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Full text of "Mémoires couronnés et autres mémoires .."

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MEMOIRES COURONNES 



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AUTRES MÉMOIRES. 



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MÉMOIRES COURONNÉS 



ET 



AUTRES MÉMOIRES 



PUBLIAS PAR 



l'agadéiiie royale 

DKS S€1I^{ICB8, DES I.ETTRKS ET DBS BBAUX-AETS DE BELGIQUE. 



COI.I.BCTI9M IN-»*. — T«1IE XHiril. 



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BRUXELLES, 

Vt -flAYEZ , IMPRIMEUR DE l'aCADÉMIE ROYALE. 
M» 1877. 



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UNE HISTOIRE 

DES 

)ES LETTRES EN BELGIQUE 

iEGONDE MOITIÉ DU XYIII* SIÈCLE. 

ET QU'ON AVAIT FORMÉ EN «86 

DE 

[YBRSITÉ DE UHIYÂLN FOUR L'ASTRONOME DE ZACH 

IGER .UN OBSERVATOIRE; 



ÉD. MAILLY, 

LESPONDANT DE L'ACADÉMIE. 



I cUisse des sciences le 5 août 1876.] 



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D'UNE HISTOIRE 



DES 



SCIENCES ET DES LETTRES EN BELGIQUE 

PKNDANT U SECONDS MOITIË DU XTIII* SIÈCLE. 



DU PROIBT QU'ON AyAIT FORMÉ EN 1780 

DE CRÉER UNE CHAIRE À L'UNIVERSITÉ DE LOUYAIN POUR L'ASTRONOME DE ZACH 

ET D*T ÉRIGER UN ORSERVATOIRB. 



Quand j*ai été élu correspondant de rAcadémie, j'ai compris 
les obligations que m'imposait l'honneur qui m'était fait. 

Pour les mieux remplir, je n'ai pas tardé à rechercher le libre 
emploi de mon temps, absorbé en grande partie jusque-là par les 
calculs de l'Observatoire et les interrogations de l'École militaire. 
Ce n'est pas sans regret que j'ai quitté ces deux grands établisse- 
ments; mais^ d'un cAté, l'attention soutenue, réclamée par les 
fonctions, que j'y occupais , commençait à devenir dangereuse 
pour ma santé, et de l'autre, comme je le disais, je tenais & récu- 
pérer ma liberté. 

Les fruits de mes loisirs ont été trois livres dont je rappellerai 
ici les titres : 

I. De l'astronomie dans V Académie royale de Belgique, Rap- 
port séculaire (i 772-1 872); 

IL Tableau de l'astronomie dans l'hémisphère austral et dans 
VInde; 

IIL Essai sur la vie et les ouvrages de L» A. /. Quetelet, 



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(4) 

Ces livres m'ont coAtë beaucoup de peines et de soins: Taccueil 
bienveillant que rAcadëmie leur a fait, et leur succès en Belgique 
et h rëtranger, succès constaté par de nombreux articles de Revues 
et de journaux scientifiques et littéraires, ont été ma récom- 
pense. 

Dans Tancienne Académie de Marie-Thérèse, c les membres 
ordinaires étaient tenus de produire tous les ans au moins un 
mémoire, dissertation ou autre ouvrage » ; et, « si un académicien 
étranger laissait passer trois ans, sans fournir quelque mémoire, 
il n'était plus censé être de TAcadémie. » 

Les correspondants de nos jours peuvent, sous divers égards, 
être assimilés aux académiciens étrangers d'autrefois. Si donc 
j'avais vécu au siècle dernier, je me serais trouvé en règle pour 
le moment, mais j'aurais eu à produire une œuvre nouvelle dans 
un an à peu près. 

Aujourd'hui les correspondants, quoiqu'ils ne soient pas exclus 
de l'Académie lorsqu'ils ne travaillent point, ont un intérêt mar- 
qué à ne pas demeurer inaclifs, puisque leur position dans l'Aca- 
démie constitue une espèce de surnumérariat, et que l'admission 
à la qualité de membre ordinaire doit être naturellement l'objet 
de leur ambition. 



II 



Je m'occupe depuis longtemps de réunir les matériaux d'une 
Histoire des sciences et des lettres en Belgique pendant la seconde 
moitié du dix-huitième siècle. 

Cette histoire n'a jamais été faite : c'est à peine si l'on connaît 
les hommes qui, sous Marie-Thérèse et sous Joseph II, ont cher- 
ché à tirer notre pays de l'état de somnolence intellectuelle dans 
lequel il était tombé. Des membres distingués de l'ancienne Aca- 
démie ne figurent même pas dans la Biographie nationale. Pour 
d'autres, le cadre naturellement rétréci de cette publication a 
fait passer sous silence des détails intéressants de leur carrière. 



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{» ) 

Des hommes haut placés dans TËtat, dans la magistrature, ont 
aide puissamment à fonder rAcadéroie et à la maintenir: quand 
on a parle d'eux, on n'a pas songé ou l'on a dû renoncer à les 
considérer sous ce point de vue. L'histoire de l'ancienne Académie 
est encore à écrire; on ne s'accorde pas même sur le nom de 
l'académicien qui a composé le discours préliminaire, placé en 
tête du premier volume des Mémoires. Les auteurs qui ont dis- 
puté les prix des concours, et parmi lesquels il y avait des 
hommes d'un mérite réel, sont encore moins connus que les aca- 
démiciens mêmes. 

Qu'on ne l'oublie pas, toutes les institutions scientifiques et 
littéraires dont la Belgique s'enorgueillit aujourd'hui, avaient été 
conçues au siècle dernier. Pour ne parler que de Bruxelles, le 
Musée d'histoire naturelle, le Jardin botanique, le Musée d'anti- 
quités, l'École militaire, TÉcolc vétérinaire, TObservatoire, la 
Bibliothèque royale, la Commission royale d'histoire, entraient 
dans les projets soit du gouvernement.des Pays-Bas autrichiens, 
soit de l'Académie. L'antique Université de Louvain devait être 
réorganisée et mise sur le pied des Universités allemandes et 
italiennes : un plan de réorganisation très sage et très judicieux 
avait été présenté à Joseph II; mais la fièvre de changements et 
de réformes dont ce monarque était affligé, amena une crise qui 
aboutit & la triste révolution dite brabançonne; les deur restaura- 
tions furent aussi des temps agités; enfin la conquête définitive 
de la Belgique par les armées françaises entraîna la suppression 
de l'Académie et de l'Université et la ruine de tous les projets, et 
notre malheureux pays s'endormit de nouveau pour ne se réveil- 
ler qu'en i8i5. 

Les ministres plénipotentiaires de Marie-Thérèse aux Pays- 
Bas, Cobenzl et Starhemberg, avaient compté sur l'Académie pour 
relever les études dans l'Université de Louvain; Joseph II était 
d'avis, non sans raison, que de ce relèvement dépendrait en grande 
partie le succès des réformes introduites dans l'enseignement 
moyen, après la suppression de l'ordre des Jésuites. Plusieurs 
membres de l'Académie avaient pris une large part à ces réformes, 
mais on ne les connaît pas non plus sous ce rapport: les ouvrages 
que j'ai lus se bornent à des généralités. 



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(6) 

J'ai commeDcé par compulser les publications faites en Belgique 
depuis 1815, et qui ont trait à l'époque dont je voudrais retracer 
l'histoire ; j'en ai extrait des documents et des renseignements 
précieux. En remontant plus haut, j'ai parcouru les livres et les 
journaux du dix-huitième siècle, depuis Tavénement de Marie- 
Thérèse. Â partir de Joseph II et surtout de l'année 1787, les 
imprimés se multiplient de plus en plus; sous la révolution bra- 
bançonne, on cesse de les compter, et cette débauche se continue 
jusqu'au cataclysme final de 1794. J'ai parcouru tous ces écrits et 
j'y ai recueilli quelques notes intéressantes sur les hommes et les 
choses. 

Mais j'aurais dû commencer par où j'ai fini, j'aurais dû remon- 
ter aux sources premières de toute histoire sérieuse, aux pièces 
manuscrites, aux archives. 

Je n'avais d'abord en vue que l'Académie. Pour écrire son his- 
toire, il y avait trois espèces de documents: les extraits des 
procès-verbaux ou journaux des séances, imprimés dans les 
Mémoires; les procès-verbaux manuscrits ou protocoles, comme 
on les appelait; les archives de l'Académie: correspondance, rap- 
ports, comptes, etc. 

Les procès-verbaux, même manuscrits, ne disent pas toujours 
tout ce qui s'est passé dans les séances; comme toutes les pièces 
officielles, ils gardent une réserve, une retenue, nécessaires peut- 
être au moment où ils ont été rédigés, mais dont l'historien se 
passerait volontiers. La correspondance des membres, celle du 
ministre plénipotentiaire et du président, sont bien plus instruc- 
tives: malheureusement les archives de l'Académie offrent de 
nombreuses lacunes ; à la mort du secrétaire perpétuel Des Roches, 
il se trouva que beaucoup de papiers avaient disparu. 

J'ai donc eu recours à la grande source des recherches histo- 
riques en Belgique, aux archives de l'État ; et j'y ai rencontré des 
pièces fort intéressantes, non - seulement sur l'Académie, son 
origine, ses progrès, la grande estime dans laquelle la tenait le 
prince de Starhemberg et le parti qu'il espérait, lui surtout, en 
tirer pour relever les études à Louvain, mais encore sur la 
réforme de l'enseignement moyen et de l'enseignement universi- 



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( 7 ) 

taire 9 et sur uoe quantité de projets que le gouvernement avait 
conçus. J*ai pu suivre aussi la carrière des hommes mêlés aux 
affaires, publiques, que TAcadémie avait comptés parmi ses mem- 
bresy et, en général , de presque tous les académiciens plus ou 
moins dans la dépendance du gouvernement pour l'obtention de 
prébendes, de chaires ou d'autres faveurs. 

On comprend que ce n'est pas une mince besogne que de com- 
pulser toutes ces pièces: consultes, relations, rapports, etc., de 
les résumer et quelquefois de les copier entièrement. De plus il 
m'a fallu un certain temps pour m'initîer k l'organisation poli- 
tique et administrative de l'époque, dont la connaissance aide sin- 
gulièrement et même, on pourrait le dire, est indispensable aux 
recherches. 

L'ancienne Académie renfermait, comme membres ordinaires , 
quelques étrangers que le gouvernement autrichien, imitant en 
cela les traditions de Louis XIV, avait appelés ou retenus à 
Bruxelles par l'octroi de pensions et de places. J'ai recueilli à 
Paris et à Londres des renseignements sur les travaux que ces 
académiciens avaient exécutés avant leur arrivée en Belgique; j'ai 
obtenu également des notes curieuses sur d'autres académiciens 
résidant d'ordinaire hors du pays. 

Le travail préliminaire qui doit servir de base & mon ouvrage 
n'est pas terminé, mais je suis persuadé que l'Académie m'accor- 
dera le temps nécessaire pour produire une œuvre digne de pa- 
raître sous ses auspices. 

Si pourtant l'Académie le désirait, je pourrais lui fournir dès à 
présent des notices sur quelques anciens membres, entre autres, 
sur Rombaut Bournons qui fut successivement officier du génie, 
professeur au collège Thérésien à Bruxelles et l'un des rares 
mathématiciens de l'époque. 



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( 8) 



III 



Aujourd'hui je demanderai la permission d'entretenir la classe 
d'un autre académicien, le célèbre de Zach. Savait -on que cet 
homme distingué qui s'est fait un nom dans l'astronomie, avait 
exprimé le désir d'entrer comme professeur à l'Université de 
Louvain, et qu'il était fortement appuyé par le prince de Bel- 
gioioso, le ministre plénipotentiaire de Joseph II aux Pays-Bas. 
Il était question d'élever un Observatoire au siège de l'Université, 
et le prince qui était un esprit très éclairé, mais entaché malheureu- 
sement d'une grande légèreté, exprimait à ce sujet des idées fort 
justes: je les ai trouvées consignées de sa main en marge du rap- 
port sur la réorganisation de l'Université, dont j'ai parlé plus 
haut; je les transcrirai ci-après, mais auparavant il me faut dire 
quelques mots du personnage qui est en jeu. 

François-Xavier de Zach naquit à Presbourg, le 4 juin i754 * , 
de parents sans fortune. II fut, dit-on, élevé dans un couvent de 
Jésuites et se voua de bonne heure à l'étude des mathématiques. 
Quand son éducation fut achevée, il entra au service de l'Autriche 
et parvint rapidement au grade de major. Après avoir servi pen- 
dant quelques années, Zach abandonna l'état militaire pour accep- 
ter une place de professeur de mécanique à Lemberg. Cette place 
qui avait été créée pour lui, ne tarda pas à être supprimée, et 
il se décida alors à chercher fortune à l'étranger. 

Au mois de mars 1785, nous le trouvons à Lyon, de retour par 
leMont-Cénis d'un voyage en Italie. Du mois de mai 1785 jusqu'à 
l'automne de la même année, il réside à Paris, et, en novembre, 
il s'embarque pour Londres où il ne tarde pas à faire la connais- 



* Le docteur Galle, dans l'introduction de la table de la MonatUche Cot' 
respandenz, fait naître Zach à Pesth, le 13 juin 1754. Le docteur Rodolphe 
Wolf, rédacteur des Astronomische MiUheilungen, qui a consacré un article 
très intéressant à Tastronome hongrois, dans le numéro de février 1874 de 
son journal, adopte la date indiquée par Galle. 



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(9) 

sance du comte Henri de Brûhl, qui fut élu en même temps que 
lui de TAcadëmie de Bruxelles, le 21 norembre i785. 

Le comte de Brùhl, envoyé de Saxe et grand amateur d'astro- 
nomie^ s'était fait bâlir un Observatoire dans les environs de 
Londres. II prit Zach en affection et se l'attacha comme précepteur 
de ses enfants. Tandis que le jour était consacré à l'enseignement 
et aux affaires, le comte et Zach observaient ensemble la nuit, ou 
bien rendaient visite à Herschel ; et quand le temps était mauvais, 
les distractions ne manquaient pas, le comte ayant de nombreuses 
relations dans le monde, et Zach étant, grâce à lui et à ses quali- 
tés personnelles, bien reçu partout. 

Dans Tété de 1 785, de Briihl et Zach entreprirent un voyage en 
Allemagne. Us s'étaient munis d'un sextant de Hadley et d'un 
chronomètre d'Emery, qui leur servirent à déterminer des 
longitudes et des latitudes à Bruxelles, Francfort et Dresde. Les 
deux voyageurs séjournèrent plusieurs mois à Dresde, la patrie 
du comte, et retournèrent à Londres au mois de novembre, après 
avoir visité Paris *. 

Vers ce temps-là, un autre amateur des mathématiques et de 
l'astronomie, auxquelles il s'était voué avec prédilection dès sa 
première jeunesse, le duc Ernest II de Saxe-Gotha, s'adressa à 
Briihl, son ami intime, et réclama ses bons offices à l'effet de lui 
procurer les meilleurs instruments possibles pour l'Observatoire 
qu'il avait l'intention d'ériger. Le 2 décembre 1785, Brûhl répon- 

* J'ai trouvé dans les archives de PAcadémie deux lettres de Zach , datées 
de Londres, le 5 décembre 1785. La première est adressée au directeur de 
TAcadémie, Gérard, l'autre à Tabbé Mann. Le premier feuillet de celle-ci a été 
détaché : d'après ce qu'on lit dans le procès-verbal de la séance du 2 janvier 
1786, il contenait « plusieurs observations sur la planète (Uranus) décou- 
verte pour la première fois par Flamstead en 1690. » 

Voici la leltre adressée à Gérard: < Étant enfin parvenu à la fin de 
mes courses, je ne larde pas de profiter de votre permission que vous 
m'avez accordée lors de mon agréable séjour à Bruxelles , d'entretenir une 
correspondance littéraire avec vous; permettez donc, Monsieur, que Je me 
renouvelle à votre souvenir et acceptez en même temps mes très humbles 
remerctments pour toutes les amitiés et honnêtetés que vous m'avez témoi- 
gnées lorsque j'eus le bonheur et le plaisir de faire votre connaissance per- 



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( 10) 

dit qu'il espérait lui procurer un télescope d'Uerschel, et ajouta : 
c Votre Altesse est-elle déjà pourvue pour l'Observatoire qu*£lle 
se propose de faire construire, d'un sujet capable de tirer parti 
d'un tel établissement? J'en connais un qui est un géomètre de la 
première volée, qui a fait de l'astronomie son étude favorite, et 
qui joint au savoir le plus profond et à une dextérité rare dans 
Fart d'observer, le cœur le plus droit et une application infati- 
gable. J'ai eu le bonheur de m*attacher ce savant distingué, et je 
ne m'en séparerai pas sans le plus vif regret; mais l'amitié bien 
entendue exige des sacrifices , et , en vous offrant ce trésor. Mon- 
seigneur, j'aurai la satisfaction d'avoir travaillé à l'amélioration 
du sort d'un homme du plus grand mérite et de vous avoir donné 
une preuve de mon zèle pour votre service et de la profonde 
vénération que vous m'avez inspirée. » 

Leduc Ernest ayant accueilli favorablement l'offre de Brûhl,ce 
dernier lui nomma alors Zach et s étendit encore davantage sur le 
mérite de son protégé; il disait dans sa lettre, datée du 34 jan- 
vier 1786: < Dans le cours de ses voyages, M. de Zach arriva dans 
ce pays-ci en novembre 4785. Ma connaissance avec lui est à peu 
près de la même date. La douceur de son caractère, la profondeur 
de son savoir, et son goût pour l'astronomie dont je commençais 
de m'occupcr, établirent bientôt des liaisons entre nous qui m'en- 
gagèrent à lui proposer de venir loger dans ma maison et de 
nous communiquer une partie de ses sciences. Je dis nouSy 

sonnelle ; je vous supplie en même temps d*avoir la bonté de me rappeler à la 
savante Compagnie dont vous éles le directeur, en lui témoignant mes très 
humbles respects et la gloire dont je serai toujours jaloux de lui appartenir. > 
Ici Zach entre dans quelques détails sur l'opération dont ou s'occupait alors 
et qui avait pour but de relier les « deux Observatoires les plus célèbres de 
TEurope, savoir l'Observatoire royal de Greenwich et celui de Paris > 11 
parle ensuite du télescope newtonien de 40 pieds de long, le diamètre du 
grand miroir ayant À pieds, que le roi vient de commander à M. Herscbel. 

La lettre écrite k Mann renfermait le post-scriptum suivant : • Les élections 
à la rentrée de la Société royale se sont faites avec la plus grande tranquillité; 
Sir Joseph (Banks) est resté président, de même tous les autres officiers et 
dignitaires de la Société sont restés dans leurs places, il n'y a plus d'opposi- 
tion actuellement, et nous serons plus tranquilles que Tbiver passé. » 



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( H ) 

parce que moi, ma femme et mes deux enfants, nous avons tous 
reçu de rinstructiondelui. Vous concevez aisément, Monseigneur, 
combien il nous était -agréable de posséder un homme d'un si 
rare mérite, et que nous ne nous en séparerons pas sans beau- 
coup de regrets. C'est un tribut que nous devons àTamitié et à 
l'estime qu'il nous a inspirées, mais en l'acquittant, nous n'en 
sommes pas moins enchantés de le céder à Votre Altesse, et de le 
voir attaché au service d'un Prince digne d'honorer de sa pro- 
tection un des premiers savants du siècle. Je suis chargé et auto- 
risé de vous mander, Monseigneur, qu'il accepte avec reconnais- 
sance le traitement de «^00 rth. (750 florins d'Allemagne) que vous 
lui destinez , et qu'il se rendra à vos ordres dès que vous jugerez 
à propos de l'honorer *. » 

La négociation ayant abouti, Zach partit de Londres le 30 mai 
i786, emportant un ejLcellent chronomètre de Mudge et un 
sextant à miroir de six pouces, afin de pouvoir déterminer ç& et 
là des positions de lieux, par exemple à Bruxelles où il se rencon- 
tra avec Tastronome Oriani qu'il avait connu à Milan. C'était 
justement l'époque où Blanchard devait faire une ascension aéro- 
statique (le iO juin i786). D'après le désir exprimé par l'archidu- 
chesse Marie > Christine qui assista h cette ascension, les deux 
astronomes déterminèrent le chemin que prit le ballon. Zach , avec 
son sextant, mesurait de minute en minute le diamètre apparent 
et l'angle de hauteur de l'aérostat, Oriani en déterminait l'azimut. 
Zach se rendit de Bruxelles à Gotha par Cologne et Francfort, et 
arriva à sa destination le 22 juin. 

Nous ne suivrons pas Zach dans la longue carrière qu'il par- 
courut avec éclat: elle est, du reste, généralement connue. On sait 
qu'il mourut à Paris, le 2 septembre i832 *, d'une attaque de 
choléra. * 

Ces préliminaires étaient nécessaires pour faire bien compren- 

^ Les deux lettres du comte de Brûhl sont écrites en français. Nous les 
avons empruntées, ainsi que certains détails, à la notice déjà citée, insérée 
par le docteur Wolf dans le n^ de février 1874 des Astronomische Mitthei' 
lungen. 

* Le Moniteur français le fait mourir le 4 septembre. 



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(12 ) 

dre les tentatives qui curent lieu à TefFet de retenir Zach en 
Belgique. 

Zach, comme on Ta dit, était venu une première fois à Bruxelles 
dans rëté de 1785; c'est pendant le séjour qu'il fit parmi nous à 
cette époque, qu'il présenta au président de l'Académie un mé- 
moire sur la nouvelle planète Uranus, daté de Londres, Dover- 
street, le 20 mai 1785, en postulant une place de membre étran- 
ger; nous avons rapporté ci -dessus qu'il fut élu le 21 novembre. . 
L'année suivante , il fit un second séjour à Bruxelles, au mois de 
juin; à cette époque, il était déjà engagé avec le duc Ernest II de 
Saxe-Gotha. 

Or le rapport sur TUniversité de Louvain, apostille par le prince 
de Belgioioso, porte la date du 13 avril 1786, et voici ce qu'on y 
trouve. Le rapporteur, le conseiller du Conseil privé Le Clerc, qui 
a pris « pour base et modèle des nouveaux arrangements relatifs 
aux études de ce pays-ci , Texcelient ouvrage de M. de Sonnen- 
fels, > cite comme devant être enseignés dans le cours de philo- 
Sophie : 1^ la logique; 2** la métaphysique; 3** la théologie natu- 
relle et philosophie morale; i"* l'histoire; b** les mathématiques, 
c On doit se borner, • dit-il au sujet de cette dernière leçon, « à 
l'instruction fondamentale des mathématiques, en associant l'al- 
gèbre à l'arithmétique et la trigonométrie, considérée comme appli- 
cation de l'arithmétique, à la géométrie pratique. Les hautes 
mathématiques et Vastronomie qui sont proprement des sciences 
de vocation, doivent être réservées pour des cours particuliers 
comme les autres sciences supérieures. 11 doit y en avoir un de 
trois ans pour les hautes mathématiques, et un de deux ans pour 
l'astronomie qui est enseignée sur l'Observatoire, où il est permis 
d'assister aux observations particuhères des éclipses, conjonctions 
ou passages des planètes et autres semblables, qu'on 'annonce 
chaque fois publiquement par affiche à la porte de l'Université. 

» ... Il y a dans les professeurs actuels (de Louvain) assez d'étoffe 
pour trouver les dix professeurs qui doivent constituer la nouvelle 
faculté... Pour les trois leçons du cours particulier de hautes 
mathématiques , et les deux du cours d'astronomie , il serait bon 
d'en faire venir d'ailleurs au moins quelques-uns. » 



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• (13) 

C*est ici que se placent les premières apostilles du prince de 
Belgioîoso. c Je suis, » dit-il d'abord, « d'un avis contraire quant 
à l'étoffe des professeurs actuels de Louvain. Il es^ de notoriété 
publique que, dans les sciences, le seul professeur de chimie, 
Buchoute (van Bochaute), mérite d'être conservé : ses connais- 
sances et ses travaux dans cette science essentielle sont connus en 
France et en Angleterre ^ Le professeur de botanique (Michaux) 
est passable et peut rester aussi dans les nouveaux arrangements 
à prendre. » 

En ce qui concerne spécialement les professeurs indiqués par 
Le Clerc comme pouvant composer la faculté de philosophie, et 
parmi lesquels figurait, pour la physique théorique et expérimen- 
tale, le professeur Minckelers qui fut nommé membre de l'Acadé- 
mie de Bruxelles, lors de sa réorganisation en 1816, Belgioîoso 
prétend qu'ils sont tous au-dessous du médiocre et ne pourraient 
jamais enseigner ce qu'ils ne savent pas: pas un, dit-il, qui soit 
connu en manière quelconque dans la république des lettres par 
ses talents, ni par ses connaissances et encore moins par ses 
ouvrages. 

A propos des hautes mathématiques et de l'astronomie , Belgioioso 

* Un peu plus loin, en marge de ce qui concerne la faculté de médecine, à 
laquelle ressortissaient alors la chimie et la botanique, Belgioioso dit encore 
de Van Bochaute: « M. Van Bochaute, ainsi que je Pai observé plus haut, est 
très habile dans la chimie et il paraît difficile d'en trouver de meilleur. Ses 
expériences nouvelles et sa théorie sur la substance animale sont un chef- 
d'(Bu\re connu à Paris et k Londres plus que dans nos provinces où générale- 
ment la chimie est presque ignorée entièrement. » Le 19 août 1 786, le ministre 
plénipotentiaire écrivait au prince de Kaunitz : « ... Je ne pourrai au surplus 
qu'insister ultérieurement sur ce que demande le mérite reconnu du profes- 
seur de chimie Bochaute, et la nécessité de l'encourager d'une manière dis- 
tinguée. » Van Bochaute avait été élu membre de TAcadémie de Bruxelles le 
17 octobre 1782; il se montra favorable aux réformes de Joseph II et suivit la 
faculté de médecine à Bruxelles oii il organisa un laboratoire. Le 12 juillet 
1790, il fut, par une sentence du tribunal de TUniversité qui avait été réin- 
stallée à Louvain, déclaré indigne d'occuper dans la dite Université une chaire 
ou un emploi quelconque. 11 mourut à Bruxelles, le 5 novembre 1793, à l'âge 
de 61 ans. 



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s'exprime de la manière suivante : c II n'y a pas actuellement & 
Louvain un seul individu qui connaisse ces sciences utiles. Pour 
l'astronomie, je proposerai M. Zach, hongrois ci-devant profes- 
seur à rUniversité impériale et royale de Léopol (à Lemberg) ea 
Gallicie, que non-seulement je connais personnellement, mais 
même qu'ayant séjourné quelques années en Angleterre, il 7 a 
cultivé par inclination les plus célèbres astronomes anglais, et 
qu'il est au courant de tout ee qu'on y fait dans la pratique des 
observations et d'un Observatoire. Ce M. Zach, membre de cette 
Académie (de Bruxelles), est à Londres, et s'est dernièrement pro^ 
posé pour l'Université de Louvain dans le cas d'un renouvellement 
d'études. Il a l'avantage de bien savoir le français, l'allemand et 
l'anglais outre les langues savantes. » 

Reprenons maintenant le rapport : c Comme il ne peut plus 
être question d'enseigner, comme on le fait à présent, la philoso- 
phie dans chacune des quatre pédagogies (du Faucon, du Château, 
du Porc et du Lis) séparément, il parait convenable de toute ma- 
nière, tant pour l'économie que pour concentrer la discipline, de 
les réunir en une seule... La chapelle du collège de Savoie qui est 
très étendue et située à la rue, pourra servir à y former à peu de 
frais les salles des différentes leçons publiques de philosophie ; /a 
tour de ce collège pourra même être adaptée au moins par inté- 
rim d un Observatoire.,, > 

Belgioioso écrit en marge : c Une tour ne peut jamais être 
appliquée à l'usage d'un Observatoire, qui exige une construction 
toute particulière. S. M. a vu elle-même celui de Brera à Milan 
construit sous la direction du célèbre abbé Boscowitz (maintenant 
astronome de la marine en France). Je n'en connais aucun aussi 
bien fait sur le continent. Il a été fait d'après le modèle de celui 
de Grcenwich près de Londres; mais, depuis. Ton s'est aperçu 
par les étonnantes découvertes de Herschel, que les Observa- 
toires ne pouvaient pas être trop élevés, à cause de l'oscillation 
continuelle à laquelle tout bâtiment, même le plus solide, est sujet. 
Cette oscillation ne devient sensible que dans le résultat des ob- 
servations qu'on y fait. L'Observatoire d'Oxford passe à présent 
pour le meilleur. C'est le dernier qui a été fait et le meilleur à 
prendre pour modèle. • 



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(15 ) 

Le 8 juillet i786, Belgioioso ëcrivait encore au prince de Kau- 
nitz : c ...Le professeur d'astronomie, nommé Zach, dont j'ai eu 
l'honneur de faire mention dans mes notes sur le rapport du 
conseiller Le Clerc, et que j'ai vu depuis, se contenterait de 
4600 florins d'Allemagne, etje pense que ce serait à bien bon 
marché faire Tacquisition d'un si excellent sujet. Je ne puis donc 
que prier Votre Altesse d'appuyer ma proposition à son égard 
dans le rapport qu'elle fera à S. M. sur la matière. » 

C'est évidemment pendant le séjour de Zach à Bruxelles au 
mois de juin, que l'idée de l'attacher à l'Université de Louvain 
avait été reprise; c'est alors qu'il avait fait connaître ses condi- 
tions. Dés le mois de janvier cependant, il avait accepté le poste 
d'astronome du duc de Saxe-Gotha, et il passait maintenant par 
Bruxelles pour se rendre à sa nouvelle destination. Mais le traite- 
ment qu*on semblait disposé à lui accorder en Belgique était beau- 
coup plus élevé que celui dont il serait gratifié à Gotha,, et d'une 
autre part, la place de professeur k l'antique Université de Lou- 
vain avait sans doute plus d'attraits pour lui que celle d'astronome 
d'un petit prince d'Allemagne. 

Quoi qu'il en soit, l'afiFaire n'eut pas de suite. Le prince de Kau- 
nitz remit le 48 juillet 1786 son rapport à Joseph II : il avait, 
disait-il, communiqué le rapport de M. Le Clerc avec les apos- 
tilles du ministre^au baron van Swieten,et il approuvait l'idée du 
baron de nommer un directeur pour chaque faculté, en les choi- 
sissant à Vienne. Ces directeurs devraient être rendus à Louvain 
avant l'ouverture de la prochaine année scholastique ; pendant six 
mois ils assisteraient aux leçons des professeurs et ils étendraient 
leurs observations sur tous les objets de l'instruction publique ; 
au bout de ce temps, ils seraient tenus de faire leurs rapports, 
lesquels étant fondés sur des faits bien vus, donneraient ces ren- 
seignements sûrs, exacts, complets et individuels qu'il est indis- 
pensable d'avoir pour opérer avec certitude. Ni l'opinion du con- 
seiller Le Qerc ni celle du prince de Belgioioso n'étaient fondées 
à tous égards, sur une pleine connaissance de cause ; Van Swieten 
et après lui de Kaunitz croyaient, au contraire, y reconnaître 
l'influence de quelque préoccupation ou du moins de l'excès des 



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( 16) 

deux côtés : de Tun^ en voulant tout garder, de l'autre, en reje- 
tant tout. Il est certain qu'envelopper Minckelers dans là même 
accusation d'ignorance avec les autres professeurs indiqués par 
Le Clerc pour composer la nouvelle faculté de philosophie, c'était 
donner la preuve, sinon d'une extrême légèreté, au moins d'une 
grande exagération. 

Dans un post-scrîptum, Kaunitz ajoutait: • Ce très humble rap- 
port était déjà mis au net, lorsque j'ai reçu du ministre le post- 
scriptum ci-joint... Ce qu'il propose à l'égard de l'acquisition du 
nommé Zach pour la chaire d'astronomie ne saurait être mis en 
délibération qu'après que V. M. se sera décidée sur le contenu de 
ce respectueux rapport. » 

La dernière pièce que j'ai trouvée, dans laquelle il soit encore 
question de Zach, est une lettre de Belgioioso au prince de Rau- 
nitz,en date du 19 août 1786. c Je suis enchanté,» écrit-il, c de 
voir que V. A. approuve mes vues à l'égard de l'astronome Zach 
dont la réputation est déjà si bien établie... > 

L'empereur avait agréé que l'on mit des directeurs à la tête 
des facultés. A la date du 29 août, ces directeurs étaient déjà dé- 
signés : trois appartenaient à l'Université de Vienne; le qua- 
trième, désigné directement par Joseph II, était un médecin de la 
même ville. Le directeur de la faculté de théologie, l'abbé Stoe- 
ger,' professeur d'histoire ecclésiastique à l'Université de Vienne, 
fut le premier, je pense, qui se rendit à sa destination : on avait 
pressé son départ, parce qu'il était chargé d'organiser et de 
diriger le Séminaire général auquel Joseph II tenait beaucoup. 

Les événements de l'année 1787 et l'agitation qui aboutit à la 
révolution brabançonne firent ajourner tous les projets de réor- 
ganisation de l'Université; il y eut bien un commencement de 
réforme, lors de la translation à Bruxelles des facultés de philo- 
sophie, de droit et de médecine, mais on ne parla plus d'établir un 
Observatoire; il fallut attendre, pour en voir décréter un, jusqu'au 
8 juin 1826: quarante ans s'étaient écoulés alors depuis l'époque 
où le prince de Belgioioso avait espéré conquérir l'astronome 
de Zach pour la Belgique. 



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LE DISCOURS PRÉLIMINAIRE 

PLACÉ BR TÊTE DES MÉMOIBES 

DE L'ACADÉMIE IMPÉRIALE ET ROYALE 

DE BRUXELLES. 
LE raiHIEB SKmAIRE DE L'ÀGADâlIB, OERARD; 



ÉD. MAILLY. 

CORRESPONDANT DE L'ACADÉMIE. 



(Présenté à la classe des sciences le SI octobre 1876.) 



TOMB XXVII. 



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LE DISCOURS PRELIMINAIRE 
PLACÉ EN TÊTE DES UÉMOIRES 

DE L'ACADÉMIE IMPÉRIALE ET ROYALE 

DE BRUXELLES. 

LE ?HSL::ER SSCRÎÎAiRS E L'A:ADÎ\î:S. GERARD. 



Qui est Tautciir du Discours préliminaire sur Vétat dts lettres 
dans Yes Pays-Bas et sur l'érection de l'Académie impériale et 
royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles, place en tête du 
premier volume des Mémoires de cette Académie? 

On Tattrlbue tantôt à Gérard, le premier secrétaire de TAca- 
déroie^ tantôt à Des Roches, son successeur ^ 

Nous allons démontrer, en nous appuyant sur des pièces oflli- 
cielles, que c'est bien l'œuvre de Des Roches. 

Rappelons d'abord que celui-ci avait été installé comme secré- 
taire perpétuel, dans la séance du !20 mai 1776 ^. 

Or, le 18 janvier 1777, le chancelier de Brabant, Joseph de 
Crumpipcn, président de l'Académie, écrivait an prince de 
Starhemberg , ministre plénipotentiaire: c .... J'aurai Thonneur 

* Voyez la note il à la fin de cette étude. 

2 Et non en mars^ comme on Ta imprimé quelquefois par erreur. 



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de prcscntcr à Tapprobation de Votre Altesse la planche devant 
servir de frontispice au i**' volume des Mémoires actuellement 
sous presse, avec riiistoire de J'Âcadcmie qui sera rédigée par 
M. Des Roches et qui doit être insérée dans le même volume, dès 
que ce secrétaire aciif et laborieux aura achevé son travail que 
d'autres occupations plus pressées lui ont fait différer jusqu'ici... » 
La planche dont il est question avait été gravée pour les Atia- 
lecta Belgica des ci-devant Jésuites : M. de Launay y ajouta les 
attributs de la physique et des mathématiques. 

L'histoire de l'Académie , sous le titre de Discours prélimi- 
naire, etc., fut présentée dans la séance du 9 avril 1777. Le pro- 
tocole de la séance porte : « Le président ordonna la lecture de 
cet ouvrage et nomma des commissaires pour en faire un examen 
scrupuleux et indiquer les additions et les changements dont ils 
le croiront susceptible. » 

Le 7 mai 1777, les commissaires, MM. Needham, de Nelis, 
Gérard et de Marci firent leur rapport. Us s'accordaient en ce 
point, que Tarticle relatif à Tinstitution et aux opérations de la 
Société littéraire était trop court et qu'il fallait lui donner une 
juste étendue. Les autres remarques étaient moins importantes, 
— t L'auteur, » lit-on encore dans le protocole, t doit produire 
son ouvrage tout changé, dans une assemblée extraordinaire qu'on 
indiquera à cet effet. Après quoi M. le président enicra une der- 
nière révision et le présentera h S. A. le ministre plénipotentiaire 
avant que de procéder à l'impression. » 

L'assemblée extraordinaire fut tenue chez le président: MM. Des 
Roches, de Nelis et de Marci y assistèrent. 

Le 16 août suivant, le chancelier Crumpipen écrivait au 
ministre : < J'ai Thonneur de présenter à Votre Altesse le cahier 
ci-joint, rédigé par M. Des Roches et contenant: 1** l'histoire de 
l'Académie sous le titre de Discours préliminaire sur l'état des 
lettres dans les Pays-fias et sur l'érection de l'Académie impériale 
et royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles; 2"* le journal 
des séances tenues d'abord par la Société littéraire et ensuite par 
l'Académie depuis le 5 mai 1769 jusqu'au 4 décembre 1776. Cette 
pièce lue à l'Académie et approuvée par elle, a été relue, exa- 



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(5) 

minée et discntce de nouveau, dans un comilë tenu chez moi, et 
auquel, outre le rëdacteur, MM. de Nelis et de Marc! ont assisté. 
II s'agit de savoir à présent si cette production , destinée à servir 
de préface, d'avertissement ou d'avant-propos au i" volume des 
Mémoires dont l'impression sera achevée dans peu de semaines, 
méritera également l'approbation de Votre Altesse » Le chan- 
celier demandait ensuite si, indépendamment du Discours préli- 
minaire, il ne conviendrait pas qu'il y eût une Épitre dédicatoire 
à Sa Majesté. <c Je ne puis, » disait-il, v qu'attendre là-dessus les 
intentions de Votre Altesse en soumettant toutefois à ses lumières 
supérieures, en cas qu'elle se décide pour l'aiUrmative, le projet 
ci-joint de l'Épitre dédicatoire, aussi rédigé par M. Des Roches, 
et qui me paraît réunir au mérite de la simplicité, la vérité de 
l'expression, les seuls ornements dont de pareilles pièces puis- 
sent être susceptibles. » 

Le ministre répondit le 27 août : < Ayant examiné le rapport 
que vous m'avez adressé le 16 de ce mois, je vous fais. Monsieur, 
la présente pour vous dire : 1" que je ne puis qu'approuver 
l'espèce de préface ou d'avant- propos que vous proposez de 
donner au 1""' volume des Mémoires de l'Académie : laissant 
cependant à votre considération de faire quelques changements 
à la tournure des dix dernières lignes dont le fond me parait 
d'ailleurs très bien; 2* que je crois qu'il ne sera pas nécessaire 
d'adresser d'Épitre dédicatoire h Sa Majesté... » 

Enfin unfe lettre en date du 1*' septembre, adressée au chan- 
celier, portait : t J'ai l'honneur de vous remettre ci-joint le Dis- 
cours préliminaire qui doit paraître à la tète du i" volume des 
Mémoires académiques. Son Altesse ne peut qu'agréer la période 
que vous substituez à celle qui lui semblait, quant à quelques 
expressions, pouvoir être retouchée *. » 

* Voyez la note fi à la fin de celle étude. 



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( c ) 



II 



Des Roches, ainsi que nous Tavons dit, avait clé installe comme 
secrétaire de rAcadëniic, dans la séance du 20 mai 1776. Sa 
nomination, faite directement par Tlmpëratrice, fut-elle vue de 
bon œil par ses confrères en général? 11 nous reste quelque doute 
h cet égard et nous demanderons la permission de nous en expli- 
quer. 

Le protocole de la séance du 2 avril 1776 renferme ce qui suit : 
c M. le président informa l'assemblée que S. M. avait nommé le 
secrétaire de TAcadémie [Gérard] auditeur de la chambre des 
comptes au département des archives, et que, comme les archives 
étaient dans le plus grand désordre, qu'il convenait de pourvoir 
incessamment à leur arrangement, et que d'ailleurs Texamen des 
bibliothèques des ci-devant Jésuites obligerait le secrétaire de 
faire de fréquentes absences ', ce qui empêcherait celui-ci de se 
rendre exactement aux assemblées, de veiller à Timpression des 
Mémoires de l'Académie et d'entretenir les correspondances, 
S. M. avait nommé M. Des Roches secrétaire de l'Académie, en 
l'attachant au département des archives en qualité de premier 
commis. — Il fut observé à ce sujet que selon le règlement de 
l'Académie, ce corps était autorisé de présenter h S. A. R. un 
sujet pour remplir la place de secrétaire : sur quoi M. le prési- 
dent dit qu'on devait n'avoir point fait attention à l'article du 
règlement qui indiquait cette marche; qu'au reste la chose n'avait 
point été faite pour ôter le droit d'élection à l'Académie, et il fut 
conclu, après quelques contestations à ce sujet, que l'Académie 
élirait dans la séance suivante un secrétaire qu'elle présenterait à 
l'agréation de Son Altesse. » 

Qu'allait -il arriver si l'Académie portait ses suffrages sur un 
autre que Des Roches? Pouvait-on admettre qu'elle mit en dis- 

> Gérard avait commencé à s'occuper de cet examen, Tannée précédente, 
pendant les vacances de rAcadémie. 



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(7) 

cussion un choix arrêlé par Sa Majesté? On ne le crut pas , et, en 
ouvrant la séance du 20 mai, le président donna lecture d*une 
lettre, datée de la veille, par laquelle le ministre plénipotentiaire 
informait olïiciellement les membres de TAcadémie de la nomi- 
nation de Des Roches au poste de secrétaire perpétuel l'Sa Majesté, 
disait le ministre, avait dérogé pour cette fois, et sans conséquence 
pour l'avenir, à la disposition de rarlicle ^26 du règlement, « dans 
l'attente où elle était que le sieur Des Roches s'efforcerait a jus- 
tifier le choix qu'elle en avait fait, et à mériter de plus en plus par 
son zèle, ses talents et son assiduité à s'acquitter des devoirs de 
cette place, Testime et la confioncc de TAcadémie. » 

L'Académie ne pouvait que s'incliner devant cette notification : 
aussi se borna-t-elle à faire insérer la lettre du ministre dans son 
protocole. 

Au surplus le remplacement de Gérard était décidé depuis 
longtemps : la difficulté seule de lui trouver un successeur capable 
l'avait maintenu, comme nous allons le prouver. Nous profiterons 
de l'occasion pour donner quelques renseignements sur la carrière 
d'un homme qui fut, jusqu'au bout, l'un des membres les plus 
assidus, sinon les plus distingués de l'Académie de Marie-Thérèse. 

Né à Bruxelles le 2 avril 1734, il commença par être attaché 
aux bureaux du conseiller aux causes fiscales et de la recette 
générale des finances; puis, sur la recommandation de Crum- 
pipen père, il avait été nommé, en i766, sixième olHcial à la 
secrétairerie d'État et de guerre ', aux appointements de 800 flo- 
rins argent courant de Brabant. Voici en quels termes il était 

* Le bureau de la secrétairerie d*Élat et de guerre était l'un des plus impor- 
tants du gouTernement des Pays-Bas. « Cest là, » disait le prince de Kaunitz 
dans un rapport à Marie -Thérèse, c c*est là oti se concentrent toutes les 
affaires, soit internes ou externes; qu'on minute les relations que le séré- 
nissime duc [gouverneur général] adresse à Voire Majesté, les lettres que le 
ministre [plénipotentiaire] écrit à moi. aux chefs des départements du goa- 
▼ernemenl ou à des particuliers dans les provinces ; qu'on rédige les décrets 
que S. A. R. envoie aux conseils collatéraux , expéditions qui exigent en même 
temps la tenue de registres exacts et beaucoup d'ordre dans Tarrangemeot 
des papiers. » 



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( 8) 

parle de lui dans un mëmoirc du 2 mai \7fiH , signé : II. Crum- 
pipen [frère du chancelier de Brabanl], « pour et par ordre de mon 
père * >, et adressé au comte de Cobenzl : « ... Je ne suis pas 
moins content du sixième et dernier oiïicial Gérard. Voire Excel- 
lence se rappellera que mon père a pris la liberté de demander 
ce sujet, et réellement il en fallait un pareil : ayant été employé 
à difl'érents déparlemcnts avant que d'avoir été admis à la secré- 
tairerie d^État, il était déjà au fait de milje choses , que d'autres 
ont dû acquérir; et il était dès le commencement d'autant plus 
utile, que depuis sa jeunesse il n'avait d'autre goût que pour les 
livres et Tarrangemcnt des papiers. Il a Tarrangemenl des actes 
delà secrétairerie d'État et de guerre et cet arrangement est fort 
pénible à cause des recherches qu'il s'agit de faire tons les jours; 
il s'en acquitte à ma pleijie satisfaction : il tient encore le précis 
des consultes du conseil privé; il met souvent des relations au 
net. Enfin c'est un de ces sujets toujours prêts à travailler, et tou- 
jours occupé de l'envie de s'instruire. • ^ 

Sur un rapport du prince de Kaunitz à Marie-Thérèse, daté du 
il avril 1772, Gérard fut promu a la place de second ofEcial de la 
secrétairerie d'Etat, avec le titre de secrétaire de Sa Majesté * et 
les gages de 1500 florins attachés jusqu'alors à cette place. 

Il est probable que les fonctions du second olïicial restèrent 
ce qu'elles étaient en 1768, lorsque Crumpipen disait dans le 
mémoire du 2 mai déjà cité : < [Le second oflicial].a soin de 
la correspondance de V. E. avec le prince de Kaunitz; il a tout le 
département relatif à la marche des troupes de S^ M., comme de 
celles de la république des Provinces -Unies. > Nous disons : il 
est probable, car d'après un rapport du ministre plénipotentiaire 

* Par une royale dépêche du 20 avril 1764, Henri de Crumpipen avait été 
adjoint à son père, secrétaire d'État et de guerre, et avait obtenu en même 
temps sa survivance. Crumpipen, le père, mourut en 1769 après être resté 
attaché à la secrétairerie d'État pendant trente-six ans, d^abord comme adjoint 
du comte de Neny, puis, à partir de 1743, comme secrétaire effectif. 

' Les lettres-patentes qui lui accordaient le titre honorifique de secrétaire 
de S. M. sont du i*^ mai 1772. Ce titre était ordinairement donné au premier 
et au second ofEcial de la secrétairerie d'État. 



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(9) 

an prince de Kaunitz, du 27 novembre 1773, Gérard continua à 
occuper « le déparlement de Tarchive. » 

Entre les années 1766 et 1772 avait eu lieu rétablissement de 
la Société littéraire : Gérard fut désigné pour en élre le secrétaire 
perpétuel et la soutint en grande partie, lorsque les membres se 
laissaient aller au découragement; c*est la justice que lui rendait 
le chancelier de Braba;it dans un rapport adressé au ministre 
plénipotentiaire, le 12 mai 1775 : « On lui doit également, » 
ajoutait-il, c le projet qu'on vient d'exécuter d'une bibliothèque 
publique, et à son zèle le don de plusieurs beaux ouvrages que 
divers particuliers ont fait à cette bibliothèque. » 

L'Académie impériale et royale des sciences et belles-lettres de 
Bruxelles venait de remplacer la Société littéraire : Gérard avait 
été maintenu dans ses fonctions de secrétaire, mais on s'aperçut 
bientôt qu'obligé, comme il Tétait, de fréquenter tous les jours 
de Tannée, le matin et l'après-midi, le bureau de la secrétairerie 
d'Etat, il n'avait pas de temps de reste pour s'occuper des affaires 
de TAcadémie. La rédaction des résultats ou procès-verbaux des 
séances mensuelles se trouvait nécessairement en retard, et le 
président qui devait transmettre ces résultats au ministre pléni- 
potentiaire, rechercha les moyens de donner plus de loisir au 
secrétaire perpétuel, « qu'il aurait été fort diflicile de remplacer 
par un sujet convenable '. » II proposa ^ de nommer Gérard à une 
place d'auditeur à la chambre des comptes : cette place, disait-il, 
« aux devoirs de laquelle on satisfait complètement avec quelques 
heures de travail par jour, serait celle, ce me semble, qui con- 
viendrait le mieux au secrétaire de notre. Académie, qui, réunis- 
sant d'ailleurs à l'avantage de savoir lire les anciennes écritures, 
une grande connaissance des monuments concernant l'histoire de 
ces pays, pourrait sans beaucoup de peines en faire la recherche 
dans les dépôts de cette chambre, et procurer par là à TAcadémie 
des notions exactes sur plusieurs faits intéressants, qu'on ne sau- 
rait déterminer sans le secours de ces actes. > 



* Rapporr adressé au miDisIre plénipotentiaire le 28 septembre 1775. 

* Rapport adressé au même le 19 octobre 1773. 



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(10) 

Le 27 novembre 1773, le prince de Starliemberg écrivait au 
prince de Kaunilz : c II n'est pas douteux, mon prince, que le 
S' Gérard, le seul que, lorsqu'il s'est agi de l'association qui a 
précédé Télablissement de l'Académie, on ait trouvé capable ou 
présentable pour les fonctions d'actuaire, ne soit encore aujour- 
d'hui celui qui convienne le mieux à la place de secrétaire, place 
intéressante, qui exige beaucoup de détails et qui demande beau- 
coup de connaissances que Gcrard a acquises, et dont il est au 
fait mieux qu'aucun autre de l'Académie. Il a l'avantage d'avoir 
cultivé dès sa jeunesse l'étude de l'histoire j d avoir parcouru et 
formé des recueils des anciens manuscrits, dont il traduit les 
écritures avec une facilité étonnante, et quoiqu'il se puisse qu'il 
n'atteindrait pas le talent de rendre ses ouvrages également agréa- 
bles par le style, il serait cependant sûrement en état d'en former 
sur la partie historique, qui seraient très intéressants pour le 
fond. Il s'est même déjà acquis de la réputation.... Un bon secré* 
taire étant l'âme d'une Académie, il importe d'avoir pour cette 
place le meilleur qu'on puisse trouver : or, outre la connaissance 
qu'a Gérard de tout ce qui s'est fait depuis l'origine où il a été 
question d'une société de gens de lettres, et outre ce qu'il a acquis 
parla pratique des devoirs de ce poste, je ne connais aucun sujet 
qui puisse le remplacer ou l'égaler. Ce n'est pas, mon prince , qu'il 
n'y ait des sujets qui pourraient y devenir propres , et qui aient 
des talents, mais, tandis qu'ils auraient encore à s'instruire sur le 
passé, les conditions sans lesquelles on ne saurait se flatter de les 
attirer seraient trop fortes ou trop onéreuses. De ce nombre est 
le nommé Des Roches, sujet distingué, établi à Anvers, et dont les 
ouvrages ont déjà été couronnés, mais ayant une petite fortune à 
Anvers, où on le recherche avec empressement pour l'instruction 
des jeunes gens, on devrait lui tenir compte de ce que par son tra- 
vail il gagne, et on conçoit facilement que pour l'engager à changer 
de domicile, il lui faudrait plus qu'un équivalent. — Dansées cir- 
constances, Gérard convenant par toute sorte d'endroits,... ne lais- 
sant à désirer que du côté du style, dans lequel, avec plus de 
loisir, il pourra se perfectionner, et auquel il est en général plus 
facile de suppléer qu'aux connaissances et à l'érudition,... je 



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( n ) 

regarde sa conservation dans le poste qu'il remplit h TAcadcmie 
comme très essentielle pour le bien même de rétablissement; 
mais à mesure que la cbose avance, l'ouvrage et les correspon- 
dances augmentent et demandent plus de suite, et il n*est plus 
possible au secrétaire Gérard de remplir ce qu'il doit à la secrëtai- 
rerie d'État, et de suffire à la fois à ce qu'exigent les devoirs de 
secrétaire de l'Académie : ce double devoir a souffert, même celui 
de rAcadémie, nonobstant les permissions multipliées d absence 
que le secrétaire d*État lui a données de mon agrément.... — Je 
désirerais bien que les termes fussent propres k procurer à Gérard 
une promotion à la chambre, sur le pied que le chancelier le pro- 
pose, mais faisant même abstraction de ses collègues plus anciens 
secrétaires que lui, la résolution que S. M. a prise de ne plus 
admettre de nouveaux sujets à la chambre est si positive, qu'indé- 
pendamment de toute autre considération , je n'oserais point faire 
de proposition qui y fût contraire. — La chambre serait d'ailleurs 
certainement le département le plus convenable, et en même 
temps le plus analogue au poste que Gérard occupe à l'Académie... 
Cela m'a fait penser à un autre moyen de l'attacher en quelque 
manière à la chambre, sans contrevenir h l'intention de S. M. : ce 
serait de le nommer conseiller garde-chartres adjoint: né avec un 
goût décidé pour celte espèce de travail, nourri à présent par 
beaucoup de connaissances, il serait dans son centre, d'une grande 
utilité pour le département des archives , dans lequel il devrait 
en même temps être employé comme adjoint archiviste , et c'est 
un travail si analogue h l'objet de TAcadémie, qu'il me paraît qu'on 
ne pourrait rien proposer qui fût mieux pour Gérard , plus con- 
venable relativement à l'Académie, et en même temps plus utile 
par rapport aux archives.... Il serait juste en même temps d'amé- 
liorer le sort de Gérard... Il n'a jusqu'ici qu« i500 florins, et il 
est certain que c'est trop peu pour un secrétaire académicien... 
Avec un traitement de 200 pistoles ou de 2000 florins il pourra 
au moins pour quelque temps se tirer d'affaire... » — Le ministre 
remettait ensuite un mémoire de l'abbé de Marci sur les pensions 
à accorder aux académiciens, et il terminait par ces mots : < Sans 
la circonstance de la suppression des Jésuites, et sans la ressource 



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( <2) 

qu'on trouvera dnns ]eurs biens, je n*aurais pas osé articuler 
une proposition en faveur du secrétaire Gérard, ni reparler à 
V. A. des instances qu'on renouvelle pour rétablissement des pen- 
sions, étant toujours fort éloigné de proposer de nouvelles charges 
sur le trésor royal... » 

De Kaunitz agréa Tidée d'attacher Gérard au bureau des 
archives, mais comme premier commis et sans augmentation de 
traitement. Le chef du bureau devait être le comte de Wynants 
qui avait été adjoint, en 1755, à son oncle, conseiller au conseil de 
Brabant, chargé à titre provisoire de procéder à l'arrangement des 
archives, et qui, à la mort de celui-ci, survenue en 1762, Tavait 
remplacé dans sa commission extraordinaire. Le chancelier de Cour 
et d'État fit son rapport à Marie-Thérèse le i8 décembre 1773 : ses 
propositions furent approuvées par l'impératrice; outre le comte 
de Wynants et Gérard, le bureau des archives devait comprendre 
un second commis dont le choix était abandonné à S. A. R. le gou- 
verneur général. 

Voici ce qu'on lisait dans le rapport du prince de Kaunitz à 
propos de Gérard. Après avoir proposé à Timpératrice d'adopter le 
plan des pensions académiques, communiqué par Tabbé de Marci, 
]e prince ajoutait: « Je ne doute pas que le ministre n'accorde une 
des pensions qui seraient à sa disposition au secrétaire Gérard, et 
il semble la mériter non-seulement par les peines qu'il se donne 
dans la partie dont il est chargé en cette qualité , mais aussi par 
ses connaissances littéraires. Cependant le ministre doit avouer 
lui-même à présent, que son style n'est pas tel qu'on peut le pré- 
tendre du secrétaire d'une Académie, et j'ai d'ailleurs observé par 
les projets qu'il a fournis pour le règlement de la compagnie à 
laquelle il s'est attaché que ses connaissances ne s'étendent pas au 
delà de la partie de l'histoire. — Quoi qu'il en soit, je conviens 
avec le ministre, que dans ce moment-ci on ne saurait mieux faire 
que de laisser les fonctions de secrétaire à Gérard, mais je désire- 
rais beaucoup qu'avec le temps on pût les confier à un autre aca- 
démicien plus versé dans les sciences en général, et plus en état 
de rendre compte au public dans un style intéressant des opéra- 
tions et découvertes de l'Académie. » 



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(15) 

Ainsi, dès la fin de Tannée 1775, le prince de Kaiinitz était 
d'accord avec Starhemberg pour remplacer Gérard dans son poste 
de secrétaire de rAcadémie, lorsque les circonstances le per- 
mettraient, et Starhemberg avait mis en avant le nom de Des 
Roches. Déjà, au mois de janvier de Tannée 1771, Des Roches 
avait été proposé par le président du conseil privé de Neny, pour 
la place de bibliothécaire de la Bibliothèque royale qu'on allait 
rendre publique; mais pour l'attirera Bruxelles, jl aurait fallu lui 
procurer un dédommagement de ce que sa profession lui assurait 
à Anvers, et qu'il faisait aller à un objet de i7 à iSOO florins, et 
la charge avait été trouvée trop notable ^ 



UI 



Les choses en restèrent là jusqu'au mois d'octobre 4775; le 
statu quo avait été maintenu quant à Gérard, et il semble avoir 
continué à travailler à la secrétairerie d'État; mais le 26 octobre 
de Tannée préraentionnce, dans une lettre adressée au prince de 
Kaunitz, le ministre plénipotentiaire faisait part d'une réclamation 
de Gérard au sujet de la place de commis au bureau des archives, 
qu'il considérait comme une espèce de dégradation pour lui, en ce 
que, de second oillcial de la secrétairerie d'État et de guerre, il 
deviendrait commis d'un bureau qui devait le céder à tous les 
autres du gouvernement. Le ministre avouait que le passage de 
Gérard au bureau des archives sur le pied décrété par S. M. devait 
lui être sensible. Il trouvait convenable qu'on éloignât Gérard de 
la secrétairerie d'État; il le regardait aussi comme peu propre à 
la place de secrétaire de l'Académie, son' style étant même au-des- 
sous du médiocre. Mais il lui paraissait un excellent sujet pour les 
archives, et il proposait de l'y attacher uniquement avec le titre 
honorifique d auditeur à la chambre des comptes et un traitement 

^ Relation du prince Charles de Lorraine it Timpéralrice Marie-Thérèse, 
du7aYrii1773. 



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(U) 

de 2300 à 2400 florins. Le ministre proposait en même temps de 
le remplacer à TAcadémie par Des Roches; de conférer à celui-ci 
la qualité de commis au bureau des archives, et de lui attribuer 
â à 500 florins par-dessus les iOOO florins que S. M. avait destinés 
pour la place de second commis de ce bureau, et, en outre, une 
pension académique de 400 florins. 

Toutes ces propositions furent agréées par 1 impératrice, le 
49 février 1776, sur le rapport conforme du chancelier de Cour et 
d'État. Gérard demanda à recevoir le titre d auditeur surnuméraire, 
et cette grâce lui fut accordée par Marie-Thérèse, le 51 mai. 

Lorsque, sous Joseph II, on institua le conseil général du gou- 
vernement qui absorba les conseils collatéraux et la secrétairerie 
d'État et de guerre, Gérard fut nommé directeur du protocole des 
exhibés, avec le titre de secrétaire du conseil et un traitement de 
2800 florins : il prêta le serment, le 3 avril 1787, entre les mains 
du comte de Barbiano de Belgioioso, ministre plénipotentiaire de 
S. M. aux Pays-Bas et président dudit conseil K 

^ Od trouve dans une instruction relative à Torganisation de ce bureau les 
anicles suivants qui en feront connatlrePobjel : 1. Toutes les requêtes adres- 
sées soii aux sérénissimes gouverneurs généraux, soit au ministre plénipoten- 
tiaire, soit au conseil ou à S. M. en son conseil du gouvernement, seront 
remises d'abord au bureau du protocole des exhibés, ainsi que les dépêches 
et résolutions de la cour que le ministre plénipotentiaire recevra du départe- 
ment aulique. et quMI ne jugera pas à propos de rést*rver ou de traiter comme 
secrètes. — 2 Toutes les lettres et les paquets cachetés qui arriveront soit 
par la poste ou par toule autre voie à l'adresse du conseil ou de S M. en 
son conseil, seront remis également au bureau du protocole 6es exhibés et 
ouverts par le directeur de ce bureau qui aura titre et rang de secrétaire du 
conseil... — 12. Le directeur examinera attentivement toutes les requêtes 
qu'on présentera au bureau ; s'il y trouve des expressions déplacées ou d'au- 
tres défauts, il les rendra aux agents ou aux parties pour les faire corriger, 
sans les admettre au protocole .. — 15 Les employés de ce bureau devront le 
fréquenter régulièrement tous les jours de l'année , sans exception , depuis 
8 heures du matin jusqu*à midi, et depuis 3 heures de l'après-midi jusqu'à 
7 heures du soir... — 16. [U faudra qu'il y ait toujours un employé présent tout 
le long du jour]... — 18. L'étendue et l'importance des occupations du direc- 
teur de ce bureau exigent de lui une attention extrême, une assiduité non 
interrompue à son travail et des procédés honnêtes envers les parties qui 
se présentent à son bureau. 



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(<5) 

Gernrd occupait ces fonctions depuis deux ans et demi, lorsque, 
vers la fin d'octobre 1789, un ordre ëmané de la présidence du 
conseil du gouvernement général le fit mettre h la pension, ou 
jubilariser^ suivant Texpression de répoque,sans que rien fût arti- 
cule sur les motifs qui avaient dicté cette mesure. Gérard comp- 
tait à ce moment plus de trente-cinq années de service, y compris 
le temps qu'il avait été attaché aux bureaux du conseiller aux 
causes fiscales et de la recette générale des finances. Sa pension 
ne fut pas liquidée avant le 28 avril 1792 : elle fut fixée à 1400 
florins, moitié de ses gages, et devait prendre cours à partir du 
i" novembre 1789. 

Dans une requête qu'il avait présentée le 14 août 1791 aux gou- 
verneurs généraux, pour être remis en activité, Gérard se préva- 
lait du fait qu'il n'avait pas porté l'habit de volontaire et n'avait 
occupé aucun emploi pendant la révolution brabançonne. La 
seconde assertion n'était pas exacte; on lit, en effet, dans son 
Journal des troubles des Pays-Bas en 1190 : « Le 28 juillet 1790, 
les états de Brabant ôtèrent la censure du Journal de Bruxelles, 
de la Gazette de Bruxelles et de la Feuille d'annonces de la même 
ville à M. Gérard, et la confièrent au conseiller fiscal du conseil 
de Brabant Drugman. M. Gérard avait été requis par lesdits états 
de se charger de cette censure quelques jours après la prise de 
Bruxelles et l'avait fait gratuitement. > 

Par la même requête, Gérard suppliait leurs Altesses Royales de 
se faire rendre compte des motifs pour lesquels il avait éiéjubi- 
larisé. « Il n'avait, > disait-il, < dans aucun des emplois qu'il avait 
occupés, manqué ni au secret ni à ses devoirs : il en appelait au 
témoignage de ses supérieurs, et croyait pouvoir se flatter qu*au- 
cun des bureaux du conseil général n'avait été plus en règle que 
celui auquel il était préposé, aucune affaire n'y ayant été retardée, 
et aucune requête ou lettre n'ayant été égarée, ce qui était con- 
stant, puisqu'il n'y avait jamais eu de plainte ou de réclamation à 
ce sujet. » 

Qu'il ait été un employé modèle, on ne saurait en douter; mais 
àlëpoque de sa disgrâce, le gouvernement était devenu extrême- 
ment ombrageux, et les relations que Gérard entretenait avec plu- 



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( iC) 

sieurs membres de l'opposition ouvertement hostile à rAutriche, 
entre autres avec l'évéque d'Anvers, peuvent très bien expliquer 
la mesure de rigueur dont il fut l'objet ^ C'était un franc parleur, 
ne ménageant pas ses expressions et d'humeur fâcheuse. 11 avait 
peu d'amis et quand, après la restauration, il demanda à être 
replacé, il ne trouva personne pour appuyer sa requête. 

Nous ne le suivrons pas aujourd'hui dans la vie privée où il 
était entré forcément; nous nous réservons d'y revenir une autre 
fois, et nous tâcherons alors de l'apprécier comme érudit et 
comme académicien. 

C'est assez pour le moment davoir établi quelques faits qui 
pourront servir à une biographie exacte de l'un des fondateurs 
et du premier secrétaire de l'Académie impériale et royale des 
sciences et belles-lettres de Bruxelles. 



* On lit dans une lettre de Tabbé Mann, conservée aux archives de PAca- 
demie : < M. Gérard, le second en ancienneté [de rAcadéniie], secrétaire de 
S. M. au conseil royal, a été disgracié pour ses sentiments patriotiques » 



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NOTE] s. 



NOTE A. 

A. Voisin (Annuaire de rAcadémie royale des sciences et belles-lettres de 
Bruxelles pour Tan 1837) assure que le Discours préliminaire est de Gérard. 
Comme il dit avoir puisé une partie des détails de sa notice , très défectueuse 
du reste, dans une allocution prononcée par Te Water devant la Société litté- 
raire de Leyde, le 7 juillet 1815, peut-être faut -il imputer à Tacadémicien hol- 
landais rassertion dont il est question ici ; peut-être encore provient-elle de 
Raepsaet, beau-frère de Gérard, qui avait communiqué des renseignements à 
Te Water. 

Le baron de Reiffenberg a fait usage des notices française et hollandaise, 
« en les complétant, » pour composer Tarticle qu'il a consacré à Gérard dans 
Je Supplément de la Biographie universelle ancienne et moderne (Paris, 
1838). 11 n*hésite pas à mettre le Discours en tête de la liste des ouvrages de 
Gérard; et cette erreur est naturellement reproduite par les rédacteurs de la 
Littérature française contemporaine (Paris, 1848) et par ceux de la Nouvelle 
biographie générale des frères Didot (Paris , 1 857). 

Cependant dès Tannée 1843 de Reiffenberg, parlant de Des Roches {Annuaire 
de TAcadémie de Bruxelles pour Tan 1843), disait : « Ce fut lui qui rédigea 
le Discours préliminaire du premier volume des Mémoires, discours attribué 
parfois à Gérard. » 

Si de Reiffenberg avait avoué franchement qu'il s^était trompé en 1838, 
sur la foi de Voisin, et s'il avait apporté des preuves à l'appui de sa nouvelle 
assertion, il eût empêché le doute de se reproduire, au moins en Belgique. 



NOTE B. 

La phrase qui avait choqué le prince de Starhemberg était celle-ci : c D'ail- 
leurs les personnes sensées s'attacheront moins aux mots qu'aux choses, et 
ne s'aviseront pas de rejeter une vérité nouvelle par la seule raison qu'elle 
est annoncée dans une période mal limée ou en ^es termes incongrus. » 

ToMB XXVII. 2 



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(AS) 

Le chancelier y substitua la suivante : « D'ailleurs les personnes sensées 
s'attacheront moins aux mots qu'aux idées qu'ils présentent, et ne rejetteront 
pas une vérité nouvelle, une découverte utile, par la seule raison qu'elle 
aurait pu être énoncée dans des périodes plus arrondies, ou dans des termes 
plus conformes au bel usage de la langue fhinçaise. » 

Avant d'envoyer le Discours préliminaireau ministre, Gmmpipen y avait 
fait d'assez nombreux changements; certaines phrases et locutions avaient été 
modifiées , de l'avis de l'abbé de Nelis. Crumpipen et Nelis possédaient beau- 
coup mieux la langue française que Des Roches : le dernier surtout l'écrivait 
avec une grande pureté. 

On sera peut-être curieux de savoir ce qu'un Français pensait de l'ouvrage 
corngé. Void ce qu'on lit dans une lettre adressée à Tauteur par Dom Ber- 
thod , le 30 novembre 1778 : « ... J'ai lu d'abord le Discours qui est à la tête 
de vos Mémoires : je sois bien sur qu'il est votre ouvrage et il est digne de 
votre savoir et de votre érudition. Le choix des matières et des objets est 
vraiment intéressant, vous ne pouviez mieux le présenter, avec autant de 
grâce et une plus noble simplicité. J'aurais cependant insinué, si j'avais été sur 
les lieux, à ne point commencer par Tinfinitif Bannir, etc. Je vois parmi les 
Français une espèce de conspiration contre ce tour de phrase. Page ii : J'ai 
trouvé les termes seraient renvoyés au collège et remis à Valphabet un peu 
trop familiers. Mais cette observation n'est pas une critique, toute la pièce 
est bonne et très bien frappée... » 

Il est digne de remarque que personne n'ait songé à relever l'erreur 
échappée à Des Roches qui fait naître Simon Stevin à Bruxelles (page vi). 



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NOTICE 



ROMBAUT BOURNONS, 

HEMBIIE DB L'ACAOÊMIE mPÉllULE ET ROYALE 

DES SCIENCES ET BELLES-LEHRES DE BRUXELLES; 



ÉD. MAILLY, 

COUtBSPOMDAHT DE L'ACADtHIE. 



(Présenté à la classe des sciences le SI octobre 1876.) 



Tome XXVIÎ. 



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NOTICE 



ROMBAUT BOURNONS, 

MEMBRE DE L'ACADÉMIE IMPÉRIAJ.E ET ROYALE 

DES SGIENGK ET BELLES-LETTRES DE BRUXELLES. 



II est très diiBcile aujourd'hui d'écrire ]a vie des hommes qui , 
au siècle dernier, s'occupèrent parmi nous des sciences et des let- 
tres. 

Les contemporains attachaient peu d'importance à réunir des 
détails biographiques; même à l'Académie, lorsqu'un membre, 
fût-il des plus distingués, venait à mourir, c'est à peine si quel- 
ques lignes lui étaient consacrées. Voyez Rombaut Bournons : il 
avait joui d'une grande réputation comme géomètre; il avait été 
officier du génie et professeur au collège Thérésien de Bruxelles. 
Quand j'ai entrepris de retracer sa carrière, je n'ai trouvé qu'une 
notice extrêmement courte, insérée dans le tome V des Mémoires 
de l'ancienne Académie ^ L'auteur se borne à donner les emplois 
de Bournons , la date de son élection à l'Académie , celle de sa 
mort, et la liste de ses productions. Le jour de sa naissance ou de 
son baptême n'est pas indiqué : on dit simplement qu'il était né à 
MaUnes. 

* Elle a été reprodaite dans Y Annuaire de rAcadémie pour l'an 1836. 



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(*) 

Les recherches que j'ai faites aux archives de TEtat et dans les 
archives de rAcadémie , D*ont pu percer les ténèbres de la vie de 
fiournons jusqu'au moment où, dégoûté du service militaire, ii 
chercha à se créer une autre position. Les seules indications que 
j'ai obtenues avec beaucoup de peine sont les suivantes : 

Rombaut Bournons avait été baptisé le ii novembre i73i, 
dans la paroisse de S*-Rombaut, h Malines *. 

Il entra au service en décembre i 765. Au mois de février i 766, 
nous le trouvons attaché comme surveillant aux fortifications de 
la ville de Gand ^. La même année, il se présente au concours 
pour l'emploi de commis des fortifications de cette ville, mais 
l'emploi est donné à un autre : c Le nommé Rombaut Bournons, • 
disait le colonel De Vos dans son rapport, c a acquis des connais- 
sances fort étendues des mathématiques; il possède les sections 
coniques et la mécanique, parties très essentielles..., mais cet 
homme n'a point de pratique, n'ayant eu jusqu'à présent aucune 
occasion d'en acquérir. De plus , ayant passé treize h quatorze ans 
dans une application sans relâche à une étude des plus abstraites, 
et étant parvenu à Tâge de trente-cinq ans, il s'en est formé chez 
lui un caractère et goût d'étude, duquel il ne se départira vraisem- 
blablement jamais. D'après Pcxpérience que j'ai, tant de l'aveu des 
différents ingénieurs et hommes qualifiés que de science certaine, 
l'on n'a jamais vu des géomètres décidés et parvenus à un certain 
degré d'éminence, devenir bien utiles h l'exécution du service du 
génie. » Le général commandant De Laing transmit ce rapport au 
prince Charles de Lorraine, le 22 décembre i766 : c Je dois con- 
venir en partie de ces observations, > fait-il remarquer; « mais 
il est à considérer que ce sujet [Bournons] n'ayant jamais pratiqué, 
nous ignorons s'il ne prendra pas le même goût pour la pratique 
que pour la théorie, auquel cas il n'est pas douteux qu'il devien-^ 

*■ M. Ch. Schuermans, premier commis de Tétat civil à Malines, a eu robli- 
geance de compulser les actes de baptême de toutes les paroisses, de 1725 à 
1760, et il n'en a trouvé qu'un , dans la paroisse de S»* Rombaut, et avec le 
prénom de Rombaut, qui puisse se rapporter à notre académicien : il porte la 
date du 11 novembre 1731. 

s Archives de la Commission royale des études : carton n» 38. 



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(S) 

drait capable de rendre des services plus essentiels que ceux d'un 
commis des fortifications, et que d*un autre côté, il est h présumer 
qu*ji deviendra toujours bon pour remplir les fonctions d'un 
commis, surtout en l'employant une couple d'années chez moi, 
afin de le porter à s'appliquer à la pratique et à tout ce qui est 
relatif au génie. » La proposition du général De Laing fut agréée 
par S. A. R. «. 

Au mois de novembre i768, nous retrouvons Bournons à 
Luxembourg, où il remplit les fonctions de commis des fortifica- 
tions : il y était encore trois ans après ^. 

En juillet i 775, il se qualifie sou^-lieutenant et ingénieur'. Vers 
la fin de i777, il avait été promu au grade de lieutenant, et tenait 
garnison à Malines, nous ne saurions dire depuis combien de 
temps. 

Ce fut vers Tannée 1775 que Bournons songea à changer de 
carrière. Il fit des démarches pour obtenir un£ chaire de mathé- 
matiques il l'Université de Louvain, et rechercha la protection de 
l'abbé de Marci, qui était chancelier de l'Université. Des personnes 
qui lui voulaient du bien l'engagèrent h se présenter à l'Aca- 
démie ^ : ses chefs, le général De Vos, le colonel De Thomerot, 
vantaient son habileté dans les mathématiques dont il avait, à les 
entendre, sondé toutes les profondeurs; mais il n'avait publié 
aucun écrit, et il devait nécessairement produire quelque mémoire 
k l'appui de sa candidature. Le souvenir lui revint alors dans l'es- 
prit qu'en 4763 ou 1764, il avait calculé les phases de l'écIipse 
annulaire de soleil, annoncée pour le i" avril de cette dernière 
année. Les calculs, avec toutes les règles et leurs démonstrations, 

^ Archives de la secrétairerie d'État et de guerre : carton n» 534. 

* Archives de la chaDcellerie des Pays-Bas à VieDoe : portefeuilles D. 97, 
lilt F. 1. 

s Dans un Mémoire présenté à TAcadémie des sciences et belles-lettres de 
Bruxelles.- 

« Quand il avait été question, vers 1768, d^établirà Bruxelles une société des 
.sciences et des arts, TabbéNelis avait cité Bournons, mathématicien, parmi 
les gens studieux ou à talents que la future Académie pourrait s'attacher 
comme correspondants dans différents endroits de nos provinces. 



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(6.) 

avaient été prëscnlës au chef et présidenr, comte de Neny, puis 
ils avaient passé entre les mains de Tabbé de Nclis. Par malheur, 
quand Bournons les réclama au futur évéque d'Anvers, il se trouva 
que celui-ci avait égaré la partie essentielle, c'est-à-dire les règles 
et les démonstrations, de sorte que l'auteur dut renoncer à prou- 
ver, comme il Taurait voulu , qu'il était également maître de la 
théorie astronomique et de la pratique. D'un autre côté, le temps 
lui manquait pour rétablir celte théorie ou pour donner quelque 
autre chose avant le mois d'octobre, terme fixé par le règlement 
pour les élections. Force lui fut donc de se borner à l'envoi des 
phases de réclipse ^ 

Deux des commissaires, Tabbé Marci et Dom Mann firent obser- 
ver que c'était bien peu de chose. « ... Sa pièce imparfaite qui m'a été 



' c Dans ce calcul, » écrivait-il à rAcadémie, «j'ai suivi la méthode que 
M. De Lalande a donnée dans son Exposition du calcul astronomique, et oh 
l'on ne trouve que des règles de pratique , sans aucune démonstration. Ces 
règles m'ont paru impossibles à suivre aveuglément, et si j'avais pu retrouver 
mes vieux papiers, j'aurais prouvé, Messieurs, que j'avais démontré toutes les 
parties qui entrent dans ce calcul avant la publication de l'Astronomie de 
M. De Lalande. > 

Cette pièce est conservée dans les archives de TAcadémie. Celle qui avait 
été présentée au comte de Neny (?), se trouve à la Bibliothèque royale de 
Bruxelles (section des manuscrits); elle porte le titre : 

/m, grande éclipse de soleil du premier avril prochain {de celle année 
4764) représentée en dix cartes différentes dont chacune fait voir la juste 
position du soleil, de la lune, et des principaux cercles : le tout tel qu'on le 
verra dans le ciel à Bruxelles aux instants marqués sur chaque carte. Par 
R. Bournons. In-4o oblong relié en maroquin rouge. 

Après le titre, vient la préface dont voici le texte : « On traite volontiers 
d*inutile ce qu^on ne sait point; c'est une espèce de vengeance^ dit M. de 
Fontenelle (Préf. des Mémoires de TAcadémie des sciences) : et comme Tastro- 
nomie est assez généralement inconnue, elle passe aussi généralement pour 
inutile. 

» On doit s'attendre même à quelque chose de plus dans un pays,oii il n'est 
point né d'astronomes depuis plus d*un siècle. Au reste quelques personnes 
que leurs connaissances, autant que les places qu'elles occupent, élèvent au- 
dessus des autres , et dont le suffrage est si propre à encourager les talents 
divers, et même à les faire naître, sauront toujours mieux apprécier une 



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(7) 

remise poor en faire mon rapport,» disait le dernier, c étant des- 
dtaéc de tout le détail de calculs et de démonstrations, ne peut 
être regardée en aucune sorte comme un Mémoire académique. 
Où ne peut pas de là former aucun jugement certain de son mérite, 
pir rapport à Texactitudc et [à la] précision des calculs qu'il a dû 
T «nployer, ni par rapport h la capacité et [aux] connaissances de 
raoteor dans les mathématiques, sinon en renouvelant tous les cal- 
culs ce qui serait un très long et ennuyeux travail qu'on ne peut 
attendre que personne entreprendra. Au reste, la pièce parait 
être faite de main de maître, et indique Thabile géomètre et astro- 
Bome.^ J'ai toujours entendu parler de M. Bournons comme du 
plus habile mathématicien de ce pays, mais j'aurais souhaité qu'il 
rûi pr^enté quelque chose au moyen de laquelle on aurait pu se 



e, où les moindres progrès coûtent tant de peines et de travaux, et qui 
bit tant fThonnear à l'esprit humain. 

1 Un goût décidé pour cette science m*a fait entreprendre de tracer pour 
b Tille de Bruxelles les différentes phases de la grande éclipse du i*' avril pro- 
s^kûtL Pour connaître combien ce tableau suppose de discussions effrayantes, 
9 ne âadrait que jeter les yeux sur le calcul et la méthode dont je me suis 
sern.Je m'étais proposé de les joindre à celte préface, mais la réflexion qui 
m'est Tenue, que tout cela ne pourrait être utile qu'à quelque observateur 
qoi serait d^bumear à suivre mes opérations, et entre les mains de qui vraisem- 
bbbleoient mon ouvrage ne tombera point, m'a fait abandonner cette première 
idée. > 

La préface est suivie du Dispositif (é\émeDts) du calcul et des dix cartes, 
très bien dessinées, représentant les différentes phases de Téclipse avec Vin- 
dan/ (exprimé en heures, minutes et secondes) et la grandeur (exprimée 
en doigts et minutes) de chaque phase. 

On lit dans rHistoire de TAcadëmie des sciences de Paris pour Tannée 1764 
fpablîée en 1767) : « L'éclipsé du l^"' avril 1764, qui devait être très grande à 
Paris et annulaire dans plusieurs endroits du royaume, avait attiré Vattention 
de tous les astronomes qui Tattendaient avec la plus grande impatience; les 
astronomes de Paris n*eureut pas lieu de la satisfaire, jamais temps ne fut 
BOiiis propre à observer... 11 n*en fut heureusement pas de même dans plu- 
sieurs autres endroits du royaume et même de TEurope... > A Caen,N. Pigott, 
qui fut plus tard membre de l'Académie de Bruxelles, ne put voir qu'un 
«eul instant le milieu de Téclipse : elle y était annulaire , mais non pas cen- 
trale. 



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(8) 

former un jugement plus exact de ses connaissances; ne l'ayant 
pas fait, c'est à l'Académie à juger s'il convient de le recevoir sur 
sa seule réputation. > 

Les remarques de Mann étaient certainement justes» mais Bour- 
nons avait de puissants protecteurs en dehors de rAcadëmie , et 
au sein de ce corps savant, il pouvait compter sur l'appui de Tabbë 
Nelis et du directeur Needham qui reçut très mal Jes réflexions 
de son compatriote et faillit se brouiller avec lui à cette occa- 
sion ^ 

Needham tenait beaucoup h Tacquisition de fiournons, « vu 
rétat de faiblesse extrême dans lequel l'Académie se trouvait. » — 
Nous n'avons peut-être personne parmi nous, écrivait-il a Marei, 
qui ait pénétré si avant dans les hautes mathématiques que 
M. Bournons , et nous nous trouvons en quelque façon obligés 
indispensablement pour des occasions qui peuvent se présenter, 
d'avoir un géomètre de sa force, uniquement attaché à son objet. 

Les archives de l'Académie renferment cinq pièces fort cu- 
rieuses au sujet de cette affaire, en voici l'indication : i** Lettre 
de Needham à Marci, du 26 août 1775; â"" Envoi de la copie de 
cette lettre à Mann, par Needham, le même jour; 3*^ Béflexions sur 
le mémoire de M. Bournons, ingénieur, présenté h l'Académie, par 
Mann; i*" Lettre de Needham à Mann, du 51 août 1775 ; S"" Projet 
de réponse de Mann h Needham. — Cette réponse ne fut pas 
envoyée; elle est écrite en anglais de même que la lettre de Need- 
ham, du 31 août 

Nous y reviendrons quelque jour. Pour le moment, nous nous 
bornerons à donner l'extrait suivant du protocole de l'Académie, 
du 6 septembre 1775 : < M. l'abbé de Marci.. fit., la lecture de ses 

* Ce qui avait surtout fâché Needbam, c'était un passage du rapport de Mann 
où il faisait remarquer que rAstronomie de Lalande, il est bien vrai, n*avait 
paru qu*en 1764, mais que, dès Tannée 1761, Dionis du Séjour avait publié 
une méthode pour calculer les éclipses de soleil, aussi exacte et plus univer- 
selle que celle de Lalande, et y avait Joint les démonstrations analytiques, 
c Je ne dis pas cependant, i ajoutait-il, c que M. Bournons l*a vu [Pouvrage 
de Dionis du Séjour] ou Ta connu , non plus que les démonstrations de M. De 
la Caille sur ses règles. » 



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(9) 

oieerrations ainsi que de celles de Dom Maoa sur quelques cal- 
culs astronomiques présentes à rAcadémie par M.Bournoos,sous- 
lîeatenant au corps du génie au service de Sa Majesté, aspirant.. 
k ooe place d'académicien. M. l'abbc Chevalier lut ses observations 
sur les calculs de M. Bournons, et il fut résolu de mettre.. M. Bour- 
Doos en élection dans la séance d'octobre. > 

Pour des raisons dans lesquelles nous n'avons pas à entrer ici , 
les élections qui auraient dû être faites au mois d'octobre 4775, 
forent ajournées jusqu'à Tannée suivante, et Bournons fut élu le 
H octobre 4776. Dans Tin tervalle^ notre officier du génie ne pré- 
senta aucun mémoire à l'Académie, soit que son service ne lui 
laissât pas assez de loisir pour en composer, soit pour tout autre 
motif, il s'était du reste concilié la bienveillance du prince de Star- 
bemberg, ministre plénipotentiaire aux Pays-Bas, qui ne tarda 
point à le charger d'enseigner les mathématiques h son fils et 
derâii pour lui un puissant protecteur. Que cette protection et 
Vautres encore aient facilité l'élection de Bournons, cela ne parait 
fias contestable; mais que le récipiendaire joignit & une grande 
suffisance un mérite très réel, il serait injuste de le nier : nous 
essayerons d'en donner la preuve. 

On lit dans le protocole de la séance du 8 janvier 1777 : 
c Ces objets terminés, on passa à la lecture des ouvrages nou- 
vellement présentés à l'Académie. On commença par celui de 
M. Bournons. II est intitulé : Mémoire contenant la formation 
d'une formule générale pour l'intégration , ou la sommation, 
d'une suite de puissances quelconques , dont les racines forment 
une progression arithmétique [à différences finies quelconques], 
Uauleur ne croit point que cette formule générale ait été indi* 
qoée dans quelque autre ouvrage, du moins il ne l'a jamais vue; 
et M.Sauri, quia tant cité d'auteurs, doit l'avoir ignoré de méme^ 
puisqu'il donne jusqu'à douze formules, pour exprimer ce que 
M. Boomons fait par une seule. Au reste, c'est ici une affaire de 
calcul, qui demande Texamen des algébristes les plus déterminés; 
le mémoire sera confié aux académiciens qui s'occupent de cette 
science, et le rapport qu'ils en feront^ paraîtra dans l'un ou l'autre 
des r&uitats suivants. > 



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( 10) 

Nous avons retrouvé le rapport que Dom Mann envoya à l'Aca- 
demie sur le travail dont il est ici question. Cette pièce est datée 
de Nieuport,le 21 avril 1777 : elle nous a paru assez curieuse pour 
être reproduite. 

< J*ai lu, > dit Mann, « avec autant de plaisir que d*attentîon, 
le mémoire que M. Bournons a présenté à l'Académie... i"* La 
matière que M. Bournons traite dans ce mémoire, ne touche point 
le calcul différentiel et intégral, comme quelqu'un la supposé; ce 
n'est qu'une partie de l'algèbre simple, mais une des parties les 
plus difficiles et des plus importantes à cause qu'elle fraye le 
chemin au calcul intégral , et est très utile dans toutes les autres 
parties des mathématiques. — 2° C'est au célèbre docteur Wallis 
qu'on doit la première théorie des suites et différentes méthodes 
pour les sommer, qu'il a donnée en 1G55 dans son Arithmétique 
des infinis, source des grands progrès de la géométrie moderne. 
Grégoire de S*-Vincenl, Cavalicri, Fermât, Descartes, Robcrval, etc., 
«avaient ouvert avant lui le chemin de cette importante découverte 
par quelques légers rayons de lumière que leurs tentatives et 
méthodes particulières jetaient sur cette matière. La théorie de 
Wallis fut saisie h l'envi par les plus grands géomètres tels que 
Wren, Brouncker, Mercator, Barrow, etc. Mais c'est au grand 
Newton qu'on doit la théorie complète et universelle des suites» 
qu'il donna vers i666, sous le titre de Analysisper aequationes 
numéro terminorum infiniias, etc. Depuis ce temps tous les géo- 
mètres ont traité des suites et de leur sommation, chacun à sa ma- 
nière. — 5** Je donne cette esquisse historique pour montrer que le 
sujet que traite M. Bournons dans son mémoire, n'est rien moins 
que nouveau, mais sans prétendre par là déprécier son travail, ou 
le faire regarder comme inutile. Tout ce qui sert h généraliser et 
simplifier les méthodes particulières pour l'intégration ou somma- 
tion, soit des suites algébriques , telles que celles dont traite ici 
M. Bournons, soit des différentielles, c'est reculer les bornes des 
hautes mathématiques du seul côté peut-être où il manque encore 
quelque chose à leur perfection. Si jamais de tant de méthodes 
plus ou moins générales pour la formation des suites, on s'élève 
à une méthode absolument générale pour sommer toutes les séries 



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(M ) 

qiideonques (autremeot que par approximation), on aura mis le 
«ceaa de ]a perfection aux sciences exactes. Mais il y a )ieu de 
douter si cette découverte, cherchée par les plus grands gëomè- 
treSfSera jamais accordée aux hommes, ou qu'elle soit possible en 
dlc-méme.... Toute formule donc, telle que celle qu'a découverte 
V. Bournoas, qui généralise un nombre de formules particu- 
lières, quoique seulement pour des suites d'un même genre, est 
Tnisemblablement tout ce qu'il reste aux hommes de faire pour 
reculer les bornes des hautes mathématiques, et mérite d'être 
accueilli par les géomètres. — 4° Il me parait que notre habile 
féomètre anglais J. Simpson (dans son Traité d'algèbre y in-8% 
paragr. XIV, et dans ses Esmis choisis de géométrie) a donné des 
formales pour la sommation des suites de puissances des riom- 
hns en progression arithmétique, fort approchantes de celle que 
H. Boornons a donnée dans ce mémoire... Mais comme la méthode 
et formule de M. Bournons n'est pas en tout conforme à celles 
de il. Simpson, et que d'ailleurs il est évident, par la marche de 
N. Bouraons dans son mémoire, que la découverte de sa formule 
çrnérale lui est propre et nullement puisée dans les livres, il 
serait injuste de vouloir diminuer Thonneur qui lui en revient à 
«juste titre, à cause que d'autres auraient rencontré à peu près 
la même chose avant lui. — 5*" Le sujet de ce mémoire étant une 
affaire de pur calcul, où les raisonnements hypothétiques n'en- 
frrnt point, il ne reste rien a dire à cet égard. Mais, par la manière 
dont l'auteur y traite son sujet, on voit bien ce que l'acquisition 
de ses profondes connaissances en ce genre doit lui avoir coûté. 
Sa méthode est la plus exacte^ claire et lumineuse. Sa propre 
expérience lui fait pressentir les difficultés des commençants, et 
ne loi permet de rien omettre qui peut faciliter à le suivre avec 
Aidence et clarté : au lieu qu'il n'est que trop commun aux géo- 
mètres d^ometlre plusieurs pas ordinaires en les supposant con- 
nus, oo de ne les indiquer que légèrement, ce qui rend leur 
marche très obscure et très difficile à suivre à tous ceux qui ne 
sont pas au fait de ces calculs abstraits par une longue habitude 
cl [un] osage constant.... — 6" Pour ces raisons , je pense avec sou- 
mission, que cette pièce fera beaucoup d'honneur à son auteur, à 



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( 12) 

TAcadëmie et k la colleclion de ses Mémoires, et qu'elle mérite 
d'être donnée au public sans délai dans le premier volume qui 
s'imprime : d'autant plus qu'elle est fort courte, et que les calculs 
algébriques sont une espèce d'épidémie de ce siècle, qui les répand 
souvent dans des sujets où ils n'ont rien à faire que. de couvrir 
d'obscurité et de donner un air de profond savoir à des choses 
assez communes. C'est ce qu'on peut appeler, à mon idée, la ehar^ 
lalanerie des géomètres. Mais pour cette cause, et pour obvier aux 
reproches qu'on pourrait faire là-dessus, ne conviendrait-il pas 
de montrer, dès le commencement, que F Académie n'est pas 
dépourvue de calculateurs et de géomètres profonds? C'est ce que 
je soumets à ceux à qui il appartient. » 

Très versé lui-même dans les mathématiques , l'abbé Mann ne 
se dissimulait pas l'abus que l'on commençait à faire des formules : 
il allait au fond des choses, sans se laisser éblouir par un vain éln- 
lage de calculs analytiques. 11 tenait surtout à la nouveauté, à la 
clarté et à la concision. S'il proposa quelquefois la publication de 
certains écrits qui ne réunissaient pas ces trois caractères, c'est, 
comme il le dit quelque part, c qu'il fallait de la haute mathéma- 
tique dans les Mémoires de l'Académie pour être à la mode ^ » 

Une année après Bournons, l'Académie admit au nombre de ses 
membres un autre géomètre, le chevalier de Nieuport. Ces deux 
mathématiciens, s'il faut en croire l'abbé Mann, s'entendaient 
très bien pour c déprécier, décourager et même mépriser tout 
ce qui n'atteignait pas aux plus grandes profondeurs des sciences 
exactes. Or, combien peu de personnes au monde y a-t-il^ ajoute 
Mann , qui sur ce pied méritent le nom de mathématicien? Si les 
Académies ne devaient jamais admettre que des mathématiciens 
du premier rang, la plupart n'en auraient pas du tout '. » 

Bournons, avons-nous dit, avait été appelé k donner des leçons 
au jeune Starhemberg, fils du ministre plénipotentiaire. Les succès 
obtenus par l'élève engagèrent le ministre à proposer le maître 

^ Rapports pour rimpression du second volume des Mémoires de PAca- 
démie; septembre 1778. lis n*ont pas été imprimés. 

* Lettre (maDuscrile) de Tabbé Manu au chancelier de Brabanl, du 3 décem- 
bre 1779. 



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( 13 ) 

pour la place de professeur de malkématiques au collège qu'oa 
tUaît établir & Bruxelles^ sous le oom de collège Thérësien. Dès le 
mois de juin 1777, la Commission royale des études fut informée 
de ce projet; mais différentes circonstances et la difficulté de 
régler le sort de Bournons, en retardèrent Texécution jusqu'au 
mois de janvier de l'année 1 779. Dans la séance du 1 6 de ce der- 
nier mois, le chef et président communiqua le décret suivant à la 
Commission prémentionnée : « Son Altesse Royale [le gouverneur 
général] ayant nommé le lieutenant du corps de génie, Bournons, 
à la place de professeur des mathématiques du collège Thérésien 
de cette ville, au traitement de 700 florins attachés à cette place, 
et Sa Majesté ayant accordé en sus audit Bournons une pension 
annuelle de 300 florins en considération de son mérite personnel 
et de l'abandon qu'il est dans le cas de faire de l'état d'ingénieur, 
l'un et l'autre h prendre cours du i*"* octobre de Tannée dernière 
et a assigner sur la dotation du même collège, j'en donne part à la 
Commission pour son information et afin qu'elle fasse pourvoir 
aux dispositions qui peuvent en résulter. Bruxelles, le 9 janvier 
i 779; (Signé) SUrhcmberg. > 

Bournons, on s'en souviendra, avait eu des visées plus hautes : 
il avait sollicité une chaire à FUniversilè de Louvain ; mais , pour 
le faire réussir, il eût fallu une réorganisation de cette antique 
institution, et le gouvernement la reculait toujours, bien que 
Marie-Thérèse eût fait savoir au prince de Raunilz que la réforme 
delà discipline et de l'enseignement de FUniversité lui tenait fort 
au cœur. Bournons fut donc obligé de se rabattre h demander une 
place de professeur de collège, et, cette fois, c'est la question d'ar- 
gent qui retarda sa nomination. Une pièce des archives de l'État * 
doiroe là -dessus des détails curieux : c L'embarras dérégler le 
sort de M. Bournons, > y lit-on, c. n'est pas médiocre. Sa Majesté 
a permis qu'on attache à sa place 700 florins de traitement fixe, 
et qu*on lui accorde personnellement 500 florins comme pension. 
— Voilà donc 4000 florins pour une fonction très tranquille, pour 

* Archives de la secrétairerie d*État et de guerre (ci-devant du conseil 
privé : carton n« 1968). Celte pièce est de la main du secrétaire d'État, Henri 
Crumpipen. 



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(14) 

six heures de leçon par semaine. Aurait-il eela avec sa^ place 
d'officier qui l'oblige h respecter les autorités de tous ceux qui le 
devancent en grade, et qui. l'expose à changer à tout moment de 
station : d'ailleurs ses devoirs au collëge ne le privent pas détenir 
pension, d'avoir des écoliers particuliers et par conséquent de 
gagner encore au dehors. — Lui accorder une pension d'acadé- 
micien n'est pas une chose si aisée que le croit M. de Nelis, qui 
tâche de sauver un peu les promesses dans lesquelles il s'engage 
assez volontiers et assez légèrement : il croit que Bournons se con- 
tentera de 500 florins : pour moi je ne pense pas de même. 
M. Bournons est assez exigeant : très instruit dans sa partie, mais 
d'ailleurs sang éducation et ne mettant pas beaucoup de ménage- 
ment dans ses expressions : et si je suis convaincu qu'il excellera 
quant à renseignement des mathématiques, je suis convaincu aussi 
qu'il est indispensable de régler son sort très clairement et d'avoir 
une expression d'apaisement très positive de sa part... • 

Une pension d'académicien était depuis longtemps dans les 
vœux de Bournons ; il avait fait entendre en i775 que s'il obtenait 
cette pension ainsi qu'une chaire à l'Université, il se consacrerait 
tout entier à l'Académie *, mais il n'avait pas mieux réussi d'un côté 
que de l'autre. Tout ce que ses amis avaient pu faire pour lui , et 
pour parer aux besoins d'argent qui l'assiégeaient constamment, 
avait été de lui procurer des gratifications sur le fonds acadé- 
mique. D'après l'ordre du ministre plénipotentiaire, il avait reçu 
3âi fl. 6 s. en 1777, 200 florins en 1778, et ni la première, ni la 
seconde fois, l'Académie n'avait été consultée: le chancelier de 
Brabant, son président, était seul intervenu. Les lettres que nous 
allons donner intéresseront peut-être nos lecteurs ^; elles montre- 
ront comment les choses se passaient à cette époque. 

L Le 13 septembre 1777, le secrétaire d'État et de guerre écrit 
au chancelier de Brabant : « Comme il est question d'attaclfer au 
pensionnat [collège Thérésien] qui sera établi en cette ville M. le 
lieutenant Bournons, et que S. A. le ministre voudrait en attendant 

* Lettre déjà citée de Needhamà Mann, en date du 31* août 1775. 

* Arebives de la secrétairerie d^État et de guerre (ci-devant du conseil 
privé : carton n<> 1566). — Archives de rAcadémie. 



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(i5) 

loi méDager quelque avantage destiué & l'encourager à rester dans 
la même intention et le même désir de se fixer en cette ville, ce sei- 
gneur m'ordonne de vous requérir, Monsieur, de vouloir bien lui 
faire compter à présent une centaine de florins comme un à compte 
sur les encouragements auxquels il est dans le cas de s'attendre 
de la paK de TÂcadémie dont il est membre. * 

II. Note pour S. E. le ministre plénipotentiaire. « £n consé- 
quence d'un billet que le secrétaire d'État et de guerre m'a écrit 
le i 3 du mois de septembre dernier, j'ai donné au lieutenant des 
ingénieurs Bournons six doubles souverains, comme un à compte 
sur les encouragemeûts auxquels il est dans le cas de pouvoir 
s^attendre de la part de l'Académie dont il estmembre.— J'avouerai 
ingénument que cette gratification m'a paru infiniment mince 
pour un homme tel que Bournons, surtout d'après les assurances 
que M. l'abbé de Nelis doit lui avoir données , et vu les circon- 
stances où il se trouve, d'avoir un grand besoin d'argent , comme 
il se voit de la lettre ci-jointe qu'il m'a écrite ^ — Je serais donc 
d'avis qu'il pourrait plaire à S. A. le ministre plénipotentiaire de 
m'autoriser à faire compter au S' Bournons dix-huit doubles souve- 
rains à titre d'encouragement delà part de l'Académie, au moyen de 
quoi la lettre de ce prince du 13 septembre, rappelée ci-dessus , 
viendrait à cesser. Bournons serait tiré d'affaire et aurait reçu une 
gratification un peu plus proportionnée h son zèle et à ses talents. 
Fait à Bruxelles, le 22 novembre 1777. (Signé) J. Crumpipen. > 

III. Le lendemain, 23 novembre 1777, le ministre plénipoten- 
tiaire écrit au chancelier de Brabant : « Le lieutenant des ingé- 
nieurs Bournons ayant acquis des titres k obtenir des encourage- 
ments de la part de l'Académie, je vous fais la présente, Monsieur, 
pour vous dire que je souhaite que vous lui fassiez compter à ce 
litre, des fonds de l'Académie, une gratification de 321 fl. 6 s., y 
compris cependant l'import des six doubles souverains que vous 
lui avez payés en conséquence de ma lettre du 13 septembre der- 
nier : vous prévenant, au reste, que j'attends les intentions de Sa 
Majesté sur le sort qui pourra être attaché à la place qu'on lui 

* Cette lettre n^a pas été retrouYée. 



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( 16) 

destine dans rétablissement distingué qu'on érigera ici pour Tin- 
struction de la jeunesse. • 

IV. EnGn, le 30 avril 1778, Starhemberg écrit au chancelier: 
c Comme le lieutenant du corps d'artillerie [du génie] fiour- 
nons, membre de TAcadémie impériale et royale des sciences et 
belles-lettres, a des titres à une sorte d'encouragement ultérieur, 
je vous fais la présente pour vous autoriser à lui faire payer 
hors des fonds de l'Académie une nouvelle gratification de deux 
cents florins : vous voudrez donc bien , Monsieur, faire les dis- 
positions nécessaires. » 

On s'est déjà demandé peut-être comment un homme sans édu- 
cation , tel que la note rapportée ci-dessus dépeint Bournons, 
avait pu se concilier les bonnes grâces de personnages aussi 
distingués et aussi bien élevés que le prince de Starhemberg, le 
chancelier Crumpipen, et l'abbé de Nelis; il est probable que la 
grossièreté de Bournons procédait de son orgueil dont nous aurons 
bientôt la preuve, qu'il en usait seulement envers ses égaux ou ses 
inférieurs et savait, comme il arrive souvent, se montrer obsé- 
quieux, quand son intérêt l'y poussait. 

Bournons qui avait été nommé à la place de professeur de 
mathématiques au collège Thérésien de Bruxelles, le 9 janvier 
4779, commença ses leçons au carême de cette année, n'ayant pu 
se démettre que le V^ mars de sa lieutenance au corps du génie. 
Bientôt il porta plainte h la Commission des études contre les éco- 
liers : il se trouvait , disait-il , arrêté dans ses leçons par le bruit 
continuel qui régnait dans ses classes, pendant que lui, professeur, 
faisait ses opérations sur la table noire, sans qu'il pût déterminer 
aucun auteur de ces bruits, puisque aussitôt qu'il se retournait 
tous les écoliers avaient l'attitude la plus modeste, et paraissaient 
avoir prêté l'attention la plus réelle. Afin de remédier à ce mal, il 
demanda que les professeurs des différentes classes d'humanités 
fussent tenus d'assister à ses leçons, pour y faire observer l'ordre et 
la décence par leurs disciples respectifs. C'était bien 1& de la gros- 
sièreté et de l'orgueil : aussi, malgré le crédit dont jouissait Bour- 
nons, la Commission recula-t-elle devant une injonction formelle 
h adresser aux professeurs; elle se borna à les inviter verbalement 



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(17) 

d'obtempérer à la demande de leur collègue, mais elle ne put 
empêcher leur mécontentement et leurs murmures; le professeur 
de rhétorique, celui de poésie et tous les autres regardaient comme 
avilissaot, ou du moins fort au-dessous d'eux, de servir ainsi de 
j^cntînelles et d'être obligés d'assister aux leçons d'un collègue. 
On les remplaça par des surveillants, mais ceux-ci n'avaient 
aocone autorité, les plaintes de Bournons redoublèrent et le mal 
ne cessa qu'après que le gouvernement eut nommé Tabbé Del- 
bave, inspecteur des classes de mathématiques ^ 

Au mois de novembre 1778, Bournons avait présenté au 
ministre plénipotentiaire un plan des études de mathématiques à 
Tosage des écoles belgiques.Ce projet fut communiqué à la Com- 
mission royale, et l'abbé de Marci en fit le rapport dans la 
séance de la Commission , du 2 décembre. Le plan était divisé en 
trois paragraphes dont le premier traitait de la distribution des 
classes et leçons; le second, du cours des mathématiques ou des 
matières qu'on enseignera dans les écoles royales, etc.; le troi* 
sième, des professeurs et des moyens à employer pour en avoir 
de capables. Ce corps des professeurs de mathématiques sera, 
disait Bournons, la pépinière d'où sortiront les principaux mem- 
bres de l'Académie impériale et royale des sciences de Bruxelles. 
L'auteur partageait son cours de mathématiques en trois classes et 
lut assignait une durée de six ans. Chaque partie serait toujours 
enseignée deux années de suite, et chaque classe aurait deux leçons 
par semaine, en laissant deux jours entre ces leçons afin de donner 
le temps aux disciples d'étudier la tâche qui leur serait prescrite. 
Bournons indiquait ensuite les matières qui devaient être traitées 

* Cette DominatîoD eat lieu le 21 mai 1783. L'abbé Delhaye, bachelier en 
tbêologie aa grand collège à Louvain, avait été nommé, le 1" juin 1782 , sur- 
veilbDt on mattre de quartier au pensionnat Tbérésien, sur le rapport de la 
Commission royale des études, c C'est, disait Tabbé Nelis qui Tavait proposé, 
Bo jeune homme âgé de vingt-cinq ans ou de quelque chose de plus, qui s'est fait 
eoanaltre très avantageusement au dernier concours [ouvert par la Commission 
pour les places de professeurs dans les nouveaux collèges], par Texamen quMl 
a subi, et qui joint aux talents une figure prévenante, et dont le caractère moral 
i est oonslafé par les meilleurs certificats. » 

Tome XXVIÎ. 2 



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{ 18) 

dans les trois classes, et faisait conoaitre que si S. A. le fniDistre 
plénipotentiaire daignait lui confier la composition des Eléments 
de roalhémntiqucs h l'usage des écoles royales, il osait se flatter 
que son ouvrage se distinguerait par le caractère de faire beau- 
coup penser, ainsi que le voulait D'Âlembert. 

La Commission des études adopta le plan de Bournons avec 
quelques modifications, et, sur sa proposition, le ministre chargea 
Bournons de travailler au plus tôt à la rédaction du livre élémen- 
taire, de manière que la première partie pût être examinée avant 
la nouvelle année, et conséquemment avant qu'il commençât ses 
leçons. 

Ce livre, qui aurait dû être prêt, au moins en partie, k la fin 
de 4778, ne Tétait pas encore au commencement de 4780. Le 
22 janvier 4780, la Commission envoyait à Bournons la lettre sui- 
vante, rédigée par Nelis : «r ... Nous ne pouvons vous dissimuler... 
qu'il est plus q^ie temps de vous mettre en état de publier bientôt 
au moins une partie de vos Institutions élémentaires, en vous 
recommandant de les rendre aussi méthodiques et claires qu'il est 
possible, ce que nous ne pouvons qu'altepdre d'ailleurs de vos 
lumières et de votre zèle. Nous vous recommandons aussi. Mon- 
sieur, de ne pas entrer dans des questions algébriques trop diffi- 
ciles. Quoique vous puissiez avoir quelques écoliers en état de 
vous suivre, vous savez assez que le grand nombre ne l'est pas; 
cela fait murmurer d ailleurs quelques parents; et puis le premier 
et principal objet d'un cours d'humanités doit toujours être d'ap- 
prendre les langues savantes et de s'initier dans la connaissance 
des écrivains de l'antiquité. > 

Comme les temps sont changés ! Aujourd'hui ce n'est pas contre 
l'extension peut-être trop grande donnée à l'étude des mathéma- 
tiques que les parents murmurent, c'est contre les années trop 
nombreuses, à leur avis, consacrées h l'étude du grec et du latin. 

En parcourant les protocoles de la Commission des études, nous 
y lisons sous la date du il septembre 1782: « M. Marci fit le rap- 
port suivant : Quoique les a£Faires de la faculté des arts de Lou- 
vain ne soient pas directement du ressort de la Commission royale 
des études qui a été établie pour les humanités , on estime que 



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(49 ) 

récrit du S' Bournoos, ci-rejoint, dans lequel il altaque la philo- 
sophie de Louvain, pourrait mériter qu'on lui imposât silence à 
cet égard jusqu'à ce qu'il eût publié le Livre élémentaire dont il 
est chargé pour les écoles belgiques, si son ouvrage est tel qu'il 
prétend. Cela seul suffirait à ceux de Louvain pour corriger les 
défauts qui pourraient éti*e répréhensibles dans leurs Éléments, 
tant d'arithmétique que de géométrie... Pour couper court à toutes 
les clameurs inutiles du S' Rournons, la Commission royale des 
éiodes estime qu'il pourrait plaire à S. A. d'obliger le S' Bour- 
noQS de mettre fin à toutes les plaintes qu'on forme contre lui, 
eo donnant au public son ouvrage afin de ne pas perdre son 
temps k dicter, conmie il Ta fait jusqu'à présent. > — Résolution 
[du ministre plénipotentiaire] : « Je me conforme et la Commis- 
sion s'expliquera , en conséquence, avec le S' Bournons pour que 
son ouvrage soit une bonne fois mis au jour. > 

N003 n'avons pas retrouvé l'écrit de Bournons dont il est ques- 
tion dans le rapport précédent. Il parait que ses clameurs avaient 
aussi pour objet les attaques auxquelles le système de l'attraction 
de Newton était en butte àTlkiiversité; mais, disait Tabbé Marci, 
on ne se départira que difficilement à Louvain du système d'Aris- 
tote. 

La première partie des Éléments de mathématiques à l'usage 
des collèges des Pays-Bas, parut enfin vers le mois de mai de 
1785. Le i4 mai, labbé Marci en parla dans des termes très 
favorables k la Commission des études, et proposa le rapport sui- 
vant qui devait être adressé au ministre plénipotentiaire : c Cet 
ouvrage dans lequel il ne s'agit que des nombres entiers^ peut être 
vraiment considéré comme la métaphysique des nombres. La 
méthode que le S' Bournons a employée, ne se trouve développée 
dans aucun ouvrage à pouvoir servir aux enfants avec la mémo 
ladlité; elle est très bonne tant pour exciter la curiosité des 
jeunes gens que pour les habituer à réfléchir et travailler avec 
ordre; bénéfice qui influera saiis faute sur le reste de leurs ac- 
tions, et qui est le but principal et le plus avantageux qu'on 
paisse se promettre de .l'étude des mathématiques. — L'arrange- 
ment de ce livre classique est fait pour être compris de tous ceux 



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(20) 

qui ont de la bonne volonté avec un peu de capacité, et a dû 
coûter beaucoup de travail à son auteur, et mérite par \k une gra- 
tification proportionnée; en conséquence, la Commission royale 
des études, considérant que ce genre d'ouvrage est nouveau, et 
qu'il ne peut être que très avantageux h la jeunesse, estime que 
Tanteur mérite une gratification de 550 florins, qu'elle soumet à 
Tagréation de Son Altesse. > Résolution : « Je me conforme. > 

L*éloge que Tabbé Marci faisait du livre de Bournons n*était 
pas exagéré : il n'était, du reste, que la confirmation de celui que 
l'Académie lui avait donné dès le mois de janvier 1781. On lit 
dans le protocole de l'assemblée du 2i décembre 1780 ' : 
c M. Bouruons venait d'achever quelques cahiers des principes 
de mathématiques dont il fait usage au collège Thérésien. Dans le 
dessein de les publier, il les présenta h l'examen de l'Académie qui 
nomma à cet effet MM. Chevalier, Mann et de Nieuport. • Ces com- 
missaires remirent leur rapport dans la séance du 4 janvier i78i : 
c MM. Chevalier, Mann et de Nieuport rendirent compte des 
cahiers de M. Bournons... [Us] convenaient que la métaphysique des 
nombres y était expliquée avec beaucoup de clarté et de précision, 
que les principes étaient solides et lumineux, et que la publication 
de ce savant ouvrage serait d'une grande utilité. > Telle est l'appré- 
ciation consignée au protocole; elle a été reproduite dans ie livre 
imprimé , sous le litre de : Approbation de l'Académie, dont voici 
le texte complet : t Je certifie que M. Bournons, de l'Académie 
impériale et royale des sciences et belles-lettres, professeur royal 
des mathématiques au collège Thérésien à Bruxelles , ayant pré- 
senté k l'examen de la compagnie la première partie des Éléments 
de mathématiques à l'usage des collèges des Pays-Bas , ouï le rap- 
port des trois commissaires nommés pour cet examen, l'Académie 
a jugé que cet ouvrage annonçait un savoir peu commun, que les 
principes étaient déduits avec beaucoup d'ordre et de lumière, 
que tout était posé sur des fondements solides, que la métaphy- 
sique des nombres y était expliquée avec beaucoup de précision , 

* En dehors de ses séaDces régulières, l'Académie tenait, à celle époque, des 
assemblées paiticulières auxquelles n*assislaieiit que les membres résidaot à 
Bruxelles. 



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(21 ) 

et qu enfin rimpression de cet ouvrage serait de la plus grande 
utilité. Fait à Bruxelles le 16 janvier i78i. Était signé J. Des 
Roches, secrétaire perpétuel. > 

L*oavrage parut ^ comme nous Pavons dit, dans les premiers 
mois de Tanoéc i783; il sortait des presses de l'Imprimerie aca- 
démique et formait un volume in-8° de xxx et 240 pages. 

U est dédié à M. le comte de Starhemberg, chambellan de Sa 
Majesté Impériale et Royale, etc., etc. : « Monsieur le comte, > dit 
Fauteur, < l'ouvrage que j'ai Thonneur de vous présenter, vous 
doit son existence. En vous enseignant, j'en préparais les premiers 
matériaux. Son Altesse le prince votre père, voyant vos progrès 
dans les mathématiques, daigna jeter ses regards sur moi, et me 
destina à la place de professeur de mathématiques au collège Thé- 
résien à Bruxelles. Occupant aujourd'hui cet emploi, les devoirs 
démon nouvel état m'obligent è achever cet ouvrage, que je n'avais 
d'abord fait qu'ébaucher, et cette première partie, que j'ai Thon- 
oeur de mettre ici sous vos yeux, sera, j'espère, bientôt suivie des 
deux autres, qui ne sont pas encore entièrement achevées.. — En 
permettant, Monsieur le comte, que cet ouvrage paraisse sous vos 
auspices, vous me procurez une occasion de témoigner publique- 
ment ma reconnaissance de ce que je dois au prince votre père. 
Vous rendrez en même temps l'ouvrage plus utile' k la jeunesse à 
laquelle il est destiné. Les noms illustres qui se trouvent à la tête 
d'un lÎTre, font que les écoliers l'estiment, avant même qu'ils soient 
en état de le connaître; et rien n'augmente plus l'utilité des études 
que l'on fait par devoir, que l'estime qu'on a pour les ouvrages 
qu'on étudie ou pour les maîtres qui nous enseignent. » 

Notons ici en passant que, dès Tannée 1782, le prince de Rel- 
gioioso avait été nommé ministre plénipotentiaire aux Pays-Bas 
en remplacement du prince de Starhemberg; il ne prit, il est vrai, 
possession de ses hautes fonctions qu'au mois de juillet 1785, 
mais Boumons devait être instruit de ce changement, et la recon- 
naissance qu'il exprime publiquement pour Starhemberg témoigne 
en sa faveur. 

Après la dédicace vient une assez longue préface dans laquelle 
Boumons développe les idées qui l'ont guidé dans la composition 



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(22) 

de son livre et fait connaître le plan de Tôuvrage dont il public la 
première partie. Il débute ainsi : c ... L'étude des roatbématiques 
perfectionne Fcsprit, rétend,Ie rend profond, et donne à nos idées 
un certain ordre, une certaine justesse et précision, qu'aucune 
autre science ne saurait leur donner; c'est là sans doute un des 
plus grands avantages que Tbomme puisse acquérir par l'étude, 
de quelque état qu'il soit. — Depuis que les mathématiques ont 
été cultivées, ce fut là le sentiment général des hommes les plus 
éclairés de leur siècle; ce fut par cette même raison que les an- 
ciens philosophes ne voulurent admettre personne à leurs leçons, 
qu'ils ne fussent auparavant versés dans les mathématiques , et 
que Platon fit mettre au-dessus de la porte de son école l'inscrip- 
tion suivante : Que celui qui ignore la géométrie n'entre point 
ici. Ce fut le même motif qui détermina le gouvernement à intro- 
duire l'enseignement des mathématiques dans le nouveau plan 
d'étude qu'il fit adopter aux collèges des Pays-Bas , et sans cette 
utilité générale, si nécessaire même dans tout genre d'étude, S. A. le 
prince de Starhemberg n'aurait jamais regardé les avantages par- 
ticuliers qu'on peut retirer des mathématiques dans un état quel- 
conque, comme un titre suffisant pour assujettir indifféremment 
la jeunesse en général à l'étude de ces sciences. On voit par là 
combien se trompent ceux qui, ignorant ce premier but, croient 
pouvoir avec raison blâmer cette sage institution, sous prétexte 
que si quelques parents croient l'arithmétique ou la géométrie de 
quelque utilité à leurs enfants, ils pourraient les leur faire ap- 
prendre chez quelque maître particulier. — La manière d'ensei- 
gner les mathématiques n'est point indifférente, et S. A. le ministre 
plénipotentiaire a témoigné désirer qu'on suivît dans les collèges 
celle qui serait la plus propre à donner aux écoliers cet esprit de 
justesse et de profondeur, dont nous venons de parler... 

> Dans l'Introduction nous avons tâché de donner une notion 
claire de ce qu'on entend par le mot nombre, et de la différence 
qui se trouve entre les nombres concrets et les nombres abs- 
traits. » 

1^ PREMIÈRE PARTIE coutcnaut Ics pHncipcs du calcul en nom- 
bres entiers, est divisée en trois sections. — La première section 



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(23) 

renferme cinq chapitres consacrés respectivement à la numération, 
à radditîoQ, à la soustraction, à la multiplication et à la division. « 
— La deuxième section a pour objets : Chapitre I. L'application 
de la mullipiication et de la division à la réduction des espèces 
[par exemple, réduire 238 escalins en sols]; chapitre 11. L'appli- 
calion des principes donnés dans les quatre opérations k des ques- 
tions d'arithmétique. — La troisième section a également deux 
chapitres, savoir : Chapitre I. Principes généraux sur les nombres; 
chapitre 11. Résolution de quelques problèmes, proposés en nom- 
bres concrets. 

c Celte méthode, dont nous nous servons jusqu'ici,» continue 
fautear, après avoir développé le plan de la première partie de 
son ouvrage, « cette méthode, c'est-à-dire celle d'aller de raisonne- 
ments en raisonnements, tous fondés sur des vérités connues, est 
celle dont les inventeurs mêmes de l'algèbre se sont toujours servis 
avaat la découverte du calcul en nombres généraux et des règles 
de Tanalyse mathématique; mais ces grands génies ne sachant pas 
moins multiplier les difficultés que les vaincre, parvinrent enfin à 
rendre inutile une route, qui, quoique lumineuse, devenait pour 
ainsi dire impraticable pour Tesprit trop chargé par ces nouvelles 
dilficollés.-Ils imaginèrent l'algèbre, et ce nouvel instrument mé- 
nagea tellement les forces de Tesprit, en portant lui-même , pour 
ainsi dire , la plus grande partie du fardeau des difficultés , qu'ils 
parvinrent , si je puis m'exprimer ainsi, à tout surmonter. Mais 
ménager l'esprit n'est point Vexercer, et employer Talgèbre à des 
questions qu'un commençant peut résoudre facilement, sans avoir 
besoin de son secours, ce n'est point développer son jugement, 
mais plutôt empêcher qu'il ne se forme. — Nous ne disons pas 
parla qa'en employant l'algèbre k des questions plus difficiles, 
l'esprit ne trouve jamais de quoi s'y exercer. Au contraire, une 
des raisons qui nous fait employer au commencement la méthode 
des anciens géomètres, c'est pour mettre peu à peu les écoliers en 
état de faire les raisonnements que les solutions plus difficiles 
exigent toujours, malgré le secours de l'algèbre. Les écoliers, ceux 
mêmes qui font les plus grands progrès, ne parviennent point à 
pouvoir résoudre les questions qui se trouvent dans cette pre- 



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{ 24 ) 

inîère partie, sans sentir combien les solutions deviennent péni- 
bles, à mesure qu'on rend les questions plus cpmpliquëes, et que, 
quoique la route que Ton suit soit toujours éclairée, la chaîne des 
raisonnements, devenant trop longue, commence à la fin à peser 
trop et à lasser l'attention. 

• Lorsque les écoliers sont conduits jusqu'à ce point, selon 
Tancicnne méthode, nous commençons seulement à leur ensei* 
gncr les opérations d'algèbre, en observant cependant de leur 
donner des problèmes à résoudre i\è» qu'ils sont au fait de l'ad- 
dition et de la soustraction. En leur enseignant la méthode de 
résoudre ces problèmes, au moyen des opérations algébriques, 
nous leur montrons une manière facile d'éliminer les inconnus ; 
nous leur faisons des observations qui leur font reconnaître quels 
sont ceux qu'on doit faire évanouir préférable ment les premiers, 
pour parvenir à la solution par la route la plus courte, et, dans le 
cas où celte préférence n'a pas lieu dans le commencement de la 
solution, nous leur faisons remarquer ce qu'il y a à observer dans 
la suite. — Après ces questions, qui ne sont toutefois que du pre- 
mier degré, nous leur enseignons la multiplication algébrique. 
Nou£ la faisons d'abord servir à prouver quelques principes, que 
nous employons à démontrer la méthode d'extraire -la racine 
quarréc et à résoudre les problèmes du second degré. Ces prin- 
cipes sont la plupart, pour le fond , les mêmes qui sont contenus 
dans le second livre dEuclide, quoique ces derniers soient démon- 
trés géométriquement et sans se servir du calcul. — Nous y ensei- 
gnons aussi la division algébrique, mais dans des exemples peu 
compliqués, parce que les questions qu'on donne dans ces Élé- 
ments, exigent peu cette division. [En note : Nous n'enseignons 
point dans ces Éléments à donner des solutions générales, en pre- 
nant pour les nombres donnés, des nombres généraux exprimés 
par a, 6, c, etc., et les questions n'excèdent pas celles du second 
degré.] 

» Ces Éléments d'algèbre font le sujet de la troisièvb partie. 
Nous y donnons encore les progressions arithmétiques et géomé- 
triques, et quelques principes sur le calcul des puissances, que 
nous appliquons après aux logarithmes ordinaires des tables. [En 



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(25) 

note : Pour définir ces logarithmes, nous o^employons point les 
deux progressions, comme cela se fait ordinairement dans les 
livres élémentaires. Nous disons que si on a iO^^ a, a: est log. a 
des tables, d*oà nous déduisons facilement les autres principes]. 
Supposant ces logarithmes calculés d'avance, nous en enseignons 
Fusage ordinaire dans la multiplication , la division , l'extraction 
des racines, etc., et nous montrons, dans quelques exemples,'com- 
ment on résout par leur moyen lès questions, dont & la fin la solu- 
tion dépend de savoir trouver x dans une équation pareille ka'=b. 

» La SECONDE PARTIE Contiendra les fractions et les proportions 
géométriques, dont, pour ainsi dire, les principes sont déjà 
donnés dans la première partie. En effet, en changeant les noms 
des dividende, diviseur et quotient en numérateur y dénomina- 
teur et fraction, tous ces principes... en deviennent autant d'autres 
sur les fractions. De même en exprimant les mêmes choses par 
d'autres termes dans les six derniers principes de cette première 
partie , on a toute la théorie des proportions. — Cette seconde 
partie contiendra encore les fractions décimales et le calcul par 
parties aliquotes, que nous appliquons l'un et l'autre à un grand 
nombre de questions utiles dans différents états de la vie... > 

Dans les notes qui accompagnent plusieurs paragraphes de 
cette préface, Bournons exprime des idées très judicieuses sur les 
quantités négatives, en s'appuyant principalement sur l'opinion 
de D'Âlembert qu'il semble avoir médité. Il dit encore non sans 
justesse : « Nous croyons que tout livre par lequel on veut ensei- 
gner Vart de raisonner ou Vart dépenser par des préceptes géné- 
raux, ne donne que des leçons bien infructueuses , à moins que ces 
préceptes ne soient que le résultat des observations sur la méthode 
qu'on a employée dans la recherche de la vérité, et qu'on ne les 
propose qu'à ceux qui déjà, par la pratique de ces mêmes prin- 
cipes, se sont mis en état de comprendre ce qu'on leur dit, et 
d'en sentir le vrai et l'utile *. » 

*' Nous soyons ici commeDt Bournons comprenait renseignement de Tarith- 
métique et de Talgèbre dans les collèges royaux. Le plan d^études quMl avait 
remisa la On de 1778 au ministre plénipotentiaire nous apprend, d'autre part, 
qu'il voulait limiter renseignement de la géométrie aux livres I , Il , III, IV et 
VI d'Euclide. 



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(26) 

On nous pardonnera ce long extrait de la préface de Bournons : 
nous avons voulu permettre à nos lecteurs d'apprécier Tensemble 
d'un ouvrage dont la première partie seule a paru ;'et nous croyons 
que les idées de l'auteur et la manière dont il les présente, sont de 
nature à justifier sa réputation d'habile mathématicien. 

Bournons avait beaucoup lu et s'était élevé bien au-dessus des 
mathématiques élémentaires; il connaissait le calcul différentiel 
et intégral, chose assez rare en Belgique à cette époque; le calcul 
des probabilités même, qui sortait à peine de ses limbes, ne lui 
était pas étranger, et nous avons vu que dans sa première jeu- 
nesse, il avait étudié Tastronomie. Mais il ne parait pas avoir eu le 
génie de l'invention, du moins ses communications à l'Académie 
n'en donnent aucune preuve. 

Que trouvons-nous, en effets de lui, en feuilletant les proto- 
coles des séances? 

Le 8 janvier 1777, il présente sa formule générale pour la som- 
mation d'une suite de puissances quelconques dont les racines 
forment une progression arithmétique d différences finies. Nous 
avons donné le rapport que l'abbé Mann fit & l'Académie au sujet 
de ce mémoire ^ — Le 21 décembre 1780, il soumet à l'examen 
de l'Académie quelques cahiers des principes mathématiques dont 
il fait usage au collège Thérésien. Il en a été également parlé. — 
Le 6 décembre 1785 ^ il lit un mémoire contenant une solu- 
tion simple d'un problème du calcul des probabilités. Il s'agis- 
sait de trouver la probabilité qu'un nombre de pièces qu'on 
prendra au hasard d'un sac sera pair ou impair. — Le 6 février 
1784^, il présente un mémoire contenant un problème qui prouve 
l'abus de commencer l'étude des mathématiques par l'algèbre, 
avec la solution d'un nouveau problème déduit de ce premier. 
Les commissaires, MM. Chevalier, Mann et deNieuport, nommés 
pour examiner les deux, derniers mémoires, firent leur rapport 

^ Dans le Rapport séculaire de M. De Tilly, on lit que la qaestioD avait 
déjà été traitée par Jean fiernouUi. 

' Le nouveau ministre plénipotentiaire, prince de Belgioioso, assistait à 
cette séance. 

» Et non le 6 février 1785, comme on Ta imprimé dans le tome V des Anciens 
Mémoires et dans l'Annuaire de 1856. 



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(27) 

(Inns la séance du 48 mars suivante < Deux des commissaires 
jugeaient que ces mémoires devaient paraître dans le cinquième 
volume; le troisième [Mann] opinait à ce que l'auteur les publiât 
séparément dans un traité élémentaire qu'il méditait. L'Académie, 
à la pluralité des suffrages, décidaqu'ils paraitraientdans lé tomeV. > 
— Le 8 avril i 785, Bournons lit un mémoire pour prouver que la 
méthode des limites n'est ni plus évidente, ni plus rigoureuse que 
celle du calcul des infinis , traitée par Leibnitz. MM. Chevalier, 
de Marci et de Nieuporl sont chargés d'en faire l'examen, mais il 
parait qu'ils ne présentèrent pas de rapport. Toutefois cette pièce 
aurait dû entrer avec les deux précédentes dans le tome V des 

* Voici le rapport du chevalier de Nieuport : < Je commencerai par celui 
[le mémoire] qui traite de la théorie du pair ou non. Ce problème doit paraître 
un vrai paradoxe à quiconque n'est pas mathématicien. Comment, en effet, 
révoquer en doute que le pair ou non soit de lous les jeux le plus égal. Cette 
réflexion doit faire sentir combien Tesprit calculateur est nécessaire pour 
poster un jugement sain dans toutes les questions susceptibles de calcul, 
telles que celles qui regardent la physique, la mécanique, Téconomie poli- 
tique, etc. Ce problème n*est pas nouveau pour les géomètres, mais ce qui 
l'est sans contredit, c'est la manière simple et claire dont l'auteur le résout, 
par un tour de passe-passe très ingénieux. Je prendrai la liberté de lui con- 
seiller de supprimer le préambule. Peu importe au public combien on emploie 
de temps à faire une chose, et si on la fait la nuit ou le jour. Tout ce quMI 
exige est que celte chose soit bien faite , et à cet égard il sera sûrement satis- 
fait de ce mémoire. 

> Le problème qui fait Tobjet du second mémoire peut paraître au premier 
coup d*œii inférieur en difficulté au précédent, mais il cessera de paraître tel 
à qui entreprendra de le résoudre. On ne pouvait en choisir un plus propre à 
faire sentir la vérité de ce qu'avance Tauteur : que c'est gâter l'esprit des 
jeunes gens, que de les habituer à se servir du langage et des formules algé- 
briques, sans attacher formellement à toutes ces expressions des idées claires, 
et sans se rendre raison de chaque procédé .... Les réflexions de l'auteur sur 
ce problème, et la manière dont il le résout, qui contient une logique très 
fine, que peut-être bien des logiciens de profession, non géomètres, auraient 
peine à suivre, sont bien propres à lui attirer uné^pleine confiance dans sa 
nifthode d'enseigner les mathématiques. 

» Ces deux mémoires, en élaguant quelques longueurs de préambule dans 
le dernier, sont très dignes de figurer dans tout recueil de science, et j'en- 
gage l'auteur à nous en communiquer souvent de pareils. » 



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(28) 

Mémoires de rAcadëmie, mais « on n'a pas pu les retrouver après 
la mort de Fauteur *. * 

V Annuaire de TAcadëmiepour Taû i83G attribue à Bournons un 
Traite de gnomonique, en deux volumes ^ in-4° ^, acquis en i834 
par la bibliothèque de Bourgogne , mais c*est une erreur. D'abord 
le livre est très mal écrit, diffus et plein de fautes de style et 
même d'orthographe , il ne décèle en aucune manière un géomètre 
habile, mais tout au plus un praticien expert dans Tart de tracer 
des figures; ensuite, il ne porte pas de nom d'auteur et n'est pas 
de la main de fiournons. Une seule remarque suffît du reste pour 
prouver la méprise, abstraction faite de toute autre considération : 
le titre de l'ouvrage porte qu'il est dédié à la ville de Bruxelles en 
l'année 1775; on se rappellera que ce fut justement cette annéc-Ià 
que Bournons se présenta pour entrer à l'Académie, et que, faute 
de temps, il ne put donner autre chose à l'appui de sa candidature 
que les phases, calculées autrefois par lui, de l'éclipsé de 1704. 
Or, s'il avait écrit un traité de gnomonique, il n'aurait pas manqué 
de le présenter au lieu du résultat de ses calculs, dont l'intéi'ét 
avait considérablement diminué. 

Bournons était très assidu aux séances de l'Académie. Il fut 
souvent chargé de rapports, et nous avons déjà dit que, d'après 
l'abbé Mann , il ne se distinguait pas précisément par une grande 
bienveillance. Son érudition et sa mémoire étaient aussi découra- 
geantes pour les inventeurs d'instruments et de machines : ainsi 
on lit dans le protocole de la séance du il novembre i777 : 

... Le rapport de M. Bournons sur la description d'un instru- 

* Notice insérée dans le lome V des Mémoires. — La mort de Bournons 
précéda la publicalion de ce volume. 

* La gnomonique pratique ou Tart de tracer des cadrans solaires sur l'ho- 
rizon de Bruxelles avec la plus grande précision; tirés des meilleurs auteurs et 
mis à la portée de tout le monde et dédié à la ville de Bruxelles en l'année 
i775. — Deux volumes in-4®; le premier renferme vu et 554 pages ; le second 
renferme 337 ligures dessinées sur 138 pages et porte le tiire spécial : La gno- 
monique en figures contenani toutes sortes de cadrans solaires sur Phorizon 
de Bruxelles avec la plus grande précision et enluminés pour une plus grande 
intelligence dans chaque construction et dédié à la ville de Bruxelles eu Tannée 
1775. 



