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Full text of "Mémoires concernant l'histoire civile et ecclésiastique d'Auxerre et de son ..."

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rniSTOiRE CIVILE ET E€€LÉS!.\STIQlik 
Vhl\WM ET DE SON iNClËN [IlOitSK 



Par VXm LEBEIF 



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NVEC APOmON DM N0t3VKLI,E,S PHErVKS El* .tXNOTA 




M. CHALLE 



M. QUANTIN 



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Ï^EïmiOUCT, ÉDITEliff, IMPRÎMEUR-UBRAIHE 

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WimON» LIBRAIRE, PLACE SAINT- ANORlv- DES- ART! 




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MÉMOIRES 



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L'HI»TOIRE CIVILE ET ECCLÉSIASTIQUE 

ITAUXERRE ET DE SON ANGIEII SlOdfiSE 



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MÉMOIRES 



COIN'CERNANT 



D'AUXERRE 
ET DE SON ANCIEN DIOCÈSE 

Par l'ikbé LEBEDF 

Chamoioc et 3oas-Ghantre de Téglise cathédrale de la même ville 
de TAradémie des Inscriptions et Belles-Lettres 

CONTINUÉS jusqu'à NOS JOURS 

AVEC ADDITION DE NOUVELLES PREUVES ET ANNOTATIONS 



M. CHALLE M. QUANTIN 

arocat archiTÏtte, corr. da com. des arts et MoanmcnU 



TOHB DBIIXlÈn 



AVXERAE -,-'-- - -' 

PERRIQUET, ÉDIWUR, IMPRIMEUR-LIBRAIRE 

PARIS 

DIDRON, LIBRAIRE, PLACE SAINT-ANDRÉ-DES-ARTS, 30 



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MÉMOIRES 



USTOUQCES 



SUR 



LES ÉVÊQUES D AUXERRE. 



y QUATRIÈME PARTIE, 

Qui rcifeme les aelions de onze Prélats, qui mt goorerné 
riglise d'Auerre, depuis l'an 1373 jnsqo'à Tan 1513. 



1373 i 1376. 



CHAPITRE l". 

De Nicolas d'Arcies , qaatre-yiogUéme évéque d'Auxerre. 

Le prélat, par lequel commence cette continuation de l'Histoire des 
EYëqnes d'Âuxerre , eut une attention ^singulière k faire rédiger par 
écrit tout ce qu'on pourroit trouver d'intéressant sur ceux qui l'avoient 
précédé depuis quatre-vingt-dix ans ; il ne se trouva cependant per- 
sonne après sa mort qui écrivit sa vie , ni celle des autres évéques 
qui l'ont suivi durant tout le siècle d'après. J'ai donc été obligé de 
chercher dans les archives de l'évéché , dans celles des Chapitres et 
monastères , aussi bien que dans les titres du Trésor royal et de la 
Chambre des comptes de Paris. De Ik j'ai tiré des matériaus pour la 
Il 1 

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^ NICOLAS DARCIES, 

137311 \m, quatrième partie de cette histoire, où, malgré la stérilité des anciens 
monuments , on ne laissera pas de remarquer suffisamment le carac- 
tère des prélats qui ont gouverné l'Eglise d'Auxerre. 

Nicolas d'Arcies n'étoit pas né dans le diocèse et n'y avoit eu 
aucune liaison de parenté. Quelques modernes Tout cru de la famille 
des seigneurs d'Arcy-sur-Cure dont a été un évéque d'Autun au 
xui® siècle, et un de Laon, vers le milieu du siècle suivant, lequel 
mourut archevêque de Reims. Ils Tout avancé sans preuve, et le 
testament de Tévéque de Laon fait voir qu'ils se trompent. Il est 
certain que c'est d'un ;lieu appelé Arcies et non Arcy, que Nicolas, 
évêque d'Auxerre, tiroit son nom et son origine; et il y a toute 
apparence que c'est d'Arcies-sur-Aube, diocèse de Troyes. Aucun 
titre ancien ne Ta surnommé de Arciaco ou Arsiaco ; et il a toujours 
été dénommé par le surnom de Arceiis ou bien de Arcets, ce qui 
convient parfaitement à Arcies-sur-Aube. 

Il fut d'abord chanoine et trésorier de l'église de Troyes; en même 
temps il étoit chanoine de Notre-Dame de Paris. Il possédoit ces 
bénéfices lorsque le pape Grégoire XI le promut k l'évêché d'Aujcerre, 
trois mois après la mort de Pierre Aymon , c'est-h-dire en Avent 
1372 (1). Il est nécessaire de réformer, sur les actes authentiques qui 
nous restent, la date du continuateur de l'histoire de nos évêques, qui 
porte 1573, dans l'imprimé du père Labbe. Deux commissions données 
de la part des barons, pour assister à son entrée dans Auxerre, sup- 
posent qu'il leur avoit fait savoir sa nomination à l'évêché, et le jour 
qu'il prendroit possession. 'Dans Tune, loland de Flandre fait com- 
mandement k son cher et bien aimé Arnould de Château-Neuf, che- 
valier (2), d'assister de sa part à l'entrée de cet évêque. Cet acte est 
daté de la Tour du Temple, à Paris, le 24 juillet 1373, en présence 
de Jean Moron ou Moton, chanoine d'Auxerre, et de Jean le Moine, 
sellent d'armes du roi. L'autre commission donnée, le huitième juin 
précédent, est un semblable ordre de la part de la comtesse de Nevers, 
en tant que baronne de Donzy, à Jean de Norry, chevalier (3). La 



(I) Sa promesse du droit apostolique est 1 (2); luTcnlairc du château de Toncy» 
du 22 décembre 1373. Reg. val, | (S) luTentairc du château de Varay. 



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QUATRE-VINGTIÈME £yÊQUE d'aUXERBE. 5 

même année, les deux comtesses ordonnent que Tbommage lui soit ^^^ ^^• 
rendu pour ce qu'elles possèdent relevant de révéché d*Âuxerre , et la 
comtesse de Bar promet de rendre la' tour de Toucy k Tévêque et à ses 
gens, toutes les fois qu'il viendront a Toucy, Cela est encore con- 
finné par des lettres du roi Charles V données, k Paris, le 7 juin 
i573, qnî portent que sa cousine la comtesse de Bar, nonobstant la 
saisie faite sur la terre de Toucy et autres seigneuries qu'elle a en 
Puisaye, pourra faire hommage à son conseiller Tévêque d'Âuxerre. 
Deux autres actes à peu près du même temps concourent encore à 
lever toute difficulté. Le premier, expédié a Vincennes le premier 
juillet, est une commission que le roi adresse à Etienne de Chante- 
loup, seigneur de Yillefargeau , pour porter en son nom le nouvel 
évêque; l'autre est une! prestation de foi et hommage, par Bureau de 
la Rivière, au nom du roi pour le comté d'Âuxerre (1). Tous ces 
actes ne peuvent s'accorder avec l'époque qui diffèreroit la nomination 
de Nicolas au temps de l'Âvent 1575; au contraire, ils convien- 
nent avec l'opinion de ceux qui pensent qu'il ne fit son entrée a 
Auxerre que longtemps après cette nomination , savoir en septembre 
1575. Quelques écrivains (2) même attestent qu'il gouverna le diocèse 
d'Âuxerre dès la fin de l'an 1572; pour preuve ils citent des lettres 
de son frère Pierre d'Ârcies qui , en qualité de vicaire général , institua . 
Pierre, marchand auxerrois, capitaine de Varzy. 

Des mémoires, dressés du temps de son entrée, marquent qu'Etienne, 
seigneur de Yillefargeau, et Bureau de la Rivière, le portèreut en 
celte cérémonie. On y lit pareillement qu'il refusa de payer à Nicolas 
de Verres, archidiacre de Sens, le droit accoutumé, et que pour cette 
raison l'arcbidiacre l'ajourna k la cour de Grégoire XI. Il ne fit la fête 
ou le repas de son premier avènement que le 5 juin 1575, jour 
auquel les habitants lui présentèrent une queue de vin de pinot (5); et 
k Noël de la même année il reçut , sur les deniers dus au roi par la 
ville pour les fouages, ce que ce prince lui avoit donné k prendre. 



(I) InTentairc de Varxy. | (3) Comptes de la ville. 

^â) Viole. 



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1S73Ï1876. 



4 NICOLAS d'aRCIES, QUATaE-YINGTIÈME ÉVÉQUE d'aUILERRE. 

L'ordre que cet évéque doona de rédiger par écrit les actions des 
seize prélats ses prédécesseurs immédiats, paroit avoir été des 
premiers effets de son attention. Régennes étant le chàtean où il se 
plut davantage, il fut plus à portée de connoltre la situation où se 
trouvoient les chanoines d'Àppoigny (1). Voulant les favoriser, il les 
exempta de payer la dime des terres et vignes qu'ils possédoient ou 
qu'ils faisoient valoir par leurs mains; il se contenta qu'ils payassent 
seulement le vingtième des héritages qu'ils donnoient à cultiver. On a 
vu , parmi les titres de cette petite collégiale (2), des lettres quMl fit 
expédier Ik-dessus à Régennes, le 9 mars 1375. L'année suivante, 
il acquit k Sacy un domaine considérable qui appartenoit à Jean de 
Beaulieu, citoyen d'Âqxerre. Il est certain qu'en i575, le 5 décembre, 
il fit condamner par sentence des requêtes, à Paris, un particulier 
qui avoit osé enlever du poisson pour][dix francs d'or, dans la rivière 
d'Yonne au-dessous de son palais épiscopal (5). Dès le mois d'octobre 
i574, Charles V ordonna que s'il décédoit avant que son fils eàt 
atteint l'âge de quatorze ans, la reine en eût la tutelle, il ajouta qu'elle 
prendroit l'avis de six évéques , du nombre de ces prélats est l'évéque 
d'Âuxerre. Aussi étolt-il présent au lit de justice où cette ordonnance 
fut lue (4), et assista-t-il ensuite au parlement, le vingtième mai, à la 
publication de l'édit qui fixoit la majorité des rois à l'âge de quatorze 
ans. En septembre, la même année, il fut fait président clerc de la 
Chambre des comptes en place de ^Jean Dangerant (5), et au mois de 
février suivant, auquel on comptoit à Rome 1576, le roi lui écrivit 
de Paris, pour savoir ce qu'il pensoit touchant la fête de la Pré- 
sentation de la sainte Vierge. On croit que ce fut ce prélat qui 
permit de célébrer cette fêle dans son diocèse, sans eu faire un 
précepte. Il mourut, à Paris, le 24 septembre suivant; et son corps, 
ayant été apporté à Âuxerre, y fut inhumé dans le côté gauche du 
chœur de la cathédrale où il avoit fondé son anniversaire, moyennsint 



(1) Talml. Capit. Aponiac, 

(2) Titres du temps de ses successeurs. 

(3) Cartul, Ep, in fine. 



(4) Traité de la ms^orité des rois, p. 544, 
et Ordon., t. vi, p. 30. 

(5) Mémorial 4e la Chambre des comptes, 
fol. 162. 



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GUILLAUME d'ÉTOUTEVILLE , QUATREYINGT-UNliUE É^ÉQUE d'àUXERRE. 5 

rfix livres de rente à prendre sur ce qu'il avoit acquis à Sacy (1), imum. 
On le trouve aussi fondé dans la cathédrale de Troyes , et peut- 
être fat-ce par les soins de son frère Pierre d'Ârcies, qui après avoir 
été son vicaire général fut élu évéque de Troyes en 1377. 

De son temps, la charte de la régale accordée k Téglise d'Âuxerre , 
par le roi Philippe Auguste, fut tirée des registres de la Chambre des 
comptes, et de nouveau insérée dans les lettres de confiAnation qu'en 
doDoa, à Paris, le roi Charles Y, au mois de septembre 1575, 
dans ces termes exprès : Et ut fyrœmissa perpétua stabtlitate firmentur. 
Je n'ai trouvé qu'un statut notàbte fait par le Chapitre d'Âuxerre sous 
son pontificat (2). Il ordonne de sonner plus longtemps qu'on ne fai- 
soit les offices de prime et de none, savoir le premier, jusqu'à l'éléva- 
tion de la dernière messe de Notre-Dame-dé-la-Cité, et none jusqu'à 
la septième leçon des anniversaires de la même église. €e statut nous 
apprend avec quelle exactitude on célébroit alors l'office dans cette 
collégiale; il est des chapitres généraux de Sainte-Luce 1575. 



CHAPITRE IL 



GUILLAUME DÉTOUTE VILLE, LXXXI- ÉVÊQUE D'AUXERRE. 



Guillaume d'Ëtouteviile , ennuyé de rester dans un pays exposé à 
des guerres continuelles et nouvellement ruiné par les Anglois et 
Navarrois, se fit transférer bientôt d'Evreux k Auxerre. On ne connoit 
point en quel temps il prit possession de l'évéché (5). Il est sûr 
qu'il ne différa pas un an entier, puisque dès le mois de juillet 1577 
le siège étoit rempli, et l'évéque d'Auxerre présent à Paris. Ce prélat 



1376 k 1882. 



(1) Od cite an arrêt da Parlement dn 21 
mars 13t9, dans lequel Nicolas d'Arcies est 
qaalifié chancelier da doc d'Orléans. Hist. 
d'Auvergne^ Baluz. p. i6â. 



(2) Colîect. vet. Hatut. 

(5) Il passa reconnoissance poar le droit 
apostolique dû par son prédécesseur le 3 
mars 1377. 



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6 GDILLAUME d'ÉTOUTEYILLE , 

i376ài3S3. ^^^^^ d'uoe très-noble famille de Normandie, qui a produit de grands 
hommes. Mais on ne voit pas qu'il ait pris beaucoup à cœur la 
conduite de Téglise d'Âuxerre. Étant à Paris, vers les commencements 
de son épiscopat (i), il officia à la fête de Saint-Louis, dans le collège 
de Navarre Tan 1576. Il assista aussi quelquefois au conseil. Il est 
nommé comme présent k celui du 4 juillet 1577. Quatre jours après, 
Bureau de la Rivière, chambellan de Charles V, rendit hommage 
à Tévéque pour le comté d'Auxerre au nom de ce prince. L'hommage 
pour la baronnie de Donzy ne fut pas rendu si promptement, parce 
que Marguerite, comtesse de Flandre, demanda du délai (2). Guillaume 
d'Etouteville étant encore à la cour, durant la même année, officia 
aux funérailles de Bertrand duGueslin, connétable de France, k Saint- 
Denys, en présence du roi. Quelques actes prouvent sa résidence k 
Âuierre les deux années suivantes. 

La seconde et la troisième année de son épiscopat, s'étoient faites 
dans le diocèse quelques fondations auxquelles sans doule il prit 
part. Jean Mercier, doyen de la cathédrale, y avoit fondé, en 1578, 
une chapelle dans la nef, sous le titre de Sainte-Catherine (a); en 
1579, Philippe de Sainte-Croix, évêque de Mâcon, seigneur de 
Colanges-les-Vineuses, avoit établi un hôpital dans ce même lieu de 
Colanges. Guillaume d'Etouteville fut prié, en 1580, avec le grand 
archidiacre et autres (5), d'aller k Paris pour soulager les habitants 
d'Auxerre surchargés de gens d'armes (b). Mais l'affaire l'a plus 
considérable où son nom paroisse, dans le diocèse d'Auxerre, regarde 
la création de quatre sémiprébendés ou chanoines tortriers dans 



(1) Bisl. domus Nat\ de Launoy. 1 15S0. 

(â) Lettres écrites de Saint-Omer, 22 déc. | (5) Caput. vrbis. 



(a) Voy. les Preuves^ t. xv/no 322. (Note des Edileun.) 

(6) Une lettre de rémission accordée par le roi^ en 1381 , k un habitant d'Auxerre 
nommé Chantepinot, qui avait tué, sans intention, le curé de Varzy^ nous apprend 
que les gens du clergé de celte ville avaient alors de violentes querelles avec les 
officiers royaux. Ils avaient même battu les sergents et insulté à la justice du roi. 
La suite de cet événement est peu connue, mais on en voit les détails dans la 
pièce publiée aux Preuves de cette Histoire , t. iv, n9 327. (iV. d. E.) 



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QUATRE-VmGT-UNlÈME ÉVÉQCE d'aUXERRE. 7 

la eathédrale en i581. Le doyen Jean et le Chapitre avoient représenlé 
au pape, que les huit anciens tortriers ne siiffisoient pas pour porter 
les chaires des chanoines, et assiter h tout l'office canonial, qao 
Fnn souvent obligé de célébrer la grand'*messe , Tautre de faire 
choriste, quelques-uns étant malades, il en restoit peu pour soulager 
le chœur, ils supplioient le souverain pontife de leur donner pouvoir 
de créer quatre nouvelles sémiprébendes, et d'y employer le revenu 
des deux premiers canonicats qui viendroient à vaquer (i). Qément 
VII accorda la demande et enjoignit même de procéder k cette 
création, sans la permission de l'évéque. Un chanoine, appelé Hugues 
Blandin on Hugues de la Roche, étant mort sur la fiu du mois 
d'août i581, les chanoines de la cathédrale, assemblés k Tissue de 
son enterrement , élurent unanimement Robert Motet , ci - devant 
Chmer (2) de l'église, pour jouir d'une moitié de cette prébende ; 
riostitnèrent sémiprébendé, et le firent installer dans le chœur. Us en 
dressèrent Tacte, et se regalrdant comme exécuteurs des ordres 
apostoliques, ils enjoignirent à l'abbé de Saint-Père, au prieur de 
Saint-Eusèbe et au chantre de Notre-Dame-de-la-Cité, de notifier 
le toQt à Tévéque, et de lui déclarer qu'ils ne recevroient aucun 
titulaire à la prébende vacante par la mort de Hugues Blandin. Guillaume 
d'EtoutevilIe se plaignit à Avignon de l'entreprise faite sur ses droits, 
et déclara qu'injustement on le privoit de la collation des deux pré- 
bendes de son église. Le pape, sans détruire ce que le Chapitre 
d'Ânxerre avoit fait, ordonna, par une bulle du 28 septembre^ que 
l'évéque confèreroit dans la suite les quatre sémiprébendes à des 
sujets contre lesquels le Chapitre n'auroit rien k opposer, et qui 
aoroient les qualités déjà requises dans les anciens sémiprébendes. 
Soit que l'évéque se flattât que le Chapitre destitueroit le nouveau 
sémiprébendé , ou qu'il fût pressé par les sollicitations de son 
garde-scel ou secrétaire, il lui conféra la prébende de Hugues 
Blandin. Cet officier, nommé Raoul Âubery, se présenta en Chapitre 
avec ses provisions le 5 octobre; mais les chanoines lui témoignèrent 



(I) J*ai copie de tous ces actes; leur Ion- I Preuves. 
S«eur m^a empécbé de les insérer dans les | (t) Chorariuf, 



1376 \ 1389. 



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8 GUILLAUME d'ÉTOCTEVILLE , QUATRE-VmGT-UNlÈME ÉVÊQUE D^UXERRE. 

1376^13». que quelque joie qu'il pussent ressentir de l'avoir pour confrère, ils 
ne pouYoient l'admettre, parce que la prébende étoit remplie déjà, 
en partie, par Robert Motet. L'on croit que la chose en resta là. 
Quoi qu'il en soit, le prélat Guillaume vivoit en bonne intelligence 
avec le Chapitre l'année suivante 1582, puisque, se disposante 
aflTrancbir les habitants de Charbuy , il ne voulut accorder cette 
grâce que de Tavis et du conseil des chanoines de la cathédrale* 
et qu'il fit mettre expressément le sceau du Chapitre à la fin de cet 
acte, le 8 juin i382 (a). Mais il ne fut pas plus porté que son 
prédécesseur k augmenter l'étendue du ressort du bailliage d'Auxerre; 
au contraire , il obtint du roi que l'évéque d'Auxerre continueroit 
à ressortir à Villeneuve-le-Roi , aussi bien que les habitants de 
toutes les terres épiscopales. 

Depuis l'an 1582 on ne trouve plus d'actes où Guillaume d'Etoute- 
ville paroisse comme évèque d'Auxerre ; ainsi, il ; a apparence que 
vers l'an 1585 il fut transféré à Lisieux. Il gouverna cette église 
durant un long espace d'années , n'oubliant pas cependant celle 
d'Auxerre où il voulut qu'on priât Dieu pour lui. Il donna au Cha- 
pitre une somme de deux cents livres dont on acheta des fonds (1); 
et la rente qui en revenoit servit à l'honoraire d'une messe du 
X Saint-Esprit qu'on chantoit encore à son intention plus de vingt 
ans après sa sortie. 



(1) Begist. eapit. I40t. 



(a) lyorigioal de cet acte est aux archives de ITonne et porte la date du 20 juin 
1382; il renferme des réflexions fort belles sur le droit qa'ont tous les hommes 
d'être libres et sur l'exemple que doit donner TEglise à cet égard.— Voy- Preuves, 
t. IV, no 329. (Y. d. E.) 



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FERRIC CAS5INEL , QUATRE-VINGT-DEUXIÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE. 9 



CHAPITRE III. 

FERRIC GASSINEL, LXXXII» ÉVÊQUE D AUXERRE. 

L'alliance qui étoit entre la famille d'Etouteville çt celle de Cassinel 1399)118901 
put contribuer k faire succéder k Guillaume d'Etouteville Ferrie 
Cassinel auparavant évêque de Lodève. Il étoit second fils de François 
Cassinel, sergent d'armes du roi Jean, dont le frère aine, nommé 
Guillaume, seigneur de Pompone proche* Paris, sergent d'armes de 
Charles V, avoit épousé Isabeau de Chàlillon veuve de Matthieu, 
seigneur de Roye, proche parent de Guillaume d'Etouteville. Cette 
famille de Cassinel, originaire d'Italie, sortoit d'un Jean Cassinel, 
dont un fils servit le roi Philippe-le-Bel > qui le fit chevalier de son 
ordre , et châtelain de Calargues en Languedoc. Il y a apparence que 
la branche dont descendoit immédiatement notre évêque, étoit établie 
à Paris, parce que son père et ses plus proches parents y ont été 
inhumés dans l'église de Sainte-Catherine du Val-des-Écoliers (1). 

Ferrie avoit d'abord été archidiacre de Vexin, dans l'église de 
Rouen, et secrétaire du roi. Il n'avoit encore que ces deux qualités 
en 1571 (2), lorsqu'il assista, avec Gérard de Montaigu, à une assem- 
blée où son frère Guillaume fut élu curateur de Marguerite, fille de 
Robert Guy, chevalier. Mais, en devenant évêque de Lodève, il 
commença à jouir d'une partie de la seigneurie de Calargues, donnée 
à ses ancêtres. Charles VI, qui fut le promoteur de sa translation a 
Âuxerre, le chérit tellement, qu'il le retînt presque toujours à sa 
cour. II n'est parvenu jusqu'à nous aucune des circonstances de son 
entrée, ni aucun acte de foi et hommage dont les autres prélats ses 
prédécesseurs étoient si jaloux. L'on pourroit même dire en très-peu 



{\) Ex testam. Bertrandi Casiinel — 
Voy. les Preuves, ad an. 1397. 

(!2) Le greffier des registres da Parlement 
de Tan 1368, au 8 août, a écrit ce qui suit : 



» J*allai an clos Branel au commendement 
n de mailre Ferrie Cassinel, jadis mon com- 
» pagnon, qui à ce jour fut fait docteur en 
M décret.» 



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10 FERRIC CASSINEL, 

i38sài39o. d® ^^^ ^^"^ ^® ^^^ ^'^^ ^^'^ ^^ ^^ P^^^ ^^'^' P**'^ ^^^ affaires de son 
diocèse. 

Son frère Bertrand étoit chantre de la cathédrale, soit par rési- 
gnation de Denis Lopin , soit par l'élection du Chapitre , lorsqu*il le 
gratifia d'un petit bénéfice de ^son diocèse, qui fut sujet par la 
suite à de grandes contestations. Cétoit la maîtrise de la Maladerîe 
de Toucy. Il la conféra h Bertrand contre les prétentions de la 
comtesse de Bar, dame eu partie de cette petite ville. Ayant trouvé 
dans sa cathédrale l'usage de porter nue aumuce noire, il eut recours 
au pape Clément YII , à Avignon , pour autoriser le changement 
qu'il projetoît de concert avec le Chapitre. Le pape, qui étoit bien aise 
d'étendre son autorité, lui accorda pour lui et pour ses chanoines 
seulement, de pouvoir changer Taumuce noire en aumuce grise (1). 
Les moines de Bourads s'adressèrent k lui environ le même temps , 
pour les lettres d'amortissement, au sujet d'un domaine qu'ils avoient 
à Yarzy sur son territoire, et ils en eurent pleine satisfaction. Les 
chanoines réguliers de Saint-Eusèbe, assurés que leur église, quoique 
bâtie déjà depuis plus d'un siècle, n'avoit point été dédiée solennel- 
lement, le prièrent d'en faire la dédicace (2). Il en fit la cérémonie le 
douzième juin de l'an 1584 (5). Les chanoines de la collégiale de 
Saint-Laurent de Cône, étant en difficulté avec le chantre, première 
dignité de ce Chapitre, obtinrent de lui un règlement à l'amiable, le 
jeudi après la Toussaint 1585, qui confirma les statuts qu'avoit faits 
Gui de Mello au siècle précédent. Toutes leurs contestations furent 
ainsi terminées (4). 

On peut mettre parmi les marques de l'attachement de Ferrie au 
service du roi, les prêts qu'il lui fit pour subvenir au]^ nécessités de 
l'État. Pour aider h faire la guerre aux Anglois, il avança la somme de 
cinq cents livres qui fut remboursée sur la fin de l'année 1585» 



(i) Bulle du 27 avril 1383. 
(â) Or dinar, mss. abb S, Laurent U, 
C^) La même année le 38 marâ, Louis 
d*Anjou, allant de Paris à Avi<rnon, fut reçu 
dam la cathédrale par le clergé en chappcs, 



comme il est marqué dans le journal de Jean 
Fabri, évéque de Chartres, son chancelier 
qui étoit du voyage. Cod. Col()CTt, 587. 
(4) TabuL conad. 



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QUATRE- VINGT-DBUXIÈMB ÉVÊQUE D*AUXERRE. il 

par Nicolas de Plancy, notaire du roi et clerc de ses comptes (1). 
Après s'être trouvé plusieurs fois au conseil du roi (2), et au 
parlement les deux ou trois années suivantes (5), il parut avec éclat 
dans Taflaire de Jean de Monteson Arragonois, qui étoit purement 
de doctrine. Non content d'avoir assisté à Paris dans la salle de 
Pévéché, le 24 août 1587, avec Yves Elie, recteur de l'Université, 
et Simon Frérot, sous-chantre de la cathédrale de cette ville, lors- 
que Févéque Pierre d'Orgemont condamna les propositions de cet 
Espagnol (4), il entreprit de le poursuivre vivement, et il étendit 
son zèle jusques sur ses sectateurs. Monteson, homme subtil et hardi, 
enseignoil publiquement que la sainte Vierge avoit été conçue dans le 
péché originel. Ferrie employa son éloquence. k démontrer le contraire 
devant toute la cour (5); il engagea le roi, qui éloit présent, k ordonner 
qu'on célébrât la fête de la Conception, et que les partisans de Jean de 
Monteson eussent à se rétracter. Du Boulay (6) fait mention de la 
dispute publique, entre notre évéque et Guillaume de Vallan, évéque 
d'Evreux , dominicain , touchant plusieurs autres propositions du 
docteur arragonois. On y apprend que Ferrie avoit tout pouvoir 
sur l'esprit du roi, qu'il l'entretenoit familièrement de toutes ces 
matières controversées, et que bien plus, il parvint h faire révoquer ou 
expliquer par Tévéque d'Evreux les propositions qu'il avoit soutenues. 
Cette révocation se fit au mois de février, en présence de Ferrie 
même , de Jean Manson , recteur de l'Université , de quelques 
professeurs et des principaux officiers des nations. La même année 
1388, ce prélat s'opposa au rétablissement que le doyen de la 
cathédrale d'Auxerre voulut faire de sa juridiction , quoiqu'elle parût 
UQ peu appuyée par le prince , ou par les magistrats , puisque le 
9 janvier le bailli de Sens et d'Auxerre reçut ordre de s'infor- 
mer du lien où ce doyen avoit son officialité , de voir si les officiers 



1383 il 1390. 



(1) QuiUancc de Ferrie, 25 fdv. 1383, 
portefeailles Gagniéres. 

(2) Conseil, 17 fév. 1386, Prob. hist. 
Paris, t. II, p. 538. 



(3) Kegist. Parlem., 12 nov. 1388. Item, 
à Yernon, en fév. 1388. 

(4) Ex Labb. Alliance Généal., t. ii. 

(5) HisL latina Caroli VI, ad an. 1388. 

(6) Sa(. XI r, p. 633. 



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12 FERRIC CASSINEL, 

3383111390. ^toient propres h celte exercice, et d'y commettre un promoteur et un 
appariteur s'il étoit besoin. 

Je ne dois pas aller plus loin, sans faire ici mention du procès qui 
lui fut intenté au parlement de Paris, par Etienne de Mailly, avocat 
demeurant à Âuxerre, et auparavant officiai d'Autun. Cet avocat avoit 
été mis dans les prisons de Tévêque (a); et comme le parlement l'avoit 
fait élargir (i), ce prélat s'en étoit plaint en termes offensants contre la 
Chambre de la Tournelle (2). La Cour procédant contre lui, Il alla lui 
en marquer son repentir et la supplier de lui pardonner. On délibéra 
le 11 mai 1587, et on prononça que l'on surseoyoit à ordonner 
sur les discours qu'il avoit tenus. Guillaume Cassinel, frère de ce 
prélats fut impliqué dans le procès; de manière que le parlement, 
par arrêt du 22 juin suivant, auquel Tévêque étoit présent, ajourna 
Guillaume à comparoitre personnellement , sur peine de cent marcs 
d'argent. L'affaire fut ptaidée au parlement le 28 janvier. Etienne de 
Mailly exposa que l'évêque l'avoit fait enlever violemment de la ville 
d'Àuxerre, et conduire k Régennes, et que Ik Guillaume Cassinel lui 
avoit fait donner cruellement la géhenne par deux de ses domestiques, 
après avoir fait prendre l'un des compagnons de cet avocat (b); que la 
haine du prélat contre lui procédoit de ce qu'il avoit plaidé au siège 
d'Auxerre, pour de bonnes gens qu'il avoit mis en cause injustement, 
et surtout parce qu'il avoit occupé pour la publication d'un excommu-- 
niement que l'évêque de Lodève requéroit contre l'évêque d'Auxerre; 
qu'enfin ayant trouvé le moyen de s'évader de Régennes , il s'étoii 

(I) Anselme, édit. 1726, t. n, p. 56. | (â) Ex regUt. ParlametUù 



(a) On peut voir l'analyse de ce procès dans le tome i du BuUeUn de la Société 
des sciences historiques et nalurelks de V Yonne. L'évêque Ferrie y Ggure d'une ma- 
nière peu honorable et indigne de son caractère; quoique ^ d^autre part, l'avocat 
£tienne de Mailly ne paraisse pas non plus être bien délicat. L'évêque l'accuse d'être 
faussaire et receleur et dit que, dans Texercice de sa profession , il plaida tantôt 
le pour et tantôt le contre. {N- d. £.). 

(5) 11 y a probablement ici une grosse erreur typographique, carie texte dur<;gistre 
du parlement porte qu'Etienne fut mené à Régennes avec deux compagnons dont 
Tun fut pendu, — Vide loco citato. • yV. d. E.) 



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QUATRE-VINGT-DEUXIÈME ÉYÊQUE d'àUXERRE. 45 

pourra en cour de Rome séant à Avignon; et il y avoit obtenu des 1333 à 1390. 
lellresdu pape qui Texemptoient de la juridiction spirituelle d'Âuxerre. 
Après cet exposé, il concluoit contre Tévéque en huit mille livres 
d'amende, et contre messire Guillaume Cassinel à une amende honteuse 
sam diaperon et k genoux, et k quatre mille livres. L'évéque se 
défendit en niant tout ce que Mailly avoil avancé et Taccusa de divers 
crimes, représentant qu'il éloit son justiciable , étant clerc non marié. 
Le procureur du roi conclut, contre l'évéque, en seize mille livres 
d'amende, et contre Mailly à amende honorable et profitable de dix 
mille livres, et dit que l'évéque avoit conçu haine contre maître 
Etienne, parce qu'il avoit été du conseil des appréhendés pour crime 
d'hérésie que l'évéque avoit délivrés pour de l'argent. Le 50 janvier (a), 
Mailly se défendit de tout ce que l'évéque avoit allégué contre lui et 
avança encore qu'un des motifs de la haine de ce prélat , c'étoit parce 
qu^il avoit demandé à son frère, maître Bertrand Cassinel, chanoine 
d'Auierre, l'acte d'une prébende pour le curé de Festigoy. L'évéque 
répliqua , soutint tout ce qu'il avoit allégué , et qu'il y avoit eu lieu à 
la géhenne; le procès fut appointé. Enfin, le 48 mars, auquel on 
comptoit encore 1587, le parlement mit au néant toutes les procé- 
dures faites à Âuxerre , cour de Rome , Sens et ailleurs ; ordonna la 
restitution des biens de maître Etienne , pria l'évéque qu'il l'eût en sa 
grâcje , enjoignit k cet avocat de faire honneur et révérence au prélat, et 
déclara qu'il pourroit exercer son office à^Àdvocation. 

Ferrie n'excelloit pas seulement dans le droit , il étoit encore habile 
prédicateur^ À l'issue d*un sermon qu'il prononça le jour de l'Annon- 
ciation 1588, dans la chaire de Notre-Dame de Paris, Jean Thomas, 
ci-devant subdélégué de l'inquisiteur, révoqua devant le parvis de cette 
église (1), ce qu'il avoit prêché et écrit contre l'immaculée Conception, 
et contre l'établissement de la fête. Quelques jours après Pâques, il 
officia pontificalement à Saint-Denys , lorsque Charles YI créa cheva- 

(1) HUt.uniV' Paris. 

(a) Le registre du parlement porte le 3 février. (N. d. S.) 



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H FERRIC CâSSINEL , 

i3S2iii39o. ^^^^^ Louis et Charles d'Anjou, ses neveux. Ferrie prêcha aussi (a) le 
7 mai , à la messe des obsèques que le même roi fit célébrer dans la 
même abbaye, pour Bertrand du Guesclin , connétable, mort depuis 
neuf ans (1). Ce prince ayant été conduire k Avignon ses deux neveux 
pour faire couronner Taîné roi de Sicile , prit des mesures pour avancer 
Ferrie Cassinel et lui procurer de nouveaux honneurs. Ce prélat étoit 
de retour k Auxerre à la fin du même mois de mai; et il se présenta 
presqu'aussitôt une nouvelle occasion de signaler son zèle contre un 
Jacobin attaché au sentiment de Jean de Monteson. Ce religieux, nommé 
Etienne Gontier, avoit quitté la maison de Paris. S'étant trouvé a 
Auxerre, dans la même hôtellerie où logeoit Tévêque de Nevers, celui- 
ci Ta voit reconnu et Tavoit fait mettre en prison au château d'Auxerre. 
Le prieur de la maison de Tordre ne manqua pas de le revendiquer, 
et le prévôt d'Auxerre le lui livra. L'évêque Ferrie , averti de Taflaire, 
ordonna qu'on le reconduisit au château, et qu'ensuite le prévôt le lui 
amenât, ce qui fut exécuté. Le malheureux comparoissant devant' 
Tévêque d'Auxerre, fut interrogé, et il déclara qu'il avoit été du senti- 
ment d'appeler du jugement de l'Université rendu contre Jean de 
Monteson. Ferrie le renvoya, à Paris, aux officiers de l'Université, 
revêtu de l'habit qu'il portoit quand il fut arrêté ; il écrivit au recteur 
et à l'Université, donnant tout pouvoir de le punir comme hérétique, 
excommunié et réaggravé. La lettre est du 51 mai 1589 (2). Elle fait 
voir évidemment avec quelle vivacité ce prélat soutenoit un sentiment, 
sur lequel il n'y avoit aucune décision des papes ni des conciles. Le 

(1) Veteres seriptor et Martine, £. 1, p. 34;!, 34*. | (2) Hisl. univ., t. iv. 



(o) Voici comment Guillaume de Quimper, auteur contemporain, rend compte 
du sermon de fcvôque , dans un manuscrit de Téglise Saint-Aubin d*Angers : 
Quant l'offrande si fu passée Les prinrcs fondoienl en larmes 

Ûcvesquc d'Aucerrc prescha Di;s moU que l'cvcsque niontroit . 

La et mainte larme plorûc Car il disoit plorci gens d'armes 

I>es paroles qu'il recorda ; Bcrtrant qui trctons vous amoit 

Car il conta comment Tespée On doit regretter les faix d'armes 

Bertrand de Glasqnin bien ganla QoMI feist au temps qu'il vivoit 

Et comme en bataille rangée Dieu ayt pitié sur toutes âmes 

Pour France grant peine endura. De la sienne, car bonne estoit. 

(ApL-n Mahtent, Thésaurus Aneedot.) 

{S. d. E.) 



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QUATRE-VINGT-DEUXIÈME ÉVÉQUE d'àUXERRE. 15 

iendemain de la date de cette lettre, qui étoit le premier juin , soit lassiiisdo. 
qu'il fût averti de sa prochaine translation k un autre siège, soit qu'il 
eût des pressentiments de sa fin , il traita avec le Chapitre de la cathé- 
drale pour des prières qu'il souhaita qu'on fit pour lui pendant le reste 
de sa vie et après sa mort. Il avoit succombé au parlement sur la pré- 
tention qu'il avoit eue de succéder k Nicolas d'Arcies, son prédéces- 
seur (1), dans la terre située à Sacy, que cet évéque avoit achetée de 
Jean de Beaulieu bourgeois d'Âuxerre (2). Elle avoit été adjugée aux 
exécuteurs testamentaires de cet évéque > et si Guillaume d'Etouleville 
en avait joui , ce n'avoit été qu'en leur payant certaines sommes. Ce 
domaine n'étoit pas un bien de Tévéché , mais seulement situé dans une 
terre épiscopale ; Guillaume Cassioel^ chevalier, Tavoit acquis et ensuite 
revendu à Ferrie, son frère (3). Ce prélat, touché d'un motif de piété, 
et après avoir communiqué son dessein aux chanoines de la cathédrale, 
leur légua ce fond à la charge de douze messes par chaque année ; il 
en fit dresser et sceller un acte auquel assistèrent le doyen Pierre de 
Chissy ; le chantre Bertrand Cassinel , frère de l'évêque ; Guillaume 
Infard', archidiacre; Guillaume Nazarie, trésorier ; et Marc Gibert, 
souchantre ; Guillaume Cassinel, autre frère du prélat, fut aussi présent 
avec Philippes des Champs , son bailli. Le quatrième jour du même 
mois, cet acte de Ferrie, fut apporté en plein Chapitre, par Guillaume 
Cassinel, qui en déclara la substance , et deux notaires lui donnèrent 
acte du dépôt. 

Peu de temps après , sa translation k l'archevêché de Reims lui fut 
annoncée. En quittant Auxerre, il laissa l'évéché onéré de 1750 florins 
d'or (4) et le logis épiscopal en mauvais état. Ce prélat avoit apparem- 
ment aidé beaucoup sa famille. Au moins est-il marqué^que , dès la 
première année qu'il fut évéque d'Auxerre, il acheta la terre de 
Sorvillier, proche Senlis , de Pétronille de Laistre , et qu'il en fit pré- 
sent k Marie Cassinel, sa nièce, qui épousoit Gaucher de Chastiilon, 
seigneur de Troissy et de Marigny (5). Acceptant sa translation k 



(1) Quœst. XVI, atrettor. Joan.Lecoq* 

(2) Taiml. ep. Autisê. 

(3) Vof, le» Preuves, à Tan 1389. 



(4) Ex lit. nus. in Mieh, de Creney, 1393. 

(5) Duchéne in hittor. Coêtellioniê. 



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16 FERRIG CàSSIMEL, 

i3s»jii3co. l'archevêché de Reims, il entreprit le voyage d'Avignon pour remer- 
cier Clément YII, son bienfaiteur, et il continua ensuite son voyage 
jusque dans le Languedoc, où il avoit du bien de patrimoine (a). 
Mais ayant été empoisonné, il ne put se rendre à Reims, où il 
avoit été reçu par procureur, depuis un mois seulement (b). Il 
mourut à Nimes, le 26 mai 1590, après avoir fait son testament. 
Les exécuteurs , Guillaume Cassinel , son frère , Philippe de 
Savoisy et Pierre de Chevreuse , eurent soin de faire conduire son 
corps à Âuxerre, et il fut inhumé au côté gauche du grand autel , 
entre deux piliers du sanctuaire. Jusqu*alors, aucun évéque n'avoit 
eu sa sépulture si proche du lieu où est offert le saint sacrifice. On 
a vu que tous les évoques précédents , morts à Auxerre , depuis Gui 
leSénonois, étoient inhumés ailleurs qu'à la cathédrale, ou que, si on 
les y enterroit, c'étoit dans le chœur, à l'exemple de Gui qui y repose 
du côté de la grande porte. Mais comme au xiii® et xiv® siècle, on 
s'accoutuma k enterrer nos évéques près du sanctuaire , on leur accorda 
enfin la sépulture dans ce lieu sacré. Il est probable que le Chapitre 
fut porté à ne pas contredire cette nouveauté, parce que les deux frères 
héritiers de Ferrie proposèrent de lui dresser un magnifique mausolée, 
qui auroit été mal placé dans le chœur ou qui ne pouvoit y être élevé. 
Il fut, en effet, érigé en pierre avec des ornements gothiques très- 
délicats. Le défunt y fut représenté couché, et revêtu des ornements 
archiépiscopaux avec ses armoiries parsemées sur sa chasuble. Qui 
pourroit s'imaginer que quatre-vingts ans après on ignoroit si vérita- 



(a) II se rendait dans celte province, par ordre du roi « pour y punir des malver- 
satcurs » à ce que dit la chronique latine de Charles VI. — Henri Martin rapporte 
qu'il avait été nommé Tun des trois commissaires chargés de la réformation géné- 
rale des pays de Languedoc et du duché de Guyenne. — Hitt. de France, t. vi , 
2-i9. (N, d, E.) 

{b) La même chronique de Charles VI s'exprime ainsi sur cet événement : « Les 
» Jacobins furent généralement soupçonnés de ce crime; je n'ai point la preuve 
» certaine et je ne puis prononcer sur des choses qui se sont passées dans Tombre, 
» mais je sais que c'était l'homme qu'ils haïssaient le plus au monde. » — Docum, 
inédits sur l'Hisl. de France, traduction de M. Bellaguet, p. 627. —Henri Martin 
attribue plutôt sa mort au duc de Berry, qui redoutait, de sa part, la poursuite de 
ses malversations en Languedoc. (A', d. E.) 



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QUÀTRE-ymGT-DBCXIÈMG ÉVÊQUK d'aUXBRRE. 17 

Uement le corps de Ferrie rcposoit sous ce mausolée? Pierre de 
Longueîl, Tud de ses successeurs, demanda que son corps y fût 
renfermé, supposé que ce tombeau se trouvât yide. Cependant, il ne 
faut pojnt douter que Ferrie n'eût été déposé dans le lieu où ce 
monument est érigé. Effectivement, Pierre de Longueil fut inhumé 
de Tautre côté du chœur, proche la chaire de pierre. Une preuve 
incontestable que Ferrie fut inhumé dans la cathédrale, est que 
Bertrand Cassinel demande, par son testament du 29 septembre 
1597, k être enterré proche son frère Ferrie, au dedans du chœur si 
faire se pouvoit. On croit que les Huguenots ayant brisé les grilles de 
fer qui environnoient le mausolée, ils rouvrirent et le profanèrent. 
An moins , c'est depuis qu'ils Teurent mutilé qu'on a b&ti au-dessus 
une paflie du mur qui entoure le sanctuaire. Un chanoine du dernier 
siècle (1) voulut que ce prélat fût connu en sa qualité de grand 
défenseur du sentiment de Timmaculée Conception. À un autel de 
dessous le jubé, il fit représenter, en relief, Nicolas d'Ârcies, qui 
contribua à l'établissement de la fête de la Présentation de Notre- 
Dame , et Ferrie Cassinel, comme très-zélé pour celle de la Concep- 
tion-, mais il les a défigurés en leur donnant une barbe semblable k celle 
des évéques d'Orient, dans un temps où en France tout le monde étoit 
rasé. L'anniversaire de Ferrie ne fut pas fondé seulement dans T^lise 
cathédrale d'Auxerre; on le trouve aussi dans Taucien obituaire de 
Saint-Pierre-en*Château, première paroisse de; la ville, en ces termes : 
Obsequtum recolendœ memariœ Domtni Ferrici quondam AtUissio- 
darensis episeapx et deinde archiepiscopi RemensiSy pro qno nobilis vir 
domtnus GuiUelmus CassinelU, qus fraîer executar et hœres soltit curato 
dietœ ecdesiœ S. Pétri in Castro AtUissiodorenM , anno quolibet 
fadendo, decem francos semel. Anima qus requietcat in pace. On a 
lieu d'être surpris que cet obit soit marqué au 17 septembre. Il pourroit 
se faire que le 26 mai fût le jour de la date de son testament , qu'on 
dit aussi daté d'Avignon , et non celui de sa mort. L'aigle de cuivre 
qui est actuellement dans le chœur de la cathédrale d'Auxerre, ne 



(«) Pierre le Venier. 
H 



12«9 k 1800. 



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1389 h 1390. 



18 MICHEL DE CRBNET^ 

vient point de loi, quoiqu'on y voie les armes de sa famille, mais de 
son frère Bertrand, chantre de la même église, qui ordonna, par son 
testament , qu'on fit faire deux aigles pour la cathédrale, dont Tune 
restât k la chapelle de Saint-Âlexandre, où se chantoient alors certains 
offices- presque chaque jour; elle n'a été placée au chœur que depuis 
la fin des guerres des calvinistes. Le même testament nous apprend 
que Ferrie avoit une sœur, appelée Catherine, qui survécut à ses deux 
frères, Tévéque et le chantre ; que de Guillaume Cassinel il avoit un 
neveu appelé Louis, encore fort jeune en 1587, et qu'un autre de 
leurs neveux s'appeloit Gérard de Montaigu, lequel sans doute étoit 
fils de Biotte Cassinel, qui avoit épousé Gérard *de Montaigu, garde 
des chartes du roi et maître des comptes, et par conséquent frère de 
Jean de Montaigu, chancelier de France (1), mort archevêque de Sens 
en 4415. 

J'ai lu, dans les Mémoriaux de la chambre des comptes de Paris^ 
deux articles qui nous apprennent que le roi avoit donné, à cet évéque 
d'Âuxerre, la maison-forte de Marcoussis, et la maison de la Ronce 
située en la chàtellenie de Montihéri, en échange de la ville de 
Galargue , sise en la baronnie de Lunel, laquelle le roi donna à Cathe- 
rine de France , comtesse de Montpensier. 



CHAPITRE IV. 

MICHEL DE CRENkY, LXXXIII» ÉVÊQUE D'AUXERRE. 

1990 hudo . Quelques écrivains modernes (2) ont imaginé , entre Ferrie Cassinel 
et Michel de Creney, un Guillaume qu'ils supposent avoir été aupa- 
ravant évêque de Lodève. Ils ont cm qu'y ayant eu, dès 1592, un 
ordre de Charles VI, de faire hommage à Tévêque d'Auxerre pour la 
jouissance du comté, et que le même ordre étant réitéré en 1401, de 

(1) Anselme hist. dM Chanceliers. | (i) Viole, Noël. 



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QUATRE-VINGT-TROISIÈME ÉVËQUE d'aUXERRE. 19 

la part do même prince , Tévêque d'Âaxerre, en 1592, est difTérent 1390 kuo». 
deceloi qoi siégeoit neuf ans après « les hommages ne pouvant s'exiger 
qo'ii chaque mutation. Cette conséquence tombe d'elle-même « puisque 
souvent un prince révoque les ordres précédemment donnés* et quelque- 
fois il diff&re leur exécution pour certaines raisons. 

Après Ferrie Cassinel, Péglise d'Auxerre ne fut pas longtemps sans 
pasteur; il y en avoit un dès Tannée 1591 (1). Cétoit Michel de 
Creoey; sa famille, originaire de Troyes, paroit s'être étendue du 
côté de Ghaumont-en-6assigny. Vraisemblablement, son nom de 
Creney ne \enoit que de ce qu'il éloit né à Creney, village k une lieue 
de Troyes vers Torient d'été. Elevé a Paris dans le collège de 
Navarre (2), il y prit le degré de maître ès-arts , sous Jean de Chaven- 
ges, au mois de février 1566, et deux ans après il fut élu , le premier 
jaio, procureur de la nation de France. Il devint ensuite maître de 
tous les artistes du même collège de Navarre. Cette qualité lui est 
donnée dans l'acte de la dédicace de la chapelle ; la cérémonie s'en 
fit le dimanche 16 octobre 1575, par Pierre de Villiers, évêque de 
Nevers. Son mérite le fit connoitre de Charles V qui, en 1578, lui 
confia Tédacation de Charles VI alors ^dauphin ; on le voit, dans 
ces temps-IJi, chanoine de Saint-Quentin (5) , sous-aumônier du roi , 
chanoine de la Sainte-Chapelle de Paris. Charles VI, monté sur le« 
irône en 1580, ne' tarda pas de donner à son précepteur des 
marques d'une estime singulière. En 1582, il le fit son grand 
aamônier; il Téloit en 1585, suivant les comptes et quittances de ce 
temps-là (4). On voit, dans une de ces quittances, qu'en 1586, le 
roi se proposa de le mener en Angleterre avec lui ; ce qui lui valut 
QDe augmentation d'appointements (5). Ce prince enfin le choisit, en 
1588, pour son confesseur, et l'évéché d'Auxerre étant venu à 
vaquer , Michel de Creney en fut pourvu sans quitter les fonctions qui 



(1) Michel, éréiine Dommé à Auxcrre, 
raeonat, dés le moii dejanyier et de février 
1Ô90, le droit apostolique dû par les trois 
derniers de ses prédécesseurs, et le pa^a en 
i^.Reg. Vatic, 

ii) BUt. Univ. PariSf p. 975. 

(5) Hemeré in Augusta Verom., p. 298, 



Anselme. 

(4) Compte de Jean Chanteprime rece- 
veur gén. des aides poui* la guerre, !•' fé- 
vrier 1585 et 31 juillet 1586. 

(5) Ordre à Nicolas de Plancy, M** de la 
Gh. des comptes etquit. du 25 sept. 1585, 
portefeuille Gaignièrcs. 



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20 MICHEL DE GRENET, 

1390 à 1409. l'âttachoient à la cour. Son emploi de confesseur du roi Fempécha de 
résider dans son diocèse ; on fut plus de dix ans à attendre son entrée 
solennelle. Il prit cependant possession, mais sans solennité , et il 
confia le spirituel de son diocèse k un vicaire général, nommé Jean du 
Pont (1) qui fut aussi son officiai, et qui devint, parla suite, grand 
archidiacre. Michel vint aussi, au moins une fois, pour faire l'ordina- 
nation, mais sans entrer dans la ville. Il avoit indiqué , pour cette céré- 
monie, l'abbaye de Saint Marien au delà de la rivière d'Yonne ; ce fut 
aux Quatre-Temps du Carême de 1505. Comme c'étoii une pratique 
nouvelle h Tégard d'une maison de l'ordre de Prémontré, dès le len- 
demain de l'ordination il marqua , par écrit , quMl n'entendoit point 
s'acquérir, à lui ni à ses successeurs, un nouveau droit au préjudice 
des religieux, ni qu'eux non plus ne dévoient point se prévaloir de sa 
déclaration, ni s'en servir au préjudice de l'église cathédrale et déa 
évéques d'Auxerre (2). Pendant sa longue absence, le Chapitre se 
voyant sans évêque , pria quelquefois d'autres prélats qui se trouvoient 
dans le pays d'ofiicier dans la cathédrale. L'évêque d'Evreux étant k 
Auxerre k la fin d'octobre 1596, fut prié d'oflScier Iç jour de la 
Toussaint (5). Cet évéque étoit Guillaume de Yallan, Jacobin du 
couvent d'Auxerre , dont j'ai déjà parlé dans la vie de Ferrie Cassineh 
Pendant que Michel résidoit h Paris, le corps d'un saint Thibaud 
• confesseur, qui reposoit h deux lieues d'Auxerre dans le prieuré de 
Beaumont, autrement dit Saint-Thibaud-des-Bois, fut levé de son 
tombeau et transféré dans l'église de Saint-Germain ; Michel consentit 
à cette translation qui lui fut demandée par I abbé de Saint-Germain 
et Philippes Froment , évéque de Nevers , aussi Jacobin du couvent 
d'Auxerre (4) ; on fit la cérémonie le mercredi d'après Pâques de l'an 
1400. Michel de Creney, quoique absent de son diocèse, ordonna 
qu'on dressât un catalogue où seroient marqués les revenus et les 
<;harges de tous les bénéfices, hôpitaux et léproseries qui y sont situés ; 
et il voulut que ce registre fût gardé dans les archives de l'évéché. 
Ce catalogue , qui a formé ce qu'on a depuis appelé du nom de pouillé. 



(1 ) Eœ tu. capell. 5. Nie. de Seignelay. | (5) Registr, capitulù 

(2) Tab. S, Mariani {Àrchiv. de VTanne,) | (4) Invent. des titres de l^ërdché. 



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QUATEB-TIflGT-TROISliME ÉVÉUUB d'àUXBRRB. 21 

fal commencé vers Tan 1395. Quoique ces sortes de déelaralious le 
missent en état de réunir plusieurs petits bénéfices, on voit seulement 
que le 23 septembre 1397, il réunit deux chapellenies de la chapelle 
du petit Saint-Etienne , située dans le cloitre du Chapitre , à celle de 
Notre-Dame fondée dans la même chapelle. Lune de ces chapellenies 
étoit sons le titre de saint Etienne pape ; Fautre sous celui de 
saint Denjs. On croit que les charges avec les revenus des trois 
titres furent depuis portées k un autel de la paroisse de Saint- 
Regnobert, où , dans le siècle dernier » le culte de saint Etienne pape 
et de saint Denys, étoit encore en vigueur. Notre évéque poursuivit, 
dans la même année , deux procès commencés par son prédécesseur : 
Tun touchant la nomination à ja léproserie de Toucy, Tautre sur un 
ancien droit du doyenné. Etant informé des revenus modiques de 
Tabbaje de Saint-Père , il contribua à lui faire unir pour toujours le 
prieuré de Saint-Loup, de Césy proche Joigny, qui n'y avoit 
d'abord été uni que pour la vie de Tabbé Jean. La bulle d'union (i) 
est da 28 novembre 1597. Par sa médiation fut aussi conclu le fameux 
traité qui règle les charges du trésorier de la cathédrale : il est 
appelé la Nazarie^ du nom de celui avec qui le Chapitre transigea en 
1398. On peut voir ailleurs la requête qui lui fut présentée à ce sujet 
dont le détail contient plusieurs articles (2). 

Quant aux affaires temporelles , Michel ne les négligea point. 
Obligé, par arrêt du parlement du 5 janvier 1391, de reconnoitre le 
bailliage d'Auxerre (3) au lieu de celui de Villeneuve-le-Roi, il fit 
publier, en ce même bailliage. Tannée d'après, dans les assises qu'y 
tiot Colart de Calleville , bailli de Sens et d'Auxerre , la transaction 
que Pierre de Villaines, l'un de ses prédécesseurs, avoit faite avec 
Jean de Challon , alors comte d'Auxerre, et le Chapitre, touchant les 
limites de la juridiction temporelle (4). Prévoyant, en 1393, la durée 
de son éloignement, il obtint du roi des lettres par lesquelles, en 
qualité de confesseur du prince , tous ses biens étoient mis en sa garde 
et protection. Les héritiers de son prédécesseur dévoient à l'évêché 



(1} Tabul. s. Ptiri. \o) Ex lU. urbii AutUs. 

t) Yoy. le» Preaves, t. iv, n. 337. j (4) Ex duplo signif. capiiulo 6 marliû 



ia90 h lie». 



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139U a 14(;9. 



2i MICHEL DE GRENBT , 

7750 floriDs; il obtini, le 22 mars 1593, un.rescrît du pape, dalé 
d'ÂvigooD, pour qu'ils fussent contraints de payer. La même année, il 
fit un concordat avec l'abbé de Saint-Satur en Berri, apparemment 
sur le prieuré de Saiot^Amatre, où Tévéque avoit un droit (1). Il 
engagea facilement le roi à prêter foi et hommage pour le comté 
d'Auxerre. Dès Tan i394, Philippe de Savoisy baron de Seignelay, 
sénéchal du roi , fut chargé de procuration à cet égard et l'acte 
d'hommage fut effectivement rendu alors (2). 

Le séjour de notre évéque à la cour lui donna occasion de siéger 
au parlement. On l'y trouve nommé comme présent au troisième 
décembre 1592. Mais il assistoit plus communément au conseil du 
roi. Il est compris dans Ténumération de 'ceux qui s'y trouvèrent au 
mois de janvier 1592 (5), lorsque Louis, duc d'Orléans, frère du roi , 
fut nommé gouverneur du royaume (4). Il est nommé à son rang parmi 
les cinquante évêques qui, selon l'invitation du roi, se rendirent au 
palais, à Paris, en 1594 le jour de la Purification, pour conférer sur 
les moyens de procurer la paix à l'Eglise (5). On ne peut douter qu'il 
n*ait pareillement assisté a celle qui fut indiquée pour le même sujet au 
onzième jour d'août 1596, puisque le Chapitre même y envoya le doyen 
avec un chanoine du corps (6). Il fut enfin de l'assemblée tenue à 
Paris le 18 janvier 1597, dans laquelle on agita quelque chose 
touchant le château de Vincennes. Deux cérémonies plus augustes, 
auxquelles il parut en qualité d'évêque (7) , furent la translation du 
corps de saint Louis, faite en 1592, dans l'église de Saint-Denys ; el 
la dédicace de l'église des Blancs-Manteaux de Paris (8), le 50 no- 
vembre 1597 (a). 



(1) Excartui episc. 
{^} TabuLepiêc. 

(3) Minorité des rois, pag. S80. 

(4) Etant confesseur du roi Charles VI, il 
est nommé Tun des exécuteurs de son 
testament en janvier 1592. invçnt. du trésor 



des Chartes, 
f5) SpiciL t. VI. p. 71. 

(6) Regiti. capit. 3 Aug. 1936. 

(7) Hist. de Paris. Preuves, 1. 1, p. 200. 

(8) Hist. de Paris, Preuves 1. 1, p. 



(a) C'est vers cette époque qu'on trouve , pour la dernière fois, les traces de la 
vénération que conservaient les rois d'Angleterre pour saint £dme, archevêque de 



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QUATAE-VINGT-TROISIÈME ÉVÉQUE D*ÀUXBRRE. 25 

Les maladies qui commeacèreat à régoer dans Paris, l'an 1599, 
doot on ressentit les effets vers la Saint-Jean, firent résoudre plusieurs 
évoques à quitter cette ville (1). Il y en eut environ vingt qui prirent 
ee parti ; Michel de Creney fut du nombre. Il ne se rendit point pour 
cela dans Auxerre; mais il fit attention, vers ce temps-là, qu'il ne 
pouvoit plus différer d'y faire son entrée, et il demanda au roi un 
homme de sa part pour aider à le porter dans cette cérémonie. Adam 
de Gallomiel , son chambellan , en reçut Tordre an mois de mai i401 , 
et eut commission de prêter foi et hommage; mais cet officier s'en 
étant déporté, un autre seigneur parut pour le roi. Michel de Creney 
arriva à Âuxerre le samedi de Toctave de la Fête-Dieu quatrième juin, 
vers les dix heures du matin (2). Ayant diné à Tabbaye de Saint- 
Germain avec l'abbé du monastère, il y passa le reste de la journée et 
y coucha. Le lendemain, sur les neuf heures du matin, assis sur une 
chaise de bois couverte d'étoffe de soie, revêtu de chape, la mitre en 
tête et la crosse en main, il fut porté jusqu'à la cathédrale par quatre 
écuyers qui avoient auprès d'eux quatre chevaliers dont chacun tou- 
choit un des coins de la chaise. Lorsqu'il fut arrivé au milieu de la 
place, devant l'église de Saint-Etieone, dont la grande porte étoit 
fermée, Pierre de Chissy, doyen; Jean du Pont, archidiacre; Guil- 
laume Nazaric, trésorier, et quelques chanoines , sortirent par une des 
petites portes, accompagnés seulement du diacre et du sous-diacre 
avec la croix et l'eau bénite ; ils approchèrent de l'évéque descendu 
de chaise au milieu du parvis , et le doyen lui porta la parole en fran- 
çois de ce temps-là : « M^^ . , vous venez en votre église pour y faire 
> votre entrée ; nous ne savons se vous y venez ainsi que vous devez , 
» c'est à savoir se vous avez avecque vous vos quatre vassals, c'est à 
» savoir, le comte d'Auxerre, le duc de Bar, le seigneur de Saint- 



(1) PreaTes de riiist.d*ÀaTergne, p. 470. i (2) Megist. capUuU, 



Cantorbéry, dont le corps avait été inhumé à Pontigny. Richard II ordonna , en 
1396, que la rente de 20 marcs sterling^ qui avait été anciennement payée à Tab- 
baye, pour Fentretien de quatre cierges ardents autour de la châsse du saint, serait 
réCabfie comme avant la guerre. — Voy. Preuves, t. iv, n» 336. (iV. d. £.). 



1890 i 1400 



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24 MICHEL DE CRENBY, 

1390 111409. * VeraÎD, et le baron de Donzj ou aultres pour eulx ayant d'eulx 
» espécial mandement, ou se vous avez fait diligence d'eulx avoir : et 
x> si vous plaist, respondez-nous sur ce. » Le prélat répondit en même 
langage : c J*ay en ce fait bonne diligence et les ay fait citer adjourner 
» à cette journée, pour comparoir par devant moy, et faire ce k quoy 
> ils sont tenus ; et nonobstant ce, le seigneur Ae Saint-Verain et 
» ledit baron de Donzy ne sont pas venus ne comparus ; mais icy est 
» Mess. Dreux de Mello, seigneur de Saint-Bry, pour le comte 
x> d'Âuxerre, et Mess. Robert de Bonnay, chevaliers, pour le duché 
» de Bar, sont icy présents. » Ces deux seigneurs étoient aux deux 
coins du devant de la chaise. L'évéque ajouta que, n'ayant point vu 
dans l'église de Saint-Germain les deux autres vassaux au moment 
quMl s'assit dans la chaise, il les avoit déclarés contumaces, et que sans 
préjudice à ses droits, le seigneur de Maligny, pour le baron de 
Donzy, et Etienne de Chanteloup, chevalier (1), pour le seigneur de 
Sainl-Yerain, y suppléoient provisionnellement. Le doyen prit alors, 
des mains du sous-diacre, le livre de TEvangile et fit voir k l'évéque 
la formule du serment. Le prélat baisa d'abord le texte sacré, et, les 
deux mains posées sur le livre ouvert, il prononça le serment tel que 
les évéques précédents Favoient prêté. Ensuite il fit Faspersion d'eau 
bénite sur le peuple, il baisa la croix qui lui fut mise en main, et fit 
des signes de croix sur la multitude ; puis il s'assit et fut encore 
porté, comme auparavant, jusqu'à la porte de l'église , où ayant sonné 
une petite cloche, on la lui ouvrit. Â ce moment, tout le clergé 
assemblé commença Te JDetim, et Hugues Blanchet, archidiacre de 
Sens (2), l'introduisit dans l'église. Â la porte du chœur, il descendit 
de chaise et alla k pied jusqu'aux cordes du petit clocher. L'archidiacre 
de Sens les lui ayant présentées, il les sonna chacune; il alla jusqu'au 
grand autel, y fit sa prière k genoux, et déclarant encore contumaces 
les deux vassaux absents, il protesta de les poursuivre par les voies de 
droit ; il baisa l'autel et y offrit trois parements de drap d'or. Pui^ 



(1 ) Apparemment seigneur de TUlefar- : de la Sainte-Giapelle de Paris , selon \^ 

geau, déjà nommé ci-dessus. I P. Anselme, Biét. des grand» Aumôniers ; 

(2) Cet Hugues étoit aussi alors tré&orier et il a cette quaUté dans un acte ci-après. 



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QUATRE-VINGT-TROISIÈMB ÉVÊQOE d'àUXERRE. 25 

rarchîdiaçre de Sens le conduisit à la chaire de pierre, à côté de Tautel, ^390 ^^ 140g. 
et Ty installa. Cette auguste cérémonie achevée, Michel de Creney 
célébra pontificalement la gratid'messe. Il donna ensuite k diner au 
Chapitre et à tous ceux qui y avoient assisté (1) ; le tout se passa en 
présence de Guillaume, abbé de Saint-Père d'Âuxerre ; de Robert, 
abbé de Saint-Laurent et autres tant nobles que bourgeois. La com- 
miinanté des habitants avoit envoyé h Coulanges et k Irancj, afin de * 
choisir en chaque lieu un mutd de vin de pinot dont elle fit présent au 
prélat pour la fête de sa nouvelle entrée (2). Si personne ne parut à 
cette entrée au nom du baron de Donzy, ce ne fut pas la faute de 
Tévéque, qui Tavoit fait sommer dès le 6 mai ; le comte de Nevers 
agit en conséquence, et adressa à Hugues de Saint-Aubin un mande- 
ment ; mais cette procuration étant arrivée trop tard , Philippe, duc de 
Boulogne, fit excuse k Tévéque, le ^ décembre suivant, comme 
ayant la tutelle de Jean, son fils qui, en qualité de comte de Nevers, 
étoit baron de Donzy. Le baron de Toucy, plus exact, lui rendît 
encore, au bout de deux ans, foi et hommage pour sa portion dans la 
seigneurie de Toucy. Ce prélat n'alla point k Sens faire le serment 
ordinaire k l'église métropolitaine et k l'archevêque. 

Michel de Creney, dès les premiers jours qui suivirent son entrée, 
témoigna de vouloir vivre en paix avec son Chapitre. Environ cinq ans 
auparavant, il avoit commencé k attaquer la juridiction spirituelle de 
ce corps (a) , en combattant l'ancienne possession et donnant une 
explication arbitraire k la charte de Jean d'Âuxois , Tun de ses prédé- 
cesseurs. Le parlement avoit commis, en 4596, Jean, abbé de 
Pontigny, pour veiller au maintien de la juridiction du Chapitre pen- 



(1) Ex eod. reçût, 1 fol. 27. 

(2) Compte de Gaillaume de Val de-Marcy | 



(a) Ce ne fut pas la seule circonstance où il essaya de diminuer les charges de 
son siège. Il refusa aussi, sous différents prétextes, de payer une rente de 26 liv. 
qui était due à l'abbaye Saint-Marien, sur le tonlieu et le salage d'Auxerre, par 
suite d'échanges faits du temps de Tévéqne Gui de Mello. Mais après un procès de- 
vant les gens tenant l'hôtel des requêtes du palais, il fut condamné dans ses pré- 
tentions, en mai 1397 (iV. d. E,), 



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26 MICHEL DB CRBMBT , 

1190 à 1409.'^^!^^ Id durée du procès (1); cet abbé ne le pouvaDt pas lai*méme, 
s'en étoit déchargé sur le prieur de Saini-Eusèbe (2), le chanlre de 
Notre-Dame-de-la-Gité, et sur les curés de Satnt-Pierre->en-Château 
et de Saînt-Regnobert. Mais, malgré l'arrêt de défense, Jean du Pont, 
officiai de l'évéque, n'a voit pas laissé d'agir contre des particuliers 
dépendants du Chapitre. L'évéque d'Evreux avoit essayé de pacifier ce 
* différend. A Farrivée de Michel de Greney , on vint de part et d'autre 
à composition. Le cinquième jour après l'entrée solennelle, fut fait 
ua accord dont voici les articles (5) : 

1® Par le nom latin familiares de la chartre de Jean d'Âuxois, 
sont entendus les domestiques des chanoines, demeurant avec eux, 
nourris à leurs dépens et dans Tenceinte des murs de la cité, sans 
fraude ou surprise ; 

3fi Par les ministres dont il est parlé, s'ils ne sont pas chanoines, 
il faut entendre le chambrier, le grenetier, le receveur des anniver- 
saires, le notaire du Chapitre, le maître de l'hôpital de Saint-Etieone, 
et le portier du Chapitre, lesquels venant à délinquer, sont sujets et 
justiciables du Chapitre, pourvu qu'ils portent l'habit ecclésiastique 
(réservé le portier) , et qu'ils n'aient commis homicide ni rapt. Les 
vingt-huit bénéficiers, obligés au service divin, seront seulement 
justiciables du Chapitre pour le fait de l'office divin ^ et tant qu'ils 
résideront dans l'église et dans la cité , demeurant sujets à l'évéque 
en tous autres cas. Or de ces bénéfices (continue l'acte), il y en a 
douze vicaires , savoir : six de Saint-Michel et six de Saint-Jean-le- 
Rond, lesquels doivent assister , avec les tortriers , à toutes les heures 
de l'office, hors prime et none. Les deux chapelains de Saint-André 
sont obligés d'assister aux matines , h la grand'messe et aux vêpres. Le 
chapelain de Saint-Gervais , à certaines heures ; le chapelain de Saint- 
Ëloi, à toutes les heures ; le chapelain de la chapelle de Saint-Pierre, 
fondée à l'autel de Notre-Dame-des-Reliques, est tenu de porter la 
chape du doyen, parer le chœur, coucher en l'église, etc. Les deux 



(I) Reoisi. capit. 24 octob. 1596. 

'2) LiiUrœabb.Pontig. 

(^) Ces articles sont ainsi dans les col- 



lections mss. du P. Viole et dans ceUe du 
sienr Bargcdé, assessenr. 



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QUATRE-VINGT-TROISIÈME ÉYÊQUE d'àUXBRRE. 27 

ckapeiains de i'autel de Saiote*Croix sont obligés de coucher dans 
Tégiise et de parer Tâutel, etc. Le chapelain de l'autel de Sainte- 
Marie-Magdeleine, près Tentrée du chœur , est obligé de se trouver k 
toutes les heures. Le chapelain de Sainte-Catherine proche Taulel de 
Saint-Sébastien , est obligé d'assister h toutes les heures , avec les 
tortriers. Le chapelain des SS.-Lazare , Marie--Magdeleine et Marthe, 
à toutes les heures. Le chapelain de Sainte-Catherin^du-Revestiaire, 
est obligé de préparer tout ce qu'il faut pour l'entretien de la lampe 
devant le revestiaire » etc. Le marguillier, clerc du trésorier, est obligé 
de sonner et préparer l'autel, allumer et éteindre les cierges, ouvrir et 
fermer les portes, etc. Les quatre chanoines de la Trinité sont obligés 
d'assister aux matines, etc. 

5<^ Il est accordé que le Chapitre aura un seul officiai, qui exercera, 
au nom de la compagnie, la juridiction spirituelle dans un certain lieu 
déterminé, soit au Chapitre ou en la maison claustrale du Chapitre, 
située devant le portail neuf, en laquelle le bailli de la temporalité du 
Chapitre tient son siège auprès du cimetière des clercs du chœur (i). 
Lequel officiai pourra connoitre des causes qui regardent la juridiction 
spirituelle, et se transporter tant par lui que par autres, aux maisons 
situées dans les limites de sa juridiction, pour informer, enquérir et 
faire semblables choses, sans lesquelles la juridiction ne se peut com- 
modément exercer. Et cependant, la cause principale ne se pourra 
décider autre part que dans ledit Chapitre ou maison, sans qu'il soit 
besoin de multiplier les officiers. Le Chapitre pourra pareillement 
connoitre et déterminer capitulairement des causes commencées ou 
non commencées devant ledif officiai, ou bien les lui renvoyer. 

4® Le Chapitre aura juridiction spirituelle dans les maisons claus- 
trales, tant acquises qu'à acquérir, dans les limites néanmoins du 
cloitre; mais à l'égard des externes ou forains qui viendront à délin- 
quer dans icelles maisons, l'évèque aura sur eux toute juridiction, 
autant que les bornes de sa justice peuvent s'étendre. 

5® Le Chapitre n'aura point juridiction sur les familiers et officiers 
de Pévéque, lorsqu'ils ne seront ni chanoines, ni tortriers. ni du 

(1) Ce cimetière cloit au midi du chœur, | proche la chapeUe de Saint-Michel. 



i890 à U09. 



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28 MICHEL DE CREMBT , 

1890 il 1409. nombre des six ministres ci-dessus déclarés. Si ces familiers étoient 
chanoines on torlriers, ou du nombre des six dont il a été parlé, et 
qu'ils vinssent à manquer h leur office, le seigneur évéque pourra les 
punir et corriger selon l'exigence des cas , sans néanmoins les détenir 
ou emprisonner. Aura aussi le Chapitre puissance sur les vingt-huit 
obligés au service divin, en ce qui regarde ledit office seulement, si 
tant est qu'ils soient familiers ou officiers de l'évéque. 

6^ S'il arrive que les familiers et ministres, ci-devant nommés, 
appellent du doyen et Chapitre, l'appellation ne relèvera pas devant 
l'évéque, non plus que celle des 28 bénéficiers, dans les causes qui 
concernent l'office divin auquel ils sont obligés par la fondation de 
leur bénéûce. 

1^ L'official de l'évéque et l'official du Chapitre se donneront mu- 
tuellement des lettres, soit pour entendre les témoins ou faire autres 
choses quand besoin sera, aux dépens néanmoins des parties. 

8^ Par cet accord , les parties n'acquièrent rien de nouveau et ne 
perdent rien. 

9® La juridiction spirituelle, dans les maisons canoniales et claus- 
trales, est ici entendue comme dans la charte de l'évéque Jean. 

lO^* Le Chapitre pourra faire publier, a l'aigle du chœur, les sen- 
tences et autres mandements, comme aussi citer et excommunier les 
témoins, ainsi que l'évéque. 

ll^* L'évéque donnera à l'avenir des dimissoires, conjointement 
avec le Chapitre, aux chanoines de l'église d'Auxerre et tortriers pour 
recevoir les ordres. 

12<> Sur ce que l'évéque avoit formé ses plaintes en nouvelleté de 
ce que le Chapilre avoit prié le bailli d'Auxerre d'ajourner certains 
témoins pour déposer la vérité en des causes pendantes pardevant eux, 
a été accordé que la plainte demeurera comme non faite sans préjudice 
des parlies. 

15^ Le bailli de l'évéque et celui du Chapitre, informeront et ter- 
mineront le différend qui étoit entre l'évéque et les chanoines, tou- 
chant la succession des habitants des Bordes qui avoient du bien, 
tant audit lieu des Bordes, où l'évéque a le droit de main-morle , qu'à 
Monéleau qui esl de la jurididion temporelle du Chapilre. 



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QUATRE-VINGT-TROISIÈME ÉVÉQUE d'aUXERRE. 29 

i4* Sur ce que le Chapitre préteDdoit jouir de la succession de 
Robert Roussel, curé de Beauvoir, mort sans héritiers, k cause que 
la seigneurie de ce lieu lui appartient, Tévêque la prétendant aussi, 
attendu la qualité de curé du défunt, son sujet, a été accordé que le 
testament de ce curé sera suivi, ses dettes payées, et le reste de la 
succession employé k la réfection du presbytère , sans préjudice des 
parties. 

i5^ Le trésorier fournira les parements et tapisseries du trésor 
pour le synode, et les bâtonniers auront soin de les tendre. 

46° Touchant la clôture de la porte de la maison épiscopale, qui re- 
garde sur le grand autel de l'église (a), a été accordé que l'évéque étant 
k la cité d'Auxerre , cette porte ne sera point fermée , ni de jour, ni de 
nuit. Mais Tévèque étant hors de la ville, elle sera fermée, la nuit, du 
côté de l'église, et ouverte depuis le second coup de matines jusqu'k 
ce que le service du matin soit fait, et depuis nones jusqu'k la fin 
de TotEce. 

47° Pour ce qui est de la basse porte, par laquelle on va de la 
maison épiscopale aux grottes de l'église, elle sera murée, et sera 
faite une ouverture dans un autre endroit, par où l'évéque puisse 
entrer de sa maison épiscopale en la chapelle de la Trinité qui est 
dans ces grottes, tant de jour que de nuit, quand il sera k la ville; 
mais pendant son absence de la ville, celte porte sera continuellement 
fermée du côté de Téglise. 

48° Le Chapitre donnera un état des héritages qu'il a k Âppoigny, 
tant d'ancienne que de nouvelle acquisition, et les deux baillis de 
Tévéque et du Chapitre jugeront s'il y a quelque chose qui doive 
dime k l'évéque. 

49° D'autant qu'un nommé Jacques de Lorme ayant été trouvé 



(a) La porte dont il est fait mention dans ce paragraphe , était placée dans le 
bas-côté nord du sanctuaire. On en voit encore la place murée. Elle communiquai^ 
par un passage, dans le palais épiscopal. Les changements opérés, en 1837, dans la 
préfecture, Tont fait supprimer ; et les panneaux de cette porte, qui datent du temps 
de l'évéque J. Baillet, forment Vornement de la porte principale de l'hôtel. 

(2V. d. E.). 



1390 ^ 1409. 



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1300 I 1409. 



50 MICHEL DE GRENEY , 

mort en l'église d'Auxerre , le bailli du Chapitre a visité le cadavre , 
il a été dit qu'en pareil cas Févêque pourra faire la même chose. 

20^ Et sur .ce que plusieurs chanoines, assemblés au Chapitre 
le jour de la Fête des Fous, y avoient créé, et nommé des officiers 
qui avoient expédié certaines lettres; ce qui avoit obligé Tévéque 
d'intenter procès contre ces chanoines en cour séculière, d'où ils 
auroient interjeté appel à la cour ecclésiastique de Sens , a été accordé 
que le tout seroit réputé comme non avenu, sans préjudice des par- 
ties. 

21^ Pour ce qui est des sceaux de la cour épiscopale d'Auxerre, 
a élé accordé, que le corps du Chapitre ne payera jamais rien pour 
lesdits sceaux, et que les chanoines, chacun en particulier, les tor- 
triers et autres bénéficiers auront le même privilège pour les ordres. 
En autre chose , Tévêque , qui est de présent , et ses successeurs en 
feront comme ils aviseront bon être. 

22^ Les procès commencés contre les chanoines-curés, en ce 
qui regarde le soin des âmes, réduit à néant, sans préjudice des 
parties (1). 

Il fut dit, à la fin de ce traité, que s'il arrivoit quelque difficulté 
pour l'interprétation des articles, on auroit recours à Hugues Blanchet, 
trésorier de la Sainte-Chapelle de Paris, maître Jean d'Arcy , et Guil- 
laume de Villars, conseiller du roi, et maître Silvestre Baudry. Tous 
étoient alors présents , venoienl d'assister à l'entrée solennelle de 
Michel de Creney , avec Jean Gharreton , archidiacre de Rivière en 
l'église de Soissons ; Jean Daguy, chantre de Tournai ; Jean Blanchet 
et Jean MoreU chanoine de Sens, lesquels sont aussi nommés témoins 
de cet accord fait le 9 juin 4401. 

Cette grande affaire fut terminée sans qu'on y fit mention d'abolir 
la Fête des Fous. Ceux qui ont cru que l'article vingtième de ce 
concordat la proscrivoit se sont trompés. Outre qu'il n'y «st point 



(1) Il y a<iaelqaes indices, que TéTôque 
avoit demandé qu'il y eût deux prébendes 
anien à la mense épiscopale, et qu'il aroit 
accordé d>tt noir une à la fabrique, ou pour 
l'entretien des enfants de chœur. Mais on 



croit que cela ne fut point arrêté et que 
TarcheTéque de Sens, de la confirmation 
duquel on aroit besoin, n'y consentit point. 
Ex cartul. Capi/., et regitiris. 



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QUATRE-YlNGT-TROISlàllE ÉVAqUS D AUXERRB. 5i 

parlé da fond de la fête , mais seulement de Texcès de ceux qui y 
eréoient capitolairement des officiers, on la vit encore subsister à 
Auxerre, durant tout Tépiscopat de Michel dé Creney, malgré le 
sermon prêché contre cet usage, Fan 1401, par l'abbé de (1) Pon- 
tigny (2) , et nonobstant la parole donnée à Tévéque de faire en sorte 
qu'il n'en restât aucun vestige. Tout ce qu'on put obtenir alors, fut 
d en retrancher les choses les plus criantes et les plus grossières. Il 
est assez probable que ce fut Fobstination de certains chanoines en 
faveur de cette fête abusive, qui obligea le prélat à attaquer de nouveau 
la juridiction du Chapitre en 1406; mais cette seconde attaque n'eut 
point de suite. 

Michel de Creney marqua aussi une grande attention pour la sanc- 
tification des fêtes. Informé des profanations qui s'y commeltoient, il 
en retrancha un grand nombre au rapport de Nicolas de Clamenges, qui 
le qualifie , après sa mort, d'évêque de êaifUe mémoire (3). Ce qui 
arriva à l'abbaye de Regny , fait juger que ce prélat entreprit la visite 
du diocèse peu de temps après son arrivée dans le pays. Il exigea, en 
1402, des religieux de ce monastère, qu'il y fût nourri, lui et les 
siens, en passant dans ces quartiers-là, et même il usa de violence 
pour maintenir ce droit, s'il en faut croire la collection des statuts 
de l'Ordre de Ctteaux. Mais la violence ne consista apparemment 
qu'en sommations qui firent naître un procès (a). Tous les abbés et 
abbesses de l'ordre, situés dans les diocèses d'Âuxerre et de Sens, 
furent taxés pour aider à cette occasion l'abbaye de Regny (4)^ et 
Tabbé de Poniigny fut commis par le Chapitre général pour faire cette 
levée ; l'évêque se conduisit plus doucement envers l'abbaye de Saint- 
Marien-lez-Auxerre. Donnant la bénédiction abbatiale k Richard Colas 



(1) n aToii été eommift prot^etenr de U j (2) Begist. Capit. 2 déc UiO. 
juridictkm spiritaélle du Chapitre par le I (S) Lib. de fesliv. novis non inttii, 
putemcnU — Voy- ci-demis. I (4) Tkes. aneedot.y t. ir, p. 1540. 



(a) n est dit dans une assignation donnée anx moines qu'ils injurièrent Tévéque 
et sa compagnie, quand il se présenta à la porte du monastère (F. Reigny). 

{N. d. E.). 



1380 a 1400. 



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52 MICHEL DE CRENEY, 

1890 a 1400. ^^^ '^ ^^ ^^ '^ même année i402, il lui fit prononcer celte formule 
cl*obéissance : < Ego frater Richardus humilis abbas S. Mariani Âulis- 

> siodor. Ordinis Premonstratensis , reverendo in Christo palri in 
» Domino , D. Michaëli divinà permissione Autissiodorensi episcopo 

> suisque successoribus atque matri ecclesiae Autissiodorensi debitam 
» subjectionem y obedientiam, et reverentiam secundum instituta 
)> sanctorum Patrum ore promitto et manu confirmo. j> Il la fit signer 
par cet abbé, la disant tirée des anciens livres de Féglise d'Auxerre. 
Mais it donna acte, le 2 avril avant Pâques, comme il n'entendoit point 
acquérir de nouveau droit sur ce monastère ni préjudicier à TOrdre (1). 

Les ermites de Saint-Augustin surent gagner la bienveillance de 
Michel de Greney. Il se joignit \k Jean Agelard, religieux de cet ordre, 
pour demander au roi une croix de vermeil doré, d'un pied et demi 
de haut, garnie de pierreries, dans laquelle étoit renfermée une portion 
de la vraie croix; te prince fit présent de cette croix, l'an 4401, à 
frère Jean de Saens, maiire en théologie, pour le couvent d'Amiens (2); 
aussi les armoiries de Michel de Grenej furent-elles mises sur le pied 
de cette croix avec une inscription latine qui marque le fait. C'est 
peut-être par reconnoissance que frère Jacques le Grand, religieux du 
même institut , lui dédia un livre de morale intitulé Sophologium, qui 
fut imprimé à Paris dès le commencement de l'usage des caractères. 
Get auteur nous apprend que Michel de Greney conserva longtemps, 
depuis son entrée h Auxerre , le titre de confesseur du roi ; et quand 
nous n'aurions pas ce témoignage, la quittance qu'il donna de qua- 
torze livres reçues pour cause de cet office à un maitre de la chambre 
des deniers royaux , le 5 janvier 1407, suffiroit pour le prouver (5). 

Peu de temps après avoir achevé la visite de son diocèse, il reprit 
son ancien genre de vie, et pour ce qui concernoit l'utilité, soit de 
son clergé , soit de son peuple, il le fit à Paris, ob il s'en déchargea 
sur un vicaire général. Sur les dernières années de sa vie, le 
i5 janvier 1406, il obtint un arrêt du parlement qui regarde l'usage 
de l'absolution des censures. Il y est«ordonné, k l'occasion d'une bai* 



i\) Tabul. s . Nariani. I d^Àmiens. 

(2) Lettre de M. Vilman . chanoine | (5) Portefeuilles de Gaigniéres. 



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QUATRE-VINOT-TROISIÈMB ÉVÉQOE d'âUXERRE. 55 

terie arrivée entre des ecclésiastiques (i) , que quiconque auroit été ^^^^ ,^^ 
interdit ou excommunié pour des violences faites k des gens d'église, 
ne seroit relevé de Texcommunication que par Tévéque. Les registres 
du parlement font foi qu'il y assista quelquefois en 1405 et 1407 (2). 
Il y étoit encore en 1408 , le 19 février, lorsque Jean Périer, 
chanoine de Chartres, avocat du roi , parla contre les lettres que le 
cardinal de Pîse , légat en France, avoit écrites en cour de Rome au 
déshonneur du roi (5), et quand ce cardinal fit ses excuses en latin. 
II assista aussi quelquefois au conseil du roi ; il en reste une preuve 
dans celui qui fut tenu le 26 décembre 1407, où Charles VI ordonna 
que les fils aînés de rois seroient appelés rois (4) , et qu'ils se gou- 
vemeroient par Tavis des reines, de leurs plus proches parents, du 
connétable et du chancelier. Au commencement du xv« siècle, on le 
trouve dans la célèbre conférence tenue à Paris, où se fit un décret 
contre ceux qui, pendant le schisme causé par l'élection de deux 
papes, improuveroient la voie de cession ou celle de la soustraction de 
Tobéissance (S). En 4409, il assista par procureur au Concile de 
Pise. Sébastien Rouillard nous apprend, dans son Histoire de Meluu, 
que Charles VI donna commission k notre évéque, avec Pierre d'Ailly, 
grand aumônier, de dresser des statuts pour les chanoines de 
Notre-Dame de Melun. Alors Michel de Creney résidoit a Paris et 
n'avoit pas fait, k Âuxerre , son entrée solennelle. Entre les savants 
qu'il fit chanoines de son église, fut Renaud de Fontaines, ami intime 
de Nicolas de Clamenges ; sur les avis de celui-ci (6j, Renaud fut fait 
préférablement a des concurrents, curé de Varzy ; il parvint enfin k 
Tévêché de Soissons. Le reste de sa notice se voit dans l'Histoire de 
l'Université de Paris. 

Michel de Creney n'oublia point ceux qui portoient son nom. On 
trouve, dans les registres du Chapitre, en 1400, la réception de 
Guillaume de Creney , chanoine de Troyes, k la prébende de défunt 
Guillaume Mouton : on croit qu'il étoit frère de l'évêque. Il y a aussi. 



(f ) Mémoire de G. Viole. (5) Preuves de libertés de VÈgU GâU. 

(î) Au 12 nov., jour de la rentrée. ! P- 571 . 

(3) G. Tiole. (6) Bpùt, Ctameng. 

(A) Minorité des Rois. 

Il 5 



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54 MICHBL DE CRENEY, 

1390 h 1409. ^^^^ ^^ nécrologe de la collégiale de Notre-Dame-de-la-Cilé, un 
Michel de Creney , chanoine de cette église, dont Renaud de Fontaines 
intima au Chapitre de la cathédrale les lettres expectatives du pape, le 
15 avril 1412; dans sa réception k un canonicat, le 11 novembre 
1415, il est qualifié maltre-ès-arts et bachelier en théologie; il 
mourut chanoine d'Auxerre en 1457 ; ce dernier pouvoit être neveu 
de notre évéque (1). Quinze jours avant sa mort, il avoit conféré une 
> autre prébende de la cathédrale à Pierre de Creney, docteur de 
Paris , sur lequel je n'ai pu rien savoir davantage (2). 

Le treizième d'octobre, Michel de Creney décéda k Paris, dans 
l'hdtel des évéques d'Âuxerre, et fut inhumé chez les Chartreux, près 
le grand autel du côté du septentrion, à l'endroit où on lit encore, 
sur une tombe de marbre tirant sur le noir, cette inscription : 
a Hic jacet Michael de Creneyo, oriundus Trecis, episcopus quondam 
> Âutissiodor. et Caroli YI , régis Francorum confesser ; qui obii^ 
» Parisiis, in domo sua, XIII mensis octobris anno Domini M. CCCC. 
» IX. Anima ejus requiescat in pace. » Par testament (5) il légua 
à Téglise d'Auxerre, pour son anniversaire, cinq cents écus d'or, et 
tous ses ornements pontificaux , outre quatre chapes avec la dalma- 
tique du diacre et la tunique du sous-diacre, le tout d'une étoffe par- 
semée d'un parc avec une biche dedans. Le mercredi 5 mars sui- 
vant, Renaud de Fontaines, Tun des exécuteurs testamentaires, 
présenta aux chanoines assemblés ce que l'évéque leur avoit laissé ; 
il y ajouta de plus un épistolier et un évangelier provenant de la 
bibliothèque du défunt. Jean Charton, archidiacre dans l'église de 
Soissons, le principal d'entre les exécuteurs, s'acquitta, pour Michel 
de Creney, de certains devoirs qu'il n'avoit pas rendus de son 
vivant envers l'église de Sens ; il offrit , à cette métropolitaine, une 
chape sur laquelle étoient les armoiries de l'évéque, une aube, un 
amîct, une étole, et la somme de quatre livres en argent; excusa le 



(t) Ce pouvoit être le même Michel de 
Greneyqui, en qualité de trésorier de Saint- 
Frambauld de Senlis, paya, en 1407, vingt 
livres à Oudard, abbé de Saint-Vincent de la 
même ville. Ex hUt ms S. Vinc. Silvan. 



in bibl. 5. Genov. Paris. 

(2) JR^f. Capit. dieb, not. et 4 fior. 
1457. 

(3) Regitt, Capit. 27 fébr. 14,10. 



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QUATRE-YINGT-TBOISIÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE. 35 

défunt de n'avoir pas prêté le serment accoutumé, sur ce qu'il avoit ^^ ^ ^^^^^ 
été continuellement occupé auprès du roi (i). Les exécuteurs testa- 
mentaires délivrèrent au Chapitre de Notre-Dame-de-la-Ciié, soixante 
écus d*or (2) ; sur quoi les chanoines statuèrent de distribuer chaque 
année, à son anniversaire, une somme de quatre livres , ce qui étoit 
alors assez considérable. 



CHAPITRE V. 

JEAN DE THOISY, LXXXIV- ÉVÊQUE D'AUXERRfi. 

Aussitôt qu'on eut appris la mort de Michel de Creney, le Cha* im^uio. 
pitre nomma des chanoines pour avoir soin de tout le temporel de 
l'évêché pendant la vacance ; le seelleur de Tévéché rendit au Chapitre 
les sceaux et les clefs du logis épiscopal, et même les clefs des prisons, 
pour marque que toute la juridiction étoit dévolue au Chapitre (3}. Il 
envoya ensuite ^ Paris, à Troyes, k Bourges et ailleurs, pour déclarer 
aux chanoines absents le jour choisi pour élire un autre évêque (4). 
Le jour auquel on y procéda est resté inconnu, mais il parott qu'il y 
eut deux élections. La première, de Jean de Norry, dont Hugues 
Morel et Nicolas Janvier, notaires, dressèrent l'acte. On ne sait pour 
quelle raison elle n'eut pas lieu. Elle se fit vraisemblablement au mois 
d'octobre, qu'Etienne de Norry, chevalier, étoit a Auxerre avec sa 
sceur, femme de Gaucher du Châtel ; sur la fin du même mois parut 
encore à Auxerre Jean de Norry, qui sans doute étoit parent de 
Févèque élu, si ce n'étoit pas lui-même (5). La seconde élection 
fut de Jean de Thoisy, gentilhomme Bourguignon de Tancieune 



(i) Ex HàTO prœcent. Senan. 

(â) NeeroL B* M. in dv. 

(S) Reçût, capil. 16 oct, 1409. 



(4) Ex compot. Cap. 

(5) C(mpoLurlH$U09Joanniiauicheré. 
foL 59 ad 20 et 50 octobrU 1409. 



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1409 II 1410. 



36 JEAN DE TH018Y, 

famille des Tlioisy-Cipierre, proche Saolieu, lequel avoit été provi- 
sear de la maison de Sorbonne et étoit chanoine de Notre-Dame de 
Paris (1). Ayant envoyé exprès k Rome deux chanoines, Hugues des 
Noës et Etienne Moron, il obtint la confirmation du pape; sa prise de 
possession est du 22 janvier i409 (2). J'en rapporte les circonstances 
parce que c'est la première prise de possession par procureur dont 
j'aie trouvé le détail. La procuration que le nouvel évéque avoit donnée à 
Jean Lanigret, archidiacre du Grand-Gaux, dans l'église de Rouen (5), 
étant lue publiquement en présence du Ghapitre, par Nicolas Janvier, 
notaire, le doyen Pierre de Ghissy, conduisit cet archidiacre k l'église 
et l'installa dans la chaire pontificale de pierre (4). Pendant qu'il y 
resta assis, on lut la bulle du pape adressée au clergé et au peuple. 
Ensuite, ramené dans le Ghapitre, on lui mit en main les sceaux de 
l'ofiicialité. Il fut installé parle même doyen, à la salle de l'officialité 
et dans la grande cour de l'évêché où le doyen lui donna les clefs 
du logis et des prisons. La bulle paraissoit trop insister sur l'obéis- 
sance due k l'évéque, et menaçoit même d'excommunication ceux qui 
refuseroient de lui obéir; le Ghapitre protesta que ce seroit sans 
préjudicier k ses anciennes libertés, et, avec le consentement du pro- 
cureur, on ajouta que l'évéque ne prétendoit pas acquérir par Ik 
un nouveau droit. Environ trois semaines après (5) , le nouvel évéque 
se présenta en personne et prit possession , accompagné du doyen 
d'Âutun, son frère; mais on ne voit point qu'il y Ht aucune rési- 
dence. Il laissa , k Auxerre , pour vicaire général et officiai , Pierre 
Gharlet, et il se retira k Paris dans l'hôtel des évéques d'Auxerre. 

Son vicaire général, pendant l'été de i410, nomma Henri de 
Tlioisy a la prébende d'Etienne Blandin, dans l'église cathédrale. 



(1) flpcut se faire que cette élection fût 
traTenée par celle de Pierre de FUsque, 
dont il est fait mention au 10 décembre 
i409, dans un registre de Benoit xiu. 

(S) Il est qualifié évoque d'Auxerre dans 
le registre du Vatican, 13 novembre i409, 
et le pape Alexandre y lui accorda, selon 
les mêmes registres, de se faire sacrer par 
quel évéque il voudroit II est dit élu 



évéque d* Auxerre , dans les registres de 
régiise de Paris, au 15 décembre i409,à 
l'occasion de sa maison ; Domus JohannU 
de Thoisiaco elecU Autiss. Licitatio curriL 
(5) Ex epUt. D. Salmon docl. an. 1729. 

(4) Ex regisL capiL Paris, ad 13 déc. 
1409. 

(5) Comp. Jo. Chach. iMd, fol. 59. 



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QUATRE-VINGT-QUATRIÈME ÉYÊQUE d'aUXERRE. 57 

elTévêque conféra lui-même, le 8 octobre i410, k Pierre Torleaal, ^^^ j^io 
SOD neyeu, clerc du diocèse d'Âutun, le canonicat vacant par la mort 
de Jean des Clos ; ce sont les seuls actes qui restent de son épis- 
copal. Le roi , étant à Paris le 29 juillet, envoya cet évéque avec 
d'antres seigneurs, en Auvergne, vers le duc de Berry, son oncle et 
son ennemi, pour lui représenter les maux qu'alloient causer les 
guerres civiles (1) ; le roi lui accorda douze livres chaque jour, par 
ordre adressé à Pierre des Essarts, surintendant des finances des 
aides (2). 

Le mois d'octobre 1410 n'étoit pas encore écoulé, que le bruit 
courut à Âuxerre que ce prélat étoit transféré a Tournai (5). Dès le 
22, on pria, en Chapitre, Tofficial et le scelleur, de rendre les sceaux 
et de ne plus se mêler du gouvernement spirituel et temporel de 
l'évéché (4). A quoi ils répondirent qu'ils avoient ouï parler de cette 
translation , mais que , ne sachant pas si Jean de Thoisy l'acceptoit, 
ils ne se déporteroient pas sans sa permission. Enfin , la translation 
étant constatée le 22 février suivant» auquel on comptoit encore 
1410, ils se démirent en rendant les sceaux et les clefs de l'évéché. 
Après quoi le doyen, le grand archidiacre» et Pierre Paterne, pour 
Tarcbidiacre de Puisaye» prirent possession du spirituel dans Fofficia- 
lité, où ils furent installés par Renaud de Fontaines qui présidoit alors 
au Chapitre , à cause des incommodités survenues au doyen. Et 
pour le temporel, le Chapitre commit Hugues des Noés et Gilles 
Pavion, chanoines, qui se mirent en possession du logis épiscopal, et 
y établirent un gardien. 

Jean de Nourry ou de Norry, qui fut d'abord élu évéque d'Auxerre 
après la mort de Michel de Creney , étoit chanoine de la même église ; 
et selon les apparences, il étoit d'une famille qui tiroit son nom d'un 
YÎUage situé proche Lnzy, en Nivemois. L'acte de sa réception au 
canonicat d'Auxerre (5), qui est de Tan 1407,1e 7 mars, le qualifie 
maître des requêtes; il fut, depuis, archevêque de Vienne et ensuilo^ 



(I) Danieald. an 1410. , re^ist. du VaUcan au 17 sept. 1410» 

i'È) Quittance de cet évéque dans les por- (4) Regùt. Cap. 
tefeniHes de Gaignières. (5) Ex régit t. Cap. 

(^) Cette translation est marquée dans les 



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58 PHILIPPE DBS ESSARTS , 

]409 à Mio. ^® Besançon. Jean de Thoisy, qui n'avoit fait que passer à Âuserre, 
en résigna l'évêché à Philippe des Essarts , et il fut, le reste de ses 
jours, évêqne de Tournai. En i419, il fut fait chancelier du duc de 
Bourgogne, et il mourut en 4455 dans la ville de Lille. 



CHAPITRE VI. 



PHILIPPE DES ESSARTS , LXXXV* ÉVÊQUE D'AUXERRE. 



1410 ii 1496. En même temps que Tëglise d'Auxerre fournit un évêque à 
celle de Tournai , Philippe des Essarts , chanoine de Tournai , 
vint remplir le siège épiscopat d'Auxerre. Il étoit fils de Philippe 
des Essarts, sieur de Thieux, au diocèse de Meaux , et de Glatigoy 
au Val de Gallie (1). Quelques écrivains le supposent évêque de 
Tournai, lorsqu'on lui proposa de venir à Auxerre, auquel cas il 
auroit permuté avec Jean de Thoisy. D'autres écrivent qu'il étoit ba- 
chelier en droit, chanoine et grand-chantre de Téglise de Rouen , et 
qu'il avoit succédé en ces dignités au cardinal d'Ailly, en i595. Il est 
constant que le roi l'avoit nommé à un canonicat de Tournai , vacant 
par permutation de Jacques de Lozon, président aux enquêtes, et 
qu'il y fut maintenu par arrêt du parlement (2) du 18 janvier 1409. 
Mais il n'est pas également certain qu'il fût déjà évêque de Tournai; 
il pouvoit n'être simplement que nommé à cet évêché : et en consé- 
quence de cette nomination, Pierre des Essarts , son frère , conseiller 
et maître d'hôtel du roi, étant venu en Bourgogne avec Jean de 
Thoisy, aura pu lui proposer de permuter; ce qu'il auroit accepté à 



(1) Il y a un Yal de GaUie dans le parc de 
YersaiUes : ce Val de Gallie est un ancien 
domaine de Tabbaye de Sainte-Geneviève ; 
c*est dans ce Val qu'est encore Glatigny, 



proche Versailles. 

(2) Arrêts de Papon in rtgaUa. arlk^ 
6 tidi Uife 1409 et non 1309. 



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QUATRE-VINGT-CINQUIÈME ÉVÊQUE D*AD\ERRE. 59 

rinstaoee de Jean, doc de Bourgogne, doDt il étoit aimé (1). Quoiqu'il 
en soit, sa prise de possession suivit de près la translation de Jean de 
Tboisy. Dès le dimanche 22 février 1410 parurent à Âuxerre 
mailre Jean Gharton, Mathieu Perroux, curé de Luvigny, et noble 
homme Anselme du Bellay, qui présentèrent en Chapitre les bulles de 
translation datées -du i7 septembre précédent, et leur procuration 
datée du 12 février. Le lendemain ils présentèrent , en Chapitre, à 
Renaod de Fontaines, président ordinaire k la place du doyen, Tacte 
de résignation de Jean de Thoisy, lequel étant lu, Jean Cbarton y 
reçut les sceaux de la cour épiscopale pour marque de la juridiction 
spirituelle ; mais on ne put s'empêcher de protester, comme on avoit 
fait a Foccasion des bulles du précédent évéque, que Tobéissance 
ordonnée dans ces dernières ne pourroit préjudicier aux libertés du 
Chapitre; et Jean Charton répondit qu'a Tégard de ces libertés, bien 
loio de les combattre, le futur évéque avoit intention de les conserver, 
et oe prétendoit pas acquérir un nouveau droit contre ces immu- 
DÎlés. A rinstant il fut conduit k l'église, et installé par le président 
dans la chaire de pierre, pendant qu*on chantoit le Gloria in excehis 
de la messe de la chaire de saint Pierre, remise du jour précédent. 
Après ce cantique, le secrétaire du Chapitre ayant lu la bulle à haute 
foix, le procureur fut installé par le même président à la stalle épisco-- 
pale du eêté droit, au dessus du chantre, puis conduit à l'évêché, 
installé dans le siège de rofficial et investi des clefs du logis , le tout 
en présence du bailli de Sens et d' Auxerre , et de Jean Régnier, son 
lieutenant. Le même Jean Çharton, chargé de la procuration de 
Philippe , exerça aussi en son absence les fonctions de vicaire général, 
pendant qu'Anselme du Bellay, beau-frère de cet évéque, eut l'inten- 
dance du temporel. L'antiquité n'a rien conservé de mémorable durant 
les quatorze mois qui s'écoulèrent depuis cette première formalité, 
jusqu'à la prise de possession personnelle ; le seul acte qui fasse men- 



UIO à UM. 



(1) Dom Estiennot noos a laissé dans une 
fcrande incertitade, au sujet de Tépoque du 
«"wanienrenient de son épiscopat. 11 le dit 
lantôt élu le 15 décembre 1410 selon te 
registre de Benoit XIII, et tantôt le 17 sep- 



tembre 1410 selon celui de Jean XXIII. Il le 
qualifie au même endroit do bachelier-en- 
droit et d'archidiacre de Soissons. Ex regisL 
Vaticani. 



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40 PHILIPPE DES ESSIRTS, 

1110 il 1486. *^^" *'® Tévêque d'Auxerre, esl la délivrance qu'il fil le 9 mars 14iO 
à Fabbé d'Hermières , au diocèse de Paris , d'ua privilège d'Alexandre 
V en favear de l'Ordre de Prémontré (a). 

Au mois de mai 1412, il se rendit k Auxerre pour son entrée 
solennelle. Il la fit le jeudi de devant la Pentecôte, c'esl-îi-<lire le 
19 mai, assisté des quatre barons ou de personnes commises par eux. 
Robert de Boissay , chevalier , y représenta le roi Charles VI ; mais 
le baron de Saint-Yerain le porta personnellement. C'étoil Guy 
d'Aigreville, seigneur en partie de cette terre , k cause d'Isaheau, sa 
femme, fille de Hugues d'Amboise, chevalier. Ce prélat, fort zélé 
pour ses droits, reçut en argent, de l'abbé de Saint-Germain, la 
somme évaluée pour le droit de gite, dont il donna quittance le 
26 janvier suivant. Quelques jours même après sa réception, il 
alla k Toucy , entra dans la tour seigneuriale et jugea k propos d'y 
demeurer quelques jours pour conserver l'ancien droit qu'ont les 
cvéques d'Auxerre de se la faire livrer quand il leur plait. L'acte 
qu*il en fit dresser est du 25 juin (1) ; il reçut aussi foi et hommage 
pour cette tour de Louis, cardinal , duc de Bar, qui en avoit passé la 
commission k Guillaume d'Assigny (2), et s'en fit rendre les clefs 
Tan 1422. Philippe de Bourgogne, comte de Nevers, le reconnut 
pareillement pour la baron nie de Donzy, dans l'église dé Montenaison 
en Nivernois, en présence de Bureau de la Rivière, son maître 
d'hôtel. L'acte est du 5 septembre 1415. 

Quoique l'épiscopat de ce prélat ait été de seize ans ou environ , il 
ne s'en est rien conservé d'éclatant, que les atteintes qu'il essaya de 
donner k la juridiction du Chapitre de la cathédrale* Ces contestations 

( 1 ) Tabul Bp, Autiss^ \ (2) Invent. des Utres de Toucy. 



(a) On trouve cep^ndaDt, dans les archives de Saint-Marien (préfectare de 
TYonne), une sentence des gens tenant les requêtes du palais à Paris, en date du 
16 mars 1410 {îHi), qui constate le désistement de Févéque et de l'abbé de ce 
monastère, au sujet des procès existant entre eux pour Texercice de la juridiction 
ecclésiastique que Tabbé prétendait lui appartenir dans son abbaye à l'exclusion de 
révoque, (N.d. E.). 



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QUATRE-VINGT-CINQUIÈME ÉVÉQUE d'aUXERRE. 41 

loi suscitèrent d'autres difficultés avec les chanoines, elles furent 
terminées par des transactions et par quelques arrêts. Il falloit que 
cet évêque eût expliqué de bonne heure ses intentions sur cette ma- 
tière, et que déjà il eût agi en conséquence en 1415, puisque dès le 
mois de décembre de cette année, le Chapiu*e crut devoir obliger ceux 
qui seroient reçus k prêter serment, de défendre cette juridiction de 
toutes leurs forces , et de ne jamais consentir, que quiconque l'auroit 
contredite fût admis k un canonicat, ou même à porter les draps de 
r^îse (1). Pour entrer dans le détail de ces contestations, il faut 
savoir que l'évêque, environ ce temps-là, fit enfermer dans ses prisons 
Pierre Paterne, chanoine, et Etienne Berruier, prêtre-chapelain et 
domestique de Jean Vivien, aussi chanoine. De plus, il excommunia 
Pierre Michaul, doyen, et le fit déclarer tel par son promoteur; et 
même, Jean Prévostat, son vicaire général, défendit à plusieurs bour- 
geois et à des sergents royaux d'avoir aucun commerce avec le doyen, 
sous peine d'être eux-mêmes excommuniés, et de payer à Tévêque une 
amende de cent marcs d'argent. Pour attaquer encore plus ouverte- 
ment la juridiction du Chapitre et paroitre la mépriser totalement, 
sachant que Pierre Rebrachien , son officiai, a voit été déclaré excom- 
munié par le Chapitre, dont il étoit membre en tant que chanoine, il 
ramena lui-même à l'église, le troisième février suivant (2), et voyant 
qu'à cause de lui on avoit cessé l'office , il le fit continuer par des 
étrangers. Malgré l'éclat de ces sortes d'entreprises, le Chapitre s'ima- 
ginant qu'il en demeureroit là, nomma, le 4 mai 1414, Renaud de 
Fontaines et Jean Picard , chanoines (5), pour voir s'il n'y avoit pas 
moyen de s'accorder ; on proposa à Tévêque de prendre , de son côté, 
deux autres personnes qui chercheroient les voies de pacification : il 
étoit encore trop tôt. Quelque temps après, le vicaire général, de con- 
nivence avec l'évêque, arrêta lui-même Jean Piqueron , chanoine et 
pénitencier , et le fit conduire aux prisons épiscopales par une escorte 
de gens armés. Ces excès portés en parlement, l'université se joignit 



(1) Vêtus colleclio $UUutor. exregiit.'ifi | (i) On coinptoit toujours en France 1415. 
dêc.1413. \:ô) HegùLcap. 



1410 k 1436, 



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42 PHILIPPE DES BSSARTS, 

U10ÎI1496. ^" Chapitre, par rapporta la protection générale qu'elle devoit à 
quelques-uns de ses membres maltraités par cet évéque. L'oi&cial et le 
vicaire général soutinrent avoir usé de leur droit. Mais en attendant un 
plus grand éclaircissement» la récréance fut adjugée au Chapitre, 
excepté les cas de rapt et d'homicide qui n'avoient jamais été de sa 
juridiction. L'arrêt est du 15 avril 1415, avant Pâques; l'affaire en 
resta là tant que vécut le doyen Pierre Michaul , que cet évéque se 
contenta d'attaquer sur le droit de porter le rochet. Hugues des Noës 
lui ayant succédé en 1420, il semble que la querelle se ralluma (i). 
Le prélat s'étant fait rendre par ce doyen le serment de fidélité , le 
4 septembre de la même année, reprit peu de. temps après le procès 
au sujet du rochet, et obtint, le 14 juillet 1455, un arrêt qui défen- 
doit au doyen de le porter, excepté certains jours. Le Chapitre, 
mécontent des entreprises du prélat, fît dresser, en i421, un cahier 
des demandes qu'il avoit k lui proposer et des sujets de plaintes qu'il 
avoit contre lui. On se plaignit d'abord qu'il n'avoit pas fait rendre 
à l'église le drap d'or qui entouroit la chaise sur laquelle les chevaliers 
ou barons l'avoieut porté depuis l'église de Saint-Germain ; on déclara 
qu'il auroit dû fournir cette pièce d'étoffe, et qu'ainsi les chevaliers 
l'ayant emportée, il devoit la restituer ou en payer la valeur qui étoil 
au moins de quarante écus d'or. On lui demanda la portion qui reve- 
noit au Chapitre de la vente des bois de Yarzy, savoir : le tiers au 
moins, et on lui notifia qu'il n'avoit pu les vendre sans le consente- 
ment exprès du Chapitre. On le pria d'annuler les exploits de justice 
attentés par ses notaires et autres officiers, dans les maisons cano- 
niales de Nicolas Fontenay et de Michel de Creney, chanoines, et dans 
celle de Robert Bouffant, tortrier. On le somma de rétablir la vigne 
de Migraine qu'il avoit trouvée en bon état et qu'il laissoit en friche. 
On le pria de veiller k ce que la belle maison épiscopale de Gy- 
l'Evéque, et autres bâtiments qui menaçoient ruine, ne tombassent 
entièrement; de tenir la main k l'acquit de l'office divin , et d'obliger 
les vicaires de l'église , les chapelains et autres tenants des bénéfice& 



(I) Mém.deG.Vioie. 



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QUÀTRB-ViNGT-CniQUIÈIIE ÉVÉQUE d'aUXBRRE. 45 

de sa nomination, de servir TégUse suivant leur fondation ; de ^^^q ^ ,^ 
&ûre délivrer de meilleur vin aux chanoines résidants, aux grandes 
fêtes et selon la mesure accoutumée ; de rendre à la trésorerie les 
offrandes quMl avoit reçues en oiBciant k Noël et à la saint Etienne; 
et enfin de mieux conduire les affaires de son évéché, d'écouter la- 
dessus le conseU de son Chapitre, sans suivre l'avis de personnes 
qui l'entralnoient mal à propos dans des procès au déshonneur de 
sa dignité, de n'avoir avec lui que des gens paisibles et craignant 
Dieu; auquel cas le Chapitre lui oflroit ses services. Ces articles 
lui furent présentés dans sa chapelle épiscopale, le mercredi 51 dé- 
cembre 1421, par Jean de Molins, chantre; Guillaume-le-Bègue, 
lecteur; Robert de Pierre-Pont, Gilles le Maître et Jean le Fèvre ou 
Fabri, chanoines, accompagnés d'Hugues Poitevin, clerc-secrétaire 
du Chapitre, en présence de Pierre Rebrachien, son oiBcial, et Jean 
Prévostat, son scelleur. Un autre article moins important, c'est que le 
marguillier laie de Téglise s'étant plaint de ce que, nonobstant son exac- 
titude à faire sonner , à Theure du couvre-feu , la grosse cloche appelée 
ÀnuOre, tous les soirs lorsque l'évêque coachoit k la ville , ce prélat 
ne le satisfaisoit point de ses salaires, La remontrance du Chapitre alla 
jusqu'à lui exposer qu'il devoit pour cela, chaque fois, à ce marguillier, 
un pain de. Chapitre et une quarte de vin. On ne se contenta pas alors 
d'une simple remontrance au sujet des redevances annuelles de 
Tévéque envers le Chapitre, sur lesquelles on Tavoit pressé une 
infinité de fois et qu'il refusoit toujours, il fut traduit au parlement et 
condamné même avec amende à payer tout ce qai étoit échu, par 
arrêt du 8 avril 1421 avant Pâques (1). Vers ce temps-lk on 
pratiqua, dans la compagnie, le statut de l'an 1415, qui portoit que 
nul du Chapitre ne seroit officier de l'évêque sans son consen- 
tement (2), à moins qu'il ne voulût perdre tout son revenu hors 
les gros. On ne peut pas assurer s*il avoit été exécuté sur d'autres 
que sur Pierre Prévostat, chanoine-secrétaire de l'évêque, et sur 
Pierre Rebrachien, son officiai. Il est seulement certain que le 



(1) CartuL Capit. fol 248. | (2) RegUt. Cap. 1422 18 décembre. 



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1410 à 14S6. 



44 PHILIPPE DES ESSARTS, 

28 janvier 1421 , ces deux chaDoines avoient remis leurs inié- 
rets entre les mains de Tabbé de Pontigny, arbitre choisi par le 
Chapitre; et que le 18 décembre 1422, on fit grâce à Pierre Rebra- 
chien. Malgré tout cela, Tévéque ne resta point en repos qu'il n'eût 
fait biffer ce statut, quoiqu'il ne fût pas spécialement pour ses officiers, 
et qu'il regardât aussi ceux qui prendroient des offices du doyenné. 
Une des demandes de sa part dans la transaction qu'il passa avec le 
Chapitre, fut que ce statut seroit ôlé. Celle transaction finit les 
difficultés qui duroient depuis treize ans ou environ. Elle fut passée 
aux requêtes du palais, à Paris, le 8 mai 1425. Le Chapitre, qui 
avoit arrêté Robert Chaletret, clerc notaire de la cour spirituelle de 
l'évêque, et qui avoit souvent fait citer et même excommunié Pierre 
Rebrachieu , son officiai, demeurant dans Thôlel épiscopal , et son 
familier, obtint de Philippe des Ëssarts» qu'il se déportât de sa plainte, 
moyennant qu'on supprimeroit le statut qui regardoit ses officiers ou 
familiers : et le prélat accorda que tous les exploits de justice faits par 
les mêmes officiers dans les maisons canoniales , esquels lieux iceulx de 
Chapitre ont toute jurisdiction spirituelle et temporelle seuls et pour le 
tout y seroient réputés pour non avenus, déclarant par la n'avoir acquis 
aucun nouveau droit sur le Chapitre {a). 

Jusqu'ici le nom de Philippe des Essarts ne paroit que dans des 
mémoires de procédure ; on le trouve marqué en quelques anciennes 
éditions du Missel d'Âuxerre (1), à l'occasion de la nouvelle fête des 
saintes femmes Marie Jacohi et Salomé. Un d'entre les trois chanoines 
qui porloient le nom de Jean le Fèvre et qui avoient été reçus sur la 
fin de l'épiscopat de Michel de Creney, fit ériger, avant l'an 1420, 



(1) Au 25 mai. 



(a) Philippe des Essarts avait voulu enlever au Chapitre la nomination du clia- 
pelain de THôtel-Dieu. L'auteur d'un petit mémoire sur Thistoire de cette maison, 
rapporte, d'après une note insérée sur la couverture d'un vieux registre, que Pierre 
des Essarts, prévôt de Paris cl frère de l'évoque, avait pris si chaudement le parti 
de son frère dans celte affaire, qu'il menaçait partout de faire pendre les chanoines 
au premier arbre qu'il rencontrerail. (iV. d, £.). 



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QUATBE-ViNGT-ClMQUIÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE. 45 

un aotel sous l'invacation de ces saintes, proche celui de Notre-Dame- 
des-Verlus, au portail de l'église. L'ayant doté, il obtint du Chapitre 
qu'on y chantât une grand*messe le 25 mai, j<mr de leur fête ; 
ainsi leur culte commença à s'établir dans Âuxerre. La guérison 
miraculeuse d'Etienne Moron , chanoine et sous-chantre , arrivée par 
rintercession de ces mêmes saintes , la veille de leur fête , augmenta 
beaucoup la dévotion. Le sous-chantre écrivit leur vie et leur 
translation, et composa en leur honneur un office qu'il étendit autant 
qu'il lui fut possible. Jean le Fèvre, natif de Tonnerre, restant alors 
seul des trois chanoines de ce nom, agît auprès de Philippe des 
Essarts ; et afin de faire recevoir cette fête dans les paroisses, il obtint 
de lui des indulgences pour ceux qui, vraiment pénitents, récite- 
roient l'office de ces saintes en public ou en particulier, ou y 
assisteroient, savoir : quarante jours pour chaque heure de l'office. 
On en fixe la concession à l'an 1424. 

Cet établissement est le seul qu'on sache avoir été fait du temps 
de Philippe des Essarts. Pendant son épiscopat , l'édifice du portail 
de l'église cathédrale, du côté de l'évéché , fut commencé en 
4415 (1), et ensuite continué par les libéralités de Jean de Molins, 
chantre et chanoine, et celles des fidèles. Quelques-uns ont cru y 
apercevoir les armoiries de Philippe des Essarts , qui sont trois crois- 
sants (a) ; mais la part que put avoir cet évêque, fut que le Chapitre 
ayant obtenu des indulgences du pape Jean XXIII , datées de Cons- 
tance, le 15 mars, pour tous ceux qui y contribueroient, il les 
publia en ajoutant celles de quarante jours , par ses lettres données 
à Auxerre le 27 mai 1415. Renaud de Fontaines, dont nous avons 
parlé ci-dessus , les avoit obtenues de ce concile où il fut député 
par la province de Sens, au mois d'octobre 1414. Ce fut le même 
Renaud qui envoya aux chanoines d'Âuxerre , ses confrères, la 



(1) Regist. CapiL , U jul. Ui^ 



(a) On voit un écu chargé de trois écuseons, mais il est impossible de le déchiffrer 
aujourd'hui. (iV. d. E.) 



1410 i 1496. 



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46 PHILIPPE DES ESSARTS, 

uio il 1496. formule suivant laquelle le pape eDleudoit donoor la paix a TËgiise ; 
elle fut lue en Chapitre le mardi 26 mars suivant (1), auquel on 
comptoit encore en France 1414. Des Mémoires sur ce concile por- 
tent que celui qui assisu de la part de l'évéque d'Âuxerre, opina 
comme le reste de la nation gallicane contre les vacances des béné- 
fices, et quod provideatur Domino nostro papœ et cardinalibus (2). 

Philippe des Essaris eut le chagrin de voir le château de Régennes 
ruiné de son temps, ou du moins très endommagé. Trois ans avant sa 
mort se donna, proche Grevan, la bataille entre les François et les 
Anglois. L'année même (1426) qu'il mourut, il avoit reconcilié à la 
Charité-snr-Loire l'église paroissiale de Notre-Dame, dite Sainle- 
Croix , dans laquelle les nommés Guillaume Loiseau et Jean de 
Neuchâteau avoient assassiné Pierre Guibelin (5). Avant que de sortir 
du prieuré, il y donna acte aux religieux , le 10 mai, comme il 
n'avoit point prétendu entreprendre sur leur juridiction ; il mourut 
cinq mois après son retour le lundi 14 octobre, à neuf heures du 
matin. 

Dès le même jour, on établit pour chanoines régalistes Michel du 
Bois et Simon Béchu. Ses funérailles furent faites le lendemain par 
Hugues des Noës, doyen ; il fut enterré dans le côté droit du chœur, 
proche la tombe de Gui de Mello , en tirant un peu vers la stalle du 
sous-chantre et vers la tombe de Piei^re de Momay (4) : il n'y eut point 
de tombe mise sur lui. Le dix-huitième jour du mois, Jean Prévostat, 
alors devenu pénitencier, Grégoire Yiteaux et Etienne-le-Bègue, cha- 
noines, exécuteurs de son testament, promirent au Chapitre d'en 
donner copie et de payer deux draps d'or, l'un qui avoit couvert la 
chaise où il fut porté k sa nouvelle entrée , et l'autre qui avoit servi à 
mettre sur son corps après sa mort (5). Us s'engagèrent aussi k donner 
dix livres de rente pour fonder son anniversaire» conformément k sa 
dernière volonté. II fut aussi fondé dans la collégiale de Notre- 
Dame-de-la-Cité (6), pour la somme de vingt livres, une foia payée. 



(1) Regitt. CapU, 

(2) Thés, anecd^ t. S, p. 1557. 

(3) Cartul. Cariî., p. 59. 

(4) Ex HlMTO succentor. 



(5) Ces deux tapis furent évalués cent 
douze Uyres. 

(6) NecrolB.M. 



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QUATRE-YINGT-ClNQUiÈMB ÉVÊQUE d'àUXERRE. 47 

Comftie Philippe des Essarls avoit été nommé Fun des exécuteurs 
testamentaires du roi Charles YI par acte du 25 octobre 1422, un 
autre fut mis en sa place après sa mort (2) : il avoit conféré , au mois 
de janvier 4417, \k son frère, Charles des Essarts, une prébende de 
Téglise d'Àuxerre vacante par le décès de Jean Vivien Tainé (5) ; 
mais Charles mourut à Âuxerre le 4 juillet 1420, laissant vacante 
avec son canonicat la dignité d'archidiacre de Soissons. Selon nos 
registres (4), ce Charles des Essarts étoit natif du diocèse de Meaux. 
Le lecteur, curieux de quelques particularités peu connues touchant 
Philippe des Essarts, les trouvera dans l'histoire des grands officiers 
de la couronne, k l'article des grands bouteillers de France, où 
Charles des Essarts, dont je viens de parler, est oublié. 



1410 ï U<i6. 




f SIOILLVH CAPITVLT SANCTI OERMANI AVTISSIODOH. 

Sceau de Tabbaye de Sainl-Germain d'Auxerre, an 1335. 



(I) Preaves Ue Thist de Paris, t. 2 , | W /?^flf. Cap. 25, Janwar. 1417. 
p. 587. I (3) làid, 1420, 29 maii et }ijul 



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48 JEAN DE CORBIE , 



CHAPITRE VII. 



Des deux évoques, Jean de Corbie et Laurent Pinon, élus pendant les guerres du 
roi Charles VU contre les Anglois et autres. 



JEAN DE GOKBIË, L XXXVI- ÈVÊQUE DAUXERRE. 

1426 il 1432. Le roi d'Angleterre, qui se portoit pour roi de France , averti de 
la vacance de l'église d'Aiixerre, défendit aux chanoines de la cathé- 
drale de procéder à une nouvelle élection sans lui avoir demandé son 
consentement. Cette défense, qui étoitdu 51 octobre 1426, fut suivie 
d'une députation que le Chapitre fit pour obtenir cette permission, 
et qui fut en effet accordée à Paris, le second décembre. Il est diffi- 
cile de connoitre les brigues faites alors pour l'élection; on sait 
seulement qu'il y eut deux évèques nommés pour Auxerre, Jean de 
Corbie , qui succéda véritablement à Philippe des Essarts, et Jean 
Vivien élu par. les chanoines ses confrères. 

Jean de Corbie, dont la nomination eut lieu, étoit fils de Thomas 
de Corbie , annobli en 1389, et de Marguerite de Cresequas. Il avoit 
été maître des requêtes depuis l'an 1406 jusqu'en 1415 qu'il hérita, 
avec Arnault, son frère, des grands biens que le chancelier ArnauU 
de Corbie avoit laissés à sa mort dans le Beauvoisis. On le trouve 
aussi, la même année, dans le rang des chanoines d'Amiens. Quelque 
temps après il fut évêque de Mende ; et, sur la foi d'un titre, oq 
assure qu'il l'étoit dès Tan 1416. Mais il n'est point vrai qu'il ait 
quitté cet évéché en 1424 pour venir à Auxerre, comme le marque 
le nouveau Gallia Christiana (1), puisque le siège étoit alors rempli. 
Ce fut certainement au plus tôt en décembre 1426 qu'il put être élu ou 

(1) Gall. Chr.nova inprob, eccl. Mimât., p 27. 



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QUATRE-VINGT-SIXIÈME tvÊQOB d'aUXERRE. 49 

Dommé pour Âuxerre ou qu'il y fat transféré ; encore est-il plus i^^e !i i4'i;î 
probable qu'il ne fut élu que le 8 novembre i427 (1). L'époque 
de son entrée à Âuxerre est marquée vers le milieu du mois de 
déeembre de cette année» sans aucun détail (2). Ce qu'on sait de son 
épiscopat se réduit presque k rien ; il est peu d'évéques dont il soit 
TeDOJasqu'à nous moins de faits. Piéride de Longueil, son vicaire- 
général, le poussa k une tentative sur la juridiction du Chapitre. 
Simon Béchu, receveur du temporel de l'hôtel-dieu de Mont-Ârtre, 
étoit en même temps chanoine. Le vicaire-général l'avoit lait citer 
par devant lui au sujet de ses comptes. Le Chapitre soutint que sa 
qualité de chanoine Texemptoit de la juridiction épiscopale, et la 
Tigueur de la compagnie engagea Pierre de Longueil à un accord, par 
lequel on convint k l'amiable que le tout s^oit réputé comme non 
aTeno (3). On vécut ensuite en si bonne intelligence avec le vicaire- 
général, qu'on lui prêta tous les livres de la bibliothèque du Chapitre 
dont il eut besoin (4). Le concurrent de Jean de Corbie k Févéché 
d'Âuxerre, sur la fin de la même année 1428, fit ajourner k la cour 
de Rome, k la cinquantaine, le Chapitre d'Auxerre avec les deux 
dânoines régalistes (5). Il prétendoit apparemment aux revenus échus 
dorant la vacance. On ne sait ce que devinrent ses prétentions; 
Jein de Corbie resta évéque d'Auxerre et confirma les indulgences que 
son prédécesseur avoit accordées (6) au sujet de la nouvelle fête des 
saintes Marie Jacohi et Salomé : c'est tout ce qu'on sait de lui quant 
an ministère spirituel. La situation des affaires du royaume et des 
siennes propres ne lui permit guère de résider dans une ville qui 
Be paroissoii pas tenir le parti auquel sa famille étoit attachée. Il hérita 
encore de la portion de son frère Ârnault; mais le roi^ d'Angleterre 
confisqua sur lui, en 1451, les terres de Séchelles .et de Cuvilliers, 
qii Ini étoient venues directement de son oncle le chancelier, et il les 



(1) 8a tramlation, du feiëge de Monde à 
cdai d^Auxerre, est marquée dans les régis- 
tnsda Vatican an 18 août 1427, la dixième 
uiwedeMartin Y. 

\^) Reg. Cap., I4i7. 

Il 



(3) Reg. Cap., 1428. 

(4) Beg. Cap,, ôOapr. 1429. 

(5) Reg, cap. XI, JUartii 14i8 et 1 AptU. 
1429. 

(6) Miêsaïia ÀuU$t* 



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50 JEAN DE CORBiE , 

\m > I4S3. <lonna à Jean de Poix (1). Il eut encore un embarras de famille peu 
convenable à son état, il s'agissoit de pourvoir à deux fils naturels 
nommés Geoffroy et Renaud ^ qu'il avoiteus d'une damoiselle nommée 
Marie de Poilhay, et un autre du fait de son frère Ârnault dont il 
étoit héritier (2). Il fit légitimer les deux premiers par lettres données 
à Chinon au mois d'août 1455, et fit présent, en pur don, au dernier 
des seigneuries de Courselles, de Ploûis et du Becquet. Il est vrai- 
semblable que la reconnoissance qu'il fit de ces deux bâtards, fut l'une 
de ses dernières actions (5). Au moins, il étoit mort au commence- 
ment du mois d'octobre de la même année, si le sede eptscopali vacante 
marqué dans les titres du premier et du troisième de ce mois, est une 
preuve suffisante de mort ; mais comme le Père Anselme assure qu'il 
vivoit encore en 1455, il peut se faire qu'il eût abdiqué l'évéché 
d'Auxerre pour se retirer dans quelque cloître (4). D'autres écrivains 
le font même vivre jusqu'en 1458 (5). On voit, dans les comptes de 
la ville d'Auxerre, que ce fut sous son épiscopat que le roi Charles YII 
passa h Âuxerre, accompagné de la Pucelle d'Orléans , et que se tint 
la fameuse assemblée pour la paix, à laquelle fut envoyé, de la part du 
pape, le célèbre chartreux Nicolas Âlbergati, cardinal du titre de 
Sainte-Croix-en-Jérusalem. Les lieux circonvoisins ne manquèrent pas 
de profiter de la présence d'un homme si respectable pour obtenir les 
grâces spirituelles qu'il étoit en son pouvoir de dispenser. Entre autres 
indulgences il accorda, en faveur de l'église cathédrale d'Auxerre, 
pour l'espace de vingt années (6), cent jours à chacun des fidèles qui 
visiteroient cette église en certaines fêtes avec les dispositions nécessaires, 
et y prîeroient pour les besoins de l'Etat, ou bien assisteroient aux 
processions générales que les chanoines feroient pour la paix et la 
prospérité du royaume. La nouvelle fête des Saintes-Femmes n'est pas 
oubliée dans le catalogue des fêtes, non plus que celle des reliques de 



(i) Anselme in Careell Yoyé aussi Saa- 
Ta!,t. 3. p. 588. 

(2) Anselme, ibfid. 

(3) Anselme, iM, et hittor. BehHxe. 

(4) On cite uo article de son testament 
de Tan 1455, le 14 ayril, par lequel il donna 



à son neven Arnanlt, fils naturel du chan- 
celier , les terres de Gourcelles , Plessîs- 
Saint-Just, etc. 

(5) MorerideDupin. 

(6) Ex originatib. 



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QUATRE-VINGT-SIXIÈME ÉYÊQUE d'aUXERRB. 5i 

la même église (4). Ce fut aussi de son temps que se tint le concile 
de Baie où le Chapitre d'Ânxerre dépota Hugues des Noés, chaDoiue. 
Denis Simon, conseiller an présidial de Beauvais, dit, dans soô Nobi- 
liaire de Beauvoisis, que Jean de Corbie, évéque d'Âuxerre, a fondé 
Tobit de sa mère dans Téglise collégiale de Saint-Yaast de Beau- 
vais (2). 



1496 21 im. 



LAURENT PINON, LXXXVII* ËVÊQUE D'AUXERRE. 



Il y avoit plus de deux cent cinquante ans que le siège épiscopal 
d'Âuxerfe n'avoit été occupé par un religieux, lorsque les intérêts du 
duc de Bourgogne firent placer sur ce siège un Dominicain qui 
étoit son confesseur. Une lettre écrite par Eugène lY à Philippe, 
duc de Bourgogne , le 15 juillet 1455, fait voir que ce pape avoit été 
fort pressé par ce duc pour y mettre un évêque qui lui fût agréable, 
et qu'en conséquence le pontife avoit donné la préférence à Laurent 
Pinon. Une lettre de ce duc, du 26 avril, ne laisse aucun lieu 
d'en douter ; il y recommande, aux Pères du concile de Bàle , son 
confesseur transféré, dit-il, depuis peu par le pape, de Févêché de 
Bethléem à celui d'Âuxerre ; ajoutant que quoique le doyen nommé 
Hugues des Noés, concurrent du nouvel évêque, Teût cité devant 
eux, il espéroit qu'ils n'infirmeroient point la disposition du pape, 
parce qu'autrement cela seroit préjudiciable k la ville qui éioit de son 
domaine (5). 

Le Dominicain, si chéri du duc de Bourgogne, avoit autrefois 
étudié dans la maison de Saint-Jacques de Paris, d'où il fut envoyé 
à Reims pour y être lecteur en théologie. Etant évêque de Beth- 
léem vers Tan 1420, en même temps que confesseur du duc de Bour- 



1433 a U49. 



(1) Foy. les Preayes, où est rancien 
Catalogne de ces reliques 4ressë soas Pbi- 
lippes des Essarts. 

(2) Ex D. Baluu in notU. ad Bpitc, 
Autits», p. 30. 

(3) Cette lettre est dans le 8«' tome de 



rAmplissime Collection da P. Martene , 
col. 583 ; mais ce Père se trompe lorsqu'il 
marque qu*il s*agissoit là de Pierre de 
LongueiL 

L'extrait des registres du Vatican, fait 
par dom Etiennot , marque sa translation 



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1488 \ 1449. 



52 LAURENT PIIION9 

gogne y il publia un Traité de TorigiDe des seigneuries et de la division 
des états , qui est apparemment celui qu'on dit avoir été présenté 
au duc de Bourgogne par un évéque de Bethléem, sous le titre de 
Traité de la puissance temporelh (1). Le P. Ecbard donne à entendre 
quMl ne fit qu'une traduction Françoise du traité latin de Durand 
de Saint-Pourçain , évéque de Meaux , sur la puissance temporelle 
des rois. Soit que le duc de Bourgogne ne fit pas autrement atten- 
tion k cet ouvrage, soit que Laurent eût depuis modéré son zèle, le 
prince crut qu'on pouvoit confier à ce religieux la conduite spiri- 
rituelle d'une ville qui faisoit la clé de ses états ; de sorte qu'après 
avoir été évéque d'un titre enclavé dans le diocèse d'Âuxerre et 
d'uoe église sans peuple, il devint évéque du diocèse même qui bor- 
noit la Bourgogne du côté de la France. 

Laurent Pinon, dès le 21 décembre 1455, bénit à Dijon une église 
succursale de Saiol-Nicolas , construite par le bailli de cette ville, et 
les titres vus par l'historien de l'abbaye de Saint-Etienne , le quali- 
fient dès-lors évéque d'Âuxerre (2) ; cependant, il ne fit sou entrée à 
Âuxerre que plus d'un an après. Pendant cet espace de temps, le 
clergé d'Âuxerre , hors d'état de payer certaines exactions nommées 
alors demi-dixme ou semi-dixme, c'est-à-dire le vingtième denier, 
écrivit au concile de Bàle pour en obtenir la décharge (5) ; la lettre 
est du 29 juin 1455. On y représentoit que la guerre avoit rendu tous 
les héritages incultes, et que si l'on obligeoit de payer l'imposition, 
le service des églises seroit abandonné. La preuve que Laurent 
Pinon fit son entrée solennelle k Âuxerre vers la fin de 1454, se 
tire de l'ordre qu'il donna le 24 février, de signifier cette entrée au 
baron de Donzy , et de la commission que le duc Philippe-le-Bon 
envoya, au nom de son beau-fils Charles, comte de Nevers, dont 
il avoit la tutelle, pour porter l'évêque dans cette cérémonie k cause 
de la baronnie de Donzy. La commission fut adressée, le dernier 
février 1454, au seigneur de Ghastellux et à Gui de Bar, cham- 



de Belhlëem à Aaxenre, par Eugène lY, 
au 31 mai 1432, ot son élecUon an 22 avril 
1433. Ce qai n'est point clair. 
(1) In 9f'. Seguier in Mbl Sangerm, 



(2) Prob. hisl. S. Steph. DMon, p. 273. 

(3) Preaves, t. iv , et ÀmpUts. Colkcl. 
Hartene, t. 8, p. 616. 



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QUATRE-VINGT-SEPTIÈME ÉVÊQUE D^AUXBRRE. 55 

bellan da duc. Il y avoit aussi ordre du 24 février, d'ajourner i483>ii4i9 
à la même cérémonie le duc de Bar pour la seigneurie de Toucy aussi 
bien que le seigneur de Saint-Verain ; la signification leur en avoit 
été faite les trois et cinquième mars» suivant. Les compilateurs de 
ces titres (1) n'ayant point eu l'attention de marquer le jour que 
Tévéque avoit indiqué , cela nous fait hésiter sur cet article de chro- 
nologie : Dom G. Viole a écrit que ce joyeux avènement au trône 
épiscopal fut le 14 mars. L'unique circonstance qui en a été con- 
servée par un ancien épistolier de la cathédrale , est qu'il prêta entre 
les mains du doyen le serment ordinaire de maintenir les droits de 
cette église. Quatre ans après, il fit à Sens la profession d'obéissance 
en qualité de suffragant ; et comme Tarchevêque Louis de Melun étoit 
absent , il s'acquitta de ce devoir en présence de ses vicaires généraux. 
Pierre de Longueil fut continué dans la fonction de grand-vicaire dont 
il avoit été chargé sous son prédécesseur ; le nouvel évêque ponvoit 
compter sur sa vigilance : éloigné quelquefois de son diocèse , il avoit 
besoin d'un tel homme. 

Dès Tan 1435, le duc de Bourgogne mena Laurent Pinon dans les 
Pays-Bas, pour assister au traité qui devoit être fait à Ârra's. L'évéque 
d'Âuxerre y étoit le 15 juillet, et, le 22 du même mois, il célébra à 
Saint-Yaast la grand'messe de la procession solennelle qui se fit par 
la ville, en présence du cardinal de Cypre (2). Après cette messe il 
prêcha , et ayant pris pour texte de son discours : Fides tua te Mlvum 
feeit ; vade in pace^ il s'étendit k montrer la prééminence des rois de 
France sur les autres couronnes et leur stabilité dans la foi ; il fit voir 
les biens que les papes Etienne et Adrien avoient reçus de Pépin et de 
Charlemagne, d'ob il conclut qu'il étoit important qu'un royaume si 
catholique et si utile à TEglise, conservât la paix dans son sein. Le 
8 septembre, il célébra la grand'messe à Saint-Yaast, en présence 
du duc de Bourgogne; et enfin, le 21 du même mois, il fit la clôture 
de l'assemblée par une prédication sur les avantages de la paix, prenant 
pour thème ces paroles du psalmiste : ecce quam banum^ etc. , il fit à 



(i) loveoUire m«* de Yanj. t de la Tarerne. Rcl. de S. Vast, imp. en 

(?) Journal de la Paix d'Arras d'Antoine I 1651. 



