(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Mémoires couronnés et autres mémoires ..."

Google 



This is a digital copy ofa book thaï was preservcd l'or gênerai ions on library sIil'Ivl-s before il was carcl'ully scaiincd by Google as part ol'a projet:! 

io make ihc workl's books discovcrable online. 

Il lias survived long enough l'or the copyright lo expire and the book to enter the public domain. A publie domain book is one thaï was never subjeet 

to copyright or whose légal copyright terni lias expired. Whether a book is in the public domain may vary country tocountry. Public domain books 

are our gateways to the past. representing a wealth ol'history. culture and knowledge that's ol'ten dil'licult to discover. 

Marks, notations and other marginalia présent in the original volume will appear in this lile - a reminder of this book's long journey from ihc 

publisher lo a library and linally to you. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries lo digili/e public domain malerials and make ihem widely accessible. Public domain books belong lo ihc 
public and wc are merely iheir cuslodians. Neverlheless. this work is ex pensive, so in order lo keep providing this resource, we hâve laken sleps lo 
prevent abuse by commercial parties, iiicludiug placmg Icchnical restrictions on aulomaled t|uerying. 
We alsoask that you: 

+ Make non -commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals. and we request lhai you use thesc files for 
pcrsonal, non-commercial purposes. 

+ Refrain from mttoinated querying Donot send aulomaled t|ueries ol'any sortit) GtK)gle's System: II' you are conducling research on machine 
translation, optical character récognition or olher areas where access to a large amounl of lext is helpl'ul. please contact us. We encourage the 
use of public domain malerials l'or ihese purposes and may bc able lo help. 

+ Maintain attribution The Google "walermark" you see on each lile is essential for informing people about this projecl and hclping them lind 
additional malerials ihrough Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use, remember thaï you are responsible for ensuring lhat whal you are doing is légal. Do not assume that just 
becausc we believe a btx>k is in the public domain for users in ihc United Siatcs. lhat ihc work is also in the public domain for users in other 

counlries. Whelher a book is slill in copyright varies from counlry lo counlry. and we can'l offer guidanec on whelher any spécifie use of 
any spécifie btx>k is allowed. Please do nol assume lhal a btx>k's appearance in Google Book Search mcans il can bc used in any manner 
anywhere in the world. Copyrighl iiifriiigemenl liabilily can bc quite severe. 

About Google Book Search 

Google 's mission is lo organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps readers 
discover ihe world's books while liclpnig au il mis and publishers rcach new audiences. You eau search through the l'ull lexl ol'lhis book ou the web 
ai |http : //books . qooqle . com/| 



Google 



A propos de ce livre 

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec 

précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en 

ligne. 

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression 

"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à 

expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont 

autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine cl sont 

trop souvent difficilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page cl autres annotations en marge du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir 

du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains. 

Consignes d'utilisation 

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages appartenant au domaine public cl de les rendre 
ainsi accessibles à tous. Ces livres soni en effet la propriété de tous et de toutes cl nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les 

dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. 
Nous vous demandons également de: 

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Cioogle Recherche de Livres à l'usage des particuliers. 
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des lins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyé/ aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez 
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer 
d'importantes quantités de texte, n'hésite/ pas à nous contacter. Nous encourageons (tour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile. 

+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable (tour informer les internautes de notre projet 
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en 
aucun cas. 

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous compte/ faire des fichiers, n'oublie/ pas qu'il est de votre responsabilité de 
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduise/ pas pour autant qu'il en va de même dans 
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier 
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous 
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère. 

À propos du service Google Recherche de Livres 

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le franoais. Google souhaite 
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet 
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs cl les cdilcurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer 
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l' adresse f-'- '.. ■" : / / .:y:, ■:,:.:: . :■■:,■:, r-._^ . --:.;-| 



»"^^w^r^^^w v w^w^w v '^^^ v w^w*W^ 
















Vi,„xï,i 









«,"■' .:•' '- *',?-' «'y.'V" <V» •"' --Ai"/.' '"' " "" *.•> * îl - * *: ~ : * ^ -. ■*• ,- - ■»■ ? 
■■■- ■ . . 

S^. '"' .r,~. ■'-' .-,~,i "■'■ ï-jï- *.^jv»' r -ï ■'-• ■-- -ï. -i- .r -ï •<*• - -t ■(■•■■ r * -w ? ■* -û- sr s, -il- - - * * 

S-à <=■"—'■ :--',=." <ri ~zlï ---■ '--"r=- --._■ -_-"-- e -■ ■ - -_■ ^~-~ ---"- _-.i- -1 

I -*"- ' ' ■ -'-T l II ■ l ll l -.f --. ^J- .11- -V«- _'- .A, '„ _'_ 



J| 



'-c^ï'-sv^; 




^u'V*? /,;. 












^^r^W^^WVf 




^W-W^W 



(Jv^-^^NJC^ 






^^^/Ç» 
















&. 




aj^&^f^V^af^i&'/t^Sl/af^ 




fer*^ C-_r^ Ç=~t5< 1=*^ * 



«S3. SHS. «lya cg^ <sy~ 












^ 



xgiS» 'rr^j ^«£2 <e><^ <cz><zi- <zxzj/ <^i^> ^-^ cr -^ C^irs» -<^=» fc>£> S 
^ ww sZJrtE? v?Ow^ ^SW^/ vC^t^ \>'^ ' \>^*s< <>?'•*/ ^'kT ^T- 7 ^ v^^y ^C*^ > 





ibïsAt ^ flgWA ^=55rrv Œ^4i*-Tà rf^ , <>-*^ , 'ér*'*"—* *-- w >— ^ X*^*-» — — ^ .v -:-,-.v -a-*!-^. >— ï« — » £T>T* 

v ^ 5BS^ ^îtfêy ^BK ^ '*SS5* ^^ ^7^>" &'•' ': -V *T- ,— V .,«'■> ^.. r> ^-vT* ^ 

â CS^/iï îfcv^y^ï &v^/<î î^^/i? GS^^ ^ ^ /C' ^ *bfsT * Vtf <~ ^ "^' r ^ ^' >■ ^ ^' *? ^ x| ^ T ^ 

^LJp& Anupj y^TLJT^ >5^LJ^o yv^v-l*» '^ y^ — ** v » » ": > '• ^ " *C .-^ v--^ ■<* _# *• 

pjwku .^^BtoM^^^B^^L^ Ju^^^^Wl^^^K\ j^^^B^a^^^w^^k. '^^^■^.^^^^^k. ^^^» ^ '*'■'■' -» ' "■ -^ ^ ^T.^^ 

a ac1MQ& //i ui>\ //'.w.v y!- V-- _ - '^i >— **- =- ■ ' Ni • -■ -ii_ ^ » i. -^î^»^^' uizw^v ^a.* J ** 

3 ACSmCS «C^^^ft /<r* a x*-*T> «ÇZî^CS»/ f~ "<*~^ <1 , - • — — n < \ ■ tJ? tfr^s--"^ .•>—...— . <•-*. 

7 vBKCy vïOSï' ^rv 7 v*^*ï> \n,^^ of^''. v>. ^ vS. »" vî*^»' 




/^^"^i3Ii ,, 



(. *• . 



MÉMOIRES COURONNÉS 



ET 



AUTRES MÉMOIRES 



PtTBLltff PAR 



l'académie royale 



DU SCIER CES, DES LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BKI.GIQCE. 



COLLECTION l!«-3\— TON* XLI. 




BRUXELLES, 

F. HAYEZ, IMPRIMEUR DE 1,'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES, ETC., 
ET DE L'ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE DE BELGIQUE, 

rue de Louvain, 108. 

Octobre 1888. 



] 



HISTOIRE NATURELLE 



DES 



BALÉNOPTÈRES, 



PAR 



P.-J. VAN BENEDEN, 

MEMBRE DE L'ACADÉMIE ROYALE DE BELGIQUE. 



(Présenté à la Classe des sciences dans la séance du 40 mai 1887.) 



Tome XLI. 






HISTOIRE NATURELLE 



DES 



BALÉNOPTÈRES, 



PAR 



P.-J. VAN BENEDEN, 

ME M BRI: DE L'ACADÉMIE ROYALE DE BELGIQUE. 



(Présenté à la Classe des sciences dans la séance du 10 mai 4887.) 



Tome XLI. 



WSTOIRE NATURELLE 



DES 



BALÉNOPTÈRES 



LES BALÉNOPTÈRES. 



De tout temps, les baleiniers ont fait la distinction entre les 
Baleines, les Mégaptères et les Balénoptères, c'est-à-dire entre 
les Right wales, les Humpback et les Finback, qu'on appelle 
aussi Vinfisch. 

Les naturalistes n'ont connu ces distinctions que fort long- 
temps après les baleiniers. Les récits de ceux qui avaient 
observé ces animaux étaient généralement incomplets, et les 
musées, même les plus importants, étaient dépourvus de restes 
de ces animaux. 

Linné confondait, dans le genre Balœna, tous les grands Céta- 
cés qui portent des fanons. Lacépède a proposé le nom de 
Balénoptère pour ceux qui ont une nageoire sur le dos. 

Cuvier croyait à l'existence de deux espèces de Balénoptères : 
l'une, de la Méditerranée, représentée par le squelette de l'ani- 
mal échoué en 1798 à l'île S^-Marguerite et dont la tête, avec 
quelques os, est conservée au Muséum de Paris ; l'autre, de la 
mer du Nord, d'après un animal jeté, en 1819, sur la côte du 
Holstein, et dont le squelette complet est conservé au Muséum 
de Berlin. Le troisième squelette, que Cuvier connaissait éga- 



(4 ) 

lement, est celui qui est conservé à la maison de ville de 
Brème; et comme il provient d'un animal de petite taiHe, 
échoué à l'embouchure du Weser, Cuvier le croyait un jeune 
de l'espèce précédente. 

Il y avait pour Cuvier un Rorqual de la Méditerranée et un 
Rorqual du Nord. Le grand naturaliste avait préféré le moi 
Rorqual, donné par les Norvégiens à des Baleines qui portent 
des tuyaux sous la gorge; il croyait à l'existence d'une Jubarte, 
espèce supposée sans plis sous la gorge. 

Cuvier n'avait pas assez de matériaux à sa disposition quand 
il a écrit ses Recherches sur les ossements fossiles des Cétacés, 
et ce n'est que quelques années plus tard, que feu mon ami 
Eschricht a commencé ses intéressantes publications sur les 
Cétacés. Grâce surtout aux précieux et nombreux squelettes 
et fœtus que son ami Hollbôl! lui envoyait du Groenland, 
le savant naturaliste de Copenhague a fait connaître les princi- 
pales espèces de Balénides, en même temps que les caractères 
sur lesquels elles reposent. 

Eschricht a fait faire un pas immense à la Cétologie, en 
démontrant que le nombre de vertèbres est le même dans le 
jeune âge qu'à l'âge adulte, que celles-ci ne se soudent pas à 
un âge avancé, après avoir été séparées d'abord, et que tous les 
caractères de l'adulte se trouvent déjà dans le fœtus. 

En même temps le savant naturaliste de Copenhague a fait 
voir, ce que l'on semblait également ignorer, qu'il existe une 
Balénoptère de petite taille, ne dépassant pas 30 pieds de 
longueur, qui n'a pas plus de quarante-huit vertèbres, qui 
a des fanons jaunes et des nageoires pectorales à moitié blan- 
ches, et que c'est elle qu'Othon Fabricius a eu l'occasion d'ob- 
server en vie pendant son séjour au Groenland. 

Depuis les travaux de Cuvier, il a été reconnu également que 
la Balénoptère de la Méditerranée est l'espèce commune de 
l'Atlantique, et, dès 1836, nous avions signalé sa présence sur 
la côte d'Islande, d'après des caisses tympaniques que Gaimard 
avait rapportées de son voyage au Nord. 

Nous voilà donc en présence de deux espèces bien distinctes, 



(5) 

la Baiœnaptera musculus et la 'Balœnoptera rostrata, auxquelles 
vient s'en joindre une troisième de taille moyenne que Cuvier 
avait cru être la seule espèce du Nord : c'est la Balwwptera 
borealis. 

Les deux premières pénètrent de temps en temps dans la 
Méditerranée, surtout la seconde. Comme nous le verrons plus 
loin, ces Balénoptères se distinguent parfaitement les unes des 
autres par leurs caractères extérieurs, aussi bien que par leur 
genre de vie et leur taille. 

On connaît aujourd'hui une quatrième espèce, la plus grande 
de toutes, que Pierre Camper avait déjà mentionnée sous le 
nom de Steypireydr, et qui fréquente les courants glaciaires à 
coté de la Baleine franche; c'est l'espèce qui atteint la plus 
forte taille puisqu'elle a jusqu'à 80 pieds de longueur; Gray a 
proposé de la nommer Bakpnoptera Sibbaldii. 

Après Eschricht, c'est à M. Flower que nous devons les prin- 
cipaux progrès accomplis dans cette étude. Le savant directeur 
du British Muséum s'est occupé particulièrement des individus 
échoués sur les côtes d'Angleterre, et il a largement contribué 
à faire disparaître les nombreuses erreurs qui avaient été intro- 
duites dans la Cétologie. 

M. Flower a fait connaître aussi divers faits anatomiques 
intéressants, parmi lesquels nous devons citer la composition 
du bassin de ces animaux et les caractères propres aux os 
nasaux. 

Schlegel ne croyait pas devoir admettre plus d'une espèce 
dans les mers septentrionales. 

On trouvera plus loin le nom de ceux qui ont également 
contribué à mieux faire connaître ces Cétacés. 



Le genre Balœiwptera peut se caractériser par la nageoire que 
l'animal porte sur le dos, par les membres pectoraux qui sont 
petits, par les fanons qui sont courts et par des tuyaux ou plis 
que l'animal porte sous la gorge et qui s'étendent jusqu'à l'abdo- 



(6) 

men. Il se distingue en même teiftps par la tête, qui a le quart 
de la longueur du corps, par le rostre qui est très peu courbé, 
comme par les vertèbres cervicales qui sont toutes séparées. 

Comme caractère distinctif des espèces, nous croyons pou- 
voir accorder une grande valeur aux fanons : la Balœiioptera 
Sibbaldii a les fanons d'un noir bleuâtre uniforme; la. Balœ- 
iioptera musculus a les fanons verdâtres ou pâles, avec des 
lignes pâles dans toute la longueur ; la Balœiioptera borealis a 
les fanons noirâtres avec les barbes blanches et soyeuses; la 
Balœnoptera rosirata a les fanons d'un jaune pâle. 

La femelle des Balénoptères est en général plus grande que 
le mâle, comme dans les autres Cétacés à fanons. 

L'accouplement, comme la parturition, a lieu en hiver; la 
gestation paraît être de dix à douze mois. En venant au monde, 
lq jeune a le quart de la longueur de la mère *. 

Le jeune accompagne sa mère jusqu'à ce qu'il ait la moitié 
de sa taille. 

La Balœnoptera Sibbaldii parait faire exception pour la durée 
de la gestation aussi bien que pour l'époque de l'accouplement 
et de la parturition. 

D'après une observation faite au détroit de la Sonde, par le 
professeur Giglioli, les Cétacés qui nous occupent seraient 
également sujets à l'albinisme. 



Le système nerveux, à l'âge embryonnaire, a été l'objet de 
recherches importantes au laboratoire de zoologie de l'Univer- 
sité de Liège, par le D r Guldberg 2 de Christiana, et le cerveau 
de l'adulte a été étudié avec soin par M. Beauregard 3. Cette 

1 Les vraies Baleines, comme les Céiodonles, oui le tiers de la longueur de 
la mère en naissant. 

* Guldberg, Ueber das Centralnervensystem der Rartenicale. Christiania, 
1885. (Christianta videnskab Forhandlinger, 1885, u° 4.) — Guldbergï 
Ueber die Grossen- und G eivichtsverhà Unisse des Gehirns bei den liarten- 
walen... Meddelelser fra den Naturhistoriske Forening i Kristiania, 1885. 

5 Journal d'anatomie et de physiologie, t. XIX, 1883. 



(7) 

étude a conduit l'aide naturaliste du Muséum de Paris au 
même résultat auquel Broca était arrivé, c'est-à-dire, que les 
Cétacés, par la conformation du cerveau, se ramènent à un 
type peu différent de celui des Solipèdes et des grands 
Pachydermes. 

Les Balénoptères, comme les autres Cétacés à fanons, se 
distinguent par le développement de leur lobe olfactif des 
Cétacés à dents. 

Le larynx des Balénoptères présente également un caractère 
qui ne se trouve pas chez les Cétodontes, mais qui leur est 
commun avec tous les Cétacés à fanons : il est pourvu d'une 
poche, sac laryngé, qui peut au besoin se remplir d'eau et dont 
le calibre est assez grand pour avoir été confondu avec l'intes- 
tin. Ce sac laryngé semble représenter les poches des évents 
des Cétodontes et Peau qu'il renferme peut se mêler à l'air au 
sortir des évents. 

L'intestin des Balénoptères se distingue aussi par un cœcum 
qui n'existe pas dans les vraies Baleines, et, dans ces derniers 
temps, MM. Beauregard et Boulard ont fait connaître les parti- 
cularités de leur appareil génito-urinaire *. 

Chez certaines Balénoptères il existe une tendance particu- 
lière à la bifidité de la première côte. C'est à tort que des 
zoologistes avaient cru devoir accorder une certaine importance 
à cette disposition qui est purement individuelle. 



Les pêcheries de la côte de Finmark ont fait connaître en 
partie les mœurs de ces animaux. 

Le régime n'est pas le même dans les différentes espèces de 
Balénoptères; les unes poursuivent surtout les bancs de Mal- 
lotus, de Harengs ou de Gades : la Balœnoptera musculus et la 
Balœnoptera rostrata ; les autres se repaissent de Crustacés assez 
petits; leur estomac en est toujours plein sur la côte de 
Finmark : dans la Balœnoptera Sibbaldii, on trouve YEuphrasia 

1 Journal d'anatomie et de physiologie, 1862. 



(8) 

menais (Thysanopode), dans l'autre, la Balœmptera borealis, 
le Calanus finmarchicus. 

Les baleiniers s'accordent à dire que la voracité des Balé- 
noptères est si grande que, quand elles se trouvent au milieu 
d'un banc de Mallotus, elles ne s'occupent pas plus d'un stea- 
mer qui approche que du vent qui ride la surface de la mer. 

Il est à remarquer que ces dernières espèces de Balénoptères 
ont des fanons noirs : la Balœmptera borealis avec les barbes 
toutes fines et blanches, la Balœnoptera Sibbaldii avec les 
mêmes barbes grosses et noires. 

Chaque espèce souffle et respire à aa manière, et les balei- 
niers distinguent fort bien à distance les espèces qui apparais- 
sent sur l'horizon. En général, on peut dire qu'elles se tiennent 
dans une position horizontale en venant à la surface, qu'elles 
respirent trois ou quatre fois, puis plongent en levant la queue 
hors de l'eau. Les baleiniers disent que c'est la Balœnoptera 
Sibbaldii qui relève le plus la queue, la Balœnoptera musculus, 
le moins. 

Sur les côtes de Finmark on voit ordinairement la Balœ- 
noptera Sibbaldii dominer; mais en 1885, c'était la Balœnoptera 
borealis. Cette dernière ne compte dans les années ordinaires 
que pour un sixième. 

Les Balénoptères émigrent toutes périodiquement. 

Les Balénoptères, comme les Harengs, et sans doute comme 
bien d'autres animaux marins, émigrent à la même époque de 
l'année, mais ne pénètrent dans certaines régions que pour 
autant qu'elles y trouvent certaine pâture dont la présence 
dépend de la température de l'eau. On a fait depuis longtemps 
l'observation, que les Baleines franches descendent plusbas sur 
la côte de Labrador que sur la côte du Groenland; les glaces 
sont plus abondantes du côté de l'Amérique que du côté opposé. 

On a observé que les Balénoptères atteignent une latitude 
plus élevée dans l'Océan glacial, en automne, quand les eaux 
sont chauffées pendant les mois d'été, qu'au printemps. En mai 
on ne les voit pas au delà de 75°,4S, tandis qu'en septembre 
elles remontent jusqu'à 78° (Leslie). 



(9) 

M. Alfred Cocks a rencontré des Balénoptères en automne 
1882, au 1 er septembre, tout près des glaces (la température de 
l'eau était de 1.3° au-dessus de zéro). Elles n'étaient que trois 
ou quatre; le 3 septembre suivant, il en aperçut encore deux à 
la latitude de 75°,28', l'eau était à peine au-dessus de zéro. 
M. Alfred Cocks ne sait dire le nom de l'espèce qu'il a eu sous 
les yeux; cela peut être la Balœnoptera Sibbaldii et les moins 
grandes des M eg optera, dit-il. 



Nous avons publié une Notice sur la distribution géogra- 
phique des Balénoptères, dans les Bulletins de l'Académie*, en 
tenant compte surtout des échouements, qui ont eu lieu depuis 
les côtes de Norvège jusqu'aux côtes de Portugal, comme 
à l'intérieur de la Méditerranée et de la Baltique. Mais ces 
échouements ne nous ont rien appris ; en général, comme Ta 
dit Eschricht, ces animaux n'échouent que sur les côtes qu'ils 
ne visitent guère. 

On voit apparaître les Balénoptères tous les ans vers le mois 
de mai dans l'Atlantique ; elles se rendent, les unes vers la 
mer de Baflin, les autres vers l'Islande et la mer de Barentz, 
où elles restent pendant les mois d'été; au mois d'août elles 
abandonnent ces parages pour se rendre dans des eaux plus 
méridionales. 

On a remarqué que la Balœnoptera museulus arrive la première 
sur les côtes de Finmark et la Balœnoptera Sibbaldii la der- 
nière; la B. museulus se montre parfois déjà à la fin de l'hiver. 

Sophus Hallas a indiqué, dans une intéressante notice, les 
observations qu'il a eu l'occasion de faire sur les Cétacés des 
eaux d'Islande. Ha vu \di Balœnoptera Sibbaldii, que les Islandais 
appellent Steypireydr, depuis le 16 juin jusqu'au 15 septembre, 
et une autre espèce dont il ne dit pas le nom et qui est proba- 
blement la Balœnoptera museulus. 



1 2« série, l XLV, mars, lh78. 



( 10 ) 

On a longtemps péché les Baleines sans songer à faire la 
chasse aux Balénoptères ; on ne poursuit guère les Balé- 
noptères, observait Holbôll, gouverneur du Groenland ; leurs 
fanons sont sans usage, l'animal donne peu d'huile et leur 
péçhe est difficile. 

Les vraies Baleines ayant considérablement diminué par- 
tout, on a songé à mettre à profit les steamers et la poudre 
pour faire la chasse aux Balénoptères, et, en 1865, une Compa- 
gnie anglo-américaine a commencé la pêche de ces Cétacés 
dans les eaux de l'Islande. Cette Compagnie a poursuivi cette 
industrie pendant 1863, 1866 et 1867. 

Le capitaine Bottemanne, qui dirigeait cette pêche, m'écrivait, 
à la date du 17 juillet 1868, qu'il se trouvait quatre espèces de 
Balénoptères dans les eaux d'Islande, dont une lui était moins 
bien connue que les autres, qu'il avait préparé le squelette de 
celle qui est connue sous le nom de Steypireydr. 

Vers cette époque, un pêcheur norwégien, M. Sven Foyen, 
après avoir fait la chasse aux phoques dans les eaux de Jan 
Meyen, o\x il avait capturé jusqu'à 22,000 individus en une 
saison de deux mois, a commencé la chasse aux Balénoptères 
sur les côtes de Finmark, et, grâce aux perfectionnements 
qu'il a apportés successivement aux projectiles, il existe aujour- 
d'hui des établissements sur toute l'étendue de la côte de 
Finmark. 

Les steamers sortent le matin, soit de Vadsô, soit d'un autre 
port des environs, et ils reviennent le même jour ; rarement 
ils quittent les lieux de pêche sans avoir capturé une Balé- 
noptère. Ils remorquent le corps jusqu'au chantier, oh l'on 
enlève ses fanons, sépare la graisse, et transforme ce qui reste 
en guano de Baleine. 

Au début de cette pêche on ne chassait que la grande espèce, 
la Balœnoptera Sibbaldii; aujourd'hui on ne néglige même pas 
la Balœnoptera musadus, qui donne le moins de profit. 

Les premières années qu'on se livrait à cette chasse dans le 
Varanger-Fiord, ces animaux y étaient si abondants pendant 
les mois d'été, que la surface de la mer paraissait par moments 



(11) 

en ébullition; les navires osaient à peine se hasarder au milieu 
de cette surface vivante, qui s'étendait à perte de vue. On y 
prenait régulièrement des individus qui n'avaient pas moins de 
quatre-vingts pieds de longueur. En même temps, ces Cétacés 
se laissaient tous approcher sans fuir, comme partout ailleurs 
où les animaux se trouvent pour la première fois en face de 
l'homme. 

Aujourd'hui ces Cétacés ne pénètrent plus guère daqs ce 
Fiord, et ceux que l'on chasse à l'entrée n'atteignent plus guère 
toute leur taille ; ils sont devenus très farouches ; on ne les 
approche que bien difficilement, mais les engins sont plus per- 
fectionnés et les steamers mieux appropriés a leur destination. 

Pendant l'été de 1871, le capitaine Sven Foyen a capturé 
38 Balénoptères, en 1875, 48, en 1879, ce nombre s'élève à 81, 
en 1881, il atteint 104. 

M. Alfred Cocks rapporte que, sur 406 Balénoptères capturées 
en 1883 sur les côtes de Finmark, il y avait 175 B. Sibbaldii 
et le restant moitié B. musculus et B. borealis. 

Indépendamment de ces trois espèces, on voit de temps à 
autre dans ces mêmes parages la petite espèce, la Balamoptera 
rostrata et la Megaptera boops. 

On a remarqué, avons-nous dit plus haut, que c'est la grande 
espèce qui remonte le plus haut, puisqu'on la trouve jusqu'au 
milieu des glaces à côté de la Baleine franche. 



Ces différentes espèces sont-elles confinées dans ces parages, 
comme le sont les vraies Baleines, où les voit-on encore dans 
d'autres mers ? 

Nous venons de voir que, dans notre hémisphère, la grande 
Balénoptère n'a guère été observée que dans les parties les plus 
septentrionales de l'Atlantique. Mais est-elle confinée dans ces 
régions ? 

Contrairement aux Baleines véritables, les Balénoptères sont 
probablement toutes cosmopolites, et on trouve les quatre 
formes de nos régions septentrionales, aussi bien dans l'Atlan- 



(12) 

tique méridionale, que dans l'océan Pacifique, la mer des 
Indes et l'océan Austral. 

On voit des Firtbacks dans toutes les mers, dit le capitaine 
Jouan i. Nous en avons rencontré, dit-il, dans l'Atlantique 
nord et sud, dans la Méditerranée, en grande quantité aux 
environs des Iles Malouines, à la côte du Chili, au Cap de 
Bonne-Espérance, dans les eaux de Madagascar, dans la mer 
d'Oman, dans le golfe de Bengale, au Japon, etc. Le capitaine 
d'Urville et, plus récemment, le professeur Moseley, en signalent 
un grand nombre dans les mers du pôle austral. 

Partout on parle de quatre espèces différentes par la taille 
aussi bien que par les caractères extérieurs. 

Depuis longtemps nous avons été frappé de voir une petite 
Balénoptère, décrite et figurée par le capitaine Scammon, 
hanter l'océan Pacifique, ayant tous les caractères de notre 
Balœnoptera rostrata. La taille, la couleur et tout le squelette 
sont si semblables, que nous n'avons pu nous empêcher de 
dire que notre petite Balénoptère se trouve également dans 
la mer Pacifique. Nous avons été étonné ensuite de voir 
cette petite espèce dans l'océan Austral avec tous les mêmes 
caractères. 

Et si une espèce est répartie dans les deux hémisphères, les 
autres, sans en excepter la Megaptera, ne peuvent-elles pas être 
dans le même cas? 

Nous connaissons déjà le Cachalot qui hante les deux hémi- 
sphères, comme plusieurs Ziphioïdes et certains Cétodontes; 
parmi les Ziphioïdes nous pouvons citer, outre le Cachalot, 
le Ziphius cavirostris comme le Micropteron Sowerbyi (Oulodon); 
parmi les Cétodontes, le Globiceps mêlas et YEudelphinus delphis. 

Partout où, jusqu'à présent, on a réuni des observations sur 
les espèces de Balénoptères, nous le répétons, on a remarqué 
qu'il y a quatre formes, différentes par la taille et par les carac- 
tères extérieurs et intérieurs, et qui correspondent aux quatre 
formes de l'Atlantique septentrional. 

1 H. Jouan, La chasse et ta pécho des animaux matins, Paris- 



(13 ) 

Le capitaine Scammon parle de quatre Balénoptères au nord 
de la Californie, dont la petite, comme nous venons de le dire, 
a tous les caractères de notre petite espèce, et la grande, ceux 
de notre Balœnaptera Sibbaldn. La petite espèce y est désignée 
sous le nom de Balœnoptera Davidsoni, la grande, sous celui de 
Sulpkurbottom (Sibbaldnts Sulfweus, Cope). 

Cette dernière se trouve aussi bien dans l'Atlantique que 
dans le Pacifique, dit le capitaine Scammon. 

La Balœnoptera mnsculus y porte le nom de Balœnoptera 
velifera. 

M. Burmeister a recueilli, pour son Musée de Buenos- Ayres, 
des squelettes qui se rapportent également à trois de nos 
espèces. 

Mon fils avait remarqué trois squelettes de différentes Balé- 
noptères au Musée de Buenos- Ayres, et avait reconnu l'analogie 
qu'ils présentent avec ceux des Balénoptères de nos parages * . La 
grande espèce correspond à notre Balœnoptera Sibbaldii; elle y est 
désignée sous le nom de Balœnoptera inter média; la Balœnoptera 
musculus y est représentée par la Balœnoptera pataehonica, et la 
troisième, la Balœnoptera rostrata, par la Balœnoptera bonœremis. 

Les squelettes du cap Horn qui se trouvent aujourd'hui au 
Muséum de Paris se rapportent aussi parfaitement à nos espèces 
européennes. 

Nous en dirons autant pour les squelettes que M. Anderson 
a réunis pour son Musée à Calcutta. 

M. Anderson distingue trois espèces de Balénoptères dans la 
baie de Bengale : outre la grande, de 84 pieds (Balœnoptera 
indica), il en connaît une de 60 pieds (Balœnoptera blytkii), et 
une de 40 pieds (Balœnoptera edenii). 

Il est question aussi d'une tête et de vertèbres d'un animal de 
30 pieds, conservées au Musée de la Société asiatique *. 

1 Si le sternum de la Balœnoptera rostrata a des caractères particuliers, 
ces caractères ne sont que des exagérations de dispositions qui se trouvent 
déjà dans notre Balœnoptera rostrata. 

1 Calcutta asiatic Society' s Muséum. Tête et vertèbres d'une Balénoptère 
de 50 pieds de long (par G. Swibtox, 1836). 



( 14) 

Ainsi ces quatre formes se retrouvent également dans la 
mer des Indes, et parmi elles figure l'espèce qui dépasse 
80 pieds comme notre Balœnoptera Sibbaldii. 

M. Anderson accorde à la grande 84 pieds et fait mention 
d'un individu capturé en 1851 à la latitude de 19° N, on Juggu 
or Amherst Islet, qui porte au Musée de Calcutta le nom de 
Bal. indica. On a cité un individu de la môme taille dans la 
mer Rouge. 

Dans ces dernières années, le Muséum de Paris a reçu des 
squelettes du Japon, que nous avons pu comparer avec les 
nôtres, et nous n'avons aucun doute sur la présence de la petite 
et de la grande espèce dans les eaux du Japon, la Balœnoptera 
rostrata et la Balœnoptera Sibbaldii. Le Muséum a reçu égale- 
ment du Japon une tête et des fanons qui se rapportent fort 
bien à notre Balœnoptera musculus. Quant à la quatrième espèce 
de ces mêmes parages, nous en connaissons depuis longtemps 
les squelettes, dont on a fait la Balœnoptei'a Schlegelii. 

Nous trouvons également quatre formes dans l'océan Austral, 
qui correspondent parfaitement aux nôtres par la taille comme 
par les autres caractères. 

M. James Hector * et d'autres naturalistes de la Nouvelle- 
Zélande ont fait la même observation sur ces Balénoptères, 
et, depuis longtemps, nous avons fait remarquer que la petite 
Balénoptère (Balœnoptera huttoni) de la Nouvelle-Zélande a tous 
les caractères de notre petite espèce. 

A Melbourne, on conserve, dans les collections de l'Univer- 
sité, les fanons et le squelette d'une Balénoptère de 90 pieds, 
qui a été jetée sur la côte de Vittoria. Les fanons sont noirs, 
larges de 18 pouces et longs de 28 (Giglioli). Ce sont bien les 
caractères de notre grande espèce. 

Sur la côte sud-est cFOtago, une autre Balénoptère de très 
grande taille a échoué en 1873. Le capitaine Hutton en fait men- 
tion dans les Transactions de la Nouvelle-Zélande (vol. VII). 

M. Knox fait mention de trois espèces de tailles différentes, 

1 Trans. New Zealand Institute. 



(45) 

dans les eaux de la Nouvelle-Zélande, qui correspondent par- 
faitement aux nôtres : une de 80 à 100 pieds, que Ton a désignée 
sous le nom de Rorqualus major, une de 30 à 35 pieds, le Sul- 
fitr-Bottom, et une troisième de 25 à 30 pieds, le Rorqualus 
minor *• 

J. von Haast a fait mention de la petite Balénoptère, dont un 
mâle a échoué le 8 février 1880, on the Summer Beach, et qu'il 
n'hésite pas à rapporter à notre Balœnoptera rostrata. Du reste, 
nous en avons pu comparer un squelette qui est conservé 
au British Muséum. 

Les squelettes et les ossements séparés de la Nouvelle- 
Zélande, reçus dans ces derniers temps au British Muséum, 
confirment complètement ces appréciations. 

Le capitaine F. W. Hutton, en parlant de la flore et de la 
faune de la Nouvelle-Zélande, dit que Tune et l'autre sont si 
particulières sous ces régions australes, qu'elles forment une 
province distincte du reste du monde ; cela peut être vrai pour 
les plantes et les animaux terrestres, mais cela n'est pas exact 
pour les animaux marins, pas plus pour les Cétacés que pour 
les poissons. Nous venons de voir les mêmes Balénoptères éga- 
lement au nombre de quatre, et à celles-là, nous pouvons ajouter 
le Cachalot, le Ziphius cavirostris, le Micropteron Sowerbyi, 
le Globiceps melas> les Eudelphinus delphis, auxquels, il est 
probable, nous pourrons en ajouter bientôt d'autres. Nous 
sommes loin de l'époque où le capitaine Hutton écrivait : 
sur treize Cétacés de ces parages, se divisant en six familles, 
les deux tiers appartiennent exclusivement à la Nouvelle- 
Zélande. 

Le Challenger a rapporté divers ossements recueillis au milieu 
du Pacifique, dans une station remarquablement riche en restes 
de Cétacés *; parmi eux se trouvent plusieurs caisses tympa- 
niques, et le professeur SirTurner n'a pas hésité à les rapporter, 



1 Kkox, Proc. New Zealand Instituts. 

% Station 286, laU 33°29' S., long. 133°22' W., 16 octobre (875, à 2,335 
brasses. 



( 16 ) 

les unes à la Balœnoptera rostrala, les autres à la Balœnoptera Sib- 
baldii. II y a des os d'une troisième espèce encore indéterminée. 

Et ce n'est pas seulement à l'époque actuelle que nous voyons 
ces différentes formes se répéter dans la mer de nos antipodes 
comme ailleurs; si nous remontons de l'époque actuelle à 
celle qui nous a précédés, nous voyons le même phénomène 
se reproduire ; à la fin de l'époque tertiaire, ces quatre formes 
principales ont laissé leurs ossements dans le Crag des environs 
d'Anvers, et les ossements fossiles recueillis dans les environs de 
Buenos-Ayres offrent la plus complète ressemblance avec eux *. 
Mon fils a rapporté des vertèbres avec une caisse tympanique 
que Ton ne saurait distinguer de celles de notre Crag. 

Dans les Enchaînements du monde animal, nous trouvons une 
observation semblable faite sur des Mammifères terrestres : en 
parlant des Hyènes, M. Albert Gaudry fait remarquer que 
V Hyène tachetée des temps actuels correspond à YUyena perrieri 
du Pliocène, Y Hyène brune, à YHyena eximia de Pikermi, et 
YHyène rayée, à YHyena arvernensis de Perrier. 



Les Balénoptères sont peu hantées par les commensaux et 
les parasites ; elles n'hébergent ni des Cyames ni des Cirri- 
pèdes; on ne trouve sur elles qu'un Copépode du genre Penella, 
sertie par la tête dans l'épaisseur de la peau, et un autre 
Copépode, du genre Balœnophilus, sur les fanons. 

Comme parasites, nous ne connaissons qu'un Echinorhynque 
assez commun dans l'intestin, et nous possédons un Botrio- 
cephale recueilli également dans l'intestin, mais dont nous ne 
connaissons pas encore le Scolex. 

11 est assez remarquable que la Baleine franche ne se couvre 
que de Cyames, la Mégaptère de Diadema, les Balénoptères 
de Penella. 

1 Bullt tin de l'Académie royale de Belgique, :2 e série, t. XXXV, 1873,p.775. 



BAL/ENOPTERA ROSTRATA. 



LITTÉRATURE. 

Cbemnlta, Von der Balcena roslrata. Berlin, Beschâftign, 4 Jahr., 4 779. 

•th. rabrlclu*. Fauna grocnlandica. Hafnia? et Lipsiœ, 1780. 

Mb». Hanter, Observations on the structure and œconomy of Whalea. 
Philos. Transactions, vol. 77, 1787. 

lfelll, Some account of a fin Whale (Bal. acoto-rostrata), Mem. Wrrn. 

If AT. BIST. SOC, I, 4841. 



:, JccouîU of the dissection of a young Rorqual (Bal. rostrata), 
Journal l'Institut, 4854, p. 536. 

Krdyer, Bemœrkn. Otn Balœna roslrata, Kroyer's nalurh. Tidsskr., 
4839, p. 617. Isis, 4844, p. 429. 

. Eoehricht, Die Nordische Wallthiere, 4 849. 

«ratlolet, Comptes rendus, 4864, vol. 52, pp. 622, 894 et 942. 

W. H. Fhrtver, On a Lester Fin-Whale. Proc. Zool. Soc, 4864. 

■•rker and Macalistir, Proc, of the Dublin nat. hist. Soc. for., 4869. 

Al. Carie and Macalister, Philosophie. Transactions, 4868. 

Perrln, Soles on the Anatomy of Balamoptera rostrata. Proc. Zool. 
Soc, décembre, 4870. 



i, Une tête de Baleine retirée du fond de la mer du Nord. 
Journal dr zoologie, t. IV, 4875. 

CaselIlBl, Sulla Balenoptera Mondini, in -4*. Bologne, 4877. 

Tome XLI. 2 



(18) 

«ara, Bidrag til en noiera charact. af vore Bardehoaler. Christiania 
Videnskabs. ForhandL, 1878. 

M. Collet*, Bemœrlcninger til Norges Pattedyrfauna, Nyt Mag. f. 
Naturvldeskaberne, 1870. 

M. Collett, Bidrag til Norges Pattedyrfauna, ib. 1882. 

CervaU, Remarquée sur Vanalomie des Cétacés... Nouv. Archives bu 
Muséum, t. VII, pi. III. 

Charles Jalln, Recherches sur l'ossification du maxillaire inférieur 
et sur la constitution du système dentaire chez le fœtus de la Balœnoptera 
rostrata. Archives de Biologie, vol. I, 1880. 



Julio* ▼•■& HMMt, Notes on Balœnoptera rostrata, fabr. (B.Huttoni, 
Gray), PhiL Instituts of Canterbury , décembre 1880. 

Jalins von Haaat, On Balœnoptera Huttoni, Gray, Trams. Proc. 
New. Zial. Instit., 1880, vol. 13. 



Cmpt. c. M. «eavun**, On a New Species of Balœnoptera, Bal* 
Davidsonii. Proc. Cal. Acad. of Se, octobre 1872. 

▼an Henede», Une nouvelle Balœnoptera rostrata dans la Méditer- 
ranée. Bulletins de l'Académie royale des sciences de Belgique, dé- 
cembre 1884. 



I, Note sur une jeune Balœnoptera capturée près de 
Fécamp. Comptes rendus, Soc. de Biologie, tome f, 37 novembre 1885. 



(19) 



HISTORIQUE. 

La Balœnoptera rostrata de Fabricius, qui n'est pas la Balœna 
rostrata de Linné, comme nous le verrons plus loin, est 
connue depuis les temps les plus reculés ; il en est fait mention 
dans les plus anciens manuscrits des Islandais. Le mot Tika- 
gulik, sous lequel les Esquimaux la désignent, correspond assez 
bien avec celui de Tschikagulik, que les habitants de l'Amé- 
rique russe donnent à une petite Baleine du détroit de Behring ; 
cette analogie de noms est intéressante à plus d'un titre : elle 
semble indiquer des relations anciennes entre les populations 
du Groenland et celles qui occupent aujourd'hui les régions 
de l'Alaska ; elle montre clairement, en outre, que les habitants 
des côtes de l'Amérique russe ont cru retrouver, dans la petite 
Balénoptère du détroit de Behring, le même animal qui vit dans 
les eaux du Groenland et que Fabricius a fait connaître sous le 
nom de Balœnoptera rostrata. 

Mais si les pêcheurs distinguaient bien cette espèce des autres 
Balénoptères, il n'en était pas de même des naturalistes. La 
confusion la plus complète a régné dans les livres, jusqu'au 
jour où l'on a commencé à conserver les squelettes de ces 
animaux en vue de pouvoir les comparer. 

Cuvier et surtout Eschricht ont été les premiers à reconnaître 
que la connaissance des Cétacés n'était possible qu'à cette con- 
dition; les matériaux qu'il reçut du Groenland permirent à 
Eschricht d'affirmer que la Balœnoptera rostrata de Fabricius 
n'est pas la Balœnoptera rostrata des auteurs; il put définir 
nettement les caractères distinctifs de l'espèce et empêcher 
ainsi toute confusion ultérieure. 

Linné n'a pas connu cette Balénoptère; mais 0. Fabricius, 
pendant son séjour au Groenland (1768-1775), ayant eu l'occa- 
sion de l'étudier et croyant reconnaître en elle la Balœna ros- 
trata de Linné, l'a désignée sous ce nom. C'était une erreur de 
la part de Fabricius, mais le nom qu'il a attribué à cette espèce 
de Baleine lui est resté. 



(20) 

Fréd. Martens a parlé ensuite de cet animal sous le nom de 
petite Baleine (kleine Walvisch); mais c'est à John Hunter que 
Ton doit les premières observations anatomiques. Le savant 
anatomiste anglais a eu l'occasion de disséquer une femelle, 
qui avait été capturée au Doggersbank dans la mer du Nord ; 
John Hunter a fort bien reconnu que cette petite Baleine est 
la même que 0. Fabricius avait connue au Groenland. 

Bonnaterre a fort bien caractérisé cet animal d'après les 
écrits du savant missionnaire danois, et Lacépède en a parlé 
également sous le nom de Balénoptère à museaupointu ; Lacépède 
avait connu un jeune animal qui avait été pris, en 1791, dans 
la rade de Cherbourg. C'est la moins grande des Balénoptères, 
dit Lacépède, et elle ne parvient qu'à une longueur de 8 à 

9 mètres. La gravure, dont Lacépède accompagne le texte, est 
faite d'après un dessin que sir Joseph Banks lui avait envoyé 
de Londres. 

Cette figure de Lacépède représente un gonflement extraordi- 
naire de la langue et de la cavité de la bouche, dû sans doute 
à la poche du larynx que l'on a comparée à une vessie natatoire. 

A l'époque où Cuvier s'occupait des Cétacés, on ne possédait 
aucun ossement de cette espèce dans les collections, et la 
Balénoptère à museau pointu fut considérée à tort comme un 
animal n'ayant pas atteint toute sa croissance. On voit clai- 
rement ici les services que les collections doivent rendre à la 
science. Les directeurs des Musées sont les conservateurs des 
archives qui sont mises à la disposition du public. 

A la séance du 21 avril 1834 de la Société royale d'Edim- 
bourg, le D r Knox fit un rapport sur la dissection d'une jeune 
Balœnoptera rostrata, et ajouta des observations fort intéres- 
santes sur l'anatomie d'un fœtus de Mysticetus *. 

H. Knox eut l'occasion d'étudier un jeune animal de 9 à 

10 pieds de longueur, capturé près de Queensferry (Baie du 
Forth) ; il reconnut facilement, par le nombre de ses vertèbres, 
l'espèce que 0. Fabricius avait désignée sous le nom de rostrata. 

1 Journal l'Institut, 1834, p. 336. 



(21 ) 

Depuis le siècle dernier, on possède à Bologne une tête bien 
conservée, dont Hondini et d'autres avaient fait mention. 

Le professeur Capellini en a fait l'objet d'un travail spécial 
et il a cru devoir en faire une espèce nouvelle, qu'il a dédiée à 
Mondini. 

Postérieurement aux recherches du professeur Knox, d'Edim- 
bourg, Eschricht reçut de son ami Holbôll, gouverneur du 
Groenland, des matériaux immenses se rapportant à la plupart 
des animaux marins qui visitent la côte du Groenland, et parmi 
lesquels se trouvaient plusieurs squelettes d'adultes et sept 
fœtus, dans l'alcool, dont deux mâles et cinq femelles de la 
Balamoptera rostrata; ces fœtus variaient en longueur depuis 
8 jusqu'à 78 pouces. 

Dès ce moment la cétologie entre dans une phase nouvelle ; 
ce qu'on ne peut voir dans le ventre ou la poitrine d'une 
Balénoptère, sans le secours d'échelles et de marchepieds pour 
arriver aux viscères, on peut le disséquer dans son cabinet 
quand on a un fœtus sous la main ; aussi Eschricht démontre 
d'abord que, sous le même nom, on a désigné des espèces bien 
différentes les unes des autres, que la B. rostrata ne dépasse 
pas 30 pieds de longueur, que Fabricius Ta très bien connue, 
qu'elle n'a pas plus de 48 vertèbres dans sa colonne vertébrale, 
que son sternum est en croix latine, que ses fanons sont de 
couleur jaune, et que la nageoire pectorale porte un chevron 
blanc sur un fond noir. 

On peut dire que c'est depuis les travaux de l'illustre céto- 
logue de Copenhague que cette Balénoptère a été définitive- 
ment reconnue. 

En 1884, nous avons fait connaître qu'une nouvelle Balœ- 
noptera rostrata venait d'être capturée dans la Méditerranée. 

A la séance du 21 novembre 1885 de la Société de biologie 
de Paris, M. Beauregard a communiqué une note sur une jeune 
Balénoptère, capturée près de Fécamp. C'est le même animal 
dont j'avais entretenu l'Académie à la première séance du mois 
de septembre. La Balénoptère de Fécamp est une femelle de 
3»,75. 



( 22 )' 

Le Muséum de Paris a reçu un très bon moulage de eet 
animal, et son squelette est conservé au Musée du Havre. 

M. Perrin, démonstrateur d'anatomie au King's Collège à 
Londres» a décrit une jeune femelle, capturée en avril 1870 à 
Neumouth, dont la longueur était de 13 pieds 8 */a pouces. 

Il ajoute deux dessins représentant les nageoires pectorales 
avec leurs muscles en place, vues du côté dorsal et du côté 
opposé *. 

M. Juliri a publié un travail fort intéressant sur l'ossification 
du maxillaire inférieur et la constitution du système dentaire 
du fœtus 9 . 

Au mois de novembre 1860 a échoué, au sud-est de Crower, 
une Balénoptère de 25 pieds de longueur, que le professeur 
Flower a fait connaître 3. C'était un mâle. Son estomac était 
plein de débris de poissons, qu'il croit être des cod-fish (Gades). 
Il était presque adulte , à en juger par les épiphyses. Tout le 
squelette est décrit avec soin par le savant Directeur du Bri- 
tish Muséum. 

M. James Hector fait mention de deux têtes provenant du 
nord de Cook street et qui ressemblent, dit-il avec raison, à 
celle de la Balœiioptera rostrata. Il accorde 7 pieds de longueur 
à la mandibule. C'est la Balœnoptera Huttonii de Gray. 

Dans le courant de Tannée, M. Guldberga publié un mémoire 
intéressant sur la biologie des Balénoptères du nord atlantique; 
ce travail renferme plusieurs observations intéressantes sur 
cette espèce. Nous avons mis ces nouveaux faits à profit, notam- 
ment dans le chapitre où nous traitons du genre de vie et des 
phénomènes de la parturition. 

Le professeur Burmeister a réuni, dans son Musée de Buenos- 
Ayres, les squelettes de différentes Balénoptères, parmi les- 
quelles nous en trouvons une petite qui a tous les caractères 
de notre petite espèce si bien décrite par Fabricius. 

1 Perrin, Notes on the anatomy of Balœnoptera rostrata. Proc.zool.Soc., 
décembre 1870. 

1 Archives de Biologie, vol. 1, 1880. 

• On a lesser Fin-Whale {Balœnoptera rostrata, Fabr.), recently stranded 
on the Norfolk coast. Proc. Zool. Soc., may 1864. 



(23) 

En 1873, une Balénoptère de 16 */a pieds, ayant 48 vertè- 
bres, les fanons blancs et le sternum en croix, a été capturée 
sur les côtes de la Nouvelle-Zélande [Otago Heads). Le profes- 
seur Hutton en a donné une figure et, plus tard, le professeur 
von Haast en a publié une description en joignant à la descrip- 
tion une figure du sternum. Gray lui avait donné le nom de 
Balœnoptera Huttonii, et J. von Haast a rapporté ce même ani- 
mal à notre Balœnoptera rostrata. Il résulte de ces faits que la 
petite Balénoptère, à 48 vertèbres, habite également les deux 
hémisphères. 

Le capitaine Scammon a décrit une petite Balénoptère du 
Pacifique, sous le nom spécifique de Davidsonii qui, dans notre 
opinion, est synonyme de Balœnoptera rostrata. 

SYNONYMIE. 

Cette espèce, la plus petite de toutes, est désignée sous les 
noms les plus différents. Nous pourrons les énumérer ainsi : 

Balœna rostrata, 0. Fabr. 
Balœnoptera acuto-rostrata, Lacépède. 
Borqualus minor, Knox. 
Pterobalœna minor, Eschricht. 
Balœnoptera rostrata, Gray. 

— Eschrichtiiy Rash. 

— Davidsonii, Scammon. 

— Mondini, Capellini. 

— Bonœrensis, Burmcister. 

— de Huttoni, Gray. 

Cette même espèce est encore désignée par des noms vul- 
gaires : 

Baleine d'été. Côte de Norwège. 

Piked Wahle. PennanL 

Liitle Finner Pike Whale des baleiniers anglais. 

Tikagulik, des Groëolandais. 

Vaagehval, des Norwégiens. 

Zwsrgwhal, des Allemands. 



(24) 

La Balœnoptera Davidsonit de Scammon est bien, comme il 
le soupçonne, semblable à la Balœnoptera rostrata d'Europe, 
quoiqu'elle habite les côtes de Californie. « This species is evi- 
» dently congeneric with the Balœnoptera rostrata » dit avec 
raison le capitaine Scammon *. 

La troisième Balœnoptera musculus de Pal las, qui n'a que 
22 */g pieds de longueur, est sans doute une Balœnoptera ros- 
trata. 

La Balénoptère à museau pointu de Lacépède (pi. VIII) est 
bien l'espèce désignée sous le nom de Balœnoptera rostrata. 

La Balœnoptera Huttonii de Gray n'est qu'une rostrata. 

La Balœnoptera rostrata est regardée, sur les côtes de Massa- 
chusetts, comme une jeune Balœnoptera musculus. 



CARACTERES. 

Il n'y a pas d'espèce plus facile à caractériser ; elle ne dépasse 
guère 30 pieds de longueur, quoiqu'on en ait vu de 36 ; la 
nageoire pectorale a un chevron blanc; les fanons sont toujours 
de la même couleur jaune pâle ; la colonne vertébrale compte 
48 vertèbres; le sternum est en croix latine; les côtes sont au 
nombre de 41. 

On la reconnaît toujours parfaitement à l'extérieur au che- 
vron blanc qu'elle porte sur les nageoires pectorales. 

Dans un certain nombre de squelettes, on voit des coales- 
cences entre les corps ou lés apophyses de quelques vertèbres, 
le plus souvent entre les cervicales; mais ces dispositions n'ont 
aucune valeur sous le rapport systématique. 

Parmi les individus qui sont venus à la côte, nous en trouvons 
un qui n'a que de 9 à 10 pieds, cinq qui ont de 15 à 17 pieds, 
quatre de 24 à 25 pieds et un seul de 29 pieds. Le premier, de 
9 à 10 pieds, vient de naître, et les autres, de 14 à 15 pieds, 

1 Cap. Scammon, On a new species of Balœnoptera. Proc. of the cal. A ca~ 
demy of sciences, octobre 1872. 



(25) 

c'est-à-dire la moitié de la taille de la mère, viennent sans doute 
de la quitter. Les jeunes se séparent de la mère à l'âge de deux 
ans. Ils ont encore la moitié à gagner pour atteindre la taille 

adulte. 

Le squelette le plus fort que nous ayons vu, est celui du 
Musée de Stockholm, qui a été obtenu par échange du Musée 
de Bergen. Un autre squelette d'un animal très fort se trouve 
au Musée de l'Université de Liège. Il vient également de 
Bergen. 

On accorde généralement 30 pieds de longueur à cette espèce ; 
mais, à en juger par la longueur du jeune en venant au monde, 
longueur qui est de 9 pieds d'après Eschricht, cet animal, 
à l'âge adulte, doit atteindre jusqu'à 36 pieds. Nous avons vu, 
du reste, certains squelettes qui confirment cette dimension 
comme taille naturelle. 

ORGANISATION. 

M. Charles Julin a consigné, dans les Archives de Biologie, 
des observations du plus haut intérêt sur la constitution du 
système dentaire d'un fœtus de cette espèce. Les dents rap- 
pellent plus ou moins les dents adultes des Squalodons. 

Nous avons compté dans un fœtus quatre bulbes pileux à 
la mâchoire supérieure et cinq à la mâchoire inférieure. 

La colonne vertébrale se compose généralement de 7 cervi- 
cales, 11 dorsales, 13 lombaires et 17 caudales, en tout 48. Il 
y a quelques squelettes dans lesquels il y en a plus et d'autres, 
en plus grand nombre, où il y en a moins. 

Dans le mâle du Musée royal du collège des chirurgiens à 
Londres, on voit les apophyses transverses, de la troisième à 
la sixième cervicale, séparées, ne pas former un anneau 
complet. 

Le mâle de Buenos-Ayres (Balœnoptera boiwërensis) n'a que 
32 pieds et 48 vertèbres comme notre espèce. 

Dans le squelette de Hunter, les apophyses transverses supé- 
rieure et inférieure de l'axis ne sont pas non plus réunies. 



(26) 

La sixième cervicale de l'individu de Norfolk Coast, conservé 
au Musée royal du Collège des chirurgiens, a un anneau com- 
plet d'un côté, incomplet de l'autre. 

Il y a aussi parfois coalescence entre les corps de deux ver- 
tèbres qui se suivent. Nous en avons vu dans les régions cervi- 
cale et caudale. 

Nous avons vu des squelettes qui ont le corps de l'axis soudé 
à la troisième cervicale. C'est ce que l'on observe dans un sque- 
lette du Collège des chirurgiens, et dans un autre, du Colonial 
Muséum de Wellington (Nouvelle-Zélande). 

Les trois dernières caudales sont également réunies dans 
un squelette que nous avons eu sous les yeux. 

Nous avons déjà fait la remarque que la Balœnoptera borealis 
montre habituellement Ja première côte bifide; nous en avons 
cité un cas remarquable, en 1 868, dans les Bulletins de l'Aca- 
démie * ; dans le squelette de Balœnoptera rostrata du Musée 
de Cambridge, nous voyons également des traces de fusion 
des deux premières côtes. 

Cette bifidité de la première côte a souvent été vue chez 
l'homme; elle a -été signalée dans un squelette de Globiceps 
mêlas du Japon, qui est à Leyde, et dans un Delphinapterus leucas 
du Musée du Collège royal des chirurgiens de Londres. Le cas 
le plus intéressant est celui que nous avons signalé dans un 
marsouin (Phocama communis). La côte supplémentaire est 
développée des deux côtés *. 

Le sternum est caractéristique par sa forme en croix latine. 
La Balœnoptera bonœrensis 3 deBurmeister présente cette même 
forme, mais présente en outre, en avant, deux saillies formant 
une sorte de fourche que nous avons retrouvée en miniature 
dans des sternums très adultes. 

Le sternum de la Balœnoptera borealis, à l'âge fœtal, présente 
cette même fourche, sans avoir le bout xiphioïde allongé. 

• 2« série, t. XXVI, n° 7. 

* Bulletins de ? Académie, 2 e série, t. XXVI, n° 7. 

8 Atlas de la description physique de la république Argentine, pi. V, fig 5. 



(27 ) 

Les fanons de cette espèce sont toujours faciles à reconnaître 
à leur longueur ainsi qu'à leur couleur jaune pâle. Les plus 
longs fanons ne dépassent pas 2 pieds. 

MOEURS. 

Le capitaine Holbôll a eu l'occasion d'observer cette petite. 
Balénoptère sur la côte du Groenland , et il fait remarquer 
qu'on la voit au milieu des grandes Baleines. Il n'en est pas 
de même de la Balœnoptera musculus, dont les baleiniers con- 
sidèrent l'apparition comme un indice certain de la fin de la 
saison de pêche. 

Quand on ne les voit pas au milieu de grandes Baleines, ces 
Balénoptères sont isolées ou à deux et trois ensemble. 
. Comme les autres Balénoptères vivent par couples et qu'à 
Bergen on voit souvent des mâles et des femelles, dont les 
dernières seules approchent des côtes, il y a tout lieu de 
croire que l'espèce qui nous occupe mène le même genre 
de vie. 

Cette petite espèce poursuit les poissons comme la Balœnop- 
tera musculus et borealis. 

Hunter a trouvé dans l'estomac des restes de divers poissons, 
surtout du Dog-fish. 

Une femelle capturée à Weymouth avait l'estomac vide; il y 
avait au lieu de pâture dix cailloux dans son premier estomac 
et autant dans le second (Perrin). 

Motzfeld a vu à Juliane haab, côte du Groenland, cette 
Balénoptère avaler des Mallotus arcticus, fermer la bouche 
au-dessus de l'eau et rejeter ensuite l'eau de la bouche en jets 
d'écume des deux côtés; puis, après un moment de repos, il a 
vu l'haleine sortir des narines comme chez tout autre animal 
qui respire. 

On a vu souvent cette Balénoptère entourée de Tursiops 
tursio, au moins au nord de l'Atlantique. Us poursuivent sans 
doute la même pâture. 



(28) 

D'après Eschricht la gestation n'est que de dix mois; en 
naissant l'animal a 9 pieds de long, c'est-à-dire, comme 
dans les autres espèces, à peu près le quart de la longueur 
de la mère. 

Melchior a vu un fœtus de 8 pieds 2 pouces qui n'était pas à 
terme. 

On a recueilli à Bergen des fœtus de différentes tailles, et les 
femelles arrivent cependant à la même époque de l'année. 

Eschricht a vu plusieurs exemples de jumeaux. 

Sur les côtes de Finmark on recueille également des fœtus 
de tailles différentes à la même époque. 

En faisant le relevé des côtes où des individus sont venus 
échouer et où on a tenu compte des dates de leur capture, on 
ne peut pas dire qu'il y ait quelque part un passage régulier, 
si ce n'est sur la côte de Norwège et à l'entrée de la mer de 
Baffin. Nous connaissons leur apparition périodique dans les 
Fiords de Bergen en été, comme dans le détroit de Davis, mais 
nous ignorons complètement, comme pour les autres Balé- 
noptères, le lieu de leurs quartiers d'hiver. 

Il est à remarquer qu'il n'y en a pas une seule, de celles qui 
sont venues vagabonder sur nos côtes tempérées, qui ait dépassé 
ou même qui ait atteint 30 pieds. 

Grâce aux nombreux fœtus que l'on a pu recueillir, en 
tenant compte de la date de la capture de la mère et de la 
taille du fœtus, en faisant ensuite la comparaison des jeunes 
animaux capturés pendant les différents mois de l'année, on a 
pu constater de combien par mois les fœtus grandissent dans 
te corps de la mère et de combien les baleineaux s'accroissent 
par mois pendant la première année de leur vie. 

On a recueilli un grand nombre de fœtus et on a heureuse- 
ment tenu compte de la date de la capture de la mère et de 
la taille des fœtus. Eschricht est arrivé à ce résultat, confirmé 
par Guldberg, que le développement commence dans les pre- 
miers mois de l'année et continue jusqu'en novembre; en 
avril il a reçu un fœtus de m ,090 et en septembre un autre 
de l m ,624. 



(29) 

Comme la taille, à la naissance, est, d'après Eschricht, de 
2 m ,8, il y a lieu d'en conclure que la mise-bas a lieu en 
hiver. 

Le D* Knox a signalé un jeune animal capturé au mois de 
février 1834 qui avait 9 pieds 11 pouces. C'est un peu plus que 
la taille du baleineau au moment de la naissance. Il avait pro- 
bablement un peu plus de deux mois. 

Le 18 février ou mars 1878, un individu long de 3 m ,50 a été 
capturé près de Villefranche. 

En février 1861, un de 3 mètres a échoué sur les côtes de 
Bretagne. 

En avril 1791, on en a pris dans des filets, près de la rade de 
Cherbourg, un individu qui avait 14 à 15 pieds. 

La jeune femelle que M. Perrin a décrite a été capturée en 
avril 1870; elle était longue de 13 pieds 8 Va pouces. 

Le 15 mai 1885, un de 9 m ,62 a été capturé en mer par le 
Gaulois, de Fécamp. 

Le 27 septembre 1863, un de 8 m ,60 à Saint-Jean-de-Luz. 

Le 15 septembre 1878, un Vaagevhal a été pris dans le Fiord 
de Christiania ; il avait 14 Va pieds. 

En novembre 1860, un mâle de 25 pieds a échoué au sud-est 
de Crower (Flower). 

D'après un manuscrit sur les pêches, cité par M. Guldberg, 
le temps de la mise-bas du Vaagevhal serait le commencement 
de novembre. Guldberg croit que cette époque est un peu trop 
avancée, et la fixe entre la fin de novembre et le commence- 
ment de janvier. 

La gestation serait, comme Eschricht l'a estimée, de dix. 
mois. 

L'accouplement aurait lieu pendant les premiers mois de 
l'année. 

Reste la question de savoir où ils se réfugient pour mettre 
bas et de connaître les lieux où ils s'accouplent. 



(30) 



DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE ET PÊCHE. 

Pendant l'été on les voit communément sur les côtes de 
Finmark, mais on ne les y chasse généralement pas. 

Guldberg a trouvé tout près de Vadsô, dans le Varanger- 
fiord, le squelette d'un individu qui s'y était perdu pendant 
l'hiver. 

Nous allons citer d'abord les parages où des individus 
sont venus se perdre, en faisant remarquer que les Cétacés 
n'échouent généralement, comme l'a dit Eschricht, que sur 
les côtes qu'ils ne fréquentent pas régulièrement. 

Le plus ancien exemple connu date du XVII 6 siècle. Le 
8 mai 4699, une petite Baleine vient se perdre dans le Weser et 
son squelette est conservé à Brème. La ville de Brème en a fait 
exécuter une peinture à l'huile. Cuvier en parle, mais en 
prenant cet animal pour un jeune Rorqual ; le grand naturaliste 
n'avait pas de matériaux pour débrouiller cette histoire. 

Nous en connaissons deux exemples en Belgique. 

Le 10 juillet 1838, une jeune femelle de 5 mètres a été 
trouvée morte en mer près d'Ostende. Son squelette est au 
Musée de l'Université de Gand. 

En 1865, au mois d'octobre, un mâle de 16 pieds a remonté 
l'Escaut et s'est fait prendre en amont d'Anvers. Son squelette 
est conservé à Bruxelles, au Musée royal. 

Sur les côtes océaniques de France on a vu se perdre plu- 
sieurs individus. 

En avril 1791, un jeune Rorqual de 14 à 13 pieds de long, 
dont le milieu des nageoires pectorales était blanc, est venu se 
perdre dans des filets de pécheurs, près de la rade de Cher- 
bourg. Un médecin de Valogne en a envoyé une description à 
Lacépède, et c'est d'après cet animal que ce naturaliste a établi 
la Balénoptère à museau pointu. La bande blanche des nageoires 
pectorales, dont parle le médecin de Valogne, ne laisse pas de 
doute sur l'espèce à laquelle appartient ce jeune animal. 



(31) 

Le 10 mars 1827, un individu de 7 mètres de long a été cap- 
turé sur les côtes d'Oleron ; nous en avons vu les ossements 
au Musée de là Rochelle. 

Le D r Fischer croit que c'est par erreur qu'on a annoncé la 
capture d'une petite Balénoptère en juin 1850 sur les côtes du 
Morbihan; mais il n'est pas douteux qu'en 1852 on en a pris 
une à l'embouchure de la Seine, et dont le dessin est conservé 
dans les Vélins du Muséum *. 

Le 26 août 1835, un mâle a échoué dans la Charente; son 
squelette est conservé au Musée de l'Ecole de médecine de 
Rochefort; sa longueur était de 7 mètres 48 centimètres. 

Un autre individu a été capturé sur la côte de la Gironde, 
dont le squelette n'a pas été conservé (F ischer). 

Au mois de février 1861, un individu de 3 mètres a échoué 
sur les côtes de Bretagne. 

Vers 1879, M. Quillau a envoyé un squelette incomplet au 
Muséum de Paris, qui provenait sans doute de cet animal. 

Un autre encore, de 6 mètres 60, a échoué à Saint-Jean-de- 
Luz le 27 septembre 1863. 

Au Musée de Lille on conserve le squelette d'un individu 
échoué sur les côtes de Montreuil-sur-Mer (Fischer), et un autre 
à Brest, provenant d'un animal reconnu par Rochon. 

A Bordeaux on conserve le squelette d'un animal qui a 
échoué à Boulogne. 

Le 15 mai 1885, un bateau de Fécamp (Le Gaulois, patron 
Deshayes) a capturé en mer une Balœnoptera rostrata, longue 
de 3 mètres 62 pieds. M. Leunier, directeur du Musée du Havre, 
en a donné le dessin d'après l'animal étendu sur le pont 2 . 

On a été longtemps dans le doute sur la question de savoir 
si la petite Balénoptère pénètre dans la Méditerranée. Ce doute 
est levé maintenant. 

On en connaît aujourd'hui des exemples bien constatés, mais 



1 Ce dessin, le plus beau qne nous connaissions de celte espèce, a été 
reproduit par P. Gémis dans les Annales du Muséum, Mémoires, t. VU, pi. 3* 
* La Nature, 7 novembre 1885. . 



(32) 

en tout cas ce sont des apparitions bien rares; un squelette 
est conservé depuis le siècle dernier au Musée de Bologne, 
provenant, paraît-il, d'un animal capturé en 1771 dans l'Adria- 
tique; il a été décrit par Mondini, et le professeur Capellini a 
cru devoir lui donner le nom de Bakenoptera Mondini *. 

L'abbé Ranzani avait envoyé à Cuvier un dessin de la tête, 
conservée au Musée de Bologne, et Cuvier avait cru qu'elle était 
semblable à celle du Rorqual, de manière, dit-il, qu'il n'y a 
pas lieu de douter que la même espèce de Rorqual ne vive 
danâ la mer du Nord et dans la Méditerranée ; mais en même 
temps il existe dans cette dernière mer une autre espèce, celle 
qui a échoué aux Iles Sainte-Marguerite, et que le grand natu- 
raliste croyait propre à cette mer intérieure. 

Le 18 mars ou février 1878, un autre individu, long de 
3 m ,o0, a été capturé par les pêcheurs de Saint-Hospice, au 
petit port de Saint-Jean, près de Villefranche (dép. des Alpes 
maritimes) 2. Le corps a été acheté par les frères Gall, de Nice. 
Le squelette est conservé à Florence. 

Nous ferons remarquer que la Méditerranée ne possède 
aucun Cétacé qui lui soit propre, pas plus que la Baltique et la 
mer Noire, et qu'il ne pénètre même aucun Cétacé à fanons 
dans cette dernière mer intérieure. 

Il y a eu des Cétacés à fanons dans la mer Noire ù la fin de 
l'époque tertiaire, en même temps que des. Siréniens et même 
des Squalodons; mais aujourd'hui on n'y voit plus que trois 
Cétacés, tous les trois à dents : le Marsouin, le Tursio et le 
Dauphin ordinaire, qui viennent de l'Atlantique. 

On connaît aussi quelques individus qui sont venus à la 
icôte en Hollande. 

Le 20 décembre 1862, après un violent orage, une femelle de 
5 mètres de long est allée échouer dans l'Y. Le squelette en est 
conservé au Jardin zoologique d'Amsterdam. 



1 Gebvais, Journal de zoologie, 14*77, p. 167. 

? P. J. Van Bikeden, Un mot sur quelques Cétacés échoués sur les côtes 
de la Méditerranée. Billet. Acad. rot. de Belgique, février 1890. 



(33) 

M. Max Weber annonce, en 1861, qu'un animal de 30 pieds 
de long est venu se perdre dans la Zuiderzée, sur les côtes de 
Vlieland, mais il ne dit pas l'époque de Tannée, ni si le sque- 
lette est conservé * . 

On connaît plusieurs exemples de Balœnoptera rostrata 
échouées sur les côtes d'Angleterre et d'Ecosse. 

En 1763 les pêcheurs ont pris, dans la mer du Nord, au 
Doggershank, une jeune femelle de 16 à 17 pieds ; John Hunter 
l'a disséquée, et le squelette en est conservé dans son musée, 
aujourdhui le Musée du Collège royal des chirurgiens. 

Le 14 novembre 1808, une femelle de 17 pieds a été capturée 
aux Orcades, dans Scalpa-Bays. 

En février 1834, une jeune femelle de 9 à 10 pieds, la plus 
petite que l'on ait encore vue se perdre, est allée échouer 
dans le Firth of Forth. Son squelette est conservé au Musée 
d'Edimbourg. Il y a tout lieu de croire que l'animal venait 
d'être mis au monde. 

Un mâle mort, mesurant 25 pieds, est venu à la côte en 
novembre 1860, près de Cromer (Norfolk). Son squelette est 
conservé au Musée du Collège royal des chirurgiens à Londres. 
Son estomac était plein de cod-fish, Gadus œglefinus. 

Le 8 mai 1863, un jeune individu de 10 pieds 2 pouces est 
venu se perdre lrish Coast off Cloger-Head. Il n'a que 46 ver- 
tèbres. (Al. Carte et A. Macalister). 

Le squelette d'une femelle capturée à Yarmouth, ainsi 
qu'une tête et une omoplate d'un animal qui a péri à l'Isle 
d'Islay en 1866, sont conservés à Cambridge. 

Une jeune femelle de Balcenoptera rostrata de 13 pieds et 
quelques pouces a été capturée en avril 1870 à Weyraouth, et a 
été achetée par M. Gerrard. M. Perrin, demonstrator of ana- 
tomy, King's Collège, à Londres, l'a disséquée et a publié les 
résultats de ses recherches dans les Proc. Zool. Soc, décembre 
1870. Le premier et le second estomac contenaient des petits 

1 Verslagen der Nederl. Dierkund. Vereeniging, Tydschrift der Nederl. 
Vereeniging, 2* série, afl. 5 et 4, 1886. 

Tome XLI 3 



(34) 

cailloux. Il ajoute deux dessins représentant les nageoires pecto- 
rales avec leurs muscles en place, vues du côté dorsal et du 
côté opposé. 

Le 16 mai 1887 une jeune femelle s'est perdue à Plymouth *. 

Un jeune animal de 9 à 10 pieds a été capturé près de 
Queensferry (Firth of Forth). A la séance du 21 avril 1834 de 
la Société royale d'Edimbourg, le docteur Knox fait un rap- 
port fort intéressant sur la dissection de cet animal 2. 

Une jeune femelle de 14 */a pieds est venue échouer vivante 
sur la côte d'Aberdeen, en juillet 1870. Son squelette est 
conservé au Musée d'Aberdeen, dirigé par le professeur 
Struthers. 

Un autre encore a échoué en septembre 1871 à Dunbar (Firth 
of Forth). Le professeur sir Turner en fait mention. 

M. Flower a signalé, en 1880, une jeune femelle de 1S pieds 
qui est allée échouer sur les côtes de Cornouailles. 

On en a vu périr également sur la côte de Norfolk, dit 
M. Southwell. 

En 1837, sur la côte ouest de Jutland, près de Vardo, est venu 
échouer un individu de 22 pieds ; son squelette a été envoyé à 
Eschricht. Il n'est pas complet. 

A l'est du Jutland, un animal de 18 pieds est venu à la côte 
en juillet 1824. Le Musée de Halle en possède le squelette. 

On a enregistré aussi quelques exemples d'individus égarés 
dans la Baltique. 

En 1845, un animal, dont le dessin est conservé dans l'église 
Sainte-Marie à Greifswald, est venu échouer dans le voisinage 
de cette ville (an der Wiek). 

Un autre est venu à la côte à l'île de Kugen ; son sque- 
lette est conservé à Breslau 3 ; il a 23 pieds de longueur et 
48 vertèbres. 

On conserve au Musée de Stockholm une mandibule trouvée 



1 Blakwill, The Zootogisi, july, 1837. 
8 Journal? Institut, 1834, p 336. 
* ErnstRolL 



(35 ) 

dans Ja marne de l'époque glaciaire (Halland)*, que nous rap- 
portons à cette espèce. 

Nous avons attiré l'attention des naturalistes sur une tête de 
cette même espèce, conservée au Musée de Brème; elle a été 
pêchée dans la mer du Nord, et l'on avait cru pouvoir l'attri- 
buer un instant à un animal fossile. D'après les pécheurs de 
Brème, les ossements de ces animaux ne sont pas rares dans 
certains endroits de la mer du Nord 2. 

Le 2 juillet 1840, un animal de 16 pieds est venu à la côte 
près de Christiania. 

Un autre, un mâle de 14 */$ pieds, est venu échouer dans 
les mêmes parages en septembre 1878. Le professeur Sars en 
a publié un dessin. 

Nous avons vu une omoplate de cette même espèce sus- 
pendue dans la cour d'un des principaux hôtels de Christiania. 

11 est évident que toutes ces visites sont purement acciden- 
telles ; mais il n'en est pas de même de celles qui se font dans 
les Fiords de la côte de Norvège, dans les environs de Bergen. 
Dans ces derniers parages, on en voit arriver périodiquement, le 
plus souvent depuis le mois de mai jusqu'en décembre ; ce sont 
généralement des femelles qui entrent dans les Fiords pour y 
mettre bas; sur onze individus qu'on avait capturés dans un 
temps déterminé, il n'y avait qu'un seul mâle. On a remarqué 
du reste partout, que les mâles de toutes ces espèces se tiennent 
au large, pendant que les femelles approchent des côtes. 

Depuis longtemps on sait que la Balœnoptera rostrata entre 
dans ces baies et que les pêcheurs des alentours les empri- 
sonnent à l'aide de filets. L'animal, enfermé comme dans un 
aquarium, est attaqué à coups de flèches empoisonnées; il perd 
immédiatement, après ses blessures, de son activité ordinaire 
et devient facilement la proie des pêcheurs. La flèche est empoi- 
sonnée par le pus de la capture précédente et, depuis des temps 



1 Aingelin, Ofvers. afk. Vet. Akad. Forh , 4867, p. 81. Erdmass, Bidr. t/ll 
ketnned. om Sveriges Quartttra BUdingar, p. 158. 
• Vas Bexeden, Journal de Zoologie, t. IV, 1875. 



(36) 

fort reculés, on prépare ainsi des flèches qui ne doivent servir 
qu'à la campagne suivante. 

Tous les ans, dit ledocteurArmauerHansen,aux mois d'avril 
et de mai, les pécheurs attendent la Balwioptera rostrata à 
l'entrée d'un Fiord très étroit, nommé Skogsvàg, à 30 kilomètres 
de Bergen. Dès qu'un animal est entré, ils ferment l'embou- 
chure au moyen d'un filet et ils l'attaquent à l'aide de flèches. 
Us empoisonnent leurs flèches en baignant la pointe dans la 
chaire gangrenée et ils la laissent sécher. Il paraît que la forme 
des arcs dont ils se servent date de l'époque des anciens 
guerriers, les Vikings. 

M. Àrmauer Hansen a trouvé des bacilles dans la chair 
gangrenée, et croit que la flèche empoisonnée inocule aux Ba- 
lénoptères les germes qui produisent la septicémie *. 

La petite Balénoptère a été vue également dans le détroit de 
Davis, mais seulement pendant les mois d'été 2; on la voit 
paraître aussi sur les côtes d'Islande, aux îles Loffoden, sur 
les côtes de Finmark et, comme nous venons de le dire, pério- 
diquement sur les côtes de Norvège. On en a vu également dans 
la mer Blanche ; Nordenskjôld l'a même observée dans la mer 
de Kara, à côté de Béluga, et Scoresby 3, comme Malmgren 4 
et Sluyter l'ont reconnue dans les eaux du Spitzberg s. 

1 Armauer Hamsen, La septicémie inoculée à des Baleines par les flèches 
dont se servent les pécheurs, Archives de Biologie, t. VI, fasc. III, 1885, 
p. 585. 

1 Cette même petite Balénoptère, dont nous possédons un squelette envoyé 
par Flolboll du Groenland, se trouve également plus au nord, mais en moins 
grand nombre toutefois que dans la partie méridionale; elle arrive au mois 
d'avril à Gorihaab, dit Holbôll, et ne quitte qu'au mois de décembre. La 
Balœnoptera rostrata aurait ainsi, comme du reste nous l'avons fait 
remarquer déjà pour la Megaptera boops, plus d'une station d'été. 

9 Scoresby fait mention d'un individu de 17 */» pieds, capturé au mois de 
novembre 1808, dans la baie de Scalpa; il a élé figuré par Watson. An Account 
ofthe arct.reg., 1. 1, p. 485, pi. III, fig. 2. 

* Malmgren a vu, pendant son voyage au Spitzberg, des individus de cette 
espèce pendant le mois de mai. 

* 11 n'est pas sans intérêt de faire remarquer que Ruyler, en gagnant des 



(37) 

Avant Nordenskjôld, des baleiniers norvégiens en avaient 
déjà signalé dans la mer de Kara. 

On en a vu en abondance dans les parages de Godthaab 
(Groenland). Tous les baleiniers s'accordent à dire que la petite 
Balénoptère arrive en été au détroit de Davis et à la baie 
de Baffin. 

De l'autre côté de l'Atlantique, on a constaté depuis longtemps 
la présence de cette même Balénoptère ; le Musée de Stuttgard 
a reçu un squelette de la côte du Labrador et, depuis, on a fait 
mention d'un animal de 18 pieds capturé dans la baie de New- 
York (D r Kay). 

M. Allen cite la Balœnoptera rostrata avec un signe de doute, 
comme animal propre à ces parages, mais ce doute est évidem- 
ment levé. 

On trouve dans l'Atlantique méridional, comme dans l'Atlan- 
tique septentrional, dans le Pacifique et même dans les eaux 
de nos antipodes, des Balénoptères qui correspondent à notre 
Balœnoptera rostrata par leur taille, parleurs fanons ainsi que 
par l'ensemble de leur organisation 11 y en a qui sont telle- 
ment semblables à l'espèce de nos parages, que, si on les trou- 
vait sur les côtes d'Europe, on ne songerait pas à en faire des 
espèces distinctes. Telle est la Balénoptère du nord du Paci- 
fique à laquelle, comme nous l'avons déjà dit, le capitaine 
Scammon a donné le nom de Balœnoptera DavidsoniL Cette 
affinité n'a, du reste, pas échappé aux naturalistes américains : 
Balœnoptera Davidsonii is evidently congeneric with the Balœ- 
no])tei*a rostrata, dit le capitaine Scammon. Nous avons eu 
l'occasion de voir à Vienne des fanons, rapportés de San Fran- 
cisco par le professeur Steindachner, en tout semblables aux 
fanons de notre espèce naine. 

A l'embouchure de la Plata du Mediano, près de Belgrano, 
à 10 miles de Buenos-Ayres, flottait, le 3 février 1867, un 

régions de plus en plus septentrionales, a vu successivement disparaître les 
Marsouins, puis les Tursio, el ce n'est qu'après celte disparition qu'il a vu 
apparaître, au 60 e degré, la Balœnoptera rostrata» 



(38) 

cadavre qui a été recueilli par les pêcheurs, et dont le squelette 
est conservé aujourd'hui au Musée de Buenos-Ayres. C'était un 
mâle. La taille ne dépasse pas 32 pieds; les vertèbres cervi- 
cales 2, 3 et 4 sont réunies par le corps ; les apophyses trans- 
verses supérieures des sixième et septième cervicales sont 
réunies à gauche dans toute leur longueur. Burmeister Ta décrit 
sous le nom de Balœnoptera bonaërensis*. Il possède le squelette 
et en a fait connaître les divers caractères, qui sont la repro- 
duction de notre Balœnoptera rostrata. Il n'y a que le sternum 
qui diffère par une bifurcation qu'il présente sur son bord 
antérieur, mais le squelette montre jusqu'au nombre de ver- 
tèbres (48) si caractéristique de cette espèce. 

Le British Muséum a reçu également de l'île Formosa, par le 
consul anglais Swinhoe, des fanons, avec les barbes jaunes 
de la grandeur des fanons de l'espèce qui nous occupe, ou 
même un peu plus petits, et qui proviennent sans doute de la 
même Balénoptère, si pas d'une espèce similaire. Ces fanons 
sont conservés dans un bocal ; il n'y en a qu'une rangée. Nous 
avons fait mention de cette Balénoptère dans notre Ostéo- 
graphie, sous le nom de Balœtioptera Swinhoei. 

Pallas fait mention d'une Balénoptère de 22 pieds de long, 
avec une nageoire pectorale blanche, observée par Merle sur 
la côte du Kamschatka, et qu'il rapporte avec raison à la Ba- 
lœnoptera rostrata de Fabricius. 

Le Muséum de Paris a reçu du Japon un squelette qui a tous 
les caractères de cette espèce; il a deux ou trois vertèbres de 
plus que le nombre normal de 48, mais on trouve de sem- 
blables variations dans des squelettes d'Europe. 

Près de l'île Kerguelen, on a capturé une Balénoptère de 
30 pieds de long qui appartient sans doute à cette même espèce. 
On n'en a malheureusement rien conservé. 



1 H. Burmeister, Prelim. descript, ofanew species of Finner whaU (Ba- 
laenoplera bonaërensis). — Proceed. ZooL Soc, 1867, p. 707. — Annale* del 
Museo publico de Buenos-Aires, 1868. — Van Bekeden et Paul Gervais, 
Oiteographie des Cétacés, 



(39) 

La mer de nos antipodes nourrit également, à côté de Balé- 
noptères de grande taille, une petite espèce qui ne dépasse pas 
la nôtre en dimension; elle atteint à peine 30 pieds de longueur. 
En octobre 1873, écrit-on de la Nouvelle-Zélande, on a cap- 
turé une petite Balénoptère dont le squelette a été envoyé au 
British Muséum. En recevant la lettre d'envoi, le docteur Gray 
croyait d'abord, d'après les dimensions, que c'était un squelette 
de Neobalœna marginata *. Le squelette de cette Balénoptère est 
complet et ses fanons d'un jaune pâle (cream colour) sont con- 
servés. Il a 48 vertèbres, un sternum en croix latine, et les 
fanons semblable à ceux de notre espèce. Nous ne doutons pas 
que, si ce squelette avait été expédié du nord de l'Atlantique, 
personne n'aurait hésité à le désigner sous le nom de rostrata. 

Gray a publié le dessin que le professeur Hutton, conserva- 
teur du Muséum d'Iotago, lui a fait parvenir 2. 

M. James Hector fait mention de deux têtes, provenant de 
Cookstrait, et qui ressemblent, dit-il avec raison, à celle de la 
Balœnoptera rostrata. Il accorde 7 pieds de longueur à la man- 
dibule. 

Jul. von Haast fait également mention d'un jeune mâle, 
échoué on the Summer beach, le 7 février 1873; il a 23 pieds 
de long, et le Directeur du Musée de Canterbury n'hésite pas 
à le rapporter à la Balœnoptera rostrata d'Europe, tout en 
reconnaissant que c'est la Balœnoptera Huttoni de Gray. Il 
représente le sternum et un fanon 3. 

Nous trouvons dans nos notes : le squelette de la Balœnop- 
tera Huttoni, conservé au British Muséum, a la taille, le nom- 
bre de vertèbres et le sternum de notre Balœnojitera rostrata ; 
le sternum est en croix latine, mais un peu plus petit que 
celui de notre rostrata. Les fanons sont jaunes, avec une bande 



1 Eo mai 1874 Gray m'écrivait : c Le squelette de la petite Baleine de la 
Nouvelle-Hollande est arrivé. C'est une Balœnoptera voisine de la Balœnop- 
tera rostrata, mais bien distincte, et pas une Neobalœna. » 

« Gray, Ann. nat. hist., 1870, vol. V, p. 224; 1874, vol. XIII, p. 316, pi. XVJ. 

' Philosopliical Instituts of Canterbury, 30 décembre, 1880. 



(40) 

noire ù l'extérieur; les vertèbres sont au nombre de quarante- 
six ; sans doute les deux dernières manquent. 

Parmi les caisses tympaniques, rapportées par le Challenger 
et recueillies par la sonde au milieu du Pacifique, à quelques 
degrés au sud de l'équateur, le professeur Sir Turner en a 
trouvé qui se rapportent à la Balœnoptera rostraia *. 

En somme, la Balœnoptera rostrata a été observée en Europe 
sur les côtes du Groenland et du Spitzberg, d'Islande et de Nor- 
vège, de Suède, de Danemark, d'Allemagne, des Pays-Bas, de 
Belgique, de France, d'Ecosse, d'Angleterre, et enfin dans la 
Méditerranée et la Baltique. On l'a vue aussi dans la mer 
Blanche et dans la mer de Kara. 

En dehors de l'Europe, elle a été observée sur les côtes du 
Labrador et des États-Unis d'Amérique. Dans le Pacifique 
on l'a vue au détroit de Behring, sur les côtes du Kamschatka, 
dans les parages des îles Aléoutiennes, et elle est connue 
sous le nom de Balœnoptera Davidsonii sur les côtes de 
Californie. 

Dans l'hémisphère antarctique on reconnaît une petite Balé- 
noptère à 48 vertèbres, sur les côtes de la Plata, de Kerguelen 
et dans les eaux de la Nouvelle-Zélande. 

On ne connaît que deux parages où la petite Balénoptère 
apparaît périodiquement : ce sont le détroit de Davis et les 
Fiords de Bergen. De l'un comme de l'autre côté elle n appa- 
raît qu'en été. Où se trouve-t-elle pendant le restant de l'année? 

Pendant l'été de 4878, les naturalistes du Willem Barents 
ont fait quelques observations intéressantes sur les Cétacés. 
M. Sluyter rapporte que, au delà du 60 e degré de latitude, ils 
ne découvrirent plus de Marsouins, mais deux espèces de 
Dauphins, le D. (Sténo ?) rostralus et le D. (Tursiops) tursio. 
Le premier n'est pas abondant; l'autre vit par petites gammes, 
qui disparurent à la hauteur de l'île Jan Moyen. A Vile des Ours 
et à la côte de la Nouvelle-Zemble ils parurent de nouveau. Ils 

1 Turner, Report ofthe hones of Cttacea, The Zoologt of tue Voyage 
of H. M. S. Challenger, 1880. 



(41) 

ont vu une gamme d'une centaine de Béluga. Des Balœnoptera 
rostrata ont fait leur apparition dans ces parages pendant les 
mois d'été * . 

MUSÉES. 

La Balœnoptera rostrata est représentée dans le plus grand 
nombre de musées, soit par des squelettes complets, soit par 
des têtes ou des os isolés. 

On connaît aujourd'hui des squelettes de cet animal, prove- 
nant de la mer Blanche, des îles Loffbden, des côtes d'Islande 
et du Groenland, des côtes du Labrador et des Etats-Unis, de la 
côte de Norvège, de la Baltique, de la mer du Nord, de la 
Manche et du canal S'-Georges, des côtes de Bretagne, du golfe 
de Gascogne, de la Méditerranée et de l'Adriatique. 

La ville de Brème en a possédé le premier squelette, qui a été 
décrit par Albers; après lui, c'est le musée de Hunter, aujour- 
d'hui le Musée du Collège royal des chirurgiens à Londres, 
qui est entré en possession du second exemplaire. 

On en trouve des squelettes dans les villes suivantes : A 
Aberdeen (Ecosse), d'un animal qui a péri en 1870; à Amster- 
dam , d'un animal qui a échoué dans l'Y ; à Bergen (Norvège) 
il y en a plusieurs et le Musée en a fourni à divers autres éta- 
blissements; à Berlin, un squelette des Fiords de Bergen; à 
Bordeaux, un crâne d'un animal qui a échoué sur la côte de la 
Gironde ; à Bologne, un crâne d'un animal de l'Adriatique 
(1771); à Boulogne-sur-Mer ; à Brest; à Brème, le squelette dont 
nous venons de parler ; à Bruxelles, le squelette d'un animal 
pris dans l'Escaut, un autre de la côte du Jutland et un troisième 
du Cap-Nord ; à Breslau, le squelette de 23 pieds de l'animal 
échoué en 1825 à l'île de Hùgen (Baltique); à Buenos- Ayres, le 
squelette de l'animal capturé sur les côtes de la Plata ; à Cam- 



1 Sluyter, Verslag en Zoologische onderzoekingen gedaan gedurende 
ilen tocht van « de Willem Barents » in den zomer 4818, Ttdschrift van iiet 

AARDRYKSKU.NDIG GtKOOTSCHAP, 11° 5, 1879. 



(42) 

bridge (Musée de l'Université), la tète et une omoplate d'un 
animal qui a péri sur les côtes de l'île d'Islay en 1866, et un 
squelette complet; à Christiania, un squelette de 16 pieds, d'un 
animal capturé dans le Fiord de la ville; à Copenhague; à 
Edimbourg, une tête de grande taille, d'un animal échoué sur 
les côtes d'Ecosse ; à Florence, le squelette de l'individu cap- 
turé à Villefranche le 18 février 1878; à Gand, squelette 
d'une femelle capturée près d'Ostende le 10 juillet 1838; 
à Giessen ; à Gôthemburg ( Musée d'histoire naturelle) ; à 
Gôtingue; à Greifswald, des os, surtout un occipital, d'un ani- 
mal échoué en 1845, au mois de mars, près de la ville ; à Halle, 
squelette de 18 pieds d'un animal échoué en juillet 1824, à 
l'est du Jutland, provenant du Musée de Meckel ; au Havre, 
celui d'une jeune femelle capturée à Fecamp; à Hull; à 
Heidelberg; à Leide, un squelette des Fiords de Bergen; 
à Londres, au Musée Britannique (squelette du Groenland, de 
la collection de Brandt et un autre de la Tamise) *; au Musée du 
Collège royal des chirurgiens (squelettes de mâle adulte, de 
2o pieds, des côtes de Norfolk, 1862, et d'une jeune femelle du 
Doggersbank, de 16 pieds, de la collection de Hunter) ; à Lou- 
vain, squelette du Groenland et une tête séparée, d'origine 
inconnue, mais probablement de nos côtes ; à Liège, un sque- 
lette de grande taille provenant des Fiords des environs de 
Bergen ; à Lund (Suède) ; à Munich ; à New- York ; à Oxford ; à 
Paris, squelette des Fiords de Bergen, rapporté par Gaimard, et 
un autre d'un animal capturé à l'embouchure de la Seine et 
étudié par Gratiolet ; on y conserve un très bon moulage de 
la jeune femelle échouée à Fecamp en 188S ; à Rochefort, on 
conserve le squelette d'un mâle, qui a échoué le 26 août 183S 
dans la Charente ; à la Rochelle on trouve divers ossements, 
sans doute du mâle qui a échoué en août 1838 à Vergeroux ; à 
Rouen ; à Stockholm, Musée royal anatomique de Carolinska 
Institut; à Stuttgard (squelette des côtes du Labrador); à 
Upsala ; à Wurzbourg, squelette envoyé par les missionnaires ; 

1 From Brandt's collection, dit Gray, Catalogue..... 



(43) 

à Washington, Musée national, la tête de la Balœnoptera 
Davidsonii, de Scammon *. 

Il existe un grand nombre de fœtus de cette espèce dans 
divers musées d'Europe, et qui viennent sans doute tous de 
Bergen. Le Musée de cette dernière ville en possède sept. 

DESSINS. 

En 1675 a paru le dessin de la Balœna mysticetus et d'une 
Balœnoptera, par Martens de Hambourg. 

Sibbald, dans sa Phalainologia nova, a représenté des Balénop- 
tères avec leurs évents et les plis sous la gorge. 

Hans Egede en a aussi publié un dessin. 

A Greifswald, on conserve une peinture faite d'après un 
individu échoué à l'embouchure dû Weser, en mai 1699, et 
dont le squelette est conservé à la maison de ville de Brème; 
c'est cet animal que Cuvier a mentionné sous le nom déjeune 
Rorqual du Nord. 

John Hunter a publié une bonne figure de cette Balénoptère 
en 1787, d'après une femelle de 17 pieds, capturée au Doggers- 
bank. Lacépède en a publié un dessin qui lui a été envoyé par 
Sir Joseph Banks. 

Fred. Cuvier l'a reproduit sous le nom impropre de Rorqual 
Jubarte (pi. XX, fig. I) 2 . Ce dessin figure aussi dans le grand 
atlas de Goldfuss, sous le nom de Balœnoptera boops. 

Scoresby en publie également un dessin 3. 

Dans le New-York Muséum, de Kay, a figuré, pi. XXX, fig. 1, 
la Balénoptère qui a péri aux Orcades en 1808. 

Dans les actes de la Société Linnéenne de Bordeaux, nous en 
trouvons également un, d'après un individu échoué dans le 
golfe de Gascogne en août 1835. 

1 On a new species of Balœnoptera. Proceed of the Californ, Academt of 
sciencies Dot. IV, part. V, Jan. 1873; San Francisco, 1873, p. 269. 
* Fred. Cuvier, Hist.naL de Cétacés, pi. XX, fig. 1 . 
3 Scoresbt. An account of the arctic reg. t 1. 1, p. 485, pl.Xlil, fig. 2. 



(44) 

Rosenthal a également publié celui d'un mâle, qui a été 
reproduit par Brandt et Ratzeburg dans leur Zoologie médicale 
(pi. XV, fig. 4). 

Il existe encore un dessin à la Bibliothèque royale à 
Bruxelles, provenant de notre confrère le vicomte du Bus, 
d'après l'animal qui a été tué dans l'Escaut, au mois d'octobre 
1865, en amont d'Anvers. 

On vient de publier un dessin de l'individu péché en mer par 
Le Gaulois de Fécamp. 

Le professeur Hutton a publié, dans les Annals and Magazine 
of natural history (ser. 4, vol. XHI, pi. XVI), le dessin d'un 
animal de 16 pieds 2 ^ pouces capturé en octobre 1873 à la 
Nouvelle-Zélande. 

Le professeur Julius von Haast a figuré le sternum et un 
fanon dans les Tram. N. Z. Institute, vol. XIII, pi. III, fig. 1 
et 2. 

Eschricht a figuré un fœtus *. 

Fischer a publié un dessin assez grossier d'après un journal 
illustré qui représente l'animal échoué à S'-Jean-de-Luz. 

Sars a publié un dessin fait d'après un mâle de 14 */a pieds 
capturé près de Christiania en septembre 1878. 

Lesson a donné une bonne représentation de cette Balénop- 
tère mâle, échouée dans la Charente, le 26 août 1835. 

Le plus beau dessin est celui que P. Gervais a publié d'après 
une planche, faite d'après nature, en 1861, et qui est conservée 
dans les vélins du Muséum d'histoire naturelle de Paris. 

Le capitaine Scammon a reproduit un bon dessin (pi. VII, 
fig. 2), sous le nom de Balamoptera Davidsonii. 

C'est sans doute une Balénoptère de la même espèce, que 
Ànderson a figurée dans Yunnan expédition, pi. XLIV, et dans 
Anat. and Zoolog. Researches, London, 1878, sous le nom de 
Sittang Whale? 

On conserve à Paris, au Muséum, un modèle en plâtre d'après 
l'animal qui a échoué en février 1861 sur la côte de Bretagne. 

1 Eschricht, Nord IVallthiere, pi. VI et VU. 



(48) 



PARASITES. 

On a trouvé divers parasites, d'abord : 

Le Distoma goliath. Van Ben. *, qui habite le foie. Eschricht 
m'avait donné des exemplaires de ce Trématode, et plus tard 
j'en ai trouvé moi-même dans l'animal qui a péri dans l'Escaut, 
en novembre 1865. 

Ensuite le Filaria crassicauda, Creplin, qui vit dans le canal 
de l'urètre ou le corps caverneux. 

Enfin Y Ascaris angulivalvis ; Creplin l'a observé le premier; 
Koren en a remis trois exemplaires à Oscar Schinidt; Krabbe 
pense que c'est le même (Ascaris simplex) qui habite le Béluga, 
YHyperoodon, le Narval et le Lagenorhyncus albirostris 2. 

Il paraît que l'intestin renferme également YEchinorhyncus 
porrigens, Rud. Il a été vu déjà par plusieurs naturalistes. 

On a trouvé, à diverses reprises sur la peau, des Penella 
Balœnopterœ, sur lesquelles on a trouvé un Cirripède, le Cwi- 
choderma virgata. Cette Penella se loge surtout autour des 
organes sexuels. 

La Balœnoptera rostrata, capturée à Villefranche en 1878 et 
dont le squelette est conservé au Musée de Florence, héber- 
geait une Penella. 

On a trouvé entre la peau et les muscles de cette même 
Balénoptère, comme dans certains Dauphins, des parasites 
enkystés, dont la nature n'est pas bien déterminée. 



1 Bullet. de CAcad. royale de Befg., 2« série, t. V, 1858. 
* Bullet. Acad. roy. des se. danoise 1878. 



BAUENOPTERA BOREALIS. 



LITTERATURE. 

Rurfolphl, Einige anatomische Bemerkungen ùber Dalœna rostrata; 
Abhand. d. Kônigl. Akademie d. Wissenschaft. Berlin , 1820-1821. 

Leason, histoire naturelle générale et particulière des mammifères 
et des oiseaux (Cétacés). Paris, 1828. 

J. K. Cray, Zoology of thc Voyage of the Erebus and Terror, p. 20. 

w. LlHJenorg, Sveriges ocfi Norges Byygrodsdjur, Upsala, 1874. 

Van Bencdcn et Servals, Ostéographie des Cétacés, p. 198, 1870. 

G. Zarfdacli, Beschreibung eines Finnwales, Archiv fur xaturge- 
schichte, 1875. 

Paul Servais, Bemarques sur les Baie nid es des mers du Japon» 

Comptes rendus novembre 1875. Journal de zoologie, t. V, p. 1, 

1876. 



>, A , Scelet d, Breitkôpfiyen I-'innwals, Pterobalœna laticeps, 
Dautzig, Natuhf. Ces., 1876, 8°. 

P. Fischer, Sur une Balénoptère boréale, échouée à Biarritz en 1 874. 
Comptes rendus, 1^76. 



(48) 

W. Tu mer, A spécimen of Balœnoptera borealis, captured in the Firth 
of Forth. Journ. of an4t. and physiol., vol. XVI, april 1882. 

Flower, On a spécimen of Rudolphi's Rorqual ( Balenopt. borealis) 
lalely taken on the Essex coast. Proc. zool. Soc, nov. 20, 1885. 

Uultiberg, Sur r existence de la quatrième espèce du genre Balœnoptera 
dans les mers septentrionales de l'Europe. Bull. Acad. boy. d. sciences de 
Belgique, 1884. 

Gnldberg, La Nature, novembre 4885. 

Alffr. H. Coclta, Notes on the Finwhale fishery of the north European 
Coast. The Zoologist, vol. 9, p. 107, 1886. 



;Bal. borealis atgoole. Naturaliste, Londres, vol X; Zoolo- 
gist, vol. VIII. 

itobert Collet c, On the Externat Characters of RudolphCs Rorqual 
{Balœnoptera borealis), Proc. zool. Soc, march and april 1886. 



(49) 



HISTORIQUE. 

Cette espèce a été longtemps confondue avec les autres : sa 
petite taille, comparativement à celle du Musculus et du Sib- 
baldii, l'a généralement fait prendre pour un animal incom- 
plètement développé. Grâce aux recherches de M. Guldberg, 
faites sur les côtes de Finmark, cette espèce est établie aujour- 
d'hui sur des caractères aussi certains que les autres Balénop- 
tères. 

Cuvier, comparant le squelette décrit et figuré par Rudolphi 
avec celui de la Balénoptère de la Méditerranée, crut que ce 
squelette provenait d'un animal qui. fréquente seul la mer du 
Nord, et proposa de lui donner le nom de Rorqual du Nord, 
par opposition au Rorqual qui fréquente la Méditerranée. 

Lesson, dans son histoire naturelle des Cétacés (1828), admet 
les trois espèces de Cuvier, et donne le nom de Balœnoptera 
b&realis au Rorqual du Nord. 

C'est ce même animal que Gray proposa, dans le Voyage 
d'Erebus and terror, de désigner sous le nom de laticeps. Ce 
nom n'est pas heureux, puisque le rostre est moins large que 
celui des autres espèces ; mais Gray avait en vue les os nasaux 
qui, en effet, sont plus larges que dans la Balœnoptera physalus, 
c'est-à-dire du Musculus. On se figure naturellement que le 
mot laliceps s'applique à l'ensemble de la tête, et par consé- 
quent au rostre. 

Quelques années avant sa mort, V. Baer m'écrivait de Dorpat 
(14-26 juin 18C>9) : « Dans votre distribution géographique des Balé- 
noptères, je n'ai pas trouvé l'espèce qui est si commune au cap 
Nord et au nord de la mer Glaciale. J'ai rapporté moi-même à 
Saint-Pétersbourg une tête de cette Balénoptère h travers la 
Laponie. Je vais la faire dessiner et vous envoyer le dessin. 
Peut-être connaîtrez-vous l'espèce d'après le dessin ». 
Cette tête appartient sans aucun doute à l'espèce qui nous 
Tome XLI. 4 



(30) 

occupe; malheureusement je n'ai pas reçu le dessin que V. Baer 
me promettait, et je n'ai pu découvrir la tête au Musée de Saint- 
Pétersbourg. Il paraît que depuis longtemps l'espace faisait 
défaut dans le Musée de l'Académie, et les pièces de grande 
dimension recevaient difficilement une place convenable. C'est 
ainsi que le superbe squelette de Balœnoptera Sibbaldii, connu 
sous le nom de Baleine d'Ostende, dont un magnat avait fait 
cadeau à l'Académie, a été relégué au Jardin zoologique, où 
tout est exclusivement organisé pour l'amusement du public. 

En 1876, M, Menge a fait un travail sur le squelette d'une 
femelle échouée le 23 août 1874 dans la baie de Dantzig; il la 
désigne sous le nom spécifique de laticeps. M. Menge donne 
une description détaillée du squelette et accompagne sa notice 
de quatre photographies représentant fort bien le squelette. 

Le professeur Zaddach de Kônigsberg en a donné une 
description dans les Archives de Wiegmann, avec une figure 
de l'animal, vu de profil et vu en dessous; mais il ne partage 
pas l'avis de Menge, qui considère cet animal comme apparte- 
nant à l'espèce Borealis. 

A propos d'un animal capturé. dans le Firth of Forth, le 
professeur Sir Turner a publié, dans les Proc. roy. Soc< d'Edim- 
bourg (1881-82), un mémoire comprenant la partie historique 
complète. 

Le professeur Flower a communiqué a la Société zoologique 
de Londres (20 novembre 1883) des observations sur une Balœ- 
noptera borealis capturée en novembre 1883 dans Crouch-River 
(Essex) *. Le savant directeur du British Muséum a publié un 
dessin du sternum de cet animal, qui présente un haut intérêt. 
L'animal est encore jeune. Le squelette en est destiné au British 
Muséum. 

Une nouvelle capture d'un individu de cette même espèce a 
été faite, en septembre 1884, sur les côtes de Lincolnshire et, en 
décembre de la même année, un mâle a été pris aux Orcades. 

J. Muller avait attiré l'attention sur la bifidité de la première 

« 

1 Proc. ZooL Soc, novembre 1883. 



(M ) 

côte du squelette de Berlin, disposition à laquelle plus tard le. 
iy Gray avait attaché tant d'importance. On peut dire que danfl 
cette espèce la première côte a une tendance particulière à 
devenir double ; mais on ne peut pas faire un caractère spéci- 
fique de cette disposition anormale et en tout cas accidentelle. 
Nous avons montré que, dans plusieurs Cétacés, la côte de la 
septième cervicale correspond avec l'absence de l'apophyse 
transverse inférieure de cette vertèbre. Le professeur Sir Turner 
a publié une notice fort intéressante sur ce sujet *. 

MM. Chr. Aurivillius et C. Forsstrand sont allés, pendant 
Tété de 1877, étudier les Cétacés à l'établissement de M. Sven~ 
Foyn ; ils en ont rapporté beaucoup de matériaux. 

Celui qui a le plus contribué à nous faire connaître cette 
espèce, c'est M. Guldberg, conservateur au Musée zootomique 
de l'Université de Christiania. M. Guldberg a communiqué à 
l'Académie de Bruxelles, pendant son séjour à Liège pour y 
suivre les travaux du Laboratoire de zoologie, une notice, ren- 
fermant plusieurs observations précieuses qu'il a recueillies 
sur les côtes de Finmark, pendant les mois d'été de 1883. 

M. Guldberg croit que c'est seulement en 1878 que l'attention 
a été fixée sur la Balœnoptera borealis, et que les premiers 
travaux sur cette espèce n'ont été publiés qu'en 1881. Nous 
ferons remarquer que, déjà du vivant d'Eschricht, notre atten- 
tion a été fixée sur cette Balénoptère ; Eschricht m'avait cédé 
un squelette vers 1838, squelette que j'ai abandonné à mon tour 
à M. Du Bus, pour le Musée royal d'histoire naturelle de Bel- 
gique s. 

Tandis que la pèche au nord de la Norwège a principalement 
en vue la Balçmoptera Sibbaldii, elle s'est exercée en 1889 



• Cervical ribs, and the so-calUd bicipital ribs in man, in relation to 
corresponding structures in the Cetacea. Journal of An atout and Physiç- 
logy, vol. XVII. 

9 Nous avons fait mention, en 1868, de ce squelette, a cause de la curieuse 
conformation de sa première côte, Bullet. de CAcad. royale de Belg., 2« série, 
L XXVI, 1868. 



( 52) 

presque exclusivement sur la BcUœnoptera borealis. La B. Sib- 
baldii n'y a paru qu'en fort petit nombre cette année. On a cap- 
turé presque exclusivement des Borealis, et un établissementest 
aujourd'hui érigea Drammen, par la Christiania presaving C°, 
pour la préparation de la chair de cette espèce comme aliment*. 
On tire également partie des mandibules, dont on fait des 
aiguilles à tricoter. 

H. Robert Collett a publié, en 1886, un travail intéressant 
sur les caractères extérieurs de la Balœnoptera borealis, et 
a accompagné sa Notice de deux planches représentant le mâle 
et la femelle 2 . 

Après l'exposé des caractères extérieurs, R. Collett décrit 
sommairement les caractères distinctifs des quatre espèces de 
Balénoptères qui hantent le nord de l'Atlantique. 

Ce travail renferme des détails fort intéressants sur les carac- 
tères distinctifs propres à cette espèce ; il fait connaître ses 
parasites et ses commensaux, sa capture, ses habitudes, son 
âge adulte et fœtal, et même ses monstruosités. 

SYNONYMIE. 

Balœiioplcra borealis, Lesson. 
Balœim rosirai a, Rudolphi. 
Rorqual du Nord, Cuvicr. 
SibbalUiui laticcps, Gray. 

Lanyrôr ou Saaiwa/U^cichva^Scje^CadwhaU^ildehvat, îles pécheurs 
fiamarkois. 

CARACTÈRES. 

Les individus qui échouent atteignent communément de 30 
a 40 pieds ; cette dernière longueur est même rarement atteinte. 



* Les Chinois aiment la chair des Cétacés a fanons, et préfèrent la chair 
des Baleines véritables a celle des Balénoptères. 

* On thê Exlernal Char acier s of Rudolphi' s Rorqual (Balaenoptera borea- 
lis). Paoc. Zool. Soc, 1886, p. 243. 



(83) 

lies fanons sont noirs avec les barbes blanches et soyeuses. La 
nageoire dorsale est élevée, courbée et pointue. La nageoire 
pectorale est noire à sa face externe, blanche à sa face interne, 
pointue à son extrémité. 

En 1885, on a fait l'observation que les nombreux individus 
capturés sur les côtes de Finmark, ont les nageoires pectorales 
noires des deux côtés. 

Les flancs sont couverts de taches blanches (spolted with 
whité) et le dessous blanc [with a faint reddish linge). 

Si Ton tient compte de la taille, du nombre de vertèbres 
(55 ou 56), de la couleur des fanons, de la forme de l'atlas et 
des autres cervicales, on ne peut confondre cette espèce avec 
aucune autre Balénoptère. La Balœnoptera rostrata a quarante- 
huit vertèbres, les fanons jaunes, et ne dépasse guère 30 pieds; 
la Balœnoptera musculus a plus de 40 pieds et a toujours les 
fanons foncés avec des stries blanches, et près de soixante ver- 
tèbres. La Balœnoptera Sibbaldii a plus de 80 pieds, des fanons 
noirs et fort larges à la base. 

La Balœnoptera Schlegelii des îles de la Sonde, ainsi que la 
Balénoptère qui a été envoyée du Japon, ont si bien les caractères 
de notre Balœnoptera borealis, que MM. Flower, Turner et 
Paul Gervais ont été frappés tous les trois de cette ressem- 
blance. 

R. Collett donne la mesure en longueur de divers individus : 
les six individus qu'il a mesurés ont de 43 à 49 */ 2 pieds. Il 
signale môme un individu de la longueur de 52 pieds. 

Il donne de 35 à 37 pieds aux plus petits individus qu'il a 
vus pendant l'été 1885 sur les côtes de Finmark (14.7 mètres). 

Le squelette de Berlin n'indique qu'une longueur totale de 
31 à 32 pieds; celui de Leyde, de 32, comme le squelette du 
cap Nord, qui est à Bruxelles. Sars en a même vu aux Iles 
Loffoden dont la taille varie entre 20 et 30 pieds; mais ce sont 
déjeunes individus *. 

1 G. O. Sar?, Om individuelle variationer hos Rorhvalerne. Vidensh. Selsk. 
Forhandlinger for 1868. 



H. Flower a étudié le squelette de Leyde, et trouve une Ion* 
gueur de 29.7 pieds, en ne tenant pas compte de l'espace inter- 
vertébral. Il provient de Tanimal capturé au Moniken-Dam dans 
la Zuyderzée. 

La longueur moyenne des individus capturés pendant le mois 
de juin sur les côtes de Finmark en 1885, était de 45 pieds. 

Il faut conclure de cette différence détaille, ou qu'il y a deux 
races, quiprennent peut-être chacune une direction différente, 
ou, ce qui paraît plus probable, que les individus qui viennent 
se perdre dans la mer du Mord, sont tous jeunes. 

ORGANISATION. 

M. Collett a compté dans une femelle adulte, de chaque côté, 
le long de la mandibule, onze bulbes pileux avec des poils de 
10 millimètres, et derrière eux encore deux autres, ce qui 
fait vingt-six en tout. 

Dans un fœtus de 4 */ 2 mètre, il. existait de nombreux poils, 
mais très courts. Dans un autre fœtus de 2.50 mètres, les 
poils formaient trois rangs le long de la mandibule, la supé- 
rieure et l'inférieure comprenant trois poils, celle du milieu, 
onze, ensemble dix-sept poils de chaque côlé. 

A la mâchoire supérieure d'un fœtus, il n'y avait que sept 
poils placés sur un rang, les deux premiers plus éloignés l'un 
de l'autre que les suivants. 

Les fanons de l'animal dont le squelette est à Edimbourg et 
qui a 37 pieds de long, were black, striped ivith grey and white, 
andthe hairs prqjecting from the lower free border were greyisk 
white (Turner). 

M. Collett a publié des détails fort intéressants sur les fanons 
qu'il a observés sur les lieux de la capture de ces animaux. 

Les deux rangées de fanons s'unissent en avant sur la ligne 
médiane; Gaimard avait déjà figuré cette disposition. 

Les fanons sont noirs comme ceux de Sibbaldii, mais, en 
dedans et en avant, ils sont d'un jaune pâle. Les barbes sont 
extraordinairement fines et toutes blanches. La forme des 



( So) 

fanons, surtout des derniers, les rapproche de ceil\ des vraies 
Baleines par leur longueur et leur étroitesse à la base. A ne 
considérer que les fanons, cette espèce se trouverait entre 
les Baleines et les Balénoptères. 

Les fanons frais ont une couleur jaunâtre (horngelb), dit 
Zaddach, mais desséchés, ils sont en partie d'un gris bleuâtre 
et même noirs. 

Si nous passons en revue les os du squelette, nous remar- 
quons que cette espèce se distingue par la largeur des os 
nasaux; par l'os frontal, qui n'est pas plus large à sa base qu'au- 
dessus des orbites; par les vertèbres, qui sont proportionnel- 
lement petites et au nombre de cinquante-cinq ou cinquante- 
six; par les os en général, qui sont délicats et moins spongieux 
que dans les autres espèces; enfin par la première côte qui a, 
comme nous l'avons déjà dit, une tendance particulière à la 
bifidité. Cette observation, faite d'abord par J. Muller, a con- 
duit plus tard le docteur Gray à établir des subdivisions mul- 
tiples, tant parmi les Baleines que parmi les Balénoptères. 

La caisse tympanique a la plus grande ressemblance avec 
celle de la Balœnoptera musculus, en différant toutefois par sa 
forme aplatie et par ses extrémités pointues. 

L'individu dont parle Zaddach a la troisième vertèbre cervi- 
cale unie à la quatrième; ce n'est guère que dans la Balœnop- 
tera rostrata que l'on a vu jusqu'à présent ces coalescences. 

La réunion de certaines vertèbres cervicales a été observée 
également par Guldberg. Par cette tendance des cervicales à la 
soudure, comme par les fanons, celte Balénoptère se rapproche 
des vraies Baleines. 

Dans un squelette du Musée de Leyde, provenant d'un ani- 
mal échoué près du Moniken-Dam (Zuyderzée), et qui a été 
décrit par Schlegel, nous trouvons la colonne vertébrale divisée 
en : sept cervicales; treize dorsales; seize lombaires, et vingt 
caudales; en tout : cinquante-six. 

Nous avons trouvé, dans l'exemplaire qui est à Bruxelles, 
à droite, une côte supplémentaire, attachée par des parties 
molles à la première côte dorsale, et à gauche, une côte 



1 



(56) 

soudée. Le squelette provient d'un jeune animal i capturé sur 
les côtes de Finmark, et dont les ligaments étaient encore tous 
en place au moment de son arrivée à Louvain. 

La première côte est également bifide des deux côtés dans 
le squelette de Leyde, provenant du Moniken-Dam, et elle 
s'articule avec la dernière cervicale et la première dorsale. 

La Balcenoptera borealis, de la côte d'Essex (1883), a la pre- 
mière côte bifide des deux côtés, une partie articulée à la pre- 
mière dorsale, Fautre aux apophyses de la dernière cervicale. 

La bifidité de la première côte a été reconnue dans presque 
tous les individus, excepté dans celui qui a été décrit par le 
professeur Sir Turner [Journ. anat. etphysiol., avril 1882). 

Le squelette de Dantzig, décrit par Menge et par Zaddach, 
montre une petite côte rudimentaire de forme triangulaire. 

M. Flower a observé sur un Tursiops tursio deux côtes, 
chacune de 52 millimètres de long, articulées aux apophyses 
transverses de la septième cervicale. 

Nous connaissons aujourd'hui le sternum de quelques sque- 
lettes, ainsi que les dernières vertèbres, qui manquaient à celui 
dont nous avons donné la description dans notre ostéographie. 

Le sternum est élargi comme celui du Musctdus, mais 
l'atlas et le bassin ont des caractères particuliers et res- 
semblent beaucoup à l'atlas et au Bassin de la Balénoptère de 
Scheveningen, qui est au Musée royal de Bruxelles. 

Dans le squelette de Leyde, le sternum est plus large que 
long et affecte la forme d'un disque à contour irrégulier. 

M. Flower a publié une figure intéressante du sternum de 
l'animal qui a échoué en 1883 (Proc. de la Société zoologique 
de Londres). Il est petit, en partie cartilagineux, long de 
7 pouces et un peu moins large que long. La première côte de 
ce squelette est également biceps. 

Les deux os du bassin ne se ressemblent pas, dit Guldberg; 
celui de droite à m ,250 de largeur ; fautre est renversé en S et 
un peu tordu ; la largeur est de n, ,220. 

1 Bullet. de VAcad. roy. de Belg., *' série, l. XXVI, pi. I. 



(37) 

D'après le professeur Slru thers Je trapezoïde du carpe manque 
dans la Balœnoptera borealis, tandis qu'il existe dans la Balœ- 
nopterammculus *. 

On connaît quelques fœtus de cette espèce. En 1885, le 
.28 juin, on a trouvé une femelle pleine avec un fœtus de 
3 Va pieds anglais (Cocks). 

Le marquis de Wavrin a rapporté de Vadsô, en 1885, trois 
fœtus, un de l m ,96, un aulrè de l m ,87 et un troisième de l m ,27. 

M. Guldberg fait mention de quatorze fœtus, presque tous 
recueillis au mois de juillet ; ils ont de l m ,550 à 3 m ,034. 

Si l'on en juge par la taille des adultes, le Baleineau doit 
avoir 4 mètres en naissant. 

La taille moyenne de l'adulte complètement développé est, 
comme nous l'avons dit plus haut, de 15 mètres environ. 

MOEURS. 

En général cette espèce est rare et, dans les eaux visitées par 
les Balénoptères, on n'en trouve qu'en très petit nombre au 
milieu des autres. 

Dans les individus capturés sur les côtes de Finmark, on a 
trouvé l'estomac plein de Crustacés, comme celui de la grande 
espèce. 

Nous supposons qu il y a une erreur dans l'observation de 
l'individu qui aurait renfermé 600 gades (Dorsche). 

Il se nourrit, comme nous l'avons dit déjà, d'un Thysano- 
pode (Euphausia inermis); en 1885, M. Collett n'a trouvé dans 
l'estomac que le Copépode connu sous le nom de Calanus 
finmarchicus, Mull. 

La chair de cette espèce est si différente de celle des autres 
Balénoptères, dit M. Guldberg, qu'on la conserve pour la 
table; il y a une pêche particulière près du cap Nord d'où l'on 
expédie la chair sous forme de boudins. Les mandibules sont 
travaillées sur les lieux en aiguilles à tricoter, dit M. Cocks. 

1 Beport,Brùtsh Association, 1885, p. 1056. 



(58) 



DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. 

La Seichwal n'arrive qu'en juin sur les côtes de Finmark» 
Le meilleur moment de la pêche de cette espèce est du milieu 
de juin jusqu'à la première moitié de juillet (Guldberg). 

Plusieurs baleiniers assurent qu'habituellement elle dispa- 
raît quand les autres espèces se montrent. 

Le dernier individu de la saison exceptionnelle de 1885 a 
été tué le 28 août. Collett dit qu'on en a vu encore le 8 sep- 
tembre. 

D'après les observations recueillies sur les lieux de la pêche, 
cette Balénoptère fait ordinairement son apparition à la fin du 
mois de mai, à la distance de 10 à 15 lieues des côtes de 
Finmark, et n'entre dans les baies que pendant le mois de juin 
et de juillet. 

Son apparition correspond avec celle du Gadusviretis, ce qui 
lui a fait donner le nom de Seichval (Guldberg). 

Elle arrive périodiquement au cap Nord venant de l'ouest, 
et, jusqu'en 1885, elle n'avait guère dépassé le cap Nord. 
Cette année, les Balœnopkra Sibbaldii faisaient défaut, et 
les Balœiioptera borealis sont arrivées en grand nombre, 
continuant leur route jusqu'au Varanger-Fiord. 

Malmgren cite cette espèce sur les côtes ouest du Spitzberg 
et à la Nouvelle-Zemble; Brown ne croit pas à sa présence sur 
la côte ouest du Groenland. 

Elle fréquente aussi la mer Blanche. L'illustre V. Baer en a 
envoyé un squelette à S'-Pétersbourg. Dervon Baermitgebrachte 
Schâdel gehurt Balaenoptera Iaticeps zu> m'écrivait Brandt, le 
2 janvier 1872. 

M. True signale la présence de la Balœiioptera borealis, sous 
le nom de Iaticeps, sur les côtes des Etats-Unis d'Amérique. 

Le capitaine Scammon distingue trois Balénoptères dans le 
Pacifique, l'une sous le nom de Balœiioptera sulfureus, c'est 
notre grande espèce, la Balœnoptera Sibbaldii ; l'autre la Balœ- 



( 89) 

noptera velifera, est bien notre Musculus, et sous le même nom 
il réunit sans doute aussi la Borealis. 

La troisième espèce, à laquelle il donne le nom de Balœnop- 
tera Davidsonii est notre Rostrata. 

La Balœnoptera borealis est également représentée dans la 
mer du Japon. Le Muséum d'histoire naturelle de Paris en a 
reçu un squelette complet, accompagné de ses fanons. 

Le Musée de Leyde en a reçu un squelette des îles de la Sonde. 
Il a été rapporté à une espèce nouvelle sous le nom de Balœ-. 
noptera Schlegelii. 

M. Flower, en étudiant les Cétacés du Musée de Leyde, a par- 
faitement reconnu les affinités de cette nouvelle espèce avec la 
Balœnoptera borealis. Si ce n'était l'origine de ce squelette, je 
croirais avoir affaire à une Balœnoptera borealis, dit-il. Le pro- 
fesseur sir Turner fait remarquer t\ue les côtes de ce squelette 
des Iles de la Sonde correspondent à celles de la Balamoptera 
borealis. 

Paul Gervais avait reconnu également que le squelette du 
Muséum, provenant de la mer du Japon, ressemble beaucoup 
à celui de Leyde, connu sous le nom de Balœnoptera Schlegelii. 

Nous ne serions pas surpris de voir un des squelettes, envoyés 
de l'île Formose par le consul anglais, M. Swinhoe, rapporté 
également à cette espèce. 



Nous venons de voir que pendant longtemps la Balœnoptera 
borealis ne dépassait pas le cap Nord ; c'était donc ù l'ouest 
qu'on péchait principalement cette espèce. En 1885 c'est la 
Balœnoptera borealis qui a été le plus abondante sur toute la 
côte de Finmark. Les baleiniers prétendent que le Crustacé qui 
forme la pâture ordinaire des Sibbaldii faisait défaut cette 
année. En 1883 il y avait à l'Ouest cinq baleiniers qui n'ont 
guère capturé que des Balœnoptera borealis ; cette même année 
dix-neuf baleiniers ont capturé à l'est de ces mêmes parages 
406 Balénoptères de différentes espèces, dont 60 Megaptera, 



(60) 

90 Borealis, et le restant, moitié Balœnoptera Sibbaldii et moitié 
Balœnoptera musculus. Le nombre le plus élevé par bateau était 
de 40. 

Guldberg pense que la Borealis est plus méridionale que les 
autres espèces; nous pensons, au contraire, que les Balœnoptera 
musculus et rostrata sont les plus méridionales et que les deux 
autres sont au contraire les plus boréales. Les Balœnoptera 
musculus et rostrata sont les seules espèces que l'on ait vues 
jusqu'à présent dans la Méditerranée. 

Ce n'est qu'en 4878 que l'attention des baleiniers fut attirée 
sur cette espèce, dit Guldberg, et il pense que c'est en 1881 
que les premiers exemplaires furent péchés. 

Depuis 1882, on en a pris tous les ans à la station de Sôrvâr 
(70° */a N.-E.), près de Hammerfest. 

L'année 1884, sur 35 Balénoptères de différentes espèces, 
on a compté, d'après un relevé, 3, d'après un autre relevé, 
5 Borealis. 

En 1885 leur abondance a été telle qu'on en a capturé 750, 
pendant la campagne de l'année i ; pendant le mois de juin, 
on en a capturé jusqu'à 4 par jour. 

M. Guldberg nous apprend que, en 1886, il y a eu peu de 
Balœnoptera borealis, mais plus de Balœnoptera Sibbaldii que 
Tannée précédente. On a pris en tQut 932 Balénoptères et 
Mégaptères, la plupart des Balœnoptei'a musculus. 



On connaît plusieurs individus qui sont venus échouer sur 
les côtes des mers d'Europe : un des premiers dont les annales 
fassent mention, est celui qui est venu à la côte en 1811, dans 
la Zuyderzée, près de Moniken-Dam, et dont le squelette est 
conservé au Musée de Leyde. Van Breda en possédait le dessin» 



1 0. H. Coûts, The Finnwhah fishery of 18H5 on the Novth europtan 
coart. The Zoologist, april, 1886. 



(61 ) 

En 1816 un autre a pénétré également dans la Zuyderzée. 

Le 21 février 1819, une Balénoptère a échoué sur la côte du 
Holstein et son squelette est conservé au Musée de Berlin. 

Rudolphi a décrit ce squelette sous le titre : Einige anato- 
mische Bemerkungen ûber Baigna rostratà * . 

C'est cet animal que Cuvier a regardé ensuite comme Balé- 
noptère du Nord et auquel il a donné le nom de Rorqual du 
Nord, par opposition à la Balœnoplera musculus, qu'il croyait 
propre à la Méditerranée. C'est le type de la Balœnoptera 
borealis. Les individus qui se sont perdus n'ont guère plus de 
28 à 29 pieds de longueur, mais on compte au moins 54 ver- 
tèbres. 

C'était sans doute une Balœnoptera borealis qui est venue 
échouer près de Rugen en 1825, et que Rosenthal a nommée 
Rostratà species major. 

Le 5 avril 1826, les pêcheurs de Wyk-aan-Zee trouvèrent en 
mer, flottant à une lieue de la côte, le corps d'une Balénoptère 
femelle, dont Schlegel a donné une description, accompagnée 
de deux planches représentant ce Cétacé, vu par ses trois 
faces *. 

En 1840, un individu a été capturé à Charmouth, Dorsets- 
hire. Était-ce un Borealis ou un Musculus? Le squelette est 
perdu. 

En juin 1861, à l'ouest de Finmark, dans Altenfiord, un 
individu de 30 pieds a échoué ; son squelette est au Musée de 
Bergen. 

Entre Bidart et Biarritz (Basses-Pyrénées), un jeune mâle de 
7 à 8 mètres a échoué le 29 juillet 1874. Son squelette est con- 
servé au Musée de Bayonne 3. 

Près de Bergen, dans Skogsvaag, a échoué en juillet 1883 un 



1 Mém. de l'Acad. des sciences de Berlin, 18 ,0 / tl . 

• Schlegel, Verhandeling over eenen, in het jaar f82€ t aan de Noord- 
hollandsche kust gestranden vinvisch. 

1 Fischer, Comptes rendus de CAcad. des se, décembre 1876. — Revue 
scientifique, janvier 1877, p. 688. 



. (62) 

animal, apparemment de cette espèce, dont le squelette n'a pas 
été préparé *. 

Le professeur Sars fait mention d'une Balénoptère de cette 
espèce, ayant 30 pieds de long, et qui s'est fait capturer le 
15 juin 1863 aux îles Loffoden 2. 

Dans ces dernières années, trois individus ont été capturés 
sur les côtes d'Angleterre ; le premier dans le Firth of Forth 
en septembre 1872; son squelette est conservé au Musée anato- 
mique de l'Université d'Edimbourg. 

En novembre 1883 une autre capture est faite sur les côtes 
d'Essex; M. Flower en a fait part à la Société zoologique de 
Londres. Le squelette a été acheté pour le British Muséum 3. 

On vient devoir échouer au mois de septembre dernier (1884) 
un autre individu sur les côtes de Lincolnshire, et dont le 
squelette est destiné à un jtfusée d'Australie. 

En septembre 1884, on en a vu périr un à l'embouchure du 
Humber. 

Un mule de 36 pieds a été capturé en décembre, également 
en 1884, dans la baie de Widewall (Orcades). Le squelette a été 
exhibé à l'Association Britannique de 1886, à Aberdeen •*. 
- Le 23 août 1874 a péri, dans la baie de Dantzig, une Balé- 
noptère dont M. Menge a fait connaître le squelette. Du 17 au 
18 août on avait vu l'animal dans la baie; les trois derniers 
coups de lance, donnés dans les poumons, le foie et l'estomac, 
l'ont achevé. M. Menge a accompagné sa notice de quatre 
photographies, représentant le squelette complet et les divers 
os séparément. La longueur est de 34 pieds 10 pouces. Il reste 
aux yeux de quelques naturalistes, des doutes sur la nature 
de cette Balénoptère. 

• Nous trouvons aussi quelques exemples de captures faites de 
l'autre côté de l'Atlantique. Dans la baie de Mob Jack (Virginie), 

-' Lettre de Roren à Lilljeborg. 

* Fieskrivelse .... , p. 25. 

•* Proc.Zool.Soc., novembre 1883. 

* Report ofthe british Association, 1886, p. 1053. 



(63) 

en mai 1866, on a pris un Hysticète qu'on a désigné sous le nom 
de Sibbaldius tuberosus, et qui paraît appartenir à cette espèce. 
Je crois que les os en sont conservés au Musée de Philadel- 
phie. L'animal a été décrit par le professeur Taliaferro. M. Cope 
croit que ce Cétacé est une Balœnoptera de l'espèce qui nous 
occupe *. 

MUSÉES. 

Le squelette de cette espèce était encore excessivement rare, 
il y a quelques années ; il sera bientôt aussi répandu que celui 
de la petite espèce, grâce à la pêche des Balénoptères sur les 
côtes de Finmark et de leur extrême abondance pendant l'été 
de 1885. 

La tête de Balœnoptera, rapportée par v. Baer de la mer 
Blanche pour le musée de S l -Pétersbourg, appartient, d'après 
le D r Brandt, à la Balœnoptera borealis. 

Le Musée de l'Université de Berlin possède depuis long- 
temps le seul squelette connu, provenant de l'individu échoué 
en 1819 sur les côtes du Holstein et décrit par Rudolphi. 

Le Musée de Leyde possède le squelette de l'animal échoué 
à Moniken-Dam. On fait aussi mention d'un squelette au Musée 
de Leyde, provenant d'un jeune individu échoué dans la Zuyder- 
zée, vers 1816, et qui a été acheté par un marchand d'huile 
d'Amsterdam. Les deux apophyses transverses de l'axis ne sont 
pas jointes. La première côte est biceps. Les caractères de ce 
squelette ont été donnés par le professeur W. Flower *. 

Le Musée de Bergen possède deux squelettes, un des fies 
Loffoden, donné par le D r Daniellsen, l'autre d'un animal 
échoué dans le voisinage de Bergen, en juillet 1863. 

Le Musée royal de Bruxelles a fait l'acquisition d'un sque- 
lette préparé au cap Nord et que Eschricht nous avait cédé. 

* 

1 Proceed. ..... Acad., 1866, p. 8. 

1 Traduction du mémoire de Lilljeborg sur. les Célacés des côtes Scandi- 
naves. 



(64) 

Nous avons vu, au Mu6ée anatomique d'Edimbourg, des 
ossements fort intéressants d'un animal capturé dans le Firth 
of Forth. 

Le Musée du Collège royal des chirurgiens à Londres ren- 
ferme divers os d'un animal de taille ordinaire, provenant des 
côtes d'Angleterre; parmi eux nous avons remarqué une pre- 
mière côte bifurquée, fort large, du côté du sternum surtout, 
ainsi qu'un atlas et un axis provenant d'un animal bien 
adulte. 

Au British Muséum on conserve le squelette de l'animal qui 
a été capturé dans la rivière Crouch, en 1883 i . 

Si je suis bien informé, le squelette de l'animal capturé vers 
la môme époque, également sur les côtes est d'Angleterre, a 
été acheté pour un musée d'Australie. 

Le Musée de Leyde possède un squelette envoyé de Java et 
que M. Flower n'aurait pas hésité à rattacher à l'espèce qui 
nous occupe, s'il ne venait pas de ces parages. Il est connu 
sous le nom de Balœnoptera Sehlegelii. 

Le Muséum de Paris a reçu un squelette du Japon qui se 
rapproche, par tous les caractères tirés des os, de la Balœnop- 
tera qu'on a nommée Sehlegelii. Il a de 11 à 12 mètres de 
longueur, et la tête a la même dimension que celle de notre 
Balœnoptera borealis. 

Au Musée de Christania, M. Guldberg a déposé un fœtus de 
l*,3oS, dont il a donné la description dans les Bulletins de 
l'Académie de Bruxelles (janv. 1884). 

Le même Musée renferme un crâne, une omoplate, une 
troisième cervicale, les os du bassin, l'os tympanique. 

M. Guldberg est en possession des trois premières cervicales 
d'un animal très vieux, capturé près du cap Nord (Fu fjord). Ces 
trois vertèbres sont soudées par leur bord inférieur, tout en 
laissant un certain espace entre le corps des vertèbres. 

Nous trouvons un squelette complet au Musée de Dantzig 

* List of Ihe spécimens of Cetacea in the Zoologicul de part ment of the 
British Muséum. Londoo, 1885. 



( 68 ) 

dont le crâne est photographié. Il provient d'un animal échoué 
dans la Baltique. 

À Bayonne on trouve le squelette de l'animal capturé à 
Biarritz, en juillet 1874; il a été signalé par le D r Fischer *. 

M. Gerrard, à Londres, est, au moment de mettre cette page 
sous presse, en possession d'un squelette provenant d'un 
animal qui a échoué dans la Tamise, près de Tilbury, au mois 
d'octobre dernier (1887). 

Le Musée de Cherbourg est en possession de sept fenons 
d'un animal de cette espèce, que je croyais d'abord devoir rap- 
porter à la Balœnoptera Sibbaldii à cause de leur couleur 
noire luisante; je n'avais pas remarqué d'abord les barbes 
blanches. On ne connaît rien de positif sur leur origine. 
Peut-être ont ils été apportés par un des navires de l'État, 
qu'on envoie au Nord protéger la pêche d'Islande : la corvette 
La Recherche a été envoyée en 1834 à la recherche du brig 
La Lilloise. 

Plusieurs Musées du Nord ont des fanons de cette espèce; 
nous en avons à Louvain d'un jeune animal et d'un animal 
adulte que nous devons à M. Guldberg, et nous en possédions 
un depuis longtemps, qui nous avait été envoyé par le capi- 
taine Jouan. 

DESSINS. 

Cette espèce a été rarement représentée; nous en trouvons 
un dessin dans Brandt, Medicinische Zoologie (1837-1834), 
planche XV, figure 3, dessin qui a été exécuté par Von Mathiesen 
en 1819, à Hambourg, d'après l'animal échoué sur les côtes 
du Holstein; le squelette est au Musée de l'Université de 
Berlin. C'est la même Balénoptère qui a été décrite par 
Rudolphi et que Cuvier avait confondue avec les autres espèces 
sous le nom de Balénoptère du Nord. 

1 Comptes rendus, 27 décembre 4876, et Journal de Zoologie, vol. V, 
p. 463. 1876. 

Tome XLI. 5 



(66) 

Le professeur Van Breda possédait le dessin de l'animal qui 
a été capturé en 1811 dans la Zuider-Zee. Nous ne savons entre 
les mains de qui il se trouve aujourd'hui. 

Le D r Fischer a publié un croquis, fait par MM. de Folin et 
E. Moreau, d'un jeune mâle qui est venu à la côte, entre Bidart 
et Biarritz (Basses-Pyrénées), en 1874. 

Sars en a publié un dessin d'après un animal des îles 
Loffoden. 

Le D r Guldberg m'a montré un dessin fait grossièrement sur 
place au cap Nord ; il reproduit la forme du corps, mais sans 
la queue. 

R. Collett vient de publier un beau dessin du mâle et de la 
femelle encore en chair. 

L'individu échoué dernièrement dans la Tamise a été pho- 
tographié. 

Le squelette et la tête surtout ont été dessinés plusieurs fois. 
Nous trouvons d'abord l'un et l'autre dans le Mémoire de 
Rudolphi, et Cuvier n'a fait que reproduire le dessin de la tête, 
dans ses Recherches sur les ossements fossiles. 

Brandt et Ratzeburgont ensuite reproduit le dessin du sque- 
lette de cette espèce, comme plus tard Pander et d'Alton. 

La même tête avec la première côte ont été reproduites 
encore par Gray et plusieurs autres naturalistes. 

Nous avons inséré un dessin du squelette dans l'Ostéogra- 
phie que nous avons publiée avec la collaboration de Paul 
Gervais, planche X et XI, sous le nom de Balœnoptera latweps. 

PARASITES. 

Les fanons, surtout ceux du milieu, se couvrent de Crustacés 
Copépodes en prodigieuse quantité. On trouve d'un côté des 
jeunes en voie de développement, et de l'autre côté des adultes, 
parmi lesquels nous avons vu des femelles portant leurs œufs 
dans des ovisacs de forme ovale. Ce parasite ou, pour mieux 
dire, ce commensal, puisqu'il ne peut se nourrir aux dépens 



(67 ) 

de son hôte, a été décrit et figuré dans les Mémoires de l'Aca- 
démie de Stockholm (1879) sous, le nom de Balœnophyllus uni- 
setus, par M. Aurivillius. Nous l'avons trouvé en abondance 
sur des fanons que M. Guldberg a bien voulu nous donner. 

Ce même BaUmophyllus vit aussi sur les fanons de la Balœ- 
noptera Sibbaldii. 

M. R. Collett a trouvé dans l'intestin de tous les individus 
qu'il a ouverts, des milliers d'Échinorhynques, qu'il rapporte 
à deux espèces différentes : l'une à YEchinorhyneus porrigens, 
l'autre à une espèce voisine de YEchinorhyneus brevicollis, 
décrite par Malm en 1867. H. Collett suppose que ce dernier 
Échinorhyncus est nouveau, qu'il est introduit par une pâture 
que la Balénoptère prend dans une autre saison et probable- 
ment dans d'autres parages. M. R. Collett lui donne le nom 
de Echinorhyncus ruber; il publie une bonne figure de l'animal, 
de grandeur naturelle, et du rostre grossi. 

M. le marquis de Wavrin a arraché de la peau d'une Balœ- 
noptera fraîchement capturée sur la côte de Finmark, que 
nous supposons être la borealis, un parasite qui ne peut être 
qu'une Penella, d'après la description qu'il nous en a donnée. 



BAUENOPTERA MUSCULUS. 



LITTÉRATURE. 

▼an Beneden, Notice sur une Baleine prise près de l'ile Vlieland, et 
dont le squelette est monté au Jardin royal de zoologie d'envers. Bull et. 

DB L'A CAD. ROYALE DE BELGIQUE, t. XXIV, 1857. 



C&ervala, Sur la Baleine de la Méditerranée. Bullet. de l'Acad. 

ROYALE DE BELGIQUE, 2« série, t. XIV. 

D r Mûrie, On the anatomy of Physalus antiquorum. Procbbd. Zool. 
Soc, 4865, p. 306. 

W. H. Flower, Observations upon a Fin-whale( Physalus antiquorum, 
Gray) recently stranded in Pevensey Bay. Proc. Zool. Soc. of London, 
novembre 4865, 

G. a. Sara, Beskrivelse afen vtd Lofoten indbjœrget Rohrvnl Balce- 
noplera musculus. Sobrskilt aftrykt af Vid-Sblskabets Forhandlinger 
for 1865. 

Chev. Prof. v. Diorfo, // Cetaceo di S. marinella. Atti dell' Accadbmia 

PONTIFICA DBI NUOVI LINCBI, 4866. 

Malin, Omelt iZoologiska Rictomuseum Skelett af Balœnoptera mus- 
culus frân Finmarken. Ofvbrsigt af Kongl. Vetensk. Akad. FÔrhandl., 
4868. 

W. n. Plower, notes on four spécimens of thecommon Fin-Whale 
(Physalus antiquorum, Gray; Balœnoptera musculus, Auct.), stranded 
on the south coast of England. Proc. Zool. Soc. of London, december 
4869. 



(70) 

Doftmet-Adaaaon, Note sur le Rorqual* capluré aux environs de 
Palavas, le 23 septembre 4870. Ann. Soc. d'horticulture bt d'hist. mat. 
de l'Hérault, Montpellier, 4870. 

V«n Beneden, Mémoire sur une Balénoptère, capturée dans l'Escaut. 
Mém. Acao. royale de Belgique, 1871. 