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. (29) 

ment présente à l'Académie par M. Giraud de la Viilarde,fut 
encore moins favorable. M. Giraud prétendait avoir imaginé cet 
instrument, dont l'usage devait faciliter beaucoup la réduction des 
plans. M. Bournons fit voir quH n^y avait rien qui méritât le nom 
d'invention; que plusieurs personnes s'en étaient servis; qu'on en 
trouvait la description dans un livre allemand intitulé : Praxis 
geometriœ von Joh.-Fréd. Pcuther, imprimé h Augsbourg en i752 
in-folio; que notre auteur n'y avait ajouté que quelques inutilités 
gênantes, et qu'il ne convenait nullement que l'Académie donnât 
son approbation à une pièce si médiocre. > 

Vers la même époque, il s'était attiré une violente sortie de 
l'abbé Needliam qui avait puissamment contribué h le faire rece- 
voir de l'Académie. Un officier du génie, M. Duval , avait soumis 
h l'Académie le modèle d'une écluse de son invention , et Bour- 
nons prétendait , paraît-il , que l'idée n'était pas neuve. On écrivit 
en Hollande et k Paris, et dans sa séance du 15 janvier 1778, 
l'Académie, s'en tenant à son premier jugement, déclara cette 
invention ingénieuse, nouvelle et très utile. Cependant, on lit 
h la suite des rapports ou extraits de rapports, conservés dans 
les archives de l'Académie, le nota bene que voici, de la main de 
Mann : « La description et les plans d'une écluse qui ressemble à 
celle de M. Duval , se trouvent dans le Traité de la fortification 
par écluses de Simon Stevin , pp. 607, 608. > 

Nous avons donné un extrait d'une lettre de Mann, datée du 
5 décembre 1779, et dans laquelle ce dernier exhalait sa mau- 
vaise humeur k propos de la sévérité des jugements de Bournons 
et de Nicuport. Il s'agissait, cette fois, d'un rapport fait h l'Aca- 
démie, le 25 novembre 1779, sur un mémoire qui avait pour objet 
les principes de la trigonométrie sphéroïdique ' et dont l'auteur, 
l'abbé ScherfTer, professeur à Vienne, avait été vivement recom- 
mandé par les princes de Raunilz et de Starhemberg, par MM. de 
Ledcrer et H. de Crumpipen. c On n'a pas pu se dissimuler, disaient 
les commissaires, qu'il [ce mémoire] manquait d'exactitude et de 

* Le titre du mémoire écrit en latîD est : De methodo in superficie spka»" 
raidis ad polos depressi altiludines perpendiculares , et dislantias metiendif 
angulosque ad horizontcm reducendi. 



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(30) 

cette rigoureuse vérité qui fait tout le mérite de cette espèce d'ou- 
vrages... » Les commissaires étaient Bournous, de Nieuport et Mann : 
la phrase consignée au protocole conciliait jusqu'à un certain 
point leurs opinions, mais les rapports, très durs, des deux pre- 
miers semblent avoir été présentés seuls à la séance ^« En avouant 
qu'il se trouve dans cette pièce de M. Scherffer des méprises , » 
écrit Mann au chancelier de Brabant, « je n'aurais pas cepen- 
dant' porté un jugement aussi défavorable, je ne l'aurais pas 
qualifiée de tant de termes durs et méprisants que l'ont fait mes 
deux savants confrères... > L'année suivante (séance du ii oc- 
tobre 4780), Scherffer donna communication des corrections qu'il 
avait apportées à son mémoire, mais ce remaniement, non plus 
que les protections dont le professeur autrichien s'était entouré 
ne parvinrent pas à le faire élire de l'Académie de Bruxelles , ainsi 
qu'il le désirait vivement. Â son retour de Vienne, c M. Des Roches 
informa la compagnie [séance du 16 avril 4787] de ce qu'il 
avait appris de M. de Lederer du mécontentement et de l'hu- 
meur que le ministère de la Cour impériale avait conçus contre 

* Le rapport de BourDons était conçu en ces termes : < J*ai examiné les six 
premières pages du mémoire présenté à TAcadémie par M. Scherffer, doc- 
teur de pbilosophie et professeur des hautes mathématiques dans T Université 
de Vienne. Ce mémoire, â mon jugement, sMI voyait le jour, ferait la honte de 
Fauteur et de ceux qui Tauralent publié. L'ignorance, les faux raisonnements, 
et même les faux principes que contiennent ces six premières pages ren- 
draient Texamen de récrit entier très long et très pénible, si en même temps 
ils ne rendaient pas cet examen tout à fait inutile. 11 est impossible de pro- 
duire rien de bon à Tauteur qui comiheiice si mal par ignorance. Quelque 
étrange que doive paraître ce jugement, eu égard aux qualités de raul<.ur 
contre lequel il parle, je me flatte que les autres commissaires seront du 
même avis, et en tout cas, la voix seule du corps de TAcadémie peut faire la 
réponse ^ la demande de Fauteur, d'avoir son nom dans la liste de notre Aca- 
démie, et son ignorant écrit dans nos Mémoires. > 

c Je suis,» disait le chevalier de Nieuport, c en tout de Tavis du premier 
commissaire, que le mémoire en question est plutôt une raison d'exclure Fau- 
teur de notre Académie que de Fy recevoir. > 

C'est ce même abbé Scherfler qui dans une dissertation latine, publiée en 
1761, avait donné une théorie des couleurs accidentelles, encore défendue 
aujourd'hui par des physiciens de talent. 



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( 31 ) 

rAcadémie à cause du susdit refus qu'elle avait fait d'admettre 
M. Scherffer au nombre de ses membres étrangers , recommandé 
comme il était; en un mot, que ce mécontentement allait au point 
qu'on n'y voulait pas entendre parler de l'Académie, et qu'elle 
n'avait rien h attendre de leurs bons offices '• » 

Pour terminer ce que nous avons à dire de Bournons, comme 
académicien, nous ajouterons que dans la séance du 12 octobre 
1780, il avait proposé la question suivante pour le concours 
de 1782 : c Quels seraient les avantages que les Pays-Bas autri- 
chiens retireraient d'un canal de Bruxelles à Gharleroi dans la 
Sambre, et quels seraient les désavantages qui pourraient en 
résulter? Les avantages surpasseraient-ils tellement les désavan- 
tages que la construction de ce canal serait désirable pour le bien 
du pays en général? » 

Cette question ne fut pas agréée par l'Académie; elle avait 
cependant le caractère d'utilité publique que l'Académie semblait 
toujours rechercher, et, d'une autre part, le gouvernement de 
Marie-Thérèse, si je ne me trompe, s'était déjà occupé du canal* 
dont il s'agit; mais, comme bien d'autres idées de la domination 
autrichienne, celle-ci ne devait germer que beaucoup plus tard. 

Bournons, qui avait toujours été fort régulier à assister aux 
réunions de l'Académie, cessa tout à coup de s'y montrer : il y 
avait paru pour la dernière fois le i7 octobre 1785. Le rapport 
suivant, qui fut lu au conseil privé le 21 décembre de la même 
année, va nous en donner la triste cause : « Depuis plusieurs mois 
le professeur de mathématiques au collège Thérésien , Bournons , 
est attaqué d'une maladie qui, dégénérant en manie interrompue 
cependant par des intervalles de raison , le fait tomber ^ssez fré- 
quemment dans des accès de phrénésie les plus dangereux. Tout 
récemment dans un de ces accès, profitant d'un instant d'absence 
du frère Cellite qui le surveille, il a tenté de se couper la gorge; 
il eût achevé le coup sans le prompt secours de ce dernier, qui 
accourant fort à propos détourna le couteau dont le malade s'était 

* Note de Mann, à la suite de la minute de la lettre du 3 décembre 1779, 
déjà citée. 



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( 32) 

saisi, et dont il s'était déjà donné une blessure qui , du moins 
jusqu'à ce jour, ne paratt point mortelle. 

» Gomme cette maladie n'est pas du nombre de celles dont on 
se peut promettre une entière guérison , et que supposé même 
que le professeur retourne jamais au bon sens, on ne pourrait 
guère se fier à des intervalles même assez longs , il est de la der- 
nière importance de placer au plus tôt le malade aux Cellites à 
Bruxelles afin d'y être soigné et gardé... * » 

Conformément à ce rapport, L. A. R. les gouverneurs géné- 
raux ordonnèrent la translation provisoire de Bournons au cou- 
vent des Cellites. On s'occupa ensuite des mesures k prendre 
pour légitimer cette séquestration et pour payer la pension du 
malade qui n'aVait aucune fortune. Nous croyons inutile d'entrer 
dans ces détails. Il suffira de dire que Bournons mourut le 
2â mars 1788; nous n'avons aucun renseignement sur les der- 
nières années de sa vie, mais il est probable que sa raison avait 
décliné de plus en plus. 

Bournons n'avait jamais été marié; il avait une sœur qui habi- 
tait Malines. Il eut pour successeur au collège Thérésien l'abbé 
Delhaye dont il a déjà été question : celui-ci avait fait l'intérim 
avec un brillant succès et conserva ses fonctions de professeur 
de mathématiques élémentaires dans les établissements qui rem- 
placèrent successivement à Bruxelles le collège Thérésien. En 1819 
nous le retrouvons à l'Athénée où, par suite d'un arrangement 
particulier, il céda sa chaire à Adolphe Quetelet K 

< Archives de la Commission royale des études : carton n* S8. 
* Essai sur la vie et les ouvrages de L.^A.-J. Quetelet, p. 14. 



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MELANGES 



DE 



^ ^^ _ _ r 



GEOMETRIE SUPERIEURE; 



PAR 



LOUIS SALTEL, 

Membre de la Société mathématique de France. 



(Présenté i la classe des sciences dans la séance du 6 mars 1875.) 



TOME XXVII. 



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MÉLANGES 



GÉOMÉTRIE SUPÉRIEURE. 



Ces mélanges de géométrie supérieure comprennent les parties 
suivantes : 

Première partie. — Sur l'extension des trois problèmes fonda- 
mentaux de la théorie des séries homographiques. 

Deuxième partie. — Construction des racines des équations 
algébriques par les courbes. 

Troisième partie. — Nouvelle construction de la courbe du 
troisième ordre définie par neuf points. 

Quatrième partie. — Théorèmes sur les surfaces du troisième 
ordre. 

Toutes ces questions, hâtons-nous de le dire, ont été inspi- 
rées par les- travaux de M. Ghasies. Puissent-elles, sous de tels 
auspices, être accueillies avec faveur! 



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(4) 



PREMIÈRE PARTIE. 

SVB L*BXTn8IOI OBS TROIS PEOBLàHBS POSDAMBHTAIJX DE LA TBÉOEIB 
DBS sAbibs HOMOGBAPHIQCBS. 



I. - PROBLÈMES CONCERNAIT DEUX SÉRIES DE POINTS. 

On connait Tinëpuisable fécondité, dans l'étude des sections 
coniques, de la solution de ces trois problèmes fondamentaux : 

1^ Combien faut -il de couples de points homologues pour 
déterminer deux séries homographiques (*)? 

2"" Deux divisions homographiques étant déterminées par un 
nombre suffisant de couples de points homologues, trouver le 
point homologue correspondant à un point donné; 

3*^ Deux divisions homographiques étant déterminées par un 
nombre suffisant de couples de points homologues, trouver les 
points doubles. 

L'objet de cette première partie est de résoudre les trois pro- 
blèmes plus généraux suivants, qui, dans la théorie des courbes 
d'ordre supérieur, semblent devoir jouer un r6le correspondant. 

(*) Si une droite A contieDt deux séries de poiols S^ , S, , od dit que ces 
deax séries de points sont homographiques , lorsque la loi qui les unit est 
telle que, prenant arbitrairement on point, considéré comme appartenant à 
Tune des deux séries , il correspond un seul point pour Pautre série. En 
conséquence , si Ton convient de prendre sur la droite A un point pour 
origine, et si Ton désigne par pi, p, les distances à cette origine des points 
des deux séries, on a nécessairement entre ces Tariables une relation de la 
forme : 



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(5) 

Premier problêmb. — Une droite a contient deux séries de 
points S«, S,9 dont la- liaison est telle que, prenant arbitraire^ 
ment un points considéré comme appartenant à l'une des deux 
séries, il correspond, pour l'autre série, un nombre constant de 
points homologues {a^ oa o^ selon que le point arbitraire appar* 
tient à la première ou à la seconde série). On demande par corn-- 
bien de couples de points homologues ces deux séries sont déter- 
minées f )• 

Solution. — Si Ton convient de prendre sur la droite à, un 
point O pour origine, et si Ion désigne par pi, pt les distances, k 
cette origine, des points de la première et delà seconde série , on 
a nécessairement entre ces variables une relation de la forme 

/'(PÎSPÎ*) = 0, 

dans laquelle «i, a, désignent les plus hautes puissances des let- 
tres pi, f>i. Or, cette équation possède au plus («i-^l) (^s + l) 
= aïo, -1- ai -H Os + 1 coeiEcicnts, donc, il suffit de connaître 
«lOs-t- a« + a, couples de points homologues pour la déterminer. 
Ainsi la réponse est 

Deuxième problème. — Les deux séries Si, Si étant déterminées 
par oLiO^ + 01 + 04 couples de points homologues , trouver les 
points homologues qui correspondent à un point arbitraire con- 
sidéré comme appartenant à l*une des deux séries. 

Règle. — Prenez arbitrairement en dehors de la droite a, 
deux points Qi, Qi; menez les rayons issus de ces points et allant 
respectivement d deux points homologues; soit h^ leur point 
d'intersection; cherchez de même les autres points hty h^^ ...^ 
Aaïai+ai+Of que donnent les autres couples de points homo- 

(*) Noos disons que deux points donnés constituent un couple de points 
bomologues, loraquMls sont tels que, considérant l'un d'eux comme apparte- 
nant à Tune des deux séries, le second est un des points correspondants de 
l*autre série. Ainsi, par exemple, si Ton connaît tous les points a, qui cor- 
respondent à un point donné appartenant à la première série , on a de la 
sorte tf, couples de points homologues. 



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(6) 

loguesy et considérez la courbe z, d^ordre d^i -t- 04^ ayant les 
points Qi, Qj, respectivement multiples d'ordres a,, a^, et déter- 
minée par ces deux points multiples et par les a^a^ + ai + a, 
points simples A^, A,, ;.. Xaiat+^i + ai* Cette courbe sera telle que 
si l'on prend sur a un point arbitraire Pi, appartenant, par 
exemple, à la première série, en le joignant par une droite à Q4 , 
menant les rayons qui vont de Qt aux a, points d'intersection 
de cette droite avec 1, on aura 0% rayons qui rencontreront la 
droite à aux a, points demandés. 

Déhonstratio?!. — Pour légitimer cette règle, il suffit de 
montrer : 

i^ Que ie lieu des points conununs aux rayons issus de Qi, Q« 
et allant respectivement à deux points homologues, est une 
courbe 2 d*ordre ai -^ a,, ayant les points Qi, Qi respectivement 
multiples d'ordres a^ a,. (On le voit immédiatement en coupant 
la courbe par des droites issues des points Qi, Q,.) 

2"" Que cette courbe 1 est déterminée par les points Qi , Q, et 
par a|CXt -4- ai -4- a, points simples. En effet, toute courbe d'ordre 
a| + «, est déterminée par <«»+««) ^««-^ ««•*-») points simples, 
mais les points Qi, Qt équivalents, comme on sait, à !îii^fL±i}, 
^ ^^*"^ '^ points simples, il suffit ici de connaître en outre 
ia^^a,){a^,^a,±l) _ «^J^ _ «d^+O^ ^^^ ^ «^ ^. ^ points 

simples. C. Q. F. D. 

Troisième problèmb. — Les deux séries S| , Si étant détermi- 
nées par aïo, -H ai + a, couples de points homologues, trouver 
les points, situés d distance finie, qui, considérés comme appar- 
tenant à l'une des deux séries, coïncident avec l'un des points 
correspondants de l'autre série. 

Solution. — Ces points, que nous désignerons sous le nom de 
points de coïncidence, sont au plus au nombre de ai + a,, et ce 
sont précisément les points d'intersections de la courbe 2 et de 
la droite a. 

Nota. — Si Ton connaît a priori l'un de ces points de coïnci- 
dence, en prenant les points Qi, Qi en ligne droite avec ce der- 



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(7) 

nier, la courbe z se décomposera en cette droite et en une courbe 
d'ordre oi + <xs — i (*). 

AppliccUiondes trois ploblètites généraux au cas particulier de 
«I ss a, es 2. — D*après la formule «iO, -t- «i -t- 04 , les deux séries 
de points, dans ce cas particulier, sont déterminées par huit 
couples de points homologues. D'ailleurs , comme on sait con- 
struire, par la règle et le compas, une courbe du quatrième 
ordre, déterminée par deux points doubles et huit points sim- 
ples , on voit qu'il est toujours possible, en faisant uniquement 
usage de la règle et du compas, de résoudre, dans ce cas particu- 
lier, le second problème (**). Quant au troisième , comme on sait 
aussi, en n'employant que la règle et le compas, ramener la 
recherche des points communs à une droite et k une courbe du 
quatrième ordre , affectée de deux points doubles, à la recherche 
des points communs à deux coniques , nous pouvons conclure que 
l'on peut toujours , dans le cas particulier en question , trouver 
les points de coïncidence au moyen des points communs à deux 
coniques. Ajoutons que M. Ghasles avait déjà donné, de ce pro- 
blème, une construction extrêmement élégante, dans le cas par- 
ticulier où les couples de points correspondants des deux séries 
sont en involutiou et se correspondent anharmoniquement. (Voir 
Comptes rendus, t. XLl, p. 677.) 

II. - PROBLÈMES CONCERNANT TROIS SÉRIES DE POINTS. 

Il y a évidemment lieu de se proposer, pour k séries de points, 
des problèmes semblables h ceux dont nous venons de nous 
occuper pour deux séries. Nous nous bornerons aujourd'hui à 
considérer le cas particulier où l'on a trois séries de points dont 
la liaison est telle que, prenant arbitrairement deux points consi- 

(*) Il est très-important de remarquer que l'on peut toujours supposer, 
comme on le constatera dans le paragraphe III, que Ton connaît un point de 
coïncidence. 

{**) En ayant égard au nota du troisième problème, on voit même qu*il 
suffit de savoir construire une courbe du troisième ordre déânie par neuf 
points, problème qui fait Pobjet de la troisième partie du présent travail. 



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(8) 

dérés comme appartenant à deux de ces séries, il correspond un 
seul point pour la troisième sërie. 

Prbiiibr problème. — Une droite a contient trois séries de 
points S(, S|, Sb dont la liaison est telle que, prenant arbitraire- 
ment deux points, considérés comme appartenant à deux de ces 
séries, il correspond un seul point pour la série restante. On 
demande par combien de groupes de trois points homologues, 
ces trois séries sont déterminées (*). 

Solution. — Si l'on prend sur la droite a un point pour ori- 
gine, et si Ton désigne par pi, ^ pgles distances, à cette origine, 
des trois séries de points, on a nécessairement, entre ces va- 
riables, une relation de la forme (voir notre mémoire Sur la 
détermination, sans calcul, de l'ordre d'un lieu géométrique) 

«PiPtP» -*- ^PtPs -+- cp^i -♦- ^PtpÈ -+- fpt + 9P9 -+- ^Pê -*- • = 0. 

Il résulte évidemment de \k qu'il suffit de connaître sept 
groupes de trois points homologues. 

DEUxiéHE PROBLÈME. — Lcs trois séries S|, S,, Sb étant détenni- 
nées par sept groupes de trois points homologues, déterminer le 
point homologue de l'une de ces trois séries qui correspond à 
deux autres points arbitraires donnés appartenant aux deux 
autres séries. 

Règle. — Soient Qi,Qi,Qs trois droites formant un triangle, 
prises arbitrairement dans l'espace; menez les trois plans pas- 
sant respectivement par ces droites et par un groupe de trois 
points homologues, soit A, leur point d'intersection; cherchez 
de même les autres points A„ A^, A*, A5, A,, A, que donnent les 
six autres groupes de trois points homologues, et considérez la 
surface 1 du troisième ordre, ayant pour points doubles les 
sommets du triangle formé par les trois droites QoQs^Qs, et 
déterminée par ces trois points doubles et par les sept points 

(*) Nous disons qu*UD groupe de trois points donnés constitue un groupe 
de trois points homologues, lorsqu'ils sont tels que, considérant deux d*entre 
eux comme appartenant à deux des trois séries, le troisième est le point cor- 
respondant de la série restante. 



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(9) 

simples Ai, As... A?. Cette surface sera telle que^ si Von prend 
sur A deux points arbitraires Pi, Pi, appartenant, par exemple, 
ctux deux premières séries , le plan déterminé par la droite Q, et 
par le point commun àl et aux deux plans (PiQi), (PiQi)» ren- 
contrera la droite a au point demandé. 

Démonstration. — Cette règle résulte de ces deux circon- 
stances : 

1^ Le lieu des points communs à trois plans, passant respecti- 
vement par les trois droites Qi, Qs» Qs et par les divers groupes 
de trois points homologues, est une surface du troisième ordre, 
ayant pour points doubles les sommets du trangle formé par les 
trois droites (on le voit immédiatement en coupant la surface par 
des droites issues de ces sommets) ; 

2"* Une surface du troisième ordre, ayant trois points doubles, 
est déterminée par ces points doubles et par sept points simples. 
(On se rendra immédiatement compte de ce théorème en se repor^ 
tant à la page 29 de notre Mémoire Sur de nouvelles lois gêné- 
raies régissant les surfaces à points singuliers. Dans ce travail 
nous enseignons h trouver, par la règle et le compas, le point 
d'intersection commun k une telle surface et à la droite d'inter- 
section de deux plans quelconques passant par deux des côtés du 
triangle formé par les trois points doubles.) 

Troisième pRosLèuE. — Les trois séries Si, Sj, Sg étant déter- 
minées par sept groupes de trois points homologues , trouver les 
points, situés à distances finie, qui, considérés comme apparte- 
nant à deux de ces séries, coïncident avec le point correspondant 
de la série restante. 

Ces points sont au plus au nombre de trois , et ce sont précisé- 
ment les points d'intersection de la surface i avec la droite a. 

Nota. — Si l'on connaît, a priori, l'un de ces points de coïn- 
cidence, en prenant les droites QoQitQs dans un plan passant 
parce point, la surface i se décomposera en ce plan et en une 
surface du second ordre déterminée par les trois sommets du 
triangle Qi, Qs, Qs et par les points Ai, Ai, A,, A4, As, A« que 



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{ \0) 

donnent les autres couples de points homologues, différents du 
point de coïncidence {*). 

Application. — Construire par points, à l'aide de la règle et 
du compas, la surface du troisième ordre déterminée par les 
dix-neuf points 

(a^,b^,Ct,d,), (a,,6„c,,d,), (a,, 6„ c,, d,), 1,2,3,4,5,6,7, 

qui sont tels que les trois groupes 

^e trouvent respectivement sur trois droites Di, D,, Ds; en d'au- 
tres termes, construire par points la surface la plus générale du 
troisième ordre déterminée par trois droites et sept points. 

Solution. — Considérez , dans Tespace une droite arbitraire a, 
et concevez les sept groupes 

Gi,G,,G5...G7 . .• (1) 

de trois points d'interseclion de cette droite avec les sept groupes 
de trois plans déterminés respectivement par les droites D|, D,, D, 
et par les sept points 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7. Si l'on imagine le lieu 
des points communs aux groupes de trois plans passant respecti- 
vement par les droites D|, D,, Dg et par les divers groupes de trois 
points homologues des trois séries de points S^, S|, Sg déterminées 
parles sept groupes (1), ce lieu sera la surface cherchée. 

m. — AUTRES QUESTIONS CONCERNANT DEUX ET TROIS SÉRIES 
DE POINTS SITUÉES SUR UNE DROITE A. 

Problème. — Une droite a contient : 

i*" Deux séries de points S|,S„ dont la liaison est telle que, 
prenant arbitrairement un point, considéré comme appartenant 
à l'un de ces deux séries, il correspond, pour l'autre série, un 

(*) H est très-imporlant de remarquer que Ton peut toujours supposer, 
comme on le constatera dans le paragraphe HT, que Ton connaît un point de 
coïncidence. Donc la solution du second problème est une conséquence directe 
de la solution de ce problème : Construire, par la règle et le compas, une 
surface du second ordre déterminée par neuf points. 



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(H ) 

nombre constant de points homologues (04 ou «i selon que le point 
arbitraire appartient à la première ou à la seconde série); 

S"" Deux nouvelles séries de points S\, St dont la liaison est 
telle que y prenant arbitrairement un point, considéré comme 
appartenant à l'un de ces deux séries, il correspond, pour l'autre 
série, un nombre constant de points homologues (o^ ou a| selon 
que le point arbitraire appartient à la première ou à la seconde 
série). 

On demande de trouver les couples de points homologues corn-, 
muns aux séries (S| , S,), (S| , Sj). 

Solution. — Si pour construire les séries (Sj, S,), (Si, Si) on 
convient de prendre les deux mêmes points Qi, Q,, et si Ton 
désigne par z, 2' les courbes génératrices correspondantes, il est 
évident que les couples de points homologues communs cherchés 
sont ceux qui résultent des points situés en dehors de Qi , Qt et 
communs aux courbes £, 2'. Il résulte de là que leur nombre est 

(«1 H- a,) K -+- «;) — a,a\ — «,x; = «,«; + a\c^ (*). 

Nota, — ^ 11 y a lieu de se proposer un problème semblable pour 
les séries (S,, Sj, Sj), (S| , Si, Si), (S'/, S'i, Si'). Les points cherchés 
s'obtiennent à Taide des points communs aux trois surfaces 2. 

Remarque sur la règle de la page 6. — Considérons une seconde 
droite a', différente de à. Les rayons issus de Qi, Qt et allant k 
deux points homologuss des deux séries, déterminent sur a' deux 
nouvelles séries de points Si, S',. II est manifeste que la construc- 
tion des points homologues correspondant a un point de l'une des 
deux séries situées sur a, entraine la détermination des points 
homologues correspondant à un point donné des deux séries, 
situées sur a'; et réciproquement. De là ce théorème : 

Théorème. — On peut toujours, étant données deux séries de 
points situées sur une droite a , ramener la recherche des points 
homologues correspondant à un point donné, à la recherche de ce 

{*) Ce Dombre représente aussi éTideromenl le nombre des solutions finies 
^ (pi f P») communes au système des deux équations : 



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(12) 

même problème pour deux autres séries de points, situées 9ur une 
droite à\ dans lesquelles on connaît deux points de coïncidence. 

Il suffit, pour cela , de prendre pour droite a', une quelconque 
des droites passant par deux des points A|, Ai, As, ... Aa«oct-4-ae|-4-(Kt. 

Nota. — II y a lieu de faire une remarque toute semblable pour 
la règle de la page (8)..0n obtient un tbéoréme pareil en prenant 
pour nouvelle droite à', une quelconque des droites joignant deux 
des points A|, As, Ag, A^, As, A,, A7. 



raftoB. — Pour Compléter Textension des séries homo- 
graphiques, il resterait à considérer les cas particuliers où les 
séries (S| , S|) sont en involution, nous voulons dire le cas 011 les 
couples de points homologues sont tels qu'un point de l'un de ces 
couples étant considéré comme appartenant successivement & la 
première et à la seconde série, le second point se trouve être un 
point correspondant de la seconde ou de la première série(*). Nous 
n'entrerons pas aujourd'hui dans cette étude. 
Nota. — La même observation s'applique aux séries S«, St, Ss. 



IV. — QUESTION GÉNÉRALE OU L'ON RENCONTRE k SÉRIES DE POINTS. 



Nous avons déjà montré dans le Mémoire Considérations géné- 
rales sur la détermination, sans calcul, de l'ordre d'un lieu 
géométrique, comment tout lieu géométrique détermine , sur une 
droite arbitraire a , certaines séries de points. Voici une autre 
question générale où Ton rencontre également ces séries. 

Problème. — Une courbe d'ordre m (**), satisfaisant d 
"^""^ — (k — i] conditions arbitraires et assujettie à passer 
par les k —■ i points arbitraires Pi, Pi, Rs» —, P*. •-, Pa-i, 
pris sur une droite quelconque à , coupe cette même droite en 

(*) On voit, d'après cette propriété, que dans ce cas Téquation f{p^ , /»i) = 
reste la même par le changement de p^ en p,, et que un couple de points 
homologues donne deux points de la courbe que nous avons appelée Z. 

{"*) Il y a lieu de se proposer une question semblable pour une surface. 



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(13) 

m — (k — I) auires points P^. On demande, si l'on désigne 
pa»" Pij />i5 -M Pi» ...» p» /e« distances des points P|, Pi, ..., P,, •.., P^ 
d une origine fixe 0, pmc sur à , de déterminer la relation qui 
lie les k variables Pi , p», ... , Pi » ••• > p*. 
RÈGLE (•). — Sî 

nX, y)«0, fjSO, f, = 0, ..., T m(m+Vi 

1 

représentent l'équation la plus générale d'ordre m et les relations 
qui expriment que cette courbe satisfait aux conditions données; 
si, en outre, ï=|=p représente l'équation de la droite arbi- 
traire A , la relation cherchée s'obtiendra en éliminant les "^""^^^ 
coefficients de l'équation de la courbe entre les "^"" . "t? ),»,! 
équations : 

f(pptfqpi)^o, i F,=o, 

f(ppf,QpM)^0, \ f, = 0, 



^ 5= (/9i , p,, ... , pif ... , pk) = quotient entier par rapport à ;* de 

fipPà» qp») . 

(P* - Pi) ipk - P.) ... {Pk - p*) ... (p» - p* - ^* 

En particulier si Ton considère Féquation : 

S,(a?,y)-+-AS,(a7,y) = 0, 

représentant Téquation la plus générale des coniques passant par 

(*) Nous laissons au lecteur le soin de faire lui-même la démonstration : 
elle est éyidente en se rappelant les théorèmes relatifs à la division d'un poly- 
nôme par a?— a, 37—6, a?— c, etc. 

(**) On peut é?idemmenl, dans la recherche de la relation en question, 
permuter les lettres Pt) Pi » • •• P*i ^^ ^^'^ Q^^ 1*^° P^^ imaginer divers sys- 
tèmes d'équations conduisant à celte même relation. 



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( 14) 

quatre points, la relation entre p, et ps s'obtiendra ici en élimi- 
nant X entre les équations (A) : 

( Si iPPi» qpi) -+- AS, (pf>t. Qpi) = 
(^^ 0=^ (P.,/..) == quotient entier de '-^PP-^^'^-^^^'^^-^^'^ 

V Pi — Z*! 

ce qui donne, en posant 

S, = AjO?» -*- SBjfljy -♦- Ciy« -i- 2D,a? -f- SE^y -h F^ 
S, = A^^ -H 2B,a7y -4- C,y« -♦- 2D,a? -+- 2E,y -*- F,, 
Ml = A,p« + 2Bipg -H C^g», Ni = 2DiP -*- ÎE^qr, 
M, = A,p« ^ 2B,pî -♦- C,9«, N, := 2D,p -4- 2B,qf , 

réquation 

• (N A -« N,M,) p,.p, ^ (p, -f- p.) X (F,M, - F,M,) h- F.N, - F.N, = 0. 

Nota. — Cette équation rend manifeste le théorème de De- 
sargues. 



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( <8 ) 



DEUXIÈME PARTIE. 

COHSTRCCTIOH PAB LES COURBES DES RACIHBS DES ÉQUATIOHS 
ALGÉBRIQUES. 



I. - ÉNONCÉ ET HISTORIQUE DE LA QUESTION. 

Problème. — Étant donnée l'équation rationnelle 

/•(x) = o 

à une inconnue x et du degré m, trouver, en faisant uniquement 
usage des valeurs que prend le premier membre, lorsqu'on attribue 
à la variable x certaines valeurs particulières, deux courbes, sus- 
ceptibles d'être construites facilement par la règle et le compas , 
qui, par leurs points de concours, déterminent les racines de cette 
équation. 

Ce n'est pas sous cette forme que Ton présente habituelle- 
ment, dans les cours de géométrie analytique, le problème de la 
construction des racines par les courbes; c'est en vue de nous 
conformer aux idées exprimées, au sujet de cette question, par 
M. Chasles, que nous nous sommes proposé de résoudre le pro- 
blème présenté de la sorte. Voici d'ailleurs les réflexions de l'il- 
lustre géomètre (*). 

Oo lit dans les Comptes rendus de l'Académie, année 1855, 
t. XLl, p. 677 : 

c La construction géométrique des équations du troisième et 
9 du quatrième degré, donnée par Descartes dans sa Géométrie, 
» forme une des théories les plus importantes, à plusieurs titres, 

> de cet admirable ouvrage; car elle implique la féconde méthode 

> des coefficients indéterminés, et les belles découvertes de Tau- 

(*) Voir, aussi , le Rapport sur les progrès de la géométrie, p. 226. 



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(16) 

leur sur la composition des équations algébriques s'y rattachent 
aussi. Depuis, beaucoup de géomètres, Sluze, Newton, Halley, 
le marquis de THospital, etc., se sont occupés de la question, 
et ont développé toutes les conséquences qu'embrassait dans 
sa généralité le procédé de Descartes. Il semblerait donc 
aujourd'hui que tout a été dit sur ce point de tliéorie mathé- 
matique, et qu'il ne laisse plus rien à désirer. Cependant une 
simple remarque suffit pour montrer que la question se prête 
à un point de vue sous lequel on ne Ta point encore consi- 
dérée, car s'il est vrai que Ton effectue la résolution des équa- 
tions par une construction géométrique, néanmoins la voie qui 
conduit si aisément h cette solution n*appartient pas aux mé- 
thodes de la simple et pure géométrie : c'est une application de 
la géométrie analytique, qui tient plus du calcul encore que de 
la géométrie, puisqu'on y représente les courbes par des équa- 
tions que Ton combine algébriquement. La question se présente 
donc intacte en géométrie rationnelle, et constitue un sujet de 
recherches qui a sa place naturelle dans le développement et les 
applications des méthodes propres h cette partie des mathéma- 
tiques; car la géométrie doit s'efforcer de s'affranchir de la 
nécessité de recourir aux méthodes de calcul pour résoudre les 
questions de son domaine, même quand elles se traduisent par 
une équation du troisième ou du quatrième degré. » 
On le voit, dans cette communication, M. Ghasles s'est borné 
à considérer les cas particuliers de m = 3, m = 4. 

II. — EXPOSITION DE LA MÉTHODE. 

Prenons deux axes ox, oy, et considérons la courbe z d*ordre m 
représentée par l'équation 

Cette courbe, dont les abscisses des points d'intersection avec 
l'axe des x représentent les racines demandées, a pour point 
multiple d'ordre m — 1 le point P situé h Finfini dans la direc- 
tion de l'axe y. Proposons-nous de construire 2. Pour cela don- 



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(17) 

Dons 2m valeurs arbitraires à la variable x, et construisons les 
2m points de 2 qui résultent des 2m valeurs correspondantes de y. 
En se reportant à notre mémoire Sur le principe arguesien^ on 
voit que ces 2m points sont suffisants pour la construction de la 
courbe; d'ailleurs celte construction est incontestablement très- 
simple et n'exige que la règle et le compas. On a donc ainsi une 
première solution du problème. 

Il est maintenant facile d'en obtenir d'autres. 

Prenons, par exemple, les arguesiennes de l'axe OX [*) et de la 
courbe z (courbe déterminée par les 2m points dont nous venons 
de parler) , en prenant pour pôle le point P et pour sommets du 
quadrilatère de référence trois points de z, le quatrième étant 
ou sur cette courbe, ou sur Taxe OX; nous obtiendrons immé- 
diatement : i* une courbe 2' d'ordre m — i ou d'ordre m — 2, 
ayant le point P pour point multiple d'ordre m — 2 ou d'ordre 
m — 5; 2** une conique ou une cubique ayant le point P pour 
point simple ou pour point double. 11 est manifeste que les points 
communs à ces deux nouvelles courbes, susceptibles d'être encore 
construites très-simplement par la règle et le compas (voir encore 
le mémoire déjà cité), déterminent aussi, par leurs points de 
concours, les racines demandées. On pourrait encore évidem- 
ment obtenir de la sorte d'autres solutions. 



III. — APPLICATIONS. 

Si Ton applique aux équations des six premiers degrés la 
métbode que nous venons d'exposer, on en conclut que : 

i* Pour m = 6 , on peut construire les racines par les points 
d'intersection d'une droite et d'une courbe du sixième degré, 
ayant un point multiple du cinquième ordre ; ou bien par les 
points d'intersection d'une courbe du cinquième degré, ayant un 
point P multiple du quatrième ordre, et d'une conique passant 

{*) Il est important de remarquer que Targuesienne de Taxe OX est iodé- 
peodaDle de Téquation f{x) = 0. 

Tome XXVII. 2 



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(18) 

par P ; ou bien par les points d'intersection d'une courbe du qua- 
trième degré ayant un point P pour point multiple du troisième 
ordre, et d'une cubique ayant le point P pour point double. 

â® Pour m == 5, 07i peut construire les racines par les points 
d'intersection d'une droite et d'une courbe du cinquième degré 
ayant un point multiple du quatrième ordre ; ou bien par les 
points d'intersection d'une courbe du quatrième degré ayant un 
point P pour point multiple du troisième ordre, et d'une conique 
passant par P; ou bien par les points d'intersection de deux 
cubiques qui ont un même point double P (*). (Cesi cette dernière 
construction qui est Ja plus simple.) 

3** Pour m = 4, on peut construire les racines par les points 
communs à deux coniques, 

4** Pour m = 5^ on peut construire les racines par les points 
coinmuns à deux coniques qui passent par un point connu a 
priori. 

5* Pour m = 2, on peut construire les racines par un point 
commun à une droite et à un cercle, 

(*) M. Chasles a enseigné, dans les Comptes rendus, à déterminer la conique 
qui passe par les points communs à deux courbes du Iroisième ordre qui ont 
un même point double. 



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( 19) 



TROISIÈME PARTIE 

lOl'fBLLE COnSTRCCTIOR, PAR LA RàCLE ET LE COMPAS, DE LA COCRBB 
DU TROISIÈME ORDRE DéPIRlE PAU NBIF POINTS. 



I. — PRELIMINAIRES. 

Indépendamment de rimportanec théorique qu*offre la solution 
du problème de la détermination d'une courbe définie par un 
nombre suffisant de points (voir notre mémoire sur V Application 
de la transformation arguesienne à la génération, etc.) , il n'est 
peut-être pas de solution de problème présentant par elle-même 
an plus grand intérêt. Il serait difficile, en effet, ce nous semble^ 
de concevoir une propriété pouvant donner une satisfaction 
plus complète que celle que Ton éprouve en voyant l'image de la 
courbe dont on s'occupe. Tant que ce problème n'est pas résolu, 
on se trouve, pour ainsi dire, dans les mêmes conditions que les 
chimistes qui étudieraient les propriétés d'un corps qu'ils ne sau- 
raient isoler, mais dont l'existence leur serait parfaitement dé- 
montrée. Ajoutons que pour la courbe dont il est question dans 
ce travail, M. Chasles est le premier qui ait résolu le problème; 
il en a donné quatre solutions, insérées dans les Comptes rendus 
de TÂcadémie des sciences de Paris , années i855 et 1855. 

Pour bien préciser la nouvelle méthode que nous proposons, 
il est besoin que nous entrions d'abord dans quelques détails pré- 
liminaires. 

Premier problème. — Étant donnés, dans un plan : 



lo un point P et une droite Pà; 
2" siw points I, J, A^, Bj, A,, B,; 



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( 20) 

trouver le couple de points homologues aux deux involutions 
que détermine la droite Px sur les deux quadrilatères 

(IJA,B,), (IJA.B,). 

Voici la construction connue : 

Soient (aa,pp'), («lal, p,pi) les deux systèmes de quatre points 
que détermine la sécante Px sur les deux quadrilatères. Par un 
point arbitraire Ai et les segments aa'^ j3j3' faites passer deux cer- 
cles qui se coupent en A,; considérez de même les deux cercles 
(ÀiâCia'i), (XiPiP'i) qui se coupent en x^; les points communs à la 
sécante et au cercle défini par les trois points Ai, Xf, ),, sont les 
points demandés. 

Premier théorème. — Soient P, Â, B trois points en ligne 
droite, pris arbitrairement sur une cubique 2. Si l'on considère 
les deux groupes de quatre points que l'on détermine sur cette 
courbe par ses nouveaux points communs avec deux coniques 
Cl, Cf assujetties à passer seulement par les points A, B, ces 
deux groupes de quatre points sont les sommets de deux quadri- 
latères tels y que les deux points homologues^ communs aux 
deux involutions que toute sécante arbitraire issue de P déter- 
mine sur eux, appartiennent à la courbe i. 

Supposons que la droite PAB soit la droite de Finfini, et soit 

MN-i-R=0 (1) 

I équation de la cubique, dans laquelle M représente une fonction 
linéaire en x^ i/ et N, R deux fonctions du second ordre par rap- 
port à ces mêmes variables. En prenant pour point P le point de 
la courbe qui est à Tinfini , sur la direction de la droite repré- 
sentée par 

M = 0, 

une conique quelconque C, passant par les points A, B, aura 
nécessairement une équation de la forme 

N = Q, (2) 

Q étant une fonction linéaire arbitraire. Il résulte , des équations 



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( 21 ) 

(1) et (2), que les quatre points, à distance finie, communs h la 
conique C et & 2 , sont déterminés par les deux équations 

MQ-i-R = 0, 
N = Q. 

Par suite, l'équation générale des coniques passant par ces 

points est 

MQ-^R-f-A(N — Q) = 0, 
ou bien 

R-»-*N-+-Q(M — fc) = (3) 

Cela posé, coupons la courbe £ par une droite arbitraire issue 

de P, représentée par 

M = *'; (4) 

ses deux points d'intersection se trouveront sur la conique repré- 
sentée par 

it'N-4. R=0 (5) 

Or, pour démontrer le théorème, il suffit évidemment de faire 
voir que Ton peut déterminer le paramètre k de façon que les 
courbes ayant pour équations (3), (4), (5) se coupent aux deux 
mêmes points quelle que soit la fonction Q. C'est justement ce qui 
arrive si Ton prend k = k\ donc, etc. 

Nota. — La théorie de la transformation homographique montre 
la généralité de notre démonstration. 

Corollaire. — Du théorème que nous venons de démontrer 
il résulte cet autre, bien connu : 

Les coniques passant par quatre points d'une cubique déter^ 
minent y sur cette courbe y une corde variable qui passe constam- 
ment par un même point appartenant à cette courbe. 

En effet, soient E, F, G, H les quatre points en question, et ÂB 
une corde déterminée par une des coniques circonscrites à ce 
quadrilatère. Si l'on désigne par P la troisième intersection 
de ÂB avec la cubique, toute droite issue de ce point la coupant, 
d'après le théorème précédent, en deux nouveaux points situés 
sur une même conique avec E, F,G, H, il s'ensuit que toute 
sécante issue de P, passant par l'un des deux autres points corn- 



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( 22) 

muns à z et il une conique circonscrite au quadrilatère (E, F, G, H) 
passe aussi par l'autre. 

Nota. — Réciproquement, en s*appuyant sur ce dernier théo- 
rème, on aurait pu démontrer immédiatement le théorème direct. 

Deuxième THÉORÈME. — Soient (IJAiBi), (IJA^B,) deux quadri- 
latères ayant deux sommets communs I, J; 5i par un point arbi- 
traire P, on mène une sécante quelconque Px,et que l'on considère 
le couple de points (mi, mi), commun aux deux involutions que 
cette sécante détermine sur les deux quadrilatères, ces points 
décrivent, lorsque la sécante tourne autour du point P, \ine 
courbe l du troisième ordre, passant par les points P, I, J, 
Al , Bi , A), B,,par le point M commun aux deux droites AiBi, AjBs, 
et par le point commun aux deux droites IJ, PM. 

Si l'on suppose que les deux points I, J coïncident avec les 
points circulaires à Tinfiiii, et si l'on prend les droites AjBi, AjBj 
pour axes coordonnés, ce théorème revient au suivant: 

On a deux faisceaux de cercles définis par les équations 

a?» -H î/* -t- 2arj/ cos 6 -4- ûWP H- /jV -h Cj = 0, 
x*-^y*-\- âjry ces 6 -h Aj^^^ -f- ôy +- c, = ; 

le lieu des points communs à ces deux cercles pour lesquels les 
axes radicaux correspondants passent par un point fixe P (x©, y©)* 
est une cubique circulaire, passant par les points A|, Bc, A,, Et, 
par le point P, par l'origine 0, et ayant pour troisième direction 
asymptoiique la droite PO. 

En effet, tout axe radical étant représenté par 

a? (a -),)-+- y {x^ - b) -+- c, - c, = 0, 
la relation qui lie la variation des deux cercles est 

Xoia — X^)'^ t/o (Al — 6) -4- Cl - c, = ; 
en sorte que la courbe en question a pour équation 

" -. — — ) 



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(23) 

OU bien 

ya?o (a?* -H y* -*- 2a?y cos -»- oa? -h 6y -h c,) 
— xy^ (ar* -f- y* H- Sary cos -h oa? -h 6y -4- c,) -+- a:y (c» — c,) = 0, 

équation qui montre manifestement le théorème énoncé. 

Nota, — La théorie de la transformation homographique mon- 
tre la généralité de cette démonstration. 

Deuxième problème. — Trouver l'intersection complète du lieu 
précédent avec une conique arbitraire C circonscrite au quadri- 
latère (IJA4B4). 

On sait que les coniques circonscrites au quadrilatère (IJÂ,Bs) 
déterminent sur toute conique ûxe C passant par deux de ses 
sommets, des cordes qui passent par un point fixe P'. La droite PP' 
rencontre C aux deux points communs à cette conique et à x. 

Définition. — Nous dirons que les sommets des deux quadrila- 
tères de référence (IJA|B|), (IJAsB,) sont un système de points 
associés au point P, par rapport à la courbe z. 

Troisième théorème. — Non-seulement la réciproque du deu- 
xième théorème est vraie, mais il existe, pour une courbe arbi- 
traire £ du troisièine ordre, une infinité de systèmes de points 

P,(I,J,A„B,), (I,J,A„B,), 

qui sont associés à cette courbe. Il suffit, pour en obtenir tin, de 
mener par un point arbitraire P de 2, une droite quelconque P), 
et de considérer les deux coniques passant respectivement par les 
deux groupes de points 

(I,J,A,), (I,J,A,), 

pris arbitrairement sur cette courbe, et par les deux points de ren- 
contre de ^x et de^ ; ces deux coniques coupant 1 aux sixièmes 
points B : , Bt , les points 

P,(I,J,A„B,), (I,J,A„B.) 

répondent à la question. 

Ce théorème est évidemment un cas particulier du premier 
théorème. 



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(24) 

U. — EXPOSITION DE LA MÉTHODE. 

La facilité avec laquelle on résout le premier problème préli- 
minaire montre combien serait simple la construction d'une 
courbe du troisième ordre, déterminée par neuf points I , J , A| , B| , 
i, 2, Z, 4, 5, s*il était possible d'obtenir, au moyen de ces points, 
un système de points associés. Ce serait précisément (résultat 
fort remarquable) la même construction que celle que nous avons 
proposée pour déterminer l'intersection d'une droite et d'une 
conique définie par cinq points. (Voir notre mémoire Sur le prin» 
cipe arguesien, cbap. P% § 2.) 

Nous allons montrer la possibilité de cette importante détermi- 
nation. 

Lehme I. — Décrire une cubique 2 dans le cas particulier où 
les neuf points I,J,Ai,Bi,i,2,5,4, 5 sont tels que les points 

(I,J,A„B.,1,2), (I,J,A„B,.3,4) 

appartiennent respectivement à deux coniques Cj , C, . 

Soit P le point de concours des droites (i 2), (34.); considérez 

les coniques 

(IJ125), (IJ545) 

qui se coupent en un quatrième point 5'; le point P a pour qua- 
drilatères associés les deux quadrilatères 

(IJA,BJ, (IJ55')n. 

Lemhb 11. — Décrire une cubique passant par les huit points 
arbitraires I, J, A|, B4, i, 2, 5, 4. 

Menez les droites (41), (42), et soient i', 2' les intersections 
respectives de ces droites avec les coniques 

(IJA.BJ), (IJA,Bi2); 

soit encore 3' le quatrième point d'intersection des deux coniques 

(IJll'3), (U22'3); 

f ) On voit aisément que la cubique définie par ce système associé passe 
par les neuf points donnés. 



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(25) 

les points 

4,(I,J,A.,B,), (I,J,3',3) 

constituent un système de points associes par rapport à une 
cubique 2i passant par les huit points donnés. 

Nota. — Désignons par \l^ , vi les deux points (points que Ton 
a appris à trouver problème II) d'intersections de cette cubique 2Î 
avec une conique arbitraire C| passant par les points I, J, Ai, B|. 

Remarque I. — En faisant jouer à un des trois points i, 2, 5 le 
même rôle qu'au point 4, on obtiendra une nouvelle courbe :« (*), 
passant par les huit mêmes points donnés » et qui coupera la 
conique C| en deux nouveaux points pt^, Vf 

Nota. — Désignons par V le point de rencontre des droites 

Remarque U. — Il est évident que toutes les cubiques passant 
par les huit points donnés I , J , Ai , B^ i, 2 , 3 , 4 rencontrent la 
conique C|, qui passe par quatre d'entre eux, en deux points en 
ligne droite avec le point V. 

Remarque III. — £n suivant pour les huit points I, J, Aj , Bi , 
1, 2, 3, 5 la même marche que pour les huit points I, J, A|, Bi , 
1, 2, 3 , 4 , on obtiendra , relativement & la conique G| ^ un second 
point y en ligne droite avec les couples de points d'intersections 
de cette conique et de toutes les cubiques passant par ces huit 
points. 

Corollaire 1. — H est manifeste que la ligne droite VV ren- 
contre la conique C^ aux deux mêmes points que la cubique cher- 
chée, c'est-d-^ire la cubique passant par les neuf points I, J, A| , Bi , 
1,2,3,4,5. 

Corollaire II. — La conique Ci étant une conique quelconque 
circonscrite au quadrilatère (IJAiB«), on peut dire que nous venons 
de résoudre ce problème : 
Une cubique étant définie par neuf points, trouver les deux 

(*) On s'assure que cette courbe diffère de 2'^ en cherchant le nouveau 
point commun à cette nouvelle courbe et à la droite qui Joint le point 4 au 
point qui va jouer le même rôle que lui dans la construction de la courbe 2',. 



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( 26) 

nouveaux points d'intersection de cette courbe et d'une conique 
passant par quatre de ces neuf points. 

Corollaire UI. — Ea cherchant par la méthode que nous 
venons d'indiquer les intersections (ai6|), (a,6t) de deux coniques 
G], G. circonscrites au quadrilatère (IJÂ|B|] avec la cubique déGnie 
par les neuf points I, J, A|, Bi, i, 2, 5, 4. 5 et les associant h 
l'un des cinq points i, 2, 3, 4, 5, le point 5, par exemple, on 
aura neuf nouveaux points 

'î J)Ai»Bi,ai, 6i, a,, 6,, 5, 

définissant la courbe, qui seront dans les mêmes conditions que 
les neuf points du Lemmc I. En conséquence : 

Une cubique étant définie par neuf points , on peut toujours 
trouver un système de points associés. 

G'est là le problème que nous nous étions proposé de résoudre. 
Nous pouvons même ajouter maintenant qu'il est permis de 
prendre quatre des points donnés 1, J, A|, B| pour former Tun 
des deux quadrilatères de référence. 

III. - DÉTERMINATION DES CONIQUES OSCULATRICES EN UN POINT 
QUELCONQUE DE Z. 

Du théorème 1 et de la possibilité de déterminer l'intersec- 
tion complète d'une cubique l et d'une conique G ayant déjà 
avec elle quatre points communs donnés distincts ou confondus, 
il résulte un moyen simple de trouver, en un point quelconque 
de cette courbe, les coniques osculatrices des divers ordres. 

En effet, soient A l'un des quatre sommets d'un quadrilatère Q 
inscrit aux deux courbes z, G, et P le point fixe de 2 par lequel 
passent toutes les cordes que déterminent sur cette courbe les 
coniques circonscrites à Q. Soient en outre : 

1^ Yiti, ms les deux points d'intersections de l'une de ces 
coniques avec 2; 

S"" (mimtEFG) une conique passant par iiti, tttt et par trois 
autres points arbitraires E, F, G de 2; 



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( ^^7 ) 

5' H le sixième point de rencontre de cette dernière conique 
avec 2. 

Il est facile de voir, si Ton a égard au théorème I, que la conique 
circonscrite à Q et passant par le second point de rencontre de la 
droite PA avec la conique (PEFGH), a avec 2 un contact d'ordre 
« -♦- i, si déjà toutes les coniques circonscrites à Q avaient en ce 
point avec 2 un contact d'ordre n. 

Corollaire. — En procédant de proche en proche , on eon- 
struira de cette manière : i*^ une conique osculatrice du premier 
ordre ; S® une conique osculatrice du deuxième ordre ; 5** une . 
conique osculatrice du troisième ordre ; 4** la conique osculatrice 
du quatrième ordre. 



IV. — INTERSECTION DE LA COURBE AVEC UNE DROITE, ET AVEC 
UNE CONIQUE C PASSANT DÉIA PAR DEUX POINTS CONNUS DE CETTE 
COURBE I,J. 

Ces deux déterminations résultent de ce que les deux points 
m„ m^ que donne chaque sécante PA, étant sur une même conique 
avec les quatre points I, J, Ai, fi|, on peut considérer 2 comme 
engendrée par les points communs à un faisceau de droites et à 
un faisceau de coniques qui se correspondent une à une. Nous 
allons considérer séparément le cas de la droite et le cas de la 
conique : 

1* Les courbes génératrices en se mouvant décrivent sur une 
droite donnée p deux séries de points dont la liaison est telle 
qu'à un point de la première série correspondent deux points pour 
la seconde, et à un point de la seconde, un seul point pour la 
première : les trois points de coïncidence communs à ces deux 
séries sont les trois points communs à p et à 2. Ajoutons que, 
conformément à ce qui a été dit dans la première partie de ces 
Mélanges, on pourra ramener lu recherche de ces points communs 
à la recherche des points communs à deux coniques qui passent 
par un même point Connu. 

2° Si Ton considère le lieu des points communs aux rayons Px 



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(28) 

et aux cordes que déterminent les coniques génératrices corres- 
dantes sur une conique G qui passe par les points I, J, ou obtient 
une conique C, passant par les quatre autres points d'intersec- 
tions de G et de z. 

•bMrvAtioB. — Nous ne saurions terminer ce paragraphe 
sans rappeler que M. Ghasles , en considérant le lieu des points 
communs aux cordes correspondantes que déterminent sur deux 
cubiques les coniques passant par quatre des points communs 
à ces deux courbes , a obtenu facilement, relativement à la déter^ 
mination des autres points communs à ces deux cubiques, des 
résultats qui semblaient devoir présenter de très-grandes diffi- 
cultés. (Voir Comptes rendus, année 1855.) 

V. — APPLICATIONS AUX CYCLIQUES DU TROISIÈME ORDRE. 

Les constructions et les théorèmes précédents se simplifient 
considérablement dans le cas où Ion peut supposer que les deux 
poiets 1 9 J coïncident avec les points circulaires à l'infini , c'est- 
à-dire dans le cas où la cubique est circulaire. On va en juger 
facilement f ). 

i"* Gonstruction relative au problème II* — Soit Gi un cercle 
quelconque passant par les points « , Bj ; coupez4e par un cercle 
quelconque passant par A,, B,, et soit P' le point d'intersection 
de l'axe radical de ces deux cercles avec la corde A,Bt ; la droite 
PP' rencontre le cercle G| aux deux points demandés. 

S"" Détermination de la tangente au point A|. — Soit H le second 
point de rencontre de la droite PA| avec le cercle A|AtBs : la tan- 
gente au point A| au cercle AiB^H est la tangente demandée. 

S"" Détermination du cercle osculateur au point A4. — Si l'on 
suppose^ ce qui est admissible d'après la détermination précé" 
dente j que les deux points A|, Bi soient confondus au point A| 
dans la direction A|T, le cercle osculateur au point A| est le cercle 
tangent en Ai à AiT, et passant par le second point de rencontre 
de la droite PA| avec le cercle AiA^B,. 

Ç) Dans ce cas la courbe est simplemeot définie par les points P, (A|, BJ, 
(A., B.). 



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(29) 



Yi. - déterhimàtiom du foyer singulier dans les cycliques 

DU TROISIÈME ORDRE. 

Nous ne savons pas si Ton a déjà enseigné à déterminer le foyer 
singulier d'une cyclique du troisième ordre déterminée par neuf 
points; quoi qu'il en soit, voici un théorème qui résout, ce nous 
semble, très-élégamment la question. 

Théorèsie. -— Soient a une parallèle quelconque à t asymptote 
réelle de la cyclique (direction que l'on obtient en joignant le 
point P au point de rencontrc^des deux droites AiBi, A,B«), et C, D 
ses deux points de rencontre avec cette courbe. Si, par ces deux 
points, on mène autant de cercles que l'on veut, qui coupent i 
auxpoints (a,, p,), (a,, p,), («s, p,), ..., les perpendiculaires élevées 
sur les milieux des droites «iPi, o^p,» o^p, ... passent toutes par le 
foyer cherché. 

Problèhe. — Reconnaître si un point donné est foyer ordi- 
naire d^une cyclique du troisième ordre. 

La seconde construction du paragraphe 4 appliquée ici à un 
cercle C quelconque enseigne à déterminer une conique qui passe 
parles points communs à ce cercle et à 2; cette détermination 
s'effectuant tout aussi bien que le rayon du cercle soit nul ou non 
nul, on en déduit la solution suivante du problème en question : 

Pour reconnaître si un point P est foyer ordinaire d'une cy- 
clique du trosième ordre, on considérera ce point comme un cercle 
de rayon nul, on déterminera une conique M passant par ses 
quatre points communs avec 2, et l'on vérifiera si P est un foyer 
rfeM. 

Nous terminerons par l'énoncé d'un théorème dont on trouvera 
facilement la démonstration. 

Si du foyer singulier d'une cyclique du troisième ordre comme 
centre, on décrit des cercles de rayons arbitraires, le lieu des 
pieds des perpendiculaires abaissées du foyer sur les cordes que 
ces cercles déterminent sur la cyclique, est un cercle. 



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(30 ) 



QUATRIÈME PARTIE. 

THÉOBÉMES Sl'R LES StEPAGES DU TROISIÈME ORDRE (* 



Théorème I. — Soit G une courbe du quatrième ordre (inter- 
section de deux surfaces du second ordre) située sur une surface 
1 du troisième ordre. Toute surface du second ordre passant 
par G coupe i suivant une conique dont le plan passe par une 
droite fixe qui est une droite de la surface. 

Corollaire. — Soit C un cercle situé sur une surface 2 du 
troisième ordre qui contient le cercle de l'infini. Toute sphère 
passant par C coupe l suivant un cercle dont le plan passe par 
une droite fixe qui est une droite de la surface. 

Théorème II. — Soit D une des vingt-sept droites d'une sur- 
face du troisième ordre 2, et C une conique de cette même surface 
située dans un plan passant par D. Concevons par la conique 
deux surfaces du second ordre qui vont découper sur l deux 
courbes gauches b, , bs du quatrième ordre. Si par un point P, 
pris arbitrairement sur D, on mène une sécante quelconque S qui 
coupe 1 en m^, mj. ces deux points peuvent être considérés comme 
le couple de points homologues commun aux deux involutions 
déterminées par cette sécante sur deux quadrilatères qui auraient 
pour sommets les points d'intersections des deux courbes b^, bj par 
un plan quelconque passant par S. 

Corollaire. — Soient D une droite d'une surface 2 du troi- 
sième ordre contenant le cercle de l'infini, et C un cercle de cette 
surface contenue dans un plan passant par D. Concevons par le 



(*) Voir, page 10 de ce mémoire, un important problème concernant ces 
surfaces. 



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(51 ) 

cerde C deux sphères qui découpent sur la surface deux cercles 
C|, C,. Si par nn point P pris sur D on mène un sécante arbi- 
traire qui coupe i en m^ Wt, on peut dire que ces deux points 
sont les deux points homologues communs aux deux involutions 
déterminées sur cette sécante par les deux faisceaux de sphères 
C, et C,. 

Remarque. — La réciproque de ce dernier théorème est vraie 
et ] on peut dire que : 

Si Von a dans V espace un point P et deux cercles Ci, c,, /e lieu 
des couples de points homologues communs aux deux involu- 
tions que déterminent les deux faisceaux de sphères C|, c^sur 
une sécante quelconque issue de P^ est une surface du troisième 
ordre contenant le cercle de l'infini, les deux cercles Ci, c, et le 
point P. 

Théorémb m. — Toute sur face 1 , du troisième ordre, à point 
double P et passant par le cercle de Vinfini, est déterminée par 
un cercle quelconque C de cette surface et trois points arbitraires 
a,b, c. 

Cette surface peut être construite comme il suit : 

Soient a', b', c' les seconds points d'intersection des sphères 
(Ca), (Cb), (Ce) avec les rayons Pa, Pb, Pc; si l'on considère un 
point quelconque m du plan n déterminé par tes trois points a', 
b', c', il est tel que le second point de rencontre du rayon Pm avec 
la sphère (Cm) est un point de la surface i. 

Remarque 1. — Le cône tangent en P , à z, a pour base le cercle 
d'intersection du plan n avec la sphère (CP). (Cette remarque 
constitue à elle seule l'étude des affections du point (P.) 

Remarque IL — Les points réels de la surface, situés à Tinfini, 
sont sur la droite de Tinfini^ située dans le plan qui passe par le 
point P et par la droite d'inlersection du plan du cercle C avec le 
plan n. 

Remarque IIL — Si l'on suppose le point P à l'infini dans une 
direction donnée, la surface z se décompose et l'on en déduit la 
construction suivante d'une surface du second ordre déterminée 
par un cercle C et quatre points P, a, b, c, dont l'un d'eux . P, est 
à l'infini, dans une direction donnée : 



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(32) 

Soient a', b', c' les seconds points d'intersection des sphères 
(Ca), (Cb), (Ce) avec les rayons (Pa), (Pb), (Pc); si l'on considère 
un point quelconque m du plan n déterminé par les points 
a', b'. c'; ce point est tel^ que le second point de rencontre du 
rayon Pm avec la sphère (Cm) est un point de la surface du second 
ordre. 



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MÉMOIRE 



SUR 



DE NOUVELLES LOIS GÉNÉRALES 

QUI 

RÉGISSENT LES SURFACES A POINTS SINGDLIERS; 



LOUIS SALTEL, 

Membre de la Société mathématique de France. 



c Vlum impeiideN T«n>. — Jom*L. 



c Hoai nous estiiaeroBs havreax, tl, «onsidë- 

• rant le point oA noai iTona prli Im choMS 
» et celai oA non* le« unanont, on trouto qoo 

• noas «Ton* aiNiaitté ane partie da tribat que 
» toat bomme doit à la aoeiét^ dane l'état oA 
> il se txonTe placé. » 

BiseoT. — TTMorle gim4nU dê$ iqnatioiu. 



(Présenté à la classe des sciences le S avril i875.) 



ToHi XXVII. 



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MÉMOIRE 



SUR 



DE NOUVELLES LOIS GÉNÉRALES 

QUI itGiSSMT US 8DIFACES A POIHTt SMCDIIEU. 



miRODUCTlON. 



Il est reconnu aujourd'hui, et l'on ne saurait peut -être trop 
le redire, que, dans son état de fécondité actuelle, la géométrie 
ne saurait progresser qu*en s'appliquant à rattacher à un petit 
nombre de principes les vérités déjà connues, ou bien en formu- 
lant des lois nouvelles et en montrant des points de vue inex- 
plorés. 

Ce sont 1&, sans doute, les pensées qui ont guidé, il y a quel- 
ques années (1867), les commissaires de TÂcadémie des sciences 
de Paris, dans le choix de cette question, proposée pour le Grand 
prix des sciences mathématiques : 

« Apporter un progrès notable dans la théorie des surfaces 
algébriques » (*)i 

, Puisse le présent mémoire répondre d'une manière satisfai- 
sante à ce clesûferafum/ 

{*) Ud seul mémoire a été envoyé au Concours, et la commission a jugé 
qu'il n'y avait pas Keu de dé(ierner le prix. Sur sa proposiUon, TA^démie a 
retiré la question du concours. 



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(♦) 

Deux remarques vont suffire, au reste, pour montrer à la fois 
rintérét et la nécessité de nos recherches f ). 

i^ Guidé par une extension bien naturelle d*un théorème de 
géométrie plane, on aurait pu croire à Texactitude absolue de cette 
proposition : 

(P). — Si trois surfaces d'ordres 

possèdent en commun des points 

A,B.C,D,....L 
multiples d ordres 

(ai,a„o,),(6„6„6,),(c,,Cj|,c,^(d,,d„(l,), ..., (/„^i,/b) ('*), 

et s ontles plus générales de leur espèce (^*^) y le nombre des points 
simples, communs d ces surfaces, est marqué par la formule 

N = mim^m^ — a^a^a^ — bibjb^ — c^c^c^ — d^d^d^ /,/,/,. 

Il est cependant facile de se convaincre de Tinexactitude de ce 
théorème. Supposons, en effet, le cas particulier où Ton a 

fH| =s W*j = Wlj = 3 , 

at= «t= «« = 2, 

(f,=:d, = d, = 2; 

{*) Depuis longtemps déjà nous avions communiqué, en partie, ces remar- 
ques à M. Catalan (voir les Bulletins de F Académie royale de Belgique^ année 
1873, p. 539). 

(**) Si parmi les m points de rencontre d*une surface d*ordre m, avec une 
droite quelconque passant par un point fixe, on peut en compter a confondus 
avec ce point fixe, ce point est dit multiple d*ordre a. 

(***) Nous disons qu*une surface d'ordre m, possédant des points Â,6, C,D,..L 
multiples d'ordres a, 6, c, d, ... / est la plus générale de son espèce, lorsqu'on 
peut obtenir son équation en partant de Téquation la plus générale d'ordre m, 
et en asscgélissant seulement les coefficients de cetle équation aux seules 
conditions exigées par Texislence de ces points multiples. 

(****) Voir, sur ces surfaces, un intéressant mémoire de H. Laguerre, publié 
dans les Bulletins de la Société mathématique. 



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(») 

on aurait , d'après la formule en question 

N = 27-32=3(— 5), 

c*est^à-dire que le nombre des points simples communs serait repré- 
sente par le nombre négatif 

(-5)! 

résultat évidemment absurde; donc le théorème (P) n*est pas tou- 
jours exact C. Q. F. D. (*). 

IVota, — Le théorème (P) n'étant pas toujours exact, il en 
découle immédiatement que la formule 

exprimant qu'un point multiple d'ordre p abaisse la classe de 
p{p — 1)* unités n'est pas toujours exacte. C'est du reste ce que 
l'on vérifie sans difficulté en l'appliquant par exemple & la déter- 
mination de la classe de la surface du quatrième ordre douce de 
deux points triples; on trouve ainsi le nombre 12, alors que des 
considérations directes conduisent au nombre 44. 

(*) H est nature! de se demander pourquoi le théorème: 

Si deux courtes d^ ordres mj, m^ possèdent des points A, B, G, D ... L 
multiples d^ordrts (a^ a,), (b», b,), (Ci, e,), (d^, d,) ... Oi^l,), et sont les 
plus générales de leur espèce^ le nombre des points simples communs à ces 
courbes est marqué par la formule N=mim, — a,a,— bjb,— c,c,— did,...lil^ 

étant toujours exact, le théorème correspondant pour les surfaces ne l^est pas 
toigonrs. Celte question nous a préoccupé longtempsavant d'à voir observé que 
nous avions déjà donné la réponse par un théorème inséré dans les Bulletins 
de l*Àcadémie de Belgique. Cette circonstance tient simplement, en effet, à 
l'impossibilité que deux courbes non décomposables aient, malgré un nombre 
quelconque de points multiples communs, une partie commune; en sorte que 
la continuité de Téquation qui délermioe leurs points communs n*est jamais 
altérée par leur position respective ; tandis que trois surfaces non décompo- 
sables, qui ont un certain nombre de points multiples peuvent posséder, par 
là même , si ces points multiples viennent à coïncider, une ligne commune. 
C'est ainsi que trois surfaces du sixième ordre qui ont en commun deux 
points quadruples, admettent , par là même, en commun une ligne double: 
la ligne droite qui les joint. 



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(«) 

S"" En second lieu, si l'on cherche Téquation la plus générale de 
la surface du sixième ordre douée de quatre points quadruples,- 
points que nous supposerons placés Tun à l'origine des coordon- 
nées, et les trois autres & Tinfini sur les trois axes, on trouve 
l'équation 

-¥■ K^^yz -♦- k^*xz -*- A,o2'a?y =0 (*) , 

renfermant encore neuf paramètres arbitraires ; en conséquence, 
la formule 

P(p-^l)(p-*-2) ,,., 
1.2.3 ^ ^' 

n'est aussi elle-même pas toujours exacte , car quatre-vingt-trois 
points déterminant la surface la plus générale du sixième ordre, 
si les quatre points quadruples représentaient chacun vingt 

• A*) Voici comment on détermine celle équation. Les termes de Téquation la 
plus générale du sixième ordre étant 

jf«, jp*y, xH^ x^y*, x^z^, xhft, x'y», x»?', x'x'x, aflyz*^ jc'y*, a;««*, a;»y«»« , ^*y**>|«> 
x*y%^,xy^j xz^fXyh, xyz*, xyH'^y «y«x', y«, y»x, y*s«, yH», y«x*, y»», ««.) 

X», x*y, aî*s, a;5y«, x»»*, x»xy, x«y5, x«x', x«y»» , x«yg*, xy*, xz*, xy^z, ^w*y»L| 
xy»g«, y», y*ï, y's», yH», yz*, z». f 

X*, x»y, x»z, x*y«, x«z*, x«y», xy*, xz», xyz*, xy«z, y*, y»z, yH* , yz», z*« | i5 

X», x*y, x««, xy«, xz', xyz, y», y«z, yz«, z». } 10 

««, xy, xz, y«, yz, z«. j 6 

x,y,z.J3 

6n exprimera les conditions de la question en supprimant tous les termes 
des trois premiers degrés, et tous les termes ob entrent x^ y, z avec des expo- 
sants supérieurs au second. 

(**) Cette formule exprime qu'un point multiple, d'ordre p, équivaut à 

i.a.s 
points simples. 



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(7) 

points simples 9 il suffirait, pour déterminer la surface, d*associer 
k ces points multiples trois.poiots simples, ,au lieu.de neuf. 

Ces résultats conduisent donc bien naturellement & se proposer 
rétude complète de ces deux problèmes, étude qui constituera 
effectivement deux des trois principaux objets du mémoire actuel! 

Problbhb I. — Trois surfaces, d'ordres donnés, ont en com- 
mun fi points multiples^ et sont les plus générales de leur espèce ; 
déterminer le nombre des points simples qui leur sont communs. 

PROBLèME If. — Une surface d'ordre donné possède un nom- 
bre fi de points multiples, et est la plus générale de son espèce; 
trouver le nombre de points simples qu'il faut joindre à ces points 
multiples pour la déterminer. 

Tant que le nombre /a est égal ou inférieur & 4, ces questions 
traitées directement, pour être fort délicates, n'offrent pas cepen- 
dant de grandes complications ; il n^en est pas de même dès que 
fi surpasse ce nombre ; cependant grâce à une nouvelle loi , loi 
capitale constituant une classification des surfaces algébriques, 
on ramène immédiatement, dans une infinité de cas, le cas de jut 
quelconque au cas particulier de fi égal ou inférieur à 4. Ajou- 
tons que certaines considérations personnelles nous porteraient 
i croire que ces cas particuliers comprennent tous les cas pos- 
sibles. 

Nous allons consacrer un premier chapitre préliminaire h 
l'exposition de cette importante loi. 



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CHAPITRE PRÉLIMINAIRE 

bUR LA CLASSiriCATIOH ARGUESIEmB DBS ftDRPACBft ALGÉBRIQUES. 



Dans notre Mémoire sur le principe argueaien unicursal (*), 
nous nous sommes applique à montrer que le point capital pour 
déduire, par voie de transformation, des théorèmes concernant 
des courbes données, d'autres théorèmes se rapportant h des 
courbes d'ordre plus élevé, n'est pas de savoir transformer une 
courbe, générale dans ses affections, en une courbe d'ordre plus 
élevé, mais bien en une courbe d'ordre moins élevé. Cette con- 
ception s'appliquant également aux courbes gauches et aux sur- 
faces, on conçoit dès lors, sans peine, toute l'importance des 
transformations qui permettent d'atteindre ce résultat. C'est ainsi, 
par exemple, que la Cyclidc de Dupin étant la transformée, par 
rayons vecteurs, d'un cône du second degré, cette propriété rend 
évidents tous les théorèmes relatifs à cette surface {**). C'est ainsi 
encore , d'une manière plus générale , que toute surface du qua- 
trième ordre pourvue d'un point double et d'une conique double, 
pouvant être considérée, grâce à ce pomt double et à cette 
conique double, comme Targuesienne d'une surface du second 
ordre, ce théorème rend manifeste toutes ses propriétés géné- 
rales. Dans ce premier chapitre nous allons exposer un mode 
de transformation qui enseignera h transformer des surfaces 
d'ordre donné en des surfaces d'ordre inférieur, et cela en se 
fondotni uniquement, ce dont il n'a pas été donné, croyons-nous, 
d'exemples, sur la présence simultanée de certains points mul- 
tiples (*"*). Disons-le, tout de suite, ce nouveau mode de trans- 
formation nous conduira à cette loi capitale : 

(') En vente chez Gaulhier-Villars ; prix 5 francs. 

{**) Voir, sur celte sarface, divers mémoires de M. Mannheim, publiés dans 
h's Nouvelles annales de mathénuUiqueSy et le livre de M. Darboux, Sur une 
classe remarquable de courbes et surfaces cUgébriques, 

(*•*) C'est-à-dire, sans faire intervenir des lignes multiples. 



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(9) 

Si tine surface d'ordre 

m 
possède quatre points 

A,B, CD 
multiples d'ordres ■ 

a,b,c,d, 
tels que 

a -i-6-t-c-t-dsiirpas8e3m, 

cette surface peut être transformée unicursalement , à l'aide de 
ces points multiples, en une surface d'ordre inférieur (*). 

Remarquons en passant que si l'on rapproche cette nouvelle 
loi de celle que nous avons fait connaître pour les courbes planes, 
dans le mémoire déjà cité, on reconnaît que, comme elle, elle 
constitue une classification des surfaces (**). Toutefois, ici un point 
reste à élucider : pour les courbes il y a une classification unique, 
en est-il de même pour les surfaces ? En d'autres termes , y a-t-il 
d'autres transformations qui permettent de transformer, unique- 
ment à l'aide des points multiples, en ayant égard k une inégalité 
différente dea-f-6-*-c-#-d> 2m, une surface d'ordre supérieur 
en une surface d'ordre inférieur? Quelle que soit la réponse ulté- 
rieure à cette importante question, nous n'en considérerons pas 
moins comme terme toute surface, possédant quatre points mul- 
tiples dont la somme des ordres soit supérieure k deux fois son 
degré, et comme base toute surface qui ne satisfait pas & cette 
condition. Il n'est pas besoin d'ajouter qu'à càté des hiérarchies 
ponctuelles nous trouverons des hiérarchies tangentielles , résul- 
tats qui permettront de se priver du secours du principe de dualité. 

(*) Nous croyons important de faire remarquer que nous étions en possession 
de cette loi, dès Tannée 1870, comme on peut le consulter en lisant ta Un de 
rinlrodnction de notre mémoire Sur rapplicaiion de la transformalion 
arguesienne à la génération des courbes et surfaces, 

{**) Voici un aulre théorème qui conduit également à une classîficaUon des 
courbes gauches; nous y consacrerons bientôt un mémoire spécial : Si une 
courbe gauche d'ardre m possède quatre points, dont la somme des ordres 
de multiplicité soit supérieure au degré m de la courbe, cette courbe peut 
être transformée unicursalement, à Vaide de ces points multiples^ en une 
courbe d'ordre inférieur. 



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(40) 



DE LA SECONDE TRANSFORMATION ARGUESIENNE. 



Nous diviserons Tétude sommaire de cette transformation en 
deux sections, la première comprendra les courbes, la seconde, 
les surfaces. 

PREMIÈRE SECTION. 

I. - SECONDE ARGUESIENNB D'UNE COUI(BB DONNÉE. 

En vue d*abréger le plus possible, nous ferons la convention 
suivante : 

La notation 

(A CDAy 

représentera un faisceau de droites en involution, ayant pour 
sommet le point A, pour droites homologues AC, AD, et pour 
rayon double la droite AA'. 

Lemmb PRÉLiHiNAiRE. — Soieni ABC un triangle quelconque et 
A A', BB', ce trois droites se coupant en un même point, déter- 
minant sur les côtés opposés les points A', B', C^ Joignons un 
point fA, pris d volonté dans le plan, aux sommets du triangle*;, 
les droites homotogues aux droites 

Afi, Bfi, C/rf, 
dans les faisceaux de droites en involutions 

(A. — .boa;), (b-— -.cab;), (c — abc;) 
se coupent en un même point M (*). 

(*) Nous avons énoncé pour la première fois ce théorème à la fin de I*intro- 
duclion de noure mémoire Sur V application de la transformation arguesienn^i 
à la génération des courbes et surfaces. 



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(Ai ) 

Bien qu'il soit très-facile de démontrer ce théorème géométri- 
quement, nous allons suivre la méthode analytique qui nous don- 
nera, en plus, l'importante détermination des coordonnées du 
point M en fonction de celles du point /i. 

Soient 

«=o, p=o, r«o 

les équations 'des côtés 

BG, AG, ÂB, 
et 

MAA') p-r=o, 

I (BB') y — a=iQ, 
( (CC) «-^=0, 

les équations des droites ÂA', BB', GC. 

D'après la théorie de Tinvolution, si (xq» yo, z^) désignent les 
coordonnées du point /x , les équations des droites 

A/x, Ba*, CfA 
étant 

lés équations des droites homologues seront 

droites qui se coupet^t évidemment au point défini pat les deux 
équations 

(F)- = — == — (•). 

i 1 -L 

«i ^ ro 

(*) On aurait pu obtenir immédiatement ces formules dans le cas particu- 
lier ob les droites AA', BB', CG', sont les bissectrices intérieures du triangle 
A'BiG en remarquant que dans ce cas particulier les points jU, Bf sont les fbyers 
d'âne même conique inscrite au triangle ABG, et en s'appuyant sur ce théo- 
rème connu : Le produit des perpendiculaires, abdisàéèè deè foyers iTûtie 
conique sur ses tangentes y est constant. 



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( ii) 

Ce sont là les relations qui lient les coordonnées de deux points 
correspondants. 

Définition de la transformation. — Si le point fi décrit une 
courbe l , le point M décrit la seconde arguesienne i' de cette 
courbe, par rapport au triangle ABC, dit de référence. 

Nota. — La dénomination que nous donnons à la courbe z' 
nous a été suggérée par M. P. Mansion (voir le Bulletin publié 
à Rome, par M. le prince Boncorapagni, et les Bulletins de 
TAcadémie royale de Belgique, année 1873). Ajoutons que cette 
dénomination nous paraît ici d*autant plus heureuse que Tobjet 
actuel de cette transformation est d'étendre, aux surfaces et 
aux courbes gauches, la classification que donne, pour les courbes 
planes, la première transformation arguesienne. 

H. — ORDRE ET AFFECTIONS DE LA SECONDE ARGUESIENNE 
D'UNE COURBE. 

Proposons-nous d'abord ce problème préliminaire : 

Trouver l'ordre de la seconde arguesienne d'une ligne droite l. 

Pour cela considérons les deux séries de points que décrivent 
deux des trois rayons générateurs sur cette sécante 2. A un point 
de la première série ne correspondant qu'un point de la seconde, 
et réciproquement, il s'ensuit, en vertu du principe de corres- 
pondance entre deux séries de points (*), que la courbe est une 
conique. 

Remarque L — Cette conique est évidemment circonscrite au 
triangle ABC; la tangente en Tun de ces points, au point A par 
exemple, s'obtient en construisant le rayon homologue, dans 
l'involution (A — BCAÎ), à celui qui passe par le point de ren- 
contre des droites BC, 2. 

Remarque II. — Il est encore manifeste que si la droite l passe 
par un des sommets du triangle, A par exemple, la conique z' se 
décompose en une droite, passant par ce point, et en la droite BC. 

(*) Voir notre mémoire Considérations générales sur la détermination, 
gans calcul, de V ordre dun Heu géométrique. 



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(13) 

Nota. — D'aillears tous ces résultats sont également évidents, 
en remarquant que si 

aa -*- 6/3 -H cy = 

est l'équation de la droite 2, l'équation de 2' est, d'après les rela- 
tions (F), 

a b c ^ 

Théorêhb fondahbntal. — La seconde arguesienne d'une 

courbe l d'ordre 

m 
qui a 

i* les sommets 

A,B, C 

respectivement multiples d'ordres 

a, 6, c, 
2® les points 

situés en dehors de A, B, G, respectivement multiples d'ordres 

est une courbe d ordre 

2m — (a -♦- 6 -♦- c) = m', 
quia 

i" les trois points 

A, B,C 

respectivement multiples d^ordres 

i (A)m-(6-*-c) = a', 
I (B)m — (c-*-a) = 6', 

S* les points 

pointe homogènes à 



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(U) 
respififivement ffiultiptes d'otdrfs 

ri, ^1,. .•.>!. 

JVota. — II est très-important de remarquer que, réciproque* 
ment, si l'on change m en m', a en a\ b en 6', etc., on retrouve , 
d*après ces formules, m, a, 6, e^ etc. 

Démonstration. — Coupons la courbe 2' par nne sécante quel- 
conque p, et cherchons le nombre de ses points de rencontre. Ces 
points sonttiévidemment les points homologues aux points, d'inter- 
section de ces deux lieux géométriques : 

10 La courbe 2; 

2^ La conique p\ seconde arguesienne de p. 

Or, ces deux courbes se coupant, d'après le théorème de Bezout, 
en âm points, l'arguesienne 2' est donc de l'ordre Sm; mais p' pas- 
sant par les points À, B, C , il 8*ensuit que, parmi ces âm points, 
il y en a 

qui sont fixes, et auxquels correspondent, respectivement, les 
points d'intersection de la sécante p avec les droites BC, ÂC, ÂB; 
donc ces dernières droites font partie de la courbe, un nombre 
de fois marqué par les nombres 

a, 6,(5. 

Par suite. Tordre de 2' n'est k proprement parler que 

2m--(a-H64-c). C.Q.F.D. 

Ordre de multiplicité des points A y B^ C. — Considérons le 
point A par exemple. Il est évident que les diverses branches de 
la courbe qui passent par ce point résultent des points d'intersec- 
tion (différents de B et C) de 2 avec la droite BC; or ces points 
sont au nombre de 

m — (6-Hc); 

donc le théorème est démontré. Ajoutons que les tangentes s'ob- 



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( 15 ) 

ùênnenlei^oonstruisant les rayons homologues i^qx droites gui 
^ot dQ.A & ees diyer9 points d'intersectioDS. 

Points multiples situés m dehors de A, B, C..t- On $e. reijd 
immédiatement compte , en coupant par des droites qui passent 
par ces points, que l'arguesienne 2' doit posséder et ne peut pos- 
séder comme points multiples, en dehors de A, B, G, que les points 
homologues aux points multiples de 2 ; d'ailleurs, Tordre de mul- 
tiplicité de ces points est égal respectivement à celui de leurs cor- 
respondants. 

Équation de la seconde arguesienne, — Il résulte, des relations 
(F), que, si z a pour équation, en coordonnées trilinéaires, 

/(X,Y,Z)=:0, 
l'équation de 2' est 

'(144) =«■ 

^ofa.— Il résulte en outre, du théorème fondamental et de sa 

réciproque, que si 
^ ^ ^ «(X,Y, Z>=0 

est l'équation la plus générale d'ordre m ayant : 
1** Les sommets A, B, G du triangle de référence respective- 

ment wultipUs d'ordres a , b , c ; 

â® Les points, y, J...a, situés en dehors des points A, B, G, 

respectivement multiples d ordre n A - >i* 
Véquation 

'&4-;)- 

représente Véquation la plus générale d'ordre 2m — (a -4- b-«- c) 
ayant : 

\" Les sommets A, B, G, respectivement multiples dfordres 
m — b--c, m — c— a, m — a — b; 

2* Les points r', (T ... >', points homologues à r, ^... x respec- 
tivement multiples d'ordres n» <^i ••• >!• 

C'est ainsi que l'on peut dire que 

Aa* + A'3« ^ A'V* -+- 2B;3r-«- 2BV« ^ 2B"tf0 = 0, 



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16) 

étant l'équatioD la plus générale des coniques, Téquation la plus 
générale des courbes du quatrième ordre ayant les sommets du 
triangle de référence pour points doubles, est 



A 


A' 




A" 


2B 


2B' 


2B" 






'^•:z 


-H 




-*--:r--*- 


H 




= 0, 


â« 


a* 




y* 


/3r 


r« 


a/3 





Cette remarque doit être, croyons-nous, très-utile pour Tëtude 
analytique des courbes. 

m. - CONSÉQUENCES CAPITALES DU THÉORÈME FONDAMENTAL. 

L'ordre de la seconde arguesienne de z étant indiqué par la 

formule 

2m — (a -h 6 -«-(?) = m', 
il en résulte que si 

a -I- 6 -i- c surpasse m, 

on pourra transformer i en une courbe d'ordre inférieur. On 
retrouve donc ainsi la classification des courbes géométriques , 
signalée dans notre mémoire sur le principe arguesien ; nous n'y 
insisterons donc pas de nouveau. Toutefois, il est bon d'ajouter- 
que la transformation actuelle suppose essentiellement, par sa 
définition, que les points A, B, C sont tous réels, tandis que dans 
la première on peut supposer deux d'entre eux imaginaires; 
cette remarque acquiert surtout de l'importance dans le problème 
de la génération. 

Vf, — DE LA SECONDE ARGUESIENNE TANGENTIELLE. 

Afin d'abréger le plus possible, nous nous bornerons à donner 
leiemme préliminaire et le théorème fondamental. 

Lehhe préliminaire. — Soient A, B, C un triangle quelconque 
et AA', BB', ce trois droites se coupant en un même point. Cou- 
pons ce triangle par une droite quelconque, qui rencontre les 
côtés opposés aux sommets en des points 

A«» Bj, Ci\ 



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( 47) 

considérons, dans les faisceaux en involution 

(a-bca;), (b-cab;), (c - abc;), 
les rayons homologues aux droites 

AAj, BBj, CC^; 
ces droites coupent les côtés opposés en trois points 

, . *^i» ^'n ^«» 
qui sont en ligne droite. 

Démonstration. — Soient 

«=0, ^s=0, ysssO 

les équations des côtés du triangle > et 

aa-«-6;3-»-cr=0 (1) 

réquation d'une droite quelconque A|B|G|; les droites 

AA|} BB|) CC| 
ayant pour équations 

aa H- 6/3=0, 

les droites homologues & ces dernières auront elles-mêmes pour 
équations 

( 6(X-ha/3=0; 
en sorte que les points 

a;, b;, c; 

étant déterminés par les relations 

il devient évident qu ils sont situés sur la droite représentée par 

bca-i- ac(i-^aby=0 (2) 

Donc le théorème est démontré. 

Tome XXVII. 2 



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(18) 

Nota. — II résulte, des équations (\) et (S), que si 

«I, ^i, ri. 
«'a. i3;, y; 

désignent les distances des points A,B,C, à ces deux droites, on 
a les relations 

(G) -îL-=j?i_ ri^ 



1 



*W-a', Afé-S'i *c-ri 

&., i(;«, &e étant des coefficients constants. 

Définition de la transformation. — Si la droite A| B| C| coïn- 
cide, successivement, avec toutes les tangentes d*une même 
courbe z, la droite A'i Bi Cl enveloppe la seconde arguesienne 
tangentielle de 2. 

Théorémb fondamental. — La seconde arguesienne tangentielle 

d'une courbe 2, de classe 

m, 
gui a : 

i"" les tangentes 

BC, AC, XB 
multiples d'ordres 

a, b, c; 
â"" les tangentes 

y, ^f ... A, 

différentes de BG, AC, AB, et respectivement multiples d'ordres 

r', J'... A', 
est une courbe de cImsc 

2m — (OH- 6 -h c) = m\ 
gui a : 

i** les trois tangentes 

BC, AG, AB, 

respectivement multiples d'ordres 

I(BC)m — (6^c) = a'. 
(AC)m — (c-ho) = 6', 
(AB)m — (a-^6)=:c'; 



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(19) 
2* les tangentes 
droites homologues à 

respectivement multiples d'ordres 

ri, ^i ... il- 

Nota. — II résulte, des formules (G), que si 2 a pour équation, 
en coordonnées trilatëres , 

l'équation de z' est 



/j_ j L\==o 



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(20 ) 



SECONDE SECTION. 



1. — SECONDE ARGUESIENNE D'UNE SURFACE DONNEE. 

Nous ferons d*abord la convention suivante : 

La notation 

(AB - CDIaft) 

représentera un faisceau de plans en involution, ayant pour 
arête la droite AB; pour plans homologues ABC, ABD, et pour 
plan double ABI^. 

Lehmb priSlihinaire. — Soient A^ B^C^D les sommets d'un 
tétraèdre quelconque, et 

ABU, ACIm, ADU, BCr«e, BDIm, GDI«i 

six plans y menés par les arêtes , se coupant en un même point P, 
déterminant, sur les arêtes opposées 

CD, BD, BC, AD, AC, AB, 
les points 

I«*t Im» ledj Uci Im, lerf* 

Joignons un point fx, pris d volonté dans l'espace, aux six 
arêtes du tétraèdre; les plans homologues aux plans 

AB/u, ACm, ADm, BC/x, BDh, CD^, 

dans les faisceaux en involution : 

(AB-CDU), {AC— BDI«), (AD — BCI«i), 
(BC-ADIftO, (BD-ACIm), (CD-ABI««), 

se coupent en un même point M. 
Soient 

<x = 0, (SsaO, y=sO, <f = 



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( 2J ) 

les équations des faces 

BCD, AGD, ABD, ABC; 
si 

«/», (^Pf rpf ^p 
représentent ce que deviennent les fonctions 

«> ^. r, ^ 

lorsqu'on y substitue, à la place de x ,i/,z, les cordonnées du 
point P, les équations des six plans 

ABIoA, ACI«e, ADU, BGUo BDIm, CDU 
seront 

«J'pa — «,,^' = 0, 
ypjj~apy=0, 
/3p(3c— <Xpi3 = 0. 

Or, si (Xe,yo9^o) désignent les coordonnées du point fA,Ie8 
équations des plans 



éUnt 



ABm, ACm, ADm, BCju, BD/Uf CDm, 
les équations des plans homologues seront évidemment 



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(22) 
Ces plans se coupent au point H défini par les trois équations 

tfo (3o % ^0 

Définition de la transformation. — Si le point fx, décrit une 
surface 2 le point M décrit la seconde arguesienne z' de cette 
surface par rapport au tétraèdre ÂBCD, dit de référence (**). 

11. - ORDRE ET AFFECTIONS DE LA SECONDE ARGUESIENNE 
D'UNE SURFACE. 

Proposons-nous d'abord cette question préliminaire. 

Trouver l'ordre de la seconde arguesienne d'un flan? 

Pour cela considérons les trois séries de points que décrivent 
les plans générateurs sur une sécante quelconque. A deux points» 
appartenant à deux quelconques des séries, ne correspondant 
qu'un point pour la troisième, la surface est nécessairement, en 
vertu du principe de correspondance entre trois séries de 
points (***), du troisième ordre. 

Nota. — Ce résultat est d ailleurs évident, comme tous ceux 
qui suivent, si Ton observe que 

étant réquation du plan 2 , Téquation de t est, d'après les for- 
mules (F), 

a b c d 
— H-H H- = 0. 

(*) On aurait pu obtenir immédiatement ces relaiions, dans le cas parti- 
culier où les plans doubles donnés sont les plans bissecteurs des dièdres du 
létraèdre, en observant que, dans ce cas, les points p, et M sont les foyers 
d*une surface du second ordre, de révolution, inscrite au tétraèdre, et en s*ap- 
puyant sur ce théorème connu : le produit des perpendiculaires abaissées, des 
foyers d'une surface du second ordre, de révolution, sur ses plans tangents 
est constant. 

(**) Si le point p, décrit une courbe plane ou gauche, le point M décrit la 
seconde arguesienne de cette courbe. 

{***) Voir le mémoire déjà cité: Considérations générales, etc. 



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(25) 

TpéORÉHE. — Varguesienne d'un plan passant par un des 
sommets du tétraèdre de référence est un cône du second ordre. 

Théorème. — L'arguesienne d'un plan passant par une arête 
du tétraèdre est un plan passant par cette même arête. 

Tréobème. — Si l'on suppose le point f* coïncidant avec l'un 
des sommets A, par exemple, il lui correspond la face opposée, 
et réciproquement. 

Théorème. — La seconde arguesienne d'une ligne droite arbi- 
traire de l'espace est une cubique gauche, passant par les quatre 
sommets du tétraèdre. 

Théorème fondamental. — La seconde arguesienne d'une sur- 
face 2, d'ordre 

m, 

qui a : 

i"* les sommets 

A, B, C, D. 

respectivement multiples d'ordres 

a, b, c, d; 

2"" les points 

r, ^. ... A, 

situés en dehors de A, B, C, D, respectivement multiples d'ordres 

ri, ^i...yi; 
est une surface s' d'ordre 

3m — (a -♦- 6 •♦- c -t- d) = m', 
qui a : 

1<^ les sommets 

A, B, C, D 

respectivement multiples d'ordres 

(A)m — (6-4-c-4-(l)=a', 

(B)m-.(a-f-c-4-d)=^, 
(C)m-(a-«-6-4-<l) = c', 
(D) m — (o-i- 6-*- c)=s<f ; 



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( Î4) 

S"" lespeinU 

homologues à 

r, «^, ... A, 

respectivement multiples d'ordres 

Yt* ^1 ... Al. 

Nota, — 11 est très-important d'observer que, réciproquement, 
si Ton change m en m', a en a', 6 en b\ etc., on retrouve, d'après 
CCS formules, m, a, 6, c, etc. 

Démonstration. — Coupons la surface 2' par uAe sécante quel- 
conque S, et cherchons le nombre de ses points de rencontre. Ces 
points sont évidemment les points homologues aux points d'inter- 
section de ces deux lieux géométriques : 

i** la surface 2; 

2** la cubique S', seconde arguesienne de S. 

Or, ces deux lieux se coupent, comme on sait, en 7tm points; 
Targuesicnne de 2 est donc de Tordre 3m; mais S' passant par 
les points A, B, C, D, il s'ensuit que, parmi ces 3m points, il y en a 

a -4- 6 -4- c -4- d 

qui sont fixes, et auxquels correspondent, respectivement, les 
points d'intersection de la sécante S avec les faces BCD, ACD, 
ABD, ABC; donc ces dernières faces font partie de la surface un 
nombre de fois marqué par les nombres 

a, 6, c, d. 

Par suite. Tordre de 2' est seulement 

3m — (a H- 6-4- c -4- d). C. Q. F. D. 

Ordre de multiplicité des points A,B, C, D.—- On obtient immé- 
diatement Tordre de multiplicité de ces points, et le lieu des tan- 
gentes, en ayant égard h ce théorème presque évident : Si fi est 
un point à transformer, et si Von désigne par fi' l'intersection du 
rayon Ap avec le plan BCD, le point correspondant M est sur 



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(25) 

la droite ÂM\ M' étant le point œnjugué du point yî dans la 
seconde transfortnation arguesienne plane définie par le trian- 
gle BCD, et par les rayons doubles intersections de ce plan avec 
lié plans bissecteurs des dièdres AB, AC, AD. De là pour le 
point A, par exemple» cet autre théorème, qui constitue à lui seul 
Fëtode des affections de ce point : Le point A est multiple d'ordre 
î«-- (6 -«- c -4- d) ; /e cône tangent en ce point a pour base, sur 
le plan BCD» la seconde arguesienne plane de la courbe d'inter- 
section de la surface l avec ce plan y arguesienne prise par rap- 
port au triangle de référence BCD, et dont les rayons doubles 
S9nl les intersections de ce plan avec les plans bissecteurs des diè- 
dres KB, AC, AD. 

Points multiples situés en dehors de A, B, C, D. — On se rend 
immédiatement compte, en coupant par des droites passant par 
ces points, que l'arguesiennc 2' doit posséder et ne peut posséder 
comme points multiples, en dehors de A, fi, G, D, que les points 
homologues aux points multiples s; d'ailleurs Tordre de multi- 
plicité de ces points est égal, respectivement, à celui de leur cor- 
respondant. 

Équation de la seconde arguesienne. — Il résulte, des formules 
(F), que si 2 a pour équation, en coordonnées télraèdriques , 

/(a;,y,a./) = 
rëquation de 2' est 



'(?,-.ï.0='- 



Nota, — Il résulte, en outre, du théorème fondamental et de 

sa réciproque , que si 

/(a?, y, «,0 = 0, 

représente l'équation la plus générale des surfaces d'ordre m, 
ayant : 

i* les sommets A, B, C, D, du tétraèdre de référence^ respective- 
nient multiples d'ordres a, b, c, d; 

4* les points r, ^... > situés en dehors des points A,B,C,D, res- 
pectivement multiples d'ordres 

ru ^i ••• ^» 



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(26) 
l'équation ,/i 1 « M~n 

est l'équationlaplvsgénéraledelasurfaced'ordre^m -(a+b+c-hd) 
ayant 
i"* les sommets A, B, €, D respectivement multiples d'ordres 

m^b — c — d, w — a — c-d, m — a— -6— d, «i — a — 6 — c; 

2^ les points y\ t^', ... \\ homologues à r, e^, ... X, respective- 
ment multiples d'ordres n^ ^i— >i- 

C*esl aiosi que l'on peut dire que a« -«- 6p -♦- cr-*- dâ=0 étant 
réqualion la plus générale d'un plan, Téqualion la plus générale 
des surfaces du troisième ordre ayant les sommets du tétraèdre 
de référence pour points doubles, est 

a b c d ^ 

Cette remarque doit être, croyons-nous, très -utile dans Tétude 
analytique des surfaces. 

m. — CONSÉQUENCES CAPITALES DU THÉORÈME FONDAMENTAL. — 
PRINCIPE DE CLASSIFICATION. 

Comme pour les courbes planes, on peut évidemment dire que, 
si une surface arbitraire B, d'ordre b, peut être transformée en 
une surface A, d'ordre inférieur a, à toute propriété générale 
de A correspond une propriété générale de B; propriété qui peut 
d'ailleurs être plus ou moins élégante, plus ou moins simple et 
plus ou moins facile k trouver et à énoncer. Or, d'après le théo- 
rème fondamental , Tordre de l'arguesienne de 2 étant 

3m — (a H- 6 -h c -H d= m', 

il en résulte que si la somme 

a-t-6-*-c-*-d (*) 

(*) Nous ferons oliserver qu*uiie sarface ne peut pas posséder trois points 
multiples dont la somme des ordres soit supérieure à deux fois son degré. 
Nous avons constaté celte impossibilité en cherchant à obtenir Téquation 
d*une telle surface en supposant les trois points en question placés à l'infini 
sur les trois axes coordonnés. 



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( 27) 

surpasse 2m, la surface transformée sera d*ordre inférieur k la 
proposée. Nous pouvons donc énoncer ce principe capital qui 
constitue la loi de classification que nous avions en vue : 

Loi. — Si une surface possède quatre points multipleSy dont la 
somme des ordres soit supérieure à deux fois son degré y ses pro- 
priétés sont rattachées à celles d'une surface d'ordre inférieur. 

C'est ainsi que toutes les propriétés des surfaces énumérées 
dans le paragraphe suivant se rattachent, respectivement, aux pro- 
priétés du plan, de la surface du second ordre, de la surface du 
troisième ordre à deux points doubles, de la surface du troisième 
ordre à un point double, et de la surface du troisième ordre sans 
point double. 

Parmi les propriétés qui se transforment sans difficulté et sans 
modification, nous nous bornerons , pour le moment, à signaler 
la plus importante d'entre elles, celle qui concerne la génération, 
par points, de ces surfaces. On peut énoncer ce théorème qui 
par lui-même constitue une nouvelle loi, extrêmement impor- 
tante : 

Loi. — La connaissance de la génération , par points j d'une 
surface s, la plus générale d'un genre donné (*), entraine la 
connaissance de la génération, par points, de toutes tes surfaces 
dont elle est la base (** ). 

C'est ainsi que sachant construire par points le plan, la sur- 
face du second ordre, la surface du troisième ordre à deux points 
doubles, la surface du troisième ordre à un point double et la 
surface du troisième ordre sans point double, on saura construire, 
par points, les surfaces dérivées correspondantes que nous allons 
faire connaître, lorsque ces surfaces dérivées sont déterminées 
par un nombre suffisant de points. 

(*) Od ne doit pas oublier que nous entendons par courbes ou surfaces du 
même genre , deux courbes ou deux surfaces du même degré, qui admettent 
le même nombre de points multiples, avec le même degré de multiplicité 

[**) Ajoutons que si nous n'accordons pas à cette loi un chapitre spécial, 
c'est que nous n*aurions, en quelque sorte, qu'à reproduire le n« 15, p. 18, 
de notre mémoire Sur Inapplication de la transformation argvesienne à 
la génération des courbes et surfaces. 



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(28) 

IV. 'MANIÈRE D'OBTENIR TOUTES LES SURFACES DONT LES PROPRIÉTÉS 
SE RATTACHENT A UNE SURFACE DONNÉE. 

Les dëveloppemenls donnés dans le paragraphe Vf» page S6, de 
notre mémoire Sur l'application de la transformation argue-- 
sienne à la génération, etc., nous dispensent, certainement» d'en- 
trer dans les détails, relativement à la manière d'obtenir toutes 
les surfaces dérivées d'une surface donnée; nous nous bornerons 
donc à présenter les premiers résultats. 

fl. — Surfaees dérivées du plan. 

1* Surface du troisième ordre, douée de quatre points doubles; 

2® Cdne du troisième ordre, doué d'un point double; 

S'^ Surface du quatrième ordre , douée d'un point triple et de 
six points doubles ; 

A"" Surface du quatrième ordre, douée de deux points triples et 
de trois points doubles; 

5"* Surface du cinquième ordre, douée d'un point quadruple, 
de deux points triples et de quatre points doubles ; 

G^ Surface du cinquième ordre, douée de quatre points triples 
et de quatre points doubles; 

7** Surface du cinquième ordre, douée de deux points qua- 
druples et qualre doubles ; 

8** Surface du cinquième ordre, douée d*un point quadruple, 
trois triples et un double ; 

9"" Surface du sixième ordre, douée d'un point quintuple, d*un 
quadruple, de deux triples et trois doubles; 

10^ Surface du sixième ordre, douée de trois points quadru- 
ples, un triple et quatre doubles; 

\i^ Surface du sixième ordre, douée de quatre points qua- 
druples et un double; 

12"" Surface dir septième ordre, douée de deux points quin- 
tuples, deux quadruples et quatre doubles; 

iZ"" Surface du septième ordre, douée d'un point sextuple, 
trois quadruples et trois doubles; 



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( 29 ) 

i4<* Surface dn huitième ordre, douée d'un point sextuple , 
trois quintuples et quatre doubles; 

45* Surface du neuvième ordre, douée de quatre points sex- 
tuples et quatre doubles; 

46* Surface du dixième ordre, douée d'un point octuple, 
trois sextuples, deux triples et deux doubles; 

47' Surface du dixième ordre, douée d'un point octuple , trois 
sextuples, un triple et cinq doubles; 

48* Surface du dixième ordre, douée de deux points septuples, 
deux sextuples, deux triples et trois doubles; 

4 9^ Surface du dixième ordre, douée de deux points septuples, 
deux sextuples, un triple et six doubles. 



• . — murtm€9B dérivées d« la snrfaee du «eeend «rdre. 

4^ Surface du troisième ordre, douée de trois points doubles; 

2* Surface du quatrième ordre, douée d'un point triple et de 
cinq points doubles; 

5* Surface du cinquième ordre, douée d'un point quadruple, 
deux triples et trois doubles; 

4^ Surface du cinquième ordre, douée de deux points qua- 
druples et trois doubles; 

5® Surface du cinquième ordre, douée d'un point quadruple 
et trois triples ; 

6'' Surface du cinquième ordre, douée de quatre points triples 
et trois doubles; 

7** Surface du sixième ordre, douée de quatre points quadruples ; 

8* Surface du sixième ordre, douée d'un point quintuple, un 
quadruple, deux triples et deux doubles; 

9* Surface du sixième ordre , douée de trois points quadruples ^ 
uo triple et trois doubles; 



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(30) 

iO*" SiiHace du sixième ordre, douée de deux points quintuples 
et quatre doubles ; 

il*' Surface du sixième ordre, douée de deux points quadru- 
ples et quatre triples ; 

iâ*" Surface du sixième ordre, douée d'un point quintuple, 
quatre triples et deux doubles; 

i^ Surface du' septième ordre, douée d'un point sextuple > 
trois quadruples et deux doubles; 

i^"" Surface du septième ordre, douée de deux points quin- 
tuples, deux quadruples et trois doubles; 

15" Surface du septième ordre, douée d*un point quintuple, 
deux quadruples, deux triples et un double; 

16" Surface du huitième ordre, douée d'un point sextuple, 
trois quintuples et trois doubles ; 

17® Surface du huitième ordre, douée de quatre points quin- 
tuples, deux triples et deux doubles; 

18" Surface du neuvième ordre, douée de quatre points sex- 
tuples et trois doubles; 

19" Surface du dixième ordre, douée de deux points septu* 
pies, deux sextuples , deux triples et deux doubles; 

20" Surface du dixième ordre, douée d'un point octuple, trois 
sextuples, deux triples et un double; 

21" Surface du dixième ordre, douée d*un point octuple, trois 
sextuples, un triple et quatre doubles; 

22" Surface du dixième ordre, douée de deux points sep- 
tuples, deux sextuples, un triple et cinq doubles. 



s. — Sarffaees dérivées de l« sarraee eu ireIslèBie ordre » 
à deax pointa doateleo. 

1® Surface du quatrième ordre, douée de deux points triples 
et d'un double; 

2* Surface du quatrième ordre, douée d'un point triple et 
quatre doubles; 



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(31 ) 

5* Surface du cinquième ordre, douëe de deux points qua- 
druples el deux doubles ; 

4* Surface du cinquième ordre, douëe d*un point quadruple, 
deux triples et deux doubles ; 

5*" Surface du cinquième ordre, douée de quatre points triples 
el deux doubles; 

6^ Surface du sixième ordre, douée d*un point quintuple, un 
quadruple , deux triples et un double; 

7* Surface du sixième ordre, douée de trois points quadruples, 
un triple et deux doubles ; 

8** Surface du septième ordre , douée d'un point sextuple, trois 
quadruples et un double; 

d* Surface du septième ordre , douée de deux points quintu- 
ples, deux quadruples et deux doubles; 

iO° Surface du huitième ordre, douée d'un point sextuple, 
trois quintuples et deux doubles ; 

11" Surface du neuvième ordre, douée de quatre points sex- 
tuples et deux doubles ; 

i^ Surface du dixième ordre, douée de deux points septuples, 
deux sextuples, deux triples et un double ; 

13* Surface du dixième ordre, douée de deux points septuples, 
deux sextuples, un triple et quatre doubles; 

H*" Surface du dixième ordre, douée d'un point octuple, trois 
sextuples et deux triples; 

45' Surface du dixième ordre, douée d'un point octuple, trois 
sextuples, un triple et trois doubles. 



4. — Sarffaees dérivée* de la mmrimee ém ipelslème ordre 
à un point douMe. 

\^ Surface du quatrième ordre, douée d'un point triple et de 
trois points doubles; 

2* Surface du cinquième ordre, douée d'un point quadruple, 
deux triples et un double; 



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(52) 

5® Surface du cinquième ordre, douée de quatre points triples 
et un double ; 

4*' Surface du sixième ordre., douëe d'un point quintuple, deux 
quadruples et deux triples ; 

5^ Surface du sixième ordre, douée de trois points quadruples, 
un triple et un double; 

6* Surface du septième ordre, douée de deux points quin- 
tuples, deux quadruples et un double; 

7^ Surface du huitième ordre, douée d*un point sextuple, trois 
quintuples et un double; 

S*" Surface du neuvième ordre, douée de quatre points sex- 
tuples et un double; 

d'* Surface du dixième ordre, douée d'un point octuple, trois 
sextuples et deux doubles; 

lO*" Surface du dixième ordre, douée de deux points sep- 
tuples, deux sextuples, un triple et trois doubles. 



s. — Sarffaces dérivée* de la sarffaee du troisième ^rdre 
Miiis polnl doatele. 

i^ Surface du cinquième ordre , douée de quatre points triples; 

â** Surface du sixième ordre, douée de trois points quadruples 
et un triple; 

5° Surface du septième ordre, douée de deux points quin- 
tuples et deux quadruples ; 

4^ Surface du septième ordre, douée de deux points quintuples 
et quatre triples; 

5° Surface du huitième ordre, douée d'un point sextuple et 
trois quintuples; 

6'' Surface du huitième ordre, douée de deux points sextuples, 
d'un quadruple et trois triples ; 

7° Surface du neuvième ordre , douée de quatre points sex- 
tuples; 



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(35) 

9^ Surface du neuvième ordre, douée d'un point septuple, 
deux quadruples et deux triples; 

9* Surface du neuvième ordre , douée de trois points quin- 
tuples et trois triples; 

40* Surface du dixième ordre, douée d'un point octuple, deux 
sextuples, un quintuple et trois triples. 



V. — DE LÀ SECONDE AR6UESIENNE TAMGENTIELLE. 

Nous nous bornerons à donner le lerome préliminaire et le 
théorème fondamental : 

Lehme préliminaire. — Soient A, B, C, D /e« sommets d'un 
tétraèdre quelconque j et 1^, I^^) '«i> h«» Im» ^tà les points de ren- 
contre des plans bissecteurs {*) avec les arêtes opposées. Coupons 
ce tétraèdre par un plan quetconqucy rencontrant les arêtes oppo- 
sées en des points 

H««, fiacf H«i, H«e, HW, Ued. 

Considérons les plans homologues aux plans 

ABH.A, ACHae, ADH«i» BCI]»e, BDHm, CDH«i, 

. dans les faisceaux en involution 

(AB — CDI.*) , (AC — BDl.c) , (AD — BCIa^) , 
(BC — ADI*c) , (BD — ACIm) , (CD — ABI«f) ; 

ces plans coupent les arêtes opposées en six points 

H'„*, H'«, H'«i, H'»c, H'*rf, H'e- 

situés sur un même plan. 
DéHONSTRATioif. — Soicnl 

(X=:0, /3s=30. r=0, (TsrO 

f) Si Dous prenons les plans bissecteurs, au lieu de six plans passant par 
un même point, c^est pour plus de simplicité dans les notations. 

Tome XXVII. 3 



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(34) 

les équations des faces du tétraèdre, et 

atf-t-6i3-t-cy-4-Ay=0, . (1) 

réqualion du plan quelconque UJ^Jl^ïiJUu^td' Les plans 

ÂBHo», kCE^,AÏ>Uady BGHfte, BDHm, CDH«rf, 
ayant pour équations 

les plans homologues à ces derniers ont eux-raéines pour équa- 
tions 

I dy-4-cJ = 0, 

fcjs-hay=0, 
6:r-».a/3=0; 
en sorte que les points 

H'«», H'«, H'.^, HV, B'6rf, H'«i 
sont déterminés par les relations 

idy4-c<J = 0, / d3-t-W = 0, 

« = 0, 2o « = 0, 

0«O, ( r = 0. 

/3=0, 5O i3 = 0, 

y=0, ( ^" = 0, 

Celles-ci montrant que ces points sont situés sur le plan déterminé 
par réquation 

ftcdtf-4-ac(i;3-4-aM> -4-aftc«J = 0; . (î) 

donc le théorème est démontré. 




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! (38) 

I 

yota. — 11 résulte, des équations (1) et (2) que si 

«!♦ ^i» rn ^1 

dëngoent les distances des points A, B, C, D à ces deux plans , 
on a les relations 

I /f.«; A*i3; Aer'i ^-«^i 

ib., ft» y A,, Atf étant des constantes. 
Définition de ta transformation. — Si le plan représenté par 

<w H- 63 -♦- cy -♦- d<y = 

coïncide successivement avec tous les plans tangents à une sur- 
face Z, le plan dont Téquation est 

bcda -h accf/3 -+- aWy-+- abc^ = 

enveloppe la seconde arguesienne tangentielle de z. 

Théorème fondahental. — La seconde arguesienne tangentielle 
d'une surface 2, de classe m, qui a : l"" /«s pjans tangents BCD, 
ACD, ABD, ABC, multiples d'ordres a, b, e, d; âWes p/avis 
tangents r, <^, ••• j ^> différents des faces du tétraèdre, respecti- 
vemeni multiples d'ordres rn (^m •••» >i; est une surface de classe 
5fn — (a -I- h -♦- c -♦- d) = m', qui a : i" les plans tangents BCD ^ 
ACD, ABD, ABC respectivement multiples d'ordres 

2m — (6-t- c -4- dj = a\ 
2m — (a-4-c-*-d) = 6', 
2m — (a -4- 6 -4- d) = c', 
2m — (a -4- 5-4- c)=d'; 

2* tes plans tangents r\ 9\ ...,>', plans homologues à y^ ^, ... , ly 
respectivement multiples d'ordres n, ^i , ... , >i . 

Nota. — 11 résulte, des formules (G), que 2 ayant pour équa- 
IfOD, en coordonnées tétraédriqucs tangentîcllcs, 

réqualion de if est 

i (JL — — l^^o 

\k^' A*î/' Ac«' *rf«/ 



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( w ) 



CHAPITRE H. 

DBS POINTS SIMPLES €OIIM01I8 A TMOIS SOBFJICBS QUI OHT DÉJÀ 
BR COMMOB fA POIRTS MULTIPLB8 (*). 



I. — CAS DE /A ÉGAL OU INFÉRIEUR A 3. 

DjÉriNiTioN. *— Nous dirons que deux points A, B, multiples 
d'ordres a, b, appartenant à une surface d'ordre m, forment une 
combinaison positive d'ordre r«» si, dans l'égalité 

a -I- 6 = m H- r«* , 

r^ est un nombre positif non nul; dans le cas contraire, ils for- 
ment une com6tnatson négative, ou nulle selon que ce nombre 
est négatif ou nul. r 

Lehhb fondamental. — Si une surface d'ordre m a deux points 
multiples A, Bj d'ordres a, b, formant une combinaison positive 
d'ordre t^, la droite qui les joint est nécessairement, pour cette 
surface, une ligne multiple d'ordre r^ (**). 

Coupons, en effet, la surface par un plan passant par les deux 
points ; la section étant d'ordre 



et ayant les points A, 6, multiples d'ordres 

a, 6, 

{*) On peut juger de rimportaDce de la solution de ce problème par la con- 
tinuelle application que présente la solution du cas particulier f^ = o , solution 
connue sous le nom de Ihéarème de Bezout. 

(**) Ce théorème n'est pas nouveau ; nous Tavions déjà énoncé dans les 
Bulletins de l'Académie de Belgique , année 1872. 



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(37) 
la ditRte ÂB fait partie de cette courbe, puisqu'on a TinëgaUtë 
a -♦- 6 > m. 

Supprimons une première fois cette droite : il reste une courbe 

d'ordre 

m — 1, 

ayant les points A, B pour points multiples, d'ordres 

a-i, 6-!, 
et tels que 

(a — l)-h(6-l) = (m-1)-h(r.6-i); 

par suite, la droite AB fait encore partie de cette nouvelle courbe. 
Supprimons-la une seconde fois : il reste une courbe, d*ordre 

m — 2, 

ayant les points A, B pour points multiples, d'ordres 

et tels qne 

(a--2)^(6-2) = (m — 2)^(r.4 — 2), elc ,elc.... 

Ou peut évidemment répéter le raisonnement précédent r^ fois. 
C.Q.F.D. 
PasMiBn THéORÉHE. — Si trois surfaces M,, Ms, M,, d'ordres 

nti, m,, m,, 

ont trois points communs 

A. B. C, 
fnultiples d^ordres 

(a„<ï„a,>, (6i, &,,&,), (Ci,c,,f,), 

formant respectivement trois combinaisons positives, d'ordres 

tt sont les plus générales de leur espèce, le nombre des points 
simples communs est égal au produit des degrés des trois sur-- 



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(38 ) 

faces, diminué de la somme des produits des ordres des points 
k^ByC y celte différence étant augmentée de la somme des pro- 
duils des ordres des combinaisons positives de ces mêmes points ; 
en d'autres termes j ce nombre est marqué par la formule 

Démonstration. — Puisque ron a , par hypothèse , les combi- 
naisons positives : 

les droites 

AB, BG, CA 

sont, d*après le lemme fondamental, respectivement multiples 
d'ordres 

[Vaibi , 9*at»«f ''05*3) » (''*ie i » ^fVà » ^*ïes)» ('"■t'I • ^«àU J '«ses) • 

Cela posé, je dis que la courbe d'intersection I, abstraction faite 
des droites AB, BG, AC, des deux surfaces Mi, M,, est une courbe 
d'ordre 

ayant les points 

A, B, G 

pour points multiples, d'ordres 

(A) ùiO^ — Ta^bt . *•««», — **«i«t • **«i«t » 

(B) 646, — r«,4j . r«,*, — rbiti . f4t«„ 

Coupons, en effet, ces deux surfaces par un plan arbi- 
traire: les courbes obtenues ayant nie fit, points communs, dont 



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(59) 

''•i»! • ^^s» ^»ft • »•*.*,, »-.,et . r.,., confondus aux poinU d'inter- 
section du plan et des droites 

ÂB, BC, AC, 

puisque pour chaque courbe ces points sont multiples d'ordres 

I(AB) ra.ty, r.,*„ 
(BC) r*,.,. ra,e„ 
(AC) ffljci, **o,et; 

il s'ensuit bien que l'ordre de la courbe en question est 

En second lieu, coupons les deux surfaces par un plan passant 
par A. Ce point étaiit respectivement multiple d'ordre Oi, a, pour 
les deux surfaces, les sections auront, en ce point, des points mul- 
tiples du même ordre; en outre, la droite BG étant pour les deux 
surfaces respectivement multiple d'ordre r^^^j, r^^eu ^es sections 
auront, au point commun h cette droite et au plan, des points 
multiples du même ordre; donc, en dehors de ces points, les 
deux sections auront un nombre de points communs marqué par 

m,»l, — AjO, — r^jcj . Tige» • 

Nais la courbe d'intersection étant d'ordre 

il faut nécessairement que cette courbe ait en A un nombre de 
points confondus , marqués par la différence 

m,»i,— r.is, .r«,*,--r«,«, .r,,e,--r4je,. r*ge»--(«ïifn,— ai«t — r*,«, .r*,.,). 
Donc ce point est multiple d'ordre 

«i«t — »'«i*i • ra^tt — r.je, . r«,e« (•). 

(*) Ou obtient les tangentes en A à cette courbe I, en considérant les géné- 
ratrices communes, abstraction faite des droites AB, AG, aux deux cônes tan- 
gents, en ce point, aux surfaces M^, M,; ces génératrices sont nécessaire- 



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(40) 

On trouverait de même les degrés de multiplicité des pointe 
BetC. 

Cela posé, la courbe I coupant la surface Ms en un nombre de 
points marqué par 

et chacune de ses branches issues de A, B, C la coupant en ces 
points en 

I(A) «.(a^o, — r.i*. . r.,*, — r«,ci . r.,,,), 
(B) 6, (61 6, — r.,*^ . ratit — r*,e, . r*,«,), 
(C) C, (C^C^ — Ta^ei . r.,e, — r^^ei . r*,e,) 

points, il s'ensuit bien qu*en dehors de ces points le nombre des 
points simples est 

— a, (ajO, — r«,4j . r.,*, — r.jej . r,,e«) 

— 65 (616, — r«i», . r«jA, — r*jei . %ej 

— c, (Cj c, — r.id'. f-tet — r*je, . r*geg) , 

ce qui peut s'écrire 

-l-r*4ei . f»j«, . '*»5«« *♦" ^ei«i • ^«ta« • ''««•s» C.Q.F.D. 

Second théoréhe. — Si trois surfacesVi^^ M,, M,, d'ordres 

oiil trots points communs 

A, B, C 

multiples d'ordres 

(«1, «!,«.), (^.^,^•)» (ci,<?„c,), 

ment aa nombre de a^a^ — - r.^ftj . r.,*, — r.^ei .r«,e, ; on le voit du reste 
immédiatement en coupant les deax cônes tangents, qui sont d'ordres ai^a^^ 
par un plan arbitraire, et en remarquant que Tintersection de ce plan avec 
les généralrices AB , A:G produit des points malliples d^ordres 

(AB) r.iàj, r„4„ 



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( 4» ) 

formant pour les trois surfaces deux mêmes combinaisons posi- 
tives y ÂB, AC par exemple ^ d^ ordres 

et sont les plus générales de leur espèce, le nombre des points 
simples communs est égal au produit des degrés des trois sur- 
faces, diminué de la somme des produits des ordres des points k^ 
B, C, cette différence étant augmentée de la somme du produit 
des ordres des deux combinaisons positives. En d'autres termes, 
ce nombre est marqué par la formule 

-♦-rfljei . r«,«4 . Ta,», (•) 

ee théorème se démontre comme le précédent en remarquant 
que la courbe d'intersection I des deux premières surfaces, abs- 
traction faite des droites AB, A(^, est une courbe d'ordre 

ayant les points 

A,B,C 

pour points multiples d'ordres 

I(A) a^a^ — r.i», . r.j*, — r.j«4 . r.,e, 
(B) 6jfe, — Ta,*! . r«,s, 
(C) CjC, — raici • '■«i»!» 

Troisième théorème. — Si trois surfaces M|, Ma^ Mj, d'ordres 
Toi, m,, m, 

(*) Il fant bieD remarquer que si Poo pose 

«»+^i-w»-t-»'«i*», f a,+c, = m,-^r,,e5, I *»+c, = 015-1- r^j, 

les conditions ou reslriclions exigées par l'énoncé sont que toutes les combi- 
naitons (ÂB), (AG) soient positives, mais que deux au moins des combinai- 
sons (BC) soient négatives. 



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(42) 

ont trois points communs 

A, B, G 
multiples d'ordres 

(«I,»!»^»)» (^»^,^). (Ct,C„C5), 

formant pour les trois surfaces une seule même combitiaison posi' 
tive , kB par exemple , d'ordre 

raii^, '*at*ij ''«j*»» 

et sont les plus générales de leur espèce ^ le nombre des points 
simples communs est égal au produit des trois surfaces, diminué 
de la somme des produits des ordres des points A , B, G , cette dif- 
férence étant augmentée du produit des ordres de la combinaison 
positive commune; en d'autres termes, ce nombre est marqué par 
la formule 

Ce thëorème se démontre encore comme le premier en remar- 
quant que la courbe d'intersection I des deux premières surfaces, 
abstraction faite de la droite AB, est une courbe d'ordre 

ayant les points 

A, B, C 

pour points multiples d*ordres 

i(A) flia, - ra^fc^.r.jé,, 
(B) 6j6, — rfli*4 .ra^b^^ 
(C) CjC,, 

Quatrième THéonÉHB. — Si trois surfaces M|, Mj, Ms, d'ordres 

mi, m,, TOj, 

ont trois points communs 

A, B, C, 

(*) II faut encore bien remarquer que les conditions ou restrictions eiigées 
par renoncé sont que, si l*on se reporte à la note mise au bas de la page pré- 
cédente, les trois combinaisons (AB) soient positives, et que deux au moins 
des combinaisons (AG), (BG) soient négatives. 



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( 43 ) 
muUîpleê (Tordres 

(OiiCtyCt)* (^,^|ft«), (c^c^Oi 

ne formant aucune même combinaison positive, et sont les plus 
générales de leur espèce, le nombre des points simples communs 
est égal au produit des degrés des. trois surfaces, diminué du 
produit des ordres des points A^B, C. En d'autres termes, ce 
nombre est marqué par la formule 

Ce théorème se démontre immédiatement en remarquant que, 
dans ce cas, les trois surfaces ne ^lossédant pas de ligne com- 
mune (circonstance qui se présentait dans (ous les autres cas et 
qui altérait la continuité), la courbe entière d'intersectFon de deux 
d'entre elles, n'ayant pas de partie commune avec la troisième, la 
rencontre effectivement en un nombre de points simples marqué 
par cette formule. 

•iMerTalloii cénérale aur les quatre Ihéorèmes préeédents — 

Nous avons supposé, dans les quatre théorèmes précédents, que 
lorsque deux points multiples communs aux trois surfaces ne don- 
naient pas une combinaison poHtive pour les trois surfaces, ces 
deux points donnaient, au plus, une combinaison positive pour 
une seule de ces surfaces. Il reste à examiner ce qui arrive lorsque 
deux pareils points donnent deux combinaisons positives pour 
deux des trois surfaces. Gomme le raisonnement est le même dans 
les quatre cas, nous nous bornerons \ le présenter sur l'exemple 
suivant: 

Problème. — Trois surfaces Mi, M„ M5, d'ordres m^, m,, mg, 
ont deux points communs A, B multiples d'ordres (ai, a,, a,), 
(b|, b|, bs), tels que les combinaisons r«^*^, r.^^, soient positives et 
que la combinaison r..^, soit négative. On demande le nombre des 
points simples communs à ces trois surfaces. 

Première solution. — La droite AB, étant respectivement pour 
les deux surfaces Mi, M„ une ligue multiple d'ordre r,^^^, ra,4^, est 
par là même, pour ces deux surfaces , une ligne commune d'or- 



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(44) 

di*e r.^4, X r«^».. En conséquence, le reste de Tintersection de ces 
deux surfaces se compose d*une ligne I d'ordre M|M, — r «j«, . r.,»,, 
ayant les points A, B, respectivement, pour points multiples d'or- 
dres ttiOt — r.j», . r.,»j, 6|6, — r^j^^ . r^^^^. Les points communs 
aux trois surfaces M|, Ma, Ms se trouvant évidemment à la fois sur 
la surface M5 et sur les deux lignes AB et I, examinons successi- 
vement ces intersections. 

i<^ Intersection de AB avec M,. — AB étant, pour les deux pre- 
mières surfaces, une ligne commune multiple d^ordre r..*. •''«,»i9 
on voit que son intersection avec M, donne, en dehors des points A 
et B, fits — Oi — 6j= — r,,»5 points multiples d ordres r,,fc . r.,^ . 
Par conséquent, sur la ligne AB, il n'y a pas de points simples 
communs aux trois surfaces, à moins que les combinaisons r.,«^ , 
r^t^ soient toutes deux égales k l'unité, ce qui donne alors ( — r«s^ 
points simples. 

S*" Intersection de I avec Mj. — Le nombre des points simples 
est évidemment égal au nombre {m^m^ — ra^^^ . r,^»^ X m, diminué 
du nombre des points confondus en A et B, c'est-à-dire diminue 
de la somme az [aïO^ — r.,»^ . r,,» J -^ 6, (6,6, — r.^*, . r.,»J , ce qui 
donne m,fw,m8 — a^a^çi^ — 6,6,6, -♦- r.,», . r ,,4, . r.,»,. 

I^ota /. — Le nombre r,,», étant négatif, le terme -4- r^^^^ . r.^^, . r^^^ 
représente un nombre négatif. 

Nota IL — Si r^fc, ■= r*,», == 1, le nombre des points simples 
se compose, en plus du nombre que nous venons d'indiquer, des 
( — r.,«J points simples qui sont sur AB, ce qui donne m,iit,m8 
— ttiO^az — 6,6,65. 

2* Solution. — La courbe ï d'intersection des deux surfaces 
M,, M3 est une courbe d'ordre m,m8, ayant respe<;tivement les 
points A, B pour points multiples d'ordres 0,03, 6,6s et possédant, 
en outre, (— r^jéj points multiples d'ordres r.,4j situés sur la 
droite AB (ces points sont les points d'intersection de AB avec M,). 
Cherchons les points simples communs à cette courbe cl k M,. Ce 
nombre est évidemment égal au nombre m,m,nt8 diminué de la 
somme des points confondus en A, B et aux (— r.,^,) points mul- 
tiples situés sur la ligne AB, ce qui donne 



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(45) 

— Trois surfaces , ayant U*ois points multiples 
comiauns, ne pouvant présenter d*autres cas que ceux que nous 
venons d'examiner, il résulte, de Tensemble des théorèmes pré- 
cédents, une solution complète de la question proposée. 

11. - CAS DE (t ÉGAL A 4. 

En ayant toujours égard au lemme fondamental et à la courbe 
d'intersection I de deux des trois surfaces, dont on retranche la 
partie commune avec la troisième, on démontre sans difficulté 
les sept théorèmes suivants qui, par leur ensemble, résolvent 
complètement la question. 

Prbhibb TuiSORÈHB. — 5t troîs surfaces M|, Mt, M,, d'ordres 

f»!, m,, »n„ 

ont quatre points communs 

A, B, C, D, 
multiples d'ordres 

(ai»ai,Of)» (àtyà^^h)» (Ci,^,,^^), (di,(l,,<l,), 
formant toutes les trois six combinaisons positives d'ordres 

(^•»»l I *•«*« » '■«sis) » C**»! « i » *'«iej i *'«$<8) » {^ttidi t ra^di ï '^Ms) » 

(njc, rft,c«, ngej), (n,rf,, r*4d„ rt^^), (re|dj, re,**,, raéi), 

et sont les plus générales de leur espèce; le nombre des points 
simples communs est égal au produit des degrés de ces trois 
surfaces, diminué de la somme des produits des ordres des 
points A, B, G, D, cette différence étant augmentée de la somme 
des produits des ordres des six combinaisons positives. En d'au- 
tres termes, ce nombre est marqué par 



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(46) 

Nota, — On énonce de même facilement les autres théorèmes, 
relatifs aux cas où il y a cinq, quatre, trois, deux, une et zéro 
combinaisons positives communes aux trois surfaces. 

•iMierFAiioB générale. — Au mojcn d*une simple convention, 
relative à la valeur du produit des ordres des (rois combinaisons 
formées par deux mêmes points multiples, communs k ti*ois sur- 
faces, nous allons donner un théorème général qui comprendra 
tous les résultats obtenus soit dans ce paragraphe, soit dans le 
précédent. 

Convention. — Tout terme, formé par le produit des ordres des 
trois combinaisons relatives à deux mêmes points communs h trois 
surfaces, doit être considéré comme donnant pour résultat zéro, 
s'il contient deux ou trois facteurs négatifs. 

Théorème sénérai. — Le nombre des points simples communs 
à trois surfaces qui ont déjà en commun fi points multiples (iU étant 
égal ou inférieur à 4), et qui sont les plus générales de leur 
espèce, est égal au produit des degrés des trois surfaces, diminué 
DE LA SOMME dcs produits des ordres de multiplicité de chaque 
point singulier, cette différence étant augmentée de la somme 
algébrique des produits des ordres des combinaisons formées 
par ces points combinés deux à deux, pourvu, toutefois, nous le 
répétons , que l'on convienne de remplacer par zéro tout terme de 
cette dernière somme qui serait le résultat d'un produit de deux 
facteurs négatifs par un facteur positif, ou bien le résultat de 
trois facteurs négatifs. 

Nota I, — On peut préciser davantage ce théorème en disant 
que la seule restriction exigée, pour qu'il donne sûrement le 
nombre exact des points simples communs aux trois surfaces, est 
que ces trois surfaces soient telles que la courbe simple d'inter- 
section I de deux d'entre elles n'ait pas en ses divers points mul- 
tiples des tangentes qui soient des génératrices des cônes tangents 
en ces mêmes points à la troisième surface. — Cette remarque est 
une conséquence immédiate du mode même de démonstration. 

Nota II, — Le théorème général que nous venons d'énoncer 
ne souffre d'exception que s'il arrive qu'il y ait un ou plusieurs 
groupes de deux points singuliers donnant pour deux des surfaces 



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(47) 

des combinaisons d'ordres égaux h Tunité, et pour la troisième 
surface une combinaison d'ordre négatif; dans ce cas il faut encore 
considérer comme nul le produit des ordres correspondants. 

m. — CAS ou /il EST SUPÉRIEUR A 4. 

•bMrratioB préliminaire. — Nous n'affirmons pas, mais nous 
avons lieu de croire que, si parmi les fi points en question, il 
n'y en a pas quatre dont la somme des degrés de multiplicité soit 
supérieure à deux fois le degré respectif de chaque surface, le 
nombre des points simples cherches est égal : 
au produit des degrés des trois surfaces, diminué du produit des 
ordres des points multiples, cette différence étant augmentée de 
la somme algébrique des produits des ordres des combinaisons 
formées par ces points, pourvu, toutefois, que l'on convienne 
encore de remplacer par zéro tout terme de cette dernière somme 
qui serait le résultat d'un produit de deux facteurs négatifs par 
un facteur positif , ou bien le résultat de trois facteurs négatifs^*)» 

Nous n'examinerons donc que les cas particuliers où, parmi 
les fx points, il y en a au moins quatre A, B, C, D multiples d'ordres 

(«1,0,, a.), (6i,6,,6,), (c,,c,,C8), (««i ,<*«,<«•) , 

tels que Ton ait 

a, -♦- 6j -♦- Cl -♦- di = 2mj -♦- p^, 
a, -*- 6, H- Ca -*- d, = 2m, -♦- p, , 
Og-*- 65-f-CB-4-d, = 2m8-»-p,. 

Pi9 Pu Pz étant des nombres positifs non nuls. 

(*) Ce théorème, pour le cas de pt = 5, pourraii encore être démontré direc- 
tement en suivant la même marche que pour m inférieur à ce nombre. Ici se 
présente donc uaturellemenl celle question : Pourquoi la méthode exposée 
cesse-t-elle d'être applicable pour m supérieur à 5? La réponse est simple. 
Dès que iu est égal ou supérieur à 6, fensemble de ces points peut déterminer 
une courbe commune, non composée de lignes droites. Quel est le degré de 
cetie courbe et son ordre de multiplicité? Tels sont les deux nombres quMI 
faut connaître pour pouvoir appliquer la méthode. 