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1433 à 1449. 



54 LAURENT PINON, 

ce sermon une longue allusion de ce qui se lit dans la Genèse « sur 
l'accord d'Abraham et de Loth, avec le traité qui venoit d'être conclu 
et qu'un chanoine d'Ârras publia ensuite dans la même chaire. Par les 
articles de ce traité, le duc d# Bourgogne obtint de grands avantages 
sur le pays Âuxerrois ; cependant, il ne put y faire des levées sans 
opposition. Lorsqu'il en fit la tentative, l'année même du traité, 
l'évéque d'Âuxerre s'y opposa pour ses terres et pour celles du Cha- 
pitre ; de sorte que le duc déclara qu'il n'agissoit pas en qualité de 
duc de Bourgogne, mais comme jouissant des droits royaux en vertu 
du traité d'Arras (1). 

Cet évêque fut souvent obligé de résider dans des villes des Pays-* 
Bas ; tantôt à Lille , au cloître Saint-Pierre, et tantôt à Bruges (2). 
Dans un de ces voyages en 1439, il apprit que Pierre de Longueil, 
son vicaire général, avoit été élu doyen du Chapitre d'Auxerre (5). Sur 
celte nouvelle , il adressa , le 9 septembre , une commission à l'abbé 
de Saint-Marien , pour qu'il reçût en son nom le serment de fidélité 
du nouveau doyen qui lui étoit déjà attaché par Toffice de grand- 
vicaire. Dans le diocèse, il est peu de collégiales ou monastères où il 
ne reste quelque vestige du nom de ce prélat. Outre l'église de Saint- 
Martin de Clamecy, dont quelques-uns assurent qu'il fit la dédicace le 
10 janvier 1458, il dédia celle de Sainte-Eugénie de Varzy, le premier 
dimanche de l'Avent de la même année (4), voulant cependant qu'on 
remit k un autre temps l'anniversaire de cette dédicace et y accordant 
des indulgences. Il demeuroit assez volontiers dans le château que les 
évêques avoient de temps immémorial dans cette ville de Varzy. Les 
habitants d'Auxerre ayant besoin de son secours au mois de juin 1444, 
lui dépêchèrent un courrier en ce lieu ; il affectionna beaucoup l'église 
collégiale de Sainte-Eugénie (5), et y fonda une chapelle sous le titre 
de deux fameux saints de son Ordre, saint Pierre, martyr, et saint 
Thomas d'Aquin ; il s'y fit représenter k genoux avec l'habit des Do-^ 
minicains. Le 25 août, et apparemment en 1445, il dédia l'église du 
prieuré conventuel de Sainte-Geneviève de Marcy, de l'Ordre du Val 



(i) TaàuU S. Germ. AutUs. F. Preaves, 
{t) Ëchard in Scrip. Dominic, 



(5) Viole. 

(4) Obituar. Varxiac. 

(5) :fabul S. Bugen. Varziac. 



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QUÀTHE-VINGT-SEPTIÈME ÉYÉQUE d'aUXERRE. 55 

des Ecoliers (1). S'étant recommandé aux prières de la petite commu- 1493 ^ 1449. 
naoté qui y subsistoit alors, il fut résolu le 14 octobre de chanter 
chaque année, le lendemain de Saint-Laurent, une messe du Saint- 
Esprit à l'intention du prélat , tant qu'il yivroit. L^église collégiale de 
Notre-Dame de Toucy avoil besoin d'être rebâtie. Le 9 mai 1445, 
il accorda des indulgences k ceux qui contribueroient de leurs aumônes 
au nouYcI édifice qu'on projettoit (a). Faisant la visite de son dio- 
cèse, les années 1446 et 1447 , il dressa des règlements pour les cha- 
noines de Saint-Etienne de Gien. En 1458, il fit, h l'autel matu- 
tinal du prieuré de la Charité, une ordination de quelques moines 
acolytes (2); mais Pierre le Duc» sous-prieur et vicaire-général du 
prieur, lui demanda une déclaration , comme c'étoit du consentement 
delà communauté, aux libertés de laquelle il n'entendoit préjudicier et 
sur laquelle il n'avoit aucune juridiction, ce qu'il accorda le 27 janvier 
1438. En 1445, étant à Varzy le 4 septembre, il permit de quêter 
par son diocèse avec une croix et un reliquaire , pour aider au 
bâtiment de l'église de Bethléem » nouvellement ruinée par les guerres» 
que l'évêque Àrnoul rebàtissoit. Il accorda même des indulgences aux 
bieniaitears. 

Les évêques, tirés du corps religieux, laissent ordinairement 
beaucoup de marques d'affection envers les maisons de leur Ordre, 
situées dans leur diocèse. Laurent Pinon ne se distingua pas de 
ce côté-lk; et il ne paroit en relation avec ses confrères de la 
maison d'Âuxerre qu'en deux occasions : premièrement en 1440, 
lorsqu'ils tinrent chez eux le Chapitre provincial de l'Ordre auquel 
il assista, et en 1445, au sujet d'une dévotion qui lendoit au 
soulagement des âmes du purgatoire. Le motif de cet établissement 
vint de ce qu'étant mort un nombre considérable de fidèles pendant 



(i) ObUuar. Mareiac. \ (i) Cartul CarU., p. 60.. 



(a) Uévéque rapporte dans la lettre qu'il donna pour cet objet que les Anglais 
Pavaient brûlée. Cet événement était arrivé dans les guerres civiles du commence- 
ment du siècle, en 1423, lorsque les Anglais s'étaient emparés de Toucy.— 
F. Preuves, t. iv, n. (JV, d. M.}. 



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56 LAURENT PIMON \ 

1133 à 1448. '^^ guerres précédentes, sans avoir eu la sépulture ecclésiastique, il 
parut nécessaire d'y suppléer en quelque manière. Les Frères Prê- 
cheurs d'Auxerre proposèrent donc une confrairie qui feroit célébrer 
tous les jours de Tannée une messe dans leur église, k Tintention de 
tous ces défunts, et chaque semaine, une fois les vigiles des morts, 
excepté les semaines des grandes fêtes. Barthélémy Tixier, associa par 
avance tous les confrères de la future confrairie aux suffrages de 
rOrdre; il falloit munir le tout de l'autorité épiscopale (1). Laurent 
Pinon 9 non content d'approuver cette confrairie, dite des Trépassés, 
accorda les indulgences ordinaires a tous ceux et celles qui s'y enrôle-r 
roient, et ordonna de bien recevoir les Dominicains d'Auxerre qui 
les publieroient. Ces lettres, signées h Auxerre le vendredi après la 
Saint-Martin d'été 1445, furent suivies l'année d'après d'une augmen- 
tation d'indulgences que Pierre du Mont, évéque de Bresce et nonce 
du pape Eugène IV, accorda à Bourges le 8 octobre, à tous ceux qui 
feroient quelques aumônes ou legs k la même confrairie : tout cela re- 
gardoit une dévotion particulière. Quant k l'oflBce public, tel qu'il se 
chantoit alors dans le diocèse, ce prélat n'y toucha nullement; il laissa 
le calendrier comme il l'avoit trouvé, sans y faire insérer saint Domi- 
nique ni aucun autre saint de son Ordre, et sans augmenter le grade 
de la fête de saint Laurent, se contentant de faire écrire dans les pon- 
tificaux la bénédiction épiscopale selon le rit gallican, pour les années 
qu'il officieroit pontificalement chez les Jacobins le jour de saint 
Doniinique. 

Il ne paroit proprement qu'un seul acte d'hommage rendu de son 
temps a l'église d' Auxerre : c'est celui de Charles, comte de Nevers, 
"pour la baronnie de Donzy (2). 11 fut rendu k la manière accoutumée 
par le comte , ayant les mains jointes en manière de suppliant et rece- 
vant le baiser de paix de Tévêque ; la cérémonie se fit k son retour de 
Cosne, dans la chapelle du château de Donzy, le 9 juin 1445; il fit 
marquer expressément dans l'acte, que par grâce il recevoit k Donzy 
cet hommage qui auroit dû lui être rendu k Auxerre, k quoi le comte 
acquiesça en présence d'un grand nombre de ses officiers et amis, 

(1) Lettres de Lyon, 27 mai 1443. / (2) Toy» Preuves, adan. 1445. 



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QUATRE-YINGT-SEPTIÈHE ÉVÊQUB d'aUXERRE. 57 

savoir : Milon de Paillars, chevalier , bailli de Niveraois et de Donzy; 
Gui de Jaucour , seigneur de Yillarnout et de Marrault, son premier 
chambellan ; Jean de la Rivière, seigneur de Ghamplemi; maître Pierre 
de Longueil, doyen de l'église d'Âuxerre ; frère Jean du Doyer, domi- 
nicain, et plusieurs écuyers. Jean de Salazar, qui avoit acquis, des 
héritiers du cardinal de Bar, la terre de Toucy, devoit pareillement lui 
en rendre hommage dès Tan J445; mais ce prélat lui donna des 
lettres de répit ou de souffrance jusqu'au mois de février 1448. Cepen- 
dant, on lit dans l'inventaire des titres de Toucy, une saisie de la tour 
de Toucy, faite au nom de Tévéque par faute de foi et hommage, le 
18 mai 1446. En la même année, 1445, il affranchit grand nombre 
des habitants de l'un et l'autre sexe, de la seigneurie d'Hodan, proche 
Varzy. Ce qui confirme que Yarzy fut le lieu de son diocèse où il se 
plut davantage après Âuxerre. 

Nous ne savons pas où il mourut, ni même positivement quel 
jour arriva son décès, sinon que les comptes d'anniversaire de la 
cathédrale le marquant vers la fin du mois de mars, il y a assez 
d'apparence qu'il mourut pendant le cours de ce mois, l'an 1448. 
Le lieu de la sépulture a paru également incertain ; quelques mo- 
dernes l'ont cru inhumé dans la nef de la cathédrale , devant le 
crucifix (1) ; ils pensoient que la tombe noire qu'on y voyoit, il y a 
soixante ans , étoit la sienne ; mais d'autres, plus instruits, ont écrit (2) 
que Laurent Pinon a été inhumé chez les religieux de son Ordre, a 
Âuxerre, où la sépulture se voyoit au côté gauche du grand autel, jus- 
qu'à ce que les huguenots eussent entièrement détruit son tombeau et 
dissipé ses ossements. 

Outre la traduction du Traité de la puissance temporelle qu'il avoit 
faite élant évêque de Bethléem , il reste de lui un catalogue des illus- 
tres de son Ordre que l'on montre manuscrit à Saint-Victor è Paris (5)« 
Il fit rédiger en 1455 un Pontifical à son usage; c'est un petit in-4<* 
conservé parmi les nianuscrits de la bibliothèque Colbert (4). On y 
voit, au bas de la première page, ses armoiries qui sont trois pommes 



(1) Bvgeûé, assesseur. 1 (3) Num. 650. aniiquo. 

{%) Noëi, cbanoine. I ^4) Num 5984. 



143» ï 1448. 



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1433 h 1440. 



58 PIERRE DE LONGUEIL , 

de pin d^or dans un champ d'azur. Les mêmes armoiries s'aperçoi- 
vent encore dans la salle basse de Tévêché, au manteau d'une ancienne 
cheminée. 




SECRBTVM (a) S. GBRMÀNI CAPITULI. 

Sceau secret do couvent de Saint-Gcnnain d'Auxerre, 1335. 



CHAPITRE VIII. 

PIERRE DE LONGUEIL, LXXXVIU» ÊVÊQUE D'AUX£RRE (6). 

1449 il 1473. Depuis lougtemps on n'avoit vu d'évêque gouverner l'église d'Au- 
xerre et y résider si grand nombre d'années que Pierre de Longueil. 
Sou épiscopat fournit beaucoup de faits remarquables, Pierre de Lon- 
gueil, parut véritablement né pour l'église d'Auxerre, ayant été vicaire 
général de Jean de Gorbie, il continua la même fonction sous Laurent* 
Pinon. Il devint alors chanoine de la cathédrale, et enfin doyen; selon 



(a) G^est par erreur que le graveur a mis sigiïlvm au Heu de teerelvm. 

(b) Le 4 décembre 1150, l'évèque donna des statuts à la coUégiale Sainle- 
Eugénie de Varzy. (^. d. E.). 



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quàtre-yingt-hditième évêqub d'àuxerre. 59 

les apparences , il ne songeoit pas k êlre évêque d'Auxerre , puisque 
étant doyen , la pensée de la mort lui fit fonder son obit. Cepen- 
dant la providence l'appela k celte dignité après la mort de Laurent 
Pinon. 

Il nous apprend lui-même qu'il étoil originaire d'Auxerre , Ju côté 
d'Adam Chanteprime , trésorier de France , qui en étoil natif. 
Il ajoute même que son père et sa mère y avoient été mariés , et 
que Tua de ses frères y éloit né sur la paroisse de Saint- 
Mamert (1). Il naquit k Paris en 1597 sur la paroisse de Saint- 
Benoit (2) , de Jean de Longueil , président au parlement , et de 
Jeanne de Bouju, dame du Rancher, inhumés Tun et l'autre chez les 
Gordeliers. L'historien de l'Université de Paris (5) le fait naître sept 
ans plus tôt ; si du Boulay s'est trompé pour cette date , il a pu dire 
vrai lorsqu'il ajoute que Pierre de Longueil passa maître ès-arts en 
1415. Il fut chanoine de Notre-Dame de Paris et de Coiitances, 
selon qu'il le marque dans son testament, et peut-être est-il aussi 
le Pierre de Longueil qualifié trésorier de Beauvais, dans un ma- 
Duscrit de Dijon, k l'an 1455 (4). Mais il s'attacha par préférence 
à l'église d'Auxerre ; on croit «que des alliances entre les Chante- 
prime et les Corbie y avoient donné occasion , de sorte que Jean 
de Corbie, évêque d'Auxerre, s'étoit déterminé en 1427, k l'éta- 
blir son vicaire-général. On a pu observer ci-dessus quelques effets 
de son zèle pour l'étendue de la juridiction épiscopale ; pendant 
qu'il exerçoit cet office , il fut quelquefois député par la ville vers le 
due de Bourgogne, Philippe-le-Bon, pour les intérêts du pays, et 
surtout en 1451 , 1452 et 1455. Etant devenu chanoine d'Auxerre, 
puis doyen, il continua k faire connoitre l'étendue de son génie. La 
communauté des habitants dont il fut gouverneur de la part du 



1449 k 1473. 



(i) Ceci est tiré d'an mémoire qao cet 
éféque présenla aux gouverneurs de la 
ville, lors de son procès sur rassistanco k 
U messe de paroisse. 

(2) Ex ejus testamento. 

(3) Du Boolay, ScBC. XV. p. 915. 

(4) II peut aussi se faire qu'il soit le 
même Pierre de Longueil qui a voit pris 



possession d*un canonicat de Sens, auquel 
il prélendoit encore avoir droit en 1442. 
Il est au Feci de Sens de cette année>là. 
Dom Denis de Sainte-Marthe marque qu'il 
étoit devenu chanoine de Paris par permu- 
tation pour un canonicat de l'église de 
Bcauvais. 



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144» k 1473. 



60 PIERRE DE LONGUBIL, 

clergé (1), ne pouvoit que se louer de ses services. Dix ans après, 
il prenoit le titre de conseiller et maître des requêtes de rhôtel de 
monseigneur le duc, particulièrement en 1443; et en 1448 on le 
qtialifioit conseiller au parlement de Paris. Tous ces titres ne furent 
qu*un acheminement k Tépiscopat. 

Ayant été nommé h Tévéché d'Auxerre en 1449 (2), on vit bien- 
tôt les préparatifs de sa prise de possession. Il donna, le 21 février 
de celle année , quatre mandements dont le premier fut signifié au 
comte d*Auxerre, dans le château de la ville , le 25 du même mois (5) ; 
le second, au duc de Bar, k Toucy, le 24; le troisième, au seigneur 
de Saint-Yerain , le 25 ; et le dernier » le 26 , à Donzy , au baron de 
cette seigneurie ou à ses oflBciers, pour qu'ils eussent k assister k son 
entrée et k le porter (4). Le 25 de février, le Chapitre de la eathé* 
drale consentit par écrit qu'il pût venir dans la ville avant que de 
faire son entrée k Tabbaye de Saint-Germain ; et coname il ne voa- 
loit point nuire k ses successeurs', ni abolir la louable coutume, il 
donna le même jour, k Tabbé et au couvent (5) , quittance du 
marc d'argent pour son droit de réception en ce monastère comme 
si réellement il l'eût reçu , quoiqu'il en eût fait la remise et qu'il 
n'y eût point logé; il fit expédier pour le Chapitre un autre acte 
par lequel il déclaroit qu'il ne prétendoit point, abolir l'ancienne 
coutume de n'entrer dans la cité d'Auxerre qu'après avoir couché 
une nuit k Saint-Germain. Comme sa présence étoit nécessaire k 
Auxerre k cause des partis qui couroient autour de la ville, il se 
retira dans le prieuré de Notre-Dame-la-d'Hors de l'Ordre de Pré- 
montré et y resta seize jours avant son entrée solennelle ; ne vou- 
lant point paroitre innover, il donna aux religieux une déclaration 
comme en cela il n'avoit point entendu préjudicier aux immunités 
de l'abbaye de Saint-Marien (6). Il choisit pour le jour de son 
entrée solennelle, le dimanche Lœtare, 15 mars, et le fit signi- 



(i) Compte de la \ille d'Auxerre. 

(2) Le 28 mai seloa les regi^^lres do 
Vatican. 

(3) Ces formules éloient toujours selon 
Le style ancien, quoiqu'il n'y eût plus de 



comte à Ànxerre. 

(4) Inventaire des titres de Varzy. 

(5) Archives de saint Germain. 

(6) Tab. S. Mariant, Arcb. de l'Yonne. 



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QUATRE-VINGT-HUITIÈMS ÉYÉQOE d'aUXERRE. 61 

fier à l'abbé de Saint-Germain , afin que lui et ses religieux le 
reçussent dans leur église. Le jour de cette grande cérémonie, k 
8 heures du matin, il ne se trouva à Saint-Germain de dépu- 
tatioB convenable de la part des barons que celle du comte de 
Nevers. Il avoit commis, pour porter cet évéque en son nom, Jean 
de la Rivière , chevalier et bailli du Nivernois et s'étoit excusé de 
ce qu'il ne venoit pas lui-même, sur ce qu'il étoit occupé nu service 
du roi pour le recouvrement du duché de Normandie. Jean de 
Salazar , écuyer, possesseur de la tour de Toucy, avoit commis Guil- 
lanoie de Prades, son officier, parce qu'il devoit se rendre auprès du 
dauphin Viennois. Artaud Trousseau, seigneur de Saint -Yerain en 
partie, s'étoit contenté d'envoyer un homme chargé de sa procuration. 
A regard du duc de Bourgogne, il ne comparut ni en personne, ni 
par procureur ; ces défauts obligèrent Tévéque à les faire proclamer a 
hante voix, Tun après Tautre, jusqu'à quatre fois par Torgane de 
Jocelin Gourtjarret, son bailli, et à ne pas se servir du ministère de 
Jean de la Rivière, parce que les trois autres n'étoient point chevaliers 
comme lui. Il fut donc porté depuis le chœur de l'église de Saint- 
Germain jusqu^a la cathédrale, par quatre bourgeois forts de corps et 
d'honnête familles, qui étoient Jean Ferroul, Pierre Quatre-Langues, 
Guillaume Marillier et Jean Bureau , accompagnés du sieur de la 
Rivière , qui posoit la main sur la chaise. A l'instant qu'il arriva dans 
la place , devant la grande porte de l'église qui étoit fermée , les cha- 
noines sortirent tous en chapes avec les croix et Teau bénite par les 
portes collatérales et vinrent au devant de lui. Jean Mauvoisin , tréso- 
rier, qui présidoit pour l'absence du doyen , le pria, au nom du corps, 
de faire le serment accoutumé. Il y consentit , prit des mains du tré- 
sorier le livre où étoit écrite la formule, et la main droite posée sur la 
poitrine , il prononça le Promittimus ordinaire , après quoi il sonna 
oue petite cloche attachée proche la grande porte ; et aussitôt celte 
porte étant ouverte, les quatre bourgeois le portèrent jusqu'au grand 
autel , le peuple criant Noël ! Noël ! Etant descendu de la chaise , il 
fit sa prière à genoux et dit une collecte de saint Etienne ; ensuite, 
Jean du Breuil , chanoine d'Auxerre» chargé de la procuration de Jean 
deNailly, archidiacre de Sens, fit la cérémonie de l'installation ac- 



1449 ï 1473. 



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1449 il U73. 



62 PIERRE DE LONGUEIL, 

compagne de Jacques Odoart, oflBcial, et d'Etienne Bruneaa, chanoines 
de Sens. Sur quoi Jean Mauvoisin fit les protestations au nom do 
Chapitre, disant que ce seroit sans préjudicier à ses droits et à ceux 
de l'église d'Âuxerre. Plusieurs personnes de distinction assistèrent k 
la cérémonie, savoir : l'abbé de Pontigny, Pierre, abbé de Saint- 
Marien; Jean, abbé de Saint-Père; Simon Goignet, secrétaire du roi; 
Jacques de la Rivière, bailli de Donzy. Geoffroy Ghantereau, prieur de 
Saint-Eusèbe , y est nommé parmi les notables du clergé d'Auxerre, 
et parmi les citoyens Pierre Ghacheré , Martin du Breuil , Biaise 
Tribolé, licencié ès-lois; Etienne Gontier, Germain Vivien et Jean 
Darthe (1). L'archevêque de Sens, Louis de Melun, ne fut témoin que 
de ce qui se passa dans l'église de Saint-Etienne. Quelques-uns veu- 
lent que Pierre de Longueil ne différa pas d'aller à Sens prêter 
serment d'obéissance à cet archevêque ; mais comme la formule 
qu'on prétend être la sienne porte en termes formels et futuro pontt- 
fiei Senonensi^ il est difficile de décider en quel temps ce serment fut 
prêté, ni même si véritablement il est de lui , puisque Louis de Melun 
fut archevêque de Sens depuis 1434 jusqu'en 1474, et qu'il n'y eut 
par conséquent aucune vacance de l'archevêché durant tout l'épiscopat 
de Pierre de Longueil. G'est une chose beaucoup plus certaine , qu'il 
paya à l'archidiacre de Sens le marc d'or accoutumé ; on a vu la quit- 
tance datée du 51 mars 1449. 

Ge prélat, dès le commencement de son épiscopat, ne parut pas 
d'humeur k négliger ses droits, ni k se relâcher des soumissions qui 
lui étoient dues. Il se fit rendre, dès le 25 avril suivant, le serment 
d'obéissance du par le doyen. Louis Raguier , nouvellement pourvu de 
cette dignité, ne pouvoit venir en personne k Auxerre, k cause des 
occupations qui le retenoient au parlement dont il étoit conseiller ; il 
donna commission k Jean Mauvoisin, trésorier, de prêter le serment 
pour lui, et en effet, ce chanoine s'en acquitta dans la chapelle du chà" 
teau de Régennes. La suite montra bien que Pierre de Longueil avoit 
ce serment fort k cœur, puisque Thomas la Plolte, successeur de Louis 
Raguier, ayant refusé de le prêter , cela occasionna un procès dont on 

(i) Ex Proc. verb, Quid. Prëvostat. 



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QUATRE-VINGT-HUITIÈME ÉVÊQUE D*AUXERRE. 65 

verra les conséquences. Le premier acte d'importance qui suivit celui 1449)1 1473. 
de Louis de Raguier, concerne encore les droits honorifiques de la 
dignité épiscopale. Ce fut Thommage que Charles, comte de Nevers 
et de Rélhel, rendit comme baron de Donzy ; ce seigneur a voit obéi 
très exactement aux ordres de Tévêque pour ce qui regardoit la pre- 
mière entrée ; son député fut admis et ceux des autres rej^tés. Le 
nouveau prélat voulant témoigner k ce seigneur combien il étoit satis- 
fait de lui, n'eut pas plutôt appris qu'il étoit de retour du service du 
roi après la recouvrance faite de la Normandie, qu'il alla le trouver en 
l'hôtel de Bethléem, proche Clamecy : cette visite ne fut pas de pure 
civilité , le prélat engagea le comte k lui rendre le devoir féodal. L'acte 
porte que ce devoir auroit dû se rendre au ohâteau de Yarzy, duquel 
est mouvante la baronnie de Donzy : le comte se reconnut homme et 
vassal de Tévêché d'Âuxerre en baisant Tévéque k la bouche (1), et 
recevant de lui injonction de fournir un dénombrement de sa terre. 
A cette courte cérémonie, faite le 21 de septembre 1450, assistèrent 
Arnoul , évé«iue de Bethléem ; Claude de Beauvoir , seigneur de Chas- 
tellux ; Jean de la Rivière, seigneur de Chamiemi, bailli de Nivernois) 
chevalier; Pierre des Barres, écuyer, conseiller et chambellan du 
comte; Pierre Garnier, son secrétaire; Guy Bourgoiu, son maître 
d'hôtel, et de la part del'évêque, Biaise Tribolé, d'Auxerre, licencié- 
es-lois. Jean, comte de Nevers, ayant succédé k Charles, rendit 
aussi foi e\ hommage k notre évéque dans une conjoncture k peu près 
semblable. Allant prendre possession de ce comté k lui écliu par la 
mort de son frère, et passant par Auxerre, le 24 mai 1464, l'évéque 
vint le saluer dan^ l'hôtel de Jean'Gontier où il étoit logé. Ils s'accor- 
dèrent sur cet hommage, par des protestations respectives de ne point 
préjudicier aux prétentions de Tun et de l'autre, k celles de l'évéque 
qui déclara n'avoir dû recevoir cet hommage qu'au château de Yarzy, 
et celles du comte qui ne se désistoit point du procès pendant sur les 
chàtellenies de Mez-le-Conite , Monceaux, Châteauneuf et Clamecy, 
que son frère avoit soutenu être mouvantes du comté de Nevers et non 
de Donzy. L'assemblée ne fut par moins nombreuse k cet hommage 

(i) L'ancienne manière de baiser. 



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1449 91 I47a. 



64 PIERRE DE LONGUEIL, 

qu'elle Tavoit été k riiommage précédent ; plusieurs cheYaliers de dis- 
tÎDClion s'y trouvèrent, savoir : Filbert de Jaucourt, seigneur de 
Yillarnoul ; Philippe de Savoisy, seigneur de Seillenay ; Claude de 
Beauvoir, écuyer, seigneur de Courson;^ Jean des Ulmes, écuyer^ 
seigneur de la Maison-Fort; Jean d'Armes, docteur-às-lois ; Jean 
Régnier, l'ainé, bailli d'Auxerre ; Jean Thiard, écuyer, seigneur du 
Monl-Saint-Sulpice ; et Biaise Tribolé, licencié-ès-loîs. Pierre de 
Longueil pressa souvent Jean de Ghallon , seigneur de Yitteaux et de 
risle-sous-Montréal , de lui rendre les devoirs féodaux pour la terre 
deLorme, en Morvan. Les délais qu'apporta ce seigneur, obligèrent 
Févéque, qui étoit à Yarzy le 7 janvier 1459, d'enjoindre à Etienne 
Lemuet, seigneur de Gorbelin ^ lieutenant du bailli de Yarzy, de faire 
mettre hrandoM on autre enseignement sur la tour , châtel , ville, justice 
et seigneurie de ce lieu , et d'en faire gouverner les revenus par un 
commissaire. L'affaire de cette saisie féodale se trouva jointe à celle 
que le même évéque eut contre les comtes de Nevers pour un sem- 
blable sujet ; Tune et l'autre duroient encore en 1471, que Thomas de 
la Lande en fut désigné le rapporteur. Pierre de Beffroymont , comte 
de Gbarny, sénéchal de Bourgogne, tenoit aussi de Tévéque plusieurs 
terres à Ghàteau-Gensoir et aux environs, dont il avoit différé de 
rendre hommage. Pierre de Longueil s'étant cru obligé d'en faire la 
saisie avec commissaires, le comte vint à raison. Il fit expédier, étant 
à Gonhey ou Gorchey, le 16 juillet 1464, une procuration a Antoine 
de Montaignerot , écuyer , capitaine du Mont-Saint-Jean, et k Guillaume 
Labbe, son conseiller, pour reprendre des mains de l'évêque d'Auxerre 
ses seigneuries saisies et lui en rendre foi et hommage. Ges terres 
étoient Montbutois, Pierrefitte, Arcy, près de Pierrefitte (i). L'évêque 
voulut bien, par considération pour le duc de Bourgogne dont ce 
comte étoit chambellan , se contenter d'un hommage rendu par procu- 
reur, protestant que cela ne pourroit lui porter préjudice. Antoine de 
Montaignerot s'étant donc mis a genoux et ayant les mains jointes. 



(1) Ajoutez le bois du même Arcy ou . appartenu à Hugues deChamy etMabiUe 
MouUd des Planches au lieu de Tingy, elles | son épouse. 
Censiyes de Yerilly , qui auparavant ayoienl I 



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QUATRE-VINGT-HUITIÈME ÉVÊQUB d'aUXERRE. G5 

baisa le prélat à ia bouche et fit le serment et les devoirs en tels cas 
accoQlumés ; ceci se passa dans la grande salle de Févéché, le 25 
juillet 1464. Le comte de Charny ayant vendu, Tannée d'après, une 
partie des terres ci-dessus nommées à Jean de Ferrières, écuyer, 
seigneur de Ferrières, Praéles et Ghamplenats, Tacquéreur se mil en 
disposition de rendre au seigneur suzerain les mêmes devoirs ; mais 
ne pouvant venir en personne, à cause qu'il étoit occupé aux affaires 
du duc de Bourbon, dont il éloit bailli pour le Beaujolois, il commit 
pour cela Guillaume d'Orgières, Jean de Nusillet et Jean Mathey, 
écnyers, par procuration passée à Clamecy le 5 ociobre 1470. Deux 
jours après , le premier des trois se rendit a Yarzy où étoit alors le 
seigneur évëque , qui , après quelques paroles et remontrances au sujet 
do duc de Bourbon, reçut par grâce cet écuyer chargé de procuration, 
fùuT amour d'icelin Ferrières eî de feu Mn père. Ce sont les termes de 
l'acte. 

Pierre de Longueil connoissant les besoins de son diocèse , regarda 
comme son premier devoir d'y tenir régulièrement le synode , afin 
d'obvier au mal ; ses règlements étoient quelquefois un peu outrés, 
aussi fut-il obligé d'y apporter de la modération. On voit , par un frag- 
ment (1) de ceux qu'il rédigea en 1451 , l'origine ou au moins une 
suite de l'établissement des prières que l'on fait encore après Pâques 
dans les villes , bourgs et villages du diocèse , pour la conservation 
des biens de la terre. Il statua que tous les curés feroient des proces- 
sions a ce sujet deux fois par semaine, depuis le premier avril jusqu'au 
dernier jour de mai , et ordonna qu'au moins une personne de chaque 
maison y assistât. Il vouloit que les curés indiquassent, le dimanche, 
quels saints on honoroit dans la semaine , même ceux qui n'avoient 
pas de fête chômée; qu'ils exhortassent le peuple k venir entendre la 
messe ces jours-lk avant le travail. Quant aux fêtes chômées qui étoient 
<|aelquefois transférées, il statua que pour éclaircir les doutes , un mois 
auparavant les fêtes, les curés vinssent ou envoyassent vers l'oflicial ou 
rarchiprétre d'Âuxerre, qui les adresseroit au sous-chantre de la 



vl^ Je possède ce fragment, 
n 



1449 il 1413. 



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114!) à 1473. 



66 PIERRB DE LONGUEIL, 

cathédrale , pour voir Tordioaire de l'église, en tirer copie et avertir 
ensuite leurs paroissiens des jours auxquels le travail manuel seroit 
défendu. Ne pouvant souffrir qu'on ignorât TOraison dominicale, le 
Symbole et la Salutation angélique, il ordonna aux curés non-seulement 
de prononcer ces trois formules au prône dans Tordre qu'elles sont 
ici nommées, mais encore d'avertir qu'il puniroit ceux et celles qui ne 
les sauroient pas dans un an , et déclara que pour cela il vouloit qu'ils 
lui en apportassent les noms au synode suivant. Dans les statuts qu'il 
dressa en 1456, il oblige les curés d'avoir un livre françois intitulé : 
£«5 avertissements de la religion chrétienne et les dix préceptes de la Un^ 
afin de s'en servir dans leurs prônes ; il réprime l'abus des absolu- 
tions frauduleuses. Non content de la menace d'excommunication , il 
impose une amende pécuniaire appliquable à son aumônerie contre les 
fidèles adonnés aux jeux de hasard, contre ceux qui n'assisteroient 
pas entièrement k la messe dans leur paroisse les dimanches et fêtes 
d'obligation, et contre les blasphémateurs; il fixa même l'amende 
contre ces derniers k vingt sols tournois. Les bourgeois d'Âuxerre 
tinrent h ce sujet de fréquentes assemblées (1) ^ consultèrent k Sens et 
ailleurs, députèrent k Ganes, en Auvergne, vers le roi, mais le prince 
ne décida rien. Il y eut appel comme d'abus , la cause fut plaidée k 
Yilleneuve-le-Roi, puis renvoyée aux requêtes k Paris , k la sollicitation 
de l'évéque ; appel ensuite au parlement signifié au prélat résidant 
alors k Yarzy. Simon le Moine , licencié ès-lois, fut député k Paris 
par les habitants , afin de poursuivre l'affaire ; mais on ignore quelle 
en fut l'issue, et on n'a pu recouvrer aucun mémoire qui en ins- 
truise. 

Ce prélat, si ardent pour le bon ordre de son diocèse, ne se laissa 
taxer d'aucune négligence dans la visite des bénéfices ; il n'eut point 
de difficultés k essuyer dans les cures, mais seulement dans les prieurés. 
Pierre d'Orouer, prieur de Saint-Gervais-lez-Auxerre , prétendit être 
exempt de sa visite, et par conséquent de la procuration et de tout 
autre subside caritatif, disant que ce prieuré, membre de l'abbaye de 



(1) Comptes de la ViUe de 1457. 



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QUATRE-VINGT-HUITIÈME ÉVÉQUB d'àUXERRE. 67 

Moléme , avoil été exempté en 1157, parTéféqae HugaesdeMacoo, 
de toutes exactions des évéque , doyen et archidiacre , comme n'ayant 
aucane charge d'âmes ; l'éyéque, au contraire, soutint que ses prédé- 
cesseurs y avoient fait visite et reçu tous les droits ordinaires. Ces 
différentes prétentions formèrent un procès qui étoit pendant devant le 
bailli d'Âuxerre, lorsque les parties firent un compromis entre les 
mains d'Albert de la Châsse, abbé de Yézelay , â la fin de janvier 
1455 (1). Cet abbé étant à Âuxerre l'été suivant, y décida en faveur 
de l'évéque, déclara qu'il avoit pu visiter une fois par an le prieuré 
de Sainl-Gervais, sans recevoir d'autre droit que celui de la procuration, 
et que cependant le prieur pourra être imposé au subside caritatif de la 
joyeuse venue des évéques ; ensuite il condamna à cent sols le prieur» 
pour tout ce que l'évéque pouvoit alors demander , k quoi il fut 
acquiescé de part et d'autre Je 26 juin 1454. Jean de Chaluz, prieur 
du prieuré d'Ândrie dépendait de la Chaise-Dieu, osa disputer à ce 
même évéque un droit bien plus évident : c'étoit celui par lequel 
il étoit tenu, k l'issue de la visite que l'évéque faisoit de l'église pa- 
roissiale située dans son prieuré, à lui fournir la procuration, soit en 
argent, soit en repas, comme jouissant de la plus grande portion des 
dîmes de la paroisse et autres droits curiaux ; mais il fut condamné 
aux requêtes du palais et ensuite au parlement qui confirma la sen- 
tence des* requêtes, le 8 mars 4465. Ce prieur avoit été le seul à 
contester ce droit, qu'une enquête de 1484 prouve avoir été payé 
exactement à Pierre de Longueil par tous les autres supérieurs des 
maisons de l'Ordre de saint Benoit , pour les cures de leurs dépen- 
dances , et même à Jean de Molins, archidiacre de Puysaie. Ces deux 
procès marquent le zèle de l'évéque pour les visites et son attention 
sur les paroisses et autres églises. Il créa, en 1469, trois procureurs 
iabriciens pour la paroisse de Gouaix dont le bien temporel dépé- 
riasoit. L'année suivante, il permit à la paroisse de Saint-Eusèbe 
d'Auxerre (2), d'imposer une taille sur tous les habitants, même ec- 
clésiastiques, pour réparer les bâtiments de l'église et la fournir 



(1) Y. Les Preuves, à l'an 1454. \ (â) Tab, S. Buseb, 



1419 h 1473. 



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144» a 1173. 



68 PIERRE DE LONGUEIL, 

(l'omemeDls , permission qu*il étendit en même temps à dix autres 
paroisses. Il visita, au commencement de Tété 1466, l'église parois- 
siale de Saints-en-Puysaie, et, en présence de Jean Robineau, curé, il 
y fit la translation des reliques innombrables des compagnons de saint 
Prix dont il apporta quelques ossements k Âuxerre (1). Dix ans aupa- 
ravant il avoit réuni le revenu de Téglise paroissiale de Neuvoy à la 
fabrique de l'église collégiale de Gien ; le consentement des chanoines 
de la cathédrale (2), demandé sur cette réunion , fut accordé le 3 no- 
vembre de la même année, avec l'apposition du sceau du Chapitre (3). 
La collégiale d'Âppoigny se ressentit aussi des bontés de l'évéque (4). 
Les chanoines lui ayant spécifié le nombre d'héritages qu'on leur avoit i 
légués à charge de prières, ou qu'ils avoient acquis dans sa justice, 
demandèrent des lettres d'amortissement ; il les accorda gracieusement 
à Auxerre, le 9 juillet 1458 (5), s'engageant pour lui et ses successeurs 
à ne leur jamais rien exiger pour ces biens sortis des familles des 
bourgeois. Ceux de Cône étoient en difiiculté avec Pierre Vaillant , dît 
Guelis, leur chantre. Pierre de Longueil approuva la sentence arbitrale 
que Jocelin Gourtjarret et Biaise Tribolé, licencié-ès-lois avoient 
prononcée ; ses lettres sont datées d'Âuxerre, le 16 mai 1454. Son 
nom est conservé d'une manière encore plus particulière dans les 
archives de Saint-Fargeau. L'an 1466, Antoine de Chabannes, comte 
de Dammartin , baron de Puysaie et seigneur de Saint-Fargeau, conçut 
le pieux dessein de fonder dans l'église paroissiale de ce lieu six cha- 
noines, dont le premier seroil curé de la paroisse et chantre du Cha- 
pitre, h condition que la présentation de ces six ecclésiastiques appar- 
tiendroit au seigneur et à ses successeurs. Pierre de Longueil en fit 
délivrer la concession k Auxerre, le 15 juin, sous condition que les 
paroissiens ne seroient pas desservis moins exactement dans les fonc- 
tions du ministère curial , et sauf les droits de l'évéque , de Tarchidiacre 
et de l'archiprétre ; mais cet acte, quoiqu'on bonne forme, n'eut point 
lieu. La fondation n'eut son entier effet qu'en 1472 ; au Iieu4u tilre 



(i) Carlul. FF.lPrœ. dio. Autùs., fol, 40. 

(2) Reg. Cap. AulUt., 5 juin 1466. 

(r>) Celte formalité du sceau coûta dix 



ëcusaax chanoiaes de Gien. 

(4) Reg. Cap. Auliss., 1446. 

(5) Y. Les PreuTes, à Tan i45S. 



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QUATRE-VINGT-HUITIÈME ÉVÉQUE d'aUXERKE. 69 

de chantre, on donna au premier da chapitre la qualité de doyen. 
Ailleurs j'en parlerai plus au long; il suffit de dire que Tévéque confirma 
le projet touchant ralternative de la présentation k la cure avec Fabbé 
de Saint-Germain (1); qu'il annexa ii ce nouveau chapitre l'hôpital de 
la ville avec son revenu « par une charte donnée en son château de 
Yarzy, le 20 avril 1472; et qu'enfin , le 24 du même mois, étant au 
même lieu , i| leur donna un cahier de statuts. 

Le Chapitre de la cathédrale avec lequel il eut de fameuses contes- 
tations, ne fut pas exempt de ses faveurs. On lui représenta on 1455, 
que Guj de Mello ayant établi douze chapelains, savoir : six dans la 
chapelle de Saint-Michel , six dans la chapelle de Saint-Jean~le-Rond ; 
ces ecclésiastiques n'avoient presque plus de revenu depuis les der* 
nières guerres, et que les deux bénéficiers d'ancienne fondation dans 
chacune dev.ces deux chapelles étoient réduits à la même extrémité. 
Ainsi, les seize places ou vicairies destinées k des prêtres étoient rem- 
plies par un petit nombre de simples tonsurés qui ne pouvoient faire 
les poursuites nécessaires pour récupérer leurs biens. On remontroit 
donc qu'il falloit réunir le tout k la mense capitulaire, en chargeant le 
Chapitre de faire dire les messes k proportion du revenu , et de sup- 
pléer par d'autres sujets k l'assistance que ces seize chapelains 
dévoient k tout l'office canonial. L'évêque entra volontiers dans les 
vues de la compagnie, et fit la réunion par lettres datées d'Auxerre, le 
9 août i455 (2), se dépouillant du droit qu'il avoit de pourvoir k ces 
seize vicairies ou chapeilenies, prescrivant un supplément aux anciennes 
fondations de l'office quotidien de saint Michel et de saint Jean, re- 
commandant au Chapitre de faire les processions ordinaires dans ces 
deux chapelles, et d'entretenir dans le bas-chœur un clergé qui les 
représentât. La charte de réunion fut présentée l'année suivante k 
Louis de Melun , archevêque de Sens, qui, en qualité de métropolitain, 
y donna sa confirmation, le 12 mai 1456. Dès la troisième année de 
son épiscopat, Pierre de Longueil avoit^plaidé contre le nouveau doyen 
Thomas la Flotte, au sujet du serment de fidélité; pendant cette con- 



(1) Tab, s, Getmani. | (â) V. Les Preuves, à Tan 1455. 



U40 il U78. 



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J4I9 b 1478. 



70 PIERRE DE L0N6UB1L, 

testation, noD-sealemeot le doyen essuya un violent orage, mais tout 
le Chapitre en souffrit. Le doyen avoit reçu une défense d'officier aux 
fêtes annuelles ou solennelles, soit que Pévêque fut présent ou absent. 
Thomas la Flotte s'en plaignit en Chapitre le 28 juin (1) ; il y ajouta 
que le prélat le privoit aussi de ses distributions de vin du cellier 
épiscopal aux six fêtes annuelles. Le Chapitre qui consentit de le tenir 
présent pour la poursuite de son procès, s'en ressentit peu après a 
l'occasion d*une levée de décimes. Le duc de Bourgogne ayant résolu 
de faire la guerre au Turc (2), avoit obtenu permission du pape d'en 
imposer sur le clergé de son duché. Le Chapitre d'Âuxerre avoit payé 
en 1457, par les soins du doyen, trente-cinq ccus d'or aux commis- 
saires, avec la précaution de retenir un écrit qui garantissoit que la 
même somme ne seroit point exigée. Â peine les trente-cinq écus 
touchés, les commissaires du légat d'Avignon arrivèrent et deman- 
dèrent au Chapitre, de la part du roi, une certaine somme pour la 
même fin. On leur fit refus. Ces commissaires, Martin du Breail, 
chanoine de Bourges, et un ecclésiastique du Berri, nommé Martin de 
Vaux, vicaire du légat, agirent aussitôt contre le Chapitre. Nicolas 
du Crot et Guillaume de Cray, chanoines, se prêtèrent à leurs de- 
mandes et furent établis subdélégués des commissaires. On vit, le 
30 juin , un interdit jeté sur l'église et une sentence d'excommunica- 
tion fulminée contre Thomas la Flotte, doyen ; Guillaume Pion, péni* 
tencier; Simon Béchu, sous-chantre, et dix-huit autres chanoines. 
Le Chapitre manda les absents afin de leur communiquer cette sen- 
tence en présence du conseil ordinaire et de tous les conseillers du roi. 
Après une mûre délibération , il fut conclut k la pluralité que l'interdit 
seroit observé , et les tortriers furent chargés de célébrer l'office cano- 
nial & Notre-Dame-de-la-Cité. Les chanoines excommuniés firent 
serment de ne demander leur absolution qu'en corps et tous ensemble. 



(I) L'histoire de eei démêlés est tirée des 
Regislre» du Chapitre. Je ne la donne qu'en 
perUe dans les Preuves. On pourra voir le 
surpins transcrit autrefois par un chanoine 
notaire apostolique , dans les cahiers que je 
déposerai à la Bibliothèque du Roi. 



(2) J*ai TU la leUre de convoeatloB de 
révéque d'Auxerre, aux Etals indiqués è 
Dijon par ce duc au 3 février 1463, au sujet 
de cette guerre. Elle est du 31 décemlune 
précédent, signée de Moletmes. 



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QUATRE- YINGT-HUITIÈMB ÉVÊQUB d'àUXERRB. 71 

ÂntoÎDe Thiart, chanoioe d'Âuxerre et de Chalon, qui avoit reçu les ^^ ^ j^^, 
trente-cinq écus d'or po^r la déGÎme da duc, fut sommé de les rendre 
ou de garantir de nouveau ; mais, ne pouvant exécuter ses promesses, 
il rendit l'argent le second jour d'août. L'anniversaire de la dédicace 
de l'église , qui tomboit au mois de juillet , fut remis à cause de l'in- 
terdit. Le vendredi 12« jour d'août , le Chapitre défendit unanimement 
à tons chanoines on torlriers d'aller manger chez l'évéque, excepté les 
jours qu'il convient y aller pour la conservation des droits de la cathé- 
drale et de ceux de Nolre-Dame-de-la-Cilé ; la défense étoit sous peine 
d'être réputé parjure , et de perdre les distributions d'un mois, jusqu'à 
ce que ces mouvements causés par la levée des décimes fussent entière- 
ment apaisés. On déclara , outre cela , que dans le Chapitre on ne 
prépareroit plus de siège pour l'évéque; qu'on ne donneroit aucunes 
distributions à quiconque des mêmes chanoines ou tortriers ( le péni- 
tencier non compris) serviroient de ministres lorsqu'il officieroiL; et 
que si des externes se présentoient pour cela , on leur refuseroit les 
ornements de l'église. Les chanoines, courroucés contre l'évéque, 
étoient persuadés qu'il avoit été cause non-seulement de l'interdit et 
de l'excommunication, mais aussi du procès qu'on avoit à Dijon. Le 
dernier août, le Chapitre enjoignit à Guillaume de Cray, chanoine 
grand chambrier, de retirer de l'évéque la crosse et les ornements 
pontificaux qu'on lui avoit prêtés, et de lui demander ceux qu'il devoit 
au Chapitre. On ne trouve point en quel temps l'interdit de l'église fut 
levé ; il l'étoit au mois d'octobre, puisqu'on résolut, le vendredi 14 de 
ce mois, de célébrer le dimanche suivant l'anniversaire de la dédicace 
que rinterdit avoit fait remettre. Cette levée des censures ecclésiasti- 
ques ne rétablit pas tout a fait la paix dans l'église d'Auxerre. Le 
duc de Bourgogne et le comte d'Etampes furent obligés de s'en 
mêler. 

L'abbé de Saint-Germain étoit aussi en difficulté avec le prélat à 
l'occasion des mêmes décimes ; tous les chanoines étant assemblés en 
Chapitre, le lundi 26 novembre, avec M. de Villarnoul, capitaine 
d'Auxerre ; Guillaume de Clugny, archidiacre d'Avallon dans l'église 
d'Autun ; Jean Baudot, bailli de Château-Chinon , envoyés du duc de 
Bourgogne et du comte d'Etampes ; Hugues de Thiard , abbé de 



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72 PIERRE DE LONGUEIL, 

1419^473. Saint-Germain, y étant pareillement , ils convinrent d'aller tons en- 
semble trouver l'évéque. L'archidiacre d'Autun, portant la parole an 
prélat, lui dit en abrégé que le sujet de la querelle consistoit , d'un 
edté , en ce que Tabbé et le Chapitre souhaitoient récupérer ce 
qu'ifs avoient dépensé pour le procès actuellement pendant k Dijon, 
devant les conseillers du duc, au sujet des décimes; et de l'autre, en 
CA que l'évéque souhaitoit qu'on répar&t les injures qu'on lui avoit 
faites et les mauvais traitements dont on avait usé envers lui, mais qu'il 
falloit tout mettre d'accord en n'exigeant rien de part ni d'autre, ni 
restitution d'argent, ni satisfaction. Ce parti étant accepté, l'évéque 
(it apporter du vin, on but mutuellement à la santé les uns des autres 
en signe de paix et de concorde. Les trois envoyés du duc dirent 
ensuite aux chanoines que le prélat leur avoit promis qu'il feroit beau- 
coup de bien a l'église d'Âuxerre, qu'il confirmeroit et même augmen- 
teroit l'étendue de leur juridiction avant la fête de la Purification , ce 
qu'on crut lui avoir été insinué par l'abbé de Saint-Germain. 

Au reste, ceci n'eut rien de commun avec l'ancienne difficulté da 
doyen, touchant le serment de fidélité ; ce doyen ne voulant point le 
prêter, restoit interdit pour l'office des grandes fêtes. Le Chapitre con- 
sentit, le 14 décembre suivant, qu'il obtint, au nom de la compagnie, 
un arrêt de défense en vertu duquel il pût officier ces jours-là. Le 
prélat qui, dès Télé J458, avoit déclaré n'avoir plus aucuns procès 
avec son Chapitre , et que tout étoit d'accord , voulut se mettre en 
règle par écrit. II choisit le temps de l'absence du doyen au commen- 
cement de novembre, et vint dans le Chapitre demander qu'on mo- 
dérât pendant sa vie la redevance annuelle de cent-quatorze livres dont 
Tévêque étoit tenu envers l'église. Il exposa les diminutions de ses 
revenus causées par les guerres, et promit qu'en reconnaissance il 
n'exigeroit aucun droit de procuration pour la visite des cures possé- 
dées par les chanoines. On lui accorda qu'il ne seroit plus tenu qu'au 
paiement de 95 liv. Le traité fait sur cet article, par devant Biaise 
Moirolte , clerc tabellion juré en la prévôté d'Auxerre , parle de deux 
difficultés réglées en même temps : l'une consisioit en ce que Guillaume 
Chevalier, chanoine, ayant été arrêté pour délit commis sur la justice 
du monastère de Saint -Germain et mis dans les prisons de l'abbaye , 



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QUATRE-VINGT--HUiTIÈIIE ÉVÊQUB D AUXERRE. 73 

Tévéque Tavoit reTendiqaé comme sod domestique et, familier, pendant 
que le Chapitre, de son côté, prétendoit qu'il fût rendu à ses officiers. 
On conTJnt de part et d'autre que les réquisitoires seroient censés nuls 
et non avenus : Tautre difficulté regardoit la succession de Pierre 
Oribon, curé de Lindry, mort nouTellement sans héritiers. L'évêque 
sontenoit qu'en ce cas il devoit succéder à tous les curés de son dio- 
cèse ; le Chapitre soutint que cette aubaine étant dans sa justice, devoit 
lui apppartenir. Le prélat en fit cession, et par ce moyen les derniers 
obstacles à la paix furent levés le 8 novembre 1458; la succession du 
curé fut vendue, par le Chapitre, la somme de 20 liv. (1). La même 
année, Thomas la Flotte, doyen, qui avoit tant différé, consentit a 
prêter le serment de fidélité, par une sentence d'acquiescement qui fut 
confirmée par arrêt du parlement. 

Quatre ans étoient à peine écoulés que Pierre de Longueil s'éleva de 
nouveau contre la juridiction du Chapitre. Gui le Cuiotier, chanoine, 
propriétaire d'une maison claustrale, y avoit fait arrêter prisonnier au 
mois de novembre 1462^ Albert Dauvron, prêtre, notaire de la cour 
spirituelle de l'évêché , qui y recevoit le testament d'un clerc marié 
logé dans la même maison. Cet emprisonnement porta le prélat k atta- 
quer la juridiction quant au fond ; mais le Chapitre fit valoir le^ exem- 
ples asfez récents de l'exercice de cette juridiction, aussi bien que les 
sentences obtenues du temps de Michel de Creney et Philippe des 
Essarts ; il prouva si clairement que les notaires de la cour épiscopale 
ne pouvoient instrumenter dans les maisons canoniales, pour quelque 
cause que ce fût, que la récréance lui fut adjugée aux requêtes du 
Palais, le 2 juillet 1465; cela dégoûta l'évêque de rien entreprendre 
davantage sur cette matière. Il avoit apparemment senti le foible de la 
cause, puisqu'un an auparavant il avoit envoyé au Chapitre (2) maître 
Guillaume de Verdun, son secrétaire, pour déclarer aux chanoines 
qo'afin d'éviter les frais de la procédure, ils eussent k jeter les yeux 
sur un accord qu'il disoit passé depuis environ soixante ans, entre 
l'évêque et leurs prédécesseurs, par lequel ceux-ci étoient convenus 
ne pouvoir adresser leurs lettres citatoires et rogatoires à aucun 

(i) Reg. Cap. 11 febr, 145». ^ {% Beg. Cap.,Wjuin I4ti4. 



14-19 à 1473. 



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74 PIERRE DE L0N6UEIL. 

1449 il 1473. ^^^^^^ I^^r fd>'^ comparoilre devant eux ceux du corps qui étoient 
absents. Depuis peu le Chapitre d'Âuxerre avoit envoyé des lettres de 
cette espèce à l'official d'Âutun, qui, k la prière de la compagnie, les 
avoit fait mettre à exécution contre un nommé Quillaud , prêtre, cha- 
noine tortrier , leur sujet et justiciable , demeurant k Beaune. Le 
prélat fit remarquer qu'en cela le Chapitre avoit été contre cet accord , 
mais le titre allégué étoit inconnu dans les archives du Chapitre, et il 
ne put être produit d'aucun endroit. 

L'évêque d'Auxerre , bien résolu de ne plus porter atteinte aux droits 
du Chapitre, se souvint des biens qu'il avoit promis de faire. Il com- 
mença , en 1466 , par un don considérable de reliques qu'il avoit appor- 
tées de Saints*en-Puisaye. C'éloit plusieurs ossements des compagnons 
de saint Prix qu'il fit présenter en Chapitre , le 5 juin, par Jeaa 
Mauvoisin (i)« On les reçut avec respect et on les enferma dans le 
trésor. Le 6 mai 1469, il vint lui-même en Chapitre, où , après avoir 
marqué le désir qu'il avoit de faire du bien à l'église d'Auxerre son 
épouse, et déclaré que ses facultés étoient inférieures a sa bonne 
volonté, il présenta un grand reliquaire d'argent consistant en uoe 
image de saint Pierre qui soutenoit une petite boite enrichie d'or et 
de perles précieuses dans laquelle étoit renfermé , à ce qu'il disoit, un 
morceau d'os du bras du prince des apôtres. On croit que cetlt relique 
lui venoit de Richard Olivier de Longueil, cardinal d'Auge, son parent; 
il fit ensuite ressouvenir les chanoines qu'il avoit souvent changé de 
dessein sur le lieu de sa sépulture ; mais que le tombeau que Ferrie 
Cassinel s'étoit fait ériger étant vide, parce qu'il étoit mort archevêque 
de Reims, il prioit qu'on lui accordât cette place après sa mon. On eo 
opina lorsqu'il fut retiré, et on lui accorda sa demande ; ce qui lui fut 
notifié par Guillaume de Longueil, grand archidiacre, et Jean-le-Roux, 
chanoine, qui en même temps le remercièrent des présents qu'il venoit 
de faire. Il revint encore au Chapitre, le 22 décembre, présenter une 
chapelle d'ornements blancs de grand prix ; elle consistoit en quatre 
chapes, la chasuble, dalmatique et tunique, et parements d'autel. Il y avoit 



(1) Reg,CapU.,\A(i6. 



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QUATRE-VINGT-HUITIÈME ÉVÊQUE D AUXERAE. 75 

ootre cela les parements d'étoffe ou plagules pour trois aubes , suivant ^^^ ^ ^78. 
Tancien usage, et une autre pièce d'étoffe pour parer la chaire épiscopale. 
A cette occasion, il exhorta les chanoines à s'entre-pardonner, pour 
pouvoir honorer dignement le mystère de la naissance de Jésus-Christ 
dont on alloit célébrer la mémoire : ce n^étoit pas sans raison quMl parla 
de paix et de concorde. Il étoit arrivé, durant Télé précédent^ le plus 
grand scandale qu'on eût peut-être vu depuis plusieurs siècles. Le soir 
dnjoor de saint Pierre, 29 juin, un sémiprébendé ou chanoine tortrier 
appelé Jean Ghambéry, se battit avec son frère Laurent, aussi tortrier, 
commensal du grand archidiacre ; Jean avoit pour adjoints et protec- 
teurs le doyen de la cathédrale , Thomas la Flotte, avec un de ses 
domestiques, et Pierre Tenon, chanoine. Selon les informations, 
Laurent Ghambéry avoit passé par l'église, sur les six heures du soir, 
armé d'un bracmar, espèce d'ancienne épée , dont il avoit tâché de 
frapper son frère Jean ; sur cela , les trois ci-dessus nommés voulu- 
rent le désarmer et le conduire dans les prisons du Ghapitre , mais 
en se défendant , il avoit blessé Pierre Tenon au genou , et 
cependant lui-même avoit été renversé par terre d'un coup que lui 
porta ce chanoine , et avoit reçu à la main une blessure plus considé- 
rable ; on ajoutoit qu'à la vérité le doyen n'avoit donné aucuns coups, 
mais que tout ce qu'on avoit fait contre Laurent Ghambéry avoit été 
par son ordre. Ge scandale ne put être caché ; l'évêqne fit d'abord 
informer par son officiai, et ayant pris l'avis des avocats de la ville , il 
résolut de réconcilier l'église. Il vint en personne dans le Ghapitre , le 
5 juillet, déclarer son dessein à la compagnie, en l'exhortant de faire 
justice et offrant de lui communiquer les charges et informations. Le 
prélat étant retiré , on nomma Jean-Ie-Ronx , promoteur ; Philippe 
Gotet, sous-chantre; et Etienne Naudet, chanoine, pour vérifier cette 
information, ou la recommencer de nouveau s'il étoit besoin. Jean 
Ghambéry fut cité pour comparoUre en Ghapitre le 21 du mois; mais 
il y fit défaut , étant en chemin pour Rome , où il alloit demander l'ab- 
soinliott. Le 21 , on tint un Ghapitre extraordinaire où le doyen ne se 
trouva pas , et sur le rapport du promoteur , Téglise fut déclarée vérita- 
blement pollue par effusion de sang ; on conclut qu'elle étoit dans le 
cas d'être réconciliée , et que l'office ne s'y feroit plus jusqu'à ce qu'elle 



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1449 i 1473 



76 PIERRE DE LONGUIÎIL , 

l'eût été ; cela fut publié au chœur après oomplies, et, dès le lende- 
main , Pierre de Longueil fit la cérémonie. Le mercredi 26, Laurent 
Chambéry reçut l'absolution en Chapitre et paya Tamende, assurant 
toujours qu'il n'avoit blessé personne jusqu'à effusion de sang. On 
conclut que si le doyen venoit au Chapitre, le président lui diroit que 
la compagnie ne pouvoit plus le fréquenter, parce qu'il avoit encouru 
l'excommunication majeure ; que s'il le nioit , le promoteur requerre- 
roit qu'il subît l'interrogatoire en plein Chapitre avec son domestique. 
Thomas la Flotte ne se présenta point , niais il envoya Jean Pichard, 
curé de Seignelay, son commensal et agent , chargé d'un billet par 
lequel il avouoil le fait, afin d'en obtenir l'absolution. La déclaration 
lue, on conclut de l'insérer dans l'acte d'absolution qu'on lui donna. 
Jean Chambéry, retourné de Rome, présenta au Chapitre , le 9 oc- 
tobre , des lettres d'absolution de la part du grand-pénitencier du pape. 
Interrogé par le grand^archidiacre , il expliqua les circonstances du 
délit , et chargea surtout le doyen ; on lui promit que si ces lettres 
d'absolution étoient trouvées bonnes , on le rétabliroit dans ses distri- 
butions , du jour qu'il les avoit présentées ; mais comme on souhai- 
toit connoitre de plus en plus la vérité, il fut cité de nouveau. Au lieu 
de répondre, il présenta par écrit l'histoire du fait et un aveu de sa 
faute , signé de sa main , demandant qu'on lui fit grâce en vue des 
peines et des dépenses de son voyage de Rome. Le Chapitre se con- 
tenta de le condamner k vingt livres d'amende pour être employées 
en pieux usages, et en vingt livres de cire envers la fabrique : Chambéry 
s'y soumit; il ne restoit plus que le doyen à mettre entièrement en 
règle. Etant venu en Chapitre le lendemain que l'évéque avoit fait 
l'exhortation sur le pardon des injures, il y demanda humblement qu'on 
fit cesser les poursuites du promoteur , il rapporta le fait de la batterie 
tel qu'il étoit, et représenta les blessures comme légères ; sur quoi, 
après qu'il eut réitéré les offres de satisfaire à la partie lésée, il reçut 
l'absolution ; le grand archidiacre , Guillaume de Longueil , prononça 
la formule. Dans cette affaire, la juridiction du Chapitre fut pleine- 
ment reconnue par l'évéque qui, néanmoins, ne sympathisa pas beau- 
coup davantage avec le doyen. Le prélat revint , le 27 juin 1470, en 
Chapitre oii ce doyen présidoit; cl là, en présence de la compagnie 



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QUATRE-VINGT-HUITIÈME ÉVÊQUE D AUXEBRE. 77 

qu'il regardoit comme juge de ce premier dignitaire , aiusi que s'en 
eipriment les registres, il requit de lui uoe satisfaction publique; le 
doyen répondit à ces plaintes par des récriminations , et ne parut point 
effrayé. Pierre de Longueil, qui sentoit approcher sa fin et qui souhai- 
toit faire prier Dieu pour lui après sa mort, donna le même jour aux 
chanoines un revenu pour cet effet. Gomme il avoit acquis, étant doyen, 
en 1448, plusieurs héritages situés îi Crevan, Charentenay, Val-de- 
Marcy et autres lieux du voisinage d'Âuxerre (i), de Jean Périer, cha- 
noine régulier de Saint- Victor de Paris et abbé de Clairefontaine , au 
diocèse de Chartres ; il en avoit dès lors destiné une partie pour son 
anniversaire (2); ce jour même il y a ajouta plusieurs biens qu'il avoit 
achetés à Accolay. 

On a déjà vu plus haut que certains statuts du synode qu'il tint en 
1456 furent attaqués par la communauté des habitants d'Âuxerre. 
Mais , dès lors , entre lui «t les mêmes habitants subsistoit un procès où 
les droits du doyen étoient mêlés ; cela contribuoit à fomenter la 
mésintelligence qui dura presque toujours entre l'évêque et le doyen. 
Je ne répéterai point ici les efforts des bourgeois , pour soutenir qu'ils 
poavoient décliner la juridiction de Tévêque , et demander leur renvoi 
en la cour du doyen et qu'ils étoient en possession. Je dirai seule- 
ment que Pierre de Longueil ayant excommunié deux bourgeois et 
refusant de les absoudre, son temporel fut saisi par le prévôt de Sens, 
en 1459, en vertu d'un ordre du roi (5). Le duc de Bourgogne avoit 
commis le seigneur de Yillarnoul et Guillaume de Glugny, archidiacre 
d'Âvallon, pour calmer ce différend et prévenir les suites ; ils ne purent 
réussir, et l'affaire , poussée en parlement, l'évêque y gagna sa cause ; 
les habitants furent condamnés aux dépens (4) , quoique dans ce procès 
ils eussent suivi précisément l'avis de célèbres jurisconsultes de Paris, 
savoir : Jean Simon, avocat du roi, et Pierre de Toucy, substitut du 
procureur du roi. L'évêque fut remboursé des dépens en 1462; mais 
la même année, les gouverneurs de l'hôtel-de-ville obtinrent un arrêt de 



1419 à 1173. 



(1) Viole. 

(2) Reg. Cap,, iljuiniAiO. 

{ù) Comptes de la Ville, 1455 jusqu'en 



146S. 

(4) Quittance de Vévéque du 21 février 
1462 



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78 PIBRRB DE L0N6UEIL , 

1419 21 1473. l^<^ourdes aides contre Jui et contre ses fermiers, touchant quelques 
droits que le roi avoit accordés aux habitants d'Auxerre sur le sel et 
autres choses (1). 

Le différend de Pierre de Longueil avec les Dominicains fit encore 
. plus d'éclat ; les inquisiteurs tirés de cet Ordre entreprirent de faire 
le procès à un prédicateur approuvé par l'évéque et l'accusoient d'hé- 
résie. C'étoit Louis Quarrier, de TOrdre des Ermites de Saint- 
Augustin , qui prêcha dans la cathédrale le mercredi d'après Pâques 
1463, au retour d'une procession générale. Dans la chaleur du dis- 
cours, il lui échappa quelques propositions qui ne plurent pas aux 
Jacobins ; ceux-ci le reprirent publiquement en présence du Chapitre 
et d'un nombreux auditoire, ce qui causa un grand scandale et déplut 
fort aux chanoines. Le prélat , jusqu'alors ami des Frères-Précheurs , 
usa contre eux de son autorité ; il leur avoit permis de publier l'asso- 
ciation accordée par leur général à la confrérie des Trépassés. En 
1454, onze prêtres de la maison d'Auxerre avoient été approuvés ; on 
gagnoit quarante jours d'indulgences en assistant k leurs sermons; 
l'évéque révoqua ces grâces. Quinze jours après il défendit en plein 
synode à tous ses curés d'admettre dans leur église aucun jacobin 
pour la prédication ou la confession , et de leur permettre aucunes 
quêtes jusqu'k ce qu'ils lui eussent fait réparation ; la défense étoit 
sous peine d'excommunication et de dix livres d'amende. Il fil encore 
publier aux prônes des messes paroissiales, que ceux et celles qui 
étoient dé la confrérie des Trépassés établie chez eux , eussent à n'y 
rien donner, et s'en retirassent sous peine d'être excommuniés. Frère 
Laurent de Bonny, vicaire de l'inquisiteur au diocèse d'Auxerre, 
qui avoit fait citer pardevant lui l'ermite de Saint-Augustin, vint 
trouver ensuite l'évéque accompagné d'un autre jacobin. Le prélat, 
connoissant que ce compagnon étoit Jacques Proteau , qui avoit fait la 
citation, le fit enfermer dans ses prisons, et appela au parlement de 
tout ce que le vicaire pourroit décréter contre l'augustin. Jacques 
Chevecin, prieur du couvent d'Auxerre , venu quelque temps après 
pour adoucir l'esprit de l'évéque, subit le même sort : les religieux 

(1) Viole. 



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QUATRE-VINGT-HUITIÈME ÉVÉQUE D*AUXEBRE. 79 

eoreol beau redemander leur prieur , Tévéque ne voulut point le 1449 ^^ 147s. 
rendre. Mais informé que Pierre de Longueil n'avoit point relevé son 
appel, ils représentèrent à la cour que leur communauté périssoit 
n'ayant plus de supérieur pour la conduire, ni d'aumônes pour vivre. 
La cour, touchée de leur situation, ordonna au bailli d'Âuxerre de faire 
sortir le prieur des prisons de Tofficialité, s'il étoit en voie d'élargis- 
sement , sinon qu'il fût conduit h Paris en celles de la Conciergerie , 
avec les charges et informations , pour être ensuite remis à ses supé- 
rieurs. Quelques jours après , Laurent Gervais , prieur du couvent de 
Paris, vicaire général de l'inquisiteur pour tout le royaume, prit la voie 
la plus sûre ; il alla trouver Pierre de Longueil h Varzy, le 25 septembre, 
et lui demanda son amitié et sa protection pour les religieux du couvent 
d'Auxerre. L'évéque témoigna qu'il étoit prêt de les remettre dans l'état 
où ils étoient auparavant, pourvu qu'ils lui fissent satisfaction. < Les 
€ propositions qui leur ont déplu (reprit l'évéque) sont véritables : je 
€ suis disposé à en prendre la défense , les soumettant cependant au 
c jugement de TËglise. » Après de longues discussions, on convint 
qu'un jacobin de la maison d'Auxerre, rétabli dans ses pouvoirs, et prê- 
chant au premier jour dans la cathédrale, y liroit un billet qui contien- 
droit le fait tel qu'il étoit arrivé le mercredi d'après Pâques, ajoutant au 
bout, qu'ayant su que le révérend père en Dieu évéque d'Auxerre, ses 
vicaires et le Chapitre avoient été scandalisés de l'entreprise des Jaco- 
bins auteurs du tumulte, ils déclaroient en être fâchés, et demandoient 
qu'on oubliât le tout et qu'on leur pardonnât ; et quau regard despro-' 
positions préchées et reprises, le révérend père en Dieu s^en rapportoit à 
la détermination de noiremère sainte Église. Le prélat, pour cette répa- 
ration, désigna Ambroise Chantereau, qui, dès Tan 1454, étoit l'ancien 
de la maison. Le prieur de Paris ne prétendit point pour cela mettre 
fin aux poursuites contre l'augustin ; il pria même l'évéque de se joindre 
k lui ; mais Pierre de Longueil le renvoya à ce que son oi&cial lui en 
diroit. L'évéque ne vouloit point rétablir les Jacobins « h moins que les 
chanoines n'agréassent la manière dont l'acte de réparation étoit conçu. 
Le prieur de Paris vint de sa part les trouver en Chapitre, leur en com- 
muniqua la teneur, et se chargea du reste. Celte satisfaction fut faite 
avant le 10 octobre, puisque ce jour les vicaires généraux de l'évéque 



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1449 il 1473. 



80 PIERRE DE LONGUEIL ^ 

donoèreDt aux Jacobins des lettres adressées à tous les curés, qui dé- 
claroieni qu'en vertu delà réconciliation, on devoilles regarder comme 
rétablis dans les mêmes pouvoirs qu'ils avoient auparavant. Quoique 
celte affaire ait été poussée avec vigueur, ainsi qu'on vient de le voir, 
on ne marque point sur quelles matières rouloient les propositions qui 
choquèrent lés Dominicains (1). Cependant, comme le zèle de Pierre 
de Longueil approchoit de celui de Ferrie Gassinel, l'un de ses prédé- 
cesseurs, sur l'immaculée conception de la sainte Vierge , il pourroit se 
faire que les propositions de Taugustin eussent été relatives à cette ques- 
tion. Quelques-uns l'ont cru; mais, outre qu'il n'y a aucune apparence 
que les Jacobins se fussent élevés publiquement contre des louanges 
données à la Sainte-Vierge, quand même elles auroient été opposées k 
leur sentiment, les mémoires de cette procédure apprennent qu'on avoit 
donné par écrit au prédicateur ce qu'il auroit à dire ; et les archives des 
Jacobins d'Auxerre découvrent qu'il s'agissoit du sens du canon du 
concile de Latran Omn%$ utriu$que sexus ; ce qui convenoit au temps 
auquel le sermon fut débité. Les Dominicains avoient exposé dans leur 
requête k Louis XI , que le prédicateur qui causa ces troubles éioit ud 
faux augustin qui avoit pris l'habit de l'Ordre dans une hôtellerie de la 
ville de Grevan, et qui l'avoit ensuite quitté au même lieu. Mais ce fait 
incident ne fut point éclairci , et la réparation prononcée par le père 
Âmbroise fit oublier tout le passé (2). L'évêqueles reçut si parfaitement k 
réconciliation, que peu de temps après il leur acporda des indulgences 
pour une nouvelle chapelle qu'ils avoient fait construire en mémoire de 
la Passion et de la Sépulture de Notre-Seigneur. 

Cet évêque fut bien éloigné de laisser périr son droit sur l'hôpital de 
Clamecy, dit Bethléem. La dispute excitée au treizième siècle, touchant 
le diocèse dont devoit être cet hôjpital, fut réveillée vers l'an 1464 (a). 

(1) G. Viole. i (2) Arch. Dom. Auliss. 27 jun. 1467. 

(a) Le débat commença même dès 1442 , sous Laurent Pinon. L'évéqae de Beth- 
léem , conseUler et confesseur du comte de Nevers , étant soutenu par son maître , 
éleva de nouveUes prétentions contre les droits de Pévéque d'Auxerre. Pierre de 
Longueil, ne se sentant pas assez fort pour résister ouvertement au comte^ se con- 
tenta de protester contre les envahissements. Il déclare par ses lettres datées du 



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QUATRE-VINGT^HUnrÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE. 8t 

Le cardinal Rollio, évéque d'Âutun , sollicité par quelques religieux moâ hta, 
demeurant avec un ancien évéqne de Bethléem, avait nouvellement con«> 
féré le titre de celte Maison-Dieu à Antoine Buisson, carme, contre le 
droit deTévêque d'Auxerre, Pierre de Longueil, bien instruit de la dé- 
cision rendue en i3iHj soutint que cet hôpital éloil de son diocèse et 
non de celui d'Âutun ; et cela éloit si constant , que Tévéque ihéme , 
actuellement titulaire, avoit payé la taxe ou décime apostolique au re- 
ceveur du diocèse d*Auxerre. Il y eut des dispositifs pour une enquête 
nouvelle : Jean Chevalier fut choisi de la part de l'évéque d'Àuxerre ^ 
Gui de Montagu de la part de celui d^Autun, et Tabhé de Yézelay de^ 
voit être Tarhitre de la décision. On étoil même convenu que tant que 
doreroit le compromis, les deux évëques contendants pourroient célé^ 
brer les Ordres dans la chapelle de cet hôpital. Cette affaire ne fut point 
poussée, le temps éclaircitlcs choses, et on découvrit de la falsification, 
soit dans les provisions , soit dans la prise de possession du précédent 
évéque de Bethléem, à qui la maîtrise de cet hôpital passoit pour avoir 
été conférée par Tévéque d'Autun. Gui de Chacy, religieux et familier 
d'Antoine Buisson, évéque de Bethléem, passa pour auteur de la four- 
berie. Cette accusation, jointe h d'autres délits, fut cause que notre évéque 
Tentreprit et le cita par devant hii. N'ayant pas comparu, il fut déclaré 
excommunié par sentence prononcée en l'église paroissiale de Clamecy. 
Il appela de la sentence ; sur quoi Tévêque obtint de la cour des lettres 
du 17 mai 1466, par lesquelles il étoit défendu de traduire cette affaire 
hors du royaume. Ces lettres furent signifiées k Tévéque de Bethléem 
et à ce religieux le 28 du même mois. Le religieux demanda des lettres 
apostolos à l'évéque d'Auxerre qui les refusa. Etienne Belli, profès du 
même institut (1) que l'évéque de Bethléem, et demeurant avec lui au 

(I) Ce reUf iem éloit venu d*ane maison du Carmel de Savoye dite Hupecuta. 



27 novembre 1453, que Tévêque de Bethléem s'était ingéré depuis quatre ans en ça 
de conférer les Ordres dans sa chapelle près Gamecy , et que le comte de Nevers, 
ayant appris qn'ii voulait s'opposer à ces entreprises , lui avait adressé des lettres 
pidnes de menaces, écrites et signées de sa propre main. (Archives de T Yonne ; 
Fonds ^e Vévéché d'Auxerre). (JV. d. E.) 

Il 6 



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82 FlfiRRE DE LONGUEIL , 

U49 à U7S. faulwurg de Clamecy, s'iogéra d'administrer les sacremenls dans la cha- 
pelle de Belhléem. Il fut pareillement cité k Âuxerre, et, faate de com- 
paroitre, excommunié. Sur l'appel de la sentence d'excommunication, 
il lui fut expédié un acte qui déclaroit les causes de refus des lettres 
aposiolos; l'acte est signé par Jean Briant, notaire, trésorier de Cosne, 
le 48 juillet 4468. Etienne Belly et Guy de Chacy obtinrent du cardinal 
Rolliu, évéque d'Âutuu, une absolution ad cautelam au mois de janvier 
suivant, et sans doute disparurent. Pierre deLongueil avoiten vue prin- 
cipalement d'empêcher Tévéque de Bethléem de donner les Ordres dans 
la chapelle de l'hôpital ou dans l'intérieur de son hospice , si ce n'est 
aux religieux qui demeureroient ordinairement avec lui, ei de faire cesser 
le mauvais usage d'annoncer les ordinations générales que cet évéque 
indiquoit par affiches sur les portes de son hôpital. Le clergé de France 
y a enlBio remédié (4). 

Les différents traits de Thisioire de Pierre de Longueil prouvent suf- 
fisamment sa fermeté et' son zèle pour la conservation du bon ordre. 
Il eut encore occasion d'en donner des preuves dans le concile provincial 
que Louis de Melun^ archevêque de Sens, assembla en 4460, au com- 
mencement de mars, puisqu'il fut principalement convoqué pour adopter 
les canons du concile de Bàle (2). Le Chapitre d'Àuxerre pria le 45 
février Thomas la Plolte, doyen, Jacques Hodouart, Louis de Melun et 
Pierre des Portes, d'y agir en son nom. Le premier fut député pour y 
soutenir les droits du Chapitre en cas de litige ; il représentoil le Cha- 
pitre d'Âuxerre d'une manière plus particulière. Les deux suivants, 
outre leur prébende de l'église d'Âuxerre, en avoient chacun une dans 
celle de Sens où ils résidoient, et le dernier, étant secrétaire de l'évêque, 
devoit l'accompagner naturellement k ce concile. Les Chapitres de Paris, 
Chartres et Meaux, choqués de ce qu'on les avoit appelés à ce concile 
comme par une espèce de lettre de jussion, n'y envoyèrent personne et 
se plaignirent sur le ton dont on les avoit mandés. Les envoyés d'Orléans, 
d'Âuxerre, Nevers et Troyes appuyèrent les plaintes des absents, et pré- 
tendirent comparoltre , non comme cités , mais invités. L'archevêque 
sentit qu'il s'étoit trop avancé , et quelques jours après l'ouverture du 

(1) Voy les Blém. du Clergé. | (2) Spicii T, v., p. 584. 



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QUATRE-VINGT-HOITIÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE. 85 

concile, il déclara que si la formule de convocalioû étoit un peu forte, ihq u 147.1. 
il ne Favoit pas employée pour s'acquérir un nouveau droit, et qu'il 
avoil seulement pensé à inviter les Chapitres de cathédrales. Thomas 
la Flotte se fit délivrer une copie authentique de cette déclaration, dont 
cinq évéques furent témoins, entre autres celui d'Àuxerre. Guillaume 
Pion, pénitencier, mort en 4464, n'ayant été remplacé que plus de deux 
ans après, Pierre des Portes, maître ès-arts, bachelier ès-lois, son suc- 
cesseur, ne se pressa pas de prendre possession. Ce délai obligea Pierre 
de Longueil k pourvoir h la rectorerie des écoles de la ville, qui vaquoit 
par le décès de Pierre Vivien. Il en fit donc expédier les provisions à 
Renaud-4e-Moine, maître ès*arts et licencié en décret, le 22 juillet 1466, 
y marquant que l'institution de cette charge appartient au pénitencier, 
et qu'il n'y pourvoit que par dévolution de droit, à cause de la vacance 
de la dignité. 

Ce prélat qui avoit pris en afiection le lieu de Varzy, voulut y faire sa 
résidence la plus ordinaire sur la fin de sa vie; peut être fut*ce à cause 
des troubles qui agitoient le pays auxerrois attaché au duc de Bour* 
gogne. Ou voit, par différents actes, qu'il y demeura fort souvent en 
1470, 447 1 et les deux années suivantes. J'en ai déjà rapporté quelques- 
uns, entre autres la fondation du Chapitre de Saint-Fargeau. Étant a 
Varzy en 4474, il pardonna aux habitants du lieu la faute qu'ils recon- 
nurent avoir faite, en voulant établir un capitaine malgré lui, et il les 
chargea de payer six livres de cire par forme d'amende k la collégiale 
et k la paroisse. Son testament qu'il dressa en latin au mois d'août 4473, 
âgé de 75 ans, est sans désignation de lieu (4); mais ce fut k Varzy qu'il 
le ratifia, et le déposa entre les mains de Jean Garnier, bachelier ea 
décret, notaire apostolique, le 44 février de la même année (2). Aucun 
écrivain n'indique de quelle maladie fut atteint ce prélat; on sait seule- 
ment qu'il mourut le 46 février 4475, k dix heures du matin, dans le 
château de Varzy, alors situé derrière l'église de Sainte-Eugénie. 

Il y a difierents sentiments sur le lieu de sa sépulture; les uns le 



(i) Voyez parmi les Preuves. 
(S) En présence de Louis EailUrd , licen- 
cié en médecine, de Jean Bolemeau , tréso- 



rier de réglise collégiale de SaioUÉtienne 
de Gien , et Guillaume Reboorseau , prêtre 
dunolue de Cône. 



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lAl'tii U78. 



84 PIERRE DE LONGUEIL , 

isupposent eulerré dans la collégiale de SaiDle-Ëogéuie de Varzy, parce 
qu*il avait marqué qu'où l'iobumàt dans cette église, au cas qu'il mourût 
dans cette petite ville ; d*autres prétendent que ce fut a Âuxerre. Il y 
a moyen d^accorder ces deux traditions, eu disant qu'il eut d'abord la 
sépulture à Varzy» et que par la suite son corps fut porté à Âuxerre. Le 
testament de Pierre de Longueil ouvre cette voie de conciliation; il y 
désigne d'abord sa sépulture dans le tombeau de Ferrie Cassinel, sup- 
posé qu'il fut trouvé vide, sinon proche la chaire de pierre, dans le 
sanctuaire de la cathédrale ; et après avoir détaillé ses fondations dans 
la même église, il ajoute expressément qu'il n'entend point que sa sé- 
pulture et ses fondations en cette église aient lieu, à moins que la ville 
ne soit alors réduite sous l'obéissance du roi , ou de son consentement, 
et non autrement ; et , dans le cas qu'il se fût écoulé un grand nombre 
d'années sans apparence à cette réduction , il prioit ses exécuteurs tes- 
tamentaires de convertir ses fondations en d'autres œuvres de piété. 
Comme Auxerre fut encore environ trois ans sans se remettre sous 
l'obéissance de Louis XI , le corps de cet évéque reçut d'abord la 
sépulture à Sainte-Eugénie de Yarzy. En effet, on lit dans les registres 
du Chapitre d'Auxerre au 26 février, qu'il fut inhumé dans la collégiale 
de cette ville le 17 du même mois, lendemain de sa mort. Quelques 
années après , lorsque les chemins furent plus sûrs , il fut apporté à 
Auxerre et inhumé au côté droit du sanctuaire. On mettoit là le drap 
mortuaire le jour de son anniversaire (1), avant que l'on eût embarrassé 
cet endroit par une crédence perpétuelle. Si on ne trouve point d'acte de 
la translation des ossements de cet évéque, c'est parce que depuis sa 
mort les registres capitulaires manquent pour le reste de ce siècle. En 
on iBot , il est évident, par le testament de Pierre de Longueil, qu'il 
n'avoit demandé k être à Varzy ou h Cosne qu'en dépôt, jusqu'à ce qu^on 
pût en sûreté le porter à Auxerre. Parmi les legs qu'il fit, il destina 
cent sols à chacune des deux églises cathédrales où il avoit été chanoine, 
savoir : Notre-Dame de Paris et Coutances , et même somme à celle de 
Saint-Benoit-le-Bien-Tourné, paroisse de Paris où il avoit été baptisé. 
Il nous apprend par le même testament que son père , sa mère , ses 



(1) Lib. reter Succeutorum. 



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QUATRE-VINGT-HUITIÈME ÉVÉQUB O^AUXERRE. 85 

frères et plusieurs autres de sa famille étoient inhumés dans la chapelle mg >, 1473. 
de Saint-Jean-rËvangéliste des Gordeliers de la même ville. On y re« 
eénnoit que Pierre des Portes, chanoine qui lui servit longtemps de 
secrétaire, et qu'il (it pénitencier puis son exécuteur testamentaire avec 
Guillaume de Corbie , président du parlement, étoit son cousin (1). 
Parmi les autres parents ecclésiastiques, le plus proche fui Guillaume 
deLongueil, son frère, bachelier en médecine et procureur de la nation 
de France en 1429, puis docteur en médecine et doyen de cette faculté 
eni456 (2). Pendant son décanat, le baccalauréat de médecine commença 
à être réputé entre les grades, comme celui des autres Facultés. Pierre 
de Longueil lui conféra, l'année 1449 , qui étoit la première de son 
épiscopat , une prébende de son église, et cinq ans après le grand ar- 
chidiaconé. A la mort de son frère il jouissoit encore de ces bénéfices, 
aussi bien que de l'office de grand-vicaire pour le spirituel et le tempo- 
rel (3). Il fut aussi couché dans le testament de Tévéque pour une portion 
sur Féminage d'Auxerre que ce prélat avoit acquise de Pierre Duval, 
mari de sa nièce Guillemette de Longueil. Philippe, autre frère de notre 
évéque , fut prévôt de l'église de Reims , et décéda avant lui. Il est 
nommé incidemment dans son testament. Un troisième frère appelé Jean 
n'y est aussi que par rapport k Marie, son épouse, k qui il laisse une 
somme k prendre sur le comte de Nevers et sur son châtelain de Donzy , 
pour des dépens de procès auxquels le parlement les avoit condamnés. 
Entre plusieurs neveux dont l'évêque parle dans son testament, le plus 
notable est Pierre de Longueil qu'il appelle son filleul. Il l'avoit fait 
chanoine d^Auxerre le 31 mars 4465, lorsqu'il n'étoit encore que clerc 
et bachelier en décret. En 1465, le 24 octobre, il lui conféra l'archi- 
diaconéde Puisaye vacant par la résignation d'Etienne Gerbaud. auquel 
temps et même un an après il n'étoit que sous-diacre. Les deux autres 
neveux de son nom mentionnés dans le testament sont Antoine et Nicolas 
de Longueil. Guillaume de Corbie, neveu du côté maternel, est pareil 



(1) Le steur L*Hôle, qui a pablié la Cou- 
tume de LorrU^ voulant enrichir de notes 
historiques les marges du procés-Yerbal. a 
fait de co Pierre des Portes un éréqoe d'Au- 
lerre , à cause qu*il aToit trouvé «on nom au 



bas de l'acte de la fondation 4m Chapitre de 
Saint-Fergean. 
(2) Hi*t. unir. Par. Smc^ xv, p. 880. 
">^ Brg. Cap xv. Mars HTS 



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1449 à 1473. 



8G ENGUBRRàND SIGNART, 

lement nommé dans le testament. Ce Guillaume paroit être père de 
Philippe de Gorbie, clerc parisien, pourvu au mots d*août 1467 d*un 
canonicat d'Auxerre , dans les provisions duquel Tévêque Pierre de 
Longueil le qualifie son petit-neveu (1). Martin du Brueil, chanoine de 
Bourges , nommé ci-dessus au sujet de la décime de la part du légat 
d'Avignon, éloit aussi neveu du c4té maternel. Un article singulier do 
testament de Pierre de Longueil, c'est la note qu'il y insère (2), savoir : 
que promu à Tévéché, il n'avoit reçu des héritiers de son prédécesseur 
que six- vingts livres pour les réparations des bâtiments , quoiqu'elles 
fussent taxées à quatre mille ; qu'ainsi il avait été obligé d'y suppléer 
par de grosses sommes. Gependant, Pierre de Longueil , pour lever les 
difficultés et afin que son successeur tint ses héritiers quittes de toutes 
réparations, lui légua ses mitres, sa crosse, ses deux anneaux, ses deux 
pontificaux, et la plupart de ses habits avec une bonne partie des mea-* 
blés de la maison épiscopale. 



GHAPITRE IX. 

ENGUERRAND SIGNART, LXXXÏX* ÈVÊQUE D'AUXERRE. 

1473 à 1477. Quoique le Ghapitre d'Auxerre n'eût ni intention, ni intérêt de laisser 
le siège épiscopal vacant , il ne s'assembla néanmoins pour le remplir 
que le 14 mars, environ un mois après le décès de Pierre de Longueil ; 
et le 21 du même mois fut indiqué pour procéder k nouvelle élection. 
Ge jour, qui tomboit un lundi de la quatrième semaine de carême, on 
chanta une messe solennelle du Saint-Esprit, le doyen y officia. On alla 
ensuite au Ghapitre où Gérard Rotier, chanoine et ancien professeur en 
théologie, fit un discours en présence de tout le peuple; après l'hymne 



(<) neg. Cap. 13. Àu^. i467. | BeîMeemit, 

[t) Tàb. Fp. ÀuUss. in Satvat. de ceci. 



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QUATRE-VINGT-VEUVIÈMB ÉVÉQUE d'aDXERRB. 87 

Veni Creator^ le doyen ayant proposé Enguerrand Signart, confesseur 
de Charles-le-Hardi, dac de Bourgogne, déjii é^éque in partibus (1), 
tous les chanoines, tant ceux qui éloient présents que ceux qui étoient 
chargés de la procuration du chantre absent et d^un autre, le choisirent 
unanimement et conclurent k le demander au duc. Gomme ce prince 
jouissoit non-seulement du comté d*Auxerre, mais même des droits 
royaux dans toute son étendue, par accord fait entre Charles VU et 
Pbilippe-le-Bon, les chanoines profitèrent de Toccasion pour rentrer 
dans leur ancienne liberté d'élire, et, afin de n*y pas être troublés, firent 
le choix dont je viens de parler. Le duc accorda la demande, et leur 
écrivit là-dessus des lettres dont le parlement de Paris prit depuis con- 
noissance en 1479 (2). 

L'évêque élu étoit natif d'un petit lieu appelé Condé-sur-Noireau, 
diocèse de Bayeux. Il avoit pris Tbabit de l'Ordre de Saint-Dominique, 
dans le couTcntdeCaen, et avoit poussé ses études jusqu'à être docteur 
en théologie. Charles-Ie-Hardi, duc de Bourgogne, le choisit pour son 
confesseur, et ce fut apparemment ce prince, encore simplement comte 
de CharoUois, ou le duc Philippe, qui lui procurèrent une abbaye dans 
les Pays-Bas ; au moins le nouveau Gallia Christiana marque, en 1466, 
un Enguerrand Signart parmi les abbés d'Haumont, diocèse de Cambrai. 
L'élection faite par le Chapitre d'Auxerre ne fut confirmée à Rome 
qu'au bout d'un an, par la bulle de Sixte IV, savoir, le 15 mars 1474 (5), 
auquel on comptoit en Italie 1475. Jusqu'à ce qu'elle eût été reconnue, 
le Chapitre eut soin de faire célébrer les ordinations par quelques évè- 
ques m partt6ttô, et de conférer les bénéfices (4). Guillaume, évêque 
d'Ëbron, conféra la tonsure, le mercredi 21 février 1475, et reconnut 
que c'étoit avec la permission du Chapitre sede vacante (5). Comme on 
étoit dans le plus fort des guerres de Louis XI contre le duc de Bour- 
gogne, et que dans l'Àuxerrois les uns tenoient pour le roi, les autres 
pour le duc, le nouveau prélat ne se pressa point de faire son entrée, 



1473 ii U77. 



(1) Saluln'iensig. 
(â) RegisL Parlam. 
(3) Voyez les Preuves. 
i4)ED 1474, le 17 août,le Chapitre admit la 
résignaUon d*an canooicat de Clamecy . Viole . 



(5) Cet évêque sa retrouva encore à Au- 
xerre, le 9 mars 1477, auquel temps le 
Chapitre lui 6t les accueils qu'on faisoit or- 
dinairement aux personnes de distinction. 



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H73 « 1477. 



88 ENGUERRAND SIGNART , 

et il se déchargea sur les vicaires-généraux d'une partie de la soliicilude 
pastorale. Il en reste une preuve dans la collation qu'ils firent, le 21 juin 
1476» de la léproserie de Cravan, à Germain de Tangy, chanoine. Mais, 
dans le mois suivant, il donna lui-même son consentement à Tannexe 
de l'église paroissiale do Saint-Pierre de Gien-le-Yieil , faite au Chapitre 
de Gien par le pape Sixte lY ; son approbation est du 26 juillet. Je ne 
sais si cette réunion auroit quelque rapport avec ce qu'on lit dans les 
registres du parlement au 9 avril H75 après Pâques, que le chantre 
et le Chapitre de cette église collégiale firent procéder par voie d'excom- 
munication contre les paroissiens de Saint- Pierre-le- Vieil , et qu'en 
conséquence de la requête présentée par Tabbé et monastère de Saint- 
Benoit-surxLoire, par frèr^ Jean de Marensol, prieur de Gien, et par 
Jean de Chermes, curé de la paroisse, le parlement ordonna que les ex- 
communiés, c si aucuns il y avoit, seroient absous à cautèle. » Cette ex- 
communication suppose que les paroissiens en avoient mal agi envers le 
Chapitre de Gien ; et Ton peut croire, ou que la réunion projetée avoit dé- 
plu aux habitants, ou que leurs mauvaises manières y donnèrent occasion. 
1.C changeraeni que la mort du duc de Bourgogne apporta à Auxerre, 
en janvier 1476, détermina Ënguerrand Signarl à y faire son entrée. 
Tout le pays ayant reconnu prompiement Louis XI pour légitime sei- 
gneur» il n'y 9voit plus difficulté à s'exposer dans les chemins, et les io- 
sulles n'étoient plus a craindre. On ne dit point que cet évéque ait été 
accompagné des barons k cette cérémonie, ni même qu'il les eût mandé 
pour y être présents. On apprend seulement, far un ancien évangelier 
de la cathédrale, qn'il prêta le serment ordinaire des évêques, en pre- 
nant possession le 27 mars, le jeudi avant les Rameaux en 1476, selon 
la supputation frauçoi^e suivant laquellej Pâques , arrivé le 6 avril, 
commença l'année 1477. Les habitants lui présentèrent, le jour de son 
entrée, du meilleur vin de Bourgogne. Ce prélat passa dans le pays le 
reste du printemps et tout Télé, après lequel temps on ne le vit plus : il 
prêta le serment accoutumé h Sens, le 9 mai ,d'autres disent le 1^'mai, (a). 



(a) Il était à Auxerre le 8 da ^ême mo^is^ Ior^(^i^*il donna aux religieux de Saint- 
Marien une reconnaissance de la réduction à 15 livre6 d'une rente de 26 liv. qa'tis 
prenaient sur le salage d'Auxcrre. L'évéque rapporte, dans facte qu'il en délivrait 



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QUATRE-VINGT-NBOVIÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE. 89 

ËiaDt au prieuré de Notre -Dame-de-la-d'Hors, le 14 du même mois, 1173 ;, 1477 
il accorda quarante jours d'indulgences h ceux qui visiteroient les reliques 
de saint Vigile et feroient quelques aumdnes pour le rétablissement de 
cette église qui menaçoit ruine. Il avoit accordé , dès le 24 avril , de 
semblables indulgences à ceux qui fourniroient à l'entretien de la cé- 
lèbre confrérie des Trépassés, qui étoit encore dans sa grande vigueur 
chez les Jacobins d'Auxerre. Comme cela ne suffisoit pas, il approuva 
|ionr la prédication, le 24 septembre suivant, seize religieux, prêtres de 
la même maison, et le prieur Jacques de Brie, k la tête, accordant qua- 
rante jours d'indulgences \k ceux qui vraiment contrits et pénitents 
assisteroient à leurs sermons, outre les cent jours accordés pour le même 
sujet par le cardinal RoUin, évêque d'Aulun ; il ne leur épai^na pas 
plusieurs autres grâces semblables : le tout daté du palais épiscopal 
d'Auxerre, selon l'expression introduite du temps de son prédécesseur. 
Ce sont les seuls actes qui paroissent sous son nom. Avani la fin de cette 
année, il avoit résigné son évêché à Jean Baillet, chanoine de Saint- 
Merry, à Paris, et prieur d'Andrie, diocèse d'Auxerre, se réservant 
pension. Dans le temps que cette abdication se projetoit, Côme Guymier, 
célèbre jurisconsulte, fat reçu chanoine d'Auxerre (1). 

Ënguerrand , quoique dépouillé du titre d'évêque d'Auxerre, ne cessa 
point d'exercer les fonctions épiscopalcs, puisqu'au sortir d'Auxerre il 
fut transféré à Maïorque^ au moins pour le titre. Il n'oublia pas l'église 
d'Auxerre, et envoya, au mois de mai J482, trois parements de soie 
pour la décoration du grand-autel , avec une somme pour fonder son 
anniversaire. Thomas Herri, professeur de théologie de son Ordre, en fut 
le porteur et s'acquitta de la commission le vendredi 24 de ce mois. Le 
Chapitre, auquel présidoit le chantre pour l'absence du doyen, reçut 
le loul et promit par acte (2) de chanter tous les ans, durant la vie 

(I) Ex Comp. Cal. Mail 1478. | (i) Voy. les Preuves, à Van 1482. 

« que les moines lui ont fait cette remise à canse de la pauvreté de Tevesché arrivée 
» au moyen des guerres qui darrenierement ont eu cours en ce pays d^Aucerrois, et ' 
» aussi aux grants interestz et despens que avons euz et faîz à la poursuit te de nostre 
» confinnacion etenta-ée audit evesché. » (Archiv. de ITonne. Fonds Saint-Marien, 
titres de la rente duc par Tévéché.) (S. d. E.) 



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90 JEAN BA1LLET, 

U73 h 1477. d'Engaerrand. le iO de juillet, une messe du Saint-Esprit, et après sa mort, 
celle de Requiem. Selon sa demande, deux jacobins, prêtres du couvent 
d'Auxerre, furent admis à ce service et à y avoir chacun la distribution 
manuelle d'un chanoine. On croit qu'ayant quitté l'évécbé d'Auxerre, 
il demeura à Paris, où il avoit traité avec Jean Baillet ; au moins, il y 
a apparence qu'il y mourut le 22 mars 1485. Il fut inhumé au milieu de 
la nef du grand couvent de la rue Saint-Jacques. Sa tombe, autrefois 
couverte d'une statue couchée qui le représentoit, a élé depuis mise a 
côté ; on la voit conligue au mur proche la chaire du prédicateur; on y 
lit encore cette épitaphe : « Hic jacet reverendus in Chrislo pater et 
> Dominus» frater Inguerrandus Signart de conventu Cadomensi, 
» doclor in theologia et episcopus Autissiodorensis, atque confcssor 
» illustrissimi principis Caroli BurgundiaB ducis. Obiit anno Domini 
» 1485, die 22 mensismartii ; cujus anima in pace requiescat. Amen. » 
Les ornements qu^il avoit donnés subsistoient encore dans le trésor de 
la cathédrale, quand les huguenots surprirent Auxerre. On lit dans 
l'inventaire fait un peu auparavant, Tarticle qui suit : < Trois draps de 
» taffetas et un priant en forme de jacobin crosse, mitre, avec les 
» armes de feu M. de Maïorque, évéque d' Auxerre. » 



CHAPITRE X. 

JEAN BAlLLËT; LXXXX" ÈVÊQUE D'AUXERRE. 



1477 ï 1513. j^an Baillet, avec qui Enguerrand avoit traité pour une pension sur 
l'évéché d' Auxerre, ne perdit pas un moment de temps pour prendre 
possession; il l'avoit prise au moins dès la Saint-Jean 1478 (1). Il 



(1) II est noramé dans le registre des paie- 1 Sa promesse, pour ce paicmeul, est du 4 du 
ments du droit apostolique^ au 15 mai 1478. | même mois. 



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QUATRE-VINGT-DIXIÈME ÉVÉQUE d'aUXERRE. 91 

étoit fils de Jean Baillet, conseiller en la cour et prévôt de Paris. En ,47. ^^ ,.,3 
septembre 1478, il fit savoir au roi Louis XI le jour qu'il avoit choisi 
pour faire son entrée solennelle, afin que ce prince, jouissant nouvel- 
lement du comté d'Ànxerrre, y fit comparoltre quelqu'un en son nom. 
Mais le procès-verbal de cette entrée est resté inconnu ; et la circons- 
tance préliminaire est la seule que nous sachions, avec celle du jour 
de la cérémonie. Cette époque du i5 septembre 1478 est marquée 
dans l'ancien évangelier de la cathédrale, avec attestation qu'en ce 
joor Tévéque prêla le serment accoutumé louchant la conservation des 
droits et immunités de Téglise ; sa profession d'obéissance à Tristand 
de Salazar, archevêque et k l'église de Sens, est du 3 septembre de 
la même année (1), jour auquel le célestin Bureteau a cru qu'il avoit 
été sacré à Sens. Il y a sans doute erreur de chiffre dans Tune des 
deax dates ; on bien il faut dire que^ contre la coutume, Jean avoit 
prêté serment h Sens avant son entrée solennelle à Âuxerre. 

Ce prélat résida exactement^ quand il posséda paisiblement l'évécbé ; 
car il eut un concurrent contre lequel il fut obligé de se soutenir. C'étoit 
Jacques Juin, conseiller du roi, président des enquêtes, chanoine et 
archidiacre de Coutance » lequel avoit aussi pris possession de cet 
évéché, sur une collation dont le principe n'est point connu (2), mais 
de laquelle l'acte étoit resté entre les mains de l'archevêque de Sens. 
Le fait n'est guère plus clairement expliqué dans les registres du par- 
lement, au %9 janvier, que dans l'extrait des arrêts que je viens de 
citer. Il y est seulement dit que <c l'archevêque de Sens sera interrogé 

> par certain commissaire que la cour commettra en cette -partie aux 
» dépends de qui il appartiendra, touchant les collations que prétend 
» ledit Juin lui avoir esté faites par ledit archevêque de Sens de Févê- 
» ché d'Âuxerre, et ledit Baillet touchant certaines lettres escrites par 
» feu Charles de Bourgogne au Chapitre d'Âuxerre, sur la postulation 
» de frère Ânguerrand Chinart, faite audit évesché après le trespas de 

> feu maistre Pierre de Longueil dernier possesseur dudit évesché, sur 



Cl} QfWf Mi. tfi foL in Bibl. CapU, Senon 1 septembre, cité dans le lirre des Prérogatives 
foL 1SI. 1 dos ecclésiastiques. 



{i] Arrêt du parlement , 4 juia 1479 et 7 | 



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92 J£A?« BAILLET, 

1477 à 1513 » cerlains articles qui seront baillez par ladite cour audit commissaire, 
» et leur déposition ou confession jointe au procez principal d*cntrc 
x> les parties, pour sur ce en ordonner ainsi qu'il appartiendra, despens 
» réservez en diffinitive. » Yoilk tout ce qu'on sait de ce procès ; 
comme les registres du Chapitre manquent pour ces anaées-là, sans 
qu'il en paroisse aucuns extraits sur cette matière, il n'y a pas lieu 
d'espérer de plus grands éclaircissements. Le procès ayant obligé Jean 
Baillet de rester a Paris durant Tannée 1479^ il n'est pas étonnant 
qu'on le voie h la rentrée du Parlement au 12 novembre : mais on 
peut être surpris qu'il ait fait un concordat avec le Chapitre de la 
cathédrale avant le gain de son procès. Ce traité est du 5 janvier i478, 
environ quatre mois après son entrée : il se transporta dans la salle du 
Chapitre, et y représenta que le revenu de l'évêché éloil beaucoup di- 
minue par les dernières guerres du duc de Bourgogne feontre le roi de 
France ; que le château de Rogennes avoit été détruit, et quantité de 
maisons de cette terre réduites en cendres ou inhabitées; qu'il se trou- 
voit chargé d'une pension envers Enguerrand Signart,son prédécesseur; 
et il conclut à ce qu'on lui accordât diminution sur la somme de cent 
quatorze livres que l'évêché dcvoit annuellement au Chapitre. Les 
chanoines, dont les terres n'avoient pas été moins maltraitées, et qui 
connoissoienl qu'il y avoit déjà un terme de six mois échu a la fête de 
Noël, modérèrent celle somme à quatre-vingts livres par chaque année, 
pour six ans, avec la restriction qu'au cas qu'Enguerrand Signart vint 
a mourir avant les six ans, cette grâce n'auroit plus lieu. Il falloit que 
la somme de trente-quatre livres fût encore alors un objet considé- 
rable, puisque, pour en obtenir la remise, le prélat accorda aux chanoi-* 
nés des faveurs singulières (a). 1^ Que tous ceux d'entre eux qui 
avoieut des cures, ne seroient point tenus d'y résider, et ne paie- 
roieut aucun droit de non résidence , mais qu'ils pourroient placer 
des vicaires pour gouverner ces paroisses, et que les officiers de l'évé-* 
que ne pourroient exiger de ces vicaires que cinq sols par an ^ chaque 



(a] Ce ne dut pas être seulement à cause de Timportance de cette somme que 
l'évéque se montra si généreux , car au pouvoir actuel de Targent, ces 34 livres ne 
vaudraient pas plus de 178 francs. (;Y. d. E.) 



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QUATRE-YINGT-DIXIÈHE ÉVÊQUE d'aUXERRE. 95 

reDOuvellement d'approbation ; 2® que Tévéque visitant les cures dont 
les chanoines seroieni titulaires, n'exigeroit aucun droit de procuration, 
el que le Chapitre ne payeroit aucun droit pour héritages situés dans 
la censive et justice de Tévéque à Âppoigny. Ces clauses paroissent 
empruntées d'un autre traité dont j'ai parlé ci-dessus. Jean Baillei 
avoii exercé les pouvoirs spirituels de son ministère avant la contesta- 
tion de Jacques Juin. Etant h Varzy le 19 décembre, il y accorda aux 
Dominicains d'Âuxerre des indulgences semblables à celles que ses 
trois prédécesseurs avoieut données pour la confrérie des Trépassés 
accréditée par les guerres. Jean Baillet, dans ces lettres, se qualifie évé- 
que d'Auxerre Deiet sanetœ Sedis apostolicœ gratta; c'est le premier de 
nos évéques qui ait employé ce langage ; encore ne s*en servit-il que 
dans les actes latins. Le notaire qui dressa la transaction du 5 janvier 
suivant, continua toujours dans l'ancien style : « Révérend Père en 
» Dieu, parla permission divine évesque d'Âuxerre. » 

Jean Baillet se fit rendre exactement les hommages dûs. Il s'en 
troave deux actes pour la terre de Toucy. Celui du i5 janvier i479 
ou 1480 fut rendu par Antoine de Chabannes comte de DammarJn ; 
l'autre fut rendu le i5 août 1495, par Jean de Courtenay chevalier 
seigneur de Bléneau, au nom d'Haimar de Prié comte de Dammartin, 
et d'Âvoye de Chabanne son épouse. Il reçut en 1482 de Charles de 
Lamoignon, les hommages pour le fief de la Kivière; en 1484 celui de 
Château-Censoir et les dépendances (1), que lui rendit, à Yarzy, Jean 
de Ferrières chevalier seigneur de Champlenas et de Presle; en 1490 
celni de la baronnie de Donzy, par Marie d'Albret, veuve de (Charles 
comte de Nevers, et celui de la terre de Beauche, par Jean duc de 
Brabant. Le Chapitre de la cathédrale , auquel il avoit accordé les privi 
léges dont je viens de parler, conclut par reconnoissance, le 20 février 
1486, de le traiter sur l'article de ses redevances comme il avoit fait 
à Pierre de Longueil; ce qui revenoit à la modération qu'on lui avoit 
accordée au commencement de son épiscopat, et dont il continua de 
jouir comme d'une grâce singulière. Le prélat rendit a Téglise beaucoup 

au delà des remises que le Chapitrelui avoit faites : on eut de lui de beaux 

« 

(1) Voy. les Preuves, à l'an 1484. 



]177 a 1513. 



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94 JEAM BAILLBT, 

U77ki5i3. ornemeDts et de magnîGques tapisseries (a); il contribua notablement 
pour achever le portail septentrional de la croisée de l'église, et pour 
avancer la tour méridionale du grand portail, qui est restée imparfaite (6) 
On voit ses armoiries en l'un et l'autre endroit. La communauté des 
habitants ne lui fut pas moins redevable : il empêcha, par le crédit de 
ses parents, que la donation du comté d'Âuxerre, faite en i490 par 
Charles VIII k Engilbert de Clèves, n'eût lieu, parce qu'elle éloit préju- 
diciable h leurs privilèges. Par le même moyen il affermit l'étendue du 
ressort de la juridiction du bailliage d'Auierre que plusieurs seigneurs 
contestoient. Il se soumit sans diflSculté à la rédaction de la coutume 
d'Auxerre en i 507. Crespin Prévôt, son officiai, y comparut au nom de 
Tévéque. Les habitants de Yarzy firent des remontrances sur leurs cou- 
tumes locales ordonnées par ses prédécesseurs ; Jean Baillet ne s'y 
opposa pas (1). 

Il fut le premier qui rendit utile à l'église d'Âuxerre la nouvelle in- 
vention de l'imprimerie; il fit imprimer le Missel et le Bréviaire à 
l'usage du diocèse. L'édition du Missel ne marque ni l'année, ni le lieu 
de l'impression; mais elle peut avoir précédé l'an 1483, parce qu'on 
y trouve la fête de saint François élevée au degré des fêtes doubles, 
article statué dans le synode de cette année, où se publièrent des indul- 
gences accordées par Sixte lY à ceux qui célèbreroient cette fête sous 
ce rit. Pour ce qui est du Bréviaire d'Âuxerre, il s'imprima à Cbablis 
en 1445; la fêle de saint François n'y est que par supplément» avec la 
remarque dont je viens de faire mention. On prétend que Jean Baillet ^ 
établit dans son diocèse la coutume de sonner le soir V/îngelus à l'heure 

(1) Procés-yerbal. 

(a) Ces tapiseries furent vendues/au milieu du dernier siècle, par le Chapitre à 
PHôtel-Dieu d'Auxerre qui les possède encore. Ces tissus sont aussi magniûques que 
le dit Tabbé Lebeuf, et représentent fort en détail l'histoire de saint Etienne. Deux 
morceaux ont été distraits de cet ensemble dans un temps déjà ancien, et après 
avoir passé en plusieurs mains sont maintenant à Paris. {N. d. E.) 

{b) Les travaux de construction des tours du grand portail avaient recommencé 
en l'an IttOO. Le Chapitre s'était imposé du sixième de son revenu pour faire avancer 
l'œuvre.— Foy. Preuves, t. iv, n" 418.— On lit sur la cage de l'escalier de la tour du 
nord, h des hauteurs différentes, les dates de 152K, 1530. {N. d. E.) 



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QUATRE-VINGT-DIXIÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE. 95 

du ctiuvre-feu, et même le matin au point do jour, en assignant du ^477 ^ ^^,3 
revenu pour cela, quoiqu'il 7 ait apparence que ces coutumes sonl plus 
anciennes. Du moins, il étendit cet usage et le fit pratiquer avec dis- 
tinction la veille de la fête de TAnnonciaiion, à Theure à laquelle on 
croit pieusement que Fange Gabriel vint saluer la Sainte-Vierge. Il 
donna pour cela, en 1502, k la cathédrale, la terre de Cbivre proche 
Varzy, qui produisoit soixante livres de rente, ajoutant que ce revenu 
seroit aussi appliqué pour son anniversaire. Cette prière fut nommée 
le Missus ; c'est le premier mot du répons qui la commence ; elle fut 
depuis appelée Salui, et peut passer pour le premier des Saints fondés. 
Par la suite, on établit d'autres prières sur le même plan; elles eurent 
le même nom» quoique le motif qui faisoit agir Jean Baillet n'ait point 
lieu dans les autres fêtes. Ainsi, le Missus des matines du mercredi des 
qaatre-temps de TÂvent n'est pas ce dont il s'agit dans la fondation 
de Jean Baillet. Cette solennité pour la lecture de l'évangile Missus se 
pratiquoit dans la cathédrale d'Âuxerre, au moins dès le xiii* siècle (i), 
et la messe, célébrée ensuite par le prêtre qui a lu cet évangile, n'est que 
depuis l'an 16i9 (a). Les confréries se multipliant avec le temps, il 
s'en établit une h Auxerre, dans toutes les paroisses, en l'honneur de 
la Trinité. Hugues de Boulangiers, abbé de Saint-Père, fut le prin- 
cipal auteur de cette nouvelle dévotion. Il sollicita les statuts de la 
confrérie, et les fil rédiger et approuver par Jean Baillet, en 4501. 
Depuis ce temps les différentes révolutions avoient réduit cette confrérie à 
la seule église de Saint-Pierre-en-Château, première paroisse de la ville; 
et enfin, de nos jours, on en a vu la fin, quoiqu'elle ne fût composée 
que d'ecclésiastiques et surtout de curés de la ville et du voisinage. 
Jean Baillet contribua, autant que Pierre de Longueil, k faire revivre 



(1) Sx 0Muar. xiij Sœc. 

{a) Sous le gouYernement de Jean Baillet, le Chapitre cathédral obtint de 
Louis XI la confirmation de plusieurs privilèges. Ce prince lui accorda de ne 
plaider que devant les gens des Requêtes du Palais à Paris, s'il lui plaisait. 11 
exempta ce corps du logement des gens de guerre dans les maisons du cloître 
(Trésor des Chartes, rcg. 212, n9 4i, an. 1484). (A', d. E,) 



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14:7 !i 1513. 



96 JEAN BAILLET, 

dans le diocèse la mémoire des martyrs de TAuxerrois du temps 
d^Aurélien. On les coonoissoit sous le nom de saint Prix , et ses com- 
pagnons, sans faire beaucoup de mention de saint Col, qui s'étoit 
détaché de la troupe et emportant avec lui la tête de saint Prix, avoit 
élé martyrisé sur la route d'Auxerre à Cbalon. Ce saint n'étoit connu 
qu*à Saint-Bris, lieu de sa sépulture. Depuis la découverte de son corps 
par saint Didier, évéque d'Auxerre au vu® siècle, ses ossements ctoient 
restés dans un tombeau de pierre derrière le grand autel. Ils ne parois- 
soient point assez précieusement renfermés li quelques bourgeois de la 
ville de Saint-Bris, témoins de guérisons miraculeuses opérées par son 
intercession. Etienne Regnauldin, l'un des notables du lieu, supplia le 
prélat nouvellement venu de les tirer de ce tombeau et de les renfermer 
dans une châsse de bois doré. Il s'y rendit, le 19 novembre 1480, avec 
Hugues de Thiard, abbé de Saint-Germain, Jean Bourgeois, abbé de 
Saint-Marien, et Jean de Baugis, abbé de Saint-Père. Là , s*étant fait 
lire l'inscription ancienne qui étoit sur le mur voisin, conçue en ces 
termes gravés sur une pierre : « Hic requiescit sanctus Cottus« qui cum 
n capite sancti Prisci martyris suscepit martyrium » , il fit ouvrir le 
tombeau, et ramassa pieusement la tête (1) et le reste des ossements 
qu'il renferma dans la nouvelle châsse, en présence des trois abbés ci- 
dessus nommés, d'Etienne Naudet, chanoine de la cathédrale d'Auxerre 
et curé du lieu, Jean Odry, son officiai et d'Edme Boileau, aussi prêtres 
et chanoines d'Auxerre. Cela rendit le nom de saint Cot plus célèbre 
qu'il n'avoit été auparavant (2) et servit par occasion à étendre le coite 
de saint Prix et de ses autres compagnons. 

Après la petite ville de Saint-Bris, il ne s'en trouve point où la 
présence et le nom de Jean Baillet ait paru avec tant d'éclat que dans 
celle de Gien. De nouveaux établissements y donnèrent occasion. Anne 
de France, sœur de Charles VIII, dame de cette ville, y fit deux fonda- 
tions considérables. Elle y établit les Minimes, du vivant même de 



(1) Par la vUite faite de ces ossements en 
1731 , le t septembre , lorsqu'ils furent 
transférés dans une châsse nouvelle, il pa- 
rut que M. Baillet s'éloit défié d'un ou deux 
ossements qui poorroienf avoir été glisses 



dans le tombeau par quelques fentes « les- 
quels, certainement, ne provenoienl pas 
du même corps. 

(â; BoXland ad 26 Maii. 



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QUÀTRB*YINGT-DmillB ÉVÉQUE D AUXERRE. 97 

saint François-de-Paule , leur institutear, et quelques années après ^^^ ^ ^^^^ 
des religieuses de Sainte-Claire, sous la réforme de Sainte-Colette. 
L'évêque d'Âuxerre appelé en 1494, fit la dédicace de Téglise des 
Minimes, sons l'invocation de Sainte-Hélène, le 28 octobre. En 1497, 
il dédia une chapelle de leur cloître, sous l'invocation de sainte Suzanne. 
Quant à rétablissement des Clarisses, il n'y fut point sitôt parlé d'alise 
ni de dédicace. Mais cet évéque étant k Cosne, en 1500, y reçut les 
bnlles d'Alexandre VI concernant celte nouvelle maison , et il leur 
donna toute Tauthenticité nécessaire, en convoquant ceux qui y étoient 
intéressés. De la ville de Gien y assistèrent ceux qui portoient les pro- 
curations de la fondatrice et de Pierre de Bourbon, duc de Bourbonnois 
et d'Auvergne, son époux, les députés du Chapitre de la collégiale, 
avec les procureurs de Frère Louis d'Ârfueille, prieur , et de Jean 
Secretin, bachelier en décrets , curé de Gien-le-Yieil , comme parties 
qai dévoient connoitre de ce nouvel établissement (a). L'élise collé- 
giale de Saint*Etienne, dont je viens de parler, fut également l'objet 
des attentions du nouvel évéque. Le projet de l'union de la cure de 
Gien-le-Yieil à ce Chapitre, étant resté sans exécution, parce que l'abbé 
de Saint-Benolt-sur-Loire avoit refusé d'y consentir, il y annexa celle 
de Saint-Laurent de la ville même, l'an 1485. Le b&timent de cette 
collégiale étoit devenu si caduc , par l'effet de son exposition et par 
vétusté, que l'on ne pouvoit plus y faire l'office, surtout pendant l'hiver. 
Les chanoines exposèrent en 1485, au pape Innocent YIII, le louable 
dessein que le roi Charles YIII et Anne sa sœur, dame de leur ville, 
avoient de la rebâtir à neuf. Ce pape accorda une espèce de jubilé pour 
les trois premiers jours de la Semaine-Sainte de Tannée 148G et des 
deux suivantes, afin d'engager les fidèles à y contribuer, les aumônes 
ayant cessé avec le jubilé, Jean Baillet y suppléa par les indulgences 
épiscopales, le 6 août 1486. Il annonce dans ses lettres, comme la 
bulle du pape le marquoit, que cette église étoit dépositaire du corps 
de sainte Félicule, vierge. Quoique la vieille église fût abattue avant 



(a) En 1727, les Clarisses étaient au nombre de 40 religieuses; dont 14 sœurs 
converses. Elles avaient 3,400 liv. de revenu et estimaient ce qui leur manquait à 
2,700 liv. — Areh. de V Yonne, i^ {N. d. E.) 

Il 7 



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98 4KAN BAIIXBf f 

icn 1 1513. '^ ^° ^" ^î^^^ ^^ rebfttie au moins en partie par les soids de la princesse 
Anne, il ne paroît pas qa'il y ait eu de nouvelle dédicace ; l'évêque en 
auroit pu faire commodément la cérémonie, lorsqu'il visita ce Chapitre 
en i509 et qu'il y fit des règlements touchant les chapelains. L'audi- 
tion des comptes des marguilliers de Gien-Ie-Vieil et du maitre de 
THôtel-Dieu de Gien^ lui avoit été contestée par le seigneur de la ville^ 
qui avoit appelé d'une sentence de l'archidiacre de Puisaye. Quoique 
ce seigneur fût en possession d'entendre ces comptes par ses officiers, 
le parlement jugea, le 5(1 juillet 1495, qu'ils dévoient être rendus par- 
devant l'évêque ou ses officiers et commis, en appelant toutefois les 
officiers de la juridiction temporelle du lieu pour y assister si bon leur 
sembloit. De son temps, la dispute se renouvela entre le chantre de 
Gosne et le Chapitre du même lieu ; mais le prélat ne semble pas s'y 
être beaucoup intéressé. On voit seulement qu'afift de favoriser les 
chanoines qui avoient fait un compromis entre les mains de Guillaume 
Ragoneau, archidiacre de Puisaye, et de Jean Odry, officiai, il rendit à 
Yarzy une ordonnance expresse le 5 octobre 1490, pour qu'on eût à 
les aider des titres et statuts de leur église qui restoient cachés. Ses 
armoiries sont placées en plusieurs endroits de la belle chapelle de 
Notre-Dame-de-Galie située au milieu de la même ville, savoir au- 
dessus du grand portail et à plusieurs vitrages ; cela porte à croire avec 
assez de fondement qu'il a contribué à la bâtir ; effectivement, Fédifice 
est dans le goût dont on b&tissoit alors. Le Chapitre de Saint-Caradea 
deDonzy, a sujet de se ressouvenir particulièrement de cet évêque. Le 
29 septembre 1496, il y renouvella les anciens statuts et en ajouta de 
nouveaux. L'église collégiale de Sainte-Eugénie de Yarzy se trouve 
presque dans le même cas que la chapelle de Cosne dont je viens de 
parler. Ses armoiries, en différents endroits, marquent évidemment les 
biens et les augmentations qu'il y fit (a). On a déjk vu, par plusieurs 



(a) Voici encore d'autres actes qui prouvent sa sollicitude pour cet établissement. 
En 1478, il unit au Chapitre la cure de Saint-Pierre-du-Mont et Marcilly. Six ans 
après, il lui donna le tiers des revenus de l'hôpital. En 1487, ce fut le tour de la cure 
de fircugnon. Le Pape Clément VIII confirma ces réunions en 1593. — Areh. de 
V Yonne, ?9l {N. d. E.) 

17 



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QUATRE-VIIfGT-OlXIÈttE ÉVÊQCE d'aUXERRE. 99 

aetes, qae pendant les visites de son diocèse, il se retiroit quelquefois ^^^j ^ ^5,3 
dans le château situé proche cette église* Le i 8 juillet 1495, il y con- 
firma la fondation qui venoit d'être faite d*un autel de Saint-Edme, 
dans Téglise paroissiale de Saint-Pierre de la même ville, par Bernard 
Galloys, nouvellement décédé (i). On présume aussi qu'il a donné à 
Téglise de Sainte-Eugénie la portion considérable qu'on y voit du 
crftne de saint Cot, martyr. Exact, selon les devoirs, à visiter les cures 
de la campagne, il ne négligea point le droit de procuration attaché à 
cette visite; s'il s'en étoit déporté k Tégard des paroisses dont les curés 
étoient chanoines de la cathédrale, il n'en fit pas de même envers les 
cures dépendantes des abbayes. Il l'exigea du prieur de la Charité, 
pour les trois curés de la ville de ce nom, de ceux d'Andrie, de Gien- 
le-Yieil, de Saint-Sauveur et de celui de Bonny, après une enquête du 
6 janvier 1484 par laquelle il apparut que Pierre de Longueil en 
ayoît ainsi usé (2). En 1497, le 19 septembre, l'abbé de Saint-Laurent 
s'obligea, tant pour lui que pour ses successeurs, de payer à ce prélat 
et aux futurs évêques d'Âuxerre, quatre écus d'or, de trois ans en trois 
ans après la visite (5) ; ce qui semble n'être fondé que sur le droit de 
la procuration des cures dépendantes de cette abbaye, qui sont en assez 
grand nombre dans le diocèse. Une espèce de tribut, qui étoit plus 
rare, et qu'il aida à lever, fut celui que le concile de Pise, transféré k 
Lyon, imposa sur tout le clergé de France, pour la défense des églises 
du royaume et pour les frais même du concile. Jean Baillet se décla- 
rant commissaire de ce concile, en .celte partie, nomma, par des lettres 
expresses du 11 août 1512, Robert Pourcin, chanoine de la cathé- 
drale, et Guillaume Grail, archiprétre de Yarzy, pour avertir tous les 
bénéficiers de satisfaire à leur cote , sous peine de suspense avant la 
huitaine (4). Ainsi traitoit-on alors ces sortes d'affaires. Le diocèse n'y 
fut compris que pour deux mille quatre cents livres. Le pape chargea 
Tévéque d'une autre icommission moins désagréable que la précédente : 
ce fîit de recevoir le serment de fidélité de Claude de Barsey, abbé de 



(I) Ex autour, apud D. leclerc. 1 (5) G. Viole in Baillet. 

(i) Voy. les Preuves i Fan 1484. (4) Ex Litt. ms^ ^ 

600878A 



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400 JEAN BAILLET, 

1477 il 2518. Saint-Seine. Il le reçut à Âuxerref le 26 février i506, sans qu'on voie 
pourquoi le souverain Pontife lui avoit adressé cette commission qui 
paroissoit dévolue k l'évêque de Langres (1). Laurent le Routier, 
nouveau doyen d'Auxerre, prêta serment à Jean Baillet, le 21 décembre 
45iO ; cela étoit du ressort de Tévéque. Ce sont les deux seuls 
serments faits entre ses mains. L'Ordre du Val-des-Choux, formé dans 
le diocèse de Langres, s'est peu soustrait de la juridiction des Ordi- 
naires. Celui d'Ânxerre a trois maisons de cet institut : celle de l'Epau, 
proche Donzy, la plus célèbre des trois, perdit en 1506 son prieur 
commendataire, Pierre de la Fin , abbé de Pontigny. Les religieux, 
souhaitant choisir un prieur qui fût de leur maison, en demandèrent 
la permission à notre évéqne qui, en l'accordant au mois de janvier 
de la même année 1506, commit Pierre de Piles, prêtre, pour présider 
k Télection (2). L'évêque diocésain fut ainsi reconnu par ces solitaires. 
Agnan Cochet, trésorier de Donzy, vint de leur part lui notifier qu'ils 
avoient élu frère Jean Mignard pour leur prieur, et lui demander la 
confirmation de leur choix ; ce qu'il leur accorda. 

Le prélat assista en 1485 au Concile provincial que Tristand, ar- 
chevêque de Sens, avoit indiqué au 28 juin, et il confirma, avec les 
autres suffragants» celui qui s'étoit tenu vingt-cinq ans auparavant sous 
Louis de Melun pour la réception des canons du concile général de 
Bàle (3). Les députés du diocèse d'Anxerre, pour ce concile provincial de 
1485, furent le chantre de Notre-Dame-de-la-Cité et le trésorier de 
Cosne. Jean Baillet fut Tun des six prélats qui assistèrent aux funé- 
railles du roi Charles YIII, célébrées à Saint-Denis le premier mai 
1 498. Peut-être se donnoit-il dès lors du mouvement au sujet d'un procès 
contre les mariniers d'Auxerre ou voituriers par eau qui refusoient de 
payer les droits dus au passage du pertuis de Régennes. Jean Régnier, 
bailli d'Auxerre, avoit déjà condamné un de ces voituriers par sentence 
du 30 avril 1494, au profit de Pierre de Longueil. Ils crurent qu'en 
se joignant tous ensemble au prévôt des marchands de Paris, ils réus- 



(i; VioU. I (5) Concil Labb. 

(2j Ex Procesê. verb. manuscripo. 



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QUATRE-VINGT-DIXIÈME ÉYÊQDE d'aUXERRE. 101 

siroient à se libérer de ce tribut; mais ils snceombèrent, et après une ^^^ ^ ^^^^ 
enquête faite par François Boueber , lieutenanl-général du bailli de 
Sens , ils furent condamnés au nombre de vingt-trois parliculiers , 
par arrêt du parlement du 21 juillet 1501 , et Tévêque maintenu en 
possession de percevoir Fancien droit tant sur les petits bateaux que 
sur. les grands. Cet arrêt est des plus considérables titres que ce 
prélat ait obtenus pour assurer les revenus de Tévêché (1). Il acquit, 
en 1499, tout ce que Jean de Chabannes, comte de Dammartin, baron 
de Toucy, possédoit dans la seigneurie de la Chapelle-de-Saint-Ândré, 
proche Yarzy; mais il fit cet achat comme personne privée, et ces biens 
retournèrent \k sa famillle après sa mort. Il eut aussi sur les dernières 
années de sa vie, un arrêt du parlement contre les bourgeois de 
Yarzy (a) qui avoient arraché des mains d'un de ses domestiques les 
clefs de leur ville. Les habitants furent condamnés aux dépens et à une 
amende, le 16 avril 1511. 

Il mourut à Auxerre, dans son palais épiscopal, le dixième novembre 
1515 (6), et fut inhumé derrière le chœur de la cathédrale, dans la 
chapelle de Saint-Âlexandre, où Pierre Baillet, écuyer, son parent, étoit 
enterré. Il avoit choisi pour exécuteurs de son testament, Thibaud 
Baillet, son frère, président au parlement de Paris et Jean Henné- 
quin , graiid-archidiacre de son église (2). Le Chapitre contesta avec 
Thibaud pour des réparations auxquelles le défunt évéque s'étoit obligé; 
mais le différend fut accommodé peu de temps après par Blanchet 
David, lieutenantrgénéral 9 en vertu de la procuration que ce présî- 



(1) Ex auiographo. | Aulis. 

(2) Ex Process. vei-b. Ressort. BcUUiv, 



[a) L'éYéque J. Baillet était souvent en discusssion avec les habitants de Yarzy, 
Un compromis qu'il passa avec eux, en 1509, nous apprend qu'ils n'avaient pas 
moins de sept procès à vider ^ les uns pour refus de lods et ventes, un autre pour le 
droit de ban-^iny d'autres pour le 20<> du pain étranger vendu dans la ville, pour le 
droit de nommer le capitaine de la ville, etc. Voy- Pr. t. iv, n^ 415. \^N. d, E.) 

(P) Voyez des détails sur la mort de J. Baillet, dans le BuUelin de la Sociéié des 
seieneeê de TFoiine, t. ii, p. 458. (N, d, E.) 



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\0i JEAN BÀILLBT, 

U77 ^ 1513. dent et Robert Thibousl , conseiller au parlement , lui envoyèrent. Ce 
ne fut que le 9 mai 1525, que Jean Henneqnin remit au Chapitre 
le beau Missel manuscrit (a) que Févêque avoit légué k l'église. Quoique 
^ sauvé ensuite des mains des huguenots , il est resté inutile depuis 
l'usage de l'impression, à cause de son poids énorme. Le compte de 
dépenses de la communauté des habitants d'Âuxerre pour Tan 1487, 
désigne au 21 avril quelques parents de cet évéque, qui Tétant venus 
visiter, reçurent les présents de la ville , entre autres Robert Thiboust 
ci-dessus nommé, avocat du roi en parlement , maître Jacques Daniel , 
et réponse de maître Pierre l'Orfèvre, qualifiée sœur de ce prélat. Dans 
les comptes du Chapitre où les réceptions des chanoines sont marquées, 
nul chanoine de ces familles n y paroit. Des parents de cet évéque 
nous ne voyons que les suivants qui s'appeloient Hennequin. Jean 
Henneqnin , dont je viens de parler , avoit été reçu en 1497 k un ca- 
nonicat et à la dignité de grand-archidiacre; selon certains actes, il 
étoit neveu de Thibaud Baillet. On ne sait en quel temps Odard 
Hennequin, frère de Jean, fut reçu archidiacre de Puisaye; sa réception 
précéda le décès de Jean Baillet , puisque cet évéque voyant que le 
nouvel archidiacre ne se pressoit pas de lui prêter serment de fidélité, 
auquel il étoit tenu suivant sa fondation, fit saisir les revenus de son 
archidiaconé (1). Il y a apparence qu'un Nicolas Hennequin, mort 
chanoine en 1518, avoit aussi été pourvu de son canonicat par le même 
évéque. 

L'évêque Jean Baillet est l'un des principaux fondateurs des messes 
basses qu'on célèbre dans la chapelle de Saint-Âlexandre. Pierre 
Baillet, son parent , y a aussi contribué ; celui-ci obligea les enfants 
d'aubes (2) de chanter chaque jour dans la cathédrale une antienne en 



(1) Ex cod. mu. formular. Secrelarii 1 (2j On appeloit ainsi les enfants de 
Bretel circa finem, \ chœar. 



(a) 11 était au trésor de la cathédrale, et se trouve aujourd'hui à labîbliotbèquede 
la ville d'Auxerre. {N. d. B.) 



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QUATRE-VINGT-DIXIÈME ÉYÊQUE d'aUIERRE. 105 

l'honneur de la Sainte-Yierge , moyennant quoi il donna au Chapitre un k 1513. 
Qoe certaine somme qui entre aujourd'hui dans la dépense de leurs 
habits d'église. 




t siGiiiva : ABBAns : pownemACi. 



Sceau de l'abbé de Pontigny, an lBK.—{AnMoei de l'Yonne.) 



FIN DE LA QUATRIÈME PARTIE. 



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MÉMOIRES 

HISTORIQUES 



SUR 



LES ÉVÊQUES DIUXERRE. 



CINQUIÈME PARTIE, 

Qui eonUent les actions de onze ETèqoes qni ont siégé depuis 
l'an 1514 jnsqo'à l'an 1676. 



r-TJQQQC 



CHAPITRE I. 

De deuxévêques UréB successivement de la maison deDinteville. 
FRANÇOIS DE DINTEVILLE, !•'. DU NOM, XCI. ÊVÊQUE D'AUXERRE. 

On a TU, dans la quatrième partie de cet ouvrage, onze évêques qui isis ï isao. 
ont gouverné l'église d'Âuxerre environ cent quarante ans. J'en ai 
parlé uniquement sur des mémoires répandus de côté et d'autre dans 
les archives où sont des registres, des comptes et semblables enseigne- 
ments. Il s'en présente maintenant deux de suite, dont la vie a été 
écrite peu de temps après leur mort, et qui pour cette raison fournissent 
une matière assez abondante, le second principalement, dont Fépis- 
copat a été plus long et plus rempli d'événements. Ce sont les deux 
François de Dinteville oncle et neveu, qui tiroient leur nom d'une terre 



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i06 FRANÇOIS DE DINTEVILLE, PREMKR DU NOM, 

1513 a 1590. sîtuée (laos la Champagne, et possédée anciennement par les Janconrt. 
Les actions du premier ont été écrites par un chanoine attaché ï luit 
appelé le Marchand (a), à qui il est échappé peu de faits importants, 
quoiqu'il n'en ait touché plusieurs qu'en général. 

François de Dinteville, premier du nom, éloit fils de Gaude de 
Dinteville, seigneur Commarin en Bourgogne, d'Eschenetz, Polisy, etc., 
et de Jeanne de la Baulme, fille du seigneur de Mont-Saint-Sorlm , 
descendante des comtes de Mont-Revel, riche et puissante famille. 
Claude de Dinteville avoit été élevé à la cour des derniers ducs de 
Bourgogne; étant leur conseiller et surintendant de leurs finances, il fut 
tué à la bataille de Nancy avec Charles-le-Hardi a l'âge de 64 ans (1). 
Il eut quatorze enfants de son mariage , savoir quatre filles (2) 
et dix garçons; le dernier fut notre évêque. La jeunesse de François de 
Dinteville fut soigneusement cultivée. Après avoir étudié a Dijon et à 
Âutun, où il fit voir combien on devoit attendre de lui, il fut envoyé à 
Pavie en Italie, ou plutôt à Padoue, pour y étudier le droit. Y ayant été 
reçu docteur en l'un et l'autre droit, au bout de cinq ans, il retourna en 
France après la fin des guerres du duc de Bourgogne. Â peine y fat-il 
arrivé, que Georges d'Amboise, archevêque de Rouen, admirant les qua- 
lités de corps et d'esprit du jeune François, le prit en afiection et l'attira 
auprès de lui. Cet archevêque, devenu cardinal ef ambassadeur, continua 
de le garder dans sa maison. Les parents de François n'oublièrent rien 
alors pour le faire connoitre à Louis XII et lui mériter sa bienveillance. 
Quelques-4ins ajoutent que Claude de DintevîHe, abbé de Régny, puis 
de la Ferté-sur-Grosne, fut la principale cause de sa fortune. Cet abbé 
peut avoir contribué à son avancement dans les sciences; mais François 
put être plus utilement protégé par Guillaume Pot, évéque de Toumay, 
son oncle. Il avoit déjà deux frères revêtus d'offices in^ortants ; ainsi il 



(1 ) Anselme, Grands- Veneurs. \ abbeise de Maabaisson. 

(2) De ces quatre fiUes fut Antoinelte, 

(a) Ce chanoine, appelé François Mercator ou Marchand, écrivit la vie de Tévéque 
par ordre de son neveu, en 1848.— foy. le Ms. original du Gerta Pontif. 

{N, d. E.) 



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QUATRB-VINGT-ONZIÈHE È\ÈQ\}E d'aUXERRB. i07 

né loi fut pas difficile d'obtenir des bénéfices. Gaucher de Dinlevitle, le 
plus âgé de ces deux frères, et qui continua la postérité, étoit maître 
d^hôtel du roi et chevalier de ses Ordres; il fut depuis lieutenant de la 
ville de Sienne pendant les guerres d'Italie, et gouverneur de François, 
Dauphin de France. Jacques, un peu plus jeune que Gaucher, fut 
grand-veneur de France. Avec de telles recommandai ions, François de 
Dînteville, leur frère cadet, ne manqua point de revenus ecclésiastiques. Il 
ajouta \k la cure de Ricej, diocèse de Langres, et au prieuré de Ghoisj, 
diocèse de Meaux ,' outre des canonicals dans les églises d'Autun , de 
Beaune et de Dijon, l'abbaye de Châtillon- sur -Seine et celle de 
Hontier-en-Der , dont il jouissoit au moins dès Tan 1507. 11 fut fait 
évéque de Sisteron en 4508. Deux ans après, le siège d'Âutun étant 
venu à vaquer , le Chapitre le demanda pour prélat. Mais Louis XII 
le pria de céder son droit à Jacques Hurault; ce qu'il accorda très- 
volontiers, n n'en fut pas de même pour l'évéché d'Àuxerre. Jean 
Baillet ayant laissé le siège épiscopal vacant au mois de novembre 1515, 
les chanoines, assemblés le 5 décembre suivant, indiquèrent le 
lundi 50 janvier pour l'élection , et en donnèrent avis par Philippe 
Gaveau, curé de Levis, aux confrères absents, qui étoient au nombre de 
plus de vingt. On ignore si tous se rendirent au jour désigné; mais le 
choix de l'assemblée tomba sur l'évêque de Sisteron (1). Ce fut la der- 
nière élection. Le règne de François I®' , qui suivit de près, apporta du 
changement dans la manière de créer les évéques du royaume (a). Cela 

(i) 11 est oommé dans les registres du Vatican an 6 mars 1513. 



(a) Le changement s'étendit aussi au régime des monastères qui furent donnés en 
commande à des fils de grandes maisons, au lien d'être, suivant les règles canoni - 
ques, gouvernés par des abbés élus par les moines. 