Thoni. Dwlght, Description of the Balœnoptera musculos. Mem. on 
tbe Boston Society of natur. history, toI. II, part. II, n° 1 1, 4871. 

Frled. Braeadgam, Einige Zoologisch-Zoolomische Beitrâge zur 
Walthierkunde. Inaug. Dissertation, Berlin, 4874. 



i, Une nouvelle Balœnoptera rostrala dans la Méditer- 
ranée. Bulletin di l'Académie, t. VIII, 4884. 

Ytc» de I<a*e, Histoire de la Balœnoptera musculus, échouée sur la 
plage de Langrune. Archives de Zoologie expérimentale, 4886. 



(71 ) 



HISTORIQUE. 

La Balœnoptera musculus est la Balénoptère la plus com- 
mune : elle échoue sur les côtes d'Europe depuis la Laponie 
jusqu'au fond de la Méditerranée. Elle est aussi la plus 
anciennement connue : Aristote parle d'elle sous le nom de 
Mysticetus; il lui met dans la bouche des poils qui rappellent, 
dit-il, les soies du porc, ce qui ne peut s'appliquer qu'à un 
Cétacé à fanons. 

Pline cite les paroles d'Aristote et donne à l'animal le nom 
de Musculus, nom que cette espèce porte généralement aujour- 
d'hui. 

Dans son Systema naturœ, Linnë a réuni les observations 
faites sur ces animaux tant par les naturalistes que par les 
baleiniers et les voyageurs. Mais comme on ne possédait point 
de squelettes dans les Musées et que les descriptions laissaient 
beaucoup à désirer sous le rapport de l'exactitude, il n'est pas 
possible de dire si le naturaliste suédois a appliqué le nom de 
Musculus à l'espèce de Balénoptère qui nous occupe. D'ailleurs, 
si Linné s'était rendu au Groenland, il aurait eu de la peine à 
reconnaître lui-même les animaux auxquels il avait donné des 
noms. 

Un élève de Linné, Fabricius, a eu l'occasion d'étudier les 
Cétacés qui vivent sur les côtes de Groenland ; mais trop con- 
fiant dans la science de son maître, il a voulu se servir des 
noms linnéens pour désigner les animaux qu'il connaissait. Il 
en est résulté une certaine confusion, qui heureusement touche 
à son terme. On connaît aujourd'hui positivement les espèces 
que Fabricius a dû voir sur place ; mais on est loin d'être 
d'accord sur celles que Linné n'a connues que par des descrip- 
tions incomplètes et souvent erronées. 

Ce qui montre combien nos connaissances sur la structure 
des Cétacés étaient peu avancées, c'est que, en 1835, Vrolik 
disait, dans sa Notice sur l'anatomie d'une Balénoptère, « si on 



(72) 

examine attentivement les ouvrages antérieurs de HunUr, de 
Camper et de Cuvier, il ne peut y avoir de doute que tout notre 
savoir ne va guère plus loin que le squelette, le larynx, l'œil et 
f oreille. » Ce sont en effet les parties que Pierre Camper avait 
étudiées. 

Les naturalistes sont d'accord aujourd'hui pour conserver le 
nom de Musculus à l'espèce de Balénoptère qui atteint une 
longueur moyenne de (îO pieds, qui a les fanons d'un gris ver- 
dâtre, rayés de blanc, soixante-deux vertèbres, un sternum 
court et large en avant, et dont le fœtus à terme atteint le quart 
de la longueur de la mère. 

C'est le Cétacé à fanons qui pénètre le plus souvent dans la 
Méditerranée. 

Ce n'est que depuis peu que l'on connaît deux exemplaires 
de Balœnoptera rostrata, un de Balœna biscayensis et un de 
Megaptera boops, qui ont pénétré accidentellement dans cette 
mer intérieure, tandis que la Balœnoptera musculus y est assez 
fréquente, au point que Cuvier la croyait propre à la Méditer- 
ranée; aussi, pour le grand naturaliste du Muséum, c'était 
le Rorqual de la Méditerranée, tandis que les autres espèces 
n'étaient que des Ages différents du Rorqual de la mer du 
Nord. 

Nous l'avons déjà répété, toutes les Balénoptères qui pénè- 
trent dans les mers intérieures d'Europe sont propres à 
l'Atlantique, et nous pouvons même ajouter à l'Atlantique 
septentrionale. 

Il est vrai, on a capturé dans ces derniers temps un Musculus 
assez jeune (5™. 25) pour supposer qu'il est né dans la Médi- 
terranée; mais quand cela serait vrai, il n'est pas démontré 
que ce n'est pas une mère grosse, qui, approchant des côtes 
pour chercher une baie propice à la parturition, a pénétré 
accidentellement par. le détroit de Gibraltar et dont le balei- 
neau à peine né a été capturé. 

On a d'ailleurs capturé dans la Méditerranée d'autres femelles 
accompagnées de leur baleineau ou qui y ont mis bas. 
En 1883, on en a vu une avec son jeune, au Nord-Ouest du 



(73) 

eap de Creux, et le 3 septembre 4870 une femelle, presque à 
terme, a été capturée sur les côtes du département de l'Hérault. 

On cite encore la capture d'une autre femelle accompagnée 
d'un Baleineau de 6 mètres. 

Sur la plage de Monte-Rosso une femelle, en état de gestation, 
a été trouvée morte en 1878. 

La taille des deux baleineaux (5™. 25 et 6 m .) indique à peu 
près leur âge : le jeune musculus a tout au plus 5 mètres en 
venant au monde. 

Schlegel a publié différents mémoires sur les animaux qui 
nous occupent; pour le directeur du Musée de Leyde, il n'y 
avait qu'une Balénoptère pour tout l'hémisphère arctique, et la 
Megaptera du Japon passait pour la Balénoptère antarctique ; 
il n'y avait également pour lui qu'une seule espèce de Baleine 
dans chaque hémisphère. 

Lorsqu'en 1834, Paul Gaimard rapporta de son voyage en 
Islande quelques caisses tympaniques de Balénoptères, il ne 
nous fut pas difficile de reconnaître l'identité de ces os avec 
ceux de la Balénoptère qui fréquente la Méditerranée; confiant 
dans la science de Cuvier, le Rorqual s'étend, disions-nous, 
jusqu'en Islande, tandis qu'en réalité cette espèce est un 
animal boréal qui va se perdre quelquefois dans cette mer. 

Ce n'est pas moins Cuvier qui a établi la cétologie sur sa 
véritable base, en n'admettant que ce que les squelettes ou les 
crânes connus lui avaient appris; et, de son côté, Holbôll, 
gouverneur du Groenland, faisait des observations sur les 
Cétacés qui fréquentent ces côtes; il recueillait en même temps 
tout ce que les pêcheurs lui rapportaient, et envoyait à son 
ami Eschricht squelette, fœtus et toutes les parties qui pou- 
vaient être conservées. 11 existe, en dehors des Baleines, cinq 
espèces de Cétacés à fanons, disait Holbôll ; une est connue 
aujourd'hui sous le nom de Megaptera, et les quatre autres sont 
les Balénoptères des naturalistes actuels. Celle qui nous occupe 
était connue des pêcheurs sous le nom de Kqwrkarnak. 

Eschricht a mis à profit tous ces matériaux, et on peut dire 
que c'est lui qui a fondé la Cétologie des naturalistes. 



( 74) 

Le professeur 0. G. Sars, de son côté, a beaucoup contribué 
à étendre nos connaissances sur ces animaux; ayant passé 
plusieurs années aux Iles Loffoden, il a fait des observations 
intéressantes sur la Balœnoptera musculus, comme sur les 
autres espèces, et il a comparé avec soin les divers os de 
leurs squelettes. Son travail spécial sur la Balœnoptera musculus 
est accompagné de trois planches qui reproduisent fidèlement 
leurs caractères extérieurs. 

Le professeur de Christiania a publié ensuite, en 1868, une 
notice sur les variations des Balénoptères, une autre en 1874 
sur la Balœnoptera Sibbaldii, en 1878 une nouvelle sur les 
caractères des diverses espèces de ce genre. 

Le professeur Flower a beaucoup contribué à faire connaître 
l'espèce qui nous occupe, en publiant divers mémoires, parmi 
lesquels nous pouvons citer surtout celui qui a pour objet 
l'individu qui a péri dans la baie de Pevensay (Sussex) en 1865. 
C'était un mâle de 67 pieds de longueur, dont l'état de 
conservation laissait beaucoup à désirer. C'est dans ce cadavre 
que le directeur du British Muséum a reconnu la véritable 
composition du bassin des Balénoptères. Le savant directeur 
du British Muséum a eu l'occasion d'étudier également deux 
autres individus capturés, l'un à Margate, l'autre à Falmouth, et 
le superbe squelette conservé à l'Ile de Wight (Blac Gang Chine) 
provenant d'un animal échoué près de Ventnor. 

On a beaucoup écrit sur cette espèce, comme nous venons de 
le voir; on a donné des détails sur son organisation; on s'est 
occupé de ses caractères extérieurs, du nom qu'elle doit 
porter, des parages qu'elle fréquente, des lieux où des indi- 
vidus sont venus échouer; mais ce n'est que depuis la pêche 
des Balénoptères, organisée sur une grande échelle sur les 
côtes de Finmark, que Ton a commencé à la reconnaître défi- 
nitivement. 

Parmi les auteurs qui ont le plus contribué à éclaircir 
l'histoire de cette espèce, nous devons citer, par ordre de date, 
Knox, Schlegel, Vrolik, Eschricht, Flower, Sars, et, dans ces 
derniers temps, Yves Delage et Guldberg. 



( 75) 

SYNONYMIE. 

Cette Balénoptère a été désignée sous un grand nombre 
de noms, et il y a lieu d'espérer que le nom de Balœnoptera 
musculus lui restera. 

Nous croyons que la science n'a rien a gagner à former une 
liste complète de tous les synonymes ; il est préférable, pensons- 
nous, de faire un choix et de ne donner des synonymes que 
pour éviter la confusion. 

Mysticetus, Aristolc 

Musculus y Pline. 

Rorqual de la Méditerranée, CuviYr. 

Physalus antiquorum, Gray. 

Pterobalœna communis, Eschricht. 



Le Tunnolik ou Keporkarnak des Groënlandais. 

Le Sildreki des Islandais. 

Le Razorback des baleiniers américains. 

Le Finnfisch et Vinwall des baleiniers en général. 

Le Rohrval des Norvégiens. 

On l'appelle encore Lodde et Capelan Whale. 

La Balénoptère que James Hector fait connaître sous le nom 
de Phy sains australis, Gray, correspond parfaitement, d'après 
les fanons, à notre Balœnoplera musculus ; elle a aussi 60 pieds 
de long. Les vertèbres sont au nombre de 62, divisées en 7 cer- 
vicales, 15 dorsales, 15 lombaires et 25 caudales. 

La Balœnoptera Patachonica de Burmeister doit aussi être 
assimilée au Musculus. 

CABACTÈRES. 

La face inférieure du corps est blanche; les fanons sont d'un 
gris pâle verdâtre, souvent parcourus dans leur longueur par des 
stries blanches ; les vertèbres sont au nombre de 62 et les côtes 
de 15 paires ; le sternum est large en avant et terminé en pointe. 



(76) 

La nageoire dorsale est placée au-dessus de l'anus, vers les 
trois quarts de la longueur du corps * ; elle est assez grande. 

Le corps est mince et allongé comme s'il était appauvri, très 
comprimé au-devant de la nageoire caudale *, 

Il y a une sorte de pleuronectisme dans la Balœnoptera 
tnusculus, dit M. G. Pouchet3, en ce que la face du corps est 
souvent plus pâle d'un côté que de l'autre. Cette observation a 
d'abord été faite par Sars*; Guldberg s croit que cette cou- 
leur blanche d'un côté se trouve tantôt à droite, tantôt à 
gauche. 

Les fanons n'ont jamais cette couleur noire de la grande 
espèce, ni la couleur jaune de paille de la petite espèce ; ils sont 
généralement verdâtres et portent des stries; ils ont moins de 
valeur que ceux de la Balœnoptera Sibbaldii. Cependant ils 
n'ont pas toujours la même couleur : l'individu 'échoué à 
Palevas avait les fanons blancs, nuancés de vert, teinte qui 
passait même au noir sur le bord concave ou interne. 

La longueur moyenne de l'animal complètement adulte est 
d'environ 60 pieds. M. Guldberg leur donne de 60 à 70 pieds. 

Le professeur Sars pense de même que leur longueur peut 
atteindre jusqu'à 70 pieds, mais on peut se demander s'il n'y a 
pas confusion avec la B. Sibbaldii. 

La femelle est plus grande que le mâle» M. A. Cocks a 
mesuré à Vardô un mâle qui avait 64 pieds 6 pouces (anglais). 

M. Cocks a vu à Vardô, au mois d'avril, un fœtus de 1 pied 
41/2 pouces, et le 13 juin, à Eretiki, unautre de 4 pieds 6 pouces. 

Hais c'est surtout à Guldberg que nous devons des rensei- 
gnements intéressants sur la taille des femelles, sur les fœtus, 
et sur leurs mesures aux divers mois de l'été. 

1 Dans la Balœnoptera Sibbaldii, la nageoire dorsale esl placée sur les 
quatre cinquièmes de la longueur du corps et elle est encore plus élevée. 

* Cet animal esl si minoe, si allongé et si tranchant en arrière, que les 
marins Anglais Pont appelé Razorback. 

9 G. Pouchet, De Y asymétrie de la face chez les Cétodontes, Paris, 1880* 

4 Vidensk., FôrhandL, «880. 

6 Ballet, de VAcad. royale de Belgique, avril 1884. 



( 77 ) 

La plupart des mère» mesuraient de 65 à 68 pieds, et dépas- 
saient donc la moyenne que nous avons donnée. Les mères, 
pendant la gestation, sont recherchées par les baleiniers, à 
cause de la graisse qu'elles ont au cœur, au mésentère et aux 
reins. 

La mesure des fœtus, trouvés dans le sein de mères cap- 
turées depuis le mois de mars jusqu'en août, et observés 
pendant quatre ans, présente une certaine régularité. En 
mars, M. Guldberg a mesuré un fœtus qui avait 426 qMn ; en 
avril, quatre avaient de 300 à 787 mni , et un 2 m ,540; en 
mai cinq fœtus avaient de 328 à 975 nrai ; en juin, six avaient 
de 4,135 à 2,037; en juillet, quatre mesuraient de 4,700 
à 3,100; à la fin de juillet, deux jumeaux atteignaient chacun 
S mètres. 

On n'a pas capturé de Balénoptère à terme. 

Les nouveau-nés sont estimés à 6 mètres ou 48 pieds, et 
peut-être faut-il réduire cette taille à 46 pieds. 

M. Guldberg a vu également des baleineaux accompagnant 
leur mère : au mois d'avril, un avait de 48 à 49 pieds ; un 
second, 48 pieds; un troisième, 24 pieds, et, au commencement 
de mai, il en a vu un quatrième de 40 pieds. 

En 4883. à la fin de mai, les pêcheurs ont observé pendant 
deux à trois jours, à l'Est de Finmark, une gamme de balei- 
neaux, dans le Voranger-fiord, sous la conduite d'individus 
adultes : les plus jeunes avaient 20 pieds. En juin on a aperçu 
encore d'autres petites gammes de baleineaux, accompagnées 
d'individus adultes. 

Le 24 juillet 4883, une femelle, accompagnée de son balei- 
neau, y fut encore tuée ; ses mamelles contenaient plusieurs 
litres de lait. On n'a pas indiqué la taille du jeune. 



ORGANISATION. 

Il existe une poche du larynx comme dans la Balénoptère de 
Sibbald, et sans doute dans les diverses espèces du genre. Du 



(78) 

Hamel la connaissait : on m'a assuré, dit-il *, que les Baleines 
ont au-dessous du gosier un grand réservoir d'air, qui équivaut 
aux petites vessies à air. 

Cette poche a fait commettre bien des erreurs. Ainsi 
F. CuvierS, qui n'avait sans doute jamais vu de cadavre de 
Balénoptère, parle d'une vessie qui, après la mort, remonte 
dans la bouche de l'animal et force les mâchoires à s'écarter 
l'une de l'autre. 

W. Vrolik s'est trouvé en présence d'un cadavre de cette 
espèce sur les côtes de la Hollande et a confondu cette poche 
avec un intestin, qui va, d'après lui, du menton jusqu'à 
l'ombilic 3. Au lieu de se trouver dans la cavité abdominale, 
comme chez les autres mammifères, les intestins sont placés, 
dit-il, en dehors. On ne dira pas cependant que W. Vrolik, 
comme son père, nétait pas un véritable anatomiste. 

Pour expliquer la présence des sillons dans les Balénop- 
tères, Vrolik suppose qu'il sont en rapport avec la nécessité 
de dilatation de l'œsophage, quand l'animal avale de gros 
poissons, comme il a l'habitude de le faire, dit-il. — Jamais on 
n'a trouvé, que je sache, des restes de gros poissons dans 
l'estomac des Balénoptères; ce sont des poissons comme les 
harengs, les capelans ou les petites espèces de gades dont 
elles se nourrissent. 

Nous avons fait dessiner cette poche et ses rapports avec le 
larynx dans les Bulletins de l'Académie, 3° sér. t. II, 1881. Le 
professeur Sir Turner a fort bien représenté cette même poche 
en place dans un fœtus de Balœnoptera Sibbaldii. 

Le D r Ravin a publié quelques observations anatomiques sur 
les fanons d'un animal de 41 pieds de long, échoué en 1829 sur 
la côte du département de la Somme *. 

L'étude du fœtus a fait connaître que l'intestin grêle et le 



1 Traité des Pèches, vol. IV, p. 6. 

* Bist natur. Cétacés, p xv. 
3 Ann. Se. nat. f 1858. 

* Ann. Se. nat., 1836, p. 20G, pi. 1 1. 



(79) 

gros intestin sont séparés l'un de l'autre, et qu'il existe un 
cœcum peu développé. 

Le professeur Struthers a publié une notice intéressante sur 
quelques faits d'anatomie de cette espèce : il fait connaître 
avec soin la composition de la nageoire pectorale avec ses 
muscles fléchisseurs et extenseurs. Il décrit et figure en même 
temps le bassin, composé de l'os ischion et d'un rudiment de 
fémur avec des cartilages et des ligaments, le sternum et la 
manière dont il s'articule avec la première côte 1 . 

La découverte du fémur rudimen taire dans les Balénoptères 
à été faite en premier lieu par le professeur Flower 2. H paraît 
qu'il reste toujours rudimentaire dans cette espèce. 

Le squelette de l'individu échoué à Pevensey-Bay, en 1865, 
a une apophyse transverse inférieure fort courte à la sixième 
cervicale et une seizième côte supplémentaire. 

Le professeur Struthers a fait connaître également l'existence 
d'une petite côte supplémentaire dans un mâle de cette espèce. 

Nous avons publié la description du squelette dans l'Ostéo- 
graphie des Cétacés. 

Malm donne la description du squelette et la figure des prin- 
cipaux os, sauf la tète, d'après un squelette de Finmark. 

MOEURS. 

La Balénoptère qui nous occupe est ichtyophage; au Nord 
ce sont surtout les Loddes, Mallotus, c'est-à-dire, Osmerus 
arcticus qu'elle poursuit. 

Ce poisson apparaît surtout en abondance au printemps 
autour de l'Islande et au nord de la Norvvège. 

Des pêcheurs assurent en avoir trouvé jusqu'à huit cents dans 
un seul estomac de Balénoptère. 



* John Struthers, On some points in the anatomy of a great Fin-uahle 
(Balaenoptera musculus); on the cervical verlebrœ and their articulations. 
Journal of anatomy and physiology, vol VI, novembre 1871 et vol. VU, 1872. 

■ Proc. Zool. Soc. ofLondon, novembre 1865, p. 704. 



(80) 

» 

Sur les côtes d'Islande, d'Ecosse et de Norwège, ce sont 
surtout les bancs de harengs que cette Balénoptère accom- 
pagne. 

On cite encore parmi les animaux dont elle fait sa pâture : 
les Gades (Small cod, disent les pêcheurs) et au besoin des 
Schrimps. 

Les Balénoptères que Ton capture sur les côtes de Finmark 
ont toujours leur estomac plein, tandis que les individus 
échoués ont ordinairement l'estomac vide. J. Mûrie a trouvé 
dans un animal échoué des débris de Méduses et des restes 
d'Entomostraces *. On a trouvé aussi, dans le premier estomac, 
des algues qui avaient sans doute été avalées à défaut de proie. 

Cette espèce souffle très haut, comme le Slâtbak (Balcena 
biscayensis) , dit M. Halmgren; elle n'est pas farouche et 
approche des chaloupes en les côtoyant pendant des heures. 
C'est l'espèce la plus facile à observer. 

Elle est sans doute moins farouche parce qu'on ne la pour- 
suit guère. 

D'après Guldberg, la fécondation et la mise bas ont lieu en 
hiver; la gestation est de dix à douze mois; le jeune accom- 
pagne sa mère jusqu'à ce qu'il ait atteint la moitié de sa taille. 

PÈCHE. 

Les baleiniers qui allaient jadis à la pèche de la Baleine 
franche dédaignèrent souvent de harponner la Musculus. 

Fred. Martens aperçut en 1671, le 9 mai, une Baleine, à 
laquelle il aurait fait la chasse, dit-il, s'il n'avait pas aperçu sa 
nageoire dorsale. 

R. Brown la considère encore comme sans importance à 
cause du peu de lard et de la difficulté de la capturer. Il se 
rappelle que les baleiniers trouvant un jour un cadavre flot- 
tant, qu'ils avaient pris pour un Mysticetus, l'abandonnèrent 

1 Proc Zool. Soc., fur. 1865, p. 211. 



(81 ) 

aussitôt qu'ils aperçurent que c'était un Finfish; d'autres 
l'avaient également abandonné. Aujourd'hui on leur fait régu- 
lièrement la chasse ; avant fa découverte des bateaux à vapeur 
on ne pouvait y songer. 

Une Société anglo- américaine a organisé cette industrie 
dans les eaux d'Islande en 1868 ; elle a cessé ses opérations 
en 1867. 

C'est au commencement de 1870 que Svend- Foyn a com- 
mencé la chasse avec des steamers et des canons chargés de 
bombes-lances et de harpons. 

Il existe aujourd'hui une pêche de Balénoptères, régulière- 
ment organisée, sur les côtes de Finmark, et parmi les espèces 
que Ton capture, pendant Tété, figure la Balœnoptera musculus. 

La saison de cette pèche commence au mois de mai et finit 
au commencement d'août. 

Nous avons fait remarquer plus haut que c'est la Balœnop- 
tera musculus qui arrive la première dans ces parages, et la 
Balœnoptera Sihbaldii, la dernière. 

Le dernier animal capturé à Vardô en 1884 était une Muscu- 
lus ; le 22 août on en vit encore une à Eretiki ; le 24 août on 
captura la dernière à 30°30' 

M. A. Cocks n'a pas vu de Balénoptère dans la mer Blanche. 

En partant d'Arkhangelsk le 7 septembre, il a aperçu des 
Balœnoptera musculus à Gorodetsk Point. 

Après la Balœnoptera Sibbaldii c'est la Musculus qui est 
généralement la plus abondante sur la côte de Finmark, En 
1883 néamoins c'est la Borealis qui a été la plus commune dans 
ces parages. 

Les principales factoreries sont à Vardô, à Vadsô, à Bôle, et 
à Far-Fyord. 

Dans ces dix dernières années, on en a péché sur les côtes 
de Finmark, en 1878, quarante; en 1879 également, quarante; 
en 1880 et en 1881, cinquante ; (capitaine Sôrensen, Guldberg.) 
Depuis 1881, on en a tué tous les ans plusieurs centaines. 
En 1886 on a capturé au moins cinq à six cents individus. Le 
plus grand nombre ont été péchés aux mois d'avril et de mai. 
Tome XLL 6 



(82) 
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. 

• 

- La Balœnoptera musculus habite à l'est et à l'ouest du Groen- 
land, visite périodiquement l'Islande, les Loffoden, double le 
cap Nord, pénètre môme dans la mer de Kara; elle arrive 
régulièrement, avec d'autres espèces, dans ces parages aux mois 
de mai et de juin, et passe de nouveau le cap Nord au mois 
d'août ou de septembre, pour se rendre de l'autre côté de 
l'Atlantique ou à l'ouest du Groenland. 

Partout sur ce passage on a vu échouer, tantôt des mâles, 
tantôt des femelles, sans qu'on ait pu remarquer aucune pério- 
dicité dans leur apparition. 

En partant d'Arkhangelsk, M. A. Cocks a vu des Balœnoptera 
musculus à Gorodetsk Point, le 2 septembre, la dernière 
Megaptera boops le 16, la dernière Balœnoptera Sibbaldii le 18, 
à Eretiki. 

On en voit parfois se rendre au sud vers la mer du Nord, 
pénétrer dans le Kattegat ou bien entrer dans la Manche, 
longer les côtes ouest de France, les côtes d'Angleterre, 
d'Espagne et de Portugal, pénétrer même dans la Méditerranée 
et parcourir toute cette mer intérieure jusqu'au fond de 
l'Adriatique, sans dépasser toutefois le détroit des Dardanelles : 
elle ne pénètre jamais dans la mer Noire et bien rarement dans 
la Baltique. 

Il est probable que c'est la température de l'eau et la pâture 
qui déterminent ces animaux à se rendre, à l'approche de Pété, 
de l'ouest à l'est, et, en automne, en sens opposé. 

Les individus qui visitent nos parages ou qui se rendent dans 
la Méditerranée sont des animaux dévoyés ou blessés, ou 
affolés par la poursuite des harponneurs. 

L'animal qui est venu se perdre, il y a quelques années, à 
l'entrée de l'Escaut, avait reçu dans la nageoire pectorale une 
balle explosible qui lui avait fracturé complètement les os de 
l'avant-bras. 

En décembre 1870, un officier de garde d'une corvette de 
guerre (Prinz Frédéric Karl) dans la mer du Nord, crut aper- 



(83) 

cevoir la nuit une torpille; mais on découvrit ensuite que c'était 
un corps de Balénoptère commune, flottant à la surface 
de la mer. Le docteur Fr. Braeutigam a eu l'occasion d'étudier 
ce cadavre et en a fait le sujet d'une dissertation inaugurale. 

Nous avons publié un plan des côtes des mers d'Europe et 
marqué les lieux où des individus avaient échoué. Tout ce que 
l'on peut en tirer, c'est que des individus de cette espèce 
sont allés mourir à peu près sur toutes les côtes des mers 
d'Europe. 

La Balœnoptera musculus forme à peu près le quart des 
Balénoptères qui échouent dans les mers d'Europe. 

Nous voyons assez souvent des individus d'une quarantaine 
de pieds; ce sont sans doute de jeunes Balénoptères qui ont 
quitté leur mère depuis peu de temps; le plus grand nombre 
n'atteignent pas 60 pieds ; comme nous l'avons vu plus haut 
c'est à peu près la taille ordinaire de l'adulte. 

Nous pouvons faire remarquer qu'il n'y a guère, parmi les 
Balénoptères échouées, des individus véritablement adultes. 
On avait même soupçonné que dans cette espèce les épiphyses 
des vertèbres ne se soudaient pas complètement. 

Nous allons faire rénumération, par dates et par lieux, de 
quelques individus dont l'échouement a été signalé de manière 
à ne laisser aucun doute sur la détermination de l'espèce. 

Du Hamel, Bonnaterre et Lacépède parlent d'une vraie 
Baleine, qui fut jetée sur le littoral de la Corse, en 1620; à en 
juger par la taille considérable et le nombre de barils d'huile 
qu'elle a fournis, le D r Fischer pense que c'était la Balœnoptera 
musculus; la Balœnoptera Sibbaldii n'a jamais été vue dans la 
Méditerranée. 

En 1624, le 28 janvier, un individu est venu à la côte de 
S. Marinella, et, au mois de février suivant, un autre à S. Severa. 

En 1789, une Balénoptère de 60 pieds s'est perdue sur le 
littoral de la Méditerranée (sans indication de lieu). 

Le crâne du Muséum de Paris, dont parle Lacépède, pro- 
vient d'une femelle capturée à l'Ile Sainte-Marguerite, arron- 
dissement de Cannes (Var), en mars 1797 ou 1798. 



(84) 

En décembre 4827, un individu a péri sur les côtes de Corse. 
(Paul Gervais). 

Un autre individu a péri dans la Méditerranée, le 27 septembre 
1828, dans les environs de Saint-Cyprien ; il a été décrit par 
Gompanyo et plus tard par Farines et Carcassonne. Il avait 
15 m ,60. Son squelette est conservé au Musée Saint-Pierre, à 
Lyon. Il était mentionné d'abord sous le nom de Balœnoptera 
aragons. Le squelette n'a que 53 vertèbres, 7 cervicales, 14 dor- 
sales, 15 lombaires et 17 caudales. Il y en a donc 9 qui man- 
quent. 

En août 1829, il échoue à l'Escale, tout près du golfe de 
Aosas, un animal de 15 œ ,50 en pleine putréfaction ; la mâchoire 
inférieure a été conservée, dit M. Campanyo, qui la désigne sous 
le nom de Balœnoptera Jubarte * . 

La même année, dans le même golfe, une Balœnoptwa mu$- 
culus a échoué, dont le squelette est conservé au Musée de 
Madrid. Il n'est pas monté, m'écrit M. Mar. G. Graells. 

En 1833, un individu a été capturé à Civita-Vecchia. 

La même année, un autre individu de la même espèce a été 
capturé, dit P. Gervais, près de Saint-Tropez (Var). 

Le 21 mai 1840, une Balœnoptera musculus a été capturée 
dans une madrague à Thone, près de Saint-Tropez, à la suite 
d'un coup de vent de N.-O. 2 . 



1 Cohpakto, Histoire naturelle du Département des Pyrénées orientales, 
tome 111, |t. 81. 

* Nous lisons dans les Annales maritimes et coloniales, t. 1, 1840 : « Par le 
coup de vent de N.-O. du 21 mai, une Baleine s'est introduite dans les filets 
de Tune des madragues de Saint-Tropez (Var). Comme c'est la première fois 
qu'un Célacé de cette espèce a été pris dans notre golfe, et peut-être même 
dans la Méditerranée, du moins depuis plusieurs siècles, l'affluence des curieux 
de la- ville et des environs a été prodigieuse. Pendant quelques heures, nous 
avons été dans l'incertitude de savoir si c'était réellement une Baleine, attendu 
que quelques braves marins, habitués à ne voir que des Baleines franches, 
soutenaient que ça n'en était pas une; mais, après un mûr examen, il a été 
reconnu que c'était la Balœnoptera physalus, d'après la classification de Lacé- 
pède. » 



(83) 

Au Muséum à Paris se trouve un squelette d'un animal de 
14», qui a péri en 1847 sur les côtes de Saint-Vigor. 

Le 10 novembre 1854, un animal de 19 m ,40 a été pris à 
Bordigliera. Son squelette est conservé à Turin. 

Une femelle de 20 mètres, accompagnée de son Baleineau, 
a été capturée près de Port-Vendres, en 1889, après avoir 
essuyé plusieurs coups de feu. La mère avait 80 mètres, le 
petit 6. 

Un squelette, conservé à l'hôpital de Saint -Mandrier, à 
Toulon, provient d'un animal capturé en décembre 1860 
(Gervais). 

Gervais cite également une capture faite sur la côte de la 
Catalogne, en 1862 *. Nous pensons que c'est son squelette 
que nous avons vu à l'Université de Barcelone et au sujet duquel 
nous n'avons pu avoir aucun renseignement sur les lieux. 

Le 17 juin 1863, une femelle de 19 m ,80 a fait son apparition 
au nord-ouest du cap de Creux (au delà du département des 
Pyrénées-Orientales, côtes d'Espagne). Elle était accompagnée 
de son petit et, pendant plus d'un mois, elle est restée en vue 
de la côte. Elle a été capturée dans la suite et le corps a été 
remorqué à Llanza. 

En 1864, un animal a été capturé près de Cannes. Son 
squelette incomplet est conservé au Musée de Grenoble. 

Le 4 mars 1866, une femelle de 22 m est venue à la côte de 
Crvita-Vecchia. Le squelette est conservé à Rome (chev. v. 
Diorio). Il a, en tout, 58 vertèbres, 15 côtes, et les deux 
doigts externes ont cinq phalanges, les deux internes, six *. 

Le 23 septembre 1870, des pêcheurs de Thons des environs 
de Palavas, département de l'Hérault (Méditerranée), relevant 
leurs filets par le travers du Grau de Palavas, ne furent pas peu 
surpris de trouver dans un d'eux un Rorqual vivant du sexe 
femelle de 19 n ,40 de longueur. Amarré par la queue, il a été 



1 Gervais, Mém. Âcad. royale de Belgique. 

• Prof Virciuzo Dionio, // Cetaceo di S. Marinella, atti dell' àcademia 
port, dei Nuofi Lircei. Marzo, 1S66. 



(86) 

remorqué vivant dans le port de Cette, où l'on a pu s'assurer 
pendant plusieurs jours que les jets lancés par l'expiration sont 
formés d'air et d'eau pulvérisée. L'appareil est disposé comme 
un vaporisateur. 

C'était une femelle qui a mis bas un fœtus de 2 m ,25. Comme 
les Cétacés avortent facilement par la moindre commotion» 
cette fausse couche a été causée évidemment par la capture *• 

L'Illustration de Paris (1870, n° 1424) fait mention d'une 
Balénoptère prise à Marseille, aux environs du château d'If, 
26 mai 1870, et en publie un dessin. 

On fait mention d'un individu capturé en décembre 1872, à 
Solenzana (Corse). 

Un animal a échoué près d'Ajaccio, à la fin de l'année 1877 
ou 1878; son squelette est conservé. 

En octobre 1878, une Balœnoptera musculus a été trouvée 
morte sur la plage de Monte-Rosso, à une petite distance entre 
Spezzia et Levanto; c'était une femelle de 22 mètres de lon- 
gueur, en état de gestation. Le fœtus est conservé à Gènes. 

Dans les derniers jours de novembre 1884, une Balénoptère 
a été capturée dans le golfe de Cavalaire, quartier de Giova, 
près de S l -Tropez (département du Var) par les douaniers du 
poste de Cavalaire; ils l'ont tuée en mer, à une distance de 600 
à 700 mètres; une seule balle, qui a pénétré dans la tête, a suffi 
pour la tuer : c'est le jeune individu dont nous avons déjà 
parlé. Il n'y avait rien dans les intestins, et M. Beauregard 
soupçonne que c'est un jeune animal qui n'avait pas plus de 
vingt jours d'existence. L'animal a été dépecé et tout a été 
envoyé au Muséum à Paris. 

MM. Pouchet et Beauregard en ont fait connaître les parti- 
cularités de structure 2 . Nous en avions parlé dans les Bulle- 



1 Notice publiée à l'occasion de la réunion de l'Associa lion pour l'avance- 
ment des sciences. Doumet-Adansox, Ann. de la Soc. d horticulture et d'hist. 
nat. de r Hérault. 

* Pouchet, Acad. des sciences, séance du 2 février 1 885 (Revue scientifique, 
7 février 1883, p.188). Compte rendu, Société de Biologie, 1. 11, janvier 1885. 



(87) 

tins de l'Académie d'après des renseignements incomplets. Ce 
n'est pas la Balœnoptera rostrata, comme nous l'avions soup- 
çonné, puisqu'elle a soixante-deux vertèbres, mais une jeune 
Balœnoptera musculus, comme M. Beauregard Ta dit. 

Cornalia fait connaître onze cas d'échouements sur les côtes 
d'Italie, dont un dans l'Adriatique et un sur les côtes de Sar- 
daigne. 

On n a guère tenu note des nombreux échouements qui ont 
eu lieu sur la côte d'Espagne. On cite seulement une Balœnop- 
tera musculus, de grande taille, échouée au cap de Ras, entre 
Galère et Lianza, dont nous avons parlé plus haut. 

En 1811 une Balénoptère fut jetée à la côte près de Bayonne. 

Au Muséum à Paris on voit le squelette d'un jeune animal 
qui a péri, en 1823, devant l'embouchure de l'Adour, près de 
Bayonne. 

On a signalé plusieurs exemples sur les côtes ouest de la 
France. 

On en cite deux d'abord au XVII e siècle : le premier est une 
Balénoptère de 47 pieds, capturée ou échouée en 1680 près de 
la Rochelle; le second est un individu, dont on ne donne 
pas la taille, qui est venu à l'île Sainte-Anne le 5 octobre 1682. 

A Boulogne sont conservés des fragments de crâne d'un 
animal qui a péri, le 7 février 1812, à l'embouchure de la 
Somme; d'un autre qui a péri, en 1827, à la même embou- 
chure*. 

. L'année 1812 une femelle de 56 pieds est venue se perdre 
également sur les côtes ouest (Souty). 
. Le 16 août 1829, un mâle de 41 pieds a échoué prèsde Cayeux. 
Ravin en a fait mention dans les Annales des sciences naturelles, 
mai 1836. Le squelette est conservé à Rouen 2. Un dessin 
accompagne cette notice. 



1 G. Poqchkt, Des derniers échouements de Cétacés sur la côte française, 
Comptes rendus... 2 février 1885. 

* F. Ravin, Observations anatomiques sur tes fanons, A tin. Se. natur , 
mai 1886. 



(88) 

En janvier 1842, on a tu à Berg (Pas-de-Calais) un cadavre 
flottant en mer (Blainville et Gervais). 

En 1845, un individu a échoué sur la côte de Saint-Malo, et 
en 1847, un autre au Havre, dont la peau bourrée est conser- 
vée au Muséum de Paris. 

A Saint-Brieux nous avons vu un squelette de mâle de 
51 pieds, monté sous la direction de M. Nimier, 

Un animal de 13 mètres est capturé à Saint- Vigor, à l'em- 
bouchure de la Seine, en 1847 ; la même année un jeune, mais 
de grande taille, échoua à Barre-des-Monts (Vendée); une 
Balœnoptera musculus de 13 mètres de longueur a échoué près 
du Havre le 11 octobre 1852, sur la plage de l'Eure. La peau a 
été préparée et exposée au public. 

Le 10 février 1857, les pécheurs de Tréport ont trouvé, à 
l'entrée de la Manche, une Balénoptère de 60 pieds, en pleine 
putréfaction. 

Le D r Fischer parle d'un mâle de 7 à 8 mètres capturé en 
1874 sur les côtes de Bayonne. 

Le 6 janvier 1877, un individu de 15 mètres sans la tête est 
venu dans le golfe de Gascogne. Nous en faisons mention sans 
pouvoir assurer qu'il appartient à cette espèce. 

Le 10 février 1878, les pêcheurs de Dunkerque ont remorqué 
un mâle de 23 mètres,. dont le squelette est conservé à Lille, 
au Musée de l'Université catholique. 

Une femelle pleine, de 20 m ,80 de longueur, a été trouvée 
morte en mer, au large de l'île de Groix (à 12 miles sud -ouest), 
le 29 juillet 1879. Le fœtus avait l m ,20. Le squelette de la mère 
est au Musée de Bordeaux, celui du fœtus au Muséum à Paris. 

Le 21 décembre 1881, la mer a rejeté sur la côte de Porge, 
au nord du bassin d'Arcachon, un Cétacé de 15 m ,20 ; le bout 
du rostre avec les fanons sont conservés au Muséum à Paris. 
Les fanons ont, paraît-il, la couleur de ceux de Rostrata. 

Une femelle, à l'état de cadavre, a été amenée â l'île de Sein 
le 19 août 1881. Elle avait 14 mètres de longueur. Le corps 
flottait dans le Ras-de-Sefii. 

Une autre femelle, de 9 m ,50, a échoué à Seignasse, près du 



( «9 ) 

cap Breton (Landes), le 25 juin 1884. Le squelette est conservé 
au Muséum à Paris. 

Dans la nuit du 13 au 14 janvier 1885, un mâle est venu 
échouer sur la plage de Langrune. H. Yves Delage en a publié 
la description, dans les Archives de Lacaze-Duthiers. Le pro- 
fesseur de la Sorbonne a étudié avec beaucoup de soin la struc- 
ture et la formation des fanons *. 

Le corps de cette Balénoptère a été vendu. D'après une 
ordonnance de Colbert (1681), les poissons à lard, c'est-à-dire les 
Cétacés, doivent, dans certains cas, être vendus publiquement. 
On s'est conformé à cette ordonnance, ce qui a empêché de 
commencer la dissection le jour même de l'échouement. L'ani- 
mal a été mis aux enchères le 20 janvier; de la miss à prix de 
5 francs, on est monté à 1,101 francs, et il a été adjugé à la ville 
de Caen pour le Musée. Dans l'intérêt de la Caisse des gens de 
mer, on avait poussé jusqu'à 1,100 francs. 

L'observation rigoureuse de ce règlement pourrait avoir 
comme conséquence, dans le cas qu'une espèce rare vint 
échouer sur les côtes de France, qu'un Musée étranger pour- 
rait venir faire une concurrence aux naturalistes français et 
faire prendre à l'animal le chemin de l'étranger. 

L'Association française a accordé, en 1885, 1,900 francs à 
M. Yves Delage, pour subvenir aux frais de la reproduction 
héliographique des parties intéressantes de cette Balénoptère. 

Le 5 février 1885, une barque, montée par des pêcheurs de 
Gravelines, a rencontré, en face de Douvres, à une assez forte 
distance au large, le cadavre flottant d'une Balénoptère, qui a 
a été remorquée jusqu'à Ostende. C'est un mâle de Balœnoptera 
musculus, dont le squelette est aujourd'hui au pensionnat de 
Meile. Les journaux de la localité l'avaient désigné sous le nom 
de Cachalot. Le corps en chair a été exposé quelque temps au 
public. 

Nous pouvons citer plusieurs exemples d'échouements sur 
les côtes britanniques. 

1 Comptes rendus, 6 juillet 1883. Archivés de Zoologie expérimentale. 



(90) 

On en cite deux d'abord dans le Firth of Forth dans le 
XVII e siècle, l'un, le 17 septembre 1690, l'autre, en septembre 
également, en 1692; Sibbald en parle dans sa Phalainologia. 

Scoresby en cite un dans le Humber, en septembre 4750, 
et un en 1752, de 52 pieds, sur la côte de Berwickshire. 

Walker en cite un autre, le 10 juin 1761, de 48 pieds, 
dans le Firth of Forth. 

Sur les cotes de Cornouailles, on en cite un, le 18 juin 1797, 
de 70 pieds. 

Le 28 octobre 1808, une femelle, de 43 pieds, a échoué 
dans le Firth of Forth (Pat. Neill). 

En 1830, un animal de 63 pieds est venu à la côte à 
Brighton. 

Un autre, de 38 pieds seulement, a été capturé dans le canaL 
Saint-Georges; le corps a été remorqué à Liverpool. Son 
squelette est au British Muséum, à Londres. C'est de lui que 
Gray avait fait le genre Benedenia. 

En février 1840, une femelle de 41 pieds a péri sur les côtes 
de Yarmouth *. 

Sweeting fait mention d'un animal de 43 pieds, capturé sur 
les côtes d'Angleterre, à Charmouth, en 1840. 

En 1842, un individu très adulte a été capturé à l'île de 
Wight; son squelette est conservé dans l'île. 

Le 28 décembre 1850, une Balénoptère a été capturée à 
Margate ; son squelette est en partie à Londres et en partie 
à Cambridge. 

On mentionne aussi une femelle de 50 pieds qui est venue à 
la côte aux Oreades, en mars 1856 (Heddle). 

On possède à Londres un crâne d'une Balénoptère, capturée 
à Yarmouth, en 1857. 

Un mâle de 60 pieds s'est perdu dans la Tamise, en 1859; 
le squelette est conservé à Rosherville garden (Mûrie). 

Une Balœnoptera musculus, échouée en novembre 1865 sur 
la côte de Sussex, a été l'objet d'une notice fort importante 

1 Proc. Zool. Soc. 1840. 



(91 ) 

dans laquelle H. Flower décrit le squelette avec l'os du bassin 
et le rudiment de fémur i. 

En 1869, M. Flower communique des notes à la Société de 
Zoologie sur quatre Balénoptères de cette espèce, échouées sur 
les côtes sud de l'Angleterre. Il accompagne cette notice d'un 
dessin représentant un mâle de Balœnoptera muscvlus de 
61 pieds 2 . 

Une Balénoptère a échoué dans Pevensey-Bay, en 1865 3. 

Le 20 novembre 1869, un mâle a été trouvé mort dans la 
Blanche, près de Portsmouth. Le corps était en pleine putré- 
faction. Il avait 61 pieds de longueur *. 

Le 1 er mars 1873 et le 9 août suivant, on a trouvé sur les 
côtes de Happisburg (Norfolk), un animal mort (in the Lynn 
Roads), dit H. Southwell. 

En avril 1880, une femelle de forte taille a péri sur les côtes 
d'Ecosse (Baie de Forth). 

Une autre a été trouvée morte en mer le 30 août 1884 
(... floating in the sea off Bervic) s. 

Sur la côte de Kerry, une Balénoptère de 63 pieds a été cap- 
turée par les gardes des côtes. 

Un mâle de 50 pieds a échoué à Nairn (côtes d'Ecosse) en 
décembre 1884; son squelette a été exhibé en 1886, à l'Asso- 
ciation britannique à Aberdeen 6. 

Une femelle de Balœnoptera museulus est venue morte à la 
côte, le 15 janvier 1885, à Littleton PHI, sur la Severn; le 
corps a été acheté par un fabricant et le squelette a été préparé 
pour le Musée de Bristol 7 . 

Sous le nom de Common Rorqual, M. Blakwill signale une 

1 Proc. Zool. Soc., novembre 1865. 

* Proc. Zool. Soc., décembre 1869. 

* Floweb, Observations upon a Fin-Whale recently strandedin Pevensey- 
Bay. Pboc. Zool. Soc., novembre 1865. 

* Proc. Zool. Soc., décembre 1869. 

* Penny illustrât, paper , 30 aoùl 188-4. 

6 Report ofthe British association, 1886, p. 1055. 
1 The Zoologist, IX, p. 107. 



( 92 ) 

jeune Baiœnoptera musculus, de 47 pieds, qui a péri le 3 avril 
1887 à Skegness *. 

Les échouements sur les côtes de Belgique et des Pays-Bas 
sont assez fréquents. 

On cite un échouement dans l'Escaut, le 2 juillet 1577, d'une 
Balénoptère qui appartient probablement à cette espèce. On 
fait mention d'une autre de 42 pieds, qui aurait péri également 
dans l'Escaut, le 13 décembre 1603. 

Le 14 mai 1869, on a vu paraître à l'entrée de l'Escaut, vers 
le milieu de la nuit, un énorme Cétacé qui a jeté l'épouvante 
dans l'esprit de tous ceux qui l'ont aperçu. Un habitant des 
côtes lui a envoyé une balle, puis l'animal a disparu. On l'a 
trouvé, peu de temps après, échoué sur la plage dite Calloot, 
à Borselaer, près de Flessingue *. 

Le cadavre a été vendu publiquement et un industriel 
de Terneuzen l'a acheté par spéculation. Il a été exposé à 
Terneuzen ; le squelette est conservé au Musée de l'Université 
de Liège. 

Un individu non adulte, puisqu'il n'avait que 52 pieds, 
échoua, en 1595, à Zantvoort; un autre le 2 février 1598, à 
Bergey, entre Katwyk et Scheveningen (Clusius). 

En 1601 il en échoua un à Beverwyk et un en 1629 à 
Noortwyk. 

Le 18 novembre 1791, une femelle de 52 pieds est venue 
échouer à Katwyk-aan-Zee ; c'est la femelle que Blumenbach a 
décrite et figurée. 

Un squelette du Musée de Leide provient d'un animal cap- 
turé, en 1811, dans la Zuyderzee. Il a été préparé par Rein- 
wardt. 

Il y a eu encore une femelle perdue sur ces mêmes côtes, 
le 17 septembre 1835, et dont Vrolik a fait l'anatomie 3. 

1 The Zoologis t> mey, 1887. 

1 Van Beneden, Mémoire sur une Balénoptère capturée dans f Escaut 
en 4869. M*n. académ., 1871. 

3 Vrolik, Note sur Vanatomie d'une Balénoptère, 1835, échouée prés de 
Wyk-aao-Zee. Aicn. Se. wat., 1838. 



(93) 

En septembre 1836 et en septembre 1840 échouèrent deux 
femelles, la première de 51 pieds, la seconde de 65 pieds, 
toutes les deux à l'embouchure de la Meuse (Schlegel). 

En décembre 1841, un mâle de 40 pieds est venu à la côte 
à Katwyk-aan-Zee ; il a été acheté d'abord par un particulier 
de Scheveningen ; son squelette est conservé aujourd'hui à 
Leyde. Il a été étudié par Schlegel et Flower. 

Un autre mâle de 40 pieds est venu se perdre sur les mêmes 
côtes en 1844 (Schlegel). 

Un mâle, dont le squelette est au Jardin Zoologique 
d'Anvers, a échoué à l'île Ylieland, le 33 novembre 1851. 

En 1862, un individu de 50 pieds est venu à la côte à 
Wick. 

En mars 1866, une Balénoptère de cette espèce a été cap- 
turée au Nieuwen-Dam, et, en avril 1866, une autre de 47 pieds 
au Texel. 

En novembre 1866, une femelle de 47 pieds a été trouvée 
flottante en mer par les pécheurs de Scheveningen ; le sque- 
lette est au Musée de Bruxelles. 

Sur les côtes d'Allemagne, les échouements paraissent être 
moins nombreux. 

Une Balamoptera musculus de 60 pieds a échoué en janvier 
1721, pas loin de Brème; on l'a désignée sous le nom de 
Palmfisch. 

En décembre 1870, un cadavre flottait dans la mer du Nord 
et fut pris, comme nous l'avons dit plus haut, pour une 
torpille. 

Nous trouvons aussi quelques exemples d'échouements sur 
les côtes de Danemark, de Suède et Norwège. 
- Une femelle de 32 pieds est venue se perdre sur les côtes du 
Holsteîn en 1819. 

Le 21 septembre 1841 , un mâle de 61 pieds a été capturé 
sur les côtes de Nord-Zélande ; le squelette en est conservé 
à Copenhague. (Baers Bazar, 1874.) 

En 1836, un individu de grande taille a échoué sur les côtps 
clu Jutland; tout le squelette était ensablé quand on l'a décou- 



(94) 

vert. Son crâne seul est retiré. Il est à Louvain, grâce à 
Eschricht. 

Un autre individu, de 68 pieds, échoua sur les côtes de Nor- 
vège, en 1837 ; son squelette est à Christiania. 

Le 21 septembre 1841, un mâle pourri est venu échouer 
dans le Kattegat. 

Au printemps de 1846, un mâle de 62 pieds est capturé à 
Farsund. 

En novembre 1838, un mâle de 56 pieds périt sur la côte de 
Norvège; son squelette est au Musée de Bergen. 

En 1872 un autre a péri sur les côtes de Norvège ; le pro- 
fesseur Struthers en possède l'atlas et Taxis. 

En février 1867, on en a vu dans le Fiord de Christiania. 

On signale la présence de Balénoptères et de Mégaptères 
dans la Baltique, mais s'il faut en croire le professeur Mûnter, 
la Bafénoptère qui nous occupe ne pénètre pas, comme nous 
l'avons déjà dit, dans cette mer intérieure. En tous cas, elle y 
est rare. 

Nous sommes en droit de citer un animal de ce genre qui y 
a péri en août 1874, près de Dantzig. Le professeur Zaddag 
en a publié une description *. 11 suppose que cet animal a 
pénétré dans la Baltique à la poursuite des harengs; son 
estomac était plein de poissons. 

Il y a aussi quelques observations faites en mer sur cette 
espèce : le professeur Sars en a vu pendant tout Tété autour 
des îles Loffoden. 

M. A. H. Cocks raconte que, le 15 août, il a vu prendre à 
Vardô la dernière Balénoptère, un mâle de Balœnoptera 
musculus, de 64 pieds. 

Le 22 août, il a vu plus â l'est un Musculus et un Sibbaldii; 
après le 2 septembre il a aperçu à Eretiki le dernier Musculus 
de la saison, en même temps que la Bakenoptera Sibbaldii et 
la Megaptera boops. 

1 Zaddach, Beschrcibung einer Finwaler, Balœnoptera musculus. Erich- 
son's Archiv, 1875. 



( 95) 

En 1883, sur 406 Balénoptères capturées sur les côtes de 
Finmark, il y avait 90 Balœnoplera musculus. 

M. Brown fait mention de cette espèce dans sa faune des 
mammifères du Groenland ; il cite les endroits où elle stationne 
et indique les Gades (Cod) comme leur nourriture. 

Ce n'est pas seulement sur les côtes d'Europe que l'on voit 
de temps en temps échouer des Balénoptères qui ont les carac- 
tères de l'espèce qui nous occupe; divers auteurs en ont signalé 
à la Nouvelle-Angleterre; on en voit aussi sur les côtes est et 
ouest, tant de l'Amérique septentrionale que de l'Amérique 
méridionale. Le Musée de Stuttgard en a reçu une tête de la 
Guyane, et le Musée de Buénos^Ayres en possède des ossements 
provenant de la République Argentine. 

Burmeister * désigne sous le nom de Balœnopierapatachonica 
une Balénoptère des côtes du Brésil, qui correspond à notre 
Balœnoptera muscuhts. 

Le Muséum de Paris a reçu des squelettes incomplets de la 
côte de Patagonie : le sternum d'un de ces squelettes et les 
os naseaux sont semblables aux mêmes os de notre Musculus ; 
mais l'omoplate est beaucoup plus allongée que celle de notre 
espèce commune. — C'est bien l'omoplate la plus éloignée 
par sa forme de celle des Mysticètes ; les deux premières 
côtes sont toutes les deux franchement bifides. Les marins 
qui ont rapporté ces ossements prétendent que les Italiens ont 
séjourné dans ces parages avant eux et qu'ils ont emporté 
plusieurs os de ces squelettes 2. 

* Dans les Proc. ZooL Soc, feb. 1865, Burmeister publie une notice « On a 
^ew-Wbale » sous le nom de Balœnoplera patachonica. H reproduit un 
destin de l'atlas, axis, 4« et G* cervicales, côte omoplate et mandibule. 

* L'expédition de la Romanche a rapporté deux squelettes de Balénoptères; 
l'un d'un animal trouvé échoué au Neuw Yeor Sound, l'autre était abandon- 
né sur la plage ; le premier a été préparé avec soin à bord. Parmi les osse- 
ments nous avons vu au Muséum deux vertèbres de la région lombaire, qui ne 
semblent pas appartenir à ces deux squelettes. Il a été question de la mission 
scientifique au Cap Horn dans la Revue Scientifique, décembre 1853. 



(96) 

Nous croyons aussi reconnaître cette espèce parmi les Balé- 
noptères signalées par le capitaine Scammon, dans l'océan 
Pacifique. Cet habile baleinier y a distingué trois espèces de 
ce genre et on ne peut pas ne pas reconnaître leur ressem- 
blance avec les nôtres. 

Le British Muséum possède un squelette de l'île Formose 
qui a tous les aractères d'un Musculus. 

Cette espèce vit aussi dans la mer des Indes ; elle y est 
connue sous le nom de Balœnoptera Blythii ; elle ne semble pats 
y dépasser 60 pieds» 

M. Heuglin écrit du Caire, le 30 septembre 1851, qu'il a 
découvert une mandibule de Balœnoptera dans la mer rouge» 
— Dans l'archipel de Dahlak, dit-il, se trouve ce cétacé, qui se 
tient dans les profondeurs et qui se nourrit de poisson. — 
Quelquefois un poisson scie pénètre dans sa gueule et le blesse 
mortellement. Le cadavre est jeté sur la côte d'Âbyssinie. Les 
habitants ne le chassent pas, mais quand il y en a qui échouent, 
les habitants des côtes tirent parti de leur graisse. — La man- 
dibule a 13 pieds de longeur *. 

Dans l'océan Austral cette même espèce porte le nom de 
Balœnoptera antarctica. 

Parmi les Balénoptères d'Australie j'ai signalé : 1°, un 
animal de 67 pieds, possédant 62 vertèbres, un sternum de 
musculus, capturé le 20 avril 1881 à 5 milles de Christ- Church; 
le squelette ressemble si complètement dans toutes ses parti- 
cularités ostéologiques à celui de la Balœnoptera musculus, que 
ce serait extraordinaire si les deux n'appartenaient pas à la 
même espèe, dit Jul. von Haast *. 2°, un autre avec 64 vertè- 
bres, de New Brighton; ce doit être notre Sibbaldii; enfin 
3°, une autre forme dont le squelette est à Londres et qui a 
tous les caractères de la Balœnoptera rostrata. 



1 Sitzungsberichte der Malh.-Nalurw. Classe d. A*. AkademU d. Wis- 
sensch. 8 ,cr 1851. Ce Poisson-scie. Schwerd-fish, est sa us doute un Orque. 

1 Prof. Julius von Haast, Notes on a skeleton of Balœnoptera australe, 
Proc. Zool. Soc. 1883, p. 592. 



(97) 

Une Balœnoptera du sexe mâle, de 67 pieds de long, le côté 
et le dos of a thush-back tint, dont la colonne vertébrale est 
formée de 62 vertèbres, qui a 15 côtes, le sternum semblable 
à l'espèce commune d'Europe, ainsi que le bassin, capturée 
dans les eaux de la Nouvelle-Zélande, a tous les caractères 
de l'espèce qui nous occupe *. 

En résumé, au sud comme au nord de l'Atlantique, dans le 
Pacifique, dans l'océan Austral comme dans la mer des Indes, 
on signale plusieurs Balénoptères, différant entre elles de taille, 
et parmi lesquelles il n'est pas difficile de reconnaître une 
espèce qui correspond parfaitement à notre Balœnoptera 
musculus. 

La Balœnoptera borealis n'a été reconnue définitivement en 
Europe que dans ces derniers temps. Partout ailleurs, comme 
en Europe, il parait que c'est aussi la plus rare des quatre, 
et, par conséquent, la dernière à être reconnue. 

MUSÉES. 

C'est l'espèce dont le squelette est le plus commun dans les 
Musées. Un des plus beaux, par son développement complet, 
est celui du Musée de Stockholm, provenant d'un animal 
capturé sur les côtes de Finmark; celui de l'Ile de Wight 
(Black Ging Chine), échoué au nord de cette Ile, est fort inté- 
ressant aussi par son état adulte. 

Nous allons énumérer, par ordre alphabétique, les villes où 
l'on conserve des squelettes ou des os séparés. 

A Aalesund (Norvège), on possède un atlas, un axis , une 
omoplate, un radius et un maxillaire inférieur d'un animal 
échoué sur ces côtes en 1872. 

A Aberdeen, on voit le squelette d'un mâle de 68 pieds, 
capturé, en juin 1869, près de Wick (Caithnesshire); il appar- 

1 Parker, T. Seffert, Notes on a skeleton and Daleen of aFin-Whale 
(Balseooptera mascalus), recently acquired by ihe Olago University Muséum. 
New Zealand Journ. Se, vol. II, n* 7, p. 351. 

Tome XLI. 7 



- • *<.*• * *. * * 

O * «, * • .» # - 



(98) 

tient à la collection du professeur Struthers; puisqu'il a plus 
que la taille moyenne de l'espèce, on ne peut pas dire qu'il pro- 
vient d'un jeune animal. 

Le Jardin royal de Zoologie d'Anvers possède le squelette 
complet d'un animal échoué à l'île Vlieland (23 novembre 
4881). 

A Barcelone, au Musée de l'Université, on conserve le 
squelette de l'animal échoué le 11 juin 1863, à l'est de la ville* 
Au cabinet d'histoire naturelle de l'Académie des sciences 
et arts de la même ville, existent les restes d'un animal très 
jeune, qui a péri en juillet 1835 à la plage de la Barcelonet 
(M. P. Graells). 

A Bergen, on conserve plusieurs squelettes complets d'indi- 
vidus échoués dans les fiords des environs. 

A Berlin, le Musée anatomique de l'Université possède un 
squelette complet des côtes de Norvège ; un autre, provenant 
d'un mâle de 43 pieds, échoué à l'embouchure de l'Elbe en 
novembre 1824. Un troisième d'une femelle trouvée morte en 
mer, en décembre 1870, et qui avait été prise d'abord pour 
une torpille. 

Au Musée de Bristol se trouve le squelette d'une femelle qui 
a échoué dans la Savern, en janvier 1885. 

A Bordeaux, on conserve le squelette d'une autre femelle 
de 20", 80, qui a été capturée au large de l'île de Groix, 
le 17 juillet 1879. Cette femelle portait un fœtus de l m ,20, qui 
est conservé au Muséum, à Paris. 

A Bologne, on possède un squelette non monté. 

A Boulogne-sur-Mer, on voit, au Musée, des ossements 
séparés qui ont été trouvés dans les fondations du bassin 
du Chatillon. 

A Saint-Brieuc (France) on conserve un squelette d'un ani- 
mal d'une quarantaine de pieds, qui a été capturé dans la baie 
de ce nom. 

Le Musée royal de Bruxelles possède le squelette d'une 
jeune Balénoptère qui est venue à la côte, à Scheveningen, en 
avril 1860. 



-• •• 



•■ • 



: : • 
• ••• 






(99) 

A Buenos-Ayres, on conserve le squelette d'un animal 
recueilli à 10 milles de cette ville, le 3 février 1867. 

Le 14 janvier 1885, un mâle de 18 m ,85 a péri sur les côtes 
du Calvados, à Luc-sur-Mer, dont le squelette est conservé au 
Musée de Caen. 

A Cadix on possède un squelette monté. 

Le Musée de l'Université de Cambridge renferme le squelette 
d'un mâle de 67 pieds, qui est venu à la côte dans la Manche, 
à Pevensay-Bay, en 1865; la moitié d'un autre squelette, dont 
le restant est au Collège royal des chirurgiens, à Londres, 
et une tête avec ossements divers provenant de Margate. 

A Calcutta, au Musée de la Société asiatique, on conserve 
également un squelette qui a tous les caractères de cette 
espèce. 

A Christ-Church, Canterbury Muséum (Nouvelle-Zélande), 
on possède un squelette complet. 

A Christiania, on voit, au Musée anatomiqua, des ossements 
de trois ou quatre individus différents. Un de ces squelettes 
provient d'un animal capturé dans Christiania-Fiord , en 
février 1867. 

Au Musée de l'Université de Copenhague, il y a un squelette 
complet d'un mâle de 65 pieds, qui a été capturé, le SI sep- 
tembre 1841, à Nord-Zeland. 

Dantzig possède le squelette d'une femelle prise en 1874 
près de la ville, et ddnt Zaddach a donné une description. 

Un squelette complet avec bassin, étudié par le D r Knox, 
en 1831, se trouve au Musée d'Edimbourg. Il a été longtemps 
exposé au Jardin Zoologique. Plusieurs caisses tympaniques, 
recueillies dans l'argile, à Stirling, sont conservées dans le 
même Musée par les soins du professeur Sir Turner. 

A Gènes se trouve le fœtus d'une femelle qui a échoué 
entre la Spezzia et Levanto. 

A Gloucester, on conserve le squelette d'une Balénoptère, 
capturée près de la côte, le 15 octobre 1870. 

Gotbenbourg possède un squelette complet provenant de la 
côte de Finmark. 



■f •> - t w 



( 100 ) 

Le Musée de Grenoble renferme le crâne et quelques 
vertèbres d'une Balénoptère échouée près de Cannes le 
14 avril 1864. 

Au Musée du Havre, on voit un squelette de femelle pro- 
venant d'un animal capturé en 1885 par les pécheurs de 
Fécamp. 

Le Musée de l'Université de Kiel possède aussi un sque- 
lette. 

Le Musée royal de Leyde possède une tête et des squelettes 
d'individus échoués sur les côtes des Pays-Bas. 

A Leeuwaerden (Friesland) on voit, au cabinet provincial, 
des vertèbres et divers os recueillis dans l'alluvium. 

Liège possède, au Musée de l'Université, le squelette d'un 
jeune animal échoué à l'embouchure de l'Escaut, en mai 1869, 
et un autre fort adulte des côtes de Norvège. 

A Lille on conserve, au Musée de la Faculté catholique, le 
squelette d'un mâle de 23 mètres, trouvé en mer par les 
pécheurs de Dunkerque en février 1878. 

A Londres, au Collège royal des chirurgiens, on conserve 
la tête d'un individu qui est venu à la côte à Yarmouth en 
1887 ; on y conserve en outre un demi-squelette dont l'autre 
moitié est à Cambridge. 

Au British Muséum on voit le squelette d'un jeune animal 
qui a péri dans le canal Saint-Georges en 1846; un autre 
squelette, d'un animal remorqué à Plymouth en 1831. On y 
conserve aussi plusieurs caisses tympaniques et des vertèbres 
cervicales séparées. 

A Londres encore, a été exposé à Alexandra Park le (sque- 
lette d'un animal qui a été capturé en 1863 près de Falmouth ; 
au Rosherville garden, on possédait le squelette d'un mâle, de 
60 pieds, qui a péri en mai 1859 à Gravesend. 

Nous possédons au Musée de l'Université de Louvain la tête 
d'un animal, estimé à 70 pieds, qui a échoué en 1863 sur 
les côtes du Jutland et dont le restant du squelette est resté 
enseveli. 

On conserve à Lyon, au Musée d'histoire naturelle, le sque- 



*• •: ••• ••• • 

• • • l ••* \ 



( 101 ) 

lette très adulte de la Balénoptère qui a été capturée à Saint- 
Cyprien le 27 novembre 1828 i, et un autre, provenant 
d'Ajaccio, d'un animal capturé à la fin de 1877 ou au com- 
mencement de 1878 ; le premier a été exposé à Barcelone par 
M. Companyo, m'écrit M. P. Graells. Il a 60 vertèbres ; c'est 
le premier squelette de Balénide que le sénateur de Madrid 
ait vu. 

Le Musée de Madrid possède le squelette, non monté, d'un 
animal échoué le 28 juin 1832 sur la plage du port de l'Escala, 
Golfe de Rosas. 

Au Musée de la ville de Marseille, on conserve un squelette 
dépareillé qui a été longtemps exposé au Jardin Zoologique. 
On y voit, en outre, des os provenant au moins de quatre 
individus différents. 

A Melle, près de Gand, on possède le squelette de l'animal 
rencontré en face de Douvres, le 5 février 1885. Il a été exposé 
à Ostende où les pêcheurs avaient conduit le corps. 

A Milan on conserve au Musée un squelette qui n'est pas 
monté. 

A Munich, on conserve au Musée la tête d'un animal capturé 
en 1831 dans l'Adriatique, près d'Ancone, et divers ossements 
séparés. 

A Paris, il existe au Muséum la tête de l'animal échoué 
en 1797 à l'île Sainte-Marguerite, en face de la ville de Cannes ; 
le squelette provenant d'un animal capturé à l'embouchure de 
l'Adour en 1823; un autre, d'un exemplaire échoué en 1827, 
à l'embouchure de la Somme ; un troisième, d'un individu 
échoué en 1847 à l'embouchure de la Seine, et un squelette 
d'origine inconnue. Il s'y trouve en outre des os séparés, 
parmi lesquels ceux d'un animal qui a échoué le 21 décem- 
bre 1881 dans le voisinage d'Arcachon. Le squelette de la 
jeune femelle (S œ ,30) qui a été capturée dans la Méditerranée, 
dans le golfe de Cavalaire, le 28 novembre 1884, y est égale- 
ment conservé. 

4 Companyo, Histoire naturelle du Dép. des Pyrénées-Orientales, t. III, p. 81. 



( 102 ) 

Au Muséum à Paris, on conserve également un beau sque- 
lette des côtes de Patagonie, et une tête de Balœnoptera reçue 
du Japon ; cette dernière a tous les caractères de notre Balé- 
noptère ordinaire. Nous avons cru d abord devoir la rapporter 
à la Balœnoptera borealis, mais les os nasaux surtout indiquent 
une affinité plus grande avec la Balœnoptera Musculus *. 

Nous ignorons ce que le squelette de la femelle capturée aux 
environs de Palavas est devenu. M. Doûmet-Adanson dit qu'il 
est entre les mains de M. Demay. 

Pise conserve le squelette d'un animal capturé sur la côte 
de l'île d'Elbe. 

A Pontevedra (Espagne) se trouve un squelette non monté. 

A Rome on conserve le squelette de la Balénoptère de 
S. marinella. 

A Rennes on conserve une tête trouvée dans la tourbe du 
marais de Dol. Elle a de S à 6 mètres de longueur (Cap. Jouan). 

A La Rochelle on voit la peau d'un jeune animal capturé 
dans le golfe de Gascogne. 

Rouen possède le squelette complet d'un animal échoué au 
Tréport. 

Le Musée de l'Académie de Saint-Pétersbourg conserve des 
os séparés de cette espèce, dont nous ignorons l'origine. 

A Santiago (Galice) on conserve le squelette de l'animal que 
l'on avait pris pour une Baleine ; il a un peu moins de 60 pieds 
de longueur. On en conserve aussi à Séville. 

Le Musée de l'Académie de Stockholm possède un superbe 
squelette d'un mâle de 58 pieds, des côtes de Finmark. 

Le Carolinska Institut de Stockholm possède un autre sque- 
lette. 

Le Musée de Stuttgard a reçu la tête d'un animal qui a 



1 Le Muséum a reçu, en même temps que la lête, une série de fanons qui 
ne sont pas étiquetés et que Pon croyait devoir attribuer au borealie. Ils 
sont verdâtres et striés de blanc Paul Gervais a publié le dessin de la tête, 
vue debout, la mandibule et la caisse lympanique, dans sou Journal de 
Zoologie vol. V, (1876» pi. I etll. 



(103) 

échoué, en 1877, sur les côtes de la Guyane hollandaise, à l'em- 
bouchure du fleuve Maroni. 

A Turin, on voit au Musée le squelette monté, de 49 à 
20 pieds, d'un animal échoué, en novembre 1844, sur la plage 
de Bordighera (côtes de Ligurie). 

A Toulon, on voit le squelette d'un animal qui a échoué près 
de la ville en décembre 1860. 

A Toulouse se trouve un beau squelette bien conservé d'un 
individu échoué près d'Alger en 1883. 

L'Université de Valence possède le squelette monté d'un 
animal trouvé le 17 février à la plage de Burriana *. 

A l'île de Whigt (Black Ging Chine) on conserve le squelette 
monté d'un animal très adulte échoué sur les côtes de 1 île. 



DESSINS. 

Comme cette Balénoptère a été souvent capturée, elle a été 
aussi très souvent figurée. 

Il existe un grand nombre de planches représentant, sous 
le nom de Baleines, des Balénoptères et des Cachalots. Une 
des plus anciennes reproduit un animal qui a péri dans 
l'Escaut le 5 juillet 1577; une autre date de 1595, d'après un 
animal échoué à ZandVoorde; puis une de 1598 représentant 
un animal échoué entre Scheveningen et Katwyk, et une 
de 1601, d'après un animal échoué sous Beverwyk *. 

Il y a encore deux Balénoptères figurées, une de 1629, près 
de Noortwyk, et une de 1791, entre Wyk-aan-Zee et Zant- 
voorde. On lit le nom de Vinvis sur la dernière. 

Martens donne une figure de cette Balénoptère, mais il ne 



1 Les renseignements sur les squelettes conservés en Espagne m'ont été 
donnés par le sénateur Mariano P. Graells. 

1 Ces diverses planches ont fail partie d'une collection appartenant a feu le 
D» Buurkamp van der Vinne. Bibiioth. IchlyoL et piscaloria. Haerlem. 1875. 



(104) 

reproduit pas les replis sous la gorge, ce qui est évidemment 
le résultat d'une négligence. Brandt et Ratzeburg ont reproduit 
ce dessin, pi. XV, fig. 1, sous le nom de Balœnoptera physalus. 

On en voit un dessin dans Lacépède *, qui a proposé le 
nom générique de Balœnoptera, pour les Baleines à aileron. 

On voit, dans les Vélins du Muséum à Paris, le dessin 
d'un animal qui a échoué au Havre en 1852. 

Blumenbach a fait graver le dessin d'un animal de 52 pieds 
qu'il avait vu en Hollande 2. Un dessin de cette même Balé- 
noptère a été vendu à Leeuwaerden et acheté par Van Breda. 
C'est probablement le dessin de l'animal qui a échoué le 
18 novembre 1791, entre Katwyk-aan-Zee et Zandvoorde; une 
gravure, portant Vinvisch, est conservée à la Bibliothèque 
royale de Belgique. 

Schlegel a publié dans ses AbhatuUungen, pi. IX, le dessin 
d'un mâle de 40 pieds, capturé en 1841 ; d'une femelle de 
81 pieds échouée en 1836 également sur les côtes des Pays-Bas, 
et un autre d'une femelle de 37 pieds échouée le 5 avril 1826 
à Wyk-aan-Zee dans ses Nieuwe Verhandlungen 3* 

Nous en trouvons encore un dessin dans Zaddach * et 
dans Rosenthal 5 . 

Un dessin médiocre du môme animal a été publié par Van 
Breda «. 

Ravin a publié la figure du mâle qui a échoué sur la côte 
du département de la Somme, en 1829 ?. 



1 Lacépède, Ris t. nat. des Cétacés, pi. 1, flg. 2, et pi. IV, fig. 2. 

* Blumenbach, Abbitdungen naturnist. Oegenstaende , 8** r Heft; Gôttin- 
gen, 1805. 

* Schlegel, Abhandlungen , pi. VI, fig. 1. Nieuwe Verhandlungen 

nedtrl. Institut, 1818, III, pi. I et II, et 1828, III, pi. I, II et IX. 

* Zaddach, Beschreibung eines Finwales. 

* Fr. Rosenthal, Ein. naturh. Bemerkung. uber die Walle, Greiftarid, 
1827 {Balœna rostrata, Fabr. var, major)» 

* Alg. Kunsl en Letterkunde, 1827. L'animal est placé sur le dos. 
1 Ann. Se. natur., 2« sér., t. V, 1836. 



( 108 ) 

M. le professeur Flower a publié un très bon dessin d'un 
mâle sous le nom de Physalus antiquorum*. 

M. Sars figure un mâle, de 40 pieds et demi de long, capturé 
dans les eaux de Lofoden eu 1865 *, et un autre mâle adulte de 
Varanger Fiord, pi. I 3. 

M. Braeutigam publie le dessin de la femelle trouvée morte, 
en pleine mer du Nord, en décembre 1870 *. 

M. Southwell a également reproduit un dessin de cet 
animal. 

Le professeur Yves Delage vient de publier l'histoire de la 
Balœnoplera musculus échouée sur la plage de Langrune, et un 
atlas de 23 planches, dans les Archives de zoologie expérimen- 
tale de Lacaze-Duthiers. 

Il existe une photographie du squelette de Santiago, qui 
avait été pris pour celui d'une Baleine. 

Le professeur Giglioli a publié différents dessins de Balé- 
noptères qu'il a aperçues pendant son voyage. 

Nous trouvons aussi quelques bons dessins de Balénoptères 
dans l'intéressant livre du capitaine Scammon, sur les animaux 
marins de la côte Nord-Ouest de l'Amérique du Nord. 

Jul. von Haast a reproduit le dessin du sternum et du 
bassin de la Balénoptère qui a été capturée à peu de distance 
de Ghrist-Church (nouvelle Zélande.) 

COMMENSAUX ET PARASITES. 

Le professeur Sars et Sophus Hallas ont trouvé des Penella 
Bakenopterœ, enchâssées par la tête, dans l'épaisseur de la peau ; 

1 Flower, Notes on four spécimens of the common Fin-Whale (Physalus 
antiquorom), Proc. Zool. Soc., pL XL VII, 1869t. 

* Sars, BeskriveUe af en ved Lofoten indb. Rohrval Balomoptera mu#- 

CVjut. ÀPTRTKT AF Vid-SeLSEABBTS FORHANDL ., for 1885. 

* Fortoa*to(1880),pl. I. 

* Fr. Braeutigah, Ein. Zool.-Zoot Beitrtige sur Walthierkunde. Inau- 
gural-Dissertation, 29 juli, 1874. 



(106) 

ils les ont observées aux tles Lofoden et sur les côtes d'Islande. 
Sars a vu des Penella d'un pied, avec la partie antérieure du 
corps plongée dans la couche graisseuse ; sur la partie extérieure 
du corps vivait un cirripède, Cineras vittata. 

Le D r Mûrie signale des Echinorhynchus en abondance dans 
l'intestin. Il reste à déterminer s'ils se rapportent à V Echinor- 
hynchus porrigens de Rudolphi, ou à l'espèce de la Balœnoptera 
Sibaldii, que Malm a désignée sous le nom spécifique de 
brevicollis. 



BAUENOPTERA SIBBALDII. 



LITTÉRATURE. 

SlMaM, Phalainologia nova, Edinburgh, 1692. 

Bteatathal und B«nuHDh«eb, Epis t. de Balœnopteriê quib. Gry- 
phiœ, 4825. 

▼mi Breda, Eenige byzonderheden omirent den Walvisch, die dm 
8 dm november 1827 by Oostende gestrand is. Alqim. Kunst-bn-Littbb- 
bode, 1827, n« 48. 

a>a Bar, Ostéographie de la Baleine échouée à l'est du port dfOstende, 
le A novembre 1827. Bruxelles, 1828. 

P.-L. Vana'ertlaa'èa, Notice sur un squelette de Balénoptère, exposé 
à Bruxelles en juin et juillet 1828. Bruxelles, 1828. 

Ca. Marren, Over de Balœnoptera rostrata van Fabricius en beoor- 
decHng des werken, welke over een dier dezer soort, den 4 november, ter 
oosten van de haven van Oostende gestrandt, uitgegeven zpn. Bydragbn tôt 

NATUURK.UND1GB WBTBNSCflAPPBN, 1829, pp. 52-84. 



P.-L. ▼aaa'erlladea, Quelques observations en réponse à un article 
de M. Ch. Morren, sur la Balénoptère échouée près d'Ostende.... Messager 
des sciences et des arts, publié à Gond. 



t, Sur la Baleine échouée près d'Oetende, 1827. Paris, 1829, 
8», 62 pages. 

av. Baaart K.box, Anatomy of the Rorqual, Paoc. rot. Soc., Edin., 
march 18, 1833. 



(108) 

Cray, Paoc. Zool. Soc., 1847. 

Flower, On Physahu Sibbaldii, Proc. Zool. Soc, W., 1865, p. 470. 

A. w. Malat, Nagra Blad om ffvalctfur i allmânhet, och Balœnop- 
tera Carolinœ isynnerhet. Gôteborg, 4866. 

a. w. Mal m, Monographie illustrée de la Balénoptère trouvée le 
39 octobre 1865 sur la côte occidentale de Suède. Stockholm, 1867. 

S. Relaaardl, Nogle Bemârkninger om Fslœndemes steypirtydr; 
aflryk af videnskab. Mbddrls. r. d. nature. Foren, 4867, n M 8-14. 
Kiobenhaven, 4868. 

aiaphaa Hallaa, Optegnelser om nogle paa et hvalfangst Too.... 

VlDENSK. MEDD. FRA DEN NATURHI8T. ForCD for, 4867. 

W. H. riewer, On the probable idently ofthe Fin-Whates, deeeribed 
as Balœnoptera Carolinœ. Proc. Zool. Soc, mars 4868. 

W. Taraer, An account of the great Finner-whale (Balœnoptera 
Sibbaldii) Stranded al Umgniddry. Transact. op the rot. Soc. of Edin- 
bubqh, vol. XXVI, 4870. 

G. o. «ara, Om Blaahvalen, Christian. Vid-Selskabs Forhandlinger 
for 4874. 

P.-J. Tan Beaedto*, Notice sur la grande Balénoptère du Nord, 
d'après les notes tirées du Journal de voyage du docteur Otto Finsch, 
de Brème. Bullrt. Acad. rotali de Belgique, S* série, t. XXXIX, 
juin 4875. 

Jalla* Miller, Ueber Zwei,im 49 Jahrhunderte bei Greifswald zur 
Section gelangte mânnHche Indwiduen von Balœnoptera Sibbaldii Van Ben, 
Greifswald, 4877. 

Sara, Bidrag til en noiere characteristik af vore Bardehvaler. Vid* 
Selsk., Forb, 4878. 



P.-J. Wem Beaeaea, Une page de l'histoire (Tune Baleine, .... 
Bulletin — ., 3* aér., U II, 4884. 



( 109 ) 

Tycho Tallberg, Bau und Enturickehtng der Barten M Balamoptera 
Stbbaldii, Nov. act. rbo. Soc Scirntiar., Upsaliensis, Ser. tort. vol. XI, 
183*. 

Bmtmelmêbr, Atlas —• de la République argentine.... in foL Buenos- 
Àyres, 4885. 

Wrmt . M*bl« , Ueber emen bei Suit gestrandetèn Blauwal (Balœnop- 
tera Sibbaldli). Schrift. d. vaturwiss. Vrrbns fur ScsiBswia-flofr» 
8TBIN, Bd, VI, Kiel, 488». 

CL «net*, Notes sur la tète d'un fœtus de Bal Sibbaldii. Aurt. Soc 
Sciintif. dr BauzitLts, 9« année 4885. 

m* GiitaT «vld^er*, Zwr Biologie der NordatlanHsehen Finwal- 
arien. Zoologiscbbr Jabrbûcbbr, novembre, 4886* 

BUfcerl Gray, JVofe* on a Voyage to the Groenland Seas m 4886. 
Tbb Zoologist, april, 4887. 



( 110) 



HISTORIQUE. 

Le terme générique de Balénoptère est de Lacépède. Il est 
généralement adopté aujourd'hui pour les Baleines qui ont une 
nageoire sur le dos. Les baleiniers les désignent sous le nom 
de Finnfish. 

Le mot spécifique de Sibbaldii, proposé par Gray pour la 
plus grande espèce animale, c'est-à-dire pour la Balénoptère, 
qui dépasse parfois 80 pieds en longueur, a été introduit par le 
savant directeur du Britisb Muséum, en 1847. Il est à regretter 
qu'il n'ait pas toujours été aussi heureux en proposant des 
noms nouveaux. 

Gray a proposé ce terme spécifique de Sibbaldii en voyant le 
jeune squelette de 47 pieds de long qui est conservé au Musée 
de la Société philosophique de Hull ; on doit lui rendre cette 
justice que, s'il n'a pas connu les caractères distinctifs ou spé- 
cifiques de l'animal, il a reconnu au moins ses affinités avec les 
autres Balénoptères, que Sibbald avait décrites à la fin du 
XVII» siècle. 

En effet, en 1692, sir R. Sibbald avait fait connaître deux 



Balénoptères échouées sur les côtes d'Ecosse; l'une, un mâle, 
de 18 pieds de long, l'autre, un animal de 46 pieds de long; 
tous les deux s'étaient perdus dans la même baie de Forth. La 
première se rapporte sans aucun doute à l'espèce que nous 
désignons sous le nom de B. Sibbaldii. 

Sous le nom de Phy sains, Pallas avait déjà parlé de Balé- 
noptères de 84 pieds, qu'il avait observées dans les mers du 
Nord en 1740. Il n'est pas douteux que la Balœna phy sains de 
Pallas, qualifiée de vulgatissima species, in mare boreo et oceano 
orientali, ne soit l'espèce qui nous occupe, car c'est la seule 
qui atteigne cette taille *. Du reste, les caractères des fanons 
indiqués par l'illustre voyageur, suffiraient pour la reconnaître. 

* Pallas, ZooL Ross. As., p. 290. 



( 114 ) 

Le même naturaliste fait mention également d'un squelette 
de Finn/feA, c'est-à-dire de Baleine à nageoire dorsale, rapporté 
par Petrus Kargin au Musée de S'-Pétersbourg. L'animal a 
84 pieds anglais de longueur, dit-il, des fanons d'un noir 
bleuâtre; mais il accorde à ceux-ci une longueur de 10 à 
12 pieds. Il y a évidemment une erreur à ce sujet, puisqu'il n'y 
a pas de Baleine à nageoire dorsale avec des fanons de plus 
de 4 ou 5 pieds. Cette Balénoptère de la mer glaciale, à en 
juger par la taille ainsi que par la couleur des fanons, est, 
sans aucun doute, de la même espèce; les Islandais la con- 
naissent sous le nom de Steypireydr. 

Mais on a cru longtemps, avec Cuvier, que toutes ces diffé- 
rences de taille devaient être attribuées à des différences d'âge. 
Le célèbre naturaliste du Muséum admettait un Rorqual de la 
Méditerranée, dont l'individu de l'Ile S^-Marguerite était le 
type, et un Rorqual de la mer du Nord, dont le squelette de 
Berlin était l'autre type. 

Le 4 novembre 4827, les pécheurs d'Ostende rencontrèrent 
en mer le corps flottant d'une grande Balénoptère dont les 
fanons étaient enlevés. Ils remorquèrent l'animal jusque dans 
le port d'Ostende. Un particulier en fit l'acquisition ; l'animal 
fût dépecé, le squelette monté et exhibé à Ostende, à Bruxelles, 
à Paris, à Londres, à 8*-Pétersbourg, ensuite dans d'autres 
villes de l'Europe. Il échoua à la fin à Kàzan; un magnat 
l'acheta et en fit don à l'Académie des sciences de S'-Péters- 
bourg. Le Musée de l'Académie n'ayant point de place, Ta fait 
mettre au Jardin Zoologique où il se trouve encore. 

Au milieu des festivités, célébrant l'heureux échouement de 
la Balénoptère, à Ostende, au milieu de l'affluence de milliers 
de visiteurs venant contempler le squelette du géant des mers, 
la science ne fut pas négligée : Dubar, chirurgien à Ostende, 
publia une description du squelette et figura les principaux 
ossements. 

Divers naturalistes cherchèrent à déterminer l'animal : Van 
Breda, Vanderlinden, Morren, s'en occupèrent et Vanderlinden 
émit l'avis que cet animal n'était pas connu; il proposa de 



(H2) 

le nommer la Balénoptère d'Ostende. Vanderlinden avait 
raison. 
Si l'on suivait les errements généralement adoptés aujour- 

i 

d'bui, cette espèce devrait porter le nom de Balénoptère <FOs~ 
tende, ce nom ayant la priorité sur celui de Gray, qui n'a été 
proposé qu'en 1847. 

Si l'écbouement d'Ostende a fait progresser l'ostéologie des 
Balénoptères, il a peu servi à la connaissance des espèces, faute 
surtout de matériaux de comparaison dans les Musées. 

Aussi en 1841 Schlegel ne reconnaissait parmi les Finn- 
fische * que la Balœna sulcata arctica et la Balœna sulcata 
antarctica. 

En 1847 Gray fit part, à la Société Zoologique de Londres, 
de ses observations sur un squelette de Balénoptère qu'il avait 
observé au Musée de la Société philosophique de Hull ; ce sque- 
lette provenait d'un jeune animal , qui n'avait pas moins de 
80 pieds de longueur, et qui ne se rapportait pas à une espèce 
connue. Il provenait d'un animal échoué dans le Humber, 
Yorkshire. Gray proposa de le désigner sous le nom spécifique 

9 

de Sibbaldii, pour rappeler le nom du naturaliste Ecossais qui 
avait écrit sur ces animaux à la fin du XVII e siècle. 

Plusieurs cétologistes remarquaient, à cette époque, que 
certains os de Balénoptères dépassaient considérablement les 
dimensions des mêmes os dans l'espèce ordinaire (Balamoptera 
musculus). Le Musée de Copenhague possédait une nageoire 
pectorale des côtes du Groenland à dimensions extraordinaires. 
De mon côté j'avais observé quelques os extraordinaires par 
leur dimension, et ces ossements provenaient-ils d'une espèce 
nouvelle ou appartenaient- ils à une Balœnoptera musculus 
géante? Les cétologistes étaient dans le doute. Pendant un 
voyage que je fis à Copenhague en 1856, il nous parut, à 
Eschricht comme à moi, que ces os ne pouvaient provenir que 
d'une espèce distincte, de grande taille, et qu'il fallait la nom- 
mer Balœnoptera gigas. 

1 Abhandlungen • . . . , Leyden, 1841. 



( us ) 

Dans le courant de l'aimée 1825, une Balénoptère pénétra 
dans la Baltique et fut capturée le 5 avril sur la côte occidentale 
de l'île de Rûgen; elle avait 44 pieds 10 pouces de longueur. 
Rosenthal et Hornschuch nous en ont laissé une description *. 

En 1862, une seconde Balénoptère, morte dans le Kattegat, 
fût entraînée par le courant dans la Baltique jusqu'à la côte 
ouest de l'île de Rùgen, où les pécheurs la découvrirent à la 
fin du mois de juillet. 

Le professeur Jul. Muntër eut l'occasion d'étudier les sque- 
lettes de ces animaux à Greifswald. Il était d'accord avec 
Sigism. Schulze sur leur identité spécifique, mais, ne sachant 
à quelle espèce il fallait les rapporter, il fit une visite au Musée 
de Leyde; il se persuada bientôt que cette Balénoptère était 
nouvelle pour la science et proposa, à la réunion des natura- 
listes allemands, en 1863, ù Stettin, de là désigner sous le nom 
de Balœnoptera gryphus 2. Plus tard, le professeur de Greifs- 
wald visita les musées de Hull et d'Edimbourg et il s'assura 
que sa Bakenoptera gryphus ne différait pas de l'espèce que 
Gray avait désignée sous le nom de Balœnoptera Sibbaldii. 

Ces Balénoptères ne furent décrites, sous leur vrai nom, par 
Jul. Mûnter, qu'en 1877 3. 

Il est à remarquer que la Balénoptère de Hull avait à peu 
près le même âge que les deux individus de la Baltique, à en 
juger par leur taille, qui ne dépassait pas cinquante pieds. 

En 1863, le professeur Flower, visitant la collection de Lidt 
de Jeude, à Utrecht, fût frappé de la largeur du rostre d'une 
tête de Balénoptère , provenant d'un animal capturé sur les 
côtes de Hollande; il n'hésita pas de la rapporter à une 
espèce nouvelle pour la science et il proposa de la désigner 



1 Rosenthal el Hornschuch, Epistola de Balœnopteri$ quibusdam, Gry- 

phiae, 1825. 

■ TageblaU der 58 Versammlung deulscher Nalvrforscher und Aerizie % 
inStetdn, 1863. 

•* Jcl Mûsîer, Uber Zwei im 10 Jahrhunderté bei Gïeifsiccfdmfinnliche* 
Individuen von Balœnoptera Sibbaldii, Greitewald, 1877. 

Tome XLI. 8 



(114) 

sous le nom de Balœmptera latirostris, nom qui aurait dû lui 
rester*. 

Peu de temps après, M. Flower reconnut que la tête 
d'Ctrecht appartenait à la même espèce que le squelette de 
Hull, et il abandonna le nom qu'il avait proposé 2. 

Le 29 octobre 1865, une nouvelle jeune Balénoptère, luttant, 
pour se sauver, sur les côtes de Suède, près de Gôteborg, fut 
heureusement capturée ; elle a été l'objet d'une monographie 
illustrée, avec dix-huit planches, contenant vingt-neuf photo- 
graphies, deux planches lithographiées et trois gravures en 
bois dans le texte. L'auteur, A.-W. Malm, a décrit cet animal 
dans tous ses détails et, comme il lui paraissait nouveau pour 
la science, il a proposé de le nommer Balœnoptera Carolinœ. 
Le terme spécifique était le nom de madame Malm. 

L'année suivante, M. Flower publia une note : On the pro- 
bable identity ofthe Fin-W haies described as Balœnoptera Caro- 
linœ. M. Flower avait parfaitement reconnu l'espèce 3. 

En 1868, on commence à faire la pêche aux Balénoptères 
dans les eaux d'Islande. 

Hallas, médecin à bord d'un des baleiniers, qui y a fait la 
chasse à ces Cétacés durant deux ou trois ans , est un des pre- 
miers qui ait bien fait connaître l'espèce que l'on chasse; il a 
envoyé une tête et des ossements à Copenhague, et Reinhardt 
a publié les documents et la description des principaux os du 
squelette. Il a figuré la tête, l'atlas, les os nasaux et l'os 
hyoïde *. 

A la même époque, le Musée de Leyde reçut du capitaine 
Bottemanne plusieurs pièces importantes du squelette d'un 
individu de cette espèce, capturé dans les mêmes eaux, parmi 

4 Notes on the Skclelons of Whales in the principal Muséum of Holland 
and Belgium, Phoc. Zool. Soc, oovember, 1804 p. 410. 

* On Physalus SibbaMU, Paoc. Zool. Soc, june, 1865, p. 470. 

1 Proc. Zool. Soc, of London March, 1866. 

4 J. Reinhardt, Sogle Bctnœrkninyer um telandernts Steypireydr., Co- 
penhague, 1868. Videnskab. Meddels. fra den tiaturhistoriske Forening 
for 1807. 



( H8 ) 

lesquelles se trouvent un sternum, des vertèbres cervicales et 
d'autres ossements. Bottemanne dit que les Islandais connais- 
sent cet animal sous le nom de Steypireydr, et qu'il n'atteint pas 
moins de 80 pieds de longueur ; sa coloration est foncée, dit-il. 

Le 3 novembre 1869, une Balénoptère femelle pleine, de 
l'espèce qui nous occupe, vint échouer dans la baie de Forth; 
elle fut l'objet d'un travail fort intéressant de la part de Sir, 
W. Turner, professeur d'anatomie à l'Université d'Edimbourg. 
Le fœtus mâle avait 19 pieds 6 pouces. Il s'étendait dans le 
corps de la mère en avant jusque tout près des condyles du 
maxillaire inférieur. Pour avoir une idée de l'organisation de 
la Balénoptère qui nous occupe, il faut recourir à ce beau 
mémoire. 

Le professeur Sars, fils, pendant un séjour de plusieurs 
années aux îles Lofoten, a fait de son côté des observations 
intéressantes sur les différentes espèces de Balénoptères, et il 
distingue parfaitement la grande espèce. En 1874, il publia 
également une notice sur cette même Balénoptère, d'après des 
matériaux recueillis sur les côtes de Finmark. Celte notice est 
accompagnée d'un bon dessin, représentant un fœtus, d'un pied 
et quelques pouces de longueur. 

En 1873, le D r Otto Finsch se rend à Vadsô pour assister 
à la pêche des Balénoptères, et il en rapporte une tète de 
fœtus, conservée dans la liqueur. D'après les notes et les 
dessins faits sur les lieux par le savant naturaliste de Brème, 
nous avons décrit les caractères extérieurs de l'animal dans les 
Bulletins de l'Académie *. 

Dans la suite la tête du fœtus a été étudiée avec un soin 
particulier par M. l'abbé Gérard Smets; il a fait connaître 
toutes les particularités des os, du crâne et de la face 2 . 

Le professeur Môbîus a publié une notice sur une Balœ- 
noptera Sibbaldii, échouée, le 26 juin 1881, entre les îles Sylt 
et Fôhr (mer du Nord, côte occidentale du Jutland). L'animal 
était encore en vie quand il est venu à la cote. 

1 Notice sur la grande Balénoptère du Nord, Bulletin* de l'Académie, 1H2&. 
* Ann. Soc scientif. de Bruxelles, 1885. 



( 116 ) 

Plusieurs naturalistes se sont rendus dans ces dernières 
années au nord de la Norwège, pour y assister à la pêche des 
Balénoptères ; ils en ont rapporté de précieux matériaux pour 
l'histoire de la grande espèce : en 1877, MM. Aurivillius et 
Forstrand, et depuis, MM. Tycho-Tollberg, Éd. Van Beneden, 
Pouchet, Guldberg et, en dernier lieu, M. 0. Cooks*' 

M. Tycho-Tollberg a publié un travail intéressant sur la struc- 
ture et le développement des fanons de la grande espèce. Ils 
sont larges à la base, noirs comme du jais avec un teint 
bleuâtre. 

Des expositions, comme celle qui vient d'avoir lieu à Ham- 
bourg (1884), ont, dans une large mesure, contribué au progrès 
de la cétologie. Ce n'est que dans des occasions pareilles qu'on 
peut comparer les squelettes de ces grands mammifères, dont 
on trouve bien rarement plus d'un exemplaire dans un musée. 
M. Guldberg a rendu compte de cette exposition dans le journal 
anglais Nature 4 , et, à cette même occasion, le D r H. Balan a 
publié une notice sur les Baleines principales de l'océan 
Atlantique et leur distribution dans cette mer 2. 

Ce qui a le plus contribué à nous faire connaître les diverses 
espèces des Balénoptères, et surtout celle qui nous occupe, ce 
sont les pêcheries que l'on a établies d'abord dans les eaux 
d'Islande et que l'on a continuées ensuite sur les côtes de Fin- 
mark , où elles ont pris une grande extension dans ces der- 
nières années. 

SYNONYMIE. 

Comme nous venons de le voir, c'est le même animal qui 
est désigné sous le nom de BcUœna physalus, par Pallas; 
Cuvierius et Physalus Sibbaldii, . par Gray; Pterobalœna gigas, 
par Eschricht; Pterobalœna gryphus, par Jul. Mùnter; Balœ- 
noptera latirostris , par Flower ; Balaenoptera Cuvierius ou Caro- 
linœ, par Malm. 

1 M 799, 19fév. 1885. 

■ Segelhandbuch fiir den Atlantischen Océan. XI V kapilel. 



(H7) 

Les Groënlandais le connaissent sous le nom de Tunnolik; 
les Islandais sous celui de Steypireydr ; les Norwégiens sous 
celui de Blaahval. 

Sars avait attribué le nom de Hushval à la Balœnoptera Sib~ 
baldii. M. Guldberg, conservateur du Musée zootomique de 
l'Université de Christiania, croit que Sars s'est trompé ; le 
Hushval ferait son apparition dans ces régions à une autre 
époque que le Sibbaldii, qui ne se montre qu'en été. , 

Dans notre mémoire sur la Baleine des Basques 4, nous 
avons d'ailleurs dit que ce nom était donné à la Balœna bis- 
cayensis. 

Le Physaltis cmtarcticus de Malin , dont nous avons vu des vertè- 
bres au Musée de Stockholm, provenant du détroit de Magellan, 
représente sans doute le Sibbaldii dans l'hémisphère austral. 

Parmi les ossements provenant de l'expédition française au 
Cap Horn et qui sont conservés au Muséum à Paris, il y en a 
sans doute qui se rapportent à cette même espèce. 

Les baleiniers américains et anglais parlent souvent d'une 
Balénoptère sous le nom de Sulfurbottom; c'est, d'après eux, 
un animal de grande taille et qui hante l'océan Pacifique 
et la mer des Indes. Ils lui accordent une taille de 80 pieds et 
des fanons fort larges et d'un noir luisant. Nous avons ainsi 
plusieurs raisons de croire que ce Sulfwbottom est aussi syno- 
nyme de B. Sibbaldii. 

Ce qui nous confirme dans ce rapprochement, c'est l'examen, 
que nous avons eu l'occasion de faire à Vienne, des fanons 
désignés sous ce même nom par le capitaine Charles Scammon 
et que le prof. Steindachner avait lui-même rapportés de San- 
Francisco. 

CARACTÈRES. 

Cette espèce se distingue des autres Balénoptères par le 
rostre, qui est fort large, surtout sur le milieu de sa longueur ; 

1 Histoire naturelle de la Baleine des Basques ; Mémoires de l'Académie, 
18ISG, p. 34. 



{ 118 ) 

par les os nasaux tronqués en avant, et par les palatins fort 
larges; le maxillaire supérieur est dépassé par le maxillaire 
inférieur, et l'apophyse, coronoïde est haute et pointue; les 
vertèbres sont au nombre de soixante-trois ou soixante-quatre; 
les côtes sont au nombre de quinze ou seize paires; le sternum 
est large et court, les métacarpiens et les phalanges sont com- 
parativement longs. 

Les fanons sont courts et fort larges à leur base, d'un noir 
foncé à reflets bleuâtres *. 

La nageoire dorsale est petite, pointue et rapprochée de la 
nageoire caudale. Elle est placée au-dessus de l'anus, vers les 
quatre cinquièmes de la longueur du corps. Les nageoires pec- 
torales sont longues et pointues. La peau du dos est d'un brun 
foncé tirant sur le vert. La peau du ventre est grisâtre, argentée. 

Des poils, au nombre d'une trentaine, sont placés au menton 
dans un espace circulaire (Mal m). 

Le caractère si important de la largeur du rostre, qui lui 
avait valu le nom de latiroslrte, ne se trouve cependant 
bien prononcé que chez l'adulte. Nous avons été à même de 
comparer des photographies de têtes de fœtus, de jeunes et 
d'adultes, et nous avons pu nous assurer que la largeur des 
maxillaires, vers le milieu, se montre seulement après la nais- 
sance. 

La taille de l'animal adulte dépasse 80 pieds. Pal las lui 
accorde 84 pieds* 

La femelle de 1827, trouvée morte en mer, avait 85 pieds 
(26*,60). 

Scoresby en accorde 82 à une Balénoptère venue à la côte £ 
Shetland pendant l'hiver 4817-1818. Il n'indique pas le sexe 
de l'individu. 



1 Les fanons sont noirs aussi dans la Balœnoptera borealis, mais leur 
forme les faii ressembler plutôt à des fanons de Baleine qu'à des fanons de 
Balénoptère; ils sont en effet très étroits à leur base. Les barbes sont blan- 
ches et fines dans la Balœnoptera borealis, noires et épaisses dans la Balœ- 
voptera Sibbaldiï. 



( H9 ) 

- Celui de Sibbald, capturé en 1692 à l'entrée du Firth oh 
Fort h, était un mâle de 78 pieds. 

Un autre individu, de sexe femelle, capturé également dans 
le Firth of Forth, avait 80 pieds, et le fœtus qu'elle portait en 
avait près de 20. 

Knox accorde 84 pieds à un animal capturé le 5 octobre 4831 
près de Nort-Berwick et dont le squelette est au Musée d'Edim- 
bourg. 

Un animal échoué sur les côtes à Plymouth mesurait 79 pieds; 

La Balénoptère, dont la nageoire pectorale avait été envoyée 
par Holbôll à Copenhague, avait été prise dans la baie de 
Baffin le 12 août 1843. Elle avait 34 aunes danoises. À en juger 
par sa taille, c'était sans doute une femelle. 

H. Guldberg estime la taille au moins à 75 pieds à l'âge 
adulte. Les plus forts individus qu'il ait vus avaient 84 pieds. 
On en cite de 86 et même de plus grands. 

Le D r Finsch a vu prendre à Vadsô une femelle pleine qui 
avait 84 pieds. 

. Un pêcheur des côtes de Finmark a capturé en 1885 : le 
12 juillet, une femelle de 85 pieds; le 24 juillet, une de 82; le 
9 août, une de 81; le 6 juin, une de 72 et le 24 août, un mâle 
de 75 pieds. Ainsi, le 24 août il prend un mâle et une femelle, 
et la femelle a 7 pieds de plus que le mâle. 

Il paraît que l'on ne prend plus de si grands individus. 

Dans ces derniers temps, six individus capturés dans les eaux 
d'Islande ne mesuraient que de 70 à 80 pieds. 

La Balœnoptera Sibbaldii est l'espèce la plus commune dans 
ces parages. H. Alfred Cocks rapporte que sur 406 cétacés à 
fanons , capturés en 1883 sur les côtes de Finmark, il y avait 
175 Balœnoptera Sibbaldii, et sur le restant à peu près la moitié 
Balœnoptera borealis et musculus. Sur 40 individus capturés 
par un seul pécheur, il y avait 19 Sibbaldii, 8 Megaptera et le 
restant des Musculus *. 

Les cétacés en naissant ont à peu près le tiers ou le quart de 

* àlfb. Cocks, loc» cit , p. 20. 



(120) 

la longueur de la mère. Les Phoques, si l'on en croit le témoi- 
gnage de quelques naturalistes, sont dans le même cas, et oa 
cite même des exemples de jeunes animaux de cet ordre qui, 
en naissant, auraient eu à peu près la moitié de la taille de leur 
mère. Ce sont donc les mammifères dont la. taille, relative- 
ment à la mère, est la plus grande à la naissance. 
, La grande Balénoptère, Balœnoptera Sibbaldii, a été étudiée 
par le professeur Sir Turner : le savant professeur d'Edimbourg a 
vu une femelle de 80 pieds, échouée sur les côtes d'Ecosse, qui 
renfermait un fœtus à terme de près de 20 pieds; c'était donc 
le quart de la taille de la mère. 

M. Henri Berd a vu sur les côtes d'Islande un fœtus qui avait 
18 pieds. 

Le Musée de Leipzig a reçu de Vadsô un fœtus de 18 pieds 
également. 

Un fœtus recueilli sur les côtes d'Islande et envoyé par le 
capitaine Bottemanne au Musée de Leyde, avait 17 pieds. 

Le D r Finsch a trouvé dans une femelle, à Vadsô (Finmark); 
entre le 7 et le 10 juillet, un fœtus de 7 pieds et un autre de 4 1 /*. 

Le 7 août, on a trouvé dans une femelle, capturée à l'est du 
cap Nord, un fœtus de 9 à 10 pieds. La mère avait 75 pieds 
norwégiens, ou 78 pieds 2 pouces anglais. 

M. Alfred Cocks a observé sur les lieux (également Finmark), 
le 21 juillet, un fœtus de 3 pouces, à Eretiki ; un second de 9 
à 10 pouces, le 7 août, à Jarfiord ; un troisième de 15 pouces, à 
Vardô, le 14 août, et un quatrième de 15 pieds 6 pouces, du 15 
au 17 août (1884). 

On connaît plusieurs autres fœtus. La plupart viennent de 
Vadsô. On voit des différences de taille assez grandes dans des 
fœtus recueillis à quelques jours d'intervalle. Il est à remar- 
quer que l'on ne commence la chasse qu'au mois de mai sur 
les côtes de Finmark et que tous ces fœtus sont recueillis 
pendant les trois mois d'été. 

Sars a figuré un fœtus de 1 pied 4 pouces. 

Guldberg a rassemblé la mesure de 28 fœtus, mais on n'a 
malheureusement pas tenu note de la date de leur capture. . 



( 1M;> 

. Tycbo-Tollberg a eu un embryon de 1 mètre, un de 2 mètre», 
OD de 3 mètres et un de 4° n 5o. 

Le fœtus de Longniddry avait au delà de 19 pieds, 
. Guldberg cite un fœtus de 23 pieds, qu'il considère comme 
étant à terme. 

. Il croit devoir fixer la taille de la Balœnoptera Sibbaldii, en 
naissant, entre 23 et 24 pieds, ou 7 V 3 à 8 mètres *. 

ORGANISATION. 

Plusieurs travaux importants ont paru sur l'organisation de 
la Balénoptère de Sibbald, et parmi eux nous pouvons citer 
particulièrement le beau mémoire de Sir W, 'fumer, qui a eu 
a sa disposition une femelle de 78 pieds 9 pouces en chair et 
un fœtus de 19 pieds 6 pouces. 

La tête du fœtus de 7 pieds, conservée dans la liqueur avec les 




Vue de 11 partie antérieure de la le te du ftetus, conservée a l.ouvain. 

1 Pour donner une idée de &-ne différence de taille, nous ferons remarquer 
qne la petite Hoslrata a, d'après Eschrinbl, 9 pied» de longueur en venant 
an monde, et la grande qui nous occupe en a 20. 



( 122 ) 

parties molles, nous a montré combien le maxillaire inférieur 
dépasse le bout du rostre; une double rangée de bulbes à poil* 
garnit la lèvre supérieure, et une double rangée se montre 
également sur le bord et au-dessous de la mandibule infé- 
rieure. 

En disséquant la tête du fœtus, nous avons observé une dis* 
position bien curieuse dans la cavité de la bouche. La langue 
forme en avant une saillie; mais en arrière, au lieu de s'élever 
et de s'insérer sur le corps de l'os hyoïde, elle se déprime et il 
se forme une véritable excavation. 

La caisse tympanique mesure 13 centimètres en hauteur; 
la grande apophyse, 24 en longueur. 

La colonne vertébrale de B. Sîbbaldii compte un plus grand 
nombre de vertèbres que celles des autres Balénoptères, mais il 
est à remarquer que l'on conserve bien rarement les dernières 
caudales. Il n'y a que les naturalistes qui attachent de l'impor- 
tance à conserver tous les os, petits ou grands, ossifiés ou car- 
tilagineux. 

Knox a compté soixante-trois vertèbres, qu'il répartit en 
cervicales, sept; dorsales, quinze; lombaires, seize ; caudales, 
vingt-cinq. 

C'est le même nombre que dans le jeune squelette de Gôten- 
borg, seulement il y a une lombaire de moins et une caudale 
de plus. Cette différence peut dépendre de la dernière lombaire, 
qui est comptée quelquefois avec les caudales. 

Pallas n'accorde que soixante et une vertèbres à la Balœna 
physalus, comme il appelle la Sibbaldii. 

Un squelette du Musée de Stockholm, provenant de Vadsô, 
montre soixante-deux vertèbres, d'après une lettre de M. Smith. 
Ce même nombre se trouverait dans une mère et dans un fœtus. 

Le squelette de Hull, de 50 pieds de long, a soixante-quatre 
vertèbres (7 cervicales, 16 dorsales, 41 lombaires et caudales). 

La femelle échouée dans les sables de l'île d'01eron,en 1827, 
et qui n'aurait aussi que 54 pieds, portait, d'après les suppo- 
sitions, soixante-trois vertèbres (46 présentes et 17 qui man- 
quaient dans la queue). 



( 123) 

Le squelette d'Edimbourg a soixante-trois vertèbres (7 cerv., 
-15 dors., 16 lomb. et 25 caud.). 

Celui de la BalœnopUra Carolinœ de Gôtenborg, en a cin- 
.quante-six (15 dors., 15 lorab, et 26 coccygiennes). Sans doute, 
elles ne sont pas toutes conservées, puisque le nombre ne 
s'accroît pas avec l'âge, pas plus que celui des fanons. 

Une femelle de 13 mètres, du Musée de Kiel, a également 
soixante-quatre vertèbres (7 cerv. , 16 dors. , 15 lomb. et 26 caud.). 

L'atlas de la femelle de Stockholm présente à sa face posté- 
rieure tous les caractères que MM. Flower et Reinhardt ont 
attribués à cette espèce. 

Pour se faire une idée de la taille des vertèbres, nous ferons 
remarquer que l'axis mesure, d'un bout de ses apophyses à 
l'autre, l m ,2o. 

Nous avons vu au Musée de Stockholm une vertèbre lom- 
baire du détroit de Magellan, dont les apophyses n'étaient pas 
soudées et dont le corps mesurait en largeur 49 centimètres, 
en hauteur 39 et en longueur 27, avec une apophyse épineuse, 
mesurée de sa base, de 77 à 78 centimètres. 

Malm a écrit sur l'étiquette de cette vertèbre du Musée de 
Stockholm : Physalus antarcticus ; elle est figurée dans son mé- 
moire 4, 

Une autre vertèbre, de grandeur colossale également, une 
dorsale, la onzième, du môme Musée, mesure en travers 48 cen- 
timètres, en hauteur 39, en longueur 16, avec une apophyse 
transverse, mesurée depuis le canal vertébral, de 54 centimètres. 

Les épiphyses sont soudées. 

Nous avons tout Heu de croire que ces vertèbres proviennent 
de l'espèce représentative de notre Sibbaldii, ou de la Sibbaldii 
même. 

Nous venons de recevoir une omoplate d'un individu, qui 
avait près de 80 pieds et qui mesure un mètre soixante, de 
l'angle antérieur à l'angle postérieur de l'os. 

* Hvalrfjur i Svehges Muzeer. KongL Svrnska Vetenskaps-Akademieni 
handlingar. Stockholm, \ 871 , pi. 1 , 7, c. 



(124) 

Le sternum de jeune animal le plus intéressant est celui du 
Musée de Leyde. Il consiste dans un large disque, sans échan- 
-crure en avant et sans appendice en arrière, ayant en travers 
dé 39 à 40 centimètres, et d'avant en arrière 25 à 36 centi- 
mètres. 

Le sternum du jeune mâle de Gôtenborg présente la même 
forme. 

. Le sternum adulte de Leyde se termine en arrière en pointe 
arrondie, et mesure en travers 67 à 68 centimètres. 

Celui d'Ostende lui ressemble aussi bien qu'au sternum 
d'Edimbourg. 




J 

S" 

! 

Sternum d'une femelle, du Musée de Stockholm. > i 

« 

Le sternum de la femelle de Stockholm se termine de la 
même manière postérieurement, mais, en avant, le bord n'est 
pas arrondi comme dans les autres; il y a pour ainsi dire un 
second étage. 

D'après ce que nous venons de dire, cet os n'est point 
échancré en avant dans l'espèce qui nous occupe, comme il 
l'est dans d'autres espèces. 

Le sternum représenté par sir Turner, provenant d'une 
femelle adolescente, ne ressemble pas complètement aux autres. 

Le professeur de l'Université d'Edimbourg a publié aussi la 
figure du sternum d'un fœtus mâle, fort intéressant; il est 
formé d'un cartilage qui ressemble au sternum de l'animal, 
adulte, et d'un second cartilage fort petit, placé derrière l'autre 
sur la ligne médiane, et qui semble devoir former la pointe 
postérieure de cet os. 



('128) 

Le squelette a seize paires de côtes quand elles sont toutes 
conservées. La dernière se perd souvent. Nous en comptons 
seize dans le squelette de Hull et dans quelques autres squelettes. 

Un fœtus femelle du Musée de Stockholm n'en a que quinze. 

Dans la Balénoptère qui nous occupe, on voit souvent cette 
première côte formée de deux pièces plus ou moins complè- 
tement soudées. 

Dans le squelette d'Ostende, la première côte est réellement 
bifurquée, comme nous Pavons déjà fait remarquer, et celui qui 
l'a monté a attaché cet os à la dernière cervicale et à la première 
dorsale; c'est ce qui avait fait dire à Dubar, qui a décrit ce 
squelette, qu'il n'y avait que six vertèbres à la région cervicale, 

La première côte du squelette d'un jeune mâle de Gôtenborg 
est simple, ainsi que la première du squelette de Stockholm. 

Un radius des Antilles, au Musée de Bordeaux, mesure plus 
d'un mètre de longueur. 

•Dans le squelette de Hull, nous voyons les phalanges des 
doigts au nombre de 4, 6, 5 et 3. Dans celui de Gôtenborg, 
décrit par Malm, ils sont 5, 8, 8, 4. Dans celui de Copenhague, 
qui vient de la baie de Baffin, nous avons compté 6, 6, 7, 4. 

Il est à remarquer que les doigts des adultes sont rarement 
complets, ce qui paraît dépendre des luttes que ces animaux 
ont eu à soutenir avec les Orques. Les bords des nageoires sont 
très souvent rongés , aussi bien des nageoires caudales 
que des nageoires pectorales. Le dessin publié par Schlegel 
dans la Fauna Japonica montre bien comment ces organes sont 
entamés sur leurs bords. 

D'après le fœtus de Longniddry, le nombre de rangs de 
fanons serait de trois cent trente-cinq. 

L'espace qui les sépare est d'un dixième de pouce. Chaque 
rang de fanons compte vers le milieu jusqu'à sept, huit et même 
neuf lames en avant, seulement cinq en arrière; le nombre 
s'accroît jusqu'à trente , mais dans ce cas les derniers sont à 
peine distincts. 

Les fanons du fœtus n'ont pas cette belle couleur noire des 
adultes. 



( 126 ) 

Quand le fœtus a 2 mètres, les fanons sont en voie de for- 
mation. H. Tollberg a figuré les fanons d'un fœtus de 3 mètres, 
et d'un autre qui avait atteint 4 4/s mètres. 

Dans ces dernières années, un beau travail a paru sur la for- 
mation des fanons de la Balemoptera Sibbaldii, par Tycho-Toll- 
berg*. 

Sous le rapport morphologique, les fanons correspondent 
aux papilles du palais des Ruminants ; leur origine est épi- 
dermique. 

Lorsque l'embryon a 2 mètres de long, Tépithélium du 
milieu du bord du maxillaire s'épaissit, et cette épaisseur 
attend ensuite en avant et en arrière. Comme Eschricht l'avait 
déjà remarqué, le nombre de fanons ne change pas dans le 
cours du développement. 

HH. 6. Pouchet et Chabry ont exposé le résultat d'observa- 
tions intéressantes sur l'évolution des dents de la Balœnoptera 
Sibbaldii.ddins les Comptes rendus de l'Académie des sciences 2 . 

H. Planteau a fait connaître des observations sur la muqueuse 
de l'utérus, d'après des pièces rapportées de Vadso par le 
professeur Pouchet 3. 

MOEURS. 

Chaque espèce de Cétacé se comporte d'une manière parti- 
culière en mer, et les pécheurs les reconnaissent à distance 
sans se tromper. La Balénoptère qui nous occupe est recon- 
naissable non seulement à sa nageoire dorsale, qui est très 
petite et placée fort en arrière, mais également à son high spout 
and conspicuous size, comme disent les baleiniers anglais. 



1 Tollberg-Tycho, Sur la structure et le développement des Baleinée 
(Bal. Sibbaldii), Archiv. Zoou expérim., t III, n* 3, noies, p. xxxix. Nov. act. 
Reg. Soc. Scientiar., Upsaliensis, vol. XI, 1883. 

1 20 février 1882* 

• Planteau, Muqueuse de l'utérus de Balaenoptera Sibbaldii. Jouait. d'Anat. 
et de Phys., juillet, 1881, p. 277. 



( 127) 

La Baleine franche parcourt un espace de 9 à 10 milles à 
l'heure, et les Balénoptères, surtout la grande, nagent encore 
plus vite; le capitaine sir Turner accorde à la Balœnoptera Sib- 
baldii, qui atteint 89 pieds, une vitesse de 12 milles à l'heure, 
comme au Cachalot. 

Le professeur Sir Turner, dans une conférence donnée der- 
nièrement à Edimbourg, a parlé de la force des grands Cétacés. 

11 estime la force de la Balœnoptera Sibbaldii, qui parcourt 

12 milles à l'heure, dont le poids est de 70 tonnes et l'envergure 
de la queue de 18 à 20 pieds, il estime cette force, d'après 
M. Henderson, à 145 chevaux. 

Les Balénoptères sont généralement considérées comme 
ichtyophages, ainsi que les Mégaptères, mais l'espèce qui nous 
occupe ne paraît guère manger que des Crustacés. 

Le Crustacé qui fait sa pâture principale est un mysidé, 
que l'on désigne sous le nom deRoeger; c'est une Thysmwpoda, 
qui porte maintenant le nom de Euphrasia inermis. C'est le 
Krill des pécheurs *. La Balénoptère poursuit ces Crustacés 
schizopodes jusque dans les Fiords, dit Sars. Ce petit crustacé 
paraît en si grande abondance à l'est du cap Nord, pendant 
les mois d'été, qu'elle sert de pâture non seulement aux Balœ- 
noptera Sibbaldii et borealis, mais également au Gadus virens 
et aux nombreux oiseaux marins qui descendent comme des 
nuages sur cette proie. 

Collett a trouvé communément de 3 à 400 litres de Thysano- 
poda dans leur estomac. Mon fils en a ouvert à Vadsô en 1882, 
qu'on venait de capturer et il a trouvé leur estomac également 
plein de ce petit crustacé. 

C'est par erreur, sans doute, que Holbôll cite le Mallotus 
arcticus, et Pallas, les Loligo et les Méduses, comme nour- 
riture principale de cette Balénoptère. 

D'après le D r Guldberg, la Balœnoptera borealis poursuit la 
même pâture et ne se rend cependant pas autant à l'est que la 
Balœnoptera Sibbaldii. Il faudrait en conclure que ce n'est pas 

• Nuturw. V train., mai 1885. 



(128) 

exclusivement la recherche de la pâture qui les guide dam leurs 
pérégrinations. 

Le Cestode, que nous possédons à l'état de strobile, provient 
sans doute de ce crustacé Schizopode. 



Ces Cétacés vivent par couple et la femelle atteint une taille 
plus forte que le mâle. 

Malmgren a vu deux grandes Balénoptères, sans doute mâle 
et femelle, à la latitude de 79°, 45. 

En septembre 1881, on a trouvé une femelle morte sur les 
côtes près de Plymouth, et le 2 novembre suivant, on a vu 
échouer un mâle à peu près sur les mêmes côtes. 

Gomme les autres espèces, la Balœnoptera Sibbaldii s'apparie 
sans doute à certaines époques de l'année et les sexes, comme les 
individus qui composent les bandes, se prêtent assistance 
en cas de danger. 

Les pêcheurs ont plus d'une fois remarqué que des Balénop- 
tères vont au secours des individus capturés, et continuent 
leurs évolutions autour du cadavre remorqué, jusqu'à ce que 
le danger d'être prises elles-mêmes devient trop éminent. 

Y a-t-il une époque des amours, ou ces cétacés s'accouplent- 
ils à toutes les époques de l'année? Est-ce dans l'Atlantique 
pendant l'hiver, ou dans la Mer de Barentz pendant l'été? 
Qu'elle est la durée de gestation ? Y a-t-il un lieu de prédilection 
pour la mise bas? Ce sont autant de questions auxquelles il est 
encore difficile de répondre positivement. Nous n'avons encore 
que des observations isolées. 

L'accouplement se fait, d'après Guldberg, en été sur les côtes de 
Finmark et de Laponie et il cite un exemple à la date du lo juillet 
(1883). On a vu un mâle et une femelle tous les deux sur les flancs, 
s'approcher lentement l'un de l'autre, puis se tourner ventre 
contre ventre. Le vapeur tira sur le mâle, qui lâcha la femelle 
sans être blessé. Le lendemain on captura une femelle de 70 
pieds. A l'autopsie, la muqueuse vaginale était rouge et injectée. 
L'impression était que la femelle était fécondée. Guldberg n'a 
pas trouvé de spermatozoïdes dans les mucosités utérines. 



( 129) 

Hais à en juger par la taille des fœtus que l'on recueille 
assez régulièrement pendant l'époque de la pêche, l'accouple- 
ment doit avoir lieu également ailleurs et en d'autres temps; 
ainsi cette Balénoptère n'aurait pas d'époque fixe pour l'accou- 
plement, par conséquent non plus pour l'époque de la partu- 
rition. Bailleurs M. Çuldberg est arrivé à la même conclusion, 
comme il ressort d'un de ses derniers travaux *. 

La durée de la gestation dure au delà d'une année, et sans 
aucun doute elle varie d'une Balénoptère à l'autre. 

La Balœrwptera Sibbaldii se reproduit tous les trois ans; les 
Balœnoplera musculus et rostraia semblent se reproduire tous 
les deux ans environ. 

La taille des fœtus, recueillis à Vadso et dans les . ports 
voisins, est très variable, comme nous l'avons déjà dit plus 
haut. 

Au commencement de juillet 4883, on amena à Svartnœs, 
près de Vardô, une grande femelle, avec les mamelles pleines 
de lait et une matrice énorme; il a semblé au conservateur du 
Musée Zootomique de Christiania, que cette femelle avait mis 
bas depuis peu de temps. 

La femelle de la baie de Forth, ainsi qu'une autre citée par 
le professeur d'anatomic de l'Université d Edimbourg, auraient 
au contraire mis bas au mois d'octobre ou de novembre. 



DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. 

Cette Balénoptère fait régulièrement son apparition sur les 
côtes d'Islande et de Finmark au printemps, et elle disparaît à 
la fin de l'été. Quelle direction prend-elle alors pour passer les 
mois d'hiver? Traverse-t-elle l'Atlantique pour se rendre à la 
côte de Labrador? Nous fondons grand espoir sur l'initiative, 



1 G. A. Guldberg, zur Biologie des PfordatlanlUchen Flnwhàlartw. 
Zoologische Jaiihbûcher, Jena, 1866. vol. II, fa$c I, pp. 423-474, . 

Tome XLI. 9 



(130) 

qui vient d'être prise par la commission de pêche de Was- 
hington, d'inviter les habitants des côtes d'informer par télé- 
graphe le professeur Sir A. Baird, le secrétaire de l'institut 
Smithsonien de Washington, chaque fois qu'un Cétacé de 
quelque importance apparaîtrait. 

Pour faciliter cette tâche, M. Fréd. True, curateur des mam- 
mifères du Musée national, a publié une notice intéressante, 
avec dessin au trait, des différents Cétacés qui pourraient faire 
leur apparition sur les côtes des Etats-Unis d'Amérique *. 

Quant à l'époque de l'apparition de la grande Balénoptère, 
nous avons recueilli quelques faits qu'il s'agira de coordonner 
quand ils seront assez nombreux. 

Sophus Hallas, qui a pris part à la pêche des Balénoptères 
sur les côtes d'Islande, dit que leur apparition dans les eaux 
d'Islande a lieu vers le 21 avril. 

D'après les pécheurs, les Balœnoptera Sibbaldii et musculus, 
ainsi que la Megaptera boops, apparaissent dans le voisinage du 
cap Nord en même temps que la Mallotus villosus, la nourri- 
ture favorite des Gades. Des millions de Larus (Larus glaucus 
et eburneus) suivent ces bancs de poissons. 

L'Éclipsé, partie de Pelerhead, le 20 avril 1886, pour la pêche 
à la Baleine, a rencontré, quatre ou cinq jours après son 
départ d'Ecosse, une Balœnoptera Sibbaldii; du moins, R.Gray 
suppose, d'après la taille, que la Balénoptère qu'ils ont aperçue 
appartient à cette espèce. Le huitième jour, V Éclipse s'est 
approchée des glaces, et deux autres individus de la même 
espèce se sont montrés à l'horizon. 

Le capitaine de Y Éclipse a vu ensuite des Balœnoptera Sib- 
baldii à côté d'Hyperoodon , et même dans des eaux qui 
avaient une température au-dessous de deux degrés et demi, 
à côté des Mysticetus. Nordenskiold croyait que les Sibbaldii 
n'entraient pas dans des eaux au-dessous de cette température. 

1 Fred.True, Suggestions to the keepers ofthe U. S. Lifc-Saving stations 
.....ta the best means of collecting and preserving spécimens of tonales and 
porpoises. Washington, 1884. 



■ ( 131 ) 

A 79°, 15° N., le capitaine Gray a vu encore une Balœnoptera 
Sibbaldii avec deux jeunes. 

Avec les baleiniers, on peut dire qu'elles sont Cold water 
w hâtes. 

Il n'est pas douteux que cette même Balénoptère ne se montre 
de l'autre côté de l'Atlantique. Le professeur Cope cite quatre 
espèces, dont une est connue des baleiniers sous le nom de 
Finbach whale, et mesure au moins 74 pieds, à en juger par 
un squelette du Musée de Cambridge. C'est le Sibbaldius sul- 
fureus de Cope. 

Guldberg cite le cas d'un individu capturé en Europe, qui 
portait un harpon semblable à ceux qu'on emploie de l'autre 
côté de l'Atlantique, probablement des côtes du Labrador. 

Nous savons que cette Balénoptère apparaît régulièrement 
au printemps au détroit de Davis, quand la Baleine franche l'a 
quitté, et elle se rend dans la mer de Baffin à de hautes lati- 
tudes. C'est l'espèce la plus boréale du genre, dit F. Gray. Les 
Esquimaux, comme les baleiniers, ne distinguent pas la Balœ- 
noptera Sibbaldii de la Balœnoptera mnsculus, dit R. Brown K 

Nous connaissons un exemple intéressant de cette capture, 
faite le 12 août 1843 dans la baie de Batfin : c'est celle de la 
femelle de 3i aunes danoises, dont la nageoire pectorale avait 
été envoyée à Eschricht. Le ventre de cette Balénoptère était 
noir et gris, disait Holbôll; souris-foncé entre les plis et la 
nageoire dorsale petite -. 

Celles qui doublent le cap Nord longent la côte de Finmark 
et se dirigent vers l'est. M. A. Cockx a vu des Balœnoptera 
Sibbaldii jusqu'au 18 septembre à l'entrée de la mer Blanche. 

Déjà en 1852, 0. Heuglin avait signalé à la Société royale de 
géographie de Londres 3 que ces animaux sont extrêmement 
abondants dans la mer Blanche, et il avait même exprimé l'es- 
poir de voir l'industrie de la pêche s'établir dans cette mer, si 

* The Zoologist, février 1887. 

* EscuRiciiT, 5 e Traité, p. 151. 

* Joum, roy. gtoyr. Society, vof. XXIII, p. 129. 



( 132 ) 

peu connue alors. Il prétend aussi que les côtes de cette mer 
intérieure sont couvertes d'ossements de ces Cétacés. 

Elle se rend dans les eaux de Spitzbergen, comme dans la 
mer de Baffin, à de hautes latitudes. Malmgren rapporte qu'il 
a vu, comme le capitaine Gray, le 17 septembre 1861, deux 
Balénoptères de grande taille, à 79°,45' latitude nord, entre 
l'île d'Amsterdam et le Spitzberg. Leur navire y était à l'ancre. 

On sait que cette Balénoptère est également commune a 
Beeren-Eiland et sur les cotes de la Nouvelle-Zemble. 

Dans le courant du mois d'août, ces animaux abandonnent 
ces régions, et la première espèce qui quitte les côtes de la 
Laponie, c'est la Balœnoptera Sibbaldii; la seconde espèce, c'est 
la Balœnoptera mus eu lus. La Megaptera reste la dernière., 
paraît-il (A. Cockx). 

Le 18 septembre, on a vu encore un individu de cette espèce 
à Eretiki. 

M. Guldberg a fait le relevé des Balénoptères de cette espèce 
capturées depuis dix ans : en 1876, il y en a eu 42; en 1877, 
22 seulement, c'est le plus petit nombre ; en 1878, il y en a eu 
70; en 1879, 84; en 1880, 62; en 1881, 221. C'est le plus 
haut chiffre que l'on ait atteint. En 1882 et 1883, on estime 
le nombre à 200; en 1884, les animaux étaient grands, mais 
moins abondants; en 1885, on n'en a pris que 58. On a capturé 
ù la place une centaine de Balœnoptera borealis. En 1886, on 
en a capturé une centaine. La Balœiwptera borealis était rare 
cette année, mais la Balœnoptera musculus, par contre, fort 
abondante. 

M. Alfred Cockx estime que sur 406 captures faites en 1883 
sur les côtes de Finmark, il y avait 175 Balœnoptera Sibbaldii. 

La Balœnoptera Sibbaldii a été rare en 1885 sur les côtes de 
Finmark. Le Crustacé qui forme sa pâture, la Thysanopoda 
inermis, a fait défaut, et le Seje ou Cod whale des Norwégiens 
a paru à sa place. 

A cause de son énorme taille, cette espèce est plus exposée 
à échouer que les autres, et nous avons plusieurs exemples 
d'individus trouvés flottants en mer. 



(133) 

Ascanius signale l'exemple d'une femelle de 6G pieds qui est 
venue se perdre sur les côtes de Norwège. 

Le 28 juillet, on a vu sur les côtes est de l'Islande un Stey- 
pireydr flottant en mer. 

Un animal de 80 pieds a échoué sur les côtes de Hollande 
(Oosten et Sluysche Gai) le 1 er mai, nous ne savons de quelle 
année. Le commissaire De Witte fait mention des fanons noirs, 
d'une aune de longueur, et dont il estime le nombre à deux 
cents *. 

Une des captures, dont on s'est le plus occupé, est celle faite 
en 1827 d'une femelle trouvée flottante en mer et remorquée 
par les pécheurs jusqu'au port d'Ostende. L'animal mesurait, 
comme nous l'avons dit plus haut, 85 pieds, et son squelette, 
après avoir été exhibé dans les principales capitales de l'Eu- 
rope, est conservé, dans un triste état, au Jardin botanique de 
S l -Pétersbourg 2. C'est la propriété du Musée impérial de 
l'Académie des sciences de S^Pétersbourg. 

Cette même année, au mois de mars (le 10), une jeune 
femelle, qui n'avait que 54 pieds, a échoué dans les sables de 
l'île d'Oleron, et on peut se demander si ce n'est pas un Balei- 
neau qui avait accompagné la Balénoptère dont nous venons 
de parler. Le D r Fischer donne des détails fort intéressants 
sur cette Balénoptère : le sternum était petit et plat; les ver- 
tèbres, au nombre de quarante-six, sans celles de la queue, 
qui sont au nombre de dix-sept, ce qui fait en tout soixante- 
trois vertèbres. Les os n'ont malheureusement pas été conservés. 

Le D* Fischer fait mention d'une autre Balénoptère qui a 
échoué en avril 1863 sur les côtes de Dunkerque, et qui mesu- 
rait 30 mètres. 



1 Le 1 er mai est venue échouer une Baleine : < na myne gissinge omirent 
200 git zwarte lande, een elle langli ende hreed, groot van muyle, daer wel 
eene gemeene schuyi iugaen soude, in der waerbeyi een monsler der hellen. » 

' c Das grosse Skelet der bei Ostende geslrandeien, welebes Europa flureb- 
wanderie, tst jelzt Eigentbum unseres Muséums, • m'écrivait le D r Brandi 
dans une lettre datée de S'-Pétersbourg le 1 er janvier 187*. 



(134) 

On cite encore un animal, rejeté par la mer à l'état de cadavre 
sur la plage do Soulac, dans le golfe de Gascogne. C'était le 
13 juillet 1879. On ne voyait flotter qu'une masse informe de 
chair en putréfaction; la tête et la queue étaient séparées; il y 
a lieu de croire, m'écrit le capitaine Jouan, que, sous l'impul- 
sion des vagues, qui sont terribles sur cette côte, le corps aura 
été replié en deux. Le corps a été mis en vente, et c'est la com- 
mune de Soulac qui l'a acheté pour 90 francs. L'animal avait 
24 mètres de long *. 

On en a observé ù diverses reprises sur les côtes d'Ecosse et 
de Shetland. 

Sibbald, qui a fait tant de bonnes observations sur les grands 
Cétacés des côtes d'Ecosse, parle d'un mâle de 75 pieds qui a 
péri en 1690 dans la baie de Forth. C'était un individu de la 
grande espèce. 

C'est encore sans doute un animal de cette espèce qui a 
échoué à l'entrée de THumber, au mois de septembre 1750, et 
dont Scoresbv fait mention. 

Neill fait mention également d'un grand individu, dont le 
sexe n'est pas déterminé, qui a péri dans la même baie 
en 1808. 

Scoresby parle d'une Balénoptère de 82 pieds qu'il a vue sur 
lescôtesde Shetland pendant l'hiver de 1817-1818. Elle était 
venue y échouer. 

Arthur Jacob fait mention d'une femelle de 70 pieds, venue 
à la côte, à l'ouest de l'Irlande, au mois d'avril 1825. 

Un jeune animal de 31 pieds, dont le squelette est conservé 
au Musée de Liverpool, a échoué dans la Dee. 

Une femelle trouvée morte en mer, a été remorquée à Ply- 
mouth le 27 septembre 1831 ; elle était longue de 79 pieds (Couch) 
et son estomac renfermait une grande quantité de Pilchards. 
D'après sa taille, ce serait une Sibbaldii, mais cette espèce se 
nourrit-elle de Pilchards? N'y a-t-il pas de l'exagération dans 
la longueur? C'est ce que nous croyons plutôt. 

1 Act. Soc. Linn. de Bordeaux, séance du 6 août 1879. 



( 135) 

En octobre 1831, un individu a échoué à l'embouchure de 
la baie de Forth ; son squelette est au Musée des sciences et 
des arts à Edimbourg. Il avait 76 pieds (Knox). 

En 1833, une bonne capture a été faite dans le Humber, près 
de Hull ; le squelette de l'animal est conservé au Musée de cette 
ville. 

Le professeur Sir Turner, qui signale cinq échouements, 
parle d'un individu échoué à l'entrée du Firth of Forth en 1858. 

Une Balœnoptera Sibbaldii, prise, le 9 novembre 1869, à 
l'entrée de ce fleuve, et qui heureusement est tombée dans 
de bonnes mains, nous fournira des renseignements bien 
importants. Elle s'était montrée en spectacle aux habitants de 
la côte pendant quatorze jours. C'était une femelle sur le 
point de mettre bas, et dont l'acquisition a été faite de manière 
à être utilisée complètement pour la science. Le professeur 
Sir Turner a d'abord publié une première notice dans les 
Proceedings de la Société royale d'Edimbourg, puis, dans une 
notice particulière, il a fait connaîtra le sternum *, le placenta 
ainsi quei'os du bassin de la mère et du fœtus mâle qu'elle 
portait. 

Le fœtus n'avait pas moins de 20 pieds 6 pouces ; la mère 
mesurait 78 pjeds 9 pouces. 

Dans cette notice, il fait savoir qu'au mois d'octobre 1869 
une autre femelle avec son jeune, appartenant à la même 
espèce, a été capturée sur la côte de Shetland, mais il ne nous 
apprend pas si cet animal a été conservé pour la science. 

Le même savant parle encore d'un autre individu échoué à 
Wick(Caithness)enl871. 

La Balœnoptera Sibbaldii pénètre dans la Baltique. 

Nous avons déjà parlé de deux mâles rencontrés dans cette 
mer intérieure, le 8 avril 1825 et en juillet 1862, et que 
Jul. Mûnter a fait connaître. 

Le 29 octobre 1865, un individu mâle, non adulte, a été cap- 



1 Turhbh, On the sternum of the longniddry Whale ( Balaeaoptera 

Sibbaldii). Jocrh. op anatomy and physiology, vol. IV. , 



(436) 

turé près de Gôteborg, et a été décrit par M. Malm sous le 
nom de Balœtwptera Carolinœ* C'est le professeur Flower qui 
reconnut le premier que ce jeune mâle est une Balœnoptera 
Sibbaldii. Son squelette est conservé au Musée de Gôteborg. 

Le 26 juin 1881, entre les îles Sylt et Fôhr (Baltique), les 
douaniers aperçurent une femelle Balœnoptera Sibbaldii de 
50 pieds, échouée sur le sable; elle fut tuée à coups de hache. 
Le D r Môbius acheta le squelette pour le Musée zoologique 
de Kiel. Le bassin manque *. 

Nous ne croyons pas que la Balœnoptera Sibbaldii soit con- 
finée dans l'Atlantique septentrionale, comme les autres espèces 
du genre; elle hante le Pacifique comme l'Atlantique, et se 
répand même dans les eaux de nos antipodes. 

On parle, en effet, sous des noms divers, d'une grande Balé- 
noptère, répandue dans l'Atlantique comme dans le Pacifique, 
dans la mer des Indes comme dans la mer du Japon, et dans 
les eaux de nos antipodes, comme nous l'avons déjà dit dans 
les généralités sur le genre. 

Les baleiniers américains et anglais parlent souvent d'une 
Balénoptère sous le nom de Sulfurbottum; c'est un animal de- 
grande taille et qui hante l'océan Pacifique et la mer des 
Indes. Nous avons plusieurs raisons de croire qjie ce Sulfur- 
bottum appartient à l'espèce qui nous occuppe. Ils accordent en 
effet à ce Sulfurbottum une taille de 80 pieds et des fanons fort 
larges et d'un noir luisant. 

Au mois d'août 1871, une jeune Balénoptère a échoué près 
de l'embouchure du Bio de Lozan, un des affluents du Bio de 
la Plata. A en juger par ses fanons noirs, par la face inférieure 
du corps, également noire, un peu plus claire que le dos, mais 
pas blanche, nous croyons que c'est une Balœnoptera Sibbaldii. 
Son squelette est conservé. Burmeister lui a donné le nom 
de Balœnoptera intermedia. 

A. Smyth a vu des Balénoptères de 95 pieds à Table Boy. 

1 Prof. Môbius, Ueber einen bei Sylt geslrandeten Blauwal (Bateoopiera 
Sibbaldii). Naturwiss. vtiutiRS fOr Schleswig*Holstein, Bd. VI. Kiel, 1865» 



(137) 



Le Muséum d'histoire natu- 
relle de Paris a reçu de Patago- 
nie des squelettes qui se rappor- 
tent à la Balœnoptera Sibbaldn 
et à la Balœnoptera musculus. 
Nous reproduisons ci-contre la 
première côte qui est bifide, les 
os nasaux et le sternum. 

Un de ces squelettes a été 
trouvé sur la plage dans le New- 
Year-Sund, à la Terre de feu. 
L'animal dont il provient avait 
échoué sur la plage, et les Fue- 
giens s'étaient empressés d'en- 
lever la chair pour la manger. 

MUSÉES. 

Jusque dans ces dernières 
années, on ne connaissait dans 
les Musées aucun squelette bien 
authentique de cette espèce, et 
quelques os séparés de grande 
taille pouvaient être attribués à 
des géants de l'espèce com- 
mune. 

Aujourd'hui le doute n'est 
plus possible, surtout depuis 
que Ton possède des ossements et des squelettes des Balénop- 
tères recueillis aux pêcheries d'Islande et de Finmark. 

Nous allons indiquer par ordre alphabétique les Musées qui 
possèdent des restes authentiques de cette Balénoptère. 

Au Musée de l'Université de Breslau, on conserve le squelette 
d'un jeune animal qui a péri, en 1862, au Sund. 

Le Musée de Bruxelles possède aujourd'hui un squelette 
complet, provenant des pêcheries de Vadsô. Il est d'une remar- 




Os nasaux, sternum et partie distale 
de la première eôte. 



(138) 

quable conservation pour les membres comme pour les os du 
bassin. 

11 possède également une vertèbre isolée, dont l'origine n'est 
pas connue, et qui se rapporte sans doute à cette espèce. Le 
corps est haut de 32 centimètres, large de 39 centimètres, 
mesuré au milieu du disque; l'apophyse épineuse mesure 
32 centimètres depuis le corps de la vertèbre, et elle est loin 
d'être complète. C'est une des dernières lombaires. 

