité du terroir i de 
Brignoles doit être prise à peu près à la lettre. 



— 168 — 

f A débat d'autre indicatioiif la comparaison do texte 
donné par la carte et de celui qu'on Ut encore sur la pierre 
de Tourves suffirait pour rendre Tattribation certaine. Sn 
tenant compte des traits yerticaux par lesquels est marquée, 
sor la carte, la séparation des lignes, on voit que, sur les 
deoz pierres, les divisions sont exactement les mêmes. En 
outre, les deux textes ont des particularités communes qui 
ne se retrouvent pas sur les autres pierres de la même jérie : 

c Dans le mot PRON, la ligne horiiontale marquant 
l'abréviation; ligne 6 : ABNE au lieu de ÂBNBP, la lettre P 
ayant disparu sur la pierre de Tourves ; les lettres N et I 
liées dans le mot Otniamiau^ . 

« Les termes dans lesquels Papon raconte la découverte 
de U borne de Tourves favorisent aussi cette identification, 
si on les rapproche des expressions dont se sert l'auteur de 
la carte : 

t Après Saint-Maiimin, en suivant la grande route, Titi- 
t néraire fiiit mention de T^rrtM, aujourd'hui Tourvm. On a 

• trouvé, A L'BXTBéMITÉ DU TBRBOni, DU C&SÈ DB BftlOIlOLBS, 

c QO mîliiaire qui fut élevé la quatrième année du règne de 
t Néron, l'an 58 de J.-G. Feu M. le comte de Valbelle le fit 
« placer au bas d'une rampe, dans le parc de son château, qui 
« est un des plus beaux de Provence'. » 

« Nous pouvons donc, grâce à la carte de M. Vian, con- 
naître l'endroit précis où a été trouvée la borne transportée 
par le comte de Valbelle dans son château de Tourves. 

t Quant à la borne de droite, trouvée â l'autre extrémité du 
territoire de Brignoles, elle était située, d'après le n* 109 
dont elle est notée, à 300 mètres environ au delà de la ferme 
dite La Lieue (en provençal La Lègue), vers les confins du 
territoire de Brignoles et de Gabasse, à un endroit corres- 
pondant à peu près au cinquième hectomètre du troisième 
kilomètre de la route de Brignoles à Gabasse, c'est-àp-dire à 



• • 



1. U faut eependut ftire obaerrer qae la séparation des lignes et quelques-unes 
àêt partidilarités signalées ici ont été ajoutées sor la earte vpré» ooop; quoique 
plos récentes que la earte, elles doirent êtrs eepeadant andennes ; M. Vian les y 
t tODJoors mes. 

S. Voyage de Provence, t. I, p. 90. 



— 464 — 

Bit kilomètres et demi de Brignoles *. De là, nous apprend 
la carte, elle fût transportée à la ferme La lÀgwB^ pois à 
Saint-Pierre. 

« On serait tenté, an premier abord, de regarder cette copie 
comme celle de la borne, existant encore à Gandamy, dont 
j'ai donné le texte pins haut. Mais nous avons des données 
contraires, outre les divergences notables qui existent entre 
les deux textes. 

« Dans sa Statutiquê d» Var^^ Noyon s'exprime ainsi an 
sujet d'une borne de Brignoles : 

c 11*. Borne miliiaire à Brignoles. De nos jours, il existait 
« une autre pierre miliiaire à très peu de distance de la 
« route ancienne d'Italie, près de Tavenue qui conduit de 
c cette même ronte à la maison de campagne dite La Lieue, 
i appartenant à M. Bellon de Sainte-Marguerite. Cette pierre 
f fut demandée, peu avant la Révolution, par M. Goujon, 
« ancien curé de la paroisse de Brignoles, qui la fit trans- 
f porter à sa campagne, dite la />îmm, et la fit placer à 
« Textiémité nord d'une allée qui se trouvait en fiàce de la 
c principale porte de la maison d'habitation. Il y fit placer 
c au-dessus un assez mauvais buste de Néron. La tourmente 
c révolutionnaire a fait disparaître cette pierre. 

« L'inscription que portait cette pierre est telle qu'on la voit 

« M. Goujon fit ajouter an bas ces deux lignes : 
€ QVI PBTRVM TRVGIDAVrr 
« PETRI AEDES EXORNAVIT » 

c La borne transcrite à gauche de la carte et celle que 
mentionne Noyon sont les mêmes. Rome et Noyon disent 
l'un et l'autre que la borne fut transportée à Là. Lieue; 
Rome ajoute qu'on la porta ensuite à Saint-Pierre. L'église 
Saint-Pierre, aujourd'hui détruite, était au sud-est de la 
ville; c'était l'ancienne paroisse de Brignoles*. 

« Transportée à Saint-Pierre, la home fut destinée proba- 
blement à quelque restauration de l'église. On s'explique alors 

1. La ronte de Cahute s'embranche sur oelle de Brigaolee à Flasaaiia, deoz eeaU 
mèlret à peu prée aprèa le troiiiAiiie kilomètre. 
S. Statittiquê du Vor, éd. de 1838 et de 1848, p. tti. 
a. Cf. HUL de Brignolêt, p. 19-tO. 



— 165 — 

que le coré de la paroisse de firignolea, Vàbhé Toussaint 
Goujon, ait éprouYé un certain plaisir à constater, sur la 
pierre même, que le milliaire de l'empereur, sous le règne 
duquel saint F4erre fut martyrisé, avait servi à orner une 
église consacrée à saint Pierre. 

« Les bornes de Brignoles ont été publiées souvent, sans 
que les auteurs se soient référés les uns* aux autres. Les 
confusions sont faciles; il importe d'en bien établir le 
nombre. On connaît quatre bornes de Jïéron trouvées à Bri- 
gnoles ou aux environs; les voici, en suivant la voie Âuré- 
Uenne de l'est vers l'ouest : 

c 1* Celle qui se trouve actuellement à Gandumy, sur la 
voie Aurélienne, à l'entrée de l'avenue de la ferme dite La 
Grande-Pièce. 

« 2* Celle qui fut trouvée près de La Lieue, sur le bord de 
la voie Aurélienne, confondue en cet endroit avec la route 
de Gabasse. 
« 3* Celle de Brignoles, retrouvée récemment, 
c 4* Celle de Tourves, trouvée à la limite de Brignoles et 
de Tourves, sur le bord de la voie Aurélienne ^ 

« A la suite du texte de la borne du Luc, dont j'ai parlé 
plus baut, Peiresc^ donne la copie d'un autre milliaire, 
trouvé au Cannet, près du Luc. Il est facile de reconnaître 
dans cette copie le fragment d'un milliaire de la môme série 
que les quatre précédents. 

« Il n'a pas encore été signalé, à ma connaissance du 
moins. 

GIG 

AESAR 

NIIVIAV 

CAËSAR 

RMANI 

AXTRPOT 

COSUPPRESTip 

{sic) 

1. Je ii*ti pas à parier ici des bornes de Gabasse; elles appartiennent à une 
antre série. 
S. Loe.eit. 



I ' 
I 



— 466 — 

« Jd D. TrmUiUis ogro dé CatmHo ad viam, a»rûiamy,wnL 4 
a Imoo. » 

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^«RMANIcicf - pontif 
« AX ' TR • POT • un • mp • tiu 
COS • m • P • P • RE8TI<«tf 

« Les borues de ces deux séries ne portept aucune indica- 
tion de distance. Faut-il en conclure qu'elles étaient seule- 
ment destinées à rappeler les restaurations de la route, faites 
par ordre des empereurs Tibère et Néron, et le nom miîUaire 
qu'on leur a toujours donné serait-il impropre ? On ne peut 
le croire; les milliaires de Tibère de la voie Domitienne 
portent tous des chififres. D'un antre côté, je ne me repré- 
sente guère une borne milliaire sans indication des distances. 
Ce fait peut quelquefois s'expliquer par la juxtaposition d'une 
borne plus récente à côté d'une borne ancienne ; mais cela 
suffirait-il pour expliquer l'absence de chiffres sur un si grand 
nombre de milliaires? Peut-être pourrait-on supposer que, la 
formule officielle qui ne devait pas changer, une fois gravée, 
on plantait quelquefois les bornes indistinctement, de mille 
en mille, à la place qu'elles devaient occuper; puis le chiffre 
était peint sur la pierre et entretenu par les cantonniers. 
Cette idée m'est venue quand, parcourant certains de nos 
départements à la recherche des milliaires de l'époque 
romaine, je vis, sur le bord des routes, des bornes kilomé- 
triques dont les chiffres étaient peints en rouge. Ce qu'on 
fait maintenant, pourquoi ne Taurait-pn pas fait autrefois? 
Les hommes se copient et se répètent plus souvent qu'ils 
n'innovent. L'usage des inscriptions peintes était en outre 
assez répandu dans l'antiquité et chez les Romains pour que 
cette hypothèse ne paraisse pas invraisemblable^; toutefois, 

1. Cf., sur les inscriptiou peintes, disaerUtion de Dreaael daae Im CMunento- 



— 4«7 — 

elle ne swirait ôtre admise sans an fait on na texte à Pap- 
pni, et je n*ai, à mon grand regret, ni l'on ni l'antre à pré* 
senter. i 

M. de Rougé, membre résidant, présente à la Compagnie 
une bague en or du xrv* siècle, dont le chaton est orné 
d'un casque surmonté d'un haut cimier, et flanqué des deux 
lettres R et G. Il présente en môme temps une petite boucle 
en or du xv* siècle, portant une légende en minuscules 
gothiques dont la lecture semble difficile à déchifi[ï«r. Ces 
deux objets ont été découverts aux Essarts (Vendée).^ 

M. Maxe-Werly, associé correspondant à 6ar-le-Duc, 
présente une balance en bronze, de l'époque romaine, trou- 
vée à Reims. Toutes les pièces, verge, anse, chaînettes, 
anneau, plateau et contrepoids, conformes à la description 
de Vitmve, présentent certaines particularités qui méritent 
d'être examinées en détail. 

Cette pièce appartient à M. Léon Foucher, dont le riche 
cabinet mériterait d'être plus connu ; le bouton qui devait 
exister à l'extrémité du fléau manque; mais, dans toutes ses 
autres parties, l'état de conservation de cet objet antique ne 
laisse rien à désirer. Les poignées ou crochets, ansaêy faites 
en col de cygne, sont revêtues d'une belle patine vert-éme- 
raude; le plateau, lancula^ supporté par quatre chaînettes, 
maintenues dans leur course par une bague ou anneau, pré- 
sente à la partie inférieure, tracées à la pointe, les lettres 
K B ; il est orné au-dessus et au-dessous de cercles concen- 
triques formant gorges et moulures ; le contrepoids, aequip<m'' 
dnan^ de forme ovoïde, du poids de 669 grammes, présente, 
tracée en pointillé, Tinscription : 

1 • XXVI • 

La verge ou fléau, sc<qms, dont les poignées peuvent, au gré 
de la personne qui fait usage de cette balance, permettre de 
déplacer le centre d'équilibre et d'obtenir des pesées de pré- 
cision différente, porte sur chaque flanc une graduation spé- 

tkmei in honarem Mommieni; Hflbner, Exempta teripiurae epigr^hient laii- 
nae, préfaee, p. xxri «t m. 



I 



— 468 — 

ciale et sar diaque arête une ponctuatioa qai se rapporte k 
Fna ou l'antre des deux systèmes, maximom ou minimum, 
dont l'évaluation est indiquée en chifiûres romains. 

Nous devons d'abord faire remarquer que le poids maximum 
que peut donner cette Jtlaière, quand on la tient par le crochet 
le plus rapproché de l'extrémité du fléau qui porte le crochet 
double, aux branches duquel sont suspendues les chaînettes 
du plateau, ne saurait dépasser 26 livres romaines, ainsi que 
l'indique l'inscription gravée sur la panse de VaequipondUm 
destiné, en glissant sur la verge, à faire équilibre avec l'objet 
à peser; cette inscription, que je n'ai rencontrée sar aucun 
autre poids, doit être lue : P(ondu8) Âfsses) XXYI, c'est-à- 
dire : poids extrême 26 as ; le poids inférieur ne pouvant être 
au-dessous de 6 as ou 6 livres ^ 

Si, pour peser des objets d'un poids moindre, on fait usage 
de cette balance en se servant du crochet plus éloigné de 
l'extrémité supportant le plateau, les divisions inscrites sur 
le flanc du fléau sont différentes et permettent d'obtenir plus 
de précision dans l'évaluation du poids, les subdivisions 
étant plus nombreuses. Sur cette graduation le poids maxi- 
mum est de 9 as et le poids inférieur ne descend pas au-des- 
sous de 3 onces, c'est-à-dire 3/12 d'as ou un quart de livre; 
chaque livre est marquée par un chiffre romain et par un 
trait sur l'arôte ; chaque demi-livre par la lettre S entre deux 
chiffres romains et par deux points : sur l'arête, chaque semis 
est divisé en 6 onces marquées par des points, ce qui établit 
pour chaque livre une graduation clairement indiquée en 
deux semis et en douze onces. 

Cette statère n'est point assurément un instrument de pré- 
cision ; de plus l'usure, en émoussant les arêtes du fléau et 
le couteau du curseur auquel est suspendu Vaequipondkm^ ne 
permet point de demander à cette balance autre chose que 
des poids par à peu près. 

M. Delavilie Le Roulx lit un mémoire sur des sceaux rela- 

1. Lei livres sont marqaéei de cinq en cinq par on chiffire romain : Vl, X, XV, 
XX, XXV'XXVT. Dans l'intenralle, chaque livre, indiquée sur l'arête par un trait, 
estdiTÎBie en êextans (1/6 de la liTre) marqués par des points. 



— 469 — 

tifs à l'Orient latin conservés aux archives de Malte. Il signale 
l'importance de ces représentations sigillographiques et nous 
fait connaître les sceaux de Baudoin IV, roi de Jérusalenii 
de Bohémond IV d' Antiocbe, de Raymond III de Tripoli, de 
Gautier Granier I de Gésarée, de Guillaume I«' et de Guil- 
laume II, patriarches de Jérusalem, de Pierre, archevêque 
de Gésarée, de Pierre, archevêque d'Apamée, de Pierre, 
évèque d*Hébron, d'Eustorge et d'Hélie de Nabinaux, arche- 
vêques de Nicosie, et de Tabbaye de Sainte-Marie-Latine. 
Ce mémoire est renvoyé à la Commission des impressions. 



M. Moiinier lit une note de M. J. de Laurière sur deux 
inscriptions relatives à la bataille de Marignan, récemment 
rétablies dans relise de Zivido eu Lombardie : 

c Les deux inscriptions que j*ai Thonneur de communi- 
quer à la Société des Antiquaires de France ont été installées 
récemment dans l'église de Zivido, en Lombardie, par les 
soins de Tabbé Dom Rafaël Inganni, curé actuel de cette 
paroisse. 

t Le petit village de Zivido est situé sur l'emplacement où 
eut lieu, les 13 et 14 septembre 1515, le plus fort et le combat 
décisif de la bataille de Marignan, à environ deux kilomètres 
de Melegnano, qui est aujourd'hui le nom de l'ancien Mari- 
gnan. 

c Dans cette même église, après la bataille, les 15, 16 et 
17 septembre, furent célébrées, par ordre de François I*', 
trois messes ; la première en actions de grâces pour la vic- 
toire, la deuxième pour les âmes des morts et la troisième 
pour la paix. On déposa alors dans un caveau pratiqué sous 
le milieu de la nef les ossements des morts recueillis sur le 
champ de bataille. 

c En 1518, François I»' fit acheter, près de Zivido, entre 
ce village et le bourg de San-Guiliano, une partie du ter- 
rain sur lequel eut lieu le dernier combat. Il y fit ériger une 
chapelle, dite de la Victoire^ et y fit transporter les osse- 
ments qui avaient été provisoirement déposés à Zivido. Dans 
cette chapelle furent placées les inscriptions en question. 



— 170 — 

c Cette chapelle fat démolie en i672^ Les oseements lurent 
transportés de nouveau dans l'église de ZiTido, mais les ins- 
criptions furent apportées à Melegnano^ dans l'église des 
Capucins. 

« Au siècle dernier, cette chapelle des Capucins de Mele- 
gnano fut ruinée elle aussi, et, par suite, les deux inscrip- 
tions tombèrent entre les mains d'un habitant de Melegnano, 
l'ingénieur Gallina. Elles restèrent oubliées dans un endroit 
obscur de sa maison, sous un escalier, jusqu'en 1880. C'est 
alors que Tabbé Inganni, curé de Zivido, appréciant l'intérêt 
historique qui se rattachait à ces deux marbres, eut la bonne 
pensée de se les procurer par acquisition et de les faire ins- 
taller dans sa modeste église sur les deux murs de la nef. 
C'est là que, le lundi 12 de ce mois, j'ai pu les copier et en 
prendre des estampages. On aperçoit encore dans le caveau 
établi sous l'église un certain nombre des ossements dont je 
viens de parler. 

« La première de ces inscriptions concerne François de Bonr* 
bon, duc de Ch&tellerault, fils de Gilbert de Bourbon, comte 
de Montpensier, et de Claire de Gonzagues, tué à la bataille 
de Marignan. C'était pour lui que fut érigé en duché, l'année 
précédente, la vicomte de Chàtellerault, d'où le titre de Com- 
triheraidit ducûqui figure dans l'inscription. Quanta Charles, 
son frère, c'est le duc de Bourbon, le connétable qui, plus 
tard, se tourna contre la France et fut tué au siège de Rome. 

a L'inscription se continuait au-dessous de l'écusson sur 
plusieurs lignes. Mais malheureusement elle est effacée, le 
marbre étant rongé. On distingue seulement à la première 
ligne les mots : FRANCS DE BOVRBONI 

ff Au-dessus d'un écusson, aux armes de Bourbon-Mont- 
pensier, on lit : 

FRANCISCI • DE • BORBONIO 
CA8TRI HERALDI • DVGI8 • FORTI 
SSIMI • BELLO • HELVETICO • AD 
MARIGNANV • EXTINGTI • CORDI 

i. L'emplacement est courert <riierb«get, meJa Fabbé Ingaani, qvi m'y a aoeoBK 
pagné, dit qae les sabatractioue de la chapelle aont riaiblea à flaor de tem. 



— 474 — 

ET • INTE8TINI8 • GAR0LV8 

FRATER • HOC • MONVMENTV 

P08VIT 

c La seconde de ces inscriptions, accompagnée d'un écn, 
de style italien, à une fasce accompagnée de 3 aigles à deux 
têtes OMX aOes éployées, porte : PRINGIPIS 6ILIBERTI 
LORRIS PR.ESLES CANDE ET PER0V8 DOMINI 
ARBilGERI 8TRENVI QVESTORIS BVRBONI DVGIS 
PRE8IDIS REGH BELLO HELVETIGO EXTIGTI RELI- 
QVIE AD8VNT DIE 14 8EPTEM 1515. 

c Mais je n'ai pas avec moi les éléments nécessaires pour 
établir Tidentité de ce personnage. 

f Par suite de leur long séjour à Melegnano, dans un 
endroit obscur d'une maison particulière, il y a beaucoup de 
probabilités pour que ces inscriptions soient inédites. En 
tout cas, elles, peuvent être considérées comme retrouvées, 
après avoir disparu, et Ton ne saurait trop louer le zèle 
éclairé et tout désintéressé de Tabbé Dom Inganni qui vient 
de les mettre en évidence dans son église. 

c Ces deux documents de notre histoire nationale, conser- 
vés hors de France, m'ont paru de nature à intéresser la 
Société dont j'ai l'honneur d'être membre correspondant, et 
cette pensée m'a engagé à lui en faire la communication, 
sauf à y revenir à un autre momeiit pour lui donner plus 
d'éclaircissements. 

c En terminant, j'adresserai l'expression de ma gratitude 
à M. Garovaglio, l'érudit archéologue milanais, qui a bien 
voulu m'indiquer l'existence de ces monuments et m'accom- 
pagner dans cette excursion à Zivido. t 

M. Mowat, répondant à une question posée par M. de Gey- 
mûller dans la séance du 17 mars dernier, conjecture que le 
temple de Diacolis, vu et dessiné par Ducerceau dans une 
localité qu'il ne nomme pas, est à mettre en rapport, sauf 
altération orthographique du nom de la divinité, avec l'inscrip- 
tion d'Antibes : [Iuî%\Pl • G • F • GARINA || [/7a]MINIGA • 
8AGER I [dos cie]AE THVG0LI8 1| [/e»^]AMENTO • F • 1 1| 



— 172 — 

Séance du 28 Avril. 

Présidence de M. E. Saolio, président. 

Ouvrages offerts : 
Bulletin de la Société archéologique^ scientifique et littéraire de 

Béxiers^ 2« série, t. XIII, !«•• livr. Béziers, 1885, in-8«. 
KorrespondenMatt dex Westdeutsche Zeitschrift fur Ge^ 

schichte und Kunst^ Y* année, n<» 4. Trêves, 1886, in-8». 
Mémoires de la Société académique d^archéologie^ sciences et 

arts du département de VOise^ t XII, 3« partie. Beauvais, 

1885, in-8«. 

Revue de CommingeSj Pyrénées centrales^ t. U, année 1886, 

2« trim. Saint^Gaudens, 1886, in-8*. 
Rwue savoisienne, XXVU* année, mars-avril 1886. Annecy, 

1886, in-4o. 

MuoNi (Damiano). Antichità romane nel Basso Bergamaseo e 
cenni storici sopra cakio ed antignate. Milan, 1875, in-8<*. 

— Elenco deUe Zecche âHtalia dal medio evo insino a noi, 
Gôrae, 1886, în-S*. (1" et 2« édition.) 

— Gli antignati organari insigni e série dei maestri ai Cc^pdla 
àel duomo di Milano. Milan, 1883, in-8'. 

— Iscrixioni storiche onorarie e Junerarie^ autori oart, iscri- 
noni commemorative délia famiglia Sfuoni e notisie sul Beaio 
Amedeo ofondatore degU Amadeisti, Milan , 1886, in-8«. 

Perrot et Gh. Chipiez ((reorges). Histoire de Part dans ranti' 

quité, t. IV. Paris, 1886, in-8o. 
Prost (Aug.). La cathédrale de Mets, Metz, 1885, in-8«. 

Travaux, 

M. R Molinier communique à la Société une plaquette en 
bronze appartenant à M. G. Duplessis, plaquette exactement 
semblable à un nielle signé PeUegrino. Par le rapprochement 
de cette plaquette et de ce nielle avec les dessins du Musée 
de Lille signés Giacomo da Bologna, M. Molinier établit que 
le graveur connu sous le nom de PeUegrino doit être iden- 



— 473 — 

tifié avec Giacomo Francia, fils de Francesco Raibolini, dit 
Francia. 

M. Auguste l^icaise, associé correspondant à Gh&lons* 
sur-Marne, présente une statuette de Jupiter Sérapis en 
bronze trouvée à Gemay*lès-Reims ; des bracelets "en fer 
ouvré trouvés dans le cimetière gaulois de Fontaine-sur- 
Gooles; des bracelets en argent trouvés dans une sépulture 
gauloise contemporaine de la conquête romaine, à Yermand 
(Aisne) ; enfin, les débris d*un vase gaulois en terre brune, 
sur la panse duquel on voit, dessinée au trait, une série 
d'animaux cornus assez semblables au bouquetin ; M. Nicaise 
rapproche ce vase en terre cuite des cistes en bronze trou- 
vées en Italie ; il pense que ce vase, unique en son genre 
dans les trouvailles de Tépoque gauloise, était probablement 
muni d'une anse en fer. 

M. Demaison, associé correspondant à Reims, commu* 
nique un cachet d'oculiste romain, trouvé à Reims, dans 
les substructions d'un hypocauste. 
Sur l'une des tranches de ce cachet on lit : 
SOLAVRE 
MYRNBSA 
Sol(mi) Aure(îii) [diaâ]myrnei a(d) [in^tvm] (?) 
Dans d'autres fouilles, M. Demaison a découvert un petit 
godet, creusé dans le marbre, semblable à ceux dont se ser- 
vaient les oculistes pour broyer et délayer leurs collyres. 

M. Buhot de Kersers, associé correspondant à Bourges, 
communique la découverte, faite à Bourges, de stèles 
romaines portant des inscriptions et ornées de bas-reliefs. 

Sur une de ces stèles, de forme rectangulaire, on lit, 
au-dessous d*un portique simulé, l'inscription : 
PATERNO 
Une autre porte les mots : 

D M 
AVGVRINA 



— 171 — 

Une troittème r^résente un buste de femme sons une 
arcade. 

8ur la quatrième, enfin, on a représenté un en&nt tenant 
un petit chien sur ses genoux. 

Ces stèles sont destinées au Musée de Bourges. 

M. Flouest rappelle que, sur des ex-^voto trouvés aux 
sources de la Seine, on voit aussi des enfants tenant un 
chien dans leurs bras. 

M. Buhot de Kersers entretient ensuite la Compagnie d'une 
fontaine existant dant le département du Cher, appelée Le$ 
Baptisésy qui est encore l'objet de pèlerinages. On a trouvé, 
dans son voisinage, une grande quantité de petits vases en 
terre fort grossière et d'époque certainement très ancienne. 

M. Gaidoz suggère l'idée que ces vases avaient pu servir 
autrefois aux pèlerins pour boire l'eau sacrée de la source et 
ensuite être laissés en ex-^polo comme les célèbres vases des 
Aqua9 JpoUÎMarei en Italie. 

M. Juillet, associé correspondant à Sens, présente des 
boucles d'oreille en argent trouvées dans un cimetière méro* 
vingien. 

M. Boucher de Molandon, associé correspondant à Orléans, 
signale la découverte, dans un tumulus de Reuiliy, près 
d'Orléans, d^un vase en bronze, dont les parties sont rap- 
prochées au moyen de rivets et non soudées. Ce vase, que 
l'on croit du premier âge du bronze en Gaule, contenait des 
ossements humains incinérés. 



Séance du 5 Mai. 
Présidence de M. E. Saolio, président. 
Ouvrages offerts : 
Annuaire de la Société française de numitmaiiquê et éTarekiO' 

logie^ mars-avril 1886. Paris, in-8«. 
Atti délia reaU AccadenUa dei Uncei^ anno GGGXXXIU, 
1885-1886, série IV, t. II, &sc. 7. Rome, 1886, in-8». 



— 175 — 

U Ccmrriêr de VomgéUu^ XI* année, h* 3. 1886, in-8*. 
Mémoiret de la Société kùtarigite et archéologique de Vwtvm^ 

dissemaU de Ponloiêe et du Vexim, t. IX. Pontoise, 1886, 

in-8». 
Reçue de VAtt chrétien^ nouvelle série, t. lY, %• livr. In-8*. 
Geutbl (£ag.). Notice biogr^kique sur ÉmiU Egger. Gaen, 

1886, in-4*. 
Dbpoin (J.). Cartulaire de l'Hâtel'Dieu de Poutoiee. Pontoise, 

1886, in-4% 
Gbuuih (Léon). La crois de taxou^ 1586. Nancy, 1886, in-8«. 
— Notice SUT la tombe d Isabelle de Musset^ femme de Gilies /« 

de Busleydem^ à Marmlle, Nancy, 1886, in-8*. 
Mjlxs-Werlt (L.). Monnaies des Pétrocores. Paris, 1886, in-8». 
Rbqiiibe (Louis). La Benaissance dans le Vexin et doMS une 

partie du Parisis à propos de Vowrage de M, L. PaUustre, 

1886, in-4*. 

Tra»aMX. 

Sur la proposition de M. Nicard, la Société décide qu'elle 
remettra au département des mss. de la Bibliothèque natio- 
nale la collection de documents manuscrits anciens qu'elle 
possède. Ce sont, pour la plupart, des quittances du xv« au 
zini* siècle. 

Sur une seconde proposition de M. Nicard, la Société émet 
le 7œu que le tracé du chemin de fer métropolitain respecte 
les anciens hôtels du quartier du Marais. 

M. de Barthélémy lit, au nom de la Commission de publi- 
cation, un rapport relatif au t. XLYI des Mémoires, qui est 
en préparation. Les conclusions de ce rapport sont mises aux 
voix et adoptées. 

M. Dangibeaud présente divers objets appartenant au 
Musée de Saintes. 

M. Guillaume annonce la découverte, à trois kilomètres 
de Périgueux, des substnictions de deux théâtres du Bas- 



— 47« — 

Empire et d'an nynypkamm^ k ce que lui assare un de ses cor- 
respondants. 

M. Tabbé Thédenat lit une note du marquis de Fàyolle, 
associé correspondant à Péiigaenx, sur la découverte des 
substructîons romaines que vient de signaler M. Guillaume. 

« Le propriétaire d'une usine située à environ trois kilo- 
mètres de Péhgueuz, voulant faire planter des arbres dans 
une prairie voisine^ fut étonné de rencontrer des moniillesà 
peine enfouies sous la terre végétale, et, avec une inteUi- 
gence et un désintéressement des plus louables, il a mis ses 
ouvriers à rœnyre et a déjà dégagé un ensemble de subs- 
tructions très étendu, qui ne peut manquer d'être le pré- 
lude de découvertes intéressantes. La rivière de Tlsle forme 
en cet endroit un coude qui embrasse une praîrie d'en- 
viron six hectares. Cette prairie ofifre à l'œil une sorte de 
ressaut qui recouvre la plupart des ruines. Cependant, les 
fouilles faites dans le reste de la prairie, ou de simples son- 
dages, ont mis à jour d'autres débris. La plaine est large en 
cet endroit; au contraire, du côté opposé, un coteau calcaire 
surplombait jadis l'autre rive, il a été coupé pour laisser pas- 
sage à une route et à la ligne d'Âgen à Paris par Limoges. 
Il parait que certains vieux paysans savaient qu'il existait là 
des antiquités, mais personne de ceux qui ont écrit sur l'ar- 
chéologie en Périgord n'en avait eu connaissance. W. de 
Taillefer, cependant, avait signalé, dans ses Amiq%niés de 
Vésone, l'existence d'un pont romain reliant, à cet endroit 
même, les deux rives de l'Isle, — pont aujourd'hui absolu- 
ment disparu. — Le lieu où sont les substructîons est dominé 
par une fontaine très abondante, dans laquelle on a découvert 
l'ouverture d'un canal antique se dirigeant vers les ruines. 
Ces substructîons, orientées vers le nord, la façade regardant 
la rivière, se divisent en trois groupes. Une trop rapide 
visite ne m'a pas permis d'en lever un plan exact, et d'ail- 
leurs chaque jour en augmente l'importance; je crois donc 
que, jusqu'à nouvel ordre, il est prématuré d'afBrmer caté- 
goriquement en face de quel genre d'édifice on se tronve, 
d'autant mieux que nulle part on n'est arrivé au sol antique, 



— 477 — 

excepté dans quelques sondages, qui ont établi que la hau- 
teur de ces substructions, sur le sol ancien, ou plutôt sur le 
sol qui sert de base aux fondations, est d'environ deax mètres. 
Je vous ai dit que les substructions formaient la base de trois 
édifices différents. Les deux premiers, établis parallèlement 
Fun à l'autre et identiques, se composent d'une sorte d'ab- 
side double, et, sur les faces latérales, de petites absidioles, 
dont il est aujourd'hui très difficile de reconnaître l'enunan- 
chement. H sera facile, lorsqu'on arrivera au sol, de déter- 
miner la nature de ces constructions qui me paraissent bien 
être un double balnéaire ou n3rmpheum, probablement relié 
par une galerie. Presque au bord de la rivière, et placée & 
égale distance du centre des axes de chacune des absides des 
grands monuments, on a mis au jour une construction plus 
petite et d'une forme parfaite, qui me parait être une piscine ; 
en voyant la section des murs au niveau du sol, on se croi- 
rait au premier abord en présence de l'un des parterres de 
Versailles. 

« Les murs sont construits en moyen appareil; ils devaient 
être revêtus de carreaux de terre retenus au moyen de cram- 
pons à têtes doubles et de clous. On en a rencontré un assez 
grand nombre. On a aussi rencontré des fragments de stuc 
ainsi que des diébris de poteries sigillées et d'amphores. Un 
cube de pierre, de petit appareil, trouvé au milieu des débris, 
porte sur sa face extérieure une série d'arêtes de poissons ou 
de stries, qui ressemblent fort à la taille du revêtement inté- 
rieur du grand vomitorium de l'amphithéâtre de Périgueux. 

fl La décoration devait être soignée, si on en juge par des 
débris de fûts de colonnes cannelées et surmontées de cha- 
piteaux, dont un fragment est largement taillé. 

c En somme, on n'a encore fait que gratter la surface de la 
terre; les découvertes intéressantes se produiront sans doute 
à un niveau inférieur. • 

M. de Rongé dit qu'il a vu le vase cypriote portant le nom 
du roi Ptolémée, dont M. Mowat a entretenu la Cîompagnie 
à une séance précédente (p. 145). L'authenticité de ce monu- 
ment lui parait incontestable. 

AMT. BULLETIN. 12 



— 17g — 

Séance du 12 Mai. 

Présidence de M. E. Saglio, président. 

Oavrages offerts : 
Annales dé F Académie ^^archéologie de Belgique, t. XXXVDI' 
XXXIX, 3» série, t. VIIl-IX. Anvers, 1882, in-8«. 

— de la Société des lettres, sciences et arts des Alpes-Mari' 
times, t. X. Nice, 1885, in-8-. 

Atti délia reale Accademia dei lÀncei, anno OGLXXXIII, 
1885-1886, série IV, t. II, fasc. 8. Rome, 1886, in-4*. 

Bulletin critique, publié sous la direction de MM. Duchesne, 
Ingoid, Lescœur, Thédenat, VII* année, 4« mai. Paris, 
1886, in-8*. 

— de r Académie d'archéologie de Belgique, XIV« série, n«« 1-4. 
Anvers, 1885, in-S*. 

— d'histoire ecclésiastique et ^archéologie religieuse des 
diocèses de Valence, Digne, Gap, Grenoble et Vimers^ 
Vie année, novembre-décembre 1885. Valence, 1886, in-8*. 

-^ de la Société archéologique é^ Eure-et-Loir, procès-verbaux ^ 
n« 173, mai 1886. Chartres, 1886, in-S». 

— de la Société historique et archéologique du Périgord, 
t. XIII, 2» livr. Périgueux, 1886, in-8-. 

— des Commissions royales d'art et d'archéologie, XXIU* an- 
née, n«» 1-12; XXIV* année, n" 1-6. Bruxelles, 1885, in-8«. 

Recueil de la Commission des arts et monumenis historiques de 
la Charente-Inférieure et Société d'archéologie de Saintes, 
III« série, t. I, 6« livr. ; t. VIII de la collection. Saintes, 
1886, in-8o. 

Revue de l'Afrique française, t. IV, 5* année, janvier-février 
1886. Paris, in-8*. 

— savoisienne, XX Vil" année, mai 1886. Annecy, 1886, in-8«. 
The american journal of archeology and of the history ofthe 

fine arts, Baltimore, 1886, in-8*. 
Viestnik hrvatskoga arkeologickoga Druxtva, t. VIIÏ, n« 2. 

Zagrel-Agram, in-8*. 
Dblisle (Léopold). Rapport sur une communication de M, Bru- 



— 179 — 

taiU fêlatwê à «Né huIU 9ur papf^ru» dm pap% Serge IV. 

Paris, 1886, in-8% 
EsTAonOT (Le O d'). FonàUee et sépultures mérotnngienneM de 

figUee Samt-Oue» de Raueu^ décembre lS84-féYrier 1885. 
Lartasdub monachus. SancU SwUtruni Wirniomeneie epiecopi 

trtmàlatio et mitacula. Bruxelles, 1885, m-8*. 

Travaux. 

M. le Président annonce la mort de M. Tabbé Gorblet, 
associé correspondant national à Versailles, et exprime les 
regrets que cause à la Compagnie la mort de ce savant 
archéologue. 

M. Nicaîse présente un fragment de bras provenant d'une 
sépulture gauloise et auquel étaient encore attachés un cer- 
tain nombre de bracelets qui étaient reliés l'un à Tautre par 
un mécanisme particulier. A cette occasion, il convient de 
rappeler les bracelets formés de nombreux anneaux disposés 
en spirale et couvrant une moitié du bras. Au sujet de 
cette communication, M. Gaidoz fait les observations sui- 
vantes : 

€ Des ornements aussi compliqués se mettaient-ils et 
s'étaient-ils à volonté dans les toilettes du matin et du soir ? 
Gela n'est pas probable : l'opération eût été trop difficile; ils 
devaient être en quelque sorte rivés pour la vie sur la per^ 
sonne. Nous en avons le témoignage chez les peuples non 
civilisés , qui continuent sous nos yeux mêmes les usages 
primitifs de nos ancêtres. Voici ce que le R. P. Augouard 
raconte dans son voyage au Congo : 

c Si les hommes ont la dévotion des armes, les femmes ont 
c le culte du cuivre, et, selon leur degré de richesse, elles 
< portent des ornements en plus ou moins grande quantité. 
« Les unes ont autour des jambes des anneaux de cuivre 
« plat qui simulent absolument des bottes à Técuyère ; elles 
c ont également une foule de petits anneaux aux bras, et les 
c plus riches portent au cou un énorme collier massif pou- 
c vaut peser de 12 à 14 kilogr. A la mort, on coupe la tête 



— 180 — 

fl pour avoir le collier, car le mari ne veut rien perdre ^ » 
M. Nicaise ajoute que les femmes arabes portent encore 

des anneaux reliés entre eux par une petite plaque de bronze 

destinée à maintenir l'ensemble de ces bracelets. 
M. Flonest signale à ce propos des bracelets en spirale 

conservés au Musée de Saint-Germain et qui ont été trouvés 

sur le territoire de l'ancienne Gaule. 