Les abbayes du diocèse d'Auxerre subirent le sort commun. Les plus illustres, 
comme celles de Saint-Germain d'Auxerre et de Pontigny échurent à des cardinaux, 
à des évéques^ les autres furent données à titre de bénéfice aux aumôniers du roi, 
ou à d'autres ecclédastiques qm ne résidaient pas Ja plupart da temps dans 
leur monastère. 

n advint de là que les moines étaient gouvernés par un prieur qu'ils élisaient* 
L'abbé payait aux moines une pension proportionnée à leur nombre, et souvent son 
fermier ou son procureur faisait languir les pauvres frères. De là des débats, des 



1613 k 159D. 



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i08 FRANÇOIS DE DINTEVILLE, PREMIER DU NOM, 

1613 il 1)90. ^^ <^usa aucun chaDgemeut dans la manière de gouverner les revenus 
de l'évêché^ le siège vacant. Dans celle-ci , le Chapitre fut encore 
maintenu à les régir, et révêché d'Auxerre déclaré exempt de la régale 
par arrêt du parlement du 25 mars 1515* 

François de Dinteville, acceptant sa nomination à l'évéché d'Auxerre 
qui éloit d'un revenu considérable, ne conserva, de tous ses bénéfices^ 
que l'abbaye de Montier-en-Der. Il fit toute la diligence possible pour 
se rendre au plus lot à Auxerre, parce qu'il fut informé que sa présence 
étoit nécessaire , pour empêcher les gens de guerre d'endommager les 
biens de l'évéché. Au commencement du printemps il vint demeurer à 
Auxerre , sans y faire d'abord son entrée solennelle. Louis XII avoil 
écrit au Chapitre, qu'on trouvât bon qu'il demeurât dans son palais 
épiscopal avant cette cérémonie; et le 3 mai i 51 4 il donna lui même 
acte comme il ne prétendoit point déroger à la louable et ancienne 
coutume, selon laquelle les nouveaux évêques ne peuvent demeurer à 
la ville avant la veille de leur joyeuse réception, reconnoissant que par 
grâce les chanoines le dispensoient de cette loi , sans tirer à consé- 
quence. L'année cependant ne s'écoula point sans la cérémonie 
accoutumée. Le 17 décembre 1514, il fut reçu à l'abbaye de Saint- 
Germain par l'abbé François de Beaujeu; et le lendemain il fit son entrée 
solennelle dans la cathédrale, assisté de François de la Rivière bailli 
du Donzios, comme représentant Françoise d'Albret, duchesse de 
Brabant, obligée, sous deux chefs, a porter l'évêque, savoir pour la 
baronnie de Donzy et pour celle de Saint-Verain. A l'égard du serment 
dû h l'église de Sens, il s'en étoit acquitté dès le cinquième du même 
mois entre les mams du vicaire-général de l'archevêque Tristan de 
Salazar, alors absent. 

Il n'est pas parvenu jusqu'à nous beaucoup d'actes concernant la 
police extérieure du diocèse. Nous savons seulement que, dès le troisième 
avril suivant, il donna une ordonnance contre l'abbesse et les religieusea 



procès intermiDables. Pour y couper court, les biens des monastères furent par- 
tagés en manse abbatiale et en manse conventuelle^ et chaque partie les administra 
h sa guise. 

Il est à remarquer que les abbayes de femmes ne furent pas soumises à la com- 
mande, quoique les titulaires fussent aussi nommées par le roi. [N. d. E.) 



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QUATRB^VIMGT-OMZIÈME ÉTÊQUE d'àUXERRE. i09 

de Saint-Jalien-lès-Auxerre (1), par laquelle il leur eojoigDoit non- 
sealement de ne point sortir de leur clôture sans permission , mais de 
n'admettre dans Fintérieur de leur maison que leur médecin, et de 
veiller mieux qu'elles ne faisoient sur leur temporel (a). Je ne marquerai 
pas les réparations faites par François de Dinteville dans l'abbaye de 
Hontier-en-Der où les guerres avoieut tout détruit, et dans le château 
de Sommevoire qu'il rendit semblable à une forteresse ; je passe égale- 
ment sous silence celles qu'il fit dans l'abbaye de Cbâtillon- sur-Seine 
qu'il avoit eu en 1495 par résignation de Guillaume du Bois, abbé 
régulier, moyennant une pension assignée sur le domaine de Chaumes. 
Dans l'auteur de sa vie, on peut voir ce détail, qui ne regarde point 
son église. Il nous suffit de rapporter ce qu'il fit pour le bien de son 
éyêché. Il songea donc d'abord à réparer entièrement les maisons épis- 
copales de Yarzy et de Régennes. Il éleva , dans cette dernière , une 
tour considérable et rebâtit à neuf le corps du logis avec une galerie 
magnifique. C'est avec raison qu'on a vanté les ornements que François 
de Dinteville donna à son église cathédrale* Ils éclatoient en or et en 
pierreries, et certainement aucune église de France n'en avoit alors 
de pins beaux (2). Us furent depuis la proie des calvinistes (3). \e% 
orgnes qu'il fit construire proche la grande porte de Téglise coûtèrent 



1518 il 1580. 



(i) Ex autographe in Sehœdiê S. Martini 
a Camjns. 

(2) Si ce n'est peut-être la Sainte-Cha- 
peUe de Bourges. 

(5) Les ho^enols s'emparèrent da tré- 
sor de la cathédrale en 1567; on fut assez 
heareux poor racheter de leurs mains Tun 
des somptueux parements d*antel qu*il avoit 



donné avec quelques unes de ses chapes et 
dalmatiques ; mais on n'a pas eu l'avantage 
de conserver ce parement inestimable; il 
fut dérobé dans le dernier siècle; et les 
chapes avec quelques dalmatiques ayant 
paru à quelques chanoines hors d'usage, 
ont été vendues de notre temps a des juifs 
malgré les remontrances de quelques autres. 



(a) 11 arriva vers Tan 1522, dans cette abbaye, un événement eitraordinaire que 
noQs a conservé une enquête de l'an 1580, relative au droit de justice de Tabbesse 
dans le faubourg de Saint-Julien. L'abbesse, qui s'appelait Marguerite de Saigny, 
fut chassée du monastère par M. de DinteviUe^ aux ordonnances duquel elle avait 
refusé d'obéir, et le prélat fit abattre Técusson de ses armes qu'on voyait auprès du 
moulin de Saint-Martin. Mais bientôt après, six mois environ, l'abbesse fut ramenée 
à Auxerre par 40 ou 50 Suisses, ses compatriotes, à la tête desquels était le corps 
de justice de la viUe.— Plusieurs des plus notables habitants étaient allés au-devant 
jusqu'à Annay-la-Côte — Arch. de V Yonne, fonds Saint-Julien. {N. d. E) 



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no FRANÇOIS DE DINTEVILLB , PREMIER DU NOM, 

1518 ï lôdOc beaucoup. Les huguenots profitèrent depuis des tuyaux et n'y lais- 
sèrent que le buffet qui subsiste. Pour ce qui est du jubé, Técmain 
de sa vie n'a pas été si bien fondé à le préconiser; le goût de la 
nouvelle structure de ce temps-là ne mérite pas d'être suivi; outre ce 
défaut dont on ne pouvoit pas répondre alors, il pèche essentiellement 
en ce qu'il traverse toute la face du chœur (a). Il n'y avoit auparavant 
que deux pupitres ou tribunes : l'un du côté gauche pour les épitres , 
leçons et répons-graduels ; et l'autre du côté droit pour l'évangile ; 
cela n'offusquoit pas la vue. Pour soutenir la masse prodigieuse da 
nouveau jubé, il fallut jeter de nouveaux fondements sur les deux 
descentes qui conduisoient au chœur souterrain ; par là ont disparu 
entièrement ces descentes qui étoient un des ornements de l'église. Oo 
croit que le jubé fut commencé en 1525 et qu'il fut continué en 1524, 
selon le chiffre qui se voit à quelques colonnes pyramidales. Le portail 
de l'église du côté du septentrion, commencé cent ans auparavant 
sous Philippe des Essarts et achevé sous M. Baillel, n'avoit plus besoin 
qiie du vitrage. Le chantre, l'archidiacre de Puisaye et deux autres 
chanoines furent députés à la fin de Tannée 1527, le 6 avril (1), pour 
en conférer avec l'évéque, et ayant réussi dans leur conférence, on 
commença à y travailler au mois de mai suivant que Ton comptoit 
1528. Ses armoiries, qui s'y voient en plusieurs endroits, sont une 
preuve de sa libéralité. Sa sentence favorite étoit : Virtutis fortuna cornes; 
faisant connottre par Ta, que s'il étoit riche, il essayoit de ne point mal 
user de ses biens, et de ne chercher querelle à personne, mais à être 
utile à tout le monde. On remarqua, en effet, que durant les quinze à 
seize années de son épiscopat, il n'eut aucune contestation ni même la 
moindre ombre de difiiculté avec le Chapitre, ni avec aucun des cha- 

(!) ReffUL Capit. 6. Apr. 1526 ; 8 mai 1528. 



(a) L'abbé Lebeuf apprécie avec le goût d'un vrai archéologue la disposition ma- 
lencontreuse de ce jubé. On ne doit pas être étonné si ses confrères l'ont fait dispa- 
raître. -^ Le bon chanoine, auteur de la vie deTévéque, re^gardait ce jubé comme le 
plus beau de France, et ajoutait : « Miro lapidum tabulatû, raro artificio clegantique 
ut... »> {N.d.N.) 



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QOATRB-VlNGT-ONZliME ÉVÉQUE d'aUXERRE. iii 

noines en particulier. Il aima aussi beaucoup les citoyens, et se les attacha 1513 ^^ i^^ 
par le soin qu'il prit pour leurs intérêts. Il demeura plus d'un an k Paris 
pour recommander au président Baillet, à Robert Thiboust et autres 
conseillers de la cour, la cause des Àuxerrois pour le bailliage transféré 
à Villen6UTe-le-Roi pendant que les ducs de Bourgogne jouissoient du 
comté d'Auxerre; et son crédit aida à procurer l'arrêt de l'an 1525 , 
qni adjugea au bailliage d'Auxerre les pays d'entre les rivières d'Yonne 
et de Loire, comme Donzy, Glamecy et les environs. Il se donna beau- 
coup de mouvement en 1526 pour obtenir des foires à la ville (1), aussi 
bien que le recouvrement de ce qui revenoit anciennement aux habitants 
sur la vente du sel. Il fut aumônier ordinaire de Louis XII et de Fran- 
çois I^' ; ces deux rois le chérirent et le considérèrent. Pendant les 
trois ou quatre mois qu'il passoit en cour, il avoit un train superbe, et 
faisoit une dépensef proportionnéfe à sa qualité; ce qui lui gagna l'amitié 
des princes, des seigneurs, et de tous les courtisans. Malgré ses 
absences, l'hérésiedeLuther qui vint à s'élever, ne trouva aucune entrée 
dans son diocèse. Il assista exactement aux assemblées et aux conciles 
provinciaux que tinrent les archevêques de Sens, Etienne Poncher 
et Antoine Duprat. Il fut commis par le pape Léon X avec les évéques 
de Paris et de Grenoble pour faire l'information de la vie et sainteté 
de saint François de Paule (2). Presque toujours, un évêque inpartibus 
le soulagea dans les fonctions épiscopales. En 1520, c'étoit Philippe 
Brunet, docteur en théologie, lequel fit le 10 mai de la même année la 
dédicace de l'église de Saint-Bris. Deux ans après, c'étoit Jean, évêque 
de Simm... qui dédia celle de Saint-Pierre de Toucy, le 13 juillet 
1522, et en 1525, Pierre, évêque d'Ebron le suppléoit dans le minis- 
tère épiscopal (5). Il eut pour vicaire-général et officiai, Guillaume 
Chausson, licencié-ès-lois qu'il fit chanoine en 1525 et lecteur en 
1528 (4). L'autre vicaire-général fut Pierre de Monljot aussi licencié- 
es-lois et chanoine. Entre les personnes de marque qu'il fit chanoines 
de son église, l'un des plus célèbres est le savant auxerrois Germain 



(t) Compte de Laorent Barault, fol. 25. 1 (5) Reg. 11. JuL 1527. 
(2) Procés-Terbal du 13 août 1557. ; (4) 15 maii 1528. 



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112 FRANÇOIS DE DINTEVILLE, PREMIER DU MOU, 

1513 k 1&80. ^^ Brie, plus connu sous le nom de Germanus BrixiuSj reçu en 1515 (1). 
La même année 1520 il donna à son neveu François de Dinteville (2) 
une prébende qui vaquoit par la mort de Vincent Souef; (5) et en 
1527 une autre à Philippe de Courtenai , sousdiacre, bachelier eo 
droit (4). Sou neveu ne resta pas simple chanoine, il parvint à la dignité 
de doyen; et, dès Tan 1527, il fut fait évoque de Riez où il ne résida 
point ; il resta auprès de son oncle dont il étoit le conseil, et qui enfin 
lui résigna son évéché. Dans Tun des voyages que notre évéque fit en 
1526, François P' Tadmit à être présent au contrat de mariage d'Anne 
de Montmorency et de Magdeleine de Savoie, fille de René de Savoie. 
Dans une autre occasion, le même roi lui avoit donné la commission de 
recevoir de sa part la somme de 50,000 livres que les Etats de 
Bourgogne, comtés de Maconois, Auxerrois, Ghâtellenies de Bar^ur- 
Seine et de Noyers , comté d'Auxonne, etc. lui avoient accordée poor 
les francs fiefs et nouveaux acquêts de tous ces pays-là , de laquelle 
somme les Auxerrois dévoient payer 1,700 livres. On a tout lien 
de croire que ce fut par ses sollicitations que François I®' , deman- 
dant au clergé de Bourgogne des droits d'amortissement, k l'occasion 
de la guerre contre le roi d'Angleterre, se contenta, pour tous les biens 
ecclésiastiques du diocèse d'Auxerre , de la somme de 5,500 livres 
par lettres données à Saint -Germain- en -Laye, au mois d'octobre 
1522 (5). Au reste, ce prélat, quoique souvent en cour, et faisant 
grosse dépense , augmenta les revenus de son évêché. La doucear 
qui lui étoit naturelle, et ses différentes occupations , ne lui firent pas 
négliger ses intérêts temporels. Ayant appris que l'ancienne tour et la 
maison seigneuriale de Toucy avoient été démolies par Aymar de Prie, 
baron de ce lieu, pour y bâtir un nouveau château, il fit comparoitre 
par devant lui, à Auxerre, ce seigneur, afin de lui faire reconnoUre qn'il 
tenoit ce château nouvellement édifié, aux mêmes conditions et chaires 
que ses prédécesseurs avoient tenu la grosse tour et le vieux château, 
c'est-à-dire, en fief de l'évêché d'Auxerre, et pour me servir des termes 



(1)19 iltifif. 1524. 

(S) Ex Computit Capit, 

[Z) Il résigna sa prébende en 1520 à 



Jacques Joce. clerc. 
(À) Reg. Cap. 1527., 27 Mars. 
(5) Voy. les Preuyes, t. iv. à Tan 1522. 



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QUATRE-VINGT-ONZIÈME ÉVÊQUE d'aDXERRE. 115 

do droit, qu'il éioii jurable et rendable k l'évêque quand bon lui sembloit. 
Cet acte du 20 juillet i525 contient le reste des engagements des 
barons de Toucy envers l'évêque qu'il seroit ennuyant de rapporter {i ). 
Aymar survécut peu à cet aveu ; mais l'évêque ayant exigé un pareil 
acte de foi et hommage des enfants qui lui survécurent, il ne put refuser 
le délai ou souffrance que demanda Marc de la Baulme, leur tuteur, et il 
accorda du retard par acte du 14 mars 1527 (a). 

Cet évêque k 66 ans fut atteint d'un dévoiement qui, par sa durée, le 
conduisit au tombeau. Il sentit approcher sa fin le dimanche 24 avril 
1530. Il s'y prépara ce jour-là par une confession générale de toute sa 
vie, et par la réception de la sainte Eucharistie k la fin de la messe. Le 
mardi suivant, il réitéra la confession et la communion ; ensuite il fit 
venir Louis Bride, son secrétaire, qui étoit notaire apostolique, Guil- 
laume Chausson, son officiai, Jean le Foui, chanoine lortrier, son con- 
fesseur, et il écrivit son testament qu'il fit signer par le notaire aposto- 
lique. Il y demanda d'être inhumé sous le jubé de la cathédrale proche 
l'autel de la Magdeleine, ou dans le chœur; ce qui prouve qu'il n'y avoit 
point de caveau sous ce jubé, et qu'il fut construit depuis. Il demanda, 
en second lieu, pour le repos de son âme, chaque année, douze services 
à vigiles et grand'messe; il légua pour cela douze livres payables à 
chacun de ces services, par son frère, Gauthier de Dinteville, seigneur 

(1) Voy. les Preuves, l. iv, à Van 1523. 

(a) Un compte de Tan 1517 nous révèle quelques usages de l^égUse d'Auxcrre qoe 
nous aUoDS rapporter, parce que cette pièce est l'unique de ce genre qui existe, aux 
archives de FTonne, sur Tévéché d'Auxerre. On y apprend que l'évêque faisait faire 
quatre sermons par an^ savoir : le jour des Gendres^ au chœur de la cathédrale ; le 
dimanche des Rameaux, au cimetière de la Madeleine ; le Jeudi-Saint^ dans le Cha- 
pitre ; et le mardi 28 avril, jour du Synode, au chœur. Il payait cinq sous pour 
chaque sermon aux Frères-Mendiants. 

Le 30 avril, veille de la fête de Saint-Amatre, le Chapitre allait en procession dans 
l'église de ce saint, et en revenant de la cérémonie, au retour des matines, Tévéque 
avait coutume de donner aux chanoines des gatleîets pour la collation que faisait le 
Chapitre, et six setiers de vin tant blanc que rouge. 

A cette époque^ le sucre était rare et cher. (1 n'y en avait pas chez l'apothicaire 
de l'évêque, et on en alla chercher 4 livres chez M. Charmoy, que l'on paya 4 gros 
'a livre, soit 20» S»». (iV. d. E.) 

8 



1513 à 15"0. 



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114 FBAMÇOIS DB DIMTBVILLB 1^' DU NOM, 

1513 ï IS80. ^^ Polizy, son seul et universel héritier. II Tavoit établi exécuteur de ce 
testament, avec son fils , François de Dinteville, qui devoit lui succéder 
dans Tévèché (1). Ce prélat avoit gardé un certain nombre d'ornemeots 
précieux, qu'il réservoit peut-être pour le besoin, au cas qu'il fât arrivé 
quelque famine ou quelqu'autre adversité. Il légua alors le tout à sa 
cathédrale, savoir : quatre chapes et le reste d'une pièce de drap d'or 
pour un parement d'autel; il y ajouta sa chasuble, dalmatique, et tunique 
de drap d'or; de plus deux tables ou parements d'autel de fin or en l'un 
desquels étoit représenté Tarbre de Jessé et en l'autre les saints 
patriarches ; et il ne laissa à son successeur que l'argenterie de sa 
chapelle et ses ornements ordinaires (2). Le jeudi 28 du mois, il de- 
manda l'extréme-onction ; mais on remit au lendemain matin. Son 
neveu, le doyen, ne put lui conférer ce sacrement à cause de la douleur 
dont il étoit saisi ; le chantre l'administra au malade, qui le reçut avec 
une pleine et entière connoissance , répondant lui-même aux psaumes 
et aux versets. Demandant alors pardon aux chanoines assemblés qui 
fondoient en larmes, il leur dit adieu et se recommanda à leurs prières. 
Depuis ce moment, il resta toujours dans l'attente de l'heure du Seigneur 
et lui rendit son âme le même jour 29 avril, un peu avant quatre heures 
du soir. Son neveu prit le soin des funérailles qui furent magnifiques. 
Il fut inhumé sous le jubé à l'endroit qu'il avoit désigné. Il y avoit dix- 
huit ans qu'il reposoit en ce lieu, lorsque ce neveu, songeant à sa propre 
sépulture, crut devoir faire lever les os de son oncle, et construire en cet 
endroit un caveau pour les mettre et y être inhumé un jour auprès de 
lui. Il fit dresser dans l'enfoncement sous le jubé un très-beau mausolée 
de marbre blanc (a), qui représentoit le défunt couché et revêtu d'habits 
pontificaux, avec ces deux vers : 

Nobilitas, virtas, et magnificentia tecum 
Hic, Francisée, jacent^ hsc cœlo munia digna. 
MDXLVIII. 

(i) Bx ejui Ustammto. 1 mdnes poor les Jacobins Cordeliers, hôpi- 

(i) Par ce testament, il ordonna des au- | taux de la Magdeleioe et de Saint-Pierre. 

(a) Le texte du Gesta ne dit pas tout-à-fait ce que rapporte Tabbé Lebeuf, au sujet 
« de ce tombeau : a Nobile mausoleum marmorea ejus effigie veuustatum, magna om- 

« nîum admiratione sculpi, fingi, pingi jussit. » (iV. d. E.) 



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QDATRE-VIMGT-OMZIÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE. 115 

Lorsqu'on ouvrit ce caveau, le 16 septembre 1750, pour y placer le 1513 ^ 1530. 
corps de M. de Broc, évêque, et celui de sa sœur, on y trouva les osse- 
ments de ces deux évêques ramassés tout au fond en un las avec deux 
planches dressées à côté. On croit que leurs ossements avoient été mis 
ainsî> sans ordre, lorsque la ville étant délivrée des huguenots on 
reboucha toutes les ouvertures qu'ils avoient faites, ou vers Tan 1690 
lorsqu'au renouvelant le pavé de la nef, il fallut fortifier l'entrée de ce 
caveau. Y étant descendu, j'y reconnus les ossements de deux corps dif- 
férents, et de deux différentes couleurs. Comme le corps de celui dont 
je viens de parler avoit été dans la terre pendant dix-huit ans, ses osse- 
ments étoient de couleur jaune pâle et passée ; mais ceux du neveu paru- 
rent d'un jaune plus foncé et tirant sur le brun. Je ne crois pas qu'il 
soit besoin de faire remarquer que le buste où l'oncle est représenté 
vers l'angle du jubé, entre la figure de saint Aunaire et celle de saint 
Vigile, ne peut être de ce temps, ni d'une sculpture que le neveu eût 
ordonnée; sans doute, c'est une figure substituée à celle que les calvi- 
nistes avoient rompue ou mutilée. C'est lui ou son neveu que Ton voit 
représenté dans un vitrage de la collégiale de Montmorency au diocèse 
de Paris, dans l'aile gauche. Apparemment que les Dinteville firent du 
bien à cette église. 

Le fameux Rabelais a fait entrer dans sa satyre le prélat son con- 
temporain (1), dont je viens de rapporter les actions; et après avoir 
dit de ce noble pontife qu'il aimoit le bon vin, il avance des paradoxes 
contre toute vraisemblance. Il ne seroit point étonnant que ce prélat 
voulant plaisanter sur la simplicité des paysans, eût dit k Paris ou 
ailleurs^ où il faisoit boire libéralement de son excellent vin de Migraine, 
que si l'on vouloit croire les vignerons, il faudroit transférer entre Noël 
et l'Epiphanie les fêtes de saint Georges, saint Marc, etc. où les vignes 
sont souvent gelées, et mettre en leur place sur la fin d'avril, et au 
commencement de mai celles de saint Christophe, saint Laurent, l'As- 
somption. Mais jamais on ne pourra persuader que cet évéque ait eu 
sérieusement intention de parler de la sorte. Aussi l'auteur des notes 
sur l'édition de 1711 , qui voudroitnous le faire accroire, se trompe-t-il 

(1} Tome m, p. 180, édit. 1711. 



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116 FRANÇOIS DE DINTEVILLB II DU NOM, 

1513 )i 1530. grossièrement. Lui qui se mêle de réformer les autres, a grand besoin 
d'être réformé : 1** Il dit que Tiphaine vient d'Epiphanie ; cela n'est 
point vrai, parce que ce vieux mot françois vient de ITieophania, terme 
usité dans les anciens livres liturgiques de France ; 2<^ Il suppose, sans 
preuve, que le peuple a fait une sainte de cette Tiphaine^ et que notre 
prélat s'y est trompé comme le peuple. « Tant étoit habil , dit-il , un 
» évêque qui pourtant mourut ambassadeur à Rome pour le roy Fran- 
> çois premier, > Il donne lui-même visiblement dans l'erreur, lorsque 
pour se moquer davantage de la prétendue ignorance de François de 
Dinteville , il dit qu'il fut ambassadeur à Rome pour François P', ce 
qui est faux, car ce ne fut point lui, mais son neveu ; et ce neveu ne 
mourut point à Rome ni sous le règne de François I®', mais à Régennes 
proche Âuxerre , sous le règne de Henri IL En sorte qu'on peut dire 
que celui qui attribue une ignorance grossière à un prélat recomman- 
dable, fait lui-même trois ou quatre bévues insupportables en deux ou 
trois lignes (a). 

Ceux qui souhaiteront d'amples instructions sur les Dinteville, peu- 
vent lire ce qu'en rapporte le P. Anselme au Chapitre des grands 
veneurs de France. 



FRANÇOIS DE DINTEVILLE II« DU NOM, XC1I« ÉVÊQUE D' AUXERRE. 

1530)1 1554, On sait déjà ce que François de Dinteville, second du nom, étoit à 
l'égard du premier qui a porté le même nom (1). Celui-ci l'avoit fait 

(1 ) Voyez le commeDcement de TarUde précédent. 

(a) On comprend Findigaation de labbé Lcbeuf contre Rabelais ; mais le curé de 
Meudon,' contemporain de l'évêque de Dinteville, devait savoir quelque chose de ce 
qu'il avançait. — Si Von pouvait regarder une note prise dans Punique compte de 
révèché que Foo possède et qui est de Tan 1517, comme venant à l'appui de cette 
pointe, nous rapporterions que Tévéque acheta alors douze muids de vin d'Irancj au 
ceUerier de Saint-Germain, et qu'il les fit conduire à sa maison de Paris avec 46 
autres muids de vin dont la qualité n'est pas spécifiée. Et tandis qu'il payait le via 
d'Irancy 7 livres le muid, il achetait du vin de Varzy pour les redevances des se- 
monces des chanoines. Il envoie aussi à Régennes 7 feuillettes de vin d'Auxerre et 
d'ïrancy. — Arch. de V Yonne, Pièces histor. {N, d. E.) 



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QUATRE-VINGT-DOUZIÈME ÉYÊQUE b'aUXERRE. il 7 

chanoioe de la cathédrale d'Âuxerre , lorsqu'il n'étoit encore âgé que ^^ ^ ^^^^ 
de 22 ans, s'il est vrai, comme le P. Anselme Tiassure, qu'il fàt né le 
26 juillet i 498. Il n'y a pas d'apparence qu'il eût alors fini ses études ; 
car l'auteur de sa vie qui nous apprend qu'il étoit fils de Gaucher de 
Dintéville, bailli de Troyes, et d*Anne du Plessis qu'il lui plaît d'appeler 
en latin a placida sede^ marque qu'après des études de grammaire dans 
la ville de Troyes, on l'envoya à Paris au collège de Navarre pour con- 
tinuer ses classes ; qu'ensuite à Poitiers et à Padoue, il apprit le droit 
civil et canon, et que, retourné en France avec des témoignages de 
bonne conduite , il fut si bien venu auprès de Louise de Savoie, mère 
de Françj^is P', qu'elle le choisit pour son chapelain et son aumônier. 
Il possédoit, avec ce poste honorable, trois bénéfices, dont deux avoient 
déjà été tenus par son oncle, savoir: la cure de Ricey et le prieuré de 
Choisy. La princesse lui procura de plus la trésorerie de Poitiers, dignité 
très-considérable. L'évéché de Riez étant venu à vaquer en 1526, le 
roi l'y nomma. Le pape, qui vouloit en gratifier un autre, différa de 
confirmer cette nomination, mais le roi persista et écrivit au comte de 
Charny, son ambassadeur, de faire expédier des bulles pour François de 
Dinteville, trésorier de Poitiers. Il est resté une minute de lettre où le 
roi se plaint de ce que le pape alloit contre le concordat (1). François 
de Dinteville prit possession de l'évéché de Riez le 7 juillet i 527, suivant 
UD catalogue latin des évéques de ce siège, imprimé à Marseille en 
1728. Cependant, les auteurs du nouveau Gallia Christiana écrivent que 
le 5 août de l'an 1527, il n'est qualifié qu'élu évéque de Riez. Quoiqu'il 
en soit, il n'étoit pas encore doyen d'Auxerre comme sembleroit l'insi. 
nuer le Gallia Christiana. Jean Sauljot, doyen de cette église, étant 
mort en 1528, il résolut, en acceptant ce bénéfice, de le desservir 
plutôt que l'évéché de Riez qu'il laissa administrer par des vicaires- 
généraux , afin de rester auprès de son oncle , et de l'aider dans les 
fonctions pastorales en qualité de suffragant. Cela engagea l'oncle à se 
démettre entièrement de l'évéché en sa faveur quelque temps avant sa 
mort, et h lui résigner l'abbaye de Moniier-en-Der. A peine eut-il celle 



(I) Cod. Bethun. Bibf. rcg. 8S65, fol. 8. 



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il8 FRANÇOIS DE DINTEVILLE 11 DU NOM, 

1530 h 1554. abbaye, qu'il y fit venir de bons religieux pour la réformer. Mais comme 
le revenu en étoit considérable , les ennemis qui lui furent suscités 
Tobligèrent de s'en défaire après quelques années , et de la permuter 
pour celles de Moutier-Ramé et de Moutier-la-Gelle proche Troyes. 

François deDinteville, après la mort de son oncle, resta peu k Auxerre. 
Le roi François I®^, connoissant la capacité et la probité du nouvel 
évêque (1), l'envoya k Rome vers Clément YII, en qualité d'ambassadeur, 
de sorte qu'il ne put faire son entrée solennelle qu'au retour de cette 
ambassade qui dura environ trois ans (2). Il ne partit cependant qu'au 
mois de juillet 1551, après avoir terminé une affaire où sa réputation 
avoit été intéressée (5). Mais quoiqu'il ne fût pas encore sur la route 
de Rome en 1550 au mois d'octobre , il étoit absent de son diocèse. 
Cela se prouve par deux commissions que Guillaume Chausson, vicaire- 
général, donna k Philibert deBeaujeu, évêque de Bethléem» Tune, le 
27 septembre, pour réconcilier l'église de Saint-Eusèbe d'Âuxerre 
pollue par effusion de sang (4), avec le pouvoir d'y conférer la prêtrise 
à deux diacres étrangers : l'autre, le 2 octobre, pour réconcilier le cime- 
tière de l'église de Bréteau, qui avoit été pollue de la même manière (5). 
Il n'y avoit qu'un mois au plus qu'il étoit arrivé à Rome, lorsque sa ville 

' épiscopale fut affligée de peste. L'évêque de Bethléem lui en donna avis 

par une lettre du 14 septembre, et lui offrit ses services (6). François 
de Dinteville avoit mené avec lui, dans son ambassade, Pierre Chaste- 
lain, que quelques-uns appellent Castdlan ou du Châtel, en qualité de 
son homme de lettres (7), et il s'en servit pendant quelque temps. Oa 
peut voir dans les Mélanges historiques recueillis par Nicolas Camuzat^ 
chanoine de Troyes, et imprimé en 1609, de combien d'affaires diffé- 
rentes notre évêque fut chargé. Ce volume contient les lettres que le 
roi, les prélats et seigneurs, les ambassadeurs de Venise et de l'empereur 
lui écrivirent en 1551 et 1552, avec quelques-unes des réponses qu'i^ 
leur fit ou qu'il écrivit k d'autres. Il se trouvé de ces pièces k la Biblio- 



(i) Il a cette qualité dans les registres du 
Vatican , au 4 mai 1550. 

(2) Mém. de Gamuzal, part, ii, fol. 34. 

(3) M* de M Dupay, coté 702. 

(4) Ex veter. HanuaU Bretel 



(5) làid. 

. (6) Ex autographo. 
(7) Bayles verbo Casteltan, ex vUà P. Cat- 
iellani per Gallandium. 



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QUATRE-VINGT-DOUZIÈME ÉVÉQUE d'aUXERRB. il9 

thèque du roi parmi les maDuscrits de Béthune. Le chanoine, aoteor de ^30 , 1554. 
sa Tie, fait valoir particulièrement le traité de mariage qu'il fit du 
danphin Henri, fils de François I^', avec Catherine de Médicis, nièce du 
pape ; et il ajoute cette circonstance honorable, qu'un jour comme 
notre prélat demandoit au pape le chapeau de cardinal pour quelques 
François, le pape, admirant son éloquence, sa modestie et sa candeur, 
loi dit, c qu'il lui convenoit bien plutôt de le demander pour lui-même 
c qui étoit connu, que pour des absents que Ton ne connoissoit pas; 
« à quoi il répondit : qu'il n'étoit pas venu pour ses propres afll^res, 
€ mais pour celles de son prince ; qu'en qualité d'ambassadeur il ne 
c se regardoit pas comme personne privée, mais comme personne 
c publique, et qu'il n'ambitionnoit pour soi aucun des honneurs qu'il 
« demandoit pour les autres. » On peut compter parmi les négociations 
importantes qu'il eut k finir à Rome (I), la sécularisation de l'abbaye de 
Yézelay qu'il obtint sous prétexte qu'on alloit 7 ériger un évéché; 
l'exécution du concordat fait sous Léon X ; le renvoi de l'affaire du 
mariage du roi d'Angleterre Henri YHI hors de la cour de Rome (2); 
et la demande qu'il fut chaîné de faire au nom du roi, pour qu'il fût 
permis k Louis de Husson, évéquede Poitiers, sous-diacre (3), de se 
marier afin de soutenir sa famille. Parmi les minutes des lettres que le 
roi lui écrivit en 1531 (4), il y en a une écrite de la MeiUeraye, le 
25 janvier, qui montre que cet évéque se comportoit k la cour de Rome 
en bon François, et qu'il étoit bien instruit jusqu'où s'étendent les pou- 
voirs de la puissance ecclésiastique. François I^' le loue d'avoir trouvé 
mauvais qu'on eût excommunié Jean, roi de Hongrie; et de ce que, 
sans l'avoir ouï ni donné audience k ses gens, il eût été en plein con- 
sistoire privé de son royaume» excommunié et chassé de l'église, 
c ce qui est, dit le roi, une injure et fortfait si grand et si éloigné de 
« raison, qu'il n'y a prince sous le ciel, de quelque qualité qu'il soit, 
c qui sçeut ne voulsist souffrir cela. )» Un an après, il reçut une lettre 
de H. de Montmorency, grand-maître, et de M. du Bellay, évéque de 



(1) Mém. de Gamuzat, fol. 55. | (3) Gall. eh, nova in Ep. Pktav. 

(2) Ibid. foi. 63 et 172. | (4) Cod. Beihun. 8616. 



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120 FRANÇOIS DE DINTEVILLE II DU NOM, 

1530 k 1554. BiiyoDne (1), OÙ on lui marquoit qu'il n^auroit pas dû laisser passer Tam- 
bassadeur de Ferdinand, roi des Romains avant lui, quoique le pape eûl 
commandé k cet ambassadeur de précéder celui de France. On y ajoute 
que c si le pape veut encore faire cette bonté au roy, il lui fera ressentir 
o de telle façon , qu'il connoitra qu'un pape n'est pour donner loix 
» ne faire bonté à un roy de France ; » mais qu'beureusement le roi 
n'a pas été informé de cet événement. Il y a apparence que ceâ dernières 
leitres ne furent point envoyées a François de Dinteville; dès le mois 
de janvier , le roi l'avoit rappelé , et avoit ordonné à deux cardinaux de 
rester à Rome en sa place. C'est ce qu'on apprend de la lettre que 
Clément VII écrivit de Roulogne à François I«^, le 8 février 1555 selon 
le calcul de Rome, et 1552 selon celui de France (2). Le pape y 
certifie au roi qu'il a toujours reconnu dans son ambassadeur qui re- 
tourne, un très-grand zèle pour le service de la France. Mais François 
de Dinteville avoit été desservi auprès du prince, ainsi que la suite le 
fera voir. 

Son diocèse l'altendoit avec empressement. Les chanoines de la ca- 
thédrale ayant su qu'il devoit faire son entrée le dimanche quatrième 
mai (5), et qu'il apportoit un jubilé, remirent leur chapitre général au 
huitième du mois. Ils transférèrent pour la même raison la fête de sainte 
Hélène , qui alors se faisoit le 4 mai de rit double. Malheureusement 
personne n'écrivit les circonstances de cette entrée; on ne s'étoit pas trompé 
dans l'attente d*un jubilé. Le vendredi 50 mai, Louis Bride, chanoine, 
son secrétaire, apporta la bulle de ce jubilé (4) et d'autres indulgences 
qu'il avoit obtenues du pape, pour la veille et le jour de l'Assomption 
et qui dévoient durer ces deux jours pendant la vie de l'évéque ; des 
chanoines furent députés, au mois de janvier suivant, pour le remercier 
à Régennes. Il doit paroitre extraordinaire qu'on eût tant attendu. Hais 
certains Mémoires, restés autrefois dans le château de Yarzy, nous ont 
appris qu'il fut en difficulté avec le Chapitre, peu de temps après son 
arrivée , en ce qu'il voulut officier et qu'effectivement il officia sans 



(1) Cod. Belhun. 9568, fol. 32. Lettres de 
Dieppe, du 17 janv. et 9 ter. 155â. 
(i) Voy. les Preuves. 



(3) 1533. 

(4) Reg. Cap., 30 maii 1533 et ^'Sjannar, 



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QUATRE-YINGT-DOUZIÈME ÉVÊQUB d'aUXERRE. 121 

avoir de bulles. Cette difficulté terminée, il communiqua au Chapitre, irgoi 1554. 
le mois suivant , le dessein qu'il avoit de réparer ses maisons épisco- 
pales, lani celle de Paris que celle d'Auxerre, et le château de Régen- 
nes ; il requit la compagnie, par l'organe de son secrétaire ci-dessus 
nommé, de le gratifier de quelques arpents de bois. Les chanoines lui 
accordèrent d'en faire couper trois dans leur forêt de Merry , en quel 
endroit il voudroit (1); et pour marque d'une paix entière, ils s'en rap- 
portèrent k lui, après Pâques, sur les difficultés qu'ils avoienl avec le 
trésorier. Il en survint une assez nouvelle , lorsqu'il fallut donner un 
successeur à Jean le Roi, chantre, n'ort le 11 janvier 1554 (2). Il y 
eut dès le 5 février de si grandes difficultés sur l'élection du nouveau . * 
chantre, que le Chapitre résolut de les communiquer au prélat, et même 
à son conseil. L'embarras, venoitde ce que le roi, en vertu des induits 
à lui accordés par le pape , avoit nommé Jean Coqueré autrement dit 
Baron. Les droits de l'évéque et du Chapitre y étant lésés , on ne se 
pressa point d'entrer dans les vues du prince ; Tévéque en reçut une 
lettre de reproches , datée de Saint-Germain-en-Laye, le 26 février 
4554. Il la communiqua au Chapitre le 10 mars. La compagnie en 
avoit reçu de pareilles qui tendoient k faire élire ce chanoine appelé 
Baron, en cas d'élection. Le lundi 5 avril, lendemain de la Quasimodo, 
indiqué pour l'élection, on conclut de remettre la nomination entre les 
mains de l'évéque, avec protestation de continuer dans le droit qu'on 
avoit d'élire, toutes les autres fois que le cas y écherroit. Tous les cha- 
noines furent de cet avis, excepté Laureht Bretel qui crut qu'il valoit 
mieux renvoyer la nomination, pour cette fois, au cardinal-légat Antoine 
Duprat, archevêque de Sens. Il n'a pas été possible de découvrir quel 
train prit celte épineuse affaire, sinon que Jean Baron qui éloit vicaire- 
général, et Louis Bride, avoient chacun des provisions, et que le pre- 
mier permuta avec Ârnoul Gonthier, chanoine, «léjà pourvu de plusieurs 
antres bénéfices ; en vertu de quoi Ârnoul Gonthier fut reçu à la dignité 
de chantre, le 10 janvier 1555, nonobstant les oppositions de Pierre 
Magnen et d'Innocent le Caron, chanoines. Le nouvel évêque d'Auxerre 
différa beaucoup, et peut-être plus qu'aucun de ses prédécesseurs, à 

(I) Reg, Cap., 23 /c-ôr. 1555. | {2, dcQ. 1531, 9 apr. et 15 maiû 



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i22 FRANÇOIS DB DINTEYILLB 11 DU NOM, 

1580 k 1554. prêter le serment \k Tégiise de Sens ; encore n'alla-t-il pas en personne 
rendre ce devoir. II chargea de sa procuration Florent de la Barre, 
doyen, le même jour que Louis de Bourbon se fit recevoir à Sens, en 
place du cardinal Duprat, le 22 janvier 1535, suivant le calcul de 
France. Le doyen, délégué , se rendit à Sens , et fit la soumission au 
délégué de Tarcbevéque Tan 1536. 

François de Dinteville tint ses synodes régulièrement , il y fit des 
statuts dont le recueil, publié sur la fin de ses jours, a. été très estimé ; 
il dressa des règlements, en particulier Tan 1536, pour la collégiale de 
Saint-Martin de Clamecy. La même année on imprima à Paris le Ma- 
nuel des prêtres y selon Tusage de l'église d'Auxerre. Ce livre contient 
l'administration des sacrements qui sont de la compétence des prêtres, 
les bénédictions qui sont de leur ministère, la formule des inhumations 
et autres semblables usages des Chapitres ou des paroisses ; c'est la 
première édition de ce manuel (1). Ces sortes de livres ont aujourd'hui 
le nom de rituel. L'année suivante fut imprimé le processionnel ; on 
croit qu'il parut pour la première fois à une célèbre procession générale, 
qui se fit au commencement de mai par tout le clergé en chapes , le 
prélat à la tête. Dans la chaleur de ces éditions se fit celle du Missel 
d'Auxerre, la plus belle qu'on eût vue jusqu'alors : le calendrier contient 
des fêtes inconnues dans la cathédrale avant l'an 1535. On lit dans 
les registres du Chapitre, que le prélat en fit présent le 28 février 1538. 
11 avoit établi dès l'an 1531 , lors de son ambassade à Rome , Filbert 
de Beaujeu, évêque de Bethléem, pour son sufiragant quant aux fonc- 
tions épiscopales. Cet évêque vice-gérant avoit visité les paroisses de 
la ville, et fait les ordinations suivant le besoin. On croit qu'il lui con- 
tinua les mêmes pouvoirs depuis son retour de Rome, au moins pendant 
quelques années; cela est d'autant plus vraisemblable, qu'il fut obligé 
de faire plusieurs voyages, à l'occasion d'un bâtiment qu'il entreprit k 
Tonnerre, en 1535, et qu'il fut détourné de ses fonctions par une autre 



(1) Il porte pour titre : Manuale seu O/JI- 
eiarium êocerdolum secundum uium ec- 
clesiœ cathedrali$ AntUsiodorensis. 11 sert 
merveilleasement à proaver combien on a 
innové dans le siècle dernier, sartont en fait 



de suppressions de prières. Les éditeurs, par 
une fausse application de la langue grecque, 
changèrent alors l'ancien mot Autistiodo- 
rum en celui û^Antissiodorum, 



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QUATRE- VniGT-DODZIÈBIE ÉVÊQUB d'aUXEBRE. 125 

affaire pios embarrassante; Use rétoh attirée en voulant ponir lui-même 1530 ^ 1554. 
un chasseur qu'il avoit trouvé dans ses forêts de Yarzj (a). L'année 
1537 il fit commencer le pont de Régennes, et donna h son église 
cathédrale une conque marine très-précieuse, garnie d'un pied et d'un 
couvercle d'argent doré pour l'infusion de l'eau dans le calice, aux 
messes des grandes fêtes; elle a été conservée pendant un siècle entier. 
Le Chapitre qui attendoit de lui plusieurs autres dons plus considé- 
rables, ne refusa de son côté aucune des grâces qu'il demanda pour les 
chanoines dont la présence lui fut nécessaire. C'est ce que les curieux 
peuvent vérifier au sujet de Louis de Dinteville, d'Etienne le Muet, 
pénitencier et de Guillaume le Marchant , dans les années 1557 et 
i558 (1). Pendant cette dernière année il mit en règle quelques uns 
des vassaux de son église, savoir Anne d'Anjou , comtesse de Dam- 
martin, pour la baronnie de Toucy, le 2 juillet (2), et Biaise de Lamoi- 
gnon chevalier, pour le fief de la Rivière, le 5 décembre. Cette précau- 
tion lui parut d'autant plus nécessaire et avantageuse, qu'il prévoyoit 
devoir être éloigné pendant quelque temps de son diocèse. 

On lit, dans l'histoire de France, qu'un seigneur Ferrarois nommé Sé- 
bastien de MontecucullOf fut condamné k mort par le conseil tenu \k Lyon, 
le 7 octobre 1556, pour avoir empoisonné le dauphin de Viennois, 
doc de Bretagne, fils aîné du roi, et avoir voulu attenter également k 
la vie du roi. Ce comte Sebastiano avoit quelquefois parlé à Guil- 
laume de Dinteville sieur d'Ëschenetz, que le roi avoit envoyé en 
1555 à laMirande en Italie, pour travaillera la conservation de cette 
place ; peut-être que le prélat, frère de Guillaume, durant son ambas- 
sade, avoit aussi connu Sebastiano. On sait seulement que Sebas- 
tiano déclara pour confident de son secret Guillaume de Dinteville , 
qui apparemment étoit encore en Italie. Mais quoiqu'on eût reconnu la 
fausseté de l'accusation intentée contre le frère de notre évêqne, et que 



(I) neg. Capit. 

(S) BI. Martineaa de Maire ni*a fait Toir, 
en 1735, l'original de Taveo de cetle com- 
tesse, aa dos doqael sont les contredits de 



révéque. Elle y fait aussi hommage de 
Fontaine, Molins, Dracy, Yillotte, Bazarne- 
en-Yermenton, le Beagnon. 



(a) On rapporte quUl avait fait pendre ce chasseur à un arbre. (N, d, E.) 



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i22 FRANÇOIS DE DINTEYILLE II 

1580 k 1554. prêter le serment h Téglise de Sens ; encore n'a! 
rendre ce devoir. Il chargea de sa procuraiic» 
doyen, le même jonr que Louis de Bourbon s 
place du cardinal Duprat , le 22 janvier i ' 
France. Le doyen, délégué , se rendit a Sei 
délégué de l'archevêque l'an 1556. 

François de Dinteville tint ses synodes 
statuts dont le recueil, publié sur la fin d< 
il dressa des règlements, en particulier V 
Saint-Martin de Clamecy. La même an 
nuel des prêtres , selon l'usage de l'é^ 
l'administration des sacrements qui s' 
les bénédictions qui sont de leur mii 
et autres semblables usages des C 
première édition de ce manuel (i). 
le nom de rituel. L'année suivm 
croit qu'il parut pour la première 
qui se fit au commencement d 
prélat à la tête. Dans la chal« 
d'Âuxerre, la plus belle qu'on 
des fêles inconnues dans la 
les registres du Chapitre, qn 
11 avoil établi dès l'an Ibo 
de Beaujeu, évêque de B< 
tiens épiscopales. Cet é\ 
la ville, et fait les ordin 
tinua les mêmes pouvoi 
quelques années ; cela 
de faire plusieurs vo^ 
Tonnerre, en 1535. 



,4)6(1), 

' Y fut bien 
l'ambassa- 



«)va2fe de manière 



api 



. u roi, de crainte de 
l'onnul la vérité. Il fut 
avoit été favorablement 
prit aussi, avec le temps, 
. aussilôi après le départ de 
icniporel, ses meubles et ses 
.oiiiaux ; des commissaires avoient 
nu (le ses bénéfices (2). Pierre de 
reau, évêque de Lavaur, déclaré admi- 
, expédia en celte qualité des provisions 
.Miieville, rappelé par ordre du roi, revint 
il 1542. Il se rendit d'abord en Cham- 
.\es de Moulier-la-Celle et Moutier-Ramé. 
. j%aur ne vouloil point lui rendre la jouîs- 
.«^^ ni ces deux abbayes, a moins qu'il ne 
^.iccJa-Celle, il fit,à Joinville, le 26 juin, une 
«1^ notaires, contre cet évêque, par continua- 



pOtirIfIrr 



^ft eu roi â ] (2) Reg. Capit. 1561, in Rccept. ^larlini 

.^â*& !:i3ï*. I fUmsseau.archid, 

[r>) Reg.Cap.Voï^, 15H. 



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TT-DOUZIÈME ÉVÊQUE D*AUXERRE. 



125 



^ites sur ie même sujet eu partant (1). 

^t le trésorier de Bretagne (2), se- 

traiter cette affaire. Il déclara 

•Tie forcé et contraint, et 

!(}ues jours après il eut 

i adressa Ih-dessus des 

liées de Monstier-sur-Saulx, 

(-voit dans ses bonnes grâces, 

.vos : a espérant» dit le roi, qu'il 

ifaussi bons services , qu'il nous a 

..oiis où nous l'avons employé (4). » 

>on retour avec impatience. Lorsque les 

icnl avertis qu'il avoit dessein de rentrer 

\r samedi huitième juillet, de faire une pro- 

lucrcier Dieu de ce que l'innocence du prélat 

oiinue. Il ne voulut cependant pas rentrer avec 

1rs acclamations , il n'arriva à la ville que sur les 

l\ le dimanche 16 juillet, après trois ans et demi ou 

tl volontaire. Le lendemain, durant toute la journée» il 

i liments. Les chanoines célébrèrent ce jour comme celui 



ir>90 > 1551. 



. mptuar. Tricass.^ fol. 25. 
(' lia modes Gontier. 
On Toit par les plaidoyers de cette 
:iairc, parmi les M" de M. Dupuy, Cod. 



703, qu'elle n'éloit pas encore terminée en 
1547 (a). 

(4) Ibid. fol 26. 



(a) Les plaintes de Tévéque d'Auxerre contre celui de Lavaur montrent que ce 
dernier n'avait pas tenu la conduite que lui commandait son caractère, lors de la 
saisie da temporel de M. de Dinteville. On voit dans un Mémoire en réintégraude 
de Tan 1547 (M*" Dupuy, f» 124), où l'évéque récuse des témoins, «que M^^^^ d'Es- 
9 tampes a eu part au butin, comme le porte une lettre au procès. Elle a heupartye 
> de la chapelle dudit demandeur qu'elle retient encores, assavoir ung reliquaire 
» d^or garni de pierres précieuses, ung aultre d'argent doré garni de semblables 
» pierres, ung aultre reliquaire d'argent esmaillé de bleu, auquel j aune longue et 
» grande pierre appelée lapis-lazzuli, entaillé des mystères de la Passion. » 

En 1548, le procès continue pour la restitution de Tabbaye de Moutier-la-Gelle, 
extorquée parTévêque de Lavaur, ainsi que pour les revenus de l'évéchc. (iV. d. E.) 



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Googïe^ 



124 FRANÇOIS DE DINTEVILLE 11 DU NOM, 

1530 il 1554. ritalien eût fait a Lyon amende honorable pour cette fausse accusation « 
on conserya de fâcheux soupçons contre Gaucher de Dlnteville, son 
autre frère, seigneur de Yanlay. François, qui avoit des ennemis à la 
cour, se vit enveloppé dans la disgrâce de ce frère le plus jeune ; i' 
crut devoir quitter le royaume un peu après lui, au comm^^ncement de 
Tannée 1559, et se retira en Italie, où il s^étoit formé des connoissances 
pendant son ambassade. Les trois frères se trouvèrent ainsi réunis en 
Italie , mais ils ne purent être admis k rester dans les terres qu'y avoit 
l'empereur, ni chez les Vénitiens, non plus que dans les duché^r de 
Mantoue et de Ferrare, quoique l'évéque eût des amis parmi les Vé- 
nitiens. Us furent donc obligéslde se retirer sur les terres du pape (1) , 
que le roi n'avoit pas intéressé dans cette affaire. L'évéque y fut bien 
reçu. Le pape Paul III lui donna audience en présence de rambassa- 
deur de France. L'évéque exposa les motifs de son voyage de manière 
à se justifier. On n'eut garde d'en faire rapport au roi, de crainte de 
le brouiller avec le pape. Mais enfin ce prince connut la vérité. Il fut 
informé non-seulement que l'évéque d'Auxerre avoit été favorablement 
reçu du pape et de plusieurs cardinaux; il apprit aussi, avec le temps, 
que ce prélat étoit innocent. Cependant aussitôt après le départ de 
cet évoque , on avoit saisi tout son temporel ^ ses meubles et ses 
fonds, tant ecclésiastiques que patrimoniaux ; des commissaires avoient 
été nommés pour la régie du revenu de ses bénéfices (2). Pierre de 
Mareuil, autrement dit de Montmoreau, évéque de Lavaur, déclaré admi- 
nistrateur de l'évêché d'Auxerre, expédia en cette qualité des provisions 
de bénéfices (3). François de Dinteville, rappelé par ordre du roi, revint 
en France pendant l'été de l'an 1542. Il se rendit d'abord en Cham- 
pagne pour voir ses deux abbayes de Moulier-la-Celle et Moutier-Ramé. 
Informé que l'évéque de Lavaur ne vouloit point lui rendre la jouis-- 
sance de l'évêché d'Auxerre, ni ces deux abbayes, a moins qu'il ne 
lui cédât l'abbaye de Moutier-la-Celle, il fit,a Joinvillc, le 26 juin, une 
protestation, pardevant deux notaires, contre cet évéque, par continua- 



(I) Lettre de SI. Giig^oan, ainb. du roi à 
Rome, au connétable, du 21 octob. 1559. 
Mém. de Ribier, t i, p. 479. 



(2) Rcg, Capil. 156i, in Rccept. ^^fartini 
Housscau, archid. 
(r>) Reg. Cap. i^iO, 15il. 



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QUATRE-VINGT-DOUZIÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE. 125 

iion de celles qu'il avoit déjà faites sur le même sujet en partant (1). 
H. Bouchard, maître des requéies, et le trésorier de Bretagne (2), se- 
crétaire de Tamiral, s'éloient chargés de traiter cette affaire. 11 déclara 
que sMl consentoit h un accord, c'étoit comme forcé et contraint, et 
pour obtenir la main-levée de ses bénéfices. Quelques jours après il eut 
main-levée de tout son temporel (5). Le roi adressa Ih-dessus des 
lettres aux baillis d'Auxerreet de Troyes, datées de Monstier-sur-Saulx, 
le 28 juin, par lesquelles ce prince le recevoit dans ses bonnes grâces, 
et déclaroit vouloir en donner des preuves : a espérant, dit le roi, qu'il 
» fera pour par cy-après nous faire d'aussi bons services , qu'il nous a 
9 fait par le paisse es lieux et endroits où nous l'avons employé (4). > 
Le clergé et le peuple attendoient son retour avec impatience. Lorsque les 
chanoines de la cathédrale furent avertis qu'il avoit dessein de rentrer 
à Âuxerre, ils conclurent, \e samedi huitième juillet, de faire une pro- 
cession générale pour remercier Dieu de ce que l'innocence du prélat 
avoit été pleinement reconnue. Il ne voulut cependant pas rentrer avec 
éclat ; et pour éviter les acclamations , il n'arriva à la ville que sur les 
dix heures du soir, le dimanche 16 juillet, après trois ans et demi ou 
environ d'un exil volontaire. Le lendemain, durant toute la journée* il 
reçut les compliments. Les chanoines célébrèrent ce jour comme celui 



ir.30 > 1554. 



(1) Promptuar. Tricass,^ (oU 25. 

(2) Palamédes Gontier. 

(3) On Toit par les plaidoyers de cette 
affaire, parmi les M» de M. Dupuy. Cod, 



702, qu'elle n'étoit pas encore terminée en 
1547 (a). 
(4) ibiâ. fol 26. 



(a) Les plaintes de Tévéque d'Auxerre contre celui de Lavaur montrent que ce 
dernier n'avait pas tenu la conduite que lui commandait son caractère, lors de la 
saisie du temporel de M. de Dinteville. On voit dans un Mémoire en réintégraude 
de Tan 1547 (M" Dupuy, f«» 124), où l'évéque récuse des témoins, «que M»« d'Es- 
» tampes a eu part au butin, comme le porte une lettre au procès. Elle a heu partye 
» de la chapelle dudit demandeur qu'elle retient encores, assavoir ung reliquaire 
» d'or garni de pierres précieuses, ung aultre d'argent doré garni de semblables 
u pierres, img aultre reliquaire d'argent esmaillé de bleu, auquel y a une longue et 
» grande pierre appelée lapis-Iazzuli, entaillé des mystères de la Passion. » 

En 1548, le procès continue pour la restitution de Tabbaye de Mouticr-la-Gelle, 
extorquée par l'évoque de Lavaur, ainsi que pour les revenus de l'évéché. (iV. d. E.) 



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126 FRANÇOIS DE DINTEVILLE II DU NOM , 

1530 1 ,554, d'une fête, et ne voulurent y vaquer k aucune de leurs affaires tempo- 
relles, pour mieux marquer la joie quMIs ressentoient. 

Dès te trentième août suivant, il fit présenta Ârnoul Gontier, chantre 
de la cathédrale , et h so|; frère Palamèdes Gontier, secrétaire du roi , 
pour le temps de leur vie, d'un jardin qu'il possédoit à Auxerre dans la 
rue des Lombards , au-dessus de la maison et du jardin de la chapelle 
de Saint-Clément. Ce présent leur convenoit; ils demeuroient dans cette 
rue. Voulant favoriser les habitants de Gy-rEvéque, dont il reconnut 
que le territoire étoit incommode, et les labourages de petit rapport, il 
accorda, le 28 décembre suivant, à leur communauté, 45 arpents de 
bois pour leur usage , k condition qu'ils ne pourroient en transporter 
hors du territoire, et qu'ils lui seroient redevables chaque année, par 
chaque feu, de la somme de douze deniers. Jusqu'à sa mort, il fit presque 
chaque année, quelque embellissement dans l'église cathédrale. Outre 
ce qu'il fournit k l'exemple de son oncle pour continuer et achever la 
tour, il destina, en 1545, une somme pour orner l'église de peintures 
en différents endroits. La prodigieuse statue de saint Christophe étoit 
alors bien avancée ; on y avoit travaillé pendant son absence , selon le 
goût particulier d'un chanoine (1). Mais le prélat étoit bien éloigné 
d'avoir des idées si grossières. Il étoit doué d'un goût exquis pour la pein- 
ture (2), et pour tout ce qui dépendoit de la mécanique, connoissance 
qui avoit peut-être été l'un des fondements des faux soupçons qu'on 
avoit eus contre lui. Si ce prélat fit décorer les piliers de l'église 
d'images en relief, comme le Chapitre le lui avoit permis en 1543 (5), 
il en est resté peu de chose, peut-être parce que les calvinistes jetèrent 
a terre ce qui avoit été fait par ses ordres. Les deux portes collatérales 
des ailes du chœur étoient ornées de figures différentes de celle qu'on 
y voit aujourd'hui ; k l'une des deux étoit représentée l'histoire de la 
Visitation de la Sainte-Vierge. Ces figures pouvoient venir de lui, aussi 
bien que celles qui étoient dans la chapelle de Saint-Georges, au-des« 



(1) Jean OU?ier, cnré de Champlemy. 

(2) Claade Robert dit, dans ses additions 
au Gallia Christiana, que cet évéque dé- 
peignit de sa propre main, à Régennes, les 



châteaux appartenant à Tévéché d'Auxerre 
avec leur voisinage. 
p) Reg. Cupit. 



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QUATRE-VINGT-DOUZliME ËVÊQCB d'àUXERRB. 127 

SOUS de l'endroit où Ton voit encore les armoiries de sa famille. Certai- 
nement il donna, en 1547, le vase de porphyre que Ton voit sous une 
petite voûte qui soutient la statué de saint Christophe. L'inscription 
qui se lit au pied de ce vase oblong, marque avec quels sentiments de 
piété il souhaitoit que les fidèles prissent de Teau bénite en entrant dans 
la maison de Dieu. Il fit aussi orner la chapelle de Saint-Germain, 
située au-dessous de celle du revestiaire , de peintures a fresque fort 
délicates qui représentent les principales actions et miracles de ce saint 
évêque; et vraisemblablement la clôture de cuivre de cette chapelle est 
un effet de sa magnificence (a). Les évéques d'Âuxerre dont on fait 
l'office ou qui passent pour bienheureux, furent représentés par son 
ordre sur les murs de la chapelle de Saint-Sébastien (6). Il est encore 
probable que le haut des peintures de la rose du grand portail est de 
son temps et fait à ses frais. Quelques-uns même ont cru Yj voir re- 
présenté au-dessus de l'image saint Jacques. Pour ce qui est de ses 
ornements, il différa jusqu'à Tan 1554 ; et on verra ci-après qu'on ne 
les reçut que peu de jours avant sa mort. 

Quoique cet évêque aimât beaucoup à décorer les templeç matériels, 
on peut dire qu'il s'attacha .encore davantage à former les temples spi- 
rituels. Les luthériens avqient profité de son absence pour s'insinuer 
dans son diocèse, principalement dans les lieux qui sont au centre du 
royaume, sur la route de Paris à Lyon, le long du rivage de la Loire. Il 
entreprit de connoitre en peu de temps le mal qu'ils pouvoient avoir 
causé ; et pour en faire plus vite la perquisition , il s'associa l'évêque 
d'Ebron de l'ordre de Saint-Domique, qui fit les visites dans un canton 
du diocèse, pendant que, de son côté, il les faisoit dans un autre. L'an 
1545 ils visitèrent à ce dessein différentes paroisses (1). L'évêque 
d'Ebron étoit le 25 novembre à Cravan, où il accorda des indulgences 
à ceux qui contribueroient à l'avancement de l'église qu'on bâtissoit 



(i) Ex auiographo. 



(a) Tous ces objets dVt sont détraits aujourd'hui. (N* d, E.) 

(h) Ces fresques existent encore en partie. (iV. d. E.) 



1530 k 1554. 



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1580 Si 1554. 



128 FRANÇOIS DE DINTEVILLB 11 DU NOM, 

alors (a) ; et François de Dinteville aux Quatre-Temps de décembre fit 
Tordinalion de Varzy. La ville de Cosne-sur-Loire paroît avoir été la 
première où il s'aperçut que Thérésie avoit pris quelques racines. Pour 
les arracher entièrement, il y retourna au mois d'octobre 1545, em* 
menant avec lui Tarchidiacre de Puisaye (1). Ce fut dans le cours des 
visites de celte année-là, que le droit de procuration lui ayant été refusé 
par l'abbé de Saint-Germain, pour la visite de la cure de Moutiers, sans 
avoir égard qu'en 1543 Tévêque d'Ebron avoit été logé au prieuré, il 
crut devoir pousser cet affaire en parlement (2). C'est peut-être pour 
cela qu'on ne trouve rien de lui en 1546. Etant à Gien en 1547, il fut 
averti que plusieurs habitants de cette ville, aussi bien que de Briare, 
Bony , Neuvy, Cosne, Pouilly et La Charité se dispensoient du devoir 
pascal ; il ordonna aux curés de faire des exhortations sur cette matière 
le dimanche des Rameaux, et de tenir un registre de ceux qui s'ap- 
procheroient des sacrements, pour l'apporter au synode après la quin- 
zaine de Pâques. D'autres affaires l'ayant appelé à Paris en 1549 (3), 
il chargea Jacques de Montracé, cordelier, évêque de Russion, de faire 
dans tout le diocèse les fonctions épiscopales, et de veiller par des 
visites à la conservation de la foi. La discipline étoit encore alors très- 
exacte pour l'observation du carême, et l'on n'avoit garde d*y faire de 
brèche, dans un temps ou l'abstinence étoit combattue à découvert (4). 
Aussi les pieux catholiques du diocèse s'abstenoient encore alors de 
l'usage du beurre et du fromage pendant le carême , et ceux qui vou- 
loient en user demandoient la permission à l'évêque. J'en ai lu un 
exemple (5) dans la personne de Françoise de Clermont, femme de 
Charles de Rochechouard , seigneur de Saint-Amand (6). Parmi les 
prédicateurs qu'il avoit approuvés, il y en eut qui favorisèrent la nouvelle 



vl) Reg, Cap. 

(2) Reg, Episc. Signât. Dachié. 

(3J Ibid. 



(4) Reg. Duchié. 

(5) Recueil de forma les de son temps. 

(6) Voy. les Preuves, 1550. 



(a) Le chœur et la tour de cet édifice sont de ce temps et de style Renaissance. 
On lit sur un cartouche de la tour : « De may le 25, l'an 1551 a esté fondée cette 
>» tour, priez Dieu pour tous en commun. » (lY. d. E.) 



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QUATRE-VINGT-DOUZIÈME ÉVÊQUB d'aUXERRE. i29 

réforme ; il leur ôta aussitôt ses pouvoirs, et les obligea de quitter son 
diocèse, entre autres, un nommé Chaponneau qui avoit scandalisé par 
ses sermons tout le peuple de Gien (1). L'année même qu'il fit publier 
la convocation du concile de Trente (i) , en conséquence de Tavis du 
cardinal de Bourbon, archevêque de Sens, un prêtre de Gien fut assez 
hardi pour se marier à une jeune veuve de Cosne. Ce prêtre arrêté et 
convaincu en septembre 4551, fut condamné au feu après avoir été dé- 
gradé (3). François de Dinteville ôta quelquefois aux officiaox particu- 
liers du diocèse la connaissance de certaines affaires, les évoquant k 
Aoxerre, afin qu'elles j fussent jugées avec plus de maturité (4) L*usage 
du bras séculier ne fut pas la seule voie qui vint au secours pour arrêter 
les progrès de l'hérésie (a). L'évêque d'Âuxerre embrassa comme les 
autres prélats tous les moyens généraux, tels que la prière, les jubilés, 
et les confréries. Dans ces temps nébuleux parut fort à propos la con- 
frérie du Saint-Sacrement. Dès-lors, elle passa jusqu'aux églises de la 
campagne (5). Vers le même temps commencèrent en certaines églises 
des saints pour la paix de l'Eglise; ceux qui yassistoient gagnoient des 
indolgences. Les prières que le roi avoit demandées en 1555, contre le 
progrès de l'hérésie prévinrent la publication du jubilé que Jules III 
avoit accordé. Noire évéque, conformément à la volonté du roi, ayant 
ordonné en 1553 des prières pour obtenir l'extinction de l'hérésie (G), 



ïsaùi 1551. 



(I) HisU de la prise d'Aaierre» pièces 
joit., p. 5. 
(î) Yoy. Preuves, ao. 1551. 

(3) Heg. Dachië, 1551, 21 sept. 

(4) Big. Ducbié,2acM551. 



^5) Reg, Duchié, 27 mart 1554. Fond, k 
Saint-Mamerl d'Auxerre» par Marie Bonnet, 
femme de Germain Gbein. 

(6) Hlst. de la prise d*Aaxerre, pièces 
just., p. 5. 






(a) En 1542, les Inthériens de Gien devenaient nombreux. L'évêque chargea 
H. de Longueil, chanoine de Gien, de recevoir les révélations des hérétiques qui 
devaient les faire sous peine d'excommunication. Mais le procureur du roi et celui 
des habitants de la ville protestèrent et déclarèrent vouloir s'en tenir à la sentence 
délateur de parlement qui ordonnait que les révélations seraient reçues par les 
corés des paroisses assistés d'un marguillier. Aussi, le 17 août, le bailli de Gien 
Tendit une sentence portant défense à M. de Longueil de passer outre à peine de 
60 Unes d'amende et de prison, « d'autant que ledit de Longueil est suspect et s'est 
> vanté qu'il lu j cousteroit son bien ou qu'il auroit raison des luthériens de Gien. • 
- àrek. de f Tonne, Documents historiques. (JV. d. E.) 

Il 9 



I 



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130 FRANÇOIS DB DINTEYILLB II DU NOM, 

1530 Si 1154. '^^^î**^ ^® nouveau jubilé accordé par le pape. La lettre qu'il écrivît à 
ce sujet au clergé de son diocèse (1), porte expressément qu'on ne permit 
k aucun des ecclésiastiques qui s'érigeoient en quêteurs d'aumônes, de 
monter en chaire ni de parler en public à l'occasion de ce jubilé ; de 
crainte que, sous prétexte d'exhorter h l'aumône, ils n'avançassent quel- 
ques propositions luthériennes ou autres condamnées par l'Eglise. Re- 
mettant ainsi souvent devant les yeux des curés , certains articles des 
ordonnances qu'il avoit publiées dans le synode du 3 mai 1552, il 
éloigna quantité de faux docteurs qui cherchoient à pervertir la foi des 
peuples. La publication de ces statuts synodaux, fut un des moyens les 
plus efficaces» dont il usa pour prévenir la corruption générale (a). Par- 
lant d'après ses prédécesseurs , qui lui avoient transmis le dépôt de la 
foi et la pureté des canons, il s'étoit contenté d'en résumer tous les 
règlements-, qu'il fit rédiger dans une latinité pure et exacte : il en ajouta 
de nouveaux qu'il avoi tété obligé de dresser depuis les tentatives des 
disciples de Luther et autres sur la foi et la morale ancienne. 

Le reste des actes émanés de son secrétariat ne regarde que la disci- 
pline ordinaire du diocèse selon les différents cas qui se présentoient , 
et il n'y a de remarquable que quelques établissements d'églises succur- 
sales et quelques visites de maisons religieuses. Les habitants de Beau- 
mont proche Chemilly l'avoient supplié, dès les premières années de 

(1) Mand. do 15 DOT. 1555. 



(a) A cette époque, le clergé, en général, n'avait pas cette gravité de mœurs que 
nous sommes habitués à lui voir de notre temps. Par un article des statuts du sy- 
node de 1552, révéque ordonna aux ecclésiastiques de porter des vêtements noirs 
ou approchant du noir. Il voulait restreindre par là le luxe du clergé qui ne se dis- 
tinguait plus des laïques. Par un reste d'habitudes du moyen-âge, les choses mon- 
daines Foccupaient trop souvent. Le Chapitre cathédral d'Auxcrre, remplissant 
Toffice d'administrateur de Tévéché, le siège yacant, en 1555, défend aux ecclésias- 
tiques le blasphème, le concubinage, le port de costumes indécents, etc. On Tott 
plusieurs fois, dans le registre capitulaire d*où nous tirons ces notes, que des cha- 
noines, oubliant la retenue que leur impose leur habit, ont frappé des gens qui leur 
disaient des injures ou leur causaient des désagréments; pour quoi ils ont obtenu 
du Chapitre absolution, sauf les droits des tiers. — Arch. de V Tonne, Fonds du 
Chapitre d'Auxerrc. {N, d. E.) 



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QCATRB^VIRGT-DOUSlillB AVÉQCE D ACISRIiE. 151 

son épiscopat, d*ériger leur chapelle en paroisse; mais les députés qae ,530 ^ 1554. 
le Chapitre de la cathédrale» intéressé dans cet établissement « lui en- 
▼0? a , n^eurent pas de peine k le rendre sensible au tort que cette 
érection alloit faire à la compagnie. Ainsi la proposition fut rejetée dès* 
Fan iS58 ; ce fut la même année qu*il fit la dédicace de Téglise de 
GoorsoD (1 ).Les deux églises succursales dont il se présente quelque chose 
à dire, sont Champoulet et Vergers. Frère Rolland de Givarlay , curé 
de Batilly, et Charles de Givarlay, seigneur de Champoulet, présentèrent 
requête k Févéque , k ce qu'il leur fût permis de bâtir une chapelle à 
Champoulet, et de l'ériger en succursale de Batilly. Le clergé de Batilly 
composé de deux prêtres y ayant consenti» aussi bien que damoiselle 
Guy de Prie veuve dQ Jean de Givarlay, et les habitants de Batilly au 
nombre de trente-huit, la permission fut accordée le 2i décembre 1549, 
k condition de construire sur le lieu un presbytère pour le curé de 
Batilly on pour son vicaire. Il y avoit en 1552 procès k Tofiicialité 
de Seos, entre Charles Darmes , seigneur de Vergers et les habitants 
d^une part , et Pierre du Broc , curé de Sully d'autre part , touchant 
la desserte de Vergers. Ils firent un compromis entre les mains 
de Févéque diocésain , qui statua le ^ mars , que les habitants de 
Ve^ers et de Chassaigne feroient bâtir un presbytère k Vergers, qu'ils 
entreUendroient l'église généralement de tout, avec une lampe ardente 
jour et nuit devant le Saint-Sacrement, et qu'ils donneroient un fonds 
d'héritage au curé de Sully ; et qu'k l'égard de ce curé, il viendroit de- 
meurer k Vergers» ou qu'il y mettroit un vicaire pour y chanter les 
messes et les vêpres et complies, non-seulement les jours de fêtes, mais 
encore tous les samedis et veilles des fêtes commandées. Ceci nous 
apprend l'ancienne obligation de tous les curés , de chanter vêpres les 
veilles de fêtes et les samedis. On connolt dans la campagne quatre 
chapelles dont les fondateurs eurent recours k l'autorité de François de 
Dinteville (2). Il permit par lettres expédiées k Bégennes, le 24 juin 
4549, k Etienne Janneau, marchand bourgeois d'Âuxerre, de faire dire 
la messe dans la chapelle par lui bâtie k Monéteau, pourvu que ce fût 



(f> Ueg. Cap,» 4 nov. 1538 e< 7 ffbr, | (S) Regitt. Dachié. 



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i32 FRANÇOIS DE DINTEVILLE II DU NOM, 

1530 ï i;>54. ^^^ sonner, sans chant et sans convocation de peuple; car il étoit très- 
attentif à Tobligation qu*ont les fidèles d'assister à la messe de paroisse, 
et il ne permetloit point qu'on dit de messes basses avant la grand'- 
messe (1). Il donna permission, le 20 juillet suivant, à Antoine du Bourg, 
de demeurer proche la chapelle de Sainte-Geneviève-lès-Auxerre, et 
d'y mener la vie d'ermite (2) , ce qui a toujours été très-rare dans le dio- 
cèse. Antoine Savelle et Michel le Beuf , riches habitants de la pa- 
roisse de Saint-Verain-des-Bois, lui ayant représenté en 1550, qu'à 
cause des chemins souvent impraticables, ils ne pouvoient venir exacte- 
ment à la paroisse, il leur permit (5) de bâtir, sous l'invocation du 
Saint Esprit et de sainte Anne, une chapelle dans leur terre appelée 
Jérusalem, et d'y faire célébrer la messe aux conditions ci-dessus mar- 
quées, et sans être dispensés d'assister à la messe paroissiale, lorsque 
)e temps le permettroit. Nicolas Ratelot, prêtre chapelain delà chapelle 
du nom de Saint-Moré située sur les limites des paroisses de Saint- 
Moré et d'Ârcy, lui représenta le mauvais état où les guerres et le mal- 
heur des temps avoient réduit le bâtiment, qui avoit autrefois été con- 
sidérable ; et qu'il viendroit à bout de le rétablir , en y érigeant une 
confrérie pour les paroisses du voisinage. Sa demande lui fut accordée 
à Régennes (4) le 22 janvier 1552. (5). Il y eut pendant les dernières 
années de son épiscopatde fréquents dénombrements des bénéfices. Le 



(1) C'est UD article de ses Sututo sy- 
nodaux. 
(â) A00. Duchié. 

(3) Ilnd. 

(4) Ex autographo. 

• (5) Je ne parle point de deax réconciUa- 
tlODS de cimetière qu'il fit lui-même en un 
seul jour, Tan 1551, saroir : celui de Venoy, 
déclaré poilu par effasion de sang, et celui 



de Saint-Amatre-lés-ÀQxerre qn'on croyoit 
dans le même cas, à cause des confiUts 
arrirés en ce lieu dans le temps des 
guerres (a). Filbert de Beaujea, évéque de 
Bethléem, fit, par son ordre, la même céré- 
monie au cimetière de Jussy en 1548. Le 
même évéque, par commission du 5 no- 
tembre de la môme année, dédia TégUse 
paroissiale de Saissy-les-Bois. 



(a) Il existait dans ce cimetière une chapelle ou basilique de St-Michel qui était déjà 
fort ancienne au xvi* siècle. Elle devint le refuge des Confrères de la Miséricorde, 
après la destruction, en 1567, de l'église Saint-Amatre où ils s'assemblaient aupara- 
vant. Déjà, en 1547, M. de Dintcville avait approuvé leurs statuts qui furent homo- 
logués par le parlement en 1741. — Arch. de VYonnef Fonds Saint-Amatre. 

(iV. d. E.) 



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QUATRE-VINGT-DOUZIÈME ÉVÊQUB d'aUXERRE. 153 

9 mai 1550, il tint, dans le palais épiscopal, une assemblée géaérale de i^ ^ y^ 
ioot son clergé, au sujet des nouvelles acquisitions qui pouvoient avoir 
été faites par chaque bénéficier. Le roi ayant aussi demandé un étal de 
Targenterie, des charges et des revenus de chaque église, il enjoignit k 
ses archidiacres, le 18 avril 1552, de faire cet inventaire, chacun dans 
leor détroit (1); mais on ne voit pas que cela fût si ponctuellement 
exécuté que l'imposition sur les bénéfices, faite pour le roi Henri II, en 
i 5S1 , après la tenue du synode» et celle qui fut mise sur chaque clocher, 
en 1552, par forme d'emprunt accordé au même prince. 

Quelques-uns des monastères de son diocèse étoient un peu dans le 
dérangement. On se plaignoit sniloui de celui de Saint-Laurent , de 
rOrdredes chanoines réguliers. Un arrêt donné en parlement, à la re- 
quête du procureur du roi le 14 avril 1548, portoit que les religieux de 
cette abbaye seroient réformés. Le prélat à qui il fut signifié, nomma 
ao mois d'octobre suivant (2j deux chanoines réguliers du même Ordre 
pour y introduire la réforme, savoir Laurent Petitfou, abbé de Saint- 
Père d'Âuxerre, et Jacques du Coin, religieux de Saint-Martin de 
Nevers. Il les établit ses vicaires^énéraux, h cet effet, avec pouvoir de 
faire toutes les informations et perquisitions nécessaires, punir les dé- 
linquants et les réfractaires, et rétablir le bon ordre. Il avoit trouvé 
Tabbaye de Saint-Julien d'Âuxerre, dans un élat encore plus déplorable. 
Selon quelques mémoires du temps (5) ce ne fut que par ses visites 
en 1554 et en 1542 au retour d'Italie, qu'il y put remettre la régula- 
rité. Pour l'y maintenir, il fil encore une visite très-exacte le lundi 16 
octobre 1555. L'abbesse éloit Marie de Fontaines, et la prieure Guille- 
mette de Saigny. L'évéque reçu avec solennité par les religieuses à la 
porte de l'église (a), assista k la messe du Saint-Esprit ; après l'Evangile 
il y eut prédication par un jacobin, confesseur de la maison; la messe 



(1) Reg. Dochié, 16. I (3) Mémoires de Pierre Magnen, pro- 

(S) Rêg. Duchié, 16 oeL 1548. | moteur, et de Joseph de Thou, greffier. 



(fi) L'abbesse ayait une veUéité de refuser l'entrée du monastère à l^évéque, et 
elle avait consulté, à cet effet, Téféque de Nevers, qui, sur le vu des titres qu'elle lui 
soumit, Ten dissuada. — Àreh. de VYonne, Fonds Saint-Julien. {N. d. E.) 



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1590 à 1554. 



i34 FRANÇOIS DB DINTBVILLB II DU NOM, 

finie, il entra dans Tinténear du monastère, et trouva tout en bon ordre« 
Il se contenta d'ordonner qu'on relût les règlements, qu*il avoit faîls 
dans ses deux visites précédentes* En voici un article curieui : c'est 
celui par lequel il leur fut défendu de sortir du monastère, pour tenir ded 
enfants sur les fonts de baptême, et d'aller par la campagne, k aïoins 
que ce ne fôt pour les affaires du monastère et avec permission. Ce 
r^lement fait voir que la clôture n'étoit point alors si étroite qu'elle l'est 
devenue depuis. On vit aussi de son temps un religieux d'une abbaye 
célèbre de son diocèse réclamer contre ses vœux. G'étoit un cistercien 
du monastère de Pontigny, appelé Jacques de la Rivière. Noble Adrien 
de la Rivière, seigneur de Ghamplemy, s'opposoit h cette sortie. Il fut 
dit, par un arrêt du parlement du 9 janvier 1555 (1), que le procès 
seroit mis en état par deux conseillers-clercs du parlement, auxquels 
l'évêque d'Âuxerre donneroit des lettres de grand-vicariat; et le prélat 
adressa ces lettres k MM. de Montmiral et du Val, avec pouvoir de 
connoitre de celte affaire jusqu'à la définitive. Entre les bénéfices r^^ 
liers que François de Dinteville conféra jure devoluto^ par l'inattention 
des présentateurs, il s'en trouve deux assez considérables. Le prieuré 
simple de Notre-Dame-du-Pré, proche Donzy, qu'il conféra & Jean 
Moreau, clerc du diocèse de Meaux, en 1550, et la cure de Notre-Dame* 
la-d'Hors, dans la ville d'Auxerre, de l'Ordre de Prémontré (2), dont 
il fit expédier les provisions k Jean Guérin, prêtre de l'Ordre et gradué, 
au refus de l'abbé de Saint-Marien. Le doyenné de la cathédrale fut 
dans le même cas^ après la mort de Florent de la Barre (5). Le registre 
du secrétariat prouve combien de fois différentes il en pourvut un 
chanoine» appelé Nicolas Blanchard, dans les années 1551 et 1552 (4), 
Il usa aussi en 1555 du droit qu'a l'évêque de confirmer l'élection 
du chantre de la cathédrale. Les deux archidiacres étant allés, le pre- 
mier jour d'août» avec Télu, nommé Laurent Robert, lui en parler ï 
Régennes, il assigna le lundi 7 du mois pour donner celte confirmation, 
ordonnant d'afficher l'acte d'élection où il étoit nécessaire. Et comme 
il ne se trouva aucune opposition» pas même dans l'enquête du vice* 



(1) Voy. les Preuves, 1553. 

(2) Beg. Duchié, 30 juif 1 1550. 

(3) Itfid, 12 sept. 1554. 



(4) On ne sait ce que signifiaient ces réité- 
rations (le proTisions enyers un mdnie sujet. 



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QUATRE-VINGT-DOUZIÈME ÉVÊQUE d'aUIERBE. 155 

géreni de rofficiallté, chargé de s'informer de la vie et des mœurs de ^^ ^ ^^^ 
Télo 9 le prélat fit expédier l'acte de confirmation et lui conféra la 
dignité de chantre, en présence de noble Claude du Plessis, curé de 
Saint-Privé, et Joachim de Dinteville, prieur de Viviers, au diocèse de 
Langres, ses parents. Laurent Robert avoit été son secrétaire. Entre 
ceux qu'il plaça dans le Chapitre les vingt premières années de son 
épiscopat,se trouve, en 4557, Louis de Dinteville qui, dans quelques 
actes où il parott comme témoin , est qualifié cousin de notre évéque. 
Il pourvut en 1544> d'une prébende d'Auxerre, Germain Vaillant de 
Guélis, clerc Orléanais, qui fut depuis évéque d'Orléans; en 1545 
Mathieu de Longuejoue (i) et Scipion de Popincourt. On croit que le 
dernier étoit de ses parents; k l'égard de l'autre, il était clerc du diocèse 
d'Orléans, et parent, sans doute de l'évéque de Soissons de ce nom, 
qui fut garde-des-sceaux. L'année d'après, il conféra un canonicat de 
son église à Jean Marafin, d'une noble famille du pays de Donziois, et 
en 1549, le 26 novembre, à Jacques de la Halle, docteur de Paris (2)| 
qui devint célèbre dans le temps des [troubles des huguenots. La 
même année, il donna à Âlmaric de Talon, docteur en droit canon, des 
provisions d'oiBcial (5). 

Quoique cet évéque eût fait beaucoup de voyages à Paris , on ne 1 y 
voit présider k aucune cérémonie, si ce n'est a la bénédiction de 
Tabbesse de Montmartre qu'il fit le 11 août 1549; c'étoit Catherine 
de Clermont (4). Il eut pour assistants en cette cérémonie Philippe le 
Bel, abbé de Sainte-Geneviève, et Antoine de Melphes, abbé de 
Saint- Victor (5). 

De son temps et de son consentement, fut instituée à Auxerre, au 
14 janvier, la fête du Saint-Nom de Jésus, à la sollicitation d'un 
cordelier de la maison d' Auxerre (6), lequel, non content d'avoir fait 
bâtir une grande chapelle à côté de l'église de son couvent pour y 



(1) Ce MaUiieu pouYoil bien être fils de 
l'évéque, garde-des-sceaux, qui, avant son 
épiscopat, avoit été marié et laissa des 
enfants. Le garde des sceaux étoit neveu de 
révéqoe Jean Baillet. 

(13) Begist. CapU. 

(3) Cet Âlmarie seroit-il le même quUuc^o- 



marus Talon, qui fut recteur de lUnivorsité 
et curé à Paris ? 

(4) Foy. Preuves, 1549. 

(5) Regist. Duchié. 

(6) Il se nommoit Bonaventure Dnbiez ; il 
étoit natif de Ghevannes, à deux Ueuos 
d'Auxerre. 



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i 56 FRANÇOIS DE DINTEVILLB II DU NOM , 

1590 k 1554. solenniser celle nouvelle fête, persuada à ub parliculier de l'établir ii 
la cathédrale et obtint de Tévéque qu'elle fût cb6mée. Gomme oa 
admit trop facilement le système qui distinguoit cette fête de la solen- 
nité du huitième jour d'après Noël, auquel le nom de Jésus avoit été 
imposé au Sauveur du monde, la nouvelle fête fut supprimée, quant à 
la cessation du travail, dès le siècle suivant, et en 1726 l'office en a été 
remis au i^^ janvier son jour véritable et naturel. Si cet établisse- 
ment fut favorisé par François de Dinteville, on doit croire qu'il 
contribua aussi à l'abolissement du jeu de la Pelotte, qui se prati- 
quait l'après-midi du jour de Pâques, dans la nef de la cathé- 
dra]e(1 ), et auquel un arrêt du parlement, obtenu par Laurent Bretel, qui 
chanoine, mit fin pour toujours l'an 1558. Je passerai sous silence ce 
restoit encore alors de vestige de la fêle des Fous, aussi bien que l'usage 
des tragédies de piété qu'on repiésentoit encore l'an 1551, avec des 
ornements de l'église dans la place devant l'église cathédrale (a). 

Dans la même année 1551 l'évêque d'Auxerre voyant l'entrée da 
palais épiscopal en mauvais état, en rélablit le portique : il y fit élever 
un pavillon autant magnifique que la place put le permettre , et l'orna 
d'inscriptions sententieuses suivant le goût de son siècle ; l'une touchant 
l'accès de sa maison qu'il déclaroit librement ouverte à tous les gens 
de bien, l'autre par rapport h l'officialité dont ta salle est contiguë (fr). 

(1) Voyci le Sîercurede France, mai 1726, p. 911 (c). 

(a) Ces représentations^ qu'on appelait def myttèreSf étaient assez fréquentes et se 
donnaient ordinairement au grand cimetière de la Madeleine. On y jouait le plus 
souYent le Mystère de la Passion^ et la pièce durait souvent plusieurs jours. En 
1508, elle eut lieu pendant six jours, avec accompagnement de fanfares. {Voy^ les 
Preuves, t.iv, no414.)En 1520, on donmXes Jeux de sainte BrigilU. Enl5ttloul5B2i 
on joua le Mystère de la Passion pendant environ 28 jours, et il se passa des faits 
scandaleux qui amenèrent l'interdiction du cimetière. — (Regist. capitulaires, Àreh. 
de V Yonne. (N, d. E.) 

(5} Ce pavillon, construit dans le style renaissance, existe encore dans la rue do 
Département; il ne manque pas de pureté. Les inscriptions dont parle Lebeuf ont 
disparu. La première portait : Porta pa(«n« esta •* nulli claudaris honesto. (2V. d, £.) 

(c) Le jeu de la pelote ou de la balle, dégénéré d'un vieil usage grave, d'un hom- 
mage symbolique rendu au Chapitre par le chanoine nouvellement élu, avait fin 
par transformer, le jour où il se célébrait, la nef de la cathédrale en une sorte de 
jeu de paume. {N. d. iV.) 



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QUATRE-VINGT-DOUZIÈMB ÉVÊQUB d'aUXERRB. 157 

L'année suivante, c'est-à-dire 1552, il reçut k foi et hommage pour i^^ 1554. 

la baronnie de Donzj, Pierre de Mazengarbe , au nom de François de 

Glèves, duc de Nevers. G'étoit pour la seconde fois qu'il reçut alors 

les devoirs féodaux dus pour cette baronnie ; cardes le 1®' novembre 

1548, Charles de Luxemboui^ et Claude de Foix , son épouse , l'avoient 

fait rendre par Jean de Buxières, leur prévôt de Donziois, tant pour 

Donzj, que pour Saint-Yerain et pour la châtellenie de Beauche (1) Il 

ne reste plus a parler que des ornemcLts qu'il fit présenter au Chapitre 

au commencement du mois de septembre 1554>, ils consistoient en 

trois chapes à fond d'argent parsemées de fleurs rouges et violettes , 

dont les orfrois étoient chargés de ses armoiries , avec les vêtements 

des ministres sacrés et les parements nécessaires à l'autel (a). Les 

chanoines ayant égard à ce présent, ordonnèrent qu'en reconnoissance 

on chanteroit, le mardi suivant, une messe du Saint-Esprit de rit double 

k son intention, et que tous les jours, jusqu'à la Toussaint, les 

enfants de chœur chanteroient, dans la chapelle de Notre-Dame-des- 

Yertus, une antienne et un salut pour sa santéet sa prospérité (2).0n iiele 

croyoit pas alors si proche de finir sa carrière. Les prières ordonnées 

pour sa conservation ne purent être continuées que jusqu'à la fin du 

mois. Etant retiré au château de Régennes, sa demeure ordinaire, 

il j fut atteint d'une maladie qui n'a pas été spécifiée , et il y mourut 

au bout de quelques jours sur le milieu, de la nuit du mercredi an 

jeudi 27 septembre. Le Chapitre n'apprit d'abord cette triste nouvelle, 

que par Jean de Marafin, seigneur de Guerchy, abbé commendataire de 

Bellevaux , qui la tenoit des sieurs de Polizy et d'Eschenetz, frères du 

prélat; mais le vendredi 28, le même abbé, accompagné de Philippe 

de Chastellux, seigneur de Bazarne, allié du défunt, et de Jean 

Dnchié (5), curé de Monéteau, son secrétaire, vinrent certifier à la 

compagnie la vérité du fait. Le corps du défunt fut amené le même 



(1) Viole. I (5) On écriroit alors ùveMé poar Duché. 

(S) Reg. Cap., sept, 1554. 



(a) Il légua aussi au Chapitre un magnifique é?angeiier décoré de lames d'argent. 
Mais le Chapitre ne put le recouvrer de ses héritiers qu^après un procès en 1554. 
— Rcg. capit, Ârch. de V Tonne. {N, d, E.) 



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i5S FRANÇOIS DR DINTEVILLE II DU NOU , 

1530 k 1554. jour à Âuxerre, et inhumé dans le caveau qu'il avoit fait pratiquer six 
ans auparavant , sous un coin du jubé de la cathédrale , et où son 
oncle étoit déjà enterré. Outre de magnifiques funérailles, il y eut un 
quarantain célébré solennellement le 6 novembre avec convocation 
des gens du roi« Sa famille se remetlant sur les soins de Jean Thienoi, 
chanoine de Troyes , qui avoit été son grand vicaire pour ses deux 
abbayes, envoya de Troyes dans le même mois un poêle de velours 
noir, chargé de ses armoiries, pour couvrir sa sépulture (1). On ne 
trouva point de testament après sa mort; mais on sut quMl avoit pris 
des mesures pour faire tomber ses abbayes entre les mains de quelques- 
uns de ses parents. On réunit son nom à celui de son oncle , dans les 
douze obits qu'on célébroit pour lui chaque année (2). Cette réunion 
commença à avoir lieu le 25 mars 1555 (a). 

Ce prélat a été extrêmement loué dans l'abrégé de sa vie écrit par un 
chanoine de son temps. Cet auteur y touche en général sa libéralité 
envers les églises, ses aumônes envers les hôpitaux et les pauvres 
communautés. François de Dinteville mangeoit peu, buvoit fort rare- 
ment, ne dormoit guère, travailloit continuellement, étudioit sans 
relâche, et vivoit comme un vrai philosophe. Outre les arts libéraux, 
il se connoissoit aussi dans la mécanique ; aimant surtout la peinture , 
il y avoit toujours chez lui quelque peintre (b). Il étoit ennemi déclaré 
de l'oisiveté, et rappeloit souvent à ceux de sa compagnie Tadage 
d'Âppelles ; s'il faisoit accueil aux gens studieux , laborieux et 

(1) Reg. Cap., 17 nov. \ (2) Reg. Cap., 1555. 



(a) Les parents de Tévéque fondèrent son anniversaire par un acte de Tan 1555 et 
y attribuèrent 144 livres de rentes. — Le paiement de cette rente ne se faisait pas 
régulièrement, et le Chapitre fut obligé d'assigner les débiteurs aux requêtes du 
Palais, à Paris. Un acte du 16 avril 1567 amena le remboursement de cette fondation 
par mesdames Louise de Rochecbouard et Louise de Coligny, veuves, Tune de fiail- 
laume de Dinteville, l'autre de Gaucher de Dinteville, neveux de Tévêque. Marin de 
Dinteville, abbé de Saint-Michel de Tonnerre et seigneur de Saint-Bris, leur neveu, 
fut chargé de cette affaire. — Arch. de V Yonne, Fonds des minutes de Notaires. 

{N. d. E.) 

[b) C'est sans doute à un de ces peintres qu'il faut attribuer deux tableaux qui 
sont placés dans le chœur de Téglise de Saint-Bris, et qui ûgurent saint Etienne et 



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QCAT1iS*VlNGT*D0UZIÈHB ÉVfiQUB D^OXERHB. 159 

TÎgilaiils, s'il les aimoit et les honoroit , il avoit anssi en horreur les i^^ ^ 1554. 
liches, les fainéants, les gens oisifs et paresseux : il étoit d'une très- 
foible sanlé, untôt attaqué de fièvre ou dyssenterie, tantôt des douleurs 
de la gravelie et de la goutte. Au milieu de ces infirmités, il se réjouis* 
soit de souflrir en ce monde, pour arriver dans le lieu de rafraîchis- 
sement. C'est par où Fauteur anonyme finit sa relation, à laquelle j'ai 
été obligé d'ajouter plus de la moitié des faits qu'il n'a pas rapportée 
comme étant alors trop nouveaux, et d'une espèce que j'avoue n'être 
devenue intéressante , que depuis l'éloignement des temps. On peut 
reconnoitre quelques tableaux faits sous son épiscopat et par ses amis, à 
la représentation de son visage que les peintres se plaisoient à introduire 
dans le rang des spectateurs. Ainsi est-il tiré dans le tableau de la 
lapidation de saint Etienne,. conservé sur l'autel de la chapelle de Saint* 
Alexandre au fond de l'église cathédrale, et dans celui du martyre de sainte 
Eugénie k Varzy, au retable du grand autel de l'église collégiale. Ces 
deux tableaux passent pour être de la façon de Félix Chrétien, chanoine, 
qui transcrivit l'abrégé de sa vie dans le livre manuscrit des évéques 
conservé au trésor littéral du Chapitre. L'église de Saint-Eugénie de 
Varzy, dont je viens de parler, eut grande part k ses libéralités. Il l'en- 
richit de plusieurs ornements; en 1537 il y fit construire les orgues, 
le grand autel avec ses accompagnements, et la voûte qui est au-dessus. 
On attribue & l'auteur des tableaux les quatre distiques qui suivent, 
lesquels paroissent dans quelques manuscrits : 

Is Prœsul cujus Uber hic dat splendida gesta 
Immeriti pœnas pertalit exilii. 
Vidit eum insontem testisque comesque laborum. 
Félix a Christi nomine nomen habens. 
Vidit y et est ipsum casu comitatas in omni 
Mœstitiaeque cornes, Istitiœque cornes. 
Gui cum Don posset majora rependere dona 
Istud scriptura Dobllitavit opus (1). 

(1) Bx Mi, D. Boahier, prœHd. divian. 

sont Germain. Ces denx tableanx, qui ont servi de bannières, portent les armoiries 
âeM. de Dinteville; ils sont médiocres, mais cependant intéressants pour les cos- 
tumes. (iV. d. E.) 



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440 FRANÇOIS DE DINTEYILLB II DU NOM, XCU® ÉVÊQUB D^AUXERRE. 

1530 ^ 1554. ^^^ écrivain de Téloge de François de Dinteville avoit commencé 
par être enfant de cbœur dans la cathédrale , ainsi que j'ai vu par les 
registres; et il avoit tellement gagné la bienveillance du prélat par la 
délicatesse de sa main dans récriture et la peinture, qu'il parvint à 
être chanoine. On apprend, par ces vers, qu'il avoit été son corn- 
mensal, et que, s'il n'étoit pas auteur de la vie de François de Dinte- 
ville, au moins il en étoit le copiste (a). 

Malgré tout ce que j'ai dit après Fauteur à la louange de cet évéque, 
je me crois obligé, pour ne rien taire, de rapporter ce qu'en dit Pierre 
de Saint-Julien. Cet historien le blâme de ce qu'étant le principal élu 
aux états de Bourgogne, auxquels présidoit Claude de Lorraine, duc 
de Guise, gouverneur pour le roi en cette province du temps 
de Henri II, et qu'étant chargé de porter la parole et de répondre que 
la Bourgogne consentoit de payer sa part du taillon que le roi vouloit 
lever sur toute la France, à raison du trentième denier, il ne suivit pas 
cette résolution des trois Etals, et que sachant qu'il avoit été résolu 
au conseil privé que la Bourgogne payeroit le seizième denier, il 
répondit que les Etats sysoumettoient. Gela ne fut pas plus tôt venu à 
la connoissance des autres députés, qu'ils conclurent de lui faire signi- 
fier un désaveu ; mais il étoit déjà sorti de Dijon avec le gouverneur de 
la province. Sa réponse fut cause, dit-on , que depuis ce temps-là la 
Bourgogne fut cotisée sur ce pied du seizième denier ; et l'on en eut 
un tel ressentiment dans la province que, quoique les évéques 
d'Âuxerre envoyassent aux Etats de leur part, on ne voulut plus rece- 
voir leur député. Guillaume Paradin , parlant d'Âuxerre dans son livre 
de antiquo statu Burgundiœ de l'an 1542, qualifie François de Dinte- 
ville^ alors vivant, d'évéque très-pieux. On a des preuves qu'il exer- 
çoit une grande sévérité envers ceux qu'il trouvoit occupés à détruire 



(a) Il nous semble que rien ne s'oppose à ce qu'on regarde Félix Chrétien comme 
l'auteur de la vie de Tévéque Fr. de DinteviUe. Ce personnage, artiste-peintre et 
capable de &ire des vers (On lit, en télé de ceux que rapporte Lcbeuf : Felic'^ 
Chrisiiani ad leciorem carmen,) a bien pu composer la vie de son mattre. — On lit 
sur le manuscrit du Gesia, au bas de celte biographie : Tousjours feray Félix 
Chretlùn 1«66. {N. d. E.) 



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ROBERT DE LEMONCOURT, XCIII® ÉVÊQCB d'aUXERRE. i4>i 

ce qui lui appartenoit ; l'absolutiop qu'il obtint du pape Tau 1545, 159011534. 
suppose quMI avoit usé d'une punition excessive (i), et qu'il se rcpen- 
toit de s'être laissé trop emporter k la colère (a). 



CHAPITRE III. 



Des deux évéqoes d'Auxerre tirés de la maison de Lenoncourt. 
ROBERT DE LENONCOURT, XCIIIÉVÊQUE D'AUXERRE. 

La vacance du siège épiscopal d'Auxerre ayant commencé à la fin ^^ ^ ^^' 
de septembre 4554, le Chapitre qui a de droit l'administration du 

(1) Voy- les Preuves des lib. de lEg^l. gaU. p. 16 3 et 164. 

(a) Le fait dont parle Lebeaf est probablement relatif à un nommé Thomas 
Godon, qui est mentionné dans les pièces d'un procès entre M. de Dinteville et Té- 
Yéque de Lavaur. (H^ Dupuy, Bibl. nat.) Ce Godon était un garde-chasse que 
M. de Dinteville avait fait inhumainement crucifier, pour avoir vendu à son insu 
quelques oiseaux de fauconnerie. (Ste-Palaye, Mém. histor. sur la chasse note 5.) 
L'évéque veut que les lettres qu'on lui a accordées soient de déclaration et non 
d'abolition ; ce mot est trop mal sonnant pour sa dignité, et il se plaint de l'évéquc 
de Lavaur dans celte affaire. 

— C'est sous répiscopat des évêques du nom de Dinteville que furent recons- 
truites un grand nombre d'églises des paroisses du diocèse. Les grands travaux de la 
cathédrale avaient amené dans le pays des maitres-des-iBuvres, des sculpteurs^ des 
maçons, qui répandirent leurs œuvres de tous côtés. On remarque surtout au sud- 
ouest d'Auxerre une suite d'églises qui semblent coulées dans le même moule, à la 
richesse près. C'est le style ogival flamboyant complet. Les dais, les clochetons, les 
feaiUages contournés, les moulures prismatiques annoncent la première moitié du 
xvi« siècle, en même temps que la décadence et la fin de ce style d'architecture qui 
devait fleurir avec le moyen-âge et mourir avec lui. 

Nous citerons quelques-uns de ces édifices : le sanctuaire et le chœur de Saint- 
Easèbe d'Auxerre (1530); la tour de Saint-Père de la même ville (fondée en 1536); 
Chevannes, Ouannes, Molême, Thury (riche portail de 1521, dont le marché est 
aux Preuves, t. iv); Lainsecq, Perreuse, Sainte-Colombe, Etais, Treigny (sur- 
nommée la cathédrale de la Puisaye), ete. Dans le Nivernais, Surgy, Colmery (1536); 
Saissy-leS'Bois (1548) Cier, Bitry, Dampierre, Cosne, etc. {N. d. E.) 



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142 ROBERT DB I«BMONGOURT , 

1554 h 1560. temporel et du spirituel (a) , aussitôt après la mort de l'évéque^ créa des 
officiers (!)• Les archidiacres soutinrent que c'éloit à eux ^ instituer 
des officiaux chacun dans leur détroit; cependant le Chapitre nomma, 
en attendant, pour officiai principal , Àlmaric de Talon, chanoine, et le 
doyen Florent de la Barre, qui en avoit alors un pour la banlieue 
d'Auxerre, se choisit Germain de Gharmoy. La régie du temporel de 
Tévêché ne se passa point si tranquillement, non plus que la collation 
des prébendes. On essaya d'introduire pour le roi, dans l'église d'Au- 
xerre, le droit de régale, dont Philippe-Auguste Tavoit affranchie ; ce 
qui lui avoit été tant de fois confirmé, et nouyellement encore par un 
arrêt du parlement du 23 mars 1515. Le Ghapitre se donna tous les 
mouvements nécessaires pour soutenir le droit ecclésiastique ; il em- 
ploya même le crédit du cardinal de Plaisance, légat en France ; et 
le parlement, informé de la possession du Ghapitre d'Auxerre, ne tarda 
pas à l'y maintenir par un nouvel arrêt (2). Deux contendants se dispu- 
tèrent une prébende de la cathédrale : Tun nommé Jean Sonnoys étoit 
aux droits de Michel l'Enfant , secrétaire du roi, pourvu par Henri II 
en 1554, et l'autre nommé Jacques Boucher, pourvu par le Ghapitre , 
le parlement adjugea la prébende à ce dernier, le 23 mars 1559 avant 
Pâques (3). Deux évéques in partibus suppléèrent aux fonctions du 
ministère épiscopal, sayoir : Filbert de Beaujeu, évêque de Bethléem, 



(1) Aeff. Ocip., âSsep ,2ctôoct. I lô) Regiit parlam. Reg. Cap.^t 1554, 2 i 

(4) Beg, Cap., 24 avril 1556. I nov.; 1 déc. 155G, juin 5, 12 et 25. 



(a) Pendant la Yacance du siège épiscopal, le Ghapitre prit des décisions sur divers 
objets qui sont devenus des faits historiques. 

Le 11 mai Itftftf, on permet la publication des indulgences des moines de Morigny 
dont le monastère venait d'être ruiné, ainsi que cette ville. Les chanoines de Té- 
rouanne obtiennent la même faveur ; mais les quêteurs ultramontains sont repoussés 
par ordre formel du roi^ à moins que les bulles qui les autorisent ne soient visées à 
Paris. 

La peste sévissait à l'hôpital de la Madeleine au mois de juin ItfKtf . Le Ghapitre 
décide que, pour empêcher autant qu'il est en son pouvoir aux pauvres et aux ma- 
lades de vaguer dans les rues, il donnera 100 sous par semaine d'aumône. — Le 
chapelain de Vhôpital s'étant enfui, il en nomma un autre. 



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QUATRE-VINGT-TREIZIÈME ÉVÉQUB D*AUXERRE. 143 

pour les ordiDations en 4554, et Frère Philippe (1), évéque de Phi- ,5541 ^^^ 
ladelphie, pour les visites du diocèse en 1556, avec Jacques de la 
Halle, chanoine, docteur; le nouveau doyen, François de la Barre, 
fut commis le lendemain delà réception pour présider, la même année, 
au synode du diocèse, ayant à ses côtés les deux archidiacres. Le délai 
de celui qui étoit pourvu de levéché, donna occasion au Chapitre 
d'entamer, la même année, une affaire qui étoit de la compétence 
épiscopale. C'étoit l'examen d'une épine, apportée depuis peu de la 
Brie au village de Courgis sous le nom de sainte épine de la couronne 
de Notre-Seigneur. Jacques de la Halle, docteur officiai , et le chanoine 
Jean Sevin, curé de cette paroisse, furent députés pour l'examiner sur 
les lieux; mais malgré les miracles qu'on rapporta y avoir été opérés, 
comme elle avoit été exposée par le vicaire sans la participation du 
Chapitre (2), Tofficial ordonna qu'en attendant le jugement du futur 
évêque, elle èeroit séquestrée. 

Pendant que le Chapitre prenoit soin du spirituel et du temporel de 
Tévéché , il fut quelquefois trompé dans les espérances qu'il avoit d'en 
être bientôt déchargé. On crut, dès le mois d'octobre 1554, avoir 
pour évéque Jean de h Bochefoucauld, que l'on qualifioit abbé de 
Saint-Âmand ; et le 21 de ce mois , lorsqu'il passa par la ville avec 
Charles de Lorraine, on députa les dignités et les anciens pour lui faire 
un présent et lui parler du droit de la régale (5). Au mois de mai 1556, 
le Chapitre reçut des lettres de cet abbé où il se qualifioit nommé à 
Vètéché d'Auxerre. Les chanoines envoyèrent à Fontainebleau quel- 
ques-uns de leur corps pour traiter avec lui. Il persistoit à prendre le 
titre de nommé à cet évéché dans des lettres postérieures, et on 
compta même de certaines sommes avec ses receveurs (4). Mais cet évé- 
que, quoique véritablement nommé, manqua encore àTéglise d*Âuxerre; 
aussi, dans le bail qu'il fit, pour six années, du revenu de son évêché 
à Etienne Janneau, marchand d'Auxerre, en 1555, il apposa la clause 



(1; Ce Frère Philippe étoit, à ce que je 
peDse, Mathurin; il est enterré aux Mathu- 
rins de Paris. 

{«) Beg. Cap., 1556, 22 ei 29 maii, ^ junii, 
^junii, ôjulit 



(0) Beg, Cap.j 1554, iSociob. 

(-4) Du Peyrat, en ses Anliq. de la Chapelle 
du roi, p. 48, semble disliog^uer l'évoque 
d'Auxerre d'avec l'abbé de Saint-Ainand. 



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444 ROBERT DE LENONCOURT , 

1554 ^ 1560. conditionnelle, sxtant est qu'il soit évêque et non autrement. Il est cer- 
tain qu'il toucha des revenus de l'évêché d'Auxerre (1) puisqu'en 
décembre 15761e Chapitre lui demanda les ornements qu'il devoit à 
l'église (2). Tous ces délais ne servirent qu'à transmettre Tévéché 
d'Auxerre dans une famille alliée aux Dinteville. Le cardinal Robert de 
Lenoncourt , qui avoit été évéque de Ghâlons et qui alors étoit arche- 
vêque d'Embrun, fut nommé pour remplir le siège épiscopal de notre 
ville (5). Il étoit fils de Thierry de Lenoncourt, seigneur de Vignory et 
neveu d'un célèbre abbé de Saint-Remi de Reims, dont il portoit le 
nom. Je ne doute point que Louis de Lenoncourt, qui avoit épousé 
Jeanne de Dinteville , nièce du défunt évéque, ne fût de ses parents. 

Le premier acte où il soit mention de lui, est un endroit des régis»- 
très capitulaires du 7 décembre 1556. On voit qu'il écrivit au Cha- 
pitre pour avoir copie de tous les règlements faits au sujet de la prise 
de possession des évéques d'Auxerre et de leur entrée solennelle. Il 
n'est cependant resté aucun vestige de la manière dont ces cérémonies 
S6 passèrent à son égard, sinon que Gaspard Damy, son officiai, s'étant 
présenté en Chapitre, le 15 mars suivant auquel on comptoit encore 
1556 en France, avec les bulles de sa translation k Auxerre, datées 
du 50 octobre précédent, il prit ensuite possession pendant l'office par 
l'installation dans la chaire de pierre du côté droit du sanctuaire et dans 
la stalle du chœur, après quoi il prit aussi possession du palais épis- 
copal et de l'officialité (4). Il se trouve aujourd'hui fort peu d'actes qui 
prouvent la résidence de cet évéque à Auxerre. Presque tous sont 
datés deRégennes ou de La Charité-sur-Loire ou bien de Paris (S). 



(t) Oo apprend» par les registres de Saint- 
MarUn-de-Tours, que ce Jean de la Roche- 
foucaaid permuta l'éTéché d'Auxerre pour 
l*Âbbaye de Cormery, que possédoit Robert 
de Lenoncourt. Il fut reçu en cette qualité 
d'abbé par procureur, au Chapitre de Saint- 
Martin-de-Tours, le 18 décembre 1S57. 

(2)/lcflf. Ctop., 24 déc. 1576. 

(5) Selon le registre de son secrétariat 
que j*ai trouvé à Paris, dans l'abbaye de 
Saint-Germain, il prenoit encore le titre 
d^arcboYéque d'Embrun, le 5 février 1556, 
mais, le 4 mars suivant, il prenoit le titre 



d*évéque d^Auxerre dans les provisions qu'il 
ât expédier à Paris du canonicat de Jean 
Bouchef, chanoine do la cathédrale, mort 
pendant la vacance du siège, en faveur de 
Michel Lenfanl, clerc sénonois, avec la 
clause du droit à lui appartenant par titre de 
Philippe-Auguste. Daus des provisions du 
28 mai 1 557, il est dit abbé de Notre-Dame- 
de-Ghehery, Ordre de Cfteaux, au diocèse de 
Reûns. 

(4) Ex autographo. 

(5) Ex aciU dispens. anni 1557 et prwU. 
canonic. Beg, Cap,, 5 fetr. 1557. 



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QUATRE-VINGT-TREIZIÈME ÉVÊQUB d'aUXERRE. 145 

Tel est celui do 15 juin 1557, daté de Régeones, par lequel s'excu- 1551 a ist^. 
sant de ce qu'il ne peut faire sa résidence dans le diocèse , il revêt de 
la qualité et du pouvoir de vicaire-général , Gaspard Damy , prêtre Gliâ- 
loDDois, qu'il avoit continué son officiai (1), de même qu'il Téloit à 
Melz. Il eut encore un autre vicaire-général appelé Etienne Deschamps, 
et on troisième pour Gien et pour le voisinage, savoir , Jeau de Lon- 
gueil, chanoine de la collégiale. Le 22 avril 1557, après Pâques, il 
constitua Jean de Lenoncourt, son neveu, abbé d'Ëssomes, pour le 
représenter aux états de Bourgogne, et au mois d'octobre de la même 
année, pareille commission de sa part k Cérenger Bérault. Dans le 
registre des actes de son temps conservé k Saint-Germain-des-Prés, 
CD remarque en 1557 une poursuite contre Aymar de Prie, pour 
l'hommage de la baronnie de Toucj ; un aveu qui lui fut fait par Etienne 
le Muet , chanoine et pénitencier d'Auxerre , pour des biens situés k 
Yarzj ; procuration de sa part, pour passer accord avec Guillaume de 
Dinteville» seigneur des Chenets, et Charlotte, dame de la Motte- 
Tillj, héritiers de son prédécesseur, où il eut soin de faire insérer que 
l'édifice du portail du château de Yarzy, par lui commencé, seroit achevé 
aux dépens de la succession. Les endroits du même registre, qui indi- 
quent de sa part l'acquit de quelques fonctions spirituelles de Fépis- 
copat, se réduisent à la tonsure qu'il donna à Varzy, dans la chapelle 
du château, le 2 janvier 1557, et le 6 juin précédent, k Pontigny, où 
il étoit souvent. 

Le Chapitre lui députa k Régennes, le onzième jour d'août, trois 
dignités pour le remercier de lui avoir procuré la permission d'une 
coupe de deux cents arpents de bois dans la forêt de Merry (a). On lui 

(1) aeg. Cap., il aug. 1559 et f^sept. 



(a) Cette coupe servit aux travaux de la tour de la cathédrale. 

Le Chapitre publia en 1556 une pancarte contenant rénumération de toutes les 
indulgences accordées par les papes et par les évéques d'Auxerre, pour l'achève- 
ment de la cathédrale. 11 la fit suivre de l'approbation de Mgr de Lenoncourt ; c'était 
le moyen usité alors pour la construction de ces vastes et admirables basiliques. 

-^ Voy. Preuves, t. iv, n. 438. [N. d. E.) 

11 10 



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146 ROBERT DE LBNOlfCOURT , 

1551 il 1560. réitéra les mêmes remerciements au mois de septembre snifant, lors- 
qu il étoit à son prieuré de La Charité-sur-Loire, d*oii sont datées les 
provisions de prébendes de la cathédrale, du mois de septembre et 23 
octobre. Il resta un temps considérable dans ce monastère et à Varzj, 
avec le dessein d'aller bientôt plus loin et de faire le voyage de Rome. 
GVst ce que l'on apprend par Tacte de la seconde réception du chanoine 
ïk qui il avoit conféré une prébende, le 25 octobre 1557. Son nom étoit 
Antoine Boitel ; il étoit prêtre du diocèse d'Amiens et son commensal. 
Cet ecclésiastique se présenta, en personne, le 11 février 15S8, environ 
quinze mois après la notification de 8€s lettres de commensalité; mais 
il ne put paroitre en Chapitre sans avoir auparavant obtenu la perm»- 
sion de conserver sa barbe : il allégua qu'il étoit obligé de la laisser 
croître à cause du voyage de Rome, auquel le cardinal, évéque d'Auxerre, 
l'avoit engagé, et on lui permit de se faire installer avec sa longue barbe, 
sans tirer à conséquence pour la suite. Ce cardinal faisoit sa demeore 
tantôt dans l'un de ses bénéfices et tantôt dans l'autre, et même à 
Moutier*en-Argonne, abbaye possédée par son neveu Philippe ; de Ik 
sont datées, le 7 décembre 1558, des provisions qu'il donna k Jean 
Paydet, Chàlonnois, d'une prébende de Notre-Dame-de-la-Cité» Le 3 
février suivant qu'on camptoit encore 1558 en France, le doyen et 
Pierre du Broc, chanoine, lui exposèrent au nom du Chapitre l'intenlion 
qu'avoit la compagnie de bâtir a neuf la chapelle de Notre-Dame-des- 
Yertus, à côté de la basse tour vers le midi de l'église cathédrale, et le 
prièrent d'obtenir k Rome des indulgences en forme de jubilé, sem- 
blables a celles que son prédécesseur en avoit apportées. Les députés en 
même temps, lui parlèrent de la rente due k l'église pour la maison 
épiscopale, et le prièrent d'en passer reconnoissance. Le cardinal de 
Lenoncourt étoit alors dans son diocèse cette même année ; il fit rendre 
foi et hommage de la baronnie de Toucy, par Aymar de Prie (1). Gelai- 
ci, dès Tan précédent, avoit exhibé au prélat l'arrêt qui lui adjugeoit 
cette terre. Pendant son voyage de Rome, il ne se passa rien de consi- 
dérable concernant son diocèse, sinon l'examen que Gaspard Damy, 
l'un de ses vicaires-généraux , fit de la sainte Ëpine de Coui^y, el 

(1) Viole. 



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QUATRE-YlNGT-TREiUèME ÉVÊQUE D*ADXERRE. 147 

rapprobalion qa il lui dotioa. On prétend qu'avant son départ il avoit i^^ ^ ir^o. 
donné ordre qu'on transportât des prisons de la ville de Metz dans celles 
d'Anxerre, un nouvel hérétique nommé Guillaume Palisseau (i). Il est 
Béanmoifis certain que dès ce temps-la il avoit résigné Tévéché 
d'Anserre à son neVeu Philippe de Leooncourt, lequel, en attendant 
ses bulles, fil l'oflice de vicaire-générat (2). Au moins conféra*t*il en 
cette qualité, le 18 juin 1559, une prébende de la cathédrale, et visita, 
le 14 juillet, l'abbaye de Grisenon. Ge qu'il y eut de singulier dans 
eeue résignation faite en cour de Rome, en faveur de Philippe de Le- 
DODCourt nommé par le roi, fut que le pape Paul IV fit expédier des 
lettres iMotu proprio et sans aucune demande précédente, par lesquelles 
il permettoit à Robert de Lenoncourt de recevoir le revenu des terres 
deRégenaes, Yarzy et Cône, pour mieux soutenir sa qualité de cardinal 
et celle d'archevêque d'Arles qu'il venoit de lui conférer (3), outre les 
abbayes et les prieurés qu'il avoit et dix mille livres de pension sur 
Tévéché de Metz. En même temps, le souverain pontife lui donnoit 
poavoir de conférer les bénéfices du diocèse d'Auxerre, comme s'il en 
eût été encore évêque* Ces bulles sont du 7 février 1559, et selon le 
calcul de France 1558, avant que Robert^oût fait le voyage de Rome. 
Elles furent adressées au grand archidiacre de Ghalons et a Pierre 
Hariau, chanoine de Paris, qui eurent ordre de le maintenir dans tous 
les droits qui y étoient énoncés. Il en usa : on voit que le 7 juillet 
1560, demeurant à Paris, dans la maison des évéquesde Châlons (4), il 
y conféra une prébende de la cathédrale* requise par un mandataire, sur 
Tévèché d'Auxerre (5), et cependant en d'autres provisions données 
quelques jours après a un résignataire (6), il prend la qualité de prince 
et archevêque d'Arles (7). Je n'ai point marqué le nom des abbayes 



(1) Hisl. de Metz de Meurisse, p. 154. 

(S) Les lettres par lesquelles il l étiblit son 
Ticaire-géoéral , portent ces mois : Nuper 
tpiKopo Catalaunensi. EUes sont datées de 
Régennes, le 29 mars 1556, auquel on comp- 
toit à Roue 1559. Dés le iu du môme mois, 
il aToit lait expédier les mêmes pouvoirs à 
VéTéqoe de Philadelphie : Dilecti in ChrUlo 
fralH noslri episcopi Philadtlphensin. 

(o) ToQteecI est tiré do registre de Soiiit- 
Gennain-des-Prés. 



{y È regione cemeterii S. picolai à Cam- 
pis. RegUt, $epiemb J560. 

(5) Begist. Cap., njulii 15G0. 

(6) md.iôjulii. 

(7) Dans son rcs^strc, il commence à 
prendre le titre à^episcnpus Sabinensis et 
Aulissiodorensix , le 3 avril 1559 avant 
Pâques, et à la fin du même mois, auquel 
on comptoit 1560, il se qualifie archevêque 
d^Àrlet, conféré ccMnme episcopunSatrinensitt 
acn^iperepitcopusAutisiiodorensis... Peint 



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148 PHILIPPE DE LENOliCOURT, 

1060 à )669 9"'^' posséda en même temps on snccessivement ; cela n'est point de 
mon histoire. J'ajouterai seulement qu'étant évêque de Metz, il se disoit 
cardinal du titre de Saint-Âpollinaire , et depuis qu'il fut évèqae 
d'Âuxerre, il prit pour son titre celui de Sainte-Cécile ; des actes ori- 
ginaux signés de sa main en font foi. Il aliéna nombre de biens dépen- 
dant du prieuré de La Charité (1) et fit couper la forêt de Bertrange, qoi 
étoit de haute futaie ; cette dernière circonstance a donné occasion de 
dire que le jugement universel devoit se tenir dans cette forêt, parce 
que le cardinal y avoit laissé assez de troncs ou fausses billes pour y 
asseoir les ressuscitants. 

On voit ses armoiries au portique du château de Régennes» sous le- 
quel on passe pour entrer dans la première cour ; et ce qui paroit moins 
ancien dans ce premier corps de logis passe pour être de son temps (a). 



PHILIPPE DE LENONCOURT, XCIV« ÊVÊQUE DUUXERRE. 

Dans un acte du 22 octobre 1558, Philippe de Lenoncourt prend la 
qualité d'évéque d'Âuxerre ; c'est une reconnoissance donnée à Gaspard 
Damy, chanoine, vicaire-général, et à Etienne Deschamps, chantre et 
chanoine de la cité, comme c'est pour lui faire plaisir qu'ils se sont 
obligés k de grosses sommes envers Charles Grillet, chanoine et archi- 
diacre de Puisaye, et François le Prince, marchand bourgeois d'Âuxerre» 
L'acte est dans une forme trop authentique pour être révoqué en doute ; 
cependant Robert de Lenoncourt donna des provisions de bénéfices 
pour le diocèse d'Âuxerre, jusque bien avant dans Tannée 1560. Des 



VertorU^ el^o Paritienti ecelesiam S, 
Lupi de Bléneau : datum Luieliœ, 26 juin 
1560. Et comme archevêque d^Arles, necnon 



nuper ep. Auti$$. des canonicato, des cha- 
peUes, darant la soîte de la même année. 
(1) Bernot, Hist. de la Charité, p. 52. 



(a) Uévéque Robert de Lenoncourt mourut dans son prieuré de La Charité-sur- 
Loire, au mois de février 1561. Son corps, inhumé dans le chœur de Téglise, fut 
jeté dans la Loire par les huguenoti, maîtres de la ville, en 1569. {N, d. E.) 



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QDÀTRE-VINGT-QUATORZIÈMB ÉVÊQUB D*AUXERRE. 149 

faits si contraires se concilient en disant que Tonde avoit traité avec le ^r^ ^ i^^,. 
Devea, dès Tan 1558, mais que ce traité ne fut connu que par les per- 
sonnes nommées dans l'acte en question, et qu'il n'eut son effet que 
lorsque Robert, retourné de Rome, fut archevêque d'Arles (1). Robert 
étoit apparemment assuré de la bonne intention du roi pour tout ce qui 
le regardoit, et en particulier de la nomination de son neveu Philippe à 
l'évëché d'Auxerre. Rouvier, auteur de la vie de Philippe (2), croit que 
ce qui influa le plus à donner cette espérance a Robert, fut en ce que 
ce prince lui avoit obligation de ce que, quelques années auparavant, la 
ville de Metz, dont il étoit évéque, étoit retournée sous sa domination. 
Philippe ne fut donc que très-peu de temps évéque de Ch&lons après 
son oncle; son inclination le porta h se rapprocher d'Auxerre, dont il 
savoit que la chaire épiscopale lui étoit assurée. Il étoit né en 1527, au 
cbàteau de Coupvray, entre Meaux et Lagny, de Henri de Lenoncourt, 
seigneur de ce lieu et de Baudricourt, baron de Vignory, chevalier de 
rOrdre du roi« gouverneur de Valois, bailli de Vitry, etc., et de Mar- 
guerite de Broyés, dame de Nanteuil, Pacy et autres lieux. Son père 
qui avoit les bonnes grâces d'Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, 
depuis roi de Navarre, le produisit auprès de ce prince (5). Il fut ensuite 
ï Rome, où les Italiens le trouvèrent le plus beau chevalier françois 
qu'ils eussent vu depuis longtemps. Au retour, il embrassa l'état ecclé- 
siastique et tint quelques abbayes en commande. Certains auteurs, qui 
loi en donnent trois ou quatre, oublient celle d'Épernay qu'il posséda an 
moins dès l'âge de vingt et un ans. Ce fut apparemment la première abbaye 
dont il jouit, puisque Léger du Chêne, résidant à Toulouse, lui dédiant 
en 1548 son ouvrage sur la piété des fils envers leurs pères, le qualifie 
simplement abbé d'Ëpernay. Nonobstant tous ces bénéfices, il prit 
possession de l'évéché d'Auxerre en 1560. La description de la céré- 
monie fut rédigée alors fort au long k la réquisition d'Ëdme Vincent, 
son bailli, pour tenir lieu de celles des précédents évéques, ou qui 
avoient manqué des solennités ordinaires ou qui n'avoient pas été écoles. 
Comme le laps du temps introduit du changement, on y apercevra 



(1) U est dit évêqae d'Auxerre dan» les 1 (2) Beomaus, cap, "i. 
regiilrei du Yalican, au 7 février 1 560. | (3) Rou vier in fieomaus. 



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iSO •"! PHILIPPE DB LENONGOURT, 

I5G0 ï 1363. certains usages que les précédentes réceptions ne marquoîent pas, do 
moins a l'égard des fonctions de l'archidiacre de Sens. 

L'après-midi du dimanche 8 décembre 1560, le prélat parût de 
Régennes. Antoine de Melphes, évéque de Troyes, Jean de Lenon- 
court, abbé d'Essomes, Laurent Petitfoo, abbé de Saint-Père d'Auxerre, 
François de la Barre, doyen de la cathédrale, Jean de Marafin, abbé 
de Betlevaux, Henri de Lenoncourl, son frère, Jean de la Rivière, sei- 
gneur de Seignelay, François de Marafin, sieur d'Avigneau, Georges de 
Lenfernal, seigneur de Pruniers, et plusieurs autres ecclésiastiques de 
distinction et gentilshommes Taccompagnoient tous h cheval. Les offi- 
ciers de sa cour ecclésiastique vinrent les premiers au devant. Germain 
de Charmoy, vice -gérant de l'official, porta la parole; parurent ensuite 
les officiers de la justice séculière qui parlèrent par Torgane de Guil- 
laume du Broc, sieur des Granges, bailli de Varzy, Sacy et Gy-l'Evé- 
que. Vers l'endroit des Chesnées, arrivèrent les magistrats de la ville 
et les élus avec une multitude de citoyens, représentant le corps de 
ville, au nom duquel Jacques Chalmeaux, prévôt, le complimenta. Pro- 
che la chapelle Saint-Siméon, se présentèrent les curés et les vicaires 
venus en procession, revêtus de chapes, avec les Jacobins et les Cor- 
detiers. En ce lieu on lui offrit la croix k baiser, il descendit de sa mule, 
entra dans la chapelle de Saint-Siméon, se revêtit de son roehet et 
bonnet rond, ei continua sa route. Il trouva proche la chapelle Notre- 
Dame-de-Lorelte, le présidial avec grand nombre d'avocats. Girard 
Rémond, ancien des conseillers, en l'absence des lieutenants-généraux 
harangua le prélat. La porte de Saint-Siméon éloit ornée de ses armoi- 
ries avec cette sentence : Benedictus qui venit in nomine Domxnù Entré 
dans la ville, il fut h Saint-Germain, où les religieux, revêtus de cha- 
pes, le reçurent. Le prieur, nommé Pierre Passelière, lui fit un com- 
pliment en latin , et le prélat répondit de même. Mais ce prieur l'ayant 
requis de loucher un livre, et de jurer dessus qu'il conserveroit l'abbaye 
dans ses privilèges, il répondit qu'aucun de ses prédécesseurs n'avoit 
fait ce serment, et ne le fit point; cependant il fut introduit au chant du 
Te Deum jusque devant le grand autel, où il fit sa prière ; de là, conduit 
au logis abbatial. On y disputa sur le droit de procuration, les religieux 
prétendant en avoir été exemptés par Urbain V ; l'évêque et ses oificiers 



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QUATRE-VIMGT<"QUAT0RZ1ÈME âVÉQUE d'aUXERRE. 151 

soutenant qu'ils le dévoient, ou qu'ils étoient tenus de payer un marc i^ ^ i^^s. 
d'ai^ent Les religieux produisirent une sentence arbitrale d'un abbé 
de Yézeiay, qui les déclaroit n'être obligés qu'à le recevoir en chapes 
à l'entrée de l'église : mais elle fut rejetée n'étant pas signée ; Tesamen 
da surplus fut remis à un autre temps. Le lendemain, fête de la Con- 
ception de la Sainte-Vierge, remise du jour précédent, les députés du 
comte d'Àuxerre et des trois barons, ayant comparu au palais épiscopal, 
se rendirent ensuite au sanctuaire de l'église de Saint-Germain , savoir : 
Girard Rémond, doyen des conseillers au bailliage d'Âuxerre, et Claude 
d'Heu, procureur du roi, pour et au nom du roi François II, comme 
jouissant du comté d'Âuxerre ; Jean de Chelles, écuyer, seigneur du 
Renard, maitre-d'hôtel du duc de Nevers, baron de Douzy, avec pro- 
testation que son acte de comparution ne pût préjudicier au droit du 
duc de Nevers sur le comté d'Auxerre, René do Pernay, écuyer, sieur 
de Pernay et de la Bretaucbe, pour ledit duc de Nevers, en tant que 
baron de Saint-Verain, René de Prie, au nom d'Aymar de Prie, son 
père, baron de Toucy, avec protestation de ne point préjudicier au 
procès pendant aux requêtes, au sujet du droit de retenue que l'évêque 
prétendoit sur cette baronnie. Le nouveau prélat les voyant disposés k 
le porter dans sa chaise, se contenta de la soumission, déclarant que 
ce seroit sans tirer à conséquence. Il alla k pied jusqu'à l'église cathé- 
drale par la grande rue, précédé de lout le clergé séculier et régulier, 
accompagné h droite et à gauche des députés des quatre vassaux. Proche 
d'eux étoit portée, par quatre hommes robustes, la chaise élevée et or- 
née, pour marque de l'ancien droit, et il ne.s'assit dessus que lorsqu'on 
fat arrivé proche la cathédrale, auquel temps il se fit porter pendant un 
certain espace de chemin. Ce relâchement sur l'ancien usage en ce 
point parut compensé par une autre cérémonie, qu'on n'avoit point 
encore vue dans les précédentes entrées des évêques (1). Toussaint du 
Mont, chanoine de Sens, commis par Nicolas Cardinau, grand-archi- 
diacre de Sens, crut que l'installation commençoit dès le moment que 
le nouvel évêque s'asseyoit k Saint-Germain dans le fauteuil portatif; 
et il l'y installa même avec des paroles choisies dans l'Ëcriture-Sainte, 

(1) Procès- verbal de rarchidUcre de Sens. 



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152 PHILIPPE DE LENONCOURT, 

iû6i k 15:». H"^'^''^ Tévêque D*eût pas intention de se servir alors de ce faoteaîL 
Le Chapitre en chapes reçut le pootife k la grande porte de Féglise qai 
étoît fermée, et le doyen l'ayant harangué, lui fit prêter le serment ac- 
coutumé ; après quoi le délégué de l'archidiacre le fit entrer, disant : 
ïngredere igitur benediete Dei^ et on chanta le Veni Creator. Étant arrivé 
au chœur, il lui présenta une des cordes du petit clocher, avec une for- 
mule aussi nouvelle que la présentation de cette corde (i). Le même 
vice-gérant de l'archidiacre lui fit baiser l'autel, et l'installa à la chaire 
de pierre an côté droit du sanctuaire, usant en tout cela de formules choi- 
sies ; après quoi l'orgue et le chœur chantèrent le Te Deum. Et le nou- 
veau pontife donna ensuite la bénédiction au peuple et officia à la grand'- 
messe. Depuis longtemps cette cérémonie ne s'étoit faite d'une manière 
si complète. Elle fut suivie d'un magnifique repas, auquel assista tout 
le clergé de la cathédrale. 

Le lendemain de cette réception, le Chapitre députa deux dignités 
et deux chanoines pour prier le nouvel évéque et celui de Troyes, qui 
l'avoit accompagné, de renfermer dans une nouvelle châsse d'argeni 
les reliques de saint Chrysanthe (2). Si Philippe de Lenoncourt fit cette 
cérémonie (ce qu'on ignore) c'est peut-être le seul acte important et mé- 
morable concernant l'église cathédrale, qu'il ait fait durant deux années 
et demie de son épiscopat. Un procès contre le duc de Guise l'occupa 
considérablement. Le roi de Navarre, qu'il aida de ses conseils, lui em- 
porta aussi beaucoup de temps. Dans ces embarras, il eut pour vicaire- 
général Gaspard Damy, que son oncle, le cardinal de Lenoncourt, avoit 
amené de Châlons, et le diocèse ne fut pas moins soigné que si l'évéque 
avoit veillé immédiatement. D'ailleurs, au commencement des troubles 
causés par les calvinistes, le Chapitre de la cathédrale partagea une 
partie de la sollicitude pastorale, comme on peut voir dans Thistoire de 
ces troubles imprimée en 1725. Le duc de Guise avoit acheté de Mar- 
guerite de Broyés, mère de Philippe de Lenoncourt, la terre de Nan- 
teuil-le-Haudoin, au diocèse de Meaux. Philippe voulut rentrer dans 



(1) Selon les anciens, procès-verbaux, 
c^éloit une corde de sonnette que Tévéque 
tiroit à la grande porte do Téglise pour la 
faire ouvrir. Il faut observer ici que les 



cordes du petit clocher de la cathédrale 
d'Aaxerre aboutissent à Taigle du chœnr, 
comme dans la cathédrale de Chartres. 
(2) Reg Cap,, 10 dec. 1560. 



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. QUATRE-YINGT-QUATOBZIÈME ÉVÊQUE d'àCXERRB. 155 

ce bien. Son crédit auprès da roi de Navarre, peu ami du duc de Guise, i^ ^ 25^. 
ne fut pas innlile dans cette affaire. Il servit aussi k empêcher, par le 
moyen de ce prince, la tenue d'un concile national qui avoit été demandé 
par le chancelier de France après le colloque de Poissy. Le pape, qui 
appréhendoit ce concile, fil agir le roi d'Elspagne auprès du roi de Na- 
varre, qui étoit lieutenant-général du royaume sous Charles IX. Le car- 
dinal de Ferrare et les Guises songèrent k amuser le roi de Navarre, et, 
par la voie du maréchal de Saint- André, ils firent entendre aux deux 
plus grands confidents de ce prince, qui éloient Févéque d'Âuxerre et 
François d'Escars, que s*il répudioit Jeanne d'Âlbret, sa femme, hu- 
guenote, il pourroit devenir roi d^Ângleterre et d'Ecosse. Un historien 
judicieux (1) rend,, k celte occasion, un témoignage qui marque la 
droiture de notre prélat, et qui le disculpe suffisamment, c Philippe de 
» Lenoncourt, dit-il, ayant Tàme aussi noble que la naissance, mais 
» l'esprit un peu facile, et d'ailleurs enivré de cette vanité courtisane, 
» poovoit être plus aisément trompé que corrompu. » Lorsque le roi 
Charles IX eul quitté Fontainebleau pour venir demeurer k Paris con- 
formément au désir du parti catholique, Tévéque d'Âuxerre fut admis 
au conseil en considération de la faveur où il étoit auprès du roi de Na- 
varre, et il porta ensuite ce prince k s'unir au duc de Guise et au con- 
nétable Anne de Montmorency, plutôt qu'au prince de Gondé, son frère. 
De Ik l'origine des calomnies dont les huguenots essayèrent de noircir 
la réputation de Philippe de Lenonconrl. En conséquence d'une lettre 
qu'il écrivit aux chanoines d'Âuxerre, ils firent, en 1561, le mercredi 
d'après Pâques, des prières pour les besoins de l'ÉiaU et commencèrent 
par une procession solennelle ; son absence du pays l'empêcha d'y as- 
sister. On le trouve présent k la procession faite k Paris, le 14 juin 
1562, pour réparer les outrages que les huguenots avoienl commis 
dans l'église de Sainl-Médard. Prévoyant la longueur de son absence, 
et ne voulant pas que son diocèse fût frustré dans des temps si péril- 
leux, des avantages de la visite d'un évéque, il constitua son vicaire- 
général k cet égard, François Menjart, évéque de Négrepont. Ses pou- 
voirs sont datés de Paris, le 27 mai 1562, jour auquel Philippe de 

[1} Grand Mézeray, sar Charles IX, p. 6'8 



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154 PHILIPPE DE LEN0I4G0URT, XGIV^ ÉVÊQUB d'aUXERRE. 

iseo k 1563. L^noncourt. établit Gaspard Damy, son vicaire-général, poar ce qui re- 
gardoit sqn prieuré de La Charité-sur-Loire, qu'il avoit eu de son oncle, 
en lui cédant celui de Nanteuil. Ce même chanoine est nommé dans 
le procès-verbal de la coutume d^Àuxerre, comme chargé. de le repré- 
senter dans rassemblée des trois États de TÂuxerrois, qui se tint, 
pour en faire la rédaction, an mois de juin de Tan 1561. 

Ce fut au plus tard pendant l'automne de l'année 1562, un peu 
avant la mort du roi de Navarre (1), que Philippe se voyant obligé de 
rester en cour, quitta Tévéché d'Auxerre. On en juge par la date des 
bulles de son successeur qui sont du 10 décembre de la même année. 
Il traita de cet évéché avec le cardinal de la Bourdaisière, qui lai 
donna Tabbaje de Rebais, se retenant sur ce bénéfice une pension de 
mille livres. Depuis ce temps aucun monument de l'église d'Auxerre 
ne fit mention des Lenoncourt , qui ne la gouvernèrent que comme en 
passant. Philippe vécut encore trente ans après. Il fut chancelier de 
rOrdre des chevaliers du Saint-Esprit et mourut archevêque de Reims. 
Il ne resta dans Âuxerre de souvenir de ces deux Lenoncourt, que par 
le procès-verbal de la réception du second, dont il fut distribué alors 
un grand nombre de copies pour l'instruction de la postérité, et par la 
résidence qu'y fit jusqu'à la fin de ses jours un nommé Charles Thiot, 
soi-disant parent du premier qui l'avoit attiré d'Italie et l'avoit pourvu 
d'un canonicat de la cathédrale. Les armoiries de Lenoncourt se voient 
au vitrage de la grande salle de l'évêché d'Auxerre, et on lit au bas ce 
chiffre : 1560. 