Le Musée de Copenhague possède une tête et divers osse- 
ments provenant de la pêche en Islande (1866). Le professeur 
Reinhardt a publié une notice intéressante sur ces dernières 
pièces, avec de bonnes figures. Depuis 1843, on y conserve 
également le squelette d'une nageoire pectorale d'un animal 
capturé au mois d'août dans la mer de Baffin. Cette pièce a 
été envoyée à Eschricht par le gouverneur Holbôll. 

Au Musée de l'Université de Christiania on conserve un 
squelette d'un mâle de 77 pieds, préparé par Guldberg, 
en 1881. 

L'Indian Muséum de Calcutta renferme plusieurs ossements 
importants. 

On trouve dans la ville d'Edimbourg des ossements de quatre 
individus différents : il y a d'abord un squelette complet d'une 
femelle qui a échoué en octobre 1869 sur les côtes de Shet- 
land. II est monté au Musée de l'Université. Ce squelette 
fut déposé d'abord au Jardin zoologique d'Edimbourg. Il 
s'v trouve ensuite des vertèbres cervicales, dorsales et lom- 
baires, avec des côtes et une omoplate recueillies sur les 
côtes de Shetland. Le squelette d'un individu de 84 pieds 
trouvé flottant en mer près de North-Berwick, le 8 octobre 1831 , 
étudié par Frederick Knox, est conservé dans le Département 
d'histoire naturelle du Musée des sciences et des arts. 

Le Musée de Gôteborg renferme un squelette d'un -jeune 
mâle qui a échoué, le 29 octobre 1863, non loin de cette ville, 
et dont Malm a donné une belle description, sous le nom de 
Balœnoptera Carolinœ. 



( 139 ) 

On conserve un squelette de mâle au Musée de l'Université 
de Greifswald, recueilli à l'île de Rûgen en 1825., 

Un squelette est conservé à la Société philosophique de Hull, 
provenant d'un animal de 47 pieds de long, qui a été capturé 
en 4833 dans le Humber. 

Le squelette d'une femelle de 13 mètres de longueurquiapéri, 
en juin 1881, sur les côtes du Jutland, est conservé au Musée de 
l'Université de Kiel, grâce aux soins du professeur Môbius. 

A la Rochelle, on possède deux vertèbres, dont l'origine est 
inconnue, et qui proviennent sans doute de cette Balénoptère. 

Le Musée de Leyde renferme également deux premières côtes 
d'un mâle de 78 pieds anglais, un sternum, un atlas et un axis, 
puis quelques os provenant de la pêche d'Islande, donnés par 
le capitaine Bottemanne. 

A Leipzig, on conserve un fœtus de 18 pieds, conservé dans 
le sel, que l'on a reçu du cap Nord. 

Le Musée de l'Université de Liège est en possession de deux 
beaux squelettes, l'un de mâle, l'autre de femelle, tous les deux 
adultes; ils proviennent d'individus capturés dans l'établisse- 
ment de pêche de Vadsô. 

Le même Musée possède également des fœtus, dont un a une 
dizaine de pieds de longueur. 

Le Musée de Liverpool possède des vertèbres, des côtes et 
des fanons rapportés d'Islande par M. Henri Baird en 1868. 

Nous avons à Louvain la tête, les nageoires pectorale et eau* 
dale d'un fœtus de 7 pieds de long, que le D r Finsch a rap- 
porté de la pêcherie de Vadsô, ainsi que l'omoplate dont nous 
avons déjà parlé. 

Le British Muséum possède également un squelette; il pro- 
vient de la collection de Lidt de Jeude d'Utrecht. C'est la vue 
de ce squelette qui avait frappé M. Flower en 1864 ; son coup 
d'œil exercé lui fit reconnaître une forme nouvelle, à laquelle 
il donna le nom de Balœnoptera latirostris. 

On conserve aujourd'hui un autre squelette au British 
Muséum, qui provient d'une femelle de 79 pieds, capturée à 



( 140 ) 

Plymouth ; des caisses tympaniques et des fanons de la Nou- 
velle-Zélande. 

Au Muséum de Paris se trouve aujourd'hui un squelette de 
mâle et un autre de femelle, tous les deux rapportés des pêche- 
ries de Vadsô par le professeur Pouchet. 

Il s'y trouve également depuis longtemps une omoplate et 
un atlas de grande taille dont l'origine est inconnue. 

Le même Musée est en possession aujourd'hui d'un sque- 
lette provenant du cap Horn *. 

Le plus ancien squelette est celui de ranimai qui à été trouvé, 
en 1827, mort en mer, par les pécheurs, et qui a été fcmorqué 
jusqu'à Ostende. Comme nous Pavons dit plus haut, ce squelette, 
après avoir été exhibé dans les principales capitales de l'Europe, 
est allé échouer au Jardin zoologique de Saint-Pétersbourg. 

Pallas parle d'un squelette de 84 pieds de long (pieds anglais), 
provenant d'un animal capturé dans la mer Glaciale, sou6 le 
nom de Balœna physalus ; il a été envoyé par Petrus Kargin, en 
1740, au Musée de S l -Pétersbourg. La taille et la couleur des 
fanons (laminis atro-cceruleis) ne laissent guère de doute sur 
l'espèce. Personne n'a pu nous donner des renseignements sur 
ce squelette pendant notre séjour à S'-Pétersbourg. 

On voit encore au Musée de SMPétersbourg un atlas et trois 
vertèbres lombaires, provenant des côtes de la Nouvelle-Zemble, 
que nous attribuons à cette espèce. 

A la fin de 1878, le Musée tie Stockholm a reçu de Vadsô un 
squelette de Balamoptera Sibbaldii femelle et de son fœtus à peu 
près à terme 2. 

Au Musée de l'Académie des sciences de Stockholm, nous 
avons vu en outre une vertèbre dorsale (deuxième), rapportée 
par le D r Kinberg des côtes de Patagonie (détroit de Magellan); 



1 La Bévue scientifique , dans son n° du 29 mars 1884, rend compte d«* 
Texpédiiion scientifique au cap Horn et fait mention de ces ossements qui ont 
été rapportés par la Romanche. 

9 Smitt, Veber Balœnoptera Sibbaldii. Zoologischer anzeigbr, 16 dé- 
cembre 1878. 



(141 ) 

elle est d'une dimension extraordinaire. Nous n'en avons pas 
vu de plus grande. M. Malm rapporte encore au même animal 
plusieurs autres vertèbres, dont deux lombaires. H. Malm a fait 
le relevé des Cétacés conservés dans les Musées de Suède ; il a 
donné à cette espèce le nom de Physalus antarcticus. 

Nous connaissons aussi quelques squelettes conservés dans 
des Musées hors d'Europe; ils sont généralement désignés sous 
d'autres noms. A défaut de pièces assez nombreuses de com- 
paraison, nous ne pouvons pas affirmer avec certitude que c'est 
la même espèce qui vit aux deux hémisphères, mais nous pou- 
vons assurer qu'elle représente notre grande Balénoptère par 
tous les caractères essentiels, la taille, la forme de la face, la 
couleur des fanons, le nombre des vertèbres et des côtes, etc. 

Il existe un squelette de Balénoptère de 74 pieds au Musée 
de Cambridge (Etat-Unis) et qui appartient sans doute à cette 
Balénoptère. C'est l'espèce la plus grande et la plus commune, 
dit le professeur Cope. 

On en cite une autre de 84 pieds, capturée en 1851, à la lati- 
tude de 19° N, on Juggu or Àmherst Islet. Quelques-uns de ses 
os sont conservés au Musée du collège médical de Calcutta, 
sous le nom de Balœnoptera indica *. 

En 1873, une Balénoptère de très grande taille a échoué sur 
la côte sud- est d'Otago ; ses fanons, d'après le D r Coughtrey, 
sont semblables à ceux de la Balœnoptera Sibbaldii des mers 
arctiques * et ont la largeur el la couleur de la Balœnoptera 
Sibbaldii d'Europe. 

Le squelette décrit et figuré dans les Traits, of ihe New-Zear 
land Institute, sous le nom de Physalus australis, par M. Hector, 
provient d'un animal capturé an sud de Cook's Strait ; il a 
soixante-quatre vertèbres 3 ; il est conservé au Musée de Wel- 
lington. . . 



* Bltth, Journal ofthe Asiaiic Society ofBengal, xxvm, 1860. 

* Captata F. H. Huttou, Trans. n. ZeL insL, vol. VIT, p. 26a 

1 Le toile porte 57, mais M. Hector a mis 64 dans un tiré & part qu'il a 
eu la bonté de me faire parvenir. 



(142) 

Un squelette d'un animal de 90 pieds, dont les fanons 
avaient 28 pouces de longueur, 18 de largeur, et tout noirs, 
est conservé au Musée de l'Université de Melbourne. L'animal 
a échoué sur la côte de Vittoria *. 

On conserve des fanons bien authentiques de cette espèce à 
Edimbourg (de Shetland), à Liège (de Finmark), à Louvain (de 
Shetland), à Vienne et à San Francisco, de Sulfurbottum (du 
Pacifique). 

DESSINS. 

Il existe quelques anciennes figures de Balénoptères, mais 
comme l'espèce n'a été définitivement reconnue que dans ces 
dernières années, on n'a pu donner des figures authentiques 
que dans ces derniers temps. 

La plus ancienne figure, pensons-nous, est celle que 
Bob. Sibbaldus " 2 a publiée dans sa Phalaïnologia nova. 

Van Breda en a publié une d'après le corps recueilli en mer 
en 1827 par des pécheurs d'Ostende, et dont le squelette se 
trouve à S^-Pétersbourg 3. 

Différentes gravures et deux lithographies de grand format 
sont conservées à la Bibliothèque royale, à Bruxelles. 

Nous trouvons cette espèce représentée dans le grand atlas 
de Goldfuss, vol- 4, pi. 332 *. 

Fried. Bosenthal a publié une lithographie de l'individu 
échoué en 1825 dans la Baltique. 

Le professeur Mûnter publie deux planches représentant 
l'animal vu des divers côtés &. 

Eschricht possédait un dessin de la Balœnoptera Sibbaldii. 



4 Gigloli Cetacei osservati, p. 51 . 

1 Phalaïnologia nova. Edinburgi, 1692, pi. III. 

5 Van Breda, Afbeelding van dm op 5 nov. 48tl gestranden Walvisch le 
Oo$tende. Lelterbode. 

* Goldfuss, Atlas, vol. IV, pi. CCCXXXII. 

* Munter, UebérZweiin f9Jahrh.bei Greifswaldmùnnlichslndividuen 
von Bal. Sibbaldii. Greifswald, 1877, 



(143) 

Burmeister a figuré l'animal, vu de profil, par sa face infé- 
rieure et par le ventre, faisant ses évolutions dans l'eau *, 
sous le nom de Balœnoptera intermedia. 

Sars a publié d'abord, en 1865, le dessin d'un mâle et des 
détails sur le squelette 2 , puis celui d'un animal adulte 3 et d'un 
fœtus mâle de 1 pied 4 pouces de long. 

En 1874, le zélé professeur de Christiania a publié le dessin 
d'une femelle adulte des côtes de Finmark. Le dessin de la 
planche III représente un individu capturé à l'établissement du 
capitaine Foyn. La planche IV représente un fœtus de 9 pieds 
et demi *. 

Le D r Malm a publié plusieurs photographies faites d'après 
le jeune mâle qui est allé échouer dans le voisinage de Gôten- 
borg, le 20 décembre 1865. Il reproduit vingt-deux photo- 
graphies sur dix-huit planches, deux planches lithographiées 
çt trois gravures sur bois 3. Le savant Directeur du Musée de 
Gôteborg figure également la région cervicale avec les deux 
premières dorsales, l'atlas et l'axis, les quatre premières côtes 
avec l'hyoïde, et le squelette du membre pectoral. 

Le professeur Sir Turner en a donné aussi une très bonne 
figure 6. 

Nous avons publié un dessin de cet animal, d'après les extraits 
du Journal de voyage et les croquis que le D r Finsch avait 
rapportés de Vadsô, en 1873 7 . 

1 Atlas de la Description physique de la république Argentine. Buenos - 
Àyres, 1883. 

* Vid-Selskabets ForhandL, for 1865. 
' Vid-Selskabets ForhandL, for 1878. 

* Sars, Om Biaahvalen (femelle adulte), Christiania VidSelskab. For- 
handl. for 1874. Sars, Forsatte Bidrag til kundskàben om vare Bardehvaler. 
Christiania vi dense abelse. Forhandl., 1880. 

* Malm, Monographie illustrée de la Balénoptère .... Stockholm, 1867. 

Tobker, On account ofthe gréai Finner Whale (Balaenoplera Sibbaldn), 
Tbajis. rot. Soc Édinburgh, vol. XXVI, pi. V, 1870 et Itlust. London News, 
1869, n« 1567. 

1 Van Benedbji, Notice sur la grande Balénoptère du Nord (Balaenoplera 
Sihbaldii), Bull. Acad. bot. de Belgique, 2« sér., U XXXIX, 1875. 



(144) 

Le cap. Scammon a publié un dessin du Sulfurbottum, 
ou Sibbaldius sulfurais Cope y pi. XIII. Comme Burmeister, il 
représente l'animal faisant ses évolutions dans l'eau. 

Du Bar a publié plusieurs planches représentant grossière- 
ment le crâne, vu de trois côtés différents, les mandibules, l'os 
hyoïde avec la caisse tympanique, le sternum, la colonne ver- 
tébrale, l'atlas, une première côte avec deux autres, l'os du 
bassin, l'omoplate et les os de la nageoire pectorale. 

Le professeur Reinhardt a reproduit quelques bonnes figures, 
représentant la tête avec les os nasaux, l'atlas et le corps de l'os 
hyoïde, d'après les pièces conservées au Musée de Copenhague, 
provenant d'individus capturés dans les eaux dislande. 

Gray a figuré l'atlas et cinq cervicales. Reinhardt a également 
publié une figure de l'énorme atlas rapporté par Hailas des 
côtes d'Islande. 

Nous avons reproduit dans l'Ostéographie, pi. XII et XIII, 
fig. 28 à 34, la tête vue d'en haut, la région cervicale, la nageoire 
pectorale, le sternum et l'atlas avec l'axis, vus de face. Ces 
dessins sont faits d'après des pièces du Musée de Copenhague 
et de Gôteborg. 

M. Smitt a eu l'obligeance de me faire parvenir des photo- 
graphies de la tête d'une femelle et du fœtus, de l'atlas, du 
sternum, de l'hyoïde, des côtes et des membres conservés au 
Musée de Stockholm, pour faire la comparaison avec les 
mêmes os provenant de diverses localités. 

PARASITES. 

On connaît sur cette Balénoptère de petits Cirripèdes et deux 
Copépodes à l'extérieur, un Monostome, un Filaire, un Échi- 
norhynque et un Ccstode dans l'intestin. 

On a trouvé des Penella sur une femelle de 13 mètres, cap- 
turée sur la côte du Jutland, le 26 juin 1881, et sur quatre 
individus capturés, en avril 1867, sur les côtes est dislande. 

Les Penella sont des Crustacés parasites qui s'implantent par 
la tête dans l'épaisseur de la peau, et qui se déforment si corn- 



• ( 1*5 ) 

plèlement qu'à moins de les avoir étudiés, ou d'avoir étudié les 
Copépodes, qui minent sous tant de formes différentes la peau 
des poissons, on ne saurait les prendre pour des animaux. 

Un autre commensal est celui que Ton a trouvé d'abord sur • 
les lanons de la Bakenoptera borealis, et qui vit également sur 
les fanons de la Balœnoptera Sibbaldii. 

11 est à remarquer que les Crustacés, dont ces deux Balénop- 
tères se nourrissent, sont les mêmes, d'après quelques natura- 
listes qui ont assisté à la poche. 

Creplin a trouvé des FUaria crasskanda et des Monostomum 
plicatum clans l'oesophage et dans l'intestin grêle. 

Ou trouve communément dans les intestins YEchinorhynchus, 
dont Malm avait cru devoir faire une espèce nouvelle, sous le 
nom spécifique de Brevicollis. 

Le professeur Sir Turner a trouvé également cet Echi- 
norhynque dans l'individu qu'il a disséqué. 

Cette Balénoptère nourrit en même temps un Cestode, sans 
doute nouveau pour la science, mais que nous n'avons pu 
déterminer à défaut de scolex. À en juger par les proglottis, 
c'est en tout cas un animal voisin des Bothriocéphales. 

Ce Cestode a été recueilli a Vadsô, il y a quelques années, et 
nous ne savons si l'on n'en a pas trouvé depuis d'autres exem- 
plaires complets. 



Tome XLL 10 



1 




ZIPHIOÏDES 



DES 



MERS D'EUROPE, 



PAR 



P.-J. VAN BENEDEN, 

MEMBRE 1>E L'ACADÉMIE ROYALE DK HEI.r.lÛUE. 



(Présenté à la ('lasse des sciences dans la séance du 7 janvier 188$.' 



Tome XLI. 1 



1 



LES 



ZIPHIOÏDES 



DES 



MERS D'EUROPE. 



GENERALITES. 

Au commencement du siècle, en creusant, les bassins 
d'Anvers, les ouvriers terrassiers mirent au jour des rostres de 
Cétacés véritablement pétrifiés; vers la même époque, sur les 
bords de la Méditerranée, on découvrit une tête légèrement 
mutilée, plus ou moins fossile, avec un rostre solide ; ne 
pouvant la rapporter, pas plus que les rostres d'Anvers, à un 
Célacé vivant des collections, Cuvier proposa pour les désigner 
le nom de Ziphius. 

Ce nom de Ziphius avait été employé, par quelques auteurs 
du moyen âge, pour un Dauphin qu'ils n'ont point clairement 
déterminé. 

Les Ziphius, disait Cuvier, ne sont ni tout à fait des Baleines, 
nj tout à fait des Cachalots, ni tout à fait des Hyperoodons; 
ce sont, dit-il, probablement des restes d'une nature détruite 
et dont nous chercherions en vain aujourd'hui les origines. 
• La Cétologie a fait bien des progrès depuis le jour où le 
grand naturaliste a écrit ces lignes, mais ses prévisions ont reçu 



(4) 

une éclatante confirmation : le genre Ziphius est devenu le type 
d'une famille dont quelques espèces, encore en vie, errent à 
l'aventure clans les divers Océans comme s'ils n'avaient plus de 
patrie. Ils sont originaires des régions chaudes, mais ils se 
rendent indifféremment vers le nord ou vers le sud, fréquen- 
tant le pôle arctique comme le pôle antarctique. On trouve, en 
effet, le Cachalot dans les eaux du Groenland et du Spitzberg 
comme dans celles de la Tasmanie et de la Nouvelle-Zélande. 

Blainville qui avait également au plus haut degré le senti- 
ment des affinités, avait distingué de bonne heure les Cétacés, 
qui se groupent autour des Ziphius, sous le nom de Ueiero- 
dontes. 

Eschricht avait fort bien reconnu les affinités dps Ziphius avec 
les Hyperoodons et les Micropterons ; il proposa de nommer 
les premiers Chœnocetus, Entenwall, d'après un ancien nom 
danois. Ces travaux d'Eschricht ont donc à leur tour confirmé 
l'opinion de Cuvier *. Le savant professeur de Copenhague 
réunit différentes espèces autour des Ziphius, et il propose de 
les désigner sous le nom de RhynchoMi. Il prend l'IIyperoodon 
pour type et fait remarquer que le régime de tous ces animaux 
est le même ; tous se nourrissent de Céphalopodes. 

En 1850, un Ziphius vint échouer sur la plage des Aresquiers, 
non loin de Frontignan. Paul Gervais profita de cette occasion 
pour montrer que le Ziphius cavirostris se trouvait encore 
parmi les espèces vivantes; il proposa de réunir certains Céta- 
cés, intermédiaires entre les Dauphins et les Cachalots, sous le 
nom de Ziphioïdes. 

Duvernoy, qui avait à cette époque la direction des collections 
d'anatomie comparée du Muséum, fût chargé par l'Académie des 
sciences de faire un rapport sur le mémoire de Gervais; il passa 
en revue les nombreux squelettes conservés dans les galeries du 



1 •• Der Entenwall ithperoodon) uni der KleinOosser (Miciopleron) sieltrii 
sicb uns deuiuncb als spàrliclie Ueberbleibsel emtx vorwcli lie lien grosse u 
Abtbeilung lier Wallihiere dar, uud war»c!ieinlicb slrbt'i) sie eben deswigwt 
jel/J so isohrl da • , dit Ksciiricht. 



o 



Muséum et plaça le Cétacé de la plage des Aresquiers, non dans 
le genre Ziphius, comme Gênais l'avait fait, mais parmi les 
Hyperoodons; les Cétacés étaient partagés en cinq familles par 
Duvernoy et il réunissait, sous le nom de Hétérodontes, les genres 
vivants et fossiles que nous regardons comme Ziphioïdes. On 
ne connaît bien dans cette famille des Hétérodontes, ajoute 
Duvernoy, que les espèces du genre Hyperoodon *. 

Le professeur Flower s'exprime, comme Guvier et Eschricht, 
-au sujet de l'ancienneté des Ziphioïdes : la rareté de ces Cétacés 
à l'époque actuelle contraste singulièrement avec leur abon- 
dance à l'époque de la formation du crag, et fait croire, ajoute 
le savant Directeur du British Muséum, que les Ziphioïdes 
actuels ne sont que des survivants d'anciennes familles-. 

Dans la liste des Cétacés du British Muséum, publiée en 
1885, M. Flower admet, à côté de la famille des Balénides, une 
famille de Cachalots dans le sous-ordre des Cétodontes et réu- 
nit dans une sous-famille les Ziphiinœ, les Hyperoodon, les 
Ziphius, les Mesoplodon et les Berardius. 

Mous ne comprenons pas les motifs de cette séparation des 
Cachalots ; ces Cétacés partagent, avec les autres Ziphioïdes, 
les mêmes caractères et le même genre de vie. La taille seule 
«litière. 

Nous avons depuis longtemps exprimé l'avis qu'il n'y a pas 
de raisons de séparer les Cachalots des véritables Ziphioïdes, 
bien qu'ils aient de nombreuses dents au maxillaire inférieur. 
Les Cétacés forment à notre avis trois familles distinctes 
parfaitement caractérisées, par toute leur organisation, et 
spécialement par leur squelette, par leur genre de vie, comme 
par leur répartition géographique. 



1 Ann. mime, natur., ô* série, l. IV, 18;il. 
. * * This comparative rarity al Ihe prese.nl epocli conlrasts greaily wilb 
%vlial once obluined on llie earlb, cspecially in ihe period of Ihe de|>osit:on 
<>f the Crag formations, and h-ads lo ihe belief, lhatthe exisiing Ziph.'o'ds are 
ibe survîYors o£an ancienl family .... » W. H. Floweb, O/i t he récent Ziphioid 
Whales, Tmxs. Zool. Soc. of Lojdox, vol. VIII, 1871. 



■: 6) 

Chez les Ziphioïdes, les os de la face s'allongent pour for- 
mer un véritable rostre; les yeux sont placés fort en arrière; 
la fente buccale est petite; les narines s'ouvrent à gauche et 
forment un croissant dont la convexité est en avant ; la tête est 
peu symétrique, surtout les os qui encadrent les fosses nasales; 
le crâne s'élève parfois tout droit et surplombe souvent au- 
dessus des orifices des narines. 

En général, les os lacrymaux * et mastoïdiens sont séparés; 
les mandibules sont toujours symphisées sur une grande 
longueur. 

II y a souvent quelques dents rudimentaires non alvéolées 
à Tune ou à l'autre mâchoire; dans le Cachalot elles sont 
cachées sous la peau au palais et complètement déformées. 

A la mâchoire inférieure elles sont alvéolées et varient quant 
à leur nombre, quant à la place qu'elles occupent et enfin 
quant à leur forme. 

Les os de l'oreille ont des caractères communs à toutes les 
espèces de cette famille : les Baleines, les Balénoptères et les 
Mégaptères ont l'apophyse qui les attache au crâne insérée sur 
le rocher; les Ziphioïdes ont cette apophyse insérée sur la caisse 
tympanique même ; les Cétodontes n'ont pas cette apophyse 
développée. Chez ces derniers, la caisse ne tient au crâne que 
par les parties molles. 

Le corps de l'os hyoïde ainsi que les cornes sont très larges. 

Les vertèbres sont allongées et peu nombreuses (45 à 50); 
les nageoires pectorales, fort petites, sont en disproportion 
avec la taille de l'animal ; les doigts sont au nombre de cinq ; 
les côtes s'articulent au sternum par des cartilages, comme le 
professeur Flower l'a fait observer en premier lieu chez les 
Cachalots, les Hyperoodons, les Ziphius et les Berardius. 

Les dernières côtes sont seulement insérées sur les apophyses 
transverses, comme dans tous les Cétacés. 

Entre l'estomac et l'intestin, il y a une suite de six compar- 
timents. 

1 Ils n'existent pas séparément dans les Cachalots. 



( 7) 

Le tube digestif présente une muqueuse, diversement alvéo- 
lée selon les genres, et une portion de l'intestin suffit pour 
distinguer l'espèce dont il provient. Le cœcum manque. 

Plusieurs Ziphioïdes présentent des différences sexuelles 
très grandes : les Cachalots différent entre eux surtout par la 
taille, les Hyperoodons par la conformation de la tête, les 
Micropterons et les Ziphius, par la dimension des dents. 

Jusqu'ici on ne connaît guère le spermaceti que dans les 
Cachalots ; nous avons tout lieu de croire que tous les Ziphioïdes 
en produisent ; nous en avons reconnu depuis longtemps dans 
les Hyperoodons, et nous venons d'apprendre qu'un mâle de 
Berardiusj capturé en 1862 dans le port de Porirua (Porirua 
harbour\ d'une longueur de 27 pieds, a produit, outre 
2i0 gallons de fine spemi oil 9 une quantité considérable de 
spermaceti logée dans la partie supérieure de la tête. 

La famille des Ziphioïdes se distingue non moins bien par 
le régime: depuis longtemps Eschricht a fait la remarque que 
ces Cétacés poursuivent surtout les Céphalopodes, et il a pro- 
posé de les appeler Theutophages, de Theutis, Calmar. On 
trouve, eu effet, toujours des becs et des cristallins de ces 
Mollusques dans leur estomac. 

Vrolik a trouvé jusqu'à dix mille becs dans l'estomac d'un 
Hyperoodon *. Jul. v. Haast a ouvert l'estomac d'un Berardius 
qui contenait un demi bushel de becs cornés d'Octopus, tous 
de la même grandeur 2. 

Parmi les caractères propres aux Ziphioïdes, on peut encore 
citer les sillons qu'ils montrent sous la gorge et qui corres- 
pondent avec la longue symphyse de leur mandibule. 

Blainville avait déjà observé chez le Micropteron, et Haalland 
chez l'Hyperoodon, deux paires de sillons sous la gorge entre 
les deux maxillaires. 

Plusieurs Ziphioïdes gémissent ou beuglent quand ils sont 
échoués sur la plage : la femelle de Micropteron qui est venue 



1 Vrolik, loc. cil. 

* V. Haast, Ann. a. Mag nal. hisL Octobre J870. 



1 



( 8 ) 

à la cote à Os tende, poussait de véritables gémissements. L'Hy- 
peroodon qui a péri sur la côte en Bretagne, à Hillion, en 1880, 
beuglait de manière à effrayer la nuit les habitants à une 
grande distance i . Le Ziphioide dont Jul. Haasta parlé dans 
une notice, reproduite par M. Flower, et qui se rapporte sans 
doute à un Berardius, beuglait par moments comme un tau- 
reau (bellow like a bull). 

Ces animaux vivent généralement par schools composées 
surtout de femelles. Les Cachalots capturés isolément ou 
échoués sont généralement du sexe mâle. 

Les Ziphioïdes vivent surtout dans les mers profondes des 
régions équatoriales, où ils rencontrent en abondance les 
Céphalopodes. On compte que ces Mollusques figurent dans 
ces eaux pour 65 pour cent; dans les régions tempérées, ils ne 
sont qu'à 30 pour cent, et dans les régions froides, on n'en 
compte plus que 6 pour 100. Ces Mollusques, à l'exception des 
poulpes, vivent toujours au large. La différence de conforma- 
tion du corps indique bien l'animal pélagique et l'animal 
côtier. 

Les Ziphioïdes qui ont été signalés dans les mers d'Europe 
sont : le Cachalot, l'Hyperoodon, le Ziphius cavirostris, le 
Micropteron de Sowerby. On ne connaît qu'un seul individu de 
l'espèce qu'on a nommée Micropteron europœus. 

Les Kogia que l'on a signalés d'abord au cap de Bonne-Esjié- 
rance, puis en Australie, ont été trouvés dans ces derniers 
temps dans la mer des Indes, au Japon, et dans l'Atlantique 
sur la côte de New Jersey et à l'est des Florides. 

Les Berardius signalés d'abord à la Nouvelle-Zélande, puis 
au nord du Pacifique, ne sont représentés en Europe qu'à l'état 
fossile. 

A en juger par les ossements de Cétacés que Stejneger a 
rapportés du nord du Pacifique, surtout de l'Ile de Behring, les 
Cétacés Ziphioïdes ne doivent pas être rares non plus dans ces 
parages; le courageux voyageur que nous venons de citer, 

1 Bulletins, * sér., l. XLIX, 1880. 



( 9) 

a rapporté, au Musée do Cambridge, des restes de Henv'flius, 
de Ziphius et de MUroptevon. 

Nous ferons remarquer aussi que parmi les descendants des 
Ziphioïdes, autrefois si abondants à la fin de l'époque tertiaire, 
dans l'Ancien comme dans le Nouveau Monde, plusieurs 
semblent s'être réfugiés particulièrement dans les eaux de nos 
antipodes. 

Il semble v avoir uu contraste entre les Cétacés vivants des 
régions chaudes et des régions froides; les premiers, habitant 
des régions équatoriales, sont généralement cosmopolites : le 
Cachalot visite le Groenland comme la Nouvelle-Zélande; le 
Ziphius que nous avons d'abord cru propre aux Indes est le 
même que celui que Cuvier avait cru fossile et qui visite encore 
la Méditerranée; le Micropteron de Sowerby, reconnu d'abord 
sur les côtes d'Angleterre et de Belgique, se retrouve également 
aux antipodes, tandis que les espèces véritablement polaires, 
comme la Baleine franche, le Narval et le Béluga, ne quittent 
jamais les glaces. On dirait que ces derniers ont fait leur 
apparition après les autres et qu'ils hantent seuls les régions 
glacées des pôles. 

Les Ziphioïdes sont généralement mal représentés dans les 
Musées, et il n'y a qu'un petit nombre de bons dessins des ani- 
maux et de leurs squelettes. 

Les Ziphioïdes n'ont pas été assez souvent étudiés en chair, 
dans des conditions favorables, pour connaître leurs commen- 
saux et leurs parasites. 



LE CACHALOT 

{PHYSETER MACROCEPHALVS) 



LITTERATURE. 

•udley. An essay upon the nat. history of W haies ... (Ambre gris 
fottnd in the spermaciti Whalc), Phr. Trans., XXXIII, n° 587, 1725, 
p. 256. 

Miabald (■!•*). Phalainologia % Sive observationes de rarioribus qui- 
busdam Balœnis in Scotia lit tus nuper ejecti*.... Cum 5 (ab. Edinb., 4775, 

Hobcrtfton, Description d'un Cachalot, Trans. Philos., 4770. 

Vaferielas •thon. F aima grocnlandica, in -8°, Lipsiae, 1780. 

Pierre Camper, Osléotogie du crâne des Cachalots, Ob3ERYatio.\» 

AXAT. SUR LES CÉTACÉS, p. 88. 

Aider «on, J., An ace ou ni of a M'hait of the Spertnaceti Trihe, cast on 
shoreottlhe Yorkshire coast , 4825. 

Marcel de *erre*, Annal, scienc. nat , 4855, V, p. 41*5. 

Tktmai Reale, A few observations on the nat tirai history of thv 
êperm Whalc, in 8°, London, 1 835. 

■eaactt, F. D., On the naturai history of Physcter macroccphalus, 
Proc. Zool. Soc, IV, 485C». 

Blalavllle, Sur les Cachalots, Ann. françaises et étrang. d'anatomie 

ET DE P0YSI0L06IB, t. Il, 4858. 



i, J. B. m., Dissection of a spermareli M' haie, Boston, 

Jot'RN. OF MAT. JilST., VOl. V, 4845. 



1 



( là ■ 

0*%cn, A hislory of liritish fos<il mammah, London, 1840. 

William ». Wall(ttaeleay}. Uistory anJ description of the skelclan 
ofa ncw spcrm Whalc, Sydney, 1851. 



rrn, Skull of a fœtal Cachalot. Dcscript. of thc oitcol. srries in the 
Muséum of thc Roy. Coll. of surgeons of Englutid y t. Il, 1855. 

llacckel, Dcricht ûber die am 45 attg. bei Cilla uuova gestrandelcn 
Pot amlle (PhyseltT...), Snz. Beh. cl. Akad. ttiss^Wien, XI, p. 7G5 f 1855. 

Flowcr, On thc oslcology of thc Cachalot or sjwrnt Wltatc y Tiians.Zool. 
Soc, London, v. VI, part. VI, 4868. 

lluxlcy. A manuel of thc anatomy of veifebra/cd animal*, h*£. lOC, 
London 4871. La letc d'un fœtus. 

Turncr, On thc capture ofa sjtcrm Whatv on thc coaxt of Argylcshirc . 
Proc. Roy. Soc. of EoiNBiiuiii, p. 505, session, 4870-4871. 

Turncr, Âdd. notvë on thc occurcnce of thc spenn Whalc .., Proc. Roy. 
Soc. Edjnbukgh, 4871-1872. 

Turncr, Détails sur le sternum du Cachalot échoué à Skye, en 1871. 
Proc. Roy. Soc, Edknbirgh, 4871-4872. 

Fischer, Aotc sur le* Cachalots échoués sur les côtes océaniques d? 
France, Journal de Zoologie, t. I, p. 256, 4872. 

Turncr, Notes on some rare prints of slranded Whalcs, Journal or 

ANATOMY AKD PlIYSlOLOGY, Vol. XII, jllly 4878. 

lan Bcncdcn et P. Cicrtala, Otléographic des Cétacés. Paris, 1880, 
p. 505. 

Leone lie Banctl», Monographia Zool. anatom. sut Capidwjlio armato 
a Porto S. Giorgio, R. Academia dei Lincei, atli, 5, IX, avec 7 pi. Ruina, 
4881. 

Poucael, Sur la boite à spermacvti, Comptes rendis..., \ août 1884. 

Pour h et, De la symétrie de la face chez les Céladonlcs, in 4°, -Pari*, 
488G. 



( 13) 



HISTORIQUE. 

Le Cachalot a été connu des anciens, mais fort incomplète- 
ment au point de vue de ses affinités zoologiques. 

La place véritable de ce Cétacé, à la tête des Ziphioïdes, n'a 
été proposée que dans ces dernières années. 

Presque tous les naturalistes qui se sont occupés de Cétacés, 
lui ont consacré un chapitre particulier, tantôt à côté des 
Baleines à cause de sa grande taille, tantôt à côté des Cétodontes 
ou parmi eux ù cause de ses dents. 

Le Cachalot est, parmi les Ziphoïdes, ce que les Baleines et 
les Balénoptères sont parmi les Balénides, c'est-à-dire, que ces 
animaux ont continué à grandir jusqu'à l'époque actuelle. Les 
Céothériens, au contraire, ont atteint leur grande taille à 
des époques antérieures; partout ils sont visiblement à leur 
déclin sous le rapport dû nombre et de la taille. 

Albert un des premiers parle de deux Cétacés qui ont échoué 
en Hollande, et comme ils ont fourni du blanc de Baleine, ce 
sont, selon toute probabilité, des Cachalots dont il fait men- 
tion. 

Belon et Rondelet en font également mention, mais trop 
vaguement pour être certain qu'ils ne les ont pas confondus 
avec d'autres Cétacés. 11 en est de même de Gesner. 

Ambroise Paré parle de cet animal d'après un individu qui 
a échoué dans l'Escaut, près d'Anvers, en 1577. Il en donne 
un dessin, mais qui est loin d'être exact. 

En 1398, un individu, échoué non loin de Scheveningue, a 
été l'objet d'une description faite par Clusius. 

Un siècle plus tard, Sibbald a fait mention du Cachalot, 
d'après un animal du sexe mâle, à 42 dents, qui a péri en 1689 
dans la baie du Forth, et d'une femelle qui a péri deux ans 
auparavant dans les mêmes conditions. 

Le premier Cachalot connu aux États-Unis d'Amérique, est, 



( 14 } 

dit- ou „ uil animal qui aùaiL été jeté sur la cote, sud de 
Nantucket * . 

Vers 1713, un baleinier poussé au large par un verçt violent 
au milieu d'une gamme de Cachalots, en captura un, et c'est 
depuis lors que Ton a commencé la pêche en pleine mer 2 . 

Dans les Transactions philosophiques de 1725, Dudley fait la 
description d'un Cachalot qu il a eu sous les yeux. 

Anderson croit devoir admettre quatre espèces de Cachalots, 
se fiant trop aux descriptions souvent incomplètes ou fautives 
des auteurs. 

Artedi en admet également quatre (1738) et Brisson (1756) en 
admet même sept. 

Linné, comme on le comprend bien, n'a pas pu éclaircir 
l'histoire des Cachalots. 

Fabricius (1780) a vu le Cachalot pendant son séjour sur les 
lûtes du Groenland et a laissé une bonne description de 
Tanimal. 

Déjà en 1789, les baleiniers américains du Cap Cod se 
rendent dans la mer des Indes, pour faire la chasse à ces ani- 
maux; on rapporte qu'un gentleman du Cap Cod en avait 
aperçu, à son retour des Indes, un certain nombre et avait 
engagé ses compatriotes à les poursuivre dans ces parages. 

En septembre 1791, Joseph Russel et fils et Corn. Howland 
doublèrent le cap Horn à la recherche des Cachalots, et 
revinrent heureusement du Pacifique avec un plein charge- 
ment. C'est, si je ne me trompe, le commencement de la 
grande pêche dans le Pacifique. On prétend toutefois que le 
premier baleinier qui s'est rendu dans cet Océan pour faire la 
chasse ù ces animaux, a été envoyé, en 1787, par la Xantitcket 
Colony of Whalingmen from England. 



1 The lirst sperm whale knovvn in Nanluckel wns fourni decd, and ash< rc 
on ihe soulhwrsl pari of the Mand. 

* Tin* lirst sperm vvliale taken l>y Nanluckel whaleman, was captured by 
Chrislopher Hussey, aboul thé year 1712, and the capture, desiii.ed lo effeci 
xi radical change in ihe pursuil of Uns business, was the resuit of : n aecii eut. 



Pierre Camper a fort bien connu le Cétacé qui nous occupe : 

a La forme du crâne, dit-il, celle des os de la face, la struc- 
ture des dents, leur emplacement dans les seules mâchoires infé- 
rieures, Fouverture impaire des fosses nasales, la structure diffé- 
rente des vertèbres cervicales, sont autant d 'anomalies qui ne per- 
mettent pas de les confondre avec d'autres. » 

Nous citons ce passage pour montrer te justesse de coup 
d'œil du savant anatomiste hollandais. 

Les Cachalots n'ont de ressemblance avec les Baleines, 
disait-il, que par les proportions de leur volume *. Il figure 
toutefois une région cervicale de Baleine pour une région cer- 
vicale de Cachalot. 

Lacépède (1804) figure le même animal sous le nom de 
Physale cylindrique, de Cachalot macrocéphale et de Cachalot 
trompo. Lacépède n'avait pas vu les cétacés qu'il décrivait, pas 
même leurs os, et i! a dû nécessairement commettre de nom- 
breuses erreurs. 

En parlant du Cachalot microps, il confond le vrai Cachalot 
avec l'Orque, et une partie de son récit se rapporte à l'ennemi 
de la Baleine. 

Cuvier, après avoir passé en revue ce que l'on avait fait avant 
lui, se demande si ce ne serait pas une grande témérité à lui de 
prétendre qu'il n'y a encore qu'une seule espèce de Cachalot. 
Après ce préambule, il fait la deserpition des os du sque- 
lette qu'il avait acheté à Londres, en 1818; malheureusement, 
ce squelette était défectueux et, ce qui est plus grave, en le 
constituant avec des os de divers individus, le marchand lui 
avait donné plus de vertèbres que le Cachalot n'en possède 
réellement. Cuvier aurait dû s'apercevoir que ces vertèbres 
ne se suivaient pas régulièrement. 

Les mandibules différentes, dont parle Cuvier, sont, d'après 
ce que nous savons aujourd'hui de la taille des sexes, 
des mandibules de mule et de femelle. On sait que la taille 
des mâles a le double de celle de la femelle. 

1 Camper, loc. cit., p. 17 



1 



( 1« ) 

Fred. Cuvier parle du Dauphin de Bayer, Delphinus Bayeri, 
et à la fin de sa description il ajoute que, d'après lui et son 
frère, le Dauphin de Bayer de Risso est un Cachalot. D'après 
la figure qui se trouve dans les Actes des curieux de la nature, 
on voit parfaitement que c'est un Cachalot qui y est représenté, 
mais le dessinateur a déplacé l'orifice des évents, croyant sans 
doute corriger l'original. 

Brandt et Ratzeburg ont reproduit tout ce que l'on a dit 
du Cachalot, avant 1839. 

Thomas Bealc a fait paraître a few observations on the natural 
hislory ofSperm Whale; London, 1835. 11 accorde 80 pieds aux 
plus grands individus et publie un chapitre sur leurs habitudes. 
Thomas Beale prétend que les Cachalots forment des gamines 
distinctes, les unes de femelles, les autres de jeunes mâles, et 
que ces derniers se subdivisent d'après leur âge. Ces gammes 
sont appelées Schools par les Anglais, et Thomas Beale dit qu'il 
en a vu de 500 à 600 individus. Dans chaque gamme il y 
a toujours quelques grands mâles fort jaloux de leurs droits, 
ajoute-tril. Les mâles adultes sont souvent isolés, à la recherche 
de leur pâture; ils sont toujours plus faciles à attaquer. 

Le même auteur mentionne les places favorites de leur 
capture, depuis la Nouvelle-Guinée jusqu'à la Nouvelle-Hol- 
lande, le Chili, la Californie et la mer de Chine. 

En 1838, Blainville publie une note sur les Cachalots; il ne 
sait si on doit admettre plus d'une espèce : aucun peut-être, 
sauf le Cachalot macrocêphale, n'est suffisamment caractétisé 
pour être décidément admis comme tel. Dans cette note il fait 
connaître le Physeter brevicrps, aujourd'hui Kogia, d'après 
une tète rapportée du Cap de Bonne-Espérance *. 

En 18ol il a paru à Sidney une notice sur l'histoire et la 
description d'un squelette de Cachalot monté à l'Australian 
Muséum ; elle est accompagné de deux planches. — Cette 



■ Anna tes françaises et étrangères d'Anatomie et de Physiologie, Paris 
tome second, 1838, p. 355 



( 17 ) 

notice vient d'être réimprimée, et M. William S. Wall a ajouté 
la figure complète de la nageoire pectorale avec les os carpiens, 
d'après une photographie. 

En 1853, Maury a publié une carte indiquant à la fois les 
lieux fréquentés par le Cachalot et les Baleines, sans tenir 
compte naturellement des côtes que ces Cétacés visitent acci- 
dentellement. Il y a quelques régions où Ton trouve en même 
temps des Baleines et des Cachalots. On voit, par ce tableau, 
que ce Cétacé ne dépasse guère, au Nord, le 50 e degré de lati- 
tude, et, au Sud, le 60 e , de manière qu'on doit le considérer 
comme un animal des régions chaudes. 

Nous avons également des publications de Claas Mulder et 
de Van Bemmelen sur des individus qui sont venus se perdre 
sur les côtes de Belgique et de la Néerlande. 

Cornai ia, dans sa Faune d'Italie, a fait connaître deux Cacha- 
lots qui se sont perdus dans la Méditerranée. 

Le professeur Sir W. Turner a publié une note fort 
intéressante, sur quelques gravures rares, représentant des 
Cachalots échoués. Dans les Proc. de la Société royale d'Edim- 
bourg, il a publié, en 1870-1871, une notice sur la capture du 
Cachalot sur les côtes d'Ecosse et, l'année suivante, une note 
additionnelle dans le même recueil. 

M. le Docteur Fischer a communiqué, en 1872, dans le 
Journal de Zoologie de Gervais, un travail intéressant sur les 
Cachalots qui ont échoué sur les côtes océaniques de France. 

M. Flower a fait connaître, avec le soin qu'il met dans 
toutes ses publications, le squelettede ce curieux animal ; il en 
a eu plusieurs à sa disposition, les uns provenant d'individus 
échoués sur les côtes d'Angleterre ou du continent européen, 
les autres provenant des mers de nos antipodes; le Musée du 
Collège royal des chirurgiens de Londres en possède trois dos 
côtes de Tasmanie. 

Après un exposé historique de ce que l'on sait sur le 

squelette, le Directeur du British Muséum donne quelques 

notes sur l'histoire des caractères généraux et des conditions 

dans lesquelles se trouvent : 1° le squelette de Tasmanie, qui 

Tomr XLI. 2 



(18) 

« 

est au Musée du Collège royal des chirurgiens; 3° le squelette 
de Tanimal qui a péri, en juillet 1863, près de Thurso, dans 
le comté de Caithness et qui est au British Muséum; 3° le 
squelette de Yorkshire, qui provient d'un individu qui a péri 
en 1825 à Tunstall, et qui est conservé dans le parc de Burton 
Constable. 

M. Flower décrit ensuite séparément le crâne et les divers 
os, et il accompagne la description de sept belles planches. 
Notre savant confrère a bien voulu nous autoriser à reproduire 
la planche principale dans notre Ostéographie. 

Mon collaborateur, Paul Gervais, énumère les captures 
opérées, dans la Méditerranée, dont on a conservé le souvenir; 
il fait mention ensuite de cinq échouages sur les côtes ouest de 
France, de divers échouages sur les côtes de Belgique, de 
Hollande, des Iles Britanniques, et reproduit le tableau des dix 
captures publié par Sir W. Turner, sur les côtes écossaises; 
en tin il cite les Cachalots dont la présence a été constatée sur 
les côtes de Suède et de Norwège. D'après Allen, il indique 
aussi les côtes des Etats-Unis, les parages des Iles Aléoutiennes, 
la mer du Japon et d'Okhotsk. 

Gervais expose ensuite la composition du crâne et le système 
dentaire. Il décrit également les ossements fossiles du Pliocène, 
de la Gironde et du département des Landes. 

En 1874, un Cachalot a échoué, le 10 mars, sur les côtes 
d'Italie et a été l'objet d'un intéressant mémoire de M. Leone 
de Sanctis. Ce travail est accompagné de sept planches. 

MM. Pouchet et Beauregard ont publié, dans les Compte* 
rendus (août 1884), une notice sur la boîte à spermaceti; on serait 
en présence d'une sécrétion non glandulaire d'un ordre particulier, 
d'après ces savants. 

Pendant la campagne scientifique de /' Hirondelle (1887), le 
professeur Pouchet a eu l'occasion, durant un séjour de trois 
semaines aux Àçores, d'étudier un Cachalot fraîchement tué. 
Nous espérons qu'il rendra bientôt compte du résultat de ses 
observations. 

TuIIed Newton fait mention de deux dents de Physeter 



( 19) 

macrocéphale du Forest bed, à Norfolk, et d'une région cervi- 
cale de Balœna. Ces déterminations auraient besoin d'être con- 
firmées, la première surtout *. 



SYNONYMIE. 

Physeter macrocephalus. 
Catodon macrocephalus, (Gray). 
Cachalot, des Français. 
Sperm Whale t des Anglais. 
Poil Fisch, des Hollandais. 
Capidoglio, des Italiens. 

Le Cachalot porte le nom de Kigutilik sur la côte de Groen- 
land, s'il faut en croire Fabricius qui en a donné une description. 

CARACTÈRES ET DESCRIPTION. 

Le Cachalot a la taille des Baleines, mais au lieu de fanons 
au palais, il a le maxillaire inférieur garni d'une vingtaine de 
fortes dents coniques, assez espacées. Le mâle a une taille 
beaucoup plus forte que la femelle, aussi est-il plus redoutable. 
La femelle ne dépasse guère 30 pieds, le mâle en atteint jusqu'à 
f>0 et même plus. 

La taille paraît très variable ; les solitaires ou les vieux mâles 
deviennent beaucoup plus grands. La gamme qui a péri dans 
l'Adriatique en 18oi ne se composait que de petits individus, 
probablement femelles. 

Les Cachalots d'Audierne, qui étaient lous femelles, avaient, 
dit-on, une longueur de 12 à 16 mètres. 

Eschricht connaissait cette différence de taille et croyait 

1 Ann. a. Mag. nat. lu si. vol. XJX, IK87, p. 229. Proc. Géol. Soc. 1887, 
p. 227. 



( 20) 

devoir attribuer à la femelle seulement la moitié de la longueur 
du mâle. 

Cette différence du mâle rappelle les ruminants qui vivent 
aussi par bandes, et chez lesquels les mâles ont à défendre le 
troupeau. 

Le capitaine Gray a vu, au mois de mai, une femelle pleine qui 
n'avait que 29 pieds et qui contenait un fœtus de 10 pieds. 
C'est donc à peu près le tiers de la mère. 

Les Cétacés en général se distinguent des autres mammifères 
par le défaut de symétrie, et ce défaut se fait plus particu- 
lièrement sentir chez les Cachalots, comme M. le professeur 
Pouchet le fait remarquer dans un mémoire qu'il m'a fait 
l'honneur de composer, à l'occasion de mon cinquantenaire 
de professorat *. 

Les Cachalots ont une tête énorme avec un museau carré 
et tronqué, à l'angle antérieur et supérieur duquel sont placés 
les évents; elle est renflée par suite de l'accumulation du 
spermaceti. La tête osseuse se distingue par sa forme excavée 
qui la fait ressembler h un canot. 

La mandibule s'éloigne complètement de celle des Baleines; 
les deux branches se réunissent sur une grande longueur 
comme dans les Cétodontes à longue symphyse. 

On connaît plusieurs mandibules de Cachalot dont l'extré- 
mité antérieure est recourbée; il y en a une au Muséum à 
Paris ; Beale en cite deux cas; M. J. Mûrie en cite trois et 
M. Flower en cite encore un autre. Le D r Fischer 2 a cherché 
la cause de cette déformation qui se produit assez souvent, et 
qui commencerait presque après la lactation ; il suppose que 
la déformation est due à une ostéite, et il termine son articles 
disant qu'il ne comprend pas clairement comment une ostéite 
seule a pu produire des inculpations aussi considérables, à moins 
que la maladie ne soit cojigénitale ou presque congénitale. 

1 Poichet, M. G. De la symétrie de la face chez les Célodontes, iii-4 # . 
Paris, 1886. 

* Note sur une déformation pathologique de la mdchore inférieure du 
Cachalot, Journal de l'axatomie et de la physiologie, n° 4, PI. XIII. 



(21 ) 

Ne serait-ce pas plutôt l'effet, non d'un arrêt de dévelop- 
pement, mais d'un défaut, d'un obstacle à l'épanouissement 
du bout de la mâchoire. Nous avons sous les yeux un maxil- 
laire de fœtus de Baleine franche : cet os a le bout antérieur 
parfaitement replié sur lui-même, ce bout est comme une 
feuille de papier qu'on a pliée et qui doit s'étaler ensuite ; au 
moindre obstacle à son redressement, il conserverait la défor- 
mation, en apparence pathologique, qu'on remarque à ces 
mâchoires des Cachalots. 

C'est un arrêt d'épanouissement et non pas de développe- 
ment. L'arrêt est dû à une cause externe. 

Nous avons publié dans notre ostéographie la figure d'une 
mandibule recourbée sur un de ses côtés et dont nous citons 
plusieurs exemples, 

Les Cachalots n'ont point d'os lacrymal séparé, d'après les 
observations de M. Flower; ce qui n'est pas une raison suffi- 
sante pour les exclure de la famille des Ziphioïdes. Cet os est 
probablement uni avec l'os malaire. 

Les dents de Ziphioïdes diffèrent de celles des Del ph inides 
par l'absence d'une couche d'émail. Elles manquent dans tous 
les Cétacés de celte famille à la mâchoire supérieure. Dans le 
Cachalot, il en existe toutefois au palais, mais elles ne percent 
pas les gencives. Elles sont irrégulièrement développées dans 
la peau du palais et ne correspondent aucunement à des 
alvéoles. M. Flower a figuré une de ces dents *. 

Owen fait mention d'une femelle dans laquelle Bennett a 
trouvé huit dents semblables de chaque côté du maxillaire 
supérieur *. 

Jâger de Stuttgart a décrit et figuré une de ces dents dans un 
journal russe, imprimé à Moscou en 1857 3. 

D'après Bennett, les dents subissent certaines variations; 
il a trouvé les nombres suivants : 21-20 ; 23-21 ; 22-22 ; 24-24; 
22-23; 24-26; 23-24; 22-24; 19-20. 

1 On the Osteologie ofthe Sperm-whaU, p. 520. 

1 Oweii, Odontographie, Tab. 89, fig. 3-4. 

* Bemerkungen .... (Narval et Cachalot) Moscou, 1857. 



( 22 ) 

Les Cacfralots, comme tous les Ziphioïdes, ont un petit 
nombre de vertèbres ; leur formule est : cervicales 7, dorsales 8, 
lombaires 11, caudales 24, en tout 50. 

Les Cachalots ont leur atlas séparé et les six autres cervicales 
réunies. 

La dernière cervicale a le corps à peine plus épais que celui 
des vertèbres précédentes; dans la Baleine, le corps de cette 
même vertèbre est notablement plus épais que celui de la 
sixième et de la septième. L'Hyperoodon présente sous ce 
rapport les mêmes dispositions que le Cachalot. 

Les vertèbres cervicales, à commencer par l'atlas, ont un 
talon qui passe au-dessous du corps de la vertèbre suivante, et 
ces talons donnent une grande solidité à cette région. 

Ces talons existent également dans plusieurs genres de 
Cétacés fossiles, comme les Balœnula et les Balœnotus. 

Les vertèbres dorsales, au nombre de huit, ont toutes la face 
inférieure du corps carénée et leur épaisseur n'a pas plus de 
la moitié de l'épaisseur des lombaires. Elles portent toutes sur 
le corps la facette articulaire correspondant à la côte. Les 
apophyses transverses diminuent en longueur, régulièrement 
d'avant en arrière. 

Les lombaires ont, comme toujours dans les Cétacés, le corps 
plus développé que celles des autres régions. 

Dans les caudales, les zygapophyses sont très éloignées du 
corps de la vertèbre. 

Toutes les vertèbres ont des caractères particuliers qui les 
distinguent; les apophyses transverses sont courtes dans toutes 
les régions et particulièrement élevées dans la région dorsile. 

Le sternum de l'animal adulte ne forme qu'un seul os, 
allongé d'avant en arrière, élargi en avant, rétréci au milieu, et 
se terminant en arrière par une languette régulièrement 
arrondie. Il reste un trou en avant sur la ligne médiane. Dans 
le sternum plus jeune, on voit la réunion presque complète 
des deux pièces antérieures, qui constituent presque tout le 
sternum ; puis une pièce en arrière encore séparée de la précé- 
dente, et sur la ligne médiane on voit des traces de leur soudure. 



(23) 

Le bassin est représenlévpar un seul os de chaque côté, 
comme dans les Delphinides. 

M. J.-C. White a fait une communication sur deux débris de 
Cachalot, un maxillaire inférieur d'un grand individu et une 
dent fort intéressante *. 

Le professeur Ercolani de Bologne s'est occupé de la struc- 
ture du pénis de ces Cétacés et croyait devoir admettre plusieurs 
espèces de Cachalots. 

MOEURS. 

Les Cétacés qui nous occupent sont essentiellement péla- 
giques et descendent à de grandes profondeurs dans la mer. 

Le capitaine Gray assure avoir vu des Cachalots rester deux 
heures sans venir à la surface et dérouler jusqu'à 700 (fathoms) 
brasses de corde. Le capitaine Scammon en a vu plonger pen- 
dant 80 minutes et même une heure et quart. 

Les mouvements de ces animaux sont très brusques et vio- 
lents et ils nagent avec une rapidité plus grande que toute 
autre espèce de leur ordre. Le même capitaine Scammon estime 
la rapidité de leur course à trois milles à Fheure. 

Le Cachalot tient sous plusieurs rapports de l'Hyperoodon; 
comme lui, en plongeant on le voit disparaître seul et en 
revenant un instant après à la surface, on le voit entouré de 
plusieurs. 

Les Cachalots ont de la voix; on assure avoir entendu des 
mugissements d'individus blessés à plus de quatre kilomètres 
de distance. 

Les Cachalots, qui sont venus échouer à Audierne sur le 
sable, ont vécu vingt-quatre heures avant d'expirer et, comme 
nous l'avons dit plus haut, ils poussaient de véritables 
mugissements. 

L'air expiré du Cachalot a une odeur d'une fétidité extraor- 
dinaire; cette opinion paraît très répandue; il n'est pas rare 

1 Proceed. Boston Soc, 18Ô0, p. 222. 



( 2i ) 

de trouver des marins soutenir avec assurance, que le contact 
de Vair expiré suffit pour soulever la peau aussi facilement et 
plus rapidement qu'un vésicatoire. 

Le capitaine Jouan dit également que leur souffle a une 
odeur si fétide qu'elle provoque des nausées quand on la sent 
de près. 

Les pécheurs disent que les Cachalots nagent par bandes 
qu'on appelle schools ou gammes, dans les régions tropicales 
et subtropicales, et on cite comme une de leurs stations favorites 
le côté sous le vent des Iles Galapagos. 

Ils visitent aussi régulièrement la baie de Bengale, et les 
schools y sont formées généralement de femelles, accompa- 
gnées de leurs jeunes (Calves). Ces derniers ont de vingt à 
trente pieds, disent les pêcheurs, en confondant les femelles 
avec les jeunes. 

Ces schools sont formées de quinze, vingt et jusqu'à deux 
cents individus; ils vont au secours les uns des autres. C'est le 
motif pour lequel on prend souvent plusieurs individus dans 
une troupe. 

On s'accorde assez généralement sur le rapport des mâles et 
des femelles dans les schools. 

Les mâles qui accompagnent ces schools sont les défenseurs 
naturels de la bande; aussi, au lieu de fuir à la première 
attaque, comme les Baleines, les Cachalots se défendent vigou- 
reusement; on cite, dans les annales des baleiniers, plus d'un 
exemple d'individus qui se sont vengés sur les pirogues et sur 
les hommes qui les conduisaient. M. Nougaret raconte, dans la 
Bévue des deux mondes, qu'il a vu un solitaire sur la côte Est 
du Groenland se retourner brusquement après l'attaque, se 
jeter sur la pirogue, la saisir par le milieu et la broyer sous 
sa formidable mâchoire. 

Les baleiniers disent que ce sont les femelles qui se réunis- 
sent et que les vieux mâles vivent généralement isolés. La 
bande qui a péri au siècle dernier à Audierne était exclusi- 
vement formée de femelles, disent les témoins; deux de ces 
femelles ont mis bas après leur échouement sur la plage. Une 



" (25) 

d'elles donna même deux petits, l'autre un seul. Ces jeunes 
Cachalots avaient une longueur de trois mètres et demi. 

Comme les mâles vivent plus souvent isolés, ils semblent 
aussi échouer plus souvent que les femelles et c'est sans doute 
la raison pour laquelle, à l'inverse des Baleines, les Cachalots 
mâles viennent plus souvent à la côte que les femelles. 

Le capitaine Gray a comparé les sexes des individus capturés 
.en plein Océan, et pour 65 femelles il a compté 96 mâles adultes 
et 51 jeunes. 

Les gravures conservées à la Bibliothèque royale de Belgique 
ne représentent que des mâles. Il y en a sept ou huit. Il n'y a 
qu'un dessin représentant un Cachalot dont le sexe est douteux. 
Sur huit individus échoués sur les côtes d'Ecosse , il y avait 
•cinq mâles et on n'a pas tenu compte du sexe des trois autres. 
(Sir Turner). 

On a fait depuis longtemps l'observation que les Cachalots 
•qui échouent dans l'Atlantique septentrionale, sont le plus 
souvent des solitaires égarés dans le Gulfstream à la recherche de 
leur pâture. Ces animaux ne trouvent plus que de rares Cépha- 
lopodes et vont mourir de misère sur Tune ou l'autre côte. 

Les baleiniers rapportent que leur mode d'accouplement est 
le même que celui des Baleines : les Cachalots s'unissent 
debout dans l'eau, la tête au-dessus de la surface. 

Nous ne savons s'il y a des époques fixes pour leurs amours : 
■on voit leurs breeds at any season ofthe yaer, dit Jackson, qui 
a fait plusieurs bonnes observations sur ces Cétacés. 

Le capitaine Colnett rapporte que les environs des Iles Gala- 
pagos sont, au printemps, le rendez-vous de tous les Cachalots 
des côtes du Mexique, de celles du Pérou et du golfe de 
•Panama; qu'ils s'y accouplent et qu'on y voit de jeunes Cacha- 
lots qui n'ont pas 2 mètres de longueur. 

C'est bien petit, 2 mètres, puisque nous avons vu des femelles 
de la plage d'Audicrnc mettre bas des jeunes qui avaient déjà 
3 mètres au moins. 

La pâture des Cachalots est celle de tous les ziphioïdes : 
Eschricht les avait appelés avec raison Theutophages, du genre 
Theuthis, Calmar. 



(26) 

Toute leur pâture consiste'en Cuttle fish, dit Atwood * t et on 
sait que les Cuttle fish des marins sont des Calmars. 

Tous les baleiniers s'accordent du reste à dire que l'estomac 
des Cachalots renferme toujours de nombreux restes de Cépha- 
lopodes. Hunter, Baussard, Eschricht et d'autres ont fait les 
mêmes observations sur des individus qu'ils ont eu l'occasion 
d'observer. 

Les Cachalots de la gamme qui a péri en 1833 dans l'Adria- 
tique, avaient encore tous des becs de Céphalopodes dans leur 
estomac. 

L'ambre gris, autrefois très estimé comme article de parfu- 
merie, est le résidu de la digestion des Cachalots; son odeur 
musquée provient du Poulpe dont ils font leur pâture. 

On a souvent trouvé dans l'ambre gris des becs de Céphalo- 
podes et des cristallins, ce qui explique parfaitement leur 
origine. Ainsi un Cachalot capturé, en 1715, sur les côtes de 
Sardaigne, renfermait de Y ambre gris dans lequel se trouvaient 
des becs de Sepia. 

On tirait l'ambre gris des Molluques, de Madagascar, des 
Maldives, des Antilles et même de Chine. Les Japonais le con- 
naissent sous le nom d'excrément de Baleine. 

Albert le Grand et avant lui Marco Polo connaissaient par- 
faitement son origine, que l'on avait attribuée tantôt à des 
oiseaux, tantôt à des Phoques ou à des Crocodiles, et on avait 
même été jusqu'à supposer qu'il provenait d'une fontaine bitu- 
mineuse sous-marine. 

Les Cachalots produisent encore une autre substance sur 
l'origine de laquelle on a été également dans le doute ; nous 
voulons parler du blanc de Baleine. 

Le blanc de Baleine ou Spermaceli est la Céiine des chimistes l 
c'est un palmitate de cétyle, c'est-à-dire une combinaison de 
l'acide palmitique avec l'éthal (alcool céthylique). 

Cette substance grasse est surtout formée sous la peau du 
front et du rostre de ces animaux; nous avons déjà dit, que les 

1 Atwood, Proc. Boston Soc, Vil, 1 8G0, p. 220. 



(27) 

Hyperoodons en produisent également, et, comme leur huile 
est plus estimée, les Hyperoodons ont été l'objet d'une chasse 
spéciale depuis quelques années. 

On sait qu après avoir ouvert le front du Cachalot, on puise 
à seaux le spermacéti à l'état fluide, disent MM. Pouchet et 
Beau regard, et ils supposent, après l'examen de pièces envoyées 
des Açores, sous le nom de Racines de la botte, que le sperma- 
céti est le produit d'une sécrétion particulière non glandulaire, 
qu'on pourrait rapprocher de la cire des abeilles *. 

PÈCHE. 

Il n'est pas sans intérêt de jeter un coup d'œil sur l'époque 
et les lieux où cette pêche a pris naissance; quoiqu'on désigne 
sous le même nom les pécheurs qui s'occupent de la Baleine et 
du Cachalot, il y a cependant de très grandes différences dans 
ces deux industries. 

On s'est livré pendant longtemps à la pêche de la Baleine 
avant de songer à la pêche du Cachalot. On pratiquait la 
première industrie dans les régions septentrionales, où l'on 
ne voit que bien rarement un Cachalot. 

On raconte que, en 1712, un baleinier de Nantucket, Chris- 
topher Hussey, poussé au large par un vent violent, se trouva 
devant une school de Cachalots, en captura heureusement un, 
et, si l'animal n'avait pas de fanons, il avait des couches de 
graisse qui lui donnaient une valeur commerciale non moins 
grande que la Baleine; aussi on apprécia bien vite l'importance 
de cette nouvelle graisse qui se fige à la température ordinaire 
et dont on était loin de soupçonner la nature; on crut d'abord 
que c'était le sperme de ces animaux et les droguistes lui don- 
nèrent le nom de spermacéti. De \h les baleiniers anglais ont 
fait le nom de spermwhale. 

C'est l'origine, parait-il, de cette pêche sur les côtes des Etats* 

1 Pokhet el Beau n égard, Sur la boîte à sperrmceli. Comptes rendus 
des Séances de l'Académie des Sciences. Aoùi, 1884. 



(28) 

Unis d'Amérique. On exploita d'abord l'Atlantique et, en 1787, 
la Nantucket Colony of Whalingmen from En gland, envoya le 
premier baleinier dans la mer Pacifique. 

Peu de temps après, en 1789, les baleiniers du cap Cod se 
rendirent pour la première fois dans la mer des Indes pour y 
faire cette chasse. On prétend qu'un gentleman du cap Cod, à 
son retour des Indes, avait vu de nombreux achalots dans 
la mer des Indes, et son récit avait déterminé quelques indus- 
triels à se constituer en société. 

La première campagne de 1791 fut fort heureuse. On cite 
Joseph Russel et fils et Corn. Howland, qui revinrent du Paci- 
fique (1791) avec un chargement complet. 

On ne connaît pas de véritable station du Cachalot dans les 
mers d'Europe ; on ne connaît que des échouements ; les seules 
stations connues, où les pécheurs se rendent encore, ce sont 
les régions équatoriales du Pacifique, de l'Atlantique et de la 
mer des Indes. On cite particulièrement les Iles Galapagos 
dans l'océan Pacifique, les Açores dans l'océan Atlantique, le 
golfe de Bengale dans la mer des Indes. 

Le commandant Maury ne figure cependant pas ces régions 
d'une manière particulière sur sa carte et, dans ses lettres 
publiées en 1850, il fait remarquer qu'on harponne également 
le Cachalot sur les eûtes du Japon. 

On fait également cette pèche sur les côtes méridionales et 
orientales de la Nouvelle-Hollande. 

La carte du savant commandant américain représente cet 
animal sur toute la largeur de l'océan Pacifique, des deux 
côtés de l'équateur. On voit seulement sur cette carte une 
tache blanche à l'Est et une autre à l'Ouest des Iles Sandwich. 

Ces animaux sont-ils régulièrement cantonnés ou visitent-ils 
les divers océans, sans tenir compte des lieux ou des saisons? 

Nous avons plusieurs preuves que ces animaux parcourent 
de grands espaces en mer : on a cité des individus, harponnés 
dans l'Atlantique, qui portaient encore des harpons lancés dans 
le Pacifique, et le commandant Maury fait mention d'une cap- 
ture d'individus sur les côtes du Chili qui portaient encore le 



(29) 

harpon japonais dans leurs chairs. Un autre Cachalot qui s'était 
enfui avec un harpon lancé sur les côtes du Pérou, a été pris 
au large sur la côte orientale des États-Unis d'Amérique. Ces 
Cétacés parcourent ainsi toute l'étendue du Pacifique et se 
rendent même du Pacifique dans l'Atlantique. 

Maury indique leur présence jusqu'au 60 e degré de latitude 
sud au devant du cap Horn. 

Sur les côtes d'Europe on n'a vu que des animaux égarés, 
tantôt seuls, tantôt réunis en schools, mais il n'y a pas une seule 
côte à l'Est comme à l'Ouest de l'Atlantique où l'on n'en ait 
vu échouer. Et ce n'est pas seulement le plein océan qu'ils 
hantent, ils fréquentent également les mers intérieures, la 
Méditerranée comme la Baltique. Jusqu'à présent on n'en a 
pas vu pénétrer dans la mer Noire pas plus que les Baleines 
et les Balénoptères. 

M. Mengaret raconte, dans la Revue des deux mondes, que, au 
mois de septembre 1865, un Cachalot apparut dans le cercle 
polaire, entre File Jan-Meyen et la côte orientale du Groenland * . 
La vigie signala le souffle du Cachalot et aussitôt on lança 
quatre pirogues à sa poursuite. 

Cette pêche a Heu principalement dans l'océan Pacifique, 
mais il existe encore quelques baleiniers qui viennent tous les 
ans poursuivre le Cachalot dans l'Atlantique. Le Muséum de 
Paris a reçu récemment un squelette et il attend les parties 
molles d'un animal qui ont été préparées pour ses collections, 
par le professeur Pouchet; après avoir été chercher des 
squelettes de Balénoptères sur les côtes de Finmark, le suc- 
cesseur de Cuvier a. voulu remplacer les ossements de la cour 
des galeries d'anatomie comparée par un squelette complet. 

Le rapport de la Commission américaine, qui a fait le relevé 
des produits de la pêche introduits aux États-Unis d'Amérique, 
depuis le 1 er janvier 1804 jusqu'au 31 décembre 1876, estime, 
d'après la quantité de spermaceti apportée aux Etats-Unis, qu'il 
y a eu, pendant cette période, 325,521 Cachalots capturés. II 

1 Revue des deux mondes, I. LXXX1II, p. 707. 1860 



(30) 

compte, d'après Scammon, que chaque Cachalot fournit 
2S barils de spermaceti. 

Comme on le pense bien, partout le nombre des Cachalots a 
considérablement diminué et il n'y a plus que fort peu de balei- 
niers qui se livrent encore à cette industrie. 

On citait comme places principales : les environs des Açores, 
d'août à novembre; les îles Bahama au nord, le golfe de Mexico, 
enire 28° et 32° N. et 48° et 57° W., de mars à mai: les Iles 
du Cap Vert, en hiver, près Fernando Po, entre Sainte-Hélène 
et la côte d'Afrique et la côte Sud- Amérique t. 

Il paraît que Ton capturait encore tous les ans vers 1860, 
environ ISO Cachalots dans les eaux des Açores 2 tandis qu'au- 
jourd'hui, d'après ce que m'écrit M. Franc. Aff. Chaves, de 
Ponta delgada, S. Miguel, ce nombre ne dépasse pas cinq ou six. 

Il n'y a plus guère que les Américains qui se livrent encore à 
cette industrie. 



DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. 

Il est reconnu que c'est un animal des régions tropicales, 
que l'on trouve surtout dans le Pacifique, mais qui est répandu 
depuis l'Equateur, au Nord jusqu'au Groenland, au Sud jusqu'à 
la Nouvelle-Zélande. Les squelettes reçus d'Australie au Musée 
du Collège royal des chirurgiens de Londres, et si bien étudiés 
par le professeur Flower, ne laissent guère de doutes sur 
l'identité spécifique de ces animaux : on a capturé des 
Cachalots dans toutes les mers et on a pu comparer à Londres 
des squelettes de l'Australie avec des squelettes du nord de 
l'Atlantique, sans qu'on ait trouvé entre eux la moindre diffé- 
rence. 

Du reste, déjà à l'époque où Cuvier s'occupait des Cétacés, 
le grand naturaliste ne voyait pas de différences entre les 



1 Andfrson, Nachrichten von hlan /, 1740, p. 221. 

* Dkouet, Éléments de la faune AçorCenne, p. 112 (1861). 



( 31 ) 

individus provenant des mers les plus éloignées les unes des 
autres. 

Il est généralement admis, dit Lesson, que les grands Cétacés 
les plus connus sont répandus dans toutes les mers du globe, 
et que la Baleine et le Cachalot des mers du Nord sont iden- 
tiques dans le Grand Océan, soit dans la partie qui baigne les 
côtes Nord-Ouest de l'Amérique, soit dans les mers du Cap 
Horn ou du Sud de la Nouvelle-Hollande. 

Les Baleines, ajoutait-il, se trouvent, comme les Cachalots, 
aussi bien sous le soleil de l'Equateur qu'entre les glaces du 
cercle polaire. 

La science a enregistré beaucoup de faits nouveaux depuis 
le jour où Lesson a écrit ces lignes, et ce savant ne s'expri- 
merait plus aujourd'hui de la même manière. Ce que Lesson 
dit du Cachalot est exact, mais ce qu'il dit de la Baleine ne 
Test pas. 

Sur sa carte intéressante de la répartition du Cachalot dans 
les divers océans * , le commandant Maury figure aussi la dis- 
tribution géographique de la Baleine, ou plutôt des Baleines. 
Des deux côtes de l'Equateur, on voit, dans le Pacifique surtout, 
jusqu'au 30 e degré au Sud et au Nord, le domaine du Cachalot ; 
puis au Nord et au Sud on voit le domaine de la Baleine; le 
premier habite les régions chaudes, la Baleine les régions tem- 
pérées; Maury n'a pas tenu compte de la Baleine franche, ni 
dans les eaux du Spitzbcrg, ni dans la mer de Baffin. 

Le savant commandant représente, sous une couleur spé- 
ciale, pourpre, les endroits, également au Nord et au Sud de 
l'Equateur, où l'on a trouvé des Baleines et des Cachalots, 
nageant dans les mêmes eaux. 

Le docteur R. M' Cormick, à propos des explorations à faire 
dans l'hémisphère antarctique, en parlant des richesses que 
possède la région du pôle sud, parle d'une quantité de Baleines 
de la plus grande espèce et de la plus grande valeur, particu- 
lièrement, dit-il, de l'espèce appelée Spermaceti. Il est à désirer 

1 A cliart schoiving Ihe favorite resott of the Spcrm and Highl Wlialc. 



(32) 

que l'exploration anglaise au pôle sud ait lieu, pour savoir s'il 
existe, au milieu des glaces de ces régions, à côté des Cachalots 
passagers, une espèce de Baleine représentant la Baleine 
franche du pôle antarctique. 

Il est donc définitivement acquis que le Cétacé theutophage qui 
nous occupe, vit principalement au milieu de l'Atlantique et 
du grand océan Pacifique et qu'il ne trouve, au Nord comme 
au Sud, d'autres limites que les glaces polaires. 

On l'a reconnu dans les parages du Spitzberg, auprès du 
cap Nord et des côtes de Finmarck ; dans les mers du Groen- 
land comme dans le détroit de Davis, dans la plus grande 
partie de l'Océan Atlantique septentrional jusqu'à l'île Jan- 
Meyen (Nougaret), sur les côtes des Iles Britanniques, à l'em- 
bouchure de l'Elbe (1720), auprès de Terre-Neuve, aux environs 
de Bayonne; non loin du cap de Bonne-Espérance; près du 
canal de Mozambique, de Madagascar et de l'Ile de France ; 
dans les eaux qui baignent les rivages occidentaux de la Nou- 
velle-Hollande; sur les côtes de la Nouvelle-Zélande; près du 
cap de Corientes, du golfe de Californie; le cap San-Lucar 
(Californie); les Iles Kingsmill, Marshall (capit. Jouan); à peu 
de distance de Guatemala ; autour des Iles Galapagos; à la vue 
de l'Ile Mocha et du Chili ; dans la mer du Brésil ; et enfin, sur 
toutes les côtes du continent européen, même dans les mers 
intérieures, la Méditerranée, la Baltique et l'Adriatique. 

Le Cachalot est donc un animal orbicole ou cosmopolite; 
M. Flower a reçu d'Australie, pour le Musée du Collège des 
chirurgiens, à Londres, des squelettes de Cachalots, accom- 
pagnés de Globiceps et de Delphis, qui ne présentent aucune 
différence avec les nôtres, de manière que la faune aquatique 
d'Australie ne correspond aucunement, pour les Cétacés au 
moins, avec la faune terrestres ; nous ajouterons qu'il en est de 
même pour certains poissons plagiostomcs. La faune aquatique 
ne possède, sous aucun rapport, un faciès propre. Seulement 
certains types, qui ont disparu en Europe depuis les âges 
géologiques, semblent s'être conservées jusqu'à présent chez 
nos antipodes. 



(33 ) 

En tenant compte de tous les faits, on voit que le Cachalot 
est généralement répandu dans le Pacifique comme dans l'Atlan- 
tique entre le 60 e degré de latitude Sud et le 60° degré de 
latitude Nord. Ce sont les limites indiquées par Maury et 
par Berghaus. 

Si le Cachalot a été observé au delà du 60 e degré de latitude 
Nord et Sud, à ces latitudes on n'a vu que des individus isolés, 
des solitaires. 

Il n'a pas été vu au delà du détroit de Behring. 



11 n'est pas sans intérêt de passer en revue les individus qui 
sont venus échouer sur les côtes en Europe, et dont il a été tenu 
compte par quelques naturalistes. 

Les anciens ont déjà parlé de Cachalots capturés ou échoués 
dans la Méditerranée. 

« La première année du règne de Claude (an 44), un Cacha- 
lot (Orca) échoua sur le rivage. Il serait mort par le seul fait 
de son naufrage; mais l'empereur qui se mit à la tête des 
cohortes prétoriennes combattit avec eux le monstre marin. 
Pline, témoin de cette lutte absurde, dit-il, vit une barque 
submergée par l'eau dont le souffle du Cachalot l'avait rem- 
plie. » 

Strabon parle comme Pline du Physeler et, dans plusieurs 
villes du littoral, on conserve encore des mandibules, des côtes, 
des vertèbres et d'autres restes de ces Cétacés. 

Rondelet en a vu, dans le courant du XVI e siècle, des osse- 
ments qui étaient destinés au palais d'un duc de Florence. 

Paulus Jovius parle de deux individus qui auraient péri 
sur les côtes de PEstrurie. 

Ranzani parle d'un mâle de 55 pieds, qui a été exposé dans 
le port de Pesaro en 1715. 

La même année, un Cachalot a été capturé sur les côtes 
de Sardaigne, mais il n'a été fait mention que de 1 ambre 
gris qu'il renfermait et dans lequel se trouvèrent des becs de 
Sépia. 

Tome XLI. 3 



- I 



(34) 

Cornalia i, dans sa Fauna d'Italia, cite onze cas de Cachalots 
qui ont péri sur les cotes d'Italie : en 1713, 1768, et 1775 en 
deçà d'Ancône, en 1805, un au-dessus d'Ancône près de Fermo 
et un autre en 1874 à Porto-San-Giorgio, en 1810 un à Chioggia, 
en 1715, un près de Venise; en 1753 et 1764 sur la côte de 
Dalmatie à Rovigno, en 1767 près de Zarà et en 1750 près de 
Sebenico. 

Sur la côte de Nice il signale sept échouements : en 1798, 
1833,1852, 1854, 1860, 1863 et en 1864. De Gênes à Civita- 
Yecchia On en a vu échouer trois, le premier en 1863, à la 
Spezzia, le second entre Livourne et Civita-Vecchia, le troisième 
à Civita-Vecchia même. 

Dans les Actes des curieux de la nature il est question d'un 
Cachalot, échoué à S l -Hospice, près de Villefranche (Alpes- 
Maritimes), le 10 novembre 1726 *. 

Un autre aurait péri près d'Ascoli 3. 

Mon collaborateur, F. Gervais, en cite huit échouements 
dans la Méditerranée. 

L'Hyperoodon, échoué près de Piètri sur la côte de Toscane, 
dont parle Fr. Cuvier *, est un Cachalot, puisqu'il avait 50 pieds 
de long et qu'il n'y a pas d'Hyperoodon de cette taille. 

En 1838, Th. Kotschy a vu, à la côte près d'Alexandrie, un 
Physeter que l'on a rejeté à la mer à cause de l'infection qu'il 
répandait autour de lui. 

L'échouement le plus remarquable est celui de 1853, le 15 
du mois d'août ; entre Pola et Trieste, sur la côte d'Istrie, uni* 
petite gamme est allée se perdre : d'abord un jeune, puis 
d'autres plus grands, de 36 pieds. 

Le 16, le gouverneur du littoral en vit encore deux jeunes 
qui lançaient, disait-il, des jets d'eau par les narines. 

Le 19, la nouvelle de la prise de plusieurs Cachalots arriva à 
Vienne, et Heckel partit le 20 pour arriver sur les lieux le 24. 

* Cornalia, Fatma cTItalia. Milano. 

* Bayer, Act nat. cur , 1753, III* vol. 

* Elément, di Zool , t. Il, p. Gf ft 
' Hist. nat. des Cétacés, p. 381. 



(35) 

Les cadavres étaient dépecés, mais les squelettes étaient 
malheureusement mêlés; le professeur Roth parvint à en 
reconstituer un. Deux têtes furent sauvées pour le Musée 
d'anatoime à Vienne ; une tête est restée, comme souvenir, à 
Citta Nuova. 

Dans le golfe de Saint-Nazaire (Var), un sujet de moyenne 
taille a été pris en 1856. Une moitié de la mandibule en est 
conservée dans le cabinet des Pères Maristes, à la Seyne, près 
Toulon *. 

Un mâle est venu se perdre, dans la nuit du 10 mars 1874, à 
Porto-San-Giorgio et a été l'objet d'une monographie zooto- 
mico-zoologique 2 par le docteur Leone de Sanctis. 

On en a vu échouer un tout près de Venise. Le dernier a été 
capturé en 1874 près d'Ancône. 

Dans la Bibliothèque de Ravenne, on conserve deux parties 
d'un crâne, sans indication d'origine. 

En Italie, M. Rob. Lawley a signalé des portions de maxil- 
laires et des dents ayant des caractères de Physeter provenant 
de Volterra et de Orciano 3. 

Sous le nom de Physeter antiquus, Gervais a signalé un 
nouveau Cachalot dont il a trouvé la mandibule dans les sables 
marins de Montpellier. Cette mandibule est déposée au Muséum 
à Paris. Elle rappelle fort bien le Cachalot d'aujourd'hui. 

Le professeur Turner a écrit une notice intéressante à pro- 
pos d'une gravure fort rare qui représente un Cachalot, capturé 
le 25 février 1601, dans le port d'Ancône. C'était un mâle. On 
lui accorde 56 pieds de long. 

Il faitmention aussi d'une dent, miseau jourdansdes galeries, 
à l'ile de Sh. Ronaldsay, dont l'enfouissement date peut-être 
de l'époque de la première occupation par les Nôrwégiens +. 



1 P. Gcrvais, Comptes rendus hebd., 1844, p. 877. 

* Sut Capidoglw arenato a porto S. Giorgio, in-4% Roma, 1881. 

* Kos. Lawley, Pesi et Al tri vertebrati fossili del Pliocène Tostano. 
Pisa, 1875, p. 11. 

* Proc. ofthe Royal Society of Edinburgh, session, 1871-75, p. 058. 



( 36) 

En 1715, un Cachalot, long de 48 pieds, a échoué dans 
l'Adriatique. On en conserve des os h Sinigaglia. 

Sous le règne de Louis XIV, un Cachalot de 60 pieds de 
long vint échouer à la Sel va près Collioure. 

M. Guyon a même recueilli en Algérie des ossements de 
Cachalot, sur la rive gauche de l'Oued-Ger, qui pouvaient 
fort bien se trouver là naturellement, puisque nous avons 
reconnu des os de Balénoptère dans les mêmes conditions, 
lis ont été élevés au-dessus du niveau de la mer à la suite de 
soulèvements. 

Paul Fischer a publié une Note sur les Cachalots échoués 
sur les côtes océaniques en France, dans le Journal de Zoologie 
de (Servais *. Ces échouements ont eu lieu surtout en hiver et 
au printemps, de janvier à avril. Les principaux par ordre de 
date sont : 

Le 1 er avril 1714, il y en a un de 49 pieds qui se perd près 
de Bayonne 3. Un dessin en est conservé dans la collection des 
vélins du Muséum. Fr. Cuvier l'a fait copier dans son histoire 
naturelle des Cétacés. 

A quatre lieues de BouIogne-sur-Mer, un individu a échoué 
le 5 mars 1761, dont un dessin est conservé à la Bibliothèque 
de cette ville 3. 

Le 19 janvier 1769, un autre périt dans la baie de la Somme 
près Saint- Valéry *. Rien n'en a été conservé. 

En 1781, le 1 1 mars, une school entière, composéede trente- 
deux individus, vint se perdre sur la côte occidentale d'Au- 
dierne s. Une tête provenant de cette bande a été donnée à l'Aca- 
démie de La Rochelle par M. Donnadieu, négociant en cette ville, 
qui l'avait fait venir d'Audi erne 6. Une tête de sujet adulte, 

1 Journal de Zoologie, l. 1, 1872, p. 236. 

* HisL de CAcad. roy. des sciences pour 1741 (1744). 

* Fischer, Journal de Zoologie, 1. 1. 

* Haillon, Calai, des Vertébrés de la Somme» (Mém. Soc. r. d'émilatiojt 
d'Ardevillc, 1833. 

* Lettre de M. Le Cuz, insérée dans le Mercure de France, détails ciK' s 
par Lacépèdc, p. 303, et par Pierre Camper, p. 08. 

* Extrait du Journal Èyhémérides, de M. Lamberiz, négociant à La Rochelle. 



(37) 

une colonne vertébrale, une portion d'os hyoïde, un sternum, 
une omoplate et quelques os des nageoires pectorales, en sont 
conservés au Muséum d'histoire naturelle à Paris. 

Nous ne parlons pas des cinq Cachalots qui se sont montrés 
à l'entrée de la Loire, au mois de juillet 1863, et qui sont restés, 
d'après les journaux de Nantes, engagés dans le sable au reflux.» 
Quoiqu'ils aient été exhibés à S l -Nazaire, rien n'en a été con- 
servé et nous n'oserions affirmer que ce sont des Cachalots. Vn 
d'eux mesurait, disait-on dans les journaux, 6 m ,60. 

Vers le milieu de novembre 1872, un mâle, de 12 mètres, est 
venu échouer près du phare de Biarritz. Il était en putréfaction 
avancée et le squelette ifa pu être conservé, malgré les soins ' 
de M. Souverbie, directeur du Musée de Bordeaux *. 

En 4875, deux individus ont été vus dans les parages de 
Guethary (Basses-Pyrénées). Le mâle seul a été capturé ; son 
squelette est conservé au Musée de Bayonne; il a plus de 
11 mètres de longueur. 

Le professeur espagnol Graëlls de la Paz m'écrit qu'il a mis 
les pécheurs à contribution, depuis le détroit de Gibraltar 
jusqu'à la frontière française, pour connaître les grands Cétacés 
qui fréquentent ces parages ; ce sont la Balœna biscayensis, 
la Balamoptera musculus et le Cachalot qui sont les plus 
connus. 

On a enregistré plusieurs exemples de Cachalots qui sont 
venus se perdre sur les côtes de Belgique, des Pays-Bas, 
d'Allemagne, de Danemark, de Suède et de Norwège. 

Claas Mulder estime à vingt le nombre de Cachalots connus 
qui se sont perdus sur les côtes des Pays-Bas ; il fait avec raison 
la remarque que peu de restes en ont été conservés dans les 
Musées. 

Le plus anciennement connu a échoué en 1331 sur les côtes 
des Pays-Bas. Houttuyn en fait mention. Il avait 68 pieds et 
les mandibules mesuraient 13 pieds *. 

* Gcr vais, Journal de Zoologie y 1. 1, p. 537. 

* De Vries, Grool hi&l. schouwtonetl, I, p. 385, Aoislerdam, 169$. ^ v , 



(38) 

Le 11 mars 1566, une femelle est venue à la côte à Zand- 
voort. 

Le 19 septembre 1876, il en échoue un de 14 pieds de lon- 
gueur sur la même côte. 

Ambroise Paré fait mention de trois Cachalots capturés le 
2 juillet 1577, dans l'Escaut : un à Flessingue, un à Saffinghe, 
et un troisième à Hastinghe, au Doel *. 

C'étaient bien des Cachalots d'après ce qu'il dit des narines 
et des dents. H leur accorde 58 pieds. La mandibule avait de 
chaque côté 25 dents et on voyait autant de trous à la mâchoire 
supérieure dans lesquels les dites dents pouvaient se 
cacher. 

Ambroise Paré en donne une figure, qui a été copiée par 
Aldrovande et par Johnston. 

De 1598 à 1614, cinq Cachalots ont été vus sur les côtes des 
Pays-Bas. Quatre d'entre eux ont été dessinés et gravés. 

Emmanuel de Hetteren fait mention d'un animal de 53 pieds 
de long qui est venu à la côte en 1601. 

En 1606, on en cite un qui a péri à Springerplaat (île 
Schouwen). 

Le 38 décembre 1614, un mâle a péri à Noordwyk-aan-Zee. 
On en conserve la gravure *. 

En 1617, au mois de janvier, un autre mâle de 60 pieds est 
venu à la côte entre Scheveningen et Katwyk. C'est de lui que 
provient la tête qui est conservée dans une église à Scheve- 
ningen. 

Le 14 février 1619, un mâle a péri à l'embouchure du Rodan; 
il en existe une gravure : la nageoire pectorale est représentée 
comme un pavillon d'oreille. 

Le 12 mai 1620 on en a vu échouer un sur la côte de Pomé- 
ranie (bei Carmin); un autre le 15 octobre 1640. 

I^e 4 janvier 1629, un mâle est venu à la côte à Noordwyk- 



1 Œuvres complètes d 'Ambroise Paré, t. III, p. 77P, Pari», 1841. 
■ PoT-WALYiftCH, Gettrandt by Noortwyck-op-Zee, den 28 dec. tôt 4. 
Doob Es. Ya* di h Yelde, in-folio. 



(39) 

aan-Zee; en 1635, un à Scheveningen, et en octobre 1641, a 
péri le dernier de ce siècle. Une gravure de ces deux derniers 
est conservée à la Bibliothèque royale. 

En 1721, au mois de janvier, un animal de 60 pieds est venu 
à la cote non loin de Brème, et en 1723, un échouement de 
plusieurs a eu lieu dans le même endroit. Lacépède fait men- 
tion de dix-sept Cachalots qu'une tempête violente avait 
poussés cette année dans l'embouchure de l'Elbe. Les moins 
grands avaient 13 ou 14 mètres. Il y avait huit femelles et neuf 
mâles *. 

En 1755, une autre school a péri sur la côte de Mecklem- 
bourg. 

Au siècle dernier, nous voyons encore quelques animaux se 
perdre dans les mêmes parages : en décembre 1761, il y en a 
deux ou trois qui viennent échouer sur l'île ou le banc 
7. Grind, près de Harlingen. La caisse tympanique de l'un 
d'eux a été envoyée à Pierre Camper 2. H en existe un dessin 
sur lequel on lit : ce poisson a 75 pieds de long et 18 de haut; 
c'est un Cachalot, échoué à l'île Grin. Ce dessin se trouvait 
«ntre les mains de Mulder et a été exécuté par P. Idserdts. 

On fait mention d'un autre qui serait venu se perdre égale- 
ment en décembre 1761, à Eyerland. 

On cite encore un individu échoué en 1762, à Terschelling, 
et un à Vlieland à la même époque de l'année. 

Un Cachalot échoué entre Zandvoort et Wyk-op-Zee, en 1762, 
20 février, a été figuré par H. Spilman. 11 en existe une gra- 
vure à la Bibliothèque royale, sur laquelle on lit : Cagelol, 
Inng 61 voelen, den 20 februari 1762, tusschen Zandvoort en 
}Vyk-op-Zee aangedreven. 

Nous ne croyons pas que ce soit un de ceux qui sont indiqués 
ci-dessus. 

D'après un dessin de C. van Noorde, un mâle aurait péri 
encore en 1764. 



1 Lacépède, Rist. Nal. Cétacés, in-4% p. 334. 

* Camper ** */. Schriflen, I B, 2 st. Blés, anat...., p. 107, pi. XXIIL 



(40) 

Un animal de 84 pieds, que Ton a dit femelle, a- échoué le 
4 décembre 1783, sur les côtes, près de Middelbourg. On en 
possède des os dans celte ville et on en conserve un dessin à 
Dornburg *. La mandibule porte quarante-huit dents. 

Ainsi, au XVI e siècle, une vingtaine de Cachalots se perdent 
dans ces parages : trois sont reconnus comme mâles, un 
comme femelle, et on est sans renseignements sur le sexe des 
autres. 

Au XVII e siècle, il s'en perd une vingtaine, mais les rensei- 
gnements laissés sur leur sexe sont bien incomplets. 

Au XVIII e siècle, il vient en échouer encore sept. 

Nous ne connaissons que deux exemples dans le courant de 
ce siècle : le premier, en 1819, sur les côtes du Holslein, et 
un, en 1825, sur les côtes de Rûgen. 

Il y a deux ans, à la suile d'une rupture de digue, on a trouvé 
près de Heyst une tête presque entière de Cachalot. Elle est 
déposée au Musée de Bruxelles. On ne connaît pas la date de 
la perte de cet animal. 

Malm cite des exemples d'individus capturés sur les côtes de 
Suède. 

Linné en a cité sur les côtes de la Norwège. 

Au nord de la Norwège, le professeur Sars cite le Cachalot 
parmi les espèces vues aux îles Loffoten (1865). 

On connaît aussi plusieurs exemples d'individus qui se sont 
perdus dans la Baltique. 

# 

Le conseiller d'Etat Hensche a fait le relevé des Cachalots 
observés dans celte mer intérieure et de quelques Mysticètes 
dont on ne peut que deviner la nature spécifique *. 

Le plus ancien connu, un animal de 58 pieds de long, échoué 
en 1291 sur la côte de Weichtclmunde, a été conduit à DanUig. 

En 1364, un autre de 26 pieds, a été également conduit ù 
Dantzig. 

* Zelandia iilustrata, middelburgiscke courant, le 6 décembre 1784 et 
Notulen, 4 avril, 1849. 

* Heksciie, Schriften d. Physik. Ak. geseils zu Kùnig/sberg, Jahrg, I, 
Hefu (I. 



(4L) 

Le 15 octobre 1432 ou 1453, un de 35 pieds a été pris vivant 
et conduit encore à Dantzig. II avait été vu pendant 3 jours. 
C'est sans doute une femelle. 

Le 15 avril 1455, un autre de 66 pieds de long fut jeté sur la 
cote, nàhe dem Balgaschen Tief. 

En 1561, un jeune animal sous le nom de Baleine, long de 
9 t/a/ler, fut jeté sur la côte am alten Tief. 

Le 19 septembre 1576, un animal, décrit sous le nom de 
Physetcty de 14 pieds, se perdit encore dans cette mer; mais 
on peut se demander si c'est bien un Cachalot. 

Plusieurs Cachalots sont allés mourir sur les côtes des Iles 
Britanniques. 

Les plus anciens ont été signalés par Sibbald : il parle 
d'abord d'une femelle qui a péri aux Orcades, en 1687; puis 
d'un mâle de 53 pieds, capturé, en février 1689, à Leine Kilns, 
au nord de l'embouchure du Forth. La mâchoire portait 
42 dents. 11 fait mention également de toute une school, de 
102 individus, qui a péri sur les côtes d'Ecosse, mais, à en 
juger par la taille qu'il leur accorde, ce ne sont pas des 
Cachalots. 

Un mâle de 52 pieds a échoué ensuite à l'embouchure du 
Forth vers la même époque; sa mandibule portait 48 dents. 

Au siècle suivant, en 1756, un autre mâle de 54 pieds est 
venu mourir également dans le Forth (côtes ouest de Ross- 
Shire) et un en 1769 dont le sexe n'est pas indiqué. 

James Robertson signale Féchouement d'un mâle, en 1770, 
également dans le Forth. 

En 1762, un individu, long de 54 pieds, avec dix-huit dents 
de chaque côté, a été pris à Blythsand. 

En 1769, on cite encore un mâle de 54 pieds qui a péri au 
même endroit. 

La même année, 1769, un Cachalot a été capturé sur la côte 
de Kent; vers la même époque, un autre sur celle de 
Norfolk. 

1 H. Wood, Mag. of nat hist ,2» ser. t. III, 1829. 



En 1833, un Cachalot mâle adulte est venu à la côte à 
Tunstall, Yorkshire coast. Le squelette a 50 pieds de longueur. 

Le 16 février 1829, un mâle de 62 pieds s'est perdu à l'en- 
trée de la Tamise, à Whitstable, Kent. En attendant que les 
tribunaux eussent décidé qui était le propriétaire de cette 
épave, la marée a eu raison de ce cadavre et les os ont été 
dispersés. 

Dans le courant du mois de mai de la même année, un 
Cachalot fut aperçu en mer et bientôt capturé et remorqué 
dans la baie de Dunstaffnage (Ecosse). Il avait 60 pieds, mais 
le sexe n'est pas indiqué. La mâchoire inférieure est conservée 
au château de Dunstaffnage. 

On cite également un Cachalot qui a péri sur la côte de Cor- 
nouailles en juillet 1835 *. 

Dans la Faune des Orcades, par le Rév. George Low (1813), 
il est question de divers Cachalots qui ont visité cette île. 

Le dernier observé sur ces côtes est un animal de 60 à 
70 pieds, en pleine décomposition, près de Thurso, au mois de 
juillet ou août 1863, dont le squelette est au British Muséum. 
C'est lui qui a servi à M. Flower pour la description des os *. 

Au mois de juillet 1871, un Cachalot mâle adulte a échoué à 
l'île de Sky. Son squelette est conservé à Edimbourg. La man- 
dibule et le sternum sont très remarquables par l'âge de 
l'animal. 

Le professeur Turner fait le relevé des Cachalots connus qui 
ont péri sur les côtes d'Ecosse. 11 en cite dix : un du 
XVII e siècle, quatre du XVIII e siècle et cinq du XIX e siècle. 
Sur huit individus, dont le sexe a été reconnu, il y avait cinq 
mâles. 

Le Cachalot étant un Cétacé équatorial, on a douté quelque- 

1 Alderson, J. f An account of a Whale of the spennaceti tribe, casl on 
shore oi the Yorkshire coast, 1823. Tiunsact. Cumin, phii- Soc, 1827. 
Ferussac, Bull, scien. no/., 1829. Isis, 1835, p. lOOft. Transict. of the nat. 
histor. of Norlhumberland, vol. 1,1851. 

1 Report Drit. Asmoc. for the adoanceme.tt of science held at Newcastle, 

p. 106. 



(43) 

fois de sa présence sur les côtes du Groenland. Les côtes nord 
de l'Ecosse ont été souvent considérées comme limite septen- 
trionale de cet animal. 

Nous avons le témoignage de plusieurs marins que ces ani- 
maux visitent parfois l'ouest et l'est du Groenland. 

En 1718 et 1719 quelques Cachalots ont été pris, dit Zorg- 
drager, auprès du Groenland et auprès du cap Nord. Le plus 
remarquable avait 70 pieds environ et dans sa tête on a recueilli 
vingt-quatre-tonnes de spermaceti *. 

R. Brown ne fait mention que d'un seul Cachalot, capturé 
en 1857 près de Groven (72» L. N.) 

Nous avons aussi le témoignage du gouverneur du Groen- 
land : Le Cachalot est extrêmement rare sur la côte ouest du 
Groenland, dit Holbôll 2. 11 n'a vu, pendant ses nombreux 
voyages, qu'une seule fois cet animal remarquable, et de sou- 
venir d'homme, on n'en a vu échouer dans ces parages. 

Les Esquimaux, qui ont visité Paris et Bruxelles en 1877- 
1878, avaient des dents de Cachalots avec eux ; ces dents étaient 
exhibées avec celles deNarval, de Morse et d'autres Delphinides. 

A l'est du Groenland, apparaît aussi parfois cet animal. 
Nous l'avons déjà dit plus haut, M. Naugaret l'a rencontré aux 
environs de File Jan Meyen 3. 

H est fort curieux de comparer le nombre de captures ou 
plutôt d'échouements de Cachalots des siècles précédents avec 
ceux des temps actuels. 

Si l'on considère la rareté actuelle des Cachalots échoués et 
le nombre d'individus dont la capture est indiquée dans des 
livres anciens, on doit se dire que ces animaux doivent être 
bien près d'être exterminés. 



Il y a aussi quelques exemples de Cachalots capturés ou 



• Zorgdrager, EU , S. (1837), p. lit. 
9 EscmticHT, Nord. If a/M , p. 195. 

* Bévue des deux Mondes, 1" octobre 1K09. 



(44) 

échoués de l'autre côté de l'Atlantique, dans l'océan Pacifique, 
dans la mer des Indes et dans les eaux de nos antipodes. 

Onze individus, la plupart jeunes, sont venus à la côte à Test 
de la Floride, près du cap Canaveral, pendant l'hiver de 1882. 

Le 29 mars 1842, un jeune animal de 16 pieds a été capturé 
près de Boston, New Bedford, U. S. 

Le 5 décembre 1849, on a trouvé la carcasse d'un mâle 
qu'on a remorquée au port Jackson ; c'est le squelette de cet 
animal que M. Macleay a décrit. 

Le corps d'une femelle échouée a été remorqué à Botany- 
Bay. 

Sur les côtes de Tasmanie on a capturé un individu mâle, en 
1864, dont le squelette se trouve au Collège royal des chirurgiens 
à Londres. On en connaît trois spécimens de Tasmanie dans 
ce remarquable Musée. 

Ce sont ces squelettes qui ont autorisé M. Flower à se pro- 
noncer sur l'identité du Cachalot d'Australie et celui d'Europe. 

MUSÉES. 

On a été longtemps sans connaître d'autre squelette de 
Cachalot que le squelette défectueux, dont nous avons parlé 
plus haut, et qui était monté à la cour du Muséum à Paris; 
Cuvier l'avait fait acheter à Londres, en 1818 i . Ce squelette, 
que personne ne regrette d'avoir vu disparaître, sera bientôt 
remplacé par un autre. 

Paris possède également une tête d'un animal adulte, pro- 
venant de la bande échouée à Audierne, en 1784, avec une 
colonne vertébrale, des mandibules et un os hyoïde. 

Il se trouve également au Muséum à Paris des mandibules 
d'un mâle capturé à Bayonne. On y possède encore la tête 
d'un jeune animal qui a péri à Bochefort. 

1 D'après une noie du mémoire de M. Flower, ce squelette est probable- 
ment le même qui a figuré au Musée Bocks trow, Fleet slreet, décrit dans un 
ancien catalogue comme The Astonishing and complète Skeleion of a fuit- 
grown Sperma-ceti Whale. 



( 45 ) 

Mais, de toutes ces pièces, la plus remarquable est le squelette 
que le Muséum a reçu récemment par les soins du professeur 
Pouchet, et qui provient des iles Açores. 

On conserve aujourd'hui, au Musée à Bayonne, le squelette 
d'un mâle qui a été capturé en 1875. 

A Londres, au Musée du Collège royal des chirurgiens, on 
possède de riches matériaux pour l'étude du Cachalot. II s'y 
trouve deux squelettes, un jeune et un adulte, qui ont été 
envoyés d'Australie. Ce sont ces pièces qui ont été figurées dans 
le beau mémoire du professeur Flower. 

Le British Muséum possède un autre squelette complet d'un 
animal capturé sur les côtes des Iles Britanniques, Le British 
Muséum possède en outre la tête d'un mâle très adulte et qui 
s'y trouve depuis fort longtemps; on ne connaît pas son origine, 
si je ne me trompe. 

Pendant longtemps le seul squelette complet de Cachalot 
adulte se trouvait à Burton-Constable Castle, près de Hull 
(Yorkshire). Il a été décrit par Beale. 

A Cantorbéry, on conserve quelques ossements d'un animal 
échoué à l'embouchure de la Tamise. Pendant qu'on se dispu- 
tait la propriété du corps, la marée dispersait les os du sque- 
lette. 

# 

Le Musée d'anatomie de l'Université d'Edimbourgh possède 
la mandibule d'un jeune mâle, capturé dans l'Atlantique, à la 
latitude des Açores. 

On possède en outre à Edimbourg le sternum et la mandi- 
bule d'un animal très adulte qui a échoué, en 1871, à l'île de 
Skey. Le sternum est énorme. 

Edimbourg possède aussi une mandibule rapportée des îles 
Bauda (Archipel des Moluques), avril 1843, par des baleiniers, 
et sur laquelle se trouve un dessin du Cachalot que le profes- 
seur Turner a cru devoir reproduire. 

Au Musée de Bologne on conserve un squelette qui a été 
obtenu par échange du Musée de Naples. 

A Pise on conserve un squelette dans le vestibule du Jardin 
Botanique. 



(46 ) 

On voit également une tête au Musée de Turin, mais dont 
nous ne connaissons pas l'origine. 

On en possède des ossements à Pise, à Florence, à Bologne, 
et à Ravenne, parmi lesquels il y a une portion de crâne. 

Les ossements des divers individus qui sont venus échouer 
en 1853 dans l'Adriatique, à Caste! Nova, ont été pour la plu- 
part conservés, mais ils ont été malheureusement mêlés : à 
Berlin, à Munich, à Trieste, on en conserve une tête ; à Vienne 
un squelette, mais on n'a pas tenu compte ni du nombre de 
côtes ni du nombre de vertèbres, et il est fort douteux que les 
os de chaque squelette appartiennent au même individu. 

A Scheveningue (Hollande) on conserve une tête fort grande 
dont nous avons parlé plus haut dans une église située au 
pied des dunes. 

Dans le cabinet de Camper se trouvaient : deux mandibules 
de 12 pieds et à vingt et une dents ; une omoplate de 37 pouces 
de long et 26 pouces de haut avec une partie du membre 
(humérus, radius, cubitus) d'un animal de 63 pieds. — 
Cl. Mulder pense que ces os proviennent de Cachalots captures 
en 1762. — Ils sont actuellement conservés au Muséum de 
l'Académie de Groningue. 

Le Musée de Bruxelles possède un atlas dont l'origine est 
inconnue. Il provient du cabinet du prince Charles de Lor- 
raine. On y possède également une mandibule et une région 
cervicale, avec une côte mutilée, ainsi que la tête dont nous 
avons parlé plus haut. Il n'est pas impossible que l'atlas pro- 
vienne d'un des Cachalots qui ont péri dans l'Escaut le 
2 juillet 1577, et dont Ambroise Paré a fait mention. 

Au Musée de Sydney on voit un squelette qui a été décrit par 
Macleay en 1851. 

Au Muséum de Washington, on possède le squelette d'uue 
femelle capturée sur la côte de New-Jersey et qui portait un 
fœtus d'un mètre environ de grandeur; on a monté ranimai. 



(47) 



DESSINS. 

Il y a peu de Cétacés aussi souvent reproduits par le dessin 
que le Cachalot, mais pendant longtemps on n'en a possédé 
que de très défectueux. Aujourd'hui on en connaît plusieurs 
bonnes figures. 

Tous les os du squelette sont également bien représentés. 

Cet animal est même assez fidèlement reproduit sur des 
plaquettes en os par les pécheurs des côtes d'Alaska. Paul 
Gervais a figuré dans la Nature une plaquette d'os de Cachalot, 
sur laquelle on voit d'un Côté un Cachalot, de l'autre côté une 
Baleine. 

Le professeur sir Turner a reproduit également un dessin 
de Cachalot, qui se trouve sur une mandibule de ce Cétacé, 
conservée au Musée d'anatomie d'Edimbourg. 

On conserve à la Bibliothèque royale de Bruxelles un cer- 
tain nombre de gravures qui ont été réunies dans un porte- 
feuille par Du Bus. 

Ces gravures sont faites d'après des individus échoués sur 
les côtes de Belgique et de Hollande. 

Le plus ancien est un Cachalot, capturé dans l'Escaut en 
juillet 1877 ; nous lisons sur la planche qui le reproduit : Uet 
waerachtig contwfeytsel en afmetinghe van desen walvisch, gevan- 
gen den Sjuly 1577; ce dessin accompagne un manuscrit 7864, 
Chronyck van Antwerpen, door Cankercken. Un texte explicatif, 
imprimé en flamand, latin, français, dit que la Baleine a été 
trouvée « tusschen Haeftep gelegen in den Doel ende Saeftinghe 
in de Schelde, ontrent Antwerpen. » 

La Bibliothèque royale possède une autre gravure, repré- 
sentant un Cachalot échoué, d'après l'inscription, la même 
année (1877) à Terheyden. C'est probablement le même que le 
précédent. 

Une autre gravure de la Bibliothèque royale représente un 
mâle, qui a péri, entre Katwyk et Scheveningen, en 1898. 
Il avait 82 pieds de long. Nous en trouvons également un dessin 



(48) 

dans Bor *. Cette gravure ne paraît être qu'une copie et porte 
pour inscription : Een walvisch lang 70 voeten , gestrandt op 
de hollandsche zeekusi , tusschen Scheveningen en Kativyk , in 
sprokkelmaend, 4598. Cet animal fut vendu publiquement pour 
126 florins. Le rostre (Bek) fut donné au comte Jean de Nassau 
ot envoyé à Dillenburg. D'après Clusius, les grands os sont 
conservés à la Maison de ville de La Haye. 

Ambroise Paré reproduit le dessin d'un individu qui a péri 
dans l'Escaut 2; Cl usi us également en reproduit un qui est 
meilleur. Johnston en donne aussi une figure 3. 

Le professeur Sir Turner est en possession d'une gravure, 
représentant un Cachalot de 60 pieds de longueur, capturé en 
1601 dans le port d'Ancone 4. 

Le savant professeur de l'Université d'Edimbourg a écrit une 
Notice intéressante à propos de cette gravure, qui n'est pas 
connue des naturalistes. 

Sibbald a publié un dessin d'un mâle de 52 pieds de long, 
qui a péri dans une baie du Forth en 1689. Ce dessin est loin 
d'être un modèle. Le dessinateur a représenté une tête de 
Baleine avec des évents au front. Ce corps de 52 pieds, auquel 
il a mis un pénis, semblable à celui de la Balénoptère qui 
figure à côté, pourrait bien être le corps de la femelle, échoué 
en 1687, et non celui du mâle. 

Le Cachalot, échoué en 1614 près de Noortwyk-op-Zee, a été 
reproduit par une gravure conservée à la Bibliothèque royale ; 
elle porte l'inscription suivante : Anno 1614, den 26 december, 
is gestrant dezen vis, lanck syndc, 38 voeten. E. Vandeveldc, fe. 

Une autre gravure représente également un mâle qui a péri, 
d'après l'inscription, à l'embouchure du fleuve Rodan, le li 
février 1619. 



1 Dob, Nederl. hislor. Amsterdam, in-fol., 1670, p. 453, 4 e pari. 
1 Ambroise Paré, 25« livre de ses Œuvres. 

5 Historia naturalis de Ptscibus et Cetis, AmsUlodami, 1657. Tab.XLU. 
4 Notes on som rare prinls of stranded Sperm-Whale*. Jours, of 
Anatout and Physiology, vol. XIÎ, 1878. 



Nous y trouvons aussi une gravure d'un Cachalot de 62 pieds 
échoué en 1639. 

Un autre, échoué en 1762 entre Zantvoord et Wyk-aan- 
Zee, est figuré trois fois; des gravures en sont conservées à 
la Bibliothèque de Bruxelles. Nous lisons sur Tune : Cachelot 
geslrandt tusschen Zandvoort en Wyk-op-Zee, 1762. J. Augus- 
tini, door H. Spilman, folio. Brux. Sur l'autre : Cagelot, lang 
61 voeten, den 20 febr. 1762, tusschen Zantvoort en Wyk-op- 
Zee aangedreven. Door Vander Vinne, 4°, mâle. 

On trouve h la même Bibliothèque deux gravures représen- 
tant un Cachalot maie de 60 pieds échoué vivant près de 
Egmond-op-Zee. Cagelot, Potwalvisch, Egmond-op-Zee, levend 
gestrandt den 15 febr. 1764, van 60 voeten. 

La Bibliothèque royale de Bruxelles possède également un*» 
belle gravure d'un Cachalot mâle de 60 pieds, qui a échoué à 
Beverwy. 

On conserve, ù Boulogne-sur-Mcr, un dessin d'un Cachalot 
qui a péri près de la ville le 5 mars 1761. 

Un mâle, dont nous avons parlé plus haut, est représenté 
dans les Ad. nat. curios. Vol. III. (1733), Tab. 1; il a péri à 
Villefranche, le 10 novembre 1716. 

Le Cachalot mâle de 48 pieds, échoué le 1 er avril 1744 ou 
1741 dans le golfe de Gascogne, a été dessiné également; 
Despelette, chirurgien-major de l'hôpital militaire de Bayonne, 
en a envoyé la figure à La Feyronie; c'est sans doute ce dessin 
qui est conservé dans la collection des vélins du Muséum. 
Fr. Cuvier l'a fait graver dans son Histoire naturelle des Cétacés. 
Nous en avons parlé plus haut. 

Il existe deux autres dessins d'après le même animal, l'un 
dans la Bibliothèque, l'autre dans les registres des délibéra- 
tions du conseil municipal de Bayonne. 

Du Hamel * a publié aussi le dessin du mâle de 48 pieds, 



* Du Hamel, Bist. nat. des Pèches, part. 2, sec t. X, pi. XV. 

Tome XLI. 



( 50) 

tué près de Bayonne en avril 1741. H en a publié encore un 
autre dit Paul Gervais. 

Tous ces dessins sont faits avec peu de soin et on peut dire, 
avec le D r Fischer, qu'ils sont fautifs. 

Pennant fait figurer, dans sa Zoologie Britannique, un mâle 
de 54 pieds qui avait été pris à Bhythsand, en le considérant 
encore comme poisson (1766) f . 

Alderson représente l'animal entier, sa tête, son œil, etc. *. 

On trouve une copie d'un dessin de Valentin Cary à la 
Bibliothèque de Boulogne, fait d'après un Cachalot échoué le 
5 mars 1761, à 4 lieues de la ville. 

Lacépède a figuré le Cachalot sous le nom de Physale cylin- 
drique, Cachalot macrocéphale et Cachalot trompo. 

Bonnaterre a figuré une femelle de la bande d'Audierne. 

Le capitaine Scammon a publié un bon dessin de l'animal; 
on voit que le dos n'est pas pourvu d'une nageoire dorsale, 
mais de bosses, comme la Mégaptère. À côté du dessin il repré- 
sente la coupe de l'animal qui est aplati du côté du dos, 
aminci du côté du ventre et arrondi sur les flancs. 

Il représente sur une planche distincte l'animal nageant la 
bouche ouverte. 

Du Hamel représente une mâchoire de Cachalot, pi. IX, 
fig. 7, et un mâle entier, pi. XV, fig. 3. 

Pierre Camper a reproduit la tête 3. 

Cuvier a fait graver la tête et plusieurs os dans ses Re- 
cherches *. 

W. Wall a figuré le squelette complet en 1851. 

En 1868, le professeur Flower a publié un mémoire dans 
lequel se trouve une description complète de tous les os du 
squelette, accompagnée de sept belles planches. 



1 PEftXAftT, vol. III, pL VI. 

* A few observation of the natural hislory ofthe Sperm Whale. 

* P. Camper, Cétacés, pi. XVIII, XIX el XXVII. 

* Ossem. foss., t. V, l M part., pi. XXIV. 



(81 ) 

Les principales parties du squelette sont figurées dans notre 
Ostéographie, pi. XVIII et pi. XIX, d'après les figures publiées 
par M. Flower. 

Pander et d'Alton ont figuré une omoplate. 

Le sternum du Cachalot adulte de l'île de Skye est figuré 
dans une notice de Turner *• 

Parmi les dessins, nous devons faire mention de celui de la 
tête d'un fœtus, publié par R. Owen, dans la Description du 
catalogue des squelettes du Musée royal du collège des chirur- 
giens *, et de la caisse tympanique 3. 

Huxley a figuré le crâne d'un fœtus de Cachalot *. 

Au Musée d'Edimbourg on voit sur une mandibule de Ca- 
chalot un dessin du même animal, fort bien exécuté. 

On en connaît aussi des figurines en bois et en os taillés par 
les habitants des côtes d'Alaska et des Iles Aléoutiennes. 



COMMENSAUX ET PARASITES. 

Le Cachalot est encore bien incomplètement connu sous le 
rapport de ses commensaux et de ses parasites; Debell Bennet 
est le seul naturaliste que nous sachions, qui fasse mention 
de VOtion Cuvierii trouvée sur sa lèvre inférieure et des Oniscus 
logés sur sa peau. 

Il y est également fait mention de Cysticerques, trouvés dans 
des kystes de la peau 8, et Foster a trouvé des parasites qu'il a 



1 Additional Notes*... Proc* Roy. Soc. of Edinburgh. Session 1871-72, 
PI». 636*637. 

* Tome 11, n<> 2417. 

* BrilUh fossil Mammals, p. 526, fig. 20. 

* Manuel of the anaiomy of vertebrated animais, p. 404, fig. 106, 
Londres, 1871. 

* Debell Bennet, Proc. Zool. Soc., 1837, p. 30. 



(52) 

envoyés à Sibbald, mais dont nous ne connaissons ni le nom 
ni la nature. 

Sur les Cachalots, capturés en 1853, sur les cotes d'Istrie, on 
a trouvé des Balanes, mais on ne dit pas lesquelles '. 



* Turxer, Addit tonal Noies on the Occurence of ihe Sperm-Whaïe, 
1871-72, p. 644. 



HYPEROODON ROSTRATUM. 



LITTÉRATURE. 



Cillas Tallor, Mil or y and atiliquities of Harwich, and Baver-court 
with notes and observations relating to natural history. London, 4730, 
in-4«. 

E. Pontappldaa, The natural history of Norway. London, 4755. 

Chemnll», Beschâftigungen der BerlinischenGcsellschuft Naturforcher 7 
4775.177i» t t. IV, 1779. 



-, Observations on the structure and œconomy of W haies. 

PUILOSOPUICAL TRANSACTION, Vol. LXXVII, 1787. 

naiiaaard. Mémoire sur deux Cétacés échoués vers H on fleur, le 19 sep- 
tembre 1788; dans Rozier, Obs. sur la physique, sur l'histoire naturelle..,, 
t. XXXIV. Paris, 1789. 

Lacépèdo, Histoire naturelle des Cétacés. Paris, an XII de la Répu- 
blique, 1804. 

C ut 1er, Recherches sur les ossements fossiles. Paris. 

€. Woamael, Notice zoologique sur un llyperoodon. Nouveaux 

MÉMOIRES DE l'ÀCADÉVIE ROYALE DBS SCIENCES ET BELLES-LETTRES DE 

Bruxelles, t. XIII, 1841. 

Eodea do Longchamp», Remarques zoologiques et anatomiques sur 
VHyperoodon. AIémoires de la Société linnébnne de Normandie, vol. VIL 
Paris, 1842. 



(54) 

Bclllngham, a>. m. Short description of a Bottle-nose Whale* (Hype- 
roodon Butzkopf), Ann. ofnat hitt. , 4843. 

Cray, Zoology ofthe voyage of Errbus and Terror, 1844. 

Vrollk, Natuur en ontleedkundige Benchouwing van den Hypcroodon. 
Haarlem. 1848. 

Eaehrlcat, Untersuchungcn ùbcr die nordischcn Walllhiere. Leipzig, 
1849. 

•averaay, Cétacés vivante et fossile». Ann. se. natur., 3 € scr., L XV, 
p. 44, 1851. 

John Kt ruinera, Account of rudiment ary finger musclée found in a 
toothed Whàte (Hypcroodon bidens). Journ. of anatomy and physiology, 
novembre 1873. 

Taeat. Sautawell, on a Skull of Hypcroodon loti front. The Zoologitt, 
1881, p. 258. 

Fischer, Cétacés du sud-ouest de ta France, 1881. 

Flower, On the Cranium of a new species of Hypcroodon,., Proc. 
Zool. Soc. t roay 1882. 

Flower, On the whales of the genus ffyperoodon. Proc. Zool. Soc., 
dcc. 1882. 

Thom. Southwcll, On the beaked or bottle-nose whale (Hypcroodon). 
Trans. norf. and norw. raturalists' Soc , vol III, 1882. 

m>avld Cray, Notes on the charactert and habits of the Bottlenose 
Whale (Hypcroodon rostratus). Proc. Zool. Soc, dcc. 1872, n* 726. 

I» r A. Cerstitokcr, Dos Skeiet des Dôglings, Hypcroodon rostratus, 
Pont. Leipzig, 1887. 



uvt 



00 ) 



HISTORIQUE. 

Les pécheurs de Fâroër et d'Islande ont connu l'Hyperoodon 
longtemps avant les naturalistes. Ils le désignaient sous le nom 
de Dôgling. 

Au commencement du siècle précédent, deux Hyperoodons 
échouent en Angleterre sur les côtes d'Essex; il en est fait 
mention dans une Histoire des antiquités de Harwich, avec des 
notes sur l'histoire naturelle, par Dale. L'un, de 14 pieds, se 
perdit en 1717 près de Malden; l'autre, de 21 pieds, près de 
Bradwel, à peu près en même temps que le précédent. 

En 1755, E. Pontoppidan publie une histoire naturelle de 
Norwège et il décrit l'Hyperoodon sous le nom de Balœna 
rostrata, nom spécifique qui a produit pendant longtemps une 
grande confusion. Fabricius a donné le même nom à la petite 
espèce de Balénoptère. 

Chemnitz fait mention, en 1779, sous le même nom de 
Balœna rostrata, d'un mâle, capturé dans les eaux de Spitzberg, 
dont les principales parties du corps ont été apportées à 
Copenhague. 

En 1783, un Hyperoodon est capturé dans la Tamise, près 
de London-Bridge ; il tombe heureusement dans les mains de 
Hunter, qui, tout en ne connaissant pas bien l'animal, n'en a 
pas moins parfaitement exposé son organisation. 

Ce travail n'était pas seulement classique pour l'époque où 
il a paru, dit Eschricht, mais c'est la collection de faits anato- 
miques la plus remarquable sur les Cétacés; on y trouve tout 
ce que l'on sait sur les Hyperoodons, dit-il. Même le dessin de 
Hunter est un des meilleurs qui existent de cet animal, dit le 
savant professeur danois. 

Deux années après la publication de Hunter, Baussard, un 
officier de marine, publia des observations sur deux femelles, 
Tune de 23 */* pieds, l'autre de 12 f / â , qui -venaient d'échouer 
à Honfleur, à l'embouchure de la Seine. La description de la 



(56) 

psau qui tapisse In palais, a fait croire à Lacépède que ces 
animaux portaient des dents au palais ; c'est l'origine du mot 
Hyperoodon, qui est accepté aujourd'hui par tous les cétolo- 
gistes. 

L'Hyperoodon n'était pas encore représenté par son sque- 
lette au Muséum de Paris, à l'époque où Cuvier écrivait ses 
Recherches sur les ossements fossiles et la description qu'il en 
donne est faite d'après le squelette de Hunter. 

En 1841, Wesmael publia une notice zoologique sur un 
Hyperoodon, à propos d'un animal échoué le 16 septem- 
bre 1840 sur un banc de sable près de Zicriczee. H. Wesmael 
cherche à mettre d'accord les divers auteurs qui se sont occupés 
de cet animal. On a fait avant lui presque autant d'espèces 
qu'il est échoué d'individus, dit-il avec raison, et il exprime 
l'opinion, qu'il n'y a qu'une espèce d'Hyperoodon, à laquelle 
il conserve le nom spécifique de rostratum, proposé par 
Pontoppidan. 

En 1845, le D r A. Jacob a publié à Dublin le résultat de ses 
observations anatomiques et zoologiques sur ce même animal. 

À l'occasion d'un Hyperoodon échoué en 1846 à Zantvoord, 
W. Vrolik publie, en 1848, un mémoire fort intéressant sur 
ce Cétacé et ne néglige pas d'étudier l'animal sous le rapport 
anatomique. Le savant anatomiste d'Amsterdam passe en 
revue l'appareil respiratoire, digestif, circulatoire, sexuel 
femelle, l'œil, la peau, et décrit avec soin le squelette sans 
négliger les os du bassin. Quinze belles planches accompagnent 
ce mémoire. 

Il parle avec raison du temps, de l'argent et des efforts extra- 
ordinaires que l'on doit faire pour obtenir un mince résultat 
dans l'étude d'un Cétacé. 

En 1849, Eschricht fait paraître ses Nordischen Walllhierc, 
et consacre un chapitre à l'histoire du Cétacé qui nous occupe. 
Nous lisons en tête de ce chapitre : « Ueber die Schnabelwalle 
» (Rhynchoceti, die Zahnlosen Delphine, Schlegels, Hyperoo- 
y> dontina, Gray's) im algemeinen und den Entenwall {Chœtwcetus 
» rostralus, Hyperodon rostratum, auctorum) im besondern. » 



(57) 

Il expose : 1° ce qui est connu de ces animaux; 2* leur 
répartition aux hautes latitudes et la connaissance que les 
habitants de ces régions avaient d'eux; 3° leurs caractères 
extérieurs; 4° leur dentition; S° leur cavité de la bouche; 
6* leur estomac; 7° leur muqueuse intestinale; 8° leur ostéo- 
logLe; 9° leur place systématique dans l'ordre des Cétacés; 
10° la comparaison de ces faits avec les observations des 
auteurs les plus récents. 

Les Rhynchoceti ne comprennent que deux genres : Chœno- 
celus ou Hyperoodon, et Micropteron. 

On a beaucoup écrit sur les Hyperoodons depuis Eschricht, 
mais, à l'exception des observations sur la différence des sexes 
qu'Eschricht soupçonnait, nous ne trouvons rien de bien 
important à ajouter. On a été, jusque dans ces derniers temps, 
dans le doute sur l'existence d'une seconde ou de plusieurs 
espèces de ce genre dans nos mers. On avait péché un Hyperoo- 
don avec des maxillaires très élevés au milieu du rostre et se 
joignant même sur la ligne médiane; Gray lui avait donné le 
nom à? Hyperoodon latifrons. Eschricht avait émis l'opinion que 
cette forme extraordinaire pouvait bien indiquer le mâle; les 
individus capturés dont on avait constaté le sexe étaient à peu 
près tous femelles. Eschricht avait raison, comme nous le ver- 
rons plus loin. 

Un médecin islandais, Haalland, a envoyé à Eschricht { les 
principales parties du corps d'un Hyperoodon conservé dans 
le sel et dans l'alcool, et lui a fait part de plusieurs observations 
intéressantes faites sur deux individus, dont un fut capturé. 

Eschricht a reconnu que, dans la description qu'il avait 
donnée de l'estomac, il avait été induit en erreur par la mauvaise 
conservation de la pièce qu'il avait eue d'abord sous les yeux. 

Dans le fœtus, l'estomac présente déjà tous les caractères de 
l'adulte. 

Le professeur Struthers (1871) a publié le résultat de ses 
observations* sur les muscles des doigts d'un Hyperoodon 
échoué sur les côtes d'Ecosse. 

« Eschricht, Nord. Wallt., p. 26. 



(38) 

En 1882, M. W. Flower * a fait connaître un crâne d'Hyperoo- 
don, trouvé au nord-ouest de l'Australie, à File Lewis. 
Quoique mutilé, il appartient évidemment à ce genre, mais il 
présente des caractères assez particuliers pour ne pas le con- 
fondre avec l'espèce de notre hémisphère, dit M. Flower, qui le 
désigne sous le nom & Hyper oodon planifions. 

A la séance du 19 décembre de cette même année, M. W. 
Flower * communiqua une note dans laquelle il fît l'historique 
de YHyperoodon latifrons proposé par Gray, et fit connaître 
les observations de David Gray, commandant du baleinier 
YÉclipse, d'après lequel le prétendu Hyperoodon latifrons est 
tout simplement, comme Eschricht l'avait soupçonné depuis 
trente ans, un Hyperoodon ordinaire du sexe mâle. 

Le capitaine de YÉclipse fait connaître en même, temps les 
faits les plus intéressants sur le séjour de ce Cétacé à Test du 
Groenland. 

Au mois d'avril 1884, H. Southwell, de son côté, a publié 
des faits d'une grande importance sur la pêche des Hyperoo- 
dons. 

Le Docteur-professeur Gerstâcker vient de publier une 
monographie du squelette des Cétacés, traitant surtout de 
YHyperoodon rostratus. Au commencement du mois de février 
1877, un individu est venu se perdre la nuit sur un banc de 
sable sur les côtes de la Baltique. 

M. Gerstâcker étudie d'abord la tête et s'étend longuement 
sur l'os lacrymal, que P. Gervais a bien décrit, dit-il ; il étudie 
ensuite la colonne vertébrale et consacre un chapitre à la 
région cervicale, un autre aux vertèbres dorsales, aux côtes et 
au sternum. A propos des os lacrymaux, il fait remarquer 
que, contrairement à l'avis de Stannius et de Flower, ces os 
existent dans les genres Delphinus, Phocœna, Lagenorhynchus, 

1 Flowir, On the Cranium of a new $pecies of Hyperoodon..., Pnoc. 
Zool. Soc, London, 1882. 

a Flower, On (lie W liai es of the genus Hyperoodon, Paoc. Zool. Soc, 
dcc. 1882. 



(89) 

Tursiops et Globiceps, comme dans les Hyperoodons. Il s'étend 
ensuite sur les rapports morphologiques des côtes et des 
apophyses transverses des vertèbres dorsales. 

Après avoir passé en revue les autres parties du squelette et 
fait remarquer le peu de développement des nageoires pecto- 
rales, si bien exposées par Vrolik, il compare la colonne ver- 
tébrale des Cétacés à la colonne vertébrale des autres ordres 
de mammifères. 

Les figures qui accompagnent ce travail montrent fort bien 
la différence fondamentale qui existe dès l'origine entre les 
di apophyses et les parapophyses. Les dernières dorsales des 
Hyperoodons sont, sous ce rapport, très instructives. 

SYNONYMIE. 

Delphinus diodon. Hunter. 
Hyperoodon diodon. Lacépède. 

— rostratum, Chemnitz. 

— latifrons, Gray. 



BuUkopf, Entenwall, des Allemands. 
Dôgling, des habitants de Fàroër. 
Bottlenose Whale, des Anglais. 
Andvhalar ou Andarnefia, des Islandais. 
Anarnak, des Groenlandais. 

Le Dauphin diodon de Lacépède est l'Hyperoodon ; on lui 
a donné successivement les noms de Delphinus diodon, d'Eden- 
tulus, de Honodon, d'Ancylodon, d'Aodon, d'Hétérodon et 
d'Hyperdon; celui qui lui est conservé, Hyperoodon, repose, 
comme nous l'avons ditplus haut, sur une erreurd'observation. 

L'Hyperoodon lalifrons est bien, comme Eschricht l'avait 
montré, basé sur un crâne de mâle : il avait trouvé déjà des 
différences sexuelles semblables dans d'autres Cétacés, parmi 
lesquels il cite le Globiceps. 



(CO) 

VHyperoodon semijunctus de Cope est un Ziphius caviros- 
tris *. 

CARACTÈRES ET DESCRIPTION. 

Après le Cachalot, c est la plus grande espèce de Ziphioïde. 
On la reconnaît facilement à ses petites nageoires pectorales et 
à l'absence presque totale de dents aux deux mâchoires. Nous 
disons, absence, parce que les deux, ou quelquefois les quatre 
dents du bout du maxillaire inférieur, ne percent que faible- 
ment les gencives. 

On ne peut confondre l'Hyperoodon avec aucun autre 
Cétacé; il a la tête tronquée comme le Cachalot, les dents 
manquent complètement à la mâchoire supérieure, et, à la 
mâchoire inférieure, on en trouve, tout au bout antérieur, une 
ou deux paires assez petites. La tête osseuse a surtout de remar- 
quable, que les maxillaires s'élèvent verticalement comme 
deux ailes qui convergent Tune vers l'autre sur la ligne médiane, 
et qui, chez les mâles, se touchent au milieu du rostre. 

Ils ont deux sillons sous la gorge. Ces sillons sont bien 
représentés par Gray, planche III, d'Erebus and Terroi % ; Vrolik 
les représente aussi dans son dessin. 

Blainville les a signalé, sous le menton du Micropteron. 

Le capitaine Scammon a reconnu ces mêmes sillons, même 
plus prononcés, dans le Rhachianectes glaucus, du Pacitique. 

La couleur de la peau varie du noir au jaune pâle, chez 
les jeunes, au jaune brun, chez les adultes ; le rostre et le front 
deviennent blanc avec l'âge, et on voit apparaître une bande 
blanche autour du cou. 

La coloration est, comme dans les autres cétacés, plus 
claire en dessous qu'en dessus. 

La graisse renferme, comme celle du Cachalot, une cer- 
taine quantité de spermaceti ou blanc de Baleine 2. 

1 Fiied. True, A note upon the Hyperoodtm semijunctus ofCope. Paoc. 
Un. St. nat. Muséum, 1885. 
1 Elle a plus de valeur commerciale que celle des autres Cétacés. 



(61 ) 

La colonne vertébrale n'a que quarante-cinq vertèbres, sept 
cervicales, neuf dorsales, dix lombaires et dix-neuf caudal es r 

Les cervicales sont réunies comme dans les vraies Baleines. 

L'articulation de la sixième côte est fort intéressante ; elle 
s'articule encore supérieurement, à l'arc neural et à l'apophyse 
transverse, tandis que la septième ne s'articule plus qu'avec 
l'apophyse transverse, comme les suivantes. 

On compte, dans la nageoire pectorale, une phalange au 
pouce, cinq à l'index, cinq au médian, quatre à l'annulaire et 
deux au petit doigt. 

L'estomac est formé de sept poches qui se suivent; il y en à 
encore plus dans le Mésoplodon. Je trouve dans mes notes que 
cetestomac existe déjà avec les mêmes caractères dans le fœtus. 
Eschricht doutait encore s'il existe une communication directe 
entre ces chambres; je la lui ai montrée à l'aide d'un stylet 
sur un fœtus pendant mon séjour à Copenhague en 1856. 

Le professeur John Struthers a fait connaître les muscles 
des nageoires pectorales à la section de Zoologie de l'Associa- 
tion britannique à Aberdeen. 

L'Hyperoodon a au moins 6 pieds en venant au monde ; les 
jeunes qu'on a trouvés en compagnie de leur mère avaient de 8 
à 16 pieds. La femelle atteint de 27 ù 28 pieds. On ne sait si le 
mâle devient plus grand. 

La taille des individus capturés en Europe varie entre 8 et 
28 Vs pi^ds : les individus de 8 à 16 pieds suivaient encore 
leur mère. 

David Gray accorde 30 pieds à l'adulte et 10 pieds au jeune 
en naissant. Ce dernier chiffre est exagéré. 

On a donné la mesure de plusieurs mâles qui ont été cap- 
turés : un à Belfast qui avait 20 pieds, un autre décrit par Dalè 
en avait 21; celui décrit par Chemnitz en avait 25; le plus 
grand est celui de Dunkerque, qui mesurait entre 27 et 28 
pieds. 

On a capturé à peu près autant de femelles; leur taille varie 
de 14 à 28 pieds et demi. La femelle décrite par Dale (1717) 



(62) 

n'en avait que 14; celle de Pontoppidan, qui était pleine, 
portait un fœtus de 6 pieds; les femelles de Honfleur (1788). de 
Baussard, de Portland, de Zandvoort, avaient de 23 à 24 pieds ; 
une seule, celle de Seignasse, en avait 28 et demi. 

Il n'y a pas d'observation faisant voir que les mâles sont 
plus grands que les femelles, dit Eschricht. 



MŒURS. 

L'Hyperoodon vit par petites bandes ; lorsqu'on a commencé 
à le poursuivre, il était confiant d'abord, mais il est devenu 
craintif et méfiant. 

Aujourd'hui on a quelque peine à l'approcher. Le moindre 
bruit le met en fuite. Les pécheurs des Fâroër savent que, pour 
atteindre l'animal, ils doivent placer leurs ganls de laine entre 
la rame et le canot sur lequel elle s'appuie. 

Si Ton en juge par les individus qui sont venus se perdre sur 
les côtes et qui sont ordinairement deux, il y a lieu de croire 
que les Hyperoodons sont monogames. 

On voit parfois aussi un jeune mâle avec une femelle et un 
vieux mâle. 

On observe dans les eaux de Spitzberg que les Hyperoodons 
fréquentent la mer ouverte le long des glaces, en petites 
gammes de 4 à 10 individus, ayant un vieux mâle comme 
leader. 

La pâture des Hyperoodons consiste principalement en 
Céphalopodes. On connaît le contenu de l'estomac de l'animal 
ouvert par Hunter, par Baussard, par Vrolik, et ce dernier 
estime le nombre de becs trouvés dans un seul animal à dix 
mille ; il y en a parfois non seulement dans l'estomac, mais aussi 
dans le commencement de l'intestin. La fin de l'intestin n'en 
renferme pas. En 1841 Eschricht a signalé, d'après Haalland, 
dans leur estomac, des becs de Céphalopodes qu'il rapporte à 
YOnichoteuthis Fabiicii, à une Sépia, à un Loligo, des restes de 
poisson et une Holothurie. 



( 63) 

Ils trouvent ces nombreux mollusques surtout dans les 
grandes profondeurs. 

L'estomac d'une mère capturée en septembre 1788 à l'em- 
bouchure de la Seine ne contenait que des becs de Céphalo- 
podes ; le jeune n'avait dans son estomac que de l'eau blan- 
châtre. 

L'individu de 24 pieds, capturé en septembre 1880 près de 
Bangor, ainsi que la femelle capturée en novembre 1880 sur la 
côte de Kent, avaient également l'estomac plein de becs de 
Céphalopodes. 

On n'a trouvé dans l'estomac d'un autre individu capturé 
que des morceaux de bois et des cailloux de la grosseur d'une 
grosse poire. 

Des baleiniers prétendent que cet animal peut rester deux 
heures sous l'eau. 

Il beugle d'une manière effrayante s'il échoue. 

On a souvent parlé de l'odeur infecte du cadavre des Cétacés 
en général. Eschricht m'écrivait en mars 1861 : je ne conçois 
pas comment tous les observateurs se plaignent de l'odeur 
infecte d'un cadavre de Cétacé. Celui-ci (un Hyperoodon) était 
mort depuis trois mois; mais exviscéré, il ne puait pas beau- 
coup. U est vrai que c'était en plein hiver. 

On prétend que le lard de ce Cétacé est purgatif '. 



DISTRIBUTION HYDROGRAPHIQUE. 

L'Hyperoodon semble se tenir pendant l'été dans les mers 
arctiques, où il vit par petites bandes, et en haute mer. En 
automne il se rend au sud en passant, ou sur les côtes 
dislande, ou sur les côtes de Fâroêr où il arrive à peu près a 
époque fixe. Dans cette dernière île, il est même l'objet d'une 
pèche régulière ; on en prend tous les ans vers la fin d'octobre 
cinq ou six, et chose curieuse, ce sont toujours des femelles. 

1 MALMGitin, TroschcVs Archiv., 1864, p. 92. 



f 64 ) 

En 1886, le commandant de V Éclipse part pour la pèche 
dans la Mer de Baffin; il quitte Peterhead (Ecosse) le 20 avril 
et à cent milles des côtes il rencontre plusieurs Schools d'Hype- 
roodons; quatre jours après il en rencontre encore et entre 
autres un Orque, très reconnaissable, dit-il, à sa nageoire 
dorsale, du moins le mâle. Le 26, le 27, il voit de nouveau 
l'Hyperoodon, et il apperçoitle même Cétacé jusqu'au dernier 
jour en approchant des glaces *. Ces Hypcroodons se rendent 
sans doute à cette époque de Tannée dans leur quartier d'été, 
comme plusieurs autres Cétacés. 

On peut considérer les profondeurs de l'Atlantique septen- 
trionale, de janvier à mars, comme station d'hiver des Hype- 
roodons, dit Eschricht. Cependant ils seraient très rares sur 
les côtes ouest d'Islande, dit Haalland, et, d'après Holbôll, ils 
le seraient également sur la côte ouest de Groenland. Ils sont 
sans doute rares à la latitude à laquel le Holbôll avait sa résidence, 
mais, à l'époque où Holbôll gouvernait ce pays, les baleiniers 
ne croyaient pas les Hyperoodons assez importants pour leur 
faire la chasse; ils étaient confondus avec les autres espèces 
qui ne donnent aucun profit. 

On voit les Hyperoodons dans le détroit de Davis, jusqu'au 
70 e degré latitude nord, dans le détroit de Hudson, et dans la 
baie de Cumberland. 

On le voit aussi autour du cap Farewcll, autour de l'Islande, 
de Jan Meyen, jusqu'au 77 e degré autour de Beereneiland, et 
jusqu'à la Nouvelle-Zemble. 

Ils fréquentent la mer ouverte dans ces régions, le long des 
glaces, en petites gammes de 4 à 40 individus. 

Fréd. Martens cite l'Hyperoodon, sous le nom de Butskop, 
parmi les Cétacés observés au Spitzberg. 

Chemnitz, de même, a reconnu les Hyperoodons à la hauteur 
de Spitzberg à la fin de l'été en 1777. 