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(48) 

U est bien facile de ramener ces derniers cas aux cas des deux 
premiers paragraphes, c est-ft-dire au cas de n égal ou inférieur 
à 4, ou au cas dont nous venons de parler dans VobservatioH 
préliminaire. Prenons, en effet, pour tétraèdre de référence, le 
tétraèdre ayant pour sommets les points A,B,C,D, et considérons 
les secondes arguesiennes des trois surfacs proposées. On a trois 
surfaces d'ordres 

3m,-(a5-»-6,-*-c,-*-£/,) = m, — p, = mi, 

ayant les points 

A, B, C, D 

pour points multiples d'ordres 

|2mi — (6j-*-Ci-i-di)=:aj — Pi, r6,-Pi, /Cj-Pi, id^-^p,, 
2TO,-(6,-*-c,-+.dJ = a,-p„ (B)k-p,, (C) c,-p„ (D)|d,-p„ 
2m,- (6, -*-(?, H- d.) «a, -p„ U-p., k-p», {d^-Pt- 

Or, le nombre cherché N étant évidemment le même pour ce^ 
nouvelles surfaces et pour les anciennes, comme maintenant la 
somme des points A, B, G, D est respectivement inférieure pour 
chaque surface à deux fois son degré, puisqu'on a 

f>i=(«i-Pi)-*-(^i-Pi)-*-(<^i-Pi)-^(<'i-Pi)=2(mi-pJ-p,=2m;-pi, 

/*t= ="^^'9—?»^ 

Pi= =2»»i— Pi» 

il en résulte bien que si parmi les autres points multiples, points 
résultant des points homologues aux points multiples situés en 
dehors de A, B, C, D, il n'y eh a pas qui, combinés entre eux ou 
avec ces derniers, puissent fournir pour chaque nouvelle surface 
un groupe de quatre points dont la somme des ordres soit supé- 
rieure à deux fois son degré, on aura bien ramené le problème 
au cas de fi égal ou inférieur à 4, ou à celui de trois surfaces 
possédant en commun des points multiples formant au plus trois 



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(49) 

eombinaisoDS positives communes; dans le cas où ce groupe de 
quatre points existera, on opérera sur ces dernières surfaces 
comme sur les premières, etc., etc. Les applications suivantes 
vont suffire, au reste, pour mettre la méthode en parfaite évi- 
dence. 



IV. - APPLICATIONS DES RÉSULTATS PRÉCÉDENTS. 

i*" Trouver les points simples, communs à trois surfaces du 
troisième ordre, qui ont trois points doubles communs, et qui sont 
les plus générales de leur espèce. 

Puisqu'on a 

«i = «i = a« = 2, 

^=^« = ^8 = 2, 

Ia^ -H 6t =s m^ + 1 , / aj -♦- Cj =s w»! -h 1 , | 6^ -*- c, = m^ -»- 1 , 

le premier théorème du § P' donne 

N=s3»-3.2»-^3Xl»=6. 

A'ola. — Ce résultat pouvant être obtenu d'une manière com- 
plètement indépendante du théorème sur lequel nous venons de 
nous appuyer, on obtient de la sorte une vérification importante 
de ce théorème. Voici ce nouveau moyen. Prenons les secondes 
arguesiennes des trois surfaces, par rapport au tétraèdre déter- 
miné par les trois points doubles et par un point simple com- 
mun A ; nous obtenons trois surfaces du second ordre passant par 
les trois points doubles; ces surfaces ayant nécessairement cinq 
autres points communs, les points cherchés sont le point A et les 
cinq points homologues à ces derniers, donc en tout 6 . C . Q . F . D. 
Tome XXVII. 4 



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( W) 

2* Trmiver les points simples, eommuM â trois surfaces les 
plus ginérales d^ordres Soi , ayant quatre points multiples com- 
muns d'ordres âm. 

Puisqu'on a 

iW|^f»j=Wj= 3iîi, 
Al = a, = Og ss ânt , 
^1 = ^1 = ^8 = 2m, 
Ci = c, = f,=2m, 
(ii =: c/j ^ dg = âm, 

ia|-^&ts=m|-f-m, r a^-t-c^ssmi-i-m, ( a^ -♦-(*, = iHj-i- m, 
a, + 6, = mj|^m, < aj|-*-c,= m,-*-m, < a,-h<*, = m,-4-fn, 
ag-*-6, = m,-f-m, la, -4-0,= m, -♦-m, ( o, -^ d, = m,-*- m, 

fftj-^-CisrrmjH-m, J 6i -♦- (/i = ffii -h m, | Cj -f- d^ «= t»! -h «i, 
^1 ->- c, = m, -♦- m, ? 6, -I- d, Bs m, -^ m , < c, -»-d, = TO,-t-m, 
(6, -♦-c, = ffig-hm, (&,+.ds==:mi-Hm, ( c, -♦-(*, = m, -♦-m, 

le premier théorème du § II donne 

N a= (5m)» - 4 (2m)« -*- 6 . m» ^ m». 

Nota. — Ce résultat pouvant être obtenu d*une manière coai- 
plétement indépendante du théorème sur lequel nous venons de 
nous appuyer, on obtient de la sorte une vérification importante 
de ce théorème (*). Voici ce nouveau moyen. Prenons les secondes 
arguesiennes des trois surfaces par rapport au tétraèdre déter- 
miné par les quatre points multiples; nous obtenons trois surfaces 
d'ordre m n^ayant pas de points multiples communs; ces surfaces 
ont donc nécessairement m^ points simples con^muns, et les points 
cherchés sont leurs points homologues, ils sont donc au nombre 
de m». C.Q.F.D. 

5» rroui^er les points simples communs à trois surfaces les plus 
générales du septième ordre ayant eii commun deux points qui$^ 
tuples Â, B, deux quadruples C, D et trois doubles E, F, G. 

(*) 11 serait évidemment très-facile d^énumérer une maliitude d*autres véri- 
(Ications de ce même ihéorème obtenues d*ODe façon semblable. 



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{M ) 

Prenons les secondes arguesiennes de ces surfaces par rapport 
au tétraèdre déterminé par les points A, B, C, D; nous obtenons 
trois surfaces du troisième ordre ayant les points A, B, C, D pour 
points multiples d'ordres (l^ 1, 0, 0) et les points E'^ F', G', points 
homologues & E, F, G, pour points multiples d'ordres (2,2, 2). 
La somme des ordres des quatre points A ^ E', F', G' étant supé- 
rieure à 6, c'cst4-dire à deux fois le degré des nouvelles sur- 
faces, prenons encore les secondes arguesiennes de ces nouvelles 
surfaces par rapport au tétraèdre AE'F'G'; nous obtenons trois 
surfaces du second ordre passant par E', F', G', B', B' étant le 
point homologue au point B; ces surfaces ayant nécessairement 
quatre autres points communs, le nombre cherché est quatre. 

4« Trouver les points simples communs à trois surfaces les plus 
générales du cinquième ordre j ayant en commun quatre points 
triples A, B, G, D et deux doubles E, F. 

Prenons les secondes arguesiennes de ces surfaces par rapport 
au tétraèdre déterminé parles points A, B,C, D; nous obtenons 
trois surfaces du troisième ordre ayant les points A, B, C, D mul- 
tiples d'ordres (4, 1, 1, i) et les points E', F', points homologues 
à E, F, pour points multiples d'ordres (^,2). Mais d'après le troi- 
sième théorème du § I*% trois surfaces du troisième ordre ayant 
deux points doubles communs, ont en outre un nombre de points 
simples marqué par 

en retranchant de ces douze points les quatre points A, B, G, D, il 
en reste huit qui ont pour points homologues les points cher- 
chés. Ainsi le nombre des points simples est 8. 

Nota. — On trouvera d'autres applications dans le chapitre 
suivant. 



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( »2 ) 



CHAPITRE III. 

APPLICATIOIS Dl} PHOBLftMB TBAItA DAHS LE CHAPITRE PRécéOBET. 



I. - PREMIER PROBLÈME CONCERNANT LA CLASSE 
D'UNE SURFACE. 

i^ Détennination de la classe d'une surface la plus générale 
d'ordre m possédant [l points multiples. 

En se rappelant que la classe d'une surface d'ordre m qui a [a 
points A, B, Gy D, ..., L, multiples d'ordres a, 6, c, d, ..., f, dépend 
du nombre des points simples que cette surface a en commun 
avec deux autres d'ordres m — 1, ayant les points A, B» G, D ... L, 
pour points multiples d'ordres a— 1,6 — 1, c — 1,d — i,...,/ — i, 
on se rend compte comment le problème de la détermination de 
la classe de cette surface est une application immédiate de celui 
dont nous venons de nous occuper dans le chapitre précédent. 
Pour mieux préciser nous allons en présenter un certain nombre 
d'exemples. 

1<^ Trouver la cktsse de la surface la plus générale du qua- 
trième ordre, douée de deux points triples A, B. 

Le nombre cherché étant ici égal au nombre des points simples 
communs & trois surfaces d'ordres 

4, 3, 3, 

ayant deux points communs 

A, B, 

respectivement multiples d'ordres 

(5,2,2), (3,2,2), 



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(53) 

00 voit, en ayant égard au troisième théorème du § I^ du chapitre 
précédent que le nombre cherché est 

-2* Trouver la classe de la surface la plus générale du cin- 
quième ordre, douée de deux points quadruples A , B. 

Le nombre cherché étant ici égal au nombre des points simples 
communs à trois surfaces d'ordres 

5, 4, 4, 

avant deux points communs 

A, B, 

respectivement multiples d'ordres 

(4,3,3), (4,3,3), 

on voit, en ayant égard au troisième théorème du § \*' du chapitre 
précédent que le nombre cherché est 

N = 5.4. 4 — 2.4.3.3 -*-3.2. 2 = 20. 

3* TVouver la classe de la surface la plus générale du sixième 
ordre, douée de trois points quadruples A, B, C. 

Le nombre cherché étant ici égal au nombre des points simples 
communs h trois surfaces d'ordres 

6, 5, 5, 
ayant trois points communs 

A, B, C, 
respectivement multiples d'ordres 

(4,3, 3), (4,3,3), (4,3,3). 

on voit, en ayant égard au premier théorème du § I*', que le 
nombre cherché est 

N = 6.5.5—3.4.3.3 -♦- 3.2 =i 48. 



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(34) 

4* Trouter la classe de la surface la plus générale du sixième 
ordre, douée des quatre points quadruples A, B, G, D. 

Le nombre cherché étant ici égal au nombre des points simples 
communs à trois surfaces d'ordres 

6,5,5. 

ayant quatre points communs 

A, B, C, D, 

respectivement multiples d*ordres 

(4,3,3), (4,3,3), (4,3,3), (4.3,3), 

on voit, en ayant égard au premier théorème du § II , que le 
nombre cherché est 

N = 6.5.5 — 4.4. 3.3-*-6.2 = 18. 

5« Trouver la classe de la surface la plus générale du dixietne 
ordre, douée de deux points septuples A^Bet de deux points sex- 
tuples C^ D. 

Le nombre cherché étant ici égal au nombre des points simples 
communs k trois surftices d'ordres 

«0,9,9, 
ayant les points 

A, B, C, D, 

respectivement multiples d'ordres 

(7,6,6), (7.6,6), (6,5, 5), (6,5,5), 

on voit, en ayant égard au premier théorème du § II, que le 
nombre cherché est 

N=t0.9.9 -2.7.6.6- î.6.5.5-^4.3.8-l-4.3.i.2-f.î.l.l «92. 



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t 55 ) 

11. - AUTRES PROBLÈMES CONCERNANT LES SURFACES. 

Parmi le nombre considérable de problèmes où Ton devra 
encore faire usage des résultats obtenus dans le chapitre 11, nous 
citrons les problèmes suivants : 

1* Déterminer le nombre des tangentes inflexionnelles qve Con 
peut mener d'un point à une surface. 

2® Déterminer te nombre des tangentes doubles que l'on peut 
mener d'un point à une surface. 

Z^ Déterminer les singularités de la courbe gauche intersection 
de deux surfaces. 

4** Trouver le degré de la surface engendrée par les tangentes 
infiexionnelles d'une surface aux différents points de son inter- 
section avec une autre surface. 

5® Trouver le degré et la cldsse de la surface développable qui 
touche une surface donnée le long de son intersection avec une 
autre surface donnée. 

fio Trouver le degré et la classe de la surface polaire de la 
ligne d'intersection de deux surfaces données. 

7« Trouver le degré de la surface engendrée par les tangentes 
qui rencontrent une surface donnée en quatre points consécutifs. 



Nota. — Nous traiterons, d^ns des communications spéciales, 
ces différents problèmes (*). 

(*) Depuis que ceci a été écrit, nous ayons déjà eu roctasioo de nous occu- 
per des trois premiers problèmes. — Voir les Comptes rendus, séance du 
U mai 1875; les Bulletins de TAcadémie royale de Belgique, juillet 1875. 



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(56) 



CHAPITRE IV. 

ORB 80BFACB D*OBDBB DOHIÉ POSS^DB OR HOMBRB M DB POIBT8 MOL- 
TfPIiBS, ET BST LA PLUS GÉRER ALB DB 80H BaPàCB^ TBOD¥ER LE 
ROMBRB DB P0IRT8 8I1IPLB8 QD^IL PAOT JOIRDRB A CE8 POIHT8 MVL- 
TIPLB8 POOE LA DÉTBRIIIRBR. 



1. — CAS DE fjL ÉGAL OU INFÉRIEUR A 3. 

Il est manifeste, grâce à la théorie de la transformation homo- 
graphique , que l'on n'altère pas, dans une surface douée de trois 
points multiples, le nombre des points simples qu'il faut associer 
à ces points multiples pour détermmer cette surface en supposant 
ces trois points multiples à l'infini. Cette simple transformation de 
la question va suffire pour la résoudre facilement. 

En effet, exprimer qu'une surface d'ordre m a trois points 
multiples d'ordres «, p, r placés h l'infini sur trois droites issues 
d'un même point que nous prendrons pour axes coordonnés, 
c'est exprimer que dans Téquation la plus générale d'ordre m 

/'(a?,y,a)'- = 0, 

les plus hauts exposants des lettres x, y, z sont 

m— «, m — i3, m-y; 

en conséquence le nombre cherché n'est autre que le nombre des 
termes moins un du polynôme 

nombre que nous allons nous proposer de trouver. 

Toutefois, avant d'entrer en matière, convenons de représenter 
par la notation 



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(87) 

k nombre des termes du polynôme le plus général d'ordre m dans 
lequel les plus hauts exposants des lettres a;, y, z sont a, 6, c; de 
même nous conviendrons de désigner par 

le nombre des termes du polynôme le plus général d*ordre m dans 
lequel les plus hauts exposants des lettres x, y sont a, 6. 

Cela posé si nous représentons par a, 6, c les différences m — a, 
m — p , m — r» la question sera de trouver 

Coneevons pour cela le polynôme 

ordonné par rapport à une des inconnues x, y, z, par rapport i x 
par exemple. En passant en revue toutes les formes que peut 
prendre ce polynôme, on trouve qu'elles se réduisent à huit, 
répondant deux à deux aux quatre cas suivants 

Prtmierca,..\''^'<'^ "" * < « —' avec P"^'' < "•' 

6-t-c > m, 

ô-»-c< m, 
6-4-c > m, 

h'^c'^ m. 

Comme les développements correspondants n'offrent aucune 
difficulté & être obtenus, nous allons les donner sans entrer dans 
aucnn détail. 



Deuxième cas . 




ou 
ou 


6 <iîi — a, 
"^ ' avec 


Troieièmecas . 


a-f-6> m 
o-l-c > m 


ou 
ou 


^ avec 


Quairièmecas. 


a-*-6>iîi 
«-♦-c< m 


ou 
ou 


*" avec 



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f 58) 



PaKMlBa CAS. 



Suivant que 6 + c < m ou 6 + c > m on a les deux formes 

!• ic" (y*, a*)*-» H- a^-* (y*, ««)•-•+« H h «•-*-« (!/*»«*)*"*■• 



DBUXliMB CAS. 

Suivant que 6 -i- c < fit ou 6 + c > m on a les deux formes 

♦• (00 suppose fr>c) «• (y*, «*-•)"-• -♦-«•-Mî^, «""•■*•*)•""•'*■*-♦— 

-4- a;«-«-« (î/*i «•)•+*-*- — -*- a? (!/*,«*)*-*-♦- (y*, a')"*- 



TaoïsriHB cas. 

Suivafnt (Jue 6 + c < m ou 6 h- e > f?i on a le^ deux formes 

1» (CD suppose b > c) £c-(îr^,a*-«)*-«-t-«»-*(îr-^',a«-*^*»-^«^-+.... 
-H af -«(yS ««)« -*- aj^-«+» (y«+*, ««)«+« h h a?«-* fy*, a«)» 

-*^(î^,s«)'^(a^~*^"*H h ««-♦-aï -*-!). 

2* af (y*-*, a*-«)*-« -*- a;--* (y*-^S «•-h-«)«—-h ^ ... 4- af"^ (y«, a«) 

^iC~-«-i (j^i^sejH-t H ha:~-* (y*,»')* -♦- a?»-*-* (y»,jj«)*+i-H... 

-*-«(!/*,«*)—*-♦- (y*, a*)"*. 



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{i9) 



QVkTKltUE CAS. 

SoÎTant que fr -f- c < m ou 6 -4- c > m on a les deux formes 

î* *»(f--«, z«)— •-! hJ?»-*(y*, a«)*H hiF*-*-«(y\3*)*+« 

-♦-(y*, s«)*+«(dP«-*-»-* -4- ••• -♦- a?» -♦- j?-f- 1). 

11 s'agit maintenant de sommer les termes de chacun de ces 
jMljiidmes parfaitement définis. Or la somme destermes de chaque 
eoefficient de x est marque par 

d comme en ordonnant le polynôme 

par rapport k Fone des inconnues on trouve immédiatement que 
ce nombre eat égal à 

et comme on sait déjà que 

il en rësulce que toute la difficulté de la sommation est renfermée 
la sommation de cette dernière expression, pour h compris 
deux lueurs données. Hais cette dernière expression pou- 
t«it 8*éerire 

on roît que la question est ramenée en définitive k sommer une 
^te de carrés de nombres consécutifs, une suite de nombres 
conséèutifs ef one suite de nombres égaux , problèmear que Ton 



i 



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(60) 

sait résoudre. En opérant ainsi, on trouve que les nombres des 
termes des huit formes du polynôme sont tous compris dans la 
formule 

N (a?, y, »)• - N (a?, y, «)— — « — N (a;, y, »)—»-« - N (a?, y, a)—-' 
-4- N (a?, y, »)•-•-*-«-♦- N (a;, y, «)•-*-•-«-♦- N a?, y, »)"-«-■-«, 

où l'on convient que 

(C)N(.,y,.)>=. (^^^M^^;^^)t^--^> 
(C')N(a?,y,»)-*'=0; 

si donc nous remplaçons a, 6, c par leurs valeurs, il vient pour le 
nombre cherché P 

P = N(a?,y,«)--N(aî,y,«)«-*-N(a?,y,a)^-«-N(a?,y,«)y-*-l 
-♦- N (a? , y, jsf)«+^— «-♦- N (a;, y, a)* +7— i^. N (a?, y, «)^+7— «, 

ou bien en désignant par r^^, r^, r^sy les ordres des combinai- 
sons des trois points multiples 

P = N(a:,y,a)*-N(a?,y.«)«-«-N(a?,y,a)^-'--N(a?,y,a)y-*-.l 
^N (a?,y,a)'a^-«-».N (a?,y,«rfl7-*-4- N (a^^yjaf^y-» • 

^o<a. — Si Ton convient de dire que le nombre des termes 
d*un polynôme géométrique d'ordre h est nul pour h négatif, et 
est égal k ^*"*"'^ |*t.V*"*"^^ P^""* * positif, on peut énoncer le 
résultat final auquel nous venons de parvenir de la manière 
suivante : 

Règle. — Si une surface M d*ordre m , possède trois points 
A, B, G multiples d'ordres a, p, r» ^< ^t '<> pl^9 générale de son 
espèce, le nombre des points simples qu'il faut joindre à ee$ 
points multiples pour la déterminer est égal au nombre moins un 
que l'on obtient en retranchant du nombre des termes du poly- 
nôme géométrique d'ordre m, la somme des nombres des termes 
des polynômes géométriques d'ordres a — i,p — 1,r — i, cette 
différence étant augmentée de la somme des nombres des termes 
des polynômes géométriques d'ordres r^^ — 2, r«y — 2, ^fiy^ ^ 



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(61 ) 

les expressions r^^, r^, r^ désignant les ordres des combinai- 
sons positives ou négatives formées par les trois points multiples. 



II. - CAS DE (A ÉGAL A 4. 

En ÎDYoquant encore la théorie de l'homographie, on peut sup- 
poser que parmi les quatre points multiples considérés A» B, C, D 
trois d'entre eux A, B, G, multiples d^ordres a, ^y y y sont situés 
ï l'infini sur les trois axes coordonnés, et le quatrième D, mul- 
tiple d'ordre ^, i l'origine. Or, nous venons de voir que si Ton 
exprime que les trois points à l'infini situés sur les trois axes 
coordonnés sont multiples d'ordres a, p, r» il reste dans l'équa- 
tion la plus générale des surfaces d^ordre m un nombre de termes 
marqué par 

en conséquence, le nombre cherché est évidemment égal au 
nombre des termes moins un du polynôme 

dans lequel on a supprimé tous les termes du degré S — i. Cher- 
chons donc ce dernier nombre. Il est manifestement déterminé 
par la formule 

appliquée à l'un des quatre cas suivants : 

2«m-«><y,m-P><r,m-r<<î' Q=:N (a?«-«, y*-Sa— 7)^-*, 

nous pouvons donc dire que le nombre cherché est é-gal à 

P = N (0^ -«, îT-^, «--y) - « - Q, 
Q ayant l'une de ces quatre valeurs. 



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(62) 



On déduit de là en ayant égard aux conventions (C), (C) (*) du 
{Kuragraphe précédent, que tous las cas sont compris dans la 
formule 




formule que Ton peut exprimer en langage ordinaire comme il 
suit: 

Règle. — Si une surface M d'ordre m possède quatre points 
A^ B , C, D multiples d'ordres a, p^ y, â^ et est la plus générale de 
son espèce^ le nombre des points simples qu'il faut joindre à ces 
points multiples pour la déterminer est égal au nombre moins 
un que l'on obtient en retranchant du nombre des termes du 
polynôme géométrique d'ordre m, la somme des nombres des termes 
des polynômes géométriques d'ordres « — i, p — 1, y — 4, cf — 4, 
cette différence étant augmentée de la somme des nombres des 
termes des polynômes géométriques d'ordres inférieurs de deux 
unités aux ordres des six combinaisons positives ou négatives 
formées par les quatre points multiples. 



m, - CAS ou fji EST SUPÉRIEUR A 4. 

•bservaiioB. — Nous n'affirmons pas, jnais nous avons lieu de 
croire que si parmi les ac points en question il n'y en a pas quatre 
dont la somme des degrés de multiplicité soit supérieure à deux 
fois le degré de la surface (ce qui exige qu'il y ait au plus trois ^ 
combinaisons positives), le nombre des points cherchés est égal au 

nombre moins un que l'on obtient en retranchant du nombre des 

{*) Rappelons que ces conveulions sont qae la formule N (a;, y, z)^ repré- 
sente zéro, si h «si négatif et représente l'expression lttili^±A±±i/ si h 
est positit 



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(63) 

termes du polynôme géométrique d*ordre m, la somme des nom- 
bres des termes des polynômes géométriques d'ordres inférieurs 
d'une unité aux degrés de multiplicité des points donnés, cette 
différence étant augmentée de la somme des nombres des termes 
des polynômes géométriques d'ordres inférieurs de deux unités 
aux ordres des combinaisons positives formées par ces mêmes 
points, combinaisons qui sont au plus au nombre de trois. 

Nous n'examinerons donc que les cas particuliers où parmi les 
fi points il y en a au moins quatre A, B, G, D multiples d'or- 
dres a,b^e, df tels que Ton ait a -h 6 -f- c -f- c/= 2m h- p, p étant 
positif non nul. 

11 est facile de ramener ces derniers cas aux précédents, c*est-&- 
dire aux cas de fA égal ou inférieur h 4, ou aux cas d'une surface 
possédant des points multiples formant au plus trois combinai- 
sons positives communes. Considérons, en effet, la seconde argue- 
sienue de la surface en question, prise par rapport au tétraèdre 
ÂBCD. On a une surface d'ordre m — p qui admet évidemment 
la même valeur de P que la surface proposée, et dans laquelle la 
somme des degrés des points multiples A, B, C, D est inférieur 
à deux fois son degré. Si donc il arrive que parmi les autres points 
multiples, points résultant des points homologues aux points mul- 
tiples situes en dehors de A, B, G, D, il n'y en ait pas qui, combinés 
entre eux ou avec ces derniers, puissent fournir un groupe de 
quatre points, dont la somme des ordres soit supérieure à deux fois 
le degré de la nouvelle surface, on aura bien ramené le problème 
au cas de ^i égal ou inférieur à 4, ou au cas d'une surface possé- 
dant des points multiples formant au plus trois combinaisons posi- 
tives. S'il arrive qu'il y ait une combinaison de quatre points 
multiples dont la somme des ordres soit supérieure à deux fois le 
degré de la nouvelle surface, on opérera sur cette dernière comme 
sur la proposée, etc., etc. Les applications suivantes vont suffire, 
au reste, pour mettre la méthode en parfaite évidence. 



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(6^) 



IV. — APPLICATIONS DES RÉSULTATS PRËGËDENTS. 

i"" Une surface du cinquième ordre possède deux points qua- 
druples, et est la plus générale de son espèce; trouver le nombre 
des points simples qu'il faut associer à ces deux points multiples 
pour la déterminer. 

Puisqu'on a 

« = ^ = i, 
la règle du § I*' donne 

(5-i-l)(5.f-2) (5-i>5) g (5-4-1) (3-4-2) (5^-8) 
1.2.3 1.3.3 

, (1-^1) (1-4- a) (1 + 3) _,^j, 

1.2.3 

^ Une surface d'ordre 3mo possède quatre points A, B, G, D 
multiples d'ordres 2ino. et est la plus générale de son espèce, 
trouver le nombre des points simples qu'il faut associer d ces 
points multiples pour la déterminer. 

Puisqu'on a 

la règle du § II donne 

^ _ (3mo-4- 1) (3mo-h 2) (Sm^ -^ 8) 2mo (^m^-h 1) (im^-h 2) 
1.2.3 1.2.3 

, ^ (w»o— 1) (mp) (mp-f-l) 

~*-^® rm 

ou 

^ _ ("«a-*- 1) (mp -♦■ 2) (mp -4- 3) , 
1.2.3 



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(6») 

Nota* *— Ce résultat pouTaot être obtenu d'une manière com-. 
plétement indépendante de celle que nous venons de suivre, on 
obtient ainsi Une importante vérification du théorème sur lequel 
nous nous sommes appuyé. Voici ce nouveau moyen. Prenons la 
seconde arguesienne de la surface par rapport au tétraèdre ABGD; 
on obtient une surface d'ordre fito ne possédant aucun point mul- 
tiple et ne passant pas par les points Â, B, G, D, cette surface est 
donc déterminée par 

. (m^-4-1) (mo-4-2) (ffloH-3) _ 
1.2.3 

points simples, et il en est de même de la proposée. G . Q . F. D. 

3® Une surface du septième ordre possède deux points quin^ 
iuples Â, B, deux quadruples G, D et trois doubles E, F, G, et est 
la plus générale de son espèce; trouver le nombre des points sim- 
ples qu'il faut associer d ces points multiples pour la déterminer. 

Prenons la seconde arguèsicnnc de cette surface par rapport 
au tétraèdre ABGD; on obtient une surface du troisième ordie 
ayant les points A, B, G, D multiples d'ordres (1, i, 0, 0) et Icd 
points E', F', G', points homologues à E, F, G multiples d'ordres 
{% % S). La somme des ordres des quatre points A, E^ F', G' étant 
supérieure & 6, c'est-à-dire à deux fois le degré de la nouvelle 
surface, prenons encore la seconde arguesienne de celte nouvelle 
surface par rapport au tétraèdre AET'G'; on obtient une sur- 
face du second ordre passant par E', F', G' B', B' étant le point 
homologue au point B ; cette surface étant déterminée par cinq 
autres points, le nombre cherché est évidemment le nombre cinq. 



SUR DIVERSES QUESTIONS DE PRIORITÉ. 

Tout en ayant lieu de croire que les points principaux traités 

dans le présent mémoire nous sont complètement personnels, 

nous prenons néanmoins la respectueuse liberté, n'ayant pu 

prendre entière connaissance de tout ce qui a été écrit sur les 

Tome XXVII. 5 



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(66) 

surfaces dans ces dernières années, de poser ces deux questions 
aux géomètres : 

i® Avant l'année i870, avait-on énoncé et mis en lumière celte 
loi de classification ? 

Loi. — Si une surface possède quatre points multiples dont la 
somme des ordres soit supérieure d deux fois son degré, ses pro- 
priétés sont rattachées d celles d'une surface d'ordre inférieur. 

2*" Avait-on montré la nécessité de faire une étqde nouvelle de 
ces deux problèmes? 

Premier problême. — Trois surfaces d'ordres donnés ont en 
commun ft points multiples, et sont les plus générales de leur 
espèce, déterminer le nombre des points simples qui leur sont 
communs. 

Second problème. — Une surface d'ordre donné possède un 
nombre fA de points multiples et est la plus générale de son espèce, 
trouver le nombre des points simples qu'il faut associer à ces 
points multiples pour la déterminer. 

Nous serons profondément reconnaissant aux personnes qui 
voudront bien dissiper nos doutes. 



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DIAGNOSES 



DE 



CUCURBITACÉES NOUVELLES 



OBSERVATIONS SUR LES ESPÈCES CRITIQUES ; 



ALFRED COGNIAUX, 
àidb-nàtdràliste au jardin botanique de l'état. 



PREMIER FASCICULE. 



(Présenté i la classe de* sciences Oans la séance du 14 mai 1875 ) 



ToiB XXVIl. 



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DIÂGNOSES 

CUCURBITACÉES NOUVELLES 

ET OBSERVATIONS SUR LES ESPÈCES CRITIQUES. 



La famille des Cucurbitacëes, bien qu*elle compte à plus d*un 
titre au nombre des plus importantes du règne végétal, n'a pas 
i*ncore à proprement parler fait l'objet d'une monographie géné- 
rale. 

Deux travaux d*ensemble ont cependant paru sur ce groupe, 
Tun en 1838, l'autre en 1846; mais ils n'ont pu être faits dans des 
conditions qui leur aient donné le caractère de monographie défi- 
nitive. 

Dans le premier, celui que Seringc a rédigé pour le Prodromus 
<le De Candolle i, Fauteur énumère cent quatre- vingt -quinzcf 
espèces; il déclare lui-même qu'il na pu en étudier qu'environ 
quarante, dont vingt-neuf qu'il a vues dans les herbiers et dix à 
douze dans les cultures. 

Koemer, qui a publié le second ^ relève environ quatre cents 
espèces, en réunissant toutes les données de ses prédécesseurs 
l'^parscs dans divers recueils. Ce travail a été lobjct de critiques 

* DC. Prodr., III, pp. 297-3i0. 

' M..J. RocMBR Syn. Monogr.^ Il, pp. 1-118. 



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(*) 

sëvères : Schlechtendal accuse Tauteur non -seulement de ne pas 
avoir utilise les matériaux existant dans les collections, mais même 
de € n^avoir pas vu les figures qu'il cite, ni lu les descriptions sur 
lesquelles il se base *. » 

Cette lacune dans Tétude de la botanique descriptive tient à 
plusieurs causes : la principale, d*après M. Naudin dont les tra- 
vaux partiels sur cette famille sont si hautement appréciés , est 
rinsufSsance des matériaux que Ton trouve dans les herbiers. 
Ce savant auteur s'exprime en ces termes : < Au nombre des 
familles de plantes phanérogames très-mal connues, se place en 
première ligne celle des Cvcurbitacées. Ceci n'a rien d'étonnant 
lorsqu'on se rappelle que la plupart des travaux de botanique 
descriptive se font principalement et quelquefois uniquement , 
sur des échantillons desséchés rarement complets, et sur des 
notes prises à la hite par des collecteurs qui n'ont guère le 
temps d'étudier à fond les plantes qu'ils rencontrent. En ce qui 
concerne les Cucurbitacées,il y a pour eux des difficultés plus 
qu'ordinaires : ces plantes sont souvent diolques et les deux 
sexes ne se trouvent pas nécessairement ensemble; d'un autre 
côté , comme elles sont fort sujettes à varier, il arrive très- 
fréquemment que le collecteur ne reconnaît pas l'identité spé- 
cifique des individus, ou qu'il confond des espèces fort diffé- 
rentes. Ce n'est pas tout : les fruits des Cucurbitacées, si 
nécessaires au monographe, sont généralement charnus, suc- 
culents, quelquefois très-gros, fort difficiles à dessécher, et le 
collecteur, pressé d'en finir avec la préparation de sa récolte 
du jour, et manquant souvent de ce qu'il faudrait pour bien 

* « Es kÔDDte auffallend erscheiDen , dass indem wir Worte eioes neuesten 
Autors ûber die Familie der CucurbitaceeD als ein Motte ûber irnsere kri- 
lischen Bemerkungen setzen, denDOcb diesea nicbt in Bezug auf die Gat- 
tuDgscbaractere berûcksichligt baben. Es bat dies einfach seiuen Grund 
darin, weil Hr. RÔmer die • uUerior indagatio, » welcbe allerding zu wûd- 
scbeu ist^ uicht einmal se weit angestellt bat, als ibm dies nacb dem vor- 
handenen Material môglicb war. Denn er bat die Àbbildungen , welcbe er 
cilirl, nicbt angeseben, die BescbreibuDgen, welcbe er aDfiibrt» nicbt gele- 
sen. » (SciLECHTERDAL, Linuoea, XXIV, pp. 706-707.) 



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. (5) 

« remplir cette tâche, se rebute et jette les fruits, si même il a 

> pris la peine de les ramasser. Il résulte de tout cela que les 

• échantillons de Cucurbitacées , dans les herbiers, sont le plus 

• souvent si incoropleis qu'il n'y a rien ou presque rien à en tirer 

> pour l'étude de ces plantes <. » 

Nous avons cependant pu, grâce à d'heureuses circonstances 
et à la bienveillance des directeurs de la plupart des grands éta- 
blissements scientifiques de l'Europe, ainsi que des possesseurs 
des herbiers particuliers les plus importants , être en mesure de 
profiter de matériaux considérables. Ceux que nous avons étu- 
diés jusqu'ici sont : en Belgique, Thcrbier du Jardin botanique de 
Bruxelles, comprenant principalement la grande collection de von 
Martius et celle de Galcotti, et celui de M. Van Hcurck; en Hol- 
lande, les plantes indéterminées de Therbier du Musée de Leyde; 
en Angleterre, les herbiers de MM. Bentham et Hooker réunis à 
Kew, ainsi que Therbier propre de cet établissement et celui du 
British Muséum; en France, ceux du Muséum d'histoire naturelle 
et de MM. Cosson, le comte Â. de Franqueville , Fournier et Le- 
normand; en Suisse, celui de M. Â. De Gandolle; en Allemagne, 
l'herbier royal de Berlin, ceux du Jardin botanique de Munich et 
de M. le D' Eichler; en Autriche, celui du Jardin botanique de 
Vienne; en Danemark, ceux du Jardin botanique de Copenhague 
d'Oerstedt, de Liebmann et de M. Warming^ en Suède, celui du 
Jardin botanique de Stockholm; enfin en Russie, ceux du Jardin 
botanique de Saint-Pétersbourg et de T Académie des sciences de 
la même ville. Nous avons Tespoir de pouvoir encore étudier 
quelques herbiers importants en dehors de ceux qui précèdent ^, 
et de recevoir directement des matériaux de plusieurs botanistes 
habit4int des contrées tropicales, riches en Cucurbitacées. Déjà 
M. le baron F. von MûUer a bien voulu nous envoyer toutes les 

' Bévue horticole, 1861 , p. 164. 

* Nous pouvons ajouter aujourd'hui : en Belgique, les herbiers de M. E. Mar- 
tensetde TUniversIlé de Gand; en Suisse, l'immense herbier de Delessert, 
appartenant à la ville de Genève, dont nous devons la communication à la 
bienveillance du conservateur, M. le D' Mùlier d*Argovie. 

( Note ajoutée pendant Cimpression.) 



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I 



(6 ) 

espèces d'Australie, et plusieurs autres envois nous sont promis. 

La plupart des herbiers que nous venons d*ënumërer nous 
ayant été confiés, nous avons 1 avantage d*en faire une étude 
œmparative, et ainsi de pouvoir saisir de nombreux faits qui 
nous échapperaient sans doute si Tétudede ces nombreuses collec- 
tions, au lieu d'être simultanée, ne pouvait être que successive. ^ 

Le nombre considérable d'espèces nouvelles que ces riches 
matériaux d'étude nous ont fournies n'a rien qui puisse sur- 
prendre dans une famille encore si peu étudiée sur les plantes 
sèches et lorsque Ton considère que dans la plupart des herbiers, 
les neuf dixièmes des Cucurbitacées sont encore indéterminées ; 
toutefois, nous en aurions bien davantage h signaler si nous 
envisagions l'espèce dans un sens aussi étroit que certains phy- 
tographes. Le genre Anguria seul, au lieu de nous fournir trente- 
huit espèces nouvelles, nous en eût certainement donné des cen^ 
taines s'il avait été étudié avec l'idée préconçue de voir une espèce 
dans chaque forme quelque peu remarquable. Nous ne voulons 
pas cependant pousser trop loin la réunion des diverses formes 
au point de tomber dans l'excès contraire : nous croyons que le 
plus sage est de nous tenir entre les extrêmes. 

Ayant vu presque toujours les exemplaires mêmes sur lesquels 
les auteurs ont décrit les espèces qu'ils ont créées, c'est sans hési- 
tation que nous présentons comme nouvelles toutes les espèces 
dont on trouvera plus loin la diagnose. La vue des échantillons 
authentiques est d'ailleurs le seul moyen de ne pas être induit en 
erreur sur certaines espèces, tant les descriptions, signées par- 
fois des maîtres de la science, peuvent s'écarter des caractères 
réels. 

Comme il n'entrait pas dans le plan de notre travail actuel de 
faire suivre nos diagnoses de descriptions détaillées, nous avons 
cherché à'ce qu'elles fassent connaître suilisammcnt chaque type 
nouveau et surtout à ce qu'elles soient rigoureusement compara- 
tives. 

A la suite de chaque habitation, nous avons eu soin d'indiquer 
non-seulement le collecteur et le numéro sous lequel il a distribué 
sa plante, mais encore les différents herbiers dans lesquels nous 



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(7) 

aToospa rétudîer; nous avons cru ce dernier renseignement néces- 
saire, afin que les botanistes sachent où ils pourront consulter nos 
tjpes. Les abbréviations employées pour désigner ces herbiers 
seront comprises sans peine. 

Ce premier fascicule est consacré aux espèces nouvelles du 
genre Anguria. Dans les fascicules suivants, nous traiterons suc- 
cessivement les autres genres de la famille, décrivant les nouveau- 
tés et complétant, lorsqu'il y a lieu, la connaissance des espèces 
anciennes. Il en résulte que le travail dont le présent mémoire 
est le premier fragment, deviendra, si nous pouvons le terminer, 
one revue générale de la famille des Gucurbitacées. 

Nous ne pouvons terminer ce préambule sans exprimer notre 
vive gratitude à tous les botanistes qui ont contribué k nous pro- 
curer les matériaux énumérés plus haut, matériaux sans lesquels 
nous ne pouvions espérer arriver k aucun résultat sérieux. 
Moire reconnaissance est due particulièrement à MM. Andersson, 
Baker, Bellynck,Bentham,Buchinger, Bureau, Carrulhers, Cosson, 
Crépin, De CandoIIe, Du Mortier, Eichler, Engler, Fenzl, Fournier, 
le comte de Franqueville , Garcke, Hérincq, J.-D. Hooker, Kickx, 
Lange, Ed. Martcns, Maximowicz, Morière, Mûller d'Argovie, le 
baron F. von Mueller, Oliver, Peyritsch, Poisson, Badikofer, Begel» 
Suringar, Trimen , Van Heurck et Warming. 



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I. — Genre ANGUILIA Àuct. 



Le genre Anguria, tel qu'il est délimité par tous les auteurs, et 
spécialement par Schlechtendal ^ et M. J.-D. Hooker \ n'est pas 
suffisamment homogène; il comprend plusieurs types d'organisa- 
tion toujours reconnaissables au premier coup d'œil , ce qui est 
loin d'être la règle pour les genres généralement admis dans la 
famille des Gucurbi lacées. Il devra donc subir le sort de la plupart 
des autres genres linnéens de la même famille, et être démembré. 
Nous le subdivisons en quatre groupes génériques, savoir : 

i<» Le genre Anguria, dans lequel rentrent toutes les espèces 
décrites jusqu'à Poeppig et Endlicher (i 858) et qui correspond à 
la section Euanguria de Schlechtendal, avec l'adjonction de quel- 
ques espèces qu'il plaçait dans d'autres sections. Il compte pour 
nous seize espèces, dont quatre nouvelles. 

2*" Le genre Gurania, qui comprend la section Gurania de 
Schlechtendal. Nous y rapportons quatorze des espèces énumé- 
rées par cet auteur et trente-trois espèces inédites que nous décri- 
vons plus loin. 

S"* Le genre Dieudonnaeay ayant pour type Y Anguria rhizan- 
tha Poeppig et Endlicher. Le nom que nous lui appliquons est 
destiné & rappeler le souvenir de notre regretté confrère le baron 
Oscar de Dieudonné, de Louvain, mort le 17 mars dernier, à 
peine dans sa 29* année. On sait avec quelle ardeur il avait ras- 

' Kritische Bemerkunger Uber die GcUlung Anguria, in Linnaea, XXIV, 
p. 701. 
* Gênera plantarum , I , p. 833. 



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(9) 

semblé, pendant les dix dernières années de sa vie, les matériaux 
pour la publication d'une Flore générale de l'Europe, dont il 
venait de commencer la rédaction. Nous espérons que les quelques 
fragments terminés verront bientôt le jour ; ils pourront donner 
une idée de l'œuvre si utile qu'avait projetée de Dieudonné. 

4* Le genre Helmontia, formé de VAnguria leptantha et 
d'une espèce inédite. Nous dédions ce genre au célèbre chimiste 
belge Van Helmont, peut-être le premier savant qui se soit occupé 
sérieusement de physiologie végétale. , 

Nous allons donner la description de ces quatre genres , suivie 
de rénumération systématique de toutes les espèces de chacun 
d'eux; puis nous décrirons les espèces nouvelles. 



A, - ANGURIA L. 

Lin. Gen.f 1037; DC. Prodr., III, p. ZlS {Anguria sect. Euanguria ^hldl 
ÎD Linnaea, XXIV, p. 789). 

Flores dioici , rarius monoici. FI. d* ad apicem pedanculi elongati race- 
mosi vel spicati. Calycis tubus eloDgatus cylindricus; limbus breviter 5-den- 
talus. GoroUa rotata, ad basin 3-partila , membranacea , nervosa; seg- 
Dieotis amplis, suborbiculatis vel obovalis, pateotibus. Slamina 2, libéra, in 
medio tube calycis sessllia, dorso afiixa; aniherae lineares vel obloDgae, 
2-localares, loculis lioearibus redis v. infra relro replicatis, conneclivo 
angusto superne in appendieem producto. Ovarii rudimentum 0. FI. 9 soli- 
larii Tel â-3-Di. Calyx et corolla maris. Stamioum rudiinenta S. Ovarimn 
oblongum, 2-placentifenim; stylas fliiformis, 2-fidus, stigmatibus 2 bilobis; 
ovula numerosa, borizontalia. Fnictus obloDgus v. ovoideus, teres 4-gonus 
V. SQlcatus, 00 -spermus. Semioa oblonga, compressa, immarginata. — Herbae 
perennes , alte scandantes , glabrae v. subglabrae. Folia intégra lobata vel 
^5-foliolata. Cirrhi simplices. Flores majusculi, ebracteati, coccinei. 

Species 16, Americae tropicae praecipue orientaiis incolae. 

Ce genre a des rapports nombreux avec les genres Sicydium, 
Ceralosanthes, Apodanlhera et Melancium , et c'est avec raison 



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( 10 ) 

que M. J.-D. Hooker l'a placé à côté d*eux *. Cependant son affi- 
nité est peut-être plus grande encore avec le genre Wilbrandia 
dont il a la structure des étaniines et du fruit, la forme du 
calice, etc.; il en diffère surtout par le nombre des étamines, 
l'absence de rudiment d*ovaire dans les fleurs mâles, la dimension 
et la couleur de la corolle, et les pédicelles dépourvus de bractées. 
— La couleur rouge vif des fleurs est tout à fait spéciale à ce genre 
dans la famille des Cucurbitacées. 



ENUMERATIO OMNIUM SPECIERUM. 



i* Anlherae infra relro replicalae; appendix glabra 
V. subglabra ; flores racemosù 

* Folia S-5-folioUta. 

1. A, trifollata L. 5p., 1376. — Plum. Descr. pi. Amer,, Ub. 99. — In iosuJis 

S^-Domingo! et Porto-Rico! 

2. A. pedata Jaoq. Enum.pl in insui Carib.^ p. 31 (1760); L. Sp., !376 

(1763). — In insulis Antiliarum!; Panama! 

a. dentata Nob. {A, dentata Schldl! in Linnaea, XXIV, p. 713. — Jacq. 

Select, stirp. Amer., lab. 15o). 
/3. polypbyllo» Nob. [A. polyphyllos Schldl! /. c, p.7l2. - Plum. PL 

Amer ed, Burm., lab. 23). 
r. affinis Nob. {A. affinis Schldl! /. c, p. 760). 

** Folia lobata. 

3 A. Ottoniana Schldl! /. c , p. 758. — In insulis Antillaram! et prope 
Caracas! 

â* Antherae rectae; appendix glabra; flores spieati. 

4. A. Warscewiczii Rook. f ! Bot. Magaz.j Ub. 5304. — A Venezoela nsqve 

ad Mexicain! 
5. A. pallida Nob. sp. nov. (yid. descr. infra , a* 4). 

* BtNTH. et HooK. Gênera, i, p. 833. 



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( H ) 
3* Antherae rectae; Qppendix papillosa; flores spicali. 

* Folia 8-foIiolaU. 

6. A. triphylla Miq.! in Linnaea, XIX, p. 136 {A, hignoniacea Poepp. et 

Endl. Nov. gen. ac sp., II, p. 53, pro parte!). — In Brasilia! Guiana! 
iusul. Trinitatis! Caracas! 

7. A. grandlOora Nob. sp. nov. (vid. descr. infra , n» 3). 

8. A. temata Roem. Syn monogr., I, p. 26 (^4. tri foliota Vellozo FI. 

Flum., \, tab. 2, non L.). — In Brasilia orientalis! Paraguay! 

9. A. Kunthiana Schldl ! /. c, p. 762. — In Brasilia pr. Bahia! 

10. A. Schomburgkiana Scbldl! /. c, p. 765. — In Guiana anglica! 

* Polia intègre. 

11. A. longipedancnlata Nob. sp. nov. (vid. descr. infra, n« 1). 

4* Antherae rectae; appendix papillosa; flores racemosi. 

^ Polia intégra. 

12. A. integrifolia Nées et Mart.! in Nov. Act. Acad. Caes. Leop. Car,, \U 

1, p. 9. ~ fn Brasilia orientalis! 

** Folia lobata. 
15. A. Warmingii Nob. sp. nov. (vid. descr. infra , n» 2). 

14. A. trllobata Jacq.! Enum. pi, in insul. Carib,, p. 31 (1760); Select. 

slirp. Amer, hist., p. 243, tab. 156; L. 5p., 1376 {A. rosea Kthî 
in Humb. et BonpI. Nov. gen. et spec, II, p. 122. — A. Jacquiniana 
Scbldl in Linnaea, XXIV, p. 708). — In Columbia! 

15. A. Plamieriana Schldl! /. c, p. 709. — Plum* PL Amer. éd. Burm , 

tab. 22. >- In insulis Ântillamm! 

16. A. umbrosa Kth! in Humb. et Bonpl. /. c, U, p. 121. — In Columbia! 

Novae Andalusiae! Mexico! 

0. dentata Nob. (vid. descr. infra, u^ 2*"). 



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( i2) 



SPBGIES E GENERE EXCLUSAB. 

A. aculeata Schldl! io Linnaea, XXIV, p. 74S=:zWilhrandiadrastica Mart. ! 

A. Arrabidae Schldl ! /. c, p. 736 = Gurania Arrabidae Nob. 

A. blgnoniacea Poepp. et Endl! Nov. gen. ac spec. II, p. S3 = ^. tri- 

phyîla Miq. ! + Gurania cissoides Nob. 
A. capltata Poepp. et Endl.! /. c, p. 53 = Gurania capitaia Nob. 
A. cissoides Benth. ! in HooIl. Joum. of Bot, and Kew Gard, Mise, Il , 

p. 242 = Gurania cissoides Nob. 
A. dobla Hook. et Àrn! Bot. of Cap, Beechexfs, p. 292 = Trianospermaf 
A. erlantlia Poepp. et Endl.! /. c, p. 52 == Gurania eriantha Nob. 
A. eriantha Seem! Herald, p. 127, non Poepp. et Endl.! = Gurania Sse- 

manni Nob. 

A. Gandichaadiana Schldl ! /. c. p. 753 = Wilbrandia drastica Mart. ! 

A. gulanensisKlotzsch! bb.; Schldl! l.c.fp.74'i^Gurania guianensis^ob. 

A. lieierophylla Willd. hb.; Schldl! /. c, p. 772 = Gurania cissoides Nob. 

A. Kegeliana Schldl! /. c, p. 776 =s Gurania Kegeliana Nob. 

A. laciniosa Schldl! /. c, p. 755 = Apodanthera laciniosa Nob. 

A. leptaniha Scbldl! /. c, p. 770 = Helmontia leptantha Nob. 

A. lobata L. Amcsn. Acad.^ VIII, p. 263 = Gurania mult. sp. 

A. JMalioyana Lem. FL des Serres, III, pi. 222 =s Gurania MaJeoyana Nob. 

A. Meyenlana Schldl ! /. c, p. 750 =: Wilbrandia drastica Mart.! 

A. mnltiOora Miq. in Linnaea, XVIII, p. 366 = Gurania muUiflora Nob. 

A. obtusiloba Schldl ! L c, p. lU = Non Cucurbit. 

A. pedlsecta Nées et Mart.! in Nov. AcL Acad. Caes, Leop. Car., XII , 1, 
p. 10 s= 2 spec., non Anguria! 

A. Poeppigiana Schldl ! /. c, p. 769 s= Dieudonnaea rhisantha var. Poep- 
pigiana Nob. 

A. polyanthos Klotzsch ! hb. ; Schldl ! /. c, p. 737 (nomen tanlum) = Gu- 
rania muUiflora •+■ G, Klotsschiana, 

A* rbizantlia Poepp. et Endl.! /. c, II, p. 52, tab. 171 =s Dieudonnaea rhi- 
zantha Nob. 

A. Sellowiana Schldl! /. c, p. 7i6 = Gurania Sellowiana Nob. 
A. Sellowiana Wawra ! Bot. Erg. der Reize Maximilien, I, p. 57, tab. 52, 
non Schldl ! = Gurania Wawraei Nob. 



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( «3) 

A. sioaaU Bcnlh.l in Hook Jaum. of BoL and Kew Gard. Mise, II, p. 242 
s= Gurania sinuata Nc^. 

A. speclosa Poepp. et Endl. ! /. c, II, p. 51 , tab. 1 69 = Gurania speciosa Nob. 
A. spinulosa Poepp. et Endl.» /. c, p. 51, lab. 170=Curawta spinulosa Nob. 
A sobambellata Miq. in Naturkund. Verhand* v, d, HolL MaaUch, te 

Harlem, 1851, p. 103 = Gurania subumbellata Nob. 
A trifollata Aubl. ! Guyane, II , p. 842, non Lin. = Gurania dssoides Nob. 

A. triiobata Veliozo Fi Flumin.^ X, lab. 1, non Lin. = Gurania Arra- 
bidae Nob. 



B. — GURANIA Gen. nov. 
Anguria sect. Gurania Schldl in Linnaea, XX lY, p. 789. 

Flores dioici, rarius monoici. FI. d' ad apicem pedunculi elongall capitati 
racemosi umbellati y. corymbosi. Calycis tubus cylindricus v. venlricosus; 
limbus elongalus, 5-fidus. Gorolla parvula, 5-partita ,* segmenlis crassis, dense 
papiilosis , linearis ?. triangularis, erectis v. in conam conniventibas. Stamina 
2, libéra, in medio tubo calycis sessilia, dorso affixa ; antherae lineares oblon- 
gae cordatae y. orbiculatae, 2-Ioculares, loculis linearibus redis curYis y. infra 
«etro replicatis, coonectiYO angusto v. lato, superne mulico y. in appendicem 
producto. Ovarii rudimentum 0. FI. 9 solitarii fasciculati y. ad dpicem pedun- 
cali capitati. Caiyx et coroUa maris. Staminum rudimenta 0. Ovarium oblon- 
gum, 2-placentlferum; stylus columnaris , bifidus, stigmatibus 2 biOdis ; OYula 
nomerosa,horizontalia. Frnctus oblongus, teres, oo-spermus. Semina OYata, 
compressa , immarginala. — Herbae et frutices perennes, alte scandentes, gla- 
brae pubescentes y. piiosae. Folia intégra lobata y. 3-5-foliolata. Cirrhi sim- 
plices. Flores parvi, ebracteaii, calyce coccineo, petalis pallide lu tels. 

Species 47 , Americae tropicae praecipue occidentalis incolae. 

Ce genre doit rester voisin des Anguria^ il s'en distingue par 
plusieurs caractères, dont chacun a, lui seul, une valeur géné- 
rique dans les Cucurbitacées, d'après les auteurs les plus compé- 
tents. Il y a d'abord la différence dans le développement relatif 
du calice et de la corolle, différence qui seule sépare des Cucurhita 
le genre Calycophysum , admis par les deux botanistes qui font 



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I H ) 

autorité en cette matière, MM. J.-D. Hooker et Naudin : les 
Anguria ont le limbe du calice h peine développé, constitué par 
cinq dents courtes, et la corolle très-grande relativement aux 
dents du calice; tandis que dans les Gurania, le développcmeni 
du limbe du calice remporte considérablement sur celui de la 
corolle. 

Une seconde différence importante est tirée de la forme des 
pétales, qui sont très- larges, suborbiculaires , fortement rétrécis 
en onglet h la base dans les Anguria y et linéaires ou très-étroite- 
ment triangulaires sans étranglement h la base dans les Gurania. 
On ne peut méconnaître l'importance de ce caractère , car des 
genres de Cucurbitacées admis par toutes les autorités scienti- 
fiques, comme les genres Trichosanlhes et Scotanthus, — Cerat<h 
santhes et Sicydium^ ne diffèrent que par la forme du limbe de 
la corolle. 

La consistance et la direction des pétales méritent aussi d'être 
signalées : ils sont minces, membraneux, étalés dans les Anguria, 
et épais, charnus, chargés de papilles, dressés ou plus souvent 
connivents en cône dans les Gurania, 

Les Anguria sont encore remarquables en ce que leur calice 
est vert et leur corolle d'un rouge vif, tandis que les Gurania ont 
le calice généralement rougeAtre et la corolle d'un jaune pâle. Si 
l'on n'allache pas une grande importance scientifique à la couleur 
des fleurs, il n'en est pas moins vrai que quand on la présente 
comme caractère pratique pour faciliter la détermination, elle 
peut être un auxiliaire très-utile. 11 est incontestable d'ailleurs 
que dans les Cucurbitacées, une différence aussi notable de cou- 
leur est toujours le signe de l'existence d'autres différences plus 
importantes ayant une valeur générique. Nous pourrions même 
citer une foule de passages des savants mémoires de M. Naudin 
qui montrent que cet auteur n'emploie pas seulement comme 
nous les différences de couleur comme caractères pratiques, mais 
qu'il leur attribue une valeur scientifique importante dans cette 
famille. 

Ajoutons que in valeur des divers caractères distinctifs cités 
plus haut est corroborée par une différence de port très-tranchée 



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(15) 

entre les Anguria et les Gurania, ce qui est la vraie caractéris- 
tique des meilleurs genres, comme Font proclamé tous les maî- 
tres de la science, et en première ligne Linné et De CandoUe. 
M. J.-D. Hooker, dont le talent est au-dessus des critiques, n'a-t-il 
pas décrit deux genres de Cucurbitacées , Trochomeria et Hetero- 
tieyos, qui ne diffèrent absolument que par le port? 

Nous devons enfin faire une remarque au sujet de la distribution 
géographique de chaque genre : les Anguria habitent les régions 
basses et ont leur centre de dispersion dans les Antilles et la 
partie orientale de l'Amérique tropicale, tandis que les Gurania 
abondent dans les parties élevées de TAmérique tropicale ocei- 
dtnialey surtout dans les Andes. 



ENUMERATIO OMNIUM SPEGIERUM. 



iantherae rectae sp. n.i-5 

antherae replicatae 6-7 

latum . . ) 

( appendicolatum ; antherae replicatae 8 

Imuticum ; antherae rectae 9-ii 

f antherae rectae Iâ-i8 

appendiculalum ( appendix glabra 49-34 

replicatae i^^^^^.V ^^^^^^ . , , 9^ 

\ papiUosa ) calyxglaberv.non 

l toroentosus. . 3K-47 



I* Connectivum latum, muticum; antherae rectae. 

* Plaota glabra. 
1. G. Panlista Nob sp. nov. (vid. descr. infra, n« 5). 

** PlâDtae TÎIIosae. 
1 G. Hartiana Nob. sp. nov. (vid. descr. infra, n* 6). 



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(16) 

3. G. speciosa Nob. {Anguria spedosa Poepp. et Endl.! Nov. gen, ac «p., 

II, p. 51, tab. 169). — In PeruTia! 

4. G. sylvatlca Nob. sp. nov. (?id. descr. iufra , d<» 7). 

5. G. eriantha Nob. (Anguria eriantha Poepp. et Endl.! /. c, p. 52). — 

In Ecuadore! 



2* Convectivum latum y tnuticum ; antherae infra 
rétro replicatae. 

6. G. Tillosa Nob. sp. noT. (vid. descr. infra , n» 8). 

7. G. lanata Nob. sp. noY. (vid. descr. infra, n» 9). 

/3. glabra Nob. 

S*" Connectivum latum, appendiculatum; antherae 
infra rétro replicatae» 

8. G. Leyyana Nob. sp. nov. (vid. descr. infra, n« 10). 

4"* Connectivum angustum, muticum ; antherae rectae. 

9. G. OYata Nob. sp. nov. (vid. descr. iofra, n« 11). 

10. G. sinuata Nob. {Anguria sinuala Bentb.! in Hook. Joum, of Bol, and 

Kew Gard, Mise, II, p. 242). — Para! 

11. G. lignosa Nob. sp. nov. (vid. descr. iafra, n« 12). 

S"" Connectivum angustum, appendiculatum ; antherae rectae, 

12. G. macrophylla Nob. sp. nov. (vid. descr. infra, n« 15). 

15. G. Kegeliana Nob. (Anguria Kegeliana Scbldl! in Linnaea, XXIV, 
p. 776). — In Guiana! Columbia! 

14. G. Klotzschiana Nob. sp. nov. (vid. descr. infra, n* 14). 

1 5. G. maltiflora Nob. (Anguria multiflora Miq. in Unnaea, XVIII, p. 566). 

— In Guiana! 

16. G. trialata Nop. sp. nov. (vid. descr. infra, n» 15). 

17. G. mflpila Nob. sp. nov. (vid. descr. infra, n« 16). 



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(17 ) 

6" Connectivum angustum, appendiculaium ; antherae 
infra rétro replicatae. 

* Appendix glabra. 

18. G. tubnlosa Nob. sp. nov. (vid. descr. iDfra, n» 17). 

19. G. Hakoyana Nob. {Anguria Makoyana Lem. Flore des Serres, III, 

pi. 3Si), — In America Centrali! 
iO. G. acaminata Nob. sp. nov. (vid. descr. infra, n« 18). 
21. G. Yl^ageneriana Nob. (Anguria Wageneriana Schldl! /. c.,p. 783). 

— In Columbia! Mexico! 
SS. G. spinnlosa Nob. (Angttria spinulosa Poepp. et Endl.! /. c, 11, p. 51, 

tab. 170). — In Peruvia! Gbile! Brasilia! Guiana! Columbia! 

23. G. inaequalls Nob. sp. nov. (vid. descr. infra, n» 10). 

** Appendix papillosa. 
• ). ^- Calyx tomentotO'lanaiui. 

24. G. Sagotlana Nob. sp. nov. (vid. descr. infra, n« 20). 

25. G. reticulata Nob. sp. nov. (vid. descr. iofra, n» 21). 

26. G. Selloivlana Nob. {Anguria Sellowiana Scbidl! /. c, p. 746). — In 

Brasilia orientali! 

27. G. sabambellata Nob. {Anguria subumbellata Miq. in Naturkund. 

Verhand. k. d, HolL Maatsch. te Haarlem, 1851, p. 163). — In 
Guiana! 

28. G. neo-graDatensls Nob. sp. nov. (vid. descr. infra, n« 22). 

29. G. tricospldata Nob. sp. nov. (vid. descr. infra, n» 23). 

30. G. Seemanniana Nob. sp. nov. (vid. descr. infra, n<> 24). 

31. G. Arrabidae Nob. {Anguria Arrabidae Scbidl! l. c, p. 730; A, trilo^ 

baia Yell. FI. Flum., X , tab. 1, non L.). — In Brasilia orientali! 

32. G. pseodo-spinulosa Nob. sp. nov. (vid. descr. infra , u« 25). 

33. G. Sprncel Nob. sp. nov. (vid. descr. infra, n» 26). 

34. G. yelutlna Nob. sp. nov. (vid. descr. infra, n» 27). 

b). — Calyx glaber v. non tomentoaut. 

35. G. costarlcensls Nob. sp. nov. (vid. descr. infra , n« 28). 

0. subtrlloba Nob. 
ToMB XXVII. â 



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( 18 ) 

56. G ^gayauensis Nob. {Avguria guyanensis Klolzscb , bb.; Scbldl! /. c, 

p. 742). — InGuiana! 

57. G. parviflora Nob. sp. nov. (vid. descr. infra, n» 29). 

58. G. Wawraei Nob. sp. nov. (vid. descr. infra, n"^ 50). 

p. triflda Nob. 

59. G. capitata Nob. {Anguria capilala Poepp. el Endl! /. c, II , p. 52). — 

Id Fera via! 

40. G. Francavilleana Nob. sp. nov. (vid. descr. iofra, n» SI). 

41. G. breviflora Nob. sp. nov. (vid. descr. infra, n<> 52). 

i3. sabintegrlfolia Nob. 

42. G. Damortieri Nob. sp. nov. (vid. descr. infra , n» 55). 
45. G. Gandolleana Nob. sp. nov. (vid. descr. infra, n^ 54). 

44. G clssoides Nob. {Anguria cissoides Benlb! in Hook. Journ. of Bot. 

and Kexo Gard. 3//*c., II, p. 242. — A. bignoniacea Poepp. et Kndl.î 
/. c, II, p. 52, pro parte. — A. heteropliylla Willd. hb -, Scbldl /. c, 
p. 772). - In Peruvia! Brasilia! Guiana! 

45. G. coccinea Nob. sp. nov. (vid. descr. infra, n» 55). 

46. G. diversifolia Nob. sp. nov. (vid. descr. infra , n« 56). 

i3. angustifolia Nob. 
y. qulnqucfolla Nob. 

47. G. Linkil Nob. sp. nov. (vid. descr. infra, n« 57). 



C. - DIEUDOrinAEA Gen. nov. 

Flores dioici. FI cf racemosi. Calycis lubus urceolaïus subglobosus; limbus 
elongalus, S-fidus. Corolla parva, 5-parti(a; segmentis crassis, exlos dense 
papillosis, llneari-triangularis, ereclls, basi seriebas duplici sqaamalaruoi 
irancatarum instructa. Stamina 2, libéra, in medio tubo calycis sessilia, dorso 
afBxa;au(herae.sub|)eItatae, planae, ovatae, 2-loculares, loculls linearibus 
flexaoso-gyrosis, connectivum dilatalum marginantibus. Ovarii rudimentam 
0. Flores 9 et fructus igaoti. — Frulices insignes allé scandentes, dense vil- 
losae. Caulis basi repens, apby lia, florum racemis ornata ; rami foliosi. Folia 
leviler cordata , triloba. Cirrbi simplices. Racemi c^ sessiles, cylindrici, den- 
sissime floridi. Flores majasculi , bractaeali ; bracleae decidaae. 

Specles 1 , in sylvis Peraviae incola. 



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l 19 ; 

L'afiînité de ce genre avec les Gurania est inconleslable. Ce 
sool les deux seuls genres de la famille qui présentent un calice à 
dents très-longues, lancéolées-subulées, dépassant considérable- 
ment la corolle, laquelle est composée de petits pétales dressés, 
ebarnus, papillcux, linéaires ou très-étroits; de plus, l'un et Tautre 
ont deux élamines sessiles sur la partie inférieure du tube du 
calice. Mais plusieurs caractères importants nécessitent leur dis- 
tinction générique. La forme des anthères est très-différente : 
dans les Gurania, les loges sont droites ou peu courbées; dans 
les Dieudonnaea, elles forment le long du bord de Tanthère une 
série de petits circuits dout chacun avait été pris pour une anthère 
distincte par Poeppig et Endiichcr, mais nous nous sommes assuré 
qu'il j a continuité de Tun h Tautre de ces circuits. Cette structure 
est unique dans la famille et peut-être dans tout le règne végétal. 

Une seconde différence générique est tirée de la double rangée 
de petites écailles qui se trouvent à la base des pétales des Dieudon- 
naea, écailles qu'on rencontre, quoique différentes, dans deux antres 
içenres assez éloignés de celui-ci, les Momordica et les Thladianfha. 

Le tube du calice presque sphérique et non cylindrique du 
genre Dieudonnaea fournit un troisième caraclcrc dislinctif 
important, qui placerait ce genre dans une autre division que le 
Gurania, d'après les coupes établies par MM. Bentham et Hooker *. 

Dans les Dieudonnaea, les fleurs mâles sont munies de bractées 
qui manquent dans les Gurania, 

Enfln le genre Dieudonnaea présente une particularité de végé- 
tation extrêmement curieuse: quoique la plante s'élève jusqu'au 
sommet des plus grands arbres. In partie inférieure de la tige, 
privée de feuilles, rampe sur le sol et s'y enracine, et c'est sur 
cette partie rampante et non fcuillée que naissent les énormes 
grappes florales. 

La seule espèce du genre est : 

O. rbizanilia Nob. (Anguria rhizantha Poepp. et Ëndl.! Nov. gen acspec, 
II, p. 52, tab. 171). — In Peruvia! 

3. Poeppigiana Nob. {Anguria Pocppigiana Schicll! / c, p. 769). 
> Benth et Hook. Gênera, 1. p. 818, ligne 44 et p. 819, ligne 34. 



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(20) 

D. — HELBIOI^TIA Gen, nov. 

Flores dioici. FI. cf racemosi, aiticulati. Calycis tubus lenuis, elongalus, 
superne ampliatus ; dentés 5 minuli, reflexi. Corolla 5-partila, segmenlis con- 
niventibus, orbicularibus, papillosis. StamiDa 2, libéra, in fauce calycis sessi- 
lia ; aniherae la te oblongae, loculis^ linearibus marginantîbas non flexuosis. 
Ovarii radimentam 0. Flores 9 et fruclus ignoti. — Herbae graciles , scan- 
dentés, glabrae. Folia membranacea , intégra v. 3-foliolata, folioles integerri- 
mis. Cirrhi simplices. Flores minuti, flavo-virentes , brevissime pediœllati , 
remoti, patuli v. reflexi. 

Species 2, Guianae el Brasillae orientalls incolae. 

Pour bien établir les affinités de ce genre, il en faudrait con- 
naître les fleurs femelles et les fruits. Par ce que nous en con- 
naissons, nous pouvons dire qu'il n'a de rapports avec les Anguria 
et les Gurania qu*en ce qu'il a comme eux deux étamincs, de 
même que cinquante-six genres de la famille présentent entre 
eux cette analogie qu'ils en ont trois. 

Il se rapproche tout particulièrement du genre Ceratosanthes , 
dont il a la forme du calice, la structure et l'insertion des éta- 
mines et quelque peu le port. Il en diffère par le nombre des 
étaroines et par la forme des pétales qui ne sont pas allongés et 
profondément bifides comme dans ce dernier genre. 

Les caractères des étamines le rapprochant aussi des Sicydium, 
c'est entre ces deux genres que nous le plaçons provisoirement, 
jusqu'à ce que la connaissance du sexe femelle nous permette de 
lui assigner sa place définitive ; mais, des aujourd'hui , nous pou- 
vons affirmer qu'elle ne peut être entre les Anguria et les Gura- 
nia, un caractère de premier ordre, l'insertion des étamines (qui 
servait à l'auteur de la méthode naturelle pour former des classes) 
le séparant de l'un et de l'autre de ces genres. 

ENUMERATIO SPECIERUM. 

1. H. leptantliaNob.(i4n(/uria/0p/anMaSchldI in Itnnoea, XXIV, p. 779). 

— In Guiana! 
2 II. simpUcifolia Nob. sp. nov. (vid. descr. infra, n« 38). 



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( 21 ) 



DESCRIPTIONES SPECIERUM NOVARUM. 



A. - At^GURIA L. 

1. A. longipedancalata Nob. — A. omnino glabra; caule gracili . striato; 
foliis breviter petiolatis, simplicilms, integris, ovato-lanceolatis, basi rotun- 
dalîs» acuminalis, regulariter penni nervis; pedaiiculo masculo folium saum 
loDgissime saperante,30-40~aoro; Ûoribus parvis, in apice pedunculi coin- 
munis sessilibus; caiyce subc^lindrico, fauce constiiclo, denlibus brevibus, 
lanceolalo-linearibus; petalis suboibicularibus, utrinque dense pubescetitibus, 
calycis dentibus plus duplo longioribus;antberis calycis tubulum subaequan- 
tibus , loculis Ijnearibus, rectis, apice breviter et papillose appendicalatis. 

Bah. — In Mexico prope Caleinaco, m. aprili 1845 (collect. Galeotti, sine 
n*" ÎD hb. Hort. bot. Bnixel.)' 

Oh%, — Cette espèce o*a des rapports, d'ailleurs assez éloignes, 
qu'avec \A, integrifolia Nées et Mart. Elle s'en distingue par sa 
taille beaucoup plus forte, par ses feuilles à nervures secondaires 
presque égales, et non les deux inférieures beaucoup plus fortes 
(ce qui fait paraître les feuilles trinerviées) ; par les fleurs mâles 
portées sur un pédoncule deux ou trois fois plus long que les 
feuilles y et non seulement un peu plus long ; par les fleurs mâles 
au nombre de trente à quarante et non au nombre seulement de 
quatre à six; par le tube du calice fortement rétréci au sommet, 
les pétales orbiculaires et non obovales, etc. 

1 A. Warminglana Nob. — A. caule gracillimo, sulcato, glabro; foliis 
parvis, breviier petiolalis, glabris, utrinque levibus, basi cordatts . profunde 
trilobis, lobis lanceolalis, ovatisve, aeuminatis, intcgris vel leviter denticu- 
latis, aliquando subinlegris vel subtrifolialis; pedunculo masculo folium suum 
superanle, apice siihracemoso, 12-13-floro; floribus satis magnis, pedicellatis; 
caljce Tiridi, subglubro, 10-nervio, tubo cylindrico, basi altenuato, dentibus 
duplo vel triplo lubo brevioribus, tanceolalo-subutatis, saepe leviter ciliatis ; 
|)elaiis ovalis, nervosis, minialis, viilosisj aiitheris lineari-oblongis, loculis 
rectis. coronatis appendice brevissima, longe papillosa. 

Hab — In Brasilia, ad Lagoa-Santo (Waiming, nM008)j Canta-Gallo, 
Dov. 1859 (Peckolt, n« 64 et n« 515, in bb. Bruxel.); in sylvis secus Aura. Uba, 



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( 22) 

prov. Rio-de-Janeiro ( A. de S»-Hilaîre, cat. A', n» 555, in hb. Mus. Paris.); 
< Arraial das Merces Rovenie f. Mioas-Geraes , octob. 1840 > ( Gardner, 
D»4688U', inhb.Brit. Mas). 

065. — Celte espèce a une assez grande affinité avec VA. trilo- 
bâta Janq.; mais elle en diffère par ses feuilles plus petites , plus 
variées, plus cordées à la base; les dents du calice lancéolées- 
suhulées, dressées ^ 2-3 fois plus courtes que le tube y et non 
ovales-lancéolées, étalées, 4-5 fois plus courtes que le tube; par 
ses anthères de même largeur de haut en bas, surmontées d'un 
appendice très-court, obtus, et non rétrécies de la base au 
sommet f surmontées d'un appendice long, subulé, 

2^". A. nmbrosa Kunih var. dentata Nob. — Foliis majoribus, longiore 
petiolatis, seplemlobis longiore acuminatis, undulato-dentatis. 

ffab, — In Brasilia (Polil, in hb. Vindob. et Bruxel.). 

3. A. grandlflora Nob. — A. caule robusto, striato, glabro ; foliis amplis, 
breviter petiolatis, trifoliatis, petiolulis duplo vel triplo petiolo brevioribns, 
foliolis ovatis vel ovalo-oblongis, integerrimis vel plus minusve profonde tri- 
lobatis, utrinque giabris,in apice acutis breviter acuminatis?e, lateralibus 
inaequalis, prorunde semicordatls ; pedunculo masculo folium suum longe 
superante, apice subcapitato-spicato, paucifloro; floribus maximis, sessilibas 
subsessilibusYe; calyce Yîridi, subglabro, tubo cvlindraceo, denlibus lanceo- 
latis, paulum patulis, tubo brevioribus; petalis rubris, maximis, explicatis, 
ovatis vel oblongis, fortiter nerviatis, brevissime villosis; antheris lanceolatis, 
loculis rectis, coronatîs appendice brevi, angusia, leviter papillosa. 

Hab. — In Bolivia : c Yalle grande caesta de Petaias > (d'Orbigny, n« 531, 
in hb. Paris.) ; in Peruvia (Matbews, n» 2040, in hb. Hook.); in Brasilia : c prov. 
Maynas, sylvae ad Yurimaguas • (Poeppig, n<> 2416, ann. 1831, in hb. Vindob.). 

Obs, — La grandeur des fleurs est extraordinaire dans cette 
espèce, car elles peuvent avoir jusqu'à 7 centimètres de longueur 
sur 5 de largeur. 

4. A. palllda Nob. — A. caule robnsto, sulcato, glabro, herbaceo , basi 
lignescente, alte scandente; foliis amp1issimis,flave viridibus, breviter petio- 
latis, trifolialis, petiolulo dimidio petiolo breviore, foliolis ovato-elllpticis, 
integerrimis , in apice paulo acutis , omnino penninervibus , medianis nervis 
supeme pronilnentlbus, foliolis lateralibus paulo inaequalibus , in exieriore 
parle rotundatis vel basi paulo attenuatis ; pedunculo masculo folium sunm 



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(23) 

superante vel aequao(e, apice subcapitato-spicato , paaciQoro; fioribus sessi- 
libus sabsessilibusve ; calice palliiie viridi, glabro, tubo oblongo, dpntibus 
minimis, tria ngulari bus» paulum patulis, 5-6 tubo brevioribus; pelalis coc- 
cioeis, papillosis; antheris lincari-oblongis, loculis redis, appendice brevi , 
triangulari, glabra, corouatis. 

Bab. — « Ad pedem montis Chimborazo, altit. 3000\ jun t860 > (Spruce, 
0* 6^5 > in hb. Houk. et Dril. Mus ). 

06«. — Celte espèce a une certaine analogie avec la forme à 
folioles entières de VA. grandiflora Nob.; mais outre des diffé- 
rences plus secondaires, plusieurs caractères très-saillants les 
séparent : VA.pallida a les folioles latérales pe/ini/ierres, comme 
la médiane, nullement échancrées à la base du côté extérieur , et 
non plus ou moins pédatinerves , fortement échancrées ou semi- 
cordi formes à la base; les dents du calice sont très-petites^ au 
moins quatre fois plus petites que le tube, et non seulement moitié 
plus petites. Les pétales sont Irès-petils dans les deux exemplaires 
que nous avons vus ù Kew et au British Muséum; mais les (leurs 
sont trop jeunes pour pouvoir juger des dimensions et de la 
forme qu'ils auraient dans leur complet développement. 



B. - GURAWIA Nob. 

5. G. Paullsta Nob. — G. omnino glabra; caule graiilissiino, sulcato; 
foiiis salis breviter petiolalis, ovalis, basi cordatis, acutis, plus mious acumi- 
naiis, sublaevibus, marginis minute et remote denticulaiis ; floribus masculis 
saUs numerosis, subpedicellatis , congestis ad apicem prdunculi communis 
folio suo duplo longions; caiyce roseo, ovoideo, denlibus longis, patulis- 
simis, lanceolatis, basi angustissimis et canaliculatis; pelalis aurantiacis, bre- 
▼issimis, subulatis, conniventibus, papillosis: antberis orbicularibus, loculis 
ircuatis; connecllvo latissimo non proéminente. 

Hab, — « Canta-Gallo. fleurs en décembre; nom vernaculaire: Buxa de Pau- 
M9/ai(PeckoIt,n<*31 et126,ann. 1859,in bb.Bruxel) —c Bois vierge à J tapira, 
prov. de Minas-Geraes » (A. de S<-Hi1aire, Cal. ff, n** 595 in bb. Mus. Paris.). 

Obs. — La forme des dents du calice de celle espèce est tout à fait 
caractéristique. De plus, le G. Paulista diffère de tous les Gurania 



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(24) 

h feuilles entières et glabres, par la forme des anthères, à peu près 
la même que dans le G. eriantha Nob. et les espèces voisines. 

6. G. Martiana Nob. — G. toia loogis pilis rufulis contecta ; caule gracili, 
sulcato; foliis breviler peliolatis, ovato-obloDgis, siim profundo et anguslo, 
acamioalis, marginis miuutissime denticulalo - spinesoentis ; florum mascu- 
lorum commutii pedunculo foliis suis loDgiore, in tertia parte superiore con- 
tectofloribus numerosiSjpedicellatis; calyce villosissioio-lanato, tubulo brevi, 
ovoideo, denlibus longissimis , subulalis, ereclis; petalis paulum calycls deu- 
tibus brevioribus, subulatis, conniventibus, dense longis pilis conteciisi 
aniberis parvis, lalis aeque ac longis, loculîs linearibus, curvis, connecUvo 
latissimo non proéminente. 

Hab. — In suivis secus Solimoës fl , pro?. Rio Negro, nov. 1819 el mart. 
1820 (Martius,in hb. Monac). 

Obs^ — Le G. Martiana avait été nommé par Martius, dans 
l'herbier de Munich, Anguria speciosa Poepp. et Endl. 11 a ^ en 
effet, beaucoup d*ana1ogie avec ce dernier, mais il s'en distingue 
facilement aux caractères suivants : les longs poils qui recouvrent 
toute la plante sont roussâtres et très-abondants surtout sur la 
tige, les pétioles et les nervures des feuilles, et non blancs et 
clairsemés ^ les feuilles sont d'un vert foncé, deux fois plus 
longues que larges, à sinus de la hase étroit, profond de 3 centi- 
mètres, et non d'tin vert pâle, à peine un quart plus longues que 
larges, à sinus de la base large et très-peu profond (J- — i centi- 
mètre); les fleurs mâles sont plus distinctement pëdicellées, plus 
nombreuses, couvrant le tiers du pédoncule commun ^ et non 
toutes réunies en tète au sommet; les dents du calice sont 
4-5 fois plus longues que le tube et non seulement trois fois plus 
longues ; les pétales égalent presque les dents du calice et sont 
couverts sur les deux faces de longs poils formés de peu de cel- 
Iules allongées , au lieu d'être (rois fois plus courts que les dents 
du calice , denséthent couverts de poils papilleux , épais , monili- 
formes, constitués par de nombreuses cellules plus courtes que 
larges; les anthères sont plus petites, plus étroites en haut qu'en 
bas, et non d* égale largeur partout, 

L'étamine de V Anguria speciosa a été mal figurée dans Poeppig 
et Endiicher {Nov.gen. acspec, plant,, tab. 169) : l'anthère n'est 



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(25 ) 

pas repliée en arrière au sommet et elle n'est pas insérée par sa 
base sur un filet large et épais partant de la base du tube du 
calice; mais elle est sessile , comme peltée, c*est-à-dire qu'elle est 
attachée parle milieu du connectif directement au tube du calice. 

7. G. sylyatfca Nob. — G. iota loagis pilis albidis conlecta ; caule gracili, 
stticato ; foliis breviter petiolatis , ovato-angalosis , sinu satis profundo et 
aogusto, acuminalisymarginis mioutissime denticulato-spinescentis ; Oorum 
masculorum pedunculo mascuii foliam suam raulto superante; Ooribus satis 
nnmerosis, parvis, subsessilis, capitatis; calyce lubulo brevi, deosissime cod- 
lecto pilis lon^s, albis, lanoais, dentibus satis brevibus , pilos brevioribus et 
miaus densosportantibus; pelalis brevissimis, triangularis , papillosis , basi 
deusissime villosis; anlheris latis aec^ue ac longis, locuiislinearibus, curvis, 
Goonectivo lalo non proéminente. 

Hab. — In sylvis Mattogrosso (Pobl, n» 1223, in hb. Vindob.). 

06s. — Cette espèce est aussi très- voisine de VAnguriaspeciosa 
Poepp. et Endl. Elle s'en distingue en ce qu'elle est plus longue- 
ment et plus densément velue; ses feuilles sont un peu angu- 
leuses; plus profondément et étroitement échancrécs à la base; ses 
fleurs sont notablement plus petites, subsessiles; le tube du calice 
est très-densément couvert de poils laineux, blancs; il est sur- 
monté de dents seulement deux fois plus longues que le tube, 
moins velues ; les pétales sont triangulaires aigus, 4-5 fois plus 
courts que les dents du calice, et ils portent intérieurement à la 
base un gros faisceau de longs poils blancs, moniliformes. 

8. G. vUlosa Nob. — G. caule gracili, sulcato, longe vilioso; foliis bre- 
Yîter petiolalis, ovalis, sinu satis pit)fundo , acuminatis , iutegris vel saepius 
trilobatis, lobis triangulato-acuminatis, paulum profundisjunioribus utrinque 
dense villosis; floribus masculis parvis, numerosis, sessiiis, capitatis ad apicem 
pedunculicommuni folia sua paulum longions; calyce villosissimo-tomentoso, 
tubulo bk'evissimo, demis satis brevibus, paulum patulis, petalis conniventi- 
bos, calycis dentibus paulum brevioribus, subulatis, dense pilis tenuibus satis 
longis conteclis; antheris latis aeque ac longis, infra rétro replicalis, locuHs 
linearibus, curvis, connectivo lato non proéminente. 

Bab. — In Brasilia prope Para (Sieber, in hb. Monac. et Bruxel.) ; Parica- 
tuba, prope Sanlarem, novembr. 1849 (Spruce, n« 297 et n« 432, in hb. Fran- 
qaev., Benth., Hook. et Monac). 



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(26) 

Obs. — Celte espèce est voisine de VAnguria eriantha Poepp. 
et Endl., dont elle se distingue inimédiatenient par le feutre ëpais 
qui recouvre les feuilles et les fleurs, par ses fleurs deux ou trois 
fois plus petites, beaucoup plus velues; par ses anthères repliées 
inférieurement en arrière, etc. 

9. G. lanata Nob. — G. Iota villosissimo c^nereo; caule sulcato, pilis longis 
figidis hirsulo, sicut petiolis et pedunculis; folîis brevitcr petiolalis , basi 
emarginatis, profundc 5-lobis, lobis lanceolatis, acutninatis, marginc minutis- 
sime denticulalo-subulatis, superne virîdJbus et asperis , infra cînereîs cl mol- 
liter villosis; floribus masculis satis m^gnis, Dumerosis, sessilibus, capitatis 
ad apicem pedunculi communi folia sua diiplo longioris; calyce coccioeis, 
longis pilis albis lanatis dense contecto, tubulo brevisi^imo, dimidio breyiori 
dentibus subulatis ereciis; petalis calyois dentibus triplo l)revioribus , subu- 
latis , pilis satis longis dense coiiteciis imprimis basi ; antheris cordiformibas, 
loculis linearibus, basi incurvatis, connectivo lato non proéminente. 

Hab. — In Peruvia, 1839-1840 (Cl.Gay, in hb. Mas. Paris.); « prope Tara- 
polo, Peruviae orientallsj fl. coccinoi ; novenib. 1855 » (Spruce, n» 4297, in hb. 
Benth. etbl). Hook). 

10. G. Lcvyana Nob. — G. Icviter pubescente , deinde subglabra; foliis 
satis longe peliolatis, l)asi emarginatis , profur.de in 5-5 lobos ovatos vel lan* 
ceolatos, obiusos vel acumiiintos divisis, minutissime donticuiato-subulatis ; 
floribus masculis maximis, sessilibus, numerose congestis ad apicem pedun- 
culi commuais folium suum aequanlis vel subaequantis; calycis lubulo brevis , 
OYoideo, lomenloso-cinereo, dentibus linearibus, trinerris, miniatis, extra 
paulum villosis, inlusglabris, 7-8 longioribus quam tubulus; petalis parvis, 
lanceolatis, paplllosis, lubulum calycis aequantibus;antherisoblongis, infra 
rétro replicaiis, connectivo lato, glabro, superne in appendicem triangularem 
papillosam produclo. 

Var. /3. glabra. — Foliis glaberrimis; floribus numerosioribus. 

Hab. — c Les forêts à Chontales, Nicaragua, altit. 600 m , juin 1870 » 
(p. Lévy, n« i68, in hb. Fournier, DC, Franquev., Mus Paris); îd., juin 1867 
(R. Tate, n** 107 et n» 108, in hh. Hook. et Brit. Mus.) ; c Cbagres, Isthmus of 
Panama, febriari 1850 - (Fendler, n» 126, in hb. Hook. et Benth.). 

Var. j3 — Surinam (Hostmann, n» 1226, in hb. Hook ). 

11. G. ovata Nob— G. omnino glabra; caule gracill, sulcato ; foliis satis 
breviter petiolatis, ovalo-cordiformibus, acuminatis, margioibus integerrimls 



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( 27 ) 

Td ininutissime denliculalis ; floribus masculis numerosissimis , spicis folia 
aeqnantibus vel soperanlibas; calyce parte tubulosa brevissima , dentibus 
Knearibas, ereciis, parumiDaeqaab'bus, lubulo 5-0 loogioribus ; petalis bre- 
Tissimis, lanceolatis; antberis ovaiis, oblusis, locuiis redis vel parum cur- 
vatis, connectivo non appeodiculalo. 

Hab. — In Brasilia : Corcovado, oclobHs (Rledel et Langsdorf, in bb. Hon. 
bol. Petrop.) ; Rio de Janeiro (Glaziou, n« 144S, in hb. Bruxel.) ; in sylva proj e 
Sacoarema , prov. Rio de Janeiro, de arbore pendebat, flor. marlio » (Mikan , 
ann. 1839, in bb. Bruxe! ). 

Ohs. — Celle espèce se dislîngue ueltcmcnl de toutes les autres ; 
son feuillage ressemble assez à celui de VAnguria integrifolia^ees 
et Mari.; SCS fleurs rappellent celles du G. speciosa, sauf qu'elles 
sont glabres. 

13. G. IfgDOsa Nob. — G. caule lignoso» anguloso, corticc -aetate lamu- 
loso; fuliis lenuibus, ovatis vel ovato-ianceolalîs , cordiformibus, longe acuini- 
oalis, marginaiis quibusdam dentibus parvis subulatis remotissimis, ulrinque 
pabescPDlo-asperis, viride uigricaotibus ; floribus masculis numerosis, pedi- 
cellaiis, capitatis ad apicem peduncuii communi tomentosi folia longe brr- 
vîoris; calyce lubuloso, tomentoso, dcnlibus paiulis, lineari- lanceolatis, 
cillatis. lubulo brevioribus; petalis lanceolatis, papiliosis, dimidium calycis 
denlum paulum superantibus ; antberis linearibus, locuiis rectis, connectivo 
non appendiculato. 

Hab — In sylvis Brasiliae propler fluv. Amazonuni , proviociae Paraeosis 
(Martius, in hb. Monac). 

Obs. — Celte plante présente une grande analogie avec VAnguria 
êinuata Benth., dont nous avons vu, dans Therbier de M. Bentham 
même au Jardin de Kew, le seul exemplaire queSpruce ait récolté. 
L'herbier du Jardin botanique de Munich ne contient non plus 
qu'un seul exemplaire assez imparfait de la plante récollée par 
Martius ; nous ne sommes donc pas en état de juger exactement 
du degré de variabilité des deux espèces. Celle de M. Bentham se 
distingue de la nôtre par ses feuilles à contours sinueux , un peu 
moins échancrées à la base, arrondies ou même émarginées au 
sommet; par ses inflorescences mâles plus volumineuses, deux 
ou trois fois aussi longues, dépassant les feuilles. 



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(28) 

13. G. macropbylla Nob. — G. adioica;» foliis breviter petiolalis, sDpra 
viridenigrescentisypllisbrevibuset scabris contectis , subtus ciaereis, deose 
tomentosis, birlellis , sinu profundoet lato, proruDdissimeseptemlobalis; lobis 
laoceolatis, acuminatis, subintegris, marginaiis deotibas brevissimis remotis 
et spiuescentibus; floribus masculis breviter pedicellaiis , in apice peduncali 
folia loDgioris, gracilis, leviter scabri, 1â-15-floris; caljce dôose villoso-hir- 
suto, cyliodrico, denlibus lineari-hnceolalls, dimidio tubulo breirioribus ; 
petalis in conum conoiveotibus, leviter villosis, calycis denlium dimidiuni 
aequantibus ; anlheris ab fuDdamenlo tubi usque ad petalorum summitatem 
attingenlibus, coronatis appendice lanceola ta, breviter papillosa. 

Hab. — In Columbia (Engel, in bb. HorL bot. Petropol.). 

Obs. — Celle remarquable espèce, dont nous n'avons vu que 
des exemplaires assez incomplets dans Therbier du Jardin bota- 
nique de Saint-Pétersbourg, se distingue très-nettement de toutes 
les autres, à Taide des caractères que nous venons d'exposer. Son 
feuillage est le plus ample que nous ayons vu dans les herbiers 
pour toutes les espèces de ce genre; il atteint 55 a 40 centimètres 
en largeur et un peu moins en longueur. Le pédoncule commun 
des fleurs mâles est remarquablement grêle et long de 40 à 50 
centimètres. Les fleurs mâles rappellent quelque peu celles de 
VAnguria spinulosa Poepp. et Endl., mais elles sont moitié plus 
petites, et le calice est recouvert d'une pubescence cendrée et 
rude beaucoup plus dense. 

14. G. Klotzscliiana Nob.; Anguria polyanthos KIotzsch, in pi. Schomb. 
(pro parte). — G.caule sulcato, pubescente; folils satis longe peliolalis, integrls 
vel sabtrilobatis, cordiformibus , acuminalis, marginibus mlnimis denlibas 
remotis, insuper pabescentibus scabris, infra tomentosis; floribu.<i mascalis 
parvis, numerosissimis, satis longe pedicellalis, in uml>ellam gtobulosam 
congestisad apicem pedunculi communis foiiam aequantis; calyce rubro pal- 
lido-cinereo , breviter tomentoso, tubo oblongo, infra attenuato , dentibus 
lineari-lanceolatis, subulatis , palulis, contorlis, tubo longioribus ; peialis mi* 
nimis, lincaribus, obtusis longe denseque villoso-papillosis; antheris oblongis, 
connectivo angusto, superne in appendicem brevem , paplllosam producto. 

Hab. — In Guiana anglica : Rorainia (Schomburgk, n« 99i, ann. 1842-^, in 
bb.Vindobon); rip. Q. Demerana, mart. 1844 (Schomburgk, n« 1704, pro parte, 
in hb. Berol ). 



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(29) 

Obs. — VAnguria polyanihos deKIotzsch, espèce qvi n* a ja- 
mais été décrite, est fonde, d'après Tëtiquelte authentique que 
nous avons vu&dans ]*hcrbier royal de Berlin , sur le n"^ 1704 de 
Schomburgk. Malheureusement ce renseignement ne suffit pas 
pour nous faire connaître la plante de Klotzsch, ou plutôt, il nous 
fait connaître que VA, polyanthos est une espèce collective, qui 
doit disparaître de la nomenclature, car le n** 1704 de Schomburgk 
est représenté dans rhcrbicr royal de Berlin par deux spécimens: 
Tun est la 'plan te qui nous occupe ici; Tautre, assez incomplet du 
feuillage mais ayant une très-belle inflorescence, est identique à 
une espèce dont nous avons vu de nombreux exemplaires dans 
divers herbiers et que nous rapportons â VAnguria muUiflora 
Miq. 

Ces deux espèces se distinguent immédiatement de toutes les 
autres par leurs fleurs très-nombreuses disposées en une sorte 
d ombelle simple ressemblant h celle de VHedera Hélix, Elles dif- 
fèrent entre elles principalement par les caractères suivants : 
Je G, Klotzschiana a les feuilles entières ou presque entières; les 
fleurs petites; les dents du calice plus longues que le tube, trcs- 
recoquillées , planes , rétrécies régulièrement de la base au som- 
met; les pétales linéaires , écartés, partout d'égale largeur, obtus 
au sommet, densément recouverts de longs poils papilleux. Le 
Gurania multiflora Nob. {Anguria multiflora Miq.) a ordinaire- 
ment les feuilles profondément trilobées, parfois sub-5-Iobées; les 
fleurs sont du double plus grandes, plus longuement pédicellées; 
les dents du calice peu ondulées, égalant le tube, rétrécies et un 
peu canaliculécs à la base, les pétales aigus ou acuminés, conni- 
venls, couverts de papilles moins nombreuses, très-courtes sauf 
à la pointe du pétale. 

«5. G trialata Nob. — G.dioica; caule herbaceo,robuslo, fortiter com- 
presso subtrialato, in angulis lODge yiiloso; foliis salis breviler peliolalis, coria- 
cissimis,ovatis, basi satis valide emarginatls, trilobis; lobis integerrimis, 
medio maximo, irlangularl, acuminato, lateralibus parvis, aliquando subnullis, 
acuminatis vel rotuDdatis,molliler villosis, deinde ulrinque punctalis ; înflo- 
resceolia mascula quam peliolus paulum longiore, in dimidia superiorc parte 
Soribus Dumerosis, modicis , pediceilatis onerata ; calyce breviler lomenloso, 



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( 30) 

cocclneo, tubo lineari -lanoeolato^ dentibus linearibus, subuiatis, ereclis, 
iubo 3-4 brevioribus; petalis miDÎmis, laiiceolato-triangularîbus, glabris. 
ereclis ; antberis linearibus, appendice mÎDimo , glabra corçnatis. 

Hab. — Serra de Gama, prope San Gabriel, mart. 1853 (Spruce, n" 2180, 
in bb. Bentb. et Franquev.). 

Obs, — Cette espèce a un faciès tcllemenl tranché qu'il est 
impossible de la confondre avec aucune autre. Un caractère qui 
ia dilTérencie iniincdiatement, non seulement des autres espèces 
du genre, mais encore de toutes les autres Cucurbitacées améri- 
caines^ c'est sa tige très-fortement comprimée, formant comme 
trois ailes épaisses, dont Tune est un peu plus étroite que les 
deux autres; les bords de ces ailes sont chargés de poils roux, 
épaissis à la base, surtout très-longs cl très-épais au voisinage des 
nœuds. Les feuilles sont aussi plus épaisses et plus coriaces que 
dans toutes les autres espèces du genre. D après Spruce, la tige 
peut atteindre une dimension de 120 pieds. 

16. G. ruflpila Nob — G caule robusto, valide sulcato, dense lonj^is pilîs 
roGs obducto sicut petiolis, pedunculis et calyce; foliis magnis, satis bre?iter 
pellolatis, leviler supra pubescentibus, subtus imprimis in nervis longis 
pills rufis obduclis, basi valide emarginatis, usque ad médium divisis in 
lobos très, ovalos, acuminatos, médius longlor; floribus masculis magnis, 
brevissime pediccllaUs, 10-15 congestis ad apicem peduncuii commuais 
quam roliam brevioris; caljce villosissimo, tubo longissimo, subliueari, den- 
tibus lanceolato-linearibus, subulalis, ereclis, paulo tubo brevioribus; petalis 
brevissimis, conniventibus, lanceolatis, villosis; antberis oblongo-lineaiibus, 
basi tubi calycis cujus trienlem aéquanl inserlis, appendice brcvi non 
papillosa coronatis. 

Hab. — In sylvis Brasilia^ ad Ega el Barra do Rio-Negro, oclob.-dect-mb 
1819(Mariius, in hb. Monac). 

17. G. tubulosa Nob — G. caule gracili, sulcato; foliis brcviter petio- 
laliSy 5-nervatis, ovato-lanceolalis , subcordatis, acumiuatis, versus basin 
forte deiitatis, deinde marginniis denticulatis sububtis remolis, ulrinque 
ieviter pubesceniis-rugosis ; florum masculorum peduuculo communi foliis 
dimidio breviore, in média parte supeiiore contecia floribus numerosts; 
pedicellis longis cl gracilissimis; calyce coccineo, subglabro, lubuio longis^ 
bimo cl angustissimo, basi paulum dilalata, dentibus patulis^ subuiatis, salit 



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( 31 ) 

brevibus; petalis ocbroleucis, denlibus calycis duplo longioribus, conniven- 
tibas, lanceolato-sabulatis, utrinque papillis crassis conlectis; aiitheris lon- 
gissimls, linearibus, infra rétro replicaUs, appendice glabra, subulati, 
aolberae dimidium aeqaaali coronatis. 

Hab. — Ad pedem mont. Chimborazo,altit. 2600%august. 1860 (Spruce. 
n«6l50,inhb. Hook.). 

Obs. — €e Gurania est une des plus belles espèces du genre et 
peut-être la plus ti*anchéc. Son inflorescence remarquable et la 
longueur démesurée du tube du calice qui atteint jusqu'au-delà 
de deux centimètres de longueur sur deux millimètres de largeur 
à la base et moins d'un millimètre dans la moitié supérieure, la 
distinguent de toutes les autres espèces. Ses pétales, doubles des 
dents du calice, sont une exception dans le genre Gurania, Qe- 
pendant elle se rattache très-bien à ce genre par la forme, la cou- 
leur et la structure de tous ses organes floraux. Sprnce dit que la 
lige atteint 40 pieds de long, porte des fleurs vers sa base et seu- 
lement des feuilles h son sommet. 



18. G. acumfnata Nob. — G. caule glabro ?cl subglabro, siilcato; foliis 
breyissime petiolalis, lataovatis, integris vel rare trilobatis, profunde cor- 
datis. longissime acuminatis, dciiticulatis, utrinque leviter pubescentibus ; 
floribus masculis pediceilalis , congcslis ad apiccni peduncuii communis multi- 
floris foliam acquantis ; calyce loviler pubescente, tubulo ovoideo elongato, 
dentibus patulis , contorlis, lanceolatis, tubulo longioribus ; petalis brevissi- 
mis, cooniventibus, subulatis, pnpillosis; anihcris ovato-lanceolalis, infra 
rétro longe replicalis, appendice parva, acuta , non papillosa coronatis. 

Bah. — In sylvis Apurcnsibus, provinciae Rio-.Ncgro; fl. jauuaii (Martius, 
in bb. Honac). 

Obs, — Par ses dents du calice longues et fortement étalées, 
cette espèce se distingue facilement de toutes les autres, sauf des 
G. lignosa et Paulisla. Elle s'éloigne du premier par sa tige her- 
bacée et beaucoup d'autres caractères; elle offre aussi de nom- 
breuses différences avec le second, telles que les dents du calice 
non fortement rétréciesa la base, les anthères à connectif étroit, 
saillant, les feuilles longuement acuminécs, etc. 



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( S2) 

19. G. inaequalls Nob. — G. caule scandente, snlcato, gracili, « tota 
pilis albis longis sparsis « contecta; foUis amplis, breviter petiolatis, trifo- 
liatis, petiolulis pelîolo duplo brevioribus, foliolis ovalo-oblongis, obtusis vel 
breviter acuD)inatis, margine brevissime 3-4-subuiato-denliculaUs, ulrinque 
glabris, lateralibusinaequalis, semlcordatis; peduncuio masculo folium suum 
breviores, apice racemoso, multiDoro; floribus minutis, breviler pediceliatis , 
calyce coccineo, pubescente, lubo oblongo, dentibus triaDgulari-lanceoIatis , 
ereclis, tubo Iriplo brevioribus; pelalis luleis, brevissimis, obloDgis, leviter 
papillosis; aiuberis parvis, obloDgis, infra rétro replicatîs, appendice parva, 
lanceolata, non papillosa coronatis. 

Hab, — In sylvis Brasiliae ad Ega, prov. Rio-Negro (Poeppig, ann. 1831 , 
in hb. Acad. Petropol.; Marlius, in hb. Monac). 

Obs.— Dans cette espèce très-distincte, les folioles latérales 
sont, h h base, larges et cordiformes du côté extérieur de la ner- 
vure médiane, tandis qu'elles sont élroites et atténuées du côte 
intérieur, comme on le remarque dans plusieurs autres espèces; 
de plus, elle présente cette particularité que, dans ces folioles, le 
limbe se prolonge sur le pétiole deux centimètres plus loin du 
côté extérieur que du côté intérieur. L'exemplaire de l'herbier de 
Munich est presque réduit h une seule feuille, qui paraît longue- 
ment pétiolée; mais le pétiole est en trop mauvais état que pour 
pouvoir en tirer des caractères certains. Les caractères de la tige 
mis entre guillemets sont empruntés à une note manuscrite de 
Marlius. 

20. G. Saç^otiana Nob. — G caule salis gracili, sulcato, leviler pubes- 
cente; foliis salis breviter petiolatis, ovato-cordiformibas, aculis vel breviter 
acuminalis, marginibus paulum undulatis et dentibus spinosis parvis remotis, 
utrinque leviler imprimis subtus pubescenle scabris; floribus masculis bre- 
viter pedicellatis,in apice pedunculi communis gracilis, sulcaiis, folia lon- 
gions, 13-15-floris; calyce tomenloso, lubo ovoideo, denUbus linearibus, 
flexuosis, tubo 4-5 longioribus; petalis brevissimis, dense villoso-paplllosis, 
lanceolato-triangularibus; aniheris ovalis, infra rétro longe replicatis, appen- 
dice subnulli papillosa coronatis. 

Bab. — In Guiana gallica ad Rarouany (Sagot, n» 270, ann. 1858, in hb. 
Hook. et Mus. Paris.); in Guiana gallica (Deplancbe, in bb. Lenormand); 
Cayenne (Poiteau, bb. L.-C. Richard, in hb. Pranquev.). 



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(35) 

Obs. — Les feuilles de cette espèce ont qiielque analogie avec 
celles du G. costaricensis Nob.; mais les premières sont généra- 
lement plus grandes et plus minces, à dents moins saillantes, à 
nervures latérales bordant d'abord la feuille sur une longueur de 
un à deux centimètres, tandis que dans le G. costaricensis, les 
deux nervures latérales pénètrent directement dans le limbe. En 
parlant de ce dernier , nous indiquerons d'autres caractères dis- 
tinclifs. 

21. G. reticolata Nob. — G. caule robusto» sulcato, tomentoso; foliis 
bre?isstme petiolalis, ovato-triangularibus , salis profunde emargiDatis, aca* 
minaiis, marginibas inlegerrimis vel ïniniftiis denlibus remolis , supra sub- 
glabris, subtus tomentosis; pedunculis commuDis robustis , sulcatis , floribus 
mascQlis satis breviter pediceilalis, in racemis densis, foliis brevioribus; 
calfce tomeDloso, lubo ovoideo , dentibas linearibus, lubo 6-7 longioribus, 
redis vel parum flexuosis; peialis brevissimis , tomentosis , lineaii-lanceolatis; 
antheris ovato-oblongis , infra relro replicatis, appendice minuta papillosa 
corooatis. 

Hab. — In Gulana gallica secus flumen Haroni ( Mélinon , n<» 57, ann. 1861, 
et sine n<>, ann. 1864, in hb Mus. Paris). 

Obs. — Cette espèce est voisine de la précédente , h laquelle 
nous avions pensé d'abord pouvoir la réunir comme variété; mais 
un examen pli^s attentif nous a fait constater des différences 
nombreuses qui nous ont paru nécessiter leur séparation. 

Le G, Sagotiana se distingue par sa lige grêle, ses feuilles 
ovales, à peine échancrées à la base, à bords un peu sinueux et 
très-distinctement denticulés, les deux nerVures latérales for- 
mant avec la nervure médiane un angle aigu; les pédoncules sont 
grêles, plus longs que les feuilles; les fleurs peu nombreuses, 
partent tontes presque du même point au sommet du pédoncule 
commun. 

Le G. retieulata a la tige plus épaisse, les feuilles plus résis- 
tantes, souvent plus grandes, plus triangulaires , & bords très- 
eotiers ou h peine denticulés; la base du limbe est fortement 
échancrëe pour former uu large sinus; les nervures sont plus 
grosses et les deux latérales se séparent de celle du milieu sous un 
ToMB XXVll. 3 



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(34) 

angle droit; les veines forment k la face inférieure un réseau for- 
tement saillant, qui nous a inspiré le nom de l'espèce ; les pédon- 
cules sont robustes, plus courts que les feuilles; ils portent à leur 
sommet, sur une longueur de 2 à 5 centimètres, jusqu'à quatre- 
vingts fleurs, h dents du calice plus longues que dans l'autre 
espèce. 

22. G. neo-granatensis Nob. — G. caule graciU,sulcalo, pubescenle; 
foliis brevitep petiolatis, membranaceis , pubescenti-scabris imprimis subtas, 
basi cordatjs, profuudissime trilobaiis, lobîs lanceolalis, acumioalis, parvis 
dentibus spinosis remolis marginatis; fioribus inasculis modicis, satis longe 
pedicellatis, 10-15 congestis ad apicem pedunculi commaDis foiium aequantis 
vel paulo brevioris; calyce coccineo, breviter tomentoso, tubo ovoideo, den- 
tibus lanceolatis, patulis vel reflexis, paulo quani tubus brevioribus; petalis 
Iriangularibus, in conum connivenlibus , dense papillosis, dimidio calycis 
dentorum brevioribus; anlheris obloogis, infra rétro replicatis, conneclivo in 
dorso pilis albis obducto et superne producto in appendioem brevem triaiigu- 
larem el papiUosam. 

Hab. — Villa vicencio , prope Bogota , altil. 450 m. (Triana, n» 5128Januar. 
18^6, in bb. Mus. Paris. — D' Karsten , in bb. Yindob.). 

QlfS, — Cette espèce a presque exactement le même feuillage 
et le même port le G. Francavilleana Nob. Toutefois les lobes de 
ses feuilles sont plus larges et moins profonds; toute la plante est 
plus velue; les pétioles et les pédicellcs, au lieu d'être presque 
glabres, sont chargés d'un tomentum roux. Les différences les 
plus importantes se trouvent dans les fleurs: le G. Francavilleana 
a les fleurs mâles grêles, au nombre de 20 à 30, attachées sur une 
longueur de 2-3 centimètres à Textrémité d'un pédoncule commun 
dépassant beaucoup les feuilles; le tube du calice est au moins 
trois fois plus long que large; les dents, droites et très-étalées , 
n'égalent que la moitié du tube; les pétales sont très-petits, pres- 
que partout d'égale largeur, à peine granuleux; les anthères sont 
étroites , glabres, surmontées d'un appendice linéaire qui égale 
environ le tiers du reste de l'anthère. Le G, neo-granatensis a 
les fleurs mâles au plus au nombre de quinze, toutes insérées à 
l'extrémité d'un pédoncule commun qui égale au plus les feuilles; 
ces fleurs ne sont pas plus longues que dans l'autre espèce, mais 



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(35) 

elles sont beaucoup moins gréles^car le tube du calice n*est qu'un 
peu plus long que large; les dents sont flexueuses et égalent en- 
viron les deux tiers de la longueur du tube; les pëlales sont plus 
grands, triangulaires , fortement papilleux ; les anthères sont plus 
larges, velues sur le dos le long du connectif , surmontées d*un 
appendice 6-7 fois plus court que Tanthère. 

23. G. trleaspldata Nob. — G. caule scandente, gracili, sulcato, villoso; 
fbliis salis breviter petiolatis, utrinque villosis imprimisin nervis, basi cor- 
dato-emargiDatis, usque ad médium trilobis; lobistriangularis, acuminatis, 
dentibus spinosis remolis marginatis ; pedunculo mascalo foliam suum bre- 
▼iore; floribus sessilibus, apice capilato-congestis; calyce coccioeo, dense 
villoso, tabo brevi, dentibus lineari-subulatis, erectis, triplo vel quadruplo 
tubo longioribus; petalis brevissimis, linearibus, dense villosis; anlheris 
parvis, ovato-reclangularibus , infra rétro replicatis, truncalo-emarginatis et 
brevissime in apicem papilloso-appendiculatis. 

Hab. — In arenosis Brasiliae prope Huribeca (Prlncip. Videosis, ann. 1824 
in hb. Brnxel.). 

Obs. — Cette espèce a assez d'analogie avec le G, villosa 
Nob. ; elle s*en distingue très-facilement en ce qu'elle est beau- 
coup moins velue, Tinflorescence mâle est plus courte que la 
feuille; les fleurs sont bien moins nombreuses, les dents du calice 
plus longues, les anthères munies au sommet d'un tout petit 
appendice papilleux. 

24. G. SeeiDanniana Nob.; Anguria erianlha Seem. Herald, p. 127, 
n« 424! (non Poepp. et EmlU), — G. omnino villoso, imprimls caulis, cirrhi 
petiolique; caule robusto, sulcato ; foliis satis longe petiolatis, basi vix emar- 
ginatis, junioribus subintegrîs , vetulis profundissime 5-7-1obalis; lobis lanceo- 
latis, aculo-acuminatis, undulatis et marginibus denticulati-spinulescenlibus; 
floribus masculis mediocribus, paulum numerosis, sessilibus, in capilulum 
congestis ad apicem pedunculi communis folio brevioris ; calyce breviter den- 
seque tomenloso-lanato, cinereo, tubo brevi, ovoideo, 5-6 breviore dentibus 
subulatis erectis; petalis minimiS)Oblongis,obtusift,calycis tubo brevioribus, 
dense papillosis; anlheris ovatis, infra rétro replicatis, connectivo angnsto, in 
dorso villoso, in appendicem triangularem papillosam producto. 

ffab, — Panama : « In woods between Chagres and Panama. Leaves very 
variable, according to tbe âge and station of tbe plant, sometlmes entire and 



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(36 ) 

sQOielimes ffom five to seven lobed » (Seeiji., /.c.)< < In sylvis prope vitiam 
Crucii, mari. 1847 » (Seeraann, u» 504, in hb. Hook.). Panama (J.-S. Hayn , 
no 134, in hb. Hook). 

25. G p^cudo-splnulosa Nob. — G. caule profundc sulcato, pubescenlc ; 
foliis satis breviter peliolatis, amplis , sobrolundis, lato et profundo sinn cor» 
datis, ultra médium 3-5-lobis, lobis ovato-lanceolatis, breviter acuminatis, 
integerrimis vel brevissime spinuloso-denticulatîs , supra scabris-subglabris, 
subtils breviter pubescentis vel tomentosis ; pedunculo masculo folium suum 
aequante vel parum superante, multifloro; floribus pcdicellalis corymbosis 
confertis; calyce lomentoso, tubo ovato-oblongo , dentibus patulis, lineari- 
lanceolalis, subulatis, tubum aeqnantibus; peialis brevissimis, erectis, lan- 
ceolatis, valide papillosjs; antberis oblongis , infra rétro replicatis, appendice 
brevi papiUosa coronatis. 

Hab. — In sylvis Brasiliae, ad Rio de Janeiro (Glaziou, n^ 5015, in hb. 
Bruxel. et Warming); ad Lagoa-Santa, « Abobra do mato • incolis (War- 
ming, no 568, januar. et novembr. 1864); prov. Minas-Geraes (A. S'-Hilaire, 
cat. B', p« 1051, iu bb. Mus. Paris). 

Ohs. — Nous avons donné & cette espèce le nom de G. pseudo- 
spinulosa parce qu'elle rappelle assez le port du G. spinulosa 
Nob. [AnguHa spinulosa Poepp. et Endl.), notamment lorsque 
ses feuilles n'ont que trois lobes. Elle en diffère par ses feuilles 
f^énéralémcni plus profondément divisées^ beaucoup tnoins ve- 
lues, la face supérieure étant presque glabre; par ses lobes 
très-entiers ou n'ayant que quelques dcnticules imperceptibles, et 
non bordés de nombreuses dénis épineuses; par son inflorescence 
mâle dépassant à peine la feuille ou plus courte qu'elle, et non 
beaucoup plus longue; par ses fleurs moitié plus petites; par son 
calice d tube court, à dents étalées, égalant le tube, et non à dents 
(Iressées, moitié plus courtes que le tube; par ses anthères sur- 
montées d'un appendice très-court, 

26. G. Sproceana Nob. — G caule gracili, profunde sulcato, villoso; foliis 
brevissime peliolatis, trifolialis, petiolulis petiolum subaequantibus; foliolis 
rigidis, ovato-lanceolalis , breviter acuminatis, margine brevissime subulato- 
denticulatis, utrinque sparse puberulis, lateralibus inaequiiateris, semicor^ 
datis; 0oribus masculis parvis, numerosis, pedicellatis , ad apicem pedunculi 
communis fulium subaequantis , congeslis; calyce dense tomentoso-lanato, 



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( 37 J 

alùdo, tnbo oblongo, dentibus lineari-lanceolatis , breviler intra villosis, dimi- 
diam (abi aequantibos ; petalis dimidio calycis dentorum brevioribus, in oonam 
eonoireotibus, papillosissimis ; antberis oblongis, infra rétro replicatis, appen- 
dice breTi, lineari, papiUosa coronatis. 

Bab. — In Brasilia : prope Barra, prov. Rio-Negro, maio 1851 (Spnice, 
n* 1483, in bb. D€., Franquev., Mus. Paris., Van Heurck, Benlb., Hook., Brir 
Nos., Monac, Holmiens., Hort. Iwt. Petrop.) ; in sylvis Japarensibus, prov Rio- 
Negro, jannar. (Martios, in bb. Monac); secus flam. Cassiquiaca, deœrobr. 
1853 (Spruce, n« 3189, in bb. Bentb. et Franqaev.). 

97. G. TelDtina Nob. — G. caule gracili, profunde sulcato, tîHoso; foliis 
salis breYiter petiolatis, trifoliatis, petiolulis petiolum daplo-triplo brevio- 
rilws, foliolis mollis, ovato-lanceolatis, acute acuminatis, margine brevissime 
sobalato-denliculatis, ulrinqne cinereo-pubescentis, scabriuscnlis, intense 
Tîridis, lateralibus inaequalibus, semicordatis ; floribus masculis parvis, pedi- 
ceOatis, ad apicem pedunculi communis pauciflori; calyce dense tomentoso- 
lanato, albido, tuboovoideo, dentibus lanceolato-linearibus, glabris et intra 
eocdnatis, tubum aequantibus; petalis calycis dentibns triplo brevioribus, in 
conam conniventibas, papillosissimis; aniberis oblongis, infra rétro replicatis, 
appendice salis brevi, triangulari papillosa coronalis. 

Hab. — In Brasilia (Wallis in bb. reg. BeroL). 

Obs, — Cette espèce a beaucoup d'analogie avec le G. Spruceana 
Nob. Elle en diffère par ses pétioles de longueur double, ses pétio- 
Iules 2-3 fois plus courts que le pétiole, et non presque aussi 
longs, ses folioles beaucoup plus grandes, molles, et non rigides, 
cendrées, et non d'un vert intense ^fortement pubescentes sur les 
deux faces, et non presque glabres, moins brusquement et plus 
longuement acuminées; ses fleurs mâles moins nombreuses, por- 
tées sur un pédoncule commun à peine plus long que le pétiole, 
et non égalant presque la feuille; le tube du calice ovoide, et non 
(Mong, à dents glabres en dedans, égalant le tube, et non pubes- 
cenles en dedans, moitié plus courtes que le tube. 

28. G. GOstarlcenslB Nob. — G. caule satis gracili , profunde sulcato, Ion- 
gissime et sparse villoso, foliis petiolo brevi, longe villoso , limbo leviter tÎI- 
lo60 deinde fere glabro, parum scabro^ovato-cordiformi, acuminato, margi- 
uato dentibus spinosis remotis terminaniibus nervos qui pedati et infeme forte 
prominentes sunt; floribus masculis breviter pediceltalis, ad apicem pedun- 



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( 58) 

culi commanis 12-15-flori, sulc^U, leviter vilkMi, foUam aequaniis wl paroiQ 
brevioris; calyce infra pilis loogis sericeis muniio, tubo ovoideo, deoilbus 
laoceolato-linearibus» duplo tubulo longioribus; peulislinearibus, triaervatis, 
dense pilis papillosis oonlectis Uentorum calycis dimidio brevioribus ; anlberis 
lioearibus, infra rétro longe replica lis, coonectivo breyiter papllloso, filiformii 
trientem vel dimidJuiD antherae aequanle. 

Var. 0. subtriloba. — Foliis duplo-triplo loogioribus quam latioribvs, in 
medio paulum angusiaUs, interdum leviter irilobatia 

Bab. — a- Cosla-Rîcca (Warszewicz, n* I , in hb. Bcrol.); Centroameric. 
(Oerstedl, n» 6, In hb. Holm.). — /3. Centroameric. (Oersledl, u* 7, in bb. 
Holm,). 

068. — Les earaetères donnés plus haut pour les anthères, et 
les poils blancs, soyeux, qui garnissent les pédicelles et la partie 
inférieure du calice, suffisent pour distinguer sans peine cette 
espèce de tous les autres Gurania k feuilles entières. 

29. G. parflOora Nob. —G. caiAle sulcato, vlUosp; foliis breviter peUo-« 
latis, petiolo viiiosissimo, OYato-laoceolalis, paulum cordatis> longe acutia vel 
acumiuatis, marginato deoticulis subulatis remotis, utrinque pubescentis; 
pedunculo masculo folium suum breviore; fioribus parvis, pedicellalis, con- 
ferljs, subcorymbosis; calyce longis pilis omnino conteclo, denlibus breyibus, 
Iriangularibus; petalis calyds dentorum dimidio brevioribus, triangulari-acu- 
tis,extra papillosis; aotberis lanceolatis, infra rétro longe replicaiis, appendice 
anguata, subpapiUoaa coronatis. 

Hab. — In Peruvia (Matbews» n» 1218, in hb. Hook. et Benth.). 

Obs. — Cette espèce a de grands rapports avec le G. guianeu- 
si»(AnguriQ guianensis Schldl). Elle s*en distingue par sa tige, 
ses pétioles et ses pédoncules beaucoup plus longuement tqIus; 
ses pétioles un peu plus courts; ses feuilles deux fois plus ton* 
guss que larges, longuement aiguës et oaiminées au somvMtj à 
peine échancrées à la base^ et non aussi larges ou plus larges qu» 
longues, presque obtuses et brièvement mucronées au sommet, 
munies à la base d'un sinus profond ; par ses inflorescences mâles 
beaucoup plus courtes que les feuiHes, et non plus longues; par 
les dents du calice plus rapprochées, couvertes, comme le tube, 
de longs poils subulés^ et non de quelques poils courts , glandu- 



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( 59 ) 

kux; par ses pétales triangulaires, aigus au stnnmet, et non 
régulièrement étroits y obtus au sommet; par ses ëtamines plos 
étroites, surmontées d'un appendice plus long, linéaires seulement 
chargé de quelques papilles à son sommet, et non triangulaire, 
tout couvert de papilles. 

30. G. Wawraef Nob. (Anguria Sellovoiana Wawra! Bot, Erg. der Reise 
MaxiïïUiien, I, p. 57, lab. 53, non Scbldl!). — G. caaie graciiK prafunde 
solcato, glabro; foliis satis brevitçr peiiolalis, laiioribus plnrimum iongio- 
ribiis, supra giabris, sobtusleviler pubescenlibus, basi truncaiis vel leviter 
emarginalis; interdom subintegris, saepius irilobalia, lobis plorimuai bre- 
YJbus, triangalari-acuniioalis , deniibus minimia sobulatis remotis margi- 
aatis; doribus mascolis parvis, satis loogis pedicellatia, ^lis numerose ooo- 
gesUs ad apicem pedunculi communis plurimum folio longioria; calyee 
coocineo, leviter pubescente, lubo brevi , ovoideo, dentibns lanceolato-tinea* 
ribos, erectis ïel panlum patulis, sobinaequalibus, vix tubo loogionbus; 
pelalis iriangularibas vet lanceolatis , dense papfUosis, dimidio calycis de»* 
tomm breTîoribus; antberis triangulari-laiiceolatis , infhi rétro replicatis , 
ooonectîYO angusto,superne in appendicem papillosaoi produclo. 

Var. /3. triflda. — Foliis ad f divisis in lobas ires ovato-lanceolalis. 

Bob, — In sepibns ad Caxoeira, prov. Babia. (Marthns, in hb. Monac); Babia 
(Blaocbet, n» 706, pro parte, ann. 1854, in hb. DC , FraQqttev.-r-Lboiaky,in bb. 
Beroi.^ Wawra et Maly, n« 569, anu. 185d-60, in bb. Vindobon.); in sylvis 
scandens pr. Ilheos (Riedel et Langsdorf, mart-sept 1821, in bb. Hort. bot* 
Petrop. — Wawra et Maly, u» 209, ann. 1859-60, in hb. Vindobon.). 

3. — Babia (Blanchet, april. 1851, in hb. DG. — Manias, in hb. Monaa); 
in sylvis scandens pr. Ilheos (Riedel et Langsdorf, mart.-sept. 1821, in hb. 
Hort. bot. Petrop.) ; Brasilia (Sello, n« 229, pro parte, in hb. Berol.). 

Obs. — Le type de cette espèce diffère beaucoup du G. Sello- 
wiana Nob. {Anguria Sellowiana Schidl), lequel se rapproche 
davantage de la var. trifida. Celle-ci se reconnaît k ses feuilles 
beaucoup plus petites que celles du G. Sellowiana, plus glabres, 
plus épaisses et plus consistantes, à lobes atténués au sommet, 
et non brusquement et brièvement acuminés; à son inflorescence 
mâle dépassant ordinairement beaucoup la feuille, et non égale 
ou plus courte; à ses fleurs plus nombreuses, plus larges et plus 
courtes ; à son calice presque glabre, et non densément pubeseent, 



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( 40 ) 

à dents lancéolées-linéaires , moins dé deux fois plus longues 
que le tubCf et non linéaires-subulées, près de trois fois plus lon- 
gues que le tube; à ses pétales égalant ordinairement la moitié 
ou les trois quarts des dents du calice, triangulaires-aigus, et non 
quatre fois plus courts que les dents du calice^ linéaires-oblongs , 
obtus. 

SI. G. Francavllléana Nob. — G. caule gracilissimo , sulcalo, leviier 
piibescente; foliis bre?iter peiiolatis, membrauaceis, utrinque modice pubes- 
centibns scabris, basi cordatis , profond issime trilobatis, lobis lanceolatts, 
loDge acuminatis, deatibus subulatis remotis marginalis; floribus masculis 
20-30, parvis, longe pedicellatis, ra racemum brevem aggrfgatisad apicem 
pedunculi commuais longe folium excedentibas ; calyce cocdneo, leviter 
pobesoenle, tubo oblongo, dentibus lineari-lanceolatis, in angulo recto patulis, 
inaequalibas, dimidio tubi brevioribus; petalis minimis, lineari-lanceolatis , 
conniventibas, leviter granulosis ; anlheris lauceolatis, infra relro replicatts , 
appendice satis longa, lîneari , papillosa coronatis. 

Bah. — San Gabriel, mart 1852 (Spruce, n« 2125, in bb. Franquev., Beatb. 
et HooL). 

Obs. *- Nous dédions cette espèce h M. le comte Albert de 
Franqueville qui met si généreusement k la disposition des bota- 
nistes descripteurs les immenses richesses accumulées dans son 
vaste herbier. Outre les collections distribuées par la plupart des 
explorateurs des contrées lointaines depuis un demi-siècle, les 
riches herbiers de Steudel et d*AchiIle Richard se trouvent fon- 
dus dans celui de M. le comte de Franqueville, qui a bien voulu 
nous confier toute la famille des Cucurbitacées de sa collection. 

Le G. Francavilleana a quelques rapports avec la variété tri- 
fida du G, Wawraei Nob., dont il se distingue immédiatement 
par les dents du calice très-élalées , moitié plus courtes que le 
tube, et non dressées ou à peine étalées, plus longues que le tube* 

32. G. brevilloni Nob. — G. caule gracili, sulcato, pubescenle; foliis bre- 
viter petiolatis, utrinque leviter pubescenti scabris, basi emarginalis, usque ad 
médium divisis in lobos très, latos, divaricatos,triangulari-ovatos, aculos paulo 
obtusiore, dentibus minimis subulatis remotis marginatis; floribus masculis 
parvis; longe pedicellatis , satis numereee oongestia ad apicem pendiracuH 



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(« ) 

commanjs folium aequantis Tel paulo excedeDlis; calyce pubescente, coccineo, 
tabo breTissimo, globuloso, deotibus fere tam lalis quam longis, tubo 2-3- 
plo breTioribus; pelalis fere calycis deotibus aequanlibus, triangularibus, 
ooDDiveDtibus, papillosis; antberis oblongis, infra retro replicalis, connecliTO 
îodorso Ytlloso, saperne in appendicem papillosam producto. 

Var. j3. subintegrifolia. — Lobo medio foliorum latiore, lateralibus bre- 
vioribus aljquaodo fere nullis. 

Bah, — lu Guiana. — a. Paramaribo (Wullschlagel , n» 981 , In hb. Bruxel.). 
— /3. Cayenne (in hb. DC). 

Obs. — La brièveté des fleurs de cette espèce, qui ne sont 
gnère plus longues que larges, permet de la distinguer facilement 
de toutes celles du genre Gurania. La longueur des pétales parait 
varier légèrement : tantôt ils sont un peu plus courts que les 
dents du calice, tantôt un peu plus longs. 

33. G. Damortleri Nob. ^ G. caule strialo, glabro; foliis breviler petio- 
laiis, irifoliatis, petiolulis petiolo multo brevioribus, foliolis obloogo-Ianceo- 
lalis, breviter acuminatis, margine brevissime subulato-denticulatis . utrioque 
sparse puberulis, laleralibus inaequalibus, semicordatis; pedunculo masculo 
folium snum longe superaute, apice subspicato multiûoro; floribus medio- 
cribus, sessilibus; calyce coccineo, pubescente, tubo ovoideo, denlibus trian- 
gulari-lanceolatls, subpatulis, lubum aequantibus; pelalis dentibus calycis 
doplo vel triplo brevioribus, (nanguiari-lanceolatis , dense pills brevibus 
obduciis, papillosis, uonnuiïis pills longis et ad apicem turgidis intermixtis; 
aiilheris oblongis, infra relro replicatis, appendice brevi, triangulari breviter 
papillosa coronatis. 

Bab. — in Brasilia prope Bahia (Blanchel, n^ 1032, In bb. Bruxel.)' 

Ob$. — Nous dédions cette espèce à M. le Ministre d'État B. Du 
Mortier, directeur scientifique du Jardin botanique de TÉtat et 
président de la Société royale de botanique de Belgique depuis sa 
fondation. Nous ne l'avons vue que dans Therbier de Martius, que 
possède le Jardin botanique de Bruxelles, et nous sommes heu- 
reux de pouvoir attacher le nom de M. Du Mortier au premier 
travail pour lequel ce riche herbier est mis & contribution en Bel* 
gique; notre intention par cette dédicace est de rappeler les im- 



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(42) 

mcnses services qu*n a rendus aux botanistes belges, tant en obte- 
nant Tacquisition de cet herbier, qu'en provoquant la création 
d'un Jardin botanique de l'État en Belgique. 

34. G. Candolleana Nob. — G. caule gracili , profunde sulcato , pilis longis 
lanaiis sparsis obdacto sicul petiolis et pedunculis; foliis bre^iter petiolalisi 
trifolialis, peliolulis petiolo multoties brevioribus, foliolis oblongo-lanceolalis, 
acutis vel acuminatis, margJDibus dentibus subulatis brevissimis instractis, 
utrinque pilis sparsisobductis, medio cuneato, lateralibus inaequalibus semi- 
cordatis; pedunculo masculo foltum suum longe superante, apice subracemoso 
multifloro; floribus minutis, breviter pedicellatis; calyce coccineo, pubes- 
cente, tubo ovoideo, dentibus trïangulari-lanceolatis, dimidio tubi brevio- 
ribus; antherts oblongo-linearibus , infra rétro replicalis, appendice brevi, 
lata, triangulari , papillosa coronaiis. 

Bob. — In sylvis Brasiltae prope Bahia (Blanchet, n" 12i, ann. 1851 et 
n« 1806, ann. 1834, in hb. DG. — Lbotzky, in hb. Berol.). 

Obs. — Nous dédions cette espèce k M. A. De Candolle, qui a 
bien voulu nous confier les Cucurbitacées américaines de son 
grand herbier. Qu*il veuille bien accepter cette dédicace comme 
l'expression de notre vive reconnaissance. 

35. G. coccinea Nob.— G. caule gracili, sulcaU), pilis longis sparsis 
obducto, sicut peliolis; foliis breviler peliolatis , triFoilatls, peliolulis brevis- 
simis, foliolis lanceolatis, acutis vel breviter acuminatis, marginibus dentibus 
subulalis brevississimis instmetis, utrinque pilis sparsis obductis, lateralibus 
inaequalibus subbilobis ; pedunculo masculo folium suum brevlore^ apice sub- 
spicato, plurlfloro; Ooribus parvis, breviter pedicellatis ; calyce roseo-coc- 
cineo, glabro vel nonnullos pilos longos gerente, tubo ovoideo, dentibus 
lineari-lanceolatis, erectis, tubo paulo longioribus; petalis flavis, triangulari- 
lanceolatis, papillosis, dentibus calycis triplo brevioribus; antberis parvis, 
ovalis, infra usque ad médium rétro replicatis , ad apicem rolundalis et coro- 
natis appendice subnulla , leviter papillosa. 

Hab, — « Cbagres, Isthmus of Panama, mari. 1850 • (Fendler, n« 125, in 
bb. Hook.). 

36. G. diversifoifa Nob. — G. caule gracili, profunde sulcato, pubes- 
cente; foliis breviter peliolatis, trifolialis, peliolulis dimidio petioli brevio- 
ribus, foliolis ovato-oblongis vel oblongo-lanceolatis, acuminatis, marginibus 



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(43) 

deotibus subolalis brevissimis iDstruclis^ ulrinque brevUer pubescentibus , 
lateralibas inaequalibus, semicordatis ; peduDCulo folium suam longe supe- 
rante, apice subumbellalo , 12-20-floro; fioribus mediocribus , salis longe 
pedicellaiis ; calyce pubescente, tobo ovoideo, subnigre rubro, deniibus 
«rectis, lineari-lanceolaUs, coccineis, inaeqoaiibus, tubo longioribus^ petalis 
brevissimis, triangulari-lanceolatis , papillosis; anlheris oblongis, infra retro 
replicalis, appendice brevi, iriangulari, papillosa coronatis. 

Yar. 0. angustiroUa. — FolioHs brevioribus, lanceolatis vel oblongo-lan- 
ceolatis, lateralibas persaepe plus minusve bilobalis. 

Var. y. qainquefolia. — FolioHs parvis, anguste lanceolatis, irillosissimis, 
hleralibus profundissime bilobatis vel bifoliolalis, foliolis externis mullo bre- 
Yioiibas. 

Rah, — In Guiana gallica. — a. Secus fluv. Haroni (Melinon, n^* 53, 71 et 
490, ann. i861-1862, in hb. Mus. Paris.); in Guiana , januari 1855(Walls- 
cblagel, n« 1474, in bb. Bruxel.). 

/3. Secus fluv. Maroni (Melinon, n« 307, p p., ann. 1861 et n» 410, ann. 1862, 
in bb. Mus. Paris ). 

y, Secus fluv. Haroni (Sagot, n« 1055, ann. 1857, in bb. Mus. Paris.). 