(i) Ce roi fat tué au siège de Rouen, eo novembre 1 56S. 



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FILBERT BABOU, QUATRE- VIMGT-QUlNZlÈHE ÉVÊQUE d'aUXERRE. 155 



CHAPITRE IV. 

Filbert (vulgairement écrit Philbert) Baboa, dit autrement 
LE CARDINAL DE LA BOURDAISIÈRE, XCV* ËVÊQUE D'AUXERRE. 

Le cardinal de la Bourdaisière résida encore moins dans le diocèse ^^ ^ i^^o- 
qae Robert et Philippe de Lenoncoart (a), et Ton n^ peut produire 
aucune preuve qu'il y est même passé, si ce n'est peut-être en allant de 
Paris à Rome, ou durant son séjour en France, en 1566 (1). Quel* 
qne&-uns ont écrit que sa famille étoit originaire d'Italie, et que le 
nom de Babou fut celui que choisirent les cadets de la famille des 
Naldi dans le pays des Faventins. Us prétendent qu'une de ces bran- 
ches passa en France et s'établit h Bourges ou aux environs ; c'est 
dont d'autres doutent. Un historien de Touraine dit qu'il étoit né k la 
Bourdaisière, entre Tours et Âmboise. Au moins, selon Cbaumeau, un 
Filbert Babou, chevalier et trésorier de France, possédoit, dans le Berri» 
vers le règne de François I®^ (2), la châtellenie de Youllon, et cet historien 
ajoute qu'il étoit de Bourges. C'est ce qui fait croire que le cardinal 
de même nom en étoit aussi natif ou bien des environs. Ce Filbert, sei« 
gneur de Youllon, ayant épousé, ^n 1510^ Marie Gaudin, dame de la 
Bourdaisière et de Thuisseau (6), communiqua à ses enfants le surnom 

(1) Reg. Cap., ejuHi 1566. | (2) Iligt. du Berry, p. 269. 



(a) Ce défaut de résidence dans le diocèse par les évoques^ depuis les Dinteville^ 
est regardé par le président Chardon, comme Tune des causes qui ont facilité Fin- 
troduction du calvinisme dans la ville capitale. I! remarque avec raison que le 
gouvernement épiscopal, confié à des vicaires-généraux, devait manquer de la sol- 
licitude qui n'appartient qu'au pasteur du troupeau. (iV. d. £.) 

{b) Cette dame fut la maîtresse de François h^ et ce fut là la source de la fortune 
de sa famille. Voy. Chalmel; Hist. de Touraine, t. m. (iV. d. E,) 



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i56 FILBERT BABOU , 

1563 31 1570. ^^ '^ Bourdaisière , et surlout h Tâioé Donimé Jean, qui, outre plu- 
sieurs emplois considérables dont il fut honoré , fut gouverneur et 
bailli de Gien (1). Notre évêque fut aussi plus communément connu 
sous ce nom , etTévéché d'Auxerre fut le dernier bénéfice qu'il posséda. 
Après avoir étudié à Paris sous les plus habiles maîtres, il avoit été fait 
évêque d*Ângouléme dès Tan 1552, n'étant âgé que de vingt ans. Il 
fut maître des requêtes en 1557, doyen de Saint-Marlin de Tours en 
4559, abbé du Jard, proche de Melun, en i560, et cardinal du titre 
de saint Sixte » le 4 mars 1561 . Quelques-uns ajoutent qu'il avoit été 
trésorier de la Sainte-Chapelle de Paris- Il fut aussi ambassadeur ordi- 
naire des rois de France h RoiQe , et s'étant dignement acquitté de 
cette fonction sous Henri II et François H , le roi Charles IX lui con- 
tinua le même emploi. Mais les grandes dépenses dans lesquelles sa 
dignité de cardinal le jeta, engagèrent le pape Pie IV, qui Ta voit élevé 
^ la pourpre , de le transférer à un évêché d'un revenu plus considé- 
rable que celui d'Ângoulême. Cette raison est assez clairement insinuée 
dans la bulle de translation {i). Elle fut présentée au Chapitre d'Àu- 
xerre, le 18 juin 1565, par Mathieu de Macheco, archidiacre de 
Passy en l'église de Langres , qu'il avoit chargé de sa procuration spé- 
ciale, le 28 avril précédent. Les chanoines, après avoir témoigné leur 
joie d'avoir un cardinal pour évêque, ne purent dissimuler son obliga- 
tion indispensable de résider dans le diocèse. On ignore quelle fut la 
réponse k cette remontrance ; mais on nomma aussitôt deux dignités et 
deux chanoines pour examiner ses bulles , et lorsqu'on eut vu les lettres 
du roi datées de Yincennes, par lesquelles il ordonnoit au bailli d'An- 
xerre ou k son lieutenant de le faire recevoir, attendu que dans le 
conseil privé ou n'avoit rien trouvé k redire k ces mêmes bulles , on 
mit en possession de l'évêché l'archidiacre de Langres, en lui faisant 
prêter le serment ordinaire des évêques k leur joyeux avènement. Le 
mois ne fut pas écoulé qu'on reçut du cardinal même un abrégé des 
raisons qui le retenoient , et qui dévoient le retenir encore longtemps 
éloigné de son diocèse. Par ces lettres il établissoit pour ses vicaires- 



(t) Anselme sar les grands-mattres d*ar- 
tiUerie. 

(S) Il est qualiflé élu évêque d'Auxerre 



dans les registres du Vatican, au 16déccmbre 
1560. 



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QUATRE -VINGT- QUINZIÈME ÉVÉQUE d'aUXERRE. i57 

généraux Mathieu de Macheco ci-dessus nommé» et Gaspard Damy, déjà 
oflicial, accoutumé h exercer la même fonction sous les deux derniers 
évèques. Elles ayoient été expédiées à Rome le 10 mai, en présence de 
Nicolas Breton , dojfen de Noyon , secrétaire du cardinal de Lorraine, 
ei de Pierre Barat, clerc du diocèse de Langres, chanoine d^Auxerre. 
Un défaut qui j fut remarqué obligea Tévéque à en renvoyer d'autres 
au mois d'avril suivant. Pendant cet intervalle, l'archidiacre de Langres, 
qu'on nommoit plus communément à Âuxerre du nom de Passy ou 
Pacy son archidiaconé , devint chanoine de notre église, et prit posses- 
sion de sa prébende le 20 septembre. Comme il étoit aussi chanoine 
de Notre-Dame de Paris, il y fit sa résidence la plus ordinaire , et ex- 
cepté quelques provisions de bénéfices qu'il y expédia pour le diocèse 
d'Âuxerre, il n'exerça guère son grand-vicariat qu'à l'égard du tem- 
porel de l'évêque. Ce fut par 'sa médiation que le cardinal se voyant 
pressé de payer sa cote de deniers de subvention accordés à 
Charles IX, vendit et aliéna, le 12 décembre, en vertu d'une bulle du 
pape, pour la somme de seize cents livres, l'hôtel épiscopal d'Auxerre, 
situé à Paris, proche la porte de Saint-Michel, àGuillaunAe Manault, 
conseiller au Chàtelet. Il se démit depuis de sa prébende d'Âuxerre, 
en faveur de Palamèdes Foudriat, clerc auxerrois, étudiant à Paris en 
1565, qui mourut abbé de Chalivoy en 1626 (1). L'autre vicaire- 
général, résidante Auxerre, donna aussi quelques soins au temporel. 
Il défendit aux fourniers de Varzy, principale terre de l'évéché , de 
couper dans la forêt d'autres bois que ceux qui leur seroient marqués 
par les officiers de l'évêque. Il y eut , en 1565, un acte de foi et hom- 
mage rendu pour la baronnie de Donzy k la tour de ce chef-lieu 
nommée la tour d'Isoar, par Filbert de Mazengarbe et Etienne Coulon, 
ao nom de Louis de Gonzagues , duc de Nevers ; et deux ans après, un 
autre hommage fut aussi rendu à Auxerre au nom du même duc de 
Nevers, pour la châtellenie de Beauche (2). On présume que Gaspard 
Damy les reçut suivant son pouvoir général ; agissant conséquem- 
ment, il assembla, en décembre 1565, le clergé de la ville pour 
traiter des affaires excitées au sujet de la religion et qui commençoient 

(I) Nova Gall. Chrût. \ (2) Tabul Corn. Nwem. 



1563 ï ICTO. 



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158 FILBEIiT BABOU, 

lôfis il 1570. ^ devenir sérieuses (i ). Et comme d'un autre côlé il avoit les intérêts du 
Chapitre a conserver, parce qu'il étoit du corps, il témoigna à ses con- 
frères, assemblés le premier jour de mars suivant (2), que quoiqu'il fût 
officiai de l'évoque , il ne vouloit faire aucun exercice de sa juri- 
diction sur les ecclésiastiques et autres sujets de la juridiction capitu- 
laire ; ce qu'il déclaroit sans cependant préjudicier à celle de l'évêque. 
Au commencement de la même année, dix jours après P^ues 
(car on ne s'étoit pas encore conformé , dans Auxerre, au nouvel édit 
de Charles IX, qui ordonnoit de commencer l'année au premier jan- 
vier), les chanoines de la cathédrale voyant que la misère du temps aug- 
mentoit de jour en jour avec les guerres civiles, concertèrent d'écrire 
au prélat (5) pour lui représenter qu'il seroit expédient de supprimer 
quelques prébendes de l'église , et en même temps pour lui remontrer 
respectueusement que sa présence devenait nécessaire , afin de 
pourvoir aux besoins de la religion. Le prélat ne se hâta pas beaucoup 
de répondre « ce qui obligea le doyen d'inviter l'évêque de Nevers et de 
ramener k Auxerre pour quelques affaires pressantes (4). On attendoit 
le roi qui d^voit passer par Auxerre deux mois après. Le palais épis- 
copal fat tenu prêt pour l'y recevoir le 18 avril. J'ai rapporté ailleurs 
les circonstances de ce passage (5), h la réserve de celle qui regarde 
les prébendes de la cathédrale, auxquelles nos rois peuvent nommer h 
la première vacance, après leur entrée dans la ville épiscopale. Jean 
Henault, aumônier du duc de Guise, obtint le brevet du roi pour la 
prébende de la cathédrale d'Auxerre. Le roi et le duc d'Aumale écri- 
virent même en sa faveur au mois de septembre 1567, et en consé- 
quence de ces lettres, le Chapitre intervint à la sommation qui fut faite 
à Gaspard Damy, vicaire-général, d'y satisCsiire (6). Le cardinal de la 
Bourdaisière n'envoya sa réponse aux instances qu'on lui faisoit de venir 
résider» que bien avant dans l'année 1566;(7). Mathieu deMacheco, son 



(1) Reg. Cap., iôdéc, 

(î) Reg. Capit. , 1 martii 1565. 

(i) Reg. Capit,, 2 mai 1565. 

(4) Reg. Capit., 15 feb. 1565. 

(5) Hi8t. de la Prise d*Aaxerre. p. 105. 

(6) Reg. Capit., 22 sepu 1567. 

(7) On lit dans le journal manoscrit de 
M. Brulart. chanoine de Notre-Dame de 



Paris , conserré h Dijon en la bibliothèque 
de M. le président Bouhier : 
c Le samedi 21.... 1565 , le cardinal de 

> la Bourdaisière receut nouvelle de la 
» mort du pape, par Tordre que le roy lui Ht 
» départir plntost que faire se pourra , et 

> d*aUer à Rome pour l'élection d'un nou- 
» veau pape. » 



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QUÀTRB-VIMGT-QUIMZIÈME «VÉQUE d'aUXERIIE. 159 

Yicaire^éoéral forain , apporta le 4 novembre , en plein Chapitre, des 1563 ^ u7o. 
lettres du roi qui serroîent d'excuse à cet évéque. Cest pourquoi on 
prit la résolution de n'en plus parler. L'année i567 ne fut point ré- 
volue, qu'on s'aperçut que les chanoines avoient eu grande raison de 
Tinviter de se rendre au pays. Peut-êlre que sa présence eût intimidé 
le parti huguenot, qui alloit toujours en augmentant. Mais enfin le ser- 
vice du roi l'emporta sur celui du diocèse , ainsi la ville devint en proie 
pendant son absence , depuis le 27 septembre 1567 jiisqu'au mois de 
mars suivant (a) . Le dégât fut si grand dans les maisons canoniales, qu'on 
fut obligé de demander à ce prélat et k ses vicaires-généraux la permis- 
sion de loger dans le palais épiscopal , en attendant qu'elles fussent 
' rétablies (1). Le sieur de Passy, principal grand-vicaire, fut aussi prié 
de rengager à contribuer aux réparations de l'église qut venoit d'être 
pillée et ruinée entièrement. Mais l'antiquité n'a transmis jusqu'à 
nous aucun monument de sa libéralité ; et Ton ne voit en toute l'église 
ses armoiries que dans un petit vitrage de la chapelle où les évêques 
s'habillent lorsqu'ils officient ; encore fut-ce Gaspard Damy, son vi- 
caire-général, qui les y fit mettre après l'avoir réparée en 1568 et 
l'avoir ornée du tableau qu'on y voit encore. 

Environ deux ans après l'on apprit sa mort, et elle fut rendue 
publique en Chapitre, le 20 février 1570. Il étoil mort subitement, 
à Rome , le 26 du mois précédent , âgé de 57 ans , dont il en avoit 
passé sept avec le titre d'évéque d'Âuxerre, que ses neveux héritiers 
oublièrent dans l'épitaphe qu'ils lui firent dresser dans l'église de 
Saint-Louis, au bout de la nef, vis-a-vis le portail. En voici la teneur : 

D. 0. M. 

PhILIBERTO NaRBIO BuRDESIO, s. R. E. GARDINALI, TRIUM GALLliE 

Regum Henrici II Francisgi II Càroli IX apud Paulcm IV et 

(1) Reg. Capit., 22 et 25 apri/ 1568. 

(a) La ville fut surprise par les protestants dans la nuit du 27 au 28 septembre 1567. 
Ils s'en emparèrent et l'occupèrent pendant six mois, durant lesquels les églises, 
les couvents et les maisons du Chapitre subirent d'affreuses dévastations. Voyez au 
tome 3 les mémoires sur l'histoire civile. ( iV. d, E.) 



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160 filbert babou , 

156j il 1570. p'^^ l^ pontifiges maximos legatiome perpetua egregib fumgto , 
Maria Godina mater, Philibertus et Fabrigius Nepotes posuere. 

VlXIT ANNOS LVII. OBIIT VII CAL. FEBRUAR1I ANNO DoMINI M. D. LXX. 

Il paroit que pendant qu'il fut évéque d'Âuxerre, il vint au moins 
une fois de Rome à Paris ; il y éioit en 1566 le 7 juin, jour auquel 
il conféra un canonicat d'Âuxerre à Jean des Roches, clerc du diocèse 
de Tours, qui avoit été son secrétaire k Rome. Elles sont datées de 
l'abbaye de Saint -Victor. On trouve encore l'évêque d'Auxerre présent 
k Paris avec d'autres prélats en Tannée 1568, savoir, k la clôture de 
redit de Saint-Maur-des-Fossés du mois de septembre, qui défend 
l'exercice de toute autre religion que la catholique (1), et k une pro- 
cession du 2 juillet 1569 contre les huguenots. Mais vraisemblablement 
il s'agit de Philippe de Lenoncourt, ancien évéque d'Âuxerre. C'étoit 
son dernier titre épiscopal; il n'en avoit point eu d'autre depuis. 
Philippe de Lenoncourt conserva ce nom d'autant plus aisément que 
le véritable titulaire de l'évêché d'Auxerre étoit appelé cardinal de la 
Bourdaisière. Ce cardinal laissa en mourant l'abbaye de Moutier-Saint- 
Jean vacante, qui fut ensuite conférée k son prédécesseur dans l'évêché 
d'Auxerre (2). On voit quelques ouvrages dédiés k M. de la Bourdaisière, 
lorsqu'il étoit évéque d'Angouléme, comme les Axiomes de droit de 
Jean Gillot, en 1558, et la Poésie peinte de Barthélemi Lanneau, natif 
de Bourges, en 1552 (5). L'historien des jésuites (4) parle de l'évêque 
d'Auxerre, k l'an 1565. Ce prélat, dit-il, n'aimoit point les jésuites; 
mais la démarche que fit la société, en 1 565, d'envoyer Antoine Possevin 
vers le roi Charles IX, qui étoit kBayonne, produisit de très-bons 
effets. Ce célèbre et savant jésuite s'y comporta de telle manière, qu'il 
concilia k tout l'Ordre, l'amitié de l'évêque d'Auxerre. Le lecteur 
appliquera ce trait auquel des deux prélats il jugera k propos , k Lenon- 
court ou k la Bourdaisière ; mais suivant ce que j'ai avancé ci-dessus, 
je croirois plutôt que c'est de Philippe de Lenoncourt, ancien évéque 
d'Auxerre, que cet historien a voulu parler , parce qu'il étoit conseiller 



(1) Reg. Parlamenti. 

(2) Il laissa aussi en moarant an bâtard 
qui réclama sa succession, sur quoi procès à 



Rome. 

(3) Roujier in Reomaûs . 

(4) Part. 3, Ub. i, n. 84. 



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UGQUBS AMTOT, QUATRE-YINGT-SBIZIÈHE ÉVÊQUE D*AUXBRRB. 161 

d'Ëtat, et que vraisemblablement il suivoit la cour. Il ne parolt pas 
que le cardinal de la Bourdaisière eût conféré beaucoup de prébendes 
d*Âuxerre à ses parents; et je trouve seulement Jean-Âlphonse Naldi, 
clerc parisien, reçu le 2 juin 1568 à la prébende de Germain Fauchot. 
Il n'y a jamais eu de vestige qu'il eût ordonné un anniversaire à Âuxerre; 
ce qui peut provenir de ce qu'il n'eut point le loisir de faire un testa- 
ment. Mais le Chapitre qui connoissoit les obligations de ce prélat, 
poursuivit ses héritiers (1)^ et obtint, en vertu d'un arrêt du parlement, 
one somme considérable de madame de la Bourdaisière. 



1563 i 1570. 



CHAPITRE V- 



JACQUES AMYOT, XCVIe ÈVÊQUE D'AUXERRE. 

La vacance du si^e épiscopal d'Âuxerre, qui commença le 20 1570 h 1503. 
février 1570, et qui dura un peu plus d'un an, ne changea presque 
rien (a). Le Chapitre continua les pouvoirs de vicaire général à 
Gaspard Damy, qui Tavoit déjà été sous trois évéques d'Âuxerre 
consécutivement , sauf les protestations que le doyen et l'archidiacre 
firent pouf la conservation de leurs droits (2), La seule innovation à 
laquelle cette vacance donna occasion, est, que le Chapitre qui avoit 
toujours nommé et conféré en corps les bénéfices pendant les vacances 
du siège, statua, le 10 février 1571 , que chaque chanoine nommeroit ou 
présenteroit à son tour par semaine, en commençant par le doyen , 



(1) Reg. Cap., 51 jamuar. 1576 et 4 junii \ t^) Reg. Capit. 1570, \Ofeh. 
1575. 



(a) Cette année le teyne ou synode annuel du clergé diocésain eut lieu dans le chœur 
de la cathédrale. La collation que donna le Chapitre se composa de 400 gâteaux et 
de Tîn rouge et blanc— Compte de la Régale. {N, d, E.) 

Il 11 



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162 JACQUES AMYOT, 

1070 k 1593. jusqu'à ce que le siège épiscopal fût rempli , et qu'à la vacance soivanie 
on reprendroit le tour où Tod eu seroit resté. Mais cette cojiclQsioD 
ne put avoir lieu cette fois-la , puisque dès le commencement du mois 
de mars, Jacques Âmyot , successeur du cardinal de la Bourdaisière , 
prit possession de Tévêché par procureur. 

Plusieurs historiens ont écrit certaines particularités de la vie de 
Jacques Âmyot sur des ouï-dire , et sans avoir devant les yeux des 
mémoires fidèles. Tels sont Yarillas, Brantôme, Saint-Réal, et même 
M. de Tfaou. Comme ils ont été déjà réfutés par un critique célèbre (1), 
on trouvera bon que je me dispense de rapporter les circonstances 
qu'ils ont marquées de sa jeunesse , sans cependant passer sous silence 
ce que j*ai appris par les écrits de ceux qui ont souvent parlé à ses 
amis les plus intimes, et auxquels il ne cachoit rien, quand roccasion 
se présentoit de dévoiler ses plus grands secrets. On ne peut mieux 
être informé des commencements de sa vie , que par le mémoire qu'il 
en dressa lui-même, et qu'il confia à Renaud Martin, Tun de ses com- 
mensaux, pour Tachever après sa mort. Là-dessus Rouiilard a rédigé 
ce qu'il en dit dans son Histoire de Melan , et en cela il aura toujours 
la préférence parmi les critiques. Ce mémoire ayant été inséré à la fin 
du livre manuscrit de la cathédrale d'Âuxerre , qu'on appelle Gesta 
Pontificum^ a été rendu public par le P» Laibbe , jésuite , au bout de 
cette collection sur les évéques d'Âuxerre. C'est ce que Bayle parolt 
avoir ignoré, lorsqu'il a remarqué que cette vie latine n'a pas été 
imprimée. Jacques Âmyot y dit de lui-même qu'il étoit né à Melun, 
le 50 octobre 1513, de parents plus avantagés du côté de la vertu que 
de celui de la fortune. Il ne déclare point la profession dont étoit sou 
père Nicolas Âmyot; mais ses commensaux le tenoient pour le fils d'un 
petit marchand de mercerie ; ce qui s'accorde avec Rouiilard qui dit 
que ce marchand vendoit des bourses et des aiguillettes. Lorsqu'il eut 
appris les premiers rudiments à Melun, il alla à Paris où il continua 
ses études de grammaire , servant de domestique à quelques écoliers 
d'un collège qu'il n'a jamais nommé; sa mère, Marguerite d'Amours on 
des Amours 9 avoit soin de lui envoyer exactement chaque semaine un 

(1) Ba^Ie dans son DicUonnaire, 



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QUATRE- YIMGT-8EIZ1ÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE. 465 

pain par les bateliers de MeluD. L'avidité d^apprendre le poursuivant 
jusque dans la nuit , il avoit recours à la lumière que pouvoient fournir 
quelques charbons embrasés, et il s'en servoit au lieu de chandelle ou 
d'huile, tant étoit grande alors son indigence ; avec ces foibles secours 
pour les premiers commencements , il ne laissa pas d'atteindre les 
classes supérieures. Il apprit la langue grecque au collège du cardinal 
le Moine, sous Jean Evagre rémois, qui tenoit une classe exprès 
pour cette langue. Il étudia la poésie sous Jacques de Tusan, professeur 
ropl, l'éloquence et la philosophie sous Pierre Danès (1), et les 
mathématiques sous Oronce Finée , tous trois professeurs royaux 
établis nouvellement par François I^^« S'étant fait passer maître ès-arts à 
dix-neuf ans (2), il alla à Bourges pour y étudier le droit civil avec un 
jeune homme qui fut depuis célèbre avocat en parlement (5). Y étant 
arrivé, Jacques Gollin, lecteur ordinaire du roi et abbé deSaint-Âmbroise, 
le fit précepteur, de ses neveux, et l'engagea à accepter une chaire de 
professeur dt^s langues latine et grecque dans l'université de Bourges, 
qu'il lui obtint par le moyen de Marguerite , sœur unique du roi de 
Navarre» duchesse de Berri. Après avoir eu soin pendant quelque 
temps des neveux de l'abbé de Saint-Ambroise , M. de Morvilliers, 
lieateoant-générsil au bailliage de cette ville, étant informé de son 
mérite, le donna h M. Bochetel, seigneur de Sacy, secrétaire du roi, 
qm étoit son beau-frère, pour veiller sur les études et sur l'éducation de 
ses eo&nts. Pendant les dix à douze années qu'il fut professeur et pré- 
cepteur à Bourges, il commença k traduire quelques ouvrages grecs en 
bagne française , et il avoua depuis à ses amis , que ce temps-lk avoit 
été le meilleur et le plus tranquille de toute sa vie. Il travailla d'abord 
à la traduction de l'histoire de Théagène et Ghariclée , et se mit ensuite 
ï traduire quelques vies des hommes illustres de Plutarque. Cette der- 
nière traduction dédiée à François P**, fit tellement connoltre la 



1570 ï U93. 



(1) Ce P. Danés lui fil apprendre quelque* 
oraiioni de Cicéron. 

(2) n y aToit déjà eo un Pierre Amyot , 
maître ès-arta , qui assista pour l'Universilé 
de Varis au concile de Constance . et qui, 
daas la délibération que fit la nation de 



France sur les annales, opina contre. Thet. 
anecdot. t. u,p. 1556. 

(3) Il est faux qu^Amyot se fil religieui 
dans Tabbaye de Saint-Ambroise, comme 
quelques-uns l'ont avancé, entre autres le 
sieur BuUart, en ses illustres historiens. 



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164 JACQUES AMTOT, 

1570 ^ 1903. pénétration d'Amyot dans la langue grecque, que le prince lui ordonna 
de continuer le reste de l'ouvrage, et lui donna pour récompense 
Tabbaye de Bellozane, qui venoit de vaquer par la mort de Yatable. 
Ce fut le derni.er bénéfice consistorial auquel ce roi nomma. Âmyot ne 
croyant pas devoir attendre une plus grande fortune en France, prit le 
parti d'aller en Italie pour perfectionner sa traduction de Plubrqoe 
par le moyen des manuscrits, et par les conférences avec les savants de 
ce pays-lk. C'étoit vers Tan 1546. H. de Morvilliers de Bourges, 
ambassadeur à Venise, le mena avec lui en Italie, où il fit toutes les 
recherches nécessaires. Un peu après le retour de cet am bassadeur, Âmyot 
fut chargé par Odes de Selve, son successeur dans l'ambassade, et par 
le cardinal de Tournon , alors résidant à Rome, de présenter au concile 
assemblé de nouveau, îi Trente, le 1®^ septembre 1551 , les lettres du roi 
Henri second avec ses protestations; il s'acquitta[d*une commission si 
difficile avec toute la satisfaction possible , ainsi qu'on peut voir par la 
lettre qu'il écrivit le 8 du même mois à H. de Morvilliers (1). Le désir 
ardent de se perfectionner dans les auteurs grecs par la connoissance 
des manuscrits, lui inspira d'aller de Venise k Rome. Jean le Doux, 
évéque de Mirepoix, l'y retint près de deui ans. Le cardinal de Tournon 
convaincu de Thabilelé d'Amyot dans toutes les affaires, et même celles 
qui regardoient la couronne, voulut l'avoir pour compagnon de voyage 
a son retour de Rome, avec Denis Lambin, qui fut depuis professeur 
royal de langue grecque a Paris. Ce cardinal arrivé à la cour, apprit 
que le roi souhaitoit un précepteur pour les ducs d'Orléans et d'Anjou. 
Il présenta Âmyot à Henri II, qui lui donna cette charge dont il jouit le 
reste de son règne et sous celui de François II (2). Pendant qu'il fut 
précepteur des princes, il acheva sa traduction des hommes illustres de 
Plutarque, et la dédia à Henri II. Ensuite il entreprit celle des œuvres 
morales du même auteur qu'il acheva sous le règne de Charles IX, à 
qui il la dédia. Ce prince, auparavant {connu sous le nom de duc 
d'Orléans, étant parvenu à la couronne l'an 1560, se souvint de son 



(1) EUe Mt dans les mémoires d* Alphonse 
Yari^as , publiés en 1700, et dans d'autres 
imprimés plus anciennement. 

(î) yù TU les Tenions qu*Amyot faisoit 



faire par Ciiarles , duc d*Orléans, de Torai- 
son de Cicéron pro Marco Marcello , écrites 
de la main de ce prince , qui régna depw< 
sous le nom de Charles IX. 



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Vt'ATRE-YlNGT-SBlZIÈHIB ÉVÊQUE d'aUXBRRB. 165 

précepteur, el dès le lendemain de son avènement, 6 décembre, il le 1570 ^ isw. 
fit son grand-aumônier, son conseiller d'État, et conservateur de l'Uni- 
Tersité de Paris (1). Il lui donna encore depuis Tabbaye de Roches au 
diocèse d'Auxerre, et celle de Saint-Corneille de Compiègne. Le jeune 
roi Tappeloit son maître, lorsqu'il vouloit lui parler familièrement (2) ; 
mais il lui fit aussi quelquefois des reproches, par exemple sur sa trop 
grande frugalité, en ce que pouvant faire bonne chère, il se contentoit 
soQ?ent de manger des langues de bœuf. Trois ou quatre ans après, 
il fbt doyen de la cathédrale d'Orléans, sans qu'on sache de quelle 
manière, sinon qu'on croit que l'évéque Jean de Horvilliers y contribua. 
L'évéché d'Auxerre étant venu à vaquer par la mort du cardinal de la 
Boordaisière, arrivée en cour de Rome, le pape Pie V pourvut à tons les 
bénéfices de ce cardinal plenojurê^ et nomma à l'évéché d'Auxerre un 
particulier dont le nom n'est point venu b notre connoissance ; ce qui 
causa une grande dispute entre le roi et le pape. Cette circonstance, 
quoique combattue par l'historiographe Renaud Martin , se trouve 
alléguée dans des écritures du Chapitre d'Auxerre de l'an i 592 (3) , où il 
est marqué que les chanoines avoient été fort sollicités par celui qui 
atoit des provisions du pape, de le recevoir, et de lui délivrer les 
revenns échus pendant la vacance, et qu'ils n'en voulurent rien faire. 
Le pape obligé de condescendre aux volontés du roi, et informé d'ail- 
leurs des qualités extraordinaires d'Amyot, le nomma à cet évéché, et 
Henri III qui désiroit ardemment Tavancement de son maître (c'est le 
nom qu'il lui donnoit toujours) , sut bon gré au Saint-Père d'avoir confirmé 
sonchoii. Amyot ayant accepté, et s'étant fait sacrer à Paris, envoya 
sa procuration ^ Laurent Petitfou , archidiacre d'Auxerre. Celui-ci la 
présenta avec les bulles le 3 mars 1571 et prit possession. Le même 
jour, François de la Barre fut reconnu vicaire général, et Jean 
Amyot, auditeur des comptes, promit par écrit sur le registre, au nom 
du nouvel évéque, son frère , une chapelle d'ornements. La disette 
où se trouvoit l'église d'Auxerre par sa spoliation totale arrivée trois 
ans auparavant , aussi bien que les difficultés qu'on venoit d'essuyer 



(1) De Thon, in vita sua. I Dupay, coté SI . 

{% Vie latine de Charles IX , ms. de I (3) Koy. PreuTe9,159î;t. ir. 



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166 JACQUES AMYOT, 

lûTO k 1593. auprès des héritiers da cardinal de la Bourdaisière , eogagèreut les 
chanoines à user de celte précaution inouïe jusqu'alors. Dans Paonée 
même, il obtint du roi la permission de quitter la cour et devenir 
à Âuxerre. Il s'arrêta à Sens , le 24 mai , jour de rÂscensioo , 
et y prêta le serment ordinaire de soumission et d^obéissance (1) , 
qu'il signa sur le grand autel en présence du cardinal de Pellevé, 
archevêque , et fit le présent accoutumé d'une cbape au trésor de la 
métropolitaine. Il avoit fait ajourner au mardi 29 . mai les quatre 
vassaux ordinaires, pour le porter depuis l'église de Saint-Germain 
jusqu'à la cathédrale. Les trois derniers ne firent aucune difficulté, 
et pourvurent à cette fonction; mais Jean Girard, avocat du roi au 
bailliage d'Âuxerre, chargé de la procuration de Charles IX , repré- 
senta qu'il ne convenoit pas que ce prince fût sujet à cette soumission, 
et soutint (quoique faussement) que cela ne s'étoit aucunement pratiqué 
depuis que les rois avoient succédé aux comtes d' Auxerre dans la pro- 
priété du comté. Le nouvel évêque, à qui ces représentations furent 
réitérées dans l'église de Saint-Germain , allégua plusieurs passages 
et histoires propres à faire connoitre que ce n'étoit pas à sa personne 
privée, ni aux évêques même en particulier, que cet honneur étoit 
rendu , mais à Dieu. Se contentant cependant de la soumission que 
firent jusqu'au bout de l'église de Saint-Germain, René de Pemaj, 
seigneur de la Bertauche, et son fils, pour le duo de Nevers en tant que 
baron de Donzy et de Saint-Yerain, et de celle de Guillaume de la 
Bussière , seigneur de la Bruère , pour le baron de Toucy , il déclara 
qu'il ne vouloit pas se servir de son droit, et qu'il feroit le reste du 
chemin à pied sans préjudicier à ses successeurs; comme , en effet, il 
le fit de l'église de Saint-Germain k la cathédrale, précédé par le clergé 
séculier et régulier, accompagné des quatre personnes qui représen- 
toient les quatre barons; et la chaise où il auroit dû être porté, fut 
soutenue élevée proche de lui, durant tout le chemin, par quatre bour- 
geois de la ville au noih des mêmes barons; ce qui revenoit assez au 
cérémonial pratiqué k Tenirée de Philippe de Lenoncourt, onze ans 
auparavant. 

(I) Exmss. Sefwn, 



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QUATRE-VINGT-SEIZIÈME ÉVÊQUE d'âUXERRE. 167 

Jacques Amjot étoit âgé de cinquante-huil ans lorsqu'il prit posses- 1570 ^ 1593, 
sioD de révêché d'Auxerre ; il avoua lui-même en arrivant qu'il n'étoit 
ni théologien, ni. prédicateur , n'ayant presque étudié que des auteurs 
profanes. Il commença à se faire une occupation journalière de la lec- 
ture de TEcriture-Sainte, des saints Pères grecs et latins. En attendant 
qu'il fût en état de prêcher devant son peuple, il chargea de cette fonc- 
tion Pierre Viel, docteur en théologie, qu'il avoit amené avec lui, et 
qui prêcha en effet en sa présence) plusieurs sermons dans la cathé- 
drale. Ce théologien eut aussi avec lui de fréquentes conférences sur 
les endroits les plus remarquables de TEcriture-Sainte , touchant les 
points dogmatiques controversés et sur les questions de Técole. 
Ix)rsque Âmyot eut commencé à lire la somme de saint Thomas, il 
s'y appliqua de telle manière qu'il la posséda presque en entier. On lui 
persuada de se hasarder de parler en public ; et quoiqu'il se défiât 
beaucoup de ses forces et que la foiblesse de sa voix ne lui inspirât 
pas beaucoup de courage, il prêcha d'abord les jours solennels , mais 
dans tiD style si clair et si châtié et en même temps si enrichi de sen- 
tences , que les savants sortoient de la prédication bien plus éclairés 
qu'ils n^y étoient arrivés, et les igiiorants n'en revenoient point sans 
être instruits de leurs devoirs et rendus meilleurs qu'auparavant. Des 
commencements si heureux l'encouragèrent à prêcher plus souvent, il 
ne laissa passer aucune des grandes fêtes sans officier et prêcher tant 
qu'il résida à Auxerre. On prétend qu'il se tenoit en chaire d'une ma- 
nière singulière. Ayant fait faire h neuf la chaire de bois que l'on voit 
encore (a) , en place de celle que les huguenots avoient brûlée , il 
vouloit qu'on en tournât l'ouverture du côté de l'auditoire et s'y tenoit 
assis dans un fauteuil. Quoiqu'il débitât ses sermons en françois, il les 
composoit cependant en latin, et l'on en a conservé longtemps les mi- 
nutes. 

Voici le régime de vie qu'il observa pour devenir théologien et pré- 
dicateur depuis son avènement à l'épiscopat : levé h cinq heures du 
matin en toutes saisons, il récitoit son office de la nuit, puis il se te- 
noit enfermé dans son cabinet jusqu'à l'heure de la grandWsse, étu- 

(a) Cette chaire n'existe plus. {N. d, E.) 



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168 UCQCBS AMTOT, 

1570^1593. ^^^°^ ^^^ l'^'*^^ ^^"^ j'^î parlé. Après la grand' messe ii relenoitle 
célébraDt el quelques diguilés ou chanoines à diner. Pendant le repas 
on ne s'entretenoitque de matières de littérature ou de choses honnêtes, 
en sorte que sa table pouvoit passer pour nne véritable école de piété 
ou de science, d'où Ton ne se retiroit point sans être devenu plus 
savant ou plus pieux. La conversation, après le repas, duroit l'espace 
d'une heure; il retournoit ensuite à sa bibliothèque et continuoit jus-- 
qu'au soir les études commencées le matin. C'est ainsi qu'il s'arran- 
geoii les jours ordinaires, excepté que FÂvent et le Carême il célébroît 
la messe en particulier avant que d'aller à la grand'messe des chanoines. 
Les dimanches et fêtes, il as^istoit aux premières et secondes vêpres 
et à matines, et disoit aussi une messe basse. Les jours de grandes 
fêtes auxquels il devoit prêcher vers l'heure du midi, il remettoit au 
soir le repas ordinaire des officiers du chœur. Lorsqu'il alloit par la 
ville , il étoit habillé en grand-aumônier, dit son historien. Dans son 
palais épiscopal il se tenoit vêtu en évêque. Â l'église, si c'étoit l'été, 
il étoit en rochet et surplis, bonnet carré et aumusse ; en hiver, il étoit 
comme les chanoines, excepté que sur l'habit long il ne portoit point 
l'aumusse ronde, c'est-à-dire le petit capuchon (1). 

On peut se ressouvenir ici de la description que j'ai faite ailleurs de 
la triste situation où se trouvoit l'élise d'Ânxerre, lorsque le cardinal 
de la Bourdaisière fut remplacé par Jacques Amyot (2). Tout ce que 



{\) Ex acHs CapiU ÀuHss. pro Capit. | {t Hist.dela Prised'Àoxerre (a^. 
BeUw. 1620, fig, Huot, 



(a) L'abbé Lebeuf passeMégèrement ici sur les guerres de religion qui dévastèrent 
l'AuicrroiSy pour ne pas répéter ce qu'il a dit dans sa PrUe â/Àuxerre, On voit par 
les documents généraux du temps jusqu'à quel point la dévastation des monastères 
et des églises avait eu lien. 

En 1572, un rôle des bénéCces du diocèse, occupés par les Rebelles et abandonnés 
par leurs possesseurs, nous apprend que les pays des bords de la Loire étaient par- 
ticulièrement maltraités. On cite dans cette liste les abbayes de Saint-Laurent, de 
Bouras (brûlées), la Cbartreuse de Basseville (ruinée) , les prieurés de La Charité, de 
Saissy, du Pré, de TEpau ; ces deux derniers brûlés; ceux de Revillon , d'Entrains, 
de Ratilly, de Plain-Marchais, ruinés. (Arch. de TYonne, documents historiques). 

(iV. d. E.) 



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QUATRE-VIMGT-SEIZlàllE ÉYÉQUE d'aUXERRE. i69 

les chanoines avoient pu faire darant les anuées 4568, 1569 el 1570, 1570 ^ 1699. 
se réduisoit au plus nécessaire. L'église ayant besoin d'être bénie de 
DOUTeao à cause des profanations horribles que les huguenots y avoient 
commises, le nouveau prélat commença par Ik aussitôt après son 
arrivée, et il en fit la bénédiction le vendredi 22 juin 1571. Le 27 du 
même mois il rebénit celle des Cordeliers, dans laquelle avoit été le 
prêche des calvinistes. De là il se transporta k Varzy, ville principale 
de son temporel ; il y étoit le 5 juillet , suivant les lettres d'institution 
d'official qu'il y fit expédier. En venant se faire recevoir à Auxerre , il 
avoit apporté pour la cathédrale des ornements de drap d'or, où le 
Chapitre ne trouva à redire que dans le nombre des chapes , parce 
qu'il n'y en avoit point pour ceux qui chantent les répons, et que les 
nappes d'autel y manquoient ; ce que les chanoines disoient avoir cou- 
lame d'être donné (1). Le prélat y suppléa depuis par le moyen d'un 
autre ornement de soie de couleur blanche qu'il fit donner par le sieur 
du Halde, dont il n'avoit point voulu prendre les profits du quint de- 
nier pour l'acquisition de la terre de Beauche (2). Après avoir un peu 
garni la sacristie, il n'épargna rien pour rendre au chœur son ancien 
hstre; il fit refaire à neuf, en 1573, les chaires des chanoines, tant 
basses que hautes (5). Le trône épiscopal qu'on voit aujourd'hui k 
gauche, est aussi de son temps ; il l'avoit fait mettre k droite et dans 
la place même où étoit l'ancienne chaire de pierre que les huguenots 
n'avoient point gâtée, k cause de la simplicité dont elle étoit. Il donna 
les sept colonnes de cuivre qui accompagnent le grand autel; celle du 
milieu finit en crosse et soutient la suspense du Saint-Sacrement (a). 
La table de marbre dont il fit refaire l'autel, est une ancienne tombe 
qui provenoit de la sépulture de quelque personne considérable ; on 



(1) Mémoire de i 592 contre lui. | (ô) Ex inscripHone ad introït, Chori. 

{% Ibid. 



(a) L'inscription qai rappelait ces restaurations était ainsi conçue : « Jacobus 
» Amyotns Antissiodori episcopus , cum à perduellibus baereticis fœde laceratum , 
» direptum , ornamentisque omnibus spoliatum reperisset hoc templum , exedram 
> istdm divinis laudibus concinnendis accomodatam ad Dei Opt. Max. gloriam , 
» domusque rjus decorem de intègre instaurandam curavit. 1573. » (N, d. E.) 



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no JACQUES AMYOT, 

1570 k 1598. ^ prétendu que c'éloit elle qui couvroit le tombeau du saiot évêque 
Bernard de Sully, inhumé au milieu du chœur. Il fit la consécration 
de ce nouvel autel, le 15 juillet 1576» quelque temps après avoir reça 
de Rome un os du bras de saint Saturnin, célèbre martyr de la même 
ville, que le cardinal de Pellevé , archevêque de Sens , avoit tiré de son 
titre de saint Jean et saint Paul, relique très-avérée (1). La donation 
du cardinal est datée de Rome, le 2 janvier 1576. Ce fut aussi aux 
dépens du nouvel évêque que le sanctuaire fut fermé de murs ; les gril- 
lages de fer qui le fermoient auparavant avoient été rompus ou empor- 
tés. En même temps que les ouvrages dont je viens de parler se firent 
en bois, en cuivre, en pierre, l'évéque Amyot songea à la construction 
d'un nouveau jeu d'orgues qu'il avoit dessein de placer au coin dn 
cbœur. Il fit venir, pour la confection des tuyaux , le frère Hilaire, 
religieux de Nolre-Dame-en-risle , à Troyes, de l'Ordre du Val-des- 
Ëcoliers, qui passoit pour très-expérimenté. Le bas des vitrages du 
tour du chœur, qui avoit été cassé par les calvinistes , fut refait à ses 
dépens en meilleure partie, Tan 1575. On y voit ses armoiries dans le 
fond , aussi bien que celles du Chapitre et du doyen François de la 
Barre. Il en eut fait autant à celles de la nef, si le maître de fabrique 
de l'église se fût un peu prêté à cette bonne œuvre. Comme on ne 
voyoit pas bien clair sur le grand autel, à cause de l'épaisseur des 
vitrages des bas^côlés , il fit ôter une verrière entière du côté droit, 
placée sur la porte qui conduit au Chapitre, et y fit substituer du verre 
blanc avec une simple image de saint Jacques , son patron. Voulant 
qu'on se ressentit aussi de ses libéralités en argenterie, il donna, en 
1583, deux chandeliers d'argent et un bénitier de même matière (2). 
Sa vie latine ajoute qu'il y joignit deux encensoirs avec leurs navettes 
pareillement d'argent. Les bréviaires et autres livres rédigés â l'usage 
du diocèse d'Âuxerre, n'avoient jusqu'alors été imprimés qu'en lettres 
gothiques. Il conçut, en 1578, le dessein de faire réimprimer, en lettres 
romaines, les bréviaires, missel, manuel et psautiers, et l'on nomma 
quatre chanoines pour revoir ce qu'il y auroit à corriger (5). Mais de 



(t) Voy. Preuves, 1576. 1 (3) Reg. Capii,, Jjultù 157 

(«) Reg. Capit., 19 febr. 1583. ! 



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QUATRE- VINGT-SElZli^B ÉVÉQUB d'aUXERRE. i71 

lous ces projets, celui du bréviaire fut seul exécuté. L'impression s'en 
fit a Sens en 1580; l'ouvrage ne fut point revu d'une manière qui 
répondit kla réputation d'un si grand prélat ; la distribution des lectures 
paroit un peu mieux ordonnée que dans les éditions précédentes; mais 
la poésie est aussi pitoyable qu'auparavant. La déférence que l'on eut 
pour l'étymologie qu'il attribuoit au nom latin d'Àuxerre, fit qu'on 
laissa imprimer partout Ànlissiodorum au lieu d^AtUissiodarum , per- 
sonne n'osant alors contredire. Il avoit déjà destiné une préface latine 
pour le missel, au cas qu'il eût été réimprimé (1), mais l'ouvrage ne 
fut point mis en état de paroltre. Les conférences que l'on eut avec ce 
prélat à l'occasion du bréviaire, procurèrent au Chapitre une décharge 
d*office. Jusqu'alors on n'avoit célébré de vigiles des morts qu'à neuf 
leçons et neuf répons, mais aussi les chantoit-on très-mal, surtout 
depuis quelques années. Le prélat consentit qu'on réduisit chacune de 
ces vigiles à un seul nocturne (2), à condition qu'on en chanteroit les 
antiennes et les répons sans précipitation ni confusion , selon le chant 
grégorien et non pas syllabiquement comme on s'étoit avisé de faire en 
quelques églises. Le Chapitre avoit aussi ôté longtemps auparavant, par 
déférence pour l'évêque, certains usages qui pouvoient lui déplaire. 
Chaque chanoine , à son tour, devoit faire l'office de chantre au chœur 
le jour de Noël et de Saint-Etienne, revêtu d'une dalmatique, la mitre 
en tête et la crosse en main. On statua, le 22 décembre 1572, que 
dans la suite celui qui feroit cet office de chantre n'auroit ni mitre, ni 
dalmatique, et qu'il porteroit un bâton cantoral (5). Il étoit res^é jus- 
qu'à son temps un vestige de la vie commune parmi les chanoines 
d'Auxerre. Tous les jours de jeâne du carême ils entendoient une 
lecture de piété, en Chapitre, avant complies, et pendant celte lecture 
on buvoit quelques coups de vin tiré de la cave commune du Cha- 
pitre (4). Cela pouvoit s'appeler véritablement collation. Au sortir de 
là on rentroit à l'église en récitant le Miserere et autres suffrages pour 



1570 k 1599. 



(1) Cette préface ou lettre pastorale qoe 
je poœédois écrite de sa main , a été perdue 
aTec beaucoQp d'autres papiers mêlés parmi 
ceux qae j'avois prêtés au P. le ^rnn de 
J'Oratoire, mort à Paris en 1729. 

(S) Reg. Capit., 2S maii 1S80. 



(5) On croit que la vieille crosse de cuifre^ 
dont le haut est conservé dans le Trésor, « 
servi A cet usage. 

(4) Voy, les fragments de rites tirés d'un 
ms. du xiii« siècle, aux Preuves, t. iV. 



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472 JACQUES AMYOT, 

1570 i 1598. J^* morts (i), après quoi on chahloit complies. Sur ce que le petit 
rafraichissement pris eu cette occasion , ne fut pas regardé par certains 
chanoines, comme suffisant pour finir la journée, et que quelques-uns 
y suppléoient de nouveau, on abrogea la coutume d'aller boire un 
coup eu Chapitre , et en même temps celle d'y aller entendre une lec- 
ture d'homélie ou d'autres matières pieuses. Cet usage fut supprimé le 
28 novembre 1586, et l'on croit que les commensaux et les amis de 
l'évéqne influèrent le plus dans ce changement. Il y avoit dès-lors des 
gens qui combattoient mal à propos des choses dont ils ne savoient pas 
Torigine ; et il failoit contenter ceux qui trouvoient les complies trop 
bien placées au coucher du soleil. Certains auteurs mal instruits (2) ont 
parlé du procès des chanoines d*Auxerre, touchant les bords du camail^ 
comme s'il avoit été commencé sous ce prélat et qu*il y eût pris quelque 
part. Il est vrai que le nom d'Amyot fut célèbre dans ce triste procès ; 
mais ces auteurs auroient dû savoir qu'il n'est pas question de l'évéque, 
mort cinquante ans auparavant; Edme Amyot, doyen de la cathédrale, 
fut auteur de ces troubles vers l'an i642. 

Quoique l'évéque Amyot prêchât , il ne laissa pas d' attirer dans son 
diocèse de savants personnages qui pussent remplir dignement la chaire 
de la cathédrale. Après la mort de Jacques de la Halle, célèbre docteur, 
chanoine théologal et pénitencier, arrivée en 1575, voyant la foible 
santé de son successeur, il retint à Auxerre un de ses compatriotes 
appelé Denis Perronnet. C'étoit un docteur qui avoit fait profession 
chez les Carmes, mais qui étoit sorti de cet Ordre avec permission du 
pape Pie V. Il fut, en effet, reçu a la prébende théologale et à la péni- 
tencerie, le 6 septembre i577, en produisant un certificat d'Arnaud» 
évéque de Bazas, touchant la canonicité de sa sortie. A peine avolt-il 
commencé son stage rigoureux , qu'on lui permit d'accompagner 



(1) Comme personne n*a pa troiiTer Tori- 
gine de ce Miserere, je croirois que c'est un 
reste des anciennes prières qui se faisoient 
uniquement dans le carême A Auxerre, pour 
le chanoine dernier mort dans le cours de 
fannéé précédente. La vie de Tévéque 
Ilobert m'a fourni celte pensée. Comme 
nous sommes dans un temps où Ton fait 



main-basse sur tout ce qui ne parott pas de 
l'office canonial, on peut craindre de voir 
snpprimer cela au premier jour, afin que 
complies qui s'en trouTent un peu retardées 
par là soient encore dites plus tôt. 

(2j Le Diction, univ. de la France. 
Fouillé de Beaunier. Pi^aniol de la Force. 



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QUATBE-VIMGT-SEIZIÈME ÉVÊQUE D*AUXERRE. 175 

Tévêque dans la visite du diocèse, afin d j annoncer la parole de Dieu, ^^j^ ^ ^^ 
On peut se convaincre par le grand nombre de serinons imprimés de ce 
théologien, avec quelle assiduité il s'acquitta du devoir de la prédication. 
Ce pénitencier obtint du prélat, l'année suivante, une confirmation de 
la réunion, que Pierre de Belle-Perche avoit faite de la chapelle de 
Saint-Germain k la pénitencerie. La ville de Gien, où il restoil quelques 
hérétiques , fut une de celles où l'évéque fut plus attentif à n'envoyer 
que de savants prédicateurs. Il conféra , outre cela , la chantrerie de la 
(Collégiale de celte ville, à un ecclésiastique pieux, docte et prudent, 
capable de faire beaucoup de bien. De statuts synodaux qu'ait faits 
Âmyot, nous connoissons uniquement ceux qu*il publia au synode du 
i^^ mai i582, lesquels regardent toute la matière du mariage; et 
comme malgré les soins qu*il se donnoit, les mariages en degrés pro- 
hibés ou clandestins se mnltiplioient, Laurent Petitfou, son officiai, 
accorda monitoire en i585, pour avoir des révélations sur les personnes 
qui étoient ainsi mariées. Touchant la même matière, il reçut et exé- 
cuta, en 1584, un bref de Grégoire XIII, qui donnoit absolution et 
validoit le mariage de nobles personnes François de la Rivière et 
d'Anne de Yeilhan, lesquels, sans être informés des décrets du concile 
qui n'étoient pas encore publiés en France, s*étoient mariés en degré 
prohibé. Huit ans auparavant , le même pape avoit adressé à ce prélat 
le jubilé qu'il l'avoit supplié d'accorder a ses diocésains , à Toccasion 
de Tannée sainte arrivée en 1575; ce qui paroit prouver que ces 
jubilés n'étoient point envoyés qu'ils n'eussent été demandés par les 
évéques , chacun pour leur diocèse. Âmyot fut d'une grande exactitude 
sur le port des cheveux courts. Il est marqué dans des mémoires de 
son temps , qu'ayant aperçu des curés au synode , avec des cheveux 
longs , il les fit approcher et leur rendit la chevelure aussi courte que 
l'étoit la sienne, laquelle, comme il paroit par son mausolée, étoit 
très-régulière (a). Sur la requête que les habitants deClamecylui présent 
tèrent, en 1582, touchant l'office divin du Chapitre et de la paroisse, 



(a) On vit quelquefois an xvi« siècle des actes singuliers à propos du port des 
cheveux et de la barbe. En 1548, le Chapitre de Sens refusa au serment de fidélité 
Févèque snffragant de Nevers, parce qu'il avait une longue barbe. {N. d. E.) 



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174 JACQUES AMTOT, 

1570 Si 1588. ^' ^^ ^'^ règlemeol, en 1586, pour la décence da culte de Dieu en 
Féglise de Saint-Martin. Celui qu'il entreprit de donner, en 1575, aux 
chanoines réguliers de Tabbaye de Saint-Père , n'avoit pas eu un succès 
si prompt. Son promoteur l'informa dans la visite qu'il y fit le second 
jour d'août, que ces religieux ne conservoient presque plus de marques 
de la cléricature : on ne les voyoit le plus souvent que dans l'habit le plus 
éloigné de leur état, celui qu'ils portoient à l'église leur devenoit odieux, 
et ils se disposoient k s'habiller comme les chanoines de la cathédrale, 
se disant chanoines comme eux. Le prélat leur enjoignit le port du 
rochet, outre la grande tonsure , etc. Ils en appelèrent ii Sens et de là 
à Lyon, et partout ils furent condamnés à se soumettre aux règlements 
salutaires de leur évéque. Ou ne voit point d'éclat semblable dans au- 
cune autre des églises de la ville qu'il visita dès le commencement de 
son épiscopat. Le second dimanche d'après Pâques, 1572 ou 1575, il 
fit la réconciliation, pour ne pas dire une véritable dédicace de l'église 
de Saint-Regnobert. Etienne Panserot , religieux de Saint-Marien, curé 
de Notre-Dame-la-d'Hors , l'ayant averti que les catholiques avoient 
ramassé plusieurs ossements du corps de saint Vigile au moment que la 
châsse de ce saint fut profanée par les calvinistes , Laurent Petitfon, 
grand archidiacre et officiai, fut commis pour s'informer juridiquement 
sur ces reliques ; ce qui étant fait, AmyojL se transporta dans l'église 
paroissiale, le 10 juillet 1588, et les enferma dans une nouvelle châsse, 
déclarant que c'éloit véritablement des reliques du saint évéque 
d'Âuxerre, fondateur de cette église (1). La peste qui régna dans le 
pays durant quelques années de son épiscopat , l'engagea à accorder 
permission d*ériger, dans toutes les paroisses de la ville, une confrérie 
sous l'invocation de Saint-Roch, par ses lettres datées de Paris, le 
22 juin 1585. Les maladies contagieuses ayant recommencé dans un 
autre temps , il entra encore davantage dans la dévotion des citoyens, 
et bénit la nouvelle chapelle qu'ils avoient fait bâtir sous l'invocation 
de ce même saint, proche le bâtiment destiné aux pestiférés. Ayant 
appris le besoin où la ville éloit d'avoir une maison assurée pour les 
grandes écoles , il acquit un certain canton de la grande rue Saint- 

(1) Voy. les Preuves, t. iv, n9 449. 



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QUATRE--V1KGT-SBIZ1ÈIIE ÉVÊQUB D*AUXBRRE. 175 

Germain et y fit construire un corps de logis considérable. Il avoit eu 
dessein d'y mettre les PP. Jésuites ; mais ils n'y furent pas introduits 
de son vivant par la faute du P. Pigenat , qui alla trop lentement dans 
la conduite de cette affaire et ne prit pas soin de la conclure avant le 
temps des (roubles qui suivirent la tenue des états de Blois. 

L'application que donna l'évéque Âmyot aux besoins spirituels et 
temporels de son diocèse (a), et surtout de sa ville épiscopale, ne l'em- 
pêcha pas de vaquer soigneusement à son temporel. Le château de 
Régennes avoit été très-endommagé pendant les guerres civiles de la 
religion ; cependant les évéques l'habitoient volontiers à cause de sa 
situation. II fit relever les ruines causées par le feu. et le rendit logeable. 
Ed 1572, il se fit donner un dénombrement de la terre et seigneurie 
de Beaucbe, par le duc et la duchesse de Nivernois. Deux ans après, il 
reçut une pareille déclaration de Françoise des Colons , veuve du sei- 
gneur d'Ougny et de Seponse, en Nivernois, pour les fiefs qu'ils 
tenoient de lui. En 1585 il reçut Olivier Foudriat, lieutenant particu- 
lier du bailliage d'Auxerre, à foi et hommage pour les fiefs des Soyarts 
et de Gbamp-le-Roi , assis en la paroisse de Lalande , qu'il venoit 
d'acquérir de noble Jacques de Lenfernat, seigneur de Prunier, fils de 
Georges de Lenfernat, et le quitta des droits de quint et requint et profits 
féodaux. L'année suivante , le 22 juillet , René de Prye, chevalier des 
Ordres du roi, seigneur de Prye, Montpopon, Testmilon et baron de 
Toucy, lui donna aveu et dénombrement de cette baronnie, en commen- 
çant par le château même de Toucy. L'énumération n'avoit pas été trou- 
vée exacte, elle fut réitérée, le 51 janvier 1587, et on procéda, le premier 
mai suivant, k une vérification et renouvellement des limites de la seigneu- 
rie, contigttës â la portion seigneuriale de l'évéque seigneur suzerain. 

Le prélat fit de temps k autre des voyages à la cour oh sa dignité de 
grand-aumônier l'appeloit. Ce fut principalement sous Henri III , qui 
commença k régner au mois de juin 1574. Dans le temps que ce 



(a) L'éTéque n'oublia pas notamment le grand hôpital de la Madeleine d'Auxerre, 
et fit, pour cette maison, un règlement (rès-remarqoable et empreint d'une grande 
charité. — Yoy. cette pièce aux Preuves , t. ir, n. 446, et le fac-similé de récriture 
de Vévéque, tiré de cette même pièce. (iV, d. E,) 



1570 ï 1598* 



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mO à 1583. 



176 JACQUES AMYOT, 

prince relournoit de Pologne en France et qu'il passoit par la Savoie, 
la duchesse, qui étoit sa tante» fil auprès de lui de si grandes instances 
pour qu'il conservât notre évéque dans sa charge âe grand-aumônier, 
qu'il lui promit de n'en pas nommer d'autre. Le roi dont il avoit été 
autrefois précepteur vouldt lui en porter lui-rmème la nouvelle à son 
arrivée , lui recommanda d'être aussi fidèle a son service qu*il Tayoît 
été a celui de Charles IX. Quelques années après établissant l'Ordre des 
chevaliers du Saint-Esprit, il en fil Âmyot commandeur-né par sa 
qualité de premier aumônier, et voulut que ses successeurs jouissent du 
même honneur, sans être tenus de faire preuve de noblesse. Le roi prêta 
le serment de l'Ordre entre les mains de ce prélat, qui lui mit au col le 
grand collier le 51 décembre 1578, dans l'église des Augustins de Paris. 
Selon duSaussay (1), quelques courtisans murmurèrent sur l'élévation 
d'un homme de si basse naissance à un si haut point d'honneur ; mais 
Henri III leur ferma la bouche par deux paroles. G'étoit ce même évéque 
qui avoit dressé les statuts de cet Ordre (2), et qui prescrivit aux che- 
valiers certaines prières en forme d'ofiice divin. Il étoit si bien venu 
auprès de Henri III, qu'on enlendoit souvent ce prince k l'exemple 
de Charles IX l'appeler son maître. En effet Amyot se plut à lui 
remettre alors de temps en temps quelques principes de latinité ; ce qui 
donna occasion de composer ce distique : Grammalicam discit média 
rex noster in aula; his rex qui fuerat^ fit modo grammaticus (5). Mais 
une autre chose plus importante qu'il suggéra au roi, en 1575, fut de 
destiner de grosses sommes pour former une bibliothèque (4). Ainsi fut 
commencée cette collection de manuscrits tant grecs que latins, qui 
montent aujourd'hui à tant de milliers, et qui sont d'une si grande 
utilité pour toute sorte de sciences. Amyot s'en servit le premier pour 
perfectionner ses traductions, auxquelles il travailla à Paris et dans son 
diocèse, jusqu^à ce que la tranquillité de son esprit fût troublée par les 
émotions populaires (5). On lit qu'un jour il fit au roi un présent assez 
bizarre. C'étoil celui d'un chou qu'on lui avoit envoyé de sa terre 



(1) De scrip, eccL, n. 52. 

(2) Ibid. 

(3) Recherches de Pasquier. 



(4) Ex script, eocevis, 

(5) Ex eoœvis scriptor. 



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QCATRE-VINGT-SEIZIÈME iVÊQUB d'aUXERRE. i77 

d'AppoigDy proche Aaxerre, aulrenient dite Régennes; ce cboa étoit ^^,7^^ 1593. 
d'one telle grosseur, quM falloit deux hommes pour le porter. Le roi 
qai safoit THistoire-Saiote, porta à Tinstaot le même jugement do pays 
d'oà il veooit, que les Israélites avoient porté de la terre promise d'où 
deux hommes leur avoient apporté en pompe une grappe de raisin. La 
demeure d*Âmyot dans Paris, étoit dans '^enclos de Thôpilal des 
Quinze- Vingts, où il avoit un logis que les administrateurs lui avoient 
cédé , en considération de sa dignité de grand-aumônier. Etant dans 
cette ville en différentes années, il assista à quelques sacres d'éféques : 
ï celui de Jacques Fourré, évéque de Ghftlon-sur-Saône, le 18 avril 
1575, chez les Jacobins de la rue Saint-Jacques (1). En 1578, il sacra 
dans l'église de Sainte-Geneviève , Arnaud de Sorbin , évéque de 
Nevers , avec Pierre de Gondi , évéque de Paris, et Nicolas Fumée , 
éféque de Beauvais. Il fut présent à Saint-Denys, au mois de juin 1584, 
aux obsèques de François^ duc d'Anjou , frère du roi Henri III (2). Ce 
fut pendant qu'il étoit à Paris, Tan 1588, que se voyanî arrivé à FAgc 
de 75 ans, il rédigea son testament le 15 mai; ce qu'il fit certifier le 
lendemain par un acte de deux notaires au Gh&telet. Ce grand homme 
parut avoir prévu ce qui pourroit arriver, si certaine faction prenoit le 
dessus dans le royaume. Il étoit à Blois lorsque les Guise y furent 
assassinés. La nouvelle de ce meurtre étant parvenue à Auxerre, Claude 
Trahy, gardien des Cordeliers (a) publia partout et même jusque 
dans la chaire , que l'évèque étant du conseil du roi , Tavoit conseillé 
et so; qu'il étoit impossible que cela ne fût ainsi, puisqu'il gouver- 
ooit le roi, et que de plus il en avoit donné à ce prince l'absolution 
sacramentelle; que pour ces causes il étoit indigne d'entrer dans 
l'Oise, et que s'il y entroit, il feroit sonner la cloche du sermon 



(f ) Nova Coll. thr. m ep. Cahilon. 1 44S. 

(9) PreoTet des hist. de Paris, t. m, p. | (3) Foy. les Preuves, l.iy, an I5SS. 



(a) Ce moine fameux s'appelait Paul et non pas Claude, quoiqu^ll fût ordinairement 
désigné par ce dernier prénom. L'éTéqueAmyot en faisait grand cas avant les troubles 
de la Ligne, n Pavait chargé de Timportante mbsion d'absoudre les hérétiques 
de Gien, de tous les cas même réservés. — Voy. Pr., t. iv, n 444. {If. d, E.) 
il i2 



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178 JACQUES AinOT, 

1570 MS93. P^^r assembler les habitants, à qaelqae heare qae ce fût, et les 
exciter à courir sur lui; le Gordelier ajoutoit hardiment , que quiconque 
entenciroit la messe d'Amyot seroit excommunié. De tels discours 
ne manquèrent pas de faire dans Tesprit de la populace l'effet 
qu*en attendoit ce Gordelier » qui étoit jaloux dn la destination qu'Âmyot 
avoit faite de son collège pour les Jésuites. Il présenta ses odieuses 
imputations par écrit, en plein Chapitre, et au bureau de la ville, essayant 
d'y prouver que la feuille imprimée et reçue à Auxerre comme ailleurs, 
où il étoit porté que ce meurtre avoit été fait justement, ne pouvoit 
être venue que de Tévêque , qui haïssoit souverainement les Guises. 
Gependant Amyot avoit ignoré absolument que ce meurtre dût être 
commis , et le roi n'en avoit fait confidence qu'k ceux qui dévoient 
l'exécuter. L'évéque d' Auxerre déclara aussitôt à Blois, que le cas 
étoit si énorme, qu'il n'y avoit que le pape seul qui en pouvoit absoudre. 
Il le dit expressément à Jean Droguin, chapelain ordinaire, qui avoit 
coutume de confesser le roi , en sorte que ce prince ne fut pas 
confessé le jour de Noël. Le fait fut attesté par M. de Saint-Germain, 
abbé de Ghaalis , alors théologien du roi , avec lequel Amyot en 
avoit conféré; et Sébastien le Royer, doyen d' Auxerre, en convint 
à son retour de Blois. Aussi le roi ne s'adressa pas k Amyot pour 
l'absolution. Il la reçut le dernier jour de l'an de Jacques Goulooib, 
chanoine théologal de Saint-Sauveur de Blois, ancien docteur delà Fa- 
culté de Paris, en vertu d'un bref du pape qui donnoit pouvoir à 
Henri de choisir tel confesseur qu'il lui plairoit, avec toute faculté à ce 
confesseur, ainsi choisi, de l'absoudre de tous cas réservés au saint- 
siége, même ceux de la bulle in Cmna Domini (i). G'est pourquoi le 
roi ayant cru pouvoir communier le premier jour de l'an de la main de 
l'évéque de Langres, Amyot l'assista en cette cérémonie, le servit en 
toute la messe, et dit l'office et les heures avec lui en qualité'de grand- 
aumônier, outre qu'en qualité de commandeur de l'Ordre du Saint- 
Esprit, il étoit aussi tenu d'assister personnellement à toutes les heures 
du service ce jour-lk, qui étoit celui de la cérémonie des chevaliers; 



(1) Ex acti ahsoL card. Caietani. 



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QUATRE-TINGT-SBlZliMB ÉVÉQUE d'aUXERRB. 179 

4 

et enfin il dîna avec lui le même jour et dit les grâces après le repas (1). 
Le mois de janvier 1589 ne fut pas écoulé que Tévéque d'Auxerre 
apprit ce qu*on disoit de lui dans sa ville épiscopale. Il fut informé 
qu'on avoit juré de ne plus reconnoUre le roi et qu'on faisoit des 
prières extraordinaires pour la prospérité de ses ennemis ; c'est pour- 
quoi il prit des sûretés afin d'avoir des preuves de ces choses , et il ne 
se pressa pas de se rendre k Auxerre « espérant qu'après le premier feu 
les esprits s'adouciroient. Il écrivit au doyen que s'il ne revenoit pas au 
pays c'étoit de crainte d'être suspect au roi, qui pensoit que la nouvelle 
démarche des habitants étoit un acte de félonie et un crime de lèse- 
majesté ; que lui, évêque, croyoit, conformément à la doctrine de 
saint Paul, qu'on ne devoit pas laisser de reconnoUre Henri pour roi ; 
que ceux qui assuroient en chaire le contraire, étoient de ces prophètes 
inspirés par l'esprit de mensonge. L'évéque eut d'autant plus de sujet 
d'être attristé du procédé des Auxerrois, qu'il avoit promis au roi que 
cette ville ne remueroit pas, en considération de ce que douze ou seize 
aas auparavant il avoit empêché qu^on n'y envoyât gouverneur et gar- 
Dison pour commander, et que, parla, il avoit obvié aux instantes pour- 
soites de quelques gentilshommes du voisinage qui auroient beaucoup 
&tigué la ville par leur résidence. Pendant ce retard, le cardinal de 
Vendôme fit tenir chez lui une assemblée de prélats et d'ecclésias- 
tiques, pour savoir ce qu'il conviendroit faire au sujet de la détermina- 
lion des théologiens de Paris, a l'occasion de l'assassinat des Guise. 
Amyots'y trouva comme les autres, et il nous apprend qu'on n'y con- 
clut rien, sinon qu'il falloit envoyer vers le pape pour empêcher 
qu'il ne fût prévenu de quelque mauvaise impression; il ajoute 
que si cette assemblée fut nombreuse en gens d'église du second 
ordre, c'étoit parce que le roi avoit défendu qu'on sortit de 
Blois sans son congé. La permission étant accordée, l'évéque de 
Langres prit le chemin de son diocèse quelques jours avant le carême. 
Gomme on sut à Auxerre qu'il venoit de Blois et qu'il étoit du conseil 
d'Etat, il y eut des ligueurs de cette ville qui, le voyant passer, cou- 
rurent sur lui, et l'auroient arrêté s'il ne se fût sauvé promptement à 

(1) Ex absoluHone ^ut m reg. cajntuli ÀuHss. 



1570 ^ 1503. 



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180 JACQUES AMYOT, 

1570ÏJ593. Chablis, qui est de son diocèse. Le temps da carême étant venn^ 
fournit au prédicateur cordelier une vaste carrière pour déclamer contre 
Tévêque. Ce prélat avoit envoyé Tun de ses gens pour savoir s'il éloil 
vrai que la furie du peuple fût telle qu'on la lui avoit rapportée. Le 
bruit ne fut pas plus tôt répandu qu'un domestique de l'évéque étoit logé 
au faubourg de Saint-Amatre, que plusieurs petits marchands y accoa- 
rurent k dessein de faire insulte à l'évéque qu'ils croyoient y trouver. 
D'autres domestiques du prélat étant depuis entrés dans la ville, on les 
siffla et on les courut par toutes les rues. Il y eut même des gens du 
quartier des bateliers qui concertèrent de faire sortir le concierge du 
palais épiscopal afin de le piller h leur aise. Amyot crut cependant ne 
pas devoir laisser passer les fêtes de Pâques sans se rendre à son trou- 
peau. Il se mit en route un peu avant le carême et se rendit en son 
château de Varzy. Rouillard dit qu'il fut volé à moitié chemin, mais il 
Démarque pas la somme qu'on lui prit, comme l'ont fait depuis quel- 
ques écrivains sans en apporter la preuve. Le pénitencier de la cathé- 
drale, qui étoit son compatriote et qu'il avoit placé k Auxerre , Tétant 
venu visiter au château de Yarzy, connut, dès le premier abord, que le 
prélat avoit été informé des discours qu'il avoit tenus sur le même ton 
que le gardien des Cordeliers; Amyot ne balança 'pas de lui dire que 
a le roi les feroit pendre tous les deux pour les prédications diaboliques 
qu'ils avoient faites. » G'éioit, en effet, ces deux hommes-là, qui^ 
tout d'un coup , avoient rendu la ville d' Auxerre ligueuse. Le prélat 
arrivante Auxerre, le 29 mars, jour du mercredi-saint, manqua d'être 
tué en deux endroits ; d'abord k l'entrée de la ville par le sieur Ferroul 
d'Egriselle , chef de la jeunesse qui donnoit dans le parti de la Ligue ; 
ensuite devant l'église cathédrale, par Claude le Prince, chanoine. Il 
assure lui-même, dans son apologie (1), que c la pistole lui fut pré- 
sentée k l'estomac par plusieurs fois, et qu'il y eut plusieurs conps 
> d'arquebuse tirés, de sorte qu'il fut obligé, pour se sauver la vie, 
» d'entrer promptement dans la maison d'un chanoine, et de passer de 
» celle-là en une autre pour faire perdre sa trace à ceux qui le poursai- 
» voient. » Sa crainte étoit d'autant mieux fondée qu'il aperçut , sur 

(1} Voy. les Preuves t. iv, où cette apologie se trouve. 



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QUATRE- VINGT- SBIZIÈMB ÉVÊQUB d'aCIXBRRE. 181 

la place de Saint-Etienne, on émissaire du gardien des Gordeliers, qui, 1570 1 ^93. 
tenant une hallebarde , crioit ï pleine gorge : « Courage, soudars, 
B messire Jacques Amyot est un méchant homme, pire que Henri de 
» Valois. Il a menacé de faire pendre notre maître Trahy, mais il lui 
» cuira. » 

Le prélat reconnut bientôt que le prêtre et le peuple étoient également 
envenimés contre lui. Fatigué de son voyage et effrayé de la réception 
qu'il venoit d'essuyer, il n'oiSciâ point le jeudi-saint et ne vint pas 
même à Téglise. Il avoit dessein de célébrer les fêtes de Pâques avec 
son clergé, mais le maître Trahy sut bien Ten empêcher. Le jeudi- 
saint ce cordelier mit entre les mains de Guillaume Girard , conseiller 
au présidial et échevin, un mémDire qui tendoit à prouver que Tévêque 
étoit excommunié et par conséquent suspens à dwinis. Le maire et les 
éehevins, ayant eu communication du mémoire, firent prier le doyen de 
la cathédrale de se trouver au conseil de la ville pour en conférer. Ce 
doyen assembla le Chapitre le vendredi-saint , déclara qu*il lui parois- 
soit que Tévéque ne pouvoit assister a l'office divin sans scandale • et 
que ceux qui lui serviroient d'officiers pourroient encourir la mémo 
sentence d'excommunication à canone latw sententiœ ; si quis suadente 
diabolo. Le résultat fut qu'on feroit entendre au prélat que, non-seule- 
ment pour les cas que lui attribuoit le maître Trahy, mais encore pour 
éviter le scandale de la part du peuple qui le croyoit excommunié, il lui 
plût de ne pas assister à l'office. Le doyen , le grand-archidiacre, le 
chanire, et Jean Paydet, chanoine , s' étant chargés de la proposition, 
et lui ayant objecté ce dont le cordelier le chargeoit, il répondit qu'il 
prenoit en bonne part l'avis et la prière du Chapitre et qu'il s'abstien- 
droit de venir à l'office les fêles prochaines. Le lendemain de Quoit-- 
modo , 10 avril , on présenta au Chapitre un certificat du 6 du même 
mois, signé de Laurent Petitfou , son officiai , et du sieur Villon, qui 
attestoient que cet évêque avoit été absous ad cauUlam pour avoir com- 
muniqué avec le roi le premier jour de l'an et avoir mangé avec lui, 
quoique ce fût après l'absolution qu'un chanoine de Blois avoit donnée 
à ce prince, fondé sur un bref du pape. Mais on étoit si rempli^es idées 
dn cordelier qui avoit chargé Tévêque de bien d'autres faits, qu'on ne 
voulut rien finir sans en conférer auparavant avec Gilles Thierriat, 



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182 ncQUEs àmyot, 

1570 ï 1596 prévôt ; les sieurs Legeron, conseiller ; Nicolas Tribolé , maire « et Jean 
Gouet» avocat, et même avec le cordelier, tout partie qull étoit. 
Quoique le conseil fût d*avis que Tabsolution étoit bonne suivant le 
Chapitre Eos. de sent, excomm.y le gardien soutint le. contraire , parce 
que, disoit-il, outre les cas avoués par Tévèque , il en restoit d'autres 
dont il avoit la preuve par écrit. Lorsqu'on en fut venu à cette preuve 
en plein Chapitre, il se trouva que tout se réduisoit à une lettre que 
l'évéque avoit écrite au théologal Perronet, où il lui marquoit de dire au 
maître Trahj «qu'il se comportât plus modestement en ses prédications 
de peur qu'il ne lui en arrivât mal et aux siens. » Voilà ce qu'il y avoit 
d'écrit. Le prélat vouloit lui faire comprendre qu'il lui ôteroît et k ses 
religieux, les pouvoirs de prêcher et de confesser; mais ce fanatique 
crut en effet que l'évéque le menaçoit de la vie lui et les sieos, parce 
que le théologal lui avoit rapporté le mécontentement où le roi étoit 
de ses sermons et l'assurance que lui en avoit donnée le prélat. Ce fui 
ainsi que la voie de la paix fut fermée à l'évéque d'Âuxerre par les in- 
trigues d'un religieux mendiant trop aveuglément estimé dans le pays. 
On aura de la peine à croire que le Chapitre ait fait refus de recevoir 
aux prébendes vacantes ceux qu'il en pourvut alors (1). Le prélat crut, 
au bout de six mois , devoir présenter en Chapitre sa justification ei 
ses griefs contre le cordelier. Outre ce que j'ai rapporté de ces deux 
écrits, k mesure que la suite de l'histoire l'a demandé, on y voit une 
conspiration faite ouvertement par les marchands, mariniers et vigne-» 
rons de la ville, sur la vie de leur évéque. Ils déclaroient publiquement 
qu'il falloit couper la goi^e k Jacques Âmyot, et faire maître Trahy 
évêque en sa place. Un jeune cordelier étranger, produit par le gardien 
d'Auxerre , prêcha dans la cathédrale le jour de la Toussaint. Il eut la 
témérité de commencer sa paraphrase sur ce passage des psaumes : 
a Heureux ceux qui demeurent en votre maison, Seigneor, » par les ex- 
pressions suivantes : «Oui, les excommuniés sont hors de cette maison, 

> comme M. l'évoque, qui , au lieu de venir pieds nus çt tête nue 

> k l'entrée de l'église, supplier qu'on intercédât pour eux, demeurent 
» obstinés, etc. > Ce qui révolta les gens de bien et leur fit dire tout 

(1) Regitt. 1589, 20 sept., ioct., 10 et 25 etS nov. 



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QUATRE- VINGT-SBIZIÈME ÉVÉQUE d'aUXERRE. 185 

haut : « voilà qai vient de la boutique de Trahy et qui ne vaut rieo. » 1570 ^ n^. 
Un antre sujet de chagrin pour ce prélat, fut qu'il perdit encore k Sens, 
dans l'action qu'il avoit intentée au Chapitre en matière de nouvel- 
leié (1). Jacques Taveau , avocat du Chapitre d'Auxerre à Sens, le fit 
même condamner aux dépens. Ce fut peut-être le retard de l'absolution 
en forme qu'il avoit demandée qui lui causa cette déroute ; mais la 
difficulté des chemins , surtout depuis la mort du roi Henri III, arrivée 
le l^'^août, ne permettoit guère de confier à toute sorte de personnes 
des affaires de cette conséquence. Âmyot, cependant, voulant remplir 
toute justice, en fit venir une d'Henri Cajetan, cardinal du titre de 
sainte Prudencienne, légat en France (2), par laquelle on voit que sur 
Texposé des faits tels qu'ils ont été rapportés ci-dessus « il eut pleine 
absolution , avec défense au Chapitre et au frère Trahy de le molester 
désormais. Ces lettres, datées de Paris, le 6 février 1589, furent ob- 
tenues par Jean de Bourneauxson neveu» à qui il avoit résigné son ab- 
baye de Roches. Le seul fait qu'il avoit ajouté pour se justifier, et qui n'est 
point dans l'apologie communiquée au Chapitre, est que, peut-être plus 
de vingt jours auparavant le meurtre des Guise, il avoit été détenu de 
la goutte ; ce qui l'avoit empêché de voir le roi , ni de conférer avec 
qui que ce soit de son conseil. Cette absolution fut accompagnée d'une 
lettre de ce cardinal à l'évêque, datée du 23 février 1590 (5). Le légat 
y marquoit à Amyot qu'il faisoit savoir au Chapitre d'Auxerre et au 
Cordelier, que rien ne devoit plus les empêcher de lui rendre obéis* 
sance et honneur, et qu'il espéroit que, par son zèle k défendre la foi 
catholique , il effaceroit ses fautes précédentes. Cette formule d'abso- 
Jution ayant été trouvée bonne par les chanoines de la cathédrale, le 
samedi 5 mars 1590, ils députèrent trois dignités et deux chanoines 
pour aller féliciter ce prélat de ce qu'il étoit réintégré dans ses fonc- 
tions. Les cinq députés, Laurent Petitfou, grand archidiacre; Jacques 
Magnen, chantre ; Pierre Thion, archidiacre de Puisaye; Denis de la 
VauletDroin Chaucuard, sous-chantres, rapportèrent qu'il avoit été 
très-réjoui de cette visite et qu'il en remercioit la co'mpapie. Les 



(1) Reg. Capit. 11 jano. 1590. 1 (3) Ibid. 

(2) Voy. les Preuves, an 1589. 1 



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184 , JACQUES AMTOT, 

1570 il 1593. msiuvdis traitements qu'Âmjot essuya en arrivant dans son diocèse lai 
furent extrêmement sensibles ; ^ cela près , il se fit dorénavant un 
plaisir de résider. II avoit déclaré à Tun de ses secrétaires que depuis 
longtemps son intention étoit de se retirer peu k peu de la cour, pour 
mieux s'acquitter de son devoir épiscopal, et il se vit, en 1589, en- 
tièrement délivré du lien qui Tj avoit retenu. 

I! commença donc h ne plus s'occuper que des fonctions spirituel- 
les ; et dès le 7 mars, jour des Gendres, il reprit son ancien usage de 
prêcher, sans parottre déconcerté ni ému par tout ce qui étoit arrivé 
depuis un an, sans employer les invectives ni les déclamations contre 
personne : ce qui parut digne d'admiration à ceux qui ne le connois- 
soient pas encore parfaitement. Mais son secrétaire, continuateur de 
sa vie, dit que quoiqu'il se mit aisément en colère, cependant il se re- 
tenoit facilement ; il n'étoit aucunement vindicatif, et ne savoit ce que 
c'étoit que de reprocher k personne les anciennes fautes. Il passoit pour 
mélancolique, sévère, et d'un abord difficile ; mais il ne paroissoit tel 
qu'à ceux qui le voyoient rarement. Il étoit franc, candide, ingénu, ou- 
vert, parloit librement et sans flatterie, ne déguisoit point aux grands ni 
aux princes leurs propres défauts. Loin de conniver aux mauvais des- 
seins qu'ils auroient eu, il leur déclaroit franchement qu'il ne consen- 
tiroit jamais à ce qui seroit contre l'honneur et la justice. Gomme ceux 
qui demeuroient avec lui le connoissoient de cette humeur, ils se don- 
uoient bien de garde de lui rien proposer ou demander qui parût sujet 
à soupçon, sinon ils essuyoient un refus accompagné de sévères répri- 
mandes. Aimant la paix, ilhaïssoit les procès, et surtout il évitoit d'en 
avoir avec son Ghapitre. Je ne sais si, en ce dernier chef, l'écrivain ac- 
cuse juste. On verra ci-après qu'il eut des difficultés avec les chanoines 
pour des droits temporels, même avant le temps de son appauvrissement. 
Quelques auteurs disent qu'on lui vola, à son retour de Blois, la somme 
de deux cent mille écus. Gela parott exagéré, mais on ne peut discon- 
venir que ses pertes, dans le tumulte de la Ligne naissante, n'allassent 
bien à cinquante mille livres. Il le mande lui-même au duc de Nevers, 
le 9 août 1589 (1). Et comme dans celte lettre, où il avoit toute oc- 

(\- M" do Bélhiinc, 8925, à la Bibl. du roi. 



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QUATRB-TINGT-SBIZIÈMB ÉVÉQUE d'aUXBRRE. 185 

casiou d^expliqoer son malheur, il ne dil point qu'on lui eût rien pris 1570 \ js^s. 
sur la route de Blois k Âuxerre, je ne sais d'où Rouillard a appris 
qu'Âmyot avoit été volé k moitié chemin {a) • La teneur de cette lettre 
au duc de Nevers est curieuse. On venoit de le sommer de la part de 
ce duc, d'unir toutes ses terres épiscopales au gouvernement de Niver- 
nois. Il écrivit an duc que ses gens ont toujours appartenu au gouver- 
nement de Bourgogne ; et, prenant occasion de leur souhaiter une par- 
faite tranquillité, il reconnoit avoir besoin d'eux pour vivre : a Me trou* 
» vaut, dit-il, pour le présent, le plus affligé, détruit, et ruiné pauvre 
» prêtre, qui soit comme je crois en France. » Il fait ensuite monter 
toutes ses pertes à la somme de cinquante mille livres, c Outre le dan- 
» ger de ma personne, ajoute-t- il, m'ayant esté la pistole plusieurs fois 
» présentée sur Testomach, et les ordinaires indignités et oppressions 
9 que je reçois journellement de ceux d'Âuxerre, le tout pour avoir 
9 été officier et serviteur du roi ; étant demeuré nud et dépouillé de 
9 tous moyens, de manière que je ne sçai plus de quel bois ^comme 
9 Ton dit) faire flèche, ayant vendu jusqu'à mes chevaux pour vivre ; 
9 et, pour accomplissement de tout malheur, cette prodigieuse et 
9 monstrueuse mort étant survenue, me fait avoir regret à ma vie {b). 9 
Oo reconnoit aisément qu'il veut parler de la mort du roi Henri III, 
son bienfaiteur, arrivée huit jours auparavant (1). Par une lettre du 17 
du mois, il paroissoit fort en peine de savoir si ce prince avoit été ré- 
concilié à TËglise par confession et absolution sacramentale. Il dit qu'il 
s'en étoit informé k l'évéque de Senlis ; mais que les nouvelles venoient 

(1) M* de Bélhone, même Tolame, fol. 13i. 



(a) L'exactitude de ce vol est constatée par une déposition de maître Regnaud 
Martin, qui ayait été secrétaire de Tévéque, et qui raconte que le fait a eu lieu près 
d'Aubigny. — Vay» aux Preuves, t. iv, n» 400, la déposition de M« Martin. {N. d. E.) 

(h) La situation de J. Amyot était devenue fort périlleuse dans sa ville épisco- 
pale, les menaces et les violences le forcèrent de se tenir enfermé dans son palais 
jusqu'à la fln de sa vie. — Voy. Preuves, t. iv, n» 460. 

Quelques auteurs regardent les plaintes qu'il fait là, sur son état malheureux, 
comme hypocrites, et prétendent qu'il avait encore deux cent mUle livres à sa mort, 
mais on verra plus bas que c'était une erreur. (iV. d. E.) 



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i86 UGQUES AMTOT, 

1670 ï 1696. difficilement, surtout c dans un lieu, dit-il, où c'est un grand crime de 

> parler du roy, sinon en détestaiion, et où Ton calomnie et prend eo 
» mauvaise part tous mes propos et toutes mes actions, pour avoir eu 

> accès auprès de lui. » J'ai cm devoir rapporter ces pensées d'A- 
myot, pour réfuter, par ses propres termes, ceux qui l'ont accusé d'in- 
fidélité envers Henri III (i). Ce prélat n'avoit pas l'esprit ligueur, et, s'il 
a fait quelques démarches qui ont paru favoriser le parti de la Ligue, ce 
n'a nullement été du vivant de Henri III. Pour ce qui est des deux der- 
nières années de sa vie, il faut avouer que la misère où il se trouva ré- 
duit, Tobligea de condescendre en quelque chose aux idées de son 
peuple. Il auroit souhaité que le cardinal de Bourbon eût été roi, et il 
appréhendoit la ruine de la catholicité en France « s'il n'y eût été 

> pourvu par la bonté et miséricorde de Dieu. L'espérance, ajoute-t-i! 
» (2), qui nous commençoit h rire par la déclaration de Monseigneur le 

> cardinal de Bourbon nous a bientôt destituez, puisqu'ainsi est qu'il 
j» ait été emmené à La Rochelle ; car il est certain que nous ne le verrons 
2» jamais. 2> Ce fut donc pour implorer le secours du ciel sur le royaume, 
qu'il consentit k toutes ces prières, qu'on appella dans la suite « les 
» oratoires et les processions de la Sainte-Union, > et qu'il traça même 
de sa main le plan de quelques-unes (5). 

En i590 il fil le sermon de l'ouverture du carême, et continua de 
prêcher les dimanches du même carême (4), k cause du grand jubilé 
accordé pour la réunion des princes chrétiens, lequel commença le second 
dimanche. Il fit aussi, le jeudi-saint , la bénédiction des saintes-huiles 
avec deux dignitaires concélébrants que le Chapitre nomma selon l'an- 
cienne coutume, et il continua les années suivantes (5). Il avoit tou- 
jours aimé les anciens rites, et s'il y eût eu, de son temps, une nouvelle 
édition du missel , il eût été attentif à les faire conserver , surtout ceux 
qu'il croyoit venir des Grecs et être passés de chez eux dans l'église 
gallicane, tel que l'apport solennel des vases sacrés de la sacristie (qne 
les Grecs appellent la prothèse) au grand autel ; aussi bien que la re- 
présentation et confixion du pain, sous les yeux du prêtre, pendant 



(1) DeThou. 

(2) Même lettre ci-dessas, du 17 août. 
(o) Koy. les Preuves, t. iv. 



(4) Mémoire de J.Félix. 

(5) Reg. Capit. ISopr. 1590. 



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QUATRE-VINGT-SEIZIÈME ÉYÊQUE d'aCXERRE. 187 

que le vin est versé dans le calice, en sorte que la sentence de laUre 
Domini, etc. convienne à l'action ; c'est ce que j'ai su d'un curé très- 
âgé, d'auprès de Melun , qui avoit connu les neveux de quelques amis 
de ce prélat. On voit par les registres du Chapitre qu'alors on n'atten- 
doit point pour faire des prières extraordinaires que Tévéque les eût 
indiquées; le Chapitre les ordonnoit, choisissoit le jour, et envoyoit en- 
suite deux ou trois chanoines vers le prélat, pour l'en avertir, afin 
qu'il y assistât, s'il le jugeoit à propos. On ne peut dire si Jacques 
Amyot , qui fit sa résidence à Âuxerre durant le fort de la Ligue, se 
trouva à toutes celles que le Chapitre indiqua. Au moins en fut-il tou- 
jours averti; ce qui est si véritable, qu'une procession générale ayantété 
indiquée le vendredi 21 août 1592 pour le dimanche suivant, sans 
qu'on en eût fait part à l'évéque, il en porta ses plaintes; on lui déclara, 
le 5 octobre (1), que cette omission involontaire ne venoit d'aucun 
mépris de sa personne, de son autorité et dignité épiscopale qu'on 
révéroitet honoroit ; on ajoutoit qu'un tel oubli étoit d'autant plus par- 
donnable , qu'alors tous les chanoines faisoient la garde aux portes de 
la ville. Ce même mois d'octobre, ce prélat eut aussi raison des pro- 
visions qu'il avoit données a Martial Delinolte , d'une prébende d' Au- 
xerre pendant sa prétendue excommunication ; le parlement de Paris 
lui donna gain de cause. Le secrétaire d'Amyot , qui a écrit sa vie , le 
représente comme très-pacifique à l'égard de son Chapitre. Cepen- 
dant, Amyot disputa, en 1587, le droit que les chanoines ont de 
prendre du vin chez l'évéque aux grandes fêtes ; on l'appeloitle vin des 
semonces (2). Il ne tarda pas ^ se rendre sur cet article. Depuis les 
chagrins qu'on lui causa, il attaqua la juridiction du Chapitre, et les 
chanoines, de leur côté , le sommèrent de contribuer aux réparations 
de l'église plus qu'il n'avoit fait. Il dressa donc un état de tout ce qu'il 
avoit fourni à la cathédrale depuis son entrée k l'épiscopat, soit en 
ornements , soit en autres dépenses, et il parolt qu'il n'avoit rien ajouté 
aux anciens présents (a). Il transigea seulement avec le Chapitre sur 

(i) Reg. Cap. 5 oet. | (2) Reg, 5 déc, 

(a) Voy. les PreuTCS, t. it, n" 449. 



1670 b 1599. 



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188 JACQUES AMTOT, 

1570 à 1593. la juridiction , et la reconnut au mois de septembre i592 (a). Les fa- 
cultés de Tévêque étoient extrêmement diminuées , comme je l'ai déjà 
dit ; il se plaignoit k ses amis que la privation de ses biens lui ôtoit 
tout le plaisir de l'étude. Les affaires temporelles du Chapitre étoient 
aussi très-embarrassées. Dès l'an 1588 , on avoit songé de demander k 
Tévéque la suppression d'une vingtaine de prébendes, mais ce projet 
^ étoit resté sans exécution. Dans une pareille disette d'argent, de part 
et d'autre, les difficultés furent facilement aplanies et la paix mise 
entre les parties. L'auteur de la vie de notre évéque n'a pas oublié de 
marquer que ce prélat aimoit la musique , et qu'étant dans son palais 
épiscopal il ne rougissoit point de chanter sa partie avec des musi- 
ciens. Il ajoute que son amour pour le chant lui faisoit témoigner plus 
d'amiiié il ceux d'entre les clianoines qui alloient volontiers à l'aigle 
pour y chanter, et il estimoit pareillement tous les tortriers, chantres, 
commis et autres gagistes qui avoient belle voix et qui savoient leur 
métier, pourvu qu'ils fussent de bonnes mœurs. Il se plaisoit même k 
jouer des instruments ; et souvent, avant le dîner, il touchoit d'un cla- 
vecin, pour se mettre à table l'esprit plus dégagé après ses études 
sérieuses. L'estime qu'il témoigna pour les musiciens les enhardit à 
faire main-basse sur le système de psalmodie des anciens antiphoniers 
de la cathédrale, dont la modulation étoit usitée au moins depuis le 
siècle de Gharlemagne. On coupa, trancha, supprima tout ce qui 
ne convenoit pas à leurs nouveaux principes d'accords , en rendant 
cahoteux ce qui auparavant étoit doux ; on introduisit donc alors une 



(a) La transaction qui eut lieu ie 28 septembre 1502 fut rédigée sur les bases 
des anciennes chartes qui établissaient les droits des parties. L'évéque fut reconnu 
haut justicier dans les rues et places du cloître Saint-Etienne^ pour tous délits qui 
y seraient commis par des gens étrangers aux chanoines, et le Chapitre conserva 
ses droits de justice dans les maisons canoniales et leurs dépendances, quels qu*en 
fussent les habitants, excepté dans les cas d'homicide et de rapt dont la connais- 
sance fut réservée à Vévéque. Et comme plusieurs des maisons canoniales situées 
près de la grande place Saint-Etienne et en d'autres endroits du cloître, avaient 
été démolies lors de la prise de la ville par les huguenots en 1567 et n'étaient pas 
encore rebâties, on fit mesurer leur emplacement afin de conserver les droits de 
justice du Chapitre, en cas de rétablissement ou autrement. — Arch. delTonne. 
Fonds des minutes de Rousse, notaire à Auxerre. {N. d. E ) 



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QUATRB*VINGT-SBIZIÈME ÉVÉQCE d'aUXBRRE. 189 

barbarie et nne disette étonnante, capables d'inspirer du mépris pour le 1570 ^ 1593. 
plain-chant (i). Mais ce qui dut consoler les personnes zélées pour le 
chant grégorien et les autres chants anciens, est que , dans le temps 
même de ces entreprises, un chanoine commensal de notre évéque et 
son économe , inventa une machine capable de donner un nouveau 
mérite au chant grégorien. Ce chanoine , nommé Edme Guillaume, 
trouva le secret de tourner un cornet en forme de serpent , vers l'an 
4590 (a). On s'en servit peur les concerts qu'on exécuta chez lui, et cet 
instrument ayant été perfectionné est devenu commun dans les grandes 
églises. Âmyot, qui témoigna toujours de Tinclination pour la musique, 
en eut besoin plus que jamais, pour chasser la mélancolie qui s'empara 
de lui, depuis son retour des Etats de Blois, et surtout depuis Tan 1591 , 
qu'il ne fut plus grand-aumônier, ne pouvant pas même, en ce temps-lk, 
aller se délassera Régennes, parce que ce château étoil rempli d'une gar- 
nison, sous la conduite d'un chanoine que le Chapitre y commettoit (2). * 

Quoique son corps fût fait au froid et au chaud, et qu'il fût d'une 
bonne constitution , il se trouva enfin attaqué d'une fièvre lente qui lui 
dessécha les poumons. Sentant sa fin approcher, il eut recours aux 
sacrements de l'Eglise, et les ayant tous reçus , il mourut le 6 février 
1595, dans sa quatre-vingtième année. Denis Perronet^ pénitencier et 
théologal, Gilbert le Comte , Renaud Martin , et Victor Camus, cha- 
noines, reçurentses derniers soupirs (5). LeChapitre,quinevoyoit arriver 
aucun des parents de l'évéque pendant sa maladie, avoit député le 5 du 
mois trois autres chanoines, outre Victor Camus son chapelain et 
commensal, pour lui tenir compagnie et empêcher la distraction des 
effets ; cette précaution n'empêcha pas qu'il n'y eût des meubles dé- 



(1) Il 7 a eu des chanoines assez hardis 
pour dire que des livres ainsi défigurés sous 
répiscopat de M. Amyot, sont le vrai et an- 
cien chant de l'église d'Auxerre, et il s'en 



est trouvé d'assez simples pour les croire, 
quoique tout réclame contre ce préjugé. 
(2) jRe^. Capituli. 



(a) Cependant, si Ton en croit un compte de la fabrique delà cathédrale de Sens de 
Tan 1453 , le serpent était déjà connu à cette époque, car on y lit : « Ressoudé le 
» serpent de Féglise et mis à point un lien de laiton qui tient le livre. » {N. d. E,] 

(b) L'évéque mourut à deux heures après midi et en présence d'un grand nombre 
de personnes ecclésiastiques et laïques. ^ (iV. d. E.) 



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190 JACQUES AMYOT, 

1870 k 1598. tournés ; le Chapitre donna là-dessus des monitoires. Son corps fat 
inhumé , ainsi qu'il avoit demandé par son testament (1) , vis-à-vis le 
milieu du grand autel de la cathédrale, k côté du trône pontifical (2). 
II n'y avoit rien autre chose dans ce testament qui concernât cette 
église ; mais, depuis ce temps-lk, il y eut quatre services fondés pour 
lui par chaque année , au nom des maire et échevins , en reconnois- 
sance de ce que le bâtiment qu'il avoit fait construire pour servir de 
collège, fut adjugé k la ville, par' arrêt du parlement, et non k ses 
héritiers (a). On lit même dans les registres du Chapitre (5), qu'avant 
le procès les héritiers avoient demandé pour lui douze services par an« 



(1) Voy, ce testament dans les Preuves. 

(3) BuUard, en ses Illustres Historiens, dit 
que quand on voulut faire sa fosse, on trou- 
va un cercueil de pierre qu'on jugea, par 
quelques indices, avoir servi à une com- 
tesse d'Auxerre, morte trois cents ans au- 



paravant , et nommée Mathilde ; et qu*on 
inhuma ce prélat dans le même tombeau où 
étaient les cendres de cette dame. Je ne sais 
s*il a eu de bons garants de ce &it. 
ld)Reg.Cap, 28 iu^. 1596. 



(a)L*év6qoe Amyot en construisant le collège le destina à l'instruction de la jeu- 
nesse et y fit placer cette inscription qui fut remplacée en 1777 par une autre re- 
latant rérection du collège en école militaire : 

« GhEISTO SBEVATORl OPT. MaX. S. 
RbLIGIONIS VERITAS, MOBVM PR0BITA8, BT BOMARVM ARTITH POLTTYRA , mc PROM ER- 
CALE8 HABET4TUR, NON JERB, 8ED STYDIO, PDSTATB BT LABOBB *. PrOINDB TVRPBS, IM- 
Pll; BT IQNAYA SB«NITIB DEOBNEBES, AB 1STI8 P0RIBV8 PROCVL FACBS8ITTB. 

Son secrétaire ajouta au-dessous, pour que Tauteur en fût bien connu : 

« JaCOBVS AmTOTYS EPISCOPVS AntISSIODOR. HVIG GTMNASIO QVOD EXTRyBNDUM 
CVRAVIT, BANC INSCRIPTIONEM APPONI VOL VIT 1595. » 

En dressant Tinventaire de ses livres et papiers, on trouva dans un Vieux- 
Testament grec une feuille de papier, en forme de testament écrit de la main de 
l'évéque, mais déchiré en deux. L'évéque était bien près de mourir quand il fit ce 
projet de testament, car il y règne un ton de tristesse solennelle bien différent de 
celui de l'acte de IttSS. Il y proteste de sa catholicité , et veut être inhumé dans 
règlise Saint-Etienne devant le grand autel , du c6té du siège épiscopal. Il y fait 
différents legs, notamment aux hôpitaux de la Madelaine d* Auxerre et de Gompiègne, 
et destine formeUement les bâtiments qu'il fait construire pour Tutilitè du peuple 
du diocèse, à un collège des Pères Jésuites, et en donne la propriété à la ville 
d'Auxerre, à condition que cette destination ne sera jamais changée. 

On ne voit p^js que, dans les procès que la ville a soutenus contre les héritiers 
de révéque, elle se soit servi de cette pièce qui resta probablement cachée dans le 
procès-verbal où elle fut transcrite. L'état de lacération dans lequel elle avait été 
trouvée la rendait, d'ailleurs, sans valeur judiciaire. {N» d. E.) 



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QUATRE-VINGT-SBIZIÈMK ÉVÉQOE d'aCXEKRB. 191 

Selon sa disposition testamentaire du 15 mai 1588, il partagea son bien 
en cinq lots. Il établit Nicolas Âmjot, son neveu, fils de défunt son frère 
Philippe 9 son premier et son principal héritier , c'est-k-dire pour deux 
portions; sa sœur unique, Jeanne Amjot, aussi pour deux portions, 
et son frère, Jean Âmyot , pour une seule. Il légua au grand hôpital 
d'Âuxerre> cinq cents livres ; aux Jacobins, cent livres ; aux Cordeliers, 
autant, se recommandant k leurs prières ; k chacun de ses domestiques, 
dix écus dCorsolf outre leurs gages, et un habit noir; k son valet de 
pied, trente écus d*or pour lui faire apprendre un métier ; k Jean de 
Bourneaux, fils de sa sœur, ses ornements épiscopaux et les parements 
de sa chapelle. Ce testament ne contient aucun autre article. On est 
donc surpris de lire dans certains auteurs qu'il eût légué k Thôpital 
d'Orléans une somme de seize cents livres, par reconnoissance de ce 
qu'après y avoir logé k T&ge de dix ans, on lui avoit donné seize sols 
pour sa conduite. Ce trait et quantité d'autres doivent être mis au nombre 
des fables (1). Je ne crois pas non plus que le proverbe qu'on citoit 
dans Tavant-dernier siècle en ces termes : « En mangeant Tappétit 
1» vient , comme dit Tévèque d'Âuxerre , > doive son origine k Jacques 
Âmjot; on peut Tattribuer plus vraisemblablement k Philippe de 
Lenoncourt, qui fut longtemps appelé en cour Tévéque d*Auxerre, 
depuis la résignation qu'il avoit faite de cette prélature, et qui accumula 
grand nombre de bénéfices. Âmyot ne conserva, avec son évéché, que 
Tabbaye de Saint-Corneille de Compiègne, b'étant défait de bonne 
heure de celle de Bellozane et de celle de Roches, au moins dès Tan 
1590, en faveur de son neveu. Il n'est resté dans le pays aucun mé- 
moire qui prouve qu'on eût trouvé beaucoup d'argent k cet évéque 
après sa mort. La Popelinière est le premier qui le fasse riche de deux 
cent mille écus. Il est fkcheux que d'habiles critiques aient pu le 
suivre sans demander des preuves de ce qu'il avançoit (a). 



(1) Ce même testament, tout court qu'il 
est , prouve encore évidemment que le P. 
Anselme s'est trompé lorsqu'il dit à l'article 



des grands-aumôniers que Âmyot était fils 
unique. 



(a) Il ressort en effet de l'inventaire fait après le décès de l'évéque qu'on netrouva, 
dans deux bahuts placés aux pieds de son Ut, que 700 écus au soleil et 141 pistoles; 



1570 11 1598. 



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192 JACQDE8 AMYOT, 

1570 k 15S3. Gomme notre évéque n*étoit pas de famille Si avoir des armoiries, il 
fat le premier de son nom qui s'en fabriqua comme il lui plut. Elles 
consistoient en un chevron brisé , surmonté de deux trèfles ou espèces 
de bourses liées et renversées , et une molette d'éperon au-dessous. 
Peut-être n*eut-il autre intention que de se rappeler la profession dont 
a voit été son père. C'est par erreur que sur sa tombe , au chœur ^e la 
cathédrale d'Auxerre (a) , on a gravé une étoile au lieu de la molette 
d'éperon qui se trouve dans tous les ouvrages qu'il a fait faire de son 
vivant. Edme Âmyot, doyen d'ÂuxerrCi vers 4642, s'appropria les 



et de plus la mention de 109 écus qa^n serviteur avait pris le matin même de la mort. 
Il y avait aussi quelques bijoux et de la vaisselle d^argent. Cependant la renommée 
de richesse du vieux prélat était bien établie, car le procès-verbal commence ainsi : 
K Et attendu là réputation que le deffunct s'est acquis d'avoir de grands deniers, 
meubles précieux et moyens. » [N* d. E.) 

(a) La tombe de Tévéque Amyot qui était placée en face du grand autel fut 
enlevée au milieu du dernier siècle, lorsque le Chapitre fit daller à neuf le sanc- 
tuaire. L'épitaphe était conçue en ces terCnes : 

HIC JACBT D. JAGOBVS AMTOT DVM IN VIVIS A6BBET AVriSSIODO BPISCOPVS KT FBÂNCIJB 
VACUfVS BLBEMOSINARIVS; QVI OBIIT VI FBBRV. 1593. 

Mais ses héritiers voulant honorer davantage sa mémoire, lui firent élever un 
monument en marbre dont nous donnons le dessin . J. Amyot y est figuré k mi- 
corps, dans Fattitude de la prière. Cette sculpture fut placée dans Tangle du piUer 
du sanctuaire, du côté de rEvanglle, où elle est encore. 

On y lit les deux inscriptions suivantes : 

GT DBSSVS EST LBFnCIB BT BBPBÉSBNTATION DE MBSSIBB JACQVBS AMYOT , VIVANT 
EVESQVE D*AVXBBBB , GRAND AVLMOSNIBR DE FRANCE SOVBZ LES ROTS CHARLES IX HEN- 
RY m BT HBNRY lY BT CON«r EN LEVRS CONSBILZ D*ESTAT BT PRIVÉ, COMMANDEYR DE 
l'ordre DV ST-ESPRIT, abbé de ST-CORNIL de COMPIEGNE, QYl TRBSPASSA LB SAMEDT 
6« lOYR DE FBBVBIER 1593, ET ENTERRÉ SOYEZ LA TYMBB DE MARBRE NOIR POSÉE VISA 
YIS DV GRAND AYTEL DE CESTE BSGLISB, LAQYBLLB EFFIGIE A ESTÉ FAITE BT CONSTRVICTB 
EN L'hONNEYR BT PBRPÊTVBLLE MÉMOIRE DVDICT SEIGNBYR EYE8QYE DBS DENIERS DE 
MBSSIBB IBHAN DE BOURNEAVLX , ABBÉ DES ROCHES , CHANOINB DE PARIS , CONSEILLEE 
BT AYMOSNIER SERVENT DESDICTZ BOIS, NEPYEY DYDIT FEY SEIGNBYR MB8SWB UCQYE8 
AMYOT, DV COSTÉ DE FEVE lEHANNE AMYOT SA SOEYR YNIQYE. 

Prœsvlis ora vides Amioii avgvsta, viator , 
Ia>x fvU et colvmen poUriœ, qvam moribvs olim 
ConsiliU, icripUi ornavU et arte loqvendi; 
Regvm alUr phanix Caroli Henriciqve piorum* 
1610. 



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Histoire du Diocèse d'Auxerre Tomell 




^. 



m.m^'}\i% AïK^Viônfo 



KCyi". LVLOUE D'AUX! RRL 



Victor Peut dapresieBcii,uerrpol;/[ic 



Irn Ocidard.é Paris 



^'''f>\hWe'd'4'^' 




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QUATRB-ymGr-SBIZlftME ttÉQUE D*AOXERRB. 195 

annoiriesde cetévéque^quoiquMl n'en fût aucunement pareR t. C'est avec ^^^q ^ i^^^ 
raison que Ton a repris les éditeurs du Dictionnaire de Moréri d'avoir 
écrit son nom AmioL Notre évéqne signoit avec une y, et mettoit ainsi 
Amyot. Sa représentation , qui est à gauche du sanctuaire , ne fut faite 
que dix-sept ans après sa mort, aux dépens de son neveu Jean de Bour^ 
Deaux, qui éloit alors chanoine de Paris. Il avoit été fait chanoine 
d*Âuxerre et archidiacre de Puisaye après la mort d'André d'Assigni. 
Son acte de réception le qualifie sénonois (1). Dès l'an 1579 il avoit 
permuté avec François Pestelé, prêtre du diocèse de Noyon, pour le 
prieuré du château de Merle au diocèse de Laon. Il fut aussi prieur de 
Saint-Samson d'Orléans. Ce fut lui qui, avec Jeanne Fougerest, femme 
de Nicolas Amyot, donna quittance à Renaud Martin, le 15 mars 1595, 
datons les meubles du défunt évéque portés dans l'inventaire (a) fait après 
sa mort; et le trentième du même mois, il déchargea le même chanoine 

(1) Reg. Cap. 15 sept. 1579. 

(a) Cet inventaire que nous avons lu en entier offre quelques particularités inté- 
reflsantes. Le Chapitre et le procureur du roi se rencontrèrent comme toujours 
pour la défense de leurs prérogatives. Le Chapitre, après maints pourparlers qui 
eommencèrent même pendant Tagonie de Tévéque , Unit par maintenir son droit de 
régale et apposa les scellés après avoir fait enlever ceux dû roi. Les oRiciers du roi 
donnaient pour motifs principaui de leurs prétentions « qu'il y avoit des papiers de 
conséquence dans les coffres « car le deffunt a testé, par lequel testament il a fait 
plusieurs legs soyt au corps de cette ville que aux charitez. » 

La liste du mobilier qui garnissait l'évéché n'indique pas que le prélat aimât 
beaucoup les ameublements somptueux Les grains sont en grande quantité, mais 
oo trouve peu de vins. La bibliothèque de l'évéque n'était pas digne de la célébrité 
littéraire de son possesseur. 

Oo trouva aux écuries un coche à quatre roues couvert de cuir sans doublure de- 
dans, estimé six écus; il n'y avait point de chevaux. 

Les héritiers de l'évéque ordonnèrent une distribution en aumdne de 2^272 
petits pains aux pauvres, à raison de 60 par bichet 

Parmi les papiers on trouva les absolutions obtenues par le défunt, t< tant de 
Mgr le légat que de M. le grand archidiacre et officiai d'Auxerre. >» 

m Un livret faisant mention de Tacquisition faite par le défunt de la maison de 
saint Sixte pour 2,400 liv. i,-, cinq mémoires des frais faits par le défunt pour la 
constraction des bâtiments du collège des Jésuites. » 

Parmi les bâtiments de l'évéché on mentionne une petite galerU peinU; nous 
ignorons où elle pouvait é'rc. — Arch. de l'Yonne. 2 G {N. d, E.) 

H 13 



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194 JACQUES AHYOT, 

1570 i isaa. ^^ '^ gestion de ses affaires : dans cette décharge il noas apprend qu'il 
avoit autrefois joui du prieuré de TËpau. J'ai aussi trouvé qu'un Louis 
de Bonrneaux avoit été pendant quelque temps chanoine d'Âuxerre (1). 
Parmi les chanoines les plus remarquables que l'évéque Âmyot plaça 
dans sa cathédrale, doit être compté Jean Lordereaux, auxerrois, reçu 
le 19 septembre 1575 ; ce chanoine devint par la suite très-fameux, 
ainsi qu'on verra ci-après. Il faut y ajouter Droin Ghaucuard du diocèse 
d'Âuxerre, qu'il fit sous-chantre en 1580, lequel lui fut toujours très- 
attaché, et servit utilement le Chapitre, même dans le temporel (2). Il 
eutsoia de la confection de son effigie, et les quatre vers latins qui sont 
au bas passent pour être de lui ou de Gaspard Damy, lecteur. Simon de 
la Croix, auxerrois, qui avoit eu de grands emplois dans l'Université de 
Paris, s'étoit fait recevoir docteur en médecine et ensuite principal du 
collège d'Âuxerre ; il (ut installé chanoine en 1585. Louis Damy, clerc 
du diocèse de Chàlons, fut reçu le 24 mars 1590. C'est par le moyen 
de ce dernier que nous avons été informés de certaines particularités 
plus avérées que celles qui ont été publiées par Tabbé de Saint-Réal , 
d'autant qu'il étoit frère de Gaspard Damy, lecteur, que ce prélat estima 
et aima toute sa vie , qu'il avoit fait son secrétaire extraordinaire en 
1585, et promoteur en son officialité l'an 1584. Ce qui a servi à nous 
les transmettre, est que ce Louis Damy fit part de tout ce qu'il put savoir 
à un de ses neveux quia vécu jusqu'en l'an 1686, et qui a laissé par 
écrit tout ce qu'il avoit appris de ses oncles. Je ne dois pas oublier 
Renaud Martin, natif de Larré, diocèse de Langres, qui fut pourvu d'un 
canonicat en 1580, n'étant encore que clerc (5). Il fut son commensal 
et son secrétaire ordinaire au moins depuis l'an 1585; et le prélat lui 
conféra l'archidiaconé de Puisaye au mois de février 1592 (4). La vie 
d'Âmjoty imprimée dans le recueil du P. Labbe, fait voir que ce fut son 
fidèle et plus intime. Après qu'il l'eut rédigée sur les mémoires du défunt 
évéque, il la communiqua k Frédéric Morel , professeur royal k Paris, 
qui la mit en latin, et ensuite il l'écrivit lui-même k la fin du volume de 



(1) jResf. 17 sept. 1579. l (3) Reg. Cap. 17 nov. 

(2) Il dressa un inventaire des titres que (4) Reg» Capit, 
j'ai vu. ' 



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QUATRE-VINGT-SEIZIÈME ÉVÂQUE d'aUXERRE. 195 

b eathédrale où sont conservées en manuscrit les vies des autres 
évéques. 

le ne parle point des écrits d'àmyot, étant inutile de répéter ce qui 
a été dit jusqu'ici par tant d'auteurs, et en dernier lieu par le P. Nicéron, 
bamabite. Je ne pourrois ajouter à la liste de ses ouvrages que de 
foibles opuscules venus à ma connoissance , tels que la Préface du 
Missel d'Âuxerre projeté, une traduction qu'il ût en 1572 de l'Ëpitre 
coDgratulatoire de Jérémie, patriarche de Constantinople, au roi. Un 
compliment latin qu'il prépara pour Alexandre de Médicis , nonce du 
pape, s'il eût passé par Âuxerre (i), et un Epieedium in obitu Caroli IX 
remarqué par M. Baluze (2). Comme il n'avoit plus tant de loisir depuis 
qa'il fut évêque, il prit du secours pour les traductions qu'il faisoit de 
grec en françois. Un avocat de Tonnerre nommé Luit, bon grammairien 
grec, lui rendit ce service (5). Il eût été à souhaiter qu'au lieu des 
traductions de quelques romans , il eût donné k l'Église celle de quel* 
qaes saints pères grecs , parce qu'on sait que Héliodore, auteur de 
l'Histoire éthiopiquè, avoit été déposé pour cet ouvrage. Mais il faut 
remarquer qu'Âmyot n'étoit que simple clerc lorsqu'il en donna la tra- 
duction , et qu'il put s'autoriser de l'exemple d'Octavien de Saint- 
Gelais, évêque d'Ângouléme, qui cent ans ou environ auparavant en 
avoit donné une traduction en vers françois. 

Baluze fait mention d'Âmyot dans sa préface aux Capitulaires, comme 
ayant envoyé aux anciens éditeurs un supplément qu'il avoit trouvé dans 
la bibliothèque de l'église de Beauvais. Cet évêque aimant k aider les 
savans, envoya aussi k Grégoire XIII la profession de foi qu'Hugues 
de Màcon son prédécesseur avoit rapportée du concile de Reims tenu 
l'an 1148, afin que Baronius pût l'employer dans ses Annales. Âmyot 
est nommé dans un panégyrique d'Henri III , comme ayant produit 
auprès de ce prince Martin Âkakia parisien (4), médecin, fils du médecin 
sans malice , et lui avoir fait donner, en i 574, la charge de premier 
lecteur et professeur royal en chirurgie. Denis Perronet , pénitencier 



1S70 k \M. 



(1) Genebrard in $hronicon. 

12) Dans nn manuscrit de N. D. de Paris 
cotté N. 5. tfi folio f est un opuscule ainsi in- 
titulé in Yirginem nuitrem decanus Àurelius 



rediens à monasterio principis et dicato. Ara 
ebori decus etc. 

(5) E» seript. eoœvo 

(4) Bayle au mot Akaiiia. 



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i96 FRANÇOIS DE DONADIBU, 

1570 il 1598- d'Aoxerre, dans son Éplire dédicaloire d'Arnold de Bonneval au car- 
dinal da Perron de Tan 1609, dit d*Amyot : Doctmimus Jacobus 
Amyotus.... cujus laudes et mérita nunfjuam digne celebràbuntur. 

Au reste Dieu permit que ses enpemis ne prospérèrent pas. Des deux 
qui lui avoieni mis successivement le pistolet sous la gorge, Tun fut taé 
malheureusement , l'autre mourut fou et enragé. Il fut de notoriété 
publique dans ce temps-lk, que le second étoit d'une humeur très- 
violenie. Possédant la cure de P.... au diocèse de Sens, il se crut si 
injurié, un certain jour, de la part d'un homme qui avoit froissé son 
surplis dans l'église , qu'il le battit dans le même lieu jusqu'à effusion 
de sang; ce qui obligea l'archevêque de la rebénir. 



CHAPITRE VI. 
FRANÇOIS DE DONADIEU, XCVI1« ËVÊQUE D'AUXERRE, 

Et de ia longue vacance du siège qui précéda son épiscopat. 

1599 k I6S5. Ce qui accéléra la mort' de l'évéque Amjot fut aussi cause que 
Téglise d'Auxerre resta sans pasteur pendant sept à huit ans. Je veux 
parler des guerres civiles connues sous le nom de la Ligue, dont le but 
avoit été de détrôner Henri III , et dont toute la force se tourna ensuite 
pour empêcher Henri de Bourbon d'être élevé sur le trône de France (a). 



(a) L'écrivain royaliste de la vie de M. de Donadien parle ainsi des événements 
de ce temps : « Luctuosis hisce temporibus Gallia bellorum civilium tempestatibus 
quatiebatur, et tune nimis experti sunt omnium ordinum cives quantum non reli- 
gio sed religionis obtentus potuerit suadçre malorum. 

» Plures catholici nomine gloriantes quin imo abutentes vel cœca superstitione 
ducli, vel suœ ambitioni serventes fatali se fœdere devinxerunt, quod^ eheu! sanc- 
tam societatem vocitabant. » {N>é,E.) 



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QUATRB-VIIIGT^DIX-SBPTIÈMB ÉVÉQUB D*AUXERRB. 197 

L'idée que la cour romaine avoit conçue de ce prince empéchoit d'un 
côté qu'on expédiât des bulles à ceux qu'il nommoit aux évèchés, et de 
Taotre part il se trouvoit peu de sujets qui voulussent accepter le gou- 
Yeroement d'une ville où tout étoit en combustion , se charger d'un 
bénéBce dont les principaux bâtiments avoient été détruits pendant les 
gaerres précédentes, dont l'église cathédrale se ressentoit encore beau- 
coup du pillage des calvinistes, sans compter que pour entrer en jouis- 
sance de ce bénéfice, il falloit payer à la cour de Rome une annate 
considérable. Les mémoires dressés dans le pays en ce temp&-lk portent 
qn'Henri lY avoit nommé a l'évéché d'Auxerre, dès Tan 1594, un 
conseiller clerc du parlement de Paris, nommé Pelletier; qu'ensuite 
il 7 nomma le plus jeune des fils de Jean de Donadieu , gentilhomme 
gascon, qui étoit abbé de Saint-Hilaire du diocèse de Carcassonne ; que 
ie brevet de l'évéché fut ensuite cédé, vers l'an 1 597, à Jean Lordereaux, 
abbé de Saint-Marien d'Âuxerre ; mais que cet abbé étant mort de 
poison en revenant de Pans, ceux qui s'intéressoient pour les Donadieu 
firent consentir un autre fils de Jean de Donadieu de se faire d'église et 
d'accepter cette nomination. Cependant les bulles ne purent être expé- 
diées que bien avant dans l'année 4599. Pendant cette longue vacance, 
le Chapitre qui avoit nommé deux chanoines économes du temporel de 
févéché, ne souffrit qu'à regret Gabriel Remon, prévôt de Léré, dans 
l'église de Saint-^Martin de Tours, se mêler de cet économat. Mais 
comme c'étoit dans des temps de troubles que le roi l'avoit nommé, cet 
exemple ne tira point k conséquence pour l'établissement de la régale, 
qoi n'a jamais eu lieu en l'église d'Âuxerre depuis le commencement 
do vin® siècle; et ce commissaire fut révoqué par Tordonnance 
qnHenri lY donna au camp devant La Fère en Picardie, le i*' mai 
1596. De sorte que le Chapitre qui avoit toujours conféré les 
prébendes vacantes en pareil cas , se maintint inviolablement dans son 
privilège. La collation des cures fut aussi faite par le Chapitre en com*- 
mun, sans avoir égard k ce qui avoit été arrêté en 4570 k ce sujet-lli ; 
et on ne s'avisa de la mettre a tour derôle, selon l'antiquité des chanoines, 
qo'en 1599 (1); et même dès le 21 juillet 1595, on avoit cru qu'il 

(1) Reg, Capit, 13 martii 1599. 



1590 il 169.'!. 



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i98 FRANÇOIS DE DONADIBU , 

U99 k ies5. éloit plus à propos d^exainioer en plein Chapitre ceux qui se présente- 
roient pour les bénéfices, que de s'en rapportera l'archidiacre de Puisaye 
et au pénitencier. La capacité qu'on avoit reconnue dans les officiers de 
la cour ecclésiastique que M. Âmyot avoit choisie, engagea le Chapitre 
à les continuer dès le commencement de la vacance du si^e. Ainsi 
Laurent Petitfou , grand archidiacre et abbé de Saint-Père , fat officiai 
du diocèse jusqu'à sa mort arrivée le 5 février 1595, auquel temps 
l'abbé de Saint-Marien lui fut substitué : Jacques Magnen, chantre de 
la cathédrale, fut son vice-gérant jusqu'à l'an 1597, auquel temps s'en 
étant déporté, Gaspard Datny, lecteur, lui succéda (1). L'abbé deSaint- 
Marien n'est point différent de Jean Lordereaux, à qui M. Âmyot 
avoit conféré une prébende de la cathédrale en 1573, ainsi que j'ai déjà 
dit , et qui fut trésorier pendant quelque temps. Ce fut lui que le Cha- 
pitre nomma, en 1595, pour présider au synode des curés de tout le 
diocèse (2), qui se tint l'onzième jour d'avril : peut-être étoit-on déjà 
informé qu'il aspiroit à l'évêché. Il essaya de jouir de la préséance aux 
assemblées du clergé ; mais ce fut en vain, parce que le Chapitre adjugea 
cette préséance et la présidence en même temps au doyen (3). On ne 
vit point, tant que dura cette vacance , d'évêque in partibus employé 
aux fonctions du ministère. Ârnauld Sorbin, évéque de Nevers, fut prié 
parle Chapitre de faire quelques consécrations d^églises, entre autres 
celle de la paroisse de Chamiemi, que le seigneur François de la Rivière 
venoit de rebâtir en un autre lieu. Ce seigneur représenta que Tévêque 
Amyot, s'excusant sur son âge, avoit commis le même prélat pour cette 
cérémonie , aussi bien que pour bénir deux chapelles nouvellement 
bâties dans son château. Afin que l'acte en fût plus solennel, et que les 
fidèles s'en souvinssent plus longtemps, le Chapitre permit à l'évéque de 
Nevers de donner la tonsure et la confirmation dans la nouvelle église (4). 
Ce qu'il fit le 22 septembre, jour de la fêle patronale de saint Maurice. 
En 1599, dernière année de la vacance du siège, le Chapitre pria le 
même évêque de venir officier à la Pentecôte, et de faire l'ordination (5). 



(1) Reg, Capit. 10 noo. 1597. 
(9) Reg. Capit, 7 ap, 1595. 
(3) Reg, Capit, 30 sept. 



(4) Ex actis original,. 

(5) Reg, Capit, 50 apr. 1599. 



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QUATRB-TINGT-DIX-SEPTIÈMB ÉVÉQUB d'aUXERRB. 199 

Les aulres fonctions qui peuvent être déléguées furent faites pendant la ^509 ^ less. 
vacance par des dignitaires de l'église cathédrale (1\ En 1594 , le 
cimetière de Notre-Dame-la-d'Hors fut rebéni par le pénitencier ; en 
1598, Féglise de Bessy rebénie par le même, et en 1599, celle de 
Pourein par l'archidiacre de Puisaye. Le Chapitre en corps tâcha, pen- 
dant cette vacance, de faire l'avantage de la fabrique de l'église cathé- 
drale, en y unissant une prébende. On en avoit parlé au défunt évéque 
un peu avant sa raort, et sur ce qu'on lui avoit représenté que la dépense 
excédoit de huit fois la recette, attendu les aliénations et autres pertes 
causées par le malheur des temps , il y avoit donné consentement de 
vive voix. On destina pour cette union la prébende qui vaqua par la 
mort de Simon de la Croix, le 4 mars 1594 (2). Il n'étoit plus question 
que d'observer les formalités nécessaires ; et c'est de quoi on ne trouve 
aucun vestige. On fit en 1599 un acte tout opposé. C'est la désunion 
de l'administration spirituelle de Thôtel-Dieu d'Âuxerre, qui auparavant 
appartenoit au curé de Saint-Georges et étoit unie à son bénéfice. Cette 
désunion fut faite k la requête des habitants du village, ennuyés que 
leur curé ne résidât point. Mais elle n'eut pas de suite, puisque trente 
ans après, la même personne occupoit l'un et Tautre poste. Je ne dois 
pas taire ici un ancien vestige de la soumission que les Bénédictins 
avoient envers le siège épiscopal ou envers ceux qui le représentoient. 
Pierre Pésselière, grand-prieur de l'abbaye de Saint-Germain, demanda 
permission d'user d'œufs et de viande pendant le Carême de l'an 1595, 
à cause de ses infirmités. C'est ce qu'on lui accorda en Chapitre sur 
l'attestation d'un médecin ; et cela fut réitéré l'année suivante. Ce prieur 
étoit alors au moins octogénaire; dès l'an 1542, il étoit au rang des 
auteurs (5). Je ne passerai point non plus sous silence la religion de 
nos prédécesseurs envers les jours de fêles commandées. £11 1598, on 
fut obligé de vendanger à Âuxerre le 29 septembre , jour de saint 
Michel; et en 1599, le même besoin se retrouva le jour de saint 
Mathieu. Le Chapitre n'accorda la permission, qu'à condition que 



(1) Reg, Capit. 20 dee. 1593. 24 nov. 1598. 
37 maii 1599. 

(2) Reg. Capit. 5 mars. 1594. 



(3) Il a publié la vie de saint Germain, 
composée par Héric, etc. 



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200 FRANÇOIS DB DONÂDIBU, 

i ,e^. chaque famille paieroit cinq sols à rbôtel-Diea. Je rapporte, dans THis- 
toire Civile d^Âuxerre, tout ce qui se passa au sujet de TobéissaDce que 
la ville rendit à Henri IV, en 1594, et les prières que Ton fit pour être 
préservé de la peste qui courut vers ces temps-Ië. Il n'y a rien k ajouter 
à ce que j'en dis , sinon que Tusage étoit alors de faire une célébrité 
particulière, cinq vendredis consécutifs, et d'honorer dans chacune 
une des fêtes de la Sainte Vierge (i). Cette dévotion étoit nouvelle et 
n'est plus en usage. 

Enfin , l'évéché d*Âuxerre tomba dans la famille des Donadieu. Elle 
en fut redevable ^ Pierre de Donadieu, plus connu sous le nom de 
Picheri ou de Puchairie, lequel obtint cet évécbé du roi Henri IV, 
pour un de ses frères , en reconnoissance des services qu'il lui avoit 
rendus. Il suffit d'ouvrir le grand Mézeray, pour y lire que c l'incorrup- 
» tible fidélité de Pierre Donadieu sauva la ville d'Angers des mains 
» des ligueurs, par le moyen du château dont le roi Tavoit fait gouver-- 
x> neur. Le comte de Brissac s'étoit jeté dans cette ville pour la faire 

> révolter; mais il ne put gagner Picheri, quoiqu'il lui promît cent 
» mille écus, Tentretenement d'un régiment, et un riche parti, s'il 
» vouloit se marier. Les habitants prirent les armes contre le château. 
» Mais Picheri vint à bout de les réduire et eut la continuation de son 

> gouvernement. > On peut ajouter, à ce que dit ici Mézeray, que 
ce gentilhomme avoit d'abord été admis dans le nombre des quarante- 
cinq gardes de la personne du roi Henri III, et que ce même prince 
Tavoit fait gouverneur de la ville et château d'Angers, lorsqu'il l'eut 
retirée des mains de ses ennemis (2). Les deux frères plusjeunesquelui, 
portoient tous les deux également le même nom de François de Dona- 
dieu. Le plus jeune des deux embrassa le premier l'état ecclésias- 
tique, et eut d'abord en commande l'abbaye de Saint-Hilaire au diocèse 
de Carcassonne. On dit de lui qu'il refusa l'évéché d'Àuxerre, à cause 
que son frère, le gouverneur, vouloit se retenir sur ce bénéfice une 
pension de quatre mille livres, avec l'agrément du roi, et parce qu'il 
fut informé des réparations énormes qu'il y avoit à faire aux châteaux 



(1) Reg. Capiu 11 febr. et 82 juL 1597. | (2) Ex ejus epitaphio. 



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QUATRE-VINGT-DIX" SEPTIÈME ÉVÊQUE d'aUXBRRB. 201 

(ie Varzy et de Régennes. Cependani j'ai va une lettre d'un Donadieu ^599 ^ i^ 
aa Chapitre d'Âuxerre (i), datée de Paris, le 17 juillet 1596, qui 
remercie le Chapitre de Tavoir félicité sur sa Domination. Il y dit qu'il 
a envie de venir voir son Chapitre, mais que le voyage de son frère en 
Normandie, l'en empêche, et qu'il se rendra a Âuxerre k son retour. 
Picberi ou pour mieux dire Puchairie avoit trouvé dans Jean Lorde- 
reaux, abbé de Saint-Marien, une personne de facile composition pour 
la pension qu'il avoit en vue; mais par malheur cet abbé avoit été et 
étoit peut-être encore attaché au duc de Mayenne, ce qui ne pouvoit 
convenir au roi. François de Donadieu, le plus âgé des deux du même 
nom, parut moins effrayé que son frère du peu qui lui reviendroit du 
temporel de cet évêché. Il se fit tonsurer h l'âge d'environ 55 ou 
56 ans , et aussitôt il se vit nommé par le roi k l'abbaye de Belle- 
branche, de l'ordre de Citeaux et k cet évêché. Il étoit alors k Angers, 
auprès de son frère le gouverneur. Il y demeuroit depuis l'an 1588, 
que les guerres civiles Tavoient obligé de quitter Paris où il avoit étudié 
en philosophie, et où il avoit pris en théologie les leçons du célèbre 
Maldonat, jésuite. Ses études précédentes avoient été faites k Toulouse, 
dont l'université étoit la plus voisine du diocèse de Mirepoix, où il étoit 
né. Sa nooiination k Tévéché d'Âuxerre, qui étoit du 12 février 1598, 
né lui fut pas plus tôt connue qu'il fît dresser les informations néces- 
saires de sa vie et mœurs ; et afin qu'il souffrit encore moins de délai 
do côté de Rome par rapport aux bulles , le Chapitre d'Âuxerre fît la 
démarche de le demander avec instance au pape Clément YIII pour son 
évéque. On exposa au saint-père, dans une lettre du 18 décembre 1598, 
la triste situation où se trouvoit la ville et le diocèse d'Âuxerre depuis 
les guerres de la religion ; que ces guerres avoient été cause des alié- 
nations des biens d'église, et de l'abandon des domaines dans la cam- 
pagne ; que les impôts étoient plus hauts que jamais , en sorte que le 
clergé ne touchoit pas la sixième partie de son revenu ; que le château 
de Régennes, quoique rétabli par l'évêque Âmyot, étoit retombé dans 
sa première désolation , que celui de Yarzy menaçoit ruine ; et qu'ainsi 
il étoit nécessaire que sa sainteté pourvût incessamment l'église 

(1) Ex autographo. 



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202 FRANÇOIS DB DONAMEU , 

1590 k 16SS. d'Âuxerre d'un bon pasteur ; et que celui qui avoit obtenu le brevet de 
nomination du roi étant pieux, savant et très-zélé pour la maison de 
Dieu, il méritoit qu'on lui fit quelque remise du droit d'annates. Muni 
de ces recommandations, qui pouvoient, en cette rencontre, tenir lieu de 
la formalité des anciennes élections, il partit pour Rome, dans la com- 
pagnie du cardinal de Joyeuse, archevêque de Toulouse, et mena avec 
lui un docteur natif du diocèse de Couserans, nommé Jean Dassier. A 
Rome, il prit le bonnet de docteur au collège de Sapience ; et vit réussir 
tout en sa faveur, autant qu'il pouvoit le souhaiter. Le pape lui accorda 
gratis les bulles de Tévéché d'Âuxerre et celles de Tabbaye de Belle- 
branche. Celles de l'évéché, qui sont du.... juin 1599, ne lui donnent 
que la qualité de simple clerc du diocèse de Mirepoix. 11 n'étoil, en 
effet, encore alors que tonsuré. Mais le souverain pontife lui permit de 
recevoir tous les Ordres sacrés extra tempora^ à commencer par les 
quatre moindres. Il fut ordonné par le cardinal de Joyeuse, et ensuite 
sacré évéque par le même, le premier août, dans l'église de Saiol- 
Pierre-ès-Liens. Le jour que ses bulles lui furent accordées, le pape 
en donna avis au Chapitre d'Âuxerre par une lettre qu'il lui écrivit, afin 
que les chanoines disposassent les esprits k le reconnoiire pour leur 
légitime pasteur. Le nouvel évéque, de son côté, chargea, dès le 
15 juillet, de sa procuration générale, son frère Pierre, chevalier des 
Ordres du roi, conseiller d'état, sénéchal et lieutenant du roi en Anjou. 
Celui-ci subrogea Gaspard Damy, chanoine et lecteur d'Auxerre , que 
le sieur Dassier lui avoit indiqué à son retour de Rome, pour prendre 
possession de Tévéchéau nom de son frère ; il fit reconnottre au conseil 
du roi, le premier mars suivant, les bulles comme bonnes et conformes 
aux concordats, et obtint ordre de les mettre k exécution. En consé- 
quence, Gaspard Damy se présenta au Chapitre le 14 juin ; et, après 
la lecture des bulles, il fut mis en possession, pendant la grand'messe, 
par Guillaume dé Rigny, doyen , avec la cérémonie du baiser du grand 
autel, et celle de l'installation dans la chaire épiscopale, à droite du 
sanctuaire et dans la stalle du chœur où l'évêque a coutume de s'as- 
seoir. 

François de Donadieu se voyant, après son sacre, si proche de 
l'année séculaire ne voulut point partir de Rome sans gagner le jubilé 



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QUATRE-VINGT-DIX-SBPTIÈiyE ÉVÉQUE d'aUXBRRB. 205 

attaché k cette année. Pendant ce temps-là il se forma dans les céré- i^^ ^ i^ss. 
monîes ; il adopta plusieurs de celles qu'il vit pratiquer à Rome. Il eut 
aossi la dévotion de faire le pèlerinage de Notre*Dame-de-Lorette ; 
mais, peu accoutumé aux chaleurs du pays , il fut attaqué d'une mala- 
die qui le retint le reste de l'année à Rome. Il fit alors connoissance 
avec les cardinaux Baronius et Bellarmin , dont il envoya les ouvrages 
en France. Quoique son diocèse ne le possédât pas , il n'en étoit pas 
moins bien réglé , parce que Jean Dassier fut un vicaire-général à la 
vigilance duquel il n'échappoit rien. On a conservé jusqu'ici une feuille 
imprimée en latin d'ordonnances très-sages qu'il répandit dans le dio- 
cèse, vers le mois de. février 1600, pour Tinstruction des curés et de 
ceux qui viendroient demander des dimissoires. 

Le nouvel évéque étant rétabli en parfaite santé, prit la route de 
France et passa par Milan, qui avoit alors pour archevêque le neveu de 
saint Charles. Il y célébra la messe avec les ornements du saint arche- 
vêque défunt (I) ; et, le même jour, la curiosité le porta a aller en- 
tendre k vêpres, dans un monastère de filles, la voix d'une religieuse 
que saint François de Sales dit avoir admirée (2). Il arriva k Âuxerre 
le mercredi-saint , i8 avril ; il y fit son entrée monté sur une mule, et 
il coucha k l'abbaye de Saint-Germain. Il avoit choisi le lendemain, 
jour du jeudi-saint, pour se faire recevoir k la cathédrale. Cette se* 
conde entrée se fit en forme. Les quatre barons y avoient été convo- 
qués; mais, comme le procès-verbal a été perdu, on n'a connoissance 
d'aucune autre circonstance , sinon que Filbert de la Chassaigne , baron 
de Givry, grand-mailre des eaux-et-forêts du Nivernois et Donziois, y 
assista au nom dUenrietie de Clèves, veuve de Louis de Gonzague, 
comme baronne de Sainl-Veraîn, et que Pierre de Puichairie, frère du 
prélat, fit tous les honneurs de la cérémonie ; en sorte que la dépense 
de ce jour, tant k régaler le clergé et la noblesse, qu'à faire des au- 
mônes, monta k trois mille livres, somme très-considérable en 1601. 
Une suite de sa prise de possession personnelle étoit le serment de 
soumission envers l'église de Sens; il s'en acquitta le 17 septembre 



Mémoire du temps. | (3) Livre de l'amour de Dieu. 



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204 FRANÇOIS DE DONADIEU, 

1599 ^ leK. ^602 , entre les mains de Renaad de Beaune, son métropolitain (!)• 
Ceux qui ont connu le caractère de ce prélat, nous Tont représenté 
unanimement, quant à l'esprit , comme un véritable Nathanaël sans 
dol ni sans malice, d'un accès facile, d'un caractère naturellement li- 
béral » joyeux et agréable dans la conversation. Quant au corps , il' étoit 
d'une taille médiocre, il avoit les yeux brillants, le visage sec, et por- 
toit une longue barbe. La première chose qu'il regarda comme très- 
pressante dans son diocèse , fut la visite des paroisses, tant pour pro* 
céder à la réforme des mœurs des ecclésiastiques, que pour y adminis- 
trer le sacrement de confirmation. Il alla, en 1605, du côté de la 
Loire, où il étoit resté davantage de vestiges du calvinisme. A Gien, il 
donna la confirmation à plus de trois mille personnes , suivant qu'il 
l'écrit à Gaspard Damy , son ofiicial , auquel il marque < qu'il ne pou- 
» voit représenter la ferveur qu'il avoit reconnue parmi les peuples , 
» et qu'il louoit Dieu de ce qu'il lui avoit plu augmenter sa grâée , où 
» les ennemis de notre religion s'efibrçoient de la diminuer (2). » 
Une tenue exacte des synodes vint au secours pour le rétablissement 
de la discipline. Sur la fin de son épiscopat , parut une collection im- 
primée des statuts qui avoient été rédigés de son tenips. 