M. Auguste Nicaise lit une note sur un buste antique en 
marbre qui aurait été découvert au Ghàtelet (Haute-Marne) 
à la fin du xvui* siècle ou au commencement du xix«. Il pré- 
sente en môme temps cet intéressant morceau de sculpture, 
qui a été soumis à Texamen de MM. Félix Ravaisson, Héron 
de ViUefosse et Heuzey. 

Gette œuvre est en marbre des carrières de l'Attique et 
représente probablement un Apollon. On peut la rattacher 
à l'école Aiexandrine qui florissait environ cinquante ans 
avant notre ère. On pourrait y voir aussi une œuvre pto- 
lémaîque comme style, sinon comme époque. Ge serait la 
reproduction d'un de ces dieux issus du syncrétisme gréco 
ou romano-égyptien. 

Ge buste porte des traces évidentes d'antiquité et d'un long 
séjour dans la terre. D'après ces caractères, rien ne s'oppose 
à ce qu'il provienne de la ville gallo-romaine du Ghàtelet 
où il aurait été apporté par un Romain ou par un Gaulois 
ami des arts. 

M. d'Arbois de Jubainville fait la communication suivante : 
c Mon savant confrère M. Héron de ViUefosse a eu Tobli- 
geance de communiquer pour moi à la Société des Anti- 
quaires une note où, d'après M. Wh. Stokes, je signalais un 
certain nombre de textes relatifs à l'usage de l'inhumation 
dans des tombelles formées d'amas de pierres chez les popu- 
lations celtiques de l'Italie, de la Grande-Bretagne et de 
l'Irlande 3. M. Alexandre Bertrand, dans son excellent livre 
intitulé : la GomU oDont les Gauhity p. 173 et suivantes, 

1. Lêt Mitsiom eaiholiquett n* da 5 féTiier 1886, p. 78. 

2. Cette note a para depuis dans U Memu eeUiqWt t. VU, p. 125-1S6. 



— 484 — 

établit que le rite de rinhamation est spécial aax populations 
qu'il appelle gauloises et que les populations immédiatement 
antérieures incinéraient leurs morts. Les peuples qui inciné- 
raient leurs morts et qui ont précédé les Gaulois étaient, 
suivant lui, de race celtique comme les Gaulois, ce qui, à 
mes yeux, n'est pas démontré. Mais ce n'est pas ici le lieu 
d'insister sur ce dissentiment. Le seul point sur lequel je 
yeux appeler l'attention, c'est que, chez les Celtes, tels que 
nous les font connaître les textes, soit sur le continent, soit 
dans les Ues-Britanniques, l'inhumation était d'usage général 
dans la classe élevée ; mais un passage de César constate la 
persistance de l'incinération dans la classe inférieure^. Dans 
la classe supérieure, l'incinération était un supplice, comme 
rétablissent, pour la Gaule, l'exemple d'Orgétorix « damna- 
t tum pœnam sequi oportebat ut igni cremaretur^; • pour 
l'Irlande, l'exemple de la mère de Find, que son père voulait 
faire brûler, parce qu'elle s'était laissé enlever par un amant'; 
pour le pays de Galles, le fait analogue raconté dans la 
légende de saint Dubricius^. Il y a, je croîs, intérêt à rap- 
procher de ces indications un passage du monument de droit 
ecclésiastique irlandais connu sous le nom de Canonum col- 
laiio^ livre XUV, c. 20 '. Ce recueil a été écrit vers Pan- 
née 700. U contient des extraits de canons irlandais. Un de 
ces canons, après avoir donné une étymologie fantastique du 
mot basilique, dont le sens primordial serait c lieu de sépul- 
t ture des rois, i ajoute : ceteri homines nve igniy sive acervo 
lapidum conditi $unt. Il y a donc eu en Irlande deux genres 
de sépultures, à l'époque où ce canon a été rédigé, c'est-à- 
dire, au plus tard, dans le courant du vii« siècle : 1« l'inhu- 
mation sous des tombelles; divers textes irlandais nous 
apprennent qu'on donnait de cette manière la sépulture aux 



i. De bello gaUieo, VI, 18. Cf. Melt, Urre m, e. 3. Sur rintarprétetion d« ee 
texte» Toyex Qnieberat, àféUmget d^archéologie et d'hitioire, p. 80, 81. 

2. De bello gallico, I, 4. 

3. Voyez Fotha etUha Cnuehat dans Revue eeUiqve^ t. U, p. 00, et compares 
la note 16 de la page 03. 

4. Liber LandaoetuiSf p. 75-76. 

5. WasierachlebeD, Die irische Kanonensammlung, 2* édition, p. 170. 



— 482 — 

grands perBonnages; 2o le feu; c'était probablement le mode 
de sépultnre nûté chez nne race antérieure, alors dominée*. • 

M. Garon sonmet à la Compagnie quelqaes-anes des pho- 
tographies des mosaïques de la mosquée de Kharié-Djami à 
Gonstantinople, tirées par M. Sebat. 

n rappelle que cette mosquée est une ancienne église 
byzantine qui dépendait d'un monastère connu sous le nom 
de (A0V1Q x9iç x^9^ ou Toû (TcdTfipoc, situé alors hors la ville comme 
l'indique son premier nom et conséquemment antérieure à la 
construction de l'enceinte fortifiée de Gonstantinople. 

Gette église a été signalée dès le xvi« siècle par un voya- 
geur français, Pierre Gilles*, qui a surtout remarqué les 
marbres précieux disposés en registres réunis par des mou- 
lures corinthiennes. Située à Tune des extrémités de Stam- 
boul, dans un quartier peu fréquenté par les étrangers et 
habité par des musulmans fanatiques, elle parait de nos jours 
n'avoir été visitée pour la première fois qu'en 1860, par un 
consul général anglais. Bien qu'indiquée dans les guides, elle 
n'a véritablement été mise en lumière que par les photogra- 
phies qui ont été éditées au commencement de cette année 
et par deux articles de M. Muhlman dans la Revue orientale, 
n^ de janvier et de février 1886. 

Gette église comprend deux narthex (celui de l'intérieur 
surmonté de deux coupoles), une nef surmontée d'une 
grande coupole, une prothèse, un diaconicum, et, le long 
de la nef du milieu, une chapelle latérale dite pareklesioa 
surmontée d'une abside. 

Les deux narthex et les deux petites coupoles sont décorés 
de mosaïques, le pareklesion de peintures et de sculptures, 
qui ont échappé on ne sait comment au vandalisme icono- 
claste des Turcs. 

Les mosaïques des deux narthex représentent la vie de la 
Vierge et celle de N.-S. L'une d'elles figure le recensement 
et la déclaration de la naissance de l'enfant Jésus, sujet assez 
rarement traité. La plus remarquable comme composition et 

i . Cf. Wildfl, Catalogue of the antiquitiet of stonê^ earthen tmd végétait 
materieUs in the muséum of the Royal Irith Aeadmnjf, p. iStt-194. 
S. ConstantmopoleoM topographim^ Leyde, 1561. 



— 4S8 — 

eomme exécntion représente Marie reoeTant le fil de pourpre, 
légende grecque peu conûue eu Europe. Les coupoles sont 
décorées, l'une du buste du Christ Pantocrator, l'autre de 
celui de la Vierge ; au-dessous, dans des fuseaux, figurent 
lee patriarches et les rois ancêtres de la Vierge. 

Mais la plus curieuse de ces mosaïques, parce qu'elle nous 
donne une date certaine, est celle où un personnage, coiffé 
d'un turban démesuré et d'une robe a^ec ornements en relief 
dont Tétoffe ressemble à du velours frappé, présente au CShrist 
Pantocralor le plan d'une église absolument identique à celle 
existant aujourd'hui avec la grande coupole du fond et les 
deux petites coupoles du narthex intérieur. 

Le nom de ce personnage est inscrit : c'est Théodore le Méto* 
chite, logothètede la chancellerie impériale : dxrnTup^oYoeénQç 

Malheureusement, l'inscription en lettres noires est mal 
Tenue sur la photographie. 

Une inscription en vers métriques, qui se trouve dans le 
pareklesion, nous donne le nom de Tomikès, grand conné- 
table. U vivait, comme Théodore le Métochite, sous Tem- 
pereur Andronic U, 1282-1328, et, au nombre des saints, 
figure saint Andronic en pied. 

Dans le narthex, à l'entrée de la nef, on voit les mosaïques 
de saint Pierre et saint Paul de grandeur naturelle et d'une 
finesse d'exécution remarquable. Ces mosaïques, tout récem- 
ment dégagées de la couche de badigeon qui les cachait, sont 
aujourd'hui protégées par des volets en bois. 

Il paraît inutile d'insister sur l'intérêt immense que pré- 
sentent ces mosaïques à tous les points de vue et notamment 
au point de vue de Thistoire de l'art. M. Garon se félicite de 
les avoir signalées à l'examen et à l'érudition des membres 
de la Compagnie. 

M. le baron de Witte présente, de la part de M. Van 
Robais, associé correspondant, la photographie d'un bronze 
trouvé aux environs d'Âbbeville et qui aurait une origine 
antique. — Il ajoute qu'il est nécessaire de voir l'original 
avant de se prononcer. 



— 4S4 — 

M. E« Saglio, préttdent, présente & la Ciompagnie un calice, 
avec sa patine, en aigent doré, du xn* siècle, et deux plaques 
en émail très fin, seules connues de leur espèce et dont Féôide 
fixera l'origine française ou italienne. M. Sagiio a acheté ces 
précieux monuments à la vente Stein pour les collections du 
Louvre. 

M. Héron de Villefosse communique, au nom de M. J. de 
Laurière, associé correspondant national à Angoulême, une 
inscription chrétienne découverte à Rome, le 7 mai dernier, 
près de la catacombe de Saint-Hippolyte. Il donne lecture de 
la lettre suivante qui lui a été adressée à ce sujet par M. J. 
de Laurière : 

c Cette inscription est tout à ftdt inédite. Nous l'avous 
déterrée vendredi dernier, l'abbé Le Loûet et moi, dans le 
talus de Tallée qui traverse la vigne où se trouve la catacombe 
de Saint-Hippolyte que nous venions de visiter. CSe n'a pss 
été sans peine, car, ayant aperçu le bord d'un petit morceau 
de marbre à fleur de terre, nous avons commencé l'opération 
avec nos deux couteaux de poche, puis avec un morceau de 
bois non tranchant. Nous nous sommes alors aperçus que 
nous avions affaire à une large dalle de marbre, horizontale, 
prise dans une maçonnerie. Enfin un ouvrier qui travaillait 
par là est venu avec une pelle et une pioche et nous avons 
fini par enlever la dalle qui mesure près d'un mètre de large. 
La lecture est facile : 

FOR TV NATO 
BAENAB MER BNTIIN 

PAGEN Qvi vixrr 

ANNV8 XLV (U défont, debwt, 

M II ànpé, de ftee, Imnt U 

D V K M "^ *^**» 

FELIS ABOCVS FECIT 
HILARIO • FILIV8 
FBGE IT 

La lecture est facile, quoique la partie gauche de la dalle ne 
soit pas encore bien nettoyée. L'orthographe est bicarré. Nous 



— 185 — 

a^ons d^poeé cette inscription à l'entrée de la catacombe dont 
l'abbé Le Lonet a^ait la clef. » 

M. Héron de Villefosse annonce ensuite que M. J. de Lau- 
rière a profité de son séjour à Rome pour photographier la 
statue de Charles d'Anjou, actuellement conservée au Gapi- 
tôle. On sait avec quel soin et quelle habileté notre excellent 
confrère exécute les reproductions de ce genre. Nous aurons 
donc le plaisir, à son retour, d'examiner les photographies 
de ce monument si intéressant pour les Français et qui était 
resté jusqu'ici presque caché aux yeux de tous. 

M. Héron de Yillefosse présente ensuite, au nom de 
M. Julien Poinssot, le premier numéro de la Rev%ê de V Afrique 
Jrcakçaist, fiiisant suite au BMêtiii des Antiquitée aflrieainee. 
Il fait ressortir l'intérêt de cette publication dans laquelle 
une large place est réservée aux études archéologiques, et 
demande, au nom du directeur, l'échange de cette revue 
avec le Bulletin de la Société. Cette proposition est adoptée. 

M. Mo'svat lit une note de M. Germer-Durand sur des 
monuments antiques conservés au Musée de Rodez. 

N« I. — A Rodety dans un magasin donnant sur la cour 
^honneur du pakùs épiseopal. 

ff Au Congrès archéologique de Rodez, tenu en 1863, on 
s'occupa du tombeau portant deux inscriptions : 

ff D*un cété : 

AICOVINDO 

SVO-DIN 
ff Et de l'autre : 

SATVRNIO 
DIVONO 

CADVRCO 

A mon sens, on peut lire d'après l'estampage si mauvais 
qu'il soit : 

ALCOVINDO 

8 • NOnCOIM ou NOLICGJIM 



— 486 ^ 

NoUccêwi(¥s) ou Nauec9m(ui)j <Mur je ne sais ai la troiBième 
lettre du second mot est un V, ou LI, ou II; en supposant II 
pour E on lirait COI M ou CCIIM; cela est bien incertaine 
Dans tous les cas, le nom Aleovimdoê^ me parait acquis et très 
curieux. La pierre est en grès et assez usée. 




« L'autre inscription porte bien 8ATVRNI0 et CADVROO, 
mais je crois pouvoir déchiffrer œDONI • F plutôt que 
DIVONO, auquel on s'est arrêté complaisamment à cause du 
mot GÂDYRGO qui le suit et en négligeant une lettre. 



1. Je Wni» Aleovinàot Noliccini (R. Mowat]. 

2. Alco-vindo8 est formé comme Pennù'-nindo», 
[R. Mowat). 



TIENNOOnNAOC 



— 487 — 

c Ce monument a été creusé à une époque postérieure, 
poar servir d^ge on de tombeau. On remarque, dans la 
partie inférieure de la face principale, un vase dont la forme 
est encore usitée dans le pays. 

N' n. — Ruê Sainl'Cprècey maison de M. Serin, quincaillier. 

c A 6 mètres de hauteur, sur la façade principale, on voit 
une pierre de taille ornée d'un simple cadre avec cette ins- 
cription : 

L • BANTIO 

CELSO • STAT 

8EGVNDVSL 

DE 8V0 

L{ucio) Bantio CeUo SteU(ius) Secundus^ l(%bertus)^ detuo*, 

t Le gentilice Baniius me parait bien rare. 
« Les lettres, quoique un peu lâchées, sont d*une bonne 
époque ; remarquez le grand T dans Statùu. 

N» m. — jiu Mueée. 

« L'inscription de Tertiola a été trouvée à Rodez il y a 
quelques années ; elle a été copiée, m'a-t-on dit, par notre 
confrère M. J. de Laurière; elle est gravée sur une plaque 
de marbre d'une épaisseur moyenne de 0">09 à 0^10 centi- 
mètres. 

f Les lettres D M de la première ligne sont séparées par 
une petite couronne entre deux hederae; dans le corps de 
l'inscription, les mots sont séparés par des points ou par des 
hederae; lignes 2 et 5, les I sont barrés au milieu; on 
remarque à la troisième ligne un petit enfoncement ou car- 
touche à peu près carré, dans lequel il semble que le lapicide 
ait voulu figurer une tête, probablement celle de la défante ; 
mais cela est assez fruste. 

1. n faut lin : L. Bantio Celso, itat{ionurio), Seeundus, libertuSf de suo. Ce 
stationariu est le maître de poètes. Voir Cod, Theodoi. 



— 48S — 

« Les caractèreB indiquant une basse époque, ainsi que les 
formules, nous ne serions pas éloigné d'y voir une inscrip- 
tion chrétienne. 



iVNTmRTIÔtAE 
^ TERÎT-IVN^ 
PRlMRlFli-M 



c Dis MambuA lunioê Tertiolae Tertia 9t Inmms Promu 
JlUae de suo/ecerufU;f rater «nu lap(idem) mar(moreiiM) de tuo 
dédit. 

« Cest ainsi que nous croyons devoir interpréter ce texte 
curieux qui met le nom de la femme avant celui du mari; 
à la cinquième ligne, je crois qu'on lit LAP ; il semble qoe 
la haste du P se prolonge an-dessous de Talignement. 

No IV. — jiu Musée. 

Fragment de milliaire provenant d'Espalion. 

« Sur un fragment de colonne en grès très grossier, de 
0'»34 de diamètre, il semble qu'on lit le nombre LXVm, 
le haut des chiffres étant rongé ou emporté, mais, avant L, 
on ne distingue rien autre que des écomures à forme incer- 
taine. Cette distance de 68 milles correspond à peu près 
à la distance d'Espalion à Condate (Gendres, Lozère), point 
où la voie de Lyon à Toulouse rencontre la voie Regardme^ 
allant de Nîmes en Auvergne. Jusqu'ici on n'avait trouvé 
aucun milliaire chiffré dans toute cette région, et j'hésite k 
me prononcer, tout en attirant l'attention des hommes com- 
pétents sur cette matière; notamment celle de M. Tabbé 
Gérés, de Rodez. • 



— 48» — 

Séance du 19 Mai. 

Préflideace de M. E. Saquo, président. 
Ouvrages offerts : 
ArehwJuroitemkhisckêGeichiektey t. LXVI, livr. 1-2, in-S*. 
BulUim de corrttpandaitcê africaine^ publié par l'École supé- 
rieure des lettres d'Alger, IV* année, fiiiscicules UI-IV. 
Alger, 1885, in-8*. 

— de corrupamdaHCê ActMngiM, IX.* année, décembre; 
X* année, janvier-février. Paris, 1886. 

BulUtUno di arckiologta e staria dalmaiay IX« année, n* 4. 

Spalato, 1886, in-8«. 
Mélanges hùiariquee. Choix de docKmentê^ t. Y. Paris, 1886, 

in-8*. 
Sitgungêberichie der kaiserUehen Académie der Wieeensehaf- 

ten; phUosophitche^ historische claeee^ 1884-1885. Vienne, 

in-8*. 
Bbauvois (E.). De Vorgameaiion dee mutéee hietoriqnee dans le 

Nord et aUleurs^ par J. J. A. Worsaae. Copenhague, 

1885, in-8o. 

— La jeunesse du maréchal de ChamxUy; notice sur Noël 
Bouton et sa famille de 1636 à 1667. Beaune, 1885, in-8«. 

— Les deux quetjtalcoatî espagnols, J, de Grijaloa et F, Coriés, 
Louvain, 1885, in-8% 

Desjabdins (Abel). Négociations dipUmaliques de la France 

aoee la Toscane; document recueilUpar CHuseppe Canestriniy 

t. VI, Index historique. Paris, 1886, in-8«. 
Jambsoh (F.). An introduction of the studg of the constitution 

nal and poliiical history oj the statu, Baltimore, 1886, 

in-8*. 
Le Blamt (Ed.). Lss sarcophages chrétiens de la Gamle. Paris, 

1886, in-foi. 

Lboouz (Julien). Histoire de la commune des Chapelles-Bour' 
bon (Seines-Marne). Paris, 1885, in-12. 

Correspondance. 

M. le vicomte de Golieville, présenté par MM. Nicard et 



— 4M — 

Gaillaume, écrit à la Société pour poser sa candidature au 
titre d'associé corre^ondant national. M. le président désigne 
MM. de Barthélémy, Schlumberger et de Montaiglon pour 
former la commission chargée de présenter an rapport sur 
les titres scientifiqnes du candidat. 

M. Ernest Deajardins écrit à la Compagnie ponr loi deman- 
der de considérer M. Olivier Bayet, son gendre, oomme 
démissionnaire, son état de santé, qui le tient éloigné de la 
Société depuis dix mois, ne présentant aucane amélioration. 

MM. Mûntz, de Lasteyrie, Gollignon rappellent les titres 
scientifiques de M. Olivier Rayet. Us pensent que c'est un 
honneur pour la Compagnie de voir son nom figurer dans la 
liste de ses membres, et ils prient leurs collègues de ne point 
accepter sa démission. 

La Société, consultée, se refuse à considérer M. Rayet 
comjne démissionnaire. 

Travaux. 

Au nom de la Commission nommée à cet effet, M. de Mon- 
taiglon lit un rapport favorable sur la candidature de 
M. Bélisaire Ledain au titre d'associé correspondant natio- 
nal. On passe au vote, et M. B. Ledain, ayant obtenu le 
nombre de suffrages exigé par le règlement, est proclamé 
associé correspondant national à Poitiers. 

M. Gourajod «revient sur la communication qu'il a &ite à la 
dernière séance au sujet de la statue de Charies d'Anjou, 
conservée autrefois au Gapitole, et aujourd'hui dans un esca- 
lier du Palais des conservateurs, à Rome. Un moulage en 
existe au Musée industriel de la même ville. M. Gourajodlit 
une lettre de M. de Laurière, qui lui adresse six photogra^ 
phies, exécutées d'après ce moulage, et deux photographies 
du tombeau de Boniface VIII, dont l'original repose dans les 
grottes vaticanes, mais dont un moulage se voit au même 
Musée industriel. La statue de Charles d'Anjou, œuvre de 
l'école gothique italienne, date vraisemblablement de Fépoqae 
où Charles d'Anjoo était consul à Rome, c'est^^lre soit de 



— 4»4 — 

1268 à 1278, soit de 1281 à 1284. La statue de Bonifaoe VUI 

est une œuvre également italienne, elle date du commence* 
ment du xit« siècle. 

M. le baron de Witte présente en original une longue 
aiguille de bronze, surmontée d'une figure de femme dont il 
avait montré des photographies à la dernière séance. Cet objet 
a été trouvé aux environs d'Étaples. Il est difficile de savoir 
^à quoi il a pu servir. 

Plusieurs membres échangent des observations sur la date 
à laquelle il peut remonter. La plupart s'accordent à y voir 
un objet gallo-romain de basse époque. 

M. de Marsy communique une statuette d'argent doré 
représentant saint Jean-Baptiste et conservée dans l'église de 
Saintines (Oise). A la main gauche de la statuette est fixée 
une relique du saint. 

M. le baron de Vaux fah la communication suivante : 

c J'ai l'honneur de porter à votre connaissance les récentes 
et importantes découvertes faites par les RR. PP. Domi- 
nicains dans leur propriété de Jérusalem, sise à trois cents 
mètres environ hors des murs de la ville et de la porte de 
Damas, à l'est de la route de Naplouse, et non loin de la grotte 
de iérémie et de l'abattoir juif. 

c Les fouilles faites jusqu'à ce jour, et arrêtées depuis plu- 
sieurs mois, faute ti'argent, ont révélé l'existence d'antiquités 
fort curieuses, et à tous égards dignes du plus grand intérêt : 

« On a trouvé : 

€ 1* Dans l'angle nord-ouest du terrain des Dominicains, 
près de la route de Naplouse, des sous-sols considérables et 
voûtés, construits en pierres bien appareillées et s'étendant 
à six mètres au-dessous du soi actuel. 

« 2o Près de ces sous-sols, les snbstructions d'une chapelle 
devant laquelle se trouvait une grande pierre tombale, recou- 
verte d'une longue inscription qu'on n'a pas eu le temps de 
relever, la pierre en question ayant disparu tout à coup sans 
qu'on en ait pu retrouver trace. 

« 3* Vers l'angle sad- ouest du terrain des Pères, une 



— 492 — 

grande quantité d'angee en pierre, semblant indiquer que li 
s'éleTait jadis l'^^Mimc. 

« 4- A peu près an milieu de la propriété, et à six mètres 
de profondeur, une belle et immense mosaïque, bien con- 
servée, ayant vingt-cinq mètres environ de large, sur une 
longueur encore inconnue, les fouilles n'ayant pas été pous- 
sées jusqu'au bout de ce cété. 

c 5* Tout autour de cette mosaïque, de nombreux débris 
de colonnes ayant jusqu'à un mètre de diamètre. 

c 6* Enfin, non loin de Tabattoir juif, un spacieux et magni- 
fique hypogée, composé d'une grande salle de cinq à six 
mètres carrés, sur laquelle donnent une chambre funéraire, 
contenant trois grands sarcophages en pierre, munis de leurs 
couvercles, et quatre autres caveaux plus petits (deux dans la 
même paroi), pouvant contenir quatre corps chacun, un à 
droite et un à gauche de l'allée centrale, et deux à côté l'un 
de l'autre, placés tête bieh$^ sur une même couchette taillée 
perpendiculairement aux deux autres, en face de l'entiée. 
Cette disposition est, je crois, à peu près unique en son 
genre. 

c J'espère, Messieurs, être bientôt à même de pouvoir 
fournir de plus amples renseignements sur les découvertes 
dont je viens de vous entretenir, découvertes qui ne peuvent 
manquer d'intéresser vivement la Société et qui sont appe* 
lées à avoir une portée archéologique sur laquelle vous me 
permettrez de ne pas insister aujourd'hui. » 

M. Babelon communique de la part de M. Doucet, élève 
de l'École normale, la photographie d'une croix de pierre 
de la fin du xiv* siècle, récemment découverte à Tille- 
momble. 

c C'est une croix de cimetière, ou de carrefour, posée sur 
socle avec degrés, monolithe, ornée sur ses deux faces prin- 
cipales de cinq médaillons quadriiobés renfermant d^ sculp- 
tures et des inscriptions gothiques du xiv« siècle. 

c Première face. Médaillon central : Christ en Croix avec 
l'inscription : 

SALVATOR MVNDI, 8ALVA NOS. 



— 498 •- 

c Les quatre aatres médaillons reprfaeDtent : 

c 1. Dieu le Père tenant le soleil et la lune. 

c 2.' La Vierge. 

i 3. Saint Jean. 

ff 4. Saint Michel terrassant le dragon. 

ff Deuxième face. Médaillon central : la Vierge avec Ten- 
fant Jésus : inscription Mater Dei. Je n*ai pas pu lire la 
seconde ligne ; c'est sans doute une invocation comme ora 
pro nohis, ou intercédé pro nohis. 

c Les quatre médaillons des extrémités représentent les 
figures symboliques des évaugélistes : Taigle de saint Jean, 
le taureau de saint Luc, le lion de saint Marc, Tange de 
saint Mathieu. » 

M. de Lasteyrie donne à la Société quelques renseigne* 
ments sur les découvertes d'antiquités et les fouilles qui se 
font actuellement à trois kilomètres de Périgueux^ On a 
mis i jour un vaste ensemble de constructions romaines qui 
forment quatre groupes principaux, dont Tun comprend une 
piscine de bain avec .son hypocauste ; un autre, un groupe 
de constructions assez rapprochées des bords de Tlsle, la 
rivière qui arrose Périgueux, et qui paraissent avoir fait par- 
tie de quelque villa; enfin les deux autres scNut deux grands 
hémicycles disposés symétriquement par rapport au second 
groupe de bâtimenU. Quand on a découvert le premier de 
ces hémicycles, on s'est cru en face d'un thé&tre, mais 
la présence d'un second bâtiment de forme semblable, la 
disposition des lieux sur lesquels tous deux s'élèvent, enfin 
la forme des constructions accessoires retrouvées auprès de 
ces hémicycles ne permet point de s'arrêter à cette hypo- 
thèse. Les fouilles n'ont guère produit jusqu'ici de menus 
objets dignes d'être signalés. On a seulement recueilli beau- 
coup de débris de mosaïques à fond bleu incrustées de 
coquilles, comme on en voit de si beaux spécimens à Pom-r 
péi. Ce genre de mosaïques est d'une grande rareté en 
Gaule. 

t. Cf. plQB htat, p. 179-177. 

ANT. BULLETIN. 43 



— If4 — 

M. FroMud annone» que M. G. Bonsor a âéeoaTert à 
Gvmoiia (proTiaee de fiéville) une nécropole itmiaiiie. 

M. Héron de Villefosse £ût hommage à la Société, de la 
pari de M. de Laurière, d'ime photographie représentant 
rétat actuel des fouilles du Palatin à Rome, au-dessous de ht 
Roma Quadrata, derrière Téglise Saint-Théodore, da côté du 
Vélabre. Là, le rocher qui porte le Palatin est taillé à pic 
de main d*homme. En avant, à gauche, on aperçoit un esca- 
lier découpé dans le roc, un mélange de constructions et 
de rochers taillés. L'escalier à droite a des marches de pierre 
qui reposent sur le roc. 

M. Héron de Yillefoese entretient ensuite la Société des 
fouilles qui se font à Saint-Quentin sous la direction de la 
Société académique de cette ¥1110. On vient de reconnaître 
un cimetière romain qui parait étra de la même époque 
que celai de Yermand, c'est-à-dire du iv« siècle. On a 
déoooTert des vases de brome, de la céramique rouge, des 
verreriee d'une superbe irisation, quelques bijoux d'aigent 
et de bronze. Ce cimetière se trouve à droite de la grande 
chaussée de Reims à Saint-Quentin, aujourd'hui recouverte 
par deux ou trois mètres de terre aux environs de cette der* 
nièie ville, mats dont on trouve de très beaux tronçons à 
dnq ou six kilomètres. 

Ces sépultures ont été rencontrées sur une propriété des 
ho^ices, et Tautoiisation des fouilles a été accordée à la 
condition que tous les objets recueillis appartiendraient à la 
ville. Getle condition ne pouvait être que très agréable à la 
Société académique qui vient de fonder, avec les antiquités 
récemment découvertes à Vermand, un musée municipal . 
archéologique. 

Bn 1634 et 4639, on a trouvé, au nord de la ville de Saint- 
Quentin, nn cimetière par incinération qui, d'après les 
témoignages contemporains, paraît avoir été assez vaste et 
assez riche. Les sépultures dont on vient de reconnaître l'exis- 
tence sont au sud de la ville, sur la rive gauche de la Somme, 
à 2,&00 mètres du cimetière découvert au xvn* siècle. La 
Somme formait jadis, avec ses marais, une vaste étendue 



— 495 — 

d'eau, Uu^ de 4 à 500 mètres, sépanmt la ville du bubourg 
d'Isle situé au sad. Jaaqii'ici, on avait toujours pensé que 
Tancianne ville romaine était sur la rive droite. Le cime* 
tière qu'on vient de découvrir oblige à admettre qu'un 
quartier de la ville antique s'élendait également sur la rive 
gauche, séparé de l'autre partie de la cité par les marais. 

C'est à une obligeante communication de M. Emmanuel 
Lemaire, président de la Société académique de Saint- 
Quentin, que M. Héron de Villefosse doit ces intéressants 
détails. 

Séance du SI6 Mai. 

Présidence de M. £. Saolio, président. 

Ouvrages offerts : 

Actes dé V Académie des sciences j belles-lettres et arts de Bor» 
deaux^ 3* série, 46« année, 1884. Paris, in-8*. 

Atii deUa reale Accademia dei Uncei.m. GGLXXUI, 1885- 
1886, t. U, fasc. 9. Rome, 1886, in-4*. 

Bulletin cn/igiM, publié sous la direction de MM. Duchesne, 
Ingold, Lescœur, Thédenat, YU* an., n« 10. Paris, 1886, 
in-8». 

-~ de V Académie iw^périale des sciences de Saint^Pétershourg^ 
t. XXX, feuilles 21-29. In-4«. 

-^ de la Société archéologique et historique de la Charente^ 
5« série, t. Vil, 1884-1885. Angouléme, 1886, in-ë*. 

— trimestriel des asUiquités africaines ^ années 1-4, 1883- 
1885. Paris, in-8«. 

MéBunres de V Académie impériale des sciences de Saint-Péters- 
bourg, ?• série, t. XXXIU, n^ 5-7, et XXXIV, n- 1. Saint- 
Pétersbourg, 1885, in-8*. 

Bévue africaine^ XXX* année, n* 175. Alger, 1886, in-8-. 

Société archéologique de Bordeaux. Bordeaux, 1882, in-8*. 

Correspondance, 

M. Payard, directeur des cristalleries de Baccarat, présenté 
par MM. A. de Barthélémy et A. Héron de Villefosse, écrit 



— ^96 — 

pour poser sa candidature au titre d'associé correspondant 
national à Baccarat (Meurthe-et-Moselle). M. le président 
désigne MM. Tabbé Thédenat, Flouest et Ck)urajod pour for- 
mer la commission chargée de présenter un rapport sur les 
titres scientifiques du candidat. 

M. Etienne Héron de Villefosse, présenté par MM. de 
Barthélémy et l'abbé Thédenat, écrit pour poser sa candi- 
dature au titre d'associé correspondant national à Ghartronges 
(Seine-et-Marne). Le président désigne MM. Gourajod, R. de 
Lasteyrie et G. Schlumberger pour former la commission 
chargée de présenter un rapport sur les titres scientifiques 
du candidat. 

M. le ministre des travaux publics, répondant au vœu 
émis par la Société à une de ses précédentes séances, écrit 
que, lorsqu'on établira le tracé définitif du chemin de fer 
métropolitain, son administration veillera à ce que les édi- 
fices intéressants pour Tart, l'histoire et Tarchéologie soient 
sauvegardés. 

Travaux. 

M. Gourajod communique un chapitre de l'histoire du 
moulage au moyen âge, dont il a déjà lu des extraits à la 
Société dans plusieurs occasions. U veut parler aujourd'hui 
des stucs italiens du xv« siècle. Il fait ressortir l'intérêt 
de ces stucs, il montre comment ils peavent servir à con- 
trôler TauthenUcité de beaucoup de pièces de sculpture. Il 
prend pour exemple une madone célèbre de Mino de Fie- 
sole, dont il existe de nombreuses reproductions en marbre. 
Il passe ensuite en revue une série de stucs de Donateilo, de 
Luca délia Hobbia, etc., et cite des textes de Yasari, de Phi* 
larète, qui montrent comment les artistes du moyen âge 
italien exécutaient ces stucs. 



— ^97 — 

Séance du % Juin. 
Préùdence de M. E. Saolio, président. 
OuTrages offerts : 
Atti deUa reale Accademia dei Lincei, an. GGLXXXIII, 1885- 

1886, 4* série, t. Il, fasc. 10. Rome, 1886, in-4v 
Bulletin critique^ publié sous la direction de MM. Duchesne, 
Ingold, Lescœur, Thédenat, Vil* année, n* 11. Paris, 1886, 
in-8*. 

— de la Société archéologique d^Eure^'Loir^ n* 714, juin 
1886. Chartres, in-8o. 

— delà Société des scieuces historiques et naturelles de F Yonne ^ 
année 1885. Âuzerre et Paris, in-8o. 

— de la Société scient^ique^ historique et archéologique de la 
Corrèxe, t. Vm, l'« livr. Brive, 1886, in-S». 

Jahrhiicher des Vereins von Alterthums/reunde in Rheinlande, 
81- livr. Bonn, 1886, in-8«. 

Bévue de VAJrique française^ Y* année, t. IV, fàsc. 16, mars- 
avril 1886. Paris, in-8«. 

— historique et archéologique du Maine^ t. XYII et XVIII, 
année 1885, 1«' semestre. Mamers, 1885, in-8». 

Ck>LLE VILLE (Le vicomte de). Histoire abrégée des empereurs 
romains et grecs, des césars^ des tyrans, des impératrices^ 
^après Beauvais. Paris, 1885, in-8*. 

— Manière de discerner les médailles antiques de celles qui 
sont contrefaites^ d'après Beauvais. Paris, 1885, in-18. 

— Les missions secrètes du général major baron de Kalhet; son 
rôle dans la guerre de ^indépendance américaine. Paris, 

1885, in-18. 

Delattre (Victor). Numismatique de Cambrai, Des jetons 
d'argent ayant servi au règlement des comptes du trésorier 
de la ville de Cambrai^ sous les règnes de Louis XIV ^ 
Louis XV et Louis XVI. In-8*. 

Deschabips de Pas. Inventaire des ornements^ reliquaires^ etc., 
de F église de Saint-Omer en 1557. In-80. 

Jadabt (Henri). Dom Thierry Ruinart^ 1657-1709. Paris, 

1886, in-8*. 



— 198 — 

2*ravoMX. 

Au nom des commiêBionB nommées à cet effet, MM. Â. de 
Barthélémy et Tabbé H. Thédenat lisent, chacun, un rap- 
port faTorable sur les candidatures du vicomte de Cîolleville 
et de M. Payard. On procède au vote, et les deux candidats, 
ayant obtenu le nombre de suffrages exigé par le règlement, 
sont proclamés associés correspondants nationaux, le premier 
i Quimperlé (Finistère), le second à Baccarat (Meurthe-et- 
MoseUe). 

Au nom de la commission nommée à cet effbt, M. Goura- 
jod lit un rapport sur la candidature de M. Etienne Héron 
de Villefosse. On procède au vote, et M. E. Héron de Ville- 
fosse, ayant obtenu le nombre de voix exigé par le règlement, 
est proclamé associé correspondant national à Ghartronges 
(Seine-et-Marne). 

M. Tabbé Thédenat communique divers objets antiques 
trouvés à Deneuvre (Meurthe-et-Moselle), par M. Payard, 
directeur des cristalleries de Baccarat : 

< 1* Un bas-relief trouvé en 1883 dans les substructions 
d'une maison romaine avec des débris de poteries rouges 
sigillées et un petit bronze de Constantin ^ 

a Le sujet représenté sur ce bas-relief est intéressant pour 
Tétude des métiers dans Tantiquité; il est facile i recon- 
naître : ce sont deux scieurs de long en train d'exercer leur 
métier; comme de nos jours, la pièce de bois est placée sur 
un chevalet formé de quatre pieds obliques; les deux 
ouvriers, l'un dessus, l'autre dessous, manœuvrent la longue 
scie. 

c Le nom latin des ouvriers exerçant cette profession est 
êêctores materiarum; on appelait spécialement wuUerioê les 
bois destinés à la construction. 

c On a trouvé à Aquilée une inscription mentionnant des 

1. M. Countnlt nom t communiqué, saiu eomm«nfaii« et mu indkttioB de 
prorenanee, une photographie de ce bu-nlief. Cf. BuU,, 1884, p. IM. 