37. G. LInklana Nob. — G^caule gracili, profunde sulcato, leviler vil- 
loso; foliis brevller peliolatls, trifoliatis, pedolulis dimidio petioli brevio- 
ribus, foliolis lanceolato-linearibus, acuminatls , marginibus dentibus subu- 
latis inslructis, ulrinque brevller pubescentibus , lateralibus profundissime 
bilobalis, lobis externis mullo brevioribus, divaricatis; pedunculo masculo 
folium suum superanle, apice racemoso, multifloro; fioribus minulis;pedi- 
cellis longis gracilissimisque ; calyce coccineo, leviler lanato-pubescente, tubo 
ovoideo-elougalo , deniibus lineari-Ianceolalis , ereclis , tubum subaequan- 
tibus; petalis leviler papillosis, dimidio calycis denlorum brevioribus ;antberis 
parvis, oblongis, infra reiro replicatis, appendice brevi, rotuudala, papillosa 
coronatis. 

Hab. — In Brasilia (Herb. Link, in bb. Berol.). 



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(44) 



D. - HELHONTIA Nob. 

38. H. simpliclfolia Nob.— H. caule gracillimo, sulcalo, glabro; foliis bre- 
vissime peliolatis, simplicibus, integerrimis, penninervibus, ovato-lanceolaiis) 
basi rotundatis vel leviler altenualis, acutis breviler acuminatisve ad apicem, 
tenuîbus, glabris, punctaiis; pedunculo masculo glaberrimo, folio breviore ; 
floribus parvis, numerosis , remolis, palulissimis, brevissime pedicellatis , in 
racemum longum aggregatis, peduncali basim subaltingenlem; pedicellis 
fasciculo mîDuto pilorum sufTuItis; tubo calycis angaslissimo , basi altenualo, 
raacibusdilatatissimo; dentibus laoceolato-linearibus» reflexis, nonnuUos pilos 
gerenlibus, tubo muUo brcvioribus; peialis cooniventibus, orbicularibus , 
extra papillosis, dentibus calycis longioribus; antheris minimis, faucibus 
calycis insertis, ovalo-rectangularibus , apice emarginatis, nonnullas papillas 
in incisura gerentibus. 

Bab, — In Gulana (Perrottet, n<» 51, ann. 1820, in hb. Mus. Paris, et DG. — 
Parker, in bb. Hook.)^ Cayeniie (in bb. DC.) ; t In flumen Negro ripis secus 
opp. Barra, febr. 1859 » (Spruce, u« 3842, in bb. Benth. et Hook., et n« 1784 ^ 
in bb. Benth.). 

Obs. — Cette espèce a le faciès de YB, leptantha Nob. [Angu- 
ria leptantha Schidl); elle s'en distingue cependant immédiate- 
ment par ses feuilles entières et non trifoliées y et par quelques 
autres caractères moins tranchés. Si la nervation était pédaléc, 
comme dans beaucoup d'espèces d'Anguria et de Guraniay nous 
aurions peut-être pensé k en faire une variété remarquable de 
VH. leptantha; mais comme elle est pennée, cette fusion ne peut 
être admise. 



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PLANTIJN 



EN DE 



PUNTIJNSCHE DRURKERIJ. 



ARTWOORD OP DE PRIJSVRAA6 8TASSART; 

DOOR 

MAX ROOSES. 



KxRsrmBVK : Labwrt, 



(B«fcro«Bd door de Elu T»n Fraaie Lcttcren der Koninklljk* Aeademi* Tan Belgl2, 
den 10 Mel 1876.) 



TOMB XXVII. 



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PLANTIJN 



EN DE 



PLANTIJNSCHE DRUKKERIJ. 



Rond het midden der zestiende eeuw landde te Antwerpen een 
loen nog onbekende yrcemdelÎDg aan en Het er zich , in het jaar 
4550, onder den naam van Ghristoffel Plantijn, aïs burger der 
stad en als Hd der S^-Lucasgilde opschrijven. 

Vooraleer wij uagaan, wat de nieuw aangekomene in zijn 
tweede vaderland verrichtte, om door c werken en volharden » 
faam en bestaan te winnen, is bet noodig dat wij ons rekening 
geven van wat Antwerpen in bet midden der XVI' eeuw was, en 
van hetgeen wij te weten kwamen over Plantijn, v66r bij in die 
stad bet burgerrecbt verkreeg. 

In 1550 was bet eene groote eeuw geleden, dat de welvaart, uit 
den bandel gesproten , van Brugge naar Antwerpen was beginnen 
te verscbuiven en dat de Sebeldestad met bare Nederlandscbe 
zusters om den voorrang was gaan dingen. In de tweede beift der 
XY* eeuw verkreeg zij achtervolgens bet voorrecht van bandel te 
drijven met Engeland, Spanje, Portugal, de Hanzesteden en de 
Italiaanscbe gcmeenebesten , en eer nog die eeuw ten einde ge- 
loopen was hadden al die volkeren en de groote Duitsebe bank- 
buizen bier bunne kantoren en factorijen. 

Door tusscbenkomst van Spanjaards en Portugeezen waren 



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(4) 

hare kooplieden in betrekking met West- en Oost-Indië; langs de 
Hanzestedendreven zij handel metbetNoorden.Eeneganscheeeuw 
duurde die vooruitgang en lang v66r het jaar i 550 bad Antwerpen 
al bare mededingsters in de Nederlanden overtroffen. 

Hare jaarmarkten waren de meest bezocbte, baar stroom de 
meest^bevaren, bare betrekkingen de uitgebreidste; bare bankiers 
waren de groote geldvoorscbieters der vprsten van Europa; bare 
bevolking steeg tôt boven de bonderd twintig duizend zielen. 

Niet minder dan baar bandel was bare nijverbeid groot : bare 
weverijen deden niet onder voor die der andereVlaamscbe steden; 
bare goudsmederijen kenden bun gelijke niet; de scbeepsbouw, 
de bewerking der metalen, de suikerraflinaderijen en zoovele 
beroepen, als er uit den bandel en eene groote bevolking voort- 
spruiten, bloeiden in baren scboot. c SIecbts ëén woord,zegt 
> Guiccîardijn, kan bet gelai der ambacbten noemen, die er uit- 
» geoefend worden, en dit woord is aile, » 

Antwerpen zou gcen Vlaamscbe grond geweest zijn, indien de 
kunst er niet gelijktijdig met bandel en nijverbeid gebloeid badde. 
Met bet verval van Brugge was de boofdzetel der scbilderscbool 
van deze stad naar Antwerpen ovcrgegaan om daar voor eeuwen 
gevestigd te blijven. 

Quinten Matsys leefde bier in 1550, Jan Colpaert stierf er in 
1532; de Patinir van Dinant, Lucas van Leiden, Jan van Hemissem, 
allen kwamen zicb voor kortcren of langeren tijd te Antwerpen 
ycstigcn en de scbool, die op deze meestcrs volgde, boorde er 
nagenoeg gebeel te buis. Lambert Lombard bad er gestudeerd, 
Frans Floris werd er geboren » de oudste ledcn der talrijke kunste- 
naars familiën Van Noort, De Vos, Francken woonden er rond dien 
tijd. 

In de optellingy door Guicciardijn op bet jaar 1560 vermeld, 
vinden wij driebondcrd schilders en beeldbouwers aangeteekend. 

De graveerkunst , die oudere zuster der bockdrukkunst, was 
even rijk in Antwerpens muren vertegenwoordigd. Eene gansebe 
scbaar plaatsnijders leefde daar in of rond 1 550 : Willem Liefrinck, 
Corn. Matsys, de oudste Breugbel, Henri van Cleef, de oudste De 
Jode waren er de bijzonderste van. 



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(5) 

Met de wassende welvaart werd ook de bouwkunst geroepen 
om de stad met openbare of bijzondere gebouwen te Yersieren. 
Goder Keizcr Rarels regeering en meestendeels door de koortsige 
werkzaamheid van Van Schoonbcke zag men de stad gebeel van 
uitzicht veranderen : straten bij straten werden aangcbouwd, 
openbare en bijzondere buizen, merkwaardig door bunne uitge- 
strektheid en hunne kunstwaarde, verrezen als bij tooversiag. De 
Beurs, bel Stadhuis, het VIeeschhuis, bel Oostersbuis, het Hessen- 
bais, in een woord bel grootste deel der burgerlijke gebouwen, 
die nog het sieraad der stad uitmaken , rezen allen rond de belft 
der XVP eeuw op. 

In dcnzelfden tijd bloeiden er de letteren, de wetenscbappen, 
het onderwîjs. Antwerpcn bezat toen het eenige Nederlandscbe 
dicbterstalent, wiens naam met rocm vermeld staat in de geschîe- 
dénis onzer letteren : de refereindichtsler Anna Byns. De ber- 
boren klassieke letterkunde, de wetenschappelijke ontwikkeling, 
zoo merkwaardig in die eeuw, vonden er ijverigc beoefenaars. 

Wat uitgebreidhcid het onderwijs er verkrcgen had kunnen 
wij opmaken uit het welsprekende feit, dat in 1568 twintig 
schoolmeesters en dertig schoolmecstersen ter verantwoording 
werden gedaagd als verdacbt van de Lutbersche Icer toegenegen 
te zijn ^ Maar gcen beter bewijs van de weelde en den bloei van 
Antwerpen op elk gebied dan het befaamde landjuweel van 1561. 

Eene gansche stad gedurende eene voile maand een letterkundig 
feest vierende, waar elke Rederrijkkamcr ora strijd hare koste- 
lijke kleedcren, hare zinnebeeldige wagens, haren ongehoorden 
en waarlijk buitensporigen feestsmuk uitstalde en zich te goed 
deed aan pralende geleerdbeid , aan spitsvondige scheppingen van 
rijraelaars en poêtcn en aan de koninklijke gastvrijheid der Scbel- 
destad, de koningin van den lande; dit mag door de eeuwen 
hccn als een brandpunt gelden, waarin de stralen van Antwerpcns 
glans saraenliepen, wanneer zij het boogste punt hunner macbt 
bereikt hadden. 

Wie kon, wie mocht verwachten, dat die boogste blijk van bloei 

* Mertbns et ToRFS, IV, 449. 



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(6) 

ook een kecrpunt raoest aanduiden in Antwerpens welvaart? Wie 
nioest nietdenken, dat daar eene onbegrensde toekomst openlag 
voor ieder, wie werken wilde, en vooral voor hem, die tôt zijnen 
werkkring een vak koos, waar kunst en nijverheid en handel 
elkander de hand geven? Dit hoopte en dacht voorzeker Plantijn, 
toen hij zich hier kwam nederzetten, dit bctrouwen lokte en 
hield er hem, zelfs in de moeilijke dagen, die welhaast voor de 
stad zouden aanbreken en die, helaas ! zich tôt eeuwen moesten 
verlengen. 

Antwerpen was zoo mogelijk nog meer de hoofdstad der druk- 
kunst in onze gewesten dan die van de andere uitingen der men- 
schelijke bedrijvigheid. Van de vijf-en-zestig gekende printers, 
die in de XV* eeuw hun beroep in de Nederlanden uitoefenden, 
leefdcn er dertien te Antwerpen. Er moeten daar in de XVP eeuw 
nîet minder dan twee honderd verschillende boekdrukkerijen 
bestaan hebben! 

Door hare weclde, door hare uitgebreide betrekkingen met 
andere landen werd zij eene gistplaats der nîeuwe gedachten , die 
in Earopa oprezen en hun bestaan te danken hadden aan het 
samentreffen van de uitvinding der boekdrukkunst met de her- 
geboorte der klassieke en nieuwe wetenschappelijke studiën en 
met het prediken der godsdienstige hervormingen : deze drie 
feiten werkten als oorzaken tevens en als gevolgen op elkander. 
Zoo de klassieke hergeboorte , de wetenschap en de hervorming 
oneindig veel aan de boekdrukkunst te danken hadden, zoo was 
deze hun niet minder verschuldigd. In de eerste eeuw van haar 
bestaan had zij eenen ongeloofelijk hoogen trap van ontwikkeling 
bereikt : de doorluchtige stamhuizen van de Aldi, de E^tiennes, 
de Frobens, waren reeds volop aan het werken en hadden de 
letteren verrijkt met de onsterfelijke meesterstukken der oud- 
heid, in ongeëvenaard schoonen vorm vcrmenigvuldigd. Antwer- 
pen stond niet ten achter tegen de steden, waar Gutenbergs kunst 
het bloeiendst was. 

Als bewijs daarvan moge gelden , dat er hier in de eerste heift 
der XVI* eeuw niet minder dan twee-en-zeventig verschillige 
geheele of gedeeltelijke uitgaven van den Bijbel verschenen en 



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(7) 

dit in allerhande talen : Vlaamsch, Latijn, Engeisch, Zweedscb, 
Deensch, Fransch, Italiaansch en Spaartsch. 

Toen Plantijn zich in Antwerpen nederzette waren cr niet 
minder dan dertig drukkerijen aan het werk ; nieer dan de belft 
Tan het getal dergene^ die toen op het grondgebied van het 
tegenwoordige Bclgië bestonden. Sommige dezer waren oude 
Ântwerpsche buizen , die reeds vroeger aanzienlijke werken bad- 
den laten verscbijnen en nog in voile bedrijvigbeid waren. Tus- 
sehen ben mocst de nicuw gekomene zich ecne plaats veroveren 
en deze werd, wij wcten het, dank aan zijn werken en volhar- 
den, geene gerînge, maar de cerste, de schittcrendste van aile. 

Wat weten wij nu van Plantijns bestaan v66r zijne nedcrzet- 
tîng te Antwerpen? 

Zijn grafsteen zegt, dat hij geboren was te Tours (in Frankrijk) 
en dat bij vijf-en-zeventig jaar oud was, toen bij don l'^'' Juli 1589 
stierf <. Het jaar zijncr geboorle is dus 1514. Zijn naam luidde 
oorspronkelijk Christophe (Cbris(ophle) Plantin, hij vervlaamscbte 
hem in Christoffel Plantijn en verlatijnschte hem in Christophorus 
Plantinus. Het scbijnt minder juist te zijn. Tours zelve als zijne 
geboorteplaats aan te geven ; vroeger reeds duidde men biervoor 
het dorp S'- Louis nabij die stad aan; tbans mag men het cr voor 
houden, dat het niet dit laatste was, maar wel S'-Avertin, een 
dorpje, op een uur afstand van Tours gelegen, waar zijne wieg 
stond'. Zijne familie woonde er later nog en de dragers van zijnen 
naam zijn er tôt op heden in groot getal voorhanden. Dat bij den 
meer bekenden naam der naburige stad verkoos boven dengansch 
onbekenden naam zijns geboortedorps komt gebeel overeen met 
de gewoonte der geletterden van die dagen. 

J.-B. Van der Straelen, in zijn geslacbtlijst der familie Plantijn ', 

' Ghristophoro Planlino Turonensi.. yixit ann. LXXV. desit hic viveiH3 kal. 
Quinctil. anno Ghrisli M.D.XXCIX. 

* Schriflelijke mededeeling der heeren Maine yan Tours en graaf Glémeni 
de Ris. 

• Geslagtlyste der nakomelingen van den vermaerden Christoffel Plan* 
tin, enz,9 door J.-B. Van der Straelbh , uitgegeven door P.-Tb. Mcons-Van 
der Straelen. Antwerpen, P.-E. Janssens, i858. 



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(8) 

deelt ons (bl. 7) den inhoud mede van een oud t^ransch geschrift, 
dat een van Plantijns afstammeliogcn, J.-B. Van der Aa, die van 
1780 tôt 1848 leefde, onder zîjne familie-papieren bewaarde en 
dat, moest bet hecbt zijn, zeer kostelijke inlichtingen over Plantijns 
eerste jaren zou geven. Volgens dit stuk was onze drukkcr van edele 
afkomst; zijn vader, Charles de Tiercelin, heer van La Roche du 
Maine, was een man, die meer lust dan geluk in den oorlog had 
en die, na ontelbare legertochten medegemaakt te hebben, in ar- 
moede stierf. Tweç zijner zonen verlieten uit hoofde van cenige 
ontevredenheid bet vaderlijk buis om zieh te Caen in Normandie 
te vestigen , waar beiden bunnen adellijken naam tegen de zeer 
burgerlijke bijnamen van Plantain en Porrée of Poirée (weegbree 
en beet] verwisselden. 

Plantain (onze Plantijn) Icerde dan bet boekbinden bij eenen 
boekverkooper te Caen, die terzelfder tijd boekbinder was. In dit 
huis knoopte bij kennis aan met ioanna Rivière, gcboortig van een 
dorp bij Caen, en buwde haar op haar vrjf^en-twintigstejaar. Na 
hun huwelijk kwamen zij zieh te Antwerpen vestigen, waar zij 
op de verdieping der Beurs eenen winkel openden : bij van boe- 
ken, zij vanlinnen. 

Zoo verteit ons bet stuk, dat wij niet stilzwijgend konden voor- 
bijgaan, omdat bet in een hoofdwerk over ons onderwerp voor- 
komt en er daar en elders groot belang aan gebecht wordt. Stellig 
bevat bet eenige waarbeid, maar te veel^omstandigbeden van ver- 
dachtcn aard komen er in voor, dan dat wij bet als eene gansch 
geloofwaardige bron zouden beschouwen. 

Wat vooreerst den adellijken oorsprong van Plantijn bctreft, 
wij zouden zeer wel kunnen aannemen, dat bij in dageu van 
ongeluk en gebrek liever den vaderlijken naam niet te kort deed 
door bet uitoefenen van eenig oncdel bandwerk, maar wij begrij- 
pen niet, dat, toen bij later in blakende gunst bij groolen, en bij 
cigen en vreemde vorsten stond, en de armoede voor goed was te 
boven gckomcn, bij nooit een eokel woord van zijnen doorlucb- 
tigen oorsprong zou gerept hebben; nog minder laat bet zieh 
begrijpen, dat hij nooit iets van zijnen vermeenden adel aan zijne 
vrouw en kinderen zou meegedeeld hebben. En dit moest hij wel 



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(9) 

niet gedaan hebben, vermits een eeuw na zîjnen dood, toen zijne 
Antwerpsche afstammelîngen geadeld werden, er geen spoor van 
herinnering aan den rang en het wapen van hunneo stamvader 
in de familie meer aaowezig was. 

Ifaar wat nog beter dan al de innerlijke onwaarschijnlijkheden, 
de onechtheid yan bet stuk bewijst, îs dat Charles, graaf van 
La Roche du Maine, die Plantijns vader zou geweest zijn en die 
inderdaad een der doorluchtigsie Fransche hecren van zîjnen tijd 
op het slagveld en aan bet hof was, zes zoneu achterliet, wier 
namen gekend en aangeteekend zijn en onder welke die van 
Piantijn noch die van zijnen gewaanden broeder Porret gevonden 
worden *. 

Een ander reeds overtollig bewijs der onechtheid van het stuk 
is dat de Porret, waarvan het spreekt, geen broeder van Piantijn 
was^ maar dat zij alleenlijk samen in het huis van Porret*s oom 
waren grootgebracht'. 

Wij houden de oorkonde van Van der Aa dan ook voor een dier 
verzinsels, uitgebroeid door ecnen edelman, die zijn wapen als 
wat te jong aanzietof door eencn geslachlkundige, die aasde op den 
dwazen boogmoed van een der onbekende nakomelingen van 
den te recht beroemden Piantijn, die zijnen stamvader al te bur- 
gerlijk zou geacht hebben, zoo bij niet een edelman ware geweest, 
vooraleer een drukker te worden. 

Wat bemaanspoorde om nu juist den béer deTiercelin als vader 
van onzen drukker uit te kiezen, zal wel de booge beroemdheid 
van dit buis geweest zijn, benevens het feit dat bet in degeboorte- 
streek van Piantijn gevestigd was en in de XVP eeuw uitstierf aan 
zijne mannelijke boiren, terwiji bet met de vrouwelijke in dat der 
Pallavicini van Italie versmolt. 

Laat( ons nu zien wat het aangebaalde stuk voor waars bevat, 

^ Geschre?ene geslacbtsboom der familie Tiercelin in 's Rijks bibliotheek te 
Parîjs. 

^ Zie Génard, Vlaamsche school, 1874 (bl. 03 in nota). Opmerluelijk is het 
dat niet alleen Planton en Porret elkander broeder noemden , zonder bet te 
zijn , maar dat hunne Idnderen elkaar den naam van neefgxsen. (Bibliophile 
M^e, i869,p.ii4.) 



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(10) 

en wat wij met zekerheid van Plaotijo weten. Hij verloor zijoe 
moeder, toen hij nog te jong was om haar te keonen en ontweek 
met zijn vader de pest, die in zijn huis woedde ^ Samen trokken 
zij naar Lyons , ivaar de vader, die dus wel van geringen stand 
moest zijn, in dienst trad van den kanunnik^ Claude Porret en zijn 
zoon dezes neef Pierre Porret leerde kennen, met wien hij iramer 
door brocdcrlijke vriendschap vereenigd bleef. Twec drie jaar 
later trok hij met zijn vader en dezes heer naar Orléans en van 
daar naar Parijs. Zijn vader liet hem in deze laatste stad om naar 
Lyons terug te keeren. De jonge Cbristoffcl sludecrde er eenigen 
tijd en ging dan naar Caen in dienst bij eenen boekbinder. Hij 
huwde Jeanne Rivière in die stad en kwam in 1548 of i549 naar 
Antwerpen, waar hij zich als burger liet opschrijven,den 21 " Maart 
1550, en waar hij hetzelfde jaar in de S'-Lukasgilde als cdrucker» 
werd aanvnard. 

Het stuk van Van der Aa vertclt, als vervolg op hetgeen wij er 
hooger van meedeeldcn, dat Cornélius Scribonius Grapheus (Cor- 
nélius Schryvcr), de welgekcnde greffier der stad Antwerpen, 
aan Plantijn, met wiens werk hij hoog ingenomen was, al zijne 
boeken liet bindcn en hem daarna eenig geld voorschoot om 
eenen winkcl te openen in de Roos, bij de Augustijnenkerk, dus 
in de Kammerstraat te Antwerpen. Plantijn kwam daarna volgens 
dczelfde oorkonde op buitcngcwone wijze aan het geld om dezcn 
handel uit te breiden. Rond zekercn vastenavonddag werd hij erg 
gewond door vermomde persoonen, die in hem eenen vijand 
meenden te herkennen. Hij kwam zijne aanvallers op het spoor, 
en tegen betaling eener goede som gclds stemde hij er in toe ze 
bij het gerecht niet aan te klagen. Dit geld diende hem om eene 
- pers en ander gereedschap te koopen, waarmede hij dan zijn 
eigentlijk ambacht op eene kleine schaal begon. 

Inderdaad woonde Plantijn in de eerste jaren zijner nederzet- 
ting bij de Beurs, en verhuisde hij later naar de Kammerstraat. 

1 Deze bijzonderheden zijn ontleend aan een onaitgegeven brief, die Porret 
aan Plantijn schreef op 33 Maart 1567. 
* Obédiencier, noemt hem de aangehaalde oorkonde. 



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(H ) 

Zoo bet waar is dat hij zich eerst < in de Roos » nederzetle , dan 
Terhuîsde hij al spoedig, want de naam van zijn huis in de Kam- 
merstraal is reeds in i 557 c de gouden Eenhoorn. » Dat er even- 
eens waarheid ligt in het verhaal van de aanranding getuigt hy 
zelf In de merkwaardige voorrede van cen boekje, bij hem in 1567 
gedrukt S waarin bij zegt : < Ik koos bet beroep van boekbinder, 
» en de bekomen degensteek dreef mij aan om drukker te worden. » 

Waarschijnlijk is bet dat bij v66r 1555 reeds eenige werkjcs 
sonder belang drukte ^. Vooraleer wij spreken van betgeen bij 
in en na dit jaar liet verscbijnen moeten wij van eene oorkonde 
gewagen, die, sederi bet verscbijnen van bet boog verdicnstelijke 
werk des heeren Ruelens en de Backer wereldbokend werd ge- 
maakten een zeer eigenaardig licbt werpt op bet begin van Plantijns 
drakkerij, welke oorkonde ons als bij toeval bewaard werd '. 

In de bibliotbeek der maatschappij van Nederlandscbe letter- 
kunde te Lciden berust een bandscbrift der XVP eeuw, bevat- 
tende drie werkjes^ welke betrekking bebben tôt de gescbicdenis 
en de leer eener godsdienstige secte, genoemd bet ffuis der 
liefde. 

In dit bandscbrift vinden wij zeer bclangwekkende bijzonder- 
heden, aangaande de betrekkingcn tusscben Plantijn en bet boofd 
dezcr secte, Hendrik Niclaes. Deze laatste was geboren te Munster, 
den zetel der Anabaptislen in 1501 of 1502, en voeldc zich van 
zijne jeugd af geroepen, even als zoovelen zijner tijdgenooten, ora 
eenen nieuwen godsdient te slicbten. 

' La première ei la seconde partie des dialogues français pour les jeunes 
enfans. Plantin. MDLXVII, p. 1 1. 

Gela voyant, j'ay le mestîer éleu, 
Qui m'a nourri en liant des volumes. 
Vntœ rdcêu puis après m'a émeu 
De les écrire à la presse sans plumes. 

' Annales Plantiniennes , par G. Rdblens et A. de Backbr. Bmxelles, 
Henssner, 1865 (p. 6). 

> Zie Bibliophile belge, 1868, p. 121, het artikel Christophe Plantin et le 
mystique Benrik Niclaes, door G. A. Tiele, en Appendice acbter dit artikel 
door C RuELtHS. 



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( 12) 

Hij begaf zich cerst naar Amsterdam, waar hij negen jaar ver- 
blcef en van waar hij, om aan de sirengheid der religie-plak- 
kaarlen teontsnappen, rond 4540 uitweek naar Emdcn in Oost> 
Friesland. 

Daar verbleef hij van 4540 lot 1560 en begon er zijne roi van 
profeet eener nieuwe leer te spelen. In dien tusschentijd stclde 
hij zijne boeken op, die hij eerst liet uitschrijven en daarna 
drukken. De persen van Dirk Van Borne, van Deventer, dienden 
hem om cenige zijner werkcn te vcrmenîgvuldigen. De oudste 
zoon van Hendrik Niclaes woonde te dien tijde in Antwerpen, 
waar hij in vennootschap met andere kooph'eden eenen winstge- 
venden hande|^ dreef. Zijn vader had hem hier meer dan ecns 
bezocht en had er eenige aanhangers voor zijne leer weten aan 
te werven. 

Het Huis der Uefde was eene vertakking dcr secte van David 
Joris, die zelf eene vertakking der herdoopers was. Ook Hendrik 
Niclaes schreef zijne volgelingen voor zich siechts op hun der- 
tigste jaar te laten doopcn. Zijne leer was verder, evenals die van 
David Joris,eene wanstaltige vermenging van broederlijke gelijk- 
heid, die hij predikte, en zelfverhcffing, die hij zocht; van gees- 
telijkc verzuchtingcn en wereldsche wulpschheden en genietin- 
gen; van eene voorgewende gezuiverde godsdienstigheid , die op 
eene grondige ongodsdienstigheid uitliep. 

Niclaes deed zich, als David Joris, voor eene soort van godheid 
doorgaan en kende zich het recht toe van te oordeelen en te 
veroordcclcn op aarde, en aldus de roi te vervullen, aan Christus 
in het jongste gerccht voorbehouden. De liefde moest de band 
zijn, die de leden van het genootschap samenhicld : geene uiter- 
lijke ceremoniën of eeredienst, geen wet nocli regel moesten 
zij hebben dan wat de liefde aangeeft. In andere woorden de 
vereering van zich zelven en van den medemensch aïs Opper- 
wezcn verving den kerkelijken godsdienst. Het moderne rationa- 
lismns of positivismus vond, meenen wij, geen radikaler Ipo- 
chening van het bovennatuurlijke dan hetgene wij ontmoeten in 
dezeleer, wanneer wij haar ontdoen van haar droomerig enmys- 
tiek omhulsel. 



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(15) 

Geen wonder dan ook dat de Daam van libertijnen of vrij- 
geesten gegeven wordt aan de volgelingen van Hendrik Nîclaes, 
aïs hebbende zij geenen godsdient hoegenaamd tenzij met wereld- 
sche inzichten en houdende elk kerkgenootschap voor even goed 
en eyen kwaad. Zij schikten zîch naar de omstandigheden, naar 
Ujd en plaats, en een hunner stelregels was, dat men in zake van 
godsdienst vrij mocht veinzen zooveel men wildc en kon, een 
regel, dien wij ook in David Joris* leer vinden. Een gelijktijdig 
protcstantsch schrijver beweert, dat in die dagen de Roomsche 
Kerk met zulke libertijnen vervuld was^ en dat deze veinzaards 
zieh zeer vijandelijk gedroegen-tegen hen, die zieh om het stuk 
des geloofs lieten martelen ^ . 

Men was rond i 550 en alsdan , zegt de kronijk, die zieh in het 
Leîdenschehandschriftbevindt, bekeerde Hendrik Niclaes tôt zijne 
leer zekeren Christoffel Plantijn^ een Franschman van geboorte. 
Hîj was boekbinder en won zijn brood met werken, overigcns een 
voorzichtig en slim man in de zaken, waar hij proOjt kon uit 
trekken, iets waartoe hij zeer bekwaam was. 

Volgensde kronîjkbegaf Plantijn^die vernomenhad^ dat Niclaes 
verscheidene werken wildc laten drukken, zieh naar Parijs en 
trachtte er zijne vrienden over te halen om den profeet te helpen 
in het uitgeven zijner boeken. Hij bekwam hunne ondersteuning 
en richtte aldus zijne drukkerij te Antwerpen op. Hij behield 
echter het gekregen geld voor eigen gebruik en liet aan Niclaes 
alleen al de drukkosten betalen. 

Daarop wordt verteld, dat Planlijn werkte ten voordeelc der 
nieuwe secte met de leer van Niclaes onder zijne vrienden te 
Parijs te verspreiden. Onder deze was een juweelier, die den 
wensch te kennen gaf , dat na zijnen dood al zijne goederen zou- 
den besteed worden ter verspreiding van dezelfde leer, en die tôt 
uitvoerders van dezen laatsten wil Plantijn en een apotheker van 
Parijs, Perret (Porret, Plantijns boezemvriend) genaamd, aan- 
duidde. 



^ ZieGLAsivs, Biographisch Woordenboek van Nedcrlandsche godsge- 
leerden, ad H. Niclaes; Brandt, Historié der Reformate, 1, 189; A. M. Gba- 
HER, Levtnsbeschrijving van David Joris, 



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( H) 

Rond hetjaari560 werd Niclaes vcrplicht van Emden naar 
Kampen in Overijsel te vluchten. Terzelfder tijd stierf dejuwee- 
lier van Parijs, en Perret borg dezes kleinodiën in zijn huis. 
Plantijn begafzich daarop bi| den medeuitvoerder van het testa- 
ment van den afgestorvenen geloofsgenoot. Gedurende «ijne 
afwezigheid drukten zijne werklieden in zijn huis een verdacht 
boekje, iets wat door een hunner aan den markgraaf van Ant- 
werpen werd verklikt Daarop werd het werk in de drukkerij 
gestaakt, de werklieden gevangen genomen en Plantijns goederén 
verbeurd verklaard. 

Tcrwijl zijne zaken aldus gestrerad waren, begaf Plantijn zich 
naar Kampen en berichtte Niclaes , dat de juweelier gestorven 
was en zijne schatten bij Perret bcruslten. Hij voegde er bij, dat 
hij drie kostelijke steenen voor zich bewaard had als onderpand 
eener som, die de juweelier hem schuldig was. Weinig tijds 
daarna betaalde Plantijn, met de hulp van zijne beroepsgenooten, 
de Bambergers van Reulen, zijne schulden en richttc zich op 
grootschen voet te Antwerpen in, zoodat hij tôt zestien persen in 
gang had en de grootste der Antwerpsche drukkers en boekhan- 
delaars werd. De kronijkschrijver werpt eene verdenking op den 
oorsprong van dit geld en voegt er bij , dat Niclaes met Plantijn 
op goeden voet bleef verkeeren, alhoewel deze laatste zich verder 
weinig van het Huis der liefde aandroeg. 

Ten slotte wordt verhaaid, dat zekere Augustijn Van Hasselt, 
een andcre aanhanger van Niclaes, door Plantijn geholpen werd 
om, rond \ 566, eene drukkerij te Vianen onder de bescherroîng 
van den heer van Brederode ^ te stichtcn tôt het uitgeven van 
kettersche boeken , gedeeltelijk voor Plantijns rekening en om 
later eene drukkerij te Reulen op te richten ten dienste van 
Hendrik Niclaes en toi verspreiding zijner leer. 

Wij verneraen dus hier, dat Plantijn in het begin van zijn 
verblijf te Antwerpen met ketterij zou besmet geweest zijn, dat 
het ketlei^che boeken waren, die hij waarschljnlijk zonder naam 
van drukker, van 4550 tôt 4560, zou uilgegeven hebben, dat er 

^ Dat zulk eene drukkerg werkeiyk bestaan heeft is genoeg bekend. 



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( ^5) 

Da 1560 nog eene veryolgiDg tegen hem werd ingespannea voor 
een boekje dat bij hem gedrukt was, en eindelijk dat zijne goede 
Crouw sterk verdacht word gemaakt door zijne vroegere geloofs- 
genooten. 

Wat al yraagpunten die het moeilijk, misschien onmogelijk zal 
zîjn ooit op te losseu ! Laal ons echter al terstond opmerken dat 
de vcrdenkîngen op Plantijns eerlijkheid geworpen van zeer 
lossen aard zijn. Hij, die ze schreef, was Plantijns vîjand geworden 
en hij geeft daarbij toé, dat onze drukker geld te vorderen had 
Tan de persoonen, die hij zou bestolen hebben. 

Wat er hatelijks en ongegronds in deze beschuldiging moge lig- 
gen, wat er eenigszins onwaarschijnlijks in sommige deelen van 
het verhaal voorkome, dit belet niet, dat de grond der gansche 
geschiedenis eenen onmiskenbaren glimp van echtheid vertoont. 
Planlijn en zijne betrekking tôt Porret, de jaartallen zijner aan- 
komst en vestiging te Ântwerpen, zijne reis naar Parijs rond 1560, 
dit ailes is te juist gekend door den schrijver der kronijk van het 
Huis der liefde, dan dat men hier aan een uit de lucht gegrepen 
sprookje zou mogen denkcn. Daarbij bestaan nog, zooals wij ver- 
der zullen zien, de oorspronkelijke bewijsstukken van de moei- 
lijkheden, aan Plantijn berokkend ten gevolge van het drukken 
door zijne werklieden van het verdacht boekje^ waarvan de kro- 
nijk spreekt. Dat de apotheker Porret zieh later ging vestigen in 
het kettersche Leiden, waar tocn ook Plantijn verbleef en waar 
dezes sehoonzoon van Ravelingen, waarscbijnlijk zelf tôt het calvi- 
nismus overgegaan, zieh voorgoed neerzette, zijn zoovele feiten 
die deze vermoedens klem bijzetten. Tôt nader bewijs van het 
tegenovergestelde moeten wij dus wel cenig geloof hechten aan 
de betrekkingen tusschen Plantijn en de secte van Hendrik Niclacs^ 
kortsnal550. 

De werkjes, die hij in de eerste jaren drukte, bleven ons geheel 
onbekend; het eerste boek^ waarvan wij met zekerheid weten, dat 
het door hem uitgegeven werd, verscheen in 1555 onder den titel 
van < La institutione di una fanciulla nata nobilmente, vergezeld 
van eene fransche vertaling : L'institution d'une fille de noble 
fnàison; traduite de langue tuscane en François. En Anvers de 



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(IC) 

rimprimerie de Christofle Plantîn,avec privilège, 1555.» Het werd 
door den drukker opgedragen aan Granimey den stedelijken ont- 
vanger van Ântwerpen, en Plantijn vermeldt in die opdracht, dat 
hij het aanbiedt < als het eerste knopje in zijn drukkerstuin ont* 
sproten. » Wel een bewîjs, dat zijne vorige drukjes niet vecl 
konden beteekenen. 

Een der weinige exemplaren van dit werkje, welke tôt ons 
gekomen zijn, draagt aan den voet van het titelblad c En Anvers 
chez Jean Bellerc, à l'enseigne du Faucon, avec privilège 1555; 
terwijl het op het eindblad de vermelding draagt < de Firapri- 
merie de Ghr. Plantain, i 555. » 

Het is dus klaar, dat dit boekje gedrukt en uitgegeven werd in 
samenwcrking door Plantijn en Bellere (of Bellerus, Beelaert, Bee- 
laerts *). Laat ons hier opmerken , dat Plantijn in de eerste jaren 
zijner loopbaan als drukker dikwijls met medewcrking van eenen 
beroepsgenoot zijne boeken uitgaf. Zoo vinden wij van 1555 lot 
1564 op talrijke werken zijnen naam met dien van Jan of Petrus 
Beelaert, Steclsius, Jan Van Waesberghc, Willem Silvius en Aar- 
nout Birckman verscbijnen. Het valt zelfs niet te betwijfelen, dat 
ook in veel later jaren Plantijn tôt andere drukkers zijnen toe- 
vlucht nam, hetzij als medeuitgevers, hetzij als helpers. Zoo dra- 
gen de Decretalia Gregorii van 1573 de verbonden drukmerken 
van Plantijn, Steelsius en Nutius; ja de Opéra Fulgentii van 1573 
en de DeccUogi Elucidatio van 1576 werden te Leuven gedrukt 
op de kosten en met de letters van Plantijn. In latere jaren ge- 
beurde dit ongetwijfeld tôt verlichting van overlast aan werk» 
maar in den beginne zal het wel aan bekrompenbeid van midde- 
len te wijten geweest zijn. 

In 1555, het jaar zijner eerste gekende uitgaaf, woonde Plan* 
tijn dicht bij de nicuwe Beurs (cerca de la Boisa nueva, près la 
Bourse neuvé)^ en door dit woord moeten wij de Beurs verstaan, 
die toen kort geleden gebouwd was op de plaats, waar de Ant- 
wcrpsche Beurs nog staat. In 1556 woonde hij nog daar, maar 
van 1557 tôt 1561 luidt zijn adres < in den guldcn Eenhoorn, in 

• Liggeren der Sint-Lucas gilde, 1, 214. 



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(17) 

de.Rammerstraat » {en la rue de la Chambre, à la Licorne d^or)^ 
de wijk dcr Antwerpsche drukkers. 

Iq 1364 bracht hij zijne werkplaats en zijnen boekhandel over 
naar een ander huis in de Kammerstraat, tusscheo de Berg- en 
de Valkstraat, vroeger de groote Valk genoemd en toen door 
Plantijn herdoopt onder den naam van den gulden Passer '. 

In 1565 kocht hij het huis den kleinen Valk aan, gelegen op 
den hoek der Valkstraat naast datgene wat hij reeds hezat, aïs ook 
een derde, gelegen in de Valkstraat en genoemd de Beitel, In deze 
drîedubbele wooning bleef hij nu , totdat hij in 1579 ^ zijne druk- 
kerij overbracht naar de Vrijdagsche markt, latende zijnen boek- 
winkel in de Kammerstraat aan zijnen schoonzoon , Joannes Moe- 
returf ', over. 

Het huis de groote Valk of de Valk, dat Plantijn in 1564 
betrok, was vroeger bewoond door Jan Beelaert, met wien hij, 
zooals wij zagen, in handelsbetrekkingen stond. De nieuwe naam, 
dien Plantijn aan dit huis gaf, nam hij van het zinnebeeldig druk- 
kersmerk, dat hij in 1 558 aannam en waarschijnlijk reeds in 1 561 
tôt uithangbord aan het huis gegeven had , dat hij toen bewoonde. 
Drie dcr werken toch, gedrukt in 1561, dragen het adres : Ant- 
verpiae ex offîcina Christophori Plantini sub circino aureo. De 
werken, die hij in 1555 en 1556 uitgaf, droegen als kenteeken 
eenen boom, tegen wiens dikken stam een wijngaard opklimt, die 
de kroon van den boom met druiventrossen overlaadt, terwijl een 
wijngaardenierde waterscheuten tegen dengrond afsnijdt. In eene 
eirondc lijst, die rond dit beeld loopt, leest men : Exerce impe- 
rium et ramos compesce fluentes. De lijst zelve is omzoomd door 
een nagenoeg vierkant schild in de bovenste hoeken met salers be- 
zet.Sommige boekwerken in 1556 en in 1557 gedrukt dragen aïs 
drukmerk eenen wijngaard met het opschrift: Christus vera vitis. 

In 1558 zien wij het kenmerk van den gulden passer verschij- 

^ Van der Straeleic, p. 8, met venvijzing naar de Scabinale acien. 
' GERARD, Levenschets van Comelia van KUl, bl. 18. 
' Moerelurf, De naam wordl op veierlei wijzeo geschreveD , ook op deze , 
die eenen klaren zin geefu 

Tome XXVII. 2 



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(18) 

lien, dat nu of nimmer meer moest onftroond worden. Het ver- 
beeldde eene hand» uit eene wolk te voorschijn komende en eenen 
passer openlioudende, waarvan de eene puni op eene tafel'rust, 
terwijl de andere er een kring op trekt. Tusschen de punten van 
den passer of boven of rond deze afbeelding is een Hnt geslingerd, 
waarop de leus : Labore et constantia, te lezen staat. De vorm 
dczer teekening is zeer afwisselend ; moest men de vcrschillende 
bewcrkingen optellen, men zou er ten minste honderd vinden, 
gebruikt door Plantijn of zijne navolgers , nu cens armoedig en 
eenvoudig, dan eene wezentlijke kunstplaat vormendc. De inlijs- 
ting van het schild is niet minder uitccnloopend. Nu eens bestaat 
zij enkel uit het lint met de kenspreuk ; dan is het een min of 
meer rijk versierd rond ofovaal, aan de binncnzijde de kenspreuk 
dragende; gewoonlijk echter zijn het twee allegorische figurcn, 
een man : landoouwer, Hercules, of engel in Hercules vermomd, 
die het werk {Labor) en eene vrouw, die de standvastigheid (Con- 
stantia) verbecidt. 

Evenals de twee houders van het schild, had de passer ook eene 
zinnebeeldigc beteekenis : de rustende punt verbecidt de stand- 
vastigheid, de zwaaiende het werk. Plantijn zelf Icgt ons dit uit, 
waar hij sprckende van de platen der Biblia polyglotla zelve de 
beteekenis van zijn drukkersmcrk vcrklaart : c Aan de andere zijde 
ziet gij het zinnebeeld des drukkers, den passer, vaststaande op 
den eenen punt en wcrkende met den anderen '. » 

Beter Icus kon Plantijn niet kiezen : hij was wel degelijk een 
man van werken en volharden ; gansch zijn leven is daar, om het 
te bcwijzen. Nauwelijks had hij eene onderneming ten eindc gc- 
bracht, of zijn geest ging reeds zwanger van eene andere, eene 
nieuwe, eene grootere. Op het oogenblik dat hij als zelfslandig 
man optrad, bezielde hem het voornemen zijne loopbaan tôt het 
einde toc te doorloopen en niet te zwichten voor bezwaren van 
welken aard ook. En de man zonder geld, zonder betrekkingen, 

' « Ex altéra vero parte PlantiDi lypographi symbolam est circinus , altère 
» pede tixo, altero laborante. » (Tabularum explic, per C. Plantinum. — 
Biblia regia II.) 



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(19) 

laogen tîjd zonder ooderstand, begon moedig zijnen levenstrijd, 
âteuaende alleea op eigen arbeid, op eigeD geesteskracht. Ziekten 
kwamen hem aan zijn bed kluîstercn; de woelige tijden kwamen 
zijnen haodel yerstoren en verlainmen; de hulp, hem van hooger 
hand toegezegd, wanneer hij zijne stoutste onderneming begon , 
bleef uit;hij moest zich tegcn lagen prijs van zijn eigendom ont- 
maken; de wijk nemen naar eene andere stad : maar nimmer ont- 
zonk hem de moed; altijd even wakker hervatte hij zijnen arbeid, 
zijnen kamp van aile dagen en op het einde zijns levens mocht 
hij met fîerheid wijzen op het bereikte doel, de faura en de for- 
tuin , rechtmatig verworven door werk en volharding. 

Gering waren zijne eerste beginsels , maar snel zijne opkomst. 
In 1555 drukte hij vier werkjes, waaronder twee vertalingen, 
een nadruk , en een klein oorspronkelijk boekje , ailes te zamen 
663 bladzijden ^ 

In 1556 geeft hij insgelijks vier werken uit, éëne vertaling, 
één nadruk en twee oorspronkelijke boekjes : ailes te zamen 
783 bladzijden. In 1557 geeft hij reeds acht werken uit, waaron- 
der zes oorspronkelijke van grooteren omvang. In 1558 stijgt het 
getal tôt vcertien, waarvan het meeste deel van wezenllijk belang 
zijn. 

In 1561 klimt het tôt zestien; in 1564 tôt twee-en-dertig; in 
1566, het twaalfde jaar na zijne vestiging, gaat het tôt zes-en- 
veertig. Van deze zes-en-veertig werken zijn er zeven-en-twintig, 
waarvan ons het getal bladzijden opgcgeven wordt, dat 6,792 
bedraagt; nemen wij nu aan, dat de negentien, waarvan het 
getal bladzijden niet opgegeven wordt, gemiddeld van gelijke 
groolte zijn, dan zien wij, dat Plantijn in het twaalfde jaar zijner 
werkzaaraheid nagenoeg 12,000 bladzijden drukte en uitgaf. 

En niet alieen groeiden zijne uitgaven in getal aan, maar ook 

' Zie RoELENS 80 De Backer , Annales Plantiniennes. Wij kunnen alieen 
de opgaveD van dit koslelijke werk aanhalen, maar moeten tocb opmerken, 
dat volgens het getuigenis zelf van den bijzondersten medewerker het boek 
zeer onvolledig is , en b^ eene nieuwe uitgave haast een vierde meer dan de 
DQ opgegevene boeken zal bevatlen: ongeveer 1,300 nummers in plaats van 
1,047, welke het nu telt. 



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( 20) 

in belangrijkhcid en yerschcidenheid naraen zij van janr tôt jaar 
toe. Zoo de allcreerste onbeduîdend waren, zien wij toch dat 
Plantijn al spoedig zijnen werkkring uitbreidt. In 1557 drukt hlj 
zijn cersle woordenboekje en zijn ecrsle getijdenboek; bet jaar 
daarna verscbijnen zijneeerste Latîjnscbe klassieken; wedereen 
jaar en zijn eerstc Lalijnsche Bijbel, aïs ook zijn eerste w^rk met 
platen opgcluisterd komen uît; in 4560 drukt hlj voor het eerst 
in het Grieksch; tii^ee jaar later drukt hij reeds een woordenboek 
in vier talen : Grieksch, Latijn, Fransch en Nederlandsch, en weer 
twec jaar later greft hij zijnen eersten Bijbel in het Hebreeuwsch 
uit. In 1565 of 1566 had hij de eerste zijner uitgaven van Dodo- 
nacus bezorgd en in dit laatste jaar was er nauwelijks nog eenîg 
gebicd van letteren of wetenschappen, in hetwelk hij niets drukte ; 
godsgeleerdheid en wijsbcgeerte, rechtsgeleerdheid en natuur- 
kunde, geschiedenis en aardrijkskunde, taalkunde eh fraaie let- 
teren, dit ailes was reeds in de uitgaven van Plantijn vertegen- 
woordigd. 

Die snelle vooruitgang was allcen gestremd geworden in de 
jarcn 1562 en 1563. In plaats van zestien werken, zooals hij in 
1561 uitgaf, gaf hij er het jaar nadien slechts acht en in 1563 
slcchts vier uit. Wij denken niet vermetcl te oordeelen , wanneer 
wij deze vermindering van Plantijns werkzaamheid toeschrijven 
aan de gerechtelijke Tervolgingen, waaraan hij en sommige zijner 
drukkersgezellen blootstonden in het begin van het jaar 1562, 
eene vervolging, waar wij reeds van gewaagden, toen wij de be- 
trekkingen tusschen Hendrik Niclaes en Plantijn bespraken. 

Op 28 februari 1562 (1561 van den ouden stijl) schreefMar- 
garetha van Parma aan Jan van Immerseel, markgraaf van Ant- 
werpen, eenen brief ', waarin zij hem een kettersch boekje zond 
getiteld : Briefve instruction pour prier, er bij voegende, dat 
Plantijn verdacht werd er de drukker van te zijn; meer nog, dat 
zware vermoedens van ketterij op hem en zijne famille rustten. 
Zij belastte den stadsvoogd dan ook huiszoeking te doen. De 
markgraaf begaf zich onmiddellijk naar de drukkerij van Plantijo 

■ ZIe C. Plantin et le sectaire mystique H. Nielaes.[kpçenà. par G. Roklehs.) 



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( 21 ) 

die zich toea sedert vijf of zes weken te Parijs ophield. Bijgestaan 
door den correcior (Kiliaen ?) en cenen Spaanschcn proeficzer, 
io de drukkerîj werkzaam , gelukte hij er in de drie drukkers- 
gaslen te ontdekken, die buiten de wete hiins meesters en op 
eigen koslen het kettersch boekje gedrukt hadden en er de meesle 
exemplaren van naar Metz verzonden hadden. Tegen Plantijn 
zelTen vond hij niets. De drukkers werden in hechtcnis genomcn 
en onmiddellijk daarop kreeg de inkwisiteur Tiletanus bericht, 
benevens ben nog gevangen te laten nemcn de gansche familie 
yan Plantijn ^ de nieid er bij begrepen, als verdacbt van de crgsle 
dwaliugen. 

Zîj werden onderboord in inaart 1562 en de straf der galeien 
werd tegen de dric drukkersgezellen geëiscbt en waarschijnlijk 
ook wel uitgesproken. In gansch het verhoor zijner werklieden 
was er wederom niets tegen Plantijn of zijne huisgenooten bevon- 
den, alhoewel ergc verdenkingen gerezen en streng onderzoek 
legen ben bevolen was. Men vindt dan ook niet, dat hem ver- 
dere moeilijkheden deswege berokkend werden. Ondertusschen 
moest deze tusschenkomst van het gerecht nadeeh'g genocg op 
den gang der drukkerîj werken en zal wel oorzaak geweest zijn 
van de versiapping, die wij daar in 1562 en 1563 waarnamen. 

Plantijn vergat die kwade dagen niet geniakkelijk. In eenen 
brief van 19 december 1566ygcschrevcn aanÇayas,den secretaris 
van Philips II, spreckt hij van het aanbod, hem door den koning 
van Frankrijk gedaan, toen hij tijdens zijn ongeluk te Parijs ver- 
bleef«. 

In eenen brief, aan denzelfden in 1567 geschreven ^, zegt hij , 
dat, toen hij zich van zijne vroegcre vennooten scheidde vnn 
« wier goede wil en goede katholieke religie hij niet zeker 
was, hij hiin het geld temgkeerde, dat hij van hen ontvangen 
had, » zijne zaken verminderde en zijne persen van zeven tôt 



* Particularités inédites sur Christophe Ptantin et sur l'impression de 
la Polyglotte, par M. Gacuard. (Bulletins de C Académie royale de Belgique, 
tome XIX, 3* partie, 1852, p. 398.) 

s Ibid., p. 383. 



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(22) 

vier bracht.Op verscheidene plaatsen komt hij terugop dezc kwade 
dagen ^ 

Ook zijne vricndcn herdcnken ze lang nadien. Gifanius in de 
opdracht van zijnen Lucretius aan Sambucus roept in ^565 dczes 
medewerkîng in om de drukkerij van Plantîjn, die onlangs door 
een vijandignoodlot gekweld en verwoest werd, weder op te beuren. 

Nog eens, is het niet hoogst waarschijnlijkydat de bedoelde ven- 
nooten volgelingen van Hendrik Niclaas waren; dat de vervolging 
van i 562 den beleidvollen man de oogen dced opengaan voor de 
gevaren, welke hij in dergelijk gezelschap liep en de crisis te weeg 
bracht, waarvan zijne brieven en het afnemen van zijnen arbeid 
getuigen en inag dit ailes niet als eene voldoende vcrrechtvaar- 
<lî^ng gelden van het gewicht, dat wij hechten aan het verhaal 
van het kronijkje van het Huis der liefde? 

Het is daarbij aan geenen twijfel onderhevig, dat het werkje, 
welk de veroordeeh'ng van Plantijns gasten veroorzaakte van 
Hendrik Nielaes voorlkwam; de Nederlandsche tekst toch was 
gedrukt te Emdcn, Nielaes verblijfplaats, en Planiîjn zelf had 
reeds een boekje uitgcgeven, met zijnen naam en met eene konink- 
lijke gocdkeuring voorzien, dat van den zelfden oorsprong was : 
Die duitsche Théologie namelijk, in \ 558 bij hem in het Fransch 
en in het Latijn gedrukt, een werk dat gekend is als een der 
bijzondcrstc bronnen, waaruit Hendrik Nielaes zijne leer putte ^. 

Deze moeilijkheid, welke Plantijn met de ketterjagers had, was 
niet de eenige, die hij van hunnentwege ontmoctte. In een ver- 
slag, op 2 februari 1566 door Margaretha van Parnia aan Jan van 
Immerzeel ovcrgemaakt , zien wij hem en al , die zijnen winkel 
houden, aangekiaagd als drie kettersche werken verkoo pende. In 
i 567 wcrd hij op een lijst, door eenen verklikker opgeraaakt, aan 
hctSpaansche bewind opgegeven als een Calvinist '. 

^ a. Voorréde van den Thésaurus Theutonicae Hnguae^ van de Vivae 
imagines par Hum cor paris humani, 1572. 

* Die duitsche Théologie is belzelfdts werk als de oude Adam en is door 
Luther zelveu gescbreven (zie Gâtai. Capron, bl. 36. Brux. 1875). 

3 Rahlenbbck , A propos de quelques livres défendus imprimés à Anvers 
au Xn^ siècle. (Bibliophile belge, 1856, p. 353.) 



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(23) 

Deie latere aanklachtcn berokkenden hem echler geene nieuwe 
Tervolgingen en al spoedig kwam bij de moeilijkheden, welkc hij 
in i56â ontmoette, te boven. Reeds in het jaar 1564 gaan zijne 
werkzaamheden weder krachtig vooruit. Hij had moed op zijnen 
arbcid en ontzag zieh gecne moeite om dien gedurig uit te brciden ; 
hij wakkerde de schrijvers aan om bij hem met hunnc werken te 
komen aankloppen,hij duidde hun de boeken aan, die hij gaarne 
door hen yoor zijne pcrsen zag gerecd maken, kocht of leende 
handschriften van oude klassieken , deed deze bewerkcn door 
zijne korrekteurSy ja sloeg zelf weleens de hand aan het werk 
om zijne persen stofte leveren. 

Plantijn toch was meer dan een werkman, cen werktuigelijk 
vermenigvuldiger der schriflcn van anderen. Zoo hij niet was, 
vat men toen of nu een geleerde zou genoemd hebben , zoo hij 
onder. dit opzicht verre ten achter slond tegen de grootste leden 
der iwee groote drukkersfamiliën zijner ceuw, met wie hij onder 
elk ander opzicht naar den voorrang streefdc,dan was hij toch een 
veelzijdig ontwikkcld man. De vcrzen, die wij van zijne hand soms 
in zijne uitgaven ontmoeten, zijn waarlijk niet van zoetvloeiend- 
heid en schoonheidszin ontbioot; zijn Fransch en Lalijnsch proza, 
dat zoo goed den praklischen en vernuftigen man , gezond den- 
kende en gezond zijne gedachten uitsprekcnde,kenschetst9is even- 
eens vol klaarheid en sierlijkheid. Wat hij niet wist zocht hij te 
lecren en dikwijls had hij met zijn scherp gezond oordeel een 
beter doorzicht in wetenschappelijke zakeu dan de geleerden 
zelven. 

De bewering, eens door Balzac uilgcsproken en in onze eeuw 
door Renouard < herhaald, volgens welke Plantijn geen Latijn zou 
gekend hebben en hij om den schijn te bewaren die taal wel 
machlig te zijn zich door Justus Lipsius deed helpen in het schrij- 
ven zijner brieven, berust waarlijk op hoegenaamd geene gronden. 
Vooreerst Justus Lipsius woonde niet te Antwerpen, maar bijna 
gedurig te Lcuven of te Leiden en wanneer wij de talrijke Latijn- 
schebrieven nagaan, die aan Plantijn zijn gericht of door hem 

^ Annales de ^imprimerie des EsHennSy 1. 1, p. 121. 



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(24) 

verzondcn werden, is het onmogclijk le veronderstellcn, dat hîj 
jaren en jaren die klucht zou gespeeld hebben met niannen, die 
alspoedig moesten verneinen,dat hij de brieven,welke hij ooder- 
teekendcy DÎet verstond. 

Een stellig bewîjs, dat Plantijn het Latijn machtig was, vioden 
wij in de opdracht van het werk : « Histoire des pays septentrion 
naux, écrite par Olaus le Grand. Traduite du latin de l*auteur en 
français (1561). > Plantijn zegt in dit stuk, aan Gaspar Schelz 
gericht , c dat velen die der Latijnsche taal nict machtig waren , 
uitgelokt door hetgeen zij over dit werk gehoord hadden , hem 
verzochten en om zoo te zeggen lastig vielen om er hun eene Fran- 
sche vertaling van te makcn, iets wat hij cenen tijd lang had uit- 
gesteld, maar waartoe hij toch had moeten besluiten, overwonnen 
door het gezag en de goede redenen van eenige adellijke per- 
sonen. » 

Eiders nog komt dit evcn klaar uit. In de voorrede van het 
werk: Linstitution de la femme chrestienne (i 579), uit het Latijn 
van L. Vives vertaald, zegt Plantijn, dat hem eene slechte verta- 
ling tôt nadrukken aanbevolen was, maar dat hij den oorspron- 
kelijken tekst met de overzctting vcrgelijkende , bemerkte, hoe 
onnauwkeurig deze laatste was, iets wat hem aanspoorde eene 
nieuwe vertaling te laten bewerken. 

Nog vinden wij in de kronijk van Mechelen van Âzevedo, dat 
Plantijn in 1574 eene aanspraak in het Latijn hicld voor de hoog- 
waardigste vaders, vergaderd in het tweede provinciaal collegie 
te Leuven. 

Daar Plantijn reeds in 156i het werk van Olaus Magnus uit het 
Latijn overzette, moet hij die taal al spoedig na zijne aankomst te 
Antwerpen geleerd hebben. Maar eene kennis, die hem meer tijd 
en moeite gekost heeft, is die van het Nederlandsch. 

Van het oogenblik, dat hij in ons land aankwam, begon >hij met 
deze studie en het is, men mag het zeggen, in de eerste plaats 
aan zijnen lust om onze taal te leeren en aan de keus der middelen, 
die de gevatte en praktische man hiertoe aanwendde,dat wij onze 
oudste woordenboeken te danken hebben. 

Zeer breedvoerig verhaait hij ons dit in de voorrede van zijn 



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(25) 

Thésaurus Theutonicae linguae, zijn Vlaainsch, Franscb, Latijnsch 
woordenboek. o Toen ik mij ruim een twintigtal jaren geledcn, in 
de Nederlandcn vestigde, zegt hij,gevoelde ik al spoedig den lust 
om de taal des lands te verstaan en daar ik dcn tijd niet had om 
mij onder de leiding van eencn meester te plaatsen , begon ik zolf 
woorden bijeen te zamelen, naarmate ik zc ontmoelte en ze naar 
orde der letters aan te teekenen om mij latcr op mijn gemak 
over hunne beteekenis en gebruik in te lichten. 

Toen ik hiermede al een heel eind gevorderd was, vernam ik, 
dât zekere personen , en onder andere M. Gabriel Meuricr, met 
hetzelfde werk bezig waren en bet nagenoeg voltooid hadden. 
Dit deed mijn ijver verkoelen en bet werk weldra geheel stakeu, 
in de boop,dat een bevoegd man ons een uitgebreid woordenboek, 
zooals die bij andere volken bestaan ^ zou bezorgen. Maar toen 
ik langcn tijd te vergecfs gcwacbt bad, ontbrandde mijne oude ' 
begeerte op nieuw en alsdan wat vrijerzijnde van de beslomme- 
ringen mijner drukkerij, vatte ik bet voornemen op, iemand te 
zoeken, die in staat zou zijn een goed woordenboek, zoo uitge- 
breid mogelijk, op te stellen. 

ik deed gelijk een man doen zou, die eenen goeden metser of 
bouwmeester zoekt om zicb een buis te laten maken : bij wendt 
zîch tôt verscbeidenen en ze verscbillig van gedacbte en scbikking 
vindende, vraagt bij aan ieder een ontwerp van eigen opvatting 
om bij vergelijking van elks voordeelen en gcbreken ten laatste 
eene gemakkelijke en zekere keus van zijn plan te kunnen doen. 

Zoo ging ik ook te werk. Ik wendde mij tôt verscbeidene per- 
sonen, die ik in staat acblte om mijn voornemen uit te voeren en 
liet bun ieder bet werk naar zijnen zin voltooien , om er dan bij 
vergelijking bet beste gebeel uit op te maken. 

Aan den eene liet ik al de woorden van een Latijnscb-Franscb, 
aan eencn andere al die van een Franscb-Latijnscb woordenboek 
in Vlaaroscbe woorden overbrengen, met bevel deze laatste in 
alphabetisebc orde te scbikken. Een derde koos uit al de Vlaam- 
sche en Duitscbe woordenboeken de woorden, die ons kondeu 
dienen, èen vierde werkte naar zijn eigen plan. 

Weinig tijds daarna ieverde mij een hunner aïs proef van zijn 



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(26) 

werk,de Latijnsche woorden in hel Vlaamsch vertaald, waarbij ik 
de Grieksche en Fransche woorden voegde en dat ik dan drukte 
onder den titel van Dictionarium tetraglotton (iS62). Ecn nieuwe 
tegenspoed hield nogmaals de ondcrneming tegen. Eenigcn tijd 
daarna brachtcn de ondernemers mij echicr hun werk, waarover 
ik hcn te zamen deed bcraadslagcn , opdat zij elkanders arbeid 
zoudcn volledîgen. Dit doende gebeurde het, dat de randen van 
het papier, hoe breed ook, niet toereikcnd waren om al de aantee- 
keningen te bevatten, die zij nanien. Men was verplicht wit papier 
tusschen de beschreven bladen te scbieten. Dan begon men te 
drukken, maar wanncer de eerste vcllen afgetrokken en aan som- 
niige personen getoond waren, kwamen er nogmaals zooveel 
aanmerkingen op, dat ik het drukken besloot te staken , om het 
werk nog eens te doen overzien door anderen en aldus tôt een zoo 
' volmaakt mogelijk geheel te maken. ^ 

Dan de ondervinding leerde mij, dat dit eenc hersenschimmige 
hoop was bij het opstellen van het eerste woordenboek eener 
levende taai. Daarom besloot ik dan ook het werk te laten drukken 
gelijk het was, met de hoop, dat het cen eerste grondslag zou zijn, 
waarop iets volledigers zou opgetrokken worden. Nog eens werd 
het begonnen werk gestaakt in 4568, toen de twaalf eerste vellen 
afgedrukt waren. Dit maal werd het slechts hcrnomen , toen in 
1 î>72 de overvlocd van arbeid, die het ter zijde had doen schuiven, 
na hetaQoopcn der werken van de Bibliapolyglolta opgehouden 
had , maar dit maal ook deed ik het in eenen adem afdrukken 
zondcr toe te laten , dat er nog eenigc vcranderingcn werden aan 
toegcbracht. » 

De hoop, door Plantijn in deze voorrede uîtgedrukt, dat zijn 
woordenboek tôt grondslag moge dienen van iets beters, werd niet 
verijdeld. Het verscheen in januari 4573, en in 4574 reeds kwam 
de eerste uitgave van Kiliaens woordenboek uit, dat wel niets an- 
ders zal geweest zijn dan de bijdragen door dezen laatste voor 
Plantijns woordenboek verzameld. Plantijn had hem aangespoord 
toi het verrichten van het werk *, had hem er het begin van ver- 

^ Zie Kiliaen's Voorrede. 



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(27) 

gemakkelijkt en liet het nu voor eigen rekeningbij Geeraard Smits 
drukken. Het Kiliaensch woordenboek was een ware schat voor 
onze taal, het beleefde tien uitgaven en blijft tôt op onze dagen 
een nog onmisbaar. vraagbaken bij de studie Tan het Nedcr- 
landsch. Te recht hceft men het het eerste woordenboek onzer 
taal genoemd. Wat yroeger bestond waren, met uitzondering van 
Van der Schueren's Theutonista, niets anders dan korte woor- 
denlijsteQ tcn behoeve der scholen, die noch door uitgebreldheid, 
noch door degelijkheid in vergeh'jking met Plnntijns boek 
kunnen komen. Veel ernstiger is zeker de Theutonista , maar 
er dient opgemerkt, dat dit hooggeschatte werk het woorden- 
boek van eene gewesttaal en niet van het algemeen Nedcrlandsch 
was. 

Onze taal kreeg om zoo te zeggen in i 575 voor het eerst haren 
geboorteakt en werd de rechtmatige erfgenaam van zoovele dia- 
lecten als tôt dan om den voorrang gedongen hadden. Antwerpen 
met zijne wereldmarkt, waar burgers uit aile deelen der Neder- 
landen saroen verkeerden , was de bestc grond om zulke onder- 
neming te doen gedijen; Kiliaen met zijne grondige taalkennis, 
en Plantijn met zijnen praktischen geest waren de beste mannen 
om zulke onderneming tôt een goed einde te brengen. 

Wij zien in hetgene Plantijn ons verhaait, aangaande het ont- 
staan van zijn woordenboek, hoe hij het talent bezat om andere 
mannen tôt het uitvoeren zijner denkbeelden te bezigen. Dit was 
>an eerst af en bleef gansch «zijn leven bij hem, evenals bij zoo- 
vêle andere beroemde mannen, eene hoofdverdienste. De zor- 
gende scherpzinnigheid, waarmede hij tusschen de geleerden van 
zijnen tijd de helpers zocht, die hem in zijnen veelomvattenden 
arbeld het degelijkst konden ter zijde staan is dan ook een der 
schoonste titels , die hij op onze bewondering en dankbaarheid 
kan doen gelden. 

Uitstekend waren verscheidene der mannen, die hij als proef- 
lezers of correcteurs op zijne drukkerij aan het werk hield. Er 
valt hier op temerken, dat men toen van eenencorrecteur veel 
meer vereischte dan men nu noodig of mogelijk zou achten. Daar 
de traagheid der vervoermiddclen het zoo goed als onmogelijk 



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(28) 

maakte iedere proef naar deii schrijver te zenden, wanneer hij op 
eenigen afstand woonde, was liet noodzakelyk in de drukkerij 
zelve belezen manoen te hebben, die dit deel van de taak der 
schrijvers op zich konden nemen, en die kennis genoeg hadden 
van taal en stijl en algeineen genoeg ontwikkcld waren om cène 
kritische proeflezing met goed gevolg te doen. 

De ordonnancie Tan Philips II van 49 mei 1562 over de boek- 
drukkers bepaaide dan ook» dat de correcteurs zouden onder- 
zocht worden op de taal , waarin zij proeven zouden willen lezen. 

Dat hun werk veelzijdige moeilijkheden en onaangenaamheden 
oplevcrde, zegt ons Kiliaan in het epigrainma, waarin hij klaagt 
over de boekcnraakers,die niet alleen eene slechle hand schrijveny 
maar ook hunne pennevruchten met overhaasting aan den druk- 
ker bezorgen en het dan nog den proeflezer ten laste leggen , zoo 
het boek niet naar hunne verwachting uitvalt. 

In de eerste plaats komt onder Plantijns correcteurs de be- 
roemdc Gornelis van Kiel of Kilianus *. Hij werd rond het jaar 
1528 te Duffcl geboren. Waarschijnlijk was Abts zîjn familie- en 
Van Kiel slechts een bijnaam. 

Reeds in 1556, bel jaar dus nadat Plantijn zich voor goed ves- 
tigde, zien wij Kiliaen in zijne werkzalen den corrector-stocl inné- 
men, dien hij gedurende ruim vijftig jaar bezetten zou. Hij was 
het^ die het grootste deel nam aan het vcrvaardigen van het 
woordenboek van Plantijn, waarvan wij zooeven gewaagden, en 
hierdoor en meer nog door het woordenboek, dat hij er opvol- 
gen liet, den duurzaamsten en wettigsten roem onder aile mede- 
werkers van Plantijn verwicrf. Van Kiliaen bezitten wij nog ver- 
scheidene vertalingen uit het Fransch en Nederlandsch, waarvan 
de bijzonderste zijn de geschiedenissen van Philippe de Commines 
en de Beschrijvinghe van aile de Nederlanden door L Guicciar- 
dijn.Verderbewerkte hij nog een viertalig woordenboek : Latijn, 
Grieksch^ Fransch en Nederlandsch en een Latijnsch-Nederlandsch 
woordenboek, die beiden ongclukkiglijk ongedrukt bleven liggen 
In de boekenzaal der opvolgers van Plantijn. Ook verwierf hij 

' Zie ztjoe levenschets door P. Gésiàrd. Aniwerpen, L. de Gort, 1874. 



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(29) 

zîch door eenige soedige Latijnsche gedichtjes eenen zekeren naam 
m dit vak bij ziJDC tijdgenooten. Hij OTerleed te Aatwerpen op 
15apriM607. 

De tweede in de rei is Theodorus Pulmannus of Poelman. Hij 
was geboreo rond i5iO ^ te Cranenbarg in het Kleefsche en 
was te Antwerpen droogscheerder of volder van bedrijf, een 
ambacht, dat hij van in zijne jeugd tôt in zijne oude dagen uit- 
oefende en dat hoe ruw ook den ijverigen man nochtans toeliet 
zich op ernstige studiè'n toe te leggen. 

Vooraleer Plantijn hem aan zijne drukkerij hechtte had Poel- 
man reeds eenige werken in andere steden : Bazel, Lyons en 
Keulen, uitgegcven. 

In 1560 komt zijn naam voor het eerjst op eene Plantijnsche 
uitgaTe Yoor. Hij gaf er verder de bijzonderste Roroeinsche dich- 
ters en enkele prozaschrijvers uit. Hij had grooten ijver Toor dit 
vak en was, volgens Giselinus, de eerste in ons land, die zich op 
de kritische uitgaye der handschriften toelegde. 

Het groote vlijt spoorde hij deze op. Jammer maar dat hij wel 
eens de noodlottîge gcwoonlc Uijkt gehad te hebben de plaatsen 
die hem gebrekkig voorkwamen of die hij niet voldoende wist te 
▼erklaren, door lezingen van zijne hand te vervangen '. 

Zijne uitgaven zijn met de nauwgezethcid verzorgd, die een 
kenmerk is van Plantijns uitgaven, terwiji zijne notas kort, maar 
zaakrijk zijn. 

Volgens Foppens, Sweerlius en Yalerius Andréas, ging hij in 
hoogen ouderdom naar Spanje en stierf te Salamanca. Paquot ' 
meent echter, en niet zonder grond, dat hij in ons land over- 
leed. 

Een derdc corrector was Victor Giselinus, die echter, wanneer 

1 Volgens G. Ruelens iu 1530; volgens Paquet, 1510. Ditlaatste zal wel bet 
Joiste zijn vermils Poelman zelf in 1567, toen hy den Antonius uitgaf, zicb 
zeWen eenen grijsaard noemde: « Non possum ne nanc quidem sénex quas 
prias dilexi deserere litteras. » 

* F. VAMDBRBABGHEif '. Notice 8ur la Bibliothèque Planlinienne, Gand, 1875, 
4, 5; GÉifARD : C. Van Kiel, 8. 

* Paquot, Mémoires, XVI, 393. 



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(30) 

wij zijnen reislustigen levensloop nagaan, dit ambt slechts gedu- 
rende cenen bcperkten tijd kan uitgeoefend hebben. 

Hij werd geboren te Zantvoordc bij Oostende^ volgens de eeiien 
in 1543 en volgens de anderen in 4549 en hoogstwaarschîjnlijk 
nog wc] vroeger dan het eerste dezer twee jaartallen *. 

Hij ging en keerde van Brugge naar Leuven, waar hij stu- 
decrde, later van Leuven naar Parijs, dan reisde hij naar Dole, 
waar Iiij in i57i promoveerde als medecinae doctor en van waar 
hij in i 577 naar Vlaanderen terugkeerde. 

Hij stierf in 1601 te Sint-Winox-Bergen , waar hij sedert ver- 
scheidene jaren de geneeskunst uitoefende. Âlleen gedurende een 
deel van den tijd^ die verliep tusschen zijnen terugkeer uit 
Frankrijk in 1561 en zijne promotie te Dole, kan hij bij Plantijn 
werkzaam gewcest zijn. 

De schriften, die hij er liet verschijnen, duiden dan ook die 
jaren aan als dcn tijd zijus verblijfs te Antwerpen. Zijn Prudeii- 
tiu8, zijne Adagia en zijn Ovidiua, de eerste in 1564, de twee 
laatsten in 1566 verschenen, zijn aile drie uit Antwerpen gedag- 
teekend. 

Franciscus Raphelengius, de Raphelenghien of Van Ravelingen, 
bekleedl eene voorname plaats tusschen Plantijns*medewerkcrs. 
Hij werd geboren te Lannoy, in Vlaanderen, den 27 februari 1 559 
en begon zijne studiën te Gent. Hij werd door zijne moeder na 
zijn vaders dood tôt den handcl bestemd en met dit inzicht naar 
Nuremberg gezonden. In plaats van op het koopmans-kantoor te 
werken legde hij er zieh op de letteren toe. Terug in zijn vader- 
land gekeerd vond hij gelegcnheid om zieh naar Parijs te begeven 
en studeerde daar voornamelijk de Grieksche en Hebreeuwsche 
talen. Naderhand begaf hij zieh naar Cambridge, waar hij zieh 
nog verdcr op het Grieksch toelegdc. Op zijnen terugkeer naar 



^ Paquot, die hem ook laat geboren worden in 1543, doet hem na zjjne 
studiën te Brugge en te Leuven geëindigd te bebben in vrieudscbappelijke 
betrekking komen, na zijnen terugkeer in zijne geboortestad, met eenen 
voornamen dicbter, Arnold Laurent Berchemus, die in 1558 reeds stierf Dit 
ailes zou Giselinus dus op vijftienjarigen ouderdom verricbt hebben. 



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(31 ) 

zijne geboorteplaats hield hij dit maal te Anlwerpen stil en, boe- 
ken koopende, kwam hij in betrekking tôt Plantijn ^ Deze ver- 
bond zieh nauw met hem, wierf hem aan aïs correcteur op 
zijne drukkerij en gaf hem zijne oudste dochter Margaretha ten 
buwelijk. 

Vooral op de Grieksche en op de Oostersche talen had Van 
Ravelingen zich toegelegd en had er dan ook eene merkwaardige 
belezenheid in bereikt. Krachtdadig stond hij Arias Montanus 
(en dienste in het uitgeven van de Biblia polyglotta. In i576 
vinden wîj, dat hij zich als Antwerpschen burger liet opschrijven 
en dat hij als meesterdrukker in de Sint-Lukasgilde aanvaard 
werd. Op hetzelfde oogenblik vestigde hij zich waarschijnlijk in 
een eigen woon , na tôt alsdan hij zijn schoonvader verblevcn te 
hebben. ' 

In i 577 toch vinden wij hem gehuisvest naast 0. L. V.-kerk- 
deure aan de noordzijde, op de Lijnwaadmarkt dus, waar hij 
eenen boekwinkcl hield ^ Hij bestuurde de drukkerij van Plantijn 
toen zijn schoonvader in 1582 naar Leiden uitweek, en in 1586 
kwam hij zelf aan het hoofd van het huis van Leiden en werd 
professer van het Hebreeuwsch aan de Hoogeschool dicr stad '. 
Hij oefende terzelfder tijd het beroep van drukker uit en liet 
zijne werken verschijnen onder het opschrift : ter Plantijnsche 
drukkerij bij Van Ravelingen , te Leiden {Lugduni Batavorum, 
ex officina Planiiniana apud Franciscum Raphelengium), 

Wij vinden nog als correcteurs ter Plantijnsche drukkerij op- 
gegeven: Franciscus Harduinus of Harduyn, van Gent; Antonius 

' wy weten niet juist in welk jaar dit gebeurde. \i% Annales Planliniennes 
haleD een Boratius aan, die hij in 1558 bij Planlijn zou uilgegeven hebben. 
Maar daar deze aanbaling alleen op de vermelding van eenen anderen calalo- 
gus berast, venneenen wij er le mogen aan twijfelen. In 1658 toch was Van 
Ravelinghen 19 jaar oud, en moeilijk ware het aan te nemen, dat hij vô6r 
dien lijd al zijne reizen en s Indien reeds voltrokken had. 

* TiELE, Les premiers imprimeurs de VUniversilé de Leide (Bibliophile 
belge, 1869, p. 142). 

" Verkeerdelijk laat Van der Siraelen daar ook zijne iwee oudste kinderen 
geboren wordeu. 



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(32) 

Gheesdael en den bcroemden Justus Lipsius, maar îeder dezer 
niannen heefl slechls eea zoo korten tîjd te Antwcrpen verbleven , 
dat zij er niet meer hebben kunnen verrichten dan een handje te 
beJpen. 

Waarscbijnlijk is het dat Joannes Gubernator of Jean le 
Gouverneur daar in die hoedanigheid werkzaam is gewcest. De 
opdracht toch van de Symbolica M. Claudii Paradim, door hem 
in het Latijn vertaaid, is gedagteekend : Antverpiœ anno ib6i, ex 
officina typographica Christophori Plantini. 

Een man, van wien wij met zekerheid weten, dat Plantijn 
veel hulp en dienst bad, was zijn tweede schoonzoon, Jan Moere- 
turf, die in of omirent 1571 met Plantijns tweede docbtcr Martina 
(rouwde en bet boofd werd van het stambuis Moretus-Plantijn. 
Jan Moereturf was geboren in Antwcrpen op 22 Mei 1545, van 
Rijseiscbe ouders : Jacques Moereturf en Adriana Gras. Hij was 
een man van geen geringe kennis, in vriendscbappeh'jk verkeer 
met voorname geleerden zooals Justus Lipsius, wiens werk, de 
Constantia, bij in 1584 uit bet Latijn in bet Nederlandscb over- 
bracbt. Men vindt van hem vermeld, dat hij reeds op zijn vijf- 
tiende jaar, dus in 1558, korts na Kiliaen op de drukkerij was 
gekomen. Waarscbijnlijk was bij daar eerst aïs werkman bezig 
en zeker is bet, dat bij later zich alleen met de stoffelijke be- 
langen van bet buis bemocide. Hij moest een vlijlige arbeider, een 
man van zaken zijn, die door deze boedanigheden den wakkcren 
Plantijn meer beviel dan Van Ravelingen. Terwijl Moretus meer 
hield van boeken drukken en verkoopen , bad Van Ravelingen 
van zijnen kant meer zin om boeken te koopen , le lezen en te 
scbrijven. 

Plantijn voorzag, dat zijne drukkerij bêler zou gedijen in de 
banden van den werker dan van den geleerde, en liet ze dan 
ook v66r zijnen dood aan den echtgenoot zijner jongere, en niet 
aan dien zijner oudste dochter over. Dat Moretus den roem van 
het buis waardig opbield,dat zijne afstammelingen dit nog jaren 
lang na hem deden, terwijl Van Ravelingens Leidsche drukkerij 
weinig van zich deed spreken, getuigt cens te meer voor Plan- 
tijns scberpzicnden blik. 



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( 53) 

Maar, voegen wij het er bij, Plantijn voeldc zich door den uit- 
sluitelijkcn koopraanszin van zijnen eenen schoonzoon zoomin 
bevredigd als door de uitsluitelijke ]eerzucht van den anderen. 
Voor hem moest een drukker een ontwikkeld en tevens een 
breeddenkend man zîjn,stoffelijken verstandelijk werk verstaande 
en wetende te leiden, maar zich door het eene zoomin als door 
het andere latende opsiurpen. Met slecht verborgen roinachting 
scbrijft hij dan ook in i572, aan Gayas, koning Philips secretaris, 
die hem naar iemand gevraagd had in staat om de drukkerij van 
den Escuriaal te leiden * : 

c De eerste mijner schoonzonen heeft nooit zin gehad dan voor de 
studie van Latijn, Grieksch , Hebrccuwsch, Chaldeeuwsch, Syrisch, 
Araabsch en voor de fraaie letteren, en heeft trouw, zorgvuldig 
en eerlijk verbe terd wat men hem te verbeteren gaf ; de tweedc 
beefl zich nooit bezig gehouden dan met koopen en verkoopen, 
inpakken en de zakeii van onzen winkel be$turen ! » Geen van 
beiden acht hij in staat eene nieuwe drukkerij in te richten; 
hoogstens, denkt hij, zullen zij de zijne kunnen voortzetlen, 
indien zij vereenigd blijven. 

Dat Plantijn in staat was de wetenschappelijke belangen van 
zijn werkhuis waar te nemen , zagen wij reeds bij de keus zijner 
medewcrkcrs en bij het deel, dat hij zelf aan sommige werken 
nam ; zien wij nu wat hij als drukker, als werker, als ambachts- 
man was. 

In de eerste helft der XVI* eeuw had de boekdrukkunst onder 
stoffelijk oogpunt aanmerkelijken vooruitgang gedaan. In plaats 
van de onsierlijke vormcn der letters, die geh'jkmatig van grootte, 
eentonig op voile regels voortlicpen; in plaats van woordcn, 
ongcmakkelijk door hunne verkortingen, en bladzijden, onsierlijk 
door volledig gebrek aan cenig sieraad of afwisseling, zooals wij 
die opmerken lot tegen het jaar 1500, en zooals de Ântwerpsche 
drukken van Geeraart Leeu, Godefried Bac, Rodant van den 
Dorp en Eckert van Homberch zich bij voorbeeld nog vertoonen, 
zien wij in de XVP eeuw eene menigte nieuwe vormen van lellers 

* Gâcha RD, Particularités, etc,^ p. 394. 

Tome XXVII. 3 



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(3*) 

opkomen : kleine, groote, middelsoorlige, Romeinsche, Italiaan- 
sche, Gotische karakters, zonder nog te spreken van deGrieksche 
en de Hebrceuwschc. Er komt meer smaak in de schikking der 
regels, der bladzijden, der titels; de verkortingen verdwijnen 
grpotendeels; de regels loopen niet meer onafgebroken door, 
maar eindigen, waar de zin het eischt; afwisseling van letters, in 
hetzelfde boek, soms op dezelfde bladzijde aangebracbt , geven 
aan de drukwerken een veel bchagelijker en sierlijker voor- 
komen. 

Piantijn leefde in de eeuw der groote drukkers. Hij was een 
tijdgenoot van den grootsten der Aldi en van den grootsten der 
Estiennes. De werken, die bij uitgaf, verschillcn noodzakelijk 
van aard met de bunne : zij kwamen v66r bem en leefden in 
landen waar de klassicke hergeboorte vroeger ontlokcn was en 
meer overblijfsels der oudbcid vond. Maar zoo hij ben in persoon- 
lijke geleerdbeid en in talrijkbeid van oorspronkelijke uitgaven 
vanoude scbrijvers op verre na niet evenaart,zookunnendedien- 
stcn, welke bij aan de geletterde wercid bewees, beel goed ver- 
gcicken worden bij betgeen wij zijne beroemde Italiaanscbe en 
Franscbe tijdgenooten verscbuldigd zijn, en gelijk met ben of 
lievcr boven ben staat bij door zijn ambacbtelijk werk. 

Vooreerst zijne letters : vergelijken wij deze bij die zijner 
mededingers, dan vinden wij dat zijne sierlijke Italieken , zijne 
stevige Romeinsche karakters met bunne gelijkmatige dikte, 
bunne opene oogen, bunne klaar leesbare teekening niet onder- 
doen voor de scboonste letters der Aldi, terwijl zij de ongelijke, 
hoekige Italieken der Estiennes en bunne minder klare Romeinsche 
overtreffen. Zijne fraaie en fijne Grieksche letters integendeel staan 
boven de nog ruwe en onduidelijke letters der Aldi en komen op 
dezelfde lijn als de beelderige letters der Estiennes; en zoo wij 
voor de Hebreeuwscbe letterteekens geen verschil tusscben de 
drie buizen willen zocken, moeten wij hier toch bij aanmerken, 
dat Plantijns seboonc Gotische letter door zijne mededingerswei- 
nig of niet gebezigd was. 

Piantijn is daarbij meer dan zij een kunstenaar in zijn vak; 
door de goede afstanden tusschen woorden en regels bevordert 



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(35 ) 

hîj niet alleen de klaarheid, maar ook de sierlijkheid van zijn 
drukwerk; door het veelvuldig afwisselcn van leUers van vcr- 
schillenden aard; door de smaakvolle schikking van het begîn 
van alinéas en hoofdstukkcn ; door het aanbrengen, waar het pas 
geeft, van eenig sieraad, leent hij leven'en beweging aan het 
eentoufge van den druk. Zijne wel verzorgde boeken doen genoe- 
gen aan het oog ook nog, v66r de gcest over den inhoud geoor- 
deeld hebbe. 

Het sprookje liep in en na zijnen tijd^ dat hij met zilvcrcn 
letiers drukte, en inderdaad, ik herinner mij nog dat ik, kind 
zijnde en voor de eerste maal een Afissaal van Plantijn ziende, 
zonder iets van goede of slechte drukken, van geachte of niet 
gezochte uitgaven gehoord te hebben, mijne opgctogcnheid met 
dit smaakvolle, scherp en degelijk drukwerk, onwillekeurig lucht 
gaf met de ^oordcn : dit boek schijnt met zilveren lelters 
gedrukt. Goed verklaarbaar vond ik het dan ook later, toen ik las 
dat Plantijns tijdgenooten beweerden, dat zijne letters uit zilver 
gcgoten waren : de indruk, dien zijn werk op hen maakte, die het 
de eerste zagen, was dezelfde ongetwijfeld aïs die, welken het op 
mijncn kindergeest te wceg bracht. 

Wat geene schade deed aan Plantijns werk, evcnmin als aan 
dat der bestc van zijne bcroepsgenooten, was de uitstekende hoe- 
danigheid van zijn papier. Onze arme hedendaagsche boeken, 
nieestal op vlokkig en alleen uiterlijk schoon papier gedrukt, 
zullcn er binnen drie honderd jaar heel anders uitzien, dan wat 
de boeken der XVPceuw nu zijn en dan nog zuUen blijven.Op dik 
en dicht papier met goeden inkt gedrukt, zijn zij nog cven frisch, 
stevig en vlekkeloos als op den eersten dag hunner verscbijning : 
de eeuwen hebben hun alleen die eerbiedwaardige gelende tint 
geschonken, die zij over de oude kunstwerken als eenen stillen 
gloor plegen te verspreiden . 

Plantijn was dus in de eerste plaats een wcrkzaam,schrander en 
verlicht nijveraar. Renouard zelf , terwijl hij den lof der Estien- 
nes boven dien van Plantijn verheft ', getuigt van den laatste : 

' Re2«ooàbd, Imprimerie des Eslienne, I,p. 131. 



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(56 ) 

9 Plantijn was ecn behcndige boekdrukker, vlijlig in zijnc werk- 
» huîzen , zeer zorgvuldig op de nauwkeiirigheid zijner boeken 
» alsook op hunoe goede uitvoering. Hij verdient den grootsten 

> lof voor de belangrijke en nuttîge werken, die zijne loopbaan 

> vcrvullen ; hij had in den hoogsten graad de gave van te laten 
» wcrken en beklcedl cen der eerste rangen in hetgeen men se- 
» dert eenige jaren de nijverheid noemt. Op onze dagen zou hij 
* de eerste snelpersen gehad hebben. Door zijne onvermoeîbare 
» werkzaamheid en een gelukkige keus van letterkundige helpers 
» arbeidde hij met zooveel bijval, dat hij tôt twee-en-twintig en 
» meer pcrsen in gang had, cen wonder groot getal , terwijl de 

> Manutii en de Estiennes er gewoonlijk slechts van iwee toi vier 
» hadden; in de moeilijke tijdcn, en deze kwamen dikwijls in hun 
» leven voor, hieldcn zij er nauwelijks eene bezig en bijna nooit 
» boven de vijf of zes. » 

Even hoog als het beleid, waarmede hij hel stofTelijke deel 
zijner drukkerij bestuurde, zijn de zorgen te achten, die Plantijn 
besteedde aan het innerlijk gehalte zijner uilgaven. Zijne nauw- 
gczelheid op het juiste weergeven van den tekst was toen en nu 
nog beroemd. Scaliger stelde hem in zijnen tijd tegenover den 
tweeden Henri Estienne, die in zijn te groot zelf ver trou wen zich 
niet ontzag te veranderen en te bcderven wat hem in eenen 
tekst niet aanstond. Geleerden van aile landen vierden om strijd 
de degelijkheid endenauwgezetheid van zijn werk'. Plantijn zelf 
verheft zich herhaaldelijk tegcn de drukkers, t die pochende dat 
zij de groolste diensten bewijzen aan de letterkundc door hunne 
zorg en hun werk, hunne taak zoo slecht volbrengen, dat zij 
kolen voor edelsteencn geven. » Tevens noodigt hij bevoegden en 
belangslellenden uit om, « zoohaast zij mochten bemerken, dat hij 
gefaald heeft, hem bij tijds te verwittigen, opdat hij die viekken 
zou uitwisschen, welke de uitstekenste der kunsten, die helaas 
maar al te zorgeloos door sommigen beoefend wordt, van haar sie- 

' Zie de getaigeDissen van Scaliger, PaDtiDas,Lipsius,Dom Nicolas Ânlcioe, 
BaroDius, Arias Moutanus en vêle andere bij Matltaire {Annales typographici, 
Hagae, ann. MDCCXXV, lom tert., pars posl, p. 546). Zie verder Guicciardijn, 
ScHbanius en talrjjke voorreden. 



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(37) 

raad berooven <. » Deze uitnoodigîng om bem de begane foulen 
aan te daiden gaf misschien aanleiding tôt het gezegde, dat hij de 
procfbladen voor zijn buis ten toon bing en de studenten uitnoo- 
dîgde om er de fou ten in te zoekcn. 

In cenen brief aan Ortelius ^ legt bij in bct breede uit met 
welke zorg bij waakt om yjjne oudere uigaven te verbeteren en 
altijd Yolmaakter werk te leveren. « Niet zoohaast, zegt bij zelf, 
« had ik een boek uitgegeven, of ik zorgde reeds om ecne 

> nieuwe en betere bewerking tcverkrijgenjgedurig de geleerden 
» aanwakkerende om mij bunne aanleekeningen of die van 

> anderen le bezorgen > In zijn buis bezat bij, volgens zijn 
getuigeois in denzelfden brief, bijna al de bocken vroeger door 
hem uitgegcven en nu verbeterd, verrijkl met noten of anders- 
zins vermeerderd. 

Dit getuigenis legde bij af, bepaaidelijk sprekende van de 
Latijnscbe klassieken door bem uilgegeven, eene soort van wer> 
ken, waaraan bij dan ook zijne beste zorgen wijdde. In i560 
reeds was bij voor goed bcgonnen aan bet uitgeven eener verza- 
meling van Latijnscbe scbrijvers in klein formaat. Pulmannus 
stond bem in de verzorging dezer zakcditie ijverig ter zijde; 
Giselinus voegde zicb weldra bij hem, zonder nog van de talrijkc 
geleerden te gewagen, die bet een of bet ander deel dier ver- 
zameling, met bunne aanteekeningen verrijkt, bij bem Heten 
verschijnen. 

Voor de klassieken in klein formaat werden meestal de uit- 
gaven der Aldi gevolgd, waarbij dan kortCjOpbelderende notas en 
randteekeningen gevoegd werden door Plantijns correcteurs. 
Dikwijls ook werden andere uitgaven nevcns deze eerste alsook 
handschriften geraadpleegd ; somtijds mocht mcn zeggen dat beel 
de uilgave op de lezing der bandscbriflen berusUe. Dit was 
bij voorbeeld bet gcval met den Juvenalis van 1566, naar drie 
handschriften; den Horalius van betzelfde jaar, naar vier; den 
Claudianus van i57i, naar vijf bandscbriflen bewerkt. 

' Naredeop Promptuarium lalinae linguae^X^l^. 

' V66r L. Lemnii : De miraculis occultae naturae, 1581. 



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( 38 ) 

flooger nog dan deze soort van uitgaven, door de beambten 
van Plantijn bezorgd, zijn diegene geschat, welke geleerden 
vreemd aan het land of aan Plantijns huis daar lieten verschijnen ; 
zooals de Virgilius van Fulvius Ursinus, de Valerius Maximus 
van Pighius, de Virgilius van Germanus Valens' en de Tacitus 
van Justus Lipsîus. 

In vergelijking met zîjne uitgaven van Latijnsche klassieken gaf 
Plantijn betrckkelijk weinig Grieksche schrijvers der oudhcid uit. 
De weinige, die hij drukte, waren hoogst waarsehijnlijk door Van 
Raphelingen bezorgd en volgden meest de lezing der Estiennes. 
Stippen wij nog aan, dat onder de talrijke klassieken van Plantijn 
slechts twee eerste Latijnsche uitgaven voorkonien, de Sextus 
Aurelius Victor door Andréas Schott en de Liber de orthographia 
van Cassiodorus door Lod. Carrio, beide in 1579 uitgegeven; even 
aïs hij ook slechts drie Grieksche schrijvers voor het ecrst liet ver- 
schijnen, de Minnebrieven van Aristaenetus in i566 door Sam- 
bucus, de Dionysiaca van Nonnus door Gecraart Falkcnburg in 
4569 en de Stobaeus in 1575 door Guilielmus Canterus bewerkt '. 

Een bewijs van het belang, dat Plantijn stclde in het bczorgen 
van gocde teksten vindon wij in het feit, dat hij talrijke en koste- 
lijke handschriften aankocht van oude schrijvers, welke heden 
nog in de bibliotheek zijner drukkerij berusten. 

Mecr nog dan op het verzorgen van klassieken legde Plantijn 
zieh toe op het drukken van boeken ten bchoeve der kerk. Klei- 
nen roem moest dit werk hem wel is waar bezorgen in degcleerde 
wereld; maar oneindig meer winst moest het hem en zijne af- 
stammelingen opleveren. In 1557 drukte hij reeds zijn eerste 
getijdcboek zooals wij zagen, zijn eerste Missaal verschijnt in 1 571 
en in 1572 drukt hij het prachtige misboek mecsterlijk van uit- 
voering en rijk aan platen , dat het voorbeeld moest zijn van de 
honderdduizenden werken van denzelfden aard, die eeuwen 

' Zooals men weet drukte de oudste Aldo drie-en-dertig eerste uitgaven ; 
ziJne ODmiddellijke opvolgers negentien; Paulo Manutio elf; Robert Estienne I 
drukte er acbt ; Henri II negentien; al de Aldi te zamen drie-en-zeslig; al de 
Estiennes acbl-en-lwintig. — Rerouabd, Annales de Vimprimerie des 
Estienne, 11,146. 



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(39) 

lang door zijn huis aan de katholieke wereld gelcverd werden. 

Het concilie ran Trente had verordend , dat men de catechis- 
mussen, rois- en getijdeboeken zou nazien. Plantijn, die reeds in 
4568 van paus Pius Y een privilégie bekomen had, voor het uit- 
geven van kerkelijke werkcn, als getijdeboeken, diurnalen, anti- 
phonalen en misboeken , zond in i 570 cenen nieuwen missaal 
naarRome en verkreeg daarop van denzelfdenPaus het voorrecht 
van dit werk te mogen drukken voor de Nederlandcn, Hongarië 
en een deel van Duitschland. Hij verkreeg daarbij van Philips II 
het voorrecht van voor gansch het Spaansche rijk met zijne bezit- 
tingen in de verseheidenewerelddeelen dit soort van boeken alleen 
te mogen vervaardigen. Van dien tijd af moest de Plantijnsche 
drukkerij volgens het bevel des konings, bij brief van 51 Januari 
1571 aandenhertog van Alva geschreven, aile drie maanden van 
zes tôt zeven duizend getijdeboeken, evenveel diurnalen en vier 
duizend misboeken Icveren. Dit voorrecht, eeuwcn lang behouden 
in Plantijns familie, was zeker wel de mildste bron, waar hij en 
zijne nazaten hun steeds wassend forluin aan te danken hadden. 

Maar noch de uîtgave van zijne klassieken, noch die van zijne 
kerkelijke boeken, deed Plantijn zijne andere wcrkzaamheden 
vei'waarloozen. Wij somden reeds hooger op in breede trekken 
wat hij lot in 1566 merkwaardigst voortbracht. Wanneer wij vol- 
gens tijdsorde dit overzicht voortzetten, vinden wij, dat hij in 
1567 het Corpus juris eiviUs in ncgen deelen uitgceft; in 1568 
laat hij veertig werken verschijnen en begint zijne Biblia poly- 
glotta; in 1 569 verschijnt zijn SummaS^-Thomae en zijn Becanus; 
in 1570, zijn Epitome Thesauri linguae sanctae; in 1571, zijn 
Bumanae saluiis monumenta met een-en-zeventig prachtige 
platen; zijne geschiedenis van Spanje door Estevan de Garibay y 
Camallao, in vier deelen in-folio; in 1572, zijne OEconomia me- 
ihodica concordantium scripiurae sacras door Georgius Bullock, 
en zijn cerstegroote en prachtige missaal. In 1573 verschijnt ein- 
delijk zijn Biblia polyglotla, een reuzcnwerk, de voornaamste 
grondslag zijner faam, waaraan hij, desbewust, dan ook al zijne 
zorgen had gewijd, maar dat hem toch niet belet had middeler- 
wijl vele andere werken in het licht te geven. 



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( 40) 

Reeds lang op voorhand hnd Plantîju zich bereid tôt het groote 
werk, vooral zorg dragende goede zetters aan te kweeken in hct 
Grieksch, Ilebreeuwsch en Chaldeeuwsch. 

Op de Francforter jaarmarkt van den vasten van i566 liet bij 
eenige proefvellen zien van eenen herdruk van den veeltaligen 
Bijbel, in 15i4-i517 onder kardinaal Ximenes' leiding te Âlcala 
gedrukt en in i566 reeds zeldzaam geworden ^ ledcr was er in 
bewondering voor. De keurvorst August van Saxen, die het voor- 
nemen had opgevat hetzcifde werk te latcn herdrukken , zag er 
terstond van af en moedigde Plantijn aan zijn plan te volvoeren. 
De Senaat van Francfort en de Paltzgraaf deden hem schoone 
aanbiedingen, opdat hij zich op hun gebied zou vestigen. Plantijn 
weigerdc : hij wilde zijn aangenomen vaderland uiet veHaten. 

Aan Philips II , die ook het voornemen had opgevat den Bijbei 
van Alcala te laten herdrukken, zond hij cen proefvel. De koning 
vroeg hem de kostcn der ondernemiog te berekenen. Plantijn 
schatte ze voor hct papier op l!2,000 guiden en voor het drukken 
op dczelfde som, daargelaten wat hem het nazicn der proeven en 
de nieuwe letters kosten zouden. Hij verzocht den koning om een 
voorschot van 6,000 dukaten. De zaak lachte Philips toe en hij 
onderwierp hct voorstel aan den algemecnen raad der iokwisilie. 

Deze zond Arias Montanus naar Alcala om cr de doctors der 
Hoogeschool over te raadplegen. Arias Montanus, die aldus in de 
onderneming werd gemengd en die er met Plantijn de hoofdleider 
van werd, was geboren rond 1527 te Fregcnal de la Sierra, eene 
kleine stad uit het bisdom van Badajoz en hct rechtsgcbied van 
Sevilla. Van den naam zijner stad (Sierra) ontleende hij zijnen 
gewoncn naam Montanus of Montano, naar dicn van Sevilla gaf 
hij zich dikwijls den toenaam van Hispalensis. Na uitmuntende 
studiën te Alcala gedaan te hebben in verscheidene vakken der 

* Zie 0. a. Ghapel Goris (J. F. N. Loumjer), Vie de Benoît Arias Montano 
(Trésor national , lome III, !'• série. Bruxelles 1842). — Gachard, Particu- 
larités inédites sur Plantin et sur l'impression de la Bible polyglotte (Bol- 
LBTiNs DB l'Académib ROYALE DE BELGIQUE, tODic XIX, 3* partie, page 1852. 
Bruxelles, 1852). — Voorrede en andeire oorkonden bij den Bijbel gedrukt. ~ 
Correspondance de Philippe II, publiée par M. Gachard. 



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( 41 ) 

wetenschappen , liet hij zich priestcr wijden, trad in 1560 in de 
ordc van den H. Jacobus en legde er de beloftc van den H. Augus- 
tînus af. In i562 vergezelde hij den bisschop van Segovia naar 
het concilie van Trente waar hij een werkzaana deel nan nam. 
In 1566 benoemde hem Philips II tôt ecnen zijner kapellanen en 
die betrekkiog vervulde hij, toen het ontwerp van Plantijn ter 
sprake kwam. 

De leeraars van Alcala keurden het plan goed, rieden er de 
uitvoering van aan en sloegen sommige verbeteringen aan de 
vorige uitgave voor. De Staatsraad voegde zijne goedkcuring bij 
die der doctoren ; ook de koning gaf zijne toestemming en eene 
toelage van 6,000 dukaten van veertig plaças, onder voorwaarde, 
dat de Bijbel onder Montanus' leiding zou uitgevoerd worden. 

In de wijdloopige onderrichtingen , die hij dezen medegaf, ziet 
mcn, dat de vellcn den koning door de koeriers nioesten gedragen 
worden, zoohaast zij van onder de pers kwamcn; de voorrede 
moest hera onderworpen worden; het getai der afte drukkcn 
exemplaren wordt aan het goeddunken van den drukker overge- 
laten, behalvc zes, die op perkament gedrukt zouden worden, een 
getal, dat later op twaalf werd gebracbt. 

De koning zelf schreef eenen brief aan Alba om hem aan te 
zeggen Montanus en zijn werk in bescherming te nemen; aan 
Plantijn schreef hij om hem aan te bevelen van zich met Montanus 
te verstaan en deze vertrok den 25" Maart 1568 naar Antwerpen, 
waar hij den 18° Mei daarop volgende aankwam. 

Montanus leefde te Antwerpen op de kosten des konings, die 
hem eene jaarwedde van 500 kronen had toegekend, gedurende 
al den tijd dat het drukken des Bijbels zou duren; zijne jaarwedde 
als kapellaan des iTonings, beloopende lot 80,000 maravedis, werd 
hem daarenbovén voortbetaaid. OnmiddelHjk na zijne aankomst 
hier te lande begaf hij zich naar Leuven, waar hij zeer wel ont- 
vangen werd door de hoogleeraars, en verwierf er boven de goed- 
kcuring van allen nog de bijzondere medewerking van twec hun- 
ner, Augustinus Hunnaeus naraelijk en Cornélius Reineri *. 

* Nève, Mémoire sur le collège des trois langues à Louvain, p. 319 
(Mémoires cooronnés in-4° de l*âcadémie, 1856). 



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( 42) 

Behalve door dczen en door Arias Montanus, die het hooge 
toezicht over het werk had, werden de teksten overzien of be- 
werkt door Guido Fabricius, die de Latijnsche vertaling van het 
Nieuwe Testament uit het Syrisch maakte en zijn broeder Nîco- 
laus; door Franciscus Raphelengius, die de Oostersche en Grieksche 
teksten nazag; door Joannes Harlemius S. J. die hem hierin bij- 
stond, door Andréas Masius, Franciscus Lucas van Brugge, Joannes 
Livinœus en Guilielmus Canterus. Willem le Bé van Parijs bezorgde 
de verschillende soorlen van benoodigde Ictters. 

In Juli 1568 begon mcn den koninklijken Bijbel te drukken; de 
laatste vellen werden in 1572 afgctrokken; gedurende al dezen 
tijd waren er dagelijks veertig werkiieden aan bezig. 

Eersl was het werk siechts beraamd op vier deelcn in-folio, 
zooals de Bijbel van Alcala was, maar Plantijn stelde aan Philips II 
voor, de Syrische vertaling van het Nieuwe Testament^ die in 
Weenen gedrukt was, er bij le voegen, en eindelijk kwamen er 
nog drie deelen aanhangsels (il pparatus sacer) bij, zoodat het 
gansche werk tôt acht zware foliantcn aangroeide. 

Toen de Bijbel voltooid was maakte Arias Montanus de bereke- 
ning der onkosten op, die hij aan Philips II zond. Op 14 Decem- 
ber 1571 schreef Montanus, dat de uitgaven 40,000 kronen belie- 
pen, en dat men ze over het algemeen op 100,000 kronen schatte. 

Er werden twaalfhonderd excmplaren van den koninklijken 
Bijbel gedrukt, tien op groot keizerlijk Italiaansch papier van 
56 tôt 40 gulden den riem , dertig op een ander groot keizerlijk 
papier, twee honderd op fijn koninklijk papier van Lyons, en 
negen honderd en zestig op fijn koninklijk papier van Troyes, 
altijd buiten de twaaif afdrukken op perkament, bij welke nog 
een dertiende kwam, die onvolledig bleef. In den handcl betaalde 
men 40 kronen voor de exemplaren op papier van Lyon en 35 
voor die op papier van Troyes, de band kostte 40 patards. 

Vooraleer de Bijbel nog voltooid was , wilde Philips er roeer 
gezag doen aan toekennen door eene pauselijke goedkeuring. Hij 
zond dus order aan zijnen afgezant te Rome, Don Juan de Luniga, 
om deze te vragen en hij gelastte terzelfder tijd Montanus eene 
memorie op te stcllen, bevattende de geschiedenis der onderne- 



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(43) 

ming en drukkende op de zorgen, die men genomen had om 
gcenen s(ap vooruit te gaan zonder de doctors der Leuvensche 
floogeschool te kennen, die dan ook hunne goedkeuring aan het 
werk gehecht hadden. 

Gewapend met dit verslag, begon de afgezant zijne pogingeo, 
maar de toenmalige Paus Pius V, een man van onwrikbare streng- 
heid, eisclite eerst inzage van den Bîjbel en verzond Montanus' 
memorie aan de kardinalen Sirlet en Tiani. Deze opperdcn er 
vele bezwaren tegen. De Spaansche afgezant verzocht dan voor 
Planttjn bet uitsluitelijk voorrecbt van de aanhangsels des Bijbels 
le drukken. 

Broeder Michiel de Médina en Petrus Fuentidiieûa sprakcn 
hierover met de beide kerkvorsten , die beloofden deze vraag bij 
den Paus te steunen. Deze bleef echter onverbiddelijk , zeggende 
dat zulk een privilégie eene zijdelingsche goedkeuring zou zijn. 
De afgezant vroeg daarop» dat het onderzoek toe vertrouwd werde 
aan de Leuvensche doctors ofaan coramissarissen door zijne Heilig- 
heid benoemd. De Paus weîgerdc nogmaals; hij eischte, dat het 
onderzoek te Rome plaats greep. Het eenige , wat hij wilde toe- 
staan, was cène goedkeuring voor eenen nauwkeurigcn nadruk 
van den Bijbel van Aleala. 

De bezwaren, die hem zoo wantrouwend stemden, waren deze: 
hij had zich niet kunnen verzekeren van de nauwkeurigheid van 
den tekst, noch van de getrouwheid der vertaling, die misschien 
wel aan Erasmus ontleend was ; hij weet niet of de Syrische ver- 
taling geheel het Nieuwe Testament bevat dan wel of de boeken 
mifischien niet ontbreken , wier echtheid de kettcrs bctwijfelen : 
zooals de Apocalypsis en de tweede brief van den H. Petrus; hij 
kent het aanhangsel niet, dat Arias Montanus bij zijoen Bijbel 
heeft gevoegd; het kan wel zijn dat de verhandeling de Arcano 
Sermoneeen Rabalistisch-boek zij; hij kan de vertalingvan Santés 
Pagnini niet goedkeuren, vooraleer ze gezien te hebben , ondanks 
de wijzigingen , die men er heeft aan toegebracht. Hij is geêrgerd 
omdat men den Talmud en Munster heeft aangehaaid, twee ge- 
doemde schrijvers, en omdat men een brief van Andréas Macs heeft 
gedrukt, een man, over wien men geene te goede berichten had. 



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(U) 

Philips II verbood aan Plantijn een i^nkel exempiaar van den 
Bîjbel te verkoopen, te leenen of te toonen, v66r dat de beslissing 
te Rome zou genomen zijn. 

Arias Montaous werd dan zelf naar Italie gezonden om den 
Paus gunstiger te stenimen. Hij vertrok uit Antwerpen rond 
half-Mei 1572 en kwam te Rome aan, toen Pins V geslorven en 
door Gregorius IX op den pauselijken troon vervangen was. Den 
16 Augustus bood Montanus een exeraplaar van den Bijbel aan 
Z. II. aan ; de Paus aanvaardde het, prees de onderneming en 
stond bel gevraagde privilégie aan Plantijn toe. V66r de maand 
Augustus 1572 nog ten einde geloopen was, waren allemoeilijk- 
heden uit den weg geruimd en den 8°Oeloberdaarop volgendekon 
Montanus de terugreis naar Antwerpen aanvaarden.Hier verblcef 
hij nog, tôt dat hij op 19 Augustus 1574, na volvoerde taak, naar 
zijn vadcriand geroepen werd *. 

Hicrmede had de koninklijke Bijbel echter zijne laatste bemoei- 
lijking van wege de kerkclijke overheden niet beleefd. Zekere 
Léon de Castro, profe>ssor aan de Hoogeschooi van Salamaoca was 
de hevigstc aanklager van Plantijns werk gcweesl. Oostersche 
teksten kwamen don bekrompen en boosaardigen man verdacht 
voor van joodschheid,andere vertalingen dan de Vulgata schenen 
hem kettersch, en hevig viel hij uit tegen Plantijn, die onroom- 
sche werkiieden gebruikte, zoowel aïs tegen Arias Montanus, dien 
hij voor een discipel der Synagoog, een bestrijder der Apostels en 
Evangelisten, een vricnd der Rabijnen, een vijand der leeraars en 
vaders der H. Kerk schold ; beiden klaagde hij bij de Inkwisitie 
aan. 

Deze onderzocht in 1576 de aantijgingen van Castro. Montanus 
werd ter verantwoording geroepen. Hij stclde een verweerschrift 
op,dat met de andere stukken van het procès in handen werd ge- 
geven van eenc commissie van godsgeleerden , aan wier hoofd de 
Jezuiet Mariana stond. Het geding siecpte verscheidene jarcn en , 
toen in 1 580 de uitspraak kwam, kreeg zoowel de aanklager als de 
aangeklaagde half gelijk en half ongelijk. Liever dan de vraag 

' Gachard, Correspondance de Philippe II, II en III , passim. 



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(45) 

zelve van de rechtzinnighcid des Bijbcls le onderzoeken , maakte 
de coromissie er eenen letterkundigen twist van; het gezag der 
Hoogescholen van Leuven en van Parijs scheen haar nict afdoende 
en zij wist heel wat op den fiijbel af te wijzen; gelukkiglijk echter 
ODlsnapte deze aan eene veroordeeling. 

Zoo kwam het meesterwerk van Plantijn tôt stand en zege> 
praaide het over al de moeilijkhcden, die het te bekampen had. 

Toen het werk geëindigd was getuigdc Arias Montanus van 
den drukker * : « Ghristophorus Plantijn heeft de beste diensten 
» bewezen aan de dnikkunst, eene kunst, waardoor al de andere 
» opgetuisterd en in het leven gehouden worden. 

> Niemand kan bewondering en lof genoeg schenken aan de 

* bekwaamheid van zijncn geest, aan zijn bewonderenswaardig 

> vooruitzicht aan zijiie vlijt en onvermoeibare wcrkzaamheid. » 
« Nooit» zegde hij elders van hem^ had hij een zoo behendig 
» man gezien aïs Plantijn en die terzcifder tijd zoo goed en deugd- 
» zaam was. » 

Ëlken dag ontdekte hij nieuwe hocdanigheden in hem; hij 
loofde hem vooral voor de groote zedigheid en voor het ongeloo- 
felijk geduld, dat hij toonde jegens hen, die hem benijddcn. Het 
scheen, dat hij geene woorden genoeg kon vinden om zijne geest- 
driftige ingenomenheid met hem uit te drukken. 

Met het bezorgen van den Bijbel had Plantijn een droom van 
zijn eigen leven verwezenllijkt, het voltrekken van een werk, 
waaraan zijn naam zou gehecht blijven. En niet bij het nageslacht 
alleen, ook bij zijne tijdgenooten was hij door dit reuzengewrocht 
een geacht en gevierd man en de eerste drukker van het Spaan- 
sche rijk geworden. 

Hoe hij zelf over zijn werk dacht en over zijne verdiensten als 
drukker ervan moge blijken uit deze regels van eenen brief door 
hem aan Çayas geschreven. « Nu de Bijbel voltooid is sta ik ver- 
B wonderd en verbaasd over zulke onderncming, die ik nict 

* meer zou durven herbeginnen al gave men mij twaalf duizend 

> kronen comptant en in zuivere gift, al zij het ook dat ik het 

* Prolegomena ad Biblia polyglotta. 



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( 46 ) 

» voor zes duîzend kronea minder zou kunnea doen, dan ik het 
» gedaan heb, nu dat al de letters en schikkingen gemaakt zijn. » 
De wereld wist het wei wat reuzentaak Plantijn op zich geno- 
men had, want er kwam niemand, die eenige geleerdheid bezat, 
te Antwerpen zonder naar het huis te gaan, waar het groote 
werk verricht werd ^ Aan loftuigingen wij zagen het recds ont- 
brak het den moedigen en schranderen man geenszins. Maar bij 
woorden alleen bleef het niet; eerbewijzen en geldehjke voordee* 
len vielen Plantijn in die dagen herhaaldelijk te heurt. In i574 
Werd hij van stadswege beschonken met ecn zilveren kunstwerk 
« wecrt zijnde hondert goude croonen of daer omtrent. s Niet 
alleen zegt de oflîcieele oorkonde, « oindat hij de stadt vcle ver- 
» schcijdene eostelijcke boecken bij hem gedruet uijt zonderlinge 
» genegenlheijt tôt de wethouderen der zclver heeft geschonken 
9 ende nu onlancx Corpus juris civUis bij hem in-foHo gedruet, 
» den gouverneur dezcr sUdt en de hceren van de wet heeft ge- 
» dcdiceerl en de daerafT aen het collegie présent gedaen, b maar 
ook uit « danckbaerheijt en bekentenisse des voorsegde Plantijns 
3 dienstelijcke gunstighcijt en de liberaelheijt dewclckc deser 
» stadt oock anderssints zecr nul en de profijlelijcken is met zijnen 
» grooten handel van druckerije waermede hij dagelijcx groot 

> getal van volcke binnen deser stadt houdt werckende ende alsoc 
» de neringe van printen scer slerckende ende doende floreren 

> tôt lof ende vermaertheijt deser stadt over de gantsche wercit. » 
Azevcdo vcrhaalt ons, dat hij den 15 Mei i574 in het vicrde 

provintiaal collegie te Leuven voor de hoogwaardigste vaders 
gekomen is, met brieven van credcnlie van den landvoogd van 
Requescns, aan dezc vergadering binnen Antwerpen den 51 Mei 
te voren geschreven, en dat hij lerzelfder tijd zekere brieven van 
aflaat bij vorm van jubile overhandigde, die door den Paus Gre- 
gorius XIII helzelfde jaar binnen Rome verleend waren. 

Recds vroeger was hij door wereldiijke en geestelijke overheden 
tôt een man van vertrouwen uitgekozen. 

*■ Brief van A Moiitanus aan Philips II, 10 Mei 1570. (Zie Gaghard,Bu//0- 
tins de r Académie, 1852, t. XIX , 3* partie, p. 388.) 



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( 47) 

De hertog van Âlva, aan zijn meesters inzichtcn willende vol- 
doeD,deed door eeoe vergadering van godsgeleerden, onder welkc 
Arias Montanus zich bevond, eenen nieuwen index der verboden 
boeken opstellen *. 

Deze vergadering bracht den wensch uit bel getal drukkers te 
zien verminderen , ze alleen in de groote steden toe te laten , ze 
dan onder toezicht der bisschoppen voor de geestelijke en onder 
dal van een architypograaf voor de stoffelijke zijde van bun 
ambacbt te plaatsen. Deze index verscheen bij Plantijn in 1569 
en het jaar daarop werd bij tôt de waardigbeid van aartsdrukker 
verbeven, 

Bij zijn bevelscbrift van 19 Mei 1562 over de drukkerij bad 
PbiJips II dit ambt reeds gesebapen. De arcbitypograaf zou 
belast zijn met de drukkersmeestcrs en gezellen der iauden van 
berwaarts over te onderzoekcn en bun in geval van goedkeuring 
brieven van bekwaambeid te overbandigen, die dan door den 
Koning en zijnen stedebouder zouden bekracbligd worden. Zij 
die zieb over de bekwaambeid in bun ambacbt wilden laten 
onderzoeken, moesten voorzien zijn van getuigscbriften bunne 
recbtgeaardbeid bewijzende. 

De aartsdrukker moest een register bouden van de meesters, 
gasten en leerjongens van elke drukkerij, alsook van de correc- 
teurs, door de geestelijke onderzoekers gemacbtigd tôt bet uitoe- 
fenen van bun ambt. 

Hij moest aanteekening bouden van al de boeken, die ver- 
scbenen, en zij, die ze drukten, moesten bem bun privilégie 
vertoonen voor elk werk en bem bet eerste en laatste vel van elk 
boekgeven,terwijl de geestelijke onderzoekers bem de toegekende 
privilégies moesten mededeelen. Elk werkman, die van werk- 
plaats veranderde, moest er den aartsdrukker kennis van geven. 
Deze moest nog de verscbenen boeken op den prijs stcllen, tegen 
welken men ze mocbt verkoopen, en verzameling bouden van al 
de uitgekomen werken. Hij bad bet recbt aile drukkerijen te 

* Zie Chapel Goris, Vie de Benoît A. Montanus (Trésor NAT.,t.IlIyp. 183). 

* Biblioph. belge, 1860, page 130 en volgende. 



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-J. 48 — 

bezoekcn, wanneer hij het goed vond en na te zien of er niets 
tegen de plakkaarten gebeurde. De plaatsnijders in koper of hoat 
waren eveneens aan zijn gezag ooderworpen. 

Het anibt was in i562 ingesteld; niet vô6r den iO^" Juoi 4570 
echter werd Plantijn er de eerste mede bekleed. Maar de plich- 
ten, die er aan verbonden waren , waren zoo veelomvattend en 
zoo onuitvoerbaar doorhunne omsiachtighcid en door den onwil 
der drukkers om zich aan de wet te onderwerpen, dal Plantijn 
in i 576 reeds vroeg, dat men hem er van ontslagen zou en yer- 
vangen door iemand, die meer geld en gezag had dan hij. Het is 
klaar, dat na i 576 de plaats van drukker-toczichter cène sinecuur 
geworden was en dit bleef toi in 1585,na wclken tijd « de bevre- 
diging > van het iand weinig iust tôt kettersche uitgaven in 
Zuid-Nederland moest laten voortbestaan. 

Buiten deze eerbewijzen had Plantijn meer lastbare gunsten 
ontvangen. Wij zagen reeds, dat de Koning hem in 4568 eene 
toelage van 6,000 dukaten schonk, en Arias Mojitanus bezoU 
digde. De beloften door den Koning gedaan raoeten nog aanzien- 
hjker geweest zijn dan zijne giften, want in de voorrede van den 
veeltaligcn fiijbel heet het, dat deze de koninklijke gcnoemd werd, 
omdat hij op de kosten des konings gedrukt was '. Voeg hierbij 
de begunstigingen van Paus en Koning ontvangen voor het druk- 
kcn der missalcn, het eenig winstgevend maar dan ook belangrijk 
voorrecht, dal Plantijn verwierf , en Plantijns lot zal benijdbaar 
genoeg schijnen. De regeering was hem genegen : in 1573 sloeg 
men de hand aan het werk om op de Meir, terzelfder plaats waar 
de Geuzcnkerk gestaan had, eene drukkerij met bibliotheek 
voor den aarlsdrukker te bouwen, een werk, dat echter nooit vol- 
looid zelfs niet cens ernstig aangevangen werd. In i 574 ontving 
hij nog bij besluit van Don Luis de Requesens op zijne aanvrage 
de vrijstclling van het herbergen van krijgslieden. 

Wie Plantijns toesland alsdan oppervlakkig zou beschouwd 
hebben , zou hem zeker wel voor een welvarend en voorspoedig 
man gehouden hcbbcn. Hij was in vriendschappelijke betrekking 

* Voorrede, vol. V, Bibi polyglotla. 



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(49 ) 

met ootelbare geleerden, letterkundigen en kunstenaars. Zijne 
drukkerij was in vollen bloei. Volgens Guicciardijn gaf hij dagc- 
lijks 500 gulden uit; hij liad twec-en-twîntig perscn in gang; liîj 
bad vdor 1577 ecn winkel te Parijs, en bezat cr ook eenen te 
Frankfort, de groote boekenmarkt dier eeuw. In zijnen winkel te 
Parijs had hij zijnc dochter Magdalena, getrouwd met Gillis Beys, 
geplaatst; Van Ravelîngen en Moereturf, die de beide oudere zus- 
ters gehuwd hadden, leefden te Antwerpen en hielpen ijverig 
huD schoonvader. Catharina Plantijn trouwde in i571 te Parijs 
met Jehan Gassan , koopraan in linnengoederen , en in i 578 
trouwde de jongsle,Henrica, met Peter Moereturf, Jans broeder. 
Plantijn had slechts een zoon gehad en die was op 2i Maart i566 
in twaaifjarigen ouderdom overleden. 

Ondanks de weidsche uitbreiding, die zijne werkzaamheden 
Terkregen hadden en de begunstigingen, die hem ten deel vieien, 
was Plantijn er verre af zich voorspoedig in zijnen handel te 
mogen noemen. 

De koning had hem meer schoone beloften dan klînkende munt 
geschonken en die beloften waren bîjna aile onvervuld gebleven. 
Na de voltooiing van den veeltaligen Bijbel was aan Plantijn eene 
jaarlijksche rente van 400 en aan Van Ravelingen eene andere 
van 200 gulden op de verbeurd verkiaarde goederen van den 
graaf van Hoogstraten toegezegd. In 1576 cchter was deze edelman 
door de staten des lands op nieuw in het bezit van zijn graafschap 
gesteld en er kwam van de betaling der rente niets. 

De Thou, die Plantijn in 1576 bezocht, getuigt S dat de uitgave 
van den Bijbel hem roem genoeg had aangebracht, maar hem 
groote geldverliezen had veroorzaakt. 

De Paus legde, zooals wij zagen, het verschijnen van den 
Bijbel allerlei moeilijkheden in den weg. Plantijn had aan de 
bekostiging van dit reuzenwerk al zijnc geldmiddelen, en al 
wathij van zijne vrienden teleen had kunnen krijgen, gebruikt. 
Om beschikbaar geld te bekomen , had hij werken moeten ver- 
koopen onder den prijs, dien zij hem instonden. Hij had daarbij 

* De Trou, Hiator. ad annum 1585. 

Tome XXVII. 4 



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(50 ) 

op last van kardînaal Granvelle psalmboeken met muzieknotea 
gedrukt» welke boeken door de onrustigheid der tijdeD, die nood- 
zakelijk schaarsehle van geld en verlamming van den handei 
te weeg bracht, weinig aftrek vonden. Reeds in 157â zien wij, 
dat hij met schuldcn overlast ^as, en dat zijn eenige wensch 
was, niet van rijkdomraen te verzamelen, maar van eens zijner 
schuldeischers te kunnen voldocn. En niettemin volgde het eene 
bcvcl des konings op het andere. Philips wilde immer nieuwe en 
grootere werken door Plantijn gedrukt zien en dacht niet na, dat 
het krediet van dcn ijverigen man beperkt en geschokt was y en 
koninkJijke beloften niet in siaat waren het te herstellen. Ëen 
nieuw koorboek met muzieknolen, honderd duizend breviers, 
twee honderd duizend diurnalen, zestig duizend misboeken be- 
stelde de koning in eens. Plantijn was te moedig en te voortvarend 
om te weigeren. Nogmaals beproefde hij geld te lichten. Eene 
oorkonde van 4574 getuigt, dat op 14 November van dit jaar de 
bisschoppen eenen brief rond lieten gaan bij de bijzonderste abten 
van Vlaanderen en Brabant om te vragen, dat zij Plantijn de 
noodige som zouden voorschieten, opdat hij het nieuwe koorboek 
op dezclfde wijze als de psalmboeken zou kunnen drukkcn. Deabt 
van Everbode werd hierbij aangewezen als moetende tusscheu 
komen voor 500 gulden, die van Pcrk voor 400, die van S*-Ger- 
trudis te Leuven voor 500, die van S'-Pieters te Gent voor iOOO, 
die van Drongen voor 300, die van S*-Winoxbergcn voor iOOO en 
die van S*-Niklaas bij Veurne voor 600 ^ 

In 1576 gaf Plantijn nog vijfiig duizend gulden uit om aan de 
bevelen des konings te voldoen; hij had dit geld geleend, waar hij 
maar immers kon en had letterlijk ailes verpand, wat hij liggende 
en roerende had. 

Toen die nieuwe werken voltooid waren, wendde hij zich tôt 
den koning, opdat deze zijn woord gestand zou doen. Ongelukkig- 
lijk was op dit oogenblik Philips H in gansch het Spaansche rijk 
zonder twijfel de man, die het meest geld te kort kwam, en wat 
hij zich zelf aan gereede munt kon verschaffen wist hij wel an- 

^ Letlres et missives du conseil d*Élat et d'audience. Ârchîeven van Brussel. 



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(81 ) 

ders te gebruiken dan aan het betalen van mis -en getijdeboeken. 

De tîîden werden slechter en siechtcr, Plantijns nood nijpen* 
der en nijpender; zijne yertoogschriften bij den koning werden 
dringender en drlngender, maar bleven immer even vruehteloos. 
De wakkere man streed zoolang hij kon; \eanneer het verpanden 
zijner goederen niet meer voidoende was, verkocht hij zijne wa- 
ren aan halven prijs, wanneer dit niet meer toereikende was, 
Terkocht hij zijnen alm en zijne onroerende goederen. In 1581 
▼erkeerden zijne zaken in zoo treurîgen toestand, dat van de 
twee-en-twintig persen, die hij vroeger in gang hîeld, er nog 
slechts vijftien werkten * en dat hij zich naar Parijs begaf^om daar 
tegen 7,500 gulden zijnen boekwinkel te verkoopen, alhoewel 
deze volgens opgemaakten inventaris meer dan 16,000 gulden 
waard was ^, 

Reeds v66r 1566, in den tijd van zijn ongeluk, zooals hij zegt, 
had de constabel van Frankrijk bcproefd om hem te overhalen-, 
dat hij zich te Parijs zou vestigen. Toen hij zich daar nu weder in 
1581 bcvond, bood de koniug van Frankrijk hem den titel van 
koninklijken drukker aan met open brieven, van zijn eigen hand 
gcteekend; maar op de vertoogen van Çayas^ den secretaris des 
konings van Spanje,dîe toen te Parijs verblcef, sioeg Plantijn die 
cer af. 

Hetzelfde jaar werd hij naar Turijn geroepen door den hertog 
van Savooien, die hem aanbood zijne drukkcrij af te koopen, hem 
boven de geheeie betaling dezer een geschenk van duizend gouden 
kronen loe te staan, en hem daarbij geheel het bestuur toe te ver- 
trouwen van zeker huis, opzettelijk te Turijn gebouwd voor eene 
drukkerij. 

Plantijn weigerde. Hij hield aan Antwerpen, waar hij zijn levcn 
als man met al zijn zuur en zoet gesleten had, waar hij zich duur- 
zamen roem en talrijke vrienden verworven had. 

Het verkoopen zijner drukkerij te Parijs was eveneens onvol- 
doendc om hem uit zijnen geldnood te redden. De intrest der 

* Gachard, Partie, inéd., 302. 

* Génard, Kitiaen, 20. ~ Vandbrhaegbeii , Bibl. Plant.^ 34. 



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(52) 

geleende gelden, dien hij op te brengen had, voegde zich bij de 
vroegere, immcr voortdurende en verzwarende lasten, geene 
hulp daagde daarbij op, en de anders zoo taaie kampcr moest cin- 
delijk den strijd opgeven. 

In 1585 liet hîj zijne dnikkerij over aan zijne scboonzonen 
Moereturf en Van Ravelingen en week naar Leiden uit, waar zijn 
goede vrîend, Justus Lipsius, hem met open armen ontving. 

Daar stelde hij onmiddellijk na zijne aankomst een roemorie op, 
die hij betitelde : Eenvotidig en waarachtig verhaal van zekere 
zwarighedeny die ik Christo/fel Plantijn heb geleden gedurende 
vijftienjaar ofongeveer, omdat ik aan-het bevel Zijner Majesteit 
gehoorzaamde zonder betaling ofbelooning van hem ontvangen te 
hebben. 

Dit stuk, waarvnn een dubbel nog in de archieven van het huis 
van Plantijn bewaard wordt, lokte van 's konings wege een ant- 
woord uil in vorm van brief, door hem aan Alexander van Parma 
geschreven op 10 Januari 1587, en waarbij de landvoogd bevel 
gegeven wordt cencn persoon te benocmen, geschikt om deze zaak 
met de noodige zorg te onderzoekcn, tcn einde na al de artikels, 
in Plantijns verzoekschrift uiteengezet, onderzocht te hebben 
vcrslag te doen over hetgeen hij in regel en echt zou gevonden 
hebben, welk versiag Parma met zijne eigene aanmcrkingen aan 
den koning moest overzenden. 

Wij welen niet, wat de verdere afloop dezer zaak mag geweest 
zijn, waarschijnlijk is het echter, dat zij in Plantijns leven haar 
beslag nict kreeg. 

Vooraleer naar Leiden te vertrekken had hij met zijne schuld- 
cischers een vergelijk getroiTen , dat hem zware lasten oplegde 
en zoo bevOnd hij zich in den vreemde zoowel als te huis onder 
velerlei moeilijkheden gebukt. 

Hoezeer ook overladen door den last der schulden, door de 
zorgen voor de toekomst, die donkerder en donkerder werd, had 
Plantijn na 1573 zijn werk niet gestaakt. Men ziet aan zijn uitga- 
ven, dat de tijd der grootsche, der roemrijkc, maar verarmendc 
ondernemingen opgehoudcn heeft; maar belangrijk blijvcn nog 
immer zijne werkzaamheden. Uit een rekwest, door hem in Sep- 



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(53) 

(eniber 1584 aan de slatcn van Brabani ingediencl,zien wij,dat hîj 
nog zestig werkiicden in gang heeft ^ 

Wcppen wîj ter dezcr gelcgenheid eenen blik op het bijzon- 
derste, dal van zijne persen kwnm na bel verschijnen van den 
fiijbe] en vôdr zijn vertrek naar Leidcn, dat is van 4575 tôt 1583. 

Na zijnen groolen Bijbe], en als een vervolg bierop, wilde hîj de 
wcrken der kcrkvaders drukkcn. Arias Montanns schijnt bem bct 
ccpsle dcnkbeeld hiervan gegcvcn le bcbbcn. In 1575 bezorgde 
liij een tweedc uifgavc der Somme van S. Thomas van Aqiii- 
nen; în 1577 verschijnen de-werken van den H. Auguslinus 
in lien deelen in-folio. Ontelbare bandschriften waren voor dit 
laalsle werk gcraadpleegd ; de uitgave was de volledigstc en nauw- 
keurigstc, die lot dan toe vcrscbenen was en biccf bel gedureiîde 
niccp dan eene eeuw; tienmaal wcrd zij bcrdrukt;ecns te Vene- 
lle, zcven maal le Parijs, eens le Keulen en cens le Lyons. Die 
Leiangrijke uitgave bad Plantijn gedurende het groolste deel van 
het jaar 1576 en 1577 bezig gchouden; daaraan en aan den gcld- 
nood , waarin bij zich tocn bevond , nlsook aan de onrusligbeid 
dezcr dagcn, waorin de Spaansche furie valt, zal bot wel te wijten 
zijn, dat bel gctal der werken, uitgegeven in die twee jaren, nog 
de beift niet bedraagt van dogene, die in de vorige en volgcnde 
jaren vcrscbenen. 

In 1579 kwamen de werken van den H. flicronymus in vijf 
boekdccicn in-folio en die van Tertullianus in cén foliodeel uit. 
Dit vierde werk van de verzameling der kerkvaders was ook het 
laatste. In 1580 bereikte de moeilijkheid der tijden haar top- 
puni; zeer gevoelig vcrzwakte de werkzaambeid der drukkerij, 
die lot de helfl daaidc van wat zij vroeger was, en nimmer kwam 
Plantijn gebeel de kommernissen le boven , waarmcde bij toen 
karopte. 

Bij godsgcleerde werken had bij zijne uitgavcn niet bepaaid. 
Sommen wij slechls het merkwaardigste op van belgcen bij op 
ander gebied liet verschijnen. In 1573, het jaar van den Bijbel, gaf 
hij zijn Thésaurus Teutonicae linguae uit, waarover wij vroeger 

< Gérard, Viaamsche School, 1874, bl. 200. 



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(54) 

spraken; het jaar daarna kwam Riliaens woordenbock uit; in 
1575 Terschijnt de schoone tweede uitgave van zijn Corpus 
Juris. 