Quoiqu'un caractère doux et paisible empêche souvent une vive 
attention sur les affaires temporelles, on trouve cependant, diès les 
premières années de son épiscopat , plusieurs aveux et hommages ren- 
dus à ^ dignité pour des terres qui en relevoient. En 1602, Antoine 
de Ghastellux, chevalier, seigneur de Bazarne, lui passa nouvelle 
reconnoissance pour les moulins des Planches, situés en la paroisse de 
Leugny, au nom et comme tuteur de Pierre, Jacques et Diane, enfants 
de Léon de Moulins et de Marie de Crux , du chef de laquelle ces biens 
appartenoient a ces trois pupilles. L'année suivante, François d'Âgen, 
chevalier seigneur de Briaque en Saintonge, et Jeanne du Chesnoy , sa 
femme , lui payèrent les droits seigneuriaux de la terre de Saint-Sau- 
veur qu'ils avoient achetée d'Henriette de Qèves , duchesse de Nevers, 
par contrat du 15 avril 1600. En 1606, le nouveau duc de Nevers 



(1) En 1600, JeaorBaptiste da Val lui 
dédia la traduction qu'il fit du sommaire des 
points controversés dans la religion» de des- 



sus le latin de Goster, jésuite. 
(%) Lettre de Briare, 13nov. 1603. 



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ÛUATRE-VlNGT-pIX*8BPTliaiE ÉVÈQUE d'aUXERRE. 205 

obtint de lui le pouvoir de retirer, en son nom, le domaine d'Alligny, 
distrait de la baronnie de Sainl-Yerain, et aliéné par Charles de Gon- 
zague k Filbert Gillot, avocat en parlement, et à Anne Chevalier, sa 
femme, et il reçut pour cette permission plus de quatre mille livres. 
Ce duc lui rendit, six ans après, hommage pour cette baronnie et pour 
celle de Donzy. Vers la même année, 1606, qui fut la sixième de son 
épiscopat, Aymar, René, François et Charlotte de Prie, tous enfants de 
défunt René de Prie, lui firent hommage pour la baronnie de Toucy. 
Jamais Tenvie de thésauriser ne l'engagea à aucune démarche; il étoit 
si peu obsédé de cette passion, qu'il ne voulut jamais consentir à au- 
cune coupe de bois de Tévêché, quoiqu'il ne manquât pas dé raisons ni 
d'autorité pour le faire ; mais il aima mieux réserver ses forêts, et il 
employa, pour réparer le château de Régennes, celui de Yarzy et sa 
maison épiscopale d'Auxerre, le revenu de son patrimoine, particulièrcr 
ment de la vicomte de Domfront, k lui échue par la mort du sieur de 
Puchairie, son frère, arrivée en 1604 aux eaux de Pougues (1). Il ne 
voulut non plus jamais permettre que ses secrétaires prissent aucune 
chose pour le sceau épiscopal, pas même pour les provisions d'aucun 
office ou charge temporelle. Il conféroit tout gratis et ne levoit aucun 
droit pour ses visites» Son désintéressement parut encore plus sensible* 
ment dans les députations qu'il accepta pour assister aux assemblées du 
clergé ; il y alla toujours et y demeura k ses propres frais, âans de- 
mander aucune taxe, et remettant k son clergé celles qu'on Im atlri- 
buoit. Ce qui fut remarqué particulièrement en 1606, qu'on lui avoit 
taxé la somme de six mille neuf cent quatre-vingt-onze livres, pour 
huit mois de séjour, et en 1615, cinq mille six cents livres pour six 
mois. Mais quoiqu'il fût fort généreux de ce côté-lk, il ne négligeoit 
point ce qui étoit de son devoir, soit comme seigneur , soit comme 
évêque (2). En qualité de seigneur, il fit dresser un terrier général ; il 
acquit et réunit, au domaine épiscopal, un fief situé k Appoigny qui 



1699 k IQSS. 



(t] Il mourut ftgé de 50 ans d'une perte de 
sang, causée par l'ouTerture de la Teine 
dans laquelle le chirurgien avoit enfoncé 
trop avant la lancette. Il fut inhumé dans 
une chapelle des Jacobins d'Angers, où l'on 



voit son épithaphe en style magnifique, gra- 
vée sur le marbre par les soins de l'évéque 
d'Âuxerre. 
(2) Mémoires de Blanchonnet. 



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206 FRANÇOIS DB BONIDIEU , 

im k 16SS. venoit des leBriois. Il fit aussi <]uelques échanges avec le Chapitre. Le 
château deRégennes qu'il venoit de réparer, ayant été surpris en 1615 
par le prince de Condé, il fat contraint de donner, pour le racheter, 
trois cents pistoles au capitaine de Saint-Georges ; et sans se rebuter de 
cette rançon, ni des dépenses qu'il fallut faire pour l'entretien de la 
garnison de trente-six hommes pendant trois mois, et pour les fournir 
d'armes, il fit encore tous les frais qui furent nécessaires pour remettre 
en état les fontaines minérales d'Àppoigny, peu éloignées de ce château. 
Tout cela ne Fempécha pas d'exercer k Auxerre Thospitalilé d'une 
manière convenable à son rang. Il reçut tous les grands seigneurs qui 
y passèrent, entr'auires les cardinaux de Joyeuse et du Perron , le duc 
de Nevers, etc. Durant les 24 ou 25 années de son épiscopat, aucun 
des habitants de la ville ni de ses terres, n'eut sujet de se plaindre de 
ses domestiques. Quelques habitants d'Auxerre ayant tué et partagé 
entr'eux un cerf domestique qu'il nourrissoit, il voulut d'abord en tirer 
raison (1) ; mais les ayant fait venir devant lui k la prière de son oifi- 
cial, il se contenta de les reprendre paternellement et leur pardonna. 
Ce qu'il observa, k l'égard de ces deux laïques, étoit sa pratique ordi- 
naire envers les ecclésiastiques délinquants. Quoiqu'ennemi des vices, 
il ne ponvoit presque se résoudre à les châtier autrement que de pa- 
roles ; et aussitôt qu'il voyoit un prêtre lui demander pardon et pleurer 
en sa présence, il se sentoit touché de compassion et lui pardonnoit 
peut-être avec trop de facilité. Cependant, il ne put se dispenser, dès 
l'an 1604, de montrer du courage , lorsqti'il fut question de soutenir 
les droits de sa dignité et la gloire de Dieu. Ceux qui ont lu le Traité de 
l'Abus, par Fevret, comprendront ce que je veux dire quant aux droits 
et honneurs de l' épiscopat A l'égard de ce qui est dû k Dieu, on ne 
peut nier qu'il ne fût bien fondé à marquer son zèle contre les per- 
sonnes qui se promenoient dans l'église cathédrale pendant l'office, de 
quelque qualité qu'elles fussent , ou qui y paroissoient d'une manière 
indécente. Non-seulement il se fit exactement prêter serment d'obéis- 
sance par ceux qui furent élevés k la dignité de doyen, mais encore il 



(1) Mém. de 1G09. 



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QUATRE-VINGT-DIX-SEPTIÈME ÉVÉQUE d'aUXERRE. 207 

Toalat examioer les voies par lesquelles ils y éloient parvenus. Ainsi 1599 •, i^^ 
se vit-il obligé de refuser Pierre le Clerc, quoique malgré lui. Il voulut 
aussi, sur la fin de son épiscopat, obliger les chanoines, qui étoient 
curés, à résider dans leurs cures principalement les jours de fêtes ; 
mais, sachant que le Chapitre prendroit fait et cause pour ceux qui 
seroient inquiétés, il se désista de son entreprise (1). Informé du 
mauvais ordre observé dans l'officialité, il fit assembler, en son palais 
épiscopal , en sa présence, le 18 juillet 1605, Gaspard Damy, cha* 
Roioe et lecteur, oiBcial, Edme Guillaume, aussi chanoine vice-gérant, 
Jean Chardon, prêtre promoteur, avec Claude Boussu, greffier, et les 
procureurs, au nombre de sept. Tous concoururent k former un règle- 
ment composé de trente-quatre articles, avec l'aide des lumières de 
Claude du Voigne, docteur en théologie, vicaire-général, de Jean 
Dassier, très-versé dans le droit, et Nicolas Duval, avocat en parle- 
ment. Il n'y fut point résolu de supprimer les trois officialîtés rurales 
de Varzy, Cône et La Charité, mais d'examiner les titres de leur créa- 
tion et de s'instruire sur les abus qui s'y commettoient. Dans une autre 
assemblée, tenue chez lui , le 17 avril 1615, fut examiné le droit des 
archiprétres , par quatre curés que le synode avoil choisis , savoir : 
Gaspard Bargedé , chantre de l'église cathédrale et curé de Monéteau ; 
Jean Jurain, chantre de Varzy, curé de La Chapelle Saint -André; 
Caradeo Gaudry, curé de Moutiers; et Guillaume-le-Grand, curé de 
Saint-Regnobert. Le résultat de l'examen se trouvant favorable aux 
archiprétres , l'évéque les confirma dans le droit du lit du curé défunt 
et de la desserte de la cure vacante, par acte du même jour, de l'avis 
de Jean Dassier, son vicaire-général , et de Gaspard Damy, son 
officiai. 

Obligé de donner h la cathédrale sa chapelle d'ornements, il les fit 
présenter au Chapitre, le 23 décembre 1606, savoir : cinq chapes, les 
ornements de^ l'autel et ceux des ministres sacrés, le tout d'une toile 
d'or et d'argent k deux fils frisés h poil. La même année, il paya la fonte 
de la seconde cloche de la tour, et huit ans après, celle de la grosse 



(1) Reg, Capit, apriL 1621. 



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208 FRANÇOIS DE DONADIEU , 

1599 h ies5. cloche (a). II donna aux églises d*Âppoigny, Gharbuy et Gy-l'Evéqoe 
dont il étoit seigneur, un ornement complet. II fit bâtir le jubé d^Àp-* 
poigny, et à Gy^l'Evéque la voûte du choeur. Il établit des Capucins 
aux portes d'Àuxerre (1); il donna d'abord ^ !i leur arrivée, pour ache- 
ter la place où ils sont et avoir les matériaux, la somme de deux mille 
quatre cents livres ; il planta lui-même la croix à Tendroit où Téglise a 
été bâtie , le 27 septembre 1606 , en présence du clergé et du peuple ; 
il ajouta encore douze cents livres k ses premiers dons, et continua, tant 
qu'il fut k Àuxerre, de leur donner par an la valeur de cent livres ; et. 
Tan 1614, il dédia leur église. Les Jésuites furent, après les Capucins, 
ceux à qui il fut d'un plus grand secours , en ce qu'il fit réussir a leur 
avantage ce qui avoit échoué sous son prédécesseur. D'abord il con- 
tribua , par son crédit et ses sollicitations , à empêcher que le bâtiment 
élevé des deniers de Jacques Âmyot ne retournât à ses héritiers , et il 
obtint l'arrêt qui l'adjugea k la ville en 1607. Ensuite, ayant laissé 
écouler un intervalle de temps depuis la mort d'Henri IV, il consentit 
à leur établissement; et, k leur arrivée, en 1622, il leur donna 
1600 livres. Dès l'an 1606 , il avoit remis son abbaye de Bellebranche 
pour être perpétuellement unie au collège des Jésuites de La Flèche. 
Outre la somme d'argent qu'il doonoit régulièrement par an aux Jaco- 
bins et aux Cordeliers d'Auxerre , il y avoit deux muids de vin assurés 
pour chacune de ces deux communautés. Il aida beaucoup les premiers 
dans la dépense qu'ils firent, en 1620, pour la tenue de leur Cha-* 
pitre provincial k Àuxerre, estimant singulièrement le prieur nommé 

(1} Hém. de Blanchonnet 



(a) Voici rinscriptioD de la plus grosse de ces deux cloches, qui est rapportée dans 
un registre capitulaire de 1786. 

ILfiC ME SACRA DOMUS FECIT, PRASQLQUE RErECIT, 

NiTMBN ET AMRO UEO PERFERAM ASTRA SONO. 

FrAKCISCUS DE DoNADISn BPISC. AUTISS. HOC TTMPANCM 

PONDO X. M., IMPENSIS CAPITULI PRIMO CONSTATUM, CONFRACTUM 

Sois EXPEN8IS DONO REFIGI CURAVIT. AN 1614. 

La seconde, dont le poids n'estpas connu, portait les armes de M. de Donadieuet 
la date de 1606. {N. d. E.) 



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QUATRE-VINGT-DIX-SEPTIÈMB ÉVÊQUE d'aUXERRE. 209 

Vaogaler poar sa vertu , et à caase da soin qu*il avoit pris de rétablir i^n^ ^ j^. 
le couvent ruiné par les hérétiques. Par la même raison , il affectionna 
aussi très-particulièrement Jean Chapelle , gardien des Cordeliers , et 
le fit Tun de ses grands-vicaires en 1617 (1). Il partagea, entre ces 
deux communautés , les douze cents écus qu'il avoit reçus du duc de 
Nevers , pour des terres dans la possession desquelles il étoit rentré , et 
il leur fit distribuer, à condition qu'ils les employeroient aux besoins 
de leur église. A Tégard de THôtel-Dieu , tous les ans il y faisoit 
donner la somme de cent livres (a). 

Dès Tao 1617 furent établies les Ursulines; François de Donadieu 
leur donna des constitutions Tan 1623, avec Tavis et les conseils de 
Jean Boutroux , curé de Saint-Pierre-en-Château , promoteur de cet 
établissement. II approuva celui des Âugustins de la réforme de Boui^es 
fait dans ville de Gosne^ en 1616, aussi bien que celui des Récollets, 
qui forent établis de son temps et sous ses auspices, à Clamecy (b) et 
ï La Charité-sur-Loire. Les Jacobins et les Carmélites songèrent pa- 
reillement k s'introduire k Âuxerre; mais ces projets furent sans 
exécution (2). L'établissement des Bénédictines dans la ville de La 
Charité-«ur-Loire , projeté vers la fin de son épiscopat, eut plus de 
succès (c). II prit un soin particulier des religieuses de Tabbaye de Saint* 
Julien , qui étoient retirées k leur maison de Charentenay depuis les 
dernières guerres de la Ligue; et par le moyen d'une visite pour laquelle 



(1) Reg. Capituli. | W Rtg. Capit H Urhù len, 1623. 



(a) L'hôtel-dieu de Varzy fut de sa part, eu 1620, Tobjet d'un jugement qui inter- 
ditanx procureurs du fait commun de la ville de simmiscer à l'avenir dans son ad- 
ministration. — (Archives de ITonne) >G {N. d,E.) 

7. 

(d) Les Récollets furent établis parla protection de la duchesse de Nevers en 1620. 

Un P. de Monchy fut leur fondateur. Leur église était au-dessus du faubourg de 

Beuvron. Arch. de TYonne _?JL {N. d. E.) 

is. 

[c) Elles furent fondées en 1624 sous le nom de Bénédictines du Mont-de-Piété. 

Léon fondateurs sont noble Pierre du Broc dit du Nozet et Edmée de Thibaut sa 

femme. EUesfurent soumises au Val-de-Grftce, en 1626. JG_ {N. d, E.) 

17. 

Il 14 



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210 FRANÇOIS DE DONADIEU, 

1599 k ies5. î^ commit Gaspard Damy son officiai, la paix fut remise dans ce monas- 
tère , et les séculiers dont elles avoient formé elles-mêmes de grosses 
plaintes furent éloignés. La pénitencerie étant une dignité spécialement 
établie pour le soulagement des évoques , il entra dans tout ce qui pon- 
voit être utile au temporel de cette dignité ; il approuva la désunion qui 
fut faite de la cure de Saint-Âmand , pour y unir en place celle de 
Treigny, beaucoup mieux rentée, et cela du consentement du Chapitre 
de la cathédrale , qui fut sollicité par Denis Perronnet , alors péniten- 
cier. Il confirma aussi, en 1610, Tunion faite ci-devant de la chapelle 
de Saint-Germain k Técolâtrerie , depuis incorporée à la péniten- 
cerie (1). Ce fut, par sa permission accordée en 1619, que le sieur de 
Salles , seigneur du Couldret , proche Bléneau (2) , rebâtit a neuf an 
peu au-dessus du pont de ce lieu, une chapelle en Thonneur de saint 
Posen (5). C'est celle dont on voit les ruines en montant k droite sur 
le chemin d'Ouzoir. On dît qu'elle avoit été d'abord dans un autre en*' 
droit. Ce prélat avoit pris, dès l'an 1610, d'excellentes mesures pour 
la conservation de tontes les chapelles de son diocèse et même des re- 
venus de tous les bénéfices. Tous les titulaires dévoient déposer, aux 
archives de Tévéché, des copies collationnées de leurs principaux 
titres (4). Mais l'exécution en parut difficile, quoique conclue sur les 
8uffi*ages du synode. Des difficultés considérables arrivèrent de son 
temps dans quelques petites villes du diocèse; k Gien, il accorda les 
chanoines de la collégiale avec leurs subalternes, c'est-k-dire les cha- 
pelains ; un règlement de l'an 1609 pourvut a tout. À Clamecy, il y 
eut une entreprise formée par les élus, touchant l'audition des comptes 
de fabrique de la paroisse, contre le droit du grand-archidiacre ; mais 
cette affaire fut réglée en faveur de l'archidiacre, par un arrêt du 5 jan- 
vier 1615. Au faubourg de Clamecy est une chapelle très-célèbre, 
nommée Bethléem , laquelle a toujours été de la dépendance de l'évéque 
d'Âuxerre. Louisde Clèves, prieur de La Charité et évéque de Bethléem, 
s'étoit imaginé qu'on le croiroit sur sa parole, lorsqu'il assureroit que 



(i) Reg. Cap. i60î, 22 Nov. 
(2) Ex Reg. Secret signato Cochon» 3 sept 
1619. 



(3) S, P&sennus du Berry . 

(4) RegitU Franc. PeUé Secret, Episcopo- 



tus. 



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QUATRE-VINGT- DIX-SEPTIÈMB ÉVÊQUB d'aUIERRE. 211 

cette chapelle étoit unie à son évêché. Il voulut en produire des preuves; 1599 ^ 1095. 
mais comme ce qui pouvoil avoir été fait n'étoit point muni du consen- 
tement d'aucun des évéques d'Âuxerre, François de Donadieu y fit 
foroier opposition par Germain Cochon, avocat, le 19 mai 1606 (a). 

Il seroit inutile de s'étendre ici sur les statuts qui furent formés dans 
les synodes tenus de son temps , si la compilation qui en fut imprimée 
en 1622, n'éloit devenue fort rare. Les curieux y liront avec plaisir, 
daus le mandement préliminaire , cette maxime sur le besoin de tenir 
des assemblées de quelque nom qu'on les appelle, qu'il déclare néces- 
saires dans l'Ëglise, pour remédier aux doutes^ difJicuUis et disardree 
(»t s'y peuvent glisser. Entre ces règles promulguées de son autorité, 
il y en a une qui défend , comme une cérémonie indécente et non con- 
forme aux saints décrets , d'enchérir les bâtons des confréries durant 
le cantique Magnificat (1), et d'appliquer les versets deposuit et suseepit à 
la délivrance de ces b&tons. Il avoit réglé dès Tan 1609 , qu'il n'y au- 
roit plus qu'un parrain et une marraine à chaque baptême, et qu'on re- 
trancheroit la coutume par laquelle il y avoit un assistant outre le 
parrain , si c'étoit un garçon qui fût k baptiser, ou une assistante si 
c'étoit une fille (2); et il enjoignit d'avertir les peuples qu'un seul parrain 
et une seule marraine sui&soient, suivant le concile de Trente (5). Il fut 



(1) Page lî. I (3) Page 59. 

(S) Page 19. 



(a) En 1612, Tévéque voulant contribuer à TentretieD du collège destiné à l'ins- 
Inicfîoii de la ville et chAtellenie de Gosne, donna à bail perpétuel aux habitants 
de Gosne, deux Iles situées sur le Noain au faubourg Saint -Agnan, et plusieurs autres 
béritages, moyennant 30 sous de rente, et 2 sous 6 deu. de cens, à condition 
dVmployer le revenu de ces biens à Ventretien spécial du principal et du régent du 
collège de Cosne. La destination primitive a été conservée jusque vers la fin du 
xrm* siècle. -— (Arch. de l'Yonne, Instruction publique}. 

Le collège de Yarzy fut aussi l'objet de ses soins. En 1619, il termina les diffi- 
cultés qai s'étaient élevées entre le Chapitre et la ville pour Télection d'un maître, 
et décida, suivant les titres du Chapitre, que ce corps présenterait dorénavant le 
principal ou précepteur et l'instituerait dans le cas où il serait trouvé capable, ce 
<iai eut lieu jusqu'en 1755. L'enseignement des humanités allait jusqu'à la rhétori* 
qaeet était gratuit. ^ Arch. de l'Yonne, ^g ,y d. JB ^ 



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21:2 FRANÇOIS DE DOMADIBU, 

1590 ï 1695. ordonné aux prêtres qui administreroîeot la communion, non de retran- 
cher Tusage où ils étoient de présenter ou faire présenter du vin el de 
Feau aux laïques qui venoient de communier , mais de se servir poar 
cela d'un verre ou autre vase, et non pas d'un calice, de crainte 
qu'ils ne crussent communier sous les deux espèces. Gel usage de 
boire du vin après la communion étoit en effet si commua parmi le 
peuple d'Âuserre, encore ^ la fin du xvi* siècle, que je trouve dans le 
nécrologe d'une des paroisses les plus pauvres de la ville (1), qu'an par- 
ticulier donna vers ce temps-là une vigne k cette église pour fournir le 
vin de la communion du jour de Pâques ; et cet usage n'a cessé que de 
nos jours, parce que les coupes d'argent qui y étoient destinées se 
trouvèrent usées de vétusté, en sorte qu'il n'y a que la cathédrale où il 
s'est conservé après la communion générale des quatre fêtes ordinaires 
de Tannée. François de Donadieu ordonna encore que, dans les^ises 
paroissiales où l'on trouveroit deux seigneurs disputer entr'eux les 
honneurs et prérogatives, les curés ou vicaires ne nommeroienl aucun 
des contondants dans les prières , et qu'on laisseroit leur part du pain 
béni sur le banc des fabriciens (2). Il défendit à tous prêtres de remarier 
les personnes qui l'avoient été ; c'est-à-dire de réitérer les cérémonies 
matrimoniales avec la messe pro sponso et sponsa en faveur de ceux qui 
disoient qu'on avoit usé de ligature à dessein de leur nuire (5). 11 tronva 
quelquefois, dans ses visites, des abus dont les curés ne s'étoient point 
plaints aux synodes ; il tâcha d'y remédier. C'étoit, par exemple, l'usage 
en plusieurs lieux de la campagne que le jour du mariage on fit chanter 
vêpres par le curé, ou qu'on assistât à celles du Chapitre, si c'étoit dans 
un pajs où il y eût une collégiale. Il n'y avoit rien que de louable, si on 
se fût borné à dire ces vêpres suivant les règles reçues et approuvées; 
mais le bizarre étoit qu'il falloit que le Benedicamus^ qui termine ces 
vêpres, fût chanté par les parents du mari et autres assistants, à go^ 
déployée , ce qui n'étoil pas propre à exciter la dévotion. Le prélat vi- 
gilant défendit cette pratique et ordonna que les enfants chantassent 
ce verset comme c'est l'ordinaire dans le diocèse. Il défendit aussi 



(1) Obituar. S. Peregrini ad 27 martii. \ (3) Page 53. 
(2, Page 42. 



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QCATRE-VlNGT-DIX-SfiPTIÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE. 215 

de laisser parollrc à la procession de la Fête-Dieu des hommes 
irétas eo apôtres, avec des fausses barbes et perruques, et des habits 
bits exprès , couronnés d'espèces d'auréoles ou faux diadèmes. Il 
ordonna, qu'au lieu de cela, on portât avec respect des cierges allumés. 
Cest ce que j'ai tiré des registres de visites qu'il fil dans Tété de l'an 
1622» après la publication de ses ordonnances synodales. 

Gomme ce prélat avoit conçu à Rome une haute idée du rit qu'on y 
Toyoit communément pratiquer, sans faire attention que le Chapitre de 
Saint-Pierre, au milieu de cette grande ville, n'observe pas les nouveaux 
osages romains dans l'oiBce canonial, il essaya d'en introduire ce 
qa'il put. il avoit voulu, dès le commencement de son épiscopat, pa- 
roilré au chœur autrement habillé que ses prédécesseurs. Mais, en 
décembre i602, il fut condamné, aux requêtes du palais, à porter, 
depuis la Toussaint jusqu'à Pâques , la grande chape noire, le capu* 
cbon et camail comme les chanoines, ce que le Chapitre avoit certifié 
s'être pratiqué par les deux derniers évêques résidants, Lenoncourt et 
Âmyot. Le règlement ajouta même que, depuis Pâques jusqu'à la Tous- 
saint, l'évêque assisleroil â l'office en rochet et surplis par-dessus. On 
ne savoit alors à Âuxerre ce que c'éloitquela mozettc qui est venue de- 
puis. Vers le milieu de son épiscopat, plusieurs des anciens chanoines 
étant morts, on laissa introduire quelques rubriques prises d'ailleurs (1). 
Néanmoins, dans les visites des paroisses , il ordonnoit qu'on achetât 
le Missel d'Âuxerre préférablement au romain , et ne permettoit ce 
dernier qu'au défaut du diocésain, qui commençoit à devenir rare. 
Regnaud Martin, archidiacre, fit aussi, de son temps, l'essai d'une cor^ 
rection do Bréviaire d'Auxerre. Elle n'étoit point achevée l'an 1620 (2), 
et il ne parut aucun ouvrage concernant l'ofiice divin sous l'épiscopat 
de François de Donadieu. Selon l'ancien usage , l'évêque fournis- 
soit chez lui, aux chanoines, chaque année , au relour des vigiles chan- 
tées dans le chœur de Saint-Âmalre, le 50 avril, des gâteaux et trois 
sortes de vin, par forme de rafraîchissement ou d'agape ; cela fut changé 
de son temps. On consentit, en 1607 , que ce petit repas fût évalué k 
Qoe somme d'argent ; elle se paie toujours depuis !i ceux qui assistent 

(1) Rtg. Capii. 1608^ 1609. | (% Reg» Capii, 18 dec. 1620. 



1599 \ \%rj. 



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2i4f FRANÇOIS DE DONADIEU , 

1509 il 16?$. ^ ^^^ oifice, lequel est un reste des anciennes veilles qu'on célébroit 
dans chaque pays, au tombeau des saints tulélaires k l'approche de lenr 
fêle. 

Quoique depuis près d'un siècle l'église d'Àuxerre n'eût point eu de 
pasteur attaché si scrupuleusement k la résidence , il n'en faut point 
conclure qu'il ne sortit jamais de son diocèse. Il s'en éloigna quelque- 
fois ; mais ce fut presque toujours pour des sujets de piété et de dévo- 
tion. Il alla, en 1601 , k Orléans, gagner le jubilé que le pape accorda 
pour la continuation du bâtiment de l'église cathédrale dont Henri IV 
mit la première pierre, et son exemple fut suivi par quelques cha- 
noines. On le vit quelquefois célébrer k Paris la messe de Touverture 
du parlement. Non-seulement il étoit en grande réputation auprès des 
magistrats de cette cour et du conseil, mais encore il étoit parfaitement 
bien dans l'esprit du roi Henri lY et de la reine. Aux obsèques de ce 
grand prince , il conduisit l'ambassadeur de Savoie à Saint-Denjs, fit 
ensuite diacre , et chanta l'évangile à la messe des funérailles. L'assis- 
tance qu'il devoit aux assemblées du clergé de la province , Tobligea 
aussi à quelques voyages. On voit son nom au bas de la condamnation 
du livre d'Edmond Richer de ecclesicistica potestaie^ faite en 16il, le 
45 mars» par les évéques de la province de Sens. Il dédia l'église 
des Capucins de Joigny, diocèse de Sens , k la prière du cardinal de 
Gondy, fondateur de cette maison. Il eut, pendant quelque temps, pour 
suffragant, un prémontré nommé Nicolas Lagrené , abbé de Saint-Jean 
d'Amiens etévéque d'Ebron, lequel, étant k Auxerre, faisoit sa rési- 
dence chez les chanoines réguliers de son Ordre. Un voyage qu'il fit 
k Paris, l'enleva pour toujours au diocèse d'Auxerre, et lui occasionna 
la permutation qu'il y fit, au mois de juillet 1625, dt) son évéchéavec 
Gilles de Souvré évéque de Comminges ; celui-ci vint k bout de per- 
suader k François de Donadieu qu'il devoit se rapprocher de son pays 
et de son frère , l'évêque de Saint-Papoul. François de Donadieu fut 
tellement ébloui de cette proposition qu'il n'examina pas seulement si 
celui avec qui il traitoit étoit revêtu de pouvoirs. On découvrit depuis 
que le sieur de Yentenac, son homme d'affaires, avoit été gagné pour 
l'engager k la permutation. Le 7 février de l'an 1624, notre prélat 
étant retourné k Paris, révoqua le tout pardevanl notaires, a la persua- 



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QUATRE^VlNGT-DIX-SBPTIÈMfi ÉVÉQCE d'aUXEBKE. 215 

sioD de Jean de Montereul , avocat en parlement , et fit signifier sa i^^ ^ ^^ 
révocation à Gilles de Souvré, le 17 mars suivant; mais il éloii appa- 
remment trop tard , comme la suite le fit voir. Il tomba malade, peu de 
temps après , de chagrin de cette affaire. Son neveu , Barthélémy de 
Griet, lui conseilla de se recommander k la vénérable Marie de Tlncar- 
nalion, décédée depuis peu , en odeur de sainteté , chez les Carmélites 
dePontoise; il lui appliqua quelques reliques de cette religieuse, et sa 
santé revint peu à peu. François de Dooadieu crut que Dieu demandoit 
qu'il résignât a un aulre l'évéché de Comminges , qui lui étoit échu 
saos le vouloir. Il engagea son neveu, qui étoit ecclésiastique, k Tac- 
capter. Ce neveu est celui-là même a qui , lui et son frère, l'évéque de 
Saint-Papoul, avoient fait porter le nom de Donadieu en vertu de lettres- 
royaux obtenues depuis la mort du sieur de Puchairie, dernier mâle de la 
famille. Il se soumit aux intentions de son oncle, et il en justifia le 
choix par la vie sainte qu'il mena et qu'on dit même avoir été accom- 
pagnée et suivie dt) miracles. Sa préconisation k Tépiscopat est du 
6 octobre 1625. Il y est qualifié prêtre du diocèse de Rieux ; ces lettres 
lai permettent de retenir en commande Tabbaye de Saint-Hilaire, du 
diocèse de Carcassonne, de payer, sur les revenus de l'évéché deCom- 
mioges, trois mille livres k Gilles de Lusignan de Saint-Gelais , clerc 
do diocèse de Tours, et huit mille livres de pension k François de 
Donadieu, ci-devant évéque d'Àuxerre; et de le laisser jouir, sa vie 
durant , du château d'Alan , et des revenus de cette terre dépendante 
de la mense épiscopale de Comminges. 

François de Donadieu , confiné dans ce diocèse, n'oublia point son 
ancien troupeau qu'il n'avoit quitté qu'k regret. Tous les jours il offroi^ 
le saint-sacrifice pour le diocèse d'Àuxerre, et assuroitk ses amis qu'il 
s'y eroyoit obligé. Il récitoit même , en son particulier, l'ofiice en 
l'honneur de tous les saints d'Auxerre, chaque jour qu'il en trouvoit 
dans le calendrier du diocèse dont il avoit un exemplaire. Je rappor- 
terai, sons l'article suivant, les égards qu'il eut pour la mémoire de son 
successeur, et sans m' étendre sur le bien spirituel et temporel qu'il 
procura au diocèse de Comminges et k Saint-Bertrand où est la cathé- 
drale, il suffira de dire ici , qu'étant d'une santé beaucoup plus forte que 
Tévêque de Comminges , il y exerça presque toujours la plupart des 



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216 FRANÇOIS DE OONADIEU, XGVII^ ÉTÉQVB d'aUXERRE. 

1599 ï 1635. fonctions épiscopales ; qu'il vit mourir ce saint neveu en i657, et qoe 
lui ayant survécu de trois ans, il mourut dans le château d'Alan , aa 
mois de février 4640, âgé de quatre-vingts ans. On croit que son corps 
ou au moins son cœur fut porté â Pucbairie, le lieu de la sépulture de ses 
ancêtres, et où il avoit fait bâtir une belle cbapelle. Mais il est probable 
qu'on ne Taura pas séparé de son neveu, dont il admira toujours la 
baute vertu. 

Aucun de ses bistoriens n'a marqué qu'il eût fait un testament, ni 
qu'il eût demandé des prières dans la cathédrale d'Àuxerre. Un de ses 
officiers nous a seulement informé que lorsqu'il eut été remboursé de 
la vicomte de Domfront, qu'il tenoit par engagement pour la somme de 
cinquante mille écus , il partagea les trois quarts de cette somme entre 
tous ses héritiers présomptifs , et qu*il employa le reste en aumônes et 
œuvres pies. On voit aussi , par les registres du Chapitre d'Àuxerre (1), 
que les chanoines de cette église ayant appris son décès, lui firent un 
service solennel auquel les corps de la ville furent invités. Cet évêque 
avoit paru affectionner beaucoup un jeune homme appelé Hector de 
Puchairie ; il lui fournit même une pension considérable pendant les 
études qu'il fît à Toulouse ; mais on ignore à quel degré il lui étoit pa<- 
rent et ce qu'il devint après la mort de son protecteur. On trouve, dans 
les bibliothèques, deux ouvrages qui ont été dédiés â François de 
Donadieu lorsqu'il étoit évêque d'Àuxerre , savoir : un volume de ser- 
mons de Denis Perronet. pénitencier d * cette église, en 1601 , et la 
chronique de Robert, religieux de Saint-Marien d'Àuxerre, publiée à 
Troyes, l'an 1608, par I^icolas Caniuzat, chanoine de Troyes. 

La plus grande partie des faits que j'ai rapportés dans l'histoire de cet 
évêque, sont tirés des mémoires du sieur Antoine Mathieu Blan- 
chonnet, natif de Gascogne , lequel, après avoir été son maître dliôtel, 
devint ensuite contrôleur des deniers du diocèse, de ceux de Germain 
Bardolat, chanoine d'Àuxerre (a), comme aussi des collections fournies 

(1) Reg. Capit. 1640 13 febr, et aprit. 



(a) Le manuscrit de M* Bardolat, conservé aux archives de l'Yonne, est presque 
un cérémonial complet du Chapitre. On y remarque le soin extrême qu*avaient 



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GILLES DE SOUVRÉ» XGVlll^ ÉVÉQUB d'aUXERRE. ' 217 

par Gaspard Damy, son officiai, et des remarques en original da sieur ^^^ ^ ^^^ 
G. Bogue de Varzy, qui avoit été sou officier pendant plus de ^iogt ans. 



CHAPITRE VIL 

GILLES DE SOUVRË, XGVIII« ËVÊQUE D'AUXERRE. 

François de Donadieu n'oublia rien pour empêcher que son traité \m ^ lesi. 
avec Tévéque de Gommiuges n*eût lieu. Il avoit fait signifier sa révoca- 
tion non-seulement k ce prélat, mais encore au Chapitre d'Auxerre, au 
lieulenant-^énéral du bailliage et au procureur du roi (1). Il alléguoit 
qu'un de ses domestiques, gagné par argent, Tavoit surpris; que, par 
le traité passé d'abord à Régennes, le 45 mai 1625, on lui avoit donné 
1 evéché de Gommiuges franc et déchargé de toutes pensions ; que, par 
un second , du 7 juillet, on le chargeoit de six mille livres de pension 
au profit du sieur de Lansac , et qu'enfin la personne qui avoit fait le , 
traité à Paris , au nom de Gilles de Souvré , n'avoit de lui aucune pro« 
curation. Mais comme parle premier traité il étoit dit que les deux per- 
mutants jouiroient de leurs bénéfices, à compter depuis la Saint-Jean 
1625, et qu'ils en percevroient les fruits, quoiqu'ils résidassent dans 
leur ancien bénéfice jusqu'à ce qu'ils eussent obtenu leurs bulles , un 
nomméMerlet, dit du Jardin, procureur de l'évêque Souvré, lui per- 
suada d'envoyer au plus tôt un économe à Auxerre. Get officier vint se 

(1) Mémoire imprimé sur cette affaire. 



aatrefois les corporations de tout genre de faire respecter leurs prérogatives les plas 
minatieuses, les usages d'étiquette, etc. Le bon chanoine nous révèle les suscep- 
tibilités de ses confrères, leur jalousie et la tienne propre, leur esprit ombrageux et 
toujours redoutant les empiétements. (iV. d. £.) 



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218 GILLES DE SOUVRÉ, 

lase il 1631. Présenter; mais le Ghapi tre, loin de le reconnoUre, nomma trois cha- 
noines, le 19 mars, pour s'opposer k son économat. Il révoqua même, 
le 15 avril, la conclusion du 6 octobre 1625, qui portoit ouverture de 
ce qu'on appelle ailleurs la régale, laquelle avoit été faite nonobstant la 
répugnance de quelques chanoines. On passa arrêt à M. de Donadieu ; 
et un particulier, qui avoit été pourvu d'un canonicat comme si le 
siège eût été vacant, fut débouté et déclaré non-recevable. Ce ne fut 
donc qu'en 1625, le 17 janvier, que le Chapitre connut que véritable- 
ment M. de Donadieu n'étoit plus son évéque, et lorsqu'il eut connu 
que M, de Souvré avoit été nommé par le roi. La durée de cette va- 
cance ayant été plus longue qu'on ne l'avoit espéré , on changea sou- 
vent, dans le Chapitre , Tordre de conférer les bénéfices vacants, ou 
plutôt on varia sur le nombre des jours que chacun resteroit intabulé 
pour cela (1). Il ne se passa cependant rien de fort considérable 
pendant les vingt et un mois qu'elle dura , sinon que le cardinal Bar- 
berin , neveu d'Urbain YIII, légat du pape , fut reçu à Âuxerre, en 1 625, 
avec de grandes solennités. Les ordres du roi , du 25 avril , qui furent 
communiqués au Chapitre, portoient que la bourgeoisie iroit en armes 
au-devant de lui avec les magistrats , jusqu'à l'endroit qui seroit indiqué 
par le duc de Bellegarde ; qu'on lui offriroit les clés de la ville ; qu'on 
lui présenteroit un dais de couleur rouge et qu'on tapisseroit les rues 
jusqu'à son logis. Cette entrée se fit au commencement du mois de 
mai. Ce légat étoit accompagné de Pamphile, dataire, qui fut depuis 
pape, sous le nom d'Innocent X, et il célébra la messe au grand autel 
de la cathédrale. 

Gilles de Souvré, résolu de prendre possession, chargea de sa pro- 
curation Henri de Lambert, abbé de Hautefontaine et de Saint-Père 
d'Auxerre, qui présenta les bulles le 25 septembre 1626 (2). Le prélat 
écrivit en même temps aux vicaires-généraux nommés par le Chapitre, 
qu'il les prioit de continuer leurs soins jusqu'à ce qu'il fût présent en 
personne, excepté la collation des prébendes et les stations des prédi- 
cateurs qu'il se réservoit. Il ne différa pas un mois entier depuis sa prise 



(1) Reg, Capit. 15;ant\ 1â maii et 9 aug. ) (2) Reg, Capit. 25 sept. 1626. 
1625. 



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QUATRE-VlNGT-DIX-HUlTlàMB ÉYÊQUE d'aUXERRE. 219 

de possession. Il se rendit k Anxerre incognito^ à sept heures dn soir, i^ ^ ^^j, 
le 15 octobre, et sans aller k l'abbaye de Saint-Germain, il logea d'a- 
bord au palais épiscopal. Le lendemain il se présenta h la grande porte 
de Téglise, où il fut reçu par le Chapitre et installé par le sieur de 
Manjan , grand-archidiacre de Sens. On ne sait pour quelle raison il fit 
celte entrée avec tant de simplicité. 

Il étoit né, en 1596 , de Gilles de Souvré, marquis de Gourtenvanlt, 
maréchal de France , gouverneur de Louis XIII lorsqu'il n'étoit que 
dauphin, chevalier de ses Ordres, gouverneur et lieutenant du roi en 
Touraine, et de Françoise de Bailleul de Renouart. Il posséda, encore 
tout jeune, plusieurs abbayes (1) ; il eut d'abord celle de Saint-Genou, 
au diocèse de Bourges ; ensuite, celles de Saint-Florent de Saumur 
en ÂDJou et de Saint-Calais lui ayant été données, il fit tomber celle 
de Saint-Genou k François Chastelain, qu'il avoit eu, en 1614, pour 
professeur de philosophie, k Paris, au collège de Navarre. S'étant as- 
socié, en 1616, au célèbre Gassendi (2), ils se firent enseigner en- 
semble la langue hébraïque , par un juif d'Avignon nouvellement con- 
verti. Ce fut vers ce temps-lk qu'il commença k connoitre le mérite des 
gens de lettres. Le sien étant aussi très-connu dès l'âge de 22 ans, 
il fut nommé k l'évéché de Commioges, alla k Rome recevoir tous les 
ordres par dispense du pape , se fil sacrer évêque k Ravenne (5) et 
gouverna avec sagesse le diocèse de Comminges depuis l'an 1618. 
Ceux qui l'ont connu, écrivent qu'il étoit de haute stature, d'un naturel 
vif et gai, qu'il fut chéri de la noblesse pour sa bonté et sa franchise, 
respecté des pauvres et des riches , comme le père commun de tout le 
troupeau , et estimé des ecclésiastiques pour sa science et sa piété, qu'il 
aima les gens de lettres et les curieux ; en sorte qu'il paroit que ce 
prélat auroit mérité de vivre dans un temps plus éclairé. 

Après avoir fait revivre la discipline dans le diocèse de Comminges 



(1) Je trouve dans le Catalogne des doyens 
de la métropolitaine de Tours de M. Maan, 
p. 257, Bist. Eccl. Turon. Egidius de Souvré 
eleetus, non receptus 1606. Helias de Concers 
per rmgnationem 4606; mais notre Gilles de 
Souvré étoit alors trop jeune. 



(S) Epist. Gassendi ad Lud. Noël Canoni- 
cum Àutis» 

(3) On ajoute que quelquetemps après, il 
fut fait trésorier de la Sainte-GliapeUe de 
Paris. 



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220 GILLES DE SOUVRÉ, 

i6dc k 1631. P^^ ^^^ exemples et sa doctrine, il en fit autant dans celui d'Âuxerre. 
Il avoit entendu déclamer, deux jours après son arrivée, une oraison 
latine par le professeur de réthoriquc du nouveau collège, sur la sain- 
teté et la dignité de l'église d'Âuxerre. Il fit aussitôt ses efforts pour ne 
point dégénérer du zèle de tant d'illustres évéques des premiers lemps ; 
la réforme qu'il essaya d'introduire dans le troupeau dont il avoit re- 
cherché la conduite , en fut la preuve. Pour commencer par le clergé, il 
obligea les curés, par un mandement de Tan 4627, à résider dans 
leurs paroisses ; et , afin de fournir par la suite au diocèse de bons 
prêtres, il songea en même temps k l'établissement d'un séminaire. Il 
tint \k ce sujet plusieurs assemblées chez lui, où il convoqua les cha- 
noines les plus éclairés. Le premier dessein fut de le placer où est la 
salle du Chapitre et autres anciens édifices de la mense commune des 
chanoines , puis d'en confier la conduite à quatre ou cinq de leur 
corps ; les séminaristes auroient fait l'office a la paroisse de Saint- 
Pierre-en-Château , et il y auroit eu communication d'un quartier k 
l'autre par moyen d'une arcade. Le projet n'ayant pas été du goût de 
M. Bourdoise de Saint-Nicolas-du-Ghardonnet , h cause qu'il n'y trou- 
voit point d'exercice des fonctions curiales , on songea k le placer k 
l'abbaye de Saint-Père, et k en ôter les religieux qui servoient mal la 
paroisse. Mais l'abbé ayant différé de donner son consentement, on ne 
put consommer l'affaire. L'évêque, cependant, écrivant au pape, lui 
marqua l'empressement avec lequel il travailloit k cet établissement. 
Il se plaignit k sa sainteté de ce que quantité de cures étoient unies 
et' incorporées a des Chapitres , qui se contentoient d'y mettre des des- 
servants ou des vicaires tels qu'ils pouvoient les trouver, et que cela 
étoit cause que les paroisses étoient mal gouvernées. Il porta aussi ses 
plaintes de ce qu'il y avoit des cures qui ne pouvoient être conférées 
qu'k des chanoines réguliers, et que ces réguliers étant eux-mêmes 
d'une mauvaise conduite , ils ne pouvoient pas conduire saintement les 
peuples qui leur étoient confiés. Il pressa le souverain-pontife de casser 
toutes les unions de cures aux collégiales et aux communautés, et d'éta- 
blir des curés fixes et permanents dans toutes les paroisses ; de per- 
mettre aux patrons des abbayes de présenter des séculiers aux cures 
de leur dépendance, et de lui accorder le pouvoir de supprimer les 



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QUATRE-VIMGT-BIl-HUITlàllE ÉVÉOUE d'aUXERRE. 221 

abbajes de Saint-Père et de Saint-Laurent, pour en appliquer les revenus 
k la fondation d'un séminaire, suivant ^es décrets du concile de Trente. 
C'est ce que j'ai trouvé dans la minute de sa lellre à Urbain YIIL L'es- 
time qu'il fit des prêtres séculiers qui étoient en bien plus grand 
nombre dans le diocèse que les autres ecclésiastiques, le porta ïk ne 
rien conclure dans ses synodes sans avoir ramassé les voix de tous les 
curés (i). Ayant appris qu'en 1652, les prêtres de la Puisaye 
avoient formé entre eux une confrérie sous le titre de l'Assomption de 
la Sainte-Vierge, il leur accorda le pouvoir de la continuer, à condition 
de n'y admettre aucun laïque, et que le repas du jour de la fête fût 
frugal. Des prêtres, il passa à la réforme des peuples. La profanation 
des dimanches et fêtes excita son zèle ; le 22 octobre 1628, il fit un 
mandement pour défendre de voiturer le bois sur la rivière ou par terre 
les dimanches et fêtes d'apôtres, avec inhibitions aux meuniers et tous 
autres ayant charge des ponts, pertuis et chemins, d'en laisser passer 
par eau ou par terre les mêmes jours ; il fit même de cette transgression 
un cas réservé, menaçant d'excommunication les voituriers qui contre- 
viendroient. Sa charité pastorale seconda sa vigilance. Environ deux 
ans après qu'il fut arrivé k Auxerre, on essaya de lever un nouvel im- 
pôt sur le vin des habitants. Comme la ville se regardoit enclavée dans 
la Bourgogne, et que les citoyens, aussi bien que les vignerons, ont 
toujours eu présentes les promesses que les rois lui ont faites, et 
entr'autres Louis XI, de la conserver dans ses franchises, il ne manqua 
pas de se former une émeute éclatante à la première exaction que les 



IG96 k lesl. 



(1) Sons son épiscopat, quatre on cinq ec- 
clésiastiques, les uns chanoineSi et les au- 
tres simples prêtres de la Tille d'Àuxerre, 
après avoir vécu quelque temps en leur par- 
ticulier avec beaucoup d'édification, poussés 
du désir d'une plus grande perfection, réso- 
lurent en 1626 de demeurer ensemble, et de 
former une communauté. Ils en dressèrent 
le plan et le communiquèrent à leur évéque 
qui loua leur dessein, promit de Mk proté- 
ger, et de leur donner une maison quand il 
auroient pris leurdernière résolution. Avant 
de conclure, ces ecclésiastiques voulurent 
savoir le sentiment de M. Bourdoise. Ils lui 
écrivirent pour cela au commencement de 



Tannée 1627, et lui envoyèrent un plan de 
leur dessein avec les règlements de leur so- 
ciété, lui témoignant beaucoup de confiance 
et le priant d'y ajouter ou d'en retrancher ce 
qu'il jugeroit à propos. « Notre prélat, di- 
» sent-ils, vous en doit parler sitôt qu'il 
» sera arrivé à Paris ; nous vous prions de 
» l'entretenir dans la bonne volonté qu'il 
> nous a témoignée, et de l'exhorter à nous 
» aider de son crédit et de son bien, afin que 
» nous puissions surmonter les difficultés 
» qui s'opposent à notre dessein. > On ne 
sait si ce projet Ait exécuté ; un article des 
statuts du Chapitre y paroissoit contraire. 



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222 GILLES DE SODVRÉ, 

ifiS6 n 1681. étrangers voulurent faire de ce tribut. Le pasteur accourut au brait 
pour tâcher de calmer les esprils ; sa présence ni celle du bailli et du 
lieutenant-général , ne put rien arrêter. La populace, persuadée que le 
prince ne pouvoit manquer k sa parole, instruite de plus que le roi 
Henri IV s'étoit même engagé de nouveau, trente-quatre ans aupara- 
vant, de conserver les mêmes franchises, ne put êlre susceptible des 
raisons qu'on lui alléguoit. Malgré toutes les promesses qu'on put faire 
aux vignerons, que ce nouveau tribut seroit supprimé comme ne pou- 
vant être de la connoissance du roi , ils en vinrent aux mains, poursui- 
virent Texacteur jusques dans Téglise des Jacobins où il y eut effusion 
de sang. L'église fut réconciliée par ce prélat, et la ville répara le dom- 
mage que rirruption populaire y avoit causé (1). Cette émeute étoit la 
seconde qui arriva sous son épiscopat dans le même quartier. Dès le 
29 mars 1626, il en étoit arrivé une autre qui ne fit pas moins d'éclat ; 
peu s'en fallut que les derniers du peuple ne devinssent maîtres de 
l'HôteMe-ViUe (2). 

Ce fut pendant l'année 1629 qu'il entreprit la visite de son diocèse 
pour reconnottre, par lui-même , l'état de chaque église et y ordonner ce 
qui seroit utile et convenable. On apprend, par les procès-verbaux, 
qu'alors encore» dans le plus grand nombre des églises , le Saint-Sacre- 
ment étoit conservé à une suspense, comme dans l'église cathédrale, 
et que si , dans quelques-unes, il y avoit des tabernacles destinés pour 
cela, ils étoient à oété du sanctuaire, de même qu'on en voit en 
Flandre ; que la coutume commune des églises de la campagne étoit, 
que les pères de famille laissoient k l'église, en mourant, leur meil- 
leur habit, ce qui , quelques siècles auparavant, se pratiquoit aussi à la 
ville, comme on lit dans des testaments de ce temps-lk; on ne voit pas 
que Gilles de Souvré ait improuvé ces usages. Il statua en certaines 
églises que la délivrance de l'image du saint patron des confréries se- 
roit criée au banc de l'œuvre par les fabriciens, et que néanmoins le 
curé iroit prendre processionnellementt^ette image k la maison où elle 



(l)RegisUHrbi8\6i9. 
(2) Ce ^i en est rapporté dan s les registres 
(1c la ville, se rapporlo assez à ce qa*on lit 



dans une collection de lettres de ce temps-' 
là, imprimées en 1654 par les soins du P. 
Pintereau, jésuite. 



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QUATRE-YINGT-DIX-HUITIÈKE ÉVÉQUE d'aUIERRE. 225 

étoit conservée. Il ordonna des amendes pécuniaires contre ceux qui ^^ ^ ^^^^ 
n'assisteroient pas aux processions ordinaires pour ia conservation des 
fruits de la terre, ou qui ne les reconduiroient pas jusqu'à Téglise ; il 
fit défense k quelques religieux établis depuis peu à Auxerre, d'aller 
confesser des malades dans les maisons sans la permission du curé. Il 
projeta de réunir la paroisse de Saint-Pïerre-en-Gh&teau d'Auxerre, à 
celle de Saint-Regnobert ; mais cela ne réussit pas , par la raison que 
les habitants de la première exigeoient que leur église fût réputée 
Téglise matrice. Les chanoines de Glamecy avoient fait, quelques jours 
après son arrivée k Auxerre, un compromis entre ses mains, touchant 
leurs difficultés avec le curé de la paroisse. La sentence arbitrale qu'il 
donna le 5 janvier suivant, assisté de son nombreux conseil, comprend 
dix-huit articles, dont il n y en a point qui puisse intéresser la curiosité 
du lecteur, que le onzième, par lequel on apprend que toutes les fêtes 
solennelles, la coutume étoit encore k Glamecy que les fidèles offroient 
du pain et du vin k la grand'messe. L'évéque confirma ce pieux et an- 
cien usage, en adjugeant an curé les deux premières offrandes de cette 
espèce. En 1651 , le promoteur, dans les ofiicialités de Yarzy, Gosne et 
La Gharité, se trouvoit être un laïque; il ordonna que dans la suite ce 
seroit un homme d'église k Texemple de la cour principale d'Auxerre. 
Il procura, en 1628, k la nouvelle communauté des Bénédictines de 
La Gharité , les constitutions du Val-de-Gr&ce que Marguerite d'Ar- 
bouze, abbesse, y apporta k sa sollicitation. L'année d'après, Tabbaye 
de Saint-Germain de la ville d'Auxerre , embrassa la réforme de la 
Congrégation de Saint-Manr, par les soins de l'abbé Octave de Belle-* 
garde ; mais le tumulte qui arriva ce temps-lk dans cette église, k une 
procession delà cathédrale où le prélat assista, fut un spectacle éton- 
nant pour lui et qu'il fit en sorte de ne pas voir une seconde fois. Les 
religieuses de Sainte-Marie, autrement de la Visitation, demandèrent, 
en 1650, k être reçues dans Auxerre (1). Il y avoit trop peu de temps 
qu'on avoit refusé les Jacobines et les Garmélites; ces dernières subi- 
rent le même sort. 

La relation que Gilles de Souvré avoit avec le pape Urbain VIII ne 

(i) Reg, urhis 1C30, 24 aug. 



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224 GILLES DE SOUYRÉ, 

1696 il 1681. fut pas le senl effet do voyage qu'il avoit fait k Rome. Il avoit rapporté 
de ritalie une grande estime des usages ecclésiastiques de cette pro- 
vince. Il essaya d'en introduire quelque chose dans son diocèse, avec 
le manuel qu'il fit imprimer à l'usage des curés. Mais la brièveté de 
son épiscopat empêcha que les principes ultramontains qui auroient pu 
s'insinuer par ce moyen , ne fissent impression dans le clergé ; et tous 
les ecclésiastiques séculiers, qui étoit la plus grande et la plus saine 
partie de sou diocèse, eurent la prudence de supprimer ce qui auroit pu 
réveiller les anciennes querelles, k l'occasion d'une pièce que l'impri- 
meur y avoit insérée. Le projet qu'il conçut de réformer les livres ecclé- 
siastiques resta sans exécution. Il avoit établi chez lui une espèce de 
congrégation de rites, k l'exemple de celle de Rome. Dès les premiers 
jours de son arrivée, il demanda au Chapitre des commissaires pour 
la révision du Bréviaire (1). On voit , par les registres du Chapitre, que 
son intention étoit que tout ce qu'on chantoit fût tiré des livres romains 
réformés sous le pontificat de Pie V(2); mais les chanoines ne voyant 
point que le concile de Trente eût ordonné Tusage de ces livres, ainsi 
qu'on vouloit leur persuader, déclarèrent que quoique observateurs 
exacts des décrets du concile reçu en France, ils ne sutvroient point 
le chant de ces livres , et qu'ils s'en tiendroient aux anciennes céré- 
monies de l'église (a). Deux ans après, le chantre Gaspard Bargedé,se 
montrant le plus zélé pour seconder le prélat, fut établi chef du projet 
de la réformation. On présumoit qu'en vertu de sa dignité il ne consen- 
tiroit k aucune innovation qui ne fût un rétablissement de la saine anti- 
quité» ni k aucune suppression , sinon de celle de quelques cérémonies 
puériles qui avoient eu leur origine dans des siècles peu éclairés. Ce- 
pendant, toutes ces assemblées n'aboutirent k rien, parce que la matière 

(1) Reg, Capit. 3 nov, 1626. | (2) Ibid. S/u/. 1626. 



(a) Le Chapitre cathédral était^ comme le dit Tauteur de la Tie manuscrite de 
M. de Donadieu « anUquorum riluum ecclesiœ ÀulUsiod. sertaiorum tenaces, » aussi 
éleTa-t-il ici les mômes résistances aux réformes liturgiques que sous ce prélat, qui 
ne put faire accepter dans son église les livres et les cérémonies romaines. 

(N. d. E) 



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QUATRE- V)NGT-I>IX-H|}ITIÈMK ÉVÊQUE d'aUXERRB. 225 

des rites n'avoit pas encore été éclaircle comm^ elle Ta été depuis. ^^ ^ ^^^^ 
Les réviseurs procédoient, dans cette affaire, assez lentement , et le 
prélat fut enlevé de ce monde avant qu*on eût rien arrêté. Le Chapitre, 
qui avoit aussi espéré de cet évêque une suppression de prébendes et 
d'anniversaires resta, par la même raison, dans son état précédent (a). 
Pour ce qui est des honneurs dûs h sa dignité, Gilles de Sôuvré n'en 
laissa perdre aucuns qui fussent de sa connoissance » .et Ton peut dire 
qu'il alla même quelquefois à Texcès. C'est ce qui parut k l'égard de 
Claude Lemuet, élu doyen le 15 décembre 1627, après la mort de 
François de Lauzon. S'étant fait prêter, par ce nouveau doyen, le ser- 
ment de fidélité, il ordonna d'insérer dans la formule une extension de 
celte fidélité, obéissance et révérence, jusqu'envers ses ofiiciers ac 
ttiœn officiariis vestris. Le Chapitre, surpris de cette nouveauté, pria 
le prélat d'ôter cette clause, sans quoi le doyen n'auroit pas été 
reçu (1). Charles de Gonzague, duc de Nevers, lui rendit aussi hom- 
uiage pour les baronnies de Donzy et de Saint-Yerain ; il commit, pour 
cet effet, Scipion Maréchal , premier président de la chambre des 
eomptes de Nevers, le 14 mai 1629. La même année, le 4 novembre, 
Charles de Courbon ou de Courlon , chevalier, seigneur de Briague en 
SaintODge, et Gabrielle d'Âgen , sa femme , lui rendirent le même de- 
voir pour la vicomte de Saint-Sauveur. La ch&tellenie de Beauche ayant 
été acquise de son temps par Antoine Ruzé, maréchal de France, 

(!) Reg. Capit. 



[a] A cette époque, il étail encore ordinaire de faire des processions aux lienx où 
étaient conservées des reliques de saints renommés : à Saint-Bris près d'Auxerre, à 
Saint-Edme de Ponligny. C'était tantôt pour obtenir de la pluie, tantôt au contraire 
pour la faire cesser. Ces processions étaient quelquefois très-considérables, tout le 
clergé de la ville s'y trouvait, le Chapitre cathédral en tète. Le chanoine Bardolat 
ne voyait pas toujours ces cérémonies avec satisfaction. Il se plaint du désordre et 
delà confusion qui les accompagnent, et du peu de recueillement qu'on y apporte. 
La procession du 30 juin 1630, à Pontigny, fut une des plus nombreuses. La chaleur 
était extrême et les pèlerins arrivés à Pontigny exténués, s'occupèrent plutôt de 
boire et de manger que du but de leur voyage. Le 9 juiUet suivant les Cordeliers fi- 
rent une procession particulière à Saint-Bris pour le même objet. Il y eut encore 
da désordre. {N. d. E.) 

II 15 



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220 GILLES DE SOUVRÉ , 

leMii 1631. marquis d'Effial, il en fil faire la saisie, jusqu'à ce qu'il eût satisfait 
aux droits féodaux, ainsi qu'il paroît par le délai de six mois qu'ilac- 
corda, le 17 mars 1631. Il avoit eu occasion de marquer de la vigilance 
sur son temporel dès le lempS même qu'il eut ses bulles. Comme il 
passa à Paris l'année 1625 et une grande partie de la suivante, le grand 
jubilé de l'année sainte lui procura la restitution de plusieurs titres qui 
concernoient l'hôtel épiscopal d'Auxerre , autrefois aliéné par le car- 
dinal de la Bourdaisière ; et il prit la résolution de rentrer dans ce 
bien (1). Ce fut pendant la même année 1626, le 14 mars, qu'il sacra 
évéque d'Aire, Cilles Boutault, son filleul. Il fit cette cérémonie dans 
la Sainte-Chapelle dont il étoit trésorier. En 1627, il fut l'un des con- 
sécrateurs d'Henri de Barada, évéque de Noyon. Il ne paroit pas que 
depuis sa prise de possession de l'évéché d'Auxerre, il se fût beaucoup 
éloigné de son diocèse , jusqu'à l'an 1651 qu'il entreprit le procès pour 
rentrer dans TbôteL épiscopal dont je viens de parler. On sait seule- 
ment qu'en 1651 il sacra Jean Guérin, évéque de Grasse (2)\ En 
1651, Gaston d'Orléans, frère unique du roi Louis XIII, ayant passé 
le 15 mars à Toucy et de là à Cravan, prit la route de Bourgogne dans 
le dessein de se la soumettre ; ce qui obligea Louis XIIT d'aller à sa 
suite. Ce prince écrivit d'Etampes, le 14 mars; aux magistrats d'Auxerre, 
de veiller sur la conservation de leur ville ; il y arriva au bout de huit 
jours, c'est-à-dire le 21, et après avoir été reçu avec toute la magnifi- 
cence possible, il logea chez l'évéque, et le cardinal de Richelieu à l'ab- 
baye de Saint-Germain. Il y avoit alors environ quatre ans et demi que 
Gilles de Souvré travailloit à affermir le bon ordre dans son diocèse. 
C'étoit en vain qu'il avoit tâché plusieurs fois d'entrer dans le monastère 
de Charentenay pour y visiter la maison. Les religieuses de Saint- 
Julien d'Auxerre, retirées en ce lieu depuis les guerres de la Ligue , lui 
avoient toujours refusé la porte. Ses tentatives n'avoient servi qu'à 
l'obliger de leur passer reconnoissance pour une certaine censive sur 
sa maison ^piscopale et autres redevances à Gy-l'Evéque. Quoiqu'il eût 
obtenu, en 1629, un arrêt pour les soumettre à sa visite, il n'a voit pu 
encore le mettre à exécution. Il s'étoit trouvé à Paris le 10 février 1651, 

(1) Il éloit proche la porte SainlrMichel. | ^â) Nov. Gall. chr. 



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QUATRE-VINGT-DIX-HCrriÈME ÉVÊQUB D*AUXBRRE. 227 

et il y avoit signé la lettre circulaire des évéques contre les proposi- iç^^q ^ i^^i^ 
tioDS de quelques nouveaux livres. Il y retourna pendant Tété pour 
soivre Taffaire des Bénédictines de Charentenay et celle de l'hôtel épis* 
copal. Durant le séjour qti'il y fil, il fut Tun des trois prélats h qui Sébas-^ 
lien Zamel, évéque de Langres, et André Frémyot, abbé de Saint- 
Etienne de Dijon, s*en rapportèrent sur la juridiction. L'abbé fut main- 
tenu dans celle dont il jouissoit, par jugement du 45 juin. Gilles de 
Souvré fut aussi, le 24 d'août, Tun des deux évéques assistants au 
sacre de Gaspard de Daillon , évéque d'AIbi, fait par François de Gondi, 
archevêque de Paris, dans Téglise des Jésuites. Mais ce fut la dernière 
cérémonie solennelle où on le vil paroitre. Il se donna tant de mou- 
vement pour la réussite de son procès sur Thôtel d'Auxerre, qu'il con- 
tracta une grande fièvre, et après avoir fort regretté de se voir éloigné 
de son troupeau et de son église, il mourut le vendredi 19 septembre, 
dans la vigueur de son âge. 

Ses entrailles furent enterrées dans l'église qui est sous la Sainte- 
Chapelle de Paris, son cœur porté à Courtenvault, au diocèse du Mans, 
elle corps transféré a Âuxerre. La ville députa les sieurs Edme Bou- 
cherai et Edme Jodon, avocats, pour aller au devant du convoi jusqu'à 
Régennes, avec grand luminaire ;.de sorte qu'il fut vrai de dire que sa 
rentrée dans la ville, après sa mort, fut plus solennelle que n'avoit été 
celle qu'il y fit, lorsqu'il^vint prendre possession. Il fut inhumé devant 
le grand auiel de la caihédrale, k côié gauche de M. Âmyot, le 28 du 
même mois, en présence du clergé et du peuple. Son oraison funèbre 
fat prononcée en françois , le lendemain , dans le chœur, après l'évan- 
gile, par Nicolas Le Coinlre, bénédictin de Saint-Florent de Saumur (1). 
Paul Gara, jacobin, natif de Toulouse, que ce prélat avoit connu à 
Comminges, et qu'il avoit attiré à Auxerre pour y prêcher et enseigner 
la philosophie , composa depuis une autre oraison funèbre dans laquelle 
il fait un détail de quelques ouvrages de Gilles de Souvré, qui ne sont 
point venus à notre connoissance (2). Il est facile de se persuader que 

(1) Ce religieux prit pour texte un passage , Pontifex sanctus» innocens, impolhuus. 



de saint Paul qu'on feroit scrupule^ de nos 
jours, d'employer pour faire l'éloge d'un 
évéque canonisé. Talis decebat ut nobis esset 



(21 Ex Catal. Lud, Jocob. Carmeliti. Ca- 
bilon. 



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228 GILLES DE SOUVRÉ , XGVIIl® ÉVÉi^UB D AUXBRRE. 

« 

1G96 21 i6di. ce prélat, qui aimoit l'étude et les ecclésiastiques studieux, s'occnpoit 
à quelques ouvrages dignes de lui. Mais c'est sans preuve que quelques- 
uns firent courir le bruit qu'il souffroit chez lui qu'on approfondit les 
secrets de la chimie, et que c'est ce qui lui fut fatal. On sait seulement 
qu'un ecclésiastique appelé Maurice , qui avoit d'abord servi Urbain de 
Saint-Gelais de Lansac, évéque de Comminges , en qualité de médecia 
et d'herboriste , composa un livre herbier magnifique, qu'après la mort 
d'Urbain de Saint-Gelais, cet ecclésiastique s'attacha à Gilles de Souvré 
qui se plaisoit avec les gens curieux, et le suivit à Auxerre. Tel a été le 
fondement de ce bruit que la malice des hommes exagéra au désavan- 
tage de ce prélat. Il est bien plus certain que Gilles de Souvré aima et 
protégea beaucoup Luc Holstein, protestant d'Hambourg , nouvelle-* 
înent converti ; qu'il le retint longtemps dans son palais épiscopal à 
Auxerre (i); qu'il le présenta au cardinal Barberin, qui l'emmena à 
Rome où il devint dans la suite bibliothécaire du Vatican et chanoine 
de Saint-Pierre. Le plus célèbre personnage qu'il employa à Auxerre, 
pour le spirituel, fut Germain Bardolat, natif d'Entrains» au même 
diocèse, qui étoit déjà chanoine et lecteur dans la cathédrale, aussi 
bien qu'officiai avant son épiscopat; il l'établit son vicaire-général. 
L'official de La Charité fut François Rapine, prieur de Saint-Pierre-le- 
Moutier, homme d'une grande sévérité. Son bailli, k Auxerre, fut Jean 
Naudet, avocat d'une grande intégrité. Il ne se trouva aucune preuve 
que cet évéque eût demandé un anniversaire ni qu'il eût fait de fonda- 
tion. On lit seulement qu'il avoit chargé , en 1629 , les Augustins de 
Cosne de célébrer son obit k perpétuité, en reconnoissance de ce qu'il 
ne prit aucuns droits seigneuriaux pour les places qu'ils acquirrat b 
Cosne peu de temps après leur établissement. François de Donadîeu, 
ancien évéque d' Auxerre, étant informé de sa mort à Comminges, y 
fit célébrer un service où il voulut officier. On pourroit joindre aux 
illustres bénéficiers du diocèse d'Auxerre, sous son épiscopat, le fa- 
meux Edmond Richer , professeur de Sorbonne, qui eut le prieuré de 
Saissy-les-Bois , s'il n'étoit notoire que la ville d'Auxerre s'opposa à 



(1) Lettres orig. de Luc Hostein, et Mémoires de ceux qui Font tu à Auxerre. 



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DOMINIQUE SÉGUIER, XCIX* ÉVÉQUE D*AUXERR£. 229 

ee qu'il possédât ce bénéfice (1). Une autre personne assez célèbre, ^^^^ i^gi. 
dont le clergé d'Auxerre lui eut obligation , fut André Percheron , du 
diocèse du Mans, docteur de la maison de Navarre, qu'il fit chanoine 
et grand-archidiacre. Ce fut lui qui, impatient de ce que la famille de 
SoiiYré n'érigeoit pas de monument k la mémoire de son bienfaiteur, 
composa une épitaphe qu'il fit graver sur sa tombe et qu'on y lit encore 
aujourd'hui. iSilles de Souvré avoit aussi pourvu, en 1629 , d'un cano- 
nicat de la même église, François Hennequin, clerc parisien (2) ; mais 
eet ecclésiastique ne garda pas le bénéfice. La maison de Souvré donna 
à la cathédrale d'Auxerre, quelques années après la mort du prélat , un 
ornement de damas vert ; cet évéque avoit payé, durant tout le temps 
de son épiscopat, deux mille livres de pension à son frère, chevalier de 
Malte. 



CHAPITRE VIII. 

DOMINIQUE SËGUIER, XGIX» ËVÊQUE D'AUXERRE. 

Dominique Séguier, qui eut le brevet de nomination de Louis XUI ^^^ ^ i^?- 
pour remplir le siège d'Auxerre après la mort de Gilles de Souvré, étoit 
seulement prêtre, mais il possédoit plusieurs dignités, et avoit déj^ re- 
fusé plusieurs évéchés et même un archevêché. Il éloii né à Saint- 
Deuys-en-France, l'an 1593, le second jour d'août, de Jean Séguier, 
lieutenant civil de Paris, fils de Pierre, président en la cour, et de 
Marie Tudert, fille de Claude, seigneur de la Bournalière et de Nicole 
Hennequia. Il eut le nom de Dominique au baptême, parce qu'il étoit 
Tenu au monde après un vœu fait à saint Dominique ; et même en con-* 
séquence on lui en avoit fait porter l'habit pendant les six premières, 
années de sa vie. Il fut envoyé k l'âge de onze ans, a Dijon, avec Pierre, 
son frère aine , chez M. Brulart , conseiller au parlement ; il y fit ses 
premières études chez les Jésuites, pendant les années 1604, 1605 et 

(i) Reg. urbisj i nov, 1629. | (2) Reg. Capît. 



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I<i31 il 1637. 



^50 DOMliNlQUE SÉGUIER, 

1606. Il coiuinua les trois années suivantes à Paris, au collège du 
cardinal Le Moine, et (iit fait alors chanoine de Notre-Dame de Paçis. 
Il alla ensuite étudier en philosophie an collège de La Flèche, d'où, étant 
de retour à Paris « il fréquenta les écoles de théologie et celles de droit 
jusqu'en 1616, qu'il fui reçu conseiller-clerc au parlement de Paris. 
Le doyenné de la cathédrale du Mans ayant vaqué, en 1621, les cha- 
noines envoyèrent k Paris pour le lui présenter. Il ne garda cette di- 
gnité que jusqu'à Fan 1625 , auquel le Chapitre de Paris le choisit pa- 
reillement pour doyen ; et en même temps qu'il cessa de l'être au Mans, 
il eut dans le même pays nne abbaye de l'Ordre de Saint-Augustin. 11 
eut aussi» environ dans ce même temps, le prieuré d'Âuneau. Les inCr- 
mités et affaires de l'archevêque de Paris ne lui ayant pas permis d'offi- 
cier à toutes les cérémonies extraordinaires, le doyen s'en acquitta aYec 
tant de grâce et de majesté, que Louis XIII l'admira en plusieurs oc- 
casions; et lorsqu'on 1631 il fut fait son premier aumônier, le prince 
consentit en sa faveur que, dans la suite, le premier aumônier pût exer- 
cer son office en quelque temps que ce fût. Le même prince obtint pour 
lui, du pape Urbain YIII, le titre d'archevêque de Corinlhe, et le des- 
tina ensuite h révêché de Boulogne , vacant pai la promotion de Victor 
Bouteillerkrarclievèchè de Tours (l).Maiscomme celui d'Âuxerre vaqua 
presque dans le même temps, il lui fut donné te 6 octobre 1651 , avant 
même qu'il eût reçu ses bulles de Karchevéché de Gorinthe. Quoiqu'il 
pût, après l'arrivée de ces bulles, se faire sacrer archevêque pour avoir 
le pas sur les évoques , il aima mieux attendre l'expédition de celles de 
l'évéché d'Âuxerre, et ne se faire sacrer qu'en qualité d'évêque. Il le 
fut, en 1652, par l'archevêque de Paris assisté des évoques de Chàlous 
et d'Orléans. Ce sacre fut fait dans l'église des Carmélites , â cause que 
sa mère s'étoit retirée dans cette maison. On varie sur le jour ; les uns 
marquant que ce fut le 18 janvier, d'autres le 25 juin. Quoiqu'il en 
soit, il vint k Sens le troisième jour d'août pour y faire sa profession 
de foi entre les mains de l'archevêque , suivant la teneur de ses bulles. 



(1) En 1631 , le sieur À. liu Fousteau lui 
dédia les Singularités de France. in-U. Il 
le qualiûe doyen de Paris, premier aumônier 



de sa majesté, nommé à Tévêché de Bou- 
logne. 



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QUATRE-VINGT-DIX-NEUVIÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE. 251 

et il prêta en même temps le serment ordinaire de soumission et obéis- ^^^ ^ ^g^. 
sance. Pendant le même mois, W fit savoir aux quatre barons qu'ils 
eossent k se trouver a son entrée solennelle au mois de septembre. 
Cependant, lorsque le jour assigné fut venu,. il ne fit point exécuter 
l'ancien cérémonial , pour ne pas se compromettre avec le procureur- 
général , et il ne garda d'autre forme d'entrée sinon que le lendemain 
de son arrivée, qui étoit le jeudi 16 septembre , il alla, sur les neuf 
heores, du palais épiscopal à Notre-Dame-de-la-Cité, oit il se revêtit 
de ses habits pontificaux, et il fut ensuite conduit de cette église k la 
cathédrale, par André Percheron , grand-archidiacre d'Auxe'rre, Edme 
Berault et Etienne de la Faye , chanoines de la même église, chargés 
delà procuration de Charles Prévôt, grand-archidiacre de Sens. Etant, 
arrivé k la grande porte de la cathédrale qui étoit fermée , il y prêta le 
serment accoutumé entre les mains du même archidiacre d'Auxerre, 
représentant alors le doyen , et étant ensuite introduit dans l'église, le 
même dignitaire lui fit une harangue latine» le conduisit au chœur, le 
mit en possession avec toutes les cérémonies que les archidiacres de 
Sens ont coutume d'observer. Après le Te Deum il donna la bénédic- 
tion; et, s'étant déshabillé, il revint entendre la messe du chœur dans 
sa stalle : le même jour, il donna un repas à tout le Chapitre , tant cha- 
noines que tortiers et chapelains, et quelques jours après k tous les 
corps de la ville successivement. 

Tous ces témoignages de joie inséparables de sa nouvelle réception, 
ne L'occupèrent point de telle sorte qu'il ne se livrât aussitôt k l'exer- 
cice des fonctions épiscopales. Le samedi suivant , qui étoit celui des 
Qaatre-Teoips, il conféra les Ordres. Le mardi d'après, vingt et un jour 
de septembre, étant au couvent des Cordeliers, il y fit la bénédiction 
solennelle de la pyramide élevée au milieu du préau du grand cloître (1). 
•Il eut, dans le mois suivant , un sujet d'affliction. 11 avoit amené, k 
sa prise de possession, sa sœur Charlotte Séguier, femme de Jean de 
Ligny, maître des requêtes, avec sa fille , nouvellement mariée k VL de 
Brandon. Cette jeune dame mourut k Auxerrele 18 octobre. Cette 
perte fut fort sensible k Dominique Séguier, qui fit déposer son corps ' 

(1) Necrok Franciscanor . Auliss. 



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252 DOMINIQUE SÉGUIER, 

1881 k 16OT. ^^°^ '^ crypte sitaée sous la chapelle éplscopale , où elle fut conservée 
dans un cercueil de plomb jusqu'au mois d'octobre 1657, que M. de 
Brandon envoya deux prêtres pour l'amener et la conduire dans le tom* 
beau de ses ancêtres (i). Ce fut à cette occasion que le Chapitre eut 
de la famille des Séguier un ornement noir, connu depuis sous le nom 
de la dame de Brandon , qui fut comme une préparation k tous les pré- 
sents dont Dominique Séguier devoit combler son église (a). Je crois 
pouvoir commencer son éloge par cet article, parce qu'en effet il formo 
un article essentiel de l'histoire de ce prélat, et qu'il est d'autant plus 
digne de remarque qu'il succédoit à un autre, lequel, pour avoir trop 
tardé à donner son ornement, fut prévenu par la mort. M. Ségoier 
commença par un ciboire considérable d'argent doré, pour mettre sous 
le pavillon du grand autel, une croix de même matière et deux grandes 
burettes qu'il fit présenter., le 21 mars 1655 (2). Quatre mois après, il 
envoya un ornement complet de velours cramoisi, parsemé de fleurs 
. d'or avec les courtines de damas rouge , pour mettre entre les colonnes 
de cuivre du sanctuaire. Le surcroît de chapes fit aussitôt rétablir 
l'ancienne coutume par laquelle les dignités et chanoines invités de 
chanter les répons et les alléluia des grandes fêtes , alloient se revêtir 
auparavant de chapes à la sacristie, ce qui avoit été interrompu depuis 
que les calvinistes avoient emporté les chapes (5). Ayant appris, dès 
sa jeunesse que la ville de Saint-Denys possédoit dans l'église de Tab- 
baye la plus grande partie du corps de saint Pèlerin, premier évéque 
d'Auxerre, et que son église cathédrale n'en avoit plus aucune relique, 
il en demanda au P. Gyprien, le Clerc prieur du monastère, et ii toute 
la communauté. Sa demande lui fut facilement accordée , non-seule- 



(1) Reg, Capit. 19 oct, 1631, 1 «( 5 aug. 

(3) Reg, Cap. 1638, 1 et 5 aug. 

(3) Il donna aussi un instrument de paix 



très-magnifique, mais ce fut en échange d'une 
conque précieuse, qui venoit de François de 
Dinteville. 



(a)L'évéque partit alors pour Paris, et envoya de celte ville un ordre de destitution 
pour les officiers de ses terres. Les officiaux de Gosne et de La Charité forent éga- 
lement révoqués et personne ne réclama. L'office de bailli et juge-grujer deVany 
fut donné à M. André Dupin, avocat à Auxerre. — 'Mémorial de Bardolat^ Arch. de 



l'Yonne 



{N. d. E.) 



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QUATR£-VmGT-DlX-N£UVlÈllB ÉVÊQ€E d'aUXBRRE. 255 

ment par^e qu'il étoit successenr de ce saint, mais encore parce qu'il ^^i ^ ^^^ 
aYoit été l'un des commissaires que le roi avoit nommés, en 1655, pour 
introduire dans cette illustre maison la réforme de la congrégation de 
Saint-Maur. Ayant donc obtenu, le 27 mars 1654, environ la moitié 
d'un des os fémur de Tapôtre d' Auxerre , il fit faire un reliquaire d'ar- 
gent doré, de la valeur de deux mille livres, oà cet ossement fut en- 
fermé (1), le fit déposer dans la chapelle de Notre-Dame-de-Loretle, 
proche sa ville épiscopale , d'où il fut apporté processionnellement à la 
cathédrale par le clergé de toute la ville et faubourgs , le mardi de 
Pâques de l'an 1656 (2). Il officia pontifîcalement à cette cérémosie, et 
renferma dans la châsse l'acte de la donation qu'il faisoit delà relique, 
signé à Paris, le 12 février précédent. La dévotion qu'il avoit envers les 
reliques des saints du pays, le porta k ne pas souffrir que les débris des 
châsses que les calvinistes avoient pillées en 1567, restassent plus long- 
temps renfermés dans le trésor de la cathédrale^ sans être exposés k la 
vénération des fidèles. Il les déposa dans une grande châsse de bois 
doré (5) dont il fit présent k l'église, le 26 du oiois d'octobre 1656. 
Les principales de ces reliques étoient la tête de saint Amatre et quel- 
ques ossements principaux de son corps, quelques fragments de la 
tête de saint Just, enfant martyr, les habits de saint Germain (4). Il y 
joignit l'os du bras du saint Saturnin, célèbre martyr de Rome, que le 
cardinal Pellevé avoit envoyé k l'évêque Âmyot, qui étoit resté dans un 
tuyau de fer blanc sans être enchâssé, une mâchoire de saint Julien, 
martyr, que Pierre Séguier, son frère , nouvellement fait chancelier, 
lui avoit donnée avec d'autres reliques moins connues. On continua, du 
temps de cet évêque, la révision du Bréviaire commencée sous son pré- 
décesseur, mais elle resta encore imparfaite. L'utilité qui revint au 
Chapitre, des conférences que Ton tint k ce sujet, fut la réduction des 
anniversaires qu'il accorda par acte du 5 juillet 1654 (a). Il approuva 



(1) Voy. les Preuves, an 1634, t. iv. 

(2) C'est en mémoire de cette réception 
qu'on continue tous les ans, le mardi de Pâ- 



ques, de porter ce reliquaire en procession. 
(5) Reg. Capit. 24 ocL 1636. 
(4) Voy. les Preuves, an 1636. 



(a) Les anniversaires étaient devenus trop considérables^ on les réduisit à un par 
semaine. (N. d, E.) 



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254 DOMINIQUE SÉGUIER, 

1631 à 1687. aussi, la même année, l'usage par lequel, en son absence, le dignitaire 
le plus qualifié où le chanoine le plus ancien donne la bénédiction au 
prédicateur, et il reconnut l'antiquité de cet usage. 

Son caractère bienfaisant se manifesta dans les visites de son diocèse. 
Il eut soin d'y répandre de bons livres qui traitoient de TadminisiralioD 
des sacrements et des livres d'instruction chrétienne en forme de ca- 
téchisme. Il enrichit un grand nombre de pauvres paroisses de vases 
nécessaires en argenterie, entr'autres d'un ciboire, sans cependant les 
astreindre à quitter l'ancîen usage de conserver le Saint-Sacrepent à 
côté du sanctuaire. Mais on remarqua que les prédicateurs étrangers 
qu'il mena dans ces visites, n'eurent rien qui les distinguât dans le ta- 
lent de la chaire et qu'il eût pu trouver parmi les curés d'aussi habiles 
gens (a). On le blâma aussi de ce qu'il n'imita point son prédécesseur 
dans la confection des statuts et qu'il les proposa tout dressés dans son 
premier synode. Les plus éclairés attribuèrent ce nouvel usage k quel* 
ques-uns de son conseil , dont les principes étoient plus despotiques que 
les siens. Ces premiers statuts, publiés le 5 avril 1653 , rouloient sur 
le mariage. Il y en avoit contre les mariages clandestins; dans d'autres, 
il étoit défendu de marier le jour de Saint-Joseph, quand il tomboit en 
carême. Le reste étoit sur les dispositions aux Ordres. Son atten- 
tion ne s'étendit pas seulement sur le besoin qu'avoient les églises 
de vases sacrés et sur celui que les peuples avoient d'être instruits; 
il prit encore un soin particulier des néces^ifés corporelles de ses 
diocésains ; il fit habiller à neuf quantité de pauvres honteux, assigna la 
dot à plusieurs filles, et donna pour faire apprendre un métier aux 
pauvres garçons. Pendant les premières années de son épiscffpat, il y 
eut des maladies contagieuses qui augmentèrent le nombre des indi- 
gents (6). C'est pourquoi, au lieu de faire distribuer deux fois par 



(a) Cette aUusion s'applique sans doute aux PP. jésuites, filandin et Marguenat 
qui raccompagnaient dans sa visite des paroisses de la Loire, avi printemps de 1633. 
Dans celte visite, il consacra Végli^e des Récollets de La Charité le jour de TAscen- 
sïon.^Voy. Mémorial du chanoine fiardolat ; Arch. de TYonne, p. 68. (iV. d. £.). 

(b) Au mois d'octobre 1631, on fît des prières publiques et extraordinaires à l'oc- 
casion de la peste qui commençait d infester la ville d'Auxerre.— Beg. Bardolat^ 

(iV. d. E,' 



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QUATRE-VINGT-DIX-NEUVIÈME ÉVÉQUB D^AUXERRE. 255 

semaine da pain k la porte de son palais , k tous les pauvres qui se leai ^ iw. 
présentoient, il ordonna qu'on le fit trois fois; outre les aumônes 
qu'il répandoit secrètement par les mains des curés, religieux et dames 
de charité. S'il témoigna ainsi son amour pour les pauvres, il n'oublia 
pas non plus d'aider de son crédit les personnes affligées ou qui étoient 
mal dans leurs affaires, surtout celles qui étoient de la ville. Il inter- 
posa souvent pour cela Tautorité de sod frère devenu garde-des-sceaux 
en 1635 et chancelier en 1655. Le clergé diocésain , connoissant son 
inclination à rendre service, le pria de lui être utile dans les assemblées 
du clergé de France, et la communauté des habitants le supplia souvent 
de parler pour elle au conseil du roi. La confiance qu'elle avoit en lui 
la porta mémek le choisir (1) pour arbitre dans une affaire purement 
temporelle qu'elle avoit contre les courtiers de vin (2). Entre les choses 
qu'il obtint à l'assemblée du clergé, tenue à Paris l'an 1655, une des 
plus utiles pour son diocèse fut que Pévéque de Bethléem auroit du 
clergé de France une pension de cinq cents livres , moyennant quoi il 
ne célébreroit plus d'ordination dans la chapelle de l'hôpital de ce nom, 
au faubourg de Glamecy. Le clergé se porta k cette gratification, sur ' 
les plaintes que l'évéque d'Auxerre fit d'André de Sosée, titulaire de 
cet évêché, qu'il accusa de recevoir des présents de ceux qu'il ordon- 
noit. La déroute qui arriva la même année à Dôle , en Franche-Comté, yif . 
troubla un peu sa joie; mais, heureusement, les frayeurs ne furent pas 
de longue durée. On voit , par les mémoires de ce temps-lk , que 
l'évéque d'Auxerre n'eut pas plutôt appris le retour de M. d'Orléans de 
Flandre, qu'il consenjlit avec plaisir qu'on fit un feu d'artifice au- 
dessous de ses fenêtres , sur la rivière d'Yonne , le 21 octobre , et qu'il 
en fut spectateur. 

Depuis longtemps il n'y avoit eu de dédicace d*église dans le diocèse. 
Le nouveau prélat en fit deux dans ses visites de l'an 1654. Celle de 
l'église du village de Saint-Privé, à l'instance d'Edme Berault, cha- 
noine, qui en étoit curé, et celle de l'église des Récollets de Clamecy, 
Comme le goût de Tanliquité ecclésiastique n'étoit pas entièrement 
perdu, l'autel qu'on le pria de consacrer a Saint-Privé, consistoit en 

{1 ) <2 febr. 1635. | (2) Ou Couraliers. 



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256 DOMINIQUE SÉGUIER', 

ifisi k 1697. ^°^ ^^^1^ ^^'^ ^^ pierre sous laquelle on avoit laissé uue espèce de 
tombeau pour y renfermer une petite capse de reliques de martyrs (1). 
Deux mois avant cette cérémonie, notre prélat avoit été ï Nevers, où il 
avoit sacré Rustache de Chéry, chanoine trésorier de Nevers, en qualité 
d'évéque de Philadelphie, pour servir de coadjuteur ^ son oncle, évéque 
du lieu. Ce que Dominique Séguier fit k Âuxerre, dans Téglise de 
Saint-Germain, les années 1654 et 1656, fut bien aussi solennel 
qu'une dédicace et qu'une consécration d'évêque ; je veux parler de 
Fouverture de tous les tombeaux de cette église, que dom Georges 
Viole, prieur du monastère, le pria de faire, afin de confirmer l'opi- 
nion où le public étoit dans Âuxerre, que les huguenots n'avoient point 
ôté les ossements des tombeaux de pierre, qu'ils ne les avoient pas 
profanés , mais qu'ils s'étoient contentés de jeter par terre ceux des 
saints qui étoient enchâssés précieusement pour emporter le métal des 
châsses. Comme le procès-verbal de cette visite a été imprimé en 
1714, au bout de l'histoire des cryptes de celte église, je n'en dirai 
rien davantage. On peut y voir les distractions qu'il fit alors de quel- 
ques ossements de ces saints. Aussi zélé pour la réforme des maisons 
religieuses que pour la régularité des ecclésiastiques séculiers de son 
diocèse, il introduisit, l'an 1655, la réforme des chanoines réguliers 
de Sainte-Geneviève dans l'abbaye de Saint-Père d'Auxerre (a) , et il 
transféra, suivant l'intention du Concile de Trente, les religieuses Cis^ 



(1) Les choses étoient ainsi selon les an- 
ciennes règles, et persistèrent d'y être jus- 
qu'en l'an 1710, qu'un missionnaire, plus 
pieux qu'éclairé, changea la forme de cet 



autel, fit ôtër la capse de plomb, et substitua 
au-dessus de la véritable table de l'autel 
une petite table portative. 



(a) Depuis les guerres civiles, l'état des monastères avait été eo décadence de 
plus en plus. Une réforme profonde y était devenue nécessaire. L'abbaye de Saint- 
Germain , dont la réputation était trcs-compromise; reçut la réforme des Bénédictins 
de Saint-Maur par les soins de son abbé 0. de Bellegarde, en 1629. Celle de Saint- 
Père où restait un très-petit nombre de moines dissolus, fut restaurée comme le 
rapporte Lebeuf. Un auteur manuscrit , probablement moine à Saint-Père, raconte 
en gémissant que l'on y commettait des excès si ciïroyables et des crimes si énor- 
mes, que les cheveux se hérissaient à y penser seulement. {N. d. B,) 



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QUATRE-VINGT-DIX-NEUVIÈME ÉVÉQUE d'aUXERRE. 237 

terciennes de l'abbaye des Iles, dans la ville, le 25 août 1656 (a). Il )6m ^ mst. 
auroit bien souhaité faire revenir les Bénédictines de Saint-Julien dans 
leur ancien monastère du faubourg d'Âuxerre; mais comme cette maison 
u'étoit pas encore remise en état depuis les -dernières guerres civiles, 
il se contenta de visiter leur maison de Gharentenay, où elles étoient 
retirées, et il y confirma les règlements de François de Donadieu, son 
prédécesseur. La communauté des Ursulines, instituée dans Àuxerre 
du temps du même prélat , alloit toujours en augmentant soùs l'épis- 
Gopat de Dominique Séguier. Le plan ayant été arrêté pour leur bâtir 
une église, il y fit mettre la première pierre par André Percheron » son 
vicaire-général, le 4 mars 1656. Voulant inspirer de l'émulation dans 
le nouveau collège établi depuis douze à treize ans, il ne refusa pas 
d'assister a une tragédie de saint Maurille d'Angers , qui y fut repré- 
sentée Fan 1655, le 4 septembre , et le même jour il fit lui même la 
distribution des prix. C'est ainsi que cet évéque se prétoit à tout. Il ne 
se fit aucun nouvel établissement de religieux mendiants sous son épis- 
copat. On sait seulement qu'il avoit résolu d'établir des Jacobins k 
Briare; mais sa translation, àMeaux, renversa ce dessein. Parmi les col- 
légiales de son diocèse , aucune ne produit de règlements faits de son 
autorité, que celle de Gien dont il éteignit les sept chapellenies, qui 
étoieut presque toutes abandonnées , pour les réunir à perpétuité à la 
mense capitulaire, à condition que le Chapitre en accompliroit les 
charges, et que le revenu seroit appliqué k l'entretien d'un maître des 
enfants de chœur. On a vu ci-dessus (1) que, pour une semblable union 
(le bénéfices, faite en 1456 à la même collégiale , il fut besoin du con- 
sentement du Chapitre de la cathédrale. Ici il ne parut qu'une simple 
requête des chanoines de Gien et une enquête signée par le curé de 

(1) Page 68. 



(a) Les religieuses de Gien, établies eo 1629, obtinrent en 1636 des lettres-patentes 
de confirmation. — Arch. de ITonne. -— — 

10. 

A partir de cette époque le couvent prit une importance réelle. Il y avait 28 reli- 
gieuses en 1644 quoique les bâtiments ne fussent pas achevés. Le couvent sortait de 
celui d'Auxerre et Tévéque en était le supérieur. {N. d. E.) 



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258 DOUmiQUE SÉGUIBR , 

lesi k 1687. Gien-le-Vîel, el, en conséquence de ces deux pièces, le prélal fit la sup- 
pression le 13 avril 1635. Etant allé Tannée suivante visiter la même 
église collégiale , il y fit quelques statuts par lesquels on apprend 
entr'autres que Tusage de l'église cathédrale étoit alors de ne prendre 
les habits d'hiver qu'aux matines du second jour de novembre. On y 
voit aussi qu'il y avoit eu des fonts baptismaux dans la même église 
collégiale jusqu'à l'an 1561 ou environ, que les calvinistes les détrui- 
sirent. Ces règlements sont du 15 septembre 1654. 

Dans le peu de temps qu'il posséda Tévêché d'Auxerre, il ne laissa 
pas d'y faire quelques changements dans les bâtiments qui eo dépen* 
dent. Outre son palais épiscopal d'Auxerre, il voulut toujours avoir deux 
châteaux en état de le loger, savoir : Régennes et Vàrzy. Tout étoit 
chez lui d'une propreté qu'on n'avoit point encore vue sous les évéques 

H pçécédents ; et pour l'entretenir, il se donnoit là peine de visiter chaque 
jour tout son palais épiscopal. Son château de Varzy ne lui fut pas plus 
indifférent qu'un autre ; il alla y résider quelque temps en l'an 1655, et 
il conféra les Ordres dans l'église du lieu. Cette terre lui produisit, la 
même année, une somme très-considérable, par la vente qu'il fit d'un 
bois de haute-futaie (1) ; mais comme il avoit suivi en ce point un nou- 

. veau plan , et que non-seulement il n'en avoit point donné avis à ceui 
avec qui les anciens évéques conféroient en pareil cas , mais même que 
cette vente avoit été faite par un de ses domestiques à l'insu des offi- 
ciers du roi , il fut obligé, neuf ans après, à rendre nne partie des 
profits à son successeur. Il aima cependant Régennes plus que tous les 
autres endroits de son évéché ; il y renouvela et augmenta les allées 
d'arbres que son prédécesseur avoit plantées, fit élargir le fossé de 
l'entrée , fit faire les passages de communication des chambres basses 
au jardin , et remettre en bon état l'appartement qu'avoit bâti le car- 
dinal de Lenoncourt. La première réparation qu'il ordonna dans son 
palais épiscopal d'Auxerre, fut blâmée avec raison. A la persuasion 
d'un chanoine, il fit détruire, en 1655, la chapelle du titre de Saint- 
Nicolas , que Gui de Mello avoit fait bâtir près de quatre cents ans 



(1) Cette vente fit dire alors en commun 1 fort bien à jouer du haut-bois. 
proverbe : que Vét^éque d'Auxerre entendoit | 



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QUATRB-yiNGT*Dll-NE!]VIÈME É\ÉQUE d'aUXERRE. 259 

auparavant (1 ) , et il fit pratiquer, au dedans de cette chapelle, différentes 1^3^ ^ ^^^ 
chambrch et cabinets. Mais la seconde réparation fut généralement ap- 
prouvée. Il aimoit les fleurs jusqu'à vouloir avoir des roses de dix-huit 
façons. Le jardin de Tévéché étoit trop petit ; il songea à Tagrandir, et 
il fit faire à neuf les terrasses en 1656. Ayant eu besoin pour cela d'a- 
cheter quelques faisons, le Chapitre lui en céda une pour plusieurs 
arpents de prés situés proche Âoxerre , qu'il donna en échange. La 
même année , il reçut à foi et hommage Jeanne Chevalier, pour le fief 
d'Alligny. C'est le seul acte de ce(te nature qui soit venu a ma connois- 
sance. II jouissoit alors de Fabbaje de Saint-Jean d'Amiens, que le 
roi lui avoit conférée après la mort d'Antoine Séguier, conseiller au 
parlement de Paris, son cousin germain, arrivée le 17 août 1655. 
mais quoiqu'il eût rendu le palais épiscopal d'Âuxerre très-agréable, 
deux ans après , il se détacha de cette demeure , comme on verra ci- 
dessous. 

Toat le commencement de l'année 1657 se passa avec des démons- 
trations de son attachement ordinaire pour le clergé . et le (peuple 
d'Âuxerre. Dès le mois d'octobre 1656, il avoit résolu dé faire 
élever un trône pontifical dans le côté gauche du sanctuaire de la ca- 
thédrale (2), a l'opposite de l'ancienne chaire renouvelée par Jacques 
Âmyot. Mais comme le Chapitre laissa le tout k sa disposition , au lieu 
d'ériger ce nouveau trône, il fit transporter, en 1657^ celui de l'évéque 
' Âmyot, du côté droit au côté gauche , se contentant qu'on l'élevàt un 
peu plus qu'il n'étoit, et qu'on en ôtât.la balustrade; et depuis qu'il 
eût fait cette translation du trône, ce prélat ne monta pas*une seule fois 
dedans. C'étoit de son temps qu'on avoit orné de nouvelles statues et 
autres sculptures la chapelle de Notre-Dame-des-Vertus , proche la ca- 
thédrale ; et il y avoit contribué considérablement. Après avoir favorisé 
l'établissement d'une confrérie dans cette chapelle, par les indulgences 
qu'il obtint d'Urbain YIII , en 1655, et par la publication qu'il en or- 
donna dans tout son diocèse , il consentit à la suppression de celle de 



(1) On peut juger qu'elle étoit très-belle 
et très-éclairée par le reste gothique des 
pierres sculptées qui soutenoient le vitrage 



qu'on voit encore du côté de Torient , à cftté 
de la grande salle. 

{^)Reg.CapiLMoct. 1636. 



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1631 il 1687. 



240 DOMINIQUE 8ÉGUIER, 

saint Âleiandre, qai étoit établie depuis qaelqaes siècles dans la cha- 
pelle du fond de la même église. Il ordonna, au mois de mars 1657, 
que cette dernière confrérie ne subsisleroit plus que dans les seuls en- 
fants de chœur (1). Il témoigna à cette occasion le désir qu'il avoit 
d'augmenter le nombre de ces enfants (2), et il offrit même pour cela 
une rente annuelle outre leur habillement. Ce fut apssi peu de temps 
après (3) qu'il donna un dais ^ Téglise, et qu'il témoigna le dessein qu'il 
avoit de faire une dépense considérable au grand autel. Toutes ces 
marques d'affection envers le Chapitre achevèrent en ce temps^là de lui 
en gagner la confiance ; de sorte qu'au mois de mai on le prit pour ar- 
bitre de plusieurs procès que le corps avoit contre quelques particuliers. 
Un chanoine très-zélé pour le rétablissement de Ta bibliothèque du 
Chapitre, entièrement dissipée par les calvinistes , avoit obtenu, l'année 
précédente, permission d'employer la salle du petit chapitre à ce réta- 
blissement (4), et il se flattoit d'être secondé du crédit du prélat auprès 
du chancelier, son frère , grand amateur des livres et des savants. 
Peut*^tre même que la bibliothèque de l'évêque, qui contenoit déjà 
beaucoup de volumes de celle du chancelier, auroit été un jour réunie 
à celle-là, et que le petit chapitre se trouvant bientôt trop étroit pour 
contenir les livres , on auroit cédé la grande salle qui auroit formé un 
vaisseau de bibliothèque magnifique. Mais tous ces beaux desseins 
s'évanouirent dès la fin de Tété 1637. Le bruit se répandit au commen- 
cement du mois de septembre, que le roi tiroit Dominique Séguier de 
l'église d'Auxerre pour le transférer k Meaux. Il en donna lui-même 
avis au Chapitre par sa lettre datée de Paris le 4 septembre, ajoutant 
qu'il ignoroit quel seroit son successeur. Comme il resta alors à Paris, 
il y assista au sacre d'Alain de Solminihac^ évêque de Cahors (5), fait 
à Sainte-Geneviève, le 27 septembre ; et il fut l'un des coopérateurs. 
On ne sait pas si sa translation k Meaux avoit été fort de son goût; mais 
il parut, par la suite, qu'il n'en étoit pas trop content. Il lui fut facile de 
se consoler par le voisinage de Paris, par celui de la cour où sa qualité 



(1) Reg, Capiu 9 martii 1637. 

(2) Ibid 27 /c6r. et marHi. 
{3)Ihid. 15 mail. 



(4) Reg. Cap, 1636, 20 sept — Voy. le» 
Preuves, t. iv. 

(5) Gall. Chr. nwa. 



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QUATRE-VINGT-DIX-NEUVIÈME ÉVÊQUB D^UXERRE. 241 

de premier aumôaier le demandoil souvent, et par Thonneur qu'il lesiitiesT. 
a?oit de voir facilement le roi au château de Monceaux , à deux lieues de 
Heaux. Quoiqu'il en soit de la cause de cette translation à laquelle il 
donna peut-être lui-même occasion, la lettre quMl écrivit au Chapitre 
d*Auxerre portoit expressément que le changement d'église ne chan- 
geroit jamais son affection envers la compagnie. En effet, il aima tou- 
jours Féglise d'Auxerre quoiqu'il en fût éloigné , et il imita en ce point 
H. de Donadieu. 

n quitta donc Âuxerre au grand regret du clergé et des habitants, 
et principalement de ceux qu'il avoit mis en place. Le plus considé- 
rable fut Pierre le Venier, prêtre du diocèse du Mans, qui avoit été fait 
pénitencier de son temps, et qui depuis composa son ^pitaphe telle 
qu'on la lit dans la cathédrale de Meaux. Quelques-uns ont aussi cru 
qu'il avoit eu beaucoup de part k attirer à Âuxerre Edme Amyot , doc- 
teur de Sorbonne, qui fut reçu doyen en 1652 et chanoine en 1635. 
Mais c'est une chose douteuse. Il est certain qu'il estima ce doyen, qui 
vécut d'une manière paisible sous son épiscopat. Gomme Dominique 
Séguier aimoit les cérémonies d'église, il en avoit chargé spécialement 
un nommé Martin Marinel, prêtre du diocèse de Goutances, ci-devant 
aumônier de François de Gondi , archevêque de Paris , qu'il fit cha- 
noine de Notre-Dame-de-la-Gité , puis de la cathédrale. Ge fut lui qui 
procura l'édition du pontifical romain pour les ordinations sans aucun 
renvoi. Gependant, le prélat ne négligea point le pontifical auxerrois de 
François de Dinteville, dans les cérémonies publiques, ni dans celles où 
le Chapitre assistoit. 

On peut lire, dans la nouvelle Histoire de l'Église de Meaux, ce qu'il 
fit pendant les vingt-deux années qu'il en tint le siège épiscopal. Ge 
fot en celte ville qu'il signa, en 1642 , le 29 avril , le procès-verbal de 
la visite qu'il avoit faite des tombeaux et des reliques de l'abbaye de 
Saint-Germain. 

Il mourut à Paris , l'an 1659, le seizième mai, jour de 1a fête du 
premier évêque d'Âuxerre, auquel il avoit toujours eu une singulière 
dévotion aussi bien qu'à saint Germain. Les chanoines d'Auxerre, in- 
formés de sa mort, conclurent , le 23 du même mois, de faire un ser- 
vice magnifique pour le repos de son âme , et il fut célébré au mois 
Il 16 



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242 

inoi h 1637. ^^ j">" suivant (1), avec convocation des corps et oraison funèbre qui 
fut prononcée par Dom Gabriel Sonyn, prieur de Tabbavede Saint- 
Germain. 



164U à 1671. 



CHAPITRE IX. 



PIERRE DE BROC, C«ÈVÊQUE D'AUXERRE. 

Le cardinal de Richelieu n'eut pas plus tôt appris du roi Louis XIII, 
qu'il venoit de donner révêché de Meaux à Dominique Séguier, que 
voyant Tévêché d'Auxerre vacant, il pria le roi d'y nommer Pierre de 
Broc , alors connu sous le nom d'abbé de Saint-Mars, lequel étoit alors 
à Richelieu. Cette nomination ayant été faite suivant le désir du car- 
dinal qui souhaitoit récompenser cet abbé, le clergé et la ville d'Auxerre 
en furent aussitôt informés. Le Chapitre créa, le 5 octobre, ses oiRciers 
pour le temps de la vacance du siège , sur l'avis et le consentement de 
Tévéque précédent, et la ville députa Nicolas Tribolé, lieutenant cri- 
minel et maire, pour l'aller saluer en qualité d'évéque nommé (2). 
Mais ni les uns, ni les autres n'eurent point l'avantage de le voir sitôt 
à Auxerre, puisqu'il n'obtint ses bulles qu'au mois de janvier i659. 
Quoique le siège épiscopal fût vacant assez longtemps, il ne se passa, 
dans le diocèse, aucun acte concernant le spirituel qui mérite d'être 
remarqué, si ce n'est le mandement que les vicaires-généraux don- 
nèrent, le 8 décembre 1657 , pour faire dans le prône des prières pour 
la paix demandées par le roi, et un autre pour en faire le jour de l'As- 
somption, que le même prince avoit demandées par ses lettres du 
10 février 1658. Ils donnèrent, de plus, un ordre de faire des prières 
contre les maladies contagieuses qui coururent pendant l'été suivant, et 

(1) Reg. Capit. ' | m Reg. de la ville, 15 sept. 



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CENTIÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE. ii5 

publièrent un mandement pour remercier Dieu de la naissance du dau- ^^^^ ^ ^^-^i, 
phio. On peut ajouter k cela le projet d'établissement des religieuses 
Urbanistes dans rhdpital d'Entrains, en vertu du consentement des 
habitants, donné le 5 avril 1658, de la permission des duchesses de 
Nivernois, dames temporelles du lieu, du 12 juin, et celle des vicaires- 
généraux du diocèse (a) ; celui des hospitalières de La Charité-sur- 
Loire, qui est de Tan 1659; Tempéchement qu^on apporta k celui que 
les Ângastins préiendoient faire à Sainl-Fargeau sans l'autorité du 
Chapitre (1), et enfin la citation solennelle des curés de la ville et fau- 
bourgs par devant I'o£ficial, pour n'avoir pas assisté à des processions 
générales (2). Â l'égard du temporel de l'évéché et des droits honori- 
fiques dévolus an Chapitre le siège vacant , on trouve entr'autres actes 
celai de foi et hommage qu'un particulier d'Âuxerre vint rendre au 
Chapitre, le 10 mai 1658, d'un fief et autres biens situés à Âppoigny, 
comme relevant de l'évéché ; on lit aussi que le corps de ville pria 
le Chapitre (5) dénommer un d'entre eux pour mettre le feu h l'artifice 
que la ville fit préparer au sujet de la naissance du dauphin (6). 

Plusieurs se sont trompés sur le lieu de la naissance de Pierre de 
Broc. Quelques-uns ont assuré qu'il éloit né au diocèse d'Angers, et 
d'autres qu'il étoit du diocèse de Tours. Mais ses bulles, qui sont la 
première pièce authentique de son épiscopat, le qualifient prêtre du 



(1) Reg. Capit. 2 mai 1639. 1 (3) Reg. Capif. 

(3) Reg. Capit. 3 juin 1639. | 



(a) Cette communauté, autorisée par lettres-patentes, en 1642, prit possession 
de rkôpital qui était appauvri et sans valeur. On projeta aussi d'y joindre le 
prieuré de Saint-Nicolas de Réveillon et Téglise Saint-Sulpice d'Entrains. Mais ces 
deux bâtiments étaient complètement ruinés. Cette maison ne prospéra guère; en 
1678i illai était défendu de recevoir des novices, et, dix ans après^ elle fut réunie 
à Tabbayedes Iles d'Auxerre. — Voy. Arch. do l'Yonne. (N d, E.) 

% Il faut ajouter les procès-verbaux vfaits contre les fiénédictins de Saint-Ger- 
n»io, eu mai et juin 1639. Ces Pères étaient sortis en procession de leur monastère, 
^^«fficiaat portant le bonnet carré, des gants aux mains, et un bâton cantoral au 
haut duquel il y avait un évéque; deux. religieux raccompagnaient, et tous trois 
étaient revêtus de chapes et d'aubes, et assistés des prêtres de l'église paroissiale 



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244 PIERRE DE BROC , 

iGiu 11 1671. <liocèsc de Chartres et docteur ès-lois. il éioit fil s de François de Broc, 
baron de Saint-Mars de la Plie, de Lizardière et Ghemiré ; et sa mère 
étolt Françoise de Montmorency de Fosseux , fille de Pierre de Mont- 
morency, premier du nom , marquis de Tury, et de Jacqueline d'Avaa- 
gour. 11 étudia les humanités au collège de La Flèche , et la philosophie 
à Orléans. Le premier bénéfice quMI eut à simple tonsure, fut le prieuré 
de la Magdeleine de Broc en Anjou , k une lieue de Lude, qui est une 
dépendance de l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers. Il eut ensuite l'ab- 
baye de Ressons, au diocèse de Rouen» Ordre de Prémontré, et celle 
de Fontenelle, Ordre de Saint- Augustin, au diocèse de Luçon. Cette 
dernière abbaye lui fut donnée à la recommandation du cardinal de 
Richelieu, dont il étoit camérier avec le sieur de Beauvau. Il ne fut pas 
longtemps sans devenir maître de chambre de ce cardinal, et agent du 
clergé de France. Ce fut ce dernier emploi qui Tempécha de se rendre 
à son église d'Auxerre, aussitôt après la réception de ses bulles qui lui 
avoient été expédiées gratis. Au bout d'un an , il se fit sacrer dans 
l'église des Bernardins de Paris, le secoud dimanche de carême, qui 
étoit le 4 mars en l'année 1640, par Léonore d'Etampes, évéque de 
Chartres, assisté de Dominique Séguier , évéque de Meaux , et de 
Léonore de Matignon, évéque de Coutances. Tous les évêques de France, 
présents à Paris, s'y trouvèrent au nombre de dix-huit, sans compter 
les abbés de considération qui y étoienl encore en plus grand nombre. 
Quatre jours après, il prêta le ferment de fidélité au roi , dans la cha- 
pelle du vieux château de Saint-Germain-en-Laye, dont Tévêque de 
Meaux, premier aumônier, lui donna le certificat ordinaire. Avant la 
fin du carême il fit son entrée à Auxerre ; mais au lieu de prendre pour 
cela un jour de joie tels que sont les dimanches , il choisit Taprès-midi 
du jeudi-saint. L'ancien cérémonial y fut observé en partie. Il alla à 



de Saint-Loup. Le Chapitre regarda cela comme une entreprise manifeste contre 
les droits de révèque et les sien s. Dans le même temps, le Chapitre jugea encore à 
propos de dresser un procès-verbal contre les mêmes religieux qui, étant à la pro- 
cession du Saint-Sacrement, entrèrent dans le chœur de leur église pendant que le 
Chapitre y chantait la dernière antienne et s*emparèrent du pupitre, ce qui obligea 
le Chapitre de sortir du chœur.— A rch. de l'Yonne, In vent, des droits honorif. du 
Chapitre, p. 273. . (JV. d. E.) 



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CENTIÈME ÉVÊQUE D*A(JXERRE. 245 

«l'abbaye de Saint-Germain ely resla environ une heure. Après quoi les 
personnes chargées de la procuration du roi et des trois anciens ba- 
rons, l'accompagnèrent depuis cette église jusqu'en la cathédrale, por- 
tant proche lui la chaise sur laquelle il auroil dû être assis. Il fut reçu et 
complimenté par le doyen, à Tentrée de la cathédrale, au son de la 
grosse cloche; et, après les cérémonies ordinaires, il entra dans 
l'église, revêtu de ses habits pontificaux, tenant la crosse à la main. 
L'archidiacre de Sens le conduisit h Tautel. La cérémonie finit par le 
TeDeum^ après lequel s' étant déshabillé, il rentra au chœur, assista à 
l'office de la nuit du vendredi appelé Ténèbres^ et le finit par Toraison 
Bespice. 

Uannée de la prise de possession ne fut pas celle dans laquelle il fut 
le plus occupé des fonctions de son ministère. Dès le mois d'avril , il 
fot bien aise de se mettre au fait du privilège qu'a le Chapitre de gou- 
verner le temporel comme le spirituel de Tévéché, pendant la vacance 
da siège. Il venoit de ressentir les avantages de ce gouvernement sin- 
golier, par le moyen des sommes que les économes lui avoient remises. 
Ce revenu inespéré servit h augmenter sa reconnoissance envers le roi 
qui Tavoit nommé à une église revêtue d'une si considérable préroga- 
tive. Il se comporta, en effet, dès la même année, comme un évéque 
qui est persuadé que TEglise fait partie de l'Etat; et il alla de grand 
eœur rendre ses services au roi pour le siège de la ville d'Ârras. Il y fut 
envoyé en qualité de garde du trésor royal ; ce qui marque Textrême 
confiance qu'avoit en lui le cardinal de Richelieu. Son âge, qui étoit de 
cloquante ans ou environ, pouvoit imprimer du respect, aussi bien que 
tout son extérieur qui étoit de belle apparence (a). Tout cela joint à 
l'expérience qu'il avoit eue dans le service du cardinal, paroissoit sup- 
poser en lui l'aptitude nécessaire pour veiller de près sur les intérêts 
du roi. Ainsi, pendant que revêtu de la cuirasse sous le manteau, il 
gardoit avec deux ecclésiastiques le trésor qui lui avoit été confié, il 
faisoit part au cardinal de tout ce qui se passoit; il recevoit ensuite de 
loi les ordres nécessaires qu'il communiquoit aux maréchaux Ghastillon 



(a) Bargedé dit de lui que c'était le prélat de son temps qui avait la meilleure 
mine et la plus belle prestance de France. (iV. d. E.) 



1640 à 1071. 



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246 PIERRE DE BROC, 

iMe à 1071. et GassioD ; de sorie que sans blesser personne ni être blessé, il em- 
pêcha que les troupes auxiliaires du duc de Lorraine, venues pour faire 
lever le siège, n'approchassent de la ville. Celte place étant prise ao 
mois d'août, il se transporta aussitôt à la cathédrale, et revêtu de ses 
ornements pontiGcaux, il y entonna le Te Deum. Etant ainsi occupé 
aux affaires du roi, il ne put aller la même année à Sens pour le ser- 
ment d'obéissance ; mais il s'acquitta de ce devoir le 28 janvier 1641, 
el signa la formule ordinaire- en présence d'Octave de Bellegarde, ar- 
chevêque métropolitain (a). 

Pendant que les affaires du royaume prospéroient , celles du Chapitre 
d'Auxerre commencèrent à se brouiller. Une conclusion que le 
doyen, qui étoit vicaire- général de l'évêque, fit faire le 29 octobre 
1640, fut l'occasion de tous ces troubles. Ëlleportoit que tous les cha- 
noines cesseroient d'avoir une bordure de petit gris à la tête du camail. 
Et ce qui ne paroissoit qu'une bagatelle dans les commencements , eut 
par la suite des conséquences infinies (6). Quelques-uns imputèrent 
aussi a la foiblesse du nouvel évêque ce qui se passa au préjudice do 
clergé, dans l'assemblée de Mantes de l'an 1641 , dans laquelle il ne 
crut pas pouvoir se dispenser d'exécuter ce qui lui étoit prescrit de la 
* part de son bienfaiteur (1). Etant sorti de cette charge, il reçut, l'année 

suivante, ordre du roi et du ministre de conduire des troupes dans les 
Etats du duc de Lorraine et jusqu'auprès de Nancy. Il y attaqua Dieuse, 



(1) Il y a là-dessus des anecdotes qu'on 1 assemblée, 
peut voir dans l'histoire manuscrite de cette I 



(a) A cette époque , le 28 avril 1640, plusieurs chanoines de Saifit-Etienne se 
réunirent eu communauté pour faire entre eux leurs dévotions, par opposition i la 
congrégation qui s'établissait chez les P. Jésuites. Mais, à son arrivée, lévéque, 
prévenu parle doyen Amyot, accueillit mal cette communauté (V. Mémorial de 
Bardolat). (iV. d. E.) 

(b) Cette affaire, que Lebeuf qualifie avec raison de bagatelle, devint très-sérieuse. 
Suivant le Mémorial du chanoine Bardolat, le doyen Amyot commença , en 1638f 
de proposer la suppression du bord de fourrure du camail, parce que cela échaufliait 
trop la tête. Les chanoines accueillirent d'abord cette idée en plaisantant, etrajour- 
nèrcnt; mais le doyen persista et obtint une conclusion pour la suppression de ce 



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CE1«TIÈME ÉVÊQUE D AUXERRE. 247 

qui éloit une place apparlenant a ce duc (1) ; mais les digues des étangs i^ ^ ^^^^ 
de Lindre et du lac voisin ayant été rompues par ordre de ce prince, la 
petite ville se trouva entourée d'eau si promptement , que Pierre de 
Broc fut obligé de se retirer bien vite de ce lieu avec tousses équipages. 
Il revint donc dans son diocèse, dont il ne s'éloigna plus pour de sem- 
blables affaires , parce que le cardinal-ministre ne survécut pas de 
beaucoup à cet événement. 

Les premières démarches, dans le temps qu'il commença k résider 
et à gouverner par lui-même son diocèse, parurent un peu hasardées 
et donnèrent à connoitre qu'il n'étoit pas'encore au fait sur le pouvoir 
qu'ont les Chapitres de cathédrales lorsque le siège épiscopal est va- 
cant (a). Dans d'autres matières, il procéda avec plus de maturité. 
Dans les premières années de son épiscopat, il tint les synodes très- 
exactement au jour accoutumé , c'est-à-dire le mardi après le second 
dimanche du temps pascal ; et même l'une des années que ce jour 
tomba le 2 mai , entre deux fêtes commandées, il fit un mandement ex- 
|)rès (2) pour en ordonner la translation a un autre temps, sans inter- 
rompre pour cela Tusage par lequel les curés dévoient en personne 
venir prendre les saintes-huiles k Âuxerre; car- il leur enjoignit de le 
iaire sous peine d'une amende applicable à la fabrique de la cathédrale 
et à l'Hôtelr-Dieu d'Auxerre. Quoique dans sa jeunesse il n'eût point 
eu d occasion d'annoncer la parole de Dieu , il ne laissa pas de pro- 
noncer un discours à l'assemblée des curés dans la salle épiscepale , et 



(]) On peut voir pour la description de ce 1 (2) Mandement imprimé du 13 avril 1645. 
lieu le livre du Briquetage de Marsal, \ 



bord qui était en peUl-gris. Les anciens s'y étaient opposes vivement, en 1639; maift 
Tannée suivante , aux grandes assemblées d'octobre, la majorité se rangea défini- 
tivement da côté du doyen. Alors quinze chanoines en appelèrent au parlement. 
Le procès , après avoir duré de longues années, entre les bordés et les débordés, et 
avoir coûté 80,000 livres , fut jugé en faveur de ces derniers. [N. d. E,) 

[a) Le Chapitre refusa d'approuver son projet d'union d'une prébende à la tré- 
sorerie, les uns, dit Bardolat, étant mécontents de ce que l'évéque avait demandé 
prébende entière pour ses deux commensaux; lesautres parce qu'il n'avait pas voulu 
sanctionner rétablissement de la communauté des chanoines. (iV. d. E.) 



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248 PIERRE DE BROC , 

i&iob 1671. ^' prêcha aussi quelquefois son peuple dans la chaire de la cathédrale. 
Mais il suivit, dans la tenue du synode, le plan de son prédécesseur, 
et non celui de Gilles de Souvré qui demandoit les suffrages des pré- 
sents. Il publia quelques ordonnances dans celui qu*il tint Tan 1642 , 
te sixième jour de mai. Dans un article , il commande aux curés de se 
bervir, pour l'explication de l'oraison dominicale , etc., du cathéchisme 
composé par le cardinal de Richelieu , lorsqu'il étoit évéque de Luçon. 
Dans un autre statut , il défend la chasse aux ecclésiastiques. On voit, 
par le sixième article , que Fusage des calices d'étain, pour le saint- 
sacrifice , étoit encore permis : ce qui marque la pauvreté de certaines 
églises. Le quinzième nous apprend qu'à la vérité on avoit aboli Tusage 
de délivrer les bâtons des confrairies pendant les vêpres, à certains 
versets du Magnificat^ mais qu'en remettant la cérémonie après l'office, 
on recommençoit de nouveau le Magnificat, pour ôter le bâton des 
mains de l'ancien possesseur au verset Deposuit, et le donner k un 
autre au verset Suscepit. Le prélat condamna cet usage. et ordonna de 
chanter en place quelque antienne en l'honneur du saint de la confrérie. 
Les visites qu'il fit dans le diocèse nous remettent aussi certaines pra- 
tiques qui doivent leur origine a la simplicité des gens de la cam- 
pagne ; une entr'autres, par laquelle les pères et mères faisoient tourner 
les enfants par-dessous les autels , et meitoient au tour des arbres de 
la paille trempée dans l'eau bénite (1). Il empêcha, en certaines pa- 
roisses de la ville , les cris que faisoient les enfants du mot Noël, en- 
tremêlé de paroles profanes, au sortir de l'office, depuis le commence- 
ment de l'Âvent jusqu'au Carême. Il défendit de célébrer des messes 
de confréries, avec eau bénite et pain bénit, les jours de dimanches, 
dans les chapelles de commanderie et autres. Comme il ne visita pas 
toutes les églises de son diocèse, il fit faire des missions, sur la fin de 
son épiscopat» dans les paroisses qu'il n'a voit pu visiter. De ce nombre 
furent celles qui étoient k la nomination du prieur de La Charité, pour 
laquelle il employa les Pères de l'Oratoire à l'instance de Nicolas 
Colbert, prieur de ce monastère (2). Quelques années après, d'autres 
missionnaires, du nombre desquels étoit l'évêque d'Héliopolis, procu- 

(1) Oi-don. il Chcvanncs, 10 juin 1665. [ (2) En 1667. 



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CENTIÈME ÉVËQUE d'aUXERRE. 249 

rèrent le même bien dans un autre canton da diocèse, aux dépens du ^^ y i^^ 
marquis de Seignelay. Il réussit ,* en 1644, au sujet de trois cures unies 
au Chapitre de Yarzy, dans Tentreprise que François de Dinteville, 
premier du nom , avoit tentée en vain ; c'est-à-dire qu'il désunit de la 
mense de ce Chapitre les cures de Saint-Pierre de Varzy, de Saint- 
Pierre du Mont , et celle de Brugnon et diminua en même temps le 
nombre des chanoines de cette collégiale. Il augmenta le nombre des 
cures de son diocèse par Térection quMl fit de la chapelle de Pont- 
chevron (1) en église paroissiale, à la sollicitation du seigneur de ce 
lieu, malgré l'opposition du curé d'Ouzoir dans le territoire duquel elle 
éloit située. Il disposa des archiprétrés, comme s'ils eussent été amo- 
vibles. Il supprima les trois officialités de Yarzy, La Charité et Cosiie, 
à Tinstance d'Edme Âmyot, officiai d'Âuxerre, et de Germain de la 
Paye, chanoine promoteur (2). II donna les mains a plusieurs nouveaux 
établissements de religieux et de religieuses, et l'on peut dire que ja- 
mais on n'en avoit vu un si grand nombre durant la vie d'un seul 
évéque. Il consomma, dès la seconde année, celui des Cordelières Ur- 
banistes à Entrains; il voulut qu'elles fussent soumises à sa juridiction 
et non k celle des Cordeliers, et que le visiteur qu'elles choisiroient tous 
les trois ans fût approuvé par lui ; ce que le pape Innocent X confirma 
par une bulle du mois de février de l'an 1648. Ce fut aussi la seconde 
année de son épiscopat qu'il permit aux Augustins de la province de 
Bourges de s'établir à Saint-Fargeau, k l'instance de Boger de Belle- 
garde, gouverneur de Bourgogne, alors retiré dans la Puisaye, etdu 
P. André Boullenger, religieux de cet Ordre ; et en 1649, il introduisit 
des religieuses Bénédictines dans l'hôpital de la même ville. Il permit, 
l'an 1644, le 8 avril, à une colonie d'UrsuIines du couvent d'Avallon, 
de venir s'établir dans la ville de Crevan (a). Sollicité par le seigneur 
de Guerchy , il consentit k la vente que la communauté des habitants de 
Donzy fit du bâtiment de l'hôpital , pour y placer une communauté des 



(1) 1665 ou 1666. | (3) En 1641. 



(a) 11 ^eu^ donna un règlement en 1664. (iV. d. E.) 



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250 PIERRE DE BROC , 

1640 h i67i. i^^lîgî^uses de la coDgrégalioQ du P. de MaliDCOur, dont les premières 
furent tirées de la maison du même Ordre, établie a Laon , en Picar- 
die ; alors Thôpital fut transféré dans un bâtiment voisin (a). Il confirma, 
en 1646, l'introduction des religieuses hospitalières de TOrdre de 
Saint-Âugustin , dans la ville de La Charité, et dix ans après il ap- 
prouva qu'elles s'établissent dans l'hôpital de Gien. Il donna. Tan 1654, 
permission à Joachim de Saint-Denis, religieux brigittin, de former 
une communauté de son Ordre , dans un lieu de la paroisse de Ciez , 
nommé Le Plessis [b). Dans la ville d'Âuxerre seule on compte jusqu^à 
quatre nouveaux établissements faits de son temps et par ses soins ; 
premièrement, celui des chanoines réguliers de la congrégation de 
Sainte-Geneviève, dans le prieuré de Saint-Eusèbe, l'an 1654 ; secon- 
dement, l'introduction des religieuses hospitalières de l'Ordre de 
Saint-Âugustin, dans l'Hôtel-Dieu , en 1657 (c); et l'établissement 
des religieuses delà Visitation, en 1659. Ce prélat voulut même offi- 
cier en personne dans la nouvelle chapelle de ces dernières. Elles 
étoicnt alors en la paroisse de Saint-Eusèbe. Ce ne fut que Tannée sui- 
vante que le sieur Jacques Desloges, son neveu, les conduisit proces- 
sionnellement dans le territoire de la paroisse de Notre-Dame-la- 
d'Hors, où elles sont restées (d). Enfin furent reçus à Âuxerre, avec 
sa permission, les Âugustins déchaussés, l'an 1662. On les logea 
aussi d'abord sur le territoire de Saint-Eusèbe. et de Ik dans celui où 



[a) En 1664 , sa veuve, dame Lucie de Brichanteau, fut déclarée fondatrice de 
rétablissement. — La même année, M. de Broc suspendit l'établissement que les 
iiécollets de La Charité voulaient faire à Donzy, jusqu'à ce qu'il eût reçu Tadhésion 
des échevins. •— Rcg. de l'évêché. — En 1666, il avait approuvé la translation de 
roffice paroissial dans Téglise du Chapitre de Saint-Caradeu, vu Téloignement de 
l'église mère du Pré , ce qui fut cause de beaucoup de procès entre le Chapitre et 
le curé. (N. d. E,) 

(b) Cette maison fut supprimée par arrêt du parlement en 1689, à raison de la 
conduite des Pères. (JV. d. E,) 

(c) Ce prélat leur donna des statuts le 30 janvier 1664. — Archives de VYonne, 
Keg. de l'évêché. (N. d. JB.) 

[d) Ces religieuses venaient de la maison de Montargis, qui s'engagea à donner 
20,000 liv. pour leur établissement. Les bâtiments qu'elles occupaient appartien- 
nent aujourd'hui au séminaire. Ils furent construits, en 1664, par le sieur Delestre, 
architecte, moyennant 25,000 liv. — Archives de l'Yonne. — Visitand. (iV. d. E.) 



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CENTIÈME É\ÊQKJE d'aUXERRE. 251 

on les voit à présent (a). Â l'égard des Bénédictines, il ne les intro- 
duisit point à Âuserre ; mais, les ayant fait revenir, en 1649, de Gha- 
renlenay, leur maison de campagne où elles étoient depuis les guerres 
de la Ligue , il les engagea de prendre la réforme du Val-de-Grâce en 
même temps qu'elles rentrèrent dans leur monastère de St.-Julien(l), 
qui venoit d'être rebâti à neuf et auquel il avoit mis la première pierre 
le 8 mai 1647 (b). Une des religieuses, qui avoit le plus contribué à 
cette réforme, établit peu de temps après une communauté soumise à 
la même règle, au faubourg de Cosne, sous les auspices du prélat. 
Vers l'ail 1655, il soumit à sa juridiction les religieuses de l'abbaye 
des Iles qui , auparavant ne connoissoient que celle de Tabbé de 
Citeaux. Il obtint aussi par arrêt, en 1654, que les religieuses de 



(l) Voyez le livre imprimé in-12 sur cette | (2) En 1658. 
réforme. 



(a) Ils durent leur première dotation à un bourgeois de Paris nomme Etienne 
Artbus, qui leur donna 8,000 liv. pour acheter une maison à Auxerre, en 1662. Mais 
ils ne purent s'établir qu'avec le consentement des. cchevins de la ville , et même 
lorsqu'ils firent entériner au parlement les lettres-patentes que le roi leur avait 
accordées, les trois autres ordres mendiants , déjà existants à Auxerre , formèrent 
opposition, mais le parlement passa outre. C^. d. E.) 

{b) On trouve dans la conduite de Tabbesse des Bénédictines, Gabrielle de la Mag- 
delaine, vis-à-vi5 de révéque , un caractère d'indépendance singulier. Ainsi ^ au 
mois de novembre 1644, M. de Broc , frappé de l'irrégularité de la vie des reli- 
gieuses qui observaient peu la clôture à Charentenay depuis longtemps , avait or- 
donné que l'abbesse se retirerait dans six mois à Auxerre. Le conseil privé sanc- 
tionna cette décision , mais lorsque les officiers du bailliage d'Auxerre se présen- 
tèrent à Charentenay pour la contraindre à obéir , ils éprouvèrent le refus le plus 
net. Cependant, les religieuses réformées de La Fermeté s'étaient installées à 
Auxerre dès 1645 {Voy. Preuves^ t. iv, no470), et elles amenèrent Tabbesse à une 
transaction et rétablirent la régularité à Auxerre. MaisM°^^ de la Magdelaine, avec 
trois vieilles sœurs, demeurèrent à Charentenay. L'abbesse ne céda pas volontiers 
à tous les projets de l'évéque; car, en mars 1651, M. de Broc, dans sa visite à Cha- 
rentenay, ayant voulu l'obliger à signer une procuration par laquelle elle devait 
laisser à la communauté d'Auxerre tous les biens situés au comté de Joigny, elle 
s'y refusa; et comme l'évéque la menaça de la faire enlever de sa maison et de la 
mettre en lieu étroit en la ville de Paris, elle protesta devant notaire. L'évéque , 
lassé de ces tracasseries, finit par la laisser terminer sa vieillesse en repos. 

(iV. d. E.) 



1640 k 1671. 



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252 PIERRE DE BROC , 

1640 i iffri. ï'^i^^l^^iy^ ^^ Crisenon fussent sujettes à sa juridiction (a). C'est ainsi 
qu'il se soumit toutes les communautés de filles de son diocèse. 

Voulant vivre en paix avec le Chapitre de la cathédrale, conformé- 
ment au serment qu'il avoit fait à sa réception, il n'en attaqua jamais 
la juridiction. Il avoit reconnu, dès Tan 1642, l'erreur de ceux qui 
avoient voulu lui persuader de faire une défense générale aux curés 
d'admettre aucun prêtre a dire la messe sans son approbation ou 
celle de ses vicaires-généraux et il tomba d'accord que les chanoines 
de la cathédrale peuvent dire la messe partout le diocèse , au moins 
par dévotion. Il ne refusa le paiement d'aucuns des droits dus par 
l'évéquek la cathédrale, mais les dépenses de sa maison l'obligèrent 
d'apporter quelques délais à l'acquit de ce devoir. La chapelle d'orne- 
ments qu'il avoit promise de vive voix a sa prise de possession et dont 
il ratifia par écrit la promesse cinq ans après, fut apportée l'an 1651, 
le sixième jour d'octobre. C'étoit un velours vert à fleurs pailletées 
d'argent qui conserve encore assez son premier éclat. Etant informé 
que l'archevêque de Sens avoit été condamné, par arrêt, à augmenter 
considérablement la contribution annuelle pour Teotretien du bâtiment 
de l'église métropolitaine, il consentit pareillement à une augmentation 
du droit annuel envers la fabrique de la cathédrale d'Âuxerre, par tran- 
saction de l'an 1665. Il donna aussi alors une bonne partie de ce qai 
fut nécessaire pour refaire à neuf le pavé du chœur, dont les tombes 
épiscopales avoient été défigurées et brisées dans les guerres de la reli- 
gion. Les distributions de vin que le Chapitre avoit droit de recevoir 
dans le cellier épiscopal, aux cinq des principales fêtes de l'année, 
s' étant trouvées sujettes à plusieurs inconvénients, il consentit à l'éva- 
luation que le Chapitre en fit en argent ; et depuis ce temps-là cette 
commutation a toujours eu lieu. Le Chapitre, de son côté, lui laissa 
introduire certaines nouveautés (1) qui ne blessoient en rien les droits de 



(1) Quelques mémoires du temps marquent 
qu'il y eut en 1643 des thèses publiques et 
imprimées ob il fut qualifié comte d'Auxerre. 



On ajoute aussi que ce fut lui qui fit le pre- 
mier porter sa crosse par un ecclésiastique 
en surplis. 



(a) En i664 , il rendit une ordonnance pour rétablir la discipline qui était fort 
peu régulière dans celte maison. — Arch. de l'Yonne, tteg. de Tévêché. (JV. d. E). 



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CENTIÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE. 255 

la compagnie. Mais il n'en fut pas de même lorsqu'il voulut changer ^^^ ^ j^, 
quelque chose dans le cérémonial, sur la bénédiction épiscopale. Au 
reste, la bonne intelligence dans laquelle on vouloit vivre avec lui avoit 
été marquée, dès tes premières années de son épiscopat, tant par les 
prières solennelles que le Chapitre fil en 1641, après la mort de sa 
mère, que par la facilité qu^on lui donna, au mois de décembre 1642, 
pour faire faire célébrer avec magnificence le service du cardinal de 
Richelieu, son bienfaiteur (1). Dans Tintervalle de temps qui se trouva 
enire ces deux cérémonies , le même corps lui porta des plaintes du 
P. André Boullenger, augustin, qu'il avoit choisi pour prêcher le ca- 
rême (2), et il fut conclu qu'il en seroit dressé procès-verbal pour le 
maintien de la dignité de la chaire. Comme le caractère de ce prédica- 
teur a été irès-connu dans le royaume, il n'est pas besoin de prouver 
ici que le prélat n'avoit aucune part h ce qui parut repréhensible dans 
ses discours (a). Pierre de Broc rendit, vers le milieu de son épiscopat, 
d'importants services au Chapitre de la cathédrale (5); il imita aussi 
son prédécesseur dans le don qu'il fit à la même église, de quelques 
reliques des saints du pays. Sachant qu'il y avoil dans l'église du vil- 
lage de Saints-en-Puisaye plusieurs châsses de bois pleines des osse- 
ments des compagnons de saint Prix, il résolut d'en donner une partie 
à la reine Anne d'Autriche, pour l'église du Val-de-Grâce, qu'elle fai- 
soit bâtir et qu'elle vouloit enrichir du plus grand nombre qu'elle 



(1) Reg, Capit. 1641, 21 déc,; 1642, 12 dée. 1 (3) Reg. Cap. 1653. 

(2) Ihid. 24 mars, 28 avril, 26 sept. | 



(a) Il arrivait quelquefois de singuliers événements à propos de prédicateurs. En 
1657, au mois de décembre, un P. Jésuite, nommé Marlot, ayant été autorisé par 
révêque à prêcher à Clamecy, avait commencé l'Àvent lorsqu'une foule de peuple 
s'opposa violemment à ce qu'il continuât et voulut qu'il cédât la chaire à un P. Ja- 
' cobin. Celui-ci^ au dire du Chapitre; aurait cabale parmi les gens du peuple, flot- 
teurs, etc.. et une véritable émeute eut lieu au pied de la chaire. Les échevins 
avaient pris parti pour le P. Jacobin et appuyaient les mécontents , se plaignant de 
ce qu'au mépris d'un compromis passé avec le Chapitre, en attendant que Ton sût 
lequel des deux prédicateurs devait être autorisé par Tévêquc , le P. Jésuite conti- 
nuait seul à prêcher. Le peuple avait été consulté là-dessus en assemblée générale. 
— Arch. de TYonne ~ (N d E ) 



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254 PIÉBRE DE BROC, 

1640 il 1971. pourroit de reliques. Les anciennes châsses commençant a être cadu- 
ques, madame d'Orléans, duchesse de Montpensier et de Saint--Fafgeau, 
en fournil une nouvelle, et les paroissiens une autre dans lesquelles 
Tévéque fit la translation le dimanche 5 novembre 1662 (1). Et comme 
les ossements ne purent être contenus dans les nouvelles châsses , il 
en retint pour lui, pour la reine, pour la duchesse de Montpensier, 
pour Téglise cathédrale et pour celle de Saint-Germain. Le procès- 
verbal marque qu'il célébra la grand'messe en cette cérémonie et qu^il 
y prêcha. L'ossement tibial, qu'il destina pour la cathédrale, fut déposé 
dans Téglise de Saint-Âmatre, et transféré processionnellement le di- 
manche suivant, 12 novembre, de cette église du faubourg en celle 
de Saint-Etienne, en présence du même prélat, accompagné de Fran- 
çois Fouquet, archevêque de Narbonne, alors retiré à Âuxerre. Cette 
relique fut ensuite enfermée dans la châsse de verre où l'on avoit mis, 
en 1650, celles que Nicolas Housset, chanoine et sous-chantre, avoit 
apportées à son retour de Rome. Il enrichit aussi deux des églises pa- 
roissiales d'Âuxerre des ossements de saints qu'il tira du trésor de 
Sainte-Eugénie de Varzy. Faisant la visite de cette collégiale le 5 juin 
1642, il tira de la châsse d'argent de saint Regnobert, évêque de 
Bayeux, un os de la jambe de ce saint, qu'il fit déposer au faubourg 
d'Âuxerre, dans la même église de Saint-Amatre, d'où la relique, 
après avoir été enchâssée par le prélat, fut portée processionnellement, 
le dimanche 19 avril 1645, par tout le clergé de la cathédrale et de la 
ville, en l'église paroissiale de Saint-Regnobert, où il célébra la messe 
pontificalement. Il tira encore du trésor de la. même collégiale , 
le 25 février 1654, k la prière du clergé et des habitants de la paroisse 
de Saint-Eusèbe , un ossement du nom de saint Paul, un du nom de 
saint Eusèbe, et un fragment du crâne de saint Cot, martyr, qui furent 
depuis déposés h Auxerre, dans la même église. Ce fut lui qui com- 
mença, en 1645, la vérification du chef de saint Pèlerin, trouvé à 
Bouy avec quelques vertèbres du col. Comme on étoit persuadé que 
ces vertèbres procèdoient du même corps que le chef, il les porta à 
l'abbaye de Saint-Denys, le 15 juillet 1647, et par le procès- verbal 

(1) Voy. Preuves, t. iv, 1662. 