— <w — 



^^ '"^^^^ÎkT^^t ^> '^ -^ f^t 




* » •>*'« jlw*41jj*f^ ^ 



BAS-RBLIBF REPRÉSENTANT DES SOIEURS DE LONG 
TroQTé à DeneaTie (Meartiie-et-lloselle). 



— 204 — 

sietarts materiarum* ; îIb ont, comme il convient à des 
hommes dont le inétier s'exerce dans les fordts, fait nne 
offrande an dien Silvain : 

SI L V A N O 

SAGRkM 
8EGT0RE8 
MATERIARVM 
AQVILEIENSE8 
ET • INGOLAE 
POSVERVNT 
ET MENSAM 

SUvano «acr[ti]m, sectores materiarum AqjMeienses et incolae 
potuemnt et meiuam» 

« On connaît un coU^e de sectores serrarUK 
c II existe plnsienrs représentations antiques de sectores 
materiarum appartenant à des époques très diverses'. 

« 2* Une inscription d'un style très barbare, trouvée à 
soixante-dix mètres de profondeur, dans un champ où se 
rencontrent des foyers d'incinération ; elle était accompagnée 
de vases en poterie grossière ; c'est l'épitaphe d'une chr&» 
tienne : 

ART (femme debmU MEM 
VLA dans t attitude ORI 
de forante) A 

< Hauteur du fragment, 0™50. Largeur, 0»55. 

c Le nom Jrtulus est un nom servile connu ; une autre 
inscription chrétienne de Trêves, publiée par M. Ed. Le 
Blant^, mentionne également une femme du nom d'Artula. 

c 3* Dans un foyer d'incinération, M. Payard a trouvé une 
belle urne en terre rouge vernissée, haute de 0"19 enviroa; 

i. Corp. vuer. loi,, t. V, n* 815. 
S. Ibid., t. I, n* 1108. 

3. Cf. Ificali, Antiehi monumenti per servire el opéra intitolata Vltalia 
avanti il dominio dei Homani, 1810, pi. XLIX. » Roux, ffereuUmten et 
Pompeit t. m, pi. GXLVI. — Montfeacon, Paloêographia graeca^ p. t03, et 
GriTMd de la Vineelle, Arts et métiers des anciens, pi. LUI. 

4. Imeriptions chriHmnes de la OoMle^ n* 294. 



^ M2 — 

la panse est ornée de feuillages et d'omemaato à la buiio* 
Une; autour du eol, on lit une inscription bachique peinto«a 
blanc : 

REPLE OOPO 

c Ce 7ase, enfoui, comme je viens de le dire, au milieu 
d'un foyer d'incinération, renfermait des cendres et les débris 
d'une fiole en verre, mais aucun oseement. n appartient à 
cette classe assez nombreuse de vases de l'époque romaine 
portant des inscriptions bachiques, et dont on a trouvé un 
certain nombre dans le nord et dans Test de la Gaule, sur- 
tout sur les bords du Rhin. Un des plus curieux spécimens 
qu'on en possède est la gourde trouvée à Paris en 1867 dans 
les travaux du nouvel Hôtel-Dieu, et conservée au Musée 
Carnavalet ^ 

c A côté se trouvait un autre vase, en poterie moins fine, 
sans ornementation et sans inscription.- 

< 4« Parmi des décombres ayant servi à remblayer des 
substructions romaines, M. Payard a recueilli de nombreux 
débris : 

c Des fragments de poterie noire lustrée, à grain fin, 
ornées de décors k la molette ou de dessins géométriques. 

i Une lampe portant une marque connue. 




c Plusieurs statuettes ou fragments de statuettes en terre 
cuite rougeàtre représentant Minerve. La déesse est casquée, 

1. CI. Uomi, Imer^tùmè mvtiqtM d» Fttris, p. St «l S5. 



— ao8 — 




^■■■■ift_ T7 iP ta \f> 'ë- 



VASE TROUVÉ A DENfiUVRE (MEURTHE-ET-MOSELLE). 



— 205 — 

debout; la main gauche repose sur le boadier posé à terre, 
la main droite tient la lance ; la tète de Gorgone couvre 
presque toute la poitrine. Le style de ces statuettes est des 
plus grossiers. Elles n'appartiennent pas à un type nouveau ; 
J'ai vu an Musée de Moulins^ des statuettes de Minerve ana« 
logues, offrant cependant une variante qu'on ne peut passer 
BOUS silence. Elle» na tiennent pas la lance, mais élèvent la 
main droite vers la tète, par nn geste peu naturel et difficile 
à expliquer autrement que par dégénérescence du type pri- 
mitif, qui devait être le même que celui des statuettes de 
Denenvre. Une autre figurine du Musée de Moulins repré- 
sente une Minerve analogue aux autres, avec cette seule 
différence que la main droite, au lieu d'une lance, tient une 
patère à ombilic^. 

« Quoi qu'il en soit de ces variantes, les statuettes trouvées 
par M. Payard représentent une Minerve appartenant à un 
type très répandu et souvent reproduit. C'était une réplique 
de quelque œuvre d'art antique, sans doute d'un chef- 
d'œavre célèbre. Une lampe dessinée dans le recueil de 
Bartoli' nous en offre une reproduction moins barbare, s'il 
faut s'en rapporter au dessin. On conserve au Musée Fol, à 
Genève, une lampe semblable à celle de fiartoli *, 

« 5<» En 1873, M. Payard fit fouiller les restes d'ime mai- 
son romaine évidemment détruite par nn incendie ; il déblaya 
une chambre dont les dimensions étaient de cinq mètres sur 
quatre. Dans les débris, il recueillit des fragments des pein- 
tures qui recouvraient les murs ; les sujets étaient encadrés 
par des moulures peintes et formant panneaux. M. Payard 
a pu constater que ces peintures représentaient des person- 
nages, mais aucun des fragments n'était assez complet pour 
permettre de reconnaitre la nature des sujets figurés. 

« Un des côtés de la chambre était occupé par deux autels 

1. Cr. Tudot, Collection de figurines en argUe, pi. XXXVIl et XXXYIU, F, 
G; p. 19, Bg. 16; p. 20, fig. 20; p. 22, fig. 26, et Catalogue du Mutée de 
Mouline, 1889, p. 22, n* 8, pi. VU, fig. 8; p. 26, n* 80, p). X, %. 80. 

2. Cf. Tndot, p. 22, %. 27, et pi. XXXYIU, D; Catalogue, p. 22, n* 2, 
pi, VU, fig. 2. 

3. Le antiehe lueerne figurate, Rome, 1601, pan U, pi. XXXIX. 

4. Catalogue du Mueée Fol, U I, b* 659. 



— S6« — 

en pierre du pays; iU sont, Vnn et l'autre, montée sur un 
piédestal et surmontés d'une corniche ayeo fronton triangu* 
laire entre deux volutes; l'un a i»25 de haut sur 0»^ de 
laiife, l'autre i»30 sur 0*36. Us n'ont jamais porté d'ins- 
cription. 

« Enfin, la môme fouille a mis au jour un trésor de noille 
monnaies environ disséminées autour des autels, et dont 
beaucoup sont très bien conservées ; M. Payant les a daseées 
avec soin et en adressé le catalogue. Biles sont au nom de : 
Trajan*Déoe, Etruscilla, Gallien, Salonine, Postume, Yio- 
torin, Tetricus père, Tetricus fils, T&cite, Probus, Diode- 
tien, Maximin Hercule, Constance I**, Hélène, Tbéodoia, 
Maidmin II ûaxa, Licinius père, Constantin X*', Gnspus, 
Delmatius, Constantin U, Constance U, Magnence, Deœn- 
tius, Constantius Galius, Julien II, Yalentinien I*', Valeos, 
Gratien, Yalentinien II, Théodose I**^ . Maxime, Yictor, 
Honorius, Arcadius. 

c Les débris menus ou non classés se composaient surtout 
de fragments de poteries, de quatre lampes intactes, en pote- 
rie grossière, sans nom de potier, de nombreux ossements 
d'animaux, entre autres de défenses de sanglier, enfin de 
fragments de sculptures parmi lesquels trois torses d'animanx 
ayant appartenu à des chiens, autant que Tétat de mutilation 
et le style barbare de ces fragments permettent d'en juger. 

« Les monnaies trouvées autorisent à faire remonter Ten- 
fottissement du trésor, et la destruction de la maison, à 
l'époque de l'invasion des Vandales. 

a Le sol antique de la chambre était à environ deux mètres 
de profondeur, sans dallage, mais recouvert seulement d'ar« 
gile battue^ sorte de pisé renfermant de nombreux fragments 
de briques introduits à dessein. 

« M. Fayard n'a malheureusement pas pu poursuivre plus 
loin ses fouilles, par suite du mauvais vouloir d'un proprié- 
taire voisin. » 

M. Tabbé Thédenat termine en faisant remarquer OMnbien 
ces communications prouvent le zèle intelligent de M. Payard 
pour l'archéologie ; la Compagnie doit se féliciter de l'avoir, 
aujourd'hui môme, admis au nombre de ses correspondants. 



— 207 — 

M. de Mout&iglon donne l'explication d'une inseription 
énigmatiiqiie qu'il a remarquée sur un des curieux bas-reliefs 
de deila Robbia, publié par Mié. Gavallucci et Molinier. Elle 
est ainsi conçue : ËAVAMINl MUNDO ESTOTE. Or, elle 
est empruntée à Isaîe, 1, 16, et doit être ainsi rétablie : Lena- 
mûit, fltinuft e»tot; 

M. Gasati foit part à la Société d'une découverte impor- 
tante qui vient d'avoir lieu tout récemment en Ëtrurie. A 
Golonna, près de Grosseto, dans les Maremmes, sur rempla- 
cement supposé de Yetulonia, on a trouvé une magnifique 
tombe étrusque comparable à la tombe Regulini de Tantique 
Gœre pour la richesse des objets qu'elle renferme. A côté de 
divers vases d'argent doré, on a trouvé une coupe en bucche- 
ro-nero portant une longue inscription étrusque. On croit 
pouvoir assigner avec certitude à ce tombeau, c'est Topinion 
de M. Heibig, une antiquité de deux mil cinq cents ans. 

M. Mowat communique, de la part de M. Espérandieu, 
une petite médaille de plomb au nom de Pujcerda, et au 
millésime de 4786, trouvée à Montlouis. Il est difficile de 
dire à quel usage elle pouvait être employée. 



Séance du 9 Juin. 
Présidwoe de M. E. Saolio, président. 
Ouvrages offerts : 
jâui deOa reale Accademia dei Linceiy an. CGLXXXIU, 1885- 

1886, 4* série, t. Il, fasc. 11. Rome, in-4\ 
BuUetw de la Société phiUmaiique vosgienne^ XI« année, 

1885-1886. Saint-Dié, in-S*. 
Décret relatif à la propriété et à la con$ervatiùn des atUi" 

quitéi et objets d^art en Tunisie, Tunis, 1886, in-8*. 
Journal dês smaasu, avril-mai 1886. Paris, 1886, in^*. 
Praeeedings of the american pkUeêopMcal Society ^ t. XXXUI^ 
avril 1886, ifi 132. In-8*. 



— 308 — 

Dimmnu (Paul). Lu arehivei angevinêt de Na^^. Éiwiâ mr 
h» Têçiitret du roi Charles /«, 1265-1285. Paris, 1886, 
in-8*. 

Travaux. 

M. r&bbé Thédenat présente, de la part de M. Reoé de la 
Blanchère, un décret da bey de Tunis relatif à la conserva- 
tion des antiquités sur le territoire de la Régence. Notre 
confrère a largement contribué à la préparation et à l'adop- 
tion de ces mesures préservatrices. Tout récemment, la 
Compagnie a provoqué, de la part des Sociétés savantes, une 
manifestation tendant à réclamer des Chambres françaises 
des lois capables d'arrêter les actes de vandalisme qu'on 
signale chaque jour dans notre pays et en Algérie. Un projet 
de loi est en préparation. M. de la Blanchôre a pensé, avec 
raison, que nos confrères seraient heureux de prendre 
connaissance des décrets par lesquels le bey de Tunis nous 
a précèdes dans la conservation des antiquités nationales. 

M. Mowat communique deux inscriptions qui lui ont été 
envoyées par le R. P. Delattre : 

c L'une, trouvée à Utique, mentionne un Julius Forta- 
natus qui se qualifie mtdtieiariMs inmetui; le nom de métier 
est nouveau, mais sa signification se déduit du mot multieiMS 
appliqué à des étoffes tissées de fils de couleurs différentes. 

c L'autre inscription, trouvée à la Malga, est un fragment 
donnant en partie les noms de L. Sulpicius Galba, de Gn. 
Papirius Carbo et de L. Calpurnius Bestia, qui furent con- 
suls aux années 108, 113 et 111 avant notre ère. Sous le 
commandement de Carbo, une armée romaine mit le pied 
pour la première fois en Numidie, contre Jugurtha. » 

M. Héron de Yillefosse demande à M. Mowat s'il ne pour- 
rait pas obtenir un estampage de cette inscription^ afin de 
voir, à la forme des lettres, si elle est réellement du temps 
de la république, ou si elle a été restituée. 

M. Petit lit une note sur une peinture allégorique du 
zvi« siècle du ch&teau de Xaalay : 
c Je communique aux membres de la Société des Anti- 



— 2«9 — 

qnaires la photographie d'ane peintare moFale qui existe 
dans une des tours du château de Tanlay (Yonne), dite Tout 
de la Ugue, château appartenant à M. le marquis de Tanlay. 
Les souvenirs qui se rattachent à ce manoir historique, la 
haute situation des personnages qui l'ont fiEÛt édifier, le nom 
de l'artiste qui travaillait alors sous les ordres de l'amiral 
Goligny, la scène allégorique qui rappelle les plus mauvais 
jours des guerres de religion, donnent à cette peinture Tin- 
térét peu commun d'une page d'histoire contemporaine. 

c L'humidité a déjà g&té cette peinture dans plusieurs 
endroits, principalement dans la jointure des pierres que 
trahissent des lignes blanches très sensibles. Il y a quelques 
années, M. Edouard Lambert, de Tanlay, craignant de plus 
grands dégâts, avait fait prendre des photographies, et c'est 
à lui que je dois celle qui est actuellement sous vos yeux 
ainsi que la plupart des renseignements qui vont suivre. 

« Cette reproduction, malgré son imperfection, laisse voir 
assez nettement tous les personnages; mais le photographe 
avait à vaincre une grande difficulté ; cette peinture en effet 
occupe environ les trois quarts de la surface circulaire d'un 
plafond en dôme très écrasé, dont un Jupiter domine le 
centre. 

c Ge travail avait été ordonné par l'amiral de Goligny 
et exécuté par un nommé Larme, qui se dit peintre gale- 
rier. Il était naturel que l'amiral, général des galères, 
employât un artiste dont il avait pu apprécier le talent et 
dont les œuvres devaient orner les vaisseaux de l'État, déco- 
rés alors de curieuses peintures dont aucune de cette époque 
n*est arrivée jusqu'à nous. 

9 Chez les protestants, vous remarquez les attributs de la 
paix : une colombe sur l'épaule de la femme qui touche à 
Minerve, et cette femme tenant un carquois vide. Un Nep- 
tune à barbe blanche avec son cheval et son trident symbo- 
lique est l'emblème de l'amiral, qui, d'une figure calme et 
impassible, écoute Hercule, c'est-à-dire d'Andelot, solide* 
ment appuyé sur une massue. Les protestants ont de leur 
côté le Droit, la Sagesse et la Force, et un lion, à peu 

ANT. BULLBTW. 14 



— S40 — 

près entièrement effacé, est coaché non loin de ces demîan. 

< Les catholiques ont, an contraire, les attributs delà 
guene : Mars, les Gyclopes forgeant des armes, et aussi les 
attributs des plaisirs : Vénus, F Amour et les belles filles. 
Une Justice avec hache et faisceaux de licteurs est à c6tédo 
Janus femelle, et donne ordre i Mercure de se mettre en 
marche. Celui-ci est prêt à partir. Le cardinal de Lorrainei 
habillé en Mars, est sollicité par M*^* de Montpensier, habil- 
lée, ou plutôt très peu habillée, en Vénus, démarcher contre 
les protestants. Elle a pour complice TÂmour qui tire une 
flèche de son carquois. 

c Une partie de la peinture complètement détruite à la 
droite des protestants ne laisse rien deviner de la compou" 
tion de Tautear. Le costume des protestants est blanc, celai 
des catholiques est rouge. Le cardinal de Lorraine, que rap- 
pelle Mars, porte les couleurs d'Bspagne, et ce fait a quelqne 
importance ; car à ce moment (1567) le cardinal de Lorraine, 
rentré en autorité, comme le disent les Mémoires de Cattd'^ 
nau (t. II, p. 457), cherchait, par tous les moyens, à favoriser 
rentrée en France du duc d'Albe, que Gondé conseillait à la 
Cour de repousser. 

« L'ensemble de la peinture est assurément une all^rie 
de la situation des partis ; les protestants attestent par lear 
attitude qu'ils ne sont pas les agresseurs, mais que l'on 
forge des armes contre eux et que Ton se prépare à les com- 
battre. 

€ Mais il ne faudrait peut-être pas voir dans chacune de ces 
figures des portraits authentiques des personnages qu'elles 
représentent. L'artiste protestant. Larme, qui a reproduit 
ces scènes, sinon remarquables, du moins fort carieuses, 
avec un pinceau singulièrement hardi, n'aurait peut-être pas 
poussé la témérité jusqu'à donner des tableaux vivants des 
grandes dames de l'époque, qu'il ne lui avait pas été donné 
sans doute d'aborder d'aussi près. C'eût été une infraction 
indirecte à Tédit et une quasi-protestation contre la résigna* 
tion de ses coreligionnaires en présence de leurs militants 
adversaires. 

a L'artiste se serait seulement permis de donner un por- 



— «n — 

trftit 4*êiisembte de 'MP^ de Montpensier ^ et n'a laissé igno* 
rer atiean des attraits de la Venue qu'elle représente. G'eel 
la seule Tengeanee qu'il ait exercée contre cette ennemie des 
protestants. 

« D'autres figures, qui paraissent au second plan, sont 
assurément des portraits. La tête à chevelure épaisse, avec 
barbe et moustache bouclées, qui se trouve au •'dessus de 
Janus est, à n'en pas douter, celle du prince de Qondé, 
Ce peut homme tant joU 
Qui toujours danse, chute et rit. 

c (Test bien la physionomie qui nous est transmise (yar 
les portraits de l'époque et notamment par celui que nous a 
laissé Thomas de Leu. On croit voir aussi un Guise au-des- 
sus du Mercure, mais l'identité des personnages demanderait 
une étude approfondie et nécessairement délicate. 

« Voici une note relative à ce travail, extraite des archives 
du château de Tanlay : 

« Travaux faicts pour un cabinet que monseigneur l'Ad- 
t mirai a commandé de faire au dessus du cabinet de mon- 
( seigneur d'Andclot : Paie à maistre Larme xx livres t sol 
c pour avoir faict des painctures pour le parachèvement de 
( la galerie de monseigneur, suyvant un billet où est con- 
« tenu le détail des dictes painctures, faictes de la main de 
c maistre Larme. » 

c Le prix total de ces peintures a été fixé à cettt cinquante 
livres, et le travail était réglé en juin 1568. 

i Cette date de juin 1568 mérite de nous arrêter. C'était 
un moment de calme entre la seconde et la troisième guerre 
civile, époque à laquelle les protestants se plaignaient vive- 
ment des menées faites contre eux malgré l'édit de pacifica- 
tion. C^était le moment où le prince de Condé, retiré dans 
son château de Noyers, à deux lieues de Tanlay, avait de 
si fréquentes relations avec Coligny et d'Andelot. C'est le 
11 juin 1568 que le prince de Condé écrivait, de Noyers, 
au roi et à la reine pour se plaindre des persécutions dont 



1 . Tel est du moins Tavis de M. Bouchot, sous-bibliothécAire aux esUmpea de 
la Btbiiothèqae nationale. 



— 242 — 

les protestante étaient l'objet (Mf le dnc d'Aumale, Bisiair^ 
detprincei de Condé^ t. I, p. 351 et suiv.). C'est le 25 juin 
1568 que le prince de Gondé écriyait de nouveau, de Noyers, 
au roi et à la reine, poar réclamer une plus sérieuse obeer- 
vaUon de l'édit (BibJ. nat., ma. 24, Ve Golbert, fol. 156 et 
fol. 158). — Autre lettre de Gondé, datée de Noyers, le 
29 juin 1568, réclamant contre les menées des espions qui 
viennent à Noyers l'observer, mesurer les hauteurs des 
murailles et reconnaître les forces du château (Hùtoire de» 
princes de Condé, t.I, p. 353). 

c C'est enfin, moins de deux mois plus tard, le 23 août 
1568, que, poursuivis par Tavannes, l'amiral de Goligny 
et le prince de Condé prirent la résolution de s'échapper : 

ft L'Admirai retiré à Tanlay résolut avec le prince le 

( partement de l'un et de l'autre, ayant premièrement escrit 

c au roi une longue lettre En achevant de signer, le 

« prince part de Noyers avec la princesse enceinte, ses 
c enfante en maillot et en berceau, appartenans au prince et 
« à TAdmiral : la dame d'Andelot y en apporta un de deux 
f ans : plusieurs dames et damoiselles se joignirent en pareil 
i équipage : tout cela gardé de quatre-vingte gens d'armes 
c à la haste et d'autant d'arquebusiers à cheval, vint passer 
a Loire au port Sainct-Thibaut près Sancerre, et envoya 

c passer les enfante à Boni » (D'Aubigné, Hist, vmv,, 

liv. V, chap. I.) 

c L'artiste qui terminait son travail au milieu des pré* 
occupations publiques dont nous venons de parler, ne pou- 
vait manquer de s'inspirer des sentimente de l'amiral qui 
en ordoimait le parachèvement. L'ensemble de la concep- 
tion, sous une allégorie facile à deviner, nous représente 
une scène mythologique des dieux de l'Olympe et deux 
groupes bien distincts, séparés par un Janus à double visage 
qui visait Catherine de Médicis, bien que les traite de 
l'homme et de la femme ne rappellent en rien ceux de la 
princesse. Le Janus a le visage masculin tourné du côté 
droit, qui représente les protestente, et le visage féminin du 
côté gauche où se tiennent les catholiques. Cette divinité 
tient en main la clef du temple de la paix, i 



— 248 — 

M. Gourajod entretient la Compagnie d'an certain nombre 
d'objets faux qni se trouvent dans des collections privées, en 
particulier des ivoires. Il croit qu'on ne saurait trop signaler 
les objets de cette catégorie et mettre les amateurs et les 
conservateurs de musées en garde contre ces falsifications. 
MM. de Montaiglon, de Lasteyrie, Saglio citent divers faits 
à lappni de ces observations. 



Séance du 16 Juin. . 

Présidence de M. E. Saolio, président. 
Ouvrages offerts : 

Bniktin épigraphiquêf publié sous la direction de M. Mowat, 
t. V. Paris, 1885, in-8*. 

BulUtiino di archeoloçia e storia dalmata^ IX* année, n9 5. 
Spalato, 1886, in-8\ 

Baye (Le baron J. db). Le torques était porté par les hojimes, 
Gaen, 1886, in-8*. 

HiaoN DE ViLLBFOSSE (A.). Tête du Parthénon appaHenant cm 
Musée du Louvre. Paris, 1886, in-4«. 

Ramdall (Daniel R.). A puritan colony in Maryland, Balti- 
more, 1886, in-8«. 

Trccoaux. 

M. Gh. Robert fait une communication sur un petit rectangle 
en bronze, analogue aux médaillons contomiates. Ce n'est 
pas un médaillon funéraire, comme on l'a dit dans la Revue 
archéologique. Ici, on voit un auriga tenant un fouet et une 

couronne, et, comme légende, NIKA; c'est un soubaitde 

victoire. Cet objet est identique par son sujet à un médaillon 
contomiate ; un médaillon de Vienne trouvé dans le Danube 
est analogue aussi, sans avoir la même forme. Suivant les 
contrées, ce témoignage de soubait et de victoire a des formes 
différentes; les contomiates ronds ne se trouvent qu'en Italie 
et dans la Provence. Celui de la Bévue archéologique vient de 
l'Ouest, c'est-à-dire de la Gaule proprement dite. 



— 844 — 

M, Tabbé Ducbesne entretieQt la Société des chartes byxan- 
tinoB aur parcbemin bleu écrites en lettres d'argeat signalées 
& la basilique de Saiat^Nicolas de Bari. D a constaté sur les 
lieux une très grande exagération. Du reste, le conseil géné- 
ral de la province de Bari a promis d'aider à la publication 
des archives de la cathédrale de Saint-Nicolas. La pins 
ancienne de celles des 1 ,200 chartes de la cathédrale est de 852; 
celles-ci sont en latin. A Saint-Nicolas, il y en a 400. Celle 
sur parchemin bleu à lettres d'argent est latine et de Gri- 
moald ; elle est exposée et a été publiée à Naples il y a une 
douzaine d'années ; il y en a trois grecques, dont deux avec 
leurs sceaux pendants, émanant du catépan grec de Bari. 
Mais, de plus, il y a, dans les archives de la cathédrale, 
quatre précieux rouleaux à*Exultet^ dont Tun a neuf mètres. 
Le plus ancien est du x« siècle, en écriture langobardique, 
avec les portraits des empereurs grecs de Gonstantinople. 

M. d'Arbois de Jubainviile fait une communication sur les 
noms de lieux habités de la Gaule : 

« Parmi les nomi de lieux habités de la France, on 
peut distinguer quatre catégories, en prenant pour base de 
classement les langues auxquelles ces noms, de lieux remon- 
tent. 

i Je suivrai Tordre inverse de celui qu'observent d'ordi- 
naire les chronologistes , et j'appellerai première catégorie 
celle qui contient les noms de lieux français. Quelques-uns se 
composent d'un seul terme : Maisons, par exemple. La plu- 
part ont été constitués par l'a^ociation de deux termes, 
aabstantif et adjectif : Yiïle«tneuve ; adjectif et nom : Neuf- 
chÀteau, Beau*fort ; substantif et substantif : Yau-girard. On 
remarquera que dans ce dernier nom le déterminant est 
ordinairement placé après le déterminé. 

c La deuxième catégorie comprend les noms créés immé* 
diatement après la conquête barbare. Ordinairement, ce sont 
des mots composés de deux substantifs. Le déterminé, vilia^ 
c^nrU, vaHUy moM, est babituellen^ent placé le second. Le 
premier terme est le nom du propriétaire franc, burguode, 
visigoth, qui a bftti la ptffa, la wrti^ qui s'est construit que 



— 245 — 

habitation sur le mons^ dans la vaUù ; exemple, Bougival, 
dans un diplôme mérovingien, BamdeckisUo'VaUis, 

c La troisième catégorie contient les noms de fundù Ce 
sont des monuments de la conquête romaine. La plupart sont 
formés par la combinaison d'un gentilice romain avec le suf- 
fixe gaulois -aco'S. Tels sont Clippiacus^ aujourd'hui Glichy ; 
AnltmkuMi^ aujourd'hui Antony. Quelques-uns dérivent de 
surnoms gaulois, grâce à l'emploi du même suffixe -^ico*^ 
exemple, Tumacus^ Tonnay, dérivé de Tumm, Enfin, cer- 
tains sont des composés dont le premier terme est un surnom 
gaulois, et dont le second est le substantif gaulois -ma^fi», 
c champ. I Je me sers de l'expression surnom pour me con- 
former à l'usage des épigraphistes. Il s'agit ici d'un véritable 
nom, porté par des Gaulois qui, n'étant pas encore citoyens 
romains, n'avaient pas de gentilices ; exemple, Eburo-magus^ 
cf. Eburacum. Les noms terminés par le suffixe -aeo9 et par 
le substantif magus^ c champ, i sont des noms de Jundi^ 
témoignage de la grande révolution par laquelle les Romains 
ont substitué en Gaule la propriété foncière individuelle à la 
propriété foncière collective. 

d La quatrième catégorie des noms de lieux habités com- 
prend les noms d'oppida et de vtct, qui remontent à l'époque 
de l'indépendance gauloise ou au temps immédiatement pos- 
térieur à la conquête romaine. Ce sont par exemple les noms 
composés dont le second terme est dunum^ durum ou hriga. 
n faut les distinguer des noms de fundi en aco-s^ qui appar- 
tiennent à la troisième catégorie, et qui sont étrangers à la 
langue de César. » 

M. Héron de Villefosse lit une lettre de M. de Bourgade 
sur l'état d'abandon où se trouvent les ruines du temple de 
Mercure, au sommet du Puy-de-Ddme. 

La Compagnie décide que le président écrira au ministre 
pour appeler son attention sur les mesures à prendre afin 
d'assurer la conservation de ce monument, dont l'Académie 
de Clermont n'a plus la responsabilité. 



— 216 — 

Séance du 23 Juin. 

Présidence de M. £. Saquo, président. 

Ouvrages offerts : 
Jtti délia reale Accademia dei Lineei^ an. GGLXXXI, 1883- 

1884, 3* série. Memorie délia classe di scienxe monUi sioriche 

fLlohgiche, t. XIII. Revue, 1884, in-4«. 
Bollettino dette opère moderne straniere acquistate délia bibUo' 

teche pubbliche govematwe del regno â^Italia^ mars-avril 

1880. Rome, in-8o. 
Bulletin des hihliothiques et des archives^ publié sous les aus- 
pices du Ministère de l'instruction publique, année 1886, 

n* 1. Paris, 1886, in-8». 
BuUettino di archeoloyia cristiana del comm. G.-B. de Rossi, 

4« série, 3« année, 1884-1885. Rome, in-8*. 
Cambridge aniiquarian society, List of tke memhers^ 24 mai 

1886. Cambridge, in-8o. 
Korrespondensblatt der Westdeutschen Zeitschrifi fur (re- 

schichie und Kunst^ V« année, n® 6. Trêves, 1886, in-8*. 
Mémoires de V Académie de Mett^ 2« période, LXTV* année ; 

$• série, VII» année, 1882-1883. Metz, 1886, in-8*. 
Memorie délia regia Accademia di sdenxe^ lettere ed arti in 

Modenay 2« série, t. III. Modène, 1885, in-4*. 
GoLLiQNON (Maxime). Tablettes votives de terre cuite peinte^ 

trouvées à Corinihe et conservées au Musée du Louvre, Paris, 

1886, in-4'. 
Reinagh et E. Babelon (S.). Recherches archéologiques en 

Tunisie, 1883-1884. Paris, 1886, in-8'. 

Travaux. 

M. de Laigue écrit pour signaler à la Compagnie une pla- 
quette en bronze, représentant, au droit, un soleil avec légende 
en cercle; au revers, des animaux. Cet objet aurait été, 
d'après ceux qui l'ont produit, trouvé à Vulci. C'est un monu- 
ment faux, de fabrication moderne. M. de Laigue croit utile 



— 247 — 

de signaler cette supercherie à la (Compagnie. Un dessin est 
joint à la note de notre confrère. 

M. Bmyerre, inspecteur général adjoint des monuments 
historiques, fait la communication suivante sur le temple du 
Puy-de-Dôme : 

c Les ruines du temple de Mercure, au sommet du Puy- 
de-Dôme, ont été trouvées en i872 par les ouvriers cherchant 
des matériaux antiques afin de les utiliser dans la construc- 
tion d'un observatoire météorologique. 

« L'Académie de Glermont, prévenue de ces découvertes, 
a fait continuer ces fouilles en 1873 et 4874. 

c Le monument ayant été classé, la Commission des monu- 
ments historiques a fait pousser les fouilles avec activité 
pendant les années 1875, 1876 et 1877. 

c A cette époque, le temple, orienté vers l'ouest, et son 
péribole, occupant un espace de 64 mètres de longueur sur 
68 mètres de largeur, avaient été complètement découverts, 
sauf une très petite partie de l'angle nord-ouest du péribole, 
engagée sous les constructions de l'observatoire. 

c On a en outre reconnu que le mamelon qui domine l'aire 
du temple au nord-ouest avait été revêtu d'une épaisse maçon- 
nerie de forme tronconique dont la plate-forme supérieure, de 
36 mètres au moins de diamètre, avait, sans doute, servi de 
base à la statue colossale exécutée p%r Zénodore. 

c Le temple présente bien les dispositions que Grégoire de 
« Tours attribue au Vassogalate des Arvernes, incendié, ren- 
« versé et détruit par Chrocus, édifice admirable et solide, 
« dont les murs étaient doubles, bâtis en dedans avec de 
c petites pierres et en dehors avec de grandes pierres carrées, 
f et avaient 30 pieds d'épaisseur. » La quantité énorme de 
marbres découverts dans ces fouilles démontre bien que, 
dans l'intérieur, c le marbre se mêlait aux mosaïques, t Ces 
dernières étaient, d'après les fragments retrouvés, de deux 
espèces ; les unes, en mosaïques composées de petits cubes, 
les autres, plus nombreuses peut-être, en mosaïques dites de 
Florence, composées de porphyre et de serpentines enchâs- 
sées dans du marbre blanc. 

c Les murs doubles ont été élevés à deux époqnes diffé* 



— «8 -^ 

rentes, les plus anciens en petits matérianx, ceux extérieurs 
en pierre dite t domite, i provenant de la montagne môme. 

i II a été reconnu qu'outre la construction de la chapelle 
Baint-Bamabé, bien connue par les expériences de Pascal, et 
dont les fondations, situées sur le mamelon supérieur^ont été 
retrouvées, les chrétiens avaient établi à la même époque 
(xu* siècle), sous l'aire de béton de la cella du temple, une 
autre chapelle avec absidioles et colonnes. 

« Aucune colonne n'a été retrouvée dans les fouilles, mais 
on doit se rappeler que saint Allyre, fondateur de la célèbre 
abbaye de ce nom, près Giermont, après avoir délivré la fille 
de l'empereur Maxime de c l'Esprit immonde, i avait forcé 
celui-ci de transporter dans son abbaye un certain nombre de 
colonnes de marbre, provenant d'un temple antique, qui lui 
avaient été données par l'empereur. 

c Les nombreuses colonnes de marbre précieux qui déco- 
raient l'abbaye de Saint* Allyre ne seraient antres que celles 
du temple de Mercure. 

a Depuis l'époque où les fouilles ont été terminées, la Com- 
mission des monuments historiques n'a pas abandonné l'édi- 
fice; elle fait exécuter chaque année les travaux d'entretien 
nécessaires. 

« Les fouilles ne sont donc plus à faire; on s*efforoe, sans 
modifier les dispositions, de remettre en place et de protéger 
par des chapes les maçonneries dont le mortier, malheu- 
reusement de mauvaise qualité, se désagrège sous ce climat 
si rode ; les assises en domite, qui ne résistent pas toujours 
très bien à la gelée, sont remises en place, après que les 
morceaux en ont été réunis par des goujons en bronse. i 



Séance du 30 Juin. 

Présidence de M. E. Saglio, président. 
Ouvrages offerts : 
Buttetin erilique^ publié sous la direction de MM. Duchesne, 
Ingold, LesccBur, Thédenat, VII« année, n* 42. 4886, irtSr. 
Mimoma de la Swiété de »taHitiqu9y jcmimw, IdUrts tt arts 



• a<9 — 

du d^ri^meni dgs Vwx^-SèwTUy ^ lérie, i. Ul, 4866. 

Niort, m-8». 
JZcptM hélgê de mwmtmtUiqHê^ 1886, 3« livr. Bruxelles, in-S». 
Soci^l^ ftnimie. Mai^e$te d9$ étaU de Vile de Jereep, du 

5-45 Mort 1645-1646. 1886, iji-8*. 
Lbgot de la Mabghb. La chaire Jrançaise au moyen âge^ 2^ édii. 

Paris, BeDoaard, 1886, in-8v 
Pbiwot et Gh. Qbjpibz (G.). Histoire de F tort dane roMiifeiié^ 

t. IV. Paris, 1886, ia-ê*. 

Travaux. 