Malmgren a fait l'observation que l'Hyperoodon ne se trouve 
plus dans les eaux dont la température descend au-dessous 

* Rob. Grat, The Zoologtst, fév. 4887. 



(65) 



de — 3°; il en a vu en allant et en revenant du Spilzberg, mais 

seulement dans les eaux d'azur chauffées par le Gulfstream. ^ 

A son retour du Spitzberg, il en a vu reparaître le 14 sep- 
tembre sous la latitude de 78° nord. 

Nous connaissons quelques exemples d'Hypéroodons perdus 
sur les côtes de Danemark, de Norvège et de Suède. Ponlop- 
pidan cite deux échouements sur les côtes de Norvège ; nous en 
avons parlé plus haut. 

Le 14 novembre 1838, quatre individus périssent sur les 
mêmes eûtes, deux vieux, l'un de 24, l'autre de 27 pieds, et 
deux jeunes, chacun de 8 pieds. 

Dans le courant du mois d'août 1846, dans l'intervalle de 
quelques jours, il en vient deux à la côte dans la baie de Chris- 
tiania, près de Frederichsladt. 

Vers la fin du mois d'octobre 1860, une petite school de 
cinq individus est venue se perdre sur la côte de Jutland (Dane- 
mark), après un très gros temps. Parmi eux se trouvait un 
nouveau-né qui a été malheureusement massacré, m'écrivait 
Eschricht. Je me suis rendu sur les lieux, dit-il dans une lettre 
du 38 novembre 1860, mais il était trop tard pour étudier le 
nouveau-né, les débris en étaient dispersés *. 

En avril 1881, un Hypéroodon mâle a échoué aux îles 
Loffbden; son crâne est conservé au Musée de Christiania. 

En draguant dans la mer du Nord, sur le great Fischer Bank, 
on a recueilli la tête d'un mâle adulte. Elle est déposée à Nor- 
wich. Nous avons fait connaître une tête de Balœnoptera 
rostrata recueillie dans les mêmes conditions, également dans 
la mer du Nord. 

' Voici comment Eschricht s'exprimait à ce sujf t en français : 
« L'orage qui a jeté au mois d'octobre une masse de navires sur nos côtes 
parait maintenant élerdre ses effets aux Hypéroodons. Il n'y en a pas moins 
de cinq qui viennent d'échouer sur nos cotes. Ce qui m'a fait le plus de peine, 
cVst qu'un nouveau-né se trouvait parmi eux et qu'il a été complètement 
massacré par ces .-.. Je vit ns de donner ordre qu'on m'envoie les viscères 
qui sont enterrés ». (Lettre du 9 mars 1861.) 

Tome XL!. 5 



, 



(06) 

L'Hypéroodon pénètre parfois dans la Baltique. Le 
3 décembre 1801, un individu de sexe femelle se fait capturer 
dans la baie de Kiel. Le squelette est conservé au Musée de 
l'École vétérinaire de Copenhague. L'animal a été figuré dans 
Voigt '. 

Un autre individu a échoué en 1807 sur la côte de Holstein. 
Il a été acheté par le professeur Viborg de Kiel. 

En avril 1823, un Hyperoodon s'est perdu près de Lands- 
krona (Oresund) dit Nilsson *. 

Dans la nuit du 11 février 1877, un Hyperoodon est venu se 
perdre sur un banc de sable au fond de la Baltique (presqu'île 
der Zingst, 30° 40' long. 54° 28' lat.). Les os sont conservés à 
Greifswald. Le professeur Môbius fait mention de cette capture. 

Un autre est venu à la côte à l'ouest de Rûgen, en 188 

Les côtes des lies Britanniques nous en fournissent aussi 
plusieurs exemples : 

Deux Hypéroodons sont capturés sur les côtes d'Angleterre, 
au commencement du siècle dernier; Dale, comme nous 
l'avons dit plus haut, en fait mention dans un appendice de là 
Topographie de Harwich en 1730 et Dover-court; l'un était 
du sexe femelle, dit Dale; il avait 14 pieds; il a été capturé le 
23 septembre 1717. L'autre, pris à quelques jours de distance, 
avait 21 pieds. Dale croit le dernier un mâle. 

Jacob et William Thompson ont connu Péchouement de seize 
Hypéroodons, dont neuf sur les côtes d'Irlande, deux sur les 
côtes d'Angleterre, un dans le Firth of Forth. 

En 1783, un animal de 21 pieds fut capturé dans la Tamise. 

On fait mention de plusieurs individus trouvés isolés sur 
les côtes d'Angleterre, dont un sur les côtes d'Essex (23 sep- 
tembre 1817). 

On cite un animal de 16 pieds, un jeune par conséquent, 
qui a été capturé au printemps de 1829 près de Dublin et dési- 
gné sous le nom de Delphinus diodon 3 . 

r Fréd. Ce v icr, Histoire naturelle des Cétacés, p. â-44. 

* Nills Nilsson, Skandinavisk Fauna, Lund, 1885. 

5 R.-J. Graves, Trans. roy. irish. Acad. Dublin, 1825. Isis,!828, p. 51. 



(67) 

Une vieille femelle de 24 pieds et une jeune de 16 pieds 
8 pouces ont échoué au commencement du mois d'octobre 
(1845?), in Portland Roads. 

Dans la baie de Belfast, un Hypérôodon a été capturé en 
septembre 1857 '. 

Une mère et son jeune ont été capturés le 18 novembre 1860 
a l'embouchure de la Tamise, à Whitstable (Kent) '. Ils avaient 
.une grande quantité de becs de Poulpes dans l'estomac. 

On a vu un individu échouer vivant, à Fraserburg, Aber- 
deenshire coast, le 17 août 1871. Il avait 20 pieds de longueur 
/Slruthers). 

Le 16 septembre, dans la baie de Ballybolm, près de Bangor, 
un individu de 24 pieds est venu à la côte. ~ 

A l'Association britannique d'Edimbourg, le professeur 
Struthcrs a fait mention d'un mâle de 20 pieds, venu à la cote, 
et qu'il a eu l'occasion de disséquer. 

Un jeune mâle a été capturé en novembre 1885 à Dunbar, 
côtes d'Ecosse. 11 avait des dents rudimentaires au maxillaire 
supérieur et inférieur 3 . 

Plusieurs échouements ont eu lieu sur les côtes de Belgique 
et des Pays-Bas : en 1783, un individu, décrit par Pierre 
Camper, dont le crâne est conservé à Saardam, est venu se 
perdre sur les côtes de Hollande. 

En septembre 1840, un individu a échoué près de Ziericzee; 
il a été décrit et figuré par Wesmael. 

Un autre, de sexe femelle, comme le précédent, est venu à la 
côte à Zantvoort, le 24 juillet 1846. Il a été décrit par Vrolik. 

Un autre est venu se perdre dans PEscaut, en 1873; son 
squelette est conservé à Liège. 

Une femelle de 7 m ,90 est allé mourir à l'île Jçxel, le 
15 novembre 1884. 



* Procecd. Dublin univers. Zoot. and Bot. Association, vol. I, part. 1, p. 4. 

* Proc( éd. Zool .Soc A 860, p. 375 — Iltmtraled neu 8, \ 8 novemîire 1 tfflO. 
5 Prof. TtRSER. Royal physical Soiiely> January 20,1886. , • 



(68) 

Plusieurs Hypéroodons sont venus échouer sur les côtes 
océaniques de France. 

On y a constaté huit fois des échouements d'Hypéroodon, 
dit le D r Fischer en 1881. 

On en cite un exemple au siècle dernier. Le 19 sep- 
tembre 1788, une mère et son petit furent pris à Honfleur, à 
l'embouchure de la Seine; le petit avait 12 pieds, la mère, 23. 
L'estomac du petit ne contenait que de l'eau blanchâtre; la 
mère avait des becs de Céphalopodes dans le sien '. 

Un autre a péri, le 12 octobre 1810, sur les cotes de la 
Gironde (Bassin d'Arcachon) *; c'est le point le plus méri- 
dional à l'est de l'Atlantique, visité par cette espèce. 

Sur te plage de Lagraner, près de Caen, il en est échoué un 
autre encore en 1840. 

Eudes Deslongchamps fait connaître la perte d'un animal 
sur la côte de Normandie, en 1842. Son squelette est à Paris. 

Vers le 17 ou le 18 décembre 1879, une femelle est venue 
échouer vivante à Hillian (Côtes-du-Nord), dans le voisinage de 
Saint-Brieuc. Le squelette est au Musée de l'Université de 
Liège. Il est fort incomplet. L'animal se débattait en beuglant, 
disaient les habitants de la côte qui avaient entendu un bruit 
insolite pendant la nuit. 

Le 26 septembre 1880, une femelle, accompagnée de son 
jeune, a été capturée à Aiguës-Mortes (Gard) et une partie du 
squelette avec le crâne du jeune sont au Muséum à Paris; ils 
moururent, peu de temps après leur prise; la mère, poussait 
des mugissements, disent les témoins de cette scène 3. 

Le 28 juin 1884, une femelle de 9 m ,50 a échoué à Seignasse, 
près du cap Breton. Le squelette est au Muséum à Paris. 



1 Bais8\rd. Mémoire sur deux Cétacés échoués vers Honfleur, Jourxal de 
physique, 1780, p. 201. 

' Bull polym.tlu Muséum d'instruction publ. de Bordeaux % ûécemhre 1810. 
Fbed. Cuvier, Hisl nnl. Cet , p. 217. Barguet, Acl. Soc. iinn., Bordeaux, 
t. XIIMfte. 

* CuWhwt* Bulletin So*. d'étude des Se. nat. de S r t hm, Janvier 1881- 



( 69) 

Depuis lors, MM. Pouchet «l Beauregard ont fait connaître 
un Hypéroodon, échoué à Rosendael, près de Dunkerque, 
le 24 juillet 1885. Il portait des harpons dans les flancs. Le 
cadavre a été acheté pour l'huile, et le squelette en est perdu. 

Le 19 août 1886, quatre Hypéroodons ont fait leur appari- 
tion à Saint-Vaast-la-Hougue. Deux ont été capturés. Tous 
les deux sont femelles. Une d'elles a expulsé un fœtus pendant 
qu'elle était étendue sur la grève. II est conservé. 

Jusqu'à présent on n'a vu qu'un Hypéroodon pénétrer dans 
la Méditerranée. Il existe, il est vrai, un squelette au Musée 
d'Alexandrie, mais il est possible qu'il provienne de l'Atlantique. 

L'Hypéroodon de F. CuvieH, échoué sur les côtes de Toscane, 
en 1835, s'il a 50 pieds de long, n'est évidemment pas un 
Hypéroodon, c'est plutôt un Cachalot. Le seul Hypéroodon 
connu de la Méditerranée est celui d'Aigues-Mortes. 

Cet animal est également connu de l'autre côté de l'Atlan- 
tique : 

On en a vu venir à la côte en hiver (janvier 1869) à l'est des 
Etats-Unis d'Amérique (à Nort Dennis) et M. Allen, fait remar- 
quer que les Hypéroodons arrivent parfois par bandes, en 
automne, dans les baies de Massachusets 2. 

Reinhardt fait observer qu'un Hypéroodon a échoué sur la 
côte des États-Unis d'Amérique, sous le nom de Mesoplodon 
Sowerbyi. 

On a capturé un Hypéroodon dans le port de Newport (États- 
Unis), qui mesurait 27 pieds. Un second a échappé. Les os sont 
conservés. 

Un autre a été pris au cap Cod, de 24 pieds de longueur. 

M. Cope reproduit le dessin d'un individu capturé sur la 
côte de Mode Island. 

En faisant le relevé de la date à laquelle des individus ont 
échoué, nous n'en trouvons qu'un en été (24 juillet, Hollande); 
quatre en septembre (Essex, Belfast, Escaut et embouchure 



* F. Cgvier, CéL t p. 386. 

* Somelimes corne into ourbay in large schools. Allen, Mamm. Massachus. 



( 70) 

delà Seine); deux en octobre (Danemark et Portland roadi; 
un en octobre (Arcachon); un en novembre (dans l'Escaut, et 
le môme mois 1838, à l'entrée du Petit-Belt); un en décembre 
dans la Baltique (Kieler Buchl) ; un en février (dans la Baltique, 
cotes de Holstein); un en avril (côtes de Landskrone). 

Dans le courant de 1882, M. W. Flower a fait connaître une 
espèce nouvelle de ce genre sous le nom de Hyperoodon plani- 
fions, habitant les mers australiennes, et qui est parfaitement 
distincte de YHyperoodon rostralam. Le savant directeur du 
British Muséum a publié le dessin de la tête, qui est déposée 
dans ce riche Musée ! . C'est bien le représentant de notre 
Hyperoodon dans les mers australes. 

C'est le seul genre de la famille des Ziphioïdes dont une 
espèce est confinée dans l'hémisphère boréal. 



PÈCHE. 

Depuis peu, on a reconnu que les Hypéroodons, sans doute 
comme tous les Ziphioïdes, fournissent du blanc de baleine, et 
on leur fait aujourd'hui une chasse très active sur les côtes est 
de Groenland, comme sur les côtes d'Islande. 

Un baleinier de Peterhead, après avoir fait la pêche de la 
Baleine, s'est mis en 1877 à faire la chasse à l'Hypéroodon sur 
la côte nord-est d'Islande, et le succès semble avoir couronné 
complètement son entreprise. 

En quelques années cette nouvelle pêche a pris d'énormes 
proportions; elle a eu un bon résultat, non seulement au point 
de vue industriel, mais également au point de vue d? la zoologie ; 
celui qui l'a entreprise a été à même de trancher une question 
qui tenait les zoologistes en suspens. L'Hypéroodon auquel on 
avait donné le nom spécifique de latifrons, à cause de 
l'énorme développement de ses crêtes sus-maxillaires, forme- 



1 Flower, Cf the cranium of a new species of Hyperoodon (planifiions ) 
Prdc. Zool. Soc, may 2, 1882. 



(71 ) 

t il une espèce distincte, ou, comme Eschricht l'avait dit, est-il 
le mâle de YHyperoodon rostratum 9 . 

Les nombreux individus de tout âge et de tout sexe péchés 
dans les mêmes parages et dont le capitaine Chieftain de 
Kerkealdy avait eu soin de distinguer les sexes, ont permis de 
trancher la question dans le sens du savant cétologue de 
Copenhague. 

En 1880, le capitaine David Gray ', commandant de 
Y Éclipse (Whaling steamer), harponna trente-deux individus 
et fit connaître les lieux où se tiennent principalement ces 
Cétacés : c'est, d'après lui, à l'ouest et à l'est du Groenland. 
Il cite particulièrement Hudson-Bay et le détroit de Davis 
jusqu'au 70° nord; autour et à l'est de Farewell, autour 
d'Islande, les côtes est du Groenland jusqu'au 77° nord, à 
l'ouest de Spitzberg, à l'est de l'Ile des Ours, à la latitude 73° 
et longitude 19° est, Strait-Belle-Isle, à l'ouest et à l'est de la 
Nouvelle-Zemble. 

En 1881, les baleiniers écossais seuls en prirent cent et onze, 
et en 1882 on a commencé la pêche aux Frobisher-Strait, où 
le capitaine Chieftain de Kerkealdy en captura vingt-huit. 

Pendant une seule campagne on en a pris jusqu'à quatre 
cent soixante-trois. 

Le 27 avril on avait capturé le premier animal, et au mois de 
juin on fut obligé de jeter du charbon pour faire de la place à 
bord. 

Un seul baleinier en a capturé, pendant les mois de mai et 
de juin, deux cent et trois individus, dont nonante-six mâles 
adultes, cinquante-six femelles et cinquante et un jeunes mâles. 

En 1883, onze navires ont pris cinq cent trente-cinq Hypé- 
roodons, dont cent cinquante-sept par YÉclipse seul. 

En 1884, le principal navire n'en a plus capturé que cin- 
quante-six. 

La même année (1884), deux schooners de Yardô, Haabet 
Company, se livrent à la pêche de l'Hypéroodon, en se rendant 

1 David Gray. Proc. Zoo'.. Soc, 1883, p. 726. 



(72) 

dans la direction de l'Islande et capturent à la fin de la saison 
neuf individus, produisant neuf ou dix tonnes de lard. 
Cette pêche sera rapidement arrivée à son déclin. 

MUSÉES. 

Si, à Tépoque où Cuvier a écrit ses Recherches sur les osse- 
ments fossiles, il n'existait pas un squelette d'Hypéroodon au 
Muséum de Paris, il n'en est plus de même aujourd'hui : on 
en trouve maintenant dans la plupart des musées. 

En effet, nous en voyons à Amsterdam, à Belfast; à Berlin 
un squelette des Feroë; à Bruxelles, d'un animal capturé dans 
l'Escaut en 1840; à Caen, des individus mâle et femelle qui ont 
échoué sur la côte de Calvados; à Cambridge, au Musée de 
l'Université; à Christiania, à Copenhague on en voit plusieurs 
squelettes des deux sexes, provenant des Feroë; à Edimbourg, 
à Groningue, à Hambourg, à Hull, à Leide, à Lille, également 
des Feroë; à Liège des ossements des côtes de France (Hillion) 
et un squelette d'un animal de l'Escaut; à Liverpool, à Londres, 
au Collège royal des chirurgiens; au British Muséum, la tête 
du mâle des Iles Orcades; à Louvain, à Lund, à Oxford; à Paris, 
le squelette de Solenelles de l'embouchure de l'Orne, et à 
Stuttgardt, un squelette de Shetland. 

DESSINS. 

Il y a peu de Cétacés qui ont été aussi souvent figurés, et il 
n'y en a pas de plus facilement reconnaissables que celui qui 
nous occupe; et, ce qui est plus extraordinaire, c'est qu'un des 
plus anciens dessins, celui de Hunter, compte encore aujour- 
d'hui parmi les meilleurs. 

Thom. Pennant (1776) publie un dessin de l'animal, tout 
en le plaçant parmi les poissons, avec le Cachalot et les Dau- 
phins. 

Lacépède en donne le dessin, planche 13, figure 3. 



(73) 

11 en existe une figure coloriée par Voigt, d'après un indi- 
vidu femelle pris dans la baie de Kiel en décembre 1801. 

Fréd. Cuvier ' en a publié aussi une figure. PI. XVII, fig. 1. 

On en trouve également une dans Krauss *, pi. XLII, fig. 1. 

Ulllustrated News, le 17 novembre 1860, a publié un dessin, 
d'après ranimai échoué sur la côte de Kent. 

Comme nous venons de le dire, Hunter a publié un très bon 
dessin de l'animal. L'Hypéroodon a été figuré également par 
Dael, Pontoppidan, Wesmael, Vrolik, Otto Torell, Gray. 

Wesmael représente l'animal en chair, mais ne figure pas les 
sillons sous la gorge. 

Vrolik donne un fort bon dessin et reproduit les sillons. 

Une des bonnes figures est celle de Gray dans Erebus and 
Terror, qui reproduit également fort bien les sillons. 

Une autre bonne figure se trouve dans l'expédition suédoise 
au Spitzberg en 1831 sous la direction de Otto Torell. Malm- 
gren faisait partie de cette expédition. 

M. Cope figure l'Hypéroodon qui a été capturé sur la côte de 
Rhode Island. 

Il existe, avons-nous vu plus haut, de très grandes différences 
dans la tête, surtout entre les mâles et les femelles. Les meil- 
leures figures du mâle, pour ne pas dire les seules, sont celles 
du capitaine David Gray, qui a observé lui-même les individus 
de différents sexes en chair. 

Les diverses parties du squelette ont été dessinées avec plus 
ou moins de soin : en 1783 Pierre Camper reçoit une tête 
d'un marchand de Saardam, qui était encore intéressé dans la 
pêche de la Baleine au Spitzberg, et la fait figurer dans son 
ouvrage posthume, publié par son fils avec des notes de 
Cuvier. 

Pander et d'Alton ont figuré également une tête d'Hypé- 
roodon. 



• Fréd. Cuvier, Histoire natur. des Cétacés, pi. XVII, fig. 1. 

• Fréd. krauss, Das Thierreich in Bildern, 1851, pi. XLII, fl«. 1. 



(74) 

Gray représente la tête du mâle dans Erebus and Terror. 

Eschricht a fait reproduire la tête du mâle, vue sous ses trois 
faces, et celle de la femelle; il a fait dessiner aussi le fœtus et 
son squelette, de grandeur naturelle. 

Vrolik reproduit, indépendamment de Tan i mal, le squelette 
et les principaux viscères (estomac, trachée-artère, cœur, intes- 
tins et appareil sexuel femelle). 

Les planches XVIII et XIX de notre Ostéographie représentent 
le squelette et les crânes des deux sexes. 



PARASITES. 

L'Hypéroodon héberge généralement des parasites et des 
commensaux. 

Il nourrit régulièrement, parait-il, YÉchinorhynchiis tuv- 
binella dans les intestins *. 

Krabbe y a trouvé Y Ascaris simplex. 

Blainville fait mention du Monostomum delphim. 

Haaland a trouvé dans l'estomac, des Nématodes qui lui 
paraissent être des Strongles. 

Haalland a ouvert aussi les poumons pour voir s'ils ne con- 
tenaient pas des vers parasites. Il n'a rien trouvé. 

Parmi les commensaux se trouve le Cgamus Thompsoni 
Gosse, qui s'établit sur la tête et s'y propage avec une abon- 
dance extraordinaire. Nous avons reçu, de notre ami M. Flower, 
la photographie d'un morceau de peau de la tête, sur laquelle 
les Cyames sont si serrés les uns contre les autres, que 
l'on dirait une peau de chagrin. Ils ont été recueillis sur une 
femelle, capturée en 1883, probablement dans la mer de 
Baffin. 



1 Dibsikg, Stj8l. helm., vol. II, p 54. 



( 75 ) 

Ce Crustacé a été décrit par Gosse en 1835 ', et le professeur 
Lùtken fait du Cyamus Thompsoni de Gosse, le Platycyamus 
Thompsoni a . 

Ce Célacé héberge également la Penella crassicornis, Stp. et 
Lutk. 

On a trouvé encore comme commensal le Conchoderma{otion) 
Cuvieriij qui semble hanter indistinctement la coque des 
navires ou le corps de certains Cétacés. 



1 Gosse, On Some new or Utile known marine animais, Ann. Mag. NaL 
hisl , XVI, 1855, p. 30, t. 1II : fig. 3. 
* Lùtken, Hidr. tilt kundtskab... Cyamus. Copenhague, 1873. 



1 



ZIP HIV S CAVIROSTRIS. 



LITTÉRATURE. 



Coeeo, Jk. Su di un Deïfino rinvenitto nello Stretto di Messina 
(Dolphinus philippii). Maurolico, Giorn. del Gabin. di Messina, 1841. 

Aaast. Coeeo, Vêler einen in dcr Mvercnge von Messina gefundenen 
Defpfrin. Erichson's Arciiiv, 1846, p. 104. 

Paul Ci cr val s, Mémoire sur la familte des Cétacés ziphinïde*. 
Annales des sciences naturelles, 5 r série, t. XIV, 1850. 



r, Mémoire sur les caractères ostéologiques des genres nou- 
veaux ou des espèces nouvelles de Cétacés vivants ou fossiles. Annales des 
sciences naturelles, 3 e série, t. XV, 1851. 

P. FUeher, Sur un crâne de Ziphius trouvé à A réaction (Gironde). 
Comptes rendcs de l'Académie des sciences de Paris, 6 août 1866. 

P.-J. van Beneaen, Mémoire sur une nouvelle espèce de Ziphius de 
la mer des Indes, Mémoires couronnés et autres mémoires publiés p.vr 
l'Académie royale de Belgique, coll. in -8°, t. XVI. 

■nrarelstcr, Fauna argentina.* Annales del Museo publico de 
Bienos-Ayres, in-4°. Buenos-Ayrcs, 1868. Entrega quinta. 



( 78) 

Mal m, Hvaldjur i Sveriges Muscer âr 4869, Komc Svenska Veteh- 
skap-Akad. Handlingar. Band 9, n° 2. Stockholm, 4871. 

W. Tnrner, On thc occurencc o/Ziphils cavirostrjs, in thc Shetland 
Seas. Edinburgh, 4872. Traissact. r. Soc. Edjnb., t. XXV, p. 759. 

j. B. Scott and Prof. t. J. Parker, Notice of memoir on a Whalc 
of the genus Ziphius, rccenlly obtained near Dunedin, Nav-Zcaland. 
Proc. Zool. Soc, 4887, p. 542 (april). 

Prof. Jalltm von Haast, Furtlier Notes on Ziphius (Epiodon) Aovœ 
Zclandiœ. Proc. zool. Soc, 4885, p. 5U0. 



( 79) 



HISTORIQUE. 

En 1804, on Irouva sur le bord de la plage, entre le village 
de Fos et l'embouchure du Galegon, une tête plus ou moins 
complète, très pesante et très dure, complètement pétrifiée en 
apparence. L'illustre auteur des Recherches sur les ossements 
fossiles la désigna sous le nom de Ziphius, terme employé 
par quelques auteurs du moyen âge. Le Ziphius cavirostris 
devint le premier et Tunique représentant de ce genre, etCuvier 
croyait l'espèce complètement éteinte. 

Cette tête a été longtemps Tunique partie du squelette con- 
nue des naturalistes; Defemoulins en reprit Tétude en 1823, et, 
en la rapprochant des Hypéroodons, il montra qu'il avait 
apprécié les véritables affinités de ce nouveau genre de Cétacés. 
Paul Gervais trouva une seconde tête en 1850, également 
sur le bord de la Méditerranée, à Aresquiès; (Hérault). 11 par- 
vint non sans peine a débrouiller l'histoire du Ziphius caviros- 
tris : il rapporte les têtes de Fos et d' Aresquiès à une seule et 
même espèce encore vivante, et démontre que ce même animal 
a été désigné déjà sous deux noms bien différents, dans les 
eaux de Nice. Risso Ta connu et désigné sous le nom de Delphi- 
nus Desmarestii, et dans son Histoire naturelle, publiée en 1826, 
il figure une femelle venue à la côte. Cet animal n'est pas com- 
mun dans la Méditerranée, dit-il. — Nous en avons vu des 
restes dans son Musée à Nice. Sous le nom de Delphinus 
Philippii, le professeur Cocco a signalé le même animal dans le 
détroit de Messine vers 1840. 

Paul Gervais ne parvint pas sans peine à faire triompher 
son opinion et à y rallier l'adhésion des naturalistes. La tête 
décrite par Cuvier était toujours considérée comme fossile. 
Duvernoy, le successeur de Cuvier au Muséum, refusait 
d'admettre l'attribution de la tête de Fos et de celle d' Aresquiès 
à la même espèce animale. Pourjustifier son opinion, Duvernoy 
passa en revue les squelettes des Cétacés voisins, conservés dans 



(80) 

les galeries du Muséum, el il rangea le Ziphius d'Aresquiès 
parmi les Hypéroodons, sous le nom de Hyperoodon Gervaisii. 

A l'époque où des doutes existaient encore sur l'identité des 
têtes de Fos et d'Aresquiès, nous avons comparé avec soin les 
deux têtes réunies dans les galeries du Muséum, et nous trou- 
vons dans nos notes, qu'une partie du crâne d'Aresquiès a été 
sciée en dessus ainsi qu'une partie de la face à gauche. L'os 
propre du nez à droite manque. Le rostre est complet. Il est 
plus long que dans le Ziphius des Indes *, et au bout il porte 
une espèce de rostrule qui existe exactement de même dans 
l'individu de Fos. 

Ce qui distingue particulièrement ce dernier, c'est que 
l'intermaxillaire, de droite surtout, est beaucoup plus excavé 
en dessous des fosses nasales, de manière qu'à la base du 
rostre, la partie supérieure de la face est profondément 
creusée; cette excavation ne serait pas moins grande, si les 
parties qui manquent étaient remises en place. 

Du reste, les intermaxillaires sont tous les deux complets 
dans cette région, ce qui était resté inaperçu, parait-il. 

Une autre différence, c'est que le cartilage du vomer est, 
comme dans Y Indiens, complètement ossifié dans le crâne de 
Fos, et peu dans l'autre. 

Dans les trous sous-orbitaires il existe également une dif- 
férence notable : le sous-orbitaire de gauche s'ouvre au 
fond d'un profond sillon dans celui de Fos, tandis que dans 
l'autre il s'ouvre superficiellement, de manière qu'on en voit 
même deux à l'extérieur dans ce dernier. On ne distingue de 
ce côté qu'un seul trou dans celui de Cuvier. 

La face indique ainsi de notables différences entre ces deux 
crânes, mais sont-elles sexuelles, individuelles ou spécifiques? 
Les modifications du crâne des Hypéroodons semblent faire 
croire qu'il existe des différences individuelles assez grandes 
dans la tête des divers Ziphioïdes, et nous ne croyons pas que 
ces différences dépassent les limites des variations spécifiques. 

1 Nous croyions à cette époque que le Ziphius des Indes était une espèce 
distincte. 



(81 ) 

Outre les exemples cités par Risso et Cocco, il y a également 
des Ziphius perdus sur les côtes de la Méditerranée dont la 
date et le lieu d'échouement ne sont pas cornus; la preuve 
en est que le Musée de Marseille, possède la tête d'un animal 
sur l'origine duquel on ne trouve aucun renseignement. 

Depuis lors, d'autres individus sont venus se perdre sur les 
bords de la Méditerranée, puis dans le golfe de Gascogne, et 
même dans la mer du Nord; de plus, nous savons aujourd'hui 
que le Ziphius caviroslris, auquel appartient la tête de Fos. est 
une espèce qui vagabonde, non seulement dans les mers 
d'Europe, mais également dans les eaux de nos antipodes 
et dans l'océan Pacifique. 

On a été longtemps sans se douter que des Cétacés d'une 
même espèce pussent habiter à la fois les deux hémisphères; 
nous en connaissons cependant plusieurs exemples aujourd'hui, 
et nous pouvons même dire qu'aucun Ziphioïde, si ce n'est 
l'Hypéroodon, ne semble confiné, ni dans une mer intérieure, 
ni même dans un océan. 

Après 1860, le premier Ziphius qui échoue est un individu 
quise perd, en 1866, sur la côte de Villafranca, dans un moment 
où le professeur Haeckel y fait des observations sur les animaux 
marins. Le savant professeur de Iéna prépare le squelette, et, 
comme on le pense bien, cette belle pièce prend la route de 
Iéna, pour y enrichir les collections de l'Université. 

En septembre 1878, les pêcheurs de Villafranca en capturent 
un autre encore en vie, qui mesure o m ,4S, et le squelette est 
acquis pour le Musée de Florence. 

En 1864, on découvrit une tête de Cétacé à Lan ton, sur les 
bords de la baie d'Arcachon, provenant également d'un Ziphius 
cavirostris. C'est le premier exemple d'un animal de cette 
espèce trouvé hors de la Méditerranée. Le D r Fischer en a 
donné la description et le savant aide naturaliste du Muséum 
fait connaître en même temps les échouements connus dans 
la Méditerranée et à l'ouest de la France. 

Le professeur Sir Turncr publie, en 1872, un intéressant 
Tome XLI. 6 



( 82 ) 

travail sur la présence du Ziphius cavirostris sur les côtes de 
Shetland, et il passe en revue les Ziphius connus des natura- 
listes; il fait mention de ceux des Bouches-du-Rhône et des 
autres qui ont été observés dans la Méditerranée et signale les 
individus observés à la côte ouest de France, au cap de Bonne- 
Espérance et sur les côtes de la République Argentine *. 

Le professeur d'Edimbourg réunit le Pétrorhynchus, le 
Ziphius indicus et VÉpiodon chatamensis dans une seule et 
même espèce. 

Sous le titre : Ziphioïde fossile *, le professeur Capellini a 
publié un mémoire accompagné de fort beaux dessins dans 
lequel il fait la description d'un crâne d'un Ziphioïde mis au 
jour, qui rappelle parfaitement le Ziphius cavirostre vivant 
encore dans les eaux de l'Italie. 

Parmi les collections, que Castelnau avait recueillies au cap 
de Bonne-Espérance et aux Indes, se trouvait une belle tête de 
Cétacé que nous avons décrite sous le nom de Ziphius indicus. 
Elle nous paraissait d'abord bien différente des espèces con- 
nues, mais nous sommes persuadé aujourd'hui qu'elle appar- 
tient à une seule et même espèce qui est dispersée dans toutes 
les mers. 

Depuis lors Burmeister dans sa Fauna argeniina a fait men- 
tion de ce même Cétacé, qu'il a figuré d'après un animal qui a 
été capturé sur les côtes de la République Argentine au mois 
d'août 1885. Le savant Directeur du Musée de Buenos-Ayres 
en donne une excellente description anatomique. Il croit à 
l'existence de plusieurs espèces dans ce genre, dont il apprécie 
parfaitement les affinités, et il donne le nom (VÉpiodon australe 
à l'animal qu'il décrit. 

Le professeur Cope a donné le nom de Hyperoodon senti- 
junctus à un Cétacé dont le squelette a été remis au Musée 



1 Trans. roy. Soc. Edinburgh, vol. XXVI, 1872. 

1 Cipellini, Del Zi fioide fossile, Reals Acadehia dei Likcei, anno 1884- 
1880. 



(83) 

national des Etats-Unis d'Amérique; H. Fred. True vient d'en 
faire mention dans les Proc. de ce Musée. Après la description 
du squelette provenant d'un jeune animal, M. True dit que 
nous avons eu raison, H. Flower et moi, de regarder cet ani- 
mal comme un Ziphius, plutôt que comme un Hypéroodon. 
Il donne les mesures en millimètres des divers os de la tête. 

Nous trouvons ensuite ce même Cétacé dans les eaux de nos 
antipodes, et il parait même qu'il y est beaucoup plus abon- 
dant que dans les mers d'Europe. Sous le nom de Epiodon 
Ncvœ-Zelandiœ, le D r Jules von Haast a fait connaître un 
Ziphioîde, qui n'est autre chose que le Ziphius cavirostris de 
notre hémisphère. 

Dans Ylllustrated London News, de 1867, figure un Ziphius 
du détroit de Bass, qui se rapporte parfaitement au même 
animal. 

Le professeur Sir W. Turner a reconnu, parmi lçs ossements 
rapportés par le Challenger, des restes qui ont tous les carac- 
tères du Ziphioîde qui nous occupe *. 

On possède aujourd'hui à Londres une tête et un squelette de 
la Nouvelle-Zélande, qui se rapportent parfaitement au Ziphius 
d'Europe. M. le professeur Flower, après une étude des diverses 
têtes connues, n'hésite pas à se prononcer sur l'identité de ces 
Cétacés de la Nouvelle-Zélande et des côtes de la République 
Argentine avec les nôtres. Il ne trouve pas de différence, dit-il, 
ni avec le Ziphius indiens ni avec Y Epiodon australe de fiur- 
meister *. 

On a établi aussi Y Epiodon patachonicum ou australe, qui n'est 
également que le Ziphius dont nous nous occupons; c'est l'avis 
de MM. Flower et Paul Gervais, qui est partagé aussi par le 
professeur Sir W. Turner. 



* Tohner, The Zoology of the Voyage of H. M. S. Challenger, 1880, p. 27. 

* Remarks upun D' von IUast's Communication on Ziphius Novœ- 
Zelandiœ, Proc. Zool. Soc., Juiip, 1876. 



(84) 



SYNONYMIE. 

Ziphius cavirostris. 
Delphinus Desmarestii, Risso. 

— Philippii, Cocco. 
Hyperoodon daumetii, Gray. 

— Gervaisii, Duvernoy. 
Epiodon australe, Burmeister. 

— Novœ-Zelandiœ, v. Haast. 

— chatamiensis, Hector. 

— patachonicum, Burm. 
Ziphius indicus, Van Beneden. 
Petrorhynchus capensis, Gray. 
Hyperoodon semi-junclus, Cope. 
Ziphius Grebnitzkii, Stejneger. 



CARACTÈRES. 

La taille du Ziphius cavirostris est un peu inférieure à celle 
de l'Hypéroodon. Cet animal est surtout reconnaissable aux 
deux dents relativement assez grosses qui percent les gencives 
au bout du maxillaire inférieur. 

Ces dents sont en même nombre dans l'Hypéroodon; 
mais, dans les Ziphius, elles sont beaucoup plus fortes, et en 
forme de fuseau, tandis que, dans les Hypéroodons, elles sont 
à peine plus grosses qu'une plume d'oie et sans renflement sen- 
sible vers le milieu de leur longueur. Dans la mandibule des 
Ziphius il y a des alvéoles, parfaitement distinctes, qu'on ne 
voit pas aussi distinctement chez l'Hypéroodon. 

Ses caractères extérieurs sont : la partie supérieure du corps 
est d'un noir bleuâtre, la partie inférieure blanche; cette partie 



(86) . 

supérieure est marquée de nombreuses taches de forme ovale, 
de deux à trois doigts de longueur, semblable à une peau de 
léopard, dit J. von Haast. 

L'animal porte un sillon de chaque côté sous la gorge. Nous 
ne pouvons pas bien juger d'après le dessin de Burmeister si 
les deux sillons forment un V comme dans le Micropteron. 

Ce sillon est indiqué dans la figure publiée dans les Archives 
d'Erichson, d'après l'animal capturé dans le détroit de 
Messine. 

La femelle échouée à New-Rrighton, en 1878, avait égale- 
ment le sillon sous-maxillaire. 

Il existe des différences sexuelles comme dans les autres 
Ziphioldes. On a remarqué que le Ziphius mâle de la Nouvelle- 
Zélande a les dents du maxillaire inférieur plus fortes que la 
femelle. 



DESCRIPTION. 

Nous ferons remarquer que Gervais a constaté la présence 
de petites dents à la mâchoire supérieure du Ziphius cavirosttïs 
d'Âresquiès; il les a représentées de grandeur naturelle pi. XXI, 
fig. 3, de notre Ostéographie. Gervais en a vu encore à la 
mâchoire inférieure. Rurmeister en a vu également en dessus 
et en dessous; von Haast a fait la même observation sur des 
Mésoplodons d'âge et de sexe différents. 

Ces dents sans alvéoles doivent être considérées comme des 
dents ancestrales. 

Les vertèbres sont peu nombreuses comme dans tous les 
Ziphioïdes; nous en comptons ici en tout quarante-neuf : sept 
cervicales, dix dorsales, onze lombaires et vingt et une 
caudales. 

Les trois premières cervicales sont soudées entre elles. 

Burmeister a décrit et figuré l'animal en chair, le squelette 
isolé et en place, la tête vue sous ses trois faces, le cœur, la 



(86) 

surface interne de l'estomac et des intestins, la cavité de la 
bouche avec la langue, tout l'appareil respiratoire, y compris 
le larynx. 

MOEURS. 

Nous ne connaissons rien des mœurs de cet animal. Il est 
probable qu'il ne diffère pas, sous ce rapport, des autres 
Ziphioïdes. Tout ce que nous en savons, c'est qu'il est teuto- 
phage comme les autres animaux de cette division. 



DISTRIBUTION GEOGRAPHIQUE. 

Nous allons passer en revue les localités où la présence du 
Ziphius cavirosbis a été constatée. 

La tête décrite par Cuvier, dans ses Recherches sur les 
ossements fossiles, a été découverte à Fos, sur le bord de la 
Méditerranée, en 1804. 

Vers 1820 un individu a été capturé près de Nice. 

En 1842 un individu a été vu flottant dans le détroit de 
Messine; un autre vers la même époque a été reconnu sur les 
côtes de la Corse. 

En 1850 on a trouvé sur la plage d'Aresquiès (Hérault) une 
tête provenant d'un animal qui y a échoué au mois de mai *. 

Depuis lors d'autres individus ont été reconnus dans la 
Méditerranée; P. Gervais en cite des Bouches-du-Rhône, de 
Nice, de la Corse et du détroit de Messine. 

Tout récemment, en septembre 1878, on a fait encore une 
capture à Beaulieu (Villefranche). 

On connaît aujourd'hui les ossements de sept Ziphius diffé- 
rents, recueillis sur les bords de la Méditerranée. 



1 Gervais» Institut, 9 octobre 1850. 



(87) 

On a constaté ensuite la présence de ce même Ziphius sur les 
côtes océaniques de France; en 1864, on a recueilli une tête à 
Lan ton, sur les bords du bassin d'Arcachon. Cette tête a été 
remise à M. Filiaux. Le D r Fischer en fait mention dans les 
Comptes rendus de l'Académie des sciences de Paris *. 

Un mâle de cette même espèce est allé se perdre ensuite sur 
les côtes d'Irlande, et nous en connaissons qui ont pénétré dans la 
mer du Nord ; il en est venu à la côte aux îles Shetland ; le Musée 
d'Edimbourg en possède la tête, et le professeur Sir Turner 
l'a parfaitement reconnu ; après l'avoir comparé avec les autres 
Ziphius, il fait remarquer que celui de Fos, découvert en 4804, 
appartient bien à la même espèce, qui a été trouvée dans des 
mers si différentes. 

La présence de ce Ziphius a été reconnue ensuite dans le 
Kattegat. 

Sur la côte de Suède, non loin de Gôtenborg, sont venus 
échouer, à quelques années d'intervalle, deux Ziphius de la 
même espèce, dont l'un est conservé au Musée de Gôtenborg 
et l'autre au Musée de Stockholm. 

Le premier de ces squelettes provient de l'animal échoué en 
1867 à Bahuslân (Suède). Celui du Musée de Stockholm, qui 
est remarquable aussi par sa belle conservation, provient d'un 
animal perdu dans le voisinage de Marstrand (Suède), en 1872. 
Il a la huitième et la neuvième dorsale malades. 

En dehors des mers d'Europe on a reconnu ce Ziphius à 
plusieurs reprises. 

D'abord nous ne doutons pas que ce ne soit le même animal 
qui a été capturé par Castelnau, et que nous avons appelé 
Ziphius indicus 2 , ainsi que le jeune mâle de l'embouchure de 
la Plata qui a été décrit et figuré par Burmeister. 



' Août 1860, p. 271. 

* Ce n'est pas dans la mer des Indes, comme nous l'avons cru, mais au 
cap de Bonne- Espérance que celte tête a été recueillie ; nous trouvons dans 
un album de Castelnau : VHyperoodon du Cap a été jeté à la côte au fond 
de Table- Bay dans un ouragan en juillet 1846; il avait 27 pieds de long, 



(88) . 

Gray et Owen ont fait connaître un second Ziphius du cap 
de Bonne-Espérance, que Gray a appelé Pelrorhynchus pour 
rappeler la solidité du rostre. D'après rage, le cartilage sus- 
vomérien est plus ou moins complètement ossifié, et le 
Pelrorhynchus n'est qu'un individu adulte. 

L'océan Pacifique est également visité par ce Cétacé. Nous 
en avons vu deux têtes et trois mandibules au Musée de Saint- 
Pétersbourg, rapportées du nord du Pacifique par Wosnes- 
searki. Ce dernier renseignement nous a été fourni par le 
docteur Brandt, directeur du Musée de Saint-Pétersbourg. 

Von Nordmann fait mention, dans sa Paléontologie de la 
Russie méridionale, d'une tête de Ziphius de l'île Saint-Paul, 
qui lui a été communiquée par le docteur Siemaschko. 

Est-ce encore le même animal dont Moseley a rapporté 
une grande partie du squelette des îles Falkland, sous le nom 
d'Épiodon ? (Challenger). 

Le Challenger a aussi rapporté plusieurs caisses tympaniques 
de Ziphius, retirées du milieu du Pacifique, au sud des îles 
Tahiti, à 2,335 brasses de profondeur. 

A propos d'un Ziphioïdc du détroit de Magellan, Paul 
Gervais faisait l'observation suivante : « Pour dire toute ma 
pensée, je ne serais pas élonrié qu'il en fût encore de même 
pour les Ziphius indicus et Càpensis, c'est-à-dire, que ces derniers 
ne fussent également de la même espèce que le Ziphius de la 
Méditerranée. » 

Nous partageons complètement cet avis aujourd'hui. 

Ce même Ziphius se rend ensuite jusqu'au nord du Pacifique : 
l'Institution Smithsonienne a envoyé un naturaliste, Stejneger, 
ù l'île de Behring, pour y chercher des restes de Slellère, et il a 
rapporté, avec plusieurs ossements intéressants de Cétacés, une 
tête de Ziphius caviroslris, parfaitement conservée. On lui a 
donné à tort un autre nom spécifique : Ziphius Grebnitzkii, 
Stejneger. Avec ce même animal se trouvait encore un autre 

était gris, a donné COO bouteilles d'huile très bonne et à laquelle les gens du 
pays attribuent beaucoup de vertus médicinales. 



(89) 

Zi'phioïde que Ton ne connaissait qu'en Australie, le Berardius 
Bairdii. 

Nous le trouvons également dans les eaux de nos antipodes, 
et en plus grande abondance, paraît-il, que dans nos eaux 
d'Europe. 

En 1863, le professeur V. Haast fait part à la Société Zoolo- 
gique de Londres de la présence d'un Ziphius dans les eaux de 
la Nouvelle-Zélande * . 

A la séance du mois de juin 1876 2 , M. le professeur Flower 
exprime l'avis, confirmé depuis, que le Ziphius Novœ-Zelandiœ 
ne diffère pas du Ziphius cavirostris et qu'il n'existe qu'une 
seule espèce vivante dans ce genre. 

Deux individus ont échoué, l'un le 17 novembre 1878 à 
New-Brighton, l'autre le 15 mai 1879 près de Kaiapoi ; ce sont 
deux femelles : la première avait 19 pieds, la seconde 21. 

En 1883, on a capturé encore un Ziphius cavirostris sur les 
côtes de New-Jersey. 

La dernière communication sur les Ziphius de la Nouvelle- 
Zélande est celle de MM. John H . Scott et T. Jeffery Parker, de 
l'Université d'Otago (Nouvelle-Zélande). Ils informent M. Flower 
qu'une jeune femelle de Ziphius a été capturée vivante à 
Warrington, au nord de Dunedin (Nouvelle-Zélande), en 
novembre 1884 3. 

L'Epiodon chatamiensis, décrit dans les Trans. New-Zealand 
lnstitule, vol. V, est un mâle de cette espèce. 

Le Ziphius cavirostris se rend également de l'autre côté de 
l'Atlantique : le professeur Cope a signalé sur les côtes de la 
Nouvelle-Angleterre une femelle de 19 pieds 4 pouces, qui a 
été capturée en 1883, à New-Jersey. 

De manière que nous connaissons divers crânes et sque- 
lettes de la Méditerranée, un du golfe de Gascogne (1864), deux 



1 Z. S. L. 4 décembre 1883. 

* Professor Flower, Remarks upon D r vos Haast's communication on 
Ziphius Novœ-Zelandiœ, Proc. Zool. Soc, June 6, 1876. 
3 Zool. Soc, London, 15 mars 1887. 



(90) 

du Kattegat, deux du Cap, un du Brésil, un de la Nouvelle- 
Zélande, un des mers de Chine et au moins deux du Pacifique, 
et tous ces crânes se rapportent fort bien à une seule espèce, 
ce qui nous permet de dire que le Ziphius cavirostris est un 
animal cosmopolite comme le Cachalot. 

Indépendamment de ces divers Cétacés connus, nous pou- 
vons encore ajouter que le Challenger a rapporté des mers du 
Sud une tête de ce même animal. 

Nous avons vu également un rostre, provenant des Phos- 
phate beds de la Caroline du Sud, au Musée du Collège royal 
des chirurgiens, à Londres, mêlé à des ossements d'animaux 
terrestres, parmi lesquels se trouvait une dent de Megathe- 
rium (?) Ce rostre était perforé par des tarets. Nous avons vu un 
rostre, rongé de la même manière, qui était rapporté au Ziphius 
densirostris, et qui avait été recueilli sur la côte d'Afrique. On 
en a trouvé dans le sable d'Anvers plusieurs, rongés exactement 
de la même manière. 

En somme, nous connaissons aujourd'hui des restes d'in- 
dividus recueillis dans la Méditerranée, à Fos (Bouches-du- 
Rhône, G. Cuvier); à Aresquiès (Hérault, Gênais); en Corse 
(Doumet); au détroit de Messine, Villefranche (Haeckel); dans 
le golfe de Gascogne, à Arcachon (Fischer); aux îles Shetland 
(Turner); aux côtes de Suède, Kattegat (Malm); dans l'hémi- 
sphère austral, au cap de Bonne-Espérance (Van Beneden, 
Gray et Owen); dans la République Argentine (Burmeister) ; 

9 

sur les côtes de Patagonie, aux Etats-Unis d'Amérique et à la 
Nouvelle-Zélande. 

MUSÉES. 

On conserve aujourd'hui des ossements de cette espèce dans 
plusieurs Musées. 

Le Muséum de Paris en possède deux têtes : l'une décrite 
par Cuvier, l'autre par Paul Gervais. Toutes les deux pro- 
viennent, comme nous l'avons vu plus haut, d'individus capturés 
dans la Méditerranée. 



(91) 

Le Musée de la ville de Marseille possède le squelette d'un 
animal qui a péri sans doute sur les côtes voisines, mais dont 
il n'est pas fait mention dans les livres qui traitent des 
Cétacés. 

On conserve encore des têtes et des squelettes provenant 
de Ziphius échoués sur les côtes de cette même mer intérieure, 
à Florence, à Pi se et à Cette. 

Le squelette de Florence provient de ranimai capturé à Ville- 
franche en septembre 1878. 

Un squelette complet, préparé par le professeur Haeckel 
en 1866, est conservé au Musée de l'Institut Zoologique de 
Iéna. 

Au Musée de la Société scientifique d'Arcachon, on voit une 
tête de cette même espèce qui a été recueillie, en 1864, à 
Lanton dans la baie d'Arcachon. 

A Dublin on possède le squelette complet d'un animal 
échoué sur les côtes d'Irlande. 

On en conserve deux têtes à Edimbourg; une d'elles a été 
rapportée de Shetland par Couthey *. 

Nous conservons , au Musée de Louvain, la tête qui a été 
rapportée par Castelnau de son voyage aux Indes orientales, 
et que nous avons décrite sous le nom de Ziphius indiens. 

A Gôtheborg, on conserve au Musée le squelette de ranimai 
qui a échoué, en 1867, à Bohuslân. 

Le Musée de Stockholm renferme le squelette complet de 
l'animal qui est venu à la côte, en 1872, dans le voisinage 
de Marstrand (Suède). 

Nous avons vu deux têtes de cette espèce dans les galeries 
du Musée de Saint-Pétersbourg, toutes les deux de l'océan 
Pacifique. 

A Charleston on conserve le squelette de l'animal qui a été 
décrit sous le nom de Hyperoodon semi-junctus, Cope 2 . 

1 Tubker, On Ziphius cavirostris, Transactions rot. Society, Edimbourg, 
t. XXVI, p. 750. 

* Proc. Acad. Se. Philadelphie, 1865 et 1869. 



(92) 

Au Musée de Washington on voit aujourd'hui une tête de 
cette espèce rapportée de l'île de Behring, par Stejneger. 

On conserve également un squelette de cette espèce au Musée 
de Buenos-Ayres. Le savant directeur Burmeister en a donné 
une description. 

A Christchurch, Canterbury Muséum (Nouvelle-Zélande), on 
conserve le squelette de l'animal décrit par Jul. von Haast. 

Nous avons vu au Muséum de Paris un rostre de Ziphioïde 
fossile des côtes de Patagonie. 

On voit enfin au Musée du Collège royal des chirurgiens à 
Londres un squelette de Ziphius de la Nouvelle-Zélande. 



DESSINS. 

Risso a figuré ce Ziphius dans son Ht st. nat. de l'Europe 
méridionale, vol. III, pi. H, fig. 3, sous le nom de Dauphin 
de Desmarest. 

L'animal entier est également représenté par Anast. Cocco 
dans les Archives de Troschel, 1846, pi. IV, d'après une femelle 
capturée dans le détroit de Messine. 

On voit également un dessin de cet animal dans la Revue de 
Zoologie, 184-2, pi. I. 

Nous possédons aussi de bons dessins des Ziphius capturés, 
sur les côtes de l'Amérique méridionale et de la Nouvelle- 
Zélande; Burmeister a représenté l'animal complet et a figuré 
les principaux viscères; James Hector a publié un bon dessin 
de la tête, de la mandibule et des dents. 

Dans les Transact. de New-Zealand Institut, vol. V, Jul. voa 
Haast a publié la figure d'une femelle de 19 pieds, échouée- 
près de New-Brighton (Nouvelle-Zélande). 

Dans Ylllustrated London News, vol. I, 1867, p. 97, figure un 
Ziphius observé dans le détroit de Bass. 

Indépendamment de l'animal, les diverses parties du sque- 
lette ont été dessinées sur les lieux d'après des individus cap- 
turés dans les eaux de nos antipodes. 



(93) 

La planche XXII, fig. 4-11 de noire Ostéographie, représente 
la colonne vertébrale, le sternum ; planche XXI, les crânes des 
Aresquiès, de Buenos-Ayres, de Lanton (Gironde), de Fos 
(Bouehes-du-Rhône), de Corse, du cap de Bonne-Espérance, 
de la mer des Indes. 

Nous avons figuré le crâne du Ziphias capturé par Castelnau, 
la dent, la caisse tympanique en place et isolée, dans les 
Mémoires de l'Académie royale de Belgique, coll. in-8°, t. XVI. 

Gcrvais a figuré les dents du maxillaire supérieur dans sa 
Zool. et paléont. franc., planche XXXIX, et planche XXI de 
YOstéographie. 

Jul. von Haast a figuré le squelette et le crâne d'un animal 
de la Nouvelle-Zélande. 



PARASITES ET COMMENSAUX. 

On ne connaît jusqu'à présent qu'un Cestode et un ver rond 
qui peut être un Nématode ou un Echinorhynque; le premier 
est un Phyllôbothrium agame, que le professeur Haeckel a 
trouvé dans l'épaisseur de la peau. 

Le second est un ver très long, logé dans l'estomac d'un 
Ziphius échoué sur les côtes de Suède en avril 1867 (Malm). Le 
professeur Sir Turner suppose que c'est un Echinorhynque; 
un nouvel examen est indispensable. Nous ne savons si cet 
animal a été conservé. 



MICROPTERON SO WERB YI. 



LITTÉRATURE. 

Sowerby, BritUh Miscellany, t. I> 1806. 

BaflMesqaOj Précis des découvertes somiologiqucs. Palcrme, 4814. 

BlainvHTc, Nouv. Bulle t. des sciences. Septembre, 4825, p. 159, 
{Bull. Soc. Philom., IV.) 

BIim, Hist. nat. Eur. mer., t. III, pi. 2, 1836. 

Pred. Carier, De l'histoire naturelle des Cétacés. Paris, 1856. 

ma Mortier, Mémoire sur le Delphinorhynque microptère. (Nouv. 
Mém. Acad. boy. de Bruxelles, t XII, 1859.) 

nazie?, Proc. Geol. Soc, 1846, p. 588. 

Eaehrleht, Unters. ùber d. nordischen Wallthiere. Leipzig, 1849. 

J. E. drmj. The Zoology of the Voy. of H. AI. S. Erebus and Terror, 
p. 27, pi. V, fig. 2, 5. 

Paul CervaU, Zoologie et paléontologie françaises. Paris, 1859. 

▼an Benedem, Sur un Dauphin nouveau et un Ziphioïdc rare. 
Mémoires couronnés et autres Mémoires publics par l'Académie royale 
de Belgique. Coll., in- 8°, t. XVI, 1865. 

IV. Andrew*, On Ziphius Sowerbiensis, captured in Brandon Bay, 
coast of Kcrry, on tbe 9 lh of March, 1864. 

Ei|. Deslongehamp», Observations sur quelques Dauphins appar- 
tenant à la section des Ziphitdés. Bull. Soc. Linn. de Normandie, 1866. 

AffasMla, Boston Society of nat. hist., novembre, 1867. 



( 96 ) 

Jnllim von Banal, On a new Ziphioxd Whale. Proc. Zool. Soc. 
1876, p. 7. 

Flowcr, « À furthcr contribution to thc knowlcdgc of thc cxisting 
Zipliioïd Whcles of (lie genus Mesoplodon, conlaining a description of a 
Skclclon and Se y c roi Skulls of Cctaccous of that genus from llic Scas 
of Ncw-Zcaland. » Proc. Zool. Soc, novembre 0, 1877, et Trans. Zool. 
Society, vol. X, 1878. 

J. nelnaardt, Mesoplodon bidens en tihœxt (il den danske ffavfauna. 
Copenhague, 1880. 

Mal m. Om Microplcron bidons, 6" Goteboryt Natnrhisl. Miu. % III, 
Arsskr., 4881, p. 52. 

Mal ni, Gôtcbargs nalurhistoriska Muxcum. Gôtcborg, 188:?, p. 32. 

Pror. W. Tnrncr, On a spécimen of Mesoplodon bidens caplured in 
Shetland. Journ. of amat. and piiys., t. XVI, april, I8S2. 

Prof. w. Turuor, The index of thc pelvic brim .. Thc anatomy i»f 
a second spvcimenofSowirby** Whale. Journal of Anatom. and Piiysiol., 
octobre, 1885. 

I> r Cari Aurlvllllu*, The oslcology and exterior conformai ion of 
Sowerby's Whale (Microplcron bidens Sow.), Stockholm, Académie des 
sciences, octobre 14, 1885. 

Fred Trac, Descript. of a new Species of Mesoplodon. Paoc. of Unit. 
St. Nat. Muséum, 1885. 

O. n. Malm, On Sowcrbtfs Uval. (Mesoplodon bidens) Stockholm. 
Ofr. Vct.-Ak., 4885. 

W Cari AurlYllIlufl, Cari W. S. Osteologie und âu/sere Erschcimttirj 
des Wals Sowerby's (Microplcron bidens). Stockholm, 1880, tu 8*. 
Bihang k, Svensk , Vet.-Ak., Ifandl., 11 Bond, n* 10. 

Thoma* fJouthwell and William Eaflc Clark o, On Ihe occurrence 
of Sowerby's Whale. An*, and Mac nat. iiist., p. 55, Jauuary, 1880. 



(97) 



HISTORIQUE. 

C'est au commencement du siècle que Sowerby, le célèbre 
conchyliologiste anglais, fit connaître, sous le nom de Physeter 
bidens, un curieux Cétacé mâle, échoué sur la côte d'EIginshire, 
en Ecosse, près de Brodie-House. Sowerby Ta fait figurer dans 
ses British miscellany. 

Après une visite faite en Angleterre, Blainville décrivit ce 
même Cétacé sous le nom de Dauphin de Sowerby, Delphimis 
Sowerbiensis. 

Lesson en a fait mention dans son histoire naturelle des 
Cétacés * . 

Un Cétacé, échoué sur les côtes de Sicile vers 1790, attira 
en 1814 l'attention de Rafinesque, qui le fit connaître sous le 
nom d'Epiodon urganautus *. Il a plusieurs dents à la mâchoire 
supérieure, dit Rafinesque, aucune dent à l'inférieure, et pas 
de nageoire dorsale. Nous avons tout lieu de croire que c'est 
une femelle de cette espèce, dont la nageoire dorsale rudi- 
mentaire, ainsi que la dent du maxillaire inférieur, n'ont pas 
été aperçues. Les dents de la mâchoire supérieure dont 
Rafinesque parle, sont des dents rudimentaires caduques sans 
aucune constance, ni dans leur nombre ni dans leur volume. 

Fréd. Cuvier fait mention de ce nouveau Cétacé dans la 
33 e livraison de l'Histoire naturelle des Mammifères, et en 1829 
son frère, G. Cuvier, le cita dans le règne animal sous le nom 
de Microptère proposé par A. Wagner. 

En 1823, un Cétacé extraordinaire se perdit à l'embouchure 
de la Seine; c'était une femelle également. Blainville eut 
l'occasion de l'étudier et le fit connaître sous le nom de Delphi- 
norhynchus Dalei. La peau en a été empaillée pour les galeries 

1 Œuvres compl. de Buflbn. Paris 182H, p. 127. 

* Rafinesque. Précis des découvertes somiologiques. Palerme, 1814. 

Tome XLL 7 



(98) 

de zoologie du Muséum de Paris, et la têle a été conservée dans 
les galeries d'anatomie comparée. 

La même année, un autre individu vint échouer à la pointe 
de Sallenclles, embouchure de l'Orne, côte du Calvados ; son 
squelette fut préparé pour le Musée de Caen. 

Le 22 août 1828, une femelle de 11 pieds se fit prendre 
vivante au Havre, et on la tint en vie pendant deux jours. 

En 1849, Eschricht publia ses Untersuchungen ùber Nordische 
Walthiere et adopta également le nom de Micropteron, proposé 
par A. Wagner. 

Le nom générique a souvent été changé depuis, mais c'est 
le plus ancien, celui proposé par A. Wagner et adopté par 
Cuvier et Eschricht, que nous devons conserver. 

Le 31 août 1835, une jeune femelle est venue à la côte près 
d'Ostende et a fait le sujet d'un mémoire de feu B. Dumortier. 
Le squelette a été heureusement conservé par Paret et se trouve 
aujourd'hui au Musée de Bruxelles. 

En 1863, nous avons publié une notice sur ce squelette, 
dont nous avons figuré les principaux os. 

Duvernoy, comparant la tête du Physeter bideiis mâle, de 
Sowerby, qui est au Musée d'Oxford, avec la tête du Muséum 
de Paris, provenant de la femelle du Havre décrite par 
Blainville, a cru devoir en faire deux espèces. (Mesodiodon 
Sowerbyi et Micr opter on). Il ne s'est pas douté que le mâle a 
une forte dent au milieu de la longueur de la mandibule et la 
femelle une très petite. 

Depuis lors, un mâle a été capturé sur les côtes d'Irlande, 
dans la baie de Brandon, comté de Kerry, le 9 mars 1864. 
En 1869, M. Andrews a publié un mémoire sur cet animal qui 
est désigné sous le nom de Ziphius Sowwbiensis. M. Andrews 
fait remarquer qu'un autre mâle a été capturé déjà sur les 
mêmes côtes d'Elginshire. 

Ce mémoire est accompagné d'une planche fort intéressante 
reproduisant une photographie de la tête avec sa forte dent et 
le sillon en V sous la mâchoire inférieure. 

Eug. Deslongchamps a publié quelques observations sur un 



(99) 

Hyperoodon qui flottait à rentrée de la mer de la Manche et 
dont la tête est conservée au Musée de Caen. Cette même notice 
renferme des remarques sur le Microptei'on de Sowerby, dont 
le squelette presque complet est conservé au Musée de Caen. 

L'auteur ajoute également une note sur le Dioplodon Ger- 
vaisii *. 

En 1870, un autre individu de cette espèce a échoué à la 
même baie de Brandon, dont nous avons parlé plus haut, et le 
professeur Sir Turner l'a fait connaître dans les Transactions 
de la Société royale d'Edimbourg. 11 fait aussi mention d'un 
squelette entier et adulte qui est conservé au Musée de la 
Société royale de Dublin. Le savant professeur d'Edimbourg 
résume dans ce mémoire tout ce qui est connu de cette espèce. 

Dans une visite faite au Musée de Christiania, nous avons 
trouvé une mandibule de femelle, sans aucune indication d'ori- 
gine, mais qui a probablement été recueillie sur les côtes de 
Norwège. Nous en avons fait mention dans les Bulletins de 
l'Académie 2. 

Une capture faite en 1869 rend probable l'origine scandina- 
vienne de la mandibule de Christiania. Au printemps de la 
soaffite aimée, des pécheurs suédois ont rencontré en mer un 
animal de cette espèce à Nordjân (Kattegat). 11 flottait à la 
surface; ils l'ont remorqué et le squelette en a été heureuse- 
ment conservé au Musée de Gôthebourg. M. Malm en a fait 
mention dans sa notice sur les squelettes conservés dans les 
Musées de Suède. 

Il est venu encore un Microptéron à la cote dans ces mêmes 
parages septentrionaux à l'est de Jutland, le 3 février 1880; 
c'était un jeune mâle. 

Reinhardt a publié sur cet animal une notice, qu'il a accom- 
pagnée d'un tableau des captures connues avec l'indication 
des lieux et des sexes; il reconnaît cinq mâles et quatre femelles 

1 Eue Deslogch a bps. Observations sur quelques Dauphins zyphidés, 1 886. 
Buli* Soc. Li.nn. dk Normandie, tome X. 
• * sér., I. XXII, 186C. 



( 100 ) 

qui ont péri sur les côtes de France, des îles Britanniques, de 
la Scandinavie et de Belgique. 

Un exemplaire de cette espèce a fait son apparition en 4885 
à Saltô près de Lysekil (Bohuslan), et a été l'objet d'une étude 
de la part de M. Cari Aurivillius. II a été capturé vivant. 

Nous avons trouvé, au Musée de Saint-Pétersbourg, un crâne 
fort incomplet, dont l'état de conservation nous fait croire qu'il 
provient d'une ancienne collection; il n'y a aucune indication 
sur son origine. 

Nous avons reconnu également le crâne d'une femelle au 
Musée d'anatomie d'Edimbourg. 

Le Micropteron Sowerbyi n'est évidemment pas un animal 
des mers d'Europe seulement; il est cosmopolite comme la 
plupart des Ziphioïdes. 

Sur les côtes des Etats-Unis d'Amérique, à nie Nantucket, on 
a capturé un individu qui mesurait 16 pieds de longueur et 
dont le crâne est conservé au Muséum de Zoologie comparée 
de Cambridge. 

En 1867, Agassiz a montré la tête de cet animal au congrès 
de Boston. Il le regardait comme nouveau pour les côtes des 
États-Unis d'Amérique. 

Une autre observation en faveur de son cosmopolitisme a 
été fournie récemment par Léon Stejneger, qui a été à la mer 
de Behring; il en a rapporté une tête qui a été décrite sous le 
nom de Mésoplodon. M. Fréd. True en a communiqué une 
description et une figure dans les Proceedings du Musée 
national des États-Unis. Les légères différences signalées par 
M. True nous semblent des différences individuelles ou locales 
plutôt que spécifiques. 

Capellini a décrit et figuré des ossements de Mésoplodon ou 
Micropteron qu'il serait sans doute difficile de séparer de 
l'espèce vivante 4. 

Le Micropteron qui nous occupe, est également représenté 



1 Capelmxi. Resti fossili de Dieplodon e Mésoplodon. Bologna, 1885. 
Ilu. R Acad. di Bologxa. 1883. 



( 101 ) 

dans les eaux de-nos antipodes; nous en avons vu un squelette 
complet au Muséum d'histoire naturelle de Paris sous le nom 
de Oulodon Grayi, qui est si semblable à celui du Micropteron 
de nos mers que nous croyions avoir l'espèce ordinaire sous 
les yeux. Les affinités de TOulodon avec le Mesoplodon Soiverbyi 
sont remarquables, disait Paul Gervais, en parlant du squelette 
provenant d'un mâle assez jeune qu'il venait de recevoir de 
M. vonHaast, de Christchurch, Nouvelle-Zélande. 

Le nom d'Oulodon a été proposé à cause d<?s dents fort 
petites de la mâchoire supérieure, qui se trouvent également 
dans les individus d'Europe. Depuis longtemps, Paul Gervais a 
reconnu ces petites dents non alvéolées, indépendamment de 
la grande, dans la femelle qui a échoué au Havre-de-Grâce. 

Depuis cet envoi au Muséum, un second individu de la 
même espèce est allé échouer à Litlle Bay entre Botany-Bay 
et Long-Bay, à une petite distance de Sydney. Ce second indi- 
vidu a été signalé par M. Kreft. Le professeur Flower pense 
que ce dernier est plutôt un Mesoplodon Layardi. 

Sous le titre de A furlher contribution to tlie knowledge of the 
exisling Ziphioid Whales, Genus Mesoplodon, qui est synonyme 
de Micropteron, M. W. Flower passe en revue les différentes 
espèces établies par les auteurs, et compare entre eux les nom- 
breux et intéressants matériaux que les Musées de Londres ont 
reçus de leurs correspondants en Australie. 

M. Flower fait remarquer que les Mésoplodons, échoués il 
y a quelques années sur nos côtes, étaient considérés comme 
les seuls survivants des nombreux Ziphioïdes fossiles de nos 
sables d'Anvers; mais, si ces animaux sont devenus rares 
aujourd'hui dans nos mers d'Europe, des travaux récents nous 
ont appris qu'ils se trouvent en abondance dans la mer de nos 
antipodes; ces Cétacés sont représentés par différentes espèces, 
dont quelques-unes vivent par gammes assez nombreuses, 
puisque, comme nous le verrons plus loin, on en a vu 
échouer jusqu'à vingt-cinq à la fois sur la même côte. 

Dans YOstéographie des Cétacés, mon collaborateur P. Ger- 
vais, chargé de la rédaction des Ziphioïdes, consacre un 



( 102 ) 

chapitre au Hésoplodon qui nous occupe et s'étend sur la partie 
historique, la synonymie, le squelette et le système dentaire. Il 
consacre les pi. XXII et XXVI à la représentation du squelette 
et des dents. 

A. H. Mal m a publié depuis une notice sur cette espèce dans 
le Bulletin de l'Académie rovale à Stockholm. Il donne la 
description des divers os des deux squelettes qui sont conservés 
au Musée de Gôteborg, et il accompagne sa notice d'une 
planche représentant le crâne, la mandibule, l'os hyoïde et les 
os du membre du Mesoplodon, à côté de celui de YHyperoùdon. 

Le dernier travail sur ce Cétacé est dû à la plume si exercée 
du professeur Sir Turner. Il a reçu, en 1885, par un de ses 
élèves, un mâle adulte en chair, capturé aux îles Shetland, et 
à l'aide duquel il a fait connaître plus en détail le squelette et 
les parties molles encore fort incomplètement étudiées. Il a fait 
part de ses observations à l'Association Britannique, à Aber- 
deen, le H septembre 1885 f . Le travail a été inséré dans le 
Journal of anatomy andphysiology, October, 1885. 

La dernière notice sur cet intéressant Cétacé est celle de 
Th. Southwell et de W. E. Clarke sur l'apparition d'un indi- 
vidu du sexe mâle, échoué vivant à marée basse sur les côtes du 
Yorkshire, à l'entrée de la rivière Humber. On a reconnu 
trop tard l'importance de cet échouement; on n'a recueilli que 
l'huile et on a abandonné le cadavre à la mer, croyant que 
c'était un Hyperoodon. 

Cet échouement eut lieu le même jour que le professeur 
Sir Turner fit sa communication à l'Association Britannique, à 
Aberdeen, sur le mâle capturé aux îles Shetland. 

Au cap de Bonne Espérance, un Microptéron a reçu le nom 
de M . Layardi et le D r v. Haast a donné le nom de M. Fhweri à 
celui de la Nouvelle-Zélande. Nous avons comparé à Londres 
une belle photographie du D r v. Haast, avec la tête du Cap, et 
il ne nous a pas paru, ni à M. Flower, ni à moi, que ces 
Ziphoïdes appartinssent à une espèce distincte. L'habitat de ces 

1 Report of The BritUh Association, 1885, Aberdeen, page 1057. 



( 103 ) 

deux Ziphioïdes n'est pas une raison de croire à une différence 
spécifique, dit M. Flower; au contraire : il n'y a pas de 
barrière pour les Cétacés entre la mer du Cap et celle de la 
Nouvelle-Zélande. 



SYNONYMIE. 

Physeter bidens, Sowerby, British Miscellany, t. 1, 1806. 

Delphinus edentulus, Schreber. 

Delphinus Sowerbyi, Dauphin épiodon, Desmarets, mammif., 
p. 521, 1820. 

Delphinorhynchus Dalei, Blainville, Bull. Soc. philom. sep- 
tembre, 1825. 

Delphinorhynchus micropterus, Cuv. Règne animal, 1829. 

Dauphin de Sowerby, Fr. Cuvier, de YHist. nat. des Cétacés, 
1836, p. 218. 

Dioplodon Sowerbiensis, Gervais. Zool. et Paléontol. franc. 
tab. 30, fig. 1, 1859. 

Mesoplodon Sowerbiensis^ Gervais, Ostéographie des Cétacés, 
p. 392, tab. 22 et 23, 1880. 

Mesoplodon Sowerbiensis, Van Ben. Mém. Acad. Bruxelles, 
vol. X, t. III. 

Ziphius Sowerbiensis, Gray, Catalog. of Seals and Whales, 
p. 350. 

Ziphius Sowerbiensis, Gray, Supplément, p. 101. 

Delphinorhynchus microjHerus, Dumortier, Mém. Acad., 
Bruxelles, 1839. 

Diodon de Sowerby, Lesson, Cétacés, p. 127. 

Aodon de Dale, Lesson, Cétacés, p. 155. 

Mesodiodon Sowerby, Duvernoy, Ann. sciences natur. 1851, 
vol. XV, p. 55. 

Mesodiodon Micropteron, Duvernoy, Ann. se. natur., p. 57. 

Micropteron, Eschricht, Ann. May, nat. hisl. 1852. 

Ziphius bidens, Lilljeborg, Sveriges och norges Byggradsdjur 9 
2 vol., in-8°, Upsala, 1874. 



( 104) 

Micropteron bidens, Malm. Goteborgs naturhiska Muséum, 
III Arsskrift, p. 32,1881. 

Mesoplodon bidens, Flower, A further contribution, 1878. 

Oulodon Grayi, v. Haast. Proc. ZooL Soc, London, 1876, 
p. 7. 

Microptenis et Micropteron sont les plus anciens noms géné- 
riques et c'est définitivement le nom de Micropteron proposé 
d'abord par Wagner que nous adoptons. 

Dans le complément des œuvres complètes de Buffon, 
R. F. Lesson a fait mention de YÂodon de Date *, et considère 
comme synonymes le Delphinus edentulus de Schreber et le 
Dauphin de Dale, de Blainville et de Fr. Cuvier. 

Le Dauphin de Desmaret, que Risso a mentionné le premier, 
est désigné sous le nom de Diodon Desmarest, dans le complé- 
ment; c'est le même animal. 

Le Diodon de Sowerby du même auteur est également syno- 
nyme, de manière que la même espèce figure sous trois noms 
différents. 

Desmarëst cite également sous trois noms différents le même 
animal. 

Fr. Cuvier parle du Dauphin de Sowei'by, puis du Dauphin 
épiodon qui est la même espèce. 

L'animal de la Nouvelle-Zélande auquel on a donné le nom 
de Oulodon Hectori, comme celui du nord du Pacifique et que 
M. True a dédié à Stejneger, se rapportent l'un comme l'autre 
à une même espèce, celle qui nous occupe. 

Le Mesoplodon Floweri, dont le D r von Haast a envoyé une 
photographie, n'est autre chose que le M . Sowerbiensis. 

M. Flower a eu à sa disposition le crâne du Mesoplodon 
Ilectori, de Cook'Strait, le squelette d'un adulte capturé dans 
Lyall Bay f le squelette du Mesoplodon Grayi, de la Nouvelle- 
Zélande, le rostre et la mandibule d'un vieux mâle; et il 
trouve encore ces matériaux insuffisants pour se prononcer 
sur leurs caractères spécifiques. 

1 EscHRiCHT, Unlersuch. p. 50. 



( 10S ) 



CARACTÈRES. 

A Télat adulte, la mandibule ne porte qu'une seule dent de 
chaque côté; elle est aplatie, logée dans une profonde alvéole 
vers le milieu de la longueur de l'os. Cette dent est beaucoup 
plus forte dans le mâle que dans la femelle. 

La longueur du mâle, depuis le bout du museau jusqu'au 
milieu de la nageoire caudale, est de 15 à 16 pieds (anglais). La 
largeur de la queue a 3 pieds 10 pouces. 

La nageoire pectorale mesure, depuis la tête de l'humérus, 
1 pied 10 pouces et son plus grand diamètre est de 6 1/4 pouces. 

On a vu des jeunes de 7 pieds de longueur accompagner leur 
mère. 

Le Micropleron Sowerbyi mâle a, sous la gorge, deux sillons 
qui s'unissent en avant et forment un V. M. Andrews repré- 
sente très bien cette disposition dans la figure 2 qui accom- 
pagne son mémoire. 

DESCRIPTION. 

Comme dans tous les Ziphioïdes, la nageoire pectorale est 
fort petite ; elle ne dépasse pas la longueur de quatre vertèbres 
lombaires. 

L'humérus n'a pas la grosseur d'une vertèbre lombaire et ne 
dépasse pas sa longueur. 

L'avant-bras est long comme le bras et comme la main, y 
compris la région carpienne. 

Le premier rang des os carpiens a trois os dont le médian 
est le plus volumineux. Le second rang en a également trois. 

Le pouce ne compte qu'un seul os, un métacarpien; les 
métacarpiens des quatre autres doigts diffèrent peu entre eux. 

L'index et le médian ont quatre phalanges, l'annulaire trois 
et le petit doigt, un. 

Le premier squelette de cet animal a été décrit par Dumor- 
tier; il était mal monté par Paret. Plusieurs pièces n'étaient 



( 106 ) 

pas à leur place. C'était le squelette de la femelle venue à la côte 
d'Ostende. 

Dans la notice que nous avons publiée sur cette espèce, nous 
avons dessiné comparativement l'ouverture du canal des ver- 
tèbres dans les différentes régions du corps *. 

Nous trouvons dans la colonne vertébrale : sept cervicales, 
neuf ou dix dorsales, dix ou onze lombaires et dix-neuf ou 
vingt caudales, en tout 46. 

Les deux premières cervicales sont soudées dans l'Oulodon 
du Muséum de Paris; dans le squelette d'une vieille femelle 
du Musée de Christchurch, les trois cervicales antérieures sont 
réunies. 

J. Mûrie a représenté l'estomac; nous avons fait dessiner la 
poche du larynx et ses rapports avec la trachée-artère. Le pro- 
fesseur Sir Turner a publié depuis lors un bon dessin de cette 
même poche, d'après un fœtus de Balœnoptera Sibbaldii que 
l'on peut comparer avec celle-ci. 

MM. Ray Lankester et Turner ont fait connaître la structure 
de la dent qui est implantée dans une alvéole vers le milieu de 
la longueur de la mandibule ; elle est remarquable chez le 
mâle par sa forme et son grand développement. 

M. C. Aurivilliers a étudié avec soin le point de réunion des 
deux lobes de la nageoire caudale, caractère qui n'avait guère 
attiré l'attention; généralement il y a une échancrure au 
milieu, tandis qu'au contraire ici c'est une saillie. 

Nous avons eu l'occasion de voir quelques parties molles que 
Paret avait desséchées, et dont les principaux caractères étaient 
encore conservés. Ainsi les intestins montraient, à leur face 
interne, les mêmes alvéoles à peu près que l'on observe dans 
l'Hyperoodon, et qui s'étendent sans doute sur toute la sur- 
face interne de la muqueuse intestinale; c'est, croyons-nous, 
une disposition commune à toute cette famille. 

La trachée-artère a le caractère général de la trachée-artère 
des Cétacés, c'est-à-dire, elle se bifurque, mais avant la bifur- 

1 Loc. citât , p. 44. 



( 107 ) 

cation elle fournit une bronche latérale, qui compte les mêmes 
cercles cartilagineux que les deux troncs principaux. 

Depuis le larynx jusqu'à l'origine de cette bronche supplé- 
mentaire, nous comptons dix-sept cercles. Plusieurs d'entre 
eux se divisent à leur tour et s'élargissent au point de prendre 
le double des autres. 

Comme nous l'avons dit plus haut dans la partie historique, 
à la section de biologie de l'Association Britannique à Aber- 
deen, le professeur Sir Turner a entretenu ses confrères de 
l'organisation du Microptéron dont il a disséqué deux indi- 
vidus. 



MOEURS. 

Nous ne croyons pas que la visite de l'estomac ait fait con- 
naître la pâture habituelle de ce Cétacé, mais nous avons tout 
lieu de penser que ce sont, comme dans les autres Ziphoïdes, 
les Céphalapodes qui forment leur nourriture ordinaire. 

On possède un trop petit nombre d'individus pour savoir 
s'ils vivent par couples ou par schools. On ne peut rien 
conclure de la capture isolée de quelques animaux. Tous ceux 
que Ton a observés en Europe étaient isolés, tandis qu'on en a 
vu échouer plusieurs à la fois dans les eaux de nos antipodes. 

M. Malm fils reproduit le tableau des individus connus 
échoués ou capturés et sur treize d'entre eux il y a six mâles, 
quatre femelles et deux dont les sexes sont inconnus; on peut 
supposer que ces animaux vivent par couples, puisqu'il y en 
a à peu près un nombre égal de l'un et de l'autre sexe. 

La femelle qui s'est perdue sur les côtes d'Ostende était seule ; 
elle a été surprise par la marée descendante. Les pêcheurs du 
port la trouvèrent échouée vivante et, d'après le rapport de 
Paret, qui a recueilli l'animal sur la plage, elle poussa des 
mugissements pendant les deux jours qu'elle a vécu; il paraît 
que sa voix sourde et caverneuse avait des rapports avec le 
beuglement de la vache. 



( 108 j 

La femelle qui a péri le 9 septembre 1825, à un quart de 
lieue au-dessus du Havre, était dans le même cas; elle est 
venue à la côte en plein jour et vivait encore quand on l'a 
découverte. 

Ces Cétacés sont plus connus en Australie, et les naturalistes 
de la Nouvelle-Zélande nous rapportent que l'on en a vu 
échouer sur les îles Chatam vingt-cinq individus ensemble; 
une autre fois quatre ont échoué à la fois sur les côtes de la 
Nouvelle-Zélande. Ceci ferait croire que ces animaux vivent 
plutôt par schools, au moins dans ces parages et à une certaine 
époque de Tannée. 

DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. 

Le plus anciennement csnnu est celui qui a échoué dans la 
Méditerranée en 1790, sur les côtes de Sicile, etdontRafinesque 
a fait mention ; nous n'en connaissons pas le sexe. 

Le second cas connu est celui d'un mâle qui a péri en 1800 
ou 1804 sur les côtes d'Elginshire, en Irlande. 

Nous connaissons ensuite une femelle qui est venue à la 
côte en 1825, au Havre-de-Grâce, et dont Blainville a donné la 
description. 

La môme année un mâle a péri sur les côtes du Calvados 
(Salenelles). Il n'est pas impossible qu'il formât un couple avec 
la femelle du Havre. 

Dix ans plus tard, le 21 août 1835, nous avons vu périr une 
femelle à l'ouest du port d'Ostende; Dumortier en a fait la 
description. 

En 1864, le 31 mai, un second mâle a péri sur les côtes 
d'Irlande (Brandon Bay, Coast of Kerry); c'est celui dont 
M. William Andrews a reproduit la tête d'après une photogra- 
phie. 

Plus au nord nous voyons ensuite périr un autre mâle, le 
15 juin 1869, à Nordsjan, sur les côtes du Kattegat ou du Ska- 
ger-Rak. 

Cette même année 1869, une femelle périt sur les côtes des 
Etats-Unis d'Amérique, la dernière à Rhode Island. 



( 109 ) 

Les côtes d'Irlande (Brandon Bay, Coast of Kerry), voient de 
nouveau périr un mâle en 1870, le 31 mai. 

Une autre capture est celle d'une femelle qui a péri le 
3 février 1880 sur les côtes de Danemark, à Hevringholmstrand 
(Jutland). 

Un mâle a péri l'année suivante, en octobre 1881, sur les 
côtes de Suède, près de Marstrand. 

Le 23 mai 1884, un mâle a été vu sur les côtes nord-est 
de Shetland (in Voxter Voe). Un jeune de sept pieds l'accom- 
pagnait. Les marins l'ont attaqué et il est venu ensuite échouer 
sur la plage. C'est à peu près la même place où un individu a 
été capturé en avril 1881. Le professeur Sir Turner a reçu 
l'animal en chair et a fait connaître le résultat de ses observa- 
tions anatomiques à l'Association Britannique à Aberdeen, 
comme nous l'avons déjà dit dans la partie historique. 

Le 6 août 1885, un jeune mâle a été pris vivant sur les côtes 
de Saltô (Bohuslân). 

Nous trouvons ce Microptère également hors des mers 
d'Europe. 

11 visite les côtes de l'Amérique septentrionale : d'après un 
crâne trouvé dans les parages de Nantuckel, on estime que 
l'animal mesurait 26 pieds de longueur. Agassiz a fait part de 
cette découverte à l'Académie de Boston en 1866. 

On trouve également ce Microptère au nord du Pacifique : 
Flnstitution Smithsonienne a reçu de l'île de Behring une tête 
recueillie dans ces parages par Stejneger, qui avait été chargé 
de collectionner des objets d'histoire naturelle dans ces con- 
trées. 

Le professeur Sir Turner reconnaît treize captures ou 
échouements de cette espèce, sur le continent d'Europe ou des 
États-Unis d'Amérique, dont trois sur les côtes d'Ecosse et 
deux sur les côtes d'Irlande. 

Depuis lors on a vu encore un individu sur la côte d'Ecosse 
et un sur les côtes d'Angleterre; MM. Southwell et Clarke ont 
signalé ces apparitions. 

Le dernier échouement est celui d'un mâle adulte, qui a 



( 110 ) 

échoué vivant à marée basse à l'embouchure du Humber 
(Angleterre), le 41 septembre 1885. 

Le Micropleron Sowcrbyi visite également la côte de Nor- 
wège; nous en avons trouvé une mandibule dans les galeries 
du Musée de Christiania, que nous avons tout lieu de croire 
recueillie sur la côte du pays. Elle était sans indication d'ori- 
gine. 

Nous trouvons également ce Microptère dans la mer de nos 
antipodes. Il semble même beaucoup plus commun dans ces 
parages que dans notre hémisphère. 

11 se trouve également sur les côtes est de Patagonie et aux 
îles Falkland. 

M. Moseley en a rapporté le squelette d'un animal de 14 pieds, 
et il m'informe qu'il a reçu de Pandy-Point (détroit de Ma- 
gellan) une dent de Mesoplodon Laijardi, en tout semblable à 
celles qui sont connues. 

Comme l'Hyperoodon est représenté chez nos antipodes par 
une espèce distincte évidemment du même genre, le Microp- 
téron est représenté de même dans l'autre hémisphère par une 
espèce qui a les dents eztraordtnaimnent développées, le 
Micropteron Layardi. 



MUSEES. 

Jusqu'à présent on ne connaît qu'un petit nombre d'indi- 
vidus capturés et dont le squelette ou le crâne sont conservés. 

A Paris on voit la peau empaillée de l'animal échoué au 
Havre, en 182o. 

A Caen on possède le crâne et la colonne vertébrale de celui 
qui a péri sur les côtes du Calvados, à l'embouchure de l'Orne. 

A Bruxelles se trouve le squelette de l'animal pris vivant 
près d'Ostende et préparé par Paret. 

A Dublin (Royal Dublin Society), le squelette d'un animal qui 
est venu à la côte en Irlande. 

Au Musée anatomique d'Oxford, on conserve la tête de 



( m ) 

ranimai qui a échoué sur les côtes d'Elginshire (Angleterre), 
et qui a été décrit par Sowerby, dans ses British Miscellany. 

A Edimbourg on voit, au Musée anatomique, un crâne dont 
l'origine n'est pas connue et le squelette d'un mâle adulte, 
capturé en 1884 ou 188o aux îles Shetland. Il figure au Musée 
anatomique. 

A Gôteborg se trouvent deux squelettes de mâles du Kattegat 
(Nordjàn). 

Au Musée de Christiana se trouve la mandibule d'une 
femelle. 

A Saint-Pétersbourg, au Musée de l'Académie, il existe une 
tête mal conservée provenant de quelque ancienne collection, 
d'origine inconnue. 

Au Musée du Collège royal des chirurgiens à Londres, on 
voit un squelette et des crânes de la Nouvelle-Zélande. Un 
squelette de jeune mâle a été offert par M. von Haast au pro- 
fesseur Flower pour le Musée de Hunter. 

Au Musée de Stockholm se trouve le squelette du jeune mâle 
qui a été pris vivant en 1885 à Saltô. 

Au Musée de zoologie comparée de Cambridge, on trouve le 
crâne, décrit par Agassiz, qui a été recueilli sur les côtes de 
Nantucket. 

La tête de l'île de Behring est conservée au Musée de 
Washington. 

A Christchurch (Nouvelle-Zélande) on conserve le squelette 
d'une vieille femelle qui a ses trois premières cervicales 
réunies. 

Au sujet des ossements de cet animal, A. H. Malm cite les 
Musées d'Oxford, de Paris, de Caen, de Bruxelles, de Dublin, 
de Christiania, de Harvard, de Gôteborg, de Dublin, d'Edim- 
bourg et de Berlin. 

DESSINS. 

II existe plusieurs dessins qui représentent parfaitement cet 
animal. 



( 112 ) 

Du mortier a figuré une femelle encore en vie, étendue sur la 
plage d'Ostende. Le dessin avait été fait d'après nature par un 
artiste qui habitait Ostende. 

Andrews a reproduit une fort bonne photographie de la tête 
du mâle. 

Nous trouvons un autre dessin de ranimai dans les Archives 
d'Erichson et dans l'histoire naturelle des Cétacés de Fréd. 
Cuvier. 

C. Aurivilliers a publié un dessin d'un jeune mâle capturé 
vivant à Saltô. 

On voit un beau dessin de la tête dans le British Miscellany, 
tome 1 er , et dans la Banksian Collection, au British Muséum. Ce 
dessin est fait d'après la tête qui est conservée à Oxford. 

Le squelette, le crâne et la mandibule avec les dents figurent 
dans mon mémoire qui a pour titre : Sur un Dauphin nouveau 
et un Ziphioïde rare ' . 

Duvernoy a publié un beau dessin de la tête du Micropteron 
Soiverbyi mâle et femelle. 

Dans son mémoire sur les caractères ostéologiques des 
genres nouveaux 2, nous voyons un dessin de la tête avec la 
mandibule, sous le nom de Mesodiodon micropteron, et un 
autre de la tête d'Oxford, sous le nom de Mesodiodon 
Sowerbii. 

Paul Gervais a fait dessiner la tête qui est déposée dans les 
galeries du Muséum sous le nom de Dioplodon Sowerbiensis 3 ; 
il a fait figurer aussi une partie de la mandibule avec les dents 
sous le nom de Mesoplodon Sowerbiensis. 

Gray a publié un dessin de la tète du mâle avec mandibule 
et dent *. 

Le professeur Turner a publié le dessin de la queue et l'ana- 
tomie du membre thoracique de l'individu capturé en I880. 



1 Van Beneden, Mcm. de l'Académie, coll. in-8°, tom. XVI, pi. 3. 

* Ann. des scierie. na\ t 3« sér., t. XV, 1851, pi. 2. 

* Zoologie et paléontologie françaises. 
 Erebusaud Terror. 



(H3) 

H. Malm fils a reproduit le dessin de la tête et de la mandi- 
bule du mâle. 

Dans VOstéographie des Cétacés nous avons représenté la tête, 
les mandibules, les dents, la caisse auditive du mule de Salle- 
nelles (Calvados) pi. XXVI, fi g. 1-4, le squelette delà femelle du 
Havre et de celle d'Ostende (pi. XXII, fig. 1-3.) 



PARASITES ET COMMENSAUX. 

Nous ne connaissons jusqu'à présent qu'un seul parasite, et 
il est encore bien incomplètement étudié. 

L'animal qui a échoué sur la plage de Sainte-Adresse en 
1825 logeait sous la peau, dans l'épaisseur de la graisse, de 
nombreux kystes, dans lesquels se trouvaient des Trématodes 
ou plutôt des Cestodes, que l'on a pris pour des Monostomes, 
auxquels filainville a donné le nom de Monostomum Delphini. 
Nous avons des raisons de croire que ce sont des scolex de 
quelque Phyllobothrium. 



Tomb XLI. 8 



D10PL0D0N EUROP&US. 



LITTÉRATURE. 

P. CcrvaU, Zool. et Palêont, franc., i" edit, 4850. 

Gag. Dcslonvchantpa, Observât, sur quelques Dauphins. (Bull. Soc. 
linn. de Normandie, t. X, 18GG. 

Fischer, Nouv. archives du Muséum d'hist. nat., t. III, p. 68. 

P. Gcrvalfl, si co graphie des Cétacés. Paris, 1880, p. 405, pi. XXIV. 



( 4« ) 



HISTORIQUE. 

Le capitaine Vautier, au retour d'un voyage aux colonies, 
aperçut flottant sur l'eau, à l'entrée de la Manche, le cadavre 
d'un grand Cétacé ; il fit enlever la tête, l'amarra avec soin à une 
corde et la fit porter ensuite à Caen, où elle est conservée au 
Husée. 

Mon collaborateur P. Gervais a fait connaître ce crâne en le 
désignant sous le nom de Dioplodon europœus. 

Les avis des naturalistes sont partagés au sujet de la déter- 
mination de ceZiphioïde, jusqu'à présent unique; aux yeux 
de quelques naturalistes, ce Cétacé représente un vieux mâle de 
M icroptère ordinaire, dont la dent, au lieu de se développer 
vers le milieu de la longueur de la mandibule, se serait déve- 
loppée près de l'extrémité antérieure. 

Tel est l'avis du D r Fischer et d'autres, qui pensent que cette 
pièce unique ne représente qu'une modification individuelle et 
qu'elle ne doit, par conséquent, pas figurer dans le relevé des 
espèces. Nous ne partageons pas cet avis ; il n'est pas impos- 
sible que ce Ziphioïde soit propre a l'autre hémisphère et il se 
peut fort bien que jusqu'à présent il n'y ait eu qu'un seul 
individu capturé en Europe. N'avons-nous pas vu apparaître 
une gamme de Pseudorques en 1861 que l'on n'a plus revue 
depuis et que l'on aperçut alors pour la première fois en 
Europe? Peu s'en est fallu qu'il n'y eût également qu'un seul 
individu de capturé ! 

SYNONYMIE. 

Dioplodon europœus, E. Deslongchamps. 
Ziphius europœus. 
Mesoplodon europœus. 
Dioplodon Gervaisii. 



(118) 



CARACTÈRES. 

Ce Ziphioîde a la taille de l'espèce précédente et diffère 
surtout du Microptère par la dent ou la défense qui est placée 
près de l'extrémité antérieure de la mandibule. 

On peut dire en faveur de l'identité de l'espèce avec le 31icrop- 
teron Sowerbyi, que les dents des Ziphioïdes semblent varier 
plus que celles d'autres Cétacés, et que l'on voit, dans une tête 
de Berardius, de chaque côté, une dent de moins qu'il ne 
devrait y en avoir. Dans l'Hyperoodon on voit également tantôt 
une dent de chaque côté, tantôt deux, quelquefois trois. 

M. Flower admet six espèces dans le genre Micropteron : le 
Micropteron biclens ou Sowerbyi ; le M. europœus; le M. densi- 
rosiris; le M. Layardi, du cap de Bonne-Espérance; le 
M. Hcctori, de la Nouvelle-Zélande; et le M. Grayi ou VOulodon 
Grayi. 

En parlant de cette tête en 1871 dans son mémoire sur les 
Ziphioïdes vivanls, M. Flower fait observer simplement que, 
jusqu'à présent, il n'y a qu'un exemplaire connu de cet animal. 



DESCRIPTION. 

Le rostre de la seule tète connue est solide et d'une forme 
un peu différente du rostre du M. Sowerbyi. 

Il n'y a qu'une seule paire de dents et elles sont placées à 
quelque distance de l'extrémité de la mandibule. 

Ces dents montrent une partie radiculairc assez longue, dit 
Gervais, ù peu près rectangulaire quoique un peu curviligne en 
arrière et faiblement oblique en avant, amincie au contraire 
dans le sens bilatéral. La couronne est triangulaire, très faible- 
ment convexe en dehors, un peu échancrée en arrière et arquée 
en avant ; elle est en partie couverte de cément et ce n'est que 
dans sa portion supérieure que l'ivoire est à nu. 



(119) 



MOEURS ET DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. 

Nous ne connaissons rien ni de leurs mœurs, ni de leur 
distribution géographique, puisqu'on ne connaît que l'animal 
qui a été recueilli ù l'état de cadavre à l'entrée de la Manche. 



MUSÉES. 
La pièce unique connue est déposée au Musée de Caen. 

DESSINS. 

Gênais a figuré les seules parties que Ton en connaisse : la 
tête et les dents. 



PARASITES. 

On a trouvé un Conchoderma (Otion) Cuvicrii, attaché à la 
dent de gauche; nous l'avons vu encore en place. 

La présence de ce commensal n'est-ce pas un indice que ce 
Cétacé est étranger à l'Europe ? 



LA DILATURA 



DANS 



LES TEXTES FRANCS; 



PAR 



Léon YANDERkINDERE, 

CORRESPONDANT DE L' ACADÉMIE. 



(Lu à la Classe des lettres, dans la séauce du G février 1888.) 



Tome XLI. 



w 



LA DILATURA 



DANS LES TEXTES FRANCS. 



J'aborde Tune des questions les plus controversées que sou- 
lève l'étude de l'ancien droit franc. Un grand nombre d'articles 
de la Loi salique, après avoir indiqué la pénalité principale qui 
frappe l'auteur d'un délit, ajoutent: excepto capitale et dilatura, 
sans compter le capitale et la dilatura. 

Sur le capitale, point de doute; c'est la chose elle-même 
qu'il s'agit de restituer à son propriétaire, l'animal volé, par 
exemple, ou tout au moins son équivalent. Mais quel est le sens 
de dilatura 9 . Ici les opinions sont extrêmement divergentes. 

Les fragments d'une ancienne version haut-allemande, datant 
du IX e siècle, rendent le excepta capitale et dilatura parforuzzan 
haupilgelt inti wirdriun {Lex salica, Ed. Hessels, p. XLIV); 
haupitgelt, hauptgeld, c'est bien le capitale dans l'acception 
signalée plus haut ; mais wirdriun n'éclaircit guère le pro- 
blème, car les philologues ne sont pas d'accord sur l'interpré- 
tation qu'il y a lieu de donner à ce mot. - 

L'opinion la plus ancienne est qu'il faut voir dans la dilatura 
des dommages -intérêts, dus notamment pour le têtard que 
le défendeur, niant sa culpabilité, a mis à s'exécuter (Cujas, 
cité par Bignon * : id quod interest propler moram ; Heinec- 
cius * : quod pro mora datur ; Eccard 3 : mora sua cuilibet 

1 Bignonius, Marcul/i formulœ (1665), p. 143. 

* Heineccius, Elément, jur. German., II, 21. 

* Eccard, Leges Francarum, p. 45. 



— 4 — 

nociva). Cette interprétation est acceptée par Grimm, dans la 
préface de l'édition de la loi salique de Herkel (p. lxxxv), par 
Behrend i ( « Verzugsinteresse » ), par v. Richthofen (Lex Thu- 
ringorum, p. 130, note 71), par Sohm ipoena quœ a reo negante 
postea convicto, pro mora solvitur {Lex Francorum Chamavorwn, 
p. 274, note 25*). H. Thonissen, dans la seconde édition de 
son important travail sur Y Organisation judiciaire de la loi 
salique y sans s'y rallier complètement, la déclare vraisem- 
blable (p. 273). La dilatura serait donc une peine moratoire; 
on a même dit : les intérêts moratoires, bien que cette expres- 
sion, qui n'est applicable qu'au produit d'une somme d'argent, 
soit assurément déplacée dans l'espèce. 

Toutefois, cette manière de voir trouve des contradicteurs. 
Waitz se refuse à l'admettre 3. L'hésitation provient surtout de 
la difficulté qu'il y a de formuler, d'après la loi salique, une 
théorie satisfaisante des applications de la dilatura. Cette péna- 
lité supplémentaire est en effet mentionnée pour des délits 
sans importance ; elle est omise quand il s'agit des attentats 
les plus graves. « Pourquoi, disait M. Thonissen dans sa pre- 
mière édition où il prenait parti pour les idées de Waitz, pour- 
quoi aurait-on astreint le voleur d'un esclave, d'un animal, 
d'une clochette, à l'obligation de payer.... des intérêts mora- 
toires ou autres, tandis qu'on en aurait dispensé le voleur d'un 
homme libre de naissance? » (p. 184.) 

Cependant les autres explications proposées ne sont guère 
plus admissibles. 

Pithou [Glossarjum), s'appuyant sur une glose: delatura, 

m 

fredOy avait cru qu'il fallait assimiler la dilatura au fredum, 
c'est-à-dire à la part de la composition attribuée au fisc. Cette 

1 Lex Saliva, Glossar V° Dilatura. 

* Un passage de la Lex Visigotfwrum, II, 1, 18, peut aussi être invoqué 
ici : Et si,., se dilataverit aut adjudicium venire contempserit pro dilatione 
sola V auri solides petitori ... exsolvat. Seulement le défendeur ne nie pas 
dans ce cas; il refuse de comparaître. Cf. Gaupp, Lex Francorum Chama- 
vorum, p. 74. 

3 Dos alte Recht der Salischen Frankcn, pp. 196 et suiv. 



— S — 

opinion est contredite par les textes qui distinguent nettement 
les deux choses : 

L. Angliorlm, VII, 2 : ....delaturam sol 7 et in freda totidetn. 

L. Sal. XXXV, 6 : ....inter freto et faido sunt 1800 dinar, qui 
foc. sol. 45, excepto capitale et dilatura. 

Grimm (dans les Rechtsalterthûmer i), Eichhorn *, Wilda 3, 
ont proposé de voir dans la dilatura la récompense accordée à 
celui qui dénonçait le délit; cette hypothèse se fonde sur divers 
passages des lois anglo-saxonnes, burgondes et visigothiques *, 
qui font mention d'une prime de ce genre, et spécialement sur 
les termes d'une lettre adressée à l'évêque Purchard de Saint- 
Gall 5 et dans laquelle on lit : qui occulte sibi paclum fieri 
petiit depretio duarum librarumpro delatura ut haecpatefaceret. 
Seulement, comme le fait remarquer Waitz 6, cette lettre est du 
XI e siècle; puis delatura signifie ici la dénonciation elle-même, 
bien plutôt que sa récompense. 

Il n'est pas douteux cependant que l'acception : dénonciation 
(accusatio, calumnia, proditio)se rencontre d'une façon authen- 
tique, mais elle est incompatible avec les textes mérovingiens 7, 
et elle correspond à la forme delatura qu'il ne faut pas confon- 
dre, bien que les manuscrits le fassent plus d'une fois, avec 
dilatura. Delatura, de déferre, est en rapport wecdelatio, delator, 
mais doit être nettement distingué des dérivés de differre : dila- 
tura et dilatio (dans la loi ripuaire, XXXIII, 2, Her.). On n'objec- 
tera pas que le mot dilatura ne figure point dans les lexiques 
latins; quiconque a ouvert les leges Barbarorum sait qu'elles 
ne craignent pas les néologismes. 

* Deutsche Rechtsalterthûmer, p. 655. 

* Deutsche Staats- und Rechtsgeschichte, I, § 71. 

* Strafrecht der Germanen, pp. 901 et suivantes : « Ànbringelohn. » 

4 Meldefeoh, i. e. pecuniam indication^ vel delaturam (ancienne version 
latine des lois du roi Ine, dans Schmid, Gesetze der Angelsachsen, p. 39). 
— Lex Visigoth., VII, I, 4 : Si quis furem prodiderit... non plus pro 
indicio accipiat... Et delator non ampliusjam requirat. 

» Goldast, Scriptor. rer. Alsatic, II, p. 56. 

6 Dos aile Recht, p. 197, note 4. 

7 Sauf peut-être en un seul passage sur lequel je reviendrai plus loin. 



- 6 — 

Le défaut de toutes ces interprétations est d'ailleurs qu'elles 
n'expliquent en aucune façon pourquoi la dilatura figure dans 
certains articles de la Loi, et pourquoi elle est absente des 
autres. 

C'est pour ce motif également que l'on pourrait rejeter d'em- 
blée l'hypothèse de Wendelinus * et de Wiarda 2, qui font de 
la dilatura l'équivalent des frais judiciaires. Hais, de plus, est-il 
conforme à l'esprit de la législation franque de supposer l'exis- 
tence de frais de justice ? Il ne peut être question de fournir 
des indemnités aux témoins, ni de rétribuer les juges ou de 
payer des employés quelconques, et, en tout cas, ces frais 
seraient aussi réels lorsqu'il s'agit d'un assassinat que pour un 
simple vol. 

Mais, de réfutation en réfutation, on est conduit à désespérer 
d'une solution rationnelle, et c'est ainsi, je pense, que Waitz a 
fini par proposer une explication qui a le premier défaut, à 
mes yeux, de ne rien expliquer du tout. 

La dilatura, dit-il, est « une espèce de peine qui portait un 
certain caractère public, mais n'était encourue que dans des 
cas déterminés par la loi 3 ». M. Thonissen, dans sa première 
édition (p. 184), avait à peu près accepté cette formule; il la 
modifiait en disant : « c'est une somme fixée par la coutume et 
qui, dans certains cas, venait s'adjoindre à la composition ». 

On conviendra que ces définitions sont singulièrement 
vagues. Presque toutes les pénalités franques consistent en 
sommes fixées par la coutume. Pourquoi celle-ci, dans certains 
cas, et dans quels cas, vient-elle s'adjoindre à la composition? 
Est-ce à la composition qu'elle s'ajoute ou au capitale 9 . Pour- 
quoi cette peine a-t-elle un « certain caractère public » ? Waitz 
entend-il par là qu'elle serait dévolue au fisc? C'est ce que dit 

1 Leges Salicœ illustrâtes (4649) : Sumptus qui fiunt in causse proseca- 
tione, dum inficiando lis crescit. 

* Wiarda, Erlâuterung der Lex Salica, p. 281. 

3 Dos alte Recht, p. 199 : Es scheint nichts ûbrig zu bleiben als die 
dilatura fur eine Art der Strafe zu halten die einen gewissen ôffentiiehen 
Charakter an sich trug, aber nur in bestimmten FaUen vorkam. 



— 7 — 

Walter qui l'approuve * , et cependant les textes établissent le 
contraire *. 

Mais surtout pourquoi cette peine ne frappe-elle que certains 
délits, souvent les moins graves? L'objection formulée par 
M. Thonissen conserve ici toute sa force : est-il vraisemblable 
qu'une pénalité supplémentaire, sans caractère déterminé, soit 
appliquée au vol de 40 deniers et qu'elle ne le soit pas à l'in- 
cendie d'une maison ? 

Nous voilà bien loin d'une conclusion satisfaisante et l'on 
pourrait être tenté de dire avec Scherrer (Zur Lex Salica, Zeit- 
schrift fur deutsche Rechtsgeschichte, XIII, 265) que le mieux, 
pour le moment, est de s'abstenir et de traduire dilatura par 
« quelque autre prétention du demandeur 3 ». 

Je crois cependant qu'un pareil scepticisme va beaucoup 
trop loin et j'essaierai de démontrer que la première opinion, 
celle qui fait de la dilatura une espèce d'intérêts, se rapproche 
le plus de la vérité, qu'il importe seulement de la formuler en 
termes un peu différents et qu'alors on parvient même à 
rendre compte, à très peu d'exceptions près, de tous les cas 
particuliers qui se présentent dans la loi salique et dans les 
autres textes mérovingiens. 

La première chose à faire est de noter les passages dans les- 

1 Walter, Deutsche Rechtsgeschichte, p. 758. 

1 XXII... Ei vero cujus annona est, alios DC din. qui foc. sol. XV cul p. 
jud., excepto capitale et dilatura. Il est vrai que la mention de la dilatura 
ne figure que dans les textes 6, Herold et Entend.; mais si les rédacteurs 
plus récents pouvaient se tromper sur l'application de la dilatura, ils 
savaient certainement à qui elle était attribuée. Dans cet ordre d'idées, 
je puis invoquer ici le t. XII, 2 : Dominus vero servi qui furtum fecit 
capitale et dilaturam requirenti restituât. Ce texte ne se rencontre sous 
cette forme que dans le C. 1, Herold et Entend., mais, encore une fois, 
quelque doute que Ton puisse avoir sur l'étendue des obligations du 
mailre d'un esclave (voir VII, pp. 30 et suiv.), les rédacteurs n'auraient 
pas écrit requirenti, si, en fait, c'était le fisc qui percevait la dilatura. 

5 « ... wird man am besten thun es mit « sonstigem klâgerischen 
Anspruch » zu ûbersetzen. » — Déjà Ducange, V° Delatura et Pardessis, 
Loi salique, p. 363, préfèrent ne pas conclure. 




^8 - 

quels apparaît la dilatura et de rechercher si de cette analyse H 
se dégage une loi. 

Malheureusement les manuscrits de la loi salique offrent, 
sur ce point surtout, d'extrêmes divergences. On sait qu'ils 
appartiennent à quatre familles principales * : la plus ancienne 
qui, sous sa forme actuelle, remonte sans doute à Glovis, la 
deuxième de la fin du VI e siècle , la troisième de l'époque de 
Pépin le Bref, la quatrième, connue sous le nom de lex emen- 
daia y des premières années de Charlemagne. II faut y ajouter 
le texte d'Hérold, qui repose sur un manuscrit aujourd'hui 
perdu et dont la valeur est assez problématique. 

Hessels, dans son édition 2, a publié onze textes appartenant 
a ces diverses familles avec leurs variantes. 

Or, la mention de la dilatura y est fort irrégulière et, quand 
elle fait défaut, on n'a presque jamais la certitude absolue que 
cette absence n'est pas due à Terreur, à l'oubli d'un rédacteur 
ou d'un scribe. 

Voici, par exemple, le titre II qui traite du vol des porcs. 
Sur seize articles, le texte I de Hessels porte la dilatura aux 
articles 4, 5, 6 (par analogie de 8), 7, 10, 11, 12, 15 et 16 : vol 
d'un porc d'un an, de deux ans, de deux porcs de cet âge, d'an 
verrat ou d'une truie, d'un porc destiné au sacrifice, de plus 
de 25 porcs ou de 50 porcs pris dans une harde plus nom- 
breuse ; mais il n'en est pas question aux articles 1, 2, 3, 8, 9, 
13 et 14, qui traitent du vol d'un cochon de lait, d'un petit 
cochon sevré, d'une truie qui allaite, d'un porc majale non 
destiné au sacrifice, de 25 porcs formant un troupeau entier. 

Il est visible que ces différences sont tout arbitraires. Il n'y 
a aucune raison pour refuser à l'homme auquel on a dérobé 
25 porcs la satisfaction qu'on lui donnerait si on ne lui en avait 
pris qu'un seul. 

1 Voir Behrend, Die Textenltmckelung der lex Salica (Zeitschrift fïir 
Rechtsgeschichte, XIII, 1 et suiv.), et Brunner, Deutsche Rechtsgeschichte, 
I, pp. 293 et suiv. 

* London, 1880. 



- 9 - 

Les autres textes montrent, pour le même titre, des inéga- 
lités aussi inexplicables et qui ne correspondent pas à celles 
du premier. 

Seuls, le texte d'HeroId et la Lex Emendata mentionnent la 
dilatura à tous les articles. 

Pareillement au titre III : Du vol de bestiaux, le texte 1 ne 
parle de dilatura qu'à l'article 7 : vol de 13 à 25 bêtes, tandis 
que tous les autres textes la citent sans exception à tous les 
articles. 

On peut croire que les rédacteurs les plus anciçns ont par- 
fois omis, par inadvertance, d'inscrire la dilatura; mais, en 
revanche, il est possible aussi que la Lex Emendata, arrêtée à 
une époque où l'intelligence des institutions primitives s'était 
un peu oblitérée, ait introduit le terme systématiquement et 
par amour de la symétrie, même là où il ne devait pas être. 

C'est aussi le cas pour le texte d'Herold. Merkel i avait pensé 
([u'Herold avait dans son édition combiné arbitrairement plu- 
sieurs manuscrits. Behrend considère cette affirmation comme 
trop absolue; il admet néanmoins qu'Herold a complété cer- 
taines dispositions, en s'en référant surtout à la Lex Emendata*. 
Et il me paraît indéniable que cela est vrai surtout pour les 
mentions de la dilatura. 

De ces constatations il ne faudrait pas conclure à une incer- 
titude absolue; j'ai voulu mettre en garde seulement contre un 
attachement trop littéral à la lettre des manuscrits ; les exem- 
ples que j'ai cités pour les vols de bestiaux et de porcs prou- 
vent que de la sorte aucune interprétation n'est possible. 

L'examen des tableaux suivants fera voir au contraire que dès 
l'abord quelques principes généraux apparaissent nettement. 

4 Merkel, Lex Salica, p. xcvi. 

1 Behrend, Zeitschrift fur Rechtsgeschichte, XIII, 31 : Ich halte es nicht 
blos fur mdglich, sondern sogar fûr wahrscheinlich, dass Herold den von 
ihm zu Grande gelegten handschriftlichen Text durch Einfûgung von 
Zusatzen vermehrt hat, die er aus anderen Hdss. oder auch aus gedruck- 
ten Exemplaren schôpfte. Namentlich scheint er die Emendata zu diesem 
Zweck benutzt zu haben. 



— 10 — 

À. Cas dans lesquels la dttatura est mentionnée par la plupart 
des manuscrits : 

Titre II. Vol de porcs. 

III. Vol de bêtes à cornes. 

IV. Vol de brebis. 
V. Vol de chèvres. 

VI. Vol de chiens. 
VU. Vol d'oiseaux. 
VIII. Vol d'abeilles. 

IX. Détention et mutilation de l'animal d'autrùi qui a commis des 
dégâts dans une moisson. 

— - Dommage causé à un animal d'autrùi par négligence. 
X. Vol d'esclaves. 

XI et XXVII. Vol d'objets divers commis par des hommes libres. 
XXXVIII. Vol de chevaux. 
XXXIX. Action d'embaucher et d'enlever un esclave d'autrùi. 
XLVIII. Fait d'amener un faux cojurateur. 
LXV. Action de decorticare un cheval. 

B. Cas où la dilatura n'est citée que par la minorité des 
manuscrits (d'après l'édition de Hessels) : 

Titre IX, 4. Dommages causés dans un champ par les bôles d'autrùi (C. 7 à !*, 
Her. et Emend.). 
8. Reprise violente de bestiaux enfermés pour le dommage qu'ils ont 

causé (Herold et Emend.). 
6. Acte d'introduire méchamment des bestiaux dans un champ (Em.). 
XII. Responsabilité du maître pour les Vols commis par des esclaves 
(4 et Herold.). 

XIII. Rapt d'une femme libre (Herold.). 

XIV. Meurtre d'un homme libre endormi (8, 6, Emend.). 
XVI. Incendie d'une étable a porcs (4, Herold et Emend.). 

— — d'une maison (Her. et Emend.). 

— Acte de couper une haie (8 et 6). 

XXI. Vol de bateaux (7, 8, 9, Her. et Emend.). 
XXII. Vol commis dans un moulin (8, Her. et Emend.). 
XXVII. Vol d'une clochette de porc (4, 2). 
Vol d'une entrave de cheval (4). 
Vol dans un jardin (1). 
Vol de lin, dans une charrette (4, 2). 
Vol de lin, sur le dos (8, 6, Emend.). 
Vol de foin, sur le dos {Emend.). 
Vol de vin, dans une charrette (4, 8, 6, Emend ). 
Vol de bois dans une forêt (Her. et Emend.). 
Vol de filets (2). 
Vol de gibier (4). 
LV. Vol dans une église avec incendie (7, 8, 9, Her. et Entend). 



— u — 

C. Cas où la dilolura n'est citée par aucun manuscrit : 

Titre I. Relus de comparaître en justice. 

XIII. Rapt (sauf Beroîd). 

XIV. Attaque et spoliation d'hommes libres (sauf 5, 6, Emend. pour un 

homme endormi). 
XV. Homicide d'hommes libres et enlèvement d'une femme mariée. 
XVL Incendie d'une maison (sauf Her. et Emend ). 
XVII. Blessures. 

XVIII. Accusations portées devant le roi contre un absent. 
XIX. Empoisonnement et maléfices. 
XX. Blessures ou attentat à une femme libre. 

XXIII. Acte de monter le cheval d'autrui. 

XXIV. Meurtre d'enfants. 

XXV. Fait d'avoir commerce avec une esclave d'autrui. 
XXVI. Affranchissement de l'esclave d'autrui. 
XXVIII. Fait de soudoyer quelqu'un pour un crime. 
XXIX. Mutilations. 
XXX. Injures. 

XXXI. Fait de détourner violemment un homme de sa route. 
XXXII. Acte de lier sans cause un homme libre. 
XXXI V. Destruction de haies. 
XXXVI. Responsabilité pour la mort d'un homme causée par un animal 

domestique. 
XXXIX. Tentative d'enlever l'esclave d'autrui. 

— Enlèvement d'un Franc libre ou d'un Romain libre. 
XL et XII, 2. Vol commis par des esclaves, obligations du maître (sauf 1 et 
Her. XIII, 21. 
XL1. Meurtre d'hommes libres, antrustions, convivœ régis, etc. 
XLII. Meurtre perpétré en bande. 
XLIII. Meurtre dans un festin. 
XL VI H. Faux témoignage et faux serment. 
XLIX. Refus de témoigner. 
LU. Refus de restituer une chose prêtée. 
LIV. Assassinat d'un graphio. 
LV. Dépouillement d'un cadavre. 
LVII. Refus de la part de rachimhourgs de prononcer un jugement. 
LXI. Acte d'enlever un objet des mains d'autrui. 
LX1II. Meurtre d'un homme à l'armée. 
LXIV. Inculpations fausses. 

Je ne mentionne pas ici les titres où il est question d'actes de 
procédure ou de juridiction volontaire (aflatimus, reipus, etc.) 
et dans lesquels aucune espèce de pénalité ne peut figurer. 



— 12 — 

Tirons de cette énumération les conclusions les plus appa- 
rentes : 

1° Dans la plupart des cas de vols, il y a lieu à dUatura; 

2° La dilatura n'est pas due pour assassinat, rapt, viol, bles- 
sures, mutilations, incendie, injures, maléfices, empoisonne- 
ments, faux témoignage, etc., ni de la part du maître quand il 
s'agit d'un vol commis par un esclave; 

3° Elle n'est pas indiquée pour certains crimes ou délits qui 
impliquent cependant un vol ou qui tout au moins ont pour 
effet de priver le propriétaire de sa chose. Tels sont l'acte de 
détruire une maison et ce qu'elle contient, d'affranchir l'es- 
clave d'autrui, d'attaquer et de dépouiller un homme libre, de 
dépouiller un cadavre ; 

4° Sur certains points, mentionnés dans le tableau B, les 
textes présentent de graves divergences. Visiblement les rédac- 
teurs se sont trouvés embarrassés et ils ont tranché la difficulté 
en s'inspirant tantôt d'une analogie, tantôt de l'autre. 

Mais cette première constatation faite, est-il possible d'aller 
plus loin et d'établir des règles qui donnent les grandes lignes 
de la théorie franque et qui justifient même les exceptions 
apparentes? 

Voici comment j'essaierai de formuler ces règles : 

La dilatura représente essentiellement les fruits que le pro- 
priétaire a été empêché de percevoir. Il ne suffit pas qu'on lui 
restitue la chose qu'un tiers s'est indûment appropriée; il 
faut de plus qu'on l'indemnise de la jouissance dont il a été 
privé. C'est ce qui explique que la dilatura est presque toujours 
jointe au capitale, et que là où il ne peut être question du rem- 
boursement du principal, il n'y a pas lieu davantage à la remise 
des intérêts. 

J'en conclus que les seuls délits entraînant la dilatura seront 
des vols ou des délits connexes, par exemple la destruction 
ou la détention illégale d'un objet qui équivaut à un vol pour 
le propriétaire. 

La dilatura n'est donc pas un accessoire de la composition, 
et ce n'est pas le retard de consentir à la composition qui lui 



- 13 - 

donne naissance. S'il en était ainsi, la loi devrait comminer 
la dilatura dans tous les procès, dès que la litis contestatio est 
faite, et non seulement pour vol, mais pour un délit quel- 
conque, et il en résulterait aussi qu'un coupable en aveu ne 
devrait jamais la réparation spéciale du dommage causé par la 
privation des fruits, quelle qu'en fût la durée. Or les textes 
excluent formellement ces hypothèses. 

La définition d'après laquelle la dilatura ne courrait qu'à 
partir de la dénégation du défenseur est beaucoup trop étroite ; 
c'est le fait délictueux lui-même qui la provoque. Au lieu de 
parler d'intérêts moratoires, c'est intérêts compensatoires qu'il 
faut dire, en prenant ce terme dans le sens que lui donnent les 
juristes modernes i . 

4 Voici, à l'appui de cette distinction, quelques citations qu'a bien 
voulu rassembler pour moi mon collègue, M. £. Van der Rest : 

ârntz, t. III, n° 79, alin, 2 : « Les intérêts sont compensatoires ou 
moratoires. Les intérêts compensatoires sont ceux dus pour l'usage d'un 
capital ou l'équivalent du prix d'une chose productive en fruits. Les 
intérêts moratoires sont dus à raison du retard d'acquitter une obligation 
ayant pour objet une somme d'argent. 

Demolombe, t. XII, n° 613 : Le Code ne s'occupe dans l'article 1153 que 
des intérêts moratoires. Aux intérêts moratoires- on oppose les intérêts 
compensatoires, qui sont eux-mêmes de deux sortes, à savoir : conven- 
tionnels, lorsqu'ils sont stipulés par le créancier pour prix de la jouis- 
sance d'une somme d'argent par lui prêtée au débiteur ; judiciaires, 
lorsqu'ils sont alloués au créancier par le juge , pour la réparation de 
tout autre dommage que celui résultant du retard dans l'exécution d'une 
obligation ayant pour objet une somme d'argent, et comme complément 
accessoire de l'indemnité pécuniaire à laquelle le débiteur est condamné 
envers lui. Il importe de ne pas les confondre. 

Larombière, Traité des obligations, t. II, art. H53, n° 2 : Si l'on peut 
stipuler des intérêts dans un prêt de choses fongibles comme dans un 
prêt de deniers, il ne faut pas croire que lorsqu'il s'agit de dommages et 
intérêts pour retard dans le payement de choses fongibles, le créancier 
n'ait droit qu'à des intérêts proprement dits et dus seulement en vertu 
d'une demande judiciaire; il ne s'agit plus alors d'intérêts, mais de 
dommages et intérêts véritables dont la loi n'a point fait l'évaluation à 
priori et à forfait. En un mot, là où il s'agit du payement, non de deniers, 
mais de toute autre chose, fût-ce même d'une chose fongible et susceptible 



— 14 - 

Appliquons ces principes généraux aux cas particuliers, afin 
de les préciser et d'en vérifier l'exactitude. 

I. Vol d'animaux et d'esclaves. — C'est à propos des vols d'ani- 
maux et d'esclaves que tous les textes de la loi salique mention- 
nent le plus fréquemment et le moins irrégulièrement la (Mo- 
llira, et en effet la notion des fruits apparaît ici clairement. Par 
fruits il faut entendre aussi bien le croît des animaux que leur 
travail, comme celui des esclaves. 

Les exceptions qui ne sont pas nombreuses trouveront leur 
explication plus loin. Je ne citerai pour le moment que le fait 
d'avoir affranchi l'esclave d'autrui ; à première vue, c'est un vol, 
et assurément le délit a pour conséquence de priver le proprié- 
taire de la jouissance de sa chose; néanmoins la loi ne pres- 
crit ni la restitution de l'esclave ni la dilatura. Elle se borne à 
enjoindre au coupable de rembourser, en sus de la compo- 
sition, pretium servi, le prix de l'esclave (XXVI, 2). Il en 
résulte que l'affranchissement restait valable : l'affranchi con- 
servait la liberté *. Nous verrons, de plus, que l'homme libre 
n'était pas considéré comme producteur de fruits; c'est cette 
conception qui domine dans le cas actuel et qui empêche qu'on 
ne réclame du défendeur l'équivalent d'un travail que l'affran- 
chissement avait eu pour effet d'anéantir. 

à ce titre de produire des intérêts conventionnels, il n'y a pas lieu à 
l'indemnité légale des intérêts moratoires; il y a lieu à des dommages- 
intérêts dans toute la force du mot, excepté dans le cas de prêt, s'il y a 
retard dans le remboursement, ou s'il y a une stipulation expresse 
d'intérêts. 

Dans le même sens : Dalloz, Répertoire, v° Obligations, n° 844; 
Laurent, t. XVI, n<» 306 et 326. 

4 Les Capitula legi Salicœ addita de 819 (Ed. Boretius, I, p. 292), 
interprétant la Lex Emendata, XI, 3, qui assimile l'affranchissement au 
meurtre de l'esclave et commine le capitale et la dilatura, décident que 
l'affranchi ne gardera pas la liberté; mais la question était controversée : 
dixerunt aliqui, quod idem servus, qui ingenuus dimissus fuerat, denuo 
ad servitium redire non debeat; sed pristino domino et servitio resHtotfus 
fiât, judicaverunt, et cette interprétation est sans valeur au point de vue 
du droit ancien* 



— 15 — 

II. Vol d'objets. — On peut se demander d'abord si les Francs 
avaient la notion bien nette des fruits résultant de l'usage d'une 
chose, telle qu'un instrument aratoire, un bateau, une clo- 
chette, une pièce de bois, etc. 

Il semble que les rédacteurs de la loi salique aient eu à cet 
égard beaucoup d'hésitations. Ils mentionnent la dilatura pour 
vol commis en dehors d'une maison, vol commis dans un 
jardin, vol perpétré avec de fausses clefs, vol d'objets valant 
plus de cinq dinarii, vol de lin, de foin, de filets de pêche, etc. 
Mais ils l'oublient quand il s'agit du vol commis à l'intérieur 
d'une maison, dans une cave (screona), du vol de fèves, de len- 
tilles, de navets. 

Ce serait pousser la subtilité un peu loin de vouloir expli- 
quer ces divergences. Parfois cependant on devine ce qui les a 
déterminées. 

Il est des cas où le délit consiste plus dans l'intention que dans 
la gravité du dommage. La restitution des fruits et même celle 
du capitale ont alors si peu d'importance que la composition 
elle-même indemnise suffisamment et largement le propriétaire. 

Ainsi le vol de raisins dans un vignoble ne donne pas lieu 
à dilatura * ; mais il en est autrement si le voleur a rapporté 
chez lui dans une charrette le produit de son larcin : 

Même distinction pour le vol de foin. 

XXVII. 10 et si fenutn exinde ad dojnum suam duxerit et 

discargaverit excepto capitale et dilatura, 4800 dinar., qui 
faciunt sol. 45, culpab.judicetur. 

H. Si veto tantum praesumpserit quantum in dorsum suum 
portaverit, 120 dinar., qui faciunt sol. 3, culp.judicetur. 

On voit que si la quantité soustraite est insignifiante, la 
dilatura est négligeable. 

4 XXVII , 12. Si quis vinea aliéna in furtum vindimiaverit et inventus 
fuerit... sol. XV culp. judicetur (aucun texte n'ajoute : excepto capitale et 
dilatura). 

13. Si vero vino ad domum suam exinde duxerit (plusieurs textes : in 
carro duxerit) autdiscarecaverit, ... sol. XLV culp. judic., excepto capitale 
et dilatura (C. 3, 4, 5, Emend.). 



— 16 — 

De cette façon s'expliquent les dispositions qui frappent 
d'une simple amende de 3 sous celui qui a pris des navets 
dans un champ (XXVII, 7), celui qui a passé avec une charrette 
dans le blé à l'époque où le grain commençait à lever 
(XXXIV, 2), et de 15 sous, s'il ouvrait déjà ses feuilles 
(XXXIV, 3), de 15 sous également celui qui fait un trou dans 
une haie, en enlevant trois piquets ou en coupant les liens qui 
les retiennent (si quis veto très virgas unde sepes super ligaiur 
vel retorta unde sepes continetur capulaverit aut très cambortas 
involaverit XXXIV, 1). 

C'est probablement pour la même raison que YexpoUatw 
d'un esclave ou d'un lite par un homme libre ne donne lieu ni 
à la restitution du capitale, ni à la dilaiura (XXXV, 2,3,4). 
Les victimes de cet acte de violence ne portaient pas sur elles 
des valeurs considérables : la loi prévoit les cas où les objets 
enlevés valaient moins d'un sou ou plus d'un sou, et elle 
commine, en conséquence, des peines de 15 sous et de 
30 sous (35 pour le lite), qui sont censées fournir une indem- 
nité suffisante. 

Pareillement, s'il faut traduire le titre LXI, 1 : si quis aUeri 
de manum suam desuper atierum aliquid rapuerit, comme on le 
fait généralement, et y voir le fait d' « arracher brusquement un 
objet des mains de son propriétaire »(Thonissen, p. 326, 2° éd.), 
on dira qu'ici la restitution du capitale peut se justifier (rem in 
caput reddat), mais que la dilaiura est exclue par l'insignifiance 
même du vol. 

Je dois ajouter cependant que cette interprétation me paraît 
bien douteuse. Ce qui saute aux yeux, c'est que de manu(m) 
sua(m) du premier paragraphe est opposé à in manu tertia du 
second. Or, la manus tertia est une expression figurée; miltere 
in manum tertiam, c'est faire rechercher le tiers qui a eu pos- 
session de la chose volée et qui est l'auteur du possesseur actuel. 
Dès lors, rapere aliquid alteri de manu sua, n'est-ce point 
enlever une chose à celui qui la possède, dans le cas où il n'y 
a pas eu dHntertiatio, et desuper alterum ne signifie-t-il pas que 
cette chose est la propriété d'un autre? Il s'agirait, si cette 



— 17 — 

interprétation est admissible, du vol d'un objet commis au 
détriment de celui qui n'en est pas propriétaire, et l'absence de 
dilatura serait due précisément à cette dernière circonstance. 

Waitz (Basalte Recht, p. 198) pense que la dilatura n'est pas 
exigée parce que la restitution de la chose arrachée de la main 
est immédiate. Il est certain que nous sommes ici en présence 
d'un furtum manifestum; mais pour en conclure que la restitu- 
tion se fera sur-le-champ, il faudrait admettre que le voleur 
fût, dans tous les cas, arrêté en flagrant délit, ce que l'article 
ne dit en aucune façon. 

En réalité, les textes sont extrêmement défigurés et presque 
inintelligibles. Déjà, le rédacteur du C. 1 a lu au § 2; in terra 
raanum pour in tertia manum ; il a supposé alors que in terra 
se rapportait aux mots précédents : desuper hominem, et pour 
plus de clarté, il a ajouté : mortuum. Cette idée de l'homme mort 
l'a conduit à intercaler un paragraphe relatif à la spoliation du 
cadavre qui n'avait rien de commun avec les autres articles. 

Les textes suivants sont encore moins satisfaisants : 

C. 2. Si quis alteri super illo idem mano super illo alique 
inripuit (?). 

C. 3. Si quis alteri de manu per virtutem aliquid tulerit desu- 
per illam rem 

Dans les plus récents, on arrive à une formule très claire : 
Si quis alteri de manu aliquid per vim tulerit; mais elle a l'in- 
convénient d'être absolument étrangère à la disposition du § 2, 
qui s'occupe du vol d'une chose frappée de saisie-arrêt. 

Au titre XXVII , De furtis diversis, rien ne paraît plus arbi- 
traire que les dispositions des articles 1 et 2 , telles que les 
donnent les textes 1 et 2. 

1. Si quis tintinno de porcina aliéna furaverit, sol. XV 

culp.jud., excepta capitale et dilatura. 

Si quelqu'un vole la clochette d'un troupeau de porcs, il 
doit 15 sous, plus le capitale et la dilatura. 

2. Si vero de pecoribus involaverit, sol. III culp. judic. 

S'il vole la clochette d'autres bestiaux : 3 sous, sans capitale 

ni dilatura. 

Tome XLI. 2 



— 18 — 

Il est possible, en effet, que la différence soit imputable à la 
négligence des copistes *. Je me hasarde cependant à suggérer 
l'explication suivante. Les vaches étaient des animaux que Ton 
pouvait reconnaître facilement; la loi salique expose toute la 
procédure extrajudiciaire par laquelle on les réclamait après 
les avoir suivies à la trace. Les porcs, au contraire, encore à 
demi-sauvages, pouvaient être considérés comme perdus si leur 
clochette était enlevée. De là l'élévation de la composition qui 
équivaut pour le vol d'une clochette à celle du porc adulte 
(tit. Il, 5), et la mention du capitale et de la dilaiura, probable- 
ment pour Tanimal lui-même. 

Ce qui tend à confirmer cette interprétation, c'est que le 
droit franc empêchait là recherche des traces, le vestigium 
tninare, pour des vêtements ou d'autres objets analogues qui ne 
portent pas de marque distinctive 2, 

Et ceci nous permet de supposer que l'absence de la dilatwra 
pour vols commis dans une maison ou dans une cave, screona 
(où. travaillaient les servantes), a sa raison d'être. On ne pouvait 
guère y soustraire que des vêtements ou d'autres choses peu 
reconnaissables, qu'il était interdit de suivre et de faire saisir. 
Dès lors la restitution in capite était impossible et la dilatwra 
partageait le sort du capitale. 

Ceci n'est cependant qu'une hypothèse à laquelle je n'attache 
pas d'autre valeur et, sans chercher aussi loin, on serait tenté 
de supposer que c'est la seule mention des porcs qui a amené, 
par une association d'idées fréquemment répétée, le mot dila- 
tura sous la plume du rédacteur. 

Je constate, en effet, que dans la Lex Angliorum et Wertiw- 
rum, id est Thuringorum, il n'est question que deux fois de 
dilatura : pour vol des bijoux d'une femme (rhedo) et pour vol 
d'un troupeau de porcs (art. 37 et 38). 

Par une exception analogue, la loi salique, qui ne parle 

1 Les textes 3 et suivants suppriment la mention du capitale et de la 
dilatura. 

* L. Rib. LXXII, 9. Vestimenta autem seu his similia, absque probabiU 
signo, inter tiare prohibemus. 



— 19 - 

point de la dilatura à propos de l'incendie d'une maison ou 
d'une grange, la fait reparaître (du moins dans trois textes : 
C. 1, Herold et Emetulata) pour l'incendie d'une étable à porcs 
ou à bestiaux. 

J'examinerai plus loin s'il est possible d'expliquer pourquoi 
la destruction d'un bâtiment ne produit pas les effets légaux 
d'un vol. 

III. Une condition nécessaire pour que le capitale et la dila- 
tura soient exigibles, tant pour vol d'animaux que d'objets, 
c'est que les choses volées aient été réellement la propriété 
du demandeur. 

Examinons à ce sujet le cas du vol commis dans un moulin. 
Le meunier n'est pas propriétaire de la farine qui lui a été 
dérobée. On lui doit une amende de 1S solidi. 

XXII, 1 : Cui molinus est, hoc est ipso molinario, 600 dinar, 
qui faciunt sol. 45 culp.judicetur. 

Pas un seul manuscrit ne lui attribue capitale ou dilatura. 

Mais l'homme qui avait porté son blé à moudre a droit, de 
son côté, à une réparation; elle est également de 18 solidi; 
seulement, plusieurs textes (S, Herold, Emendata) y ajoutent le 
capitale et la dilatura, ce qui est, en effet, bien conforme aux 
principes : 

Ei vero cujus annona est, alios /o culpabilis judicetur, excepto 
capitale et dilatura. 

S'agit-il maintenant d'un délit de chasse ou de pêche, d'un 
vol de gibier ou de poisson, la loi prescrit une amende, mais 
elle ne parle ni de capitale, ni de dilatura *. C'est qu'en effet, 
celui qui peut se plaindre parce qu'on a braconné chez lui, 
n'avait pas réellement la possession des animaux volés; il n'y 
avait là pour lui qu'une éventualité de capture. 

Le texte de la loi ripuaire vient à l'appui de ce commentaire. 
Très sévère pour toute espèce de vols, qu'elle frappe même 
d'une composition égale au wergeld du voleur, elle n'exige 

1 Excepté dans le texte 1. 



— 20 — 

que 15 solidi pour le gibier ou le poisson « quia non hic re 
possessa, sed de venationibus agitur » (XLII, 1). 

Cette observation est répétée (Rib. LXXVl, 1) pour le vol 
d'arbres dans une forêt : quia non res possessa, sed de ligno 
agitur. Et, avec la même logique, la loi salique ne cite pour 
cette espèce de vols ni capitale, ni dilatura. Je crois, de plus, 
que ce fait est de nature h jeter une certaine lumière sur les 
articles 16 à 19 du titre XXVII, où il est question de ces délits 
forestiers. Quatre cas sont prévus, que je classerai pour plus 
de clarté dans Tordre suivant : 

Art. 18. Vol de bois commis dans la forêt communale d'un 
autre village. Les mots silva aliéna ne signifient pas, en effet, 
une forêt appartenant à un particulier, ainsi que le pense 
M. Thonissen; on en trouve la preuve irrécusable dans les 
autres dispositions delà loi : 

Art. 16, 17, et 19, qui s'occupent de vols commis dans la 
forêt communale même. 

Art. 16. Si quelqu'un a détruit dans la forêt le bois d'un 

autre : materiam aliénant Il s'agit des arbres dont les 

co-usagers, les Markgenossen, pouvaient disposer pour leur 
usage personnel. Chacun marquait un certain nombre d'arbres; 
celui qui, par mauvais gré, coupait ou brûlait ces arbres, était 
frappé d'une composition de 15 solidi. 

Si, cependant, les arbres avaient été marqués l'année précé- 
dente et que celui qui en avait ainsi pris possession avait 
négligé de les couper, ses droits étaient périmés et le fait de 
prendre ce bois n'était pas punissable. 

XXVII, 18 : Si quis arborent post annum quod fuit signatmn 
praesumpserit, nullam habeat culpam t. 

Il serait impossible d'expliquer cette disposition si l'on sup- 
pose que la loi veut parler d'une forêt particulière; car per- 
sonne n'admettra que le seul fait d'avoir marqué chez soi un 



1 Les Novellœ ajoutent : Si infra annum quis eum capulaverit, 420 din. 
qui faciunt sol. S culp. judicetur — addition tout à fait conforme à l'esprit 
des articles anciens. 



— 21 — 

arbre el de ne pas Ta voir enlevé dans lo délai d'un an, donnât 
à un autre quelque droit sur cet arbre *. 

C'est donc bien de la forêt communale qu'il est question, et 
il en est de même à l'article 17, qui prévoit le cas où un 
homme enlève du bois qui a déjà été façonné d'un côté (ex una 
parte dolalum), c'est-à-dire qui, manifestement, porte la trace 
d'une prise de possession. Encore une fois, dans une forêt 
particulière, ce détail serait parfaitement indifférent, car le 
premier venu ne peut pas plus y disposer d'un arbre couvert 
de son écorce que d'un arbre équarri. Remarquez, d'ailleurs, 
que la peine n'est pas augmentée pour cela : 3 solidi, comme 
pour les vols ordinaires. Le temps et le travail d'un homme 
libre n'entrent pas en ligne de compte. Mais ce qu'il y a de 
caractéristique, c'est que la loi ne parle, à propos de tous ces 
délits forestiers, ni de restitution de capitale, ni de dilatura. 
La chose s'explique parfaitement. Le bois n'est pas une richesse 
privée; il y en a en abondance. On a pris l'arbre que quelqu'un 
avait marqué dans la forêt communale, il s'en marquera un 
autre. Comment, d'ailleurs, le délinquant pourrait-il fournir 
au demandeur un arbre en remplacement du sien, si ce n'est 
en le coupant lui-même dans la forêt qui appartient à tous? 

Dès lors, la dilatura ne peut prendre naissance, car on n'a 

* La loi des Burgondes porte : 

XXV11I. Si quis Burgwndio aut Romanus silvam non habet, incidendi 
ligna ad usus suos de jacentivis et sine fructu arboribus in cujuslÀbet 
silva, habeat liberam potestatem, neque ab Mo, cujus silva est, repellatur 
(Pertz, III, p. 545), et cette disposition montre combien, môme en pays 
roman, les Germains s'habituaient peu à l'idée de la propriété privée des 
forêts. 

La loi ripuaire (LXXVI), au contraire, frappe d'amende aussi bien les 
vols de bois commis dans la forêt commune que dans celle du roi ou 
d'un particulier. Si quis Ribuarius in silva commune seu régis vel alicujus 
locadam materiamen (un arbre sur pied?) vel ligna finata (al. fissa) 
abstulerit... A cette époque, la propriété privée a fait des progrès consi- 
dérables. C'est ce qui résulte aussi du changement de rédaction apporté 
à la loi salique par la Novelle n« 282 (Merkel, p. 83) : Si quis in silva 
Ai.TERius materiamen furatus fuerit. 



*>* _ 

la jouissance des fruits d'une chose que si on est possesseur de 
la chose elle-même. 

Ce qui achève d'apporter la conviction, c'est l'article intro- 
duit dans ce titre par les Novelles : Si quis pomarium sive 
quamlibet arborent domesticam extra clausuram exciderit aut 
furatus fuerit, 420 dinar, qui faciunt solid. 3 culpab. judketur, 
excepto capitale et dilatura. Si quis vero pomarium aut quamlibet 
arborem domesticam infra clausuram excidenl aut furatus fuerit, 
600 dinarios qui faciunt solidos 15 culpabilis judicetur, excepto 
capitale et dilatura. (Merkel , n° 281, p. 83.) 

Ainsi, quand il s'agit d'un arbor domestica, d'un pommier, 
par exemple, coupé ou volé à l'intérieur ou même à l'exté- 
rieur d'un enclos, immédiatement apparaissent le capitale et la 
dilatura. Le coupable doit fournir un arbre de même espèce, 
car le fait de la propriété privée n'est pas douteux. 