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CENTIÈME ÉVÉQUE D*AUXERRE. 255 

qa*il fit dresser de la comparaison de ces ossements avec ceux de la 
châsse, en présence des religieux et d'un habile médecin, il enseigna 
à la postérité que le peuple de Bouy avoit été bien fondé à croire qu'il 
y avoit des reliques de ce saint sous Fautel de la paroisse. Quelques- 
uns ont aussi assuré que Pierre de Broc avoit visité le dedans des 
tombeaux de l'abbaye de Saint-Germain » mais seulement en secret et 
sans en dresser de procès-verbal. 

Dans quelques actes cet évéque est qualifié baron de Nully, en 
Champagne. Il avoit acquis cette seigneurie la seconde année de son 
épiscopat ; mais il ne la réunit point a l'évéché d'Âuxerre, et il en fit 
un échange au bout de quelques années. Il reçut aussi , la seconde 
année depuis sa prise de possession , la foi et hommage que lui prêta 
Pierre Camus, bailli d'Auxerre , pour les fiefs de Cervan, Montifault , 
La Villote et Beauche, en partie détachés du comté d'Auxerre, et le 
14 décembre, Jean Jacob, écuyer, pour les fiefs d'Ougny et Ccponse 
en Nivernois. La vente de la baronnie de Toucy, faite par décret en 
1645, lui produisit les droits de quint et de requint. Il fit des décou- 
vertes notables sur les dépendances de la baronnie de Donzy , par la 
communication qu'il eut, en 1649, des terriers et lettres de comptes 
qui restoient négligés à Varzy, et nonobstant la levée de la saisie féo- 
dale ordonnée en 1650, par arrêt du parlement en faveur du duc de 
Nevers, il fut reconnu seigneur suzerain , en 1651, d'une manière au- 
thentique et qui lui fut utile. Il ajouta aussi au domaine épiscopal de 
Varzy, beaucoup de biens situés dans le voisinage de cette terre. Quoi- 
qu'il allât quelquefois la visiter, sa résidence la plus ordinaire lorsqu'il 
n'étoit point à Paris fut à Régennes, où il fit mettre ses armoiries dans 
les endroits les plus apparents, aussi bien que celles du cardinal de 
Richelieu. Il donna à l'église du lieu , c'est-à-dire Appoigny, un orne- 
ment de drap d'or (1). 

Il acheta une maison à Cosne pour s'y retirer aussi quelquefois, et 
jouir des agréments du rivage de la Loire. Mais il ne réunit point ce 



1640 ï 1671. 



(1) Quelques persounes, qui se disent bien 
informées, prétendent que cet ornement 
ayoit été acheté d'une somme qu^un prince 



avoit chargé ce prélat de restituer aux ha- 
bitants de cette paroisse par un article de 
son testament. 



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256 PIERRE DE BROG^ 

mo^ \m. ^^^^ ^^ domaine de Tévêché, non plus qnMl n'y fit point revenir Thôlel 
épiscopal d'Âuxerre, situé a Paris , quoiqu'il se le fût proposé. Il avoit 
plus fait que M. de Souvré, qui mourut en poursuivant cette prétention. 
Il voulut en savoir le produit par lui-même en rendant visite au P. 
Bernard, dit le pauvre prêtre, qui logeoit dans un appartement de cette 
maison ; mais étant informé de la manière dont le cardinal de la Bour- 
daisière avoit fait la vente, et du nom des personnes intéressées, il se 
désista de ses poursuites, content de retirer ses frais. Cette maison a 
depuis été changée de nature (1). Il s'en falloit beaucoup qu'il eût au- 
tant fait de démarches pour la recouvrance de la terre de Gien. Il sou- 
haita seulement être éclairci sur la liaison qu'avoil la mouvance de cette 
seigneurie avec le droit de régale. Le Chapitre n'étant pas moins 
attentif que lui sur cet ancien fief de l'église d'Auxerre , h cause du 
cierge de cent livres dont cette terre est chargée envers la trésorerie, 
renouvela de son temps ses oppositions à la vente. 

Il possédoit , quand il fut nommé évéque , les abbayes de Ressons 
et de Fontenelles; mais il permuta la dernière dès l'an 1645, pour 
Tabbaye de Toussaints d'Angers ; et il en prit possession en personne 
au mois de mai 1646, se retenant mille livres de pension sur Tautre. 
Dans le même temps, il fit quelques tentatives pour une prébende de la 
cathédrale de Saint-Maurice d'Angers ; il ne put cependant y réussir à 
cause des difiicultés qui se présentèrent au sujet de la stalle qu'il occu- 
peroit au chœur et de la place qu'il auroit en Chapitre. Les chanoines 
de Saint-Marlin de Tours ayant un cérémonial réglé pour ceux d'entre 
les évéques qui sont chanoines honoraires de leur église, l'admirent au 
chœur comme leur confrère, lorsqu'il les eut salués en qualité d'évéque 
d'Auxerre, et même reçurent de lui la bénédiction à la fin de la messe. 
Outre les deux abbayes ci-dessus nommées qu'il possédoit, il espéra 
en vain avoir celle de Lanney en Beauvoisis» après la mort de Tabbé 
de Montmorency, arrivée en 1650. II fit ^ Paris deux cérémonies fu- 
nèbres en 1649 et 1651 ; la première fut l'enterrement de madame de 
Montmorency, qu'il inhuma . par ordre du prince de Condé, dans le 
cimetière des religieuses Carmélites de Notre-Dame-des-Champs. La 

(1} Elle est à la place de S. Michel. 



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CENTIÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE. 2«>7 

secoodc (ut le service que les prélats de rassemblée du clergé firent 
célébrer dans Téglise des Âugustins, pour Léonore d'Estampes, arche- 
vêque de Reims. Il fut l'un des évéques qui sacrèrent h Paris, dans 
Téglise des Jésuites, Jean de Lingendes, évéque de Sarlat. Dès* les 
premières années de son épiscopat , Urbain VIII i'avoit chargé d'une 
commission au sujet de l'Ordre de Citeaux, avec l'archevêque de Sens 
el l'évêque d'Uzez. Dans celte négociation il fut favorable à Claude 
Vaussin, religieux de Clairvaux, prieur de Fonlenet, conlre les conven- 
loels que le cardinal de Richelieu avoit réformés. Enfin, on lit qu'il 
présida a quelques séances de l'assemblée du clergé, Tan 1661« et 
qu'il tâcha d'y maintenir tout en paix. 

Il reçut deux fois à Âuxerre le roi Louis XIV dans son palais épis- 
copal. Premièrendent, l'an 1650, lorsqu'il y arriva le onzième jour de 
mars avec la reine sa mère, le duc d'Anjou et le cardinal Mazarin ; la 
seconde fois fut l'an 1661 . Deux ans après , le roi lui donna une marque 
sensible de sa protection. Le présidial d'Âuxerre se rendant aux re- 
montrances du procureur du roi, touchant la résidence des évéques, 
marquée par les ordonnances du prince, et voyant qu'il étoit de noto- 
riété publique, queTévéque d'Âuxerreny satisfaisoit point, et que les 
pauvres crioient contre lui, avoit ordonné, le vingtième jour de mai 
1665, que ce prélat seroit averti et invité de résider dans un mois et 
de faire l'aumône, sous peine de saisie de son temporel, et que l'or- 
donnance seroit signifiée à ses vicaires-généraux afin qu'il en eût con- 
Doissance. Le prélat, qui ne sa voit pas que c'étoit son neveti, doyen 
du Chapitre, qui avoit fait naître la querelle , se pourvut aussitôt au 
conseil privé, où par arrêt il fut dit que celte ordonnance seroit biffée 
des registres comme injurieuse, et que l'arrêt seroit publié dans 
Auxerre à son de trompe. Ce qui fut exécuté par un huissier de la 
chaîne envoyé exprès de Paris (a). 



(a) L'abbé Lcbeuf a omis de parier des mesures prises par M. de Broc pour faire 
exécuter la décision de l'assemblée générale du clergé de France de 1657, au sujet 
de la signature du formulaire, prescrite par^ les constitutions des papes 
Alexandre VU en 1653 , et Innocent XI eu 1656. On sait que ce formulaire con- 
damnait les erreurs contenues dans cinq propositions du docteur Jansénius. Le 
16 juillet 1664, M. de Broc ordonna , par un mandement, à tout son clergé , sécu- 
II 17 



1640 à 1671 < 



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^'iS PIERRE DE BROC, 

1610 11 1671. Pierre de Broc, qui ne se croyoit pas un profond théologien, main- 
tint assez la paix dans son diocèse, par l'usage où il fut d*avoir des 
vicaires-généraux au gré de tout le monde. II consentit volontiers en 
faisant travailler à une nouvelle édition du bréviaire d'Âuxerre, que ce 
fussent les plus habiles du Chapitre dans la connoissance de l'antiquité 
qui y missent la main; et comme alors on n'avoit pas devant soi les beaux 
modèles qui ont paru depuis, il fut publié l'an 1670, plutôt sous le 
nom modeste d'assat, que comme un bréviaire véritablement exact et 
à l'abri de la critique (i). Il vit de son temps la cérémonie de Tannée 
séculaire depuis la délivrance d'Âuxerre de la main des Calvinistes, 
qui fut Tan 1668, c'est-à-dire la célèbre procession en mémoire de 
ce bienfait (a). Commençant alors à résider plus exactement, et témoi- 
gnant de plus en plus son amitié aux chanoines de son église , il se 



(1) Voyez la lettre pastorale. 

lier et régulier , et aux régents, professeurs et maîtres d^école, de souscrire le for- 
mulaire dans un mois, h partir de ce jour, à peine de' poursuites. Il donna lui-même 
Texemple en le signant sur le registre de Tévéché. Un sergent royal alla ensuite 
notifier Tordonnance dans tout le diocèse et fit son rapport. Le 4 novembre , sur 
la requête du promoteur, il fut constaté que 40 curés ou prieurs, les abbés de' 
Saint-Marien, Saint-Germain^ Rcigny et ses moines , Saint- Laurent de Cosne, les 
Bénédictins de La Charité, les chanoines et les moines de Gien, l'abbé de Roches, 
les Cordeliers d'Auxerre et un matlre d'école de celte ville avaient négligé ou re- 
fusé de signer le formulaire. — On ne voit pas quelle suite eut cette première 
affaire. (iV. d. E.) 

(a) Le pape Clément IX accorda , à Toccasion de rétablissement de cet anniver- 
saire, une bulle d'indulgences du 28 février 1668. Dargedé, dans son histoire manus- 
crite, fait une description pompeuse de cette cérémonie à laquelle assistèrent les 
nombreuses communautés religieuses de la ville et tous les corps constitués. H en 
fut si émerveillé qu'il s'écrie : « Le matin de cette célèbre journée , le soleil se ca- 
cha dans les nuées, honteux qu'il estoit de se voir surmonté par de si superbes ap- 
pareils.... et plus loin, cent nonettes marchoient sur les pas des bannières, Yétues 
de blanc, marque de leur chasteté, et avec une telle modestie et gravité, que si les 
anges avoient eu des corps ils seseroient trompés à leur Ggure, n'y remarquant 
rien d'humain. » 

On devait ériger, en mémoire de l'expulsion des Huguenots, une pyramide de 
bronze; mais les dépenses d'un tel projet le firent ajourner indéfiniment. 

{N. d, E.) 



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CENTIÈME ÉVÊQUE d'aUXKRRS. 259 

trouva avec eux au Chapitre les dernières apnées de sa vie, a la céré- xm ^ i67l 
mooie du soir du jeudi-saint, où Tévéque est tenu de fournir le vin de 
la cène , landis que les chanoines réguliers de Saini-Eusëbe servent de 
leur côté des pains azymes k tous cenx du corps , tant chanoines que 
loriiers. On remarque que sous son épiscopat, le Chapitre, loin de se 
relâcher sur rattachement qu'il avoit pour l'antiquité, fit au contraire 
plusieurs règlements pour rétablir dans leur premier état des rits 
changés assez légèrement sous les trois épiscopats précédents. On en 
fut redevable k Tattention qu'eurent quelques chanoines de consulter 
l6s anciens monuments. Mais ces chanoines ne purent réussir en tout. 
On peut juger de la connoissance qu'avoient de la saine antiquité ceux 
qui se méloient de proposer les changements par le mémoire qu'ils en-^ 
voyèrent, en 1670, k M. de Sainte-Beuve, et que ce docteur réfuta 
solidement par sa délibération du 17 août (1). Il étoit question d'in- 
produire, a la fin des grand'messes, la bénédiction par le célébrant 
avant de quitter l'autel. On ne voyoit encore, au commencement de 
son épiscopat, que deux ou trois chanoines porter la perruque, dont 
le plus ancien étoit Germain Bardolat, qui la prit par nécessité. Cette 
nouvelle mode prit tellement cours malgré la soumission qu'on étoit 
obligé de faire au Chapitre pour en obtenir la permission, que vers 
Tan 1670 il n'y avoit plus qu'un ou deux chanoines qui continuoient 
deparoitre au chœur avec leurs cheveux. 

Pierre de Broc plaça dans le clergé de la cathédrale quelques-uns 
de ses neveux. Le premier fut Pierre Fricour de Fénouillet, natif du 
diocèse de Tours , prieur de Juvigny , k qui il conféra le canonicat et 
la trésorerie^ dont Claude Leclerc , depuis archidiacre, s'étoit démis 
en 1640. Il n'étoit encore alors que simple clerc. Le second fut Jacques 
des Loges, fils de Catherine de Broc, né en la paroisse des Loges, au 
diocèse du Mans, en 1627, qui fut fait chanoine en 1659, et fut de- 
puis prieur de Saint-Melaine et de Saint-Venerand, et chanoine du 
cimetière de Laval. Le troisième, Charles Testu de Pierre-Basse du 
diocèse d'Angers, fils d'Antoinette de Broc, sa sœur jumelle, qui n'étant 
encore que sous-diacre et chanoine depuis quinze jours , fut élu doyen 

(1) Cas de conscience, tome i, cas 9 et 10, 



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2C0 PIERRE DE BROC, CENTIÈME ÉVÊQUE d'aUIERRE. 

1610 a 1G71. le 1 7 octobre 1 661 . Ce ne«ea fut ordonné diacre et prêtre extra tempara 
par son oncle, qu'il soulagea dans les dernières années de son épis- 
copat en qualité de vicaire-général. Il lui succéda aussi dans Tabbaye 
de Toussainls d'Angers. Pierre de Broc, averti vers ce temps-là qu'il 
avoit contracté beaucoup de dettes , forma une sincère résolution de les 
acquitter. Il retrancha pour cela les deux tiers de sa dépense ; et il 
seroit venu & bout de les acquitter toutes si la mort ne Tavoit pré- 
venu (a). Etant tombé malade au château de Régennes les premiers 
jours de juillet de Tannée 1671, le doyen d'Auxerre lui administra le 
saint viatique; le curé de la paroisse lui conféra le sacrement de 
Textréme-onction, et il mourut le septième jour du même mois. Son 
corps, apporté à Auxerre, fut placé, après les obsèques, dans une 
chapelle des grottes de la cathédrale, auprès de celui de sa sœur 
Antoinette, épouse de M. de Pierre-Basse, qui y reposoit depuis huit 
ans. Un Jacobin, nommé Gauthier, fil son oraison funèbre le trentième 
jour après celui de sa mort, en présence de tous les corps de la ville. 
On ne sait pour quelle raison le Chapitre différa jusqu'au mois de no- 
vembre ^ ordonner à chaque collégiale, monastère, communautés et 
curés, qu'ils fissent un service pour le repos de son âme. Le mande-^ 
ment qui fut signé du doyen au nom de la compagnie, est du 18 de 
ce mois, et donne au défunt évéque les épithèles c de bon , bienfaisant 
et dont la mémoire sera à jamais chère dans le diocèse. » On célébra 
encore dans la cathédrale , au bout de Tan , un service solennel auquel 
son successeur officia pontificalement. 

Comme son corps et celui de sa sœur étoient restés simplement dans 
des cercueils de plomb élevés sur des tréteaux sans être renfermés en 
terre; ils furent tirés de ce lieu le samedi 16 septembre 1750, après 
complies, et portés dans la nef de l'église où on les descendit dans le 
caveau de MM. deDinteviJle, dont les corps occupoient très-peu d'es- 



(a) Les grandes dépenses que M. de Broc avait faites lorsquUl était au service du 
roi, dan^ la poursuite de plusieurs procès de son église et pour Tentretien de sa 
maison; avaient gravement compromis sa fortune. Il fut obligé, en 1669, d'a- 
bandonner à SCS créanciers tout son revenu , moyennant 15,000 liv. qu'on lui laissa 
par an. {N. d. E.) 



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NICOLAS COLBERT, CENT-UNIÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE. 261 

pace. Celui de Tévêque fut mis à droite, et celui de sa sœur à ^^y^ ^ ^^^ 
gaDcfae. 

Il reste quelques exemplaires d'un petit livre dédié à Pierre de Broc, 
qoia été imprimé ii Auxerre, chez Jacques Bouquet, in-lS, Tau 1645, 
iolitulé : rEolretien des Musiciens.^^ par le sieur Gantez, prieur delà 
Hagdeleine en Proveuce, chanoine sémiprébendé et maitrè des enfants 
de chœur et de la musique de l'église cathédrale d'Auxerre. L'épltre 
dédieatoire et tout Touvrage prouvent combien ce prélat étoit bon et 
facile. L'auteur re(;onnoit que c'étoit de lui qu'il tenoit sa sémipré- 
beode, et il lui en fait hommage dans l'année même. On trouve , en 
effet, dans les registres du Chapitre, au 27 juin i645, la réception 
d'Annibal Gantez, prêtre du diocèse de Marseille. L'écrivain ne ba- 
lance point de dire à Févêque qu'il lui a semblé ne pouvoir rencontrer 
DD meilleqr protecteur de son livre, a parce que, dit-il, vous avez un 
si grand amour pour les musiciens, que presque toute votre maison en 
est composée.» Au moins, il est certain que ce prélat avoit été si charmé 
de l'organiste qui avoit touché au Te Deutn , entonné par lui dans la 
cathédrale d'Arras, après la prise de la ville, qu'il l'emmena avec lui, le 
présenta au cardinal ministre, et le fit ensuite venir à Auxerre pour 
demeurer chez lui. Il senommoit Antoine Doresmieux (1). 



CHAPITRE X. 

NICOLAS COLBERT, CV ÈVÊQUE D'AUXERRE. 

L'évêché d' Auxerre ne fut pas plus lot vacant par la uîort de Pierre i672 a icre. 
de Broc, que Jean-Baplisle Colbert , ministre d'Etat, qui avoit une 
terre considérable proche cette ville , sachant quei air de celle de Luçon 



(1} On lui dédia pendant son épiscopat un 
volume iD-12 qui ■ éloit la traduction d*un 
Traité du Président dTspagnet» fameux 
<*hercheurdc la pierre philosophate. 



Ce fut aussi sous son épiscopat, en 1 664, que 
plusieurs chanoines et autres firententre eux 
une association pour tenir par chaque se- 
maine une conférence spirituelle. Ces cha- 



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2C0 I 

1610 a lo7l. le 17 OClobrc 

par son ont ' 

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CET<T -UNIÈME ÉYÉQUE D^AUXERRE. 265 

bienlôi répandu dans le public , y augmenta encore davantage la joie ,57^ ^ 1^70. 
des ecclésiastiques et des fidèles. Il y auroit eu de qnoi former un vo* 
lume par quiconque auroit entrepris d'écrire au long la vie que le prélat 
mena, tant à Luçon qu'à Auxerre. Mais comme il a ûiUu me borner 
dans cette collection, je me contenterai de produire ici ce qui m'a été 
fourni par plusieurs pieux et savsiats personnages qui l'ont connu par- 
ticulièrement, et par d'autres qui l'ont vu en différentes occasions, à 
quoi j'ai ajouté ce que j'ai trouvé par mes recherches particulières. 

La patrie de ce prélat étoit la ville de Reims. Il y écoii né Tan 1628. 
Il y avoil commencé ses études, les avoit continuées à Paris , où il 
avoit reçu le bonnet de docteur au sortir de la licence dont il avoit été 
prieur ; ensuite de quoi, étant bibliothécaire du roi (1), il avoil été 
élevé. Tan 1661 , à l'évéché de Luçon , où il avoit fait des biens infinis. 
Ayant âonc succombé aux instances de sa famille , qui craignoit pour 
sa santé, il se disposa â subir le nouveau fardeau qui alloit lui être im- 
posé. Il se retira à Reims , où sa principale occupation après la prière, 
ia lecture et ses lettres écrites , fut de visiter les lieux de piété et les 
sanctuaires de la ville. A la prière du Chapitre, il officia pontificalemeni 
aux grandes fêtes qui se rencontrèrent pendant le reste de l'année 1671. 
11 fit plusieurs fonctions épiscopales à la réquisition des vicaires-géné- 
raux du cardinal Antoine Barberin , archevêque ; il anima à Tétude et 
a la piété quantité déjeunes ecclésiastiques, el montra partout une mo- 
destie et un recueillement que tous les fidèles admirèrent et firent 
remarquer à leurs enfants, afin que la mémoire s*en perpétuât. 

Les bulles de sa translation étant arrivées, il prit congé de sa famille 
et se hâta de se rendre à Auxerre, où Ton étoit prévenu avec justice- 
en sa faveur et plein d'espérance d'avoir en lui un pasteur selon le cœur 
de Dieu et un protecteur en cour. Le Chapitre de la cathédrale députa 
six du eoi-ps pour aller jusqu'à Joigny au devant de lui et l'accompagner 
jusqu'à Auxerre ; il fut reçu dans la ville le 27 janvier, comme on au- 
roit reçu le roi ou le gouverneur de la provjnce; c'est-à-dire que le 
maire et les cchevins, avec toute la bourgeoisie enarmos, éloient allés 



:i) L'histoire de la Bibliothèque du roi dit 1 jusqu'à sa mort, 
qu'il fut bibliothécaire depuis Tan 1656 { 



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264 NICOLAS COLBBRT, 

io:s }t 1676. I>Î6D loin hors de la ville au devant de lui , où ceux qui représenloieul 
la communauté des habitants lui firent leur harangue. Mais comme il 
ne fut point curieux de se faire porter par les quatre barons, depuis 
Téglise de Saint-Germain jusqu'à la cathédrale, il se rendit droit au 
palais épiscopal, où il se prépara pendant deux jours de recueillement 
il sa prise de possession. Le 29, il pftsa de son palais à la cathédrale 
par la porte de communication, qui est derrière le chœur, et alla dans 
la chapelle de Notre-Dame-des- Vertus, située à côté du grand portail; 
là, s'élant habillé pontificalement, il se présenta à la grande porte de 
l'église pour y être reçu. Le doyen, à la tête des chanoines, tous re- 
vêtus des plus belles chapes, lui ayant fait un discours; lui présenta 
le livre des évangiles pour prêter le serment suivant la formule ancienne 
qui y est écrite. Comme ce serment fait mention des droits et immu- 
nités de l'église d'Auxerre , il fil réponse qu'il s'y conformeroit lors- 
qu'il les auroit vus, et de là il.avança au chœur qui étoit orné de tapis* 
séries nouvelles, et il y fut intronisé à la manière accoutumée. Le 
Chapitre lui fit ensuite les présents ordinaires de pain et de vin pour 
sa nouvelle venue, et dès le même jour ou le lendemain il offrit à 
la cathédrale quelques-uns de ses ornements pontificaux. Mais il ne 
donqa aucun repas, réservant tout ce qu'il avoit d'argent pour les pau- 
vres qu'il savoit être en grand nombre et dans un grand besoin (I). 

 peine étoit-il en possession et avoit-il reçu les harangues des dif- 
férents corps de la ville, qu'ayant appris qu'il n'y avoit point encore de 
séminaire érigé pour l'instruction des jeunes ecclésiastiques, et que son 
prédécesseur n'avoit point fait d'attention à cet article des bulles, il 
prit les moyens d'en établir un sans aucun délai. Il destina d'abord 
pour cela tout le bas du palais épiscopal où il fil faire de petites cham- 
bres. Il donna un mandement le 5 mai, par lequel il faisoit savoir que 
ceux qui se disposoient aux ordres pourroient se présenter dès le i8 
du même mois; et, après avoir réuui un nombre d'ecclésiastiques des 
plus vertueux, il leur do^na pour supérieur Louis Habert, docteur de 



(1) J'ai vu une lettre en original du P. 
Duneau, jésuite francois, résidant à Rome, 
du 19 avril 1672, k un chanoine d'Auxcrrc. 
qui conlîentcpt éloge de Nicolas Colbcrt : 



« Je commencerai en me conjoùissant avec 
» vous ef avec toute la ville d'Auxerre, d'a- 
» voir un évèque si pieux et si homme de 
> bien qu'est le votre. »» 



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CENT-UTtlÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE. 265 

Sorbonne, natif de Blois. L'année d'après il acheta pour la même fin 1^3,1.76. 
00 grand corps de logis situé dans la paroisse de Saint-Loup, qui avoit 
appartenu à M. Pierre Camus, bailli d'Âuxerre. Depuis ce temps*là 
on Ty vit souvent aller pour y prendre ses repas, v donner des avis 
salutaires et y pratiquer l'humilité. Persuadé que la réforme d'un dio- 
cèse dépend des nouveaux prêtres qu'on y met en place , il prit dès 
lors toutes les précautions possibles pour n'imposer les mains qu'à de 
bons sujets et bien éprouvés ; et, afin de n'y être pas trompé, il se pré- 
para à chaque ordination par un jour de retraite au tombeau de saint 
Germain ; il s'y rendoit le vendredi, à sept heures du matin, restoit ou 
à genoux dans les grottes, ou debout dans le chœur, chantant l'office 
avec les religieux, et vers les sept heures du soir, quelques domestiques 
revenoient vers lui pour l'accompagner lorsqu'il retourneroit à Té- 
véché où on lui servoit k manger pour la première et unique fois de ce 
jour-là. 

Il fut aisé de reconnoitre, à ce premier trait, que ce prélat étoit un 
homme de prières et de mortification. Mais ce qu'on lui vit faire à 
Aoxerre étôit ce qu'il avoit pratiqué à Luçon pendant dix ans. Dans 
toute sa conduite, son régime de vie et son domestique, il n'innova 
rien en passant d'une église à l'autre, que sur un seul article ; encore 
le fit-il à la sollicitation de sa famille. Ce fut qu'au lieu que jusqu'alors il 
o'avoit point eu de vaisselle d'argent, mais seulement d'étain , il commença 
à en avoir d'argent à Auxerre , à cause que la ville est située sur une 
route où passent souvent des personnes du premier rang. Il se levoit a 
cioq heures et ne se retiroit qu'après neuf heures du soir. Loin de 
mener une vie de fantaisie, de caprice, et sans règles, il récitoit l'office 
divin, autant qu'il le pouvoit, aux heures de l'église. Il assistoit k l'of- 
fice entier de la cathédrale les dimanches et fêtes chômées. Chaque 
dimanche, après matines, il passoit derrière le grand autel; là on lui 
ôtoit sou camail, il quittoit son rochet, et aussitôt il se mettoit à genoux 
et se confessoit à la vue de tout le monde ; ensuite il célébroit la messe. 
Il s'assujettissoit che% lui à une suite uniforme d^occupations, à moins 
qu'une affaire extraordinaire ou quelque bien supérieur ne l'obligeât 
de s'en écarter. Ainsi , s'il donnoit ses audiences à des heures réglées, 
c'étoit sans s'y astreindre nccessairemenl. Quoique son abord fût un 



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IG73 à 1676. 



2GG NICOLAS COLBERT , 

peu troid , il receyoit ud chacun avec un visage égal , et un air de booté 
qui inspiroit de la confiance , toujours cependant avec les distinctions 
qui sont dues. Ceux qui sortoient de son audience où ils n'étoient en- 
trés qu'en tremblant, étoient charmés des douceurs de sa charité, et 
publioient par tout qu'ils venoient de parler a un saint. Ses chevaux 
étoient d'un prix médiocre et des plus simples; ses meubles n'avoient 
rien qui frappât les yeux ou qui fût affecté. On ne servoità sa table, à 
diner, après la soupe, qu'une entrée et le bouilli avec quelques fruits, à 
moins qu'il n'y eût une personne de distinction ; durant tout le repas, on 
faisoit la lecture. En un mot tout étoit chez lui comme le prescrit le 
quatrième concile de Garthage, et la régularité y étoit si grande qu'on 
vit on gentilhomme choisir son palais épiscopal pour y faire une retraite 
spirituelle. Lorsqu'il alloit par la ville, c'étoit toujours à pied et accom- 
pagné d'un ecclésiastique ; ayant pour maxime qu'un évêque ne doit 
point sortir sans avoir un clerc pour témoin de ses actions. Jamais il 
ne mangea de viandes délicates, comme perdrix, levreaux, etc., quoi- 
qu'on en servit sur sa table dans les cas extraordinaires. Il usoit si pea 
de vin qu'il ne faisoit que rougir son eau, et le plus souvent il la buvoit 
pure. On ne savoit ce qu'il aimoit le mieux, ne demandant jamais rieo 
pour soi. Les jours déjeune, il ne faisoit qu'un seul repas ^ sept heures 
du soir. La semaine sainte, il s'abstcnoit de poisson et n' usoit que de 
légumes, quoiqu'il travaillât tonte la journée. En ces jours-lk il sortoit 
de chez lui k l'heure de midi , lorsque sa famille se mettoit h table, et 
alloit passer au tombeau de saint Germain une grande partie de la 
soirée, jusqu'à ce qu'un de ses domestiques vint le reprendre à l'heure 
qu'il avoit marquée. Ses habits étoient fort simples, mais avec la bieo- 
séance convenable k son état ; il ne vouloit pas que ses chemises fussent 
amples ni de toile fine. Sa maison n'étoit composée que des personnes 
absolument nécessaires pour son service et celui de son diocèse. Il n'y 
admettoit .que des domestiques de bonnes mœurs, n'avoit que deui la- 
quais seulement, un postillon et un portier. Un des ecclésiastiques éloit 
chargé de veiller sur 'eux, et tous vi voient en poix et sans avoir jamais 
aucun démêlé. Il avoit quitté les livrées de sa famille avant le mariage 
du marquis de Seignelay, craignant d'être oblige d'en prendre de trop 
magnifiques, et il fit habiller ses domestiques de violet. Toutes les 



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GENT-UNIÈMB ÉVÊQUB D^AUXËRRE. 267 

expédilioûs d'actes se faisoient gratuitement h l'évêciié. Il vouloit que iminime. 
ses domestiques fussent exempts de tout soupçon d*avarice ; il n'en 
auroit souffert aucun qui eût été convaincu d*avoir reçu quelque présent. 
Il donnoit aussi gratis toutes les charges de ses terres ^ et seulement à la 
considération du mérite ; jamais il ne se qualifia évêque à la tête des 
actes publics, autrement que par la permission divine. 

Son amour pour la prière ne se bornoit point à réciter l'office divin 
ou k y assister; il se levoit encore la nuit, donnant ordre deTéveiller s'il 
nePétoit pas ; et il passoit un long espace de temps ^ prier ou au pied 
de son crucifix, dans sa chambre, ou dans Péglise cathédrale dont il 
gardoit une clé. Ceux qui ont été témoins des prières quMl y faisoit le 
jour devant le saint-sacrement, ont assuré que la ferveur de son oraison 
et la modestie qu'il y observoit, touchoient les cœurs des plus grands 
libertins et les portoienth la dévotion. Il s'y tenoit deux heures entières, 
la tête nue et sans remuer en aucune manière, tant l'âme éioit absorbée 
en Dieu. Quoique la modestie fût naturellement peinte sur son visage, 
elle éclatoit encore plus singulièrement pendant les offices divins ; en 
sorte qu'il portoit tous ceux qui le regardoienl à la révérence envers les 
saints mystères ; et lorsqu'il célébroit lui même le sacrifice , son recueil- 
lement et sa gravité ordinaires augmentoient encore davantage ; il étoit 
tellement pénétré de la grandeur du mystère et de la majesté divine, 
qu'il souffroit plutôt les piqûres les plus violentes des insectes que de 
lever la main pour les chasser. La prière publique ne lui étoit pas 
moins chère que l'eraison mentale. Outre qu'il assistoit à tout l'office, 
tant, de nuit que de jour, les dimanches et fêtes , il ne se dispensoil 
d'aucune des prières qui ont été instituées pour les nécessités publia 
ques, et il assistoit même aux trois processions des Rogations, qui sont 
les plus longues de toute l'année , surtout le troisième jour, où le Cha- 
pitre parlant k six heures ne revient que vers le midi, et cela à jeun, 
sans avoir pris aucune nourriture. Gomme il tàchoit d*étre dans le 
chœur un modèle parfait h tout le clergé, et qu'il ne s'y occupoit que 
de l'office qu'on célébroit actuellement, il ne permettoit pas que les 
chanoines se comportassent d'ane autre manière, ni qu'ils récitassent 
l'office en particulier au lieu de chanter ; bien moins encore qu'ils pré- 
vinssent l'office public par des récitations particulières du même office, 



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268 NICOLAS COLBERT , 

1673 2i 1676. °* «nêoie qu'on lût des livres de piété pendant la messe. Il fit dire un 
jour au Chapitre, par un chanoine , que s'il se trouvoil des particuliers 
qui violassent ces règles fondées sur les saints canons, on ne trouvât 
pas mauvais qu'il envoyât son aumônier pour avertir ces personnes de 
fermer leurs livres ou leur bréviaire et de s'unir au chœur. L'église de 
la ville, où sa dévotion Tattiroit davantage après l'église cathédrale, 
fut celle de Saint-Germain, au tombeau duquel il alioit, au moins une 
fois par semaine, célébrer les saints mystères ; il ne revenoit jamais de 
ce saint lieu qu'il ne sentit son zèle enflammésde nouveau. 

Après l'établissement du séminaire, Nicolas Golbert prit toutes 
les autres voies nécessaires pour faire fleurir l'ancienne discipline dans 
le clergé de son diocèse (a). Visites des églises, synodes , conférences, 
rien ne fut oublié. Ne trouvant point, dans le commencement de sou 
épiscopat, des sujets du diocèse assez formés pour être employés, il 
attira d'excellents prêtres d'ailleurs pour remplir les cures qui vaquoient. 
Il recueillit , h l'exemple de deux autres évêques , quelques sujets de 
mérite qui , par respect et obéissance pour l'autorité épiscopale, quit- 
tèrent la congrégation de la Doctrine chrétienne, afin de se donner tout 
entier au service de ses peuples. Il publia / dans son synode de l'an 
1674, quelques statuts; mais de crainte d'effrayer les anciens curés 
par l'idée d'un nouveau joug, il fit remarquer à son clergé que, pour 
ce qui regardoit la conduite, ce n'étoit pas de nouvelles ordonnances 
qu'il présentoit et qu'il ne faisoit que suivre les anciennes. En effet, il 
n'y prescrivoit rien sur ce qui concerne les mœurs des ecclésiastiques, 
qui ne fût dans les canons ou dans les ordonnances des évêques précé- 
dents ; et comme dans le petit volume qu'il fit imprimer il ne pouvoit 
leur prescrire tout ce qui parut nécessaire pour l'administration du 
sacrement de pénitence, il fit distribuer séparément les avis de saint 
Charles aux confesseurs, enjoignant, par un article spécial de ses 
ordonnances, h tous les confesseurs du diocèse de les avoir, de les lire 
et de les mettre en pratique. Le duel ayant été oublié parmi les cas 

(a) Le correcteur des Minimes de Gien ayant refusé de subir un examen sur sa 
capacité, il interdit à la communauté de faire des prédications aux fidèles jusqu à 
obéissance. — Arch. de l'Yonne, -^- (iV. d. E.) 



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CBMT-UNIÈMB ÉVÊQUË d'aUXERRB. 269 

réservés imprimés h la tète du bréviaire qai paroissoit depuis Tan 1670, 
il l'y fit ajouter (1). 

Les deux autres docteurs quMI avoit amenés à Âuxerre, outre 
M. Haberl, éloieut M. Barré et M. François Louis (2). 11 fit le premier 
des deux oflScial du diocèse ; il retint le second auprès de lui et parut 
lui donner sa plus intime confiance. Tous les trois étoient parfaitement 
au fait du gouvernement d'un diocèse; ils venoient de celui de Luçon 
où ils avoient travaillé sous ses ordres. Mais quoiqu'il fût bien persuadé 
de la science profonde de ces trois personnages, jamais on ne Taccusa 
de se laisser gouverner. Il avoit tout le discernement nécessaire pour ne 
pas prendre, dans les délibérations de son conseil, l'apparent pour le 
vrai, l'incertain pour le certain. Quand il lui restoit quelques diffi- 
cultés, il avoit recours h ceux qu'il connoissoit les plus éclairés à Paris. 
H avoit de grandes liaisons avec M. de Gondrin, son métropolitain. 
Cependant, il ne crut pas que le diocèse d'Auxerre fût en état d'ad- 
mettre le règlement que ce prélat lui conseilloit d'y faire ; et il paroit, 
par un des articles de ses ordonnances concernant les ecclésiastiques, 
qu'il ne s'astreignit point à suivre la décision que M. de Sainte-Beuve 
avoit faite sur cette matière (5). Il étoit inexorable pour les grâces qu'on 
lui demandoit, quand les sujets n'avoient pas les dispositions. G'étoit 
une maxime générale dont il ne se départit pas même h l'égard de ceux 
qui appartenoient à ses principaux officiers. La crainte de succomber 
ne l'empéchoit point d'entreprendre ce qui étoit nécessaire pour cor- 
riger un pécheur ; les embarras ne lui inspiroient point de timidité, 
la dépense ne l'arréioit pas. Il étoit éloigné de ces foiblesses, parce 
qu'il avoit un vrai zèle pour le salut de ses diocésains. Il étoit, au reste, 
bien persuadé que l'élévation des évêques au-dessus des prêtres , n'est 
pas à la manière de la domination séculière qui commande despotique- 
ment. Méditant souvent le commandement de J.-C. sur l'humilité, il 
ne souffrit jamais qu'on lui Tit des harangues dans les sermons, et il 
ne laissa jamais un prêtre découvert en sa présence. Il parloit k tous 



(1) Ordonnances Syn. pag. 2. 

(2) Ce dernier étoit du diocèse de Rouen, 
et avoit été reçu chanoine d'Auxerre le 



1 février 1672. 
(3) Tome 1, cas 199. 



167S k \mc. 



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270 NICOLAS COLBERT, 

1^9 il im. <^^us qui étoienl revêtus du sacerdoce avec toute Taffabiliié possible. 
Quand il désiroil quelque chose d'eux, il s'expliquoit en termes si 
humbles et en même temps si pressants , qu'il falloit être bien rebelle 
pour ne pas obéir k ses volontés. Il n'abusa point de son crédit pour 
réduire par des voies de* fait les curés ou autres bénéficiers, coupables 
ou incapables, à abandonner leurs postes* Il ne s'arrêtoit pas non plus 
aux premières plaintes; il suspendoit son jugement jusqu'à ce qu'il eût 
tout approfondi. 11 considéroit de qui on lui parloit, qui étoit celui qui 
se plaignoit, examinoit si ce n'étoit point par vengeance ou par oppo- 
sition à la discipline de l'Église; et quand même il connoissoit avec 
certitude les défauts de quelques pasteurs, il ne s'armoit point aussitôt 
pour les châtier, mais il usoit de charitables remontrances pour les 
porter à changer de vie; il les menaçoit ensuite, s'il en étoit besoin, 
et il ne faisoit commencer leur procès que lorsqu'il y avoit absolument 
. nécessité , et c' étoit toujours de manière à n'être pas obligé de l'achever, 
tant il avoit soin que ces ecclésiastiques déréglés se convainquissent 
eux-mêmes du tort qu'ils avoient et qu'une résistance opiniâtre leur 
seroit inutile. Souvent on en a vu qui venoient le trouver et lui avouoient 
ingénument leurs fautes ; il pardonnoit h ceux-là , leur disant : « Mon 
frère, allez, travaillez, il ne faut plus penser au passé , mais à mieux 
vivre dans la suite et à faire des fruits dignes de pénitence. » Â l'égard 
de ceux qui vouloient entrer dans des cures par présentations de patron 
ou par provisions de cour de Rome , il les examinoit lui-même, et son 
secrétaire présent rédigeoit le procès-verbal de ses demandes et de leurs 
réponses , sur lequel, après l'avis de son conseil et quelques délais 
accordés , s'il étoit convenable , il les déierminoit d'ordinaire avec au- 
tant de force que de douceur, à renoncer à des droits dont ils n'étoient 
pas dignes. Sa fermeté, en ces occasions, lui attira des injures et 
même des menaces ; mais sa religion le faisoit mettre au-dessus de 
tout ce qui échappoit k ces ecclésiastiques qui lui paroissoient mal 
appelés ou peu propres au ministère* Quoiqu'il fût d'un tempérament 
sec et chaud , bien loin de défendre sa réputation au préjudice de celle 
des autres, il Texposoit souvent pour cacher leurs fautes. Il lui auroit 
été facile d'empêcher la censure qu'on faisoit quelquefois de ses actions 
et d'obvier aux murmures : il suffisoii pour cela qu*on en dit les 



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CBNT-UmÈllB ÉYÊQUE d'aUXERRE. 271 

raisons; mais parce qu'il ne le pouvoil faire sans donner alleinte à la repu- ^^s i^ i^q, 
tation des coupables, il aimoit mieux garder un secret impénétrable en 
leur faveur, et souffrir avec humilité que le blâme quMls avoient mérité 
retombât sur lui. 

Mais si ce prélat souffroit avec une grande palieuce les injures qui 
éloienl faites à sa personne et même les médisances , il avoit un grand 
zèle pour punir celles qui étoient faites aux curés, surtout si c'étoit 
dans les exercices de lepr ministère. Il ne pouvoit souffrir qu'on parlât 
mal en public de ceux qui étoient en place, mais il aimoit au contraire 
à en entendre dire tout le bien possible, pourvu que ce ne fût pas en 
leur présence. Un jour qu'un des premiers de la cathédrale loua haute- 
ment un curé présent qui avoit prêché devant lui, il garda un profond 
silence, corrigeant par là celui qui louoit excessivement, et préser- 
vant celui qui étoit loué du péché de vaine gloire. Les bons prêtres 
étoient reçus chez lui avec honneur et il les admettoit à sa table. Il les 
aidoit même de son argent lorsqu'il étoit informé que le revenu de leur 
cure ne suiBsoit pas pour les faire subsister selon leur condition. Il y 
eo eut un d'auprès de Goulanges-sur-Yonne qu'il trouva mal vêtu lors- 
qu'il vint le voir k Âuxerre, le bon prélat se dépouilla h l'instant de ses 
propres habits et lui en fit présent. Il donna souvent h d'autres des 
chemises de toile commune, telles qu'il les portoit. 

Assistant de ses biens les pauvres ecclésiastiques, il n'eut pas moins 
d'attention envers le reste du troupeau qui pouvoit être dans la misère; 
il prit soin des pauvres honteux et de tous les autres misérables. Avant 
qu'il fût venu à bout d'établir un hôpital, il ordonna qu'on distribuât 
du pain trois ou quatre fois la semaine dans son palais épiscopal ; et 
avant celte distribution, un de ses aumôniers faisoit aux pauvres as- 
semblés un petit discours de piété. L'hôpital étant établi en consé- 
quence d'une assemblée de ville tenue à l'évéché et avec la participation 
de l'intendant, il fit confirmer cet établissement par des lettres-patentes 
du mois de mars de l'an 4675 (1). Tous les mardis, quittant ses em- 
plois les plus sérieux , il se trouvoit aux assemblées qui se tenoient 



(l) Cet hôpital fut d'abord dans la paroisse 1 du Panier-Terd à la porte du Pont, et porta 
de SaiDt-Père au lieu où étoit rhôteUerie | le nom de Saint-Nicolas. 



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1672 à IC76- 



272 NICOLAS COLBBRT, 

chez lui avec huit administrateurs, tanl ecclésiastiques que laïques, 
dont il ayoit fait choix. Ce n'étoit pas assez quMI eût trouvé un corps 
de logis pour placer les pauvres, il entretenoit cette maison de blé, de 
vin, de bois ; et comme cet hôpital étoit uniquement pour les pauvres 
de la ville et des faubourgs , s'il en faisoit entrer qui fussent de quel- 
ques-unes des terres du temporel de l'évéché, il donnoit pour eux uoe 
somme d'argent réglée. Bien souvent il alla visiter les pauvres de ce 
lieu pour connoitre l'état de la maison. Il ne dédaigna pas de servir à 
manger auxinGrmes de l'Hôtel-Dieu. On le vit, sans répugnance, ex- 
horter un agonisant , le visage penché contre celui du moribond. 
Mais comme il remarqua qu'à cause de ces visites de THôtel-Dieu on 
avoit conçu une haute estime de sa charité, il s'abstint d'y aller davan- 
tage ; et même longtemps après , comme un de ses docteurs lui repré- 
sentoit les besoins spirituels qui manquoient dans les prisons, il dit 
qu'il s'abstenoit d'aller dans ces sortes de lieux, parce qu'il craignoit 
d'acheter la réputation de saint à trop bon marché. Un hiver ayant été 
fâcheux, il fit acheter de la viande que l'on distribuoit trois fois la se- 
maine h Âuxerre, à Régennes et dans ses autres terres. Les pauvres 
honteux ne recevoient pas moins de secours de sa bonté paternelle, et 
toujours avec prudence. Il y avoit dans Âuxerre un certain nombre de 
familles qu'il entretenoit de ses charités, les faisant par lui-même, sui- 
vant la connoissance qu'il avoit de leurs besoins. Il alloit a pied dans 
ces maisons , accompagné seulement d'un jeune clerc qui porloit la 
bourse, et suivi d'un ou deux domestiques. Mais lorsqu'il approchoit 
le coin de la rue, il ordonnoit k ses gens de ne point passer outre, afin 
qu'ils ne vissent pas chez qui il entroit. Il observoit, même étant dans 
la rue, de s'arrêter auprès de quelques personnes auxquelles on ne 
pdhvoit pas soupçonner qu'il eût à faire l'aumône, et lorsqu'il s'aper- 
cevoit qu'on ne le regardoit plus, il entroit promptement dans ces 
maisons, et le jeune ecclésiastique lui remettoit sa bourse dont il faisoit 
usage en peu de temps (1). Sachant un jour qu'un notable bourgeois 
peu accommodé avoit des filles qui n'osoient sortir à cause qu'elles 
étoient mal vêtues, il envoya un habit qui convenoit au père, mais dont 

(l) J'ai su ce fait d'un des chanoines qui avoit porté quelquefois cette bourse- 



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GKNT-UNIÈME ÉVÊQUE D*AUXERRE. 275 

les poches contenoieot une somme d'argent destinée pour Tosage le ^^jç^ ^ ^^^ 
plus pressant de cette famille. Il nourrit et entretint, durant son épis- 
copat, la maison d'un gentilhomme de son diocèse qui avoit perdu 
tout son bien , dans la vue d'empêcher que ses filles ne tombassent en 
quelque malheur. Outre les aumônes qu'il faisoit par lui-même, il y 
ayoit quatre personnes de la ville chargées d'en faire aux pauvres bon- 
tenx de leur connoissance, savoir : deux chanoines, un avocat (1) et 
la supérieure d'une communauté non cloîtrée (2) ; et, non content de 
faire d'abondantes aumônes dans son diocèse , il faisoit encore tenir, 
par an, trois mille livres aux missionnaires qui éloient dans les pays 
étrangers. Il arriva de son temps que la ville de Goulanges-Ia-Yineuse 
fot presque réduite en cendres, et Téglise même se ressentit de Tin- 
eendie (a). Cette triste nouvelle lui ayant été mandée à Paris, il y fit 
une quête, revint ensuite promptement à son diocèse, alla visiter le 
mal qu'il trouva bien plus grand qu'on ne lui avoit écrit, et ajouta , à 
ce qu'il avoit trouvé k Paris, tout ce qui lui restoit alors d'argent pour 
soulager plus promptement les habitants de cette petite ville. La com- 
munauté des Ursulines de Grevan étant dans un grand besoin , se res- 
sentit aussi très-particulièrement de ses libéralités. Il leur faisoit tenir 
tous les ans six cents livres, outre le blé, le sel, etc., qu'il leur four- 
nissoit. On ne peut compter les sommes qu'il fit distribuer k la cam- 
pagnedans chaque paroisse qu'il visitoit. 

Après le soin des pauvres, l'instruction des gens de la campagne 
fat une des choses qui exercèrent le plus sa vigilance. Ce fut pour 



(l) Jacques Richer. | (2) De ta Providence. 



(a) L'incendie prit le matin du n mai 1676, et se propagea rapidement par l'im- 
péiuosité du vent, si bien que le feu éclata en même temps en plus de dit endroits 
à la fois. Il y eut plus de 170 maisons brûlées, 22 pressoirs et une grande partie 
de l'église. Les habitants perdirent tout leur mobilier et furent réduits à la misère. 
Trente personnes furent atteintes par le feu et plus ou. moins maltraitées. San^ 
Fassistance de M"« de Villefranche, dame de Coulanges, qui fit défoncer et jeter 
sur le feu trente feuillettes de vin. le reste du pays brûlait. On sait qu'il n'y avait pas 
k celle époque de fontaines à Coulanges. — rrocès-vcrbal de Tincendie, Arch. 
de l'Yonne, pièces historiques. OV. d. E,) 

n 18 



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274 NICOLAS COLBBRT, 

\en \i 1^76. P<'6Dclf6 coDDoissance de leurs besoins spirituels qu'ii entreprit la visite 
générale de son diocèse presque aussitôt qu'il fut arrivé ; mais il ne s'ac-» 
quitta pas de ce devoir avec rapidité ni superficiellement. Il ne visitoil 
qu'une paroisse en un jour, et il y employoit tout le temps nécessaire; 
si elle étoit peu éloignée de son château de Yarzy ou de quelque autre 
lieu de sa résidence, il s'y transportoit k pied. Le matin, après les céré- 
monies ordinaires, il célébroit la messe où il y avoit souvent une eom^ 
munion générale , puis se faisoit la prédication à laquelle il vouloit 
toujours assister, afin d'y mieux rassembler le peuple et de Ty tenir 
plus attentif. Il visitoit les fonts baptismaux, soit avant , soit après la 
prédication ; il y parloit longtemps sur la sainteté du baptême et sur 
la manière de l'administrer. Après le dîner on faisoit une instruction 
pour préparer au sacrement de confirmation k laquelle il n'assistoit pas. 
Elle duroit jusqu'à ce qu'il retournât k l'église, où il prenoit connois- 
sance de l'état de la paroisse, et autant qu'il y avoit de sujets de plainte 
sur les défauts que le curé remarquoit dans sa paroisse, c'étoit matière 
k autant de discours que Tévéque prononçoit avec zèle.II usoit d'on 
expédient très-utile pour augmenter la confiance des peuples dans leur 
curé. Gomme les habitants de certains lieux étoient sujets kmurmurer 
contre leur pasteur sans en avoir occasion et uniquement par habitude , 
il engagea les curés qui avoieut de la sincérité et de l'amour pour le 
bien k prévenir ces plaintes. Ainsi, lorsque l'évêque se présentoit pour 
entendre les paroissiens, les curés représentoient eux-mêmes publique- 
ment que les paroissiens retenus par trop de considération , s'étoieni 
abstenus de parler de telle et telle chose qui les choquoit dans sa con- 
duite; que cela étoit vrai, mais qu'ils étoient prêts de s'en corriger, si 
l'évêque y trouvoit k redire. Cela suffisoit pour donner occasion au 
prélat de confirmer le bien que les curés tâchoient d'établir ; et cela 
rendoit les paroissiens plus soumis k leurs pasteurs , en leur faisant en- 
tendre qu'ils seroient blâmables s'ils se conduisoient autrement. L'en- 
quête faite, on lisoit les ordonnances, et la visite fin issoit par l'adminis- 
tration du sacrement de confirmation ; après quoi il faisoit distribuer 
aux pauvres les aumônes dont j'ai parlé. Et comme souvent les curés 
n'ont pas soin de faire exécuter les ordonnances de visite, et que quel- 
quefois même ils ne les lisent pas , on les avertissoit par des lettres-^ 



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CENT-UNIÈUE ÉVÊQUE d'aUXEURE. 275 

circulaires, d'envoyer àrévéché des copies de ces ordonnances, avec 
des apostilles aux articles exécutés ou non exécutés ; ce qui faisoit que 
les curés s'ewpressoient de faire exécuter ce qui ne l'éioit pas, afin 
d'éviter le blâme de leur évéque. Si quelque curé étoii négligent sur 
ce point, on envoyoit une copie où l'on ne voyoit presque rien d'exé- 
coté; celui qui étoit chargé de la recevoir, la lui renvoyoit, lui mar- 
quant qu'il n'avoit pas voulu la communiquer au prélat, afin de lui 
épargner la confusion d'une telle négligence et de lui donner le temps 
delà réparer. Ainsi changeoit peu à peu la face du diocèse par le moyen 
des visites ; de sorte que Tévêque étoit assuré qu'en visitant une pa- 
roisse pour la seconde fois, il y trouveroit tout en bon ordre. Quand il 
prévoyoit qu^il y avoit de grandes plaintes à entendre contre un curé, il 
ne permettoit pas qu'on les lui fit publiquement ; il se retiroit dans sa 
sacristie ou dans un autre lieu commode, et y entendoit séparément les 
témoins ; mais comme il vouloit aussi que le curé connût son tort, il 
De logeoit point chez lui et n'y faisoit point porter ce qu'il avoit à 
manger, mais chez les juges du lieu ou à Tauberge, telle qu'elle se 
tronvoit. S'il lui arrivoit d'interrompre le cours de ses visites un jour 
oa deux , ce n'étoit pas pour demeurer oisif; c'étoit seulement un chan- 
gement d^occupation pour le service de son troupeau. Il donnoit au- 
dience à toutes les heures qu'on se présentoit sans faire attendre per- 
sonne, surtout les curés qui venoient de loin ; et il recevoit les ecclé- 
siastiques avec une cordialité et une tendresse paternelle. Tous, grands 
et petits, avoient la consolation de parler k leur évéqne quand ils vou- 
loient, et s'en retournoient charmés de sa charité. Il ne se plaignoit 
qnedes visites inutiles et de pure civilité , que lui rendoient quelques 
gentilshommes^ parce qu'elles étoient quelquefois trop longues. S'il 
recevoit des visites dans le lieu de sa station , il en rendoit aussi ; mais 
c'étoit aux malades, à ceux qui étoient dans l'affliction^ qu'il avoit soin 
de consoler et de soulager; il réconcilioit ceux qui étoient en inimitié 
et accommodoit les procès le plus qu'il pouvoit. Comme il étoit un jour 
k Saint-Fargeau , on y aniena trois criminels arrêtés dans les bois de 
Varzy» qu'on conduisoit aux prisons d'une autre ville ; il en fut informé « 
les alla visiter, et leur ayant dit quelques paroles de consolation , il 
recommanda aux conducteurs d'avoir pour eux de l'humanité, disant : 



167? k l67Ci 



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270 NICOLAS GOLBERT, 

iGii i I67C. ^ ^^ ^^^^ ^^^ frères , et ils peuvent être associés a celui qui fut jus- 
ticié eu croix, s'ils prenneot en patience ce qui leur arrive. » Ayant 
trouvé en quelque paroisse qu*on faisoit souvent des exorcismes sur des 
prétendues possédées , il se réserva le droit de le permettre ; et quand 
ces femmes lui demandoient la permission de se faire exorciser, il leur 
répondoit qu'il falloit qu'elles allassent auparavant passer un mois oa 
deux dans Thôpital-général d'Âuxerre, au pain et à Teau, et qu'il y 
auroit peine afflictive pour elles au cas qu'elles fussent rebelles. Ces 
dernières paroles, répétées trois ou quatre fois dans les différents lieut 
où ces femmes se présentèrent à lui , chassèrent plus de démons en six 
mois que n'avoient fait tous les exorcismes permis par son prédéces^ 
seur, pendant quarante ans. 

Il étoit convenu , avec M. Tévèque d'Âutun , d'entretenir ensemble 
une compagnie de missionnaires tirés de Lyon, qu'on appelle les 
prêtres de Saint-Joseph, pour travailler alternativement dans leurs dio- 
cèses. Ces missionnaires commencèrent la première année dans le dio- 
cèse d'Auxerre ; ils y firent tant de fruit qu'il prit la résolution de ne 
les en pas laisser sortir, et il les retint entièrement pour son diocèse. 
II se transportoit dans les lieux où ils étoient , pour les autoriser de sa 
présence, suppléer par ses exhortations, et il administroit le sacrement 
de confirmation à ceux qu'ils avoient instruits et disposés ; et afin qu'on 
fût plus fidèle à conserver le bien qu'ils y avoient opéré, un mission- 
naire ou deux retoumoient de temps en temps dans la paroisse où la 
mission s'étoit faite, et y restoient encore pendant quelques mois. 
La visite qu'il fit des communautés de filles, fut toujours avec une 
discrétion et une patience qui ne peuvent s'exprimer, mais qui étoienl 
propres à faire respecter sa fermeté , particulièrement sur l'article de la 
clôture et sur la désappropriation (a). Il y avoit deux de ces couvents 
où la régularité étoit beaucoup affoiblie; comme il ne trouva point de 



(a) Il ne réussissait pas toujours à se faire obéir. En février 1674, les Glarissesde 
Gien, averties de la visite épiscopale, s*y refusèrent formellement, alléguant qu'elles 
ne devaient obéissance qu'aux supérieurs de leur ordre. M. de Colbert les somma 
k trois reprises de lui obéir, les menaçant, à la fin, de Texcommunicatton. Elles 
mandèrent un notaire et lui firent dresser procès-verbal des motifs de leur refus, 
en disant qu'elles s'exposeraient à être punies par leurs supérieurs, comme elles 



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CENT-UMIÈME ÉYÊQUE D*AUXERRE. 277 

sojets capables de la rétablir, il en fit venir de Paris ; il ne regardoit ^^^ ^ 1975 
point à la dépense, quand elle étoit nécessaire pour procurer le salut 
des âmes. Ce fut de Saint-Denis qu'il tira celles qu'il plaça dans la 
maison des Ursulines de Grevan ; ce furent aussi celles qu*il visita le 
plus souvent et qu*i1 soulagea d'aumônes plus abondantes. Il fit aussi 
fermer de hautes murailles le monastère des Bénédictines de Cône, et 
leur envoya de temps en temps de quoi les faire subsister. Il établit k 
Aoserre une communauté de filles de la Providence, de même qu'il 
avoit fait à Luçon (a). Dans le temps qu^on attendoit son arrivée k 
Anxerre, trois ou quatre religieuses d'une abbaye de son diocèse, 
trompées par le bruit qui s'étoit répandu que Nicolas Golbert étoit un 
prélat rigide et sans miséricorde envers les coupables, crurent avoir 
une occasion favorable d'exécuter le mauvais dessein qu*elles avoient 
contre leur abbesse dont elles ne pouvoient supporter la régularité, et 
l'accusèrent auprès de lui de crimes très-honteux. Le prélat tint l'accu- 
sation secrète et prit des mesures si sages et si sûres pour éclaircir le 
fait, que les accusatrices prévoyant que leur calomnie scroit décou- 
verte, prévinrent le jugement et se jetèrent aux pieds de leur abbesse 
pour lui demander pardon (6). 

Il n'est pas étonnant qu'un prélat si attaché \k faire l'aumône, n'eût 
fait aucune acquisition temporelle pour hon évéchc. Mais si, de ce côté- 



ravaicnt été déjà pour avoir permis à M. de Broc^ qui visitait leur maison, d'y 
faire une petite exhortation. Elles en appelèrent à Dieu^ au pape et au roi, de la 
vexation que Tévéque leur faisait éprouver. L*évéque fut obligé de céder, et il leur 
accorda jusqu'à Pâques pour consulter leurs supérieurs. I^e grand Golbert se donna 
la peine de dire son avis à son frère sur cette question, et lui signala l'embarras 
dans lequel le texte du concile de Trente mettait les évéques en France. Le Père 
gardien des Cordeliers de la ville, confesseur des Clarisse^ cl qui les appuyait dans 
leur résistance, ayant été tancé par le prélat, lui répondit par une lettre fort hardie 
qui dut bien le contrarier. On présume que Taffaire n'a pas tourne au profit de 
l'évêque. — Arch. de l'Yonne, -^^ J^- (N. d. E.) 

(a) Les Bénédictines de La Charité étaient relâchées depuis quelque temps. En 1674 
il remit en vigueur les statuts du Val-de-Grâce qui étaient tombés en désuétude. — 
Arch. delTonne, -^ {N. d. E.) 

[h) En 1673 il donna son approbation à rétablissement des Bénédictines de Saint- 
Fargeau déjà fondées depuis 1651. (.Y. d. E.) 



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278 NICOLAS COLBBRT, 

IC7S fe 167U. i^ il ne fut d^aucune utilité h ses successeurs , c'est ii lui qu'ils ont 
robligatioQ de ce qu'ils peuvent rentrer aux Etats de Bourgogne. 
Nicolas Golbert se servit, dès le commencement de son épiscopat , de 
la protection du ministre, son frère, pour rétablir les évêques d'Âuxerre 
dans la possession de ce droit , qui avoit été interrompue depuis plus 
de cent ans. Il obtint, parle même moyen, une décharge considérable 
des impôts dont les Auxerrois étoient accablés; mais il ne la sollicita 
qu'après en avoir mûrement délibéré avec son conseil, et avoir reconnu 
qu'il le pouvoit ^ l'exemple de saint Grégoire, pape, et de saint Ger- 
main , le plus illustre de ses prédécesseurs ; cependant, pour être plus 
sAr de ne rien faire contre les règles «de la justice , il demanda aux Etats 
un commissaire qui vint faire la visite. Il procura un semblable soula- 
gement à la ville de Yarzy, qui étoit aussi surchargée et accablée. Il 
n'entreprit aucun procès , soit pour faire revivre des droits douteux, 
soit pour réformer des abus. Il étoit ennemi de la procédure ; et loin de 
songer à former des contestations ou difficultés , il travailloit à accom- 
moder les personnes qui en avoient les unes contre les autres. 

Quand Louis XIV passa par Âuxerre pour aller commander le siège 
de Besançon, le prélat reçut un accueil très-favorable de ce grand 
prince , qui lui dit en l'abordant : « Monsieur d'Auxerre, il faut bien 
vous venir voir, puisqu'on ne vous voit point h la cour. » Lui, de son 
côté, n'épargna rien pour faire au roi une réception digne de sa per- 
sonne, et il se conforma a tout le cérémonial requis en pareil cas. Il 
n'oublia point cependant, en cette occasion, qu'il étoit évéque, et eu 
voici la preuve. Sortant de l'appartemeni du roi, après s'être trouvé à 
son lever parmi ses courtisans, lorsqu'il passoit dans la cour de l'évê- 
ché pour retourner à la maison du bourgeois où il s'étoit retiré, il se 
trouva dans une circonstance très-délicate et embarrassante. On ne 
sait pas positivement s'il conféra alors avec son frère, le ministre, sur 
ce qui étoit arrivé. On présume seulement que ce fut ce qui donna lieu 
à ce ministre de lui conseiller de s'absenter, lorsqu'on sut que le roi 
devoit repasser par Auxerre et loger encore chez lui. Quand ce temps- 
là fut venu , il prit la route d'Orléans, et alla visiter le prieuré qu'il 
avoit à Nogent-le-Rotrou, au diocèse de Chartres. Il reçut aussi, une 
autre fois , M^ le prince de Condé, qu'il traita d'une manière si splen-* 



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CENT-UNliME ÉVÉQUE D AUXERRE. 279 

dide, qu'on s'aperçut qu'il étoit aussi magoifique dans les occasions i^^ ^ i^^, 
extraordinaires, qu'il étoit économe et frugal dans sa dépense courante. 
II ne pouvoit cependant s'empêcher de témoigner \k ses amis qu'il an - 
roit mieux aimé voir employer, aux besoins des pauvres, les sommes 
que lui coûtèrent ces passages ; et il proféroit â cette occasion cette 
sentence d'un psaume : De necessitatibus tneis eripeme, Domine. 

Le prieuré de Nogenl, dont je viens de parler, fut le seul bénéfice 
qu'il garda avec son évéché ; mais il n'en retiroit rien, parce que tout 
le revenu étoit employé ^ relever les bàliments ; et il faut savoir qu'il 
ne s'étoit réservé aucun bien de patrimoine. Il s'étoit défait du prieuré 
de La Charité-sur-Loire en faveur de l'abbé Colbert, son neveu ; et il 
y avait longtemps qu'il nepossédoit plus l'abbaye de Landais, en Berri, 
ni celle de Saint-Sauveur de Vertus, en Champagne. Le voyage qu'il 
fit au prieuré de Nogent , et celui de Paris, h l'assemblée du clergé à 
laquelle il fut envoyé par la province de Sens, l'an 1675^ et un autre 
qu'il fit sur la fin du printemps de l'an i676, sont les seules fois qu'il 
s'absenta de son diocèse peifdant qu'il eh fut évéque. Mais comme il 
avoit des vicaires-généraux très-vigilan(s, le diocèse ne souffrit aucune- 
ment de ces absences. 

Entre les abus qu'il fit cesser durant son épiscopat, on doit compter 
la désertion générale où étoient les paroisses de la ville (a). Dès que le 
prélat eut parlé, on commença à fréquenter les églises paroissiales, 
non-seulement pendant la quinzaine de Pâques, mais encore pendant 
le reste de l'année. Il défendit les processions nocturnes et celles qui 
se faisoient dans des endroits éloignés de plus d'une lieue (1) de celui 
d'où l'on partoit, aussi bien que l'usage de sonner dans les églises du- 
rant toute la nuit , la veille de saint Jean et celle des Trépassés. On 

• 

(1) Ordon. Synod. 1674, pag. 28, 29. 



(a) La cause de cet abandon des églises paroissiales venait des nombreuses con- 
fréries établies dans les communautés religieuses et de ce que les moines disaient 
des messes les dimanches et fêtes. Une note du temps^ d'abus à corriger^ qui existe 
dans les papiers de Tévéché , nous révèle ce fait. L*auteur ajoute sur un autre 
point : u Un deuxième abus est la dévotion aisée et de fantaisie. C'est un genre de 



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280 NICOLAS COLBfiRT, 

1679 ^ 1676 doit encore mettre dans le rang des choses qa*il abolit sagement , la 
coutume par laquelle on souffroit \k Âuxerre, le dimanche de Quasimodo, 
une multitude innombrable de jeunes filles de douze ^ quinze ans* 
habillées en religieuses ou nonnes , qui précédoient la procession so-* 
lennelle de ce jour, en chantant des cantiques de toute espèce* Etant 
informé de Tabus qui s'étoil glissé dans cet usage, il le retrancha en- 
tièrement. Il fit déclarer une guerre ouverte k l'usure qu'il avoit trouvée 
trop communément tolérée dans son diocèse. Caihérinot de Bourges 
fait mention, dans son Traité du prêt gratuit imprimé en i679 (i), des 
brouilleries que cette matière causa dans le diocèse d'Auxerre. Cepen- 
dant, on apprend, par une des décisions de M. de Sainte-Beuve (2), 
qu'il y eut certain cas où les missionnaires qu'il avoit employés, 
n'étoient pas outrés et qu'ils excusoient quelquefois les pénitents. Après 
les articles de foi, il ne croyoit aucun sentiment plus certain que celui 
qui enseigne que les chrétiens sont obligés de rapporter à Dieu toutes 
leurs actions par quelque mouvement' de son amour. Il en éioit de 
même de la nécessité de l'amour de Dieu dans le sacrement de péni- 
tence. Il refusoit ses pouvoirs à tous ceux qui croyoient l'atlrition 
purement servile et sans amour de Dieu , suffisante pour convertir le 
pécheur et le réconcilier dans le sacrement. On a encore les informa- 
tions qu'il fit faire contre un prédicateur qui osa débiter dans la cathé- 
drale, en 1675, une doctrine relâchée sur cette matière. Sur la fin de 
sa vie, il fit un mandement contre les serments exécrables que les char- 
bonniers, bûcherons , fondeurs de bois et mineurs, faisoient entre eux 
pour empêcher que leur profession ne devint commune (a). Il n'y eut 

(1) Pag. sa I (2) Tome 2, cas 219. 

vie du sexe féminin qui, poar se nourrir dans son humeur, passe une grande partie 
des matinées dans les églises pour éviter le travail quotidien... La cause vient que 
la plupart des réguliers estans ennuiez dans leur chambre, ou d'humeur à deviser 
avec le sexe^ le nourrit dans cet esprit, sans faire qu'il le corrige d'une imperfection 
en dix ans. » iV. d. E.) 

(a) Les ouvriers travaillant dans les forêts étaient autrefois unis entre eux par 
des associations secrètes analogues au compagnonnage qui lie encore aujour^ 
()*hui les ouvriers d'art des villes, mais dont le caractère mystcrieui devenait 



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CENT-UNIÈME ÉVÊQUE D AUXERRE. 281 

qu'ooe seule chose à laquelle il ne put apporter de remède duraut les i^^^ à h76. 
quatre anuées de son épiscopat , savoir : les causeries et immodesties 
daus les églises. Il songea toujours aux moyens de les empêcher; il en 
conféra même avec les curés dans le dernier synode qu'il tint ; mais 
quelque expédient qu'il eût pris, Dieu se contenta de sa bonne 
volonté. 

n avoit résolu de changer les chanoines réguliers de deux commu- 
nautés d'Âuxerre , quoiqu'il y en eût une des deux dont la réforme 
éloit toute récente. Mais voyant les obstacles qui se présentèrent a 
quelques pieuses tentatives, il laissa le reste à la providence divine. 
Ayant appris que sur la fin de Tépiscopat de Pierre de Broc , le ma-* 
gistrat séculier s'étoit ingéré de connoitre du fait des comptes de 
fabrique d'une des paroisses de la ville, il fit présenter, par le promo- 
teur de son officialité , une requête au conseil privé du roi , qui cassa 
et annula le jugement du lieutenant-général d'Âuxerre du 2 septembre 
i670, et ordonna que les comptes des fabriques de tout le diocèse 
seroient examinés, clos et arrêtés par l'évéque ou par ses vicaires-gcné- 



redoutable par Fisolement de leur genre de vie et la situation écartée des lieux où 
ils travaillaient. Ils pouvaient, par le moyen de leur coalition, faire la loi aux pro- 
priétaires et aux marchands^ commettre impunément des délits dans les bois, et 
assurer le secret le plus absolu à tous leurs méfaits. Ils avaient pour cimenter leur 
association des serments retoutables qu'un des adeptes n'eût pas violés sans punition 
exemplaire; des signaux et des cris de ralliement à rémission desquels chaqun 
d'eux devait marcher. Encore aujourd'hui il reste quelque chose de ces associations 
mystérieuses dans les grandes forêts, comme celles de ViUert-Goterets et de Fon< 
tainebleau. Les bûcherons y ont encore une manière de frapper sur une douve de 
bois, de façon à se faire entendre de leurs frères la nuit à la distance d'une lieue, 
et à ce bruit tous accourent comme au tocsin. La trace de ces sociétés parait être 
perdue dans notre département ; cependant la tradition en existe encore dans 
quelques communes de la Puysaie. Les associations secrètes que la politique a 
formée depuis trente ans en Italie et France sous le nom de charbonnerie avaient 
emprunté aux associations de bûcherons non-seulement leur nom, mais aussi leurs 
serments mystérieux et terribles et leur redoutable organisation. 

Il faut remarquer sur le texte du mandement de Nicolas Golbert qui s'adresse 
aux mineurs comme aux autres ouvriers des forêts , qu'à cette époque (1673) sub- 
sistait encore dans le diocèse l'industrie métallurgique qui a laissé tant de ferriers 
dans nos bois et qui est aujourd'hui presque complètement éteinte dans cctto 
contrée. (iV. d. E.) 



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282 NICOLAS 

iffrs à 1676. r^ux, archidiacres, officiai ou autres ecclésiastiques, avec défenses ^ 
tous juges royaux d'en connoitre, conformément aux déclarations de 
Charles IX, Henri III , Henri IV et Louis XHI. 

Quoiqu'il eût visité une grande partie des reliques du diocèse, et par- 
ticulièrement le trésor de Téglise collégiale de Yarzy qui en est riche- 
ment fournie, on ne voit point qu'il en ait fait aucune translation d'une 
église en une autre , ni aucune distraction ; il laissoit les ossements des 
saints dans Fétat où il les trouvoit, se contentant de les honorer , de 
les invoquer, et d'imiter leurs vertus autant qu'il pouvoit, réservant son 
revenu plutôt pour fournir des habits aux pauvres, que pour couvrir 
de feuilles d'argent ou autre matière précieuse les ossements qu'il trou* 
voit assez décemment renfermés. On sait que, bien loin d'avoir fait 
sortir hors du diocèse des reliques des saints tutélaires , il y en a ap- 
porté d'ailleurs, et qu'il employa dans les autels portatifs qu'il bénit en 
grand nombre les reliques des martyrs de Reims, dont on lui avoit fait 
présent lorsqu'il alla en cette ville sur la fin de l'an 1671. S'il ne fit 
distribution d'aucunes reliques des saints du diocèse d'Auxerre, qui 
soit venue à notre connoissance , il n'en supprima aussi aucune de celles 
qu'on lui présenta enchâssées avec décence, dans les églises où subsis* 
toicnt encore les tombeaux des saints ou quelque autre titre de cette 
nature; et il étoit trop instruit pour exiger des procès-verbaux ou autres 
attestations juridiques à l'égard des siècles où la coutume n'étoit pas 
encore d'en dresser. 

Lorsqu'il arriva à Âuxerre, il n'y avoit qu'un an que le diocèse étoit 
pourvu d'un nouveau bréviaire qu'on avoit été près de trente ans b 
composer. Il ordonna, par un des articles de ses statuts synodaux, 
qu'on s'en servit et que l'on se conformât au chant et cérémonies de la 
cathédrale, autant que faire se pourroit. Il avoit commencé à travailler 
lui-même a l'édition du missel qu'il se proposoit de publier ; et pour 
cet effet, il rccbercboit à son lemps de loisir l'origine des différences 
du missel d'Auxerre d'avec le romain, recherche nécessaire pour ne 
pas prendre le change. Il médita aussi une collection de statuts synodaux 
du diocèse, qui auroit paru sous le nom de Synodicon^ en commençant 
par ceux de saint Aunaire et continuant jusqu'à son temps. Mais sa 
mauvaise sanlc et ses occupations ne lui permirent pas d'avancer extrê- 



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CENT-UNIÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE. 28^ 

memenl ces sortes d'ouvrages. Un chanoine sous-diacre , qui étoit en 
possession de prêcher el k qui le prélat avoit fait défense de continuer, 
à moins qu'il ne prit le diaconat, crut devoir s'éclaircir vers M. de 
Sainte-Beuve, touchant le droit qu^ont les diacres de prêcher au-dessus 
des sous-diacres , et en même temps il lui demanda ce qu'il pensoit 
d'une des cérémonies de la cathédrale d'Auxerre. Le docteur consulté, 
évita de donner une solution satisfaisante sur la cérémonie ; mais il 
approuva entièrement la démarche du prélat contre le sous-diacre (1). 
Il j eut aussi, de son temps, quelques chanoines qui essayèrent d'iii- 
troduire des nouveautés dans les cérémonies de l'office, et tentèrent 
pour cela le suffrage du même docteur ; mais ce fut inutilement, on 
étoit alors très-attaché à l'observation des usages louables ; et si Ton 
ne pouvoit réformer les pratiques nouvelles introduites sous les trois 
ou quatre évêques précédents , on ne vit rien proposer de sa part qui 
fût de cette espèce. Son séminaire étant sur le pied des anciennes com- 
munautés , aucun des sujets qui en sortoit , n'étoit porté à introduire le 
changement dans les églises où il étoit bénéficier; et Ton ne vit de son 
temps, ni supprimer les offices attachés aux bénéfices, ni placer aucunes 
parties de l'office canonial à des heures indues. 

Voyant, en 1676, que depuis quatre ans qu'il étoit évêque, il 
n avoit pas encore visité toutes les paroisses du diocèse d'Auxerre (a), 
qui ne montent qu'au nombre de deux cent dix ou douze, il résolut, 
après P&ques , d'avancer cette année-lii l'œuvre de Dieu et de le mettre 
à sa perfection. Le carême qu'il avoit fait h l'ordinaire (2) Tavoit telle- 



fl) Cas de conscience, t. 3, cas 141, 11 août 
1672. 
(2) Quelques-uns ajoutent ici la circons- 



1679 il me. 



tance de la violence qu'il fut obligé de se 
faire au sujet d'un curé qui le quitta en le 
menaçant. 



(a) L'évêquc visitant à cette époque (1675) Tabbaye Sain(-Laurent-lez-Cosne, la 
trouva dans un état complet de décadence. Quatre religieux la composaient, ils 
savaient à peine la règle de saint Augustin sous laquelle ils vivaient, et ne pratiquaient 
plus la communauté. L'église était en mauvais état, la ne/ et les deux ailes étant 
entièrement ruinées; ce que les moines attribuaient aux guerres du temps de 
Charles VII. L'abbé commandatairc, M. de Phelipeaux, s'élant plaint au prélat de 
leurs dérèglements, avait enfln obtenu qu'ils seraient obligés à robscrvanec de leur 
règle: mais ce fut encore sans succès. ~ Arch. de l'Yonne, — ~ (IS\ d. E.) 



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284 NICOLAS COLBERT, 

lersk IC76. ^^^^ échauffé qu'il lui revenoit de temps en temps une hémorrbagie 
par le nez. On eut beau h lui représenter que ses forces diminuoient 
et que les chaleurs de Télé Tincommoderoient encore plus qu'il ne 
rétoit, s'ilentreprenoit la pénible fonction qu'il s'étoit proposée, il ré- 
pondit qu'il étoit évoque et qu'il fallait persévérer dans le travail jusqu'à 
la fin ; de sorte que ses ecclésiastiques se virent obligés de seconder 
son zèle, et dire comme on lit dans les actes : c Cum ei suadere non 
possemus , quievimus dicentes : Domini voluntas fiât. » Il se ressentit 
de ses incommodités plus fortement qu'à l'ordinaire, dans un petit 
voyage qu'il fit à Paris, immédiatement après Pâques. En étant de 
retour, il ne se donna pas le loisir de reprendre ses forces, et il partit 
aussitôt pour ses visites. Une des premières fut celle de la ville de 
Goulanges-la-Yineuse , dont j'ai déjà parlé, où il distribua ce qui lui 
étoit resté d'argent. Il avoit eu un érésipèle à la tète dont il n'étoit 
pas encore entièrement guéri ; mais les besoins de son diocèse l'appe-* 
lant du côté de La Charité-sur-Loire, il y fit renaître son mal par la 
fatigue qu'il essuya dans le voyage. Après qu'il eut passé les plus grandes 
chaleurs de l'été dans les fonctions apostoliques, la Providence divine 
le conduisit à Varzy pour s'y reposer et essayer d'y guérir son érési- 
pèle. Il travailla d'abord à y établir un collège (a), et une communauté 
de filles pour l'éducation de la jeunesse. Pendant ce temps-là, l'insomnie 
augmenta, et il sentit que ses forces diminuoient de plus en plus. Uo 
de ses curés l'étant venu voir alors, l'évéque se jeta à ses pieds, lui 
demanda d'être écouté en confession, alla ensuite lui chercher un siège, 
un surplis, et il commença, dès-lors, à se préparer au sacrifice de sa 
vie, quoique toutes ses actions précédentes eussent été autant do pré- 
parations à ce terrible passage. Les dames de Yarzy souhaitèrent 
ardemment de s'employer tout entières au soulagement de leur pas- 
teur et seigneur ; mais il refusa cette assistance pour mourir en l'unique 



(a) On ignore sur quoi Lebeuf base ce qu'il avance de rétablissement d'un collège 
à Varzy par M. Colbert. On a vu, à la vie de M. de Donadieu, que cette institution 
eiistaitdéjà. — Une lettre de M. Gbaseraj^ de Tan 1674^ montre que révoque pro- 
jetait alors une semblable institution pour la ville de Gien. —Archives de l'Yonne, 



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CENT-UNIÈME ÉVÉQUE D^AllXERRE. 285 

présence de Dieu. Une fièvre violente étant survenue , il fit sa dernière 1^73 j, 167g. 
confession à deux d'entre les docteurs de Sorbonne qu*il avoit avec lui, 
qu'il pria de l'interroger parce qu'ils le connoissoient assez et qu'ils 
savoient ses devoirs, et il usa de cette voie \k cause que la douleur de 
la tête Tempéchoit de s'appliquer autant qu'il auroit souhaité ; il les 
pria de ne le point épargner et voulut qu'ils lui déclarassent toutes les 
choses dans lesquelles il pouvoit avoir manqué pendant sa vie aux de- 
voirs de son ministère. Après une telle revue de sa conscience, 
M. Louis , Tun des deux , qui étoit son confesseur ordinaire, lui donna 
Tabsolution , et aussitôt il ébaucha un testament par lequel il léguoit à 
l'hôpital-général d'Âuxerre les deux tiei*s de sa vaisselle d'argent , et 
Tautre tiers à l'hôpital des malades, et tous ses autres meubles à ses 
domestiques. Ensuite, voulant garder la bienséance sans affectation, 
il déclara de vive voix qu'^ l'égard de sa sépulture il ne vouloit rien de 
trop simple ni rien de superflu ; mais il ne put achever ni signer ce tes- 
tament. Son frère, le ministre , envoya un médecin de Paris qui ne 
put arriver assez tôt pour prévenir la suite de la maladie. Le médecin 
du pays assurant que le moment étoit précieux pour lui donner un re- 
mède , et que c'étoit l'abandonner que de différer, on ne put lui admi- 
nistrer le saint viatique. Le danger paroissant ensuite sans ressources 
et la guérison désespérée, ses domestiques entrèrent dans sa chambre, 
et s'étant mis à genoux autour de son lit , ils le prièrent de leur donner 
sa bénédiction , à quoi il répondit avec les sentiments les plus vifs d'hu- 
milité : < Gomment oserai-je donner la bénédiction qu'on me demande, 
moi qui suis sur le point de subir le terrible jugement de Dieu, où je 
suis en danger de recevoir sa malédiction. i> Un des chanoines , député 
du Chapitre de la cathédrale, pour lui témoigner la part que la com- 
pagnie prenoit k sa maladie, s'étant servi, dans son co-upliment, de 
termes tirés de l'histoire de la vie de saint Martin et attribués à ce 
prélat agonisant, il releva modestement la comparaison dont usoit ce 
député : « Monsieur, répondit-il , à Dieu ne plaise que j'ose me com- 
parer à un si grand évéque , il faut être saint Martin pour parler comme 
lui. D On ne différa point de lui administrer le sacrement de Fextréme- 
onction, pendant qu'il avoit encore une pleine connoissance. Il déclara, 
au commencement de cette cérémonie, que s'il avoit su sa fin si proche, 



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286 NICOLAS COLBERT ; 

1673 ï 1676. îl S6 seroii bien mieux disposé à la consommer dans l'amour de Dieu ; 
et il ne pouvoit s'empêcher d'avoir toujours des reproches à se faire, 
disant qu'il est écrit ; « Que celui qui est saint se sanctifie encore. » 
Après la réception du sacrement des infirmes, les convulsions survin- 
rent, ses forces diminuèrent plus visiblement ; mais son visage ne fit 
rien paroitre de chagrin pendant ses douleurs, on ne vit aucun mou- 
vement déréglé pendant ses convulsions , et il proféra encore quelques 
paroles qui marquoient sa patience extrême et sa sagesse. Son agonie 
dura pendant près de douze heures, sans qu'on aperçût aucune posture ni 
aucun geste qui sentit l'impatience, et il mourut ainsi comme un autre 
Moïse dans le baiser du Seigneur , le samedi , cinquième jour de sep- 
tembre, k neuf heures du matin , à l'âge de 48 ans. 

Ce qu'on lui trouva d'argent k sa mort, n'alloit qu'à cent ou deux 
cents livres. Au lieu d'une somme plus considérable , on trouva dans 
son cabinet plusieurs instruments de pénitence. Alors « les personnes 
qu'il avoit obligées au secret, commencèrent à parler et k raconter ses 
aumônes secrètes et les différents genres de mortification dont il usoit. 
La ville d'Auxerre fut dans la consternation lorsqu'elle eut appris sa 
mort, el elle ne trouva matière de consolation qu'en ce qu'elle apprit 
que son corps seroit rapporté dans son enceinte comme avoit été celui 
de saint Germain. Le clergé alla processionnellement au devant du 
convoi jusqu'k la porte de la ville. Le charriot ayant été déchaîné à 
l'entrée de l'église, il fut porté par les chanoines tortriers, chapelains 
et sacristains. Il fut inhumé, le 11 du mois, aux pieds des deux tombes 
qui sont au milieu du sanctuaire. On sent assez quelle perte ce fut pour 
l'Eglise, et quelle affliction pour son diocèse qu'une mort arrivée 
sitôt ; et ce fut avec bien de la raison que le docteur de Paris, qui fit 
son oraison funèbre le jour de son enterrement , appliqua au peuple 
d'Auxerre ce que saint Grégoire, pape, avoit dit de la ville de Syra- 
cuse : « Infelix plebs, qu8B tantum pastorem diu habere non meruil. » 
Il y eut encore une seconde oraison funèbre, prononcée le 22 octobre 
suivant, dans la cathédrale, par le trésorier de la même église, et jamais 
on ne vit tant d'affluence qu'il y en eut pour entendre le panégyrique 
de ce saint prélat. On ne voit point de tombe sur sa sépulture ; mais« 
en 1713 , M. Colbert, marquis de Torcy, son neveu , fit ériger le mau- 



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CENT -UNIÈME ÉVÊQUE D*AUXERRE. 287 

solée qui est au côté droit du sanctuaire, et Ta orné de l'épitaphe 1673 ^ ^^^ 
suivante : 

€ iETERNiE MEMORISE 

> Nicolai Colberti Âutissiodorensis episcopi pastoris oplimi et vigi- 

> lanlissimi. Is a pueritia Ecclesiae dicatus , posl humanarum litterarum 

> sladia scientiam sanctorum unice coluit. Inter delegalos cleri galli- 
» cani, curam, industriam, peritiam suani omnibus probavit. Biblio- 
)> thecae Regiae custos, eam primus in ineliorem formam reduxit. Âd 
» episcopatutti Lucionensem vocalus, aulae , urbi, familial, amicis 
» renuntiavit; sola pastorali sollicitudine occupatus, forma gregis 
n factus, clerum et plebem exemplo, et verbi divini dispensatione, ad 

> christianam vitam informavit; ad ecclesiam Âutissiodorensem relue- . 

> tans translatus , sui semper similis, non mundo, non suis, non sibi, 
» sed Ecclesiae et pauperibus vixit. Omnibus carus , in flore aetatis 
» raptus, magnum sui desiderium gregi sibi commisso rarum sancli- 
» moniae episcopalis exemplum posteris reliquit. Obiit anno salutis 

> MDCLXXVI. Y. mensis septembris anno a^tatis XLIX. 

» Joannes^Baptista Golbertus , marcbio Torciaci et Sabolii , régi a 
» sanctioribus consiliis, actis etepistolis, ordinis Sancti-Spiritus can-' 
» larius, publici cursus magister, ex Carolo fratre nepos, patruo 

> optimo et desideratissimo. 

» P. C. > 



FIN DE LA CINQUIÈME PARTIE. 



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MÉMOIRES 



HISTORIQUES 



SUR 



LES ÉVÉQUES D'AUXERRE. 



SIXIÈME BT SEPTIÈME PARTIES. 



Il 19 



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AVANT-PROPOS DES EDITEURS. 



Le Gesta Pontificum , cette mine précieuse de l'Histoire 
ecclésiastique du diocèse d'Anxcrre^ s'est arrêté à la vie de 
M. Nicolas Golbert. L'abbé Lebenf , par des raisons particu- 
lières, n'a pas écrit la yie du successeur de ce prélat. Les 
dianoines qui continuaient , à la mort de chaque éyéque 9 la 
série clironolog^que des biogpraphies d'après le Gatm^ avaient 
«issi cessé d'y travûUer. Ce n'est qu'en 1773 que M. Potel, 
docte chanoine de la cathédrale^ écrivit la vie de measûre André 
Colbert. BI. de Gaylus j dont l'épiscopat se passa presqu'en 
entier à combattre pour le jansénisme 9 reçut j après sa mort, 
l'honneur d'une histoire en deux volumes (1). L'épiscopat de 
M. de Gondojrcet fut raconté , en 1 770, par un anonyme. Ces 
travaux nous ont servi de base. L'esprit dont ils sont imbus 
est évidemment partial ; cependant les faits qu'ils renferment 
n'en sont pas moins intéressants. En y appliquant une critique 
impartiale dég^g^ée de toute préoccupation des querelles qui ont 
tant divisé nos pères, nous avons pu^ nous l'espérons, en extraire 
tout ce qu'ils contenaient de vrai et d'intéressant (2). 



(1) Par M. rabbé Dettey. 

(2) Les chanoines ne perdaient pas de vue le projet de continuer le Gesta, 
on en parla notamment en 1702 et en 1772. 

En septembre 1789 , M. Frappier qui avait rédigé les biographies de 
MM. A. Colbert et de Caylus, remit, à six commissaires du Chapitre, parmi 



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Les Archives de T Yonne, qui contiennent de nombreux do- 
cuments sur l'Histoire ecclésiastique de PAuxerrois, et les 
mandements de M. de Gaylus , nous ont mis à portée de com- 
plète^ ce que laissaient dans l'ombre les Mémoires dont nous 
parlons. 

M. de Gicc, moins heureux que ses prédécesseurs , n'a pas 
eu de biogp*aphie. Cette lacune regrettable sera comblée, anbnt 
que possible, par les rares documents des archives publiques. 

Après le rétablissement du culte, en 1801^ le diocèse fut 
divisé en deux parties : l'une passa au diocèse de Nevers, l'antre 
à celui de Troyes. Nous laisserons de côté la première , qui 
s'étend dans le département de la Nièvre, pour suivre les vicis- 
situdes de la seconde^ qui est comprise aujourd'hui dans l'arron- 
dissement d'Auxerre. Les mémoires du temps, et quelques 
renseignements officiels ou particuliers, nous ont servi à la 
composition de courtes notices sur les prélats qui ont successive- 
ment gouverné les débris de notre diocèse jusqu'à 1830. 



lesquels se trouvaient MM. Vaultier et Arrault, un cahier de parchemin coote- 
nant ce travail et destiné à faire suite au Gesta. 

Le registre des conclusions, qui parle de ce fait, ajoute que ces vies, et 
notamment celle de M. de Gaylus, n'étaient pas approuvées par le Chapitre. 
On peut douter que les examinateurs aient exécuté leur mission, car la révola* 
tion ne leur en laissa guère le temps. 



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I 



MÉMOIRES 



HISTORIQUES 



SUR 



LES ÉVÊQUES D'AUXERRË. 



SIXIÈME PARTIE, 

Qui eoDtieiit les aetioDs des quatre derniers Évèqoes d'Aoxerre, 
qai siégèrent depais l'an i 676 jasqn'en i 801 . 



CHAPITRE 1«'. 

ANDRÉ COLBERT, Cll« ËVÊQUE D'AUXERRË. 

Peu de jours après la mort de Nicolas Colbert, on appril que cet i676 a 1704. 
illustre prélat avait pour successeur M. André Colbert. 

André Colbert était fils de Charles Colbert, président au présidial 
de Reims, et de Marguerite de Mévillicrs. Il était né dans cette ville en 
1647. Dès l'âge de sept ans, ses parents voyant ses goûts pieux , lui 
firent embrasser la carrière ecclésiastique. En 1665 il fut pourvu d'un 
canonicat dans Téglise de Reims. Après avoir fait de brillantes études à 
Paris, il fut reçu docteur eu Sorbonne, le 5 novembre 1669. 



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294 ksmt COI.BBAT, 

1G7C ^ 1704. L'évêque Nicolas Colbert , dont il était parent , Tappela auprès de 
lai et lui conféra une prébende dans la collégiale d'Âppoigny. Nommé 
ensuite archidiacre d'Âuxerre, il se distingua par ses prédications dans 
les paroisses de Moléme et de Treigny. Le clergé du diocèse Payant 
élu pour son représentant à l'assemblée provinciale de Sens, en i675, 
il y fut nommé député à rassemblée générale du clergé. 

Le diocèse ayant perdu son premier pasteur, Tabbé de Pierre- 
Basse, neveu de Tévéque P. de Broc, se mit sur les rangs pour lui 
succéder. Mais la réputation de savoir que s'était acquise Fabbé 
Colbert, jointe à l'appui du grand ministre du même nom, lui valut le 
siège d'Auxerre, et le roi Ty nomma le IS septembre 1676. Les évê- 
chés étaient alors une ressource dans la main des rois. Louis XIV, en 
donnant celui d'Auxerre à M. Colbert, le greva de plusieurs pensions 
et particulièrement d'une de 1 ,500 livres pour le docte abbé Baluze, 
qui était conservateur delà bibliothèque Colbertine (1). 

 la mort de Nicolas Colbert, le Chapitre cathédral avait voala 
exercer son droit d'administration pendant la vacance, en vertu de 
l'exemption de la régale. 

Il avait pourvu aux services temporels et spirituels du diocèse, et, 
à cet effet, il avait nommé trois économes. Les dispositions prises par 
le Chapitre déplurent au nouvel évéque. Il fit signifier a la compagnie 
que le roi l'avait gratifié de l'économat. Le Chapitre fit des remon- 
trances. Cependant l'évèque avait ordonné k M^ Panier, son homme 
d'affaires, de ne pas faire d'actes qui fussent trop hostiles au Chapitre. 
Mais la résistance de ce corps le mécontenta, et il obtint deux lettres 
de cachet pour trancher les difficultés. M® Panier fut adjoint aux éco- 
nomes du Chapitre. 

M. Colbert demeura jusqu'au mois de juillet 1678 à attendre ses 
bulles pour prendre possession. Pendant ce temps, les vicaires-géné- 
raux du Chapitre gouvernèrent le diocèse. Le 7 août 1677, ils lancè- 
rent un monitoire à la requête des maire et échevins d'Auxerre, contre 



(I) L'abbé touchait encore cette pension en J703y suivant la mention qui est 
faite « d'une traite de 833 \h, an profit de Tabbé Baluze» dans Tinventaire après 
décès de H. de Colbert. — Archives de T Yonne. 4~- 

86. 



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CENT DEUXIÈME ÉVtQUE dVuXERRE. 205 

cerlaifls malfaiteurs qui, depuis quelques années el oolaninieni celle-là, ygtB h 1704. 
commettaient des désordres dans la ville , couraient les rues pendant 
la nuit , escaladaient les jardins, brisaient les arbres et volaient les 
fruits et les fleurs. 

Les bulles de M. André Colbert étant enfin arrivées de Home , il fut 
sacré dans la chapelle de la Sorbonne, où il demeurait depuis deux 
ans, par M. de Harlaj, archevêque de Paris, le 18 juillet 1678 (i). 

Le 5 septembre suivant, on annonça à Âuxerre Tarrivée du prélat. 
Il n'avait pas négligé les cérémonies ordinaires de prise de possession. 
Les quatre barons avaient été assignés pour faire foi et hommage, eé 
pour porter Tévéque depuis Téglise Saint-Germain jusqu'à la cathédrale. 
M. Louis de Boulainvilliers, chargé de la procuration de madame 
la maréchale de la Mothe, née Marie-Louise de Prie, se présenta pour 
prêter foi et hommage de la baronnie de Toucy. Il fut dispensé du 
portage. Le comte d'Âuxerre , le baron de Saint-Vemin , et M. de 
Colbert, baron de Seignelay, n'ayant comparu ni en personne ni par pro- 
cureur, l'évêque fit toutes protestations pardevant notaires , pour la 
conservation de ses droits. 

Malgré la prière faite par M. Colbert aux habitants d'Âuxerre , de 
ne point le recevoir avec solennité , la milice bourgeoise, au nombre 
de i2 à 1,500 hommes, s'était mise sous les armes et formait la haie 
hors de la ville depuis la porte de Sain t-Siméon. Les magistrats et le corps 
de ville reçurent le prélat en dehors des barrières. On remarquait à 
cette cérémonie le comte César-Philippe de Chastellux, qui , en sa 
qualité de chanoine héréditaire de la cathédrale, avait revêtu son costume 
historique (2). 

 peine M. Colbert fut-il installé dans son siège épiscopal , qu'il 
voulut continuer l'œuvre de son prédécesseur pour la réforme des 
graves abus qui s'étaient introduits dans le diocèse. Le 15 décembre 
1678, il adressa au clergé un mandement où il déclarait qu'il voulait 
connaître la capacité de tous ceux qui seraient employés dans le 
saint ministère. Il prescrivit, en conséquence, à tous les prêtres 



(1) Il ne prêta serment de fidélité au métropolitain que le 25 septembre 1679. 

(2) 5 et 6 sept. 1678. 



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296 ANDRÉ COLBERT , 

im à 1704. àe se présenter devant lui pour recevoir ses ordres , révoquant eo 
même temps toutes les permissions de prêcher et de confesser qu'ils 
avaient pu obtenir jusque-là. Dans un synode ouvert le i8 avril 1679 
il renouvela les ordonnances de son prédécesseur, et on y arrêta les 
bases d'un règlement sur l'administration des sacrements. 

Cette assemblée élut alors M. Chrétien, grand-vicaire de l'évêqae, 
en qualité de député it la chambre ecclésiastique (1), et M. Marpon, 
prieur-curé de Saint-Âmatre, comme syndic du clei^é. 

Peu de temps après, M. Colbert confirma Télection, qu^avait faite le 
Chapitre, de M. Toussaint Leclerc, chanoine-diacre, à la dignité de 
chantre de Téglise cathédrale. 

Les états de Bourgogne ayant été convoqués le 14 août 1699, 
M. Colbert y fut choisi pour Félu du clergé. 

C'est pendant la tenue de cette assemblée que l'évéque d'Âutun fit 
exécuter l'arrêt du Conseil du 8 avril 1658, qui l'avait maintenu daos 
le droit de présider les Etals et d'y précéder tous les évéques qui y 
avaient entrée, quoique]^ plus anciens en sacre. Nicolas Colbert avait 
bien protesté, mais celte fois l'évéque d^Âutun Gt observer que Tarrêl 
avait été exécuté pendant plus de vingt ans sans réclamations. M. André 
Colbert garda le silence, et la prérogative des évéques d'Âutun fut coo- 
sacrée jusqu'à la révolution. 

M. Colbert, nommé élu du clei^é dans l'assemblée générale tenue i 
Saint-Germain-en-Laye, au mois de mai 1680, fut chargé de faire, ï 
Louis XIV, des représentations sur l'état des affaires religieuses. On 
était alors vivement divisé sur les questions du jansénisme et des 
libertés gallicanes. Le prélat, après avoir assuré le roi du dévouement 
du clergé, lui parla de la nécessité des conciles provinciaux pour la 
réforme de la discipline et des mœurs. 11 lui rappela encore qu'il était 
le bras de l'Eglise, l'instrument temporel de la volonté divine. 



(1) M. Chrétien , qui avait obtenu par son mérite toute la confiance de Tévéque 
et était devenu archidiacre de Puisaye, encourut plus tard sa disgrâce et fut exilé 
à Tréguier par lettre de cachet. M. Potel dit que cet exil fut pour M. Chrétien 
une espèce de triomphe. D'un autre côté, le Chapitre protesta en refusant de sup- 
pléer Tofficc d'archidiacre lorsque Tcvéque officiait. 



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CENT DEUXIÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE. 297 

Loois XIV, alors tout paissant, avait déclaré qae le droit de régale i^jq ^ 1704. 
loi appartenait dans tons les évéchés du royaume. Un petit nombre 
d*évêques réclamèrent. Us furent soutenus vigoureusement par le pape 
qui accusa le roi de violer les droits de l'Eglise. L'assemblée du clergé 
de 1682, k qui Taffaire avait été renvoyée, s'empressa de proclamer les 
droits du roi et consentit à l'extinction de la régale partout. L'évéque 
d'Auxerre céda alors, sans réclamer, une des plus belles prérogatives 
de son église. 

Les dispositions^ si favorables aux intentions du roi , de l'assemblée 
du clergé de 1682, se révélèrent encore mieux par la fameuse décla- 
ration des quatre articles devenus célèbres dans l'histoire. M. Colbert y 
donna son adhésion entière. 

Il ne parait pas avoir pris une part active aux affaires géné- 
rales après l'assemblée de 1682. Il se concentra dans les soins de 
l'administration de son diocèse et s'y dévoua tout à fait. La suite de 
l'histoire de son épiscopat est tout entière dans les mesures qu'il ne 
cessa de prendre pour l'amélioration de ses ouailles et la discipline de 
son clergé. 

Esprit fin et délicat , M. Colbert avait une connaissance solide de 
l'histoire, et l'auteur de sa vie (I) nous le dépeint comme un amateur 
éclairé des lettres et des beaux-arts. Il goûtait surtout la mu- 
sique (2). Il était somptueux et magnifique dans l'occasion, quoique 
vivant ordinairement d'une façon fort réglée. Ses manières dis- 
tinguées donnaient St sa réception le meilleur air. Son goût pour la 
bâtisse le porta à embellir son palais épiscopal et son château de 
Régennes (3). 

Lorsque Louis XIV passa a Âuxerre, le dimanche 50 mai 1685, 



(1) L'abbé Potel. 

(2) Santeuil était souvent reçu dans son palais. 

(3) On voit par l'ioventaire dressé à sa mort, en 1704 , que le palais épiscopal 
était richement meublé et décoré de tapisseries. 11 y avait dans les écuries six che- 
vaux de carosse et trois de selle , et dans les remises deux carosses garnis. Le jardin 
étaitorné,entr'autres arbustes y de 26 caisses de lauriers blancs et roses, et de 
33 orangers. — Archives de ITonnc -^J? 



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298 ANDRÉ COLBERT, 

1976 ^ 1704. P^^r ^"^^ ^^ ^^™P ^^ '^ Saône, M. Golberl trouva Toccasion de mon- 
trer sa magnificence, et le roi lui en fit compliment. Il reçut le prince 
avec toute sa suite ; parmi les dames qui accompagnaient la reine , on 
vojfait mesdames de Montespan et deMaintenon. Pendant la réception 
faite au roi et a laquelle assistait le Chapitre, ce prince fut frappé du 
costume singulier que portait Tun des chanoines, M. de Chastellui, 
revêtu de son costume mi-parti militaire et ecclésiastique. Les courti- 
sans, comme le roi lui-même, étaient fort intrigués de ce qu'ils voyaient. 
Louis XIY s'étant fart expliquer la raison de cet usage, apprit que 
c'était un souvenir de la concession d'un canonicat accordé par le 
Chapitre a Claude de Beauvoir, en 1425, lorsqu'il eut rendu à l'église 
d'Âuxerre la ville de Cravan qu'il avait reprise pour le duc de Bour- 
gogne et défendue ensuite dans un long si^e contre les troupes de 
Charles VIL 

On rapporte que Louis XIV complimenta M. de Chastellui sur la 
prérogative dont il jouissait, et qu'il répondit aux courtisans qui plai- 
santaient : c Ne badinez pas. Messieurs, il n'y a aucun de vous qui ne 
> dût se faire honneur d'un pareil titre. » 

Le Ic^ndemain le roi quitta Âuxerre après avoir entfendu la messe dans 
la cathédrale. 

Peu de mois après, la mort vint frapper cruellement deux des 
hôtes qu'avait reçus M. Colbert. La reine mourut le 50 juillet, après 
trois jours de maladie. Le grand Colbert succomba également le 
6 septembre , k l'âge de 64 ans. Des services solennels furent célébrés 
en l'honneur des illustres morts. L'abbesse des Bernardines, sœur de 
M. de Colbert , fut la première à lui payer le tribut de sa douleur et de 
son affection, par un service auquel assistèrent toutes les autorités, le 
10 et 11 septembre. 

Nous avons dit que M. André Colbert avait consacré sa vie k 
l'amélioration de ses diocésains. Ses nombreuses visites des paroisses 
et des monastères nous apprennent l'état du diocèse à cette époque. 

Parmi les usages superstitieux qui subsistaient encore, Tabbé Potel 
parle de la vénération qu'on attachait dans certains lieux à des 
vases de cuivre conservés dans les églises comme des reliquaires. On 
trouvait aussi , dans quelques paroisses , des pintes d'étain et des 



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CENT DEUXIÈME ÉVÉQUE d'aUXERRE. 209 

verres qui servaient aux ablulions des communiants. Les mariages ^^^ ^ ^^^ 
étaient souvent Tobjet de cérémonies burlesques. Les invités allaient 
offrir des présents à la mariée qui les recevait dans un fauteuil , tenant 
un ciej^e à la main ; et tout se terminait par un salut que chacun lui faisait 
aux dépens de la pudeur. 

Les funérailles étaient aussi l'occasion de pratiques étranges et con- 
traires à Tesprit de TEglise. Les sorciers étaient encore l'objet de la 
croyance populaire. En 1696, deux hommes et trois femmes de Mon- 
tigny, accusés de sorcellerie par leurs concitoyens, se soumirent k 
Têpreuve de l'eau pour se purger de cette imputation. Acte fut dressé 
pardevant notaire , en présence de plus de deux cents personnes des 
villages voisins. On plongea les accusés dans le Serain , au-dessus du 
gué du Bas-des-Pierres, près de Tabbaye de Pontigny, les mains et 
les pieds liés. Trois d'entre eux enfoncèrent dans l'eau et les deux 
autres surnagèrent; ce qui fut gravement constaté par le notaire (I). 

M. Colbert proscrivit, par zèle pieux, toutes les statues de saint 
Martin et de saint Georges h cheval et les fit remplacer par un tableau 
de la résurrection. Cette tendance anti-archéologique, qui se développa 
de plus en plus pendant le xvin® siècle, causa la destruction de beau- 
coup d'antiquités curieuses. L'intention morale qui dictait ces proscrip- 
tions était bonne sans donte, mais ou doit en regretter les excès. 

Les fêtes et les processions servaient de prétexte à des scènes qui rap- 
pelaient le moyen-âge. Â Glamecy, les individus qui avaient fait le 
voyage de Saint-Jacques-de-Compostelle assistaient à la procession de 
la Fête-Dieu en habit de pèlerin avec le roquet et le bourdon. 

A Varzy, on voyait encore dans cette même fêle les douze apôtres 
que figuraient autant de personnages revêtus d'aubes et d'ornements 
d'église (2). 

M. Colbert supprima ces usages ridicules, et donna une meilleure 
direction à la piété des populations. 

Il savait que plus le peuple est éclairé, mieux il comprend 



(1) Voy. aux Preuves de ces Mémoires^ t. iv, n^ 476. 

(2) Cet usage qui remontait au moyen-Age était très-répandu dans les paroisses. 



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. 500 ANDRÉ COLBERT , 

1^6 b 1704. 1^ respect dû aux choses saintes. Dans le synode de 1685, il recom- 
manda particulièrement \k son clei^é l'instruction de la jeunesse et 
surtout celle des pauvres et des bergers, qu'il exhortait les curés d'aller 
chercher dans les champs s'ils négligeaient de se rendre aux leçons. 
Beaucoup de paroisses de la campagne manquaient de maîtres d'école ; 
il mit tous ses soins à en augmenter le nombre (1). Les ordonnances pu- 
bliées dans le synode de 1689 sont empreintes d'un grand esprit de 
sagesse. L'évéque y prescrit des règles pour la célébration des mariages, 
l'emploi des deniers des fabriques, l'observation du dimanche , l'ins- 
truction religieuse à donner par les curés. Il leur recommande la 
réserve dans les fêtes paroissiales. Il proscrit certains abus supersti- 
tieux comme de porter le saint-sacrement aux incendies, de donner le 
baptême aux enfants morts-nés. Dans rassemblée du clergé de 1695, 
furent arrêtées définitivement les ordonnances synodales préparées 
dans les réunions antérieures. Elles ont été observées jusqu'à celles que 
fit M. de Caylus en 1758. 

Le roi voulait faire disparaître toute trace du calvinisme dans ses 
états : poussé dans cette voie par madame de Maintenon, il ordonna, 
par une déclaration du 15 décembre 1698, quMI serait établi partout 
des maîtres d'école catholiques. Le questionnaire adressé à ce sujet par 
l'évéque aux curés nous révèle l'état peu avancé du diocèse sons ce 
rapport. Sur 67 paroisses, 50 seulement sont pourvues d'institu- 
teurs (2). 

Le zèle de M. Colbert pour la conversion des réformés n'avait pas 
attendu les ordres officiels du roi. Dès Tannée 1679, il consultait, a 
Paris, un M. Peu sur ce projet. Celui-ci lui répond très-sagement : 
€ que c'est un ouvrage de Dieu des plus difficiles ; pour y réussir, il 
» faut que la réputation soit bien établie pour la piété et l'érudition et 
» beaucoup de charité. » Il conseille à l'évéque d'aller résider lui-même 
sur les lieux et d y appeler des ouvriers sages et doctes ; et quoique 

(1) On voit qu'à cette époque il était défendu de tenir des écoles privées ou pu- 
bliques sans la permission de Tévéque. — Arch. de l'Yonne ^ ^ 

L< 19, n* 3. 

(2) Les réponses des curés ne sont pas toutes parvenues à révêcbé, puisque sur 
210 paroisses 67 seulement Ggurent dans le dossier. 



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CENT DEUXIÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE. 501 

ropinifttreté paraisse fort grande , il attirera la bénédiction de Dieu ^^jq ^ nia. 
sur ses travaux (1). 

Dès ce moment, la conversion des protestants des villes de la Loire 
Tut la préoccupation de M. Colhert. Au mois de septembre 1685, il 
adressa, par ordre du roi, ^ ceux de La Charité, l'avertisse- 
ment pastoral fait par l'assemblée générale du clei^é. Les réformés 
étaient réunis au Crot-Guillot où se tenait le consistoire (2). Le mi- 
nistre Boju reçut poliment les envoyés parmi lesquels étaient le prieur 
de Tabbaye Saint-Père d'Âuxerre, le curé de Sainte-Croix de La Cha- 
rité, l'intendant d'Orléans et deux notaires. La lecture de l'avertisse- 
ment pastoral fut écoutée en silence, après que le ministre eut protesté 
de son profond respect pour le roi, et de l'injustice des persécutions 
dont les réformés étaient l'objet. Le ministre répondit ensuite : « Ce 
» que nous avons à dire maintenant, c'est que les conversions sont 
y l'ouvrage du Saint-Esprit , c'est du ciel qu'il faut les attendre, nous 
» espérons de la bonté du roi qu'il ne nous obligera jamais k des choses 
» contre notre. conscience. » 

Après la révocation de l'édit de Nantes, en 1685, les mesures prises 
pour la conversion des réformés , affectèrent une forme officielle et 
administrative qui était loin de la charité évangélique (5). En vertu 
de l'édit , on démolit les temples, l'exercice de la religion réformée fut 
défendu ; les prédicants refusant d'abjurer furent exilés. Les écoles 
des réformés furent abolies et leurs enfants baptisés et élevés dans 
l'église romaine. On voulut bien leur permettre encore la liberté de 
conscience jusqu'à ce qu'il plût it Dieu de les éclairer. 

Cependant, il ne paraît pas que M. Colbert ait usé de la rigueur 
qu'on reproche avec raison au gouvernement de Louis XIV. Les 



(i) Arch. de l'Yonne, pièces sur les réformés. 

(2) Suivant un mémoire du xvu* siècle , le Crot-Guillot , situé à une lieue de 
La Giaritéy sur la terre de Passy , n'aurait commencé à servir de prêche qu'après 
Védit de Nantes. Les réformés s'assemblèrent d'abord sous un arbre, puis dans une 
grange, et ils ne firent bâtir leur temple qu*en 1653. 

(3) En 1687, l'intendant d'Orléans payait les missionnaires aux frais du roi, mais 
d'une manière si mesquine que quelques-uns n'avaient que 20 sous par jour. — 
Arch. de l'Yonne J-^- , 

L.6, D. 1. 



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502 ANDRÉ COLBEKT, 

im il 1704. mesures qu'il avait prises dès avant Pédit royal l'eu dispensèrent. 

L'histoire de sa vie nous apprend qu'il travaillait lui-même ^ ramener 
les réformés dans le sein de l'Église. Des familles entières abjuraient. Les 
villes de Gosne, Gien, La Charité, n'oublieront jamais qu'elles sont rede- 
vables à M. Golbert de la réunion de la plupart de leurs citoyens (1). 
Parmi ses eoopérateurs les plus dévoués, on cite MM. Marie^, son grand- 
' vicaire, pénitencier de la cathédrale (2), et l'abbé Jegou de Kervilio, qui 

fut depuis évéque de Quimper. 

Cependant, on voit bien par la physionomie des rapports faits à 
l'évéque sur l'état des esprits, que les nouveaux convertis^ comme on 
appelait les réformés qui avaient abjuré, n'avaient pas toujours cenoncé 
du fond du cœur à leur foi première. Quelques-uns disent même 
c que leur abjuration n'a pas été volontaire et qu'ils la considèrent 
> comme un grand péché. » Geux de Gien ne pratiquaient pas leurs 
devoirs religieux et conservaient des rapports avec les réformés émi- 
grés. 

M. Golbert ne négligeait pas, d'un autre côté, la surveillance des 
monastères ou des églises collégiales dé son diocèse. Ses nombreuses 
visites étaient marquées par des mesures d'ordre et des améliorations 
que réclamait l'état des maisons religieuses, régulières ou séculières. 

Son Chapitre lui offrit tout particulièrement l'occasion de se pro- 
noncer sur une question importante. Il existait, depuis la 6n da 
xiv^ siècle (5)^ une institution de douze prêtres qu'on appelait chanoines 
tortriers et dont les fonctions étaient de suppléer les grands chanoines, 
soit au chœur, soit à la lecture des leçons. Les prérogatives de ces cha- 
noines étaient bien moindres que celles des autres. Ils devaîeit résider 
continuellement et ne pouvaient s'absenter plus d'un mois sans la per- 
mission du Chapitre. Ils n'avaient aucune part aux délibérations capiiu- 
laires. Ils n'accompagnaient pas le Chapitre lors des visites aux princes 
et autres personnes de considération. Leur part, dans les distribntions, 
était de moitié moindre que celle des grands chanoines, etc. 



(1) L'abbé Potel, p. 44. 

(2) M. Marie prononça , daas la cathédrale , Toraison funèbre de la reine Marie- 
Thérèse d'Autriche, le 2 octobre 1683 (M" bibl. d'Auxerre, n. 76). 

(3) Voy, ci-dessus à la vie de G. d'Eslouteville, p. 7. 



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€ENT DEUXIÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE. 505 

Cependant, en 1649^ un sieor Filey, semi-prébendé , éleva de^ pré- i^^ >, ,704. 
tentions contraires an sujet de l'obligation de la desserte , et demanda 
la réunion des douze semi-prébendes en six , attendu la médiocrité des ' 
reTenns de son canonicat. D'incidents en incidents , le procès porté 
an parlement dura jusqu'en 1686; alors l'évéque nommé com- 
missaire pour prononcer en dernier ressort, condamna le sieur Filey 
sur tous les points, et maintint le Chapitre dans tous ses droits , con- 
formément à la bulle du pape Clément VII, de Tan i581 (1). 

En 1682, il régla les différends qui existaient depuis longtemps . 
entre les chanoines de Gien et le curé de Saint-Laurent de la même 
ville, au sujet de la portion congrue et de l'autorité du Chapitre. Les 
droits des chanoines furent maintenus , mais ils durent payer la portion 
congrue au curé et à son vicaire , attendu que les biens de la cure 
avaient été réunis au Chapitre en 4669. Les collégiales de Donzy (1683) 
et de Clamecy(1684), reçurent également de nouveaux statuts dans un 
article desquels il leur était recommandé de se conformer aux usages 
de la cathédrale. Il en donna a celle de Gien en 1699. 

La collégiale de Saint-Laurent de Cosne jouissait d'un revenu mo- 
dique. Déjà, en 1640, M. de Broc avait réduit de 12 à 10 le nombre 
des prébendes , et en 1655 lui avait donné des statuts nouveaux. 
M. Colbert supprima encore deux prébendes le 1^*^ juillet 1685. Il 
visita alors le couvent des Bénédictines de Cosne. A la demande des 
directeurs du canal de Briare, il érigea, la mi^me année, en cure, 
l'église de Cbampoulet, en faisant distraction à cet effet d'une partie de 
la paroisse de Batilly. 

Les chanoines de Varzy tenaient une conduite peu édifiante et tracas- 
saient le curé. M. Colbert fit une information contre eux en 1684. L'ab- 
baye de Crisenon n'avait pas non plus, à la fin du xvii^ siècle, une ré- 



6 G 

(1) Mém. sur l'origine des semi- prébendes^ par M. Viart. ^ — . On voit encore 

XI. 

qu'il était défendu aux semi-prébendés de porter des aumusscs grises, et que 
les leurs devaient être d'un gris plus uni et plus marqué de roux. Le côté blanc 
hermine devait être barré et mêlé de pointes de petit gris de 9 à 10 pouces de long 
sur 4 de large. Ils ne devaient point avoir de bandes de velours ou d'autres étoffes 
sur le devant de leurs chapes d^hiver, non plus qu'en aucun temps la soutane 
violette. 



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304 ANDRÉ GOLBERT , 

1676 il 1704. putalion bien exemplaire. L'abbesse, M'"® de Romainval, avec ane reli-- 
gieuse bénédictine de Nantes nommée M^^ d'Hairval, menaient la vie 
la plus scandaleuse. Les plaintes adressées à Tévéque par de vieilles 
religieuses désolées de ces désordres , nous révèlent des mœurs hon- 
teuses (1). Les Urbanistes d'Entrains, qui n'étaient plus que quatre, 
furent supprimées en 1 688, et leur maison fut réunie à Tabbaye des Isles. 

Les institutions de charité prenaient à cette époque un développe- 
ment plus considérable que jamais. M. Colbert favorisa de tout sod 
pouvoir ces tendances dans son diocèse. Il institua ou approuva les 
confréries des dames de charité dont le but était le soulagement des 
pauvres et des malades, notamment à Glamecy y^i684) , La Charité et 
Donzy (1688), Gien (1695). La paroisse de Saint-Père d'Âuxerreqae 
le curé dépeint comme la retraite ordinaire des indigents et comme 
renfermant un grand nombre de pauvres gens ce souffrant de grandes 
disettes, pour ne pas dire qu'ils meurent quasi de faim faute de se- 
cours » (2), reçut aussi sous son épiscopat cette utile création .Ces con- 
fréries, qui remplaçaient plus utilement d'autres associations de 
métiers dites des bâtons (3) , étaient devenues nécessaires dans ces 
temps malheureux où l'excès des tailles avait ruiné les populations. La 
religion prenait sous son patronage ces pieuses fondations qui s'accom- 
plissaient par des dames veuves ou des demoiselles âgées pour lesquelles 
c'était une espèce de profession religieuse. 

Les hôtels-dieu et les maladeries avaient éprouvé, en 4672, une 
grave atteinte dans leur existence. Le roi étant informé qu'un très- 
grand nombre de ces maisons étaient mal gérées et servaient plutôt à 
faire vivre des parasites qu'à subvenir aux besoins des pauvres et des 
malades, les réunit à l'Ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel, qui 
devait être chargé de leur administration. De nombreuses réclamations 

(1) Arch. de l'Yonne g q 

(2) Arch.de l'Yonne ^^• 

(3) La statue du saint patron était, dans le moyen âge, portée au bout d'un bâtoo 
dans une niche ornée. Cest ce qui flt donner à ces associations le surnom de 
hâtons. On adjugeait les bâtons aux enchères, le jour de la fête du saint; ce qoi 
donnait lieu à de grands abus. 



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CBT^T DEUXIÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE. 505 

s'élevèrenl contre cette mesure qui nuisait aux hôpitaux et aux pauvres ; t^^ ^ ^^04^ 
enfin, en 1695, un édit modifia cet état de choses. 

Dans chaque intendance, des fermiers furent provisoirement chargés 
de la gestion des biens. En ce qui concerne le diocèse d'Âuxerre, la 
réorganisation du service de charité eut lieu peu après (1). Une décla- 
ration du roi, du 12 décembre 1698, avait prescrit la formation dans 
chaque hôtel-dieu, d'un bureau de direction qui devait être composé 
des premières autorités judiciaires et municipales ; le curé en faisait 
partie de droit. Les habitants élisaient aussi un certain nombre de 
membres tous les trois ans. L'évêque étant à La Charité, le 17 juillet 
i(t99, fit procéder, par l'assemblée générale des habitants, au choix 
des membres éligibles du bureau de Thôtel-dieu. Le 25 novembre 
suivant, il opéra de même à Varzy. L'hôtel-dieu de cette ville avait 
été rétabli par édit du 10 septembre 1695, avec union des maladeries 
de Varzy et d'Entrains. L'hôpital de Clamecy fut alors restauré, dans le 
faubourg de Bethléem, par les habitants et le Chapitre delà ville. Cette 
maison avait plus de six cents ans d'existence. On y réunit, en 1695 
les maladeries de Clamecy, de Druyes et de Corvol. L'hôtel-dieu de 
La Charité fut aussi , en 1690, transféré dans les nouveaux bâtiments 
construits aux frais des habitants. L'ancien était au-dessus du grenier 
à sel et ne se composait que d'une seule salle où les malades étaient 
plusieurs dans chaque lit. 

L'hôpital de Coulanges-les-Vineuses fut rétabli par arrêt du conseil 
privé du 4 mai 1697. On y réunit les biens des maladeries de Mailly-le- 
Château, Mailly-la-Ville, Cravan et Saint-Cyr. L'évéque avait fait un 
travail pour proposer la réunion des maladeries et léproseries devenues 
inutiles aux hôpitaux les plus voisins. Cette mesure fut exécutée en grande 
partie. Les hôtels-dieu étaient obligés de recevoir les malades des 
lieux où il y avait des maladeries, à proportion des revenus de ces éta- 
blissements (2). En 1690, M. Colbert autorisa la dédicace de la cha- 



(1) Cette mesure ne tarda pas à être très-nécessaire, car la misère devint si 
grande dans la campagne au printemps de 1699, que des paysans étaient réduits à 
▼ivre de racines et de son. — Reg. du Chapitre d'Auxerre, mélanges divers, 
11,84. 

(2) Yoy. Preuves, t. iv, no 475. 

II 20 



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506 ANDRÉ COLBBitT, 

irc ï 1704. P®ll<^ ^1(1 nouvel hôteUdieu de La Charité. Celle maison venait d^élre 
reconstruite par les habitants. 

L'organisation complète de Thâpital général d'Âuxerre fut une œuvre 
qui occupa beaucoup la sollicitude de M. Colberl. Fondé par sod pré- 
décesseur avec le concours delà ville qui Tavait prié d'en prendre Tad- 
ministration , cet établissement, ouvert en 1675, n'était pas dans un 
liett convenable (1). L'évéque, qui assistait très-souvent aux réunions 
du bureau d'administration tenues dans son palais , Gt tous ses efforts 
pour obtenir sa translation sur un emplacement plus spacieux. Des ter- 
rains voisins de la chapelle Notre-Dame-de-Lorette, située hors de la 
porte Saint-Siméon, furent achetés. Les bâtiments furent constmils 
en deux années et coûtèrent 1 6,200 liv. Le 25 juin 1686, M. Golbert 
fit la bénédiction solennelle du nouvel hôpital dans lequel les panvres 
avaient été transférés la veille. Le prélat, qui avait fait bâtir à ses frais 
le portail de la maison, désirait y placer les armes du roi et celles de 
la ville. Sur le bruit de ce projet, le maire d'Âuxerre , M. Billard, pro- 
voqua une délibération du corps municipal, pour faire mettre aussi une 
inscription portant ces mots : Hùpital général fondé par la tSk 
d'Auxerre. L'évéque et le bureau d'administration s'y opposèrent. L*af- 
faire prit des proportions considérables ; le duc d'Enghien , gouveroeer 
de Bourgogne, à qui on avait demandé la permission de placer aussi ses 
armes sur le portail, et qui écoutait volontiers M. Billard, penchait pour 
son projet. Enfin, après de longs pourparlers, il fut décidé qu'on pla- 
cerait au milieu du portail les armes du roi, celles de la ville au-dessous, 
et sur une plaque de marbre qui existe encore, les mots h&pital générd. 
Les armes du duc furent mises sur les deux côtés du portail, et, un peu 
au-dessous, celles des deux évoques du nom de Colberl (2). M. André 
Colberl , quand il mourut, donna encore une nouvelle marque de son 
intérêt pour cet établissement, en lui louant une somme de 8,000 liv. 



(1) H occupait une maison dans la rue du Pont. Les pauvres , entassés dans des 
chambres mal aérées, avaient contracté Le scorbut en 1679. On avait voula envoyer 
les malades dans une maison du faubourg Saint-Julien. Alors les habitaots d« 
quartier s'ameutèrent et jetèrent violemment les meubles dehors. Il faHot rinterten- 
tion du bailliage pour rétablir Tordre. 

(2) Arch. de l'Yonne, Reg. de Thôpital général. 



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CENT DEUXIÈME ÉVÉQCE D^UXERRE. 507 

Le sémioaire diocésain fondé par M. Nicolas Colbert et qui fut dirigé i6T6 ï ntx. 
jusqu'en i682 par M. H abert ^docteur en Sorbonne ^ reçut une 
Dooyelle institution. Les Pères de la Mission en furent chargés et 
l'évéque leur donna la maison où était le séminaire , dans la paroisse de 
Saint-Loup. Le clergé du diocèse contribuait alors annuellement pour 
5,000 Ut. aux dépenses du séminaire. 

Les registres des ordonnances épiseopales nous apprennent encore 
plusieurs faits d'administration qu'il ne faut pas passer sous silence. 
Pendant la visite de l'année 1695, M. Colbert fit à Gien la dédicace de 
la nouvelle église paroissiale de Saint-Louis, construite par les habitants, 
partie avec les matériaux du temple des protestants démoli après la révo- 
cation de Tédtt de Nantes, et partie avec l'argent provenant des revenus 
du consistoire de Gien. Il réserva, cependant, k l'ancienne église de 
Saint-Pierre, son titre de primauté , et voulut que le curé de Saint- 
Loois y célébrât k certains jours l'ofiBce divin. Il fit aussi, dans cette . 
même année, le jour de l'Ascension , la dédicace de l'église de Saint- 
Pierre-en-Vallée d'Âuxerre. Ce monument , bâti aux frais des habi- 
tants de la paroisse , quoique achevé du temps du cardinal Richelieu , 
n'avait pas encore reçu la consécration. 

Les reliques de saint Prix, conservées dans l'église de Saints-en- 
Paisaye, fore»t Tobjet de plusieurs ordonnances. Après une translation 
iaite le 9 jain 1686, l'évèque ap[Mrouva la distraction de quelques 
portions d'ossements en iaveur de Frères-Mineurs de Paris, (juin 1687) 
et du curé de Fontainebleau, (50 janvier 1688). 

Le 1^ août 1688, l'évèque se transporta à Pontigny pour bénir le 
nouvel abbé, frère Oronce Fine de Brian ville. Le 25 septembre de 
Tannée suivante, il consacra sa sœur Hélène Colbert en qualité d'ab- 
besse de l'abbaye des Isles. Les Providenciennes d'Âuxerre, d'abord 
appelées Filles de l'Union, dont l'origine remontait à 1655 (1), ob- 
tinrent sous M. Colbert des lettres-patentes. Elles étaient vouées k 



(1) Deux dames pieuses , Anne Petit et Marie Gautier, se vouèrent alors à re- 
cueillir les pauvres filles d'Auxerre, pour les sauver de Toisiveté et les former à la 
piété. Elles agrandirent peu à peu leur maison et reçurent des demoiselles pauvres 
et orphelines, puis elles formèrent une école pour les enfants de la ville. Leur but 



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UTG a 1704. 



508 ANDRÉ GOLBERT, 

rinslruclion des jeunes filles. M. Colbert leur donna un règleroent 
fort étendu. 

Le Chapilre cathédral, ce corps antique et puissant, gardien né des 
traditions de Téglise d'Auxerre, avait eu avec M. Colbert, au com- 
mencement de son épiscopat, des difficultés pour T exercice de ses 
droits de régale. En i687 , Tomission, dans un mandement, de la for- 
mule aprèê en avoir conféré avec nos vénérables confrères^ avait failli 
amener une grave perturbation dans les bons rapports qui régnaient 
entre le prélat et le Chapilre. Les représentations du Chapitre éclai- 
rèrent Tévéque sur Tirrégulariié de sa prétention et Tomission fat 
réparée. L'année suivante, autre obstacle à propos d'une cérémonie 
dans la cathédrale , où Tévéque fut encore obligé de céder aux vieux 
usages. On peut supposer toutefois, sans aller trop loin, que M. Colbert 
avait gardé souvenir de ces discussions, lorsqu'en i695 il obtint, du 
conseil d'Etat, un arrêt qui interdisait au Chapitre d'ordonner aucune 
cérémonie religieuse sans Tassenlimeut de Tévéque ou de ses grands- 
vicaires. De plus, le Chapitre fut condamné à lui faire des excuses, 
par une députation de douze de ses membres, de ce qu'il avait prescrit 
plusieurs processions sans Ten informer. 

Cette affaire jeta de la froideur entre Tévéque et le Chapitre. L'au- 
teur de sa vie, chauoine de la cathédrale, blâme, bien entendu Ja 
conduite de M. Colbert. Il accuse son entourage de Tavoir poussé à 
porter atteinte aux usages et à la juridiction du Chapitre « et met sur le 
compte de sa vivacité la persistance qu'il montra dans ces affaires. Ses 
projets de composer un nouveau bréviaire et un missel, furent, par 
suite de ses relations avec le Chapitre, indéfiniment ajournés. Ce corps 
renfermait alors des hommes éminents , car les Pères Cordeliers, 
tenant leur Chapitre général à Âuxerre, en 1690, lui demandèrent la 
permission de lui dédier une thèse qui serait soutenue par un de leurs 
docteurs, ce qu'il accepta. Et, pour reconnaître cette déférence, le 
Chapitre envoya cent livres aux frères mendiants (1). Le Chapitre 

fut toujours renseignement gratuit. Les filles des novveaux converUi étaient placées 
dans cette maison. Les Providenciennes avaient des succursales dans plusieurs rilles 
du diocèse , à Vermanton , k Clamecy, à Cravan. 
(1) Arch. de ITonne, Reg. de divers recueils du Chapitre, t. ii, 198. 



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CENT DEUXIÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE. 509 

iii enregistrer h la chancellerie royale (1697) ses armoiries qui sont k^g^ no4. 
d'azur à trois cailloux d'argent (1). Elles existaient déjà sous celte 
forme au seizième siècle, et sont figurées sur la tour sud de la cathé- 
drale. 

M. de Colbert visita pour la dernière fois son diocèse pendant Tannée 
1699. Il donna alors de nouveaux staiuls aux religieux du monastère 
de Saint-Laurent-lez-Cosne, qui étaient réduits à quatre. La discipline y 
était tout à fait perdue et les mœurs des moines étaient très-déréglées (2). 
L'évéque, étant à Paris Tannée suivante^ tomba dangereusement ma- 
lade et ne se rétablit jamais entièrement. Il languit encore pendant 
plusieurs années et perdit peu à peu ses forces. Les derniers actes 
qu'il signa furent une approbation de reliques envoyées de Rome au 
curé de Seignelay, (5 avril 1704), et la provision d'un canonicat de 
Clamecy, le 7 juillet suivant. Il mourut le i 9 du même mois. 

Son testament, daté du 7 mai i704, respire la piété la plus vive 
et la plus noble. Il déclare mourir dans des sentiments tout à fait cou- 
formes à ceux de TËglise catholique , apostolique et romaine. Il 
demande pardon des sujets de plainte qu'il a pu donner et pardonne 
lui-même à tous ceux dont il a pu recevoir quelque déplaisir ou 
quelques injures. 

Ses dispositions leslameniaires sont marquées au coin de la libéra- 
lité. Après avoir rendu à sa famille les 50 mille livres qu'il en avait 
reçues, il répartit le reste de ses biens entre les pauvres et les établisse- 
ments religieux et charitables. Son Chapitre reçut, outre divers orne- 
ments , la somme de 12,000 liv. ; l'hôtel-dieu d'Auxerre, 4,000 liv. ; 
rhôpital-gcnéral , 8,000 liv. ; les Jésuites , 5,000 liv. ; les charités des 
paroisses, i,200 liv. Les pauvres des seigneuries épiscopales ne furent 
pas non plus oubliés. Après avoir employé en legs la plus grande 
partie de sa fortune , il disposa du reste en faveur de son séminaire ; 
il donna ainsi plus de 70,000 livres. 
Le Chapitre cathédral, malgré les déclarations du roi, se mil en 



(1) Reg de divers Recueils, t. ii. 

(2) Arch. de l'Yonne -2 G. 



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310 M. DE CATLIJS, 

\m 1 1704. possessioB d'exercer son antique droit de régale k la mort de M. Col- 
bert. U nomma trois chanoines-économes pour régir le temporel de 
FéTéché et trois autres en qualité de grands-vicaires. Il ne parait pas 
que ces mesures aient souffert de difficulté et que les officiers du bail- 
liage s*y soient opposés. 



CHAPITRE II. 



M. DE CAYLUS , CIII« ÊVÊQUE D'AUXERRE. ' 

1704 2i 1754. M. de Gaylus a joué pendant si longtemps un rôle considérable dans 
Téglise de France et dans les querelles jansénistes, que sa vie est am- 
plement connue. Ses ouvrages, ses mandements forment une suite de 
dix volumes. L'abbé Dettey, chanoine d'Âuxerre, a écrit sa vie oq 
plutôt son panégyrique en 2 vol. in-i2 (4). Les matériaux nemao- 
quent donc pas pour composer la suite des Mémoires sur le diocèse 
pendant la première moitié du xviii^ siècle (2) ; mais la difficulté gii 
dans le choix à faire et dans une saine appréciation. Le parti janséoisie 
a peint M. de Gaylus comme un grand prélat et comme un saint ; tous 
ses actes sont marqués au coin de la plus pure doctrine ; c^était en on 
mot le modèle des évéqnes. ^ 



(1) Cet ouvrage a été imprimé sans nom d'autenr à Amsterdam en 1765. Il fui 
composé sur les papiers de révéqoe qu'on avait été obligé de cacher. — Ces pa- 
piers n'existent plus. M. Pierre-Jacques Dettey était prêtre du diocèse d'Aotun. 
En 1734, il obtint le prieuré simple de Baulches et devint commensal de Tévèque 
l'année suivante. Il fut ensuite prieur de Bois-d'Arcy. 

(2) 11 j a cependant une lacune singulière dans les documents historiques ^ on 
remarque, aux archives de la préfecture de ITonne, que les registres des délibéra- 
lions du Chapitre cathédral manquent complètement pendant tout Tcpiscopat de 
M* de Caylus. 



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CENT TROISIÈME ÉVÊQUE D AUXERRE. 31 I 

Ses adversaires, et il n'en manqua pas , coolrediseni un peu ces 1704 à 1751. 
éloges. M. Languet, archevêque de Sens y son supérieur, a longtemps 
combatlu ses opinions ; son successeur n'épargna guère sa mémoire ni 
sa personne (1) ; le Saint-Siège Ta condamné plus d'une fois. Quoique 
notre but soit moins d'entrer dans de longs détails sur les querelles 
religieuses du dernier siècle que de tracer Thistoire diocésaine , nous 
ne pouvons cependant nous dispenser de parler de quelques-uns des 
faits généraux du temps , auxquels M. de Caylus prit une si grande 
part. Nous tâcherons, au milieu de ce dédale, d'être exacts et 
véridiques. Les tendances jansénistes ont été réprouvées par TËglise 
catholique ; vouloir les réhabiliter dans un ouvrage de notre temps 
serait folie. Les faits parleront et le lecteur en déduira les conséquences 
naturelles. 

Daniel-Charles-Gabriel de Thubières de Caylus était Gis de messire 
(le Thubières de Grimoard, de Pestel, de Lévy, marquis de Ca^lus, et 
de dame Claude de Fabert , fille du maréchal de ce nom. Il appartenait 
donc k une des plus grandes familles de France. Il naquit le 20 avril 
1669. Ses premières années d'études se passèrent chez les Pères Jé- 
suites, au collège Louis-le-Grand. Il devait singulièrement payer plus 
tard cette dette de l'enfance. Sorti des Jésuites, il fit sa philosophie au 
collège du Plessis, entra au séminaire de Saint*Sulpice et y reçut les 
ordres jusqu'au diaconat. Il ne négligea pas non plus d'obtenir ses 
grades et les couronna par le titre de docteur en théologie. On lui 
donna alors la charge d'aumônier du roi. Ses relations avec Bossuet, 
évéque de Meaux, développèrent son esprit et son jugement. Louis XIV 
avait pour M. de Caylus une bienveillance marquée et aimait beaucoup 



(1) M. de Caylus avait une figure noble et enjouée^ comme le montrent ses por- 
traits gravés ; mais it paraît qu'il était disgracié de la nature. M. de Gondorcet, qui 
plaisanta un jour sur cette infirmité, s'attira ces vers qu'on trouve dans le recueil 
manuscrit du chanoine Blonde. 

D'où sais- tu Gondorcet , que Caylus fut bossu , 
Oses-tu te vanter de ravoir jamais vu ? 
Après mille combats et blanchi de victoires , 
Les armes à la main il mourut plein de gloire. 
II faisoit face à tout ; cet illustre héros , 
Jamais aux ennemis ne découvrit son dos. 