M. G. Bapat fait la communication suivante : 

c Dans le peuple de Paris, il existait une tradition cons- 
tante qui attribuait à saint Éloi la construction de la châsse 
de sainte Geneviève, la pièce d'orfèvrerie la plus célèbre, et, 
au dire de nombre d'écrivains, la plus belle de toutes les 
œuvres de Torièvrerie française. 

f Cette châsse fut commencée en 1230 et terminée en 1242 
par un orfèvre parisien du nom de Bonnard, mais aucun 
antanr n'en donne la description, et il serait impossible d'en 
faire aujourd'hui la restitution, si en 1614 il n'avait été passé 
un contrat entre le prieur de Tabbayé et trois orfèvres pari«- 
siens, à la suite duquel fut dressé un inventaire des parties 
les plus riches de la châsse. 

c Cest au moyen de ces deux documents que l'on peut se 
faire une idée de ce qu'était le reliquaire de la patronne de 
Paris. 

c La châsse avait la forme d'une église; elle était longue 
de quatre pieds et haute de deux pieds. Sur les côtés étaient, 
en relief, les figures des douze apôtres dans des niches ornées 
d'ogives placées sur des colonnes : sur les deux faces, devant 
et derrière, étaient représentés également en relief deux sujets 
de chaque côté; d'un côté, Dieu le Père, et au-dessous, 
séparée par une frise, une scène de la vie de sainte Gene- 
viève. 

c L'artiste avait représenté la sainte au moment où saint 
Germain, accompagné de saint Loup, lui remettait à Nan- 



tem une petite médaille comme signe de la oonséeration qne 
la jenne vieige faisait à Dieu de sa vie. 

i De l'autre c6té, une Vierge ayec l'enfant Jésus, et au- 
dessous sainte Geneviève, toujours représentée en relief et 
de face, ayant à sa droite Glovis et à sa gauche ia reine 
GlotiJde. 

f Sur le toit de la châsse était au milieu, d'un côté la figure 
de eainte Geneviève dans un médaillon trilobé, et de chaque 
cAté, également dans des médaillons soutenus par des anges 
en relief, étaient représentés des miracles de la sainte. La 
disposition était identique sur l'autre partie de la toiture; 
seulement, au lieu de la figure de sainte Geneviève, c'était 
la figure de saint Martin qui se trouvait au milieu. » 

La communication de M. fiapst donne lieu à d'intéres- 
santes observations de la part de MM. Bordier, d*Âiix>is de 
Jubainville, Gourajod, Gaidos et l'abbé Duchesne. 

M. Babelon lit un mémoire sur un proconsul de Galatie 
du nom de M. Annius Afrinus. Il communique une mon- 
naie inédite d'Iconium sur laquelle on voit le portrait de ce 
proconsul et cite un certain nombre de monnaies d'Iconium 
et de Pessinunte de Galatie, frappées sous l'autorité de ce 
personnage. A l'aide des monuments numismatiques et épi- 
graphiques, M. Babelon établit que M. Annius Afrinus ftit, 
sous le règne de Claude, anuul suffêcHu^ avec un certain 
Africanus, qui reste inconnu, puis envoyé en Asie comme 
proconsul de Galatie, où il frappa monnaie, et même avec le 
droit d*effigie; enfin, qu'il fut légat de iVespasien en Pan- 
nonie. 

Ce mémoire est renvoyé à la Commission des impressions. 

M. Courajod présente à la Société un stuc peint et doré, 
exécuté d'après la madon/9 des Paxzi de Donatello, et dont 
roriglnal en marbre est conservé au Musée de Berlin. Le 
stuc présenté par M. Courajod a été récemment acquis pour 
le Musée du Louvre. 



— 224 — 
EXTRAIT DES PROCÈS^VERBAUX 

DU 3< TRIMESTRE DE 1886. 



Séance du 7 Juillet. 
Présidence de M. E. Saqlio, président. 

Ouyrages offerts : 
ÂiH deïla reale Accadenûa deihincei, an. GGLXXXIU (1885- 

4886), série IV, t. Il, fasc. 12-13. Rome, 1886, in-4o. 
Bulletin criiiquey publié sous la direction de MM. Duchesne, 

Ingold, Lescœur, Thédenat, VU* année, n* 13, juillet 1886. 

Paris, in-8». 

— de la Société des archives historiqties de la Saintonge et de 
VAums, t. VI, livr. 3, juillet 1886. Saintes, in-8o. 

— de la Société historique et archéologique du Périgord^ 
t. Xm, livr. 3. Périgueux, 1886, in-8^ 

Répertoire des travaux historiques^ t. III, in-4o. Paris, 1886, 

in-8\ 
GouBNAULT (Charles). Les artistes célèbres. Jean Lamour^ ser^ 

rurier du roi Stanislas^ à Noncy. Nancy, 1886, in-8*. 
Lallehand (Paul). De la nécessité de maintenir le programme 

tradiiiannel dans les études classiques. Paris, 1886, in-12. 

Correspondance, 

M. René Fage, présenté par MM. A. de Barthélémy et 
H. Thédenat, écrit pour poser sa candidature au titre d'as- 
socié- correspondant national à Limoges. Le président désigne 
MM. R. de Lasteyrie, Molinier et Babelon pour former la 
commission chargée de présenter un rapport sur les titres 
scientifiques du candidat. 



— 222 — 

Travaux. 

M. Vabbé Thédenat of&e, de la part de M. l'id)bé P. Lalle- 
mandy associé correspondant, une brochure intitulée : U 
Programme tradUionnel dam lu études ckunques. « Notre 
confrère a pensé avec raison que ce petit volume touche à des 
questions auxquelles la Compagnie ne saurait rester indiffé- 
rente. Le jour, en effet, où les langues et les littératures clas- 
siques disparaîtraient de renseignement secondaire ou y tien- 
draient une place coftsidérablement amoindrie, le culte de la 
beauté antique, le goût des études auxquelles les Sociétés 
comme la nôtre sont vouées recevraient une atteinte mortelle. 
L'auteur ne se place pas, il est vrai, à ce point de vue tout 
spécial; mais il n'en défend pas moins des principes et une 
cause qui nous sont chers. M. l'abbé Lallemand s'est surtout 
attaché à démontrer Tinfluence des littératures antiques sur 
la nôtre et comment l'union féconde de l'esprit français avec 
le génie grec et le génie romain a préparé notre xvii* siècle. 
Il termine en exprimant l'espérance que, si jamais l'éduca- 
tion purement utilitaire l'emportait momentanément dans les 
programmes universitaires, l'enseignement libre accueillerait 
ces proscrits qui s'appellent Homère et Virgile, Démosthène 
et Gicéron, Thucydide et Salluste et conserverait ainsi, jos- 
qu'à des jours meilleurs, les vieilles traditions de l'enseigne- 
ment classique. • 

M. Flouest communique des estampages de deux tombes 
conservées à Montormentier et à Foulaire (Haute-Marne). 
Ces tombes appartiennent l'une à la fin du xiii« siècle, l'autre 
à la seconde moitié du xrv" siècle. Les estampages soumis i 
la Société ont été exécutés par M. Camille Royer, membre 
de la Société archéologique de Langres. 

M. Flouest présente également à la Société trois cloches en 
fer forgé, qui appartiennent à M. Vignat, d'Orléans, et snr 
Tune desquelles on a cru lire U date de 1242. M. Floaest 
démontre foe eelte cloche appartient à Tan 4742. Il demande 
à ses collègues à quel usage ces cloekee ont pu servir. 



Plnsienre membres s'associent aux obsenrations de 
M. Flooest relativement à la date de ces cloches. Ils 
pensent qu'elles ont pu servir à ces crieurs publics qui jadis 
allaient de porte en porte annoncer les décès et les enterre- 
ments ; à moins que ce ne soient simplement de ces cloches 
comme on en accroche aujourd'hui encore au cou des bes- 
tiaux , dans les pays de montagnes et particulièrement en 
Suisse. 

M. Lecoy de la Marche fait part à la Compagnie des résul- 
tats de la recherche à laquelle il s'est livré au sujet d'une 
légende relative aux colonnes du monastère de Saint-AUyre 
de Glermont, citée par M. Bruyerre dans sa récente commu- 
nication sur le temple du Puy-de-Déme. Cette légende, 
d'après laquelle l'évéque lUidius ou Allyre aurait obtenu de 
l'empereur Maxime le don des colonnes du fameux temple 
païen, ne figure point dans sa biographie écrite par son com- 
patriote Grégoire de Tours. Mais une autre vie du saint, beau* 
coup plus suspecte et datant du x« siècle seulement, con- 
tient une légende à peu près analogue, prétendant que les 
colonnes du monastère provenaient d'un ancien palais de 
Trêves. La première a dû naître de la seconde ; mais, en tous 
cas, il est difficile d'admettre l'une ou l'autre comme ayant un 
fondement authentique. 

Cette communication amène un échange d'observations 
entre MM. Mowat, Gaidoz et d'Arbois de Jubainville, au 
sujet dn nom que portait le temple du Puy-de-Dôme. 

M. Courajod communique^ de la part de M. de la Sizeranne, 
le moulage d'un chapiteau du xu« siècle découvert à Valence 
et qoi pourrait avoir af^artenu à l'aneienne abbaye de Saint- 
Ruf ou de Saint-Félix. 

M. Pol Nicard entretient la Société de la chapelle de Saint- 
Aignan, dont les restes se voient encore dans la rue de la 
Colombe; il y reste encore des chapiteaux curieux qui 
paraissent remonter à l'époque romane. £lle sert actuellement 
d'écurie. 



— 224 — 

Séance du 21 JuiUet. 

Présidence de M. E. Saouo, président. 

Ouvrages offerts : 
JmmaUâ de V Académie éParekéologU de JMgig^tê^ t. XL; 3« série, 

t. X. Anvers, 1886, in-8*. 
Bulletin de r Académie ^archéologie de Bdgiçue^ 4* série, V- 

VU. Anvers, 1886, in-8*. 

— de r Académie d^Hipponê^ n* 21, fasc. 4. Bone, 1886, in-8*. 
^de la Société de$ Antiquairei de VOuest^ i« trimestre de 

Tannée 1886. Poitiers, iQ-S». 
^dela Société des Antiquairee de Picardie^ année 1886, n» i. 

Amiens, in-8^. 
--delà Société de Borda^ XI* année, 2* trimestre. Dai, 1886, 

in-8». 

— delà Société départementale d^arckéohgiê et de staHsiiqm 
de la Drâmej 78" iivr. Valence, 1886, in-8o. 

-^dela Société d*étude$ de$ HamteS' Alpes ^ 5* année, juillet- 
septembre 1886. Gap, in-8o. 

— hiitoriqae de la Société de$ Antiquaires de la Monsûf 
XXX V« année, Iivr. 138, avrU-jnin 1886. Saint-Omerfin-S*. 

BuUettino di archeologia e storia dalmata^ an. IX, a« 6. Spa- 

Uto, 1886, in-8o. 
Johns Hopkins Université studies^ 4* série, VII-IX. Siitory 

of the land question in the Umted^tates. Baltimore, 1886, 

in-8«. 
Mémoires de V Académie de Nîmes, 7* série, t. VH (an. 1884). 

Nimes, 1885, in-8o. 
-^ds la Société d^archéologie et ^histoire de la Moték^ 

t. XVI, part. 1-2. Metz, 1885, in-8o. 

— delà Société des sciences naturelles et archéologiqua de la 
Creuse, t. V; 2« série, t. I. Guéret, 1882-1886, in-8«. 

Proceedings of the Society of Antiquaries of London, 19 no- 
vembre 1885-1" avril 1886. Londres, 1886, in.8*. 
Bévue afiicaine, n«« 176-177. Mars-juin 1886. Alger, in-8'. 
DuBRiEu (Paul). Les archives angevines de Naples, Étude tuf 



— 225 — 

Us rtgktru du rot CharU» /•' (i265«1285}, 1. 1. Paris, 1886, 

in-S®. 
Enoelhardt (Ed.)- ^« CanabemeÈ et Vorigine de Strasbourg 

(Argentoraium^ Troësmis). Paris, 1886, in-8*. 
Faob (René). CompUmsnt des œmres de Baluse, Tulle, 1884, 

in-8<». 

— Deux lettres de Masearan à wuidemoiseUe de 8eudéry, Tulle, 

1885, in-8o. 

— Guillaume Sudre^ cardinal liaiousin. Brive, 1886, m-8o. 

— Jean^oseph Dumons^ peintre éPkistoire^ 1687-1779. Tulle, 
1881, in-8». 

— La numismatique limousine à reipositionuniverselle de 1878. 
Limoges, 1880, in-8*. 

— Le château de Puy^de'Val, description et histoire. Tulle, 
1883, in-8o. 

— Le point de TuUe, Tulle, 1882, iii-8o. 

— Les œuvres de Baluxe cataloguées et décrites. Tulle, 1882, 
in-8<>. 

— Le tombeau du cardinal de Tulle à SaiiU'Germain4es»Belles, 
Limoges, 1885, in-8o. 

— Lettres inédites de Bakue à M, Melon du Verdier. Tulle, 
1883, in^». 

— Le vieux Tulle. I. Les origines de Tulle. Tulle, 1885, in-8o. 

— Le vieux Tulle. U. Les fortifications. Tulle, 1886, in-8». 

— Le vieux Tulle. III. Le château ou/ort Saint^Pierre. Tulle, 

1886, in-8*. 

— MoUère et les Limousins. Limoges, 1884, in-8*. 

— Notes sur un pontifical de Clément VI et sur un missel dit 
de Clément VI, Tulle, 1885, in-8o. 

— Quelques procès limousins aux Chxmds Jours de Poitou 
(1567-1625). Limoges, 1886, iD-8o. 

— Bestauration du cloître de TttZZe, notes historiques. Brive, 
1878, in-8o. 

— Une ancienne justice. La cour d'appeaux de Ségur, Limoges, 
1886, in-8o. 

— Une boutique de marchand à Tulle au XV II* siècle. Tulle, 
1886, in-8». 

AMT. BULLITIM. 15 



— 226 — 

— Un épisode de la Fronde en province; teninivn de tnada- 

tion à Limogea du parlement de Bordeaux, Limoges, 1882, 

in^-. 
GoBLET (René). Dieeoun prononcé le eomedi i^ mai 1886 à 2a 

téance de clâiure du Congrue de$ MoeUUe eaoaniet à la Sor- 

bonne, Paris, 1886, in-d». 
MosaMAim. Le moulin de$ trois tournants; rkêtddêCoiheron. 

Golmar, 1886, ui'8*. 

Correspondance, 

M. Thiolier, présenté par MM. Gourajod et Thédenat, écrit 
pour poser sa candidature au titre d'associé correspondant 
national à Saint-Germain-Laval (Loire). Le président désigne 
MM. A. Héron de Yiilefosse, Flouest et Babelon pour former 
la commission chargée de présenter un rapport sur les titres 
scientifiques du candidat. 

Travaux. 

M. le président annonce la mort de M. Tabbé Nyd, associé 
correspondant national à Sermoyer, par Pont-de-Vauz (Ain), 
et se fait Tinterprète des regrets de la Compagnie. 

M. le président donne ensuite lecture d'une oircuiairB par 
laquelle le jninistre de l'instruction publique eonsalte la 
Compagnie sur l'opportunité de transférer à la Pentecôte le 
Congrès des sociétés savantes qui, jusqu'à ce jour, était con- 
voqué à Pâques^ 

Après une discussion à laquelle prennent part MM. Gaidoz, 
Héron de Yillefosse, Read et Gourajod, la Compagnie se 
prononce, par un vote, pour le maintien de la date habituelle. 

M. l'abbé Thédenat, membre résidant, dépose sur le 
bureau, de la part de M. E. Engelhardt, une brochure 
intitulée les Canabenses et Vorigine de Strasbourg, Àrj^^ 
ratum-Troësmis. 

« On appelait Canabenses une population non militaire com- 
posée de marchands de denrées, d'aubergistes, habitant à l'on- 



— 227 — 

gine des baraques {catuxbae) établies aux envirouB des camps. 
CSes Camabeiuu formaient une agglomération qui, peu à peu, 
se construisait des demeures plus solides et plus stables, et, 
par un développement continu, arrivait à former un viens, 
puis un municipe. M. Engelhardt commente, dans la bro- 
chure que j*ai Thonneur de présenter à la Compagnie, deux 
inscriptions mentionnant des Canahenses. L'une, trouvée par 
lui dans les fouilles qu'il a pratiquées sur l'emplacement de 
.Troësmis, est une dédicace érigée pro $alutê Imperatoris 
Caesaris Traiani Hadriani par les cives romani consistentes 
ad canahas îegionit quintae Macedonicae; l'autre, découverte 
en 1851 sur le territoire de Kœnigshofen, sous les murs de 
Strasbourg, est dédiée au Genius vict amdbarum et viccmo- 
fUM canabensiuM. M. Engelhardt, dans un commentaire éru- 
dit de ces inscriptions, expose, surtout d'après M. Mommsen, 
ce que l'on sait des Canahenses^ puis tire la conclusion que . 
l'ancienne ville de Troôsmis et Strasbourg ont eu une origine 
analogue, à savoir la population commerçante attirée dans 
ces endroits par le voisinage du camp romain. » 

MM. Ck)urajod et Molinier, membres résidants, font hom- 
mage à la Compagnie, au nom de l'auteur, du premier volume 
d'un ouvrage intitulé : Lee registres angevins de Napîes^ par 
M. Paul Durrieu, ancien membre de l'École française de 
Rome, attaché au Musée du Louvre. Ils font ressortir tout 
l'intérêt que ce travail présente au point de vue de notre his- 
toire nationale et les ressources qu'il peut offrir pour l'étude 
des monuments de l'art français dans l'Italie méridionale. 

M. Gourajod communique le moulage d'un buste en marbre 
sculpté au XV» siècle, appartenant à M. le comte Bertrand de 
Blacas, dont une photographie avait été antérieurement sou- 
mise à l'examen de la Société. Il y reconnaît le portrait d'un 
personnage ayant vécu à la cour de Naples et portant l'ordre 
aragonais du Vase de lys. C'est une œuvre très intéressante 
de l'École napolitaine. 

M. Gourajod communique ensuite un buste en marbre d'un 
très beau caractère qui vient d'être acquis par le Musée du 



— 228 — 

Louvre. Cette œavre, qui émane également de l'École napo- 
litaine, est supposée, d'après une comparaison avec des 
'monnaies et une miniature de la Bibliothèque nationale, 
représenter Ferdinand I«' d'Aragon. 

M. HomoUe, associé correspondant, donne lecture d'an 
mémoire sur l'amphithé&tre de Gurion décrit par Pline. U 
discute et combat la restauration proposée par Ganina qai 
ne répond nullement au texte de Pline et en propose une 
nouvelle très satisfaisante qui lui a été suggérée par un 
architecte, M. Nénot. Le mémoire de M. Homolle est ren- 
voyé à la Commission des impressions. 

MM. Moy^at et Babelon, membres résidants, communi- 
quent, de la part de M. Ëspérandieu, associé correspondant, 
l'estampage d'une inscription du xiv* siècle encastrée dans 
le mur de l'église, à Puycerda (Espagne). Cette inscription 
est ainsi conçue : 

Û û G 

i ANC : DNI : M : GCC \ XI ; TERCIO \ KL'8 

û 
: HOCrOBRIS : VIGILIA ; SCI \ MIGHAELIS \ 

Û û 

i 8BPTEBRI8 i FVTT : SEPVLT i lOHS : CE 

û 
RDANI ; FILP : DNI i PETRI : GERDANI 



Séance du 28 Juillet. 

Présidence de M. E. Saolxo, président. 
Ouvrages offerts : 
Bulletin critiguBj publié sous la direction de MM. Duchesne, 
Ingold, LescŒur, Thédenat, n<» 14, 15 juillet 1886. Paris, 
in-8v 
— de la Société industrielle de Mulhouse^ mai-juillet 1886. 

Mulhouse, 1886, in-8». 
--delà Société polymatiquê du Morbihan, année 1885, !«" et 
2* semestres. Vannes, in-8<». 



— delà Société seientifi^itey kùloriquê et archéologique de la 
Corrèfe, t. VUI, livr. 2. Brive, 1886, in-8». 

Retme de r Afrique^ t. IV, fasc. 17, mai-juin 1886. Paris, in-^*. 
BuLTEAu (l'abbé). Monographie de la cathédrale de Chartres^ 

n« 3. Chartres, 1886, in-8*. 
Taillebois (E.). Découverte d^une cachette de 5395 deniere et 

oholee Morlans au nom de CentuUe, à Gondrin (Gère), Dax, 

1886, in.8-. 

— Inecriptione antiqueê du Musée de Tarhee. Dax, 1886, in-8o. 

— La Fontaine S or; découverte^ à Ponteux-les-Forges (Landes), 
de 45 pièce» en or et de 4116 piècee en argent de la période 
angUhJrançaiie. Dax, 1886, in-8<». 

— Le tiers de sol d'Aire à la légende Vico-Mi. Màcon, 1886, 
iii-8o. 

TniDBNAT (Henri). Sur deux masques d enfant de T époque 
romaine trouvés à Lyon et à Paris. Paris, Gaen, 1886, in-8«. 

Travaux, 

M. Goliignon, membre résidant, oommanique à la Société 
les photographies de deux torses grecs archaïques du Musée 
du Louvre, découverts sur l'emplacement d'un temple d*Ac- 
tium, par M. Ghampoiseau. M. Goliignon rappelle la série 
des statues de même type qui sont connues et dont s'est 
enrichi récemment le Musée du Louvre, grâce aux fouilles 
fiiites par V École française d Athènes à Perdicovrysi. Il signale 
les principales questions que provoqua Tétude de ces statues, 
où l'on est en droit de reconnaîti;;e un type très général, 
celui de la figure virile nue. Elles supposent des prototypes 
exécutés suivant la vieille technique du travail du bois et 
en dérivent directement. 

M. E. Molinier, membre résidant, présente, de la part de 
M. Rupin, la photographie d'une tombe en cuivre gravé 
provenant de Saint-Junien (Haute- Vienne) et actuellement 
déposée dans l'une des salles de l'exposition rétrospective 
de Limoges. Cette plaque de bronze, qui porte la représen- 
tation et l'épitaphe de maître Martial Formier, licencié en 



droit, jadis abbé de 8aint<*J6an d'Angers et chanoine de 
Saint-Junien, mort le 14 mars 4513 (1514), est un beau 
spécimen d'un art dont bien peu de spécimens ont été con- 
servés en France. 

M. E. Molinier soumet ensuite à la Société plusieurs 
photographies d'objets provenant du trésor de l'ancienne 
abbaye de Grandmont et exposés en ce moment à Limoges. 
Il signale l'importance, pour l'histoire de rémalUerie firan- 
çaise, d'une ch&sse du commencement du xn* siècle dont il 
montre des dessins coloriés. Ce monument, qui appartient 
à l'église de Bellac, doit être rapproché de la cassette du 
trésor de Conques qui porte le nom de l'abbé Boniface. 

M. l'abbé Duchesne, membre résidant, présente une recti- 
fication au texte de la vie du pape Léon III, à l'endroit où 
il est question de l'onction conférée à Gharlemagne le jour 
de Noël de l'an 800, à Saint-Pierre de Rome. D'après les 
éditions, Gharlemagne aurait reçu cette onction; mais les 
manuscrits ne parlent en cet endroit que de son fils Charles, 
qui fut, en effet, unctus in regemy en même temps que son 
père était acclamé empereur. M. l'abbé Duchesne ajoute que 
la liturgie de l'église romaine ne comportait alors d'antres 
onctions que celles du baptême, de la confirmation et des 
malades. L'onction des prêtres et des rois est une partica* 
larité du rit gallican, dans lequel elle est entrée, non par 
tradition, mais par l'influence des récits bibliques. 

M. l'abbé Thédenat, membre résidant, rappelle qu'il a 
communiqué à la Compagnie, il y a quelques années <, les 
photographies de deux chapiteaux romains historiés, encas- 
trés à Pise, dans une muraille : 

c Ces chapiteaux, dit M. l'abbé Thédenat, avaient été 
déjà publiés dans la Gazette archéologique sous le nom de 
M. E. de Chanot^, avec des dessins qui, rapprochés despbo- 

1. Bidletin des Antiquaires, i883, p. 233. 

2. Année 1877, Utî. 5, pi. 99^30. 



tographies nouvelles dues à robllgeanœ de M. de Laigue, 
alors consul de Franoe à Lavoume, laissent beaucoup à dési- 
rer. A la fin de son mémoire, M. de Ghanot rappelait que 
M. de Witte lui disait avoir constaté, à Pise, en 1838, la 
préeence de quatre autres chapiteaux romains historiés, 
représentant Ûs, Gérés, Minerve et Vénus. 

« Â ma prière, M. de Laigue, dont Tinépuisable obligeance 
et le xèle pour Tarchéologie sont connus de nos confrères 
de la Société des Antiquaires de Franoe, voulut bien se 
mettre à la recherche des chapiteaux signalés par M. de 
Witte. Il n'en trouva pas trace, mais il put constater que 
lee chapiteaux déjà signalés et* portant l'image de Jupiter et 
d'Harpocrate étaient historiés sur leurs quatre faces. 

< Chacun de ces chapiteaux présente une face parfoitement 
visible; c'est celles dont je viens de parler; elles ont été, 
Tune et l'autre, publiées, comme je viens de le dire, dans la 
Owtetie archéologique et dans notre BuUêtin. Les chapiteaux 
étant engagés dans une espèce de niche carrée, la face 
opposée est complètement masquée; les deux faces latérales 
sont visibles, mais trop proches de la paroi de la niche pour 
qu'il soit possible de les photographier; il est même impos- 
sible de les voir sans monter, à l'aide d'une échelle, jusqu'à 
la hauteur du chapiteau. M. le comte de Santivale a bien 
voulu, à la demande de M. de Laigue, y monter et exécuter, 
dans cette situation peu commode, les excellents dessins que 
j'ai l'honneur de présenter à la Goropagnie. 

c Commençons par le chapiteau dont la face principale 
représente Jupiter tenant de la main droite le foudre, tandis 
que la main gauche élevée s'appuie sur la partie supérieure 
du sceptre ; Ja figure du dieu offre le type le plus fréquent : 
la barbe longue et la chevelure touffue, retombant sur les 
épaules. 

« La face latérale de droite représente le dieu Mars, barbu, 
la tête couverte d'une coiffure sphérique en forme de calotte, 
à côtes ; il est caractérisé par un bouclier orné de la tôte de 
la Gorgone, placé devant lui à droite. 

< La face latérale de gauche représente une divinité dont la 
figure a disparu ; la main gauche, légèrement élevée, tient 



— 232 — 

un attribut qui, autant qu'on en peut juger, est un serpent. 
Ge serait, s'il en est ainsi, la déesse H^e. 

c La face principale du second chapiteau représente le diea 
Harpocrate, coiffé d'un bonnet phrygien et portant, suivant 
l'usage traditionnel, la main droite à la bouche, tandis que 
la main gauche soutient une corne d'abondance. 

« Sur la face de droite, on voit une divinité féminine dont 
la chevelure, ondulée et séparée par le milieu, descend au-des- 
sous des oreilles pour aller se renouer derrière la tête. De 
la main gauche la déesse tient une palme. Il faut proba- 
blement y voir une Victoire sans ailes. 

c Sur la face de gauche est figurée une déesse drapée comme 
les précédentes ; elle n'est distinguée par aucun attribut qui 
permette de lui assigner un nom. L'arrangement de la che- 
velure est le même que celui de la Victoire. 

< Les chapiteaux sont engagés dans une muraille ; une niche 
carrée, ménagée dans le mur, permet de les voir ainsi qae 
la partie supérieure des piliers qu'ils surmontent ; il semble 
donc que ces intéressants débris d'un édifice, dont les pro- 
portions devaient être considérables, n'ont pas été, comme il 
arrive souvent, déplacés et encastrés dans la muraille; les 
piliers, engagés dans la maçonnerie dès leur base, sont pro- 
bablement encore en place. Si jamais on remue le sol de ce 
quartier, on y rencontrera probablement les fondations dn 
monument antique et de nombreux débris. 

« Il est fort probable que les quatre chapiteaux historiés, 
mentionnés par M. de Witte, n'existent pas; sans donte 
notre savant confrère avait conservé le souvenir des quatre 
faces latérales des deux chapiteaux déjà connus, les attri- 
buant par erreur à d'autres chapiteaux. 

« Ces deux chapiteaux sont richement ornés ; la base en est 
formée par un rang de feuilles d'acanthe servant de snppprt 
aux bustes des divinités ; à chaque angle, une Victoire en 
pied, légèrement inclinée en avant et les ailes éployées, sup- 
porte le tailloir, dont l'extrémité repose sur sa tète; toutes, 
les mains rejetées en arrière, tendent une couronne vers 
le dieu représenté sur la face, ou portent une palme ou un 
trophée. • 



— 233 — 

M. Tabbé Thédenat fait remarquer, en terminant, qu'il 
existe aussi, sur un des piliers de Téglise de San Pietro in 
Grade, également à Pise, un chapiteau historié, de la belle 
époque de l'art grec et, suivant l'opinion de M. de Ghanot, 
qui Ta publié dans la Ga»ette archéologique^^ évidemment 
transporté de Grèce; probablement, si Ton en juge par le 
sujet qui y est représenté (un sphinx à deux corps opposés 
se réunissant en une seule tète), de la côte d'Ionie ou d'une 
ile Toisine. 



Séance du 1*' Septembre. 

Présidence de M. A. Héron de Villefossb, vice-président. 

Ouvrages offerts : 
Atti délia reale Accademiadei Lincei^ an. CGLXXXIII, 1885- 

1886, t. II, fasc. 14. Rome, 1886, in-4«. 
Bulletin critique^ publié sous la direction de MM. Ducbesne, 

Ingold, Lescœur, Thédenat, VII» année, n«« 15-16, l"- 

15 août 1886. Paris, in-8^ 

— de correepondance hellénique, X* année, n<» 3-5, mars- 
novembre 1886. Paris, in-8*. 

— de la Société archéologique et historique de VOrléanaie^ 
t. Vm, no 128. Orléans, 1886, in-8o. 

— de la Société archéologique et hietorique du Limousin^ 
t. XXXUI, livr. 1-2. Limoges, 1886, in-8o. 

^dela Société des Antiquaires de l'Ouest, 1886, 2* trimestre. 
Poitiers, 1886, in-8o. 

— delà Société des sciences naturelles de SaSne-et'-Loire, t. III, 
fasc. 2. Chalon-sur-Saône, 1886, in-4o. 

^ delà Société de statistique, sciences, lettres et arts du dépar- 
tement des Deux-Sèvres, n^ 4-6, avril-juin 1886. Niort, 
in-8«. 

— de la Société historique et archéologique du Périgord, 
t. XUI, 4« livr. Périgueux, 1886, in-8*. 

i. Année 1877, n* 2, pi. 10. 



— 2S4 — 

^ delà Société pcmr la conservation des monumente hùtoriqut 

de VAbace, 2* série, t. XII, IWr. 2. StraBbourg, 1886, in-8*. 
BoUettino délie opère moderne etraniiere acqvistale daile IMio- 

tkecke del regno d^Iialia, n* 3, mai-juin 1886. Rome, 1886, 

in-8<». 
— - di archeologia e eloria daimata^ juillet 1886. Spal&to, in-8*. 
Comité de conservation des manMmentê de Part arabe, ezerdoe 

de 1885. Le Caire, 1886, inA^. 
Journal des savants, juin-juillet 1886. Paris, iii-4*. 
Mémoires de l'Académie des sciences^ belles^tlres et arts de 

Lyon, classe des lettres, t. XXIII. Lyon, 1885-1886, iQ*8». 

— de V Académie de Stanislas^ 5* série, t. III (1885). Nancy, 
1886, in-8o. 

— de V Académie des sciences naturelles de Saône^t'Loire, 
t. VII, livr. 1. Chalon-sur-Saône, in-4». 

— de VAcadémie de Vaucluse^ t. V (1886), trimestres 1-2. 
Avignon, 1886, in-8«. 

Revue de Vart chrétien^ XXIX» année, 4« série, t. IV, 

XXXVI« de la collection, livr. 3. LiUe, 1886, in-4o. 
Traoaux de VAcadémie nationale de Reims, t. LXXVU, 

année 1884-1885. Reims, 1886, in-8^ 
Westdeutsche Zeitschrift fur Gesddchte usid Kunst^ 5« année, 

fasc. 2. Trêves, 1886, in-8«. 
Angona (Amilcare). liearmi, le fibule et qualcke altro cmdio 

délia sua coUexione arckeologica. Milan, 1886, in-8®. 
Bouchot (Henri). Un portrait de Louis II éPAnjoUy roi àe 

SicUe, à la Bibliothèque nationale. Paris, 1886, in-8^ 
GmauE. Cartulaire lyonnais; t. I, Doeusnents antérieun à 

1255. Lyon, 1885, in-4o. 
Limas (Ch. db). Ém4nUerie limoutine. La croix stationnale éa 

Musée diocésain de Liège et le décor cJum^levé à Limoges. 

Paris, 1886, in-8'. 
PiLLOY (J.). Études sur d'anciens Heux de sépulture dans t Aisne- 

Saint-Quentin, 1886, in-8«. 
PuiaoARi (D. José). Monografia Mstorica e ieonogrc^ ^ 

Traje. Barcelone, 1886, in-8«. 



— 235 — 

Correspondance. 

Le président de la Société philomatiqae de Bordeaux 
invite, par lettre, la Compagnie à prendre part an congrès 
de l'enseignement technique. 

Travaux, 

M. E. Molinier, membre résidant, dépose sur le bureau de 
la Société, au nom de M. II. Bouchot, une brochure intitu- 
lée : Le portrait de Louis II d^ Anjou ^ roi de Sicile ^ à la Biblio' 
ihèque neUionale, L'auteur, en publiant une belle miniature 
léguée, il y a quelques mois, à la Bibliothèque nationale, 
par M. Miller, a établi, dans une judicieuse dissertation, que 
ce portrait représentait bien Louis II d'Anjou et non le roi 
René, comme on Ta prétendu à tort. L'iconographie de ce 
dernier prince est d'ailleurs trop bien fixée à Taide des 
peintures et surtout des médailles pour qu'il puisse y avoir 
aucun doute à ce sujet. 

M. £. Molinier présente ensuite, de la part de M. Charles 
de Linas, un travail intitulé : Émaillerie limousine; la Croix 
ttaiionnale du Musée diocésain de Liège et le décor champlevé 
à Limoges, 

€ M. de Linas vient de nous donner depuis peu de temps 
toute une série de travaux très intéressants sui; i'émaii- 
lerie limousine. Il a repris la question, il a refait, d'après 
les monuments, un procès qui avait été mal instruit par la 
plupart des archéologues qui n'avaient pas, — sans en excep- 
ter Labarte, — suffisamment étudié les monuments. A pro- 
pos d'un monument limousin conservé en Belgique, M. de 
Linas a esquissé la caractéristique des émaux limousins. 
C'est là un travail excellent auquel on ne pourrait faire 
qu'un seul reproche, c'est d'être trop court et peut-être aussi 
de respecter encore trop des théories qui n'ont d'autre fon- 
dement que des ouvrages de vulgarisation qui se sont copiés 
les uns les autres, mais dont le nombre et la popularité ne 
sauraient constituer un titre aux yeux des archéologues qui, 
comme M. de Linas, étudient les monuments. • 



— 236 — 

M. Flouest, membre résidant, présente, de la part de 
M. J. Pilloy, associé correspondant national à Saint-Quentin, 
le cinquième fiascicule de ses Études mut d'ancient lieux de 
eépultures dans V Aisne, 

« Ce fascicule, consacré au cimetière d*Abbeville-Hom- 
blières, qui se peupla durant la seconde moitié du rv« siècle 
de notre ère, termine le premier volume d*nne série de 
mémoires très intelligemment coordonnés et concourant, 
pour les premiers siècles de Tère chrétienne, à la mise en 
lumière de faits archéologiques d'un grand intérêt. Le 
hasard, ou plutôt le bonheur des fouilles de M. Pilloy, Ta 
généralement mis en présence de tombes caractéristiques 
des temps où la domination romaine commençait à dispa- 
raître dans le nord-est de la Gaule et se voyait peu à peu 
remplacée par la domination franque. 11 a pu ainsi fiedre, au 
jour le jour, sans idée préconçue, mais avec une puissance 
d'observation et une sagacité rares, une étude approfondie 
des mœurs funéraires de générations qui se sont régulière- 
ment succédé sur le même sol, et augurer judicieusement 
de leur vie par les coutumes de leurs funérailles. 

« L'excellente méthode et la précision de ses comptes-ren- 
dus font très avantageusement ressortir les données nouvelles 
dont il enrichit le domaine de la science, ou les éclaircisse- 
ments qull apporte à des questions encore obscures. L'abon- 
dance des éléments comparatifs sur lesquels il appuie ses 
indications ajoute encore à leur utilité. M. Pilloy compte 
assurément, à cette heure, parmi les continuateurs les plus 
en vue et les plus méritants de Tabbé Cochet et d'Henri 
Baudot. » 

M. G. Lafaye, associé correspondant, communique à la 
Compagnie, d'après le Lyon r^ubUcain (29 août 1886), des 
renseignements relatifs à une tombe antique découverte 
près de Saint-Martin (canton de Fribourg, Suisse). 

« Un homme du canton de Fribourg, habitant le village de 
Saint-Martin, a découvert, en creusant le sol pour se pro- 
curer du sable, sous une légère couche de terre arable et d'ar* 
gile, une tombe ancienne, longue de 1»97 et large de 1 mètre. 



— «87 — 

« Lé fond et les côtés sont en dalles de pierre bmte. Les 
deux extrémités seales étaient recouvertes d'une large pierre 
protégeant la tète de deux squelettes couchés eu sens inverse, 
c'est-à-dire la tête de l'un vers les pieds de l'autre, et vice 
versa. 

f Chaque squelette avait à son côté un certain nombre 
d'objets en bronze : haches de guerre, pointes de lances, 
flèches et épingles. Les haches ont la forme d'un ciseau à 
couper le fer, dont la partie tranchante serait en éventail. 
La partie qui devait se fixer au manche, longue d'environ 
25 centimètres, a, sur deux de ses faces, deux rainures peu 
profondes. 

c Les pointes de lances et de flèches sont des lames trian- 
gulaires : deux des côtés sont aiguisés et légèrement arqués ; 
le troisième est percé de trous, contenant des clous rivés en 
bronze. 