In 1565 had Plantijn voor de eerste maal een kruidkundig 
werk van Dodoens gedrukt : Historia frumentorum, legunti- 
num palustrium et aquatilium herbarwn ; het jaar nadîen zien 
wij eene nieuwe en in i569 eene derde uitgave van dit werk vcr- 
schijnen. In 4568 geeft hij Florum et coronariarum , odorata" 
rnmque nonnuUarum historia van denzelfden schrijver ult ; in 
4574 Purganiium aliarumque eo facientium historiae lihri IV ; 
in 4583 liet groote werk Stirpium historia, een foltant van 
860 bladzijden met 4341 boutsneden en eindebjk in 4584 en 
4585, nogtwee werkjes van kleinen omvang. 

Terzelfder tîjd a]s hij Dodoens* werkcn met groote zorg en 
onkosten uitgaf , drukle bij die van twce andere beroemde kruid- 
kundîgen,de ITscluse en de Lobel. Van de TEscluse gaf hij uit in 
4561 een Antidotarium,en in 4 576, een veel grooter werk : Rario- 
Tum aliquot Stirpium per Hispanias observatarum, een oclavo 
van 529 bladzijden met 229 houtsneden; in 1582 vcrscheen nog 
van denzelfde een klein werkje en eindelljk in 4 583 zijn Rariorum 
aliquot Stirpium per Pannoniatn, Austriam et vicinas quasdam 
provineias observatarum historia, een oetavo van 766 bladzijden 
met 353 houtsneden. 

In 4576 drukte hij Plantarum seu Stirpium historia van 
Matthias de Lobel, een folio van ongeveer 1150 bladzijden; in 
4581 liet hij eene Nederlandsche vertaling van hetzelfde werk 
verschijnen en gaf daarbij eene verzameling uit van 2491 afbeel- 
dingen van planten, die hij voor dit werk en voor gelijksoortige, 
die vroeger verschenen, had laten maken. 

In 4579 drukte hij voor de eerste maal het beroemde Theatrutn 
orbis lerrarum van Ortelius, dat vroeger een half dozijn maal bij 
andere drukkers verschenen was en bracht hij het aantal kaarten 
van 79 tôt 92. In 4587 herdrukte hij dit werk nog eens en gaf in 
hetzelfde jaar den Thésaurus geographicus van denzelfden aard- 
rijkskundige uit, van wien hij ook nog wel andere werken van 
minder gewicht had laten verschijnen. 



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(55) 

In i58i herdrukt bij de Italiaansche uitgaye van Guicciardijns 
bescbrijvîng der Nederlanden, die vecrlien jaar yroeger te Ant- 
werpen bij Silvius versebenen was en voegt er yeertig nieuwe 
landkaarten bij ; in i 582 geeft bij er de Franscbe vertaling in-folio 
van uit en brengt het getal der plans en kaarten van 55 tôt 78; in 
1 588 eindelijk komt eene nieuwe Itab'aanscbe uîtgave van betzelfde 
werk uit. 

Niet alleen op wetenschappelijk gebied drukte bij talrijke plaat- 
werken, ook voor andere vakken liet bij zulk kunstwerk ver- 
riebten. Yooral de jaren 1575 tôt 1583 zijn vrucblbaar in deze 
soort yan yoorfbrengsels. In 1575 ontmoeten wij deRerum usu 
et abusu yan Bern. Furroerus met 25 platen door Joannes 
Hieronymus Wierx; in 1577 Rerum sacrarum liber door Lau- 
rentius Gambara met 55 platen door J. H.Wierx en Petrus Vander 
Borcbt; in betzelfde jaar Sacrarum antiquitatum monumenta 
met 59 platen; in 1579 Mylhologia ethica met 226 etsen; Impe- 
ratorum Romanorum numiamata, Thésaurus rei antiquariae. 
Discours sur plusieurs points d'architecture, Incompstvan den 
prins van Orangniën^ allen opgevuld met plaatsneden. 

Plantijn was naar Leiden getrokken om daar rust te vinden 
van de zorgen en kwellingen, die bij in de laatste jaren te Ant- 
werpen onderstaan bad ; maar zijn eigen werkzaambeid en bet 
aandringen van ben, die *s mans yerdiensten kenden, gunden 
bem die rust niet. 

In November 1582 bad bij te Leiden bet buis van Willem Syl- 
vius, insgelijks een Antwerpenaar en drukker der Leidscbe Hooge- 
scbool S aangekocbt. Hij liet zicb daar als poorter opscbrijven 
den 15<'December daaropvolgende en bckwam op 1 Mei 1585 
den titel van drukker der Hoogescbool met eene jaarwedde van 
200 gulden. Den 25" Mei van betzelfde jaar kreeg bij oorlof 
eenen winkel vé6r bet gebouw der Universîteit te openen; op 
30 April 1585 kocht bij de woning van Lodewijk EIzevier, in de 
nabijbeid der Hoogescbool. Verder kocbt hij er uog aan c buijsen 

* Zie P.-À. TiEiB, Les premiers imprifneurs de PUniversité de Leiden 
(DiBLiOPBiLK Belge, i869, p. Ii2). 



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(36)- 

en erven » van de edele jufvrouw duwaire weduwe van dcn hccp 
Hendrik van Asscndclft ^ 

Op 1 Februaril584 had hij zich als buitenpoorter te Ântwerpen 
laten opsehrijven. 

llct eerste werk, dal hij in Leiden uitgaf , was de gescliiedenis 
dcr groven van Holland in het Lntijn, door Barlandus, voor wclk 
werk hem de staten van Holland 100 en de curaloren der Hooge- 
school 200 gulden schonkcn. 

Gedurende de jaren i 584 en 1 585 worden er zevcnlig werkcn te 
Antwerpen en twinlig te Leiden gedi^ukl ^. Onder deze laatste 
benierken wij het boekje van Simon Slevijn over de tiendeeligc 
breuken. 

In Augustus 1585 was hij aog in Leiden, maar na de overgave 
van Antwerpen in deze stad teruggekeerd zijnde, droeg hij op 
26 November 1585 aan zijnen schoonzoon van Ravelingen voor 
zekere soni gcids zijne drukkerij in Leiden over met < al *t genc 
dcrselver is aencle vende roctten winkele, boeeken, papieren endc 
aile andere diugen den voorschreven huijsc behoorende. » 

Op 19 Augustus 1586 werd ecne nieuwe overcenkomst gesloten, 
waarbij Plantijn al de eigendommen,die hij te Leiden aangekoeht 
had, en die uit niet minder dan vijf huizen bestonden, aan Van 
Ravelingen overliet ^. Hieruit nioge blijken, hoe zeer het hem 
ernst geweest was met zijne verhuizing naer de Hollandsche stad. 

Onder godsdienstig en staatkundig oogpunt roocst zijn vertrek 
nog al zonderling voorkomen. Hij, de katholieke drukker bij 
uitmunteudheid, ging zich vestigen in eene keltersche stad, waar 
de toen nog kettersche Lipsius en Douza tôt zijne goede vrienden 
behoorden om er drukker eener kettersche Hoogeschool te 
worden. Die tegenspraak tusschen zijn vorig en zijn tegenwoordig 
gedrag ontsnapte zijne katholieke vrienden dan ook niet. In Rome 
was men op het plan bedacht van door Plantijn « de schatten der 

« Gê.nard, Vlaamsche School, 1874, bl. 92. 

* Dit laatste getal, door de Annales Planttniennes opgegeven^inoet aan- 
zieDlijk vermeerderd worden, als blijkt uit de lijsl door P.-A. Tiele medege- 
deeld (Bidliophilb belge, 1869, p. 117). 

' Bibliophile belge, 1869, p. 143. 



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(57) 

Valikaansche Bibliotheek » te ]aten uitgeven, eene voortzcttîng 
waarschijnlijk Tan Paulo Manutîo's uitgaven, maar men voelde 
zich afgesclirikt door Planlîjns verhuizing naar het onroomsclie 
Leiden. Lœvinus Torrentius drong herhaaldclijk l)ij hem aan, 
opdat hij die verdenkingen zou smorcn met terug te keeren en 
beioofde mee te werken en anderen te docn meewerken om Plan- 
tijns grieven te herstelJen. De uitgewekene liet zich overhalen 
doordeze schoone beloflen, misschien ook wel door de verandc- 
riiig van den staatkundigen toestand en keerde in 1585 naar Ant- 
uerpen terug. 

Gedurende zijne afwezigheid had zijne drukkerij daar vocrt- 
gewcrkt en, zooals overigens scdert 1580 herhaaldelijk gebenrd 
was, < deur bevel van de staetcn » of c van de overheijt » de plak- 
kaarten uitgrgeven , die van de oproerige stad of staten uitgingen. 
Behalve de werken, die wij rceds ciders aanstipten bemerken 
inrij nog onder de uitgaven van Plantijns laatste Icvensjaren de 
Afoseovia\an Possevinus in 1587 en de Martyrologitim van Baro- 
nius in 1587. Het werk verminderde niet alleen in hoeveelheid 
en belangrijkhcid , het verandcrde ook van aard. De plaats der 
anli-Spaansche drukken wordt ingenomcn door Roomsch-kaiho- 
lieke werken van godsgelecrdcn , de sehriftenvan letterkundigen 
of wetenschappelijken inhoud worden meer en mcer verdrongen 
door boeken over mystieke of stich tende onderwerpen. 

Twee jaar en half , nadat PJantijn zijne drukkerij van Leiden 
aan den man zijner oudstedochler had afge8taan,was hij er ook op 
bedacht, die van Antwerpen in bekwame handen over te geven : 
hiertoe viel zijn keus natuurlijk op Jan Moereturf, zijnen getrou- 
wen helper gedurende dertig jarcn. Deze had zich in 1582 aïs 
meester boekvcrkooper in de Sint-Lucas* gilde lalen opschrijven, 
hij hield den boekwinkel in de Kammerstraat open en bestuurde 
de werkhuizen zijus schoonvaders op de Yrijdagmarkt. 

Plantijn, zijn einde voclende naderen, maakte met zijne vrouw 
een wederzijdsch testament op 14 Mei 1588, met codicille van 
7 Juni 1589 voor den notaris Gillis Van den Bossche, bij hetwelk 
bîj vorm van prelegaat, na het ovcrlijden van den langstlevenden 
der echtgenooten^ aan Joannes Afoereturf en zijne vrouw, Martina 



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( 58 ) 

Plantijn, werd gegeyen de drukkerij in de stad Antwerpen met 
het buis, waarin zîj was, en al de koopwaren, gereedschappen , 
gesneden platen en boeken, die yoorhanden waren in het huis op 
de Vrijdagmarkt en in dat der Kammerstraat , welk Moereturf 
bewoonde, evenals die^welke zieh te Francfort bevonden. Het huis 
in de Kammerstraat hadden zij hem reeds sedert 25 April 1 584 
overgedragen. Hunne overige goederen vermaakten zij aan hunne 
vijf andere dochters en dezer echtgenooten om er naar hun goed- 
dunken OTer te beslissen. 

Een jaar na het verlijden van dit testament, zes weken na het 
met zijn codicille bekrachtigd te hebben, overleed Plantijn op 
i Juli 4589. Hij werd begraven in den omgang van 0. L. V.- 
kerk dicht bij de plaats, waar zijn gedenkteeken nog bestaat. 
Eenvoudig was het opschrift van zijnen zerk , dat zijne kinderen 
er lieten op beitelen en dat, wanneer Plantijns weduwe den 
14° Augustus 1596 haren man was gaan vervoegen, aldus luidde : 

< Gedenkteeken van Christophorus Plantinus, koninklijken 
aartsdrukker, die 75 jaar oud werd en sticrf op i Juli 1589, en 
van Joanna Rivière, zijne huisvrouw, die stierf op 14 Augustus 
1596. Zij rusten in vrede! » 

Nevens dit eenvoudig grafschrift werd er een langer en weîd- 
scher geplaatst onder de schildcrij , welke bij zijne begraafplaats 
door zijne vrouw en kinderen aan hem alleen werd opgericht. 

« Aan Christophorus Plantijn van Tours, burger en bewoner 
van Antwerpen, koninklijken aartsdrukker, groot door zijne gods- 
vrucht, voorzichtigheid en scherp vernuft, groot vooral door zijn 
werken en volharden , door wiens zorg en vlijt eene ontelbare 
menigle oudere en nieuwe werken tôt groot nut van deze en latere 
eeuwen het licht zagen, heeft Joanna Rivière zijne vrouw, met 
zijne kinderen en erfgenamen, treurende, dit gedenkteeken opge- 
richt als aan den besten der echtgenooten en der vaders. Gij, die 
voorbij gaat en dit leest, bidt voor de ziel. Hij leefde vijf-en- 
zeventig jaar en stierf hier op 1 Juli 1589. » 

Joanna Rivière, zooals wij zagen, overleefde haren man nog 
slechts zeven jaar. Zij had gelegenheid haar moederlîjk gezag ten 
goede te gebruiken na Plantijns dood, daar er tusschen de kin- 



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(59) 

(leren oneenîgheid ontstond, aangaande de yoorgifte aan Jan 
Moereturf geschonken. Joanna Rivière deed afstand harer goe- 
deren ten behoeve harcr kinderen en bij gezamentlijke OTereen- 
komst van i6 Maart 1590 werd de groote drukkcrij aan Moereturf 
en zijne vrouw voor goed overgelaten bij titel van koop en tegen 
zekere voorwaarden, gelijk ook in 't vervolg voor de huizing zelve 
gebeurde. 

Na Plantijns dood werd zijne drukkerîj voortgezet door deMoe- 
returfsofMoretussen^die er tôt in den loop van het verledcn jaar 
eîgenaars van bleven. Van Ravelingen bleef te Leiden, waar bij 
op 3 Maart 1586 drukker der Hoogeschool en in i 587 boogleeraar 
der Hebreeuwsche taal werd. 

Gillis Beys kwam zieb in Antwerpen vestigen , waar.wij hem in 
159i in de kleine Plantijnsche drukkerij in de Huidevettersstraat 
gevestigd vinden, en liet zieb in de Sint-Lucas' gildc aïs meester 
boekverkooper, en op 22 Februarij 1591 aïs burger bij de stads- 
overheden opschrijven. Later keerde bij terug naar Parijs, waar 
bij op 10 April 1595 overleed. Toen Gillis Beys gestorven was 
bertrouwde Magdalena Plantijn, zijne weduwe, met Adrien Périer, 
die ook eene Piantijnscbe drukkerij opende in de i*u6 Saint-Jac- 
ques te Parijs. 

Van Catbarina Plantijn, de vrouw van den linnenbandelaar 
Jeban Gassan, te Parijs en na dezes dood van Hans Arents, alias 
Spierinck te Antwerpen, evenals van bare zuster Hcnrica , vrouw 
van den koopman in diamanten Pieter Moereturf, valt niels bij- 
zonders te vermelden. 

Wanneer wij, na aldus Plantijns leven stap voor stap te bebben 
nagegaan,onsdennian,zooals bij was en werkte en leefde,ineens 
en in zijn gebeel voor den geest oproepen, voor zooveel de duis- 
ternis der eeuwen, die bem voor ons oog verborg, opgekiaard is, 
dan Tinden wij in bem wel degelijk de verpersoonlijking der 
kenspreuk, die bij aannam, toen bij zijne loopbaan begon en die 
bij verwezentlijkt bad, toen bij zijn afsterven zijn hoofd en zijn 
arro zieb voor bet eerst tôt rusten nederlegden. 

Hij was de man « van werken en volbarden , > zooals bij zieb 



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(60) 

gedoopt had, zooals zijn grafschrift hem noemt, zooals zijn leven 
en zijne gescliicdenis hem geadcld hebben. Met weinig begonnen 
strcefdc hîj er van hct ecrstc oogenbhk naar om iets groots, iets 
schoons te volbrengen; hij wou sleliig geld wiunen, maar iets 
anders, iets hoogers er bij, eenen welverdicndcn naam, eenen 
wijd verspreiden en duurzamen rocm. Dag en nacht was hij aan 
hct werk. « Hij eel niet, drinkt niet en slaapt weinig. Er is geenc 
> slof in hem, ailes is gcest, > geluigde Arias Montanus, die hem 
gocd kennen moest. 

Zijn ideaal zal wel geweest zijn den roem te evenaren, die zijnc 
groote voorgangers en tijdgenooten,dc Aldien Estiennes, zich ver- 
wierven. Hunne geleerdheid bezat hij niet, hunne werk/aamheid 
en hun beleid overlrof hij. Hij kon de wereld gcene nieuwc klas- 
sieken meer schenken, onidat nagenoeg reeds a]len uitgekomcii 
Tvaren, maar hij schonk zijn land en de wereld andere werken, 
werken van welensehappelijken aard, en vervulde aldus als uit- 
gever de nuttigste roi , die nog te vervullen bieef. 

En of hij volhardend was! Hij leefde in de meest bewogeii 
halve eeuw onzer geschicdcnis, op een oogenblik van woeling en 
keering, waarin al de scliitterende vooruilzichlen voor onze ge- 
westen en onze burgers meedoogenloos verbrijzeld werden.En in 
dien tijd van slaalkundige orkanen,die ailes deden buigen en 
breken, die al wal ons dierbaarst en heiligst was, onze vrij- 
heid^ onze welvaart, onze welensehap in aile vier de winden aïs 
kaf verstrooiden , moest hij eene nijverheid doen bloeien, voor 
welke de rustigste en voorspoedigste lijden nauwelijks gunstig 
genoeg zijn. 

En dit deed hij. Hij leed van de tijden, van de menschen, van 
de ziekten en hoe hij zelf klaagde en reden had tôt klagen over 
zijnen gcldnood, hij had zieh tôt meer dan rang en faam wcten te 
verhefTen; hij had den grondslag gelegd tôt eene fortuin, die 
zijne nazaten mocsten doen aangroeien, maar waarvan hij toch 
de eerste hewerker was. Wij behoeven hier in geene lange bc- 
sehouwingen te f reden om te bewijzen, dat Plantijns geidnood 
juist geene armoede was, maar cerder voortsproot uit eenen 
onverzadelijken ondernemingsgeest, die hem immer dwong om 



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( Cl ) 

meer werk te ondernenien dan zijn beschikbaar kapitaal hem 
toeliet te betalen. 

De nian, die de huizingen in de Kammer- en YalkstraaC,de 
rijke wooQst op de Yrijdagmarkt te Antwerpen en verscheidene 
huizen te Leiden kocht; die winkels te Frankfort en te Parijs 
opeode;die eene biblîotheek bijeenbracht, waarin zich schatten 
van handschriften en boeken bevonden, die man mocht noch 
renten^ noch kapitalen beziUen, hij mocht gedurig in moeilijk- 
heden met zijne schuldeischers gelegcn hebben , hij moest toch 
corder rijk dan arm heeten. 

Door zijn werken en volhardcn had hij zich ailes verworven, 
maar ook door het verstandig beleid, waarmede hij zijnen arbeid 
en dien van anderen wisl te richten en te regelen. Hij was geen 
geleerde, neen, maar zijn heldcr hoofd stelde hem voikomen in 
staat den arbeid van geleerden te Iciden, en wat zijn hoofd wist te 
zien,wist zijne hand en zijn wilnit te voeren of te doen uttvoeren. 
Wij herdenken zijne woorden : myn schoonzoon van Ravclingen 
kent niets dan studie, mijn schoonzoon Moereturf kent niets dan 
werk, en wij lezen tusschen de lijnen : ik tracht het een zoowei 
als het ander te verstaan , gelijk ons ambacht het vereischt. 

Of hij zoo sprekende geen wat hooghartige en barde taal liet 
liooren? Wij antwoorden niet neen. De zachtmoedigheid schijnt 
juist niet bov(înaan op de lijst zijner deugdcn gestaan te hebben« 
Hij was geboren om te strijden, krach t ecrder dan buîgzaamheid 
kwam hem in dien toestand te pas; hij was geboren om in zijnen 
kring^ om overal, waar hij zich bewoog, te gebieden, en dat zijne 
schoonzonen den cersten druk zijner hand gevoelden, dat zijne 
werkiiedcn, dien ook gewaar werden, zooals het blijkt uit het 
strenge règlement, dat hij in zijn werkhuis invoerde * en uit meer 
aodcre trekken , hoeft ons niet te vcrwonderen. 

In JuH 4 572, toen zijne gasten hem wat te hoogc eischen 
stclden , daar zi] wisten , dat hij overlast van werk had , zond 
hij ze allen door en verklaarde niet meer te willen drukken. Men 
moest niet alleen wel welen te arbeiden , maar ook zijn werkvolk 

* Génard, Vlaamsche School, 1874, bl. 107, 126. 



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(62) 

met wijze en vaste hand wcteu te geieiden, was zijn stelregel en 
liij roemde er op dien te kunnen volgen '. 

Plantijn mocht nederig zijn op bet stuk zijnergeleerdheid, 
aïs drukkcr-uitgevcr gevoelde hij wat hij waard was en aarzeldc 
niet het bij gelegenbeid uit te spreken. c Eeue drukkerij in- 
» riebten, schreef hij aan Çayas, isde zaak niet van iemand, die er 
9 zicb niet als door de natuur of door eene benielsche neiging 
» toe geroepen gevoelt. » En elders : Ik gcloof, dat er wcinigen 
zijn, die boorende , waartoe ik in staat was, niet grooteb'jks ver- 
baasd zuUen staan en het voor geen mirakel zulien aanzicn , dat 
een man aïs ik de werkcn , die in onze drukkerij ondernomen 
werden tôt een goed einde gebracbt beb en voornamelijk dit 
groote koninkb'jke wcrk c den Bijbel , waarovcr al de drukkers, 
» boekbandelaars en kenners van drukwerken mij uitgelacben 
» bebben, aïs zij boorden wie ik was en wat ik vermocht, terwiji 
3 zij, waar zij konden, bet gerucbt uitstrooiden, dat men nooit 
» bet werk voltrokken zou zien uit hoofdc van de pracht, waar- 

> mede het begonnen wcrd, en van den grooten arbeid, voor- 

> sebotten en onkosten , die bet vereiscbte *. » 

Zij kenden werkebjk de onvermoeibare viijt, den onwrik- 
baren rooed, de ongemeene scbranderbeid niet, die Plantijn 
kenmerkten, en waarmede hij de tairijke, de steeds opeenvol- 
gende en aangroeiende raoeilijkheden wist te boven te komen. 

Al deze koslelijke boedanigbeden zagen wij treffend en spre- 
kend uitkomen in zijne levenscbets. Laten wij bierop volgen , 
dat er bijzonderbcden in dit Icven zijn, waar wij ons geene vol- 
doende rekening kunnen van gevcn en die misscbien alleen 
zulien opgebelderd worden , wanneer de Plantijnscbe arebieven 
bunne scbattcn aan de wereld zulien openbaren. Welke was bij 
voorbeeld de godsdienstige ricbling van Plantijn? Netelige vraag. 

Gaan wij na, wat wij van zijne bctrekkingen tôt H. Niclaes te 
weten kwamen; voegen wij er bij, dat bij in 1562 als zeer ver- 

* Brief aan Çayas van 4 A November 157i, bij Gaceakh , Particularités 
inédites, etc. 

• Brief aan Çayas van 2Î November /572,bij Gachard, Particularités 
inédites, etc. 



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(65) 

dacht bij de gezaghebbenden in onze landen geboekt stond; dat 
hij in 1564 de psalmen van Marot en De Bèze drukte <; dat in 
al zijne winkels in i 560 kettersche boeken verkochl werden ^ ; 
dat hij in 1567 door een vertrouweling dcr Spanjaards zonder 
omslag als Gaivinist werd opgegeven; dat hij in 1584, wanneer 
in het zuiden de zegepraai van Spanje's wapens blîjkbaar niet 
meer twijfeiachtig voor hem kon zijn , naar het protestantsche 
Leiden uitweek , dan zeggen wij : de kathoHeke overtuiging van 
dien man rustte meer op de eischen van den dag en van de plaats 
dan op die van zijn geweten. 

Zien wij echter de blakende gunst, het ongeschokt ver- 
trouwen, dat hij genoot van Philips en Alva en dezes opvolgers, 
vân godsdienstige ijveraars , zoo nauw gezet als een Arias Mon- 
tanus, een Lœvinus Torrentius en gansch den staf der Room- 
sche geestelijkheid en der Leuvensche Hoogeschool; herdenken 
wij, dat hij de drukker was van den Index en van den konink- 
lijken Bijbei, de aartsdrukker , gelast met een waakzaam oog te 
houden over de goede zeden zijner beroepsgenooten ; herlezen 
wij zijne brieven en voorredens , waarin hij immer ijvcrt voor de 
Roomsche kerk , dan zeggen wij met bel twcede woord : in ^en 
man moet Rome geene schuld gevonden hebben — en voorzichtig 
schorsen wij ons eindoordeel op. 

En nu, welk was de invioed, dien Plantijn en zijne druk- 
kerij op de geleerde wereld uitoefenden? Verplaatscn wij ons 
cm hierover te oôrdeelen met de gedachten naar bet bcgin dier 
XVI' eeuw, die voor ons vaderland zoo lachend en hoopvol aan- 
brak en die zoo somber moest eindigen. 

De hergeboorte der letteren deed zich van vroeg na 1 500 ten 
onzent gevoelen : Erasmus , de grootsle humanist , en Joannes 
Secandus, de beste neo-Latijnsche dichter onzer gewesten, bloeiden 
in de eerste helft der XVI* eeuw. 

In gestadige betrekking met allerlei steden en landen kon 

* Vandbrhaeghen , Bihl. Plant,, p. 17. 

* Rahlenbeek , À propos de quelques livres défendus imprimés à Anvers 
au XVI* siècle (Bibliophile belge, 1856, p 352). 



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( 64) 

Antwerpen noch Nederland vreemd blijven aan de beweging, die 
zich zoo machtîg deed gevoelcn in Italie, en Tan daar naar al de 
landen van Westelijk Europa was overgegaan. Die beweging 
mocht niet hcilzaam wcrken op onze Nederlandscbe letteren ; om 
de rede zelve, die ze voor deze van minder gunstigen invioed 
deed worden, moesl zij zicb op menig ander gebied weldadig 
doen gevoclen. Zij werkte de verspreiding van eene breedere 
ontwikkeling, van degelijke kennissen in de hand en won door 
de aantrekkingskracbt van het nieuwe eh door de verbeven 
scboonbedcn der klassieke letteren. menigen geest, die anders 
vreemd ware gcbleven aan ernstigere of hoogere studie. 

Daar kwam de bervorming in bet eerste vierde der eeuw. 
Met vroeger ongekenden ijver zette men zicb aan de studie der 
gewijde teksten en der talen , waarin deze vervat waren ; de 
geleerdbeid wcrd een soort van godsdienst voor de meest ernstig 
godsdienstige raenschen , die men in dcn loop van verscbeiden 
ceuwen zag vcrscbijnen. Overal , waar zij vasten voel kregen , 
ricbttcn de protestantscbe predikanten Latijnscbe en Griekscbe 
scholen op; cen goed deel der mannen, die de zetels der nieuwe 
HoUandscbe Universitciten gingen bezetten, kwamen uit die 
scbolen voort. 

De Roomsche katbolieke godsdienst, scberp aangevallen , blecf 
niet lang zonder wakkere verdedigers : nog véôr de eeuw ten 
balve was, werd de orde van Loyola geboren uit den drang der 
tijden en uit bet vernuft van ecnen man, die de eiseben van den 
toestand begrcep. Met dezelfde middelen en denzcifden moed, 
waarmede de protestanlen bet katbolicismus bestreden, w^erd bet 
verdedigd door de Jezuïeten. Zij ook openden scbolen , zij ook 
studeerden, en scbreven en predikten. Nagenoeg al de katbo- 
lieke letterkundigen en geleerden , die in de tweede helft der 
XVI« eeuw en in de XVII* eeuw in Zuid-Nederland naam ver- 
wierven, kwamen uit bunne gesticbten voort. 

Men voege bierbij den stoot, dien de drukkunst, pas geboren 
en recds tôt cen toppunt van bloei gestegen aan ondcrwijs en 
studie van fraaic letteren en wetenscbappen gaf , en men zal 
begrijpen , boe er onder deze driedubbele werking een kracbtig 



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(65) 

geestesleven ontstond, dût zich in velerlei rîchtingcn eenen weg 
baande. 

Voorop komt de studie der klassieke lalcn. Het Latijn was rond 
iiet jaar 1500 de taal der kerk^ der staatkunde, ja meer nog der 
mode; wcldra zou het de wereldtaal worden. In navolging van de 
Itaiiaansche kerkoversten , zoo kîcskeurig op hun Ciceroniaansch , 
wilden onze humanîsten zich niet langer behelpen met het ruwe 
Latijn van vroeger, maar zochten ^ooveel mogclijk de verfijning 
deroude schrijvers aan te winnen. De staatsmannen, die eene 
hoogere betrekking aan de hoven wilden vervuUen , rooesten de 
taal kennen, die gebruikelijkst was in de kanselarijen en moestcn 
er des noods eene zwierige redevoering weten in te houden. Rij 
de inhuldiging van vorsten , bij groote stantkundige vergade- 
nugen en plechtigheden traden onze rechtsgelcerden , en raads- 
lieden met keurigbewerkte Latijnschc redevoeringenop. De burger 
of edelman, die zich een hoogere tint van beschaving wilde ver- 
zekeren, moest zorgen, dat hij die taal verstond. 

De Latijnsche dichters groeiden als uit den grond op, en 
menig hunner, ja, was niet van verdienste ontbloot. De beminne- 
lijke Joannes Secundus en zijne broeders, Lœvinus Torrentius, 
Janus Dousa en zoovele anderen openden de rei in de XVI" eeaw 
en wérden in de XVIP eeuw door de Jezuiëten -dichters Meyer, 
Wallius, Hosschius en anderen gevolgd. 

En niet alleen in verzen, maar ook in Latijnsch Proza, zocht 
men naar sierlijkheid. De verhandelingen en brieven van een 
Erasmus, Justus Lipsius, Eurycius Putcanus, de geschiedkun- 
dige werken van Barlandus en Pontus Heulcrus, zijn daar om dit 
ten overvloede te bewijzen. Die klassieke koorts duurt de gan- 
sche XVI* en een goed deel der XVII* eeuw voort. 

De uitleggers en uitpluizers der Latijnsche klassieken ver- 
rezen in geen kleiner getal. Grieksch en Latijn was de taal der 
scholen geworden, en elke goede professor, wat zeg ik, elke 
-goede student moest zijn Liber electorum , quaestionum , dis^ 
quisitionum , annotationum , variarum leciionum en wat dies 
jnecr hebben. 

Niet allcen bij de Latijnsche letterkunde bepaaide men zich, 
Tome XXVII. ^ 



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( 66 ) 

maar ook het Grleksch werd vlijtig, metminder goeden uitslag, 
wel is waar, bestudeerd. De Oostcrsche talen werden naar even- 
. rcdigheid veei ernstiger behandeld dan de Grieksche. V6ôr het 
opkomeii der hervormîng haddestudiederSemitiesche talen zich 
reeds in de christene wereld vertoond : de bijbel vau Ximenes 
was YÔôv Luthers tijd gedrukt. Maar eens, dat Luther gepredîkt 
had, was er geen middel meer om de onde scholastieke Godsge- 
leerdhcid in zwang te houden. 

Men keerde naar de studie des bijbels terug en nog wel naar 
den bijbel in zijnen oorspronkelijken tekst. Op godsdienstig 
gebied had dit tcn gevolge, dat men reiner en strengcr begrippen 
ging huldigen, op taalkundig gebied was het oorzaak, dat men 
zich met vroeger ongekenden ijver op de Oostersche talen toe- 
legde. 

Wat was de roi Tan den drukker-uitgever nu in deze bewe- 
ging? Zekerlijk was zij toen grooter dan nu. Het waren drukkers- 
uitgevers, de Âldi-Manutië en de Estiennes , die de onde teksten 
Yoor het eerst aan het licht hadden gebracht en ze door hunne 
ophelderingen genaakbaarder hadden gemaakt. Zij waren het, 
die meer dan anderen de verhevenste scheppingeri van de La- 
tijnsche en Grieksche Ictterkunde, van den menschelijken geest 
in andere woorden , in de plaats hadden gesteld der barbaarsche 
middeleeuwsche boeken. 

Maar verre was het er af , dat deze eerste uitgaven onverbe- 
terlijk waren. Met de ontdekking van nieuwe handschriften kreeg 
men nieuwe punten van vergelijkiug, met meer bepaalde toe- 
wijding op eenen enkelen of op weinige schrijvers kon men meer 
verzorgd en vollediger werk leveren dan het de eerste uitgevers , 
die bij tientallen nieuwe schrijvers de wereld inzonden , mogelijk 
was. 

Plantijn kon de roi niet meer vervullen, waarvan zijne voor- 
gangers zich zoo uitstekend gekweten hadden. Wat hij wel ko n 
was taalgeleerdén aan te stellen of aan te moedigen om door verge- 
lijkiug van verscheidene teksten, zuiverder lezingen en rijker aan- 
teekeningen te bezorgen; wat hij nog kon was de meesterstukken 
der ouden hunnen weg door de wereld te vcrgemakkelijken j met 



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(67) 

ze in handelbare en goedkoope uitgaven te herdrukken. En dit 
allés deed hij. 

Geene moelle spaarde hij zich, waar het er op aan kwam goede, 
zuivere teksten uic te geven. Hij had siechts een paar malen het 
geluk een nieuwen Latijnschcn schrijver aan de leltcrwereld te 
schenken , zooals hij er haar ook siechts een drietal Grieksche 
bezorgde, maar hij spoordc de bestc uitgaven op, verzamelde 
talrijke handschriften , bezoldigde ernstig gcleerde mannen, die 
onder zijn toezicht in zijn huis werkzaam waren om nauwkeu- 
rigc uitgaven, met doelmatige aanteekeningen verrijkt, te ver- 
zopgen. Zijne klassieken, het zij in een dicht, maar toch klaar en 
net zakformaat, hctzij in sierlijke octavos of in zware folios 
waren immer toonbeelden van smaakvollen druk en onover- 
troffen nauwkeurigheîd. 

Wat voor het Latijn gedaan werd , gebeurde eveneens ofschoon 
op kleinere schanl voor de Grieksche Ictterkunde. Yan Leuvcn, 
waar Diederik Martens eene bloeiende Grieksche drukkerij had, 
deed Plantijn het uilgeven der Grieksche bocken naar Antwcrpen 
overgaan, en leeraars en Icerlingen van de Aima Mater wcràen 
onzen drukker tolplichtig. 

Aan deHebreeuwsche taal bcweesPlantijns drukkerij ontegen- 
sprekelîjke diensten. Jaren lang was zijn huis een middelpunt der 
studie van Oostersche talen; door zijne uitgaven moedigde hij de 
studie er van aan, lokte hij ze uit en raaakte ze met eenen 
mogelijk. 

Met de studie der geleerde talen paarde zich toen ook eene her- 
geboorte der godsgelccrdheid en der wijsbegcerle. De scholastiek 
raethare bekrompcn opvattingen, met hare dorre en versteende 
regelspreuken , moest wijken voor eene gezondere levendigere 
wctenschap, die in de H.Schrift dcn grondslag van den godsdienst 
en in de oude wijsgeeren niet alleen den vorm der taal en de 
schoonheid van dcn stijl, maar ook de juistheid der gedachlen 
zou leeren bewonderen. 

Door het uitgeven van zijne klassieken werkte Plantijn evenals 
elke andere drukker dier ceuw tôt de wijsgeerige beweging mede; 
door het uitgeven van zijnen koninkhjkcn bijbel, een werk, dat 



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{ 68) 

ecrder liet zijoe dan dat van Philips II mocht heeten^en van 
zijne kerkvaders droeg hij meer dan eenig ander beroepsgenoot bij 
tôt de opwekking en versierking der godsgeleerdheid.Hij opende 
de bronnen, zonder welke die geleerdheid nîct leven kon; zijne 
uitgaven hadden wijdioopige studiën noodzakelijk gemaakt, loen 
zij uitkwamen, en maakten er uog ernsligere mogelijk, wanneer 
zij het licht hadden gezicn. 

Zoo Nederland zich gedurende de XVI' eeuw onderscheidde door 
de gretigheid, waarmede het zich de kennissen eigen maakte, die 
rechtstreeks uit de hergeboorle der klassieke studiën voorlspro- 
ten, zoo verwiepf het zich eenen nog veel duurzameren rocm door 
dcn ernst en den goeden uitsiag, waarmede sommige zijner zonen 
zich op de natuurkundige wetensSchnppen toelegden. 

Er mocht veel pronkende liefhebberij liggen in de klassieke 
studiën dier dagen; veel, dat afbreuk deed aan onze eigen taal en 
letteren door vreemden sniaak en navolging de bovenhand te 
doen krijgen op inheemsche onlwikkeling; wansraaak en school- 
vosserij mogen onder den mantel van het classicisn^us binnen 
gesmokkeld zijn : van de wetenschappelijke bewcging dier dagen 
kan deze afkeurende beoordceling in geenen deele gelden; hare 
opkomst en hare ontwikkeling was oorspronkelijk, evenals haar 
doel ernslig, haar invloed heilzaam, haar nut duurzaam, hare 
bemoeiingen veelzijdig waren. 

Mercator (1512-1594) legde zich op de wis-en aardrijkskunde 
toe. Hij was de eerste, die volgens redelijke en wetenschappe- 
lijke stelsels laudkaarten wist uit te voeren, en verwierf den 
hoogsten rang in zijn vak. Na hem komt Orlelius (1527-1598), 
die met hem naar de kroon dong in de aardrijkskundige weten- 
schappen en wiens Tooneel der werelt^ ontelbare keeren her- 
drukt en vertaald, eeuwen lang een bakcn bieef. 

Guicciardijn mag te recht naast hen genoemd worden : drager 
van eenen befaamden llaliaanschen naam en van eene zuidelijke 
geestesvorming, fijner en kunstiger dan die der wetenschap- 
pelijke mannen uit het Noorden, hield hij in de beschrijving 
der Nederlanden niet allccn voor de aardrijkskundige bijzon- 
derheden, maar ook voor de wetenswaardige punten uit ons 



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(09) 

maaCschappelijky volks-en staatkundig leven eene aanziealijke 
plaais open. 

Terzelfder Ujd slîchtte Vesalius op bechte grondslagen de ont* 
leedkuode en hiermede de genceskunst; Dodoens (4 5i 7-1 585), de 
l'EscJuse of Clusius (1526-1609), de Lobel (1538-1616), slelden 
hunoe zoo merkwaardige werken over de plantkunde op en legden 
door hunne verstandige klasseering en bunne nauwkeurige 
beschrijving de grondslagen der moderne Botanic. 

Al dîe mannen, en zoo zij de bîjzonderste waren, zij waren niet 
de eenige, toonden nieuwe wegen in bunne wetenscbap, en bul- 
digden cen nîeuw stelsel, waarbij men de natuurkundc niet in de 
boeken maar in de natuur zelve zoekt le leeren.Zij reisden Europa 
door, slofTen vergaderende voor bunne meeslerlijke werken. 

De Bruggeling Simon Slevijn was voor de wiskunde wat de 
groote niannen, die wij daar zooevcn noemden, voor de planten- 
kunde waren : een baanbreker, een bervormer. Op elk deel der 
wetenscbap, die bij beoefende : werktuigkunde^ rekenkunde, 
meetkunde, sterrekunde, wierp bij de stralen van zijn doordrin- 
gend en oorspronkelijk vernuft. 

En allen te zamen : Mercator, Ortelius, Dodonaeus, Clusius, de 
Lobel y Yesalius, Simon Stevijn, waren als eene scbilterende 
zevenstar, die over de laatste balve eeuw van welvaart en vooruit- 
gang, welke onze geweslen beleefden, voor bet oog der wereld 
en der nakomelingscbap bunnen luister verspreidden. 

De meesten bunner waren aan de niedewerking van Plantijn 
een deel van bet nut verscbuldigd, dat zij moebten sticbten. Orte- 
lius, Dodonaeus, Clusius, de Lobel en Guicciardijn badden eenen 
uitgever noodig, die liefdc en zorg voor zijn werk bad, die iets 
goeds en scboons wilde en kon leveren, en de kosten vermocbt te 
dragcn, die voortspruilen uit bet drukken van boeken rijk met 
platen voorzien. In Plantijn vonden zij bunnen man. Van bet 
oogenblik, dat bij bunne werken begint uit te geven, wordeu 
de platen, die er een zoo gewicbtig deel van uitmaken, keurig uit- 
gevoerd, zij vermccrderen in getal en krijgen eene grootere 
wetenscbappelijke waarde, terzelfder tijd als de smaakvolle druk- 
ker voor een booger kunstgebalte zorgde. 



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( .70 ) 

En nu wij van plaatwerken spreken, mogen wijniet onvermeld 
laten, dat Plantijn, gelijk elke andere Ântwerpsche drukker dier 
eeuw en roeer dan liet grootste getal hunner, het zijne bijdroeg 
om de kunstbeweging in ons land te steunen , die er zoo lang en 
zoo welig tierde en die, wanneer de mceste andere takken van 
Vlaarasche bedrijvigheid uitgebloeid hadden, als een dichterlijke 
bloem op cen graf nog geruiroen tijd overeind blecf staan. 
Nagenoeg elke Antwerpsche drukker was een plaatdrukker en de 
kunstwerken der Ântwerpsche pers overstroomden cène eeuw 
lang de gansche wereld. Wanneer men de boedelbeschrijving 
doorloopt, welke men opniaakte, toen de stad en de staat het huis 
van Plantijn voor een muséum aankochten , dan vindt men dat 
er meerdan 2,000 koperen en ongeveer 1 5,000 houten gesneden 
platen aanwezig waren ^. Die cijfers zeggen luidegenoeg, hoe in 
die woning, zoo in den tijd van Plantijn als in dien der More- 
tussen, de kunst verecrd en aangcmoedigd werd. c De beeldende 
> kunst is zuster der drukkunst, schreef Plantijn, en waar ik kon 
» liet ik niet na de werken der beste plaatsnijders te bekos- 
» tigen *. » 

In eene eeuw van klassîeke hergeboorte als de XVI* ten onzent 
was, kon het niet missen of ook de studie des rechts moest een 
nieuw leven bcginnen zoowel voor den vorm aïs voor de gehalte 
der wetenschap. Erasmus, de groote schooUiervormer in die dagen 
ten onzent, had zich in die wetenschap, cvenals in de andere, van 
de kleingeestige overleveringen losgemaakt , om in de plaats van 
het oude landrecht en zijne omsiachtige Goramentariën hoofdza- 
kelijk het Ronieinsche recht c het gcschreven gezond oordeel » 
te bestudeeren. Âan de Nederlanden kwam de eer toe het eerst het 
vaandel dezer hervormiog opgeheven te hebben en de naburige 
lanrden Frankrijk en Duitschland , ja zelfs Italie op dien weg te 
zijn voorgegaan. 

Dit Erasmus* school te Leuven sproten eene menigte rechtsge- 
leerden voort. Zooals men verwachten mocht, was de eerstezorg 

* Moniteur belge, session de 1875-1876, Documents , p. 66. 
' Voorrede van Bumanae salutis monumenla^ 1571. 



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(71 ) 

dezer mannen de oude teksteo, hoofdbronnea van het Romeinsche 
recht, in het licht te geven. 

Petrus Gillis of Aegidlus van Antwerpen gaf reeds in iSi7 
Summii 8ive argumenta legum diversorum imperatorum , de 
verkorting van het Romeinsche wetboek, door de Westgothen 
gemaakt, uit; de vermaarde Viglius van Âylta van Zuichem, gaf 
in 1534 de Grieksche fnstituten te Padua uit, naar een handschrift 
door den professor Theophilus uit Constantinopelen medege- 
bracht; Franciscus Graneveld en Jacobus de Corte of Curtius van 
Brugge, vcrtaalden ze kort daarna; Rutgeert Rescius van Maaseik 
en Nanning van Alkmaar legden ze in hunne lessen uit. 

Met Viglius 9 wiens naara en invioed in de rechtsgeleerde 
wereld overgroot was, bcgon eene klaardere en gepastere wîjze 
van les te geven in de rechten. Mudaeus zijn tijdgenoot (1501- 
I56i) ging nog verder in deze hervorming; hij wilde door een 
sierlijk^cmenschelijk » onderrichtdestroeve,afschrikkende lessen 
van vroegep vervangen; letteren, geschiedenis en rechten werden 
door hem saraen verbonden en hij gelukte er in aan de talrijke 
en glansende schaar zijner studcnten van de Leuvensche Hooge- 
school zijne liefde voor de rechtsgeleerdheid en voor eene 
breedere opvatting dczer te doen deelen. Groot is het getal der 
leerlingen, uit deze school gesproten en tôt het tijdperk van 
Planlijn behoorende; Franciscus Baudouin, Hieronymus Eien, 
Joannes Wamèse, Petrus Peck, Joachim Hoppers, Elbert de 
Leeuw(Leoninus), Matthias van Wesenbeek zijh de schitterendste 
namen in deze dichte rei. 

Plantijn stelde zijne persen ten dienste van de rechtskundige 
hervorming evenals van elke andere uiting op wetenschappelijk 
gebîed. Reeds in i567 liet hij eene uitgave van het Corpus Juris 
verschijnen in 10 deelen in-8% merkwaardig zoo door de fraaiheid 
van den druk als door de nauwkeurigheid van den tekst, en door 
geene latere uitgaven van hetzelfde werk onder beide oogpunten 
overtroffen. 

In i575 liet hij eene andere uitgaaf van hetzelfde werk dit 
maal in folio- formaat verschijnen, die voor de eerste niet in dege- 
lijkheid moest onderdoen. Het jaar daarna verscheen bij hem van 



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( 72 ) 

den beroemden rechtsgeleerde Elen : Dialribarum sive exereita" 
tionum ad jus civile libri très, en in i584 gaf hij bel zeer belang- 
rijke rechtsgeleerde werk van den Leuvenschen professor Elbert 
de Leeuw, Centuria Consilioriém, uit, zonder nog van werken 
van minderen omvang te spreken. 

Dît ailes deed Plantijn den lelteren en welenscbappen ten 
goede in de moeilijke jarcn , waarin hij leefdc. Waren de tijden 
gunstiger geweest, hij, en nîet alleen hij, maar zijne afstamme- 
lingen na hem, zouderi nog grootere diensten aan de geleerde 
wereld bewezcn bebben. De eerste der Moretussen was evenmiii 
een geleerde aïs zijn schoonvader, maar zijne zonen Joannes en 
Ballhazar, de laatste vooral, leerlingen van Lipsius, waren het wcl. 

Met den naam der drukkerij, met hare forluin, die aaugegroeid 
was, en met bunne liefde en kennis van letteren en wetenscbappen 
ware de roi hunner werkhuizen in de XVII* eeuw ook nog eene 
schitterende geweest; maar de noodlottigc staalkundige gebeur- 
(enissen en het algemeen vcrval moest ook de verkwijning vao 
eene nijverheid als die van Plantijn na zich slcepen. 

Plantijns bloeijaren waren vàôr zijn afsterven vervlogen en 
met hem die van zijne stad. Moesten wij hier een tafereel ophan- 
gen vaii helgeen Antwerpen was in 1589, toen Plantijn zich voor 
goed te rustcn legde, boe verschillend zou het zijn van het Ant- 
werpen, dat hij er in 1S50 vond! Bij zijne aankomst was ailes 
voorspÀed en bloei , en de toekomstkon men niet te stoutafmalen; 
veertig jaren later is ailes geknakt, omgewoeld, verarmd en de 
somberste verbeelding zou het nakende verval niet zwart gcnoeg 
kunnen schilderen. De gang van Antwerpen zou dan ook die der 
Plantijnsche drukkerij zijn een paar eeuwen laog, met dit ver- 
schil, dat de menschengeslachten zoo taai van leven niet zijn als de 
volkeren. Op den dag, dat het nieuwe Antwerpen het oude in 
voorspoed zou evenaren, zou het nog wel Plantijns huis schooa 
wedcrvinden , maar niet meer c schoon en levcnd als welcer. » 

Plantijn stierf in 1589; zijne drukkerij, wij zagen het recds, 
stierf niet zoo op cens met hem. Eene groote halve eeuw lang 
ouder de beleidvoUc regeeringen der ians en Balthazars Moretus 
leidt zij nog een betrekkelijk voorspocdig bestaan; rond de helft 



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(73) 

derXVII* eeuw echter zieo wîj hare beiangn'jheid sterk afncmen, 
en (oen die eeuw ten einde licp, bleven er nog siechts zi/vakke 
sporen achter, van wat Plaotîjns huis eens was. 

Tôt in 1867 toe zette de drukkerîj, die niet scheen te kunnen 
sterven en geen levenskracht meer bleek te bezittcn, een kwij- 
ncnd bestaan voort. In dit jaar toch verscheen nog een kcrkelijk 
boek. In 1875 eindelijk nverd het huis door staat en stad met zijnen 
ganschen kostelijken inboedel voor een openbaar muséum aan- 
gekocht tegen de som van twaalf honderd duizend franks. 

Plantijns eerste opvolgers drukten, behalve de kerkelijke 
boeken, die hoofdzaak waren, nieuwe uilgaven van verscheidene 
werken van ictlerkundigen en welenschappelijken aard, tijdens 
het ieven van den stichter verschenen. Zeer aanzienlijke reeksen 
zinraarlijvige werken over godsgeleerdheid , geschiedenis, weten- 
6chap en taalkunde gaven de eerste Jans en Baltbazars Moretus 
uit. De moderne Latijnsche dichters dier dagen, bcsloegen eene 
ruimere plaats in de nieuwe uitgaven, en overtroifen de uit^ 
gaven der klassieken in belangrijkheid; over het algemeen groeit 
gaandeweg de strekking aan om in plaats van letterkundige en 
^elenschappelijke werken boeken van godsdienstigen en mystie- 
ken aard de overhand te doen krijgen. 

De uilgaven van deze soort namen rond 1650 zoodanig toe, dat 
de veel minder werkzame persen bijna niets anders meer oplever- 
den, lotdat eindelijk in de XVllh eeuw het drukken van Missalcn 
en andere boeken voor den kerkdienst ze uitsiuitelijk bezig hield. 

Het huis is nu als drukkerij voor goed gesloten; op het oogen- 
blik, dat wij deze regels schrijven staat het als openbaar muséum 
heropend te worden voor de uieuwsgierigheid van het algemeen 
en voor de weetgierigheid van aile vrienden van vaderlandschen 
roem en van vaderlandsche letteren en kunsten. 

Wat zal er uit de dicht gesloten kasten, uit de ontzaglijke sta« 
pels van brieven en handschriften niet al te voorschijn komen, 
dat wij zoo gaarne reeds inzagen, vooraleer deze levenschets te 
sluiten? Wie weet het, wie zal mogen zeggen, dat hij het weet, 
vMr een jarenlangcn arbcid van onderzoek en schifting en ver- 
gelijking? 



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(74) 

Deze schets zal wel het laatsfe werk zijn, over Plantîjn 
geschreven, v66r de openÎDg dcr misschien zoo rijke maar nog 
geheîmzinnige bronnen. Zij kan echter nog haar nut hebben, 
met den lezer op de hoogte te brengen vao hetgeen yrïj van dcn 
man wetcn, met de punten te doen uiikomen, die mcer ophclde- 
rîng behoeven, met voor den schrijver, die de taak op zich neemt, 
welke wij onafgewerkt moesten laten, eenen grondslag voor ver- 
deren arbeîd le leveren. 

En laat bel ons ten slotte ons zelven en anderen te bînnen 
brengen, wanneeripvij dat huis en zijne schntten zullen bezoeken, 
laten wij zijnen drempel niet overschrijden dan met ecne eer- 
bicdîge ingetogenheid ! Dit gebouw was een tempel aan weten- 
schap, aan kunsten en letteren gewijd; wie deze drie hooge gaven 
van 's menschen geest vereert, zal, bij het bewonderen van dit wel 
bewaarde gedenkteekcn , en zijne slevige en kostelijke meubelen 
en schilderijen , en drukwerken, en handschriften en schalten 
van allen aard, terzelfder tijd met hoogachting herdcnken wat al 
mannen van verdiensten dit huis bewoonden, hoevele kunstc- 
naars en geleerden er als in een middelpunt vergaderden en 
vooral zal hij Plantijn gedenken, den man, die het schiep en van 
hieruil wctenschap over de wereld en roem over zijne aangeno- 
men moederstad en vaderland verspreiddc door zijn c werken en 
volharden. > 



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HISTOIRE 



DROIT DE CHASSE 



LÉ6ISLATI0N SUR LA CHASSE 

ES RCLGIQL^E, EN FRANCE, EN ANGLETERRE, EN ALLEMAGNE, 
EN ITALIE ET EN HOLLANDE; 



AMtDtE FAmm, 

JVai AD TA1B01IAC. DK PRB«IB«B INSTAHCB DK BBOXBLLB; 
•OCTBOB KH SCIRHCK* fOUTlQDat BT ADMIMIiTBATIVBB. 



« Venandi •tadiam eole... » 

{Ovi»t.) 



(Mémoire couronné par l'Académie royale de Belgique (médaille d'or; 
le 10 mai 1876.} 



TOME XXVII. 



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HISTOIRE DU DROIT DE CHASSE 



ET 



DE LA LÉGISLATION SUR LA CHASSE EN BELGIQUE, 

DANS LA PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE, DAMS LA PRINCIPAUTÉ DE 8TAVEL0T 
ET MALMÉDY, ET DANS LE DUCHÉ DE BOUILLON. 



i. Cœsar. De Bdlo G^Uico. 

2. Tacite De Muribus Gennanonim. 

3. André van Hasseli . Histoire des Belges. Bruxelles, Jamar. Bibliothèque natio- 

nale. 

h.J.Clavé La chasse en France. Revue des Deux Mondes: septembre 

4869. 

5. Ernest JuUien ... La chasse, son histoire et sa législation. JParis , Didier 

et C»S 4867, 4 vol. in-8o. 

6. Eugène Defacqi . . Ancien droit belgique. Bruxelles, Bruylant- Christophe 

et C»«, 4873, 2 vol. in-8«». 

7. Suphanus Baluzius . Capitularia regum francorum. Parisiis, ex typis Ben. 

Morin,4780,3vol.in-fol. 

8. Von Maurer. . . . Enleitung zar Geschichte der Mark-, Hof-, Dorf- und 

Stadt verfassung. Mtlnchen, Ch. Kaiser, 4854,4 vol.in-8*. 
9: Augustin Thierry, . Récits des temps mérovingiens. 

40. David Hoùard, . . Anciennes lois des Français conservées dans les cou- 

tumes anglaises. A Rouen, Richard Lallemant, 4765, 
S vol. in-4o. 

41. Faustin-Hélie . . . Traité de l'instruction criminelle, 3 vol. gr. in 8*. 

42. Charles Louandre • Les budgets de l'ancienne France. Revue des Deux 

Mondes : 45 janvier 4874. 

43. Le Verrier de la Con- L*École de la chasse aux chiens courants. Â Rouen, Lalle- 

terie, mant, 4763, 4 vol in-42. 

Tome XXVII. 1 



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(2) 



44. E, PoulUt .... 

45. Herm,Meyer . . . 

46. Albert Réville . . . 

47. Fustel de Coulanges. 

48. Duranton 

49. Jules Tarlier et Alph, 

Wauters. 

50. G. Verhaegen . . . 

21. J.Chrys, Verloo . . 

22. Charles Faider, . . 

23. Britz 



24. - . . 

25. £. PoulUt. 



26. Galesloot. . . 

27. Adolphe Bosquet 

28. ilntonîM Ansehno. 

29. — - 

30. — - 

31. - - 

31 - - 

33. - 

34. E. PouUet . 



Mémoire sur l'ancienne Constitution brabançonne. Blé- 
inoires couronnés de l'Académie, in>4^ t XXXI. 

Neues Konversations Leiicon. Hildburgh : 47 vol. gr. 
in-8o et atlas, 4871. 

Le roman national en Allemagne : lugo, par Gustare 
Freytag. Revue des Deux Mondes : décembre 4874. 

Origines du droit féodal. Revue des Deux Mondes : 
4" août i874. 

Cours de droit civil. Édition belge de 4844. 

Géographie et histoire des communes belges (continuées 

par Alph. Wauters). Bruxelles, A. Decq, éditeur, 4860 

et suiv., gr. in-8<>. 

Recherches historiques sur le droit de chasse et sur la 
législation sur la chasse. Bruxelles, F. Claassen, 4873, 
4 vol. in-48. , 

Codex brabanticus seu corpus juris edictalis Brabantiae 
et Limburgiae. Bruxellis, typis G. Pauwels, 4 vol. 
in-fol.,sans date. 

Études sur les Constitutions nationales. Bruxelles, Gré- 
goire Wouters et C«, 4842, 4 vol. gr. in-48. 

Code de l'ancien droit belgique. Bruxelles, Van Daele, 
4847,2vol.in-4*. 

Revue de législation. 

Les juridictions et la propriété foncière au XV« siècle 
dans le Quartier de Louvain. Mémoires couronnés de 
l'Académie, in-8», tom. XYIIL 

Recherches historiques sur la maison de chasse des ducs 
de Brabant. Bruxelles, 4854, 4 vol. in-42. 

Dissertatio inauguralis juridica de jure venandLLovanii, 
G. Cuelens, 1824, 4 voL in-46. 

Codex belgicus seu jus edictale. t'Antwerpen, by Petrus 
Bellerus, 4661, 4 vol. in-fol. 

Placards de Brabant. 

Placards de Flandre. 

Publications de la Commission royale des anciennes cou- 
tumes du royaume. 

Publications de la Commission royale des anciennes lois 
et ordonnances du royaume. 

Listes chronologiques publiées par cette dernière Com- 
mission. 

Histoire du droit pénal dans l'ancien duché de BrabanL 
Mémoires couronnés de l'Académie, in4*>, t. XXXin. 



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(3) 

3S. LaureynsVandenHane Generael taefel tan de materien begrepan in da gedeere- 
eti J.'E, De Ronghe, teerde costumen Yan Vlaenderen. Tôt Gendt, by Petros 
de Goesin, 1780, 1 vol. iii-i6. 

96. Théodore Juste. . . Histoire de Belgique. Bruxelles, Jamar, 4858, 3 Yol.iii-8«. 

37. Jules De Le Court, . Institutions judiciaires. Patria Belgica, tom. II, p. 426. 

Bruxelles, Bruyiant- Christophe et G**, 4874. 

38. — — . . Bulletins de la Commission royale d'histoire. 

39. Henry Raepsaet . . Eerste schriftelyke Terzameling van de costumen betrek- 

kelyk het land van Waas. Une petite brochure de 
84 pages, petit in-4«, sans date ni nom d'éditeur. 

40. Mertin Répertoire universel et raisonné de jurispnidence. — 

Bruxelles, Tarlier, 4825. 

41. — Coutumes et ordonnances du pays et comté de Namur. 

A Malines, chez Laurent Van der Élst, 1733, 1 vol. pet. 
in-4o. 

42. X, Lelièvre .... Institutions namuroises. Droit de chasse au comté de 

Namur. Brochure de 48 pages. Namur, 1874. 

43. R, Bonjean .... Code de la chasse. Liège , Oudart, 1 846 , 1 voL ïn-9<*. 

44. J.'Ph. De Wulf, . . Generalen index der materien begrepen in de vyf plac- 

caert Boecken van Vlaenderen. Tôt Cent, bj Petrus 
De Goesin, 1766, 1 vol. in-fol. 

48. Fortins Les chartes nouvelles du pays et comté de Haynnau. A 

Mons , chez la vefve Siméon de la Roche, 1666 , 1 vol. 
pet. in 8». 

46. — Recueil de placards, décrets, etc., du Pals de Hainau. A 

Mons , chez Wilmet, 1787, 1 vol. in-18. 

47. George de Ghewiet . Institutions du droit belgique. A Bruxelles, chez J.-B. 

Jorez, 1758, 2 voL in-18. 
^ Sohetjicenci^èsloix, Institutes de droit. A Bouillon, chez A. Foissy, 1772, 
Mayeur de Chooz, 1 vol. in-4o. 

49. — — . . Almanach de la Cour de Bruxelles. Bruxelles, Tarlier. 

50. — — . . JLeitre sur l'état présent des Pays-Bas autrichiens. Londres, 

1788. 

5i. Steur Précis historique de la situation des Pays-Bas, sous le 

règne de l'impératrice Marie-Thérèse. Mémoires cou- 
ronnés de l'Académie , in-4«, tom. VI. 

SI — Collection de la Pasinomie belge. 

53. — Collection du Bulletin usuel. 

54. ~ Collection des annales parlementaires du royaume 184445 

et 184i^46. 
85. — Coutumes de Toimay, 1 vol. in-4*, 1778. 



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(*) 



86. Cornu de Neny, , 

57. G, De Louvrex, . 

58. - . . 

59. £. PouUet . . . 

60. — ... 

61. Louis Blanc. . . 
6S. Taillandier . . . 



63. Dalloi 

64. C. De Brouekere 

F, Tielemans. 

65. A. Wautelée. . . 



67. - 

68. - 

69. J.'J, Haus . 

70. N. de Pape . 



li. Morin . . . . 
71 W. Blackttone . 

7a E, PouUei . . 



Mémoires historiques et politiques sur les Pays-Bas 

autrichiens. A Bruxelles, chez Le Francq, 4788, S vol. 

in-i8. 
Recueil contenant les édits et règlements faits pour le 

pays de Liège et comté de Looz. A Liège, Éverard Rints, 

4750, 4YoLin-foL 

Bulletins de l'Institut archéologique liégeois. 

Essai sur l'histoire du droit criminel dans l'ancienne 
principauté de Liège. Mémoires couronnés de l'Aca- 
démie, in>4o, t XXXV lU. 

inventaire des manuscrits consenrés à l'hôtel de Tille de 
Bouillon. Sedan , y* Laroche-Jacob. Une brochure in-46, 
sans date. 

Lettres sur l'Angleterre. Paris, librairie internationale, 
2yo1. in-8*,4866. 

Dissertation historique sur le droit de chasse ; voir Pailliet: 

Du régime de la chasse. 
Répertoire général de jurisprudence. 

Répertoire de l'administration et du droit administratif 

de la Belgique. Bruxelles, Websenbruch, 4836 et 

années suivantes , in-8<>. 
Méditations d'un chasseur sur la chasse et le braconnage 

à propos de l'insuffisance de U législation actuelle. 

Bruxelles, 4845, broch. in-8*. 
Circulaires du Ministère de la justice. 
Collection du Bulletin de la Cour de cassation de Bd- 

gique. 
Handelingen van de tweede Kamer der Staaten Generaal 

4818-19. 

Principes généraux du droit pénal belge. Gand, Hoste, 

4869, 4 vol. in-8«. 
Traité de la Joyeuse Entrée. ^ Malines, chez P.-J. Hanicq . 

4787,4YOl.in-48. 

, Répertoire de droit criminel 
Commentaires sur les lois anglaises, traduits par Chompré. 
Paris, 4821 

Les Constitutions nationales belges de l'ancien régime à 
l'époque de l'inyasion française de 4794. Mémoires 
couronnés de l'Académie, in-8«, tom. XXVI, 4c fasc. 



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(5) 



TITRE I. 

PBEMIËRE PÉRIODE. ' 

U LËCISUTION DE LA CHASSE JUSQU'A U FËODAUTfi. 



INTRODUCTION. 



§1. 

La propriété d'une chose, qui n'appartient à personne, s'acquiert 
par l'occupation. Il y a occupation d'un objet, lorsque celui qui 
s'en empare a le dessein de racquérir. C'est là un principe de droit 
naturel , qui existait bien longtemps avant que d'être proclamé 
par une loi positive, la loi romaine. 

A l'origine toutes choses étaient en commun; c'est ce que l'on 
a appelé la communauté négative. Chacun pouvait en jouir, en 
user, mais elles n'appartenaient à personne exclusivement. L'occu- 
pation seule les faisait sortir de cette indivision générale et entrer 
dans un domaine particulier de propriété. 

Le gibier, les animaux sauvages devaient nécessairement être 
les choses, qui, les premières, furent occupées par les hommes. 
Ils chassèrent ces animaux, soit pour trouver dans leur chair 
une nourriture ou un vêtement dans leurs dépouilles, soit pour 
défendre leur existence compromise par le voisinage des fauves. 

Quelle que soit d'ailleurs l'origine de la chasse, il est certain 
que ce mode d'occupation est aussi ancien que le monde. 



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(6) 

§ II- 

Dans les temps primitifs et pendant les premiers siècles qui 
suivirent la création du monde , le gibier, comme toutes choses , 
faisait partie de cette vaste communauté , dont nous venons de 
parler. 11 n'était question alors d'aucune restriction quelconque 
apportée à cette faculté naturelle, que tout homme avait, de 
chasser : chacun chassait partout toute espèce de gibier, quand 
et de la manière qu'il voulait. Peu à peu cependant ce droit illi- 
mité fut restreint par des causes diverses. 

L'une de ces causes fut, d'abord et nécessairement, l'occupation 
appliquée aux terres. Celui qui avait ainsi acquis la propriété d'un 
champ, qui l'avait travaillé et rendu fertile, ne se souciait pas de 
voir ses voisins fouler ses récoltes et lui faire perdre le fruit de 
ses labeurs; aussi faisait-il valoir son droit exclusif et défcndait-il 
aux chasseurs l'entrée de son bien. 

La conquête fut une autre cause de la limitation du droit de 
chasse , soit que le vainqueur se réservât la jouissance exclusive 
de la plus grande partie des terres conquises, soit qu'il ne reconnût 
pas au vaincu , réduit à l'état d'esclave ou de serf, le droit de se 
livrer à cet exercice, appelé de tout temps, sembie-t-il, le noble 
exercice de la chasse. 

Enfin la conservation des diverses espèces de gibier, quel- 
quefois l'intérêt de l'agriculture ou les exigences de la sécurité 
publique amenèrent aussi l'adoption de mesures restrictives nou- 
velles. 



CHAPITRE I. 

f 

TEMPS PRIMITIFS. 

Nous avons dit que, à l'origine, le droit d'occupation du gibier 
était reconnu à tous les hommes. Il en était particulièrement ainsi 
dans les contrées qui forment aujourd'hui la Belgique et dans 
celles d'où arriva le flot envahisseur. 



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(7) 

Au témoignage de Cësar et de Tacite, nos ancêtres étaient de 
passionnés chasseurs, passant leur vie, au fond de leurs forêts 
immenses, soit à des combats homériques, soit à des chasses, où 
ils retrouvaient l'image de la guerre ^ 

Les forêts, qui couvraient le pays, étaient renommées par 
l'abondance du gibier qu'elles abritaient. Celle des Ardennes sur- 
tout passait pour un réceptacle de toute sorte d'animaux féroces 
et, jusque dans le moyen âge, elle fut, pour les poëtes du cycle 
carlovingien, un labyrinthe sinistre, rempli d'embûches et de 
périls, qu'osaient affronter seules Tépée d'Ogier et les chasses 
presque guerrières de Gharleroagne et de Louis le Débonnaire K 

Des animaux aussi nombreux que variés tels que les buffles 
sauvages, les sangliers, les ours, les onagres, les daims, les cerfs, 
les loups, les renards, etc., les peuplaient. Ces immenses forets 
étaient véritablement alors, suivant l'expression du poëte, les 
étables des bêtes sauvages, Stabula alta fer arum '. 

La forêt des Ardennes parait avoir été consacrée à la déesse de 
la chasse, Arduinna ou Arduenna. Là, dans ses vastes clairières, 
était célébré ce culte singulier, qui nous est rapporté par la tradi- 
tion. Les chasseurs formaient ce qu'ils appelaient le Trésor d'Ar- 
duinna. Pour chaque lièvre qu'ils prenaient ils y versaient deux 
oboles, pour chaque loup deux drachmes et quatre pour chaque 
chevreuil. Tous les ans , au jour consacré à la déesse , on ouvrait 
ce trésor et, selon l'importance de la somme qui s'y trouvait, on 
achetait une brebis, une chèvre ou un jeune vçau, dont on offrait, 
après un sacrifice solennel, les prémices à la déesse et dont le 
reste servait à faire un festin pour le maître et pour ses chiens. 
Ceux-ci, pendant la fête, étaient couronnés de fleurs, afin qu'on 
pût voir que la solennité se célébrait à cause d'eux ^. 

A côté d'Arduinna, Cernunnos, dont on a fait le dieu de la 
chasse et qui était ordinairement représenté sous la forme d'un 

' Gabsar, De heUogaUico, YI , 21 ; Tacite, Mot. Germon., G. iS. 

* Van Hassblt^ Histoire des Belges, 1 , 23. 

* J. Clayé : La chasse en France, (Revue des Deux Mondes, septembre 
1869, p. 179.) 

^ Van Hassblt, 1,69. 



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(8) 

jeune homme avec une tôle de cerf, était vénéré par ces peuples 
primitifs *. 

Les lois ou plutôt les traditions de cette époque ne nous sont 
point parvenues; mais nulle part nous ne trouvons mentionnées 
de restrictions au droit de chasse commun à tous. 

Au V* siècle une invasion de peuples, d'origine germanique, 
se précipita sur la Gaule, et dès lors la législation commença à 
s'occuper de la chasse, non pour en restreindre Texercice, mais 
afin de la protéger. 

Lois des Bargundes. 

Parmi les lois des fiurgundes, il faut citer tout d'abord les 
dispositions étranges de la loi, que Ton a appelée loi Gombette^. 

Le voleur d*un chien de chasse est puni d'une singulière 
façon '. 

Celui qui soustrait un oiseau de chasse subit une peine plus 
cruelle *. 

Les mêmes lois s'occupaient aussi de prévenir les accidents et 
de punir les imprudents. Il était d*usage, à cette époque, de 
placer dans certains endroits, fréquentés par les animaux que 
l'on voulait chasser, des arbalètes dont le ressort lançait une 
flèche lorsque la hôte venait, en passant, à toucher une corde ^. 
Pour éviter les accidents que pouvait amener cette coutume, la 

^ JoLLiEif , La chasse^ son histoire^ sa législation, p. 61. 

■ Année SOI. Voir Defacqz, Notes diverses retenues de mes lectures, t. II, 
p. 349. 

' Lex Burgund, add. 1, lit. X. Capitularia Regum Francorum, S. Baluzius. 
c Si quis canem veltrahum aut segullum aut petrunculam praesumpserit invo- 
lare, Jubemus ut conyictus coram omni populo posteriora ipsius oscaletar, aut 
quîDquesoiidos illi,cujus canem involavit,cogaturexsolvereet, mulclaenomine, 
solidosduos. » 

^ Lex Burgund,zdd. I, tit. XI, Baluzius. t Si quis acceptorem alienum invo- 
lare praesumpserit, aut sex uncias acceptor ipse super testones comedat; aut 
cerlè, si noiuerit, sex solidos illi, cujus acceptor estycogatur exsol?ere, mulctae 
autem nomine soUdos duos. » 

^ JuLLiBN, ouY. cité, p. 68. 



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(9) 

loi ordonnait k ceini qui voulait dresser de pareils pièges de pré- 
Tenir tous ses compagnons et ses voisins '. 

S*il ne le faisait pas, il était tenu de réparer le dommage causé 
par son imprudeuce. 

C'est cette disposition que les Wisigoths , qui envahircDl nos 
contrées après les Bourguignons et les Saxons, introduisirent 
également dans leurs lois >. 



CHAPITRE II. 

LES MÉROVINGIENS. 

Les Francs, qui vinrent ensuite, étaient aussi passionnés chas- 
seurs que leurs devanciers. 

Les historiens nous parlent tous de la chasse d'automne, qui 
était une véritable solennité pour eux 3. 

Leurs goûts guerriers, bien connus, trouvaient dans la chasse 
one image de la guerre et, s'ils chassaient en guerriers, on peut 
dire qu'ils guerroyaient en chasseurs. Leur équipage était 
d'ailleurs le même pour le combat que pour la vénerie ^. 

Leurs lois et leurs coutumes devaient se ressentir du goût 
désordonné qui les possédait pour la chasse. 

* Lex Burgund, tlL 46 et 62. « OmDes proximos et viciDos Tenalor antè 
oommoneat i 

* YoN Maurer , Enleilung zUr Geschichte der Mark-, Hof-, Dorf-und 
Stadt'Verfassung, p. 153. Mûnchen, Ch. Kaiser, 1854, 1 vol. in-S». 

s Le roi Chlother fil à sa maison de Braine ses préparatifs pour la grande 
ebasse d'automne, qui était chez les Franks une espèce de solennité. Sui?i 
(Toiie foule d*hommes, de chevaux et de chiens , le roi se rendit à la forêt de 
Cuise, dont celle de Compiègne,dans son état actuel, n*est qu*un mince et der- 
nier débris.... — AuausTiif Thierry, Récita des temps mérovingiens^ i*' rédt, 
pw 96* 

* c Ceux qui obéirent à Pappel du marligraf Siguif vinrent au rendez-vous 
les uns à pied, les antres à cheval, avec leur armement habituel, c*esl-à-dire 
CD équipage de chasse, Tépieu à la main et la trompe ou le cornet en bandou- 
lière.... Les gens de Siguif se mirent k poursuivre les Neustriens avec achar- 



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(iO) 

Une fols, pour un cor de chasse qu*il avait perdu , le roi Gon* 
thramm fit mettre plusieurs hommes libres k la torture; une 
autre fois il ordonna la mort d'un noble frank , soupçonné d'avoir 
tué un buffle sur le domaine royal *. 

c Le roi Gonthramm, chassant dans la forêt de Vassac, aperçoit 
les traces d'un buffle que Ton avait tué; il fait appeler le garde 
de la forêt — Custodem sylvae — et le questionne sur Fauteur 
de ce délit; le garde accuse Chundon, chambellan du roi: le roi 
les fait aussitôt arrêter et conduire Tun et Tautre en prison. 
Chundon ayant nié l'accusation et donné, sans doute à cause de 
son grand âge, son neveu pour champion, ce neveu et le garde en 
viennent aux mains et se tuent réciproquement. Chundon , pour 
se soustraire à la punition due à ceux qui, s'étant voulu purger 
par le duel, y avaient été vaincus, se réfugie dans l'église de 
S^-Marcel ; mais ayant été arrêté avant qu'il eût touché la porte 
de cette église, il fut lapidé ^. » 

A cette époque, certaines forêts étaient réservées , c'est-à-dire 
qne la chasse y était interdite à ceux que le roi n'avait pas auto- 
risés. Ces forêts royales étaient, tout le fait supposer, des pro- 
priétés du souverain. On ne saurait donc voir dans cette défense 
que l'exercice du droit incontestable qu'a tout propriétaire de pro- 
téger son domaine, et non une restriction apportée au droit 
d'autrui. 

nemeDt, animés, soit par Tespérance de prendre à merci et de rançonner un 
fils de roi, soit par un instinct de haine nationale contre les hommes de race 
franque. Afln de s*exciter mutuellement à la course, ou pour accroître la ter- 
reur des fugitifs ^ ou simplement par une fantaisie de gaieté méridionale , ils 
sonnaient, en courant, de leurs trompes et de leurs cornets de chasse. Durant 
tout le jour, penché sur les rênes de son cheval qu*il pressait de Téperon; 
Chlodowig entendit derrière lui le son du cor et les cris des chasseurs, qui le 
suivaient à la piste comme un cerf lancé dans les bois. (Quem fùgientem cùm 
tubis et buccinis, quasi labentem cervum fugans , insequebalur. • — Grëgoikb 
DE tours). L*obscurité seule mit fin à cette chasse fantastique... • — Adodstri 
Thibrrt, 2« récit, p. 110. 

^ AoGUSTiN Thierry, !•' récit, p. 98. 

' Anciennes lois des Français conservées dans les coutumes anglaises,etc., 
DavidHoûard.t. n,p.447. 



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( ii ) 

Sous la dynastie mérovingienne la poursuite du gibier fut libre. 
Sauf les restrictions apportées par les propriétaires, on n*en 
connut point au droit de chasse. Les lois n'en renferment aucune 
et ne s'occupent guère que de punir ceux qui volaient les armes, 
les chiens, les faucons, les animaux spécialement dressés à la 
chasse, enfin les divers engins employés par les veneurs. 



Loi saliqne. 

La loi salique ', au titre 33, De venationibus , s'occupait 
d'abord des peines à infliger à ceux qui volaient ou mettaient à 
mort un cerf dressé à la chasse ou bien une béte mise sur pied et 
poursuivie par les chiens d'autrui K 

La peine n'était pas arbitraire; elle était proportionnée à la 
gravité du délit, car le vol du cerf, qui avait déjà chassé et fait, 
en quelque sorte, ses preuves de vénerie, était puni plus sévère- 
ment que le vol de celui qui n'avait pas encore été employé à la 
poursuite de ses semblables. 

La même loi avait aussi des dispositions concernant le vol des 
oiseaux de fauconnerie '. H est à remarquer ici encore que les 
peines s'aggravent en raison de l'âge, du degré d'éducation, de 
science si l'on peut s'exprimer ainsi, et, partant, de la valeur des 
oiseaux. 

Nous ferons la même remarque à propos des chiens. 



^ An 51 1. Defacqz, loc, ciL 

' « Si quJscervum domesticum^signum babentein,aut furaveritaut occiderit, 
qui ad Tenationem faciendam mansuetus factus est, et cum lestibuscomprobare 
domiDus eJQS potaerit quod eum in venatione habuisset et cam ipso duas feras 
aultres occidisset, MDCGG denariis, qui facianl solidos XLV, culpabilis ja- 
dioetur. {Lex salica, tit. XXXV, § 2.) Si qnis vero cervom domesticam, qui in 
venatione adhac non fuit, aut occident aut furaverit, HCGCC denariiS; qui 
faciunt XXXV solidos, culpablis judicelur. • {Lex salica, (il. XXXV, § 5.) 

» Au tilre VU , De furtis avium, on lit ce qui suit: « § I. Si quis accepto- 
rem de arbore furaverit CXX denariis, qui faciunt solidos très, culpabilis 
judicelur, exceplo capitale et delalurà. (Sans préjudice de la restitution de 



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(12) 

Au titre VI, De furtis canum, nous lisons diverses dispositions 
h ce sujet *• 

Au titre XI , la loi salique punissait le vol de resclave chasseur : 
il fallait en effet mettre à peu près sur la même ligne le chien de 
chasse et le valet , qui le conduisait < ! 

Au titre XXXV, DevenationibuSj le législateur franc s*occupait 
de Tenlèvement des divers engins de chasse ou de pèche '. 

Enfin, comme nous Tavons dit plus haut, la loi salique punis- 
sait celui qui s*emparait de la béte de chasse mise sur pied et 
poursuivie par les chiens d*un autre chasseur^. 

Ces dernières dispositions sont intéressantes en ce qu'elles 
démontrent que la poursuite du gibier était libre partout dans ces 

Toiseau enlevé oa de sa valeur, et des intérêls judiciaires, si l'on peut s'expri- 
mer ainsi.) 

» § 2. Siquis de perlicà acccptorecn furaverit, DC denariis, qui faciuQt 
solides XV, culpabilis judicetur, excepto capitale et delaturà. 

» § 3. Si quis acceplorem intrà clavem repositum furaverit MDCC denariis, 
qui faciunt solides XLV, culpabilis judicetur, excepte capitale et delaturà. 

» § 4. Si quis sparvarium furaverit CXX denariis, qui faciunt solides 111, 
culpabilis judicetur, excepto capitale et delaturà. n 

' « § I. Siquis canem seusium furaverit aut occiderit, qui magister sit, 
mille octingentls denariis, qui faciunt solides quadraginta quinque, culpa- 
bilis judicetur, excepto capitale et delaturà. 

» § â. Si quis vero seusium reiiquum, aut veltrem porcarium, sivè veltrem 
leporarium qui et argutarius dicitur, furatus fuerit vel occident, sexceutis 
denariis, qui faciunt solides quindecim, culpabilis Judicetur, excepto capitale 
et delaturà. > 

* « Si quis.. venatorem furaverit aut vendident, bis mille octingentis dena- 
riis, qui faciunt solidos septuaginta» culpabilis judicetur, excepto capitale et 
delaturà. (Baluzius.) » 

3 c § 1. Si quis de diversis venationibus aliquid aut furaverit, aut celaveril, 
MDCCG denariis, qui faciunt solidos XLV, culpabilis judicetur. Quam legem 
tam de venationibus quam et de piscationibus convenit observare. i 

^ « Si quis cervum, quem alterius canes moverunt aut lassa verunt, aut occi- 
derit aut cela verit DC denariis, qui faciunt solidos XV, culpabilis judicetur. 

» Siquis aprum lassum, quem alicui canes moverunt, occident vel furaverit 
DG denariis, qui faciunt solidos XV, culpabilis judicetur. (lAxaalica, tit. 35, 



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(15) 

temps recules, qu'il était permis de suivre n'importe ou, même 
sur les propriétés d'autrui, les animaux que Ton avait fait lever 
et que tuer ou cacher ceux qui avaient déjà été occupés par 
autrui, conformément au droit de chasse, constituait un véritable 
Tol puni comme tel *. 

Loi des Ripuaires. 

La loi des Ripuaires', qui formait la législation d'une partie 
notable desFrancs, de ceux, par exemple, occupant le pays com- 
pris entre la Meuse et le Rhin ', renfermait des dispositions 
analogues. 

Au ihrei^yDevenationilms, nous voyons punir d'une amende 
de 45 sous ^ la mise à mort ou le vol d'un cerf domestique, 
dressé pour la chasse. 

L'amende était réduite à 50 sous si le cerf n'avait pas encore 
chassé \ 

Le fait de voler ou de cacher un engin de chasse ou de pèche 
était puni d'une amende de 45 sous ^. 

Au titre 56 , De diversis interfectionibus y les oiseaux de fau- 
connerie étaient évalués pour la composition 7. 

* Von Maurer, dut. cité, p. 153. 
' Au 511. Defacqz, loc. cit. 

> JULLIEN, CUV. cit.) p. 80. 

^ « § 1. Si quis cervum domilam vel coin triulis occideril, aut furatas fue- 
rit, Don sicut de reliquis animalihus furtum exigatur, sed lanlum XLV solidis 
culpabilis jadicelur. » 

' « § 2. Si autero in Tenatione non fuit trigiota solidis culpabilis judi- 
cetur. » 

<^ « Si quis de diversis venationibus furaverit aliquid et celaverit, seu et de 
piscationibus, quindecim solidis culpabilis judicelur. Quia non est baec res 
possessa, sed de venationibus agilur. (Lex ripuar., tit. XLII.) Baluzius. » 

' « § 11. Si quis weregeldum solvere débet... acceptorem non domilum pro 
11! solidis tribuat, commorsum gruarium pro sex solidis tribuat , acceptorem 
niutatum pro XII solidis tribuat. 

« § 13. Quod si cum argento solvere contigerit, pro solido XII denarios, sicut 
antiquiltis est constitulum. » 



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(U) 



Lof des Allemaiids. 

La loi des Allemands ^ contient une véritable tarification des 
divers animaux de chasse au point de vue de la composition due 
par celui qui les tue ou les vole *. 

Elle s'occupe également au titre LXXXII> De canibus setisiis vel 
aliis furatis aut occisis, du vol des chiens '. 

^ An 613. Defacoz» loc. dt. 
' ' Leœ alleman, tit. XGIX : « De eo qai bisontem Tel caetera animalia aut 
furaverit aut occident. (Baluzias.) 

» § 1 . Si qais bisontem, bubulam vel cervum, qui prugit, furaverît aut ceci- 
derit, XII solidos componat 

» § 2. Et si cervus itle treudis non habet, médium solidum componat. 

» § 3. Si treudis habet et cum ipso nihil sagittalum est, solvat solidum 
unum. 

» § 4. Si rubens feramus cum ipso sagittatus est, très solidos solvat. 

> § 5. Si niger est, solidos sex componat. 

» § 6. Si involatus fueril, novem geldos componat. 

» S 7. Si cerva indomita fuerit occisa, tremisso solvat. 

» § 8. Si Ireudem babuil, médium solvat. 

» § 9. Si cum ipsa rubea fera saglttata fuerit, sex solidos solvat. 

» § 10. Si nigra, sex solidos componat. 

» § 11. Si involata fuerit, novem geldos componat. 

» § 13. Si ursus alienus occisus aut involatus fuerit, solvat eum solidis sex. 

» § 13. Aprum similiter. 

» § 17. Si grus furata fuerit aut occisa, très solidos solvat. 

» S 18. Si auca fuerit involata aut occisa, novem geldos solvat. 

» § 19. Aneta, gariola, ciconia, corvus, cornicula, columba et cauha et craë- 
rola, ut alia similia requirantur. 

• § 30. Si accipiter, qui aucam mordit, solidos très solvat. Si grugem mor- 
dit, sex solidos solvat. > 

' ft § 1. Siquis canem seusium primum cursalem, qui primus currit,invo- 
laverit, solidos sex componat; qui secundum solidos très componat. 

> S 2. Qui illum duclorem, qui bominem sequentem ducit, quem lailihunt 
dicunt, furaverit, duodecim solidos componat. 

1 § 4. Si veltrem leporalem probatum aliquis occiderit, cum tribus solidis 
componat. » 



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(15) 

•Loi des Bayarois. 

Nous trouvons dans la loi des Bavarois ^ au point de vue de 
la composition, une classification analogue des chiens selon leur 
race et leur valeur plus ou moins grande pour la chasse *. 

Les oiseaux de fauconnerie étaient classés de la même façon '. 

> An 628. Defacox, loc, dt, 

s • § 1. Si quiscanem seueem, quem leitihunt vocant, faraverit, aul simi- 
lem aut ipsum reddat, et cum sex solidos compouat. El si negare volaeril, cum 
tribus sacramentalibus juret secuDdum legem suam. 

1 § 2. Si aulem seueem, doctum, quem (ripAunf vocant, furaverit, cum 
tribus solidis componat aut cum une sacrameutalf juret. 

• § 3. Si autem seucem, qui in ligamine vestigium tenet, quem spurihunt 
dicunl, furaverit, cum sex solidis componat, et similem aul ipsum reddat 

» § 4. De 60 cane, quem bibarhuni irocant, qui sub terra venatur, qui occi- 
dent, alium similem reddat et cum sex solidis componat. 

» § 5. De canibus vellricibus, qui unum occiderit, qui leporem non perse - 
qmtur sed suà vélocitate comprehendil, cum simile et tribus solidis componat. 

» § 6. De eo cane, qui dicitur hapihuhunt, pari sententiae subjaceat. 

» § 7. De bis canibus, qui ursos vel bubulos , id est majores feras, quod 
schtoarswildûicimus, persequuntur, si de bis occiderit, cum simile et sex 
solidfs componat. 

« § 8. Qui vero pasloralem, qui iupum mordet, occiderit, cum tribus solidis 
componat » 

> Titre XX : a De accipitribus Tel avibus. 

B § 1. Si quis accipitrero occiderit, quem cArano^rt dicunl, cum sex soli- 
dis et simile componat , et cum uno sacramentali juret , ut ad?olare et capere 
similis sit 

» § 2. De eo qui dicitur ganshapunch, qui anseres capit, cum tribus solidis 
componat et similem reddat/ 

» § 3. Illum, quem anothapuch dicimus, ciun solido et simili componat 

» § 4. De Bparvariis irerb pari sententiae subjaceat, cum solido et simile 
resUluendi, et cum sacramento, ut laies sint quales interfeclione damnavit. 

> § 5. Si verè ftirto ablati fuerlnt, per omnia furtivum cogantur solvere,ut 
lex compellit 

» § 6. De bis quidem avibus, quae de sylvaticis per documenta human& 
domesticantur industrià, et per curies uobilium mansuescunt volitare atque 
cantare, cum solido uno et simile componat, atque insuper ad sacramentum. » 



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(16) 

Loi des Lombards. 

Les lois des Lombards * font, pour la première fois, une dis- 
tinction entre le domaine royal et le domaine des sujets. Jusqu*à 
cette «époque, tous les législateurs avaient puni le vol ou la des- 
truction des chiens, des oiseaux de fauconnerie, des engins de 
chasse, du gibier même parfois, mais ils ne faisaient pas dépendre 
de l'endroit où le délit avait été commis la gravité de la peine 
qu'ils comminaient; le roi Rotharis le premier a écrit, k propos 
des oiseaux dressés h la chasse, cette distinction, qui, nous le 
verrons, ne sera plus jamais oubliée, se développera et s'éten- 
dra sans cesse '. 

Ailleurs ces mêmes lois défendaient aux ingénus et aux esclaves 
de tendre des filets dans les forêts royales ou seigneuriales '. 

Rotharis avait prévu aussi et puni d'une façon générale quel- 
ques autres délits de chasse ^. 

Des peines atroces étaient comminées contre les voleurs par 
les lois des Lombards ^. 

^ Ans 637-643. Dbfacqz , loc. ciL 

* ff Si quts accipitres de sylvà alterius talerit, excepte de Gajo Régis, habeat 
sibi. Nam si dominus sylvae supervenerît, toliat accipiires et amplius calpa 
advenus eum non requiratur. Et hoc idem jabemus ut si quis de Gajo Régis 
accipitrem lulerit, sil culpabilis régi solidos XII. 

» Si quis de arbore signala, in sylvà alterius, accipitrem de nido tnlerit, 
componal solidos VI. » (Leg. 3i5 et 336.) 

" tt Ut nemo pedicas in foresto dominico nec in quolibet regali loco tendere 
praesumau Et si ingenuns boc perpetraverit bannum dominicum solvat. El si 
servus est, dominus illius sicut lex est emendet. » 

* Loi 318. • Si quis feram ab alio plagaUm, aut forsan mortuam inveneril 
et oelaverit, componat solidos VI illi, qui eam plagavil. 

• Loi SSO. Si quis cervum, qui tempère suo rugire solel, intricaverit, com- 
ponat domino ejus solidos XII , nam si fUratus fùerit reddat in oclogilt. 

• Loi 321. Si quis cervum domesticum alienum, qui non rugit, intricaverit, 
componat domino ejus solidos VI, nam si fùratus ftierit reddat in octogilt. » 

■ ff Si quis latro de uno furto probatus fuerit, perdat oculum. El si de duo- 
bus fùrtis probatus fuerit, nasus ei scapelletur. El si de tribus furlis probatus 
fderit, moriatur. » 



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(17) 

Mais il n'est pas probable que ces peines aient été appliquées en 
matière de chasse, Tamende et la composition étant jugées suiïi- 
santés pour punir ce genre de délit. A cette époque le Wehrgeld 
était, le plus souvent, la seule punition du meurtre et de l'assas- 
sinat; on comprend que le vol d'un chien ou d'une pièce de gibier 
ne fût pas puni plus sévèrement. 

Telles sont les principales lois qui formaient la législation de la 
chasse parmi les peuples, occupant les divers territoires de TEu- 
rope centrale sous les Mérovingiens. 

Comme on Ta vu , les délits étaient prévus surtout au point de 
vue de la composition. A côté du Wehrgeld, des amendes étaient 
parfois comminées , mais il n'est point encore question de peines 
corporelles. Ce sera plus tard que la cruauté et la barbarie des 
peines édictées par les souverains chasseurs ne connaîtra plus de 
bornes. 

Aussi est-il certain que l'exécution de Chundon, le chambellan 
du roi Gonthramm fut un véritable meurtre, ordonné dans un 
moment de colère irréfléchie et expié ensuite par de cruels re- 
mords ' ; ]*on ne doit pas conclure de cet exemple isolé que la 
peine de la chasse, dans les plaisirs du roi , fût capitale K 

Une particularité de cette législation c'est qu'aucune limite 
n'est mise par le législateur au droit, naturel à chacun, de s'em- 
parer d\^ gibier partout où il le trouve, pourvu que ce gibier 
n'appartienne pas à autrui par suite d'une occupation antérieure. 
Cependant de semblables restrictions existaient en fait; elles pro- 
venaient en ce cas, non du législateur, mais du propriétaire qui 
sauvegardait son droit et défendait l'entrée de son domaine. 

Les lois dont nous venons de parler ne disent point par qui 
étaient appliquées les peines qu'elles comminaient. Ce devait être, 
pour les cas graves, parle souverain lui-même ou par le tribunal 
des comtes , le Mallum publicum, qui était investi de la pleine 
justice. 

> « Multum se ex hoc deiaceps Rex poeoitens, » comme le dit Grégoire de 
Tours. (Lib. 10, cap. 10.) 
« Anciennes lois des Français, etc., ouv. cilé, p. 4À1. 

Tome XXVII. S 



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( 48) 

Pour les causae leviores, les vicaires, ]es centeniers, les vi- 
comtes et les dizeaiers avaient une juridiction spéciale et il est 
probable, bien que la législation soit muette à cet égard, que ces 
juges inférieurs connaissaient des délits peu importants en ma- 
tière de chasse K 

A cette époque primitive les impôts proprement dits étaient 
chose inconnue; ils^se réduisaient à des prestations en nature 
telles que chevaux, chiens, oiseaux de chasse, etc., que les 
hommes libres offraient chaque année au prince sous le nom de 
dons annuels '. Ainsi Tabbaye de S*-Hnbert, qui était sous la protec- 
tion du roi, lui envoyait tous les ans au mois de juillet, en recon- 
naissance de cette protection, six chiens courants et six oiseaux ^ 

11 était naturel que ces dotis annuels fussent choisis parmi les 
objets qui paraissaient les plus précieux. Or , quoi de plus pré- 
cieux pour des chasseurs passionnés, comme Tétaient les Méro- 
vingiens, qu'un chien ou un faucon bien dressé ! 



CHAPITRE m. 

LES CARLOVINGIENS. 

Charlemagne était grand chasseur, aussi les capitulaires ren- 
ferment-ils de nombreuses dispositions, prises presque toutes dans 
le but spécial de protéger les chasses royales et la distraction 
favorite du souverain. 

Il défendit, à diverses reprises, la chasse aux ecclésiastiques K 

* Facstin Hélie, Traité de l'itistruclion criminelle, 1. 1, § 187 et suivants. 

s Charles Louandre, Les budgets de Vancienne France, (Revue des Dedx 
MoifDES du 15 janvier 1874, p. 405.) 

s Le Verrier de la Conteeie, L'École de la chasse aux chiens courants, 
p. CLxxix, note t. 

A c Omnibus servis Dei venaticas et sylvaticas vagationes cam canlbas, et 
ut accipitres et faloooes noo babeant, interdicimus. » Capitulaire de tan 769, 
Balaziu3* 

c Ut episcopi et abbates et abbatissae cupplas canum non habeant , nec 
falcones, nec accipitres... » Capitulaire de tan 789, Balazius. 



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(19) 

Gharlemagne, en agissant ainsi, n'avait pas oublié les paroles, 
un peu sévères à la vérité, de saint Jérôme : c Venatio ars ne- 
quissima, venatores nefarium genus ^ venatorem nunquam le- 
gimus sanctum '. » 

Parfois les religieux recevaient le privilège de chasser dans les 
pnrcs royaux, mais cette permission n'avait pas pour but, du 
moins en apparence, de flatter leur sensualité ou de leur procurer 
un divertissement, qui semble incompatible avec la retraite à 
laquelle ils s'étaient voués. Ces permissions leur étaient accor- 
dées pour soulager les infirmes ou pour se procurer les pellete- 
ries nécessaires à la reliure de leurs livres, à ia confection de 
leurs ceintures, sandales, gants, etc. 3. 

Le capitulaire de 769 défendait aux comtes de chasser les jours 
où ils tenaient leur cour K 

La chasse avait été rangée par Charlemagne parmi les œuvres 
serviles, dont il fallait s'abstenir le dimanche et les jours de fête, 
et défendue, comme telle, à tous ses sujets ces jours-I&. 

Le capitulaire de l'an 800 s'occupait plus particulièrement des 
forêts royales et de leur garde. Il y était également question des 
bêles fauves qui les peuplaient ^ 

Ce capitulaire contient, relativement aux loups, une disposition 
spéciale, que l'on pourrait considérer comme rétablissement de 
l'oflice de la louveterie, institution qui, dans les siècles postérieurs, 
devait prendre un si grand développement en France ^. 

* MoRiîi , Répertoire de droit criminel, V» Chasse. 

' BLACKSTorfB, Commentaire sur les lois anglaises t liv. II , chap. XXVII. 

s Anciennes lois des Français, etc., ouv. cilé, t. II, p. 448. 

^ • Ut comités in venationem Don vadeaot illo die quandô placitum debçnl 
costodire. » 

B « Et feramina nostra intrà forestes benè custodiant. Similiter accipitres 
et spervarios ad nostnim profectum provideant ; et censa Dostra exindè dili- 
geoter exactent. > 

* • De lupisomni tempore nobis annuntient (venatores nostri) quantos 
unosquisque coinprehenderit, et ipsas pelles nobis praesentare faciant. El in 
nense maio illos lupellos perquiranl et coœprebendant, lam clim pnivere et 
hanis, quam ctim fossis et canibus. » Capitulaire de Pan 800^ § 49. Balu- 
zius. 



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(20) 

Dans les instructions, qu'il donnait aux Missi dominici en 802, 
Charlemagne ëdicte des peines contre ceux qui chassent dans les 
forêts royales ^ 

Cependant le souverain accordait parfois à des seigneurs de sa 
cour Tautorisation de chasser dans ses forêts; mais alors l'auto- 
risation stipulait , avec soin , le nombre de pièces de gibier qu'il 
leur était permis d'abattre. C'est ce que prouve une disposition du 
second capitulaire de Tan 813 ^. 

Louis le Débonnaire montre dès le début de son règne, par le 
premier capitulaire de Tannée 819, tout le prix qu'il attache à la 
chasse et aux objets nécessaires & son exercice. 11 défend, en effet, 
que le faucon et l'épée soient donnés en composition et cela par 
ce que le propriétaire de ces objets pourrait se parjurer en leur 
attribuant une valeur plus élevée que la valeur réelle ^. 

Louis le Débonnaire s'oppose vivement à la création de forêts 
nouvelles. Les seigneurs, en effet, pour qui la chasse était plus 
qu'une distraction, ne se faisaient point faute de planter des 
espaces immenses, qu'ils enlevaient ainsi à l'agriculture au pré- 
judice de la nation tout entière. 

' < Ut in forestes nostras feramina nostra nemo furari audeat, quod jam 
niullis vicibus fieiicontradiximus, et nunc ilerum banoimus firmiter ut n^mo 
amplius faciat, sicut fidelitaiem uobis promissam unusquisque conservare 
capiat ita sIbicaveaL Si quis autem Cornes yel Cenlenarius aul Bassus noster, 
autatiquis de mîDisterialibas nostris ^feramina nostra furaverit, omoinô ad 
noslram praesentiam perducantur ad ralionem. Caeteris autem vulgis, qui 
ipsnm furturo de feraminibus fecerit^ omninè quod justum est coniponat, nul- 
hteniisque eis exinde aliquid relaxctur.... Si quis autem hoc scierit alicui per- 
petratum) in eà fîdelitale conservatà quam nobis promiseruot et nunc promil- 
tere habent , nullus hoc celare audeat. • Capitulaire de Van 802, § 39. Balu- 
zius. 

* c § 18. De foreslis, ut forestarii benè illas défendant simul et custodiant 
bestias et pisces. Et si Rex alicui inths foreste feramen unum aut magis dederit 
amplius ne prendat quam illi datum sit. » 

* « la compositionem wirglidi volumus ut ea dentur quae in loge conti^ 
nentur, excepto accipilreet spadà, quia propter illa duo aliquotiès perjurium 
commititur, quando maûoris prctii, quam illa sunt, esse jurantur. » i" Capi- 
tulaire de 819^ i 8. Baluzius. 



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(2i ) 

Dans son quatrième capitulaire de Tan 819, il s*occupe de cette 
question d'un intérêt si majeur * et dans le cinquième capitulaire 
de la même année, par lequel il donne diverses instructions aux 
Missi dominieiy il y revient encore ^. 

Il est certain que la défense de chasser, si souvent faite aux 
ecdésiasliques et reproduite par les décrets du concile de Tours 
en 8i 5 ', n'avait eu que peu ou point d'effet, car Louis le Débon- 
naire la renouvelle à diverses reprises '^. 

Mous voyons aussi répétée plu$ieui*s fois la défense de chasser 
le dimanche et nous en pouvons conclure qu'à cette époque la 
passion des chasseurs était encore plus forte que Tobéissance des 
sujets ^. 

La défense de se livrer au plaisir de la chasse fut renouvelée 
aux ecclésiastiques en 876 par Charles le Chauve , ce qui ne dé- 
note pas de leur part une soumission bien grande aux ordres du 
Rouveraia ®. 

^ « § 7. De forestis ooviter iostitulis. Ut quiscumqae ilias habel diinittat, 
aisi forte indlcio veraci oslendere possit quod per jussionem sive permissioDem 
Domini Karoii, genitoris nostri, eas Instiluisset; praeter iilas quae ad nos- 
Irum opus perliDent undè nos decernere volumus qaidquid uobis placuerit. * 

* • De forestibus nostris , ut ubicumque fùerint diligeiitissimè hiquirant 
quomodo salvae sint et defensae, et ut Gomitibus denuntient ne ullam forestam 
Dovjier instituant; et ubi noviter insUlutas sine noslra jassione invenerint, 
diinittere praecipiant. >> § 2i. 

' t Sacerdolibus non expedit secularibus et turpibus quibus licet interesse 
iocis. Venationes quoquè ferarain vel avium minime seclentar... » 

^ « Ut presbyleri, diaconi vel subdiaconi née arma portent nec venalionem 
ezerceaDt... Et hoc cavendum est ut presbyteri, vel diaconi sivè subdiaconi 
arma portare non praesumaut, neque veoaliones aliquas exercere... • Capitu- 
tmresde Charlemagne et de Louis le Débonnaire, livre V, n« 179. Baluzîus. 

s » Slatuimus quoquè, secundùm quod io lege Dominas praecepit, ut opéra 
servilia diebus dominicis non agantur sicut et bonae memoriae geoitor meus 
in suis synodalibus edictus mandavit qu5d nec viri rurab'a exerceant opéra; id 
est.... nec venaUones exerceant. jtCapitulaires de Charlemagne et de Louis le 
Débonnaire, livre I, § 75. Baluzius. Même défense , id. , livre VI, § 380, loc cit. 

* < Venationes quoquè nullus tam sacri ordinis exercere praesumat, neque 
a. ma militaria pro qualicumque seditione portare audeat... » Capitulaire de 
Tan S7tf,§ 9. Baluzius. 



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(22) 

Ce souverain , grand chasseur, corome tous ses contemporains, 
et très-jaloux de ses chasses, comme les veneurs de toutes les 
époques, alla jusqu*à indiquer, dans le capitulaire de Tan 877 ^, 
les châteaux où son fils ne pouvait résider sans nécessité absolue 
et les forêts où il ne pouvait chasser ^ : 

< A Kiersy-sur-Oise , à Selve, à Saraoncy, à Âttigny ou dans 
les Ardennes le prince pouvait chasser, mais rarement et en 
passant. Dans les forêts de Verberie, de Lens-en-Ar(ois ou de 
Wara près Mézières, il avait seulement la permission de tuer les 
sangliers et les bêtes fauves; en outre les forestarii devaient, 
chaque année , dresser Tétat exact des animaux abattus par l'héri- 
tier du trône '. » 

Quelques seigneurs avaient aussi le droit de chasser dans les 
forêts royales, mais seulement en les traversant ^, et c'est même 
là l'origine d*un privilège qui existe aujourd'hui encore en An- 
gleterre en faveur de certains personnages, ainsi que nous le 
verrons plus tard. 

La juridiction en matière de délits de chasse était, à cette 
époque , à peu près la même que durant la période mérovin- 
gienne; cependant sous Charlemagne et ses successeurs, s'établit 
la juridiction ecclésiastique et celle des Missi dominici ^, même 
en la matière spéciale que nous traitons. 

Telle est en résumé la législation des Carlovingiens relative- 
ment au droit de chasse. 

Comme on le voit, le souverain ne défend point encore de 
chasser à une classe tout entière d'individus, sauf aux ecclésias- 
tiques. Il ne porte pas non plus d'interdiction générale à ce sujet. 
Use borne à défendre ses propriétés; il. ne songe pas encore k 
étendre sur toute une contrée ses prétentions exclusives. 

En résumé, jusqu'à cette époque, la législation n'estquela 

I § 52. Baluzius. 

s « Id qaibus ex nostris palatiis filius nosler, si nécessitas non fuerit, 
inorari vel in quibus forestibus venationem exercere non debeat... » 

* JuLLiEif , CUV. cité, p. 89. 

* Anciennes lois des Français , etc., ouv. cité, t. Il, p. 4i8. 

* Faostin-Hélib , OQT. cité, 1. 1, §§ 219 et suivants. 



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(23) 

consëcration du principe naturel de Toccupation, modifié cepen- 
dant par les droits de la propriété; mais nous allons entrer dans 
la seconde période de notre étude; nous allons voir se développer 
peu h peu cette maxime que tout appartient au souverain, le 
droit de chasse comme le reste; nous verrons la chasse interdite 
aux manants et permise seulement aux seigneurs, sous certaines 
conditions et par concession explicite ou tacite du souverain. 

c Malheur aux vilains qui se permettent d'ahattre une pièce 
de gibier ! Plus d'un paya de sa vie la liberté grande qu'ils pre- 
naient quelquefois de tuer une perdrix , un lièvre ou un lapin , 
même dans leurs propriétés. 

1 C'était le bon temps des privilèges; c'était le bon temps du 
plaisir, non pour les manants, mais pour les riches et les puis- 
sants seulement ^ » 

* Discours de M. Jonet, lors de ta discussion à la Chambre des représen- 
tants de la loi du 26 février 1846. {Annales parlementaires, 1845-1846, 
p. 452.) 



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(24) 
TITRE II. 

DEUXIÈME PÉRIODE. 

LA FÉODALITÉ. 



INTRODDCTION. 

Nous voici arrivés à la seconde partie de notre étude. Nous 
avons essayé d'exposer aussi brièvement que possible ce qu'était 
le droit de chasse dans nos contrées jusqu'à l'époque carlovin- 
gienne. Nous avons vu qu'il n'était jusqu'alors que la consécra- 
tion des principes du droit naturel. 

Avant la consolidation de la propriété particulière de la terre , 
le droit naturel régnait dans toute son étendue : la chasse était 
libre partout. « Il n'en fut bientôt plus de même chez les nations 
établies d'une manière stable sur le sol. Il est vrai que la béte 
sauvage n'est possédée par personne; mais comme tout proprié- 
taire peut légitimement interdire à autrui l'usage de son fonds , il 
s'ensuit que seul il peut de plein droit y chasser; tout étranger 
qui vient y poursuivre le gibier est censé le faire en vertu d'une 
autorisation tacite *. » 

Il faut se garder de croire qu'à l'époque où nous sommes arri- 
vés, ce principe fut brusquement mis de côté et remplacé par cet 
autre principe: toutestau Roi, rien n'est qu'au Roi. Cequi carac- 
térise la féodalité pourrait, il est vrai^ se résumer en cette courte 
maxime ; mais elle apparut petit à petit et , en quelque sorte, par 
le développement même des principes du droit naturel, déve- 
loppement d'abord normal, mais ensuite poussé jusqu'à des limites 
extrêmes. 

^ PouLLET, Ancienne constitulion brabançonne, p. 116. 



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(25 ) 

Il n*entre point dans le cadre de ce Mémoire de rechercher et 
d*exposer les origines de la féodalité, cette brillante et si curieuse 
période de Thistoire. C*est là un sujet trop vaste et trop intéres- 
sant d*ailleurs pour être résumé en quelques pages. 

Les rois et les grands n'eurent d'abord d'autre droit de chasse 
que celui qui dérivait de leur qualité de grands propriétaires 
fonciers *. 

Cette propriété foncière des souverains et des seigneurs de 
leurs cours avait pris un développement immense par suite de 
causes diverses. 

Par la conquête d*abord : le conquérant se réservait la plus 
grande partie des terres conquises ; il en distribuait h titre de 
recompense à ceux de ses compagnons d'armes qui s'étaient 
distingués dans les combats; il n'en laissait qu'une faible partie 
aux habitants du pays conquis, réduits d'ailleurs pour la plupart 
k l'état d'esclaves ou de serfs. 

Le souverain créait aussi parfois, ce que l'on nommait une 
forêt : pour s'assurer un territoire vaste et peuplé de gibier, où 
il pût se livrer au plaisir de la chasse, des cantons de bois entiers 
étaient enlevés à l'usage des bourgeois et des paysans. Ceux-ci en 
conservaient la propriété, il est vrai, mais une sorte de propriété 
idéale : la propriété sans l'usage. Bientôt on ne se contenta plus 
d'appliquer le droit forestier aux bois, il fut étendu aux pièces de 
terre, qui n'étaient la propriété exclusive de personne et sur les- 
quelles la chasse était libre. Ce droit de créer des forêts passa 
ensuite, sous d'autres dénominations, aux seigneurs séculiers et 
i*eligieux *. 

Les bois et les terres, qui étaient à la communauté des habi- 
tants, devinrent ainsi de plus en plus restreints et le droit naturel , 
que chacun avait de chasser sur sa terre et son sol, se restreignît 
aussi et souvent même fut complètement enlevé par l'érection des 
forêts. 



< HBim. Mkter, Neues Konversalions Lexicon, t« Jagd. 
* Nbtbr, ouv. cité. — Von Maurer, Enleilung zUr geschiohte der Mark-, 
Bof-, Darf-undStacUrVerfassung, p. 182 et sulv. 



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(26) 

La chasse en dehors des forêts n^était soumise h aucune défense. 
Le souverain protégeait ses forêts et celles des grands; quant au 
territoire des sujets, il s'en inquiétait peu ; aussi arrivait-il sou- 
vent que de petits propriétaires fonciers, pour échapper aux 
vexations.de leurs puissants voisins, se mettaient sous la dépen- 
dance de ceux-ci; ils s'inféodaient à eux, et, en échange de la pro- 
tection, qui était accordée à leurs personnes et à leurs biens, 
le droit de chasse, avec bien d'autres, était reconnu au seigneur 
féodal. 

C'est au reste ce besoin de protection des faibles qui parait être 
Tune des origines de la féodalité. Dans ces temps de troubles et 
de guerres continuelles, ceux qui ne se sentaient point la force de 
résister et qui, d'autre part, voulaient ne pas être conquis et 
réduits à Tétat d'esclavage ou de servage, préféraient prendre un 
terme moyen, lis cherchaient à s'inféoder k une race noble qui 
les protégeât contre leurs ennemis * ; ils lui reconnaissaient, avec 
la hauteur, certains droits et conservaient les autres au lieu de 
les perdre tous par la conquête, t 11 arriva alors ce qui était 
arrivé chaque fois que les mêmes circonstances s'étaient ren- 
contrées. Le faible , qui ne trouvait pas d'appui dans l'autorité 
publique, implora l'appui d'un homme puissant. Ce que César 
disait des anciens Gaulois, peut se répéter pour les hommes du 
IX* siècle : Chacun se donna k l'un des grands pour ne pas être à 
la merci de tous les grands. » Les contrats de patronage, de 
recommandation, de fidélité se multiplièrent; on se fit client, 
fidèle, vassal pour vivre en paix. On se sentait abandonné de la 
royauté; on l'abandonna aussi, et Ton se livra k un comte, à un 
évéque, à un baron, dont on fit son seigneur, c'est-à-dire à la fois 
son protecteur et son maitre. Voici, d'après une ancienne charte, 
un exemple de ces conventions: « Les hommes libres du pays de 
Wolen, jugeant que Contran, homme puissant et riche, serait pour 
eux un chef bon et clément, lui offrirent leurs terres à condition 
qu'ils en jouiraient comme bénéficiaires, héréditairement, sous sa 

* IngOf par Guslave Freylag. Le roman national en Aliemagne^ par Albert 
Réville. (Revue des Deux Mosidcs, 1"' décembre 1874, p. 546.) 



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(27 ) 

protection, en lui payant un cens annuel. » Ces hommes clian^ 
geaient leur alleu en bénéfice, leur liberté en sujétion pour avoir 
un défenseur ^ » 

La propriété foncière passait ainsi avec tous ses droits sur la 
tête du seigneur féodal , et le vassal ne conservait plus que la jouis- 
sance perpétuelle de son ancien domaine. 

Une autre cause, spéciale a nos contrées, de la concentration 
de la propriété foncière entre les mains des grands fut que, pen- 
dant le règne des faibles successeurs de Charlemagne, les comtes 
s'emparèrent, à titre de propriété, des Villas, qu'ils avaient 
jusque-là administrées pour le roi à titre de bénéfices. Leur usur- 
pation fut reconnue et dès lors ils chassèrent librement sur les 
territoires usurpés comme ils chassaient naguère sur leurs autres 
biens ^. 

A l'origine de la féodalité le droit de chasse ne fut donc qu'un 
acce^ssoire de la propriété foncière; cette propriété étant pres- 
que entièrement aux mains des seigneurs, il s'ensuivit que le droit 
de chasse leur appartint en réalité, mais uniquement comme 
dépendance de la propriété foncière. A la longue on arriva à con- 
sidérer ce droit comme appartenant aux seigneurs en cette qua- 
lité et indépendamment de toute question de propriété territoriale. 
Les grands firent naturellement tout ce qui était en leur pouvoir 
pour propager cette idée et accroître ainsi leur puissance et leurs 
privilèges aux dépens du peuple. 

Dès lors le droit de chasse fut une dépendance de la hauteur, 
de la justice ou de la seigneurie. 

< Quand le régime féodal eut été organisé , le droit de chasse 
cessa non-seulement d'être une faculté naturelle et commune à 
tous les hommes, il cessa même d'être, pour la plupart, un attri- 
but delà propriété; il devint un droit réel annexé à la seigneurie 
et h la haute justice, s'étendant sur toutes les terres qui y étaient 
comprises, et n'appartenant qu'au seigneur. Il fallut alors possé- 

* FusTEL DE CoDLAiiGBs, Origines du régime féodal (Revue des Dbqx 
Mondes, V* août 1874, p. 575.) 
' PooLLET, oav. cité, p. 116. 



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( 28 ) 

der les terres en fief pour avoir le droit d'y chasser^ et par un 
oubli manifeste des principes du droit naturel et du droit de pro- 
priétëy les mœurs et les lois, en celte matière, devinrent barbares 
à tel point qu'un homme pouvait être condamné aux galères et 
même puni de mort pour avoir tué un lièvre sur son propre 
fonds ■. » 

On comprend que la transformation complète du droit , cette 
extension d'une notion, juste dans le principe, à des conséquences 
d'une souveraine injustice, ne passa dans les mœurs qu'à la 
longue, et que, si cette tyrannie fut supportée pendant des siècles, 
c'est que l'idée du juste et du droit, naturelle k tout homme, avait 
été viciée et faussée chez plusieurs générations successives. 

Nous examinerons comment, dans nos provinces, ce principe de 
la féodalité en matière de chasse passa peu à peu dans les lois 
positives. 

11 est nécessaire de rechercher quell» était, en cette matière 
spéciale, la législation qui était suivie dans chacun des petits 
États, duchés ou comtes, avant que Philippe le Hardi, Antoine de 
Bourgogne et enfin Philippe le Bon eussent constitué Tunité belge. 

Même à partir de l'époque où commença pour nos provinces la 
domination de la maison d'Autriche-Bourgogne, nous ne pour- 
rons guère jeter un coup d'œil d'ensemble sur la législation des 
pays belgiques, car elle était loin d'être uniforme pour chacun 
d'eux. Ils étaient d'ailleurs restés les petits États indépendants 
d'autrefois. Gouvernés par un même souverain, en ce sens seule- 
ment que ce souverain était en même temps duc de Brabant et 
comte de Flandre, comte de Namur et de Hainaut et duc de 
Luxemboui^, ils formaient un faisceau, mais pas encore une 
unité. 

Quant aux principautés de Liège et de Stavelot et Malmédy, 
ainsi qu'au duché de Bouillon, nous en ferons l'objet d'un examen 
spécial depuis le commencement de la période féodale jusqu'à la 
révolution française et l'occupation de nos provinces par les 
troupes républicaines. 

' DoRANTON, Cours de droit civil, édit. belge de 1841, t. III, p. 335. 



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(29 ) 
CHAPITRE ï. 

LES PREMIERS TEMPS DE LA FÉODALITÉ ET LA MAISON DE BOURGOGNE. 

§. i. — Duché de Brabant *. 

Les documents font défaut pour pouvoir établir d'une manière 
précise les vicissitudes du droit de chasse en Brabant. Les ducs 
y possédaient des domaines allodiaux très-considét'ables et il y a 
tout lieu de croire que le double mouvement de concentration 
des propriétés et de coaction contre les petits possesseurs s*y était 
manifesté comme dans tout l'Occident ^ 

Avant la Joyeuse Entrée de Jeanne et deWenceslas, donnée aux 
Brabançons le 3 janvier 1353, il semble résulter des rares docu- 
ments retrouvés que la chasse faisait partie du domaine direct et 
non du domaine utile d'une terre, c'est-à-dire que le seigneur 
avait le droit de chasser sur les propriétés par lui possédées en fief, 
et que, pour user du droit naturel de protéger ses récoltes et de 
tuer le lièvre ou le lapin qui venait les ravager, il fallait au vassal 
une concession spéciale du seigneur. 

Dès l'année 1282, l'existence d'une Cour de la Vénerie nous est 
signalée en Brabant. II y a donc, dès cette époque, des droits sei- 
gneuriaux à sauvegarder; la chasse n*est plus libre; il existe des 
règlements, qui doivent être appliqués à l'exercice de ce droit, et 
il parait si important au souverain qu'il institue des juges spé- 
ciaux, chargés de connaître des contraventions de chasse. 

^ Le duché de Brabant coroprenail les quartiers de Bruxelles , de Loavaia 
et d* Anvers, ]a seigoeurie de Matines, Maestriclit et son territoire, la baronnie 
de Brédaja seigneurie de Ravenstein et le quartier ou mairie de Bois-le- 
Duc: c'était donc, outre les provinces belges actuelles, du Brabant et d'An- 
vers, une partie de la province hollandaise de Limbourg et la province du 
Brabant septentrional. 

' PouLLET, Ancienne constitution brabançonne, p. 1 18. 



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( 30 ) 

En 1282, en effet, un certain Henry du Pont, propriétaire delà 
seigneurie du Pont à Limelette, eut des contestations devant les 
veneurs de Pinchart avec Macaire de Limelette ^ 

En fait de concessions de chasse, accordées par le souverain, 
nous connaissons les suivantes : 

En 1286, par suite d'une transaction conclue avec le duc, les 
chanoines et J^cs chanoinessesdu chapitre sont autorisés h chasser 
c\ à oiseler dans le hois « con dist de Nivelles, * dont Je chapitre 
de Nivelles a la propriété ^. 

En 1290, Jean l" concède aux moines de l'abbaye du Parc, 
près de Louvain, le droit « de chasser lièvres et lapins dans les 
bois qui entourent leur abbaye '. » 

En 1312, Gilles de Mont-Saint- Guibcrt tenait en fief de la 
Trompe, ou de la Vénerie deBrabant, divers biens ^. 

Par une charte du 10 juin 1325, le duc Jean 111 concéda à 
Tabbaye d'Heylissem le droit de convertir en garenne ou chasse 
gardée, jusqu'à révocation, les trois « haies de Ghapeauvau > cl 
commina une amende de 60 livres de noirs tournois contre celui 
qui y chasserait ou y prendrait du gibier; il se réserva cette der- 
nière faculté pour lui et ses veneurs. Les abbés maintinrent avec 
fermeté leur juridiction sur le bois ^; c'est ainsi « qu'au XVP siè- 
cle un long différend divisa l'abbaye d'Heylisscm et le comte 
d'Esneux, de la maison d'Argenteau, qui possédait la haute, 
moyenne et basse justice à Linsmeau et dans plusieurs villages 
voisins. Le fils atné du comte, accompagné du maire et de quel- 
ques autres serviteurs, se permit de chasser dans le bois de Gha- 
peauvau, où lui et ses amis tuèrent 5 lièvres. L'abbé d'Heylissem 
protesta, en alléguant que la charte de Jean III lui attribuait le 
droit de chasser dans le bois précité ; le comte, de son côté, sou- 
tint que, 16 souverain s'étant réservé le droit de chasser en per- 
sonne dans le bois de Ghapeauvau, cette prérogative était devenue 

* Tarlicr et Wautbrs, 4« livr., p. 153. 
■ Ibid., 3« livr., p. 33. 

" PouLLET, DUT. cilé, p. 118. ~ Verhaegen , our. cité, p. 1!8. 

* Tarlier et Wauters, 5« livr., p. 78. 
" WA0TERS,2«livr.,p.ll4. 



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(31 ) 

sienne depuis Tengagère de la haute justice. Ce procès, commencé 
en I68O9 ne se termina qu'au bout de quatre années. Le Conseil 
de Brabant, sur le rapport du conseiller De Paepe, donna gain de 
cause k l'abbé qui fut maintenu en posse6sion de son droit de 
chasse (!*' avril 1684). Une transaction, conclue entre les parties 
le 18 mai suivant, mit fin à leurs débats; moyennant le payement 
de 328 florins, le comte fut déclaré libéré de toute réclamation à 
ce sujet ^ 

Eu 1532, Jean III, pour consacrer un usage préexistant, permit 
aux Louvanîstes de pécher dans la Dyle et de chasser avec chiens 
toute espèce de gibier, excepté le cerf, le chevreuil, la biche et 
le sanglier ^, sur la rive droite de cette rivière, du côté de Haelen 
et de Tirlemont. 

Une autre charte, émanée du même duc et datée du 24 sep- 
tembre 1353, érigea tout le village de Willebringen, dans ses 
limites entre Meldert, Beauvechain, Op-Velp, Neer-Velp, Vertryck 
et Cumptich, en une garenne ou chasse gardée, où Jacques de 
Limminghe et ses héritiers, leurs chasseurs, ainsi que le duc et 
ses officiers, auraient dorénavant le droit exclusif de chasser, avec 
défense formelle de contrevenir à ce privilège sous peine, pour 
chaque délinquant, d'une amende de 60 livres de noirs tournois. 
La garenne constitua, depuis, un fief tenu du duché deBrabant s. 

En 1355 se place le grand acte qui, se perpétuant de siècle en 
siècle, devait donner au Brabant une législation spéciale en matière 
de chasse. 

Le 3 janvier 1355 fut proclamée la Joyeuse Entrée de la du- 
chesse Jeanne et du duc Wenceslas. Elle accordait aux Braban- 
çons un privilège, réellement inouï pour cette époque, où la passion 
de la chasse avait atteint des proportions si grandes et où souve- 
rain et seigneurs défendaient avec un soin jaloux leurs privilèges, 
en cette matière comme en toute autre. 

Les articles 29 et 30 de la Joyeuse Entrée établissaient un sys- 

* Tarlibr et Wautbrs, 6« livr., p. 266. 

* Verloo, Codex BrabanticuSt p.438.— Poullbt et Vbrhaegbn, loe.cit. 

s Wauters, 5« livr., p. 82. Voir le texte de celte charte, même iivraisoD 
page 176. 



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(32) 

tëme complet sur la matière, et le droit de chasse, d'accessoire de 
la propriété qu'il était à Torigine, devint un droit personnel à tout 
habitant du Brabant ^ 

c Item, accordons à nos sujets brabançons que chacun puisse 
garder ou faire garder ses biens propres, et, dans ce but, avoir 
des chiens les jarrets non raccourcis, sans calenge et s*il arrivait 
qu'un chien tuât ou blessât quelque pièce de gibier, qu'on laisse 
ladite pièce sur les lieux, et si le chien la mange, que le proprié- 
taire ne soit pas inquiété de ce chef. 

» Et accordons que tout homme puisse chasser aux lièvres et 
aux renards par tout le Brabant sans être calengé. 

à De plus nous avons octroyé et accordé que les chevaliers , 
écuyers et bonnes gens de nos villes, habitant le Brabant, pour- 
ront chasser à toute espèce de gros gibier, sans être calengés, par 
tout le Brabant excepté dans les franches forêts et garennes, 
selon que ces garennes seront comprises et déclarées telles dans 
les ordonnances qu'on fera sur ce point. » 

Le privilège brabançon peut donc se diviser en deux parties 
bien distinctes : 

i*^ Le Brabançon pourra dorénavant avoir pour la garde de son 
bien des chiens à pieds non coupés, sans calenge. 11 était d'usage 
d'exiger que les chiens de garde, de fermes ou de bergers, aQn 
qu'ils ne pussent porter trouble ou péril au gibier du seigneur en 
le poursuivant, eussent une patte raccourcie ou portassent au cou 
un bâton, de longueur déterminée avec soin, comme nous le ver- 
rons plus tard , par les ordonnances. La Joyeuse Entrée permet 
aux Brabançons de ne plus se conformer à ce cruel et injuste usage. 

2° Elle reconnaît à tout habitant du Brabant le droit personnel 
de chasse, mais elle dislingue entre les nobles ou les bourgeois 
des villes et les autres habitants du duché. Ces derniers ne peu- 
vent chasser que le lièvre et le renard. Les autres peuvent pour- 
suivre même le gros gibier, sauf dans les garennes franches. 

Les garennes franches étaient cette partie du territoire que le 
souverain ou le seigneur, qui y avait été autorisé, s'était réservé 
pour y chasser à l'exclusion de tout autre. 

* PouLLET, ouv. cit., pp. 118 et 119. 



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(33) 

Un règlement de 1367 vint déterminer quelles étaient les ga- 
rennes franches où le Brabançon ne pouvait pénétrer*. C'étaient 
les forêts de Soigne, de Savcnterloo, de Groolheyst et de Meer- 
daele. 

Quant à la façon dont ce droit de chasse pouvait s'exercer, il 
était d'usage immémorial en Brabant de ne l'exercer que noble- 
ment, < plume par plume, poil par poil. > Jagen hayr met hai/r^ 
pluym met pluymy disait Tantique proverbe brabançon. Ausfi, 
l'exécution de la nouvelle législation ne rencontra- t-elle nulle 
difficulté dans la pratique. 

Le Brabançon ne pouvait chasser avec armes de trait ni avec 
filets. Il devait se contenter de voler ou de forcer le gibier, sauf à 
l'achever à l'arme blanche ou à l'aide de l'épieu. 

II De pouvait chasser non plus dans les garennes du souverain. 

Les gentilshommes brabançons avaient donc < le droit constitu- 
tionnel de chasser noblement, c'est-a-dire poil par poil, plume 
par plume, toute espèce de gibier gros et menu hors des franches 
garennes, droit que partageaient avec eux les bourgeois des 
bonnes villes ^. » 

Antérieurement aux coutumes odiciclles le mot garenna ou wa- 
renna (de Waren, défendre) signifiait le lieu, la terre ou le champ 
défcnsable par des haies ou fossés pour la conservation de la 
chasse ou de la pèche du comte ou du seigneur ', lieu qui rece- 
vait les petits animaux tels que les lapins, les lièvres, les perdrix, 
les faisans et les chevreuils. C'étaient d'abord les Vivaria (lepora- 
n'a), clapiers, conninières, buissons à connins, qui portaient ce 
nom. 

Plus tard, on entendit par garenne non plus un espace de ter- 
ritoire enclos et reconnaissable à des signes certains, mais des 
étendues de terre qu'il avait plu au souverain de se réserver pour 



* Faidkr , Étude sur les constitutions nationales , p. 53. — Poullet, ouv. 
cité, p. 119. 

" Eo. PooLLET, Les constitutions nationales ^ pp. 185 et 191. 

* Bbitz, Ancien droit belgique^ p. 651, note 1. — CHAHPiONrtiÈRE , Revue 
ielégislationy 1844, p. 5. 

ToMB XXVH. 5 



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(3*) 

SCS plaisirs ou que des seigneurs, avec son autorisation, s'étaient 
constitués dans le même but; il importait peu d ailleurs que la 
propriété des terres où la garenne était établie fût ou ne fût pas 
à eux. 

Les garennes remplacèrent les forêts des Carlovingiens, dont 
nous avons parlé plus baut. 

Elles étaient de diverses espèces. Les garennes ouvertes ne pou- 
vaient s'établir sans titre ou concession du souverain. Les garennes 
fermées, ou enclos renfermant du gibier, pouvaient être établies 
par tout seigneur. 

Il y avait encore à distinguer entre la garenne francbe et la 
garenne simple. La première était celle qui appartenait à titre de 
droit et d'ancienneté h certains seigneurs, qui l'avaient acquise, 
soit par prescription et usage immémorial, soit par concession. 

Les secondes, au contraire, n'étaient qu'un privilège tem- 
poraire, accordé par le souverain et toujours révocable k sa 
volonté. C'était en quelque sorte une autorisation particulière de 
chasser. 

En Brabant,le propriétaire de la franche garenne, auquel appar- 
tenait aussi la justice, connaissait des délits de chasse commis 
dans l'étendue de sa garenne. Il n'en était pas de même des 
garennes simples; c'étaient les cours de veneurs, établies dans le 
duché, qui jugeaient les délinquants que les gardes des seigneurs 
y avaient surpris '. 

Le 1'' août 1400, nous voyons le duc autoriser l'abbaye deVil- 
1ers h établir une garenne au bois de la Hutte '. C'est un des nom- 
breux exemples de concession de garenne simple ou chasse 
gardée, puisque, dans toute Tétendue du Brabant, chacun pouvait 
chasser partout, sauf dans les garennes, en vertu du privilège 
qui avait été accordé par la Joyeuse Entrée. 

Le seigneur d'ittre avait, lui, haute, moyenne et basse justice, 
et, entre autres droits, celui de chasser aux oiseaux et d'avoir une 
garenne '. 

» Verraeger, ouv. cit., pp. 72 et suiv. 
• Tarlier et Wauters, 1" livr., p. 58. 
3 76id., ÎMivr., p. 39. 



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( 35) 

Il s'agit celle fois d'une garenne franche, qui» étant annexée à 
la justice, donnait au seigneur d'Ittre juridiction de chasse. 

De même, les seigneurs de Braine-le Château avaient haute, 
moyenne et basse justice, une franche garenne et le droit de 
chasser, dans tout le village, le gros et le menu gibier >. 

Dans le quartier de Louvain, les chasses réservées ou garennes 
étaient nombreuses. Celaient, entre autres, celle de Meerdael, 
celles des seigneurs d'IIéverlé, de Wesemael, de Rotselaer-Haecht 
et Wechter, d'Altenhoven, de Rhodes -S*-Pierre, des l'Seraerts et 
de Kersmaekere h Corbeeck-Dyle, la chasse aux lapins des sei- 
gneurs de Schoenhoven dans tout leur domaine, etc. '. 

Parfois le droit de franche garenne donnait à celui qui le pos- 
sédait certains privilèges sur les garennes, même du souverain, 
mais Tastreignait , d'autre part, h des prestations particulières. 
Le seigneur de Rixensart, par exemple, avait droit de franche 
garenne dans ses bois et pouvait y chasser les bétes fauves et même 
les poursuivre dans la forêt de Soigne, à la seufe condition d*y 
suspendre son cor au premier chêne qu'il rencontrait. Par contre, 
il devait le service féodal par un homme d*arraes à trois chevaux 
et un combattant à* pied '. 

La garenne, qu'elle fût d'ailleurs franche ou simple, n'empor- 
tait pas le droit, pour son possesseur, d'y chasser ou d'y tenir 
toutes les espèces de gibier. Les titres ou les concessions avaient 
soin, au contraire, de stipuler la sorte de gibier que Ton y pouvait 
poursuivre. 

A la terre ie Faucuwez, sous litre, était annexée une garenne 
de lapins et de perdrix seulement ^ 

La terre d'Ohain comprenait une « warande de conyns > ou 
garenne à lapins et le droit de t tendre aux oiseaux de plaisance 
par toutes manières qu'il plaisait au seigneur ^. » 

* Tarlier el Waoters, 2« livr., p. 127. 

* PouLLET, Les juridictions et ta propriété foncière au XV* siècle dans le 
quartier de Louvain, p. 25. 

3 Tarlier et Wauters, 4< livr., p. 51. 

* /Wd., 2«livr.,p.4i. 
» /6id., 4« livr., p. 82. 



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( 36 ) 

Le fief deBraine donnait au seigneur le droit d*avoir une garenne 
de lapins et de bêles sauvages de toutes espèces ^ 

Dès cette époque la vénerie des ducs de Brabant était organisée. 
Il y avait des cours spéciales de veneurs chargés de connaître 
des délits de chasse commis dans les bois du souverain, les ga- 
rennes simples et les champs du duché. 

Pour l'entretien de ces cours , du service des gardes et aussi 
des équipages de chasse, certains droits spéciaux étaient dus, soit 
par des domaines, soit par des communautés d'habitants. Ces 
impôts étaient parfois fort lourds et la façon, dont ils étaient 
recueillis par a les commis des chasses, * comme on les appelait, 
les faisait tourner à Texaction la plus éhontée. 

Il est probable aussi qu'en échange des concessions de chasse 
ou de garenne simple, le duc exigeait le payement de certaines 
sommes, destinées alors à renlrclien de ses meutes, de ses écu- 
ries, etc.; en un mot de tout ce qui constituait sa maison de chasse 
de Boitsfort ^ dont il est si souvent question dans Fhistoire du 
Brabant. 

Le village de Bousval, dont le duc était haut-justicier, lui payait 
pour sa vénerie de Boitsfort un cens annuel de 5 livres 2 sous ou 
20 florins d'or 5. 

Le village de Promelles était assujetti à une charge assez 
lourde : il payait tous les ans 6 florins d or au profit de la vénerie. 
La garenne de la forêt de Promelles était la propriété du souve- 
rain, à qui son garennier devait rendre compte des amendes pro- 
venant de cette forêt ou payer par an 150 a connins *. * 

La ferme des Bruyères ou de la Bruyère, qui faisait partie de 
la seigneurie de Villers-à-Thil (Sart- Dame- Aveline) payait à la 
vénerie ducale un cens de 3 florins d or ^ 

* Tarlier et Waoters, ÎMivr., p. 100. 