On trouvera encore une autre application du même principe 
dans les dispositions en vertu desquelles le propriétaire qui 
se remet par la force en possession d'un objet retrouvé chez 
autrui est frappé d'amende, mais ne doit ni capitale ni dilatura. 
Car si le détenteur peut se plaindre de la violence qui lui est 
faite, il n'a aucun titre, même s'il est de bonne foi, pour 
réclamer du propriétaire la jouissance perdue. (Titres XXXVII, 
2etLXI, 2.) 

IV. La dilatura n'est pas due pour une simple tentative. 
XXXIX, 1. Si quis mancipia aliéna sollicitare voluerit et et 

fuerit adprobatum, ... sol. 15 culpabilis judicetur. 

Celui qui a essayé de détourner l'esclave d'autrui est con- 
damné à une composition de 15 sous, mais il ne doit ni capi- 
tale ni dilatura. 

De même XI, 6 : Tentative d'effraction. Si vero nihil tulerit 

ut fugiens évadât, propter effracturam tantum sol. 50 culp. 

judicetur. 

V. La dilatura n'est pas due par les complices, mais seule- 
ment par l'auteur du délit principal et des délits connexes 



— 23 - 

au délit principal, par la raison que lui seul a pu jouir de la 
chose. 

Ceci explique le cas assez bizarre en apparence du faux 
témoignage et du faux serment. D'après le titre XLVIII, les 
faux témoins et les faux cojurateurs ne sont pas tenus à la 
dilatura, mais celui qui a amené de faux cojurateurs (la loi ne 
parle pas de celui qui a amené de faux témoins) est condamné 
à une composition de 48 sous; de plus il perd le procès dans 
lequel il était engagé (causa) et il doit payer le capitale et la dila- 
tura. L'article visiblement suppose qu'il s'agit d'un vol ; on sait 
que le titre LUI De manu ad hineum redimendo permet à celui 
qui est condamné à l'épreuve judiciaire de se purger à l'aide de 
cojurateurs et d'une composition supplémentaire; s'il s'agit, 
dit l'article 1 , d'un fait qui eût entraîné une composition de 
15 sous Or, la composition de 15 sous est due générale- 
ment pour vol. C'est donc le voleur qui doit ici la dilatura, et 
en effet, c'est lui qui a retiré les fruits de la chose volée, et ce 
ne sont ni les faux témoins ni les faux cojurateurs dont il a 
réussi à s'entourer pour dissimuler son délit. 

Pareillement les témoins qui refusent de venir déposer et les 
rachimbourgs qui se soustraient à l'obligation de rendre leur 
jugement ne sont jamais frappés de la dilatura. 

VI. La dilatura n'est due que pour un délit caractérisé par le 
do!; une simple faute l'exclut. 

Nous trouverons la confirmation de cette règle dans un cer- 
tain nombre d'articles qui méritent un examen attentif. 

D'après le titre IX, 1, si quelqu'un surprend l'animal d'au- 
trui dans son champ, il ne peut le frapper de manière à l'en- 
dommager. Si cependant il a cédé à un mouvement de colère 
et que, le mal fait, il l'avoue, on n'exige de lui que la restitu- 
tion du capitale, c'est-à-dire d'un animal semblable. Oa sait 
que pour les Francs les animaux d'une même catégorie sont 
choses fongibles. Quant à la bête abimée, debilem, elle reste aux 
mains de l'imprudent. Jusqu'ici, il n'est pas question de dilatura. 
Mais si le défendeur, au lieu de reconnaître sa faute, la nie, il. 



- 24 — 

est condamné, outre le capitale, à une composition et à la 
dilatura. 

IX, 1. Si quis animal aut cabaUum vel quolibet pecus in mené 
sua invenerit, penitus eum vastare non débet. Quod si fecerit et 
hoc confessus fuerit, capitale in locum restituât, ipse vero débUem 
quem percussit ad se recipiat. Si vero confessus non fuerit, et ei 
fuerit adprobatum, excepto capitale et dilatura, 600 dinar, qiâ 
fac. sol. XV, culp. judicetur. 

On a voulu conclure de cette disposition, comme je l'ai déjà 
dit, que la dilatura est une peine moratoire, qu'elle est pro- 
duite par le retard que le défendeur apporte à sa restitution. 

Que Ton veuille bien songer cependant que ce n'est pas la dila- 
tura seule qui apparaît comme la suite de la dénégation, mais 
aussi et en première ligne la composition. Dira-t-on que la com- 
position est aussi une peine moratoire, et qu'un voleur n'aura 
jamais à la fournir s'il reconnaît d'emblée sa culpabilité? On 
n'oserait certes le soutenir. 

Nous avons vu d'ailleurs que dans l'immense majorité des 
cas le payement d'une dilatura ne dépend absolument ni de 
l'aveu ni de la dénégation du défendeur. 

La vérité c'est qu'avant cette dénégation le délit réel n'exis- 
tait pas. Le défendeur avait trouvé dans son champ des ani- 
maux qui le dévastaient; il avait le droit de les saisir; il avait 
le droit de les battre, mais il ne pouvait les rendre incapables 
de travail, vastare penitus. Dès lors, si un emportement assez 
naturel lui a fait dépasser la limite des violences permises, il 
n'en est pas moins excusable. Il supportera les conséquences 
de son acte et restituera une bête intacte en remplacement de 
celle qu'il a blessée. Mais la responsabilité pénale n'existe pas, 
parce qu'il n'y a pas eu dol. Le dol n'apparaît qu'au moment 
où, par sa dénégation, le défendeur essaie de décliner sa res- 
ponsabilité. Alors une peine véritable le frappe; il est tenu à 
une amende et de plus à la restitution des fruits que le proprié- 
taire de l'animal n'a pu percevoir. 

Les autres articles du même titre justifient cette interpréta- 
tion. 



— 28 — 

IX, 2. Si quis in messe sua pecora aliéna inveneril qui pas- 
tarem suum non habent, et eas inclauserit, et nulli penitus inno- 
tesceritt et aliqua ex ipsis pecoribusperierit,...sol. 35 culp. jud., 
excepto capitale et dilatura. (Les textes 1 et 2 omettent seuls la 
dilatura.) 

Si Tanimal saisi est mort et que le détenteur ait caché la 
chose, il doit la composition, le capitale et la dilatura. Sa dis- 
simulation permet, en effet, de supposer qu'il a fait lui-même 
périr Tanimal. 

IX, 3. Si quis animale aut qualibet pecus per sua negligentia 
nocuerit, et ipse confessus fuerit , capitale in locum restituât, Me vero 
debilem ad se recipiat. Si vero negaverit et ei fuerit adprobatum,... 
sol. 45 culp. judicetur, excepto capitale et dilatura. 

Si Tanimal est mort par suite de la négligence du détenteur 
et que celui-ci le reconnaisse, il est tenu au capitale. S'il nie, 
il devra la composition et la dilatura. 

Encore une fois, tant qu'il n'y a qu'une simple faute, la 
composition et la dilatura sont exclues. 

On objecte que si la dilatura est ici étroitement liée à la com- 
position, c'est précisément parce qu'elle exprime la peine due 
pour le retard de payement de cette composition. Il n'en est 
rien, comme le prouve l'article 4 : Si quislibet porci aut qua- 
libet pecora in messe aliéna cwrerint et illum negantem ei 
fuerit adprobatum t DC din. qui faciunt sol. XV culpabilis judi- 
cetur, combiné avec la disposition IX, 7 (Hessels) : Si vero 
pecora de damno in clausura fuerint, Me cujus pecora sunt 
damno aestimato reddat et insuper 40 din. culpabilis judi- 
cetur * . 

On se trouve ici en présence d'un défendeur qui nie et qui 

1 II est à remarquer que trois textes seulement (G. % 3, 4> contiennent 
cette disposition. Le silence des autres s'explique en ce sens que la loi 
salique est essentiellement une loi pénale. Si le coupable avouait, il 
reconnaissait par là même ses obligations; la procédure était extra- 
judiciaire. C'était affaire aux parties de fixer le montant des dommages ; 
l'intervention du tribunal n'avait alors de raison d'être que si le défendeur 
manquait à son engagement. 



1 



— 26 -- 

cependant n'est condamné à aucune dilatera. Ses troupeaux 
qu'il gardait lui-même ont couru dans un champ; il est cou- 
pable de négligence. Le propriétaire du champ saisit les ani- 
maux et les enferme. L'autre, s'il avoue, ne payera que le 
damnum œstimatum, plus une légère amende de dix deniers. 

Ce damnum œstimatum, c'est l'estimation du dommage causé, 
c'est-à-dire la valeur de la moisson calculée non en vert, mais 
d'après ce qu'elle aurait rapporté si elle avait mûri. Le capitale 
et la dilatura se confondent ici, et c'est pourquoi la loi, sans 
mentionner ni l'un ni l'autre, y substitue le terme : damnum. 

Mais le défendeur nie ; alors il encourt une amende de 
15 solidi et l'on ne voit pas qu'une dilatura spéciale vienne s'y 
joindre ; en effet, il n'y a pas de dilatura pour le retard de 
payement de la composition ; la dilatura n'est que l'équivalent 
de la privation des fruits. Or, forcément elle a dû être comprise 
dans l'estimation du dommage que le défendeur de bonne foi 
est lui-même tenu de rembourser, et il n'y a pas lieu de l'ajou- 
ter maintenant , comme c'était le cas pour l'animal à propos 
duquel on pouvait distinguer le capitale de la dilatura, et pour 
lequel la dilatura n'était exigible qu'au moment où commen- 
çait le délit. 

Enfin, les articles suivants ne sont que l'application des 
mêmes principes. 

IX, 8 (Hessels). Celui qui par malveillance a introduit des 
bêtes dans un champ est condamné à 30 solidi, plus au damnum 
œstimatum (capitale et dilatura). 

IX, S et 6 (Hessels). Celui qui reprend de force les bestiaux 
que le propriétaire d'un champ dévasté conduit vers sa demeure 
ou qu'il a déjà enfermés, n'est tenu pour cet acte de violence 
qu'à une composition, ce qui n'exclut pas évidemment la répa- 
ration du dommage. Mais pouf le nouveau délit qu'il a commis 
en enlevant le gage de son créancier, il ne doit ni capitale ni 
dilatura. Ce qu'il a pris est en effet sa chose ; il n'a point à la 
restituer à celui qui n'en est pas propriétaire et qui n'a pas 
davantage une prétention quelconque à élever sur les fruits 
qu'elle peut produire. 



— 27 — 

Je dois ajouter cependant que pour ces trois derniers articles 
(8, 6 et 8), le texte de Herold et la Lex Emendata mentionnent le 
capitale et la dilatura, mais ce qui prouve le peu de fondement 
de cette addition, c'est que le damnum œstimatum fait alors 
double emploi tout au moins, personne ne le niera, avec le 
capitale. Cet exemple montre une fois de plus combien ces 
deux textes doivent, pour la question qui nous occupe, inspirer 
peu de confiance. 

Mais il est un autre titre fort singulier qui présente lui aussi 
cette distinction de l'aveu et de la dénégation et qui, de même, 
en cas de dénégation, impose la dilatura et la composition ; 
c'est celui qui est intitulé De caballo mortno extra consilium 
domini sui decolàto. 

LXV. Si quis caballum (mortnum) extra consilium domini sui 
decotaverit et interrogatus confessus fuerit, caballum in caput 
reddat* 

Si vero negare voluerit et et fuerit adprobatum, excepto capitale 
et dilatura, 4200 dinar, qui faciunt sol. 50, culpab. judicetur. 

Le cas est celui d'un homme qui écorche un cheval mort 
sans la permission du propriétaire ; il est condamné, s'il avoue, 
à lui rendre un autre cheval (vivant, sans doute). S'il nie, au 
contraire, il devra 30 solidi d'amende, plus le capitale et la 
dilatura. 

Ces dispositions sont bizarres. D'abord, pourquoi accorder à 
ce délit une mention particulière, dans un titre spécial ? Ensuite 
qu'est-ce qui justifie les peines élevées dont on le frappe ? 

M. Thonissen a conjecturé * que cette sévérité avait pour 
origine quelque idée superstitieuse se rattachant au cheval. 
Mais la loi ripuaire, qui reproduit l'article (LXXXVI), ajoute : 
seu quocumque libet animal, ce qui exclut évidemment cette 
interprétation. 

D'autres commentateurs sont disposés à ne pas donner aux 
mots : déco tare, excortigare, decorticare, excorticare, decorligare, 
toutes variantes qu'offrent les manuscrits, le sens de : enlever 

. * P. 336 (* édit.). 



— 28 — 

la peau , écorcher, mais d'y voir des synonymes à excurtare, 
couper la queue *. 

Hais, outre que cela n'explique pas grand' chose, il est à 
remarquer que le texte I qui contient, au titre LXV, la disposi- 
tion rapportée plus haut, avait déjà cité au titre XXXVIll, 8, le 
délit consistant à couper la queue du cheval : si quis cabatlo 
alieno excurtaverit, et les textes 7, 8, 9 ont l'un à côté de l'au- 
tre (T. LXIII, 2 et 3) les deux articles : Si quis caballum alienum 
excurtaverit et si quis caballum morluum sine permisso domini 
sui excorticaverit. L'addition du mot mortuum plaide encore 
ici en faveur du sens : écorcher. 

11 est à noter que pour chacun de ces délits distincts : couper 
la queue et écorcher, les trois derniers textes ne comminent 
qu'une amende modérée de 3 solidi. 

Enfin, les textes les plus récents (7, 8, 9, Herold et Emetidato) 
contiennent à la fois l'article qui frappe de 3 solidi le fait 
d'écorcher un cheval mort et celui qui, distinguant entre le cas 
de l'aveu du coupable et celui de la dénégation , lui ordonne, 
dans le premier cas, la restitution d'un cheval, et lui inflige, 
dans le second, une amende de 30 solidi, plus le capitale et la 
dilatura. 

Que peut-on conclure de tous ces faits ? A mon sens, que 
l'article inséré au titre XXXVIII (alias LXIII) a seul en vue un 
véritable vol, puni d'une amende de 3 solidi proportionnée à la 
valeur du cuir d'un cheval 2 ; aussi les rédacteurs Pont-ils 
inséré sous la rubrique : de caballis furatis ou de partis caballo- 
rum. 

Quant au titre LXV, il est impossible d'y voir un cas de vol, 
car il en résulterait que le voleur en aveu échapperait à la com- 
position, c'est-à-dire que le h se serait privé du fredum, de la 
part de l'amende qui lui est destinée, et que, par une déviation 
à toutes les règles du droit pénal franc, on imposerait au cou- 

1 Behrend, Lex Salica, p. 145. — Waitz, Dos alte Recht, 296. — 
Hessels-Kern, col. 600. 
* Dans la loi ri puai re , LXXII , 6, le cuir d'un cheval est estimé un sou. 



— 29 — 

pable une restitution in capite trente fois supérieure à la valeur 
de l'objet enlevé. 

J'incline à croire que la disposition énigmatique du titre LXV 
se rapporte à un tout autre ordre d'idées, et comme elle se 
retrouve dans la loi ripuaire (LXXXVI) avec une aggravation 
de peine : 100 solidi au lieu de 30 *, je chercherai une inter- 
prétation dans un autre passage de la même loi qui se rapporte 
à la procédure dHntertiatio. 

Celui qui reconnaît chez autrui son animal volé, doit le 
mittwe in terlia manu, c'est-à-dire, d'après les commentaires 
les plus récents 2, l'arrêter, le séquestrer entre les mains du 
détenteur qui prétend l'avoir acquis de bonne foi. Si alors, en 
attendant que l'auteur de la soustraction soit retrouvé, l'ani- 
mal vient à mourir, le détenteur doit, pour se justifier, appor- 
ter au tribunal la peau et la tête à l'effet de se disculper et 
d'établir qu'il n'a pas méchamment fait disparaître le corps du 
délit. 

Or, d'autres exemples prouvent que les lois franques sont 
très sévères pour celui qui enlève à autrui le moyen de se justi- 
fier. Ainsi le titre : Dehomine de bar go vel de furcademisso (Hes- 
sels, col. 258 et suiv.) défend d'enlever du pieu sur lequel elle 
est empalée la tête d'un ennemi tué en légitime faUla : Si quis 
caput de homine quem suus inimicus in pala misisset.... tollere 
praesumpserit. Pareillement, il est interdit de faire disparaître 
le cadavre placé sur l'espèce d'échafaudage où on le mettait 
précisément pour donner au meurtre la plus grande publicité 
et le dépouiller de toute apparence d'assassinat : Si quis homi- 
nem de bargo vel de furca abattere praesumpserit.... 

Dès lors, voici la portée que j'assigne au titre LXV : le déten- 
teur de l'animal intercié qui vient à mourir, doit sur-le-champ 

1 Rib. LXXXVI. Si quis caballum alterius mortuum seu quoeumque libet 
animal extra consUium domini sui excorticaverit , 30 solides culpab. 
judicetur. — Si autem negaverit et convie tus fuerit, i 00 solides cum 
capitale et dilatura multetur. 

* Siegel, Geschichte des deidschen Gerichtsverfahrens, I, 252 et suiv. 
— Sohm, La procédure de la loi salique (trad. Thévenin), pp. 41 et suiv. 



- 30 - 

appeler des témoins pour constater le fait ; ceci résulte de 
l'analogie du cas de l'esclave intercié et mort : cum teslibus acà- 
dat et cum ipsis sex qui eum sepelire videront, in haraho conju- 
ret quod ibidem ipsi interciatus absque interfectimiem Iwminum, 
pecodum vel alterius rd, nisi communem mortem consumptus, 
sepultusjaciat.... (LXXII, 1.) 

Or, si un tiers, découvrant quelque part le cadavre d'un che- 
val, s'est permis de l'écorcher sans demander la permission 
du propriétaire, il a commis, même en dehors de toute inten- 
tion de vol, une grave imprudence, car il a enlevé au détenteur 
ses moyens de justification. Il ne lui reste alors qu'à restituer 
un autre cheval afin de couvrir l'homme entre les mains 
duquel l'animal avait été arrêté. 

Jusqu'ici il n'a donc pas commis de délit, car s'il avait voulu 
s'approprier le cuir, il serait condamné à trois sous d'amende. 
Hais en vue d'échapper à la responsabilité de sa faute, il nie. 
Sur-le-champ apparaissent la composition et la dilatura. 

Nous trouvons donc ici une application de la règle que je 
formulais en disant que le fait présentant un caractère délic- 
tueux, donne seul ouverture à la dilatura, tandis que le capi- 
tale peut être dû pour une simple faute. 

La loi ripuaire contient encore deux dispositions dans 
lesquelles se retrouve la pénalité qu'entraîne le refus d'avouer. 
Mais comme elles se rattachent par certains points à des parti- 
cularités inhérentes aux institutions ripuaires, j'en réserverai 
l'examen pour la fin de cette notice. 

VII. Vols commis par des esclaves. — Les règles suivies quand 
il s'agit de vols commis par des esclaves fournissent une nou- 
velle illustration du principe que le délit seul oblige à la dila- 
tura. 

Les dispositions spéciales qui leur sont appliquées résultent 
de l'incapacité où se trouvent les esclaves de satisfaire eux- 
mêmes aux exigences pénales et des obligations qui incombent 
à leurs maîtres. 
. En thèse générale, il n'y a lieu à composition de la part de 



— 34— 

l'esclave que dans une mesure restreinte et pour autant que 
son pécule lui permette de payer une amende en argent ou en 
nature. Dans ce cas, il doit aussi le capitale et la dilatura. 

A défaut de payement, une peine corporelle remplace la 
peine pécuniaire. 

XII, 1. Si quis servus foris casa quod valit 2 dinarios furaverit, 
excepto capitale et dilatura, 420 flagellos accipiat, aut sol. 3 pro 
dorsum suum reddat. 

2. Si vero quod valent 40 dinarios furaverit, aut castretur, aut 
6 solidos reddat. 

Mais comme la flagellation ou la mutilation de l'esclave ne 
restitue point au propriétaire l'objet qu'il a perdu, c'est la 
responsabilité du maître qui est ici engagée. Le maître est donc 
tenu au capitale. Propriétaire de tout ce que possède son 
esclave, il ne peut indûment retenir par devers lui la chose 
volée. 

XII, 2. Dominus vero servi qui furtum fecit capitale in locum 
restituât. 

XL, 3 Dominus vero servi capitale restituât requirenti. 

A ces deux témoignages il convient d'ajouter le suivant : 
XXV, 4. Si servus cum ancitla aliéna mechatus fuerit et ex 
ipso crimine ancilla mortua fuml, servus ipse aut 240 dinar, qui 
faciunt sol. 6 domino ancillae reddat aut castretur: Dominus vero 
servi capitale ancillae in locum restituât. 

Un esclave a eu commerce avec une esclave qui est morte des 
suites de ce fait. Le maître de l'esclave mâle doit rendre au 
maître de la femme le capitale. 

Mais dans ce cas, comme dans les deux précédents, les 
manuscrits sont muets sur la dilatura (seuls les textes 1 et Herold 
ajoutent la dilatura au t. XII, 2 *). Pourquoi le maître n'est-il 
pas tenu à la dilatura? Parce que la responsabilité pénale ne 
s'étend pas jusqu'à lui. 11 n'est pas l'auteur ni le complice du 

1 La forme de l'accusatif dilaturam qui se trouve dans ces deux textes, 
tandis que tous les autres portent dilatura, plaide par sa correction même 
contre l'authenticité de cet ajouté. 




— 32 — 

délit. Sa situation est celle de l'homme qui, sans le vouloir, a 
endommagé ranimai d'autrui. 

Je n'examine pas ici à quels inconvénients il s'expose en 
refusant de livrer l'esclave coupable : la question m'entraîne- 
rait trop loin du sujet que je traite. 

VIII. La dilatura n'est jamais due pour un délit qui intéresse 
directement la personne d'un homme libre. 

C'est ici l'un des points les plus importants de la théorie que 
j'esquisse, et heureusement il apparaît avec une grande clarté. 

Tous les commentateurs ont reconnu que l'homicide, l'enlè- 
vement d'un homme libre, ne donnaient pas lieu à dilatura. 
Mais aucun, à ma connaissance, n'a essayé d'expliquer ce qui 
était considéré, au contraire, comme une étrange anomalie. 

La vérité, c'est qu'au point de vue du droit franc, l'homme 
libre n'est pas producteur de fruits comme l'animal ou 
l'esclave. Sa vie est susceptible d'estimation ; mais ni son tra- 
vail, ni son temps n'ont d'équivalent monétaire. Il n'y a point 
de place ici pour des intérêts compensatoires. 

Aussi le titre XVII qui traite des blessures peut-il allouer, en 
sus de la composition, une indemnité pour frais de traitement 
(medicaturias\ mais point de dommages pour les journées 
passées au lit et perdues. 

En conséquence, la dilatura n'est mentionnée : 

Ni pour meurtre et empoisonnement; 

Ni pour enlèvement d'une fille ou d'une femme mariée; 

Ni pour viol ; 

Ni pour mutilations et blessures. 

Je crois à peine devoir m'arrêter à l'exception signalée pour 
le texte d'Herold, qui, sans aucune apparence de raison, cite la 
dilatura à propos du rapt d'une jeune fille. 

C'est pour la même raison qu'un affranchissement indu n'est 
pas frappé de dilatura, bien qu'ici la loi salique paraisse avoir 
perdu de vue la perte subie par le propriétaire de l'esclave, pour 
ne s'attacher qu'au fait de la liberté de l'affranchi. On peut dire 
que, dans ce cas, la forme l'a emporté sur le fond, la lettre sur 
l'esprit. 



— 33 — 

Mais un exemple très Concluant nous est encore fourni par 
le titre XXXIX. De plagiatoribus. 

Si servus alienus fuerit plagiatus Si quelqu'un a débauché 

et volé un esclave, il est condamné à une composition de 
33 solidi, plus le capitale et la dilatura. 

Hais si c'est un homme libre qui a été entraîné, puis vendu, 
le coupable ne doit que la composition. 11 ne pouvait s'agir de 
rendre à la victime, si elle avait recouvré la liberté, ou à ses 
parents, un capitale autre que le wergeld ou composition de 
200 solidi, et quant à une indemnité pour perte de fruits, elle 
existait dans le cas de l'esclave ; elle ne peut se concevoir pour 
un homme libre. 

Le doute cependant eût été possible, puisque le vol entraî- 
nait toujours la dilatura. Hais les rédacteurs ont parfaitement 
eu conscience du principe qui s'opposait ici à ce que cette peine 
fût encourue. 

Toutes ces considérations prouvent, ce me semble, à l'évi- 
dence, que la dilatura ne signifie point des dommages quel- 
conques ou une peine moratoire, puisque dans l'hypothèse du 
meurtre, des blessures, etc., il y a eu certainement des dom- 
mages et que la dénégation de l'accusé ne modifiait en aucune 
façon le taux de la peine. Pourquoi la loi salique aurait-elle 
toujours supposé, en cas de vol, que l'accusé niait, et ne 
Taurait-elle jamais supposé en cas de violences faites à des 
personnes? 

En disant : celui qui vole un porc payera la composition et 
la dilatura, elle ferait entendre que le défendeur refuse d'avouer. 

En disant : celui qui tue un Franc payera la composition 
seule, elle présenterait le défendeur comme en aveu. 

Un pareil système d'interprétation n'est pas un instant 
admissible. 

IX. La . dilatura fait défaut dans les actions auxquelles 
l'ancien droit attribuait le caractère d'action publique. 

Au point où nous en sommes arrivé, on peut, je crois, se 
faire une idée suffisamment précise de la théorie de la dilatura 
Tome XLI. 3 



— 34 - 

dans le droit salien. Mais, si je ne me trompe, il est possible 
de remonter plus haut, jusqu'à la période du droit commun 
germanique de l'époque primitive, et d'atteindre une conclu- 
sion qui permettra de découvrir dans la loi salique elle-même 
certains résidus d'un âge antérieur dont les règles posées plus 
haut ne justifient pas entièrement la présence. 

On est à peu près d'accord aujourd'hui, après les travaux de 
v» Amira*, v. Kichthofen et Schrœder, pour admettre que le 
droit pénal ancien d(s Germains renfermait une distinction 
analogue à celle des delicta publica et des delicta privata 
romains, quoique moins précise. 

Les grands crimes qualifiés de Nidingstverk chez les Scandi- 
naves, tels que la violation des temples, la désobéissance à 
l'armée ou dans l'assemblée, l'attaque à main armée d'une 
maison, la trahison, l'incendie, l'assassinat, la rapine (vol à 
main armée) avaient pour conséquence d'exclure le coupable 
de la paix publique. Déclaré wargiis ou loup, il errait au hasard 
et chacun pouvait impunément le. mettre à mort. Ces méfaits, 
à l'origine, n'étaient pas rachetables {ûbôtamàl) ; mais, de bonne 
heure, chez les Germains occidentaux, s'introduisit, au moins 

m 

pour les actes qui n'intéressaient pas directement l'Etat lui- 
môme, l'usage de la composition. Tacite sait déjà que le 
meurtre se rachète : Luitur enim homicidium certo armmtorum 
ac pecorum numéro (Germ., c. 21). 

Quant aux autres délits, qui comprenaient même les vio- 
lences graves et le meurtre commis sans préméditation, ils ne 
donnaient lieu qu'à une action privée en dommages-intérêts et, 
seul, le coupable qui refusait de s'exécuter encourait la peine 
supplétive de la mise hors la loi. 

Or, dans la loi salique, on retrouve encore quelques traces 
de cette antique conception de la mise hors la loi considérée 
comme peine primaire, et Schrœder a attiré l'attention notam- 

4 v. ÀMiRAy Dos altnorwegische Vollstreckungsverfahren ; v. Richt- 
hofen, Zur Lex Saxonum; Schroeder, Lehrbuch der deutschen Redits- 
geschichte, pp. 71 et suiv. 



nient sur le titre LY, 2, 3 : Si quelqu'un a déterré un cadavre 
et l'a dépouillé, qu'il soit wargus jusqu'au jour où il se sera 
réconcilié avec les parents du mort et que ceux-ci aient 
demandé pour lui l'autorisation de reparaître parmi les 
hommes *. 

Si l'on rapproche de cette disposition l'article correspondant 
de la loi ripuaire, on verra que, chez les Ripuaires, la concep- 
tion de la peine a radicalement changé. Ils condamnent, en 
effet, le violateur de sépulture en première ligne au wergeld de 
200 sous, et seulement en ordre subsidiaire à la mise hors la 
Jqî 2. Le crime, de publicum, est devenu privatum. 

Mais, en même temps, je constate que la loi salique ne fait 
nulle mention de capitale et de dilatera, tandis que la. loi 
ripuaire les ajoute au wergeld. 

De là à conclure que les delkta privata imposaient seuls, à 
l'origine, la restitution des dommages, il n'y a qu'un pas. Et, 
en effet, la mise hors la loi, c'était la mort civile. Les biens 
mobiliers du wargus étaient confisqués; il ne possédait plus 
rien 3. Quant à la terre, n'étant pas encore objet de propriété 
privée, elle retournait sans doute à ses héritiers ou à la com- 
munauté. 

Le capitale et la dilatura spnt donc exclus de la loi salique 
toutes les fois qu'il s'agit d'un crime qui entraîne la proscrip- 
tion ou qui , plus tard , n'est rachetable que par le wergeld de 
son auteur, bien qu'accessoirement un vol et la privation de 
jouissance de certains objets puissent en être la conséquence. 

Tel est le cas pour la violation de tombeau. Le sacrilège 
détermine ici la peine et rejette dans l'ombre le vol d'armes, 
de bijoux ou de vêtements qui l'accompagne. Mais dans la loi 

1 Si corpus jam sepultum effuderit et expoliaverit et ei fuerit adproba- 
tum, wargus sit usque in die illa quam ille cum parentibus ipsius defuncli 
cmveniatj et ipsi pro eum rogare debent, ut illi inter homines liceat 
accéder e... 

* Rib. LXXXV, 2 : ... 200 solides cum capitale et dilatura culp. jud. t 
vel wargus sit usque ad parentibus satisfeceriu 

3 Brunneq, Deutsche Rechfsgeschichte, I, p. 169, note 14. • 



— 36 — 

ripuaire, la notion des delieta publica a complètement dispara; 
tous les crimes sont rachetables. Dès lors, c'est le vol qui 
forme la caractéristique du délit et, comme dans tous les cas 
de vol, le législateur ajoute : capitale et dilatura. Au fond, on 
ne voit pas cependant ce que peuvent représenter les intérêts 
compensatoires, la valeur d'usage des objets enlevés à un 
cadavre. Mais c'est l'analogie qui a amené cette fausse appli- 
cation de la règle générale. 

J'essaierai d'expliquer de la même façon l'omission, dans la 
loi salique , de la dilatura pour attaqué à main armée d'une 
maison, pour incendie et pour rapine (dans le sens romain du 
mot : attaque sur la voie publique). 

T. XIV. Si quis villam aliénant adsallierit et ibidem ostia fre» 
gerit, canes occident vel liomines plagaverit aut in carro aliquid 

exinde duxerit sol. 200 culp. judicetur (Hessels, C. 5, 6, 7, 

8, 9, 40, Emend). 

On est ici en présence d'un véritable acte de brigandage 
devant lequel le furtum, la privation des choses volées est 
secondaire et s'efface. 

Le crime d'incendie d'une maison habitée donne lieu à des 
dispositions assez difficiles à interpréter, et sur lesquelles je ne 
puis hasarder que des conjectures. 

Constatons d'abord que la loi ripuaire la punit d'une com- 
position de 600 sous, plus le capitale et la dilatura, tandis que 
les textes anciens de la loi salique ne mentionnent ni capitale, 
ni dilatura. Cette différence se justifierait parfaitement si les 
Francs saliens avaient, comme dans les exemples précédents, 
frappé l'incendiaire d'une composition au moins égale à son 
wergeld et rappelant l'époque où ce crime entraînait la mise 
hors la loi. Mais il n'en est rien. Les textes anciens ne citent 
que la composition de 62 */a solidi pour la destruction de la 
maison même, et la composition de 200 solidi qui vient s'y 
joindre ne parait due qu'au cas où l'une des personnes qui se 
trouvaient à l'intérieur a péri. 

Ces mêmes chiffres sont conservés dans les manuscrits plus 
récents, mais avec addition de capitale et de dilatura. 



-37 - 

Il y a lieu de supposer que cette anomalie provient d'une 
confusion que Wilda et Waitz * ont déjà signalée. Le wergeld 
primitif paraît avoir été de 128 solidi, et des traces s'en 
$ont conservées dans plusieurs cas de demi-composition de 
62 */ 2 s 008 * O n pourrait émettre l'hypothèse que, dans l'ancien 
système, les delicta publica donnaient lieu soit à un wergeld 
complet de 125 solidi, soit à la moitié, tous deux excluant le 
capitale et la dilatura. C'est ainsi que, pour l'attaque à main 
armée d'une maison, les textes 1 à 4 de Hessels ne fixent la 
composition qu'à 62 </s sous, tandis que les autres, comme on 
vient de le voir, la portent à 200 sous. Au contraire, quand il 
s'agit de l'incendie, les rédactions plus récentes ont maintenu 
le chiffre ancien, mais elles ont eu soin d'y ajouter le capitale 
et la dilatura. 

De la même façon s'expliquent enfin les dispositions rela- 
tives à la rapine, T. XIV. Si quelqu'un dépouille sur une route 
un homme libre, il sera condamné à 62 */ 2 solidi. Point de 
capitale ni de dilatura. Le droit romain accordait aussi pour la 
rapine une action publique, concurremment avec l'action 
privée, et la demi-composition de 62 */g solidi ne peut se justi- 
fier que par les considérations invoquées pour l'incendie. 

X. Il n'est pas question de dilatura dans les procès pour 
inexécution d'une promesse et pour refus de restituer un prêt. 

L'analyse des articles dans lesquels la dilatura est mention- 
née, nous a conduits à cette conclusion qu'elle n'a pas les 
caractères d'une peine moratoire. Or, il existe, dans la loi 
salique, deux titres qui stipulent, à n'en pas douter, des peines 
moratoires; mais précisément, dans aucun des deux, le terme 
de dilatura ne figure. 

Le titre L : De fides factas expose la procédure extrajudiciaire 
à laquelle doit avoir recours le créancier pour obliger son 
débiteur à exécuter sa promesse de payer au jour fixé. Le refus 

1 Cf. Wilda, Strafrecht der Germanen, I, p. 85. — Waitz, Dos alte 
Recht, pp. 16 et 18% 



1 



— 38 — 

tiii débiteur entraine pour lui une amende de 15 sous; le 
créancier est tenu encore de le citer par trois fois, à sept jours 
d'intervalle, et chaque citation a pour conséquence d'aug- 
menter la dette de 3 sous, donc en tout de 9 sous jusqu'à 
l'exécution. 

Pareillement, s'il s'agit de la restitution d'un objet prêté à 
laquelle résiste le débiteur, il devra, outre l'amende procéda 
raie de iS sous, 3 sous par citation non suivie d'effet. (LU. De 
rem pristitam). 

Cet accroissement de la dette primitive doit, je pense, être 
appelé une peine moratoire, et il est très significatif que dans 
aucun des textes on n'ait songé à lui appliquer le nom de 
dilatura. Ce silence n'est qu'une confirmation de la thèse que 
j'essaie de défendre. 

XL La dilatura dans le titre LXXIXd'Herold. 

J'ai évité de parler jusqu'à présent d'un texte que l'on peut 
invoquer comme incompatible avec l'interprétation proposée, 
et que je ne dois évidemment point passer sous silence; mais 
qui seul ne prévaudra pas contre l'ensemble des autres témoi- 
gnages. 

C'est le titre LXXIX de l'édition d'Herold : De dilatura. 

i. Si quis hominem occiderit et quod lex habuitpro eo dederit, 
solidos XXX pro dilatura componat. 

2. De puer o aut liberto solidos XV. 

3. De furtibus vero aliis VU solidos. 

4. Caussae vero dominicae in triplo componuntur. 

Il y a lieu d'abord de faire remarquer combien ce passage 
est incohérent. Après avoir cité le meurtre d'un homme libre, 
puis celui d'un puer et d'un libertus, il continue : de furtibus 
aliis, bien qu'il n'ait pas encore été question de vols. Enfin, 
que viennent faire ici les causœ dominicœ et leur composition 
triple, alors que les trois paragraphes précédents traitaient, non 
de la composition, mais de la dilatura? 

J'ajoute que ce texte, ne figurant que dans l'édition d'Herold, 
dont nous avons à plusieurs reprises constaté les erreurs en 



— 39 — 

matière dedilatura *, on peut conjecturer à bon droit, comme 
Waitz Ta déjà fait (p. 199), qu'à tout le moins il est d'un âge 
plus récent, pour lequel la notion de la dilatura était déjà 
pleine d'obscurités. 

Peut-être la dilatura au titre LXXIX est-elle la récompense 
de l'accusateur, le Meldefeoh des lois anglo-saxonnes; Brunner 
dit : le prœmium de celui qui avait fait le plus d'efforts pour 
rendre justice au mort, et il rappelle le passage, assez contro- 
versé d'ailleurs, de la Lex Saxonum, c. 14 : Qui nobilem occi- 
dent, 1440 solidos cotnponat; ruoda dicilur apud Saxones 
120 solidi, et in premium 120 solidi *. 

Quoi qu'il en soit, cette dilatura due en cas de meurtre n'a 
rien de commun avec la dilatura ordinaire de la loi salique. 

XII. La dilatura dans les Capitulaires. 

Dans l'espace de plus de trois siècles qui sépare la première 
rédaction du texte salique des Capitulaires carolingiens, bien 
des termes avaient vu leur sens se modifier avec les institutions 
elles-mêmes auxquelles ils se rapportaient; quelques-uns 
n'étaient plus compris. Déjà, dans la loi ripuaire, il n'est plus 
question du ràpus, de Vachasius, de la chrenecruda, si caracté- 
ristiques pour la loi salique. 

Le Capitulaire de 819, c. 10, croit nécessaire d'expliquer ce 
qu'il faut entendre par Vaffatimus et il se trompe : De affatomie 
dixerunt quod traditio fumet. 

Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que, pour la dilatura 
aussi , les textes plus récents ne nous fournissent que peu de 
lumières et soient parfois en contradiction avec la loi salique. 

Les Capitulaires la mentionnent du reste rarement; même 
pour les vols d'animaux ou d'esclaves elle est souvent oubliée. 

* v. Inàmà-Sternegg (Hildebrand's Jahrbûcher filr Nationalôkonomie, 
xxx, p. 203 : Werth und Preis in der âltesten Période deutscher Volks- 
wirthschaft) fait remarquer aussi combien les indications du texte 
d'Hérold relatives à la valeur des ehoses et au taux de la composition 
«ont souvent inexactes. 

2 Brunner, Deutsche Rechtsgeschichte, I, 219, note 14. 



- 40 — 

Tout ce qoe Ton peut constater, c'est qu'ils ne renferment rien 
qui soit en désaccord avec la théorie esquissée plus haut. 

Le passage le plus important est celui du Pactus pro tenon 
pacis des rois Clotaire et ChildcberU. La fréquence des vols et 
leur impunité avaient déterminé ces princes à organiser, dans 
les centaines territoriales, des trustes ou corps chargés de la 
recherche des criminels et responsables vis-à-vis de leurs vic- 
times. C'était la substitution d'une poursuite publique à l'an- 
cien système du vestigium minare par le propriétaire lui-même. 

Toutefois, rien n'empêchait le propriétaire de se mettre lui* 
même en campagne, et le décret spécial de Clotaire distingue 
nettement les deux hypothèses : 

§ 9 Et si persequens latronem suum conprehenderit , inté- 
grant sibi conposicionem accipiat; et si per trustent itwenitur, 
mediam conpositionem truslis adquirat et capitalem exegat ad 
latronem (lisez : a latrone). 

Si le propriétaire a pris lui-même son voleur, toute la com- 
position sera pour lui. Si c'est la trustis qui l'a arrêté, clic aura 
droit à une moitié de la composition (l'autre moitié allant au 
propriétaire), et elle exigera du voleur la restitution du capitale. 

Cette dernière disposition s'explique par l'obligation imposée 
à la trustis d'indemniser de prime abord la victime du vol, sauf 
à se rembourser ensuite sur le voleur : in cujus centena aliquid 
deperierit, capitale qui perdiderit recipiat, et plus loin : capitale 
tamen quiperdiderat, ad (a) centena itla accipiat.... 

Ces diverses mesures sont confirmées par la partie finale du 
Capitulaire qui parait résumer, au nom des deux rois, la dispo- 
sition essentielle du décret de Clotaire. 

§ 16 (trustis) continua capitale ei qui perdiderit reformare 

festinet, tamen ut latronem perquirat. 

La trustis s'empressera de reconstituer le capitale à celui qui 
l'a perdu, tout en continuant à rechercher le voleur. 



« 11 s'agit de Clotaire I er et de Childebcrt I" (514-558). Cf. Borbtics 
(Capit., I, p. 4) et Schroeder, Untersuchungen zu den frânkischen Yolks- 
rechien (Pick's Monatsschrifl, 1880), p. 479. 



— 41 — 

Quem si in truste pervenerU , medietalem sibi vindicet, vel, 
dilatwra si fuerit , de facultate latronis ex qui damnum pertulit 
sarciatur. 

Si c'est la trustis qui l'atteint, elle réclamera pour elle la 
moitié (de la composition) ; s'il y a eu dilatura, on la prendra 
sur les biens du voleur et on la restituera à celui qui a subi le 
dommage , c'est-à-dire au volé. 

Nom si persequens latronem coeperit (scilicet : is qui damnum 
pertulit), intégra sibi conposicione, simul et solucione vel quicquid 
dispendii fuerit revocabit. 

Mais s'il a pris lui-môme le voleur en le poursuivant, il récla- 
mera pour lui toute la composition et en même temps le paye- 
ment de toutes les pertes qu'il a pu subir. 

La seule hésitation que puisse faire naître ce texte au sujet 
du sens du mot dilatura, provient de ce que dispendium, dans le 
dernier membre de phrase, paraît être synonyme de dilatura 
dans le précédent. Cependant, l'expression vel quicquid dispendii 
fuerit a un sens beaucoup plus large. Le propriétaire qui s'est 
passé des services de la trustis, a droit à toute la composition 
et au remboursement de dépens quelconques. C'est ce qui jus- 
tifie la disposition d'après laquelle, même au cas où la trustis 
garde pour elle la moitié de la composition, lui du moins peut 
prétendre à la dilatura. 

En d'autres termes, dilatura me semble être compris ici 
dans : vel quicquid dispendii, mais ne pas en épuiser tout 
le contenu. En même temps que le droit nouveau remettait 
le soin de la poursuite à un corps de police, il élargissait le 
cercle des revendications de la partie lésée, et quand le par- 
ticulier se substituait à la trustis et entreprenait à ses propres 
frais des investigations dont il eût pu commodément s'abstenir, 
on trouvait juste sans doute de l'en indemniser. Ajoutons que 
la vraie dilatura, c'est-à-dire l'équivalent de la jouissance 
perdue, ne peut prendre, dans le système du Capitulaire, que 
des proportions restreintes, puisque la centaine est invitée à 
rembourser le plus tôt possible le capitale; de là probablement 
l'expression : dilatura si fuerit. 



1 



— 42 - 

i XIII. La dUatura dam la loi ripuairê. — Ce qui frappe tout 
d'abord dans la loi ripuaire, c'est la rareté des mentions de la 
dilatura. Mais il convient de rappeler que cette loi frappe tons 
les vols indistinctement d'une peine très sévère et qu'elle n'a 
donc pas besoin de s'arrêter aux nombreuses spécifications de 
la loi salique. 
Voici les cas dans lesquels la dilatura est citée : 

4° XVII. 1. Incendie par un homme libre d'une maison 
habitée: 600 sous, plus le damnum (== capitale) et la dUatura. 
2. Même cas pour l'esclave. 

2° XVIII. 4 et 2. Vol par un ou plusieurs hommes libres ou 
par un esclave d'un troupeau de juments avec un étalon, de 
truies avec un verrat, de vaches avec un taureau : 600 sous et 
insuper capitale et dilatura. 

3° XXIX. Vol commis par un esclave. Le maître paiera 
36 sous, excepto capitale et dilatura. 

4° XXXIII. Recherche de l'auteur du détenteur d'une chose 
volée. Les dispositions seront analysées plus loin. 

5° LIV. Spoliation d'un cadavre avant l'ensevelissement : 
60 sous. Si le coupable nie, 400 sous et la dilatura. 

6° LXXII. Cas de la perte d'une chose interciée. Même obser- 
vation. 

7° LXXIX. Obligations des héritiers d'un voleur qui a été 
pendu : ils doivent le capitale et la dilatura. 

8°. LXXXII. Dommage causé à la moisson d'autrui. Le cou- 
pable, s'il avoue, doit la réparation. S'il nie, il est tenu à la 
composition, au capitale et à la dilatura. 

9° LXXXV. Si quelqu'un a dépouillé un cadavre avant qu'il 
soit mis en terre, il doit 400 sous, le capitale et la dilatura. S'il 
a déterré le mort : 200 sous, le capitale et la dilatura. 

40° LXXXVI. Fait d'écorcher un cheval mort : 30 sous. Si 
le coupable nie : 400 sous, le capitale et la dilatura. 

De ces dix cas, le deuxième (vol d'animaux) n'a pas besoin de 
commentaires. 

Le septième : obligation des héritiers, résulte d'une disposi* 



— 43 — 

tton du droit nouveau, conforme au décret deChildebert II, 696 
{art. 7 et 8), d'après lequel le voleur convaincu est condamné 
à mort (Capit., I, p. 16). Dans ce cas, sa succession passe à ses 
héritiers qui nécessairement n'ont plus à fournir de composi- 
tion, mais qui sont tenus au capitale et à la dilatura. Il est juste, 
en effet, que la dilatura soit traitée comme une dette de la 
succession. 

Les n<" 4 et 6, relatifs à la procédure dHntertiatio, présentent 
un grand intérêt, parce qu'ils développent avec beaucoup de 
minutie les dispositions analogues de la loi salique. 

Une chose volée a été frappée de saisie-arrêt entre les mains 
du détenteur qui offre de fournir son auteur. Trois cas sont 
prévus : 

1° L'auteur se présente. Il doit rembourser au possesseur de 
bonne foi le prix d'achat, et de plus il doit au propriétaire de 
la chose volée la composition et la dilatura. Il va de soi , bien 
que le texte ne le dise pas, que le capitale, c'est-à-dire la chose 
interdéôy retourne au propriétaire ; 

2° Le tiers refuse de reconnaître qu'il a vendu la chose au 
détenteur actuel. Dans ce cas, le détenteur, considéré comme 
voleur, doit lui-même la composition, le capitale et la dilatura; 

3° Le délenteur affirme sous serment qu'il ne connaît pas 
son auteur. Il se borne alors à rendre la chose, et il ne doit 
fournir ni composition, ni dilatura — preuve nouvelle que la 
bonne foi exclut la dilatura et que celle-ci, comme la compo- 
sition, n'est exigible qu'en cas de délit. 

A ces règles, le titre LXXII ajoute des dispositions spéciales 
à l'effet de déterminer les obligations qui naissent pour le 
voleur vis-à-vis de son acheteur, et pour l'acheteur vis-à-vis du 
propriétaire, de la perte ou de la détérioration de la chose 
volée. 

A. Obligations du voleur : 

Le voleur, au cas où l'animal par lui vendu à un tiers de 
bonne foi, est resté sain et entier, doit à l'acheteur la valeur 
intégrale de l'animal : omnem precium suum restituât (LXXII, 7). 



— 44 — 

Mais si l'animal est mort de mort naturelle, il ne doit qu'un 
solidus pour le cuir : solido uno de cine werduniapro corio resti- 
tuât (LXXII, 6. J'examinerai plus loin ce qu'il faut entendre par 
cine werdunia). 

Enfin, si l'animal est détérioré, il doit l'équivalent de la 
valeur actuelle : quantum eo tempore adprcciatus fuerit , sic de 
cenu werdunia restituât (LXXII, 7). 

B. Obligations du détenteur : 

Si l'animal intercié a été volé au détenteur qui avait l'obliga- 
tion de le garder, il est responsable de ce vol et doit en con- 
séquence : capitale et dilatura cum texaga (LXXII, 8). {Texaga 
signifie furtum, c'est-à-dire la composition pour vol). 

Si le détenteur a tué l'esclave < ou s'il l'a laissé s'enfuir et 
qu'il ne puisse le représenter, ses obligations seront les mêmes. 
Son propre délit ou sa négligence grave priment alors le délit 
qu'il essaie vainement de rejeter sur son auteur : capitale et 
dilatura seu texaga vel legis beneficio culpabilis judicetur 
(LXXII, 3, pour le cas de fuite) ; capitale et dilatura cum texaga 
seu cenu werdunia vel legis beneficium culpabilis judicetur 
(LXXII, 3, pour le cas de meurtre). 

Si l'esclave est mort de mort naturelle, le détenteur est tenu 
d'en fournir la preuve par une procédure spéciale : in quadruvio 
cum retorta inpede sepeliatur, et le fait d'avoir négligé les forma- 
lités prescrites fait peser sur lui de légitimes soupçons. II doit 
alors, comme dans le cas précédent : capitale et dilatura cum 
legis beneficio seu con furtu (LXXII , 1). 

Enfin la loi contient une disposition à laquelle je dois m'ar- 
réter un instant : 

LXXII, 5. Si homo comendatus vel fugitivus defunctus fueril, 
similiter in quadruvio cum retorta sepeliatur. Quod si ita non 
fecerit, ipsi (t. e. ipse) qui eum post se retenuit, precium rei cum 
legis beneficio culpabilis judicetur. 

1 La loi parle tantôt d'un esclave, tantôt d'un animal, mais il est évident 
que les mêmes règles s'appliquent aux deux cas. 



- 48 — 

Que faut-il entendre par homo comendatus vel fugitivus? 
Sohm (note 80) paraît croire que c'est un esclave fugitif, indû- 
ment retenu par un tiers; car il rapproche de ce passage la 
disposition du Pactus Childeberti régis (Capitul., Ed. Boretius, 
I, p. 5) 7 : Si quis aliéna mancipia injuste tenuerit et infra dies 
quadraginta non reddederit, latro mancipiorum teniatur obnoxius* 

Je ne puis accepter cette interprétation. Le texte ne dit pas, 
en effet, qu'il faille restituer le prix de l'esclave, mais precium 
rei; de plus, toutes les dispositions précédentes du même titre 
te rapportent à des choses volées par un tiers et dont le déten- 
teur n'est rendu responsable qu'à la suite de la missio in 
manum tertiam. 

Il s'agit donc ici d'un voleur fugitif qui, cherchant à se sous- 
traire aux poursuites du propriétaire, a été arrêté et retenu par 
quelqu'un qui, dès lors, est obligé de le garder avec soin. Il y 
a lieu, en effet, de rapprocher de ce passage les dispositions 
fort détaillées de la loi des Burgondes, tit. VI : De fugitivis. 

1. Si quis fugitivum intra pravincias ad nos pertinentes corrir 
puerit, pro fugitivo solidum I accipiat. Et si fugitivus Me cabal- 
lum secum duxerit, pro cabalo semissem, pro equa tremissem 
accipiat et fugitivum cum omnibus reddat. Si extra sortem, duos 
solides is qui fugitivum corripuerit, pro fugitivo accipiat, et pro 
caballo solidum, pro equa semissem. 

2. Qui fugitivum secutus fuerit et casu repugnantem occiderit f 
omni calumpnia careat 

3. Si fugitivus casu de custodia fugerit 

4. Quisque ingénus aut servo fugienti nesciens capUlos fecerit, 
Vsol. perdat; si sciens capillos fecerit fugitivi pretium (c'est-à-dire 
le wergeld) cogatur exsolvere. 

5. Qui fugitivum sciens flumen transierit etc. 

De même, Vhomo comendatus est un voleur qui, étant arrêté, 
a été confié à quelqu'un avec la mission de le garder. Le 

titre LXXIII, 4, prévoit le cas où il s'enfuit : ... furonem ; 

si aulem, cui commendatus fuisset f fugam evaserit 9 60 solidos 
culpabilis judicetur. 

Si Vhomo commendatus et Vhomo fugitivus viennent à mourir 



- i 



— 46 - 

pendant qu'ils sont séquestrés, celui qui les a in custodia doit 
prendre les précautions que la loi indique pour sauvegarder 
sa responsabilité; sinon, il est tenu à indemniser le volé. Mais 
de quoi? Non pas de la valeur de l'homme qui est mort, car ce 
n'était pas un esclave, mais simplement de la valeur de la chose 
volée : precium rei, plus la composition. 

Il reste à voir quelle est, dans les divers articles de ce titre, 
la signification des termes employés : pretium, texaga, furtum, 
legis benefieium, cine werdunia ou eenu werdunia. 

Texaga, sur ce point il n'y a pas de doute, est synonyme de 
furtum et désigne ici l'amende pour vol. 

Legis beneficium a le même sens, c'est la composition légale. 

On est à peu près d'accord pour reconnaître dans la deuxième 
partie de cine werdunia l'équivalent de l'allemand moderne 
Werth, valeur. Cine werdunia n'est-il pas tout simplement : 
seinen Werth? Mais que faut-il entendre par valeur? Sohm dit 
que. c'est le prix d'achat 4. Je comprends difficilement ce que 
peut signifier : un sou du prix d'achat pour le cuir (solido uno 
de cine werdunia pro corio), et il paraît plus logique de traduire : 
il restituera pour le cuir un sou comme équivalent de sa valeur. 
Et au § 7 : quantum eo tempore adpreciatus fuerit, sic de cenu 
werdunia restituât : il restituera comme équivalent de la valeur 
(de l'animal endommagé) autant que portera l'estimation. 

Il en est de même, je pense, du mot precium, qui corres- 
pond dans ce titre exactement à cine werdunia ; la loi emploie, 
d'un côté, l'expression : omnem precium suum, de l'autre : sic 
de cine werdunia. Ce precium correspond, si l'on veut, au prix 
d'achat, puisque l'animal n'a rien perdu depuis que la transac- 
tion a eu lieu. Mais il peut avoir, dans l'intervalle, augmenté 
de valeur; s'il était malade et affaibli, il peut avoir repris ses 
forces grâce aux soins de l'acheteur, et celui-ci peut à bon droit, 
ce semble, réclamer l'équivalent de sa valeur actuelle, le pre- 
cium normal d'un cheval intact. 

Quoi qu'il en soit, precium ou cine werdunia correspondent. 

» 

1 La Procédure de la loi salique (trad. Thévenin), p. 69, note 4. . 



— 47 — 

au capitale, et les formules variées du titre LXXII se ramènent 
ainsi aisément aux trois éléments que nous avons rencontrés 
si fréquemment dans la loi salique : 1° composition; 2° capitale 
et 3° dilatura. : 

1 S I 

LXXII, 8 : Capitale et dilatura cum texaga (composition). 

t s t 

LXXII, 2 : Capitale et dilatura seu (il faut lire : cum) texaga 
t 
vel legis beneficio. 

î 5 I t 

LXXII, 3 : Capitale et dilatura cum texaga seu cenu werdunia 
vel legis beneficium. 

1 S 1 

LXXII, 1 : Capitale et dilatura cum legis beneficio seu eoh 
furlu. 

LXXII, 5 : Precium rei cum legis bénéficie 

De tout ceci que peut-on conclure pour l'étude .de la dila- 
tura? Que la théorie exposée dans ces pages y trouve une 
éclatante confirmation. En effet, quand il s'agit des obligations 
du voleur vis-à-vis de l'acheteur de bonne foi, la loi ripuaire 
impose la restitution in capite de l'animal que ce dernier est 
obligé d'abandonner, mais elle est muette sur la dilatura. Et 
c'est justice, car l'acheteur qui est en possession de l'animal en 
a retiré tous les fruits; or, il serait illogique de l'indemniser 
pour une jouissance dont il n'a pas été privé* 

Au contraire, quand il est question du propriétaire, le 
voleur et le détenteur négligents ou coupables sont tenus à la 
dilatura : le propriétaire, depuis le jour où sa chose lui a été 
soustraite, n'a pu en retirer aucun fruit et ce dommage doit 
être réparé. 

Il est vrai qu'une exception se présente dans le cas de Yhomo 
commendatus vel fugitivus : la loi n'oblige le séquestre impru- 
dent qu'au precium rei. Je ne trouve à cette anomalie qu'une 
seule explication vraisemblable : l'homme qui s'était constitué 
le gardien du voleur et de la chose volée ne retirait évidemment 
aucun service de cette chose et,. en fût-il autrement, cette 



— 48 — 

valeur de jouissance pouvait être considérée comme la rému- 
nération de sa peine. La loi des Burgondes, en pareil cas, alloue 
même un sou d'indemnité pour la garde de l'esclave, un demi- 
sou pour le cheval. 

Jusqu'ici la loi ripuaire n'a fait que confirmer les données 
de la loi salique. On tirera la même conclusion du silence 
qu'elle garde, relativement à la dilatura, dans les cas de 
meurtre, mutilation, coups, blessures, vol d'un homme libre, 
rapt, accusation injuste, etc. 

Mais il est quelques points où apparaissent des divergences. 

Le titre XVII ( n° 1 de la page 43) oblige à la dilatura l'homme 
libre ou l'esclave qui a incendié une maison. Nous avons vu 
que l'absence de cette pénalité dans la loi salique est due 
probablement à une antique conception du droit pénal qui a 
disparu de la loi ripuaire; l'application de la dilatura au crime 
d'incendie est dès lors parfaitement légitime. 

Le titre XXIX (n r 3 de la page 43) stipule que si l'esclave a 
commis un vol, son maître payera 36 solidi plus le capitale et 
la dilatura. Cette disposition s'écarte de celle de la loi salique 
qui n'obligeait le maître qu'à la restitution de la chose volée. 
Mais elle s'explique en ce sens que la loi ripuaire a amélioré 
la situation du maître ; s'il déclare ignorer quelle est la culpa- 
bilité de son esclave, il peut répondre sans tangano, c'est-à-dire 
qu'à l'affirmation du demandeur il n'est pas tenu de donner 
une réponse négative en termes formels, et qu'il échappe ainsi 
aux conséquenses d'une dénégation absolue, qui pourrait être 
fautive. 

D'après redit de Chilpéric (fin du VI» siècle) § 8, le maître 
doit soumettre son esclave à l'épreuve judiciaire. S'il s'y refuse, 
l'esclave est censé coupable; alors ou bien le makre en fera 
cession ou bien il payera douze sous, le capitale et la dilatura *• 

Il reste enfin à interpréter lesn°» S, 8, 9 et 10. Trois fois ici, 
la loi ripuaire reproduit la distinction, déjà indiquée à propos 
de la loi salique, entre le cas où le défendeur est en aveu et 

1 Capitul., Ed. Boretius, I, p. 9. 



— 49 - 

celui où il nie, la rfiYa/ura n'apparaissant que dans cette dernière 
hypothèse. 

J'ai essayé d'expliquer le cas du cheval, écorché sans le con- 
sentement du maître (n° 10, tit. LXXXVI); je n'y reviens pas. 

Le titre LXXXII est ainsi conçu : si un Ripuaire a causé du 
dommage dans le champ d'autrui ou dans un enclos quelconque, 
il sera tenu de payer le dommage estimé. Mais s'il nie et qu'il 
soit convaincu, il paiera le capitale avec la texaga et la dilaturq. 

On voit qu'ici, comme dans la loi salique, la dénégation a 
pour effet de faire naître la vraie responsabilité pénale et 
d'obliger à la composition et à la dilatura. On en conclura que 
le dommage dont il est question dans ce titre n'est pas dû à un 
acte de mauvais gré, mais à une circonstance indépendante de 
la volonté du défendeur, probablement à l'invasion de bestiaux. 
Ce qui le prouve, c'est qu'une variante parle de l'absence du 
berger, absente pastore, et que l'article 2 prévoit le cas où le 
berger s'opposerait à ce que ses bêtes fussent provisoirement 
enfermées par le propriétaire du champ. 

Le dernier cas est plus embarrassant (n os 5 et 9). D'après le 
titre LIV, celui qui dépouille un cadavre avant qu'il soit mis 
en terre, paiera 60 soiicii s'il a avoué; s'il nie, il paiera 100 solidi 
et la dilatura. 

Cette disposition s'écarte absolument de celles que nous avons 
étudiées jusqu'ici ; car le fait de l'aveu ne dispense pas le défen- 
deur de la composition : 60 solidi. Et assurément on ne pour- 
rait imaginer comment il aurait été de bonne foi et par consé- 
quent exempt de délit en dépouillant un cadavre. Mais alors 
pourquoi la dilatura dans l'hypothèse du refus d'avouer et 
pourquoi point de capitale? 

Ce qui achève de rendre cette disposition singulière et inex- 
plicable, c'est que la loi ripuaire contient un autre titre (LXXXV) 
qui traite du même objet, mais qui porte simplement : 

Si quelqu'un a dépouillé un mort avant l'ensevelissement, 
qu'il paie 100 solidi, le capitale et la dilatura. 

Cet article, considéré par tous les éditeurs comme plus 
récent, est assurément le plus conforme aux principes du droit 
Tome XL1. i 



- 5d — - 

ripuaire ; mais il est probable que les changements qui se sont 
produits dans l'appréciation de la nature de ce crime et dont la 
loi salique nous a déjà fourni des exemples, ont donné aux 
rédacteurs certaines hésitations et les ont induits en erreur. 

On peut même croire que la dilatura a pris ici les vrais 
caractères d'une peine moratoire, et que cette déviation est due 
à l'interprétation inexacte des articles dans lesquels la dénéga- 
tion seule du défendeur semblait lui donner naissance» alors 
qu'en réalité elle ne surgissait, tout comme la composition, 
qu'avec les éléments constitutifs du délit. 

Il ne faut pas perdre de vue que la loi ripuaire est beaucoup 
plus récente que la loi salique, qu'elle ne remonte dans se6 
portions les plus anciennes qu'aux dernières années du 
VI e siècle et qu'elle n'a guère été achevée, sous la forme que 
nous lui connaissons, avant la fin du VII e siècle. Les observa- 
tions que suggérait l'étude des Capitulaires conservent donc 
ici toute leur valeur. 

Il n'est pas étonnant surtout de voir se multiplier les disposi- 
tions qui semblent donner à la dilatura le caractère d'une peine 
moratoire. Toute la procédure ripuaire penche de ce côté. 
Sohm a déjà fait remarquer que dans la revendication de rem 
pristitam et de fides factas, l'amende de 15 solidi qui était pure- 
ment procédurale chez les Saliens est devenue moratoire dans 
la loi ripuaire 1 . 

XIV. La dilatura dans la lex Thuringorum et la lex Chamavo- 
rum. — La loi des Thuringiens (lex Angliorum et Wermorum id 
est Thuringorum) ne renferme que deux mentions de la dilatura: 

Art. XXXVII. Qui scrofas sex eum verre, quod dicunt sonesl, 
furatus est, in triplum conponat et delaturam solidos 7 et in freda 
totidem. 

Art. XXXVIII. Qui ornamenta muliebria, quod rhedo dicunt, 
furto abstulerit, in triplum conponat, delaturam 42 solidos et in 
freda similiter. 

* La procédure de la lai salique (trad. Thévenin), p. 426. 



— 54 - 

Ces dispositions présentant ceci d'intéressant qu'elles fixent 
la dilatura à un taux invariable et égal au fredum. 

La loi des Francs Chamaves (Lex Francorum Chamavorum) 
attribue également un chiffre fixe, pour chaque délit, à la 
dilatura qu'elle nomme wirdira.. Ce terme correspond évidem- 
ment à celui de la version haut-allemande de la loi salique : 
foruzzan haupitgelt nui wirdriun (génitif de wirdria 1 ). 

Voici le texte de la loi des Chamaves. 

T. XXV. Quicquid m casa furaverit, in wirdira solidos 7. 

De wamione in wirdira solidos 7. De spadato caballo solidos 7. 
De servo solidos 7. De spala 7. Dejumenta solidos 4. De bove 
solidos 2. De vacca solidos 2. De porcis et vervecis et animalibus 
juvenibus et de capris terciam partent quantum valet, in wirdira. 

T. XXVI. Quicquid in Amore in alterum furatum habent, in 
duos geldos componere faciat, in wirdira uncias duos, in fredo 
solidos 4. 

Ce qui veut dire : Le vol commis dans l'Hamaland par un 
Chamave au détriment d'un autre donne lieu à une composition 
du double, à une wirdira de 2 onces et à un fredum de i solidi. 

T. XXVII. Et quicquid in Mashau furaverit duos geldos com- 
ponere faciat, in wirdira uncias duas, in fredo dominico solidos 4. 

Même pénalité pour le vol commis dans le Maasgau. 

T. XXVIII. Quicquid in Amore Fresiones injuste tulerint, per 
aliud tantum coynponere faciat, in fredo solidos 4. 

Le vol commis dans l'Hamalant par des Frisons s donne lieu 
à une composition équivalente à la valeur de l'objet, et à un 
fredum de 4 solidi. 

Point de dilatura, cette peine étant inconnue des Frisons. 

1 Graff, AUhochdeutscher Sprachschatz, I, 638, pense que wirdira est 
synonyme de werigelt, wergeld et s'oppose comme tel au fredum (in 
wirdira..., in fredo...). Cette opinion est démentie par ce seul fait que la 
wirdira, au titre XXV, n'est fixée pour un porc qu'au tiers de la valeur 
de l'animal, ce qui est inadmissible pour la composition. 

* C'est l'interprétation de Sohm (Monum. Leg., V, p. 274, note 30). 
Schroeder, Vntersuchvngcn (Pick's Monatsschrift, 1880), p. 500, traduit : 
le vol commis au détriment de Frisons par des Chamaves — ce qui peut 
également se défendre. 



- 52 — 

T. XXIX. Même disposition pour le vol commis par les 
Saxons. 

XV. De l'estimation de la dilatura. — Les indications qui 
viennent d'être données sur le montant de la dilatura doivent 
être rapprochées d'un article de la loi salique (t. XXXV, 6) qui 
fournit de son côté quelques chiffres intéressants : 

Si quis vasso ad ministerium aut fabrum ferrarium vel aurifice 
aut porcario vel vinitwem aut stratorem furaverit aut occident, 
cui (uerit adprobatum, MCC din. qui faciuntsol. XXX culp.jud. 

Inter freio et faido sunt MDCCC din. qui foc. sol. XLV, excepto 
capitale et dilatura. In summa sunt simul sol. LXXV. 

Le sens de cette disposition n'est pas douteux. Le voleur de 
l'esclave doit une composition de 30 solidi; avec le fredum, 
cela fait 45 ; l'expression inter frelo et faido signifiant le fredum 
joint à la faida est fréquente dans les textes francs i. 

Donc le fredum est de 15 sous, soit de la moitié de la faida, 
et la composition tout entière équivaut au triple de la valeur 
de la chose volée 2. 

En effet, le capitale et la dilatura ajoutent encore à la dette 
30 sous, ce qui la fait monter à 75, et de ces 30 sous, le capitale 
en représente 15, la dilatura 15 également, si toutefois il faut 
en juger d'après la lex Thuringorum : dilaturam solidos 7 et in 
freda totidem. Voici, par conséquent, le fredum, le capitale et la 
dilatura fixés, dans le cas actuel, tous trois à la même somme, 
ce qui, à la vérité, paraît singulier. 

D'après la loi des Chamaves, la dilatura, au moins pour les 
brebis, les porcs, les jeunes animaux (bœufs et vaches) et les 
chèvres, ne serait que du tiers de la valeur de la bête. 

Il est impossible, je crois, de conclure que les autres chiffres 
de cette même loi : 7 sous pour un esclave, 2 pour un bœuf, etc., 

1 Par exemple Pactus pro tenore pacis (Capit. I, p. 6, 12) : ipse dominus 
status suijuxta moclum culpae inter freto et faido conpensetur. 

9 C'est ce que prouvent aussi les exemples du titre X, d'après lesquels 
le rapport entre la valeur d'un esclave et la composition (y compris le 
fredum) est : 12 : 35, soit environ du tiers (cf. v. Dvama Sternegg, Deutsche 
Wirthschaftsgeschichte, p. 195). 



- 83 — 

correspondent aussi au tiers de la valeur. Bien qu'en effet, la 
loi ripuaire donne des indications précises sur le prix auquel 
il faut, pour le payement de la composition, estimer les ani- 
maux 4, on ne peut affirmer que ces prix aient été les mêmes 
chez les Saliens et les Chamaves. 

Mais ce qui ressort de ces constatations, c'est que la dilatura 
parait avoir été fixée à l'avance, sans que l'on tînt compte du 
délai qui s'était écoulé depuis le vol et sans que Ton fit, pour 
chaque cas particulier, une estimation régulière. 

Cette conclusion choque nos idées modernes, mais elle n'a 
rien d'incompatible avec l'organisation pénale des Germains. 
Tout nous montre les difficultés considérables contre lesquelles 
les sociétés primitives ont à lutter pour établir une exacte gra- 
dation des peines. 

Quand la loi saliquedétermine le montant de la composition, 
elle cherche plus ou moins à le mettre en rapport avec la 
nature du délit, mais elle considère aussi la condition de la 
victime et même celle de l'auteur. 11 valait mieux pour un Franc 
être lésé par un de ses égaux que par un esclave ou par un 
Romain, caria composition qui lui échéait était plus élevée. 

Si l'on songe, de plus, que le rôle du tribunal était très 
effacé et qu'il ne faisait en quelque sorte que tracer les règles 
de la procédure judiciaire en laissant aux parties elles-mêmes 
le soin de constater si la preuve était fournie ou non, on accep- 
tera sans répugnance cette conclusion que la dilatura n'était 
laissée ù l'appréciation de personne, mais que, pour chaque 
espèce de délit, elle était fixée par la coutume. 

XVI. Le mot dilatura et les gloses. — 11 me reste à recher- 
cher si le mot wirdira ou plutôt wirdria de la loi des Chamaves 
et du fragment de traduction de la loi salique du IX e siècle 
peut jeter quelque clarté sur le terme de dilatura lui-même. 

Malheureusement, les opinions sont ici très divergentes. 

1 Equus videns et sanus : 6 sol. ; equa videns et sana : S sol. ; bos cor- 
nutvs : 2 sol. ; vacca cornuta : 1 sol. Comparez le tableau du prix des 
animaux dans les différentes Leges, dressé par v. Inamà Sternegg (loc. 
cit.), p. 511 



— 54 — 

Pour Grimm (préface à l'édition de Merkel, p. LXXXY1I), mkt- 
dira vient de la préposition widar, widari et signifie récusation 
negatio, ce qui se rapporte à l'idée que la dilatura est la peine 
de l'accusé qui nie. Kern (dans Hessels, § 49, col. 456) rap- 
proche wirdira du verbe anc. norr. verda> varda, avec le sens 
de garantir et aussi être punissable. 

La plupart des commentateurs y voient l'analogue du mot 
actuel Werth, valeur. Dans le Sachsenspiegel , werdung a encore 
le sens de œstimatio (cf. Zôpfl, Deutsche Rechtsgeschichte, III, 
380 et suiv.). 

Il semble cependant que cette signification conviendrait 
mieux pour traduire le capitale et on n'hésitera pas à l'attribuer 
au werdunia (cine werdunia) de la loi ripuaire. 

J'ose à peine formuler à mon tour une hypothèse que mon 
incompétence philologique rend peut-être plus que hasardée. 
Mais je me demande s'il n'est pas possible de rapprocher wir- 
dria du verbe tverden, devenir, croître, et d'y voir l'augmenta- 
tion, le croit. 

C'est ainsi que îverder, wert signifie un atterrissement, \\n 
ilôt formé dans un fleuve et s'accroissant par les alltivions 
(Lexer., Mitlelhochd. Wœrterbuch, III, 777; Ziemann, Mittelhochd. 
Wcerterb., 63o). 

Le mot dilatura lui-même ne pourrait-il être interprété dans 
ce sens et mis en rapport avec d'autres composés du supin 
dilatum : dilatare, dilatatio, dilatio (dans le sens de Ausbreitmg, 
Brinckmeier, Glossar. diplomate I, p. 611)? 

La dilatura serait alors l'expansion naturelle de la chose 
volée. 

Une glose de la loi ripuaire, empruntée au Codex Sancli- 
Petri in SU va nigra, n° 87, du XI e siècle (Monument a y Legum, 
t. V, p. 277), interprète dilatura par les mots : quod longe est 9 
quod non persolvitur, ce qui est en retard, ce qui n'est pas 
rncorc payé. 

L'expression quod longe est fait songer à un passage de la 
Decretio Chlotharii regis f 9 : Si vestigius conprobatur latronis, 
tamen presentia aut longe multandus (sur-le-champ ou plus 
tard). 



Le glossateur parait donc attacher au terme dilatura ridée 
d'une peine moratoire, due par le fait du défendeur qui est 
en retard de payer. Mais il va de soi que cette interprétation, 
datant d'une époque où Ton n'avait plus l'intelligence nette 
des institutions primitives, n'a par elle-même aucune force 
probante. 

XVII. Pourquoi la dilatura est-elle particulière au droit 
franc? — A cette question je ne puis fournir aucune réponse. 
II est assez bizarre assurément qu'on ne trouve la notion des 
intérêts compensatoires que dans les lois franques (loi salique, 
loi ripuaire, loi des Chamaves) et dans la loi des Thuringiens, 
dont on a signalé les analogies avec les lois franques t. La loi 
des Burgondes et la loi des Visigoths ne présentent rien de 
semblable; ce n'est donc pas à l'un de ces peuples que les 
Saliens ont emprunté la dilatura. Et comme elle n'apparaît 
pas davantage chez les autres Germains, demeurés moins acces- 
sibles aux influences romaines, il semble qu'il faille y voir une 
création propre du droit franc. On pourrait supposer toutefois 
que les Saliens, en Rétablissant en Belgique, au milieu d'une 
population romane s'y sont assimilé certaines notions juri- 
diques qu'ils ont amalgamées avec leurs propres institutions. 
Le fait même de la rédaction de la loi en langue latine vient à 
l'appui de cette hypothèse 2 . 

Mais l'étude des emprunts que le droit franc, dans les 
périodes successives de son développement, a faits au droit 
romain, est trop peu avancée pour qu'il soit possible d'aflirmer 
rien de positif à cet égard. 

Quoi qu'il en soit, si le mot dilatura a cessé d'être employé, 
il ne faut pas en conclure que la notion à laquelle il corres- 
pondait se soit également perdue ; on l'exprime désormais par 
frac tus. J'en trouve la preuve dans un placitum de 693 (Pertz, 

1 Làmprecht , FrânkUche Wanderungen (Zeitschrift des Aachener Ge- 
schichtsvereins, IV, pp. 223 et suiv.). 

* Brunner a montré récemment que plusieurs titres de la loi salique 
présentent, non dans le fond, mais dans la disposition extérieure, de 
frappantes analogies avec les lois des Visigoths et des Burgondes. 



-S6 - 

Diplomala, p. 58). Le roi Clovis 111, jugeant à Valencien nés 
une revendication de propriété, suivant des formes procédu- 
rales purement germaniques, condamne le perdant à la resti- 
tution du bien contesté, à la composition et aux fructa. On 
retrouve ici tous les éléments avec lesquels nous ont familia- 
risés la loi salique et la loi ripuaire : 

1° La composition {sic et fuitjudecatum, ut in exfaido et fredo 
solidos quindece pro ac causa fidem facere debirit , et plus loin : 
cum legis benefkium)\ 

2° Le capitale {ut ... ipso locello ... cum omni integritate 
sua . . . reddire . . . non recusit); 

3° La dilatura {quicquid de fructa aut paecunia vel reliqua 
rem ...de ipso locello . . . abstraxit . . . similiter reddere sludiat). 

Ce passage est une confirmation nouvelle de la thèse à 
laquelle est consacré ce mémoire : la dilatura représente les 
fruits, le lucrum cessons, les intérêts compensatoires. 



.%l»l»ITIO:VlfKI,I.K« 

Au moment de livrer à l'impression la dernière feuille de ce 
travail, je reçois, grâce à l'obligeance de M. Petit, conserva- 
teur à la Bibliothèque royale, le livre de Woringen, Beitràge 
sur Gcschichte des deulschen Strafrechtes , 1836, que j'avais 
vainement cherché jusqu'ici (même à la Bibliothèque nationale, 
à Paris. L'auteur, qui consacre à la dilatura un chapitre assez 
étendu (pp. 74 à 89), s'attache surtout à réfuter les hypothèses 
qui avaient déjà été émises, mais il ne formule pas lui-même 
une conclusion définitive. Il indique cependant comme très 
probable (pp. 84 et suiv.) la solution que je cherche à faire 
prévaloir; seulement il n'y arrive point par une analyse rigou- 
reuse, et son argumentation est si peu convaincante qu'il finit 
par déclarer admissible également l'hypothèse des intérêts 
moratoires et qu'il laisse la question en suspens. 



LA 








\ 



\. 




m de 





ES 



(1800-1823) 



PAR 



ÉD. MAILLY, 

MBMBRB DB l'aCADBMIB BOYALB CB BBLGIQUB. 



(Présenté à la Classe des lettres dans la séance du \ juin 1888.) 



Tomi XLI. 



1 



AVANT-PROPOS. 



J'ai déjà entretenu l'Académie delà Société de littérature de 
Bruxelles *. Si j'y reviens aujourd'hui, c'est qu'elle marque 
une époque intéressante de notre histoire, celle où la langue 
française, jusque-là très négligée, reçut une vive impulsion, où 
les érudits se virent disputer la première place par les rimeurs. 
Comme je l'ai dit, tout n'est pas à louer dans les recueils de la 
Société de littérature : il y a bien des pièces médiocres; mais 
l'effort que nécessite la composition en vers devait réagir sur la 
forme, indépendamment des idées plus ou moins élevées, plus 
ou moins neuves. On a ri souvent des vers latins que les éco- 
liers confectionnaient à coups de dictionnaire; ils avaient 
cependant leur bon côté, en habituant l'oreille au rhythmede 
la langue, à l'emploi des mots harmonieux. Au siècle der- 
nier on faisait, parmi nous, les vers latins beaucoup mieux 
que de notre temps, mais la poésie française était inconnue, et 
la prose de nos auteurs s'en ressentait fortement. L'art d'écrire 
n'existait pas : en poussant à l'art de rimer, la Société de litté- 
rature de Bruxelles rendit un vrai service. Je ne voudrais 

* Discours prononcé à la séance publique du 16 décembre 1886. — 
Étude pour servir à l'histoire de la culture intellectuelle à Bruxelles pen- 
dant la réunion de la Belgique à la France; insérée dans le tome XL dos 
Mémoires in-8°. 



(4) 

d'autre preuve de son utilité pour les lettres françaises que 
l'aversion qu'elle inspira au roi Guillaume, et les moyens 
détournés qu'il employa pour la faire disparaître au profit 
d'une autre société dont le but était la culture de la langue 
dite nationale, c'est-à-dire du hollandais. 

J'ai divisé ce travail en deux parties. Dans la première, je 
fais l'histoire de la Société de littérature en m'appuyant à la fois 
sur des documents imprimés et sur des pièces manuscrites. 
Dans la seconde, j'examine les recueils de poésies que la Société 
a publiés de 1801 à 1833. Vient ensuite une table alphabétique 
des auteurs, avec l'indication des volumes dans lesquels on 
trouve leurs écrits. Puis un dictionnaire biographique. 
' Le mémoire est terminé par un appendice où je parle de 
trois volumes pour les années 1834, 1835 et 1836, qui parurent 
à Bruxelles après la suppression de la Société. Celui de 1834, 
mêlé de vers et de prose, avait pour principal auteur Ch. Fro- 
ment ; les pièces des deux autres avaient été rassemblées par 
Ph. Lesbroussart. Je finis par Y Annuaire de la littfrature et des 
beaux-arts, imprimé à Liège en 1830, et qui, dans la pensée de 
l'éditeur, M. L. Alvin, devait ressusciter la publication des 
Almanachs belges. 

Le présent travail est avant tout un travail de bibliographie : 
je laisse à des hommes plus compétents le soin d'apprécier et 
de juger les écrivains dont je rappelle les noms. 



LA 






(1800-1883), 



PREMIÈRE PARTIE. 



VOracle t du 1 er pluviôse an IX (21 janvier 1801) renfermait 
l'annonce suivante : 

« VAlmanach poétûiue de Bruxelles, pour l'an IX, grand 
in-18 de 18G pages, se trouve chez Lecharlier, libraire, Mon- 
tagne des Victoires, et à l'imprimerie de Tutot, fuedeNamur* 
n° 940, prix broché 1 franc, et relié en papier coloré 26 sous de 
France ou 2 escalins. » 

U Avertissement placé en télé du volume portait : ce Quelques 
élèves de la classe de belles-lettres de l'Ecole centrale de Bru- 
xelles ayant formé, il y a un peu plus d'un an, une Société 
littéraire, se proposèrent de faire imprimer un choix de leurs 
poésies, en y ajoutant quelques autres pièces également compo- 
sées dans la même ville : c'est l'ouvrage qu'on présente aujour- 
d'hui au public sous le titre iVAlmanach poétique de Bruxelles. 
On demande l'indulgence des lecteurs pour de jeunes gens 
dont plusieurs écrivent dans une langue qui n'a pas toujours 
été la leur. » 

Une pièce de vers insérée dans le recueil ne laisse pas de 
doute sur le promoteur de la Société, l'excellent professeur 



( 6) 

Rouillé, dont les leçons avaient fait naître chez ses élèves 
l'amour de la poésie, « premier indice d'un retour vers l'étude 
des lettres 2 ». 

« 

» Presque partout naguère aux Pays-Bas, 

» Le pédantisme ergotant dans les chaires, 

» Avait chargé les beaux-arts interdits 

» Des lourds travaux de nos lourds é ru dits : 

» On ignorait la langue des Voltaires, 

» Et pour le grec on faisait des grammaires. 

» En plat latin on dissertait sur tout, 

» Et des uédans voulaient parler de goût ! 

» Un voile épais offusquait la science, 

» Mais il n'est plus... et l'art de l'éloquence 

» Reprend sa grâce et sa simplicité, 

» R [ouille] lui rend son lustre et sa beauté. 

» » 

La Société de littérature de Bruxelles avait été constituée le 
30 nivôse an VIII (10 janvier 1800), sous la devise : Artibus et 
patriae. Ses principaux membres étaient Ferdinand Vanden- 
zande, l'auteur de la pièce mentionnée ci-dessus, Pierre 
Dehul stère et Philippe Lcsbroussart. Nous les citons en pre- 
mière ligne parce qu'ils ont tenu ce qu'ils promettaient dès 
leur début 3. Ph. Lcsbroussart occupait un modeste emploi 
dans l'administration du département, et complétait ses études 
à l'Ecole centrale ; il avait un an de moins que ses camarades 
Dehulstere et Vandenzande, mais doit avoir été le plus grave 
des trois. Vandenzande ne tarda pas ù montrer que la poésie 
et les mathématiques ne sont pas incompatibles. Peu de temps 
après la fondation de la Société de littérature, il entrait à 
l'École polytechnique. Avant que YAlmanach poétique eût 
paru, il écrivait de Paris à un ami : 

« 

» Ton sincère ami, l'ex-poète, 
» Au fond de sa docte retraite 
» S'occupe analytiquement 
» De longs calculs et de série ; 



(T) 

» 11 creuse et parcourt lourdement 

» Le champ de la géométrie; 

» Tantôt divise ou multiplie, 

» Puis fait des x, puis les défait ; 

» Et toujours sent quelque regret 

» D'avoir quitté la poésie ! 

» Au moins à l'instant qu'il t'écrit 

» Cette longue et méchante épitre, 

» Tu penses que sur son pupitre 

» Peut-être il a Bernard, Parny... 

» Hélas ! deux tristes théorèmes 

» En cachent une portion ; 

» De deux côtés, douze problèmes 

» Réclament son attention, 

» Pour tout dire enfin, ces vers mêmes 

» Se glissent par distraction 

» A travers mainte équation ! 

» » 

L'Almanach pour Tan IX donnait encore, outre les essais 
de F. Vandenzande, de P. Dehulstere et de Ph. Lesbroussart, 
des pièces de vers de J. Colbert, P.-J. Degamond, A. Delanrioy, 
J. Marcha), Louis Mercx, Rozin et P. Vidal. Colbert et Dega- 
mond appartenaient à l'École centrale ; Joseph Marchai était 
employé par le bibliothécaire de cet établissement, De La Serna, 
au travail du catalogue des livres de l'Ecole ; Rozin, Suédois 
de naissance, y professait l'histoire naturelle. 

Dans l'Almanach pour Fan X (1802) nous voyons paraître 
(ioswin De Stassart, V. Jouy et J. Hubin : c'étaient de précieuses 
recrues pour la Société de littérature. De Stassart allait publier 
bientôt son premier essai poétique sous le titre de Bagatelles 
sentimentales. Jouy, le futur auteur de la Vestale et de VHermite 
de la chaussée d'Antin, était venu en Belgique à la suite du 
citoyen Doulcet-Pontécoulant, nommé préfet du département 
de la Dyle le 11 ventôse an VIII (2 mars 1800) ; il remplissait 
les fonctions de chef de division dans les bureaux de la préfec- 
ture. La date de la nomination du préfet, celle de son installa- 
tion (5 germinal-26 mars), prouvent que Jouy ne peut pas être 
rangé, comme on Fa imprimé, parmi les fondateurs de la 



(8) 

Société de littérature, ce qui, du reste, est en contradiction 
avec l'avertissement du premier Almanach de la Société *. 
Jouy et Hubin avaient le même âge, étant nés tous deux en 1764. 
Hubin dirigeait à Bruxelles un petit bureau d'affaires. 

A côté des noms de J. Colbert, A. Delannoy, Ph. Lesbrous- 
sart, L. Mercx, Rozin, Vidal, F. Vandenzande, la table de 
l'Almanach de Tan X présente celui de Bernard Vandenzande, 
frère de Ferdinand. P. Vidal était un Français que les événe- 
ments politiques avaient amené parmi nous. Il fut, en Pan XII, 
l'éditeur des Vendanges gaillardes, auxquelles il avait contribué 
avec F. Vandenzande, Dehulstere, Hubin et Mercx s. 

Dans l'Almanach poétique pour Tan XI (1803), nous rencon- 
trons deux écrivains nouveaux, Blanfart et Couret- Villeneuve, 
l'un professeur à Nivelles, l'autre à l'Ecole centrale du dépar- 
tement de l'Escaut. 

L'Almanach poétique pour l'an XII (1804) parut chez Weisscn- 
bruch, imprimeur de la préfecture et de la mairie, place de la 
ci-devant Cour, n° 1085. Les nouveaux collaborateurs sont dans 
l'ordre alphabétique: Louis Biourge, Charles Degamond, 
Louis Gruyer, Hillemacher, Masson, ex-professeur de belles- 
lettres à l'Ecole centrale du département de Saone-et-Letre, 
Masson-Regnier, professeur d'humanités au lycée de Bruxelles, 
Gigot-Pauzelle, G. -F. De Valeriola et C.-M.-P. Van Bemmel. 
Parmi les auteurs belges, Gruyer, Hillemacher et Van Bemmel 
méritent une mention particulière. Louis Gruyer avait été le 
condisciple de Ferdinand Vandenzande à l'École centrale. 

9 

Ayant échoué dans ses examens pour l'Ecole polytechnique, il 
s'était engagé comme canonnier, puis avait quitté l'armée avec 
le grade de sous-lieutenant ; en 1809, il était nommé vérifica- 
teur des douanes à Calais, presque en même temps que Van- 
denzande entrait comme surnuméraire dans l'administration 
des tabacs à Rouen. Son contingent poétique se borne à Un 
songe, toute sa vie ayant été consacrée à la métaphysique. 
J.-G. Hillemacher devint directeur de la Compagnie des quatre 
canaux, mais ne cessa point de cultiver la poésie. Van Bemmel 
fut, avec De Stassart et Lesbroussart, l'un de ceux qui contri- 
buèrent le plus k l'Almanach poétique. 



(9 ) 

L'Almanach de Tan XIII (1801)), le cinquième volume de la 
collection, s'imprima chez Adolphe Stapleaux, rue de la Mag- 
delaine, n° 407. En même temps qu'il changeait d'éditeur, il 
changeait de devise. Jusque-là cette devise avait été : 

« 11 faut tout attendre du tems, 
» Et surtout du désir de plaire. » 

Voltaire. 
Elle était maintenant : 

« Qui lit Horace aime les vers, 
» Et qui les aime veut en faire. » 

Àlmanach poétique de Tan X, p. 36. 

La pièce à laquelle on l'avait empruntée portait le titre : Mes 
muses favorites, mais on avait, nous ne savons pourquoi, sub- 
stitué. Horace à Virgile. L'auteur était M. Hrfbin. 

Oh trouvait en tête du nouvel Almanach l'Avertissement que 
voici : « Dans une fête célébrée par la Société de littérature de 
Bruxelles en mémoire de Voltaire, plusieurs pièces furent lues, 
chantées ou représentées. Nous en avons inséré quelques-unes 
dans ce recueil. Elles sont distinguées des autres pièces de 
l'Almanach par une étoile placée à côté du litre. » 

Les pièces dont il est question ici sont les suivantes : 

Hommage à Voltaire, par Masson, ex-professeur de belles- 
lettres à l'École centrale du département de Saône-et-Loire. 

Cantate, par J.-H. Hubin. 

Ronde, par D. L. 

Le tombeau et la vipère, par Lesbroussart, fils. 

Fragmentd'une pièce sur l'inauguration du buste de Voltaire, 
par P.-C. Vidal. 

Quatrain, pour mettre au bas du buste de Voltaire, par Dega- 
mond, l'aîné. 

La Fête de Sot-Froid , divertissement en un acte mêlé de 
couplets. — L'auteur a gardé l'anonyme. 

C'est dans l'Almanach de l'an XIII que débuta Liegeard, de 
nationalité française, et secrétaire général de la préfecture de 



(10) 

l'Escaut, dont le chef était H. Faitpoul. Il remplit ensuite les 
mêmes fonctions à Liège, sous l'administration du baron 
de Micoud, préfet du département de l'Ourthe. . 

Nous arrivons à l'Almanach de Tan 1806. Il n'est plus ques- 
tion de l'ère républicaine qui, de fait, avait disparu de l'Aima- 
nach précédent. M. Edouard *** y publie, en collaboration avec 
Ph. Lesbroussart, un vaudeville intitulé : L'intrigue en Pair au 
les aérostats <>. 

En 1807, Comhaire, aîné, de Liège, De Trappe, de la même 
ville ; — en 1808, Rodants, de Gand ; — en 1809, Bassenge, 
aîné, de Liège, Boilleau ; — en 1810, D'Alissac, P. Benau, de 
Gand, Ferrary, de la même ville, Hyacinthe Horel, d'Avignon, 
Richard, M Ue Van de Reden, Frédéric Rouveroy, de Liège, 
J. Wallez, de Gand, tiennent à honneur de figurer dans 
l'Àlmanach poétique. 

L'Àlmanach pour 1811 clôt la série des Àlmanachs publiés 
chez Ad. Stapleaux. Cette fois, on rétablit le texte exact de la 
devise empruntée à Hubin, en mettant Virgile à la place 

d'Horace : 

« Qui lit Virgile aime les vers, 
» Et qui les aime veut en faire. » 

On trouve encore plusieurs noms nouveaux : le D r Guérin, 
J. Lignian, C. Malingreau, de Gand, C. Tinet, Clément Du Trieu, 
quelques auteurs indiqués par de simples initiales, et un ano- 
nyme, auteur d'une Ode sur Napoléon le Grand, en six strophes 
de dix vers chacune. 

Il n'y eut pas d'Almanach poétique en 1812. 

L'Almanach pour l'an 1813 et celui pour l'an 1814 parurent 
chez M. E. Rampelbergh, rue au Lait, avec l'ancienne devise : 

<c II faut tout attendre du tems, 
» Et surtout du désir de plaire. » 

Voltaire. 

Ils forment les douzième et treizième volumes de la collec- 
tion. 
Les nouveaux collaborateurs sont : en 1813, Victor Augier, 



( 11 ) 

César-Auguste (?), Charles Du Trieu, J. Gautier, Justin Gensoul, 
R. Giraudy, M lle Hugo de Raveschot, Félix Nogaret, Revoil, 
J. S..., M lle Schavye, aînée; en 1814, Chaix, J.-H. Kraane Y 
M"» Lignan, F. Negrel, J.-B. Picard, Piot, Le Prévôt dirai. 

À la fin du volume de 1814 se trouve l'avis suivant : ce Mes- 
sieurs les auteurs qui, par leurs ouvrages, ont coutume de 
coopérer au présent Al manach, sont priés de vouloir les adresser 
dorénavant, franc de port, avant le 15 de septembre, à M. Hubin, 
président actuel de la Société de littérature de Bruxelles. Les 
-envoyer plus tard serait s'exposer à ce qu'on ne pût les insérer 
■dans le recueil de l'année. On les prie de même d'écrire chaque 
pièce sur un feuillet séparé, pour ne point gêner la rédaction. » 

Le quatorzième volume de la collection parut en 1817. Les 
-événements politiques expliquent suffisamment pourquoi il n'y 
eut pas d'Almanach poétique en 1813 et 1816. 

L'Almanach de 1817 porte pour devise : 

Qui legis ista, tuam reprehendo, si mea laudas 
Omnia, stultitiam : si nihil, invidiam. 

Owen, epig. 

et au bas du titre on lit : A Bruxelles, chez Berthod, libraire, 
Marché aux Bois. — A Gand, chez P.-F. De Goesin-Verhaeghe, 
imprimeur-libraire, rue Hautport, n° 37. 

D'après Quetelet 7 , il aurait été imprimé à Gand par les 
soins de Van Bemmel, qui était à cette époque professeur au 
collège de cette dernière ville. 

Plusieurs noms s'y rencontrent pour la première fois : 
N. Cornelissen, le chevalier de Posson, le baron de Roest 
d'Alkemade, Ph. Gigot, Lefèvre, Sauveur Legros, le maréchal 
prince de Ligne, Magalon, A. Maleck de Werlhenfeld, Offhuys, 
Prenninger. Il y a trois anonymes. La pièce signée par le 
maréchal prince de Ligne est intitulée : « Dernières étincelles du 
maréchal prince de Ligne, quelques jours avant sa mort, adressées 
au journal de l'Oracle de Bruxelles, en réponse aux rédacteurs. » 
D'après une note au bas de la page, « les rédacteurs de l'Oracle 
n'ont pu insérer cette pièce dans leur journal, à cause de son 



( 12) 

étendue; ils ont saisi, avec empressement, l'occasion de la 
publier dans les Annales poétiques d'une Société dont ce prince 
illustre était membre. » 

A la fin du volume, on retrouve l'annonce qui avait paru 
dans l'Almanach pour 1814; le président de la Société de litté- 
rature était encore M. Hubin. 

L'Almanach royal de la Cour, des provinces méridionales et de 
la ville de Bruxelles, pour l'an 1816 — l re année, Bruxelles, 
Ad. Stapleaux — renferme une liste des membres de la Société 
de littérature. Nous la reproduisons ici, bien qu'elle nous 
paraisse incomplète et inexacte, surtout en ce qui concerne la 
séparation en membres résidans et membres non résidant en 
Belgique. 

MEMBRES EFFECTIFS RÉSIDANS. 



Delannoy. 

Lesbroussart, fils. 

Colbert, commis greffier à la Cour 
supérieure. 

Dehulstere. 

Lesbroussart, père, professeur à 
l'Académie de Bruxelles. 

Rouillé, idem. 

Degamond, aîné, avoué. 

Hubin, agent solliciteur. 

Mercx. 

Le baron Gosvvin de Stassart, cham- 
bellan de l'empereur d'Autriche. 

Botte. 

F. Vandenzande. 

B. Vandenzande. 

BlanfarL 

Christian. 

Van Bemmel, professeur au collège 
de Gand. 

Le baron De Trappe. 

Roelants. 

Destriveaux. 



Liegeard. 

Dupont. 

Comhaire. 

Morel. 

D'Alissac. 

De Boilleau. 

Victor Augier. 

Tinet. 

Ferrary. 

Gensoul. 

Giraudy. 

De la Bouisse. 

Félix Nogaret. 

Revoil. 

Rouveroy. 

Le Prévôt d'Irai. 

Dutrieu, aîné. 

Dutrieu, cadet. 

Lefôvre. 

J.-B. Picard, maître des comptes. 

Dewez, commissaire spécial pour 

l'instruction publique, division 

wallonne. 



( 13) 



Vidal. 

Rozin. 

Jouy. 

Laisné. 

Oudaert. 



MEMBRES NON.RÉSIDANT EN BELGIQUE. 



Delormel. 
Degamond, cadet. 
Gigot-Pauzelle. 
Perrenet. 



MEMBRES DÉCÉDÉS DEPUIS INSTITUTION DE LA SOCIÉTÉ.. 



Couret de Villeneuve. 

Lacorne. 

Bassenge, ex-législateur. 



Grétry, célèbre compositeur. 
Le prince de Ligne. 



En 1818, le recueil ne porte plus le titre d'Almanach poétique 
de Bruxelles, il devient le Recueil annuel de poésies de la Société 
de littérature de Bruxelles pour Vannée 1818, et paraît à 
Bruxelles chez F.-J. Hublou, imprimeur, rue des Eperonniers, 
n°, 480. La devise est restée la même qu'en 1817. 

Les nouveaux auteurs sont : MM. Coomans, Gaussoin, 
Lecocq, Quetelet, F. De Reiffenberg, Roucher, N.-J. Stevens, 
le baron Van Erlborn, J.-B. Vautier, Violet d'Epagny, Willmar, 
un auteur indiqué par les initiales A. V. v une dame N*** et un 
autre anonyme. Une pièce de Legros nous apprend que la 
Société se réunissait dans un salon du cabaret : A l'Oranger; 
une autre pièce du même, qu'il avait été élu président le 
42 octobre 1817. 

L'Almanach royal de la Cour, etc., pour l'an 1819 — 
4 e année — donne la liste suivante des membres de la Société 
de littérature. 



MEMBRES EFFECTIFS RÉSIDANT DANS LE ROYAUME. 



Delannov. 

Lesbroussart, fils. 

Colbert. 

Dehulstere, secrétaire. 

Rouillé. 

Degamond, aine. 



Hubin. 

Le baron de Stassart. 

E. Vandenzande. 

B. Vandenzande. 

Christian. 

Van Bemmel. 



(14) 



Le baron De Trappe. 

Roelants. 

Destri veaux. 

Gomhaire. 

Rouveroy. 

Tinet. 

Ferrary. 

Dutrieu, aîné. 

Dutrieu, cadet. 

Lefèvre. 

Picard. 

Dewez. 

Le chevalier de Posson. 

Legros, président. 

Prenninger. 

Gigot. 



Barafin. 

De ReifFenberg. 

Gaussoin. 

Le baron de Beeckman-Libersart. 

Raoul. 

Lecocq, secrétaire. 

Descheppere, trésorier. 

Le baron de Roest d'Alkemade. 

Jullian. 

Stevens. 

Coomans. 

Quetelet. 

Pire. 

Vautier. 

Maleck de Werthenfeld. 

Willmar. 



MEMBRES RÉSIDANT HORS DU ROYAUME. 



Vidal. 

Rozin. 

Jouy. 

Laisné. 

Oudaert. 

Delormel. 

Gigot-Pauzelle. 

Hillemacher. 

Liegeard. 

Dupont. 

Morel. 



D'Alissac. 

De Boilleau. 

Victor Augier. 

Gensoul. 

Giraudv. 

De la Bouisse. 

F. Nogaret. 

Revoil. 

Le Prévôt dirai. 

Violet d'Epagny. 



En comparant cette liste ù celle que renfermait l'AImanarh 
royal pour Tan 1816, on remarque d'abord la disparition des 
noms suivants : Lesbroussart, père, mort le 10 décembre 1818, 
Mcrcx, Botte, Blanfert, Degamond, cadet, Perrenet. D'autres 
noms ont été rangés parmi les membres non résidant en Bel- 
gique, et c'est évidemment par erreur que ces noms figuraient 
dans l'AImanach de 1816 parmi les membres effectifs résidant 
dans le royaume. Enfin, parmi les membres nouveaux, il y en 



(15) 

a vingt qui résident dans le royaume, à savoir : Le chevalier de 
Posson, Legros, Prenninger, Gigot, Barafin, De Reiffenberg, 
Gaussoin, le baron de Beeckman-Libersart, Raoul, Lecocq, 
Descheppere, le baron de Roest d'Àlkemade, Jullian, Stevens, 
Coomans, Quetelet, Pire, Vautier, Maleck de Werthenfeld, 
Willmar, et un seul, Violet d'Epagny, non résidant en Bel- 
gique. 

Avant d'aller plus loin, nous devons retourner un instant sur 
nos pas. Jusqu'ici nous n'avons parlé de la Société de littéra- 
ture de Bruxelles qu'en nous appuyant sur des documents 
imprimés. Il y a aussi des pièces manuscrites : ces pièces se 
trouvent dans les Archives de la ville de Bruxelles et dans la 
collection d'autographes léguée par M. le baron de Stassart à 
l'Académie royale de Belgique. M. de Stassart paraît avoir reçu 
de H. Dewez, le dernier président de la Société de littérature, 
une grande partie des archives de cette Société ; mais au lieu de 
les conserver dans leur intégrité, il les a morcelées au profit 
de sa collection d'autographes. La liasse de Vidal est particu- 
lièrement curieuse. Pierre-Claude Vidal, Français établi en 
Belgique, avait été le premier secrétaire de la Société de litté- 
rature. La circulaire suivante qu'il adressait, le 28 prairial an IX 
(17 juin 1801), aux membres de la Société, sera lue avec 
intérêt : « Citoyens, nos assemblées n'auraient qu'un objet 
infructueux, si nous nous bornions à les occuper par la lec- 
ture de nos productions. Le but principal de notre institution 
est l'utilité; l'agrément résultera suffisamment des moyens que 
nous emploirons pour y parvenir. Parmi ces moyens, le plus 
important sans doute, est l'examen que la Société fait des 
ouvrages de ses membres. Cette heureuse résolution doit être 
le ciment indissoluble de ce corps littéraire, et en même temps 
le principe certain de sa perfection, puisqu'il est vrai que 
chacun de nous soumettant ses ouvrages à la censure réfléchie 
de tous, il se forme une masse de lumière dont toute la Société 
profite. Ces considérations sont assez puissantes pour exiger 
de notre part un zèle inaltérable dans l'exécution de cette réso- 



(16) 

lution. Cependant, ilestarrivé que depuis Iccommencement de 
nos assemblées qui date d'environ un an et demi, il n'a été fait 
que huit rapports pour une trentaine d'ouvrages qui ont été 
soumis à l'examen. Ajoutez que depuis environ six mois aucun 
membre n'a cru devoir faire passer ses productions par une 
formalité qui lui aura semblé fastidieuse. 

» Je ne puis donc, Citoyens, faire un meilleur usage des 
fonctions dont vous m'avez honoré, qu'en vous rappelant le 
zèle que vous vous êtes promis. 

» En conséquence, je vous invite, conformément à ce qui a 
été résolu dans la dernière séance, à vouloir me faire parvenir, 
dans le plus bref délai, les pièces qui peuvent être restées entre 
les mains, afin que je les fasse passer de nouveau à l'examen. 
Je vous envoie, à cet effet, la liste ci-aprùs qui vous indiquera 
celles dont il n'existe aucune copie dans nos archives. Je vous 
réitère instamment de mettre dans l'exécution de la présente 
toute l'exactitude et la célérité possibles, d'autant plus que le 
registre destiné ù la transcription des mémoires de la Société 
ne peut être commencé que lorsque vous aurez rempli mon 
attente. — Salut et amitié. P. Vidal. — P.-6\ Les auteurs 
des pièces contenues dans la liste ci-après peuvent m'en- 
voyer leurs minutes, s'ils n'ont pas le temps d'en faire des 
copies. » 

LISTE. 

1° Analyse raisonnée de la chronologie des principaux Etats 
de la terre, par Marchai; 

2° Discours sur les avantages de la Logique, par Delannoy; 

3° Traduction de la Canzone de Pétrarque sur la mort de 
Laure, par Marchai ; 

4° Scène de séparation entre l'Amour et Psyché, par Rozin ; 

5° Le riche et le pauvre, dialogue par Dehulstere; 

6° Voyage en Flandre, par le même ; 

7° Essai historique sur Charles Martel, par Marchai; 

8° Rapport sur le discours du C. Delannoy sur les avantages 
de la Logique, par Colbert ; 



( 17 ) 

9° Essai sur If s avantages de la Littérature, par Lesbrous- 
sart; 

10° Origine de plusieurs usages, par Marchai ; 

11° Conseils de Charles-Quint à Don Philippe, traduits de 
l'espagnol par le même ; 

lâ° La vieillesse d'Ânacréon et réponse d'un vieillard, par 
Dehulstere; 

13° Observations historiques sur Sesostris et ses successeurs, 
par Marchai ; 

14° Sethos ou les Initiations égyptiennes, tragédie lyrique 
en trois actes, par Rozin; 

15° Harangue de Thelesinus aux Samnites, par Lesbroussart ; 

16° Traduction en prose de l'île déserte de Métastase, par 
Marchai ; 

17° Discours apologétique sur les lois de Lycurgue, par 
Colbert ; 

18° Plan d'histoire ancienne a l'époque du triumvirat de 
César, Pompée et Crassus, par Marchai ; 

19° Chanson laponne, traduite de l'anglais par Deglimes; 

30° Combat de Don Quichotte contre les moulins, poème 
par Lesbroussart. 

Voici une autre lettre circulaire de Vidal, datée du 19 bru- 
maire an X (10 novembre 1801) : « Messieurs, j'ai l'honneur 
de vous prévenir que vous êtes convoqués pour demain en 
assemblée générale aux termes de l'article 5 du règlement, à 
reflet de procéder à l'admission de MM. J.-H. Hubin et V. Jouy, 
candidats présentés à la dernière séance, ie premier par 
M. Dehulstere * et le second par moi. 

* Le 21 vendémiaire an X <13 octobre 1801), Vidal avait écrit à Hubin : 
« La Société a entendu avec plaisir la lecture que M. Dehulstere, notre 
collègue, lui a faite hier de quelques pièces de votre composition. Elle 
m'a chargé de vous remercier de ce cadeau... M. Dehulstere a saisi cette 
occasion pour vous présenter comme candidat à la Société, persuadé que 
vous acquiescerez à cette proposition... P. S. Vous pouvez adresser vos 
lettres pour la Société à Monsieur Rozin, son président, professeur à 
l'École centrale, demeurant rue de Namur. » 

Tome XLI. 2 



( 18) 

» La liste d'ordre pour la même séance contient l'annonce des 
lectures suivantes : 

1° Les trois roses, stances par M. Jouy ; 
3° Fragment d'une épître écrite en 1793, par le même; 
3° Romance, par le même; 
4° Aux mânes des poètes français, par M. Hubin ; 
5° La convalescence, élégie par M. Rozin ; 
6° Chant de Paix, par M. Lesbroussart, fils; 
7« Couplets à M u « **\ par M. D. L.; 
8° Le bâton de vieillesse à M™ ***, par le même; 
9° Envoi d'un portrait, par le même; 
10° Vers envoyés de Paris à M me ***, par le même; 
11 e Couplets à M. P..., par le même; 
12° La prière universelle de Pope, traduite par une dame de 
Bruxelles; 
13° Épître à M. Vidal sur ses épigrammes, par M. Dehulstere; 
14° Trois couplets de romance, par le même; 
15° Imirène et Ramier, romance par M. Lesbroussart, fils. 
» Les membres de la Société sont invités à vouloir me 
remettre à la séance de demain pour dernier délai, les pièces 
qu'ils désirent faire insérer dans l'Almanach poétique. Ils sont 
priés surtout de .ne pas oublier en même temps [de payer] à 
M. Rozin leur part dans la souscription de l'Almanach de la 
présente année, ainsi que les sommes dont ils lui sont rede- 
vables pour l'Almanach de l'année dernière. 

» Je compte assez sur leur zèle et leur délicatesse pour être 
persuadé qu'ils ne m'obligeront pas à leur réitérer cette der- 
nier demande. Salut et amitié. P. Vidal. » 

Le 28 ventôse an X (19 mars 1802), Vidal écrit à Colbcrt, 
membre de la Société : « Le petit volume des opuscules de 
M. Cioswin De Stassart étant soumis à l'examen de la Société, 
je vous prie de faire parvenir vos observations à H. Hubin, 
rapporteur, avant le 10 du mois prochain (31 mars 1802). 
Salut et amitié. P. Vidal. » 

Le 19 germinal an X (9 avril 1802), lettre du même : « J'ai 
l'honneur de vous prévenir que la Société est convoquée pour 



E^ 



(19) 

demain trois heures précises en assemblée générale à l'effet de 
procéder à l'admission de M. Laisné, homme de lettres à 
Bruxelles, présenté par M. Rozin à la dernière séance. — Liste 
d'ordre : 

1° Suite du tableau chronologique de M. Marchai; 

3° Quelques pièces de poésie de M. Spaek; 

3? Fragment de la Voltairiade de M. Hubin ; 

¥ Le fat, chanson par M. Dehulstere; 

5° Pragmcns inédits d'un ancien poème composé par un 
Belge; 

6° Rapport de M. Hubin sur les opuscules de H. Stassart. — 
Salut et amitié. » [La lettre n'est pas signée, mais elle porte 
pour en-tête : « Le secrétaire de la Société de littérature de 
Bruxelles à M. Colbert, membre. »] 

Nous aurons à présenter quelques observations suggérées 
par les pièces qu'on vient de lire. 

Le rôle du secrétaire de la Société de littérature est prépon- 
dérant : c'est lui qui dirige de fait la Société. Les lettres 
peuvent être adressées à H. Rozin, son président, professeur à 
l'Ecole centrale, rue de Namur. Les membres ne doivent pas 
oublier de payer à ce dernier leur part dans la souscription ù 
l'Aimanach poétique. L'Almanach s'imprimait chez Tutot, 
l'éditeur de Y Esprit des journaux, dont Rozin était le rédacteur 
principal, demeurant au siège de l'imprimerie. 

La Société a d'autres occupations que la poésie : l'histoire 
depuis les temps les plus reculés, la philosophie, l'archéologie, 
les langues vivantes, donnent lieu à des lectures variées. Les 
mémoires font ensuite l'objet de discussions et de rapports. 
Les morceaux présentés pour l'Aimanach subissent un examen " 
minutieux. 

L'Almanach pour Fan XI (1803) sort encore de l'imprimerie 
de Tutot; mais cette imprimerie a été transportée rue aux 
Laines, n° 894, et Rozin l'y a suivie : c'est de là que le prési- 
dent de la Société littéraire part furtivement au mois 
d'octobre 1803 pour ne plus reparaître en Belgique. C'est vers 
cette époque qu'il est remplacé par Hubin. Vidal reste secré- 



( 20) 

taire, et Delormei, directeur du domaine, occupe les fonctions 
de trésorier. La cotisation annuelle des membres est de 
12 livres tournois; ils payent en sus une contribution pour les 
déjeuners qui paraissent avoir lieu tous les quinze jours; cette 
contribution est de 4 livres 10 sols par trimestre. 

En 1810 Vidal devient procureur impérial à Nivelles : le 
18 fructidor an XIII (5 septembre 1805), il a obtenu le grade de 
licencié en droit de la Faculté de Paris. Le secrétaire de la 
Société de littérature est maintenant Dehulstere, et ensuite 
Colbcrt. Le là octobre 1817, Sauveur Legros est élu président. 
Lecocq devient secrétaire, et Descheppere est trésorier. 

La Société de littérature fut réorganisée au commencement 
de l'année 1819. Voici le règlement qui fut délibéré et arrêté 
dans la séance extraordinaire du 17 janvier : 

Art. I er . La Société a pour but l'étude et le progrès des 
lettres. 

Art. IL Elle se compose de membres effectifs et de membres 
associés, tant régnicoles qu'étrangers. 

Art. III. Le nombre de membres effectifs de résidence fixe 
à Bruxelles est limité à trente; ne sont point compris dans ce 
nombre les membres obligés à des déplacements annuels ou 
périodiques, par suite de leurs fonctions, ni les membres 
externes faisant actuellement partie de la Société, et qui, en 
adhérant au présent règlement, auront fait connaître pair écrit 
que leur intention est de rester membre effectif. 

Art. IV. Lorsque lé nombre des membres effectifs résidans, 
mentionnés à l'article III, sera complet, la Société pourra 
admettre, jusqu'au nombre de douze, des candidats destinés à 
remplacer, par rang d'ancienneté d'admission, les membres 
décédés ou démissionnaires. 

Art. V. Pour être nommé membre effectif ou associé, il 
faut être connu par quelque production littéraire. 
La présentation doit être faîte par un membre effectif, dans 



(21 ) 

une réunion régulière, et il ne peut être procédé à l'admission 
qu'à une des réunions subséquentes. 

Art. VI. Il ne pourra être procédé à l'admission d'aucun 
membre ou candidat que lorsque la réunion se compose de la 
moitié plus un du nombre des membres effectifs résidans; et 
alors le récipiendaire devra obtenir les trois quarts pleins des 
suffrages des membres présens. 

Toute délibération de la Société ayant pour objet l'admis- 
sion, la nomination ou 1 élection, sera décidée par la voie du 
scrutin secret et individuel. 

Art. VII. Si, au jour de la convocation, la réunion ne se 
compose pas du nombre des membres exigé par l'article pré- 
cédent, le ballottage sera remisa une autre convocation, qu'in- 
diquera le président ou celui qui en fait les fonctions. 

Art. VIII. A cette seconde convocation, il sera procédé au 
ballottage du récipiendaire, et le résultat dépendra de la plu- 
ralité des membres présens. 

Art. IX. Toute résolution, autre que celle mentionnée en 
l'article précédent, prise dans une assemblée qui ne serait pas 
composée de la pleine majorité des membres effectifs, sera 
nulle. 

Art. X. La Société choisit chaque année, parmi les membres 
effectifs résidans, un président, un secrétaire et un trésorier; 
ils seront toujours rééligibles. 

Art. XI. La nomination du président, du secrétaire et du 
trésorier se fait à la pluralité des voix, dans une réunion spé- 
ciale, soumise aux dispositions de l'article IX. 

Art. XII. Au président seul appartient le droit de convoquer 
ex traordinai rement la Société. 

Il préside les assemblées, en a la police, dirige les discus- 
sions, recueille les opinions, et en proclame le résultat. 

Il est à la tête de toutes les députations, et désigne les 
membres qui doivent l'accompagner. 



( 22 ) 

Le bureau nomme, parmi les membres effectifs indistincte- 
ment, des commissions pour l'examen de toute proposition qui 
intéresse la Société. 

Le président nomme annuellement, dans le courant du mois 
de septembre, une commission composée de trois ou cinq 
membres effectifs résidans, ayant pour objet l'examen et par 
suite l'adoption ou le rejet de tous morceaux de littérature 
remis ou adressés à la Société, pour être imprimés dans le 
Recueil qu'elle publie chaque année. 

Il préside de droit toutes les commissions et y a voix pré- 
pondérante et décisive en cas de partage. 

Art. XIII. Les commissions, à l'exception de celle d'examen 
des morceaux de littérature destinés au Recueil, font leur rap- 
port à la séance indiquée à cet effet par le président. 

Art. XIV. Le secrétaire perpétuel rédige les procès-verbaux 
des séances, en tête desquels il a soin de mentionner nomina- 
tivement les membres présens. 

II veille à la conservation des archives et de la bibliothèque, 
et tient la correspondance de la Société. 

Art. XV. Le secrétaire annuel écrit les lettres de convoca- 
tion, les signe et les expédie ; il remplace de droit le secrétaire 
perpétuel aux séances. 

Art. XVI. Les lettres et paquets adressés au secrétaire per- 
pétuel doivent être affranchis, sinon il est autorisé à ne pas les 
recevoir. 

Art. XVII. En cas d'absence du président, il est remplacé 
par le membre présent le plus avancé en âge. 

Le secrétaire annuel est remplacé, en cas d'absence, par le 
plus jeune des membres présens. 

Art. XVIII. Les fonctions de trésorier consistent dans la 
perception de la rétribution individuelle déterminée en 
l'article XXV, et dans la recette de tous autres fonds ordinaires 
ou extraordinaires. Il rend compte annuellement de sa ges- 
tion à l'expiration de ses fonctions. 



( 23) 

Art. XIX. Toutes les dépenses seront mandatées par le pré- 
sident et contresignées par un des secrétaires. 

Tout projet de dépenses extraordinaires devra préalablement 
être soumis à la Société, et renvoyé par elle à une commission 
spéciale, si elle le juge convenable. 

Art. XX. En cas de décès de l'un des dignitaires, ou si l'un 
se trouve légalement empêché de continuer ses fonctions, il est 
procédé à son remplacement de la manière indiquée aux 
articles IX et XI. Le remplaçant continue pour le temps seu- 
lement que le remplacé aurait encore à rester en fonctions. 

Art. XXI. Tout membre effectif ou associé régnicole qui, en 
faisant imprimer un ouvrage de sa composition, y énoncera sa 
qualité de membre, sans l'agrément de la Société, sera censé 
avoir renoncé à en faire partie. 

Art. XXII. Tout membre ^effectif ou associé régnicole qui 
fait imprimer un ouvrage de sa composition, doit en envoyer, 
franc de port, un exemplaire à la Société. 

Art. XXI H. Tous les membres effectifs résidans à Bruxelles 
sont tenus d'assister aux réunions, ou de faire connaître le 
motif légitime de leur absence. 

Ceux d'entre eux qui, sans avoir fait connaître ce motif, man- 
queraient à six réunions ordinaires consécutives, seront démis- 
sionnaires de fait. 

Art. XXIV. La Société s'assemble régulièrement le premier 
dimanche de chaque mois, depuis dix heures du matin jusqu'à 
une heure après midi. 

Les candidats pourront toujours assister à ces séances. 

Art. XXV. Les dépenses de la Société seront supportées par 
les membres effectifs, résidans ou non. La contribution indivi- 
duelle sera fixée chaque année, le jour de l'élection des digni- 
taires. Elle sera toujours payable d'avance et par trimestre entre 
les mains du trésorier. 

Art. XXVI. La contribution individuelle pour 1819 est fixée 
à douze francs. 

Art. XXVII. Le deuxième dimanche de janvier de chaque 



(24.) 

année, il y aura, en commémoration du jour anniversaire de 
l'institution de la Société, un banquet d obligation pour tous 
les membres effectifs, associés et candidats, résidans à 
Bruxelles. 

Art. XXVIII. La Société publie, chaque année, un choix de 
productions de ses membres effectifs, associés et candidats, 
sous le titre de Recueil annuel de poésies de la Société, etc. 

Toutes les pièces destinées à ce Recueil doivent être envoyées, 
franches de port, au secrétaire perpétuel, avant le 96 octobre : 
ce terme est de rigueur. Ces pièces seront lues à rassemblée 
avant d'être renvoyées ù la commission d'examen dont il est 
parlé à l'article XII. 

Art. XXIX. Chaque membre effectif sera tenu de lire et pré- 
senter à la Société, dans le courant de Tannée, au moins deux 
morceaux de poésie ou de prose. 

Art. XXX. La Société arrête en principe que, dès que ses 
moyens financiers le lui permettront, et pour contribuer, 
autant qu'il est en son pouvoir, à répandre le goût des lettres, 
et à favoriser leur culture, elle ouvrira chaque année un con- 
cours public et décernera deux prix, l'un pour la meilleure 
pièce de poésie, l'autre pour le meilleur morceau de prose, sur 
un sujet donné, choisi par préférence dans l'histoire nationale. 

Art. XXXI. Toutes les dispositions contraires au présent 
règlement sont abrogées. 

Ce règlement fut imprimé sous le titre : Règlement de la 
Société de littérature de Bruxelles, constituée le 10 jan- 
vier 4800, et réorganisée le 4 tT janvier 1819. A Bruxelles, chez 
Hublou. 

Si nous examinons le nouveau règlement, nous remarquons 
d'abord l'institution d'un secrétaire perpétuel dont nous 
n'avions pas trouvé de trace jusqu'alors. La cotisation des 
membres continue à être de douze francs par an. Les déjeuners 
ont été remplacés par un dîner obligatoire qui se donne le 
deuxième dimanche de janvier, en commémoration du jour 
anniversaire de l'établissement de la Société. Les productions 
destinées à entrer dans l'Almanach poétique sont soumises à 



( 23 ) 

un examen préalable : il en était ainsi depuis l'origine de la 
Société; le 10 frimaire an XI, Hubin écrivait à Vidal : 
« J'espère, mon cher confrère, que vous serez content des 
corrections que j'ai faites à mes pièces. Je vous remercie, ainsi 
que mes au 1res collègues, de m'avoir mis en état de profiter 
de vos judicieuses observations. J'éprouve tous les jours com- 
bien il est aisé d'errer en poésie, l'enthousiasme nous emporte 
souvent trop loin, et je sens que la Société a statué une règle 
bien sage et bien utile en voulant que l'on soumette à l'exumen 
de chaque membre les ouvrages destinés à voir le jour dans 
son Annuaire poétique. Quant à moi, je souscrirai en tout 
temps avec plaisir à cette condition dont l'accomplissement a 
véritablement pour objet le progrès de l'art et le perfectionne- 
ment du goût. » Personne ne pouvait se soustraire à la règle. 
On lit dans une lettre de Jouy à Vidal, du 6 frimaire an XI 
(27 novembre 1802) : « Je vous remercie, Monsieur, de m'avoir 
communiqué les observations de la Société sur des bagatelles 
qui sans doute auraient besoin d'être plus sévèrement encore 
examinées avant d'être livrées à l'impression... » D'après le 
nouveau règlement, les pièces n'étaient plus soumises à chacun 
des membres : après avoir été lues en séance, elles étaient 
renvoyées à une commission de cinq membres, nommée par 
le président, qui décidait de l'adoption ou du rejet. 11 existe 
relativement à cette commission une lettre de Vautier qu'on 
ne lira pas sans intérêt. Le 10 novembre 1819, il écrit au 
secrétaire perpétuel Lecocq : 

« J'ai l'honneur de saluer Monsieur Lecocq, et de le prévenir 
que je ne me rendrai point à l'invitation qu'il m'adresse, parce 
que j'ai reconnu l'inutilité de la besogne que la commission de 
revision va s'imposer; parce qu'ensuite mon zèle pour l'intérêt 
de la Société n'est plus ce qu'il était l'an dernier; et que pour 
prix du temps que j'emploierai à de soi-disantes corrections, 
je n'ai pas envie de recevoir des remercîments de la nature de 
ceux de M. Comhaire (?). Je ne vois pas ce qu'on gagne ù 
montrer tant de zèle, ou pour mieux parler, je ne le vois que 
trop. M. Gaussoin, mon collègue, a été renvoyé dans la pous- 



( «6) 

sière de sa classe pour s'être permis quelques innocentes 
observations. Dieu sait si un procès ne menace point chacun 
des membres de la commission de revision. Je ne digérerai 
point Tépigramme adressée à H. Gaussoin (?), pas plus que je 
n'ai digéré les invitations de feu M. Gigot (?). Encore un coup, 
je me bornerai à payer mes trois francs par trimestre, à fournir 
mon contingent aux termes précis du règlement; et je rentrerai 
dans mon obscurité de membre. » 

Un article curieux du règlement est celui en vertu duquel 
tout membre qui, en faisant imprimer un ouvrage de sa com- 
position, y énoncera sa qualité de membre, sans l'agrément de 
la Société, sera censé avoir renoncé à en faire partie. 

Le 17 janvier 1819, après avoir voté le nouveau règlement, 
la Société de littérature avait renouvelé son bureau. M. Legros 
avait été réélu président, et M. Descheppere, trésorier. 
M. Lecocq avait été nommé secrétaire perpétuel, et M. Vautier, 
secrétaire annuel .- 

Ala fin de 1 année, la Société était composée comme suit, 
d'après l'AImanach royal de la Cour pour 1830. Les noms sont 
rangés par ordre alphabétique. 



MEMBRES EFFECTIFS RESIDANT DANS LE ROYAUME. 



Barafin. 

Le baron de Beeckman-Libersart. 

Van Bemmel. 

Christian. 

Colbert. 

Coomans. 

Delemer. 

Destriveaux. 

Dewez. 

Dutrieu, aine. 

Dutricu, cadet. 

Ferrary. 

Gaussoin. 

Hubin. 

Jullian. 



Lannoy (de). 

Lecocq, secrétaire perpétuel. 

Lefévre. 

Legros, président. 

Lesbroussart. 

Lespirt. 

Malcck de Werthenfeld. 

O'Sullivan de Grass. 

Picard. 

Pire. 

Posson (Le chevalier de). 

Prenninger. 

Quetelet. 

Raoul. 

Reiffenberg (Le baron de). 



(«7 ) 



Roelants. 

Roest d'Àlkemade (Le baron de). 

Rouillé. 

Rouveroy. 

Schepperc (de\ trésorier. 

Stassart « Le baron de). 

Stevens. 



Tinet. 

Trappe (Le baron de). 

Vandenzande (B.). 

Vandenzande <F.\ 

Vautier, secrétaire annuel. 

Willmar. 



MEMBRES RÉSIDANT HORS DU ROYAUME. 



Alissac(d\ 

Augier (Victor*. 

De Boilleau. 

De la Bouisse. 

Delormel. 

Dupont. 

Froment. 

Gensoul. 

Gigot-Pauzelle. 

Giraudv. 

Hillemacher. 



Jouy. 

Laisné. 

Liegeard. 

Morel. 

Nogaret (F). 

Oudaert. 

Prévôt dirai (Le). 

Revo il. 

Vidal. 

Violet d'Epagny. 



La comparaison de cette liste avec celle de 1819 nous montre 
la disparition, parmi les membres effectifs résidant dans le 
royaume, de MM. Dehulstere, Degamond, aîné, et Gigot 
(décédé); parmi les membres résidant hors du royaume, de 
Rozin. 

Les nouveaux membres sont : M. Delemer pour la première 
catégorie ; M. Froment, pour la seconde. 

Voici la lettre par laquelle Dehulstere avait donné sa démis- 
sion; elle est adressée au secrétaire (?) et datée du 23 jan- 
vier 1819 : 

« Monsieur, 

*> J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de 
m'écrire par laquelle vous me prévenez que la Société de litté- 
rature s'assemblera demain pour délibérer sur une demande à 
faire à Son E. le M tro de l'instruction publique. Je vous avoûrai 
que je n'ai jamais regardé cette Société que comme une réunion 
libre d'amis qui, ayant le goût de la littérature, ne se réunis- 



(28) 



saient que pour avoir le plaisir d'en parler ensemble. Souvent 
on a débattu des projets d'illustration auxquels je ne com- 
prenais rien et que j'ai hautement désaprouvés. Mais toujours 
retenu dans le sein de la Société par les liens qui m'unissaient 
à des amis de collège et à d'autres auxquels je me trouvais 
honoré de pouvoir donner ce nom, je n'ai jamais eu la force 
de me retirer de cette Société. Maintenant qu'elle s'occupe 
sérieusement de projets auxquels je ne veux pas être associé, 
je me demande pourquoi j'en ferais encore partie. Je me rap- 
pelle avec peine qu'ayant passé deux hivers, malade et triste, 
sans pouvoir sortir de chez moi, aucun de ces anciens amis, 
malgré mes fréquentes invitations, n'a daigné venir passer 
quelque temps à me consoler. Cette raison ne me donne ni le 
pouvoir ni même la volonté de leur retirer des sentiments 
qu'ils méritent d'inspirer, mais elle me fait prendre la résolu- 
tion irrévocable de sortir d'une Société dont la constitution 
m'a toujours déplu et dont je ne puis approuver les projets 
actuels. Je vous prie donc, Monsieur, de vouloir bien m'eflacer 
de la liste de ses membres. J'aurai l'honneur de voir M. de 
Scheppere pour m'acquitter de ce dont je puis être redevable 
à la Société. 

» J'ai l'honneur d'être avec la plus profonde considération, 
Monsieur, voire très humble et très obéissant serviteur. 

» Dehulstere. » 

De son côté, Degamond, aîné, écrivait au secrétaire le 
26 février : « J'ai l'honneur de vous accuser réception du 
règlement de la Société de littérature de Bruxelles et de la 
lettre imprimée qui l'accompagnait. Le tout a produit sur moi 
l'effet de vous prier de me regarder dès ce moment comme 
démissionnaire. Si quelque chose avait pu m'em pêcher d'adopter 
cette détermination, c'eût été sans doute le regret que j'éprouve 
vivement de me séparer de collègues aussi estimables et à quel- 
ques-uns desquels je suis attaché par les liens d'une ancienne 
amitié. Il serait trop long d'entrer dans le détail circonstancié 
des motifs de ma détermination, et je crois que la Société n'y 
trouverait pas un but d'utilité assez marqué pour la dédom- 



(29) 

mager de l'ennui ou de la perte de temps qu'entraînerait cette 
discussion ; mais cependant, pour qu'on ne puisse se méprendre 
du tout au tout sur le vrai caractère de mes motifs, je crois 
devoir vous indiquer que je les puise principalement dans les 
articles XII, XXI, XXII, XXIII, XXVII et XXIX du règlement 
et dans le dernier paragraphe de votre lettre imprimée. Je vous 
prie, Monsieur, d'agréer les sentiments, etc. » 

Nous ne connaissons pas la pièce imprimée dont il est ques- 
tion dans la lettre de Degamond. 

Le Recueil annuel de poésies pour 1819 avait encore été 
imprimé chez Hublou, avec la devise : 

« Lecteur, va-t'en porter ta censure hautaine 
» Sur Corneille, Boileau, Racine ou La Fontaine : 
» Voilà des écrivains dignes de t'exercer. 
» Nous, nous n'en valons pas la peine; 
» Ce serait pauvre gain que de nous rabaisser. » - 

Lamotte. 

Delcroixet Pire étaient les nouveaux auteurs. Uneépigramme 
de Legros nous apprend que les séances se tenaient chez 
M. Descheppere. 

Au commencement de septembre 1819, Legros transféra sa 
résidence à Enghien. 11 prononça son discours d'adieux à la 
Société de littérature le 5, et fut remplacé dans ses fonctions 
de président par H. Dewez. 

Le choix de M. Dewez ne fut pas heureux. Quelques mois 
après son élection, il proposait de fondre la Société, vouée 
jusque-là aux lettres françaises, dans une autre Société, dite 
Concordia, dont le but était la propagation dans les provinces 
méridionales de la langue et de la littérature hollandaise. 

Une circulaire, signée par lui, porte ce qui suit : «... Je vous 
prie instamment de vouloir bien vous rendre sans faute à cette 
séance. Elle a pour objet la réunion proposée de notre Société 
a celle de la Concordia. J'ai eu une conférence à ce sujet avec i 

les membres de cette Société. J'en ai rendu compte à notre der- 
nière assemblée; mais comme le nombre n'était pas suffisant, « 
nous n'avons pu prendre de résolution, et cependant je m'étais \ 



(30) 

engagé à faire part à ces Messieurs de notre détermination. 
J'espère donc que vous ne manquerez pas de répondre à mon 
invitation. » 

La circulaire n'est pas datée, mais elle est probablement do 
commencement de mars 1820, et la lettre de Vautier, du 18 de 
ce mois, que nous donnons ici semble en être une conséquence. 
« Ayant à peu près cessé de faire partie de la Société littéraire 
par ma négligence à observer l'article de son règlement qui 
concerne les réunions mensuelles, et ne retrouvant plus d'ail- 
leurs en moi ce goût qui me portait à concourir de toute la 
force de mes faibles talents à la gloire de la Société, ainsi qu'il 
est du devoir d'un zélé confrère de le faire, j'ai l'honneur de 
vous adresser ma démission de membre de cette Société. Celte 
démarche est une conséquence de l'idée que je me suis formée, 
qu'on doit avoir le courage et la volonté de remplir les obliga- 
tions qu'impose le titre de membre d'une Société, sinon, qu'il 
faut s'en éloigner. C'est avec regret que je me sépare de collè- 
gues et d'amis dont les conseils et l'exemple ont encouragé 
mes premiers essais. Mais divers motifs m'y contraignent; et 
je serai assez franc pour vous dire, Monsieur le président, que 
la réunion projetée est l'un de ces motifs. J'ose me flatter, du 
reste, que vous me conserverez, vous et mes autres confrères, 
cette estime à laquelle j'attache le plus grand prix, et dont je 
viendrais même au besoin invoquer le témoignage. Rece- 
vez, etc. » 

Nous ignorons si d'autres membres suivirent l'exemple de 
Vautier et donnèrent aussi leur démission. Mais le projet de 
Dewez ne paraît pas avoir reçu un accueil très empressé. Ce 
qui peut lui être arrivé de plus favorable, c'est qu'il n'y aura 
pas eu de vote. A en juger d'après une circulaire, datée du 
7 novembre 1820, la froideur que le projet avait rencontrée 
avait laissé une grande amertume dans le cœur de l'honorable 
président. Voici cette circulaire : 

« Messieurs et chers confrères, 
» Quand vous m'avez fait l'honneur de me nommer président 
de la Société de littérature, j'ai senti tout le prix de cette hono- 



( 31 \ 

rable distinction, et j'ai accepté cette place avec reconnaissance 
et dévouement. J'y apportais le désir bien prononcé d'employer 
tous mes soins pour rendre à cette intéressante réunion une 
nouvelle vie, parce que je voyais avec peine qu'elle était dans 
un état languissant, qui la menaçait d'une dissolution pro- 
chaine. J'espérais que mes confrères m'auraient secondé dans 
cette intention par leur zèle et leur assiduité. Mais je le dis avec 
le plus vif regret : mon espoir a été déçu. Le zèle, au lieu de 
s^ réveiller, n'a fait que se ralentir. Nos séances ont été 
désertes ; et quoique je me sois fait un devoir de m'y rendre 
exactement, j'ai eu presque toujours la peine de n'y rencontrer 
que deux ou trois membres : quelquefois même, je ne m'y suis 
trouvé qu'avec le secrétaire. Je ne me décourage cependant 
pas : le prix que j'attache à l'avantage d'être associé à des 
hommes aussi estimables que vous, Messieurs, fortifie et 
renouvelle en moi le désir de chercher à maintenir la respec- 
table Société que j'ai l'honneur de présider, et je viens derechef 
réclamer votre concours. 

» C'est dans cette vue, dont vous apprécierez sans doute le 
motif, que j'ai résolu de convoquer pour dimanche prochain, 
12 de ce mois, une assemblée extraordinaire, afin d'aviser aux 
moyens de parvenir à mon but, qui sans doute est aussi le 
vôtre. Cette assemblée, indépendamment de l'objet essentiel 
qui doit y faire la matière de nos délibérations, est d'autant 
plus urgente, qu'il est plus que temps de procéder à la rédac- 
tion de l'Annuaire prochain. 

» J'espère donc, Messieurs, qu'enfin vous ne vous refuserez 
pas à mes instances, et je vous attends dimanche prochain au 
lieu ordinaire de nos séances. 

» Agréez, je vous prie, Messieurs, l'expression de mes senti- 
ments les plus affectueux. 

» Le président : Dewez. » 

Quel était Y objet essentiel dont il est ici question? Etait-ce 
encore la réunion de la Société de littérature à la Concordia? 
Nous ne pourrions le dire. Tout ce que nous savons, c'est que 
la séance d'inauguration de la Concordia eut lieu le 13 dé- 
cembre. 



( 32) 

En 1820, le Recueil annuel avait paru chez les frères Delemer, 
fondeurs et imprimeurs, entre les Sablons, à Bruxelles. 

Il ne porte pas de devise. Plusieurs noms y figurent pour la 
première fois : T. Arbeltier, C. A. Delemer, Froment, Lespirt, 
0' Sullivan. 

Les Recueils pour 1821 et 1822 parurent également chez les 
frères Delemer. 

Dans le premier, il n'y a qu'un nom nouveau, celui de 
H. Edouard Smits; dans le second, apparaissent MM. Alvin, 
1. B. Bourcier, J. L. Crivelli, Dumas (de Lyon), Aimé Dupont, 
Dupuy, Gretry aîné, Le Glay, Marie du Mesnil, Pascal Lacroix. 

Le 20 janvier 1822, la Société se réunit en assemblée extraor- 
dinaire, et résolut de modifier son règlement. Elle arrêta les 
dispositions suivantes : 

Règlement général (le la Société de littérature de Bruxelles. 

1. La Société a pour but l'étude et le progrès des lettres. 

2. Elle se compose de membres effectifs, dont le nombre ne 
peut excéder trente *, et d'un nombre illimité de membres 
associés (régnicoles), et de membres correspondants (étrangers, 
résidant hors du royaume). 

3. Le domicile à Bruxelles est de rigueur pour être membre 
effectif; la Société peut néanmoins déférer le titre d'effectif non 
résidant à ceux de ses membres régnicoles qui, par leur zèle, 
leurs talents et le nombre de leurs productions, honorent la 
Société et enrichissent ses recueils. Le nombre ne peut excéder 
six. 

4. Pour être membre effectif, associé ou correspondant, il 
est indispensable de présenter une ou plusieurs productions 
littéraires, selon leur importance. 

La présentation doit être faite par un membre effectif, qui 
dépose sur le bureau, en séance régulière, les titres littéraires 
du candidat, et un bulletin portant ses nom, prénoms, profes- 
sion, lieu et année de naissance, domicile actuel et la liste 

Dans ce nombre ne sont pas compris ceux que leurs fonctions 
auprès du gouvernement obligent à des déplacements annuels. Ils n*en 
sont pas moins membres effectifs. 



w 



(33) 

exacte de ses ouvrages imprimés. II doit de plus attester que 
le candidat a reçu connaissance du présent règlement, et qu'il 
consent à l'observer. 

Il ne peut être procédé à l'admission que dans une séance 
subséquente, et par la voie du scrutin. 

5. La Société est dirigée par un président à vie, et nomme 
un secrétaire perpétuel, chargé de tous les détails d'adminis- 
tration. Un trésorier choisi annuellement perçoit la rétribution 
des membres effectifs et acquitte les dépenses. 

6. La Société se réunit le premier dimanche de chaque 
mois, pendant les huit premiers mois de l'année, et le premier 
et le troisième, pendant les quatre derniers. 

Au président seul appartient le droit de convoquer extraor- 
dinaireipent la Société. 

7. Tous les membres effectifs et associés sont tenus de pré- 
senter ou faire parvenir à la Société, dans le courant de chaque 
année, au moins deux pièces de poésie ou de prose. 

Les membres correspondants, sans être astreints à l'exécu- 
tion de cet article, sont invités à s'y conformer, chacun selon 
ses loisirs, dans l'intérêt des lettres et de l'institution. 

8. La Société publie tous les ans un choix des productions 
de ses membres sous le titre de Recueil annuel de poésies de la 
Société, etc. 

9. Tout membre effectif, associé ou correspondant, qui 
publie un ouvrage de sa composition, ne peut y énoncer sa 
qualité de membre, sans l'agrément de la Société. 

10. La Société correspond deux fois par an avec tous ses 
membres externes (par circulaires affranchies), dans le cou- 
rant du mois d'août, pour leur rappeler que le 30 septembre 
est le terme de rigueur pour la réception des pièces qui doi- 
vent concourir à former l'Annuaire poétique; et dans le mois 
de février, pour les instruire sommairement des travaux de 
Tannée écoulée, et leur faire connaître les changements, etc., 
survenus dans son sein. 

11. Le deuxième dimanche de janvier de chaque année, la 
Société célèbre l'anniversaire de son institution (10 janvier 1800), 

Tome XLI. S 



(34) 

par un banquet d'obligation pour tous les membres résidant à 
Bruxelles. 

Au commencement du mois de mai 1822, la Société était 
composée comme il suit, quant aux membres effectifs et aux 
membres associés : 



MEMBRES EFFECTIFS TITULAIRES. 



NOMS. 



QUALITÉS OU PROFESSIONS. 



tésitam ordinaire 
m momentanée 
par la natire éa 
fonctions. 



Dewez, président . . . 

Descheppere, trésorier . 

Delemer, secrétaire per- 
pétuel. 

Lesbroussart 



Hubin 

Le baron de Stassarl . 
Van Bemmel .... 



Dutrieu (Clément) . . . 
Dutrieu (Charles) . . . 
Le baron de Beeckman . 
Queielct (Adolphe) . . , 

Le baron de Reiffenberg 
Lecocq 

Le baron de Roest d'Alke- 
made 

Maleck de Werthenfeld . 



Pire 



Doncker. 
Lespirt . 
O'Sulivan 
Smits 



Visscher . . 
Bourcier . . 
Beyens junior. 
Stevens. . . 



Inspecteur des athénées et collèges. 
Substitut du procureur du roi . . 

Fondeur en caractères, imprimeur . 

Professeur de belles -lettres à 
l'athénée 

Agent solliciteur 

Membre des États Généraux . . . 

Professeur de poésie au collège 
royal de Gand 

Avocat 

Avocat 



Professeur de mathématiques à 
l'athénée royal. ...... 

Professeur de poésie à l'athénée royal, 
Rentier 



Idem 

Percepteur des contributions di- 
rectes 

Instituteur directeur de l'établisse- 
ment d'instruction primaire aux 
Minimes 

Avocat 

Homme de lettres 

Employé du gouvernement . . . 

Premier commis au ministère de 
l'intérieur 

Contrôleur de la Monnaie .... 

Instituteur 

Avocat 

Employé a la chambre des comptes. 



Bruxelles, 
lbid. 

Ibid. 

lbid. 

Ibid. 

La Haye. 

Gand. 
Bruxelles. 
Malines. 
Bruxelles. 

lbid. 
Ibid. 
lbid. 

lbid. 

près Louvain. 