€ Les épingles ont des tètes légèrement ciselées. > 

M. A. de Barthélémy, membre honoraire, donne lecture 
d^nne note de M. Prunières, associé correspondant, relative 
à une bague antique portant le nom lustinus*, 

M. E. Mûntz, membre résidant, communique les photo- 
graphies qu'il a fait exécuter d'après les vitraux du célèbre 
peintre verrier Guillaume Marcillat au dôme d'Ârezzo (1518 
et années suivantes). Il annonce en môme temps qu'il est 
en mesure d'établir que l'artiste, contrairement à l'opinion 
reçue, appartient à une famille berrichonue, non à une 
fomilie lorraine. Dans son testament, Guillaume déclare 
que son frère est originaire de La Châtre, dans le diocèse de 
Bourges. Or, d'après une communication de M. de Cham- 
peaux, plusieurs membres de la famille Marcillat ont joué 
un rôle dans l'histoire artistique du Berry. L'un d'eux, Guil- 
laume de Marcillat, évidemment un des ancêtres du peintre 
verrier, travaillait, en 1407, à la charpenterie des maisons 
de la Sainte-Chapelle de Bourges. La localité de Marcillat, 

1. Cette b«^e a déjà été oommoniquée à la Compagnie, r. ploa haut, p. 149. 



— 288 — 

ehof-lieu de canton de TÂIlier, faisait autrefois partie du 
Berry. 

M. Flouest, membre régidant, présente quelques observa- 
tioQs au sujet des musées de province, dont la conservation 
laisse parfois à désirer. Il signale en particulier le Musée 
de Nevers où les collections archéologiques sont dans un état 
d'abandon regrettable. 

M. A. Héron de Yiliefosse, membre résidant, lit une 
communication de M. de Golieville, associé correspondant 
national, sur une découverte archéologique récemment faite 
à Kerfeunteuniou (Finistère). 

c On lit dans le Bulletin de la Société archéologique dm 
Finieiàre le rapport suivant sur la découverte, à Kerfeunteu- 
niou, d'un petit monument gallo-romain des plus curieux et 
des plus rares : 

c Kerfeunteuniou, le village des fontaines^ propriété du fils 
c d'un ancien maire de Mellac, domine la commune. De la 
« hauteur où il est placé, l'œil, par un temps clair, embrasse 
c un vaste horizon qui s'étend jusqu'à la mer et lui donne 
c Tair d'un point stratégique. Il est à proximité d'un passage 
c à niveau du chemin de fer de Nantes à Brest. La roate 
« nationale n^ 165 traverse la commune de Test à l'ouest; 
« une voie romaine, de Nantes à Quimper, la coupait, comme 
< on peut s'en assurer en consultant la carte des Gaules. 

« Les eaux de l'Isole forment ses limites à l'ouest et an 
t nord. La paroisse est sous Tinvocaiion très caractéristique 
c de saint Pierre-ès-Liens, î» mnaduj de qui elle semble 
t tirer son vieux nom de Mellac (vinctis), comme l'a pensé 
c Tabbé Henry. 

« Le propriétaire, en bâtissant sa nouvelle maison, a 
c trouvé des substructions romaines et plusieurs meules en 
c granit, et, en défrichant les terres d'alentour, il a ramené 
c à la surface des tuiles et des briques qui sont parsemées 
c sur le sol. 

t Nous les avons examinées d'abord au point culminant 
« du village, puis dans la vallée. 



— 239 — 

c Les premiôreB ne nous ont pas laissé de doute snr leur 
c origine : ce sont bien ces tuiles romaines (tegulae) STec 
c des cannelures qui permettaient de les emboîter les unes 
« dans les autres, et munies de coches ou entailles qui ser- 
t vaient aux joints : rien de plus connu que ce genre de cou- 
c vertnre. Les briques rectangulaires étaient employées pour 
« les murs, les pilastres et les revêtements. 

c C'est dans la vallée, près des ruisseaux qui la sillonnent 
f eu tous sens, que nous les avons remarquées en plus grand 
« nombre. 

c Ici, au bas d'une prairie en friche, notre attention a été 
c surtout attirée par un bassin maçonné qui mérite d'être 
€ décrit. 

« Il mesure i»90 de long sur 1^30 de large et 1»20 de 
c profondeur; ses murs sont en pierres éclatées, de petit 
« appareil, cimentées solidement; il est plein d'eau. Du som- 
i met, la source jaillit sur un lit de terre glaise. 

c Aujourd'hui, à ciel ouvert, ce bassin était caché naguère 
« sous une épaisse couche de mottes, de tourbe et de ciment. 
« fin les enlevant, le propriétaire a trouvé une toiture en 
■ tuiles très larges, supportée par quatre piliers de briques 
t quadrangulaires posées l'une sur l'autre. 

« A Fangle gauche du bassin, en contre-bas, deux autres 
c piliers du même genre, avec dalles en tuiles au-dessus. 

c L'eau courait, divisée entre les quatre piliers du milieu, 
c et sortait en masse entre ceux de l'angle. 

c Nous tenons ces détails de la servante .du village des 
a Fontaines^ qui nous les a donnés en breton, à une seconde 
t visite, avec beaueoupd'entrain, non sans témoigner quelque 
« regret de la destruction du curieux édicule souterrain; en 
« effet, il n'existe plus : dôme et pilastres ont été démolis et 
c emportés. 

c Les tuiles du dôme, que nous avons pu retrouver et 
« mesurer, sont de 0»60 carrés, les plus larges, sur 0"01 et 
c demi d'épaisseur; les briques des pilastres ont 0»20 carrés 
c sur 0»06 d'épaisseur; ils avaient environ 0»50 de haut, 
€ nous a^t^on assuré, mais il ne nous a pas été donné de le 
a constater. 



— 240 — 

« Faat-il le dire ? Uae partie des matériaux a servià bàUr 
« uDô niche à chiens ! Par une étrange fantaisie, on L'a oou- 
« ronnée d'une pyramide imitée de celles qui formaient Ibb 
c pilastres de la fontaine. 

€ Pour ne rien oublier, nous devons signaler une espèce 
€ de cercle en briques qui a pu être Torifice de la soarce; 
c mais nous ignorons où il était placé. 

c Enfin, nous trouvons trois petits fragments de poterie 
c rouge assez fine, dont l'un porte un reste de dessin; on 
« nous a parlé aussi d'un vase mieux conservé ; mais nous 
c avons eu le regret de ne rencontrer aucune statuette votive, 
c Peut-être que des fouilles, pratiquées dans une enceinte voi- 
« sine que traversait le ruisseau venant de la fontaine, amè- 
c neraient de meilleurs résultats, i 

c J'ai étudié avec le plus grand soin la découverte qui&it 
Tobjet de ce rapport. J'ai lieu de penser que le petit mona- 
ment n'est pas une fontaine sacrée. Ce serait, à mes yeux, 
soit une prise 4'eau, soit un conduit tout en briques romaines 
très belles, amenant l'eau nécessaire à la consommation des 
habitants d'une villa qui se serait trouvée dans le voisinage. 
On m'objecte qu'il ne subsiste dans les environs ancnnes 
ruines, aucunes constructions dépassant le sol. Mais tout le 
monde sait que, à l'exception des monuments très impor- 
tants comme des murs militaires ou des amphithéâtres, les 
constructions qui nous restent de l'époque romaine ne 
consistent le plus souvent que dans des débris de murailles 
enfoncées sou^ terre. Or, de l'aveu du paysan qui a constrait 
sur ces lieux une ferme, on a trouvé, en creusant le sol, une 
quantité énorme de pierres qui furent employées non seule- 
ment poar la construction de sa maison, mais encore pour 
l'édification des murs de clôture, et il est impossible, an simple 
examen de ces murailles, de ne pas reconnaître des pierres 
de c petit appareil » ayant servi à des constructions romaines. 
Entre autres, on distingue facilement de nombreuses meules 
de moulin dans une entière conservation. Du reste, des 
matériaux considérables ont dû être enlevés pour la cons- 
truction du chemin de fer qui passe non loin de là et de la 
route qui y donne accès. 



— 244 — 

€ Ge qui montre encore, avec plus de certitude, que l'on 
se trouve en présence des derniers vestiges d'une villa 
romaine, ce sont les débris innombrables de tuiles à rebord, 
et aussi des morceaux de tuiles creuses,- en terre cuite, 
paraissant avoir appartenu à ces tuyaux conducteurs de la 
chaleur qui se trouvaient dans les hffpoctautes des thermes 
romains. Ge sont encore des débris de poteries de terre, dite 
samienne, où Ton remarque des feuilles d'acanthe en relief; 
et, enfin, de nombreux débris de ces poteries rouges fabri- 
quées avec une terre grossière et qui doivent être les restes 
d'amphores. 

« Je pense donc que, sur le point culminant, voisin de 
cette fontaine, des recherches doivent être faites. Ge point, 
très élevé, d'où Ton voit jusqu'à la ville de Lorient, distante 
de six lieues, offre bien toutes les conditions que recherchaient 
les Romains pour leurs établissements. De plus, il se trouve 
dans le voisinage d'une voie romaine. 

• Ges difiérentes observations, que j'ai Phonneor de vous 
adresser, ont, du reste, paru impressionner la Société, et, 
malgré le peu de ressources dont elle dispose, elle a bien 
voulu ordonner des fouilles qui auront lieu vers la iin de 
septembre, après les moissons. 

« J'aurai soin de vous tenir au courant de leur résultat, si 
la Société des Antiquaires de France y trouve quelque intérêt. 

i J'apprende qu'une statue équestre, très remarquable, 
vient d'être découverte dans le haut Finistère. J'en fais 
demander une photographie et je vous l'adresserai avec un 
rapport dès que je me serai fait une opinion sur cette décou« 
verte. » 



ANT. BULLETIN. 16 



— 242 — 

EXTRAIT DES PROCÈS-VERBAUX 

DU 4« TRIMESTRE DE i886. 



Séance du 3 Novembre. 

Présidence de M. £. Saglio, président. 
Ouvrages offerts : 
Aarbogêr/ùr norditk Mkyndighed og hùtorùy 1886, 2* livr. 

Ciopenhague, iib-S». 
Annwd report of the board of regeiUs of tke SmUksanÛM Inê- 

tiiuiefar the year 1884. Washington, 1885, m-8». 
Arcàtological inttUuiê of ^merioùL SêoeiUk OMnmal repart. 

•Boston, 1886, in-8^ 
Bmtraogé xur hAnde êieèÊrmarkischm OuchiekUqMdlem kerau^e* 

gehenvonhûtoriscken Vêreinê fur Stmermark^ XXI« année. 

aras, 1886, m-6«. 
-^ MIT vaterUmdùekm Geêckkkte kêroMêÇêgében vmi der Aû- 

toriêchem wui antignaritchen Oês^ickaft 3tu Bcmd^ noavelle 

série^ t. II, lÏTr. 3. fi&le, 1881, in-8*. 
BMêtim crî<t$ic«, publié sons la direction de MM. Ducheaie, 

Ingold, Leseœar^ Thédenat, VII« année, n<» 17-21, 1« aep- 

tembre-l«' novembre, 1886. Paris, in-8®. 

— dû correspondance africaine^ IV« année, 1885, £elbc. V-YI. 
Alger, 1885, in-4«. 

--delà Diana^ t. lU, n« 7. Montbrison, 1686, in-8o. 

— de la Société archéologique et historique de VOrlèanais^ 
t. Vm, no 129. Orléans, 1886, in-8o. 

--de la Société de Borda, XI* année (1886), 3« trim. Dax, 
1886, in-80. 

— de la Société départementale <S archéologie et de statistique 
de la Drame, octobre 1886. Valence, in-8o. 



— 243 — 

^deïa SoeUté dâs anHpudrês de Picardie, an. 1886, ik» 2. 
Amiens, in-S». . 

:f^dela Scdéié d^éiudêê dêi Hautêê^Jlpm, V* année, octobre- 
décembre, (rap, 1886^ in«8o. 

'-^ââla Société kiêtoriqiiê ei arehé)Uffiquê de Lan^gtet, n« 34. 
Langres, 1886, in^^S». 

^de la SodHé êdtmtifiqytë^ hiêiotique et afclUoiogiquê de la 
Corrèxe, t. Vin, 3« livr. Brive, 1886, in-^\ 

^ dës hibiioihèquêt et dê9 areMoes^ année 4886, n* 2. IHiris, 
1886, in-^o. 

— d^kiitoif eceUsiastiqne et d'archéologie reUgituu dm dio» 
cèses de Valence^ Digne et Gap^ marfr«oût 1886. Grenoble- 
Viviers, 1886, in-8-. 

— wunmmeiUalj publié sous la direction du conite de Marsy, 
VI* série, t. U, Gaen-Paris, 1886, in^'. 

Bullettino di archeologia e storia dalmaiaj ann. IX, n^ 8-9. 

Bpalato, 1866, in-8\ 
CoMflWMo» des antiquité» et des art» da d^rtoeunt d» Seine» 

et-Oisey procès-verhaux des séances^ 24 juillet 1884-30 avril 

1885. — Notice» et in»eniaitee présenté» à la Conunission^ 
t. V-VI. Versailles, 1886, in.8<». 

Der GesçhicKstfremd^ t. XU. Sinsiedeln, 1886, iik^*. 
Kortespomdcngblait der westdeutschên ZeiUckfift fkr Ge- 

schichte und Kunst^ t. V, n»* 8-9. Trêves, 1886, in-8*. 
LSber imÊtrwKusMtonÊm MeMom^tsm .* comtelaire de» QaUUm de 

MontpMer. Montpellier, 1886^ in-4*. 
Lut of surwnnç members oftke omerican phUosophietU Society 

at PkOadelpkia. Philadelphie, 1886, in-S*. 
List of thê Society of Antiquaries of London, on the \ amgust 

1886. liOndres, 1886, in-8«. 

Mémoires de la Société académique d'agriadture ^ sciences^ 
arts et bdUs-lettres du départentent de VAuhe, t. XLIX 
de la collection, ni« série, t. XIII (1885). Troyes, 1886, 
in-8«». 

^de la Société â^agriculture^ commerce, science» et arts du 
département de la Mame^ ann. 1884*1885. Gh&lons-sor- 
Marne, 1886, in-8*. 



— 244 — 

^^dê la Société du lUtretj scUàcu êi arts de Bar^U^DuCy 

2* série, t. V. Bar-le-Dac, 1886, m^«. 
-^ de la Société deê êdêmem «ofurtUM de Saônê-^'Lairtj 

t. YI, fasc. 2. Chalon-sur-Saône, 1886, in-4«. 

— de ïfi Société kistarigue' littéraire j artiitique et edemii/ique 
du CRer, 1885-1886. Bourges, 1886, in-8*. 

-^dela Société royale dee amtiqwdru dML Nord, ann. 1886, 
Copenhague, m-8*. 

— et doeumenU publiée par la Société archéologique de Aim- 
houiUet, t. VU, fosc. 2. Beauvais, 1884-1886, in-8-. 

MittkmUmgen dee ftûlori»cA«i» Veremee fur Steiermarcky 

Utf. XXXIY. Graz, 1886, ia-8«. 
Kougl, vitterhets hietorie och antiquitete okademieHe mimade' 

blad Fjortonde Arkangeu, 1885. Stockholm, 1886, in-8*. 
Proceedings of the american anHquarian Society y ann. 1882- 

1886. Worceater, 1886. in-8«. 

— o/ the american philoeophàcal Society ai Pkiladelpkia /or 
promotimg ueefid knowledge^ l. KXIU, juillet. Philadel- 
phie, 1886, in-8o. 

*— of the Society of AiUiquariee of Londam, avril-juillet 1886. 

Londres, in-8«. 
PublicaHone de la section hûtorique de rinîetitut R, G. D, dm, 

Luxembourg^ ann. 188&, t. XXXVIU. Luxemboarg, 1885, 

in-8o. 
ReeueU de la Qowmkeion de» arte et wumum/emt» hûtorique» et 

Société darchéologie de Sainte»^ 3« série, t I, ?• livr. 

Saintes, 1886, in-8«. 
Revue de l'art chrétien, iv« série, t. IV, 4« livr. Lille, in-4*. 
Société Jereiaiee, XI« hulleOn annuel. Jersey, 1886, in-4«. 
Traneaction» of the Kanea» etate hùtorieal Society^ t. IQ, 

1883-1885. Topeka, 1886, in-8«. 
We»tdeut»che Zeitechrifi fur Oeechichie und Kmnety t. V, 

livr. 3. Trêves, 1886, in-8*. 
Brassart (Eleuthère). Les découvertes préhistoriques dams le 

Fore», Gaen, 1886, in-8*. 
BuLTEAU (rabbé). Monographie de la cathédrale de Chartres, 

u9 4. Chartres, 1886, in-8«. 



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giaU de Saint'^Omer, 1886, in-8«. 
Fbtschehow (J.). Uber diê tAsorptians coêficwUêm derKokti' 

êiure t» den mdiejmn gaie differmUmi sàU Lôsungm^, Saint* 

Pétersboorg, 1886, in-4*. 
Flbubt (Gabriel). Um stahtêtte équêitre en brontê de f époque 

gaUo-^romaùêe. Mamers, 1886, in-8*. 
FosTBNAT (Harold de). Épigraphie autunoise. Inicr^tione du 

moytii âge et des temps modernes^ pour servir à Thistùire 

^Autyn. Antnn, 1886, in-4«. 

— La croix et les chandeliers du grand autel de la cathédrale 
d^Jutun. Antun, 1886, m-8'>. 

— Les grandes admirables merveilles découvertes au duché de 
Bourgogne^ pris la viUe d^Authen^ au lieu dici ht Caverne 
des Fées^ par le seigneur dom Nicole de GauthièreSy nouvelle 
édition. Autun, 1883, in-8o. 

GozzADmi (Gioyanni). Scavi govemathn in un lembo ddla 

necropoli Fehnnea^ 1885-1886. Bologne, 1886, in-8*. 
Baillant (N.). Essai sur les patois vosgiens, Épinal, 1886, 

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Pekhot et Gbarles GHn»iBz (Georges). Histoire de Vart dans 

ranOquité^ t. IV. SardaignCy Judée, Asie-Mineure. Paris, 

1886, in-8*. 

Travaux, 

An nom de la commission nommée à cet effet, M. Babelon 
lit un rapport favorable sur la candidature de M. René Fage 
au titre d'associé correspondant national. On passe au vote, 
et M. R. F^e, ayant obtenu le nombre de suffrages exigé 
par le règlement, est proclamé associé correspondant natio- 
nal à Limoges. 



— M« — 

M. Mowat, membre résidant, lit une lettre de M. Aadiat, 
annonçant que la devise inscrite suc le ^ern du musée de 
Poitiers doit être lue : V&ug 9çaoe% hian que fe tçay tmU et 
non : Koiif 9çaio9% Me» qvê fucap tout , suivant rinteq>ré- 
tation de M. Léon Palustre consignée dans le BmtUini de 
la Société dm Antiquw/^ de Fttmcê^ 1885, p. 61. 

Le même membre lit ensuite une note de M. Espérandieu, 
associé correspondant, sur deux inscriptions romaines : 

Une de ces inscriptions, découverte dans l'église de Saint- 
Andié*de-8orède (Pyrénées-Orientales), est gravée sur un 
beau cippe en marbre blanc. M. Ëspànandieu en a eu con- 
naissance par un journal des Pyrénées-Orientales, Vlndé- 
pêndanl^ dont il rectifie le texte très défectueux à Taide d'an 
estampage qu'il doit à l'obligeance du curé de Saint-André- 
de-8orède : 

MEROVRIO 

AVG 

Q • VALERIV8 

HERMETIO 

L D D D 

Mercurio Aug(us(o) Q(tiintus) VaUritts Hermetio; l{ocus) 
d(a/iM) d[ecr€to) d(ecur%onum). 

Le cognomen Hermetio est assez rare; on en connaît un 
exemple sous la forme Aermetio *, 

M. Ëspérandieu a en outre reçu le renseignement que 
rimage d'un corbeau est sculptée sur le cippe. 

M, R. Mowat fait observer que cet oiseau ne doit pas ôtre 
un corbeau, mais probablement un coq, attribut- ordinaire 
de Mercure. 

L'autre inscription, découverte à Narbonne, est consacrée 
i Silvain : 

*iL V A N • AVG 
... pOMPEIVS • INGSNtiM 
inSBVM REDDtdtt 

i. Corp. inêcr. lot., t. VIIl, n» 728». 



— W7 — 

[SiihcaÊO Auff(usio), [P]ompmiu Iit^mi{muê «kJmim rêi» 

d(idU), 

L'inBCription était surmontée d'un groupe sculpté dont 11 
ne reste plus que deax pîeds humains et une patte d'animal 
que M. Ëspérandieu prend pour un pied de trépied sacrifica^ 
toire terminé en griffa de lion ; M. Mowat préfère y Toir la 
patte d'un chien, le compagnon habituel de Silndn. 

Iil. Ulysse Robert, membre résidant, fait la communica- 
tion suivante : 

■ Dans une des trop rares communications que j'ai eu 
Thonneur de vous foire, en vous révélant l'existence de 
cinq évéques du iz« siècle qui étaient jusqu'à ce jour restés 
inconnus, je vous signalais l'importance des cartulaires et 
des documents diplomatiques de toute sorte pour les addi- 
tions et les rectifications qu'il y a lieu de faire au OaUia 
chrisHanay à VArt dé vérifier le» dates et autres ouvrages du 
môme genre. Si vous voulez bien me le permettre, je vous 
en donnerai aujourd'hui une nouvelle preuve; elle m'est 
fournie par les registres des papes qui sont publiés par les 
élèves de l'École française de Rome; je me bornerai aux 
archevêques et évoques de France. 

f Voici d'abord les additions et les rectifications que j'ai 
pu faire en dépouillant l'excellente édition des Rêgùiru 
â^lnnocent iV, de M. Élie Berger, dont sept fascicules ont 
paru : 

f N» 117. Bonifiice II de Savoie, évéque de Belley, est 
nommé archevêque de Gantorbéry le 17 septembre 1243; 
quelques listes ne le font rester à Belley que jusqu'en 1240 
ou 1242. 

« N<> 1027. Hugues, abbé de Gluny, est nommé évéque de 
Langres par bulle du 20 février ; il figure cependant dans les 
listes des évéques de Langres depuis 1240 et 1244. 

f N» 1923. Par une bulle du 14 juin 1246, Innocent IV 
mande à l'archevêque d'Auch de sacrer évéque d'Oloron 
Pierre de Gavarret. Get évéque n'apparaît dans les listes de 
l'évêché d'Oloron qu'en 1250 (cf. aussi le n» 1945). 

< N" 2104. Le 20 septembre 1246, Innocent IV mande à 



— 248 — 

Tarcheiréqtie d'Embran de consacrer, après enquête, comme 
évéqne de Glandèves, Manuel, prévôt de cette ^lise. Manuel 
est un nom nouveau à ajouter à la liste des évoques de 
Glandèves, liste qui présente une Lacune entre P., 12313-1245, 
et B., 1290. 

c N« 2306. Le 12 décembre 1246, Innocent IV mande i 
Tarchevéque de Bourges de confirmer Télection de Bérenger 
« GentuUi » à Pévéché de Rodez. Ge Bérenger ne figure pas 
sur les listes des évéques de Rodez, à moins qu'il ne doive 
être identifié avec un évoque du nom de B. LentuUi, élu en 
1234, f 1245, qui est indiqué par Gams. Il devrait prendre 
place entre À..., 1245-1246, et Vivien, 1247-1274. 

c N« 4440. (Confirmation, le 9 avril 1249, de l'élection de 
Nicolas de Fontaines à Tévéché de Cambrai, élection qui, 
ailleurs, est reculée jusque c vers 1250 » ou fixée à la date 
du 9 avril 1248. 

c Les Eêgittrti de Bonifaee VIII^ publiés par MM. Digard, 
Faucon et Tbomas, fournissent les additions et rectifications 
suivantes : 

« N« 64. La nomination par Bonifaee VIII de Gérard, 
évéque d'Arras, est du 28 mars 1295; certaines listes la 
reculent jusqu'en 1296. 

c Le texte de la bulle nous apprend que Gélestin V avait 
nommé à l'évéché d'Arras Pierre Sorra, chanoine de Cam- 
brai, mais Bonifaee VIII refusa de ratifier le choix fait par 
6on prédécesseur. Il nous apprend encore que Jean, cardinal 
Lemoine,. aurait été évéque d'Arras au moins en 1294, fait 
qui avait été considéré comme douteux. 

c N<» 70. Le fameux Gilles de Rome ou Golonna, porté sur 
quelques listes comme ayant été archevêque de Bourges dès 
1294 ou, d'après Gams, seulement en 1298, ne fut nommé 
par Bonifaee VIII que le 25 avril 1295. Gélestin V avait 
nommé au siège de Bourges Jean de Savigny, après Pierre 
de Beaulieu. Bonifaee VIII refusa encore, c'est sa balle qui 
nous l'apprend, de ratifier ce choix. En compensation, Jean 
de Savigny fut nommé évoque de Nevers le 18 avril 1295 
(no 105); ailleurs, cette nomination est attribuée à l'an- 
née 1294. 



— 24» — 

t N* Î62. Henri de Villan, archevêque de Lyon, fut 
nommé le 13 juillet 1295 ; d'après quelques listes, sa nomi- 
nation n'aurait eu lieu qu'en 4296. De même pour Jean I*' 
de Rochefort, nommé évéque de Langres le 23 juillet 1295 
(n* 318). 

c N* 412 hii. Certains auteurs prétendent que Tévôché de 
Pamiers aurait été érigé par une bulle de Boniface VIII, du 

16 septembre 1295, et que le premier titulaire, Bernard de 
Soisset, n'aurait été nommé que le 1*' novembre 1297. Or, 
Ut bulle de nomination de B..., premier évoque de Pamiers, 
est du 23 juillet 1295 ; donc, la date de Térection de Tévéché 
doit être antérieure au 16 septembre de cette année. 

f N« 1046. Par une bulle du 24 avril 1296, Gui de Neu- 
ville, évéque du Puy, est transféré à Tévéché de Saintes. 
Cette translation est quelquefois reculée jusqu'à 1298 ; ail- 
leurs. Gui aurait cessé d'être évoque du Puy en 1295. 

c N<> 1191. Gui IV, évéque de Soissons, fut nommé par 
bulle du 30 juillet 1296, et non le 25 décembre de cette année, 
comme on le voit ailleurs. 

« N* 1374. Gui, évéque de Cambrai, fut nommé par bulle 
du 21 octobre 1296 ; ailleurs, on le fait figurer sur la liste des 
évêques de Cambrai à partir de 1300 seulement. 

f N<» 1492. Guillaume VI Duranti, le canoniste, fut nommé 
évéque de Mende en remplacement de Guillaume V Duranti 
le 17 décembre 1296 et non en 1297. 

c N» 2192. Arnaud-Roger de Comminges figure sur les 
listes des évêques de Toulouse comme ayant régné du 

17 mars au mois d'octobre 1298 ; or, son élection avait été 
confirmée par Boniface VIII le 2 décembre 1297. 

c Les Registres â^Honoriiu IV ^ dont un seul fascicule, 
publié par M. Prou, a paru, m'ont fourni l'addition et là rec- 
tification suivante : 

c N» 100. Les listes des archevêques de Tours présentent 
une lacune entre Jean de Montsoreau (16 janvier 1271- 
26 janvier 1284) et Bouchard Daen (20 décembre 1285-octobre 
1290). Une lettre d'Honorius IV au chapitre de Tours, datée 
du 5 septembre 1285 et mandant audit chapitre d'élire un 
archevêque, nous apprend que maître Olivier avait été élu 



— 250 — 

en remplacement de Jean de Montaoreau, qu'il était allé 
trouver flonorius pour lui exposer les circonstances de aon 
élection, mais qu'il était tombé malade et était mort. 

c No 264. D'après certaines listes des évèques de Mâcon^ 
Hugues de Fontaine aurait été remplacé par Nicolas de Bar^ 
sur-Seine en 1299 seulement. Or, Honorius lY écrit, le 
30 janvier 4286, c Nicolao de Banro, electo MatisconeosL m 
Donc, son élection remonterait peut-être à la fin de 1285; 
elle ne suivit pas de très près la mort de Hugues de Fontaine, 
puisqu'il y avait eu entre temps une élection qui ne fut pas 
agréée par le pape. 

« Le fascicule des Rêgiêtrei de Benoît XI^ publié par 
M. Grandjean, ne m'a fourni qu'une légère rectification. 
André Le Moine, élu évoque de Noyon, est nommé le 19 fé- 
vrier 1304, au lieu du 8 août 1304. 

a Dans des ordres d'idées tout différents, les registres des 
papes présentent des particularités très curieuses et qui inté- 
ressent tous ceux qui, à des titres quelconques, s'occupent 
du moyen âge. Je vous demanderai, avant de terminer, la 
permission de vous en citer seulement trois exemples, dont 
deux sont relatifs à l'histoire littéraire et l'autre à l'archéo- 
logie. Une bulle d'Innocent IV, du 29 septembre 1246 
(n* 2199), adressée à c R. de Furnivalle, diacono, cancellario 
Âmbianensi, » nous révèle sur l'auteur de la BibUmumia et 
du Beêtiaire d^ amour un détail peu connu ou peut-être abso- 
lument inconnu : c'est qu'il exerçait la chirurgie, quoique 
diacre ; la bulle du pape a pour objet de le mettre à l'abri de 
toute vexation. 

« Maître Guillaume de Saint-Amour, sous-diacre et cha- 
noine de Beauvais, celui-ià même qui professa avec tant 
d'éclat la philosophie à l'école du parvis Notre-Dame de 
Paris et qui eut de si violents démêlés avec les Dominicains, 
est deux fois l'objet d'une décision gracieuse d'Innocent IV. 
Le 22 août 1247 (n« 3188) et le 3 septembre suivant (n« 3228), 
le pape, à la requête de l'archevêque de Tarentaise, du comte 
de Savoie et de l'archevêque de Lyon, lui accorde, outre 
l'église de Graville, comportant charge d'âmes, un autre 
bénéfice. 



c Le doyen et les chanoines de la cathédrale de Ghàlons- 
sur-Marne, ayant commencé à faire reconstruire le chœur de 
cette église, se trouvèrent bientôt à bout de ressources. Us 
firent part de leur embarras au pape Honorius IV, qui, pour 
les en tirer, les autorisa, par une bulle du 15 décembre 1^5, 
à percevoir la première année de tous les revenus des béné- 
fices qui viendraient à vaquer à partir de ce moment, pendant 
cinq ans, dans la ville et dans le diocèse de Ghâlons, mais à 
la condition expresse que ces revenus seraient employés 
exclusivement à la réfection du chœur. Cette bulle nous 
donne donc la date assez précise de la reconstruction du 
chœur de la cathédrale de Ghâlons. » 

M. Coorajod, membre résidant, fait une communication 
sur les émaux de peinture au xv^ siècle en Italie et en France. 

U établit qu'il existait, en 1465, des émaux peints et que 
ce genre d'émaux a été créé à Venise vers 1445. Cet art avait 
eu comme source les verreries églomisées et peintes. 

En citant un certain nombre d'émaux italiens du milieu du 
xv« siècle conservés à la Schatz-Kammer de Vienne, dans la 
collection Basilewski, au trésor de la cathédrale de Prague, 
émanx tons italiens et en grisaille, M. Gourajod ajoute qu'il 
a trouvé an musée de Poitiers trois émaux français de la 
môme date (milieu du xv« siècle). 

L'un d'eux, Tun des plus importants, dont M. Gourajod 
met la photographie sous les yeux de ses collègues, repré- 
sente un portrait d'homme identique comme costume au 
portrait de Juvénai des Ursins conservé au Louvre. Gette 
pièce est française, et, par conséquent, des émaux contempo- 
rains des émaux italiens précités existaient en France. 

M. Germain Bapst, membre résidant, dit que le monu- 
ment que M. Gourajod vient de mettre sous les yeux de ses 
confrères est l'une des pièces les plus importantes pour This- 
toire de Tart en France. 

Il partage entièrement l'avis de M. Gourajod sur l'existence 
des émaux au xv<< siècle ; toutefois, selon lui, il faut en cher- 
cher Torigine non pas dans la verrerie, mais plutôt dans 
l'émaillerie de basse-taille, dont les procédés au xv^ siècle se 
rapprochaient de ceux de l'émaillerie peinte. 



— 2n — 

Séance du 1 Novembre. 
Présidence de M. E. Saolio, président. 
Ouvrages offerts : 
Arcktiêologia or mi»cêllaneau$traet$ rdaJtvng to amtiquùp^ 

t. XLIX. Londres, 1885, in-4o. 
Atti délia reale Accademia dei Uncei^ ann. GGLXXHI (1885- 

1886), IV« série, t. XI, fasc. 7. Rome, 1886, in-4\ 
Bulletin historique de la Société dês Antiquaires de la Morvûê^ 

nouvelle série, livr. 139, juillet-septembre 1886. Saint- 

Omer, in-8«. 
BuUettino di archeologia e storia Dalmata, ann. IX, n« 10. 

Spalatro, 1886, in-8«. 
Proceedéngs of tke Society of Antiquaries of Scotland^ 

sess. 1884-1885, t. XIX. Edimbourg, in-4*. 
Bouchot et Geoiges Duplbssis (Henri). Dictionmaire dus 

marques et monogrammes de graveurs. Paris, in-8*. 

— Le livre. Paris, 1886, in-8«. 

— Les portraits au crayon des XVI* et XVII* siècles conser- 
vés à la Bibliothèque nationale, 1525-1646. Paris, 1884, in-8«. 

— Notice sur la vie et les travaux d^ Etienne Martëlange. 
Paris, 1886, in-8\ 

Haillant (U.). Flore populaire des Vosges, Paris, in-8*. 
Quarré-Reybourbon (L.). Souvenirs héthunois. Un épisode de 

la Révolution à Béthune. 1886, in-12. 
Ravaisson-Mollien (Charles). Les manuscrits de Léonard de 

Vinci. Paris, 1881, in-fol. 

Correspondance. 

MM. H. Bouchot, présenté par MM. G. Duplessis et Ulysse 
Aobert, J. de Lauriére, présenté par MM. Gourajod et de 
Lasteyrie, Gh. Ravaisson-Mollien, présenté par MM. Deloche 
et Guillaume, écrivent pour poser leur candidature aux 
places^ de membres résidants laissées vacantes par la mort 
de MM. Ramé et Demay ; le Président désigne les membres 
des commissions chargées de présenter des rapports sur les 



— 258 — 

titres scientifiques des candidats : pour M. H. Bouchot, 
MM. Molinier, Babelon et fiapst; pour M. de Laurière, 
MM. A. de VillefossOy de Barthélémy et Molinier; pour 
M. C!h. Ravaisson-MoUien, MM. Gourajod, P. Nicard et 
Ant. Héron de Viilefosse. 

M. le duc de Rivoli, présenté par MM. Gourajod et Mûntz, 
écrit pour solliciter le titre d'associé correspondant national 
à Nice. 

M. Piluck-Hartung, présenté par MM. A. de Barthélémy 
et Babelon, écrit pour poser sa candidature au titre d'associé , 
correspondant étranger à Bâle. 

Le président désigne MM. Ulysse Robert, Longnon et 
Mowat pour former la commission chargée de présenter un 
rapport sur les titres scientifiques du candidat. 

TrcmaMX, 

M. CSourajod, membre résidant, présente un travail de 
M. Gh. Ravaisson-Mollien sur Léonard de Vinci. 

On sait que les papiers de Léonard de Vinci furent apportés 
de Milan en France sur la demande de Lalande et qae Bona- 
parte, alors membre de TListitut, les fit conserver à la biblio- 
thèque dont ils faisaient partie. 

Depuis, M. Venturi a commencé la publication de diffé- 
rents papiers de Léonard de Vinci. Il y a quelques années, 
l'Institut, faisant droit à la promesse faite par M. Lalande 
à la ville de Milan, a chargé M. Ravaisson-Mollien de la 
publication de ces mémoires si importants. « 

M. Ravaisson-Mollien en a déjà publié deux volumes, que 
M. Gourajod dépose sur le bureau de la Société. 

M. Germain Bapst, membre résidant, reprend la discussion 
soulevée à la dernière séance au sujet des émaux des peintres 
et présente un dessin de la collection de M. le baron Pichon 
représentant une coupe émaillée du xv« siècle. 

A son avis, cette pièce est française et parisienne. Elle 
remonte à la première partie du xv» siècle. 



— 254 — 

M. Gourajod répond qu'elle eBt bourgaignonne, nuâs que, 
au commencement da xy« siècle, les styles étaient tellement 
confondus qu'il est difficile de leur assigner des limites géo- 
graphiques. Il voit, dans rémail en question, un émail peint; 
les détails sont les mêmes que ceux des émaux dee peintres 
du xv« siècle déjà signalés dans la collection de M. Basilewski 
et ailleurs. 

M. Germain Bapst répond que, à son avis, cette conpe est 
en émail de basse-taille ; cependant, les nombreuses parties 
de blanc opaque qui s'y trouvent permettent le doute. On ne 
connaît à cette époque aucune pièce d'émail de peintres aussi 
importante, et, si l'on accepte cette dernière hypothèse, en 
raison même de l'importance du travail, cet objet ne peut 
qu'être sorti d'ateliers habitués depuis plus d'un siècle à une 
technique identique. Paris était le seul centre assez artis- 
tique pour produire une œuvre de ce genre. 