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312 M. DE CAYLUS , 

1704 b 1754. ^ le queslioDoer, lorsque son service d'aumônier rappelait auprès de lui. 
M. de Noailles , archevêque de Paris, en fil son grand- vicaire et lui 
confia la direction du collège des Hibernois^ appelé les Lombards. C'est 
en accompagnant son supérieur dans ses visites diocésaines qu'il prit 
ce goût des recherches et des détails d'administration qu'on remarque 
dans ses registres diocésains. En i 704, les évéchés de Meaux et de 
Toul lui furent successivement destinés, et il en fut écarté pour diffé- 
rentes raisons. Enfin , celui d'Auxerre étant venu à vaquer par la mort 
de M. André Golbert, M. de Gaylus y fut nommé par le roi le 18 août de 
la même année. Sa consécration eut lieu à Paris, le i*^' mars 1 705, après 
qu'il eut obtenu du pape des bulles exemptes de presque tous les droits, 
attendu sa parenté avec Guillaume de Grimoard, pape, en 1562, sous 
le nom d'Urbain V (1). Le 22 du même mois, il prit solennellement 
possession de son siège épiscopal avec les cérémonies d'usage. Une 
compagnie de jeunes gens h cheval alla au devant de lui jusqu'à Ré- 
gennes. Mais il ne voulut pas exercer le droit de portage dû par les 
quatre barons du diocèse. Il se rappelait sans doute les plaisanteries 
qu'on avait faites li la cour sur son prédécesseur, au sujet de Mme de 
Yeniadour (2). Les deux derniers évêques d'Auxerre laissèrent aussi 
tomber cet usage féodal en désuétude. Le 28 avril suivant, il prêta 
serment d'obéissance à son métropolitain , sur le grand pontifical de 
Sens. 

M. de Gaylus modifia , à son entrée en fonctions, la coutume de sus- 
pendre tous les pouvoirs donnés par le Ghapitre pendant la vacance. 
Il était, a plus forte raison, loin de vouloir étendre cette interdiction 
aux autres prêtres, comme l'avaient fait plusieui^s de ses prédécesseurs. 
Gependant , deux ans après, l'union qui régnait entre le prélat et son 
Ghapitre faillit être détruite par la conduite du dojen qui , lui ayant 
promis de renvoyer^n sieur Lalouat, confesseur du Ghapitre, ne le fit pas. 
M. de Gaylus, qui vit dans cet acte une atteinte h la discipline, ré- 
solut de révoquer les douze confesseurs que le Ghapitre était dans 



(1) Il était de règle, a Uome , que les évêques qui avaient eu quelque parent 
pape fussent exempts de payer les droits de bulles. 

(2) Celle dame se plaignit au roi que M. Colbert voulait qu'elle le portât. 



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CENT TROISIÈME ÉVÉQUB d'aUKERRE. 315 

i'asage de se oommer, indépendamment de Févéque, chaque année» le 
jeadi-sainl. 

Les chanoines, redoutant la. suite des ordres du prélat, firent en 
corps une démarche auprès de lui, mais en vain. Les choses en étaient 
arrivées à ce point qu'on allait plaider, lorsqu'enfin il y eut un accom- 
modement verbal portant qu'à l'avenir l'évéque approuverait, la veille 
du jeudi-saint , un certain nombre de confesseurs parmi lesquels le 
Chapitre se choisirait les siens. L'année suivante, les chanoines, à l'ins- 
tigation du sieur Herson, chantre, essayèrent de décliner rengagement 
pris, mais M. de la Yrillière ministre d'Ëtat les invita nettement à 
obéir et l'affaire s'assoupit. 

Le gouvernement du diocèse attira tout d'abord l'attention de M. de 
Gaylus; il résolut d'en visiter successivement toutes les paroisses. Com- 
prenant toute l'importance de cette opération, il fit dresser un registre 
imprimé en forme de questionnaire, destiné à recevoir des réponses 
succinctes mais précises sur l'état de Téglise paroissiale, les vases 
sacrés, autels et ornements , sur le service divin, les fêles et confré- 
ries, l'état des bâtiments, des presbytère et cimetière, des chapelles 
isolées, la conservation des titres des fabriques, etc. Sa sollicitude 
se porta particulièrement sur les prêtres ou les vicaires de la paroisse, 
sur les maîtres et les maîtresses d'école et les sages-femmes , enfin sur 
le nombre des communiants. 

Il commença sa visite, le 29 novembre 1705, par la ville d'Auxerre; 
mais, détourué de temps en temps de ce travail par d'autres occupations, 
il ne Tacheva qu'en 1712. L'état du diocèse, sous le rapport de l'ins- 
truction primaire, était encore bien peu satisfaisant. 11 n'y avait de 
maîtres d'école que dans trente-sept gros boutas ou petites villes (I), 
et plusieurs d'entr'eux n'étaient pas approuvés de l'évéché. Dans qua- 
torze de ces paroisses on fait mention de maîtresses d'école pour les 
filles. Il faut compter dans ce nombre quelques congrégations de sœurs 
de la Providence. Dans la plupart des lieux ce sont les femmes ou les 
filles des instituteurs qui remplissent ces fonctions. L'évéque redou- 



(1) Il n'y en avait que trente sous M. A. Colbert. La déclaration du roi, de 1698, 
ne paraît pas avoir clé cxccuice bien sérieusement. 



1704 h 1754. 



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314 H. DE CAYLUS , 

1704 à 1754. ^^^ '^ danger de la réaDion des deux sexes dans Técole, répète sou- 
vent la défense de les enseigner colleclivement II exhorte en vain les 
habitants des nombreuses paroisses privées de maîtres d*école , à 
faire les fonds pour s'en pourvoir. La misère des temps en empêchait 
souvent, et plusieurs fois des instituteurs ont été obligés de quitter 
leurs paroisses qui ne pouvaient plus les nourrir. Le curé ou son vicaire 
devaient suppléer à Fabsence de l'instituteur ; Tévéque leur recommande 
surtout d'instruire les enfants, qui paraissent souvent peu éclairés sur 
les vérités de la religion. 

Les ordonnances qui terminent la visite de chaque paroisse révèlent 
l'administrateur ferme et sage. M. de Caylus ne traduisait plus publi- 
quement devant lui le curé de la paroisse, afin de recevoir de ses 
ouailles les plaintes qu'elles auraient ^ faire contre lui. Ce moyen en^ 
traînait trop souvent des débats scandaleux. Mais il recevait les plaintes 
en particulier et n'hésitait pas à punir lorsque le curé avait manqué 
gravement. Une retraite de quelques mois au séminaire était le mojeo 
ordinaire employé pour rappeler le coupable dans le droit chemin. 

Le cruel hiver de 1709, qui fit tant de victimes et détruisit tout 
espoir de récoltes, exerça noblement la charité de M. de Caylus, et 
son clergé ne demeura pas indifférent dans cette circoiislance. Le bu- 
reau de la chambre ecclésiastique s'assembla au palais épiscopal et 
dressa le rôle des pauvres de la ville auxquels le clergé devait fournir 
du pain pendant la deuxième quinzaine de janvier. L'évêque fat taxé 
à 75 pauvres par jour, son Chapitre à 50, l'abbaye Saint-Julien à 45, 
etc. ; en somme, il y avait alors 528 personnes à nourrir ; an mois de 
juin on en comptait encore 544 (1). Les ressources de M. de Caylus 
étant épuisées, il vendit sa vaisselle d'argent pour continuer à secourir 
ses malheureux diocésains, et depuis ce temps, dit l'abbé Dettey, il 
n'eut plus sur sa table que des assiettes et des plats de terre (2). 

L'évéque ne se contentait pas de faire l'aumône aux malheureux : par 
ses exhortations et ses mandements il redoublait d'instances auprès 



(1) UnBeg. d'éphémérides de labbayc SainlGcrmain porte à 3,000 le nombre 
des pauvres de la ville d'Aoxerre^ 

(2) Vie de M. de Caylus, i, p. 32. 



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CENT TROISIÈME ÉVÊQUE D*AUXBRRE. 515 

de ses diocësaiiis. a Ouvrez vos cœurs, leur disait-il , k la misère des ^^ ^ ^^ 
» pauYres. Tout ce qui n'est pas nécessaire h votre subsistance leur est 
» dû ; ce n'est pas une grâce que vous leur faites, c'est une dette que 
1 vous acquittez. > (1). 

Le diocèse était, comme le reste de la France , décimé par la famine. 
Partout on ne rencontrait sur les chemins que des mourants ou des 
morts. L'évéque souffrait profondément de tant de misère. On rap- 
porte qu*à Gien surtout il fut frappé de la multitude de pauvres qui 
entouraient sa voiture k son dépail. Ces malheureux ne venaient plus 
demander Taumône, mais remercier le prélat qui , touché de cette dé- 
monstration, en parlait souvent (2). Des ecclésiastiques étrangers, M. de 
Pardiac et un autre , vinrent offrir k M. de Cajius leur concours et leur 
bourse dans cette crise. Il les accueillit avec empressement et les en- 
voya à Yermanton et h Cravan pour y distribuer des potages. Les 
Jésuites d'Auxerre virent, h ce quMl parait, avec défiance les allures de 
ces personnages qu'ils accusèrent de jansénisme. M. de Caylus, crai- 
gnant de les perdre , en écrivit à Mme de Maintenon dont la réponse 
mérite d'être transcrite littéralement : a Si le diable, avec ses sept 



(1) MaDdemenl du 23 juin 1709. Etant à Yincelles le 5 octobre 1709, il s'exprime 
ainsi dans son ordonnance de visite : u Exhortons le sieur curé et les officiers de 
justice de se conformer aux arrêts du parlement rendus en faveur des pauvres.... 
et leur déclarons que faute par eux d^avoir satisfait à des règlements si pleins de 
sagesse et d'équité , ils seront responsables devant Dieu et les hommes de ceax 
qui périront par le défaut des secours qu'ils leur doivent procurer. » 

Le fléau de la famine décima alors la population d'une manière épouvantable. 
Pour ne citer qu'un fait on lit dans un relevé des morts de la paroisse de Cbtcbery 
pendant Tannée 1709 que le nombre s'en est élevé à 78, tandis que les naissances 
de Tannée avaient été de 18! La population de cette paroisse ne produisait dans ce 
temps-là que 3K0 communiants. 

(2) Les habitants de Clamecy reconnaissants de la fervente charité de M. de 
Caylus, lui firent ce compliment dans sa visite pastorale du mois de novembre 1709: 

Quel doute me vient en pensée ! 

Croyant voir aujourd'hui Caylus , 

Ne serait-ce point Barroroée ? 

Oui , c'est lui , je n'en doute plus : 

J'en convaincrois toute la terre. 
Je n'aurois pour cela qu à montrer les vertus 
De Charles de Milan et de Charles d'Auxerrc. 



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316 



M. DE CAYLUS, 



1704 à 1754. * cornes, venait dans votre diocèse pour y distribuer des potages et 
» des nouveaux testaments, vous devriez , Monsieur, aller au devant 
» de lui avec la croix et la bannière (1). > 

La conversion des réformés qui était une des grandes préoccupations 
de Louis XIV, prit sur la fin de son règne une allure nouvelle. La 
résistance des Gamisards dans les Gévennes poussa aux mesures extrê- 
mes, et Ton vit, chose inouïe, appuyer par la, force la prédication 
d'une religion de charité. Le diocèse d'Âuxerre ne fut pas le théâtre 
d'événements aussi terribles , mais les poursuites , les détentions des 
nouveaux convertis ou soupçonnés coupables de rechute eurent lieu 
en grand nombre. Les villes de la Loire furent surtout Tobjet dt 
cette persécution. On convertissait alors administrativement. La cor 
respondance du gouvernement avec M. de Gaylus, pendant les douze 
premières années de son épiscopat, apprend comment on jetait en exil 
à Âuxerre , à Saint-Fargeau ou ailleurs , sur une lettre de cachet , les 
parents qui n'envoyaient pas leurs enfants au cathéchisme. Les 
femmes étaient détenues dans les couvents. Les Visitandines d'Âuxerre, 
les Clarisses de Gien entr'autres servaient à cet usage. La détention 
ou l'exil duraient plus ou moins longtemps, selon les dispositions 
que montrait le suspect ; c'était au moins pendant deux ou trois mois. 
L'inquisition administrative et religieuse de ce gouvernement qui avait 
si longtemps bravé les foudres du Vatican a quelque chose d'étrange. Il 
semblait qu^il voulût faire oublier sa conduite passée par Texagé* 
ration de son zèle. 

Le 3 juin 1707, M, dePonlchartrain écrit aTévêque que les femmes 
qui refusent de se convertir « seront enfermées dans quelqu'hôpital ou 
1» autre lieu pour être oubliées. » Le' cruel exécuteur des volontés 
royales, félicitant M. de Gaylus du zèle qu'il déployait pour ramener les 
nouveaux catholiques de La Gharité a leur devoir, par ses fréquentes 
exhortations depuis qu'il était dans cette ville, ne trouvait pas encore que 
le prélat employât tous les moyens nécessaires, car il ajoute : a Mais 
» supposé que cela ne produisit pas tout l'effet que vous devez en 
]» attendre, il faudra alors les exciter a faire leur devoir par la crainte 

(1) Vie de M. de Caylus, par l'abbé Deltcy, t. 1. 



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J 



CENT TROISIÈME ÉVÊQUB d'aUXERRE. 317 

» de YeiA. > Voilà où en était arrivé le miolstre ; il voulait enseigner ^^^.^ j^ ^j^ 
aux évèques le moyen de convertir les hérétiques par rintimidation et 
la violence. 

En 1712^ onditàTévéque d'envoyer les noms des habitants de Gien 
et de La Charité qu'il croit qu'on doit renfermer. Une veuve Duchemin 
de Gien, soupçonnée de vouloir sortir du royaume, est conduite chez 
les Providenciennes d'Auxerre, où elle reste trois mois. On recherche 
les mauvais livres chez les nouveaux convertis ; on les empêche de 
se marier entre eux; (1714). Cette inquisition finit en£n h la mort 
de Louis XIY. 

M. de Caylus désirant être utile aux habitants de la ville de La Cha- 
rité leur avait proposé pendant une de ses visites paroissiales, en 
1712, de fonder avec leur concours un collège où Ton enseignerait 
gratuitement les humanités jusqu'à la philosophie. Trois prêtres cha- 
noines réguliers de Saint-Âugustin devaient prendre la maison du 
maître d'école et jouir d'un traitement de 800 liv. Cette offre, très-favo- 
rable a l'éducation des enfants du pays, fut accueillie avec empresse- 
ment par les principaux habitants. On ne voit pas dans les documents 
la suite de ce projet. 

Le Chapitre cathédral avait fait naître de nouveau, vers ce temps, des 
causes de mésintelligence avec son évéque. En 4711 et 1712, le doyen 
nommé Moreau avait eu de vives contestations, pour la présidence du 
bureau d'administration de Thôtel-Dieu d'Âuxerre, avec M. Baudesson, 
maire de la ville. Le Chapitre avait soutenu son doyen et l'avait réélu 
membre du bureau, malgré les règlements qui empêchaient que le même 
chanoine fût plus de deux fois en charge sans interruption , mais l'évê- 
que reconnaissant l'injustice de ces prétentions , voulut arrêter cette 
affaire qui prit des proportions considérables. Le bailliage ayant donné 
gain de cause au corps municipal, le Chapitre en référa au parlement 
qui ratifia la sentence et condamna l'abbé Moreau aux dépens ; (5 août 
1713). M. de Caylus s'était plaint k M. de la Vrillière , de la con- 
duite du doyen et du Chapitre. L'abbé Moreau, averti, fit des ex- 
cuses à l'évêque et le Chapitre suivit cet exemple quelque temps après 
(octobre 1715). 

L'année 1714 fut consacrée, par M. de Caylus, à la visite du dio- 



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518 M. DE CAYLU6, 

1704 ^ 1754. cèse. II avait publié , par $oo mandement du 28 mars , la constitution 
Unigmiius donnée par le pape Clément XI, pour condamner le livre 
des Réflexions morales du P. Quesnel qui tendait k justifier les cinq 
propositions du Jansénisme. On verra, plus loin, comment il fut amené 
à protester ensuite contre cette bulle et à changer complètement de 
conduite. 

Les religieuses de la Visitation d'Âuxerre firent terminer, dans cetie 
même année, la construction de la jolie chapelle qui sert aujourd*hai 
d'oratoire au séminaire. C'est le seul édifice religieux moderne de 
quelque valeur qui subsiste encore k Auxerre avec la chapelle du col- 
lège, autrefois le séminaire. Elle leur coûta plus de cinquante mille 
écus et fut consacrée , en 1715, par M. de Gaylus. 

Ce prélat voulant prévenir le retour de la misère, ou au moins la 
rendre plus supportable, créa en 1715 une institution qu'il désigna 
sous le nom à'Aumùne générale et qui avait pour but de régulariser 
pour les indigents la distribution des dons et aumônes destinés aa 
soulagement des pauvres. Le bureau d'administration fut composé de 
chanoines de la cathédrale , de curés , d'officiers du bailliage et de 
l'hôtel-de-ville ; il s'assemblait à Févéché plusieurs fois par mois. Des 
<)uétes alimentaient la caisse. Cette institution subsista jusqu'en 1 790 (1), 
et fut rétablie après le concordat. 

Nous placerons encore ici, avant de parler des grandes afiairesda 
jansénisme, la reconnaissance de l'authenticité des reliques de saint 
Pèlerin , le premier apôtre du diocèse, trouvées sous le grand autel de 
l'église de Bouhy, le 25 novembre 1645. Elles se composaient de la 



(1) L'auteur de k vie de M. de Caylos dou9 apprend comment se faisait la distri- 
bution des secours. — « L'objet du bureau est de procurer du pain aux puvrei de 
la ville, dont chaque curé donne un état détaillé pour sa paroisse. Les pauvres 
compris dans l'état se trouvent tous les dimanches dans une chapelle près la cathé- 
drale, où le chanoine préposé leur dit la messe , leur fait une instruction et leur 
distribue la quantité de pain fixée par le bureau; on leur donne du bois en hiver.» 
La quôte avait lieu quatre fois par an. Les pauvres honteux y avait une part ré- 
servée. Outre l'aumône générale, chaque paroisse de la ville avait sa charitéj doat 
l'objet était de secourir les femmes en couches et les petits enfants. Des dames 
dites de c^aril^ étaient chargées de cette mission. 



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CENT TROISIÈME ÉV&QUB d'aCXERRE. 519 

téie et des vertèbres ; le reste du corps ayant été emporté à S3iiDt- noi ^ 1754. 
Denys au \ii^ ou viii^ siècle. M. de Caylus, accompagué de ses archî* 
diacres et de Tabbé Lebeuf , déjk connu dans le monde savant , de 
M. Housset, médecin, et de plusieurs autres personnes, se rendit à 
Boufaj le i^'mai 1716. On reconnut, comme Tavait déjk fait M. de 
Broc, que la tête avait été séparée du tronc avec violence et que les 
traces du martyre étaient évidentes. M. de Caylus déclara alors la re- 
lique authentique et digne de la vénération des fidèles (1) . 

Nous sommes arrivés k l'époque où éclate dans le diocèse d'Âuxerre 
la division due au parti janséniste, division que la puissance et la haute 
réputation de piété de M. de Caylus firent durer si longtemps. Le 
prélat avait d*abord accepté pleinement la bulle du pape Pie V contre 
Baïus, puisqu'il avait publié en 1711 une lettre pastorale contre une 
thèse soutenue par un des bénédictins de La Charité , qui renouvelait 
les erreurs censurées par cette bulle. Il se félicitait alors grandement de 
l'union qui régnait dans son diocèse, où le nom même de parti était 
inconnu. Il avait ensuite persisté énergiquement dans cette voie , par 
son remarquable mandement du 26 mars 1714. 

Les menées et les intrigues que cette affaire avait fait naître k la cour, 
la résistance de la Sorbonne et d'un certain nombre d'évéques a Taccep- 
lation de la bulle, et surtout les rapports intimes qui le liaient avec 
M. de Noailles , archevêque de Paris , le chef des appelants , Tébran- 
lèrent. Il suivit ce prélat, demanda d'abord comme lui des explications 
a la bulle, et déclara, dans une requête présentée au régent en 1716, 
et signée par seize évêques , que l'intenlion de rassemblée de 1714 
avait été de lier Tacceptation de la bulle avec les explications contenues 
dans l'instruction pastorale ; voyant enfin que ces conditions étaient 
repoussées k Rome et que plusieurs évêques prétendaient qu'on n'avait 
pas entendu l'acceptation de cette manière, il résolut de suspendre l'effet 
de cet acte et de la publication de la Constitution dans son diocèse. 



(1) 11 avait au préalable consuUé les BoUandistes dont la science agiographique 
faisait déjà autorité. — On a conservé à Bouby une tradition qui attribue à ta terre 
da trou qu^on regarde comme le lieu du martyre de saint Pèlerin, la vertu de guérir 
certaines maladies, de chasser les serpents des maisons où cette terre est répandue, 
etc. Cette superstition a son origine dans la légende de saint Pèlerin. 



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1701 il 1754. 



320 M. DE GAYLUS, 

C'est au nom de la charité et de Tuoion qu'il prit cette mesure au mois 
d'avril 17i7. Il y avait été [oussé aussi par un coup hardi du doyen 
du Chapitre, Tabbé Moreau , et de quelques chanoines qui , de con- 
cert avec les Jésuites du collège d'Âuxerre , avaient publié une lettre- 
circulaire, sous le nom de l'église d'Auxerre, adressée k tous les Cha- 
pitres du royaume, et annonçant que leur Chapitre avait accepté la 
bulle. Il n'en était rien, puisque, lors de l'annonce de la lecture de la 
bulle, la plus grande partie des chanoines s'était retirée. Le procureur- 
général fit saisir les exemplaires de la lettre. 

Enfin, le 24 mai 1717, M. de Caylus interjeta appel de la Consti- 
tution Unigenitus^ au pape mieux informé et au futur concile. Cetle 
déclaration ne vit le jour qu'au mois d'octobre de l'année suivante ; 
elle fut solennellement enregistrée \k l'officialité. 

La rupture était définitive avec le souverain pontife, et cependant 
voici comment l'évéque justifiait sa conduite : « C/estpour la décharge 
de sa conscience qu'il a appelé; pour rétablir, autant qu'il est en lui, la 
paix et la tranquillité de FEglise ; dans la seule vue de conserver sans 
altération les maximes du royaume , les libertés de l'église gallicane, 
les droits sacrés de l'épiscopat, les règles de la discipline et de la mo- 
rale, le langage delà tradition , etc. » (1). En entrant dans cette voie, 
M. de Caylus allait avoir h engager bien des luttes, et bien des combats 
h livrer chaque jour pour ce qu'il regardait comme la véritable doctrine. 
Le gouvernement, qui était alors le bras droit de l'Eglise, se mêlait 
forcément h tous ces débats. Le régent, effrayé des proportions que 
prenait la querelle , fit rendre par le roi une déclaration pour imposer 
silence sur la Constitution (7 octobre 1717). Des actes de ce genre se 
renouvelèrent plusieurs fois , mais sans succès. 

Plus tard, le roi, mécontent de l'agitation qu'entretenait le jansé- 
nisme dans le royaume , et ne pouvant obtenir du parlement des arrêts 
pour condamner les mandements des évoques appelants, les faisait inter- 
dire par son conseil privé. 

L'exemple de M. de Caylus fut suivi aussitôt dans son diocèse par 
un certain nombre de communautés et de prêtres. L'abbé I^beuf 

(1) Vie de M. de Caylus, i, 104. 



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CENT TROISIÈME ÉVÉQUE d'aUIERRE. 521 

joaa DD grand rôle dans cette affaire (1). Un acte d'appel collectif fut 1704;, mu 
sigoé par vingt chanoines de la cathédrale, et déposé au greffe de Toffi- 
cialité le i6 novembre 1718. On remarque parmi les adhérents 
HM. Delagoute , grand-archidiacre ; Deschamps , trésorier ; Créthc ; 
Higoot, depuis grand-chantre; Grasset ; Lebeuf ; Leclerc, etc. L'abbé 
Lebeuf mit au service des appelants toute son érudition. Il dressa de 
sa main la minute de Tappel des' religieux Bénédictins de Saint-Ger- 
main et des chanoines réguliers de Saint-Eusèbe. Aux premiers, il fait 
dire : « Enfants du grand saint Germain , élèves de l'école qu'il a 
fondée, disciples d'un si grand maître, pourrions-nous, sans nous rendre 
prévaricateurs et décheoir de la noblesse de notre origine, voir dans 
quelque danger la grâce de J.-C. qu'il a défendue, et ne pas faire tous 
DOS efforts pour la soutenir. Ce saint docteur, devenu l'organe de 
l'Eglise, revêtu de toute l'autorité qu'un concile étoit capable de lui 
donner , animé de tout le zèle que demandoit une importante com- 
mission, passe les mers, s'expose' a une infinité de dangers, combat 
l'ennemi jusque dans ses derniers retranchements, et arrache, s'il 
avoit été possible, du champ de l'Ëglise jusques aux racines, une 
hérésie qui ne tendoit a rien moins qu'à nous enlever tout d'un coup 
le mérite du sang et de la mort de J.-C. > (2). 

Il continue pendant quatorze pages à exposer de cette manière les 
doctrines des saints et des savants docteurs Auxerrois, de Rémi, 
d'Héric(5), deR.GIaber, et finit en protestant de son respect au saint-siége 
et an pape ; reconnaissant néanmoins avec Raoul Glaber c que quoique 
Tévéque de l'église de Rome soit plus respectable que chacun de ceux 
qui sont répandus dans le monde à cause de la dignité du siège apos- 
tolique, il ne lui est cependant pas permis, dans aucun cas, d'aller 
an-delà des bornes qui ont été marquées et fixées par les canons 
(Glaber, 1. 11 , cap. 4).... Pourquoi le prieur de Saint-Germain réitère 



(0 Voy, des recueils manuscrits de pièces sur les affaires ecclésiastiques au 
x?iir siècle. — Arch. de ITonne. 

(2) Lebeuf fait allusion à la lutte de saint Germain contre les Pélasgicns. 

(3) Il fait aussi mention d'unEbrard, moine de Saint-Germain au ix« siècle , qui 
rédigea alors un homéliaire dans lequel il puise plusieurs arguments en faveur des 
propositions condamnée^. 

Il 21 



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522 V. DE CATLUS, 

17C4 il 1754. l'appel que sa communauté a interjeté au futur concile de la Gonstita- 
tion Untgenittis (!)• > 

Le prieur de Saint-Eusèbe s'appuie sur des textes de Hugues de 
Saint-Victor, pour justifier son appel. 

Les religieux de Tabbaye de Saint-Père , les chanoines de Saiot- 
Fargeau et de Toucy, et les Dominicains d'Auxerre, déposèrent aussi 
leurs actes d'appel. Plusieurs curés de Tarchidiaconé de Puisaye appelè- 
rent également de la bulle , mais ils furent peu nombreux dans le 
diocèse. Le clergé y était encore soumis à l'église romaine. Gel état 
de choses amena une scission profonde a Âuxerre comme ailleurs. Les 
pamphlets et les mémoires se multipliaient pour et contre racceptation 
de la Constilution. M. de Caylus redoubla d'activité pour la défense de 
l'appel et pour réfuter ses adversaires. On remarqua surtout parmi eux 
Tévêque d'Agde » qui lui reprocha d'avoir accepté, en 1715, une bulle 
qu'il rejetait en 1718. M. de Caylus lui répondit fort longuement, mais, 
malgré l'adresse avec laquelle il colore son changement d'opiniou, 
la contradiction ne peut être effacée. M. Chardon , qui fait cette re- 
marque, ajoute que les uns y virent une preuve de légèreté , les autres 
un acte de conscience et de courage produit par de mûres réflexions. 

Cependant M. de Caylus ne tarda pas à être abandonné par M. de 
Noailles. Ce prélat fit son accommodement avec le pape, à la demande 
du régent qui avait , dans toute cette affaire, des vues politiques et 
qui avait fait rédiger par des docteurs compétents un corps de doc- 
trine explicatif de Tacceptation de la bulle qui devait lever tous 
les scrupules des appelants. En effet, cent évoques y adhérèrent; 
Tévéque d'Âuxerre résista et avec lui un petit nombre des appelants (2). 



(1) Le 10 avril 1717, le prieur et les religieux, au nombre de quinze, exhortés 
par le P. Général à recevoir la Constitution, s*y étaient refusés unanimement Cette 
conduite les mit en suspicion pendant longtemps, et ils furent exclus, par ordre da 
roi, du droit d*envoyer des députés à la diète provinciale. D. Vidal, l'auteur des 
fameuses lettres contre les reliques de saint Germain , était au nombre des appe- 
lants. 

(2) Il aima mieux quitter Paris sans prendre congé du cardinal de Noailles que de 
céder; et il lui adressa une lettre où il déclare que, s'il eût suivi son exemple, c*eût 
été par complaisance et non par conviction. 



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CENT TROISIÈME ÉVÊQUE D*AUXERR£. 525 

n n'en demeura pas moins ferme dans sa ligne et attentif à tout ce 1704 ^ 1754. 
qoe publiaient lesévéques soumis a la bulle. M. de Soissons, qui devait 
pins tard , comme son supérieur , lui causer bien des inquiétudes , fut 
on des premiers avec lequel il jouta, dès 1721, et quelquefois avec 
succès. 

De retour dans son diocèse , après Téclatant changement de M. de 
Noailles, Tévêque d'Auxerre voulut faire' payer aux Jésuites du collège 
Féchec qu'il éprouvait. Leur adhésion entière et sans restriction au 
saiai-siége lui parut un obstacle au développement des doctrines des 
appelants. Il projetait dès-lors de changer complètement l'esprit de 
son clergé. Il résolut d'établir, près de son palais, un petit séminaire 
qui serait tout-k-fait animé de son esprit. Les pères de famille furent 
invités a y amener leurs enfants. Soit crainte , soit conviction , le sémi- 
naire eut bientôt les trois quarts des écoliers (1). 

En 1725, M. de Caylus saisit une occasion de frapper les Jésuites 
d'ane manière considérable et la mit à profit. Dés propositions avan- 
cées par le P. Lemoine, régent de philosophie au collège d'Auxerre, 
loi parurent, ainsi qu'à ses théologiens, contraires à la doctrine chré- 
tienne (2). Il voulut en obtenir rétractation. Sur le refus formel du 
régent, il retira à tous les Jésuites d'Auxerre le pouvoir de prêcher et 
de confesser dans son diocèse. Cette proscription dura jusqu'à sa 
mort. Non content de cela, il lança une ordonnance contre les Pères 



(1) Le régenty à qai il avait demandé son approbation, lui avait fait répondre qu'U 
l'invitait à différer cet établissement^ mais il passa outre. - — '- 

(2) Voici quelques-unes des propositions attaquées par M. de Caylus : 

« Un chrétien agissant délibérément n'est pas toujours obligé d'agir pour une fin 
snmaturelle ; donc un homme agissant délibérément n'est pas toujours obligé 
d'agir pour une fin honnête. 

» Afin qu'une action soit volontaire et libre, il faut qu'elle soit faite avec la con- 
naissance de toutes les choses qui détoumeroient de la faire. 

» La loi naturelle , il est vrai , enseigne qu*il ne faut point mentir ; mais cetle 
même loi ordonne de suivre la conscience qui , par une ignorance invincible , peut 
enseigner qu'on peut mentir.»— D*oà le professeur conclut qu'un homme qui croit 
que le mensonge officieux est permis ou même ordonné , obéit en le commettant à 
la loi naturelle et est exempt de péché. 



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324 M. DK CAYLUS, 

1704 k 1754. <!"> ^^^ ^^^îi'd deux répliques fort vives devant lesquelles, selon son ha- 
bitude , il ne demeura pas court. 

L'influence de M. de Gaylus, sur son Chapitre, se révéla aussi d'une 
manière positive. Dans une séance du jeudi-saint de Tannée 1723, la 
discussion étant tombée sur les affaires du temps , Tabbé Moonot 
s*écria qu'il ne reconnaissait pour bons eatboliques que ceux qui se 
soumettaient aux décisions de TEglisc. Ces paroles soulevèrent dans 
l'assemblée une vive rumeur h la suite de laquelle Tabbé tut con- 
damné à se rétracter sinon à être exclus du Chapitre pendant un 
an. Le doyen, M. Moreau, dont la vivacité était bien connue, parta- 
geait l'opinion de Tabbé Monnot. Voulant empêcher qu'on ne coosignit 
par écrit la sentence portée contre ce dernier, il s'empara du registre; 
on le lui arracha bientôt : alors il prit l'encrier et l'emporta ; mais cette 
malice n'empêcha pas l'exécution de l'affaire. Le Chapitre se plaignit an 
ministre qui ne répondit pas, et le chanoine, cause de tout ce bruit, 
fut obligé de se démettre de son canonicat (1). 

La longue suite des années de l'épiscopat de M. de Gaylus va 
s'écouler ainsi dans des luttes continuelles , avec des alternatives de 
succès et de revers. Battu à Paris par le conseil-privé , et condamné 
à Rome par le pape, il était soutenu par le parlement, dont il représen- 
tait pleinement les doctrines gallicanes (2), et il demeura le maître dans 
son diocèse, où il ne trouva plus que quelques curés comme ceux de 
Gien, de Charentenay, de Bessy, qui résistèrent k son autorité. 

Le Conseil de conscience, qui avait alors la haute direction des 
afiâires religieuses, était devenu très-sèvère sur les actes suspects de 



(1) Ce fut dans cette année, 1723, que M. de Gaylus accrut le nombre des reli- 
gieuses de rhôtel-Dieu d*Auxerre, et de douze qu'il était depuis M. de Broc, le 
porta à quatorze. Les administrateurs bâtirent alors une salle destinée à conleDir 
30 lits pour les hommes. Auparavant, Thôlel-Dieu ne contenait pas plus de 15 lits 
pour chaque sexe. On recevait alors une vingtaine d'enfants-trouvés. — En 1761, 
M. Potel rapporte qu'il y en avait 150. 

(2) Lors de la canonisation du pape Grégoire VII , en 1723 , il lança le premier 
un mandement contre l'office du saint qu'il défendit dans son diocèse, comme at- 
tentatoire aux droits du roi et aux quatre articles de la déclaration de 1682. Le 
pape foudroya le mandement par un bref qui fut imprimé. M. de Gaylus essaya, 
mais sans succès, d'intéresser le roi et rassemblée du clergé h cette affaire. 



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CENT TROISIÈME ÉYÊQUE d'aUXBRRE. 325 

jaoséoisme. Les lettres de cachet ne se Lisaient pas attendre. En no4 ^ 1754. 
1725 , le juge de Clamecy fut exilé h Nevers pour avoir rendu une or- 
donnance par laquelle il était défendu aux Récollets et à tous autres 
d*enseigner là jeunesse sans la permission de Tévéque. La sœur Daulne, 
supérieure de Thôpital de Clamecy, qui avait reçu de Tévéque l'ordre 
de se retirer dans son couvent de Gieu, s*y refusa. Elle était soutenue 
parle curé, qui menaça les administrateurs de lettres de cachet, s'ils se 
prêtaient h Texécution de cet ordre. Ceux-ci ne purent que dresser 
procès-verbal et l'envoyèrent à M. de Caylus, mais ce fut sans succès. 
Un maitre d'école du même lieu en fut expulsé, avec défense d\ pro- 
fesser désormais, ainsi qu'en aucun autre endroit du royaume, pour avoir 
enseigné h ses écoliers la nécessité de l'amour de Dieu. Des habitants 
deGien s'étant plaints que M. de Caylus leur envoyait des prêtres ap- 
pelants, M de Maurepas l'invita à y mettre sérieusement ordre 
(3 octobre 1726). 

Après la mort du régent, le diocèse d'Âuxerre fut assez calme sous 
le ministère du duc de Bourbon. Ce fut cependant k cette époque qu'eut 
lieo la saisie du livre de la Prise d'Auxerre de l'abbé Lebeuf, épisode 
que nous avons raconté dans sa biographie. 

Au milieu de ses préoccupations, M. de Caylus ne perdait pas de 
vue les projets qu'il méditait pour le succès du jansénisme. La 
réforme des livres liturgiques était un des plus décisifs. 11 com- 
nxença par la publication d'un nouveau bréviaire qui était presque la 
reproduction de celui de Sens. L'abbé Dettey nous apprend que les 
Saintes-Ecritures en font toute la substance, et que c'est un des 
ouvrages de ce genre les mieux exécutés. Il ne reproche au prélat que 
d'avoir adopté presque toutes les homélies du bréviaire romain (1726). 
Deux ans après il voulut publier un rituel plus complet que les an- 
ciens, mais il éprouva un refus formel du garde-des-sceaux, lorsqu'il 
demanda la permission de l'imprimer. Celte mesure, qui n'était que 
la conséquence de l'état de dépendance où se trouvait Téglise de 
France vis-k-vis du pouvoir politique, le révolta. Après de longues ré- 
clamations, ilïut obligé de se passer de la permission. Quelques années 
après (1752) , ce fut le tour du nouveau missel. Le cardinal Fleury, 
à qui M. de Caylus l'avait personnellement confié, voulut bien l'cxa- 



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526 M. DE GAYLUS, 

170^ i 1754, miner lui-même en délail. Sa critique porta surtout sur ce qu'il s'éloi- 
gnait trop du romain , principalement par les collectes, les épilres et 
les évangiles. Après de longs pourparlers, l'autorisation fut refusée. 
On reprit cependant la négociation sur un autre terrain. Le garde-des- 
sceaux , k qui un censeur fut demandé par un chanoine d'Auxerre 
qui était alors à Paris, désigna M. Thierry, chancelier de Notre-Dame, 
et l'approbation fut enfin accordée. L'ouvrage parut, en i757, au grand 
contentement du Chapitre. 

Il faut dire que M. de Caylus était alors tout k fait mal en cour. Il 
avait attaqué la décision du concile d'Embrun , qui avait suspendu de 
ses fonctions l'évéque de Senez , M. Soanen, k cause d'un écrit intitulé : 
Testament spirituel, dans lequel il réfutait les dispositions de la bulle; 
cela valut k M. de Caylus l'exil dans son diocèse (f )• Il avait fait de son 
palais un séminaire spécial, ou il avait emmené tous les élèves du grand 
séminaire et les faisait enseigner par des professeurs de son choix, 
attendu que ceux de cet établissement étaient opposés k ses opinions. 
Il avait entrepris de nouveau les Jésuites, d'abord en s'opposant, par re- 
quête au parlement (2 août 1726), k Tenregistrement des lettres- 
patentes obtenues par les échevins de Clamecy, pour l'établissement 
des frères de la compagnie de Jésus dans les écoles chrétiennes. Les 
partisans des Jésuites étaient alors très-^nombreux k Âuxerre (i728). 
Ces Pères enlevaient aux curés de la ville la plupart de leurs ouailles 
et formaient des associations, non-seulement d'écoliers, mais encore des 
personnes les plus considérables, de sorte que les instructions parois- 
siales restaient sans auditeurs. L'évéque voulut empêcher ces congré- 
gations, et faire exécuter rigoureusement ses défenses au sujet de la 
pratique de la confession , mais il fut menacé d'une lettre de cachet et 
s'arrêta. 



(1) M. de Maurepas lui écrivit alors une lettre très-verte dans laquelle od re- 
marque les passages suivants : u S. M. ne peut que blâmer une association d'évê- 
ques faite à son insu et sans sa permission ; et elle a été d'autant plus surprise dtt 
parti que vous avez pris, que, dans Ta ffaire dont s'agit, vous avez préféré les plaintes 
d'un seul évéque accusé au jugement de quatorze ou quinze prélats qui l'ont unanime- 
ment condamné. — Arch. de T Yonne. , - 

In. 4. 



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CENT TROISIÈME ÉVÊQUE D*AUXERRE. 527 

C'est à M. de Gaylus qu'on doit aussi rétablissement des écoles gra* noi k i7m. 
laites d'Âuxerre, dites de Saint-Charles. Il fit venir, en 1729, de la 
maison des Frères Saint-Charles de Paris , un maître qui fut payé et 
entretenu par lui. En 1746, les écoles avaient pris un tel déve- 
loppement, qu'il y fallait quatre Frères. 

M. de Caylus avait été invité, en 1750, à assister aux états de 
Boai^ogne ; mais on lui avait fait dire en même temps que Tiutention 
du roi était qu'il ne s'y rendit pas. Il saisit cette occasion pour achever 
de gagner l'abbé Moreau, doyen de sa cathédrale, en le faisant nommer 
élu du clergé dans celte assemblée. Il mit à sa disposition ses ofiSciers 
poar la réception qu'il était tenu de faire k Dijon ; il Taida même à 
composer les discours qu'il aurait à [prononcer. Le doyen, charmé, finit 
par céder et devint un des amis les plus dévoués du prélat, d'adver- 
saire passionné qu'il était auparavant. 

Dans ane visite que Tévéque fit ii La Charité, le 26 novembre 1750, 
il consacra l'église des Bénédictines du Mont-de-Piété, dont la cous* 
traction avait été autorisée par M. Colbert, en 1702. 

La mort de M. de Chavigny, archevêque de Sens, et la nomination 
de M. Languet à sa place (1), furent deux coups forts sensibles à 
M. de Caylus. Il perdait un ami et trouvait dans son nouveau supérieur 
un antagoniste avec lequel il avait déjà soutenu\'plus d'un débat. ^^Les 
instructions pastorales, les mandements, furent pendant longtemps les 
moyens de correspondance employés entre les deux prélats. M. Languet, 
dont le zèle anti-jansénibte était connu, devint le protecteur-né des 
curés du diocèse d'Âuxerre qui refusaient de suivre leur évêque. Ils 
étaient restés peu nombreux , mais la petite troupe tenait bon. Une 
Lettre de plusieurs chanoines^ eurés^ etc.^ du diocèse d^Àuxerre à MM. les 
chanoines^ curés ^ etc., du diocèse de Sens^ commença la guerre. M. Lan- 
goet l'envoya k M. de Caylus, à Noël 1752, en lui disant qu'il y avait 
trouvé la réfutation la plus complète de[s^ Lettre pastorale et qu'il se dis- 
penserait d'y répondre lui-même. La pièce n'était pas signée. M. de 
Caylus, stupéfait, chercha partout les coupables. Il recueillit de presque 
tous les membres de son clergé la déclaration qu'ils ne connaissaient pas la 

• (1) 1730. 



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528 M. DE GAYLUS, 

1704 a 1754. pî^^^ ^Q queslioQ et parut répondre victorieusement a M. Languet (i). 
Mais ce succès fut bientôt mêlé de revers. Un certain nombre de curés 
désirèrent connaître la fameuse lettre, et après Tavoir lue, ils écrivirent 
à M. de Cayius qu'ils partageaient entièrement Topinion de Taulenr. 
Ceci résulte de pièces trouvées dans les papiers de M. Languet et qui 
montrent la part qu'il prenait aux affaires du diocèse (2). Le recteur 
du collège des Jésuites lui servait d'intermédiaire dans toutes ces que- 
relles. 11 était l'auteur de la lettre. 

De nouveaux désagréments allaient naître. Le monde janséniste était 
agité par les miracles du diacre Paris, mort k Paris en 1727 et inhumé 
dans le petit cimetière de Saint-Médard. Les dévots du parti se livraient 
aux excentricités les plus singulières. Une iille de Seignelay, atteinte 
de paralysie , invoqua Dieu par l'intercession du bienheureux Paris, et 
Ton raconta qu'elle avait obtenu sa guérison après une neuvaine pendant 
laquelle on lui frottait les yeux, les bras et les jambes d'une eau dans 
laquelle était délayée de la terre du tombeau du diacre Paris et de la 
sciure du bois de son lit. M. de Caylus eut la faiblesse de croire k 
celte prétendue guérison miraculeuse et se transporta à Seignelay 
pour rendre grâce à Dieu d'un événement si consolant. Il publia 
ensuite sur cette affaire un mandement où il fit le panégyrique de 
M. Paris (1755). Les libelles anonymes accueillirent le mandement 
qui fut condamné par le pape. Trois curés en appelèrent a l'arche- 
vêque de Sens ainsi que du miracle (5). Mais M. Languet redou- 
tait, de la part de M. d'Âuxerre, un appel au parlement , qui aurait 
peut-être soutenu le miracle, comme il le fit en interdisant la publica- 
tion de la sentence du pape. Il se fit donc inviter par M. de Maurepas 
a suspendre la procédure de l'appel des trois curés, jusqu'à ce que le 



(1) Il parait cependant que Tévèque éprouva un refus complet auprès des cha- 
noines de Gosne et du curé d*Ouanne. 

(2) Arcb. de TYonne. 

(3) C'étaient les sieurs Paintandre, curé de Montigny ; Germon, curé de Cuncy- 
lès-Varzy ; et Graillot, curé de Saint-Laurent de Gien. Ce dernier, prêtre éminent, 
très-attaché à la Gonstitution, eut souvent maille à partir avec M. de Gaylus. Il 
venait de sortir du séminaire où il avait fait un séjour de deux mois en punition 
de sa résistance. Son retour à Gien fut célébré comme un triomphe. 



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CENT TROISIÈME ÉVÊQUE u'aUXERRE. 329 

roi fût informé de cBtte affaire. M. de Cayius recul également Tavis ^^^i b 1754. 
d'interrompre tonte poursuite. 

a Au moyen de cet arrangement de prudence, dit M. Languet, 
vous n'aurez aucun démêlé avec le parlement et rieu ne pourra être 
traduit devant lui. Cependant, Tiastance liée par devant moi sera tou- 
jours un commencement d'échec donné à la publication du miracle, et 
d'autres circonstances viendront qui nous faciliteront d'en manifester 
la fausseté sans risques. » (1). L'affaire fut ainsi étouffée (2). 

Après ce débat il en surgit un autre. M. de Cajlus venait de publier 
un nouveau catéchisme en 1755. Cinq curés et un prêtre lui adres- 
sèrent de très-humbles remontrances qui portaient surtout sur certains 
points de doctrine, tels que celui de la définition de l'Eglise où le caté- 
chisme disait que c'est l'assemblée des fidèles placés sous la conduite 
des pasteurs légitimes, et qui ne font qu'un seul corps dont J.-C. est 
le chef. Ils lui reprochèrent d'avoir effacé le nom du pape, le chef 
visible, dont parlaient ses catéchismes précédents. 

M. de Caylus fut très-irrilé de cette nouvelle attaque et voulut en 
poursuivre les auteurs. Mais ceux-ci se pourvurent encore devant l'ar- 
chevêque de Sens. Le roi demanda à examiner l'affaire ; et, au milieu de 
ce débat, il survint un arrêt du conseil qui supprima le catéchisme et 
les remontrances des curés (5). 

C'était ainsi que le gouvernement terminait alors les questions em- 
barrassantes. 

Après une autre querelle, M. Languet laissa M. de Caylus en repos 
jusqu'en 1750. Il y eut même entre eux échange de courtoisies, et 
M. de Caylus, passant à Sens en i742, lui rendit visite au grand éton- 



(1) Arch. de l'Yonne. 

(2) On essaya encore de trouver du miracle dans la guérison d'une femme de 
Vermanton, atteinte d'un cancer au sein, et qui aurait obtenu une guérison presque 
complète par l'invocation du diacre Paris. M. Belin des Touroelles écrivit à 
Anxerre pour qu'on fît constater le miracle. — Rec de divers mém. du Chapitre , 
t. ni, tf 10, an 1729. 

(3) Cet arrêt reçut à Saint-Privé une singulière exécution. Un particulier brûla 
publiquement le catéchisme , disant que c'était de la part du roi, et qu'il fallait 
brûler ainsi, sous peine d'être pendu , tous les catéchismes qui n'étaient pas ap- 
prouvés du roi. 



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550 M. DE GAYLUS, 

1704 h 1754. nemeat de l'archevêque qui s'empressa de lui faire le plus bel 
accueil (1). 

En 1757, M. deCaylas avait résolu de réunir son clergé en synode 
pour renouveler les ordonnances diocésaines. Le mini&tre lui en avait 
accordé la permission; le jour était fixé, lorsqu'il arriva un contre-ordre 
du cardinal Fieury. Ce fut en vain que M. de Caylus lui remontra 
rimpossibililé où il était de prévenir les curés des paroisses éloignées 
d'Auxerre ; il fut obligé de renvoyer chez eux plus des trois quarts des 
prêtres qui s'étaient rendus k sa convocation. Il fut plus heureux 
Tannée suivante, et rassemblée du clergé rédigea les nouvelles ordon- 
nances qui devaient régir le diocèse. Elles furent homologuées en par- 
lement le 5 mai 1741 (2). 

M. de Caylus avait entrepris , en 1734, de soumettre les Ursulines 
d'Auxerre à son influence. Cette maison était considérable et comptait 
soixante religieuses. La division éclata parmi elles, mais bientôt après 
un ordre du roi expulsa le confesseur qu'y avait mis Tévêque, et la su- 
périeure écrivit h celui-ci fort irrévérencieusement. Le prieur des A ugus- 
tins fui ensuite nommé confesseur, mais l'interdiction de tout son couvent 
prononcée par M. de Caylus, pour un sermon du P. Hyacinthe sur Tlm- 
maculée Conception, où Bains était fort maltraité, exposa encore les 
religieuses a tomber dans le Jansénisme. C'est dans ce sens que l'ar- 
chevêque de Sens était informé de l'affaire dont on ignore la suite. 

La vie de M. de Caylus se passait ainsi dans une activité continuelle. 
Son séjour le plus ordinaire était le château de Régennes, qu'on nom- 
mait Vile enchantée^ a cause de sa situation charmante dans une pres- 
qu'île formée par la rivière d'Yonne. M. de Caylus y recevait ses hôtes 



(1) On rapporte que cette visite fut amenée par l^opinion favorable que 
M. LaDguet exprima un jour devant le marquis de Guerchy sur M. de Caylas ; et, 
comme ce seigneur s*empressa d'en faire part à i'évéque d^Auxerre, celui-ci ne 
voulut pas demeurer en reste avec son supérieur. 

(2) M. de Caylus eut encore de longues discussions au sujet du couvent des 
FilIcs-du-Calvaire dont il était un des supérieurs ; lorsque le pape Clément XII 
nomma de nouveaux chefs à celte congrégation, il la soutint dans sa résistance 
et ne voulut pas lui-même céder au bref qui le révoquait (1739). La dispersion des 
religieuses mit tin à cette opposition. 



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CENT TROISlàME ÉVÊQUB D AUXERRE. 351 

avec une grâce qui augmentait encore le charme de ce séjour. II obtint, ^704 ^ ^^^ 
en 1740, ia permission d'aller à Paris consulter pour sa santé. On lui 
fil la réception la plus honorable. Il visita alors le cardinal Fleury qui 
était fort âgé , et en reçut les plus belles protestations de bienveillance. 
Le vieux ministre l'entreprit au sujet de la bulle, mais sans succès. Il 
renouvela tout aussi infructueusement ses instances les années suivantes, 
ainsi que plusieurs autres prélats. M. de Caylus resta inflexible , 
ayant devant les yeux l'exemple de Tévéque de Senez qui venait de 
mourir dans la persévérance de ses convictions jansénistes. 

Cependant, sa résistance le laissait dans un isolement déplorable. 
Les anciens appelants étaient morts successivement et il se trouvait le 
dernier évéque qui eût persisté dans son appel. Au cardinal de Fleury 
avait succédé, pour le département des affaires ecclésiastiques, l'ancien 
évéque de Mirepoix, qui redoubla d'ardeur contre les jansénistes et 
contre M. de Cajlus en particulier. On le frappait dans ses coopérateurs, 
puisqu'on ne pouvait l'atteindre lui-même. 

La ville de Gien était divisée en deux partis, et le curé de Saint* 
Laurent qui était bien soutenu en cour se jouait des ordres de Tévéque. 
M. Terrasson , curé de Treigny, qui était détenu à Vincennes depuis 
neuf ans, donna sa démission en 1745, renonça à l'appel et fut mis en 
liberté. Son compagnon de captivité. M. Fleury, curé de Ronchères, 
résista mieux et préféra rester en prison plutôt que d'obtenir sa liberté 
par sa démission. Il ne sortit de Vincennes qu'en 1758 (1). 

M. de Caylus avait, depuis longues années, peuplé son diocèse de 
prêtres de talent, mais tous appelants et repoussés par les autres évé- 
ques. II accueillait aussi les plus célèbres prédicateurs qui étaient inter- 



(1) Les curés de Treigny et de Ronchères avaient été emprisonnés à raison de ce 
qu'ils avaient imprimé clandestinement un journal janséniste sous le titre de : 
Nowelles eeclésiasliques. Ce journal se publiait d'abord à Auxerre, où la police 
parvint bientôt a le dépister. Alors on transporta une imprimerie dans les forêts delà 
Poysaie et on Yj établit dans une loge de charbonnier, sur la paroisse de Ronchères. 
C'est delà que pendant plus d'un an partit celte feuille qui faisait une l'ude guerre 
aux partisans de la bulle et au ministère qui la soutenait. La police battit longtemps 
en tous sens le diocèse d'Auxerre sans pouvoir rien découvrir. Nous avons entendu 
Raconter à des vieillards que le lieutenant de police étant venu en personne à 



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552 M. DE GAYLCS, 

1704 k 1754. <lî^ ailleurs. C'est ce qae Tabbé Dettey appelle profiter des dépouilles 
des autres églises (1). En 1747, M. de Mirepoîx défendit à tous les 
supérieurs ou généraux d'ordres ou de congrégations , de laisser Tenir 
dans le diocèse d'Âuxerre aucun de leurs subordonnés. M. de Gajius 
s'empressa de parera la privation que ce coup portait aux prédications. 
Huit chanoines se partagèrent entre eux les staûons de l'Avent et du 
Carême, et cela dura pendant cinq années de suite. La mort du doyen 
du Chapitre, en 1746, fut encore une occasion pour M. deMirepoix, 
d'entraver M. de Caylus. Il fit expédier un ordre du roi portant défense 
de lui donner un successeur. Lç Chapitre obéit. Le P. Sirugue, jaco- 
bin, confesseur deTévéque depuis trente ans, quoique non appelant, 
fut aussi frappé et envoyé dans le couvent de Mâcon. 

La sévérité déployée contre les Jansénistes affectait amèrement 
M. de Caylus, qui avançait en âge et approchait de 82 ans. M. Ar- 
chambauld. archidiacre de Puisaye, qui s'était retiré près de Paris, 
mourut appelant , et le curé de Rueil lui refusa les sacrements. M. de 
Caylus redoubla de zèle contre cette recrudescence de sévérité. Eq 
1750, il vit supprimer son mandement du carême, qui maltraitait un 
peu trop les Jésuites, et où il rappelait encore sa fameuse querelle de 
1725, contre le P. Lemoine. Ce mandement est écrit avec un ton de 
conviction inébranlable et digne du prélat qui, depuis plus de trente ans, 
combattait pour le Jansénisme. A le lire , on croirait que jamais il ne 
s'était séparé de l'Eglise. Il assure que le schisme n'a point pénétré dans 
son diocèse et que la paix y règne entièrement. II recommença alors 
à se brouiller avec M. Languet, que le mandement avait indigné. Les 
Jésuites , qui avaient toujours lutté contre ses tendances, se sentaieni 
plus forts de jour en jour. Ne pouvant agir ouvertement dans le dio- 



Treigny, dirigea de là des recherches en pure perte dans tous les environs, et 
qu'au moment où il revenait harassé et furieux de l'inutilité de ses courses, il trouva 
dans sa voiture une édition tout entière de la gazette sortant des presses et encore 
tout humide. Cette bravade perdit les auteurs de la publication. Car le ma^strat 
partit en laissant des agents secrets qui tirent tant qu'enfln la cachette fut dé- 
couverte, et les deux curés de Treigny et de Ronchères furent arrêtés comme cou- 
pables de ce délit. 
(i) T. Il, 2S1. 



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CENT TROISIÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE. 555 

cèsc d'Âuxerre, ils établirent des missions tout autour des frontières 
et notamment dans les paroisses du diocèse d'Âutun voisines de 
Clamecy ; ce qui donna beaucoup d'inquiétude à M. de Ga^lus , parce 
que le peuple de cette ville s'y rendait en foule. Le jour de la fête- 
Dieu de Tan 1751, il se fit un grand tumulte, à propos d'une statue delà 
sainte Vierge, que Ton empêcha de porter à la procession dans cette ville. 
Les suites furent assez graves pour que le subdélégué qui avait favorisé 
cette démonstration fût exilé à Orléans, les officiers municipaux changés 
et quelques tapageurs mis eu prison pour plusieurs jours. 

La publication du Martyrologe auxerrois eut lieu en 1751 parles 
soins de M. de Caylus ; il avait chargé de sa composition MM. Mignot, 
Grasset et Potel. L'abbé Lebeuf, qui avait quitté Auxerre depuis 1755, 
avait révisé le travail de ses trois anciens confrères. Cet ouvrage est 
très-remarquable dans toutes ses parties; on s'accorde à juste titre à le 
considérer comme un chef-d'œuvre de discernement et d'érudition. 

L'abbé Lebeuf poursuivait depuis vingt ans le projet de faire recon- 
naître, pour appartenir k saint Germain, les reliques qu'il avait tri)uvées 
dans la bibliothèque de Tabbaye Saint-Marien , en 1718 (1). Les 
Bollandistes auxquels il avait adressé, en 1728, un long mémoire 
à l'appui de son opinion, mémoire qu'ils ont inséré dans le t. vu du 
mois de juillet de leur collection, n'avaient pas adopté ses conclusions 
et en avaient même fait une critique assez sévère. 

Cependant le docte abbé ne perdit pas courage. En 1751 il se fit 
adresser par M. Buffard, chanoine de Bayeux, une lettre où la ques- 
tion était reprise très-sérieusement. M. de Caylus, frappé peut-être des 
raisons qu'on y exposait, ordonna alors qu'une commission examine- 
rait les ossements découverts par l'abbé Lebeuf, et vérifierait juridique- 
ment les preuves sur lesquelles on se basait pour assurer que c'étaient 
les véritables reliques de saint Germain* que la tradition croyait avoir 
été brûlées par les Huguenots. L'enquête suivit son cours, mais il 
s'éleva bientôt des contradictions. Les moines de Saint-Germain, qui 
ne pouvaient souffrir qu'on crût que les reliques de leur saint patron 

(i) Voy. le lei" volume de ces Mémoire», p. 83. 



1704 ï 1754. 



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354 M. DE CAYLUS, 

1704 il 1764. eussent été ainsi abandonnées par eux pendant deux cents ans (1), 
résolurent de réfuter les lettres écrites en faveur du projet de Lebeof. 
Dom Vidal fut, pour le savant abbé, un rude adversaire (2). Il repro- 
cha à Lebeuf de l'ingratitude envers l'Ordre de Saint-Benoit en gé- 
néral , et l'abbaye de Saint-Germain en particulier, parce que, disait- 
il, c'était dans les manuscrits de D. Viole , qu'il avait puisé la plupart 
des documents de ses Mémoires sur le diocèse d'Auxerre. Sa critique, 
qui nous révèle une fois de plus l'antagonisme de la cathédrale et de 
Saint-Germain, s'appuyait sur des faits si péremptoires , le débat lais- 
sait les opinions si incertaines, que M. de Gaylus suspendit son juge- 
ment, et la mort Tem pécha de se prononcer. Ses successeurs ont aussi 
hésité, et la question en est restée là. 

 cette époque le clergé auxerrois comptait dans ses rangs bon 
nombre d'hommes amis des lettres. Quatre chanoines, MM. Potel, 
Mignot, Moreau et Dulérains, résolurent, au mois d'avril 1749, de 
concert avec cinq laïques, MM. Berryat, médecin ; Robinet de la Coudre, 
conseiller ; Lepère , directeur de la poste aux lettres ; Silvestre de Sacy, 
bourgeois; et Mérat, apothicaire, de fonder une Société des sciences 
et belles-lettres. M. de Caylus approuva de tout son concours leurs 
intentions. La Société tint sa première séance publique au mois de 
janvier 1750 (5). 

Les derniers actes importants qui signalèrent l'épiscopat de M. de 
Gaylus, sont consignés dans les registres d'administration diocé- 
saine. Il supprima, par décret du 25 janvier 1749, les Ursulines 
de Gravan ruinées par leur mauvaise gestion économique, et ordonna 
que les biens qui resteraient libres de dettes serviraient à l'en- 
tretien de deux filles régentes chargées de l'instruction des jeunes 



(1) Les défenseurs des reliques, et Lebeuf le premier, expliquaient leur trans- 
lation dans Tabbaye de Saint-Marien, par cela qu'à la fin du xvp siècle les mœurs 
scandaleuses des moines de Saint- Germain avaient éloigné les personnes pieuses 
qui en étaient dépositaires, de les exposer à une nouvelle profanation en les remet- 
tant aux Bénédictins. Inde irœ. 

(2) Les critiques ont été jusqu'à avancer que les ossements étaient ceux d*one 
femme. 

(3) Elle avait été autorisée par une lettre du ministre du 11 juillet 1740. 



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CENT TROISIÈME ÉVÉQUB d'aUXERRE. 555 

filles et du soin des pauvres malades. Le 16 novembre 1749, il con- noi !t 1754. 
sacra solennellement le nouveau maltre-autel de l'abbaye dePontigny, 
et procéda à la translation des reliques du corps de saint Edme, dont 
la situation fut décrite minutieusement* L'année suivante il donna des 
constitutions aux Bénédictines de Cosne qui étaient au nombre de dix- 
buit sœurs de chœur et cinq converses. Dès 1691, elles avaient prié 
M. Golbert de leur donner des statuts. La même année, une ordon* 
nance épiscopale du 11 juin, supprima les Ursulines de Gien et réunit 
Jeurs biens à la communauté des Hospitalières. Il y avait déjà huit ans 
qu'on n'y recevait plus de novices par ordre du roi. Les Bénédictines de 
Saint-Fargeau reçurent, en 1751, des constitutions qui résumèrent les 
règles du couvent depuis sa fondation. 

L'évéque adressa, au mois de septembre 1751, à Tabbesse des 
Bernardines des Isles d'Âuxerre , une lettre sévère dans laquelle il 
se plaint de la légèreté avec laquelle on y communiquait au dehors. 
Il prescrit , au contraire , la clôture la plus rigoureuse et ne permet 
l'entrée du monastère qu'aux médecins , aux confesseurs et aux 
Ouvriers de la maison. Les Bénédictines de Saint-Julien de la même 
ville avaient aussi éprouvé son autorité , au sujet des mariages 
de leurs domestiques que l'abbesse laissait faire dans son église , 
malgré les droits du curé de la paroisse. Le prélat avait été fort rude 
dans son blâme ; mais lorsque l'abbesse lui eut justifié des droits an- 
ciens de son monastère, il se radoucit et écrivit, en 1746» une lettre 
très-convenable. Il résultait, en effet, d'une charte de 1269, qu'à quatre 
fêtes de l'année, le curé de Saint-Martin devait conduire ses parois- 
siens à la messe de l'église de Saint-Julien, alors de Notre-Dame, et 
en outre que si les serviteurs du couvent prenaient femmes , la béné- 
diction nuptiale avait lieu dans cette église. M. de Caylus , qui n'avait 
aucune autorité sur les Yisitandines d'Âuxerre, voulut cependant, par 
respect pour le pape Benoit XIY, célébrer solennellement dans leur 
église la béatification de leur fondatrice sainte Chantai. 11 6\ celte céré- 
monie au mois de juillet 1752, par une chaleur excessive, malgré ses 
85 ans. Le mandement du carême de 1755, sur la mort et celui de 
janvier 1754, sur le bonheur des saints dans le ciel, furent les adieux 
de M. de Caylus a ses ouailles. Il voulut encore aller à Auxerre le 



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556 M. DE CAYLUS , 

i-ai ï 1754. samedi de la Passion de celte année, pour faire Tordination comme II 
avait coutume. Le froid qu'il éprouva en route et pendant la cérémonie 
l'indisposa gravement et il mourut peu de jours après, le 5 avril, dans 
son château de Régennes. Son corps, transporté k Auxerre, fut exposé 
à la vénération publique, dans le palais épiscopal, jusqu'au 9, jour où 
son Chapitre céléura ses obsèques avec la plus grande solennité. Un 
mandement capitulaire annonça aux fidèles la mort de leur pasteur. 
Cette pièce, qui est un panégyrique de M. de Cajlus,le qualifie d'oiu/e 
tutélaire du diocèse (1). On devait prononcer l'oraison funèbre du défaot 
dans le service qui fut célébré le 5 septembre, mais des défenses ve- 
nues de la cour en empêchèrent. Le Chapitre se contenta de faire dans 
son mandement Téloge le plus magnifique du prélat défunt. 

M. de Caylus mort, l'opinion janséniste perdait son plus ferme ap- 
pui dans le diocèse. Ses successeurs ne furent pas choisis de manière 
\k la relever. Cependant elle avait poussé de si profondes racines dans 
le pays, qu'elle ne devait pas céder le terrain sans de grands combats. 
Toute la préoccupation des évéques sera, jusqu'à la révolution , de 
l'amoindrir et de la neutraliser. Leurs rapports avec le grand Chapitre 
seront difficiles et susciteront, surtout à M. de Condorcet, de violents 
orages. 

Avant d'entrer dans cette nouvelle phase, reprenons quelques faits 
que la rapidité du récit nous a forcés de négliger. 

Le grand Chapitre cathédral, dont l'influence était si considérable 
dans le diocèse, s'est montré, pendant le cours de Fépiscopat de M. de 
Caylus , à la hauteur de son passé. Sa sollicitude pour ses vassaux de 
Cravan se révèle, en 1710, par une ordonnance sur la vente du pain. 
Il fit défense aux officiers de police de la même ville de mettre aucune 
entrave à ce que les boulangers forains y vinssent vendre du pain en 
payant les droits. Il voulut aussi que les boulangers réduisissent leurs 
prix au niveau de ceux des forains, car la misère du peuple était grande 
alors. 



(1) Cétait le chanoine Moreao qui Tavait composé. Un M. Millelot, des académies 
d'Auxerre et d'Orléans, s'exerça sur ce sujet, en 1755, dans une longue pièce de 
Ters fort insipides. — Arch. de PYonne, Recueil de divers écrits, chap. d'Auxerre, 
t. m. 



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CENT TROISIÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE^ 557 

En 1729, le P. gardien des Cordeliers d'Auxerre proféra dans un ^q^ >, 175^ 
sermon des paroles injurieuses contre le Chapitre qui porta aussitôt 
plainte à Tévéque. Le prélat prit i'aflaire k cœur et donna au Chapitre 
des témoignages non équivoques de sa hante estime. Il obligea en 
définitive le P. gardien à rétractation. 

On avait, au Chapitre, négligé de porter la soutane violette dans 
les fêtes solennelles. Sur l'invitation de M. de Caylus , ce corps 
décida, par une délibération du i2 décembre 1724, que tout 
nouveau chanoine prendrait possession en soutane de cette couleur et 
serait tenu d'en avoir une a lui trois mois après. Ce règlement fut con- 
firmé par conclusions de 1757 et 1746. M. de Caylus reconnut, au 
mois de mai 1759, le droit de semonce dà au Chapitre et qui consis- 
tait, dans Torigine, en une certaine quantité de vin, laquelle avait été 
convertie, en 1705, en une somme de 554 liv. 10 s. 

Le Chapitre suivait à la lettre ses statuts en matière d'amendes 
comme on le voit envers Tabbé Lebeuf qui, s'étant absenté au-delà des 
délais, en 1755 , fut privé des revenus éventuels de Tannée. Cela lui 
parut dur, d'autant plus que son voyage n'avait été que de 15 jours et 
avait ea pour but d'aller a Soissons recevoir le prix que l'académie de 
cette ville lui avait décerné pour son ouvrage sur le Soissonnois. Il 
le fit sentir, dans une lettre de remerciement adressée au Chapitre 
pour l'intérêt que la compagnie lui avait témoigné au sujet de ce 
livre; « d'autant, ajoute-i-il , que la cause m'avoit paru, et à 
beaucoup d'autres personnes , bien favorable et assez singulière pour 
surmonter la rigueur de la discipline ; et la seule attention qu'il n'y va 
en cela que d'un intérêt personnel, me fait accepter cette légère dis- 
gr&ce avec résignation. d 

M. Mignot, grand-chantre, qui était dans le même cas que l'abbé 
Lebeuf, voulait en appeler au parlement. On ne voit pas ce qu'est de- 
venue cette affaire. 

H. Moreau, doyen, étant mort en 1746, le Chapitre reçut de la 
cour l'ordre ne pas procéder a Télection de son successeur. On vou- 
lait punir par Ik ce corps dont l'union avec M. de Caylus rendait la 
résistance de ce prélat si durable. 

En 1729, le 4 juin, eut lieu à Âuxerre le baptême d'un jeune sau- 
Il 22 



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558 M. DB GONDORCBT , 

1714 \k 1754. v^g^ amené de la Louisiane par le sieur Guenot, seigneur de Tréfon- 
taincs. Il s*appelait, dil^on, Palimiugot et était fils d'un chef des 
Chitimachas, près la Nouvelle-Orléans. Le curé de Molre-Dame-la- 
d'Hors fit son instruction religieuse et Tévéque le baptisa solennelle- 
ment. Il mourut trois ans après (1). 

Les évêques de Bethléem, depuis près d'un siècle, avaient respecté 
la situation que leur avait faite rassemblée du clergé (2) ; mais 
en 1729 le possesseur de ce siège, profitant de la situation diflScile où 
était placé M. de Caylus, voulut empiéter sur ses prérogatives. Il 
poussa successivement les Récollets de Glamecy et le curé d'Armes, 
son vicaire-général, à exercer les droits curiaux dans le faubourg de 
Bethléem. Ce dernier alla même fort loin, au dire des partisans de 
t'évéque d'Auxerre, et commit des excentricités, par exemple en faisant 
conduire, le jour de la Fête-Dieu, la procession au son des violons etdes 
tambours. La ville était très-divisée : les uns prenaient parti pourlear 
évèque, les autres défendaient l'autorité de M. de Caylus. Une reqoéte 
fut adressée au conseil du roi, en 1752, par M. Louis Lebel, évêque de 
Bethléem, pour faire établir sa juridiction. Le conseil, fort embarrassé, 
renvoya l'affaire au bureau ecclésiastique qui la communiqua k M. de 
Caylus. On ne voit pas qu'on y ait apporté de solution sous ce prélat, 
que l'on aimait en haut lieu à voir entouré de difficultés. 



CHAPITRE III. 

M. DE CONDORCET, CIV» ÉVÊQUE D AUXERRE. 

1754 \ 1760. ^ jjj „jQj.j jg ]^^ jg Caylus le Chapitre nomma, en vertu de son 
droit de régale et suivant la disposition des saints canons, six vicaires- 
généraux, MM. Charles Huet, grand-archidiacre; Jean-André Mignot, 

(1) Rég. de l'évéchéy n. 26. En 1753 M. de Caylus baptisa solennellement ud 
jeune nègre acheté 12 liv., en Asie, par M. de Lamarre. 
{%) Voy. ci-dessus à la vie de M. Séguier, p. 235. 



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CENT QUATRIÈME ÉVÉQUB d'aUXERRE. 559 

chantre ; JeaD-Bapliste Albéric Chevalier, pénitencier; Fr. Grasset (1), ns^ ^ nco. 
Etienne Housset et Robert YieK prêtres et chanoines. Cependant, le 
conseil d'Etat avait ordonné, par provision, que les scellés seraient ap- 
posés par le lieutenant-général du bailliage. Le Chapitre forma oppo- 
sition , mais le procès ne se vida que sous M. de Cicé. 

Pendant la vacance, le Chapitre prit différentes mesures d'adminis- 
tration. Il pourvut à Tentretien des écoles gratuites de plusieurs lieux, et 
principalement de celles de la ville d'Auxerre, fondées par M. deCaylus. 
Sa sévérité s'effraya de l'apparition d'une troupe de comédiens dans la 
ville épiscopale, et il lança contre eux un mandement menaçant qu'ils 
avaient provoqué un peu, du reste, en apposant leurs affiches jusque 
sur les portes de la cathédrale. Il ordonna aux religieuses hospitalières 
de Gien qui avaient été depuis peu transférées dans la maison des 
Ursulines, et qui n'avaient pas tardé de l'abandonner a cause de son 
insalubrité, de rentrer dans celte même maison en y transportant les 
malades et les meubles de Thôtel-dieu. Les sœurs réclamèrent avec 
instance et les médecins attestèrent la vérité de leurs dires. Cependant, 
en 1770, sur de nouvelles enquêtes, la translation fut ordonnée par 
M. de Cicé. 

Le roi , las des tiraillements intérieurs que les querelles religieuses 
causaient a son gouvernement, résolut d'y couper court une fois pour 
toutes. Le clergé de Paris refusait aux jansénistes malades les derniers 
sacrements s'ils ne présentaient pas de billets de confession. Et comme 
pour en obtenir des curés il fallait adhérer à la bulle , grand était 
l'embarras pour les appelants. Le parlement, chose étrange à notre 
point de vue, fit emprisonner un curé qui avait cru devoir refuser Tex^ 



(1) La famille Grasset est fort ancienne dans le diocèse d'Auxerre. On la trouve 
à Aaxerre dès le commencement du xiu - siècle ; mais à coap sûr à partir de 
1523 y suivant la coutume de cette ville. M. EsaU Grasset était alors seigneur de 
Corbelain, en Nivernais. Ses descendants^ très-nombreux, ont occupé des fonctions 
judiciaires et ecclésiastiques dans le diocèse et le comté d'Auxerre Jusqu'à la fin du 
dernier siècle. M François Grasset; chanoine de la cathédrale et l'un des vicaires- 
géaéraux chargés de régir le diocèse après la mort de M. de Gaylus, était né en 
1690. Il prit une grande part à li composition des livres liturgiques ordonnée par 
M. de Caylus, et se signala aussi par son dévouement comme administrateur de 
l'hôtel-dieu. Il est mort en 1764. 



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1751 h I7fl0. 



540 M. DE CONDORGET, 

trême-onciion ; on vit d'autres fois les exempts escorter le saint-sacre- 
ment qu'on portait par arrêt aux malades. La résistance de ce corps, 
aux ordres du roi sur ce point, causa son exil. Cependant, Louis XV 
espérant le ramener par la douceur, consentit a son rappel et donna, en 
même temps, le 2 septembre 1754 , une déclaration qui devînt célèbre 
et par laquelle il annula toutes les poursuites commencées au sujet de 
la bulle. Le bailliage d'Auxerre enregistra cet acte le 12 du même 
mois et le fit afficher dans la.ville. 

M. Jacques-Marie de Garitat de Gondorcet, évéque de Gap, ancien 
officier de cavalerie, neveu de M. d'Yse de Saléon , évêque de Rhodez, 
fut choisi par Tancien évéque de Mirepoix pour succéder ^ M. de Gayios. 
G'était tout l'opposé de ce dernier. M. de Gondorcet, d'un commerce 
fort agréable et d'une exquise politesse dans les relations ordinaires, 
aimant un peu trop l'apparat, selon un historien (1), était connu par soo 
obéissance, militaire pour ainsi dire, h la bulle. Son zèle était ardent 
et ne connaissait point d'obstacles. Mais le clergé de son nouveau dio- 
cèse allait lui en créer de sérieux. 

Nommé à Févêché d'Auxerre au mois de juin 1754, il reçut du 
Ghapitre une lettre pleine de déférence où ce corps l'assurait qu'il 
avait confiance que Dieu lui donnerait, eu sa personne, un évéque selon 
son cœur. M. de Gondorcet répondit de manière k satisfaire le Cha- 
pitre. Ge ne fut cependant que plus de six mois après, le 28 janvier 
1755, que le Ghapitre reçut avis de. l'arrivée du prélat. Il annonçait 
qu'il envoyait l'abbé de l'isle pour prendre possession de l'église 
d'Auxerre en son nom. En effet, le lendemain l'abbé présenta au Cha- 
pitre les bulles de translation de M. de Gondorcet, de l'évéchéde 
Gap à celui d'Auxerre , et prit possession à l'issue de vêpres. Deux 
heures après, M. de Gondorcet descendait h l'évêché. Le Chapitre, 
informé de son arrivée et conduit par M. Huet, grand archidiacre, à dé- 
faut d'un doyen» dont il était privé depuis 1746, se rendit au palais le 
30. La réception fut assez embarrassée : aux protestations dedévoue- 
nieni du Ghapitre, l'évêque répondit assez froidement, tout en assurant 
de ses bonnes intentions et de ses désirs de bonne harmonie. La céré- 

[\) Mémoires sur Gap. 



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CENT QUATRIEME ÉVÉQUE d'aUXERRE. 341 

monie d'intronisalioD eut lieu le dimanche suivant, 2 février, par ^754 >, ^qq, 
H. de Yillebreuil, grand-archidiacre de Sens, accompagné de deux 
cbanoines de la métropole. Le 8 avril, M. de Condorcet prêta en per- 
sonne serment d'obéissance à son métropolitain. Le premier soin de 
M. de Condorcet avait été de se débarrasser des soucis de la régie et des 
détails de l'administration de son temporel. Dans cette vue, il avait fait 
nn bail général des revenus del'évéché, le 20 janvier 1755, lorsqu'il était 
encore à Paris. 

On ne tarda pas à pressentir les dispositions religieuses du nouvel 
éTéqne. Il refusa d'abord , sous prétexte qu'il n'avait pas encore d'ha- 
bit de chœur, c'est-à-dire la chape et le camail, d'assister à l'oifice de 
la Purification dans la cathédrale. Il passa le carême et les fêtes de 
Piqaes à Âuxorre sans entrer dans son église, affectant d'être malade 
le jour de cette dernière solennité. Les prétextes pour ne pas commu- 
niquer avec ses chanoines, qu'il regardait tous, à l'exception de deux 
CD trois, €omme hérétiques à cause de leur appel de la Constitution, 
n'étaient pas difficiles h trouver. Il se retrancha surtout sur ce que le 
Chapitre ne lui communiquait pas le cérémonial qu'il devait observer 
à son égard. Cet état de choses devait empirer de plus en plus. 

H. de Condorcet se voyant entouré de toutes parts d'un clergé jan- 
séniste et dans un diocèse qu'on appelait le refuge des pécheurs (1), 
s'irrita et ne sut pas toujours garder de mesure dans ses actes. La résis- 
tance qu'il rencontra redoubla encore son impatience et le poussa à 
des efforts qui marquaient plus de zèle que de prudence. 

L'abbé de l'isle, abbé de Cloissone au diocèse de Gap, et doyen de 
la cathédrale de cette ville, nommé son vicaire-général dès le surlen- 
demain de son arrivée, servit activement &es projets. L'historien de 
Fépiscopat de M. de Condorcet, le dépeint sous des couleurs fort 
noires et l'accuse d'être d'un caractère dur et inflexible, voulant tout 
faire plier sous sa domination. L'éiablissement d'un registre pour la 
soQscription du Formulaire, parut au nouvel évéque une des premières 
choses a faire pour empêcher les progrès du jansénisme dans le clergé. 



, (1) Les prêtres exilés ou qui abandonnaient les diocèses où le Jansénisme était 
; persécDté, s'étaient retirés en grand nombre dans celui d'Auxerre. 



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542 M. DE CONDORCET, 

i75i k 1760. Maïs, comme on le pense bien, les chanoines, pas plas que les curés de 
la ville, ne vinrent y apposer leur signature. Les Jansénistes, renom- 
més par la pureté de leurs mœurs et la sévérité de leurs priocipes, 
étaient loin d'élre disposés h céder à un prélat qui voulait déiraire 
tout d'un coup l'œuvre de son'prédécesseur qu'ils avaient appris à ?é« 
nérer pendant un demi-siècle. Leur entêtement d'ailleurs était d'aoUot 
plus grand qu'ils étaient plus comprimés. 

Il y avait en exil, à Âuxerre , douze vieux prêtres jansénistes qu'O 
reçut fort mal lorsqu'ils vinrent lui rendre visite , et il voulut les faire 
partir de son diocèse. Ils obtinrent cependant du ministre la permission 
de rester dans cette ville. 

Il tenta d'éloigner son Chapitre de l'office annuel de rAornôDe 
générale, institution charitable et pieuse, fondée, comme nous l'avoDS 
vu, par M. de Caylus. L'office se faisait alternativement un dimanebe 
dans l'église Notre* Dame-la-d'Hors, et le dimanche suivant dans celle 
de Saint-Ëusèbe, en présence du bureau de l'aumône générale. Cétait 
alors le tour de l'église Notre-Dame ; M. de Gondorcet fit célébrer 
l'office par l'abbé de l'isle, assisté de prêtres et de clercs de son sémi- 
naire , ce qui scandalisa beaucoup. L'année suivante on rétablit rancien 
usage, mais l'évêque n'y parut pas. 

Après cela ce fut le tour des curés des paroisses d'être mis ï 
l'index. L'évêque fit annoncer des catéchismes dans la chapelle da sé- 
minaire, qui devaient êlre suivis de communions. Les curés, qui se 
voyaient enlever un de leurs plus beaux droits, en appelèrent comme 
d'abus et obtinrent un arrêt favorable (1 ). 

La révocation, dans le délaide deux mois, des pouvoirs de confesser 
donnés par M. de Gondorcet à des prêtres du diocèse d' Auxerre, boQ^ 
leversa surtout les paroisses de la ville. Les PP. Jésuites et des moioes 
d'Ordres mendiants remplacèrent les confesseurs ordinaires. Cette me^ 
sure est l'objet de longues lamentations de la part de Fauteur de 1^ 
vie du prélat qui y est tout h fait opposé. Les chanoines qu'elle altei 
gnait le plus directement firent paît à l'évêque des plaintes des fidèle 



(i) Les curés de la viUe publièrent, à ce sujet, des remontrances à Tévèquec 
leur résistance est nettement caractérisée. 



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CENT QUATRIÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE. 545 

Il voulut voir les confesseurs ; a car, disait-il avec raison , on ne doit 1754 )i nao. 
pas trouver mauvais que je connaisse ceux que je dois approuver. » 

Deux de ces chanoines s'étant rendus avec assez de peine hrévéché, 
la conférence ne fut pas longue , le prélat leur demanda s'ils voulaient 
démentir la Gazette de Hollande qui avait dit que tous les chanoines de 
la cathédrale d*Auxerre étaient appelants à Texception de trois seule- 
ment. Comme ils refusèrent pour leur compte, Tévêque ouvrit brus- 
quement la porte et les congédia. 

Nous ne reproduirons pas tous les procès que suscita l'esprit réfor- 
mateur de M. de Condorcet et de Tabbé de l'Isle. Leur objet ^ bien 
diminué d'importance pour nous. Ils révèlent cependant dans le corps 
du bailliage et dans les hautes classes de la société la présence d'un 
parti opposé au Jansénisme qui va s'accroître peu ^ peu, de manière à 
diviser plus tard la ville d'Auxerre en deux camps presque égaux. 

Un fait de ce genre montrera encore l'espèce de relations qui exis- 
tait entre l'évéque et son Chapitre. On venait de publier, sans nom 
d'auteur, les œuvres de M. de Caylus, qui étaient une protestation 
contre les actes de son successeur. Aussitôt après parut un volume 
intitulé Supplétnent aux cBuvres de Jf. de Caylus. On y avait réuni tout 
ce que le prélat avait composé dans le commencement de son épisco- 
pat, en faveur de l'adhésion k la bulle Unigenitus. On y trouvait aussi 
la conclusion attribuée au Chapitre sur le même sujet, en 4717. 
C'était une rude réponse. Aussitôt le Chapitre porta plainte au bailliage 
contre la publication de la conclusion qui semblait émaner du corps 
entier, tandis qu'il avait été reconnu dans le temps que c'était Tœuvre 
d'un petit nombre de chanoines. Le bailliage prenant la chose au grand 
sérieux, ordonna, le 26 mai i755, la suppression de la pièce et qu'il 
serait informé contre ses auteurs, < attendu qu'il s'agit de délit contre 
> l'ordre public et de contravention à la déclaration du 2 septembre 
» 1754. » 

De plus , sept conseillers durent se transporter, séance tenante , au 
Chapitre pour faire enregistr^ir la susdite déclaration. 

Voici un échantillon des aménités qui s'échangeaient entre l'évéque 
et le Chapitre. M. d'Aymard ayant été nommé pénitencier en 1755, 
le Chapitre dut insérer ses provisions dans son registre, le 25 juillet^ 



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544 M. DE CONDORGBT , 

HM II 1760. ™d>s il 6ut soin d'y ajoQlcr qu'il protestait contre les clauses însoUtes 
qui y étaient contenues et qui concernaient ie serment prêté au formu- 
laire d'Alexandre YI, etc. Les protestations sont écrites de la main 
de M. Frappier et signées Poiel , Mignot , Leroy, Jodon et autres. 
L'appel fut donc suivi, mais bientôt après un arrêt da conseil do 
21 août, transcrit sur le registre par l'huissier Vassal, ordonna que 
ces proleslaiions seraient biffées. 

Un mandement pour le carême de 1756 amena de nouveau la guerre 
entre Tévéque et son clergé. M. de Condorcet y disait aux fidèles : 
c Gardez l'unité , demeurez inviolablement attachés aux successeurs 
» de Pierre et au corps des premiers pasteurs, en ce qui concerne la 
» religion n'écouicz que leur voix. » Les curés, pasteurs du seconi 
ordre , se regardèrent comme offensés du silence que l'évêque affectait 
à leur égard. Ils refusèrent de publier le mandement et présenlèrent 
requête au bailliage qui leur donna acte de leur appel comùie d'abus. 
Le parlement, à qui l'affaire fut déférée, déclara le mandement abusV 
et ordonna que son arrêt serait affiché dans tout le diocèse; ce qui fut 
exécuté. 

L'appel comme d'abus avait lieu à chaque affaire où le Chapitre et 
l'évêque se trouvaient en présence. C'est ce qu'on vit encore à propoe 
des prières publiques demandées parla ville d'Âuxerre pour obtenir od 
temps favorable aux biens de la terre. L'évêque n'avait pas, comme il 
était d'usage, consulté son Chapitre avant de donner son consentemeaU 
Il fallut de longs pourparlers avant d'obtenir une solution. 

M. de Condorcet essaya aussi de réformer la manière de dire la 
secrète et le canon de la messe que plusieurs prêtres lisaient assez 
haut pour être entendus des fidèles assis dans le chœur. Le Chapitre 
vit dans cette ordonnance une atteinte aux rubriques du missel auxer- 
rois et la repoussa : nouvel arrêt intervint qui condamna les prétentions 
épiscopales. 

L'évêque entreprit alors de supprimer le catéchisme de M. de 
Caylus qui était en usage depuis 50 ans^ Nouvelle résistance du clergé 
qui porta plainte contre les PP. jésuites, dont M. de Condorcet favorisait 
les missions de tout son pouvoir, pour contrebalancer l'influence des 
prêtres jansénistes dont la sévérité éloignait des sacrements. Les appels 



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CENT QUATRIÈME ÉVÉQUE d'aUXERRE. 545 

comme d'abus surgissaient de tous côtés , le bailliage et le parlement ^^^ ^ ^^^^ 
retentissaient sans cesse des plaintes du clergé auxerrois. L'historien jan- 
séniste de Tépiscopat de M. de Condorcet \m reproche la destruction 
du collège de Varzy qui, dit-il, élait florissant sous la direction des 
professeurs qu'y avait mis M. de Caylus et comptait plus de 50 pen- 
sionnaires. Peu de temps après Tintronisation de M. de Condorcet, ce 
changement de professeurs fut exécuté, et le collège tomba bientôt k 
rien. 

M. de Condorcet persistait à ne pas avoir de rapports avec son Cha- 
pitre lorsqu'une lettre du roi, du mois de juillet 1 756, Tinvitant à célé- 
brer un Te Deum d'actions de grâces de la prise du Port-Mahon , le 
jeta dans un grand embarras. Il ne s'en tira qu'en partant brusquement 
de Régennes pour Montélimart, d'où il ne revint que le 26 octobre 
suivant. 

A son retour, le Chapitre alla en corps le complimenter, et M. Mignot 
porta la parole pour lui présenter l'office de la Toussaint. Son discours 
roula surtout sur le bonheur qu'aurait le Chapitre de recevoir son 
évéque dans son église et sur l'ardent désir qu'il avait de voir l'union 
régner entre eux. M. de Condorcet accueillit très-bien les députés, 
mais il ne céda pas. Cependant, le jour de l'octave de la fête, il an- 
nonça qu'il assisterait à l'office et qu'il voulait prononcer le sermon. La 
foule accourut aussitôt. Après un exorde sur les principes de la foi et 
la soumission duek l'Eglise, il attaqua vivement a la conduite des par- 
lements qui envahissent le sanctuaire et portent la témérité jusqu'à faire 
donner les sacrements aux réfractaires. > Il blâma amèrement ceux qui 
avaient recours aux tribunaux séculiers pour se faire administrer les 
sacrements ; enfin il conclut par une excommunication ipso facto contre 
ceux qui composeraient ou liraient des écrits contraires à la soumission 
due à la bulle , contre les magistrats qui rendraient des jugements 
pour faire donner les sacrements, et contre ceux qui.auraient recours h 
cette voie pour les obtenir (i). 

Nos principes de liberté des cultes nous font juger aujourd'hui que 
(1) Procès-verbal des notaires Duplessis et Heuvrard, du 7 novembre. 



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54>6 M. DE CONDORGET , 

1754 ^ 1760. 1^ ^^^^^ ^t^î^ ^^ du ^^^^ ^^ l'évêqne. Mais en 4756 on ne voyait paft par- 
tout de même. Le Chapitre scandalisé se retira et protesta contre le 
mandement épiscopal. Il en appela an bailliage tout en protestant de 
son respect pour son évéque. Le bailliage défendit absolument l'impres- 
sion du mandement, et sa publication n'eut pas lieu. Le parlement, 
informé, reçut l'appel comme d'abus, et le Chapitre, de son côté, 
écrivit au ministre d'Etat , M. de Saint-Florentin (1). 

Le gouvernement voulait bien que les Jansénistes fussent reienos 
dans leurs écarts, mais il n'aimait ni le bruit , ni l'éclat. Les procès 
continuels que M. de Condorcet soulevait à chaque pas lui valurent 
une lettre de cachet avec invitation de se rendre à l'abbaye de Yaului- 
gant. Il y fut conduit par un exempt de la prévôté de l'Hôtel. La poli- 
tesse obligeait le Chapitre de lui faire ses compliments de condoléance, 
le prélat les reçut pour ce qu'ils valaient. 

L'exil de M. de Condorcet laissa au clergé du diocèse un peu de 
repos. L'abbé de l'Isle, son grand vicaire, n'osait plus prendre sur lui 
des mesures qui auraient amené de nouveaux débats. Quelques discus- 
sions, à propos d'un sermon contre la prédestination du P. Âubert, 
jésuite, principal du collège, occupèrent l'année 1757. Après une année 
d'exil environ, M. d^ Condorcet revint à Âuxerre (6 décembre). Le 
Chapitre , ponctuel dans l'observation des formes , alla lui rendre 
visite et le complimenter. Après vint le bailliage auquel il devait une 



(1) Les querelles, sans nombre, de Févéque avec son Chapitre , donnèrent lieu à 
une foule de pamphlets. Il y en avait un fort long en Ters^ sur le mauvais ménage 
de Jacques (allusion au prénom de M. de Condorcet ) et de sa femme. L'auteur y 
exposait Tobjet des débats et finissait , comme de raison, par donner tort à 
Jacques qui, disait-on, battait sa femme. Il finissait par cette strophe : 

Il a menti le faiseur d'épigramme , 

Quand il nous dit que Jacques bat sa femme ; 

11 ne se peut , en voici la raison : 

C'est que pour battre il faut être en présence , 

Et celui-ci , depuis son alliance , 

N'est point entré dans la maison ; 

Ils font grand bruit , mais ce n'est pas merveille. 

La cause , au vrai , s'en découvre en un mot : 

Ici réponse à son ménage veille , 

Tandis qu'au loin monsieur mange sa dot. 



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CENT QUATRIÈMB ÉVÊQCB d'aUXERRE. 347 

bonne part de son exîL II fallat de part et d'autre, dit avec raison hm \ noo. 
M. Chardon (1), toutes les ressources du bon Ion et de la politesse pour 
dissimuler Tembarrarf dans lequel on se trouvait. 

La conférence avec le < hapitre n'amena aucun résultat, chacun res- 
tant sur son terrain. Le Chapitre essaya encore, la veille de Noël, de 
déterminer l'évéque à venir dans son église. Mais, après une nouvelle 
audience oh M. de Condorcet s'exprima avec sévérité sur la conduite du 
Chapitre et surtout contre la mémoire de M. de Caylus, ce qui souleva 
de la part des chanoines un murmure général , le Chapitre se retira sans 
plus de succès que la première fois (2). 

Le reste de Tépiscopat de (M. do Condorcet se passa dans un 
état de lutte sourde, mais continuelle. Les PP. Jésuites travaillaient 
avec ardeur, mais non sans obstacles , dans certaines parties du dio- 
cèse, k ramener les fidèles dans la voie de l'Eglise (3). Les Jansénistes 
leur reprochaient leur grande indulgence approuvée par l'évéque lui- 
même (4), et les cérémonies populaires par lesquelles ils frappaient l'es- 
prit des habitants des campagnes. La ville de Gien , où le curé de 
Saint- Laurent les accueillait favorablement, fut surtout agitée par leurs 



(1) HUt. d^Auxerre. 

(2) y. Recueil de Lettres du Chapitre à Mgr révéque d*Aiixerre, in-12^ Bibliot. 
d'Auxerre, n. 3032. 

(3) A Etais et dans d'autres villages de la Puysaie. En 1756, les curés d'Entrains, 
deTreigny, Lainsecq, etc., les assignèrent au bailliage comme ayant entrepris sur 
les droits des curés, en faisant faire des premières communions. Il parut en cette 
année des LeUres à un ami, au sujet du mandement de Tévéque pour les missions 
dans son diocèse. L'auteur y traite les travaux des jésuites de scandaleux, et voit 
un grand danger dans leur propagation. 

(4) On fit, au sujet de la facilité avec laquelle on prétendait que M. de Condorcet 
accordait les ordres, pourvu qu'on signât le formulaire, les mauvais vers suivants : 

Heureuse église , Auxerre , lieu charmant , 
De ton prélat l'adresse peu commune > 
Rendra bientôt ton pays florissant. 
Il ne faut plus , pour y faire fortune , 
Que deux outils , la plume et le rasoir , 
En griffonnant sa simple signature , 
Tout aspirant y prouve son savoir 
Et les barbiers y donnent la tonsure. 
— (V. M» du chanoine Blonde). 



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548 U. DE GONDORCET, CENT QUATRIÈME ÉVÊQUE D*AUXERRE. 

17&4 il 1760. prédications. La majorité des chanoioes de la collégiale étant opposée 
auï Jésuites, il éclata une division déplorable. La ville deDonzy, qui 
venait de perdre son curé, fut également exposée au scandale. On vit 
un nouveau pasteur refuser les sacrements à une dame. Le bailliage 
d'Auxerre y décréta de prise de corps un vicaire; le même fait eut lieu 
à Varzy. 

En 1760, M. de Condorcet fit la visite des paroisses de son dio- 
cèse. Il essaya encore de déraciner Tesprit janséniste si bien implanté 
par M. de Gaylus. Mais les curés lui opposèrent une force dlnertie in- 
vincible. On rapporte qu'étant à Gien et visitant Téglise Saint-Louis, il 
reçut, de la part de quelques habitants, des plaintes contre leur curé. 
Les partisans de celui-ci voulurent le défendre. De là grand bruit qui 
obligea Tévéque à se retirer tout effrayé du tumulte. 

Le chanoine Blonde, dans son recueil resté manuscrit, raconte fort 
en détail la réception que fit le prélat aux curés de Fouronnes et de 
Fontenailles, lorsqu'ils conduisirent à Gourson, pour être confirmées, 
quelques-unes de leurs ouailles seulement , tandis que le curé de 
Gourson en amena plus de 500. « Voyons ce petit nombre d'élus de 
Fontenailles » , dit ironiquement Tévéque. Il continua dans cette dis- 
position a interroger les néophytes, et tança vertement le curé de 
Fouronnes, qui soutenait selon lui des erreurs condamnées par l'Eglise. 
A Yermanlon ce fut encore pis. Le curé , qui était zélé janséniste, fut 
rudement mené, ainsi que le maître et la maîtresse d'école. 

Gette tournée fut la visite d'adieu de M. de Gondorcet. Désespérant 
de faire aucun bien dans le diocèse, il songea à quitter Auxerre pour le 
siège de Lisieux. Gette afiaire fut traitée dans le plus grand secret. Le 
1" décembre 1760, un arrangement fut signé entre lui et M. de Gicé, 
évéque de Troyes, qui devait lui succéder. Le ministre y donna son ap- 
probation. Ge ne fut toutefois qu'au mois de mars suivant que le chan- 
gement fut connu. On verra dans le chapitre suivant Cv)mment son 
successeur fut installé. 

Il se passa dans le diocèse, pendant le court épiscopat de M. de 
Gondorcet, peu de faits intéressants concernant les communautés reli- 
gieuses. Le 50 juillet 1757, le Gbapitre cathédral députa quatre cha- 
noines pour assister b la pose de la première pierre du pont de Gravan. 



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M. DE CICÉ, CENT CINQUIÈME ÉVÉQUE d'aUXERRE. 549 

Les frais de celle cérémonie coulèrent 505 liv. Ce corps, qui ne 1754 ^ 1760. 
perdait de vue aucun de ses droils, fil encore respecler sa juridiction dans 
le cloiire , lorsqu'en 1759 les officiers municipaux voulurent y exercer 
la leur. Ce fut dans celle même année qu'eut lien la pose de la pre- 
mière pierre de la nouvelle église du monastère de Reigny. Il y avait 
déjh longtemps que Tancienne avait été ruinée par les retires du due 
de Bouillon. On y avait Fait quelques réparations depuis, mais l'infiltra- 
tion des eaux de la Cure l'avait complètement dégradée. 



CHAPITRE IV. 

M. DE aCÉ , CVe ÉVÊQUE D'AUXERRE. 

Jean-Baptistc-Marie Champion de Cicé, né k Rennes, le 10 février i76o ^ laoï. 
1725, était fils d'un membre du parlement de Bretagne. Destiné à la 
carrière ecclésiastique, il fit ses éludes k Paris, où il prit ses grades 
successifs jusqu'à celui de docteur en théologie. Le cardinal de La 
Rochefoucaud le choisit ensuite pour son vicaire-général. En 1758 il 
obtint du roi Tévéché de Troyes. 

On a vu, dans le chapitre précédent, comment M. de Condorcet 
quitta le siège d'Auxerre , d'accord avec M. de Cicé. Le pape, par une 
huile du 14 des calendes de mars 1760, avait nommé M. de Cicé à 
Âuxerre. Il prit possession le 2 mars 1761. Le Chapitre cathédral 
n'avait été prévenu de rien. Lorsqu'on apprit que le nouvel évêque 
était arrivé vers midi, au palais épiscopal, accompagné du grand archi- 
diacre de Sens, de plusieurs chanoines de celle église, de l'abbé 
d'Osmond et d'un notaire, l'émoi fut grand. Cependant, le grand- 
archidiacre convoqua le Chapitre pour entendre la lecture de la bulle 
qui préconisait M. de Cicé en qualité d'évéque d' Auxerre. La manière 
bienveillante avec laquelle Tabbé d'Osmond s'exprima envers le Cha- 
pitre fit une impression favorable. Après que l'abbé se fut retiré, on 
délibéra longtemps. Les vieux chanoines jansénistes se révoltaient des 



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350 M. DE GIGÉ, 

1760111801. procédés qu'on avait mis dans cette affaire; mais c'était la suite de 
Tétat de suspicion dans lequel le Chapitre était h la cour depuis long- 
temps. Cependant M. de Cicé était en règle et paraissait disposé à faire 
constater le refus qu'on pourrait lui opposer. Les plus tenaces voulaient 
un ajournement, k cause du manque d'une bulle particulière que les 
papes étaient dans Tusage d'adresser aux Chapitres, pour leur annoncer 
la préconisaiion d'un nouvel évéque. M. de Cicé promettait cependant 
de s'en pourvoir ultérieurement. Enfin, le Chapitre se résolut, sur les 
instances de M. Clément, trésorier, à Tobéissance aux ordres du roi 
et du pape. L'intronisation eut lieu avec les cérémonies usitées (1). Le 
serment d'obéissance dû à l'archevêque, comme métropolitain, fut 
prêté par M. de Cicé, le 29® du mois même de son installation ; il 
paya 400 livres pour le droit de chapes (2). 

Le clergé du diocèse, formé avec amour par M. de Caylus dans 
l'esprit janséniste, avait été fort attaqué par M. de Condorcet 
qui avait fini par renoncer à la lutte. M. de Cicé va s'y prendre plus 
adroitement pour arriver à désunir et à amoindrir ce corps compact et 
puissant dont le Chapitre était la tête. Doué de beaucoup d'esprit et 
de finesse, M. de Cicé agissait toujours avec la plus grande prudence. 
L'histoire des principales mesures prises sous son épiscopat en est la 
preuve. Il savait se faire des partisans par son affabilité et ne tarda pas 
ainsi k pouvoir lutter d'influence avec le parti janséniste. 

Les vieux jansénistes qui étaient sur leurs gardes s'aperçurent de ce 
changement de mantBuvre et n'en furent pas dupes. Il courut alors 



(1) Chardon, t. n, »00. 

(2) Voici le texte du serment prêté par Tévèque et écrit de sa maîD sur le pré- 
cieux pootifical métropolitain qui servait à cet usage depuis le xiii" siècle : 

« £go N. Deo et sanctae matri ecclesix Senon. et tibi E. ac R. P. Paulo d'Al- 
bert de Luyoes, S. R. E. cardinalis Senonensis archiepiscopo , tuisque successo- 
ribus debîtam subjectionem et obedientiam , ore promitto et manu propria con- 
firmo. Actum Senonis super altare majusejusdcmeccIesis^annoDomini 1761, die 
vero mensis martii 29. 

» J. B. Episc. Autiss. » 

Ce manuscrit, qui se trouvait en 1849 dans la coUection Tarbé, a été acheté par 
M. de Salis de Metz et emporté du pays sans qu*on ait fait d^efTorts pour Pac- 
quérir. 



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CENT CINQUIÈME ÉVÉQUE d'aUXERRE. 351 

ane certaine fable des deux chat$^ dédiée au Chapitre d'Auxerre, qui ^^ ^ igoi. 
peiguait bien les procédés sans ménagement et aussi infructueux de 
M. de G)ndorcet, auxquels avaient succédé les avances doucereuses 
de M. de Cicé, qui menaçaient bien davantage Findépendancedu clergé. 

La morale de la fable était ainsi conçue : 

Cecy s'adresse à vous , prêtres peu clairvoyans , 

De Condorcet V humeur atrabilaire 

Vous rendit circonspects , sages et prévoyans : 

Mais de Gicé la douceur mensongère 

Vous charme y vous enchante et vous asservira. 

Ce que dans sa fureur le premier n'a pu faire. 

En vous flattant le second le fera (1). 

Cependant , dès le commencement de son épiscopat , il perdit dans 
la communauté des Jésuites, un levier bien puissant sur les populations. 
Ce corps, qui luttait depuis un siècle^ avec des alternatives de succès 
et de défaites, contre les parlements et les jansénistes leurs protégés, 
fui atteint dans son existence par deux arrêts du 6 août 1762, de ma- 
nière à ne pouvoir s'en relever. La passion exalta ses ennemis , et l'on 
est surpris, lorsqu'on lit les considérants qui précèdent sa proscription, 
de l'étrangeté de quelques-uns des motifs donnés pour le condamner. 
Quoiqu'il en soit, on exécuta à Auxerre Tarrét du parlement qui ex < 
puisait les Jésuites des maisons d'éducation. Mais il surgit de cette 
question une cause de discorde, entre Tévéque et le parti janséniste, qui 
dura plus de douze années. La commission chargée de rendre compte 
au corps municipal de l'état du collée , conclut en demandant la 
réunion de tous les biens des Jésuites ^ cet établissement nouveau, 
attendu que les Pères ayant fait vœu de pauvreté, n'avaient pu acquérir 
que pour la maison. Les revenus étaient estimés à 7,669 liv. Le mé- 
moire critique sévèrement le mode d'enseigner des Jésuites qui, dit-on, 
en sont encore aux rêveries d'Aristote pour la philosophie. Leurs prin- 
cipes d'obéissance absolue à l'église romaine, sont l'objet de réflexions 
pea favorables, et l'on reconnaît, dans cette pièce, que ses auteurs 
étaient de fervents élèves de M. de Caylus. La commission conclut à ce 
que le collège soit remis entre les mains de professeurs séculiers , ce 

(1) Extr. du Recueil du chanoine Blonde. 



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55i2 M. DE GICÉ , 

1760 ^ 1801. V^ fat adopté. Le parlement autorisa , par arrêt du 26 février, le corps 
municipal k traiter en conséquence. Peu de temps après, le 5 avril, 
l*abbé Magne, ancien oratorien, prit possession du collège avec le titre 
de principal. Il avait avec lui un sous ^principal et six professeurs de 
son choix et qui étaient soumis k l'agrément du corps municipal. Leur 
traitement s'élevait k 5,450 liv. par an. 

Toute cette affaire s'était traitée en l'absence de Tévéque dont ou 
craignait l'opposition, déjà manifestée par des remontrances de sou 
vicaire-général, l'abbé de Gicé. 

Lorsque le prélat fut arrivé, il jugea de suite qu'il aurait affaire k 
forte partie. Il offrit de faire diriger le collège par les Oratoriens ou par 
les Doctrinaires, auxquels il donnerait six prébendes, si le Chapitre y 
consentait. 

Mais le corps municipal repoussa ses propositions , maintint le con- 
cordat fait avec l'abbé Magne et en fit ordonner l'exécution provisoire par 
le bailliage, le 20 avril. Il arrêta, en outre , qu'k l'avenir , tous les 
professeurs et le principal lui-même, seraient pris parmi les maitres-ès^ 
arts de toutes les universités du royaume. 

M. de Gicé ne se tint pas pour battu et tourna les difficultés qu'il 
rencontrait, en obtenant d'abord du roi un édit du mois de février 1765, 
qui réglait l'administration des collèges. L'article 6 qui s'appliquait k 
Auxerre et aux autres villes où il n'existait pas de parlement, portait 
que les collèges dirigés par des séculiers seraient administrés par uu 
bureau composé de l'évêque président, du premier officier de la justice 
royale, du procureur du roi, de deux officiers municipaux, de deux 
notables et du principal du collège. Le nouveau bureau, après examen 
du concordat passé avec l'abbé Magne, l'approuva malgré les efforts de 
M. de Gicé et l'adressa au procureur-général. Les lettres-patentes, du 
10 novembre suivant, qui confirmaient le nouvel établissement du col- 
lège, montrèrent par leurs dispositions que l'influence de M. de Gicé les 
avait dictées. En effet, en vertu de l'article 10 , le principal et les pro- 
fesseurs devaient être maîtres-es-arts de l'Université de Paris. Cette 
condition sapait par sa base le concordat qui régissait le collège, car il 
n'y avait que le principal qui eût le grade exigé. Mais le parlement, 
bien renseigné sur le but qu'on se proposait , ayant refusé l'enregislre- 



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CENT CINQUIÈME JËVÊQUB d'aUXERRE. 555 

meot, il fallut en référer aa roi qai , ayant appris les motifs du refus, 
les approuva et ordonna que les lettres-patentes ne seraient appliquées, 
dans la clause relative aux grades, qu'à mesure des extinctions. 

Le séminaire, qui était devenu entre les mains de M. de Caylus une 
pépinière janséniste , fut rétabli comme il était dans son origine, et la 
direction fut rendue aux Lazaristes. L'évéque complétait ainsi les me- 
sures qu'il prenait sans bruit contre le clergé janséniste. 

L'année 1762 vit M. deCicé participer à plusieurs actes intéres- 
sants (1). Il consacra solennellement la chapelle du collège de Glamecy. 
Il témoigna de sa sollicitude pour le bien des^ pauvres en faisant ac- 
corder il Thôpital-général d'Auxerré une somme de 4,800 liv., sur le 
revenu annuel de la fondation de H. le président Cochet de Saint- 
Yalier, pour les diocèses du royaume et pour l'objet le plus utile. Il 
fit affecter ce don au paiement des travaux de l'église qui s^élevait sur 
l'emplacement de la chapelle de Notre-Dame*de-Lorette et qui fut 
consacrée le 28 juillet 1764. La Société des Sciences d'Auxerre tenait 
souvent des séances dans son palais et en sa présence. Pendant l'une 
de ces réunions, Tévéque annonça l'intention de faire reconstruire le 
palais épiscopal et d'en affecter une partie à l'usage de la Société. 
Hais le projet né* fut pas exécuté (2). 

Il avait promis, dès la première visite que lui fit la compagnie, de 
la faire ériger en académie royale ; mais les divisions qui s'élevèrent 
entre lui et les principaux membres, MM. Mignot, Potel, Moreau et 
autres, tous anciens partisans de M. de Gaylus, lui firent ajourner in- 
définiment sa promesse. La Société, qui s'était adjoint comme mem- 
bre correspondant M. de Livry, premier commis du ministère de la 



(1) L'année précédente^ il avait sévèrement réprimandé la supérieure des fiéné- 
dictine^ de Saint-Fatgeau, pour sa désobéissance au sujet d'un confesseur qa'il avait 
retiré à sa communauté et qu'il avait remplacé par M. Brûlé , doyen de Saint- 
Fargeau. Après une admonestation solennelle où les sœurs sollicitèrent à genoux 
le pardon de leur supérieure , il accorda la grâce de cette dernière. — Arch. de 
l'Yonne 1761. 

(2) M. de Cicé fit reconstruire , au commencement de son épiscopat, le château 
de Régennes dont il ne reste plus de vestiges. Celait un vaste bâtiment flanqué de 
deux ailes. — Voy. l'Annuaire de l'ITonne de 1840. 

u 23 



17fl0 H 1801. 



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554 H. DE cici, 

\m il laoï. maison du roi, comptait sur sa profection pouf obtenir le tkre qa'elle 
sollicitait; mais le crédit de M^ deCicé empêcha le succès, et an com- 
mencement de 1772, Ta Société, au milieu des grands débats que sus- 
cita dans la ville l'édit do 51 mai 1765, sur Torganisation des moni- 
.cipalités, se vit frappée de suspension par ordre du roi. Ses séances 
n'ont pas été reprises. 

La division la plus grande régnait alors dans la ville d'Âuxerre. 

Les querelles religieuses entre les jansénistes et les partisans des 
jésuites s'étaient transportées sur le terrain civil. Les premiers, défeo- 
seurs des doctrines de M. de Gayluset soutiens du parlement, avaieal 
encore une grande majorité dans le corps municipal et dans le bail- 
liage; ils avaient reçu le surnom de Loitiu. Les autres, gagnés par 
M. de Gicé , suivaient les ordres de la cour dans sa lutte contre les 
parlementaires ; on les avait surnommés les Grecs. L'occasion leur 
parut belle lors du changement de la loi qui r^lementait les nHioici- 
palités^ pour expulser leurs adversaires de l'hôtel^e-ville où ils trô- 
naient depuis longtemps. 

On verra, dans Thistoire civile, le récit de ces débats auxquels' 
M. de Gicé dut prendre une grande part, sous peine de voir l'antique 
autorité de l'évéque disparaître dans sa ville capitale. 

En 1765, le sieur Grespin, prédicateur du sermon du lundi de 
P&ques , dans la cathédrale , fut la cause d'un débat entre l'évéqae et 
son Chapitre. Il s^agissait d'opinions émises sur la nécessité de la fré- 
quente communion. Le Chapitre n'y entendait pas raillerie. L'évéque 
soutint son prédicateur, poussa le Chapitre et se plaignit, dans uoe 
visite que lui firent des députés, de la conduite de leurs confrères. Il 
voulut qu'ils lui laissassent par écrit ce qu'ils étaient chargés de lui 
dire ; mais ils s'y refusèrent. L'évéque donna ^ M. Crespin un certi- 
ficat sur l'oribodoxie de son sermon. Celui-ci en demanda l'insertion 
dans les registres du Chapitre qui s'y opposa ; mais il résulte, des dis- 
cussions que cette affaire souleva, que l'évéque avait acquis dansée 
corps un certain nombre de partisans. 

L'affaire de la régale, reprise et abandonnée tour k tour par les offi- 
ciers du roi , qui ne perdaient pas volontiers de leurs prérogatives, 
avait été l'objet de nouvelles instances à la mort de M. de Caylns. 



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CENT CINQUIÈME ÉVÊQUB d'aUXERRB. 555 

Malgré les arrêts da 25 mars 1515 et du 16 janvier 1555, qui 179091 isoi. 
établissaient le droit du Chapitre, le parlement avait reçu , le 18 fé- 
vrier 1762, l'opposition du procureur-général. L'évéque et le Chapitre, 
appuyés sur une consultation de six avocats célèbres du parlement, se 
pourvoient en cassation. Alors le conseil d'état, par arrêt du 21 mars 
1765 , ordonne, sans avoir égard aux procédures, que les parties plai- 
deront directement à la grande-chambre comme avant l'arrêt. L'ins- 
tance continua ainsi jusqu'en 1766, où, après plusieurs remises, l'af- 
faire fut enfin retirée du rôle, et l'église d'Auxerre est demeurée en 
possession de son droit qui était jadis très-important, mais dont l'exer- 
cice ne devait plus avoir lieu. 

Le 15 janvier 1766, M. de Cicé célébra un service solennel pour le 
dauphin, auquel il invita tous les corps constitués. Les frais de cette ce* 
rémonie furent supportes par la ville, ainsi que cela avait déjà eu lieu, 
eu 1711, pour le grand-dauphin, et en 1715 pour Louis XIV (1). Le 
i5 novembre de la même année, il consacra M"'' Henriette de Thyard, 
en qualité d'abbesse des Bernardines des Iles. 

Le Chapitre, qui venait de faire faire, avec sept médailles d'or lé- 
guées par l'abbé Lebeuf , une châsse pour les reliques de saint Germain, 
avait appris avec un vif intérêt l'intention où était M. de Cicé, de faire 
procéder h la vérification des reliques du saint qui étaient toujours 
sous les scellés. Sept commissaires, parmi lesquels étaient MM. Clément 
et Potel , furent députés auprès de l'évêque , pour lui témoigner du 
grand désir du Chapitre sur cet objet (1767). On ne voit pas que cela 
ait abouti à une solution quelconque , soit que l'évêque ait hésité de 
crainte d'erreur, soit autrement. 

Il a été question plusieurs fois, dans le cours de ces Mémoires, des 
tentatives d'usurpation de pouvoirs, faites parles évêques de Bethléem. 
En 1769, M. de Quélen , alors titulaire de cet évêché %npartibu$ , en- 
treprit, après quatorze années d'épiscopat, de ressusciter les anciennes 
prétentions à la juridiction ecclésiastique dans la chapelle et le bourg 
de Pantenor ou de Bethléem à Clamecy. Il s'y rendit au mois de mai, 
accompagné de cinq ecclésiastiques, en institua un grand-archidiacre et 

(1) Reg. da Chapitre, 1766. 



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55G M. DE GICÉ, 

HGo i 1801. vicaire-général et un antre secrétaire de son évéché. Il lit ensuite deux 
ordinations et annonça qu'il viendrait Tanaée suivante ordiner ceux 
qui se présenteraient régulièrement. L'évêque d'Auxerre ne pouvait 
laisser passer cet empiétement sans protester. Ce fut Tobjet d'une ins- 
tance dont la suite ne nous est pas connue (1). 

M. de Cicé avait compté avec raison sur le temps pour triompher 
du parti janséniste. A mesure que la mort le délivrait des principaux 
chefs du Chapitre, il renouvelait par des éléments anti-jansénistes ce corps 
puissant par ses lumières et ses richesses. M. Hignot, grand-chantre, 
mourut le 11 mai 1770. C'était un des plus marquants des chanoines 
et des collaborateurs de M. de Cajlus. Il légua au Chapitre sa biblio- 
thèque, composée de 3,000 volumes. Le choix de son. successeur 
souleva des difficultés sans nombre. L'abbé Letellier, élu, ne voulut 
signer le formulaire qu'avec des réserves subtiles, et en promettant 
seulement une soumission de respect et de discipline par rapport au 
fait de l'attribution des cinq propositions au livre de Jansénius. De 
là refus de l'évoque d'approuver l'élection. Douze chanoines avaient 
môme protesté contre ce choix {"î). M. de Cicé nomme de son chef 
M. Gaudet h la dignité de chantre. Le Chapitre refuse de l'installer. 
Deux notaires y suppléent et le parlement Maupeou l'y maintient par 
arrêt, malgré les protestations du Chapitre. 

M. Yaultier avait été pourvu du lectorat , en 1769, après la mort de 
M. Créthé. M. Lorieux remplaça M. Carrouge , sous-chantre, en 1771 . 
L'archidi^tere de Puysaie, M. Dettey , le panégyriste de M. de Caylus, 
mourut en 1775 , et M. Huet , grand-archidiacre, en 1779. Il y avait 
toujours un point grave qui demeurait depuis 1746 sans solution, 
c'était l'élection du doyen. A la prise de possession de M. de Cicé, le 
Chapitre avait fait des instances auprès de lui pour qu'il sollicitât la 
levée de l'interdit porté par la cour. Dans les premières années du règne 
de Louis XVI , la question fut remise sur le tapis. En 1778, M. Frap- 
pier proposa d'adresser un mémoire au ministre. Le Chapitre ajourna 
ce projet qui fut repris en 1780. Il faisait valoir, auprès de M. Ameiot 



(f) Arch deTYonne, i£' évêcliéde Bethléem. 

(2) M. Frappier fit à ce sujet un discours qui fut imprimé. 



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CENT CINQUIÈME ÉVÉQUE d'aUXERRE. 557 

et de M. deMaurepas, les inconvénients del'élat de choses où il se irou- nco ^ isou 
vait et la nécessité où il était d'avoir un chef stable, le Chapitre étant 
composé de six dignitaires et de cinquante-deux chanoines. M. de Gicé 
appuya la requéie, etla défense d'élire un doyen fut enfin levée. L'élec- 
tion de ce chef du Chapitre était une grande affaire; elle dura trois 
jours, et M. de Robien , chanoine d' Auxerre et prêtre breton , rem- 
porta enfin sur M. Delard , son concurrent. L'évéque ayant mis dans 
l'acte de confirmation quelques mots qui déplurent au Chapitre, ou y 
fit des réserves. 

Les vicissitudes que la politique et les intrigues locales apportaient 
dans le personnel du corps municipal d'Âuxerre, devaient se refléter sin- 
gulièrement sur le bureau d'administration du collège qui était k sa 
nomination. £n 1772, les Grecs ayant triomphé dans la municipalité, 
changèrent le bureau et atteignirent cinq des professeurs que la décla- 
ration du parlement de 1764 avait protégés jusque-là. Ils eurent le 
sort des Jésuites et furent évincés avec une mince indemnité. Ne pou- 
vant expulser les autres maîtres et notamment l'abbé Leroi , principal, 
on résolut de s'en défaire par un procès criminel. Leur esprit janséniste 
fut la cause principale de leur proscription. On les accusa de faire lire 
a leurs élèves de mauvais livres, tels que l'histoire de Port-Royal, la 
vie du diacre Paris , les Nouvelles eclésiastiques , etc. On ajouta qu'ils 
tenaient des assemblées nocturnes et avaient introduit des femmes dans 
le collège. Le bailliage, renouvelé depuis peu, après la création du 
parlement Maupeou, accueillit avec passion les dénonciations ano- 
nymes portées contre ces professeurs. Deux d'entre eux , les sieurs 
Hautefage, sous-principal, et Lefranc, maitre de quartier, furent dé- 
crétés de prise de corps, et le principal, l'abbé Leroi , assigné pour 
être ouï. Le parlement, renchérit sur ces préliminaires , décréta tous 
les accusés de prise de corps et y comprit encore deux des professeurs 
renvoyés par le bureau précédent. 

Les accusés prirent la fuite, et la procédure suivie contre eux fut 
poussée activement. Le 14 août 1772, il intervint une sentence du 
Lailliage qui déclara tous les accusés c véhémentement suspects d'avoir, 
» par une association criminelle, combiné un plan d'éducation 
o dangereuse et pernicieuse , tendant à former, dans la jeunesse cod- 



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558 M. DE crcÉ , 

nfio !) 1801. ^ ^^ ^ '^^^^ ^^^ 1 u° esprit d'insubordination et de révolte contre 
» tOQie aatorité ; » et en conséquence, et après renoncé des crimes im- 
putés particuiièreoieat à chacun, condamna les sieurs Hautefage et 
Lerranc au fooet , à la marque et aux galères à perpétuité, et Tabbé 
Leroi au bannissement perpétuel et k la confiscation de ses biens. Trois 
autres professeurs forent également atteints plus ou moiiis gravement 
par la sentence. L'exécution eut lieu en effigie, par la main du bour- 
reau qui attacha la sentence sur un écriteau planté au milieu delà place 
des Fontaines , et les sergents la publièrent dans tout le ressort du 
bailliage. 

Un contemporain de cet événement rapporte qu'à cette nouTcIie la 
consternation fut générale. En effet, la vengeance du parti grec était 
atroce et rien ne peut la justifier. M. Chardon essaie d'en atténuer la 
cruauté en expliquant la situation des juges qui condamnaient des con- 
tumaces et qui étaient k cette époque trop servilement attaches à Taxiôme 
des criminalistes : fuga fugientem condemnat. Hais ce moyen ne peut 
* être accepté quand on connaît l'esprit de parti qui dirigeait le bailliage 
dans cette affaire. M. de Gicé ne fut nécessairement pas étranger a la 
poursuite des professeurs du collège. Il avait la présidence du bureau 
d'administration , et les coups qui leur étaient portés n'auraient eo 
aucune force sansTavis de ce corps. 

Le changement des professeurs ne se restreignit pas à Auxerre 
seulement. M. de Gicé profita de la circonstance pour remplacer ceui 
des petits collèges de Varzy, Glamecy et La Gharité. Il prit aussi k cette 
époque des mesures pour la surveillance des écoles primaires. Une 
sentence du bailliage d'Auxerre, du 14 août 1773, homologua un 
règlement sur cet objet. Il fut défendu à toutes personnes d'enseigner 
sans approbation et sans en avoir justifié devant les officiers d« justice. 
Le parlement confirma d'abord cette sentence le 25 février 1774, puis 
l'annula le 15 janvier 1776. 

L'heure de la réparation ne tarda pas k sonner pour les victimes de 
la vengeance du bailliage et du parti grec. Deux des professeurs, 
MM. Ricard et Gendrot, les moins maltraités, avaient déjà obtenu 
leur acquittement du parlement Maupeou. Lorsqu'à la mort de 
Louis XV, au mois de novembre 1774, ce corps fut renversé et Tan- 



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CENT ClNQUl&llB ÉVÉQUB d'aUXBRRB. 3K9 

cîeo parlement rétabli, les autres professeurs porgèreot leur cooiamaee 
et obtiarent, le 20 juillet 1775, Jine seutence du bailliage du palais 
qui déclara fausses et calomnieuses les accusatioas portées «oatre eux. 
Le parlement confirma ce jugement le 28 janvier suivant et autorisa 
les accusés à prendre h partie M. Marie de Saint-Georges, procureur 
du roi, pour avoir donné les conclusions adoptées dans la sentence de 
4775, ainsi que les sept juges qui l'avaient signée; MM. Leroi et Navier 
furent rétablis dans leurs fonctions; et tout ce qui avait été lait w collège, 
fut regardé comme nul. 

Le Gbapllre, qui n*avait pas vu d^un bon œil toutes ces persécutions, 
rendit h MM. Leroi , prébende , et Hautefage , semi-prébendé « les 
fruits de leurs bénéfices. L'abbé Leroi reprit aussi possession du collège. 

Cependant le triomphe du parti latin ne fut pas de longue durée* 
M. de Gicé, n'ayant pu se rendre maître de la direction du collège, 
obtint du ministre un changement considérable dans sa destination. 
Au moment de la rentrée des classes de l'année 1776, parpt une dé- 
claration du roi qui l'érigeait en école royale militaire, et peu de jours 
après une deuxième déclaration en confia la direction aux Bénédictins 
de la congrégation de Saint-Maur, à compter du 1®^ décembre 1777. 
Ces Pères firent revivre les antiques écoles de Saint-Germain et org^^ 
Disèrent des cours complets d'études. Soixante élèves y étaient entre- 
tenus aux frais du trésor royal, et sous leur administration il se forma 
des sujets qui devaient être un jour la gloire de leur pays (1), 

La nécessité du récit nous a obligés de n^liger plusieurs liûts^'adboi- 
Btsifation épiscopale que nous allons réunir icii 

En 1768 fut célébré solennellement l'anniversaire séculaire de l'ex- 
pulsion des Huguenots delà ville d'Auxerre. Le journal de Verdun, du 
aïois de mars 1769, rapporte qu'après la procession il y eut ii Thdtel 
de ville un souper de 40 couverts , auquel assista M* le comte de 
Sparre, maréchal de camp, qui fixak sa résidence dans cette ville (i)» 



(1) Fourier, secrétaire perpétuel de rAcadémie des sciences, Davoust, prince 
d'Ekmuhly ont fait leurs études à l'école militaire. 

(2) Cest lui qui fit construire, en 1764 , dans le faubourg Saint-GervaiS; la jolie 
maison qui porte son nom. 



1700 k isoi. 



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360 M. DE CICÉ , 

1760 k 1801. ^ Chapitre fit distribuer 800 livres de pain aux pauvres. Il y vint ud 
concours inimense des pays voisins , et Ton porta à 25,000 le nombre 
des assistants à la cérémonie. 

M. de Cicé nomnaa, en 1779 , M. Tabbé de Polignac, chanoine de 
la cathédrale, son vicaire-général (II devint évêque de Meaux en 1779). 
La translation du titre du prieuré de Saint-Nicolas de Réveillon , pa- 
roisse de Saint-Cyr-lès-Entrains, dans Péglise paroissiale de cette ville, 
eut lieu la même année. 

Les registres de Tévéché nous apprennent que M. Vaultier, vicaire- 
général, fit, le 5 janvier 1777, la Iranslation des reliques de sainl 
Marien et des autres saints renfermés dans les cryptes de l'église Saint- 
Germain. Le procès-verbal du 30 juillet 1C63, qui s*y trouva, ser?it 
de guide. Le 20 avril suivant , il visita la châsse de saint Vigile qai 
était intacte. Il y avait alors 19 ossements; En 1 779 , M. de Cicé 
ayant obtenu de la libéralité du roi la commande de Tabbaye de Mo- 
lesme, le Chapitre lui envoya faire compliment. Le 2 novembre 178i, 
la chapelle de Bois-d'Ârcy fut érigée en succursale sur la demande des 
habitants trop éloignés d'Ârcy, leur paroisse primitive. Cette même 
année, M. de Cicé avait chargé le curé de Breugnon de s'entendre 
avec les autorités de la ville de Clamecy pour remédier aux abus des 
processions. Mais ce dernier répondit qu*ll difi*érait cette réforme, à 
cause de la discorde qui régnait dans la ville (1). La translation du 
titre du prieuré de Saint-Sauveur eut lieu par M. de Cicé , en la cha- 
pelle de la Vierge de l'église paroissiale, le 26 août 1785. Létat 
malsain et humide de l'ancienne église du prieuré avait forcé D. Rosman, 
abbé de Saint-Germain, à demander ce changement. On interdit la 
chapelle de Duenne l'année suivante. 

Les relations de Pévéque avec son Chapitre avaient toujours quelque 
chose de froid et de contraint. M. de Cicé n'assistait pas souvent aux 
offices de la cathédrale pendant les grandes fêtes. Son absence de la 
fête de Noël 1781 détermina le Chapitre à l'inviter très -instamment, 
mais très-respectueusement à s'y rendre h l'avenir. Il ne donna qti'cn 



(1) JJl Arch. de l'Yonne. 



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CENT CINQUIÈME ÉVÊQUB b'^UXERRE. 561 

1784 rornement complet qu'il devait k son église, et après de longs ^^^ ^ igoi. 
pourparlers. 

Pendant les premières années de l'épiscopat de M. de Cicé, le Cha- 
pitre calhédral occupa Taclivité de ses principaux membres ^ des choses 
plus utiles et plus durables que les misérables querelles qui Tagitaient 
sous M. de Gondorcet. On dressa alors la quatrième collection des 
Statuts capitulaires, qui résumait les précédentes, et qui fut homologuée 
par le parlement le 15 février 1766. 

* Dès 1744, frappé des difformités considérables que les constructions 
parasites causaient dans son église, le Chapitre -avait fait abattre le grand 
jubé qui coupait la vue du chœur, et l'avait remplacé par deux petits 
ambons placés de chaque côté des piliers d'angle. Le projet de décorer 
le sanctuaire de la cathédrale dans le goût moderne, était depuis long- 
temps dans l'esprit des chanoines. M. de Cicé, consulté, y avait donné 
son approbation. Après de mûres délibérations , on adopta un plan 
général de décorations fait par M. Ledoux^ architecte. Tout en détrui- 
sant plusieurs monuments d'antiquité regrettables (1), et notamment 
plusieurs tombeaux, nous devons louer le Chapitre de la sobriété et de 
la simplicité qui présida aux travaux exécutés de 1767 k 1772. On 
éleva alors les belles grilles du chœur et des bas-côtés, le maitre-aulel 
et l'autel des fériés qui est derrière. Les anges qui portent les candé-* 
labres du maitre-autel furent l'objet de longs et vifs débats. M.. Clé- 
ment, trésorier, qui résidait k Paris , s'employa longtemps auprès des 
artistes chargés des sculptures. M. de Cicé consacra solennellement le 
maitre-autel et celui des fériés, le 21 avril 1772.11 plaça dans le premier 
une partie du devant de la tête de S. Jacques-le-Mineur, que J. Amyoty 
avait mise en 1576» et dans le second, qu'il dédia à S. Pèlerin, une 
parcelle de la tète de ce saint, rapportée de Bouhy en 1716. 

' Les chapelles des transepts furent également restaurées , et on y 



(1) On vendit en 1776 les magnifiques tapisserieii données au seizième siècle par 
l'évéque Baillet, et que Louis XIV avait admirées. Elles ne servaient plus depuis 
les nouvelles dispositions du chœur. Elles furent achetées par rUôtcl-Dieu qui les 
possède encore. 



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562 M. DE CICÉ, 

1760 i 1801. pl^Ça deux Ubleaux, de S. Michel ei de S. Jeao-Baptiste, qu'on y voii 
encore (1). 

Le Chapilre avail fait démolir aussi, en 1768, rënorme statue de 
S. Christophe qui s'élevait à Tenlrée de la nef. Tous ces grands travaux 
n'avaient pu s'exécuter qu'à Taide de ressources extraordinaires. Oo y 
dépensa 160,000 livres produites par la vente des coupes de la forêt 
de Merry-Vaux. 

Tandis que le Chapitre faisait ainsi travailler dans sa cathédrale, 
l'église de Saint-Germain tombait en ruines. Le 9 mai 1770, le portail 
qui formait une masse considérable, s'écroula par suite de TaffaissemeDt 
de la voûte intérieure. On répara assez mal ce dommage. Sept ans 
après, les moines firent reconstruire lé bas-côté nord de la nef par 
M. Albespeyre. 

Les écoles de Saint-Charles d'Âuxerre n'avaient pas la sympathie 
de M. deCicé ; mais le Chapitre, et notamment son trésorier et plusieurs 
curés jansénistes , les soutenaient par des sacrifices personnels et à 
l'aide des souscriptions de cette association que dès lors la malignité 
publique avait désignée sous le nom de la boile à Perrette. En i765, 
ces écoles s'étaient étendues dans les divers quartiers ; elles formaient 
trois classes dirigées par huit frères, et recevaient 400 enfants. Elles 
se soutinrent de cette manière jusqu'à la révolution, pendant laquelle 
elles furent supprimées. * 

En 1771, le Chapitre trouvant l'occasion de témoigner de la sym- 
pathie au parlement , envoya MM. Frappier et Moreau visiter deut 
conseillers, MM. d'Outremont et Dupuis exilés, l'un àCravan, et l'autre 
à Saint-Bris. 

Trois ans après, la situation équivoque Où demeuraient bon nombre 
des chanoines leur valut un conqpliment à double sens de la part de 
l'archevêque de Sens , que le Chapitre en corps avait été visiter à 
l'évêché, le 19 avril 1774. Le prélat exhorta la compagnie a la paix et 
h la soumission envers TËglise. Les chanoines entachés de jansénisme 
se récrièrent comme on le pense bien. M. Frappier surtout alla loin. 
Cependant, après beaucoup de paroles, et sur l'attestation de 

(1) Le second tableau est de M. Lagrcncc jeune. ^ Rcgist. Cap., année i7S7. 



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CENT CINQUIÈME ÉVÉQUE d'aUXERRE. 565 

M. Vaoiûer, vicaire général de M. de Cicé, que son supérieur, quoique 
présent, avait été étranger k la réponse, le Chapitre se calma. 

Différents symptômes montraient de temps en temps que si les jan- 
sénistes avaient perdu du terrain au Chapitre, ils y avaient encore de 
l'autorité. Si d*un cdté M. Ducrenx adressait de la part de M. Hautefâge 
l'édition nouvelle qu'il venait de faire des Œuvres complètes d'Arnaud 
m que le Chapitre acceptait avec reconnaissance (1782)- > M. Poitevin, 
chanoine, donnait pour la bibliothèque la deuxième partie de l'histoire 
du peuple de Dieu du P. Berruyer, à quoi M. Frappier répondait par les 
instructions de Mgr Tévéque de Soissons et par le bref du pape Clément 
XIII, qui condamnent ce livre. A cette époque la bibliothèque du 
Chapitre, formée dès le temps de Lebeuf, enrichie successivement par 
les dons de MM. PoteU Huet et autres chanoines, avait pris un grand 
développement. Un chanoine était spécialement préposé à sa conser- 
vation et au prêt des Jivres (i). 

Mais d'un autre côté, Tesprit de désordre s'était glissé dans le Cha- 
pitre. Le sieur Parisot, sous-chantre, entré dans les ordres malgré lui, 
se livrait k des écarts fâcheux pour la discipline (2). Plusieurs autres 
jeunes chanoines suivaient cet exemple. Un semi-prébendé, nommé 
Monteix, originaire d'Auvergne, après quelques années d'exercice, 
renouvelant les vieilles prétentions de quelques-uns de ses devanciers, 
s'avisa d'attaquer les privilèges et prérogatives des hauts chanoines, et 
publia en 1786 un mémoire virulent contre ce qu'il appelait leurs 
usurpations. Après un long procès le bailliage et le parlement lui 
donnèrent gain de cause. Ces contrariétés occupèrent sérieusement le 
Chapitre. Mais l'orage, qui grondait depuis longtemps sur la société 
ancienne, allait bientôt faire disparaître tous ces petits débats dans un 
danger commun. L'ordre religieux, ébranlé par l'esprit du siècle, avait 
contribué lui-même & sa ruine. Malgré les efforts de quelques prêtres, 
animés du véritable esprit catholique , on voyait s'étendre dans les 



(i) Elle était de plus de 6,000 volumes. 

(2) 11 racheta plus tard ce que sa conduite avait eu de regrettable dans sa jeunesse. 
L'exil le retrempa. Il mourut dans une tempête sur les côtes d'Irlande, en reve- 
nant en France sous le directoire. 



neo à 1801. 



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564 M. DE CICÉ, 

1700 il 1801. corps religieux ce mouvement de décadence, indice cvidenl d'an mal 
profond. 

Le clergé du diocèse d'Auxerre n'y était pas étranger ; nous venons 
de le voir par le grand Chapitre. Le clergé régulier était également 
frappé de cette maladie. Depuis deux siècles que la plupart des abbayes 
d'hommes étaient données en commande, et servaient de dotation aux 
cadets des grandes familles entrés dans les ordres « le nombre des 
moines diminuait, la règle s'y affaiblissait. Ponligny était devenu 
célèbre à la fin du dix-huitième siècle par Télégance, la galanterie et les 
prodigalités de son avant-dernier abbé, D. Chanlatte, qui mourut en 
1788, en laissant le monastère endetté de 400,000 livres. Le zèle reli- 
gieux était bien refroidi, et le temps était loin où Ton comptait les 
moines de Pontigny parmi les plus savants des enfants de S. Bernard. 

Le noviciat ne donnait plus qu'un petit nombre de candidats, même 
dans les plus grands monastères. Un édit du mois de mars 1768, 
réglementaire des ordres religieux, entreprit leur réforme matérielle. 
Les maisons durent être composées dorénavant de quin::3 religieux au 
moins pour les monastères non réunis en congrégations , et de huit 
pour les autres. Il fut interdit au même Ordre de conserver plus d'un 
monastère dans chaque ville eu bourg, à moins que toutes les maisons 
de l'Ordre ne fussent au complet, ou que ce ne fût parla permission da 
roi. L'édit, provoqué à cet effet par M. Loménie de Brienne, archevèquo 
de Toulouse, puis de Sens, amena peu de résultats. Les réformes admi- 
nistratives, en matière religieuse, n'ont jamais rien produit. 

Les principales maisons religieuses du diocèse suivaient, comme 
nous Pavons dit, le courant de la décadence. On ne comptait, de 1780 
à 1790, à Pontigny, que douze à quinze moines, le même nombre 
St-Germain, kReigny sept, à Saint- Laurent deux; les Ordres mendiants 
étaient aussi'peu nombreux. 

L'abbaye Saint-Germain avait seule montré un peu de distinction 
dans cet abaissement. Le cours de philosophie créé en 1695 pour 
douze novices, s'était augmenté, dix ans après, de l'étude delà théologie. 
Des jeunes gens de la ville, qui voulaient s'initier à cette haute science^ 
s'y faisaient inscrire. C'était comme un souvenir lointain des anciennes 
écoles de Saint-Germain. D. Viole, D. Fournier, D. Bastide, D. Vidal 



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CENT CINQUIÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE.. 565 

marquèrent pendant les deux derniers siècles parmi leurs confrères. ^^^ ^ ^goi. 
Ils furent suivis par les professeurs de Técole militaire, \k la tête desquels 
fat placé le digne D. Rosman. Quelques collégiales n'étaient pas 
non plus dans un état financier très prospère. Dès 1779, M. de Cicé 
projetait de réunir au séminaire celle de Gosne , qui n'avait plus que 
2,000 liv. de revenus, ce qui ne pouvait suffire aux chanoines. La 
pauvreté du Chapitre de la Cité d'Auxerre ne lui permettait pas de re- 
lever son église; ses chanoines voulaient transférer leur office dans la 
chapelle de Notre-Dame-des-Vertus , ruinée en 1780, mais que le 
grand Chapitre devait faire rebâtir. Ce projet ne fut pas exécuté, non 
plus que celui de M. de Cicé, qui voulait les loger sous la voûte de 
rentrée du palais épiscopal. Les chanoines de Gien , tombés, par suite 
de nombreux procès, dans un état de gène irrémédiable, étaient me- 
nacés d'une saisie générale fie leurs revenus. L'évêque étant k Paris, 
les autorisa à emprunter 15,000 liv. pour faire face à leurs dettes. 