Bruxelles. 

lbid. 

Ibid. 
La Haye. 

Ibid. 
Bruxelles. 
Anvers. 
Bruxelles. 
La Haye. 



(38) 



MEMBRES ASSOCIÉS. 



NOMS. 



Rodants . . . . 
Vandenzande (B). . 
Comhaire (M. N.) . 

Rouveroy . . . . 
Le baron de Trappe. 

Picard 

Legros 



Prenninger . . . . 

Baratin , 

Le baron van Ertborn. 

Raoul 

Paridaens . . . . . 



Willmar. 
Kraane . 
Arbeltier 
Coomàns 
D'Haeyere 



Alvin 

De Chenedollé . 
Barré . . . . 
Lecocq (Charles). 
DeBast. . . . 



Latour 



QUALITÉS OU PROFESSIONS. 



Secrétaire de l'Université . . . 

Docteur médecin 

Homme de lettres, président de la 
section de littérature de la Société 
d émulation. 

Secrétaire [curateur] de l'Université. 



Auditeur à la chambre des comptes. 

Homme de lettres, ancien secré- 
taire du prince de Ligne . . . 

Homme de lettres 

Auditeur militaire 

Membre de la chambre des comptes. 

Professeur ordinaire à l'Université. 

Vérificateur de l'enregistrement cl 
des domaines 

Ingénieur du Waterslaat .... 

Fabricant 

Avocat 

Receveur de l'enregistrement . . 

Chef du pensionnat de Thielt en 
Flandre 



Principal du collège de Nivelles. . 

Professeur au collège royal de Liègo. 

Professeur au collège d'Audenaerde. 

Membre des États Généraux . . . 

Secrétaire de la Société des Beaux- 
Arts, éditeur des Annales du 
salon . . . , 

Instituteur 



teidenee ordinaire 
oo momentanée 
par la natare d« 
fonctions. 



Louvain. 

Anvers. 

Liège. 

Ibid. 
Namur. 
La Haye. 

Enghien. 

Ibid. 
Gand. 
La Haye. 
Gand. 

Mons. 
Liège. 
Levdc. 

m 

Anvers. 
Grammont 

Thielt. 
Nivelles. 
Liège. 

Audenaerde. 
La Haye. 

Gand. 
Liège. 



Nous empruntons cette liste à une correspondance très 
curieuse qui est conservée dans les Archives de l'administration 
communale de Bruxelles : nous croyons devoir la donner ici. 



(36) 

Le 6 «pars 1822, le secrétaire perpétuel de la Société de litté- 
rature écrit au bourgmestre : 

« Monsieur le .bourgmestre, 

» M. Dufoy, propriétaire du café de l'Amitié, et dans la mai- 
son duquel nous tenons nos séances, le premier dimanche de 
chaque mois, m'ayant informé que vous désiriez savoir quels 
étalent les membres qui composaient notre Société, j'ai l'hon- 
neur de vous indiquer ici les principaux. Président, M. Dewez, 
inspecteur des athénées et collèges pour les provinces méridio- 
nales, secrétaire perpétuel de l'Académie. Trésorier, M. Des- 
cheppere, substitut du procureur du roi. Et parmi les 
membres, MM. Lesbroussart, De Reiffenberg, Quetelet, profes- 
seurs à l'athénée; le baron De Roest d'Alkemade, le baron De 
Beeckman, le baron De Stassart; MM. Doncker, Beyens (junior), 
avocats; M. Charles Lecocq, membre des États Généraux ; 
M. Pire, directeur de l'institution des Minimes; M. Charles 
Dutrieu, avocat, etc. etc. etc. 

» Je joins à la présente un exemplaire de notre règlement 
général. 

» J'ai l'honneur etc. 

(Signé) : A. Dclemer. 

Le 9 mars, les Bourgmestre et Echevins accusent réception 
du règlement envoyé par le secrétaire de la Société, ce Le but 
de celte Société, disent-ils, est on ne peut plus louable, et les 
membres qui la composent sont trop recommandables, pour 
qu'elle ait à craindre, de la part de l'autorité locale, la moindre 
contrariété. — Nous ne doutons pas, monsieur, que votre 
Société ne se soit formée qu'avec l'agrément du gouvernement, 
ainsi que le prescrit l'art. 291 du code pénal. Si pourtant vous 
avez négligé cette formalité de rigueur, nous invitons la Société 
à la remplir le plus tôt possible, et à nous donner connaissance 
de l'autorisation qu'elle a obtenue, afin que l'autorité supé- 
rieure n'ait à cet égard aucun reproche à nous faire. » 

Le 12 avril, le secrétaire Dclemer écrit au bourgmestre : 
« ... J'ai recherché dans les papiers de la Société le titre obtenu 



( 37 ) 

lors de son institution (janv. 1800) ; cette pièce se trouve égarée, 
et l'éloignement considérable de celui des membres de la 
Société qui remplissait alors les fonctions de secrétaire, m'em- 
pêche de m'en enquérir auprès de lui. Mais il est probable 
qu'on en retrouverait la minute, ou tout au moins la demande 
de la part de la Société, aux Archives de l'hôtel de ville. Une 
pareille recherche, au surplus, n'aurait aucun but d'utilité, 
l'autorisation ayant été accordée par le gouvernement français. 
— En conséquence, Monsieur le bourgmestre, pour me con- 
former à votre juste invitation, j'ai l'honneur de vous sou- 
mettre ici les Statuts généraux de la Société de littérature de 
Bruxelles (pièce imprimée), et de vous informer en outre : 
1° Que cette Société se compose de 30 membres effectifs rési- 
dant à Bruxelles, et de 50 membres associés ou correspondants, 
tant dans le royaume qu'à l'étranger; 2° Qu'elle tient séance le 
1 er dimanche de chaque mois, dans une des salles de la maison 
de M. Dufoy, dite café de F Amitié, place royale; 3° Qu'elle 
s'occupe exclusivement de littérature. — D'après ces renseigne- 
ments, j'ai l'honneur de vous prier, Monsieur le bourgmestre, 
au nom de la Société de littérature de Bruxelles, de vouloir bien 
lui accorder ou faire accorder l'autorisation nécessaire pour 
tenir ses séances, poursuivre ses travaux, et se qualifier ainsi 
qu'elle l'a fait jusqu'à ce jour, avec l'agrément des autorités et 
sous la protection des lois. — S'il est quelque autre formalité 
préalable qui doive être remplie pour obtenir cette autorisa- 
tion, je l'exécuterai avec empressement, dès que j'en aurai con- 
naissance. » 

Le 23 avril, les Bourgmestre et Echevins prient le gouver- 
neur de la province du Brabant méridional de faire obtenir à 
la Société de littérature l'autorisation nécessaire, afin qu'elle 
soit constituée légalement sous la protection des autorités. 

Le 29 avril, le gouverneur réclame de la Régence la liste des 
membres qui composent la Société. 

Le 1 er mai, la Régence demande cette liste au secrétaire 
Delemer, et l'ayant reçue le 9, elle la transmet le 15 au gou- 
verneur. 



( 38 ) 

Le 31 mai, le gouverneur fait parvenir à la Régence une 
expédition de l'autorisation qu'il a accordée à la Société de litté- 
rature pour être constituée légalement. 

Voici cette pièce : 

Province du Brabant méridional. 

Le conseiller d'Etat, gouverneur, commandeur de Tordre du 
Lion Belgique, 

« Vu la lettre de la Régence de Bruxelles, en date du 
33 avril 1822, qui lui transmet le règlement général de la 
Société de littérature établie en cette ville laquelle demande 
l'autorisation nécessaire pour être constituée légalement sous 
la protection des autorités. 

» Considérant que cette Société est très utile, vu qu'elle a 
pour but l'étude et le progrès des lettres. 

» Vu l'article 291 du code pénal. 

» Autorise l'établissement de la Société susdite de littérature 
aux conditions de son règlement approuvé en sa séance du 
20 janvier 1822. 

» Expédition du présent sera adressée à la Régence de 
Bruxelles pour son information et exécution. 
» Bruxelles, le 31 mai 1822. 

(Signé) : Comte d'Arschot. 

» Pour expédition conforme, 
Le greffier des États 
B°° Versevden de Varick. 

Au moment où cet arrêté était pris par le gouverneur, il y 
avait dix jours que le secrétaire perpétuel de la Société de litté- 
rature était mort victime de son dévouement 8 # Charles- 
Adolphe Delemer était né à Marseille le 12 septembre 1792. Il 
ne fut pas remplacé, et M. Dewez, le président, cessa les con- 
vocations. L'explication de sa conduite se trouve dans une 
lettre par laquelle le gouverneur avait informé la Régence, 
le 9 avril 1822, que par un arrêté du 26 mars précédent, il avait 



(39) 

plu à Sa Majesté de se déclarer protecteur de la Société litté- 
raire Concordia établie à Bruxelles, et de permettre que cette 
Société portât le titre de Société royale. 

Nous avons déjà parlé de la Concordia : nous avons dit 
qu'elle avait pour objet de propager dans les provinces méri- 
dionales la connaissance delà langue et de la littérature hollan- 
daise ou nationale, comme on l'appelait alors. Le roi l'avait, 
dès son origine, prise sous sa protection, en lui accordant un 
subside de 300 florins et un local à l'ancien hôtel des finances : 
on savait qu'il voyait de mauvais œil la Société de littérature 
française. Le président avait dû être prévenu qu'on la verrait 
tomber avec plaisir. Ses efforts pour la fondre dans la Concordia 
avaient échoué, et comme on n'osait pas la supprimer officiel- 
lement, quelque envie qu'on en eût, il s'était décidé avec la 
connivence de quelques membres, à la laisser mourir d'elle- 
même 9. 

« Le vingtième et dernier volume, dit Quetelet, parut en 
1823, époque où la Société s'éteignit sans bruit, par la négli- 
gence de son président » *o. 

Ce vingtième volume porte le titre d'Annuaire poétique des 
Pays-Bas, et fut imprimé chez P. M. De Vroom, rue des 
Fripiers, n° 1180. Le titre semble avoir été ajouté après coup, 
et lorsque le volume était déjà tiré. En tête des morceaux et au 
haut des pages, on Ut, comme dans les volumes précédents : 
Recueil annuel de poésies. 

Les nouveaux écrivains sont : L. Barré, Bergeron, Clavareau, 
Latour, P. Lebroquy, Schlim, et quelques anonymes. 



n* 



NOTES DE LA PREMIÈRE PARTIE. 



1 V Oracle, journal politique, parut à Bruxelles de 1800 à 1827 inclus. 

* Ad. Quetelet, notice sur le baron de Stàssart. 

* Ferdinand Vandenzande a publié les livres dont les titres suivent et 
qui n'ont été tirés qu'à un petit nombre d'exemplaires : 

Fanfreluches poétiques par un Matagraboliseur. In-12 de xii et 342 pp. 
Paris, 1845. — Ce volume porte l'épigraphe : Homini bono dédit Deus 
laetitiam. Il comprend les matières suivantes : Lettre à M. Louis-Auguste 
Gruyer, signée Lambert-Ferdinand-Joseph V***, pp. v-xvr, — Contes; 
pp. 1-237; — Fables, pp. 241-274; — Poésies diverses, pp. 277-311; — 
Chansons, pp. 315-342. 

Quatre épitres, par un Matagraboliseur. In-12 de 21 pp. Paris, 1845. 
Même épigraphe. Épitres I» et II«. A M. Trimolet, receveur des douanes 
à Beziers. Marseille, 25 juillet et 3 août 1845. — Épitre III. A mes fanfre- 
luches. Marseille, 26 août 1845. — Épitre IV. A M. Quetelet, secrétaire 
perpétuel de l'Académie royale de Belgique et directeur de l'Observatoire 
de Bruxelles. Marseille, 7 novembre 1845. 

Recueil de huit épitres, par Jean Rigoleur. In-12. - Épitres I« et II*. 
A Madame Techner. Batignolles, 5 décembre 1850. — Épitre III. A Mon- 
sieur Barbier. Batignolles, février 1851. — Épitre IV. A Monsieur Boyer, 
neveu. Ibid. mars 1851. — Épitre V. A Monsieur Pons. Ibid. avril 1851. 
- Épitre VI. A Themire. Ibid. avril 1851. — Épitre VII. A MM. Chirac et 
Fabre. Ibid. avril 1851. — Épitre VIII. A Monsieur Duchapt Ibid. 
mai 1851. 

Fables. In-12 de 111 et 328 pp. Paris, 1849. Avec la même épigraphe 
que ci-dessus et une dédicace à Monsieur le baron de Staesart, signée : 
Lambert-Ferdinand- Joseph V"\ 

* Jouy fut admis dans la Société le 11 novembre 1801, le même jour 
que Hubin. 

5 Les vendanges gaillardes, recueil de contes en vers, chansons, 
épigrammes, etc. 1 vol. in-12 de 183 pp., y compris la table. A Paris, 
an XII. 

Les pièces Sur le Trou Manto; L'Anguille ou le gourmand mystifié; Le 



(42) 

Mésentendu; La religieuse malade; L'histoire mise en conte, sont de 
Hubin. 

6 Ad. Quetelet se trompe donc lorsque, dans sa notice sur Ph. Lesbrous- 
sart, il dit que cette pièce « dont il possède le manuscrit, » est restée 
inédite. 

7 Notice sur le baron de Stassart. — Dans une lettre adressée le 
10 mars 1822 à M. Delemer, secrétaire perpétuel de la Société de littéra- 
ture, Van Bemmel dit qu'il a fait imprimer l'Almanach de 1817 a 
ses frais. 

8 Le 21 mai 1822, en voulant sauver des ouvriers frappés d'asphyxie 
dans une fosse d'aisances. 

9 « [La Société de littérature de Bruxelles a] éveillé et entretenu le 
goût des lettres; elle a servi à propager, même après 1814, les idées et la 
civilisation française. Aussi le roi de la Néerlande la voyait-il de fort 
mauvais œil. Je lis dans une lettre d'un haut fonctionnaire du temps : 
« J'ai quelques morceaux en portefeuille, mais je n'ose pas vous en 
» donner, surtout cette année, pour la raison ci-jointe. Le baron De 
» Stassart m'a envoyé ses fables qui sont jolies; je lui en ai fait compli- 
» ment ; mais il casse diablement les vitres. » La raison jointe, que la 
prudence glissait dans un coin de papier à part, c'est que : « Je sais de 
» bonne part que le roi a le travers de ne pas aimer que les fonctionnaires 
» s'occupent de la littérature française. Le moment n'est pas opportun. 
» J'ai consulté ad hoc, et l'on m'a répondu : taisez-vous. Je me tais donc 
» surtout aujourd'hui. » Nous comprenons le silence méticuleux d'un 
administrateur effrayé des témérités de M. de Stassart. » (Loumeyer, 
notice placée en tête des Poésies choisies de Jean-Hubert Hubin. 1 vol. 
in-12, Bruxelles, 1852.) 

40 Notice sur le baron de Stassart 

En 1831, le 9 mai, Dewez écrivait à la Régence de Bruxelles : « ... D 
existait à Bruxelles une Société particulière, sous la dénomination de 
Société de littérature, établie sous le gouvernement français, je crois 
en 1800. Elle ne s'occupait que de poésie française, et elle est insensible- 
ment tombée en décadence. J'en étais président. Cette Société de littéra- 
ture ne recevait aucun subside du gouvernement; elle se soutenait par 
la souscription volontaire de ses membres, qui était de trois francs par 
mois » 

La Société de littérature, dit encore Quetelet dans sa notice sur 
Ph. Lesbroussart, « ne tarda pas à céder la place à sa sœur puinée, la 
Société Concordia qui semblait avoir pour tendance de substituer la 
langue flamande, ou plutôt le hollandais à la langue française. Ph. Les- 
broussart en faisait partie, et quand arriva son tour de porter la parole, 
il trancha la difficulté en prononçant un discours latin sur la lutte des 



(43) 

classiques et des romantiques. » De Reiffenberg avait été plus hardi. Le 
Journal de la Belgique du 23 décembre 1820 nous apprend que le 
13 décembre précédent, il avait prononcé en français, le discours d'inau- 
guration dont le sujet était l'Éloge de Guillaume le Taciturne. 

Voici deux pièces curieuses tirées des Archives de la ville de Bruxelles, 
et qui concernent la Concordia — (Maatschappy ter bloeying van de 
Nederlandsche taal en letterkunde). 

Le 19 février 1826, le président de la Société transmet la proposition 
suivante à la Régence de Bruxelles : 

« La Société royale de langue et de littérature nationale, dite Concordia, 
établie dans le bâtiment du conseil d'État à Bruxelles, vient de procéder 
à la nomination et à l'installation de son nouveau conseil, et de prendre 
des mesures intéressantes pour faciliter et propager la connaissance de la 
langue et de la littérature nationale. 

» Le conseil est composé pour cette année comme suit : Président : 
M. Schuermans, procureur du roi ; Assesseurs : le baron Goubau, prési- 
dent à la Cour supérieure de justice; Van Marie, inspecteur du Waarborg 
dans les provinces méridionales; Commissaires : De Quertemont, con- 
seiller à la Cour supérieure de justice; Van Geel, vicaire du Finistère ; 
Trésorier : De Bonne, juge (Regter, penning meester); Bibliot/iécaire : 
De Dryver, substitut du procureur général ; Secrétaire : Ryke, ministre 
du Saint-Évangile. 

» La Société a fait des dispositions pour les séances journalières, les 
discours des membres actifs, les questions à proposer annuellement pour 
prix, et ses relations avec les membres honoraires et les Sociétés 
affiliées. 

» La Société, pour tacher de répondre aux intentions du gouvernement 
et de se rendre digne des faveurs qu'elle a obtenues de S. M. le roi, a 
admis que pendant un certain temps, MM» les fonctionnaires de tous les 
ordres, et toutes les personnes méritantes pourront être reçus membres 
de la Société par le conseil, sans droit d'entrée ni ballottage. 

» Le conseil de la Société espère que MM. les fonctionnaires voudront 
bien encourager ses efforts, et participer aux avantages que cette institu- 
tion nationale présente. 

» Le conseil agréera comme membres de la Société les fonctionnaires 
que M. le baron de Wellens, bourgmestre, voudra bien présenter au 
moyen de leur signature sur la présente liste. 

» Les membres ordinaires payent dix florins par an, et ne sont pas 
assujétis à d'autres obligations. » 

— Le 22 février, le bourgmestre annonce qu'il a présenté la lettre 
susdite en date du 19 au collège et qu'il sera satisfait au vœu de la 
Société. 



( 44) 

Le 25 mars 1831 , M. Gâcha rd, pour la commission administrative de la 
Société littéraire Concordia, écrit à MM. les Bourgmestre et Éehevins de 
la ville de Bruxelles : 

« Messieurs, 

» Jusqu'à l'époque de la révolution, la Société Concordia, qui a pris 
depuis la dénomination de Société littéraire, a joui, à l'ancien hôtel des 
finances, rue des Sols, appartenant a la ville, d'un local où elle tenait ses 
assemblées, et où elle avait son salon de lecture. Au mois d'octobre, la 
nécessité d'établir quelque part la commission des secours et des récom- 
penses détermina la Régence à affecter à cette destination le local qui nous 
avait été concédé : il nous fut permis, en échange, de disposer d'une 
autre partie du même hôtel, située près du Conservatoire de musique, et 
ayant issue dans la rue Cuiller-à-pot D'après ce qui nous fut dit alors, le 
déplacement de la Société devait n'être que provisoire, et ne pas se pro- 
longer au delà du terme de l'existence de la commission pour laquelle il 
avait lieu. 

» Venant d'apprendre que cette commission a terminé ses travaux, et 
que le local où notre Société était établie sera entièrement libre pour le 
l«r avril, nous avons cru ne devoir pas différer de nous adresser à vous, 
messieurs, afin d'obtenir votre agrément à ce qu'elle y rentre. Nous ne 
pouvons douter que vous nous l'accordiez, puisque le but de l'institution 
de la Société littéraire la rend digne de la protection d'une administra- 
tion éclairée. Cette Société, en effet, est la seule dans cette capitale dont 
les membres se réunissent uniquement pour la lecture des feuilles publi- 
ques et des productions de la littérature ; grâce à l'avantage d'un local 
gratuit, les personnes dont elle se compose peuvent, moyennant une 
modique rétribution, se procurer ces jouissances de l'esprit, qu'elles ne 
trouveraient pas ailleurs, même au prix des plus grands sacrifices. 
Serait-il besoin de vous exposer, messieurs, tous les motifs qui appellent 
sur des réunions semblables la bienveillance de l'autorité? Nous ajoute- 
rions que, selon ce qui nous est revenu, le local que nous occupons 
actuellement, serait bientôt nécessaire au Conservatoire de musique. » 

En marge de cette lettre : « Séance du 26 mars. Le collège regrette de 
ne pouvoir complaire à la Société, en la présente occurrence, les locaux 
dont il s'agit étant indispensables à l'administration. (Signé) Rouppe. » 
Il est répondu dans ce sens le 31 mars. 

La dénomination de Société littéraire, que la Concordia avait prise, était 
empruntée à une Société dont les Archives de l'État nous ont révêlé 
l'existence et qui remontait à la fin du siècle dernier. Un parchemin 
timbré donne l'Acte d'une nouvelle association de trois années de la 
Société littéraire de Bruxelles, qui commencera le 1 er octobre 1809 et 



(45) 

finira le 90 septembre 1812. L'Acte porte : « Les soussignés membres 
effectifs actuels prennent l'engagement d'une quatrième association 
triennale — ce qui reporte l'établissement de la Société au l* r octobre 1799 

— ... se soumettant, en conséquence, au règlement général et à toutes les 
résolutions adoptées par la Société, comme s'ils avaient été présents à 
ses délibérations et comme s'ils avaient voté pour ses arrêtés. Ils font la 
même soumission pour toutes les résolutions futures, quand même ils 
n'assisteraient pas aux séances où elle prendrait ces résolutions. Bruxelles 
le 8 décembre 1808. » La liste porte 209 signatures, parmi lesquelles 
figurent Beyts — Van Antwerpen — C Vanderfosse — Joseph Crum- 
pipen - D'Anethan — Prealle — Cornet de Grez — Du Chasteler — 
Dotrenge — J. B. Beyens — Mettenius — H 1 * Greindl - Devos — 
Delevielleuze — Jean-Joseph Meeus — Henri de Crumpipen — Rouppe 

— Basse — Plasschaert — Huysman de Neufcour — J. B. Van Volxem 

— Engler — Tarte, aine — De Brouckere — Charles d'Ursel - A. J. Orts. 
Sous le titre de huitième association triennale, on trouve l'Acte d'une 

nouvelle association de trois années qui commencera le 1 er octobre 1821 
et finira le 30 septembre 1824. Cet acte est daté de Bruxelles, le 31 décem- 
bre 1820. A ce jour, la liste des membres compte 217 noms; 4 membres 
ont été reçus le 30 décembre 1821 ; 4 le 29 décembre 1822; 9 le 28 décem- 
bre 1823. Au 31 décembre 1820, on remarque les signatures suivantes : 
Bortier — J. B. Van Volxem — Mary — le C le Alberic Duchatel — 
Desmanet de Boutonville — le C er de Cruquenbourg — le colonel de 
Knyff — le B oB d'Hoogvorst — le e Vandermeere — J. Van Gameren — 
A. Hahn (décédé le 31 août 1821) - le O Ch. d'Oultremont - le comte de 
Gavre — F. de Secus — O* de Herode Westerloo — C* de Lalaing — 
P-Cuylen — C 16 Vanderdielft — de Wellens - le prince de Gavre — Van 
Volxem fils — le procureur général Vanderfosse — le duc d'Ursel — le 
B? n de Crumpipen - J. Crumpipen — Fréd. Basse - H. Van Gobbelschroy. 



SECONDE PARTIE. 



Nous avons essayé, dans ce qui précède, de faire l'histoire de 
la Société de littérature de Bruxelles. 

Nous allons maintenant examiner les recueils de poésies 
qu'elle a publiés de 1801 à 1823. 

Il y en a vingt, et voici en regard le quantième volume de la 
collection et Tannée où il a paru : 1, 1801 ; II, 1802; III, 1803; 
IV, 1804; V, 1805; VI, 1806; VII, 1807; VIII, 1808; IX, 1809; 
X, 1810; XI, 1811; XII, 1813; XIII, 1814; XIV, 1817; XV, 
1818; XVI, 1819; XVII, 1820; XVIII, 1821; XIX, 1822; XX, 
1823. 

Plusieurs morceaux renfermés dans ces volumes sont ano- 
nymes : nous avons fait des recherches pour en découvrir les 
auteurs et nous donnons ici les résultats auxquels nous sommes 
arrivé, en les accompagnant de quelques notes sur des pièces 
signées. 

I, 1801. 

P. 85. L'Insomnie de l'amour. 

D'après Louis Hercx, Mélanges poétiques et littéraires, 
Bruxelles, 1802, cette pièce serait de Plasschaert. 

Elle est accompagnée de la note Suivante : « Cette chanson 
a déjà paru dans quelques journaux et dans YAlmanach des 
Muses et la Lyre d'Anacréon; mais elle appartient de droit à 
l'Almanach poétique de Bruxelles » ; 

pp. 139-144-148-149-150. Fragmens d'une épître à 
Sophie; — Le bain de Sophie, épisode d'un poème sur la 
fontaine de Vaucluse; — Début d'une pièce qui a pour titre : 
Le tombeau de Sophie; — Quatrain à M eUe ...; — A Emilie 
M. . . le premier jour de Tan . 



(48) 

L'Almanach porte que ces cinq pièces a sont d'un homme 
» de lettres connu qui, depuis quelque temps, habite un des 
» départements réunis. » Nous ignorons qui était cet homme 
de lettres. 

II, 1802. 

P. 40. Epitre au O Vidal sur ses épigrammes; 

p. 119. La Vieillesse d'Anacréon. Cantate; 

p. 121. Réponse d'un vieux pasteur à Anacréon. 

Ces trois pièces sont de Dehulstere. 

Vidal répondit à la première par une« Épître au C n *** sur ses 
madrigaux, en réponse à celle qu'il m'a écrite sur mes épi* 
grammes ». Elle se trouve à la p. 44. 

p. 126. Les couplets : Ma Zétulbé! Viens régner sur mon 
âme..., ont été mis en musique et se chantaient dans le Calife 
de Bagdad. 

III, 1803. 

P. 81. L'origine des rideaux, conte mythologique, — a été 
reproduit dans les Vendanges gaillardes, avec deux vers que 
YAlmanach n'avait pas donnés. L'auteur est Vidal. 

p. 112. In Promptu; 

p. 116. Ode anacréontique ; 

p. 119. Couplets présentés par une fille à sa mère; 

p. 124. A Chloé, qui faisait serment de fuir l'amour et de 
ne plus écouter que la raison ; 

p. 128. La Pénitence. 

Ces cinq dernières pièces sont de Rouillé. La pièce A Chloé 
a été reproduite dans les Poésies légères par L. P. Rouillé; 
in-8% Liège, 1845, p. 47. 

V, 1805. 

P. 93. La Fête de Sot-Froid. Divertissement en un acte, mêlé 
de couplets. — Violente satyre dirigée contre Geoffroy, le cri- 
tique. — M. Faber attribue cette pièce à Ph. Lesbroussart dans 
son Histoire du théâtre français en Belgique, t. IV, p. 185. 



(49) 

— Le 14 février 1805, Vidal écrivait à de Stassart qu'il s'était 
rendu coupable d'y avoir fait quelques couplets. 

VI, 1806. 

P. 49. L'âne métaphysicien. Fable. — p. 77. Le ressort. 
Fable. 

Les initiales S. U. T. cachent un villageois des Ardennes, 
appelé Socquet ou Souquet. 

L'idée première de l'âne métaphysicien a servi à composer 
une fable insérée dans le Mercure belge, 1818, t. IV, p. 374, 
et signée H. Van Z..., ex-lieutenant de dragons. 

p. 94. Épître à M. L. 

Cette épître est de Rouillé. Elle a été reproduite dans les 
Poésies légères, p. 73, avec le titre : Lettre à Monsieur J. B. Les- 
broussart. 

p. 111. L'Intrigue en l'air ou les Aérostats, vaudeville signé : 
Ph. Lesbroussart et Edouard ***. 

Dans sa notice sur Ph. Lesbroussart, comme nous l'avons 
rappelé précédemment, Quetelet dit qu'il conserve le manuscrit 
de cette pièce, restée inédite. Le Liber memorialis de l'Univer- 
sité de Liège reproduit cette erreur. M. Faber ne l'a pas com- 
mise, mais il a cru reconnaître dans Edouard *** M. Éd. 
Smits. Or la vie de cet écrivain placée en tête de ses œuvres 
poétiques ne fait aucune mention de Ylntrigue en l'air. Nous 
ne savons pas du reste qui était cet Edouard *** : il a beaucoup 
écrit, et Ph. Lesbroussart dont il était l'ami lui a adressé une 
de ses meilleures épîtres. [Elle se trouve dans le vol. XV, 1818.] 

D'après Faber, Ylntrigue en Yair est une « allusion à l'astro- 
nome Lalande qui, à cette époque, avide de renommée, faisait 
continuellement parler de lui dans les écrits périodiques de 
Paris : tantôt il découvrait des taches dans le ciel; tantôt il fai- 
sait montre d'athéisme et grossissait son Dictionnaire des Athées 
des noms de personnages éminents, soit de l'Eglise, soit de 
l'État, ce qui quelquefois lui attirait les plus vertes mercuriales, 
rendues publiques par la presse de l'époque. Le personnage 
qui est censé le représenter, s'appelle Astrolabe. » 

Tome XLI. 4 



(30 ) 

VII, 1807. 
P. 23. Le Temple de l'erreur. 

Cette pièce est de Rouillé. Elle a été reproduite dans les 
Poésies légères, p. 19. 

VIII, 1808. 
P. 50. Épître à M***. 

Cette pièce est de Rouillé. Elle a été reproduite dans les 
Poésies légères, p. 51, sous le titre : Epître à Monsieur L**'. 

XII, 4813. 
P. 20. Corinne à Oswald. Romance. 
Cette pièce est de M elle Schavye, aînée. 

XIV, 1817. 

P. 27. A Circé, chienne célèbre, etc., par J. H. Hubin. 

p. 30. Réponse de Circé à son ami Hubin. 

L'Epître à Circé a été reproduite dans les OEuvres diverses du 
baron de Stassart. La réponse de Circé y est également, mais 
avec une variante, et au lieu d'être datée du 8 octobre 1814, 
elle y est datée du 2 février 1815. 

XV, 1818. 
P. H. Impromptu de M r A. V. 
Cette pièce est de Legros. 

p. 19. Ode à S. A. R. le prince d'Orange, sur la naissance 
de son fils, duc de Brabant. Par L. V. Raoul. 

C'est « une traduction d'une ode écrite en latin par M. Dijon, 
professeur de poésie à l'athénée de Tournai. » (Mercure belge, 
t. II, 1818, p. 26.) 

Le duc de Brabant, fils aîné du prince d'Orange, né le 
19 février 1817, est le roi Guillaume III des Pays-Bas. 

p. 46. A M®" 6 Hugo de Raveschot, après avoir lu son Epître 
à Lucile. 

Cette pièce signée : M me N*** est de Legros. 

p. 61. Le lièvre et ses amis. Fable. Par Gaussoin. 

« C'était bien la peine de défigurer une des plus jolies fables 
de Florian (la 7 m6 du livre III). » Note manuscrite du baron de 
Stassart. 

p. 93. Les adieux du poète à sa lampe. Elégie. Par Quetelet 

Cette pièce se trouve dans les Annales belgiques, 2 e livraison 
du 1. 1, 1818. 



(SI ) 

p. 115. Adieux à mon ami Monsieur H. Par Prenninger. 
H. désigne Hubin. L., vers 3, est Legros. 

XVI, 1819. 

P. 10. Epître à Monsieur le vicomte Le Prévôt dirai. Par 
le baron de Stassart. 

Cette épître a été reproduite avec quelques changements 
dans les OEuvres diverses, p. 137. Elle y est suivie de la réponse 
de M. Le Prévôt. 

XVII, 1820. 

P. 49. La veillée des Bardes. Par Quetelet. 

Cette pièce se trouve aussi dans les Annales belgiques, 
i n livraison du t. 1, 1818. 

p. 83. Fragment d'un poème intitulé : Le Parc de Bruxelles. 
Par C. A. Delemer. 

Un autre fragment du même poème parut sous le titre : 
Début d'un poème intitulé : Le Parc de Bruxelles, dans le 
Mercure belge, t. X, 30 avril 1821. 

XVIII, 1821. 
71. Épître à un ami. Par J. H. Hubin. 
A la page 73, au vers : « car nous avons pour secrétaire », il 
faut substituer les deux vers : 

« Car je suis d'un corps littéraire 
» Où nous avons pour secrétaire » 

XIX, 1822. 

P. 78. Fragment d'une épître à M. X., qui avait un peu 
médit de la Belgique. Par le baron de ReifFénberg. 

L'épître entière est dans le Mercure belge, t. X, 28 février 
1821 , avec le titre : « Réponse de M. Y à M. X. Le 10 janvier de 
l'an de grâce 1821. » 

La satyre de M. X. — Charles Froment — dirigée principa- 
lement contre les membres de la Société de littérature, avait 
paru en partie dans le Mercure belge, t. X, 18 janvier 1821, et 
avait été qualifiée de libelle par M. Dewez, quoique, selon 
Quetelet (notice sur de ReifFenberg), ce fût « une plaisanterie 
plutôt qu'une méchanceté. » 

p. 102. Le traducteur de l'Ode à Orion est M. Quetelet. 

p. 118. Épître à mon ami Quetelet. Par le baron de 
Reiffenberg. 



1 



(82 ). 

Cette épître a été reproduite dans les Poésies diverses, Paris 

1825, in-12, t. 11, p. 77, avec les variantes suivantes : 

Au lieu de : 

Et façonne en riant la flexible baleine, 
Tandis que je maudis mon infertile veine ; 

l'auteur a imprimé : 

Et, lorsque je maudis mon infertile veine, 
Façonne, en souriant, la flexible baleine. 

Au lieu de : 

S'il. a l'air repoussant, si son âme est flétrie, 

N' est-ii pas commis? 

Un vers plait moins encore au timbre de Battus. 
Mais il n'est qu'arpenteur et non pas géomètre ; 

l'auteur a imprimé : 

S'il a l'air repoussant, si son âme est flétrie, 
N'est-ce pas un commis ? Je ne puis dire non ; 
Un vers plait moins encore au timbre de Trigon. 
Mais il n'est qu'arpenteur, et n'est pas géomètre. 

Les six vers supprimés après : 

Il perdit la pensée à force de respect, 

sont les suivants : 

Ennuyeux par diplôme et guindé dans sa chaire, 
Que le plus sot aiglon ne prit onc pour son aire. 
Le bonhomme depuis rêve qu'il t'a formé : 
A cette illusion il s'est accoutumé ; 
Je prétends le forcer enfin à se connaître ; 
S'il fut ton professeur, il ne fut pas ton maître. 

Quetelet n'est désigné que par l'initiale Q**\ 

XX, 1823. 

P. 65. Aux mânes d'un objet chéri. Elégie. Par J. B. Vautier. 

Cette pièce avait paru dans le Mercure belge, t. X, 
15 décembre 1820. 

p. 148. Fragment du Siège de Corinthe. 

Imitation de Lord Byron, faite en commun par Quetelet et 
Ch. Froment. 




TABLE ALPHABETIQUE DES AUTEURS, 



AVEC L'INDICATION DES VOLUMES DANS LESQUELS ON TROUVE LEURS ÉCRITS. 



Alvin (F. J.), XIX. 
Arbeltier(T.),XVII-XVIII. 
Augier (Victor), XII-XIII-XIV-XVI. 

B..., i-vi-vii-viii. 

Barré (Louis), XX. 

Bassenge, aine, IX-XI. 

Benau (P.), X. 

Bergeron tP.), XX. 

Biourge (Louis , IV. 

Blanfart(P.), III-IV-V-VI-V1II-X-XI- 

XII-XIII. 
Boilleau, IX-X-XII-XIII-XIX. 
Bourcier (J. B.), XIX-XX. 

Ci.**, lA. 

César-Auguste, XII. 
Chaix, XIII. 
Glayareau, XX. 
Colbert(Jos.), MI-III-XI. 
Comhaire, aine (M. N.>, VII-VIII-IX- 

X-XI-XII- XIII -XIV-XV-XVI -XVII- 

XVIII-XIX. 
Coomans <J. J.), XV-XVI. 
Cornelissen (N.), XIV. 
Couret de Villeneuve, III. 
Crivelli (J. L.), XIX. 

D..., IX-X. 

D f Alissac, X-XII-XIV. 

Darcis, VI. 



Degamond (Charles», IV. 
Degamond (P. J.>, I-V-VII. 
Dehulstere (P.), I-ffl-IV-V-VII-VIH- 

IX-X-XI-XII-XIH-XIV-XV. 
De Labouisse (Aug.), XI-XII-XVI. 
DelannoyiA.t, I-II-III. 
Delcroix (F >, XVI-XVII-XVIII-XIX. 
Delemer, XVII-XVIII-XIX-XX. 
D. L. - De Lormel ■, II-IIMV-V-VI-VII- 

IX. 
D. M... (Madame^, VII. 
De Posson de chevalier), XIV. 
De R. (J. R), XI. 
De Reiffenberg (le baron F.), XV- 

XVIII-XIX-XX. 
De Roest d'Alkemade de baron 

Théodore», XIV-XV-XVI-XVTI- 

XVIII-XIX-XX. 
De Stassart (le baron Goswin\ II- 

IIMV-VI-VII-IX-X-XI-XII-XIII-XIV- 

XV-XVI-XVII-XVIII-XX. 
De Trappe, le baron>, VII-VIIMXX- 

XI-XIII-XIV-XV-XVI-XVII-XVIII. 
D. V., III. 

De Valeriola 'G. F.?, IV. 
Dumas, XIX. 
Dupont Aimé\ XIX. 
Dupuy (¥\ XIX. 
Dutrieu (Clément, XI-XII-XIII-XIV- 

XV-XVI-XVII-XIX. 



(84) 



Dutrieu de Terdonck île baron 
Charles), XII, XIII. 



El.**, A* 

Edouard 
XX. 



• •« 



VI-VII-VIII-IX-X-XI- 



Ferrary (J.), X-XI-XII-XIV. 
Fothergill (Thomas), VIII. 
Froment (Ch.), XVII-XVIII-XX. 

Gaussoin XV-XVI-XVII. 
Gautier (J.), XII-XIII-XIV. 
Gensoul (Justin'., XII-XVI. 
Gigot (Ph.), XIV-XV-XVI. 
Giraudy (Romains XII-XIII-XIX. 
Grétry, aine, XIX. 
Gruyer (Louis), IV. 
Guérin de docteur;, XI. 
Guérin (J.), XI. 

H[illemach]er, IV-VI-XIV-XV-XVI. 
HubiniJ. H.), II - III -IV -V- VI -VII- 

VIII-IX-X-XI-XII-XIH-XIV-XV- 

XVI-XVII-XVIII-XIX-XX. 
Hugo deRaveschot(Meue),XII-XIII- 

XIV-XV-XVI-XVII-XV1II-XIX-XX. 

<#•••, Al. 

Jouy (V.), II-III-IV-IX-X-XI-XII-XIV- 

XV-XVI-XIX. 
Kraane (J. H.», XIII-XIX. 

L... (A.), XIX. 

Lacroix (Jean-Pascal*, XIX. 

Latour, XX. 

Lebroquy (P.), XX. 

Lecocq (L. J.), XV-XVI-XVII-XVIII. 

Lefèvre (J. J.), XIV-XV-XVII. 

Leglay(A. J. G.>, XIX. 

Legros (S), XIV-XV-XVI-XVII-XIX. 

Le Prévôt d'Irai, XIII-XIX. 



Lesbroussart (Ph.), I-II-ffl-lV-V-VI- 

vii-viii-ix-x-xi-xii-xin-xiv-xv- 

XX. 
Lespirt, XVII-XVIII. 
Liegeard (G.-B.), V-VI-VII-VIIMX- 

XI-XII. 

Lignan (M»e), XII-XIII. 

Ligne (le maréchal prince de), XIV. 

Lignian (J.), XI. 

M..., III-VIIHX. 
Hagalon, XIV. 

Maleckde Werthenfeld(A ),XIV-XVL 
Malingreau (C), XÎ-XIV. 
Marchai (J.), HV. 
Marie-Dumesnil, XIX-XX. 
Masson, IV-V. 
Masson-Regnier, IV. 
M[erc]x 'Louis), MI-III. 
M. M., III. 

Morel «Hyacinthe), X-XI-XII-XHI- 
XVI-XIX-XX. 

N..., VIII-X. 
NegrelJF.), XIII. 
Nogaret (Félix), XII-XIII. 

Offhuys, XIV-XV-XVI. 
O'Sullivan (Alphonse), XVU-XVUI- 
XX. 

Pauzelle < Gigot), IV-V-VII-VUI-IX-X- 

XI-XII-XIII. 
Picard (J. B.), XIH-XIV. 
Piot, XIII. 
Pire iJ. F. A.), XVI-XVU-XVIH-X1X- 

XX. 
Prenninger, XIV-XV-XVI-XVH. 
Pro"*, VIII. 

Quetelet (Ad.), XV-XVII-XVI11-XIX- 
XX. 



( «S ) 



H*.», Ia-X. 

Raoul iL. V), XV-XVI-XIX. 
Renn..., XI. 
Revoil, XII. 
Richard, X. 

Roelants, VIII-X-X1-XII-XX. 
Roucher, XV. 

Rouveroy (Frédéric), X-XI-XII-XIII- 
XIV-XV-XVI-XVII-XVIII-XIX-XX. 
Rozin, MI. 

S...(J.',XII. 

S[chavye], aînée (M«"e>, XII. 

Sauwerthera-Raedemaeker, III. 

Schlim, XX. 

Smits(Éd.), XVIII-XX. 

Stevens (N. J.), XV-XVI-XVII-XVIII. 

S. U. T., VI. ' 



TinetX.», XI-XII. 

V • ». (A. , A V • 

V. d.C.(F), I. 

Van Bemmel (C. M. P.). IV-VI-VU- 

VIII-IX-XI-XII-XIII-XIV. 
Vandenzande B.), II. 
Vandenzande F.), I- II -III -IV- VII- 

VIII-XIX-XX. 
Vandereden (M^», X.' 
Van Ertborn <le baron), XV. 
Vautier (J. B. D -, XV-XVI-XVII-XX. 
Vidal P.C.sI-II-III-IV-V-VI-VII-XI. 
Violet d'Epagny XV-XVI. 

Wallez(J.», X. 
Willmar, XV-XVI-XIX. 



DICTIONNAIRE BIOGRAPHIQUE 



ALVIN, François-Joseph. — Direc- 
teur du collège de Nivelles, 
né en 1763, avril 95, Beauvais, 
mort en 1838, novembre 6, Liège. 

ARBELTIER, T. — Professeur du 
cours de belles-lettres à l'École centrale 
du département des Deux-Nèlhes, avocat 
à Anvers, 

né en Langres, 

mort en 

AUGIER, Victor.— Avocat à Valence, 
a la cour royale de Paris, aux conseils 
«lu roi et à la cour de cassation, 
né en 1799, juillet 96, Valence, 
mort en 

BARAFIN, Pierre-Paul-Joseph. — 
Greffier de la justice de paix du canton 
de Woluwe-Saint- Etienne (4817), audi- 
teur militaire à Gand, 

né en 1774, juillet M, Bruxelles, 

mort vers 1841, Bruxelles. 

BARRÉ, Louis — Professeur au col- 
lège d'Audenaerde (1832), 

né en 1799 Lille, 

mort en 1857, février 18 

B AS SEN G E, Je an- Nicolas.— Membre 
du conseil des cinq-cents, du corps lé- 
gislatif bibliothécaire municipal à Liège, 
né en 1758, novembre 94, Liège, 
mort en 1811, juillet 16, Liège. 

BEEKMAN, le baron de — Ancien 
auditeur au conseil d'État de l'empire 



français, conseiller d'État du roi des 
Pays-Bas, gouverneur du Hainaut, 

né en 

mort en 

BENAU, Pierre. — Lexicographe et 
poète, 
né en 1779, février 14, Gand, 
mort en 1815, novembre 4, Gand. 

BERGERON, Pierre. — Professeur 
au collège d'Audenaerde, à l'athénée de 
Bruges, au collège de Charleroi, etc., 
né en 1787, novembre 3, Paris, 
mort en 1855, janvier 16, Bruxelles. 

BEYENS, cadet, Jean- Baptiste. — 
Avocat à Gand, professeur de législation 
à l'École centrale du département de 
l'Escaut, avocat à Bruxelles, 

né vers 1769 Deynze, 

mort en 1897 .... Bruxelles. 

BIOURGE, Louis, 

né en 

mort en 

BLANFART, Pierre. — Professeur 
au collège de Nivelles, 

né en Bruxelles, 

mort en 

BOILLEAU, Henri Gauldrée de. — 
Marquis de la Caze. — Commissaire 
ordinateur à Berlin, membre de la cham- 
bre des députés, 

né en 

mort en 



(88) 



B0URC1ER, Jeax-Baptiste. - Poète 
français établi en Belgique, 

né en 

mort en 

BOTTE. — Professeur de belles- 
lettres à l'École centrale du département 
de l'Escaut, 



ne en. 
mort en 



CHAIX, 
né en. 
mort en 



CHRISTIAN, Gérard-Joseph.— Pro- 
fesseur au lycée de Bruxelles, 
né en 1776, novembre, Ver Tien, 
mort en 183», jain 18, Argenteail, près Paris. 

CLAVAREAU, Antoink-Joseph-Théo- 
dobe-Auguste. — Vérificateur à l'admi- 
nistration des contributions, à Mods, 
né en 1787, sept. 17, Luxembourg, 
mort en 1864, mars 5, Maestricht. 

COLBERT, Hitbert-Joseph-Emma- 
nuel. — Commis greffier à la cour supé- 
rieure de justice de Bruxelles, 
né en 1774 . . . . Anvers, 
mort en 1833, juillet 31, Bruxelles. 

COMHA1RE, Mathieu-Nicolas. — 
Ancien pharmacien, à Liège, 
né en 1771, octobre 3, Liège, 
mort en 1830, mars 17, Liège. 

COOMANS, Josse-Joseph. — Inspec- 
teur de l'enregistrement et des domaines, 
né en 1787, avril H, Bruxellea, 
mort en 1868, janvier 4, Sehaerbeek. 

CORNELISSEN, Égide-Norbert. — 
Secrétaire-inspecteur de l'Université de 
Gand, 
né en i7t>9, juillet 1*, Anvers, 
mort en 1849, juillet 31, Gand. 

COURËT DE VILLENEUVE, Louis- 
Pierre. - Professeur de grammaire 



géuérale à l'École centrale du départe- 
ment de l'Escaut. 
né en 1749, juin 49, Orléans, 
mort en 1806, janvier 10, Gand. 

CRIVELLI,J.-L. - Avoué à Avignon, 
avocat a Nismes et ensuite a Paris, 

né vers 1765 Aviguoa, 

mort en 

D'ALISSAC, Clêmeht-Joseph-Pays. 

— Rédacteur en chef à l'administration 
centrale des droits réunis, à Paris, 

né en 17*6, juin, Valreas, 
mort en 1840, mai 31, Bavoaue. 

DARCIS, 

né en 

mort en 

DE BAST, Lievin-Arnakd-Marir. — 
Orfèvre-ciseleur, graveur en taille de 
burin sur cuivre et sur médailles, 
né en 1787, mars 1, Gand, 
mort en 1831, septembre l0,Ganë. 

DE CHENEDOLLÉ, Joseph-Louis- 
Charles-Auguste. — Professeur au 
collège de Liège, 
né en 1797, novembre 16, Hambourg, 
mort en 1862, février 11, Bruxelles. 

DEGAMOND, Charles-Alexahb*ïl 

— Docteur en médecine, 

né en 1780, juin 17 

mort en 1863, janv. 8, Ie]enbttk-St4sma. 

DEGAMOND, Pierre- Joseph. — 
Avoué à Bruxelles, conseiller à la cour 
supérieure de justice, 

né en 1779, février 3, Bruxelles, 
mort en 1835, avril 16, Ixelles. 

DE GASPAR1N, le comte Adriek- 
Étienne-Pierre. — Préfet de différents 
départements, 

né en 1783, juin 19, Orange, 
mort en 1861, septembre 7, Orange. 

DEHULSTERE, Pierre. — Homme 
de lettres à Bruxelles, 

né en 1780 

mort en 1839, janvier 10, 



(59) 



DE LAB0U1SSE, Jean-Pierre-Jac- 
ques-Auguste. - Employé des finan- 
ces, 

né en 1778, juillet 4, Saverdun, 
mort en 1859, fév. 99, Castelnaudary. 

DELANNOY, A. — Homme de lettres 
à Bruxelles, 

né en 

mort en 

DELCROIX, Fidèle -Marie -Joseph. 
— Receveur municipal à Cambrai, 
né en 1700, oc t. 19, Careuci, près lrras, 
mort en 1843, août 6, Paris. 

DELEMER, Charles -Adolphe. — 
Fondeur en caractères, imprimeur à 
Bruxelles, 

né en 1799, septembre li, Marseille, 
mort en 1899,mai9t,Saint-jQœ-tcn-NoQde. 

DE LORMEL. — Inspecteur des con- 
tributions du département de la Dyle, 
directeur du domaine, 

né en . . 

mort en -.,... 

DE POSSON, le chevalier, 

né en 

mort en 



DE REIFFENBERG, le baron Fré- 
déric — Régent de troisième à l'athénée 
de Bruxelles, professeur à l'Université 
de Louvain, 

né en 1795, novembre 14, Mons, 
mort en f 850,avr.i8, $aint-JwM-t«n-ltoode. 

DE ROEST D'ALKEMADE, le baron 
Théodore, 

né en 

mort en 

DESCHEPPERE, Louis -Joseph -Du- 
pljcb. — Substitut du procureur du roi, 
à Bruxelles, 

ne en 1781, décembre 90, Bruxelles, 
mort en 1840, avril 9, Bruxelles. 

DE STASSART, le baron Goswra- 



Joseph - Augustin. — Sous - préfet d'O- 
range, préfet de Vaucluse, des Bouches- 
de-Ia Meuse (La Haye), membre des États 
Généraux, 
né en 1780, septembre 9, Matines, 
mort en 1858, octobre 10, Bruxelles. 

DESTRIVEAUX, Pierre- Joseph — 
Avocat à Liège, professeur à l'Univer- 
sité, 
né en 1780, mars 13, Liège, 
mort en 1853, février 13, Scbaerbeek. 

DE TRAPPE, le baron Herman, 

né en 1760, Liège, 

mort en 1830 

DE VALER10LA, G.-F., 

né en 

mort en 

DEWEZ, Louis - Dieuoonné - Joseph, 

— Inspecteur des atbénées et collèges, 
né en 1760, janvier 4, Namur, 

mort en 1834, octobre 96, Bruxelles. 

DHAEYERE. - Chef de pension à 
Thielt, 

né en 

mort en 

DONCKER, Philippe-Franç.-Joseph. 

— Avocat à Bruxelles, 

né en 1773, septembre 13, Tournai, 
mort en 1834, février 19, Bruxelles. 

DUMAS, Jean-Baptiste. — Chef de 
division à la préfecture du Rhône, 
né en 1777, novembre 19, Lyon, 
mort en 

DUPONT, Aimé. - Officier du génie, 

attaché en 4824 à la place de Cambrai, 

né en 1791, .... Maastricht, 

mort en 

DUPUY, François. - Avocat-avoué 
à Avignon, établi à Paris vers 4833, 
né vers 1775, .... Avignon, 
mort en ..." 



( 60 ) 



DUTRIEU, Clément - Joseph - Marie- 
Ghislain. — Avocat à Bruxelles, 
né en 1786, novembre 17, Matines, 
mort en 1830, juillet 26 

DUTRIEU DE TERDONCK, le baron 
Char les -Augustin -Jean. — Avocat à 
Matines, 
né en 1790, septembre 9, Matinée, 
mort en 1861, janvier 15, Matines. 

FERRARY, J. — Receveur à Ever- 
ghem, 

né en 

mort en 

FOTHERGILL, Thomas, 

né en 

mort en 

FROMENT, Charles. — Homme de 
lettres, 
né en 1797, janv. 13, Douriers, près Abbeville, 
mort en 1846, juin 22, Taiemmes, près Lille. 

GAUSSOIN. - Professeur à l'athénée 
de Bruxelles, 

né en 

mort en 

GAUTIER, J., 

né en 

mort en 

GENSOl'L, Marie- Alexis-Justin. — 
Sous-chef de bureau à l'administration 
des postes, à Paris, 

né en 1181, Connanx, près Bagnols, en Langaedoe. 

mort en 

GIGOT, Mathieu - François - Abei- 
lard-Pm lippe. — Professeur de belles- 
lettres à Bruxelles, 
né en 1793, novembre 7, Bruxelles, 
mort en 1819, juillet 14, Bruxelles. 

G1RAUDY, J. Rohain. — Juge sup- 
pléant, avoué i Orange, 



ne en. 
mort en 



GRÉTRY, aîné, 
né en . . . . 
mort en . . . 



GRUYER, Louis. — Vérificateur et 
ensuite inspecteur des douanes, 

né en 1778, novembre 15, Bruxelles, 
mort en 1866, octobre 15, Bruxelles. 

GUÉRIN, le docteur Joseph- Xayiek- 
Benezbt. — Professeur de physique et 
de botanique à l'École centrale de Vai- 
cluse (Avignon), au collège royal, méde- 
cin à l'hôpital militaire, professeur de 
médecine pratique, 

né en 1775, août 4, Avignon, 

mort vers 1850 

GUÉRIN, J., 

né en 

mort en 



HILLEMACBER, J.-C.— Directeurde 
la compagnie des quatre canaux, à Paris, 

né en 

mort en . . . . 

BUB1N, Jean-Hubert. — Agent sol- 
liciteur à Bruxelles, 
né en 1764, juillet t6, Huy, 
mort en 1833, février I», Bruxelles. 

BUGO DE RAVESCHOT [M**), [M-* 
Hannon], 

née en 

morte en 



JOUY, Victor- Joseph -Ëtiesnb. — 
Chef de division de la préfecture de la 
Dyle (Bruxelles), 

né en 1764, septembre *i, Versatile», 

mort en 1846, septembre 4, S u GermaiQ-en-Up> 

JULL1AN, Pierre-Louis. — Homme 
de lettres, 

néve>»1769, . . . . Montpellier, 
mort en I83H 

KRAANE, J.-H. — Fabricant à Leyde, 

né en - 

mort en 



( 61 ) 



LACORNE. — Professeur de législa- 
tion à l'École centrale du département 
de l'Escaut, 

né en. . . , • . 

mort en 

LACROIX, Jean-Pascal. — Lieute- 
nant-colonel en retraite, 

né en 1771, août 4, Arles, 

mort en 1836, sept. 7, à la ferme des 
Angles, commune de Crevecœur, à trois 
lieues de Cambrai. 

LA1SNÉ. — Homme de lettres à Bru- 
xelles, 

né en 

mort en 

LATOUR. — Professeur de belles- 
lettres à Liège, 



ne en. 
mort en 



LEBROQUY, P. — Homme de lettres, 

né en. 

mort en . 

LECOCQ, Charles. — Membre des 
États Généraux, 

né en 

mort en 

LECOCQ, Lambert- Joseph. - Ad- 
joint au maire de Bruxelles, en 4802, 

né en 

mon en 

LEFÊVRE, Jean-Joseph. — Employé 
an ministère de l'Intérieur, 

né en 

mort en 1818 on 1819 

LE GLAY, Akdré-Joseph-Ghislain. 

— Docteur en médecine, bibliothécaire 

de la ville de Cambrai, archiviste du 

département du Mord, 

né en 1785, octobre 39, Arleux (Nord), 

morl en 1863, mars 14, Lille. 

LEGROS, Sauveur. — Comédien, 



graveur, secrétaire du prince de Ligne, 
né en 1754, avril 27, Versailles, 
mort en 1834, mars 15, Enghien. 

LE PRÉVÔT DIRAI, le vicomte 
Chrétien-Sihéon. — Professeur aux 
Écoles centrales de Fontainebleau et de 
Paris, censeur des études au lycée im- 
périal, inspecteur général de l'Univer- 
sité. 

né en 1768, juin 13, au château d'Irai, 
près de Mort a g ne (Normandie), 

mort en 1M9, septembre 15, au même ehiteao. 

LESBROUSSART, Jean-Baptiste.— 
Professeur au lycée de Bruxelles, 
né en 1747, janvier M, Dlly-SMÏeorges, 
mort en 1818, décembre 10, Bruxelles. 

LESBROUSSART, Jean- Baptiste - 
Philippe. — Professeur à l'athénée de 
Bruxelles, 
né en 1781, mars §4, Gand, 
mort en 1855, mars 4, Ixelles. 

LESPIRT, Joseph- Pierre -Olivier. 
— Homme de lettres, 

né en 1781, août 31, Bruxelles, 
mort en . . . . Termonde. 

LIEGEARD, G.-B. — Secrétaire géné- 
ral de la préfecture de l'Escaut; ensuite 
de la préfecture de l'Ourthe, 

né en 

mort en . 

LIGNAN, M™, 

née en 

morte en 



LIGNE, Charlls-Joseph, prince de. 
- Feld- maréchal autrichien, 
né en 1 735, mai 33, Bruxelles, 
mort en 1814, décembre 13, Vienne. 

LIGMAN,J, 

né en 

mort en . 



(62) 



MAGALON, Jean-Denis. — Homme 
de lettres, 
né en 1794, juillet «3, Bagnol (Gard), 
mort vert 1840 

MALECK DE WERTHENFELD, A. - 
Percepteur des contributions directes, 

né en 

mort en 

MALIÏSGREAU, C. t 

né en . 

mort en 

MARCHAL, le chevalier François- 
Joseph - Ferdinand. — Employé par 
La Sema à la confection du catalogue de 
la bibliothèque de l'École centrale du 
département de la Dyle, 

né en 1780, décembre 9, Bruxelles, 
mort en 1858, avril 35, Sehaerbeek. 

MARIE DU MESNIL, Ange-Benjamin. 
— Employé supérieur des douanes, 
ne en 1789, sept. 19, Periera (Manche), 
mort en 1849, août 1, Condé. 

MASSON. — Ex-professeur de belles- 
lettres à l'École centrale du département 
de Saône-el-Loire, 

né en 

mort en 

MASSON-REGNIER.— Professeur au 
lycée de Bruxelles, 
né en ... ., Beaune (Bourgogne), 
mort en 1817, janvier 24, Bruxelles 

MERCX, Louis. — Homme de lettres 
à Bruxelles, 

né en 

mort en 

MOREL, Melchior - Hyacinthe. — 
Professeur de belles-lettres à l'École 
centrale de Vaucluse, 

né en 1756, janvier 5, Avignon, 
mort en 1839, juillet 29, Avignon. 

NEGREL, F., 

né en 

mort en 



I 



NOGARET, François-Félix. — Cen- 
seur dramatique, 
né en 1740, novembre 4, Versatile*, 
mort en 1851, juin t, Paris. 

OFFHUYS. — Avocat de la maison de 
Ligne, atant la révolution, 

né en 

mort en France. 

0SULL1VAN DE GRASS DE SÊ0- 
VAUD, le comte Alphonse- Albert - 
Henri. — Employé du gouvernement des 
Pays-Bas avant 4890, ministre plénipo- 
tentiaire à Vienne, 

né en 1 798, novembre 8, 

mort en 

OUDAERT. — Conseiller de préfec- 
ture du département de l'Escaut, . 

né en 

mort en 

PAR.DAENS, N — Vérificateur de 
l'enregistrement et des domaines à Mon s, 

né en 

mort en 

PAUZELLE (Gigot). — Contrôleur des 
contributions à Bruxelles, 

né en 

mort en 

PERRENET, 

né en 

mort en . 

PICARD, Jean-Baptiste,— Auditeur 
à la chambre des comptes, 

né en 

mort en 

P I0T, N.— Juge au tribunal d'Avignon, 
né en ... ., Avignon, 
mort avant 1830, Avignon. 

PIRE, J.F.A. — Directeur de l'éta- 
blissement d'instruction primaire aui 
Minimes, à Bruxelles, 

né en 

mort en . . 



(63) 



PRENNÏNGER, Joseph — Homme de 
lettres, 

né en 

mort en 

QUETELET, Lambert - Adolphe - 
Jacques. — Professeur à l'athénée de 
Bruxelles, 

né en 1796, février 92, Gand, 
mort en 1874, février 17, Bruxelles. 

RAOUL, Louis- Vincent. - Professeur 
a l'Université de Gand, 

né en «870, février 9, Poincy,prèsluax, 
mort en 1848, mars 95, Bruxelles. 

REVOIL, Pierre-Henri. — Peintre, 

né en 1776, Lyon, 

mort en 1842, mars 19, Lyon. 

RICHARD, 

né en 

mort en 

ROELANTS, Jean- benjamin. — Secré- 
taire de l'Université de Louvain, 

né en 1781, septembre 5, 

mort en 

ROUCHER, J.-F.— Homme de lettres, 
neveu de l'auteur des Mois, 

né en 

mort en 

ROUILLÉ, Louis-Pierre. — Profes- 
seur de belles-lettres à l'École centrale 
du département de la Dyle, professeur à 
l'Université de Liège, 

né en I7.S7, mars 90, Versailles, 
mort en 1844, octobre 17, Liège. 

ROUVEROY, Frédéric. - Curateur 
de l'Université de Liège, 

né en 1771, septembre 19, Liège, 
mort en 1850, novembre 4, Liège. 

ROZIN, André. — Professeur d'his- 
toire naturelle à l'École centrale du 
département de la Dyle, 

né vers 1765, Suède, 

mort vers 1895, . . . .Saarbourg. 



SCHAVYE, M«"«, ainée, 

née en 

morte en 



SAUWERTHEM-RAEDEMAEKER, 

né en 

mort en 



SCHLIM. — Professeur de seconde à 
l'athénée de Bruxelles, 

né en 

mort en 1894, juillet 95, Bruxelles. . 

SMITS, Mathieu-Edouard. — Secré- 
taire du bureau de statistique, 
né en 1789, mars 19, Bruxelles, 
mort en 1859, janvier 92, Ix elles. 

STEVENS, N.-J. - Employé à la 
chambre des comptes, 



ne en . 
mort en 



TINET, C, 
né en . . 
mort en . 



VAN BEMMEL, le baron Charles- 
Maximilien-Philippe. — Professeur au 
collège de Gand, 

né en t"78. février 96, Bruxelles, 
mort en 1897, sept. 93, Bruxelles. 

VANDENZANDE, Jean- Bernard - 
Joseph. — Docteur en médecine, profes- 
seur à l'hôpital civil d'Anvers, 
né en t778, juin 4, Bruxelles, 
mort en 1833, juin 98, Anvers. 

VANDENZANDE, Lambert- Joseph- 
Ferdinand. — Fonctionnaire des 
douanes eu France, 

né en 1780, mars 13, Bruxelles, 
mort en 1853, avril 1, Paris (tatignolltt). 

VANDEREDEN, M"«, 

née en 

morte en 



VAN ERTBORN, le baron Joseph- 



1 



(64) 



Charles-Emmanuel. — Membre de Ja 

chambre des comptes, 
né en 1778, novembre Î2, Anvers, 
mort en 1893, septembre I, La Haye. 

VAUTIER, Jean -Baptiste -Domi- 
nique. — Professeur à l'athénée de 
Bruxelles, 
né en 4792, août 14, Dieuie, 
mort en 1846, février 13, Izelles. 

VIDAL , Pierre-Claude. — Homme 
de lettres, ensuite procureur impérial à 
Nivelles, 

né en 

mort en 

VIOLET DEPAGNY, Jeak-Baptiste- 
Rose-Bonaventure, 
né en 1787, août 30, Gray (HauU-SadneJ. 
mort en 1868, novembre 4 



VISSCHER. — Contrôleur de la Mon- 
naie, à Bruxelles, 

né en 

mort en 



WALLEZ, Jean-Baptiste. — Biblio- 
thécaire de l'École centrale du départe- 
ment de l'Escaut, 
né en 17*3, février 19, Gand, 
mort en 1847. septembre tO, Neuilly. 

W1LLHAR, le baron Jeah-Pieus- 
Christine. — Ingénieur du Waterstut 
avant 1830, ensuite ministre de la guerre 
et ministre plénipotentiaire à Berlin et 
à La Haye, 
né en 1790, septembre *9, Uicmeeug, 
mort en 1858, janvier S8, La Haye. 



APPENDICE. 



» ... Peu de personnes possèdent aujourd'hui la collection 
complète des Almanachs belges d'abord publiés par la Société 
de littérature de Bruxelles, et qui, après la suppression de 
cette Société, lors de la réaction du gouvernement hollandais 
contre l'usage de la langue française en Belgique, fournit 
encore deux volumes : celui de Tannée 1825, sorti des presses 
de M. Coché-Mommens, alors éditeur du Courrier des Pays-Bas, 
et celui de Tannée 1836, imprimé chez Tarlier. Les pièces de 
ces deux volumes ont été rassemblées et publiées par les soins 
de H. Philippe Lesbroussart : ce sont les derniers qui aient 
paru à Bruxelles. Une tentative fut faite, à la fin de 1839, pour 
ressusciter cette publication, et donner ainsi aux littérateurs 
belges les moyens de se produire, moyens moins bien com- 
muns alors qu'aujourd'hui. L'auteur du présent recueil fonda 
à Liège V Annuaire de la littérature et des beaux-arts, destiné, 
non seulement à accueillir les productions de la Muse belge, 
mais encore à faire connaître les diverses associations artis- 
tiques et littéraires, les ouvrages des peintres, des sculpteurs, 
des musiciens, à rendre compte des expositions. Un seul volume 
de cet annuaire a paru : c'est celui de Tannée 1830. Il a été 
imprimé à Liège, chez J. de Sartorius-Delaveux. 

» Les événements qui ont séparé la Belgique de la Hollande 
ont interrompu cette publication. » 

Ce qui précède est extrait des Souvenirs de ma vie littéraire, 
par. M. L. Alvin.; 1 vol. in-12 de vu et 250 pages; Bruxelles, 
1813. 

m 

SJ. Alvin parait avoir ignoré ou oublié que M. Coché-Mom- 
mens avait fait paraître un Almanach belge pour Tannée 1824. 
LV^em plaire de la Bibliothèque de. Stassart porte au crayon, 
Tome XLI. 5 



(66) 

de la main du baron : « N. B. Ce volume est complet; il a 
paru sans table et sans calendrier le 5 janvier 4824. » 

L'Almanach belge pour Tannée 1824 est mêlé de vers et de 
prose. Le principal auteur, Ch. Froment, a reproduit tous les 
morceaux de sa composition qui y figurent, dans ses Poésie*, 
2 vol., Bruxelles, 1826. 

On trouvera ci-après les tables de matières des Almanacbs 
belges pour les années 1824, 1825 et 1826, avec les noms des 
auteurs rangés par ordre alphabétique, et la table des pièces 
de vers renfermées dans l'Annuaire de la littérature et des 
beaux-arts pour Tannée 1830. 

Parmi les nouveaux noms, on distingue ceux de L. Alvin, 
Baron, Deltenre, Giron, Jobard, Mackintosh, Ch. Marcellis, 
Ad. Mathieu, Hodave, le chevalier Moyard, Petit, Pocholie, 
Ch. Soudain de Njederwerth, Van de Weyer et Van Hasselt. 



ALMANACH BELGE POUR L'ANNÉE 1824. 



Pages. 

B...é [Barré] (L.). 

Les souvenirs du marquis de 
Carahas 31 

C. V. 

A l'occasion de la mort d'un 
franc-buveur, connu de ses 
amis sous le nom de Frère 
Jacques 43 

D... [Dandelin?], officier du 
génie. 
Le rendez-vous 122 



De Reiffenberg, le baron. 
Le passage 85 

De Stassart, le baron. 

Le fermier et les chiens de 
basse-cour. Fable 133 

Le lièvre, le lapin et le fusil. 
Fable . . 135 

E... y Madame; de Gand. 
Les amis du siècle. . . . 120 

Edouard*". 
Chansonnette . . . • . KM 



(67) 



Pages. 

F. 

A l'auteur de M a ri us, le jour 
de la représentation de cette 
pièee a Bruxelles 40 

Épigrammes traduites d'0- 
wen, poète anglais .... 46 

Froment, Ch. 
Cadet buteux au congrès. . 5 
Le claqueur. Anecdote . . 14 
A l'auteur d'un poème inti- 
tulé : L'infanticide . . . . 30 

La toilette de Psvché. Ta- 
bleau de M. Paelinck. ... 43 

Je m'en souviens, je ne m'en 
souviens pas. Chanson ... 75 
On n'entre plus. Chanson . 96 
Le villageois et les abeilles. 

Fable 98 

Le salut des âmes .... 111 
Fragment d'une comédie in- 
titulée : La journée d'un sous- 
préfet * 124 

G. (A.). [Auguste Giron]. 

L'anniversaire du 18 juin. 
Ode 36 

Traduction de l'ode V du 3« 
livre d'Horace 52 

A Riego 129 

Hugo de Raveschot, M eU : 
Le duel 47 



Jobard. 

Le nouveau Midas . 



114 



L.[V\ 

Les embellissements de Bru- 
xelles. Naïveté 45 



Lesbroussart, Ph. 

Du mensonge considéré com- 
me moyen politique (prose) . 57 

Paridaens. 

Annette 54 

La séparation 131 

Raoul, L. V. 
Le poète et le copiste . . . 116 

R...ls [Rodants]. 
Pensées diverses (prose). . 41 

Roucher. 
Les mulets. Fable .... 55 
Le grain de blé et le quintal. 115 

Anonymes. 

Les sots (prose) 13 

Fragment d'un dictionnaire 

inédit (prose) 15 

A M. Bouchardez, poète et 

mathématicien 20 

Le régénérateur. Journal po- 
litique et aristocratique (prose) 21 

Monsieur et Madame. Ta- 
bleau de ménage (prose) . . 33 
M. Pelletier (prose et vers) . 40 

Variétés f prose' 50 

L'espérance 77 

Les carbonaril prose) . . . 81 
Lettres inédites du chevalier 
de Lisle et du chevalier de Bouf- 
flers, au feld-maréchal prince 
de Ligne (vers et prose ... 90 
Petit dialogue (prose ... 99 
Lettre du baron de *** au 

marquis de •** 102 

Chant de Tyrtée. Traduction 

du grec 109 

Anecdote iprose) .... 123 



< Avait paru dans le vol. XVIII. 



(68) 



ALMANACH BELGE POUR L'ANNÉE 183». 



Plfff. 

A. 

L'auteur et sa femme . . .110 

Alvin (Lotus), fils. 
Chant grec 132 

Benau (P.), feu. 

La nécessité d'aimer avant 
tout 141 

Comhaire (M. N ). 

La cascade. Idvlle .... 14 

Le projet 27 

Le papillon 61 

Dem ...m {Joseph). 
L'indifférente. Chansonnette. 63 
A M. le baron de Stassart, en 
lui envoyant mes couplets inti- 
tulés : Bacchus, Tambmir-ma- 

jor 78 

A Flore 91 

A mon ami H", en lui en- 
vovant le dictionnaire des 

rimes 140 

A certain rimailleur, l'un de 
mes confrères 189 

Zte Reiffenberg, le baron. 
Le grand bois. Ballade . . 12 
Louis de Nassau .... 25 
Le ri de la folle. Ballade. . 47 
Les cruches de dame Jacque- 
line 64 

La harpe de Hoogvliet . . 74 

Épitaphe d'un suicidé. . . 95 



A mon ami Félix Bodin, en 
lui envoyant le champ Frédéric- 98 

La jalousie 102 

L'étui restitué 108 

La bouderie 117 

La discrétion 123 

La danse au village ... 136 
Marie de Brabant. Ballade . 191 

A Madame*** 198 

A M. Buchon, qui supposait 
que je suis un vieillard ... 201 

Aux comtesses de S**", en 
leur adressant le champ Frédé- 

no • •■••••••• <^«fe) 

L'étymologiste sentimental . 209 

De Stassart, le baron. 

Le roitelet amoureux. Fable. 9 

Pensées inédites (prose;. 49-448- 

202 

Le lion, l'épagneul et le loup. 
Fable. 45 

Les bons amis et la mode. 
Petit dialogue (prose) ... 62 

Vers écrits sur l'album de 
M mc Odcvaere ...... 66 

L'habit de Jocrisse. Fable . 101 

Les moutons, le loup, les 
chiens et le berger. Fable . . 127 

Edouard**'. 
A un jeune médecin ... 5 
A un vieux buveur. . . . 41 
Épitre à J... B... Dans les 

Ardennes * 51 



' Avait paru dans le vol. VI. 



(69 ) 



Conseils à la jeunesse . . 85 
Fragment d'une épitre sur le 

bonheur 122 

Le fat. Anecdote » .... 138 
Sur une jarretière .... 138 
Épitre à un ami qui me repro- 
chait une infidélité * .... 142 

Le changement 145 

Épitre à mes soixante ans à 

venir * 184 

Anacréon 191 

Boutade 206 

Le diable. Chanson * . . .217 

Giron (A.), 
Francesca 233 

Hannon (M -•), née Hugo deRa- 
veschot. 

Remerciment à Eudore . . 56 
Au docteur C*" en remerci- 
ment des soins donnés à un 
ami 105 

L. 

Conseils à un jeune littéra- 
teur (prose) 210 

ij a 

Rule Britannia. Traduit de 
l'anglais de Thompson ... 99 

Latour 
La conversion. Conte ... 28 

Lesbroussart (PA.). 
Le manuel du vrai royaliste. 31 
L'Héracléide 151 

M[odave], de Liège, 
Les bêtes savantes. Fable . 70 
Les vœux du monde pour 

l'affranchissement des Grecs. 



P»gf». 

S tance à mettre en musique . 88 

La revue de la Sauvenière 
au printemps 221 

Mackintosh (C. /.). 

L'écolier et le vieillard. Apo- 
logue 22 

Les journaux. Poème ... 79 

Sur la mort de H. Schlim, 
professeur de poésie à l'athé- 
née roval de Bruxelles . . . 103 

A Mademoiselle *** qui se 
croyait condamnée par les mé- 
decins 129 

L'écureuil et le chien qui 
tourne la broche. Fable . . . 139 

0. 

Mon immortalité. Chanson . 190 
Dieu. Imitation de l'ode russe 
de Derjavine 225 

Quetelet (A.>. 

La comtesse Ide. A M. Van- 
denzande 146 

Ma nacelle. A M. Falek . . 199 

Roacher. 

L'ours Martin et l'enfant. 
Fable 59 

Rottveroy. 

La violette et les pavots. 
Fable 55 

Le berger et la jeune fille. 
Fable 67 

L'hirondelle et les vents. 
Fable 77 

Le perdreau domestique, sa 
mère et le dindon. Fable . . 109 

L'abeille. Fable 131 

L'homme et l'idole. Fable . 196 



1 Avait paru dans le. vol. VII. 



(70) 



Pages. 

Les deux enfants et le cha- 
riot. Fable 219 

Soudain de Niederwerth {Charles). 

Bauduin VI. Romance histo- 
rique . 17 

Le ruisseau gelé. Imitation 
du hollandais de Tollens . . 93 

La tempête. Cantate pastorale 
imitée de Métastase .... 124 

Un ex-officier français. 

L'exilé français. Aux Belges. 
Romance 86 



Page*. 



Van de Weyer (Sylvain). 
Fragment d'une satyre sur les 



230 



43 

68 



jeunes gens du jour . . . 

Willmar. 
L'écolier. Chanson . . . 
L'espérance. Romance . 

Anonymes. 

Adieux d'un jeune expatrié 
français. Romance 96 

Le donjon ou la mort du trou- 

badour. Romance 107 

Essai de traduction du Siège de 

Corinthe par Lord Byron. . 232 



ALMANACH BELGE POUR L'ANNÉE 1826. 



A. 

Anniversaire de la naissance 
de S. M. le roi des Pays-Bas, 
célébré dans un village où le 
roi avait fait bâtir une église . 34 

Alvin (Louis), fils. 

Les trahisons 46 

Regrets d'une jeune dame 
sur le tombeau d'une amie qui 
lui avait servi de mère ... 49 

Profanation des restes d'A- 
thènes 195 

Baron (A.). 
Ode sur la danse . . . 



Bogaerls. 
L'honnête parvenu. 



234 



208 



C.y [Edw.]. 
Quatrain sur la chute d'un 

acteur nommé Bataille ... 30 

Élégie 65 

Imitation du portugais . . 93 
La Sera 124 

D. (C). 

A mon ami * * \ Au sujet de 
ses vers a M"* Annette D . . . .150 

D. (J.). 
Aux mânes de Lord Bvron . 5 
Le Belge. Chant national. . 127 
Vers inscrits sur un portrait 

deBoileau 156 

La fille soumise. Chanson- 
nette 186 



(71 ) 



D...x(E.). 

L'hermite. Ballade. ... 67 

L'habile homme .... 76 

Contre un pamphlétaire . . 76 

Sur la vapeur 77 

Deltenre. 
Le guerrier belge à Moscou . 43 
Le retour de l'hiver ... 89 
Le portrait. Romance. . . 143 
Mon éloge ou le temple de 

Momus 177 

Le ressuscité. ..... 205 

Del... 

Pensées de Circé, chienne 
célèbre 117 

De Reiffenberg, le baron. 

Êpitre d'un parisien à la sta- 
tue d'Érasme, à Rotterdam. . 241 

Pour le portrait du général 
Fov 254 

De Stassart, le baron. 

Épigramme 16 

Vers pour le portrait de M. le 

comte de Lascases .... 22 
Le paradis, le purgatoire et 

l'enfer de l'amour 27 

Le chien et le berger. Fable. 40 
Sur un intrigant placé sous 

la remise 45 

Le porc-épic. Fable ... 80 

De Trappe, le baron. 

Première vue du paradis ter- 
restre 31 



Stances . . 
Chansonnette 



Pag*». 

255 
269 



• •* 



Edouard 
Le lit et la table 



. . 122 



F. Uug"). 

À mon ami N. L, de Lille, 
condamné correctionnellement 
pour un article de journal . .154 

Les regrets du voyageur. Ro- 
mance à A. D. W 217 

Épigramme traduite du hol- 
landais de Huygens .... 222 

Froment [Ch.). 
Edwin et Emma * . . . . 180 
Les ruines de Domartin . . 209 

Ipsara 259 

La toilette de Psvché * . . 283 

Giron (A.). 

Sur un jugement de feuille- 
ton 88 

Hannon (M—). 

La violette. Fleur offerte à 
une mariée de dix-sept ans . 99 

A deux amies absentes dont 
l'une venait d'abandonner un 
amant de trois ans .... 105 

J. 

Le mouvement 91 

Logogriphe 220 

Jobard. 
Le tonneau. Fable .... 253 

M[odavë\, de Liège. 

Pensée de M. le baron de 
Stassart 26 

Couplets chantés au banquet 
donné à Liège par les membres 
de la Société Grétrv, à l'occa- 



* Avait paru dans le vol. XVI II. 

* A ?ait para dans l'Almanach belge pour l'année i&4. 



(72) 



sion du jour anniversaire de 
la naissance de leur célèbre 

compatriote 52 

Le tombeau. Traduction de 
l'allemand de Salis .... 63 
Mes regrets ou mes trente 

ans 82 

Le commérage 84 

Invitation à Quinkempois . 119 
Traduction de la XII e élégie 
du 5"c livre des Tristes d'Ovide. 151 
Sur le portrait de Delille. . 216 

M. A). 

La grâce 17 

Élégie 148 

M...zes, portugais. 
Élégie sur la mort d'un 

frère « 264 

C'est étonnant *..... 268 

Mackintosh iCh.). 
L'habit. Fragment .... 23 

Mathieu (Ad.) 
Quatrain pour un portrait de 

M. Manuel 12 

Les deux coqs. Fable. . . 101 
Les flatteurs, dithvrambe dé- 

dié à un jeune poète . . . .129 

Meerts(Ch.\ 

A Mademoiselle D. .., en lui 
envoyant un très beau papillon. 230 

Moyard, le chevalier. 

L'aumônier du neuvième ré- 
giment àe cuirassiers . . .231 

0. 

Le partage du monde. Imita- 



tion de Schiller 125 

P. 

Les vertus de Fénélon. Ode. 270 

P. (C). 

Éthelrède. Romance .... 144 

Paridaens (F.). 
L'homme aux expédients . 78 

Q... (Aug.). 
Épitre à un ancien ami . . 188 

Roland {F.). 
Épitre à Monsieur A. M**" . 36 

Rouveroy. 

L'épagneul et le chien de 
garde. Fable 13 

L'homme et ses deux chiens. 
Fable • 9î 

La lampe et le réflecteur. 
Fable 193 

Le médecin et la sangsue. 
Fable 251 

Smits {Éd ). 

Romance imitée du hollan- 
dais 98 

La fiancée d'Axia. IV e Hellé- 
nide 223 

Soudain de Niederwerlh (CA.). 
A madame la comt«« de B... L., 
en la priant d'agréer le catalo- 
gue de ses livres qu'elle m'avait 
prié de mettre en ordre. . . 204 

Vandenzande (F.). 
La faveur papale. Conte * . i*» 
La queue prussienne. Con- 
te». .. . 267 



1 Avait paru dans le Mercure belge, t. X, 31 janvier 1821. 
* Avait paru dans le Mercure belge, U X, 15 avril 1821. 
5 Avait paru dans le Mercure belge, t. X, 28 février 1821. 



w 



(73) 



Van de Yieyer (Sylvain). 
Il faut savoirdire non (prose). 157 

Van HasselU André: 

Le Rhin. Fragment de tra- 
duction du second chant de 
la Nation hollandaise de Hel- 
mers 19 

La fleur cueillie. Imité de 
Tollens 146 



Paget. 



W. (A \ 

Mort de Marcos Bozzaris, gé- 
néral des Suliotes .... 276 

Anonymes. 
La belle philanthropie. . . 87 
Fragment extrait des Ta- 
blettes belges (prose). . . . 109 

Chanson sur la condamna- 
tion de^Béranger 202 



ANNUAIRE DE LA LITTÉRATURE ET DES BEAUX-ARTS 

POUR L'ANNÉE 1830. 



A loin, père. 

Fragment d'une tragédie iné- 
dite, intitulée : David Com- 
mune ,73 

AUrin{L.). 
La prière de la femme du 

bandit 81 

Complainte d'une jeune fille. 134 
Canaris, chant d'un vieillard 

grec 137 

Bogacrts. 
Stances 172 

Clavareau {Aug.). 
Fernand et Élodie .... 85 

Comhaire (M. N.). 
La petite Marguerite. Idylle. 192 
Le chèvre-feuille. Idylle . . 209 
Encore le chèvre-feuille . . 211 



Deltcnre, 
Le temps 144 

De Lannoy (Napoléon). 

Souvenirs 168 

L'automne 187 

* * * Ecclésiastique belge. 
Sur l'exaltation de S. S. . .115 

Eisa D. T. 
Vœu 207 

Gravez. 
Les épis. Fable 158 

L. (A.). 
Rêve d'amour 105 

Lesbroussart (Ph.). 

Les adieux d'un ministre. 
Élégie 195 



"1 



( 74) 



Pages. 

Marcellis (Ch.). 

Fragment inédit extrait du 
7« chant du poème des Ger- 
mains 119 

Mathieu (A.), de Mons. 
Fragment d'un songe. Poème. 159 

Moyard (le chevalier), capitaine 
de cavalerie. 
L'aumônier du régiment * . 155 

if. ..y (A.). 

Le tapis. Chanson envoyée 
avec un tapis de table ... 148 

Impromptu à une dame qui 
avait permis à l'auteur de lui 
écrire un mot 157 

Modave. 

L'épagneul, le mouton et le 
lapin. Fable 150 

Le bonheur des amans. Ro- 
mance 166 

Petit (L.). 
La linotte et le pinson. Fable. 83 
Le jour et la bougie. Fable . 106 
Le jeune cheval. Fable . . 113 
Le partage des animaux. 

Fable 118 



Poncin (Ferdinand}. 

La traque au loup d'Ardenne, 
ou la battue. Fragment d'un 
poème 108 

Un orage en Ardenne. Frag- 
ment 132 

Chant des Hellènes . . .181 

Pocholle (A.). 

Les hirondelles 151 

Envoi d'une veilleuse ... 164 
Traduction de l'ode d'Ho- 
race : Solvitur, l» livre, ode IV. 177 

Les femmes de l'exil, par un 
exilé 189 



V. M. 

A une étrangère .... 

Van Hassell (André). 

Le jeune malade. Élégie * . 

Fragment d'une épitre à Bé- 
ranger* 

A mon ami G. V. A. . . . 

Sonnet à Madame M. . . . 

A une jeune fille .... 



146 

71 

110 
174 
183 
184 



Anonyme. 
L'âne métaphysicien. Fable'. 130 



* Avait paru dans le recueil de 1836 sous le titre : L'aumônier du neuvième régi- 
ment de cuirassiers. 

* Ces deux pièces avaient été envoyées en 1823 a Ph. Lesbroussart pour l'Almanaeh 
poétique. C'est à l'insu de V. H. qu'elles furent insérées dans le présent recneiL 

5 Voir ce qui a été dit de cette fable dans la seconde partie de ce mémoire, à propos 
de l'Almanach pour l'an 1806 (VI* vol.). 



SUPPLEMENT. 



Les deux pièces suivantes ont été trouvées après que l'auteur 
eut présenté son mémoire à la Classe des lettres. 

L'une est le premier règlement de la Société de littérature 
de Bruxelles, imprimé chez Tutot, rue de Namur, n° 940. 
— An VIII. 

L'autre, manuscrite, donne les noms des membres effectifs 
et des membres associés de la Société : elle ne porte pas de 
date, mais doit remonter à l'époque de la suppression des 
Ecoles centrales. 



I. 



Ârtibus et patriae. 



RÈGLEMENT 

DR 

LA SOCIÉTÉ DE LITTÉRATURE 

DE BRUXELLES. 

Article premier. — Une Société de littérature est instituée à 
Bruxelles, à compter de ce jour, vingt nivôse an huit. 

Art. II. — Le nombre de ses membres n'est pas déterminé. 

Art. III. — Elle aura régulièrement une séance par mois, 
laquelle se tiendra le vingt. Elle pourra en avoir de publiques 
lorsqu'elle le jugera convenable. 



( 76) 

Art. IV. — Aucun citoyen ne sera aggrégé à la Société, 
1° s'il n'y est connu par un ouvrage littéraire de sa composi- 
tion ; 2° s'il n'a été présenté par un membre, une séance avant 
celle où l'émission des votes aura lieu; et 3° s'il ne réunit 
l'unanimité des suffrages. 

Art. V. — Toutes les nominations se feront en assemblée 
générale dûment convoquée, et par voie du scrutin secret. 

Art. VI. — La Société est administrée par un Conseil d'ad- 
ministration, composé du Régulateur, du Trésorier et du 
Secrétaire. Chacun d'eux est élu pour un an, et peut être indé- 
finiment réélu. 

Art. VII. — Chaque sociétaire contribuera aux dépenses de 
la Société pour la somme et suivant le mode qu'elle aura 
déterminés. 

Art. VIII. — Chaque membre devant concourir aux progrès 
de l'institution, il sera tenu de présenter au moins un ouvrage 
de sa composition dans l'espace de six mois, sinon il sera censé 
n'être plus membre de la Société. 

Art. IX. — Tous les sociétaires devront se rendre aux séances 
à l'heure déterminée. Celui qui contreviendra au présent 
article payera deux décimes pour une heure de retard, quatre 
décimes pour deux heures, et six décimes s'il vient après trois 
heures de retard ou s'il manque entièrement la séance. 

Art. X. — Aucune excuse ne pourra faire exempter de 
l'amende. 

Art. XI. — Le produit en est irrévocablement destiné au 
soulagement des indigens. 

Art. XII. — Expédition du présent règlement sera remise 
à chaque membre qui promet de l'observer scrupuleusement. 

Arrêté à Bruxelles, le 20 nivôse an 8. 

Signé : Rozin, Vidal, Delannoy, P. Dehulstere, Jh. Marchai» 
Ph. Lesbroussart, Jos. Colbert et J.-C. Stiellemans. 

Pour expédition conforme, 
Vidal, Secrétaire. 



(77 ) 



II. 



Membres effectifs : 



Christian, professeur au lycée de Bruxelles. 

Colbert, commis greffier au tribunal criminel de Bruxelles. 

Degamond, l'aîné, avoué au tribunal de première instance 
de Bruxelles. 

Ch. Degamond, son frère, futur employé des douanes à 
Rouen. 

Pierre Dehulstere, littérateur et rentier à Bruxelles. 

Deglimes, instituteur particulier. 

Delannoy, homme de lettres et rentier à Bruxelles. 

Delormel, inspecteur des contributions du département de 
la Dyle, à Bruxelles. 

Hubin, homme de lettres à Bruxelles. 

Laisné, id. ibid. 

Lesbroussart, père, directeur et instituteur du collège-pen- 
sionnat d'Alost. 

Lesbroussart, fils, instituteur près du même établissement. 

Marchai, homme de lettres et instituteur particulier à 
Bruxelles. 

Gigot-Pauzelle, littérateur et contrôleur des contributious à 
Bruxelles. 

Louis Mercx, littérateur et rentier à Bruxelles. 

Masson - Régnier , professeur d'humanités au lycée de 
Bruxelles. 

Rouillé, professeur au lycée de Bruxelles. 

Rozin. 

Goswin de Stassart. 

P.-C. Vidal. 



( 78) 
Membres associés : 

Blanfart, directeur de l'école secondaire de Nivelles. 

Botte, ex-professeur de belles-lettres à l'Ecole centrale de 
Gand. 

Couret de Villeneuve, ex-professeur de grammaire, ibid. 

Lacorne, jurisconsulte, ex-professeur de législation, ibid. 

Masson, ex-professeur de belles-lettres à l'Ecole centrale de 
Saône-et-Loire. 

Oudaert, conseiller de préfecture du département de l'Escaut 
à Gand. 

Bernard Vandenzande, professeur à Anvers. 

F. Vandenzande, employé des douanes à Rouen. 



TABLE DES MATIÈRES. 



Pages. 

Avant-propos 3 

Première partie. 8 

Notes de la première partie . . - 4i 

Seconde partie 47 

Table alphabétique des auteurs avec l'indication des volumes dans lesquels on 

trouve leurs écrits 53 

Dictionnaire biographique 57 

Appendice 65 

Supplément 75 



LES 



CROYANCES RELIGIEUSES 



DES 



PREMIERS CHINOIS, 

PAR 

Ch. de HARLEZ, 

MEMBRE DE L'ACADÉMIE. 



(Présenté à la Classe des lettres dans sa séance du 4 juin 1888.) 



Tome XLL 



CROYANCES RELIGIEUSES 



DES PREMIERS CHINOIS '. 



CHAPITRE PREMIER. 



Après tout ce qui a été dit sur cette importante question, 
il semblerait superflu de s'en occuper encore et l'on devrait 
pouvoir se contenter de renvoyer aux auteurs qui en ont traité 
spécialement. Il n'en est rien cependant, car le plus complet 
désaccord règne entre ces auteurs, à ce point que l'on soutient, 
avec une égale assurance, des opinions absolument contradic- 
toires. 

Les uns avec les anciens missionnaires, sans aller toutefois 
aussi loin qu'eux, reconnaissent dans les croyances des pre- 
miers Chinois un monothéisme bien déterminé, tandis que les 
autres veulent y voir l'athéisme, le matérialisme le plus com- 
plet, ou tout au plus un animisme grossier, l'adoration des 

* Nous entendons par premiers Chinois, le petit groupe des tribus 
appelées Bak kia ou « les cent familles » qui , vers le XXVIII e siècle A. C; 
émigrèrent du centre de l'Asie, vinrent s'établir sur le Hoang-hô et 
s'étendirent de là, sans plus cesser un jour, jusqu'à ce qu'elles eussent 
soumis toutes les populations indigènes du pays des Fleurs, jouant là, 
pour ainsi dire, le rôle des conquérants germaniques en France, au com- 
mencement du moyen âge. La soumission des races indigènes se fit 
lentement, soit par accession volontaire, soit par conquête, soit par 
assimilation. 



— 4 — 

montagnes, des fleuves, des arbres, plus ou moins personnifies 
ou pourvus d'un principe vivant. 

Fait bien remarquable ! les premiers sont les sinologues de 
profession; les seconds sont ceux qui étudient les questions 
religieuses sans connaissance du chinois. 

Nous n'entreprendrons pas de refaire ici l'historique très long 
de cette question; ce serait étaler une érudition inutile, car 
nous ne voulons nous arrêter qu'aux textes eux-mêmes. 

Nous laissons également de côté ces thèses difficilement sou- 
tenables qui ont fait de la religion chinoise un monothéisme 
parfaitement pur, une sorte de christianisme anticipé, et de 
Confuoius, un prophète du Très-Haut, prédisant la venue du 
Messie, sauveur des hommes. C'est là l'œuvre d'un zèle très 
louable mais non secundum scientiam. Nous ne rappellerons que 
les faits les plus récents, et qui mettront immédiatement sous 
les yeux de nos lecteurs l'état présent et réel de la question. 

Nous avons vu, en effet, pendant l'année qui vient de finir, 
d'un côté M. le marquis d'Hervey-Saint-Denis, professeur de 
chinois au Collège de France, soutenir devant l'Académie des 
Inscriptions la thèse du monothéisme primitif des Chinois, et 
de l'autre, des écrivains de talent, voués à l'hagiographie, 
enseigner, sans hésitation, que les premiers Chinois adoraient 
le ciel matériel ou la nature physique, qu'ils ont par après per- 
sonnifiés et divinisés *. 

Citons, entre autres, M. J. Vinson, professeur de tamoul à 

» 

l'Ecole des langues orientales de Paris, dont un tout récent 
ouvrage intitulé : Les Religions actuelles, contient textuellement 
le passage que voici (il s'agit du monothéisme chinois] : 

« S'il n'y a point de Dieu dans le bouddhisme, il n'y en a 
pas davantage dans les vieilles religions de la Chine... C'est en 
vain que des théophiles enragés ont voulu prouver le caractère 

1 L'état religieux des Chinois dont nous parlons, remontant à trente 
siècles environ avant notre ère, est considéré comme un point de débat 
des plus importants dans les discussions relatives à l'origine et au déve- 
loppement des religions. Aussi se dispute-t-on les vieux'Chinois avec la 
plus vive ardeur. 



— 5 



spiritualiste et déiste du confucianisme, par exemple. Cela 
est aussi peu fondé que les allégations des missionnaires sur 
l'infanticide en Chine ; une preuve que les Chinois ne peuvent 
qu'aimer leurs enfants est dans l'ardeur de leur culte pour 
leurs ancêtres, et dans l'usage touchant qu'ils ont de mettre 
des enfants à la place des morts dans les cérémonies domes- 
tiques*. » (Voir l'introduction du livre de M. J. Vinson, p. xvu 2 .) 

Plus loin, dans le corps de l'ouvrage, M. Vinson prétend 
expliquer la première forme et l'histoire de la religion des 
premiers Chinois. 

« Il y a eu chez eux d'abord, dit-il, des rêveries du genre ani- 
miste : l'objet plaît ou fait peur; on le personnalise, on 
l'anime; bientôt il n'est plus que la manifestation d'une puis- 
sance invisible dont les proportions grandissent avec les 
siècles... Plus tard encore viendra l'idée d'un être suprême 
qui résume tout, d'où tout émane... » 

M. Vinson explique ensuite comment la religion chinoise 
a dû se développer. Ce n'étaient d'abord que des actes intéressés, 
individuels; puis la famille ayant été inventée, ce le principe 
d'autorité commença à poindre, le culte devint d'un intérêt 
général : le père de famille pria pour tous les siens ». Après 
cela ce fut au tour du prince de s'en mêler. 

Les particuliers adoraient les arbres, les rochers, les fon- 
taines de leur domaine patrimonial; les chefs de clans ren- 
daient leurs hommages aux montagnes, aux rivières, aux 
forêts, aux puissances secondaires; l'empereur seul adorait les 



1 M. J. Vinson fait erreur. Si les Chinois jadis prenaient un enfant pour 
représenter le mort, c'est qu'on choisissait un petit-fils. Le père devant 
se prosterner devant l'image du mort (son père à lui), il eût été contraire 
au respect qu'il se fût abaissé devant son propre enfant. M. Vinson se 
trompe en outre sur le caractère et l'étendue de cette détestable pratique, 
qui du reste n'est pas très ancienne. 

* Si le savant tamouliste s'était donné la peine de lire mon opuscule : 
L'infanticide en Chine d'après les documents chinois, il aurait sans doute 
reconnu avec fi. Darmesteter que l'infanticide en Chine n'est pas une 
légende et il se serait épargné le tort et le regret d'accusations imméritées. 



_ 6 — 

neuf grandes montagnes, les grands fleuves, la terre et le ciel. 
Le ciel était déjà devenu le dieu suprême, le Chang-Ti, principe 
actif de toute création. 

ce Tel était, dit Fauteur comme conclusion, envisagé d'une 
façon générale et sommaire, l'état religieux de la Chine aux 
premières périodes de son histoire. » 

Nous avons rapporté ce passage presque en entier, afin de 
faire connaître d'une manière complète les théories que l'on a 
créées pour expliquer l'état de la religion chinoise aux pre- 
miers temps de l'histoire. Ce n'est point ce que disaient les 
Rem usât, les Julien, les Hervey-Saint-Denis, les Legge et autres 
illustres maîtres ; bien au contraire. 

Nous avons devant nous, comme je le disais, les sinologues 
d'un côté et les autres d'autre part. On se demande ce qui a pu 
déterminer les plus récents hagiographes à se séparer des spé- 
cialistes et à se croire en droit de réformer leur jugement. Les 
uns nous le diront eux-mêmes ; ce sont leurs convictions phi- 
losophiques, la loi du transformisme, qui les obligent à 
admettre partout des commencements informes et un déve- 
loppement successif. Les autres ont pris les textes antérieurs 
à notre ère comme un seul tout, sans distinguer ni les époques 
ni les lieux et, de la sorte, ont attribué aux premiers siècles de 
la nation chinoise ce qui n'appartient qu'à une période beau- 
coup plus récente. La critique historique n'est d'ailleurs pos- 
sible qu'aux spécialistes, et sans elle on ne peut faire rien 
de sûr. 

Pour nous, nous abordons la question, parfaitement indif- 
férent à la nature de sa solution. Peu nous importe ce qu'ont 
été les Chinois primitifs, quelles croyances ils ont apportées 
avec eux dans V Empire des Fletirs. Athées, animistes ou spiri- 
tual istes, ces croyances du XXVIII e siècle avant notre ère ne 
peuvent servir à démontrer ou simplement augurer ce qu'ont 
pu être celles des premiers humains. Conclure des unes aux 
autres, c'est réunir par la force ce qui est séparé par un abîme. 
Du reste, nous ne ferons que recueillir les textes, les réunir, 
les exposer dans leur nudité, sans les solliciter aucunement, 



— 7 — 

au risque de les fausser, sans chercher à voir entre les lignes 
ce qui n'y est point, mais favorise des conceptions subjectives 
et des préférences personnelles. 

Si je tire des conclusions précises de l'exposé que Ton va 
lire, c'est qu'elles s'imposent, j'ose l'affirmer, comme consé- 
quences directes des principes énoncés dans les livres que nous 
allons passer en revue. 

Si je ne renvoie à aucune autorité, c'est d'abord que le sens 
des textes, que je ne discute point, est clair et incontestable. 
C'est, en outre, que l'on n'a point encore considéré la question 
comme je le fais ici. Trop souvent on envisage au point de vue 
des idées reçues parmi nous, ce qui demande qu'on en fasse 
abstraction presque complète, et qu'on s'identifie au sujet 
étudié. 

Nous allons donc tout simplement mettre sous les yeux de 
nos lecteurs les textes vraiment anciens qui énoncent, soit 
directement, soit indirectement, les antiques croyances de la 
race chinoise ; nous les puiserons aux livres les plus anciens 
et les plus authentiques, à savoir : le Shih-King, ou recueil de 
poésies populaires du XII e au XIII e siècle A. G., le Shuh-King 
ou mémorial historique, le Yih-King> les livres de Confucius et 
de Mencius, et le Grand Mémorial des Rites, ou Li-Ki, dont la 
rédaction remonte peut-être seulement au III e siècle A. C., mais 
dont les matériaux appartiennent, en majeure partie, à une 
époque très reculée. Nous rangerons ces textes, autant que 
possible, dans l'ordre chronologique. 

Nous ne nous arrêterons pas longtemps au Tcheou-li ou 
« Rites de la principauté de Tcheou », parce que ceux-ci sont 
originaires d'un état particulier dont la population n'était pas 
d'origine chinoise. Leur date est d'ailleurs trop récente pour 
qu'ils puissent nous renseigner sur les premiers âges du 
peuple chinois. Trop souvent on a confondu sans critique les 
textes des âges les plus divers et créé des théories que la vraie 
science ne saurait reconnaître. 

Les croyances dont nous nous occuperons ici ont rapport à 
cinq objets différents : l'être suprême en tant que Shang-Ti et 



— 8 — 



Tien, les esprits; la nature de l'âme et sa destinée après la 
mort; la faute et l'expiation nécessaire; le culte des morts. 

Nous commencerons par le Shang-Ti et le Tien. Voyons 
successivement ce qu'en disent les plus anciens livres de la 
Chine. 



CHAPITRE II. 

Le Shang-ti et le Tien dans les premiers livres chinois. 



§ 1". — Le Shih-King *. 

Nous examinerons d'abord le Livre des Vers plutôt que le 
Shuh-King, parce que les poésies antiques de la Chine nous 
fourniront des matériaux plus importants encore que le livre 
des Histoires. Elles ont, en outre, l'avantage d'avoir date cer- 
taine. Les premiers livres du Shuh-King n'appartiennent certai- 
nement pas à l'époque des faits qu'ils relatent. Leur rédacteur 
le proclame lui-même dès ses premiers mots. Les rois Yao, 
Shun et Yu sont pour lui des personnages des temps antiques 
(ku); c'est en scrutant l'antiquité 2 qu'on est parvenu à rédiger 
leurs annales et rappeler leurs faits et gestes. Ici nous avons des 
chants composés par les contemporains des rois, des événe- 
ments auxquels ils se réfèrent. Les plus anciens sont les cinq 
derniers qui appartiennent à la dynastie des Shang (1766-H5Ï 
fondée par le roi Thang. 

Nous y voyons mentionnés les sacrifices d'hiver et d'automne 
sans autre désignation, IV, 3.1. A l'ode III il est dit que Ti avait 
depuis les temps antiques destiné Thang à l'empire, que le ciel 
envoya une hirondelle déposer l'œuf qui donne naissance au 
héros fondateur de la famille. 

1 Recueil de poésies diverses, hymnes, odes, élégies, satires, pièces 
légères ou erotiques, composées du XVIII e au VIII e siècle (?) A. C. 
* KH ku. 



— 9 — 

L'ode IV ajoute à cela que Ti donna à cette race un descendant 
illustre et fit paraître la famille de Shang. La faveur de Ti, son 
mandat ne quitta point Shang, et Ti honoré par lui le donna 
comme modèle à toutes les régions. Ainsi il reçut les faveurs 
du ciel; il fut vraiment le fils du ciel. 

Dans la V e ode, qui ne paraît pas antérieure à Tan 658, parce 
qu'elle donne à King-ts'u un nom que l'histoire ne connaît 
point avant cette époque, le T'ien seul est mentionné; « il a 
donné le mandat aux princes féodaux, sa volonté, son numen 
est descendu et a inspecté la terre. » 

On voit que précédemment le rôle actif était réservé à Ti ou 
Shang-Ti, car l'expression « le ciel a envoyé une hirondelle » 
est purement poétique et se rapporte à un acte apparent. 

De même à l'ode III, 2.1, célébrant la naissance du fonda- 
teur de la dynastie Shang, le poète dit que sa mère marcha sur 
la trace laissée par Ti (§1) ; que Shang-Ti la fortifia (§ 2), accepta 
son sacrifice. Et lorsque, ajoute l'auteur, nous présentons nos 
offrandes, Shang-Ti en agrée l'odeur et s'y complaît. — Du 
Tien pas la moindre mention. 

Dans la première des grandes odes des royaumes (III, 1.1) 
composée en l'honneur de Wen Wang * nous lisons : 

« C'est Shang-Ti qui l'a préparé et lui a donné l'empire au 
moment propice; maintenant Wen Wang est au ciel aux côtés 
de Shang-Ti dont les dons se sont étendus à la postérité de ce 
saint roi. » 

La dynastie de Shang était souveraine, mais quand vint le 
décret de Shang-Ti, elle devint sujette de Tcheou (4). Ils étaient 
les lieutenants de Dieu avant de perdre.l'empire (S) ». Entre ces 
phrases hautement significatives, qui établissent nettement le 
rôle de Shang-Ti à cette époque, il est dit que le décret céleste 
n'est pas constant et que les actes du ciel n'ont ni son, ni 
odeur (§ 3 et 6; (sont imperceptibles aux sens). 

La seconde ode est toute semblable quant au point en ques- 

1 Père de Wu-Wang le fondateur de la dynastie Tcheou qui régna 
de 1122 à 255 et finit comme les Mérovingiens en France. 



.— 10 — 

lion : « Wu-Wang servit Shang-Ti avec humilité, respect et 
intelligence (3) et s'assura ainsi de nombreuses bénédictions, 
sa vertu fut sans déflexion ; c'est pourquoi il reçut l'empire (3). 
Quand il marcha contre Shang*, Sh.-Ti fut avec lui (7); » et 
entre ces deux phrases nous lisons : « il reçut le mandat du 
Tien ; le ciel regarda en bas (§ 6 et 4). » 

La VII 6 ode commence de cette manière : « Grand ! est Shang- 
Ti, il regarde le monde inférieur; plein de majesté, il examine 
les quatre plages, cherchant qui donnera la sécurité au peuple; 
il cherche parmi les différents Etats à qui il pourra donner la 
puissance suprême. . .; il regarde à l'ouest et trouve là seule- 
ment celui qui peut donner la paix au peuple (un établissement 
sûr); Ti fit changer de place * à ce prince d'une ém inente 
vertu (§ 2); Ti examina son nouvel Etat; Ti éleva cet Etat, éleva 
(pour le gouverner) un prince digne de cette charge. Ainsi fut 
le roi Ki ; Ti lui donna un cœur bien réglé et fit grandir la 
renommée de sa vertu (3). — Lorsque le pouvoir vint à Wen- 
Wang il reçut toutes les bénédictions de Ti, elles s'étendirent 
à ses descendants (4). » 

Ti dit ù Wen-Wang : « Ne rejette pas, ne t'attache pas à l'une 
ou l'autre chose sans motif, ne sois pas dominé par les désirs, 
arbitrairement (o). Ainsi Wen-Wang grandit et devint puis- 
sant. Ti dit a Wen-Wang : Je suis charmé de votre intelligente 
vertu, sans ostentation, ni extravagance, ni variation... con- 
forme aux règles de Ti. » Ti lui dit encore : « Préparez-vous 
contre le pays ennemi; avec vos frères préparez vos engins 
guerriers... pour attaquer la ville de Tsong (7). » 

Wen-Wang exécuta ces ordres et s'apprêta à l'assaut. Il offrit 
le grand sacrifice à Ti ; il offrit le sacrifice d'entrée en cam- 
pagne. . . et détruisit complètement l'État de Tsong (8). 

A côté de ces expressions si explicites et caractéristiques, on 



1 Le tyran Sheou, le dernier des Shangs, monstre à face humaine que 
Wu détrôna. 

* Allusion à rétablissement à Tcheou du prince Ki, ancêtre des princes 
de Tcheou dont Wen et Wu furent les descendants. 



— H — 

trouve deux fois dans les odes de cette décade la mention vague 
des bénédictions célestes. 

La décade suivante a les mêmes caractères. 

La l re ode revient aux origines de la dynastie Tcheou et à 
son premier ancêtre ; après avoir rappelé que la mère de ce 
prince conçut après avoir marché sur la trace laissée par Ti 
(III, 2.1.1), elle dit que Ti la fortifia, accepta ses offrandes et 
qu'ainsi elle enfanta aisément, etc. 

La X e ode est une élégie sur la calamité du temps. Sa pre- 
mière strophe commence par ces mots : « Shang-Ti a renversé 
(l'ordre de la providence jusqu'ici favorable) et le petit peuple 
périt de misère. » Puis les autres strophes portent ces expres- 
sions : « Les régions du Tien (Tien tchi fang) sont pleines de 
calamités, d'oppression, de témoignage de colère ; craignez ces 
changements et sa colère. L'éclat du Tien éclaire vos pas, vos 
actes de licence et de négligence ». Ceci date du IX e siècle, 
époque du roi Li (878-827). 

La troisième décade contient toutes les mêmes idées. 

I re ode, str. 1. Immense, immense est Shang-Ti, le souve- 
rain des peuples d'ici-bas. Majestueux, terrible est Shang-Ti ! 
Ses décrets sont pleins d'avertissements, de châtiments. La 
nature céleste comprend tous les hommes; mais son maintien 
n'est pas sûr. Tout a un bon commencement; mais peu savent 
atteindre la fin (1). Et Wen-Wang dit au roi Shang t : « Sans 
Ti il n'y a point de temps, d'événement. Mais c'est Shang (qui 
s'est attiré ces calamités) en ne se conformant pas aux maximes 
et exemples antiques (7). » 

A l'ode IV nous voyons le roi Siuen (827-781) se plaindre des 
calamités qui accablent ses Etats et ses peuples " 1 . Cependant, 
dit-il, il n'est pas d'esprit que je n'aie invoqué; Shang-Ti ne 
s'abaisse pas vers nous ; l'auguste et céleste Shang-Ti ne nous 
délivre pas (3); donne-nous la faculté d'échapper à ces maux; 
mais l'auguste et céleste Shang-Ti ne nous regarde pas. Cepen- 



Le tyran Sheou, dernier des Shangs (voir p. 10, note 1). 
Il s'agit de sécheresses persistantes. 



— 12 — 

dant j'ai révéré les esprits ; il conviendrait de ne point être 
irrité, indisposé contre moi (6). Mes regards se portent vers le 
ciel; quand obtiendrai-je le bonheur? 

Les autres odes mentionnent trois ou quatre fois la faveur, 
Téclat du Tien qui regarde la terre et les rois (6.1) ou fait 
descendre les calamités (3.7; 10.1.5 et 6; 11.1.2). 

Le livre IV contient des odes sacrificielles appartenant à dif- 
férents royaumes feudataires; la première décade appartient 
aux Tcheous qui possédaient l'empire. L'ode IX porte que 
Wuh W., Tching W. et K'eng W. ont été sacrés rois par 
Shang-Ti (Shang-Ti shi hoang). 

La X° consacrée à Heou-tsih * lui dit qu'il a su égaler le ciel, 
en donnant au peuple les grains qui le nourrissent et que 
Shang-Ti a destinés et fait croître pour nourrir les hommes. 
Les autres rappellent la majesté du T'ien (8.2), le décret du 
T'ien (7.2; 2.1) et contiennent cette phrase significative : « J'ai 
apporté mes offrandes, un bélier et un taureau, le T'ien * 
m'assiste dans cette offrande (Tien khi tso tchï). » 

Dans la deuxième décade, également des Tcheous, nous trou- 
vons ces mots : « Le brillant Shang-Ti nous donne une heu- 
reuse année, 1, 1, et : « Dans les arts et la guerre le souverain 
donne le repos à l'auguste ciel 3. » 

Enfin, dans la dernière décade, appartenant au royaume de 
Lou, il est dit de nouveau que Shang-Ti favorisa Heou-tsih 
(Sh.-T.), qu'il était avec Wu Wang quand il attaqua Sheou, 
le tyran exécré, que Wu Wang offrit les sacrifices du prin- 
temps à l'augustissime souverain Ti ainsi qu'à Heou-tsih et 
qu'ils furent agréés par eux. 

Il n'est pas besoin d'argumentation pour faire reconnaître 
que Shang-Ti est, dans le Shih-King, un être personnel, le 
souverain seigneur qui gouverne le monde, qui tient les rois, 
au ciel, à sa droite et à sa gauche, qui a laissé des traces de 

1 Ministre de l'agriculture au XXIII e siècle A. C. et vénéré après sa 
mort comme le génie protecteur de la culture des champs. 
* Bien loin d'être l'objet des honneurs du culte, 
3 Ce qui n'indique guère une puissance suprême. 



— 13 — 

son passage sur la terre, qui parle aux souverains et leur donne 
ses enseignements, qui sacre les rois; le Dieu dont on affirme 
constamment ces choses n'est point sans doute une simple per- 
sonnification ou animation de la voûte céleste. 

Mais pour rendre nos conclusions plus certaines, il nous faut 
examiner la nature du Tien dans ces antiques poésies. 

Nous avons vu que les plus anciennes de toute la collection, 
les odes de la dynastie, ne le mentionnent qu'accessoirement; 
dans celles qui les suivent chronologiquement, les premières 
de la dynastie Tcheou, c'est-à-dire les décades II, 1.2 et III, 1, 
le rôle du ciel est peu important. Les premières ne le men- 
tionnent qu'une fois, II, 1.6.1 à 3; les autres le font plus 
souvent, mais à peu près toujours au même point de vue. Il 
s'agit là de son décret, III, 1.1.4 et 5; III, 1.2.1; III, 1.9.2 
et 2.9.1; de son action, III, 1.1.7; de l'inspection du monde, 

III, 1.2.4; de son assistance, III, 1.7.2. Dans les chants d'une 
époque plus récente qui va jusqu'au VII e siècle, P. C, nous 
trouvons cité le T'ien injuste et cruel, II, 4.7.1; redoutable, 
II, 4.10.3 et 5.8.3; compatissant, 11,4.10.1 et 8.1.1; 111,1.11.1; 
ses dons, II, 6.6.4; II, 7.1.1 et 10.2.1; 10.41; III, 2.4.7; sa 
colère, III, 3.4.3. Le T'ien envoie des calamités, III, 2.10.2 
et 4; III, 2.12; III, 3.3.4 et 7; III, 3.10.3.5 et 7.41 ; favorise les 
grands, les rois, IV, 1.10.1; IV, 1.7.1 et 1.9.1; IV, 2.4.8: 

IV, 3.2.1; IV, 3.4.5 et 3.5.3; il est clairvoyant, III, 2.10.8 
et 3.2.11; IV, 3.5.4; inspecte le monde, III, 1.2.4; IV, 3.5.4. 

Deux passages parlent de la voie du ciel rude et difficile, 
H, 8.5.2; évidente et claire, IV, 1.3.1. 

Vers l'an 780 A. C, nous voyons apparaître la nouvelle idée 
du ciel engendrant les hommes. Oh ciel ! qui m'a engendré, 
II, 5.3.3; ciel notre père, 5.4.1. 

Enfin, IV, 1.7.1, nous présente le T'ien comme assistant 
celui qui fait les offrandes, Tien khi tso tchi « le Tien l'assiste » 
et non « l'accepte » comme l'on a traduit contre toute vrai- 
semblance, et le IV, 2.7.3 dit que les dons du prince donnent 
le repos au ciel. 



— 44 — 

Les données que nous fournissent ces textes réunis et com- 
parés peuvent se résumer de la manière suivante : 

Dans les odes les plus anciennes des Shang et des Tchcous, 
le rôle principal, le rôle vraiment actif est attribué à Shang-Ti. 
Le Tien y parait rarement et son nom n'occupe guère que la 
place d'un qualificatif, comme, par exemple, dans l'ode IV, 
3.4.3 et 8. Shang-Ti n'abandonne pas Shang..., c'est Shang-Ti 
qu'il révère; Shang-Ti le décrète le modèle de toutes les 
régions. Il a reçu les faveurs célestes. 

La dernière ode qui donne plus d'importance au Tien est 
déclarée par les commentateurs apocryphe et de date posté- 
rieure. 

Dans les odes plus récentes le rôle du Tien se développe et 
ses attributs se multiplient. Mais on n'en arrive jamais à dire 
que le Tien parla, dit telle ou telle chose, comme cela est 
affirmé de Shang-Ti ; surtout, et ceci est un point qui ne doit 
jamais être oublié, le Tien n'est jamais donné comme objet 
d'un culte quelconque, il n'a point de rapport avec la religion. 

Le sacrifice principal est offert à Shang-Ti ; d'autres, secon- 
daires, sont faits pour les ancêtres et certains esprits qui 
semblent n'être que des morts vénérés pour les services rendus 
à l'humanité, tels que le premier agriculteur, le premier domp- 
teur de chevaux ou créateur de route (voir II, 6.7.2; III, 1.7.8); 
en outre, le génie de la terre et des quatre régions, bu plutôt 
le génie de la terre en ses quatre régions, Fang shai, III, 3.4.5. 

De l'adoration des montagnes, des fleuves ou des arbres, pas 
un seul mot. 

Notons encore que le Tien y est traité d'injuste et de cruel, 
qu'il est dit avoir reçu le repos par le moyen de la vertu 
humaine, II, 4.7.1 ; IV, 1.7; de semblables expressions ne sont 
point appliquées au Shang-Ti. 

Devant revenir sur tout ceci, nous ne nous y arrêterons pas 
davantage. Passons au Shuh-King. 



- 15 — 
S 2. — Le Shuh-King *. 

a: Le «haag-TI «an» le Sbuh-Klng. 

Voici les principaux passages qui en font mention : 

4° IL I, 3. Nous trouvons ici tout à l'entrée du Livre des 
Histoires une sorte de résumé de tout le culte. Il y est dit en 
effet : « Yao (le premier souverain semi-historique de la Chine) 
faisait le sacrifice principal à Shang-Ti 2, rendait les honneurs 
aux six vénérables; visitant 3 les montagnes et les fleuves il 
s'adressait * à tous les esprits ». » 

Ce premier texte qui présente un aperçu sommaire du culte 
chinois a donné lieu à de nombreuses discussions relative- 
ment au second terme « honorables, vénérables » {tsông), dont 
le sens est incertain. Les commentateurs, tant chinois qu'euro- 
péens, ont essayé des explications qui ne reposent sur aucune 
base; on a rangé parmi les saisons le ciel et la terre, les étoiles 
et planètes, etc., etc. Notons toutefois que le professeur de 
Lacouperie y retrouve des conceptions accadiennes en même 
nombre, et que d'autres y ont vu la puissance unique agissant 
dans les six directions. 

On ne doit pas oublier que le mot tsông que nous trouvons 
ici, a pour sens principal « ancêtres honorés d'un culte», « êtres 
vénérés à la maison ». Le caractère qui le représente 6 a) dans sa 
forme antique comme dans la plus récente, est composé du signe 
désignant un hommage rendu, ou un avis donné, une infor- 

1 Le premier livre historique de la Chine relatant les principaux événe- 
ments depuis le XXIII* jusqu'au VIII e siècle. Son but est plus moral et 
politique qu'historique. 

* Lui Shang TL 
3 Wang. 

* Pièn. 
« Shen. 

« 3>^ èj cj 



1 



— 16 — 

ination b) (R. 113), sous un autre indiquant un toit protecteur 
ou logis v) (R. 40). Pourquoi ne serait-ce pas les six derniers 
ou les six premiers ancêtres et pères? vu surtout qu'il n'y a 
aucun autre terme dans cette énumération, qui se réfère à leur 
culte. Ce sens s'impose nécessairement. Le mot que nous 
avons traduit « visiter » désigne proprement la visite d'hom- 
mage faite au souverain ù la nouvelle lune wang. (Cf. Wells 
Williams, p. 1045.) 

Ce caractère est composé de trois autres représentant un roi, 
un fonctionnaire ou un exilé, et la lune *. Le meilleur sens 
serait : « tournant ses regards vers les monts et les fleuves 
(wang yu shan tchuen), il honorait tout les esprits (qui y pré- 
sident) ». Proprement : « il s'adressait à, allait vers ». C'est le 
sens propre du mot pien. 

On verra plus loin l'explication du Li-Ki (1. VII, 1.9) excluant 
aussi toute idée de sacrifice aux monts et fleuves. 

De tous ces caractères, un seul indique un sacrifice, c'est le 
premier lui â , qui désigne en même temps ce qu'il y a de plus 
important et place ainsi le culte de Shang-Ti en dehors de 
tous les autres et au-dessus de tout autre. L'élément principal 
en est le mot hie « tête, principal, supérieur à » que Ton 
' retrouve même dans la forme la plus ancienne. C'est le culte, 
le sacrifice capital. L'élément secondaire varie dans ses formes 
avec les époques de la graphique ; mais on y reconnaît géné- 
ralement, au moins, le riz que l'on offrait en oblation. Les 
montagnes et les fleuves, dont il est ici question, sont, disent 
les commentateurs, les montagnes célèbres, renommées [tning 
shan) et les fleuves les plus considérables (ta chuin). Ces mon- 
tagnes sont ou bien les quatre grandes montagnes sur 
lesquelles se faisaient les grands sacrifices annuels, ou celles 
qu'une tradition superstitieuse représentait comme le théâtre 



— 17 — 

d'un fait surnaturel. Le souverain les visitait avec une sorte de 
vénération superstitieuse. 

2° Le même chapitre porte un peu plus loin : « Le second 
mois de Tannée, il fit une tournée d'inspection dans les régions 
de l'Est et s'avança jusqu'à rai tsong ; fit un amas de bois à 
brûler et inspecta successivement les monts et les fleuves * ». 

Des commentateurs venus quinze, vingt et trente siècles plus 
tard, ont expliqué l'usage de ces vastes bûchers (tchài) comme 
destinés à honorer le ciel : t t2ét'ien. C'était appliquer les idées 
de leur temps à une époque où les croyances étaient très diffé- 
rentes et faire dire au texte ce qu'il ne comporte pas. Comme 
on le verra plus loin, par les textes mêmes, les anciens rois ne 
sacrifiaient qu'à Shang-Ti ; c'est à lui que s'adressait le Tchài; 
comme au paragraphe précédent, Shun se tournant vers les 
montagnes en vénérait les esprits, H, 4.1. Shun, le second 
empereur historique (2255), promet au ministre fidèle, au 
souverain bon et juste, qu'il recevra de Shang-Ti le renouvel- 
lement à perpétuité de son mandat (Shang li tien shin ming), 
qu'il lui enverra du ciel. 

3° IV, 2.2, nous lisons : « Le roi de Hia est criminel, il 
usurpe et prétend faussement au pouvoir du ciel. Le Seigneur 
(du ciel) Ti n'a plus pour lui de bienveillance ni de don, il a 
transféré le mandat au prince de Shang ». 

4° Le prince de Tàng, revenant d'avoir vaincu le dernier des 
Hia, lance une proclamation pour justifier sa conduite : 
« Écoutez, o multitude! soyez attentive à ma proclamation. 
L'auguste Shang-Ti a fait descendre dans le peuple l'esprit de 

1 Ou « parcourut du regard , porta ses regards et ses désirs vers ». Ce 
caractère (le wang précédent) exclut de sa forme toute idée d'offrande, 
de sacrifice; or, tous ceux qui l'expriment contiennent quelque chose qui 
s*y rapporte, tels que les signes désignant : esprit, honneur, slien a); 
millet, yeu b); feu, hioc)\ riz, mi d); kan, aliments doux et délicats i); 
bœuf, nieu f)\ chien, kiuen g), etc.; il n'y a rien ici de cela. 

Tome XL1. 2 



— 18 — 

rectitude, en sorte qu'il ait une nature immuable dans sa droi- 
1ure. Lui faire suivre la voie de la droiture est l'œuvre du 
souverain seul... Ayant souffert cruellement de la tyrannie de 
Hia, vous avez proclamé votre innocence devant les esprits 
supérieurs et inférieurs (du ciel et de la terre). La voie du 
ciel est de bénir le bon et de rendre malheureux le méchant; 
il a fait descendre des calamités sur Hia, pour révéler ses 
crimes. C'est pourquoi je n'ai pas osé, chargé que j'étais du 
mandat, pardonner au coupable. Mais présentant une noire 
victime, j'ai osé, m'adressant au Souverain du ciel suprême, 
demander le châtiment... Le ciel suprême a réellement accordé 
sa faveur au peuple... Son décret est sans erreur. » 

H est très remarquable que ce passage est cité d'une manière 
assez différente dans le Lun-Yu ou ce entretiens » de Confucius. 
Nous y lisons, en effet, ces mois : « m'adressant au Très 
Auguste Souverain Seigneur Hoany, hoang heou Ti » *, puis 
immédiatement après : « les ministres de Ti ne sont point tenus 
dans l'obscurité, leur appréciation est dans le cœur de Ti ». 

Ces derniers mots se trouvent un peu plus loin dans le Shuh. 

t>° IV, 4.4 : « Shang-Ti n'agit pas toujours de même. Sur 
celui qui fait le bien il fait descendre cent bonheurs; sur celui 
qui fait le mal il fait descendre cent infortunes. » 

IV, S. 3.1 : « Les anciens rois, honorant la vertu, savaient 
ressembler à Shang-Ti. » 

IV, 7.3.1. Pen-Kang, voulant faire changer de résidence les 
habitants de sa capitale, leur dit : « Shang-Ti va renouveler les 
vertus de mes ancêtres, etc. » 

IV, 8.1.1. Le roi dit que s'il garde le silence, s'il ne paraît 
pas en public, c'est qu'il a rêvé que Ti lui avait donne un 
excellent ministre pour parler à sa place. 

V. 1. Le nouveau souverain Wuh Wang, dans une procla- 
mation à son peuple, explique les crimes de la dynastie qu'il 
va renverser, du tyran qu'il va détrôner. Nous y lisons : 
« Sheou ne servait point Shang-Ti ni les esprits *, délaissait 

1 Le texte le plus ancien ne parlait donc pas du ciel. 
* Sfien-tchi, les spirituels vénérables. 



— 19 — 

les temples des esprits et n'y faisait plus d'offrandes. Le ciel 
a fait les chefs pour secourir le peuple et leur a donné des 
instructeurs qui soient les lieutenants et les aides de Shang-Ti 
et donnent tranquillité, sécurité au monde. » 

« Et moi (pour l'exécution de mon mandat) j'ai offert le 
grand sacrifice à Shang-Ti, j'ai satisfait au génie de la terre '. » 
Ce que le commentaire explique par ces paroles du Wang-tchi : 
« Lorsque le fils du ciel se met en campagne, il offre le grand 
sacrifice à Shang-Ti et l'oblation de satisfaction à Sliai, et 
annonce son expédition dans le temple des ancêtres (nî). 

» Shang-Ti ne le supportera plus; mais, le maudissant, il 
fera tomber sur lui la ruine; aidez-moi à exécuter avec respect 
la sentence du ciel. 

» Pour moi, ayant obtenu des ministres vertueux, j'ose 
seconder avec respect les décrets de Shang-Ti pour faire cesser 
ces troubles. Respectant le ciel, j'accomplis le décret. » 

V, 4.1 : « Le T'ien invisible (yin) donne la sécurité au peuple 
et l'aide à s'établir en paix. . . Lorsque Khven eut endigué les 
fleuves débordants, il troubla les éléments. Shang-Ti irrité 2 
contre lui ne lui donna pas le Grand Enseignement en ses neuf 
divisions. Il fut mis en prison jusqu'à sa mort et son fils Yu 
surgit après lui et le ciel lui donna ce Grand Enseignement... » 
Suit un exposé complet de doctrines où nous lisons ces mots : 
« Cet enseignement est l'enseignement de Ti. » Mais on n'y 
trouve pas la moindre allusion au ciel, principe suprême. 

V, 6.1. Tcheou Kong, priant pour son frère l'empereur 

IVuh, dit à ses ancêtres : « Wuh a reçu k la cour de Shang-Ti 

le mandat de répandre ses bienfaits, son secours dans les 

quatre plages... Pour moi, je ne suis pas aussi capable de 

servir les esprits. » 

V, 7.3 : « Pour moi, je n'oserais pas négliger le décret de 

Shang-Ti ; le ciel favorable m'a donné la prospérité. » 

Ibid., o : « Les sages ont connu et suivi les décrets de 

Shang-Ti et le vaste secours du ciel. » 



< 



Shai qui préside à la fertilité de la terre. 



* Tremblant, agité de colère, tchén. 



H 



— 20 — 

V, 8.2 : « Shang-Ti accepte toujours avec satisfaction vos 
offrandes. » 

V, 9.1 : « Wen Wang devint illustre devant Shang-Ti, 
Shang-Ti lui donna sa faveur, le Tien lui donna le grand 
mandat. » 

V, 12.2 : « L'auguste Shang-Ti du ciel a changé son décret 
relativement à la dynastie de Yin... Le roi est venu intimement 
uni à Shang-Ti. » 

V, 14.1. Proclamation au peuple de Shang : « Nous avons 
exécuté les châtiments du ciel... et achevé l'œuvre de Shang-Ti. 
Le ciel n'était pas favorable à Shang; ... Ti ne lui tHait pas 
favorable. Le peuple tint ferme parce que le ciel manifestai! 
ses terreurs. » 

C'est un dire populaire : « Shang-Ti conduit (les hommes) 
au bien-être. Le souverain de Hia ne les y mena point; c'est 
pourquoi Ti envoya des châtiments. Mais le prince n'accepta 
pas les avertissements de Ti et se livra à de plus grands désor- 
dres... Les souverains de Thang, jusqu'à Ti-Y, cherchèrent à 
faire briller leur vertu. Le ciel consolida leur maison, et ses 
souverains ne se permirent point de faire quoi que ce soit qui 
pût leur faire perdre Ti. Leurs successeurs, abandonnés au 
vice, ne pensèrent plus aux lois du ciel. Aussi Shang-Ti ne les 
protégea plus et fit tomber ces maux auxquels nous avons eu 
part. » 

V, 16.1 : « Je ne puis me reposer sur le décret de Shang-Ti, 
dit Tcheou Kong *, sans jeter un regard lointain sur les 
menaces du ciel. » 

Le § V, 16.2 parle de Tchhan Hi dont les vertus se modelaient 
sur Shang-Ti. Le § 3 porte que « précédemment Shang-Ti 
infligea des châtiments à la dynastie Yin et encouragea, stimula 
la vertu de Wen Wang; » et plus loin : « Connaissant la inajeslé 
du ciel, les ministres de Wen Wang s'appliquaient à l'éclairer 
pour qu'il devînt illustre devant Shang-Ti. » 
V, 18.4.6 : « (Shang) Ti envoya des calamités à Hia; mais 

1 Frère et ministre de Wu-Wang. 



— 21 — 

celui-ci multiplia ses crimes... et ne put se laisser mouvoir 
par la conduite de Shang-Ti. Il présuma du décret de Ti et ne 
s'efforça point de secourir le peuple. » 

Les §§ 2, 3, V, 19 parlent de même du service respectueux 
de Shang-Ti, de ses décrets, des châtiments qu'il a infligés à 
Sheou. 

V, 24, 3 mentionne également le décret favorable de Ti. 

V, 27.2 : « Les peuples opprimés montrèrent leur innocence 
au ciel, Shang-Ti regarda le peuple ; mais aucune odeur de vertu 
ne s'élevait d'aucun côté ; tout était odeur de tourments. » — 
S 3 : Shang-Ti ne supporta plus les crimes des Miao *, mais fit 
tomber sur eux des calamités, et, comme ils n'avaient aucune 
excuse à plaider, leur nom fut rayé de ce monde. » 

Enfin le § V, 28.1 répète encore : « Shang-Ti a fait descendre 
sur Wen-Wang le décret qui confère l'autorité suprême. » 

ir. Lo l'ion. 

Nous avons vu déjà plusieurs des passages qui mentionnent 
le Tien ; pour achever cette partie de notre étude, nous allons 
présenter, résumées en un tableau, toutes les expressions qui 
le concernent. 

L'autorité suprême conférée par un décret du T'ien, H, 1.5 
11,2; II, 4.1 et 3; 111,2.2; IV, 2.2 et 4; IV, 3.2; IV, 5.1.1 

IV, 6.2; IV, 7.1.1 et 2.1; IV, 9.1; V, 1.2.1; V, 3.2; V, 6.1 

V, 8.5; V, 9.1.2; V, 13.1 et 4; V, 14.3; 15.2; 18.1; 22.1. 
Est enlevé par lui, III, 2.1; IV, 11.1 et 2; V, 10.2; V, 12.2; 

V, 14.1; 16.1; 18.1 et 2. 

Les principes du droit, les relations entre les hommes 
émanent du T'ien, II, 3.3; V, 9.3; 10.2; 14.2; 18.3. 

La faveur du ciel, V, 3.2; V, 7.3.4.5; V, 8.1; V, 9.2; 15,3; 
16.1; V, 16.4; 18,4; 24.2. 

Le T'ien approuve le bon et punit le méchant, II, 3.3; 

1 Populations indigènes de la Chine préchinoise qui se révoltaient 
constamment contre les nouveaux maîtres. 



— 22 — 

III, 4.1; IV, 3.2; IV, 4.2; IV, 5.2.1 et 2; IV, 6.2; IV, 9.1; 

IV, 11.2; V, 1.1.4; V, 1.3.2; V, 2.2; V, 7.1 et 2; V, 7.5; 

V, 9.4; V, 10.1 et 2; 16.2; 18.4; 29.1. 

Le Tien voit et entend comme le peuple le fait, II, 3.3; 
V, 1.2.2; V, 10.1. 

Le Tien avertit les rois par des phénomènes, III, 14.2. 
. A donné le Grand Enseignement, V, 4.1 (comme Sh.-T.). 

Le Tien donne la vertu et l'intelligence, IV, 2.2; V, 12.2; 18.2. 

Le Tien engendre les hommes, IV, 2.2 ; IV, 7.2.1 ; V, 3.2. 

La voie du Tien, IV, 3.4; 2.2; V, 1.3.1 ; 24.3. 

Il est sans partialité, IV, 5.3.1 ; IV, 6.2; IV, 8.2.1. 

Le méchant ne respecte pas le Tien, V, 1.1.1. 

Le Tien a pitié du peuple et suit ses désirs, V, 1.1.4 et 2.2: 
V, 12.2; lui donne la sécurité, V, 4.1 ; V, 14.1 et 4. 

L'innocent crie vers le ciel, V, 1.2.1 ; V, 12.2. 

Le Tien est invisible (Yin)> V, 4.1. 

Impartial, V, 17.2. 

On doit respecter sa volonté, V, 7.3; V, 12.2; V, 13.2. 

La majesté redoutable du Tien, V, 16.3; 22.4; 27.1. 

Le roi lui demande un long mandat, V, 12.2. 

Le roi est le berger du Tien, V, 27.2. 

Le bon prince égale le Tien, V, 16.3. 

Il règle tout ce qui concerne les esprits et le ciel. 

Voilà le tableau complet de tout ce qui est attribué au Tien 
dans le Shuh-King, de tous les passages qui s'y rapportent. 
Tout s'y réfère à ce que nous appelons la providence et au 
fondement de l'ordre moral. En jetant un coup d'œil sur l'en- 
semble et le chiffre des chapitres, on aperçoit du premier 
abord : 

1° Que les commencements du Shuh-King comme ceux des 
Shih ne mentionnent que peu le Tien ou ciel et le font 
d'une manière vague, sans le personnifier, mais que l'emploi 
de ce mot va en se développant avec les attributs donnés 
au Tien ; 

Que ce qui était dit d'abord du Shang-Ti seul, — par 



— 23 — 

exemple de la révélation du Grand Enseignement, fondement 
de tous les principes, — est plus tard également dit du Tien 
(V, 4.1); ceci très tardivement comme le montre le chiffre 4.1. 
Dans la 4 e partie apparaît cette idée que le T'ien engendre ce 
qui est sur la terre; 

2° Le Tien ne fait point partie des objets du culte. Le culte 
suprême s'adresse à Shang-Ti seul ; des hommages inférieurs 
sont présentés aux ancêtres et à certains esprits (voir plus loin). 
Le T'ien n'y a aucune part. Certaines traductions, se rapportant 
aux usages modernes, parlent en un endroit ou deux de sacri- 
fice offert au ciel. Mais c'est là un anachronisme évident. Le 
texte n'en dit pas un seul mot. C'est ainsi qu'au livre I er , Yao 
fait un grand feu de bois sur le mont Thai tsong, mais ne 
s'adresse nullement au ciel. Le Li-Ki explique même en termes 
précis (voir plus loin) que cet hommage est rendu à Shang-Ti 
(voir Li-Ki, 1. XIV, 2); 

3° Le ciel est qualifié d'invisible, d'intelligent; ce qui exclut 
l'idée du ciel matériel ; 

4° Il ne s'agit pas simplement ici du culte des souverains et 
chefs féodaux, puisque le texte nous a conservé, comme expres- 
sément, un dicton populaire qui attribue tout à Shang-Ti 
(voir ci-dessus). 

Le Shuh-King nous fournit donc absolument les mêmes 
données que les Shih et renforce même ce qui a été dit pré- 
cédemment. Passons au Yih-King. 



§3. — Yih-King*. 

Le Yih passe pour le livre le plus ancien de la Chine. Mais 
quel que soit son âge, il est certainement un écho de l'anti- 
quité. Il mérite donc toute notre attention. 

Nous trouverons en lui très peu de choses à glaner, mais le 

1 Recueil de sentences diverses , d'explications lexicologiques rangée? 
sous soixante-quatre titres. Il contient un double texte originaire et une 
série de commentaires des derniers siècles de Père ancienne. 



— 24 — 

peu que nous y recueillerons sera d'une haute importance dans 
la question. Le voici textuellement : 

D'abord dans le texte lui-même (Koua, 42, II, 2) : ce Si le roi 
est vertueux et met en usage ses vertus pour présenter ses 
offrandes à Shang-Ti, il aura le bonheur. » 

Commentaire I, Koua, 50.1 : « Les anciens sages cuisaient 
leurs offrandes pour les présenter à Dieu. » 

Commentaire II, Koua, 16.1 : « Les anciens rois compo- 
saient leur musique, consolidant leurs vertus, présentant leurs 
offrandes abondantes à Shang-Ti et lui associaient leur premier 
ancêtre. » 

Commentaire II, Koua, 59.1 : « Les anciens roiç adressaient 
les hommages du culte à Shang-Ti et élevaient des temples 
ancestraux. » 

En dernier lieu, le commentaire V, chapitre 5.8, met l'action 
de Shang-Ti en rapport avec la vie annuelle de la nature. Ses 
opérations commencent en Tchan (Koua, 51), se développent 
en Sun (K., 41); se manifestent en Li (K., 10); arrivent en 
leur plus haut point en Khven (K., 2), etc., etc., et en cet 
endroit il est appelé « le Maître du ciel. » 

Par contre, le Tien, comme être suprême, providence ou 
autre chose semblable, n'a point de place dans le texte. 

Le premier commentaire parle de la voie, du Tao, du Tien; 
mais ce n'est que Tordre général de la nature. Tout y appar- 
tient à Shang-Ti. 

Le second commentaire mentionne la faveur du ciel, VII, 2; 
le troisième, le secours du ciel donné par des pronostics, II, 14; 
la voie du ciel, II, 68. Le quatrième commentaire dit que le 
juste agit comme le ciel, tellement que s'il précède même le 
Tien dans ses actes, celui-ci n'agira pas ensuite d'une manière 
différente. 

Mais dans tout ceci il s'agit des opérations de la nature 
comme le prouve cette phrase qui précède : ce L'homme juste 
et distingué sera en harmonie quant à l'éclat avec le soleil et 
la lune; quant à la régularité de ses actes, avec les quatre 
saisons, etc. » En tout cas ces commentaires n'appartiennent 
plus à l'antiquité. 



— 25 — 

§ 4. — Livres Conpuciens. 

Ta-hlo, Tchong-Yong et Lun lu. 

A l'époque de Confucius, la notion de Shang-Ti s'était déjà 
considérablement affaiblie et le grand philosophe contribua 
pour beaucoup à son affaissement. Il l'écarta de ses enseigne- 
ments le plus qu'il put. Aussi ne là trouve-t-on guère men- 
tionnée dans les écrits de ses disciples, dans les discours qu'ils 
rapportent comme prononcés par le maître. Toutefois cette 
idée ne s'était pas complètement anéantie et Confucius, amant 
passionné de l'antiquité, l'avait certainement recueillie comme 
elle avait existé à ses beaux jours. Ce qu'il nous en dit est donc 
certainement authentique. Or, voici ce que Confucius en rap- 
porte : 

Au Ta-hio, X, 5, il rappelle les vers du Shuh-King : « Avant 
que les souverains Shang eussent perdu leurs peuples, ils pou- 
vaient se dire les lieutenants de Shang-Ti. » 

Au Tchong-Yong, XIX, 6, il affirme que les grands sacrifices 
réputés faits au ciel et à la terre s'adressaient réellement à 
Shang-Ti : « Kiao shai tclii H so 1 tze Shang-Ti. » 

Et dans le Lun-Yu, XX, 1.3, il reproduit le passage du Shuh- 
King (IV, 3.48) où T'ang dit à Shang-Ti : « puissant souve- 
rain, Shang-Ti, je n'ai point pardonné indûment au coupable, 
ni opprimé tes ministres; c'est toi qui est leur inspecteur, 
ô Shang-Ti ! » 

Nous n'avons donc ici qu'une seule pensée nouvelle, la 
seconde; mais elle est d'une importance capitale en ce qu'elle 
nous explique la nature réelle du culte des anciens Chinois et 
du vrai objet de ce culte. Nous y reviendrons plus loin. 