M. Bertrand, membre résidant, communique le texte 
d'une inscription gauloise gravée sur un chapiteau et décou- 
verte à Saint-Ck)8me, à 15 kilomètres de Nîmes : 

.... AAPE2SIKN0S 
.... IBPATOTAEKA 

M. Gaidoz, membre résidant, lit une note sur l'usage des 
clochettes au moyen âge : 

c Dans une séance précédente ^ M. Flouest nons a pré- 
senté de lourdes sonnettes avec écusson dont la destination 
n'a pu être établie. Elles sont en effet trop lourdes pour avoir 
pu être attachées au cou des vaches. Les clochettes étaient 
* d'étiquette dans certaines circonstances pour attirer TattCT- 
tion. Ainsi, dans son recueil de febliaux, à propos de 
l'histoire où l'apôtre Simon, pour obtenir audience et se 
faire entendre, sonne sa clochette à la porte du Paradis, 
Legrand d'Aussy remarque : f Aujourd'hui encore, quand 
le roi envoie son maître des cérémonies inviter les cours 
souveraines à une oraison funèbre ou à quelque autre assem- 
blée pareille, le maître des cérémonies est précédé d'un juré 

1. V. plas haut, p. 2». 



— 255 — 

criear qui porte une sonnette et qui sonne plnsienrs f(Hs 
pour imposer silence ^ i IjCB sonnettes présentées par 
M. Flouest avaient sans doute un usage analogue, et les 
armoiries dont elles sont revêtues indiquent qu'elles étaient 
réservées au service d'un seigneur particulier. » 

M. âaîdoB foit enenite la communication suivante : 

c Le dernier numéro de notre BuHetim' {iSdby p. 302-304) 

contifiQt «ne note de M. de CSaix de Saint-Âymonr sur un 

gobelet portant Tinscription suivante : 

t MIEVS : VATT: AMIS : ENVOIES : QVE DINIES : ENDO 

qu'il lit et explique ainsi : 

Mieux wmt cuntf en voie 
Que dùUeê en d&ie; 

ff et, ajoute-t^l, ce dernier mot date signifiant eau, eouree^ 
c je traduirai : Mieux Tant avoir ses amis partis que son 
t argent tombé dans l'eau. » 

c li a échappé à M. Gaix de Saint- Aymour que cette devise 
est la variante d'un proverbe connu par-ailleurs. Un fabliau 
du moyen ftge, Prudkomme qnn dcmne des inêtruction» à son 
f&Sy commence justement par oe proverbe : « Mieux vault un 
f ami en chemin que deniers en bourse » (Legrand d*Aussy, 
Anciens JehUaux^ t. III, p. 225), et, à ce propos, Legrand 
d'Aussy remarque : « Ce proverbe se trouve dans le poème 
t A'Al^candre de Paris, où probablement le fablier l'a pris. » 

« Ici, le proverbe parait signifier : t Mieux vaut un ami 
« qui s'entremet et s'occupe pour vous (par conséquent est 
t en ehentin) que de l'argent dans la bourse. » Peut-ôtre, dans 
ie texte publié par notre correspondant, faut-il lire le dernier 
mot don. Le proverbe serait alors : e Mieux vault amis en 
I voie que deniers en don (ou cadeau). • 

M. le ccxmte de Marsy, associé co>rrespondant,.ltt, en com- 
munication, un mémoire de M. ie comte Rîant, membre 
rendant, sur une pierre tombale et un tableau de l'église 

i. UffTMid (fÀHMr, Anciens Fëbliaax, éd. de 18S9, t. V, p. 74. 



— »6 — 

de Vieore (Allier). La pierre tombale est celle d'un valei de 
chambre da dac de Bourbon. 

M. Prost, membre résidant, dépose sur le bureau uu cer- 
tain nombre de monnaies d'Othon, de provenance inconnue, 
dont il démontre la fausseté. 

M. Mowat, membre rendant, communique des renaeigne- 
ments de M. Gh. Joret sur des antiquités encastiéea dans les 
murs de Tescalier de la maison autrefois habitée par feu 
Rouard à Aix-en-Pro?ence, rue Grand-Boulevard, 39. Elln 
consistent en un bas-relief et en deux mosaïques. Ce bas- 
relief représente un cheval nu, sans selle ni bride ; un homme 
le tient en arrière, un autre en avant près d'une espèce 
d'autel. Les mosaïques sont fort simples: Tune se compose 
de deux ellipses allongées inscrites dans un cercle et se cou- 
pant à angle droit; elles sont de couleur verdàtre sur uu 
fond gris-blanchàtre; l'autre, plus ornementée, représente à 
l'intérieur d'un carré une fleur centrale à quatre pétales dont 
chaque intervalle est garni d'un Qeuron cordiforme. Ces objets 
ont été trouvés, à ce qu'assure M»« veuve Rouard, dans le 
quartier de l'Hôpital, peut*ôtFe même sur son emplacement. 
On sait qu'au siècle dernier, on a retiré de cet endroit de 
très belles mosaïques, notamment celle qui est actuellement 
placée dans une des salles de la bibliothèque municipale et 
qui représente Thésée assommant le Minotaure. 

Toutes ces mosaïques ont été publiées en Sao-similé par 
Fauris Saint- Vincens, dans son Becuêil de divers moimmenU 
éPantiquités trouvées en Provence^ Paris, 1805, in-4». L'une 
d'elles, figuré^ à la planche XI, est remarquable par le sujet 
central qui représente une scène de comédie à trois person- 
nages, un homme (levant un bâton) et deux femmes; autour 
de cette scène des compartiments ornés de masques scé- 
niques, de rosaces, d'entrelacs, d'oiseaux, de couples 
d'ovoïdes enchevêtrés l'un dans l'autre et formant quatre 
lobes distincts, etc. Fauris Saint- Vincens chercha à acquérir 
cette mosaïque entière ; mais il ne put prévenir sa destruc- 
tion, et ne parvint qu'à s'en procurer des morceaux intéres- 
sants ; d'autres morceaux sont parvenus jusqu'à nous par 



— 257 — 

des Yoiee différentes; quelques-uns sont conservés au Musée 
de la Tille ^ M. Mowata remarqué que les fragments recueil- 
lis par Rouard offrent une grande similitude avec certains 
détails de la planche XI de Saint- Vincens ; en conséquence, 
il pense qu'ils proviennent de la curieuse mosaïque à sujet 
de comédie dont le souvenir nous a été conservé par la 
publication de cet auteur. 

M. Mo^at rend ensuite compte d'une visite qu'il a faite 
récemment an Musée Britannique. U annonce y avoir 
reconnu le trésor de vaisselle d'argent qui fut découvert en 
mai 1735, à Gaubiac, près de Toulouse, et dont la trace 
avait été perdue par les archéologues français, y compris 
Adrien de Longpérier. Voici comment M. Mowat explique 
cette sorte de disparition : c Depuis longtemps les sept vases 
d'argent composant le trésor de Gaubiac étaient exposés 
dans le Cabinet des bijoux et gemmes du British Muséum, 
mais dispersés sans étiquettes dans différentes vitrines en 
attendant qu'ils fussent classés en vue du catalogue de ces 
splendides collections qui doit être incessamment publié. 
Je fus un jour prié par le savant et obligeant conservateur, 
M. Murray, d'émettre mon opinion sur l'inscription poin- 
tiilée d'un plateau d'argent que l'on savait provenir de 
l'ancienne collection Payne KJaight, et qu'il me donna à 
examiner. Pendant que j'étais occupé an déchiffrement de 
l'inscription, il retrouvait dans le catalogue autographe de 
Knight une note portant que l'objet avait été découvert à 
Gaubiac, en France. Ges mots réveillèrent immédiatement 
dans mon esprit le souvenir d'une notice de M. de Montégut 
sur une trouvaille de vaisselle d'argent antique aux environs 
de Toulouse >. Dès lors, nous fîmes sans difficulté l'identifi- 
cation, non seulement du plateau, mais des six autres objets 
qui vinrent successivement répondre à l'appel, en sorte que 
le trésor de Gaubiac se trouva intégralement reconstitué; 
avec la plus gracieuse courtoisie, M. Murray m'accorda la 

1. Oibert» Le Muiée d'Aix, 1» partie (arcfaéologio), 188S, n** 351 A-365 I. 

2. Mémoires de ^Académie des seiencest inseriptions et belles-lettres de 
Toulouse, t. in, 1788, p. 1-20, pi. I-IV, artiole V^ses taUiques trouvés à Cou- 
Mae au mois de mai 1785. 

ANT. BOLLBTIN. 17 



— 25$ — 

satisfaction de lai aider à en faire le transfert et le gmape^ 
ment dans une vitrine spéciale. Gomment ce trésor était^il 
Teno en la possession de Knight? Il noos apprend lui-même 
dans son catalogue manuscrit que les sept rase» nomérotés 
de 66 à 72 et provenant de cette découverte avaient été 
acquis pur lui, en 1790, de l'abbé Gampion de Tersan, qui 
lui-même les avait achetés à M. Cornac, propriétaire ds 
champ de Ganbiac. La lecture des inscriptions mi poimHllé 
marquées sur trois vases ne m'a point paru eiacte^ ni eom-* 
pléte, dans la publication de Montégut, reproduite, d'après 
lui, par Lon^rier^; je donnerai les résultats de mon 
déchiffrement dans le BuUetin ifigreg^hiqvêK 

ff Les vases de Gaubiac ne sont pas les seules antiquités 
d'un grand intérêt archéologique qui soient sorties de France 
pour aller enrichir le Musée Britannique ; parmi elles , il 
faut citer en première ligne la belle ntvla d'argent qui fut 
découverte, en 1842, à Tourdan', et dont les ciselures repré- 
sentent les Quatre Stmom^ sujet traité fréquemment et de 
diverses manières par les anciens artistes. Elle est, par 
exception, placée dans la première salle des bronzes. Il serait 
particulièrement intéressant pour nous de posséder la liste 
de tous ces transfuges qui ont trouvé chez nos voisins Thos- 
pitalité que nous n'avons pas su leur assurer dans nos 
propres musées. A déikut d'une énumération que je n'ai pas 
le moyen de donner complète en ce moment, voici quelques 
indications recueillies au passage : 

« Parmi les objets en bronze : 

I !• Un Mercure avec torquee en or trouvé, en i732, à 
Pierre^n-Luiset* ; 

€ 2* Un Hercule provenant de Bavai; 

i. Œwrm, t. m, p. 420, n. i; GoMette orchéùhgique^ U VUI, 18Sa, p. i; 
cf. Thédenat et Héroo de YillefoBS6f Lei Tréson de vaiuelle dargetU trouvé» 
en GoMlet 2* fkse., p. 36 (extr. de la Gax. areh., 188S). 

S. Tome VX, 1S86, p. 24«, à l'artide Le Trésor de Canbiae au Mutée Bri- 
tannique. 

i, T.-G. Delonne, Notice sur un vtfw antique en argent déeoumert dam les 
envtrwu de Vienne (ezir. an Journal de VieniM, 2» avril 1841); af. ÂnnaU 
deW InsHt, di eorrisp. oreA., 18S2, p. 218. 

4. Caylttf, Heeueil d'antiquités, VII, p. 288. 



— 259 — 

f 3* Le Bacckus de Ghessy, tenant nn canthare dans la 
main droite ; 

t 4o Le Silène d'Aix-en-Provence ; 

f 5<» Un Jupiter gauUn» trouvé à Toumus ; 

« 6<> Une lampe à deux becs et à suspension» orné^de têtes 
satyriques, de dauphins et de protomes de lions. Trouvée 
dans les ancletis Thermes de Paris ^ ; 

c 7« Une tablette consacrée à Apollon et provenant de 
Saint-Just^lès-Lyon '. 

c Les denx fameux bustes d'Auguste et de Livie trouvés^ 
en 1815, àNenilly-le-Réal', furent bien près d'émigrer et 
n'ont été conservés à la France que grâce à la courtoisie 
des administrateurs du British Muséum. L'acquisition en 
avait été faite, en 1862, par cet établissement au prix de 
30,000 fr., lorsqu'ils apprirent que Napoléon III aurait 
volontiers fait lui-même cette acquisition pourrie Louvre, 
s'il avait été averti à temps. Les Trustea se réunirent et 
décidèrent de se désister en faveur de l'impérial archéo- 
logue. » 

A propos de cette communication, M. Héron de Viilefosse 
rappelle que la statue d'athlète, répétition du Diadumène^ 
trouvée sur l'emplacement du théâtre de Vaison est à 
compter parmi les œuvres d'art antique découvertes en 
Gaule et passées au British Muséum *. 

M. Pol Nicard,, membre résidant, demande que la Com- 
pagnie intervienne en faveur de l'église de Saint-Julien-le- 
Pauvre, qui est menacée de recevoir une affectation peu 
convenable. 

La Société approuve la proposition de M. Pol Nicard et 



1. Voir la d«Beription de ces objets dans British Muséum; a guide io the 
bronze room in Ihe iepartment of greek and roman antiçiuitéi, 1871, p. 48, 
50, 51, 52, 56. 

S. Mowat, Une inacription romaine de Lyon au Musée Britannique^ dans 
Bulletin épigraphique, \\, 1861, p. i97. 

3. LoDgpérier, Notice des bronses antiques^ 1868, p. U9, n* 640 bis, 

4. Bulletin des Antiquaires de France^ 1873, p. 172, planche. Cf. 0. Rayet, 
le Diaduimènê (eztr. des Monuments de l'art antique, II, 1884, p. 1 et pi. I). 



— 260 — 

prie son Préfiident d'écrire pour demander qne ee monament 
soit consacré à la conservation des objets d'art trop resser- 
rés au Musée Carnavalet. 

• Séance du 1 7 Novembre. 
Présidence de M. E. Saolio, président. 

Ouvrages offerts : 

AnnaUi de la Société dHémulalion dm départemmU des Voêgei^ 
ann. 1886. Ëpinal, in-8«. 

Bulletin critique^ publié sous la direction de MM. Duchesne, 
Ingold, Lescœur, Thédenat, VII* année, n* 22, 15 no- 
vembre 1886. Paris, in-8V 

Mémoires de V Académie nationale des sdencesy arts eC belleS" 
lettres de Caen^ ann. 1886. Gaen, in-S*. 

— et documents publiés par la Société savoisienne d^ histoire et 
d^archéoloçiey t. XXIV. Ghambéry, 1886, in-8». 

Recueil de la Commission des arts et monuments historiques de 

la Charente-Inférieure^ 8« série, t. I, 8« livr. Saintes, 1886, 

in-8*. 
Trésor de Montcomet (Aisne). Catalogne de vente. Paris, 

1886, in-8*. 
Baye (le baron J. bu). Congrès archéologique des amérias" 

nistes^ 6« session tenue à Turin. Ghàions-sur-Marne, 1886, 

in-8*. 
Fbbrero (Ermanno). Leone Renier, Turin, 1886, in-8*. 
LaÈVBB (A.-F.). La misère et les épidémies à Angouléme am 

XVI^ et au XVIh siècle, Angouléme, 1886, in-8«». 
Mély (F. de). Catalogue de la collection du baron Ch. Davil* 

lier. Paris, 1886, in-8o. 

— Inventaires de la basilique royale de if oiua, par Mgr Bar- 
bier de Montault. Paris, 1886, in-8*. 

— Le chef de saint Tugual à Chartres, Gaen, 1885, in-8*. 
-~ Les chemises de la Vierge. Paris, in-4*. 

Correspondance. 

M. Homolle, présenté par MM. Heuzey et Perrot, M. de 
Mély, présenté par MM. Riant et Corroyer, M. de la Noë, 



— 264 — 

présenté par MM. Longnon et Floaest, écrivent pour poser 
leurs candidatures aux places de membres résidants laissées 
vacantes par la mort de MM. Ramé et Demay. Le Président 
désigae les membres des commissions chargées de présenter 
un rapport sur les titres scientifiques des candidats : pour 
M. Homolle, MM. Gollignon, Guérin, Bcblumberi^r ; pour 
M. de Mély, MM. de Montaiglon, Guiffrey, Nicard; pour 
M. de la Noë, MM. Gh. Robert, Â. de Barthélémy et Héron 
de Yillefosse. 

Travamx. 

M. R. Mowat, membre résidant, demande la parole pour 
un hommage d'auteur : 

ff J'ai l'honneur de déposer sur le bureau un exemplaire 
de Féloge funèbre de Léon Renier prononcé par M. Ermanno 
Ferrero à TAcadémie royale des sciences de Turin dans la 
séance du 22 novembre 1885. 

c Gette savante Compagnie avait tenu à compter notre 
illustre épigraphiste dans ses rangs comme. membre associé 
étranger; c'est à ce titre qu'elle lui a décerné l'hommage 
suprême par la voix d'un des plus éminents épigraphistes 
italiens. Nous tous ici, anciens confrères de Renier, nous ne 
pouvons être que profondément touchés en apprenant l'hon- 
neur rendu à l'un de» nôtres, et nous recueillons précieuse- 
ment ce témoignage éclatant venu d'une terre voisine et amie. 

t La monographie que M. Ferrero a consacrée à Léon 
Renier ne comporte pas moins de 16 pages in-8*. On y trou- 
vera une liste de tous les travaux classés géographiquement, 
suivant qu'ils se rapportent à l'Afrique ou à la Gaule. C'est 
donc un répertoire qui sera très utile pour les recherches. » 

M. le baron de Baye, associé correspondant, communique 
une série considérable de dessins d'antiquités barbares iné- 
dites découvertes en Italie. Il s*agit d'armes, de bijoux, de 
vases. Ce groupe important est resté jusqu'à présent ignoré 
en France et n*a pas fixé l'attention des archéologues ita- 
liens. De nombreux points de comparaison empruntés à des 
sépultures contemporaines de Champagne, de Bourgogne, de 



— 262 — 

Normandie, de Scandinavie, des firoYincet riiénanMy de 
Hongrie accompagnent les types recneiUis en Italie. M. de 
Baye se borne à présenter nn grand nomhre de dessins, se 
réservant, pour une autre séance, de faire ressortir Isur aigni- 
iioation archéc^ique et d'en tirer des déductions. U se pro- 
pose, à Faide de documents qu'il a réunis, de remplaœr le 
qualificatif de bmrbarê par une dénomination plus précise et 
basée sur le triple témoignage de Tanthropologis, de l'ar- 
chéologie et de rhistoire. 

M. Molinier, membre résidant, donne lecture d'une note 
relative au fameux camée autrefois conservé dans le trésor 
de Saint-Semin de Toulouse. Il établit, à Taide de la compa- 
raison entre Tinventaire de Saint^Serain et celui dn trésor 
de Fontainebleau, que ce camée, extorqué par François I*' 
aux Toulousains en 1533, ne fut pas donné par lui au pape, 
comme on Ta pensé. Ce camée se trouvait encore & Fontai- 
nebleau en 1560. 

M. de Montaiglon, membre résidant, ajoute que M. de 
Mély est parvenu à reconnaître, en se servant de l'inven- 
taire de Saint-Bernin, que le camée dont M. Molinier vient 
de parler n'est autre que le Ikmeux camée de Vienne ; il a 
mis ce fait hors de doute dans un article de la Oageiie 
arehéologigue d'octobre 1886. 

M. Gourajod, membre résidant, présente à U Compagnie 
la photographie d'un groupe de Bertoldo fondu par Adriano 
Fiorentino, telle qu'elle est donnée dans l'Annuaire des 
Musées autrichiens. Il avait déjà fait connaître cette œuvre 
d'art à la Ck)mpagnie en 1883 et l'avait attribuée k Bertoldo, 
en s'appuyant sur des considérations de style. Les coqser- 
vateurs de la collection d' Ambras, en nettoyant cç groupe, 
ont découvert une inscription ainsi conçue : £XPR£)38IT 
BARTH0LDV8 • œNFLAVIT HADRIANVS. M. (Gou- 
rajod cite, comme autres exemples des fontes d* Adriano, 
une belle statuette de femme faisant partie de la collection 
de M. Foule et qu'il dépose sur le bureau, le buste en brome 
de Frédéric le Sage, conservé au Musée des Antiques à 
Dresde, et plusieurs autres pièces. 



^2ê» — 

M. Mow«i, oMmbre réeidaat, rappelant las agiaiementg qui 
ont vala une calébrité fâcheuse à l'exposition des ûmillas 
d'Uiique', au Louvre (cour Oaulaincourt), en 168i| signale 
le &it que des inscriptions romaines d'une autre collection 
de IL d'HMsson, demiôrement exposée à Nice, ont été faus- 
sement présentées comme provenant de Tunisie, dans une 
vente publique qui a eu lieu à Londres le 31 mai et le i*' juin 
.derniers, par les soins de MM. Robinson et Fischer. On lit 
dans le catalogue de cette vente > : 

N* 40. *- Puwic êkuU of Muerivê Triptus. Very rare, GoÊMri. 

N« 41. — A fine êpitaph o/M. Verrnu and kU br^Ukêr^ and 
theit two $kiUl$: a haiehet «md a» tro» ring, 

N* 66. — 4^ BfMnan. epitopk^ Antonwt Ingemku^ m a perfect 
State. Utica, 

D'après une revue anglaise, The Academy^ du 13 novembre 
1886, p. 331, la bibliothèque du Trinity Collège, à Clam- 
bridge, aurait reçu une tablette épigraphique, cataloguée oDee 
deux crânes^ sur laquelle on lit l'inscription : 

MVERMO 
MF- FAL • FLAGCO 
CEL8VS • FRATER 

Il est impossible de ne pas reconnaître dans cette épitaphe 
dédiée à M. Venins par son frère, et e$eortée des deux crânee^ 
le n* 41 du catalogue anglais. Or, cette épitaphe est iden- 
tique avec une inscription de Pouzzoles, publiée dans le Corp, 
ùuer, îatin.^ t. X, n* 3086 a. 

Bien plus, l'article n* 3086 6, qui vient immédiatement à 
la suite du précédent dans ce recueil, est une inscription 
provenant du même tombeau de famille, à Pouzzoles, et 
ayant pour titulaire un M. Yerrius Threptus, visiblement le 

1. Voir les résnlUti de reoqnéte publiée dans 1& Htvue arehéologiquey n'* s**, 
i. XUI, 1881, par M. Ph. Berger {Inser. puniques, p. SS7), M. Edm. Ublaot 
{Ifuer, latùtei ehrétiennet^ p. S38) et M. R. Moipat (/ii««r. latmeê paXerwês^ 
p. Ml). 

S. Un extrait de ce catalogue, en ce qni eoDceme lea objets pourras d'ins- 
eriptiom latines, à ét6 reproduit dans le Bulletin épigraphique^ i. VT, 1886, 
p. 255. 



— 264 — 

môme personnage que le MueriuB (ne) Tripins, dont lecrte 
punique trh rare aurait été tronvé & Gamart (Tunisie). 

Quant à Tépitapbe d'Antonius Ingenius (n* 66), soi-disant 
trouvée à Utique, son possesseur actuel pourra l'identifier 
très probablement avec Tune des deux inscriptions décou- 
vertes à Rome et publiées dans le Corp. huer, lat,^ t. VI, 
n«* 11995 et 119%. 

M. Babeion, membre résidant, sans vouloir rébabiliter la 
collection d'Hérisson, signale une tête et un pied que 
M. Feuardent a achetés à cette vente et qui se raccordent 
absolument avec une statue mutilée que MM. Babeion et 
Reinach ont trouvée dans leurs fouilles à Gartbage et ont 
rapportée au Louvre. C'est un morceau fort intéressant qui 
représente un des Dioscures. 



Séance du 24 Novembre. 

Présidence de M. E. Saqlio, président. 
Ouvrages offerts : 
BulUtw critiqué^ publié sous la direction de MM. Dachesne, 
Ingold, Lescœur, Thédenat, Vn« année, l** novembre 1886. 
Paris, in-8«. 
-- de r Académie impériale des eciences de Saint'PétersbaurÇy 
t. XXXI. Saint-Pétersbourg, 1886, in-4«. 

— delà Société de êtatietiquey des sciences^ lettres et arts dm 
département des Dtfttx-Sèvref, juillet-septembre 1886. Niort, 
in-8^. 

^dela Société industrielle de Mulhouse^ octobre 1886. Mul- 
house, in-8». 

— monumentaly publié sous la direction du comte de Marsy, 
VI» série, t. n. Ln« de la collection. Paris, 1886, in-8». 

Commission royale pour la publication des anciennes lois et 
ordonnances de la Belgique. Procès-verbaux des séances, 
t. VII, n* 1. Bruxelles, 1886, in-8'. 

De Vrije Pries, 1886, 3« livr. Leeuwarden, 1886, in-8*. 

Mémoires de V Académie de Saint-Pétershourg , t. XXXTV, 
no 2. Saint-Pétersbourg, 1886, in-4o. 



— 265 — 

Revuê africaine, XXX« année, n* 178, jnillet-août 1886. 
Alger, in^*. 

— tavaitimne, XXVn« année, jnin-octobre 1886. Annecy, 
in-8«. 

Société arekMogiquê de Bardeaux^ t. IX, fase. 3. fiordeanx, 
1882, in-8-. 

Bouchot (Henri). U pertraii de Louis il d^ Anjou, roi de 
Sicile, à la Bihliotkèque nationale. Paris, 1886, in-4«. 

Gabon (Emile). Lee moaUque» et les peintures de la mosquée 
de Kahrie-Djawn à Conslantinople, Gaen, 1886, in-S». 

BIarsy (G** bb). Documents historiques et autographes coneer" 
nani la Ficardie, I. Paris, 1886, in-8*. 

SAiifT-AinfOtrR (V^ db). Histoire des relations de la France 
avec FAhpssinie chrétienne sous les règnes de Louis XIII et 
de Louis XIV (1634-1706). Paris, 1886, in-8v 

WrrrB (baron J.-J.). Notice sur François Lenormant, Bru- 
xelles, 1886, in-32. 

Travaux. 

M. Héron de Villefosse, membre résidant, communique 
les photographies de deux mosaïques antiques récemment 
découvertes à Tébessa, en Algérie, par M. le commandant 
Allotte de la Fuye. La première représente le cortège d'Am« 
pbitrite composé de Néréides* montées sur des animaux 
marins; le fond est garni de di£férent8 poissons. Sur la 
seconde on Toit un navire chargé d'amphores avec l'inscrip- 
tion FORTVNA RëDVX et divers animaux, dont un san- 
glier, un bœufj avec une bosse sur le dos comme les bisons, 
un taureau, une autruche, une gazelle; chaque figure est 
accompagnée du mot GVRIS suivi d'un chiffre. Une autre 
scène représente un gymnaste vainqueur, MARGEJrV8 
(jeune homme nu tenant une palme), debout devant un autre 
homme v6tu d'une tunique à larges bandes de couleur. 

M. Saglio pense que cette mosaïque pourrait être un jeu 
analogue à celui de la marelle ou des duodecim scruta. 

M. Héron de Villefosse répond que cette idée lui parait 
d'autant plus plausible que le bâtiment où cette mosaïque a 
été trouvée était un bain public. 



— s»» — 

M. Caroa communique uua terre coite qu'il t rocaeiUiê à 
Mola, près de Taormine. Cest une petite plaque came eu 
terre rouge sur laquelle est pwiite uoe figure d'hoaune à 
cheval. Elle ne paraît pas avoir fait partie d'un vase, mais 
avMr servi de décoration. 

M. Saglio pense que cette plaque provient d'un vaae i 
grand rayon auquel elle servait d'oteiUe. n pttQse qnm ie 
cavalier qui y est représenté est un de ces aerohates que les 
anciens appdaieut çmoêàxm ou desuitor. 

M. d'Arbois de Jubainville, membre résideat, présente 
une tuile trouvée à Soulosse (Vosges) par M, Cruinot, notaire 
ii Maxey-sur-Meuse, et sur laquelle un potier mmmé IY8* 
TINXAN YS a ftappé quatorze empreintes de soo estampille. 

M. Gourajod communique, de la part de M. Sspérandien, 
la photographie d'un buffet en noyer sculpté, du xvr siècle 
avancé, conservé à Villefranche, dans les Pyrénées-Orien- 
tales. 

M. le Président demande à la Société de fixer la date des 
élections pour remplacer MM. Demay et Ramé. La Société 
décide qu'elles auront lieu le mercredi 12 janvier. 



Séance du 1' Déœmbre. 

Présidence de M. B. Saglio, président. 

Ouvrages offerts : 
BiUêtin dé la Société hùtoriquê ût archéologique dm Périgord^ 

t, Xm, 5- livr. Périgueux, 1886, in-8'. 
MémoireM de la Société aeadéwiiquê dt» Mte»c«t, art»^ MUs- 

Uittês, agriculture et iuduêtrie de SaitU'^iueiUm, 4< série, 

t. VI. SainUQuentin, 1882, in-^*. 
— dé la Société d'émulation d$ Cambrai^ t. XLI. Cambrai, 

in-^v 
Gb4booiu^t <A.). Étude ewr quélfuee caméee du Cabinet dee 

médaOke. Paris, 1886, in-8*. 



— MT — 



Graaob (Xatiar). U Cmmié im irwwwtr AMtorîfwt dm» 

«^^fipwt, àiHaiVg ce rfwwfi. Paris, Idda, 3 in>1. iiH4«. 
DoiAT (G.). ImmmtmM de» «omwx ^ la e»liiofÎM CU in m" 

bmikàlaBihiioMqmBuaiitmaU. Puis, 1886, iii*4*. 
ScHLiniBneBa (G.). (Eunru de A. de Lomgpéfier^ t. VII, foftlc 

fènéHde. Puris, 1887, in-S*. 
TmY (Nieholai). P»>jn<Bh èo Heaery tke ei§kt fer em wieh 

eeimigekmrteimewm.fremdkkmedbookefdkepe^ihf&. 

Cambridge, 1886, m*8*. 

Eleciùnu. 

L'ofdre du jour appeUe le scratin pour le renoa^eUement 
du Duieaa et dea Gommissiona pendant l'année 1887. 
Sont élna : 

Préeident : M. A. Héron de Villefosse. 

i« vioe^préeident : M. A. Longnon. 

^ tme^éeideei : M. E. de Rorièra. 

Seetàtaift : M. E. Corroyer. 

SeeeéudteMÈi^eimi : M. Tabbé L. Doehesne. # 

Trésorier : M. B. Anbert. 

BibUeikéadf^rehieiiie : M. P. Nîcard. 

M. GoUignon est éln membre de la Qommiaaion des 
împrasaiens à la place de M. Ulysse Robert, membre sortant. 

M. £. BagUo est élu membre de la Oommisaion des fonds 
à la place de M. G. Ihiplessis, membre sortant. 

Travamx. 

Au nom de la Commission nommée à cet eflbt, M. Ulyeae 
Robert lit un rapport sur la candidature de M. Pfluck-Hart» 
tung au titre d'associé correspondant étranger. On procède 
au vote, et M. Pfluek-Harttung, ayant obtenu le nombre de 
suffrages exigé par le règlement, est proclamé associé oor^ 
reapondant étranger à BUe (Suisse). 

M. Pol I^icard, membre résidant, revenant sur la oommu<> 
nication faite à la denuéie séanee par M. Hénon de Ville» 



~ 268 — 

fosse sur une mosaïque tronirée à Tébessa^ ne croit pas que 
les Romains y aient représenté un tapir. Ge genre d'animal 
iie devait pas être connu dans l'antiqnité> car on n'en a 
jamais trouvé que dans l'Ue de Sumatra et en Amérique, 
pays inconnus des Romains. 

M. Saglio, membre résidant, confirme ce qn'il disait à la 
dernière séance relativement à la destination de cette même 
mosaïque. U est d'autant plus porté à croire qu'elle devait 
servir à un jeu qu'on a déjà trouvé d'autres mosaïques servant 
à des jeux, notamment à Ostie et à Porto. 

M. L. Gourajod, membre résidant, lit une communication 
sur une statue dite statue de Renaud de Dormans, mort en 
1386, provenant de la chapelle du collège de Beauvais, à 
Paris, retrouvée à la Petite- Venise. Il a été précédemment 
prouvé que la statue regardée à Versailles comme celle de 
Renaud de Oormans est précisément celle de Philippe de 
Morvillier, président du Parlement de Paris, mort en 1438. 

c Gomme preuve confirmative de ce que j'avais précédem- 
ment avancé, en démontrant que le prétendu Renand de 
Dormans du Musée de Versailles n'est autre que Philippe 
de Morvillier, je crois avoir retrouvé le véritable Renaud de 
Dormanft^ sur lequel je manquais de renseignements depuis 
l'entrée en bloc, au Musée des Petits-Augustins, des monu* 
ments recveUlis par Lenoir au collège de Beauvais. Une sta- 
tue reléguée à la Petite- Venise, magasin. du Musée de Ver- 
sailles, et rapportée récemment à Paris, présente avec celle 
de Jean de Dormans (n* 298 du catalogue de Versailles) la 
plus grande analogie dans la disposition du costume et 
dans l'exécution de la sculpture. On peut s'en convaincre 
en comparant les deux gravures. Je n'hésite donc pas à y 
reconnaître un membre de la famille de Dormans, un des 
trois c hommes i dont Tépitaphe était commune sur on 
tombeau de la chapelle du collège de Beauvais et qui étaient 
trois frères. Nous connaissons déyà l'ainé, le premier cha- 
noine de la famille, mort en 1380 : c'est Jean, dont Lienoira 
parlé et dont il a publié la figure ; le second s'appelait Ber- 
•nard; mais nous n'avons pas à nous en occuper, car il était 



ehoyalier et devait porter le costume militaire. Le troisième, 
chanoine comme rainé, celui que je prétends restituer à This- 
toiie et à Ticonographie, se nommait Reginaldus (Regnauld) 
et mourut en 1386. Tous les traits désirables pour justifier 
son identification se retrouvent ici : identité dans le costume, 
et par conséquent dans le caractère, exécution absolument 
contemporaine des deux sculptures, similitude dans deux 
OBiivres qu'on doit supposer sorties du même atelier. N'en 
doutons pas. Voilà le vrai Renaud de Dormans. » 

M. Bapst, membre résidant, entretient, la Société d'une 
découverte de vases faite en 1884 à Siberskiûa, dans Tatta^ 
manerie du Kouban (Caucase). Une médaille de Périsadès II 
donne à croire que ces objets remontent au ui« siècle avant 
notre ère. La trouvaille comprend deux coupes intactes en 
verre entouré d'or, deux coupes restituées par le comte 
OuvarofP, mais dont la restitution paraît être défectueuse, 
une coupe en aiigent doré exécutée au repoussé, enfin une 
plaque d'or d'un travail barbare que M. Bapst ne croit pas 
être de même provenance que le reste. M. Bapst compare une 
de ces coupes à celle que M. Perrot a récemment décrite 
dans son Histoire départ, U a fait ressortir l'intérêt de ces 
découvertes si fréquentes en Russie et si importantes pour 
Thistoire de Fart. 

M. Perrot, membre résidant, fait observer à M. Bapst 
que la coupe qu'il a publiée n'est pas du même style et du 
même art que les monuments dont il vient d'être question. 

M. Héron de Yillefosse, membre résidant, fait la commu- 
nication suivante : 

c Au mois d'avril 1870, Léon Renier, dans une commu- 
nication faite à l'Académie des inscriptions et belles-lettres^, 
faisait remarquer que tous les cachets d'oculistes romains 
avaient été découverts dans des contrées habitées autrefois 
par des populations d'origine celtique. Cette thèse, développée 
également par notre confrère M. Ch. Robert, fut reprise par 

1. C&n^^-rmduM, 1870, p. 77-79. 



ce MVant &t«c plo» de deuils^ dû 1875, & ptùpon d'nii < 
d'oeuliste déconiFert à Reims < : € D y avait partout, diMût-fl, 
f des médecinfl oeuUtteB; les insoriptioiis fvnéraires d'Italie, 
t d'Espagne et d'Orient le prouvent assez; ieuinum, étmê 
f eêi e&mtréêêf <m n'maii paâ fmêêffê âe$ eoûkêtê^ soit qtie les 
« oollyres vendus en b&tonnets et destinés à être dissous ne 
c fussent pas étiquetés dans la pftte, soit que les eomposi-* 
c tiens liquidas fussent d'un emploi plus répandu que dans 
c le Nord, i 

c En publiant un cachet provenant de la collection Guar- 
dabassi et conservé au Musée de Pérouse^, nous avons sou- 
tenu la même doctrine, à laquelle des fkits nouveaux viennent 
de donner tort. 

« Le il octobre dernier, M. W. Henzen m'adressait fort 
aimablement, de Rome, la copie des inscriptions d'un cadiet 
d'oculiste déanwni dtm$ la eampagnê romaku et, peu de jours 
après, le 5 novembre, M« W. Helbig, avec la plus parfiûie 
obligeance, m'expédiait le dessin ci-Joint qui nous donne la 
forme exacte et les dimensions de ce petit monument. I^après 
le dessin, on voit que les tranches sont taillées de telle fitçon 
que les parties inscrites occupent un espace un peu moins 
large et un peu moins épais que les tranches méoras da 
cachet. 

c Les inscriptions gravées sur les grands côtés se lisent 
ainsi: 

1) L • LATINI BASILE! {rameau) 

AT A8PRIT VDINE DI AMY8V (AT) (TV) (NE) 
Hueiii Latùdd) BatiUi at aipriiudine{9) <itamy<M[«]. 

2)LLATINI BASILEI 

AT IMPETV LIPPrrVDINIS (AT)(MP)(TV)(NIB) 
L(udM) LatmUa BatUH at hupMim) l^piiudmis, 

t Un cachet conservé au Musée de Fribourg (grand-duché 
de Bade) nous donne le nom d'un oculiste appelé L. Lalùuus 

t. MiloMgn d^orehéologU §t d*hiitoir€, p. 10-1 S. 