Les grandes abbayes de femmes se soutenaient mieux. En 1780 Saint- 
Julien comptait 25 religieuses, les Bernardines des Isles 19, Crise- 
non 15, les Clarisses de Gien 29. Les communautés, fondées depuis le 
xvH^ siècle avec un but d'utilité sociale déterminé , étaient remplies de 
ferveur. Dans les unes on se livrait k Téducation des filles pauvres et 
au soufagement des malades; dans les autres, on recevait les demoi- 
selles de grandes maisons. A Auxerre, les Ursulines, les Yisitandines 
comptaient chacune plus de 50 religieuses; les Providenciennes, 12; 
les Bénédictines de Saint-Fargeau étaient encore 15. 

Néanmoins, il régnait dans plusieurs de ces maisons un défaut 
d'ordre matériel qui tendait peu k peu à amener leur ruine. Les supé- 
rieures dépensaient, à l'envi de leurs devancières , les ressources du 
couvent. Les recettes étaient toujours dépassées ; les travaux de bâtisse 
étaient le défaut favori de ces dames. La chambre générale du clergé 
avait reconnu le mal et voulait y porter remède en supprimant certaines 
maisons pour en relever d'autres plus utiles. C'est ainsi que celle de 
Crisenon fut très-menacée, en 1776, par M. de Cicé qui voulait (1) la 



(t) On rapporte que lors de la visite de Tévêque à Crisenon dans laqueUe il in- 
terdit de recevoir des noviceS; une des anciennes^ la sœur Thérèse, se jeta à ses pieds 



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366 M. DE CIGÉ , 

17G0 k 1801. réunir h celle des Isles dont la gé&e était grande. La dernière ab- 
besse , M™® du Mouchet , parvint h la restaurer. 

La situation financière des corporations religieuses du diocèse pré- 
sente, au moment de la révolution, un chiffre instructif. Le ponillé de 
4781, formé d'après les déclarations généralement amoindries ou 
déjà un peu anciennes des établissements (1), porte les revenus à 
572,000 liv. , sur quoi il y a 109,000 liv. de charges. On peut croire 
ce dernier chiffre exact. Mettons le premier au double : ce sera donc 
un million de rente que possédaient les corps religieux des deux sexes, 
dans le diocèse, à la fin du dernier siècle. Il faudrait y ajouter le revenu 
de rOrdre de Malte, qui n'avait qu'un commandeur à Âuxerre, et 
celui des 210 curés pour avoir un aperçu du total des revenus du 
clergé. Le don gratuit, ainsi que d'autres impositions prélevées sur 
tout le clergé, n'avait pas varié depuis un siècle et s'élevait, en 1780, 
à 59,560 liv., suivant le compte-rendu de l'évêque au bureau de la 
chambre ecclésiastique (2). 

Les dernières années de l'épiscopat réel de M. de Cicé furent mar* 
quées par plusieurs faits importants , indices des grandes réformes qu'il 
voulait opérer. En 1785, sur la demande du Chapitre, il réduisit le 
nombre des fondations qui était considérable et sans proportion avec 
les revenus qui y étaient attribués. En 1654, M. Ségnier les avait déjh 



et lui dit : « Mgr vous ne nous quitterez pas sans nous dire comme Dieu à nos pre- 
mier parents : crescite et mtdUplicamini, » Je m'en garderai bien, ma chère sœur ! 
s'écria M. de Cicé. 

(1) Nous avons comparé les états de revenus présentés aux districts en 1790, pour 
servir à dresser les pensions des religieuses, avec l'estimation du pouillé, et nous 
avons reconnu que certaines maisons n'avaient pas déguisé le chiffre de leurs reve- 
nus en 1781; pour d'autres il y a différence d'un tiers ou de moitié : ce qui tient 
peut-être, comme nous l'avons dit, à la date déjà ancienne des déclarations. 

(2) Une remarque qu'on n'a pas assez faite à l'égard des richesses des commu- 
nautés religieuses, c'est que leurs rentes en argent ont toujours été en diminuant 
de valeur à mesure qu'on se rapprochait des temps modernes, et que par là leurs 
ressources se sont réduites à proportion. Ainsi, beaucoup de communautés avaient, 
au xiv« et au xv« siècle, donné leurs biens à rentes perpétuelles, souvent, dans les 
villes, à charge d'y bâtir. Or, la valeur de l'argent ayant successivement diminué 
d'une manière sensible, une livre de rente qui, au pouvoir de l'argent valait 400 
francs au xiv* siècle, ne représentait plus que deux francs au xviir. 



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CENT GINQUIÈm ÉVÉQUB d'aUXERRE. 567 

diminaées et les avait réglées à une seule par semaine iron empêchée 17^0 h isoi. 
et à une messe basse. En i762, i) y avait ^7 anniversaires. Le tableau 
de réduction n*en porte plus que 59 parmi lesquels 00 en reconnaît de 
fort anciens, tels que eeui de Robert Abolan2, de la maison de Cour- 
tenay, de Bargedé et de plusieurs évéques. 

Le Chapitre de Gien se plaignant aussi de ses fondations^ M« Arrault, 
chanoine, fut chargé d'examiner sa réclamation (1 786). 

Un acte d^administration publique auquel M. de Cicé contribua 
efficacement , fut T interdiction des anciens cimetières de la ville 
d'Âuxerre. Le 7 décembre i784, il ordonna la suppression immédiate 
de ceux des paroisses Notre-Dame-*la-d*Hors , Saint-Loup et Saint- 
Pèlerin ; ceux de Saint-Pierre-en-Château, Saint-Eusèbe et Saint- 
Pierre-en-Vallée, durent servir encore jusqu'au 4*' janvier 1786. 
L'insuffisance de ces cimetières était reconnue depuis longtemps. 

Pendant le cours de sa visite pastorale, au mois d'août 1785, 
Tévéque ordonna, sur la demande du Chapitre Sainte-Eugénie et des 
officiers municipaux de Yarzj, que la treizième prébende de celle col- 
légiale, vacante par la mort du titulaire, serait attribuée au principal du 
collège, conformément k Fordonnance d'Orléans. Jusque-là, par un 
abus toléré mal-k-propos, le principal ne jouissait pas de cette pré- 
bende ; seulement, les treize chanoines s'imposaient de manière k lui 
faire un équivalent. En 1787, pour pourvoir au traitement du curé et 
des vicaires perpétuels qui desservaient la paroisse depuis 1644, le 
Chapitre de Yarzy, vu la modicité de son revenu, obtint de Févéque 
rexûnction de la trésorerie devenue vacante et l'union de la moitié des 
revenus k la cure. 



— Cette loi îoévitable s'est encore fait sentir aussi directement sur les dotations 
en rentes en argent, faites au xii« et auxin» siècle, par les nobles qui plaçaient leurs 
filles dans les monastères, ou qui y fondaient leur anniversaire. 

TeUe rente de 5 liv. qui représentait ffOO fr. an xup siècle ne comptait plus que 
pour sa valeur nominale en 1780. Les censives ont suivi le même décroissement. 
Les guerres civiles du xvi« siècle ont aussi appauvri beaucoup de maisons. Il n'y 
a donc que celles qui, comme Pontigny, Saint-Germain, le grand Chapitre, avaient 
leurs dotations en biens-fonds considérables, qui ont vu grandir leurs richesses en 
raison même du progrès des temps; de manière que ce qu'elles perdaient d'un côté 
elles le retrouvaient de Tautre. 



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368 M. DE CICÉ, 

1760 i 1801. Le Chapitre caihédral, qui éprouvait depuis quelques aouées des 
tracasseries de la part des semi-prébendés, lesquels s'absentaient sou- 
vent et faisaieqt mal leur service, avait résolu de les remplacer par des 
prêtres habitués. On décida la conversion du titre de semi-prébendé 
en commissions simples et révocables. Ce changement considérable, 
essayé en 1784 et auquel M. de Cicé était très-disposé, ne fut pas 
définitivement réalisé. 

M. le comte de Ghastellux devait, h la Toussaint de l'année 4786, 
prendre possession de son canonicat. L'évêque en avait été prévenu et 
le Chapitre préparait le cérémonial accoutumé, lorsqu'on apprit que la 
maladie de M™® de Givrac , sa belle-mère , lui faisait ajournei; son 
projet. 

Une affaire de peu d'intérêt en apparence , mais qui révèle la situa- 
lion des partis religieux, se passa en 1787. M. Yilletard, chanoine 
résignataire de la trésorerie du grand Chapitre, Ae la part de M. Clé- 
ment, dernier titulaire, n'avait pu obtenir h Rome ses provisions, a 
cause de son refus de signer le formulaire. Il en appela comme d'abus 
au parlement qui ordonna h l'évêque de lui délivrer ses titres. Refus 
de M. Closet, vicaire-général. Deux notaires constatèrent le fait et ont 
conservé les dires de M. Yilletard, «qui s'étonne qu'on veuille encore 
lui faire donner une signature non exigée, même pour l'expédition des 
brevets des bénéfices à la nomination du roi ; » mais ce fut en vain 
qu'il réclama, l'évêque n'était pas disposé à céder devant l'entêtement 
du parti (^1). 

Au mois d'avril 1788, la mort de M. Salomon, curé de Saini- 
Renobert , qui était regardé comme un saint par les jansénistes , leur 



1) Les Jansénistes avaient encore de fidèles soutiens; voici un exemple qui prou- 
vera jusqu^à quel point desliommes sensés poussaient la ténacité et la conviction. 
L'abbé Dupuy, qui mourut directeur de Thôpital général en 1791, fit son testament 
en 1766 à Page de 53 ans^ et n'y changea pas un mot depuis. Il y proteste au nom 
de Dieu «contre le monstrueux décret surpris au premier de ses vicaires, le 8 septem- 
bre 1713.» Il déclare en avoir appelé au conseil œcuménique. Il confesse les miracles 
du diacre Paris, de plusieurs desquels il assure avoir été lui-même témoin et il finit 
en témoignant de son dévouement au Saint-Siège. — Archiv. de THôtel-Dieu 
d'Auxerre, § II, L. 2. 



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CENT CINQUIÈME ÉVÊQ13E d'âUXERRE. 569 

donna occasion de faire ce qu'on appelle aujourd'hui une démonstra- ^^qq ^ ^^oi. 
tion. On porta le corps en procession dans Tenceinte de sa paroisse et 
il fut ensuite conduit au grand cimetière. 

L'administration du diocèse était ainsi exposée de temps en temps à 
des débats, lorsque la réunion des états-généraux vint ouvrir une 
nouvelle ère. , 

Le clergé du diocèse s'émut diversement dans cette circonstance. Le 
règlement du 24 janvier i 789, en accordant aux simples bénéficiers le 
droit de suffrage personnel , tandis que les chanoines des églises cathé- 
drales et collégiales, et les religieux n'étaient représentés que par un sur 
dix ou sur vingt, souleva les réclamations du Chapitre de la cathédrale 
qui, tout en s'y soumettant, crut devoir adresser des remontrances an 
roi. 

Mais les curés jansénistes , hostiles à l'évéque , saisirent avec empres- 
sement cette circonstance pour organiser l'opposition qu'ils voulaient 
lui faire à l'élection. Dans l'assemblée des trois Ordres, ils attaquèrent 
les chanoines qui se présentaient en qualité de titulaires de bénéfices 
et firent réduire le nombre des délégués du grand Chapitre. Le bailli 
d'Âuxerre eut fort à faire pour concilier leurs prétentions. Ils agirent 
de même k l'égard des titulaires des prieurés. On vit aussi M. Yilletard, 
chanoine, proposer à la chambre du clergé d'insérer dans son cahier 
la demande de la résidence des évéques , afin d'empêcher la validité de 
l'élection de M. de Cicé. Celle-ci sentit le piège et refusa. M. de Cicé 
était désigné comme le candidat du clergé du bailliage ; les curés lui 
opposèrent M. Marcellot, curé de Saint-Gervais d'Auxerre. Après 
tontes les éliminations , l'assemblée se trouva composée de 254 élec- 
teurs. La majorité fut acquise à M. de Cicé, mais à un petit nombre 
de voix. M. de Robien, doyen, fut nommé député-adjoint, et 
le Trésorier-curé de la collégiale de Toucy, suppléant. Celte opéra- 
tion eut lieu le 7 avril et jours suivants. Les pamphlets les plus vio- 
lents furent publiés contre le Chapitre cathédral après l'élection. 
MM. Pasquier, curé de Saint-Âmatre , et Carré, curé de Sainte- 
Pallaye, se signalèrent dans cette circonstance et maltraitèrent ce corps 
impitoyablement, lui reprochant son orgueil et ses prétentions ambi- 
tieuses. 

Il 24 



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370 M. DE CICÉ, 

1760 11801. ^* ^^ Gicé, eo partant pour se rendre k l'assemblée nationale, 
nomma M. Yiart son vicaire-général (i). Ce chanoine lui était très- 
dévoué et devint son correspondant lorsqu'il fut contraint de 
s'exiler (2). 

Cependant la révolution marchait rapidement et sapait par sa base 
l'antique société française déjà si caduque. Le décret du 15 février 
1790, sur la suppression des Ordres religieux, abattait une des colonnes 
de l'église catholique. Il fut exécuté sans obstacle dans le diocèse pen- 
dant Tannée. Le petit nombre des moines qui habitaient les monastères 
se dispersèrent de divers côtés, emportant à peine de leur humble cel- 
lule les quelques meubles qu'elle renfermait. On fut même sévère pour 
ceux de Pontigny, k qui l'on refusa le couvert d'argent qu'ils avaient 
apporté dans la maison (5). Quelques-uns devinrent curés de paroisses 
après la promulgation de la constitution civile du clergé, d'autres au- 
môniers des bataillons de volontaires. 

En s'emparant des biens des moines, l'assemblée nationale voulut 
au moins assurer leur existence. Une pension modeste, proportionnée 
aux revenus du couvent, leur fut accordée. Ils la touchèrent tant bien 
que mal. Les religieuses, rendues au monde qu'elles avaient oublié, 
se retirèrent humblement dans leurs familles ; la plupart demeu- 
rèrent fidèles k leurs vœux et vécurent obscurément. On cite cepen- 
dant quelques apostasies ; mais leur petit nombre fit ressortir davan- 
tage la conduite de la majorité. 

Nous venons de parler de la constitution civile du clergé qui jeta une 
perturbation profonde dans l'Eglise de France. Œuvre de Camus et des 
autres membres du comité ecclésiastique de l'assemblée nationale, animés 
de l'esprit janséniste, la constitution avait pour but de rendre le clei^é 
français indépendant du saint-siége. On bouleversa de fond en comble 
l'organisation de l'Eglise de France, pour l'accommoder aux nouvelles 



(1) M. Viart est né à Auxerre en 1750. 

(3) Le dernier acte signé par M. de Gicé sur les registres diocésains est du 17 
avril 1789. C'est ta nomination de M. Valleray, en qualité d^archiprêtre de Varxy. 
Les vicaires généraux continuèrent encore de signer quelques actes jasqu^au 15 
août suivant. S'il y eut un registre postérieur il a disparu. 

(3) Arrêté du département du 9 septembre an soir. 



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CENT CINQUIÈME ÉVÉQUB d'aUSEURE. 571 

divisioDd territoriales. Chaque département devint le centre d'nn évéché \m ^ i8i.i. 

dont il prit le nom et qai fut formé en modifiant les anciennes limites 

des diocèses, sans avoir aucunement égard aux traditions. Toute la partie 

du diocèse d'Auxerre comprise dans les arcbiprétrés de Saint-Bris et 

d'ÂQxerre et une portion de celui de Puisaye, furent englobées dans la 

novrelle circonscription qui se composait en même temps d'un démem- 

brament du diocèse de Sens. L'arcbiprétré de Varzy et presque tout 

le reste de celui de Puisaye, écburent à Févêque de Nevcrs, M. Tollet, 

caré de Vandenesse, sacré en i 79i , et qui donna sa démission en 180i . 

La circonscription des départements entraînait celle des diocèses, de 

même qu'aux temps primitifs les cités romaines devinrent les chefs-lieux 

des Douyeaux centres ecclésiastiques; à cette différence près, cependant, 

qu'an in« et au iv^ siècle c'était le pouvoir spirituel qui marquait, sur la 

carte des Gaules, l'emplacement et l'étendue des églises, tandis qu'en 

1790 c'était le pouvoir temporel. 

Le spirituel ne fut pas plus respecté que le temporel. La constitution 
ioterdit de reconnaître l'autorité d'aucun évêque ou d'aucun métropo- 
litain étranger. Les rapports entre les évéques et le pape ne furent plus 
que de simple communion , sans reconnaissance de suprématie, l'ins- 
titoiion canonique devant avoir lieu par le métropolitain ou par le plus 
ancien évêque de la |)rovince. Les Chapitres des cathédrales et des 
collégiales furent supprimés ; l'évêque n'eut plus qu'un conseil formé 
des vicaires de la paroisse principale de sa ville épiscopale dont il était 
loi-même le curé. L'élection des évéques et des curés fut confiée aux 
citoyens, et les curés purent choisir eux-mêmes leurs vicaires parmi les 
prêtres du diocèse, sans avoir besoin de la confirmation épiscopale. 

Le roi, après de longues hésitations, avait fini par donner son appro- 
bation à la constitution civile du clergé ; mais bientôt une réprobation so- 
lennelle, lancée par le pape Pie YI, vint avertir les catholiques du danger 
que courait leur foi. Trente évéques de la Constituante publièrent une 
£flEpoith'ondeijirinctp«s dans laquelle les règles traditionnelles de l'Eglise 
farent mises au jour, pour servir de guide dans l'embarras où se trouvait 
placé le clergé. Beaucoup d'évêquesy adhérèrent; M. de Cicé ne fut 
pas des derniers. 

L'heure de la destruction définitive de l'église d'Auxerre avait sonné. 



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572 M. DE CIGÉ , 

1760 ï 1801. ^° ^"^'^ briser da même coup le grand pouvoir du Chapitre cathédral 
comme celui de la plus mince collégiale. Au mois de septembre i789, 
les chanoines, soit prévision du sort qui leur était réservé, soit aa 
contraire profonde sécurité, avaient ordonné de rédiger la biographie 
de M. de Condorcet, pour, après approbation, être insérée à la suite 
du Gesla Pontifieum. M. Frappier venait de leur soumettre celles 
de MM. André Colbert et de Caylus, qui furent renvoyées h l'examen 
de six commissaires, parmi lesquels étaient MM. Vaultier et Arrault. 

Les cérémonies religieuses, que demandaient de temps à autre les 
citoyens, ne soulevaient plus dans le Chapitre des questions de préro- 
gatives menacées, de droits violés ; on les leur accordait avec empresse- 
ment. C'était, un jour, une messe solennelle pour la fédération, un 
autre, la bénédiction des drapeaux de la légion auxerroise ou des 
arquebusiers. 

Un fait singulier, qui ne doit cependant étonner qu'à demi, c'est 
qu'en i790 les députés de la ville vinrent encore au Chapitre demander, 
selon Tusage, une procession générale pour célébrer l'anniversaire de 
la délivrance des huguenots. 

Les électeurs du département, réunis à Auxerre, le i2 avril 1790, 
ayant résolu de tenir leur assemblée dans la cathédrale, parce qa'iis 
étaient trop à l'étroit dans la nef de Saint-Germain, le Chapitre s'émat 
de la longue interruption que cela allait apporter dans ses cérémonies. 
Il résolut de faire des représentations ; puis, ayant appris indirectement 
que, malgré tout, l'assemblée persistait à se rassembler dans la cathé- 
drale, il se résigna , changea seulement ses heures d'offices , et la 
grande grille du chœur fut fermée. 

Lorsque l'administration du district d'Auxerre fut installée aux 
Jacobins, au mois de juin 1790, le Chapitre lui envoya une députation 
pour la complimenter. M. Yiart portait la parole ; il essaya de para- 
phraser quelques-unes des idées à l'ordre du jour sur les réformes et 
les travaux de l'assemblée ; mais on voyait qu'il ne parlait que du bout 
des lèvres. 

L'administration du département commença, le 15 novembre 1790, 
à mettre à exécution définitive la constitution civile du clergé, en an- 
nonçant officiellement aux municipalités que le département ne formait 



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CEr>lT CINQUIÈME ÉVÊQUE d'aUXBRRE. 575 

plus qu'un seul diocèse dont Tévéque siégeait h Sens. Elle défendit en ^^qq ^ ^^^^ 
même temps a ses administrés de s'adresser à tout autre évéque, et 
décida que le nouveau titulaire serait invité k procéder incessamment k 
l'organisation de son clergé et k rétablissement d'un séminaire, suivant 
le mode déterminé par la loi. 

Le 26 novembre eut lieu la dernière assemblée légale du Chapitre 
caihédral. Il acceptait, avec résignation, depuis le commencement de la 
révolution, tous les coups que l'on portait à l'antique hiérarchie. 

Cependant, il avait eu, un instant, au mois de mai 4790, l'intention 
d'envoyer une adhésion k la déclaration d'une partie de l'assemblée na- 
tionale, au sujet de la religion. Puis il fut décidé qu'on attendrait une 
occasion favorable de « manifester les vrais principes qui animaient le 
B Chapitre sur ce qui se passe relativement à l'état actuel de la religion 
1 catholique, apostolique et romaine (i). » 

Le département, continuant d'exécuter la loi nouvelle, résolut de 
faire fermer tous les chapitres et collégiales du déparlement qui atten- 
daient de jour en jour leur sort. Un arrêté du 29 novembre, signifié au 
Chapitre cathédral le lendemain par MM. Bourasset et Martin, adminis- 
trateurs du district, et Soufilôt, procureur-syndic, mil fin k son exis- 
tence. M. Yaultier, qui présidait les chanoines en l'absence du doyen, 
reçat les députés et leur répondit par ces nobles paroles : 

« Messieurs, 

< Quoique les ordres qui nous sont intimés soient très-aiSigeants 
» pour nous, nous ne perdrons cependant jamais de vue que les minis-' 
» très des saints autels doivent l'exemple de la soumission. 

> Chargés par état des augustes fonctions de la prière publique, 
» du précieux dépôt de la tradition de cette ancienne église, conseillers- 

> nés des pontifes, et exerçant leur juridiction pendant la vacance du 

> siège, nous ne cesserons de satisfaire k ce concours d'obligations que 

> par l'impossibilité où nous allons être réduits de les remplir. 

» Si, cependant, il pouvait nous être permis de vaquer k la prière 

(1) Reg. de délibérations. — Archives de l'Yonne. 



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374 M* Dfi cict, 

)76o a 1801. ' publique, oous coaiinuerions ce saint exercice en vue de la gloire de 
» Dieu, du bonheur de TEtat, de la sanctification des peuples, et pr 
» notre propre consolation. 

» Nous vous prions de vouloir bien consigner notre vceu, ï cel 
» égard, dans votre procès-verbal, comme un monument de notre alta- 
> chement^ le plus fidèle à nos devoirs, et de notre reconnaissaDce 
» envers les fondateurs de cette église. 

> Nous vous prions encore d'y faire mention de la déclaration so- 
» lennelle que nous faisons tous, aujourd'hui, de professer josqa'aD 
» dernier soupir la foi catholique, apostolique et romaine, et d'élre 
• inviolablement attachés à TEglise, h ses principes, a ses pasteurs etè 
» son chef. » 

Cette profession de foi , qui termine l'histoire du Chapitre, moatre 
que ce corps pensait bien différemment alors qu'en i750. 

Ainsi finit le Chapitre cathédral de Saint-Etienne d'Auxerre, et a?ec loi 
l'église de ce diocèse. Fondée au lu^ siècle, elle avait vécu quinze cents 
ans et fourni k la France un grand nombre de prélats distingués qoi 
par leurs travaux et leurs services ont acquis des droits éternels i b 
reconnaissance du pays. 

Les mêmes scènes se répétèrent à Toucy, à Sainl-Fargeau, à Yarzy, 
h Gien, k Clamecy. Toutes les collégiales furent fermées et le diocèse 
d'Auxerre fut effacé de la carte officielle de la France ecclésiastique. 

Un décret du 27 novembre venait de donner le dernier coup a ce 
qui restait encore d'anciennes institutions religieuses, en ordoDDaotqoe 
tous les évéques et curés qui, dans la huitaine, n^auraient pas fait le ser- 
ment de fidélité k la constitution civile du clergé , seraient regardés 
comme démissionnaires. 

M. de Cicé qui, k l'Assemblée nationale, était dans le parti de Top- 
position, ne pouvait prêter les mains k cedécret; il fut donc déchu de 
fait de son autorité épiscopale ; mais son clergé, du moins pour la grande 
majorité, ne le suivit pas dans sa résistance et prêta serment. Il appnt 
celte conduite aux eaux d'Ems où il s'était rendu, en vertu d'un congé 
qu'il avait obtenu le 14 mai 4790. En lisant le Moniteur du 22 février 
i 791, il put voir notamment ce que M. Lepelelier annonçait à TAssem* 



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CENT CINQUlèME tyÈQllE d'aUXERRE. 575 

blëe nationale, que tous les ecclésiastiques fonctionnaires du district ^^^ | j^^. 
de Saint-Fargeau avait prêté le serment(l) • 

A Auxerre, le serment fut demandé au clergé avec appareil et céré* 
monie. Le maire et les officiers municipaux, escoités de gardes natio« 
naux, se transportèrent à cet effet chez les curés. Très-peu d*entre eux 
le refusèrent. Leur exemple fut suivi par les Bénédictins professeurs du 
collège (2). 

A la nouvelle de ces coups répétés dont était frappée TEglise de 
France, le pape Pie VI fulmina, le iO mars et le i 5 avril 1791, deux 
brefs adressés, le premier aux évéques de l'Assemblée constituante, le 
deuxième à tout Je olergé et aux catholiques de France. Il y signalait 
tous les^ vices de la constitution civile du clergé et flétrissait les nou- 
velles élections des évoques qu'il déclarait illégitimes et schismatiques, 
et il ordonnait k tous les ecclésiastiques qui avaient prêté le serment, de 
le rétracter dans les quarante jours sous peine d'être suspens de 
Texercice de tous Ordres. 

M. de Cicé attendait ces actes du souverain pontife pour s'opposer 
publiquement, dans son diocèse, à l'empiétement commis par M. de Lo* 
ménie, qui avait été élu évêque dans le département de l'Yonne. 
Il envoya à ses ouailles une ordonnance datée des eaux d'Aix-la- 
Chapelle, le 4 juin 1791, dans laquelle il reproduit les brefs du pape 
et déclare les accepter entièrement ; et en conséquence « il rappelle à 

> l'obéissance les ecclésiastiques de son diocèse qui ont eu le malheur 
2> de consentir une prestation pure et simple du serment, et ceux qui, 

> ne se bornant pas à cette première contradiction, se seraient ingérés 
» dans la charge des âmes, sans une mission expresse des dépositaires de 

> de l'autorité spirituelle. > 

M. Viart reçut cette ordonnance et la distribua de son mieux dans les 



(1) 11 en fat de même dans le Donziois, où la plupart des curés se soumirent à la 
Constitution. 

(-2) Il se passa alors à Saint-Fargeau un fait qui montre dans quelle disposition 
d'esprit étaient beaucoup de gens sur les questions religieuses. Les Bénédictines 
devant procéder à l'élection d'une supérieure et d'une économe, ce fut un officier 
municipal qui présida l'opération et qui déclara canoniqucment élues les nouvelles 
dignitaires. (28 mars 1791. — Archives de TYonne. Kelig. Bénédictines.) 



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576 M. DE GIGÉ , 

1760 à 1801. pai*oisses. Elle fit rétracter quelques prêtres de bonne foi. Cependant 
onze curés du district d'Âuxerre, avaient refusé le serment ou étaient dé- 
missionnaires. Six l'avaient prêté avec réserves, 66 purement et simple- 
ment, ainsi que 15 vicaires. L'administration du district, en signalant 
cette situation le 51 mars 1791, décide que les défaillants seront in- 
vités par les maires h se mettre en règle, sous peine de destitution, et 
que les curés démissionnaires seront remplacés. Un arrêté du dépar- 
tement du 20 janvier précédent avait suspendu le paiement du trai- 
tement des prêtres non assermentés. L'Assemblée constituante avait 
voulu, en faisant élire les prêtres des paroisses par les citoyens, en re- 
venir h la primitive église; mais l'imitation ne réussit pas: il y avait trop peu 
de foi dans les hautes classes, et le mode nouveau paraissait entaché de 
simonie, puisque l'autorité spirituelle au nom de laquelle on disait agir 
protestait de tout son pouvoir. 

II est temps de parler du nouvel évêque du département, M. Lo- 
ménie de Brienne, né k Paris en 1727, successivement évêque de 
Condom (1761), archevêque de Toulouse (1765), et enfin archevêque 
de Sens (1788) , et cardinal. Il s'était montré très-partisan des idées 
nouvelles. En 1787 étant entré au ministère, il présenta Pédit qui accor- 
dait l'état civil aux protestants. Il adhéra, lui quatrième des évêques de 
France, à la constitution civile du clergé, et fut élu évêque du déparle- 
ment de l'Yonne par les citoyens, vers la fin de 1790. 

Il changea alors son ancien titre (1). En prenant la direction de ce 
nouveau diocèse, il désigna pour son vicaire général, à Àuxerre, un gé- 
novéfin dont nous avons parlé plus haut, M. Pasquier, prieur de Saint- 
Amatre, qui avait fait beaucoup de bruit dans le pays, en 1786, par ses 
prétentions à percevoir la dime sur les vignes de sa paroisse. Les douze 
paroisses de la ville avaient été réduites à quatre : celles de Saint- 
Etienne, de Saint-Père, de Saint-Eusèbe et de Notre-Dame-la-d'Hors. 



(1) M. de Loménie, en conséquence des principes qu^it venait d'adopter, avait, le 
28 avril 1790, prêté le serment civique entre les mains des officiers municipaux de 
Sens. Il profita de cette occasion pour faire connaître ses sentiments qui, dit-il, sont 
tous inspirés par la soumission à la puissance publique, l'amour de la paix et le 
maintien de Tordre et de la tranquillité. 



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CENT CINQUIÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE. 577 

Les trois premières subsistent encore aujourd'hui (I). M. Julien, curé yj^^ igoi. 
de Saint-Loup, fut élu par 57 citoyens pour curé de la paroisse de Saint- 
Etienne, ci-devant cathédrale (15 mai 1791). Les autres églises, dont 
les pasteurs avaient refusé le serment, furent pourvues de la même ma- 
nière. L'autorité administrative proclamait les noms des élus et un Te 
Deum chanté 2i la suite de Téleclion leur servait de consécration (2). 
L'évéque avait, au mois de février 1 791 , recommandé au nom de la cha- 
rité l'acceptation de la constitution. Il essaya au mois d'avril d'organiser 
nn séminaire diocésain. Il en soumit le plan h l'administration départe- 
mentale qui arrêta la création d'un vicaire supérieur et de trois vicaires 
directeurs de la maison, pour la conduite et l'instruction des élèves. 
Trois mille livres furent votées pour cet établissement. 

Le pape, en apprenant la conduite de M. de Loménie, n'avait pas 
tardé à le blâmer sévèrement py un bref qu'il lui adressa et dont des 
copies coururent la ville de Sens dans le mois de mars 1791. En lui 
reprochant son adhésion à la constitution civile du clergé, Pie YI lui 
dit qu'il était la honte de la dignité archiépiscopale et du cardinalat, 
que son immixtion dans le gouvernement d'un diocèse étranger sur la 
simple autorisation de la loi civile, était un crime détestable qui devait 
être expié ou par une prompte rétractation ou par une dégradation 
éclatante (5), Le prélat, cruellement mortifié, abdiqua avec éclat le 
cardinalat, persista tout à fait dans la voie où il était entré, et ren- 
voya au pape le chapeau , marque de sa dignité. 

Cependant, l'administration civile continuait k pratiquer officielle- 
ment le culte catholique, et l'on ne peut révoquer en doute la bonne foi 
des administrateurs qui étaient alors à la tête du district d'Àuxerre et du 
département. Le district d'Auxerre décida, au mois de juillet 4791 , 
qu'une messe solennelle serait célébrée à l'église Saint-Etienne, pour 



(1) Par arrêté du département du 28 bramaire an ii, les trois dernières paroisses 
furent supprimées et réunies à celle de Saint-Etienne qui fut maintenue provi- 
soirement. 

(2) 11 ne fallait quelquefois qu'un bien petit nombre d'électeurs pour choisir le 
curé. Celui de Lalande fut élu par 23 suffrages dans une assemblée présidée par M. 
de La Bergerie, à Saint-Fargeau.— Archives de l'Yonne. Elections. 

(3) Bref du Pape. 



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578 M. DE ClCÉi 

1700 il 1801. l'aoniversaire de la fédération du 14 juillet de Tannée précédente. On fit 
encore, le 15 août suivant, à Âuxerre, la procession pour raccoroplisse- 
ment du vœu de Louis XIIL Le 14 octobre, une messe d'actions de grâ- 
ces réunit toutes les autorités pour remercier Dieu de la proclamation de 
la constitution. Ces usages religieux continuèrent en 1792, et Ton vit 
encore les prêtres constitutionnels prêter leur concours k toutes les fêtes 
populaires. Plusieurs d'entr'eux étaient des hommes distingués. On cite 
le curé Tingault, de Coulanges-la-Yineuse, qui fut longtemps maire; le 
curé Carré, de Sainte-Palaye ; Dhumigny , curé de Cravan, etc. Mais leur 
influence religieuse était généralement nulle sur les vrais croyants, et 
maigre Tentêtement janséniste de certaines paroisses « les brefs du pape 
avaient fait reculer bien des fidèles. D'ailleurs, Tautorité de M. de Cicé 
n'était pas entièrement disparue. Quelques prêtres, qui l'avaient rejoint 
à Ems , Taidaient de leurs conseils pour le gouvernement de son trou- 
peau dispersé. M. Yiart, demeuré k Auxerre, le représentait et avail 
tous ses pouvoirs spirituels. Pendant quelque temps on lui envoya 
encore une partie des revenus de Tévêché, mais cette ressource ne 
larda pas k manquer (1). Signalé comme émigré par la municipalité 
d'Auxerre, le 29 avril 1792, ses biens furent séquestrés et bicnlôt 
après vendus. M. de Cicé avait pour compagne dans son exil M''® Elisa- 
beth de Cicé , sa sœur. Celte famille eut d'étranges vicissitudes pen- 
dant la révolution. Jérôme, frère de Tévêque d'Auxerre, archevêque 
de Bordeaux, émigra en Angleterre ; Augustin , son troisième frère, 
qui s'était réfugié k Hambourg, y forma un petit commerce d'épicerie, 
tandis que sa femme travaillait k la couture; enfin, Adélaïde de Cicé, 
autre sœur de notre évêque, se trouva impliquée dans le procès de 
la machine infernale qui éclata au passage du premier consul, en 

' l'an VIII. MM. Delart et Closet, deux chanoines, disaient k Auxerre 



(1) L'abbé Digard, chargé de sa procuration, réclama au directoire du départe- 
ment, au mois de février 1792, le reliquat du compte de révèché de 1790 et ld,000 1. 
pour les. trois premiers trimestres de la pension de M. de Cicé en 1791, enfin 5,0001. 
pour le premier trimestre|de 1792. Sa requête fut repoussée complètement, attendu, 
disait-on, que le pétitionnairene remplissait aucune des conditions des lois, qu'il pre- 
nait des qualités proscrites (celle d'évéquc d'Auxerre), et qu'il était absent de France 
depuis plus de six mois. 



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CENT CINQUIÈME ÉVÊQUB d'aUXERRE. 379 

ia messe aux catholiques. Les paroisses de la campagne, dont les ^j^ ^ j^^ 
prêtres avaient prêté le serment, demearèrent quelque temps dans le 
caime» mais il n'en fut pas de même dans celles où les anciens curés 
avaient été remplacés. L'irritation commença k diviser les citoyens et 
fat le prélude de plusieurs des malheurs qui allaient souiller la révolu- 
tion. 

 Chevannes, par exemple, on vit le curé Letellier s'opposer 
énergiquement en chaire k la prise de possession de son successeur 
constitutionnel. Il l'accusa d'être un intrus, d'être un loup dévorant qui 
s'introduisait dans la bergerie pour dévorer les brebis, et de n'avoir 
aucun pouvoir légitime. Il écrivit au district d'Auxerre une lettre où on 
lisait ce passage : « Quand vous enverrez votre élu , je serai chez moi, 
je lui céderai ce que j'ai reçu de la nation, le presbytère, l'église de 
pierre et mon traitement; je garderai ce que j'ai reçu de l'Eglise, les 
brebis et l'autorité nécessaire pour les conduire dans le silence et la 
retraite (1). > 

Son vicaire avait adhéré à cette déclaration ; ils furent déférés tous 
deux au tribunal correctionnel. 

 Toucy, le curé Jaillard avait, ainsi que son vicaire, prêté le serment 
sous condition. Ils furent tous deux accusés de fomenter des troubles. 
Le premier s'était éloigné de Toucy, mais il entretenait une active cor- 
respondance aTCC son vicaire et des dames du pays. La municipalité 
intercepta les lettres et dénonça l'affaire au Département qui la renvoya 
devant l'accusateur public, au mois de février 4792. 

Mais la conviction qui animait les prêtres constitutionnels au com- 
mencement de la révolution, parait les abandonner en 179%. Une lettre 
de M. de Loménie a l'administration du département, à la date du 1^' 
juin, lui signale avec regret les rétractations qui commençaient k avoir 
lieu, de la part, dit Tévêque, d'ecclésiastiques qu'on n'aurait pas dû 
soupçonner (2). Il devenait fort embarrassant de remplacer les rélrac- 



(1) Lettre du 12 mai 1791. — Registre du département, arrêté do tt novembre 
suivant. 

(2) Un prêtre qui avait pris une part active aux premiers événements^ le curé 
Carré, de Sainte-Palaye, écrivant à l'administration du district d*Auxerre^ au mois 



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380 M. DE CICÉ, 

1760 il 1801. tataires (1) qai, demearant sar les lieux, avaient un parii prêt h lutter 
contre le nouveau titulaire.. C'est surtout la pénurie de sujets qui préoc- 
cupe M. de Loménie ; il annonce que le séminaire en fournira très-peu 
et que la disette va devenir de plus en plus grande. L'administration ne 
vit pas plus de moyens d*y pourvoir que lui ; et, préoccupée de questions 
instantes, elle ne tarda pas à perdre celle-lh de vue (2). Néanmoins elle 
opéra un bien dont il faut lui savoir gré dans l'intérêt des sciences et des 
lettres. Lorsque le docte P. Laire (5), que la révolution surprenait au 
milieu de ses livres, offrit au conseil-général du département, présidé 
par M. Lepeletier de Saint-Fargeau, ses services pour la conservation et 
la classification des ouvrages provenant des maisons religieuses, il fut bien 
accueilli, et on le chargea de la formation des catalogues de toutes les 
bibliothèques qui étaient déjà entassées dans les chefs-lieux des districts. 
C*est à lui qu'on dut, plus tard, la réunion à Àuxerre d'une grande partie 
des richesses bibliographiques du département. 

La situation déplorable dans laquelle était placée la foi religieusct 
faisait naître chaque jour des agitations nouvelles qui poussèrent ras- 
semblée législative à décréter la déportation des prêtres non asser- 
mentés. Louis XYI mit son veto^ celle mesure, ce qui amena la journée 
du 20 juin i792. L'administration du département, qui jusque-là n'avait 
** pas pris chaudement parti contre les prêtres réfractaîres, et n'avait sévi 
que comme à regret, et sur les plaintes des sociétés populaires, Fadmi- 
oistration entra dans une phase de rigueurs contre cette classe de pros- 
crits. Par un arrêté du i 8 juillet, signé Lepeletier, Maure atné et Foa- 
cier, elle ordonna aux municipalités de signaler aux districts les prêtres 
réfractaires, de les priver de leur traitement, de surveiller leur conduite 



de juillet 1792, était bien désillusionné. Il se plaint de la défiance qui s'élève contre 
les prêtres et la religion chrétienne, que des esprits exaltés et ennemis du calme 
veulent proscrire, avec les abus dont on demandait depuis des siècles la réforme. 
Les prêtres, dit-il, s'interdisent même entre eux toutes visites de bienséance ou 
d'amitié, pour éloigner tout ombrage. 

(1) Mot créé pour la circonstance. 

(2) Archives de l'Yonne, administration ecclésiastique. 

(3) M. Laire, un des plus savants bibliophiles du dernier siècle, se trouvait biblio- 
thécaire de M. de Loménie, à Sens, au moment de la révolution. 



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CENT CINQUIÈME ÉVÊQUE D*AUXERRE. 581 

ei de dénoncer leurs manœuvres qui tendaient a provoquer des troubles, ^^^o ^ ^goi. 
Les citoyens furent également invités h dénoncer les actes séditieux que 
les prêtres pourraient commettre. On voulut bien, toutefois, rappeler 
encore le respect qui leur était dû comme citoyens, et que l'on ne de- 
vait menacer ni leur liberté ni leur sécurité (1). 

Jusque-là la répression n'atteignait les réfractaires que dans leurs 
ressources, mais les événements se pressaient. Le décret du 26 août 
ordonna leur sortie du royaume sous quinzaine^ sous peine d'être dé- 
portés k la Guyane. Les moines, prêtres ou non, furent compris dans 
cette mesure. Les sexagénaires et les infirmes en furent seuls exempts ; 
on les réunit dans des maisons de réclusion. Le décret ne fut pas 
tout d'abord exécuté à la lettre ; mais, après la mort de Louis XYI, 
les autorités du département ayant été renouvelées, on sévit rigoureuse* 
ment. Au mois d'avril 1795, sur des plaintes survenues contre les 
menées des prêtres réfractaires, qu'ils appellent des fanatiques et des 
êtres malfaisants , les commissaires de la Convention , Gamier et 
Turreau, prescrivent la stricte exécution de la loi du 26 août. Les visites 
domiciliaires chez les prêtres furent ordonnées (2) et des maisons de 
réclusion furent établies dans tous les lieux un peu importants. 

Trente-sept prêtres furent mis à la foison réclusion à'Auxerre, dans 
la maison des Yisitandines , (aujourd'hui le séminaire). Parmi eux 
étaient les chanoines Viart, Bobée, Digard et Delart, que leurs relations 
avec M. de Cicé rendaient plus suspects. Ils restèrent en prison jusqu'au 
21 juillet et furent mis en liberté, sauf à être gardés dans leur domicile 
jusqu'à la fête de la fédération du 10 ao&t ; ce qui eut lieu en effet. 

A mesure que la révolution devenait plus violente, le clergé était ex- 
posé à de nouvelles persécutions. Les prêtres détenus au séminaire 
d^Auxerre ne pouvaient recevoir de lettres sans qu'un membre du 



(1) Reg. da conseil général du département. 

(2) L'hôpital générai d'Auxerre, que dirigeait l'abbé Duplessis, servit d'asile à 
l'an d'eux, et Ton assure que le culte catholique y fut toujours pratiqué malgré la 
Terreur. L'abbé célébrait extérieurement dans la maison les fêtes décadaires, mais 
en dépit des menaces, il ouvrait en secret aux fidèles la chapelle; dont la nef était 
remplie de foin, et qui cachait Tau tel aux yeux des malveillants. 



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382 M. DB CICÉ, 

1760)11801. comité de salut public n'assistât à leur ouverture (1). Les prêtres 
coDStitutioDoels, eux-mêmes, ne furent pas épargnés. 

Une loi du 20 septembre 1792 avait interdit au clergé de rece- 
voir les actes de Tétat civil des citoyens. L'évêque du département 
n'avait pas tenu sérieusement la main k l'exécution du décret, et l'ad- 
ministration le dénonça pour ce fait. An mois de mars suivant, d'ex- 
presses recommandations furent faites pour Tapplication de cette loi qui 
enlevait au clergé une des prérogatives auxquelles il tenait le plus. 

Les saturnales de la déesse Raison vinrent ensuite mettre le comble 
aux désastres du culte. Prêtres assermentés ou non, tout fut enveloppé 
dans la ruine universelle. La loi du 20 brumaire an ii (10 novembre 
1795) établit le culte de la Raison et proscrivit tout signe extérieur de 
la religion catholique. Un arrêté du maire d' A uxerre ordonna la fermeture 
de la cathédrale et la cessation du culte à compter du 1®' janvier 1794. 
Mais cette mesure ne s'accomplit pas sans résistance. Le peuple ameuté 
força encore les prêtres constitutionnels k célébrer la messe dans cet an- 
tique sanctuaire, le jour de la Circoncision. Mais, à partir de ce moment, 
la cathédrale, qui servait depuis quelque temps aux séances publiques 
des sociétés populaires , devint le théâtre d'ignobles scènes que la 
plume se refuse de retracer. La frénésie fut portée à ce point que Tin- 
iàme Harat y reçut des hommages qui n'étaient dus qu'à la Divinité. 

M. de Loménie devait, k la vue de tout ce qui se passait, éprouver de 
secrets remords de l'adhésion qu'il avait donnée à l'organisation nou- 
velle du clergé. Son orgueil de grand seigneur et sa fierté de prélat se 
révoltaient. Cependant, il courba encore la tête devant le décret du 5 
octobre 1795, qui abolit l'ère vulgaire et établit l'ère républicaine. Il 
publia donc, au mois de brumaire, un Avertissement atuc citoyens curés 
du département^ en leur adressant le bref républicain qu'ils auraient à 
suivre dans la célébration de l'ofSce divin. Il y justifie le nouveau calen- 
drier du reproche d'être en opposition avec la religion. Il ne trouve 
aucune diificulté pour la translation de l'ofiice du dimanche aux jours 



(1) On vit cependant, au mois de mars 1793, Tadministralton faire un actcdecon- 
descendance envers les prêtres reclus. Elle leur accorda quelques ornements pour le 
service divin. 



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C£NT CINQUIÈME ÉVÊQUE d'aUXERRE. 385 

des décades ; cependaDt , à cause des obstacles matériels d*exécQtion, il noo ï isoi. 
s'en tient provisoirement à l'ancien état de choses. Mettant les lois 
civiles au-dessus des lois religieuses, il déclare que le repos prescrit 
poor certains jours n'est pas un précepte divin, maïs une loi de l'Eglise 
qui n'oblige même les dimanches que hors le cas de nécessité. Ses 
concessions sur le jeûne et l'abstinence du carême, sur la juridiction, 
le costume des prêtres, vont aussi loin que possible, et il ne reconnaît plus 
d'autre autorité dans l'ordre religieux que la puissance temporelle. 

Cette triste palinodie ne dut pas même faire échapper M. de Lo- 
ménie \i la mort. Arrêté au mois d'août 1795, il fut jeté en prison, 
puis relâché pour être repris bientôt après, et il mourut d'une façon 
lamentable le 16. février 1794 (1). Son coadjuteur , Martial de 
Loménie, arrêté comme lui, périt sur l'échafaud le même jour que la 
reine Harie-Ântoinette. 

Tandis que le chef-lieu du département était le théâtre de scènes 
inqualifiables, certains villages exploités par des fanatiques de matéria- 
lisme ne furent pas mieux traités. Ces furieux commirent dans les 
églises des actes de vandalisme inouï, décapitant les statues des saints, 
brisant les vitraux, violant les tombeaux des anciens seigneurs. Mais gé- 
néralement ils étaient regardés avec horreur par la population chez 
laquelle l'enthousiasme patriotique n'excluait pas le sentiment religieux. 

Il j eut alors des prêtres constitutionnels qui faiblirent devant le dan- 
ger. Neuf curés, presque tous jeunes, du district de Saint-Fargeau, 
s'étaient mariés ; beaucoup de prêtres abdiquèrent leurs fonctions et 
déposèrent leurs lettres de prêtrise, espérant apaiser la Terreur par ce 
sacrifice (2). 

(1) Il succomba, dit-on, à une attaque d'apoplexie foudro jante déterminée par les 
mauvais traitements que lui firent éprouver les soldats chargés de l'arrêter. Ces 
misérables lui ayant donné jusqu'au lendemain pour le conduire en prison, passè- 
rent la nuit à boire chez lui. Echauffés par le vin, il leur prit fantaisie d'aller ré- 
veiller l'évéque pour le faire manger avec eux. M. de Loménie se leva et malgré sa 
répugnance il fut obligé de céder au caprice de cette soldatesque qui le maltraita 
ensuite. La peur et les coups qu'il avait reçus, joints an travail d'une digestion 
pénible, lui occasionnèrent une attaque d'apoplexie dont la mort fut la suite. — 
Biographie universelle, 

(2) Arch. de l'Yonne, administration ecclésiastique. 



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584 H. DE CICÉ, 

17G0 k 1801. Cependant une telle anarchie morale ne pouvait durer. Déjà une pre- 
mière réaction s'était opérée, lorsque Robespierre eût écrasé Chaumette 
et le parti des matérialistes dans la Convention. La liberté des cultes fut 
de nouveau reconnue dans la loi. Quoique cette déclaration fût à peu 
près illusoire, elle devint néanmoins dans les provinces un frein légal 
contre les démagogues. 

Au commencement de Tan m (i795), on vit reparaître Tabbé Yiart 
et ses fidèles compagnons, dont l'activité savait profiter de toutes les 
circonstances favorables. Le décret du 50 mai 1795, qui autorisait 
les habitants des paroisses à reprendre pour Texercice de leur culte 
les églises qui n^avaient pas été aliénées, en permit le rétablissement. 
La cathédrale d'Âuxerre fut nettoyée, et le 27 juin on rendit grâces à 
Dieu, par une messe solennelle, de la liberté dont on recommençait à 
jouir. 

Mais cette liberté ne fut pas de longue durée : dès le mois de janvier 
1796, la persécution recommença rigoureusement, et la réclusion fut de 
nouveau décrétée contre les prêtres réfractaires. On vit alors dans les 
campagnes quel contraste régnait entre l'esprit des autorités et celui des 
populations. Les premières, inspirées par le paganisme du Directoire, 
célébraient gravement les fêtes de la Jeunesse, de l'Agriculture, des 
Ëpoux et de la Vieillesse, lisant aux jours des décades les lois et les 
instructions du gouvernement, tandis que le peuple, qui ne comprenait 
rien aux variations continuelles qu'il avait sous les yeux, restait étranger 
à ces cérémonies et se reportait avec ardeur vers le culte de ses pères. 

A défaut de prêtre, un ancien chantre lisait les psaumes dans 
l'église ; les cloches étaient-elles enlevées, on battait le tambour daus 
les rues du village pour convoquer les fidèles. L'autorité faisait-elle 
fermer les portes de l'église . on arrachait la serrure ; la résistance 
répondait a la persécution. 

L'expérience des faits montrait chaque jour combien Tesprit des 
campagnes était demeuré religieux au milieu des saturnales du temps. 
Lors de la promulgation de la loi de Tan m qui rétablissait la liberté des 
cultes, les prêtres constitutionnels, remplissant les formalités voulues, 
avaient repris Texercice de la religion, et les habitants ayant également 
fait leur déclaration de s'assembler à reiïct de pratiquer le culte catho • 



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CENT CINQUIÈME ÉVÊQUE D AUXERHE. 585 

lique, il avail bien fallu les tolérer. Cela avait eu lieu à Conrson où une ^^qq ^ ^^^^ 
émeute de femmes menaçait l'agent national ; à Diges où les habitants pri- 
vés de curé faisaient néanmoins Toifice c à Tex-manière » , dit l'agent ; à 
Hailly-Châleau où Ton avait en vain scellé les portes de l'église avec des 
crampons de fer ; à Saint-Bris où le peuple s'opposait vivement à la fer- 
meture de l'église, et n'assistait pas aut décades. En l'an iv, les prêtres 
du canton de Saint-Fargeau, constitutionnels ou non, s'étaient tous mis 
en lègle pour reprendre leurs fonctions. Il en fut de même dans tout 
le canton de Toucy et dans celui de Yermanton. 

Mais bientôt, comme nous venons de le dire tout à Theure, le gou- 
vernement inquiet, du mouvement des esprits et de l'abandon des fêtes 
décadaires, remit en vigueur les lois sur la déportation des prêtres et la 
suppression des signes extérieurs du culte. Les croix des églises et des 
champs, qui étaient restées debout pendant la Terreur, furent abattues 
en détail. L'administration du département mit un soin particulier à 
faire exécuter sur ce dernier objet, non sans de graves résistances en 
plus d'un lieu, la loi du 7 vendémiaire an iv (sept. 1795). La venie 
des presbytères devint aussi le motif de vives agitations. Â Sacy, en 
l'an V, les femmes du village arrachèrent les portes et les croisées de la 
maison ; à Lain il fallut des gendarmes pour mettre l'acquéreur en pos- 
session. Le pays ne se soumettait pas du 'tout, en matière de culte, au 
régime qu'on voulait lui imposer. L'administration du département se 
plaignait au commencement de fructidor an iv, que les lois sur la police 
des cultes étaient mal exécutées, que les émeutes à l'occasion des prêtres 
réfraclaires «qui travaillent sourdement contre l'État » se renouvelaient 
de plus en plus. 

Cette situation étrange d'un gouvernement tout au moins sceptique, 
persécutant la religion de la majorité des citoyens, dura de l'an vi à 
l'an vm. La maison de réclusion d'Auxerre reçut de nouveaux prêtres 
prisonniers, dont plusieurs prirent le chemin de l'exil (1). Parmi les 
victimes de cette réaction on cite M. Hilarion, curé de Saint-Bris, qui 

(1) Cest par suite de l'esprit tracassicr qui animait alors le Directoire, qu'on vit 
arriver à Auxerre, à la fin de l'an vir, trente-quatre prêtres de l'Alsace. Ils étaient 
en réclusion ou en surveillance; et nccusés d'avoir provoque à la rébellion et à la 

Il 25 



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586 M. DE CICÉ, 

1760 à 1801. ^^^'^ caché les reliques de saint Prix , el qui fut conduit à Sinnamary. 
D'autres furent emmenés à File de Rhé. 

En 1799, la persécution devint encore plus active; il semblait qae 
le Directoire redoublait d'autant plus d'efforts qu'il se sentait plus près 
de sa chute. Bon nombre d'églises furent encore fermées comme en 
93. Champs, Courgis^Courson, Héry, Mailly-Chàteau, Saint-Bris, etc., 
se signalent par leur résistance au fanatisme persécuteur. 

C'était surtout, comme le disaient les agents nationaux, les jours de 
fêtes patronales qui soulevaient les populations. On employa en vain la 
force armée à Chevannes, en l'an vi, pour empêcher la célébration de 
la fête de saint Pierre, le jour où elle tombait dans l'ancien calendrier. 
A Irancy, même chose arriva le jour de Saint-Germain ; k Héry, Tannée 
suivante , l'agent municipal demanda des gendarmes pour empêcher la 
fête de saint Loup. Les agents nationaux eux-mêmes, accusés de 
violer les lois sur l'observation des fêtes décadaires ou de laisser célé- 
brer les anciennes fêtes ou apports, étaient frappés de suspensions. 

En même temps les théophilanthropes, protégés par un des membres 
du gouvernement directorial, ambitionnaient la succession catholique, 
lis professaient une sorte de déisme mitigé qui eut à Âuxerre quelques 
rares sectateurs, dont les réunions se tenaient dans l'église Saint-Ëosèbe. 
Il y en avait aussi à Saint-Fai^ean et à Migé (i). 

Les débris de l'église constitutionnelle avaient entrepris de se relever 
en 1795. Un concile fut assemblé k Paris au mois d'août. M. Frappier, 
ancien chanoine d'Auxerre, y assistait. On connaît l'inutilité des efforts 
de cette espèce de concile pour la restauration de l'église natio- 
nale (2). Elle fut dissoute par le fait de l'accord du premier consul 
avec le pape Pie VU. 



contre- révolution dans leur pays. Us furent détenus jusqu'au mois de Qoréal an vm 
époque où le premier consul les ût mettre en liberté. Ils étaient tous plus que sexa- 
génaires, et quelques-uns même octogénaires. 

(1) En Fan viii, les théophilanthropes d'Auxerre donnèrent beaucoup d'embarras 
au préfet par leurs mauvais procédés envers les catholiques , dans Téglise Saint- 
Eusèbe. Ils s'étaient emparés de l'autel de ces derniers et occupaient une place 
démesurée dans Téglise. 

(2) Il circula dans les campagnes, en germinal an vi, une brochure imprimée des 



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CENT CINQUl&MB ÉVÉOOB D*AUXBRRB. S87 

Le concordat entre le gouYemement français et le souverain-pontife 
fnt signé le 15 juillet 1801. Ce fat le commencement de la rénovation 
do coite catholique en France. Les églises se rouvrirent, les prêtres 
exilés rentrèrent et retrouvèrent leurs ouailles heureuses de leur retour. 

Le département de l'Yonne était demeuré sans évéque depuis la 
mort de M. de Loménie, car on ne peut donner ce nom k un 
M. Ponsignott, qui parut en cette qualité au concile de 1801 et qui se 
fit mettre sur la liste des évoques démissionnaires. H. de Cicé ha- 
bitait toujours k Halberstadt, oii il achevait tristement sa carrière, 
qu'on hasard fâcheux vint encore tourmenter. Sa sœur Adélaïde fut 
impliquée dans le procès de la machine infernale par suite de quel- 
ques rapports indifférents qu'elle avait eus avec Limoelan, l'un des 
conspirateurs. On trouva chez elle des lettres de son frère, du moment 
même de l'événement; elles concernaient les affaires de son diocèse, 
mais elles étaient conçues dans une forme vague et déguisée qui pou- 
vait &ire naître des soupçons. 

Le nom du petit P. François Y. s'y rencontrait avec éloge et comme 
le facteur le plus aeridu et V agent principal de la boutique. Ce fut une 
caose d'erreur pour la justice qui cruty reconnaître le préparateur de la 
machine infernale qu'on nommait le petit François. Ce rapprochement 
de noms tout fortuit en lui-même, car l'évêque parlait de François 
Yiart, son zélé vicaire-général , devint un grave motif d'accusation 
contre M"® de Cicé. Cependant, grâce k H. Bellart, son éloquent dé- 
fenseur, elle fut reconnue innocente. 

Lorsque le pape demanda aux évê([ues leur démission pour pouvoir 
organiser Icb nouveaux diocèses avec le premier consul , M. de Cicé, 
qoi était très-âgé , ne voulut pas abandonner son titre (1). Cependant, 
il ne fit aucune opposition, et concéda aux évêques que le pape mit en 



coostitutionnels d'Auxerre, annonçant le rétablissement du culte et ayant pour 
titre : Lettre pastorale du pretbytère d^Àuœerre à tous Us curés , vicaires, etc^ et à 
Ums les fidèles du département.— Archives, pièces sur la révolution. 

(i) Il paraît que des tentatives avaient eu lieu par M. Viart, dans le diocèse, 
pour demander sa radiation de la liste des émigrés. Le commissaire du canton de 
Thnry signale le curé comme colportant une circulaire imprimée tendant à solli- 
citer les signatures des fldèles dans cette intention. — Archives, floréal an viii. 



1760 k 1601. 



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388 M. DE Ciۃ, 

17G0 h 1801. possession des diverses parties de son diocèse, les pouvoirs nécessaires 
pour les administrer. 

Le déparlement de l'Yonne fut, par le concordat, compris dans le 
diocèse deTroyes, dont M. de Noé devint titulaire. Le reste de Tancien 
diocèse d'Âuxerre demeura presqu'en entier au diocèse de Nevers, comme 
nous Tavons dit plus haut. 

Le dernier souvenir du pauvre évoque exilé à son troupeau mérite 
d'être conservé à la fin de sa biographie. Le village de Gy-rEvéque 
avait été dévasté par une inondation ; M. de Cicé l'apprit dans sa re- 
traite, et envoya aux habitants, dans le mois d'août 1800, vingt 
louis d'or pris sur ses modiques ressources, en leur exprimant le regret 
de ne pouvoir faire davantage (i). Il mourut dans l'émigration, le 
16 novembre 1805, k Halbertadt, en Prusse, dans le couvent des 
Franciscains où il fut enterré. Il était dans sa quatre-vingt-unième 
année. 

Ainsi fini t le dernier évêque d'Âuxerre. Remarquable parla prudence 



(1) Voici sa lettre , telle qu'elle est publiée dans le plaidoyer de M. Bellart pour 
Mlle A. de Cicé. 3 août 1800. 

« Ghers habitants y 

»rai appris avec douleur, par les gazettes, raflreux ravage que Fouragan etTinoD- 
dalion du 9 juillet ont causé dans les villages de Gy-VEvéque et de Vallan. Pen- 
dant longtemps j'ai joui d'une portion des revenus de Pévéché dans votre paroisse 
que je n'ai jamais cessé d'aimer. On n'y doute pas sûrement que si je m'en étais ' 
trouvé à portée je n'y fusse promptcmcnt accouru pour régler avec vous les divers 
soulagements qu'il m'eût été possible de vous offrir et pour tâcher de retenir dans 
votre seiu les famiUes qui ont le plus souffert. 

I) Dans mon éloignement, après toutes les pertes et les différents malheurs que j ai 
éprouvés , les faibles ressources qui me font subsister ne me permettent pas de 
rassembler actuellement plus de 20 louis d'or de France pour les joindre à la masse 
des secours à distribuer parmi vous dans la proportion des pertes et des besoins. 
Sûrement nos bons habitants d'Auxerre et des environs se sont empressés de venir 
à votre secours avec le zèle qu'ils ont toujours eu pour soulager Tin fortune et qu'ils 
ont montré depuis longtemps contre le fléau de la mendicité. C'est une consolation 
pour moi de m'associer encore aujourd'hui pour vous à l'œuvre de leur charité. 
Bientôt je ne pourrai plus en exercer aucune -, et quoique ma santé, grâces à Dien, 
soit meilleure que je n'eusse dû l'espérer, mon Âge de soixante-quinze ans m^avertit 
que dans peu je n'aurai plus pour moi-môme d'autres besoins que ceux des prières 
qu'on voudra bien faire pour mon éternel repos. Je me recommande aux vôtres 
avec confiance , etc. » 



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CENT CINQUIÈME ÉVÉQUB D AUXERRB. ^9 

ei i'élévalîoo do sod esprit, M. de Cicé avait eotrepris dans sod diocèse ^^ ^ isq^. 
le rélablissemeot de raatorité du saioi^iége compromise par le jansé- 
nisme. Les événements ne lui permirent pas d*alteindre son but» mais 
ils donnèrent raison à ses prévisions (1). Il put voir de sa retraite le 
courage d'une partie de son clergé et la faiblesse de Taûtre. La persé- 
cution épura son troupeau; quoique la leçon fût cruelle, elle dut lui pa- 
raître comme à beaucoup de bons esprits une épreuve de la Providence. 

Voici le texte de l'inscription que les Franciscains d'Halberstadt 
placèrent sur sa tombe : 

<r Ânno ab incarnatione Domini 1805, die 16 novembris, hora 
1 12°'^ meridiana etdimidia, sanctis ecclesiœ sacramentis munitus, 
^ pie in Domino obiit, anno setalis suœ Sl™^'. 

» III. agRev. in Christo Pater D. D. Joannes-Baptista-Maria 
» CHAMPION DE CICÉ, âutissiodorensis episgopus. 

1 Hic in sedem suam pontificalem inthronisatus die 3fi^ martii anno 

> 1761 , Gregem sibi commissum verbo pavit et exemple, maguà 

> moram integritate, sincero religionis amore, fide pure, paterne in 
» clerum sibi subditum aflectu, providentiâ ergà pauperes, singulari 
s in omnes affabilitate conspicuns. E Galliâ profugus posteh quam 
» fugerat ex unàcivitate in aliam, Halberstadium advenit; ubi, edifi- 

> catis per totum decennium exemple virtutum suarum fidclibus, 
» complevit peregrioationis suae dies, in ecclesia Franciscanorum 



(1) La manière de voir de M. de Gicé, en politique, était inspirée par les besoins 
du temps. Il disait , en 1789, à rassemblée des trois Ordres réunis à Auxerre : 
a Remercions Dieu d'avoir inspiré au coeur de notre monarque le projet salutaire 
des états généraux. Un monarque ne rend jamais son autorité plus sacrée qu'en 
conservant les libertés nationales. Jamais aussi les peuples n'assurent mieux leurs 
droits qu'en respectant ceux du souverain. 

« C'est rendre à la couronne son véritable lustre ; c'est servir les bonnes et justes 
intentions de S. M. que de nous réunir, j'ose le dire, avec elle contre le torrent 
des abus qui font gémir depuis si longtemps tant de citoyens de tous les ordres, 
surtout dans lés classes les moins aisées, accablées sous le poids de leurs charges. » 
— Arch. de l'Yonne, documents historiques. 



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590 M. DB ClCtj CBNT CINQUIÈME ÉVÉQUE d\uXBBIUS. 

1700)11801. * sepultas. Enixë rogantor sacerdotes et fidèles, ut piè defanclo 

» sacnficiis ac precibus succurrant, qaateaùs, si quae terrenae ei adhae^ 

» seruDt maculse, cité divin» propitiationis gratià deleantar, et coi ooa 

> licuit in terreslrem pairiam remeare, pateat aditos in Jerasalem cœ- 

» lestem, et Ecclesiam primitivoram qui conscripti sont in cœlis. 

» REQUIBSGAT IN PACE. > 

P. K FRANGISCAKl COHVERTCS 
HALB£RSTAmE5SI& 



FIN DE LA SIXIÈME PARTIE. 



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MÉMOIRES 



HISTORIQUES 



SUR 



LES ÉVÊQUES DAUXERRE. 

SEPTIÈME PARTIE , 

Contenant la eontinnation de THistoire Eeclésiastiqoe» 
depois 1802 à 1830. 



CHAPITRE !•'. 

M. DE NOË, ËYÊQUE DETROYES. 

M. de Noé (Marc-ÂntoiDe) , né en 1724 dans le diocèse de La ^^^ 
Rochelle, évêqae de Lescar en 1765, et premier baron des états de 
Béarn, premier conseiller d'honneur au parlement de Navarre, avait été 
choisi par le premier consul pour occuper le nouveau siège épiscopal 
de Troyesqui comprenait, comme nous Tavons vu, le déparlement de 
l'Yonne. Sa nomination date du mois de floréal an x (9 avril 1802). 

Sa réputation d'homme éclairé, de prédicateur éloquent et de prêtre 
éminent par ses vertus l'avait désigné au choix du gouvernement. Il 



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592 M. DE NOÉ, 

im. îïvail fort k faire pour restaurer le culte dans son diocèse et notamment 
dans l'arrondissement d'Âuxerre. Les églises étaient tombées en ruines 
par défaut de soin et par les atteintes brutales dont elles avaient été 
Tobjet pendant les dix années qui venaient de s'écouler. Le personnel 
du clergé avait éprouvé de grandes vicissitudes. 

M. de Noé publia tout d'abord, aux mois de prairial et de messidor 
an X (mai et juin 1802), des ordonnances sur la réduction des fêtes, 
sur la sonnerie des cloches et les cérémonies extérieures du culte, dé- 
coulant des nouveaux principes posés dans le concordat. Le préfet de 
TYonne autorisa la publication de ces actes dans son département (I). 

La première ordonnance est basée sur un induit du légat. L'évêqoe 
la fait précéder de celte pieuse déclaration : « Que si certaines fêtes 
n sont célébrées d'une manière moins obligatoire pour tous les fidèles, 
» il ne sera cependant rien changé aux offices et aux rites observés 
» jusqu'à ce jour pour leur célébration ; les églises seront témoins 

> des mêmes solennités, les voûtes sacrées retentiront des mêmes 
» chants , vos prêtres offriront les mêmes sacrifices, la piété qui ne 
» sera point retenue par des obligations et des devoirs domestiques 

> retrouvera dans nos églises tout ce qui lui est cher, etc. > 
Il fixe ensuite le mode de célébration des fêtes. 

Le règlement pour la sonnerie des cloches n'était pas alors une 
chose indifférente. Il n'y avait pas longtemps encore que cet usage était 
proscrit par la loi de l'an m. Il fallait donc fixer les circonstances reli- 
gieuses dans lesquelles la sonnerie serait pratiquée. 

M. de Noé établit par un autre décret du 27 thermidor an x (15 août 
1802), un certain nombre de cures dont le ressort était aussi étendu 
que celui des justices de paix. On trouvait dans l'ancien diocèse 
d'Auxerre , les cures de Saint-Etienne de la même ville, de Coûlanges- 
la-Vineuse, Coulanges-sur- Yonne, Courson, Saint-Sauveur, Toucj, 
Vermanton, Bléneau et Saint-Fargeau. Le premier consul ratifia cet 
acte le IG fructidor suivant. Ce fut la base du nouvel ordre de choses. 
Les succursales furent établies ultérieurement. 

(1) Le fait peut paraître singulier aujourd'ljui, mais il n'en est pas moins exact. 



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ÉVÉQUE DB TROYES. 593 

Le 18 vendémiaire an xi, tous les curés du département se réuni- im, 
rent à Auxerre et prélèrenl serment entre les mains du préfet pen- 
dant la messe paroissiale de Saint-Etienne , conformément au nouveau 
concordat (1). 

Les théophilanthropes furent définitivement privés des églises et des 
autres édifices nationaux par ordre du ministre de la police générale 
du 17 vendémiaire an x (9 septembre 1801). Le préfet prit des mesures 
en conséquence : ceux d'Âuxerre virent disparaître les emblèmes qui 
remplissaient une partie de l'église Saint-Eusèbe et Ton n'entendit 
plus parler de ces mystiques. 

Certaines paroisses furent encore, dans les premiers temps du réta- 
blissement de l'ordre, agitées par des débats entre le curé constitutionnel 
qui avait conservé ses partisans et Tancien curé qui rentrait de Texil ou 
sortait de sa retraite. 

La paroisse de Treigny fut particulièrement divisée pendant long- 
temps sur ce point. Un sieur Chabrol, prêtre du diocèse de Vaison, 
marié pendant la Terreur, qui s'était installé a Treigny en l'an iv, y avait 
de nombreux partisans, lorsque revint le curé Pautrat, qui était envoyé 
légalement par M. Viart. Le débat aigrissant les esprits , M. de la 
Bergerie, alors préfet prit, le 18 thermidor an ix, un arrêté qui ordon- 
nait l'expulsion de M. Pautrat. Cependant, le ministre des cultes 
Portalis, informé, fit au préfet des observations sur la moralité de 
son protégé. M. de la Bei^erie avoua qu'il en était peu édifié , 
mais il se retrancha derrière des apparences de légalité. L'organi- 
sation régulière du diocèse par M. de Noé mit fin à ces désordres 
et M. Pautrat fut rétabli dans sa cure» qu'il desservit jusqu'à ces 
dernières années. 

 peine le diocèse commençait-il à se réorganiser que la mort 
vint frapper son illustre chef, pour qui le premier consul avait 
demandé au pape le chapeau de cardinal. M. de Noé mourut le 22 
septembre 1802. 



(1) La formule du serment avait été arrêtée de concert entre les deux autorités 
civile et religieuse. 



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594 M. DE LA TOUH-DU-PIN, 



CHAPITRE IL 

M. DE LA TOUR-DU-PIN, ARCHEVÊQUE-ÈVÊQUE 
DE TROYES ET D'AUXERRE. 

1803 à 1807. M^ (Je la Tour-du-Pin (Louis-Apollinaire), ancien évêque de Nancjft 
pais archevêque d'Auch , né en 1744, avait donné sa démission en 
1801 , sur rinvitation du souverain-pontife. Il succéda à M. de Noé 
dans le siège de Troyes, fut nommé le 1®' octobre 1802 et prit pos- 
session le 6 février suivant. Il prenait le titre d'archevêque-évêque de 
Troyes et d'Auxerre. 

M. Leduc, nommé vicaire général du diocèse de Troyes par Tarehe- 
vêque de Paris, métropolitain, continua quelque temps encore après 
la promotion de M. de la Tour-du-Pin , et à cause de son absence, à 
exercer les pouvoirs épiscopaux. 

Cependant le nouveau prélat parvint enfin, après quelques difficultés 
administratives , à organiser le personnel de son clergé dans le départe- 
ment et il annonça sa visite pour le 12 floréal an xi (2 mai 1803}. Le 
préfet en en prévenant les sous-préfets de Sens et de Joignyleur écri- 
vait : c Je vous recommande de lui rendre et de lui faire rendre, par 
> les maires des principales villes où passera Tévêque , tous les hon- 
» neurs qui lui sont dus. A Auxerre , tout est disposé pour faire, à ce 
» prélat respectable, la réception la plus honorable. > 

Il y avait longtemps qu'on n'avait entendu rien de semblable. M. de 
la Bergerie, empressé de se conformer aux dispositions du gouverne- 
ment, s'était mis à Tunisson du nouveau langage officiel. 

Lorsque M. de la Tour-du-Pin arriva à Auxerre , il y tut-, en effet ^ 
accueilli avec beaucoup d'empressement. Sa présence était un gage da 
rétablissement complet du culte. Le 5 prairial (25 mai), les curés- 
desservants réunis dans la grande salle de la préfecture prêtèrent devant 
le préfet le serment prescrit. Ce magistrat leur adressa ensuite une allo- 



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ARGHBVÊQUE DB TROTES. 595 

CQtion j OÙ après avoir tracé le tableau des malhears qu'ils venaient de i^ ^ i^, 
traverser, des persécutions qu'ils avaient éprouvées, il les invita k Toubli, 
k la charité et à la paix. Il r^e dans toute cette pièce un air de res- 
pect pour la religion et pour ses ministres, un ton de vérité et d'éléva- 
tion remarquable. On y trouve ces passages : 

a Le département de TYonne est signalé par le gouvernement 

> comme un de ceux où le schisme a disparu, où toutes les dissidences 
» d'opinions sont fondues et se rattachent au concordat, où règne entre 

> les ministres du culte, les magistrats et les administrés, une harmonie 
» parfaite. 

» Faites donc tous vos efforts, MM. les curés, dans vos communes 
» respectives, pour concourir k l'exécution des lois et des mesures du 

> gouvernement, pour reconnaître les bienfaits que vous devez, avec la 
» France, au héros qui a donné la paix au continent ; etc. » 

Quelques jours auparavant le prélat recommanda k son clei^é et aux 
fidèles une nouvelle institution due k M. de la Bergerie, celle d'une 
caisse de secours pour les incendiés. Déjk en 1790, M. de Loménie 
avait proposé aux administrateurs du département d'étendre cet établie 
sèment k tout le ressort, tel qu'il existait dans son ancien diocèse. 

H. de la Tour-du-Pin, entreprit de réaliser l'œuvre réparatrice k 
peine ébauchée par M. de Noé. Le prélat rendit, le 1®' août 1805, une 
ordonnance pour le rétablissement de la discipline ecclésiastique. Il 
y révoqua les pouvoirs extraordinaires qui avaient été accordés k cause 
de la diificulté des temps et prescrivit instamment aux desservants 
de se rendre dans leurs paroisses et d'y résider. Il recommanda k son 
clergé la prudence et la modération, le soin de l'instruction des pauvres 
et des domestiques et donna des règlements sur les cérémonies du 
mariage, l'administration des fabriques, etc. 

II y interdit expressément aux laïques de remplir les fonctions sacerdo- 
tales dans les paroisses où il n'y avait pas encore de curés « k cause du 
» petit nombre de prêtres dont on peut disposer ; d il déclare que 
c'est la, non un culte, mais un simulacre de culte religieux et un grave 
abus. 

L'arrondissemept d'Âuxerre forma alors un vaste doyenné lequel 
fut dévolu k M. Viart, qui avait été nommé curé d'Âuxerre. On voulut 



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596 M. DE LA TOUR-DU-PIN , ARCHEVÊQUE DE TROTES. 

im à 1807. dÎQ&i honorer les travaux apostoliques du digne vieaire de M. de Cicé, son 
zèle et son dévouement pour la foi pendant la terrible époque qu'on 
venait de traverser. Il continua, comme nous le verrons, d^exercer les 
pouvoirs d'administrateur de cette partie de l'ancien diocèse d'Âuxerre 
sous les successeurs de M. de la Tour-du-Pin. 

Les mandements épiscopaux de ce temps révèlent l'état déplorable 
dans lequel était l'Église de France. M* de la Tour-^u-Pin , pour en 
préparer le remède, autant qu'il était en son pouvoir, établit un séminaire 
dans sa ville épiscopale de Troyes, pour l'entretien duquel il convia 
les fidèles par son mandement du 5 mai i804. Les départements 
chargés par la loi de contribuer k Tentretien de la cathédrale et de 
l'évéché (1) ne faisaient rien alors pour cette institution. Cependant, 
à partir de 1806 et pendant tout le temps de l'empire, le conseiU 
général de l'Yonne « convaincu des heureux effets que produira la 
» renaissance de la religion > lui accorda annuellement 2,400 fr. (2). 
Chaque année les mandements se renouvelèrent pour recommander le 
séminaire qui reçut quarante jeunes gens la première année* Hais 
qu'était ce chiffre en face des trois cents paroisses dépourvues de pas- 
teurs ! 

La mort vint surprendre M. de la Tour-du-Pin au milieu de ses 
travaux et arrêta ses projets. Un mandement des chanoines et Chapitre 
de Troyes pour l'administration du diocèse, le siège épiscopal vacant, 
l'annonça aux fidèles. Le prélat avait succombé le 28 novembre i807. 
Les chanoines faisaient dans cette pièce le panégyrique, de M. de la 
Tour-du-Pin, qu'on appelait le saint archevêqtie. 

Les édifices les plus importants du diocèse; comme l'ancienne cathé- 
drale d'Auxerre, commencent en 1806 h attirer l'intérêt du conseil- 
général du département. On n'avait fait aucune réparation dans ce 
vaisseau pendant la révolution de sorte qu'il était dans un état déplora- 
ble. Le conseil accorda 6,000 fr. en 1806, «regrettant, par des 
motifs d'économie, de ne pouvoir faire davantage pour ce précieux 



(1) Depuis l'an x jusqu'à 1820, le déparlement de l'Yonne contribua pour des 
sommes notables à l'entretien de la cathédrale de Troyes et du palais épiscopal. 

(2) Procès-verbaux du conseil général. 



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M. DE BOULLOGffE, ÉTÊQCE DE TROYES. 597 

monnment» dit M. Olivier Chardon, secrétaire de rassemblée. Chaque isoâ à laor. 
année on fit des instances auprès du gouvernement en faveur de cette 
basilique, mais sans succès. 

L^église Saint-Germain de la même ville, ce vénérable monument 
qui renferme les tombeaux des saints du diocèse, après avoir été condam- 
née à la démolition, y échappa, et, sur une réclamation del'évêqueetdes 
habitants catholiques de la ville, fut conservée pour servir d'oratoire (l). 

Pendant que le pape rétablissait pleinement son autorité sur l'Église 
de France, les débris des jansénistes essayèrent de se reconstituer. Mais 
comme leur nombre avait sensiblement diminué ils ne formèrent plus 
qn^une petite église. La ville d*Auxerre en posséda une chapelle dont 
les rares sectateurs passèrent presque inaperçus jusqu'à nous. 

M. J.-B. Villetard, ancien chanoine de la cathédrale, qui avait sur- 
vécu aux orages révolutionnaires, en était le représentant. Au moment 
de sa mort , en 1805, il était en train de rétablir les écoles de 
Saint-Charles, fondées par M. de Caylus et que la révolution avait 
fermées. Il transmit ce devoir, par son testament, à M. Boui^in Fainé 
et k trois autres personnes honorables d'Auxerre, en même temps que 
la dotation importante attachée k ces écoles qui existent encore aujour- 
d'hui (2). 



CHAPITRE III. 

M. DE BOULLOGNE, ÈVÊQUE DE TROYES, DE CHALONS 
ET D'AUXERRE. 

Le diocèse de Troyes demeura vacant pendant quelque temps après isov h 1821. 
la mort de M. de la Tour-du-Pin, et le Chapitre cathédral fut chargé 



(1) La décision du gouvernement sur cet objet, est du 18 floréal an su. 

(2) M. Villetard pria son neveu, M.Hay, conseiller de préfecture, de le faire en- 
terrer an pied d'un reste de bâtiment élevé par saint Germain et où avait été fondée 
depuis Vabbaye St-Maricn(V. son testam. des12 et28germ. an xiii, reçuDuplessis.) 



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598 M. DE BOULLOGNE, 

\wr ^ 1891. àe radministration. Il publia, en cette qualité, plusieurs maudemeiits 
et ordonnances, particulièrement le 7 août 1808, pour rappeler l'exé- 
cution de rindult du 9 avril 1802 sur la translation des fêtes de PÉpi- 
phanie, de la Fête-Dieu, des apôtres saints Pierre et Paul, et des 
saints Patrons des paroisses, au dimanche le plus proche du jour où 
elles tombent. L'inobservance de ces prescriptions jetait du désordre 
dans l'administration du diocèse. 

M. de Boullogne (Ëtienne-Ântoine), né k Avignon en 1747, fut 
nommé évéque de Troyes à la fin de 1807. Il fut préconisé à Rome 
dans le consistoire du 11 juillet 1808, et sacré le 2 février 1809 ; mais 
il ne vint prendre possession de son siège qu'un peu plus tard, par des 
causes indépendantes de sa volonté. Sa première lettre pastorale est du 
20 mars 1809. Il y prend les titres d'évêque de Troyes, de Chàlons- 
sur-Marne et d'Auxerre , baron de l'empire , aumônier ordinaire de 
S. M. l'empereur et roi. Sa réputation bien méritée d*orateur éloquent 
lui avait valu depuis longtemps des succès dans le monde. Il avait prêché 
à la cour de Louis XVI dès 1783. En 1784, l'évéque de Ghâlons le 
nomma archidiacre et chanoine de sa cathédrale. Ëlu en 1789 député 
de Paris k l'Assemblée constituante, il avait refusé le serment à la 
constitution du clei^é. Détenu, puis mis en liberté jusqu'à trois fois 
pendant la Terreur, il échappa heureusement à une mort certaine. M. 
de Boullogne se livra ensuite k la rédaction des Annales religieiues qui 
devinrent les ilnnalei catholiques^ où il prit souvent ^ partie les consti- 
tutionnels. Le rétablissement du culte lui rouvrit la chaire, dans laquelle 
il brilla d'un nouvel éclat. L'empereur, frappé de son talent, le nomma 
au nombre de ses chapelains. Après avoir été promu à un siège d'Italie, 
qu'il refusa parce qu'il ne connaissait pas la langue de ce pays, il fut 
choisi pour celui de Troyes. 

L'élévation des pensées et la profondeur qui distinguent le premier 
mandement de M. de Boullogne promettaient un prélat destiné à raviver 
l'esprit chrétien dans le diocèse de Troyes. Il y signale Télat des popu«* 
latioos des campagnes que menace la corruption, parce qu'elles sont 
privées de pasteurs. En effet, sur plus de 800. paroisses dont se com- 
posait alors son vaste diocèse, le tiers était sans curés. Aussi s'écrie-t-ii : 
a La morale se perd faute de culture et d'éducation chrétienne. Eiem- 



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ÉVÊQUB DE TROTES. 599 

» pie trop sensible, qai démontre aux moins clainroyants quMl n^j latn h i8si. 
» a point de religion sans pasteurs, et point de mœurs sans religion, 
n En vain les sages du siècle voudraient, à force d'art, obscurcir cette 
» vérité ; toujours il sera vrai de dire que rien ne pourra jamais suppléer 
D aux douces insinuations de Fautorité pastorale , qu'elle peut seule 

> simplifier les opérations si pénibles et si compliquées du gouverne- 

> ment, et que partout où les ministres de la charité disparaîtront, il 

> faudra nécessairemejat multiplier les ministres de la justice. > 
L'indifférence qui animait déjà les peuples est aussi l'objet des regrets 

du prélat ; cependant il compte beaucoup sur le rétablissement des 
écoles chrétiennes et sur l'Université nouvellement organisée, pour 
obtenir, après un certain temps, de meilleurs résultats. 

La confiance die M. de BouUogne dans le gouvernement impérial, 
inspirée sans doute un peu par la reconnaissance et aussi par le désir 
de fortifier l'autorité renaissante, lui dicte souvent dans ses mande- 
ments de pompeux éloges. La grande victoire de Wagram, la paix avec 
l'Autriche, inspirent sa plume féconde. Le mandement sur la naissance 
du roi de Rome est un modèle du genre. Ses souhaits de perpétuité pour 
la nouvelle dynastie se mêlent agréablement aux chants de triomphe et 
de gloire. La ville d'Auxerre vit une seule fois dans ses murs M. de 
BouUogne au mois de juillet 1809; encore ne fit-il qu'y passer rapide- 
ment et presque incognito, de sorte que la réception qu'on se proposait 
de lui faire n'eut pas lieu. 

Quelques jours après la naissance du roi de Rome, il vint à Paris 
assister au concile national convoqué par l'empereur pour remédier aux 
difficultés qui subsistaient entre le pape et lui. Napoléon avait violem- 
ment annihilé la résistance de Pie YII au système continental. La 
politique l'emporta sur le respect dû au vicaire de Jésus-Christ, et 
le pape se vit successivement déposséder de ses états, et emmener pri- 
sonnier à Savonne. Mais ces actes de force matérielle ne pouvaient rien 
sur le spirituel ; le pape refusait de confirmer les évéques nommés par 
l'empereur, et nombre de diocèses demeuraient sans pasteurs. 

C'était pour remédier à cet état de choses, qui devenait inquiétant, 
qu'un concile était convoqué à Paris, le 17 juin 1811. M. deBoul- 
logne y prononça le discours d'ouverture, où il examina Vinfluence de 



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400 M. DE BOULLOGNE , 

im à 1831. ^ religion caûiolique sur V ordre social et le bonheur des empires. L'em- 
pereur, dit-on, vit ce discours d'un mauvais œil. M. de BouUogne, qui 
fit ensuite partie delà commission chargée de la réponse au message 
de Napoléon au concile, avait composé la rédaction de cette pièce, 
dans laquelle on déclarait que Ton demanderait la permission d'en- 
voyer au pape une députalion qui lui exposât l'état déplorable des 
églises. L'empereur propose un décret pour couper court k tout, et de- 
mande que dans le cas où le pape n'aurait pas , dans les six mois , 
confirmé les nouveaux évéques, ce droit serait dévolu au métropolitain. 
La commission décide qu'on soumettra le projet de décret au pape : 
alors l'empereur irrité casse le concile le soir même, 10 juillet, et fait 
arrêter et conduire à Yincennes l'évêque de Troyes, ainsi que les évè- 
ques de Gand et de Tournay. 

Au mois de novembre, M. de BouUogne est obligé de remettre sa 
démission et une promesse par écrit de ne plus se mêler des affaires de 
son diocèse et de n'y entretenir aucune correspondance. C'était la condi- 
tion de sa mise en liberté. II fut ensuite envoyé en surveillance à Falaise. 
Alors il s'éleva dans le diocèse de Troyes une division qui prenait sa source 
dans l'illégalité de la mesure dont était frappé M. de Boullogne. Une 
partie du clergé regardant sa démission comme forcée, envoya consulter 
le pape qui répondit, en effet, que les droits de l'évêque étaient entiers 
et que le Chapitre n'avait aucune autorité. M. de Boullogne, lui-même, 
pressé de se prononcer, avait dit a que dans la situation rigoureuse où 
» il se trouvait, il ne pouvait rien répondre. » 

Alors l'abbé Arvisenet qui, jusqu'au mois de juin 1815, avait signé 
les mandements comme vicaire général du Chapitre, collectivement avec 
M. Treffort, se refusa à continuer et publia sa rétractation. L'éclat de 
cette démarche, qui acquérait beaucoup de poids par la considération 
dont jouissait son auteur, décida le gouvernement à demander à M. de 
Boullogne une nouvelle démission. Celui-ci ayant refusé de la don- 
ner, fut encore jeté dans les prisons de Yincennes, le 27 novembre 
1813. 

M. Alexandre de Gussy fut nommé alors au siège de Troyes, et le Cha- 

' pitre, du moins en partie, le reconnut; et, dans un mandement aux curés 

du diocèse, en date du 10 novembre 1815, ce corps entreprit de se 



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ÉVÉQUE DE TROTES. 401 

justifier des accusations de schisme dont on le frappait pour avoir 4isurpé ^^ ^ ^^x^ 
l'antorité deM.de Boullogne captif. M. Yiart fut soupçonné de fomen* 
ter la résistance dans son doyenné, et la police veillait activement sur 
ses démarc&es ; mais tout se passa sans éclat. 

La chute de l'Empire rendit M. de Boullogne à son troupeau. La per- 
sécution qu'il avait éprouvée le grandit encore aux yeux du nouveau 
gouvernement, dont il épousa chaudement les intérêts. 

Son mandement du iO mai 18i4, qui prescrit un Te Deum solennel 
en action de grâces du rétablissement de la maison des Bourbons, com<^ 
meoce en ces termes : 

« Enfin, nos très-chers frères, après trois années environ d*exil ou 

> de captivité, où nous retenoil la plus injuste tyrannie, pour avoir dé- 
i> fendu de tout notre pouvoir les droits du saint-siége inséparables de 
D ceux des évéques, et ensuite pour n'avoir pas voulu souscrire à des 

> propositions non moins contraires à notre honneur qu'à notre cons- 
» cience, il nous est permis de faire entendre notre voix à ce troupeau 
» chéri dont on a pu nous séparer par la violence, mais que rien n'a 
» pu nous faire oublier. > 

Son retour dans son diocèse y fut a(^cueilli avec joie; cependant, le 
parti qui s'était prononcé pour le Chapitre ne se résigna que quelque 
temps après à la soumission. L'évéque prit alors des mesures pour an- 
nuler les actes d'usurpation commis pendant son exil, mais sans brait et 
sans initier le public à ces détails d'intérieur. 

L'ancien Âuxerrois , faible portion du vaste diocèse de Troyes , 
ue recevait que le contre-coup de ces mouvements. M. Yiart con- 
tinuait de le régir suivant les anciennes traditions. Là vaste étendue 
du pays soumis à l'autorité de M. de Boullogne ne lui permettait 
pas de tout voir par lui-même, et il s'en rapportait h M. Yiart pour tout 
ce qui concernait son doyenné (I). 



(1) Sous rEmpire, M. Viart n'était pas toujours d'accord avec le préfet. M. de la 
Bergerie, qui lui reconnaissait tontes les qualités d'un bon prêtre, Taccusait cepen- 
dant de pécher par excès de zèle. Il se plaignit même à M de Bodllogne de la viva- 
cité extrême que montrait, dan^ ses sermons, ce vénérable abbé, contre les jansé- 
nistes et l'indilTérence des fonctionnaires publics h Tégard de la religion. 

H 26 



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Wi M. DE BOULLOOtte, ËVÉQtlfi DE TROYES. 

1807 1 1891. D'ailléurâ, la politique absorbait presque tout son temps, et il datait 
la plupart de ses ittandements de Paris. Son zèle nouveau pour la 
royauté légitime respire dans tous ses écrits et proclame cette union de 
Fautel et du trône qui était le rêve des hommes de ce temps* 

Les frais du culte entrent sous la Restauration pour une plus grande 
part dans le budget du département* Le conseil général, dans sa session 
de 1816, prit une délibération qui augmenta le chiffre de ce chapitre de 
son budget. Il demanda en même temps l'établissement d'un séminaire 
dans le département, afin de jfaciliter, par son rapprochement des admi- 
nistrés, Taugmentation du nombre des ecclésiastiques* Il offrit, k cet 
effet, une somme de 15^000 f. pour aider aux frais de première ins- 
tallation. 

Ce corps était animé de vues très*religieuses. Il voyait avec inquié- 
tude diminuer le nombre des prêtres^ sans qu'on fit rien pour y re- 
médier» En 1819, M. le comte de Ghaslellux , rapporteur d'une com- 
mission du conseil, fit décider l'adoption d'un projet du préfet tendant 
h contribuer de 50,000 f* pour les établissements ecclésiastiques qn'on 
s'attendait k voir fonder. 

Hé de Boullogne avait été appelé k l'archevêché dé Vienne lors da 
concordat de 1817* Mais les circonstances empêchèrent Texécution de 
cette mesure; toutefois l'arche vêque élu publia alors un mandement an 
fidèles de son diocèse de Troyes, où il fit l'historique des actes illégaux 
commis par son Chapitre et des réparations qu'il en avait faites, afin de 
laisser, dans les archives de l'église de Troyes, une protestation so- 
lennelle pour la conservation des vrais principes (1). 

Nommé pair de France ^ en 1822, M. de Boullogne nous devint 
étranger. II passait la plus grande partie de son temps à Paris où il sou- 
tenait ardemment les privilèges de l'Eglise et les lois tendant k leur main* 



(1) n dît dans son mandement du 17 janvier 1818 : « Nous avons ordonné qoe tons 
» les actes illégaux qui pou?oîent se trouver dans les registres de notre Chapitre en 
» disparussent et qu'il n'y restât plus de trace de ces délibérations plus qu'inégu- 
» Itères. Nous avons déclaré nuls et de nul effet tous les pouvoirs quelconques qui 
» auroient pu être donnés par les envahisseurs de notre juridiction, et les avonsfait 
» également disparaître des registres de notre secrétariat, et néanmoins nous avons 



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M. DE LA FARB, ARCHBTÊQUE DE SENS. 403 

tieD. Il consacrait les loisirs que lai laissait la session à composer des i^ ^ ig^i. 
discours très-goûtés. II mourut d'une attaque d'apoplexie cérébrale dans 
la nuit du 15 mai 1825. Ses restes furent déposés au Mont-Valé- 
rien (1). 

L'établissement du siège archiépiscopal de Sens va commencer une 
nouvelle série de prélats. 



CHAPITRE IV. 
M. DE LA FARE, ARCHEVÊQUE DE SENS ET ËVÊQDE DAUXERRE. 

Le concordat de 1817, qui augmenta le nombre des évéchés et le ^^^ ^ ^^^- 
mit plus en proportion avec les besoins des populations , rendit k 
Tantique siège de Sens son titre primitif d'archevêché ; mais il ne 
fut pas immédiatement exécuté. Cependant le pape Pie VII , par 
sa buUe du 5 octobre 1817, conféra la dignité archiépiscopale de 
Sens à M. de La Fare (Anne*Louis-Henri) /ancien évéque de Nancy , 
aumônier de madame la duchesse d'Ângoulême , pommé à ce siège 
par le roi Louis XVIIL Les limites du nouveau diocèse ne furent 
déterminées que le 4 septembre 1821 , par un bref spécial du pape, qui 
lui assigna Tétendue du département de l'Yonne; c'est alors senle^ 
ment, le 51 octobre suivant, que M. de La Fare prit possession solennelle 
parle ministère de M. de Launay de Vaudricourt, son vicaire général (2). 



» validé ces pouvoirs pour la tranquillité des fidèles dont la bonne foi formoit ponr 
» eux ce que rjËgllse appelle un Ulre coloré. Enfin, nous avons ordonné que toutes 
» les provisions aux curés et desservants, ainsi que toutes les lettres d'ordination et 
» permission quelconques portant le sceau d'une vacance imaginaire et non rcvê- 
» tues de notre signature, nous fussent renvoyées pour en donner de nouvelles, ce 
» qui a été exécuté. » 

Ifi) FeUer, Picot, mandements de M. de Boullogne, etc. — On a recueilli les ou- 
vrages de ce prélat, en 8 vol. iu-S^. 1826 et années suivantes. 

(2) M. de La Fare portait pour armoiries d'azur à trois flambeaux allumés, et sa 
devise était : lux nostbis hostibus igms. 



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404 M. DE LA FARE, 

i8?i i \m. I^c ce moment toute autre juridiction ecclésiastique cessa sur le dé- 
partement de TYonne. Un acte du 10 novembre 4824 établit M. Viart, 
doyen de Téglise paroissiale d*Auxerre, comme vicaire-général de Par- 
chevéque. M. Viart continua d'administrer son doyenné comme aupa- 
ravant, conservant ses habitudes, dirigeant les choses h sa manière 
pour le plus grand bien; de sorte que les changements successifs d aii- 
toYité ecclésiastique ne se faisaient que faiblement sentir dans Tancien 
Auxerrois. Cet état de choses dura jusqu'à M. de Gosnac* 

M, de La Fare, attaché à la duchesse d^Angouléme par son service de 
premier aumônier, devait nécessairement négliger son diocèse. Cepen- 
dant il s'empressa d'en visiter tout d'abord les principales villes. Il 
arriva k Auxerre, le 10 décembre 1821, descendit à l'Hôtel-de-Ville, 
puis se rendit en grande cérémonie k la cathédrale. M. Viart lui adressa 
dans son église un discours où l'éloge du passé du prélat se mêlait à 
l'espoir que l'avenir réservait à Téglise d'Auxerre. 

D'autres allocutions furent également prononcées par différents fooc'- 
Uonnaires de la ville. On y remarque surtout un ton de critique pour le 
régime précédent qui semble malheureusement être de tous les temps. 

Le 1®' novembre 1821, M. Dupont qui avait toute la confiance de 
Tarchevéque fut nommé son secrétaire-général. Le même jour, le Cha- 
pitre métropolitain fut installé. M. de La Fare nomma cinq archidiacres 
portant le titre de chacun des arrondissements du département. 

Ce n'était rien que de créer les titres et les nouvelles fonctions des- 
tinées aux services généraux, il fallait pourvoir aux besoins de plus 
en plus urgents des paroisses qui allaient bientôt manquer de pasteurs. 
Les prêtres qui avaient échappé à la persécution se faisaient vieux ; 
beaucoup d'entre eux étaient plus que sexagénaires. La création de sé- 
minaires pouvait seule après quelques années remédier à cet état fâcheux. 
Aussi dès le 5 décembre 1821 l'archevêque publia un mandement pour 
intéresser les fidèles à cet établissement. Le conseil général du départe- 
ment, dans sa session de 1822, déclarait qu'il manquait plus de la moitié 
des desservants nécessaires aux besoins du culte. Un tiers des autres, 
disait-il, est dans un âge très-avancé, qui menace dans peu de voir vaquer 
un grand nombre de paroisses. Il approuva alors l'offre faite par la ville 
d'Auxerre des ^bâtiments dits de Sainle-Marie pour un petit séminaire 



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ARCHBVÉQUB DE SENS. 405 

diocésain. La fondaiioQ eut lieu en conséquence et fut autorisée par igai ^ 
ordonnance royale du 26 mars 1823 (1). 

Dix bourses de 5,000 fr. furent fondées par le conseil général» k parta- 
ger par moitié entre le grand et le petit séminaire. Les candidats étaient à 
la présentation du préfet. Mais les résultats de cette nouvelle institution 
ne devaient être efficaces qu'après un certain nombre d'années. Aussi le 
chiffre des églises où la desserte se faisait par binage, qui était de 98 en 
1818, était de 111 en 1822, et de 128 en 1828. 

En 1823, M. de La Fare, obligé de partir pour Rome afin d'assister 
au conclave, en sa qualité de cardinal, emmena avec lui M. Dupont, 
pour son conclaviste. 

L'année 1823 est remarquable pour notre ancien diocèse d'Âuxerre, 
par la publication de la bulle du pape (2) qui réunit le titre d*évé- 
ché d'Âuxerre à l'archevêché de Sens. Cet acte eut lieu le 23 juillet. 
Le conseil municipal d'Auxerre, justement préoccupé de la perte de 
Tantique siège épiscopal, avait sollicité la conservation du titre de 
Tévéché et son union k l'église archiépiscopale de Sens, et le roi avait 
accueilli favorablement sa requête. 

M. Dupont, nommé évêque de Samosate inpartibuiinfideliufn^ devint, 
^ partir de 1824, comme le coadjuteur de M. de La Fare et le remplaça 
dans la visite de son diocèse qu'il ne pouvait pas faire lui-même. 

Vers la fin de cette année, des missionnaires furent envoyés à Auxerre 
par M. de La Fare, pour ramener les esprits aux croyances religieuses. 
Hais la prévention d'une partie de la population fut si grande contre 
eux qu ils quittèrent la ville sans avoir obtenu tout le succès qu'ils 
avaient espéré. 

Parmi les mesures, générales d'administration que prit M. de La 
Fare, nous citerons notamment l'ordonnance sur les fêtes, du 28 mars 
1822, par laquelle «ont maintenus les règlements antérieurs et spéciale- 
ment celui du 1®' août 1803» Par cette ordonnance les fêtes de l'Ëpi-^ 



(1] La ville fit abandon des bâtimeiits à condition qu'ils seraient à perpétuité af- 
fectés à un séminaire. 
(2) Du 3 juin 1823.— Yoy, Preuves, t. iv n. 477. 



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406 M. DB LA FARB, 

)8;;i 2i 18:29. phanic, dc saint Pierre et saint Paul et celles des saints Patrons de cha* 
que paroisse forent transférées, et durent être célébrées le dimanche le 
plus proche des jours où elles étaient chômées jadis. 

L'archevêque étant à Paris, le 9 septembre 1824, publia une ordon- 
nance considérable sur la discipline générale du clei^é , sur le service 
divin et sur les devoirs des ecclésiastiques. Le 18 août 1826 parut une 
autre ordonnance pour renseignement du cathéchisme de Sens, grand 
et petit, dans tout le diocèse, à Texclusion de tous antres. C'était 
l'ancien catéchisme de Tarchevéque de Luynes. Bientôt après (20 mars 
1827), une circulaire d'un vicaire-général annonça le projet d'établir 
partout la liturgie sénonaise. On y donnait pour motifs le besoin d'uni- 
formité dans la liturgie, la dégradation des anciens livres et l'impossibi- 
lité de les faire réimprimer sans de grands frais, etc. Mais ce projet n'eat 
pas de suite. Les prêtres de l'Âuxerrois s'unirent pour conserver leur 
belle liturgie qui avait eu l'illustre Lebeuf pour parrain et il ne fut plus 
question de rien. Cette tentative montrait bien qu'il y avait sur ce point 
une grande réforme à opérer, mais le temps n'éiait pas venu et elle devait 
arriver de plus haut. 

Parmi les paroisses de l'ancien diocèse d'Aoxerre qui éprouvèreot 
des modifications dans leur titre, sous Tépiscopat de M* de La Fare, 
on trouve en 1822, l'église Saint-Eusèbe d'Auxerre, qui obtint le rang 
de cure. L'église Saint-Pierre de la même ville, fut alors érigée en 
cure de 5® classe. Jusqu'alors il n'y avait eu à Anxerre qu'une core, 
celle de Saint-Etienne dont le bénéficiaire, M. Viart, se qualifiait curé 
d'Âuxerre(l). 

Le 1®' janvier 1825 eut lieu Térection de l'église de Cravan en 
cure; la succursale de Beaumontdate du mois de novembre 18%. 



(1) M. Viart avait pris, comme on l'a déji vu/des allures d'indépendance qa*att- 
lorisaient jusqu'à un certain point son âge, ses longs services et sa grande influence 
dans tout Ta ncien diocèse d'Auxerre. M. de La Farc , qui n'aimait pas le titre 
d'évéque d'Auxerre que le pape avait ajouté à celui de son siège, ne signait jamais 
qu'archevêque de Sens et d'Auxcrrc. Mais M. Viart avait grand soin^ lorsque des 
pièces de ce genre lui arrivaient de rarchevéché, d'ajouter après le mot Sens « ti 
évéque d'Auxcrrc, » et de ne les publier qu'avec cette rectiûcation. 



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ARGHKVÊQUB DB SENS. 407 

Les Ursulines de Yermanton qui étaient venues de Troyes forent isai i is». 
autorisées le 1^' juillet 1825. 

La mort de M. de La Fare arriva te iO décembre 1829. Cet événe- 
ment fut annoncé au diocèse par les vicaires-généraux élus par le 
Chapitre. 

Nous terminerons ici la suite des Mémoires ecclésiastiques sur le dio- 
cèse d'Âuxerre. L'épiscopat de M. de Cosnac et celui de son vénérable 
successeur ne sont pas encore entrés dans le domaine de l'histoire • 



FIM DE LA SEPTIÈME PARTIE. 



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MÉMOIRES 

HISTORIQIIBS 



SUR 



LES ÉVÊQUES D'AUXERRE. 



HUITIÈME PARTIE, 

Contenant les listes des Dignitaires de la catliédrale et des Âbl)és 

on Prieurs de plusieurs eonununantés 

de la Tille d'Anxerre. 



Nota. Nous avons dû aioûtet dans cette partie les derniers Dignitaires dn zvu' et da xvm« siècle, qui n'étaient 
point donnés par l'abbé Lebeuf. Un astérisque placé au commencement de la lipe indiquera ces adjonctions- 



CORËVÊQUES ET PREVOTS DE L'ÉGLISE D'AUXERRE. 

Quoique le dioeèse d'Auxerre ait été peu nombreux en paroisses dans 
sou origine, puisqn'au vi® siècle il n'y en avoit que trente-sept dans la 
campagne, ainsi qu'on a vu par la vie de saint Âunaire, dix-huitième 
évêque, rapportée ci-dessus (1), il était cependant, dès-lors, de la 
même étendue qu'il est aujourd'hui, c'est-à-dire qu'il s'étendoit jusqu'à 
49 lieues d'Auxerre du côté d'Orléans, et jusqu'à 19 ou 20 du côté de 
Nevers. C'est ce qui me fait croire que dans les moyens siècles, je veux 

:i) X. I, p. lu. 



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410 PRÉVÔTS 

dire ceux auxquels le zèle pastoral commençoit à diminuer, quelques 
évéques d'Âuxerre, soit par infirmité ou parce qu'ils avoient d'autres 
occupations qui partageoient leur soins, auront permis à des évéques ré- 
gionaires de s'établir vers l'une ou l'autre de ces extrémités, comme on 
en a des exemples dans d'autres diocèses. Ces évéques, espace de grands- 
vicaires, avoient des pouvoirs limités et ne se qualifioient jamais évé- 
ques du diocèse où ils rendoient service. 

Le Nécrologe de Téglise d'Auxerre écrit dans le xi® siècle, où sont 
nommés tous les morts remarquables depuis le temps de Charles- 
Martel ou environ, n'en marque qu'un seul qui mourut le 10 décembre. 
On y lit cette annonce h la tête de ce jour : Obiit Wadimiruê corepis- 
copus. 

Les prévôts furent plus connus dans l'église d'Âuxerre que les 
corévéques. 

Par leur charge, ils dévoient prendre soin du temporel des chanoines, 
et cette sollicitude leur produisoit un grand revenu. C'étoit donc au 
prévôt à fournir la nourriture aux chanoines dans le temps qu'ils obser- 
vèrent la règle du concile d'Aix-la-Chapelle (l)t et même depuis qu'ils 
cessèrent de la pratiquer toute Tannée. Ce soin général du temporel, qui 
Tobligeoit à connoltre les terres de l'église, fit que les évéques lui lais* 
soient le soin de pourvoir aux cures de ces lieux du consentement du 
Chapitre; c'est dont il y a un vestige dans la vie de Guy, évéque 
d'Auxerre (2). 

Cette dignité étoit conférée par l'évéque de l'avis et du consentement 
des chanoines, comme il paroi t par une lettre où Pascal II remercie 
l'évéque Humbaud d'en avoir gratifié le chanoine llger. 

Dans les actes, il étoit nommé le premier avant le doyen, même 
dans ceux qui émanoient du Chapitre. 

L'autorité de ce dignitaire ne fut pas toujours goûtée à Auxerre. 
L'évéque Robert de Nevers promit de l'éteindre. Un autre évéque eut 
la même intention ; et, enfin, Alain la réunit au Chapitre, lorsqu'elle 
eut vaqué, en 1177, par la promotion de Gui de Noyers à l'archevêché 
de Sens. - 



!} Vie d'Angclclme, Héribald, Wala, etc. | [% Koy. t. i. page 237. 



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DE l'église dauxerre. 411 

Les prévôts les plus anciens de Téglise d'Âuxerre, h eu juger par le 
Nécrologe <1q xi^ siècle, sont : Ermembert, prêtre, qoi y est au 16 
février; David, au 27 avril ; Ermenfroy, au 7 août. Il donna des terres 
situées sur le ruisseau de Beauche, et d'autres à Vaux ou dans la vallée, 
et à Basson en Sénonois. Âdémard, prêtre an 9 novembre, Etienne, 
prêtre au 4 décembre, et Ermembert, diacre au 5 du même mois. 

Vaidric, qui les suivit, est au 1^' mars; Bobert est au 51 octobre ; 
ces deux précédèrent ceux que je vais nommer, dont on sait le temps 
positivement. 

HncuES, prévôt de l'église d'Âuxerre, neveu de Tévêque Geoffroy de 
Champaleman, fut élu évéque de Nevers vers Tan 1060. 

Hugues II est nommé dans un titre de 1076, concernant la fondation 
du Chapitre de Clamecy en 1076 (1). Il pourroit être le même que le 
nécrologe dit au 5 août être mort dans le voyage de la Terre-Sainte. 
Dans le catalogue des chanoines, écrit vers Tan 1000, il n'est que parmi 
les sous-diacres. 

Ingelbold, qui rebâtit Grevan, Âccolay et Villeneuve, est dans le 
nécrologe, au 12 novembre, du caractère du xii^ siècle. Ainsi, il doit 
être ici ou après Ilger. 

Emelbert, prévôt de Téglise d'Ânxerre, signa, en 1109, un accord 
entre Etienne, abbé de Bèze, et Hugues, abbé de Saint«-Germain 
d'Ânxerre. 

Ilger ou Ulger fut fait prévôt par Tévéque Humbaud, son oncle, sur 
la fin de son épiscopat, vers l'an 1 1 12 ou 1 1 15. Il eut quelques suffrages 
pour lui succéder. Il fut de son temps le modèle des chanoines, et sur 
la fin de sa vie il se fit religieux. Il donna un moulin du côté d'Âigleny, 
poar l'anniversaire de son oncle, bien de Tai^enterie et des livres. 

Etienne, prévôt, vivoit en 1151. 

Hervé, en 1157. 

Gui de Noyers est qualifié prévôt en plusieurs litres, depuis l'an 

(1) Fojf. Preuves, t. iv. 



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412 DOYENS 

il68 jusqu'en 1177, qu'il fut élu archevêque de Sens. Il écrivit à la 
tète du Chapitre au roi Louis-le-Jeunc, pour le prier de prendre la dé- 
fense des terres du Chapitre contre le comte de Nevers (1). 



DOYENS DE L'ËGLISE DAUXERRE. 

Le nom de doyen ne se trouve employé, pour désigner un titre 
honorifique parmi les clercs ou chanoines, que depuis le concile d'Âii- 
la-Chapelle tenu sous Louis-le-Débonnaire. Plus anciennement, il étoit 
d'usage parmi les moines, comme il paroit par les règles. Il est même 
employé dans saint Jérôme et dans saint Augustin. Les fondions des 
doyens étoient purement spirituelles. C'étoit ^ eux b veillera Tobserva* 
tion de la règle ; cependant, le doyen à Auxerre n'étoit pas le premier 
du Chapitre, et il ne le devint que lorsque la prévôté fut supprimée. 

Ce doyen jouissoit autrefois de plusieurs beaux droits : il avoit juri- 
diction dans la ville et faubouYgs d' Auxerre, excepté la paroisse de 
Saint-Loup (2). Il avoit un officiai et une cour où se passoient des actes 
solennels. Ces droits commencèrent à être combattus par Guillaume de 
Seignelay, fait évêque en 1207 (a). 

La dignité de doyen est celle qui a fourni un plus grand nombre 
d'évéques à Téglise d'Auxerre. Elle est élective par le Chapitre, et on 
doit appeler à l'élection du doyen même les chanoines absents. Sa place 
est la première en entrant au chœur a main droite. Ce dignitaire porte le 
rochet sous son surplis ou sous son camail. 

Le premier monument qui fournisse le nom des doyens de Téglise 
d'Auxerre, est le Nécrologe qui se trouve écrit d'un caractère d'environ 
le commencement du xi^' siècle. 



(1) Ducbêne, t. iv. | (2) Voy. la vie de Guill. de Seignelay. 

(a) Au xii« siècle, Hervé de Chilry prenait le litre de Dei gratia deeanus. 

(JV. d. JE.) 



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DE l'église d*auxerre. 415 

Voici les noms des plus anciens, rangés selon les jours des mois qu'ils 
sont décédés : 

Adoyn, mort le 27 janvier. Rotfrid, le 1" mars. Valchaire, prêtre et 
dojen an i8 mars. Aigulpbe, prêtre et doyen, le 29 avril. Salomon, 
chanoine et doyen, le 9 août. Ingebaud, prêtre et doyen, le 8 septembre. 
Gauzon, prêtre et doyen, le i9 octobre. 11 légua aux chanoines son do- 
maine de Grevan. Vital, doyen, mourut le 1®' décembre. Âcclevert, 
prêtre et doyen, mourut le J 5 du même mois. Benoit, Geoffroy, 
Âganon et Hugues n'ont vécu qu^après tous ceux-là, et sont morts 
durant le cours du xi® siècle. le 4 et 16 janvier, le il mars et le 50 
avril. 

Voici les noms de ceux qu'on connoît depuis la fin du même 
siècle. 

HuHBAUD, issu d'une famille d'Auxerre. Il souscrivit aux lettres de 
fondation du Chapitre de Clamecy, en 1076, et fut depuis évêque 
d'Auxerre en 1087. 

Frodon, doyen, signa en 1110 l'accord fait par l'évêque Humbaud, 
entre Létheric, abbé de Saint-Benoit-sur-Loire, et les seigneurs de 
Toncy, touchant les coutumes de Villiers-Saint-Benoit. 

Etienne, doyen, est nommé en plusieurs actes. Dans un titre du 
monastère de Molême, de 1125; dans un autre de la même année, qui 
regarde la donation de l'église de Saint-Fargeau,' faite par Hugues, évê- 
que d'Auxerre, à Gervais, abbé de Saint-Germain. On le trouve pareille- 
ment à l'an 1126, dans le cartulaire de Crisenon ; et il souscrivit, en 
1128, à la donation faite de l'église d'Augy aux chanoines de Saint- 
Père, par l'évêque ci-dessus nommé. 

GossELiN, doyen, souscrivit en 1156 à la donation de quatre églises 
faite au Chapitre d'Auxerre (1), par l'évêque Hugues, et, en 1145, à 
celle de l'église Saint-Pèlerin faite aux religieux de Saint-Père. On lit 
dans les additions au premier Nécrologe, au 25 novembre, jour de sa 
mort, qu'il donna au Chapitre sa maison avec des vignes, qu'il fonda 
un chapelain Si l'autel de Saint-Clément, qu'il donna des ornements à 

(1.) Spicil., t. XIII. 



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414 DOYENS 

Tëglise et an calice accompagné de tuyaux d'argent, pour la communion 
du sang. Il est aiissi dans TObituaire de Tan i250, sous le nom de 
Jocelin* 

Miles I^^ du nom signa, comme témoin, le titre des donations que 
le comte Guillaume fit au monastère de Saint-Marien en 1140. Il 
mourut le 21 avril, selon un nécrologe de cette maison va par Dom 
Viole. Je trouve dans un obituaire du prieuré de Notre-Dame-la-d'Hors, 
dépendant de Saint-Marien; au i5 mai, d'une main d'environ Tan 
1400 : Commemoratio Milonis decani Autiss. pro quo habemiLS iij $oL 
super ierram de Campo^Regis. 

GuiLLAUMB h^ du nom est nommé dans le cartulaire de Crisenoo, à 
Tan i J59. Il est présent Si la vente de deux hommes de Venoy, faite à 
Fabbé de SainirGermain, en t160 (i). En il 66, il assista à Tacte de 
. la suppression de la prévôté du Chapitre ; en 1176, à une confirmation 
da droit du prieuré de Saint-Eusèbe, sur les prébendes vacantes. La 
chronique de la cathédrale écrite en marge du cycle pascal, met k Tan 
1165 : Devinea Wilhlmide Prune^ annus iste primus. Il pourroitêtre 
ce Guillaume doyen, dont Tannonce de l'obit marqué au 16 octobre, 
est conçue en ces termes : < Obitus Guillelmi de Pruneto presbyteri et 
» decani xl. s. super vineam de Poriaco que fuit Milonis de Tremunt 
» militb fratris ejus{a). » 

Hugues de Noyers» Il fut doyen peu de temps, mais on est assuré 
qa^il le fat avant que d'être élu évéque d'Âuxerre, Tan 1182. 

Hervé de Chitry, succéda à Hugues de Noyers. Il est nommé dans 
des actes de 1186 (2) ; dans le testament du chanoine Abbon de Fan 
1191 ; dans la confirmation du don de Pierre de €histriaco son frère, de 
la même année ; dans un acte de 1195, touchant une maison de la pa- 
roisse de Saint-Pèlerin, et dans le cartulaire de Reigny, à Tan 1194. 

(1) Cart. S. Genn. \ (2) Voy. Preuves, n» 82. 

(a) Il approuva en 1178 le don du cours d'eau, fait par Hervé Cellerier, de Saint- 
Etienne a Tabbaye de Saint-Marien. — Arch. deTYonne, fonds Saint-Marien. 

(N, d: E.) 



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DE l'église d'ai/xerre. 415 

L'obituaire de la cathédrale, écrit vers i250, met au 30 mars : « Ob. 
n Hervei decani lx s. quos débet capitulum pro operatoriis juxta portam 

> comîlis, emplis de denariis suis ab heredibus Guiberti Roter, super 
» que etiam idem decanus assigna vit alios lx. sol. in anniv. Manasse 

> quondam Trecensis episcopi dividendos. » 

Guillaume II du nom, issu des barons de Seignelay, fut élu doyen 
vers Tan il98, auquel temps il est nommé dans quelques titres. Il sou- 
tint ses droits contre Tévéque et contre le comte, et fut enfin élu 
évéque en i207. 

Rekaud, doyen, est nommé dans le cartulaire du Chapitre, k Toccasion 
d^un bail de vigne en 1209. Mais ce qui le rend plus célèbre la même 
année, est qu^il se croisa alors avec Guillaume de Seignelay, son évéque, 
qu'il se trouva depuis à la prise de Carcassonne, et qu'il fut nommé avec 
le même évéque par Innocent III, pour faire rendre à Simon de Mont- 
fort, chef de la croisade, ce qui lui avoit été adjugé sur le butin de la 
même ville. Le même pape lui adressa, conjointement avec les abbés de 
Saint-Germain et de Sainte-Colombe, une lettre sur ^abbayedeMoutie^- 
Saint-Jean, Tan 1211 (1). Étant retourné a la guerre contre les Albi- 
geois, il y mourut (2). Voici ce qu'on enlisoit dans Tancienne chroni- 
que d'Âuxerre, qui ne se retrouve plus : « Laval est pris et Penez en 
» Agenois. Li château trop fort est assis et après ou assiégé. Les gardes 
» de chastel* rendent le chastel sur leur cors et leurs choses. Renaud 
)> doyen d'Aucerre est enfoui en ce chastel en Téglise de S. Pierre. » 
Les BoUandistes parlent de ce doyen au commencement du mois de 
juillet. 

Le nom du doyen Renaud parolt aussi dans l'acte par lequel 
Bethléem est déclaré, au mois d'octobre 1 21 1 , être du diocèse d'Auxerre. 
£n 1212, il avoit été choisi pour arbitre avec Arnaud, abbé de Saint- 
Père, entre les abbés de Saint-Germain et de Saint-Marien, touchant les 
dîmes de La Chapelle, paroisse de Yenoy. J'ai aussi aperçu au cartulaire 
du Chapitre d'Auxerre le nom de R. Decanm, dans un acte du mois de 
mars 1212. Enfin, le même R. doyen donne, en 1212, quarante sols 

(1) Innoc, Regist. xiv, Ep. 5G. i (5) Petrns de VcUl. Cernait. 



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416 DOYENS 

sur sa maison de Paris, située devant Saint*Pierre-aux-Bœufs, pour 
son anniversaire (1). 

Quelques-uns ont cru que tout ce que j'ai rapporté du doyen Renaud, 
depuis la chronique que je viens de citer, regarde un second Renaud, 
différent du premier. Je n'ose décider sur ce point. 

Guillaume III du nom. On lit de celui-ci qu*il fut délégué par 
Innocent III, avec Élie, abbé de Sain le- Colombe de Sens, pour régler 
un différend entre l'évéque de Troyes et l'abbé de Pontigny, en i2i2. 
Il pareil la même année h des ventes (2). En 1215, il soutint un grand 
procès sur l'Hôtel-Dieu, dont il est fait mention dans les lettres 
d'Innocent III. La même année, il ratifia la fondation et dotation des 
chanoines de la Trinité et souscrivit aux lettres de Tévéque Guillaume, 
qui confirmoient au Chapitre les églises de Bazerne , Pourein , Lindry , 
Parly et Beauvoir. L*obit d'un Guillaume, doyen, est marqué au 15 
juillet dans l'obituaire écrit vers 1250. Le nécrologe de Notre-Dame 
de la Cité le marque au même jour, en ces termes, qui nous apprennent 
qu'il avoit été abbé de ce Chapitre : a Obiit Guillelmus venerabilis 
» abbas, hujus ecclesie primus abbas, et venerabilis majoris ecclesie 
1» decanus. xsol. capitulum solvit. » 

Henri pe la Ferté. Un titre du prieuré de Saint-Amatre, d'environ 
l'an 1216, paroit en faire mention. Quelques comptes d'anniversaires 
du xiv^ siècle fqnt aussi mention d'un Geoffroy de la Ferté,*doyen. Cette 
différence de nom peut venir de ce qu'on se contentoit souvent alors de 
mettre dans les actes la lettre initiale, ce qui rendoit la méprise plus 
facile. Ce doyen a été peu connu par les auteurs des collections concer- 
nant l'histoire ecclésiastique d'Âuxerre. Cependant, dom Viole en parle 
dans son catalogue manuscrit des évêques de Chartres. Une bulle d'In- 
nocent III, k l'occasion du prêtre de l'Hôtel-Dieu d'Auxerre (5) , parle 
aussi du doyen d'Auxerre, vers Tan 1217 ou 1218, mais sans le 
nommer (4). 



(1) Cartul. CapiU, f. 510. 
(â) Cartul. Capit., f. 122, 124. 

(3) DeÀpellat.yC.^b. 

(4) Ici quelques nouveaux oompilaleurs 
de listes des doyens d'Auxerre ont placé mal 



à propos un Robert, qu'ils disent avoir été 
nommé pour administrer le comté d'Auxerre 
par Pierre de Courtenay, lorsqu'il alla pren- 
dre possession de l'empire de Constaniinople. 
Mais ayant vu la charte qui leur servoit do 



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DE l'église d'auxerre. 417 

Guillaume IV du nom. Celui-ci a été oublié dans le Gallia Ckristiana, 
aussi bien que Henri de la Ferté. Il étoit simple chanoine de Sens en 
1205, comme il paroit par un acte de cette année, où le Chapitre de 
Sens transige avec celui d'Auxerre. Il est mentionné dans le traité sur 
les oblations de la cathédrale, fait en 1221 (1). Il fit un legs au Chapitre 
pour son anniversaire, au mois d'août de la même année. 

Brice. Il est connu par plusieurs actes de Tannée i223, dont l'un 
regarde Tabbaye des Isles, d'autres les dons faits k l'église d'Auxerre,en 
i220, par Guillaume de Seignelay (2), et d'autres le don de la dtme de 
Molincns et Lailly (5). Il paroit être le même doyen qui, peu après la 
translation de Févéque Guillaume à Paris, fut emmené en Bresse par 
Gui de Brouillât, chevalier, en qualité de prisonnier. Il monmt le 5 
octobre, selon le nécrologe de Notre-Dame de la Cité. 

Miles IL Une sentence d'arbitrage de 1225 prouve qu*il étoit dès- 
lors doyen (4). Il transigea avec l'évéque Henri, touchant la juridiction 
du doyen, en 1224, et passa un accord entre Renaud , abbé de Saint- 
Germain, et Colin de Châtillon, chevalier, en 1225. Il est aussi nommé 
dans les titres des Cordeliers d'Âuxerre, à l'an i228. Il est cité comme 
mort dans le cartulaire du Chapitre d'Auxerre, à l'an 1255 (5). L'Obi- 
taaire d'Auxerre, écrit vers 4241, annonce ainsi sa mort au 21 mai : 
Obiius MiloHis de Cicop hujus ecclesie deeani et lemte. te $ol. super 
praium situm super Belcam quod dédit nobis ; et celui de Sens : xiij cal. 
jonii obiit Milo de Cicuns decanus Autiss. et noeter canonieus. Cicon est 
mae famille noble de la Franche-Comté. 

Guillaume Torti est qualifié doyen de bonne mémoire, dans un 
contrat du mois de juillet 1259, par lequel le Chapitre accepte du bien 
pour son obit (6). Mais il devoit être mort avant le mois de février 
1257. Quelques apostilles aux titres de son temps l'appellent aussi 
Guillaume de Prunet. 



fondement, j'ai reconnu qu'ils ont lu Roher- 
tus Decanus j où il y avoit Robertus de Ctinaco 
abrégé de CurUnaco. 

(1) Preuves, t. iv, n. 341 . 

(2) CartuL Capit., fol. 49 el. 52. Idem en 



1221, fol, 149. 
(3) Carlul. fol. 517. 
(41 CarL Cap., f. 377. 
(5) FoL 374. 
(()) Carm/. f. 511. 



Il 27 



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418 DOYENS 

Regnaud de Salignt étoit doyen dès Tan 1255, s'il est vrai qu'il soit 
nommé dans la transaction de cette année sur les roarguilliers. Il est 
nommé, en 1240, dans la transaction passée entre le Chapitre et l'ab- 
baye de Saint-Germain sur les processions des Rogations, dans le règle- 
ment intervenu entre ces églises et Guillaume de Mello, sur le pacage 
du bois de Bruère, en i245 (i), et dans le titre des fondations dé Té- 
véque Bernard de Sully, en i244. Il succéda peu de temps après a cet 
évéque. 

Guy de Mello se trouva au concile de Reims, sous Innocent IV, en 
qualité de doyen d'Auxerre, et fut élu en même temps évéque de 
Verdun. H en accepta la dignité, retenant par dispense le doyenné 
d'Auxerre, jusqu'à ce qu'il devint évéque de la même église. J'ai lusnr 
le sceau d'un acte du mois de février i245 : Sigillum curie Gvidms 
deeani Autissiod. 

Herbert. Vraisemblablement , il avoit été archidiacre avant que de 
devenir doyen. Il autorisa, en i247, les anniversaires d'Urse, voyer 
d'Auxerre, etc. Il consentit, en i249, a l'augmentation du revenu do 
scolastique faite par Tévèque Guy de Mello. Il fit des legs à Saint- 
Germain, en 1252. Les Chartreux de Bellary le marquèrent avec dis- 
tinction dans leur nécrologe. On le trouve au 22 juillet dans celai de 
Saint-Laurent proche Cosne. J'ai vu parmi les manuscrits de Glairraoi 
une Somme de théologie sur les sacrements, attribuée k Herbert, doyen 
d'Auxerre ; elle est aussi en Sorbonne, cod. 494. Il y a aussi an car- 
tulaire du Chapitre (2) une lettre de lui, adressée à Renaud de Vichier, 
commandeur des chevaliers du Temple. 

GoDEFROY DE JoiGNY. Il doit être le G. doyen nommé comme arbitre 
en des lettres de i258 (5). Il est à la tête de l'acte par lequel le Cha- 
pitre vendit, en 1265, des maisons situées en la rue de Villeneuve à 
l'abbaye de Saint-Germain. On croit qu'il mourut sur la fin de Tan 
i267, ou an commencement de i268. Son obit se lit dans le nécrologe 
de la collégiale de Clamecy : XVII cal. febr. Gaufridus Autiss. decanus 



(1) Cartul Cap., f. 514 1 (5) Cari. Cap,, f. 430. 

(2) Fol 129. 



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DE l'église d'auxerre. 419 

ei caiumieus qui dédit tineam^ etc. C'est mal h propos que quelques mo- 
deroes ont placé ici, parmi les doyens, on Bernard de la Brnile, qui 
étoit vicomte d'Âuxerre et qui mourut en 1261. 

Êrard de Lésignes maintint les droits de sa dignité contre Guy de 
Mello, son oncle, évéque d'Auxerre, auquel il succéda en 1270. 

Hugues DE SuLLT est nommé dans le cartulaire de Crisenon, en 
1275. Il est à la tète de la charte sur Tordre de conférer les bénéfices à 
la Domination du Chapitre, donnée en 1276, et dans celle de la même 
anoée qui regarde le droit de justice dans les maisons canoniales. Il 
présida, en 1278, à l'élection de Guillaume des Grez. En 1281, il fit 
UD échange d'hommes avec Humbert de Beaujeu, sire de Saint-Maurice- 
Tiroaaille (1). En 1285, il fut uni ^ Jean, seigneur dé Seignelay, dans 
m même compromis (2). On croit que ce seigneur étoit de ses parents. 
Eo 1285, il transigea avec les moines de Flaviguy, pour des biens qu*il 
tenoit d'eux à Massingy, et parut dans le traité fait avec l'abbaye de 
Saint-Laurent, pour le droit des prébendes d'Auxcrre. En 1286, il 
répondit avec le Chapitre aux chanoines de Nevers sur les Tortriers(5); 
et en 1289, il consentit k la donation que fit Guillaume des Grez de la 
chapelle de Ponlchevron à Tabbaye de Saint-Laurent. L'année de sa 
mort est aussi 1289, suivant Tinscription de sa tombe qui est dans la 
nef de Tabbaye de Saint-Germain, devant la porto du chœur. 

Geoffroy IL II fut présent, en 1291 , dans l'abbaye de Saint-Julien, 
lorsque Jean, comte de Joigny, y confirma les dons faits par ses pré- 
décesseurs; et, en 1296, à Thommage que Louis, comte de Nevers, fit 
à l'évéque d*Âuxerre. En 1297, il ratifia une sentence portée au ^ujet 
de la justice d'Àppoigny (4). Il se trouve depuis nommé dans un con- 
cordat de l'évéque Pierre, de Tan 1504, avec l'abbaye de Saint- 
Germain, touchant la correction de moines. De plus, dans un autre 
titre de 1505, sur les droits du Chapitre dans Téglise Saint-Âubin 
d'Oisy, et dans un titre de la pénitencerie du mois d'octobre 1507 (5). 



(1) Cart. Cap., fol. 408. 
m Ibid., fol. 428. 

(3) Preuves, t. iv, n.360, 

(4) Cart. CapU., f. 43. 



(5) Le sieur Bargedé, assesseur, dans sa 
liste des doyens d'Auxerre, a attribué une 
partie des faits qui regardent ce Geoffroy, à 
un Guillaume qu'il stirnoinnie Cbauderon ; 



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420 DOYENS 

GoiLLAUMB surnommé en latin Catini. Il est apparemment le même 
Guillaume Catini qui étoit lecteur et pénitencier en 1504. Quoi qo'il en 
soit, il ne parolt en qualité de doyen que depuis i5i2. Cette année h, 
il fut le premier député pour les partitions des prébendes. L'année sui* 
vante , au mois de mai , il se trouve nommé dans une enquête et juge- 
ment au profit de Durand, prieur de Saint-Eusèbe, et il avoit alors 70 
ans et 50 ans au moins de canonicat. Il est aussi à la tête du consente- 
ment que le Chapitre donna en décembre à l'érection des archiprétrés 
en titres perpétuels. En i515, il signa Pacte de confraternité du Cha- 
pitre d'Âuxerre avec celui de Saint-Martin de Tours. Enfin, il reste de 
lui une sentence qu'il porta en i516, au mois de juillet, contre Jean, 
baron de Seignelay. 

Jean de Melun, issu des vicomtes de ce nom. Il est connu par la dis- 
pense de résider qu'il obtint en i5i8 du pape Jean XXII ; ce qui dura 
plusieurs années, puisqu'en i550 lé Chapitre se crut obligé d'en venir 
aux sommations. 

Jean de Saint-Germain. Il n'est connu que par l'acte de la réception 
du suivant, qui est dit lui avoir succédé (a). 

Dreux Jourdain fut reçu en vertu de sa nomination en cour de Rome 
l'an i 545, au mois de novembre, en place de Jean de Saint-Germain (I), 
dont la dignité \aqnoit par mort. Il obtint, le 7 janvier suivant, de l'évé- 
que Pierre de Villaines, la permission de fonder la chapelle de Sainte- 



mais ce doyen ne fut pas sitôt en place quïl 
I*a crtt. C'est vraisemblablement le même 
que le suivant : le nom de Catini le laisse à 



penser (6). 
(1) Statuta anHqna eirca finem. 



(a) Cest probablement le même dont fait mention un acte de 1391, par lequel 
les moines de Saint-Germain donnent à rente une vigne en Boivin, laquelle avait 
tenue Jehan Feny Jadis doyen d'Auxerre. —Fonds de Saint-Germain, vignes. 

{N. d. E.) 

(b) Bargedé n'avait pas tort de placer parmi les doyens un Ghauderons, seule- 
ment, au lieu de rappeler Guillaume , il faut le nommer Geofiroj , {GoMfridÊÊS 
dieiuê Chauderms) et il devient le même que Geoffroy II. C'est ce qui résulte d'an bail 
de 1293 de Tabbaye Saint-Julien, ^-^ qui relate une donation faite par ce Geoffroy 



nune âecanut Àutisêiodorentis, 



(N. d. E.) 



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DE l'église o'aUXERRE. 431 

Hargoerite en i'église paroissiale de Saint-Maracrt. Il foDcla aussi deux 
ehapellenies dans la cathédrale à Taulrl de Saiot-André, à condition 
que la collation en apparliendraii au doyen. Hugues d'Arsi, évéque de 
Laoo, le nomma dans son testament pour un de ses exécuteurs. Jean 
de Challott, comte d'Auxerre, fait mention de lui dans ses lettres de 
qnitlaiice du G février 1547 (a). 

Jean Germain, natif dcDimon au diocèse de Sens, étoit doyen d*Au^ 
xerre, lorsqu'à la recommandation de la reine, il fut fait évéque de 
Chalon-sur-Saône l'an 1357. 

Jean Le Mercier, auxerrois, de la paroisse Notre-Dame-la-d'Hors 
éloit doyen en i358, lorque la ville d'Auxerre fut prise par les Anglois, 
et il s'obligea avec le clergé et les habitants envers les religieux de 
Saint-Germain pour les joyaux de leur église engagés h ces mêmes An- 
gloisen 1559 ; son nom paroit en d'autres actes qui se rapportent^ cet 
éTéoement. Il avoit été officiai et vicaire-général de l'évéque. Il homolo- 
gua en sa première qualité, l'an 1555, un traité fait avec les habitants 
deHoDtigny-le-Roi. Il établit vers Tan 1560 sous le titre de fondation, 
qnele verset Te ergo qiMBsumus se diroit deux fois dans le Te Deum. Il 
fboda l'autel de Sainte-Catherine dans la nef, le dotant d'une maison 
qn'il avoit achetée le 27 novembre 1575. Ce qui fut approuvé par J'évé- 
qoeeo 1578. 

Pierre de Chisst. Après avoir résidé en qualité de simple ecclésias- 
tique a la cour des papes à Avignon, où il rendit service aux moines de 
Saiot-Germain d'Auxerre en 1560, il fut fait curé d'Ëcim au diocèse 
d'ÂQxerre. Urbain Y l'avoit député dès l'an 1564, pour aller à Fleury-, 
mr-Loire recevoir des reliques de Saint-Benoit (1), pour la nouvelle 
^ise de Uontpellier. On le voit comme notaire h la fin de l'acte du don 
des reliques de Saint-Thibaud fait en 1581 aux habitants de Provins. 
D fut aussi archidiacre de Puisaye avant que d'être doyen (2), Mais il 



a) Bibl Ftoriac, p. 248. | (2) Preuves, t iv, n. 328. 



(a) Ce Dreux Jourdain fut en 1308 l'un des deux députés envoyés par la viUe 
<l'Auxcrre aux étals de Tours.— Foj/.t. i,p. 496, Note sur les Templiers. (iV. d. E.) 



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422 ' DOYENS 

étoit élevé au décanat au moins en 1589 qu*il paroll dausun acte de 
Tévêque Ferrie, qui concerne la terre de Sassy. En 1397, le i 5 juin, le 
Chapitre le priva de voix capitulaire, pour avoir dit des injures a un cha- 
noine. En 1402, il soutint procès contre Tévêque au sujet de sa juridic- 
tion. Elant devenu sourd on choisit pour présider au Chapitre en sa 
place maître Renaud de Fontaines, chanoine, le 1^' décembre i4i0. Il 
mourut en 1412, le 26 octobre, s'étant démis du doyenné. 

Pierre Michel (ou Micheau), auxerrois, licencié ès-lois, fut pourvu 
du doyenné du vivant de Pierre de Çhissy. On le dispensa en 1 41 5 d'une 
partie de son stage, à cause que la ville le députa à Paris avec Jean 
rUsurier, citoyen, pour réprimer les pillages des gens de guerre. Phi- 
lippe des Essarts, évêque d'Auxerre, le déclara excommunié en 1414 
contre le bon droit. Il fut élu chambricr de Crevan en 1417, quoiqu'il 
le fût déjà d'Auxerre et d'Oisy. Il mourut en 1420 avant le 12 août. 

Hugues des Noes, chanoine d'Auxerre et trésorier de Toucy, fut éhi 
doyen le 2 septembre 1420. L'évêque. Philippe des Essarts lui fit dé- 
fendre par un arrêt du parlement du 14 juillet 1425, de porter le rochei 
qu'en certains jours. Il-fit les funérailles du même évéque en 1426. U 
étoit l'un des gouverneurs de l'Hôlel-de-Ville en 1431 . Il assista au cod- 
cile de Bâie en 1452. Il fut élu Tannée d'après évêque d'Auxerre par le 
Chapitre, et essaya de faire valoir son droit contre Laurent Pinon, jaco- 
bin. Il vivoit encore au mois de juin 1459, étant nommé présent a Tac- 
cord du curé de Seignelay avec l'archiprêtre (a). 

Pierre de Longueil, chanoine d'Auxerre, élu doyen en 1459, prêta 
serment de fidélité entre les mains de l'abbé de Saint-Marien, commis 
parl'évêque Laurent Pinon, le 9 septembre. Dans les registres de la ville 
du 11 janvier 1448, il se qualifie doyen d'Auxerre et conseiller an par- 
lement de Paris. Il fut fait évéque d'Auxerre en 1449. 

Louis Raguier, conseiller clerc au parlement de Paris, fit le serment 
ordinaire des doyens d'Auxerre entre les mains de Jean Mauvoisin» tré- 
sorier, commis par l'évéque. Il ne tint cette dignité que durant deux 

{a) Il est mort le 30 août 143». (,V. d. E.) 



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DE l'ÉGL1S£ D*AUX£RRE. 425 

ans ou environ, ayant été fait président en la cour des aides puis 
évéque