* Voir rou?rage de M. Galesloot, La maison de chasse des ducs de Brabant, 
Voir aussi Verhaegen, La forêt de Soigne, (Revue de Belgique, 15 février 
i870.) 

5 Tarlier el Wacters, l" livr , p. 97. 

* ibid., i" livr., p. 16. 
» /6id.,l«livr.,p.58. 



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(37) 

Uabbaye de Villers devait fournir, chaque année, à la vénerie 
des ducs, un gite à saint Rcmy (ou 4 livres), 8 peaux de veau, 
4 trompes ou grands cors de chasse ( ou 5 livres j, 15 florins d*or 
et une redevance particulière de 15 florins d*or pour chacune de 
ses principales fermes '. 

Le village de Nethen appartenait au chapitre de saint Jean 
révangcHste de Liège, et le chapitre était tenu de distribuer aux 
veneurs du duc, tous les ans, 4 sous et demi de bonne monnaie, 
2 muids de Louvain et un fiertalk ou quartaut d'avoine. En outre, 
les veneurs prélevaient sur les habitants du village une taille ou 
taxe en argent, des redevances en pains et en corvées: soit par 
foyer, une maille, une poule, un pain et un fierlelle ou vaisseau 
d'avoine '. 

L'abbaye d'Aine, du chef de la ferme de Beausart, à Bossut-sur- 
Dyle, payait, .tous les ans, au duc de Brabant, lors du carnaval, 
12 florins d'or, et a Pdqucs, pour la vénerie de Boitsfort, un gîte 
rachetable moyennant 8 clinckarls, valant 24 patars chacun et 
2 muids de seigle, mesure de Wavre '. 

Le duc Antoine de Bourgogne avait, par sa Joyeuse Entrée du 
18 décembre 1406, confirmé le privilège précédemment accordé 
aux Brabançons par Jeanne et Wcnceslas. Il ajoutait k ce pri- 
vilège le droit, reconnu à chacun, de chasser au lapin par- 
tout, hors des franches garennes, et de voler Toiscau sans être 
ealengé . 

Il désignait les forêts et garennes ducales où la chasse était 
interdite; c'étaient les forôts de Soigne, Saventerloo, Groolheyst 
et Meerdael, qui avaient été spécifiées dans l'édit de 1567. 

Le due promettait en outre que < dans tout le pays de Brabant 
il n'y aura et on n'établira d'autres franches garennes que celles 
qui le sont d'ancienneté ou celles qui peuvent l'être de droit , > 
c'est-à-dire celles qui, de temps immémorial, avaient été autorisées 
par concession féodale du souverain. 



* Tablier el Wauters, 1" livr., p. 80. 
« /6id.,4Mivr.,p.205. 
»/6i(/.,4Mivr.,p.217. 



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(38) 

La reconnaissance que faisait Antoine de Bourgogne avait son 
importance. Il est facile de s'imaginer, en effet, ce que serait 
devenu le fameux privilège des Brabançons, si Je souverain avait 
conservé le droit de concéder indéfiniment le privilège d'établir 
des garennes : ces dernières auraient fini par couvrir la plus 
grande partie du territoire et les habitants du pays n'auraient plus 
trouvé bientôt de localité où exercer leur droit de chasse. 

Jean IV, le 5 janvier Hi5, renouvela toutes les promesses de 
son père. 

Philippe de Saint -Pol, en 1427, prend les mêmes disposi- 
tions : 

c Art. 54. Que pour que ce point reste ferme et stable, il 
promet que plus jamais il ne fera ordonnance, défense ou demande 
contraire, en aucune forme ou manière, par laquelle pourrait être 
fait ou donné empêchement à ce point '. > 

Il est probable qu'un des prédécesseurs du duc avait cherché , 
de façon ou d'autre, k rogner les privilèges, dont les Braban- 
çons étaient si jaloux et si fiers, et que, sur la réclamation des 
Étals, fermes défenseurs des droits du peuple, Philippe de Saint- 
Pol avait été amené h introduire dans sa Joyeuse Entrée cette 
promesse explicite, sorte d'amende honorable. 

A cette époque, il est certain que les peines étaient d'une bar- 
barie extrême et que les faits posés, contrairement aux privilèges, 
étaient l'objet de répressions très-rigoureuses; témoin ce tableau, 
conservé en l'église de Hal, qui représente l'officier ducal de 
ce bailliage faisant pendre, en i428, un malheureux accusé 
d'avoir volé le faucon d'un chasseur privilégié K 

Le 5 octobre 1430, Philippe le Bon promulgue k son tour sa 
constitution. Par les articles 44 et 45 il renouvelle le privilège de 
chasser le gros ou le menu gibier et de voler, dans des termes 
identiques à ceux dont s'étaient servis ses devanciers; mais, rela- 
tivement au gros gibier, il introduit une disposition nouvelle, qui 
jusqu'alors ne s'est pas rencontrée encore et dont l'objet est la 

* PooLLET, Ancienne constitution brabançonne f p. 120. 

* Adolphe Bosquet, Dissertatio inauguralis de jure venandi, p. 29. 



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( 39 ) 

conservation des espèces en même temps que rintërét de Tagri- 
culture : la chasse au gros gibier ne sera ouverte que du 15 août 
au 1*' mars. 

Une autre disposition nouvelle trouve sa source dans un 
noble sentiment d'humanité et sert à expliquer, jusqu'à un cer- 
tain point, le surnom que le peuple avait donné à son souve- 
rain; c'est celle de Tarticle 47 : Il maintient les franches garenpes 
< pourvu que les gens n'en souffrent pas un dommage déraison- 
nable. » 

Il y allait, en effet, de l'avenir de l'agriculture: la chasse était 
interdite sur les terres qui entouraient la franche garenne dans 
un rayon déterminé S afin que le gibier ducal ou seigneurial ne 
fût point troublé; il pullulait sur ces terres où il était en parfaite 
sécurité, et lièvres, lapins, faisans, chevreuils rongeaient et brou- 
taient, à qui mieux mieux, les récolles & mesure qu'elles sortaient 
de terre. 

Dans la deuxième addition à la Joyeuse Entrée de Philippe le 
Bon, la même pensée humanitaire se traduit en une disposition 
importante. 

< Chacun, d'après Tarticle 10 de cette addition, pourra garder 
des chiens à pattes libres, et on gardera derechef les bonnes gens 
de tout dommage déraisonnable du gibier, de telle sorte qu'ils 
n'auront aucun motif de se plaindre. Pour le reste on observera 
sur ce point les privilèges du pays. > 

D'après d'anciennes instructions du Gruyer de Brabant, tout 
homme, qui demeurait dans les franches garennes du souverain 
ou k une demi- lieue de leur enceinte, ne pouvait tenir de chien 
de garde sans qu'il eût le membre droit de derrière coupé jus- 
qu'à la première articulation. Les chats mêmes devaient être privés 
de leurs oreilles, le tout à peine de trois royaux. Le proprié- 
taire, dont le chien était trouvé chassant ou prenant une pièce 
de gibier dans la chasse du souverain, payait une amende de 
60 royaux et, s'il ne les avait pas, perdait les deux yeux ^. 

* Anselmo, Cod^o; belgicus, etc., y" Jagt. 

* Vbrhaegen, ouv. cité, p. 119, note 3. 



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( 40 ) 

Philippe le Bon abolissait, par la disposition que nous venons 
de rapporter, ce règlement barbare, et, ce qui ëtait d*un inlërét 
plus majeur, introduisait dans la législation le principe des indem- 
nités pour le dommage causé aux champs par le gibier; ce fut là 
une tentative isolée et nous verrons dans la suite de cette étude 
que l'exemple du bon duc ne fut nullement suivi. 

Un placard du 22 décembre H56 * chargea le Gruyer de Bra- 
bant des fonctions, qui jusqu'alors avaient été remplies par le 
Pluymgraaf elle Waiergraaf, le comte de la plume et le comte 
des eaux. 

Il était chargé de la conse^rvation des chasses du duc et des 
grands vassaux, de la protection, de la surveillance des abba3'es, 
des monastères et de leurs dépendances, de la poursuite des crimes 
et délits qui pouvaient s'y commettre; enfin une juridiction spé- 
ciale en matière d'eaux, rivières, canaux et pèche lui compétait 
également. 

Le Gruyer agissait dans ces limites à l'exclusion de tout autre 
officier. Cependant, en cas de crime emportant la peine' de mort, 
-il ne venait qu'en concurrence avec le maïeur de Louvain, l'am- 
man de Bruxelles, Técoutète d'Anvers, les baillis du Brabant wal- 
lon, de Bois-le-Duc et de Tirlemont. Le justicier premier saisi 
retenait alors par prévention la connaissance de l'affaire. Le 
Gruyer citait les délinquants, qu'il poursuivait au criminel, devant 
le Conseil de Brabant et, en matière de délits de chasse, devant 
les cours de vénerie '. 

La Joyeuse Entrée de Charles le Téméraire, promulguée le 
12 juillet 1467, ne fait que renouveler les privilèges déjà connus; 
mais celle de Marie de Bourgogne permet, à l'article 59, de pren- 
dre, avec des filets : moineaux, hirondelles, alouettes , bécasses , 
pluviers, pinsons, etc., et de tirer les canards et les oiseaux d'eau. 
Cette innovation ne se reproduit plus dans les Joyeuse Entrées 
que, successivement jusqu^à la période moderne, les souverains de 
nos contrées jurèrent d'observer en leur qualité de ducs de Brabant. 



» Plac. Brah,, t. III, p. 494. 

* PouLLET, Histoire du droit pénal de l*ancien duché de Brabant, p. 113. 



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( *M 

A la mort de Marie de Bourgogne, tuée, comme on le sait, en 
rentrant d'une partie de chasse à son château de Wynendacle, le 
firabant cessa d'appartenir à la maison de Bourgogne et fut gou- 
verné, ainsi que les autres provinces belgiques, par la maison 
d'Âutriche-Bourgogne. 



§ 2. — Duché de Luxembourg *. 

Nous ne connaissons, relativement à cette province, que le re- 
cord de Remîch, datant du i3 novembre 1462 et prouvant qu'à 
l'époque ou Philippe le Bon réunissait le Luxembourg aux États 
qu'il gouvernait déjà, la chasse au petit gibier était libre, sauf le 
droit qu'avaient le souverain et quelques-uns de ses grands offi- 
ciers de chasser partout. 

Ainsi Vexprime le record ^ : « Chacun bourgeois de la cour de 
Remich a droit de prendre toutte sorte de gibiers, excepté le haut 
gibier, comme aussi de poysser en la Moselle si avant qu'il peut 
atteindre sans batteau, sans empeschement ny contredit de per- 
sonnes et sans en donner quelque chose à personne, sans qu'aucun 
autre ait ce droit, sinon nostrearès-redouté souverain seigneur, ses 
baillis de Luxembourg et de Remich ou ceux qui en auront la licence 
et permission de Son Altesse et aura esté notifié par-devant la 
justice de Remich, ainsy qu'il appartient; » privilège semblable 
à celui que les ducs de Brabant avaient reconnu aux Brabançons 
avec cette différence que le souverain a , non-seulement le droit 
de poursuivre le gibier partout, mais que même il peut accorder 
cette faculté à qui bon lui semble, sauf a ces privilégiés à faire 
enregistrer leurs concessions à la <?our de justice. La propriété 
du droit de chasse réside donc ici dans le chef du duc et c'est par 
privilège spécial que les bourgeois de la cour de Remich pou- 
vaient en user. 

* Le grand duché de Luxemboarg, le Luxembourg belge, une partie de la 
province actuelle de Namur et du département des Ardennes étaient compris 
dans le duché de Luxembourg. 

* Leclergq, Coutumes de Luxembourg, 1. 1 , p. lia. 



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(42) 

Nous verrons dans la suite, par des coutumes ou des records 
publiés à des époques postérieures, que semblable privilège avait 
été accordé h plusieurs communautés d'habitants dans le Luxem- 
bourg. 

§ 3. — Comté de Flatidre ^ 

Le 5i mars 4410, Jean sans Peur avait donné aux habitants 
de Nieuport le droit de porter des armes dans tout le pays de 
Flandre. 

Philippe le Bon confirma ce privilège par lettres patentes du 
16 novembre 1419, et le Conseil de Flandre, par ses décisions 
des 8 novembre 1440 et 10 septembre 1448, reconnut encore ce 
droit '. 

Peut-on conclure de 12i que les habitants de Nieuport avaient un 
privilège particulier en matière de chasse? Ce serait peut-être 
aller un peu loin. 

Cependant, si Ton se rappelle que les défenses de port d'armes 
avaient, la plupart du temps, pour objet la protection du gibier, 
on pourrait en déduire, au moins en ce qui concernait leur 
territoire, que les habitants de Nieuport avaient la liberté de 
chasser. 

Le privilège accordé à la ville dé Bruges, le 13 mars 1477, par 
Marie de Bourgogne, était plus explicite. Il reconnaissait & ceux, 
dont les champs étaient situés le long des dunes, certains droits 
qui nous prouvent qu'à cette époque la race rongeuse y était aussi 
nombreuse que de nos jours : « ftem, parce que les bonnes gens,» 
disait la princesse au § 37 de ce privilège, c propriétaires et occu- 
peurs, voisins des dunes, appartenant tant à notre domaine qu'à 

* Les provinces actuelles belges de la Flandre orientale et de la Flandre 
occidentale composaient, avec une partie de la province hollandaise de 
Zélande, l'ancien comté de Flandre. Un tiers environ du département du 
Nord en faisait également partie. 

* Ladretns Van dbn Hanb en De Ronghe, Generaele Toêfêl^ etc., y Wape- 
neo,t. II, p. 592. 



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(43 ) 

DOS vassaux, avons souvent grand*peine et charge par suite de la 
négligence des gardes généraux et des agents; de manière que 
les lapins portent le ravage dans leurs récoltes, et qu'ils ne peu> 
vent les chasser ou les prendre; nous consentons et accordons que 
ces propriétaires et occupeurs, leurs lociitaires et serviteurs pour- 
ront désormais chasser les lapins de leurs terres et fermer les 
clapiers '. » 

Ce sont, au reste, les deux seuls documents relatifs au sujet 
qui nous occupe, dont nous ayons connaissance. Nous verrons 
que la chasse dans le comté de Flandre ne fut jamais réglementée 
avec autant de soin que dans quelques autres provinces et notam- 
ment dans celle de Brabant. 



• § 4. — Con\té de Hainatit K 

La propriété était défensable en Hainaut dès une époque fort 
reculée. Cet article de la paix du comte Baudouin VI , donnée au 
mois de juillet de Tan 4200, le prouve : c Si quelqu'un gardant 
ses forêts, ses bois, ses eaux, ses prés par lui-même ou par son 
sellent, demande des gages h celui qui lui a causé des dom- 
mages et qu'après avoir essuyé un refus, il retrouve le délinquant 
sur sa propriété et le tue dans une rixe ou guerre privée , il ne 
sera ni puni ni soumis à aucune amende 3. » 

Celui qui portait dommage à la propriété d'autrui, donc celui 

* L. Gilliodts-Van Sbveren, Coutumes du quartier de Bruges, t. II, 
p. 89. 

* Le Hainaut belge et les deux tiers environ du déparlement français du 
Nord formaient l'ancien comté de Hainaut. 

> Théodore JosTB,^i«toire de Belgique, t. II, p. 185.— FkihKH,Coulufnes de 
Hainaut, p. 14 c Saucuns homs en le warde de ses terres ou de ses bos ou de 
ses eowes,par lui ou par ses siergens voelt prendre paus ou waige par le four- 
fait, et entre lui et celui oui il trouvera en son damaigne muet noise et tente 
pour chon que chils ne li voelle nient donner waige, et chils cui li terre sera, 
ou 11 bos, ou 11 prés, ou li euwes ocist celui cui il ara trouvet sour le sien, 
on ne fera mie vengeance de lui , ne chils ne sera nulle amendise ains doit 
avoir ferme pais. > 



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(4i) 

qui y chassait, était soumis h une amende et, parfois, le proprié- 
taire était autorisé à se faire justice, et sévère justice, à lui-même! 

Celte même paix, qui interdisait le port d'armes aux habitants 
du comté, introduisait cependant une exception en faveur des 
chasseurs : 

« Si quelqu'un porte couteau à pointe, à moins qu*il ne soit 
chasseur, cuisinier, boucher ou voyageur étranger, il payera 
60 sous d'amende à celui qui exerce la justice dans Tendroit où il 
sera appréhendé; s'il est insolvable, on lui coupera une oreille K » 

La chasse était au reste, dès les temps les plus reculés, un droit 
qui n'appartenait en Hainaut qu'au souverain, aux seigneurs hauts- 
justiciers et h ceux qui étaient autorisés d'ancienneté. 

Une ordonnance donnée par la comtesse Marguerite, le ^ sam- 
medi prochain après le jour de la Trinitcit » de l'an 1346 ', au 
sujet de la conservation des coutumes, chartes, privilèges et usages 
du pays, nous apprend ce qui en était à cette époque en matière 
de vénerie '. 



* TuÉODORE Juste, loc, cit. — Faider, loc. cit.^ p. 17. « Se homs porte cou- 
tiel à pointe, sMI n*est vénères, ou keus, ou machecliers , ou estrainges 
homs passant le pais, amender le doit par LX s. à celui à oui il sera ti'ouvés, 
et sMl par pouvretet ne le puet paîer, on li cope le orelle. » 

' Faider , loc, cit., p. 30. 

* Ibid^t loc, cit., p. 34. a Item. Est il accordetque li sigueur subgel auerout 
le desduit de le cacherie, et leur franchise en le manière que leur devatrain 
Ton usel anchiennement , cesl assavoir qu'ils puissent cachier et avoir leur 
desduit et prendre touttes bcstessans tendre s'ils ny ont le justice partout le 
comtet de Haynnau hors mis eus es troix forestes, assavoir est mourmal, 
vicoingne et brockeroye et aussi porteberghe et les bos de mous qui sont le 
comte, comment que ce ne soit mie des troix fories et avec Willehourt de 
Gouvin tant seulement, et sest assavoir que on ne puet ne doit cachier rouges 
bietes fors en leur saisons, assavoir est les obiers de rentrée de may iusques à 
Texaltacion sainte crois, et les bisse de le saint Rémi iusques à rentrée de 
quaresme, et sensi estait con les presist huers desdites saisons , accordet est 
que cils qui les prenderoit soit à l'amende enviers le signeur souverain pour 
lecierf à LX s., et pour le bisse à XL s. et encor est assavoir que li baie le 
comte tenans à broqueroi li bos de guerlontrau et li bos con disl de Loa- 
vegnies doivent iestre franq de le cacherie aveuc les devant dites troix fories 
en le manière deseare devisée. » 



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( 4S) 

Une ordonnance du 24 novembre 4449 *, relative à la chasse 
et émanant de Philippe le Bon, disait en propres termes que 
« seigneurs haults-justiciers pourront comme de tput temps chas- 
ser et voler en leurs terres et seigneuries. » 

Au domaine utile appartenait donc le droit de chasse et le 
manant avait non-seulement dëfense de se livrer à ce noble exer- 
cice, mais était lobjet des vexations et des spoliations des chas- 
seurs, qui, non contents de fouler ses torres et ses récoltes , 
s'installaient chez lui avec gens et chevaux et, sous divers pré- 
textes, exigeaient des prestations en argent ou en nature. 

Un usage, qui paraît avoir été fort répandu à cette époque, était 
c le tour du loup. » Le chasseur, qui avait abattu un animal nui- 
sible, un loup par exemple, parcourait le pays, extorquant aux 
fermiers et aux cultivateurs des marques de leur reconnaissance 
pour le danger qu'il venait d'écarter de leurs troupeaux; ici c'était 
quelque argent, là une < blancque beste, » et en fin de comple il 
eausait au paysan un dommage bien plus considérable que ne 
Taurail probablement fait le loup, qu'il avait tué. 

Cet abus prit des proportions si grandes que le souverain s'en 
émut et, le 28 janvier 1457^, prit sa fameuse ordonnance au 
sujet des braconniers, loutricrs et autres. 

Sur rhumble remontrance des gens < des trois estatz » de son 
pays de Hainaut, le comte s'occupe de mettre un terme aux 
« dommaiges et oppressions > faits aux églises, laboureurs et 
c censeurs tant par les kiencsses et nourchons de kiens comme 
par les braconniers, fauconniers, loutricrs, louviers^ pertriseurs, 
menestreux, chevaucheurs, messagiers et par aultres diverses 
manières de gens. » 

Sous peine d'une amende de iO livres tournois, il défend de 
forcer les gens du plat -pays ou les monastères et abbayes à 
Qoorrir les chiens, chiennes et < nourchons de kiens. » Liberté 
est naturellement laissée aux manants de le faire de leur 
plein gré. 

* Caria Maria, Ârchiyes de FÉtal à Mons. 

* Faideb, Voulûmes de Hainaut^ 1. 1, p. 177. 



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( 46) 

Cétaîl reproduire une disposition contenue déjà h Tarticie 3 de 
rordonnance d'Aubert de Bavière, du 24 novembre 1395 ^ 

Pour pouvoir réclamer quoi que ce soit du chef de la prise d'un 
loup, il faut que les braconniers c aient prins le Icu et que de 
ceste prinse ilz aient lettres souffisantes de certification. > 

Munis de cette attestation , ils sont autorisés à prendre « au plus 
prochain foucq de blancques bestes de là où ledit leu ou kayelle 
aura été prins ung mouton et non plus que le censceur poura 
racheter, s'il lui plest, de vingt solz tournois, » et de chaque trou- 
peau composé de plus de 100 moutons, dans le rayon d'une lieue, 
il aura droit à une indemnité de deux sois tournois. 

Telles sont les principales dispositions de cette étrange ordon- 
nance; elle en renferme plusieurs autres encore, mais qui, ayant 
moins directement trait à notre sujet, nous ont paru moins inté- 
ressantes. 

La nécessité où fut le prince de promulguer une ordonnance 
pour prévenir de semblables abus, prouve dans quelle situation 
précaire se trouvait le peuple, dès qu'il s'agissait de la chasse, et à 
quelles vexations il était en butte de la part des veneurs, sous les 
prétextes les plus variés et parfois les plus étranges. 



CHAPITRE II. 

LA MAISON d'auTRICHB-BOURGOGNE. 

§ 1. — Duché de Brabant. 

Lors de l'entrée que fit à Bruxelles, en 1495, Philippe le Beau, 
le magistrat alla à sa rencontre à la porte de Malines (depuis porte 
de Schaerbcck] et à cette occasion c les bouchers habitués comme 
braconniers aians cors, trompes, chiens en laisse par couples, 
avaient mené un chcrf, lequel fut honestement chassé hors la 
dicte porte ^. » 

■ Faider, Coutumes de ffainaut, 1. 1, p. 66. 

' MOLiTtBT-VERBABGEN, OUV. cUé, p. 79. 



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(47) 

Certains corps de mëtier, les bourgeois de quelques villes 
ayaient à cette époque des privilèges parfois étendus en matière 
de chasse. 

La Joyeuse Entrée était encore observée avec soin par le sou- 
verain. Il ne devait pas toujours en être ainsi et nous allo|is voir 
comment les ducs de Brabant s'efforcèrent, par des édits particu- 
liers, de neutraliser les privilèges accordés par leurs prédécesseurs 
et auxquels les Brabançons attachaient un si grand prix. Ils 
juraient d'observer la Joyeuse Entrée et s'efforçaient de la violer; 
ils tâchaient de reprendre en détail les concessions qu'ils faisaient 
en bloc! 

Dès le 10 novembre 1512 % Maximilien d'Autriche et son jeune 
pupille Charles, publient un placard restrictif du droit de chasse. 
II y est dit c qu'aucuns gentilshommes tenant chiens pour chas- 
ser aux lièvres et aux renards, ne pourront chasser dans les petits 
bois avoisinnant les bois et les forêts où le gros gibier a l'habitude 
de se réunir et de se tenir. » Ce n'était pas là ^ certes, se confor- 
mer aux privilèges de la Joyeuse Entrée! 

Le placard interdisait aussi d'exercer la chasse autrement que 
fwblemenL C'était consacrer une coutume ancienne en Brabant : 
Jagm hayrmet hayr, pluymmet pluymAl est vraisemblable que 
cet antique usage avait été violé, puisque le souverain se voyait 
obligé de défendre aux veneurs de se servir d'engins pour la 
chasse : le faucon, les chiens (les chiens d'arrêt exceptés), le cou- 
teau de chasse ou l'épieu, voilà ce qui devait constituer le seul 
équipage du chasseur brabançon. 

La Joyeuse Entrée de Charles-Quint, du 26 avril 1515, renou- 
vela tous les privilèges des habitants du Brabant, mais elle renfer- 
mait, dans sa deuxième addition, deux importantes dispositions 
en matière de chasse : dans l'article 8, Charles promettait f de ne 
plus donner en ferme les non franches garennes, » en contrariété 
de l'article 51 de la Joyeuse Entrée de Philippe le Beau. La chasse 
devait être libre dans ces garennes; agir autrement eût été un 
moyen indirect de ramener la prépondérance des grandes fortunes 

' Plae, Brab., t. III, p. 500. 



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(48) 

dans le fait de la chasse et d'éluder complètement le fameux 
^privilège des Brabançons, dont ils étaient si jaloux. Cet article 
s'observa toujours dans la suite *. 

Dans Tarticle i6 et dernier, il était dit que les drossard de Bra- 
bant, prévôt des maréchaux, Gruyer et waut-roatlre ne pour- 
raient faire aucune appréhension en Brabant , que d'après les 
anciennes observances. D'après De Pape, cet article, qui formait 
garantie contre la violence des officiers supérieurs, était en 
vigueur. On avait reconnu au waut-maitre seulement le droit de 
visiter les maisons des bourgeois sans échcvins ^. 

Peu après, le 28 août i5l5 ^ Charles-Quint ilonnait à Bruxelles 
une instruction en 33 articles pour le warant-meester ou gruyer 
du Brabant. Les devoirs de sa charge, sa juridiction, ses droits y 
étaient minutieusement indiqués et il est intéressant de consulter 
ce placard' pour se faire une idée exacte de l'importance, qui était 
attachée par le souverain à ses prérogatives en matière de chasse, 
combien il cherchait à les sauvegarder et quel pouvoir il donnait, 
dans ce but, à son Gruyer. 

Cette instruction n'est, du moins pour une notable partie, que 
la reproduction de celle qui avait été donnée antérieurement par 
Philippe le Bon. 

Certaines de ses dispositions sont d'une sévérité extrême. L'ar- 
ticle 16 porte que celui qui prend les lapins h l'aide de furets, 
bourses, etc., ou les prend autrement dans les garennes du Bra- 
bant, pendant le jour, sera puni d'une amende de 60 royaux ou 
la perte des deux yeux et, si c'est la nuit, subira une peine arbi- 
traire. Aux termes de l'article 28, celui qui tuait un cygne domes- 
tique était puni d'une amende, étrangement déterminée et pou- 
vant atteindre un total assez élevé : Le cygne était suspendu à une 
poutre, par le bec, les pattes rasant la terre; le délinquant devait 
ensuite fournir le froment nécessaire pour que le cygne fût com- 
plètement caché par le tas, bec compris. Ce froment était au duc, 

' Faider, Études sur les constitutions nationales, p. 81. — Poullet, V An- 
cienne constitution brabançonne, p. 318. 
' Faider, ouv. eit., p. 83. 
« Ptac. fira6.,l.III,p.495. 



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(49) 

de plus une amende de 60 royaux devait être payée au Gruyer. 

Nous savons que le Gruyer avait une juridiction particulière en ce 
qui concernait les monastères et abbayes. II avait droit de se faire 
héberger dans les maisons religieuses soumises à sa juridiction, 
lui, ses trois chevaux, ses cinq valets et un messager, pendant 
deux nuits avec nourriture en rapport avec les revenus du cou- 
vent. Enfin, pour la connaissance des délits de chasse, il réunissait 
un tribunal composé d'hommes de fief et citait devant cette cour 
les délinquants. 

Le 3 juin 1518' parut un nouveau règlement pour la warandt- 
nieesier^chap. Gharles-Quint y instituait le consistoire delà trompe 
h Boitsfort. C'était devant < ses hommes de fief de la trompe » 
que le Gruyer devait à l'avenir faire comparaître ceux qui violaient 
les placards sur la chasse. Ce tribunal , qui se composait de sept 
juges et d'un greffier, devait être présidé par le Grand Veneur de 
Brabant. 11 était permanent et connaissait uniquement des cavsae 
venaticae. 

On appelait de ses décisons au conseil de Brabant, qui devait 
statuer sur l'appel dans les deux mois. La juridiction en matière 
de chasse, d'après le placard de 1518, était commune au Gruyer, 
au Grand Veneur et à son lieutenant. Chacun d'eux pouvait siéger 
au consistoire et recevoir le serment des gardes ou sergents, com- 
mis pour la chasse ^ 

Le consistoire de la trompe avait son siège k Boitsfort, au village 
de Watermaele , situé au milieu des bois. C'était la seule juridic- 
tion en matière de chasse pour tout le Brabant, sans compter 
naturellement les sièges de justice particuliers. Plus tard , le con- 
sistoire fut transféré à Bruxelles et des juridictions semblables 
furent établies dans les chefs-villes de la province. Outre les 
désagréments qui résultaient de cet état de choses et les déplace- 
ments longs et dispendieux qu'il nécessitait, il est probable que les 



* Plac. firaft, t. III, p. 504. 

' Veruaegen , ouv. cité, p. 139. — Dbfacqz, Ancien droit belgique^ t. I, 
p. 102. — De le Court, institutions judiciaires, (Patria Bblgica, t. II, 
p. 4Î6.) 

Tome XXVIl. 4 



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(KO) 

Brabançons, jaloux de leurs droits, virent de mauvais œil réta- 
blissement d'un tribunal d'exception, qui soustrayait les habi- 
tants du pays à leurs juges naturels et les forçait à comparaître 
devant des officiers de vénerie. Aussi , dès Tannée suivante, les 
bourgmestre et échevins de Bruxelles voulurent-ils s'opposer h 
ce que le Gruyer de Brabant traduisit devant le consistoire de la 
trompe et jugeât un certain Jehan de Pape, bourgeois de Bruxelles. 
Le 20 octobre 1519 ^ Tarchiduchesse Marguerite , gouvernante 
des Pays-Bas, adressa aux bourgmestre et échevins une admones* 
tatlon sévère et leur commanda itéralivement d'observer les 
ordonnances du roi sur le fait de la chasse, h peine d'élre tenus 
pour désobéissants et punis comme tels; elle leur pardonnait 
parce qu'elle supposait qu'ils avaient agi < par simplesse. » 

Loin de supprimer ce tribunal, qui était mal vu des populations, 
Gharlcs-Quint le constitua, au contraire, définitivement. Par son 
placard du 16 décembre 1519 ^ il accordait un sceau ' au Grand 
Veneur, au Gruyer et aux hommes de fief du consistoire de la 
trompe. 

Cependant l'opposition devint si violente que Charles-Quint se 
vit obligé, en 1530 S de supprimer le consistoire de la trompe 
defioitsfort et de constituer de semblables juridictions dans les 
chefs-villes de Bruxelles, Anvers, Bois-le-Duc et Louvain, en leur 
défendant d'étendre leur juridiction. Mais bientôt le consistoire 
de Bruxelles seul consentit à connaître des causes du Gruyer; les 
autres s'y refusaient et ne voulaient juger que celles qui concer- 
naient le^ domaines du duc ^ 

* Plac. Brab., t. III, p. 503. Bulletin de la Commission royale cThistoire, 
sér. 3, t. XII, p. 177. 

« P/flC.Bra6.,t. III, p. 507. 

8 c Ende hebben eenen gemeynen zeghele, in den welcken in H midden sal 
slaen eenen boren ofl trompe gheaccoutreert-met riemen ende coppelen, alsoo 
dat behoorl, hebbende l>oven den horen die wapenen vau Brabandt mettea 
hertoghdomme, in de circonferencie staen geschreven : Sigillum hominum 
fi udalium de cornu ducalus Brabantiae. » 

* Verloo, Codex Brabanttcus, p. 440. 

^ Voir un rapport demandé par la reine douairière régente Marie de Hon- 
grie. Ce rapport se trouve aux Archives du royaume. Galesloot et Verhaboen, 
ouv. cit.,p. 130. 



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(81 ) 

La juridiction, en matière de chasse, se trouvait donc réduite 
de nouveau à un siëgc. Pour parer à ce sérieux inconvénient que 
ToD avait cherché en vain à faire disparaître, la régente, Marie de 
Hongrie, publia, le 16 juin 1536 ^ un nouveau placard relatifs 
retendue des pouvoirs du warant- maître de firabant. 

« Ayant fait veoir, dit-elle, et visiter en conseil Tinstruction du 
warant-mailre de Brabant, etc...., pour aulcunes bonnes consi- 
dérations a ordonné que ladite instruction sera corrigée et 
réformée selon qu'il conviendra, dont lesdils Estats auront vision, 
et cependant Sa Majesté par manière de provision, tant qu'autre- 
ment sera ordonné , sans préjudice de Tlmpériale Majesté comme 
Ducq de Brabant et desdits Estats, a ordonné et ordonne que ledit 
warant-maître, d'ores navant ne pourra, k cause de son office, 
altraire ou faire attraire aucuns subjets dudit pays par-devant les 
juges parcy devant ordonnez es quatre chefs-villes de Brabant, 
mais au lieu diceux prendra trois hommes de fiefs, au quartier 
dont le cas, dont il voudra faire callenge, escherra, pour, parlesdits 
hommes de fiefs, parties sommairement oyes, sans cognoissance 
judicielle, en estre ordonné comme de raison. » 

C'était suspendre, purement et simplement, l'exécution du pla- 
card du 3 juin 1518 et revenir momentanément h Tancien ordre 
de choses, consacré par celui du 28 août 1515. 

La gouvernante défendait aussi, par le placard de 1556, au 
Gruyer de s'ingérer dans la poursuite ou la répression des délits 
commis sur les terres des seigneurs hauts justiciers, ceux-ci ayant 
le droit d'en connaître par eux-mêmes ou par leurs officiers parti- 
culiers. 

Le 3 mars 1 543 ^ Marie de Hongrie promulgua à Gand une 
ordonnance complète pour la Vénerie de Brabant et pour l'organi- 
sation et l'administration de la maison de chasse de Boitsfort. 

Intéressant à consulter si l'on veut connaître les droits et 
devoirs des officiers, sergents et commis de vénerie, leur nombre, 
la composition des équipages de chasse, tous les menus détails, 



P/ac.Brfl6.,l.III,p.5U. 
/M., t. m, p. 508. 



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(M) 

très-circonstancîës , auxquels il est facile de reconnaître toute 
l'importance qu'attachait le souverain à ce noble plaisir, cet édit 
n'est en somme qu'un règlement de service et n'a point directe- 
ment trait à notre sujet. 

Le placard suivant est plus important. Promulgué à Maestricbt, 
le 28 février 1545 ^ par Charles-Quint, il renferme une nouvelle 
instruction pour le Gruyer de firabant. L'Empereur y explique 
l'origine de la charge de warandt-meester : le duc de Brabant, 
ayant été depuis les temps les plus reculés avoué et protecteur 
des monastères, des hôpitaux et de leurs biens, avait chargé le 
warandt-meester de veiller en son nom à leur sûreté '. Il énu- 
mère minutieusement, en trente-cinq articles, les règles relatives 
à la compétence et à la juridiction de ce haut fonctionnaire. 

Il lui interdit les vexations à l'égard de ses sujets , s'occupe 
encore du consistoire de la trompe, enfin parle des délits de chasse 
et commine des amendes. 

Le placard rappelait au Gruyer qu'en cas de crimes, emportant 
la peine de mort, commis dans les couvents, monastères ou leurs 
dépendances, il ne venait qu'en concurrence avec le maieur de 
Louvain, l'amman de Bruxelles, Fécoutète d'Anvers, les baillis du 
Brabanl-Wallon, de Bois-le-Duc et de Tirlemont. C'était le conseil 
de Brabant qui seul avait k connaître de ces crimes. 

Il s'occupait aussi des franches garennes et de ceux qui y avaient 
juridiction : 

« El quant aux délits de chasse commis et quant aux amendes 
encourues dans nos franches garennes et dans celles de nos pré- 
lats, le Gruyer en aura seul connaissance, correction et coroposi* 
tion. (Art. 8.) 

9 Et quant aux délits de chasse commis dans les garennes des 
nobles et des vassaux, qui n'ont pas fait apparaître de titres qui 
leur donnent droit de franche garenne ou dont les garennes sont 
comprises parmi celles citéesà l'article 58 de la Joyeuse Entrée, la 
connaissance en sera au Gruyer concurremment aux officiers des 



» P/ac.Braft, t. III, p. 166. 

* Defacqz, CUV. cité, 1. 1, p. 103. 



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( « ) 

nobles et vassaux pendant un an après la publication des pré- 
sentes, pendant lequel temps ces nobles et vassaux seront tenus 
de faire connaître aux commissaires les titres et documents, sur 
lesquels ils se fondent pour prouver que leurs garennes sont 
franches ou sont celles que comprend l'article 58 de la Joyeuse 
Entrée; passé ce temps elles ne seront plus tenues pour franches. 
(Art. 9.) 

» Quant aux délits et méfaits commis et amendes encourues 
dans les garennes des nobles et des vassaux, qui auront fait recon- 
naître leur droit de franche garenne, comme le duc d'Aerschot de 
son bois de Meerdael, dépendance de sa seigneurie de Bierbeek, le 
prince d*Orange de sa seigneurie de Diest et le siredeMérodede ses 
seigneuries de Hersel, Oolen, Ghelinde,ZoerIeet leurs dépendances, 
dans lesquelles seigneuries les seigneurs susdits ont la haute, 
moyenne et basse justice, la connaissance, correction et composi- 
tion en appartiendra aux officiers de ces seigneuries, sauf à eux h 
se conformer aux ordonnances faites ou à faire sur ce sujet et aux 
amendes en matière de chasse. Et le Gruyer ne pourra en avoir 
aucune connaissance, si ce n*est à la requête desdits seigneurs. * 
(Art. 10.) 

C'était confirmer un usage ancien, fondé sur l'essence même du 
droit féodal. Dès 1519, nous voyons que le seigneur de Faucuwez 
qui a la haute, moyenne et basse justice, a aussi la garenne 
franche des^ cont/t« dans tout le village de Virginal et le droit de 
nommer un bailli et un sergent pour la poursuite et la correction 
des délinquants ^ 

Charles-Quint supprimait définitivement l'édit de 4518, dont 
Marie de Hongrie avait suspendu l'exécution en 4556. Le consis- 
toire de la trompe, composé de sept juges, était remplacé par un 
tribunal composé de trois hommes de fief, qui ne devaient être 
ni officiers ducaux^ ni suspects aux parties. 

Le Gruyer choisissait ces juges, pour chaque cas spécial, dans la 
ville ou franchise voisine de la demeure du délinquant et faisait 
comparaître celui-ci devant eux. Les hommes de fief étaient obli- 

* Tarlier et Wadtbrs, 2* livr., p. 27. 



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(54) 

gés de se rendre à Tinvitation du Gruyeret s'ils n'invoquaient pas, 
pour 8*en dispenser, une excuse suffisante, ils payaient une 
amende d'un royal de S6 sous. Leur salaire titait fixé à 2 gros de 
vieux pour une ou deux affaires, à 4 gros pour plus de deux 
causes. Le Gruyer avait droit à 4 ou à 8 gros d'honoraires dans 
les mêmes cas : < Ces frais seront supportés par les condamnes 
par portions égales. > (Art. i\.) 

Le placard de 4945, reproduisait ensuite une disposition, qui se 
trouvait dans la Joyeuse Entrée de Marie de Bourgogne et n'avait 
plus été répétée dans les Joyeuses Entrées postérieures. Cette dis- 
position permettait k chacun, en Brabant, de prendre, sur les 
terres du duc aussi bien que sur celles des vassaux, des moineaux, 
pinsons, alouettes ou cailles à la pipée et en saison. 

Chacun était autorisé également à tirer ou à prendre les lapins 
venant sur ses terres, mais k condition que ces terres fussent 
situées hors des franches garennes; au cas contraire , le proprié- 
taire du droit de garenne y pouvait seul chasser et, seul, il pouvait 
autoriser le propriétaire enclavé à défendre ses récoltes. 

Il est certain que semblables autorisations ne s'accordaient 
que rarement. Le seigneur était bien trop jaloux de sa chasse et 
de son droit de garenne pour autoriser le manant à troubler ses 
plaisirs ou à porter préjudice à ses intérêts. 

Parfois le seigneur avait acquis la juridiction sur un village avec 
le droit de chasse; ainsi la juridiction surNoville-sur-Mehaigne fut 
aliénée en 1526 avec la chasse *. 

Souvent aussi les garennes étaient une branche importante des 
revenus de leurs possesseurs. 

Les seigneurs de Perwez, notamment, possédaient, au XV* siè- 
cle, une garenne franche où l'on pouvait prendre annuellement 
1000 lapins et des coqs de bruyère sans nombre >. Leur garenne 
principale était à Grand -Rosière, dans le bois dllollomont « où il 
y a une grande tombe » et \k encore pullulaient lièvres , lapins et 
coqs de bruyère '. 

* Taulier ctWAUTERS, ouv. cit., 5* Uvr.,p. 175. 

• /Wd., 5«livr.,p.14. 

> /6jd., 5«IWr.,pp. Uet168. 



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(55) 

La seigneurie de Lasne, qui était au prévôt de l'abbaye de 
Sainte-Gertrude à Nivelles, produisait un revenu de 900 florins 
où la chasse figure pour 10 florins ^ L'abbaye de Gembloux avait 
le droit de chasse à Mont-Saint-Guibert; ce droit était loué et pro- 
duisait 10 florins 10 sous '. La chasse de la seigneurie du chapitre 
de Nivelles était louée 42 florins ^. 

Les garennes ducales, elles-mêmes, étaient affermées pour la 
ehassc aux lapins. Le fermier, qui les exploitait en 1429, avait à 
fournir mille sept cents lapins au palais de Bruxelles; en 1452,^ 
les garennes rapportaient mille lapins (dont une moitié avec la 
peau et Tautre moitié sans la peau) et sept cents perdreaux ^ 

Il est vrai que le produit de ces locations n'était pas toujours 
aussi considérable: à Nil-Saint-Vincent, par exemple, la chasse se 
louait pour deux couples de perdreaux et un florin ^ et celle du 
bois de Waulhier-Braine était affermée au monastère voisin 
moyennant 4 deniers ^ 

Il n'est pas étonnant dès lors qu'h cette époque, où la vie d'un 
manant était de si peu d'importance, les nobles défendissent avec 
on soin jaloux leurs intérêts et se livrassent parfois à des actes 
de cruauté, sous prétexte de protéger leurs droits et de punir ceux 
qui 7 portaient atteinte. Il faut reconnaître, d'autre part, que la 
répression de ces faits de brutalité ne se faisait pas attendre et 
que la peine était parfois proportionnée au crime, bien que la vic- 
time fut un homme « du plat pays > et le coupable un noble. 

Eo l'année 1 540 , il se passa à Chastre un fait qui peint la bruta- 
lité des moeurs du temps. 

c Le seigneur de Perwez, Thomas Scotelman, ayant rencontré 
Thomas Vueghs, Chrétien Van Noppe et d'autres personnes, qui 
chassaient au lapin, cria à ceux qui l'accompagnaient : « Tuez- 
les, tuez-les, je vous garantirai de toute poursuite; > puis il mit 

' Tarlier et Wadtbrs, 4« livr., p. 93. 

• Ibid., »• llvp., p. 78. 
» /6irf,2Mivp.,p. 10. 

* Galesloot, La maison de chasse des ducs de Brabant , p. 200. 

* Tarlibr et Wauters , S* livr., p. 96. 

• /Mi, 2«lifr.,p. 116. 



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( 56) 

en joue Vuegbs et les siens et les aurait frappés mortellement, 
si sa femme et sa suite n'eussent saisi son arquebuse. Il parvint 
toutefois à se dégager et, tirant sa rapière, il courut sur Van 
Noppe, qui venait d'être abattu d'un coup de pique, et le frappa 
si violemment sur la tète, pendant qu'il était encore à terre, qu'il 
en mourut trois ou quatre jours après. Vuegbs avait été saisi et 
maintenu dans un fossé; Scotelman l'aurait aussi tué sans l'un de 
ses domestiques qui se jeta entre eux. Quoiqu'il n'eût aucune juri- 
diction en cet endroit, le seigneur de Perwez fit cond^uire Vuegbs 
et un ou deux autres dans un petit cbâteau voisin, qui appartenait 
à Odile Van Liere, et où il traita très-rudement Vuegbs. 

» Lorsque la nouvelle de cet événement parvint h Bruxelles, le 
procureur général demanda au Conseil de Brabant des « lettres 
patentes de mandement criminel » contre le coupable et, le 
4 novembre, se rendit bien accompagné à Perwez, où on lui dit, 
lorsqu'il se présenta au cbâteau^ à 8 beures du matin, que le sei- 
gneur était parti pour la chasse. 

» Scotelman fut cité h comparaître le 24 du même mois et ses 
biens furent mis sous séquestre. 

» Il fit d*abord défaut ; mais, le â décembre, il se présenta devant 
le Conseil. Ce corps ordonna de l'interroger pede ligato et lui 
donna pour prison la demeure de l'un des buissiers du tribunal. 
Le 43 décembre, le procureur général conclut à ce que Scotelman 
fût condamné à être décapité, après avoir été misa la torture, et k 
ce que l'on confisquât ses propriétés, tandis que la partie adverse 
réclamait sa mise en liberté et la levée des scellés apposés sur ses 
biens. Après plusieurs séances, le Conseil de Brabant décida 
l'affaire en condamnant Scotelman à payer à l'Empereur une 
amende énorme : 2,000 florins carolus, et de plus à supporter 
tous les frais du procès (21 mars 1!$4i-i542) '. * Ce n'était certes 
pas faire payer trop cber au seigneur de Perwez le mouvement 
de colère provoqué par le meurtre d'un lapin! 

< Tarlier et Wadtbrs, 5« liyr., p. 55. 



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(87 



$ 2. — Duché de Luxembourg, 

A cette période se rapporte la Coutume d'Ârlon,qui fut publiée 
en 4552 *. Nous y lisons à l'article 68 que « les habitants de la 
▼ille d'Arlon usent d'une telle franchise que , depuis le lever du 
soleil jusqu'à son coucher, il peuvent aller à la chasse et rentrer 
chez eux. » 

Le record des maïeurs et échevins de la franchise de La Roche, 
rédigé et arrêté le il septembre 1557, se rapporte évidemment 
à une époque antérieure et permet d'apprécier quel était le 
régime de la chasse dans le duché. Voici comment s'expriment 
les maieurs et les échevins ^ : « Et quant à la chasses par la 
voiz du seigneur de Beausainct et de Bottin de Baconfois, nos 
anchiens confrerres et eschevins , disons que nosdicts deux con- 
frerres ont aulresfois oys lire et veus ens mains de justice une 
lectre escript en parchemin avec sael pendant, laqucl faisait men- 
tion de nosdits bourgeois et qu'ilz pouvaient chasser h course de 
lévriers, sains pains ni haies, chevreux, lipvres et toutes autres 
bestes, réservé le cerfz et falcon; laquel est entreperdue ne 
sçavons par quel moeien. > 

On peut conclure, avec certitude, de ces deux coutumes parti- 
culières que le droit de chasse était seigneurial et n'appartenait 
d'aucune façon aux bourgeois, qui ne pouvaient en user quje par 
concession spéciale du seigneur et, en ce cas, de la manière déter- 
minée en l'acte de concession. 

C'était là, au reste, le régime général en matière de chasse dans 
nos provinces, sauf pour le duché de Brabant, dont la législation 
était toute différente. Ce qui, en Brabant, était un droit inhérent à 
la personne de tout brabançon, consacré et reconnu par les 
Joyeuses Entrées, n'était, dans les autres provinces, qu'un acte 
purement gracieux du souverain ou du seigneur, une autorisation, 
toujours révocable, accordée à une communauté d'habitants, à un 
corps de métier ou à certaines personnes déterminées. 

* Leclercq, Coutumes de Luxembourg, t. I,p. 197. 

• /d.,f6id.,t. I,p.297. 



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(58) 



§ 3. — Comté de Flandre. 

Les édils et les ordonnances, relatifs au fait de la chasse, sont 
beaucoup pFus nombreux pour cette période que pour la période 
précédente , dans le comté. 

Le 24 avril i 510 ' , un placard , donné à Bruges , « par l'empe- 
reur et monsieur l'archiduc en leur conseil , » défend de laisser 
divaguer les chiens s'ils ne portent pas au cou un billot, dont la 
longueur est scrupuleusement indiquée, et ce, sous peine d'une 
amende de 5 livres parisis par chien, mesure prise dans le but de 
protéger le gibier et d'empêcher les chiens de le poursuivre. 

Le placard défend aussi à tous les habitants de Flandre de 
chasser à l'aide de chiens , filets ou lacets et commine des peines 
contre les contrevenants. 

Le droit de chasse était donc régalien en Flandre, puisque le 
souverain interdisait à chacun de chasser. Ce qui le prouve, 
au reste, c'est le placard du 5 octobre 15H * donné à Bruxelles. 11 
y est dit que « nul ne peult chasser ne tirer aux bestes sauvages 
ne prendre icelles au filet ou autrement, sauf ceulx d'ancienneté 
à ce authorisczy sur peine de 50 lyons d'or. » 

« Sauf ceulx d'ancienneté à ce authoriscz! » — Par les comtes 
nécessairement : la chasse était donc un droit qui leur compé- 
tait exclusivement et dont ils pouvaient disposer k leur gré. Nul 
doute que les seigneurs ne fussent autorisés d'ancienneté h l'exer- 
cer; mais il est intéressant de constater que, en Flandre, contrai- 
rement à ce que nous avons vu jusqu'à présent pour la plupart 
des autres provinces , la chasse était un droit régalien plutôt que 
seigneurial. 

Le préambule du placard du 4 octobre 1514 est curieux. Le but 
que se propose le souverain y est clairement indiqué : « Par le 
grand dégast qui s'est faict desdites bétes et volailles, -nostre dict 



» P/oc. Vtefid., 1. 1, p. 405. 
M6id., t. I,p.406. 



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( »9) 

pays de Flandre en est tellement desnué et despeuplé que rien 
n'y demeure pour nostre dëduict et passe-temps, en grand 
niesprisement de Nous, contemnement de nos dictes deffenses, et 
k nostre grand regret. > 

Telles étaient, dans le placard de 1514, les plaintes de l'empe- 
reur Maximitien et de Tarchiduc Charles, son petit-fils! 

Le placard réitérait aux paysans la défense de tenir < chiens* 
mastins, sans leur pendre au col un baslon de trois piedz de 
longh à peine de dix libvres parisis. > 

11 défendait à toutes sortes de personnes de « chasser auxbétes 
rouges ou noires, ni de les tirer d'arc à main, arbalète ou couleu- 
▼rine, ou les prendre aux filets ou autres instruments, à peine de 
50 lions d'or. » Il permettait ensuite la chasse des lièvres et lapins 
« aux gentilshommes qui ont accoutumé de tenir chiens de 
chasse, lesquels les pourront chasser en leurs terres et seigneu- 
ries, et user comme ils ont fait d'ancienneté, sans excéder. > 

Le même placard défendait aussi, sans distinction de per- 
sonnes, «de voler, tendre au filet, à la tonnelle, ni autrement, 
ni aussi de tirer d'arc à main, arbalète, crennequins, couleu- 
vrines et autres instruments, lesdits lièvres et conins, ni les 
perdrix, faisans, hérons, butoirs, oiseaux de rivière et autres 
volailles et sauvagines quelconques. Sauf que les gentilshommes, 
.ayant accoutumé de tenir oiseaux de poing, pourront voler avec 
leurs oiseaux (l'ostre excepté), auxdits oiseaux de rivières tant 
seulement. > 

Le 14 août 1547 >, un nouveau placard sur le fait de la chasse, 
donné à Middelburgh en Zélande, vint faire certaines défenses et 
régler certains points qu'il sera intéressant d'examiner. 

La chasse aux chiens courants et armes & feu ou filets est inter- 
dite par le placard. 

Les taverniers, restaurateurs, marchands de comestibles, etc., 
ne peuvent acheter de gibier que dans certaines conditions, afin 
que le braconnage ne soit point encouragé par les facilités, que 
les braconniers trouvent à se débarrasser de leur butin. Il leur 

> P/oc. F/and, 1. 1, p. 407. 



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(60) 

est ordonné, sous peine d*amende, de dénoncer les contraventions, 
dont ils pourraient avoir connaissance. 

La défense de tenir des chiens , sans leur suspendre au cou un 
bâton, est renouvelée. 

Le Grand Veneur de Flandre est compétent pour connaître des 
délits de chasse seulement; pour ce qui est de la fauconnerie , les 
juges ordinaires continueront k avoir connaissance de ces contra- 
ventions spéciales. 

Un placard, donné à Barceionne le 3 avril IKlQi < Stil d'Es- 
paigne, » défend de lever et emporter des bois et forêts « quel- 
ques bestes rouges ou noires tirées ou bleschéea par quy que ce 
soit, sous peyne d'estre eulx mêmes tenuz pour coupables du 
faict et pour telz corrigez. » Cette défense, nouveau moyen de 
prévenir le braconnage, est faite sous des peines sévères. Le 
transport du gibier est également intei*dit et puni. Si Ton trouve 
dans les bois une bête sauvage tuée ou blessée, il faut en prévenir 
immédiatement le Grand Veneur ou Fun de ses officiers. Ceux-là 
seulement sont autorisés i lever et & emporter le corps du délit. 

Les coutumes nous montrent ce quil était d'usage d'observer 
dans certaines localités, en matière de chasse, et de quelle façon 
les placards étaient appliqués. 

Les coutumes du pays de Waes, rédigées le 20 mars 1521 ^, por- 
tent certaines défenses que nous n'avons point encore trouvées 
consignées dans les ordonnances. 

11 y était défendu de ramasser des œufs de cygnes, faisans, per- 
drix, sous peine d'une amende de iO livres parisis '. 

Défense de se servir de lacets, filets, bricoles ou autres engins 
pour prendre des lièvres, lapins, perdrix, faisans ou autre menu 
gibier, sous peine d'une amende de 6 livres parisis ^. 

Une autre disposition a trait aux « pertrheurs > dont Philippe 
le Bon s'était occupé en Hainaut^. 

< Plac. ViantL,i.l, p. 410. 

* Raepsakt, pp. 37 et 41 . 

3 fbid.t p. 37. « Van Zwanê Lamôgen oft Pertryssê eyeren te roetteoe. • 

* Ibid,, p. 37. < Va te Jaghè in3 liedë ocre met gaeres. > 

B /5id., p. 87. • Van der Pertryssen. Item dat de ptryssers gheseteo onder 



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(Cl ) 

Plus loin, la même coutume portait qu'il était interdit, au pays 
de Waes, de chercher à prendre des lièvres, lapins, faisans, per- 
drix, etc., en temps de neige, soit à l'aide de bricoles ou autres 
engins , soit en les suivant i la piste avec des chiens, des bâtons 
ou des ëpieux, et cela à peine de 10 livres parisis *. 

Enfin une dernière disposition traitait de la chasse en général 
et proclamait le principe féodal , que nous avons déjà signalé K 

Un placard du 20 janvier 1528 ^ publié & Halines, prit une 
mesure nouvelle pour prévenir le braconnage. Il fit défense de 
porter des armes à travers champs. La peine était la confiscation 
des armes et une amende de 20 livres parisis. Ce placard fut pu- 
blié au consistoire du conseil de Flandre le 23 février 4528. 

Toujours préoccupé du soin de sauvegarder son droit et d'em- 
pêcher ses bons sujets de Flandre d'empiéter sur ses prérogatives, 
Charles-Quint publia, quelques mois plus tard, i Matines, le 7 août 
1528 S un placard qui renouvelait la défense générale de chasser. 
La peine, comminée contre les contrevenants, était de 50 carolus 
d'or, et de 100 carolus d'or en cas de récidive. Celui , qui désobéis- 
sait une troisième fois aux ordres du souverain, était banni du 
comté de Flandre. 

Ce placard fut renouvelé l'année suivante, le 12 novembre 
1519 ». 

Rien n'était négligé pour empêcher les contraventions aux règle- 
ments concernant la chasse. Le port d'armes était un moyen de 
les éluder, on le défendit; un placard du 22 novembre 1539® or- 
donne que : < Nul ne s'avance de porter par ledit pays de Flandre, 

de Keure vao Waes met zynder toebehoorten zullen gbeboudeo zyn den 
jnw9nen vand voiTiT Kuere te laeteû de coppele vand' ptryssen cm vier groû 
op d7t hys ûsocht werdeo eu jadien zys hemliedcn weygheren , dats up de 
boete vï III L. p ., alzo diewels alslment bewindt, en den beere proauen 
macb. » _ 

* Raepsaet, p. 41 . c Va bazr te vâge met de gaerne ofi up de snee. • 

* Ibid,^ p. 41. « Yâ te Jagbê ofl te Volgbe up troc. > 
». P/oc.F/and., 1. 1, p. 411. 

* /6id., 1. 1, p. 411. 
» /6i(i.,t. I,p.412. 

* BfsRLiN , Répertoire, v» cbasse, | 8, p. 157. 



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( 62) 

en allant par les champs» chemins ou dehors^couleuvriiies» arque- 
buses, arbalètes ni arcs à main, sous peine de confiscation d'icelles, 
et de 20 livres parisis , si avant que notre grand veneur, son lieu- 
tenant ou autres de nos officiers et sujets leur mésus sera vérifie : 
ores quMls ne soient trouvés ni saisis desdites couleuvrines, etc., 
ni en présent méfait...; de ce excepté et réservés ceux qui sont ou 
seront actuellement en notre service et à nos gages, quand ils 
iront par les champs audit pays de Flandres, & leur garnison, du 
congé de leur capitaine et non autrement. Et bien entendu que les 
confrères d'aucune compagnie d'arbalétriers ou de couleuvri^rs 
privilégiés... qui voudront prendre leur passe-temps de leurs ar- 
balètes ou couleuvrines à la butte, pour ce faire, pourront, avec 
leurs couleuvrines ou arbalètes, aller de leurs maisons et domi- 
ciles es lieu où Ton est accoutumé d'en tirer et semblablement en 
retourner, et autrement non. » 

Le 22 avril 1540 <, parut à Gand un nouveau placard très-étendu 
sur la chasse et la fauconnerie. Ce placard, vrai code de chasse, 
contient un grand nombre de dispositions intéressantes, qui sont 
reproduites dans les placards subséquents et seront rapportées 
ci-dessous. 

II fut republié le 31 mars i 541 ^ avec addition de deux articles 
sans grande importance. 

Les règlements particuliers, que certaines communautés d'habi- 
tants étaient en droit d'arrêter ou que certains seigneurs pou- 
vaient prendre dans l'étendue de leur seigneurie , montrent com- 
bien, à cette époque, la notion du droit régalien de chasse, 
appartenant aux souverains ou & ceux qu'ils y autorisaient, était 
partout reçue et suivie. 

Le règlement du pays de Beveren. — De voorgheboden slandts 
van Beveren geordonneert by den Heen-e Mannen en de schepenen 
van den voirseide lande ^ — du 23 septembre 1342 s'exprime 
ainsi, au § 82: van vanghen beesten ofi vogelen — «Item, dat nie- 
mant en jaghe rottere ofle forettere op hasen , conynen noch 

' i>/ac. F/and.,l.I,p.413. 
• /6icr., tl,p.417. 
' Ràimait, p. 75. 



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( 65) 

reyghfiren, zwaiien, puitoiren, patriccn oflc dicrgelyckc en 
vanghe, scbiete ofte stricke» met eenighc jngien op de boetc 
van X p. p. » 

Les cygnes étaient considérés » au moyen âge, comme des 
oiseaux royaux , et, depuis les temps les plus reculés, les comtes 
de Flandre avaient la coutume d'en placer en grand nombre sur 
les étangs et dans les fossés, qui entouraient la ville de Bruges. 

Le souverain fut même amené à prescrire certaines mesures 
pour sauvegarder ces nobles animaux; le 24 novembre 1545' en 
effet, il fit paraître à Bruges un placard aux termes duquel dé- 
fense était faite de prendre les cygnes du prince, de toucher à 
leurs œufs ou à leurs nids et ce, sous peine d'une amende de iâ li- 
vres parisis et d'une correction arbitraire. 

Le ^9 octobre 1546 ^ un nouveau placard, relatif à la chasse et 
k la fauconnerie en Flandre, paraissait à Bruxelles, mais il n'était 
guère, à quelques modifications près cependant, que la reproduc- 
tion des placards de 1 540 et 1 541 . 

^ Quelques années plus tard, toutes ces ordonnances furent 
refondues en une seule. Ce fut le placard du 22 août 1551 ', qui 
devint, dès lors et pour une période assez longue, le code de vé- 
nerie de la Flandre. 

Le placard du !22août 1551, qui n'est, en somme, que la compi- 
lation de ceux des 31 mars 1541 et 29 octobre 1546» débute par 
une défense générale, i tous « van wat state ofte condicie hy sy, 
edele oft andere, gheestelicke ofte weerlicke persoonen, > de chas- 
ser ou de poursuivre les bétes rousses ou noires : 50 carolus d'or 
d'abord, puis 100 carolus en cas de récidive, et enfin une correc- 
tion arbitraire , telles sont les peines comminées. 

Défense de chasser les lièvres, lapins ou autre petit gibier sans 
octroi du prince. Ceux , qui sont en possession de semblable con- 
cession , doivent en user comme il est d'usage. S'ils sont autorisés 
& tenir des chiens de chasse, ils doivent les garder renfermés, 
sans pouvoir les confier à des paysans , tenanciers ou fermiers de 

» Plae. Vland., L 1, p. 417. 
*/frûi, t.I,p.418. 
* Atd., 1. 1, p. 419. 



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( 64 ) 

crainte que ceux-ci ne s'en servent pour poursuivre le gibier. 
Celui qui tient des chiens de chasse sans autorisation doit s'en dé- 
faire, sous peine d'une amende de iO livres parisis. 

Chacun est tenu de dénoncer au grand veneur les noms de ceux 
qui contreviennent au placard. 

Défense de se servir de filets, lacets, etc., ou de tirer i l'aide 
d'armes h feu des lièvres, lapins, etc. 

En cas de contravention, les engins de chasse sont conGsqués. 

Les sergents des bois, eux-mêmes, ne peuvent sortir armés de 
fusils, arquebuses, etc., ou mener avec eux des chiens. 

Le prince ordonne de prévenir le grand veneur dans le cas où 
un animal quelconque serait trouvé blessé ou mort. Il défend aux 
pâtissiers ou cabaretiers d'acheter des quartiers de venaison ou 
des oiseaux dont la chasse est défendue. 

Des visites domiciliaires peuvent être pratiquées chez eux pour 
arriver h la découverte des délits; mais leurs réclamations contre 
l'application du placard doivent être portées à la connaissance de 
qui de droit. » 

Les amendes se partagent en trois parts, dont Tune est destinée 
au dénonciateur, l'autre au lieutenant particulier du prince et la 
troisième au prince lui-même pour en payer les frais de procé- 
dure, de poursuite et autres. 

On procédait à l'exécution des sentences par l'arrestation des 
délinquants, la saisie et la A^ente de leurs biens. S'il leur était im- 
possible de payer l'amende, ils étaient soumis k des corrections 
c4>rporelles. 

La procédure était celle qui était réglée par la coutume et par 
Tusage. Le Grand Veneur , au nom du prince, avait seul compé- 
tence pour connaître des délits de chasse. Il tenait son siège dans 
l'une ou l'autre des bonnes villes de Flandre et devait se faire 
assister par deux hommes de fief ou deux Individus ayant la pra- 
tique des affaires, tiveepractisîens expert in H faici vanderjusticie. 
Les sentences de ce siège n'étaient pas exécutoires nonobstant appel. 

Enfin les châtelains, baillis et autres officiers devaient recevoir 
dans les prisons ceux que le Grand Veneur avait fait arrêter. 

Tel est, en résumé, ce placard qui donne une idée exacte de ce 
qu'était, à cette époque, la législation sur la matière en Flandre. 



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(65) 

Le i 3 janvier 1552, les ëchevins de la ville de Bruges arrêtaient, 
en collège, les keures, statuts et ordonnances du H3faendaech8che, 
cette seigneurie qui avait étë vendue à la ville de Bruges le \*' mai 
1275. On y lisait à Tarticle 20 : c Item, personne ne pourra chas- 
ser, ni faire la chasse à la perdrix au moyen d'amorces ou autre- 
ment , ni chasser lés oiseaux, sans le consentement du bailli , sous 
peine d'une amende de 5 livres parisis et la confiscation du har- 
nois ^ » 

La ville de Bruges avait incontestablement le pouvoir de rëgler 
l'exercice du droit de chasse sur un territoire dont elle avait la 
seigneurie, et, en le faisant, elle ne s'écartait points comme on le 
voit, des règles qui étaient alors en vigueur. 

Telles sont les principales dispositions, relatives au droit de chasse, 
promulguées pour le comté de Flandre pendant cette période. 



§ 4. — Comté de Hainaut. 

Nous n'avons, pour cette période, que la charte générale de 
Charles-Quint, du 15 mars 1534 \ qui s'occupe de la matière des 
chasses. Nous y lisons au chapitre GIV, « touchant la juridiction 
des boix et des forestz, » que le souverain se réservait la chasse 
des forêts de Mourmal, Vicoigne, Brocqueroye, Porteberghe et 
les bois de Mons , « qui sont à nous combien qu'ils ne sont des- 
dictes trois forestz, avec Willehourtde Gouuin tant seulement, > 
ainsi que les bois de < la Haye-le-Gonte tenant k Brocqueroye, le 
bois de Gerlentre , et le bois que on dist Louvegnycs. » 

Dans les autres partieâ du comté, il ordonnait : « que nos vas- 
saulx subgectz pourront avoir le déduict de la chasserie en leur 
franchise, en la manière que leur devantrain le ont anciennement 
usé; c'est assavoir qu'ilz puissent chasser et avoir leur déduit, et 
prendre toutes bestes sans tendre s'il n'y ont la justice. > 

* L. Gilliodts-Van Setkben , Coutumes de la ville de Bruges^ 1. 1, p. 331 . 
(Traduction.) 
^ Faioer, Coutumes de Bainaut , 1. 1, p. 334. 

TOMB XXVIL 5 



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(66) 

Le droit de chasse était, il est vrai, en Hainaut un des attri- 
buts de la haute justice; cependant les seigneurs, qui n'avaient 
pas cette prérogative, pouvaient chasser dans toute l'étendue de 
leurs terres , sauf cependant y tendre, ce délassement appartenant 
au seigneur haut-justicier seul. 

Il fixait aussi les époques d'ouverture et de fermeture de la 
chasse aux cerfs et de celle aux biches : « Et ne pourront ne deb- 
vront chasser rouges bestes, fors en leur saison, si comme ccrfz 
de l'entrée de may jusque à l'Exaltacion de la Croix et les bices de 
la saint Remy jusques k l'entrée du Quaresme. » 

La peine portée contre les contrevenants était de 60 sols par 
cerf et de 40 sols par biche : c Et s'ainsi estait que on les prenîst 
hors desdictes saisons, ceulx qui les prenderoient seront à l'amende 
envers nous comme seigneur souverain pour le cerf à 60 solz et 
pour la bice à 40 solz. » 

Ces dispositions, on l'a déjà remarqué, sont la reproduction 
presque littérale de celles que la comtesse Marguerite avait édic- 
tées en 1546. 

Celles qui vont suivre ne diffèrent guère de l'ordonnance de 
1457 que par leurs détails et leur extension. Sans doute, cette 
ordonnance n'avait point mis un te;*me aux déprédations des bra- 
conniers, loutriers, etc., puisque Charles-Quint fut forcé de s'oc- 
cuper de nouveau de cette matière, de renouveler les défenses 
déjà faites et d'en porter d'autres *. 

< Faidkr , Coutumes de Hainaut , 1. 1 , pp. 328 et suiv. Au chapitre XCIX : 
Touchant la vénerie et conduite des braconniers. « Item, Que nulz seigneurs 
ne aultres ne se ingèrent ou avancent eu nostredict pays de Haynnau , faire 
nourrir chiens es églieses , coui-s et maisons d'iceUui, ne par quelque aultre 
laboureur d^icelui pays, sur Tamende de 10 livres tournois à nostre prouCDt, 
ou du seigneur vassal, soubz cui justice ce adviendrait, tant par celui qui ainsi 
en nserait, comme par cestuy que lesdicls chiens reoevroicnl et nouriroieut. 
Et si noz officiers estoient deffaillans d'en faire Texécution , nostredict grand 
baiUi debvra faire , se n*estoit que lesdictes églieses de leur gré et consente- 
ment vouldroienl nourrir lesdicts chiens : auquel cas ilz ne encherront en 
quelque paine ou amende. 

A Item. Que nulz braconniers ne se avancent de prendre ou lever quelque 
chose de prouffit, pour prinse de leups sur lesdictes églieses, leurs cours et 



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(67) 

On peul juger par les mesures minutieuses, qui étaient prises 
pour les prévenir ou les punir, des vexations et des exactions de 
tous genres, auxquelles les monastères, les fermiers, les labou- 

maisons, laboureurs, ne sur autres de noslredict pays de Haynnau, ne sur 
leurs blanches bestes : se n*est quMIz ayent le leup, et que celte prinse ilz 
ajent lettre souffisante de leurs maistres du lieu et place, là où ils auraient 
été prins, et du jour. Lequel louvier, se la prinse se faict, ne pourra pourchasser 
que une lieue à la ronde, du lieu où ilz Tauront prins, ne prendre au plus prou- 
cbain foucq de blances bestes que ung mouton au plus, quelque nombre de 
chienesses quMl y puist avoir. Et le pourra le censier racheter de vingt solz 
tournoi j et sur chascun foucq d'aultres blances ou circuit contenant cent 
blances bestes en deseure, pourront prendre deux solz tournois et non plus; 
sur encoires tous ceulx qui feront au contraire, en Famende de 10 livres tour- 
nois, avec ce faire restitution à partie. 

» Hem. Que nulles chienesses de noslredict pays de Haynnau ne pourront 
venir en icelui nostre pays faire quelque despense ne dommaige ausdictes 
églieses, maisons et cours dMcelles, ne aussi auxdicts laboureurs, ne manans 
nourissans blances bestes, ne sur aultres. Et ou cas que aultrement en sera 
fait, celui ou ceulx qui fera au contraire, sera enchenz en Tamende de dix 
livres tournois et si sera tenu d'en faire reslitucion à partie. > 

Au chapitre suivant intitulé : Des braconniers, fauconniers, loutriers et 
aultres. 

< Item. Que nulz braconniers, faulconuiers, loutriers, louviers, pertiseurs, 
meneslreurs, chevaucheurs, messaigiers ne aultres, soit qu'ilz soient à nous 
ou à aultruy, se ingère ou avanche de aller aux églieses ou abbeyes en nostre 
pays de Haynnau , aussi à leurs cours et maisons de leurs censsiers ne des 
autres manans en iceluy pays, boire» mengier ne faire quelque despense sinon 
de leur gré et consentement sur semblable amende de 10 livres tournois. > 

Au chapitre CI euGn ; Des chororuwées et pillage de gendarmes. 

c Item. Si aucuns des dessusdicts ou personne de par eulx, se avaiichaienl 
pour quelque cas que soit, de prendre aucuns biens ou gaiges des censiers ou 
personnes desdictes églieses, ou aultres laboureurs et bonnes gens ayans 
blances bestes à nourrissement , pour avoir aucun deu de prinse d^ leupz, 
autrement que dit est dessus, ceulx qui ainsi en fera ou feroient, seront four- 
faiz et enchenz eu telle correction que de avoir faict le sergent sans commis- 
sion : dont les officiers de justice du lieu à cui justice ce escherra , debvra 
faire et avoir la correction et contrainte; et en cas de deffaulte, noslredict 
grand bailli , sans toutesfois ameurir les droix de la Vénerie héritahle de nos- 
lredict pays de Haynuau, dont le veneur héritable en icelui pays a joy et usé 
anciennement de tout temps, pour lui et ses prédécesseturs veneurs héritables, 
ne aussi diminuer les droiz de louviers et loutriers. • 



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(68) 

reurs et eo général tous ceux qui habitaient la campagne étaient 
en butte de la part des chasseurs ou de ceux qui, sous prétexte 
de vénerie, s'introduisaient chez eux et exigeaient des prestations 
en argent ou en naturel 



§ 5. — Comté de Namur, 

L'ancienne coutume de la ville de Namur, rédigée de 4551 à 
4553 *y proclame ce principe que tous seigneurs hautains ont 
droit de chasse i l'exclusion des manants. Le droit de chasse est 
donc régalien au pays .de Namur et ne peut appartenir au sujet 
que par concession spéciale : 

c Item, selon ladite coutume et droit, tous seigneurs haultains 
dudit pays et comté de Namur ont, en leurs terres, haulteurs et 
seigneuries à eulx appartenans sans moyen , le droit de la chasse 
et les airs des ouzenux, sans que leurs subiectz aient en ce cas 
aulcuns droiclz. » 

Le seigneur haut justicier peut chasser dans toute l'étendue de 
sa justice à l'exclusion de tous sujets, mais non du souverain, car, 
au comté de Namur, le droit prtmid/ de chasse appartenait au 
souverain et était purement féodal. 

« Le Roi a seul le droit primitif de chasse '; tous les autres 
tiennent ce droit de Sa Majesté par inféodation ou par concession; 
en conséquence, le souverain peut le restreindre comme bon lui 
semble. » Ces principes étaient admis dans le comté de Namur 
comme nous le verrons plus tard. Actuellement, bornons-nous à 
prendre acte de cette reconnaissance, comprise dans l'antique 
coutun^e que nous venons de citer. 

* Graudgag!! AGE , Coutumes de Namur et de Philippevilley 1. 1, p. 434. 
< McRLiif , Répert,9 v^* chasse , | 5. 



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(69 ) 
CHAPITRE III. 

LA DOMINATION ESPAGNOLE. 

§ i . — Duché de Brabant. 

La landckarter du pays et de la baronnie de Grimberghe, de 
Tan i556 *, montre quel était, à cette époque, au duché de Bra- 
bant, rétat de la législation en quelques matières de chasse. 

Les documents de cette sorte ont cela d'intéressant que, respec- 
tant les coutumes et les usages, ils montrent bien retendue des 
droits des manants et des seigneurs. 

Cette charte s'occupe tout d*abord des chiens de chasse ^. 

c Quiconque blessera un chien de chasse ou chien noble for- 
faira 20 sous ; s'il en tue un, 2 florins du Rhin ; et celui qui bles- 
sera un mâtin ou chien de vilain, forfaira iO sous, s'il en tuait un 
le double ; et il devra contenter les gens auxquels ils appartiennent, 
à moins que ces chiens ne l'aient attaqué et qu'il n'ait pu s'en 
débarrasser autrement. » 

Étrange et intéressante classification du chien ! Le' chien de 
chasse, chien noble; le mâtin, chien de vilain! et naturellement 
le taux de l'amende est en raison de la noblesse de Tanimal. 

Plus loin, la charte s'occupe de Texercice de la chasse propre- 
ment dit ' : 

« Item, quiconque se permet de prendre avec des filets, des 
lacets ou (engins) semblables, ou de tirer des perdreaux, des fai- 
sans, des cignes, des hérons ou quelque béte sauvage, sans l'auto- 
risation du seigneur ou de son drossart, forfait les filets, l'arc ou 
autre engin et, en outre, au profit du seigneur, 3 florins carolus. » 

L'antique coutume brabançonne était donc tombée en désué- 
tude. On ne chassait plus noblement, plume par plume, poil par 

* C. CasxeHj Coutumes du pays et duché de Brabant, t. Il, pp. 31 et suiv. 

* De blesser des chiens de chasse et autre, C Casier , ouv. cit., p. 31. 

' De prendre des perdreaux ou quelque gibier sans autorisation, 
C. Casier, p. 57. 



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(70) 

poil. Le seigneur avait le droit d'autoriser le manant à se servir 
d'engins, lacets, filets, arquebuses; il pouvait nécessairement chas- 
ser lui-même de cette manière. En se servant de tels appareils, 
sans autorisation, le manant commettait, il est vrai, un délit ; mais 
le fait en lui-même avait cessé d'être défendu. 

Enfln la vo/erte, la chasse pluym met plnym, noble celle-ci, 
était aussi soumise à certaines restrictions. I^e chasseur, qui vou- 
lait ^'y livrer, devait attendre l'époque de l'ouverture * : 

c Item^ nul ne pourra faire la chasse aux perdreaux avec des 
oiseaux avant la Sainte-Marie-Madeleine, sous peine de forfairc 
5 florins carolus au seigneur, et réparer le dommage des gens. > 
Cette dernière phrase indique suflisamment que cette mesure 
était prise dans l'intérêt de l'agriculture. 

 cette époque de troubles et d'agitations, il est certain que les 
ordonnances sur la chasse furent peu observées. Les braconniers 
pullulèrent et l'on dut prendre à leur égard des mesures particu- 
lières. 

Le 18 décembre 1565 *, la duchesse de Parme, régente, pro- 
mulguait à Bruxelles un placard par lequel elle ordonnait au 
Gruyer de Brabant de « lever et retenir au service de Sa Majesté 
des gardes & pied et à cheval pour avecq iceux estre faicts les 
exploicts et debvoirs appartenant à son estât » et, le 26 février 
1568 ^ le duc d'Albe faisait paraître une nouvelle ordonnance 
en vingt-cinq articles sur le fait des chasses. 

Il fait & tous, nobles ou non nobles, laïcs ou ecclésiastiques, 
défense de chasser. Il établit pour les délits de chasse une peine 
nouvelle et plus sévère, celle de la fustigation. 

Des amendes élevées sont comminées et, afin d'encourager la 
délation (ce qui était bien dans les usages de ce gouvernement 
inquisitorial], le duc ordonne qu'elles seront partagées en trois : 
un tiers au profit du Souverain , un tiers pour le dénonciateur et 
le surplus pour l'officier « qui aura fait correction. > 

^ De ne pouvoir prendre des perdreaux ou autres avec des oiseaux.avant 
la sainte Marie Madeleine, G. Casier, p. 58. 
" P/ac.Bra6., t. III, p. 515. 
• /6iU, t. III,p.l73. 



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(71 ) 

Des prescriptions très^dé taillées sur la vente et le recel du 
gibier par les c pâtissiers, rôtisseurs, hôtcHiers , etc. » viennent 
ensuite : la facilité , avec laquelle les braconniers se débarras- 
saient de leur butin chez les. personnages de cette catégorie, était 
en effet un encouragement pour le braconnage. 

Les chiens de garde doivent être attachés ou enfermés pendant 
le jour. La nuit, ils ne peuvent être lâchés, pour la garde des 
champs, que s'ils ont un jarret coupé et s'ils portent un bâton au 
cou. II fixe enfin les époques d'ouverture et de fermeture de la 
chasse et, s'occupant plus spécialement de la protection des 
oiseaux de fauconnerie, il défend d'entrer dans les bois avec des 
elitnp'Spooren ou grippeaux depuis le V mars jusqu'au 21 août, 
afin qu'è Faide de ces instruments on ne puisse grimper le long 
des arbres et aller déranger dans leurs aires les oiseaux nobles. 

Quelques-unes de ces dispositions sont en contradiction bien 
formelle avec les garanties et les privilèges de la Joyeuse Entrée. 
Mais toujours le Souverain, poussé probablement en cela par 
les officiers de la vénerie qui y trouvaient avantage et profit, 
chercha k restreindre ces privilèges, qui, d'autre part, étaient 
chaque fois revendiqués avec un soin jaloux par les Brabançons et 
le Conseil de Brabant. De \k de fréquents conflits où le dernier 
mot ne resta pas toujours au plus puissant. 

 cette époque, d'ailleurs, de grands besoins d'argent se firent 
sentir. La nécessité de lever et d'entretenir des troupes nom- 
breuses, qui, lorsque la solde cessait de leur être régulièrement 
payée, se transformaient en bandes de brigands, de vagabonds 
et de braconniers, amena le Souverain à vendre ou h engager soit 
des domaines, soit des droits utiles qu'il possédait en qualité de 
duc de Brabant. 

Le 9 juin 1559, la haute justice de Vieux-Gemappe, avec tous 
les droits qu'y possédaient les ducs de Brabant, tels que la chasse, 
la pèche, les amendes, un cens de 12 sous 7 deniers de vieux 
gros etc., fut vendue au seigneur foncier de Promelles, moyen- 
nant 194 livres de 40 gros, qui furent payées le 26 octobre de la 
même année '. 

* Tarlier et Wauters, l*'livr.,p. 16. 



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(72) 

Le même jour, le domaine cédait à Pierre Boisot, sire de Riiart, 
la haute, moyenne et basse justice de Glabais, c avec vollerie, 
pescherie, » amendes de toute nature, droit de confiscation, etc., 
moyennant 263 livres d'Artois ^ 

Le 7 février i 560-i 561 le domaine engagea à Hector de Dave, sei- 
gneur de Herlemont et d'Ophain, pour 346 livres, la haute, moyenne 
et basse justice h Witterzée, avec chasse, volerie et autres droits^. 

Le 26 août i56o, c'était la haute, moyenne et basse justice, 
avec c roisellerie, > la chasse, etc., à Chapelle-S^-Lambert, qui 
était aliénée pour i20 livres d'Artois ^ 

On comprend combien toutes ces aliénations avaient restreint 
le cercle d'attributions du Gruyer et les revenus de sa charge. 
D'autre part, l'accroissement du nombre des braconniers et, 
partant , celui des sergents, nécessaires à la protection des chasses 
et à l'exécution des divers devoirs de ses fonctions, avaient eu 
le même résultat. Ce fut pour compenser, dans une certaine 
mesure, tous ces désavantages que, par son placard du 30 avril 
i57i Sic duc d'AIbe rapporta la disposition de son ordonnance 
de 1968, relative au partage des amendes, et décida que , c toutes 
les peines et amendes seront exécutées et perçues au profit du 
Grand Veneur et du Gruyer de Brabant, qui les feront pour- 
suivre de la manière établie. Et en cas de défaut de payement, 
les peines pécuniaires seront converties en peines corporelles, 
selon nos anciennes ordonnances que nous voulons maintenir et 
observer *. » 

II est certain que, déjà avant cette époque, ces deux charges 
paraissent avoir été fort recherchées, et les listes des Grands 
Veneurs et des Warant-Maîtres du Brabant montrent que les per- 
sonnages les plus nobles du pays ne dédaignaient pas d'être 
revêtus de ces fonctions ®. 

» Tarlier et Wauters, 1" livr., p. 22. 

• Ibid,, r livr., p. 65. 

• /6W.,4Mivr,p.9!. 

• Plac. Brab., t. H, p. 176. 

s Vbrloo, Codex brabanticus, p. 439. 

^ Voir les listes des Grands Veneurs de 1330 à 1660 et desGruyersde 1467 
et à 1660. Plac. Brab,, t III, pp. 529 et 530. 



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( 73) 

Le placard du 50 avril 1571 ne se bornait pas k disposer relati- 
vement aux amendes. Il contenait de plus un grand nombre 
d'articles concernant les taverniers et les pâtissiers ainsi que le 
recel du gibier tué en délit, les peines et la compétence des 
officiers de vénerie. Il reproduisait notamment plusieurs dispo- 
sitions du placard de 1568. 

Ce placard fut commenté et encore étendu par la déclaration 
du23aoûti571 «. 

Le dernier placard en matière de chasse, émanant du duc 
d'Âlbe, fut donné à Nymègue, le 23 juin i573 '. Les mesures 
prises jusqu'alors pour protéger les chasses du souverain et pour- 
suivre les braconniers, plus nombreux de jour en jour , n'avaient 
point iiaru suffisantes encore, car le duc donnait à messire de 
Berlaymont^ Grand Veneur, Tordre det lever, prendre et retenir 
au service de Sa Majesté, et pour la garde de la sauvagine, un 
lieutenant, douze hommes à cheval et vingt- quatre hommes à 
pied, les plus disposts, qualifiez et cognoissans les contrées du 
dîct bois de Soigne. * 

Le « dict > bois de Soigne était devenu un repaire de marau- 
deurs et aussi Tasile de tous les proscrits, dont les biens avaient 
été confisqués et la vie mise en péril par les paternels administra- 
teurs du duché ! £n \ 588, le duc de Parme fut forcé de lever une 
garde de cent hommes pour purger la forêt des bandits qui Tin- 
festaient '. 

Le 12 octobre 1583 ^ avait paru un placard, destiné spéciale- 
ment à protéger les oiseaux nobles , que l'on allait déranger sur 
leurs nids et à prévenir le vol des œufs ou des petits. C'était h 
l'aide de climp-spooren ou grippeaux que l'on grimpait aux arbres 
au sommet desquels ces oiseaux avaient construit leurs aires; 
aussi le placard interdisait-il de pénétrer, depuis le i^' mars jus- 
qu'au 31 août, es bois ou forêts avec de pareils instruments. 

' P/ac.ara&., t. III, p. 516. 
« /6id.,l.lII,p.517. 

* Verhaegek, ouv. cité, p. 141. 

* AnsELMo, Codex belgicus, p. 111 ^ Verloo, Codex brabanticus , 
p. 441. 



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( 74) 

C'était la répétition partielle des dispositions du placard du 26 fé- 
vrier i568. 



§ 2. — Duché de Luxembourg, 

Le 12 août 1544, une ordonnance de Philippe II con&rma les 
coi^tumes et privilèges de la ville de Dampvillers. Il n'est pas sans 
intérêt de connaître les passages de ces lettres patenties où il est 
question de la chasse. Nous y verrons que les privilèges de la 
bourgeoisie étaient nombreux dans le Luxembourg et que, tou- 
jours, les souverains y usèrent de grande condescendance à Tégard 
de leurs sujets en matière de chasse ^ 

« Premièrement : que tout bourgeois de notre dite ville de 
Dampvillers et du ban, assçavoir de Reuillc, Estraye et Wau- 
rille, sy bon leur semble, pourront nourrir et entretenir chiens 
grandz et petitz pour chasser toutes bestes saulvaiges sur leurs 
bois et ban , comme ceulx de nôtre duché de Luxembourg et conté 
de Ghiny, sans néantmoins pouvoir entrer en noz bois et forestz 
pour chasser, ne fust de notre cognoissance et licence. 

< 2. Pourront mesmement les dits bourgeois porter arbelestres 
par les champs, tirer les oiseaulx, les prendre avec Bletz, sy bon 
leur semble, réservé touttefois le faisant, pouille de faisant, la 
perdrix et le héron, pourvu aussy que nos dicts subieclz useront 
modérément des dites vénerie et vollerie , et que le gibié ne soit 
gasté. » 

Ce privilège est tout à fait remarquable, pour Tépoque, par les 
droits étendus qu'il reconnaît aux habitants de Dampvillers. 
Quelle différence extrême entre la façon dont sont traités les 
Luxembourgeois et celle dont on en use à Tégard des habitants 
de quelques autres provinces 1 Car ce n*est pas a Dampvillers seu- 
lement que de pareils privilèges existent; à Esch-sur-rÂlzette ils 
sont plus étendus encore. 

On observait dans cette localité les dispositions de la fameuse 

1 Leclekcq, Coulâmes de Luxembourg, 1. 1, p, 266. 



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( 7o ) 

loi de Beaumont-en-Apgonnc , que Guillaume, archevêque de 
Rheîms, avait donnée en ii82 à une petite commune fondée par 
lui en Champagne. 

Cette loi fut considérée comme un bienfait pour la population 
qu*e1]e devait régir. Â cette époque de tyrannie et d'arbitraire , elle 
reconnaissait au peuple des droits si nouveaux, qu'elle fut 
regardée comme un modèle de législation et fut adoptée par les 
populations des provinces avoisinantes. Elle pénétra de cette façon 
dans le Luxembourg et les habitants d'Esch, notamment, en sui- 
vaient les prescriptions. 

Or Tune d'elles accordait des droits fort étendus en matière de 
chasse* : < en conséquence de la concession, lesdits habitants et 
bourgeois de Beaumont ont l'usage libre des eaux et forêts; ont 
toujours péché et chassé sans aucuns empêchements, et personne 
n'a droit de chasser dans leur forest que Sa Majesté. > Ainsi s'ex- 
prime c le record de la justice de Beaumont en Argonne sur plu- 
sieurs dispositions de la loi. > On comprend combien les habitants 
d'Esch étaient jaloux de ce privilège. 

Philippe II, par ses lettres patentes du 22 novembre 4570, le 
leur confirma et notamment le droit c de pescher et chasser en- 
déans lés limites de la seigneurie et de jouir du tiers des 
amendes. » 

Nous verrons que les archiducs agirent de même et que la cou- 
tume fut longtemps respectée sur les bords de l'AIzette. 



§ 3. — Comté de Flandre, 

Un placard, donné à Bruxelles le 3 avril 1570' pour la Flandre, 
n'est, sous beaucoup de rapports, que la répétition de celui du 
t22 août i 551 . Ses quatorze articles ne renferment aucun principe 
nouveau en matière de chasse. Cependant, il semble résulter 

* Leclercq, t. I,p. 22. 

^ Plac. Ktand., LU,p.387. 



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(76) 

de Tarticle â que les nobles avaient le droit de chasser le petit 
gibier et de tenir des chiens de chasse, même sans autorisation 
spéciale; tandis que les autres, qui leur sont assimilés, avaient 
besoin, à cette fiç, d'un octroi du prince. 

L'article 5 ordonne à ces derniers de faire preuve de leurs pri- 
vilèges ou octrois, dans les trois mois de la publication du pla- 
card, par devant le Grand Veneur, ses lieutenants ou ceux qu'il 
aura commis à cette fin. 

L*arlicle 4 défend, sous peine de iO florins carolus, la chasse 
au petit gibier depuis la mi-avril jusqu'à la S^*- Marie-Madeleine. 
L'article suivant s'occupe de la divagation des chiens, principale- 
ment en temps de neige. 

D'après l'article 11, ceux qui voulaient vendre de la venaison 
devaient Texposer à un marché public. 

Si les délinquants n'avaient point été arrêtés, le Grand Veneur 
pouvait, aux termes de l'article i5 , les faire citer k comparaître 
devant son tribunal et punir les défaillants du bannissement. 

Ce même article reconnaissait la compétence du Grand Veneur 
en cette matière, même vis-à-vis des gens de guerre et des soldats, 
et s'occupait de régler la composition du siège de justice ou 
Dinglibanck de cet officier. 

Pour le surplus, le placard répétait purement et simplement les 
prescriptions de celui de i 55i • 

Il devait être publié à nouveau le i*** avril et le i*' septembre 
de chaque année. 

Le Grand Conseil de Flandre publia cette ordonnance, en pres- 
crivit l'observation et prit même un arrêté en quatre articles, des- 
tinés à en assurer la stricte et sévère application : Défense de 
circuler à travers bois ou champs porteur d'arbalètes, arque- 
buses, etc.; ordre donné aux gouverneurs, capitaines, lieutenants 
de ne point laisser vaguer leurs soldats ainsi armés à travers le 
plat pays, etc. 

Nous avons dit tantôt combien les charges de Grand Veneur et 
de Gruyer de Brabant étaient recherchées , soit à cause des profits 
que les titulaires en retiraient, soit à cause du lustre qui y était 
attaché. — Il en était de même en Flandre. 



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(77) 

Cette lettre curieuse*, ëcritc aux États le 27 septembre i577 
par un des grands personnages du pays, portant un nom célèbre 
et qui devait devenir historique, le prouve assez : 



c À Messieurs, Messieurs les quatre membres du pays 
et Conté de Flandres : 

» Messieurs, ayant en cest heur dû prendre les armes pour la 
deffence et tuytion de vostre patrie avecq le zèle de bon patriot 
quy m'a tousjours accompaigné, et mesmement commencé au pays 
de Flandres, pour le faict du château de Gand , quy nous estoit de 
sy grande importance , et où la chose s'est passée avec conten- 
tement et de la sorte que chacun sçait; et d'aultre part combien 
que j'aye quelques biens audit pays, mesroes estant sèneschal 
d'iceulx, sy est-ce que j'ay esté meu, pour y avoir encoires quel- 
que charge particulière, faire poursuyte pour le Vénerie d'iceliuy 
pays. Et comme je tiens que, paravan t m'en pourveoir absolutement 
Ton enverra vers vous auitres pour estre informez de vostre advis 
sur ma suffisance et idonéité h ceste charge, j'ay bien désiré vous 
en ad viser par ce mot, et joincteraent vous prier que, ayant égard 
h ce que dessus et à la bonne affection que j'ay eu et auray toutte 
ma vie au bien dudit pays de Flandres , et au vostre en particu- 
lier, veuillez rendre tel advis et résolution sur ceste mienne pré- 
tente que trouverez convenir, et selon que me jugerez propre à 
l'exercice d'icelle. Qui sera Tendroit. 

» Messieurs, où me recommanderay affectueusement à voz 
bonnes grâces, priant Dieu vous maintenir en la sienne saincte. 

9 De Bruxelles, cexxvn* de septembre i577. 

B Vostre bon amy patriot, à vous faire service. 
> (S.) Philippe de Lalaing. > 

* Bull, de la Commission royale d'histoire, 2« sér., t VIII, p. 4M. 



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(78 ) 



§ 4. — Comté de Hainaut 

Le 51 juillet 1560 S parut une ordonnance sur la chasse pour 
le comte. 

Le souverain croit devoir s'occuper de nouveau de cette matière, 
et s'en s'occuper d'une façon toute spéciale, parce que c sans y 
pourvoir, icelle vénerie deviendrait par succession de temps toute 
commune, et nosdictz forests en peu de temps entièrement desnuez 
de bestes , sans que cy après pourrions estre servy de venaison 
pour nostre maison, ny en recevoir déduit ou passetemps. > 

En douze articles fort détaillés il fait nombre de défenses. 

Défense h quiconque c de quelque estât , qualité ou condition 
qu'il soit, noble ou non noble > de chasser dans les bois du prince 
c bestes rouges ou noires, » d'y porter pistolet, arquebuse, etc., 
sous peine d'une amende de 50 carolus d'or pour la première 
fois. 

Même défense en ce qui concerne le petit gibier, sauf à l'égard 
des gentilshommes ou autres qui y auraient été autorisés par l'em- 
pereur Cbarles-Quint et qui peuvent continuer à en user comme 
d'ancienneté. 

Obligation de suspendre un billot dç 1 1/2 pied de long au cou 
des chiens mâtins, sous peine d'une amende de 2 carolus < pour 
chacun et chacune fois que tels chiens seront trouvés en nos bois 
ou forêts sans lesdits billots. » 

Défense de prendre, avec rets, filets ou autres engins, et de 
tirer, avec arc à main, arbalète, arquebuse ou autres armes, les 
lièvres et les lapins du comte, sous peine de 25 carolus d'amende 
pour la première contravention, 50 pour la seconde et peine arbi- 
traire pour la troisième , c bien entendu que tous seigneurs et gen- 
tilshommes pourront chasser en leurs terres seulement toutes 
bestes et volailles comme ils ont fait jusques h présent. > 

Confiscation des filets, rets et engins. 

Défense, sous peine de correction arbitraire, aux paysans de 

' Faider, Coutumes de Haiiutut, 1. 1, p. 455. 



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(79) 

porter avec eux, lorsqu'ils vont aux bois, des armes à feu ou de 
trait. 

Plusieurs dispositions, enfin, sont prises dans le but de protéger 
les oiseaux de fauconnerie et de permettre au comte de remplacer 
aisément c ses oyseaux de poing et de loire. » 

L'ordonnance porte que les amendes èe partageront également 
entre le souverain , le dénonciateur et Tofficier qui connaît de la 
contravention. 

En somme, ce placard ne renferme aucun principe nouveau, si 
ce n'est peut-être la compétence donnée aux juges ordinaires de 
la vénerie même sur les militaires, qui auraient contrevenu aux 
édits sur la chasse. 

Cétait, en eifet, un principe parfaitement reconnu h celte 
époque, que les gens d'armes n'étaient justiciables, en toutes 
matières, que des tribunaux militaires. Plus tard ce principe fut 
formellement aboli, notamment en ce qui concernait la chasse. 
Jusqu'à ce moment, il fallait pour le faire fléchir, des exceptions 
spécialement écrites dans les ordonnances. 



§ 5. — Comté de Namur, 

Le 3 avril 1!)70 \ Philippe II promulguait, pour le pays de 
Namur, un placard assez étendu sur la matière. 

Porté de l'avis du duc d'Albe, ce placard défendait c k tous de 
quelle état, qualité ou condition qu'ils soient, ecclésiastiques ou 
séculiers, nobles ou non nobles, de chasser ou faire chasser à force 
de lévriers, chiens courans,ny autrement les grosses bêtes rousses 
ou noires, soit cerfs ou biches, chevreuxou sangliers, ou les tirer 
d'arbalètres , d'arcqs à la main, arquebuse ou autrement, les 
prendre à filets ou autres instruments. > 

Toute contravention à cette disposition était punie, pour la pre- 
mière fois , d'une amende de 50 carolus d'or et du baunissement 

* « Placcart et ordoiuiance du Roy, notre Sire, sur le fait de chasse, vénerie, 
volerie, au pays et conté de Namur. » Coutumes et ordonnemces du pays et 
conté de Namur, p. 3S(5. 



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(80) 

pour trois ans du comté de Namur. En cas de seconde contrayea- 
tion, la peine était de iOO carolus et du bannissement pour le 
même terme. La troisième récidive était punie, soit de la fustiga- 
tion sur un échafaud et du bannissement perpétuel du pays de 
Namur, soit des galères, soit enfin de toutes amendes et corrections 
qu*il plairait au juge d'infliger, selon la qualité des personnes. 

Il était toutefois permis aux seigneurs hauts justiciers, qui en 
avaient acquis le droit par une possession légitime, de c chasser à 
force, k lévriers, à chiens courants » dans retendue de leur sei- 
gneurie seulement, sans pouvoir poursuivre le gibier dans les bois 
et forêts de Sa Majesté. 

Tout autre mode de chasse était interdit. Il était défendu à 
tous individus, de quelque condition qu'ils fussent, même aux 
militaires, de se trouver porteurs d*arquebuses, arcs et arbalètes, 
hors des chemins, dans les forêts du Roi. 

Nul ne pouvait chasser ou faire chasser aucuns lièvres, connins 
ou autres petites bêtes, sous peine d*une amende de 45 carolus 
d'or pour la première fois, de 50 carolus en cas de récidive et du 
double pour la troisième contravention. Il n*y avait d'exception 
qu*à l'égard des hauts justiciers et gentilshommes, qui pouvaient 
se prévaloir d'un usage immémorial antérieur, et le droit de 
chasse ne pouvait être exercé par eux que dans les limites de 
leurs seigneuries. 

Pour prévenir la dévastation des récoltes, la chasse était pro- 
hibée depuis le 4 avril jusqu'à la « Magdeiainc • (22 juiUel). 

Le placard défendait aux pâtissiers, taverniers et autres sem- 
blables, d'acheter du gibier qui n'aurait pas été préalablement 
exposé pendant plusieurs heures h un marché public. C'était une 
application 4e cet axiome, qui sera toujours vrai : sans recéieursy 
pas de voleurs. Dans le même but, le transport du gibier c au 
moyen de sacs ou paniers, » c'est-à-dire caché, était interdit sous 
peine d'une amende de cinq carolus d'or. 

Le propriétaire du bois ou de la tcrreoù était trouvée [a dépouille 
d'un t fan, codar ou autre bête jaune ou noire, > était tenu, sous 
peine d'une amende de 50 florins, d*en donner immédiatement 
avis au Grand Veneur ou à ses commis. 



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(81 ) 

Dans le rayon d'une lieue autour des forêts du souverain, 
les chiens devaienl porter au cou un béton d'un pied et demi 
de longueur. S'il en était trouvé dans ces forets et qu'ils ne 
fussent pas entraves de la sorte ou tenus en laisse, leur pro- 
priétaire, même noble , était passible d'une amende de 5 ca- 
rolus. 

Le vol d'un lévrier ou d'un chien courant, appartenant à la 
vénerie du comte de Namur, était puni d*une amende de 20 caro- 
Ins. L'enlèvement des oiseaux nobles, tels que c atours, espreviers 
etlanniers > ou de leurs œufs, dans les forêts du comte, était 
paoi d'une amende de 50 carolus d'or. 

Ces amendes, en cas de non-payement, étaient remplacées par 
des peines corporelles telles que < bannissement, fustigation, 
prison au pain et k l'eau ou autrement. > Les délinquants, qui, 
après trois ajournements, restaient en défaut de comparaître, 
étaient bannis du comté. 

C'était le gouverneur de la province, en sa qualité de Grand 
Veneur, ou son lieutenant, qui avait la connaissance des délits de 
chasse et t nuls autres, » car aucune juridiction privilégiée ne 
pouvait être réclamée par l'inculpé, qu'il fût ecclésiastique, mili- 
taire, membre d'un corps administatif ou judiciaire quelconque : 
« 11 a connaissance et judicature tant au fait de la chasse, vénerie, 
volerie, louverie, que des délits et amendes ensemble des pate- 
ciers, cabaretiers,.taverniers, hôtelains et tous autres , en quelque 
lieu que ce soit, sous le ressort toutefois du conseil privé et nuls 
autres juges. » 

Il y avait donc appel des sentences du Grand Veneur au conseil 
privé. 

Pour rechercher et prévenir les délits de chasse, le Grand 
Veneur avait h ses ordres des sergents, dont les rapports et pro- 
cès-verbaux faisaient foi, jusqu'à preuve contraire seulement, 
laquelle pouvait se tirer même de présomptions. 

Les sergents pouvaient arrêter et emprisonner préventivement 
les délinquants. 

Le roi, en terminant, recommande spécialement à ses officiers de 
vénerie de veiller à ce que ce placard soit observé avec soin en la 
ToMB XXVll. 6 



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( 82) 

terre d'Agimont < où les conte de Rochcfort et Stolberch foulaient 
exercer et tenir leurs chasses. » 

Ce placard est, pour le pays de Namur, un code bien complet 
sur la matière. Le droit de chasse était, en cette province, non 
seigneurial, mais inhérent à la personne du souverain. Les sei- 
gneurs ne l'exerçaient que par concession du comte, octroi dont 
une longue possession faisait, il est vrai, présumer Texistence'. 

Cet édit atteste les peines exorbitantes qui étaient prononcées. 
Le taux des amendes comminées parait déjà excessif de nos jours ; 
que devait-il en être h une époque où la valeur monétaire était si 
différente de ce qu'elle est aujourd'hui ! 

Les délits de chasse étaient envisagés comme portant une 
atteinte directe aux droits et prérogatives de l'autorité publique, 
représentée par les souverains et les seigneurs. Les contrevenants 
étaient réputés usurper les pouvoirs de la puissance publique. 
Les dispositions pénales avaient aussi pour objet la conservation 
du gibier, dans l'intérêt de la classe privilégiée, à laquelle la chasse 
était attribuée comme droit honorifique. 

< Jouir de la pèche et de la chasse dans toute retendue de la 
justice, avoir des colombiers à pied et k boulins faisait partie des 
droits utiles des seigneurs hauts justiciers ^.b Ces quelques lignes, 
dans leur concision et leur brièveté, résument admirablement les 
principes de Tépoque. 

Une déclaration, relative au placard dont nous venons de par- 
ler, fut fuite à Anvers, le 23 juillet 1571 ', par Philippe II. Elle 
caractérise le système de gouvernement de ce souverain : elle 
portait que 100 florins carolus seraient comptés au dénonciateur 
d'un délit de chasse 1 

*■ Voir une brochure de M. X. Leliêvre, InstUulions namuroises. Droit de 
chasse au comté de Namur. 

* DEfkCQz y Ancien droit belgique, 1. 11 , p. 276. 

• Plac J5ra6., t. III, p. 520. 



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(83) 



CHAPITRE IV. 

LES ARCHIDUCS ET LES GOUVERNEURS. 

§ 1. — Duché de BrabanU 

Albert et Isabelle^ dont le souvenir est encore si populaire 
dans nos contrées, parce que leur règne, relativement doux et 
humain, succédant à une tyrannie sanguinaire et farouche, fut 
pour le pays une véritable délivrance, Albert et Isabelle ren- 
dirent, le S8 juin i600 ', à Bruxelles, une ordonnance destinée à 
réorganiser la vénerie du Brabant et notamment la maison de 
chasse de Boitsfort. 

On comprend, sans peine, combien cette réorganisation était 
urgente après la période agitée que le Brabant venait de tra- 
verser. 

A cette fin, les archiducs ordonnèrent que le placard du 
5 mars 4545 de la reine douairière régente, Marie de Hongrie, 
fût publié de nouveau et se bornèrent à y ajouter quelques arti- 
cles complémentaires. 

A cette époque les règlements en matière de chasse étaient 
appliqués avec une rigueur excessivç. 

C'était un crime presque capital que de posséder chez-soi une 
pièce de venaison, dont la provenance n'était pas expliquée d'une 
manière très-satisfaisante, et visites domiciliaires, emprisonne- 
ments préventifs, nous allions dire tortures, étaient choses habi- 
tuelles en matière de chasse. Le Grand Veneur, le Gruyer et leurs 
sergents empiétaient souvent, dans leur ardeur à poursuivre et à 
constater les délits, sur les privilèges des seigneurs et portaient 
atteinte non-seulement aux droits des sujets, mais, ce qui était 
plus grave, à ceux des grands vassaux. De fréquentes dissensions 
s'ensuivirent et ne se terminèrent pas toujours à l'avantage 
des officiers de la couronne, dont le zèle était singulièrement 

» P/ac.Bra6.,l,IIT,p.513. 



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(84 ) 

stimulé par les parts d'amendes, que les règlements leur attri- 
buaient. 

Il sera intéressant, pour donner une idée de cet état de choses, 
de reproduire les principales phases d*un fait de ce genre. 

a Le voisinage de la foret de Soigne é( la rigueur avec laquelle 
on exerçait parfois les lois sur la chasse, était la source de mainte 
vexation pour les habitants de Braine, et de difficultés entre les 
officiers du souverain et ceux de ses vassaux. La découverte, dans 
la forêt, d'une tète de cerf qui y était cachée, preuve évidente 
qu'un animal de l'espèce avait été mis à mort, provoqua, delà 
part de De Zoete , lieutenant du Grand Veneur, des recherches 
actives à Ohain et à Roussart; en visitant la maison d'un vieillard 
nommé Woyts, on trouva deux morceaux de venaison. De là , de 
nouvelles perquisitions et de nouvelles rigueurs. Les serviteurs du 
Grand Veneur, pour empêcher les sujets du sire de Braine et de 
Beersd de nuire à la chasse domaniale, en désarmèrent plusieurs, 
entre autres Pierre De Duyve, caporal à Âlsemberg, et Sébastien 
De Wael, le vorster ou sergent de Rhode-Sainte-Genèse. Le Grand 
Veneur, marquis de Havre , ayant représenté que les recherches 
avaient fait découvrir de nombreuses traces de déprédations, 
commises dans la forêt, et que nombre d'habitants du voisinage y 
bâtissaient des huttes pour mieux tirer le gibier, les archiducs lui 
enjoignirent, le 2 novembre i607, de continuer les poursuites. 
Woyls rejeta la faute sur ses enfants et réussit h obtenir son 
pardon de l'archiduc, le i 9 janvier i 608. De son côté , le seigneur 
de Braine vit annuler tout ce qui avait été fait au préjudice de son 
autorité, parles lettres patentes du i7 novembre i607 ^ > 

Les consistoires de la trompe avaient, comme nous le savons, 
compétence pour connaître, à la poursuite du Grand Veneur ou 
du Gruyer, des délits de chasse commis, soit dans les forêts, 
garennes ou chasses du souverain, soit dans toute autre garenne 
ou chasse située en Brabant, à l'exception des garennes franches, 
dont les propriétaires connaissaient, par eux-mêmes ou par leurs 
officiers, des délits commis en leurs chasses. 

■ Tablier et Waiters , 3* livr., p. 99. 



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(83) 

Parfois la juridiction, en ce cas, était mixte, c'est-à-dire que le 
tribunal était formé de juges désignés et par le souverain et par 
le seigneur. Cela arrivait, par exemple, lorsque, par suite d'accords 
anciens, les prérogatives se partageaient également entre les ducs 
de Brabantet leurs grands vassaux. H en était ainsi pour certains 
bois appartenant au chapitre de Nivelles. 

< Les chanoines et les chanoinesses y pouvaient chasser la béte 
fauve, ainsi que le décidèrent les archiducs Albert et Isabelle, 
par sentence en date du i4 juillet i61â, et ce droit s'étendit 
même à leurs suppôts, qui sortirent triomphants d'un procès que 
leur intenta h ce sujet le Gruyer de Brabant *. » 

Remarquons, une fois, de plus, le zèle de cet officier à recher- 
cher des délinquants. 

« Les seigneurs des villages adjacents n'avaient pas la même 
prérogative. Le seigneur de Marbais ayant chassé dans le bois de 
Hez et de Bossut, en i620, le chapitre le fit calenger et le cita 
devant la Cour des bois ; ce seigneur demanda d'abord des lettres 
de maintenue au conseil de Brabant, mais il se désista de ses 
prétentions et sollicita du chapitre une permission, qui lui fut 
accordée à plusieurs reprises, puis fut révoquée le 24 janvier 
1639*.. 

Cette Cour des beis, qui siégea jusqu'en i680 tous les samedis 
dans une chambre de l'hôtel de ville de Nivelles, était pré- 
cisément un de ces tribunaux mixtes, dont nous venons de 
parler. 

c Le souverain et le chapitre de Nivelles instituaient de 
commun accord une Cour des bois, qui se composait de deux 
baillis, de huit jurés et d'un greffier et qui avait à ses ordres huit 
forestiers ou gardes. Les baillis, les jurés et les forestiers étaient 
nommés, moitié par le souverain, moitié par le chapitre, et le 
greffier était désigné al.ternativement par Tune et par l'autre de 
ces autorités. A la tête de la Cour étaient encore deux maîtres des 
bois; l'une de ces charges, celle à la collation du chapitre, sedon- 



* Tarlier et Wauters, 3« llvr.,p. 72. 
« Ibid, 



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(86 ) 

nail à un chanoine, Taulre fut fréquemment conférée au receveur 
du domaine du Quartier de Nivelles. Le plus ancien des Maîtres 
des bois à l'entour de Nivelles, que nous sachions avoir été 
nommé par le prince, s'appelait Engclbert de la Houssière; 
Charles le Téméraire le remplaça, le iO septembre i476, par 
Godefroid Du Ghesne dit Mariscbal. 

> La Cour des bois jugeait de tous les crimes et délits, qui se 
commettaient dans les bois de Nivelles, Thomicide excepté, dont 
les souverains s'étaient réservé la connaissance. Elle pouvait 
exploiter, c'est-à-dire entamer une procédure au sujet de ces 
crimes et délits, dans les autres juridictions, comme le conseil 
deBrabanl le décida en sa faveur, le i4 juillet 1570 contre le 
seigneur de Houtain-lç-Val, en 1659 contre l'archevêque de 
Malines en qualité de seigneur de Frasnes, en 4645 contre 
Tabbessc de Nivelles en qualité de Dame de cette vMlc. Les appels 
de sentences de la Cour des bois se portaient par-devant la Cour 
du droit forestier ou le consistoire de la trompe à Bruxelles *. » 

Le 12 janvier 1615 ^, Albert cl Isabelle donnèrent , à Bruxelles, 
un placard portant réglementation des prestations, qui devaient 
être fournies annuellement par des fermes, des fiefs, des loca- 
lités ou des personnes déterminées , dans le ressort de la vénerie 
de Brabant. Ces prestations étaient parfois importantes; Tavidité 
ou le zèle exagéré des officiers de vénerie , qui percevaient ces 
impôts sans contrôle sérieux, pouvaient en rendre les charges 
excessivement onéreuses et tout arbitraires. On comprend que 
des plaintes se soient élevées et que les archiducs aient vu la 
nécessité de mettre terme à des abus aussi criants. 

Un autre abus, qui attira leur attention et qu'ils réprimèrent 
par leur placard du 50 janvier 1615 ^, était le suivant : les offi- 
ciers de vénerie percevaient des amendes en matière de chasse 
et ils oubliaient parfois, parait-il, den rendre compte. Que deve- 
naient-elles? C'est une question a laquelle leur probité aurait eu 

* Tarlier et Wauters , 3« livr., p. 73. 
5 /Wd.,t. in,p.52t. 



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{ 87 ) 

probablement quelque peine à répondre. Bref Albert et Isabelle 
crurent devoir régler « les comptes h rendre des amendes prove- 
nant des exploicts qui se font par le lieutenant Grand Vejneur, 
veneurs et officiers de In vénerie. » 

Nous avons dit combien le Grnycr et ses commis, en poursui- 
vant^ à tort et à travers, les délits, sans égard ni pour les privi- 
lèges des Brabançons, ni pour les droits particuliers des justices 
seigneuriales, s'étaient créés d'inimitiés. Ils étaient considérés, et 
h bon droit, comme de petits tyrans; comme tels ils étaient ridi- 
culisés et il n*est mauvais tour que Ton ne cherchât à leur jouer; 
les officiers de la vénerie ripostaient et la guerre était allumée 
guerre assez anodine jusqu'ici , mais qui devait prendre bientôt des 
proportions plus grandes. 

Les archiducs Albert et Isabelle, mus par d'excellentes inten- 
tions sans doute, cherchèrent à établir dans la législation des pro- 
vinces belgiques une uniformité qui lui faisait complètement 
défaut. Bien que constituant encore un certain nombre de duchés 
ou de comtés, en fait, ces provinces formaient un seul et même État. 
Son peu d'étendue aurait rendu d'une application plus facile et 
en même temps plus efficace une législation uniforme. Au lieu do 
cela, un nombre énorme de placards réglaient les divers points de 
la législation dans chacun de ces petits États, dont la souveraineté 
se réunissait sur une seule tête et dont le faisceau formait les 
Pays-Bas. 

En matière de chasse, ils firent élaborer un code de cent seize 
articles, fort bien conçu, fort complet pour l'époque et constituant 
en tous cas un progrès réel. Nous examinerons plus loin cette loi 
qui prévoit tous les délits connus alors en fait de vénerie. Ce pla- 
card, qui fut publié le 31 août 1615, fui transmis pour exécution, 
entre autres, au conseil de Brabant; mais les archiducs n'avaient 
oublié qu'une chose, de quelque importance cependant: le fameux 
privilège brabançon! dont eux-mêmes avaient juré le maintien 
lors de leur Joyeuse Entrée. 

Les principes du placard du 51 août 1615 étaient, en effet, en 
opposition complète avec le privilège susdit et l'on comprend 
que le conseil de Brabant refusa de le publier en sou consis- 



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(88 ) 

toirc et que personne, dans le duché, ne se soucia d^obscrvcr 
ses prescriptions, sauf cependant le Gruyer et ses suppôts, qui 
élevèrent la singulière prétention de faire appliquer, en matière 
de chasse^ un placard non régulièrement publié, n*ayant en con- 
séquence pas force de loi et contraire, de plus, à des privilèges 
reconnus solennellement par le souverain lui-même. C'en était 
trop et de la guerre à coups d*épingles on allait passer aux 
faits! 

Le 20 juin 1625 <, les trois États de Brabant firent à S. A. S. le 
gouverneur une remontrance au sujet des plaintes générales qui 
s'élevaient contre le Gruyer. Cet officier citait devant le consis- 
toire de la trompe et selon Tédit de 1615, < dont l'exécution ^ la 
remontrance desdits Estats a été tenu en estât et surséance, » les 
seigneurs, même ceux ayant haute justice et garenne franche, les 
nobles ayant droit de chasse de temps immémorial, qui avaient tué 
ou fait tuer des chevreuils dans leurs domaines , hors de saison et 
même en saison; c et comme les États sont obligés au maintien 
des privilèges de ces seigneurs, ils supplient le gouverneur de leur 
en garantir la paisible possession contre la tendance du Gruyer et 
de ses commis, prétendant par ledit procédure fait bresche aux 
privilèges leurs compétants au regard de la chasse. > 

La réponse du gouverneur, à cette revendication de droits 
jurés par lui, serait plaisante si elle n'était profondément triste, 
en ce qu'elle montre h quel régime d'arbitraire et de bon 
vouloir nos ancêtres étaient alors soumis : c Vcu l'advis nihil 
ut petitur, ains prétendants les seigneurs particuliers cy men- 
tionnez avoir privilège contraire aux intentions du Gruyer de Bra- 
bant, les pourront alléguer par-devant ceulx du consistoire de la 
trompe. » 

Ceux du consistoire de la trompe ! Mais c'étaient les hommes du 
Gruyer, qui les choisissait, qui recevait leur serment, qui les pré- 
sidait, qui entretenait avec eux des rapports journaliers et sous 
la dépendance duquel ils se trouvaient, en somme; c'était consti- 
tuer le Gruyer juge et partie dans sa propre cause, accueillir par 

' Plae. Brab., t. III , p. 522. 



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(89) 

une fin de non-recevoii* ]a réclamation si modérée et si juste des 
États! 

La justice qui leur était refusée, les seigneurs et tous les Bra- 
bançons en général l'exercèrent eux-mêmes. Les gardes furent 
pourchassés^ leur autorité souvent méconnue et, quand ils se 
permettaient d'empiéter sur les droits et privilèges d'un seigneur, 
ayant justice ou franche garenne , il est probable que les oiïiciers 
du seigneur les corrigeaient de façon à leur ôter l'envie de renou- 
veler leurs empiétements. Cela devint si violent que, par un 
placard donné à Bruxelles le 5 mars 1626, ^ le gouvernement 
déclara que « le Gruyer, ses lieutenants, sergents et aultres offi- 
ciers sont en sauvegarde et protection du roy, et ne sont action- 
nables au faict ç{ exploict de leurs offices que par-devant le consis- 
loire de la Corne ou bien par-devant le conseil de Brabnnt. * 

Les seigneurs, les vassaux et leurs officiers, qui se permet- 
traient de gêner et d'emprisonner (cela avait été jusque-là!) les 
gens de la gruerie, dans rexcrcice de leurs fonctions, étaient mena- 
cés de peines sévères. 

Lu possibilité d'appeler au conseil de Brabant, des vexations 
des officiers de la vénerie ducale, constituait un notable progrès 
et un retour à des sentiments plus respectueux pour les libertés 
et les privilèges promis. Au conseil de Brabant, en effet, les 
Brabançons étaient certains de trouver protection et justice. 

D'autre part, Tannée précédente , Tarchiduchesse Isabelle, pro- 
bablement pour tâcher de mettre un terme à ces dissentiments, 
sur quelques points spéciaux du moins, en déterminant mieux 
encore les devoirs et les droits de chacun, avait publié un placard 
relatif au fait de la chasse. C'est le i7 juillet 1625 ^ que cette 
ordonnance peu étendue, puisqu'elle comprenait seulement sept 
articles, et ne renfermant aucun principe nouveau en cette ma- 
tière, fut publiée à Bruxelles. Différents délits commis dans les 
garennes ducales y étaient prévus et la gouvernante s'y occupait 
surtout du port des armes à feu et notamment des pistolets. 

' P/ac.firo*, t. ni, p. 523. 
« /6«d.,t. Il,p. 182. 



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( 90) 

Les placards se succèdent, dès lors, en grand nombre. Nous les 
citerons en ne nous arrêtant qu'à ceux qui offrent un intérêt spé- 
cial. 

Le 13 mars 1629 >, les archiducs défendent de tirer les pigeons. 
Tout ce qui est prétexte au port d'armes de trait ou d*armes h feu 
est un encouragement au braconnage et doit être interdit : les 
législateurs-chasseurs de cette époque n'y manqueront jamais. 

Le 24 novembre 1G3G ^, nouvelle ordonnance, publiée h 
Bruxelles par le cardinal Ferdinand, archevêque de Tolède, gou- 
verneur des Pays-Bas. Il s'agit, celte fois, de la conservation de la 
sauvagine et des bois, et, dans ce but, il est prescrit au Gruyer < de 
lever, prendre et retenir au service de Sa Majesté six hommes à 
cheval et quatorze à pied. » 

Par ses actes du 10 septembre 1637 ' et du 5 décembre 1643, 
le souverain règle l'exécution des sentences, jugements et décrets 
des hommes de fief du consistoire de la trompe. 

Lc29 novembre 1630S parait, à Bruxelles, un nouveau placard 
portant défense de chasser ou de tirer dans les franches garennes 
et les colombiers. Le Grand Veneur, le Gruyer et leurs gens 
sont chargés de l'exécution de cette ordonnance; à cet effet un 
lieutenant de hallebardiers est commis pour concourir, avec l'aide 
de ses valets, à la répression des délits de chasse ^. 

L'époque de l'ouverture de la chasse est fixée, par le placard 
du 24 juillet 1677 ^ dans l'intérêt de l'agriculture, v intérêt qui 
a droit à la sollicitude des gouvernants. • Il est fait défense à 
quiconque de chasser plus tôt que trois semaines après la sainte 
Marie-Madeleine. 

Nous avons vu, ci-dessus, que des contestations sëtaient élevées 
entre le Grand Veneur et le Gruyer de Brabant, relalivemenl à 
leurs fonctions, leurs droits et leurs prérogatives, notamment au 

» Plac. Brab., l. Il, p. 185. 
« /&/(/.. t. III, p. 524. 
5 Ibid., pp. 523 et 527. 
* Ibid., p. 528. 

5 VERHAEGEIf, OIIV. CÎté. p. 147. 

« Plac. Brab., t Y, p. 495. 



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(91) 

sujet de la nomination des juges et de la présidence du consistoire 
de la trompe. Ces contestations se renouvelèrent probablement, 
car une transaction intervint entre eux et fut approuvée , le 
â2juini688 <, par le gouvernement. 

Ils devaient nommer tour à tour les juges et présider alternati- 
vement le consistoire *. 

L'article i8 de cette transaction portait que < le Grand Veneur 
aussi bien que le Gruyer jouiront des licences à donner pour ten- 
dre aux bécasses, pluviers, grives, merles, bécassines, ortolans, 
vingt et autres volailles passagers, dont la dépêche sera signée 
d arobedeux. » 

Ce placard fut confirmé le 25 février 1695 par Charles II ^. 

Le gouverneur des Pays-Bas, Maximilien-Ëmmanuel de Bavière, 
accorda aux citoyens d'Anvers, le 1®' mars 1698, le droit de chas- 
ser dans les villages de Deurnc, Borgerhoudt, Berchem, Wilryck, 
Austruweel, Wilmcrdonck, Oirderen, Kiel et généralement sur 
tout le territoire compris dans la franchise ou cuve d*An- 
vers ♦. 

En vertu de lettres patentes, données le 9 décembre i70i ^ h 
Barcelone par Philippe V, le marquis de Bedmar fut délégué pour 
prêter et recevoir les serments d'usage à l'occasion de la Joyeuse 
Entrée de Brabant et de Limbourg. 

La coutume traditionnelle qui voulait que chaque souverain, en 
ceignant la couronne ducale, jurât de respecter les privilèges dont 
les Brabançons étaient si fiers, ne s'était pas perdue; mais le ser- 
ment, fait au moment où il montait sur le trône, n'empêchait pas 
toujours le nouveau duc de promulguer, pendant le cours de son 
règne, placards et édits qui étaient en opposition complète avec 
les privilèges promis. Jamais, cependant, le Brabançon ne se soumit, 
et il sut, en toutes circonstances, aidé en cela par les États, faire 
respecter ses droits. 

» PUu). Brab., t. V, p. 496. 

' Defacqz, Ancien droit belgique, 1. 1, p. 101. 

^ VoirordonoaDce du 9 septembre 1728. Plac. Brah,^ t. V, p. 502. 

* Verloo, Codex brabanticus^ p. 439. 

s Plac. Brai., l, V, p. 130. 



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( 92) 

Le marquis confirma , en venu de ces pouvoirs, la Joyeuse 
Entrée, le i3 février 1702 *. 

Les arlicles 55, 54 et 55 de cette Joyeuse Entrée sont la repro- 
duction exacte des dispositions que nous connaissons déj^ , et ne 
font que renouveler, en termes identiques, les fameux privi- 
lèges. 

Le 21 février 1702 3, les serments réciproques du marquis de 
Bedmar, au nom de Philippe V, le nouveau duc de Brabaot, et 
des États de Brabant furent échangés, au sujet de la constitution. 

Quelques semaines plus tard, le 5 avril 1702', le marquis de 
Bedmar prenait, à Bruxelles, un règlement, applicable à toutes les 
provinces belgiques, sur la conduite à suivre par la cavalerie et 
l'infanterie logées au plat pays, tant à l'égard des habitants que 
des propriétés. Il y est question de la chasse et le marquis s'efforce 
de prévenir, autant que possible, le braconnage que devaient 
exercer sur un très-grand pied les soldats qu'il commandait. 
Gomment, en effet, défendre et empêcher la poursuite du gibier 
lorsque le pays est occupé et incessament foulé par des troupes 
nombreuses, et que les fourrageurs donnent l'exemple aux bra- 
conniers? 

Notre pays était devenu, une fois de plus, le champ de bataille 
de TEurope. Un voisin ambitieux et puissant, avide de conquêtes 
nouvelles, le roi de France, voulait nos provinces. Louis XIV cher- 
chait à donner à son royaume ses limites naturelles (!), la fameuse 
frontière du Rhin. Tout était en armes chez nous ; les gardes 
bourgeoises étaient levées et patrouillaient dans les campagnes 
pour éloiguer les maraudeurs, les fainéants et autres dangereux 
vagabonds, cette lèpre des armées. Les braconniers étaient plus 
nombreux que jamais; car, le .6 avril 1702 S paraissais une 
ordonnance pour la conservation de la chasse sur la plaine de 
Savcnterloo : règlement particulier relatif à la chasse du souverain, 
qui n'offre rien d'intéressant ni de nouveau. 



« Plac. Brab,, t. V, p. 105. 

• /6id., p. 151. 
" /Wd., t. VII, p. 247. 

* ïbid., t. Y, p. 500. 



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( 93) 

II est probable que les braves gardes bourgeois, tout en se pro- 
menant, casque en té.te et arquebuse sur Tépaule, ne dédaignaient 
point parfois de tirer Finfortunë lièvre ou lapin qui se levait sous 
leurs pieds. L'excuse était bien vite trouvée: on rentrait, ... il 
fallait décharger son arme, ... un coup de hasard! Aussi le géné- 
ral Churchill, gouverneur de Bruxelles, prescrivait-il, le 5 juillet 
1 706 ' , aux drossards , maires, baillis et gens de loi de veiller au 
maintien des placards, publiés sur le fait de la chasse, et défendait-il 
« k ceux qui font des patrouilles de décharger leurs armes là où 
les placards ne permettent point de le faire. » 

Tel est le sommaire des placards publiés pour le Brabant jus- 
qu'à Tavénement de la maison d'Autriche. 



§ 2. — Duché de Luxembourg. 

Au mois de novembre i6iO ^, les archiducs Albert et Isabelle 
confirmaient, par lettres patentes, les privilèges des habitants 
d*£sch-8ur^I!AIzette , dont nous avons parlé ci-dessus. 

Puis, le 51 août 4615 ', ils transmettaient au conseil de Luxem- 
bourg leur fameux placard sur le fait de la chasse , que nous 
allons examiner et résumer avec quelque attention , parce que son 
application, dans tous les Pays-Bas sauf en Brabant, fut le pre- 
mier signal, pour nos provinces, d'une uniformité relative dans 
la législation. 

L'article iV défendait à toute personne quelconque, de tirer, de 
chasser, de tendre aux filets ou autrement à cerfs, biches, san- 
gliers, marcassins, chevreuils et autres bétes rouges ou noires 
€ dans les franches forêts , bois et garennes de Sa Majesté ou dans 
le territoire d'une demi-lieue aux environs de ces forêts^ qui est 
le district de leurs lisières , où les sauvagines vont faire leurs 

« P/oc. firoô., t. V, p. 501. 

* Leclercq f Coutumes de Luxembourg, 1. 1 , p. 45. 

' Coutumes et ordonnances du pays et conté de Namur, p. 360. 



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( 94) 

viandes, sous peine d*unc amende de huitanté (quatre-vingts) 
royaux * pour chaque béte, tirée, chassée, levée ou prise. » 

L'article 2 prononçait une peine de « soixante royaux contre 
celui qui prenait ou tirait par voie indue l'une des bétes ci-dessus 
mentionnées hors les franches forêts , bois, garennes ou lisières 
de Sa Majesté. > 

L'article 5 prescrivait le bornage des forêts , franches garennes, 
chasses, etc. 

L'article 4 conférait aux seigneurs ayant franches forêts, bois, 
gaFcnnes et chasse privilégiée, le droit de réprimer tous faits de 
chasse dans l'étendue de leurs seigneuries. Semblable prérogative 
n'appartenait pas aux seigneurs < ayant le droit de garenne 
simple. » En ce cas , c'étaient les juges spéciaux institués par le 
souverain qui, seuls, avaient le droit de connaître des délits de ce 
genre (art. 5). 

Les articles 6 et 7 étaient relatifs aux chiens, dont le jarret 
devait être raccourci ou qui devaient porter un billon au cou. 

Ceux qui n'avaient pas le droit de chasse ne pouvaient même, 
d'après l'arlicle 8 , avoir en leur possession ni filets ni autres engins 
de chasse à peine de 60 royaux d'amende, s'ils demeuraient dans 
l'enceinte des chasses du souverain. 

Les nrlicles 9, 10 et i 1 sont relatifs aux armes que les voyageurs 
peuvent porter avec eux , pourvu qu'ils ne s'écartent point des 
chemins, et que les habitants des franches garennes n'ont pas le 
droit de conserver chez eux, sans autorisation. 

Il est défendu de labourer et d'essarter des bois et des forêts 
(art. 12) et de donner en location des chasses (art. 15), sans auto- 
risation spéciale. 

L'article 14, rappelant le placard du duc d'Albe du 30 avril 
1571 , promet des récompenses aux dénonciateurs. 

Les braconniers de profession auront leurs biens, meubles et 
immeubles, confisqués et seront envoyés aux galères (art. 15). 



* Quatre-vingts royaux faisaient 1 93 fr. 50 cent., ce qui était une peine énorme 
eu égard à la valeur monétaire de l*époque. Lelièvre, Cou<ume« namuroises, 
p. 3. 



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( 95 ) 

Ceux qui tirent du gibier, sans être cependant coulumiers du fait, 
seront passibles d*une amende de 60 royaux par béte rouge ou 
noire abattue (art. 16). 

Les délinquants pourront être arrêtés préventivement < tant 
es villes, villaiges et plat pays que places à nous appartenantes, 
par nos commis seuls , h Texclusion de tous autres ollicicrs et en 
celles de nos vassaux^ tant seigneurs gagicrs que autres, ayans 
haute, moyenne et basse justice, par prévention, sans que nos 
dits vassaux leur puissent en ce faire ou donner aucuns cmpesche- 
iiients,mnis au contraire, esta ns requis,seronttenuzfaireet donner 
à nos commis toute ayde et assistance à peine de correction arbi- 
traire et d'encourir nostre indignation > (art. 17). 

I/article 18 permet aux sergents de pratiquer des visites domici- 
liaires, pour arriver à la découverte des délits de chasse, et Tarticle i 9 
commine des peines contre les receleurs de braconniers ou de gibier. 

Les articles 20 et 21 étendent ces peines aux pâtissiers, aux 
cnbarctiers, etc., qui vendent de la venaison de source illicite 
ou refusent d'en indiquer la provenance ^ 

D après les articles 22, 25 et 24, la vente du gibier n*est per- 
mise qu'en marché public et a certaines heures : de 9 n 11 du 
matin et de 5 à 5 du soir. 

La vente et le transport du gibier, en temps prohibé, sauf par 
les veneurs, sont interdits par Fartiele 25, et Tarticle 26 ordonne 
même que jamais le transport du gibier ne se fasse autrement 
qu'c'i découvert. 

On ne peut porter aux champs aucune arme à feu chargée de 
dragées et les voyageurs ne peuvent charger les leurs que d'une 
balle seulement (art. 27 et 28). 

L'article 29 n'autorise que là grande chasse, la chaétfc noble; 
la petite chasse est interdite par Tarticle suivant. H est intéressant 
de les reproduire en entier : 

< Et comme la chasse, qui est permise h nos vassaulx leur 
doibt seulement servir de passetems, sans en abuser, nostre 

1 Le duc d'Albe les privait de Texercice de leur métier à la troisième contra- 
vention , 1574. (?) Verhaecen , ouv. c.té, p. 98, note 2. 



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( OG ) 

intention est qu'ils n'en usent sinon en saison et hors des lieux 
deffenduz et avec leuvriers , chiens courans et à ]a grande trompe, 
et que ce soit au surplus de poil avec poil et de plume avec 
plume, qu*cn aucuns lieux on appelle chasse noble, si ce n*est 
qu'ils aient privilège plus ample et exprès au contraire. > 

c N'entendons tolérer ceux qui chassent avec quelques laisses 
de leuvriers et une petite trompe en leurs poches, comme depuis 
naguères noz officiers en ont trouvé aulcuns, ains que ceulx qui 
auront ainsi chasse soient condempnez en 60 royaulx d'amende. » 

Dans chaque village il ne devait y avoir, aux termes de l'ar- 
ticle 3i , qu'une seule trompe gardée, soit par les commis du Grand 
Veneur, soit par le seigneur du village. On ne pouvait, sous peine 
d*amendc, chasser que sous la conduite de celte trompe. 