1. Héron d« VUlefoue et Thédeut, Caekgtt d'oculUtei romotiu, L I, p. 81, 
n. Tin. 



— an -. 

OwvMf qui a^t, comme eelul de Rome, nn diamynu ad 
otpriftutfiMt*. 



[GAiddriAxawi: 

i.^r31ISVHINIXVT; 







s 



iVî-'O^INIBASlLEl 




« LiM ifl^criptions du cachet romain n^apprennent rien de 
nottteatiy les maladies et le collyre mentionnés étant depuis 
longtemps connus, mais la constatation de la provenance est 
très intéressante et nous démontre que la provenance des 
autres cachets italiens ne doit plus être suspectée. 

« Je puis du reste ajouter une autre preuve à l'appui de ce 
fait important. L'an dernier, M. W. Frôhner a acheté à 
Rome, chez l'antiquaire Martinetti, via Bonella, un autre 
cachet qui ftVait été apporté chez ce négociant par un pay- 
san des environs et qui provient également de la campagne 
romaine. Nous avons donc là deux découvertes bien oons- 
tatée»^ et il n'est plus possible de cfoire que les oeulistes de 
ritulie se se servaient pas, comme leurs confrères de la 
Gaule, de la Bretagne et des contrées germaniques, de cachets 
destinés à estampiller leurs collyres. 



1. Grotof«B4^ ikoMtif •« VU 



— 272 — 

€ La découverte de ces nouveaux cachetB porte à neuf le 
nombre de ces petits monuments trouvés en Italie : 

« i) Celui de Sienne*. 

c 2) Celui de Rasponi, trouvé à Rome'. 

€ 3) Celui de Bartoldi, trouvé à Rome'. 

c 4) Celui de Ferme ^. 

c 5) Celui de Gènes >. 

« 6) Celui de Vérone*. 

€ 7) Celui de Pérouse^. 

« 8 et 9} Les deux nouveaux trouvés i Rome et signalés 
ci-dessus. 

€ J'ajoute que, dans une lettre reçue ce matin même, 
M. Helbig m'annonce qu'il vient de voir à Rome, ches l'an- 
tiquaire Martinetti, une pierre oblongue, verd&tre, dont la 
matière, la forme et les dimensions correspondent exacte- 
ment à celles des pierres sur lesquelles on gravait les timbres 
d'oculistes. Il lui semble indubitable que cette pierre était 
préparée pour le même but, mais que la gravure de l'inscrip- 
tion n'a pas été exécutée. Cet objet a été découvert vis-à-vis 
de la cananica di S, Maria Maggiore. Une telle tablette ané- 
pigraphe rentre très probablement dans la classe des coiir 
cula. Il faudrait examiner si l'un des plats ne porte pas une 
dépression centrale. Il existe un grand nombre de petits 
mortiers de même forme. » 

M. Héron de Yillefosse communique ensuite des détails 
sur plusieurs cachets d'oculistes trouvés en France : 

1. 

c Dans une sépulture 'découverte à Jazindes, commune de 

1. OrotefeDd, Becueilt n. 2. 

î. Grotofend, BulUttino, 1868, p. 104. 

3. 6rotof«nd, Ibid,, p. iOS. M. R. Landtai en a donaé nna BMUlMn «opie 
d'après le m». 3105 de la Vaticaae {BuU, de la eomm. arek, mufiM^. dr itoaWt 
a. X (1882), p. 232. 

4. V. Pog^, SigiUi onMeAt, Ut. XI, n. 173. 

5. Carp, tfiMr. fo/., t. V, p. 1013, n. 8124, 1. 

6. /Mtf., n. 8124. 2. 

7. HéroD de ViUetoaM et Thédeut, CiuhêU drœuUMte», I, p. 81. 



— 273 — 

Villeneuve d'Allier^ (Haute-Loire), M. Paul Le Blanc, de 
Brioude, a recueilli les objets snivants : 

« I* Un fer à'ascia, de 0°*20 de longueur, avec son trou 
circulaire pour Vemmanchement. Il était en si bon état que 
les paysans ont passé le tranchant sur la meale, espérant 
pouvoir l'utiliser ; le trou rond pour le manche mesure O^^OS 
de diamètre; 

€ 2* Le fond d*un vase à couverte rouge, dit Samien, avec 
la marque intérieure ANIO; les lettres AN liées; 

« 3* Une coquille d'huitre ; 

c 4* Plusieurs flacons en verre. L'un d'eux, à panse arron- 
die, mesure environ 0™06 de hauteur ; U est de couleur ver- 
dfttre. Un autre, de couleur violette (nuance améthyste^, est 
orné sur la panse de filets jaunes ; 

i 5* Un clou à tôte plate, long de 0»20; 

c 6* Une pièce de monnaie ; 

c 7* Le fragment d'un cachet d* oculiste qui portait les 
lettres : 

...XOVO ...[e]xovo, 

c Malheureusement, M. Paul Le Blanc 3, qui nous a trans- 
mis ces détails, n'a pu retrouver ce dernier objet, de sorte 
qu'il nous a été impossible de le reproduire. 

2 et 3. 

t Deox cachets ont été trouvés, vers l'année 4878, à Char- 
bonnier (Puy-de-Dôme), dans un tèneraent rempli de ves- 
tiges romains, longeant la voie romaine qui passe au cou- 
chant du village. Ils sont taillés dans une roche amphibolique 
verdàtre et appartiennent à M. Jules Denier, qui a formé tout 
un petit musée avec le produit de ses découvertes. 

€ Le premier est carré et inscrit sur les quatre tranches; 
les plats porteht également des inscriptions. La figure 
ci-jointe en donne une reproduction parfaitement exacte, de 
grandeur naturelle : 

1. La commune de VilIeneuve-d'ÂlIier est de création récente; Jazindes dépen- 
dait antrefoÎB de Saint-Ilpize, qui est fancicnne paroisse. 

2. Lettre du 6 février 1883 et renseignements oraux doanés le 33 mars 1383. 

AMT. BULLETIN. 18 



— 2T4 — 



I 



o 
I 



( yvi 
CIAf 
CIATCVITIl II 



« Les inscriptions gravées sur les côtés se lisent ainsi : 

1. C • IVL • G • ALLI8TI • AD 
8EDAT • EPIPHOREXo (PH) 

G(aii) Jul(ii) Callisti ad sedat(us) epiphor{arum) ex o(vo). 

2. ALLI8TI 

DIASMYRNES (NE) 

[G(aii\ Jul(ii) C]allisti diasmyrnes. 

3. CrVL • CALLISTI 
CHELIDONIVM 

G(att) Jul(u) Callisti chelidùnium, 

4. CIVLGALLIS 
TIHARPAGIoN (IH) 

0(a»t) Jul(U) CaUisii karpagion, 

a Sur les plats le nom de l'oculiste est répété plusieurs 
fois au génitif; le dessin reproduit ces inscriptions telles 
qu'elles apparaissent sur le cachet, c'est-à-dire que sur l'un 
des plats ces inscriptions, à Texception d'une seule, sont 
gravées à Tenvers, de sorte que Tempreinte les donnerait à 
Tendroit. La légende GIVLCALLISTIO signifie probable- 
ment G{aii) Jul(ii) Callisti oiffldna). 

d Le second des plats est fortement endommagé par un éclat 
qui a enlevé à peu près le tiers de la surface; il porte des 
traces de réglure ; le nom de l'oculiste y est également gravé 
deux fois à Tenvers. Sur le même plat, mais dans un autre 
sens, se voit un grafitte. 



- 2»- 




c Les collyres mentloûnés sont çpnnus. Le âMmymei et le 
cAéZidonttrm se rencontrent très fréquemment sur les cachets ; 
Vharfogion est mentionné par Pline ^ Sur la première tranche, 
le nom du collyre n'est pas indiqué, mais les mots ad seéUt" 
hu indiquent que c'est un collyre calmant ; les cachets con- 
nus mentionnent des collyres différents, employés ad epi- 
photos : diasmymes^^bis punctum^, dioffesamias*^ punctum^ 
theochistum^y etc. 

« Le second cachet trouvé à Charbonnier est également 
carré. Il porte des inscriptions très courtes : 



f rABIWKOL =j 



u 



^ii3JMm^ 



1. ffiât. nat., XXXV, 50, 4. Cf. Héron de ViUefosae et Tfaédenat, Cacheté 
d'oculistes romainSi t. I, p. 100. 

2. Qrolefend, Recueil, n. 41. 

3. n>id., B. 60. 

4. A. Poeoh, les Chirvrçiên» doMbrefois à Nimes, p. 70; otolMt tn>«T« à 
Véienobre et foi, da tempe de Ség^oier, se trouTait ohet le merqaie de GijYière. 

5. D' Bertherand, i2eo. africaine, t. XIX, p. 433; eachet de Lajnbèse. 

6. Qrotefèird, Beeueil, n. M. 



— 276 — 

1. 8ABINI00L 
Sabini col{lyriiim), 

2. SABINI COL 
Sabini coUlyrùm). 

3. [Traces légères d'une inscr^tion; on distingite un 8 et 
unN.] 

c C'est aussi à robllgeance de M. Paul Le Blanc que je 
dois la connaissance des cachets de Charbonnier. U a bien 
voulu demander à M. Denier communication de ces petits 
monuments et me les a confiés en m'autorisant à les (aire 
dessiner. 

c II n'a jamais été exécuté de fouilles régulières à Char- 
bonnier; ce sont les paysans qui, en cultivant les vignes, y 
recueillent des antiquités. On y trouve surtout des vases 
rouges, des verres, des menus objets en bronze et des 
médailles. Il y a tout lieu de croire qu'une ancienne nécro- 
pole existe en cet endroit. On y a trouvé beaucoup de mon- 
naies au type de la colonie de Nîmes et des pièces d'Alexandre 
Sévère. » 

Séance du 8 Décembre. 
Présidence de M. E. Saglio, président. 
Ouvrages offerts : 
BuUetin de la Diana, t. III, n» 8. Montbrison, 1886, in-8*. 
Mémoires et documents publiés par la Société d^histoire et 

d^archéologie de Genève^ 2« série, t. II. Genève, 1886, in-8«. 
Proceedings of the Davenport Academy of natural sciences^ 

t. IV, 1882-1884. Davenport, 1886, in-8*. 
Report presented to the Cambridge antiquarian Society^ mai 

1884. Cambridge, 1886, in-8\ 
BosREDON et Rupin (Th. de). Sigillographie du bas Limousin. 

Brive, 1886, iu-4*. 
EspÉRANDiEU. Sur la conservcUion des monuments en Algérie et 

dans les colonies françaises, Caen, 1886, in-8*. 
LiNAS (Charles de). Le trésor et la bibliothèque de Péglise 

métropolitaine de Rouen au XII* siècle. Paris, 1886, in-8*. 



— 277 — 

Correspondance. ^ 

M. de rauck-Harttung, de Bàle, adresse par lettre ses 
remerciments à la Compagnie, qui l'a admis au nombre des 
associés correspondants étrangers. 

Travmue. 

M. de Baye, associé correspondant, communique à la Société 
le moulage d'un bracelet trouvé aux environs de Turin et 
dont l'original appartient à M. Galandra. Ce bracelet est fort 
curieux par les ressemblances de forme et de style qu'il 
présente avec des objets analogues découverts en France, 
notamment à Aunizeux (Marne) et dans le tumulus de Bois- 
Bouchot, aux environs de Langres, dont M. Fiouest a donné 
la description. 

M. Gourajod, membre résidant, fait la communication 
suivante : 

c En 1877, M. Louis Gonse avait communiqué aux Nou^ 
veUes Archives de Fart français (i« série, tome V, p. 402) une 
note qui lui avait été transmise sur un dessin signé de Bar- 
thélémy Prieur, conservé à Vienne dans la bibliothèque 
Âlbertine. L'existence de ce dessin me fut signalée; il restait 
à chercher par qui le dessin avait été commandé à l'artiste 
et à quel monument il avait été destiné. Ces deux points de 
fait viennent d'être établis par notre confrère, M. le mar- 
quis de Fayolle, attaché honoraire des musées nationaux, 
dans un mémoire lu le 8 décembre 1886. M. le marquis de 
Fayolle, après avoir décrit le dessin de Vienne, démontre 
que ce dessin, qui représente une cheminée, a été exécuté 
par Prieur pour le château de Sy, situé dans les Ardennes, 
et commandé par le marquis Robert de la Vieuville en 
1599. » 

m; Mowat, membre résidant, met sous les yeux de la 
Société une balance en bronze de l'espèce dite romaine ; elle 
appartient à MM. Rollin et Feuardent, à qui elle a été 
envoyée de Beyrouth (fig. 1). 



2 3 



Lu 



ry-i 




>. 



LJ ES 



y"*^ 




— 279 — 

Le gnoid bras tin fléau, le loag duquel detait gliseer on 
poids cnneur, eonsiste en une règle piismatique, à quatre 
hOÊB égaief , tenninée par un bouton. L'une de ces facee eat 
lisse; chacune dos trois autres porte une graduation, ayeo 
cette particularité que les trois échelles diffèrent entre elles 
par la longueur de leurs divisions respectives (fig. 2, 3, 4). 

Le bras court destioé à supporter robjetr à peser consiste 
également en une règle prismatique» à quaire faces», teroûnéc^ 
par un bouton ; trois faces sont pourvues d'un talon de ren- 
forcement en saillie dans l'épaisseur duquel est pratiqué le 
logement d'une goupille supportant un anneau mobile passé 
dans un crochet. Le premier crochet, placé vers la naissance 
du bras à curseur et dirigé de bas en haut, était destiné à la 
suspension de l'instrument; le troisième crochet (absent), 
placé près du bouton et dirigé de haut en bas dans le même 
plan vertical que le premier crochet, était destiné à tenir 
Tobjet à peser. Quant au crochet intermédiaire, son rôle 
parait moine facile à expliquer, par la raison qu'il ne peut 
fonctionner que dans un plan perpendiculaire à celui des 
deux autres. Cette curieuse disposition semble, dû reste, 
subordonnée à Forientation des faces fin bras long, aménagées 
en pans coupés par rapport aux faces du bras court, comme 
le montre la figure suivante (section transversale : carré à 
hachures inscrit dans un carré blanc). 

La quatrième face du bras court (celle qui n'a point de 
talon à crochet) est tout entière occupée par une inscription 
en caractères grecs précédée d*une croix, au pointillé (fig. 5). 

La répétition de la diphtongue ou en deux endroits, d'abord 
au milieu de l'inscription et en lettres séparées, puis à la fin, 
en monogramme, indique que l'on a affaire à deux noms 
propres masculins au génitif. On peut dès lors les isoler l'un 
de l'autre ; d'une part, Né<rTaêou, dont on connaît un exemple 
par Sozomène, Hist. ecclés., V, 9; d'autre part, 'AupiXTJou 
(lecture de M. de Villefosse), où le premier upsilon paraît 
avoir été inséré sous la forme d'un petit Y romain après 
avoir été omis par le graveur, et où le rho a perdu quelques- 
uns des points qui servent à former la boucle, d'ailleurs très 
petite. On peut croire que 'AupiXrîou est pour 'AvpT)X(ou, par 



suite d'une interverexon inTolontaire entre t et v). On anrait 
ainsi le gentilice et le cognomen du propriétaire de la balance, 
'Âv(>i)X(oc NéoTofoc, dans lequel il faut reconnaître un chré- 
tien, à cause de la croix qui précède l'inscription. 

Cette balance est à mettre en regard de celle du môme 
modèle qui a été décrite par M. l'abbé Thédenat^ avec un 
dessin que nous reproduisons ici, et qui porte une inscription 
burinée sur deux faces opposées du bras court du fléau : 

rePONTIOY (entre deux paîmettes).. 

MAPCOY (entre deux croisettet). 

rtpovT^oc est un gentilice, ainsi que cela est prouvé par les 
dénominations d'une Gerontia Leontia mentionnée dans une 
inscription romaine (Corp, inscr, lat.^ t. X, 2383). 

MofM^ac (gén. Mapéou) est donc ici un cognomen, connu 
d'ailleurs comme ayant été porté par un évéque. 

La balance de Gerontius Mareas, également envoyée 
d'Asie Mineure à MM. Rollin et Feuardent, fait un excellent 
pendant à celle d'Aurelius Nestabus, et, à cause de la simili- 
tude de forme, on peut croire qu'elle provient, comme elle, 
de la communauté chrétienne de Beyrouth, du iv« au 
V* siècle. 

M. Roman, associé correspondant, communique une ma- 
trice de sceau de Raymond de Montauban, sieur de Mont- 
maur (Hautes-Alpes). Cette matrice porte la légende : 

8 RAIMVNDI DE MONTEALBANO 

Elle a été trouvée en Tunisie, pendue, en guise d*amulette, 
au harnachement du cheval d'un chef arabe. Non seulement 
Raymond de Montauban est connu, mais un sceau en cire, 
pareil à la matrice récemment trouvée, existe, à plusieurs 
exemplaires, dans les archives des Hautes-Alpes; il est pendu 
à des actes de 1240-1260. M. Roman Ta publié dans sa sigil? 
lographie de Gap. Il est probable que Raymond de Montau- 
ban a dû périr avec saint Louis en Tunisie. 

1. Bulletin de la Société des Antiquaires de France, 1884, p. 163. 



— 282 — 

Séance du 1 5 Décembre. 
PréBidence de M. E. Saqlio, président. 

Ouvrages offerts : 
Atli délia rêoU Accademia dei Lincei, ann. GGLXXXIII, 

1885-1886, 4« série, t. U, fasc. 9. Rome, 1886, iii-4o. 
Proceedingê of thê Canaâian ImHtuU^ juin 1886. Toronto, 

in-8*. 
Thunngischen G$iehicht$quetlen^ nouvelle série, t. I et II. 

léna, 1883 et 1885, in-8'. 
Zeitichrijt de$ VernnsJUr Thuringische Geichichie und AUer- 

thumskunde^ nouvelle série, t. Y, livr. 1*2. léna, 1886, 

in-8o. 

Babeau (Albert). Une traduiction anglaUe (fim ouvrage dé 

Grotlt^, Troyes, 1886, in-8«. 
HoHOLLE (Th.). Le$ arcMvet de rintmdance sacrée à Z>A», 

315-316 av. J.-C. Paris, 1887, in-8*. 
Quabié-Rbybourbon. Blankenberghe et eee emoirone ; âonooisrt 

de voyage. Lille, 1886, in-8». 
STEOf (Henri). Edmond Michd, 1831-1886, notice nécrologique, 

Orléans, 1886, in-8*. 

Correspondance. 

M. le colonel de la Noê écrit pour retirer sa candidature à 
la place de membre résidant. 

Travaux. 

An nom de la commission nommée à cet effet, M. A. de 
Barthélémy lit un rapport favorable sur la candidature du 
duc de Rivoli ; on procède au vote, et le duc de Rivoli, ayant 
obtenu le nombre de voix exigé par le règlement, est pro- 
clamé associé correspondant national à Nice (Alpes-Mari- 
times). 

Au nom de la commission nommée à cet effet, M. A. Héron 
de VillefoBse lit un rapport favorable sur la candidature de 



M. 'ndoUfir.Oii pfocôée au vote, et M. Thiotter» ayftiM; obtenu 
le nombre de tû&z exigé par le règlement, mi proclamé aaaOi' 
Clé corraepondant national à Saint^Geimain^Laval <Lioire). 

M« Tabbé Ducbeane fait la communication suivante : 
c M. l'abbé €onstanoe, curé-doyen de Vermand (Ai8ne)| 
m'a envoyé ces jours derniers le calque d'un plat en verre 
avec dessina gravés. Cet objet a été trouvé dans une tombe, 
an cours de la campagne de fouilles entreprise à Vermand 
par la Société académique de Saint-Quentin. Le sujet du 




dessin est la résurrection de Lazare. Lazare est représenté 
les jambes déliées et les bras en mouvement| déjà revenu à 
la vie et sortant de son tombeau, fin face iOt eéparé de loi 
par iioe plante 4^ 4 presque la hauteur d'un Juinme, le 



— 2M — 

• 

Christ, debout, nimbé, TÔta d'une tunique ooarte, omée de 
calUcuIai, d'un large ceinturon et d'une chlamyde. De k 
main gauche, il tient un vohanemi la droite est le^ée, dang 
le geste d'une personne qui parle. En haut, le monogramme 
constantinien, au-dessous duquel, un peu à droite, apparaît 
une étoile. Sur le bord du vase, la légende VIooS - IN, 
DEO • P • Z. 

fl Parmi les objets du même ^nre qui peuvent fournir des 
termes de comparaison avec celui-ci, les deux plus ressem- 
*blants, comme aussi les plus rapprochés au point de vue 
topographique, sont : !<> un plat en verre trouvé à Trêves en 
1873 et publié par M. ÂU8*m Weerth dans le Jahrhuch^r der 
AUerthinufreundê in Rhewhmd, i. LXIX, pi. VI; 2^ un 
autre plat en verre trouvé à Abbeville et publié dans la 
Gastêtte archéologique de 1884, pi. XXXII. 

« Celui-ci porte au centre iin monogramme de forme louti 
fait semblable à celui du plat de Yermand et entouré d'étoiles. 
Mais c'est le verre de Trêves qui nous offre les rapproche- 
ments les plus intéressants et les plus utiles pour expliquer 
les particularités du nôtre, c'est-à-dire le costume extraordi- 
naire du Christ et le sigle P * Z * de l'inscription; 
• c On représente ordinairement le Christ (sauf quelques 
images du Bon Pasteur) avec des vêtements amples et longs, 
la tutiique tombant jusqu'à terre, le pallium jeté sur les 
épaules. Ici la tunique est courte, serrée à la taille par un 
ceinturon, le manteau large sans doute, mais agrafé sur 
l'épaule droite. N'était la scène, on croirait voir un officier 
de Tannée impériale ou un dignitaire de quelqu'une des «lit- 
iiae civiles. Cette anomalie, car je ne connais aucun monu- 
ment où le Christ soit ainsi costumé, s'explique par la com- 
paraison du verre de Trêves. Dans celui-ci, le sujet gravé est 
le sacrifice d'Abraham. Isaac est représenté sous les traits 
d'un adolescent nu, sauf un léger manteau agrafé sur l'épaule 
droite et rejeté derrière le dos ; Abraham porte exactement 
le même costume que le Christ sur notre verre. 

c Sur les bords du verre de Trêves, on lit l'acclamation 
YIVAS IN DEO Z. Ce Z retourné a été considéré par M. de 
Rossi {BuU., 1873, p. 141) comme l'abréviation de ZESBS 



— 285 — 

(Ciiffauc), mxA qui fait partie de la formule -kU Cn<r«K ou pu 
Miêêi^ si souvent répétée sur les vases à boire de tonte forme 
et de toute matière. Cette conjecture aide à comprendre le 
P * Z ' du vase de Vermaiid. Il eet clair que nous avons ici 
la même formule, toujours abrégée, mais au complet P(fe) 
Z(cf€f]. U n'est pas jusqu'à la forme spéciale du Z qui ne se 
retrouve en passant d'un monument à i'atUtre. 

« Les interponctions que présente la devise sont au nombre 
de quatre ; trois ont la forme d'un triangle, la quatrième celle 
d'un fo. C'est la dernière ; elle vient après le Z et se trouve 
en haut du chrisme, à droite. A gauche, dans une position 
tout à fait symétrique, l'interponction qui suit le P rappelle, 
par sa forme triangulaire, l'A grec. Le graveur a peut-être eu 
l'intention de combiner la forme et la place de ces deux 
interponctions, do manière à figurer I'â et V(ù qui accom- 
pagnent si souvent le monogramme du Christ. 

« Ces vases en verre, gravés, ornés de sujets chrétiens, 
autant qu'on a pu en estimer la date, paraissent remonter au 
déclin du iv* siècle ou au commencement du siècle suivant. 
C'est bien ce qu'indiquent, de leur côté, les données chrono- 
logiques fournies par notre monument, le monogramme 
constantinien et le nimbe du Christ, a 

M. l'abbé Duchesne présente ensuite quelques observations 
sur la rédaction de l'inscription mérovingienne gravée sur 
Tautel de Saint-Pierre du Ham, près de Valognes. Cette ins« 
cription, publiée d'abord par Mabilloa, a été reproduite avec 
le plus grand soin par M. Le Blant, Inscription» chrétiennes 
de la GcrnUy pi. LXI (cf. p. 181 et suiv.). Personne, semble-t-il, 
ne s'est aperçu qu'elle est en vers. Il est vrai que la prosodie 
n'est pas observée partout avec une extrême rigueur; de 
plus, en deux endroits, au commencement, le texte versifié 
a été retouché au moment de la gravure, de sorte que l'on 
est obligé d^ recourir à la conjecture pour reconstituer la 
rédaction du c poète ». Â part ces deux retouches, le mètre 
se reconnaît partout et avec la plus grande évidence. Nous 
avons ici des tétramètres trochaïques septénaires, ou, pour 
parler une langue moins technique^ des vers faits sur le 



— 2« — 

même modèle que ee«z an Pcmg9 Ungmm glorimi 
e§rtamiaiê de Feitunat. 

Cette ptniealarité peut servir de guide, en certains eas, 
pour la restitution de l'inscription. M. l'abbé Duehesne It 
Uralt^ ainsi qu'il suit : 

f (Rnlns*) nrblfl rectar domnng 

Frodomandas pontlfez 
In bonord atane Maria * 

genetrids Domini 
bec taonpiam booqaae altare 

constraxait idiliter, 
adquae digne dedicaTit 
«minse agusto medlo ; 
et hic festuft celebratos ^ 

ait per anno ^ singolua. 

f Anno seito iam régnante 

Theodorioo rege 
in Francia, hoc dnubiam 

chingxit niur[is validis] 
[episcopus FkY>domuDdua] 

[nnnc TÎTena feli] citer 
abena euran pastaralem 

in amore Domlnl ; 
anamm ovinm patraTit 

eanlaa qaasa pnlcbeiTeoae 
nec a moraebua Inporum 

et Tora[ci gutture] 
[tulit eaa lacerari] 

[sfd caravil provide] 
[ut ad Christi dirijgantnr 

paacua perpétua 
choro nexas vergenale * 

cum H aria almiasema 

1. Il Ta de loi que les sappléments entre crocheté sont très hypothétiqnee pour 
la forme ; on a ronlu seidement indiquer le seni probable aux endroite DâtiMe. 

S. loi le marbre porte Conatantinvai» ; ePest un de* den etaaagvBeiite tntr»- 
dnlta qnaid oa a gntvé I0 pttlt poème. 

a. Jranft(«]. 

4. Ici le marbre ajoate dtef, seconde retouebe. 

5. onnvfs], pour annoi. 

6. virginaii. 



— W7 — 

cnm ipsa firvÉL et exultent 

in etema secola. 
Dominas Theodorlcns rex] 



Hem loeam lex concessit 
ad istom cenobium 

ipsi 1 etenem primus cipit 
straere hic moniflUriam 

demum pontifez erectns 



largto]8emi> ploremos 

atqoe citeras* par 

sjeptinari nomero f 
f Sic ba[silica fundaU 
in nomine Domini]. 

La fondation do monaetère du Ham est datée de Tan VI« 
de Thierry, évidemment Tliierry III, dont l'aTènement, 
comme il résulte des nouvelles rechorches de MM. Kmsch 
et Jnl. Havet, doit se placer entre le 11 septembre et le 
14 décembre 675. L'an VI« est donc 680*681. La basUique fat 
consacrée le 15 août {mense auffusto medéo)^ mais il n'est pas 
sûr que ce soit le 15 août 681, car il fallut le temps nécea* 
saire pour la construire. 

M. de Baye, associé correspondant, présente la photo- 
graphie de deux fibules trouvées aux environs de Ghiusi et 
qui ofi&ent une grande analogie de forme avec nombre d'ob- 
jets analogues trouvés en Gaule. 

M. l'abbé Thédenat, membre résidant, communique le 
texte d'une inscription romaine récemment découverte à 
Fréjus (Var) : 

PACATV 

OVIARA 

2. Uurgiuime plurimo» ? 



— 288 — 

OPTVMO 
MAXV 

Aa-dessus de la première ligne, on distingue la partie 
inférieure de quelques lettres du mot Àelius. 
... [Aelius] Pacatu[$ t]ovt Ara,., optumo mazu[mo]. 

M. Héron de Villefosse, membre résidant, lit une lettre de 
M. Duvernoy sur de récentes découvertes faites à Mandeure : 

fl Une découverte curieuse vient d*ôtre faite dans cette 
localité. 

c II y a quelques années (i 841-42), la Société d'émulation 
de Montbéliard avait reconnu, dans l'intervalle qui sépare le 
théâtre du Doubs, une vaste construction composée d'une 
enceinte circulaire, dans l'intérieur de laquelle était inscrit 
un édifice considérable, de forme rectangulaire et, selon 
toute apparence, destiné à un service public. Un portique 
monumental, faisant face au théâtre, donnait accès dans 
l'enceinte, et, sur le devant de l'édifice intérieur, était un 
large perron bétonné et dallé auquel se liaient par derrière 
les murs du bâtiment (v. Bog. des Antiquaires, Mémoires^ 
1884). De chaque côté étaient deux murs parallèles, séparés 
l'un de l'autre par un couloir de trois mètres de largeur et 
enveloppant intérieurement un- espace vide de 110 mètres de 
largeur. On a supposé qu'il y avait là une sorte de halle, 
peut-être une bourse et un tribunal de commerce où se dis- 
cutaient les affaires, tandis que les objets trouvés dans les 
cours comprises dans l'enceinte faisaient présumer qu'il s'y 
tenait un marché. Quoi qu'il en soit, la quantité de monnaies 
gauloises qui y ont été recueillies et les monnaies romaines 
appartenant en grand nombre à l'époque des Antonins et 
aux temps antérieurs indiquaient que le monument devait 
remonter aux premiers siècles de la période gallo-romaine. 
Cest ce que confirmait d*aiileurs le soin avec lequel il était 
construit. 

« Nous n'avions pu explorer le sol que très partiellement, 
par suite du mauvais vouloir des propriétaires et de leur refus 
de laisser fouiller, ou encore par suite de la difficulté de fidre 
disparaître d'énormes amas de pierres provenant de la chute 
des murs. 



c s y a quelques mois, un individu de Mandeure, voulant 
reconstruire sa maison, acheta pour la somme de 45 fr. la 
portion de terrain que couvrait un de ces tas de pierres, 
désignés dans l'endroit sous le nom de murgers. Après 
l'avoir enlevé^ il continua de fouiller le sol^ afin de le débar- 
rasser des débris et des restes de constructions qui l'eDCom- 
braient et gênaient la culture. Son terrain touchait aux murs 
de droite du bâtiment, et il travaillait alors dans Tangle 
formé par ces murs avec la terrasse antérieure. Un troisième 
mur, parallèle au premier, avait été découvert, et il semblait 
qu il y eût là un petit caveau dont la voûte s'était efTondrée. 
A i"80 de profondeur, la pioche frappa tout à coup sur un 
corps sonore. Le fouilleur y porte la main et essaie de L'en- 
lever ; mais le poids de l'objet l'en empêche. C'était le soir et 
il était seul. Il recouvre soigneusement le trou et attend 
avec impatience au lendemain pour savoir de quoi il est 
question. Dès le matin, il revient accompagné de son frère, 
et, avec son aide/ met successivement au jour huit lingots 
de métal d'un poids total de 998 kilog.; ils étaient posés sur 
le sable, appuyés le long du mur. On était aux derniers 
jours d'octobre ou aux premiers jours de novembre. Le 
bonhomme se vit du coup millionnaire. Il fît transporter son 
trésor dans sa maison, où nous l'avons vu. 

fl En voici la description : 

c Ainsi que je viens de le dire, il se compose de huit lin- 
gots de bronze. Cinq ont la forme d'une demi-sphère, c'est- 
à-dire la forme du creuset où ils ont été fondus ; les trois 
autres ne sont que des quarts de sphère, comme qui dirait 
d'énormes tranches de melon, d'un quart du fruit. Tous sont 
de dimensions différentes, ce qui montre que chaque creuset 
ne servait qu'une fois et que chaque lingot a été fondu dans 
un nouveau moule. Les quarts de sphère n'ont pas été sciés 
ou taillés dans les demi-sphères, mais fondus à part, dans 
des creusets probablement cloisonnés. Aucun d'eux n'a exac- 
tement les mômes dimensions que l'autre, et il ne subsiste 
aucune trace d'instrument ayant servi à les tailler; au con- 
traire, les traces du moule sont encore visibles sur la trancha- 
Le lingot le plus gros, a 0"49 de diamètre et 0m22 ou. 0^23 

AlfT. BULLETIN. 19 



de hautenr. H pèse ennron 298 kitog. Troii autres sont de 
même forme, mais de dimensiotis un peu moindres ; le cuh 
quième,' encore plus petit, semble particulièrement ccaapoaé 
de résidus et de crasses. Les quarts de sphère sont de même 
métal que les demi-sphères, et le plus gros pèse 480 kilog. 
La sonorité des uns comme des autres estextrême, sauf pour 
le cinquième, qui en est totalement dépourvu. Le son remai^ 
quablement vibrant et argentin que Ton obtient sons le mar- 
teau a bit présumer, avec raison ce semble, qu'il devait se 
trouver une certaine quantité d'argent associée k Talli^e 
ordinaire du cuivre et de l'étain. L'analyse en a été faite, 
mais le propriétaire a tenu jusqu'à présent à en garder le 
secret. Du reste, la matière est extrêmement dure, difficile- 
ment fusible et cassante comme du verre. A la surface des 
hémisphères, on voit encore le relief de quelques monnaies 
gauloises que la fusion n'a pas complètement anéanties. Elles 
appartiennent à un type bien connu et assez abondant à 
Mandeure. Sur la face est une tète barbare, diadémée, tour- 
née à gauche; au revers, un cheval barbare, les jambes 
repliées sous le ventre, là queue relevée, également tourné i 
gauche, dette monnaie, dont le flan est légèrement convexe 
à la Ikce et habituellement en bronze blanc, semble avoir 
servi à figurer le type de OOGI SAMI que l'on trouve repro- 
duit sur une petite monnaie d'argent portant une figure cas- 
quée avec la légende ci-dessus, et, au revers, un cheval cerclé, 
galopant à gauche. N'y avait-il dans les lingots que des 
monnaies retirées de la circulation et, dans le nombre, une 
certaine quantité de pièces d'argent? Ou, au contraire, 
d'autres objets avaient-ils été jetés en même temps dans le 
creuset? (Test ce -que nous ne saurions dire. 

4t On espérait découvrir dans le voisinage quelque atelier 
qui mettrait sur la mê soit d'un établissement moné- 
Udre, soit d'une fonderie artistique. Rien de pareil n'a 
été trouvé, et nous ignorons si les lingots étaient destinés à 
êlte mis en œuvre sur place ou k être expédiés au loin. 11 
n'est pas impossible qu'un atelier se rencoïitre dans le voisi- 
nage, mais Je ne cfois pas qu'il existe dans l'enceinte où 
nous nous trouvtms. Évidômment,"les constructions exhu- 



niées «j^ariieiimeiit a nn édifice puUic : les quantités âé^ 
jsmbxw de diveraes ecMJsiura, plaquettes de revêtement^ aor^ 
niebes, ûragments seulptéa, etc., aussi bien que le cboix des 
fBfttAnaus* les eh^iteauj; oorinthiaos des colonods et ie soin 
avec lequel le travail est exécuté indiquent «a jnoau0iei|t 
important et môme construit avec un certain luxe. D'ail- 
leurs, les Gaulois avaient assez l'habitude de cacher leurs 
trésors dans leurs temples ou dans leurs édifices puUics; et 
ai, en oe nomeni^ je devais hasarder une opiiûon, je dirais 
que nous sommes ici dans la maison commuod ou,, en d'auties 
termes, dans le Gapitole de la cité. On peut remarquer d'autre 
part que nous sommes au milieu du quartier moniunental 
de Mandeore; tout près de Tare de triomphe et du temple 
attribué à Jupiter, en face du théâtre, dont on est sépefé par 
un espace vide, sans doute une place pubUqjie, sorte de 
forum ^nt Tédiftoe eu question devait certainement être un 
des principaux omenents. 

« Des fouttlee ontété continuées sur divers poittte de Ten- 
ceinte et paetiouilièreaient le long des murs où les lix\gote 
ont été tHmvés; quelques monnaies, prineipaiement des 
monnaies gauloises, deux Dûûl SM en argent, trois ou 
quatre TÛGIRIX casqués, petit module, en hronae, u«ie 
Julia Soemias en aigent ont seuls été recueillis; avec cela 
des dous, deux petits saumons de fer, et, sous une grosse 
jnerre, le squelette d'un homme probablement tué .par sa 
chute. 

a C'est tent jusqu'à présent; mais l'émulation est vivement 
excitée, et chacun s'est mis à fouiller, persuadé qu'il va , 
trouver un trésor et que sa fortune est au fond de son chawp. 
•fin attenduit les découvertes qui .pourront se prodiiire, U 
m'a paru à propos de noter la trouvaille actuelle, encore 
qu'elle ne présente ni intérêt artistique ni peut-être grand 
intérêt aichéologiqoe. Toutefois serap^^elle le point de départ 
de quelques résulteto nouveaux et inattendus ? C'est ce que 
l'avenir décidera, et c'est à ce titre que nous la consignoins. » 

M. de Lauffièie, associé correspondant, comuiuniqne un 
i^essia d'une paossique: déeouTOrte dans Tile M^orque, 



— 292 — 

auprès de Palma, représentant Adam et Eve dans le paradis 
terrestre, Joseph vendu aux Ismaélites par ses frères, Noé, 
etc... Il fait ensuite passer des photographies représentant 
des monuments nommés tàlayoi et analogues aux momragi 
de la Sardaigne. 