Meng-Tze, disciple lointain de Confucius ', plus éloigné que 
lui encore de la croyance pratique au Dieu personnel, en fait 
cependant mention, trois fois, en ces termes, I, 2.3.7 : Les sou- 
verains et les maîtres de la doctrine sont les auxiliaires de 

« III« siècle A. C. 



— 26 — 

Shang-Ti, IV, 1.7.8; Shang-Ti ayant porté son décret, tous les 
peuples se soumirent à Tcheou, IV, 2. 28 : Bien qu'un homme 
soit méchant, s'il rétablit Tordre en soi, s'il jeûne et se baigne, 
il pourra sacrifier à Shang-Ti. 

Par cette dernière nous voyons une fois de plus oii vont le 
culte et les sacrifices et comment Shang-Ti seul est Dieu. 

Il nous reste à parcourir le Li-Ki et à y recueillir, comme 
dans les autres livres, les énonciations qui concernent notre 
sujet. 

§ 8. — Li-Ki. 

Le Li-Ki est le Mémorial des Rites, c'est-à-dire de tous les 
préceptes qui règlent les actions humaines d'après les lois et 
les coutumes antiques, révérées comme expression des prin- 
cipes de la nature et du pouvoir surhumain. Ils concernent 
non seulement les actes du culte, les sacrifices, funérailles et 
mariage, mais tous ceux de la vie civile que le respect, la con- 
venance doivent régler selon les idées chinoises. L'étiquette, 
les lois de la civilité même puérile y sont comprises. 

Le Li-Ki est le plus récent des livres que nous avons à 
examiner en cette étude; il en est ainsi de sa dernière rédac- 
tion qui se fit peu avant le commencement de notre ère; mais 
parmi les matériaux il en est de très anciens ou qui rapportent 
fidèlement les coutumes antiques *. Nous pouvons donc y 
puiser avec sécurité. 

Voici les principaux passages qui ont trait à Shang-Ti : 

Le Wang-tchi, 1. III, S. 2, 17 et 21, rappelle les divers sacri- 
fices qui se font au moment d'une expédition et le sacrifice 
essentiel, principal, offert à Shang-Ti. 

Au Yueh-ling, 1. IV, 1.1.13 : « Le premier jour du mois, le 
Fils du ciel prie Shang-Ti pour obtenir une heureuse année, 
puis procède à la cérémonie du labourage. » Au même livre, 

1 Comp. Li ki translated by J. Legge (Ttie sacred book oftheEast, 
vol. XXVII, 1. 1, Introduction.) 



— 27 — 

2.2.8 : « Au grand sacrifice d'été, on prie Shang-Ti pour avoir 
de la pluie et l'on emploie tous les instruments de musique. » 
Le commentaire explique Shang-Ti par les mois Tien tchi 
tchou ; le maître du ciel. 

Au livre Wen-Wang shi tze (VI, 1.3) nous voyons Wuh Wang 
expliquer un rêve à son père : « J'ai rêvé, dit il, que Shang-Ti 
me donnait neuf lings » et son père lui explique que ces 
neuf lings désignent l'âge que lui accordera le souverain 
maître. Le commentaire rend Shang-Ti par Tien-Ti « le sou- 
verain du ciel. » 

Li-Yun, VIII, 1.9 : « Les anciens sages ayant appris à se 
servir du feu, furent ainsi capables de nourrir les vivants, de 
faire des oblations aux morts et ainsi de servir les esprits et 
Shang-Ti. » 

On remarquera ici la progression qui va du plus bas au plus 
élevé, et l'absence complète de mention du T'ien. 

« Les anciens servaient le ciel comme le ciel, la terre comme 
la terre, sur les fleuves et montagnes, y montant comme au 
milieu du ciel; là, en un endroit propice, ils faisaient le grand 
sacrifice à Shang-Ti, dans le faubourg de la capitale, montés 
sur une élévation comme au milieu du ciel; alors les prodiges 
favorables se manifestaient, alors la pluie et le vent, les froids 
et la chaleur avaient leurs temps et cours réglés. » C'est donc 
en sacrifiant à Shang-Ti et non au ciel qu'on déterminait l'action 
des phénomènes célestes; le T'ien n'est qu'une abstraction. 

Et un peu plus loin (S. II, § 18) : « Sacrifier à Shang-Ti est 
le suprême degré du respect; faire les oblations aux ancêtres 
est le suprême degré de l'humanité. » Tze Ti yu kiao, king 
tchl tchi. 

Le Yueh ling (IV, 3.2.9) prescrit de choisir des victimes 
parfaites selon les règles ; puis ajoute uniquement : « Si elles 
sont irréprochables en tous ces points, Shang-Ti les acceptera » 
et ne fait aucune mention d'autres esprits. Aussi un commen- 
tateur lointain, habitué à d'autres idées, croit devoir ajouter : 
« Si Shang-Ti les accepte, aucun esprit ne les rejettera. >> Encore 
ne mentionne-t-il pas le ciel. 



— 28 — 

Le § 11, sect. III, 3, ne parle également dans ses règles que 
du sacrifice à Shang-Ti et de celui aux ancêtres. 

Au $ 4, sect. IV, 3, l'auteur ajoute les esprits du sol et des 
céréales. Tout le culte s'y résume encore dans le service de 
ces esprits, des ancêtres et de Shang-Ti. Même chose au 
livre VIII, 2.20, où sont rapportées les paroles de Confucius : 
« On peut être capable de réciter tout le Shuh-King et ne pas 
savoir offrir le petit sacrifice aux ancêtres. On peut être capable 
de cela et ne pas savoir offrir le grand sacrifice aux mêmes 
aïeux. On peut en être capable et ne pas savoir offrir celui des 
montagnes. On peut être en état de le faire, mais on n'est pas 
pour cela capable d'offrir le grand sacrifice au Shang-Ti. » 

Comparons encore le Ta Tchouen, 1. XIV, 2 : « Wuh Wang, 
quittant le champ de bataille et de victoire de Mù-Yeh, brûla 
un vaste bûcher en l'honneur de Shang-Ti et fit une oblation 
au génie de la terre. » 

Même chose au livre XVIII (Tzâ-Ki), 2.2.24 : « On peut offrir 
au solstice d'hiver le sacrifice à Shang-Ti et au solstice d'été 
celui aux ancêtres. » 

Et au livre XXI, 1.6 init. (Ki-i) : « Le sage seul peut sacrifier 
à Shang-Ti, et le fils pieux à ses parents. » Cela résume tout 
le culte. 

Au livre Viao-Ki (XXIX, 52) nous trouvons ces paroles de 
Kong-tze : « Les anciens rois servaient les esprits du ciel et de 
la terre (Shen-ming) et usaient de la divination par la tortue 
et les branches, mais ils n'osaient pas servir Shang-Ti à leur 
gré et sens privé. » 

Son culte était donc tout à part et au-dessus de tout, sans 
rien de commun avec Tien. 

Cela était si bien resté dans la conscience des Chinois que 
le commentaire du livre IX du Li-Ki porte ceci : « Les vases du 
sacrifice étaient ronds pour imiter la terre, élevés des pieds 
pour s'élever vers le ciel; ils sont faits pour honorer Shang- 
Ti. » On voit comment les rôles de chacun sont tracés. Voy. 
Wuh King tchi tchu, IX, Ml, r. — Et Tchouhi, le philosophe 
très peu spiritualiste du XI e siècle, dit lui-même : « Soyez en 



— 29 — 

ordre, graves, recueillis comme en présence de Shang-Ti 
(Tchou-tze-tsieh-Yao, IV, f> 3). » Des monothéistes, théophifcs 
enragés, ne parleraient pas autrement. Il en est de même du 
commentateur Ying-Shi, du livre IX, f> 43, v., qui dit : « Le 
Fils du ciel épuise ses forces, ses ressources et porte son res- 
pect à l'extrême pour servir Shang-Ti. Les princes font tous 
les mêmes efforts pour seconder le Fils du ciel. » Le Shang-Ti 
occupe au ciel la position du Fils du ciel sur la terre. 

On voit que rien ici ne détonne avec ce que nous avons vu 
dans les autres livres canoniques de la Chine. 

N'y aurait-il pas peut-être quelque conception nouvelle, 
quelque surprise en ce qui concerne le T'ien? En aucune 
façon. Le Tien, puissance surhumaine, est mentionné une 
quarantaine de fois dans le Li-Ki, mais ce n'est jamais que 
pour reproduire les notions vagues de décrets, de châtiments, 
de faveur, de voies du T'ien, d'origine céleste, d'impartialité, 
de murmure contre le ciel, que nous avons trouvées successi- 
vement dans tous les livres classiques se répétant avec la plus 
parfaite monotonie *. (Voir Li-Ki, 1. II, 1.2.12; II, 1.3.44; 
II, 2.3.29; III, 2.23; III, 4.12; III, 5.13 ; IV, 1.2.22; IV, 2.3.11; 
V, 2.13; VII, 1.4 et 10; VII, 4.6; IX, 2.2 et 8; XVII, 1.11; 
XXI, 1.18 et 2.24; XXIV, 16; XXVI, 6; XXVII, 12; XXVIII, 1 
(Tchoug-Youg) ; XXVIII, 2.1 et 19.49.86; XXIX, 25 et 29.46; 
XXX, 16 *.) 

1 Le ciel couvre tout sans partialité. 

* Au liv. III du Li-Li, il est vrai, on trouve ces mots : « Le fils du ciel 
sacrifie au ciel et à la terre » , mais ce livre a été rédigé sur Tordre de 
l'empereur Wen-Ti qui régna de 179 à 157 A. G. A cette époque tardive, 
il en était bien ainsi. 



— 30 — 



§ 6. — Le Tcheou-li t. 

Ajoutons pour finir et pour être plus complet le passage du 
Tcheou-li énumérant lés objets du culte à son époque, bien 
que celle-ci soit déjà relativement récente. 11 nous fera con- 
naître la marche des idées religieuses en Chine. 

« Par les rites fortunés on rend hommage aux esprits des 
trois espèces 2 qui président aux royaumes et aux états feu- 
dataires. 

» Par le sacrifice suprême on rend hommage au Seigneur 
suprême du ciel 3. 

» Par le bûcher entier * on sacrifie au soleil, à la lune et 
aux astres... s. 

» Par l'offrande du sang on sacrifie aux génies de la terre 
et des céréales, aux cinq génies des sacrifices, aux cinq monts 
sacrés. 

» En plaçant l'offrande sur la terre on sacrifie aux mon- 
tagnes et aux forêts, en la déposant en l'eau on sacrifie aux 
rivières et lacs. 

1 Règlement des fonctionnaires sous la dynastie Tcheou. Il appartient 
certainement, vu le compliqué de ses instructions et règlements, à une 
époque peu ancienne. 

2 Comm. 1° Shang-Ti et les astres; 2° les anciens souverains et grands 
ministres; 3° les esprits des montagnes, fleuves et localités particulières. 
C'est l'ancien culte, plus celui des astres introduit ici. 

3 Le sens de ces termes : hoang Tien Stiang-Ti est indubitable même 
aux veux des Chinois modernes. Nous avons vu les commentateurs du 
Li-Ki les expliquer par Tien tchi Ti ou tchou et les lettrés qui ont traduit 
les livres canoniques en mandchou les rendent, non par Abka-i enduri, 
l'esprit du ciel, mais par Abka-i dergi Ti, Cœli summus imperator, 
dominus. S'ils eussent suivi leurs idées propres, ils eussent fait tout le 
contraire. 

4 Où l'on brûle un bœuf entier. 

8 Le texte énumère le soleil, la lune, les étoiles, les signes du zodiaque 
et quatre astérismes particuliers qu'il serait trop long de désigner spé- 
cialement. Le sabéisme s'était introduit par l'occident. 



- 31 — 

» On rend hommage aux anciens souverains par la liba- 
tion..., par l'offrande des grains, par les sacrifices des saisons. » 
(Voir livre XVIII, initio; Biot, I, pp. 419 à 422.) 

Au livre V, 18.2 et 3, nous trouvons une indication des 
grands sacrifices présentés par l'Empereur lui-même et pour 
lesquels on doit élever la tente impériale. Elle est ainsi conçue : 

« Lorsque le Souverain offre le grand sacrifice au Seigneur 
suprême, ils étendent le banc couvert d'un feutre; ils apprêtent 
sa boiserie jaune en paravent. 

» Lorsque l'Empereur salue le soleil levant, à l'équinoxe du 
printemps, quand il sacrifie aux cinq Tien-Hoang i, ils dres- 
sent la tente et le dais. » 

On a vu par le premier extrait (livre XVIII), comment le 
culte s'était développé, combien les objets en avaient été mul- 
tipliés depuis les temps antiques. 

Cette progression a suivi depuis son cours naturel et a donné 
cette multitude indéfinie de personnages imaginaires ou divi- 
nisés qui forment aujourd'hui le panthéon chinois. 

§ 7. — Résumé et conclusions. 

Voilà donc, réunis en ces quelques pages, tous les textes 
des livres canoniques de la Chine qui ont rapport à la croyance 
à un être suprême; s'il m'en est échappé, ce que je ne crois 
pas, il n'est certainement d'aucune importance dans la ques- 
tion. 

Toutes les pièces du procès sont ainsi sous les yeux de nos 
lecteurs et il leur est très aisé de s'en faire une idée par eux- 
mêmes, comme aussi de contrôler les conclusions que nous 
croyons devoir en tirer. Car c'est là uniquement ce qui nous 
reste à faire et ce que nous ferons le plus brièvement possible. 

Si nous jetons un coup d'œil sur l'ensemble de cet amas de 
textes, en suivant, autant que possible, l'ordre chronologique, 

1 Empereurs légendaires. 



— 32 — 

nous serons amenés forcément à constater certains faits dont 
l'évidence s'impose à tous les esprits. 
Les voici classés et résumés : 

1° Les livres canoniques de la Chine de la seconde époque 
ont, pour désigner l'Etre suprême, les deux termes Sitang-Ti 
et Tien. Ces deux termes sont très souvent employés comme 
équivalents, et certaines qualités, certaines actions, sont attri- 
buées à tous deux. Providence générale, institution des gou- 
vernements et des dynasties ainsi que leur chute, récompense 
des bons et châtiment des méchants, enseignement donné 
aux hommes, et autres choses analogues, leur appartiennent à 
tous deux. Souvent dans une même phrase les deux termes 
sont employés relativement au même fait. Hais ce n'est point 
là l'usage primitif, et celui-ci se développe peu à peu, comme 
sous les yeux du lecteur, ainsi que nous le dirons tantôt. 

2° Malgré cela, ces deux termes diffèrent notablement entre 
eux et quant à leur valeur et quant à leur emploi. Le mot 
Tien (ou ciel) est plus généralement employé quand il s'agit 
du mouvement régulier de la nature et des lois immuables, 
même de l'ordre moral. 

Par contre, dans les anciens textes, le T'ien n'a aucun 
rapport avec le culte, on ne lui offre ni sacrifice ni oblation. 
Tout est réservé au Shang-Ti d'abord et aux mânes des ancêtres, 
puis à quelques génies terrestres. Certains commentateurs et 
traducteurs modernes ont voulu voir dans le grand feu allumé 
sur la montagne sacrée un holocauste offert au ciel ; mais non 
seulement les textes n'en disent absolument rien, bien plus, 
ils affirment positivement le contraire : « Ce sacrifice était offert 
à Shang-Ti » dit le Li-Ki, tchâi yu Shang-Ti au passage que 
nous avons vu plus haut. 

En outre, en plusieurs endroits le même livre porte expres- 
sément : « Les anciens rois offraient le sacrifice au Shang-Ti 
et les oblations aux âmes des ancêtres ». En cela se résumait 
tout le culte. Du ciel, du T'ien, rien; pas le moindre mot. 
(Voir VIII, 2.18, etc.). Quand on avait offert le sacrifice à 



— 33 — 

Shang-Ti, les plaies, les vents, le froid et le chaud étaient 
réguliers (VIII, 2.12) *. 

Bien plus, comme nous Pavons encore vu précédemment, 
au temps de Kong-fou-tzè on savait encore que les grands 
sacrifices du printemps et de l'automne, qui passaient pour 
offerts au ciel et à la terre, Tétaient en réalité au seul Shang-Ti ; 
lui seul en était le terme final. C'était lui qu'on honorait en 
honorant les deux grandes puissances du monde, c'était à lui, 
en définitive, que l'on demandait les dons et faveurs qui 
devaient arriver aux hommes par l'intermédiaire du ciel et de 
la terre. Le ciel, au contraire, aidait le sacrificateur et recevait 
sa paix des hommes. 

3° Dans les livres provenant de l'époque la plus reculée, 
c'est-à-dire aux plus anciens chants du Shih-King, le Tieix 
ne joue encore qu'un rôle secondaire, assez vague même, et 
ne paraît qu'accessoirement quand il s'agit du décret provi- 
dentiel et des lois générales, immuables, de la nature. 

Il en est de même quant au Yih-King et aux parties du Shih- 
King qui date certainement de l'époque à laquelle ils se rap- 
portent; grandes odes des premiers tcheous. 

Dans les autres, le rôle du T'ien grandit, sans toutefois 
jamais changer de nature; ses propriétés restent celles que 
nous avons indiquées ci-dessus. Pour les premières, le seul 
rôle actif est réservé au Shang-Ti,. lui seul est mis en scène, 
lui seul parle aux hommes ; le T'ien n'est cité qu'accessoire- 
ment, vaguement et d'une manière qui ne dépasse pas la 
métaphore poétique. 

Du reste ce caractère ne se perd jamais, et partout dans les 
livres canoniques le mot T'ien est employé de telle façon que 
les théistes les plus déterminés, les catholiques mêmes pour- 
raient s'en servir dès qu'ils ont recours au style poétique ou 
imagé. Nous dirions encore comme les anciens Chinois : « Fasse 

1 II en est de même du sacritice kiao que Ton rapporte au ciel. Le Li-Ki, 
en trois endroits, dit expressément qu'il était offert au Shang-Ti. (VIII, 
2.12 et 18 init. 111,4.1) 

TomeXU. 3 



— Si- 
te ciel ! plût au ciel ! le ciel est témoin de mon innocence; cela 
crie vengeance au ciel ; ses décrets sont impénétrables, etc. » 

C'est Shang-Ti et non le Tien que le juste doit toujours 
regarder comme présent. 

4° Il n'est pas soutenable que les auteurs des Kings, en 
employant le mot Tien, entendissent attribuer les œuvres pro- 
videntielles et divines au ciel matériel même. L'échange des 
termes Shang-Ti et Tien le prouve déjà suffisamment. 

En outre, des expressions telles que le ciel intelligent, le ciel 
invisible (Fin), montrent d'une manière évidente que le langage 
des Kings est figuré. On ne dit pas, sans doute, le ciel invisible 
en parlant du ciel matériel, apparent. 

5° Le mot Shang-Ti par lui-même indique clairement un 
être personnel. Les actes qui lui sont attribués dans les Kings, 
la trace de ses pas sur laquelle Kiang-Yuen marcha avant 
d'enfanter si heureusement le héros, fondateur de l'illustre 
race des Tcheous, indiquent suffisamment cette nature. 

Le nom, en lui-même, en est une autre preuve. Ti a toujours 
été la désignation du monarque, souverain absolu, supérieur à 
toute autorité sur la terre. Shang-Ti est le souverain monarque, 
le Monarque des Monarques, le Souverain au-dessas de tout 
Souverain terrestre; ce n'est pas là, sans doute, le titre d'un être 
d'imagination, simple personnification de la matière céleste. 

La forme du caractère que représente le mot Ti peut être 
interprétée de différentes façons, et nous ne voulons pas argu- 
menter d'une donnée incertaine; mais ce qui est assuré, c'est 
que toutes ers formes présentent l'idée d'une position élevée 
au-dessus de tout ; le sommet au-dessus de tout. D'ailleurs, les 
commentateurs chinois qui ont conservé les traditions anti- 
ques expliquent, comme nous l'avons vu, les termes Shang-Ti 
par d'autres, qui indiquent nécessairement un être personnel : 
Tien tchi ti ou tchou « l'empereur, le maître absolu du ciel ». 
Les lettrés chinois-tartares chargés par les premiers souverains 
de la dynastie actuelle de traduire les Kings en mandchou, 
savaient encore bien ce qui en était en réalité, puisqu'ils ont 
traduit le Tien Shang-Ti non point par a le Tien ou Shang-Ti » 



— 35 — 

ou bien « l'esprit du ciel » Abka-i enduri, mais par les termes 
qui expriment le mieux la notion d'un être personnel : Abka-i 
dergi-Ti a Cœli summus Dominus » ou « Imperator ». 

On ne pourrait pas soutenir que ces commentateurs et tra- 
ducteurs ont introduit leurs œuvres dans leurs versions ou 
dans leurs commentaires, car s'ils l'eussent fait, le résultat eût 
été précisément tout le contraire. D'après leurs idées propres, 
le Summum numen n'est point l'être suprême, vivant et per- 
sonnel, mais ce Tien mal défini, flottant entre l'abstraction, 
la matérialité et la semi-personnalité. S'ils s'en fussent référés 
à leurs propres systèmes, ils eussent rendu Shang Ti par Tien 
seul ou Tien-Shen, esprit du ciel, comme quelques-uns l'ont 
fait, cherchant l'explication plutôt dans les idées régnantes à 
leur époque que dans l'histoire et la tradition. 

6° Ce que nous venons de dire nous servira à résoudre une 
autre question, connexe à la précédente, et d'une importance 
extrême pour l'hagiographie : Quels rapports existent entre le 
Shang-Ti et le Tien? Est-il vrai , comme on l'a prétendu, que 
les Chinois ont d'abord adoré le ciel matériel, puis l'ont animé, 
puis personnifié, et que de cette personnification est venue 
celle du génie du ciel ou du Shang-Ti? 

Nos lecteurs auront déjà répondu pour nous. Ils ont vu, 
en effet, dans notre exposé, qu'il n'y a pas un mot des textes, 
pas une allusion lointaine qui permette, non pas une affirma- 
tion, mais une hypothèse de ce genre. Ils ont vu, en outre : 

a) Que Shang-Ti n'est pas l'esprit du ciel, mais son maître 
souverain; il est au ciel, mais il n'est pas le ciel. Le Tien joue, 
relativement à S'hang-Ti, le même rôle que la Cour par rap- 
port au souverain. 

b) Que les anciens Chinois ne rendaient aucun culte au ciel, 
qu'il n'y avait pas pour lui de sacrifice ou d'offrande; que 
tout se bornait d'abord chez eux aux sacrifices en l'honneur 
du Shang-Ti et aux oblations faites aux morts ; tout au plus y 
joignaient-Us quelque acte d'hommage à certains esprits de 
la terre. 

c) Que le TU*, ou ciel n'a d'abord qu'un rôle effacé et 



— 36 — 

presque entièrement littéraire métaphorique, que ce rôle gran- 
dit peu à peu au point d'absorber celui du Shang-Ti. 

C'est bien là, je pense, le contraire de ce que Ton prétend; 
car si le Tien eût d'abord occupé la scène exclusivement et 
eût peu à peu cédé devant le nouvel acteur qui lui disputait 
l'importance de son rôle, c'eût été le phénomène inverse qui se 
fût produit, et Shang-Ti, au lieu de disparaître, eût, tout au 
contraire, absorbé complètement ou presque complètement le 
Tien; c'est là la marche naturelle et nécessaire des choses. 

Chez les Chinois, depuis les premières origines et leurs 
premiers monuments, les conceptions religieuses, bien loin de 
se spiritualiser, ont toujours été se matérialisant de plus en 
plus, jusqu'à confondre comme en une seule, les notions du 
T'ien et du Shang-Ti. 

Aujourd'hui, et il en est ainsi depuis des siècles, quand on 
demande à un Chinois quelle différence il fait entre le Shang-Ti 
et le Tien, il se montre hésitant et embarrassé; les plus lettrés 
nous disent, avec leurs commentateurs, que le T'ien est la 
forme extérieure, HingSiang, et le Shang-Ti, l'esprit qui l'ha- 
bite, Shen. Ce ciel, forme apparente, n'est ni Téther, ni les 
astres, ni la lumière; c'est... c'est... ils ne savent pas bien 
quoi. Et comme ils ne font point une distinction nette entre 
l'esprit et la matière, et n'y voient pas deux natures absolument 
opposées, ils ne conçoivent pas la nécessité de séparer entiè- 
rement Tune de l'autre. C'est pourquoi ils emploient indiffé- 
remment les deux termes. 

7° S'il est vrai, — et nous ne voyons pas comment, en pré- 
sence de textes aussi formels et sûrs, il serait possible de le con- 
tester, — s'il est vrai que pour les premiers Chinois, Shang-Ti 
était le seul objet du culte suprême, que le T'ien n'y avait 
aucune part; que la notion de ce dernier, d'abord accessoire 
et vague, s'est développée lentement, occupant de plus en plus 
la place du Shang-Ti jusqu'à le détrôner pour ainsi dire com- 
plètement, mais sans toutefois, pendant de longs siècles, rece- 
voir aucun hommage propre, il est évident que la divinité 
nationale des Chinois, celle qu'ils ont apportée avec eux sur 



— 37 — 

les rives du fleuve Jaune, est Shang-Ti et non le Tien, et que 
le Summus Dominas des Chinois n'est point une personni- 
fication du ciel matériel adoré primitivement par eux. 

§ 8. — Origine de la conception du Tien. 

On se demandera sans doute d'où leur est venue cette 
conception du Tien, qui a joué chez eux, à la longue, un rôle 
si considérable et si absorbant. A cette question, une première 
réponse se présente. 

Le Tieti était la divinité principale des nations tartares qui 
avoisinaient la Chine, peut-être aussi de populations qui occu- 
paient le sol de l'Empire des Fleurs avant l'invasion chinoise, 
et que celle-ci a dépossédées ou subjuguées. Rien de plus 
naturel et de plus fréquent qu'une influence de ce genre. 

Mais il est une autre solution qu'un des traits particuliers 
du caractère du Tien suggère à l'observateur, et qui n'est peut- 
être pas moins satisfaisante. 

Nous avons vu que le mot T'ien est surtout employé quand 
il s'agit des lois, de l'ordre immuable de la nature, physique 
d'abord, puis moral. Cet ordre se manifeste surtout dans le 
ciel par l'apparition, la succession des astres. Les Chinois y 
ont vu un principe de régularisation, de perpétuité, auquel ils 
ont attribué comme une existence spéciale et personnelle, et 
qui est pour eux le vrai Tien. C'est à peu près le tao de Lao-tze, 
le Xoyoç des êtres. 

Voilà ce que je m'étais dit depuis longtemps, quand la lec- 
ture d'un passage du Li-Ki vint me prouver que ce n'était 
point là une opinion individuelle, mais la croyance et la tra- 
dition des Chinois eux-mêmes. Ce passage n'est pas d'un com- 
mentateur, mais fait partie du texte même. 

Le voici textuellement, en entier : 

« Le sacrifice (au génie de la terre) Shi procédait comme 
s'il faisait du principe d'action de la terre un esprit. La 
terre supporte, contient toutes choses, le ciel envoie tous les 
signes lumineux. Ils reçoivent leurs richesses de la terre ; ils 



— 38 — 

reçoivent les règles de leurs actes du ciel; c'est pourquoi ils 
ont vénéré le ciel et affectionné la terre et ils ont appris aux 
peuples à témoigner convenablement leur reconnaissance. 

» Les saints, ajoute le commentaire, connaissaient la gran- 
deur du principe d'action (tao) de la terre; aussi, quand ils 
élevaient l'autel S ht, ils y sacrifiaient comme s'ils tenaient la 
terre pour un esprit et l'illustraient de la sorte. C'était le moyen 
de témoigner convenablement sa reconnaissance. » Li-Ki, Y, 
1 .31 . C'est dans le même ordre d'idées qu'il est dit un peu plus 
loin : « Au grand sacrifice, dans le quartier extérieur, l'empereur 
allait comme en avant pour saluer l'arrivée du plus long jour; 
dans cet acte de reconnaissance envers le ciel, le soleil occupait 
la première place, » puisque c'est à lui que l'on doit ces longs 
jours. Ces deux causes, du reste, peuvent avoir exercé, toutes 
deux, leur influence. 

La croyance au Shang-Ti et les honneurs rendus au Tien 
ont donc eu des origines et des sources toutes différentes, et 
rien ne permet de croire que la première soit née des seconds; 
tout prouve même le contraire. 

Voyant au ciel le cours régulier des saisons et des astres, les 
Chinois y trouvaient une image des lois morales, et dans les 
uns et les autres ils aperçurent un principe immuable qui fut 
pour eux le T'ien, principe qui s'impose au Shang-Ti lui-même, 
qui le garde et le maintient, mais ne l'a point créé, comme 
volontairement, parce qu'il est nécessaire. 

Le Shang-Ti est, d'après les textes exposés ci-dessus, le 
maître souverain des hommes, il dispose des empires. 11 est 
le gardien et le vengeur des lois et de la justice; il régit les 
phénomènes célestes et en envoie des calamités à la terre; mais 
il ne parait nulle part comme le créateur du ciel et de la terre. 

Les anciens Chinois n'ont point cherché à scruter le mystère 
de l'origine des êtres. Lao-tze le premier s'en occupa et résolut 
le problème tant bien que mal, comme il a été dit ailleurs. 
Quand les lettrés chinois y pensèrent, le ciel avait pris chez 
eux la première place ; ce fut à lui que fut attribuée la produc- 
tion des choses d'ici-bas, ou plutôt, leur science cosmogonique 



— 39 — 

ne dépassa point cette considération. « Le ciel est supérieur à 
la terre, c'est lui qui, par les astres, les saisons, les pluies, etc., 
féconde et règle les productions terrestres; donc c'est lui qui 
est le procréateur immédiat des êtres subcélestes ; il en est le 
père et la terre en est la mère. » Ils n'allèrent pas au delà. 

§ 9. — Xature du Shang-Ti. 

Il nous reste encore à nous demander quelle conception les 
premiers Chinois avaient de la Divinité, Shang-Ti ou T'ien, et 
conséquemment quelle en avait été chez eux la cause généra- 
trice. 

La réponse à cette question est des plus faciles. Que nos 
lecteurs veuillent bien jeter un coup d'œil sur les textes et les 
attributifs accumulés aux pages précédentes; ils n'y trouveront 
que ceci : 

La Divinité est père et mère (fuh-muh) des hommes, elle 
veille, compatissante, à leurs intérêts, mais surtout au maintien 
de l'ordre universel, et à l'observation des lois morales. Elle 
institue les rois pour qu'ils gouvernent avec justice et bonté et 
leur retire leur mandat dès qu'ils en abusent pour opprimer 
le peuple. Elle inspecte la terre pour examiner les actes des 
hommes et scruter les cœurs, elle comble les bons de faveurs 
et de prospérité et punit les méchants. Elle enseigne les 
hommes et leur révèle toute science. 

Après leur mort, les bons princes, les hommes vertueux et 
utiles à l'humanité sont placés par elle au ciel à sa droite et à sa 
gauche, d'où eux-mêmes participent à l'action providentielle. 

Il n'y a donc pas, dans les premiers textes chinois, la moindre 
trace de cette crainte qui doit avoir fait les dieux, aucune de 
ces notions puériles et superstitieuses, de ces appréhensions 
illogiques, que l'on prétend avoir engendré le sentiment reli- 
gieux. Soutenir le contraire c'est se mettre en dehors de l'his- 
toire et de la science. 



— 40 — 



CHAPITRE III. 
Les esprits. 



La question qui se présente ici devant nous est celle-ci : 

Les esprits chez les anciens Chinois appartenaient-ils aux 
conceptions animistes?N'étaient-ce que les éléments eux-mêmes 
pourvus d'une sorte d'âme ou conçus comme ayant une vie et 
une intelligence à eux, ou bien étaient-ce de véritables esprits, 
des êtres personnels, entièrement distincts des parties maté- 
rielles auxquelles ils étaient censés présider, des esprits en un 
mot se rapprochant de la conception chrétienne? 

Pour répondre à cette question, nous allons, comme précé- 
demment, recueillir les textes et en tirer les conséquences 
qu'ils comportent nécessairement. Il serait toutefois superflu 
de les énumérer tous sans exception ; ce serait long, fastidieux 
et inutile. Il suffira amplement d'en présenter un certain 
nombre qui caractérisent le mieux les idées chinoises. Nous les 
donnerons selon Tordre des livres les plus anciens. 

Mais avant cela, examinons le mot qui désigne le plus ordi- 
nairement les esprits en général. C'est le mot Shen, dont le 
caractère correspondant a) est formé de deux autres, l'un ser- 

vant, semble-t-il, à indiquer la prononciation b)\ l'autre dési- 
gnant une apparition, une annonce, un signe céleste c). Le 
premier pourrait aussi se référer à la pénétration du ciel, 
attribuée aux esprits ou à leur action étendue sans obstacle ; 
mais la plus ancienne forme de ce mot ne s'explique pas 
exactement; elle semble bien cependant représenter deux 
soleils superposés, traversés par une ligne d), ce qui revien- 
drait à la signification du caractère actuel. 



- 41 — 

Il faut bien convenir que ceci n'annonce guère des croyances 
animistes, et il serait presque impossible de ne pas y voir tout 
le contraire. Le caractère n'a aucun rapport avec quelque 
élément que ce soit, mais désigne au contraire des esprits 
indépendants se manifestant par eux-mêmes et traversant les 
cieux. 

En outre, les Chinois joignent ensemble les deux mots Kwei- 
Shen pour désigner les esprits en général. Or, Kwei désigne 
les âmes des morts, les dieux mânes, qui n'ont rien de 
commun avec l'animisme. Pour former une notion générale 
avec ceux-ci, les Shen doivent être nécessairement d'une nature 
analogue. Ce sont donc des esprits indépendants et personnels. 

Voilà ce que nous disent les caractères figuratifs chinois; 
voyons si les textes y seront conformes ou le contrediront. 

Commençons par le Shih-King. 

Shih-K., IV, 1.7 : « Il n'est aucun ennemi qui ne soit brisé; 
j'ai gagné la faveur de tous les esprits. » 

II, 1.5.1 : « L'homme ne cherchera-t-il pas à avoir des 
amis? Les esprits, s'il est ami fidèle, écouteront sa voix; il 
vivra en paix et harmonie. » 

III, 2.8.3 : « Accomplissez votre âge et que tous les esprits 
vous traitent comme leur chef. » 

III, 3.2.7 : « L'arrivée des esprits (auprès des hommes) ne 
peut être sue avec certitude; d'autant plus ne doit-on pas les 
traiter avec peu de respect. » 

III, 3.4.2 (La sécheresse ruine la terre) : « Et cependant il 
n'est point d'esprit auquel je n'aie point sacrifié. Heou-tsi n'a 
rien pu obtenir. Shang-Ti ne nous a point secouru, ne s'est 
point incliné vers nous. » 

Ibid., 6 : « Je n'ai point apporté un retard coupable à faire 
les offrandes aux quatre régions et à l'esprit de la terre. » 

Remarquons ici que le texte ne porte pas « à la terre », mais 
au Shai, lequel, comme l'indique le caractère, est l'esprit qui 
gouverne la terre et préside aux opérations de la nature ter- 
restre. Les régions étant l'espace s'étendant dans les quatre 
directions, il ne peut être question d'un espace animé, mais 



— 42 — 

des esprits qui régissent les quatre parties de la voûte céleste. 
C'est du reste ce que les commentateurs expliquent tous sans 
la moindre dissidence ni hésitation. 

II, 1.6.5 (Louanges du roi) : « Les esprits viendront et te 
combleront de félicités. » 

II, 6.3.4 et 5 : « Remplissez vos devoirs et les esprits vous 
seconderont d'une vaste prospérité. » 

' III, 1.5.5 : « Notre prince est plein de piété fraternelle; les 
esprits l'excitent et l'encouragent dans ses effQrts. » 

Shuh-King, II, 2.4. Yih dit à l'empereur Shun : « Votre vertu 
est grande et vaste, elle est sainte, elle est spirituelle (digne 
des esprits), Shen. » — Un peu plus loin Shun répond à Yu : 
« J'ai consulté par la divination, les esprits ont donné leur 
assentiment à mes projets.... Une entière sincérité touche, 
émeut les esprits [Sheti), les porte à secourir. » 

IV, 3.3 : « Le peuple souffrant de cruelles injures proteste 
de son innocence aux esprits d'en haut et d'en bas. » 

IV, 4.2 porte expressément : « Les anciens rois de Hia pra- 
tiquaient ces vertus, il n'y avait point de calamités célestes. 
Les esprits des monts et des fleuves étaient complètement 
tranquilles. » 

V, 8.3 : « Vante le roi parce qu'il traita toujours avec respect 
les esprits et les hommes, Shen-jin. » 

Tchong-Yong, XXIV : « L'homme doué d'une sincérité, 
d'une droiture parfaite, est semblable aux esprits. » 

Ibid., XVI : « Qu'elle est vaste et parfaite la puissance des 
esprits ! Nous regardons et nous ne les apercevons pas ; nous 
écoutons, cherchant à entendre, et nous n'entendons rien ; ils 
pénètrent les choses et Ton ne peut les tenir à l'écart. Us font 
que tous les hommes jeûnent et se purifient pour accomplir 
les sacrifices et libations; ils sont alors comme se répandant 
en flots et viennent se placer au-dessus d'eux, à leurs côtés. » 

XXIX : « Le sage souverain se présente devant les esprits 
sans douter le moins du monde de leur présence. » 

Li-KU livre H, § II, 2.22 : « Lorsque, après la mort, on rap- 
pelle l'âme du défunt et qu'on regarde au loin, c'est pour le 



— 43 — 

faire revenir, le chercher au milieu des esprits (où il se trouve 
depuis sa mort), Kvei-Shen. » 

III, 14.16 (Des règlements royaux) : « Ceux qui répandaient 
de faux bruits par rapport aux apparitions d'esprits étaient 
mis à mort. » 

III, 2.15 : « Si quelque prince négligeait le culte des esprits 
des montagnes et des fleuves, il était considéré comme man- 
quant du respect religieux, et le prince manquant de respect 
était dépouillé de ses états. » Ici le texte porte expressément 
ce les esprits des monts et fleuves » Shan tchouen Shen Khi, 
ce qui prouve que là où les mots « monts et fleuves » sont 
employés seuls, il faut les entendre dans ce sens, qui est, du 
reste, celui que donnent tous les commentaires sans exception. 

VIII, 2.15 : « Les offrandes étant prêtes, on les annonçait 
aux esprits et Ton attendait leur arrivée. C'est pourquoi on les 
annonçait trois fois. C'est pourquoi Ton répétait ces mots : 
Sont-ils là? Sont-ils là? » 

IX, 3.17 : « Les offrandes doivent être belles et variées... 
Pour maintenir les rapports de l'homme avec les esprits intel- 
ligents, on ne doit en rien chercher ses aises et sa propre 
satisfaction. » 

XVII, 1.19 : « Dans la sphère visible, il y a la musique et 
les rites; dans la sphère invisible, il y a les esprits. » — 
3.23 : « L'homme toujours calme et en repos est, comme un 
esprit, considéré avec respect et sans malveillance. » 

XXI, 1.20 : « Les rites étaient destinés à promouvoir l'hon- 
neur des esprits, assurant ainsi l'honneur rendu aux supé- 
rieurs. » 

XXI, 2.1 : « Le souffle vital de l'homme est de nature spiri- 
tuelle. Quand l'homme meurt le Kvei va dans la terre, mais son 
esprit en sort et s'élève dans un état de glorieuse splendeur. » 

XXVI, 8 : « Quand la pureté et l'intelligence sont en 
l'homme, son âme et sa volonté sont comme un esprit. » 

Mais en voilà, sans doute, plus qu'il n'en faut. 

Des esprits auxquels l'homme et son âme, spécialement, 
peuvent être comparés, quand ils sont purs et éclairés, parmi 



■*-+ 



■i * J J 



— 4 i — 

lesquels les âmes des défunts vont se placer, avec lesquels les 
hommes peuvent entrer en rapport; des esprits invisibles qui 
se rendent au sacrifice, qui y sont présents sans qu'on les 
aperçoive et dont la présence invisible impose le respect, 
comme elle est offensée par les fautes ; qui pénètrent les objets 
et ne peuvent être écartés ; des esprits enfin que la vertu touche 
et fait agir, auxquels l'homme se rend semblable en devenant 
vertueux, droit, intelligent, ces esprits ne sont assurément pas 
des éléments matériels dotés d'une anima, des montagnes, des 
fleuves, des astres simplement animés, mais des êtres indépen- 
dants de la matière, spirituels, intelligents et personnels, qui 
n'ont rien de commun avec les théories animistes. 

Si l'on trouve dans les auteurs chinois quelque chose qui 
s'en rapproche, c'est l'effet d'une altération tardive des doc- 
trines antiques. L'animisme en Chine est postérieur au spiri- 
tualisme, bien loin d'en avoir été la plus ancienne croyance. 

Il en est de ceci comme de la doctrine de l'être suprême dans 
laquelle le T'ien semi-matériel s'est substitué au Shang-Ti per- 
sonnel et spirituel. 

Si l'on trouve dans certains livres traitant de cette matière 
des textes cités qui disent ou semblent dire le contraire, c'est 
encore une fois parce qu'on a procédé sans critique et confondu 
l'ancien et le nouveau. 

Parfois, il est vrai, on rencontre dans les anciens textes des 
phrases où il est dit que les hommages sont rendus, par 
exemple, aux montagnes et aux rivières; mais prendre ces 
mots à la lettre, c'est faire preuve que l'on ne connaît aucune- 
ment le caractère de l'ancien chinois écrit. Dans leur langage 
écrit, les anciens Chinois semblaient s'étudier à n'employer 
que le nombre de caractères nécessaires pour permettre de 
deviner leur idée. Ce qu'ils traçaient avec leur pinceau c'était 
comme une suite de jalons au moyen desquels on pouvait 
reconnaître leurs pensées. Us écriront, par exemple : « Telle 
fête tambour harpe » pour dire à telle cérémonie on employait 
les tambours et les harpes pour accompagner les actes du 
culte. Ou bien : « non non docens » pour : En tout cela il n'y 
a rien qui ne soit un enseignement. 



- 45 — 

D'ailleurs, quand on se trouve en présence de deux textes 
dont l'un est obscur, douteux, et l'autre clair, précis, explicite, 
c'est évidemment le second qui doit servir à expliquer le pre- 
mier, et non le contraire. Ce que l'un dit ne peut être annulé 
par ce que l'autre ne dit pas sans même le nier. C'est une règle 
élémentaire de l'exégèse que tous les commentateurs chinois 
ont reconnue et pratiquée. Si l'on substitue arbitrairement ses 
propres idées aux textes, que deviennent la vérité et la science? 
Lorsque, par exemple,' le Li-Ki dit expressément : Ils sacri- 
fiaient sur les montagnes et rivières pour honorer les esprits, 
80 i pin Kvei shen, prétendrons-nous savoir mieux cela que les 
anciens Chinois eux-mêmes, et substituer nos idées aux 
leurs? (Voir Wuh King-tchi-tchu, IV, 65, r.). 



CHAPITRE IV. 

Nature et immortalité de l'ame. 



La croyance à l'immortalité de l'âme est si clairement, si 
nettement énoncée dans tous les livres canoniques chinois, qu'il 
semblerait superflu de s'en occuper. Mais comme tout le 
monde ne peut consulter ces livres et que des idées erronées 
ont été répandues sur cet objet, nous croyons faire chose utile 
en présentant ici quelques textes qui l'exposent de la manière 
la plus claire et la plus convaincante : 

1° Ce sont d'abord les termes employés pour désigner la 
mort : ce monter » C/wA, « monter et descendre » ce que tous 
les commentaires expliquent en ces termes « le corps descend 
en terre et l'âme monte au ciel » Shuh-King, II, fin, V, 16.8, 
Shih-K. 

3° Ce sont, en outre, les passages où il est dit que tel per- 
sonnage mort est au ciel ; par exemple. Shih-King III. « Wen 



— M — 

Wang est au ciel, à la droite et à la gauche de Dieu ». « Les 
anciens Souverains qui sont au ciel. » 

3° Les événements importants pour l'empire ou la famille 
sont annoncés dans le temple des ancêtres et Ton attend de 
ceux-ci protection et secours. Shuh-K. V, 6.0 à 7. « Tcheou- 
Kong, voyant le roi, son père, dangereusement malade, va au. 
temple de leurs ancêtres communs demander de mourir 
pour lui. » 

4° Les ancêtres, vivant au ciel, maudissent leurs descendants 
coupables et bénissent les bons ; ils écoutent la prière. (Odes 
des Tcheous, II, 5.) 

5° Aussitôt après la mort d'une personne quelconque, 
homme ou femme, on cherche à rappeler son âme. 

Jadis, lorsque quelqu'un venait à mourir, dit le Li-Ki, VII, 
1.7, on devait chercher à faire revenir son âme et lui demander 
de revenir animer le corps. « Pour cela on montait sur le 
toit de la maison et Ton criait son nom en prolongeant le son 
et disant : Revenez, revenez un tel X..., après quoi on rem- 
plissait de riz la bouche du mort et Ton mettait près de lui des 
morceaux de viande crue. On regardait vers le ciel (où son 
âme était allée) et enterrait son corps en terre. Le corps et 
Tâme animale vont en bas ; l'esprit intelligent va en haut. » 

Li-Ki, II, 2.3.13. « Les os et la chair retournent à la terre 
comme il est décrété, mais Tâme par sa puissance particulière 
peut aller partout. » Wû puh tchï yeh, wû puh Ichïyeh erh sût 
hing, il n'est rien, non il n'est rien où elle ne puisse péné- 
trer, aller. 

6° Cela résulte enfin de l'obligation imposée aux enfants 
d'honorer et servir leurs parents défunts autant et plus que les 
vivants, de leur procurer de l'honneur en se rendant eux- 
mêmes estimables, de renouveler chaque année leurs sacrifices 
et offrandes auxquels on doit les inviter et que l'on croit 
honorés de leur présence invisible. Cp. Shih-King, II, 6.8, etc. 

Il est vrai que les anciens Chinois n'ont point sur toutes ces 
choses une théorie complètement développée; du moins ils ne 
l'ont point consignée dans leurs livres, lesquels, tout naturel- 



- 47 — 

lement, n'en parlent qu'accidentellement. Ils ne s'expliquent 
point sur le sort réservé aux méchants après la mort, ni sur 
celui même qui attend l'homme juste, appartenant aux classes 
inférieures. Mais ce silence n'étant nullement intentionnel, il 
est permis de conjecturer de ce qui est dit à ce qui ne l'est pas, 
et nullement de donner comme certaines ou mêmes probables 
des hypothèses qui ne reposent sur quoi que ce soit. 

Quant à la nature de l'âme, elle ressort clairement des textes 
déjà cités. Si elle ne meurt pas avec le corps, mais, après la 
mort, s'en va au ciel au milieu des esprits; si, tandis que le 
corps tombe dans la terre et y est renfermé, l'âme va où elle 
veut et s'élève dans une splendeur lumineuse, est-il besoin de 
démontrer qu'elle n'est pas de la même nature que le corps, 
qu'elle n'est pas matière? Ce serait évidemment perdre son 
temps et ses peines. L'évidence de la chose s'impose invinci- 
blement, d'autant plus que les âmes des morts que l'on 
appelle et qui viennent assister au sacrifice ancestral sont 

désignées par le mot Shen 7jt $ qui indique clairement un 
esprit. (Cp. Shih-King, II, 1.6.5; II, 6.5.2 à 6; III, 1.5.5, etc.) 



CHAPITRE V. 
Culte des ancêtres. 



Nous ne dirons que quelques mots de ce sujet, qui ne fournit 
point matière à des divergences de vue très importantes. Il 
nous suffira d'en caractériser exactement la nature. 

Encore une fois nous ne parlons que des temps historiques 
les plus anciens de la race chinoise, évitant ainsi de mêler les 
époques et les idées que Ton a trop souvent confondues d'une 
manière à dénaturer complètement l'histoire de la religion 
chinoise. 



— 48 — 

Les honneurs rendus aux ancêtres ou à certains ancêtres 
apparaissent dès les premières pages du Shuh-King comme 
dans les plus anciennes parties du Shih-King. 

C'est dans la salle consacrée à l'ancêtre appelé Wen-lsou que 
Shun reçoit le pouvoir souverain des mains de Yao, et Yu des 
mains de Shun. (Voir II, 1.3 et II, 8.3.) 

Yao, revenu d'une tournée d'inspection, alla devant le Y-t&ou 
et y offrit un bœuf (II, 1.3); mais le texte ne dit pas que ce 
sacrifice fût offert à l'ancêtre susdit. 

Shun resté seul sur le trône alla visiter le Wen-tsou, II, 1.4. 
Plus tard il charge Pe-Y de diriger le culte domestique tsoiig. 

Longtemps après, vers 1753, nous voyons qu'après la mort 
du roi Thang, son premier ministre, Y.-Yin, sacrifie au prince 
défunt et lui présente son petit-fils et héritier, Thâi-Kiâ. 
C'est la première mention certaine d'un culte rendu à un 

ancêtre ^) IV, 4.1, et d'un temple ancestral. Au livre II, 
I, 3, il est reproché à Sheou de négliger le temple des ancêtres 
et de n'y point sacrifier 7|T6 . 

Le Shih-King contient un grand nombre d'hymnes com- 
posés pour les sacrifices offerts à des souverains et ministres 
considérés comme les grands bienfaiteurs de l'empire et de 
l'humanité : Thang, le fondateur de la dynastie Shang, le 
vainqueur du tyran Kie; Wen-Wang, Wu-Wang, les premiers 
Tcheous ; Heou-tsi, Ministre de l'Agriculture de Yu et Shun, etc. 
(Voir Shih-King, IV, 1.10.1; IV, 3.1, etc.) 

Parfois il est parlé des ancêtres en général : « le grain est 
entassé pour offrir à nos ancêtres hommes et femmes. Nous 

tuons ce bœuf pour offrir à nos ancêtres. » IV, 1.6.4.1 ; 

IV, 1 .6.5.1;. ou du temple ancestral élevé par un roi en con- 
struisant sa capitale (III, 1.3.5). 

Les souverains et les grands officiers sacrifiaient aux souve- 
rains et grands officiers morts sans descendants. 

Les oblations avaient pour but de réjouir les âmes des 
défunts. Mais comme on ne les voit ni venir ni manger, on 



-4&- 

choisit un parent vivant qui représente l'ancêtre ou même les 
ancêtres auxquels on sacrifie et que l'on fait boire et manger à 

leur place. Les morts sont devenus esprits, Shen ft$ . 

Les chants, II, 6.5, et III, 2.4, décrivent les cérémonies de ces 
sacrifices; les esprits des ancêtres étaient censés descendre du 
ciel et y assister, puis s'en retourner réconfortés et satisfaits. 

Primitivement il semble que les honneurs du culte n'étaient 
rendus qu'aux défunts illustres, aux rois ou princes, aux 
grands hommes qui avaient mérité la reconnaissance de la 
patrie et de l'humanité. Le chapitre Ki-fa (c. fin.) du Li-Ki 
énumère les principaux d'entre eux : Shen nong, le roi agri- 
culteur, Heou-tsi (ministre de Yao), créateur de l'agriculture, 
les rois Yao, Shun, Thang et quelques autres. Les souverains, 
chefs féodaux et ministres, n'honoraient que leurs ancêtres 
célèbres. La coutume s'étendit peu à peu, et sous les Tcheous 
H fut établi que le peuple lui-même aurait des salles d'ancêtres 
et leur ferait des offrandes. Confucius attribue cette innovation 
à Tcheou-Kong, le frère et ministre du Wuh-Wang, le premier 
Tcheou (voir Tchong-Yong, XVIII, 3). Mais c'est une habitude 
chez les anciens Chinois de rapporter à ce prince tout ce qui 
s'est fait de grand dans ce qu'on appelle l'antiquité moyenne. 
Tout recevait de sa paternité une consécration spéciale. Ou 
reste, les paroles de Kong-tze n'impliquent nullement que les 
gens du peuple pussent dès lors sacrifier à leurs ancêtres : 
« Wuh-Wang, dit ce texte, sacrifia aux princes antérieurs selon 
le rite impérial, et ces rites furent étendus aux chefs féodaux, 
aux grands officiers, aux magistrats inférieurs et à tout le 
monde. » 

L'usage général du culte des ancêtres n'est donc point origi- 
naire chez les Chinois. Borné d'abord aux morts illustres par 
leurs bienfaits, il s'est étendu peu à peu jusqu'à devenir une 
pratique universelle. C'était la reconnaissance plus que le 
devoir filial qui lui avait donné naissance. 



Tous XLI. 



-80 - 

CHAPITRE VI. 

Des fautes et de leurs conséquences. 



On a prétendu que les Chinois n'avaient jamais eu le senti- 
ment de la culpabilité, de la responsabilité que les fautes et les 
crimes font encourir devant Dieu, et de la nécessité ou de 
Futilité de l'expiation. C'est la thèse soutenue entre autres par 
Plath dans son étude sur les croyances et le culte des anciens 
Chinois *. 

Rien n'est plus inexact que cette affirmation ; tous les anciens 
livres des Chinois témoignent de ce sentiment que Ton dit 
n'avoir jamais existé chez eux. Maintenant encore il est pro- 
fondément gravé dans leurs cœurs. 

D'un bout à l'autre du Shuh-King et du Shih-King règne 
cette doctrine que la vertu assure la protection de l'être 
suprême et la prospérité, et que le vice et le crime attirent sur 
leurs auteurs la malédiction et les calamités. Lorsque des fléaux 
affligent le royaume ou une famille, le prince, le chef examine 
sa conscience pour voir s'il s'est rendu coupable de quelque 
péché et, s'il se trouve innocent, il l'annonce au ciel et s'étonne 
d'être ainsi frappé. 

Citer tout serait remplir inutilement de nombreuses pages; 
bornons-nous à quelques exemples : 

Shuh-K., IV, 6.5. « Quand la vertu est simple et complète 
tout ce qu'elle fait est heureux. Quand la vertu est incomplète 
et hésitante, tous ses actes sont malheureux. Le bonheur et 
le malheur ne surviennent pas à l'homme sans motif. Que la 
prospérité ou l'infortune descende du ciel, cela dépend de la 
vertu. » 

On voit par cet exemple que cette maxime et cette doctrine 
ne s'appliquent pas seulement aux gouvernants, mais aussi à 
tous les hommes, car le terme est général : jin = homines. 

* Dis Religion und der Cultus der Allen Chinesen. & Abtheilung : Der 
Ctdtus, p. 16. 



— SI — 

V, 17.4 et 8. « Le Ciel n'a pas d'affection particulière; ce 
qu'il secourt c'est la vertu. Le cœur du peuple n'est pas 
constant. L'homme bon et bienveillant est le seul qu'il aime. 
Les actes vertueux (les bienfaits) ne sont pas tous semblables, 
niais tous conduisent au bon gouvernement. Les actes mauvais 
ne sont pas tous semblables, mais tous conduisent aux trou- 
bles et perturbations. » 

V, 1.1.6. « Sheou n'a point le cœur repentant, tsiuen sin. 
II ne sert point Shang-Ti ni les esprits célestes et terrestres; 
il néglige le temple des ancêtres et n'y fait point de sacrifice; 
les victimes et les oblations de riz sont enlevées par les voleurs. . . 
et pourtant il croit que le décret divin lui reste assuré et il ne 
corrige pas sa superbe. » 

Ainsi le repentir, la correction propre arrêteraient le cour- 
roux divin et empêcheraient le châtiment de fondre sur le 
coupable. La même idée se retrouve implicitement dans cette 
phrase : 

V, 1.1.8. « L'iniquité de Shang est arrivée à son comble, à sa 
plénitude. Le ciel m'ordonne de le faire périr. » Tant que la 
mesure des crimes n'est pas comblée, le pardon est possible. 

Ceci met en relief une autre conception chinoise, à savoir 
que le prince et ses ministres infligeant les châtiments aux 
coupables, sont les agents, les instruments directs du Ciel et 
pas simplement les représentants de la société humaine; les 
Chinois n'ont jamais séparé celle-ci de l'ordre supérieur, sur- 
humain, et ne l'ont jamais affranchie des liens qui l'unissent 
au Maître suprême du monde. Chez eux, le dépositaire de 
l'autorité frappe pour le châtiment ou l'amendement de l'homme 
coupable envers son auteur. C'est ce qui explique les recom- 
mandations du roi Ching au prince Fong de Kang, que nous 
lisons au livre V, 10.8.9.16. 

« Fong! dit le roi, dans l'exécution des châtiments il faut 
un discernement parfait. Si vous éclairez le peuple, vous le 
soumettrez ; ils s'avertiront l'un l'autre et feront de grands 
efforts pour disposer leurs cœurs à la paix et à l'union. Agissez 
comme si c'était une maladie et le peuple se débarrassera de 



— 82 — 

ses vices. Protégez-le comme un enfant à la mamelle. Ce n'est 
point vous qui infligez le châtiment aux hommes ou les mettez 
à mort (c'est l'Être suprême que vous remplacez). 

» II y a des hommes qui ne se conforment pas à la vertu et ne 
reconnaissent pas leurs fautes; le ciel leur a vraiment enjoint 
de rétablir en eux la vertu et ils disent : Qu'est-ce que cela 
nous fait? Qu'est la vertu pour nous? » 

Shih-King, III, 3.2.6. Exhortation du duc Yih. 

« Vous êtes entièrement adonné à vos plaisirs et vous ne 
pensez pas aux conséquences. Vous n'étudiez pas les anciens 
rois, pour être capable de suivre leurs sages avertissements. 
Ceux que le ciel n'approuve point tomberont et périront comme 
une eau coulant d'une source... Soyez attentif à vos devoirs de 
prince pour vous prémunir contre les dangers. Ne parlez qu'avec 
circonspection, veillez à garder un maintien, un décorum qui 
inspire le respect; ne parlez pas légèrement; ne dites pas : ceci 
est peu important. Les paroles ne doivent pas être jetées au 
vent. Toute parole attire sa réponse. Tout acte vertueux a sa 
récompense; si vous êtes bon pour vos amis et traitez le peuple 
comme un enfant chéri, votre postérité sera perpétuelle. 

» Prenez garde de commettre quelque faute, quelque injus- 
tice; étant dans votre chambre faites attention à ne point laisser 
venir la honte par la fenêtre; ne dites pas : je suis hors de vue, 
personne ne peut m'apercevoir. L'arrivée, la présence des 
esprits ne peut être prévue, d'autant plus ne doit-on pas la 
traiter avec peu de considération. » 

On doit donc éviter les moindres fautes, même quand on 
est seul et sans témoin possible, car alors même les esprits 
peuvent être présents sans qu'on le sache, et toute faute com- 
mise devant eux serait un manque de respect qui attirerait leur 
colère et le châtiment. 

Notons que ces paroles se trouvent dans un ouvrage qui 
n'est point l'œuvre d'un auteur isolé n'exprimant que ses 
propres idées, mais qui servait à former l'éducation de la 
nation entière. 

Ces doctrines, ces enseignements se sont perpétués à travers 



— ,),-) — 

les âges. Maintes fois l'histoire nous montre les souverains 
chinois, en présence des calamités qui frappaient l'empire, 
s'humiliant devant le ciel, examinant leur conduite, recher- 
chant quelle faute avait pu attirer sur eux le courroux divin et 
promettant de s'amender pour apaiser le ciel. 

De ces faits multipliés nous ne citerons qu'un exemple, 
consigné dans un recueil authentique d'ordonnances impé- 
riales. Nous voulons parler du Shang Yu pa Ki ou Dergi hese 
jakôn gôsade wesimbuhengyc , de l'empereur Yong-Tcheng 
(1723 à 1736). Nous y trouvons, en effet, parmi une multitude 
d'autres pièces, deux édits qui intéressent spécialement notre 
sujet. 

C'était en Tan 1731; une sécheresse persistante désolait les 
provinces septentrionales de l'empire. Une famine horrible 
s'en était suivie; hommes et troupeaux mouraient en grand 
nombre de faim et des maladies occasionnées par la misère et le 
manque d'eau. Après un certain temps la pluie tomba partout, 
excepté aux environs de la capitale. Alors l'empereur adressa 
à ses peuples la proclamation que voici : 

« De Yong-Tcheng, Tan 8, le 23 du 3« mois. 

» Décret suprême, 

» Comme en ce temps il n'est pas tombé de pluie, je me 
suis fortement préoccupé de ce fait. On vient de me faire 
savoir des provinces de Shan et de Shen-si qu'il y a plu tout à 
coup abondamment. On a dit aussi qu'ù Ting-Fou et autres 
endroits du Pe-tche-li, il a plu également. C'est donc seule- 
ment aux environs de la capitale que l'on n'a pas eu de pluie. 
Je crains, en conséquence, qu'il n'y ait en mon gouvernement 
quelque vice, quelque erreur de conduite. J'y ai pensé, réfléchi 
de toutes manières. Ma volonté est de me lever tût, d'être 
constamment vigilant et actif, de vénérer le ciel et de m'occuper 
constamment du peuple; je n'ose jamais me livrer à la négli- 
gence. Toujours, sans interruption aucune, je m'occupe soi- 
gneusement des affaires de l'Etat. Je crois pouvoir assurer 
qu'il n'y a chez moi ni défaut, ni défaillance. Ce n'est donc 
Tome XLI. 4. 



— 54 — 

pas moi qui ai attiré ces malheurs. Mais qu'on le remarque 
bien, depuis le jour où j'ai accordé le pardon à ces méchantes 
gens qui s'appropriaient injustement les revenus de l'Etat, le 
vent a commencé à souffler et empêché la pluie. 

» Ce genre de mauvaises gens est insatiable; c'était avec 
raison que depuis la seconde année de mon règne je ne leur 
avais plus fait miséricorde. Après que j'eus porté le décret 
d'amnistie, ils n'ont point su se montrer reconnaissants... 

» Ces méchants, voleurs des deniers publics, causent un 
grand préjudice au peuple. Ils commettent un crime envers le 
ciel; pourrais-je, ne me conformant pas à la volonté du ciel, 
user encore d'indulgence à leur égard? 

» Annoncez ceci aux huit bannières, que ces gens pervers et 
dépourvus d'intelligence se corrigent et changent de conduite. 
Sinon alors, moi, recourant à la justice, je sévirai sans pitié. 

» Ainsi décrété. » 

Deux jours après (25 du 3 e mois), le même empereur publie 
un décret dans lequel il répète tout le commencement de 
celui-ci, puis ajoute : 

« La méchanceté de ces gens a blessé la bienveillance du 
ciel, c'est pourquoi le ciel a fait paraître ce prodige aux envi- 
rons de la capitale. 

» Le 23 de ce mois, ayant réuni et reçu les officiers des huit 
bannières, venus pour me présenter un placet, j'ai exposé 
clairement ma pensée relativement à ces misérables et à la 
manière de suivre les avertissements du ciel. Je renouvelai 
mes leçons et je portai un décret, chargeant chacun des offi- 
ciers de le publier et faire connaître à tous. 

» Aussi, le 25 au matin, il survint une pluie heureuse qui 
tomba abondamment aux environs de la capitale. 

» C'est avec crainte et respect que l'on doit accueillir cette 
manifestation claire et éclatante de la volonté du ciel. Les gens 
de peu d'intelligence doivent constamment penser avec crainte 
et respect à cette manifestation du ciel. 

» Ainsi décrété. » 



— 85 — 

Dans un autre décret de l'année précédente, Yong-Tcheng 
dit expressément : 

« Les magistrats qui ne veulent faire et supporter que ce 
qui leur plaît, nourrissent la duplicité dans leurs cœurs et ne 
servent pas le prince avec sincérité et droiture, ne pourront 
certainement pas, s'ils continuent à se conduire de la sorte, 
obtenir le pardon du ciel. » (6 du 7 e mois de Tan 7.) 

Enfin, dans un décret du 10 du 7 e mois de Tan 5, il énonce 
en ces termes la théorie générale : 

« Décret suprême, 

» Comme je le disais dans mon décret du 1 er du 7 e mois, la 
justice qui agit et se manifeste, provoquée originairement par 
le ciel et l'homme, est plus rapide que l'écho. 

» Les inondations, sécheresses, calamités ou afflictions qui 
accablent toute terre, proviennent des actes des hommes. Soit 
que le gouvernement de l'empire soit négligé et faiblisse, soit 
que les gouverneurs, préfets et magistrats ne remplissent pas 
bien leurs fonctions, soit que dans un endroit quelconque les 
cœurs des gens soient astucieux et trompeurs et la doctrine 
pervertie, tout cela nuit à la faveur du ciel et attire les désastres 
et les malheurs. 

» Aussi, cherchant constamment à instruire et prévenir, j'ai 
publié maints édits pour enseigner cette vérité. 

» Me levant tôt, me couchant tard, j'ai toujours eu la crainte 
convenable et me suis appliqué à être diligent. Hais le monde 
est très vaste et les peuples sont très nombreux. (Je ne puis 
tout faire et dois bien me fier aux magistrats.) 

» Si les fonctionnaires veillent sincèrement sur le peuple, 
chacun en son endroit, s'ils le soignent comme leurs propres 
enfants, si leur règle est de partager les plaisirs et les peines 
de leurs subordonnés, de leur tracer la voie et les rendre 
meilleurs; s'ils savent considérer leurs maux comme les leurs 
propres, les peuples auront les dispositions les plus favorables 
et tout sentiment d'opposition, de malveillance, s'effacera. 



— 86 — 

» Si alors une pluie trop abondante survient contrairement 
au temps et amène des inondations; si, en ce cas, on prie sin- 
cèrement avec instance, pour obtenir secours pour le peuple, 
on pourra, selon son désir, faire changer les dispositions du 
ciel et assurer ses bienfaits. 

» Ainsi décrété. » 

Et, notons-le, l'empereur qui s'exprimait ainsi était le plus 
chinois des princes qui eût jamais occupé le trône impérial, 
celui qui s'était donné la mission de réagir contre les tendances 
de son père Kang-hi, d'annuler l'influence des Européens et 
de rendre la Chine aux hommes et aux doctrines de l'antiquité 
classique de la Terre des Fleurs. 

Nos lecteurs n'en demanderont pas davantage, je le pense, 
pour se convaincre que les Chinois ont toujours cru que les 
fautes des hommes offensent le pouvoir supérieur, divin, 
attirent sur eux des châtiments et les obligent, à réparer les 
offenses faites au ciel pour en obtenir le pardon et le retour 
de la faveur divine. 

Ils se demanderont même comment on a pu soutenir le 
contraire. 

Nous pouvons donc nous arrêter ici et résumer en quelques 
mots les points principaux des croyances de la Chine primitive : 

Les premiers Chinois n'adoraient ni le ciel matériel, ni des 
objets de terreur, ni les monts, les rivières ou les arbres. Ils 
croyaient à un dieu personnel, unique, souverain du ciel et 
des hommes, maître des empires, qu'il donnait ou enlevait 
selon les mérites ou les fautes des princes, providence veillant 
sur les bons pour les combler de biens et punissant les 
méchants en cette terre. Hais il ne semble pas que ce dieu 
était, à leurs yeux, le créateur du monde. Les Chinois primitifs 
ne s'étaient point préoccupés de l'origine des choses. A l'époque 
de l'antiquité moyenne, nous les voyons attribuer la production 
de l'homme et des objets terrestres au ciel et à la terre, non 
comme création, mais par une opération naturelle qu'on ne 
cherchait pas à expliquer. 



— 57 - 

Ils croyaient, en outre, à une loi morale immuable dont 
l'observation ou la violation entraînait le sort heureux ou mal- 
heureux des hommes qui s'y montraient soumis ou se riaient 
de ses préceptes. A leurs yeux les fautes, les crimes offensaient 
Dieu et demandaient expiation. Cette loi immuable, gouver- 
nant à la fois la nature physique et le monde moral, ils l'ap- 
pelaient Tien, ciel. La même conception se retrouve dans le 
Varuna indou, dieu du ciel, gardien des lois immuables du 
monde physique et moral. 

Ils croyaient aussi à des esprits inférieurs au Souverain 
suprême du monde, d'une nature invisible et supra-matériel le, 
préposés à la garde des différents éléments ou parties du monde 
et spécialement du sol, des montagnes et des rivières ainsi 
que des quatre régions célestes. Ces esprits étaient aussi censés 
prendre intérêt à l'observation des lois morales, être blessés 
par leur violation et coopérer à la punition des coupables. 

Ainsi les Chinois primitifs avaient conscience que les fautes 
des hommes offensent le Souverain-Maître du monde, attirent 
sa colère et ses châtiments, et que le coupable peut, doit même 
l'apaiser par son repentir et son amendement. Ces deux 
moyens étaient à leurs yeux les seuls qui pussent arrêter les 
effets du courroux céleste et divin. 

Enfin, ils croyaient à la spiritualité et à l'immortalité de 
l'âme, plaçaient leurs morts dans le ciel et leur rendaient des 
honneurs dont le but originaire était, semble-t-il, de les réjouir, 
de les réconforter dans l'autre monde et de les y faire jouir 
d'un sort heureux plutôt que de les honorer d'un vrai culte. 

A côté de la notion du Dieu personnel, Souverain suprême, 
Shang-Ti, il s'en était développée de bonne heure une autre 
qui finit par empiéter fortement sur la première. 

Ce fut celle du ciel immuable, fondement des lois tant 
physiques que morales. Conçu comme tel, il fut aussi provi- 
dence et vengeur du crime. C'était une puissance invisible et 
intelligente et non le ciel matériel; sous l'influence des idées 
tartares, très probablement, il grandit au point de se substituer 
presque entièrement au Shang-Ti. Dès le VI e siècle celui-ci 



— 58 - 

était presque entièrement oublié. Le ciel n'était d'abord l'objet 
d'aucun culte, il finit par accaparer celui que Ton rendait à 
Shang-Ti. Hais au temps de Confucius on savait encore quel 
en était le légitime titulaire. 

On s'est fréquemment étonné de ce que les anciens livres 
chinois ne parlaient jamais des peines de l'autre vie, ce qui 
semble contraster avec leurs autres doctrines. 

Je crois avoir expliqué ailleurs cette anomalie. Tout l'édifice 
social, moral et politique de la Chine était fondé sur la piété 
filiale, sur le respect des parents. Vénérer des parents damnés 
pour leurs crimes eût été chose très difficile. Pour couper la 
difficulté, on borna la scène des châtiments à l'horizon de 
cette terre; le reste fut passé sous silence. 

Plus tard nous voyons des théories se former où l'enfer 
prend une large place. Certains auteurs chinois en font une 
peinture des plus effrayantes. Hais c'est l'époque du boud- 
dhisme, et l'on ne saurait dire si ces conceptions sont unique- 
ment dues à l'influence des nouvelles doctrines ou si l'on doit 
y voir en même temps une réapparition de croyances conser- 
vées parmi les masses populaires. Venus du centre de l'Asie, 
les premiers Chinois avaient dû certainement se trouver en 
contact avec des peuples chez qui l'enfer était l'objet de la 
croyance générale. Et comme l'a démontré H. de Lacouperie, 
les Chinois avaient emprunté bien des choses à leurs voisins 
de l'Asie occidentale avant leur migration à l'Est. 

On voudra peut-être faire une restriction à l'exposé que nous 
venons de faire des croyances, religion des premiers Chinois, 
et soutenir, comme l'a fait l'un ou l'autre hagiographe, que la 
religion telle que nous venons de la décrire était bien celle de 
la cour et des grands, mais non celle du peuple ; que celui-ci 
était adonné à toutes sortes de superstitions qui sentaient plus 
le polythéisme et l'animisme même que le spiritualisme et la 
croyance en un seul Dieu ; les superstitions et croyances que 
l'on trouve plus tard en Chine ne seraient que ces mêmes doc- 
trines primitives de la nation chinoise. Quant à la masse de la 
population, cette objection ne soutient pas l'examen. 



-S9- 

D'abord parce qu'elle ne s'appuie sur aucun fait, sur aucun 
texte, mais est, au contraire, contredite par tous les textes et 
par tous les faits, et la soutenir ainsi sans preuve et contre 
toute preuve, c'est faire œuvre de fantaisie, et non de science. 

Sic volo, voilà la seule raison que Ton pourrait invoquer. 

On a vu d'ailleurs par le proverbe cité dans le courant de 
cette étude que la croyance au Shang-ti, par exemple, était 
celle du peuple même. Si, plus tard, on trouve des croyances 
très ditférentes répandues parmi les diverses populations qui 
formaient l'empire, ce fait s'explique par l'influence des popu- 
lations indigènes que l'invasion chinoise avait privées de leur 
autonomie ou qui en étaient venues à prendre le nom des con- 
quérants sans appartenir le moins du monde à leur race. Nous 
avons vu de nouvelles croyances s'introduire par l'empire des 
Tcheous; d'autres ont pu produire le même effet, et les peu- 
plades voisines mêmes de la terre des Hans ont pu aussi lui 
communiquer leurs idées et leurs pratiques religieuses. 

Que le peuple chinois ait eu avec la religion officielle des 
croyances superstitieuses, où le polythéisme, l'animisme ou 
tout autre système ait pu avoir quelque part, c'est ce que nous 
ne contesterons aucunement. Nous voyons partout et toujours 
régner les conceptions les plus disparates, les plus opposées. 

Mais ce n'est point là la religion de la nation et ne peut entrer 
en ligne de compte quand on apprécie la religion d'un peuple. 

Certes, nos populations chrétiennes ont gardé dans les 
croyances populaires des restes des erreurs du passé, et en ont 
souvent créé de nouvelles; mais elles n'ont rien de commun 
avec leur religion. Si certaines gens du peuple croient aux 
Nutons, aux Sotais, aux hommes de feu, s'ils consultent encore 
le sorcier, malgré les efforts et les protestations les plus éner- 
giques de leurs prêtres, on ne mettra sans doute pas ces folies 
au compte du christianisme. 

La vraie religion d'un peuple est celle des classes éclairées, 
celle que les organes, les ministres du culte enseignent et 
dirigent, et non ce que les gens grossiers et ignorants ima- 
ginent et se transmettent de génération en génération. 



- 60 - 

La Chine primitive en était encore à l'état patriarcal, les 
chçfs de la religion étaient encore chez elle les rois et les repré- 
sentants de l'autorité , laquelle du reste émanait du ciel aux 
yeux du peuple même. Les chefs de la nation étaient donc pour 
lui institués par Dieu comme ses ministres sous tous rapports. 
Enfin, les historiens chinois relatent avec soin tous les chan- 
gements survenus dans la religion de leur pays, les supersti- 
tions qui s'y introduisirent, l'altération successive des croyances 
et du culte; nous pouvons en suivre jusqu'à un certain point 
la marche et les progrès. L'objection n'est donc pas soutenable 
et le résultat de nos études subsiste en son entier. 

Les particuliers ont pu honorer l'esprit du foyer et d'autres 
encore; les fonctionnaires, ceux qui présidaient aux produits 
du sol, les esprits protecteurs des localités et provinces, etc., 
mais cela ne changeait rien au caractère des doctrines que 
nous avons exposées dans les pages précédentes. 

Telles étaient donc les croyances que la race chinoise apporta 
avec elle sur les rives du Fleuve jaune, bien supérieures sans 
doute à celles de la plupart des peuples à cette époque. 

Certes, ce petit groupe d'hommes qui s'avance à la conquête 
d'un monde immense, avec ces principes que leur chef est bien 
le lieutenant de Dieu, mais en même temps le père du peuple 
et qu'il n'a de pouvoir que pour rendre ses sujets heureux, ce 
petit peuple est digne de tout notre intérêt et l'on doit se 
plaire à lui rendre justice. S'il eût vécu moins isolé, si son 
existence n'eût pas été si tourmentée, il eût pu s'élever à des 
destinées bien plus grandes] encore, et Dieu sait celles que 
l'avenir lui prépare. 

Pendant l'impression de ces dernières pages, il m'est tombé sous les 
yeux un texte d'autant plus significatif qu'il émane de Tcheng-tze le philo- 
sophe moniste qui a formé le semi-matérialiste Tchou-hi. « Au Tcheou-li, 
dit-il, il n'est prescrit d'offrir le sacrifice (tze) qu'au seul Auguste-Souve- 
rain Maître du ciel, Shang-ti. » Voir le Sing4i-tsHng-y, t. XII, f. 20aî, 1. 2. 

Or, dans le Teheou-li, comme nous l'avons vu, l'ancienne religion avait 
déjà subi plus d'une altération, mais l'essence en était encore restée. 



LES 



NOCES D'ALEXANDRE FARNÈSE 



ET 



DE MARIE DE PORTUGAL 



NARRATION FAITE AU CARDINAL DE GRANVELLE 

PAR BON COUSIN GERMAIN PIERRE BORDEY, 

PUBLIÉE AVEC UNE INTRODUCTION ET DES NOTES, 

PAR 



Auguste CAS TAN, 

AMOCIÉ DR L'ACADÉMIE ROYALE DR BELGIQUE ET CORRESPONDANT 
DE L'iNSTITl'l NATIONAL DB FRANCE. 



tPiéseuté à la Classe des lettres dans la séance du 9 janvier 1888} 



Tome XLI. 1 



1 



LES 



NOCES D'ALEXANDRE FARNESE 



ET 



DE MARIE DE PORTUGAL. 



INTRODUCTION. 

Le mariage d'Alexandre Farnèse et de Marie de Portugal, 
célébré ù Bruxelles au mois de novembre 1565, fut l'une des 
circonstances qui accélérèrent le soulèvement des Pays-Bas 
contre la domination espagnole. Les fêtes brillantes auxquelles 
il donna lieu semblent avoir été les éclairs précurseurs d'un 
violent orage. Une narration précise de cet événement ne sau- 
rait donc manquer d'intérêt pour l'histoire de la plus nationale 
des insurrections politiques du seizième siècle. 



I 



Lorsque Philippe II était parti des Pays-Bas, en 1559, il avait 
remis le gouvernement de cette contrée h sa sœur naturelle, 
Marguerite d'Autriche, fille de l'empereur Charles-Quint et 
d'une plébéienne flamande. Déjà veuve d'Alexandre de Médicis, 
cette princesse était devenue duchesse de Parme, par un 
second mariage avec Octavio Farnèse. Le roi d'Espagne lui 
avait adjoint, comme ministre, Antoine Perrenot de Granvelle, 



(4) 

alors évéque cTArras *, bientôt après archevêque de Malincsot 
cardinal. Le dogmatique et ombrageux monarque comptait sur 
la gouvernante et sur son ministre pour réprimer, au profit de 
l'orthodoxie catholique, l'esprit d'indépendance qui animait 
traditionnellement les grands seigneurs aussi bien que les arti- 
sans de ces riches et laborieuses provinces. La création de 
nouveaux évêchés, la promulgation des décrets du Concile de 
Trente, les rigueurs inquisitoriales dirigées contre les héré- 
tiques : toutes ces mesures, les unes onéreuses, les autres vexa- 
toires, furent considérées comme une suite d'attentats à dos 
libertés d'autant plus précieuses qu'elles avaient été plus péni- 
blement conquises. Vainement Granvelle employa les ressources 
de son intelligente souplesse à moyen ner des accommodements 
entre les exigences du monarque espagnol et l'opposition de 
l'aristocratie des Pays-Bas : il ne réussit qu'à se faire passer 
pour l'inventeur des mesures dont, au contraire, il s'efforçait 
d'éloigner ou tout au moins d'adoucir la difficile application. 
Les seigneurs pensèrent avoir tout gagné en obtenant son éloi- 
gnement; mais la gouvernante, directement aux prises avec les 
sommations de l'aristocratie des Pays-Bas et la sombre résis- 
tance du roi d'Espagne, fut dès lors impuissante à atténuer le 
choc d'un conflit inévitable. Le moins intraitable des seigneurs, 
le comte d'Egmont, était allé en Espagne, à l'effet d'exposer au 

1 Nicolas Perrenot de Granvelle avait beaucoup fait pour l'avancement 
de Marguerite dans les bonnes grâces de l'empereur son père : aussi ceUc 
princesse témoignai t-ellc a Antoine Perrenot, devenu plus tard son 
ministre, les sentiments d'une amitié fraternelle. Lui écrivant depuis 
Rome, le 3 février 1548, elle terminait sa lettre par cette souscription 
autographe : « Vostre bone seur Màrgarita d'Austria ». (Bibliothèque 
nationale de Madrid, Corrcxpondcncia de Granvela, caja Y.) 



(S) 

roi les doléances de ses sujets des Pays-Bas et leur vif désir 
d'avoir la visite de ce monarque : il ne recueillit guère d'autre 
satisfaction que celle d'être agréable à la gouvernante, en lui 
ramenant son fils Alexandre Farnèse, qui venait d'achever à la 
cour d'Espagne son éducation de gentilhomme, et que sa mère, 
d'accord avec le roi Philippe II, avait fiancé à la princesse 
Marie de Portugal. 

II 

Alexandre Famèse, prince héritier du duché de Parme, 
n'avait pas encore vingt et un ans quand il s'installa près de sa 
mère au palais de Bruxelles, le 30 avril 1565. C'était un beau 
jeune homme, de noble et martiale tournure, mais affectant 
des manières hautaines dont s'offusquèrent bien vite les gens 
indisposés contre le régime que représentait la gouvernante. 
« Quant au prince de Parme », écrivait un gentilhomme de 
l'entourage de sa mère, « je ne puis aultre chose juger de luy, 
sinon qu'il a rappourté une nourriture d'Espaignol par trop; 
et à la longue se fascheroient les seigneurs de par deçà de si 
grande arrogance i ». La gouvernante, qui avait les illusions 
des tendres mères, ne faisait rien pour adoucir l'humeur de 
son fils : au contraire, elle trouvait bon qu'il exigeât d'être 
traité à l'égal d'elle-même 2 ; et quant aux noces à organiser en 

1 Pierre Bordey au cardinal de Granvelle, Bruxelles, 26 mai 1565 : 
Papiers d'État du cardinal de Granvelle, édit. Ch. Weiss, t. IX, p. 233. 

* Id., ibid. — Ce qui offusquait l'aristocratie des Pays-Bas était ce que 
la gouvernante admirait le plus dans son fils, « tant Espagnol en tout et 
par tout », écrivait-elle, « qu'il parait non seulement avoir été élevé, mais 
être né en Espagne, tant pour la langue, la seule qu'il parle étant celle 
de l'Espagne, que pour les manières et les habitudes ». (Gachard, Cor- 
respondance de Philippe II, 1. 1, p. 354.) 



(C) 

vue de son mariage, elle voulut leur donner un éclat absolu- 
ment royal. Par une coïncidence maladroitement amenée, ces 
noces allaient avoir l'inconvénient d'éclipser celles que la haute 
aristocratie des Pays-Bas préparait pour célébrer l'alliance de 
Floris de Montmorency, baron de Montigny, avec la fille du 

■ 

défunt prince d'Epinoy *. 

Les noces du prince de Parme ne devaient pas consister 
seulement en réceptions brillantes et en joutes pittoresques : il 
leur fallait un prélude beaucoup plus dispendieux que les fêtes 
les plus somptueuses. En effet, la fiancée résidait en. Portugal, 
et l'étiquette voulait qu'une ambassade de la cour des Pays-Bas 
allât l'y chercher en grande pompe. L'ambassadeur demandé 
pour cette mission fut le comte Pierre-Ernest de Mansfeld, qui 
se fit accompagner de sa femme, de son fils et d'une suite 
d'environ cent vingt personnes. Une délégation non moins 
nombreuse fut envoyée par la gouvernante 2 . A ces deux 
groupes s'ajoutèrent des domestiques, des gens de guerre et des 
matelots : de sorte qu'il y eut un millier d'individus embar- 
qués, avec leurs bagages, dans les quatre grands vaisseaux et 
les trois yachts qui partirent pour Lisbonne, depuis le port 
de Flessingue, le 13 août 1365. 

« Papiers d'État, t. IX, p. 579. 

* Le train pour aller en Portugal est parti dois vendredi dernier, 
assavoir les conte et contesse de Mansfelt avec son train particulier fort 
bien en ordre, en nombre d'environ six-vingt bouches, et autrelant de 
celluy de Son Altèze. Hz sortirent de court accompagnez du prince de 
Parme et de tous les seigneurs. Son Altèze a voit envoyé trois mille cseuz 
audit conte pour accoustrer ses gens ; mais il ne les voulut recevoir, et 
y va, comme Ton dit, a ses despens, espérant plus grande récompense à 
son retour ». {Bave au cardinal de Granvelle, Bruxelles, 9 juillet 1565 : 
Bibliothèque de Besançon, Mém. de Granvelle, t. XIX, fol. 25 mw.) 



( 7 ) 

Cette mise en scène était des plus inopportunes, car les fêtes 
qui devaient la suivre allaient fournir aux seigneurs mécontents 
l'occasion de se réunir, c'est-à-dire de comploter, en mémo 
temps que le chiffre de la dépense des noces donnerait au 
peuple des Pays-Bas, aigri déjà par une disette, un prétexte 
nouveau de récrimination contre un régime qui devenait rui- 
neux, tout en demeurant vexatoire. « Ce sera une chière 
espouse * », disaient les uns, « une chière dame de nopecs 
avant que arriver icy 2 », disaient les autres, tandis que quel- 
ques-uns faisaient malignement ce calcul : « Cecy ne se fera 
sans grandz frais, lesquelz Ton estime reviendront bien à cent 
mille florins ; c'est quasi le présent de mariage de la dame 3 ». 
Chacun savait que soixante brodeurs travaillaient au palais en 
vue des fêtes du mariage. La gouvernante n'eut conscience de 
son imprudente prodigalité que quand il fut trop tard pour 
enrayer les dépenses •*, et elle n'éprouva même pas la consola- 
tion d'être excusée par celui qui avait la plénitude de son 
aveugle tendresse. Dans un accès de mauvaise humeur, le 
jeune homme aurait dit, à propos de son mariage, « qu'il voul- 
droit que tout ce que vad et reviendra demeurast au fond de la 
mer » ». Le duc de Parme, venu exprès pour assister aux noces 

1 Yiglius au cardinal de Granvelle, Bruxelles, 14 juin 1565 : Papiers 
(TÉtat, t. IX, p. 280. 

f Bave au cardinal de Granvelle, Bruxelles, 13 août 1565 : Bibliothèque 
de Besançon, Mém. de Granvelle, t. XIX, fol. 172. 

5 Bave au cardinal, Bruxelles, 25 mai 1565 : Bibliothèque de Besançon, 
Mém. de Granvelle, t. XVIII, fol. lO3t*rx0. 

4 Morillon au cardinal de Granvelle, Bruxelles, 21 mai 1565 : Papiers 
d'État, t. IX, p. 218. 

3 Morillon au cardinal de Granvelle, Bruxelles, 9 juillet 1565 : Papiers 
d'État, t. IX, p. 386. — Le même propos est rapporté en ces termes par le 



1 



(8 ) 

de son fils *, aurait été loin, disait-on, d'en approuver le 
fastueux programme. Blessée de ces critiques amères, et pou- 
vant déjà prévoir la rupture des négociations entamées parles 
seigneurs des Pays-Bas avec la cour d'Espagne, la gouvernante 
eut un accès de profond découragement. Cette crise est ainsi 
dépeinte dans une lettre écrite à Bruxelles le 15 octobre 1565 : 
« Il y a deux jours que madame de Parme ne faict que plorer 
par deux ou trois heures au coup. Je ne sçay si c est que le Roy 
luy a escript choses que ne luy plaisent, ou s'il y a du malcon- 
tentement du Duc pour la folle et oultrageuse despense des 
nopces, dont non seullementluy, mais les seigneurs et le peuple 
se mocquent, ou si c'est pour les deux ensamble ; mais tant y at 
que Ton sçait à parler par toutte la ville de ceste plorerie 2 ». 

secrétaire Bave : « Ledit prince de Parme démonstre peu s'en soucier, et, 
à ce que dient les bailles (c'est-à-dire à ce qui se raconte dans les bailles 
ou clôtures qui précédaient le palais de Bruxelles), il at dit souvent qu'il 
voudroit que sa future femme demeurât an milieu de la mer ». [Lettre 
au cardinal de Granvelle, Bruxelles, 9 juillet 1563 : Bibliothèque de 
Besançon, Mèm. de Granvelle, t. XIX, fol. 25 verso.) — Le propos fit son 
chemin, car on le trouve ainsi commenté dans une lettre de Thomas 
de Chantonay, ambassadeur d'Espagne à Vienne, écrite a son frère le 
cardinal de Granvelle : « Je ne m'esbahis des propoz du prince de Parma 
touchant l'arrivée de son espousée, car c'est tout légèreté, et est aussi 

bien homme pour, avant partir de Flandres, prendre la v et la 

donner à sa femme comment ung aultre ». (Lettre du 24 novembre 1565 : 
Bibliothèque de Besançon, Mémoires de Granvelle, t. XXI, fol. 130 verso.) 

1 « Le duc de Parme doibt arriver ce soir, et, à ce qu'on dit, assez 
accompaigné; mais en fin ce seront maigres contes, selon la mode de là ». 
(Bave au cardinal de Granvelle, Bruxelles, 7 octobre 1565 : Bibliothèque 
de Besançon, Mém. de Granvelle, t. XX, fol. 135 verso.) 

f Morillon au cardinal de Granvelle, Bruxelles, 15 octobre 1565 : 
Papiers d'État, t. IX, p. 601. 



(9) 

Cependant la flotille envoyée à Lisbonne était en route pour 
revenir au port d'embarquement : elle ramenait la jeune 
épouse, entourée de tout un personnel portugais qui allait 
composer sa maison i. Depuis Londres arrivait aussi l'ambas- 
sadeur d'Espagne près la cour d'Angleterre, avec mission de 
représenter Philippe II aux noces et d'offrir, au nom de ce 
monarque, une bague ù la mariée *. Tous les grands seigneurs 
des Pays-Bas, iiabituellement dispersés dans les provinces où 
ils exerçaient des commandements, avaient été conviés aux 
fêtes du mariage 3, et s'étaient rendus à cette invitation. Réunis 

1 u Rostre flotte de Portugal arriva le 3 de ce mois en Zélande, et atten- 
dons à jourd'huy la dame de nopces icy cumPortugallica turban. (Visitas 
de Zuichem au cardinal de Granvellc, Bruxelles, 11 novembre 1565 : 
Bibliothèque de Besançon, Mémoires de Granvelle, t. XXI, fol. 50.) 

* Sur ce mince cadeau de Philippe II, nous sommes renseignés par 
les passages qui vont suivre de deux dépêches des Papiers Granvelle. — 
Thomas de Chantonay à son frère le cardinal de Granvelle (Vienne, 
â4 novembre 1565) : « Seulement le cinquiesme de ce mois, Ton atten- 
doit la princesse de Parma à Gant, selon ce que m'escrit nostre ambas- 
sadeur d'Angleterre qui estoit à Anvers, député pour assister aux nopces 
et porter une baghe à la dame ». (Bibliothèque de Besançon, Mémoires 
de Granvelle, t. XXI, fol. 130 verso.) — Le cardinal de Granvelle à Viglius 
(Besançon, 7 décembre 1565) : « Je sçavoye jà pièça, par la voye d'An- 
vers, l'arrivée de la flotte de Portugal, et mesmes par lettres que nostre 
ambassadeur m'escript doiz là. Je ne faiz doubte qu'il y aura bien sçeu 
représenter son personnage; mais je suis marry que le présent ne sera 
esté de même, et crains que Madame ne s'en donne de la peine ; et à la 
vérité, en choses de ceste qualité, je vouldroye que l'on luy compleust, 
mais que à la reste Ton fist cheminer le cheriot droit». (ld.,ibid., fol. 198.) 

3 « En attendant , se font icy les plus grandz appretz du monde; 

et rompe-l'on les chambres qu'avoient cy devant esté faiz en la grand sale, 
pour y jouster et faire le banequet, pour lequel l'on mandera tous les 



1 



(10) 

déjà, une vingtaine de jours auparavant, pour les noces du 
baron de Montigny, ils avaient échangé leurs impressions sur 
le fail du mutisme dans lequel se renfermait Philippe II à 
Tégard de leurs doléances i. 

Ils purent espérer toutefois qu'à l'occasion des noces d'un 
jeune prince que Philippe II regardait comme son fils *, ce 
monarque romprait un silence dont la prolongation rendait 
anxieux les invités de la gouvernante 3. Le silence fut, en effet, 
rompu par la célèbre dépêche datée du Bois de Ségovîe, qui 
parvint à Bruxelles le 5 novembre 1565 4, en même temps que 

chevaliers de l'Ordre, et par dessus iceulx l'évesque de Cambrav, le vis- 
conte de Gand, le seigneur de Noircarmes, et encores ung que j'ay oblié, ce 
me semble, et que c'est le conte de Culenbourg, et seigneur de Brederode j 
et y sont comprins toutes leurs femmes et servyteurs : je me double, si 
elles viennent, qu'il y aura question sur la précédance ». {Bave au cardi- 
nal de Granvelle, Bruxelles, 7 octobre 1365 : Bibliothèque de Besançon, 
Mém. de Granvelle, t. XX, fol. 134.) 

1 « Ayant esté tous assemblez aux nopees de M. de Montigny, où s'est 
fait ung fort riche tornoy, et qu'ilz sont encores icy tous ensemble, il est 
bien à penser que ce n'est pas sans faire entre eulx plusieurs divers dis- 
cours ». {Bave au cardinal de Granvelle, Bruxelles, 4 décembre 4565 : 
Correspondance de Granvelle, édit. Poullet, 1. 1, p. 24.) 

* Ce sont les expressions de Philippe H, dans une dépêche adressée à 
la gouvernante et dont Straoa donne le texte : Histoire de la guerre de 
Flandre, trad. franc. (1644, in-fol.), p. 180. 

* « Il y a trois mois passez qu'il n'y a lettres du Roy ny de sa court, et 
ne sçavent ces seigneurs que dire que Sa Majesté tarde tant à eulx res- 
pondre, demeurans toujours d'opinion qu'Elle ne pourra faire aultrement 
que passer par leur advis.... ». {Bave au cardinal de Granvelle, Bruxelles, 
7 octobre 1565: Biblioth. de Besançon, Mém. de Granvelle, t. XX, fol. 133.) 

4 Gachard, Correspondance de Philippe II, t. I, p. cxxxix-cxl; — 
Edm. Poullet, Correspondance de Granvelle, 1. 1, p. lxxvi. 



(11 ) 

la flotille nuptiale opérait son débarquement. Mais le contenu 
de celte dépêche fut loin d'atténuer le fâcheux effet qu'avait 
.produit le mutisme royal, car Philippe 11, attaché plus étroite- 
ment que jamais k l'idée fixe d'être avant tout le défenseur de 
l'orthodoxie catholique, rejetait les avis des théologiens et le» 
remontrances de l'aristocratie des Pays-Bas, en ordonnant de 
donner suite à la persécution religieuse qui affligeait ces pro- 
vinces et portait une grave atteinte à leur prospérité. En retour 
de cette décision, aussi monstrueuse qu'elle était inattendue, 
les seigneurs répliquèrent par une ligue d'opposition dont 
l'acte, connu sous le nom de Compromis des nobles, fut rédigé 
clandestinement pendant la durée des fêtes l. Celles-ci n'en 
furent pas moins animées et brillantes; les chefs de l'opposi- 
tion affectèrent même d'en diriger les principaux divertisse- 
ments : le comte d'Egmont, déguisé en chef de sauvages, fit 
combattre son escadrille velue contre des amazones qui comp- 
taient parmi elles le jeune marié, Alexandre Farnèse, et mar- 
chaient sous la conduite du prince d'Orange. Qui aurait pu 
deviner le sort tragique que l'aberration mentale de Philippe II 
allaitfaireaux principaux acteurs de cette inoffensive momerie? 
Moins de trois ans après, le comte d'Egmont devait porter sa 
tête sur un échafaud dressé, par les ordre du duc d'Albe, au 
nom des intérêts catholiques de l'Espagne; un peu plus tard, 

4 Groen van Prinstereb, Archiv. ou correspondance inédite de la Maison 
d'Orange Nassau, t. II, pp. 2-15. — La constitution de la ligue des sei- 
gneurs, pendant les noces d'Alexandre Farnèse, est attestée en ces termes 
par le cardinal de Granvelle, écrivant à Philippe II (Rome, 10 mars 
1566) : « Mal negocio es haverse renovado la liga en las bodas dcl prin- 
cipe de Parma, sabiendo que V. Mag* no huelga con elle- ». [Correspond 
dance du cardinal de Granvelle, 1. 1, p. 149.) 



1 



( 12 ) 

Alexandre Farnèse, devenu l'un des grands capitaines de son 
temps, mettait ù prix la tête du prince d'Orange et le désignait 
ainsi au coup de pistolet de l'halluciné franc-comtois Ballhasar 
Gérard ! 

III 

Parmi les hommes politiques qui pouvaient prévoir ces 
sinistres conséquences, un seul aurait été capable de les con- 
jurer dans une large mesure : c'était le cardinal de Granvelle *. 
Mais l'aristocratie des Pays-Bas, froissée de subir en sa per- 
sonne l'ascendant d'un homme supérieur dont elle dédaignait 
la modeste origine, avait réussi à le faire secrètement congé- 
dier * ; de plus, elle encourageait les intrigues que le franc- 

1 « Je prévoye beaucoup de choses que je n'ose dire, pour non être 

tenu pour pronosticateur ou pour Cassandra ; et me doubte que 

Madame s'appercevra dans trois moys que je luy ay prognostiqué beau- 
coup de véritez ». (Le cardinal de Granvelle à Yiglius : Baudoncourt, 
10 juillet, et Besançon, 31 octobre 1565: Papiers d'État, t. IX, pp. 390 
et 638.) — « Les historiens, partisans de la révolution et de la réforme », 
écrivait Gachard, en 1846, « ont fort maltraité le cardinal de Granvelle. 
. — La réaction qui s'est opérée dans les esprits, depuis que les sources 
historiques ont été plus connues et mieux établies, a été favorable au 
ministre de Philippe II » (Correspondance de Philippe II, 1. 1, p. clxix). 
— Et, plus récemment, Térudit M. Charles Piot développait en ces 
termes la pensée de son éminent prédécesseur : « Granvelle n'était pas le 
tyran tel que les pamphlets du seizième siècle nous le représentent. 
Dévoué à son souverain, mais patriote avant tout, le cardinal voulait rem- 
ploi de la douceur et de la clémence; il abhorrait les rigueurs du duc 
d'Albe et les excès des Espagnols » (Bulletins de l'Académie royale de 
Belgique, 3* série, t. IX, 1885, p. 456). 

1 Gachard : Le cardinal de Granvelle quitta-t-il spontanément Us Pays- 
Bas en 1564? ou sa retraite fut-elle l'effet des ordres de Philippe //? — 



f 13 ) 

comtois Simon Renard tramait à Madrid contre son bienfai- 
teur 1. Malgré les invitations que lui faisait Philippe II d'aller 
s'établir à Rome où il aurait participé à la gestion des affaires 
de la catholique Espagne 2 , Granvelle préférait demeurer en 
Franche-Comté, afin de donner à sa retraite les apparences 
d'un congé temporaire qu'il aurait sollicité pour revoir son 
pays et adoucir la vieillesse de sa mère 3. De Besançon et de 

Sur la chute du cardinal de Granvelle en 1564. Ces deux opuscules, qui 
résolvent pleinement les questions mentionnées dans leurs titres, font 
partie des Bulletins de l'Académie royale de Belgique, 1™ série, t XII et 
t XVI. 

1 La vie et les agissements de Simon Renard ont été l'objet d'une 
savante et judicieuse étude publiée par M. Thidon, dans les Mémoires de 
la Société cTÊmulation du Doubs, fr série, t. VI, 1881, pp 107-376. 

f Gachard, Correspondance de Philippe II, 1. 1, p. 376. 

* « L'arrivée de M. de Chantonay, mon frère, à Bruxelles, avec l'inten- 
tion de se rendre en Bourgogne », écrivait Granvelle, « me parut un pré- 
texte plausible pour venir moi-même en ce pays, où je n'avais pas été 
depuis dix-neuf ans, et pour revoir ma mère, que je n'avais pas vue 

depuis quatorze ». {Lettre à Goncalo Perez, Besançon, 20 avril 1564, 

traduite de l'Espagnol, par Gachard : Correspondance de Philippe II, 1. 1, 
p. 298.) — Granvelle possédait la faculté de résignation, qui n'appartient 
qu'aux hommes supérieurement équilibrés. Il en donnait la preuve dans 
le passage suivant de l'une de ses nombreuses lettres au président Viglius : 
« Quant à moy, si j'estoye là, je n'en sorliroye et procurcroye de faire 
mon debvoir, ores qu'il me deust couster la vye; mais puisque Dieu m'a 

faict la grâce de, avec sy bonne occasion, en sortir , je me tiens 

heureulx d'en estre dehors, et apperçeoyc bien la folye que j'auroye faict 
d'y demeurer ; et je confesse que je ne sçauroye assez rendre grâces à 
Dieu de ce que j'apperçoys que, par ceste absence, je n'ay rien perdu ny 
vers mon maistre, ny en l'opinion des gens de bien ; et suis encores en 
opinion d'attendre la venue du maistre, ou l'aller trouver, et de faire tout 



(14) 

plusieurs des résidences qu'il avait en Franche-Comté, il 
entretînt, pendant vingt mois *, une correspondance active dont 
les Pays-Bas étaient le principal objectif: à la gouvernante il 
faisait passer de prévoyants avis sur la manière d'éviter une 
coalition des seigneurs; au roi d'Espagne il cherchait à per- 
suader que la venue de ce monarque, désirée par toutes les 
classes de la population des Pays-Bas, serait le plus sûr moyen 
de résoudre à l'amiable les questions pendantes entre l'aristo- 
cratie de ces provinces et le gouvernement espagnol â . Jusqu'à 
l'arrivée de la funeste dépêche qui s'intercala dans les fêles du 
mariage d'Alexandre Farnèse, Granvelle crut à l'efficacité des 
raisonnements qu'il tenait au roi Philippe II, et s'attendait posi- 
tivement à rentrerauxPays-Basen compagnie de ce monarque^. 

ce qu'il vouldra, horsmys d'aller par delà sans sa présence pendant que 
tout y ira comme il vad. Et cependant je faiz icy bonne et joyeuse chière; 
et s'esbéhissent ceulx quy vouldroient que je remuasse le mesnage, 
pour leur donner matière, que je ne me mesle de rien, non plus que sy 
j'estoye ung estrangier passant, entendant seullement à mes affaires, ne 
bougeant de ma chambre synon pour proumencr, à faire exercice à 
l'église et vers madame (la mère du cardinal), et faisant mes dépesches. 
où je doibz correspondre, sans bruyt ». (Granvelle à Viglius, Besançon, 
31 octobre 1365 : Papiers d'État, t. IX, pp. 638-639.) 

1 Le cardinal, parti de Bruxelles pour la Franche-Comté au miUeu 
du mois de mars 1364, ne quitta cette province que le 31 décembre 
1365 : il qvait alors perdu tout espoir de rentrer aux Pays-Bas en com- 
pagnie du roi d'Espagne, et il saisissait le prétexte plausible de la réunion 
d'un conclave pour se rendre à Rome. 

* Ces dépêches sont en grande partie publiées ou analysées dans le 
tome I de la Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas, 
et dans les tomes VIII et IX des Papiers d'État du cardinal de Granvelle. 

3 Au point de vue de cette éventualité, l'ambassadeur Chantonay, son 
frère, lui indiquait en ces termes une règle future de conduite : « Si tant 



( 15) 

La mission qu'il ambitionnait d'y remplir est ainsi définie dans 
une de ses lettres : « 11 y a longtemps que Ton est après pour 

donner à entendre aux villes et à plusieurs de la noblesse 

aussy que je ta sel? e de les soubmettre aux Espaignolz, qu'est 
faulx et n'y pensay oneques ...... comme souvent je leur ay 

dict en plein Conseil, et qu'il n'y a quy que ce soit d'eulx quy 
plus hardiement et résoluement que moy voulust employer sa 
personne et sa vie pour le soustenement de la liberté et des 

privilèges du pays, mais non au préjudice de l'auctorité 

du maislre, pour corrompre et perdre la justice sans 

laquelle les moindres seront proye des grands * ». 

La rentrée de Granvelle au gouvernement des Pays-Bas était 
désirée par tous ceux qui, n'ayant pas plus de goût pour les 
persécutions religieuses que pour les révolutions politiques, 
auraient voulu épargner à cette contrée les tiraillements résul- 
tant de la rivalité des seigneurs, la brutalité des insurrections 
du peuple, la répression sanguinaire dans laquelle périrent, 
par la main des bourreaux, dix-huit mille six cents personnes 
inculpées d'hérésie ou de rébellion. Ces modérés, que l'on 

estoit que, venant le Roy, Vostre Seigneurie retorna en Flandre, pour 
l'amour de Dieu, puisque il y a ung président du Conseil d'Estat qui peult 
travailler, qu'il face les dépesches luy-mesmc, affin qu'il ne semble que 
Vostre Seigneurie veulle retenir auctorité; car encoires y aura-il assez 
affaire de esteindre la jalousie de la précédence à cause du cardinalat, 
que doibt extrêmement tormenter le cueur de ceulx qui l'ont hault, 
mesme en ce temps tant contraire à gens de la profession de Vostre Sei- 
gneurie Illustrissime ». (Thomas Perrcnot de Chantonay à son frère le 
cardinal de Granvelle, Vienne, 24 novembre 4565 : Bibliothèque de 
Besançon, Mém. de Granvelle, t. XXI, fol. 136 verso). 

« Le cardinal de Granvelle au secrétaire Bave, Besançon, 18 avril 1564 : 
Papiers a"Ètat % t. VII, p. 506. 



(10) 

appelait les cardinalistes, avaient à leur tête le duc Philippe 
d'Arschot, chevalier de la Toison d'or, Viglius de Zuichem r 
président des Conseils de la gouvernante, et Josse Bave, l'un 
de ses secrétaires d'Etat. Ces personnages entretenaient une 
correspondance suivie avec Granvelle, se concertant pour 
qu'aucun mouvement de ses adversaires politiques ne lui fût 
inconnu. Hais le cardinal avait en outre u Bruxelles des affidës 
qu'il pensionnait et dont il recevait périodiquement de 
copieuses lettres, qui constituent un véritable journal des inci- 
dents de la lutte que soutenait le libéralisme flamand contre 
l'intolérance espagnole *. Le plus actif de ces correspondants 
intimes était Maximilien Morillon, ancien camarade d'études 
du cardinal et devenu son vicaire général pour l'archevêché de 
Matines. Venait ensuite le maître des comptes Odet Viron, 
préposé à la gestion des domaines que Granvelle possédait dans 
les Pays-Bas. Le cardinal était également renseigné par Pierre 
Bordey, son cousin germain, qu'il avait fait attacher, en qualité 
de gentilhomme de la bouche, à la maison de la gouvernante *• 
Les imprudentes folies faites par cette princesse, à l'occasion 
du mariage de son fils, ne purent manquer de saisir vivement 

4 Sur les correspondants du cardinal pendant la période de son exil 
en Franche-Comté, on peut consulter la remarquable Préface d'Edmond 
Poullet, placée en tête du premier volume de la Correspondance du 
cardinal de Granvelle, pp. xxxix-xlv. 

* <c Je tiendra y main d' ad ver tir Sadicte Seigneurie Illustrissime tous- 
jours de ce que je sçauray et se passera pardeçà ; et tâcheray d'entendre 
nouvelles, toutefois si dextrement que ce sera sans faire congnoistre que 
je soys curieux de telles choses, afin que Ton ne pense que je soys icy 
demeuré par cest effect, comme jà aulcuns ont heu opinion ». (Pierre 
Bordey au cardinal de Granvelle, Bruxelles, 6 avril 1564 : Bibliothèque 
de Besançon, Mémoires de Granvelle, t. XI, fol- 24.) 



(17 ) 

l'attention de Granvelle : aussi, voulant être fidèlement rensei- 
gné à cet égard, octroya-t-il un subside qui permit à son cousin 
Pierre Bordey de s'embarquer sur la flotille envoyée en Por- 
tugal pour ramener la fiancée d'Alexandre Farnèse i. Une 
relation de ce voyage et des fêtes qui le suivirent avait été natu- 
rellement adressée au cardinal : « je m'en remets au distours 
de M. Bordey », lui écrivait Morillon, « car je n'ay rien veu ny 
voulu veoir 2 ». Cependant la relation écrite par Pierre Bordey 
ne figure dans aucune des séries imprimées de la correspon- 
dance de Granvelle. L'éditeur des Papiers d'État du cardinal 3, 
n'ayant pas rencontré cette pièce dans le recueil des dépêches 
formé par l'abbé Boisot, avait même omis de faire transcrire 

* « J'entendz que monsieur Bordey est sur le billet pour faire ce voiage. 
Il est mauvais maronier, avec ce qu'il yrat à la pire saison de l'an. Si 
quelque maladie le pregnoit, je crains qu'il trouveroit peu d'amys en 
ladite compaignie. — Depuis, le maistre d'hostel luy a dit se tenir prest. 
Hz iront xvi gentilzhommes, et auront officiers, médecin et apoticairc. 
Ledit sieur Bordey m'a prié de l'adsister d'argent, s'il fault qu'il parte 
devant avoir response de Vostre Seigneurie, ce que je feray ». (Morillon 
aucard. de Granvelle, Bruxelles, 21 mai 1565 : Biblioth. de Besancon, 
Lettres de Morillon, t. Il, fol. 27 verso.) 

* Morillon au cardinal, Bruxelles, 9 décembre 1565 : Correspondance 
du cardinal de Granvelle, 1. 1, p. 43. 

3 Le nom de Charles Weiss figurant seul sur les titres des neuf volumes, 
imprimés aux frais de l'État français, des Papiers d'Élat du cardinal de 
Granvelle, cet écrivain passe naturellement pour l'éditeur de la publica- 
tion; mais, en réalité, il est simplement l'auteur de la Notice préliminaire 
placée en tête du premier volume. Le choix des textes et leur annotation 
sont l'ouvrage de Charles Duvernoy, de Montbéliard, érudit qui doit être 
regardé comme le véritable éditeur du recueil. La traduction française 
des dépêches écrites en langue espagnole avait été fournie par Théodore 
Belahy, de Besançon. 

Toke XL!. 2 




( 18) 

les lettres de Pierre Bordey qui sont, en quelque sorte, la pré- 
face et les annexes du grand récit de l'expéditon nuptiale. 
Il en résulte que, dans les deux séries publiées de la corres- 
pondance du cardinal de Granvelle, on ne trouve, sur «l'arrivée 
de la princesse de Parme », qu'un tableau sommaire du secré- 
taire d'Etat Jossc Bave, lequel s'excuse d'en «dire succinctement 
deux motz, sachant que par aultres Son IllustrissimeSeigneurie 
en est amplement advertie * ». V ample avertissement de Pierre 
Bordey a fini par se retrouver : Jules Chiflct, qui avait opéré, 
concurremment avec l'abbé Boisot, le sauvetage des papiers du 
du cardinal de Granvelle restés à Besançon, s'était emparé de cette 
pièce capitale et l'avait consignée dans un de ses portefeuilles*. 
En tète de cette relation, qui n'a pas moins de treize grandes 
pages et demie, le cardinal a écrit de sa main : « Discours du 
voyaigede la princesse de Portugal et de ceulx qui l'allèrent 
querre ». On lira ci-après ce texte, précédé et suivi des indica- 
tions préalables ainsi que des renseignements complémentaires 
que Pierre Bordey avait donnés à son Mécène au sujet de la 
même aventure. 

IV 

Sur l'accomplissement de ce mariage princier, qui fut en 
même tempsl'occasion d'un divorce entre l'aristocratie des Pays- 
Bas et la couronne d'Espagne, on s'en rapportait principale- 
ment au récit du jésuite Famiano Strada, écrit une soixantaine 
d'années après l'événement et par le panégyriste attitré de la 
maison Farnèse. Entre les incidents de la navigation périlleuse 
opérée par la flotille qui revenait de Lisbonne, Strada n'a 

1 Correspondance du cardinal de Granvelle, 1. 1, pp. 32 et 33. 

* Bibliothèque de Besançon : manuscrits Chiflet, n° 72, fol. 146-152. 



(19) 

retenu que ceux dans lesquels Marie de Portugal montra du 
courage ou s'arma de piété farouche * : c'est ainsi qu'il loue 
cette princesse d'avoir, étant à Douvres, protesté contre la 
proposition qui lui fut faite d'envoyer un gentilhomme saluer 
de sa part la reine hérétique de la Grande-Bretagne; qu'il 
admire ensuite la demande adressée par cette même princesse 
à une dame anglaise de lui céder ses deux jeunes enfants, 
attristée qu'elle était que ces charmants petits êtres fussent 
déjà, comme issus d'hérétiques, les esclaves de l'enfer. 

Tout en rendant justice aux qualités de la princesse Marie de 
Portugal, Pierre Bordey n'est le panégyriste d'aucune des per- 
sonnalités ayant figuré dans les épisodes dont il présente une 
narration circonstanciée et fidèle. Il n'interrompt même pas 
son récit pour rapporter les propos qu'il tint, en devisant sur 
l'un des navires,pour réfuter les calomnies dont Granvelle était 
l'objet de la part de ses ennemis : cet incident n'est relaté que 
dans une de ses lettres complémentaires. Quant à son Discours 
du voyaige de la princesse de Portugal, c'est un morceau inté- 
ressant dans tous ses détails et qui méritait incontestablement 
detre tiré de l'oubli. 

L'auteur y fait un tableau vivant de la cour de Portugal, où 
trônait un enfant de onze ans. Il décrit le cérémonial des 
audiences et le luxe des festins qui eurent lieu en l'honneur de 
l'ambassade des Pays-Bas, n'oubliant même pas « le flux de 
ventre estrange avec vomissement » dont plus de huit gentils- 
hommes furent atteints à la suite d'un de ces banquets. Il 
trace un portrait de la future épouse d'Alexandre Farnèse : 
a quant à la princesse », dit-il, « elle n'est ny belle, ny laide; 

* Histoire de la guerre de Flandre, trad. franc. (1644, in-fol.), pp. 181- 
i85. 



( 20) 

néantmoings clic est forl petite; mais ce que deftault à la 
beau lié..., sa bonne grâce, sa grande humanité, vertu, pru- 
dence et doctrine certainement récompensent entièrement ce 
deftault * ». Il a des ternies moins galants pour qualifier les 
gens qui composaient- la maison de cette princesse et dont le 
nombre dépassait cent trente personnes : « desquelx », dit-ih 
« ostez diy ou douze et trente-trois femmes qu'elle mesne avre 
elle, toute la reste est canaille, néantmoings en leurs parolles 
Idalgos comnVel Rey ». A propos des vols nombreux dont 
l'ambassade fut victime, sa plume trouve une expression pitto- 
resquement vengeresse : « nulles joustes, ny tournoys, ny 
aultres esbaltements ne se firent en tout le temps que nous 
fumes là, mais bien des tournois des mains crochues assez », 
Il dépeint avec non moins d'esprit les manœuvres de la cour 
de Portugal pour récupérer en droits de douane la valeur de 
ce qu'emportait la jeune mariée, comme aussi les stratagèmes 
employés pour hâter le départ d'une ambassade qui aurait pu 
se nommer légion, et dont on ne désirait pas le séjour trop pro- 
longé à Lisbonne. Une fois lancée dans l'Océan, la flotille fît 
d abord quatre-vingts lieues de navigation en sens inverse du but 
à atteindre, au risque de donner dans les repaires des pirates 
de la Barbarie. Les pilotes ayant retrouvé le nord, la flotille 
gouverna dans la direction des côtes de l'Angleterre; mais elle 
eut à subir une horrible tempête : toutefois si les avaries furent 
considérables, le naufrage put être évité. Quand la lïotille arriva 
à Douvres, le vaisseau amiral n'avait plus ni chair, ni vin. Là se 
trouvèrent des pilotes pour diriger la flotille sur Middelbourg, 

1 Ce portrait remplacera avantageusement la peinture outrée de 
Strada, qui a été reproduite par les historiens modernes. Voyez Motijïy. 
Révolution des Pays-Bas, trad. franc. (1861), t. I, p. 589. 



( 21 ) 

on lui faisant éviter les bancs de sable. Une nouvelle bour- 
rasque rendit le débarquement difficile : il s'effectua pourtant, 
lit Pierre Bordey redevient amusant au sujet des premières 
coquetteries réciproques d'Alexandre Farnèse et de son austère 
épouse. La bénédiction nuptiale fut donnée le soir même de 
l'arrivée à Bruxelles; mais la princesse ne voulut appartenir à 
son mari qu'après une messe ouïe le lendemain matin : en re- 
vanche, le prince n'attendit pas la nuit pour user de son droit 
légitime. Huit jours après fut donné le grand festin, suivi d'un 
bal déguisé qui se termina par le service du « bancquet des 
sucrades », dont la ville d'Anvers avait fait les frais évalués à 
plus de 3,001) florins : la pièce principale représentait, en 
sucrerie décorative, tous les épisodes saillants du voyage qui 
venait d'être accompli par l'ambassade de la gouvernante. 
A son tour, mais seulement le mardi 4 décembre, le peuple 
eut la représentation de joutes données sur le grand marché de 
Bruxelles : ce spectacle magnifique fut contrarié par la pluie. 
« Ceulxde la ville », dit un contemporain, « l'eussent volon- 
tiers excusé, pour la crierie du peuple, a cause de la chierté 
du bled t ». 



Pierre Bordey, le narrateur des incidents qui viennent d'être 
rappelés, appartenait ù une ancienne famille du bourg de 
Vuillafans, localité qui produisit également Balthasar Gérard, 
l'assassin du prince d'Orange. Vuillafans est situé dans la vallée 
pittoresque de la Loue, à 8 kilomètres en amont de la petite 

1 Bave au cardinal de Granvclle, Bruxelles, \ décembre 1565 : Corres- 
pondance, 1. 1, p. 34. 



( 22 ) 

ville d'Ornans, berceau de la famille Perrenot de Granvelle, 
L'une des sœurs du garde des sceaux de Charles-Quint, Guille- 
mette Perrenot, fut la première femme de Jean Bordey Faîne, 
que son beau-frère fit anoblir i. Trois garçons, issus de ce 
mariage, François, Charles et Pierre Bordey, éprouvèrent les 
bienfaits du cardinal de Granvelle, dont ils étaient les cousins 
germains. Jeanne, leur sœur, avait été épousée en secondes 
noces par Paneras Bonvalot, autre parent du cardinal, comme 
fils d'un oncle de sa mère Nicole Bonvalot. Les frères Bordev, 
donnés pour compagnons d'études ù leurs cousins germains 
Perrenot de Granvelle, firent ainsi gratuitement leurs classes » 
Louvain 2 , sous la gouverne d'Adrien Àmerot, ancien condis- 



1 « Bordey, de Vuillafans, annobli par l'empereur Charles-Quint, à la 
prière de Nicolas de Granvelle..., en 15:23 ». (LHnand, Nobiliaire du 
comté de Bourgogne, ms. de la Bibliothèque de Besançon, t. I, fol. 297.) 
— Les armoiries de cette famille étaient : « de gueulle a deux bourdons 
de pèlerins d'or posés en pal, et trois estoiles de mesine à la pointe de 
Tescu, posées deux et une, celle du milieu entre les deux bourdon?: 
timbre, un buste d'homme barbu au naturel, vestu d'or ». (Lampixet. 
Armoriai de Franclie-Comlc, ms. de la Bibliothèque de Besançon, fol. 38 
verso.) 

* Dans le registre autographe des épitres latines écrites par Antoine 
Perrenot de Granvelle. le futur cardinal, durant son cours d'études juri- 
diques à Padouc, il en est une portant cette adresse : « Hieronymo 
Perrenoto et Francisco Bordero, fratri et cognato charissimis, Patavii, 
v mardi 1537 » (Ms. de la Bibliothèque du Roi, a Madrid). François 
Bordey était donc approximativement le contemporain de Jérôme Perrenot 
de Granvelle, né le 14 mai 1524. — Une belle épitre d'étudiant, écrite en 
langue latine depuis Louvain, le 6 décembre 1547, à Antoine Perrenot 
de Granvelle, alors évèque d'Arras, par Pierre Bordey, mentionne en ce? 
termes la communauté d'existence de celui-ci et de ses cousins Charles 



( 23 ) 

ciple d'Erasme. François et Charles entrèrent dans le clergé 
et comptèrent tous deux pa?mi les chanoines-dignitaires du 
chapitre métropolitain de Besançon, l'un en qualité d'arehi- 



«t Frédéric Perrenot de Granvelle : « Itaque, dubius jam et anxius, non 
modo doctissimi mei pneceptoris dominoruinque îneorum Caroli et 
Frederici exemplo sum motus, verum etiam tuorum meritorum erga me. 
amplitudine adductus sum ». Toutefois une lettre du précepteur de ces 
jeunes gens , Adrien Amerot, écrite à Pévêque d'Arras , le 21 janvier 1548. 
s'exprimait ainsi : « Pierre Bordey estudie assez bien; mais il a eu grant 
regret au commencement de ce qu'il ne tenoit compaignie au protono- 
taire pour estudier aux Institutes » (Bibliothèque nationale de Madrid : 
Correspondencia de Granvela, caja V). Le protonotaire, dont Pierre Bordey 
ne pouvait pas équilibrer l'avancement, était Charles Perrenot de Gran- 
velle, né le 9 janvier 4531. Pierre Bordey était pourtant son aine de deux 
ans et quelques mois, et il avait entre sept et huit ans de plus que Fré- 
déric Perrenot de Granvelle, né le 2 avril 1536. — A propos d'un don de 
400 francs que le cardinal de Granvelle avait fait à Pierre Bordey, en 1566, 
pour l'aider à reconstruire sa grange de Vuillafans, le chanoine-archidiacre 
Charles Bordey rappelait en ces termes les bienfaits que lui et son frère 
avaient reçus du même prélat dès leur plus tendre enfance : « Après 
avoir nourry mondict frère et moy quasi tout le temps de noz vies, apivs 
nous avoir entretenu aux escholes et en aultres lieux honnorableraent, 
après en somme nous avoir faict des biens infinitz, Vostredicte Illustris- 
sime Seigneurie, ne se contentant de tout cela, a voulu, comme ung bon 
père très charitable, mectre la main a la réparation et réfection de nostre 
povre et désolée maison.... » (Bibliothèque de Besançon, Mémoires de 
Granvelle, t. XXIIi, fol. 155). — Un oncle de Pierre Bordey, Jean Bordey 
le jeune, avait été placé, en qualité de majordome, dans la maison du 
comte d'Egmont : il était âgé d'enviion quarante ans en 4540, époque k 
laquelle il déposa comme témoin dans l'enquête relative aux preuves de 
noblesse du cardinal de Granvelle. (Prosper Lêvéque, Mémoires pour 
servir à l'histoire du cardinal de Granvelle, t. II, p. 212.) 



(24) 

diacre de Salins i, le second comme archidiacre de Gray -. 

Quant à Pierre, il s'était engagé fort jeune dans les troupes 

bourguignonnes, c'était-à-dire franc-comtoises, qui faisaient 

partie de l'élite des armées de Charles-Quint. Né en 1528 3, il 

1 François Bordey, étant encore - écolier, fut élu chanoine de l'église 
métropolitaine de Besançon, par le fait d'une résignation en sa faveur 
de son compatriote Guy Monnier, de Vuillafans, le 30 décembre 1535. La 
dignité capitulaire d'archidiacre de Salins se trouvant vacante par la mort 
(le l'offieial Léonard de Gruyères, qui avait rempli des missions diploma- 
tiques sous le régne de Charles-Quint, la cour de Rome obtint ce bénéfice 
pour Giovanni Poggio, nonce du Pape en Espagne; mais il fut aisé à 
Antoine Perrenot de Granvelle de faire rétrocéder cette charge à François 
Bordey, qui y fut élu le 19 mars 1540. Cumulant avec son canonieat 
et son archidiaconat la fonction de maitre d'hôtel de son illustre 
cousin, François Bordey dut à cette situation l'honneur d'un médaillon 
;i son effigie. Je vais décrire cette pièce d'après le cliché en plomb qu'en 
possède la Bibliothèque de Besançon. Diamètre, ,n ,045. — Au droit, un 
buste regardant a droite, tète nue, visage barbu, col de chemise rabattu 
sur une soutane que recouvre en partie une houppelande; légende circu- 
laire : FRANCISCVS BORDEY ARCHIDIANYS (sic) SAUNENSIS ; à la SCCtlOn (le 

l'épaule : x.i. 34. — Au revers, un pèlerin traverse à gué le lit d'une 
rivière, en montrant le ciel avec la main droite et s'appuyant de la main 
gauche sur son bourdon; au fond, les monuments d'une ville avec un 
palmier; en haut, sous forme de devise cintrée, le mot consylto. — 
François Bordey mourut le 13 septembre 1560 : l'ûge qu'il avait, lors de 
la gravure de la médaille qui le représente, semblerait assigner a celle-ci 
l'année 1559 comme date approximative. 

8 Charles Bordey, n'étant encore que clerc, avait été élu chanoine au 
grand chapitre de Besançon, le 2 août 1547; il y devint archidiacre de 
Gray, le 12 mai 1504, par suite de la démission de François Richardot, 
qui avait remplacé Granvelle sur le siège épiscopal d'Arras. Il mourut 
le 10 octobre 1570. 

s « 11 a xl ans sur la teste », écrivait de lui Morillon au cardinal de 
Granvelle, le 10 octobre 1568. 



(25) 

uvait 19 ans lorsque la bataille de Mûhlberg, où il se rencontra, 
mît en déroute la ligue des protestants de l'Allemagne. Il conti- 
nua de servir sous les drapeaux de Philippe II, fut à la mémo- 
rable journée de Saint-Quentin, et ne quitta la vie militaire 
qu'en 1559, au moment où le monarque espagnol sortit lui- 
même des Pays-Bas et en confia le gouvernement à sa sœur natu- 
relle, Marguerite d'Autriche, assisléede l'évêque d'Arras, Antoine 
Perrenot de Granvelle, comme principal ministre. Cousin ger- 
main de ce prélat, qui allait être fait cardinal, Pierre Bordey 
fut placé par lui, en qualité de gentilhomme de la bouche, 
dans la maison de la gouvernante *. Lorsque le cardinal de 
(iranvelle cessa d'être ministre, en 1564, ce fut ù son cousin 
Técuyer Bordey qu'il s'en rapporta pour être renseigné sur ce 
qui se passait au palais de Bruxelles 2, comme aussi pour faire 
parvenir discrètement à la princesse les dépêches confiden- 
tielles dont elle sut si peu profiter 3. 

i Lettres cîe chevalerie octroyées à Pierre Bordey et relatant ses services : 
Madrid, 20 mars 1284. {Archives des hospices de Besançon : hôpital Saint- 
Jacques, BB. 135.) 

2 « M'ayant Sa Seigneurie Illustrissime, à son parlement, commandé 
de luy escripre, rendant ceste obéissance voluntairement, si esse qu'en- 
coires je ne l'entreprend point sans grande craincte, craignant de luy estre 
trop importun. Mais, recherchant plus en cecy l'obéissance que je luy dois, 
j'ayme mieulx tomber en cesle hazard, jusques à ce que j'ay aultre com- 
mandement, que de faillir à faire mon debvoir ». (Pierre Bordey au car- 
dinal de Granvelle, Bruxelles, 2 avril 1564 : Bibliothèque de Besançon, 
Mémoires de Granvelle, t. XI, fol. 3.) 

3 Ce fut par Pierre Bordey que le cardinal de Granvelle fit remettre à 
la gouvernante l'exemplaire des décrets du concile de Trente qu'il avait 
reçu, à l'intention de cette princesse, de la part du cardinal Borromée 
(saint Charles), dont il était l'ami. « J'ay icy reçeu », écrivait-il à la gou- 



(26, 

Pierre Bordey s'était pris de belle passion pour la veuve de 
Jacques de Marnix, ancien commissaire général des guerres 
sous Charles-Quint, gentilhomme qui avait eu d'un premier 
mariage Jean et Philippe de Marnix, célèbres par le rôle consi- 
dérable qu'ils jouèrent dans l'insurrection des Pays-Bas. Leur 
belle-mère, Marie de Bonnières, aimait la société de Pierre 
Bordey et entretenait chez lui l'espoir, qu'il garda longtemps, 
de conclure avec elle une union qui ne parvint pas à s'accom- 
plir t. La rude franchise de Pierre Bordey aurait d'ailleurs fait 
mauvais ménage avec l'humeur coquettement capricieuse de 
celle dont il recherchait l'alliance : c'eût été Alcestc épousant 
Célimène. 

Lors du licenciement de la maison de la gouvernante, au 
mois de novembre 1567, Bordey demeura sans emploi : il quitta 
Bruxelles en septembre 1568, et passa par la Franche-Comté 
pour aller à Rome retrouver le cardinal de Granvelle, qui- 
volontiers l'aurait retenu comme maître d'hôtel, si lui-même 

vernante, « une lettre du cardinal Boromeo, qu'est vielle, et toutesfois 
Tenvoye-je à Vostre Altèze, pource que, par icelle, il accuse ung exem- 
plaire qu'il me commande délivrer à Vostre Altèze des décretz du Concile 
de Trente, lequel exemplaire, comme Ton m'escript, est demeuré à 
Bruxelles; et, par mes lettres, j'encharge à mon cousin l'escuyer Bordey. 
très humble serviteur de Vostre Altôze, de, avec la présente, le délivrer 
à Icelle ». (Baudoncourt, 30 mai 1364 : Bibliothèque de Besançon, 
Mémoires de Granvelle, t. XII. fol. 94 verso.) 

1 Dans les lettres de Pierre Bordcv au cardinal il se trouve de longues 
élégies sur les tergiversations de « madame de Thoulouzc » : ainsi 
appelait-on cette veuve, dont le mari, Jacques de Marnix, avait possédé 
la seigneurie du village de Toulouze, dans le Jura franc-comtois. Le 
cardinal recevait aussi les doléances de la dame, au sujet des impatiences 
de son adorateur. 



(27 ) 

ne se fût reconnu impropre à cet emploi. Granvelle prit alors 
le parti de le renvoyer à Besançon, où il arriva au mois de 
septembre 1370, et eut pour logis la belle maison que Fran- 
çois Bonvalot avait fait bâtir dans le quartier capitulaire et dont 
le cardinal jouissait en qualité de dignitaire du chapitre métro- 
politain de sa ville natale *. Ayant à se concerter, pour la ges- 
tion des intérêts de la famille de Granvelle, avec les autres 
hommes de confiance du cardinal 2, ses honnêtes emportements 

i Et certes, monseigneur, estant aux vendanges, il arriva à Besançon 
s'i loger sans mon sçeu, et estant arrivé à Besançon, je ne luy en osa 
parler aultrement . . . Ledict sieur Bordey n'a que sa demeure luy 
deuxiesme, sans bruyt, n'y tient mesnaige,et est autant retiré que homme 
que j'ay venu ... ». (Claude de Chavirey au cardinal de Granvelle, 
Besançon, 30 décembre 1570 : Bibliothèque de Besançon, Ment. de. 
Granvelle, t. XXVII, fol. 309). — Sur la maison habitée à Besançon par 
Pierre Bordev, vovez l'article Hôlel Bonvalot dans les deux éditions de 
mon ouvrage sur Besançon et ses environs 

- Voici les noms de ces hommes de confiance: Bonnet Jacqucmel, 
ancien secrétaire du garde des sceaux Granvelle, devenu trésorier des 
salines de Salins (voyez une note le concernant dans le § vw de mon 
étude sur le Bronzino du Musée de Besançon); Claude de Chavirey, cousin 
issu de germain, par sa mère Barbe Bonvalot, avec la mère du cardinal 
de Granvelle (voyez une autre note dans la même page du mémoire pré- 
cité;; Jean Amyot, de Salins, ancien secrétaire de Nicole Bonvalot, 
mère du cardinal de Granvelle, mort le 4 janvier 1575; Jacques de Vers, 
de Poligny, ancien maitre d'hôtel de Thomas Perrenot, frère du cardinal; 
François Dalonal, chanoine de Saint-Anatoile de Salins, dont le cardinal 
écrivait : « Il a de fort beaux livres et plus d'esprit que de théologie », 
mort au château de Scey-en-Varais, le 28 avril 1575; Jacques de Saint- 
Mauris, prieur de Bellefontainc, fils d'une sœur de la mère du cardinal 
et conséquemment cousin germain de ce prélat, qui le fit son vicaire 
général lorsqu'il devint archevêque de Besançon (voyez quelques lignes 



1 



( 28) 

donnèrent fréquemment lieu à des reproches ainsi formulés : 
« Il est bonne personne, mais certes quelquefois incompatible; 
Ton a peynne de drapper avec luy, et souvent, pensant bien 
faire, il gaste tout * ». 

La mort de Thomas Perrenot de Chantonay, survenue à Spire 
le 13 février 1571, laissa vacant, parmi de très nombreux 
emplois, l'office de prévôt et capitaine de la place de Fauco- 
gney, en Franche-Comté, « estât médiocre », avait écrit 
Morillon 2, « que touttefois peult pourvoir un gentilhomme ». 
Le cardinal obtint du roi d'Espagne que ce débris de la succes- 
sion de son frère appartiendrait à son cousin Pierre Bordey 3 . 
Pour celui-ci ce fut l'occasion d'un mariage qu il contracta, le 
16 février 1576, à l'âge de 48 ans, avec Jeanne de Courbessain, 
issue d'une ancienne famille qui possédait un château voisin 
de Faucogney : il devint, en conséquence de cette union, 
seigneur du Saulcy, et fut souvent désigné dès lors par le nom 
de ce domaine. A titre de couronnement de carrière, le gou- 
vernement de Philippe II lui octroya des lettres de chevalerie, 
qui relatent ses services et portent la date du 40 mars 1584 *. 

Il mourut à Besançon, dans les derniers jours de mai 1586, 



sur lui dans la Notice préliminaire des Papiers Granvelle, par Ch. Weiss, 
pp. xxxvi-xxxvm). 

\ Bonnet Jacquemel au cardinal de Granvelle, Salins, 11 mai 1575: 
Bibliothèque de Besançon, Mémoires de Granvelle, t. XXX, fol. li verso. 

8 Morillon au cardinal de Granvelle, Bruxelles, 9 mai 1568 : Biblio- 
thèque de Besançon, Lettres de Morillon, t. V. fol. 51. 

3 El card. de Granvcla al Rey, Roma, 4 de março 1571 : Bibliothèque 
de Besançon, Mém. de Granvelle, t. XXVIII, fol. 11. 

* Son contrat de mariage el ses lettres de chevalerie font partie des 
archives des hospices civils de Besançon : hôpital Saint-Jacques, BB. 135. 



( 29 ) 

quatre mois avant l'illustre homme d'Etat qu'il tenait « pour 
seigneur et père ». Au sujet de sa mort, le cardinal écrivit, 
dans l'une de ses dernières lettres intimes au prieur de Belle- 
fontaine * : « J'ay entendu à mon très grand regret le trespas 
de M. de Saulcy, mon cousin, auquel j'ay tousjours conneu 
singulière affection en mon endroit ; il avoit bonnes entrailles ». 

Il ne laissait, comme descendance directe, qu'une fille natu- 
relle reconnue, Esthcr Bordey, à laquelle son testament 2 légua 
2,500 francs et 200 francs pour habits nuptiaux. A sa femme 
Jeanne de Courbessain, il donna sa part de tous les immeubles 
acquis pendant leur mariage et la plupart des tapisseries qu'il 
avait rapportées de Bruxelles. Son héritière fut Clauda Bonva- 
lot, sa nièce, femme de Pierre de Constable, dont il attendait 
des fils, en désirant que l'un d'eux recueillît un jour sa suc- 
cession et relevât son nom ainsi que ses armes. 

Pierre Bordey avait la réputation d'un « homme d'honneur 

1 Bibliothèque de Besançon, Lettres du cardinal de Granvclle au prieur 
de Belle fontaine, t. H, fol. 327 : Madrid, 25 juin 158C. 

* Son testament reçu à Besançon parle notaire Jean Alviset, le 16 mai 
4J>86, fut publié le 29 du même mois, naturellement après la mort du tes- 
tateur. Pierre Bordey y est qualifié de « chevalier, seigneur du Saulcy, 
Verchamps, etc., prévost et capitaine de Faucougncy pour Sa Majesté 
Catholicque ». La famille Bordey fut continuée par la descendance de Jean 
Bordey, issu du second mariage de Jean Bordey l'ainé avec Guillemettc 
Vurry, de Dole. Cette descendance eut pour derniers représentants deux 
bienfaiteurs de l'hôpital Saint-Jacques de Besançon : Pierre Bordey, 
major de la place d'Huningue, mort dans ce poste en 1728, et sa sœur 
Jeanne-Anne Bordey, veuve de Jean-François Chandiot, morte à Besan- 
çon en 1737, femme lettrée qui avait entretenu des relations épistolaires 
avec Madeleine de Scudéri. (Archives des hospices civils de Besançon : 
Hôpital Saint-Jacques, BB. 43o.) 



1 



(30) 

et de vertu », d'un « homme franc », sûr et fidèle *. « Et certes 
je l'ayme », écrivait de lui Morillon 2, « l'aiant en tout temps 
trouvé fort amy et constant ». Le même Morillon, qui avait été 
longtemps « couchant et levant » dans la maison qu'habitait 
également Bordey, rendait encore de lui ce bon témoignage3: 
« 11 ne fault avoir doubte qu'il ne face ponctuellement ce qu'il 
escript, que n'est pour fard ou rhétoricque, comme d'aultres 
qui en font profession, car luy c'est tout cœur et fort sincère ». 
Ces attestations d'un clairvoyant contemporain ne peuvent 
qu'inspirer toute confiance dans la véracité des récits que nous 
allons mettre au jour. 

1 Lorsque Frédéric Perrenot de Champagney, le plus jeune des 
frères du cardinal de Granvelle, noua des intelligences avec les ennemis 
de ce prélat, pour avoir un rôle dans les affaires publiques des Pays- 
Bas, il n'hésita pas à solliciter le concours de son cousin et ancien cama- 
rade d'études Pierre Bordey. La réponse de celui-ci fut énergiquemcni 
digne : « Oultreplus, monsieur, vous n'ignorés que mon bien, ma fortune 
et mon advancement(et cela je le confesse et ne le nieray jamais) despend 
de Sadicte Seigneurie Illustrissime, comme celle qui m'a nourry plusieurs 
années et nourrit encoircs journellement : ce qu'estant véritable, je me 
mescongnoistrois grandement et serois des ingrats le pire quand j'atten- 
terois chose pour quil que ce fût contre son vouloir ». {Bordey à Cham- 
pagney, Bruxelles, 15 février [1566] : Bibliothèque de Besançon, Mémoires 
(le Granvelle, t, XVI, fol. 260.) — Champagney revint à la charge, mais 
sans plus de succès, comme en témoigne une lettre écrite au cardinal 
par Morillon, le mai 1568. 

* Morillon au cardinal de Granvelle, Bruxelles, 14 décembre 1567 : 
Bibliothèque de Besançon, Leltres de Morillon, t. VU, fol. 268 verso. 

3 Ibid., 16 mai 1568, t. V, fol. 53 verso. 



NARRATION 



* i 
i 



FAITE AU CARDINAL DE GRANVELLE 



PAR SON COUSIN GERMAIN PIERRE BORDEY. 



1. — Programme d'un tournoi projeté à Bruxelles, pour V époque- 
des noces d'Alexandre Farnèse et de Marie de Portugal. 

PlEItRK BORDEY AU CARDINAL DE GlUNVELLE. 

(Bibliothèque de Besançon. — Mémoires de Granvelle, t XVII, fol. 41».) 

Bruxelles, 26 mars 456o. 

Le premier dimenche de caresme, en la salle de nostre court, 
fut publié ung amortissement, par ung hérault d'armes, d'une 
jouste quil se doit faire aux lices de. ladite court, à la venue du 
prince de Parme *, lorsque se célébreront ses nopees. Et est le 
mainteneur le conte de Mansfelts, qui se faict surnommer le 



1 Alexandre, issu du duc Octavio Farnèse et de Marguerite d'Autriche, 
fille naturelle de Charles-Quint, gouvernante des Pays-Bas au nom du 
roi d'Espagne Philippe II. 

8 Pierre-Ernest comte de Mansfeld, chevalier de la Toison d'or, 
capitaine d'une bande d'ordonnance, capitaine général du duché de 
Luxembourg : bien que partisan dévoué de l'Espagne, il n'hésita pas 
a affronter la colère du duc d'Albe en défendant les comtes de Homes et 
d'Egmont. Après la mort d'Alexandre Farnèse, en 4592, il fut chargé du 
gouvernement général des Pays-Bas. 



{ M ) 

Chevalier de l'Aigle. Les conditions ne se proposent encoires T 
Tayant remis à la publication du cartel. Bien est-il vray qu'il 
fit prier, par le prince d'Orenge * à qui l'hérault d'armes avoit 
donné une lettre de la part dudict Chevalier de l'Aigle, toutes les 
dames de porter chascune une plume, pour n'avoir plus de 
préférence Tune que Faultre, mcctant chascune en mémoire 
ceulx quilz toucheront, pour sçavoir le compte des survenans. 
Lorsque ceste publication se fit, il estoit passé cinq heures. Et 
estoient là Son Altèze 2, Me prince d'Orengc, les contes de 
Mansfelt, Orne 3, Megue •*, Austrate 5 et Nanssou 6, Achicourt" 
et le beaul-frèrc dudict conte d'Austrate, le dernier marié, et 
plusieurs aultres gcntilhommes : lesquels se partirent le jour 
après, ormis les ordinaires 8. 