Les gentilshommes et ceux, qui avaient privilège de meute, 
avaient seuls le droit d'avoir leur trompe particulière. 

Les articles 32 et 33 défendaient «aux gens d'infâme et trop vile 
condition, si comme écorcheurs de chevaux <, > de se livrer à la 
chasse, sous peine d'amende et de châtiments arbitraires et corporels. 

Les articles 34 et 55 réglaient le droit de suite, c Les seigneurs 
ne pourront chasser, voler, tirer ou prendre gibier, plus avant que 
leurs seigneuries, et, si les bêtes entrent dans les franches forêts de 
Sa Majesté, ils devront sonner retraite et rappeler leurs chiens 
9 tant qu'en eux sera . » Si quelqu'un a lancé une bête sauvage 
en lieu permis et, la pourchassant à chaude chasse, elle gagne 
quelque forêt, garenne ou autre lieu où il ne serait permis au 
veneur de chasser, il mettra sa trompe au premier arbre qu*il 
trouvera en tel bois et , ce fait , pourra librement poursuivre sa 
proie; mais si ledit veneur et les chiens ont abandonné la bête, il 
ne pourra plus la chasser, ni enlever, encore qu'il la trouvât es 
lieux susdits peu après, ne fût qu'il puisse suivre h la route sa der- 
nière brisée *. » 

L'article 36 permet aux seigneurs, ayant droit de chasse, d'en 
défendre l'exercice sur leurs terres sous peine de 00 royaux 

' Les vispelliones du droit romain. 

' BoKJEAN, Code de la chasse, x. ï, p. 159. 



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(97) 

d'amende, au profit du souverain s*ils n'ont pas droit de franche 
garenne , à ieur profit particulier s'ils ont ce privilège. 

L'article suivant est l'un des plus importants : les archiducs, 
après avoir autorisé les seigneurs & chasser à vol et h courre dans 
toute l'étendue de leurs domaines, déclarent, par l'article 57, 
qu'ils n'entendent point, par là, s'interdire le droit de chasser, 
personnellement ou parleurs commis, quand bon leur semblera, 
dans toutes les seigneuries de leurs vassaux, même dans leurs 
franches forêts et garennes. N'est-ce point là une preuve bien 
évidente, qu'à cette époque la chasse était considérée comme un 
droit régalien ^? 

D'après les articles 58 et 59, celui , dont le chien étrangle une 
béte fauve et qui n'en donne pas immédiatement avis à un officier 
de vénerie, est passible d'amende, à moins, cependant, que sa 
demeure ne soit trop éloignée de celle de l'un de ces officiers. 

Il est interdit, par l'article 40, de relever aucune béte sauvage, 
trouvée tuée ou étranglée, en l'absence d'un c commis au fait de 
la chasse. » 

Les articles 4i et 42 punissent ceux qui s'emparent des lièvres 
ou des lapins, en battant les haies, en temps de neige, à l'aide de 
bourses ou de furets, lorsqu'ils sont en forme, etc. 

D'après l'article 43, la poursuite des lièvres et des lapins, dans 
les chasses royales, est punie d'une amende de 20 royaux, portée 
au double, si le fait s'est passé la nuit. 

Les articles 44 et 45 permettent aux seigneurs et aux personnes 
privilégiées de prendre, en leurs chasses, les lièvres et les lapins 
à l'aide de furets ou de filets. 

Dans l'intérêt de l'agriculture, la chasse est interdite, par l'ar- 
ticle 46, du i" mars jusqu'à la S*«-Marie-Madeleine. 

Les gens, à ce privilégiés, peuvent seuls tenir des chiens de 
chasse; les paysans ne le peuvent jamais. Des peines sont commi- 
nées contre ceux qui tuent, blessent ou volent des chiens de 
chasse, « qui des souverains des Pays-Bas ont tousiours esté tenuz 
en grand estime » (art. 47 à 51). 

* Bbitz, Ancien droit belgique^jp, 631 . 

ToMB XXVIL 7 



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( 98 ) 

Si le vol d'un chien de la vénerie royale était puni d'une 
amende de 40 royaux (art. 52), par contre le vol d'un mâtin, chien 
peu noble, il est vrai, mais utile, n'était frappé que dune peine 
de 5 royaux d'amende (art. 55). 

L'article 54 défend aux bouchers et aux tanneurs de tenir, à 
moins de les enchaîner, des dogues qui pourraient mordre les 
chiens de la vénerie royale. 

Personne ne peut garder des chiens couchants < à moins d'avoir, 
à ce, titre , privilège ou possession valable. » Ceux , qui , sans conces- 
sion de ce genre, possèdent des chiens de cette espèce, les voient 
confisqués pour en diminuer le nombre (art. 55 et 56). 

En aucun cas on ne peut faire usage de chiens couchants en 
temps de clôture de chasse (art. 57). 

Relativement h la chasse du renard et du loup, Tédit contient 
des dispositions particulières. Cette chasse est permise c tant en 
hiver sur la neige qu'en autre saison, » mais elle doit se faire du 
consentement des agents du gouvernement,' ayant commission 
spéciale à cette fin. Elle est également permise aux seigneurs , ayant 
droit de chasse, avec meute de chiens, trompe et bonne troupe de 
gens pour faire la huée (battue) (art. 58). 

Cet article règle également le tour du loup, c'est-à-dire la tour- 
née, que faisaient les veneurs, pour recevoir les dépenses de bouche 
de chaque village et les récompenses pour chaque animal abattu. 

Si un individu était trouvé dai)s les bois domaniaux , hors des 
chemins ordinaires « avec arquebuse ou semblables instruments,» 
sous prétexte de poursuivre les renards ou les loups, il était con- 
sidéré comme délinquant (art. 59). 

Défense expresse de creuser dans les bois ou les champs, sous 
prétexte de prendre des loups, des fosses recouvertes de feuillage 
011 pourraient tomber les passants ou le gibier (art. 60). 

Les carrières, d'où l'on extrait de la pierre, de la chaux, etc., 
doivent être entourées d'une haie pour prévenir ce même incon- 
vénient (art. 61). 
Les articles suivants se rapportent aux oiseaux de fauconnerie. 
Les oircs des oiseaux de proie, tels qu'autours, tiercelets, éper- 
vicrs. faucons, émerillons et autres oiseaux de poing ou de leurre, 



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(99) 

doivent être recherches, chaque année, dans les forêts royales et 
recueillis, en firabant par leGruyer, en Hainaut par le grand bailli 
des bois et, dans les autres provinces, par les autres commis aux 
chasses. lï leur est alloue une certaine somme par oiseau pris; 
mais ils ne peuvent s*emparer que des jeunes oiseaux et doivent 
les remettre au Grand Fauconnier (art. 62 à 65). 

Des peines sont comroinées contre ceux qui dérobent les œufs, 
détruisent les aires de ces oiseaux ou les tirent, même c ors que 
ce fut entre les poules, pigeons ou autres bêtes domestiques. i> Les 
paysans, qui trouvent ainsi ces oiseaux nobles, ne peuvent les rete- 
nir, mais sont invités h les remettre, contre récompense, aux ser- 
gents du souverain (art. 66 et 67). 

L'art. 68 défend d'entrer c es bois avec lisières ou grippeaux » 
(en flamand climp-spooren) depuis le i" mars jusqu'au 51 août, 
afin que les oiseaux de proie ne puissent être dérangés dans leurs 
aires par ceux qui, h l'aide de ces engins, grimperaient aux 
arbres. 

Les fauconniers ou a cagenairs » ne peuvent , aux termes des 
articles 69 et 70, transporter, dans le pays , des oiseaux de chasse 
sans les présenter aux oflîciers de la vénerie, probablement pour 
leur permettre, soit de remonter avec plus de facilité la fauconne- 
rie du souverain, soit de retrouver les oiseaux qui poutraicnt y 
avoir été dérobés. 

Ces mêmes cagenairs avaient, sans doute, l'habitude de lâcher 
leurs oiseaux affamés sur les volailles ou les pigeons des manants 
et de les nourrir, ainsi, à peu de frais, car les archiducs croient 
nécessaire de le leur interdire; mais, d'autre part, les gens du plat 
pays ne peuvent refuser, sous peine d'une amende de 20 royaux, 
de vendre leurs oiseaux domestiques pour servir de pâture aux 
faucons, aux autours, aux éperviers, etc. 

Les articles 71, 72 et 73 s'occupent de certains oiseaux de 
passage, appelés en flamand legghers ou legghen {?), communs en 
Brabant et principalement dans la Campine. 

II est défendu de prendre ou de tirer des cygnes sauvages, des 
faisans ou des perdrix avec arc, arquebuse, filets, lacets, tirasse 
de nuit, « chevaux , ailiers , mordans, » tonnelles, etc., sous peine 



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( 100 ) 

d'une amende de GO royaux. Une pénalité double doit frapper 
ceux qui troublent ces oiseaux pendant la couvée. Enfin, celui 
qui est trouvé porteur des engins ci-dessus énumérés est passible 
d'une amende de 40 royaux, outre la confiscation des engins 
(art. 74 et 75). 

Le destructeur d'un nid de cygnes , de faisans ou de perdrix 
payera 60 royaux d'amende (art. 76). 

Celui qui tire un héron ou détruit son nid est passible d'une 
amende de 20 royaux (art. 77). 

La volerie est interdite en temps clos, du 1" mars jusqu'à 
la ^'-Madeleine, lorsque les terres sont chargées de récoltes 
(art. 78). 

Les bécasses, les pluviers, etc., des chasses royales sont aban- 
donnés aux officiers de la vénerie. Il est interdit, sous peine 
d'amende et de confiscation des filets, de les prendre sans auto- 
risation (art. 79 et 80). 

Défense de prendre ou de tirer des canards et autres oiseaux 
de rivière, si Ion n'a ce privilège : les personnes ayant droit 
de chasse peuvent les chasser comme par le passé (art. 81 
et 82). 

Il est interdit de prendre les oiseaux & la pipée (art. 83) et 
celui qui, sous prétexte de prendre des cailles, sera trouvé por- 
teur de filets propres à preddre des lièvres, des lapins, des per- 
drix, etc., payera une amende de 40 royaux (art. 84). 

Les cygnes domestiques sont l'objet d'une protection spéciale, 
(art. 85 et 86) et l'article 87, notamment, est relatif aux 
Swaenen-driften des souverains en Gueldre. 

Les articles 88 à 95 s'occupent des colombiers. Il est défendu 
d'en avoir, si l'on ne possède au moins trois bonniers de terre 
labourable; il y a exception pour ceux qui ont des colombiers, de 
possession immémoriale. 

Il est défendu de tirer près des colombiers; de .prendre ou 
d'attirer dans son colombier, par appât ou par ruse, les pigeons 
d'autrui; les colombiers enfin sont soumis à l'inspection des 
officiers de la vénerie. 

Les commis aux chasses ne peuvent autoriser qui que ce soit 



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( iOI ) 

à chasser; Tau torisa lion doit émaner du souverain lui-même 
(art. U). 

Les permis de chasse sont personnels et ils doivent être exhi- 
bés à la première réquisition (art. 93 et 96). 

Les exploits relatifs à ladite ordonnance sont faits par les 
oiliciers de la vénerie. Ils peuvent porter des arquebuses pour 
leur défense; mais, s'ils braconnent, ils sont punis sévèrement 
(art. 97). 

Aussitôt leur serment prêté, ces officiers sont sous la sauve- 
garde du souverain et ceux qui leur résistent sont passibles de 
peines à prononcer par les sièges de vénerie (art. 98). 

Enfin, larticle 99 porte que les faits, non spécialement prévus 
dans le placard, seront punis de peines que les tribunaux arbitre- 
ront selon les cas. 

Telle est la première partie de cette loi, celle qui s'occupe plus 
spécialement du droit de chasse, des délits et de leur punition. 

Les articles suivants ont trait h la constatation des délits , à la 
preuve, h la composition des tribunaux, à leur compétence, à la 
procédure, etc. 

Les articles 100 et 101 maintiennent les juridictions qui fonc- 
tionnent h ce moment. Elles continueront à tenir leur plaids aux 
Jours ordinaires et à se servir de leurs anciens sceaux. 

D'après les articles 102 et 105, les amendes comminées dans le 
placard sont déterminées pour la première contravention seule- 
ment; la récidive sera punie arbitrairement. 

Lorsque la contravention est commise par plusieurs individus, 
chacun d'eux doit être condamné, aux termes de l'article 104, 
au payement de la totalité de l'amende édictée. Il n'y a donc pas 
une amende pour chaque fait, quel que soit le nombre des contre- 
venants, mais une amende par coauteur ou complice. 

L'article 105 porte que les amendes seront divisées également 
entre le dénonciateur, les commis des chasses et la chambre des 
comptes. C'est au reste cette dernière qui est chargée, par 
Tarticlc i06, de supporter les dépens de l'instance en cas d'insol- 
vabilité des condamnés. 

L'article 107 arrête que les sentences des tribunaux de vénerie 



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( 102 ) 

sont exécutoires par provision, nonobstant appel, mais avce 
caution, « en baillant caution de rendre ce qui sera dict au défi- 
nitif. » 

La valeur du royal et fixée, par Tarticle 108, à 26 sols deux 
placques, monnaie de Brabant ou 2G patars deux tiers; ce qui 
ferait aujourd'hui 2 fr. 4i cent. -^ *. 

L'article i09 portait qu'en cas de non -payement, l'amende 
serait remplacée par des peines arbitraires, telles que fustigation, 
bannissement de « nos bois et forêts, » prison au pain et à 
Teau, etc. 

La responsabilité civile des maîtres, parents et commettants 
était consacrée par l'arlicle 110. 

L'article 111 est typique de l'époque : le prévenu est tenu 
d'avouer ou de dénier le fait qui lui est reproché. Si, malgré sa 
dénégation, la preuve en est ensuite rapportée, une punition spé- 
ciale lui est infligée du chef de ce mensonge, nous allions dire de 
ce faux serment, car on sait que la procédure criminelle de celte 
époque voulait que l'accusé prêtât, en certains cas, serment sur la 
question de son innocence ou de sa culpabilité! 

Jusqu'à la valeur de 15 florins, le serment des officiers de 
vénerie fait pleine foi en justice contre le délinquant; mais, au 
delà db cette valeur, il faut que le sergent verbalisant produise, à 
l'appui de son procès-verbal, un témoin idoine et de bonnes 
mœurs. Ainsi le veut l'article 112. 

Les juridictions spéciales, quant aux personnes, sont abolies 
en matière de chasse: les gens de guerre et les étudiants des uni* 
versités seront traduits devant les sièges de la vénerie (art. 115 
et 114). 

L'article 115 ordonne à tous officiers et magistrats des villes et 
seigneuries de prêter main-forte aux commis du souverain , s'ils 
en sont requis. 

L'article 116 termine en fixant la compétence des grands 
veneurs^ gruyer, baillis et autres officiers, afin de prévenir les 
conflits de juridiction. Ils ont compétence, chacun en son canton, 

* Lelièvre, Institutions namuroiseSf p. 5. 



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( 103 ) 

pour rechercher les contraventions, commises dans les forêts, 
garennes et chasses royales, et en connaître*,! et au cas que plu- 
sieurs de nos dicts commis concurrent en un mesme lieu, h celuy 
d'eulx qui aura esté plus diligent et aura prévenu, privativement 
et h l'exclusion de tous noz aultres justiciers et oflîciers de nos 
vassaulx et subjects, » appartient la connaissance du fait. 

« Item, que le mesme s'observera au regard des délits et con- 
traventions commises au faict de la chasse aux grosses bétes 
fauves et noires encore que hors nos dicts franches forests, bois 
et garennes, le droict de nos vassaulx, ayant franches forests 
et garennes, demorant tousiours saulf es limites et districts 
d'icelles K » 

Ce placard fui transmis au conseil privé, au grand Conseil, aii 
conseil de Brabant, au gouverneur de Limbourg, Daelhem, Fau- 
quemont et autres pays d'outre -Meuse; au conseil de Luxem- 
bourg, au conseil de Gueldre, au conseil de Flandres, au conseil 
provincial d'Artois, au < grand baiily de llaynau et Cour de 
Mons; » au conseil de Hollande, au conseil de Namur, aux con- 
seils de Frise et d'Utrecht, au conseil d'Ovcryssel, au gouverneur 
de Lille, Douay et Orchies, au bailly de Tournay et Toiirnaisis, au 
« prévôt-le-conte de Valcnciennes, » au rent-maitro de Bewest et 
Beoosterschelt en Zélande ^. 

Tel est, en résumé, ce placard qui, ft tous les points de vue, peut 
passer pour un modèle de législation pour l'époque ou il a été 
édicté. Les cas prévus sont nombreux ; les questions de procé- 
dure, de compétence, de responsabilité, de peines subsidiaires, etc., 
y sont traitées comme elles ne l'avaient pas encore été jusqu'a- 
lors. 11 n'est pas étonnant , en conséquence, qu'il devint, pour plu- 
sieurs années du moins, le code de la chasse de la plupart des 
provinces bcigiques. 

Mais le placard de 1G15 réservait aux seigneurs le droit d'édic- 
ler des règlements particuliers, pour la conservation de leurs 
chasses et franchises. 



' Comparez à Partiele 4 ci-dessus. 
* Voir ce placard in fine. 



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{ i04 ) 

Les seigneurs usaient de celle faculté et, bien que les princi- 
pales dispositions du placard général fussent reproduites dans 
leurs ordonnances, celles-ci n'en sont par moins curieuses et fort 
intéressantes à connaître. 

c Les coutumes, staluts, ordonnances et règlement de justice 
de la ville et terre de S*-Hubert > furent « renouvelées et publiées 
de Tautorité de Monseigneur don Gyprian Mareschal, » qui fut 
« révérendissime abbé et seigneur de S*-Huberl », depuis Tan 4662 
jusqu'en 4686 ^ 

Au chapitre X de cette charte, nous trouvons les articles sui- 
vants sous la rubrique :< Ordonnance pour la polibe tant de notre 
ville que du reste de la terre » : 

14. < Nous faisons sérieuse défense à tous nos sujets de toute 
chasse, de quelle espèce que ce soit des bestes sauvages, de gibier, 
de volailles considérables, comme coq de Limoges, coq de bruyère, 
gelinottes, perdrix, faisans et semblables, sauf que pour bonne 
considération nous permettons celle de la bécasse. 

12. « Défendons en outre que nuls desdits sujets portent, h cet 
effet, armes à feu , liarquebuses , pistolets , fusils et autres tels 
instruments, sous peine, outre les amendes cy-dessus, de confis- 
cation d*icelles. 

43. c Que personne ne s'avance de tendre aucuns filets, lape- 
perons, boutecolles, ny autres attrappes sur nos terres, pour 
quelle espèce de gibier que ce soit (excepté pour la bécasse seule), 
sous peine, pour la première fois de 3 florins d'or d'amende, le 
double pour la seconde et pour la troisième le carcan ou telles 
punitions exemplaires, que nous trouverons convenir. 

44. «Que personne, de quelle qualité il soit, ne fasse achapt, 
dans nos terres, d'aucune espèce de gibier ou volaille, ainsi furti- 
vement acquis, sous peine de 3 florins d'or et de confiscation 
d*iceux, pourquoy les achapteurs devront, sous les mesmes peines, 
faire paroistre à Fofficier d'où le gibier ou volailles , qu'ils expo- 
sent k vendre, provient. 

45. « Et comme plusieurs pastres mennent avec eux des 

* Leclercq, Coutumes de Luxembourg, 1. 1 , p. 357. 



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( <05 ) 

grands chiens mâtins et autrement, qui détruisent nos coqs de 
bruyère, perdrix, lièvres et autres gibiers, nous ordonnons quils 
les tiendront à rattache près d'eux, à peine d'amende arbitraire 
et telle autre punition que nous trouverons nécessaire. » 

Quelques années plus tard, au mois d'octobre 1669 ', les habi- 
tants d'Esch-sur-l'Alzette voyaient reconnaitre et consacrer de 
nouveau leurs privilèges, par des lettres patentes du souverain. 

Les officiers des grueries du pays de Luxembourg avaient com- 
pétence, en matière non-seulement de chasse, mais encore de con- 
traventions aux bois et domaines. Un premier placard, du 24 sep- 
tembre i70i ^ vint régler tout ce qui avait trait à la ferme générale 
des domaines. Ce placard fut confirmé par une seconde ordonnance, 
du 4 avril i 704 ^, qui statuait, notamment , que les appels des sen- 
tences , données par les officiers des gruericrs de la province de 
Luxembourg, sur le fait des domaines, ne se feraient point au con- 
seil provincial , qui connaissait des appels en matière de vénerie , 
mais au juge des domaines. 

Le 15 août i7H *, le gouverneur de nos provinces, l'électeur 
Maximilien Emmanuel de Bavière, donnait, à Luxembourg, une 
ordonnance sur la pèche et la chasse dans le duché de Luxembourg 
et le comté de Chiny; mais ce règlement ne renfermait aucun 
principe nouveau. Quelques pénalités pouvaient être différentes , 
au fond, il n'était que la reproduction partielle des placards anté- 
rieurs. 

§ 3. — Co7nté de Flandre. 

Que se passait-il en Flandre pendant ce temps? 
Le 29 novembre 1611 ^, les archiducs lançaient de Marimont 
Tordre à ceux qui prétendaient avoir le droit de franche garenne» 

* Leclircq, ouv. cité, U I. p. 45. 

* Liste chronologique , etc, 
5 Ihid. 

^ Gachard, Èdits et ordonnances^elo., t. II, p. 371. 
5 P/ac.r/and.,tII,p.393. 



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( 106 ) 

d'avoir h en exhiber les titres au conseil privé, dans les trois mois. 

Les abus étaient devenus plus criants de jour en jour. Chacun 
prétendait avoir, d'ancienneté, privilège et concession pour chasser 
et faire chasser, et le gibier diminuait d'une effrayante façon ! Le 
moment allait arriver, où la table du souverain ne serait plus four- 
nie de venaison et où « son déduict » favori ne serait plus possible. 
II était urgent de porter remède à cette situation. 

Unéditdu2mai IGlS^relatif à la chasse,défendait, entre autres, 
par son article il, sous peine de 50 livres parisis d'amende, de 
(Yasser lièvres , perdrix , bécasses ou autres petits gibiers dans 
un rayon d'un dcmi-mille à partir du pied des dunes. C'était une 
mesure prise évidemment dans l'intérêt de la conservation de ces 
vastes digues , opposées aux envahissements de la mer et dont la 
Flandre devait, à diverses reprises, apprécier toute l'utilité. 

Puis, quelques mois plus tard, le conseil de Flandre, auquel il 
avait été transmis, faisait publier en son consistoire le placard du 
51 août 1615* et le comté de Flandre se trouvait, par le fait, 
régi par la même législation que le duché de Luxembourg. Ainsi 
se faisait peu-à-peu l'unité et se complétait la centralisation. 

La conservation de la chasse, en Flandre, était confiée à un Grand 
Veneur et h un Grand Fauconnier. Les deux fonctions étaient 
quelquefois remplies par le même individu; mais à la première 
seule était attachée une juridiction, bornée d'abord h la vénerie, 
par l'édit du 14août 1517, etétendue plus tard aux deux branches. 
Les tentatives du Fauconnier pour s'ériger en juge de son dépar- 
tement furent condamnées, sur les réclamations du Grand Veneur, 
par une sentence rendue par le conseil privé, le 5 septembre 1 6 1 8 ^ 
et il fut fait défense à cet officier de sïmmiscer dans des fonctions, 
qui ne lui compétaient point. 

La juridiction du Grand Veneur, qui, nous Tavons vu *, devait 
se faire assister dans les procès de deux hommes de fief ou pra- 

* De Wdlf, Generaelen index ^ e/c, v® jacht, p. 2i8. Plac. Vland,, l. H, 
p. 385. 
» Plac Vland,, 1. 11 , p. 394. 
3 Defacqz, oav. cilé, l. I, p. 103. 
' ledits des 32 avril 1340et22août 1531. 



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( «07 ) 

liciens experts en fait de justice, avait été maintenue par le placard 
du 51 août I6i5. La procédure et le tarir en furent réglés par le 
placard du 5 juin 4619 ^ donné à Bruxelles, sur Tavis du Grand 
Veneur de Flandre, comte de Middclbourg. Le « style et manière 
de procéder au siège de la vénerie de Flandre » entre dans de 
minutieux détails sur la procédure, le coût des actes, les salaires 
des juges, sergents et huissiers, les 'droits de greffe, etc. Son intérêt 
est, au reste, assez minime, sauf en ce qu'il porte que les délits de 
chasse se prescrivent au bout d'un an. 

Le 9 juillet 1619^, une déclaration, supplémentaire au placard 
du 51 août 1G15, était faite à Marimont par les archiducs. Il 
s'agissait de lever des difficultés (Jli s'étaient produites relative- 
ment h un point, d'ailleurs secondaire, de ce placard. 

Le !22 mars 1622 ',un édi(, porté par le souverain dans l'intérêt 
de la conservation du gibier et pour prévenir le dépeuplement des 
forêts, interdit la chasse des faons, marcassins et autres jeunes 
gibiers, môme dans les franches garennes; et le 22 juin suivant \ 
une ordonnance de l'évêque de Gand défendit, sous peine d'une 
amende de 2 florins, de chasser les dimanches et les jours de fête, 
pendant le service divin ou le sermon. 

Mais le conflit, qui s'était élevé entre le Grand Veneur et le Grand 
Fauconnier de Flandre, n'avait pas été apaisé par la sentence du 
conseil privé, dont nous avons parlé ci-dessus. En 1650 ^, une 
nouvelle intervention du « Roy en son conseil privé > fut néces- 
saire. 11 fut déclaré cette fois < qu'en conformité de la sentence du 
5 de septembre 1618, la cognoissance et judicature des contra- 
ventions aux placcarts émanez sur le faict de la vénerie et faulcon- 
nerie compète et appartient au Grand Veneur du dict pays de 
Flandre, et aux juges qu'il peut commettre pour le faict de la 
chasse es lieux où il a ses sièges (lesquels juges et sièges s'appel- 

« P/<w;.F/an(l.,l. II,p.409. 
» /Wd,t. Il,p. 4i3. 
^ Anselvo, Codex Belgicus^etc.^ p. 112. 

* Ordon. van den bisschop Triest van Geudt, 12 juny 1622. De Wulf, Gène- 
ralen index , etc., p. 248. 
5 P/oc./îraô., t. II, p. 198. 



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( 108 ) 

leront, comme d'ancieiinelé, juges ou sièges delà chasse ou de la 
vénerie et faulconnerie), sans que le dict Grand Faulconnier aye 
aucune juridiction ou judicature. Bien peut-il commettre lieute- 
nans et officiers ou sergeans pour faire les calcnges et appréhensions 
où elles eschéent. > Le conseil privé ajoute plus loin : < Quant aux 
appellations des sentences des dicts juges de la vénerie et faulcon- 
nerie, il y sera procédé au conseil privé, à delaiz briefs et péremp- 
toires^ par emploi des procès par écrit. » Ainsi se trouvait dé- 
finitivement tranché ce conflit de juridiction, ou, plutôt, cette 
tentative d'empiétement du Grand Fauconnier sur les fonctions du 
Grand Veneur était écartée; cet officier était laisse à son rôle 
passif et à sa situation purement honorifique. Mais cette sentence 
rendit nécessaires quelques modifications au placard du 5i août 
16i5, relativement à la compétence des officiers de vénerie. Le 
22 mars 1651 * fut publié à Bruxelles un placard destiné à rem- 
placer ceux des 51 août 1615 et 1«' juillet 1619. Cet édit, malgré 
les déclarations explicatives qui avaient déjà été faites par les 
archiducs, souleva de nombreuses difficultés d'application, soit 
que les juges de la vénerie de Flandre y missent de la mauvaise 
volonté, soit qu'en effet certains articles en fussent obscurs. 

Les députés du siège de la vénerie de la ville de Gand s'adres- 
sèrent au souverain pour demander certaines explications sur la 
façon dont il fallait interpréter les placards des 51 août 1615 et 
22 mars 1651 et faire Tapplication de quelques-unes de leurs 
dispositions h des espèces qu'ils exposaient. 

Voici la réponse brève qui fut faite à leur demande : c Tout 
veu, Sa Majesté déclare les placcarts cy mentionnez estre assez 
clairs, et que pour les excez cy reprins estans telz que l'on pro- 
pose, sont deiies deux amendes comme elles sont ordonnées par 
lesdits deux placcarts. 

> Fait à Bruxelles, le 8 d'octobre 1642. 

» Paraphé Vuld- ut. (5.) De Robiano *. » 

* Plac. Brab, t. Il, p. 185. 

• /6id.,t.IlI,p. 526. 



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( 109) 

Le souverain avait besoin d*argcnt; il fallait, notamment, re- 
construire les forlifications d'Ostende. Il songea h remplir ses 
coffres en permettant aux communautés, villes, pays, etc., de se 
racheter des impôts, qui pesaient sur eux au profit de la vénerie 
ou de la fauconnerie comtale, comme au duché de Brabant. Ces 
impôts devaient être assez lourds , car nous voyons , le 8 mars 
i672 *y la châtellenie d'Auderburgh à Gand autorisée à se 
libérer pour l'avenir de ces redevances, moyennant le payement, 
es mains du receveur général des domaines et finances, d*une 
somme de 10,000 florins applicables aux fortifications d'Ostende : 
« Octroy van Syne Majesteyt geaccordeert aen Bailliu ende 
mannen van Leene van de Casselrye vander Audcrburgh van 
Ghendt, draghende de exemptie van hct Ilonden-broodt en de 
Valckcn-Aes; mistgaders van de judicature van het siège van de 
Jacht. > Ce placard reconnaissait aussi comme sièges de vénerie, 
ayant compétence pour connaître des contraventions au fait de la 
chasse, les collèges de la châtellenie d'Auderburgh h Gand, des pays 
du Franc, de Waes et d'Alost et de la châtellenie d'Audcnarde. 

Un règlement du 50 juillet 1672 ^ avait trait également à cette 
matière. Il défendait et abrogeait les dépenses occasionnées , au 
plat pays, parles employés des chasses. Ceux-ci, en allant re- 
cueillir le Honden-broodt et le Valcken-aes , levaient pour leur 
compte particulier des impositions plus lourdes, et en tous cas 
certainement plus vexatoires , que le pain des chiens et le denier 
des faucons. D'autre part, le système de compensation, qui sem- 
blait être en usage parmi les officiers de vénerie, devait rendre 
les mises en contravention et les poursuites plus nombreuses et 
moins sérieuses afin de permettre aux sergents verbalisant de 
se créer des revenus en renonçant, moyennant finances, h pour- 
suivre les prétendus délinquants. Quelques mois plus lard, ces 
agissements de ceux de la vénerie devaient amener de nouvelles 
mesures , plus sévères encore. 



* Plac. V/awd.,t. in,p. 488. 

* Après la Coutume de Courtrai, art. il, p. 217. Lacretns et De Bokghe, 
Generaele taefel, etc, v« jacht, 1. 1, p. 353. 



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(HO) 

Le 6 octobre 167^2 ' , en effet, parut à Bruges un placard con- 
cernant le Grand Veneur de Flandre, ses lieutenants et oflicicrs. 
Celait un règlement sur la façon dont il devait accomplir les 
devoirs de sa charge. Dans chaque village serait placé un officier 
de vénerie chaîne de la surveillance de la chasse, de la consta- 
tation des délits et de la poursuite des délinquants ; ceux-ci ne 
pouvaient être cités sans requête préalable. La composition , entre 
les officiers de vénerie et les délinquants, était sévèrement inter- 
dite; enGn, ceux qui violaient les règlements relatifs au fait de la 
chasse devaient être bannis. 

Le comte de Flandre avait trouvé un moyen sur et facile de se 
procurer Targent dont il avait besoin. Les villes, les pays, les 
sénéchaussées étaient avides de se débarrasser des officiers de la 
vénerie et de leurs exactions. La rentrée des redevances, établies 
au profil de la vénerie et de la fauconnerie, étaient les prétextes 
de. ces exactions; on s'empressa donc, puisque Toccasion était 
offerte, de se délivrer à jamais de ces tournées au moins an- 
nuelles. Aussi, malgré le prix élevé de ce rachat, 10,000 florins, 
voyons-nous successivement par des octrois des 31 août 4679, 
14 juillet 1681 e| 20 avril 1682 <, Sa Majesté accorder l'exemp- 
tion du Honden-broodt et du Valcken-aes aux bourgmestre et 
échevins du Franc de Bruges, aux haut bailli et hauts échevins 
du pays de Waes, aux échevins de la châtellenie d'Audenarde, 
aux députés des deux ville et pays d*Alost. 

Ce système financier, qui , pour procurer des ressources immé- 
diates, consistait à aliéner ou à engager, pour un certain temps, 
les revenus futurs, était fort à la mode à cette époque, où Téco- 
nomie politique était chose inconnue. Nous avons vu, en effet, 
combien, en Brabant, les engagères et ventes furent nombreuses 
au XVI* siècle. 

Mais nous entrons dans cette période troublée, où la Flandre 
fut envahie par les troupes françaises. 

Nous avons parlé plus haut du règlement du 5 avril 1702 ^, 

» Plac. Vland., i. III, p. 487. 

« /6id,l.III,p.488. 

5 P/flc.5ra6., t. VII, p. 247. 



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( Hl ) 

par lequel le marquis de Bedmar prenait certaines mesures, 
relatives à la conduite h suivre par la cavalerie et l'infanterie 
logées au plat pays, tant à Tëgard des habitants que des pro- 
priétés. Il n'est pas douteux que ce règlement ne fût applicable à 
la partie de la Flandre que les troupes françaises n'occupaient pas 
encore. 

A peine établis dans le pays, les Français s'empressèrent de 
publier Tédit du 15 août 1669, portant règlement général pour 
les eaux et forêts, et d'ordonner que le titre XXX : Des chasses y 
remplaçât dorénavant le placard du 31 août 1613 et les autres 
ordonnances , rendues sur la matière par les comtes de Flandres. 
Mais quelle que pût être la supériorité de la législation de 
Louis XIV, les Flamands tenaient à leurs privilèges, à leurs usages, 
h leurs anciennes coutumes; ils les revendiquèrent hautement. 

Les plaintes des magistrats de la Flandre furent portées au 
conseil d'État. Ils exposaient qu'ils étaient en possession, de toute 
ancienneté, de cette juridiction spéciale, que l'édit de 1669 attri- 
buait exclusivement aux maîtrises des eaux et forêts. Ils soute- 
naient que l'édit n'était applicable qu'aux bois et forêts, que le 
roi de France possédait en Flandre, et non aux autres, parce 
qu'il était contraire aux ordonnances des princes du pays, à 
ses coutumes et à ses usages. Chose étrange et qu'expliquent 
la nécessité de se faire bien venir de populations nouvelle- 
ment conquises, et le désir de se les attacher par les liens de 
la reconnaissance, à défaut de ceux de l'afTection, les plaintes des 
magistrats flamands furent immédiatement accueillies , sans exa- 
men. Dès le 26 janvier 1704 S un arrêt du conseil d'État inter- 
disait, par provision, aux officiers des maîtrises des eaux et forêts 
en Flandre de troubler les magistrats de cette province dans leur 
juridiction en matière de chasse. 

Le 13 mars suivant ^, une déclaration du lieutenant général du 
gouvernement de Flandre portait que le roi de France, par sa 



^ Gachabd, Becueil dés édita et ordonnances^ 1. 1, p. 480. 
* Archives de Fumes. Registre aux ordonnances de 1700 à 1704, fol. 337. 
(List, chron,) 



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( H2 ) 

dépêche du iO de ce mois, avait ordonné qu'il fût défendu de 
chasser, de quelque manière que ce fût, depuis la Notre-Dame 
du mois de mars jusqu'à la Notre-Dame du mois de septembre. 

Puis, une autre ordonnance était donnée, à Lille, le i8 décem- 
bre 1704 S par le maréchal de Boufflers, gouverneur et lieutenant 
général , pour le roi de France , des provinces de Flandre et de 
Hainaut. Elle faisait défendre à tous, militaires et autres, même 
aux hauts justiciers en leurs terres , de chasser depuis la Notre- 
Dame de mars jusqu'à celle de septembre, sous peine de châti- 
ments exemplaires, de iOO livres d'amende et d'un mois de pri- 
son, sans préjudice des dommages-intérêts. 

Le maréchal défendait aussi de chasser près des places de 
guerre , dans le rayon des fortifications , la chasse sur les glacis , 
fossés, esplanades, etc., étant réservée pour les plaisirs du roi. 

Le 17 novembre 1706 ^ Louis XIV statua définitivement sur la 
réclamation des magistrats de Flandre, à propos de laquelle le 
conseil d'État avait rendu, le 26 janvier 1704, un arrêt au pro- 
visoire. 

Le grand roi permettait aux habitants des provinces de Flan- 
dre, d*Artois et de Hainaut d^exploiter leurs bois, et aux juges 
ordinaires, magistrats et juges des seigneurs d'exercer leur juri- 
diction sur les rivières et les canaux, sur la pêche et la chasse, 
ainsi qu'ils le faisaient avant la publication de l'ordonnance des 
eaux et forêts, du mois d'août 4 669, et des édits de création des 
officiers des maîtrises dans lesdites provinces. Les revendications 
des Flamands étaient donc définitivementaccueillies et les maîtrises 
des eaux et forêts, créées en Flandre par application de Tédit de 
1669, voyaient leur juridiction restreinte aux seuls bois et forêts 
de la couronne française. 

Le 1 1 mars 1 707 ', le gouverneur général de Flandre prenait, à 
Cambrai, un arrêté portant règlement sur la chasse. Elle était 



^ Gacbard, oav. cit., 1. 1 , p. K83. 
• i6td., t. ll,p. 51. 

s Archives de Fumes. Registre aux ordonnances de 1704 à 1711, fol. 217 
{List, chron,) 



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(113) 

cependant suffisamment réglementée d'une part par Tédit de 1669 
et de Tautre par le placard de 1613. Voulait-on fondre certaines 
parties de ces deux ordonnances et les faire concorder entre elles? 
On serait tenté de le croire. 

L'année suivante, le 18 octobrp 1707 *, nouvel arrêt du conseil 
d'État de France, pris à Fontainebleau et dispensant la Flandre 
de la création de juges gruyers, de procureurs du roi et de gref- 
fiers dans les justices des seigneurs. On cherche en vain quelle 
pouvait être la nécessité de cet arrêt, puisque, dès le 17 novem> 
bre 1706, Louis XIV avait déclaré que les juges des seigneurs con- 
tinueraient à remplir leurs fonctions, comme ils l'avaient fait de 
tout temps. 

L'intendant de justice, police et finances de Flandre, c du côté 
de la mer», arrêta, à Ypres, le 14 mai 1712*, que les ordon- 
nances de police concernant les ventes de volailles et de gibiers , 
qui se font dans les marchés des villes closes et du plat pays, 
seront exécutées selon leur forme et teneur. 11 défendait à tous 
poulaillers et autres personnes d'acheter de la volaille et du 
gibier, en quelque lieu que ce fût, pour le transporter sur les 
terres ennemies ou à une demi-lieuc de là. 

Cet arrêté avait pour but de réprimer le braconnage et dé 
rendre aux troupes adverses le ravitaillement et les approvision- 
nements plus difficiles. 

Enfin, le 20 mars 1714 ', le baron Van Welderen prenait une 
ordonnance, qui n'offre aucun intérêt spécial, pour réglementer 
la chasse dans la plaine autour de Menin, place dont il était gou- 
verneur. 

Telles sont les diverses ordonnances portées enFlandre pendant 
cclt cpériodc. 

* Archives de Fumes. Registre aux ordonnances de 1704 à 17M, fol. â.'SI. 
{Lisl. chr.) 

'^ Archives de Furnes. Registre aux ordonnances de 1711 à 1746, fol. 37. 
{LiaLchr.) 

* Gachàrd, Recueil, etc, t. Il , pp. 510 et 760. 

Tome XXVlf. 8 



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( 1i4) 



§ 4. — Comté de HainaxiU 

Le placard du 51 août 1615 fut transmis au c grand bailly de 
Haynau et cour de Mons* >, mais il ne fut pas publié dans les 
formes légales ou du moins il ne le fut qu'en partie et, s'il devînt, 
comme pour la plupart de nos provinces, la législation ordinaire de 
la chasse dans le comté de Hainaut, il y eut exception cependant 
pour quelques points spéciaux et des plus importants que nous 
examinerons. 

Quelques années plus tard le souverain s'occupait encore une 
fois des braconniers, loutriers, louvicrs, etc., qui continuaient 
leurs ravages et leurs déprédations malgré les défenses qui leur 
avaient été adressées. Le placard du 25 octobre 1617' traite, au 
chapitre CXXXII, du maraudage de ces remuants compagnons. 

Les archiducs Albert et Isabelle donnèrent, le 5 mars 1 61 9, ce que 
Ton appela les chartes générales du pays et comté de Hainaut. 

C'était une codification des divers édits, ordonnances et cou- 
tumes, réglant un grand nombre de points tant au civil qu'au 
criminel. 

La chasse devait naturellement y trouver sa place et nous ver- 
rons que le principe ancien, qui faisait du droit de chasse un 
apanage de la haute justice, y fut consacré une fois de plus, 
bien que ce principe fût contraire aux termes du placard du 
51 août 1615. ' 

Au chapitre CXXX : De la différence d'entre hauUe-jmtice , 
moyenne et basse, nous lisons ' : 

c § 25. Seigneurs hault-justicicrs pourront comme de tout 
temps chasser et voler en leurs terres et seigneuries, et les bestes 

* Recueil de placards, décrets, etc. du pais de HainaUj p. 82. 

' Fortins, Les chartes nouvelles du pays et conté de Haynnau, p. 375. 

' Fmder^ Coutumes de Hainaut y t. II, pp. 406 et 467. Voir égalemenl 
(même ouvrage, t. II, p. 462) ce qu'il faut entendre par les termes de justice 
haute, moyenne et basse, chapitre CXXX des Charles générales : De la diffé- 
rence d'entre haulte-justice , moyenne et basse. 



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(US) 

et volailles quMz auront eslevez sur leur seigneurie parpoursuy- 
vre sur auUres jusques à la prinse d'icelles. » 

< § 25. Les seigneurs hault-jusficiers ne pourront avoir ga- 
rines s*ilz ne sont en possession d'en avoir eu d'ancienneté. > 

C'est la reproduction de l'ordonnance de Philippe le Bon, du 
14 novembre 1449, la consécration nouvelle de la prérogative des 
hauts justiciers et en même temps celle du droit de suite. 

Plus loin, au § 28 du chapitre GXXXII S vient une double res- 
triction du principe, Tune apportée dans l'intérêt de la conserva- 
tion du gibier et aussi de l'agriculture, Tautre prise pour favoriser 
les plaisirs du prince ^. 

Le placard de 1613 proclamait en principe que la chasse était 
un droit régalien, puisque, d'après l'article 57, le souverain avait 
le droit de chasser ou de faire chasser partout, même dans les 
franches garennes et seigneuries quand bon lui semblerait, et que 
l'article 1*' interdisait à tous de chasser bêtes rouges ou noires, 
dans les forêts et garennes domaniales et dans un rayon d'une 
demi-lieue autour d'elles. 

Les articles 34 et 55 du placard réglaient aussi le droit de suite. 

Or les Chartes générales autorisaient ce droit dans des condi- 
tions différentes et, ce qui était plus grave, consacraient le prin- 
cipe que le droit de chasse était attaché à la haute justice et non 
régalien. Cependant le placard du 31 août 1613 avait été transmis 
au grand bailli de Hainaut et publié, du moins en partie. 

Aussi le conseil privé eut-il à s'occuper de ce point spécial, 

* Faider, Ibid., t. II, p. 478. 

* c Encore que les hautz-justiciers vassaulx puissent chasser en leurs sei- 
gneuries, selon qu'il est dit cy dessus , néanlmoins ilz ne pourront chasser à 
bestes rouges sinon en leur saison , assçavoir cerf dès rentrée de may jusques 
à rexaltalion S. Croix, et biches dès le jour Sainct Remy jusques au commen- 
cement de Quaresme, à peine de 6 livres tournois .outre la perte de la besle ou 
la valeur dMcelle, mais ilz ny aultre quelconque ne pourront en aulcun temps 
que ce soit, chasser en noz trois franches forest de Mourmal, Vicoigne et Broc- 
queroye, ny en noz bois de Porteberghe, de Mons, Willehoult» la haye le comte 
tenant à Brocqueroye et de Gerlantran, ny aussi es bois que Ton dit de Lou- 
vegnies. • 



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(116) 

parmi beaucoup d'autres observations, qui lui avaient été faites 
par ]cs États du Hainaut relativement h la charte générale. 

Les deux articles que nous venons de citer furent soumis au 
conseil privé avec les observations suivantes : 

« Comme le droict de chasser mesmes aux bestes rouges, que 
lés.hauts justiciers de Haynnan disent leur appartenir en leurs 
terres, semble estre contraire aux placcars de la chasse , mesmes 
au dernier, a esté trouvé bon d'en donner part à Leurs Âltèzes *. » 

Les articles signalés furent cependant conservés dans les chartes 
par les motifs que voici : « Par lesdits articles est laissée la liberté 
de la chasse en cours seigneuries soubs les modifications conte- 
nues audit chapitre vingle-huityesme qui semble contrarier au 
placart dernier (celui du 51 août 1615) sur la chasse, mais lesdits 
estaz (de Hainaut) disent qu'icelluy placart n'a esté publié audit 
pays comme contraire à leurs usances, et que le prince n'a que 
les franches foreslz et les terres où il y a haute justice exemptes 
de laditte chasse, en quoi ilz insistent K » 

Et l'antique usage fut sauvegardé quel que fût le préjudice qui 
en pût résulter pour le < déduict » du prince ! 

Le chapitre GXXXII des Chartes générales ^ est consacré aux 
braconniers, louviers, etc., contre lesquels avait déjà été porté le 
placard du 31 juillet i 560. L'intitulé de ce chapitre est ainsi rédigé: 
« touchant Testât et office des veneurs, louviers, loutriers, ctc.,de 
Tordre et conduite des braconniers, faulconnicrs, perdrissiers> 
chevaulcheurs et messagiers de nostredict pays de Haynnau, et 
des corruwées. » II n'est que la reproduction des ordonnances 
antérieures sur ce point. 

Le § 26 du chapitre CXXXIII permettait k c toutes personnes 
ecclésiastiques et séculières ayans bois à taille > de c renclore et 
faire bayer leurs dictz bois jusques que la taille aura quattre ans 
d'eage, pour éviter le dommage des bestes rouges et aultres. » 

C'était là une coutume aussi neuve que libérale, pour une 

» Faider , ouv. cité, l. Il , p. 29. 

* Ibid, 

« IM,, pp. 469 et sttiv. 



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(117 ) 

époque où la chasse était considérée comme l'unique occupation 
de la noblesse et où le manant était obligé de voir ses récoltes et 
ses bois dévastés, sans pouvoir même tenter de les protéger. 

La juridiction du grand bailli de Hainnul et du conseil ordi- 
naire de ce comté s'étendait sur « toutes actions et diflicultez 
soit en demandant ou deffendant, concernant les droitz^Yiaulteurs, 
domaine et revenus du souverain ^ > Celait Tavocat du comte 
qui était chargé de veillera ces droits : t Nostre advocat gardera, 
deffendra et soutiendra à son pouvoir nozdroilz, domaines, Juris- 
diction, haulteurs et authoritez ^. > 

Cependant cette juridiction du grand bailly et du conseil ordi- 
naire était, < sans préjudice à la jurisdiclion de nostre cour de 
morte-mains, grand bailly de noz bois et receveur général de nos 
domaines de Haynnau, lesquelz en ce regard se régleront comme 
du passé '. » 

Au grand baillî des bois compélait la connaissance de tous 
crimes, délits et mésus, commis dans les bois et forêts du souverain 
et dans ceux des vassaux, qui s*adressaient à lui pour obtenir jus- 
tice. Les vassaux et seigneurs pouvaient, cependant, connaître par 
eux-mêmes des délits commis en leurs seigneuries, et il était même 
permis de s*adresser à telle justice seigneuriale que Ton voulait, 
sans que le grand bailli pût revendiquer la connaissance du fait, 
sauf s1l avait été posé dans l'une des trois franches forêts du comte*. 

» Chapitre LXI, Des authoritez du grand bailly de Baynnau avec ceulx 
du conseil ordinaire j Faidcr^ouv. cilé. t. II, p. 276. 

• r4bapilre LXV, De Vadvocat du comte et des causes concernant son office , 
Faider, oqv. bile, t. Il , p. 283 Voir aussi le * St}ie el manière de procéder » 
de 161 1, au chapitre 3«, § 137, Faider, ouv. cilé, l. Il, p. 566. 

» Chapitre LX1,§1, Fa iDER,t II, p. 276. 

* Voici les deux articles qui règlent la compéience de cet officier : 

« Chapitre CXXXIII, Du bailly des bois, de la grandeur, et longueur des 
fasseaulx, fagots et aullres bois, Faider, ouv. cilé, t. II, p. 472. 

< 1. Nostre bailly des bois aura la judicature et cognoissance des trois fran- 
ches foreslz de nostredict pays, assça voir de Mournial, Vicogne et Brocqueroye, 
el de tous noz aultres bois et foreslz en iceluy, semblablement nos vassaulx 
et subieclz cognoistront des leurs en leur seigneurie, si Ton ne se Irayt à 
roflSce de nostredict bailly, lequel debvra Taire justice sans prendre quelque 



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( H8) 

Le placard du 51 juillet 1560, que nous avons analysé plus 
haut, fut encore publie eu 1626, en 1632 el enfin le 14 décem- 
bre 1661 ^ d*où l'on peut conclure que c les braconniers, louviers, 
pertrisseurs > et autres restaient sourds à tous les avertissements, 
ne s'effrayaient nullement des peines dont on les menaçait et 
continuaient, comme auparavant, leurs excursions à travers le plat 
pays qu'ils rançonnaient. 

En 1679, 1682 et 1698 ^ des édits furent pris dans l'intérêt de 
l'agriculture; ils fixaient les époques, pendant lesquelles il était 
défendu de chasser, et ils interdisaient expressément de fouler les 
champs, non encore dépouillés de leurs fruits, en poursuivant le 
gibier. 

Le 28 février 1703 ' les archiducs défendirent, par un placard 
spécial, de chasser dans le district et la juridiction de Marimont, 
qui fut pendant longtemps, on le sait^ la résidence favorite des gou- 
verneurs de nos provinces. Le 20 mai 1703 ♦, en renouvelant cette 
« défence à un chacun, > ils retendirent à la c plaine de Binchs. > 

demy quind ; néantmoins pour raison des bois de nosdlclz vassaulx et de tous 
nos autres bois, saurdescJictz trois franches forestz, chacun pourra se traire 
à tel seigneur ou justice que bon luy semblera, deffendant en ce cas à nostre- 
dict bailly, ses officiers et sergeans de faire ny souffrir eslre fait quelque des- 
tourbier,ou empeschement sous douze livres de paine, et de mettre à plaine 
et entière délivrance ledicl empeschement sans coustz et sans fraiz,de laquelle 
paine nostre grand bailly de Haynnau fera Texécution. 

H. Et si aura nostredict bailly des bois et ses lieutenans, cognoissance de 
tous crimes, délictz et mésus commis en nosdictz bois el forestz, soit que les 
crimes, déticlzou mésus concernent nosdictz bois ou non, sans néanlmoingz 
pouvoir faire appréhension dehors nosdictz bois pour aultre caz quH dépendant 
desdiclz bois, mais pour délictz ne les concernans perpétrez en iceulx pour- 
ront faire Tapprébension par tout et dehors nosdictz bois, si les délinquans 
sont poursuivys en présent mesfait, à subieclion de les présenter aux officiers 
du lieu pour le retenir si bon leur semble, et leur faire leur procès durant la 
quinzaine comme d*aultres matières. » 

> Faider,0. c, t. I,p. 453. 

• Voiries ordonnances des \À mai 1718 et 13 juillet 1749, Recueil de pla- 
cards, décrets, etc., du paU de Hainau, pp. 37 et 48. 

5 Plac.Brab.,i.\, p. 500. 

* Ibid, 



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(H9) 

Mais une partie du comté avait déjà été envahie parles troupes 
françaises et, pour cette partie, Tépoque de l'ouverture et celle de 
la fermeture de la chasse avaient été fixées par un mandement du 
maréchal de Boufilers, gouverneur et lieutenant général, pour le 
roi de France, des provinces de Flandre et de Hainaut. Nous 
avons analysé plus haut cet édit, donné à Lille le i8 décembre 
i704 *, qui défend la chasse depuis la Notre-Dame de mars jus- 
qu'à celle de septembre. 

Louis XIV, par sa déclaration du 17 novembre 1706 *, permit 
aux habitants du Hainaut d'exploiter leurs bois et aux juges ordi- 
naires, magistrats et juges des seigneurs de continuera connaitre 
des délits de chasse, comme ils avaient coutume de le faire, avant 
la création des maîtrises des eaux et forêts et la publication de 
redit français du 15 août 1669. 

Enfin, le 16 octobre 1713 ', un décret de Charles YI vint 
approuver un règlement particulier, en matière de chasse , que 
devaient observer les chanoines, les suppôts et les officiers du 
chapitre de saint Vincent, à Soignies. 



§ 5. _- Tournât/ et Tournaisis. 

Le Tournay et Tournaisis, dont nous n'avons pas eu encore à 
nous occuper spécialement, prend, à partir de cette-époque , un 
rôle personnel en matière de chasse, et nous verrons que des 
mesures durent être prises pour réprimer le zèle intempestif des 
grands officiers de vénerie, qui empiétaient sur les prérogatives 
souveraines *. 

Dans son ordonnance du 18 décembre 1704 ^, le maréchal de 
Boufflers rappelle Tédit du 15 août 1669, notamment les arti- 

* Gachard, Recueil , etc., 1. 1, p. 585. 

* /d,/Wd.,t. n,p.51. 
»/cl.,/6/rf,t. n,p.484. 

* Le placard da 31 août 1613 fut transmis, sar Tordre des archidacs, au 
« bailly de Tournay et Tournaisis. » (Voir ce placard in fine.) 

* Gachard, Recueil, etc.^ 1. 1, p. 583. 



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(120) 

des 8, 12) 26 et !28, qui aurait ëlé enregistré au conseil souve- 
rain deTournay, le 13 oclobre 1C79 *. L'article 26 est connu: il 
range la chasse parmi les droits seigneuriaux, comme il était au 
reste de tradition en Hainaut : < Déclarons tous seigneurs hauts- 
justiciers, soit qu'ils ayent censive ou non, en droit de pouvoir 
chasser dans retendue de leur haute justice, quoique le ûef de la 
paroisse appartienne à un autre, sans que néanmoins ils puissent 
y envoyer chasser aucun de leurs domestiques ou autres per- 
sonnes de leur part, ni empêcher le propriétaire du ficf de la 
paroisse de chasser aussi dans l'étendue de son ficf. » C'était la 
législation féodale française. 

Une ordonnance, donnée le i^' août i7i3 * par le comte d'Al- 
bermale, gouverneur du Tournay et Tournaisis, défendit de ten- 
dre des collets ou des filets dans la plaine de Tournay. Puis, le 
26 février 1714 ^, le grand bailli du Tournay et Tournaisis fit 
paraître un règlement sur la chasse, qui renouvelle les défenses 
déjà connues et ne renferme rien de nouveau en cette matière. 

Là se bornent, pour cette période, les actes particuliers à ce 
pays. 

§ 6. --Comté de Namur. 

Un placard sur le fait de la chasse fut publié pour le comté de 
Namur, le 14 octobre 1600 ^. Il défendait, notamment, en Tarti- 
cle 36, à tous chasseurs, autres que le Grand Veneur, de faire haies 
sur les bois de Sa Majesté à peine de 30 florins d'amende, de 
confiscation des filets ou payement de leur valeur, outre l'intérêt 
du bois ^ C'est à peu près la seule disposition nouvelle de ce pla* 
card qui reproduit , pour la plus grande partie , celles des ordon- 
nances anciennes. 

* De Ghewiet, Institutions du droit helgique, 1. 1,3« part., tit. III, § 20,art. 5. 
- Gachard, Recueil, etc., t. Il, p. 473. 

3 Id , Ibid , p. 503. 

* Coutumes et ordonnances du pays ^t conté de Namur^ p. 415. 

s Lï:i\t\nE, Institutions namuroises^ p. 14. - Sohet, liv. II, tit. XLIX, 
p. 134. 



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( «21 ) 

fiienlàt, au reste, le placard du 51 août 1613 * fut transmis au 
conseil de Namur, qui le fît publier; son application ne rencontra 
ni difficulté ni opposition dans cette province, où le droit régalien 
de la chasse était admis d'ancienneté. 

Pendant une période assez longue, nous n'avons plus de docu- 
ments nouveaux concernant le droit de chasse au comté de 
Namur. Le placard de 1615 suffît à la réglementation de cette 
matière et les gouvernants ne se voient pas dans la nécessité de 
rappeler leurs défenses ou d'en édicter de nouvelles. 

C'est le 24 mars 1703 ^ seulement que le lieutenant-gouver- 
neur du comté prescrit de faire republier le placard, « touchant 
les défenses sur la chasse. » 

Puis, le 8 octobre 1709^ paraît une nouvelle ordonnance du 
lieutenant-gouverneur du comté relative à la chasse. Cet officier 
révoque les permissions accordées par son prédécesseur, sans 
droit probablement, car l'article 94 du plaenrd du 31 août 1615 
disiiit formellement qu'à l'exception de ceux à ce autorisés par le 
souverain, les officiers de vénerie ne pouvaient accorder de per- 
mission de chasse à qui que ce fût. 

Le 20 mars 1710 ♦, le môme lieutenant-gouverneur prescrivait 
aux baillis, prévôts et maienrs du comté de Namur de faire 
observer les placards publiés sur la chasse. 

En 1711, nous trouvons trois placards successifs sur cette ma- 
tière : 

Un règlement sur la chasse et sur la pèche dans le comté de 
Namur, donné à Luxembourg, le 13 août 1711 ^, par l'électeur 
Maximilien- Emmanuel de Bavière, gouverneur de nos pro- 
vinces; 

Une déclaration, interprétative de Tordonnance du 13 août pré- 
cédent, faite à Namur, le 7 septembre 1711 *, par l'électeur, 

I Coutumes et ordonnances du pays et conté de Namur, p. 3G0. 

' Archives de Namur. Collection de placards, l. 11. {List, chron,) 

' Archives de l'Étal à Namur. {List, chron.) 

* Coll. de la Société archéologique de Namur. {List, chron.) 

5 Registre du conseil de Namur, n® 4, p 3H7. {List, chron ) 

^ Archives de Namur. Collection de placards, 1. 11. {List, chron.) 



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( 122 ) 

déclaration relative au sicge de la vénerie et de la gruerie, et au 
maintien, sur ce point, du placard du 3 avril 1570; 

Puis enfin, le 51 octobre *, une nouvelle déclaration de Maxi- 
milicn-Emmanuel, qui renouvelle le privilège, anciennement 
accordé aux bourgeois de Namur, de chasser aux lapins dans cer- 
taines localités. 

La republication des placards, sur la chasse et sur la pèche au 
comté de Namur, fut encore ordonnée par le gouverneur du comté 
par des ordonnances du i4 juillet 1713 ^ et du iO mars 1714 '. 
Le siège de la vénerie et de la grucrie était chargé par le gouver- 
neur de faire ces publications. 

Un décret du 24 mars 1714 S enfin, est relatif à la juridiction 
des tribunaux de vénerie. Maximilien- Emmanuel y décrète que 
l'office de la vénerie de Namur est juge incompétent, à l'égard 
des villes et terres de Chimay et Beaumont et des villages de la 
])révôlé de Binche, enclavés dans Tentre-Sambre-et-Meuse. 



§ 7. — Duché de Limboûrg ^. 

L*édit de 1615 fut transmis pour exécution au < gouverneur 
de Limboûrg, Daclhcro, Fauquemont et autres pays d'outre- 
Meuse » et il devint, dès lors, le code de la chasse pour cette pro- 
vince, qui jusque-là n'avait, h proprement parler, point vécu 
d'une vie propre, mais avait, presque toujours, suivi la fortune du 
Brabanl, sans que cependant ses habitants pussent revendiquer 
tous les privilèges du peuple brabançon. 

Quoi qu'il en soit, ils jouissaient cependant du fameux privilège 
que la Joyeuse Entrée avait reconnu aux Brabançons et qui 

' Coll de la Société archéologique de Namur. {List, chron.) 

* Archives de Namur. CollectioQ de placards, t. II. {List, chron.) 
» Archives de l'Élal à Namur. {List, chron,) 

* Gachard, Hecueil, etc.^ t. II, p 51 1. 

5 Voir De Papb, Traité de la Joyeuse Entrée, § 56 : « Le Limboûrg est une 
province distincte du Brabanl, » et § 57 : < Comment le Limboûrg fut uni au 
Brabant, » pp. 98 et 99. 



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( 123 ) 

élail relatif à ]a chasse, aux chiens gardiens des champs et des 
moissons, aux dommages causes par le gibier et aux garennes. 

Les habitants de Ruremonde, par exemple, possédaient ancien- 
nement un privilège semblable à celui des genlilhommes, eu ma- 
tière de chasse, jusqu'à ce qu'un décret, assez arbitraire, du 
9 décembre i770 fût venu le leur enlever. Ceux de Limbourg 
pouvaient chasser trois jours par semaine pour manger et non 
pour ventire ^ » 

Les passages suivants de la coutume de la baronnic de Lummen, 
qui relevait en fief des comtes de Looz bien qu'un quart de sa 
terre appartînt aux ducs de Brabant, prouvent que certaines 
prescriptions de Tédit de 1613 étaient régulièrement observées ^. 
Ces coutumes furent publiées de i659 à 1 660. Elles sont donc 
l'expression exacte des usages de celte époque. 

Le 5 mai i639 et le 28 juin 1640, l'ordonnance suivante, qui 
forme le § 61 de la coutume, fut régulièrement publiée ' : 

« Également il est ordonné que dès à présent aucun des sur- 
séants ne se permettra, lors de la chasse du loup, de tirer avec un 
mousquet sur des lièvres, lapins et d'autre gibier, mais unique- 
ment sur le loup, et cela avec telle précaution et prudence qu'on 
ne se fasse pas de mal l'un à l'autre, sous peine d'un noble h la 
rose et, au surplus, d'après les circonstances de l'affaire, et que 
chacun suivra et écoutera son chef de la section sous laquelle il 
se trouve placé, sous peine de donner en régal à ses compagnons 
de section un quart de bière. » 

Le 6 septembre 1660 S l'ordonnance, qui forme le § 65 de la 
coutume, fut lue aux habitants en présence du maîcur et des 
échevins des trois justices {De Brabantsche bank buyten vryheidy 
De Loonsche bank buyten vryheid en de Binnen vryheid ^) et 
décrétée exécutoire : < De même que personne , quel qu'il soit, 

* E. PouLLET, Les constitutions nationales, pp. 184 et 202. 

* Crahay, Coutumes de Looz, t. II, pp. 543 et suiv. Curieux déUils sur l'or- 
gaDisatiou de cette petite seigneurie. 

5 Ibid., p. 570. 

* Ibid., p. 573. 

6 Ibid., p. 544. 



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(m) 

ne se permettra de se rcirdre avec un fusil dans les champs, bois, 
prés ou chemins pour y tirer des lapins, des perdreaux ou un 
gibier quelconque du seigneur, ou des pigeons; ou de les pren- 
dre, soit avec des lacets ou des filets, sous peine de confiscation 
des fusils et des filets et, en outre, d'encourir une amende d*un 
florin d'or, pour la première fois; pour la seconde fois, le double 
et pour la troisième fois, d'être puni arbitrairement. » 

Le 24 octobre 17i2 ', Philippe-Louis, comte de SinzendorfF, 
premier ambassadeur plénipotentiaire au Congrès de la paix et 
ministre, commis pour l'administration des Pays-Bas, prit, à La 
Haye, une ordonnance par laquelle il défendait de chasser dans 
les forêts ou de pécher dans les eaux, appartenant à Sa Majesté, 
au pays de Limbourg. Ce n'était là qu'un règlement particulier, 
l'exercice d'un droit naturel, le fait du propriétaire qui cherche à 
protéger son bien; il est sans intérêt spécial au point de vue de 
notre étude. 



CHAPITRE V. 

LES EMPEREURS d'âUTRICHE. 
Pays-Ba« aalrlchleim. 

§ i. — Généralités. 

Après que le traité de la Barrière, signé à Anvers le 1 5 novem- 
bre 1715, fut venu consacrer la division des anciennes Provinces 
Unies, les souverains de la maison d'Autriche cherchèrent à don- 
ner une législation uniforme aux provinces qui leur restèrent 
soumises. Bien que les Pays-Bas autrichiens aient formé dès cette 
époque un État indépendant, gouverné par les empereurs d'Au- 
triche mais non soumis aux lois de l'empire, il faut se garder de 
croire que la législation fût la même pour toutes les provinces 
bcigiques. 

I Gachard, Recueil, etc., t. H, p. 434. 



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( 125 ) 

Chacune des provinces, chacun des anciens États indépendants, 
qui formaient les Pays-Bas autrichiens, avait conservé ses usages, 
ses coutumes, ses lois propres. Pour caractériser celte situation 
politique, il faut emprunter à VApotvgie de Guillaume le Taciturne 
la définition énergique, mais exacte, du souverain des provinces 
belges *, 

L'illustre fondateur de la république des Provinces -Unies pré- 
tendait, avec raison, que Philippe II n'était point roi dans les 
Pays-Bas. t Ce nom de fîot, disait-il, m'est inconnu. Qu'il le soit 
en Castllle, en Aragon, à Naples, aux Indes, partout où il com- 
mande despotiquement. Qu'il soit roi, s'il veut, à Jérusalem et 
paisible monarque en Asie et en Afrique, c'est h quoi je n'ai rien 
à dire. Mais je ne connais en ce pays qu'un duc et un comfe, dont 
la puissance est limitée selon nos privilèges, qu'il a juré de main- 
tenir à sa Joyeuse Entrée. » 

La situation était la même sous la domination autrichienne : il 
n'y avait qu'un duc et un comte, qui devait respecter les privi- 
lèges de la nation. Une puissance particulière veillait k ce qu'il ne 
les violât point. 

< Les Pays-Bas autrichiens^ sont un État monarchique; mais 
le monarque n'y est pas absolu comme en Espagne ni dépendant 
comme en Angleterre; il y a, entre lui et le peuple, une puissance 
intermédiaire qui ne gouverne pas, mais qui empêche qu'on ne 
gouverne tyrauniquement sous le nom du prince. Cette puissance 
est ce que l'on appelle les États... ^. > 

Les édits et ordonnances, en matière de chasse spécialement, 
continuèrent donc, comme par le passé, à être donnés au comté de 
Flandre ou au duché de Brabant, au comté de Namur ou au duché 
de Luxembourg, etc. Les actes du pouvoir, concernant le pays 
tout entier, sont rares pendant cette période. 

< ivsTE, Histoire de Belgique, t. Il, p. 363. 

* Les Pays-Bas autrichiens comprenaient : Les duchés de Brabaot, de Lim* 
bourg,de Luxembourg et de Gueidre; le marquisal du Saint-Empire, sous le 
nom d* Anvers; les comtés de Flandre, de Hayuau et de Namur; les seigneuries 
de Malineset de Tournai etTournaisis.(i4/manacA de la Cour de Bruxelles ^^'i) 

' Lettre sur l'état présent des Pays-Bas autrichiens, p. 4. Londres, 1788. 



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(126) 

Nous allons les analyser immédiatement et reprendre, ensuite, 
rétude spéciale de notre législation dans chaque province. 

Diaprés une ordonnance du 15 novembre 173^2 *, les gens de 
guerre jouissaient du privilège militaire, du jour où ils étaient 
immatriculés par le commissaire de guerre comme soldats ou 
brevetés comme officiers, c'est-à-dire qu'ils étaient jugés, en ma- 
tière pénale, par un conseil de guerre spécial. « La distinction 
faite jusqu'alors entre les délits militaires et les délits communs 
est effacée par Tédit, tous sont de la compétence des tribunaux 
militaires; néanmoins il réserve à la connaissance des magistrats 
civils certains cas, qui leur étaient spécialement attribués par des 
dispositions antérieures, comme les contraventions aux lois sur 
les tonlieux, les impôts publics et la chasse. Il maintient les con- 
seils de justice et autres tribunaux, en possession d'y faire droit, 
et les autorise à faire exécuter leurs jugements moyennant lettres 
d'attache du juge militaire, qui ne pouvait les refuser. » 

On comprend Timportance de cette disposition. Sans elle les 
militaires eussent été soustraits aux sièges ordinaires de véne- 
rie et presque certains de l'impunité lorsque, comparaissant devant 
les guemineSy ils auraient eu à y répondre du meurtre d'une per- 
drix ou du vol d'un lapin ! 

Le 3i août 1767 \ un placard du duc Charles de Lorraine fixe 
l'ouverture de la chasse, dans toute l'étendue des Pays-Bas, pour 
l'année courante au i**" septembre. 

Le il octobre 1781 ', un édit de l'empereur ordonne de par- 
quer ou de détruire les sangliers, c dans toute l'étendue de sa 
domination aux Pays-Bas. » 

Ce sont les seules mesures générales, prises par les gouver- 
nants des provinces belgiques, en fait de chasse. Elles sont de 
peu d'importance, à l'exception de la première; nous allons en 
rencontrer en grand nombre et des plus intéressantes portées 
pour chaque État en particulier. 

* DfiFACQZ, 1. 1, pp. 87 et suiv. 

• P/oc. fîraô, l. X,p. 406. 

» Plac, V/and,l.VI,p.i748. 



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( 127 ) 



§ 2. — Duché de BrahanU 

Le 25 juillet 4716 *, Charles VI avait donné à Vienne, au 
marquis de Prié, plein pouvoir de prêter et recevoir les serments 
d'usage à Toccasion de Tinauguration de Tempereur comme due 
de Brabant. Le marquis confirmait, par ses lettres patentes datées 
de Bruxelles le 8 octobre i7i7 *, la Joyeuse Entrée au nom du 
souverain, et trois jours après, le H octobre ', étaient échangés 
les serments réciproques du fondé de pouvoirs du nouveau duc 
et des trois États de Brabant. 

Les privilèges brabançons étaient donc, une fois de plus, renou- 
velés ^ et le prince en jurait le maintien. L'avenir nous apprendra 
s'ils furent toujours respectés. 

Le 13 décembre 1721 ^ paraissait Tédit perpétuel de Charles VI 
a sur le fait des bois et forêts et des plantations appartenant aux 
prélats , cloîtres, vassaux et autres personnes particulières ou 
sujets du pays et duché de Brabant. > Bien que se rapportant 

» Plac. Fra6,l.V, p. 156. 

» /6fd,LV,p. 143. 

3 /6/d.,l. V,p.i57. 

^ Qu'eDlend-on par chasser poil par poil, plume par plume? Cela est réglé 
par placards du prince qui défend diverses sortes de chasse, et ce privilège n'a 
lieu es franches garennes, ni aussi en certains districts, d*alentour du bois de 
Soigne, que Ton appelle Duycres, 

Et quoique le prince vendant des seigneuries a aussi vendu la chasse, cela 
n'exclut pas TefiTet de ce privilège; mais ceux qui ont acheté la chasse du roi 
peuvent chasser autrement que n'est porté par cet article (33, 34 et 35 de la 
Joyeuse Enlrée)^ comme de chasser avec filets, tirer avec arquebuses et autre- 
ment. 

Hais cette vente de chasse n'empêcherait pas le prince de la régler, comme, 
par exemple, si on trouve que la chasse est ruinée par Pusage des arquebuses, 
en tirant au vol, le prince pourrait défendre celte sorte de chasse, comme 
point dépendant du gouvernement de la police. (De Pape, Traité de la Joyeuse 
Entrée, p. 159.) 

s Gachard, Recueil, e(c., t. III , p. 277. 



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( «28 ) 

surtout au régime forestier, il a fallu citer cette ordonnance qui 
a trait, dans quelques-unes de ses parties, à notre sujet. 

Les braconniers continuaient à pulluler dans la forêt de Soigne. 
Le gouverneur des Pays-Bas, comte de Daun, fut obligé de pren- 
dre, le 7 juin d725 *, une ordonnance à ce sujet. 11 y est dit 
t que nulle personne, de quelque qualité qu'elle puisse être, mi- 
litaire ou non militaire, ne pourra dorénavant ni en personne ni 
par leurs domestiques ou autres, cbasser ni faire cbasser, ni dans 
la plaine ni dans la forêt de Soigne, ni autres francbes garennes 
et leurs lizières et lieux réservez par les placards pour les plaisirs 
de Sa Majesté et de son lieutenant-gouverneur et capiUiine de ces 
pals; même que personne ne pourra sortir de Bruxelles par les 
portes de Namur, Halle, Louvaîn, Scharrebeke, avec des fusils ou 
autres instruments deffendus, hormis des filets pour prendre des 
petits oiseaux. > Le gouverneur ordonne < de faire afficher un 
double de celle-ci à chaque porte susdite de Halle, Louvain, 
Namur et Scharrebeke , afin que personne ne puisse prétendre 
ignorer. » 11 enjoint aux officiers de la vénerie et gruerie de veil- 
ler à la stricte observation de cet édit et de traduire les contreve- 
nants devant le consistoire de la trompe. 

Pendant ce temps et malgré la transaction intervenue entre 
eux, les dissentiments du Gruyer et du Grapd-Veneur n'avaient 
cessé de grandir *. Le 9 septembre 4728 ', rarchiduchesse Marie- 
Élisabeth se voyait forcée de rappeler à Tordre le premier de ces 
grands officiers. Elle prescrivait au Gruyer de Brabant de se con- 
former au règlement du 22 juin i688 (c'était la fameuse transac- 
tion), confirmé par Charles II le 23 février 4695. Elfe faisait 
défense audit Gruyer, ainsi qu'à tous hommes de fief et greffiers 
des consistoires des villes et quartiers de Bruxelles, Louvain et 

* Plac, Brab., t. V, p. SOI. Gachard, Recueil, etc., t. IH, p. 505. 

' De 1725 à 1744, le Graod Veoeur était ie prîDce de Rubempré et d'Ever- 
bergb, chevalier de la Toison d'or, coDSciller d'Ëtat, grand écuyer. Son lieale- 
nant fut, de 1725 à 1751, Je sieur Descbamps et, de 1752 à 1740 , le sieur de 
Ballin. De 1725 à 1744, le poste de Grand Gruyer fut occupé par le sieur 
Van Santen. {Almanach de la Cour de Bruxelles, p. 8.) 

• P/ac.Bra6., tV,p.502. 



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( 129) 

Anvers « de recevoir les relations , calenges et ajournements de 
tout officier ou commis de la gruyerie, » qui n'aurait pas été 
admis par le Grand Veneur de Brabant. 

Par son placard du 14 février 1750 S la gouvernante défen- 
dait de tirer ou de prendre des faisans, daiis toute l'étendue du 
Brabant, pendant le terme de trois années. Cette ordonnance, 
évidemment contraire au privilège brabançon, avait été prise sur 
les instances du duc d*Aerschot, c qui serait d'intention de peu- 
pler de faisans quelques-unes de ses terres en ce duché de Bra- 
bant. » 

L'archiduchesse prenait, le 5 décembre 1757 ^ une mesure 
que réclamaient vivement les intérêts de l'agriculture. Elle dé- 
fendait aux Brabançons, qui voudraient user du privilège de 
chasser plume par plume, poil par poil, de fouler les grains à par- 
tir de l'époque où ils se forment en épis, et fixait au 10 août le 
jour de l'ouverture de la chasse avec des armes à feu pour tout le 
duché de Brabant. Puis, le 14 juillet 1758, elle s'occupait du do- 
maine de Boitsfort, de la conservation du gibier, des haies et des 
arbres de la forêt; elle interdisait, notamment, de c passer à 
cheval ou en voiture par la plaine de la maison royale de Boits- 
fort ». » 

On avait cherché cependant, mais en vain, à remédiera un état 
de choses déplorable ; il fallait, d'une part, à tout prix réprimer le 
braconnage, qui menaçait de devenir un danger public et, d'autre 
part, on ne pouvait toucher aux privilèges des Brabançons. Le 
gouvernement crut avoir trouvé le moyen d'atteindre le but en 
évitant l'écueil. Il soumit, en 1740, aux États un projet de légis- 
lation, où entraient un grand nombre d'articles du placard du 
31 août 1615, qui, on se le rappelle, n'avait jamais été publié en 
Brabant, comme contraire aux privilèges. Les Étals s'aperçurent 
aisément que l'on voulait leur faire faire, indirectement, ce que 
directement ils avaient refusé. 



* Plac. Brab., t. V, p. S03. 

• 76»d.,t.VII,p.562/ 

' Verhabgeiv, ouv. cité, p. 151. 
Tome XXVII, 



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( <3< ) 

au bannissement pour dix ans. L*artic]e 49 du placard punissait 
du fouet, de la marque ou du bannissement perpétuel les bracon- 
niers, dëguisés ou réunis, qui avaient résisté aux gardes; s'ils 
faisaient usage de leurs armes , ils devaient être punis de mort. 

En même temps il s'adressait au conseil de Brabant et le priait 
de faire un projet. Le conseil en référa aux États <. 

< L'assemblée fit de nombreuses observations, toutes très-bien 
fondées. Les États retournaient contre le prince son argument, tiré 
de la conservation du gibier et invoqué en apparence en faveur 
des Brabançons ; les plaintes des habitants des garennes n'étaient 
que trop nombreuses; il fallait veiller au bien-être de Tagricul- 
ture, et faciliter la reproduction du gibier eût été k rencontre de 
ce but; le règlement proposé en 1740 n'avait pas été adopté, 
parce qu'il contenait des articles de l'édit de 1615. Les États 
n'ignoraient pas que cet édit renfermait beaucoup d'articles, tirés 
des anciennes coutumes de Brabant; mais il n'en était pas moins 
vrai qu'il était inconciliable avec les principes de la Joyeuse 
Entrée. « Bref, pour couper court h toute contestation au sujet 
du placard de 1615, ils rendirent, le 8 novembre 171(6, un arrêt 

Grand Gruyer, 
1744-1747. Van Santen. | 1773-1780. De rEscaille. 

Juges ou hommes de fiefs. 



1744-1760. Vueghs. 
1744-1755. Van Wemmel. 
1744-1746. De Witte. 
1744-1780. Gambier. 
1744-1774. Van Meerbeeck. 
1747-1775. TRinl. 
1756-1780. Boet. 
1761-1765. DeLadosdeDempremi. 



1766-1780. Michiels. 
1771-1777. Duchesne. 
1771-1780. De Wilde. 
1775-1777. Van Halewyck. 
1776-1780. DeTurck. 
1778-1780. Evenepoel. 
1778-1780. Moris. 



Greffier. 

1744-1764. Plasscbaerl. | 1765-1780. Van Gaslel. 

(Âlmanach de la Cour de Bruxelles, p. 32.) 

* 1753. Verhabcen, oav. cité, p. 152. 



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(132) 

par lequel ils déclaraient que cet édit n'avait jamais été publié en 
Brabant et n'y était pas exécutoire. 

Une enquête, ordonnée par les États sur la juridiction du 
Gruyer, démontra que cet officier continuait , malgré tout, à 
appliquer le placard en question. Les États protestèrent vivement 
et demandèrent qu'on revint au placard de d545. Sur l'avis du 
conseil de Brabant, le prince fit droit à leurs réclamations et 
ordonna, par un édit du 6 mai 1761 *, au Gruyer de Brabant de 
se conformer au placard de Gharles-Quînt. 

Cependant, les braconniers étaient loin de diminuer et Timpéra- 
trice-reine dut porter contre eux son ordonnance du 20 août 
1767', < concernant les braconniers, voleurs de bois et d'étangs 
dans la province de Brabant. > Gette ordonnance reproduisait la 
plupart des dispositions de celle du 5 février 1753. 

L'ouverture de la cbasse en Brabant fut fixée au 1*' septembre 
de cbaque année, par une ordonnance du 7 août i 772 '. Puis, le 
prince Charles de Lorraine régla les frais des procédures crimi- 
nelles devant le consistoire de la trompe en Brabant, par un édit 
du 16 juin 1775 ^ Il est probable que de nouvelles exactions ou 
des exigences non justifiées, de la part du Gruyer et de ses 
suppôts, avaient rendue cette disposition nécessaire. 

Le conseil de Brabant, par un acte du 26 août 1777', délimita 
la franche garenne, connue sous le nom de plaine y située près de 
Bruxelles et réservée aux plaisirs des gouverneurs généraux. 
L'année suivante, le 29 août 1778 ®, l'impératrice-reinc prenait 
un règlement dans un but analogue. Il s'agissait de l'abornement 
de la franche garenne de Soigne, de la plaine et des duières ^ 
spécialement destinées au c déduict » des gouverneurs généraux. 

' Verhaegen, ouv.cité, p. 154. 
« Ptec.Braft., t. X, p. 391 

» Registre de la Chambre des comptes, n^a?, fol. 253 et n» 77, fol. 145. 
{List, chron.) 

* Ibid., n« 188, fol. 187. {List, chron.) 

B Archives impériales, t. XIX. {List, chron.) 

• /6/rf. 

^ Ou duycres. Voir page \%7, note 4. 



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(133) 

Joseph II succéda & Marie-Thérèse, et, le 17 juillet 1781 *, fut 
promulguée, à Bruxelles, la Joyeuse Entrée du nouveau duc de 
Brabant, qui ne devait pas tarder à oublier ses serments. 

Dès le 30 janvier 1781 ^ le souverain s'était occupé de régler 
les frais et dépens, mis h la charge de ceux qui comparaissaient 
devant les tribunaux de vénerie. Son ordonnance fixait provisoi- 
rement le salaire a payer aux juges et au greffier du consistoire 
de la trompe à Louvain, pour intervention aux procès, écritures, 
droits de greffe, etc. 

En 1783 ^ un décret des archiducs Albert et Marie-Christine, 
relatif à la chasse dans la franche garenne près de Bruxelles, fut 
soumis à Tapprobation des États. Comme il contenait une disposi- 
tion attentatoire aux privilèges, en ce qu'il défendait aux paysans 
de laisser courir leurs chiens mâtins aux champs pour les garder 
contre les ravages du gibier, les États refusèrent énergiquement 
de le publier. 

Les archiducs le retirèrent et transmirent, le 31 mai 1785 ^ au 
nom de l'empereur, aux consistoires de la trompe de Bruxelles 
et de Louvain, une ordonnance nouvelle, qui respectait les droits 
des Brabançons cette fois, et s'occupait delà conservation du gibier 
dans les franches garennes du souverain situées dans le duché ^ 



' Réclamations belgiques, 1. 1. {List, chron.) 

* Règ. aux consultations du conseil de Brabant, n* 58, fol. \Z\.{U3L chron.) 
' Verhaegen, ouv. elle, p. 154. 

* Archives impériales, t. XXI. (lAsL chron,) 



s JURIDICTION DE LA CHASSE ET DE LA PÊCHE (1781-1 79t). 

Grand Veneur, 

1781-1789. Henri Otbon , comte .d*Ongnyes de Hastaing, prince de Grimber- 

gben, etc., conseiller d'Ëlat. 
1700-1793. Vacat. 

Grand Gruyer de Brabant, 

1780-1702. DeTEscailIe. 



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(134) 

Cette ordonnance avait été traduite en flamand et promulguée 
dans les deux langues; mais, le 17 décembre 1785 ', le conseil de 
Brabant statua que le texte français serait seul suivi en cas de 
doute. 

Le fameux privilège des Brabançons courait des dangers, 
chaque jour plus grands. Cependant ^ le 50 mai d787 3, une 
dépêche des gouverneurs généraux fut adressée aux États du 
Brabant, qui avaient signalé, comme attentatoires aux privilèges, 
diverses dispositions récemment portées. Les archiducs y décla- 
rent tenir en surséance absolue les dispositions quelconques, qui 
avaient été prises contrairement à la Joyeuse Entrée, aux fran* 
chises, privilèges et droits publics ou particuliers du pays de 
Brabant, et, quelques mois plus tard, le ai septembre 1787 ^, une 
dépêche du comte de Murray assurait, au nom de l'empereur, aux 
États que la Joyeuse Entrée t est et sera maintenue. Les nou- 
veaux tribunaux de justice, les intendances et les commissaires 
de ces intendances resteront supprimés. Les tribunaux et juridic- 
tions, tant supérieurs que subalternes, l'ordre et l'organisation 
de la justice, les États, leurs députations, les diverses adminis- 
trations des villes et du plat pays subsisteront à l'avenir sur 
l'ancien pied.... > 

Ces promesses, ces concessions étaient faites dans le but 



Juges ou hommes de fiefs. 



1780-1792. Gambier. 
1780-1788. Boel. 
1780-1789. Michiels. 
1780-1782. De Wilde. 
1780-1786. DeTurck. 



1780-1789. Evenepoel. 
1780-1789. Morts. 
1783-1792. Otto. 
1789-1792. Meuleiiberg. 
1792. De Swepl. 



Greffier. 

1780-1792. VanGaslel. 

{Almanach de la Cour de Bruxelles , p. 60.) 

* Liste chronologique^ etc. 

s Bibliothèque de Mons, 53« portef., n» 2458. {List, chron.) 

' Archives impériales, t. XXU. {LisL chron.) 



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( <3S ) 

d'apaiser le « monstre > qui commençait à se remuer. ElJes 
n'eurent pas Teffet désiré, il est du moins permis de le sjup- 
poser, car bientôt le souverain change complètement de sys- 
tème. 

En effet, le i8 juin 1789 S parait Tordonnance par laquelle 
l'empereur révoque toutes les concessions accordées à la province 
de Brabant, ainsi que ses privilèges et tout le contenu de la 
Joyeuse Entrée, dont il a cependant juré, le maintien. Il supprime 
les députations des États, casse le conseil de Brabant et établit 
le grand conseil, comme juge supérieur de cette province. 
Mais une politique de tâtonnements et d'essais était commencée. 
Dès le âl novembre suivant, le souverain se voyait forcé de 
révoquer cette ordonnance et quatre jours après, le 25 novembre 
1789 S il rétablissait la Joyeuse Entrée et tous les privilèges du 
Brabant, en même temps qu'il accordait une amnistie générale 
sans aucune exception. Puis , le 6 décembre ^, le comte de 
Trauttmansdorff se portait garant envers la nation de l'aveu de 
l'empereur pour tout le contenu des déclarations des 2i et 
â5 novembre précédent. 

D'autre part, le 49 décembre 1789 *, un ordre du comité des 
provinces belgiques unies enjoignait à « un chacun de respecter 
les chasseurs (gardes) de Boltsfort et de la chasse royale dite 
la plaine, faisant leurs fonctions, » et interdisait la chasse dans 
cette p/atne^ la forêt de Soigne et les franches garennes , sous les 
peines édictées par les édits; puis, le 121 juillet 1790 ^ les États de 
Brabant publiaient une déclaration concernant la conservation de 
la chasse, fort compromise, comme on le comprend, pendant 
cette période de troubles et d'agitations. C'était, en quelque sorte, 
la contre-partie des dernières mesures prises par le gouver- 
nement. 

L'empereur s'efforçait visiblement de se rattacher h un pouvoir, 

* Archives du royaume. {List, chron.) 

« Ibid. 

s Archives impériales, t. XXIII. (LisL chron.) 

« Coll. de placards de la Bibllolbèque royale, n» 24,523. 

» ArebiTes impériales ,t. XXÏV. {List, chron.) 



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( ^36 ) 

qui lui (échappait, et de rappeler à lui Taffection de ses sujets 
qu'il s'ëtait aliénée à jamais. 

Le 13 avril 1791 *, une dépêche est adressée par le comte de 
Mercy-Argenteau aux États de Brabant. Le comte y déclare, au 
nom de l'empereur, comme son représentant et en vertu de ses 
pleins pouvoirs, que la convention de La Haye, du iO décembre 
1790, et la ratification, du 19 mars suivant, ne porteront aucun 
préjudice ni atteinte quelconque au contenu de la Joyeuse En- 
trée, qui restera telle que limpératrice Marie- Thérèse et ses 
prédécesseurs Font jurée. Puis, le 8 novembre 1792 ^ c'est une 
dépêche des gouverneurs généraux informant les États que l'em- 
pereur a déclaré vouloir maintenir immuablement la Constitution 
brabançonne et la Joyeuse Entrée et que, en conséquence, la décla- 
ration du 25 février 1791 , qui réorganise le conseil de Brabant, 
doit être considérée comme non avenue. 

Mais il était trop tard. La révolution française était arrivée et 
avec elle la fin du régime féodal, des droits seigneuriaux, des 
privilèges. Son influence ne tardait pas k se faire sentir dans nos 
provinces. Dumouriez était entré en Belgique et,.le 12 décembre 
1792 ^ les représentants de Bruxelles, élus au mois de novembre, 
proclamaient la liberté de la chasse et de la pêche dans retendue 
de la cuve de Bruxelles. Ils disaient que c ceux qui sont détenus 
k la maison de force de Vilvorde ou par ordre arbitraire du 
ci-devant gouvernement, ou pour contravention aux lois ci-de- 
vant existantes sur le fait de la chasse ou de la pêche , ou pour 
cause de patriotisme, seront élargis par décret ultérieur h porter 
par rassemblée, sur le rapport individuel qui lui sera fait par ses 
commissaires des divers détenus, qui se trouveraient dans l'une 
ou l'autre de ces catégories. > 

Enfin, le 27 février 1793 *, ces mêmes représentants chan- 
geaient le style et la forme de procédure en usage en matière de 



* Rég aux consultations du conseil de Brabant, n» 64,151. (L/5(. chron.) 

* Ibid., no 64,252. {List, chron.) 

« Pcuinomie belge. Introduction, p. 240. 

* Ibid., p. 297. 



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( i37) 

chasse. Ils abolissaient le tribunal de la foresterie * et, en même 
temps, le règlement nommé keurhoeck. 

L'ancien régime était aboli ; la féodalité allait disparaître et les 
prineipes nouveaux, en matière de législation, faisaient leur ap- 
parition en Belgique ! 



§ 5. — Duché de Luxembourg. 

Le comte de Gronsfelt, gouverneur et capitaine général des 
pays et duché dé Luxembourg et comté de Chiny, prit, le 25 dé- 
cembre i716^, un règlement sur la chasse. 11 reproduisait des 
défenses déjà faites et se conformait aux principes généraux, 
admis d'ancienneté dans le Luxembourg, en cette matière. 

Par son acte du 5 juin 17â5 ', le conseil de Luxembourg près- 

^ JURIDICTION DE LA CHASSE ET DE LA PÊCHE (179S-1794). 

Grand Veneur, 
1794. Le comle de Maldeghem, chambellan. 

Gruyer de Brabant, 

De rSscaille. 

Juges ou hommes de fiefs. 



Gambier. 
Otto. 

Meulenbergfa. 
De Swert 



Den Abt. 

Spoelbergh. 

Barlbélemj. 



Greffier. 

Van Gastel. 
{Almanach de la Cour de Bruxelles, p. 78.) 



« Coll. de la FonUine, rég. n« il. {Lisl. chron.) 

' flièg. da conseil de Luxemboarg, t. X, fol. 3)1. (UsLchrm.) 



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( 138) 

crivit aux habitants de son ressort d^atlacher au cou de leurs 
chiens mâtins un billot ou entrave, d'un pied et demi de longueur, 
pour les empêcher de poursuivre le gibier. C'était la reproduc- 
tion d'une défense déjà ancienne et faite, notamment, par le pla- 
card du 31 août 1613 à ceux qui habitaient au milieu des 
garennes franches et des chasses de la couronne. 

Le 10 juin 1732 ', Charles VI promulguait, & Bruxelles, un 
nouveau règlement pour la chasse et la pèche dans le duché de 
Luxembourg et comté de Chiny. 

D'après l'article i" de ce placard, les seigneurs, hauts, 
moyens et bas-justiciers peuvent chasser en leurs terres et sei- 
gneuries ou ailleurs, où ils en ont le droit d'ancienneté, et les 
prévôts, dans leurs prévôtés. Les seigneurs hauts justiciers et les 
prévôts peuvent, dans l'étendue de leurs seigneuries et offices 
respectifs, faire deux traques, dans les temps et saisons les plus 
convenables , pour détruire les loups, les renards et autres bétes 
nuisibles (art. 22). Ils peuvent aussi dresser et faire dresser des 
pièges aux loups, aux renards, aux loutres, < faignettes et fai- 
choux »; mais s'il arrivait que quelque gibier fût pris au piège, 
celui qui le découvrira sera obligé de le remettre au seigneur 
ou officier du lieu dans les vingt-quatre heures, h peine d'une 
amende de 30 florins (art. 23). Ils peuvent aussi tendre ou faire 
tendre des lacs et filets pour prendre les perdrix, les bécasses, 
les grives et les alouettes seulement (art. 7). 

Le gouverneur de la province peut chasser, où il est en droit 
de le faire d'ancienneté, et les prévôts, dans leurs prévôtés. Ils y 
peuvent aussi faire traquer lorsqu'ils sont présents; mais ce droit 
est personnel aux prévôts et à leurs lieutenants; il leur est in- 
terdit de donner permission de chasser h d'autres, à peine de 
privation de leur propre droit de chasse. Ceux qui profitent de 
semblables permissions accordées par les prévôts sont poursuivis 
aux termes des placards (art. i et 6). Il est interdit d'affermer 
aucune chasse sans permission expresse de l'empereur (art. 14). 

Toute possession sans titre, quelle qu'elle puisse être, est 

' Hég. da conseil de Luzembourg, Y*, fol. 109. {LisL chron.) 



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( 139) 

déclarée abusive, si elle n'est couverte d*une sentence antérieure 
(art. 4). 

11 est défendu k tous ceux qui n'ont pas droit de chasse , ecclé- 
siastiques aussi bien que séculiers, de porter c armes à feu, filets 
ou lasserons à la campagne, bois ou champs > : les voyageurs et 
gardiens de bestiaux, pendant la nuit, peuvent seuls porter des 
armes chargées d*une balle non fendue d'une croix ou à dragées 
(art. d 6, 17 et i 9). Les gardes-chasses ne peuvent être armés, pour 
leur défense , que de mousquetons non rayés , dont les canons 
n'excèdent pas deux pieds de S'-Lambert (art. 18). 

Il est aussi défendu à tous ceux, qui n'ont pas droit de chasse, 
d'avoir des armes cachées c es bois, huttes ou d'en avoir chez soi 
des brisées, qui se déverlnnent en plusieurs pièces ' » (art. 19, 
20,21). 

La défense de tenir des chiens de chasse c ou à plume » re- 
garde les ecclésiastiques comme les séculiers , sous peine de con- 
fiscation et d'amende. II est permis, cependant, d'avoir des mâtins, 
auxquels on fera attacher au cou un billot d'un pied et demi de 
longueur (art. 9). Défense est faite de vendre ou d'acheter du 
gibier, clandestinement ou autrement qu'au marché (art. 10 et 11). 
Toute venaison, portée en sac ou en panier couvert, sera confisquée 
par les officiers ou sergents de la chasse du lieu et les porteurs 
seront passibles d'amendes (art. 10). 

Les sentences, en matière de chasse, sont exécutoires par pro- 
vision, nonobstant appel et sans caution (art. 57) et la responsa- 
bilité civile des parents, maîtres et commettants est proclamée 
(art. 36). 

La chasse est interdite du 4 avril à la Madeleine (art. 7). 

Sous le rapport des peines qu'il édicté, ce placard est remar- 
quable par sa sévérité : la première fois, le contrevenant non 
ecclésiastique (distinction toute neuve! ) était mis au carcan pen- 
dant une heure, avec le gibier pendu au cou , et condamné à une 
amende de 25 florins ; la seconde fois, il était banni pour trois ans 
et encourait une amende de 50 florins; la troisième fois, il était 

* VAfvyzer de nos braconniers modernes. 



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( 140 ) 

banni h perpëtuîlé et ses biens étaient confisqués. Mais cette 
législation cruelle ne pouvait subsister longtemps et, dès lel 1 sep- 
tembre 1735 ', un nouveau décret de Charles VI portait inter- 
prétation des articles 1*"' et 3Î( de Tordonnance du 10 juin 1732. 
Des modifications, favorables surtout aux nobles et aux per- 
sonnes de considération ou en charge, y étaient introduites; les 
délinquants de cette catégorie n'encouraient que des amendes : 
200 florins pour la première contravention , 300 florins pour la 
deuxième, 400 florins pour la troisième, et, k la quatrième réci- 
dive seulement, des peines corporelles h arbitrer, selon la gravité 
du fait, par le siège de la vénerie'. Ce décret portait aussi que 
les gentilshommes, ayant droit de chasse ailleurs qu*au lieu de 
leur demeure et tenant chiens de chasse, devaient les enfermer 
et seraient obligés de les tenir couplés, en passant sur les juridic- 
tions étrangères. Il portait également que les sentences n'étaient 
exécutoires par provision, que si les contrevenants avaient été 
convaincus du fait selon les règles du droit. 

Des privilèges particuliers continuaient k subsister, en matière 
de chasse, au profit de certains villages ou de certaines commu- 
nautés d'habitants. C'est ainsi que, le 8 mai 174i', des lettres 
patentes du souverain confirmaient les droits et les privilèges 
des c communs habitans du village de Clémency, prévôté de 
Luxembourg. > L'article 17 de ces franchises était conçu en ces 
termes : < Les habitants du village et ban de Clémency étant en 
usage et possession de chasser et pécher dans l'étendue dudit 
village et ban, nous leur permettons de continuer k le faire; 
voulons que la sentence portée à ce sujet par notre conseil de 
Luxembourg *, du 1 Î5 octobre 1 698, vienne à cesser, sans préjudice 
cependant aux droits du justicier dudit Clémency et du prévôt 
de Luxembourg, qui pourront également y chasser et pécher. » 

Remarquons que, dans cette concession, le droit du haut justi- 
cier est spécialement réservé. 

* Règ. du conseil de Luxembourg , Y*, fol. i 26. {Lût. ehron.) 

* Britz,p.652. 

3 Leclercq, Coutumes de Luxembourg, 1. 1 , p. 55. 

* Pour le leur défendre sans doute. 



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{ i« ) 

Un décret du marquis de Botta-Adoroo, ministre plénipoten- 
tiaire pour le gouvernement général des Pays-Bas, fixe, le 7 juillet 
175i ', les sommes que Ton payera annuellement aux officiers des 
grueries de la province de Luxembourg, en rachat du bois de 
chauffage auquel d'anciens usages leur donnaient droit. 

On se rappelle que, d'après la coutume d'Ârlon de 1552, les 
habitants de cette ville avaient le droit de chasser depuis le lever 
jusqu'au coucher du soleil. Le prince Charles de Lorraine , par 
son décret du 13 avril 1752 ', défendit aux justicier, échevins et 
bourgeois d'Arlon de chasser sur le territoire de la prévôté et mit, 
ainsi, un terme h un ancien usage, toujours respecté jusqu'alors. 

Le 21 novembre 1774 ^, Marie-Thérèse s'occupait de nouveau 
de ses sujets de la prévôté d'Arlon, mais, cette fois, pour inter- 
préter certains passages des règlements sur la chasse, au sujet de 
l'application desquels des doutes s'étaient élevés. Elle adressait 
son décret au siège prévôtal et statuait, par interprétation des 
ordonnances sur la chasse, que Tamende devait être décrétée h 
charge de chaque complice en particulier, sans distinguer entre 
tireurs et traqueurs. C'était résoudre une difficulté sérieuse d'in- 
terprétation , qui s'est reproduite bien souvent depuis lors et se 
représente encore chaque jour devant nos tribunaux. 

Enfin, une instruction du 19 mai 1788^ de l'empereur Joseph II, 
pour les gruyers, hauts-forestiers et autres officiers des bois dans 
la province de Luxembourg, vient clôturer la série des actes , 
relatifs à cette matière spéciale, promulgués, pour le duché, par 
le gouvernement des Pays-Bas autrichiens. 



§ 4. — Comté de Flandre, 

Les documents, relatifs h la législation de la chasse dans le comté 
de Flandre, sont peu nombreux, sinon peu intéressants, pendant 
cette période. 

* Règ. de la Chambre des comptes, o'' 186, fol. 16. (List, chron.) 

* Conseil privé, carton n<* 2663. (List, chron.) 

' Règ. du conseil de Luxembourg, LL, fol. 54. (List, chron.) 
^ Conseil des finances, carton n^ 881 . (Ust. chron.) 



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( U2 ) 

Il est certain que le placard de 16i5, avec ses modifications 
postérieures , continua à être appliqué sans difficultés dans cette 
province, jusqu'à ce que le souffle révolutionnaire fût venu ba- 
layer les derniers vestiges de la féodalité.- 

Le 28 novembre 1757 *, rarchiduchesse Marie-Élisabeth, gou- 
vernante des Pays-Bas, fixait au i*' septembre de chaque année 
le jour de Touverture de la chasse dans la province de Flandre. 

Le 30 juillet 1740 ^, un nouveau placard , publié au consistoire 
du conseil de Flandre le 8 août 1740, était pris dans Tintérét de 
Tagriculture et de la conservation des récoltes. Il renouvelait la 
défense de chasser, sauf dans les bois, avant le l**^ septembre de 
chaque année et comminait des peines contre ceux qui, même 
après cette date, se permettaient en chassant de fouler des terres 
couvertes de fruits. Les contrevenants, même militaires, devaient 
être livres à Toffîcier du lieu. 

Puis, le 22 juin 1755 ^ Marie-Thérèse publiait un règlement 
sur l'exercice du droit de chasse dans la province de Flandre. 
Divisée en 34 articles, qu'il est intéressant de résumer, cette 
ordonnance fut publiée au consistoire du conseil de Flandre le 
28 juillet 1753. 

Ce règlement est pris, aussi bien dans l'intérêt de l'agriculture, 
que dans celui des propriétaires ou ayant droit de chasse; il se 
propose d'assurer la reproduction du gibier et la conservation des 
récoltes! • 

Il débute par défendre k tous ceux qui n'ont ni droit ni permis- 
sion de chasse, de poursuivre ou de faire poursuivre, avec chiens 
ou sans chiens, lièvres, lapins, perdrix, canards, bécasses, 'etc., sous 
peine d'une amende de 60 livres parisis (art. 1). Sont présumés 
chasser ceux que l'on trouve en plein champ, accompagnés de 
chiens, excepté seulementles bergers (art. 2), ou ceux qui sont ren- 
contrés, hors voies et chemins, porteurs de fusils , filets, lacets, 
bricoles, etc. La même présomption s'élève contre celui, qui est 

« Plac. Vland., t. IV, p. 506. 
« md.,t.V,p.828. 
• /Wd.,tV,p.li01 



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( 143) 

surpris enlevant un gibier pris à un lacet ou à une bricole (art. 3). 

Outre Pamende, la confiscation des engins est prononcée (art. 4) 
et le défaut de rapporter ces engins est puni d'une amende triple 
(art. 5]. La roéme peine de 60 livres parisis est comminée contre 
ceux qui poursuivent, attrapent ou troublent le jeune gibier; la 
contravention est établie par le fait seul d'avoir chez soi une pièce 
de gibier (art. 6). 

Celui qui, par accident, tue ou blesse une béte sauvage est 
obligé de la remettre immédiatement à Toificier de vénerie du 
lieu (art. 7). 

U est fait défense h ceux, qui ne sont pas autorisés & chasser, 
de tenir des chiens de chasse (art. 8). Les paysans peuvent avoir 
des mâtins à condition de leur suspendre au cou un billot d*un 
pied et demi de longueur (art. 9), et les mâtins, trouvés aux champs 
sans être porteurs d'un billot, peuvent être abattus (art. 10). 

Les gens de la campagne ne peuvent avoir chez eux de furets, 
sous peine d'une amende de 20 livres parisis (11), et le fait de s'en 
servir à la chasse est puni de l'amende ordinaire de GO livres 
parisis (art. 12). 

Il est interdit, sauf à ceux qui sont de ronde, de sortir armés 
de fusils (art. 13). Les fusils des gens de patrouille et des voya- 
geurs ne peuvent être chargés qu'à balle (art. 14 et 15), et une 
amende de 120 livres parisis est comminée contre ceux qui se 
permettraient de chasser en faisant la ronde (art. 1 7). 

Ceux mêmes qui ont droit de chasse ne peuvent charger leurs 
armes à plomb qu'au lieu même où ils peuvent chasser (art. 16). 

L'impératrice renouvelle la défense faite à l'article 13 du pla- 
card du 31 août 1613; elle interdit, non-seulement à ses receveurs 
et officiers, de louer toute espèce de chasse; elle étend même cette 
défense h tous seigneurs ou dames, ayant droit de chasse h cause 
de leur seigneurie ou k tout autre titre, « op pêne van t'onsen be- 
hoeve te verbeuren eene bocte van hondert guldens > (art.18et19). 

Les motifs invoqués par Marie-Thérèse méritent d'être rap- 
portés. Ils démontrent une fois de plus que le droit de chasse 
était un droit régalien, dont elle permettait l*exercice à ses vas- 
saux : 



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( 144 

a Alsoo de jacht die onse yassalen toegelatenïs^ hun alleenlyk 
behoort te dienen om de tydt te passeren sonder de selve te mis- 
bruycken DOgte daer aen een surdide gewin te doen, etc. > 

Toute chasse était close du i*' mars au i5 août (art. 20), ainsi 
qu'en temps de gelëe ou de neige (art. 21). Les châtellenies étaient 
autorisées à prolonger, jusqu'au 1" septembre, cette période de 
fermeture si l'état des récolles l'exigeait (art. 22). 

Une amende élevée, i20 livres parisis, était comminée contre 
ceux qui vendaient du gibier en temps clos (art. 23). Le gibier, 
transporté à cette époque, pouvait être saisi par les officiers de 
vénerie, et le règlement les autorisait même à faire des visites do- 
miciliaires chez les < pouilleniers > (art. 24). Pour les perdrix, il 
y avait une disposition générale : on n'en pouvait plus vendre 
après le mois de novembre (art. 25). La responsabilité civile 
des parents, maîtres et commettants était proclamée par l'ar- 
ticle 26. 

La connaissance des contraventions, en matière de chasse, 
appartenait au siège de la vénerie ou à la justice des seigneurs, 
qui avaient ce privilège d'ancienneté (art. 27). 

Le juge compétent était celui du lieu du délit, alors même que 
le délinquant n'avait pas été arrêté et était domicilié dans une 
autre juridiction (art. 28). 

Les visites domiciliaires étaient autorisées en cas de pré- 
somptions graves (art. 29). Les causes devaient être instruites 
sommairement et les procès-verbaux des sergents, dressés dans 
les 24 heures, faire foi entière, si l'amende n'excédait pas 
60 livres parisis (art. 50). 

En cas de non-payement, l'amende était remplacée, lors de la 
première contravention , par une exposition du condamné, pen- 
dant 5 heures, au carcan avec le gibier pendu au cou ; lors de la 
secondé contravention, par le bannissement, pendant deux ans,du 
village où le fait avait été posé; lors de la troisième contravention, 
enfin, par des peines corporelles et arbitraires prononcées contre 
le contrevenant, qui était regardé dès lors comme incorrigible 
(art. 31). 

La publication fréquente de ce règlement, lequel n'abrogeait 



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( 145 ) 

pas les placards antérieurs, qui ne lui étaient pas contraires, était 
recommandée (article 52). 

Si des dégâts avaient été occasionnés par le gibier, on pouvait 
s adresser à ceux du siège, qui, après avoir fait estimer les dom- 
mages, ordonnaient aux propriétaires de la chasse de réparer et 
de faire cesser ces dégAts, sous peine d'amende (article 35). 
Enfin, par Tarticle 54* et dernier, le fait de tuer ou de blesser un 
chien de chasse était puni de Tamende triple, de 180 livres pa- 
risis. 

Tel est en résumé ce règlement très-remarquable. Il porte 
d'abord une peine fixe et ordinaire en matière de chasse: 60 
livres parisis. Selon les cas, cette peine doit être augmentée ou 
diminuée par proportions égales: 20 et 40, 120 et 180 livres 
parisis. Il contient ensuite plusieurs dispositions, pleines de sagesse 
et qui mériteraient de trouver leur place dans nos législations 
modernes. 

Un des points seulement où il s'écarte dcsj'dées aujourd'hui 
reçues, est celui qui règle le taux cl la nature des peines subsi- 
diaires au payement des amendes; elles sont cruelles et portent 
encore le cachet du moyen âge et de Ip féodalité. 

Un décret de l'empereur, du 19 août 1782 *, portait que, par 
suite du départ de la garnison hollandaise qui occupait la ville 
d'Ypres, Texercice du droit de chasse était rétabli sur l'ancien 
pied dans cette ville et sa châtellenie. Les administrations, terres 
et seigneuries, auxquelles ce droit appartenait, pouvaient en con- 
séquence librement Texercer, comme auparavant. 

Ce devait être le dernier acte posé en cette matière par le 
gouvernement autrichien en Flandre. Bientôt la révolution dé- 
truisait tous ces anciens usages; la république était proclamée et, 
le 12 février 1795^, les commissaires nationaux h Gand décla- 
raient abolis la dime, le droit de chasse, la féodalité et les autres 
droits régaliens ou seigneuriaux, qui avaient si lourdement pesé sur 
le peuple flamand pendant des siècles. 

* Conseil des ûDances , carton n° 290. {LisL chron.) 

• Archives de Gand. (JLl«^ chron.) 

Tome XXVII. 10 



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( ^^^6 ) 



§ 5. — Comté de ffainaut, 

DaDS le comté de Haînaut, tout au contraire de ce qui se pas- 
sait en Flandre, les ordonnances furent aussi nombreuses qu'é- 
tendues pendant la domination de la maison d'Autriche. 

Le 29 janvier 4715 S Charles VI s'occupait de la conservation 
de sa chasse particulière autour de sa résidence d'été favorite; il 
défendait de chasser dans le district de Marimont. 

Une ordonnance du conseil de Hainaut, du iA mai 1718*, 
constatait que t ceux ayant droit de chasse n'ont aucun égard aux 
saisons , non plus qu'aux grands dégâts qu'ils font aux grains, > 
malgré les ordonnances et placards rendus, en celte matière, en 
iS60, 1615, 16!26, 1661, 1679, 1682 et 1698. Le conseil défendait 
en conséquence « à tous indifféremment ayant droit de chasse, 
de chasser ou faire chasser avec armes à feu, rets, filets ou 
autrement, sauf dans les bois et garennes, depuis le 1*' mars 
jusqu'au 1'' août, et en aucun temps dans les grains, à peine de 
10 royaux d'amende pour jchaque fois, » sans préjudice des dom- 
mages-intérêts. 

Par son édit du 11 août 1725 3, Tcmpereur déclarait que Tar- 
tide 5 du placard du 51 juillet 1560, relatif aux entraves des 
chiens mâtins, était applicable non-seulement aux chasses doma- 
niales, mais encore à toutes chasses quelconques. Il comminait 
une peine de 2 carolus contre tous ceux qui , n'étant point auto- 
risés à tenir des chiens de chasse , n'attacheraient pas au cou de 
ceux qu'ils possédaient un billot long d'un pied et demi. 

Le 50 mai 1751 ^, nouvelle ordonnance du conseil de Hainaut 
concernant la police des glaneurs, les incendies, les cabarets et la 

^ Gachard, Recueil, elc, t. II, p. 582. 

* /d., t6fd., t. IH, p. 106. Recueil de placards, décrets, etc., du pals de 
Bainau, etc., p. 37. 

s Id,, ibid.^ t. m, p. 510. Recueil de placards, décrets, etc.y du païs de Haï- 
nou,p. 110. 

* Bibliothèque de Mods, 41< portef., n* 1216. (List, chron.) 



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( «47 ) 

chasse; et, le 14 août i734S le conseil susdit, sur la remon- 
trance du conseiller- avocat de Sa Majesté, prescrivait aux 
maîeurs de republier et afficher chaque année Tordonnance du 
4 mai 1718 relative aux glaneurs, aux incendies, à la sonnerie de 
la cloche de retraite et à la chasse. 

Une ordonnance, rendue le 51 juillet 1758 * par le conseil de 
Hainaut, défendait encore de chasser, ailleurs que dans les bois, 
ayant le 15 août et en aucun temps, dans les endroits où les 
grains sont sur pied. Il retardait donc de quinze jours Tépoque 
de Touverture de la châsse qu'il avait fixée au 1'' août, par son 
ordonnance du 14 mai 1718. 

Plus tard encore, cette époque fut reculée de quinze jours, par 
un édit du 50 juillet 1740'. L*empereur fixait au 1*' septembre 
Fouverture de la chasse et comminait une amende de 100 florins 
contre ceux qui se permettraient de fouler, en chassant, des ré- 
coltes encore sur pied. 

Mais il était écrit qu'il serait impossible de déterminer une 
époque fixe et immuable, à laquelle la chasse serait permise. Le 
15 juillet 1749 \ le conseil de Hainaut publie de nouvelles dispo- 
sitions réglementaires relatives à Texercice du droit de chasse et, 
cette fois , au lieu de s'en tenir à ce qui avait été fixé par l'édit du 
50 juillet 1740, il revient k sa règle première et fixe de nouveau au 
1*' août l'époque où il cessait d'être défendu de poursuivre le 
gibier. 

Une ordonnance du 27 novembre 1 749 ^ donnée à Bruxelles par 
Marie-Thérèse, réglementait le droit de chasse dans le comté de 
Hainaut. Elle fut bientôt suivie d*un autre placard plus complet et 
plus intéressant sur le môme objet. C'est celui du 7 février 1755 ^. 

Les 24 articles de ce placard ne sont, pour la plupart, que la 
répétition dps placards antérieurs, nommément de celui du 

' Becueil de placards, décrets, etc., du pals de Hainau p. 35. 
< Bibliothèque de Mous, 49* portef , n« 1325. {Usl. chron.) 
' Recueil de placards^ décrets, etc., du pats de Bainau, p. 41. 

* /6/d., p. 47. 

* Bibliothèque de Mons,45« portef., d« 1705. {List, chron.) 

* Recueil de placards^ décrets , etc., p. 76. 



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( U8 ) 

31 août 1613. Us rappellent aussi, en plus d'un point, les disposi- 
tions porlëcs pour la Flandre, le ^2 juin 1753, par Timpératrice- 
reine, dispositions que nous avons analysées ci-dessus. Il est évident 
que le règlement de 1 753 a servi de modèle à eelui de 1755. Cepen- 
dant certaines dispositions de ce dernier méritent d'être rappelées. 

L'article 4 disait que si quelque gibier était tué ou blessé pen- 
dant qu'on fauchait les grains , foins ou autres fruits dé la terre, 
il devait, aussitôt le travail de la journée achevé, être remis au 
seigneur haut justicier ou h son officier. 

On ne pouvait, d*a près l'article 1*', chasser, même avec l'auto- 
risation dudit seigneur, sans être accompagné de son garde-chasse. 

Les pelletiers, chamoiseurs ou autres, à qui on offrait en vente 
quelque nappe ou peau de bête fauve ou gros gibier, ne pou- 
vaient, sous peine d'une amende de 30 livres, en faire l'acquisition 
sans en avoir, au préalable, prévenu l'officier du lieu (art. 13). 

La chasse était interdite du 15 mars au 15 août (art. 17). 

Les peines subsidiaires étaient, en cas de non-payement de 
l'amende : pour la première fois, quinze jours de prison basse au 
pain et à l'eau; pour la seconde fois, un mois de la même peine, 
et en cas de troisième contravention, « un bannissement de cinq 
années de la paroisse où la contravention avait été faite, avec dé- 
fense de s'y représenter à peine de bannissement de toute la pro- 
vince pour le terme de dix ans » (art. 20). 

L'ordonnance répétait, à l'article U, que ses dispositions étaient 
applicables aux militaires et gens de guerre. 

Charles VI avait pris un règlement, le 7 janvier 1739 S pour la 
conservation des bois et du parc de la maison royale de Mari- 
mont, ainsi que pour celle de la chasse et de la pêche dans les 
mêmes bois. 11 y était question, notamment, de la juridiction com- 
pétente pour connaître des délits de chasse commis dans ces bois, 
et de l'appel des sentences des juges. 

Un décret du prince Charles de Lorraine, en date du 12 mai 
1756 ^, vint déroger à ce règlement. 11 portait, contrairement aux 

» Reg.de la Chambre d es comptes,n» 64, fol. 176 et n* 75, fol. 29. (LwUAron.) 
* Reg. du conseil de Hainaut, n« 14, fol. 137. (List, chron.) 



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( U9 ) 

dispositions arrêtées par Charles VI , qu'il pourrait être appelé au 
conseil de Hainaut des jugements rendus par l'ofTice de In prévôté 
de Binche, touchant les délits de chasse commis dans le parc et 
district de Marimont. 

Le 20 juillet 1768 ', Marie-Thérèse porta son fameux édit contre 
les braconniers : La peine du bannissement, pendant dix ans, était 
eomminée contre les braconniers qui feraient la moindre opposi- 
tion aux gardes-chasse et aux sergents, contre ceux qui se dégui- 
seraient, se masqueraient ou se noirciraient le visage pour chasser 
ou qui, dans le même but, s'attrouperaient et se réuniraient par 
bandes de trois ou plus. Les cavaliers de la maréchaussée devaient 
prêter leur aide aux seigneurs, propriétaires ou ayants droit de 
chasser pour poursuivre et arrêter les braconniers susdits. Il était 
ordonné aux officiers et gens de loi des villages voisins de faire 
prendre les armes aux « manants, > au bruit du tocsin ou de la 
caisse annonçant que des braconniers étaient poursuivis, et de les 
poster de façon à empêcher la fuite des voleurs de bois et d'étang. 
Il est probable cependant que, plus d*une fois, le manant ainsi 
posté fermait les yeux et laissait passer, sans l'arrêter, un frère, 
un parent, un ami! 

Le fait seul de la promulgation de cet édit indique quelle exten- 
sion avait pris le braconnage et quel danger ceux qui Tcxerçaient 
faisaient courir, non-seulement aux propriétés et au gibier, mais 
encore k la vie des gardes et des sergents, puisque le pays pouvait 
être mis sur pied , par un simple roulement de caisse, pour s'em- 
parer de cet ennemi public qui avait nom : braconnier! 

Une déclaration du conseil de Hainaut, faite h Mons, le 20 juillet 
i789 *, sur les réquisitions du conseiller-avocat de l'empereur, 
porte que les ordonnances pour la police des champs, du 50 juillet 
1740 et du i5 juillet i749,seront imprimées, publiées et affichées 
dans tout le ressort de la cour, sans cependant qu'il soit dérogé à 
l'article 17 du placard du 7 février 1755, qui avait fixé l'époque 
de l'ouverture de la chasse au 15 août et celle de sa fermeture au 



' Recueil de placards, décrets, etc., p. 474. 

* Bibliothèque de Mons, 55" portef., n» 2515. {List, chron.) 



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( 150 ) 

i 5 mars de chaque année. On se rappelle que Tordonnance de 
i740 fixait l'époque de Touyerture au 1*' septembre et que celle 
de 1749 fixait cette époque au i'' août. L'édit du 7 février i755 
avait pris un moyen terme que le conseil de Hainaut entendait 
maintenir et respecter. 

Le 5 août 1790 S le conseil de Hainaut ordonnait de nouveau 
que redit de 1755 serait ponctuellement exécuté selon sa forme 
et teneur. Ce devait être le dernier acte du conseil en cette matière 
et, en même temps, le dernier cri de la féodalité. 

Le 26 novembre 1 792 ^ les représentants provisoires du Hai- 
naut décrétaient que la chasse serait libre k tout propriétaire sur 
son terrain, depuis le 15 septembre jusqu'au dernier mars. 

Le 6 décembre suivant ', un décret de ces mêmes représentants 
abolissait tous droits seigneuriaux portant sur la personne, ainsi 
que les droits imposés en remplacement de ceux-là, et, le lende- 
main ^ ils proclamaient l'abolition de tous les droits seigneuriaux 
et féodaux quelconques! 

C'en était fait; la féodalité avait vécu; un nouveau régime nais- 
sait et allait substituer des principes plus conformes au droit 
naturel, à ceux qui avaient fait de la chasse un privilège du sou- 
verain, du haut justicier ou du seigneur dominant ! 



§ 6. — Tournai et Toumaisis. 

La province qui portait ce nom offre, pendant cette période, 
quelques curieuses ordonnances en matière de chasse. 

C'est d*abord, le 12 mai 1718^ un édit du gouverneur de la 
ville et citadelle de Tournai, qui porte défense itérative de tendre 
des collets, filets ou autres pièges dans la plaine de Tournai. 

* BivoRT, p. 75. (List, chron.) 

* Rectteil des décrets des représentants provisoires du Hainaut,(Listxhron.) 
3 Ibid. 

* Ibid, 

^ Biblioihèqae de Mons, 40« portef., n» 1006. (List, chron,) 



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( m ) 

Quelques années plus tard, le marquis de Prié écrivait, le 
16 mars 1722 % au grand bailli héréditaire de Tournai et du 
Tournaisis : « de donner les ordres quMl convenait pour la con- 
servation de la plaine de Tournai et pour empêcher que Ton n'y 
chassât, sous les peines portées par les ordonnances et placards. > 

La grand bailli héréditaire, qui était, à cette époque, Antoine* 
Ignace Van der Gracht, seigneur de Fretin, crut pouvoir publier 
en son nom, le 9 avril 1722 ^ à Tournai, une ordonnance portant 
défense de chasser dans la plaine de Tournai, réservée pour les 
plaisirs du souverain , d'y tendre des filets ou lacets, d'y enlever 
les œufs et les nids de perdrix, cailles, etc. Il comminait des peines, 
prenait des mesures, donnait des ordres et empiétait, en somme, 
sur les prérogatives du souverain en s*arrogeant un droit qu'il 
n'avait point. Aussi, le 27 septembre 1725 ', un décret de 
Charles VI lui ordonnait-il de révoquer son mandement du 
9 avril 1722, sur la chasse dans la plaine de Tournai, et lui défen- 
dit formellement de donner à l'avenir des mandements de cette 
nature ou tout autre , attendu que de pareils actes doivent être 
publiés sous le nom de l'empereur ou en vertu d'ordres exprès de 
sa part. 

Révoquer son mandement! C'était là une cruelle et humiliante 
nécessité à laquelle le sire de Fretin ne sut pas se soumettre; 
il préféra de le voir révoqué directement par l'empereur. Le 
16 septembre 1 728 ^ Charles VI rapportait le fameux mandement 
donné, le 9 avril 1722, par Antoine-Ignace Van der Gracht et pre- 
nait diverses dispositions sur l'exercice du droit de chasse dans le 
TournaiTournaisis. 

Le 18 février 1740 et le 20 septembre 1745 ^ nous trouvons 
des ordonnances sur la chasse émanant encore du grand bailli, 
mais portées, cette fois, dans les limites de sa compétence : 
ordonnances qui renouvellent les défenses faites déjà, mais qu'il 

* Gachard, Recueil j etc, t. III, p. 995. 

* Ibid. 

3 Conseil privé, cartou n<> 2635. (List, chron.) 

* Plac, Vland., t. IV, p. 594. 

> Bibliothèque de MoDS,42<portef., n«lo25et43«porlef.,no \ÂOÀ.{Lisl.chron.) 



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( 152 ) 

paraissait bon de rappeler, parce qu'elles étaient tombées en 
désuétude ou que Ton avait cessé de les observer rigoureuse- 
ment. 

C'est le 16 février 1756 • que Marie-Thérèse, qui avait régle- 
menté, le 22 juin 1753, Texercice du droit de chasse en Flandre et, 
le 7 février 4755, la même matière dans le pays et comté de Hai- 
nautj s'occupe, à son tour, de porter un règlement complet sur la 
chasse dans le Tournai-Tournaisis. L'impératrice suivait, dans la 
rédaction si rapprochée de ces trois ordonnances , des principes 
analogues qu'il est -inutile dès lors de rappeler constamment. 
Nous les avons exposés ci-dessus en parlant de la Flandre et du 
Hainaul; il n*est donc pas nécessaire de revenir sur ce que nous 
avons dit, car, à une ou deux exceptions près, sans importance 
particulière, l'ordonnance du 46 février 1756 n'est que la répéti- 
tion de celles qui l'avaient précédée. 



§ 7. — Comté de Namur, 

Aucune réglementation nouvelle, en matière de chasse, ne fut 
prise pour cette province par le gouvernement autrichien. Les 
anciens placards furent jugés suflisants et l'on se borna à les faire 
publier fréquemment. 

Une ordonnance d'Adrien Gérard, comte de Lannoy de Cler- 
vaux, administrateur de la province de Namur, prescrivait, le 
\*^ mars 1715 ^, au siège de la vénerie et de la gruerie de repu- 
blier les placards sur la chasse et la pèche. Puis, l'année suivante, 
une nouvelle ordonnance de Tadministrateur du comté adressée, 
le 3 mars 1716', au siège delà vénerie et de la gruerie, lui ordon- 
nait de faire de nouveau ces publications des placards et édils en 
matière de chasse. 

De semblables ordonnances se représentent ensuite chaque 

» Coutumes de Tournay, 1778;! vol.iD-4«. p. 443. 
* Archives de Namur. Placards IL {List, chron.) 
5 Ibid. 



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{ 153 ) 

année, car chaque année, à Tépoque de la fermeture de la chasse, 
il est d'usage de faire ces publications, destinées à porter à la 
connaissance de tous les ordres du souverain en fait de vénerie. 

C'est ainsi encore que, le 28 février 1743 *,le prince de Gavre, 
gouyerneur et capitaine général du comté de Namur, prescrit la 
republication des différents placards delà chasse et de la pèche et 
enjoint aux conseillers du siège de la vénerie et de la gruerie de 
les faire strictement observer. 

Le 11 février 1760 ^, un décret du prince Charles de Lorraine 
décida que le conseil de Namur serait juge d*appel et en dernier 
ressort des sentences rendues par le siège de la vénerie de celte 
province, et, le 20 septembre 1766 ^ une ordonnance de Marie- 
Thérèse défendit de chasser, dans le comté, avant le 20 août de 
chaque année; elle autorisait le conseil de Namur à différer l'ou- 
verture de la chasse jusqu'au 15 septembre, siTétat de la récolte 
l'exigeait. 

Une ordonnance du 8 février 1768 S émanant du conseil de 
Namur^ est dirigée contre les habitants de la principauté de Liège, 
qui venaient en voisins chasser sur les terres du comté et s'en 
retournaient ensuite chez eux , sans s'inquiéter autrement des 
dégâts qu'ils avaient causés aux récoltes ou de l'atteinte qu'ils 
avaient portée aux prérogatives des seigneurs du pays de Namur. 
Ces incursions étaient fréquentes; la répression en était difficile 
à cause de la proximité de la frontière; aussi le conseil comminait 
des peines sévères, dont l'application même rare devait être pour 
les contrevenants une sérieuse menace, sinon une rude leçon. 11 
statuait que les habitants du pays de Liège, qui chasseraient, sans 
en avoir le droit, dans la province de Namur, encourraient une 
amende de 500 florins, outre la conGscation des fusils, chiens, 
filets et autres engins de chasse employés. 

Ce fut le dernier acte empreint de féodalité. 

Le 15-17 décembre 1792 ^, la Convention nationale décrétait 

* Archives imprimées, p. 27. (List, chran,) 

• UêLchron. 

' Règlement du conseil de Namur, n« 7, fol 375. {List, chron,) 

♦ /ftid., fol. 402. (List, chron,) 

5 Pasinomie belge, 1" sér., t. IV, p. 530. 



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( 15* ) 

que, dans les pays « qui sont ou seront occupés par les armées 
de la République, les généraux proclameront la suppression des 
autorités établies, celle des impôts ou contributions existants, 
Tabolition de la dime, de la féodalité, des droits seigneuriaux, des 
banalités, de la servitude réelle et personnelle et généralement de 
tous privilèges, » et le 23 décembre suivant *, le lieutenant géné- 
ral Harville, commandant en cbef k Namur, proclamait, à son 
quartier général, en vertu du décret précité de la Convention 
nationale, la souveraineté du peuple et la suppression^ de la féoda- 
lité, des droits seigneuriaux, etc. 



§ 8. — Duché de Limbourg. 

Les ordonnances spéciales h cette province sont excessivement 
rares ; nous en savons la raison. La plupart des placards si nom- 
breux portés pour le Brabant étaient, par le fait, appliqués dans 
le Limbourg. Cependant, quelques ordonnances particulières sont 
à noter. 

Le l"" août 1715 ^, François Sigismond de la Tour et Tassis, 
comte de Yalsassine, gouverneur et capitaine général du duché 
de Limbourg et des pays d'outre-Meuse, défendait de chasser ou 
de pécher dans les domaines de Tempereur, situés en cette pro- 
vince, et de jeter de la chaux dans les eaux. 

Le 50 octobre 1724', Tempereur et le prince-évéque de Liège 
arrêtaient, à Olne, parleurs commissaires, un règlementet concor- 
dat pour la conservation réciproque de leurs forêts situées au 
duché de Limbourg, relativement aux dégâts qui pourraient être 
commis aux bois, à la chasse et à la pêche. 

Le 20 juin 1763 *, Marie- Thérèse défendait de tendre des lacets 
pour prendre des grives, dans les forêts domaniales du pays de 
Limbourg. 

' Archives de TÉiat à Namur. {LxbU chron.) 

* Gacrard, Recueil, elc^ t. Il, p. 603. 
3 P/ac.Bra6.,l. V, p. 490. 

* /Wrf., l.X,p.278. 



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( i53 ) 

Un décret du 9 décembre 1770 dépouillait les habitants de Rurc- 
monde du privilège de chasser noblemenly privilège dont ils jouis- 
saient d'ancienneté *. Enfin, le 18 mai i773 ^^impératrîce- reine 
interdisait de chasser, dans la province susdite, ailleurs que dans 
les bois, avant le i*' septembre de chaque année et, en tous temps, 
sur les terres encore couvertes de récoltes. Elle révoquait, à Tégard 
de celte province, Tordonnance du 7 août 1772 qui, il faut le 
noter, avait fixé l'ouverture annuelle de la chasse pour le Brabant, 
Preuve nouvelle et concluante que les édits portés pour le duché 
de Brabant étaient appliqués dans le duché de Limbourg! 



CHAPITRE Vf. 

COUP O'OBIL RÉTROSPECTIF. 

Avant d'aborder la troisième partie de cette étude, avant d'exa- 
miner les institutions nouvelles, qui, en matière de chasse, rem- 
placèrent les institutions féodales dans nos provinces, il est indis- 
pensable de jeter un coup d'œil en arrière et de se rendre un 
compte exact de la façon, dont étaient gouvernés les Pays-Bas 
autrichiens, au moment de leur réunion à la France. 

§ i. — i4 qui appartenait le droit de chasse. 

Nous savons qu'à l'origine et d'après le droit naturel, la chasse, 
commune d'abord h tous les hommes, devint parla force même des 
choses un attribut de la propriété. Nous avons vu comment l'appli* 
cation de ce principe naturel, par suite de la concentration de la 
propriété foncière en quelques mains et aussi comme conséquence 
du système d'inféodation, conduisit & la longue aux usages féo- 
daux en cette matière. 

* E. PoDLLBT, Les constitutions nationales ^ p. 184. 

* Règlement de la Chambre des comptes, n« 67, fol. 934; u<> 77, fol. 170. 
(List, chron.) 



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( 136 ) ' 

On peut dire, en règle générale, que, dans nos provinces, le droit 
de chasse était Tun des attributs de la propriété utile. Il était atta- 
ché & la haute justice et à la possession des fiefs. « Jouir de la 
pèche et de la chasse dans toute l'étendue de la justice, avoir des 
garennes ouvertes et des colombiers à pied et à boulins, faisait 
partie des droits utiles des seigneurs hauts justiciers *. » 

Les propriétaires effectifs de la terre n'avaient alors, sauf dans 
le Brabant où existaient des privilèges spéciaux, aucun droit à 
prétendre sur la chasse par leur seule qualité. Ils avaient besoin, 
pour pouvoir se livrer à ce passe-temps même sur leur domaine, 
d'une concession du souverain. A ce point de vue, le droit de 
chasse était un droit régalien et c'est en ce sens que l'on considé- 
rait la chasse comme régale majeure ^ les animaux sans maître 
appartenant tnntôt au prince, tantôt au seigneur ^. 

Les concessions devaient émaner, non des hauts justiciers ou 
des seigneurs en possession d'ancienneté du droit de chasse, 
mais du souverain; cela semble d'ailleurs naturel puisque au 
souverain appartenait, en dernière analyse, la haute police et la 
haute administration de ses États et que, aujourd'hui encore, une 
concession royale, sous la forme d'un permis de port d'armes 
de chasse, est nécessaire à qui veut se livrer à ce genre de sport. 