M. de Lasteyrie, membre résidant, donne lecture d'une 
lettre de M. Gastan, associé correspondant à Besançon, sur 
un beau vase antique en verre à deux couches représentant 
une scène priapique : 

c Le vieux sol de Vesontio vient de restituer à la ville 
moderne de Besançon la majeure partie d'un vase en verre à 
deux couches, de style gréco-romain, qui semble dater du 
i** siècle de notre ère. 

c Ce vase, qui appartient à la catégorie de ceux que les 
Grecs appelaient anackoé^ est en verre d'un violet très foncé, 
sur lequel ressort, avec un faible relief, une décoration en 
émail blanc, celle que Quintilien désigne sous le nom de 
iculptura vUri, La forme de ce vase se rapproche de celle 
d'un œuf qui aurait sa pointe engagée dans une moulure 
annulaire lui servant de pied et dont l'autre bout serait 
déprimé pour fournir la base de l'ajustement d'un coi. 

c Depuis le dessous du pied jusqu'à la naissance de ce col, 
le vase mesure 0»14 ; la hauteur totale, quand le col existait en 
entier, devait être de 0"2d ; les figurines qui décorent la panse 
ont 0»08 comme plus grande hauteur. L'épaisseur du verre est 
de 0°>003 à la panse du vase ; elle atteint OH)! an renforce- 
ment qui précède la naissance du col. Apprécié par transpa- 
rence, ce verre est parfaitement homogène, et les plans de 
l'anse, ainsi que ceux du coi, ont des arêtes remanjuabl»- 
ment franches. 

« De ce vase brisé d'ancienne date, nous ne possédons que 
d'importants fragments, c'est-à-dire quelques amorces du 
col, 7 centimètres de la tige de l'anse, environ les deux tiers 
de la panse, plus un morceau de la moulure annulaire du pied. 

« Le point de jonction de l'anse avec le corps du vase est 
marqué par un petit tiret auquel se rattachent, en sens 
opposé, deux feuilles d'ornement : l'une, qui est ékneée, 



— S98 — 

s'allonge sur le dos de Faose ; l'autre retombe comme une 
langue dont le bout serait retroussé. Ce retroussis domine un 
mascaron qui représente un visage féminin vu de face et 
entovré d'une chevelure dont les deux parties ondées se 
rejoignent sous le menton en y formant un nœud; si des 
serpents étaient associés à cette chevelure, on dirait une tôte 
placide de Méduse. 

€ Les personnages qui entourent la panse du vase accom- 
plissent une cérémonie en l'honneur de Priape, le dieu de la 
Fécondité. Ces fêtes étaient appelées Priapées. Le terrain 
sur lequel se passe la scène est une zone rocheuse, à trois 
rangs de blocs murailles, faisant le tour du vase vers le bas 
de la panse. Sur ce terrain, à celé du mascaroa que nous 
avons décrit, se dresse un vieux laurier très écoté. Sous l'une 
des branches qui porto un rameau feuille, un Faune nu, à 
musculature puissante, ayant les oreilles pointues et une 
petite queue frisée au bas du dos, sa tient debout, de profil; 
il tourne le dos à Parbre et plonge le bas de son visage 
dans une écuelle que tiennent les doigts écartés de sa main 
gauche ; sa main droite montre le ciel à un enfant nu, placé 
devant lui, qui se hausse sur la pointe des pieds, en élevant 
les deux' mains pour avoir sa part du breuvage; ce petit 
être a de longs cheveux qui lui cachent les oreilles ; le bas 
de son dos est pourvu de la queue des Faunes. Derrière cet 
enfant et en face du Faune qui boit, le dieu en Thonneur 
duquel la coupe est vidée, c'est-à«dire Priape, est représenté 
à mi-corps, ajusté sur une gaine de cariatide, qui eUe-méme 
a un piédestal pour soubassement. Priape a le front proémi- 
nent, le nez arqué, les oreilles et la barbe pointues ; il est 
vêtu d'une chemise sans manches dont il retrousse la partie 
inférieure aveo les deux derniers doigts de sa main gauche 
pendante. Le dieu est ithyphallique et tient, de la main 
droite abaissée en avant, un cornet dont il dirige Touver- 
ture vere Tattribut qui le caractérise. Derrière le dieu, 
un petit autel se profile au pied d'une colonne qui supporte 
la stetuette d'une divinité féminine privée de ses bras, vêtue 
de deux tuniques superposées et serrées à la taille. La 
colonne sert d'appui à un long thyrse posé diagonalement, 



— 2M — 

âtftit k faftttipe déeôréd é^une éehaq>e et snnnontée d'une 
fKmttt^ âtffiUGét dirigée Térs la iraque de Priape. Au pied 
dé ht colonne, une torche flamboyante, obliquement ren« 
versée vers te sol, semble destinée à allumer le petit autel 
voisin. Cette torche était tenue par une prêtresse dont il ne 
reste tien, si oe n'est le bas d^une tunique talaire à plis 
serrés. Immédiatement à la suite de ce vestige de âgnre, se 
dresse un second arbre, également vieux, qu'on reconnaît 
pour un pin à son feuillage disposé en plumets. En avant 
de cet arbre est une table montée sur trois pieds en forme 
de Cuisse de bouc. Sur cette table, un pot de fleurs est 
accosté d'un vase à deux anses et d'un bol hémisphérique. 
Debout, en regard de la table, un second Faune, nu et très 
vigoureux, tient, dans sa main droite, le pied d'une massue 
recourbée en avant dont sa main gauche entoure la tête 
â'tpue bandelette à cordons. On n'ignore pas que ia massue 
était l'un des attributs de Priape, en tant que protecteur 
des jardins, parce qu'elle servait à assommer l^s voleurs qui 
s'introduisaient dans la propriété d'autmi« 

« Par le fttit d'une cassure verticale, qui a fendu le vase 
de haut en bas, nous n'avons plus que la moitié antérieure 
du oorps de ce second Faune. Entre le dos disparu de cette 
figure et le deuxième côté (joue droite) du mascaron féminin 
placé au bas de l'anse du vase, l'espace actuellement vide 
est de neuf centimètres. Il nous manque donc au moins 
l'une des figures de la Priapée qui ornait le vase récemment 
découvert. 

< Ces figures sont du meilleur style, et la délicatesse 
savante de leur modelé fait songer aux plus beaux camées 
du temps d'Auguste. 

« IjSs vases de verre ainsi décorés étaient, à l'époque 
romaine, des objets du plus grand luxe. Dans le petit nombre 
de ceux qui subsistent, deux sont universellement connus : 
celui qui, trouvé dans un tombeau de la campagne romaine, 
est conservé au Musée Britannique, sous le nom de txue dt 
Pérdand; celui du Musée de Naples qu'on a découvert à 
Pémpdî, rempli des cendres et des osmments d'un mort. Qi 
lé vase do Besançon était intact, il pourrait soutenir h 



— S»5 — 

oompartiflon (^vec les 4««x urœ» c41tfmB ^uç jq ?î^IW 4^ 
mentionner. 

« Im îr^gmwU de (» ti^ oni été tmvvte m w)i» 49 
septeml^re 1886, dans un creusage feit pQur a8m>i^ k» fon- 
dations de rimmeuble qui se construit aux bw de M, ia 
député Daniel Wilsou, vers l'extrémité orientale de la pres- 
qu'île de Besançon. Ce terrain, dans lequel une rue Tient 
d'être percée, était le jardin d'un ancien couveAt i'Afîo^n^ 
dades. On n'y a trouvé aucune substructioiL romaine : de 
sorte qu'il est présumable que le vase, déjà fracturé, y était 
venu avec des terres rapportées d'un autre quartier de la 
ville, peut-être de l'ancien Ghamp-de-Mars^ aujourd'hui 
Ghamars, où on a constaté l'existence d'un riche cimetière 
du premier siècle de notre ère. 

c En rajustant ces fragments avec son habileté ordinaire^ 
M. Alfred Yaissier, conservateur -adjoint du Musée des 
antiquités de Besançon^ a d'ailleurs observé que lea princi- 
pales cassures du vase avaient leurs bords irisés, et qu'elles 
indiquaient ainsi que l'objet avait fait, depuis sa fracture, un 
séjour prolongé dans le sol. Un seul petit éclat paraîtrait 
avoir été enlevé par la pioche des terrassiers modernes. Il 
est donc à croire que la recherche des fragments qui nous 
manquent aurait été sans résultat. 

« d'est grâce à l'intelligente sollicitude de M. l'architecte 
Gustave Vieille que les fragments qui nous restent ont été 
réunis, et que leur propriétaire, M. le député Wilson, a pu 
les offrir au Musée des antiquités de la ville de Be^t^nçon. » 



Séance du 2Sl Décembre. 
Présidence de M. E. Saqlio, piréndent. 

Ouvrages offerts : 
Bulletin critique^ publié par MM. Duchesne, Ingold, I4e8eœur, 

Thédenat, VU* année, i**" décembre 1886. Paris, in^S*. 
— de la Société des Antiquaires de VOuest^ 1886, ^« trim. 

Poitiers, 1886, in-8». 



— 296 — 

BvUetHno di archeoloçia t itaria daimaia, IX« an., n« il, 1886, 
in-8». 

Korretpondenxblait der Wettdeuische» Zeiisckrift fâr Gf 
MchichU und Kumt^ V* an., n* 11. Trêves, 1886, inrS». 

The american journal of arehoêologp^ t. XI, n<» 2-3. Balti- 
more, in-8*. 

Verhandlungen dei kUtorûchen Vereines von Oherpfab und 
Rêgemhurg'Stadiamhof^ 1886, in-8*. 

Westdêutsche Zeilsehrift fur Geschichte und Kuitsi^ an. V, 
lîvr. rV. Trêves, 1886, in-8\ 

AuBERTiN (Charles). Éphémérides de Beaune et des environs, 
Beaune, 1886, in-8'. 

— Les sépultures historiques de Véglise Pierre de Beakne, 
Beaune, 1885, in-8*. 

Baye (le baron J. de). Congrh international des américanisteSj 
VI* session tenue à Turin. Ghâlons-sur-Marne, 1886, in-8\ 

— 17» rapport archéologique entre Paneien et le nouveau con» 
tinent, Paris, 1886, in-8*. 

BuRGKHARDT et-WAKBRNAOBL. Dos RathhoHs xu Bossl. Basle, 

1886, in-4\ 
LiNAS (Gh. de). Les émaux limousins de la eolUetion fiott- 

lewsky. Paris, 1886, in-8*. 
Mélt (de). Quatre mois en Russie, Paris, 1886, in-4'. 
Rivoli (le duc de). A propos d'un livre à figures vénitien de 

la fin du XV^ siicle. Paris, 1886, in-8*. 
RoiTAN (J.j. Deux chartes dauphinoises inédites du XT» siècle. 

Grenoble, 1886, in-8*. 

— Deux récits des guerres de religion dans les Alpes, Exnbrnn, 
1886, in-8*. 

— Les aventures du capitcùne Jean-Baptiste Gentil de Florac, 
1585-1650. Grenoble, 1885, in-8*. 

— Les derniers comtes de Die et la famiUe Artaud de Mon" 
tauhan. 1886, in-8*. 

— L^ exploitation des mines dans les Alpes au moyen âge. 
Valence, 1886, in-8*. 

Taillebois (Emile). Les monogrammes du château de Candale 
à Doaxit (Landes). Dax, 1886, in-8*. 



— 2yr — 

Travaux. 

M. de Baye, associé correspondant, demande la parole et 
s'exprime en ces termes : 

c Permettez-moi de vons présenter la première planche 
destinée à accompagner mon travail sur l'époqne barbare en 
Italie. Elle figure la boucle de ceinture découverte à Tes- 
tona et ses contemporaines ornées du môme sujet symbo- 
lique découvertes en France. Lors de ma première commu- 
nication, j'avais eu Tbonneur de vous présenter une série de 
neuf plaques semblables. Cette série s'est accrue. J'en ai 
placé onze sur cette planche, et, depuis qu'elle est gravée, 
j'ai encore reçu trois estampages de monuments rentrant 
dans cette catégorie. Je suis donc arrivé à rassembler qua- 
torze représentations portant le môme sujet. 

« Ma boucle de Testona semble nous fournir le type le 
plus pur. Sur ce bronze, l'animal est mieux caractérisé que 
sur les autres, et on distingue facilement que le récipient 
dans lequel il boit est un calice. 

« Puis nous suivons graduellement la dégénérescence du 
type, et il serait impossible de comprendre les derniers spé- 
cimens de cette suite, le n* 9 par exemple, si Iqs premiers 
ne nous étaient pas connus. 

« Jusqu'à présent on n'avait pas remarqué deux plaques 
de bronze reproduisant un sujet symbolique au môme degré 
de dégénérescence. Je pense donc avoir constaté un fait nou- 
veau, en remarquant que le n* 5 de ma planche, provenant 
des environs de Chalon-sur-Saône, a été certainement coulé 
dans le même moule que la plaque d'Uzelle (Doubs) dont 
voici le dessin. 

« Cette observation m'a semblé digne, par sa nouveauté, 
d'être soumise à votre compétence. » 

M. de Laigue, consul de France à Florence, associé cor- 
respondant, écrit pour signaler les fouilles archéologiques 
entreprises à San Stefano par M. Pellette, sur les pentes du 
Matu Argentariu$ (la presqu'île actuelle d'Ûrbetelip). U. Fol- 
lette a découvert trois statues colossales .en marbre,, l'une 



— aw — 

d'homme, les deux autres de femmes. Elles paraissent de 
répoque du haut empire roniftiQ, peut-être du temps de 
Domitien qui, suivant une tradition, avait des proj^étés sur 
le Mont Arg$ntariMS. 

M. Tabbé Thédenat, membre résidant, rappelle qu'il a 
communiqué à la Ck)mpagnie un beau trésor de vaisselle 
d'argent trouvé, en 1885, à Montcomet (Aisne)^. Ge trésor, 
par suite de désaccord entre l'inventeur ou ses ayants droit et 
le propriétaire du champ où la trouvaille a été ftdte, vient 
d'être vendu à l'hôtel Drouot; il a été adjugé pour la somme 
de 50,100 fr. 

Le lieu précis où a été trouvé ce trésor est Ghaourche^ 
prés Montcomet (Aisne). Au moment de la trouvaille, 
quelques objets, séparés de l'ensemble, ne furent pas trans- 
portés à Paris, chez M. Feuardent ; d'autres ont été décou- 
verts dans une fouille postérieure. 

Parmi les objets distraits du trésor, six forent rendus à 
M. Feuardent et portèrent à 3i le nombre total des piècœ'. 
Six ne revinrent que beaucoup plus tard, et M. l'abbé Théde- 
nat ne put les voir pour la première fois qu'à l'hôtel Drouot, 
à l'exposition qui précéda la vente. 

Ge sont : 1<> deux coupes à vin, de même forme que celles 
qui ont été décrites sous le n» i4 \ Elles sont aussi ornées, 
au repoussé, de cercles et de lignes formant relief à Tin- 
teneur ; 

2° Une statuette creuse, en argent, haute de 14 centi- 
mètres; c'est celle d'une déesse complètement drapée et 
diadémée ; elle tient de la main gauche une corne d'abon- 
dance; le bras droit s'est séparé de la statue; les paysans 
l'ont aperçu pendant quelques instants en remuant la terre, 
mais n'ont pu le retrouver. Gette main, ont-ils dit, tenait un 
drapeau ; ce que les paysans ont pris pour un drapeau était 
certainement le gouvernail qui est, avec la corne d'abondance, 
l'attribut de la Fortune. Gette statuette était donc une de ces 

1. Cr. Bulletin des Antiquaires, 1863, p. 3Uet suit., 18S4, p. 63 et 73. 
S. Cf. Ibid., 18S4, p. 73. 

8. Cf. ma., ttsa, y. su* iv. 



PottukBs fppttrtanant à m type Irès auowiit reproAuit à 
Rome. Elle porte des traces fie donira; 

3* Dtiix petkifl sûokB en argetri; Fun est taillé à ùx pans; 
la base et le sommet sont ornés d'un cordon d'oves et de 
perle»; ses dimensiooe permettent de croire que ce soûle 
«apportait la ata|ua de la Fortune. L'autre socle, de forme 
oylindrique, est beaucoup plus petit; il portait ssjqs doute 
imestaiuO) aujourd'hui disparue; 

4* Un Tase à boire, .de mtoie forme que oelui qui est 
décrit sous le nM3*. 

Dp6 fouilles opérées plus tard à l'endroit où avait été 
découvert le trésor amenèrent la découverte d'autres objets : 

i* Un couteau dont k lame en fer est brisée; le manche 
est en corne de oerf ; 

2*. Deux tasses rondes, sans anse, semblables à celles qui 
ont été décrites sous le &« 4', portant, l'une le nom Kti^riam^ 
Yuxtw le nom Qtniàèi$j gravés à la pointe sous le piod ; 

3» Sept moroeeiux de tubea cylindriques en os, percés de 
trous, quii ont dû servir de ebarttière à des coffrets; 

4* Uneagsafeen bronze, de forme commune; 

5* Deamonuaies en cuivre, de Oomitioa, Trajan, Hadrien, 
AoAaiHii et Postume. 

L'ensemble du trésor, sans compter les monnaies, se oom- 
poee de 42 pièces. 

M. R. de Lasteyrie, membre résidant, donne lecture d'une 
note du P. G. de la Croix sur un petit sanctuaire dont les 
restes existent à Persae (Yienne). 

« Il existe au centre de Ja commune de Persae (départe- 
ment dé la Vienne, arrondissement de Montmoriilon, canton 
de Lussac-les-Chàteaux), un petit sanctuaire dont il ne reste 
que l'abside et que de nombreux pèlerins de la région et des 
régions voisines visitent actuellement encore. Ils y viennent 
demander à saint Honorât, qu'ils prétendent être on saint 
local inconnu aux martyrologes, mais dont ils racontent la 

1. ÈuUetin, U88, p. S16. 

2. JMèL, f». tia. 



— 800 — 

légende, grmnd nenibre de fiiveurs quelqaafoia spiritneUes, 
mais le plus souvent temporelles. 

« Ce sanctuaire, dont l'architecture porte les caract^^ du 
commencement du xn* siècle, dévasté et incendié, en 1569, 
par les protestants, n'a plus de charpente et est exposé à 
toutes les intempéries des saisons. Jusqu'à ces derniers 
temps, en sa qualité de propriété communale, il servait de 
lieu do débarras aux habitants peu aisés du voisinage. Cest 
au milieu de débris de toute sorte que venaient s'agenouiller 
les pèlerins dont je viens de parler. 

« Grftce à la bienveillance du Conseil municipal, de M. le 
curé et de la population, j'ai pu faire en ce lieu un déblai 
de quarante -deux mètres cubes, ainsi que de sérieuses 
recherches archéologiques dont voici les résultats : 

« Le déblai terminé mit à jour : un dallage ; un massif de 
maçonnerie sur lequel reposaient encore trois pierres, dont 
deux à gauche et une à droite, ayant appartenu à des 
marches; le tiers environ d'une marche palière; sur cette 
marche palière les restes de trois petits murs reliés entre 
eux du côté est et ayant la forme d'un C carré; les fonda- 
tions d'un lai^ mur qui, accoté aux bases des deux colonnes, 
les reliait entre elles ; il possédait également quelques mor- 
ceaux de marches; enfin, deux grandes pierres placées dans 
le dallage et l'affleurant entre la large fondation et la nais- 
sance du massif de maçonnerie ayant quelques restes de 
marches ; l'une de ces pierres est à gauche et l'autre au centre. 

« Tel est l'inventaire sommaire des substructions que 1^ 
fouilles rendirent apparentes; complétons-le par quelques 
renseignements qui ont leur importance. 

€ Le dallage, irréguhèrement fait et posé sur des mortiers 
hkmcSf affleurait les faces des trois pénétrations nord, sud et 
est des murs latéraux de l'édifice. 

« Le massif de maçonnerie, composé de mauvais moel- 
lons noyés dans un mortier blanc semblable à celui du dal- 
lage, servait, à n'en pas douter, de fondation à deux 
marches et à la marche palière. 

fl Les trois petits murs en forme de G carré, hauts encore 
de vingt centimètres, étaient également maçonnés avec le 



— 304 — 



CJu/J^^^e Je fSsint nonorêt 




Iê'mi^w Jjrtsç 6tt/ /k]er /!$/■- {7tffS/-. 



Snc^, 







môme mortier blanc employé dans le dallage et dans le mas- 
sif des marches ; ceux du nord et du sud étaient fortifiés à 
l'intérieur, afin, sans doute, âe recevoir une forte charge, par 
des pierres de taille formant pieds-droits ; ils laissaient entre 
eux un espace vide dont le côté est a été fermé et celui 
ouest ouvert. Des restes d'enduits se voyaient à l'intérieur 
et à l'extérieur -de ces trois murs qui semblent n'avoir pu 
appartenir qu'à un autel- tombeau. Remarquons aussi qu'ils 
forment entre eux et avec la façade ouverte un quadrilatère 
irrégulier dont les côtés nord et sud n'ont pas la même lon- 
gueur, et que leurs faces est et ouest ne sont pas parallèles 
entre elles. 

« La fondation du large mur reliant les deux colonnes et 
sur laqueiie existent quelques morceaux de marches est faite 
avec des mortiers roses entièrement pareils à ceux employés 
dans la construction principale du xi(« siècle. Elle était néces- 
saire aux trois marches que réclamait la petite nef dont le 
niveau était supérieur à celui du sanctuaire qui nous occupe. 

c La grande pierre placée dans le dallage, à gauche, est une 
pierre tombale sur laquelle sont gravés au trait, avec une 
régularité parfaite, une belle croix processionnelle et un 
caliee surmonté d'une hostie. Tous deux paraissent être du 
xvi« siècle. Elle n'a presque aucune trace d'usure, ce qui 
ferait croire qu'elle aurait été placée bien peu de temps 
avant 1569^ époque de l'incendie du monument. Nous avons 
trouvé dessous les ossements de cinq personnes incomplets 
et mélangés à de la terre. 

c Quant à l'autre grande pierre, également enchâssée dans 
le dallage, elle n'a aucun des caractères des pierres tom- 
bales, et les mortiers qui la raccordaient avec les dalles 
étaient roses^ comme ceux de la construction du xii* siècle, 
et non blancs, comme ceux du dallage et du massif des 
marches et de l'autel ; de plus, elle a été si longtemps usée 
par le frottement des pieds des visiteurs qu'il ne reste qu'une 
faible partie des ciselures dont elle était revêtue. L'usure 
n'a cependant effacé aucun des traits de la partie haute du 
chrisme et de sa barre verticale croisetée, non plus que sa 
barre transversale ; elle n'a fait que diminuer la profondeur 



de la grawre «t n'a opéré ses dégfrUi «érieuz qne tur nae 
partie ita deux pelitm trafenes qoA Seraient erolt à les 
-ezftiBimtéB, et sur l'inemption ^i, d^piés œ qui reste 
d'un D, semble avoir existé. Ces diverses observations iioas 
portent à eroéM <|uet9Blle ipietre-ainvil été>«ptaoée là où nous 
ï'avotte tioavée an moment où l'on a feit la conslraetioB du 
xi]^>sièciei 

c Voyons maintenant Fusage aïoqnel cette pieneanrait pn 
servir avuit d'dtreaniseen dalia^. 

€ Bn^œnsidéBant : {• qu'elle a eaaotement la même fume 
irréguii^B que la maçonnerie de Tantel; 2* qu'elle ne pos- 
eède ancane croix de oonséoimtion, ni même de trou a^ant 
pu ooÉtenir des Teliqoes; d* qu'elle n*a ancan des caraotères 
des pierres tombales ; 4* qu'enfin le centre de Favtel -était 
vide et avait pu contenir des ossements de quelque saint; on 
semble fondé à croire que cette pierre avait servi de table 
d'autel' dans la construction primitive qui paraît nettement 
prouvée, tant par la couleur de ses mortiers que par la mise 
en œuvre de ses matôoiaux ^. Ajoutons que, s'il nous paraît 
impossible de lui assigner une époque précise, puisqu'elle 
n'est pas datée, nous croyons cependant pouvoir, à cause du 
chrieme avec dégéaénesoence du P (rho) qn^te ^poesède^ la 
considérer comme erppartenant à la fin de la période dite 
mérovingienne. » 

M. R. de lAeteyfie et M. TaèM Dnehesne font diverses 
observations sur cette communication, et partiouliérement 
sur la pierre d'aaiel t|nl, selon eux, doit être une pierre 
tombale. 

A Tappni de eette ofeu eP fnt i on , M. de Bartliélemy ajoute 
qu'il est bien difficile de regarde» comme un cbrisme la 
figure de forme quadrilatérale tracée eur cette pierre. 

M. PtA Nieaid, meaibre réiHlanti, demande à la Soeiété 
de décider si, dans les prochaines élections peur le rompla- 

1. EUe cnb6 61S décimètnt 90 otniimèiim et fèm Wf'vWk i,S20 kUffgruDDes. 

2. Apfés «roir retUnré 1m ma/^es aÏDsi que l'autel, j'ai remia en plaee la 
Uble d'autel, comme on le voit' sur le dessin qui feprésente la coupe d'élévation 
de rédiflce. 



-- ao4 — 

oemeui de MM. Demay et Ramé, les candidats doivent se 
présenter à une des deux plaees yacantes en partîcalier, on 
s'il est admis qu'ils soient candidate aux deux places indis- 
tinctement. 

La Société, après discnssion et après s'être reportée aux 
précédents, décide que les candidatures ne doivent pas être 
posées pour une des places vacantes plutôt que pour Tautre. 
On devra lire avant de procéder au vote tous les rapports 
sur les candidatures indistinctement; chaque membre sera 
libue de porter pour la première place vacante tel candidat 
qu'il voudra, et, une fois le résultat de la première élection 
proclamé, tous les candidats qui n'auront point été favorisés 
pour la première élection resteront candidats ipso facto pour 
la seconde place. 



Séance du %9 Décembre. 

Présidence de M. fi. Baolio, président. 

Ouvrages offerts : 
BMêHm eriiiquêy publié sous la direction de MM. Duchesne, 

IngoM, Lescœur, Thédenat, VU* année, 15 décembre 1886. 

Paris, 1880, in-8'. 
-^dê la SociéU acmiàmifMê de Brut^ 2* série, t. XI, 1885- 

1886. Brest, 1886, in-6*. 

'T- de la Société indu$trulU de Mnlhausey novembre 1886. 

Mulhouse, in-8*. 
^dela Société icioiUiJlque kùtonquê de la C&rrèxé^ t. VIII, 

livr. 4. Brive, 1886, in*8o. 
Johns Bopkinê Vmoor$Uy etuddoê. IV« série, XI-XH. TJu 

land Myitèm ofthe Neto^England, Baltimore, 1886, in-8«. 
OàNCOisum (L.). Potiu vUroaux dsplomh d^Arrat, Bruxelles, 

1887, in.8o. 

Marsy (le comte de). CueiUoir numismatigMe^ VII* lettre à 

M. A. de Schodt, 1886, in-8o. 
WiTTB (J. DB). Deicription des antiquités conservées à Vhôtd 

Lambert. Paris, 1886, in-4*. 



— d05 — 

Correspondance. 

M. Thlollier, élu correspondant à Saint-Étienne (Loire), 
écrit pour remercier la Compagnie de son élection. 

Travaux, 

M. de Witte fait hommage à la Société de son Catalogue 
des antiquités conservées à Vhôtel Lamheriy à Paris, dans la 
collection du prince Ladislas Gzartoryski. Ce catalogue, 
accompagné de 36 planches dues au crayon hahile de 
M. Alexis Housselin, a été tiré à un fort petit nombre 
d'exemplaires} il n'est pas destiné a être mis dans le com- 
merce. 

M. Gourajod, membre résidant, rappelle à la Société qu'il 
lui a précédemment communiqué les moulages de certains 
masques de femme en marbre datant du xy siècle et appar- 
tenant par leur style à l'art italien. Ce sont les masques de la 
collection du baron Garriod de Florence, du Musée de Berlin, 
du Musée de Bourges, de la collection Morel à Garpentras. Il 
y ajoute deux monuments analogues conservés, l'un au Musée 
d'Aix-en-Provence, l'autre au Musée du Puy-en-Velay. Il 
compare ensuite ces divers monuments avec le retable de 
réglise Saint-Didier, à Avignon, et avec des moulages des 
têtes de sainte Marthe et de sainte Marie, statues du retable 
de l'autel de Saint-LAzare dans la Major de Marseille. Il 
conclut de cette confrontation que la série de ces masques 
de marbre peut être attribuée à des ateliers d'artistes italiens 
travaillant en France à la fin du xy« siècle. 

M. Maxe-Werly, associé correspondant, lit un mémoire 
sur une trouvaille d'objets antiques faite à Gondrecourt 
(Meuse). Ce mémoire est renvoyé à la Commission des 
impressions. 

M. Molinier, membre résidant, lit une note de M. Rupin, 
associé correspondant national : 

« Les ustensiles dont on se servait au moyen âge pour 
attiser le feu étaient de deux sortes : le soufQet et Téventail. 

ANT. BULLETIN. 20 



— 806 — 

t Le soufflet, anciennement désigné aussi sous le nom de 
bufet^'est déjà connu ; il diffère peu de nos soufflets modernes. 
Nous le voyons figurer, ayant exactement cette forme, sur 
plusieurs monuments des xii* et xni* siècles, et notamment 
dans les cloîtres de Moissac (Tam-et-Garonne), sur un des 
chapiteaux où se trouve représenté le martyre de saint 




Laurent. Deux bourreaux, munis d'énormes soufflets, activent 
l'ardeur du foyer placé sous un gril sur lequel est étendu le 
corps du saint. 

< L'éventail n'a pas encore été signalé. 

« Nous l'avons découvert parmi les sculptures qui décorent 
un des beaux pilastres de l'église de Souillac (Lot). Ge 
pilastre, admirablement fouillé sur ses trois faces, avait 
attiré l'attention de VioUet-le-Duc^ Sur l'une des faces le 
sculpteur a représenté le sacrifice d'Abraham. 

c Abraham, debout, tient son fils par les cheveux; il va 
l'immoler; mais un ange, descendant du ciel, arrête son 



1. DietUmnaire de l'arûhitceturê, t. VUI, p. 196. 



307 







V 



PlL^BTBE SCULPTÉ DE l'ÉGLISE DE SOUILLAC (Lot). 



— 308 — 

bras, lui aononce que Dieu est content de son obéissance et 
lui montre le bélier qui doit servir au sacrifice. 

fl Sous cette scène, l'on reconnaît un des serviteurs qui 
accompagnaient le patriarche sur la montagne sainte. Cou- 
ché, et, contrairement au texte de la Genèse, tenant de la 
main gauche un fagot de buissons enflammés, il est prêt, 
au premier appel de son maitre, à mettre le feu. Sa main 
droite est munie d'une sorte d'éventail formé de trois plumes 
ou plutôt de trois feuilles réunies ensemble, et assez sem- 
blable, quant à la forme, à l'ustensile dont se servent encore 
les Italiens pour attiser le feu de leur hraciàio. 

c Cet ustensile est passé jusqu'à ce jour inaperçu. Nous 
croyons donc qu'il mérite une mention toute spéciale, car 
nous sommes persuadé qu'on trouvera des objets similaires 
dès que l'attention des archéologues sera attirée sur ce 
point. » 

M. l'abbé Thédenat, membre résidant, communique, de 
la part de M. Maxe- Werly, associé correspondant, des objets 
antiques trouvés à Vermand (Aisne) : 

f Au mois de juillet dernier, je reçus de notre confrère 
M. Maxe- Werly, alors en voyage à Saint-Quentin, une note 
sur les antiquités découvertes dans les fouilles récemment 
faites à Vermand. 

« Parmi les objets dont notre confrère m'envoyait la des- 
cription, figurait une coupe en verre représentant la résur- 
rection de Lazare. 

« Une longue absence m'ayant empêché de vous faire 
connaître, aussitôt que je les ai reçues, les antiquités signa- 
lées par M. Maxe- Werly, M. l'abbé Ouchesne communiqua 
à la Compagnie un dessin de cette môme coupe que lui avait 
envoyé M. le curé de Vermand. Je ne reviendrai pas sur 
cet intéressant monument. Notre savant confrère vous en a 
montré un dessin qui sera reproduit dans notre BuUetin^ et 
y a joint tous les commentaires utiles ^ 

c Je vous montrerai seulement le dessin des autres objets 

1. V. pluB haut, p. 283-285. 



— 80? — 

antiques trouvés dans le cimetière de Vermand avec la 
coupe en verre ; nous aurons ainsi une description complète 
de la trouvaille. 

c Les dessins et les estampages que je fais circuler sont de 
M. Maxe-Werly; j'emprunte à sa lettre la description des 
objets : 

a 1* Une cuillère en potin saucé ; la partie supérieure 
du manche a disparu ; la partie inférieure, avant de se rat- 
tacher à la cuillère, se recourbe en forme de S très aplati. 

« Dans le creux de la cuillère, et au centre, on lit l'ins- 
cription suivante, finement gravée à la pointe : 

PONE GVRI08E. 

« 2« Un fragment de pierre jaune, probablement une cor- 
naline, autrefois sertie dans un cercle en bronze qui s'est 
brisé au moment de la découverte. Cette intaille a été trou- 
vée dans la tombe d'un enfant. On y lit l'inscription : 

V • ALEXANEl 
VOTO • Pj 
V. Alexand[9f ex] voto j{o9uii\* 

« Cest une inscription votive ; la pienre fine qui la portait 
était sans doute appliquée sur l'objet offert à la divinité; 
peut-être était-elle encastrée dans le socle d'une statuette. 

t 3^ Une bague en cornaline, finement gravée; elle 
représente Minerve, casquée, debout, appuyée de la main 
gauche sur le bouclier, de la droite sur la partie supérieure 
de la lance. 

L. I I 

.1 _ 

A-.,^ VI 

« Les trois lettres LIA sont sans doute les initiales des 
trois noms du possesseur de la bague. 

« Cette MinerN'e reproduit le type bien connu des Minerves 
que M. Fayard a trouvées à Deneuvre et que j'ai signalées 
dans une récente communication ^ 

1. V. plu haut, p. 202-205. 



— 340 — 

« A ces monuments il faut ajouter quatre inscriptions 
trouvées sur des vases ornés à la barbotine, et dont M. Maze- 
Werly enrichira le recueil des inscriptions bachiques qull 
va bientôt publier : 

REPLE ME sur un vase noir, 
VALE - — 

VIVAS — — 

BIBETP sur un vase rouge, » 

M. Tabbé Thëdenat lit ensuite un mémoire sur Tembran- 
chement de la voie Aurélienne qui passait par Gastellane 
et Riez. 

Ge mémoire est renvoyé à la Commission des impressions. 

M. l'abbé Thédenat rappelle qu'il a lu à la Compagnie < 
une lettre de M. de Laigue mentionnant deux inscriptions 
récemment trouvées à VéroBe. M. Tabbé Thédenat avait fait 
observer que la sixième ligne d*une de ces inscriptions, cer- 
tainement mal lue par le correspondant de M. de Laigue, 
demandait à être rectifiée par un nouvel examen de la pierre. 

Depuis, les NotMe degli scavi di Antichità^ ont donné, 
des deux inscriptions, un texte plus correct et plus complet : 



La première inscription est gravée sur un bloc de calcaire 
blanc, surmonté d'un tympan soutenu par deux corniches. 
Sur le tympan sont représentés deux lapins mangeant une 
grappe de raisin. Sur la base, on voit le subsellium entre 
les deux faisceaux, insignes du sévirat : 

M • SELLIVS 

SPER AT VS 

SIBI ET 

M SELLIO • MAXIMO 

PATRI • VIVIR • AVG 



1. V. plus haat, p. 128-130. 

2. JoiUet 1886, p. 219. 



— W4 — 

6ELIÂE • M • LIB 

MODËST AE 

MATRI 

t F I 

2. 

A la seconde inscription, il faut ajouter une quatrième 
ligne ainsi conçue : 

ONI • PATRI 

M. Tabbé Tbédenat ajoute qu'il a connu, par le procès- 
verbal de la séance du 28 avrlH, à laquelle il n'assistait 
pas, le texte d'un cachet d'oculiste, trouvé à Reims et com- 
muniqué par M. Demaison. 

80LAVRE 
MVRNESA 

Il ne croit pas qu'il faille lire les noms de l'oculiste 
SOL(tnt) AYRE(/tt), comme Ta fait M. Demaison, mais 
... SOL(Ki) AVRE[/(tant)]. 

M. Flouest, membre résidant, lit une note de M. G. La- 
faye, associé correspondant, sur deux fragments de sarco- 
phages chrétiens : 



c Le fragment de bas-relief dont je donne ci-joint l'es- 
quisse est entièrement inédit (long. O^^ôO, haut. 0°>25). Il se 
trouve près d'Aix-en-Provence, à 2 kilomètres au N.-E. de 
la ville, sur le chéi|iin de Vauvenargues, dans une propriété 
qui porte le nom de Repentance. Il est encastré, en guise 
d'ornement, au-dessus de la bouche d'une petite fontaine. 
Repentance a été achetée, il y a une cinquantaine d'années, 
par un Anglais, M. Robert Gower, qui est venu s'y fixer. Il 
y a réuni une collection de tableaux et d'objets d'art. Il est 
donc possible