1 Guillaume de Nassau, prince d'Orange, dit le Taciturne, chambellan 
du roi d'Espagne, membre du Conseil d'État, chevalier de la Toison d'or, 
capitaine d'une bande d'ordonnance , capitaine général de Hollande, 
Zélande, etc., le futur émancipateur de la Hollande. 

* Marguerite d'Autriche, duchesse de Parme, gouvernante des Pays-Bas. 

3 Philippe de Montmorency, comte de Hornes, chevalier de la Toison 
d'or, amiral de la mer, capitaine d'une bande d'ordonnance, destiné à 
périr sur l'échafaud en même temps que le comte d'Egmoiit. 

1 Charles de Brimen, comte de Meghem, chevalier de la Toison d'or, 
rapitaine d'une bande d'ordonnance, capitaine général et grand veneur 
du duché de Gueldre et du comté de Zutphen. 

:i Antoine de Lalaing, comte de Hooghstractcn, chevalier de la Toison 
d'or, capitaine d'une bande d'ordonnance, marié à Éléonore de Mont- 
morency, sœur du comte de Hornes, du baron de Montigny et de la 
deuxième femme du comte Pierre-Ernest de Mansfeld. 

,; Le comte Louis de Nassau, frère germain du prince d'Orange, pro- 
testant zélé, l'un des promoteurs de la révolution des Pays-Bas. 

7 Philippe de Montmorency, seigneur de Hachicourt, chevalier de la 
Toison d'or, chef des finances, oncle du comte de Hornes et du baron de 
Montigny. 

8 C'est-à-dire ceux qui résidaient à la cour de Bruxelles. 



(33) 



II. — Avis de Farrivée prochaine à Bruxelles du comte d'Egmont, 
ramenant d'Espagne le jeune Alexandre Farnèse. 



Pierre Bordey au cardinal de Granvelle. 

(Bibliothèque de Besançon. — Mémoires de Granvelle, t. XVII, fo 233.) 



Bruxelles, 26 avril 1565. 

Deux ou trois jours avant la semaine saincte, Son Altèze 
reçeut lettres d'Espaigne, comme son fils, le prince de Parme, 
venoit avec le conte d'Aiguemont*; et, au mesme instant qu'elle 
en reçeut les nouvelles, elle en advertit incontinent le prince 
d'Orenge et la contcsse d'Aiguemont *. Petro de Parc 3 me dit 
hier qu'ilz pourraient estreicy de lundy quil vint en huict jours. 
C'est chose certaine que le conte d'Aiguemont avoit jà son 
congé du Roy, et devoit attendre ledict prince de Parme à 
Vailladoli *, que deans deux jours après le devoit suyvre. 
Sadicte Altèze les attend avec grand dévotion. 



* Lamoral comte d'Egmont, prince de Gavre, chevalier de la Toison 
d'or, chambellan du roi d'Espagne, membre du Conseil d'État, capitaine 
d'une bande d'ordonnance, capitaine général de la Flandre et de l'Artois, 
capitaine du château de Gand, destiné à périr sur l'échafaud en même 
temps que le comte de Homes. 

* Sabine de Bavière, palatine du Rhin, sœur du comte- palatin 
Frédéric III. 

3 C'est celui dont Morillon disait, l'année suivante : « mon compère 
du Par ». (Correspondance du cardinal de Granvelle, 1. 1, p. 433.) 

* Valladolid, qui fut avant Madrid la capitale des Espagnes. 



Tome XLL 



(34) 



III. — Arrivée d'Alexandre Farnèse à Bruxelles, en compagnie 

du catnte d'Egmont. 

Pierre Bordey au cardinal de Granyelle. 

(Bibliothèque de Besançon. — Mémoires de GranveUe, t. XVIII, foL iî>.) 

Bruxelles, 4 mai 1565. 

Monseigneur, la sepmaine passée, que fut le xxv e de Paultre 
moys, j'ay escript assez amplement les occurrances qui pour 
lors se passoient à Sa Seigneurie Illustrissime : entre lesquelles 
je l'adverlissois comme Ton attendoit, selon les nouvelles que 
Son Altèze avoit heu, aux premiers jours de ce présent moys, 
son filz le prince de Parme et le conte d'Aiguemont; lesquelx, 
prévenant encoires lesdicts jours, arrivarent tous deux en bonne 
santé lundy passé, dernier jour d'apvril. Et n'en fut advertie 
Sadite Altèze sinon le mesme jour, environ les deux heures 
après midy, par ung courrier que ledict conte d'Aiguemont 
avoit dépesché dois Valen tiennes *, et la prioit de faire pro- 
vision de chevaulx à Tibise 2, parce qu'ilz espéroient estre en 
ceste ville sur les quatre heures. Mais il en fut sept quant ilz 
arrivarent. Tous les gentilhommes de la court accompagnarent 
le maistre d'hostel 3 et le marquis * pour aller au devant d'eulx 
et les recepvoir; et les altendismes au village tout près de 

* Valenciennes, alors chef-lieu de prévôté dans la province du Hainaut t 
aujourd'hui chef-lieu d'arrondissement du département français du Nord. 
8 Tubize, à 33 kilomètres au sud-ouest de Bruxelles. 

3 François-Philippe de Bernimicourt, chevalier, seigneur de La Tieu- 
loye, capitaine et gouverneur de Béthune, maître d'hôtel de la gouver- 
nante, en vertu d'une commission du 16 juin 1562. 

4 Jean de Glymes, marquis de Berghes, chevalier de la Toison d'or, 
capitaine d'une bande d'ordonnance, grand bailli et capitaine général du 
Hainaut, gouverneur de Valenciennes et de Cambrai. 



(85) 

Risbourgi, où que nous fusmes attendant plus de deux heures. 
lAr avec les atritres, je salua le conte d'Aiguemont, le premier, 
comme celluy qui marchoit devant le Prince : il me monstra 
de sa grâce fort bon visaige, dont je fuz fort content. Et, en 
chemin, ung de ses gentilhommes qu'est son escuyer, j'en- 
tendis qui dit à Boysot 2 : « 11 y a bien des nouvelles et 
d'aultres que nous ne pensions à nostre parlement ». Et ledict 
gentilhomme, de soy-mesme, tantost après, me salua fort 
allègrement... 

Quant au prince de Parme, je n'en saurois encoires que 
juger, car il ne se voit qu'à table, et à l'entrée et issue de la 
messe. Il a esté une fois au lougis du conte d'Aiguemont. Je 
diray seulement que je me doubte qui ne tienne dclanorriture 
d'Espagne, et qu'à estre courtois et béning, qu'il ne ressem- 
blera au Duc son père. 

J'avois oublié de dire que monsieur d'Avrey 3, Barlemont * 
et ses filz 5 vinrent au devant desdicts seigneurs en housse seu- 
lement, jusques hors de la porte d'Aoust <>, jongnant la maison 
du maistre des postes, et illec les trouvasmes attendant. 



1 Ruysbroeck, à 6 kilomètres au sud-ouest de Bruxelles. 

* Charles Boisot, l'ainé des fils de l'ancien trésorier général des 
finances Pierre Boisot, était gentilhomme de la maison de la gouver- 
nante; il fut néanmoins des premiers et des plus ardents fauteurs du 
soulèvement des Pavs-Bas. 

* Charles-Philippe de Croy, marquis d'Havre, chevalier de la Toison 
d'or, fils posthume du premier duc d'Arschot et d'Anne de Lorraine, 
seconde femme de ce seigneur. 

* Charles baron de Berlaymont, chevalier de la Toison d'or, capitaine 
d'une bande d'ordonnance, chambellan du roi d'Espagne, gouverneur 
du comté de Namur. 

5 Berlaymont avait eu sept fils de sa femme Adrienne de Ligne- 
Barbançon. 

6 II s'agit de la Porte de Hal, celle qui était dans la direction de cette 
ville, dont le nom se prononçait H aulx. (Voir une lettre de Morillon, 
dans la Correspondance du cardinal de Granvelle, t. I, p. 128.) C'est la 
seule des anciennes portes de Bruxelles qui soit debout : on en a amé- 
nagé les constructions pour abriter le Musée des antiquités de Bruxelles. 



(30) 

Le lendemain de leur arrivée, arriva le conte de Orne, et ce 
jour mesme Ton dépescha ung courrier vers le prince d'Orenge 
qui estoit allé en Hollande, dois vendredy passé, pour quelque 
différant mectre par accord et quelque chose dadvantaige... 



IV. — Préparatifs (F une expédition maritime pour conduire en 
Portugal l'ambassade chargée de ramener la princesse fiancée 
à Alexandre Farnèse. 

Pierre Bordey au cardinal de Granvelle. 

{Bibliothèque de Besançon — Mémoires de Granvelle, t. XVIII, fol. i 13 verso et il i.) 

Bruxelles, 26 mai 1565. 

Il fault que Sadicte Seigneurie Illustrissime entende que 
Sadicte Altèze, contre l'espoir qu'elle avoit, est forcée d'envoyer 
querre en Portugal l'espousée du Prince son filz. De sorte que, 
pour parfournir ceste emprinse, elle a commandé à quinze 
gentilhommes de sa maison de se tenir prestz pour s'aller 
embarquer en Zélande, pour dois là faire voisle à Lisbonne, 
du nombre desquelx elle m'a choisi, chascun avec deux servi- 
teurs; et en prent encoires aultretant d'estrangiers, dont l'on 
m'a dit que Estambourges * et Forzin 2 et le baron d'Aubigny 3 
(car ledict baron dois la mort de son père il avoit quicté le ser- 
vice) estoient de ceulx-là; et y va le maistre d'hoslel Lattiloy. 

4 Georges de Ligne, seigneur d'Estambruges, cousin du comte 
d'Kgmont. 

* Charles de Gavre, seigneur de Fresin, gentilhomme de la bouche du 
roi d'Espagne. 

* Gille de Lens, baron d'Aubigny, qui fut mêlé aux agissements du due 
d'Anjou, de la maison de France, pour devenir souverain des Pays-Bas. 



( 37 ) 

Et sera complie ceste compagnie de tous officiers, comme la 
maison d'un g prince. 

11 y vont aussi jusques à xu dames : lesquelles ce seront je ne 
sçay encoires. Et tient-t-on pour certain que pour chief de 
tous il y aura ung chevalier de l'Ordre, lequel Ton présume 
estre le conte d'Austrate : pour le moings, il s'est offert*. 

Le nombre de ceste noblesse, officiers et leur suytte, se 
monte jusques à cent et cinquante. Et dedans quatre batteaulx 
de guerre, que sont soubz la conduicte de monsieur de Vaque" 2 , 
il y aura, tant en gens de guerre que matelotz, le nombre de 
six cens personnes. Et nous a-t-on ordonné de nous tenir 
prestz pour le xxv e du moys prouchain. 

Je n'ay sçeu à ce commandement aultre chose respondre, 
sinon que je ferois comme les aultres. Et de tous Ton a choisy 
ceulx que l'on espéroit qui mieulx se montreroient pour faire 
honneur à Sadicte Altèze en ce voyage. Et ne demeure que dix 
gentilhommes icy, dont Magny est l'ung : de quoy chascun est 
bien ayse de ce qui n'est point de la troupe 3; il n'est pas 
encoires de retour. 



1 « Son Altèze est présentement empeschée à faire apprester les 
bateaux pour envoyer en Portugal quérir la Princesse. 11 y en aura quatre 
de guerre et deux ulques pour le bagaige. Mons. de Wakene y va comme 
visadmiral. Et y envoyé Son Altesse vingt de ses gentilzhommes et aucunes 
de ses dames. Entre les gentilzhommes sont La Thieuloye, comme 
maistre d'hostel, son filz, Zvevghen, Bordey, Marnol, Lenze, Boisot et 
aultres. Et desdictes dames, Orante, la fille dudict La Thueloye, et encores 
une ou deux. Et pour principal, un chevalier de l'Ordre, qui n'est encoires 
nommé : aucuns dient que ce sera mons. de Hucstrate, et sa femme pour 
dame d'honneur ; aultres dient qu'il est trop jeusne, et que ce sera le conte 
de Mansfelt ». (Bave au cardinal de Granvelle, Bruxelles, 25 mai 1565 : 
Bibliothèque de Besançon, Mémoires de Granvelle, t. XVIII, fol. 103 verso.) 

* Adolphe de Bourgogne, chevalier, seigneur de Wacken, grand bailli 
de Gand, vice-amiral, fils d'un bâtard du grand bâtard de Bourgogne. 

3 Ce Magny était attaché à la maison de la gouvernante au même titre 
que Bordey, et ils avaient eu ensemble une discussion très vive, le 
11 février 4565. Us étaient à la cuisine du palais, attendant les plats qu'ils 
devaient porter sur la table de Son Altesse, quand Magny se permit de 



( 38) 

Or est-il que, quelque responce que j'ay faicte concernant 
le vouloir de Sadicte Altèze, je ne feray jamais ce voyage avec 
contentement, si n'est par Tadviset ad veux de Sadicte Seigneurie 
Illustrissime, parce que sans son commandement je ne Fexé- 
cuterois jamais de bon gré : et davantaige que si elle est de ces! 
advis que je demeure, pour rien du monde, je ne la désobéiray. 
Mais si elle est de ce vouloir, j'auray ceste charge fort agréable, 
et d'allègre cueur j'entreprendray le voyage... 

Je sçay bien que je ne seray pas bon marinier; mais cela ne 
m'effroye, ny moins le péril que la mer continuellement 
apporte : de sorte que, pour ne manquer à mon honneur et 
devoir, je ne craindray à expérimenter la fortune de la mer. 
Seulement désirerois-je, pour mon plus grand contentement, 
que leffect de ceste navigation ressemblasse à celluy pour 
quil j'entens que mon cousin d'Achey se soit embarqué à 
Gennes*. Mais, puisqu'il ne peult estre pour maintenant, ce 
me sera assez pour entière satisfaction que je Fenlrepreigne, 
oultre le commandement de Son Altèze, par le bon vouloir et 
celluy de Sadicte Seigneurie Illustrissime : ce que je requiers 
bien humblement. 



dire tout haut que le cardinal de Granvelle était coutumier de corrompre 
la justice. Bordey releva vertement le propos, et Magny fit mine de vouloir 
lui demander raison de cette réplique. Rendez-vous avait été pris pour 
une rencontre ; mais Magny ne s'y trouva pas : bien plus, il fit dire à 
Bordey, par le gentilhomme espagnol Camargo, qu'il ne voulait pas 
cesser d'être son ami. « J'ay faict mon devoir », écrivait à ce sujet 
Pierre Bordey, « et le lairay ainsi, et ne le rechercheray jamais; mais sy 
me cherche, il me trouvera en tout et partout tousjours homme de bien ». 
(Bordey au cardinal de Granvelle, Bruxelles, 13 et 15 février 1565 : 
Bibliothèque de Besançon, Mémoires de Granvelle, t. XVI, fol. 24445 
et 259 verso.) 

1 Jean d'Achey, baron de Thoraise et bailli d'Amont en Franche- 
Comté, second mari de Marguerite Perrenot de Granvelle, sœur ai née du 
-cardinal et cousine germaine de Pierre Bordey. Ce beau-frère du 
cardinal aurait, parait-il, fait partie de l'un des contingents que Philippe II 
envoya au secours de Malte, assiégée par les Turcs. Les galères d'André 
Doria, qui transportèrent ces troupes, durent, en effet, partir de Gènes. 



(39) 

J'estime aussi que Sadicte Seigneurie Illustrissime pensera 
bien que je ne puis faire ce voyage sans assistance d'aulcuns 
deniers : de quoy j'en ay parlé à monsieur le provost 
Morillon * qui, de sa grâce, m'a promis de ne me faillir de 
m assister. Je prendray seulement de luy, de craincte d'oser 
trop, le reste que Ton me peult devoir jusques au moys 
prouchain du traictement qu'il a pieu à Sadicte Seigneurie 
Illustrissime me faire en son absence, pour la nourriture de 
moy et des miens :1a suppliant très humblement d'en faire 
rembourser ledict provost, afin qu'il soit content d'ung si grand 
plaisir qu'il m'aura faict... 

Je la supplieray aussi bien humblement que si luy semble 
ban d'cscrîpre une lettre h monsieur de Lattiloy 2 et à 
monsieur de Vacque en ma faveur, de le vouloir faire, car 
peult-estre cela servira à me mieulx louger aux basteaulx. 



1 Maximilien Morillon, le plus intime des amis du cardinal de Gran- 
velle, possédait, entre autres bénéfices ecclésiastiques, la prévôté de 
Saint-Pierre a Aire en Artois : la qualité de prévôt était celle qu'on lui 
donnait habituellement; son portrait gravé se trouve en tête du tome II 
de la Correspondance du cardinal de Granvelle. 

* Nous avons la réponse gracieuse que fit le maître d'hôtel François 
de La Thieuloye à la lettre par laquelle le cardinal lui avait recommandé 
son cousin Pierre Bordey : Bruxelles, 5 juillet 1565; Bibliothèque de 
Besançon, Mémoires de Granvelle, t. XIX, fol. 19. — Cette réponse est 
signée : Fralnchois de Lathieiloye. 




( 40 1 



V. — Proposition faite au comte de Mansfeld et à sa femme <Vêlrc 
à la tête de l'ambassade qui devait allei* en Portugal chercher 
la fiancée d'Alexandre Farnèse. 

Pierre Bordey au cardinal de Granvelle. 

(Bibliothèque de Besançon. — Mémoires de Granvelle, t. XVHI, fol. il?.) 

Bruxelles, l fr juin 4563. 

Monseigneur, pour avoir escript à £a Seigneurie Illustris- 
sime par monsieur de Bellefonteine * il y aura demain huict 
jours seulement, ces deux motz serviront pour l'advertyr 
comme ce mesme jour, sur lé soir, arriva le prince d'Orenge* 
Et, après le dîner, se partit Montegny * pour retourner à 
Brughes. 

Depuis est retourné le conte de Orne devers monsieur de 
Mansfelt, lequel, à ce que Ton présume, auroit esté envoyé vers 
luy pour sçavoir si luy et la contesse sa femme vouldroit aller 
en Portugal : atendu qu'au retour dudict conte, il s^st publié 
par nostre court que ledict Mansfelt et Iadicte dame, pour cer- 
tain, avoient promis à Son Altôze de faire ce voyage, combien 
qu'aulcuns jours paravant Ton tenoit que ce seroit monsieur 
d'Austrate; que peult estre fût esté ainsi si madame sa com- 
pagne 3 Peult voulu suyvre, mais elle s'est excusée, à ce que 
l'on dict, sur son indisposition. 

1 Jacques de Saint-Mauris, prieur de Bellefontaine en Franche-Comté, 
était le fils de Jean de Saint-Mauris, ambassadeur impérial en France 
de 1544 à 1348, et d'Eticnnette Bonvalot, sœur cadette de la mère du 
cardinal de Granvelle. 

* Floris de Montmorency, seigneur de Montigny, baron de Leuzc, 
chevalier de la Toison d'or, capitaine d'une bande d'ordonnance, capi- 
taine et grand bailli de Tournai et du Tournaisis, frère puiné du comte 
de Homes et comme lui victime de la politique ténébreuse de Philippe II. 

3 La comtesse de Hooghstractcn, mariée depuis 1561, était Éléonore 



{« ) 

L'on s'aperçoit clairement que Sadicte Altèze se trouve gran- 
dement empeschée pour complir, comm' il convient, ù l'apareil 
de ces nopees; et je crains seulement qu'elle n'en fasse trop. 
Dois la my-caresme, il passe le nombre de soixante brodeurs 
quilz continuellement en court besongnent pour cest effect. 



VI. — Arrivée à Bruxelles du comte de Mansfeld et de sa femme : 
préparatifs de leur embarquement avec une nombreuse suite; 
avis du mariage par procureur contracté à Lisbonne au nom 
d'Alexandre Farnèse. 

Pierre Bordey au cardinal de Granvelle. 

: Bibliothèque de Besançon. — Mémoires de Granvelle, L XVIII, fol. 327 verso 

et 328.) 

Bruxelles, 24 juin 1565. 

Par mes dernières, j'avois escript comme le conte de Horne 
estoit allé, de la part de Son Altèze, vers celluy de Mansfelt 
pour sçavoir s'il vouldroit entreprendre le voyage de Portugal 
avec madame la contesse sa compagne i : ce qu'il a accourdé. 
Et le ramena ledict conte de Horne avec luy. Et mardy passé 
arriva en ceste ville la contesse sa femme, et tira-t-on à son 
entrée plusieurs pièces d'artillerie : dont meincles personnes, 
sont estes esbahys ; Lattilloy, maistre d'ostel, avec dix ou douze 
gentilhommes, fut au devant d'elle plus d'une lieue. Son Altèze 
Ta reçeue avec grandissimes caresses. 

do Montmorency, sœur du comte de Hornes, du baron de Montigny et 
de la deuxième femme du comte Pierre-Ernest de Mansfeld. 

1 En 1562, Pierre-Ernest de Mansfeld s'était remarié avec la veuve du 
comte Charles de Lalaing, Marie de Montmorency, sœur du comte 
de Homes, du baron de Montigny et de la comtesse de Hooghstraeten. 



(«) 

Nostrc parlement pour Zélande estoit ordonné au jour de 
demain, el pour ce jour l'on nous avoit commandé de nous 
tenir prestz. Hais ladicte contesse sera cause qu'il soit esté 
dilayé jusques à la fin de la sepmaine ou bien aux premiers 
jours de la prouchaine, parce qu'elle s'est partie ceste après- 
diné pour Vart f , pour illec aller prendre congé de madame la 
contesse de Horne sa mère. Il est vray qu'elle est partie pour 
cest effect. Mais cela ne fut pas survenu sans ung aultre empes- 
chement qu'elle a causé, dont j'entens que Sadicte Altèze a esté 
fort fâchée, qu'est que, pour mener avec elle plus de dames 
que Sadicte Altèze n'espéroit, Ton dit que Ton sera contraîn de 
rechanger tout le compartiment des basteaulx, que jà estoit 
faict, ou bien qu'il en fauldra prendre ung dadvantaige. L'on 
présumoit qu'elle se contenterait de cinq ou six femmes au 
plus; mais elle va elle xn e de femmes : entre lesquelles Tune 
est sa belle-fille. Et oultre cecy, il va aussi madame de Vaque -, 
accompagnée d'aultre cinq ou six dames : ce que Sadicte Altèze 
n'espéroit point; mais s'estant offerte d'y aller, elle ne l'a osé 
refuser. Aussi le conte de Mansfelt va grandement accompa- 
gné, menant de son coustel pour le moings xxmi gentilhommes : 
de sorte que sa suytte surpasse le nombre de iiiixx personnes. 
Mais j'entends que Sadicte Altèze ne plaint point le grand 
nombre des hommes, mais bien celluy des femmes, afin que 
la Princesse, et celles qui viendront avec elle de Portugal, ayt 
plus grand large et meilleur place pour eulx accommoder; car 
l'on avoit déterminé que toutes les femmes iroient dedans ung 
basteaul. 



1 Weert, petite ville située à 24 kilomètres à l'ouest de Roermond : il 
s'y trouvait alors un magnifique château qui était la résidence d'Anne 
d'Egmont, successivement veuve de Joseph de Montmorency et de Jean 
comte de Hornes. Ce second mari avait fait héritier l'ainé des fils issus 
de la première union de sa femme ; c'était ainsi que Philippe de Mont- 
morency portait les titres de comte de Hornes et de seigneur de Weert. 

* La femme du vice -amiral Adolphe de Bourgogne -Wacken était 
Jacqueline de Bonnières, vraisemblablement sœur de la seconde femme 
de Jacques de Marnix, cette veuve « dame de Thoulouze », Marie de Bon- 
nières, dont Pierre Bordey convoitait la main. 



( 43 ) 

Celles que Son Altèze envoie sont ceulx icy : la seignora 
Éléonor, la seignora Anthoine, Orante, Genèvre et Lattiloy. Le 
nombre de ses gentil hommes n'est ny accru ny diminué, de 
ceulx que j'ay jà advcrty Sadicte Seigneurie Illustrissime qui 
alloient. Vray est que Zevfghven *, voulant et tâchant plus estre 
que nul de ses compagnons à ce voyage, j'entens qu'il a faict 
remonstrer par Armentere * à Sadicte Altèze, qu'il espéroit bien 
que Sadicte Altèze le feroit maistre d'hostel de la Princesse, ou 
bien le mectroit en plus hault degré que de gentilhomme : ce 
qu'elle a prins de maulvaise part et quasi pour luy donner son 
congé ; car inesine il tachoit de s'excuser pour ne point faire 
ce voyage, remonstrant qu'il en avoit jà faict plusieurs aultres 
et que ses affaires ne requeroient cestuy icy. J'entens que l'on 
luy auroit faict responce que si vouloit demeurer, qui deult du 
tout demeurer en sa maison : ce que a retiré aulcuns de noz 
compagnons de s'excuser, encoires qu'ilz en avoient légitimes 
causes 3. 



■ François de Halewyn, seigneur de Zweveghem, gentilhomme de la 
chambre de la gouvernante. 

* Tomas Armenteros, donné par le Conseil d'Espagne pour secrétaire 
intime à la gouvernante, avait acquis, depuis le départ de Granvelle, un 
empire absolu sur cette princesse. « On l'appelait ou le barbier de Madame, 
par allusion à un barbier du duc de Savoie, fort influent, ou Argentcros, 
par allusion à sa cupidité ». (Poullet, Correspondance du cardinal de 
Granvelle, t. 1, p. 26, note 2.) 

3 Le secrétaire d'État Bave, dont Zweveghem était le cousin, put encore 
mieux expliquer au cardinal de Granvelle les motifs du dépit de ce 
gentilhomme. Voici quelques passages des lettres de Bave qui concernent 
cet incident : « L'on est tousjours entendant à l'équipaige des bateaux 
pour le voaige de Portugal, et est dois devant hier arrivé le conte de 
Mansfelt. Les fraiz sont grandz, et le voaige en saison assez mal propice. 
Et, ce considérant, mon cousin de Zvevghen a trouvé moyen de honnes- 
tement s'en excuser, puisqu'il estoit seulement nommé avec les aultres 
gentilzhommes, sans avoir particulièrement charge » (15 juin 1565). — 
« Mon cousin de Zvevghen, voyant que l'on ne luy donnoit nulle parti- 
culière charge et que Ton le vouloit seulement envoyer avec la troppe 
des aultres gentilzhommes pour faire nombre, s'en est excusé, luy sem- 
blant ne convenir aux autres charges que Son Altèze luy avoit autresfoys 



(44 ) 

Quant à ce que Sadicte Seigneurie Illustrissime escript que 
d'Angleterre l'on auroit adverty que l'armée estoit preste pour 
admener la dame icy (je dis l'armée de Portugal), jamais je 
n'en ay ouy parler ung mot par deçà, ains au contraire que 
leur intention n'estoit point de despendre ung sol *. Bien 
est-il vray que, par ung corrier, l'on a esté adverty en quelle 
grande magnificence a esté espousée ladicte dame par pro- 
cureur, et que Aldinguel â, qui est là, mandoit comme elle estoit 
preste, attendant seulement les basteaulx de par deçà. L'on dit 
qu'il coustera à Son Altèze plus de cent mil florins. Et parlc- 
t-on estrangement de ce qu'elle faict pour faire avoir argent au 
conte de Mansfelt, contraignant quasi les finances à luy poyer 
toutes vielles debtes, voire, selon qu'aulcuns dient, celles que 
luy pourroient estre dehues de l'Ordre... 3, 

J'ay reçeu tout le reste du traictement qu'il me pouvoit estre 
dehu jusqu'au premier jour de ce moys, qu'il plaist à Sadicte 
Seigneurie Illustrissime me donner durant son absence. Et 



donné; et, bien qu'elle luy avoit consonne en sa chambre, et estant 
retiré en sa maison, a fait maistre d'hostel le sieur de Semmcri, frère de 
monsieur de Trasigny, dont ledict Zvevghen ne seyt encores riens : Dieu 
sçeit comm' il le prendra ! Je tiens qu'elle ne Ta voulu avancer pour 
avoir esté promeu par Vostre Illustrissime Seigneurie à son service • 
(9 juillet 1565). — « Zvevcghen n'est encores retorné, et tiens qu'il se 
sociera doresnavant peu de servir, puisque Madame a en sa barbe fait 
maistre d'hostel le sieur de Semeri » (13 août 1565). Bave au cardinal de 
Granvelle : Bibliothèque de Besançon, Mémoires de Granvelle, t. XVI1J, 
fol. 196; t. XIX, fol. 25 verso et 172. 

1 Bordey veut dire ici que la cour de Lisbonne n'avait pas l'intention 
de dépenser un sou pour envoyer a Bruxelles Marie de Portugal. 

* Strada appelle Ardinghellus cet envoyé de Philippe II à Lisbonne 
pour la conclusion diplomatique du mariage d'Alexandre Farnèse et de 
Marie de Portugal. 

3 « Madame de Parme est fort empeschée aux nopees, et faict grandi 
apprestez. Son mari faict lever deniers en Anvers pour ce : où Ton n'est 
content si elle ne se oblige quant et quant, ad ce qu'elle ne vcult en- 
tendre ». (Morillon au card. de Granvelle, 9 juillet 1565 : Papiers d'État, 
t. IX, p. 386.) 



(48) 

davantaige m'a délivré monsieur le provost Morillon les cent 
escuz qu'il a pieu à Sadicte Seigneurie Illustrissime me sura- 
croistre pour m'assister en ce voyage de Portugal. 



VII. — Festin donné par la gouvernante à l'occasion du départ 
de l'ambassade qu'elle envoyait en Portugal. 

Pierre Bordey au cardinal de Granyelle. 

v Bibliothèque de Besançon.— Mémoires de Granvelle, i, XIX, fol. 21.) 

Bruxelles, 6 juillet 1565. 

Monseigneur, j'ay, par l'homme de Grandjehan i, du xxiiii 6 
du moys passé, escript mes dernières lettres, par lesquelles, 
sur la fin, je prenois congé de Sa Seigneurie Illustrissime et 
Reverendissime : ce que je faictz encoires par les présentes très 
humblement ce jourd'huy, jour de nostre département de ceste 
ville de Bruxelles pour Flezingue en Zélande?; et se faict le 
chemin par Terremonde 3, où que l'on va aujourd'huy cou- 
cher, et demain à Gand, pour dois là s'embarquer. Monsieur 
de Mansfelt, chief, va accompagné de grand nombre de gen- 
tilhommes, du nombre desquelx est Bassompierre, lourrain * : 



1 Charles Grandjean, seigneur de Romain, en Franche-Comté, membre 
du Conseil privé des Pays-Bas depuis 1561. 

2 Flessingue ou Vlissingen, port de mer situé en Zélande, au sud de la 
grande île de Walcheren, à l'embouchure de l'Escaut. 

8 Termonde ou Dendermonde, petite ville forte, à mi-chemin entre 
Mali nés et Gand. 

* Christophe de Bassompierre était le plus jeune des trois fils de Fran- 
çois de Bassompierre, qui avait été page d'honneur de Charles-Quint 
enfant, puis capitaine de la garde allemande de ce monarque. Après la 



(46} 

c est celluy qui a tué son beaul-frère, et présume estre le mesme 
quil fut à Besançon. Son Altèze, entre les gentilhommes de 
sa maison, en ha choysi trois pour estre au basteaul de la 
Princesse : que sont le baron d'Aubigny, Lenze * et Marno *... 



subordination de la Lorraine à la France, François avait été contraint 
d'envoyer ce fils en otage à la cour de Henri II, afin de conserver la jouis- 
sance des biens qu'il possédait en Lorraine. Du même âge que le duc 
d'Orléans, qui fut depuis le roi Charles IX, Christophe avait été donné pour 
compagnon à ce prince, qui le prit en amitié et près duquel il demeura 
jusqu'en 1565. 11 vint alors retrouver aux Pays-Bas le comte Charles de 
Mansfeld, élevé avec lui et qu'il aimait fort Étant ensemble à la cour de 
France, où un emploi de colonel avait été donné à chacun d'eux, le frère 
aîné de Bassom pierre , Claude-François, vint les y visiter : son frère 
Christophe, en jouant avec une épée, lui fit au bas-ventre une légère bles- 
sure qui, pour avoir été négligée, fut mortelle. Le maréchal de Bassom- 
pierre, fils de Christophe, place cet événement après la campagne de 
Hongrie, où son père combattit aux côtés de Henri de Guise et devint son 
ami de cœur : cette campagne eut lieu en 1566. Pierre Bordey, faisant 
allusion à cet événement dans un écrit daté du 6 juillet 1565, il y a lieu 
de croire qu'une interversion de faits s'était produite dans les souvenirs 
du maréchal de Bassompierre. D'après ce même écrivain, Charles de 
Mansfeld et Christophe de Bassompierre auraient été cousins germains : 
aucune des généalogies de ces deux familles ne confirme cette allégation, 
laquelle dès lors semble étrange de la part du fils de l'un des deux per- 
sonnages ainsi qualifiés. 

1 II s'agit vraisemblablement d'un membre de la famille de Lens, celle 
à laquelle appartenait le baron d'Aubigny. 

* Jean de Gilley, seigneur de Marnoz en Franche-Comté, était fils de 
Nicolas de Gilley, qui avait été chargé par Charles-Quint de plusieurs 
négociations, et de Jeanne de Marnix : il se trouvait ainsi le cousin ger- 
main des deux frères Jean et Philippe de Marnix, ces ardents* auxiliaires 
du prince d'Orange dans le soulèvement des Pays-Bas ; il était en outre 
le neveu par alliance de la veuve de Jacques de Marnix, cette « dame de 
Thoulouze », dont Pierre de Bordey recherchait la main. « Luy », écri- 
vait Bordey, « est seul cause quy empesche une fin d'entre ladicte dame 
et moy (26 avril 1565) ». Jean de Gilley n'épousa cependant pas la « dame 
de Thoulouze »; il eut pour femme Anne de Saint-Mauris. Lettré et 
savant, il fut l'auteur d'une carte de la province de Franche-Comté et 
décrivit en vers latins quelques sites des environs de Salins, sa ville 



(47) 

Le retour du conte de Mansfelt avec sa femme, de Vart, fut 
dimenche passé, et avanlhier au soir leur fit ung festin Son 
Altèze à la grande gallerie basse, où qu'estoient les vielles 
contesses d'Orne et Austrate i, avec madame de Mansfelt 2 et 
la jeune Australe 3 t l a contesse de Ligne * et deux siennes 
sœurs non encoires mariées, le Prince, le prince d'Orenges, 
les contes d'Aiguemont, Mansfelt, Austrate et Ligne 8. Et n'y 
estoit ny monsieur de Barlemond, ny monsieur d'Arem- 
berghue <>, lequel estoit arrivé en cestc ville mardy au soir, 
combien que j'avois escript par mes dernières que l'on ne 
présumoit point qu'il viendroit 

Tous les gentilhommes de la maison allant en Portugal 
sont appelles à ix heures en court, ausquelx Son Altèze veult 
parler. J'advertiray ce que ce sera, dois Zélande, Sadicte Sei- 
ncurie, et de ce qu'adviendra de plus, par une lettre que je 
lairay le jour de mon ambarquement 

natale. L'historien Gollut, son contemporain, le disait « non seulement 
très valereux et vaillant, mais encor très docte et bien versé en toutes 
disciplines libérales, et en la cognoissance de plusieurs langues » {Mé- 
moires historiques de la République séquanoise, édit. Ch. Duvernoy, col. 
104). Voyez un article sur Jean de Gilley, par Ch. Weiss, dans la Biogra- 
phie universelle. 

i Anne d'Egmont, successivement veuve de Joseph de Montmorency et 
de Jean comte de Homes; Anne de Rennebourg. veuve de Philippe de 
Lalaing, comte d'Hooghstraeten. 

* Marie de Montmorency, veuve du comte de Lalaing, remariée au 
comte Pierre-Ernest de Mansfeld. 

3 Éléonore de Montmorency, sœur du comte de Homes, du baron de 
Montigny et de la comtesse de Mansfeld. 

4 Marguerite de Lalaing, sœur du comte d'Hooghstraeten. 

8 Philippe comte de Ligne, chevalier de la Toison d'or, avait épousé 
Marguerite de Lalaing. 

* Jean de Ligne, comte d'Aremberg, chevalier de la Toison d T or, capi- 
taine général des provinces de Frise orientale, Groningue,0\veryssel,etc. : 
son portrait gravé se trouve en tête du tome III de la Correspondance du 
cardinal de Granvelle. 



(48) 



VIII. — Départ de T ambassade allant en Portugal : son voyage 

entre Bruxelles et Middelbourg . 

Pierre Bordey au cardinal de Granvelle. 

(Bibliothèque de Besançon. — Mémoires de Granvelle, t. XIX, fol. 55.] 

Middelbourg, 15 juillet 1565. 

Monseigneur, le jour de nostre partcmenl de Bruxelles pour 
commencer nostre voyage de Portugal, que fut le vi e de ce 
moys, je laissay à monsieur le provost lettres pour Sa Seigneu- 
rie Illustrissime de la mesme datte. Depuis n'est rien survenu 
dois nostre parlement, sinon qu'avant icelluy, Son Altèze nous 
fit tous appeller en sa chambre, où que en général clic nous 
fit une harangue non moings vertueuse que courtoise, par 
laquelle elle nous remercioit bien fort de ce que nous faisions 
pour elle, et nous prioit de vouloir obéyr au maistre d'hostel 
Lattiloy et faire ce qui nous commenderoit, et de faire et 
rendre tout service au conte de Mansfelt et à sa femme, tout et 
en la mesme sorte que nous ferions pour elle, et telz et sem- 
blables aultres complimens,assheurant qu'elle recepvroit estrc 
faict à elle tout ce que ferions en ce voyage, et qu'elle en auroit 
souvenance et recongnoistroit par ci-après le service que luy 
faisions en cecy. 

L'on se partit après les trois heures pour Terremonde avec 
belle et grande troupe de chevaulx, et accompagna le Prince 
ceste compagnie, avec tous les seigneurs, plus d'une demye 
lieue : desquelx nul ne passa avec le conte de Mansfelt jusques 
audict Terremonde, sinon les contes d'Austrate et Nanssou. Le 
lendemain, ainsi qu'aprouchions Gand, vint au devant mon- 
sieur de Montigny et d'Assonville i, quilz ce jour mesme 

1 Christophe d'Àssonleville , chevalier, docteur es droits, seigneur 



(49) 

venoient de Brughes, et audict Gand trouvâmes la vielle con- 
tesse de Orne et la jeune d'Australe qu'il semble ne se porte 
point trop bien. Et ce soir y arriva par la poste le conte de 
Orne. Nous séjournâmes audict Gand et le dimenche et le lundy 
avec toute ceste compagnie. Là parloit-on fort du retour de 
Sadicte Seigneurie Illustrissime en Flandre : et y eult aucuns 
gentilhommes quilz me demandarent si j'en avois nulles nou- 
velles ; à quoy je fis response que non. La ville fit le dimenche 
au soir un soupper à toute ceste compagnie, fort sumptueux, 
où il y avoit plus de ctinxx personnes. 

Le mardy, sur les m heures, Ton s'embarqua audict Gand et 
dina-l'on à Saxe *, estant demeuré audict Gand le conte de 
Mansfelt. Et prindrent illec congé Orne, Montegny, Australe, 
Nanssou et aultres gentilhommes, qui s'en retournarent audict 
Gand par la poste après l'ambarquement. Nous arrivâmes à 
Medelebourg- environ les cinq heures. Et le jour après, sur le 
matin, arriva le conte Charles de Mansfelt 3 ,qui estoit demeuré 
à Bruxelles, et avec luy Bassompierre, Estanbourghe et Frezin. 
Et, sur le soir, arriva le conte son père, et avec luy Orne et 
Austrate, qu'on pensoit qu'ilz avoient prins congé de tout. 

Nous sûmes tousjours attendant icy le vent pour nous 

de Hauteville, conseiller et maitre des requêtes au Conseil privé des 
Pavs-Bas. 

et 

1 Sas van Cent (écluse de Gand), ville hollandaise, où se trouvent les 
grandes écluses du canal qui relie Gand à l'embouchure de l'Escaut. 

* Middelbourg, capitale de la province de Zélande, située au milieu 
de Tile de Walcheren, à la pointe méridionale de laquelle est le port de 
Flcssingue. 

3 Le comte Charles de Mansfeld, issu du premier mariage du comte 
Pierre-Ernest avec Marguerite de Brederode, était à la fois le neveu du 
comte Henri de Brederode, le plus violent des adversaires du cardinal de 
Granvclle. et le neveu par alliance de Thomas de Chantonay, frère de ce 
prélat. Dans la fougue de la jeunesse, Charles de Mansfeld compta parmi' 
les premiers seigneurs confédérés ; mais les excès de l'insurrection popu- 
laire le rendirent bientôt l'ennemi du mouvement qu'il avait contribué à 
provoquer. 11 devint dès lors, sous les auspices de son père, l'un des chefs 
distingués des armées catholiques. 

Tome XLI. 4 



(50) 

ambarquer. Il y aura grande Hotte, car plusieurs marchans 
suyvront nostre armée. Nous avons quatre navires, les plus 
belles que Ton a jamais veu, mesmes YAdmirale et la Vice- 
Admirale. En YAdmirale va le conte de Mansfelt et sa femme, 
et les dames, monsieur de Vaque et Latiloy, et quelques aultres 
gentilhommes, y estant réservé le quartier de la Princesse; en 
la Vke-Admirale y nous aultres gentilhommes de la maison, 
avec quelques x ou xu aultres gentilhommes. La 111 e est pour le 
conle Charles de Mansfelt avec toute la suytte des aultres gen- 
tilhommes. Toutes trois sont munies de souldartz, comme est 
aussi la 1111 e , où que sont les vivres et partie du bagaige. 

Monsieur d'Austrate et monsieur de Orne se partent aujour- 
d'huy. L'évesque * festoyé toute la compagnie dans le palais 
auquel est logé la court. Il me faict grandes caresses pour 
aulcunes lettres que je luy pourta de la part de monsieur le 
provost Morillon, et m'a prié de présenter ses humbles recom- 

mendations à Sa Seigneurie Illustrissime L'on ne parle icy 

sinon du retour de Sa Seigneurie Illustrissime : les ungs 
disent qu'elle est arrivée, les aultres qu'elle est en chemin. 
Monsieur de Saimery * est faict, dois nostre partement, maislre 
d'hostel de Son Altèze, celluy quil n'est pas marié et a jà servy 
la sepmaine passée. La fille de monsieur de Lattiloy a la fiebvre: 
que si elle continue, le père n'a nulle volunté de la mener. A 
luy et à monsieur de Vacque j'ay donné les lettres de Sa Sei- 
neurie Illustrissime : ilz m'ont donné tous deux bonnes 
parolles et peu d'effect ; et plus tost j'en espère de monsieur 
de Vacque que de l'aultre, encoires que je n'ay guaires de 
congnoissance de luy. 

1 Lors de la création des nouveaux évôchés des Pays-Bas, Middelbourg 
avait été dotée d'un siège épiscopal, dont le premier titulaire se nommait 
Nicolas Vander Borch, en latin Sicolaus de Castro. 

* Robert de Trazegnies, chevalier, seigneur de Sepmeries : fils de Jean, 
chevalier de la Toison d'or, et d'Isabelle de Werchin, il était gouverneur 
des villes et châtellenie d'Ath. 



(M ) 



IX. — Séjour de ^ambassade à Middelbourg, en attendant le vent 
propice pour rembarquement à Flessingue. 

Pierre Bordey au cardinal de Granvelle. 

(Bibliothèque de Besançon. — Mémoires de Granvelle, t. XIX, fol. 79 ) 

Middelbourg, 90 juillet 1565. 

Monseigneur, j'ayreçeu les lettres qu'il a pieu à Sa Seigneurie 
Illustrissime m'escrire du II e de ce moys, mecredy passé, que 
fut avant-hier, qu'estoit le jour que, avec grande diligence, l'on 
ambarquoit le bagaigede toute la compagnie, aiant déterminé 
le conte de Mansfelt, lors, de s'ambarquer le jour après et dedans 
le basteaul attendre le vent propre pour faire voisle. Mais nous 
sûmes encoires icy : je ne sçay si ce sera pour ce soir ou 
demain. Ledict mecredy arriva la vielle contesse de Orne en 
ceste ville ; et le conte Charles, le jour devant, estoit party pour 
aller à Vienne vers monsieur de Brederode i, et n'est encoires 
de retour. Hier le matin arriva monsieur de Montegny, et 
courut le bruyt tout le jour que le prince d'Orenge devoit 
venir, mais il r.e vint point. Le long séjour en ceste ville est de 
grand fraizà Son Altèze 2 ; et comme c'est ung faire le fault de 
faire ce voyage, chascun désire le vent pour faire voisle. Dieu 



* Le comte Henri de Brederode, oncle de Charles de Mansfeld, était 
alors dans son château de Vianen, en Hollande, occupé sans doute à 
fomenter l'insurrection dont il devait, six mois plus tard, arborer si 
audacieusement les insignes, c'est-à-dire la besace et l'écuelle des 
Gueux. 

* « Le conte de Mansfeldt et son trahain est encoires en Zéelande, 
attendant le vent pour Portugal, et despendent journellement huit cens 
frans ». (Viron au cardinal de Granvelle, Bruxelles, 8 août 1565 : Biblio- 
thèque de Besançon, Mémoires de Granvelle, t. XIX, fol. 151 verso.) 



1 



(52) 

doint qu'il nous soit propiee et luy plaise nous conduire et 
radmener à bon port 

(P.-S.) L'on nous a commandé 
cest après-dîner de nous tenir prestz, 
pour demain s'ambarquer *. 



X. — Navigation de l'ambassade pour arriver à Lisbonne; sa 
l'écqrtion à la cour de Portugal; son réembarquement avec la 
fiancée $ Alexandre Farnèse; aventures de sa seconde naviga- 
tion; entrées successives de la jeune princesse à Middelbourg, à 
Gand et à Bruxelles; célébration immédiate du mariage; grand 
festin des noces, suivi d'un bal costumé et du « banquet des 
suerades », dont la ville d'Anvers avait fait les frais. 

Pierre Bordey au cardinal de Granvelle. 

(Bibliothèque de Besançon. — Manuxcrit Cfci/tef n° 72, fol. 146-152) 

Bruxelles, 19 novembre 1565. 

Discours du voyaige de la princesse de Portugal et de ceulx 

qui Fallèrent querre : 156o. 

A Monseigneur l'Illustrissime et Révérendissime cardinal de 
Granvelle, etc. 

Monseigneur, nous ayant fait Dieu ceste grâce de nous rad- 
mener à bon port, il m'a semblé convenable à mon debvoirde 

1 Comme on le verra par le début du principal récit de Pierre Bordey, 
rembarquement n'eut lieu que le 12 du mois d'août. Le vent propice 
s'était fait attendre jusqu'à la veille de ce jour, ainsi qu'en témoigne le 
passage suivant d'une lettre écrite par le secrétaire Bave au cardinal de 
Granvelle : « Je tiens que la flotte pour Portugal sera partie, pour estre 
desjà le tier jour que le vent est propice ». (Bruxelles, 13 août 1565: 
Bibliothèque de Besançon, Mémoires de Granvelle, t. XIX, fol. 172.) 



(83) 

faire ung petit discours de nostre voyage, afin que Sa Seigneurie 
Illustrissime puisse congnoistre comme la chose s'est passée, 
tant en allant, que à Lisbonne, qu'au retour ; et le tout je le 
taillera y au plus court que je pourray, mais par tout j'ensuivray 
la vérité. 

Et pour ce que Sadicte Seigneurie Illustrissime a desjà 
entendu, par une lettre que je luy escripvis dois Medelebourg, 
avant nostre ambarquement, tout ce qu'estoit passé jusques 
alors, me remectant à ce, je commenceray au jour de nostre- 
dict ambarquement, que fut à Flessingue le xn° jour d'aôust. 
Et diray que nostre armée, qu'estoit de quatre grosses naves et 
trois yaques, armées de plus de soixante grosses pièces de fonte, 
ayant les capitaines d'icelles soubz leur charge environ six cens 
hommes de toutes sortes, sans les gentilhommes que Son 
Altèze envoyoit de sa maison, avec trois ou quatre aultres qui 
faisoient le nombre de vingt, et ceulx quilz accompagnoient 
monsieur le conte de Mansfelt, chief de toute l'armée, qu'es- 
toient bien en nombre de quarante, tous lougés en l'une des 
quatre naves, appellée la Béguine, où qu'estoit monsieur le 
conte Charte son filz, sans les dames aussi et ung grand 
nombre d'officiers et varletz, lesquelx tous par ensemble, tant 
les dessus nommés que ceulx icy, faisoient bien le nombre de 
mil. De toute ceste armée estoit commissaire général Fabio 
Lambo 1, trésorier de Son Altèze, conteroleur Michel Jaques, 
et pagador Jehan de Ponde 2 . Laquelle armée, au jour que 

1 Strada appelle ce personnage Fabius Lembus : il le dit Napolitain et 
vieux serviteur dévoué à la gouvernante. 

* « Mais quiconque qui demeure derrière, Michiel de Jaca a treuvé 
expédient d'estre de la compagnye, quoyque sa femme soit tousjours en 
mesme estât ». (Bave au cardinal de Granvelle, Bruxelles, 25 mai 4565 : 
Bibliothèque de Besançon, Mémoires de Granvcllc, t. XVIII, fol. 103 
wrso.) — « Michiel de Jaca, qui, à mon advis, tire sa vaiche en ung 
panier, a charge des victuailles et provisions, avec ung autre nommé 
Jehan de Pugdere, y mis par Schetz, dont il me semble que monsieur de 
Vakene ne se contente trop ». (Bave, 15 juin 1565: ibid., fol. 196.) — 
« Miguel de Jacca, ou Yacca y Barca, est peu connu. C'était un Espagnol 
assez obscur, appartenant dès 1558 à l'administration militaire des Pays- 



(54) 

dessus, se partit, accompagnée d'aultres trente naves, car toutes 
celles qu'est oient aux portz de Zélande estoient arrestées et ne 
pouvoient faire voille sans nostre armée, ny ne la pouvoient 
abandonner que nous ne fussions hors d'Angleterre: de 
laquelle nous en sortismes le xxm e dudict moys, sans péril ny 
sans aulcun rencontre, sinon sur l'issue d'icelle, que nous 
aperçeumes environ douze grosses naves que Ton disoit estre 
angloises et monstroient semblant de nous environner, parce 
qu'elles faisoient ung demy-ccrcle, ce que causa que les nostres 
se vindrent à joindre plus près. Mais il ne succéda aultre chose, 
sinon que ce fut une monstre, combien que toutesfoîs les 
pilottes assheuroient que c'estoient navires de guerre, et n'en 
laissâmes nullement de poursuyvre nostre chemin, lequel nous 
continuâmes avec toute prospérité, si bien que sans inconvé- 
nient l'armée vint surgir, le pénultième dudict moys, à 
Cascay f , qu'est le commencement de l'embouchure du canal 
de Lisbonne, et a prins ce nom d'une forteresse située sur le 
bort de la mer, pour estre semblable celluy dont elle s'appelle*, 
laquelle n'est distante dudict Lisbonne que de six à sept lieues. 
Néantmoings, le lendemain, que fut le vendredy dernier 
jour, l'on ne passa point plus avant que Bellain, cinq lieues 
de là et une lieue de Lisbonne. Bellain 3 est une tour ou for- 



Bas ». Il apparaît plus tard comme époux de Marguerite Contault, nièce 
ou cousine du chanoine de ce nom, qui était originaire de Franche- 
Comte et devait son canonicat de Malines à l'amitié que lui portait le 
cardinal de Granvelle. (Poullet, Correspondance de Granvelle, t. I, 
p. 205, note 2, et p. 122, note 3.) 

1 Cascaes, ville située a l'embouchure duTage, a cinq lieues en aval de 
Lisbonne, près d'une forteresse bâtie sur la pointe de quelques rochers. 

* Bordey veut dire sans doute que le nom de Cascay a été donné à la 
forteresse parce qu'elle ressemble de loin à un casque. 

3 Belem est un faubourg de Lisbonne, qui tire son nom d'une mer- 
veilleuse tour, de style gothique, assise sur un terre-plein fortifié et 
casemate, dans le lit du Tage. En regard de cette tour se trouve un vieux 
monastère de Hiéronymites, avec une église splendide, bâtie en consé- 
quence d'un vœu de Vasco de Gama, lorsqu'il partit pour conquérir la 
route des Indes. « A côté du grand autel », écrivait en 1670 un voyageur 



( W) 

tcresse bastic dedans le canal, dans laquelle il y a souldars et 
capitaine, et grand nombre d'artillerie. Pour le moings ù 
l'abordée, elle nous salua de plusieurs coups en signe d'allé- 
gresse, et noz naves, après avoir jecté l'ancre, leur rendirent le 
semblable par une salve fort brave. De ceste tour de Bellain a 
pris son nom ung monastère de religieux de Sainct-Hiérome, 
qu'est situé ù l'endroict de ladicte tour, sur le rivage de la mer, 
au bas d'une coline. Cestuy est bien l'ung des beaulx monas- 
tères de structure que l'on pourroit veoir. Tout le contour, qui 
est fort grand, est serré et encloz de haultes murailles, où que 
sont plusieurs jardins peuplés d'une infinité d'orangiers et 
aultres telz gendres d'arbres, pourtant fruictz en grand abon- 
dance. En ce monastère sont les sépulchres et monumentz des 
roys de Portugal et de ceulx de leur sang. L'on y bastit, et y 
faict la Royne une fort riche chappelle pour, estant parachevée, 
y faire transporter tous les oz des feuz roys, et où que seront 
inhumés ceulx quilz succéderont cy après. En ceste église fut 
le sambedy matin monsieur le conte, avec madame sa femme 
et toute la compagnie, oïr messe pour remercier et louer Dieu 
nostre Créateur de nous avoir mené et conduit à bon port. Ce 
qu'ayant faict et ayant visité les particularités du convent, il 
retourna cliner aux naves. 

Icy il fault que Sadicte Seigneurie Illustrissime entende que 
le jeudy que nous encrasmes, le conte dépescha Fabio Lambo, 
commissaire général, et ung gentilhomme de sa maison, espa- 
gnol, appelé Verdugo *, à Lisbonne pour advertir le Roy 2, 

digne de foi, « on voit quatre tombeaux de jaspe et de marbre, enclavez 
dans l'épaisseur du mur, soutenus chacun par deux éléphants, où sont des 
Rois et Reines de Portugal ; vis-à-vis sont d'autres tombeaux de leurs 
Infants, qui sont construits de la même manière ». (Voyage de Madrid à 
Lisbonne, dans le volume intitulé : Voyages faits en divers temps en Espa- 
gne, en Portugal, etc.; Amsterdam, 4699, in-12, p. 194). 

1 Francisco Verdugo épousa Dorothée de Mansfeld, fille naturelle du 
comte Pierre-Ernest : il fut, avec la qualité de gouverneur de Frise, l'un 
des lieutenants d'Alexandre Farnèse dans ses campagnes contre le prince 
d'Orange. 

* Sébastien, enfant posthume du prince Jean, héritier de Portugal, et 



(36) 

Royne ! et rillustrissime Senor cl Cardinal * de nostre arrivée 
à Bel lai n, qu'estoit le vendredy. Hz envoyaient une gallère {car 
le Roy en tient d'ordinaire dix en son port de Lisbonne, 
lesquelles j'ay veu), avec aulcuns gentilhommes, pour congra- 
tuler au conte nostre venue : lesquelx, ayant parlementé avec 
luy et après avoir tournoyé tout alentour de noz naves et tiré 
aulcuns coupz d'artillerie de la proue, s'en relournarent ; mais 
ce ne fut sans que noz naves les saluarent par une fort magni- 
ficque salve de canonades. La nuit aprouchoit quant ilz se 
retirarent. Et alors fut prinse la détermination que l'on ne 
bougeroit point dudict Bellain jusques au dimenchc après 
dîner. Que fut cause que l'ambassadeur de nostre Roy vint le 
sambedy en VAdmiralc, et tantost après le seigneur Don 
Constantin et Don Fulgence, son frère, homme dVglise, tous 
deux tilz au feu duc de Bergance et frères de l'Infante Dèna 
Elisabet, mère de nostre Princesse, mais enfans d'une aullre 
mère, laquelle le duc leur père espousa en secondes nopecs; 
et estoit ceste dame de la maison de Mendoce. Et le ncpveur 
de ces deux icy, c'est le duc de Bergance pour aujourd'huy, 
quil, ayant été reffusé de nostre Princesse, espousa sa sœur s. 

de la princesse Jeanne d'Autriche, fille de Charles-Quint, né le 20 janvier 
15,54, avait succédé à son grand-père Jean III, le 2 août 1557 : à l'époque 
de l'arrivée de l'ambassade, il était dans sa douzième année. 

! Catherine d'Autriche, sœur puînée de Charles-Quint, veuve du roi 
Jean III de Portugal et aïeule du roi Sébastien. 

2 Henri de Portugal, cardinal, grand-oncle du roi Sébastien, régent du 
royaume, destiné, par le fait de la mort tragique de son petit-neveu, à 
occuper lui-même le trône de Portugal. 

3 La princesse Marie, qui allait devenir la femme d'Alexandre Farnèse. 
était la fille ainée de feu Edouard de Portugal, duc de Guimaraès, et 
d'Elisabeth de Bragance. Par son père, elle était cousine germaine du 
roi d'Espagne Philippe II, et elle avait eu le même degré de parenté avec 
le défunt père de Sébastien, roi de Portugal. Son grand-père maternel, le 
duc Jacques de Bragance, avait épousé deux femmes : l*ÉIéonore de Guz- 
man, 2" Jeanne deMendoza. De la première étaient issues Elisabeth, mère 
de la princesse Marie, et Catherine, mariée au duc Jean de Bragance, son 
cousin germain. De la seconde femme sortaient les princes Constantin et 
Fulgence; ce dernier était titulaire du riche prieuré de Guimaraès. 



( «7 ) 

Avec eulx aussi vindrent plusieurs aultres gentilhommes. Et 
se paracheva ce jour seulement en visites. Et alors tous les 
gentilhommes de l'armée estoient en YAdmirale. 

Cependant que ces choses se faisoient, l'Illustrissime Cardi- 
nal, estant bien adverty quel seigneur estoit le conte et quelle 
estoit sa suytte et compagnie, comme gouverneur du jeune Roy 
son nepveur, et par ainsi du royaulme, voulant, que la chose 
succédasse et prînt fin avec tout honneur, convoqua et fit 
assembler les plus principaulx et riches marchans de la ville, 
et leur commenda et pria qu'ilz eussent à recepvoir en leur 
maison ceulx quilz leur seroient donnés par billetz, et de leur 
faire le meilleur traictement qu'ilz pourroient, fusse en leur 
lougis, fusse en leur fournissans chevaulx pour aller par la 
ville; commenda davantaige et fit faire édict public que per- 
sonne, à peine de la hard, n'eult à commencer ny faire aulcune 
querelle à ceulx de l'armée, ains de les recepvoir et traicter 
avec eulx en tout respect et amytié, comme certes ils ont faict 
tout le temps qu'avons esté là. Et, par ce moyen, fut exemptée 
Son Altèzc de grandz frais, par l'intention que l'on avoit d'y 
tenir table fort magnificque. 

Le dimenche suyvant, qu'estoit le second jour de septembre, 
incontinent après dîner, retournarent en VAdmirale, en trois 
gallères, lesdietz seigneurs nommés et encoires plusieurs aultres 
gentilhommes, le principal desquelx estoit Don Edouard, 
frère de la Princesse *, ung beaul jeune prince et de belle 
taille, lesquelx ne furent si tost entrés, que l'on leva l'ancre 
pour sortir dudict Bellain et tirer à Lisbonne. C'estoit lors 
ung grand plaisir d'ouyr l'artillerie quil se deschargeoit par 
toutes les naves qu'estoient encrées au port; mais ce n'estoit 
rien au respect de celle que tirarent les nostres lorsqu'elles 
jectarent l'ancre tout devant le palais du Roy. 

A la descente, plusieurs barquerolles, richement tapissées 



1 Edouard de Portugal, l'aîné des enfants et le fils unique du duc de 
Guimaraôs défunt, qui avait eu aussi le prénom d'Edouard, était le frère 
de la future duchesse de Parme et de la duchesse de Bragance. 



(38) 

de drapz de soye de diverses couleurs, estaient aprestées pour 
recepvoir la compagnie. Là se véoit ung si grand nombre de 
peuple, que je pense que Ton n'en a guaire veu davantaige 
assemblé pour un coup aultrepart, lesquelx s'esmerveilloient 
grandement de veoir une tant belle et tant grande compagnie 
et si bien en ordre. Pour dire la vérité, il la faisoit beau veoir, 
estans tous les gentilhommes habillés de maroniers *, les ungs 
en soye, les aultres en escarlatte, et tous en général ayant leur 
habillementz enrichis de passement d'or ou d'argent. Mais les 
dames s'estoient parées de leur plus riches atours et habille- 
mentz, qu'estaient extrêmement riches, car Son Allèze a voit 
donné aux siennes les accoustrementz qu'estaient estes faietz 
pour Francfort 2, et d'aultres encoires plus riches. Toute ceste 
compagnie, descendue en terre, marcharent contre le palais en 
bon ordre, quil n'est pas plus eslongné du port que d'ung ject 
de pierre, mais bien le plus mal basti que j'ay oneques veu et 
indigne de son assiete, qu'est bien la plus belle et la plus 
grande, et a la plus belle veue que l'on sauroit veoir. 

Nous trouvasmes le Roy en une grande gallerie, du coustel 
de la marine toute ouverte, assez bien accompagné de noblesse. 
Il estait au bout d'icelle, sur ung siège eslevé de trois ou quatre 
pas, assis sur ung coussin de drap d'or, entre la Royne 3 et le 
Cardinal *, quilz estaient en la mesme sorte assis, la Royne ù la 
droietc et le Cardinal à la gauche; et au coustel droict de la 
Royne estait l'Infante Dona Marie s, et auprès d'elle l'Infante 



1 C'est-à-dire « vôtus en marins ». 

* Probablement pour les grandes fêtes qui avaient eu lieu à Francfort, 
le 30 novembre 1562, à l'occasion du couronnement de Maximihen d'Au- 
triche en qualité de roi des Romains, c'est-à-dire d'héritier présomptif 
de la couronne impériale. 

3 Catherine d'Autriche, aïeule du roi. 

* Le cardinal Henri, régent du royaume. 

5 Fille d'Emmanuel le Grand, roi de Portugal, et de sa troisième 
femme Éléonore d'Autriche, celle-ci remariée au roi de France François 1 OT » 
J'infante Marie était la grand'tante du jeune roi Sébastien. 



(59) 

t 

Dona Elizabel * et la Princesse sa fille *. Je ne doubte point 
que toute l'assemblée ne s'esmerveilla grandement quant iiz 
Tirent entrer ceste grande compagnie quil marchoît devant le 
conte, lequel arrivé qu'il fut devant le siège, le Roy se leva, et, 
ayant démarché ung pas ou deux, il reçeut ledict conte entre 
fies bras, quil tâchoit à luy baiser les mains. Et ayant ledict 
conte rendu les compliments envers le Roy, il s'adressa à la 
Boyne, puis au Cardinal, puis aux Infantes; mais aux deux 
dernières, qu'cstoient l'Infante Elizabel et la Princesse sa fille, 
sa harangue fut plus longue. Ledict conte ayant parachevé ses 
harangues, la contesse sa femme fit le mesme, puis toutes les 
dames et conséquemment tous les gentilhommes ; et durarent 
-ces cpmpliments presque une heure : lesquelx estant parache- 
vez, chascun se retira, demeurant lougé ledict seigneur conte 
au palais et toutes les dames au quartier de l'Infante Elisabel ; 
jet les aultres gentilhommes se retirarent chascun chez leur 
hoste, lesquelx ils (rouvarent à la descente du palais, avec 
chevaulx d'Espagne pour les conduire en leurlougis. 

Quant à moy, j'eus pour mon hoste le seigneur Vanture de 
Foias, à qui le sieur Curiel 3 m'avoit donné lettres de recom- 
mendation fort favorables et une lettre de change de cent escuz. 
Je ne me puis louer sinon grandement de luy, car il m'a faict 
tout le bon recueil et faveur du monde, et traicté comme roy : 
suppliant Sa Seigneurie Illustrissime que si elle escript audict 
Curiel, de luy en toucher ung mot, puisque je n'ignore que 
ledict Curiel ne m'a procuré cela sinon en faveur de Sadicte 



* Elisabeth de Bragance, veuve d'Edouard de Portugal, duc de Gui- 
maraès. 

* Marie de Portugal, « la dame de nopces », comme l'appelaient les 
correspondants du cardinal de Granvelle. 

3 Hieronimo de Curiel, Espagnol établi à Anvers, où il avait la qualité 
de facteur du Roi. « Tant que Curiel résida à Anvers, ce fut d'habitude 
par ses soins, ou par son intermédiaire, que s'envoyèrent en Espagne les 
peintures, tapisseries, armures, destinées soit au Roi, soit aux seigneurs 
de la cour de Madrid ». (Poullet, Correspondance de Granvelle, 1. 1, p. 68, 
note 1.) 



(60) 

Seigneurie Illustrissime, ne le méritant aultrement en son 
endroict, tant il a désir de luy faire humble service et plaisir 
aux siens. 

Tout le temps que nous demeurasmes à Lisbonne, le conte 
fut festoyé par bancquets hors du palais quatre fois : asçavoir 
au lougis de Don Edouard *, au lougis de Don Constantin * (et 
icy ilz furent appelles tous les gentilhommes de Son Àltèze), 
au lougis de l'Ambassadeur (et y furent toutes les dames), et au 
lougis de Damianus a Goes , auquel lieu j'estois invité avec 
plusieurs aultres gentilhommes. 

Icy je feray une petite disgression, et diray que le jour que 
se fit le bancquet de Don Constantin, que fut magnificque et 
opulent, ce fut le vendredy veille de Nostre-Dame en septem- 
bre; mais, quoy que ce fût que nous y mengeâmes, nous 
fûmes plus de huict quilz en rapportarent un fluz de ventre 
estrange avec vomissement, et estoit de ce nombre le conte 
Charles de Mansfelt et Camargo 3. Mais moy j'en heu une si 
estrange atteincle, que je ne pensois jamais mieulx mourir, 
me durant incessamment le fluz et le vomissement, dois les 
vin heures du soir jusques aux six du matin, et la plus part 
avec sang tout peur d'ung coustel et d'aultre : tellement que me 
trouvant fort débile le lendemain, qu'estoit le jour de la Nostre- 
Dame et le jour que Damianus a Goes faisoit son banquet, je 
n'y pus estre; il m'envoya visiter deux ou trois fois par son 
filz le docteur. Et ay parler à lui deux ou trois fois en court : 
il se monstre grandement serviteur de Sadicte Seigneurie 
Illustrissime, et me pria de luy présenter ses humbles recom- 
mandations. Il se faict fort vieulx. Et son aultre filz, qu'a 
demeuré en ceste ville, il est pour le présent aux Indes. 

Pour retourner à mon propos, toute la reste des aultres jours 
le conte ne s'empescha sinon à faire visites, et ce pendant tenir 

* Edouard de Portugal, duc de Guimaraès, frère de la mariée. 

* Constantin de Bragance, oncle maternel de la princesse. 

3 Antonio Camargo, gentilhomme espagnol, attaché à la maison de la 
gouvernante. 



( 61 ) 

tousjours la main vers la Princesse de se faire preste le plus 
tost qu'elle pourrait pour s'ambarquer, puisque le temps 
couroit contre nous. Et comm' il la sollicitoit de luy faire 
entendre, par un billet, le nombre des gens qu'elle vouloit 
mener avec elle, et la qualité d'iceulx, et combien de coffres, il 
se trouva bien esbahy quant il vit le nombre, qu'estoit les deux 
tiers plus grand que luy n'espéroit ne que Son Altèze n'enten- 
doit. De manière que cela causa ung grand changement aux 
naves de l'armée, parce qu'ilz passoient le nombre de cent et 
trente personnes : desquelx, ostez dix ou douze et trente trois 
femmes qu'elle mesne avec elle, toute la reste est canaille, 
néantmoings en leur parolles Idalgos comm'el Rey *. Le prin- 
cipal de tous est Don Manuel Dalmade, évesque d'Àngre 2, 
envoyé de la part du Roy avec elle, quil vint avec xxim ser- 
viteurs. L'aultre après est Dieguo de Mendoce, maior d'homme 
maior de la Princesse : ainsi l'appellent les Portugais; et avec 
luy vint sa femme, camerera maior, ayant quatres filles, toutes 
quatres damoyselles à la Princesse, et ung filz. Cestuy Dieguo 
de Mendoce 3 est de la vraye maison des Mendoce et parent 
proche à la seconde femme que jadis le duc de Bergance 
eult espousée, qu'estoit de la maison des Mendoce. Oultre ces 
deux icy et deux ou trois gentilhommes servans, je n'y con- 
gnois personne d'estime. 

Quant à la Princesse, elle n'est ny belle ny laide; néant- 
moings elle est fort petite. Mais ce que deffault à la beaulté, si 
le Prince en désiroit davantaige, comme certes je pense bien 
qu'il faict, sa bonne grâce, sa grande humanité, vertu, pru- 
dence et doctrine certainement récompense entièrement ce 
deffault; car mieulx nourrie ny plus sage princesse l'on ne 



4 C'est-à-dire nobles comme le Roy, 

* Angra, principale ville de File Terceira et des autres Açores, est le 
siège d'un évoque suffragant du patriarche de Lisbonne. 

3 Serait-ce Diego Hurtado de Mendoza, comte de Saldagna, mort le 
29 mars 1566, qui avait épousé Maria de Mendoza, fille et héritière de 
Rodrigo, marquis de Zenete? 



(04) 

à son de trompe tant à Mcdelebourg qu'à Lisbonne, de droict 
luy adjugeoient la mesme confiscation que le Roy prétendoit, 
veu qu'il estoit deffendu, à peine de tout perdre, de ne charger 
rien sur les naves sinon ce qu'estoit nécessaire pour le voyage, 
confiscant toutes aultres marchandises que dedans se trou- 
veroient pour traficquer. Cecy estant meurement considéré, 
Ton fit entendre aux Portugais que Ton s'estoil aulcunement 
encherchié des patrons pour en entendre la vérité, et que n'en 
ayant rien sçeu congnoistre, il ne leur sembloit convenable 
d'en faire poursuitte davantaige, mesmes de faire ouverture 
des coffres comme eulx requéroient, puis qu'en cela ilz n'eus- 
sent deuement gardé le respect qu'ilz doibvent et vouloient 
garder ù la Princesse. Ainsi la chose demeura assopiepour les 
Pourtugais. Mais pour nous aultres, Ton y bcsongna, comme je 
diray cy après. 

Entretant que cecy se passoit audict Bellain, furent faictes 
plusieurs visites dois la ville en noz naves de tous les seigneurs 
principaulx, jusques au Cardinal et l'Infante Dona Elizabel, et 
y estoit quasi tousjours Don Edouart. Mais voyant lesdicts 
Portugais que le vent ne nous vouloit scrvyr pour partir du 
port, craignant à la longue que la saison ne se passasse et 
pourtant que serions contrains d'hyverner audict Lisbonne, ce 
qu'ilz ne désiroient nullement, firent venir quatre gallères, 
lesquelles, attachées à noz naves, nous tirarent du port dudict 
Bellain et nous conduisirent à celluy de Cascay. Et à ce désan- 
crement choqua la Viçadtnirale, où qu'estaient tous les gen- 
tilhommes de Son Altèze, contre la Béguine, où qu'estoit le 
conte Charles et sa suytte. Il prit bien que ce n'est oit à la 
hault' mer et que nous n'avions nul vent : tousjours la poincte 
de la proue de la Viçadmirale enfonça la chambre de monsieur 
d'Estambrughes en hault. 

Tout ainsi que nous n'avions vent à Bellain, le mesme 
advint-y à Cascay, et pour le séjour qu'y faisions, la mesme 
crainetc que dessus augmentait aux Pourtugais. Et, ne voyant 
aultre moyen de nous faire partir, firent venir en YAdmirale 
leurs pilottes, quilzseurentsi bien persuader lesnostres en leur 



( 65) 

disant que, entrés que serions ung trente ou quarante lieues à 
la haulte mer, nous ne fauldrions à trouver le vent que dési- 
rions pour suyvre nostre chemin, que en fin Ton print résolu- 
tion de lever l'ancre, contre l'opinion et vouloir de plusieurs : 
ce que s'effectua par ung lundi matin xxini de septembre. Et 
avions en nostre compagnie huict naves portugoises mar- 
chandes et trois levantesques, aultrement vénétiennes ; et ces 
trois estoient encoires plus grandes que les nostres, et aultant 
belles que Ton pourroit veoir, et tiroient en Angleterre. 

Nous continuâmes à faire voille à la hault' mer jusques au 
jeudy matin, avec undes braves et ung vent puissant, mais du 
tout contraire pour nous mectre en nostre chemin , duquel 
nous estions jà eslongné de plus de mixx lieues. Ce que voyant 
les pilottes, ayant YAdmirale donné signe, Ton retourna voille 
pour penser regaigner Lisbonne : aultrement nous estions en 
danger de prendre terre en Barbarie; mais il ne fut jamais 
possible d'en reprendre la route. Ains, ne sachant où que 
nous allions, fusmes en ceste peine jusques au dimenche après 
le dîner, qu'estoit le dernier jour du moys, que Ton descouvrit 
terre, et recongneut-on que c'estoit le Cap-Sainct- Vincent *, 
quarante lieues par delà Lisbonne, auquel on jecta l'ancre. Le 
jour de la Sainct-Michel, il y eult une alarme de feu en nostre 
nave; mais, par le bon remide que Ton y mit incontinent, il 
n'y eult aultre inconvénient que la peur, quil ne fut petite. 

Cap-Sainct-Vincentest le lieu où que ce grand pyrale Austre- 
lin édifia le chasteaul que pour le présent y est, qui depuis 
fut prins et taillée sa teste, et son chasteaul démoly, comme 
s'en voyent encoires les vestiges. Néantmoings-, il est mainte- 
nant aulcunement réparé et muni d'artillerie assez, ayant ung 
capitaine avec xx soûl dars pour sa garde, pour la craincte qu'ilz 



1 Situé à Tune des extrémités du monde européen, les anciens rappe- 
laient le Promontoire .sacré, vocable qui -se perpétue dans le nom de la 
place maritime de Sagres, assise sur Tune des pointes du cap. Sur l'autre 
pointe, un monastère, dédié à saint Vincent et protégé par une tour, a 
fourni le nom moderne de l'ensemble du cap. 

Tome XLI. 5 



(66) 

ont des Mores, lesquelx, il n'y a pas long temps, robarent le 
monastère de Sainct- Laurent \ auquel la Princesse fut le 
jeudy 1111 e d'octobre dîner, n'estant qu'à une petite lieue du 
chasteaul, où que le mesme avait faict le lundi premier jour. 
En ce lieu, se trouvant mal dispos le sieur Camargo, le capi- 
taine Veillar etaultres gentilhommes du conte, déterminaient 
d'aller par terre, comm'ilz firent. Aussi fit Boisot, que le conte 
dépescha par la poste. La nuict du mesme jeudy 1111 e , se fit 
ung tremblement de terre, que nous sentismes aussi dedans 
la mer, par le grand branlement de noz naves. 

Ce pendant que noz naves demeuroient encores en ce cap, 
passarent aulcunes naves angloises marchandes, ausquelles 
l'on fit caller voille, comme Ton a pour coustume de faire à 
toutes celles qu'il passe par devant une armée de mer, mesme 
où que V Admira le est, et print-on langue des patrons. Mais, 
sur les derniers jours, se vindrent à descouvrir quatre grosses 
naves à la volée d'ung canon, au moings la première : aus- 
quelles ayant faict signe VAdmiraîe de caller voille, par ung 
coup d'artillerie, monstrant ne s'en socier, eslongnant le cap, 
singlarent en la haulte mer. Pour moy, j'ay opinion que 
c'estoient pyrates bretons, et que ce furent ceulx qui, après 
nostre parlement, cuydarent surprendre aulcuns des nostres : 
que fut en ceste manière. 

A quatre lieues du Cap-Sainct- Vincent, il y a une petite 
villette appelle Achas, en laquelle, dois le mardy 11 e , estoient 
allés pour se refreschir monsieur d'Estambrughes, Auchy *, le 
conte Annibal 3, A Ion ce Gayo, Paulo Walzin et Bouvier, les- 
quelx s'obliant par trop à la faire trop longue, advint que 
le vn c , que fut le dimenche matin, le vent se fit bon, qu'avions 

1 Lisez « Sainct-Vincent ». — Saint Laurent et saint Vincent, tous deux 
diacres et martyrs, pouvaient aisément être substitués l'un à l'autre dans 
les souvenirs d'un voyageur. 

* Jacques de Henni n-Liétard, baron d'Auxy, frère du comte de Boussu. 

3 Annibal d'Altaemps, élevé à la dignité de comte par l'empereur 
Ferdinand I er , avait épousé, au printemps de 1565, Hortense Borroméc, 
sœur consanguine du saint cardinal de ce nom. 



(•67) 

tant désiré et si longuement attendu. De manière que, sans 
respecter personne, le conte commenda de lever l'ancre et faire 
voille ; et n'eult pas attendu son propre filz s'il fût esté avec les 
aultres, comme plusieurs fois je luy ay ouy dire, et ce que 
n'ignoroient nullement ceulx dessus nommés qu'estoient en 
terre. Lesquelx, craignant grandement qu'il n'advinsse ce 
qu'estoit jà advenu sans qu'ilz en sçeussent rien, louarent une 
barquerole avec rames, pour avec plus de diligence se faire 
transporter à l'armée, et s'ilz la trouvoient partie, pour plus 
tost la consuyvre. Or, ne sçeurent-ilz tant diligenter que 
l'armée ne fusse jà partie quant ilz arrivarent au cap. Nom- 
pourtant, sans nulle craincte, ilz se mirent à poursuyvre, 
forçant à cela le maistre de la barquerolle quil n'y voulloit 
entendre, bien qu'il leur remonstroit le péril où qu'ilz se 
mestoient. Hz furent navigeant tout le jour et jusques à la 
minuict sans rien rencontrer. La nuict estoit claire, et alors se 
monstrarent quatres grosses naves devant eulx. Ce que voyant, 
et présumant que ce fussent aulcunes de nostre armée, tirent 
tant qu'ilz en approucharent l'une de sy près qu'ilz se par- 
loient l'ung et l'aultre. Mais ilz se trouvarent bien esbahys 
quant ilz congneurent estres pyrates, et que l'on les semon- 
gnoit d'eulx rendre et approcher : ce que certes, comme 
aulcungs d'eulx m'ont dit, ilz eussent faict, et se fussent soub- 
mis à rançon; mais, estant assheurés de leur patron et pilotte 
que telles gens ne prenoient personne à mercy, et que la 
rançon qu'ilz prenoient estoit la vie, mectant tous la main aux 
rames, prindrent la fuitte, et les autres à tirer force canonades 
après pour les mectre au fond. Mais Dieu les préserva si bien 
qu'ilz eschapparent et gaignarent la terre, tous sains et saulfz, 
et dois là se transportarent à Lisbonne, où qu'ilz ont prins la 
poste, et ont faict telle diligence qu'ilz sont jà tous arrivés en 
ceste ville. Et arrivarent les premiers le conte Annibal, Alonce 
Gaio et Paul Walzin, quilz vindrent trouver la Princesse à 
Terremonde, avant que d'arriver à Bruxelles. 

Ceste disgression ne m'a semblé hors de propos, puis qu'elle 
despend de l'armée, laquelle continua à faire voille avec bon 



(68) 

vent l'espace dé quatre jours, et tantost après se rendit calme. 
Depuis, se levant un vent contraire, nous temporisions ; mais 
s'eslevant brave le mecredy xvn e , et s'augmentant d'heure en 
heure, le jeudy suyvant husmes si terrible tempeste, que, se 
renforçant encoires sur la nuict, Ton fut contrain caller toutes 
les voilles, sans en réserver nulles, nompas seulement le trin- 
quet ', et par ainsi fûmes abandonnés à la miséricorde de 
Dieu et des vagues. Et estoit la chose si désespérée que Ton 
n'espéroit jamais veoir le jour ; mais Dieu nous préserva et, 
par sa miséricorde* appaisa la tormente le vendredy lende- 
main, sur le midy, nonobstant que la mer demeura encoires 
tout ce jour brave avec ung vent du tout contraire, que fut 
cause que nous prismes la route de la Coulongne en Gai lice 3 , 
en intention que si on la pouvait gaigner d'y passer nostre 
hyver, parce que jà les vivres nous deffailloient. Et ont con- 
fessé les patrons et pilottes que la plus grand' peur qu'ilz 
avoient heu en ceste navigation estoit d'estre affamés et mourir 
de faim, parce que sur ceste mer, et en la saison que nous 
estions, l'on est bien deux et trois moys sans pouvoir prendre 
terre. Durant ceste tempeste, nostre Viçadmirale fut en grand 
danger d'estre périe, parce que, deux jours devant qu'elle 
commençasse, elle chargeoit jà grandement l'eaul : de manière 
que les pompes n'estoient suffisantes à espuiser le quart, com- 
bien que l'on pompasse jour et nuict. Et par Ta tempeste se 
firent aultres plusieurs trouz, que mirent la chose du tout en 
désespoir. Et, pour certain, elle estoit du tout pardue, si la 
tempeste eult encoires duré ung jour; mais le vendredy, don- 
nant signe par ung coup de canon et par enseignes desployées 
aux aultres naves du péril qu'elle estoit, fut secourue. La 



1 « Trinquette : c'est une voile triangulaire faite en voile d'étai, de 
toile à quatre fils ... ; elle se borde sur le côté de l'embarcation et sert 
souvent à mettre à la cape, quand il vente trop ». (Encyclopédie métho- 
dique, Marine, t. III, p. 791.) 

* La Corogne (Corufia), port de mer et place forte, est le chef-lieu mili- 
taire de la province espagnole de Galice. 



(69) 

Béguine perdit son botte ', duquel Ton couppa la corde envi* 
ron la minuict; et, sans cela, la nave estoit en danger: car 
corn m' il estoit plain d'eau, les undes le faisoient choquer 
contre le timon. Des trois yaches, Tune fut fracassée et rompue 
contre YAdmirale: de laquelle tous les gens se sàulvarent, moins 
deux quilz furent noyés. Et la petite, qui pour lors se pardit 
et que l'on tenoit du tout pour pardue, arriva six jours devant 
nous à Medelebourg, avec les six naves portugoises, des huict 
quilz accompagnoient l'armée : dont les deux quilz restaient se 
retournarent joindre aux nostres, deux jours après, bien 
désolées, comme celles qu'avoyent jecté en mer toute leur 
artillerie et la plus grand' part de leur marchandise. Quant aux 
levantesques, nous ne sûmes qu'elles devindrent, ny depuis 
en avons heu nouvelles. 

Nous suyvions doncques, comme j'ay dit, la route de la 
Coulongne; mais Dieu permit que le vent se retourna bon le 
sambedy xx e : que fut cause que nous reprîmes celle d'Angle- 
terre. En laquelle, continuant tousjours le vent bon et pros- 
père, nous entrasmes au canal d'icelle le mecredy xxiv*. Et le 
lendemain Ton descouvrit terre. Et l'aullre jour suyvant, 
qu'estoit le vendredy, Ton vint surgir et encrer à Turbay, 
aultrement appelle le Bery * : ce qu'estoit plus que de besoing, 
car YAdmirale n'avoit plus ny chair, ny vin. 

Icy Ton se refreschit d'eaul et de vivres, et commença-t-on à 
besongner sur cet advertissement que les Portugais avoient 
donné lorsque nous estions à Bellain , et de quoy j'ay faict 
mention icy dessus. Et en heult la principal le commission, de 
la part du conte, le seigneur Bassompierre, quil se trans- 
porta en toutes les naves, où qu'il proposa ordonnences et 



1 « Bot : c'est une embarcation hollandaise ou flamande, fort pleine, 
quarrée de l'avant, et pontée. Les chaloupes et autres bâtimens à rame 
de ces nations, qui sont de cette forme, s'appellent aussi bot ». (Enqjclo- 
pédie méthodique, Marine, 1. 1, p. 173.) 

* Tor-Bay, plage en hémicycle, au sud de la Grande-Bretagne : l'un 
des caps qui délimitent cette baie s'appelle Berry-Head. 



(70) 

commendemens , de la part dudict conte , qne tous gen- 
tilhommes, capitaines, patrons, pilottes, maronniers et aultres 
gens qu'cstoient en toute l'armée, quelz qu'ilz fussent, eussent 
à inventoriser et donner par inventaire tous et quantz meubles 
qu'ilz avoyent en leur coffres, bahuz et basles, et deans 
xxuii heures; que si se retrouvoit par après aultrement lorsque 
l'on en feroit ouverture et recherche, que tout seroit confisqué 
au proffit de Son Altèze;commendant au surplus à tous capi- 
taines qu'ilz ne permissent de tirer aulcuns coffres ny désam- 
barquer personne sans licence. 

Et de tout comme la chose passoit, en fut advertie Son Altèze 
par Boysot, dois le Cap-Sainct- Vincent. Et pour ce que le tré- 
zorier Fabio Lambo et Jehan de Ponde, pagador, n'entendoîent 
ny ne vouloient consentir que l'on ovrisse les coffres de la tré- 
zorerie, le conte en escripvit à Son Altèze par Marno, quil fut 
dépesché dudict Turbay en terre, pour dois là prendre la poste 
et appourter les nouvelles à Sadicte Altèze de nostre arrivée en 
Angleterre. Et y arriva sy à propos, que l'on espéroit plus la 
perte de nous aultres que nostre arrivée, par les tempestes et 
grandz ventz qu'avoyent estes en Flandre lors que nous 
voguions : dont Son Altèze fut bien joyeuse d'entendre si 
bonnes nouvelles. 

Toutes ces choses parachevées, l'on fit voille le dimenche 
xxviir, et le dernier jour l'on jecta l'ancre devant Douvre. Icy 
s'estoit résolu le conte à Lisbonne de se désambarquer et se 
mectre dedans les yaches pour passer à Donquerque, pour éviter 
les bancz, et de ceste résolution en avoit adverty Son Altèze par 
Verdugo : de sorte que les lougis estoient jà faictz de ce coustel 
là et du coustel de Brughes. Mais cecy fut changé pour la recher- 
che que l'on debvoit faire des coffres, qu'estoit réservée pour 
Medelebourg. En ce port de Douvre, nous husmes nouvelles 
comme l'Ambassadeur d'Angleterre * avoit passé pour se trouver 

1 « Cet ambassadeur était don Diego de Guzman de Silva, chanoine de 
Tolède, nommé par le Roi au commencement de 1564, et parti de Bruxelles 
pour son poste vers le milieu de juin de la même année. Il avait été 



(71 ) 

aux nopces au nom de nostre Roy. Nous y séjournasmes le jour 
de Tous-les-Sainctz, et, s'estans toutes les naves fournies de 
pilottes pour éviter les bancz, approuchant la nuict, Ton fit 
voille. Et, par la permission divine, sans aultre péril aulcun, 
sur la nuict du jour des Ames *, nous arrivasmes au port tant 
désiré, qu'estoit Ramure *, près de Medelebourg, et si à propos 
qu'à peine avions-nous jçcté l'ancre, qu'il se leva ung furieux 
vent tout entièrement contraire, et de telle sorte qu'il nous 
repoulsa à l'isle Vie; mais encoires les pilottes assheuroient 
qu'il n'y eult eschappé nulle nave, parce que la nuict et l'impé- 
tuosité du vent les eult fraquassées sur les bancz. Dont nous 
devons louer grandement Dieu et confesser et recongnoistre 
que, par sa saincte seule grâce, avons eschappé tant de perilz, 
mesme que YAdmirale donna trois fois sur ung banc sans 
recepvoir aulcun inconvénient. 

Ce soir mesme entra la Princesse à Medelebourg, qu'il estoit 
plus de dix heures de nuict. Mais des aultres naves ne sortit 
personne, parce que le lendemain se devoit faire la visite des 
coffres. Et commença-t-on à nous aultres gentilhommes, nom- 
pas pour opinion que l'on eult de trouver en nos coffres ce que 
l'on cherchoit, ains pour servir d'exemple, afin que personne 
ne fusse exempte. Aussi é toit-ce le vouloir de Son Altèze, selon 
les lettres qu'elle escripvoit au conte par Boysot, qu'estoit 
arrivé trois jours seulement devant Marno, ne voulant que per- 
sonne en fût exclus, nompas les coffres de sa trézorerie; mais 
bien commendoit-elle expressément qu'aulx coffres de la Prin- 
cesse sa fille Ton n'y vult atoucher, encoires que ce fusse pour 



chargé par Philippe II d'assister en son nom aux noces du prince de 
Parme à Bruxelles. Les notes prises par l'ambassadeur lui servirent à 
composer une Relation de l'état des affaires de Flandre, envoyée par lui, 
avec une lettre du 24 novembre 1565, à Ruy Gomez, prince d'Eboli : Cor- 
respondance de Philippe //, 1. 1, pp. 336, 337 ». (Poullet, Correspondance 
de Granvelle, 1. 1, pp. 48 et 45.) 

1 Le 2 novembre, jour consacré à la commémoration des trépassés. 

* C'est-à-dire Armuyden, petit port maritime, situé sur le flanc oriental 
de l'Ile de Walcheren et relié à Middelbourg par un canal. 



(72) 

trouver ung million d'or, ny en coffres d'au 1 très personnes de 
ses domesticques pour qui elle poieroit: qu'a esté le chemin, à 
ce que disent ceulx quilz faisoyent la recherche, pour estouper 
la source du meilleur butin, parce qu'y se sont trouvez des 
coffres de ce coustel là que vingt personnes ne pouvoyent lever. 
En lin, j'entends quoi natus est ridiculus mus. Au moins l'on 
n'a pas trouvé xx mil escus, quilz estoient encoires la plus part 
ambarqués avec congé. 

L'on séjourna à Medelebourg jusques au jeudy vm e , où que 
vint, de la part de Son Àltèze, le conte de Saint-Cegon *. 
Depuis vindrent monsieur de Montegny et le conte de Orne. 
Et, ayant le mccredy faict ses Pasques 2 la Princesse, le jeudy» 
au bon matin, l'on s'ambarqua, et arriva-t-on à Saxe sur les 
unze heures. Et là trouvâmes le conte d'Aiguemont, qui l'aten- 
doit sur les digues avec plusieurs gentilhommes : les princi- 
paulx desquelx estoient monsieur de Norcarme 3, le viceconte 
de Gand * et La Troullière 5. D'aultre coustel estoit le prince 
de Parme, ayant avec lui le prince d'Orenge et le marquis de 
Berghues, tous trois habillés d'une mesme parure de ses cou- 
leurs, fort richement, et estoient incarnatte, blanche et grihe. 
Et estoit luy xx* de gentilhommes, habillés des mesmes cou- 
leurs, quilz estoient venus par la poste. Hz se mussoient pour 
n'estre aperçeus, car il désiroit veoir désambarqucr la Prin- 
cesse sans qu'elle le visse. Mais il ne sçeut, car la mer n'estant 
encoires assez haulte, la nave ne pouvoit arriver au bort, et fut 
quasi une heure avant qu'elle descendisse en terre. Néant- 
moings depuis il se cacha dans une maison et la vit passer. 
Elle estoit richement habillée d'une robe à l'Espagnolle de drap 

1 Gentilhomme italien de l'entourage du duc de Parme. 

* C'est-à-dire ayant communié. 

3 Philippe de Sainte-Àldegonde, chevalier, seigneur de Noircarmes, 
bailli et capitaine de Saint-Omer, devenu plus tard l'un des auxiliaires 
de la répression accomplie par le duc d'Àlbe. 

1 Maximilien de Melun, chevalier, vicomte de Gand, capitaine de la 
ville et citadelle d'Arras. 

5 Louis de La Trouillière, gentilhomme de la bouche du roi d'Espagne. 



(73) 

d'or incarnat. Et comme elle fut entrée en sa chambre avec le 
conte <f Àiguemont et toute sa suitte, le Prince y arriva avec la 
sienne, qu'il faisoit certainement beau veoir. Il entra le dernier 
de tous. Et comme la Princesse l'aperçeut, qu'estoit au coing 
de la cheminée, elle s'advança d'ung pas ou deux, et avec une 
humble révérence le reçeut, lors que le Prince tâchoit à luy 
baiser les mains. Le Prince fit sa harangue assez courte; et ce 
pendant la Princesse n'esguaroit aultrepart la veue que sur luy, 
comme princesse la moins estonnée et la plus assheurée que 
Ton sauroit veoir. Il salua après la contesse de Mansfeltz ; et 
luy ayant baisé les mains toutes les dames et les Portugais, au 
moings les principaulx (car nous aultres avions jà faict nostre 
debvoir et fûmes fort bien reçeu), parla derechief pour la 
seconde foys k la Princesse : de laquelle prenant congé, s'alla 
mectre à table en une aultre maison avec tous ces seigneurs. 
Et puis se partit avec les siens, sans plus veoir la Princesse *, 
par la poste, laissant le conte d'Aiguemont pour la conduire à 
Gand, lequel l'avoit opulamment traicté et reçeu audict Saxe 
aux despens de la ville de Gand. Le dîner parachevé, Ton 
s'ambarqua sur les basteaulx que les Gantois avoient admenés et 
fort bien tapissés; mais il fut bien dix heures de nuict quant 
l'on arriva. Le vendredy l'on séjourna audict Gand, et le sam- 



4 M. de Home l'alla recevoir à Middelbourg comme admirai, et 
M. d'Egmont, accompaigné du marquis de Berghes et aucuns aultres 
seigneurs, et Gand, comme gouverneur de Flandres. Et deux ou trois 
jours après se partit d'icy ledict prince de Parme, accompaigné du prince 
d'Oranges et environ xxv autres gentilzhommes, entre lesquelz estoit 
Zveveghem, tous habillez d'une sorte, à scavoir : les chaulées et savon 
de veleoir cramoisi, et le manteau d'escarlate passementé tout d'argent; 
et alla au devant de la dicte Princesse jusques sur le nouveau port près 
de Gand, où que, le même jour qu'il y arriva, vint aussi la dicte Prin- 
cesse, et après l'avoir saluée et déclaré le désir que le Duc et la Duchesse 
avoient de la veoir et plesir qu'ilz avoient de son arrivée, s'en alla dis- 
ner, délaissant la dicte dame en son quartier; et après disné se partit et 
retourna icy ». (Bave au cardinal de Granvelle, Bruxelles, 4 décembre 
4565 : Correspondance du cardinal de Granvelle, 1. 1, pp. 32 et 33.) 



( 74) 

bedy Ton vînt coucher à Terremonde. Icy perdit la Princesse 
ung diament estimé à cinq mil ducas. 

Le dimenche, Ton arriva sur la nuict à Bruxelles, et ren- 
contra-t-on, à demye lieue hors de la porte, le Duc, le Prince 
son fi Iz et tous les aultres seigneurs, lesquelx la receurent et la 
firent démonter de la lictière où qu'elle estoit pour la mectre 
dedans le beau couche quil pour cest effect avoit esté faict t. 
Et fut avec elle la contesse et sa fille, et dedans ung aultre coche 
les aultres damoiselles principalles. Aux portes, Ton trouva 
l'Amant * avec les seigneurs de la ville, quilz firent le compli- 
ment qu'ilz ont à telles gens pour coustume de faire, avec 
grand nombre de torches, que pourtoient leur bourgeois, et 
tonneaulx ardants par les rues qu'elle passoit. Et n'y eult 
aultre chose jusques au palais , où que l'entrée se fit par la 
grand' salle, parce que dedans la chappelle estoit l'évesque de 
Cambray 3, en pontificqual revestu, quil les attendoit pour 



1 Et elle vint le jour de S l -Martin en ceste ville (Bruxelles). La 

réception fut : premièrement, Ton luy envoya jusques en la maison de 
l'Amman, hors de la porte de Flandres, ung fort beau et riche coche tout 
entièrement doré et couvert par dehors de toi lie d'or et dedans d'argent, 
trayné par quatre jumens pies caparassonéez de mesmes. Environ les 
trois heures, le duc de Parme, accompagné de tous ces seigneurs, alla la 
recevoir en la dicte maison ». (Bave au cardinal de Granvelle, Bruxelles, 
4 décembre 1565 : Ibid.) 

1 L'Amman, chef de la municipalité de Bruxelles, était sire Jean de 
Locquenghien, chevalier, seigneur de Coekelberghe, qui occupait ce 
poste depuis 1554. (Poullet, Correspondance de Granvelle, t. 1, p. 42, 
note 2.) 

3 Maximilien de Berghes, deuxième fils d'un bâtard de la maison de 
Glyme-Berghes, « fut appelé à l'évêché de Cambrai, le 10 septembre 
1556, par le chapitre cathédral de cette ville, grâce à l'influence toute 
puissante du cardinal de Granvelle ». (Alph. Le Roy, article Maximilien 
de Berghes, dans la Biographie nationale de Belgique, t. II, col. 218-221.) 
Lors de la réorganisation ecclésiastique des Pays-Bas. en vertu d'une 
bulle du 12 mai 1559, sollicitée par le roi Philippe II, Cambrai devint un 
archevêché, et Maximilien de Berghes prit la qualité d'archevêque, bien 
qu'elle lui fût contestée par l'archevêque de Reims, ancien métropolitain 
de Cambrai. Cette contestation expliquerait peut-être la qualité d'évêque 
donnée à Maximilien de Berghes dans la relation de Pierre Bordey. 



(75) 

espouser, et Son Altèze à rentrée de la porte pour les recep- 
voir 1 : ce que se paracheva incontinent qu'îlz furent entrés. Et 
depuis Son Altèze Ta conduit elle-mesme en sa chambre, qu'est 
celle où Paulo Vitellio 2 lougeoit. Le soupper se fit en la grande 
gallerie, et estoient environ xxvn à table : le Prince et la Prin- 
cesse soubz le poisle, et Son Altèze et l'Ambassadeur 3 à 
Topposite. 

Ce soir ilz ne consommarent point le mariage, ains fut remis 
au lendemain. Et n'atendit le Prince le soir, la faisant de fille 
femme l'après dîner 4. Toute ceste sepmaine, jusques à l'aultre 
dimenche que fat hier, Ton tint tousjours salle; mais c'estoit 
en la chambre du Prince. Et cependant s'accreust la court de 
toute la noblesse de ce pays, n'estant des seigneurs aulcuns 
demeurés derrière, sinon le conte d'Obrande 5 ; néantmoings 
son fils y est. 



1 « Et ainsi arriva en nuict, environ les sept heures du soir, où que 
Son Altèze l'actendoit en la grande sale, accompaignée du Prince son filz 
et des sieurs d'Aremberghe, Berlaymont, Achicourt, Hierges et aultres. 
Et incontinent après s'être entresaluez, la dicte Princesse fut menée en 
la chappelle, où elle fut espousée au dict Prince par l'archevesque de Cam- 
bray. Et ce fait, alla toute la compaignie souper en la grande galerie ». 
(Bave au cardinal de Granvelle, Bruxelles, 4 décembre 1565 : Ibid.) 

* Paolo Vitelli, gentilhomme italien qui avait la confiance du duc de 
Parme et que ce prince faisait résider souvent auprès de la gouvernante, 
sa femme, à Bruxelles. 

* J'oblioye presque que l'Ambassadeur d'Angleterre a esté partout le 
premier après Son Altèze, comme tenant le lieu du Roy; et, à ce qu'on 
m'a dit, il a treuvé estrange toutes ces sumptuositez et braveries ». 
{Bave au cardinal de Granvelle, Bruxelles, 4 décembre 1565 : Ibid.) 

4 « Et ayans soupe, après quelque peu de dances, chascun se retira, 
sans que la dicte Princesse voulut pour ce soir coucher avec le dict 
Prince, s'excusant non le pouvoir faire avant avoir ouy messe, qu'elle 
oyt le lendemain. Et l'après disné, ainsi que les dances estoient com- 
mencées, l'on treuva moyen de joindre les deux parties en une chambre 
où ilz furent encloz deux ou trois heures; et, au sortir, le Prince dit avoir 
couru bravement trois bonnes carrières ». {Bave au cardinal de Gran- 
velle, Bruxelles, 4 décembre 1565 : Ibid.) 

* Serait-ce une altération du nom italien Aldobrandino? Un gentil- 



( 76 ) 

Hier se fit le grand festin en la grande salle du palais, que 
l'on avoil faict racoustrer. Et estoit la table des princes, prin- 
cesses et seigneurs de cinquante-cinq personnes ; et la seconde 
table, en la mesme salle, de plus de cent et trente, et en ceste 
icy estoient nonante et quatre, que dames que damoiselles *. 
Soubz le poisle estoient assis Son Altèze, la Princesse sa fille, 
le Prince et l'Ambassadeur. Trois sumptueux buffetz estoient 
dressez en la salle. Et servovent les trois maislres d'hostelz 
quilz précédoient la viande, accompagnés de six trompettes 
habillés en satin cramoysy et ung altabarre *, quilz les aocom- 
pagnoyent à chascun meetz. 

Fini le soupper, quil fut superabondant en toutes choses, le 
bal commença. Et cependant le prince d'Orange s'alla habiller, 
quil entra avec ung escadrille de seize amazones, desquelles le 
prince de Parme en estoit Tune, et parachevoient le nombre 
aultres seigneurs et gentilhommes. Aussi fit le semblable le 
conte d'Aiguemont, qui entra avec seize saulvages, entre 
lesquelx estoit le duc d'Arschot 3 : jfo estoient tous armés, et 
n'eurent si tost faict leur entrée, qu'ilz commençarent leur 



homme de la cour de Parme, Pictro Aldobrandino, écrivit de Bruxelles, 
le 14 septembre 1567, une lettre qui contient des détails circonstancié? 
sur l'arrestation des comtes d'Egmont et de Hornes. 

1 « Le dimence ensuivant fut fait le festin honnourable desdictes 
noepees en la grand 1 salle de la court, laquelle estoit ricement tapissée 
de la tapisserie servant au mistere de la célébration du chapitre général 
de la Thoison d'or, laquelle tapisserie contient l'histoire de Gédéon....: 
et est la plus belle salle que je verés jamais, car elle contient 180 pieds 
de long et 60 pieds de large ». (Pasquier de le Barre, 1. 1, p. 17.) 

* Le tabar était une sorte de dalmatique armoriée, que portaient les 
hérauts d'armes dans les cérémonies. 

* Philippe de Croy, duc d'Arschot, prince de Chimay, chevalier de la 
Toison d'or, capitaine d'une bande d'ordonnance. Par lettres patentes 
données au Bois de Ségovie le 17 octobre 1565, il venait d'être nommé 
membre du Conseil d'État de la gouvernante, promotion qui accompa- 
gnait les nouveaux ordres de rigueur édictés par Philippe II. Le doc 
d'Arschot, en relations intimes avec le cardinal Granvelle, était pourtant 
un modéré. 



i 



(77) 

combat qui passa fort bien, combattant les amazones contre 
les saulvages ; lequel fini, ilz se retirarent incontinent*. Et peu 
après rentra le Prince, qui, après avoir dancé une dance ou 
deux, se retira Son Altèze, et conduit la compagnie au bancquet 
des succrades que la ville d'Anvers avoit faict présent, estimé à 
plus de trois mil florins. Et y en avoit deux : l'ung dressé en la 
salle devant l'oratoire, et cestuy estoit succre pour manger la 
plus part ; l'aultre estoit en hault, en la salle devant la chambre 
du Prince, et cestuy estoit bien l'ung des plus magnificques que 
l'on sauroit imaginer. Là se véoit une ville qui représentoit 
Lisbonne, puis l'adieu et l'embarquement, les naves, la 
descente à Medelebourg, le recueil faict en Saxe, derechief 
l'ambarquement pour venir à Gand, la réception faicte par les 
Gantois, le parlement de Gand en lictière, l'entrée de Bruxelles 

4 « Après soupe y eut dances, et après ung tornoy fort bien combattu, 
et ung masque que feit la femme du conseiller Assonleville avec sa sœur 
et la fille de l'avocat fiscal. Dieu sçait comme Ton en a parlé ! Ce sont des 
sages invencions du chancellier. Elles présentèrent ung coniz (lapin) 
à la Princesse et ung oiselet à la Duchesse ». (Bave au cardinal de 
Granvelle, Bruxelles, 4 décembre 1565 : Ibid.) — « Le dict festin achevé, 
Ton alla en hault où que fut dressé le bancquet de sucre, dont ceulx d'An- 
vers avoient fait présent, qu'estoit fort riche. Et lors M. d'Egmond dit 
qu'il avoit fait au dict tornoy ses dernières armes, et porté la dernière fois 
dorures, et que doresenavant il se veult tenir comme qui va sur eaige et 
a beaucop d'enffans; et aussi ne sera-y de la jouste qui se doit faire le 
second de décembre, laquelle sera sur le grand marché ». {Bave au car- 
dinal de Granvelle, Bruxelles, 4 décembre 1565 : Ibid.) — Cette contribu- 
tion de la ville d'Anvers au grand festin de Bruxelles a occasionné une 
méprise historique : Motley raconte en effet, d'après Meteren, que « la 
grande métropole commerciale avait célébré l'événement par un banquet 
magnifique », dont le principal ornement était « une magnifique pièce 
de pâtisserie, image fidèle de l'expédition du comte de Mansfeld à son 
arrivée en Portugal, avec la flotte destinée à ramener la fiancée; des 
figures en sucre d'un travail exquis — des portraits, faut-il croire, — 
représentaient les personnages principaux, dans le costume qu'ils por- 
taient aux scènes les plus frappantes de cet épisode ». (Motley, Révolu- 
tion des Pays-Bas, traduit de l'anglais par Gustave Jottrand et Albert 
Lacroix, 1861, t. II, p. 6.) 



( 78) 

avec le coche, le palais et les cérimonies des espousailles, le 
tout si bien faict qu'il donnoit grand estonnement aux regar- 
dans. 

J'avois oblié de dire que, fini le combat des amazones contre 
les sttitaagp&, L'on publia les joustes quilz se feront deans xuu 
josnr sur le mnefer de faivitte. 

Voilà, Monseigneur, tout le suceès qu'il n'a mmkià k Sa 
Seigneurie Illustrissime escripre, afin qu'estant de loystr, lèse 
faisant lire, elle congnoisse et entende comme les choses sont 
passées, la suppliant bien humblement de prendre le tout de 
bonne part. Et ce pendant, luy ayant baisé avec toute humi- 
lité les mains, je prieray le Créateur qu'il luy doint en santé 
très bonne et longue vie, en toute prospérité. 

De Bruxelles, ce xix e de novembre 1565. 

De Sadicte Seigneurie Illustrissime 
très humble et très obéissant serviteur, 

PlERRE BORDEY. 



XI. — Propos tenus par Pierre Bordey, durant la seconde 
navigation de l'ambassade, à l'effet de réfuter les calomnies 
semées contre le cardinal de Granvelle par les ennemis de 
cet homme d'État. 

Pierre Bordey au cardinal de Granvelle. 

(Bibliothèque de Besançon. — Mémoires de Granvelle, t. XXI, fo). 90-î>i.) 

Bruxelles, 19 novembre 1565. 

Monseigneur, par le discours que j'envoye à Sa Seigneurie 
Illustrissime tant de l'allée que du retour de nostre voyage de 
Portugal, elle pourra congnoistre, sur la fin d'icelluy, le temps 
et le jour qu'avons faict nostre entrée en ceste ville de Bruxelles, 



(79) 

tous, Dieu grâce, en bonne santé, ormis la perte de cinq per- 
sonnes, trois mortz par maladie et lesdeux au 1 très par naufrage. 
Quant à moy, Dieu mercy, je me suis tousjours bien porté sur 
la mer, et mieulx que sur terre, sans que jamais aulcunement 
j'ay resentu ce qu'à tous nouveaulx maronniers eschappe peu. 
Et, bien que la fortune en ce poinct s'est montré à moy pi us qu'à 
aultre favorable, néantmoings ne m'a-t-elle rendu ce voyage 
par tout heureux ; car, oultre la perte de ma bourse à Lisbonne, 
au désambarquemenl à Medelebourg, je trouva deux douzennes 
de vases de pourcelannes tous fracassés et rompus, sans que 
desdictes pièces il en demeura une seule entière : ce que je 
resenty griefvement et plus que nulle autre chose, parce que 
mon intention estoit d'en faire présent, au moings de la plus 
part, comme dexvm qu'estoient des plus belles et fort fines, à 
Sadicte Seigneurie Illustrissime, et pour cest effect les avois-je 
appourté, suppliant très humblement que ce mien désastre 
n'empesche que ma bonne volunté ne tienne lieu , puisque je 
n'y ay coulpe et que je l'ay resentu et resent encoires bien fort. 
Plus que je n'espérois à mon partement, j'ay passé avec con- 
tentement ce voyage avec monsieur de Mansfelt et les siens, 
car le conte ne m'a jamais veu de fois, ny en terre ny en mer, 
qui ne m'a demandé particulièrement comme je me pourtois : 
aussi a faict tousjours madame la contesse sa femme. Quant au 
conte Charles son filz, il m'a faict de l'honneur tant, que je ne 
me saurais mescontenter de luy, jusques à m'escripre lettres 
dois sa nave à la nostre, par un gentilhomme, au temps qu'il 
faisoit calme, et me prioit de l'aller voir : ce que je fis, où que 
je fuz reçeu, et me traicta comme sa personne propre. Et 
comme je y eus demeuré deux jours par grande instance et que 
je m'en pensoys retourner, le vent se leva de telle sorte que je 
fus contraint d'y demeurer quinze jours, et n'en sortis jusques 
à ce que l'on encra en Angleterre, et y estois du temps de la 
grand' tempeste. Durant ce temps, ce ne fut sans quelquesfois 
parler et de Sa Seigneurie Illustrissime et de Renard *, non 

1 Simon Renard, ancien protégé de Granvelle, devenu, sous les aus 



(80) 

pas que j'en encommensasse le propos; mais il venoit de soy 
mesmes à m'en toucher : dont j'eusse bien voulu qu'il s'en 
fusse déporté, congnoissant l'humeur de l'homme f , et que 
moy je ne soffrirois chose quil toucheroit à l'honneur de 
Sadicte Seigneurie Illustrissime. Toutesfois, il s'y comporta 
assez modestement, n'assheurant rien de soy mesmes, sinon 
que l'on disoit telles et telles choses. 

A ce qui me parloit du gouvernement domesticque que Ton 
disoit estre scandaleux, je luy respondis que ceulx quilz 
semoient telles choses estoient meschans et malheureux mesdi- 
sans, et que je m'esbahyssois comme l'on adjoustoit foy à telles 
choses qu'estoient mensongières, car il y avoit douze ans que 
j'estoye domesticque de la maison de Sadicte Seigneurie, et 
qu'en tout ce temps je ne m'estois oncques aperçeu d'aulcune 
chose pour y prendre seulement opinion tant petite qu'elle 
fût : et que estre vray je le maintiendrais. Et sur l'ambition qu'il 
mectoit en avant, je fis responce que la poursuitte que Sadicte 
Seigneurie avoit faict, après le parlement de l'Empereur, pour 
estre désenveloppé des négoces et obtenir son congé de se 
retirer, démentoit ces rapourteurs : oultre qu'il estoit notoire 
assez que n'ayant sçou obtenir son congé, Sadicte Seigneurie fit 
envers le Roy que le prince * et le conte d'Aiguemont fussent 

pices de cet homme d'État, ambassadeur de Charles -Quint et de 
Philippe II, puis allié aux seigneurs des Pays-Bas contre le cardinal. 

* Charles de Mansfeld était alors engagé dans la ligue qui devait avoir 
pour conséquences la Jacquerie des Gueux et la Terreur répressive 
exercée par le duc d'Albe. A son retour de Portugal, il fut l'un des pre- 
miers signataires du Compromis des nobles, mais il ne tarda pas à aban 
donner ce parti. « Le 19 juin 1566, il écrivit à Thomas Armenteros, 
secrétaire particulier de la duchesse de Parme, qu'il était entré dans la 
confédération a l'instigation du seigneur de Brederode, son oncle, et sans 
prévoir les événements qui devaient survenir; désirant vivre et mourir 
en remplissant ses devoirs envers le Roi, il s'était séparé des confédérés 
dont les actes ne correspondaient plus avec ce qui avait été dit lorsque 
la confédération avait été formée ». (J.-B. Blaes, Mémoires anonymes sttr 
les Troubles des Pays-Bas, 1. 1, p. 18, note 1. —Cf. Gachaed, Correspon 
dance de Philippe //, 1. 1, p. 421 .) 

1 Le prince d'Orange. 



( 81 ) 

du Conseil d'Estat, ce que du temps de l'Empereur n'avoit 
jamais esté; que si son but fût esté l'ambition, il n'eult pour- 
chassé telz seigneurs pour consors. Et quant à la malveullance 
que les seigneurs assheuroient, au moins aulcuns, que Sadicte 
Seigneurie leur pourteroit, tant s'en fault-il qu'il fut vray : que 
f assheura que j'avois lettres que Sadicte Seigneurie m'avoit 
escript dois Bourgoingne, par lesquelles elle m'admonestoitet 
commendoit de me conduire et gouverner à lendroict d'eulx 
avec tout respect et service, et que si elle entendoit que autre- 
ment je m'y conduisisse, qu'elle me désavouerait et ne me 
tiendrait jamais pour estre de sa maison, adjongnant en ces 
. lettres ces propres mots, disois-je : « car je leur suis serviteur, 
et leur feray plaisir et service où que je pourray, encoires qu'ilz 
ne veullent, et rendray le bien pour le mal ». J'ay, disois-je 
audict conte en la présence de Bassompierre, ces lettres escriptes 
de sa propre main, que n'est pas tesmonnage pour adjouster 
foy à ung tas de rapourteurs, ny à Renard : que quil considérera 
l'obligation qu'il a à l'endroit de la maison de Grandvelle et la 
pèsera au contrepoix de ce qu'il faict, l'on s'esbahyra plus tost 
de sa meschansteté que de croire à ces faulx rapors, lesquelx à 
la fin l'on trouvera telz à sa grand'honte. Geste mienne res- 
ponse rendit et l'ung et l'aultre sy muetz qu'ilz ne sçavoient 
que me respondre, et en tout je m'y conduis de telle sorte que 
le prindrent de bonne part. 

Et à Bassompierre, venant en nostre basteau depuis, pour le 
respect du bon recueil qu'il m'avoit faict en celluy du conte 
Charles, je me travailla à luy faire le semblable, jusqucs à me 
découcher de mon lict pour l'y faire coucher. 

En fin, Dieu mercy, j'en suis sorty mieulx que je n'espérais 
au commencement de nostre voyage : j'espère que ce que j'en 
ay faict Sa Seigneurie Illustrissime' le prendra de bonne part. 

Le conte d'Àiguemont, lorsqu'il reçeut la princesse en Sasse, 
me fit aussi bon visaige et bon recueil ; aussi a faict aucune- 
ment Son Altèze. 

Il semble qu'il y ayt quelque picque entre la princesse 
d'Orange et la contesse d'Aiguemont. Et, à mon jugement, 
TombXLI. tf 



(82) 

Son Altèze faict plus de faveurs à la contesse qu'à l'aultre : 
mesmes que le jour des espousailles, icelle alloit seule après 
Son Altèze et l'aultre la suyvoit, et aux deux bancquetz fut 
assise la première. Et entre les filles et seurs du prince se don- 
naient quelque attacque du bec, hier au soir, pour la précé- 
dence, à ce que Ton m'a dict; et m'assheure bien que telles 
choses suffiroient pour mectre picque entre les marys, si le 
prince avoit bonne intelligence avec sa femme '. Néantmoings 
il semble jà que aulcuns en parlent * 

1 Anne de Saxe, seconde femme du prince d'Orange, avait des mœurs 
légères qui fréquemment troublèrent la placidité de son taciturne époux. 

9 Les susceptiblités qui se produisirent alors à la cour de Bruxelles, au 
sujet des rivalités de préséance, sont ainsi dépeintes dans une dépêche 
de Pero Lopez au cardinal de Granvelle (Bruxelles, 4 décembre 4565} : 
c< Luego que llego la princesa de Parma, Madama hizo aposentar en 
palacio no se quantos dias â la de Mansfelt, y hazia le tanta honra corao 
si fuera su ygual ni mas ni menos, tanto que salio dos vezes â corner y 
çenar fuera, y siempre la acompafiaron el duque de Parma y suo hijo 
hasta donde yva â çenar, que fue una vez en casa d'Egmont y la otra en 
su casa propia, de mas desto todos los gentiles ombres de Madama era 
menester la acompanasen, y yva siempre en el coche de Madama, cosa 
que le yva bien al gusto segun es ambiçiosa ; succedio luego el banqueté 
que Madama hizo en la gran' sala, en donde se hallaron la de Oranje y de 
Egmont, y al assentar se â la mesa, como se assentasen primera estas dos 
senoras, se agravio de tal manera la de Mansfelt y su marido de que â ellos 
dos no los assentasen los primeras que estuvieron para partir, se luego 
otro dia para su casa, y dixeron muchas palabras luego despues de çena A 
los unos y otros sobrello, de manera que Madama lo vino â sentir ; y por 
regalarla y darles contento, se fue, dos dias despues, acompanada del 
Duque su marido y de su hijo â visitarla â su casa, con que los assossego 
un poco ». (Bibliothèque de Besançon, Mémoires de Granvelle, t. XXI, 
fol. 184 ver.w et 185.) 



(83) 



XII. — Préliminaires de la division des seigneurs; tournoi donne 
sur le grand marché de Bruxelles, à T occasion du mariage 
£ Alexandre Farnèse et de Marie de Portugal. 

PlKRRE BORDEY AU CARDINAL DE GrANVELLE. 

(Bibliothèque de Besançon. — Mémoires de Granvelle, t. XXI, fol. 307-808.) 

Bruxelles, 8 décembre 1505. 

Les lettres du Roy où qu'il commendoit le duc d'Àrschot 
rstre reçeu au Conseil d'Estat n'ont donné moings d'esbahys- 
sement aux gens que du mal contentement aux seigneurs, quilz 
ayant requéru d'y estre admis Berghues et Norcarme, au lieu 
d'iceulx voyent estre surroguer ung aultre quil n'a jamais 
voulu estre de leur lignée. Et fit ledict duc son entrée au Con- 
seil mardy passé, ayant quelques jours devant festoyé tous les 
seigneurs, lesquels extérieurement se forcent de monstrer en 
estre content. 

Monsieur de Orne a demandé son congé, et monstre de se 
vouloir retirer seulement pour non estre récompensé du Roy 
comme il luy semble qu'il devroit estre : au moings ainsi l'on 
le publie. Mais aulcuns doubtent qu'il n'ayt son congé du Roy 
propre. Je m'en ra porte à ce qui en est. 

Le prince d'Orange requiert aussi d'avoir permission de 
s'aller tenir à son gouvernement d'OUande, et la veille de la 
Sainct-Andrey, il pria les Estatz d'OUande d'en faire instance 
à son Altèze pour le bien du pays qu'ainsi il le fit. Je ne sçay 
quelle est son intention, si ce n'est que ne voyant les choses 
succéder comme ilz vouldroient bien et comme ilz aspiraient, 
de soy petit à petit retirer et délaisser au besoing son Altèze 
enveloppée de mil broilleries. 

Le comte d'Austrate, qu'à nostre arrivée de Portugal se don- 
noit tant de presse pour partyr pour Allemagne, et qu'il sem- 



(84 ) 

bloit qu'il ne pouvoit demeurer, sans trop arrester, au grand 
bancquet que se fit il y a xv jours, est encoires pour aujour- 
d'hui en ceste ville. 

Si le conte d'Aramberghue, qui est fort malade à Mali nés 
de sa fiebvre quarte, et le conte d'Ovrande * fussent esté 
en ceste ville le jour de la Sainct-Andrey *, tous les chevaliers 
de l'Ordre du pays ilz fussent estez; car ilz se trouvaient audict 
jour treize en nombre 3. Et donna le duc de Parme en la 
gallerie le dîner, comme le plus ancien de tous ceulx quilz 
estoient là 

Ces jours passez, le conte de Mansfelt ha heu estranges pro- 
pos avec Marcello, Pungde noz compagnons italiens, et le conte 
de Orne; et pource que le sieur Pero Lopez, de qui je l'ay sçeu, 
en escript particulièrement à Sa Seigneurie Illustrissime *, 

1 Bordey avait déjà fait remarquer l'absence aux fêtes de Bruxelles 
du comte Jean de Oost-Frise et Over-Emdcn , qu'il appelle le « comte 
d'Ovrande », ainsi que la présence aux mêmes fêtes de Maximilien d'Oost- 
Frise, fils de ce seigneur. — Voyez ci-dessus, p. 75, et ci-après, p. 97, 
erratum 3. 

* Saint André, dont la fêle se célèbre le 30 novembre, était le patron de 
l'Ordre de la Toison d'or. 

5 La liste des quinze chevaliers de l'Ordre qui se trouvaient aux Pays- 
Bas, à la fin de l'année 1565 et au début de 1566, est donnée dans les 
Mémoires anonymes, édités par J.-B. Blaes, 1. 1, pp. 9 et 10. 

* Le narré de Pero Lopez sur cet incident est ainsi conçu : « Despues a avido 
otra frialdat con un gentilombre de Madama que se ilama Marcello Lam- 
pignan, el quai trata muchocon todos estos senores, y comiendo Mansfelt 
en casa de Hoochstrata, lenbio, despues de corner, â rogar se Uegasse alli 
para tratar con el algo de las cosas de la justa ; y comènçando â hablarcon 
cl, le dixo el conde de Mansfelt : « Senor Marcello, yo os quiero hablar 
en Françes, porque me entenderei mejor ». Y comme nço le â dezir lo qur 
queria, y el Marcello al responder hizo lo en Françes, y hablava le 
siempre de vous como se suele usar en Françes ; de lo quai se enojo en 
ta ri ta manera Mansfelt, que començo â dezir muy rezio y muchas vezes : 
« Vous, vous, vous estes vous et moi poinet ». Y esto con tan ta colera que 
fue cosa est rail a, y desale assi sin qucrcr le mas oyr, y mete se en una 
camara, diziendo maravillas, y quesando se que los criados de Madama le 
tenian en poco, y que por aver le hecho un tan granservicio le perd i an el 



(85) 

comme celluy qui Ta entendu du prince de Parme : sans en 
faire icy aultre révélation, je me remectray à ce qu'il en dira. 
Mais je me double que cecy sera commencement d'aulcune 
chose quil n'aura jà bonne fin. 

Je ne sçay si les joustes pour cest effect sont esté remises au 
jour d'aujourd'huy, car elles se debvoient faire avant-hier; et 
l'excuse du maulvais temps ne peult pas estre reçeue, car il fit 
très beau jour : bien est vray que le sambedy fut pluvieux. 
Aulcuns disent que le prince d'Orenge n'estoit point prest. 
Quoy que ce soit, il y a du malcontentement grand. Néant- 
moings Son Altèze, le Duc et le Prince, chascun particulière- 
ment, sont esté visiter lesdits conte et contesse en leur lougis, 
deux ou trois jours après nostre arrivée, et tousjours se sont 
montrés fort humains et courtois en son endroict. 

Ce jourd'huy, qu'est mardy 1111 e , nonobstant que la pluye 
fut grande, se sont faictes les joustes sur le grand marché, et 
rommençarent à douze heures. Et y eult trente-trois surve- 

respelo. El Marcello quedo atonito y llego se al de Hoochstrata, y dixo 
le : « Senor, ya aveis oydo lo que lie passado con el de Mansfelt y la sin 
razon que tiene; yo os suplico que le desengafteis de mi voluntad y que 
pierda el enojo que ha tomado tan sin culpa mia ». Respondio le el : « Esso 
me aveis de perdonar que yo no me melare en ello como si fuera algun 
gran negocio ». Y allego se à* ellosel conde de Horne, y començo a vaziar 
«•osas bien escusadas, diziendo quanta différencia avia de la casa de 
Mansfelt a la de Fernesi, y que tenian sin razon de tratar assi con el, 
porque era una persona de otra calidat, y que la casa de los de Mansfeld 
ténia mas de dozientos mill escudos de renta, y tan principales que algun 
dia podrian muy bien mover guerra â Parma, y dixo otras mill neçedades 
de la casa de Mansfelt, abaxando la de Fernesi .... Y no falto quien lo 
dixese la misma noche al Duque, el quai respondio al que se lo dixo, 
que se raaravillava mucho del de Horne, ni nadie -dezir ni tratar de tal 
cosa, pues les mostrava a todos por obras por quan principales los ténia, 
porque aun no tratava con ellos con ygualdat, sino que los ponia â todos 
sobre su cabeça, pero con todo que lo dissimula lo a sentido, aunque 
tambien es menestcr dezir la verdat que todo fue despues de aver comido 

o, por mejor dezir, bevido » (Pero Lopez au cardinal de Granvelle, 

Bruxelles, 4 décembre 1565 : Bibliothèque de Besançon, Mémoires de 
Granvelle, t. XXI, fol. 185 et 186.) 



(86) 

nans. El de ceulx icy, de la belle entrée le pris a esté donné k 
l'escadrille de messieurs de Beauvort ' et Estambrughes ', que 
l'on appelloit les Chevaliers (TOr ou bien les Chevalins du Soleil : 
car, sur un chariot, se véoit Phaéton qui, avec ses quatres 
chevaulx, conduisoit ung grand soleil, fait par tel artifice 
qu'il tournoit tousjours, et les chevaliers, qu'estoient quatres, 
avoient entièrement leur arnat doré, et rien ne se véoit sur 
eulx et sur leurs chevaulx que or, jusques aux lances. 

Néantmoings le prince d'Orenge entra fort magnifiquement, 
avec ung chariot triumphal où qu'estoit Vénus et Cupidon, et 
estoient douze chevaliers en son escadrille, fort richement 
parée des couleurs orange, blanc et gris. Et telles les print le 
prince en la faveur du conte Ludovic son frère, quil les pourtoit 
pour le respect de la signora Genèvre : ledit conte Ludovic eult 
le pris de la foulle 3. 

Le conte de Boussu *, le visconte de Gand $, Lumey 6 et 
Turlon 7 entrarent aussi fort richement, et eult ledit conte de 
Boussu le pris des quatre coups de lances. Le conte Charles de 
Mansfelt etVillersB furent les premiers assaillans; et contre 



1 Philippe de Lannoy, chevalier, seigneur de Beauvoir, gentilhomme 
de la bouche du roi d'Espagne. 

• Georges de Ligne, seigneur d'Estambruges, cousin du comte 
d'Egmont. 

5 C'est-à-dire du combat à la foule, dans lequel les jouteurs, divisés eu 
deux bandes, simulaient la mêlée d'un champ de bataille. 

4 Maximilien de Hennin-Liétard, comte de Boussu, capitaine d'une 
bande d'ordonnance. 

5 Maximilien de Melun, chevalier, vicomte de Gand, gouverneur 
d'Arras. 

• Guillaume de La Marck, seigneur de Lumey ou Lummen, le futur 
vice-amiral des Gueux de mer. 

7 Louis de Blois, seigneur de Trélon, beau-père du seigneur de 
Beauvoir. 

• Jean de Montigny, seigneur de Villers, fut plus tard l'un des com- 
mandants des troupes organisées par le prince d'Orange, pour l'envahis- 
sement des Pays-Bas : il eut la tête tranchée à Bruxelles, le 2 juin 4S68. 



(87) 

tes deux courut le mainteneur * fort bien, et encoires quatre 
lances contre le prince d'Orenge, et non plus : délaissant audit 
conte Charles, son fils, et à Villers et au conte Ludovic à faire 
le surplus, lesquelx il print pour aydans. Mais ce fut chose mer- 
veille de ce que rompit le conte Charles : aussi a-t-il heu le 
pris des dames. 

Hz furent en tout trente-trois survenans. Et ne fut esté la 
pluye quil dura quasi tout le jour, la feste fusse esté merveil- 
leusement belle ; mais elle ne peult estre retardée, par l'instance 
qu'en firent ceulx de la ville, parce que leurs victuailles se 
gastoient. Le soupper se fit en la Maison de la ville, en la pre- 
mière grande salle, où qu'il y avoit deux tables, celle des 
princes et l'aultre des dames. A l'asseoir, l'on garda aultres 
cérimonies qu'au dernier bancquet; car soubz le docet estoit 
l'Ambassadeur, Son Altèze, la Princesse et la contesse de Mans- 
felt : et vis à vis estoit la première la princesse d'Orenge, et 
après la contesse d'Aiguemont. Telz sont les changemens. 

Les juges des joustes estoient le duc de Parme, duc d'Arschot 
et le conte d'Aiguemont. 

Son Altèze se retira entre unze et douze. 

Le duc de Parme et Son Altèze portent le deul pour la mort 
du Cardinal, frère audict Duc *, laquelle ilz ressentent grande- 
ment, et l'ont tousjours pourté dois nostre retour, ormis aux 
jours des festins où que Son Altèze apparut richement parée 
de carquans et pierreries. 

Le jour Sainct-Nicolas, que fut avant-hier, se partit monsieur 

1 « Le sousteneur et deffendeur estoit le conte de Mansfeld, chevalier 
de l'Ordre, lequel avoit pour assistend le conte Charles, son filz, jousteur 
fort adextre et estimé entre les princes ». (Pàsquier de le Barre, 
Mémoires, 1. 1, p. 17.) 

f Ranuce Farnèse, frère du duc de Parme, successivement archevêque 
de Naples, de Ravenne et de Bologne, passa par les trois grades du col- 
lège des cardinaux : lorsqu'il mourut à Parme le 28 octobre 1565, il pos- 
sédait la qualité de cardinal-évéque de Sabine; néanmoins on continuait 
2i l'appeler cardinal de Saint-Ange, titre qu'il avait eu comme cardinal de 
l'ordre des prêtres. 



(88) 

d'Austrate pour Allemagne Le prince d'Orange Ton lient 

pour certain qu'il yra à la diette en Allemagne. 

Demain, aux lices du palais, se joustera, et esse ung deffis 
d'ung escadrille du conte Charles contre ung aultre du conte 
Ludovic de Nansou. Je désirerois bien que toutes ces festes 
fussent passées, pour veoir quelles issues auront les change- 
mens qui jà ont commencement bien grand 

De Bruxelles, ce vin* jour de Nostre-Dame en décembre 4S6S. 

De Sadicte Seigneurie Illustrissime 

très humble et très obéissant serviteur 

Pierre Bordkt. 



TABLE DES NOMS DE PERSONNES. 



Achky Jean, baron de Thoraise), 
beau-frère du cardinal de Gran- 
velle, 38. 

Achey (Marguerite Perrenot, dame 
d'), sœur ainée du cardinal de 
Granvelle, 38. 

Achigourt. — Voy. Hachicourt. 

Aiguemont. .— • Voy. Egmont. 

Aldinguel. — Voy. Ardinghel. 

Altaemps (Annibal, comte d'), 66, 
67. 

Altaemps (Hortense Borromee, 
comtesse d'), 66. 

Altrze (Son) désigne la gouvernante 
des Pays-Bas. — Voy. Parme. 

Amkrot (Adrien), ancien condisci- 
ple d'Érasme, précepteur - des 
enfants de Granvelle et Bordey, 
«,23. 

Amyot (Jean), ancien secrétaire de 
la mère du cardinal de Granvelle, 
27. 

Anthoink (la sefiora) dame de la 
cour de Bruxelles, 43. 

Ardinghel, envoyé de Philippe II a 
Lisbonne, 44. 

Arknberg (Jean de Ligne, comte d'), 
47,84. 

Armenteros (Tomas), secrétaire 
intime de la gouvernante des 
Pays-Bas, 43. 



Arschot (Anne de Lorraine, du- 
chesse d'), 35. 
Arschot (Philippe de Groy, duc d 1 ), 

16, 76, 83. 
Assonleville (Christophe d'), 48, 

49, 77. 
Assonleville (Marguerite Scheyvs, 

dame d'), 77. 
AuBiGNY(GilleDELENS, baron d'), 36. 
Auchy. — Voy. Auxy. 
Austrate. — Voy. Hooghstraeten. 
Austrelin (le pirate), 65. 
Autriche (Marguerite d'). — Voy. 

Parme. 
Autriche (Maximilien II d*), roi des 

Romains, 58. 
Auxy (Jacques de Hennin-Liétard, 

baron d*), 66. 



Barlemond. — Voy. Berlaymont. 

Bassompierre (Christophe de), 45, 
46, 69, 81. 

BA8SOMPIERRE (Claude-François de) 
46. 

Bassompierre (François de), 45. 

BAVE(Josse), secrétaire d'État du 
gouvernement des Pays-Bas, 16. 

Bavière (Sabine de). — Voy. Eg- 
mont. 

Beauvoir (Philippe de Lannoy, sei- 
gneur de), 86. 



( 90) 



Bellefontaine (Jacques de Saint- 
Mauris, prieur de), cousin ger- 
main du cardinal de Granvelle, 
«7,40. 

Bergance. — Yoy. Bragance. 

Berghes (Jean de Glymes, marquis 
de), 34, 72, 83. 

Berghes (Maximilien de), arche- 
vêque de Cambrai, 74. 

Berlaymont (Ad rien ne de Ligne- 
Barrançon, baronne de), 35. 

BERLAYMONT(Charles, baron de), 35. 

Berlaymont (Gilles de), baron de 
Hierges, fils du baron Charles, 
75. 

Bernimicourt (François - Philippe 
de). — Yoy. Thieuloye. 

Blois (Louis de) — Yoy. Trélon. 

Boisot (Charles), gentilhomme de 
la cour de Bruxelles, 35, 37, 66, 
70, 71. 

Boisot (Pierre), ancien trésorier 
général aux Pays-Bas, 35. 

Bonniéres (Jacqueline de). — Yoy. 
Wacken. 

Bonniéres (Marie de). — Yoy. Tou- 
louze. 

Bonvalot (Clauda). — Yoy. Con- 
stable. 

Bonvalot (Étiennette). — Yoy. 
Saint-Mauris. 

Bonvalot (François), administra- 
teur de l'archevêché de Besan- 
çon, oncle du cardinal de Gran- 
velle, 27. 

Bonvalot (Nicole). — Yoy. Gran- 
velle. 

Bonvalot (Paneras), beau-frère de 

Pierre Bordey, 22. 
Bordey (Charles), chanoine-archi- 
diacre de Besançon, cousin ger- 



main du cardinal de Granvelle, 
23,24. 

Bordey (Esther), fille naturelle do 
Pierre Bordey, 29. 

Bordey (François), chanoine-archi- 
diacre de Besançon, cousin ger- 
main et maître d'hôtel du cardi- 
nal de Granvelle, 22, 24. 

Bordey (Guillemette Perrenot , 
dame), première femme de Jean 
Bordey, l'alné, 22. 

Bordey (Guillemette Vurry, dame), 
seconde femme de Jean Bordey, 
l'alné, 29. 

Bordey (Jean, l'ainé), père de Pierre 
Bordey, 22, 29. 

Bordey (Jean, le jeune), frère de 
Jean Bordey, l'alné, majordome 
du comte d'Egmont, 23. 

Bordey (Jean), frère consanguin de 
Pierre Bordey, 29. 

Bordey (Jeanne de Courbessain), 
femme de Pierre Bordey, 28, 29. 

Bordey (Jeanne-Anne), veuve de 
Jean-François Chandiot, 29. 

Bordey (Pierre), seigneur du Saul- 
cy, cousin germain du cardinal 
de Granvelle, 21-30 et passïm. 

Bordey (Pierre), major de la place 
d'Huningue, 29. 

Borromee (Saint Charles), lié d'ami- 
tié avec le cardinal de Granvelle, 
25,66. 

Borromee (Hortense). — Voyez 
Altaemps. 

Bourgogne. — Yoy. Wacken. 

Boussu (Maximilien de Hennin-Liê- 
tard, comte de), 86. 

Bouvier, gentilhomme de la cour 
de Bruxelles, 66. 

Boysot. — Yoy. Boisot. 



(91 ) 



Bragange. — Voy. Portugal-Bra- 

gance. 
Brederodb (Marguerite de). — Voy. 

Mansfeld. 
Brederode (Le comte Henri de), 

créateur du parti des Gueux, 49, 

80. 
Brimeu (Charles de). — Voy. Me- 

ghem. 



Camargo (Antonio), gentilhomme 
'espagnol de la cour de Bruxelles, 
38, 60, 66. 

Castro (Nicolaus de). — Voy. Van- 
der Borch. 

Champagney (Frédéric Perrenot, 
seigneur de), frère cadet du cardi- 
nal de Granvelle, 23, 30. 

Chandiot (Jean-François). — Voy. 
Bordey. 

Chantonay (Thomas Perrenot, sei- 
gneur de), frère du cardinal de 
Granvelle, 8, 13, 14, 45, 28. 

Chavirey (Claude de », intendant des 
affaires du cardinal de Granvelle, 
27. 

Constable (Clauda Bonvalot, dame 
de), nièce et héritière de Pierre 
Bordey, 29. 

Constable (Pierre de), mari de 
Clauda Bonvalot, 29. 

Contault de chanoine , 54. 

Contault (Marguerite), femme de 
Miguel de Jacca, 53 et 54. 

Courbessain (Jeanne de). — Voy. 
Bordey. 

Croy (Charles-Philippe de). — Voy. 
Havre. 



Croy (Philippe de).— Voy.Arschot. 
Curœl (Hieronimo de), facteur du 
roi d'Espagne, à Anvers, 59. 



Dalmado (Manuel), évéque d'Agra. 

61. 
Dalonal (François*, chanoine de 

Saint-Anatoile de Salins, 27. 
Doria (L'amiral Jean-André), p. 38 

et aux errata. 



Egmont (Anne d'). — Voy. Homes. 
Egmont (Lamoral, comte d* , 33 et 

passïm. 
Egmont (Sabine de Bavière, com- 
tesse d*), 33. 
Éléonor (La sefiora), dame de la 

cour de Bruxelles, 43. 
Épinoy (Hélène d 1 ). — Voy. Monti- 

gny. 
Épinoy (Hugues de Melun, prince 

d'), 6. 
EstambourgeS. — Voy. Estambru- 

ges. 
Estambruges (Georges de Ligne, 

seigneur d*), 36, 64, 66, 86. 



Farnèse (Alexandre). — Voyez 

Parme. 
Farnèse (Octavio). - Voy. Parme. 
Farnèse (Ranuce), cardinal, 86 
Forzin. — Voy. Fresin. 



(M) 



Foiàs (Ventura de', gentilhomme 

portugais, 59. 
Fresin (Charles de Gavre, seigneur 

de), 36. 



Gànd (Le vicomte de). — Voy.Melun 

Gàvre - Voy. Fresin 

Gayo (Alonso), gentilhomme de la 
cour de Bruxelles, 66, 67. 

Genêvrb (La signoral, dame de la 
cour de Bruxelles, 43, 65. 

Gérard (Balthasar), l'assassin du 
prince d'Orange, 12, 21. 

Gilley (Jean de). — Voy. Marnoz. 

Gilley (Nicolas de), négociateur 
politique, 46. 

Gilus (N.), fille de Joachim Gillis, 
avocat fiscal du Brabant, 77. 

Goes (Damian a), gentilhomme por- 
tugais, 60. 

Grandjean (Charles), membre du 
Conseil privé des Pays-Bas, 45. 

Granvelle 'Antoine Perrenot de), 
cardinal, ancien principal mi- 
nistre des Pays-Bas, passim. 

Granvelle (Nicolas Perrenot de), 
garde des sceaux de l'empereur 
Charles-Quint, père du cardinal 
de ce nom, 4. 

Granvelle (Nicole Bonvalot, dame 
de 1 , femme du garde des sceaux 
de Charles-Quint, et mère du 
cardinal, 13, 14. 22. 

Gruyères (Léonard db>, chanoine 
et officiai de Besançon, l'un des 
diplomates employés par Charles- 
Quint, 24. 

Guimaraés. — Voy. Portugal. 

Guise (Henri, duc de), 46. 



Guzman (Éléonore de). 
tugal-Bragance. 



— Voy Por- 



Hachicourt (Philippe de Montmo- 
rency, seigneur d'), 32. 

Halewyn (François de). — Voy. 
Zweveghem. 

Havre (Charles-Philippe de Crot, 
marquis d*), 35. 

Hennin-Liétard (Jacques de). — 
Voy. Auxy. 

Hennin-Liétard (Maximilien de) .— 
Voy. Boussu. 

Hsrges. — Voy. Berlaymont. 

Hooghstraeten (Anne de Renne- 
bourg, comtesse douairière de), 
veuve du comte Philippe, 47. 

Hooghstraeten (Antoine de La- 
laing, comte de), 32, 83. 

Hooghstraeten (Éléonore de Mont- 
morency, comtesse de), femme 
du comte Antoine, 32, 40, 41. 

Hooghstraeten (Philippe de La- 
laing, comte de), père du comte 
Antoine, 47. 

Hornes (Jean, comte de), second 
mari de Anne d'Egmont, 42. 

Bornes (Anne d'Egmont, comtesse 
douairière de), mère du comte 
Philippe de Hornes, du baron