Cependant, il est incontestable qu'à un autre point de vue éga- 
lement, le droit de chasse pouvait être considéré comme régalien ; 
les souverains se réservaient, en effet, la faculté de chasser per- 
sonnellement ou par leurs commis, quand bon leur semblait, dans 
toutes lesseigneuries,' même dans les franches forêts et garennes, 
de leurs vassaux \ 

Cette réserve était connexe au droit qu'ils reconnaissaient aux 
seigneurs de chasser à vol et à courre dans toute l'étendue de 
leurs seigneuries; ils faisaient une concession, mais en même 
temps semblaient stipuler qu'ils n'entendaient pas aliéner leurs 
propres privilèges. 

En présence de ce fait ne serait-il pas plus vrai de dire que le 



* DEPACQz,t. n,p.376, 

» BRiTZ,p. 607. 

« ÉdUdu31 août 1613. 



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(457) 

droit de chasse était seigneurial en lui-même, mais qu'il s'exer- 
çait d'une façon plus ou moins étendue selon la qualité de la 
personne qui en usait. Ainsi, le seigneur, le noble, tout individu 
qui y était autorisé par le prince ne pouvait l'exercer que dans 
rétendue de son fief, de ses domaines ou de ses propriétés; les 
seigneurs hauts justiciers, les gouverneurs, baillis, prévôts Texer- 
çaient non-seulement sur les terres qui leur appartenaient, mais 
aussi, et à titre personnel seulement, dans l'étendue de la justice, 
de la province, du bailliage ou de la prévôté; le prince enfin, 
seigneur souverain du pays entier, pouvait chasser, en vertu du 
même principe, et dans ses franches forêts ou garennes et dans 
toute l'étendue du pays. 

Ce qui aurait fait de la chasse un droit régalien proprement dit, 
c'eût été le droit reconnu au souverain de permettre à qui bon 
lui semblait de chasser par tout le pays, sur les terres et seigneu- 
ries d'autrui, et ce droit le souverain ne l'eut jamais. « La chasse 
dépend aussi des droits que les seigneurs exercent dans leurs 
terres. Et malgré le principe du droit naturel, il n'est pas douteux 
que le droit de chasse ne soit aujourd'hui un droit seigneurial de 
patrimoine, comme il a été remarqué par Knobbaert et par M. le 
président Boule. Ainsi les seigneurs peuvent, dans leurs juridic- 
tions, empêcher la chasse aux particuliers. Le droit de chasse est 
tellement seigneurial que, si l'on avait donné une terre en admo- 
diation avec le revenu en dépendant, la chasse n'y serait pas com- 
prise. C'est ce qui a été jugé au bailliage de Tournai, par sentence 
de 1688, entre le prince d'Espinoy et le sieur Bommaert, admo- 
diateur de la terre d'Antoing près de Tournai '. > 

t Le fermier d'une seigneurie ou autre terre ne jouit point de 
la chasse si les parties n'en sont ainsi convenues dans le bail ^. » 
Il en était autrement dans l'arrentement, qui avait du reste beau- 
coup de rapport avec la propriété. L'arrentaire séculier jouissait 
de presque tous les droits du propriétaire, comme de la chasse, 
de la collation des offices et autres droits semblables '. 



» De Ghbwikt, 1. 1 , 2« part, lit. 111 , § 20. 

» Ibid.y t. Il', 2« part, lit. Y, § 17, art. 6. — Vcet ad ff. lib. VI, tit. III, n* 2. 
» /6îd, t. II, 2« part., lit. V, $ 15, art. 6. 



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( 158) 

Dominus jusîiliarius , disait Christyn *, in toto jvrisdictione 
venari poiest ; vasallus vero in suo fundo; et la coutume de 
Hainaut portait que les seigneurs hauts justiciers peuvent, comme 
de tout temps, chasser et voler dans leurs terres et seigneuries *. 

Tel était le principe en vigueur dans nos provinces. La chasse 
était attachée à la possession des fiefs, k la haute justice, à la 
souveraineté. C'était un droit sefgneurial territorial, comme le dît 
très-bien De Ghewict : il était attaché à la qualité en même temps 
qu'à la propriété, sans préjudice du droit d'administration géné- 
rale du souverain; et, sous ce rapport, il est à observer que les 
privilégiés ne pouvaient exercer leur droit^u'eir se conformant 
aux placards, édits et règlements portés par le prince. 

C'était la règle générale ; mais dans quelques-unes de nos pro- 
vinces le droit paraissait plutôt seigneurial, dans d'autres plutôt 
régalien ; il semblait être l'apanage, tantôt de la haute justice, 
tantôt de la souveraineté; au fond, le principe restait le même. 

Dans le duché de Brabant, il était tout différent. La Joyeuse 
Entrée avait fait de la chasse un droit personnel à la qualité 
de Brabançon : chacun pouvait chasser, à condition d*étre pro- 
priétaire ou d'avoir l'autorisation d'un propriétaire, car il était 
toujours libre h ces derniers de faire respecter leurs droits. Le 
chasseur brabançon devait aussi se conformer aux règlements. 11 
en était ainsi également dans le duché de Limbourg. cr En vertu 
de leur fameux privilège les Brabançons et les Limbourgeois 
avaient le droit de chasser noblement, et en se conformant aux 
ordonnances sur la chasse, le gibier à plumes, les lièvres^ les 
renards, les lapins, dans toute leur province, sauf dans certaines 
franches garennes anciennes, dont le prince ne pouvait augmen- 
ter ni le nombre ni l'étendue ^. » 

* Vol. V. Décis. 84. 

< Chartes générales, ebap. GXXX, art. 23. 

s £. PoDLLET, Les constitutions nationales, p. 303. 



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( i59 ) 



§ 2. — Division de la chasse. 

On a divise la chasse en chasse royale et chasse noble '. La 
chasse royale était celle qui se faisait en courant les cerfs , les 
daims, les chevreuils, les sangliers , les lièvres et les renards. Elle 
se pratiquait avec des chiens courants, des armes de toute espèce 
et des équipages. 

La chasse noble se faisait aux lièvres et au petit gibier avec de» 
chiens courants, des lévriers et des armes h feu. 

Cette division est tout arbitraire; mais, comme le fait remar- 
quer M. Steur, elle avait été consacrée par les placards. 

Nul, de quelque condition qu'il fût, laïc ou ecclésiastique, noble 
ou roturier, privilégié ou non, ne pouvait s'arroger le droit de 
chasser les bétes fauves dans les bois réservés de TËtat. Les 
seigneurs hauts justiciers ne pouvaient exercer leur droit que 
dans leurs domaines privés. Ils avaient la faculté, à cet effet, d*en 
séparer les limites par des poteaux, qui indiquaient le droit privé 
de grande chasse, et de prévenir ainsi les empiétements des chas- 
seurs qui , sous prétexte de poursuivre le gibier levé , se permet- 
taient d'enfreindre ce privilège. 

La chasse noble ou chasse ordinaire était réservée aux sei- 
gneurs sur leurs propriétés respectives et s'exerçait, soit avec des 
chiens courants, soit avec des faucons ou autres oiseaux de 
proie. 

La chasse, avec des filets, aux bétes fauves et au petit gibier, 
tel que lièvres et lapins de garenne, était généralement défendue 
à regard de tous. Tout habitant des villes ou des campagnes, qui 
parcourait les champs, soit avec des armes et des filets, soit même 
avec un chien de chasse, lévrier ou braque, quoique sans armes 
ni filets, était présumé chasser et mis en contravention. 

^ STBDR,p. 199. 



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[m) 

§ 3. — Droit de suite. 

Celui qui faisait lever du gibier, dans le territoire où il avait le 
droit de chasser, pouvait le poursuivre dans un autre territoire *; 
mais il fallait que la béte fût pourchassée à chaude chasse et il 
était obh'gc de suspendre son cor au premier arbre du fonds 
étranger, afin qu'il ne pût plus appuyer ses chiens et qu'en même 
temps il donnât une marque de déférence au propriétaire du 
domaine qu'il foulait. D'après les usages transmis par la tradition 
des anciens et maîtres chasseurs, le veneur pouvait suivre sa 
meute sur le terrain d'autrui ^; au premier défaut, il était auto- 
risé à lui faire opérer trois rivaris '. Si alors le défaut n'était 
point relevé, il devait coupler les chiens et déguerpir. 

§ 4. — Propriété du gibier pris en délit. 

La question de savoir & qui appartenait le gibier, pris malgré 
la défense de chasser, fut vivement controversée au siècle der- 
nier. 

< Il y en a qui tiennent que, dès que le contrevenant a payé 
l'amende qu'il a encourue, le gibier est h lui. M. le président Boule, 
dans ses institutions coutumières du pays de Hainaut , est de ce 
sentiment. Il cite à ce sujet Lessius. Mais d'autres tiennent 
qu'outre l'amende, le gibier pris contre la prohibition doit être 
rendu à celui qui a le droit de chasser (M. De Malte et Anseimo, 
in Tribonio Belgico) par la raison que, suivant l'usage, on doit 
regarder la restitution du gibier comme une augmentation de 
peine du délit ^. > C'était cette dernière opinion qui éttfît généra- 
lement admise, et avec raison \ 

* De Ghewiet, 1. 1, 2* part , tit. III , § 90, ail 5. Christyn. 

* Bo?tjBAM, Code dé la chasse, 1. 1, p. 161. 

' Cercles que fait la meute autour du point oii elle a cessé de flairer le 
gibier. 

* De Gbewiet, 1. 1, 2* part., Ut. IIÏ, § 20, art. 7. 
» Britz, p. 655. 



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(161 ) 



§ 5. — Mesures prises dans l'intérêt de la conservation 
du gibier. 

Il était défendu de laisser errer des mâtins ou chiens de garde, 
pour la protection des champs, sans leur attacher au cou un billot 
ou sans leur couper un jarret. Les Brabançons n'étaient pas 
astreints à cette dernière obligation. 

Les Limbourgeois avaient, comme les Brabançons, le privilège, 
remarquable pour l'époque^ de faire garder leurs biens et leurs 
moissons par des chiens aux pieds non coupés *. 

Il était interdit d'avoir des armes à feu dans les maisons, situées 
aux environs des forêts et des chasses, ou dans les huttes es 
bois. 

Les voyageurs ou gardiens de bestiaux ne pouvaient être 
armés, pour leur défense personnelle, que d'armes chargées à 
balle. 

La même défense était faite aux gardes-chasse, auxquels il 
était interdit d*avoir des fusils se dévissant. 

Le propriétaire d'un bois, situé au milieu d'une garenne 
franche, ne pouvait le défricher sans autorisation, à peine d'être 
poursuivi. 

La chasse était interdite en temps de neige et de gelée. 

Défense était faite d'acheter ou de transporter du gibier en 
temps clos; même en toute saison, on ne pouvait ni l'acheter 
ailleurs qu'aux marchés publics, ni le transporter en sacs ou 
paniers couverts. 



§ 6. — Mesures prises dans rintérét de l'agriculture. 

La chasse était interdite lorsque la terre était chargée de ses 
fruits. Cette période variait selon les provinces; cependant le 

* E. PouLLET, Les constilutions nationales, p. 203. 

Tome XXVU. il 



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( ^62 ) 

terme moyen en était du 15 mars au 15 août. Des peines étaient 
comminées contre les chasseurs qui, à toute autre époque, 
foulaient des champs non encore dépouillés de leurs récoltes. 
Les habitants des duchés de Brabant et de Limbourg c avaient 
en outre la promesse du prince d*étre garantis contre tout 
dommage déraisonnable du gibier '. » 



§ 7. — Surveillance et police de la chasse. 

Il y avait dans chaque province, soit un Grand Veneur, soit un 
Gruyer, parfois le gouverneur ou un grand bailli, chargé de ce 
soin. Il avait sous ses ordres des lieutenants, commis et sergents, 
qui Taidaient à prendre toutes les mesures nécessaires, à con- 
stater les contraventions et à dresser les procès-verbaux. 

Les visites domiciliaires étaient autorisées pour rechercher les 
contrevenants et les contraventions, lorsqu'il y avait quelque 
présomption 

Les procès -verbaux dressés dans les vingt-quatre heures 
faisaient foi en justice; lorsque la peine devait dépasser un 
certain taux normal , un témoignage était généralement requis à 
Tappui du procès- verbal. 

La détention préventive était admise en matière de chasse, et 
aucun bailli, oifîcicr ou geôlier ne pouvait refuser d'écrouer les 
prisonniers, arrêtés k la requête des officiers de vénerie. 



8 8. — De la juridiction. 

A. Quant au territoire. Celui qui était trouvé en contraven- 
tion de chasse pouvait être assigné devant le juge du lieu de la 
contravention, bien qu'il demeurât sous une autre juridiction 
et n'eût point été arrêté. PoUet (partie 3, arrêt 26) rapporte un 

* E. PouLLET, Les constitutions nationales, p. 20â. 



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( 163 ) 

arrêt rendu en ce sens par le parlement de Flandre en i699: 
« In cujus territorio quis deliquit, ibi expeclat judicium, quia 
delinquendo, illi se subjecit... *.» 

B. Quant à la personne. Il n'y avait, sous ce rapport , aucune 
distinction : laïcs et ecclésiastiques, nobles et roturiers, militaires 
et bourgeois , 'étudiants et manants, gens en charge, membres 
d*un collège administratif ou judiciaire et simples particuliers, 
tous répondaient des délits de chasse devant les mêmes tribu- 
naux. 

C. Quant à la matière. Les hauts justiciers, possesseurs 
de garennes franches, avaient conservé le droit de connaître, par 
eux-mêmes et par leurs juges particuliers , des délits de chasse 
commis dans l'étendue de leurs franches garennes. 

Les délits, qui se perpétraient partout ailleurs, étaient de la 
compétence des tribunaux spéciaux établis par le souverain. 
C'étaient : pour le Brabant ^, les consistoires de la trompe, 
fonctionnant dans chacune des trois chefs -villes et présidés, 
soit par le Gruyer, soit par le Grand Veneur. Les juges étaient 
choisis par ces deux grands ofiiciers et devaient prêter serment 
entre les mains du Grand Veneur. Celui-ci avait partout le pas 
sur le Gruyer: il ratifiait les nominations faites par ce dernier, et 
jouissait du droit de réclamer tout le gibier abattu en contraven- 
tion aux ordonnances. Tous les délits ordinaires, tant en matière 
de chasse que de fauconnerie et de pêche, étaient de leur ressort. 
C'étaient les mêmes juges qui y faisaient droit, mais à des jours 
différents. 

Il y avait appel des sentences des consistoires de la trompe au 
conseil de Brabant; et celui-ci était seul compétent pour connaître 
des faits entraînant des peines corporelles. 

Dans la province de Limbourg ', c'était la chambre des ton- 
lieux, qui, à la poursuite du Gruyer ^ prenait connaissance des 

' De Gbbwiet, 1. 1 , 2« part, lit. Ilf, § 20, art. 5. 

* Dbfacqz, 1. 1, p. 102. — De le Court, p. 426. — Nent, l. II, p. 144. — 

STEORiP. 206. 

« NB»T,UlI,p. 145. 

* E. PouLLET, Les ccmsHtutiotis nationales, p. 295. 



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( 164 ) 

excès qui se commettaient au fait de la chasse et de la pèche, dans 
les forêts et autres hiens domaniaux du souverain. Le receveur 
général des domaines était le chef de ce tribunal, qui n'avait 
d'ailleurs pas de juridiction criminelle. C'était la haute cour de la 
province qui jugeait des crimes , commis dans les forêts du sou- 
verain, k la poursuite du haut drossard. La haute cour connaissait 
aussi de l'appel des jugements de la chambre des tonlieux. 

En Flandre^ la connaissance de ces sortes de contraventions 
était dévolue au siège de la vénerie. Ce siège était tenu par le 
Grand Veneur dans une des bonnes villes de Flandre, avec Tassis- 
tance de deux hommes de fief ou praticiens experts en fait de 
justice * . Les parties s'y défendaient en personne, et l'appel des 
jugements du siège était porté devant le conseil privé K II existait, 
en outre, certaines juridictions particulières dans le comté, pour 
la vénerie, nommément, dans la ville de Bruges le collège du Franc, 
les tribunaux de la châtellenie d'Audcrburg à Gand, des pays de 
Waes et d'Alost, de la châtellenie d'Audenarde, etc., '. 

Dans la province de Namur ^, le gouverneur, en sa qualité de 
Grand Veneur, avait c connaissance et judicature au fait de la 
chasse, vénerie, volerie, louverie. > Il était assisté d'un siège de 
la gruerie et de la vénerie. 

L'appel de ses sentences était porté, aux termes du placard du 
5 avril 1570, au conseil privé et & t nuls autres juges. » Le 
prince Charles de Lorraine établit, par son ordonnance du 
11 février 1760, le conseil de Namur juge d'appel et en dernier 
ressort de ce siège ^. 

Dans le Hainaut, c'était le grand bailli et ses lieutenants , qui 

* Defacqz, t. I, p. 103. — Db lb Court, p. 426. — Nent, t. Il , p. 144. — 
STEUR,p. 206. 

* Et Don devant le tribunal de la Vierschaer, comme le dit erronémenl 
M. Stear. 

5 Plac. Vland., 14 août 1517, art. 8, t. I, p. 409; 22 avril 1540. art. 9, 
Id., p. 416; 22 août 1551, art. 11, Id., p. 422. 

* SOHBT,t.I,til. LIX. 

5 Dbpacoi, 1. 1, p. 104. — De le Court, p. 426. — Neny, t. II, p. 144. — 
Britb, p. 655. 



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(463) 

avaient connaissance de tous crimes, délits et mésus commis 
dans les bois, en quelque manière que ce fût '. Les officiers des 
prévôtés avaient compétence pour connaître des délits de chasse , 
non commis dans les bois ^. On appelait de leurs sentences au 
conseil du Hainaut. 

11 en était ainsi également dans le Tournai-Tournaisis, 
Dans le Luxembourg, enfin, cette juridiction spéciale appar- 
tenait, en première instance, aux Gruyers, hauts forestiers et hauts 
sergents, ainsi qu'aux sièges prévôtaux et, en appel, au conseil de 
la province. 

Les sentences des tribunaux de vénerie étaient exécutoires par 
provision, nonobstant appel , et les causes devaient y être jugées 
sommairement. Les délits de chasse se prescrivaient au bout d'une 
année. 

§ 9. — Des peines. 

La peine ordinaire était l'amende. Cependant, Temprisonne- 
roenl, la confiscation des biens, le pilori, la marque, les verges, 
le bannissement et même la mort étaient parfois prononcés. Les 
peines subsidiaires étaient surtout cruelles. 

La peine de mort n'était guère comminée que contre les bra- 
conniers qui, déguisés, masques, le visage noirci ou réunis en 
bande, faisaient usage de leurs armes contre les gardes. C'était là 
un fait grave, il faut le reconnaître, un véritable crime qui ne 
saurait être considéré , à proprement parler, comme un délit de 
chasse. 

Quoi qu'il eu soit, les peines de la fustigation, de l'exposition 
publique, du bannissement, de la prison au pain et à l'eau, plus 
communément édictées pour de simples délits de chasse, étaient 
cruelles et hors de proportion avec la gravité des faits , qu'elles 
étaient appelées a punir. 

Les peines étaient personnelles et prononcées en totalité contre 

« Chartes générales, chap. CXXXIIL 
' Édil du 12 mai 1756. 



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( I6C ) 

chacua des coauteurs ou complices du fait de chasse : chasseur, 
Iraqueur, rabatteur, etc. 

La responsabilité civile des parents, maîtresjet commettants 
était proclamée partout. 

Tels étaient les traits généraux de la législation qui régissait les 
Pays-Bas autrichiens, au moment où ces provinces passèrent de 
la domination de la maison d'Autriche- Lorraine sous celle de la 
république française. 



TITRE III. 

LÀ PRINCIPAUTÉ DE LIÈGE. 

Les princes-évéques de Liège furent toujours jaloux de leurs 
droits et prérogatives ; or, comme le droit de chasse était Tune 
des plus appréciées au bon temps de la féodalité, il n*est pas éton- 
nant que leurs mandements, sur ce point, soient nombreux et 
précis. 

Dans le recueil publié par la Commission royale pour la publi- 
cation des anciens édits et ordonnances du royaume, dont le 
regretté M. Polain a élé le savant éditeur, pas plus que dans le 
recueil de De Louvrcx, nous ne trouvons d*ordonnance, relative 
au fait de la chasse dans la principauté de Liège, antérieure à 
l'an 1545. 

A la date du 5 juin 1545 S un mandement, donné à Liège par 
Georges d'Autriche, défendit h qui qui ce fût de chasser dans les 
bois et les champs du pays de Liège. Étaient exceptés de cette 
défense ceux qui étaient autorisés par le prince-évéque ou les 
seigneurs, ceux qui jouissaient, d*ancienneté et par concession, de 
ce privilège. Ordre était donné à tous les baillis, drossards et offi- 
ciers, de publier ledit mandement dans les lieux accoutumés. 

* PoLAiif, 2«sér.,t. I,p. 131. 



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( <67 ) 

Trois ans après, le même prinee-évéque, par un mandement 
donné à Bruxelles le 5 juin i548 *, défendait de chasser avant le 
jour de la Sainte-Madeleine : c'était une mesure réclamée par 
l'intérêt de Tagriculture. Georges d'Autriche défendait aussi de 
s'emparer des oiseaux, envolés ou échappes des mains de ses fau- 
conniers ou de ses vassaux. 

En 1549 S nouveau mandement qui défend de couper du bois 
dans les forêts de fireust et de Beilaire, de prendre des perdrix, 
des lièvres et autres animaux sauvages, au moyen de pièges, et de 
pécher des truites et autres poissons dans la hauteur et bailliage 
du pont d'Amercœur. 

Robert de Berghes publia, le 28 juillet 4559', et republia, le 
47 juin 1560, un mandeilient plus complet, relatif b la chasse et 
à la pêche. Gomme il ne contient aucun principe nouveau et qui 
n*ait été exposé déjà, à propos de la législation des autres pro- 
vinces belgiques, il parait inutile de le reproduire ici. 

Une ordonnance, donnée à Huy le 15 août 1561 ^ par le 
même prince-évêque, enjoignait aux officiers et aux justiciers de 
défendre k tous et h chacun de chasser et de prendre des perdrix, 
sous peine d'amende. 

On comprend, au reste, toute l'importance qu'avait pour les 
princes-évêques la chasse, non-seulement au point de vue de 
leur c haulteur, » mais même sous le rapport financier, t Les 
drossards de Looz, de Stockhem et de Bilsen payaient annuellement 
à Sa Sérénissime Éminence pour les chasses et les garennes de 
Fosses, de Giney, de Seraing, etc., 162 paires de conins, H 95 
couples de perdrix , 84 lièvres , 304 truites , 4 canards, 1 2 cocs de 
bruyère ^. » A Sari et à Jalhay, la chasse aux lièvres, aux perdrix 
et aux poules de bois se louait aussi moyennant une redevance eu 
gibier (12 février 1569) «. 

* PobAiK ,2» sér., 1. 1, p. 173. 

* List, chron. 

» PoLAi.x , 2« sér., t 1, p. 239. 

* Ibid., p. 267. 

^ Bull. de V Institut archéologique liégeois, t. VII, p. 29. • 
^ Verhaegen,p. 86. 



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(168) 

Le 24 juillet 1564 S Gérard de Groisbeck faisait paraître un 
édit assez étendu relativement h la chasse, à la pèche, aux pigeons 
et aux bêtes h cornes. Les quatorze articles de cet édit furent mis 
en garde de loi le même jour et devinrent, dès ce moment, la 
législation du pays de Liège en cette matière. 

Il défendait de chasser par tout le pays de Liège et le comté de 
Looz. Il exceptait cependant de cette défense les seigneurs hauts 
justiciers, dans l'étendue de leurs seigneuries, et les maîeurs et 
les justiciers, c lorsqu'ils sont en possession de ce droit > (art. i). 

Outre ces défenses générales, le prince interdisait spécialement 
de s*attrouper pour lasser les perdrix et les prendre a force de 
chiens ou autrement (art. 10), de porter des armes à feu ou autres, 
propres à la chasse, es bois, terres, jardins, hors chemin public 
(art. 2). 

Défense était faite d*acheterdes venaisons et des peaux degibier, 
sinon de personnes connues ou en franc marché, et ordre était 
donné k tous ceux qui allaient les vendre, de les porter à décou- 
vert et de vérifier, en cas de besoin, d*où elles provenaient 
(art. 4). 

Il était permis aux officiers de visiter les maisons où l'on soup- 
çonnait que se trouvait le gibier (art. 7). 

Les contrevenants pouvaient être saisis au corps et détenus 
jusqu'à satisfaction (art. 15), et il était défendu aux juges ecclésias- 
tiques de leur accorder aucune inhibition (art. 12). 

Telles étaient les principales dispositions de cet édit; elles se 
rapprochent fort, on le voit, de celles qui furent portées pour 
les Pays-Bas autrichiens, et les mandements postérieurs ne font 
guère que les reproduire, avec quelques légères modifications. 
On peut dire que , dès cette époque , la législation est fixée en 
matière de chasse. 

Une déclaration du 26 juillet, publiée à la suite de 1 cdit sus- 
dit, reconnut le droit de chasse, que pouvaient avoir les habitants 
des villes et communautés, par concession, et autorisa celles, qui 
étaient en possession de ce privilège, de continuer k en user; 

* PdLAiN, 2< sér., 1. 1 , p. 978. — De Loovrex, t. II, p. 422. 



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(169) 

mais cette possession devait se prouver par des actes non pré- 
caires ni clandestins et fondés, en apparence, sur un droit positif*. 

Un mandement du 26 août i 984 ^ prescrivit Tobservation de 
cet édit et des autres ordonnances sur la chasse, dans retendue 
du district de Bilsen. 

Le 19 août i6iO ', un nouveau mandement faisait défense de 
tirer, tendre, chasser ou voler aucune sorte dé sauvagine, grosse 
ou menue, perdrix, poules des bois, courreltes et autres espèces 
de volailles, et de se servir d'engins pour les prendre. 

Puis Tannée suivante, le gouverneur du marquisat de Franchi- 
mont recevait l'ordre, par un mandement du 30 juillet 1CI1 ^, 
de défendre à tous, de chasser, de tirer ou de pécher, sans autori- 
sation, dans le marquisat. 

Le 23 mai 1615 ^ c'était un nouveau mandement pour la 
conservation de la chasse particulière de Son Altesse dans les 
environs de Tessenderloo. 

Le 6 mars 1617 ^ , Ferdinand de Bavière portait un édit spé- 
cial contre ceux, qui prenaient les hérons dans le ban de Pelt et 
de Grevembrouck. On sait que le héron était considéré comme 
un oiseau royal , qui ne pouvait être chassé qu'à Taide de faucons. 
La fauconnerie était en grand honneur à la cour des princes-évé- 
qucs, ce qui suffit à expliquer ce mandement. 

Le même Ferdinand de Bavière prenait, le 20 janvier 1618 7, 
une nouvelle ordonnance assez étendue sur le fait de la chasse et 
de la pèche. Le 12 septembre 1623 ^, il promulguait un mande- 
ment spécial pour la conservation de la chasse au comté de Looz 
et, le 6 février 1624 ^, il s'occupait du même objet dans le mar- 

« SoHBTjiv, II,tit.XLIX. 

* UsLchron. 
^ Ibid, 

* Ibid. 

* Ibid. 

« PoLAW , 2« sér., t. H, p. 397. 

' Ibid., p. 399. 

■ List.ehron. 

y PoLAiN , 2« sér., t. III , p. 36. 



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(170) 

quisat de Franchimont et publiait un nouveau mandement à ce 
sujet. IJ y défendait à qui que ce fût de € tirer avec arbalestre, 
colevrine ou pistolet aucune beste rouge ou noire, coonins, 
beckas,cercelIe$,hayrons, etc. > 

Le 30 avril de la même année * , le prince défendait, non plus 
au marquisat de Franchimont seulement, mais par tout le pays, 
de tirer avec arbalètes, arcs à main, arquebuses, coiileuvrines , 
pistolets, etc., aucune béte rouge ou noire , lièvres, lapins, per- 
drix, faisans ou autre gibier, et de les prendre avec filets ou autres 
instruments et engins quelconques. 

Un mandement spécial pour la conservation de la chasse dans 
le ban de Seraing-sur-Meuse parut le 26 septembre i641 ^. 

Le 25 mai 4644 ', Ferdinand de Bavière publia un mandement 
relatif aux droits dus à la grande fauconnerie par ceux du pays 
de Liège, et la liste des fermes et des abbayes qui étaient tenues à 
acquitter ce droit. Un impôt spécial , établi au profit de la faucon- 
nerie ou de la vénerie , existait donc au pays de Liège comme au 
firabant, en Flandre, etc.: source d'exactions, de rapines et de 
promenades tumultueuses à travers la contrée de la part des 
agents du fauconnier ou du veneur ! Source d*abus de tous genres 
qu'il fallait tâcher de prévenir, autant que possible, en détermi- 
nant exactement le montant de la taxe, qui pouvait être exigée 
de chaque contribuable ! 

Maximilien-Henri prit, le 24 novembre 1651 ^, un règlement 
relatif à la chasse. Il confirmait et modérait le mandement du 
24 juillet 1564, que nous avons analysé ci-dessus. Il défendait 
aussi de pécher et s'occupait de réglementer les conditions requises 
pour posséder un pigeonnier ou un colombier, des pigeons, etc. 

Dix ans après, par une ordonnance donnée à Bonn le 22 fé- 
vrier 1661 •, il renouvelait encore une fois les anciens édits rela- 
tifs h la chasse. 

* Lisl.chron, 

» Ibid, 

5 PoLAiN, 2* sér., t. JH, p. 147. 

^ De Louvrex, t. II, p. 425. 

Ibid., p. 428. 



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(171 ) 

Le il mai 1685 S Maximilieii-Henri prend des mesures sé- 
vères dans Pintërét de rngriculture, dont les chasseurs n'avaient 
nul souci. II enjoint de poursuivre et de châtier les auteurs des 
dommages et dëgâts , qui se commettent à la campagne, dans les 
terres et les grains, en chassant avec des chiens ou d'autre manière, 
en foulant aux pieds les fruits de la terre, en coupant et minant les 
haies et les arhres des jardins, en tuant les pigeons, etc. N'est-ce 
pas là un sombre tableau des agissements des veneurs, qui, se 
croyant en pays conquis, portaient la ruine et la dévastation par- 
tout où ils paraissaient ? 

L'année suivante, le 5 novembre 1686 * , Son Altesse renouve- 
lait le mandement du 22 février 1661 , relatif h la chasse et à la 
pèche. 

Une ordonnance du 15 janvier 1687 ', mise en garde de loi 
le 5 février suivant, était relative au port des. armes. Il était 
fait défense à tout particulier, dans l'étendue du pays de Liège, de 
porter des armes à feu, « & la réserve des gentilshommes », des 
gens ayant droit de chasse, de leurs valets ou domestiques et des 
officiers, lorsqu'ils étaient dans l'exercice de leurs charges. 

Puis le 7 juin 1687 ^, Maximilien-Henri défendait de nouveau 
de chasser dans les grains et de porter des armes à feu, sans droit 
ni permission. 

Un mandement de l'évéque Jean-Louis , du 12 février 1692 *, 
régla différents points relatifs aux droits de pèche et de chasse, 
dans l'étendue du district dépendant de la ville de Huy. 

Le 9 avril 1695 ^, Joseph-Clément vint, à son tour, renouveler 
les ordonnances antérieures relatives à cette matière; il défendait 
de chasser, poursuivre ou tuer aucune sorte de gibier, et surtout 
d'aller à l'affût et de tirer au vol. 

L'ouverture de la chasse dans la mairie de Ciney fut fixée & la 

' LUI, chron. 

• Ibid. 
3 Ibid. 

• PoLAiN, 3« sér., 1. 1, p. 110. — De Louvrez, t. II, p. 431. 
5 List.ehron, 

• PotAiïf , 3« sér., 1. 1 , p. 225. 



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( i72) 

Saint-Gilles — 1" septembre — par Tordonnance du 7 avril 1704 * 
et» l'année suivante, Joseph-Glcment renouvela cet édit, par man- 
dement du 23 mars MOU '. 

Les «chancelier et gens du conseil impérial pour la principauté 
de Liège » publiaient, le 28 janvier 1712 ^, un édit concernant 
plus spécialement les pigeons et les bétes à laine, mais renfermant 
aussi certaines dispositions relatives au droit de chasse. 

Par son ordonnance du 21 août 1714 S Joseph Clément s'occu- 
pait de fixer Tcpoque de Ton vertu re et celle de la fermeture de 
la chasse dans une autre partie de sa principauté. Il défendait 
toutes sortes de chasses depuis le commencement de mars jusqu'à 
la roi-août dans le pays d'entre-Sambre-et-Meuse, notamment 
dans les terres emblavées de grains. 

Une ordonnance du prince-évôque de Liège, Georges-Louis, en 
date du 4 juillet 1724 ^, offre un intérêt spécial. Le prince s'oc- 
cupe des pigeons, des bétes à laine et de la chasse. Il interdit de 
se servir de filets ou de lacets et, généralement , d'aucune sorte 
d'instrument pour prendre le gibier à plumes ou à poils, et même 
d'en avoir chez soi. Il enjoint que tout chien de cour ou de berger 
ait au cou un bâton en forme de lamay , pendant de travers. H 
ordonne, enfin, d'arrêter les étrangers qui entrent en armes dans 
le pays de Liège pour chasser. Cet important édit , qui contient 
nombre de dispositions que nous connaissons déjà, dut être repu- 
blié et mis en garde de loi le 25 janvier de Tannée suivante, parce 
que l'avis du chapitre de l'église cathédrale de Liège n'y avait pas 
été inséré. 

Pendant ce temps avait été conclu, & Olne le 50 octobre 1724 ^, 
entre les commissaires de l'empereur d'Autriche et ceux du princc- 
évêque de Liège, le concordat, dont nous avons parlé ailleurs, 
pour la conservation réciproque de leurs forêts situées au duché 

* UsL chron, 

* Ibid. 

' De Locvrex , t. Il, p. 433. 

* PoLAiif , 5« part., 1. 1, p. 456. 

» Ibid. y p. 551. — Db Louvrex, t. II, p. 434. 
c P/éw. J?ra6., t. V, p. 490. 



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( 173 ) 

de Lîmbourg, taot au regard des dégâts que l'on y pourrait corn- 
mettre, que relativement i la chasse et à la pèche. 

Le i8 janvier 4725 *, paraissait un mandement, qui défendait, 
notamment de tenir chez soi des armes de chassé, comme armes 
il feu chargées de dragées ou de quartiers de balles, autorisait les 
officiers de la vénerie à faire des visites domiciliaires dans les mai- 
sons suspectes, et portait, ce qui caractérise Tépoque, que ceux 
qui s'opposeraient à la visite, seraient réputés comme délin- 
quants. Mais, le 2 mai i7!26 ^, par une ordonnance donnée à 
Seraing, Georges-Louis faisait déjà fléchir toute la rigueur du pré- 
cédent édit en faveur des communautés de Meewen, Wishagcn, 
Elecom, Op- en NeerGIabbeck, Asch, Neel, Genck et Sutendael. 
Les habitants de ces communes étaient autorisés à avoir chez eux 
des fusils chargés à balles et à quartiers de balles, afin de se ga- 
rantir et défendre de tous vols, insultes et mauvais traitements. 
Pour le surplus, cette ordonnance renouvelait les défenses connues 
en matière de chasse. 

Cette question du port d*armes chargées était au reste à Tordre 
du jour, car, le i4 décembre 1726 ^, Févèque, s'adressant cette 
fois spécialement i toutes les personnes attachées au service de 
ses États et de ses villes, leur défendait de porter des armes 
chargées à plomb. 

Il ne suffisait pas les que champs du pays de Liège fussent foulés 
et ravagés par les veneurs, les fauconniers et les chasseurs de la con- 
trée, il ne suffisait pas que les paysans dussent souffrir ces incur- 
sions de leur seigneur, il fallait encore qu'ils vissent les plaines, 
qu'ils avaient cultivées à la sueur de leurs fronts, servir de terrain 
d'exercice aux amis du prince. Une ordonnance de Georges-Louis, 
prise à Seraing le 3 septembre i728^, enjoignait, nommément 
aux régents des trois districts d'Achen, Lille et Boldt, de laisser 
toute liberté et facilité aux fauconniers de S. A. S. Tévéque de 
Cologne, pour dresser des faucons destinés & la chasse aux lièvres! 

' SoHET.liv. II, p. 135, §§20 et 21. 

* List, ehron» 
» Ibid. 

* Ibid. 



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( 174) 

Le 3 fëvrîep 1735 *, le même ëvéque prescrivait certaines me- 
sures de poiice à Fëgard des chiens vagabonds et de ceux que Ton 
n'avait pas entraves, conformément aux ordonnances, pour les 
empêcher de chasser. Puis, par un ëdit du 5 septembre i 735 ^, 
mis en garde de loi le 15 du même mois, il interprétait et expli- 
quait son ordonnance du 4 juillet i 724, et décidait, que la défense 
de mettre des filets ou lacets, de quelque espèce que ce fût, s'ap- 
pliquait également aux lacets pour prendre les grives. 

Une ordonnance du 28 juin 1744 ^ mise en garde de loi le 
1*' juillet suivant, donnée à Seraing par Jean-Théodore, renou- 
velait les mandements antérieurs, concernant la chasse, notam- 
ment ceux des 14 juillet 1564, 2 février 1662, 7 juin 1687, 
9 avril i 695 et 4 juillet 1 724. Le prince faisait défense à tous ses 
sujets, de chasser et d'employer ou de garder chez eux aucun filet 
ou lacet et aucune arme. Il ordonnait aux c censiers > et autres, 
d'attacher au cou de leurs chiens un bâton, communément appelé 
lamaù 

Un mandement du même évêque, publié le 9 avril 1 746 ^ et 
mis en garde de loi le 14 du même mois, défendait de tirer ou 
de prendre les faisans, les perdrix, les canards sauvages, les rossi- 
gnols et les fauvettes, dont on avait peuplé les jardins du château 
de Seraing, cette résidence favorite des souverains du pays de 
Liège, et les terres environnantes. 

Le 7 février 1752 ^, les commissaires du prince-évêque de 
Liège et du souverain de la petite principauté de Stavelot et Mat- 
médy arrêtaient, à Spa, un règlement et concordat très -détaillé, 
en vingt-deux articles, pour la conservation de la chasse et de la 
pêche au marquisat de Franchimont. 

Nous examinerons plus loin avec quelque détail ce concordat ^, 

« Ust. chron, 

• Ifnd, 

' PoLAiN, 3« sér., t. II, p. 12. — De Loovrex, t. II, p. 437. 

* Ibid., p. 90. — Ibid , p. 439. 
s De Loovrbx, t. IV, p. 286. 

Voir page 193. 



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( 173 ) 

dont la publication et inobservation furent ordonnées par un man- 
dement de Jean-Thëodore, le 24 février 175â *. 

Le 40 janvier i75d ^ le prince-évéque déclarait que les grands 
baillis ont la faculté de jouir de la chasse, dans leurs districts res- 
pectifs, excepté sur les parties réservées pour les plaisirs du 
souverain, savoir les bailliages de Stockhem, d'Alken, de Tonger- 
loo et le marquisat de Franchimont. Le même mandement conte- 
nait une addition i celui du 24 mars 1744, relatif à la réclamation 
que faisait l'état de la noblesse de certaines charges publiques 
dans le gouvernement. 

Jeau-Théodore prenait, le 42 avril 1755 ', une nouvelle mesure 
relative à sa chasse particulière. Il interdisait de s'emparer avec 
des filets, des lacets ou autrement, et k plus forte raison de tuer, 
de blesser ou de maltraiter les faisans. que « Son Altesse a fait 
planter sur ses terres à Tongerlooz et dans les environs. » 

Une ordonnance du doyen et chapitre de l'église cathédrale de 
Liège, seiU vacante, renouvelle, le 29 janvier i 763 ^ les défenses 
antérieures au sujet de la chasse et révoque toutes permissions de 
chasser, n'admettant pour valables, que celles qui seront délivrées 
par le chapitre et revêtues de la signature de son secrétaire. 
Quelques jours plus tard, le 19 février 1763 ^, le chapitre ordonne 
que Ton flRsse une battue dans le marquisat de Franchimont, pour 
la destruction des loups et des sangliers qui y pullulaient. 

Charles, par son mandement du 5 juin 1 766 ^ défend de tirer des 
armes à feu dans le bourg de Spa, pour quelque motif que ce soit. 

Mais le siège était redevenu vacant; le doyen et le chapitre de 
la cathédrale révoquaient de nouveau, le 24 octobre 1771 7, toutes 
les permissions antérieures, données pour chasser, avec ordre 

* lÀ8t. chron. 

* PoLAiH, 3« sér., t. II , p. 293. 
» 7Wa., p. 297. 

* LisL chron. 
» Ibid. 

* Ibid. 
7 IM. 



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{m) 

aux ofiîciers de vénerie de ne respecter, que celles qui émanaient 
de leur autorité. 

Deux ans plus tard, le 30 avril i773 S François-Charles pres- 
crivait l'exacte observation des mandements du 4 juillet 1724, du 
28 juin i744 et du 9 juillet 1746. Il fixait dorénavant Tépoque de 
Touverture de la chasse, au 1*"' septembre au lieu du 16 août, dans 
la principauté de Liège. 

Un accord, au sujet de la chasse et de la pèche, intervint, le 
15 octobre 1781, entre Tabbé-seigneur de Malonne et la commu- 
nauté de ce lieu. Une ordonnance du prince-évéque vint Tap- 
prouver et le ratifier, le 18 octobre suivant *. 

£n 1791, enfin, le 26 mars 3, les mandements antérieurs relatifs 
à la chasse furent encore une fois renouvelés. Constantin-François, 
le prince-évéque alors régnant, interdisait à ceux qui n'étaient 
pas les repreneurs de ce droit, de se livrer k la chasse ou à la 
pèche dans toute l'étendue de la baronnie de Uerstal. 

Telle est la notice, aussi brève que possible, des principaux man- 
dements portés, sur la matière, par les souverains du pays de 
Liège, jusqu'à l'absorption de ce petit État par la France. 

Nous n'avons pas cru devoir nous étendre longuement sur ces 
édits qui, pour la plupart, n'offrent qu'un intérêt purement local. 
Nous allons, au reste, tâcher de tracer le tableau de l'ensemble 
de la législation eu matière de chasse, dans la principauté de 
Liège , à l'époque où nous sommes arrivés. 



RÉSUMÉ. 

I. — A Liège la maxime des feudistes d'après laquelle, la chasse 
ne convenant pas à tout le monde, les souverains en pouvaient 
défendre l'exercice à leurs sujets, avait cours K 

» PoLAiK,3«sér., t.II,p. 701. 

■ List.chron, 

» Ibid. 

« SOHET, liv. II, Ut. XLIX. 



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( 177 ) 

La chasse était attachée h ]sl juridiction territoriale et apparte- 
nait aux seigneurs. Ceux-ci avaient le droit de défendre de chasser, 
curaulativement avec le prince, et d'exiger les amendes prescrites 
par les usages et par les édits. 

Les seigneurs hauts justiciers avaient la chasse dans retendue 
de leurs justices. Les autres seigneurs n'avaient ce droit que pour 
autant qu'ils en fussent en possession, d'ancienneté. 

Les hauts officiers et grands baillis du prince avaient aussi le 
droit, mais tout personnel^ de chasser dans leurs quartiers res- 
pectifs. 

Des concessions de chasse pouvaient être accordées aux habi- 
tants des villes ou à des communautés, mais il fallait pour cela 
des actes positifs. Les ecclésiastiques , enfin , n'avaient aucun pri- 
vilège spécial de chasse. 

H. — La chasse se distinguait en grande chasse, ou chasse aux 
grosses bétes, et petite chasse, ou chasse au menu gibier. 

La concession ou Tacquisition par prescription du droit de 
chasser au menu gibier n'emportait pas celui de chasser au gros 
gibier. Cette dernière chasse était réservée au prince, h ses hauts 
officiers, aux seigneurs hauts justiciers et à tous autres, à qui ce 
privilège avait été spécialement accordé. 

IH. — Le droit de suite était réglé d'après les usages d'Alle- 
magne ^. Les seigneurs pouvaient poursuivre hors de leur juri- 
diction la béte fauve, qui y avait été blessée, en laissant au lieu, 
où elle avait été frappée, un chapeau , un cor ou un autre signal. 

La poursuite devait se faire sans animer les chiens et il était 
d'usage d'offrir au seigneur de la localité, où la bêle avait été prise, 
le cimier et les pieds du cerf ou la hure du sanglier. Si, pendant 
la poursuite d'une béte sur le territoire d'autrui, un chasseur, 
ayant droit de chasse en ce lieu, la tuait, la bêle lui appartenait de 
droit; mais la coutume contraire s'observait par courtoisie et civi- 
lité entre veneurs. 

IV. — D'après le droit liégeois, le gibier, pris ou tué en délit 
était sujet h confiscation, mais, jusqu'au moment de la confisca- 

^ BoNJBAiv, Code de la chasse , 1. 1, p. 101. 

Tome XXVIL i2 



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(i78) 

tion, il était la propriété du chasseur; s'il était donc vendu en 
marché public, l'acheteur de bonne foi en acquérait la pleine pro- 
priété et il ne pouvait plus être confisqué. 

V. — Il n'était pas permis de s'attrouper pour lasser les per- 
drix et les prendre à force de chiens ou autrement. 

Mettre des lacets ou autres engins, en avoir chez soi, parcourir 
ceux que d'autres avaient mis, aller h l'affût, étaient autant de 
délits. On ne pouvait porter des armes h feu, hors voies et che- 
mins, ni en tenir chez soi, chargées de dragées, de quartiers de 
balles ou de plomb. 

Ceux qui n'avaient pas droit de chasse ne pouvaient conserver 
des chiens ou des oiseaux de chasse. Les mâtins, chiens de garde, 
chiens de bergers ou de pâtres devaient porter au cou un lamay^ 
d'un pied et demi de longueur, afin qu'ils ne pussent poursuivre 
le gibier. 

On ne pouvait acheter, ni venaison, ni peaux de gibier, à des 
personnes inconnues ou hors d'un franc marché. 

VI. — La chasse était interdite à toutes personnes, même aux 
seigneurs et aux officiers, depuis le 1*' avril inclusivement jus- 
qu'au 16 août d'abord, puis plus tard jusqu'au 1*' septembre 
exclusivement, c afin qu'il ne soit pas fait de tort aux fruits de la 
campagne. » 

VU. — La surveillance et la police de la chasse appartenaient 
au Grand Veneur du pays de Liège, à ses lieutenants, à ses 
officiers, k ses sergents et à ses commis ^ Ils avaient pour mission 
de veiller au maintien et à l'observation des édits sur la chasse. 
Ils avaient le droit de faire des visites domiciliaires dans les mai- 
sons, où Ton soupçonnait que se trouvait du gibier ou des armes 
et engins de chasse. Ceux qui s'opposaient à la visite étaient 
regardés comme convaincus de la contravention; mais Tusage 
voulait que ces visites eussent lieu c avec équité, sans molester 
des personnes hors d'âge ni autres qu'on ne peut pas soupçonner 
d aller à la chasse » K 

> SoHET,liv. I,tiLLIX. 

> ma,, liv. Il , lit. XLIX , §§ 20 et 21. 



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( <79) 

Les officiers du Grand Veneur pouvaient arrêter préventive- 
ment les délinquants au fait de chasse et, si c'étaient des militaires 
ou étrangers attroupés, chassant dans les grains, les officiers des 
villages circonvoisins devaient commander les bourgeois en armes 
pour les saisir. 

VIII. — Le Grand Veneur, dont il est déjà question sous Gé- 
rard de Groisbeck, exerçait sa charge dans la principauté entière. 
II veillait à la conservation du droit régalien de chasse du prince- 
évéque, en faisant appliquer, comme officier criminel, les édits sur 
la matière. Il avait un droit de prévention à Tégard des seigneurs 
et des officiers de justice ordinaires, hauts et bas, et était chargé 
d'instituer les actions convenables contre les contrevenants ^ 
S'il ne le faisait point dans les six semaines , le procureur général 
de la principauté était autorisé à agir en son lieu et place. 

Il citait les délinquants devant les échevinages locaux, et défense 
était faite aux juges ecclésiastiques d'accorder aucune inhibition , 
sous prétexte de simple tonsure ^. 

IX. — Les peines ordinaires, en matière de chasse, étaient des 
amendes, fixées d*abord à 10 florins d'or et portées ensuite, par 
le mandement du 28 juin 1744, à 30 florins d'or. Selon les cas, 
ces amendes étaient soit doublées ou triplées, soit diminuées d'un 
ou de deux tiers. 

Le tiers des^^mendes appartenait au Grand Veneur. En cas de 
non-payement, les peines subsidiaires comminées étaient sévères, 
parfois cruelles : c'étaient la fustigation , le bannissement ou la 
prison au pain et à Teau ^. 

La responsabilité civile des maîtres, des commettants et des 
parents était de droit. Ces derniers, entre autres, étaient passibles 
d'une amende Se 9 florins d'or, si leurs enfants avaient mis ou 
parcouru des c lasses » . 

* PouLLET, Essai sur ^histoire du droit criminel dans l'ancienne princi- 
pauté de Liège, p. 615, et Les constitution8\naUonales, p. 258. 
s SoHET, liv. I,tit. LIX, etliv. II, lit. XLIX. 
3 MaDdemenl du 4 juillet 1724. 



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(480) 
TITRE IV. 

LE DUCHÉ DE BOUILLON. 

Le duché de Bouillon, qui appartenait à Godefroi de Bouillon, 
fut vendu ou engagé par lui, avant son départ pour la croisade, à 
réglise de Liège, au prix de 1300 marcs d'argent et 5 marcs d*or. 

Depuis cette époque, 1095, le duché resta en possession de la 
principauté de Liège; tes sires de la Marck , de la branche d'Arem- 
berg, seigneurs de Sedan, en étaient gouverneurs et prêtaient 
serment, en cette qualité, au chapitre de S*-Lambert. Ils voulurent 
se rendre indépendants; mais Charles-Quint reprit le duché par 
les armes en 152i, le rendit à la principauté de Liège, à laquelle 
la souveraineté en fut conGrmée, par les traités de Cambrai 
en 4529, de Catcau-Cambrésis en 4559, et de Vervins en 4598. 
Les seigneurs de Sedan conservèrent néanmoins quelques-uns 
des fiefs qu'ils avaient usurpés et, dans la suite, ces fiefs furent 
cédés à la France ^ 

Lorsque la guerre éclata entre la France et Tempire, Louis XIV 
fit occuper le château de Bouillon par le maréchal de Crèquy et 
un arrêt du conseil d'État, en date du 4*' mai 4678, mit Godefroi- 
Maurice de la Tour d'Auvergne, héritier par les femmes des 
anciens usurpateurs, les seigneurs de Sedan, en possession du 
duché. Cette possession fut confirmée par Tarticle 28 du traité de 
Nimègue, conclu le 5 février 4679. Depuis cette époque le duché 
resta aux princes de cette maison , dont le gouvernement fut doux 
et paternel. ' 

A partir du 7 mars 4790, une assemblée générale, composée de 
cinquante-cinq membres, presque tous cultivateurs, et élue par le 
peuple, de rassenliment du duc, fut chargée d'aviser aux mesures 
d'intérêt général. Cette sorte de gouvernement constitutionnel 
subsista jusqu'à la réunion du duché à la France. 

* PoLAiN, Recueil des édits et ordonnances du duché de Bouillon : Pré- 
face. 



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(m) 

On comprend que les édite, en matière de chasse, aient été peu 
nombreux dans cette petite principauté, où les usages et les cou- 
tumes devaient naturellement jouer un rôle prédominant. 

£n 1539 *, Corneille de Berghes accorda aux bourgeois et 
« surcéants» des quatre mairies du duché de Bouillon le droit de 
chasser aux sangliers. Ce privilège fut renouvelé en i 574. 

Le 5 juillet i564 ^ le prince-évéque de Liège, Gérard de Grois- 
beck, duc de Bouillon , avait défendu de chasser, à force de chiens , 
courants, couchants et lévriers, dans toute retendue du duché; de 
tirer, avec des armes, aucune béte rouge ou noire, lièvres ou autres 
gibiers, ni de les prendre au filet, de quelque manière que ce 
fût II interdisait aussi de transporter aucune venaison dans des 
sacs, des paniers ou des tonneaux, de tirer c avec arcs, arbalètes, 
arquebuses et pistolets, aucun gibier ou volaille et encore moins 
de les prendre par lacs, filets, trappes, tonnelles, lumières ou 
autrement. » 

C'était un édit complet sur la matière; il reproduisait la plupart 
des dispositions, qui étaient en quelque sorte de style à cette 
époque. 

Le préambule vise des édite et ordonnances antérieurs, qui ne 
nous sont point parvenus. 

Les défenses prononcées par le duc étaient générales; cepen- 
dant , il y avait exception pour les seigneurs territoriaux : c ne fust 
quUl eusse seigneurie ou haulteur h lui appartenant, et fuisse en 
continuelle possession et usance d'y chasser ou faire chasser. » 

Les peines comminées étaient, outre la confiscation des armes, 
des chiens, des engins de chasse et du gibier tué, de 25 florins d'or 
pour la première contravention , de 50 pour la deuxième et de 60 
pour la troisième. En cas de non-payement de ces amendes, elles 
étaient remplacées par la fustigation , l'emprisonnement au pain 
ou & l'eau ou d'autres peines arbitraires. 

L'ouverture de la chasse était fixée à la c Magdeleyne, » c affin 



* Bulletin de l'Institut ardiéologique liégeois, t Vil, p. 26. — Verhabgen» 
OOT. cité, p. 86. 

* P0LAlII,p.6. 



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( 18î2 ) 

que les fruits de terre ne soycnt trop tempre , pour le déduit ou 
plaisir d*aulcun particulier destruits, et les pauvres laboureurs 
et leurs labeurs préjudiciez. » 

Le 26 juin 1651 S le duc interdisait de nouveau la chasse dans 
le pays de Bouillon et révoquait la permission de s'y livrer, donnée 
h plusieurs particuliers. 

L'année suivante, le 1'^ mars 1652 ^ un édit, porté à Bouillon 
par le gouverneur du duché, renouvelait la défense de chasser et 
en particulier de se servir de « boutecols » et de lacets , pour 
prendre des perdrix, des coqs de bruyère et autres gibiers volants. 

La défense de tenir des chiens de chasse et de porter des 
armes à feu fut renouvelée par l'édit du 10 janvier 1655 ', éma- 
nant du gouverneur du duché. FI révoquait aussi les permissions 
de chasser, qui avaient pu être données à quelques particuliers. 

Puis, le 16 novembre 1658 *, paraissait une nouvelle ordon- 
nance pour la conservation de la chasse, ordonnance qui était 
renouvelée le 2 décembre 1 668. 

Deux ans plus tard, jour pour jour, le 2 décembre 1670^ le 
gouverneur rappelait brièvement les défenses, portées antérieure- 
ment en fait de vénerie, et recommandait la stricte observation 
de ces édits, dont on paraissait s'être quelque peu relâché. 

Ce n était là, au reste, qu'une de ces publications, si fréquentes 
et si souvent renouvelées, des anciennes ordonnances. Générale- 
ment CCS publications se faisaient chaque année. Parfois aussi, 
des édits spéciaux étaient pris pour attirer Tattention des jus- 
ticiables sur telle ou telle disposition ou ordonnance particu- 
lière, parce que l'objet dont elle traitait avait, plus que tout autre, 
été perdu de vue. 

Le 30 juillet 1671 ^ par exemple, un édit prescrivait Timpres- 
sion du mandement général de Gérard de Groisbeck,du 5 juillet 

* Lisl. chron. 
« Ibid, 

* POLAIIV, p. 65. 

* Lisl. chron. 

» POLAIN,p. 76. 

* List, chron. 



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( 183 ) 

4564, car cet édit était resté, malgré tout, Texpression du droit en 
matière de chasse, pour le duché de Bouillon. Le duc princc-évéque 
ordonnait au procureur général du duché de le faire publier. 

Puis, le 8 septembre 4673*, nouvelle injonction d'avoir à se 
conformer aux mandements antérieurs et, plus particulièrement, 
k celui de 4564, très-libéral au reste pour Tépoque. 

Cependant, la législation de la chasse froissait quelques suscep- 
tibilités et comprimait certains désirs naissants de liberté. En 
4673', une requête, signée d'un grand nombre d'habitants du 
duché, fut adressée par eux à l'évéque de Liège, leur souverain. 
Ils exposaient leurs griefs et réclamaient certaines concessions; 
mais l'évéque n'eut pas le loisir de leur accorder ou de leur refuser 
ce qu'ils demandaient. Peu après, comme nous l'avons vu, le 
duché de Bouillon passait en d'antres mains et c'était dorénavant 
la famille de la Tour d'Auvergne qui allait gouverner ce petit État. 

L'une des premières ordonnances des nouveaux souverains fut 
celle du 9 février 1685^, par laquelle les anciens mandements sur 
le fait de la chasse étaient rappelés et renouvelés. 

Le 45 août 4699 *, le duc Godefroi- Maurice prenait, à son châ- 
teau de Navarre près d'Évreux, résidence habituelle des la Tour 
d'Auvergne, une ordonnance qui défendait & quiconque de chasser 
sans avoir justifié au préalable, par-devant la cour souveraine 
du duché, des titres qui y donnaient droit. On avait proQlé du 
changement de maison régnante pour invoquer, vis-à-vis du nou- 
veau souverain, des concessions prétendument accordées par 
l'ancien, et, pour mettre terme à cet abus, le duc avait pris la 
mesure générale qui devait produire l'effet désiré. 

En 4741 ^ il interdisait formellement lâchasse dans les bois de 
Sedan, qui formaient sa chasse particulière* 

Le 7 février 4735®, le gouverneur des ville et duché de Bouil- 

^ Manuscrit conservé à l'hôtel de ville de Bouillon. Inventaire, p. 16, D. 
« Ibid, 

• Ibid, 

* POLAIN, p. 91. 

^ Manuscrits de Thôtel de ville de BouillOD. 

POLAIN, p. 157. 



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{ «84 ) 

Ion publiait de nouvelles mesures^ prises dans rintérét de la con- 
servalion de la chasse. Il interdisait ^i lous les habitants de Bouil- 
lon de sortir de ladite ville avec des fusils ou de tenir des chiens 
de chasse, sans en avoir obtenu la permission expresse. 

Puis, dans un but analogue, il défendait, le 15 mars i732 S à 
tous bourgeois, charretiers et paysans de mener avec eux aucun 
chien sans lui attacher au cou un billot, d'un pied et demi de 
longueur et de six à sept pouces de tour. Les chiens, non entravés 
de la sorte, pourraient être mis h mort, et leurs maîtres, con- 
damnés à une amende de 5 florins, pour la première contraven- 
tion, et du double, en cas de récidive. 

Une ordonnance, donnée k Bouillon le 29 novembre 4736' par 
Charles-Godefroj de la Tour d'Auvergne, maintenait les habitants 
de Sugny dans les droits , privilèges et libertés, qui leur avaient 
été accordés par les règlements des 26 novembre i 58i et i 2 avril 
1618, intervenus entre les officiers du prince-évéque de Liège et 
la communauté de Sugny, au sujet du partage des bois de cette 
seigneurie. Mais, il stipulait bien expressément qu'il ne les déliait 
point, pour cela, de l'obligation de se conformer aux règlements 
portés ou à porter, tant pour la justice que pour la police et pour 
la conservation des bois et de la chasse. 

£nfin , le i G juillet i 750 ', fut donnée à Paris la dernière ordon- 
nance émanant du duc de Bouillon, relativement à la chasse. 
C'était un règlement en cinq articles que nous analyserons briè- 
vement. 

Les peines, dont étaient passibles ceux qui contrevenaient aux 
ordonnances en matière de chasse, étaient portées à 50 livres 
pour la première fois, à iOO livres pour la seconde et au bannisse- 
nuint du duché pendant trois ans, en cas de troisième contraven- 
tion. Il était fait défense aux juges de modérer ces peines, sous 
aucun prétexte. 

Personne^ quelle que fût d*ailleurs sa qualité, ne pouvait prendre 



^ POLAIN,p. 166. 
* List.chron. 

> POLAlN,p. 183. 



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( i85 ) 

ni tirer aucune gelinotte ou gélinottcau dans toute retendue du 
duché, à peine de 200 florins d'amende, pour la première contra- 
vention, et de 400 florins, en cas de récidive: « contre ceux qui ne 
seront point en état de payer ladite amende, continuait larticlc 2, 
& peine d'être , pour la première fois , tenus en prison pendant 
deux moiâ,et, après ledit terme écoulé, d'être attachés trois heures 
au carcan du lieu de leur résidence, k jour de marché, et, dans les 
lieax où il n'y a point de marché public, pendant trois jours de 
suite, aussi l'espace de trois heures, et, pour la seconde fois, 
d'êtres fustigés et bannis, pendant cinq ans, de l'étendue du 
duché. » 

Les gardes de bois et de chasse , à pied et à cheval , les gardes 
forestiers, etc. , étaient chargés de la police et de la surveillance 
de la chasse. A cette fin? ils avaient ordre de fouiller < exactement 
les gens qu'ils trouveront dans nos bois et forêts et dans la dis- 
tance d'une demi-lieue, qui seront soupçonnés d'être tendeurs de 
lacs et filets. » 

Pendant trois ans, cette défense, faite dans l'intérêt de la repro- 
duction et de la conservation des gelinottes, devait être observée 
par les seigneurs, les gentilshommes et les hauts justiciers, 
c même dans les terres et seigneuries où ils ont droit et privilèges 
de chasse. » 

Au surplus, redit du duc maintenait et confirmait les mande- 
ments des princes-évêques de Liège de 1564 et de 1671. 

Ce fut le dernier acte de législation féodale, "dans le duché de 
Bouillon, en matière de chasse. 

On Ta remarqué, c'est l'ordoiuiance de Gérard de Groisbeck, 
du 3 juillet i564, toujours confirmée dans la suite, qui renferme 
et développe les principes de cette législation , presque en tous 
points conforme, d'ailleurs, à celle du pays de Liège. 

11 nous reste à dire par qui la justice, en fait de vénerie, était 
rendue *. Le gouverneur, nommé par le duc, était son représen- 
tant dans le duché et y exerçait la haute justice concurremment 
avec la cour souveraine. En cas d'absence, il était remplacé par le 

* PoLAiN, Préface. 



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(186) 

président et le procureur général , qui devaient agir en commun» 
Ce dernier remplissait en outre les fonctions d'administrateur du 
domaine. 

Le conseil privé du duc siégeait dans son hdtcl, à Paris, et s'oc- 
cupait de la révision des procès, jugés par la cour souveraine. 

Un décret de l'assemblée générale extraordinaire de Bouillon 
annula, le 45 nivôse an III *, toutes les adjudications de chasse 
faites par les municipalités, et, le 4 brumaire an IV, le duché fut 
réuni à la France. 



TITRE V. 

LA PRINCIPAUTÉ DE STAVELOT ET MALMÉDY. 

L'existence de Tancienne principauté ecclésiastique de Stavelot 
remonte au VU* siècle ^. 

Elle fut l'un des fiefs de l'empire, puis fit partie, comme la prin- 
cipauté de Liège, du cercle de Westphalie, et continua h former 
une principauté indépendante, jusqu'à Tépoquc de sa réunion à 
la France. 

La principauté de Stavelot et Malmédy comptait une popula-. 
tion d'environ 28,000 habitants ; elle se composait des postellc- 
ries de Stavelot et de Malmédy et du comté de Logne. Elle était 
bornée, au nord par le duché de Limbourg, à l'est et au sud par 
celui de Luxembourg, au nord-<^est par le marquisat de Fran- 
chimont et le Gondroz. 

La principauté de Stavelot et Malmédy fut administrée par les 
princes-évéques de Liège , les princes- abbés de Stavelot ou les 
prieurs et les religieux de l'abbaye impériale de Stavelot^ par- 
fois même directement par l'empereur d'Allemagne. 

^ PoLAIIf , p. 302. 

' Ibid., Recueil des édita et ordonnances de la principauté de Stavelot 
et Malmédy : Préface. 



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( 487 ) 

La plus ancienne ordonnance en malîcre de chasse, pour la 
principauté de Stavelot et Mniniédy, émane de Gérard de Grois- 
beck c évcsque de Liège, administrateur de i'abbayc et princi- 
pauté. » 

Cette ordonnance est du 6 septembre i578 ' ; elle est fort brève 
et se borne à défendre à tous ceux, n'ayant pas de privilège spé- 
cial, de chasser et de tendre des filets, sans autorisation. L'admi- 
nistrateur désire cla conservation desdites bcsles,airm que quand 
nous irons sur les lieux nous en puissions recouvrer pour noslre 
déduit et passe -temps au fait de la chasse. » 

Les contrevenants devaient être emprisonnés et corrigés exem- 
plairement; leurs armes, leurs chiens, leurs équipages de chasse, 
confisqués, ainsi que le gibier tué. 

Ernest de Bavière, par son mandement du 9 août 4581 ^9 se 
borna h reproduire, en propres termes, cette ordonnance; il en 
étendit seulement les dispositions au fait de la c pescherie. > 

Le 4 mai iC24 ', le prince- évéquc, Ferdinand de Bavière, 
renouvelait la défense de chasser et de pécher, sans autorisation 
expresse, et Tordre d'arrêter et de jeter en prison les délin- 
quants. 

Le coadjuteur Guillaume de Bavière, administrateur de Stavelot 
et du comté de Logne, défendait, par son mandement du 28 dé- 
cembre 1G5G S de pécher et de chasser sans permission, à moins 
que ce ne fût pour le service du chapitre et des couvents de Sta- 
velot et de Malmédy. Il faisait défense aux officiers de transiger 
et de composer avec les délinquants pour les amendes. Cette der- 
nièrfi défense fut encore renouvelée par le mandement du 
29 novembre 4650 \ 

L'année suivante, le 25 août i651 ®, ému par les plaintes qui lui 
étaient adressées, le même Guillaume de Bavière interdisait strie- 

* PoLAi?r , p. 53. 

* /6*U,p.57. 
' LisL chron, 

* PoLAm,p. lU. 
5 Ibid. 

« /6id.,p. 127. 



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( *88) 

tement < de poisser et de chasser >, dans le comté de Salni et 
dans les terres et les seigneuries avoisinantes. Les contrevenants 
devaient être arrêtés et dirigés sur la c maison forte de Sta- 
velot. » 

Un mandement du 7 avril 1656 défendait, sous peine d^une 
amende de 20 florins d or, pour la première fois , et de correction 
arbitraire, en cas de récidive, de porter des armes chargées « avec 
des semences de plomb ou drageries » ou d'avoir sur soi de telles 
munitions. Il était même interdit d*en débiter. 

La même amende était applicable à ceux qui étaient rencontrés 
accompagnés de chiens de chasse ou même de chiens mâtins, non 
tenus en laisse ou entraves. 

Des châlimentsexemplaires devaient frapper ceux qui tendaient 
c des lacs et trappes, tant aux lièvres que coqs de bruyère, per-^ 
drix et bécasses. » 

Un mandement, donné à Francfort le 16 mai 1658 * par Maxi- 
milien-Henri, archevêque de Cologne, prince-évéque de Liège, 
administrateur de Stavelot, renouvelait la défense, aux habitants 
de la principauté, de chasser et aux officiers, de composer au 
sujet des amendes. 

L'exacte observation de ces défenses et de celles antérieurement 
portées était recommandée, le 29 mai 1666^, par Maximilien- 
Henri et, le il avril 1670 ', par François-Égon , dans un man- 
dement donné à Bruel. 

Pour arriver plus aisément à la découverte des coupables et a la 
répression des délits de chasse, François-Égon prenait, le 4 1 jan- 
vier 1672 S a Bonn, une ordonnance dans le but d'encotirager la 
délation ; ceux qui dénonçaient les contraventions faites aux 
raandemenis relatifs k la chasse et à la pêche, devaient avoir la 
troisième partie des amendes infligées! 

Puis, le 18 avril 1675 ^, il prescrivait de nouveau la stricte 

* POLAllf,p. 137. 

* /Wd.,p.l48. 
» Ibid. 

* Ibid., p. 153. 
K Ibid., p. 148. 



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( 189 ) 

observation de Tëdit du ii avril i670 qui, on ]*a vu, ne faisait 
lui-même que rappeler les défenses anciennes , portées en matière 
de chasse et de pèche. 

Par le mandement donné à Cologne le 17 avril 1679 <, il 
ordonne itérativement aux officiers d'arrêter ceux qui se livrent 
à la chasse et à* la pêche, de saisir tous les instruments servant à 
cet usage et de tuer les chiens de chasse qui accompagnent les 
particuliers, non munis d*une autorisation spéciale du* prince- 
administrateur; le 30 juin suivant^, il déclare n'avoir voulu 
déroger en rien, par son édit du i 7 avril, au droit, qu'avaient quel- 
ques habitants de la principauté, de chasser et de pêcher^ pourvu, 
bien entendu, que ces prévilégiés se conforment aux conditions 
de leur acte d'autorisation. 

Ces ordonnances furent renouvelées, en propres termes, le 
3 juin i682 ^ par un mandement des prieurs et des religieux 
capitulaires de l'abbaye impériale de Stavelot et Malmédy, pris à 
Stavclot , sede vacante. 

Guillaume Égon interdit de nouveau, par un mandement donné 
à Saverne le i 5 juillet 1 683 ^ la chasse et la pêche , dans les terres 
de Stavelot et du comté de Logne. 11 excepte toutefois de cette 
défense ceux qui sont valablement autorisés, et il porte à 38 flo- 
rins d'or l'amende comminée contre les contrevenants. Si 
ceux-ci étaient des officiers du souverain, ils devaient perdre leur 
charge. Ce mandement fut renouvelé, à Liège le 28 septem- 
bre 1684 ». 

Le 8 août 1690 ®, les prieurs de Tabbaye de Stavelot renouve- 
laient encore une fois les anciennes ordonnances relatives à la 
chasse et à la pêche. Us voulaient que les armes et les engins 
fussent saisis, les chiens, tués, et les chasseurs non privilégiés, em- 
prisonnés au château de Stavelot et punis d une amende de 

» PoLAm,p. 158. 
•/Wd.,p. 159. 
»/6îa..p. 158. 

* ma., p. i6â. 

* List.chron. 

* POLAI?l,p. 191 



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(190) 

50 florins d*or. Le port d'armes, sauf par les voyageurs et les 
marchands ambulants, était interdit, à peine de 20 florins d'or 
et de conGscation. 

Des sergents assermentés , établis dans chaque communauté, 
étaient spécialement chargés de la surveillance de la chasse et de 
la constalation des délits. 

Les privilèges et autorisations antérieurement accordés étaient 
respectés par les prieurs, mais a condition qu'ils fussent exhibés 
dans les huit jours de la publication du mandement , à peine 
d'en être déchu. 

Le mandement des prieurs et chapitre de Stavelot et Malmédy, 
du 20 août 1692 ' , prescrivait de nouveau l'observation exacte 
des ordonnances relatives à la chasse. 

Deux mandements furent donnés par Guillaume- Égon, en 1699 
c au palais abbatial de Saint-Germain des Prés, à Paris. > 

Celui du 42 juillet ^ accordait aux maïeurs, à titre de salaire, 
le tiers de toutes les amendes hautes et basses , à condi- 
tion d'en rendre un compte exact et fidèle et de n'en composer 
aucune. 

Celui du 50 août ' renouvelait la défense du port d*armes, sauf 
par ceux qui se rendaient aux foires, sous peine de G florins d'or, 
pour la première fois, de 42 florins, pour la deuxième, et de 
châtiments arbitraires, en cas de troisième contravention. 

Ce mandement donna lieu à un appel aux dicastères de l'em- 
pire, de la part de plusieurs habitants de Malmédy, et Guillaurae- 
Égon publia, le 9 janvier 1700^, une longue protestation, fort 
intéressante, contre cet appel. 

La même année, le 50 septembre 4699 \ un décret de Tempe- 
reur Léopold, donné à Welzlar, défendait directement aux habi- 
tants de Stavelot de chasser et de se livrer à des actes de sédition 
contre les autorités constituées. 

* PoLAirr, p. 174. 
» /6/d.,p. 190. 

» /6id.,p.l91. 

* /6/d.,p. 191, note 1. 
5 Lisl chron. 



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(i9i ) 

Le 6 juia 1707 ', parut, à Strasbourg, une longue ordonnance 
sur le fait de la chasse. Le duc de Lorraine, François-Antoine, 
administrateur de Stavelot, comte de Logne, etc., y réglait la ma- 
tière en ii articles, qui ne sont, d'ailleurs, que la reproduction, 
un peu plus explicite, des anciennes ordonnances , réunies et con- 
densées en une seule. 

Le duc déclarait ne réserver pour ses plaisirs particuliers et 
prîvativement que le canton de la maïeurie de Stavelot, « au delà 
de la rivière d'Amblève où notre château est situé. » 

Par une ordonnance, donnée à Lunéville, le 5 juin 1708 ', il 
interprétait celle de Tannée précédente, et protestait n'avoir voulu 
porter aucune atteinte aux droits de ceux qui pouvaient avoir 
quelque privilège de chasse, en vertu de concession, chartes, 
record ou possession légitime, pourvu qu*ils se conformassent 
exactement aux conditions y insérées. 

Jean-Ernest, évéque de Tournai, abbé et prince de Stavelot, 
introduisit en matière de chasse, par son mandement du 15 sep- 
tembre 1729 3, une disposition nouvelle au pays de Stavelot. 
Il défendit de tendre des lacets, appelés mùussettes, sous peine de 
10 florins d'or d'amende. Les c lasserons > ordinaires ne pou- 
vaient être attachés ou tendus aux jeunes chênes, mais seulement 
aux bois morts. Il réitérait aussi Tordre d'arrêter ceux qui, sans 
autorisation , se permettaient de chasser et de pêcher. 

Son successeur, Tabbé Nicolas , renouvela toutes ces défenses , 
le 9 septembre 1732 K 

Un mandement, spécial à la juridiction de Horion, parut le 
25 décembre de la même année ^. Nicolas y faisait défense de 
chasser et de pécher dans toute Tétendue de cette seigneurie , sous 
peine d'une amende de 10 florins d'or. Il révoquait toutes les 
autorisations accordées à ce sujet par ses prédécesseurs ou par 
lui-même, depuis son avènement à Tabbatialité. 

* PoLAm,p. 202. 
« IbicL, p. 206. 
» Ibid., p. 240. 

8 /6id.,p.247. 



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{m) 

Les défenses relatives aux nioussettes et aux lacets, qui ne 
pouvaient être fixés aux jeunes chênes, mais seulement aux bois 
morts, furent successivement renouvelées par Nicolas, le i9 sep- 
tembre 1733 et le i" octobre 1736 •. 

Cette prescription avait en effet une grande importance. D'une 
part les moussettes, ou lacets tendus à terre, étalent propres & 
détruire le gibier, dans une proportion considérable. D*aatre 
part, Tusage de fixer les plies, qui soutenaient les lacets, aux 
jeunes chênes et autres arbres avait pour effet de contrarier la 
belle venue de ceux-ci et de leur porter, dans Tavcnir, un sé- 
rieux préjudice. La blessure, faite au jeune arbre, ne se guérissait 
jamais, mais allait au contraire toujours en s'agrandissant et en 
s'aggravant. 

Un mandement du 5 octobre 1736' portait, une fois de plus, la 
défense de chasser. Il est visé dans Tordonnance du 7 septembre 
i739 ' par laquelle Tabbé Dicudonné interdisait à ses sujets de 
< chasser, porter fusil chargé à menu plomb, tenir chiens cou- 
rants ou de plumes, ni même aucun autre, sans être muni d'un 
billot, le tout k peine de iO florins d'or d'amende. » 

11 autorisait, en même temps, les visites domiciliaires et la saisie 
des armes, chargées autrement qu'à balles, trouvées lors de tes 
visites. 

Le 29 mai 1749 S l'abbé- souverain Joseph interdisait formel- 
lement, à ses sujets de différents villages voisins des mairies de 
Malmédy et de Weisme, de chasser et d'aller à l'affût, sous peine 
d'une amende de 20 florins d'or, < la moitié au profit du rappor- 
teur, > et de la confiscation des armes. Les chiens non munis 
d'un billot pouvaient être abattus, et leurs maîtres étaient pas- 
sibles d'upe amende de 3 florins d'or. 

L'année suivante, le 29 août 1750 ^, l'abbé dirigeait un mande- 
ment contre les habitants du bau de Lierneux, qui s'étaient permis 

' List, chron, 

• POLAIII, p. 270. 

• /6iU 

• /Wd, p. 285. 
s /di<l.,p.289. 



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( i9Z) 

de chasser c au préjudice de nos rëgaux et des prohibitions. » 
L'amende était portée à^Ô Horins dor, c exécutable par con* 
trainte par corps jusqu'à entière satisfaction, » pour la première 
fois, et « peine arbitraire plus grièvc, » en cas de récidive. Les 
chiens courants et ceux pour le gibier à plumes devaient être 
donnés, vendus ou abattus dans les vingt-quatre heures de la 
publication do mandement, à peine de 50 florins d'or. 

Quelques jours plus tard, le 15 septembre 1750 S il renou- 
velait les mandements des 6 juin 1707, 15 septembre 1729, 
9 septembre 1732 et autres antérieurs, portés relativement aux 
mousseltes et aux tenderies. 11 défendait aux odicicrs d'accorder 
aucune permission contraire aux dispositions des susdites ordon- 
nances. 

Les nobles de la principauté, qui, pour la plupart, c étaient 
ou seigneurs de villages ou, plus souvent, officiers, raaïcurs héré- 
ditaires, prétendaient, comme tels, à certains privilèges de chasse 
et de pèche dans leur ressort, privilèges que les princes-abbcs 
avaient de la répugnance h reconnaître. Cependant, une déclaration 
du 9 novembre 1750 leur donnait le droit de chasser sans chiens, 
en temps de chasse ouverte, sur leurs propres biens, ainsi que sur 
les aisances communes • '. 

C'est le 7 février 1752 ' que fut conclu h Spa le règlement et 
le concordat, pour la conservation de la chasse dans le marquisat 
de Franchimont et la principauté de Slavelot, entre les commis- 
saires du prince-évèque et ceux du prince-abbé. Ce dernier l'ap- 
prouva par mandement du 18 février 1752 V 

Les chasseurs, gardes-chasse ou gardes des bois devaient prêter 
serment entre les mains d'oflfieiers désignés par les deux souve- 
rains. Le juge du domicile du délinquant, et non celui du lieu oà 
le fait avait été posé, était seul compétent pour connaître de Tin- 
fractioD. 



* UsLchron. 

' E. PooLLET, Us conslilulions nationales, pp. 2i7 it 2â8. 

» P0LAII«,p.427. 

* Jbid,, p. 429. 

Tome XX VIL 13 



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( <94 ) 

L'amende était de 50 ëcus, comminës contre ceux qui avaient 
chassé ou péché contrairement aux ordonnances , outre la confis- 
cation des armes, filets et autres engins. L'amende était doublée, 
si l'infraction avait été commise la nuit, un dimanche ou un jour 
de fêle commandée , comme aussi en cas de récidive. Pour la 
troisième contravention, la peine était celle du fouet ou toute 
autre punition corporelle à arbitrer selon la gravité du cas. £n cas 
d'insolvabilité du condamné, les amendes étaient remplacées 
comme suit : celle de 50 écus, par un emprisonnement de six mois, 
les fers aux pieds et au pain et à l'eau ; celle de iOO^cus, par sem- 
blable détention pendant une année. 

Les gardes du prince-évéque, comme ceux du prince-abbé, pou- 
vaient poursuivre les délinquants, aussi bien sur le territoire de 
la principauté de Liège que sur celui de la principauté de Stavelot 
et Malmédy. 

L'abbé Alexandre renouvela encore une fois , le 25 septembre 
1754, le mandement du 6 juin 1707 ^ et les autres édits posté- 
rieurs relatifs à la chasse et à la pèche. 

Par son mandement donné à Noirefontaine le 7 octobre 1768 ^, 
le prince-abbé Jacques renouvela une ordonnance du U juillet 
1766, qui comminait des peines contre ceux qui brisaient les 
lacets, placés dans les cantons des bois de la communauté de Bra. 
Ces cantons avaient été assignés à l'ofiicier du souverain, à Bra, 
afin qu'il y pût, à l'exclusion de tous autres, tendre aux grives ; 
cela avait vivement contrarié les habitants de la communauté et 
ils s'en vengeaient en détruisant les tenderics organisées par l'of- 
ficier. 

Le prieur et les religieux capitulaires de l'abbaye impériale de 
Stavelot, en leur qualité de seigneurs du ban de Roanne, défen- 
dirent, le 4 mai 1771 ^, aux habitants de ce ban, de tenir des 
chiens sans leur attacher au cou un billot, au risque de les voir 
abattre et de payer eux-mêmes une amende. 



* LisLchron, 

• Ibid, 



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( 495) 

Enfin, un mandement, spécial à la mairie de Malmédy,fut publie, 
le 2 septembre i777 <, par le prince -abbé Jacques, pour interdire 
aux paysans de chasser et de pécher dans retendue de la mairie. 

Telle était en résumé la législation de la principauté de 
Stavelot et Malraédy, en matière de chasse. On voit qu'ici, comme 
pour le duché de Bouillon , les premières ordonnances , émanées 
des princes-évéques de Liège, en fixèrent les règles toujours ob- 
servées dans la suite. Il est donc inutile de revenir sur les détails 
des principes ci-dessus développés. 

Terminons en disant que c'étaient les échevins ou maïeurs 
qui connaissaient des délits de ce genre, à la poursuite du procu- 
reur ou du syndic de la principauté. 

Le podestat , dans les deux postelleries de Stavelot et de 
Malmédy, et le châtelain de Logne c étaient les représentants 
directs du prince-abbé, chargés de défendre ses droits et hauteurs, 
de faire appliquer les édits et de pourvoir à leur publication , 
d'exercer Faction criminelle devant les diverses cours de leur 
ressort *. » 

Les officiers de vénerie étaient seulement chargés de la con- 
servation de la chasse, de la constatation des délits, de la 
recherche et de la poursuite des délinquants. A cette fin , ils 
avaient le droit de pratiquer des visites domiciliaires et d'arrêter 
préventivement les prévenus. 

La compétence des juges était déterminée par le domicile du 
délinquant et non par le lieu du délit. 

Enfin, la sévérité des peines principales, la cruauté des peines 
subsidiaires s'accordait peu avec le caractère purement ecclé- 
siastique de la principauté. 

* List, chron. 

s E. PocLLET, Les constitutions nationales, p. 317. 



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(496) 
TITRE VI. 

TROISIÈME PERIODE. 

LA LÉGISLATION DE LA CHASSE DEPUIS LA RÉVOLUTION FRANÇAISE. 



CHAPITRE I. 

LA BELGIQUE SOUS LA DOMINATION FRANÇAISE. 

« Tout homme a droit de chasser sur son champ ; nul ii!a droit 
de chasser sur le champ d*autrui : ce principe est sacré pour le 
monarque comme pour tout autre! » s*ëtait écrié Mirabeau à 
l'Assemblée nationale dans la fameuse nuit du 5 août, lors de la 
discussion qui se termina par Taboliiion du régime féodal '. Ces 
paroles péremptoires avaient, pour afnsi dire^ été écrites littéra- 
lement dans le décret des 4,7, 8 et ii août i789. 

C'était le premier réveil d*un peuple qui voulait secouer les 
chaînes d'une tyrannie séculaire! La tourmente révolutionnaire, 
avec ses fureurs, ses orgies et ses crimes, allait commencer. 
On sait ce qu'elle emporta : ancien régime, droits féodaux et 
jusqu'à la royauté. 

Le contre-coup de ces terribles soulèvements devait naturelle- 
ment se faire sentir dans nos provinces, qui, par le voisinage, la 
fréquence des relations et, pour quelques-unes du moins, la com- 
munauté de langue, y étaient, plus que toutes autres, disposées '. 

' Locis Blanc, Lettres sur P Angleterre, etc.,p, 144. 

* Voici remphalique adresse que la Gonvenlioo adressa , à ce sujet, aux 



Le peuple français au peuple belge. 
c Prèbes et Amis, 
» Nous avons conquis la liberté et nous la maintiendrons. Nous offrons de 



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(197) 

Les troupes de la république pénélrèrcnl bientôt en Belgique. 
Nous savons que la Convention nationale avait décrète ' que 
l'abolition de la féodalité et des droits seigneuriaux serait pro- 
clamée par les généraux, dans les pays occupés par les armées 
républicaines. 

Dès le 23 décembre 1792 * et en exécution de 'ce décret, 
le lieutenant général Harviile avait lancé, de son quartier général 
de Namur, ville dont il était le Commandant en chef, une procla- 
mation dans ce sens. 

Dans les provinces belgiques non occupées et où des représen- 
tations provisoires s'étaient formées, nous avons vu que des 
décrets, en matière de chasse et de droits féodaux, avaient été 
également rendus. 

C*est ainsi que nous avons analysé les décrets pris, pour le 

vous faire joair de ce bien ioestimable qui vous a toujours appartenu et que 
vos oppresseurs n'ont pu vous ravir sans crime. Nous avons chassé vos tyrans. 
Montrez-vous hommes libres et nous vous garantissons de leur vengeance, de 
leurs projets et de leur retour. 

» Dès ce moment, ta nation française proclame la souveraineté du peuple, 
la suppression de toutes les autorités civiles et militaires qui vous ont gou- 
vernés jusqu'à ce jour et de tous les impôts que vous supportez, sous quelque 
forme qu'ils existent; Pabolition de la dime, de la féodalité, des droits seigneu- 
riaux, tant féodaux que censuels, fixes ou casuels, des banalités, de la servitude 
réelle ou personnelle, des droits exclusifs de chasse ou de pêche, des corvées, 
de la gabelle, des péages, des octrois et généralement de toutes espèces de 
contributions dont vous avez été chargés par vos oppresseurs. Elle proclame 
aussi Tabolition, parmi vous, de toute conH>ralion nobiliaire, sacerdotale ou 
autre, de toutes les prérogatives et de tous les privilèges contraires à Téga- 
lité. 

» Tous êtes, dès ce moment, frères et amis, tous citoyens, tous égaux en 
droits et tous appelés également à gouverner, à servir et à défendre la patrie. 

» A Paris, le 15' jour du mois de décembre 1792. 

A L'an i" de la république. 

» (Signé) Garât, président. > 

* Décret des i 5 et i 7 décembre 1792. Paainomie belge, l'« sér., t TV, 
p. 530. 

' Archives de l'État à Namur. 



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{m) 

Hainaut, j)ar les représentants provisoires de cette province 
les 26 novembre, 6 et 7 décembre 1792; ceux des i2 décembre 
1792 et 27 février 1793, émanés des représentants provisoires de 
Bruxelles; celui du 12 février 1793, pris par les commissaires 
nationaux, h Gand, etc. 

Les provinces belgiques furent donc envahies; elles servirent, 
comme toujours, de champ de bataille à leurs voisins'; elles 
luttèrent, elles aussi, pour reconquérir leur liberté et repous- 
sèrent toutes les avances que leur fit, h cette époque, le souverain 
qui ne les gouvernait pUis que de nom ; mais il était écrit que 
rheure de la liberté et de l'autonomie politiques n^avait pas 
encore sonné pour elles. 

Un décret du 9 vendémiaire an VI * les réunit à la France: 
< Les habitants des pays de Liège, de Stavelot, de Logne et de 
Malmédy et ceux des communes de la Belgique, comprises dans 
les articles 2 et 3 du présent décret *, jouiront dès à présent de 
tous les droits de citoyens français, si d'ailleurs ils ont les qualités 
requises parla Constitution, > disait Tarticle 5 de ce décret, qui 
fut régulièrement publié par larrélé des représentants, du 
12 vendémiaire. 

Notre pays avait, une fois de plus, perdu son autonomie! Il for- 
mait les départements français de la Dyle, de TEscaut, de la Lys, 
de Jemmappes, des Forêts, de Sambre-et-Meuse, de l'Ourthe, de 
la Meuse inférieure et des deux Nèthes. Tout, jusqu'aux antiques 
dénominations de nos provinces, avait sombré dans ce naufrage 
national! 

Le 4 brumaire de la même année ', le ci-devant duché de 
Bouillon était à son tour réuni à la France. 

Tout ce qui forme aujourd'hui le royaume de Belgique, sans 
compter divers territoires qui en furent distraits lors de sa consti- 
tution définitive, était, dès ce moment, soumis aux lois et règle- 
ments en vigueur en France et régulièrement publiés chez nous. 

» Bull usuel, i,l,p, «12. 
' Les Pays-Bas autrichiens, 
s Bull, usuel, i.l, p. \^. 



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( «99 ) 

Le i7 bramaire, les représentants du peuple firent paraître 
un arrête par lequel furent publiés plusieurs décrets de FÂs- 
semblée nationale, relatifs au droit de cbasse.. 

C'était d'abord le fameux décret des 4, 7, 8 et H août i789, < 
portant abolition du régime féodal, des justices seigneuriales, des 
dîmes, de la vénalité des oflices, etc. Nous rapportons les articles 
de ce décret^ publiés en Belgique (car ils ne le furent pas tous} et 
intéressant spécialement notre sujet. 

A l'article 2, l'Assemblée disait: < Le droit exclusif de fuies et 
colombiers est aboli; les pigeons seront renfermés aux époques 
fixées par les communautés et, durant ce temps, ils seront regar- 
dés comme gibier, et chacun aura le droit de les tuer sur son ter-^ 
rain. 

Art. 3. Le droit exclusif de la chasse et des garennes ouvertes 
est pareillement aboli. Tout propriétaire a le droit de détruire et 
de faire détruire, seulement sur ses possessions, toute espèce de 
gibier, sauf à se conformer aux lois de police qui pourront être 
faites, relativement & la sûreté publique. 

Art. 4. Toutes les justices seigneuriales sont supprimées sans 
aucune indemnité, et, néanmoins, les officiers de ces justices con- 
tinueront leurs fonctions, jusqu'à ce qu'il ait été pourvu à l'éta- 
blissement d'un nouvel ordre judiciaire. » 

Ces trois articles renversaient complètement le droit féodal de 
chasse. Les pigeons du seigneur, au lieji d'être des animaux do- 
mestiques, protégés et respectés, qui pouvaient impunément aller 
ravager les récoltes des vassaux, étaient considérés, à certaines 
époques de l'année, comme gibier ou plutôt comme animaux 
nuisibles, que chacun pouvait détruire dans sa propriété. 

Le régime de la chasse était changé de fond en comble. Au lieu 
d'être un droit seigneurial d'origine régalienne, un privilège atta- 
ché à la haute-justice ou au fief noble, elle devenait tout simple- 
ment un attribut de la propriété. Le gibier était considéré comme 
l'accessoire du sol sur lequel il se trouvait, et, comme tel, il était la 
propriété du maître de ce sol, aussi longtemps, bien entendu, qu'il 

» Bullustul t. I,p. 1. 



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( 200 ) 

ne Tavait point quitté. Il ne sera plus à lavenir une res nullius , 
considérée commerégale, au même titre que les épaves, les tré- 
sors, etc. , et ne pouvant être pris ou tué que par le souverain ou 
ceux qu'il y avait autorisés, expressément ou tacitement. 

La distinction si naturelle, entre garennes fermées et garennes 
ouvertes, était faite par TAssemblée. Elle ne s'occupait point des 
premières que chacun pouvait établir sur sa propriété; mais elle 
supprimait ce droit odieux de garenne ouverte, qu'avaient cer- 
tains nobles et qui obligeait les cultivateurs désolés k assister 
périodiquement aux ravages, que faisaient dans leurs champs les 
lapins, ces infatigables rongeurs, et les autres gibiers du sei- 
gneur. 

Le droit du propriétaire, au gibier qui se trouvait sur son do- 
maine, était proclamé par la fin de l'article 2. La chasse, d'après 
un principe qui s'écartait à la fois de la législation romaine et de 
la législation féodale, était dès lors un droit inhérent à la pro- 
priété. Une seule restriction était mise à l'exercice de ce droit, par 
l'obligation imposée aux chasseurs de se conformer aux lois et 
règlements pris dans l'intérêt de la sûreté publique. Rien de plus 
juste assurément. L'intérêt public doit toujours avoir le pas sur 
l'intérêt privé; si, à l'avenir, nous voyons le souverain prendre 
des mesures parfois restrictives du droit de chasse, nous n'ou- 
blierons pas qu'il agit, non plus comme suprême dispensateur des 
chasses, mais comme conservateur de la sûreté, de la sécurité et 
de Tordre publics. 

L'abolition, enfin, des justices seigneuriales devait nécessaire- 
ment amener plus d'unité, plus d'équité, plus d'égalité dans la 
matière des contraventions de chasse. 

Le même arrêté des représentants publiait deux autres décrets 
de l'Assemblée nationale : celui des 15-28 mars 4790 ', relatif aux 
droits féodaux, et celui des 28-30 avril 4790^ sur la chasse. 

Ce dernier, seul, offre un intérêt capital pour nos provinces, car 
la législation qu'il consacrait fut, jusqu'au milieu du siècle actuel, 

* PaainomU belge, \^ sér., 1. 1 , p. 1 14. 
< Bull ti^iiW, t.I,p.5. 



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( 201 ) 

la nôtre dans ectte matière. Le décret de 1 790 a fait Tobjet de 
nombreux commentaires et de savantes études; nous n'aurons 
pas à revenir sur ce qui a été si souvent et si complètement 
exposé;, ce serait d'ailleurs sortir du cadre de cette étude; nous 
nous bornerons à analyser ce décret. 

L'Assemblée nationale avait proclamé un principe général par 
son décret de 1789; elle comprit qu'elle ne pouvait se borner à 
cette tâche facile ; il fallait régler l'exécution et la mise en pratique 
du principe nouveau, ce qui était moins aisé. 

Comme nous l'apprend Ten-téte du décret, la chasse était de- 
venue «unesource de désordres qui^ s'ils se prolongeaient davan- 
tage, pourraient devenir funestes aux récoltes, dont il est instant 
d'assurer la conservation. > 

Ce résultat était facile h prévoir; ce n'est pas impunément que 
l'on brise toutes les barrières h la fois et que Ton rend à un 
peuple, avide de liberté, l'exercice de droits dont il a été dépouillé 
pendant des siècles. Bref, les plaintes des cultivateurs étaient de- 
venues presqu'aussi vives que sous l'ancien régime; nous allons 
voir le moyen provisoire (mais qui, comme tant de mesures pro- 
visoires, devait devenir définitif), que l'Assemblée imagina pour 
les faire cesser. Elle reconnaissait que le droit de chasse est inhé- 
rent à la propriété et que tout individu a la faculté de l'exercer 
sur ses possessions. Le décret du 50 avril 1 790 régularisait la 
grande mesure adoptée dans la nuit du 4 août. Lors de sa discus- 
sion, le parti démocratique de l'Assemblée constituante voulait 
aller beaucoup plus loin. II prétendait, par l'organe d'un de ses 
membres, c que la chasse n'est point une faculté qui dérive de la 
propriété. Aussitôt, ajoutait-il, après la dépouille de la surperficie 
de la terre, la chasse doit être libre à tout citoyen indistinctement. 
Dans tous les cas, les bétes fauves appartiennent au premier 
occupant.» Partant de ce principe, on réclamait la liberté illi- 
mitée de la chasse. 

Mais le rapporteur, M. Merlin, répondit avec beaucoup de rai- 
son que, si, par le droit naturel, le gibier n*appartient à per- 
sonne, il ne s'ensuit pas rigoureusement que tout le monde ait le 
droit de le poursuivre partout, t Autant vaudrait dire qu'on aie 



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( 202 ) 

droit de venir chercher chez vous les oiseaux malfaisants qui 
infestent vos maisons. — Une autre considération doit fixer vos 
regards, disail-il encore à l'Asssemblée, vous devez faire des lois 
non pour Thomme dans Tëlat de nature, mais pour Thomme de la 
société. 

« Deux principes sont reconnus par les lois romaines : 

> i^ Le gibier est la propriété de celui qui s'en empare; 

» 2" Chacun a le droit d'empêcher un étranger d'entrer sur 
sa propriété pour chasser le gibier. La loi, qui n'aurait pas le 
droit d'autoriser un propriétaire à empêcher qu'on ne vint sur 
sa propriélé, n'aurait pas davantage le droit d'assurer les pro- 
priétés*. » 

L'article 1*' du décret portait défense de chasser sur le terrain 
d'autrui sans le consentement de l'ayant droit, h peine de 20 livres 
d'amende, envers la commune du lieu, et d'une indemnité de 
10 livres, envers le propriétaire des fruits. Défense également, 
sous la même peine, aux propriétaires ou' possesseurs, de chasser 
dans leurs terres non closes, même en jachères, à compter du 
jour de la publication du décret jusqu'au 1*' septembre suivant 
<c pour les terres qui seront alors dépouillées, et, pour les autres 
terres, jusqu'à la dépouille entière des fruits, sauf à chaque dépar- 
tement à fixer, pour l'avenir, le temps dans lequel la chasse sera 
libre, dans son département, aux propriétaires sur leurs terres 
non closes. > 

C'était ainsi consacrer, comm^ corollaire du droit reconnu à 
chacun de chasser sur sa propriélé, l'interdiction de chasser sur 
celle d autrui sans l'autorisation du propriétaire. C'était rappe- 
ler cette défense ancienne, que l'ardeur de jouir d'un droit nou- 
veau avait fait oublier et dont les agriculteurs demandaient à 
grands cris le renouvellement : la défense de chasser < dans les 
bleds en tuyaux. » 

Les amendes et indemnités, comminées par l'article i'% étaient 
augmentées de moitié, si Voù avait chassé sur un terrain appar- 

* Dissertation de M. Taillandier, conseiller à la cour royale de Paris. — Pail- 
LiET, Du régime de la chasse, p. 33. 



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( 203 ) 

tenant à autrui et enclos de murs ou de haies; elles étaient dou- 
blées, lorsque l'enclos tenait immédiatement à une habitation 
.(art. 2). Dans ces deux cas, en effet, le délit revêtait une gravité 
plus grande, par suite de l'audace même du délinquant, qui vio- 
lait les clôtures et presque le domicile de son voisin. 

En cas de récidive, les diverses peines écrites dans les articles 
V et 2, devaient éli^ doublées, triplées, en cas de troisième 
contravention et ainsi de suite, pourvu que les diverses con- 
traventions eussent été commises dans le courant de la même 
année (art. 3). 

L^emprisonnement subsidiaire, en cas de non-payement des 
amendes dans un délai de 8 jours, était de 24 heures pour la pre- 
mière fois, 8 jours pour la seconde, trois mois pour la troisième 
et chacune des suivantes (art. 4). La confiscation des armes, avec 
lesquelles la contravention avait été commise, était ordonnée, et 
la responsabilité civile des pères et mères était proclamée, sans 
qu*ils pussent être contraints par corps, cependant (art. 5 et 6). 

Les délinquants déguisés, masqués ou non domiciliés en France, 
devaient être arrêtés sur le champ (art. 7). 

La juridiction compétente pour connaître des délits de chasse 
était, d'après l'article 8, la municipalité du lieu du délit, qui devait 
prononcer les peines et contraintes « sommairement et à l'au- 
dience, d'après les rapports des gardes-messiers, baugards ou 
gardes champêtres, > sauf appel. La plainte du propriétaire ou de 
toute partie intéressée était nécessaire, et le procureur de la 
commune ne pouvait agir d'office qu'au cas de chasse en temps 
prohibé. 

Pour veiller h Inobservation stricte des mesures édictées au fait 
de la chasse, le conseil général de chaque commune pouvait éta- 
blir un certain nombre de gardes, assermentés par la municipa- 
lité (art. 9). 

Leurs rapports devaient être rédigés par écrit ou faits de vive 
▼oix, au greffier de la municipalité qui en tenait note, et être affir- 
més, dans les 24 heures du délit, par-devant un officier municipal 
Us faisaient alors foi de leur contenu, mais jusqu'à preuve con- 
traire seulement (art. iO). 



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( 204 ) 

A défaut de procès- verbal régulier, les contraventions pou- 
vaient se prouver par deux témoignages .(art. il). Toute action 
pour contravention de chasse se prescrivait par le laps d'un mois, 
à compter du jour de la contravention (art. 12). 

L article 15 avait trait aux lacs et étangs, ainsi qu'aux enclos 
entourés de murs ou de haies vives. La chasse y était toujours 
permise, et on le comprend, puisque d'une part l'agriculture n'y 
était point intéressée et, que, de Tautre, la prise du gibier dans des 
garennes fermées ne saurait être interdite au propriétaire de ces 
garennes ou à ses amis. 

La chasse aux chiens courants, dans les bois et forêts, était tou- 
jours permise, pour des motifs analogues (art. 14). 

L'article 15 enfin portait: a II est pareillement libre, en tout 
temps, aux propriétaires ou possesseurs, et même au fermier, de 
détruire le gibier dans ses récoltes non closes, en se servant de 
filets ou autres engins, qui ne puissent pas nuire aux fruits de la 
terre, comme aussi de repousser avec des armes h feu les bêtes 
fauves, qui se répandraient dans lesdites récoltes. > 

Cette dernière disposition était la conséquence de l'abolition du 
droit de colombier et du droit de garenne ouverte. Elle autorisait 
le cultivateur à défendre ses récoltes et à les protéger, contre 
Tinvasion des hôtes de la forêt voisine, qui y venaient chercher 
leur pâture. 

Telle est la législation qui fut suivie en Belgique, et sans inter- 
ruption, pour une partie du moins de ses provinces, jusqu'en 
ld46. Elle est simple; le principe qui la domine y est logiquement 
déduit; enfin, par sa brièveté et par la clarté de ses termes, elle 
diffère totalement de la plupart des ordonnances longues, diffuses, 
embrouillées des souverains qui nous avalent gouvernés jusque-là. 
Quoi qu'il en soit, dans l'application de ces articles, bien des diCB* 
cultes naquirent; les décisions judiciaires qui les tranchent sont 
nombreuses et les traités spéciaux, qui examinent dogmatique- 
ment les diverses dispositions du décret de 1790| sont encore 
intéressants à étudier aujourd'hui, car plusieurs des principes 
posés par l'Assemblée nationale ont passé dans les législations 
modernes. 



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( 205 ) 

L'article {" du décret de 1790 autorisait chaque département 
à fixer les époques où la chasse serait permise, dans Tarrondisse- 
ment, aux propriétaires sur leurs terres non closes. Une instruc- 
tion de l'Assemblée nationale, en date du 12-20 août 1790*, pu- 
bliée en Belgique le 19 frimaire an IV, chargeait les assemblées 
administratives des départements du soin de déterminer les épo- 
ques d'ouverture et de fermeture de la chasse. 

Un arrêté des représentants du peuple, du 24 frimaire an IV, 
publia partiellement, dans nos provinces, le décret des 28 sep- 
tembre-6 oelobre 1791 *, concernant les biens et usages ruraux et 
la police rurale. La section 7* de ce décret est relative aux gardes 
champêtres, qui, nous l'avons vu, avaient qualité pour dresser 
des procès- verbaux en matière de chasse, aux termes de l'ar- 
ticle 8 du décret de 1790. L'article 6 de cette section 7* porte 
que les gardes champêtres doivent affirmer leurs procès-verbaux 
devant le juge de paix de leur canton. Au titre suivant : € de la 
police rurale, -» il est dit que tout dévastateur des bois, des 
récoltes ou chasseur masqué, pris sur le fait, pourra être saisi 
par tout gendarme national, sans aucune réquisition d'officier 
civil (art. 39). 

Un nouvel arrêta, du 27 frimaire de la même année, publiait le 
décret des IG janvier- 16 février 1791 ^, qui incorporait à la gen- 
darmerie nationale celle des chasses du roi. 

Un arrêlédu Directoire, du 16 brumairean V, publia ensuite, en 
Belgique, l'arrêté du 28 vendémiaire précédent S par lequel il avait 
strictement interdit la chasse dans les forêts nationales. 

Puis, le 7 pluviôse an V, le Directoire fit publier, dans nos pro- 
vinces, le décret du 30 juillet 1793^qui avait rappelé que les 
droits exclusifs de chasse et de pêche avaient été abolis comme 
droits féodaux, et celui du 11 ventôse an III^, qui avait accordé 

* Pasinomie belge, l" sér., t. J , p. 281. 

* /6id,p.376. 

» /M, t. II, p. 165. 

* lhid,i VII, p. 425. 
» /6irf., t. V, p. 336. 

* BulL usuel, i. I,p. 96. 



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( 206 ) 

des primes pour la deslruclion des loups et en avait déterminé 
le montant. 

Nous ne faisons qu'énumércr ces décrets, qui n'ont pas grand in- 
térêt et que Ton trouvera rapportés dans les recueils de lois et d'ar- 
rélés.ll fallait les citer, cependant, pour présenter un tableau com- 
plet delà législation successive, en matière de chasse, en Belgique. 

Le iO messidor an V^, la destruction des loups fut de nouveau . 
encouragée et, cette fois, une loi accorda à tout citoyen une prime 
de 50 livres par chaque tête de louve pleine, 40 livres par chaque 
tête de loup et 20 livres par chaque têie de louveteau. Cette loi 
abrogeait le décret du li ventôse an III. 

La gendarmerie nationale, ce corps si utile, fut organisée, on plu- 
tôt réorganisée, par la loi du 28 germinal an VI K Les fonctions de 
la gendarmerie y sont énumérées, avec grand détail, au titre IX. 

Nous y voyons qu'outre l'obligation t de recueillir et prendre 
tQus les renseignements possibles sur les crimes et délits pu- 
blics, et d'en donner connaissance aux autorités compétentes > 
(art. 125, 2''), la gendarmerie nationale est spécialement chargée 
c de saisir les dévastateurs des bois, des récoltes, les chasseurs 
masqués, les contrebandiers armés, lorsque les délinquants de ces 
trois derniers genres seront pris sur le fait > (art. 125, 7°). 

Cette disposition, on se le rappelle, était déjà écrite au titre II, 
article 59, du décret des 28 septembre-G octobre 1791, sur la po- 
lice rurale. 

Le code civil n'innova rien en matière de chasse. L'article 715, 
promulgué le 9 floréal an XI, portait que « la faculté de chasser 
et de pécher est réglée par des lois particulières »,et l'article 544, 
promulgué le 6 pluviôse an XII, disait expressément que c la pro- 
priété est le droit de jouir et de disposer des cboses de la ma- 
nière la plus absolue, pourvu qu'on n'en fasse pas un usage pro- 
hibé par les lois où par les règlements. » 

Le code confirme évidemment par cette dernière disposition le 
principe posé par TAsscmbiée nationale, en 1790. 

> Bu// tt«wf/, t. I,p. 159. 
* Jbid., p. 175. 



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(207) 

Le Idgislateur considérait) en outre^ comme immeubles par desti- 
nation les pigeons des colombiers et les lapins des garennes 
(art. 524) et, lorsqu'il s'occupait de l'accession des choses immo- 
bilièrcSy il réglait que c les pigeons , lapins, poissons qui passent 
dans un autre colombier, garenne ou étang, appartiennent au 
propriétaire de ces objets, pourvu qu'ils n'y aient point été attirés 
par fraude et artifice > (art. 564). 

Une difficulté s'était présentée dans l'application du décret des 
28-50 avril 4790. L'Assemblée n'avait pas formellement ordonné 
que la compétence des municipalités s'étendit même sur les mi- 
litaires, ayant commis un délit dje chasse. Les gens de guerre, 
préoccupés de créer un privilège à leur profit, à une époque où 
les privilèges avaient élé abolis, prétendaient que ces juridictions 
étaient incompétentes et réclamaient des juges militaires. De là, 
des conflits entre les tribunaux civils et les tribunaux militaires, 
conflits auxquels vint mettre fin^ le 4 janvier 1806 ', un avis du 
conseil d'État, qui décidait que les contraventions et les délits, pour 
les faits de chasse, intéressaient les règles de la police générale et 
la conservation des forêts, et que, par suite, la répression n'en 
pouvait appartenir aux tribunaux militaires, même à l'égard des 
militaires. 

Napoléon prit, le ii juillet 1840^ une mesure fiscale, qui inté- 
ressait en même temps la sûreté et la police générale. Il décréta 
que l'administration de l'enregistrement serait chargée de fournir 
les passe-ports et les permis de ports d'armes de chasse. Ces per- 
mis n'étaient valables que pour un an, à partir de leur délivrance, 
et le prix en était fixé à 50 francs (art. i2 et 15). 

Enfin, un décret, aujourd'hui encore en vigueur, fut porté, le 
4 mai 1812^. contre ceux qui chassent sans être munis d'un per- 
mis de port d'armes de chasse. 

Celui qui est trouvé chassant, sans pouvoir justifier d'un sem- 
blable permis, est passible d'une amende de 50 à 60 francs. 

* Dalloz; Répertoire, v*» chasse, p. 88, note 4. 
« /6ïd, fd., p.89,DOtel. 



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( 208 ) 

L'amende est de 60 à 200 francs en cas de récidive^ et le tribunal 
correctionnel, devant lequel le contrevenant est traduit, peut 
prononcer, en outre, un emprisonnement de six jours à un mois. 
Les armes sont confisquées dans tous les cas. Si elles n*ont pas 
été saisies, le contrevenant sera condamne à les rapporter au 
greffe ou à en payer la valeur suivant la fixation, qui en sera faite 
par le jugement, sans que cette valeur puisse être au-dessous de 
50 francs. 

La légalité du décret du 4 mai 1812 a été vivement contes- 
tée'. On soutenait qu'il avait été rendu inconslitutionnellemcnt 
et ne pouvait, des lors, être réputé obligatoire, quant à ses 
dispositions pénales. La jurisprudence a toujours repoussé cette 
doctrine. 

Le port d'armes de chasse sans permis n'était un d4lit, aux 
termes du décret de 1812, qu'autant qu'il fut accompagné d'un 
fait de chasse; mais aussi un fuit de chasse, même licite, devenait 
un délit s'il était joint au port d*armcs sans permis. 

Ainsi, on ne pouvait chasser , sans permis de port d'armes, 
quoiqu'cn temps non prohibé, sur des terres non closes, bien 
qu'on en fut propriétaire ou fermier*. La question de savoir, si 
on pouvait chasser sans permis, soit sur les lacs ou étangs, soit 
dans les enclos, était diversement tranchée ^ Mais il est certain 
que si le port d'armes non autorisé était joint à un fait de chasse 
illicite^ la peine attachée à cette contravention devait être cumu- 
lée avec celle, comminée par le décret du 4 mai 1812. 

Telle était la législation qui subsista dans nos provinces 
jusqu'à l'époque de leur occupation par les puissances alliées : 
d'une part, le décret des 28-30 avril 1790, de l'autre, celui du 
4 mai 1812. 

La chasse est considérée comme une dépendance du sol. Elle 
est un moyen d'acquérir la propriété des animaux qu'elle nous 
procure, pour autant qu'on Texerce conformément aux lois spé- 

* Dalloz, Répertoire , v« chasse, n« 105 et suiv. 

* CassalioD française, 23 janvier et 20 jain 1823. — Dalloz, loc. cit., 
n» 108, noie 4. 

' BulL usuel, t I , p. 442, notes. 



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( 209 ) 

oiales qui régissent la faculté de chasser; et, & ce point de vue, 
il y a une différence notable entre le droit romain et le droit de 
cette époque : le premier permettait de chasser partout, le second 
ne le permet que sur le terrain dont on est propriétaire ^ 



CHAPITRE II. 

LA BELGIQUE SOCS LE ROYAUSIB DES PAYS-BAS. 

La Belgique venait d'être envahie par les puissances alliées; 
nous verrons quelle situation étrange en matière de législation 
sur la chasse, cette occupation créa dans nos provinces. 

Dès le 16 février 1814 ^ un arrêté du duc régnant de Saxe- 
Weimar, commandant en chef de Farmée en Brabant, révoquait 
toutes les permissions de chasse et, le 29 avril suivant ^, le gou- 
verneur général de la Belgique, baron de Horst, prenait, en ce 
qui concernait les permis de chasse et de port d'armes, une me- 
sure fiscale, en arrêtant qu'ils continueraient à être frappés d'un 
timbre d'un franc. 

Le 21 juillet 1814, la souveraineté des provinces de la Bel- 
gique fut acceptée par « S. A. R. le prince-souverain des Pays- 
Bas unis, Guillaume d'Orange- Nassau * et, le 1'' août S ce prince 
adressait sa proclamation h ses nouveaux administrés. 

Le 14 août ^ il prenait un arrêté concernant la police des passe- 
ports et les permis de port d'armes. 

Cet arrêté assez étendu maintenait la législation antérieure et 
portait, à son article 16 et dernier : t Les peines prononcées par 
la loi du 4 mai 1812 contre les individus qui seront trouvés chas- 
sant sans permis de port d'armes sont maintenues. La maréchaus- 

*■ TiELEHARS et De Brouckbre, Répertoire, v<> chasse, p. 328. 

• Pasinomie, 2« sér., 1. 1 , p. 25. 

« /Wrf.,p 122. 

^ Ibid.y à leur date. 

^ Bull, usuel, i. M, p. 32. 

Tome XXVII. 14 



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( m ) 

sée, les gardes forestiers et champélres sont appelés à en mainte- 
nir les dispositions. » 

Cet arrêté chargeait les gouverneurs de la délivrance des ports 
d'armes et, par suite, leur donnait nécessairement le droit de les 
refuser et de les révoquer, ainsi que celui d'apprécier les circon- 
stances de nature h motiver ce refus ou cette révocation. 

L'arrêté du 14 août 1814 aurait donné force de loi au décret 
du 4 mai 1812 s'il avait été réellement inconstitutionnel ^ 

Bien qu'à cette époque il fût déjà décidé que la Belgique serait 
réunie à la Hollande, on continua cependant à suivre dans nos 
provinces la législation française qui nous régissait auparavant^; 
mais, dans la partie du territoire belge située sur la rive droite de 
la Meuse et qui dépendait du gouvernement général du Bas-Rhin 
et du Rhin -Moyen, on adopta un système tout différent. 

L'arrêté pris par le gouverneur général du Bas-Rhin et du 
Rhin-Moyen, Sack, le 18 août 1814 ', concernant l'exercice de la 
chasse dans retendue de son gouvernement, nous fera connaître ce 
système, totalement différent de celui du décret des 28-50 avril 
1700 et qui se rapprochait en plus d'un point de la législation 
allemande actuelle. 

t Le droit, accordé à chaque propriétaire sous le gouvernement 
français, disait l'article 5 de cet arrêté, lors de l'abolition du sys- 
tème féodal, de chasser dans ses terres est encore maintenu pro- 
visoirement; mais cependant, comme d'un autre côté une sembla- 
ble permission illimitée, entraînerait aisément la ruine de la 
chasse et qu'il pourrait en résulter différents excès ou abus, le 
droit de chasse est restreint par le présent de la manière suivante : 

l"" II ne sera plus permis aux membres des communes (c'est-à- 
dire aux habitants) de chasser sur les terres appartenant à la com- 
mune entière (c'est-à-dire sur tout le territoire de la commune); 
mais sera la ferme du droit de chasse sur les terres d'une com- 
mune ou d'un fînage adjugée à l'enchère au profit de la caisse 
communale; 



* Arrêt de la cour de cassation belge du 14 avril 1842. 

* TiELEHANS et De Brouckere, loc. cil , p. 329. 
» Pasinomie, 2* sér., 1. 1, p. 237. 



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(2H ) 

2" Chaque membre de la commune qui se permettra de chasâer 
dans le finage de la commune^ après que la chasse y a été mise en 
ferme, sera puni comme tout autre délinquant; 

5"* Les propriétaires qui possèdent un terrain non interrompu 
de 50 hectares, ont le droit de chasser sur leurs terres conjointe- 
ment avec le fermier de la chasse ; mais ce privilège ne sera abso- 
lument que personnel '. « 

Ainsi, bien que le droit de chasse continuât à être un attribut 
delà propriété, au dire du gouverneur général, il n'était en réalité 
qu'un droit privilégié reconnu aux communes. Les propriétaires 
étaient expropriés^ sans indemnité, au profit de la caisse commu- 
nale, et la seule compensation qui fût accordée et à titre pure- 
nient personnel, aux propriétaires d'un terrain fzon interrompu 
d'au moins 50 hectares, était de pouvoir chasser concurrem- 
ment avec le fermier de la chasse. II faut avouer que c'était là 
un singulier moyen de prévenir c la ruine de la chasse j > but 
que s'était proposé le gouverneur en prenant son arrêté. Qui 
donc croyait-il être le plus intéressé a sa conservation ou du pro- 
priétaire ou d'un fermier, cherchant naturellement à tirer le plus 

^ Voici d^ailleurs, en résumé, quelques-unes des principales dispositions de 
Tarrélé du 18 août 1814 : Nul ne peut chasser, quels que soient les moyens, 
sMl n'est muni d^une licence délivrée par le gouverneur général. Si quelqu'un 
va chasser sans être porteur de sa licence^ il payera une amende de 30 francs. 
Sonl présumés chassant, tous ceux qu'on rencontrera avec une arme à feu 
au delà des grands chemins, dans les champs, prairies, bois, sur le bord des 
fleuves, lacs, étangs, etc. Ceux qui chassent illlcitemenl payeront une amende 
de 60 francs, et les armes des délinquants seront confisquées au profit des 
agents et gardes qui les auront pris sur le fait. Les peiues pour délits de chasse 
seront doublées pour chaque récidive, ou si le délit a été commis de nuit, ou 
un dimanche et jour de fête. 

Les gardes sont autorisés à désarmer le chasseur. Pendant la clôture de la 
chasse, les officiers de police et les autorités locales veilleront à ce qu'on n'ex- 
pose aucun gibier eu vente , etc. Il est toujours interdit d'enlever les faons de 
biche, marcassins, faons de chevreuils, levrauts, ou de détruire les nids de la 
sauvagine et des oiseaux de chasse. Les contrevenants sonl poursuivis etcon- 
damnés à l'amende. Lorsque le délinquant n'a pas les moyens d'acquitter 
l'am.ende, celle-ci pourra être convertie en peine d'emprisonnement; si c'est 
un premier délit, la durée de l'emprisonnement sera d'un à trois mois , et de 
six mois [)0ur la récidive. 



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(212) 

de pro6t possible de ce qu*il avait loud pour un temps limité? 

Quoi qu'il en soit, cette législation provisoire subsista plusieurs 
années et nous verrons comment elle prit fin. 

Le 20 août i8i4 S le gouverneur susdit s'occupait des permis 
de port d'armes et de chasse. Il n'innovait point en cette matière. 

Citons à ce propos quelques pièces, qui se trouvent déposées 
aux archives de l'hôtel de ville de Bouillon et prouvent qu'à cette 
époque le département de la louveterie était organisé dans nos 
provinces et que le Grand Veneur délivrait des permissions spé- 
ciales de chasser. Ces pièces sont de i815. C'est une lettre de 
l'inspecteur des forêts , capitaine de la louveterie, qui transmet à 
un sieur Gérard Defresncs, de fiouillon, sa commission de lieute- 
nant de louveterie; c'est ensuite la nomination de lieutenant de 
louveterie, délivrée au susdit par le baron de Vauthier de Baille- 
mont; c'est enfin une permission de chasser délivrée par le baron 
de Vauthier, gouverneur général du duché et Grand Veneur, h 
Gérard Defrcsnes. 

Mais de^ réclamations violentes s'étaient élevées contre le sys- 
tème introduit par l'arrêté du 18 août 1814. Les habitants des 
pays d'outre-Meuse ^ prolestaient contre l'introduction, dans leurs 
provinces, de principes si étranges et si nouveaux. Le gouverneur 
tint bon et sa pensée se trouve exprimée avec une étonnante fran- 
chise ^ dans l'arrêté du 22 septembre 1814 S par lequel il répon- 
dait aux réclamations de ses administrés : « Il est clair que chaque 
propriétaire étant obligé de céder à la commune, dont il est 
membre, le droit, qu'il avait ci-devant, de chasser dans ses terres, 
le fermier, qui a obtenu d'un propriétaire le droit de chasser sur 
ses terres, est également obligé de faire cession de son privilège à 
la commune.... > Tel est l'article i^'^ de cet arrêté, le seul qui offre 
d'ailleurs un intérêt spécial. 

La réunion des provinces d'outre-Meuse au royaume des Pays- 

■ Pasinomie, 2« sér.^ 1. 1, p. 24 i. 

* C'est-à-dire d^une partie des provinces de Liège, de Namur et du Lim- 
boarg, et de la province de Luxembourg. 

' TiELEMANs el De Brocckere, loc. cit., pp. 3â9 et 530. 

* Pasinomie, 2« sér., t. I,p. 274. 



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(2<5) 

fias ifeut point pour elTet de les soustraire à cette législation anor- 
male et de les soumettre & Tune des deux autres législations, qui, 
en matière de chasse, étaient en vigueur dans le royaume. 11 y eut 
donc cette anomalie de voir la Hollande proprement dite régie 
par les lois du i i juillet i 81 4 et du 8 février i8i5, une partie de 
la Belgique par le décret des 28-50 avril 1790 et les provinces 
d'outre-Meuse par les arrêtés des 18 août et 22 septembre 1814. 
La preuve en est que, le 8 août 1818 *, un arrêté royal renouve- 
lait pour trois ans la location de la chasse dans ces provinces : 
t La location des chasses dans les provinces d^outre-Meuse sera 
provisoirement renouvelée pour trois ans par adjudication pu- 
blique à l'enchère, aux charges et conditions stipulées en 1814 
par les autorités prussiennes. » 

Une circulaire du commissaire général de la justice, comte de 
Thiennes, en date du 20 septembre 1813 , ordonnait aux gardes 
champêtres de transmettre , dans le plus bref délai , les originaux 
des procès-verbaux , constatant les délits de chasse, au procureur 
du roi et d'en envoyer copie seulement aux sous-intendants K Ces 
derniers recevaient les originaux , prenaient leur temps pour les 
examiner et ne faisaient parvenir aux « procureurs civils > que 
ceux qu'ils trouvaient convenir ; de là des abus et des retards, par 
suite desquels il arrivait souvent que le délit se trouvait prescrit, 
aux termes de l'article 12 de la loi du 50 avril 1790, lorsque la 
connaissance en parvenait à Tautorité judiciaire : c'est à ces abus 
et à ces retards que le gouvernement voulut parer ^. 

' Pasinomie, 2« sér., t. IV, p. 462. 

DÉPARTEMENT DE LA CHASSE ET DE LA PÊCHE (I8I6 A 1830). 

Grand Veneur, 

Le comte G.-G.-M. de Marnix. 

Secrétaire» 

1816-1829. C.-J. Morel. | 1830. W.-C-J. Macau. 

(Almanach de la cour de Bruxelles, p. 236.) 

3 Pa8inomie,9' sér., t II, p. 362. 



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(214) 

Un arrêté royal du 9 août 1818 ' portait des mesures pour 
réprimer le braconnage dans les parties du royaume où la loi du 
il juillet 4814 n*élail pas en vigueur, c'est-à-dire dans les pro- 
vinces mefridionales, dans les provinces belges. 

Aux termes des articles 1 et 2 de cet arrêté, les permis de port 
d'armes sont délivrés par les gouverneurs des provinces qui « con- 
tinueront h pouvoir les refuser par mesure de police générale et 
pourront les révoquer lorsque, pour des raisons majeures, ils 
le jugeront nécessaire. » Mais ces permis doivent être préalable- 
ment soumis au visa du Grand Veneur, qui est investi pour les 
provinces belges d'une juridiction toute spéciale. 

C'est lui qui règle chaque année l'ouverture et la clôture de la 
chasse, après avoir pris l'avis des états députés de chaque pro- 
vince (art. 8) *. 

C'est lui qui a la faculté de délivrer des permis de chasser dans 
les forêts et les terres domaniales, « pour autant qu'elles ne seront 
pas louées ou affermées ou ne le seraient pas à l'avenir * (art. 3). 

Il aie droit exclusif d'ordonner des battues aux loups et d'en 
régler l'exécution. Dans les cas urgents seulement, le gouverneur 
de la province peut en commander et charger l'ofTicier de chasse 
du district de les exécuter et de les régler (art. 9). 

11 est chargé de faire constater les délits et les contraventions 
en matière de chasse et d'en poursuivre la répression (art. 4). 

Les gouverneurs des provinces, les commissaires de district, 
les commissaires d'arrondissement et les sous-intendants, les admi- 
nistrations des villes et des communes seconderont, chacun en ce 
qui le concerne, le Grand Veneur et les officiers des chasses, dans 
l'exécution des lois et règlements relatifs à la chasse, et ils fourni- 
ront à ces fonctionnaires toutes informations et tous renseigne- 
ments nécessaires (art. 5). 

Les officiers de chasse, dont les fonctions sont purement honori- 
fiques et gratuites, sont nommés sur la proposition du Grand 
Veneur. Chacun de ces officiers est chargé, dans son district, de 

» Pasinomie,^ sér.»t. IV, p. 462. 

' Mkrlin, Répertoire, v» chasse, pp. i35, 130 noie, 149 II el 163. 



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(21») 

veiller à Texécution des lois, décrets et règlements sur la chasse 
(art. 6). 

Tous les agents forestiers doivent également concourir h cette 
surveillance et h cette exécution (art. 7). 

L'article iO, enfin, règle la procédure à suivre pour la constata- 
tion des délits : 

c Les officiers de police judiciaire et autres fonctionnaires, 
ainsi que les gardes forestiers et champêtres, continueront, 
chacun en ce qui le concerne et d'après la nature de ses fonc- 
tions, à rechercher, constater et poursuivre les délits et contra- 
ventions en fait de chasse. Copies des procès-verbaux, qu'ils 
dresseront, devront être par eux envoyées dans les vingt-quatre 
heures à Tofificier de chasse du district, qui les transmettra, visées 
par lui, au Grand Veneur. Ils instruiront également TolTicier de 
chasse des arrestations qu'ils auront faites dans les cas où les lois 
les ordonnent, ainsi que des délits et contraventions qu'ils auront 
découverts^ mais dont les auteurs leur seront restés inconnus. > 

Tel est l'ensemble de cet arrêté qu'il nous a paru intéressant 
de rapporter avec quelque détail, parce qu'il organise avec un 
soin minutieux la police de la chasse et règle les fonctions d'un 
grand officier, dont tout, jusqu'au titre qui sentait encore 
quelque peu la féodalité, a disparu aujourd'hui chez nous. 

L'arrêté royal du i6 novembre 1818 * portait qu'un permis de 
port d'armes de chasse, obtenu pour une des provinces méridio- 
nales du royaume, pourrait servir pour la même année dans 
toute BUire de ces provinces ^ lorsqu'il aurait été revêtu du visa du 
gouverneur de la province où il en devait être fait usage. En un 
mot, il suffisait d'un seul permis pour chasser dans toutes les 
provinces belges, pourvu que chacun de leurs gouverneurs y eût 
apposé son visa. 

Le 18 janvier 1819*, un arrêté royal s'occupait de nouveau 
des permis de port d'armes de chasse et déclarait que les per- 
sonnes, auxquelles des permis avaient été délivrés et qui en 

« Pasinomie, 2« sér., I. IV, p. 478. 
« Ibid., t. V, p. 9. 



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( 216 ) 

avaient ensuite été privées, pour cause de transgression aux lois 
et règlements, n^avaient aucun droit au remboursement total ou 
partiel de la taxe fixée pour les permis; il ne pouvait rien leur 
être restitue de ce chef : mesure fiscale, mais en même temps 
pénale et qui s*exp)ique aisément. 

L'arrêté royal du 3 mai 182! ' ne faisait que répéter la défense 
portée par celui du 16 novembre 1818 11 disait c qu*un permis 
de port d*armes de chasse , délivré dans une des provinces où la 
loi du 11 juillet 1814 n'a point été rendue exécutoire, ne sera 
valable dans une autre de ces provinces qu'après avoir été revêtu 
du visa du gouverneur de la province dans laquelle le porteur 
de pareil permis désire en faire usage, d 

La législation spéciale des pays d'outre-Meuse subsistait tou- 
jours ; un arrêté royal du 2 septembre 1821 * était relatif au 
renouvellement des baux de chasse t dans le ci-devant gouverne- 
ment du Bas et Moyen-Rhin, j» On se rappelle en effet que ces 
baux avaient été renouvelés, le 8 août 1818, pour trois ans, et ce 
terme venait d'expirer. 

Mais cette anomalie n*allait pas tarder à disparaître. La loi du 
21 février 18î22 ' vint y mettre un terme. 

Le projet primitif du gouvernement était de porter une loi com- 
plète, composée de trente- trois articles et formant législation, en 
matière de chasse, pour le royaume tout entier. 

(c La législation , qui règle l'exercice et le mode de jouissance du 
droit de chasse, disait le message royal, n'est point uniforme dans 
les diverses parties du royaume. 

» Dans les provinces septentrionales une loi , émanée de nous, 
contient les principes qui y régissent cette matière. 

9 Dans quelques-unes des provinces méridionales la législation 
française est encore en vigueur, du moins partiellement. 

» Dans d'autres, un système différent a été adopté par le gou- 
vernement qui les a temporairement régies. 

• Bw//.u«iiW,t.II,p.2i7. 

• Pasinomie, 2*sér., t. VI, p. 160. 

• Ibid,, p. 204. 



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( 217 ) 

> L'importance de l'objet et le désir d'introduire à cet ^gard 
des principes généraux uniformes nous ont engagé h proposer à 
la délibération de Vos Nobles Puissances le projet de loi ci-joint.» 

L'en-létede ce projet mérite d'être rapporté : « Ayantpris en 
considération que, d*après les anciennes coutumes de ce pays, le 
droit de chasse a toujours été considéré comme inhérent à la sou- 
veraineté; que, par conséquent, personne ne peut ni ne doit 
Texercer sans une concession spéciale du souverain et qu'il est 
nécessaire d'établir des règles fixes et obligatoires pour tout le 
royaume, à l'égard des droits et concessions, qui ont existé précé- 
eédeniment ou qu'il conviendrait d'accorder aujourd'hui... v 

Présenté avec de tels motifs, il était naturel que le projet du 
gouvernement fût féodal et rétrograde en comparaison de la 
législation française qui nous régissait ; aussi souleva-t-il une vive 
opposition. 

Un contre-projet fut proposé par un député, M. Kemper ^ 11 
voulait aussi abroger la triple législation qui régnait dans le 
royaume; mais, puisant^ comme il le disait dans les motifs de son 
projet , les principes de la matière dans la nature , dans l'intérêt 
de l'agriculture et dans l'équité, il considérait le droit de chasse 
comme une conséquence de la propriété (art. 3). Il voulait que, 
dans le silence des parties à cet égard , ce droit passât par le con- 
trat de louage au locataire. 

Ce projet, qui modifiait, sous ce rapport, l'état de la législation 
dans les provinces hollandaises, comme nous le verrons plus 
tard, fut rejeté par la première Chambre, après avoir soulevé de 
vives réclamations dans les provinces du Nord, dont la noblesse 
avait conservé toutes les idées de la féodalité et toutes les aspira- 
tions des seigneurs du moyen âge , aspirations qui avaient d*ail- 
leurs été accueillies par l'arrêté du 21 déceiQbre i8J4 et la loi du 
8 février 1815 : adopter le projet de M. Kemper eût été renoncer 

* Voir la discussion de la 2« Chambre des États généraux et les discours 
intéressants de MM. de Moor, Canneman, Dubus, Kemper, etc. Séance du 
26 février 1819. (Handelingen van de tweede Kamer der Siaalen generaal, 
1818-1819.) 



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(218) 

aux privilèges, réellement exorbitants, qui leur avaient été 
reconnus, et les membres de la première Chambre ne surent s'y 
résigner. 

M. Kcmper réduisit alors sa proposition aux pays d'outre- 
Meuse, qu'il voulait soumettre à la législation commune des autres 
provinces méridionales. 

Ce projet fut adopté et la loi du 21 février 1822 supprima les 
dispositions prises, sur la malière des chasses, parle gouvernement 
du Bas et Moyen-Rhin. Elle portait que tous ceux qui, immédiate- 
ment avant la date de l'arrêté du 18 août 1814, étaient en pos- 
session du droit de chasse, seraient réintégrés dans ce droit. 
C'était le retour pur et simple h la législation de 1790, pour les 
pays d'outre-Meuse. 

Dès lors, le royaume des Pays-Bas n'était plus régi en matière 
de chasse que par deux législations : les provinces septentrionales, 
par la législation hollandaise; les provinces méridionales, par la 
législation française. 

Au cours de la discussion de ce bout de loi qui rétablissait 
l'unité et l'égalité dans nos provinces, on avait agité la question 
de savoir si l'arrêté du gouverneur général Sack constituait 
un acte législatif ou seulement un règlement d'administration 
intérieure. Plusieurs de nos compatriotes prirent part à cette 
intéressante discussion ; M. Nicolaï soutenait que cet arrêté avait 
force législative; l'opinion contraire était vivement défendue par 
MM.Dotrange, Maréchal et Trentesaux. Le Ministre de l'intérieur 
se rallia à l'opinion émise par M. Nicolnï. 

Il nous reste à parler de deux arrêtés, émanés du roi des Pays- 
Bas et ayant trait à la chasse. 

L'un, en date du b juillet 1823 ' , portait que les publications, 
qui devaient se faire phaque année, relativement h l'ouverture et 
h la fermeture de la chasse, le seraient par les soins des gouver- 
neurs de provinces, d'après les dispositions du Grand Veneur, et 
les États députés consultés. 

L'autre, en date du 24 décembre 1824 >, ordonnait que les 

< Bull, usuel, t. II, p. 292. 
• /6id.,p. 312. 



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frais de poursuite, en matière de co